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Bulletitt de rcclierelies, observations et dccouvcrtcs se rapportant 
à l'Histoire Naturelle du Canada 



TOME Quij^zii':inf!: 



L'ABBK L. PllOVANCHFJî, Rl'^DACTEUR-PROl'RIETAIliK 








QUÉBEC 

C. DARVEAU, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 

N° c2^ Rue Laniontagne 

1886 



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Vol. XV. Cap Rouge, Q., JUILLET, 1885. No. 1 



Rédadcur: M. I'Abbc IMUIVANCllliR. 



NOTRE PUBLICATION 



Après bientôt deux an.s de silence, nons nons présentons 
de nonveau devant nos lecteurs. En effet, c'est en octobre 
1883, qu'ayant reçu le coup de grâce du gouvernement Mous- 
seau, nous faisions nos adieux à la presse ; et c'est en juillet 
1885, que, grâce au gouvernement Eoss, nous ressuscitons de 
nouveau à la vie. 

La conserverons-no as longtemps cette fois ? A nos 
patrons d'en donner la réponse. Hélas J deux fois déjà nous 
avons été couché dans la tombe. Assassiné par le gouverne- 
ment Joly en 1882, nous avons péri d'inanition sous le gouver- 
nement Mou.«seau en 1883. Nous voici de nouveau revenu à 
l'exii^tence, et malgré les désastreuses vicissitudes que nous 
avons subies, nous nous sentons encore plein de vie, disposé à 
•poursuivre" une longue carrière. Fort de l'expérience du passé, 
rafermi dans notre marche par les épreuves que nous avons 
éprouvées, muni de plus amples provisions que jamais pour 
avoir ajouté à nos études, multiplié nos ob.servations, étendu nos 
relations, nous croyons être en moyens d'intéresser davantage 
nos lecteurs, et nous croyons pouvoir les assurer que l'âge n'a 
pf s encore chez nous affaibli le s(uitiinent du devoir ni paralysé 
le dévoueuient. 

I .Juillet I. -'.-.">. 



2 . LE N.\TUKA.LlâTE CAXaDIFN 

Car si nous disons que notre résurrection est due aux 
bonnes intentions du gouvernement Eoss, n'allez pas croire 
qu'on nous ait fait une situation satisfesante, exempte de sacri- 
fices. On nous a permis de vivre, et ce, avec encore moins d'a- 
vantages qu'auparavant, et voila tout ! 

Les égards que réclame la science, l'auréole d'honneur 
dont l'entourent les peuples intelligents et éclairé?, les services 
sans nombre (qu'elle est appelée à rendre chaque jour et aux 
sociétés et aux individus, constituent un code encore trop in- 
compris de nos gouvernants et de nos députés, pour attendre 
d'eux qu'ils fournissent au moins le pain à ceux qui se dé- 
vouent à instruire leurs compatriotes, à ceux qui contribuent 
plus que tous les autres à poser les bases du véritable progrès 
dans les sociétés humaines. On a bien voulu défrayer nos dé- 
penses, mais notre travail, nos labeurs demeurent encore sans 
rémunération aucune. Si l'on entretenait des doutes à cet égard, 
nous pourrions mettre sous les yeux de nos lecteurs le bilan de 
nos affaires, et ils verraient de suite que notre œuvre est en- 
tièrement une œuvre de dévouement et de sacrifices. 



NOS CONFEÈllES DANS LE SACEEDOCE 

Nous ne faisons d'ailleurs en cela que continuer la t'radi- 
tion de nos prédécesseurs dans le clergé. Si le Canada est au- 
jourd'hui ce qu'il est, s'il jouit d'institutions libres, s'il possède 
une somme de liberté égale sinon supérieure à celle de tout 
autre peuple, si son éducation lui assure un rang honorable 
parmi les nations les plus distinguées, à ([ui le doit il, sinon au 
clergé ? Or, le clergé d'autrefois, de même que celui d'aujour- 
d'h'ii, n'a-t-il pas toujours donné l'instruction gratuitement à la 
jeunesse ? Les pensions (ju'on réclame dans nos collèges, les 
contributions nominales (ju'on exige des externes, vont-elles au 
delà du strict nécessaire pour couvrir les frais matériels d'ali- 



NOTRE PUBLICATION 3 

mentation, d'usage des salles, de chauffage et d'éclairage, de 
tenue convenable des appartements ? et l'instruction ne demeure- 
t-elle pas encore tout-à-fait gratuite ? 

Nous ne faisons donc qu'emboîter le pas à la suite de nos 
prédécesseurs dans la voie du dévoumentet du sacrifice, avec cette 
différence cependant: qu'eux ne «'attachaient pour ainsi dire 
qu'à la jeunesse, à laquelle le lait de l'enfance pouvait suffire, 
et que nous, nous nous adiessous à l'âge mûr, auquel il faut une 
nourriture plus substantielle et plus recherchée, et par cela 
même plus dispendieuse. 

Le gouvernement veut bien y mettre un léger appoint ; 
nos confrères, toujours si empressés à faire le bien, toujours si 
dévoués aux véritables intérêts du peuple, refuseraient-ils leur 
légère contribution à la bonne œuvre ? N'est-ce pas un hon- 
neur pour tout le corps qu'un des membres du clergé se trouve 
à la tête du mouvement scientifique en ce pays ? 

Nous voudrions pouvoir faire abstraction ici de notre 
humble individuahté, pour faire connaître à tous comment nos 
travaux sont appréciés à l'étranger ! quel étonnement a plus 
d'une fois causé dans le monde savant le fait que, de ces quel- 
ques myents de neige que le roi Louis XV n'avait pas jugé 
mériter d'être conservés, il pût s'élever une voix capable de se 
faire entendre et avec laquelle il fallait parfois compter, que 
plusieurs corps savants se sont dits honorés de pouvoir ranger 
dans la liste de leurs membres ! 

Et que demande-t-on de vous, généreux confrères? 

Une siuiple souscription, un seul abonnement pour lequel 
vous recevrez au delà de la valeur de votre argent, témoins les 
premières années de publication du Naturaliste, qu'on ne peut 
plus se procurer que d'occasions, et pour lesquelles on n'hésite 
pas à payer $3 et S4 le volume. 

Tout le monde ne peut être naturaliste ; mais tout homme 
lettré doit se faire un devoir de suivre le progrès de la science, 
et tout curé devrait avoir dans sa bibliothèque la seule publi- 



4 LE NATURALISTE CANADIEN 

cation sur l'iiistoiie naturelle, en langue française, sur ce conti- 
nent. Que s'il n'est pas disiiosé à en tirer j'aiti lui-même, il aura 
au moins le mérite d'avoir contribué à une œuvre patrioticiue et 
recommandable, et pourra offrir, dans l'occasion, à des neveux ou 
des amis, l'avantage d'avoir sous la main des renseignements 
qu'on irait vainement cher^lun' ailleurs. 

Il y a plus de 400 curés dans la Province de Québec, si 
chacun d'eux prenait un abonnement au Naturaliste, nous 
nous trouverions de suite en moyens de mettre notre publica- 
tion sur le même ton que celles du même genre à l'étranger, 
papier d'excellente qualité, planches et gravures plus nom- 
breuses et mieux exécutées, matières plus abondantes, etc. Xous 
n'ignorons pas que chaque curé a dans sa paroisse une foule 
d'œuvres qui réclament'sa i)rotection ; mais qu'est-ce que la baga- 
telle de $2 pour un curé ? et cette bagatelle d'un chacun sera 
sufi&sante pour garantir le succès à notre entreprise. 



NOS H():\IMES LETTEÉS 

Ce que nous venons de dire du clergé ne peut-il pas s'ap- 
pliquer, avec autant de raison, à tous nos hommes letti'és qui se 
disent sincèrement patriotes, à tons ceux parliculièrement qui 
font ostentation de ce noble sentiment? 

Vous dites que vous aimez sincèrement votre pays, que 
vous voulez sa ])rospérité, son avancement dans la voie du 
progrès ; pourquoi donc refuseriez-vous de contribuer à assurer 
la base du véritable progrès, l'étude des sciences ? 

Si nous nous en rapjiortions aux expressions de regret que 
déjjutés et autres hommes ] oliti(iues nous ont exprimées dep)nis 
la su})pression de notre allocation en 1883, nous devrions croire 
que notre disparition a été jugée une perte nationale. Mais, 
politiques de tout degré, n'aimez-vous votre ] ays que p»our les 
avantages personnels (pie vous en attendez ? Si votre patriotisme 



NOTRK PUBLICATION 5 

existe réellemenf, ne doit-il se faire jour que pav dos protesta- 
tions vaines dans le temps (jue vous sollicitez les suffrages du 
peuple, ou que vous tenez à faire avancer un ])ersonnage dont 
vous attendez quelque faveur ? Agissez donc un peu afiu que 
sans efforts on puisse ajouter foi à vos paroles. 

Est-ce que ministres, députés, conseillers législatifs, qui 
tous émargez si largement sur la list-e civile, ne devriez pas 
chacun considérer comme un cU-voir d'encourager une publica- 
tion que le gouvernement juge sagement convenable de sou- 
tenir ? Est-ce que votre patriotisme se réduirait à empocher 
tran luillement les dollars de vos honoraires et à leurer ceux 
qui vous soutiennent ? 

C'est uu vice national chez nous que le défaut d'amour 
pour l'étude ; tous les coryphées de l'éducation fout des effijrts 
pour le corabattre-ce vice, et l'on remarque avec plaisir qu'il y 
a progrès dans cette bonne voie ; et bien, encouragez donc une 
publication qui, en outre de son utilité réelle, peut très puis- 
samment faire naître et soutenir cet amour de l'étude. Vous 
savez que du moment qu'une })ersonne est gagnée à ce désir de 
connaître et de savoir davantage, c'est un soldat d'ajouté à la 
noble phalange de ceux qui marchent à de nouvelles conquêtes 
sur l'iucouuu. 



NOS INSTITUTIONS D'EDUCATION 

Il va sans dire que si tous les membres du clergé, tous nos 
lettrés en général, doivent soutenir la seule publication scienti- 
fique que nous ayons dans le pays, nos institutions d'éducation 
sont tenues avant tous, à patrouer l'entreprise, à ne pas laisser 
leurs bibliothèques manquer de ces feuillets périodiques. Que 
si, dans le moment, il ne se trouve encore chez vous personne 
en état de tirer parti des enseignements qui y sont donnés, l'ins- 
titution ne doit pas moins se mettre ea mesure de fournir cet 
appoinl au moment où il jiourra être requis. Il y a plus de oO 



6 LE NATURALISTE CANADIEN 

institutions d'éducatiun siJi)crieure dans le pays, collèges classi- 
ques, collèges industriels, écoles normales, académies etc., le 
Naturaliste ne devivdt faire défaut dans aucune de ces insti- 
tutions, et cependant il n'y en avait pas la moitié qui figurait 
autrefois sur nos listes. 

On aura peine à le croire, lors de notre suppression, nous 
n'avions pas cent abonnés payants sur nos listes. Il nous 
semble cependant que ce ne serait pas trop présumer de nos na- 
tionaux que d'eu attendre 500. Que tous les amis du. progrès 
s'empressent d'offrir leur contingent, et ce nombre sera de suite 
dépassé. 



NOTEE MARCHE A L'AVENIR 

Notre marche pour le futur sera à peu près ce qu'elle a 
été dans le passé. Nous continuerons à glaner à gauche et à 
droite dans le champ immense de l'histoire naturelle, nous ef- 
forçant de faire connaître à nos lecteurs les faits et découvertes 
qu'une simple lecture, sans études préalables, pourra leur per- 
mettre de saisir, tout en continuant des études méthodiques et 
plus suivies- sur certaines parties, pour le bénéfice particulier 
des hommes de science. 

Nous avons cru plus à propos, comme nos lecteurs ])Our- 
ront le voir dès ce premier numéro, de donner une pagination 
spéciale à ces études méthodiques de certaines branches, afin 
qu'une fois complétées, on puisse les isoler du reste, pour forniCj. 
un tout complet par lui-même, un volume à part sans melange 
de matières étrangères \n sujet qu'il comporte. C'est ainsi que. 
nous commençons l'histoire naturelle des punaises qui sera 
suivie sans interruption dans chaque numéro subséquent. 

Nous prêterons une attention toute particulière aux in- 
sectes et plantes nuisibles à l'agriculture, à l'horticulture, aux 
provisions domestiques, etc. Nous nous proposons de donner 
successivement l'histoire de chacun des plus marquants, en 



NOTRE PUBLICATION 7 

employant des termes capables d'être compris par tout le monde, 
et en accompagnant, autant que nos ressources nous le per- 
mettront, nos explications de planches ou de vignettes capables 
de faire facilement reconnaître l'ennemi dont il s'agira. C'est 
ainsi que nous commençons dans ce numéro même l'histoire du 
champignon qui fait périr les ja'uniers en bas de Québec, la 
Sphœria morhosa, nous passerons ensuite à celle de la chenille 
qui depuis quatre ans dévore nos épinettres rouges, le N^ematics 
Erichsoni, etc. 



COLLABORATEURS 

Dans une récente visite que nous avons faite à Ottawa, 
nous avons eu l'avantage de faire la connaissance personnelle 
de plusieurs de nos collègues du Field JS! aturalists' Club, qui 
poursuivent leurs études et leurs recherches avec une ardeur sans 
pareille. Deux de ceux-ci se sont voués tout dernièrement à 
l'étude des Hyménoptères, guidés, nous ont-ils dit, par nos 
écrits sur. cet ordre. L'un d'eux, M. Harrington, était déjà 
avantageusement connu des entomologistes par ses écrits sur 
•les Coléoptères ; l'autre, M. Guiguard, est un débutant, mais 
possède à un haut degré l'esprit d'observation, et est un chasseur 
infatigable. L'un et l'autre ont fait les captures les plus 
étonnantes dans cet ordre. Si bien que leurs trouvailles, jointes 
à celles que nous avons faites nous-même, vont porter à plus 
de cent espèces nouvelles le nomljre d'insectes de cet ordre 
à ajouter à la liste de ceux que nous avons publiée, et sur ce 
nombre, près des trois-'qiiarts sont des acquisitions nouvelles 
pour la science même. N'oublions pas de mentionner aussi 
M. Fletcher qui s'est fait une spécialité des insectes nuisibles et 
qui poursuit ses recherches avec un courage que rien ne peut 
ralentir. 

Mentionnons encore M. Latchford, jeune homme ((ui vient 
à peine de laisser les bancs du collège et qui s'est déjà fait un 
nom dans le monde savant par ses études sur les mollusques, 



8 LE NATURALISTE CANADIEN 

Sa collection de coquilles du voisinage d'OitaM'a est une des 
plus intéressantes, et elle est faite avec un tel soin ])0iir le choix 
des spécin)ens, leur classification, leur disposition dans les cases, 
qu'elle peut défier toute comparaison avec les plus parfaites. 

Nous avons eu l'assurance de ces messieurs d'être favorisé 
de temps à autres de corres[ioudances jiour notre publication, 
ce qui ne contribuera pas peu à douner à nos pages un surcroit 
d'intérêt pour nos lecteurs. 



Nous adressons le présent numéro à un grand nombre de 
personnes que nous n'avions pas l'avantage de voir figurer sur 
nos listes d'abonnés précédemment, comptant que leurs res- 
sources et leurs dispositions nous feraient trouver en elles des 
recrues nouvelles ; nousprionstous ceux qui le recevront, et an- 
ciens et nouveaux abonnés, de vouloir bien remplir le bulletin 
de souscription qu'il contient et nous le renvoyer au plus tôt. 

Nous les prierons aussi, si parmi leurs voisins ou amis ils 
connaissaient quelques uns qui pourrraient suivre leur exemple, 
de vouloir bien leur pa-ser ce numéro et de nous faire la de- 
mande d'un nouveau. , 

Enfin ceux qui ne seraient pas disposés à prendre un 
abonnement sont respectieiisement priés de vouloir bien nous 
renvoyer cette première livraison. 

Comme à part les remises et les communications, il n'y a 
d'ordinaire rien de particulier dans la routine de l'administration, 
on pourra, avec grand avantage, faire usage des cartes postales. 
C'est aussi le mode que nous emploierons pour les reçus et dans 
maints autres cas. 



PAYER D'AVANCE 

Comme précédemment, l'abonnement est rigoureusement 
payable d'avance. Si par force majeure, notre publication ve- 
nait à être interrompue duns le cours d'un volume, nous ferions 



NOTKE PUBLICATION y 

comme nous l'avons fait en 1883, nous rembourserions la 
quote-parte sur laquelle nos droits ne seraient pas encore 
acquis. 

Le prix de l'abonnement demeure comme ci-devant de $2 
par année, on mieux par volume, car les volumes commen- 
ceront dorénavant avec le mois de juillet et se compléteront 
dans les 12 mois suivants. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. 
Ceux qui en font la demande dans le cours de la publication, 
reçoivent les numéros déjà parus de ce volume. 

Toute remise, réclamation, correspondance, devra être 
adressée au rédacteur même, au Ca[)Eouge, Québec. 



^^ En ajoutant 18 à son alioiinement payé d'avance, tout 
souscripteur pourra avoir un des volumes des années précé- 
dentes, excepté les volumes I, II et III qui sont épuisés. 



N'ayant eu l'assurance d'une aide de la part du gouverne- 
ment que dans le cours d'août, et voulant faire concorder 
nos volumes avec les amnées fiscales, nous datons le présent 
numéro du mois de juillet, dans l'espoir de reprendre bientôt le 
temps perdu pour rapporter chaque livraison au mois corres- 
pondant de l'anuée fiscale. 



NOS ÉCHANGES 

Nous prierons les Eevues soientifîques qui échangeaient 
avec nous, ou qui désireraient le faire à l'avenir, de vouloir bien 
nous adresser leurs publcations, leur promettant sans délai la 
réciproque. 

Nous offrons ici nos remerciements aux journaux politiques 
le Courrier du Canada, Le Nouvelliste, L'Etendard, Le 
Monde et La Presse qui, malgré notre suppression, ont bien 
voulu nous continuer tout de même l'envoi de leurs feuilles. 



10 LE NATURALISTE CANADIEN 

De plus grands remerciements encore aux Revues scienti- 
fiques suivantes qui nous ont semljlablement continué leurs 
envois : U American Naturalist, le Canadian Entomologist, 
Y Entomologists Monthly Magazine de Londres, la Revue 
Horticole de Belgique, le Canadian Science Monthly de la 
Nouvelle-Ecosse, le Bidletin of the Torrey Botanical Club de 
New-York, et Y Entoraologica Americana de Brooklyn, N. Y. 



LE NODULE NOIR 

{Black knot) 
Sphœria morhosa, Scliwenitz. 

Tout le monde connaît le Nodule noir, ces nœuds ou ex- 
croissances noires qu'on voit si souvent sur les tiges et les bran- 
ches de notre cerisier-à-grappes, Cerasus virginiana, Linné. 

De tout temps on a pu voir ces excroissances anormales 
sur les tiges et les branches de nos cerisiers, et queliuefois aussi 
sur nos pruniers. Jusqu'à ces dernières années, elles attiraient 
peu l'attention, vu que nos cerisiers sauvages sont généralement 
fort peu estimés, et que les cerisiers cultivés sont encore assez 
rares dans les jardins et les vergers. Mais depuis trois ans, on 
a vu cette affection envahir les pruniers, en bas de Québec, en 
telle abondance, que des vergers entiers et de grande étendue, 
en ont été entièrements détruits, ou n'ont laissé que quelques 
arbres souffreteux et périssants. Et l'on sait de quelle estime 
les prunes bleues et blanches de la côte de Beaupré, de l'Ile 
d'Orléans et de la côte sud en bas de Québec, jouissaient sur 
nos marchés, et quelle source de revenus la culture de ce fruit 
déUcieux offrait aux cultivateurs de ces contrées. C'étaient les 
fruits par excellence pour la table dans leur saison, et pour les 
confitures de réserve. De bonne heure on s'informait sur les 
marchés de quelle apparence s'en présentait la récolte, et le 
temps de la maturité arrivé, c'était [)ar centaines de minots que 



LE NODULE NOIR 11 

les cultivateurs l'apportaient à Québec. Des commcrçauts eu 
faisaient l'exportation à Montréal, Toronto et aux Etats-Unis. 
Nous avons connu, lïous-même, des cultivateurs de l'Ange-Gar- 
dien, de Ste-Anne, etc., faire jusqu'à $200 et $250 de leur 
récolte de prunes, -dans des terrains où l'on n'aurait pu retirer 
seulement six minots de patates. Mais depuis trois ans, cette 
source de revenus, au grand désavantage des cultivateurs et au 
grand désappointement des consommateurs, est presque entière- 
ment tarie par suite de l'attaque du Nodule noir. 

Quelle est cette affection ? Est-elle nouvelle ? Est-elle due 
à un insecte ou à une maladie de l'arbre ? Connait-on quelque 
moyen de la combattre ? 

Nous allons donner des réponses à toutes ces questions. 

Disons de suite que cette affection n'est pas due à un in- 
secte, mais qu'elle est une production végétale. 

C'est un champignon microsco[iique, de la famille des 
Pyrénomycètes. 

Ce champignon n'est pas nouveau, mais Lien indigène, et 
a été remarqué dès l'établissement de notre partie du continent 
américain. C'est surtout sur le cerisier-à-grappes qu'on l'a 
d'abord observé. Et des études attentives ont démontré que 
c'est identiqument le môme champignon qui se montre sur le 
cerisier-à-grappes, le cerisier 'cultivé, et les différentes espèces 
de pruniers. L'allemand Sehwenitz, en 1822, lui a donné le nom 
de Sphœria onorbosa. Il dit de ce champignon, dans son 
Synoj^sis Fungoi'uvi Carolinœ : Morbum lethalem Ceraso- 
rum omnium et Prunofum efficit, c'est-à-dire, il fait périr 
tous les cerisiers et pruniers. No.us voyons par le Xew- 
England Farmer de 1826, que dès 1811, presque tous les 
pruniers à K.ngston, Massachusetts, était morts pur le Nodule 
noir ou Sphérie morbide. 

Comme certains insectes, surtout les charançons, trouvent 
dans ce champignon un endroit propice pour y déposer leurs 
œufs, quelques auteurs ont cru d'abord que ces excroissanceo 



12 ].E NATURALISTE CANADIEN 

étaient causées par ces insectes ; mais on a constaté depuis que 
la présence des charançons sur ces arbres, étaient la consé- 
quence du champignon, loin d'en être la, cause. 

Examinons maintenant le mode de reproduction der ce 
cham[)ignon, et quels remèdes on peut employer pour le com- 
battre. 

La figure 1 nous montre une branche de prunier affectée 
par le champignon, au printemps, lorsqu'il ne fait encore que 
révéler sa présence ; et la fig. 3 nous le montre à l'automne, 
lorsqu'il a à peu près pris son entier développement. Kemar- 
quons toutefois qu'il prend souvent un développement beau- 
coup plus considérable. Il n'est pas rare de trouver des nodules 
mesurant de 7 à 8 pouces de longueur sur un diamètre de 1 à 
2 pouces et même davantage. 

On sait que les champignons sont des végétaux qui n'ont 
ni racines, ni feuilles, ni fruits. Une substance spongieuse et 
filamenteuse, le mycélium, que les jardiniers appellent hlanc- 
de-champignon, par ce qu'elle est d'ordinaire de couleur blan- 
che, leur tient lieu de racines et sert souvent à les reproduire. 
Ce mode répond aux pousses ou rejetons qu'on voit surgir des 
racines des plantes phanérogames. 

Mais les cliam])ignon6 ont aussi une semence propre pour 
se reproduire, d'après les lois ordinaires de la nature. Cette 
semence consiste en poussière extrêmement fine, dont les grains, 
qu'on appelle sporules, sont les véritables semences de la plante 
et sont susceptibles de donner naissance à autant d'individus, 
c'est-à-dire sont susceptibles de donner naissance au mycélium 
qui produira de nouvelles plantes. 

Les sporules sont diversement situées sur la plante mère, sui- 
vant les genres et les espèces. Tantôt elles sont appliquées siir 
des lames, comme dans les chapiteaux des Agarics, tantôt renfer- 
mées dans des thèques {asci) que recouvrent les périthécies ou 
croûtes extérieures du champignon, et tantôt portées sur des pé- 
dicelles plus ou moins longs, renfermés eux-mêmes dans des 



LE NODULK NOIR 



13 



rfe: (s) 

Fig. 2. 

Fig. 2. — Tranche d'un jeune no-- 

;le montrant le cliamjiignon en 

voie de former ses péri'.hécie.s, 

envoyant des rayons du centre à la 

circonférence. 




Fig. 1. — Branche de prunier affec- 
tce de la Sphœria movbosatelle qu'on 
la voit au printemjîs, lorsque le 
champignon ne fait encore que ré- 
vêler sa présence. 



Fig. 1. 



14 LE NATURALISTE CANADIEN 

cavités dont les parois no sont pas si consistantes que celles des 
périthécies, enfin elles naissent aussi parfois de conidies ou fila- 
ments qui se montrent sur la surface extérieure de l'excrois- 
sance. 

Pour ce qui est du champignon qui nous occupe, consta- 
tons qu'il a un triple mode de reproduction ou fructification. 

1° Par des conidies, ou filaments extérieurs portant di- 
rectement les sporules, fig. 4, b. 

2° Par des loéritUécies, ou capsules renfermant des thèques 
remplies de sporules, lesquelles capsules par leur réunion consti- 
tuent la masse de l'excroissance, fig. 1 et 3. 

3° Vax àe^ stylospores, on cavités à parois plus délicates 
qui renferment des sporules portées sur des pédicelles, fig. 5. 

La fig. 2 nous montre un jeune nodule en voie de former 
ses périthécies. 

La fig. 4 nous montre une section transversale d'un nodule 
en mai ; et, montre les filaments du mycélium, et h, les conidies 
sur la surface extérieure. 

La fig. 5 fait voir l'intérieur d'une cavité portant les sty- 
los[)ores, tels qu'ils se montrent en hiver ; la fig. G les montre 
encore plus grossis. 

Suivons maintenant le développement du champignon, du mo- 
ment que la semence ou les sporules se sont attachées à l'écorce du 
prunier ou du cerisier. Dès que cette semence a rencontré les con- 
ditions de chaleur et d'humidité qui lui conviennent, elle se gonfle 
et pénètre bientôt dans l'écorce pour former sur le cambium 
une masse de fils de mycélium. En examinant attentivement 
un nodule au printemps, au moment où il commence à se 
tuméfier, on trouvera que la branche qui le porte est renflée 
au dessus et au dessous, à la distance d'un demi-pouce à 
deux [louces, et si on en fait une section, on verra, à l'aide du 
miscroscopo, que bien que l'écorce ait été fendillée par le renfle- 
ment de la branche, cependant une nouvelle couche d'écorce 
s'est encore formée à l'extérieur, et^une masse de fils de mycélium 



LE NODULE NOIR 



15 



remplit le gonflement depuis le cambium jusqu'à la cuticule 
épidermique. 

A mesure qu'avance le 
printemps, les fils du my- 
célium augmentent leur vo- 
lume et percent à travers 
l'écorce pour former ce tissu 
pseudo - parenchymateûx 
qui est caractéristique des 
Pyrénomycètes, lorsqu'ils 
sont sur le point de fructi- 
fier (de pyron, noyau et 
mykès, champignon). Lors- 
que le cerisier est en fleur, 
le nodule est à peu près de 
la grosseur de ceux de l'an- 
née précédente, dont il n'est 
souvent qu'une expansion. 
Il n'est pas encore noir, 
mais seulement d'un vert 
brunâtre, et des sections 
nous le montreront une 
masse solitle, pulpeuse, 
remplie de lignes rayon- 
nant du centre à la circon- 
férence, comme on peut le 
voir dans la fig. 2. 

Au moyen d'une bonne 
loupe, on peut voir dès lors 
toute la masse couverte de 
jietites protubérances, qui 
ne sont rien autre chose 
que les commencements 

Fig. .'>. 
Pig. 3. — Vue d'un nodule à l'automne lorsque le cliaiiipignoa a à peu 
près pris son entier développement. 




16 



LE NANURALISTE CANADIEN 



des pc^vitliécies ; et sur toute la surface, on verra une masse de 
filaments plus ou moins flexueux et souvent divisés par des 
partitions, le plus souvent simples mais quelquefois aussi bifur- 
ques. Ce sont là les conidies qui .portent à leur sommet des 
sporules reproductrices. Ces conidies naissent de la surface 
même des pcrithécies. Elles continuent à porter leurs sporules 





Fis. 7. 



Fis. 6. 



Fis. 4. 



jusqu'à la fin de la saison, et à l'automne, on n'en voit plus que 
les restes. 

Les conidies ayant fini leur terme, d'autres organes de re- 
production viennent ])reudre leur place à l'automne, ce sont les 
thèques Ou ascospores que recouvrent les périthécies. 



Fig. 4. — Section transversale d'un nodule en mai ; on voit en a les 
filaments du mycélium qui forment comme la racine du champignon ; 
et en h, les conidies sur la surface extérieure des périthécies portant à leur 
sommet les sporules reproductrices. 

Fig. 5. — Intérieur d'une cavité renfermant des stylospores tels qu'ils 
se montrent en hiver. 

Fig. 6. — Stylospores encore plus grossis laissant voir les ^trois parti 
tions qui les divisent. 

Fig. 7. — Une sporulo itproductrice montrant sa division en deux par- 
ties, dont la supérieure est jilus grande. 



LE NODULE NOIR 17 

A mesure que la saison avance, les nodules augmentent de 
volume, ils deviennent plus fermes, plus cassants, fournissant 
par leurs fissures des retraites aux insectes qui souvent en oc- 
cupent largement l'intérieur. Cependant ce n'est que dans 
l'hiver qu'on peut voir les tbèques sous les péiithécies renfer- 
mant les sporules reproductrices, et ce n'est guère avant février 
qu'on les rencontre mûres et en pins grande abondance. Chaque 
thèque en contient 8 et les décharge par an pore terminal. Les 
thèques mesurent environ 12 millimètres de longueur, et sont 
brusquement contractées à la base. Elles sont entremêlées de 
paraphyses qui les dépassent en longueur. Les sporules, fig. 7, 
sont transparentes et légèrement granuleuses. Elles sont divi- 
sées en deux parties inégales par une partition. Lorsque la plus 
grande des deux divisions a produit son tube germinal, la petite 
s'accroît de suite pour produire le sien à son tour. Il arrive 
aussi quelquefois que d'autres tubes germinaux naissent des 
côtés de la plus grande division. 

Les sporules échappées des thè [ues sont entraînées par le 
vent sur la neige ou sur les écorces des arbres où elles trou- 
veront la chance de rencontrer le degré de chaleur et d'humidité 
qui leur convient pour lu germination. 

Certains auteurs prétendent que les sporules entraînées 
dans le sol sont absorbées par les radicelles des plantes et trans- 
portées dans les tissus avec la sève, pour trouver sous l'écorce 
même les conditions convenables à leur germination, et se faire 
jour ensuite à l'extérieur par les nodules qui font céder l'écorce. 
On sait que le chuiupignon du charbon suit ce mode de repro- 
duction, ^lais la chose ne paraît pas suitisamment démontrée 
pour les sphéries, et requiert de nouvelles observations. 

En outre des conidies et des ascospores, il y a encore un 
troisième mode de reproduction pour les sphéries, ce soTit les 
stylos paras. On trouve souvent entre les périthécies des cavités 
à parois plu.s minces qui sont renii)lies de f^édicelles hyalins, très 
grêles, de difïérentes longueur, et [lortant des sporules reproduc- 

1-— Juilltt liSJ. 



18 LE NATURALISTE CANADIEN 

trices, ce sont là les stylosnores, fig. 6. Les s])orules sont ici 
divisées en trois partitions par des lignes transversales, et à la 
maturité, elles sont de couleur jaune. 

Enfin, certains auteurs prétendent trouver encore quel- 
quefois un (juatrième mode de reproduction dans les sphéries, 
ce seraient les spermagonies, espèces de sacs qui déchargeraient 
leurs sporules reproductrices non une à une, mais toutes d'un 
jet continu et en immense quantité. De nouvelles étudies seront 
aussi nécessaires sur ce point. 

KEMÈDES KT MOYKNS PRÉVENTIFS. 

Lorsque le nodule vient à faire complètement le tour de la 
branche sur laquelle il se montre, il entraîne de suite la mort 
du reste de la branche, et il faut aussitôt l'amputer in peu au 
dessous du nodule. Mais si au lieu d'envahir toute la circon- 
férence, il n'en occupe qu'une partie, il faut cou}jer dans le \if, 
un peu au dessus et au dessous du nodule, et assez avant poi.r 
rencontrer le bois sain. Le chami»ignon n'affecte d'ordinaire 
que les premières cuuches de l'aubier ou cambium. Cette 
opération ré[)ondant à une taille un peu sévère, permettra à 
l'arbre qui n'a pas souffert dans ses racines, de disposer d'une 
plus grande quantité de sève j)our guérir ses blessures et ré- 
parer son retard dans la végétation. A moins que l'arbre ne 
soit infecté de toutes parts, le plus souvent ou le r^-tablit par 
de semblables opérations. 

Mais comme il est reconnu que c'e^t le même champignon 
qui infeste le cerisier-à-grappes, voyez si près de vos clôtuivs, 
dans votre jardin niême peut-être, il n'y a pas de ces cerisiei's 
tout couverts de nndides noirs, alors arr.ichez-les sans pitié ou 
du moins coupez sans merci toutes les branches affectées pour 
les jeter au feu, ce que vous devez faire aussi de toutes les 
])arties amjuitees sur vos arbres, car si vous vous contentiez de 
jetf^r sur le sol les parties retranchées, le champignon n'en c(ui- 
tinuerait pas moins sa végétation pour ré|)andre tout de même 
ses sporules reproductrices. Ce serait en résumé arracher une 



LE l'KTllOLi: DANS LA l'IUJVJNCE DE QUÉBEC 19 

]')laiite nuisible et en répandre en mC'ine temps la semence pour 
la voir reparaître l'année suivante. 

En résimé voici donc ce iju'il faut faire pour vous mettre 
à l'abri de cet ennemi. 

1° Du moment (|ue vous remarquez des nodules noirs sur 
vos arbres, armez-vous du coutelas et faites les disparaître 
aussitôt, en jetant au feu toutes les parties retranchées. Cette 
opération peut se faire en tout teuips, mais avec plus d'avantage 
au printemps et dans le cours de l'été, par ce que vos arbres 
pourront se guérir aussitôt de leurs blessures. 

2° Voyez si près des clôtures, sur les bords des chemins 
dans votre voisinage, il n'y a pas de chétifs cerisiers attaqués 
des nodules noirs, exterminez les sans pitié, afin de ne pas garder 
près de vous un foyer de pestilence. 

Si, de toutes parts, on faisait une guerre active à cet enne- 
mi, nul doute que bientôt on le verrait disparaître, ou du moins on 
le verrait si peu abondant qu'il ne pourrait nuire sérieusement. 



LE PETROLE DANS LA PROVINCE DE QUEBEC 



Les journaux nous ont entretenus dernièrement de travaux 
considérables qu'on pratiquait actuellement à St-Grégoire, comté 
de Nicolet, dans le but d'en extraire du pétrole. On creuse un 
puits qui mesure déjà 600 pieds de profondeur; il s'en dégage 
du gaz en abondance ; et là-dessus on escompte de suite les pro- 
fits, les fortunes que l'on va réaliser des tlots de pétrole qui 
vont bientôt jaillir à la place du gaz. 

Nous craignons fort que le pétrole de St-Grégoire ne s'évade 
en vapeurs insaisissables comme le charbon de l'île d'Orléans, 
celui d'Yaniaska, etc., et qu'il n'y ait plus d'une déception à son 
sujet. 



20 LE NATURALISTE CANADIEN 

Nous sommes iin ])('u réfractaire à l'entliousiasmc, et nous 
nous laissons difficilement émouvoir sans pouvoir nous a])}jiiyer 
sur une base solide. Nous avons été assez mal mené, en cer- 
tains quartiers, pour n'avoir pas voulu partager, il y a quelques 
années, les idées de CL-rtains prôneurs de merveilles du même 
genre; cejieudant nous ne voyons pas encore aujourd'hui de 
motif raisonnable de moilifîer nos opinions. Que disaient ces 
bâtisseurs de châteaux en Espagne ? (^ue notre province était 
éminemment propre à la culture de la vigne, que dans quelques 
années, on jiourrait fermer la porte à l'introduction des* \ ins 
étrangers ; qu'avec le négondo (érable à Giguère) on allait 
bientôt exporter du sucre, au lieu d'en importer ; qu'enfin, avec 
le noyer noir, chaque propriétaire de terre pouvait, dans quelques 
arpents seulement, laisser une fortune à ses enfants. 

Où en sommes-nous aujourd'hui avec.toiites ces merveilles ? 
Les vendeurs de plants de vigne, de graines de négondo et de 
noix ont pu y faire quelque profit, mais les acheteurs, où en 
sont-ils avec leurs frais ? Qu'on aille le demander aux Mes- 
sieurs du Séminaire de (^hiébec, qui, avec une foi douteuse, ont 
voulu faire une ex] érieuce sérieuse de la culture de la vigne. 
Ils avaient tous les avantages à leur disposition sur une de 
leurs fermes de St- Joachim, terre légère et sablonneuse, foite- 
ment engraissée, exposition au midi avec protection au nord par 
les collines qui bordent leurs propriétés, choix des plants les 
plus rustiques et les plus précoces, et, ajoutez à tout cela, les 
services d'un viticulteur français bien au fait de tous les jiro- 
cédés de cette culture. Et, à la iin, quel eu a été le succès ? — 
Si nous voulions continuer cette culture pour eu avoir du vin, 
nous disait l'un de ces messieurs, ce vin ne nous coûterait pas 
moins de $5 à $6 la bouteille ! 

Dira-t-on ([u'il faut se borner à produire du raisin pour la 
table ? Ce sera encore le même raécomjjte ; car d'où provient 
l'échec ? Uniquement de ce que nous n'avons pas, dans notre 
climat, la somme de degrés de chaleur suffisante pour la matu- 
ration du raisin. On ne pourrait pas même compter sur un ren- 



LE PÉTROLE DANS LA PEOVikcE DE QUEBEC 21 

dement passable à toutes les trois ou quatre récoltes. Ce ne 
seraient toujours que quelques giappes sur le cep, et souvent 
quelques grains seulement dans la grappe, qui parvieudraicnt à 
une maturité souvent encore incomplète. 

Voilà sur quoi nous appuyions notre incrédulité, car nous 
avions assez compulsé d'auteurs et fait aussi des expériences 
d'acclimatation -assez nombreuses pour pouvoir baser notre 
jugement à cet égard. 

Et le uégondo, et le noyer noir, et le pétrole viendront 
aussi à leur tour apporter la même déception aux enthousiastes 
trop crédules. 

Car pour ce dernier, c'est encore à la science que nous 
irons demander des renseignements. Or, que nous dit à cet 
égard la géologie ? 

On sait que parmi les différentes couches de terrains qui 
se soni accumulées pour former le sol que nous foulons de nos 
pieds, il en est une très ancienne qu'on nomme le terrain car- 
bonifère, par ce que ce terrain, qui portait une végétation d'une 
richesse dont on ne voit plus û'exemples, enseveli par d'autres 
couches qui, par suite de cataclymes, sont venues le couvrir 
plus tard, fournit, dans ces détritus végétaux, ces riches mines 
de charbon qui se montrent si abondantes en certains pays, 
comme l'Angleterre, la Pensylvanie, la Nouvelle- Kcosse, etc., 
et avec le charbon presque toujours aussi le j^étrole qui est im- 
proprement appelé huile minérale, puisque dû à ces végétaux 
ensevelis sous terre, ce n'est à pro[)rement parler (qu'une huile 
végétale. 

Or le terrain carbonifère se trouve-t-il dans la province de 
Québec ? Demandez-le aux géologues, ils vous répondront que 
non, 1 ar ce (pie, à l'époque où la terre produisait cette riche 
végétation mentionnée plus haut, le sol de notre province était 
déjà hautement émergé des eaux, et ne présentait à l'air qu'une 
surface [ùerreuse incapable, en général, de porter des végétaux. 
Ausbi ce n'est qu'après des miiliev.s, ou peul-êlre miuux des 



22 LE NATURALISTE CANADIEN 

millions d'aniu'es!, que la surface pierreuse de notre province^ 
décomposée et usée par les agents atmosphériques, a pu former 
un sol capable de porter des plantes. Voila pourquoi les terrains 
secondaires, comme le triassique, le jurassique, le crétacé, etc., 
inan(j lient dans la sérii de nos couches géologiques. 

Sans doute qu'il en était alors comme il en est encore de 
nos jours, les surfaces pierreuses ne se rencontrent nnlle part, 
d'une certaine étendue, sans porter en certains endroits des ca- 
vités ou dépressions pou\ant nonriir des végétaux. Et voila ce 
qui explique ces tiaees de charbon et de pétrole comme on en 
a trouvé à l'île d'Orléans, dans le rocher de Québec, etc., mais 
il est tout probable qu'on ne les rencontrera nulle part assez 
abondantes pour pouvoir être exploitées avec profit. 

Nous ne voudrions pas toutefois condamner de suite ceux 
qui se livrent à ces expériences pour s'assurer par eux-mêmes 
s'il n'y aurait pas là quelque source de profits à réaliser. 

On sait que le pétrole se trouve en général avant le char- 
bon. Car bien que provenant l'un et l'autre de végétaux en 
décomposition, le pétrole se moutre d'ordinaire avant que ces 
végétaux soient complètement carbonisés, comme on les retrouve 
dans les mines de charbon de quelque étendue. Il peut se faire 
aussi que, ([uoique un peu distantes des terrains carbonifères, ou 
puisse trouver des sources de pétrole qui, sans être très abon- 
dantes, pourraient cependant encore être exploitées avec jji'ofit. 
j\Jais nous conseillerons à ceux qui tentent ces expériences de 
n'y procéder qu'avec mesure, pour ne pas s'exposer à des pertes 
trop considérables. 

NOUVELLES PUBLICATIONS sur L'HISTOIRE NATURELLE. 



Entomologica Americana. — Publication mensuelle de 
20 pages in-8 par livraison, sur l'entonîologie en général. Ce 
journal est i)ublié à Brooklyn, N. Y, par un comité de collabora- 



NOUVELLES PUBLICATIONS 23 

tenrs spécialistes en entomologie. Il fait suite an Bulletin of 
the Brooklyn Entomological Society et au P(ii>ilio qui était 
l'organe du JS^eiv-York Entoviologiral Club. Les éditeurs des 
deux publications se sont entendus pour remplacer les deU'X par 
une seule qui serait de plus grande valeur par le concours de 
collaborateurs plus nombreux. Le premier numéro })ortait la 
date d'avril 1885. Le prix de l'alionnement est de $2 par 
année. S'adresser à M. J. B. Smilli, 290, 3rd Ave, Brooklyn, 
N. Y. 

Cette publication est des plus intéressantes pour tous ceux 
qui s'occupent d'entomologie. 

Bandoyn Notes on Natural History. — Cette publica- 
tion, éditée à Providence, R. I. par AIM. Soutliwick et Junks 
répond parfaitement à son titre. Taxidermie, ornithologie, ento- 
mologie, malacologie etc., on y tr.iite de toute ce qui peut inté- 
resser un observateur de la nature. Elle est particulièrement 
destinée aux amateurs collectionneurs, par les nouvelles qu'elle 
donne sur tout ce qui se rattache au progrès des sciences natu- 
relles. Ne contenant que 10 ]>ages, grand in-8 à deux colonnes, 
par mois, elle ne peut entreprendre d'études méihodiques - ien 
étendues, cependant on y poursuit une liste des moHu.sques du 
Rhode-Island des plus intéressantes. Le jnix d'abonnement est 
seulement de 50 cts par année. Elle poursuit uctuulkunent 
son deuxième volume. 

Tidings from Nature. — Est une pnbliciition n)ensuelle de 
12 pages in-8, éditée à Rutland, Vermont, ])ar Ai, H. M. 
Downs, et dont le prix est seulement de 25 cts par année. 
Cette publication est particulièrement destinée aux jeunes na- 
turalistes. Elle donne une attenliDii toute jjariicnliere aux 
échanges que les collectionneurs [)euvent faiie entre eux, en 
outre des nouvelles scientifi pies qui peuvent les intéresser. 
Chaque livraison contient une sérii^ de questions sur l'histoire 
naturelle, pour la solution desquelles on offre des primes. Ces 
primes consistent ordinairement en spécimens ou matériel [our 



24 LE NATURALISTE CANADHîN 

l'étude de l'histoire naturelle de peu de valeur, mais les ques- 
tions sont aussi, le plus souvent, des plus siujples. 

The Katuralist in Florida. — Est une grande feuille men- 
suelle, dans la forme des gazettes ordinaires, ]nibliée à St-Au- 
guslin, Floride, ]iar M. C. J. Maynard, qui est déjà connu 
parmi les naturalistes comme ornithologiste. Le prix d'abonne- 
ment est de 50 cts. par année, et sur réception du prix, on en- 
voie au souscripteur une curiositée naturelle de Floride : co- 
quille, crustacé, corail, é])Ouge etc. Cette feuille est largement 
illustrée et donne une foule de renseignements sur les richesses 
naturelles de la Floride. Il est regrettable qu'on ne lui ait pas 
donné de suite une forme plus convenable pour sa conservation. 

Elle n'eu est encore qu'à sou sixième numéro. 



puBLiCATiOiX re(;i;e 



ISTos romcrcînients à qui de droit pour l'envoi du Fifteenth 
Anmuil Report of the Entomological Society of Ontario. Ce rap- 
port, de 77 pages in-8, avec nombreuses gravures, renferme une 
foule de renseignements des plus utiles sur nos insectes nuisibles. 
Le gouvernement de notre sœur Province alloue libéralement 
$1000 par année à cette Société, pour poar.-^uivre ses études des 
insectes, en outre de ce qu'il accorde au Canadian Entomologist. 
LoJ's de la dernière session du Congrès à Washington, lorsqu'il 
s'est agi de voter lallocation ordinaiie à la Counnlsbion Entomo- 
logique, un certain membre ne craignit pas d'avancer ce qui 
suit: " Nous paj^ons $20,000 par an ù la Commission Entomolo- 
gique, je n'hésite pas ù dire que quand bien même nous paj^erions 
$5,000,000, ce se; ait encore un bon n)arcbé, car cette Commi.-sion 
nous sauve plus de $10,000,000, par an, par les connaissances 
qu'elle donne sur les insectes qui ravagent nos cultures." On 
peut voir par ces faits, qu'à l'étranger, on ne pèse pas les connais- 
sances entom(dugi(]^ues dans la même balance que celle dont se 
servent nos législateurs. On nous nuireliande ici un $400, jugeant 
que c est une dépense iiiulili', comme on Ta [)ioclamé en plein 
parlement. 



LE 





rS^-'c^K^ ■^^'c^^'Sf 'r^"^--'.:;i^f 



Vol. XV. Cap Rouge, Q., AOUT, 1885 No. 2 



Ktdacleur: ,M. l'Abbj FROVANCULR. 



^p° iVos lecteurs voudront bien remarquer qu'en offrant 
comme prime aux souscripteurs qui payent leur abonnement 
d'avance, un volume des années précédentes au prix de $1, 
nous n'entendons pas réduire à ce prix, comvie quelques-uns 
l'ont cfu, tous les volumes des années écoulées. Ils ne pour- 
ront avoir di oit à un autre volume à ce prix, que l'année 
prochaine, en payant encore leur abonnement d'avance. 



Ou a dû observer que nous employons un papier de qua- 
lité supérieure, égal au moins à celui des autres publications 
du même genre ; peut-être reposons-nous trop de confiance dans 
la bonne disposition de nos futurs abonnés ; l'avenir nous le 
dira. Ce papier, avec nos gravures, peut faire preuve que les 
améliorations ne se feront pas attendre de notre part, du moment 
qu'on nous permettra d'en réaliser quelques unes. 



CONSHRViiZ VOS NUMIiKOS 



Les feuillets du Nata)-(dist(' sont destinés à former des 
volumes ; ne permettez pas que l'épicier ou la cuisinière s'eii 
empare jiour couvrir leui's épiées ou ompuqucfiM' leurs poudies, 
■i— Août 1 i^r». 



26 LE XANUKAUSTK CANADIEN 

mais conservez-les soigneii sèment ; mettez les numéros à In suite 
les uns des autres k mesure qu'ils vous arrivent, et à la fin île 
chaque année, vous en formerez un joli volume qui ira pvemire 
place dans les rayons de votre bihliothèciue. En ajoutant les 
années aux années, vous formerez une série (|ui doublera de 
valeur à mesure qu'elle; s'augmentera davuntage. Déjà les 
premiers volumes du Katuralide sont ] rises des biblio] hiles, 
et ne peuvent .s'obtenir que par occasion et en payant le double 
du ])i'ix d'abonnement. U Entomological Society of Phila- 
cZeZ^^/iia a connncncé à publier ses Proceedings vu 18(32. Elle 
en publia six jusqu'en 1807, au prix de So |iar année. Va\ 1867 
elle continua la série en changeant le nom de Proceedings en 
celui de Transactions, dont elle ])0ursuit actuellement le Xle 
volume, au même prix de 13 par année. Or, actuellement, les 6 
volumes des Proceedings valent $45, et le premier, k lui seul, 
S' 5, Les six volumes (les Proccec?i7?^s avec les six premiers 
des Transactions valent $76. Ceux (pii ont laissé leurs cuisi- 
nières s'emparer de ces feuillets pour envelo] per la crème de 
tartre ou la canelle, doivent trouver aujourd'hui que la conser- 
vation de ces épices leur a coûté un peu chei'. Si donc vous 
ne voulez pas avoir le mêuie regret ]ilus tard, jtrenez plus 
de soin de vos numéros, conservez les avec i»lus d'attention, et 
à la fin de cluKjue année, fiâtes les relier en beaux vohuues. 

D'après les dernièrt^s dispo^^itions ijue nous avons adoptées, 
ce sont deux volumes dont la ijublication maielK^ de front ; l'in- 
téiêt reste loujouis le même, car si à la fin de l'aimée le vo- 
lume n'est pas com}ilet, vous en aurez deux au bout de deux 
années. 



L'KTUDM DKS SCilNCES 



iNo'.;s entendons souvent (,ualitier notre tenq)s de siècle 
des lumières, siècle des découvertes. 



lï:ti:de des pcikncfs 27 

Si nous jetons, en eff'et, un re^ir.l attentif autour de nous> 
nrus ne voyons de tout côté que merveilles ëtoniiantes enfan- 
tées par le génie de l'homme. La pensée humaine se transporte 
d'un hoiitdu monde à l'autre aussi instantanément que l'éclair; 
l'espace a presque disparu pour le déplacement d'un lieu à un 
autre ; les hommes conversent d'un pays à un anti'e, comme des 
amis réunis dans un salon ; des continents sont ti'uués par la pelle 
et coupés par la mer; des tleuves sont couverts ou dét<nirnés de 
leur cours; la force motrice ne connaît [.resque [-lus de bornes; 
une étincelle fait sauter des montagnes dans les au's, ou jaillir des 
ro.;hers du fond des eaux! Il n'y a pas jusqu'aux rebuts et aux 
déchets mêmes des objets à notre usage, qu'on ne soit parvenu 
à utiliser et à convertir i)arfois en sources de bénéfices consi- 
dérables! 

Oui ! notre s'ècle a vu des découvertes merveilleuses ; et on 
se demande souvent ce qui pouria arriver à l'avenir pour nous 
surprendre. 

Mais est-ce bien à notre siècle que toutes ces merveilles 
sont dues ? Sommes-nous réellement les auteurs de ces éton- 
nantes découvertes ? 

Une étude attentive de la marche des idées dans les temps 
qui nous ont précédés, de l'esprit qui anime aujourd'hui les so- 
ciétés, du culte (jue l'on rend de toutes parts à la matière, nous 
convaincra que nous ne faisons que cueillir les fruits des se- 
mences que nos prédécesseurs ont jetées en terre; que nous ne 
faisons que lajiplication de jirincipes par eux découverts ;;^et 
qu'à voir les nouvelles bases qu'on veut substituer aux ancien- 
nes pour le soutien des sociétés, il y a tout lieu de croire que la 
moisson de découvertes que nous faisons aujourd'hui sera bien 
l)lus anqde que celle que nous permettrons de faire à ceux qui 
viendront après nous. Kt la raison, suivant nous, en est bien 
sim;;le. Pour se diriger sirrement dans un lieu obscur, il faut dtî 
la lumière; or de nos jours on répudie la véritaMe lumière, le 
flanilteau (pii ]ieut seul dissiper les ténèiirrs du mondi' di; l'in- 
eonriri. 



28 I.K NATiriiALISTF. CANAIUFN 

Non seiik'imut on ]\o. voi t ] as fiiiie homnifige fin Civateur 
de ces jxMfi'ctionnc unir.s infinis !Hix(|1R'1s on sonuutla niaîièic ; 
non seulement on ne vent i as reconnaître connnc ûnfinées tie 
sa sagesse ces lois sur les uelles nous basoes nos étiules, |>o .r 
aller iilus loin dans (ieUe leelierche dn mieux ^ mais on se refuse 
mr-me à reronnaîire son intervention, on lui dispute l'exisKince. 
Ce n'est j.as senlenienl du gonveinenient des soc'étés qu'on 
veut écarter Dieu, on veut niême«4e chasser de la nature. Et 
sans Cette boussole, (ù lrouv(-r un ] oit sûr sur la merdes incer- 
titudes, des contradictions, des illusions qui agitent notie eSj rit ? 
Où trouver à se fixer dans ces courants contraires <]ui nous 
poussent ou nous attirent ? 

On peut ranger en deux catégories di-tinctes ceux qui 
veulent ainsi poursuivre; le progrès, après avoii' répudié les en- 
seignements lie la foi chrétienne. 1 es uns, comme les libres- 
penseurs français, se sont déchirés les vérital»!es ennemis de 
cette foi, et veulent la faire dispnraître. Ses r.dhérents, ses adejitos, 
ses ministres sont proscrits, ou ne veut pas même que le nom de 
Dieu paraisse dans les livres. Bien plus, il faut faire en sorte 
que la jeunesse, qui formera la société nouvelle, ignore même 
jusqu'à son existence : à bus les croix ! au feu les crucifix ! 
proscrit soit tout emblème quelconque de religion ! 

Les autres, comme les partisans du libre arbitre, anglais 
et américains, poursuivent leurs recherches sans s'occuper de la 
révéhation, sans tenir compte de ses prescriptions. Ils pro- 
clament leurs prétendues lois nouvellement inventées, sans se 
mettre en peine de leur contradiction avec la vérité révélée, 
comme s'il ne se doutaient pas même qu'elle [iût exister. 
Aussi, si le motif est un peii différent des premiers, le résultat 
est à peu jirèslemême ; après avoir fermé les yeux à la lumière, 
ils aboutissent à l'absurde; témoins: la génération spontaiié(i, 
l'évolution infinie des êtres, l'éternité dé la matière, etc. 

Et voila pourquoi nous reposons si peu de foi dans les 
prétendues découvertes de nos jours, pour le mieux futur de 



lliiimanité, à moins, toutefois, (|u'iiii cataclysme quelconque 
vieinie foudroyer ces impies orgueilleux, et rasseoir les sociétés 
sur leurs vériiables bases. Alors la pure lumière brilleia 
de nouveau tlaiis li' cabinet de riiomme d'étude, dans la 
cellule du nKjine soustraite aux distractions du dehors, et 
leur permettra de voir ce qu'on n'avait pu encore reconnaître. 
Alors le progrès pourra reprendre sa marche et nuirquer ses 
étai'cs [)ar de nouvelles cou juêtes ! 

Mais quelles sont les plus étonnantes découvertes réputées 
dues à la science de nos jours ? I^a vapeur, la poudre à canon, 
le télescope, le m croscope, le télégraphe, les ponts suspendus, 
le téléphone etc ? Or toutes ch^ merveilles ne sont que des 
appl'cations de décoii vertes faites des siècles auparavant. Et 
si nous avons dit plus haut que de la cellule du moine retiré 
du monde, pourra surgir de nouvelles découvertes, c'est que, 
comme on va le voir, c'est de cette obscure cellule que sont 
sorties la plupart des merveilles dont nous nous enorgueillis- 
sons faussement de nos jours. Oui ! ce sont ces " fainéants im- 
" jiroductifs, ces parasites dangereux, ridicules débris des siècles 
de su|)erstition et d'ignorance," qui sont les pères véritables du 
progrès des temps modernes. Si la société, à l'heure présente, 
semble vouloir oublier tout le reste, pour ne s'occuper que des 
sciences, de leurs perfectionnements, de leur application, elle ne 
doit pas per Ire de vue, que ce sont les moines qui lui ont frayé 
la marche dans cette nouvelle voie ; les premiers, ils se sont livrés 
à l'observation des } hénomènes de la nature, pour en déduire les 
princi[)es et les lois qui ont guidé ceux (jui sont venus après eux. 
U'où l'on peut conclure, que le catholicisme, loin d'être l'ennemi 
irrévocable djs lumières, en est, tout au contraire, le véritable 
foyer. 

Dès les premiers siècles de l'église, pour ainsi dire, les 
sciences philosojliiques et morales surent s'afï'ranchir du " joug 
de la sagesse payenne," pour s'élever rapidement jusqu'aux 
plus haut sommets, tandis que les sciences naturelles et phy- 



30 LK NATUUAI.IhTK (JAXAHIKN 

siqne?, an contriiive, deineurèrciit stationiiaires, et jusqu'aux 
Xille siècle, ne vécurent que des débris du savoir aiiti(iue. 
Sans méthode, sans observations le plus souvent, on s'en rap- 
portait à l'autorité des anciens jhilosophes de la (îrèce et de 
Rome, et surtout d'Aristotc, ])0ur proclamer parfois des erreurs 
qui étaient accei)t»''es parcequ'elles avaient été trop souvent ré- 
pétées, et qu'on ne s'était jamais mis en peine de contrôler ou de 
vérifier. 

Mais voici qu'au XIII siècl'^ paît de la. cellule d'un obscur 
moine franciscain, Roger Bacon (1), des oracles qui étonnent le 
monde savant d'aioi's, et (pii vont taire l'admiration des siècles à 
suivre, en proclamant des lois jusque là inconnues, et surtout, 
en ouvrant la voie à la méthode expérimentale, moyen de 
pénétrer plus sûrement dans le domaine de l'inconnu. Ses 
études mirent ce moine si avant sur son siècle, que ses décou- 
vertes lui attirèrent de sévères per.'^écutions, les autorités du 
temps en rappoitant la cause à la magie. Ce fut, en effet, la 
science universelle qu'embrassa le savant moine ; et pres(jue dans 
chaque branche, il tit faire à la science un pas immense, jetant 
les bases des perfectionnements qui nous émerveillent aujour- 
d'hui ; aussi la postérité lui donua-t-elle avec raison le titre de : 
Docteur admirable. 

Les verres grossissants, la décomposition de la lumière, le 
spectre coloré, les niachines à vapeur, la poudre à canon, les 
chemins de fer, les appareils aérostatiques, le levier à roue, les 
cloches de plongeur, les jionts suspendus en fil de fer etc., toutes 
ces découvertes ont été indiquées ]iar le savant moine et r 'p- 
portées à U véritable b.ise ({ui pouvait leur servir d'appui. 

(1) Roger Bacon, moine anglais, naquit à Ilchcster en 1214, et mourut 
en 1294. 11 étudia à Oxford et à Paris, et se livra à l'étude de toutes le.s 
eciences connues de son temps, et acquit biontôi une instruction l'upé- 
rleure à son sièc'e. Accusé de sorcellerie, il fut mis en prison et y de- 
meura jusqu'à l'avènement de Clément IV. Il recouvra alors sa liberté ; 
mais persécuté de nouveau à la mort de ce pape, il fut encore enfermé 
pendant 10 ans au couvent ties franciscains de Paris. Il mourut peu de 
enips après avoir été mis en lllijrté. — Biographie UnircraeUe. 



L'nl'UDE I)K8 SCIKNCKS ol 

" On ])ent, dit Bacon, construire nn système de verres 
tran.'^parents (|ni lapyiroclient de IVfil les objets éloignés ou eu 
écartent les objets voi.'^ins. On ])eut par des moyens analogues, 
grossir, ia[)etisser ou renv^erser les formes des corps. " (1) 

Xe voila-t-il \>iis là toutes les merveilles de la lentille con- 
vexe dévoilées ! Ce monde des infiniment petits, ignoré justiiic 
là, est mis aujourd'luii à la portée de tout le monde avec le mi- 
croscope. Au sein de cet océan sans rivages où vogueîit les so- 
leils, l'astronome, armé du téleSv^ope, pourra y ])énétrer, il sui- 
viu la course de ces mondes, mesurera leurs distances, pèsera 
mêiiie la masse de leur substance, et calculera leurs révolutions, 
en s'étonnant de cette harmonie immense ([ui les suborne les 
nus aux autres ! " A l'aide d'instruments, dit Bacon, nous ob- 
servons les choses du ciel. Ce que je rapporte est certain, je l'ai 
vu à l'aide d'instruments (2). " Eien de suprenant après cela 
s'il signale les points vulnérables du système de Ptolémée, s'il 
enseigne, contrairement à Aristote, que les étoiles ont une lu- 
mière qui leur est jiropre ; s'il explique le phénomène des 
étoiles iilaiites ; s'il proclame que le flux et le reflux de la mer 
sont dus à l'attraction de la lune sur l'élément liquide. (3) 

Entendons encore le même savant explicpier la formation 
de l'arc-en-ciel, par la décomposition de la lumière réfléchie 
dans un corps dia})hane, donner la théorie des miroirs ardents, 
parler du gaz d'éclairage, qu'il aj)pelle " un feu produit par la 
distillation d'un corps orgaui(iue, qu'on peut emprisonner dans 
un vase," émettre la théorie de la chaleur centrale du globe, et 
donner la foimule de la poudre à canon. " Il faut prendre, dit-il, 
du salpêtre, du souffre et un autre ingi'édient (le charbon) qu'il 
ne désigne que sous un anagramme pour ne pas mettre à la 
portée de la foule un moyen de destruction dont il entrevoit 
déjà les résultats formidables. Avec ces substances on peut 

(1) B icio.i. X)j: sscrells operibus «r//.v, cap. l, 8. 

(2) Bacon. Opus majua, p. 79. 
('^) Opit-i tcrtinm, niau. toi. G. 



32 LE N.VTUUALliTE CAxNADlLN 

composer tirtificielleineiit un feu susceptible d'être lancé à toute 
distance. On peut aussi parfaitement imiter la lumière de 
l'ëclair et le bruit de la foudre. Il suffit d'employer une petite 
quantité de celte matière })our produire beaucoup de lumière 
accompagnée d'un horrible fracas : ce moyen permettrait de dé- 
truire une ville ou une armée. "(1) 

"On peut, dit-il encore, construire des machines projres à 
faire marcher les plus vastes navires plus rapidement que s'ils 
étaient remplis de rameurs. Onjjcut faire des chars qui, sans le 
secours d'aucun attelage, courront avec une vitesse incioyable. 
On peut créer un appareil au moyen duquel un homme assis, 
en faisant mouvoir avec un levier certaines ailes artificielles, 
voyagerait dans l'air comme un oiseau. Un instriinient long de 
trois doigts et d'une égale largeur, suffirait pour soulever des 

poids énormes au moyen d'un autre instrument une seule 

main pourrait attirer à soi des poids consid( râbles. On peut 
imaginer aussi des appareils pour cheminer sans péril au fond 

de la mer et des fleuves On peut encore inventer beaucoup 

d'autres choses, conmie des ponts qui traversent les fleuves les 
plus larges sans piles ni appuis intermédiares."(2) 

N'est-il pas tout-à-fait étonnant que ces choses aient été 
écrites il y a plus de six siècles, et ne serait-on pas porté à croire 
qu'elles datent plutôt de quelques dizaines d'années seuleujent ? 

Et pendant que les fidèles enfants de l'Eglise dévoilaient 
ainsi les mystérieux secrets de la science, voyons ce que fai- 
saient ceux qui avaient soulevé son joug ou qui feignaient d'en 
ignorer les dogmes. Trivés de la véritable boussole, les investi- 
gations les conduisaient à l'absurde. C'était alors que l'alchimie 
faisait fureur. On prétendait qu'au moyen de certaines combi- 
naisons, ou pouvait changer eu or les métaux même les plus 
vils. 

Voici comment le même savant moine répond a leurs 

(1) De secreiis operibus urtis et naiurœ. 

(2) Ibid., cap. 1.8. 



L'fcTUDE DES SCIENCES 33 

théories qui traiiâpovtèrent et égaivrent taut d'intelligences au 
moyeu âge. Vouloir faire de l'argent avec du plomb ou de l'or 
avec du cuivre, c'est aussi abrsurde que de prétendre créer 
quelque chose de rieu." 

Mais de même que pour faire un civet il faut avant tout 
avoir un lièvre, de même aussi pour marcher à de nouvelles 
découvertes, il faut eu poser les bases. 

Sans doute que l'application des principes scientifiques 
jjour la poursuite du progrès est un noble but, et ses résultats 
sont des plus utiles ; mais la recherche de ces principes, en 
d'autres termes, l'étude de la science pure, a un motif encore 
bien plus sublime, conduit à des résultats encore plus profi- 
tables, puisqu'elle met sur la voie de nouvelles découvertes. Et 
c'est précisément parce que de nos jours nous négligeons la 
science pure, pour ne viser qu'aux applications, que nous 
sommes porté à croire que nous recueillons plus de fruits des 
études de nos pu-édécesseurs, que nous permettrons à nos sui- 
vants d'en moissonner. 

On l'a écrit bien des fois, toute connaissance nouvelle, toute 
victoire sur l'inconnu, est un capital au profit de la société dont 
elle retirera tôt ou tard les intérêts. Et quel plus noble but que 
celui de poursuivre des études pour la science même ? Tandis 
que l'utilitaire ne cherche que les perfectionnements de la ma- 
tière, le savant, lui, cherche un peu plus de lumière, pour ad- 
mirer davantage le beau idéal ou dans la nature. 

Et que nous importe à nous d'être qualifiés de rêveurs 
imaginaires, de chasseurs de mouches, etc., si nous trouvons en 
cela à satisfaire davantage cette soif que nous sentons tous de 
vouloir savoir davantage ? si, dans l'observation des phénomènes 
de la nature, nous trouvons un aliment à ce moulin de notre in- 
telligence qui ne perd son activité que chez les esprits incultes 
ou les idiots. Eavalerait-on le mérite de nos poursuites aux 
quelques deniers qu'elles pourraient rapporter ? Non ; c'est dans 
son intensité que notre admirdtion pour le beau idéal ou dans 



34 LE NAÏUltALIbTE CANADIKN 

la nature trouve sou exin'essioii, et l'essor même, de cette admi- 
ration constitue notre récompense. 

Si les deniers qu'on en peut retirer dcvenaiiMit la mesure 
unique de nos actions, •[ue ne dirait-on pas du chasseur d'allouettes 
qui s'épuise sur les vases des grèves pour quelques chétives 
pièces, ou du pêcheur de truite qui se fait rôtir au soleil duraut 
des heures pour des i)rises dout il n'obtiendrait pas même six 
sous sur nos m i reliés ? Cepeudant ([ue de nobles intelligences 
n'ont pas séduites les [)laisirs de la chasse et de la pêche ! 

Mais autant res[)riL l'emporte sur la matière, autant l'é- 
tude de la science pure l'emporte sur les jouissances matérielles, 
et l'argent, jiour le savant, pour l'homme d'étude, n'a pour ainsi 
dire de valeur qu'autant qu'il peut lui fournir les moyens de 
poursuivre ses recherches. Et nous l'avons énoncé plusieurs 
fois, aucune science n'est plus propre à attacher à l'étude que 
l'histoire naturelle, parce que sa ])oursuite est tout à la fois 
tliéori([ue et pratique. Le naturaliste goûte eu même temps 
et les jouissances de la pêche et de la chasse dans la pour- 
suite des spécimens pour ses collections, et de l'admiration du 
beau idéal et naturel dans les formes, la richesse des téguments, 
les aptitudes, les mœurs des êtres dont il fait l'objet de ses obser- 
vations. 

La science de la nature ne s'acquiert que par l'observation 
et l'étude, et vous chercheriez eu vain pour trouver un natura- 
liste de c[Uelque capacité qui n'ait pas été en même temps un 
homme d'étude. 



UNK visrn: aux glacieks dks alpks 



L'un de nos amis de France, grand amateur d'histoire na- 
turelle, appliqué surtout à l'étude de la géologie, ayant été 
passer quelques semaines, l'an dernier, aux eaux de St-Gervais, 



UNE VISITE AUX GLACII'IiS DES ALl'ES oO 

dans la Haute-Savoie, aux jiieds des Alpes, a bien voulu nous 
passer le coiupte-reiidu d'une visite qu'il fit alors aux glaeiers 
du voisinage. Nos lecteurs, nous en avons la conviction, ne li- 
ront pas ces simples détails sans quelque intérêt, bien que 
dépourvus de tout apprêt et reclierelie quelconque. L'auteur 
d'ailleurs (]ui n'est pas un p)ublicisti', était loin de croire que ces 
quelques lignes tracées sans soins seraient livrées à la pu- 
blicité. 

Août 7, 1884. Nous a\'ons ([uitté St-Gervais j/our nous 
rendre à Chamonix à 2 heures. J'ai laissé la voiture au village 
des Bossons, pour monter au glacier de ce nom, mon ami 
Morize, qui avait déjà visité ce glacier continuani directement 
la route jusqu'à Channjnix, et bien lui eu a pris, car le tour n'a 
pas été partout des plus agréables. 

Il était 3^ h., le temps était sombre et tout faisait craindre 
de l'orage pour le soir ; j'espérais cependant avoir le temps de 
terminer ma course avant la pluie. 

Je trouvai irn jeune garçon dans le village qui, pour un 
franc, prit l'engagement de me conduire au glacier. 

La montée d'abord assez douce, devint bientôt très rapide, 
et il nous fallut trois quarts d'iieuie pour atteindre une petite 
auberge placée à peu de distance du glacier. Là, on me pro- 
posa de descendre à une grotte ouveite sous la gbice. Quel- 
ques larges gouttes de pluie qui connuencaient à tomber 
auraient dû m'engager à presser ma marche et à ne pas accepter 
cette proposition, mais la curiosité l'emporta. Il nous fallut 
descendre une trentaine de mètres pour atteindre la grotte, qui 
peut avoir une cinquantaine de mètres de profondeui', et que 
l'on éclaire avec qnehjues bougies. Nous admirions l'effet mer- 
veilleux de la lumière sur la glace sans êtie encgre parvenus 
au fond, lorsqu'un formidable coup de tonnerre se fit entendre, 
et, grâce aux échos, nous avons cru, mon guide et moi, que 
le glacier tout entier s'écroulait et allait nous engloutir sous 
sa masse. Nous nous empressons en conséquence de sortir. 



36 LE NATURALISTE CANADIEN 

11 nous fiilliit eusuite gravir le long des parois du glacier, 
élevées en cet endroit d'une vingtaine de mètres, eu plaçant 
nos pieds dans des trous tenant lieu de marches. La pluie 
qui tombait alors par torrents rendait notre ascension de plus 
en ])lus difficile, et ce fut qu'avec beaucoup de peine que nous 
atteignîmes la surface du glacier. L'orage redoublait ; la pluie, 
le vent, les éclairs retardaient notre marche ; la glace polie deve- 
nait de i)lu3 en plus glissante ; enfin après une demi-heure 
qui nous parut longue comme quatre, nous pûmes gagner l'autre 
bord au moment où l'orage commençait à se calmer. Je fis 
entrer mon jeune guide, comme moi tout trempé, dans un chalet 
qui sert d'hôtellerie et je le fis se restaurer un peu, puis, comme 
le sentier qui de cet endroit conduit à Chamonix, est assez 
direct, je le congédiai et me remis seul en route. Il était près de 
cinq heures, et grâce à la pluie qui recommençait à tomber, la 
nuit semblait près d'arriver. 

J'admirai cependant en passant la belle cascade des Pèle- 
rins et celle du Dard placées à cinq minutes de marche 
l'une de l'autre. La chute de la première est de cinquante 
mètres, celle de la seconde de treize seulement. 

Je venais de quitter cette dernière cascade, lorsque je fis 
la rencontre d'une dame anglaise et de ses deux filles, qui se 
rendaient, sous la conduite d'une guide, comme moi, à Chamo- 
nix, et avec lesquelles j'achevai gaîment mon humide prome- 
nade. 

A 5^ h. j'arrivai à l'hôtel, très satisfait de mon excursion, 
quoique le mauvais temps ne m'eût pas permis d'étudier le gla- 
cier des Bossons autant que je me l'étais proposé. 

G. G. 



PKTITKS NOUVELLES 



Pi TITKS iVOUVFLLES. 



A vie dure. — Le 15 mars, l'an dernier, nous étions h 
Lourdes. En remontant le sentier taillé en serpentant dans le 
rocher, pour rejoindre la voie publique à l'Ouest de la Gi'otte 
nous remaî-quâmes plusieurs hélices qui rampaient su7' les parois 
du loc bordant ce sentier. C'étaient de l'espèce Helix nemoralls, à 
teinte jaune ou rose avec bandes spirales brunes. Nous en cueil- 
lîmes 4 ou 5 que nous mîmes dans une petite boîte dans notre 
malle. En pai-tant de Rome poui- l'Orient, nous hdssâmes la 
petite boîte dans une armoire à noti-e pension. Le 23 avril sui- 
vant nous étions à Emniaus, avec le K. P. Frédéric. Comme nous 
allions tous les jours foire de petites excursions dans la montagne 
en recherche de plantes, insectes etc., nous recueillîmes aussi 
quelques mollusques, entre autres les Helix Cœsareana et Enqnd. 
demis, et à notre retour à Rome, à la mi-mai, nous l'éunî mes nos 
captures d'Orient à celles de Lourdes, et rapportâmes le tout à 
notre demeure. Nous l'emarquâmes en ouvrant notre petite boîte 
en mai dernier, n'ayant pu nous occuper de ces captures avant 
cette époque, que la plupart de ces hélices avaient fei-mé l'ouver- 
tui'e de leurs coquilles d'une toile incrustée de carbonate de chaux 
comme elles le font d'ordipaire pour l'hivei-. Elles sont ]irobable- 
ment encore vivantes, nous dîmes-nous, car nous savions qu'on en 
avait ainsi gardé de vivantes durant plus de trois ans. En effet, 
les ayant arrosées d'eau tiède, elles se mirent à marcher, pleines 
de vie, quelques minutes après. Comme nous venions de rece- 
voir de France un lot de mollusques dont plusieurs étaient aussi 
vivante, Helix pomatias, Bulivms decollatus etc., nous mîmes les 
uns et les autres en liberté dans noti-e jardin. En moins d'une 
heure, ils étaient tous disjiarus, s'étant dis])ersés de divci-s côtés. 
Une dizaine de jours plus tard nous reti-ouvânies une hélice dans 
un pommier, et depuis lors, malgi'é toutes nos recherches, nous 
n'avons pu en trouver une seule. Xous nous attendons ;\ être plus 
heureux à l'automne, et de retrouvci- au moins quelques coquilles 
si les animaux ont péri. 



38 LE NATURALISTE CANADIEN 

Le Némate du Mélèse. — Les clienillcs du Xémate 
cVFjvichéon Niematus En'chsoni, Hartig, qui dévorent le feuillago 
de notre Mélèse ou Ejunette rouge, sont plus abondantes que 
jamais, cette année. De (Québec à Ottawa, sur la ligne du Paci- 
fique, on ne voit plus nulle part de verdure sur nos Mélèses. Un 
grand nombre de ces arbres vont sans doute périr par suite de ce 
dépouillement, qui s'ajoute, dans bien des cas, à celui des deux 
dernières années. Nous donnerons prochainement l'histoire de 
cet insecte. 

Chry?omèle de la pomme de-terre. Cet insecte s'est 
montré plus à bonne heure cette année que d ordinaire, et faisait 
appi'éhcnder sérieusement ses ravages ; mais comme on a, à pré- 
sent, appris à le combattre, et que d'ailleurs ses propres ennemis 
sont plus nombreux, ses dégâts, dans les environs de Québec, ne 
causeront pas de dommages sensibles. Le précieux tubercule de 
la réiolte nouvelle qui a déjà fait son apparition sur nos marchés 
promet d'être abondant et se montre ])artout de la plus belle 
venue. 

Cuscute. - Le *7 août nous trouvions à Bécancour et à Sle 
Angèle la Cuscute, Cuseufa Gronovli, Willd. en pleine floraison. 
Nous n'avons encore jamais rencontré cette plante dans les en- 
virons de Québec. Aux deux places, nous l'avons trouvée 
s'enroulant autour des tiges d'ortie et d'armoise. Le beau jaune- 
orange de ses tiges avec ses abondantes fleurs blanches, pi'odui- 
saient le plus bel effet lorsqu'elles s'entremêlaient aux feuilles de 
l'armoise, herbe-de-S. Jean. 

ERi[EU([s ij IU^TulRi1: natuiu:lle 

Monsieur le directeur-gérant de Y Etendard devrait im- 
poser ) our pénitence k son assitant, qui a sei'vi à ses lecteurs 
un galimatias te! (|uy ci'liii qui a })aru dans son édition du 10 
S'ptenibre, à propos de la Sarracénie, d'acheter de suite notre 
Flore Canadienne et de prendre un abonnement sans délai au 
JS'aturaliste. L'écrivain a parlé là de botanique à peu comme 
un aveugle pourrait le faire des couleurs. Il r; iig.', sans })lus 
de façon, une dicotylédone parmi le monocotylcdones, et lui 
prête un nom inconnu des botanistes: Cupripcdiuin melatus 



UN F.XTOMOLOCISTE D'ÉTAT 39 

ne se trouve mille yàvt dans nos anteurs. Mais non seulement 
il fait erreur (|uant au nom, il donne encore de la plnnte une 
description impossible. " Elle i)ro luit, dit-il, qui'lpus feuilles 
vertes et épaisses et entre les feuilles une es]ièce de cloche 
bombée au milieu, se rétrécissani à l'ouverture, ayant deux 
petites oreilles et présentant nn \ eu la foruie d'un petit ca)cJio)i. . . . 
Cette tleur ou cloche forme comme un petit Hacon de deux à 
trois pouces de haut, et d'un ponce à \\\\ ])ouce et demi de 
diamètre que l'on trouve généralement rempli d'eau." 

Ce n'est pas la fleur de la plante (pii foi'nie une es])èce de 
flacon qui se remplit d'eau, mais ce sont les fenilles mêmes, ou 
plutôt les pétioles des feuilles qni se renflent ainsi pour former 
ces espèces de godets. 11 est donc encore incorrect de dire que 
ceux-ci naissent entre les feuilles. On peut lire dans notre 
Flore, page 30, une description exacte de la ])lante en ques- 
tion, et en voir une feuille figurée dans notre Traité de Bota- 
nique, 2e édition, page 41. 

Nul homme ne peut tout savoir, mais quand on assnmc la 
tâche d'imruire les autres, il faut être bien sûr de ce que l'on 
avance. 

Nous avons vu avec plaisir la rectifioationf irt exacte qu'un 
" Tharmacien " a faite des erreurs (|ue nous signalons, dès le 
lendemain, dans Y Etendard. 

UN ENTOMOLOGISTE D'ETAT. 

C'est avec nn bien vif plaisir que nous avons ajijiris la 
nomination de ]\I. James Fletcher, employé de la bil)liothèque 
du parlement à Ottawa, au poste d'Entomologiste ]iour le J)omi- 
nion. Ce n'est là encore qu'une ébauche, un essai, car cette 
position qui exigerait le travail continu de; plusieurs savants, 
est dévolue à un employé qui est encore astieint à sa besogne 
ordinaire. Le gouvernement, nous en avons l'espoir, en face des 
heureux résultats que va produiie cette mesure, ne manquera 



40 LE NATURALISTE CANADIEN 

yas d'iiUouev des lionoraires suffisants à M. Fletcher, pour lui 
permettre de consacrer tout son temps à cet important travail. 

Disons aussi qu'on ne pouvait faire un choix plus heureux 
}i0ur ce ])0ste, qu'en prenant M. Fletcher, dont les connaissances 
en histoire naturelle sont très étendues, et qui, depuis plusieurs 
années, s'est fait une spécialité de l'élude des insectes utiles et 
nuisibles. Ajoutons que l'urbanité et les manières arables de ce 
monsieur rendent fort agréables les rapports qu'on peut avoir 
avec Itii. 

Le gouvernement fédéral a fait tout dernièrement l'adjui- 
sition d'une collection d'insectes, particulièrement riche en lépi- 
doptères, du Capitaine Geddes, de Toronto, et M, Fletcher est 
chargé de veiller à sa conservation et à son augmentation. 

Dès 1876 nous avions présenté un plan soigneusement 
élaboré de former ainsi un bureau central d'agriculture avec 
un musée, à feu M. Letellier, alors à la tête de ce dé[)artemeut ; 
nous sommes heureux de voir que nos suggestions, pour n'avoir 
pas été goûtées d'abord, ont fini par être comprises et sont en 
voie d'exécution. 

Nous venons de recevoir le 1er rapport de M. Fletcher 
qui, quoique peu considérable— sa nomination ne datant que 
de décejubre 1884, — est cependant fort intéressant. 

Notre appel à nos confrères dans le sacerdoce n'est pas demeuré sans 
éclio. Plusieurs se sont empressés de se faire inscrire sur nos listes d'abon- 
nés, et nous sommes convaincu qu'il en viendra encore quelques uns. Que 
tous ceux qui veu ent bien ainsi contribuer à la bonne œuvre de l'instruc- 
tion du peuple par le cierge, veuillent bien agréer ici nos plus sincères 
remerciments. 

Par contre, nos lettrés laïques semblent ne pas comprendre ce genre 
de dévouement et se montrent encore très c air-semés sur nos listes. 
Comme ce second numéro suit d'assez près le premier, nul doute que plu- 
sieurs n'ont pas eu encore le temps de nous faire parvenir leur adhésion, 
et vont aussi répondre à notre appel. 

On voudra bien remarquer que nos ressources sont trop restreintes 
pour nous permettre de payer des collecteurs dans les villes. D'ailleurs la 
transmission de l'abonnement par la poste est chose si facile — surtout 
avec les blancs que nous avons envoyés — (pie nous ne voytuis pas pour- 
quoi les abonnés des villes ne le feraient pas comme ceux des cam])agnes. 

Ceux tjui n'ayant pointrenvoyé le premier numéro, retiendront encore 
celui-ci, seront censés par cel i même prendre un abonnement, et seront 
en eonsé(|iu'iic(' m-crits sur nos listes. 



Vol. XV. Cap Rouge, Q., SEPTEMBRE, 1385. No. 3 



Rédacteur: M. l'Abbé PRDVANCIIhR. 



Nous avons fait tirer notre premier numéro à 800 exem- 
plaires, que nous avons distribués dans toutes les directions. 
Comme bien on le suppose, il nous en revient un bon nombre. 
Nous constatons que la plupart des numéros qui nous revien- 
nent ainsi n'ont pa?; été ouverts, les feuillets n'étant pas coupés. 
Si d'un côté il est consolant pour nous de voir que le renvoi 
n'est pas dû à notre incapacité, de l'autre il est bien pénible de 
constater que l'odeur même de la science prend au nez d'un si 
grand nombre de nos lettrés. Nous disons d'un si grand nombre, 
car sur les 800, il est bien probable que nous n'en conserverons 
pas 200. 

Quel(}ues uns, en très petit nombre, il est vrai, après 
avoir enlevé la couverture à notre numéro, lui en ont remis 
une nouvelle et nous l'ont adressé sans signature ni indication 
de lieu. Impossible de découvrir alors la provenance. Sans 
les connaître, nous jugeons que ces finauds en ont agi fort 
sagement, car marguritœ ante porcos peuvent parfois produire 
des indigestions fort dommageables. 



IlErONSES A DKS ( ORRIlSPONDA^^rS 

Couvent de S. Joseph de Levis, G septembre, 1885. 
Monsieur l'abbé, 

Yous recevrez par la poste, eu même temps que la présente, 

3 — Septeuibr e J8«5. 



42 LE NATURALISTE CANADIEN 

une petite boîte contenant une fleur dont la description a été 
vainement cherchée dans votre Flore, Je me permets alors de 
vous l'adresser et de vous prier de m'en diie le nom et la famille. 

Sr. * * * 

Cette plante n'a pas été mentionnée dans notre Floue pour 
la bonne raison que nous ne la connaissions pas alors, et que 
d'ailleurs elle n'entrait pas dans le cadre de notre ouvrage, étant 
une plante de serre qu'on ne rencontre qu'assez rarement dans 
les appartements. Son nom est Cvphea 'platycenira, Bentham, 
Cuphéa à large-éperon. Elle appartient à la famille des lijthra- 
riées, et est originaire du Mexiqne. Elle se distingue à première 
vue par un calice tubuleux, d'un rouge vermillon, portant de petits 
pétales noirs frangés de blanc, insérés vers l'extrémité de son 
tube, simulant assez un cigare allumé. Aussi les anglais lui 
donnent-ils le nom de cigar-'plant. Sa détermination est un 
peu difticile, parce que sa corolle, qui^manque (]uelquefois, est 
toujours très petite et se confond aisément avec le calice. 

Il nous fait plaisir de constater que plusieurs de nos cou- 
vents de filles, comme ceux de S. Joseph, de Sillery, du Bon- 
Pasteur, d'Hochelaga etc., accordent plus d'attention à l'étude de 
l'histoire narurelle, que la plupart de nos collèges classiques. 
L'un de ceux-ci, qui forme des piètres depuis plus de 30 ans, 
nous a renvoyé notre premier numéro sans même l'avoir ouvert, 
les feuillets n'en étant pas coupés. 

Ste-Foye, September liJth 1885. 
Eevd. and dear Sir, 

I take the liberty to send for ^^our determination an insect 
taken about a fortnight ago. A like specimen has not before 
attracted ni}^ attention ; lience I deem it not common, possibly 
rare, at last in this section of Canada. Trusting that the subject 
may be for you of some use as a duplicate, I place it at your dis- 
j)0sal. 

John Neil son. 

Pour n'être pas entomologiste. M, Neilson n'en est pas 



ÉTUDE DES SCIENCES NATURELLES 43 

moins un observateur de la nature ; c'est surtout l'ornithologie 
qui a captivé son attention, liien de surprenant donc s'il a pu 
être frappé des formes étranges de l'insecte transmis, car cet in- 
secte n'est pas très coinmun chez nous et sa capture est assez 
difficile. Mais si M. Neilson ne l'avait jamais remarqué aupa- 
ravant, ce n'était pourtant pas sans l'avoir plus d'une fois en- 
tendu, car cet insecte n'est autre que notre cigale la plus com- 
mune, Cicada pruinosa. Say, (jui appartient à l'ordre des Hé- 
miptères ou punaises. Une espèce voisine de celle-ci, et un 
peu plus petite, est la Cigale de 17-ans, Cicada septemdeci'm, 
ainsi nommée parce qu'elle se montre successivement tous les 
17 ans au même endroit en immense quantité, chez nos voisins. 
Nous n'avons encore capturé qu'un seul exemplaire de cette 
dernière à Québec. 



ETUDE DES SCIENCl-S NATURELLES 



Un grand obstacle à l'étude des sciences naturelles, et sur- 
tout de l'entomologie qui est à la portée de tout le monde 
c'est le manque du matériel nécessaire. Vous capturez un in- 
secte dont l'éclat, les formes bizarres, ou les allures ont attiré 
votre attention ; mais qu'allez- vous en faire ? Si vous le percez 
d'une épingle ordinaire, vous le déformez par son trop fort vo- 
lume. Comment le conserverez- vous? Si vous le laissez à l'air 
libre, d'autres insectes viendront bientôt s'en repaître, ou la 
poussière le gâtera en peu de temps. Le mettrez- vous dans une 
boîte ? Mais comment l'y retenir, si cette boîte n'a pas le fond 
liégé pour que vous puissiez y enfoncer votre épingle ? Il vous 
faut donc des épingles spéciales — épingles entomologiques de di- 
vers numéros — pour en faire usage suivant le volume des in- 
sectes ; puis des plaques de liè,L;c pour fixer vos insectes dans 



44 LE NxMUlîALISTE CANADIEN 

des boîtes et les mettre en sûreté contre la poussière et les pa- 
rasites. Mais les épingles sont souvent trop faibles pour être 
enfoncées dans- le liège en appuyant seulement sur la tête, il 
vous faut des pincettes courbes pour saisir l'épingle près de sa 
pointe et l'enfoncer dans le liège. D'un autre côté, beaucoup 
d'insectes sont pourvus d'aiguillons, ou, comme les papillons, ne 
peuvent être touchés avec les doigts sans être déterriorés. il 
vous faudra donc des pincettes à pointes fines pour manipuler 
ces insectes. Et les papillons, demoiselles, sauterelles etc., com- 
ment leur retenir les ailes dans une position convenable ? De là 
la nécessité d'étaloirs pour les faire dessécher. Mais comment 
attraper les insectes au vol agile et les faire mourir sans les 
gâter ? Nécessité d'avoir une fiole à large goulot avec du cyanure 
de potassium. Ce sont là autant d'articles de peu de valeur, 
mais indispensables pour se livrer à cette intéressante étude. 
Ajoutons qu'une bonne loupe, tant pour l'entomologie que pour 
la botanique, est aussi indispensable, car une foule de particu- 
larités et de caractères essentiels ne peuvent se distinguer à 
simple vue. 

Comme on ne pouvait se procurer ces différents objets en 
ce pays, M. Langlais, libraire à S. Roch de Québec, à notre solli- 
citation, s'est pourvu de ces ustensiles et accessoires pour les 
mettre à la disposition des amateurs. 

Nous sommes toujours étonné lorsque nous rencontrons de 
nos maisons d'étlucation, collèges, couvents, académies etc., en- 
core sans aucun commencement de collections, et nous avons 
pu nous convaincre que la cause le plus souvent en était due à 
ce manque de matériel nécessaire. 

Rien de plus aisé (jue la collection des spécimens, plantes, 
insectes, coquilles, minéraux, au moyen des enfants. C'est pour 
eux une récréation des plus agréables, un exercice des plus at- 
trayants. Les spécimens se trouvent partout et les plus com- 
muns ont toujours quelque vahnir, car ce qui se trouve en 
abondance chez vous, [icut être rare ailleurs, et les doubles sont 



LE NÉMA.TE D'eRICHSON 45 

une monnaie qui a toujours cours quelque part et qui peuvent 
nous assurer les acquisitions les plus précieuses. 

Nous avons nous-mênie aujourd'hui des collections valant 
des centaines de dollars, et dont l'acquisition ne nous a coûté 
que des déboursés insignifiants. 



UN" NOUYEL ENNEMI 

LK NKMATI^] D'i^RICHSOX 

Neinatus Erichsoni. Hartig. 

Vulgo : La mouche-à-scie du Mélèse ou Epinetle-rouge. 
Anglais : The Larch Saiv-fly. 

Voici qu'un ennemi, jusqu'à ces dernières années encore 
inconnu en ce pays, menace de faire disparaître de nos foiêts le 
Mélèse ouEpinette-rouge, arbre si précieux, surtout pour les con- 
structions navales. (1) 

On sait que cet arbre croît dans les terrains humides, maré- 
cageux, où le sol est d'ordinaire de médiocre qualité. Parmi 
ses racines, qu'il envoie horizontalement à peu de distance de la 
surface du sol, il s'en trouve toujours une, d'un côté ou de 
l'autre, beaucoup plus forte que les autres. Souvent même on 

(1) Les Canadiens donnent avi Mélèse le nom d'Ejnnette rouge, et les 
Anglais celui de hackmatak. Comme ce dernier nom est évidemment d'o- 
rigine indienne, nous avons consulté le R. P. Arnaud pour savoir quelle 
pouvait en être la signification. Et voici la réponse que nous a faite le 
savant missionnaire. 

" Les sauvages donnent ordinairement des noms descriptifs aux lieux 
" et aux choses. N^apis/okoUttu, Cap-blanc, Kamokvrpiskuan ou kats, 
" Cap-rouge. Ils donnent aux choses des noms qui font connaître d'abord 
" l'usage auquel on les emploie. Ainsi apidask, l'érable, bois dont on fait 
" les avirons ; i/rf(7.-w//«Â-. \)\\\{ôi ackmatiik on^ckineshik, bois pour les 



40 LE NATUPvALISÏK CA.NÂDIEN 

pourrait dire que cet arbre n'a qu'une seule racine, les autres 
n'étant que des laniifications de ctdle-ci. 

Comme cette racine forme un angle droit avec la lige de 
rini)re, et que son bois est très fort, très peu cassant et ))res([ne 
incorruptible, de là la précieuse ressource pour les courbes et 
les genoux qui entrent dans les constructions navales. Ajou- 
tons qu'en outre de l'excellent combustible que fournit le Vié- 
lèse, ce bois est encore recherché i our une foule d'usages, tels 
que : soles, lambourdes pour les habitations, jioteaux pour bar- 
rières, clôtures, etc. Le Mélèse forme aussi un très bel arbre 
d'ornement ; ses cônes elli_.tiques, d'environ un i)once de lon- 
gueur, d'un beau violet purpurin, d'ordinaire en grand nombre 
sur le même arbre, font le plus b^l effet, lorstju'en juin, ils se 
marient au feuillage délié, simulant des franges ou petits bou- 
quets mousseux d'un vert si gai que le soleil semble impuissant 
à altérer. Et en outre du coup d'œil gracieux qu'il présente, 
l'arbre embaume encore tous les environs d'une odeur résineuse 
des plus agréables. 

Mais voici qu'un insecte, à peine plus gros que la mouche 
de nos maisons, fig. 9, menace de nous enlever tous ces avan- 
tages et de faire disparaître l'arbre précieux de nos forêts. Ce 
n'est qu'en 1880 qu'on a signalé pour la première fois la ])ré- 
sence de cet insecte en Amérique, et dès cette année, depuis 
Halifax jusqu'à Ottawa, et peut-être encore bien au delà, on ne 
l»ouvait voir en juillet et août un seul Mélèse ayant son feuil- 

'• flèches, pour les arci=. etc , c'est ce dont ils se servent, les autres bois 
" ii'iiyan! pas la même force ni la flexibilité convenable. 

" Il en est de même pour le l/nnarack, bois dont on fait les casse-têtes 
" ou marteaux etc. Tainnrark, fiiniakaur même signification. Nous n'a- 
" vous pas cet arbre ici dans nos parages ; mais il doit être noueux, dur, et 
" même flexible. Pour moi, je vous avouerai bien ingénument que je ne 
" le connais pas." 

Le tanxtrack en eftet, 'f.siig.-t canadensis, la Pruclie des Canadiens, ne 
se ti'unve pas plus bas que la ]>aie St-Paul, et le P. Arnaud habite Btt- 
siamits, à |)ln^ do lU) lieues jdus bas. 



LE NÊMATE D'eRICHSON 47 

lage intact. Nous avons vu des forêts entières, notamment à 
Bécancoiir, Ste Gertrude, etc., où l'on ne voyait plus trace de 
verdure sur les Mélèses, les arbres étant entièrement dépouillés 
de leur feuillage et paraissent aussi dénudés qu'ils le sont en 
hiver. 

C'est en juillet 1883 que nous avons observé cet insecte 
pour la première fois, mais dès l'année précédente, il avait été re- 
niar.|ué dans les environs de Québec. 

Nous nous rendions à Madawaska eu juillet 1883 par le 
chemin qui conduit de la Eivière-du-Loup à Edmundston, 
Nous remarquons bien, en passant, de notre voiture, que les 
Mélèses avaient en grande partie souffert dans leur feuillage ; 
mais nous crûmes alors que c'était l'effet de quelque gelée in- 
tempestive qui en avait, au printemps, arrêté le développement. 
Eevenu chez nous et conversant avec un cultivateur, celui-ci 
nous demanda si nous avions remarqué ces chenilles innom- 
bral)les qui mangeaient les épinettes- rouges. Des chenilles, 
dites- vous ? — Oui, et en très grand nombre ; on en compterait 
des milliers sur le même arbre. Il y en avait quelques unes 
l'année dernière, mais elles sont bien plus abondantes cette 
année. 

La remarque ne passa pas inaperçue pour nous, c'était 
toute une révélation. 

Dès le lendemain — nous touchions alors à la fin d'août — 
nous étions au bois à la recheiclie des Mélèses et de leurs pa- 
rasites. Les arbres étaient en partie dépouillés, et grand nombre 
de chenilles se montraient encore sur les branches, rongeant le 
reste des feuilles. La plupart nous parurent parvenues à leur 
parfaite croissance, aussi trois jours après, nous ne pûmes en 
trouver une seule sur tous les arbres des environs, dans le but 
les conserver pour leur transformation. Mais en fouillant dans 
la mousse au pied des arbres, nous trouvâmes des cocons en 
abondance et en apportâmes un bon nombre. Cependant ntnis 
ne pûmes nussir à nous procurer les insectes parfaits, n'ayant 



48 LE NATURALISTE CANADIEN 

pas donné h ces cocons, nous le pn'snmons, les conditions de 
température et d'humidité (pii leur convenaient. 

Cet insecte, qui a été remarqué et décrit en Allemagne , 
par Hartig dès 1840, nous a-t-il été importé d'Europe, comme 
le veulent quelques uns, où est-il commun à l'Europe et à 
l'Amérique, comme d'autres le prétendent? Nous inclinons à 
croire à l'importation avec les Mélèses européens qu'on en fait 
venir assez souvent, comme on en voit en plusieurs endroits 
du Massachusetts, parmi les arbres d'ornement. C'est en 1880 
qu'on a signalé sa présence pour la première fois dans le Maine. 

Mais, chose assez siogulière; cet insecte qui doit se comjjter 
par milliers, puisqu'il détruit des forêts entières dans toute 
l'étendue d'un pays, est encore très rare dans les .collections, 
même en Europe. 

Dès la mi-mai, cette année, nous étions sous les Mélèses 
à la recherche du terrible ravageur, mais sans succès. Nous 
trouvons des cocons dans la mousse en parfait état de conserva- 
tion, mais ne pouvons encore en obtenir des insectes parfaits. 
Enfin, le 4 juin, fauchant à l'aveugle dans les herbes sous des 
Mélèses, nous en trouvons un dans notre filet, et ciuelques 
jours après, comme nous allions nous mettie à table le soir, 
nous en trouvons "im autre sur notre nappe même. Tous deux 
étaient des femelles toutes gonflées d'œufs. Ce sont les seules cap- 
tures que nous en ayont, pu faire malgré toutes nos recherches. 

M. A. S. Packard, entomologiste d'Etat pour les lîtats- 
Unis, a donné une histoire complète de cet insecte dans son 
rapport de 1883. M. Fletcher, notre entomologiste d'état à 
Ottawa, en a aussi dit un mot dans son rapport de cette année. 

Les Némates, bien que pourvu d'ailes membraneuses 
comme les mouches, n'appartiennent })as au même ordre : les 
mouches n'ayant que 2 ailes appartiennent aux Diptères, tandis 
que les Némates qui en ont 4, se rangent dans les Hyménop- 
tères, dans le même ordre (jue les guêpes, les bourdons, les 
ichue unions, etc. 



LK NÉMATR d'kRICIISON 



49 



Les Xémates appartiennent à la famille des Tentlirédinides 
qui se distingue par nn abdomen sessile, pourvu à son extré- 
mité, non d'un aiguillon, comme les guê})es, mais d'une soie 
])our fendre l'épiderme les plantes afin d'y déposer leurs œufs. 
Et bien que leurs larves aient aussi la forme de celles des pa- 
pillons, on peut toujours les distinguer des véritables chenilles. 
Les larves des papillons n'ont que 7 ])aires de pattes, tandis 
que celles des Néinates, ou fausse-chenilles, on ont 11 paires, 
fis. 8. 




Fig. ^^. 

Fig. 8.^Branche de Mélèse atta (U-'^e par le-- larves ilu Xtir/tahis F^rkh- 
sont, à (litterente, grosseur. 



50 . I^T^ NATURALISTE CANADIEN 

Voici comment cet insecte accomplit ses évolutions. 

L'insecte parfait, fig. 9, sort du cocon vers la mi-juin, 
lorsque les feuilles du Mélèse commencent à se montrer. Les 
femelles cherchent aussitôt les jeunes pousses de l'arbre, et, en 
faisant agir la scie dont elles sont pourvues, elles fendent 
l'épiderme des rameaux vers leur extrémité et y déposent leurs 
œufs. Elles tracent souvent deux lignes ])arallèles de leur 
scie et distribuent leurs œufs en alternant de l'une à l'autre. 




Les œufs sont blanchâtres, cylindriques, atténués à chaque 
extrémité, de moins il'uue ligne de longueur. 

Après 9 à 10 jours, les œufs donnent naissance aux petites 
larves, qui se mettent aussitôt à ronger les feuilles les plus 
voisines. 

Ces larves ou fausses-chenilles, fig. 8, ont 22 pattes, savoir : 
trois paires de pectorales, sept d'abdominales et une paire cau- 
dales. Elles ont la tête noire et le corps d'un vert glau([ue avec 
le dessous plus pâle. Elles subissent quatre mues avant 
d'atteindre leur maturité, et mesurent alors un pouce de lon- 
auenr environ. Ces Inrves se tiennent d'ordinaire réunies en 
sociétés sur la même branche, et lorsqu'elles sont repues, on 

Vis- '■'. — I-iP Xoiiafii.s ErirJisniti à ]'('-tat parfait, cro.s.si. 



LE NKMATE D'krICII-ON 51 

les voit souvent tellement pressées les unes contre les autres, 
qu'elles forment comme des espèces de bourrelets sur les 
rameaux, adhérant à celui-ci par leurs pattes thoraciques et se 
redre-sant l'extrémité de l'alidomen c^mme on en voit plusieurs 
dans la fig. 8. 

Ces larves sont très voraces, et avec leur nondire, elles 
parviennent souvent à dépouiller de gros arbres dans resi)ace 
de quelques jours seulement, Nous avons constaté, en plusieurs 
en'lroits différents, que les larves commencent toujours leurs 
ravages par les arbres les plus élevés et aux branches les plus 
hautes de ces arbres, les œufs, sans doute, ayant été déposés In 
Souvent même l'arbre est entièrement dépouillé par le haut (lue 
ses branches du bas sont encore toutes vertes. 

Parvenues à maturité, à la tin df juillet ou au commence- 
ment d'août, les larves se laissent choir .<ur le sol, pour chercher 
un abri dans la mou.-se ou les lurbes et y filer leur cocon. 
Elles passent l'hiver renfeimées dans ce cocon pour s'y chrysa- 
lide! au printemps, et en sortir (pielques semaines plu.s tard à 
l'état parfait. 

L'arbre dépouillé de ses feuilles en juin et partie de juillet 
se remet d'ordinaire en ftiisant une nouvelle pousse, dans le 
reste de la sai.^on. Mais le plus soi! vent il ne survit pas à un 
second dépouillement l'année suivante, et périt presque toujours 
à la suite d'un troisième dépoiullement. Nous en avons trouvé 
cette année un grand nombre totalement morts qui avaient sans 
doute subit ainsi un double ou triple dépouillement. 

Il en est de ces insectes comme de la plupart des autres 
qui attaquent l'épiderme des [liantes pour y déposer leurs œufs. 
Les sucs étrangers qu'ils mêlent à la sève des plantes, produi- 
sent des exostoses ou renflements plus ou moins dommageables. 
Pour ce qui en est de notre Néniate, les brindilles attaquées 
pour la déposition des œufs se trouvent comme arrêtées dans 
leur développement du côté de la blessure, et la sève ne se por- 
tant que de l'autre côté, force la brindille à se courber, et sou- 



52 



LE NATURALISTE CANADIEN 



veut ;\ se contourner eu queue <le coclion, comme on peut le 
voir dans la fig. 11. Si vous examinez au printemps un Mélèse 
(lui a été dépouillé de ses feuilles l'année précédente, vous voyez 
presque tous ses ranieanx contournés vers l'extrémité de cette 
façon, et le moindre effort pour les redresser, souvent même le 
vent seul, suffit pour les amputer h cet endroit. 

On pourra remarquer que les fausses-chenilles qui rava- 
gent les épinettes-rouges sont très rapprochées de celles qui dé- 
vorent nos gadeliers et groseilliers, aussi sont-elles les unes et 
les autres, non-seulement de la même famille, mais du même 
genre ; l'insecte du gadelier étant le Neinatus ventricosus, Khig, 
et celui du Mélèse, le Nematus Erichsoni, Hartig. 




Fiir. 10. 



Fi.'. 11. 



L'insecte, à l'état parfait, mesure 0.45 pouce. Il est noir 
avec les anneaux médians de l'abdomen rouges ; ses pattes sont 



Fig 10. — Cocon du Nemains Erichsoni, de grandeur naturelle. 

Fig. 11. — Branches de Mélèse ayant subi le dépouillement l'année 
précédente, courbée.« et contournée." par l'effet des piqûres reçues; ou voit 
en a les cicatrice.'^ [n'uduites par la dépusitisn des œufs. 



UNE VISITE AUX GLACIERS DES ALPKS 53 

aussi rousses avec l'extrémité des postérieures noire. Ses ailes 
hyalines ont une bande légèrement obscurcie à l'endroit du 
stigma de même que leur bord extérieur. 

KEMÈDES 

Le moyen de combattre un insecte qui ravage des forêts 
entières ? Aussi nous n'en connaissons pas encore d'efficaces. 
Comme les larves ne peuvent remonter aux arbres une fois 
qu'elles en sont tombées, on peut, avec avantage, secouer les 
branches pour les faire choir, et avec encore plus de suce' s, les 
seringler avec une solution d'ellébore ou de vert de Paris ; mais 
ce remède ne peut s'appliquer qu'à quelques arbres d'ornements 
et ne saurait être employé pour préserver des foiêts. Les plus 
puissants auxiliaires pour combattre ret ennemi nous viendront 
des parasites qui lui font la guerre, comme on l'a constaté pour 
le papillon du chou et la chrysomèle de la patate. Déjà on a 
pu constater qu'une grosse punaise, un Podise, se nourrissait 
de ses larves, et un autre axiliaire bien plus efficace, quoique de 
bien plus petite taille, est une toute petite Chalcidide qui dépose 
ses œufs dans le corps même des larves, et le cocon, au prin- 
temps, au lieu de donner naissance à un Néniate, laisse échap- 
per toute une légion de ces petits Hyménoptères, à peine visibles 
à l'œil nu, qu'on désigne par le nom de Ptéromales, Pteromalus 
nematicida, Packard. 

UNK VISITE AUX GLACIKIIS DES ALPES 

(Couiinué de la ])age 3G) 

Le lendemain, 8 août, notre matinée fut employée à visiter 
Chamonix et ses alentours ; nous montâmes à quelques cen- 
taines de mètres sur les pentes du Brévent, et de là nous pûmes 
voir le AIont-Blanc et la mer de glac?, sans en avoir cependant 
une vue aussi belle que celle que l'on peut avoir de la Flégère, 
Nous revînmes déjeûner enchantés de notre promenade. 



54 LE NATURALISTE CANADIEN 

A lli- h. nous nous mîmes en route ])Our le Moutenvers 
et lu niiT de glace. Morize ayant déjà fait cette ascension il y 
a une vingtaine d'années, un guide nous était inutile. Tout alla 
bien en commençant, le temps était magnifique, et un soleil 
éclatant éclairait ce merveilleux pays. 

Nous suivîmes pendant trois heures un bon chemin de 
mule s de deux mètres de large. Arrivés au plateau où est 
situé l'hôtel, qui est élevé de 850 mètres au dessus de Chamo- 
uix et dominé par les aiguilles de Charmon et de Grépon (l'alti- 
tude de la 1ère étant de 3442 mètres et celle de la 2nde de 
2866), nous avions à nos pieds la mer de glace, qui descend 
des vastes cirques du Jardin et de l'aiguille du Géant, et en 
face, sur le l)ord opposé, .s'élevaient l'aiguille Verte et celle du 
Dru, de 4127 mètres d'altitude. 

Le temps nous pressait, aussi, après avoir joui seulement 
de quelques minutes de cet imposant spectacle, nous suivîmes 
un sentier conduisant à la mer de glace, sur laquelle nous 
eûmes l'imprudence de nous engager sans guide. Tout alla bien 
en commençant ; une caravane composée de plusieurs per- 
sonnes nous précédait, et nous comptions bien arriver sans en- 
combre à l'autre rive. Mais nous avions compté sans les cre- 
vasses et les blocs innoml)rables de protogine qui forment la 
moraine de l'autre côté du glacier. Bientôt la caravane qui nous 
précédait disparut à nos yeux, nous errâmes plus d'une heure 
au milieu de ce dédal ■, et l'inquiétude commençait à nous ga- 
gner, quand, apirès bien des détours, nous parvînmes à trouver 
un passage et à nous hisser sur le bord opposé. Malgré le dan- 
ger, mon instinct di^ géologue ne m'abamlonna })as, et j'étudiai, 
chemin faisant, les bien trop nombreux blocs de granite et 
autres que portait le glacier. Je rcmarjuai que, comme les 
blocs semblables que j'avais vus déposés sur les flancs des mon- 
tagnes des environs de St-Gervais, notamment entre la vallée de 
Montjoie et Cambloux, les arêtes de ces blocs étaient vives, les 
angles aigus comme au moment où ils sont tombés sur la glace 
et ne présentaient pas ces traces de frottement qu'on observe 



UNE- VISITE AUX GLACIERS DES ALPES 55 

sur les pierres roulées par les eaux. Je ne pus résister non plus 
au désir d'emporter des échantillons de ce rocher, et j'en eus 
bientôt rempli mes poches. Je remarquai aussi que les bords du 
glacier ne sont ])as en contact avec les flancs de la vallée, c'est ce 
qui, plusieurs fois — ces bords étant taillés à })ic — nous força à 
rétrograder. 

Après avoir atteint la rive a' x ])ieds de l'aiguille du Dru 
et de l'aiguille Verte, nous gagnâmes le profond ravin du Mont- 
Blanc dont nous franchîmes le torrent sur des jilanches, et nous 
atteignîmes bientôt le Mauvais-Pas, passage maintenant rendu 
facile, grâce à la pose de barres de fer qui permettent de se 
tenir. 

Après avoir dépassé la petite auberge du Chapeau, un 
sentier rapide mais facile nous conduisit au pied du glacier, qui 
s'arrête maintenant au boid de la montagne du Chapeau. De 
là nous suivîmes jas([u'à Chamcjnix l'ancienne moraine laté- 
rale. 

Il était 7 heures à not'e arrivée à l'hôtel, nous marchions 
depuis près de 8 heures, aussi nous étions bien las, mais bien 
heureux de notre journée, moi surtout, qui voyais pour la pre- 
mière fois toutes ces merveilles. 

Malheureusement n'ayan<- \ms l'habitude d'écriie, je ne 
puis rendre fidèlement compte de mes impressions, aussi ces 
quelques lignes ne vous donntm^ont aucunement l'idée exacte du 
beau et curieux pays que j'ai visité. 

Si vous voulez acquérir une connaissance plus parfaite de 
nos glaciers, procurez-vous l'ouvrage de notre savant professeur 
H. Martin sur les glaciers des Aljies et leur ancienne extension ; 
il a traité le sujet de main de niiiitre. 

G. G. 



56 LE NATURALISTE CANADIEN 

IXSliGTKS NUISIBLES. 

Nous nous soniines toujours efforcé, autant qu'il était en 
notre pouvoir de le faire, de donner à tous ceux qui se sont 
adressés à nous, les renseignements sur les insectes et les 
plantes nuisibles dont on avait à se plaindre ; nos lecteurs ver- 
ront par la correspondance qui suit que le gouvernement fédéral 
vient d'api)ointer un savant, M. Fletcher, pour répondre à ce 
besoin. On pourra s'adresser à ce Monsieur toutes les fois 
qu'on aura à souffrir de quelque plante nuisible ou d'insectes 

destructeurs. 

{Tradartioti.) 
Cher Monsieur, 

J'ai reçu le premier numéj'o de votre Revue le Natvraliste 
Canadien, et je me réjouis outre mesure de voir que vous êtes en- 
core capable de continuer cet important travail. Sa disparition 
fut une perte nationale, car c'était le seul moj'en de faire parvenir 
aux fermiers Canadiens-français les avis et renseignements con- 
cernant les insectes sans nombre qui ravagent leurs récoltes et 
leur en enlèvent un percentages! considérable. 

Comme vous le savez, j'ai été a])pointé par le gouvernement 
fédéral pour m enquérir des domnniges causés par les insectes aux 
fermes, aux jardins et aux produits des foiôts. Non seulement je 
nie fei-ai un plaisir d'aviseï- et de i-enseigner ceux de vos lecteurs 
qui m'éci'iront sur ces matiôi'es, soit dans vos colonnes ou diiec- 
tement, mais je me considérerai comme obligé pour toute infor- 
matit)n qu'on pouri-a me donner sur les dégâts faits par les in- 
sectes et les moyens de les combattre. 

La grande étendue de territoii-e maintenant comprise dans 
le Dominion, rend extrêmement difïicile de connaîti-e seulement les 
dégâts avant qu'il soit ti'Oj) tard ))our y api)orter remède; voilà 
pourquoi il impoite que reux qui éi rivent pour avoir des avis, le 
fassent de suite et envoient des spécimens des ravageais. 

Toute lettre ou petite boîte contenant des spécimens peut 
m'être envoyée par la poste sans atiVanchissement {freé) pourvu 
quon l'adi-esse ommesuit: 
A l'Entomologiste, 

Département de l'Agriculture, Ottawa. 
Je me consitlèi-erai toujours heureux de vous prêter toute assis- 
tance en mon pv)uvoir pour poursuivre l'œuvre si utile que vous 
avez entreprise dans le Naturaliste Canadien. 

Votre respectueux, 

7. FLETGIIEE. 
Ottawa, 5 octobi-e 1885. 



ç^.f^J^rVlo 







Vol. XV. Cap Rojge, Q., OCTOBRE, 1385. No. 4 



liéilarieur: W. l'Abbé riKIVAMIlIhR. 



p R m E S 

Nous remercions bien cordialement nos confrères les 
membres du clergé, et les autres lettrés qui ont bien voulu nous 
favoriser de leur patronage. Le nombre total n'en est pas élevé, 
cependant il est suiiisaut pour nous permettre de poursuivre 
notre œuvre. 

Au i)remier rang de ces généreux patrons, nous devons 
placer six de nos Seigneurs Evêqnes qui, tous, ne se sont pas 
contentés de nous transmettre leurs contributions, mais ont 
bien voulu y joindre encore de sympathiques paroles d'encou- 
ragement. On pourra lire plus loin les bienveillantes remarques 
de l'un d'eux. 

Que tous ceux qui ont ainsi daigné nous témoio^aer 
leurs sympathies, veuillent bien agréer ici l'expression de nos 
sincères remercîments, et qu'ils soient persuadés que nous n'é- 
pargnerons ni soins ni labeurs pour répondre à leur attenle et 
rendre notre publication aussi intéressante et aussi utile qu'il 
nous sera possible de le faire. 

Dans le but de favoriser davantage le goût pour l'étude de 
l'histoire naturelle, et d'aider les collecteurs de spécimens, à 
à partir du présent mois d'octobre, nous mettrons, chaque mois, 
deux primes à la disposition de nos abonnés, en laissant au sort 
la répartition du choix. 

4— Octobre 1685, 



58 



LE NATUIIA LISTE CANADIEN 



Voici comment se fera ce tirage. 

Chaque copie du ^Naturaliste sera numérotée en couleur, 
et la distribution s'en fera sans ordre parmi les différents 
abonnés. 

Aussitôt la distribution faite, on mettra dans trois petites 
cases quelques séries de chiffres depuis jusqu'à 9, puis on 
tirera, au hasard, un chiffre de chaque case. Le nombre que 
formeront ces trois chiffres, sera le numéro gagnant la première 
prime ; et on procédera de même pour la deuxième. 

Au mois suivant les deux numéros gagnants seront pro- 
clamés, et les personnes qui se trouveront avec la copie portant 
l'un de ces nombres, pourront avoir les primes en les réclamant 
et en envoyant les timbres nécessaires [tour affranchir le postage. 
On comprend que le tirage se faisant après la distribution 
des copies, nous ne connaîtrons les gagants qu'a] très qu'ils se 
seront fait connaître eux-mêmes. Nous publierons leurs noms 
dans le numéro qui suivra. 

Ci suit la liste des primes., 
1ère prime postage 

Octobre .■ De Québec à Jéru- 
salem ; vol. de 800 pages 8 cts. 
Novembre : Faune Entomolo- 

gique, les Coléoptères 8 " 

Décembre: Faune En omolo- . 

gique, le3 Hyménoptères. 8 " 
Janvier : Un chapelet nacre, 

monté en argent (béni sur 

le S. Sépulcre) 8 " 

Février : Cassis ruf'a (superbe 

coquille) 8 

Mars: Faune, les Co'éoptères. 8 " 
Avril: Faune, les Coléoptères 8 " 
Mai: Les pèlerins Canadiens 

aux bord du Jourdain en 

1884, paysage par M. A. 

Rho 8 " 

Juin : Une patte de caribou, 

bien préparée . .^ 8 ■ • 



2e prime postage 

Cassis Madagascariensis.... 4 cts 

1 Chapelet nacre, non monté. 4 " 

1 Porte-plume, crayon et ca- 
outchouc, eu nikel 2 " 

1 Pteroccras lamhis 4 " 

2 Purpura hiseriata 4 " 

2 Helix Cœsareana . . 4 " 

2 Unio radiatns 4 " 

1 Stromhns aiiratus 4 " 

1 Conus gnhernator 3 " 



tTUDE DR l'histoire NATURELLE 59 

Le po-t:igi\ quand ce sera pour l'Europe, sera toujours 
double de celui ci-dessus indiiiué. 

La réclamation des primes devia être faite dans les deux 
mois nprès la proclamation des numéros gagnants. 

N. B. — Nul n'aura droit aux primes si son abonnement 
est encore ilû ; elles ne seront à la disposition que de ceux qui 
auront payé d'avance, ou des éclKin^es. 



ETlDi: DE L'HlSTOiiîE NATCIIKI.LK 



Parmi toutes les lettres d'encouragement que nous avons 
reçues, nous nous félicitons de pouvoir mettre sous les yeux de 
nos lecteurs celle qui suit, venant d'un Evêque aussi savant 
que saint. 

Je vois avec ]^eine le peu d'encouragement que 

vous recevez dans la publication du Naturaliste. Pourtant 
l'étude de la nature faite au point de vue chrétien n'est pas 
seulement utile pour les choses du temps, mais nous élève 
encore vers Dieu, en nous parlant avec tant d'évidence et d'élo- 
quence de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté, de sa jus- 
tice ! Cœli enarraiit gloriam Dei, et opera manuuni ejus 
annuntiat firmamentum. Pour ma part, j'en ai tiré un grand 
profit pour la prédication et le catéchisme. Que de comparaisons 
et de paraboles admirables notre Sauveur u'a-t-il pas tirées de 
la nature ? Je regrette véritablement de n'avoir pas plus de 
temps à y consacrer. 

Il est aussi regrettable que l'incrédulité moierne ait laissé 
tout-à-fait de côté, ce que l'on peut appeler la philosophie de 
l'histoire naturelle, pour ne s'occuper que de la i»artie scienti- 
fique. J'ai vu avec plaisir, par la lecture de quelques uns des 
numéros du Naturaliste, que vous travaillez à donner cette 
direction à vos études. Ce qui est certain, c'est qu'il n y a pomt 



60 LE NATUlîALISTE CA>'AriRX 

de lacunes clans le plan de la Providence, depuis l'insecte à 
peine visible jusqu'au colossal éléphant ; tout a sa place et son 
utilité. 

Vous trouverez sous ce pli le montant de mon abonnement, 
ainsi que de celui du Cercle Catholique des Trois- Rivières. 

■j- L. Y. Lafléchk, 

Eveque des Trois-lîivières. 



PLAINTFS RARES DA^S LES EiNVlllOîsS DE Ql'KBEC 



Il est de certaines plantes qui sont rares partout, c'est-à- 
dire qu'on ne trouve nulle part abondantes ; et d'autres qui, 
très communes en certains endroits, se tiouvent extrêmement 
rares en d'autres, même sous le même climat. 

Les listes signalant la présence de plantes dans certaines 
localités, offrent toujours un vif intérêt aux botanistes. C'est 
que par les noms seuls de ces plantes, ils peuvent juger de 
suite du climat relatif de telle localité, de la nature de son sol^ 
des avantages qu'il pourrait offrir à telle ou telle culture etc. 
Et nos gens même sans éducation savent fort bien juger de la 
valeur d'un terrain par les plantes qu'il porte. 

Il est peu d'endroits, pensons-nous, ([ui, dans un espace 
aussi restreint, peuvent offrir une plus grande variété de plantes, 
que la petite paroisse du CapRouge, que nous habitons, sur la 
rive nord du St-Laurent, à 9 milles au-dessus de Québec. Nous 
nous proposons de donner prochainement une liste complète des 
plantes de cette localité \ en attendant, nous signalons ici les 
plus rares qu'on y rencontre. 

Nous avons pu remarquer, surtout en Europe, et encore 
plus en Orient, que les plantes en général se distinguent plus, 
dans les climats chauds, par leur abondance en certains endroits, 
que par leur fréquence sur une étendue plus considérable. Et 



PLANTES RAKES DANS LES ENVIRONS DE QUÉBEC 61 

la même remarque peut aussi s'appliquer à un grand nombre 
d'animaux. On dirait que les climats plus chauds ne peuvent 
accommoder une si grande variété d'espèces, végétales ou ani- 
males, que ceux plus froids ; mais que, par contre, ils per- 
mettent un plus grand développement des espèces qui leur 
conviennent. Ainsi, à Jaffa, c'est par jointces que nous pou- 
vons prendre l'Hd'ix candidissima sur les arbrisseaux, de 
même à Beaune (France) V Helix nemoralis sur les vignes, 
les murs, les arbres etc. ; et nulle part ici nous ne pouvons 
rencontrer nos mollusques terrestres en si grande abondance. 

Mais revenons à nos plantes rares au CapRouge. 

Triosfeuin perfoliatum, Linn. (Caprifoliacées). Plante 
herbacée, grossière, de 3 à 4 pieds, fruit à 3 noyaux pierreux, 
que nous n'avons encore jamais rencontrée ailleurs. 

Clematis verticillaris. De CandoUe (Kenonculacées). Plante 
grimpante, fleurs en belles clochettes violettes. Nous ne l'avons 
rencontrée qu'ici et aux Grondines. 

Eriocaulon septangidare, Willdenow (Eriocaulonées). 
Petite plante de 4 à 10 pouces, fleurs en petites têtes blanches, 
sur la vase des bords du lac Calvet, à St- Augustin. 

Kymphœa odorata, Aiton (N"ymphéacées) ; vulgo, Lis 
d'eau ; anglais Water lily. Superbe fleur blanche, très odorante, 
croissant dans le lac Calvet. 

La Nymphéa, dont la fig. 12 nous montre une feuille avec 
la fleur, est une des plantes qui nous offre le plus souvent 
l'exemple de duplication, par le changement des étamines en 
pétales. On voit en a et b des pétales à demi transformés 
portant encore des rudiments d'anthères. 

Fontederia cordata, Linnée (Pontédériacées) ; anglais, 
Pickerel iveed. Plf.nte croissant aussi dans l'eau, à longs épis 
de fleurs bleues. Lac Calvet. 

Nous pensons que, pour ces deux dernières plantes, le lac 
Calvet est la station la plus au nord dans cette Province. Nous 
ne sachons pas qu'on les ait jamais rencontrées en bas de 
Qué^pc. 



62 



LE NATURALISTE CANADIEN 



Valisneria americana, Michaux (Hydrocharidées). Plante 
croissant dans l'eau, à fleurs portées sur des pédii^elles en spi- 
rales s'élevant à la surface. Lac Calvet. 




Fig. 12. 

Po/ndvs Canadensis Michaux (Salicinées), vnhjo Liard ; 
anglais Cotton tree. Grand arbre croissant dans les endroits 
humides, tiès commun à Bi'cancour, à Nicolet, mais inconnu 
ici. Nous n'en avons rencontré (ju'un seulindi\idu sur la grève 
du fleuve. Nul doute (|ue queltjue branche venue d'en haut en 
dérive, aura été jetée là | ai' la vague et s'y sera enracinée. 

Dirca palustris, iJunéf (Thynu'lées) ; vxhj. Bois-de- 
plomb ; angl. Leather luood. Cet arbri.'iîseau si commun dans les 
cantons de l'Est, est très rare ici, nous n'en avons encore ren- 
contré que deux pieds. 

Aicto tajihyloa uva-nrsi Siavngcl (Eiicacées) ; vuUj. 



Fi^'. 12 — Xy m gitan <> 'orufn. 



INTELLIGENCE LES ANIMAUX 63 

Raisin d'Ours ; angl. Bear berry. Arbrisseau couché, très com- 
mun plus au nord, mais que nous n'avons rencontré qu'à 
un seul endroit ici, sur la falèse bordant le fleuve. 

Cypripedium arietinum, Alton (Orchidées). Angl. 
Ram's head. Superbe Orchidée que nous n'avons encore ren- 
contrée qu'ici. 

Nous serions obligé à ceux de nos lecteurs qui voudraient 
bien nous faire quelques remarques sur la présence des mêmes 
plantes en d'autres endroits de cette province. 



INTELLIGKNCK DES ANIMAUX 

On sait quelle intelligence certains animaux, et surtout le 
chien, font paraître en diverses circonstances. Le trait suivant, 
que nous a rapporté un ami, montrerait que l'orgueil sait aussi 
se faire place dans l'esprit des animaux. 

J'étais allé, dit notre ami, visiter une connaissance, habi- 
tant la campagne, que je n'avais pas vue depuis plusieurs années. 
Connaissant mes goûts, mon ami ne négligea pas de me faire 
faire l'inspection de ses champs, de ses cultures, et surtout de 
ses animaux. Comme nous étions en automne, on faisait entrer 
les vaches à l'étable le soir, pour y passer la nuit. Nous étions 
au 1 aie où l'on amenait les vaches pour les traire. Les filles 
étaient à la besogne. L'ouvrage fini, les bêtes se dirigeaient 
vers l'étable pour y prendre leurs places. Mais voici que l'une 
d'elles se refuse obstinément à entrer. On la pourchasse par 
tout le parc, et chaque fois qu'on l'amène près de la porte, elle 
se détourne par un mouvement brusque, et menace de nous 
passer sur le corps, si on ne lui livre le passage. 

— Mais que veut donc dire cela, dit mon ami à sa fille, 
voici une vache qui ne veut pas rentrer ? — Oh ! c'est '* la 
vieille", dit la fille en se retouinant, elle ne rentrera pas ; je 
connais sa fierté ; il aurait fallu la laisser entrer la première. 



64 LE NATURALISTE CANADIEN 

En vain, tous trois réunis, nous réitérons nos instances 
pour la |»resser près de la porte.; efforts inutiles ; la bête à la 
fin menaçait de nous faire un mauvais parti. 

— Le seul moyen à prendre, dit la fille — j'en ai déjà fait 
l'expérience — est de les faire sortir toutes, et de la laisser ensuite 
entrer la première. 

C'est ce que nous fîmes. Et aussitôt l'étal île vide, la rébelle 
se hâte de devancer toutes les autres pour rentrer la première. 

— Qui aurait jamais cru, dit mon ami, que l'orgueil aurait 
pu trouver place dans la tête d'une vieille vache de treize ans ! 
Douce, docile, bonne laitière, elle n'affiche de prétentions sous 
aucun autre rapport. 

Nous avons gardé pendant plusieurs années, étant curé, un 
petit chien qui n'avait pas de plus grand plaisir que de suivre 
la servante lorsqu'elle allait à la po.ste ou à d'autres commis- 
sions dans le village. La voyait-il prendre chapeau et châle, 
qu'aussitôt c'étaient des transports de joie témoignant de son im- 
patience de la suivre. Mais le dimanche arrivé, rien de sem- 
blable ; il la voyait s'habiller pour se rendre à l'église en la 
regardant d'un air triste, et sans témoigner le moindre désir de 
la suivre ; comprenant sans doute qu'il n'aurait pas admission en 
la suivant. 

Le même animal nous a plus d'une fois étonné nous-niême 
par sa sagacité à distinguer le but de nos sorties. Invariable- 
ment il nous suivait lorsque nous allions à la chasse aux 
insectes ou faisions d'autres sorties dans le village. Mais ve- 
nait-on nous demander pour un baptême ou quelque autre 
fonction à l'église ; il nous regardait partir, sans témoigner 
aucunement le désir de nous suivre. 



ASCENSION DF. l'ETNA 65 

ASCENVSION DE L'F.TNA 

Pi'esque tous les voyageurs visitant l'Italie se font une 
obligation de faire l'ascension du Vésuve. La chose est si 
facile ; à trois petites lieues de Xaples, avec des moyens de 
transport multiples, confiutables et peu dis[iendieux. D'un 
autre côté, le vaste cône s'isole si majestueusement do tontes 
les hauteurs environnantes, en Its dominant toutes par son 
élévation, que sa seule vue ins] ire de -suite l'idée de faire l'as- 
cension de ce sommet, pour jouir du cou[) d'oeil enchanteur des 
lieux à l'entour : cette baie de Xaples si chantée par les 
poètes ; la ville elle-même a\ec ses~ nombreux clochers en 
tuiles fayencées, s'échelonoant sur son rocher ; Ischia, Capri, 
ces perles de la mer, Portici, Herculamim, l'ompéï cette ville 
fossile des temps d'autrefois, Castellamare avec sa baie lancée 
dans les terres comme |)Our arrêter les courants de lave lors des 
grandes éruptions ! Tous veulent avoir de vinu, h confirmation 
de tout ce que les touristes et les poètes ont raconté de ces 
merveilleux environs. 

Par contre, bien peu se payent la fantaisie de pousser une 
pointe jusqu'en Sicile et de visiter l'Etna, ce frère du Vésuve, 
et non moins que lui dominant les nuages et vomissant fumée, 
flammes et lave. C'est qu'il n'est pas, comme son frore Italien, 
bitué si près de la mer, et que les abords en sont plus difficiles 
et plus solitaires. Cependant il est pour le moins tout aussi 
intéressant. Il a même l'avantage de s'élever à une bien ]»lu3 
gi-ande hauteur, le Vésuve ne mes ire que 3594 pieds d'éléva- 
tion, tandis que l'Etna en compte 7100. Comme le Vésuve, 
l'Etna à aussi eu de sérieuses éruptions; celle de 1185 fit périr 
15,000 personnes et celle de 16G9, 20,000. La ville de Cataue 
a été plusieurs fois détruite par des éruptions de l'I'ltna. 

L'Etna n'est pas si près des bords de la mer que le Vésuve, 
cependant, lorsqu'on entre dans la mer Ionienne, au sortir du 



66 LE NATURALISTE CANADIEN 

détroit de Messine, on le voit aussi lançnnt sa gerbe de fumée 
vers le ciel. Lorsque nous le vîmes en mars 1881, sa cime 
était toute couverte de neige. Il se jjrésentait comme s'élevant 
derrière de hautes montagnes situées entre sa base et le bord de 
la mer, mais les dominant Toutes par son élévation. 

Plusieurs de nos lecteurs nous ayant témoigtié leur satis- 
faction du récit (jue nous avons donné de la visite des glaciers 
des Alpes par notre ami M. G., nous sauront gré, nous en 
sommes sûr, de continuer sa correspondance où il nous fait la 
description de son ascension de l'Etna. 

En mei, revenant d'Afrique, 1er juin 1885. 
Mon cher abbé Provaucher, 

Depuis longtemps déjà je veux vous écrire et vous donner 
des nouvelles de mon voyage qui, jusqu'à présent, a été des 
plus heureux; mais vous savez que, surtout en voyage, il est 
bien rare que l'on [luisse faire ce que l'on désire. Le temps 
passe avec une rapidité incroyable, et je ne puis me persuader 
qu'il y a déjà près d'un mois (^ue je suis en route. C'est que 
j'ai fait bien du chemin depuis mon depart de France. 

J'ai ))arcouru successivement la Mitiilja, le Sakel, Blidah, 
Milliana, Koléa, l'établissement des bons Pères de Staouéh, le 
mieux cultivé de l'Algérie; puis Delhia, Baugie, Djicyelli, 
Polio, Philippeville, Constantiue, les bains de Flamar Meskou- 
tins, eaux sulfureuses déjà connues des Romains ; Bône, les 
ruines d'Hippone situées tout auprès ; enfin traversé la Tunisie 
dans sa plus grande largeur, et delà venu par Malte à Messine, 
Catane, monté à l'Etna, traversé la Sicile pour revenir à Pa- 
lerme ; hier m'embarquer avec mes amis pour Naples, où nous 
comptons arriver demain matin, à 8 heures. La mer est fort 
belle, la lune est brdlante, et nous avons eu ce jour un magni- 
fique coucher de soleil. 

Je n'avais pas vu l'Algérie depuis trente-quatre ans, et j'ai 
été émerveillé des progrès de notre colonie faits pendants ces 
trente années. La plaine de la JNlitidja, le Sakel d'Alger, les 



ASCENSION DE l'ETNA 67 

environs de Bône et de Philippeville sont merveilleusement 
cultivés, et je connais peu de nos départemeute de France qui 
puissent leur être comparés. 

Je vous écris un peu à la hâte aujourd'hui, et ne pouvant 
tout vous dire, je choisis dans mes souvenirs les plus récents 
mon excursion à l'Etna qui, peut-être, vous intéressera da- 
vantage. 

Arrivés h Catane tard, jeudi soir, 28 mai, nous organi- 
sâmes le lendemain matin notre course à l'Etna, ce qui nous 
prit jusqu'à 8i h. Une voiture nous conduisit j.squ'à Nicolosi, 
à travers de merveilleuses campagnes plantées d'orangers, de 
citroniers, de grenadiers ; à peine voit-on ça et là quelques 
traces de lave, tant la verdure et les arbres cachent tout. 

Arrivés pour déjeuner à Nicolosi, un peu avant 11 h,, 
notre caravane, composée de cinq mulets et de deux guides, se 
mit en route à midi et demi. Il nous restait 2700 mètres à 
gravir par des sentiers souvent très difficiles, à travers des 
coulées de lave et des plaines de cendres et de scories. 

A notre sortie de Nicolosi, une dame anglaise, arrivée un 
peu après uous, rejoignit notre caravane, avec deux «uides et 
deux mulets. Elle parlait un peu français, ce qui nous permit 
de converser avec elle pendant la route. Deux heures après 
notre départ, on fit halte près d'une petite maison inhabitée, qui 
sert de lieu de repos au passage, et où l'on trouve de l'eau. 
Jusque là, le pays, quoique désolé, n'était pas tout-à-fait 
dénudé ; en quittant Nicolosi, quelques oliviers, puis plus haut 
des châtaigniers, se montraient é[nirs ; mais après notre halte 
au val del Bosco, les arbres disparaissent, quelques plantes 
épineuses seulement se montrent encore pendant une heure. 

Nous monions toujours par des sentiers souvent semblables 
à des escaliers, puis nous arrivons à des plaines de cendres et 
de scories, en partie couvertes de neige durcie par la crelée et 
dans laquelle nos mulets enfoncent de vingt à trente centimè- 
tres. Le froid devient de plus en plus vif, et c'est à moitié 



68 • LE NANURALÎSTR CANADIEN 

gelés que nous atteignons la petite maison dite des anglais, où 
nous (levons lai-ser nos mulets. Cette maison est inhabitée, 
mais on en donne à Nicolosi la clef aux voyngeurs, contre nne 
redevance de 2 fr. 50 par nuit et par personne. Le mobilier 
est peu confortable, et, après un dîner avec les jrovisions que 
nous avions apportées, nous nous mîmes bien près les uns des 
autres, envelopp.és dans nos manteaux et nos couvertures, sur 
de minces paillasses étendues par terre. 

A 2h. du matin nous étions sur pied pour faire l'ascension 
du cône, qui compte 330 mètres d'élévation. La lune brillait 
et éclairait notre marche, mais la montée était si rapide, et la 
raréfaction de l'air, aggravée encore par des nuées d'acide sul- 
fureux sortant du cratère et que le vent rabattait sur notis, ren- 
dait notre marche si pénible, ([u'il nous fallut plus de deux 
heures pour parvenir au sommet. A peine avions-nous fait 
trente à quarante pas, nous étions obligés de nous arrêter, tant 
notre respiration était gênée. En haut, près de l'ouverture du 
cratère, ce fut pis encore, des flots d'acide sulfureux nous suffo- 
quaient ; d'un autre côté, le froid dcïvenait de plus en plus vif, 
et au bout d'une demi-heure passée à attendre la levée du 
soleil, nous allions partir sans le voir, quand il apparut enfin ; 
malheureusement ce ne fut que pour quehjues instants, les 
vapeurs sulfureuses et un brouillard épais nous privèrent du 
magnifiiiue point de vue dont on jouit à ces hauteurs. 

La descente fut plus rapide que la montée, mais non moins 
dangereuse, sei.lement nous n'avions plus la respiration gênée 
comme en montant, et le jour nous aidait à nous guider. Nos 
mulets reposés, nous ramenèrent en quatre heures à Nicolosi, 
et à midi nous rentrions à Catane, bien fatigués, mais contents 
cependant d'avoir parcouru le curieux pays qui entoure l'Etna. 
De nombreuses montagnes volcaniques dont on voit les cratères 
ouverts mais éteints (on dit qu'il y en a plusieurs centaines, 
j'en ai vu une trentaine du côté où nous sommes montés) cou- 
vrent It'S pentes, et plusieurs t^ont très élevées et considérables. 

Adieu, mon cher abbé ; nous entrons à Naples, malheu- 



ASCENSION DE L'eTNA 69 

reusciiu lu iMi' la pluie. Croyez à mes seutiuieiits bien iilleo- 

tueux et bieu dévoués. 

G. G. 

Nous compléterons le récit de notre ami sur la fameuse 
montagne ignivome de la Sicile })ar quelques détails sur ses 
principales éruptipns. 

L'histoire mentionne 101 éruptions du célèbre volcan, dont 
la première remonte à 1200 ans avant l'ère chrétienne. 

L'Etna, comme nous l'avons dit, s'élève à 7,100 pieds au 
dessus du niveau de la mer, sa base ne mesure pas moins de 36 
lieues de circonférence. Ce qui lui donne une physionomie 
toute particulière, ce sont ses nombreux cônes secondaires épars 
sur ses flancs, dont ni!cl(iues uns s't'lôvent de 400 à 700 ].ieds 
de hauteur. 

La plus célèbre de ses éruptions est celle de 1G69. 

C'est à Nicolosi, nientiouné, par notre, ami, ([u'après deux 
jours d'obscurité, de secousses multipliées et de détonations, 
surgit tout à coup un cône de 450 iiieds d'élévation, le Monte- 
Eossi. Quelques jours après, une large crevasse s'ouvrit à la 
base de ce cône et V(jniit un torrtuit dit lave, se dirigeant vers 
Catane. Les habitants de la ville affrayés du danger (|ui les 
menaçait, s'armèrent de pioches et de |)elles pour former une 
colline artificielle afin de forcer le torrent à prendre une autre 
direction. Mais les habitants des campagnes craignant ]iour 
leurs propriétés si le torrent prenait une autre direction, vinrent 
attaquer les ouvrages des Catanéens, et l'on se battit sur les 
bords du fleuve de feu avec l'acharucment iju'iiis|)ire un (lan- 
ger imminent. Les Catanéens furent vaincus, et la lave ajtrès 
plusieurs jours d'une marche lente et irrésistible, apr^s avoir 
englouti plus de quatorze bourgs ou villages dont quelques uns 
comptaient de 3000 à 4000 âmes, arriva aux murs de Ca- 
tane, hauts de soixante pieds. Kefroidi considérablement 
depuis son dé[)art, le torrent n'eut pas la force de renverser 
une si forte muraille, luais il s'accumula à ses pieds jusqu'à 



70 LE NATURALISTE CANADIEN 

ce «ju'atteignaiit sa liiuteur, il déborda dans la ville en cas- 
cades de feu. Il détruisit toute la partie orientale de la ville et 
se dirigea vers la mer ou il forma un cap eu comblant le port. 

Le torrent mesur;iit six lieues dep' is son point de départ, 
sur 'ine lai-geur de 1680 pieds et une épaisseur de 40. Une 
rivière qui arro-ait la \ ille disparut sous ré^)aisse couche de 
lave. 

La dernière éruption du volcan, est celle de 1830, l'une 
des plus désastreuses que l'on ait citées, par l'espace cousidé- 
ble qu'elle envahit. Huit villages très ju^puleux furent dé- 
truits. De violentes secousses de tremblements de terre, des 
détonations formidables avaient bien annoncé la catastrophe, 
mais les habitants, ra-surés par la distance qui les séparait du 
volcan, étaient restés pai>ibles dans leurs demeures, aussi ne 
p rta-on-. as à moins de* 20,000 le nombre de ceux qui périrent 
dans Cette Ciilamité. Ce ne fut qu'au bout de huit jours qu'on 
put parcourir le terrain envahi dont les constructions fumaient 
encoe. Mais hommes et choses tout avait disparu sous le 
courant de feu. C'est à peine si parci parla, ou pouvait recon- 
naître quelques restes des constructions. 

No!.s avons ]u: jng- r par nous même des dégâts que peuvent 
causer ces torrents de lave. Lors [ue nous times l'ascension du 
Vé-uve en mai 1881. il y avait eu durant la nuit un écoule- 
ment de lave assez consid/rable du côté du sud. Comme ce 
cour.mt avait couvert le sentier qu'on suit d'ordinaire en arri- 
vant près du cratère, notre guide avait cru que, n'étant pas 
c<»ntinu, nous pourrions le couper jlus haut. Mais nous recon- 
nûmes bientôt tju'il nous fallait rebrousser chemin pour détour- 
ner la masse liquide, qu'elle couvrait tout le bord du cratère de 
ce côté là. 

Fatigués par l'ascension, nous descendîmes quelque peu et 
crûmes que nous pouvions couper le courant en marchant sur 
la croûte en partie refroidie. Le courant, à cet endroit, pouvait 
avoir une cinquantiiine de pieds de largeur sur une épaisseur 
de 10 à 20 pouces. Toute sa surface, jusqu'à une assez grande 



ASCENSION DE l'eTNA. 71 

distance en remontant, était de couleur bleuâtre et paraissait 
assez ferme. Notre guide qui l'essaya le premier nous assura 
qu'il était suffisamment solide pour nous permettre de le tra- 
verser sans danger. Nous nous engageâmes à sa suite, mais à 
peine avions-nous fait quelques pas, qu'eu [tartie suffoqué par 
la chaleur qui s'échappait sous nos pieds, nous fûmes tenter de 
renoncer à l'entreprise. Ce qui rendait notre marche encore 
plus difiicile, c'est que la surface n'était pas partout lisse, mais 
nous présentait ça et là des dentelles figées qui grésillaient sous 
nos pieds, et a'i fond desquelles nous trouvions la croûte encore 
plus chaude et parfois légèrement flexible. Cejiendant notre 
guide, beaucoup plus pe,:ant que nous, nous précédait toujours 
et nous assurait qu'on pouvait s'avancer sans crainte. 

C'est à demi suffoqué par la chaleur, et non sans grand 
contentement, que nous atteignîmes l'autre bord du courant jiour 
poursuivre notre ascen.sion jusqu'au bord du cratère. 

Si nos lecteurs allaient s'imaginer que, {)arveuus au bord 
du cratère, nous nous trouvons couime sur le bord d'une im- 
mense chaudière dans laquelle nous voyons bouillonner la lave 
en ebullition, ils seraient dans l'erreur. Nous nous trouvons 
bien comme sur le bord d'une imm"nse chaudière, ne mesurant 
pas moins de 2 milles de circuit, mais la matière remplissant 
cette chaudière, au lieu d'être en bouillons liquides est 
figée, solide, si bien que nous descendons sur cette croûte et 
nous nous y promenons sans danger. Quelques fissures çà et là 
laissent écha[)per des vapeurs sulfureuses et nous sentons par- 
fois la croûte sous nos pieds retentir de détonations qui témoi- 
gnent de l'agitation qui a lieu au-dessous, mais ce sont là choses 
ordinaires et qui n'indiquent aucun danger. 

Les bords de ce vaste bassin peuvent avoir de 30 à 40 pieds 
d'élévation en certains endroits et à peine 15 à 20 en d'autres. 

C'est dans ce basin, sur cette croûte, que s'élève le cône 
proprement dit, qui vomit la flamme, et qui mesure 75 pieds 
d'élévation. Ce n'est pas toutefois de son sommet que s'échappe 



72 LE NATURALISTE CANADIEN 

la fumée, mais d'un'> bouclie ou ouverture à son côté. C'est de 
cette bonclij que nous avons vu la lave eu ebullition, senihlable 
à du bronze fondu, déborder la paroi et se répandre sur les 
flânes de la montiigne. 

Notre guide nous offrit bien de nous faire faire l'ascension 
de ce cône terminal, mais sa pente est si rapide et sa montée si 
difticile que nous ne ntjus sentîmes pas le courage de l'entre- 
prendre. 



KNNIJIIS DU POM.MIKll 

Les deux plus redoutables ennemis du pommier, dans notre 
localité, sont le ver ronç/eur duponiinier et la Pyrale de la jiomme. 

Le ])remior, comme Ion sait, est la larve de la Saperde 
blanche, Saperda daulida. L'insecte avec sa larve est rej^i-esenté 
sur notre couverture dans le coin de droite, au bas. 

Cette larve vit de deux à trois ans dans le tronc même des 
pommiers, y creusant des galeries, qui finissent bientôt par 
amenei' la mort de l'arbre. Comme on reconnaît facilement la 
présence de ce ver par ses déjections, on peut avec grand avan- 
tage l'atteindre avec lo canif, ou le percer d'une broche lorsque 
la galerie est en ligne droite et pas trop profonde, mais bien que 
nous en ayons exterminé des centaines de cette manière, il y en 
a toujours qui nous échappent et poursuivent leui's ravages. 

On sait que c'est toujours près du sol que l'insecte dépose ses 
œufs nous n'avons pas éié étonné d'en trouver cette année dans 
les fouiehes des arbics à 4 et 5 ])ieds du sol, et qui creusaient là 
leurs galeiies. 

Oa annonce nne espace de savon, aux Etats-Unis, qui appli- 
qué sur l'écorce ne permettrait pas à l'insecte d'y déposer ses 
œufs ou les feiait péiir après leui' éelosion. Nous voulons en 
faire l'essai le printem])s ])rochain. 

La Pyrale de la pomme, Carpocapsa pomonella^ est nn tout 
petit i)apillon qui dépose ses œufs, lui, sur le fruit même, lorsqu'il 
commence à se développer. Le ver aussitôt éclos pénètre dans 
la pomme et la ronge jusqu'à sa maturité. Il passe môme de 
l'une à l'autre, lorsqu'elles sont en contact. C'est à peine, cette 
année, si, sur nos ])ommiers on pouvait trouver une pomme saine 
sur dix. 

'La chasse à cet ennen\i est encore plus ditïicile que pour le 
premier, car comment atteindre un tout peut pajjillon qui ne 
vole encore que le soir ? Aussi on ne voit d'autre moyen Ue res- 
treindic ses dégâts qu'en cueillant soigneusement les fruits 
avariés qui tombent sur le sol, pour les brider ou les faire manger 
par les porcs, afin que les hirves qu'ils contiennent ne puissent 
pnrvejii/' à matui'ité. 



LIB 



îS-'lAç 




^T5^4pJ!p-t^^^!î^-.^''i>ai.f5^î ''^^^^<:^-'^^^^bf^f^ogi^,$:^ 



Vol. XV. Cap Rouge, Q,, NOVEMBRE, 1885. No. 5 



Kéilacteur: M. l'Abbi PR()VA\CIILR. 



PRIMES DU MOIS D'OCTOBRE. 



NUMEROS GAGNANTS. 

1ère. — De Qiu-bec à Jérusulein N° 17 

2me. — Cassis Madagascariensis N° 373 

îi. B. — La personne ayant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première page, 
devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affrancldr le postage. — Voii' sur la 
couverture. 



ISTOIUE iNATURELEE ET L'AGRICULTURE 



La Chambre des Communes, à sa dernière session, avait 
nommé un comité pour s'enquérir des moyens à prendre pour 
favoriser davantage les industries agricoles du pays. Ce comité, 
sous la présidence de M. Gigault, a adressé une série de 22 
questions aux personnes jugées le pins en état de donner les 
renseignements clisrchés, et a nieu^o fait venir devant lui plu- 
sieurs de ces i^ersonnes. 

5 — Xuveiubie 1885. 



y 6 



74 LK NAl'UlîALISTE CANADIEN 

Environ 1500 copies de ces questions ont été distribuées 
dans toute la Puissance ; nous ignorons quel nombre a été di- 
rigé du côté de Québec, toujours est-il qu'aucune n'est [larvenue 
jusqu'au Cap-Rouge. 

Le comité, dans son rapport, se basant sur les réponses à 
ses questions, est d'opinion que " le grand ol)stacle aux progrès 
de l'agriculture est, en général, le défaut des connaissances 
agricoles assez complètes. " 

Nous sommes en tout point d'accord avec le comité. Fils 
de la routine, pourrions-nous dire, trop longtemps nous avons 
cru pouvoir nous passer de la science, ])Our tirer notre vie du 
sol. Mais une triste expérience nous force à y recourir aujour- 
d'hui, si nous ne voulons pas consommer notre perte. Le 
comité le proclame hautement. On n'attache pas assez d'im- 
portance à la rotation des cultures, on néglige trop la culture 
des racines, on fart du mauvais beurre, on produit du fiomage 
de qualité inférieure, mais surtout, on laisse tout dévorer, ré- 
coltes, produits, approvisionnements, par des légions d'infini- 
ment petits, sans songer même à les combattre, que disons-nous ? 
sans s'occuper même de les reconnaître ; et tout cela, par ce 
qu'on manque de la science, des connaissances suffisantes. 

Nul ne prétend, sans doute-, faire un hotnme de scienc, un 
savant, de chaque cultivateur ; rnais il est nécessaire (ju'il y en 
ait quelques uns de ces savants (jui soient con.'îtamment à 
l'étude et à faire des observations pour éclairer les autres, afin 
que les connaissances pratiijues les plus utdes puissent se géné- 
raliser autant que possible. C'est ce qu'a fort bien compris le 
comité en recommandant la nomination d'un Entomologiste 
d'Etat. Et le gouvernement, entrant dans ces vues, a déjà fait 
cette nomination dans la [)ersonne de M. Fletcher, comme ou a 
pu le voir dans notre dernier numéro. 

Ce sont sans doute les réponses faites au comité qui ont 
amené celui-ci à la conclusion que le man(|ue de science était 
par trop évident, et qu'd fallait y ap[!orter un reuiède. Car 



l'histoire naturelle et l'agriculture 75 

plrsieurs de ceux qui ont comparu devant lui ne se sont pas 
contentés de laisser voir qu'ils ne savaient ]ms, mais se sont 
même hasardés à f.iire de la science de mauvais alui. 

Ainsi en Voici un ([ui dit que: "le cala nd va gvanaria 
a fuit beaucoup de nuil, surtout aux pois". Quelle est cette 
calandre que l'on aft'uble ainsi du masculin ? La Calandra 
granaria de Fabricius est un [)etit charançon qui s'attajue au 
blé, mais dont on n'a encore jamais que nous sachions constaté 
la présence en ce pays. On voulait parler sans aucun doute 
de la Bruche du pois, Bruchus pisi, qui fait parfois des dégâts 
sérieux dans les pois, eu rongeant tout l'intérieur du grain où 
elle se tient renfermée. 

Le même monsieur mentionne " des pucerons de terre ou 
des jardins", (.^tu'entend-il par cela? Probablement des altises .^ 
par ce qu'il ajoute (qu'ils dévorent les navets, les radis &c. Il 
parle aussi" des arpenteurs qui détiuisent les plants degadelliers. 
Le vert de Paris, ajoute-t-il, est \\n bon moyen de guérir cette 
maladie de g.idelliers". MM. les ar|)enteurs métamorphosés en 
maladie, tâchez donc de prendre garie aux pauvres plants de 
gadelliers lorsque vous ferez vos aipentages. 

En voici un autre (|ui dit que depuis quelques années on 
s'est aperçu (pie les éi)inettes-rouges périssaient. "On. dit, 
ajoute-t-il, qu'un pietit ver cause cjs dégâts; mais son existence 
a été mise en doute, et la cause demeure encore incertaine ". 

Mais que ne faisait-il quelques pas dans la forêt, le pre- 
mier mélèse rencontré lui aurait montré des centaines et des 
milliers de ces vers et lui aurait du coup enlevé tout doute à 
cet égard. 

En somme, toutefois, les réponses faites devant ce comité 
sont très inténjssantes, et contiennent une foule de r.-nseigne- 
ments [>récieux dont le gouvernement pourrait bénéficier grande- 
ment, s'il était bien convaincu de leur importance. 

Nous voyons avec plaisir que toutes les personnes inter- 
rogées se sont accordées à recommander la nomination d'un 



76 LE NATUUALI&TE CANADIEN 

entomologiste d'état, chargé de renseigner le public sur le compte 
des oiseaux ot des insectes utiles ou nuisibles, et d'indiijuer les 
moyens à adopter pour se protéger contre ces derniers. 

Pour le bénéfice de nos lecteurs qui n'auraient pas ce rap- 
port à leur disposition, nous ferons quelques extraits des ré- 
ponses données. 

" Quant à la plaie des insectes en agriculture, dit M. Van 
" Camp, de Bowmanville, Ont., elle entretient les cultivateurs 
" dans un état de guerre continuelle, depuis le moment où la 
" gelée laisse le sol au printemps, jus'iu'à eu (qu'elle ap| araisse 
" de nouveau en automne. Tendant toute cette période, il ne 
" jouit jamais d'un seul instant de repos. S'il a à cœur de 
" réussir, il ne peut se donner que le temps nécessaire à ses 
" repas et à son sommeil, et à part cela, il doit livrer un combat 
" incessant aux insectes, chacun des produits de sa terre est 
" exposé à leurs attaques, et sera inévitablement détruit s'il n'y 
" apporte une attention particulière". 

M. Fletcher, — celui-là même qui a été appointé comme 
entomologiste d'Etat, — s'exprime comme suit sur cette môme 
question. 

" En évaluant la totalité du produit des fermes en Canada 
" à .$200,000 A)00 seulement, chiffre aussi bas qu'il est i^ossible 
" de l'évaluer, je pense que les ravages causés par les insectes 
" ne peuvent être estimés à moins d'un dixième de ce total ; 
" c'est à dire à une somme de $20,000,000. 

M. Fletcher, continue le rap])ort, pense que si l'entomo- 
logie était mieux connue, les dégâts seraient moins considé- 
rables. Lps entomologistes paraissent avoir rendu de grands 
services aux Etats- Uins, et l'appréeiation que le peuple fait de 
leur valeur est démontrée par les .sommes d'argent considérables 
que l'on vote annuellement pour les conserver. Il croit que si 
l'on organisait un bureau d'entouKjlogie, ses résultats feraient 
plus que payer les dépenses qu'il entraînerait. Comme preuve, 
il attire l'attention sur le fait que tous les insecticides ont été 



L'iriTOERE NATURELLE ET T/AGPJCULTURE 77 

décni vorf-s par des entomologistes, non pas accidentellement, mais 
comme ré nltat d'expériences nomUreuses. M, Fletcher insiste 
foitement sur le fait qne nos insectes les plus nuisibles sont 
petits et passent près |ue inaperçus, et qu'ils ne causent souvent 
du tort que par ce que nos cultivateurs ne les regardent pas 
comme ennemis, et ne font rien, eu conséquence, pour prévenir 
leurs ravages. Bien souvent, quoii[u'il3 en souffrent beaucoup, 
ils ne savent à quelle cause attribuer leurs pertes. A cet égard, 
il aitire l'attention sur la mouche à blé, Hessian ftij, et surtout 
sur le puceron de la graine de trèfle. Il est d'avis que tous ces 
insectes pourraient disparaître, si l'on avait l'assistance d'un 
ofHcier de l'Etat, dont le devoir serait de faire la visite des loca- 
lités iufestées de ces insectes, et de suggérer les remèdes propres 
à les détruire. Ou emploie quelquefois contre eux un remède 
inefficace, et naturellement on ne réussit pas à s'en débarrasser. 
Il attribue à cette cause le peu de confiance des cultivateurs 
dans les travaux de l'entomologiste, et soutient qu'un homme 
ayant fait une élude spéciale des insectes nuisibles, doit être 
plus en état de les combattre que ceux qui n'en connaissent vien 
ou ijresqne ri.m. Les cultivateurs emploient souvent le môme 
remède contre toute espèce d'insectes, sans demander aucun 
avis, et sans considération aucune de leurs habitudes. Chaque 
insecte a son caractère particulier ; l'un attacpie la racine, un 
autre la feuille et l'autre le fruit. L'oa dit qu'en Amérique 
nous avons en moyenne six insectes qui se nourrissent de chaque 
plante. Le Dr Lintner, entomologiste de l'Etat de New York, 
a trouvé que le pommier ne compte pas moins de 176 ennemis. 
Dans la suite de ses réponses devant le comité, M. Fletcher 
suggère qu'une certaine somme soit mise à la disposition du 
sous-Commissaire de l'Agricultuic, pour être distribuée aux 
diiférentes sociétés d'histoire naturelle des diverses provinces, en 
leur im[)(»saut l'obligaticui de faire un rapp(n"t, afin de recueillir 
au Bureau Central, autant de reuseignements que possible sur 
les ravages des insectes dans les diverses parties de la Puissance. 
Puis, énumérant ces diver.ses Sociétés, il nomme: la Société 



/8 LI-: NATUKALlSfE CANADIEN" 

Eiitomolo^iciue d'Ontaiio do Loudon, la Société tl'TTistoire Na- 
tur jlle de Toronto, le Club des Natui'alisies d'Ottuwa, la bi'ane;lie 
de la Société Entomologique d'Ontario établie à Montréal, la 
Société d'Histoire Naturelle d'Halifax ; pour Québec, il veut 
bien mentionner notre publication et nos travaux, car Québi-c 
n'a pas encore de Société il'Histoire Naturelle. 

Mais pourqrioi n'en aurait-elle pas ? On ré})ond que les 
éléments nuuKiuent pour une telle pociété. Cependant deux ou 
trois naturalistes pratiques suJEHsent pour commencer, et (»>nébec 
les possède ; que les amateurs s'organisent, et ce sera le moyen 
de faire surgir les éléments nécessaires pour le succès d'une telle 
société. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet. 



NOTKS L)!'] VOYAGK KN ITALIK KT EiN FIIANUF^. 



Nous continuons ci-dessous le récit de notre ami M. G. 
dans ses pérég mations à travers l'Italie et la France. (1) 

Uriage-les-bains, 30 juin 1885. 
Mon cher abbé Provanclier, 

Combien je vous remercie de ne })as oublier l'ami absent. 
J'ai reçu ces jouj's-ci un journal de Québec, le Courrier du 
Canada, contenant un article sur votre nouvel Ouvrage (2:, et 
deux jours plus tard votre ouvrage même, qui me paraît à tous 
les points de vue, mériter les éloges que lui donne la feuille 
Canadienne. H serait à désirer que nos ouvrages classi(|ues 
d'histoire fussent écrit avec autant de concision, de netteté et 
d'iniérèt que votre eharniant | récis de l'histoire (Ui Canada. 

Je vous ai écrit de Niiples, je crois. Depuis j'ai encore 
parcouru bien des lieux intéressants, et suitout j'ai été bien 

(1) Voir les inunérus o et 1. 

(2) Histoire du Canada. Premier Cours, A Ttisage de la jeunesse des 
éeoles, par l'ablie L. Pruvaiieher, Qu bec, I88i. 



NOTES DE VOYAGE EN ITALIE ET EN FRANCE 79 

heiivenx de revoir Eome, où j'ai passé huit jours, pendant les- 
quels j'ai fait bien des démarches, sans pouvoir obtenir de voir 
le Saint- Père. C'est un de mes grande T-egrets, car je crains 
bien d'être longtemps sans revoir Home, si même j'y retourne 
jamais. 

En quittant Rome, j'ai passé par Livourne, Pise, Gênes, 
i\ronaco, Nice, Cannes et Toulon, ni'arrêtant un jonr ou quel- 
ques heures dans chaque \ il!e présentant quelque intérêt. Enfin 
je suis à Uriage depuis une douzaine de jours. Ses eaux m'ont 
fait beaucoup de bien l'an dernier, et j'en passais si près en 
revenant d'Italie, que je n'ai pas résisté au désir de m'y arrêter 
quelque temps. 

Je nortais de l'jétablissemeut des bains, le lendemain de 
mon arrivée ici, quand je fus abordé par une jeune dame qui 
me dit : " bonjour M. G." Son voile et mes mauvais yeux 
m'avaient empêché de la reconnaître ; c'était Madame Larcher, 
de Beaune, notre ancienne compagne de voyage en Orient. Elle 
était arrivée la veille, quelques heures après moi. Nous nous 
voyons chaque jour et faisons ensemble de longues promenades 
dans les environs. lautiK' de noter que le souvenir des amis 
communs absents est souvent évoqué. M. Larcher doit venir 
la rejoiudre un peu plus tard. 

Les vallées qui avoisinent Uriage sont fraiches, garnies de 
beaux omijrages, et l'eau abonde de tous les côtés. Nous som- 
mes au pied des Alpes, qui, daus cette contrée, sont en grande 
partie boisées et n'offrent pas l'aspect désolé qu'ont les hautes 
Alpes placées plus loin. 

Uriage est à 12 kilomètres (1) de Grenoble, et à 86 kilo- 
mètres de la Grande-Chartreuse. La montagne de la Salette 
n'en est éloignée que de 50 kilomètres. J'ai visité la Graude- 
Chartreuse et la Salette dans mes précédents voyages à Uriage, 
je ne jiourrai m'y rendre cette année étant depuis trop longtemps 
loin do ma famille et hors de clu'z moi. 

{l ) Trois lit ues. 



80 LK NATURALISTE CANADIEN 

J'ai eu le plaisir rie rencontrer à Uritige bon nombre des 
me;Mbres de nos conférences de St-Vinceut de Taul, avec les- 
quels la connaissance a été bientôt faite. J'ai trouvé en eux 
d'aimables compagnons d'excursions. (1) 

A propos des conférences de St-Vincent de T'aul, je suis 
allé rendre visite à Home, au président du Conseil des confé- 
rences de cette ville, le liévérend Père Alfieri, qui est en même 
temps supérieur des frères de St-Jean-de-Dieu. Ses occupa- 
tions et son grand âge — il a 78 ans — ne l'empêchent pas de 
déployer une grande activité pour nos œuvres, lia été bien 
bon et bien aimable pour moi. 

J'ai peu sorti de Home pendant les quelques jours que j'y 
ai passés, j'ai cependant fiiit deux petites excursions géologiques, 
l'une an Monte Mario et l'autre dans la plaine entre la route 
d'Albano et la voie Aj)pienne, là se trouvent plusieurs coulées 
de lave descendues des monts Al bins dans les temps préhis- 
toriques. Ces anciens volcans, ou plutôt leurs cratères éteints 
sont aujourd'hui transformés en lacs charmants, tels que les lacs 
d'Albano et de Nemi, entourés de beaux ombrages' et de mer- 
veilleuses villas. Ces coulées de lave sont exploitées ; on en 
tire les pavés nécessaires aux rues de Home et à celles des villes 
environnantes. J'ai visité aussi n Rome les galeries géologiques 
et minéralogiques du collège de la Sapienza, où j'ai vu une belle 
collection des roches de la campagne de Home et aussi des 
fossiles qui les caractérisent. 

Mais j'oublie que je suis un oisif s'adressant à une personne 
bien occupée, à laquelle je fais perdre un temps précieux 

(1) Xotrt' iuui, M. G., ajoute à pa qualité de lion clirétien, celle d'être 
1111 memlire des jilns actif- de la Société St-Viiieent de Paul. Dims elia- 
([ue ville d'Orient (jne nous avons visitée, .'on [premier soin était de -'in- 
former .s'il n'y avait pas de conférences de St-Viiieent de Paul, ponr s'eiii- 
pre ser d'en rencontrer les membres au pins tôt, et .s'en juérir du zèle qu'on 
apportai! à la bonne œuvre et des résultat-; qu'on en obtenait. C'est ainsi 
qu'il eu ixgh à .Jéni-alem, Bethléem, Nazareth, Beyroulii, etc. 



"UNE GRAMMAir.-E ORIGINALE 81 

par mon bavardnge, excusez-moi et croyez à mes sentiments 
bien affectueux et bien dévoués, 

G. G. 

P. S, — Mad. Larcher me charge de vous offrir ses meilleure 
souvenirs et veut espérer comme moi que vous reviendrez quel- 
que bon jour en Purope, et que nous vous verrous encoie au 
moins pendant quelque jours. 



UNE GRAMMAlii!^ ORiGINALl^. 



Il semble qu'en examinant ce qui se passe autour de nons, 
ce serait un paiti pris de tout refaire et tout remodeler. Le neuf 
est à l'ordre du jour, et les anciennes voies n'inspirent plus que 
le mépris. Un facétieux entrant dans l'esprit du temps, a ima- 
giné une grammaire d'un genre tout-à-fait nouveau, et que per- 
sonne certainement n'accusera de suivre la routine. On y 
trouve, dit-on, les définitions suivantes : 

La Grammaive est la nourrice du langage. Elle a dix 
enfants : 

Le Xom, e.timable propriétaire ; 

L'Arlide, son courrier, qui le précède et l'annonce; 

Le Pronom, son lieutenant ; 

L'Adjectif, son laquais. Il porte la livrée du yom et 
s'habille selon ses caprices ; 

Le Verhe, monarque qui règne sur ses frères et les soumet 
à toutes ses volontés. Les autres ne se montrent jamais sans 
lui, présent ou caché ; 

Le Participe, amphibie, moitié verbe moitié adjectif; 
L'Adcerhe, espèce de factotum au service de V Adjectif, du 
Verhe, ou même de ses pareils; 

L^ Préposition, notaire qui établit les rapjorts entre deux 
de ses frères ; 



82 LE NATURALISTE CANADIEN* 

La Conjonction ou Amour, qui les unit. 

Kt Vlnterjeclion qui souvent les remplace tous à la fois. 

Une telle srainmaire aura sans doute un Siiccès colossal !.... 



JNECROLOfill:: 

Une lettre de l'un de nos amis de Fiance nous a]iprend la 
mort de M. l'abbé Duply, arrivée le 23 septembre dernier, à sa 
résidence à Lecloure (Gers). Nos rapports avec le savant abbé 
n'étaient que de date assez récente, ils suttisaient cependant à 
donner la confîrniation à cet éloge que fait de lui notre corres- 
pondant : " La mort du pieux abbé est une [lerte bien regretta- 
ble pour la science et pour tous ceux qui l'ont connu, car le 
connaiire c'était l'aimer et le vénérer." 

L'abbé Dupny s'était fait une si^écialité de l'étude des mol- 
lusques terrestres et ti iviutiles. Il a publié sur ceux de la 
Fiance des ouvrages bautement api)réciés. Képondant à un en- 
voi que nous lui avions f lit en mai dernier, il nous disait : 
" Parmi les coiuilles (pie vous m'avez envoyées, il s'en est; 
trouvé quatre que je n'avais j)as dans ma collection. Quand 
vous aurez collecté pendant 40 ans, vous juger'^z de ma joie à 
la vue de ces nouvelles acîpiisitions." Ces seules paroles déno- 
tent tout le zèle et l'affection que ce savant vouait a ses études 
de prédilection. 



UN NOUVEAU MOLLUSQUE \ QI^EBEC. 

Les concbyliogiste sont rares dans notre Province, et dans 
cette bi'ancbe des sciences, comme dans la ])lupart des autres 
parties de l'histoire naturelle, les découvertes sont, la plupart 
du temps, dues à des étrangers de j'assnge sur notre territoire. 

Les sciences naturelles sont bien trop néglig-'cs parmi 



UN NOUVEAU MOLLUSQUE A QUKBEC bo 

nous. Les savants étrangers s'exclament souvent de joie devant 
les choses rares qui frappent ici leurs regards, et nous, nous les 
foulons tous les jours de nos pieds, sans les remarquer. 

Notre jeune concliyliologiste, M, F. li. Latclifoi'.i, d'Ottawa, 
étant de passage à Québec l'été dernier, y fit la découverte de 
V Helix cantlana, Montagu, espèce européenne (ju'on n'avtiit 
encore jamais signalée sur notre continent. Voici comment il 
raconte sa découverte dans V American Xaturuli'^t de Phila- 
delphie. 

jNIontant les degi'és qui conduisent de la terrasse Fi'on- 
tenac à la citadelle, je m'étais iurété sur un palier pour m'y re- 
poser un instant, à environ 30 ].ieds du sommet des glacis. De 
cet endroit, un sentier, battu seulement par les chèvres et les 
gamins de Québec, s'étend siir l'étroite bande de rocher montant 
jusqu'à la citadt-lle, entre l'escalier et le bord du ca]) qui iles- 
cend presque perpendiculairement jusqu'à la rue Cham|)!ain, 
d'une hauteur d'environ 400 piclsi Ayant remarqué une pi-tite 
hélice sur des h.',rbes, je me hasardai, non sans quelque crainte 
de faire une chute en bis du Cap, à passer sous la gaide de l'es- 
calier et à mettre le ])ied sur le roc, pour aller la cueillir. C'était 
VHelix rafesceiifi, Pennant, qui était là eu (|uantité avec la 
Liinax agresfis, sur la racine et les branches des herbes <'tos- 
sière? qui croissent sur ce roc. Je trouvai parmi ces coquilles 
un spécimen de plus forte dimension, que je snp[)osai être 
V Helix Jiortensis, Lin. non encore parvenue à maturité. (1) Vis- 
à-vis l'endroit où tomba Montgomery, je trouv.ii cette dernière 
hélice en abondance, formant des grappes sur les branches des 
hiutes herbes. J'étais bien un p;ni étonné de ne pas rencontrer 
sur le nombre des spécimens en parfaite maturitc', mais ne sou[)- 
çonnant pas que ce pût être une autre espèce, je me contentai 
d'en prendre une douzaine, bien t[u'il eut été facîile d'en recueillir 
des centaines, et revenant sur mes pas, je ne m'occupai plus de 
nui cueillette que lorsque je fi'.s revenu à Ottawa. 

(1) Xous ne sachons pas qu'on ait jamais rencontré V Helix luivtensis 
à Québec, bie.i qu'on aii signalé f;a présence à l'île d'Auticotti. 



84 Î.K WTrUAM^TR CANMUFX 

Ell jn-iYîiî'iii^t VIL'Ii.r rufi'sce^is pom- los colloctionp, je ne fus 
pas peu étonné de ivconnaîLie que ce que j'avais [)ris pour tie 
jeinifS liélieos des jardins, n'étaient lieu autre chose que Vllclix 
ciditiKua, Moulagii, ce dmit je ui'assur.ii eu comparant mes 
sspéciuiens avec d'autres tpie j'avais reçus de M. Hey, d'York, 
Angleteire, et avec les figures et la description données par 
JeMivys. Mes spécimens sont un peu plus petits et manquent 
des lignes conceiuriqaes rousses sur les tours de spire, mais 
]iortent des lèvres rousses el tous les autres caractères de l'es- 
pèce européenne. 

^1. Initchtord a décrit si minutieusenu'ut I'tudroit où il a 
fait sa trouvaille, (pie le premier venu peut aller en chercher 
d'autres spécimens. 

Nul doute que ce niolluqne européen aura été importé 
avec des légumes qu'on consuniait à la citadelle et dont ou aura 
jeté des déchets les contenant dans la ileclivité du Cap, où il se 
sont développés. 



DIFFISION l)i:;s ANIMAUX 



(Québec, 5 Novembre 18S5.. 
Monsieur le Tîô lacteur. 

Vous avez tant de t'ois recommandé l'oliservation de tout 
ce qui tVappait nos i-egards. que vous ne vous oîtensere/ pas, 
j'ose le croire, des questions que je nie peruieis devons adresser 
ici. 

Il entre assez dans mes halùtudes. comme d'ailleurs la 
chose est très naturelle, de me demander compte de la manière 
d'opérei- de la nature, chaque t'ois que je la surprends à l'œuvre. 
Mais je vous avoue nue souvent il m'arrive de terminer mes 
<pte-tioîis p;ir le point d'interrogation, sans pouvoir leur trouver 



LIllL.-iM.-, iu.^ ANIMAUX So 

de .soiiUio!! Siitisi'uiouiite, Kt ce.-^t uni^tiomcnt pour avoir hi hi- 
iiiièic 8ur fc qui in'emljari'as.se que je me ]jeiinels aiijoiiid'hui de 
vous adresser ee« questions. Voici done de qiuH il s agit. 

Passionné pour la péclie, je ne manque ])as chaque <jté de 
faii'e quelques excursions dans les lacH des environs de notjx' cité. 
Je prend.s le poisson quand il veuf niordre, et m'en i-eviens tout 
Iriomjdiant de mes exj^loits, sans m'occuper d'autie cho.^e que de 
faii'e ressortir mon habileté — peut-être dirais-je mieux, ma cljance 
— auprès de mes amis. 

Etant allé, en septembi'c dernier, au ])etit lac Calvet à St- 
Augustin,je tus frappé, comme l'eau était très basse, < e la quantité 
de coquilles que l'on voyait épar>es sur la giève. C'étaient le.s 
valve;, de celles qu' on appelle Muletfes on huîties d'eau douce. 
Mais d'où viennent ces coquille-, me dis-je? Sans aucun doute 
de- eaux du lac. Et en ettet, fjud'jues minutes plus taid, j'en vis, 
comme l'eau était limpide, de tout vivantes, traçant leui's si Ions 
dans la vase du fond. Mais d'où viennent celles-ci, poui-suivis- 
je à m'inteiTOger? Elles n'ont jia monter du fleuve ici, car bien 
que la distance ne soit 2)as grande, quelques arpents seulement, 
la dittéience de niveau jiroduit unu chute d'une centaine de pieds, 
taillée dans le loe vif, dans la dédiai ge du lac. Or les Mulettes 
sont essientiellement aquatiques, elles ne peuvent vivre hoi-s de 
l'eau, elles n'ont dofic ])U laisser l'élément liquide et faiiele 
trajet sur terre. l)'un autre côté, elles ne possédant jms la faculté, 
comme les mollusques ten-esties, de s'attacher aux corps, i-oeheis 
ou arbres, pour en faire ra.-ccnsion en raniji^ant, elles n'ont 
pu escalader la chute dans le tilei d'eau. Comment peuvent-elles 
donc se trouver ici ? Et les ]> ois-ons eux-mêmes, comment nV 
trouvent-ils/ Il faut donc que dans les temps préhistoriques, lois 
des derniers boulevej-sements qui ont donné au sol sa conforma- 
tion actuelle, ou peut-être lors du déluge universel, ces animaux 
aquatiques se soient trouvés dans ces nappes d'eau qui se sont 
ti'ouvées séparées du reste, isolées ça et là sur les hauteuis? Je 
ne vois d'autre solution à la difficulté que celle-ci. Que vous 
en semljJe? Quelques mots d'explication de votre part me feront 
graniement plaisir, et pourront intéressCi- bon nombre d'auties 
qui, conjuic moi, n'en savent pao plus long. 

M. P. L. 



8G LE NATU.îALISTE CANADIEN 

Il nous fiiit tdujonis j'iaisiv de recevoir fies questions se 
ra]il)ort;uit à qnt'lque sujet d'histoire naturelle ; notre attention 
est souvent, par ce moyeu, attirée sur des sujets qu'il ne nous 
était pas venu dans l'idée de traiter, et de fournir ainsi à ]ilu- 
sieurs, des rensi'iguenients ([ue nous ne soupçonnions jas même 
n'cessaires de donner. 

Quant à la question de la présence des poissons et des mol- 
liiscjues dans des pièces d'eau isolées et souvent à de grandes 
hauteurs, nous ])ensnns qu'il est fort probable (pie la présence 
de ces animaux en ces lieux puisse remonter au déluge ou à 
quelque cataclysme antérieur, mais il est aussi un autre mode 
de diftusiou de ces animaux, qu'on a pu constater assez sou- 
vent et qui fournit une explication bien simple et bien natu- 
relle ; c'est au moyen des oiseaux aquatiques. 

On sait que les canards, plongeons, sarcelles, etc., se 
nourrissent presque exclusivement de petits animaux aquati- 
ques. Or il airive souvent qu'en marcli:uit sur les vases des 
grèves, à la recherche de leur nourriture, de petits mollusques, 
comme de jeunes JMulettes, ou même des œufs, s'attachent à 
leurs pattes ou môme à leurs plumes. Enlevés par eux dans 
leur vol, ils sont ainsi transportés à travers les airs et 'déposés 
dans les pièces d'eau, souvent à de grandes distances, où ces 
oiseaux vont s'abattre. Si ces œufs ou petits mollusques trou- 
vent l.i les conditions convenables à leur développement, ils ne 
manquent pas de s'y acclimater et de s'y multiplier. Voilà 
comment il se fait qu'on retrouve souvent des mollusques de 
jiiênie espèce dans des lacs séparés et à de très grandes distances 
les uns des autres. 

On sait aussi que grand nombre de graines de plantes passent 
souvent par le canal digestif de certains animaux sans perdre 
leur faculté germinative. Or il n'est pas improbable que de 
petits mollusques avalés par des oiseaux i)uissent ainsi conserver 
leur vie jusqu'au moment où ils seront déposés sur des plages 
distantes du lieu où ils étaient gisants, pour s'y reproduire et 
s'y multij^^dier. 



ASPOCIATinX AMERICAINE 87 

Xons ne voyons ])oint d'anti'e solution satisfaisante à la 
question posée par notre intelligent correspondant. 



Frimes. — Xous avons déjà fait connaître, dans notre pre- 
mier numéro, la publication aiuérioaine TUiniit^ frum Nature, 
publiée à Hiitlaml, Vt., et dont le prix d'abonnenieni n'est ([ue 
de 50 cts par année. Dans le but d'augmenter sa circulation, 
ce journal offre à ses souscripteurs des primes tout-a-fait appé- 
tissantes. Voici ([uel est sou plan. 

Voulant s'assurer au moins 1000 souscri])teurs ])our le 
coniuiencenient de la nouvelle année, le propriétaire a choisi 
lOoO cadeaux à êire distribués aux premiers lOUO souscrip- 
teurs qui premlront ou renouvelleront un ab)nneninit. Les ca- 
deaux sont numérotés consécutivement et un double de cliaMue 
numéro est renfermé dans une petite envelo[)pe qui sont toutes 
remuées et boulev^ersées de minière a ce (pi'ou en puisse recou- 
naitre aucune. A clia(|ue abonnement cjui arri\-e, une enveloppe 
est tirée au hasard, et le numéro qu'elle renferme indicpie le 
cadeau qui échoit au nouveau souscripteur et qui lui est aussi- 
tôt expédié par la malle. 

Les cadeaux se réi)ai'tissent parmi les objets qui suivent : 
Microscopes composés, $6 00 chaque; Miscroscopes pour dissec- 
sions S2.75 ; Microscopes de jioche $2 ; L')U[)es de 30 cts à $1 ; 
Miscroscopes pour collecteurs 75 cts; Instruments d'op;ique 
et curiosités ; drilles, chaUimeaux, instruments ])our taxider- 
mistes ; livres scieutilî>|ucs, de littérature, de poésie, diction- 
naires etc. etc. ; minéraux rares et ])ré(!ieux ; curiosit's; boîtes 
de [lapeterie; papeterie pour naturalistes; gravures, albums, 
etc., etc. 

Sadre.sser à H. M. Downs, Kutland, Vermont. 

Association ain^-rieaine pour l'avancement de la 
Science C'est à Ann Arbor, Michigan, (pie s'est tenue cette 
année la ses^iion de cette Association, qui s'est ouverte le 2G 



88 m NAXri'wVLlSTK CANADIEN 

août et teriiiinéc le ler se])tembi'e. L(; congrès }»artiigé en cinq 
sections, savoir: Géologie, Biologie, Histologie et Àlicroscoiàe, 
Anthropologie, Géologie et Géogra[)liie, a vu les séances de 
cliaiiue section snivies par un grand nombre d'auditeurs, et a 
reçu et nient onné un grand nombre de mémoires de ditïérents 
membres. 

On a choisi pour lieu de réunion pour l'an prochain, la 
ville de Buffalo, N. Y. et fait l'électiou des officiers suivants 
pour cette session. 

Président E, S, Morse, de Salem, Mass. 
Vice-Piésiden'.s : 

]\Iaihématiques et Astronomie— F. W. Gibbs, Xew Haven, 
Conn. 

Physique — C. F. Brackott, Princeton, N. J. 

Chimie— H. W. Wiley, Washington, D. C. 

Mécanique— 0. Chauute, Kansas-City, Missouri. 

Géologie et Géographie — T. C. Chamberlin, Washington, 
D. C. 

Biologie — H. P. Bawoditch, Boston, Mass. 

Anthropologie — H. Haie, Clinton, Ont. 

Economie et Statistiques- J. Cummings, Evanston, Ills. 

Secrétaire Permanent — S. W, Putnam, Cambriilge, Mass. 

Secrétaire Général — S. G. Williams, Ithaca, N. Y. 

Trésorier— Will. Silly, Mauch Chunk, Pa. 

Catalogue des Unios. — L'Académie des Sciences de 
D(S-Moines, vient de publieV son premier bulletin, dans lequel 
M. E. Call donne le Catalogne géographique des Unios (Mulettes) 
de la Vallée du Mississipi. 

Vieux Serin. — Le ]irofesseur Whiteside a })résenté aux 
Woodtvard'f:! Gardens un Serin âgé de 34 ans. Il est aveugle, 
très faible et ne chante plus. 



Four demandes et uljrefi, voir à la cuuvcrtdio. 




Vol. XV. Cap Rouge, Q., DÉCEMBRE, 1885. No. 6 
KCilacleur: M. l'Abbô PIIOVANCIILR. 



PRIMIS 

Octobre 

Le numéro gagnant 17 est ëchu à M. J. 0, Cassegrain, 
Professeur à l'Ecole Normale Jaccines-Cartier, Montréal. 
Le N° 373 n'a pas encore été réclamé. 

NOVEMIUIE 

Numéros gagnants : 

1ère. — Faune Entomologique, Coléoptères N" 233 

2me. — Un chapelet nacre, non monté N° 240 

N. B. — La personue ajant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois do celte date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir siw la 
couverture. 



L'HISTOIRE NATURRLLl': ET L'AGRICULTURE. 



Nous avons mentionné, dans notre dernica- numéro, quelques 
unes des réponses données devant le comité do. la Chambre des 
Communes, chargé de s'éclairer sur l'opportunité de fonder à 
Ottawa un Bureau central d'Agriculture pour toute la Puissance. 
Nous avons dit que toutes les personnes entendues s'étaient 
accordées à recommander la formation d'un tel Bureau. 



90 .LE NATURALISTE CANADIEN 

C'est avec empressement que nous joignons notre suffrage 
à celui de ces personnes éclairées ; car l'établissement d'un te' 
Bureau répondrait à une double fin : 1° de fiiire mieux con- 
naître notre l'ays et les ressources qu'il peut offrir pour la sus- 
tentation matérielle de ses habitants; 2° la culture de l'intelli- 
gence, de la pensée, de l'homme en un mot, pour agir plus effi- 
cacement sur le progrès de la civilisation. 

Sans doute il faut avant tout le pain matériel, car avant 
d'améliorer son existence, il faut la posséder et l'assurer cette 
existence. Mais comme la divine Providence nous a faits des 
êtres essentiellement sociables, l'homme, pour être heureux, pour 
répondre à sa fin, doit aussitôt ajouter au pain matériel, le pain 
de l'intelligence. L'homme, sous ce point -de vue est, pour ainsi 
dire, un être collectif, ce n'est que la partie d'un tout. Les 
sociétés sont des chefs dont les individus ne sont que les 
membres ; et pour que le chef soit fort, puissant, prospère, il 
faut que chaque membre accomplisse, dans le travail commun^ 
la partie qui lui est dévolue. Si les bras creusent le sol pour 
en tirer de brutes matériaux, l'intelligence pénétrera la nature 
intime de ces masses et indiquera les moyens d'en tirer les ])lus 
utiles api'lications. On peut considérer avec raison, la société 
humaine entière comme un vaste uiécanisme, dont les bras sont 
les divers rouages, et dont l'iutelligence éclairée pur la science 
coustitue la vapeur, la puissance qui met le tout mouvement. 

L'étude de la science pure est bien la plus noble occupa- 
tion que puisse embrasser l'intelligence de l'homme. Mais 
comme il faut vivre avant tout, il faut descendre des hautes 
S[Jières de la théorie scientifique, aux applications matérielles 
de la vie prati(iue. Or, c'est surtout dans ces Bureaux soutenus 
par les gouvernements, qn'on trouve réunies ces deux condi^ 
tions essentielles de progrès : la théorie scientifique et l'app-lica- 
tiou niiitérielle. Et. c'efstune obligation pour les gotivenuMuents 
de répondre à ce besoin ; car si l'initiative privée peut souvent 
obtenir de gvujids et pruHt.ibleo n'sulLats, il est une foule de cas 



l'histoire naturelle et l'agriculture 91 

où ses ressources ne peuvent suffire, comme, par exemple, dans 
l'étude de la géologie, lorsqu'il faut faire des fouilles considé- 
rables pour la recherche des fossiles, dans les relevés géodé- 
siques sur de grandes étendues, dans les dragages sous mer à 
de grandes profondeurs, dans la tenue des laboratoires, des mu- 
sées, la conservation des collections &c., &c. 

Mais, dira-t-on, est-ce que nos collèges ne répondent pas à 
ce besoin ? 

Sans hésitation aucune, nous répondons : non ! Les col- 
lèges donnent la clef pour l'étude des sciences, mais ne peuvent 
poursuivre ces études mêmes. A-t-on jamais vu des chimistes, 
des astronomes, des géologues, des naturalistes sortir des col- 
lèges ? Xon, jamais ! On a bien vu des jeunes gens laisser ces 
institutions avec la clef de ces hautes sciences, de l'aptitude à 
les poursuivre ; mais ce n'était toujours qua le prélude, que 
l'entrée en matière d'une exploration qui ne pouvait se faire que 
plus tard. Et si l'on descend à l'application, c'est là surtout, 
dans nos collèges, que l'on se heurte contre l'impossible, car ce 
n'est ni le temps ni le lieu de la trouver là 

Nous avons tout lieu de croire que le gouvernement fédé- 
ral, qui a déjà fait la nomination d'un Entomologiste d'Etat, va 
poursuivre son plan et compléter son Bureau central d'Agricul- 
ture. Car que pourrait faire un seul homme pour répondre à des 
besoins aussi multiples et aussi variés que ceux que peuvent faire 
naître des climats aussi divers, des différences de sol si considé- 
rables, des cultures si différentes, que celles que pei.t embrasser 
la distance entre Halifax et Victoria, entre la lîaie d'Hudson et 
le lac Erié ? D'ailleurs un seul liomme ne peut tout savoir, et il 
ne s'agit pas seulement de prêter attention à l'Entomologie pour 
réussir en agriculture, les plantes nuisibles, les végétaux para- 
sites, y ont, pour le moins, une aussi large part. 11 fiiut donc 
joindre le botaniste à l'entomologiste dans un tel bureau. 

Sans doute qu'il appartiendrait au, gouvernement de cha- 
que Province de pourvoir avant tout à ce besoin, d'apporter à 



92 LE NATURALISTE CANADIEÎÏ 

son agriculture cet ap]ioint si nécessah'e pour son succès ; mais 
les mesures particulières ijui peuvent ainsi être prises, ne peu- 
vent exonérer le gouvernement fédéral de pourvoir au bien 
général de toute la confédération. 

Voici, d'après nous, qu'elle devrait être l'organisation 
générale. 

Chaque Province devrait avoir son entomologiste provin- 
cial, chargé de veiller plus spécialement aux besoins de son 
territoiie particulier ; et ces entomologistes provinciaux devraient 
former un conseil ayant pour tête l'Entomologiste fédéral à 
Ottawa, pour se communiiiuer leurs observations, discuter leurs 
opinions scientifiques, et adopter des mesures pratiques, pour 
toute la Puissance. Ce Conseil pourrait siéger deux fois par 
an, une semaine ou deux, et présenter chaque année, un 
rappoit commun à la législature fédérale, qui en ferait publier 
les conclusions pratiques pour les disséminer dans toute la 
Puissance. On formerait à Ottawa un musée général, et cha- 
que entomologiste provincial apportant à ce musée des spéci- 
mens et échantillons de sa province, insectes, végétaux, ])lantes 
cultivées, nuisibles, préparations microscopiciues, etc., etc., ou 
aurait là bientôt une source féconde de renseignements, où, de 
toutes les parties de la Puissance, chacun po .rrait aller puiser 
pour son propre bénéfice. 

Et quel intérêt ne présenterait pas au visiteur, au savant, 
à l'homme des chanqis même, cette réunion des ]>roduits 
du sol, de toutes les parties de notre vaste territoire ! Les insectes 
de Vancouver à coté de ceux d'Ontaiio, les céiéales du Mani- 
toba à côté de celles de Québec, etc., etc. ! Une heure d'inspec- 
tion dans ce musée en dirait plus à l'étranger, que la lecture des 
volumes et rapports les mieux élaborés. 

Mais, dira-t-on, ce sont 1}\ de belles théories ; et le moyen 
de les appliquer?... Les dépenses d'un tel Bureau seraient 
énormes ! 

A cela nous répondrons que J'agricultme étant le ['remier 



l'histoire naturelle et l'agriculture 93 

appoint de prospérité pour tout état, il ne faut pas reculer de- 
vant les dépenses qu'entraîne la protection t|u'on doit lui accor- 
der. D'ailleurs qv.ielques centaines de piastres pour chaque 
Province et quelques milliers pour la confédération ne sont pas 
chose si: extraordinaire pour qu'on puisse reculer devant une 
mesure aussi avantageuse. Qu'on abolisse ces sinécures que 
les sangsues du pouvoir arrachent à la bienveillance de nos 
gouvernants, qu'on cesse ces enquêtes si dispendieuses, pour 
lesquelles on remue toute une province, et dont on ne fait ]ias 
même de rapport ; qu'on fasse disparaître ce chantage qui me- 
nace de devenir d'usage reçu dans les entreprises publiques; et 
avec ces seules économies, on aura suffisamment et de reste 
pour pourvoir aux exigences de la science pour notre prospérité 
générale. 

La Puissance n'est pas sans doute ni si populeuse, ni si riche, 
ni si avancée que la Confédération Américaine ; mais sait-on ce 
que coûte là le Bureau Central d'Agriculture, qui n'a pourtant 
pas une organisation aussi parfaite que celle dont nous venons 
de tracer le plan/ Tout près de S300,000 par année ! Et quand 
bien même chaque Province mettrait pour cette fin $800 à 
$yO0, et le gouvernement fédéral $20,000 à $25,000, serait-ce 
extraordinaire ? au dessus de nos ressources ? 

iS'on, sans doute ; mais ce qui arrêtera toujours de semblables 
mesures, c'est, disons-le sans crainte, le manque de connais- 
sances suffisantes de la pan de nos gouvernants ! Fouiller le sol, 
y jt^er le grain, et le récolter ensuite à la moisson, se fait tous 
Its jours par les gens les plus ignares, et l'on croit que l'aiipoint 
de la science- n'est pas nécessaire ])Our le succès en agriculture. 
Comme si le corps malade auquel peut être comparé un sol 
épuisé, ne requérait pas les connaissances spéciales d'un méde- 
cin ? comme si les attaques d'ennemis ne mettaient pas dans la 
nécessité d'apprendre les moyens de se défendre ? comme si le 
progrès de la civilisation ne faisait pas naître tous les jours des 
besoins nouveaux requérant le secours de connaissances nou- 
velles ! 



94 LE NATUIÎAUSTE CANADIEN 

Toutes les personnes entendues devant le comité se sont 
accordées pour demander rétablissement d'un tel Bureau. ]iro- 
clamant que les dépenses qu'il entraînerait seraient amplement 
compensées par les profits qu'on en retireraient. Qu'on se mette 
sérieusement à l'œuvre, et l'on reconnaîtra bientôt la justesse 
de vue de ces personnes intelligentes. 



SUR LA FI'XOKDATION l)i:S CYPIMPI'DKS 

Tar M. J. A. Guigxard, d'Ottawa. 

La publication, en 18G2, du remarquable traité de Charles 
Darwin " Sur la Fécondation des Orchidées par les Insectes et 
sur les bons effets du croisement," eut l'effet naturel de diriger 
l'attention de quelques naturalistes américains sur les Orchidées 
indigènes de ce continent. On ne pouvait qu'attendre de nou- 
velles découvertes dans ce nouveau champ qui, bien que com- 
parativement peu riche en représentants de cette nombreuse 
famille de plantes, possède cependant plusieurs espèces et même 
plusieurs genres particuliers. 

La même année, dans " The American Journal of Science 
and Arts," tout en portant son jugement sur l'ouvrage de 
Darwin, le professeur Asa Gray, de Cambridge, Massachusetts, 
donnait les résultats de l'examen soigneux qu'il avait fait d'une 
vingtaine d'Orchidées de l'Amérique du Nord. Il parut aussi 
en 18G2 et 18G3 dans " Proceedings of the Boston Society of 
Natural History," deux intéressants articles, l'un par le docteur 
S, H. Scudder, sur la Fogonia, l'autre par le professeur S. T. 
Smith sur un Cypripède et une Hahenaria. 

Je n'avais pas encore eu l'avantage de voir ces articles, 
lorsque je fis les quelques observations que j'ai racontées dans 
" Le Naturaliste Canadien " de juillet et sei^tembre 1882, et qui 



SUR LA FÉCOXDATIOX DT:S CYPHIPÊDES 95 

m'avaient fait comi)rcndre le vvai mode de fécondation des 
Cyiiripèdes, bien différent de la théorie avancée sur ce sujet 
par Darwin. Les insectes, supposait-il, devaient insérer leur 
trompe dans le tablier de la fleur par l'une des petites ouver- 
tures latérales postérieures ; la tiompe, en rencoulrant l'anthère 
au dessus de cette ouverture, se serait chargée de pollen pour 
le porter plus loin au stif^mate de la même fleur, et ensuite à 
celui d'une autre, dans les efforts de l'insecte ])Our lécher le 
li(|uide mielleux qui humecte les poils sur le fond du tablier 
sous la colonne. 

Le professeur Gray fut le premier à suggérer la vraie ma- 
nière d'opérer des insectes : " Une étude attentive, disait-il, de 
la disposition des parties de la fleur dans le Cypripediuin spec- 
tabile, nous a convaincu que le transport du pollen se fait par 
des insectes, tels que des mouches, qui pénètrent eux-mêmes 
dans la fleur. Ils peuvent cnti'er par une ouverture latérale, 
et ainsi, en passant sous l'anthère, se charger de pollen le 
dessus de la tête dont ils frotteraient ensuite le stigmate, puis- 
qu'ils doivent passer au dessous pour atteindre le nectar des 
poils qui s'y trouvent; puis, en s'éehappant par l'ouverture sous 
l'autre anthère, ils emporteraient de son pollen à la fleur sui- 
vante qu'ils visiteraient. Mais, bien que nous n'ayons pu 
prendre des insectes sur le fait, nrnis concluons avec assurance, 
de traces qu'ils ont laissées et de faits divers que nous ne pou- 
vons énumérer ici, qu'ils entrent d'ordinaire par l'ouverture 
antérieure (même dans le C. acaufe), qu'ils se glissent sous la 
large surface stigmatique, tandis (pi'ils se repaissent du nectar; 
ils ne peuvent guère manquer alors de frotter de la tête et du 
dos contre le stigmate, et ils vont sortir par l'une des ouvertures 
latérales qu'ils aperçoivent maintenant devant eux. Presque 
inévitablement ils emporteront en sortant, du pollen sur la tête 
ou l'épaule et en iront imprégner le stigmate d'une autre fleur." 
(Novembre 1862). 

Le 4 juillet suivant le professeur S. T. Smith faisait les 



96 LE NATURALISTE CANADIEN 

observations suivantes' à Norway, ]\Iaine: " Quelques fleurs de 
CiiiJvvpedi'mn spectahile étaient presque couvertes par une 
infinité de tout petits coléoptères, attirés a'pparement par le 
liquide mielleux des longs poils du tablier; ces insectes voya- 
geaient en tous sens sur les fleurs ; l'un d'eux passa de l'un des 
pétales latéraux sur la colonne, puis sur l'une des anthères non 
sans difficulté, et de là sur le stigmate. Ceci fut répété par 
trois ou quatre individus différents. J'en vis deux seulement 
arriver au vol sur les fleurs, l'un entra dans le tablier sans 
toucher l'anthère ni le stigmate, le second passa sur l'une et 
l'autre. 

" Presque tous ceux de ces coléoptères que j'examinai à la 
loupe, portaient fixées à quelque partie du corps de petites 
masses de pollen ; et bon nombre, pour cette raison, pouvaient 
à peine marcher. La plupart des fleurs où j(i trouvai ces insectes 
avaient eu leur stigmate pollinisé, et une forte loupe y faisait 
voir des parcelles de pollen parmi les papilles aiguës dont le 
stigmate est hérisé. 

" Sur un grand nombre de fleurs provenant de différentes 
localités, presque touies avaient eu du pollen transporté par 
toutes petites parcelles de l'anthère au stigmate ; mais dans 
deux ou trois cas, le pollen avait été enlevé en une seule masse 
comme par quelque gros insecte." 

Le professeur Smith a eu la complaisance de m'envoyer un 
des coléoptères qu'il avait ainsi observés il y a~déjà vingt-deux 
ans sur le C. spectahile, et dont le nom n'avait pas été reconnu 
jusqu'àcetteannée-ci, et est donc publié ici pour la première fois. 
C'est un AntJiobiinnconuexum et, l'aïuiée dernière, M. J. Flet- 
cher a de nouveau remarqué près d'Ottawa trois individus du 
aicme insecte sur le même Cypripède. 

Les observations du professeur Smith sont d'un intérêt 
tout spécial en ce qu'elles ont sans doute éié les ]iremière faites 
sur ce continent, de la fécondation d'une Orchidée. De plus 
elle justifient paifaitement la première supposition qu'expri- 



SUR LA FÉCONDATION DES CYPRIPEDES 97 

niait le professeur Gray, Toutefois, ce n'était ainsi que l'auto- 
fécondation, ou fécondation \)iiv le pollen de la même fleur, qui 
résnltiit des visites de ces petits insectes ; taudis que la dispo- 
sition de la Heur a évidemment pour but d'assiirer le transport 
du pollen d'une fleur au stigmate d'une autre. Pour cela il 
faut un insecte plus gros qui, ayant pénétré à l'avant du tablier, 
ne puisse passer sous la colonne et sortir à l'arrière sans frotter 
du dos d'abord le stigmate et puis l'anthère. C'est sans nul 
doute ce qui avait eu lieu dans les deux ou trois cas rapportés 
par le professeur Smith où une masse considérable de pollen 
avait été enlevée à la fois. 

Les vues du professeur Gray furent enfin, en 18 8, con- 
firmées de point en point par le docteur allemand Hermann 
LliiUer. Le 16 mai, il trouva une A^idi'eiia pTuteri sis ? dans 
une Heur de C. calceolus, espèce ] presque en tous points con- 
forme au C. 2^i('bescens, mais à tablier moins jaune. L'insecte, 
après beaucoup d'efforts, réussit à s'échapper par la petite ouver- 
ture de gauche à la base de la fleur, mais emportant sur son 
é[»aule droite une bonne partie du pollen. Dans la suite, le 
docteur Millier a vu opérer la pollinisation par des femelles 
d'Andrèues appartenant à quatre autres espèces. Il ajoute à 
ce sujet, dans son magnifique ouvrage sur la fécondation des 
fleurs (*) : " des abeilles et des mouches de plus petite taille, 
qui sont cependant tro[) grosses jiour sortir librement par l'ori- 
fice latéral, mais trop faibles pour eu écarter les bords, doivent 
périr de faim dans le îalj'ier. J'ai tiouvé maintes fois Andrena 
parvula ? morte dans le tablier, ainsi que des mouches dip- 
tèrus de quatre espèces différentus." 

Avant de parler de quelques insectes observés sur des Cy- 
pripèdes aux environs d'Ottawa, je citerai encore quelques lignes 



* " Rcfruclitunjï dor Bliinicn." — Tiaeluit on ang'iii;- : '• Tlic Fcrlill- 
satlou of Fluwei'H,'' Luiidretf, 1883. 



98 LE NATURALISTE CANADIEN 

(V\m cli:;rniaiit oiivrage par M, Henry Bakhvin, sur les Orclii- 
dces de la Nouvelle Angleterre : * 

" Une ])réciense contribution h l'étude de nos Sabots de 
Vénus m'a été communiquée par le professeur Trelease de l'U- 
niversité de Wisconsin, qui m'écrit: Dans les C. pvhef^cen^, 
2>arviflorinn et candidurii, il y a dans l'airière du tablier un 
nombre variable (1 à 4) de taches translucidf.s qui attirent fa- 
cilement l'attention d'une abeille emprisonnée iEalictus, Au- 
f)ochlor(i) et la font se diriger sous le stigmate vers le fond ; de 
\h elle aperçoit alors la lumièie au travers des petites ouver- 
tures sous les anthères, par où elle peut s'échapper. De petites 
abeilles introduites dans le tablier se rendaient aussitôt à ces 
endroits clairs ; ne pouvant y passer, elles allaient de là aux 
passages destinés à la sortie." 

Jusqu'ici mes trouvailles d'insectes dans des fleurs du 
Cypripède pubescent n'ont pas été des plus encourageantes '> 
j'en ai rencontré trois, de trois ordres différents, mais aucun 
d'eux en vie. L'un était une petite mouche que le pollen glu- 
tiheux avait retenue à sa sortie de la fleur ; les deux autres, un 
coléoprère Buprestide, Antliaxia inornata et une Andrène 
A. nivalis 9 qui étaient dans le tablier même. Le coléoptère 
])0uvait avoir été retenu par les fils d'une petite araignée jaune 
qui avait pris possession de la fleur ; j'ai plus d'une fois remarqué 
cette espèce d'araignée dans ces sabots dont elle semble em- 
■jirunter la couleur : sa présence est un signe certain qu'ils sont 
frécjucntés par des insectes. L'Audr^ne, elle, en était évidem- 
ment à sa ])remière visite, q>u lui avait été fatale, car elle n'avait 
pas la moindre trace de pollen sur le thorax ni la tête ; elle 



* " The Orchids of New England." New York 1R84.— L'ouvrage est 
illustré de 40 ligures et traite de la structure, des hab.tats, de la fécon- 
dation, de la distribution, de la culture même des Orchidées. La liste des 
e'^jièces de la Nouvelle-Angleterre différant très peu d'avec celles du Ca- 
nada, rend ce livre très utile à ceux qui étudient ces plantes dans ce pays, 
et à tous ceux (jui aiment la nature. 



SUR LA FilcoXDATION PFS CYPRU'EDES 99 

s'était sans doute trouvé trop grosse pour se glisser sous la 
colonne et avait misérablement péri dans cette trappe. Cet été 
dernier, M. "W, H. Harrington a du moins trouvé sur une Heur 
une abeille vivante plus petite, à ]icu piès de la grosseur d'une 
mouche de maison, Osmia vicina, Cr. L'insecte avait le dessus 
du thorax enduit de pollen tout frais et venait par conséquent 
de quitter le tablier eu passant sous l'anthère, mais non sans 
giand'peine sans doute, car il paraissait n'avoir plus d", force 
pour s'envoler. 

Avec le Cypripède brillant, C. spectahile, j'ai eu plus de 
succès. Le 2 juillet 1883, je capturai d'abord dans une fleur 
une Mégachile, M. melanoiihcaa. J'essayai de la placer dans 
d'autres fleurs et la vis toujours suivre aussitôt le tube de la 
fleur sous la colonne, puis, non sans quelque eiîort, soitir sous 
l'aiithère, contre laquelle (die frottait chaque fois. Dans une 
fleur plus petite, à orifices latéraux trop resserrés pour la laisser 
sortir, ou si j'obstruais les deux orifices par une brindille glissée 
en travers, elle avait bien vite, à l'aide de ses puissantes man- 
dibules, agrandi le passage de manière à pouvoir s'échapper par 
cette voie, mais jamais elle n'essayait de ressortir ])ar l'ouver- 
ture antérieure. Si la température était trop basse, dans une 
chambre fnnche par exemple, l'abiMlle n'avait plus la force de 
se glisser dans le passage ordinaire et devait attendre le retour 
de la chaleur. 

En 1883, par la belle et chaude après-midi du 23 juin, 
bravant les persécutions de mousqr.ites et de taons ce jour-là, 
en force et en pleine activité dans les bois, je fus assez heureux 
pour trouver les insectes suivants dans des tabliers de C. spec- 
tahile : 

2 abeilles : Ânthopliora terininalis ç , Cress. 

MegacJiile centuiundaiis 9, St-Farw. 
1 scarabée : Trichivs ajffinis, Gory. 

3 papillons : Limochorus {Pamphila) Cernes, Bdv. et T.ec. 

" " Myiîtic, Scudiler. 

Epargyreus {EaJamus) TUi/ra!,; Fabr. 



100 LE NAXURALISTR CANADIEN 

et jiliisieurs autres papillons plus petits, qui entraient et sortaient 
lilireiueut au vol juir la grande ouverture. Quant an trois pa- 
pillons nommés plus haut, ils remplissaient le labc::lle, et je 
reoieite de ne pas m'ètre assuré comment ils ])0uvaient s'en 
échapper; c'était sans doute ])ar l'ouverture où ils étaient 
entrés, agrandissant au besoin le passage à coups d'ailes ; car 
on connait l'iuipétuosité des E. Tityrus, qu'on a i)eine à tenir 
emprisonnés dans la main fermée et qui s'y lacèrent les ailes 
dans ieni's efforts imj)uissants pour regagner leur libeité. Quoi 
qu'il en soit, on ne conçoit pas qu'un papillon pût opérer la 
];olliuisation d'un Cypripède, car plutôt que d'emporter du pol- 
h'n, s'il le touchait, il y laisserait les fiues écailles de ses ailes. 

Je trouvai le scarabée couclié sur le dos sous la colonne et 
se délectant à mordiller les poils qui y tapissent le taljlier. 
Quand je le faisais entrer dans une autre fleur, il y prenait 
assez vite le chemin ordinaire et, (juoique moins promptement 
que les abeilles, se montrait bientôt après sous l'anthère dont 
en passant il eidevait du pollen avec son épaule. 

Tandis que j'avais les yeux sur une touffe de Cypripèdes, 
la Mégachile me fit l'agréable surp-rise d'entrer au vol droit dans 
l'une des Heurs ; elle n'en était donc pas à sa jtreinière visite. 
Je couviis la fleur de mon filet; l'abeille s'en aperçut aussitôt 
et s'emiu'cssa de ressortir par une ouverture later.de ; je i)us 
voir (lu'elle avait les poils du dos du thorax tout poissés de 
pollen tint fniis que desséché. 

La grosseur des abeilles et du scarabée trouvés dans le C. 
SjX'ctahUe est à peu près celle de l'abeille à miel, et paraît celle 
qui convient à la flenr. L'Osmie prise sur le C. 'pubesceiis est 
sensiblement plus petite, bien que les dimensions des fleurs des 
deux espèces ne soient pas tellement différentes. Cette diffé- 
rence entre les visiteurs s'explique peut-être, pour la seconde 
espèce, par la moindre élasticité des bords du tablier sous les 
ovilices de sortie, où il est m liutenu eu place par un prolonge- 
ment du tilet de l'étamine ; car c'est surtout la grandeur de cts 



SUR LA FÊCONDATIOX PES CYrRirF.PES lOl 

orifices ipii (.loit déterminer la taille des visiteurs, et les filets 
des et amines dn C. spectahile ne sont point ainsi j mlnngé.s. 

Ce prolongement n'existe plus dans le C. (irletinam et le 
C. acaule. La fleur de celte dernière espèce semble ponvoir 
admettre des insectes pins gros que celle du C. spectahile, car 
les ouvertures latérales sont plus grandes. Un autre détail à 
remarquer c'est la position de l'anthère assez exactement au 
dessus du milieu et non au côté de ces ouvertures. Par suite, <à 
la sortie d'un visiteur, le pollen se fixe au milieu de son dos et 
ainsi il n'est pas besoin d'un aussi large stigmate pour retenir 
du pollen quand l'insecte se glise au dessous. On trouve eu 
effet que le stigmate est relativement plus étroit. Le s -pale su- 
périeur est de même très étroit dans la fleur de ce Cypripède et 
passablement relevé, tandis que chez les autres e>j)èces il est 
beaucoup plus développé eu largeur et plus rabattu vers le bas, 
de manière à empêcher la pluie de pénétrer dans la large ou- 
verture antérieure du tablier et sans doute aussi à empêcher les 
insectes de voir par cette ouverture, la lumière du dehors, ce 
qui pourrait les détourner d'aller })asser sous la colonne et de 
rendre à la plante les services indispensables pour sa reproduc- 
tion. Il est facile de voir que d lus le C. acaule, ces deux 
dangers sont jirévenuspar la manière dont l'ouverture antérieure 
est fermée par ses rebords mêmes qui s'appliquent l'un contre 
l'autre. Ils laissent donc entrer l'insecte sans peine, mais lui 
barrent tout retour. Quel attrait ne doit donc ];as avoir le par- 
fum des doux sucs pour faire ainsi pénétrer le visiteur dans une 
fleur fermée sans entrée visible ! La même remarque s'applique 
à la fleur du C. arieiinuin dont l'ouverture supérieure du 
tablier est fernu'e jiar un épais ride au de longs poils blancs. ^lais 
ces poils sont la continuation de ceux du fond du tablier et pro- 
bablement sécrètent aussi du nectar, il est plus facile de com- 
prendre que les visiteurs soient ainsi conduits à se hasarder 
dans l'intérieur de la trappe pour y continuer leur friant repas. 
Quoi qu'il en soit, ce doit être en vérité foit iutéies.'^ant de voir 
des insectes disparaître ainsi dans ces fleurs fermées. Mais il 



102 LK NATURALISTE CANADIEN 

est ])erinis de douter que persoune ait encore eu la bonne for- 
tune d'en être témoin ; car, comme pour les autres Orchidées 
et tant d'autres plantes phanérogames qui naissent pareillement 
d.ins des lieux oml)ragés et humides, plusieurs circonstances favo- 
rables sont nécessaires pour qu'on puisse espérer de surprendre 
leurs hôtes en (luête de miel ou de pollen, et surtout de les voir 
payer pour le butin qu'ils emportent en polliuisant les stigmates. 
Il iaut d'abord savoir où trouver ensemble un certain nombre 
de ces plantes qui ne sont guère abondantes nulle part ; il faut 
connaître le moment précis de leur floraison qui varie dans de 
certaines limites suivant le plus ou moins de chaleur de la 
saison ; il faut avoir le loisir de les visiter alors par une chaude 
journée et un brillant soleil, qui font sortir tous les insectes de 
leurs retraites, par consé(i[uent ce doit être vers le milieu du 
jour dans les bois. Toutes conditions qu'il n'est pas facile de 
réunir à la fois. C'est pourquoi, il est bon d'être constamment 
sur le qui-vive pour saisir les occasions qui peu vent se présenter. 
D'ailleurs c'est pour toutes les fleurs des champs et des 
forêts, qu'il serait désirable de savoir quels insectes leurs sont 
utiles soit pour leur fécondation, soit autrement. L'homme dé- 
pend trop du monde des plantes et de celui des animaux pour 
n'être pas intéressé à tout ce qui les concerne. Puis-je comme 
conclusion en citer un exemple frappant du " Har|>er's Ma- 
oasine" pour décembre 1881, où dans un excellent article ma- 
crniflquement illustré, intitulé " among our foot-prints," M. W. 
H. Gibson décrit avec clarté et fraîcheur quelques-unes des 
choses qu'eu tenant les yeux ouverts, nous pouvons trouver sous 
nos pas. 

" Un apiculteur de la Californie avait envoyé au feu pro- 
fesseur Wood, en même temps qu'une lettre contenant les plus 
tressants aj-pels, une petite boîte d'abeilles mortes, toutes cou- 
vertes d'une couche épaisse de petits corps bruns en forme de 
palettes. H disait que milliers après milliers de ses mouches à 
miel étaient atteintes de cette étrange maladie et y succom- 
buieul. il !'•'• supposait duc à quelque champignon, mais per- 



^'ÊCROLOGE 103 

sonne ne pouvait l'exiili.iuer ni suL'gérer de remède. Son in- 
dustrie était menacé.' de ruine, et dans sa dé:re.sse extrême, i! en 
apjieliiit à la science." 

" M. AVood eut bientôt reconnu la Gaii.«e de la calamité. 
Une loupe lui permit de voir que le prétendu champignon 
n'était autre que le pollen adhé.sif d'un certain "cotonnier." 11 
écrivit aussitôt à son correspondant ce qu'il avait reconnu et lui 
reconnnanda de cliereher dans Sis envii'ons où il trouverait sûic- 
ment quelque i art des quantités de cette fatale asclé{)iade. Au 
bout d'une (piinzaine de jours arriva la réponse, ([ui ju.^tifiait 
cette sup] osition. La plante, en effet, pullulait dans le \oisi- 
nage ; on s'était hâté d'y passer la faux et dès lors la mortalité 
des abeilles avait cessé," 



NECROLOGE 



D'ai.rès les notices nécrologiques qui suivent, on pourrait 
conclure que la longue vie n'est pas le partage des naturalistes. 

Le Dr H. A. Atkin, de Locke, Michigan, est décédé le 19 
mai dernier, âgé de 63 ans. C'était un excellent ornithologiste 
local. 

Le 9 août, est décédé à Last Windsor Hill, Connecticut, 
le Dr Will. Wood, à l'âge de 63 ans. Excellent ornithologiste 
\ocà\ ; V American Nat arallst, qui vient de terminer son 19e 
volume, a publié plurieurs de ses écrits dans ses premières 
années. 

Les jonruaux de Paris nous annonçaient derm'èrement la 
mort de Chaules Robin, savant histologiste, à l'âge de 65 ans. 
Il avait été j.rofi'sseur d'histologie à la facuté de médecine de- 
puis 1832. Il était membre du Sénat, et s'était associé à 
Liitié eu 1871 pour fonder la société de Sociologie. 



104 LE NATURALISTE CANADIEN 

L'Angleterre a aussi dernicrenient per. lu un savant, dans 
la [icrsonne de Thomas Davidson, qui est mort à l'âge de 08 
ans. La géologie et la paléontologie avaient particulièrement 
captivé l'attention de cet homme d'étude. 11 a laissé un graud 
ouvrage sur les Brachiopodes fossiles de l'Angleterre, cinq vo- 
lumes in-4°, qui sera la monogra|»hie paléontologique la plus 
comi)lète encore publiée. 11 a légué sa collection, qui est très- 
considérable, au Bt'tisli Aluscum. 

L'Angleterre perdait encore un autre savant le 11 novem- 
bre, dans la personne du Dr W. Benjamin Carpentek, reconnu 
surtout comme ])hysiologiste distingué. Son ouvrage le plus im- 
])ort;int. Principles of General and cowparative Physiology, 
joniL d'une grande autorité. Il a écrit aussi sur les Foramini- 
fères et les Crinoïdes, et publié un traité sur le Microscope. 
Le Dr Carpenter est mort des suites de brûlures sérieuses qu'il 
reçut en ])reuant un baiu de vapeurs pour des rhumatisme, par 
le renversement d'une lampe. 



Renvois — On le croirait à peine, et c'est cependant le 
cas ; il y a des personnes qui s'obstinent à nous faire deviner qui 
elles sont, lorsiiu'elles écrivent sans signatures, qui se fâchent 
même ]>ar ce que nous ne les découvrons pas ! On enlève la 
couverture du Katuralisfe, on lui en substitue une autre en 
nous l'adressant et y ajoutant le mot "refusé." Mais d'où 
revient ce numéro, par qui est-il ainsi refusé ? c'est ce qu'on ne 
dit pas. La personne qui encore le 5 du courant nous ren- 
voyait un numéro avec l'épigraphe : '• refusé pour la 3e fois," 
est jiresque assurée qu'elle verra encore les antres numéros lui 
arriver, tant qu'elle ne voudra pas nous laisser connaître son 
non), soit en le signant elle-même, ou en le biffant sur l'adresse 
qu'elle nous renvoie avec le mot " refusé." 

Non vile captura. — M. Ouiguard a été assez heureux: 
pour prendre la 9 de VOsmia vicina, que j\f. Cresson n'a point 
vue et qu'il n'a pu décrire. Noik d .MinKniq eetie dfseripiio.) 
dans nos "Additions." 



XjE 






iî^it at trtt 1 1> 1 1-^ 



Vol. XV Cap Rouge, Q., JANVIER, lESG. 



No, 7 



Iledacteur: M. l'Abbê TROVAXCHhR. 



PRIMI':S 

Novembre 

Le numéro gagnant â3î$ est échu au Rév. J. Dumas, 
curé (le St-Eloi, Témiscouata. 

Le IST" 240 n'a pas encore été réclamé. 

DÉCEMBRE 

1ère. — Faune Entomologujue, les Hyménoptères, .,N° 2li5 
2nîe. — Porte-plume, crayon et caoutchouc en nickel.N° 115 
IST. B. — La personne aj'ant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voû' sur' la 
couverture. 



LliS .MICROBES ^'> 

Depuis quelques mois, on n'entend plus parler que de mi- 
crobes, cependant, paraît-il, ces animalcules ne seraient pas nou- 
veaux, si tant est qu'ils nous viennent directement du mari de 
notre grand'mère Eve. 

On s'est souvent servi de la dénomination d'infiniment 
j)etiU pour désigner les insectes, mais voici qu'il faudra leur 



(1) De micron, petit, al bios, vie, c'est-à-dire, petits êtres. 
7 -Janvier 1886. 



166 LE NATURALISTE CANADIEN 

enlever cette appellation pour la transporter à d'autres qui la 
réclament Lien d'avantage. 

Nous avions cru, jusqu'à ce jour, que les poux et les puces 
étaient à peu près les seuls parasites qui pouvaient parfois nous 
atteindre ; mais voici que les microscopistes nous révèlent un 
tout autre état de choses. Notre corps ne serait qu'un véritable 
monde nourrissant des êtres sans nombrj, par niillons et \ ar 
milliards, de toute confoiination et aux allures aussi bizarres 
qu'étranges. Nos artères, nos veines ne seraient que des fleuves 
et des rivières dans lesquels s'agiteraient des poissons sans 
nombre et de toute forme, linéaires, serpentaires, globuleux, 
étoiles, digités, palmés, frangés, en boules, en sacs, en nœuds, etc., 
etc. Et de même que lu rivière ne sf)iiftVe aucunement de la 
présence des i)oissons qu'elle nourrit, tant que le tout est à l'état 
normal, de même aussi nous portons tous ces êtres sans en 
sentir le poids, nous leur fournissons même la vie de notre 
propre substance sans nous en sentir fatigués ou affaiblis. Mais 
comme dans une rivière l'eau se corrompt et devient im^iropre i\ 
ses usages ordinaires lorsque la maladie s'empare des nombreux 
poissons qu'elle jjorte, de même aussi dans les rivières de notre 
corps, si des causes accidentelles viennent ajiporter la mort à leurs 
innombiables poissons, ou (jue des hordes étrangères et malfai- 
santes, non convenables au liquide, viennent les remplacer, 
aussitôt ce liijuide est vicié et ne peut plus porter la vie dans 
toutes les parties du monde de notre être. 

Cependant il est un point où les habitants de ces deux genres 
de rivières different essentiellement, c'est dans la diffusion de 
leurs œufs ou semences reproductrices. 

Tandis que les jioissons de nos rivièi^'S confient leurs onifs 
aux vases des rivages pour les laisser éclore à la chaleur du 
soleil, c'est dans l'air que les microbes de notre corps laissent 
le plus souvent échapper leurs semences, semences infiniment 
petites s'il en fût jamais, impalpables, invisildes, insaisissables, 
dont des milliers pourraient prendre [tlace sur la pointe d'une 



LKS MICROBES 167 

aiguille des plus fines. Ces semeiu'es, conduites ]"iav l'air daug 
Vocàm de nos j'ounion^, se distribuent dans les iL-uves et li'S 
rivières de nos artères et de nos veines, po ir vieier ces liquides 
et répandre jiartout le malaise et la maladie, suivant (jue les 
êlres qu'elles reprudniront seront im[)ro] re.s aux milieux où ils 
se trouvent transportés. 

La médecine reconnaît aujourd'hui deux modes de traite- 
ment des maladies, l'allopathie et l'homéopathie. Par le jiremier, 
on combat le mal par des médicaments .contraires, comme le 
ch.iud i^ar le froid; [lar le second, au contraire, c'est jtar des 
agents semblables qu'on prétend éjiigner le malaise, comme le 
chaud 1 ar le chaud, le froid ])ar le froid. Or, c'est ce dernier 
mode que l'on a adojite pour combattre les microbes. 

Voici une armée formidable qui se présente devant vous; 
n'allez pas croire qu'on vous conseille la fuite ? Tout au con- 
traire, vous lui faites un accueil sympathique, vous l'anienez 
chez vous, et lorsque vous l'avez placée dans le lieu le plus 
])ropie à votre action, vous lui toml)ez dessus, et vou s'efforce k 
d'amener son extermination, conqitaut ] eu les tjuelques blessures 
que vous pourrez recevoir dans le combat. Or tel est le genre 
de combat ([ue l'on proclame le plus efficace dans la g(u.'rre aux 
microbes. 

Il est reconnu aujourd'hui — du moins les savants le pré- 
tendent — que le choléra, la variole, le tyjdius, la rage ou hy- 
dro; hobie, et mille autres affections d*} notre pauvre humanité, 
ne sont dues qu'à la présence de microbes nudfaisauts dans 
notre organisme ; et ])our leur résister plus avantageusement: 
en avant, crient-ils, allez au devant. Ces microbes sont à votre 
porte et menacent de faire irru[)tiou chez vous ; devancez les, 
sai.sissez-vo'is de leur semence, inoculez vous là sous la peau, 
dans votre sang, et là vous combaHr.'Z ces ennemis avec tout 
l'avantage de rccounaiLie leur position et de [louvoir faire de 
votre part les préparatifs convenables. 



168 LE NATURALISTE CANADIEN 

Mais qui empêchera, dira-t-on peut-être, qu'une personne 
ainsi inoculée ne prenne encore la maladie lorsqu'elle se pré- 
sentera ? 

Un fait physiologique bien reconnu c'est que les maladies 
contagieuses, variole, typhus, choléra etc. n'attaquent jamais ou 
du moins que fort rarement deux fois la même personne. Les 
physiologistes expliquent comme suit ce phénomène. Il en est 
de ces maladies, disent-ils, à peu près comme de certaines 
plantes qui, une fois qu'elles ont épuisé dans le sol les sucs qui 
leur conviemient, ne peuvent plus subsister ou du moins demeu- 
rer prospères dans le même endroit. Les microbes de la variole, 
de la rage etc. introduits dans le sang par l'inoculation, y 
épuisent les principes ou sucs nécessaires à leur subsistance, 
et communi.quent ainsi l'immunité contre de nouvelles atta- 
ques ; que si parfois la maladie prend une seconde fois, elle se 
montre d'ordinaire beaucoup plus béuigue et plus facile à com- 
battre. 

C'est sur ce principe que depuis près d'un siècle on pra- 
tique, dans presque tous les pays civilisés, la vaccination 
pour se mettre à l'abri de la variole. Ce procédé est combattu 
par un certain nombre de médecins, il est vrai ; mais la grande 
majorité l'admet, et en certains pays, l'on a rendu par des lois 
cette vaccination obligatoire. 

Jusqu'à ces dernières années, on n'avait encore pratiqué la 
vaccination que pour la variole, mais voici qu'un certain 
M. Pasteur, célèbre médecin de Paris, prétend avoir arraché aux 
terribles effets de la rage, nombre de personnes mordues par des 
chiens enragés, sur lesquelles il a inoculé le virus rabique ou la 
semence du microbe qui produit la rage. 

Un autre médecin, en Espagne, prétend de même avoir 
découvert un préservatif contre le choléra, dans l'inoculation 
du microbe choléri(]ue. .11 a multiplié ses ex})ériences pendant 
les sévices de la terrible maladie sur le territoire esjK'gnol l'été 
dernier, et prétend y avoir obtenu des succès très satisfaisants. 



UN FOSSILE HUMAl^i AU MEXIQUE 169 

Une commission de médecins français et belges a été chargée 
d'aller conférer avec le confrère espagnol, mais, quoique reçus 
très poliment, ils se sont plaint de n'avoir rencontré qu'un 
homme par trop méfiant, ne voulant pas découvrir son jeu, 
même à des personnes de science, prétextant que ses expé- 
riences n'avaient pas encore atteint leur parfait courounement 
et remettant à p^lus tard à faire des révélations. De sorte que 
pour cette dernière maladie, adhuc sub judice lis est, et qu'il 
faudra attendre de nouvelles confirmations. 



UN FOSSILE HUMAIN AU MEXIQUE. 

Lorsque l'auteur inspiré a dit que la vie de l'homme sur 
la terre était un combat continuel (1), il entendait, sans doute, 
parler de la vie de l'âme, de la vie morale, qui doit conduire 
l'homme à sa fin. Mais ces paroles peuvent aussi être prises 
dans un sens moins relevé et appliquées très justement à la vie 
matérielle de l'homme. Nous sommes de toutes parts envi- 
ronnés d'ennemis qui en veulent à notre existence, et nous ne 
pouvons la conserver, cette existence, qu'en combattant conti- 
nuellement, qu'en ayant toujours les armes à la main. 

Or, comme dans toute guerre, il est nécessaire d'avoir con- 
tinuellement sur pied un corps d'éclaireurs, pour observer l'en- 
nemi, surveiller ses mouvements ]iour éviter les surprises, noter 
les accidents de lieux et de terrains pour en tirer parti dans 
l'occasion ; de même aussi dans la vie matérielle, pour la con- 
servation de notre existence, il faut un corps d'observateurs, 
d'éclaireurs, pour observer les allures de nos nombreux ennemis, 
reconnaitre leur position, déjouer Itr^urs plans, se mettre hors de 
leur portée lorst^u'on reconnaît notre insuflisance à leur résister. 
Et ces observateurs, ces éclaireurs si utiles, si nécessaires, ce 
sont les savants de tous les grades et de tous les pays. Préparés 

(Ij MilUia cal vUa honiiiiis super ht ram. — Jub, VII, 1. 



170 LE KATURALISTE CANADIEN 

]'av des etudes si)Ooiales, munis d'iiL^truineuts les plus jieifec- 
tioniiés, ils sont au.x avant-postes, jtouv faire leurs observations 
et donner l'éveil dans l'ocCHsion, signaler les dangers qui me- 
nacent et prévenir les attaques inattendues. 

On comprend do l;i de quel ] rix sont leurs services et de 
quelle estime ils doivent jouir. Aussi les gouveruenients les 
} lus éclairés se sont-ils fait un devoir de les honorer, de les 
soutenir, de leur accorder la jjIus haute considération. On leur 
conférait les dignités les ]ilus honorables, on leur faisait des 
rentes, on leur bâtissait de disjiendieux laboratoires, et on les 
pourvoyait de tous les accessoires nécessaires à la poursuite de 
leurs utiles travaux. 

I\îais l'homme qui n'a été mis sur la terre que pour une 
fin unitjuc, se détourne parfois de cette fin, oublie le but unique 
qu'il d()it sans cesse poursuivre, et alors il }ieut abuser de tout, 
tourner à son détriment les dons que lui a départis la Provi- 
dence pour son plus grand avantage. 

Depuis [uès d'un siècle, les sciences ont fait un pas im- 
mense dans leur perfectionnement. Mal entendues d'abord, 
mal com] -rises, l'homme pervers, (ié\oyé dans son Lut, s'en 
é^ait servi pour combattre la véiité. Condamné dans son incon- 
duite et ses errements par la parole divine même, il avait cher- 
ché dans ses études à combattre le texte sacré. Dominé par 
son orgueil, il en était venu dans sa ])erversité, avec ses con- 
naissances incomplètes, à donner le démenti aux paroles de la 
Siigesss incréée mêmes, prétendant qu'elles étaient en contradic- 
tion avec l'observation. 

'Mais les atta([ues giatuites ne~ demeurèrent pas longtemps 
sans répliques. L'éveil fut doniié aux apôtres de la vérité et de 
la morale, on se mit à l'étude à la recherche de la vérité, et l'on 
put bientôt renverser triomphalement les échafaudages de l'im- 
piété centre les textes sacrés. Les arcanes de la science furent 
apprul'ondies, et l'on put reconnaître la vérité de ce qu'avait 



UN FOSSILE HUMAIN AU MKXIQUE 171 

avancé Bacon : " peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup 
de science y ramène " ! 

C'est ainsi qu'on prétendit établir que l'existence de l'hom- 
me sur la terre datait d'une époque beaucoup plus reculée que 
celle que lui assigne le texte biblique; des lium mes fossiles, 
disait-on, en sont la preuve évidente. Mais ces hommes fossiles 
furent bientôt reconnus n'avoir pu exister avant l'époque 
assignée par Moïse. 

On trouva l'année dernière à Mexico, nn de ces squelettes 
fossiles dont les impies européens n'auraient pas manqué de 
tirer parti contre la vérité, si la trouvaille leur fut échue, mais 
dont les savants du Mexique — car le Mexique a aussi ses sa- 
vants — surent fort bien ramener l'existence aux temps moder- 
nes. Cette découverte n'eu est pas moins intéressante sous 
plus d'un point de vue. 

En faisant des excavations pour la construction d'une école 
militaire, au pied de la petite colline appelée " Pennan de las 
Bannos" k environ une lieue de la cité de ùMexico, on trouva 
des os mêlés aux débris de pierre que faisait voler la dynamite. 
Un savant Mexicain, Mariano de la Barcena, aidé du professeur 
de géolugie Don Antonio del Castello, reconnut de suite que 
ces os étaient des restes humains, et suivit plus attentive- 
ment les fouilles pour recueillir le tout. On trouva le 
crâne, les mâchoires supérieure et inférieure, des os du cou, des 
orbites, des côtes et .des membres supérieurs et inférieurs, en 
nu mot un squelette complet. 

Ces os étaient renfermés dans un roc très dur, composé 
d'un tuf calcaire silicifié d'un gris brunâtre. Ils étaient de cou- 
leur jaunâtre, et présentaient tous les caractères de la fossilisa- 
tion ; cependant ils n'étaient pas enveloppés de couches de cal- 
caire comme la chose se rencontre souvent, mais étaient entiè- 
rement plongés dans la pierre, qui remjjlissait aussi les cellules 
du tissu. Ces os, sans être dispersés, n'étaient pas à leur place 
ordinaire, ce qui indique que le sol qui les renferme a subi des 



172 LE NATURALISTE CANADIEN 

soulèvements qui l'ont plus ou moins tourmenté. Des crevasses 
d'ailleurs en divers endroits daus le voisinage dénotent aussi un 
el bouleversement du sol. 

C'est là, sans aucun doute, une découverte précieuse, car 
ces restes ne pouvaient être que fort anciens, comme le prou- 
vait la couche de roc solide qui les recouvrait. Ils donnaient à 
première vue une preuve que les habitanîs de l'Amérique 
datent d'une époque plus reculée que celle qu'on leur assigne 
d'ordinaire. Mais à quelle époque pouvait remonter l'inlouis- 
sement de ce corps humain .? Voilà ce qu'il s'agissait de cons- 
tater, et les données, pour la solution du problême, faisaient en 
partie défaut. 

8i on eut trouvé avec le squelette des coquilles pouvant 
déterminer l'âge du terrain, la solution eui été de suite obtenue ; 
mais aucunes de ces coquilles caractéristiques ne furent trouvées. 
Le roc se composait bien de débris de coquilles semblant appar- 
tenir aux espèces récentes, mais nulle ne fut trouvée assez 
complète pour pouvoir en déterminer l'espèce. 

L'endroit où fut trouvé le squelette est une plaine bordant 
le lac Tezcoco qui est tout près, circonscrite par une cliaine de 
collines peu élevées. Le fossile reposait à 12 pieds au-dessus 
dii niveau actuel du lac. Comment avait-il pu, à cette hau- 
teur, être recouvert par l'eau pour le couvrir ainsi de déj)ots 
lacustres qui avec le temps sont devenus ce roc solide qui fait 
aujourd'hui le fond de la ])laine ? 

Les savants Mexicains n'en trouvent d'autre cause que des 
eaux thermales et des soulèvements et abaissements du sol par 
suite de l'action de volcans qui n'existent plus aujourd'hui, car 
l'inspection des environs dénote d'une manière évidente que, 
bien que les roches du voisinage ne soient pas basaltiques, on 
trouve cependant des dikes dans le voisinage formées de cette 
rorhe. D'ailleurs la corn; osition du sol même de toute la 
vallée de Mexico dénote l'aciion primitive des volcans, puisque 



UK FOSSILE HUMAIN A\] MEXIQUE 173 

sa masse consiste de tufs, pierre-ponce, marne, cendres volcani- 
ques, glaise et autres alluvions., 

Les deux savants Mexicains, après les études les plus mi- 
nutieuses sur la succession des plicnomènes qui ont amené ce 
résultat, en vinrent aux conclusions suivantes : 

1° Eruption d'eaux thermales et apparition de roches basal- 
tiques, augmentant la masse qui forme la colline. Ces eaux, 
se mêlant à celles du lac qui avoisine la colline et s'étendant 
dans toute la vallée de Mexico, les dépots calcaires graduelle- 
ments, s'accumulèrent autour de la colline, et n'étant pas encore 
durcis, le corps humain y fut enterré. 

2° Lorsque les os furent entièrement couverts des dépots 
lacustres, alors survint un nouveau soulèvement du sol qui les 
porta à un niveau plus élevé, comme en font preuve -la place 
qu'ils occupent aujourd'hui et le désordre dans lequel ils repo- 
saient. 

3^ Dans les failles qui furent laissées après ce soulève- 
ment, des dépots lacustres modernes se foruièrent, lesquels s'ac- 
croissent encore de nos jours. 

Divers dépots lacustres dans les environ^, notamment au 
pied de la colline del Tepeyac, au nord de Mexico, jusqu'à la 
hauteur de 8 [.ieds au-dessus du niveau actuel du sol, attestent 
que des soulèvements avec éruption d'eaux thermales ont dû 
avoii lieu plusieurs fois; et comme on n'en trouve aucune 
mention ou allusiou dans les hiéroglyphes des anciens ]\lexi- 
caius, de même que la tradition demeure aussi muette à cet 
égard, on doit en conclure que ces restes remontent à la plus 
haute antiquité et doivent dater du commencement de l'époque 
quaternaire. 

Les caractères odontologiques de ce crâne indiquent aussi 
que cet homme appartenait à une race pure, sans mélange, les 
dents étant en lignes régulières, et les supérieures correspondant 
exactement aux inférieures. Ces dents piésentent encore cette 
particularité, que les canines ne sont pas coniques, mais de 



174 . LE NATURALISTE CANADIEN 

même forme que les incisives, caractère qu'on a aussi trouvé 
dans les sépultures les plus anciennes des Toltecs. 

Les dimensions et la forme des os des membres correspon- 
dent à une stature ordinaire, et d'après l'inspection des dents, 
cet homme pouvait avoir une quarantaine d'années. 

A différents endroits, dans la vallée de Mexico, notamment 
au pied de la colline Tepeyac, on a découvert des restes 
d'animaux quaternaires, et bien que le squelette humain ne 
leur fût })as contigu, il est à présumer qu'ils peuvent être à 
peu près de la même époque. 

Plus d'une fois déjà on a démontré en Europe que le 
Mastodonte, le Glyi)todonte etc., furent contemporains de 
riiomme, les fouilles qu'on poursuit au Mexique pourraient 
peut-être en apporter une nouvelle preuve pour l'Amérique. 



LE SERPENT 1)1 MElt 



L'un de nos abonnés nous écrit. 

" Vous avez vu par les journaux, il y a déjà quelques 
mois, qu'on avait signalé la rencontre dans notre fleuve, notam- 
ment au Bic et à la Malbaie, d'un énorme serpent de mer ; 
donnez-nous donc quelques détails sur cet animal, vous ne 
manquerez pas d'intéresser grandement vos lecteurs." 

Nous nous rendons avec plaisir à l'invitation de notre 
vénérable correspondant, mais malheureusement nous ne pour- 
ions l'intéresser autant qu'il s'y attend, car l'animal en question, 
bien qu'on signale sa présence de temps à autres en divers 
lieux, n'existe que dans l'imagination des amis du merveilleux, 
qui prennent plaisir à tromper, ou qui trop peu attentifs et non 
assez réfléchis, se laissent trop facilement tromper eux-mêmes. 
— Mais comment se ferait-il qu'un animal que des personnes 
en nombre ont vu en divers lieux, dont on a signalé la couleur, 



LE bEItPENT DE MER 175 

les allures et les dimensions approximatives, n'existerait pas ? 
Un tel nonibre de personnes ne peuvent s'être entendues pour 
en imposer ? 

Qu'on ait vu quelque chose ; nous ne le nions pas. Mais 
que ce quelque chose soit un véritable serpent, ou un monstre 
de dimensions colossales en ayant la forme et vivant tlans 
l'eau ; nous ne pouvons l'aduiettre. Car s'il existait, il y au- 
rait déjà longtemps que les naturalistes qui sont à l'atl'ut ele 
toutes les nouvelles découvertes, nous en auraient donné l'his- 
toire; et cette histoire du serpent de mer ne se trouve encore 
nulle part. 

Et qu'on le remarque bien, ce n'est pas depuis quelques 
années seulement qu'on signale ces colosses de l'élément liquide. 
Bien avant Virgile même on faisait le récit merveilleux de 
rencontres de ces monstres de l'al^me aux dimensions colos- 
sales, couvrant des vagues nombreuses de leurs replis tortueux, 
élevant la tête à la hauteur des vaisseaux, et terrifiant par 
l'éclat de leurs regards les nautonuiers décontenancés; et tout 
cela n'était que le fruit d'imaginations surexaltées, d'un amour 
désordonné du merveilleux, et d'un sot orgueil escomptant la 
crédulité de gens trop confiants. 

Presque chaque année il entre des baleines dans notre 
golfe qui remontent même le fleuve assez haut ; on en tua une 
une à Kamouraska en 1858, qu'on dépeça à l'Ile- Verte, mesu- 
rant 45 pieds de longueur. L'appaiition du Bic et' de la Mal- 
baie a fort bien pu être une semblalile baleine. Il y a d'auti'es 
gros animaux marins qui peuvent aussi paifois se montrer dans 
nos eaux. Avez-vous jamais vu, dans les aqiuiriums des musées, 
des lions de mer, ces énormes phoques auxquels on donne ce 
nom? leur tête, leur cou, surtout lorsqu'ds sortent de l'eau, 
ressemblent assez aux parties anti'rieures des serj)ents. Nous 
avons vu aus^i un bras d'un énorme poulpe, tué il y a quelques 
années sur les côtes de Terreneuve, mesurant 19 pieds de long ; 
que l'un de ces poulpes ou de ces phoques se montre tout-à- 



176 LE NATURALISTE CANADIEN 

coup à (les marins, et disparaisse avant d'avoir donné le temps 
de le bien leconnaître, la mer agitée et écumeuse à une assez 
grande distance, la forme indécise du monstre à travers les va- 
gués, seront plus que suffisantes, l'imagination aidant, pour 
LâLir ces serpents de mer dont on signale la présence de temps 
à autres, mais que personne n'a pu encore saisir et empailler 
pour les faire figurer dans les musées. 

Cent fois nous avons été témoin d'erreurs grossières dans 
lesquelles tombaient des personnes, même instruites et fort in- 
telligentes, mais peu habituées à l'observation et à se demander 
rigoureusement compte de ce qu'elles rencontraient, à l'égard 
d'insectes, par exemple, ou d'autres animaux peu connus, et 
nous n'entretenons pas de doute que les insaissisables serpents 
de mer qu'on signale ci et là n'ont pas d'autre source. 



BIliLlOGRAPHll^:. 

Catalogue of Canadian Plants. — M. John Macoun, 
botaniste de la Commission Géologiiiue du Canada, Ottawa, a 
commencé la publication d'un Catalogue de toutes les plantes 
du vaste territoire de la Puissance, rangées dans leur ordre de 
familles et portant leurs noms scientifiques et vulgaires (en an- 
olais seulement, bien entendu). Quant à l'habitat, on a plutôt 
indiqué quelques lieux où l'on avait trouvé chaque plante, que 
désio-né son parcours géograiihique ; et nous regrettons que, sous 
ce rapport, la Province de Québec n'ait pas reçu la part d'atten- 
tion à laquelle elle avait droit. Mais les Canadiens-français 

s'occupent- ils de science ? La Commission Géologique a-t- 

elle à compter avec eux? Bien que jusqu'à ce jour nul 

Canadien-français n'ait encore pu, malgré de pressantes ins- 
tances, faire partie de la Commission, nous prétendons que 
notre nationalité, d'après les règles de la stricte justice, devrait 
avoir aussi là quelque représentant; et que plus d'une fois les 



BIBLIOGI^AT'IIIE 177 

rapports des savants de cette Commission ont souffert du man- 
que de cet élément dans leur corps. 

Lisons, par exemple, la préface du second fascicule du 
Catalogue qui vient de paraître. Nous voyons qu'on a mis 
à contribution, pour rendre ce Catalogue aussi complet que 
possible, les botanistes de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau- 
Brunswick, d'Ontario, des explorations du cliemin de fer du 
Pacifique, et même de quelques-uns de l'Etat de New-York ; 
et de la Province de Québec ? Aucun ! Pourquoi sauter du 
Nouveau-Bruswick à Ontaiio, sans tenir compte de Québec ? 

Est-ce qu'il n'y a personne là qui s'occupe de botanique ? 

Pour n'en citer qu'un, n'avons-nons pas M. D. N. Saint-Cyr 
qui, à deux reprises différentes, a été faire des herborisations sur 
la côte du Labi'ador, et en a raiiporté une foule de matériaux 
des plus précieux pour notre Flore ? Aussi voyez le Cata- 
logue comme, à part quelques données puisées dans les écrits 
de feu M, Brunet, il est pauvre en fait de renseignements sur 
les plantes de Québec ! 

Sans connaître personnellement M. Macoun et ceux qui 
l'entourent, nous voulons bien croire que l'omission n'est point 
due à la haine ou au mépris de la race française, mais qu'elle 
est plutôt le résultat de l'habitude que l'on a dans ces quartiers 
de ne pas compter avec cet élément; mais l'omission n'en 
existe pas moins, et tout en blessant la justice à notre égard, 
n'en fait pas moins tort au service public, en rendant ses rap- 
ports moins complets et moins miles. 

Quoiqu'il en soit, le Catalogue de M. Macoun sera tou- 
jours un ouvrage précieux, et tous les botanistes vont avoir 
hâte de le voir terminer. Le premier fascicule comprend les 
polypétales et les )uonopétales, restent encore les apétales et 
les Monocotylédones qui seront suivies aussi sans doute des 
cryptogames. 

Nos reraercîments à l'auteur pour l'envoi de ces deux fas- 
cicules. 



178 LE NATURALISTE CANADIEN 

First Contributioi to knowledge of the orthoptera 
cf Kansas, jxtr Lawrence Briiner. — L'auteur donne la liste de 
88 espèces, dont quatre sont décrites pour la première fois. M. 
Brnner est memlnv, de la (Jommission géologique du Kansas, 
comme M. Macoun l'est de celle du Canada, et décrit ses nou- 
veaux insectes, non dans une pulilication spéciale, mais dans le 
rapport même de la Commission. Est-ce bien là le lieu ])ropre à la 
description de nouveaux insectes ? Malgré tous les soins qu'on 
peut y apporter, il arrive souvent (lue deux entomologistes se 
rencontrent à déciire le même insecte, et chacun sous un nom 
jjarticidier, par ce que les écrits de l'un sont iguorés de l'autre ; 
ce ([ui ne contribue pas peu à multiplier les erreurs et à fort 
embarrasser les étudiants. Mais si on se met à décrire des 
insectes nouveaux par-ci par-là, tantôt dans un rapport d'ar- 
pentage, tantôt dans un journal d'agriculture, on contribuera à 
augmenter bien d'avantage la confusion. Chatoie entomologiste 
ne ])eut souscrire à toutes les publications, pas même assumer 
la tache de les parcourir toutes; que tous ceux qui ont des 
insectes nouveaux à décrire, ne le fassent donc que dans des 
publications s])écialement vouées à l'entomologie, de même 
pour les plantes, les fossiles, etc., afin d'éviter les erreurs et de 
faciliter les recherches. L'entomologie américaine est devenue, 
par suite de la diffusion des espèces dans des publications de tout 
genre, un véritable dédale où les plus habiles souvent encore s'y 
perdent. Citons en ici quelques exemples. 

Frappé des formes insolites d'une certaine punaise de la 
famille des Phytocorides, nous créions pour elle, en 1872, un 
genre nouveau, CoLLAKiA, tt lui donnions le nom spécifique 
de AfelUeurii, la dédiant à notre savant concitoyen feu le Dr 
Meilleur, le tout dans le vol. IV du Nataratiste, page 79. 
Eu 1878, M. Uhlcr, le savant Iiémi[)térologisLe de Baltimore, 
ayant rencontré le même insecte, et ignorant ou ayant oublié 
notie description, lui créa aussi un genre nouveau, jS\cbidea, 
et le décrivit dans les P>'uc't;e6/irtr/s of the Boston Socldy of 



PETITES NOUVELLES 179 

Katiiral History, vol. XIX, page 397, sous le nom de Nuhi- 
dea coracina. Il va sans diie qu'en vertu de la loi de priorité, 
ce dernier nam doit disparaître pour faire place au nôtre. 

De même, en faisant la revue de nos Chalcidides dans 
notre Petite Faune Entomologiquk en 1883, nous donnions 
les descriptions de 18 espèces nouvelles, et M. L. 0. Howard, 
du Bureau Cential d'Asrricnlture de Washington, dans un 
Synopsis des insectes de cette famille, publié l'an dernier, ne 
faisait aucune mention de nos découvertes. Et que d'autres 
ne pourrions nous pas citer? Nous même, plus d'une fois, nous 
sommes tombé dans la même faute ; car nous sommes encore 
bien moins que nos confrères américains en mesure d'y obvier. 
Nous n'avons pas comme eux et grandes bibliothèques et 
musées considérables à notre disposition, et ce qui est encore 
plus dommageable, nous n'avons pas, comme eux, la société de 
gens s'adonnaut aux mêmes études, qui peuvent crier gare dans 
l'occasion, et signaler souvent les erreurs avant qu'eib's ne soient 
consommées. 

La science étant par elle-même fort difficile, il est de la 
plus haute importance de ne pas lui apporter volontairement de 
nouvelles difficultés, en rendant les recherches moins aisées 
qu'elles ne le sont déjà. 

L-St of the Coleoptera of North America, par Samuel 
Henshaw, assisté du Dr Horn, publiée^ par VAniericaii Entonw- 
logical Sociefij, de Philadelphie. Prix $1.25. 

Check List of the Hemiptera-Heteroptera of North 
America, par P. H. Uhler, publiée par la Brooldyn Enfoino- 
Ivg I cal Society. Prix 50 cts. Paraîtra prochainement. 



Ecureuils emigrants. — Le jeune âge chez les animaux, et 
même aussi chez l'homme, est exposé à une foule d'accidents 
qai très souvent lui deviennent fatals. Comme les petits ani- 
maux, rats, souris, lièvres, etc., sont d'ordinaire très prolifi- 
ques, s'il arrive que leur progéniture puisse échapper, en cer- 



180 LE NATURALISTE CA^^\mEN 

taiiis endroits, aux mille accidents auxquels ils sont exposés, 
ou les voit alors se répandre j'ar milliers. Nous sommes tous 
les ans témoins de cette surabondance de petits animaux en 
certaines localités. Les écureuils, les suisses, les lièvres, sont 
tout à coup très nombreux, lors |ue pendant des deux et trois 
ans on pouvait à peine en' rencontrer quelques uns. C'est là un 
fait qui ne surprend personne. Mais ce qui est plus étonnant, 
c'est de voir ces petits animaux émigrer par bandes d'un endroit 
à un autre. Les journaux des Etats-Unis rapportaient derniè- 
rement qu/'à Memi his on voyait, cette année, les écureuils par 
mlli a-s et par millions, et ces bandes se diriger vers l'Ouest, 
tiu versant le Mississipi à la nage, pour se répandre dans les 
hauteurs de 1' Arkansas. Les habitants en tuaient par centaines 
sans avoir besoin de fusils, de simples bâtons leur suffisant pour 
cette fin. On dit qu'une semblable émigration d'écureuibs eut 
lieu aussi en 1872. 

Poissons hors de l'eau. — Les journaux mentionnent 
que tout dernièrement on expédia du Nouveaa-Brunswick à 
Bangor, Maiue, un barril de poissons frai-^ se composant de bro- 
chets, perches, poissons blancs et lamproies. On avait mis un 
peu de glace dans le barril pour conserver aux poissons leur 
fraicheur et on l'avait expédié par voie ferrée. Lorsqu'on ouvrit 
le barril, on ne fut pas peu étonné de trouver au milieu une 
lamproie encore toute pleine de vie, qui se mit à sauter sur le 
p'ancher ; il y avait cependant plus de quinze heures qu'elle 
avait été tirée de l'eau. 

Le fait, suivant nous, n'a rien de bien extraordinaire. La 
lamproie avec de la glace aurait pu se conserver en vie encore 
plus longtemps. Nous avous vu des anguilles qui avaient été 
laissées dans l'herbe humide, encore toutes pleines de vie au 
bout de deux jours (48 heures). Les poissons qui vivent 
comme les anguilles, sur des fonds vaseux, peuvent résister 
fort longtemps hors de l'eau avec tant soit peu d'humidité. Ces 
poissons requièrent bien moins d'oxygène pour leur respiration 
que certaines autres es| èces. 



LE 



iiiiilir 



Vol. XV. CapRouge, Q., FÉVRIER, 1886. No. 8 



Rédacteur: M. l'Abbé PRO VANOIlhR. 



PRlMi« 

Octobre 

La 2e prime du mois d'octobre, N' S7îi, a été réclamée 
par M. l'abbé Fresnais, cuié de Thoiré sous-Coutensor (Sarthe) 
France. 

DÉCEMBRE 

La 1ère du mois dû décembre, N° 2S5, est échue à M. le 
Dr G. A. Bourgeois, luspecteur 'des Postes, Trois-Eivières. 
Les autres n'ont pas encore été réclamées. 

Janvier 
1ère. — Un chapelet nacre, monté en argent, béni 

sur le S. Sépulcre N° 337. 

2e — Superbe coquille, Fteroceras lamhis N° 160. 

]sj". B. — La personne a}'ant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur la 
couverture. 



Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur offrant le 
texte d'une conférence donnée par M. l'ablié Laflamme, profes- 
seur de géologie à l'Université Laval, à la Société de Géograj^hie 



8— Février 1886. 



182 LE NATUKALISTE CANADIEN 

de Québec, le 8 janvier dernier, en présence d'un auditoire 
nombreux et distingué. 

Cette conférence du savant professeur nous a d'autant plus 
intéressé, que nous n'y avons rien trouvé d«; contraire aux idées 
que nous nous sommes formées sur le sujet, après visite des 
lieux et nos faibles études sur la question. 



LE SAGUENAY 

ESSAI DE GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

PAE 

M. I'abbé J.-C. K.-Laflamme, Québec. 

Au point de vue géographique, le Saguenay est un im- 
mense bassin allongé, dans le grand axe duquel se trouvent, à 
un bout, la rivière Saguenay et le lac Kéuogami, et à l'autre, le 
lac St-Jean avec les laiges plaines d'alluvion qui l'entourent à 
l'est, à l'ouest et au nord [*). De puissantes rivières, plus 
grandes que bon nombre de fleuves d'Europe, se jettent dans le 
lac et le gonflent de leurs eaux. D'autres rencontrent le Sague- 
nay lui-même en différents endroits de son cours et lui apportent 
leur quote-part des alluvions, sables ou argiles, qu'elles enlè- 
vent à leurs rives. Mais parmi elles, le Saguenay garde toujours 
le premier rang, de même que le lac St-Jean reste toujours 
facile 'princeps au milieu des mille et un petits lacs éparpillés 
dans les forêts qui l'entourent. 

Il est bien peu de cartes qui nous donnent des renseigne- 
ments complets sur le système orograpliique du Saguenay. La 
plupart ont été dressées en vue de la colonisation. Elles nous 
font voir avec assez d'exactitude, les divisions en cantons et en 
fermes ; elles contiennent en sus le cours des princijiales rivières, 
quoique souvent d'une manière inexacte, mais elles ne disent 

(*) Vuir la carte- Ju Saguenay gar M. E. Taché. 



GEOGRAPHIE PHYSIQUE DU SAGUENAY 183 

absolument rien des chaînes de montagnes. D'ailleurs, comme les 
colons, en règle générale, n'achètent jamais un lot de terre sans 
l'avoir préalablement visité, ils ne consultent pas ou presque pas^ 
les cartes du gouvernement, et par suite, on ne sent nulle part 
le besoin de combler cette lacune géographique. 

Vous me permettrez de vous donner ce soir, dès le com- 
mencement de notre entretien, quelques détails sur l'orogra- 
phie du Saguenay, afin de rendre plus claire l'étude que nous 
aurons à faire de la géographie physique de cette contrée,' 
Chargé par la Commission Géologique du Canada de détermi- 
ner les limites du silurien inférieur dans le haut Saguenay, j'ai 
été à même d'étudier minutieusement le relief d'une partie de 
cette immense région. Ce sont quelc, les-unes de ces observa- 
tions que je vous demande la permission de vous communiquer 
tout d'abord. 

De chaque côté de la rivière Saguenay, depuis Tadoussac 
jusqu'à la baie des Ha ! Ha!, on ne voit guère qu'une série inin- 
terrompue de roches arides et escarpées. C'est à peine si de 
maigres broussailles s'alignent sur la tranche de quelques lits 
rocheux plus décomposés que les autres, et tirent avec effort de 
ce sol stérile le peu de sucs qui leur suffit pour ne pas mourir. 
Les plus hauts sommets atteignent à peu près 1800 pieiis, mais, 
en général, les montagnes s'abaissent en arrivant à la baie des 
Ha ! Ha ! Leurs crêtes arrondies s'aff'aissent petit à petit, jusqu'à 
ce qu'elles viennent s'enfouir sous les plaines argileuses de St- 
Alphonse, du Grand-Brûlé et de Chicoutimi. 

A ce point de sa course, le Saguenay se divise. La Grande 
Baie s'ouvre à l'ouest, et à l'est, le chenal continu d'une profon- 
deur moyenne jusqu'à deux lieues plus haut que Chicoutimi. 
Cette division des eaux détermine le commencement du grand 
bassin alluvial du Sagnenay. L'?s hauteurs granitiques qui bor- 
daient la rivière à l'ouest,, longent la rive gauche de la baie des 
Ha ! Ha !, puis, se continuant à l'intérieur des terres en une ligue 



184 LE FATUEALISTE CÂ^^ADIEK 

à peu près droite, viennent frapper la rive sud du lac Kénoganii 
et la suivent dans toute sa longueur. Au Beau- Portage, la 
chaîne fléchit de quelques degrés vers le sud. Elle passe à une 
fait^e distance du lac Kénogarnichiche, se prolonge en arrière des 
paroisses d'Hébertville et de St-Jérôme, et frappe les rivages du 
grand lac quelques arpents à l'ouest de la Métabetchouane. A 
partir de ce point, cette chaîne de hauteurs suit à peu près le 
rivage jusqu'à la réserve des Montagnais, à la Pointe- ^leue. Là, 
elle tourne brusquement à gauche. Vous diriez même, à première . 
vue, qu'elle disparait complètement à ce point. Et quand vous 
arrivez sur le cran Ste-Catherine,. entre la Pointe-Bleue et St- 
Prime, vous vous trouvez sur le versant nord-ouest de la chaîne 
de hauteurs que nous décrivons en ce moment. Jusqu'alors vous 
avez bien vu les fertiles plaines d'Hébertville et de St-Jérôme^ 
vous avez admiré les sites enchanteurs de la Pointe-Bleue, mais 
à ce moment seulement, la véritable vallée du lac St-Jean se 
déploie devant vous. Vous êtes eu face d'une étendue de terres 
arables unie comme nos plus belles plaines du sud, et sur laquelle 
se sont déjà formées de riches et florissante paroisses. Pas de 
montagnes qui limitent l'horizon, et, si loin que la vue peut 
s'étendre, c'est un océan de verdure : forêts vierges ou moissons 
abondantes. 

Sur la rive gauche du Saguenay les cnaînes montagneuses, 
après avoir formé le Cap-à-l'onest s'éloignent peu à peu de la 
rivière. Cet éloignement s'accentue très vite. Déjà à Chicou- 
timi, elles sont à la limite des cantons Tremblay et Simard. Elles 
se prolongent ensuite dans une direction à peu près parallèle au 
Sag!ienay jusqu'aux lacs Chabot et des Brochets. Là elles 
semblent disparaître. Dix moins, je n'ai pas été capable de suivre 
plus loin leur développement. 

Cette double arête que nous- venons de décrire forme donc 
cou ne un vafite entonnoir dont le tube seiait la rivière Saguenay, 
et dont le pavillon, originant à la baie des Ha ! Ha !, se prolon- 
o-erait, en s'éhiigissant graduellement, bien audelà du lac St-Jean. 



GEOGRAPHIE PHYSIQUE DU SAGUENAY 185 

Pour compléter cette étude, nous devons mentionner un 
amas de collines granitiques et labradori tiques qui viennent se 
jeter transversalement à la hauteur du lac Kénogami. Vous les 
rencontrez sur toute la longueur de ce dernier, depuis le Por- 
laçre-des-Roclies. Elles traversent éo'alement le canton Kéno- 
gami et la Décharge elle-même en différents endroits, pour aller 
se souder avec les hauteurs qui courent en arrière des cantons 
Bourget et Taché. 

Ce n'est que par des reconnaissances nombreuses et poussées 
à peu près dans tous les sens que l'explorateur vérifie les détails 
orographiques que nous venons de passer en revue. Mais il j a 
une chose qui frappe de prime abord l'étranger mettant pour la 
première fois le pied dans les plaines du Saguenay. C'est le 
mélange presque inextricable d'alluvions de toute nature, glaise, 
sable, gravier, cailloux roulés, &c., avec de solides roches grani- 
tiques. " Les rochers et les chaînons, dit M. A. Buies, ont invari- 
ablement la même forme arrondie, comme de longues vagues 
pétrifiées, et la surface est aussi polie, aussi lisse que l'ivoire 
lui-même." 

Vous êtes sur ce qui vous paraît être uue immense plaine 
d'argile. Votre regard contemple des champs magnifiques, 
couverts de riches moissons, et tout à coup le chemin fait un 
angle brusque pour doubler ua mamelon granitique qui perce 
la croûte argileuse. Encore quelques pas et votre coursier 
s'enfonce au grand galop dans un étroit ravin, pour gravir la 
rampe opposée avec une vitesse d'ouragan. Ces scènes se renou- 
vellent constamment dans tout le Saguenay. Partout un pays 
plat et uni comme surface générale, mais accidenté à l'infini par 
des ravines et des affleurements granitiques. Nous ferons remar- 
quer cependant que la plaine placée au nord-ouest et au nord 
du lac, étant relativement basse par rapport au lac dans lequel 
elle s'égoutte, est beaucoup moins accidentée et ressemble davan- 
tage aux campagnes du sud du St-Laurent. 



186 LE NATURALISTE CANADIEN 

Après avoir donné ces quelques détails géographiques, je 
désire vous expliquer au point de vue géologique les causes 
de cette configuration physique si remarquable. Ce sera vous 
faire l'histoire géographico-géologique de ce beau pays. Nous 
verrons si son origine constitue une exception dans la série des 
développements géogéniques, comme quelques-uns l'ont afiirmé^ 
ou si elle rentre dans la règle générale. Je vous demande pardon 
à l'avance de l'aridité des détails techniques que je devrai forcé- 
ment donner pour mieux taire comprendre le jeu des différents 
agents dont nous aurons L étudier les effets. 



Le massif des Laurentides, dans lequel est englobée la vallée 
du Sagueuay, appartient à la formation géologique la plus 
ancienne de l'univers. Plusieurs géologues vont jusqu'à dire 
que ce terrain laurentien est tout simplement la première croûte 
qui s'est formée sur notre globe alors que le rayonnement l'eût 
refroidi assez pour en figer la surface. Sans partager cette 
manière de voir, il nous est cependant impossible de nier que 
historiquement parlant, nous ne soyions séparés de l'époque 
laurentienue par une telle multitude de siècles que l'imagination 
en est presque épouvantée. 

Cette croûte primitive est à peu près partout recouverte par 
des lits plus récents qui sont venus se déposer à sa surface. 
Cependant il existe dans l'Amérique du nord une vaste superficie 
laurentienue qui, d'après toute apparence, n'a jamais reçu de 
dépots ultérieurs. Elle forme l'Amérique éozoïquê des géologues. 
Pour expliquer cette nudité locale du laurentien américain, il 
faut supposer que ce noyau a émergé de l'océan primitif dès les 
premières époques géologiques. Autrement les eaux auraient 
tôt ou tard déposé à sa suiface les détritus de toute nature 
qu'elles tenaient en suspension et l'auraient peu à peu recouvert. 

A cette époque, l'Amérique du nord ne se composait que 
d'une étroite bande de rochers granitiques, jetés comme sans 



GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DU SAGUENAY 187 

ordre dans les eaux bourbeuses et chaudes de l'océan, et donnant 
asile à des organismes inférieurs, animaux ou plantes, dont la 
science admet l'existence sans avoir pu encore en identifier rigou- 
reusement les espèces. 

Ces collines laurentiennes s'abaissèrent cependant un jour 
par suite d'une de ces oscillations lentes qui plient comme une 
feuille de carton les assises les plus compactes de notre globe. 
L'océan envahit leur superficie, s'arrêtantde préférence dans les 
vallées les plus profondes. Tout ne fut pas recouvert, mais il y 
eût dans la partie nord de notre pays comme deux mers inté- 
rieures, dont les eaux tièdes et limpides se peuplèrent bientôt 
d'une foule d'espèces animales, coraux ou mollusques. Les 
squelettes de ces animaux, parfaitement conservés, sont arrivés 
jusqu'à nous, et on les retrouve partout dans les lits qui se sont 
déposés au fond de ces mers primitives. 

Ces deux méditerrannées étaient le lac Mistassini et le lac 
St- Jean. 

Comment savons-nous que ces deux dépressions superficielles, 
ces deux lacs, ont bien commencé à cette époque ? — Voici les 
faits qui établissent ce point d'une manière tout à fait certaine. 
Nous trouvons sur les rives nord du St-Laurent, depuis le Cap 
Tourmente jusqu'à Kingston et au delà, "des lits calcaires que 
tous les géologues rapportent sans hésiter à l'époque silurienne 
Or les mêmes calcaires, avec les mêmes fossiles, se trouvent dans 
les bassins des lacs Mistassini et St-Jean. Par conséquent tous 
ces calcaires sont contemporains, et pendant que l'océan silurien 
venait battre les rivages sud de l'Amérique éozoïque, deux bassins 
marins envahissaient les deux dépressions lacustres que nous 
venons d'indiquer et en faisaient deux mers intérieures. 

De là nous pouvons tirer comme première conséquence, 
que le lac St-Jean a existé depuis le commencemet des âges 
géologiques. Or il serait absurde de dire qu'il ne devait jias 
dès lors drainer une surface très étendue, aussi grande au moins 



188 LE NATURALISTE CANADIEN 

que son bassin hydrographique actuel. Par conséquent sa dé- 
charge devait être également aussi puissante que le Saguenay 
actuel. 

Plus tard, un léger mouvement ascensionnel se produisit 
dans l'Amérique éozoïque. L'océan Atlantique cessa de mêler 
directement ses eaux à celles que les rivières de l'intérieur ap- 
portaient constamment dans le bassin du lac. Celui-ci, de salé 
devint d'abord saumâtre puis complètement doux, et prit peu 
à peu l'apparence qu'il a maintenant, sauf les dimensions qui 
restèrent peut-être beaucoup plus grandes. 

L'ouverture par laquelle s'écoulait le trop plein de ses 
ondes fut usée, creusée petit à petit par les courants, et cela 
d'autant plus profondément que la masse d'eau était plus con- 
sidérable et que son passage au même endroit fut plus prolongé. 
Et comme il n'y a aucune raison de dire que le lac St-Jean 
silurien ne se déchargeait pas par la même rivière que le lac 
contemporain, nous devons croire que la rivière Saguenay 

existe depuis les époques géologiques les plus anciennes. 

* 
* * 

Mais est-il bien certain que cette rivière doive son exis- 
tence à la cause générale qui détermine le creusement des autres 
rivières, c'est-à-dire, à une pente superficielle plus marquée dans 
sa direction et à l'érosion des eaux ? Ne doit-on pas au contraire 
y voir le résultat d'une secousse effroyable qui aurait fendu en 
cet endroit la croûte terrestre ? 

Il est assez difficile de donner à cette double question une 
réponse catégorique. et absolue. M, Buies et plusieurs autres 
affirment que le Saguenay s'est ouvert tout d'un coup, la croûte 
terrestre s'étant brisée sous l'influence des forces internes de 
notre globe. Cependant, une chose certaine c'est que, s'il y a 
eu cataclysme, *le phénomène s'est passé longtemps avant que 
les argiles de Chicoulimi et du bassin du lac 3e soient formées. 
Par conséquent ce brisement subit n'est pas celui dont parle M. 
Buies dans son" ouvrage sur le Saguenay. En outre, il est très 



GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DU SAGUENAY 189 

difficile d'imaginer une force souterraine capable de produire 
une énorme fissure comme le Saguenay, et qui n'aurait laissé 
aucune trace géologique bien visible dans les parties voisines de 
cette gigantesque déchirure. 

De plus, si rien ne s'y oppose du côté des faits, n'est-il pas 
à la fois plus simple et plus naturel de dire que la rivière 
Saguenay n'est que le résultat des agents physiques ordinaires, 
traduisant leur action d'une manière tout à fait régulière. Car 
après tout, en saine logique, les causes extraordinaires doivent 
être exclues lorsque leur intervention n'est -pas évidemment 
démontrée. Partant de là, je crois que l'origine cataclystique 
du Saguenay doit être reléguée parmi les visions d'imaginations 
volcaniques, trop faciles peut-être à preudre'leurs rêves pour des 
réalités. La science n'a aucune foi dans les systèmes a priori 
quelques brillants qu'ils soient. Elle observe, elle mesure, elle 
calcule, et ce n'est qu'après de longues et pénibles recherches 
qu'elle tire ses conclusions. Les initiés eux-mêmes se trompent 
hélas! trop souvent dans leur délicates déductions. Que penser 
alors des imprudents qui jugent en maîtres, frappant inconsi- 
dérément à droite et à gauche, et se posant en docteurs en fa- 
veur de thèses inconnues ou du moins mal comi)rises. Il faut 
étudier les sciences à leurs sources et non pas dans ces brillants 
miroirs qui n'en reproduisent jamais que des images affaiblies 
et souvent fausses ou incomplètes. 

J'affirme donc que la rivière Saguenay n'est pas le résultat 
d'un cataclysme géologique. Les considérations qui vont suivre 
vous feront voir si ma thèse est solide ou non. 

Les partisans du cataclysme apportent comme une des 
preuves à l'appui de leur opinion, l'apparence si remarquable de 
cette rivière, ses rivages e.icarpés et rocheux, la profondeur de son 
lit, le caractère tourmenté des montagnes qui l'enserrent. Pour 
eux, il est évident qu'un cataclysme seul est capable de déchirer 
la croûte terreste d'une manière si régulièrement irrégulière. 



190 LE NA.TURALISTE CANADIEN 

Malheureusement il ne manque pas de lits de rivières dé- 
pnssantde beaucoup le Saguenay en profodeur et en sauvagerie, 
])assez-moi l'expression, et qui cependant sont exclusivement 
dus à l'érosion lente de l'eau et des agents atmosphériques. Le 
) ouvoir érosif de l'eau est étonnant, et il ne faut pas à celle-ci 
un nombre incalculable d'années pour se creuser un chemin 
même dans les roches les plus dures. 

Lyell cite à ce sujet un fait très intéressant arrivé à Simo- 
netto, en Italie. Une petite rivière, durant le court espace de deux 
siècles, s'est creusé un chenal de plus de 200 pieds de profondeur, 
dans une coulée de basalte qu'une éruption volcani(][ue avait 
jeti'e en travers de son cours. Cependant le basalte est peut-être 
la plus compacte de toutes les roches volcaniques. 

Voulons-nous d'autres faits analogues ? Revenons de ce côté 
de l'Atlantique, rendons-nous dans l'ouest des Etats-Unis. Là, 
nous verrons les grandes rivières qui prennent leurs sources dans 
les massifs des Montagnes Eocheuses, se creus'er, elles mêmes et 
elles-seules, des gorges étroites et profondes qui encaissent leurs 
flots sur des longueurs de plus de deux cent milles. 

Eien de plus grandiose, je devrais dire de plus sublime, que 
ces défilés abruptes par lesquels s'écoulent, paisibles ou tour- 
mentées, les eaux des fleuves du Wyoming, du Colorado et de 
quelques autres Etats. De chaque coté s'élèvent des murailles à 
peu près iierpendiculaires, dont les sommets atteignent de 2000 
à 6000 pieds. Tantôt ce sont des lits de grès, de calcaire, de 
marbre, de schistes qui forment les deux rives ; tantôt les eaux 
ont labouré le granit vif pour s'y creuser un lit de [dus de 1000 
pieds de jirofondeur. 

Chacun des tributaires de ces fleuves se cache au fond 
d'un lit analogue, et la surface générale du pays quoique plane, 
se trouve coupée eu tous sens par une myriade de chenaux 
d'érosion. 

Considéré sans parti pris, le Saguenay n'est pas comparable 



CONGEES INTERNATIONAL DES GEOLOGUES 191 

à ces canons du Colorado. Le volume de ses eaux est pins grand 
et voilà tout. Les plus hautes niontaoues de ses rivages, les caps 
Trinité et Eternité, atteignant à peine 2000 pieds. Il faudrait 
trois Eternités superposés pour égaler les falaises al»ruptes des 
rivières du Colorado. 

Or personne ne doute que les canons du Colorado n'aient 
été creusés directement et uniquement par l'eau des rivières. 
Pourqui ne pas croire qu'il en a été de même pour le Saguenay ? 
Pourquoi ne pas y voir tout simplement le résultat de l'usure 
des roches par l'énorme masse d'eau qui s'écoule depuis si long- 
temps par ce déversoir ? 

Je viens de dire depuis si longtemps, en effet, les canons du 
Colorado sont récents comparés au Saguenay. Il y avait des 
siècles que ce dernier existait, et les rivière de l'ouest des Etats- 
Unis ne coulaient pas encore. Le Saguenay a commencé son cours 
avec l'époque silurienne, et les canons de l'ouest ne remontent 
pas au delà du crétacé. 

ji 'continuer. 



CONGRKS INTERNATIONAL DES GEOLOGUES 

C'est à l'Association Américaine ]iour l'Avancement de la 
Science que revient en premier lieu l'honneur d'avoir suggéré 
l'idée d'un tel congrès, dans sa réunion à Buffalo en 1876. 

La première session se tint à Paris, lors de l'Exposition 
Universelle en 1878 ; la 2e à Bologne en 1881, et la 3e s'ouvrit 
à Berlin, le 29 septembre dernier. 

Français, anglais, belges, suisses, russes, italiens, et surtout 
allemands qui surpassaient en nombre toutes les autres nationa- 
lités, se trouvèrent là réunis. Mais comment s'entendre avec 
tant de langues différentes ? Api es délibérations, il fut convenu 
que le français serait la langue du Congrès, comme étant celle 



192 LE NATURALISTE CANADIEN 

qui conviendrait au plus grand nombre d'étrangers. Les alle- 
mands ne furent pas peu découragés par cette décision, car ils 
n'avaient qu'un seul liomme, M. Hauchecorne, capable de parler 
assez bien le français pour conduire les débats et influencer les 
discussions. M. Newmayr, il est vrai, répondit avec grand 
effet à M. Lapparent, et Son Excellence le V. Dechen, parla 
fréquemment, sinon facilement. Quant au Dr Beyrich, le pré- 
sident nominal, il fut tout à fait inintelligible, et M. Stur fut 
obligé de demander une dispense au Congrès pour pouvoir s'ex- 
primer en allemand. 

11 avait été arrêté à la session de Bologne qu'on préparerait 
une Carte géologique de toute l'Europe, à la mesure de tjôÔjôôû, 
et un comité avait été choisi à cette fin. Ce comité qui se com- 
posait comme suit : Beyrich et Hauchecorne pour l'Allemagne ; 
Liaubrée pour la France ; Giordano pour l'Italie ; de Mœller 
pour la Russie ; Mojsisovics jiour l'Autriche-Hongrie ; Topley 
pour l'Angleterre ; et Eenevier, Secréiaire-général, pour la 
Suisse, fit rapport qu'il avait fait un arrangement avec la mai- 
son Reimer de Berlin pour la publication de la Carte, d'après 
lequel arrangement cette maison se chargeait de tous les risques, 
pourvu qu'où lui garantît une édition de 900 copies à 100 
francs chaque. 

La Carte se composera de 48 feuilles de 48 sur 53 centi- 
mètres, le tout formant un ensemble de 3.3G m. de haut sur 
0.71 de large. L'Angleterre, la France, l'Espagne, l'Italie, 
l'Autriche-Hongrie, l'Allemagne, La Suède et la Russie prennent 
chacune 100 copies = 800; les 100 autres seront distribuées 
entre les six petits états Belgique, Hollande, Danemark, Suisse, 
Portugal et Roumanie. 

Le Comité fit de plus rapport des six résolutions qui 
suivent : 

1. — M. Karpinski succédera à M. de Mœller, qui a résigné, 
pour représenter la Russie. 

II. — Le système Carbonique ou Permo-Carbonifère, sera 
représenté sur la carte par trois teintes distinctes de gris. 



CONGIîES INTER ATION AL DES GEOLOGUES 



193 



ITI. — Les imances du brun seront appliquées au Dévouien. 

IV. — La couleur représentant le Silurien est laissée au 
choix du Comité. 

A^.— Les roches éruptives seront représentées par sept tintes 
de ronge, s'étendant du rouge brillant au rouge-brun. 

VI. — La solution des autres qnestions, comme les su1)di- 
visions des terrains, les couches trop faibles pour être repré- 
sentées etc., est laissée à la discrétion du Comité. 

Ces six propositions, après discussion, furent agréées avec 
de légers changements de peu d'importance. 

Quant à la nomenclature, voici quel fut le résultat des 
délibérations qui n'est, pour ainsi dire, que la définition des 
termes en usage. 

Groupe, sera appliqué aux divisions principales (groupe 
secondaire etcj. 

Système, sera la division venant après le groupe (Système 
Dévoni^.n). 

Skrie, viendra en troisième lieu (les séries du système 
Carbonifère). 

Etage, viendra ensuite (étage des grès). 

Assise ou Couche, désignera les divisions venant en cin- 
quième lieu. 

ZONE, désignera un nombre de lits caractérisés par un ou 
plusieurs fossiles, mais il sera toujours inférieur à étage. 

Banc, indiquera une assise ou une couche plus épaisse et 
plus cohérente que ses voisines au milieu desquelles elle est 
intercalée. 

On fera usage des terminaisons " aire, aires " pour les 
groupes, des terminaisons "ïque, ïques " pour les séries, et des 
terminaisons "ien, ienne, iens, iennes" pour les étages. 

Avant de se séparer, le Congrès décida que sa prochaine 
réunion aurait lieu à Londres en 1888; MM. Hughes, Geikie, 



194 LE NATURALISTE CANADIEN 

Blanford et Topley furent appointés pour fuire les arrangements 
nécessaires. 

Plusieurs mémoires de haute importance furent présentés 
au Congrès durant sa session, entre autres : de M. Gaudry, sur 
certains reptiles; de M. Newberry, sur un grand poisson dévo- 
nien de l'Amérique; de M. Posepuy, sur la condition fluide de 
l'intérieur de la terie; de M. Newmayr, sur un plan du "JSTo- 
menclutor Palœontologicus " qu'il est en frais de compiler. Il 
fut agréé que ce plan serait publié sous les auspices du Congrès. 

La délégation des Etats-Unis à ce Congrès se composait : 
de M. J. Hall et des professeurs Newberry, Williams et Fraser. 



Primes. - Plusieurs, pensons-nous, n'ont pas bien saisi le 
sens des explications que nous avons données au sujet des 
primes. Voici comment nous procédons. Chaque mois, après 
la remise à la poste de tous les numéros à nos abonnés, nous 
faisons le tirage des deux numéros gagnants, pour les proclamer 
dans le numéro suivant. Jusque là nous ne connaissons pas 
quels peuvent être les gagnants. Les abonnés, à la réception de 
leur numéro, doivent voir quel chiflYe porie le leur, écrit eu 
crayon bleu sur la première page. Si ee chiffre est un de ceux 
qui ont été proclamés gagnants précédemment, alors ils ont droit 
à la prime annoncée. Mais tout autre chifl're demeure sans va- 
leur, il n'y en a que deux bons chaque mois. Nous ne savons 
comment on a pu interpréter la chose, niuis nous sommes con- 
vaincu ([ue plusieurs l'ont mal entendue. 

Tout dernièrement, en voici un qui nous écrit tout joyeux 

de Montréal qu'il a droit à une prime, que son numéro porte 

écrit en crayon bleu, sur la première page, le nombre 23. 

Fort bien, nous dîmes-nous, voyons à quoi répond ce nombre. 

Octobre, numéros gagnants: 1ère prime 17 ; 2e 373 

Novembre, " " " " 233 ; " 240 

Décembre, " « " " 235; " 115 



AEITHMÉTIQUE 3 95 

Mais â3 ne se trouve daus aucun de ces nombres ; on s'est 
trompé. Nous écrivons à notre abonné pour lui faire remarquer 
la chose, pensant que, comme c'est un homme très intelligent, 
il aurait pu mettre, par un Icqjsus calami, 23 au lieu- de 233 ; 
et voici qu'il nous répond : " puisque c'est une erreur de votre 
part, n'en parlons plus." Erreur de notre part ! comment peut- 
il donc interpréter la chose ? 

Presque en même temps un antre nous écrit d'une paroisse 
en bas de Québec: "Je suis gagnant d'une prime, mon numéro 
porte le nombre 396 écrit en crayon bleu." Nous lui écrivons 
de même pour l'inviter à considérer si dans les six numéros 
proclamés gagnants jusqu'alors, comme on les voit ci- dessus, 
se trouve 296. On s'était donc semblablement trompé. 



Arithmétique.— Xous sommes porté à croire qu'on né- 
glige trop, dans les institutions d'éducation de Montréal, l'en- 
seignement de l'arithmétique et surtout des fractions. Qui 
pourrait croire, par exemple, qu'on puisse prétendre que ji^O ? 
Cependant nous n'avons pas moins de trois cas différents où 
cette absurdité eit invoquée, et tous les trois de Montréal ou 
de ses environs. 

Suivant la coutume généralement suivie en ce pays, nous 
adressâmes notre publication, lors de sa réapparition, à un «^land 
nombre de personnes que nous jugions par leurs connaissances 
leur amour du progrès et leur intelhgence, pouvoir peut-être 
devenir souscripteurs, les invitant, d;iiis le cas contraire, à nous 
renvoyer notre numéro. La plupart se sont confoimés à cette 
règle, les uns renvoyant le numéro reçu, les autres nous faisant 
remise de l'abonnement. Nous annonçâmes à notre troisième 
numéro que nous considérions comme abonnés tous ceux qui 
n'avait pas fiùt le renvoi des numéros précédents. A] rès notre 
sixième numéro, jugeant que les renvois ne pouvaient j)]u3 
avoir lieu, nous faisons imprimer les adresses de nos abonnis. 



196 LE NATURALISTE CANADIEN 

Et voici qu'aussitôt un médecin de Montréal, avec deux braves 
curés des environs, nous renvoient ce septième numéro avec 
le mot refusé en épigraphe. Ces braves gens se seront dit sàus 
doute : septième livraison mensuelle, c'est déjà plus que la 
moitié, mais, voyons, ' n'égale-t-il pas ? donc je ne dois rien . 
et le renvoi se fait. Il est bien vrai que je savais qu'en gardant 
ces livraisons je devenais abonné, et que pour les renvoyer je 
n'avais qu'à dire au facteur de la poste que je n'en voulais pas ; 
mais dois-je m'inquiéter de semblables bagatelles ? Et c'est ainsi 
que les journalistes et les publicistes de tout genre travaillent 
pour un public exigeant, qui manque souvent de générosité, et 
qui parfois aussi pèche contre la justice. 



Bibliographie. — M. E. T. Cresson, de Philadelphie, la 
plus forte autorité américaine en fait d'Hyménoptères, est oc- 
cupé à préparer un catalogue général de tout l'ordre qu'il 
publiera bientôt. 

Le Dr F. W. Coding, d'Ancône, Illinois, doit publier pro- 
chainement des esquisses biographiques, avec portraits, des prin- 
cipaux entomologistes économiques de l'Amérique du Nord. 

Tissu cellulaire des plantes. — Nous voyons dans le 
Microsco'pe du mois de novembre, qu'après de sérieuses études 
sur le sujet, MM. Lawrence et Eaddin, d'Evanston, III, se sont 
convaincus qu'il n'était pas possible de déterminer les espèces 
d'exogènes par l'inspection microscopique de leurs cellules, 
celles-ci présentant souvent, dans la même espèce, des diffé- 
rences considérables suivant les différentes localités ; souvent 
même les différentes espèces du même genre ne se ressemblent 
en aucune façon, et montrent des analogies avec des arbres 
tout à-fait étrangers. Ainsi les cellules du Chêne rouge sont 
tellement semblables à celles du Pin blanc, qu'on les croirait 
appartenir à la même essence.- 



LE 






?3 



Vol. XV CapRoMge, Q., MARS, 1886. No. 9 

IJéilaiMeur: M. l'AbbC PROVANCIlhB. 

PRIMES 

Janvier 
La 1ère (hi mois de janvier, X° 3S7, est échue à M. 
l'alib.' V. P. Jutiasi. (.-liu' de St-l'atrice de Tingwick. Les autres 
ii'out [tas encore été réclamées. ■ 

FÉVRIER 

ISTuméros gagnants : 

1ère — L^ne superbe coquille. Cassis rufa N° 104. 

2c — Deux CO 1 utiles, Purpura Jujernastoma.. iS'° 65. 

N. B. La [lersouue a_yant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numér'js écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur la 
couverture. 



LE SAG UE NAY 

ESSAI DE GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

PAR 

M. I'abbé J.-C. K.-Laflamme, Québec. 

(Continué de la page 191) 
■Miir vous donner une idi'e du nombre d'années qui ont dû 
s'cc .u or depuis ccj é[ o j[Ues recidée» j usqu'à nous, je vous citerai 

9— Mars 1886 



198 LE NATURALISTE CANADIEN 

les chiffres auxquels arrivent à ce sujet les supputations géolo- 
giques. Sans cloute ces calculs sont très incertains, mais la 
valeur relative des nombres que l'on trouve est admise par tous, 
et quels que soient les chiffres absolus, il est du moins certain 
que les époques géologiques ont été longues, extrêmement lon- 
gues. C'est avec raison qu'un géologue a pu dire de la période 
humaine, depuis la création d'Adam jusqu'à nos jours, qu'elle 
n'était qu'une moisissure dans l'histoire de notre planète. 

M. de Lapparent, professeur à l'Institut Catholique de Paris, 
dans son excellent traité de G-éologie, résume ainsi les estimés de 
la science sur la durée des époques géologiques. Il admet qu'il 
a fallu de 20 à 100 milHous d'années pour opérer le dépôt de 
tous les terrains de sédiments. Or en comparant les épaisseurs 
sédimentaires des trois grandes divisions géologiques, on trouve 
que la durée respective de celles-ci est dans le rapport suivant : 

Ère tertiaire 1 

" secondaire 3 

" primaire 12 

Ce qui donnerait pour les terrains primaires de 15 à 75 
millions d'années, [pour les secondaires de 4 à 19 et pour les 
tertiaires de 1 à 6 millions d'années. M. J. D. Dana, le prince 
des géologues américains, admet les chiffres suivants : 36 mil- 
lions pour l'ère primaire, 9 pour l'ère secondaire et 3 pour l'ère 
tertiaire. 

Appliquons ces chiffres à la durée relative du Saguenay 
d'une part et des canons du Colorado de l'autre, et nous trouve- 
rons que le Saguenay existe depuis plus de 36 millions d'années, 
tandis que les canons ne remontent qu'à 4 ou 5 millions d'an- 
nées. 

Si dans quarante ou cinquante mille siècles les eaux du 
Colorado ont creusé des lits de 6000 pieds de profondeur, pour- 
quoi le Saguenay n'aurait-il pas pu, pendant 360,000 siècles, 
creuser un lit qui n'atteint jamais 3000 pieds ?... 

De là nous sommes en droit de tirer une seconde conclu- 



GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DU SA.GUEN:AY 199 

sion, c'est que l'aspect de la vallée du Saguenay, pas plus que 
la profondeur de ses eaux, ne prouve (ju'il est plutôt le résultat 
d'un cataclysme géologique qu'un phénomène ordinaire d'éro- 
sion fluviale. 

* 
* * 

Cependant, à part l'usure par l'eau, un autre puissant facteur 
est très certainement entré en ligne de compte et a contribué 
pour une large part à modifier la surface de la villée du Sague- 
nay. Nous allons essayer de vous en donner une idée en quel- 
ques mots et de vous faire coini)rendre la cause des dernières 
modifications qui ont imprimé à toute cette région son cachet 
particulier. 

• Nous avons dit précédemment que le bassin du lac St- Jean 
s'est dessiné, dans les premiers âgeo géologiques. Depuis cette 
époque si éloignée jusqu'à la nôtre, la plus grande partie de la 
surface du massif laurentien est restée hors de l'eau. Or, il n'est 
que juste de se demander quelle a été l'action des divers agents 
atraosjjhériques sur ces roches granitiques. Celles-ci ont été 
nécessairement décomposées à une profondeur notable. Puis, 
sur ce sol neuf et fertile ont poussé de vigoureuses forêts, dont 
les essences se sont succédées les unes aux autres durant les pé- 
riodes géologiques subséquentes. 

Vers la fin de celles-ci, peu de temps avant l'apparitien de 
l'homme, une température tiès basse envahit tout à coup les par- 
ties septentrionales de l'Amérique du nord. Une précipitation 
abondante eu fut le résultat et tout le Canada se couvrit d'un 
immense manteau de neige qui devait s'accumuler sur place, 
des années, des siècles peut-être, sans se fondre. Bientôt eette 
neige se changea en glace, et celle-ci s'entassant de plus en plus 
dans les parties septentrionales, la poussée de cette masse glacée 
la fit s'écouler lentement vers le sud. 

Or actuellement, les glaciers des Alpes qui ont à peine 
quelques centaines de pieds d'épaisseur, modifient profondément 



200 ^K NATURALISTE CANADIEN 

les lits sur lesquels ils coulent. Les parties meubles sout en- 
levées, les roches sont arrondies en dos de moutons, usées, polies, 
souvent striées par le frottement des débris jiierreux entraînés 
par la glace. Si donc des glaciers, qu'on pourrait qualifier de 
lilliputiens comparés au glacier continental américain, peuvent 
faire de si grandes choses, quel n'a pas dû être l'effet de l'im- 
mense manteau de glace qui recouvrit un jour la surface de 
notre province ? Les plus gros arbres furent ariachés du sol et 
enlevés comme des fétus de paille ; les roches meubles furent 
saisies par la glace en mouvement et se mêlèrent plus ou moins 
intimement avec elle ; les collines furent arrondies, les sommets 
étêtés ; et, lorsqu'après de longues années le glacier continental 
disparut, le système orographique du pays fut presque mécon- 
naissable. 

Le Saguenay et toute la vallée qui lui envoie le tribut de 
ses eaux ne fut pas à l'abri' de cette action de la glace. Les 
preuves de ce fait nous les trouvons là à chaque pas. Partout 
des roches arrondies, polies comme des miroirs, partout de ces 
stries glaciaires, témoins et indicateurs infaillibles à la fois de la 
présence et de la direction du courant glacinire. Impossible 
d'attribuer ce polissage des rochers à l'action de l'eau. Celle-ci 
creuse les roches en place, mais ne les arrondit jamais. Le 
glacier continental a donc recouvert le bassin du Saguenay et il 
y a même tout lieu de croire que la glace a atteint son maxi- 
mum d'épaisseur à peu près dans cette région. Aussi l'érosion 
y a-t-elle été énorme. De grands bancs de calcaire silurien, 
déposés dans l'océan primitif et fortement attaqués par l'atmos- 
phère durant de longues suites de siècles, ont été broyés et usés, 
de façon à ne plus laisser, comme preuve de leur existence 
d'autrefois, que quelques minces assises de pierre à chaux, ap- 
paraissant ça et là et comme distribuées au hazard. 

Mais quelle a dû être l'action du glacier continental sur le 
chenal du Saguenay en particulier ? La réponse à cette question 
se simplifie considérablement si l'on considère ce qui s'est passé 
ailleurs. 



GÉOGRAPHIE THYSIQUR DU SaGUEXAY 201 

En examinant attentivement le littoral des pays septen- 
tvionanx, qui ont été soumis à un courant semblable de glace 
mouvante, on le trouve déchiqueté en tous sens par une multi- 
tude de baies, de golfes très étroits qui pénètrent souvent à une 
grande distance à l'intérieur. Les côtes de la Norvège sont sur- 
tout reniiirquables à ce point de vue. Et dans ce dernier pays, 
le nombre de ces dentelures ou /z'o/v/.s est tellement grand que le 
développement total du rivage se trouve porté à 3000 lieues au 
lieu de 600 qu'il devrqit avoir si ces fiords n'existaient pas. Tous 
les géologues sont d'accord pour voir dans les fiords la double 
action de l'eau et des glaciers, ces derniers envahissant les vallées 
primitives des rivières et les creusant à une très grande profon- 
deur, jusqu'à ce que l'eau, lors de la fusion de la glace, reprenne 
son premier empire. 

Les 'côtes de la Colombie anglaise sont dentelées de la même 
manière. Les bras de mers y sont très nombreux et ont des 
formes qui rappellent le Saguenay. Examinez le Dean Inlet et 
vous croirez voir le Saguenay, avec cette différence toutefois que 
ce dernier est deux fois plus court. Le Lyse-fiord, sur les côtes 
de la Norvège, s'avance à 12 ou 15 lieues dans les terres, bien 
que sa largeur ne dépasse guère 2000 pieds en certains endroits. 
Ses parois, cou])ées à pic, vont se pe'dre à une hauteur de 2000 
à 3000 pieds. N'est-ce pas absolument le Saguenay ? Ces golfes 
longs et étroits sont toujours très profonds, comme le Saguenay. 
Leur chenal se prolonge dans le lit de la mer, comme celui du 
Saguenay qui se prolonge dans le lit du St-Laurent. En général, 
ils sont moins profonds à leur embouchure qu'à une certaine dis- 
tance à l'intérieur, les matériaux transportés par la glace ayant 
formé là une espèce de barrage artificiel ; le Saguenay est moins 
profond à Tadousac qu'à une certaine distance en amont. 

Vous le voyez, les points de ressemblance qui existent entre 
le Saguenay et les fiords sont suffisants pour nous justifier de les 
regarder comme ayant une origine analogue. Je ne dis pas que la 
vallée de cette rivière et son lit ont été creusés uniquement par 
le glacier quaternaire. Au contraire, le creusage a du se faire et 



202 LK NATURALISTE CANADIEN 

se poursuivre sans cesse par l'nction de l'eau, depuis l'époque 
silurienne, c'est-à-dire, des millions d'années avant l'époque 
glaciaire ; mais le passage du glacier a complété et régularisé 
l'ouvrage de l'eau. C'est lui qui a mis comme la dernière main 
à la création du lit actuel. 



L'immense glacier dont je viens de vous parler se fondit un 
jour. La fusion en fut provoquée par un affaissement général de 
la surface du pays, affaissement qui eut pour effet d'élever no- 
tablement la température moyenne. Alors dans chacun des ravins 
creusés ou agrandis par l'action du glacier on vit apparaître un 
lac, qui tantôt y resta toujours, tantôt disparut par les issues 
qu'il se fraya à travers les matériaux terreux de toute nature 
accumulés çà et là par la glace. Ailleurs l'enfoncement conti- 
nental fut tel que l'eau de la mer recouviit de vastes surfaces. 
Tout le centre de notre province en particulier fut un océan en 
miniature. Les baleines se jouaient sur les bords du lac Cliam- 
plain et les éperlans fourmillaient aux envions d'Ottawa. 

Le lac St-Jean lui-même fut envahi par l'océan et il avait 
alors des dimensions comparables à celle du Ir.c Supérieur, quel- 
que chose qui rappelle le volume qu'il avait à l'époque silurienne. 
Sa rive sud-est était à la Grande-Baie et la rive opposée à 30 ou 40 
lieues au nord du lac actuel. J'ai trouvé en une foule d'endroits, 
dans la plaine de Chicoutimi, autour du lac St-Jean et même à 
cinq lieues au nord du lac, des masses de co juillages marins, et 
cela à plus de 200 pieds au dessus du lac actuel. Dans l'été de 
1884, je découvrais encore à 250 pieds au dessus de l'eau des ves- 
tiges évidents des anciens rivages, c'était des lits de graviers 
arrondis et des trainees de sables perchés sur le flanc de hautes 
collines. Dans cette mer immense furent remaniés les matériaux 
terreux, broyés par le glacier et dispersés d'abord au hasard. 
Les argiles provenant de la trituration des roches ]iar le glacier se 
déposèrent en lits réguliers au fond de ces e.iux tranquilles, 
enveloppant dans leurs replis les débris des coquillages qui peu- 



GÉOGRAPHIK PHYSIQUE DU SAGUENAY 203 

plaient alors cet océan intérieur. Ces fossiles marins, on les re- 
trouve maintenant partout dans les argiles. Le fond général se 
régularisa peu à peu, mais les collines de granite les plus hautes 
maintinrent leurs sommets au-dessus de ce fond glaiseux et for- 
mèrent les écueils de cette mer temporaire. Ce sont elles que 
l'on aperçoit encore maintenant au-dessus des plaines argileuses 
du Saguenay. 

Il est probable qu'une masse de glace, englobée dans le lit du 
lac Kénogami, mit plus de temps à fondre que le reste et bloqua 
ce lac, par lequel se déchargeait sans doute autrefois le bassin 
du lac St-Jean. Il y a, en effet, trop de ressemblance entre ce 
lac long et étroit et la Eivière Saguenay pour ne pas croire que 
le premier soit tout simplement le prolongement géographique du 
second. L'ancien chenal du Kénogami, fermé par un dépot d'argile 
à son extrémité inférieure, se trouva isolé du reste de la rivière. 
Ln autre dépôt analogue se fit à l'extrémité nord et le sépara du 
lac St-Jean, de manière à en faire une nappe d'eau distincte. 
C'est absolument ce qui se passerait dans une rivière, si, par un 
double barrage, on isolait une portion de son cours et l'on forçait 
l'eau intercalée à prendre un autre chemin. 

Un mouvement d'exhaussement suivit bientôt le mouvement 
d'enfoncement qui avait permis à l'océan d'envahir la vallée du 
Saguenay. Les eaux de ce grand bassin hydrographique com- 
mencèrent à se retirer en passant par leur chemin naturel, la 
rivière Saguenay, du moins pour la partie inférieure de son cours. 
Car, pour la partie supérieure, il en fut autrement. Le lac St- 
Jean, trouvant son ancien chenal, le lac Kénogami, obstrué par 
un double dépôt d'argile, dut déverser ses eaux par ailleurs^ 
Alors se forma la Décharge actuelle, depuis le lac jusquà Chicou- 
timi. Voilà donc un bout de rivière tout récent, aussi est-il loin 
d'avoir la profondeur et la tranquille placidité de la partie la 
plus ancienne. Il abonde en longs et violents rapides, comme 
toutes les rivières coulant sur les rochers et qiii n'ont pas encore 
eu le temps de creuser leurs lits à la profondeur nécessaire. 



204 LE NATURALISTE CANADIEN 

Grâce h cet écoulement progressif des eaux de la mer Sague- 
nayenne, le fond argileux surgit lentement. D'abord ce fut une 
plaine unie, mais les pluies ne tardèrent pas à creuser dans cette 
surface meuble et plastique une foule de ravins dans lesquels 
sont maintenant blottis les mille petits ruisseaux (|ui arrosent et 
drainent ce riche pays. Le lac Kénogami, privé accilentelle- 
ment de toute communication avec le Saguenay et avec ce qui 
restait du grand lac, vit sou niveau s'élever petit à j'Ctit par l'ap- 
port constant de nombreux tributaires, jusqu'à ce que ses flots 
commençassent à se déverser par les deux rivières aux Sables et 
de Chicoutimi qui originèrent aux échancrures les plus basses 
de ses rivages. En effet le lac est à plus de 150 pie'is au-dessus 
du lac St-Jean et à pas moins de 400 pieds au-dessus du Saguenay 
à Chicoutimi. 

Le pays du Saguenay devait avoir dès lors l'apparence qu'il 
a maintenant: une immense surface argileuse à peu près plane, 
mais criblée en tous sens par des ravins très profonds et percée 
de distance en distance par d'énormes l)locs granitiiiues, levant 
avec peine au-dessus de la plaine leurs lourdes têtes usées par le 
glacier. 

Tous ces mouvements de bascule, ascendants ou descen- 
dants, se sont faits avec une très grande lenteur. Autrement on 
ne s'expliquerait pas la régularité des dépôts d'argile et l'unifor- 
mité de la surface générale du pays. Si le lit du Saguenay n'eût 
pas existé à l'époque de l'océan Saguenayen, mais qu'il se fut 
alors ouvert tout d'un coup, les courants auraient été tels que 
toute matière meuble aurait disparu et la roche du fond serait 
restée complètement à nu. Dans tous les cas, une partie de la 
crevasse servant de passage aux eaux n'aurait pas été blociuée 
par des dépôts argileux, comme ceux que l'on remarque aux deux 
bouts du lac Kénogami. D'un autre côté, nous savons de science 
personnelle que les masses argileuses sont loin d'être jetées au 
hasard et en désordre dans la plaine du Saguenay. Qu'on ne 
parle donc pas de vagues d'argiles subitement arrêtées dans leur 



GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DU SAGUENAY 205 

course échevelée, quand toutes les collines de glaise laissent voir 
des lits horizontaux d'une merveilleuse légnlarité. Non, ces terres 
que l'on cultive maintenant S3 sont déj)Osées lentenîent an sein 
d'un océan parfaitement tranquilli-. 

Ainsi s'évanouit définitiven^.ent une autre preuve de cette 
théorie du cataclysme, qui tend à regarder tout ce beau pays 
comme le résultat d'un accident, d'une espèce de hoquet géolo- 
gique. 

Plus tard, sous le lavage des jjluies, le sol perdit sa salure 
originelle. Ce qui restait du lac devint un immense réservoir 
d'eau douce, des essences forestières s'emparèrent bientôt de ce 
sol encore vierge et éminemment fertile, le pays du Saguenay 
était, on pourrait dire, terminé. 

* 
* * 

Voilà le passé de la rivière Saguenay, quel sera son avenir ? 
Hélas ! c'est triste à dire, mais, à moins que les conditions 
géologiques ne changent, cette belle rivière est destinée à 
perdre peu à peu de sa profondeur et à devenir une rivière 
ordinaire, semblable à tontes les autres qui arrosent les deux 
rives de notre beau fleuve. Elle se remplit constamment, et 
par les substances terreuses qu'elle arrache à ses rivages et par 
les détritus variés que lui apportent ses tributaires. Ces débris 
s'acc mulent là où le courant cesse ou devient presque nul 
par la rencontre du flot de la marée. Déjà il est difficile pour les 
bateaux d'un moyen tonnage d'atteindre Chicoutimi, et les 
travaux de creusage qu'on fait constamment aux environs de 
cette ville suffisent à peine à enlever les alluvions de chaque 
année. Peu à peu ces accumulations de toute sorte gagneront 
vers le sud, et, dans quelques centaines de siècles, le lit actuel de 
la rivière seia considérablement rétréci et diminué. La Grande 
Baie ne sera peut-être plus alors qu'un lac allongé, un 
Kénogami.en raccourci. Les choses en resteront là jusqu'à ce 
qu'une nouvelle oscillation géologic^ue, ou bien rende au Sa- 



206 LE NATURALISTE CANADIEN 

cTueimv sa grandeur première en lui restituant les dimensions de 
sa source, le lac St-Jean, ou bien le fasse complètement dispa- 
raître en dirigeant les eaux superficielles d'un autre côté. At- 
tendons encore quelques centaines de siècles et qui vivra verra. 

J'ai tenu à vous exposer ce soir ces quelques réflexions sur 
l'histoire géographico-géologique d'une des plus belles rivières 
du Canada. Je l'ai fait pour la double raison que je regarde ces 
idées comme exactes, au moins dans les grandes lignes, et que la 
théorie du cataclysme, qui a fait un certain bruit dans le temps, 
me semble complèteuient hasardée. Elle ne me parait pas 
reposer sur aucune preuve géologique sérieuse. Elle peut frap- 
per l'imîigination, elle peut même paraître possible, sinon pro- 
bable ; mais, entre une simple possibilité et la léalité, lorsqu'il 
s'agit des phénomènes de la nature et de leurs lois, il y a souvent 
plus de distance qu'entre la coupe et les lèvres. 

En terminant, je vous demande pardon d'avoir paru oublier 
un peu trop la géographie pour m'occuper presque exclusivement 
de géologie. Cependant, vous n'ignorez pas que ces. deux 
sciences sont sœurs et ne vont pas l'une sans l'autre. Si je n'ai 
parlé que très peu de la géographie contemporaine, j'ai essayé 
au moins de vous faire voir l'évolution géographique d'un coin 
de notre beau pays, durant le cours des âges géologiques. 
Tuisse-je avoir réussi dans la mesure de mes forces ! Ce serait 
pour moi une véritable satisfaction et en même temps la plus 
agréable de toutes les récompenses. 

J. C. K. Laflamme 



SOUVENIRS DE VALACHIE 207 

SOUVENIRS DE VALACHIE 

Par M. A. Montandon 

Administrateur du Domaine royal Je Sitiaïa, Valacliie, Roumanie. 

Sans être la terre promise des naturalistes, les plaines qui 
montent insensiblement du Danube aux Karpates, ont cepen- 
dant une faune et une flore dignes d'attirer l'attention, et le 
chercheur y trouvera encore bien des richesses pour le dédom- 
mager de ses peines, s'il ne craint pas d'affronter les miasmes 
fiévreux et les nuées de moustiques qui s'échappent des maré- 
cages dont la contrée est si amplement pourvue. 

Pendant les quelques années que j'ai habité Bucarest, mes 
occupations ne m'ont pas laissé le loisir de fouiller eomme je 
l'aurais voulu ce pays encore peu exploré; les fièvres inter- 
mittentes auxquelles bien peu d'étrangers échappent, m'ont aussi 
souvent retenu. Cependant, en réunissant mes observ^ations, 
en groupant les faits que j'ai pu constater, j'aurai peut-être des 
matériaux en suffisance pour donner quelque intérêt à ces sou- 
venirs que je vous livre aujourd'hui. 

Les environs de la capitale de la Valachie sont assez mo- 
notones; les eaux boueuses de la Dimbovitza coulent rapides 
eiitie des berges de terrains d'alluvions qui s'écroulent à chaque 
crue ; par-ci, par-là de minces filets d'eau limpide rampent sous 
des touffes de saules ou d'aulnes pour aller se perdre à quelques 
]ias au milieu des ajoncs. Sur les terres plus hautes, les tiges 
du maïs ondulent sous le vent comme les vages de la mer aussi 
loin que la vue peut s'étendre. De loin en loin se dresseut les 
longs bras des puits qui complètent le paysage. Que de fois 
n'ai-je pas marché, des heures entières, sur un sol que n'abrite 
aucun dôme de verdure et qui se transforme en couche de pous- 
sière sous les rayons torréfiants du soleil de juillet, pour at- 



208 LE NATURALISTE CANADIEN 

tein Ire ces abreuvoirs qui paraissent toujours à la même dis- 
tance et où l'on arrive exténué, pour ne trouver le plus souvent 
qu'une eau à demi saumâtre, dernier restant des dernières pluies. 

L'été est la saison morte des naturalistes en Valachie plus 
que partout ailleurs. Les semaines, quelquefois les mois, s'é- 
coulent sans que le ciel s'obscurcisse du moindre nuage ; les 
champs en culture voient les tiges des céréales se raccornir, les 
marais se desséchent, les terres se crevassent, aucun insecte ne 
bourdoinie, aucun oiseau ne traverse l'air, aucune feuille ne 
bruit ; c'est un silence désespérant qui s'appesantit sur cette 
terre de contrastes, où l'on est asphyxie dans la poussière, quand 
on ne se noie pas dans la boue ; où aujourd'hui il y a sécheresse, 
à l'endroit même où hier s'étendait une nappe liijuide; où cette 
année les récoltes trop abondantes ne trouvent pas place dans 
les greniers et pourrissent en partie sur les champs, et où l'an 
prochain la disette affamera le pays. .Mais, laissons ces tableaux 
peu riants. 

Le printemi)S et l'automne sont des saisons favorables pour 
parcourir la contrée ; les marais sont peuplés d'animaux de toutes 
sortes. Toute la légion des oiseaux aquatiques, canards et 
échassiers prennent leurs ébats sur les moindres flaques d'eau ; 
parfois même un vol de cygnes ou de pélicans daigne s'abattre 
et se reposer de ses longues pérégrinations à quelques kilomètres 
de la ville, et l'ornithologiste armé d'un bon fusil n'aura qu'à 
choisir ses victimes pour varier son coup de feu à l'infini. L'é- 
légant Ardea puvpuren l'attendra à belle portée, les mouettes 
auront l'air de narguer les bruyantes détonations qui réveilleront 
d'épaisses nuées d'hirondelles de ros.aux et toutes les variétés 
de bécassines s'envoleront à quelques pas. 

L'entomologiste ne sera pas moins bien partagé ; la famille 
des Ht/drocanthares y compte de nombreux représentants : 
Dytiscu>t, Acilius, Illyhiu.<^, Hydroporus, etc., etc., se croisent 
en tous sens et je me souviens avoir sorti un jour une vieille 
nasse à mailles un peu serrées, qui était à demi enfoncée dans 
la vase et qui regorgeait de grands Hydrophiles bruns. 



SOUVENIRS DE VALACIIIE 209 

Les tortues n'y sont non pliH pas rares, mais il est assez 
difficile de se les j locurtr. Elle sunt aussi iigilt-s dans Frk'niL-nt 
liquide que lentes sur le terrain où elles ne s'aventurent pas 
volontiers. 

Des écre visses, grosses comme des petils homar/is, s'y pè- 
chent en abondance, en comjiagnie d'une grande miilette : Aiio- 
donta Cyynœa, que l'on envoie à pleins panier.-s sur les marchés 
de la capitale, pendant les longues semaines du carême ortho- 
doxe. Le conchy liogiste pourra y faire d'amples moissons d'Hy- 
drohies, de Liinnies et de bivalves de toutes sortes. J'ai trouvé 
une écrevisse qui avait les juittes et diverses jiarties du coi-ps 
littéralement recouvertes de petites Dreisaoïa ■polymoipha, 
serrées les unes conire les autres et j'aralysant les mouvements 
dé leur infortuné et curieux véhicule ; et, à ce que m'assu- 
rèrent les paysans, presque toutes les écrevi.'ises de cette partie 
de l'étang étaient affublées d'un semblable travestissement. 

Sur terre la ^ie est moins exubéiante, et ce n'est guère 
que dans quel ;ues propriétés ] rivées, dans quelques jardins 
fleuris, que l'entomologiste trouvera de l'occupation et pourra 
récolter les brillantes Cetonia aiigudcda, s'peciosisèima ; puis: 
Blechrus inaiirus, ylagiatus ; Lehia humerulis-; Chlœnius 
liolosericeus ; Badiater hipustidatus ; etc., etc. 

Au milieu même de la ville, le soir, dans les cafés-jardins, 
viennent voltiger, autour des bec;? de gaz ou des lampes à pé- 
trole, une foule de noctuelles, de coléoptères, d'insectes <le tous 
ordres attirés par les lumières. En 1873, j'aurais pu recueillir 
de cette façon et jiar centaines, le Dollchas jiavicornis qui fut 
d'une rareté désesi-érante les années suivantes. Il arrive fré- 
quemment de rencontrer dans les rues, à la tombée de la nuit, 
L'ucanus ctvvus et Oryctes grypiis, et deux fois j'ai eu le bon- 
heur de mettre la main sur un buprestide peu commun : Psiiop- 
tera higuhris. 

Les mollusques terrestres ne sont pas très répandus et je 
ne possède que : Helix jjomatia, remarquable par la fragilité de 



210 LE NATURALISTE CANADIEN 

Sca coquille, comparativement à celle des individus de même 
espèce d'une autre provenance ; et, Helix Austriaca trouvée 
contre les palissades de la résidence princièœ de Cotioceni. 

A continuer. 



EXCURSION DAINS \A TERRE D'ISRiEL 



Le frère Liévin (1) est un religieux franciscain, belge de 
nation, qui habite Jérusalem, et qui depuis plus de 27 ans a 
pour mission de conduire les pèlerins dans les divers sanctuaires 
et lieux intéressants de la Palestine, de la Syrie et des coutrées 
avoisinantes. Ayant fait tout dernièrement une excursion par 
terre de Jérusalem en Egypte, nous pensons faire plaisir à nos 
lecteurs en leur mettant sous les yeux quelques notes que le 
bon Frère a bien voulu nous communiquer sur cette excursion. 

" Je viens de traverser la partie sud de la Terre Pro- 
mise ou ridumée entre Hebron et el-Arich. J'ai trouvé un arbre 
sous lequel, d'après la tradition locale, conservée par les musul- 
mans, la Ste Vierge se serait reposée en se rendant en Egypte 
pour échapper à la persécution d'Hérode. Cet arbre se trouve à 
une demi-journée de marche du sol égyptien. 

" J'ai été étonné en voyant le Torrent d'Egypte mentionné 
par Josué XV, 4, Je m'imaginais que ce devait être une pro- 
fonde déchirure au fond de laquelle coulait une nappe d'eau 
d'une certaine importance; au contraire, c'est une vallée où l'on 
entre insensiblement, que l'on pourrait traverser sans s'en aper- 
cevoir. Sa largeur totale est de 15 minutes de marche au pas 

(1) Le frère Liévin est l'auteur du Guide Indicateur de la Terre 
Sainte. Ouvrage fort estimé de tous les pèlerins en Terre-Sainte. 



BIBLIOGRAI'HIE 211 

régulier du cheval, et son lit, où coulent les eaux à la saison des 
pluies, n'a que quatre à cinq minutes de marclie en largeur. Il 
y a cependant des moments où, d'après les habitants d'el-Arich, 
ce torrent n'est pas guéable et entraîne même les chameaux. 

" J'ai été étonné une fois de plus en voyant semer du blé 
dans des collines de sable, que l'on prendrait pour des dunes de 
la mer. D'après le témoignage des semeurs, ce sable produit 
très peu de paille, mais de beaux épis. 

" Depuis que les anglais occupent la terre des Pharaons, 
ou ne met pas impunément le pied sur le sol égyptien. Pour 
y avoir marché pendant trois heures, j'ai dû payer 25.50 francs, 
et si j'avais voulu avancer encore un quart d'heure, j'aurais été 
obligé (le payer 20 frcs par tête pour les ânes et la dixième partie 
de la valeur des chevaux et mulets à mon service. Un pauvre 
derviche n'ayant pas d'argent crut échapper à ce payement en 
disant être ministre du culte professé par le Sultan, mais celte 
prétention n'eut aucune valeur ; il eut beau protester, il finit par 
laisser son âne dont la valeur devait servir à solder les frais 
encourus en allant de la Judée au Caire par el-Arich. 

" Cette ville qui a beaucoup de palmiers n'a presque point 
de cultures ; elle est bâtie en pisé et possède un chateau fort 
assez bien construit au moyen âge et occupé par une petite 
garnison." 

TllE LIÉVIN DE HaMME. 



BIBLIOGIÎAPHIE 

Check List of the Hemiptera-Heteroptera of North Ame- 
rica. — Par P. E. Uhler. in-8 de 29 pages. 

Cet ouvrage, tel qu'annoncé, vient de paraître sous les 
auspices de la Société Entomologique de Brooklyn. 

Nous avouons franchement que cet ouvrage ne répond pas 



212 LE NATURALISTE CANADIEN 

à ce que nous attendious. Si les publicistes ne doivent ('crire 
que pour le progrès de la science, nous ne voyous pas quel 
contingent la présente Liste pourra apporter à ce progrès. 

Une simple énumératien des espèces d'Hémiptères-Hété- 
roptères rapportées jusqu'à ce jour comme appartenant à la 
faune de l'Amérique du Nord, enumeration souvent grossie de 
nombreux synonymes, sans indication -des ouvrages où l'on en 
peut trouver la description, rangée dans un ordre qu'on ne prend 
ni la peine d'expliquer, encore moins de justifier, ne peut être 
que d'un bien faible secours pour celui qui veut se reusi.igner 
sûrement et cherche un guide dans ce dédale de descrij tions 
que l'on a jetées éparsesdans une foule de publications — souvent 
en langue peu connue, comme la Scandinave, par _^exem pie — sans 
aucune liaison les unes avec les autres. Il est regrettable que 
M, Uhler, qui plus que tout autre était compétent pour cette 
œuvre, n'ait pas converti sa simple Liste en un S3 nopsis où il 
aurait rangé les espèces dans l'ordre qui leur convient et indiqué 
les ouvrages où l'on aurait pu en trouver les déscrij lions. Es- 
pérons que la présente Liste ne sera que le premier pas .|U 
conduira prochainement à ce but. 



Mosaïque de population. Peu de pays, pensons-nous, peu- 
vent offrir dans leur population, semblable mosaïque à celle de la 
plupart des Etats de l'Union Américaine ; et, entre tons ceuN-ci, 
le Minnesota tient le premier rang, non pas tant pour le nombre 
de nationalités qu'il renferme, que pour la proportion si rap- 
prochée de chacune de ces nationalités. Cet Etat renf Mm'.' : 



Allemands 


112,".i26. 


Danois 


11,785 


Suédois 


80,735. 


Bohémiens 


7,645 


Canadiens 


45,573. 


Autrichiens 


5,645 


Irlandais 


31,801. 


Ecossais 


4,825 


Norvégiens 


22,428. 


Eusses 


2,486 


Anglais 


12,692. 


Français 


1,840 



l'opulation totale de l'Ltat o4C,_8-- 






LE 



^JT V 



Vol. XV. CapRouge, Q., AVRIL, 1886. No. 10 



Rédacteur: M. l'Abbé PROVANCIIhR. 



PRIMI^S 



Novembre 

2e Prime: — un chapelet nacre, numéro gagnant 24©, ré- 
clamée par M. l'abbé J. B. H. Bellemare, curé de S. -Paul de 
Chester. 

DÉCEMBRE 

1ère Prime : — Les Hyménoptères du Canada, numéro ga- 
gnant â«{â», échue à M. l'abbé Fresnais, curé de Thoiré sous- 
Contensor (Sarthe), France. C'est la deuxième prime qui échoit 
à ce Monsieur. 

Janvier 

2e Prime : — Pteroceras lamhis, Lin., numéro gagnant 160, 
échue à M. l'abbé Girard, Supérieur du Collège de Sherbrooke. 

FÉVRIER 

1ère Prime :— Cassis rufu, Lam., numéro gagnant 104, 
échue à M. Jos. Comte, N° 100, rue S. George, Montréal. 

2e Prime : — 2 Purpura hœmastoma, Lin., réclamée par le 
Département des Terres, Québec. 

JO — Avril 188C, 



214 le natuealiste canadien 

Mars 
Numéros gagnants : 

1ère Prime : — Faune, les Coléoptères No, 58. 

2e Prime :— Helix Cœsareana No. 317. 

N. B. — La personne aj^ant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage.— Foir sur la 
couverture. 



QL'El.gUIiS NOTES M VOYAGE. 



Obligé de nous rendre à Nev^^-York, pour l'embarquement 
des pèleiins de Terre-Sainte, le 10 mars dernier, nous aurions 
pu profiter doublement de notre excursion au point de vue de 
nos études, n'eut été cette saison où l'histoire naturelle ne se 
fait plus que dans les cabinets. 

Bien que la température fût alors des plus agréables dans 
la métropole Américaine, trace de neige nulle part, fenêtres des 
appartemeuts ouvertes durant le jour, les gelées de chaque 
nuit tenaient encore toute la gent insecte dans le repos ; même 
torpeur dans la végétation, c'est à peine si les bourgeons des 
peupliers, des saules et des ormes commençaient à donner 
des signes de leurjéveil. Dans une excursion au Central Park, 
tout le produit de nos recherches se réduisit à un pauvre 
Taupin que nous prîmes sous l'écorce d'un arbre avarié. . 

Nous ne manquâmes pas de visiter l'obélisque Egyptien 
qui orne la partie Est de cet Eden. Nous n'avons pas vu cette 
aiguille de Cléopatre avant sa mise en place, mais nous avon^ 



QUELQUES NOTES DE VOYîVGE. 215 

été frappé île l'état de déterriation dans lequel elle se trouve. 
La colonne de Pompée qu'on voit à Alexandrie, ne poite pas 
de marques plus évidentes du ravage des siècles que cette 
Aiguille, cependant elle est beaucoup plus ancienne ; et l'obé- 
lisque d'Héliopoli.s le seul qui reste encore en place en Egypte 
avec la colonne d'Alexandrie, rapproché du monument Améri- 
cain, paraîtrait comme s'il venait de recevoir le dernier coup de 
ciseau des ouvriers, tant ses ai'êtes sont encore vives, ses 
hiéroglyphes parfaites, et sa surface brillante presque par- 
tout. Livré tard à l'exploitation de l'homme, notre Monde 
Nouveau semble vouloir reprendre en rapidité ce dont l'écoule- 
ment des siècles l'a privé. Tout est prompt, subir, rapide 
chez nous, et cet impromptu est le plus souvent sublime, ma- 
jestueux, grandiose. Nos lacs sont des mers ; nos rivières des 
fleuves ; nos cascades des cataractes ; nos forêts se composent 
de géants dans la végétation ! Nos plantes qui dorment encore 
en mai, nous donnent leurs fruits en juillet. Et notre civili- 
sation semble, comme chose naturelle, vouloir se modeler sur la 
nature matérielle de notre monde et supprimer l'enfance qui 
a marqué celle des peuples de l'ancien. 

On alligne sur un sol uni les rues et les places publiques 
des villes que l'on veut fonder; et aussitôt on voit les édifices 
surgir comme sous la baguette magi(.|ue d'une fée enchanteresse. 
Seule la durée, la permanence semble être refusée à toutes nos 
entreprises. Nos aïeux de l'ancien monde bâtissaient pour 
l'avenir ; nous bâtissons pour le présent. L'instinct autant que 
l'observation nous a fait connaître quel ennemi nous avions 
dans notre climat. Nos constructions de deux siècles don- 
nent plus de signes de vétusté, que celles qui en comptent un 
lustre dans l'ancien monde. Tout pour le présent ; peu, très 
peu pour l'avenir. 

Les premiers êtres humains qui ont foulé de leurs pieds le 
sol de l'Amérique, avaient compris, sans' doute, que la perma- 
nence n'était pas pour les monuments qu'ils pourraient ériger, 



216 LE NAÏUKALISTE CANADIEN 

aussi se sont-ils abstenus d'en construire, et l'eussent-ils fait, 
que nous en cherclierions peut-être en vain aujourd'hui des 
vestiges, notre climat dévorant ayant tout fait disparaître. 

Cent fois frappé de l'état de conservation des monuments 
antiques de l'ancien monde, nous nous disions dans notre admi- 
ration : douze siècles, quinze siècles ont pesé sur leurs assises, et 
ils demeurent encore debout ; mais eussent-ils été chez nous, 
il en serait tout autrement. Que seraient aujourd'hui le Pan- 
théon de Eome, le Colisée, même les Pyramides d'Egypte, si 
ces monuments eussent été en Amérique ? Des monceaux in- 
formes de pierres ; ces chapiteaux du Panthéon que l'air a en . 
partie dévorés, lancés sur le sol par la glace qui aurait pris nais- 
sance dans leurs joints, ne seraient plus que des cailloux, ne lais- 
sant aucune trace de l'outil de l'ouvrier ; le revêment de marbre 
du Colisée en serait de même, et ses briques décomposées auraient 
rendu au sol le sable et l'humus qu'elles leur avaient empruntés ! 

Mais notre climat qui dévore jusqu'à la pierre et aux mé- 
taux, n'a cependant pas de prise sur les monuments de l'intel- 
ligence. 

La science, pour porter ses fruits, est indépendante du sol 
sur lequel elle s'épanouit. Cultivons la science, scrutons ses 
arcanes jusqu'aux moins attrayantes, élevons à l'intelligence 
des monuments qui demeureront encore lorsque l'action du 
temps aura réduit en poussière les marbres de l'Italie et les 
granites de l'Egypte. 

L'Américain. 

Il semble assez singulier que le peuple des Etats-Unis n'ait 
pas de dénomination particulière pour le désigner comme peu- 
ple. Qui dit " Américain" désignera aussi bien un habitant du 
Brézil, du Mexique, que des Etats-Unis. Cependant qui parle 
des Américains, semble restreindre ses applications uniquement 
à nos voisins de la grande Eépublique. C'est que par leur dé- 
veloppement prodigieux, la rapidité inouie de leurs progi es 



QUELQUES NOTES DE VOYAGE 217 

matériels, l'extension sans limites de leur industrie en tout 
genre, ce peuple semble s'identifier avec les caractères propres 
de son climat, tels que nous venons de les noter : le- présent, 
la rapidité, la matière. 

Ses institutions sont nombreuses et prospères, l'éducation 
du peuple est pour ainsi dire générale, les sciences mêmes ne 
semblent plus chez eux restreintes à un petit nombre de privi- 
légiés, presque tous en connaissent les noms et les caractères 
les plus saillants ; oui ! mais tout cela en vue du progrès maté- 
riel seulement. Le beau idéal, le sublime dans l'art, ces hautes 
régions où planent les intelligences d'élite dans les pi eductions 
de la pensée, tout cela semble à peine connu chez eux ! Où sont eu 
effets leurs peintres, leurs statuaires, leurs poètes, leurs philo- 
sophes ? C'est à peine si l'on peut en noter quelques unités ! 
Ils ne forment pas même un noyau pour un peuple de 60,000,- 
000 d'âmes. Pour nous, rien de surprenant, car la base véri- 
table à de telles productions faisant défaut, on ne saurait les y 
trouver. 

Un peuple qui semble avoir exclu la métaphysique de son 
éducation, qui parait n'avoir d'autre but à ses aspirations que la 
richesse et le comfort matériel de la vie, dont les croyances 
religieuses ne sont pas imposées, mais plutôt façonnées par un 
chacun suivant qu'il le juge bon pour sa propre gouverne, qui 
n'accepte de la révélation que ce qui lui plait et rejette ce qui 
pourrait le gêner, un tel peuple comprime les essors de son in- 
telligence dans un cercle trop étroit pour pouvoir planer dans 
ces hautes régions. Son symbolisme religieux renfermé dans 
des sanctuaires nus, froids, qui ne parlent qu'aux sens, semble 
exclure le divin dans les aspirations et se confiner au terre- 
à-terre de la pensée, dans ce qu'elle a de plus tangible et de 
moins relevé. Quand la pensée plane habituellement au- 
dessus des régions matérielles de ce monde, que portée 
par l'imagination, elle contemple des merveilles que l'œil 
du corps ne peut atteindre, c'est alors qu'elle reçoit Tins- 



218 LE NATUKALISTE CANADIEN 

piration, et que, guidant la main qui agit, elle produit des créa- 
tions sublimes, des chefs-d'œuvre qui étonnent! Voyez les 
productions des artistes anglais et des autres peuples qui ont 
répudié la vraie foi ; ils peindront bien des animaux, des fleurs, 
des paysages d'une ressemblance fra])pante; ils nous montre- 
ront des détails de batailles, des scènes de marine, des attitudes 
de grands personnages, tracés avec habileté ; mais ce sera tou- 
jours le léalisme, la nature matérielle, accusant une imagination 
non habituée à franchir les horizons de ce monde visible ; 
tandis que celui qui se complaît tous les jours à errer par la 
pensée dans cet autre monde que l'œil ne peut atteindre, dans 
cet idéal où l'humanité n'est plus un obstacle au commerce 
avec les esprits célestes, celui-là, vous peindra ces scènes 
ravissantes de l'autre vie, ces apothéoses de saints, ces agis- 
sements des esprits invisibles auxquels il faut prêter des 
corps pour les faire reconnaître, mais que l'artiste inspiré 
sait si bien façonner, qu'on les juge de suite n'ctre pas de notre 
monde, et que sous son pinceau ou son ciseau il sait faire parler 
et se faire comprendre du spectateur attentif et intelligent, en 
produisant et en enlevant l'admiration ! 

Le peuplb américain qui est encore jeune, nous donne des 
preuves encore plus frappantes que ceux des peuples protes- 
tants de l'Europe, de cette pauvreté d'artistes dans les arts d'a- 
grément et de sommités dans les produits de l'intelligence. C'est 
à tel point que notre province de Québec, (jui ne compte pas 
même un cinquantième de la population américaine, peut sou- 
tenir la concuirence avec la grande républicjue, pour ses peinlies, 
ses statuaires, ses poètes, ses philosoj-hes, etc. Quelques Ca- 
nadiens ont déjà conquis des positions honorables aux Etats- 
Unis, et comme depuis quelques années, leurs centres prennent 
des développements considérables, tout nous porte à croire que 
nous n'attendrons pas longtemps avant de voir quelques uns de 
nos compatriotes se distinguer parmi les sommités artistiques 
du peuple Américain. 



QUELQUES NOTES DE VOYAGE 219 

LA. SOCIÉTÉ CANADIENNE DE NEW-YOUK. 

Livrée presque exclasiveiii3iit au commerce, la métropole 
américaine n'a pas offert à l'établissemeut des Canadiens autant 
d'avantages que les centres manufacturiers. Aussi leur nombre 
est-il comparativement plus restreint que dans ces dernières 
villes. 

La religion, tout en faisant le bonheur des individus, as- 
sure aussi la stabilité des sociétés. Aussi les Canadiens de 
New- York, avant d'avoir une église à eux, se connaissaient à 
peine entre eux. On les disait nombreux, mais sans pouvoir 
en fixer le nombre, d'autant plus qu'ils ne formaient de centre 
nulle part, mais se trouvaient disséminés dans toutes les parties 
de la vaste métropole. Mais aujourd'hui- il n'en est plus ainsi. 
Kos compatriotes s'affirment comme nationalité parmi toutes 
les autres. Se rencontrant à l'église, ils se connaissent les uns 
les autres ; ayant des prêtres, des écoles pour leur conserver la 
langue de la patrie, ils contribuent en commun aux mêmes 
œuvres, et forment un noyau aux aspirations communes, pour 
les nobles souvenirs des us et coutumes des bords du St. Lau- 
rent, et la conservation de leur autonomie au milieu de ces 
mosaïques de nationalités que présentent les grandes villes de 
l'Union Américaine. 

Il n'y a pas encore six ans que les Canadiens ont là leur 
église particulière. C'est M. l'abbé de la Croix, prêtre français, 
mais qui avait résidé plusieurs années en Canada, notamment à 
St-Hyacinthe, qui en fut le fondateur. Elle est située dans la 
76e rue, tout près de la 3e Avenue, et à quelques pas du Cen- 
tral Park. M. Tétreau, jeune prêtre Canadien du district des 
Trois- Eivières, en est aujourd'hui le pasteur. 

Il n'y a encore que quelques mois qu'on a fait venir des 
Soeurs de la Congrégation de Montréal, pour y tenir des écoles 
dont les débuts font augurer les plus consolants succès. 

L'église, qui avec la résidence du curé, ne constitue qu'un 
seul édifice, n'est pas vaste, mais elle est entièrement terminée, 



220 LE NATUKALISTE CANADIEN 

propre, et pourvue de tout le matériel nécessaire à l'exercice du 
culte. Elle possède surtout un chœur qui pourrait rendre 
jaloux la plupart de ceux de nos églises de campagne, et même 
des villes, sauf le nombre des exécutants. 

Bâtie presque totalement à crédit, l'église se trouvait gre- 
vée d'une dette considérable, si bien qu'à un certain moment 
on craignit de ne pouvoir faire face aux exigences. Mais 
grâce au zèle et à l'activité du Eév. M. Tétreau, qui a obtenu 
de l'ordinaire l'autorisation de recevoir à son église les catholi- 
ques de langue auglaise qui jugeraient à propos de s'y rendre, 
on a pu vaincre les difticultés, et sa permanence est aujourd'hui 
assurée. 

L'établissemeut de nos compatriotes à New- York, comme 
nous l'avons dit plus haut, se trouvait plus difficile qu'en bien 
.d'autres endroits, car comme il n'y avait guère que le commerce 
qui pouvait leur convenir, il fallait une certaine instruction et 
des aptitudes particulières. Cependant plusieurs ont réussi à 
se créer une honnête aisance. 

Le milieu dans lequel on vit déteint toujours ptlus ou 
moins sur ses habitants, et sans que nous nous appercevions, 
nous nous en trouvons souvent plus ou moins pénétrés. Heu- 
reux si nos compatriotes, se libérant de nos défauts, épousaient 
les qualités que nous remarquons chez nos voisins. Xous avons 
trouvé quelques indices de mouvement en ce sens à New-York. 

Ainsi, on sait que l'amour de l'étude fait généralement dé- 
faut chez nous, et nous n'avons pas été peu réjoui de rencontrer 
là des Canadiens obsédés de l'amour de l'étude, et dont les con- 
naissances acquises étaient déjà vraiment étonnantes. 

On nous pardonnera de citer ici quelques noms. 

C'est d'abord un jeune M. Campbell, de Montréal, employé 
dans une maison de commerce. Pour lui l'étude est une passion, 
labor ipsa voluptas semble-t-il dire avec le poète latin. Ee- 
venu de son nuigaziu à G h., sa plus grande jouissance est de se 
livrer à ses livres jusqu'à 11 h. et minuit; et ce qui est encore 



SOUVENIRS DE VALACIIIE 221 

plus étonuant, c'est que ce jeuiu' homme n'affectionne que les 
études sérieuses. Avec le français et l'anglais il s'est rendu fa- 
milières les langues d'Homère et d'Horace, et la philosophie, les 
saints Pères, l'histoire, sont ses études de prédilection. M. 
Campbell est un élève du collège des Jésuites de Montréal. 

— Mais ne pourriez-vous pas, lui dîmes-nous, prendre une 
position plus en rapport avec vos goûts, entrer dans le journa- 
lisme, par exemple ? 

— Je m'en garderais bien, répondit-il, car dans le journa- 
lisme, il faut jiailer de tout, souvent sans savoir grand' chose ; 
tandis qu'avec mes soirées libres, je puis me livrer à des études 
suivies. 

Si nous ne craignions de nous rendre indiscret nous ajou- 
terions que M. Campbell est uu correspondant régulier de la 
Minerve. 

M. Alarie, lui, de S. Casimir (Portneuf), a voué ses affec- 
tions à la science agricole. Il a compilé un Manuel d'Agri- 
culture très complet, et dont nous ont parlé fort avantageuse- 
ment plusisurs personnes qui l'avaient examiné. 

M. Laviolette, de Montréal, est nn tailleur de pierre, et se 
sent passionné pour la science le plus en rapport avec son tra- 
vail, la minéralogie. Nul morceau de pierre ne passe entre ses 
mains sans recevoir un examen attentif, et ses collections ren- 
ferment plus d'une pièce intéressante et recherchée. 

SOUVIÎNIRS m VALACHIK 

Par M. A. Montandon 

Admiiiistratevir du Domaine royal île Sinaïa, Valacliie, Roumanie. 
{Suite ci fin.) 

C'est à plusieurs lieues de la capitale qu'on trouve encore 
qtielques futaies qui méritent le nom de forêts. Pour s'y ren- 
die on peut bien faire usage du chemin de fer dans plusieurs 



222 LE NATURALISTE CANADIEN 

directions, mais les voitures sont toujours plus commodes ; si 
elles n'ont pas la rapidité d'un train mené par la vapeur, au 
moins on y est chez soi, l'on s'arrête et l'on part quand on veut^ 
et il est, à mon avis, bien préférable si l'on a l'intention d'étu- 
dier le pays, de louer une de ces caroutza nationales, attelées 
de quatre petits chevaux, maigres, presque décharnés, qui pa- 
raissent épuisés et qui m'étonnaient chaque fois que je les 
voyais partir d'un bon trot, qu'ils soutenaient sans faiblir, des 
journées entières, se contentant d'une halte d'un instant pendant 
la forte chaleur, auprès d'un de ces puits dont je vous a jjarlé, 
d'un sceau d'eau, d'une poignée de foin et d'une bonne friction 
sur les oreilles, que le voiturier tirait ensuite de toutes ses 
forces, en nous assurant de l'efficacité de cette opération, pour 
faire disjiaraître toute fatigue. En effet, ces ombres de bêtes 
reprenaient ensuite leur trot comm" au départ du matin, ce que 
j'attribue plutôt à l'habitude qu'au remède de ces braves gens, 
auxquels je me gardais bien de faire part de mon incrédulité. 

Conuiua, ]ietite station de chemin de fer, à mi-chemin entre 
Bucarest et Giurgevo, est un des endroits les plus favorisés de 
la nature, au milieu de ces plaines monotones. Aussi c'est de 
ce côté que je dirigeais mes excursions le plus souvent possible. 

Des collines, ou plutôt des terres d'alluvions, charriées 
probablement par l'Argisu qui coule maintenant à une demi- 
heure plus loin, prennent sur le pays avoisinant l'aspect de 
petites montagnes. Recouvertes de belles forêts de chênes et 
de hêtres, qui reposent agréablement la vue, elles abritent de 
leur ombre bienfaisante, un petit ruisseau d'eau à peu près 
claire ; et, la rêverie aidant, on peut presque se croire bien loin 
des plaines. Là j'ai récolté en abondance le joli Dorcadion 
Murrayi qui se roulait dans le sable en compagnie de Gonioc- 
tena 6-j)unctata. Sur les berges du ruisseau le sol était cri- 
blé de trous obliques du Lethrus cephalotes, et les débris mu- 
tilés de ces insectes, qui gisaient auprès de chacune de ces 
ouvertures, disaient suffisamment les luttes acharnées qu'ils se 
livrent pour s'emparer réciproiuement du domaine de leur 
voisin. 



SOUVEiNlltS 1>E VALACHIE 223 

A ] ropos de Moremus fav evens, ce bel insecte d'un gris 
clair, orné sur les élytres de quatre taches d'un ncnr velouté 
))Vofond, a été donné à tort, |iar la plupart des natuialistos, 
comme spécial aux cyprès. Je n'ai pas vu un seul cyprès en 
A'alachie, et je trouvais l'insecte en question sur différentes es- 
sences d'arbres, aulnes, ormes, liéires, où vit piobablement sa 
larve. 

La flore est assez variée, mais aucune ];)lante ne croît en 
])lus grande abondance que la J asquiame noire et le Datura 
à 2^oinme épineuse, le bord des routes et iirincipa'ement le 
Voisinage des habitations, en sont ensemencés; les ])orcs et 
les chèvres s'en régalent sans se douter de la ])arcimonie avec 
laquelle nos médecins emploient ces [loisons végétaux. Les 
chèvies recherchent même les fruits du Datura avant nuitu- 
rité et ont l'air d'en faire leur délices. 

Ceci me remet en mémoire un hérisson que je surpris un jour, 
installé sous un jeune frêne, dévoiant à belles dents des cantha- 
rides (Litta vesicatoria), dont l'arbre était couvert, et je crois 
devoir relever ici une erreur qui a fait préconiser l'emploi de la 
Cétoine dorée contre la rage, sur h s rapports de personnes sans 
doute étrangères à notre science favorite, qui avaient vu, dans 
certaines provinces de la Eussie méridionale, employer une 
mouche dorée comme remède à ce mal. Or ici, on utilise aussi 
contre cette terrible maladie, une mouche dorée qui n'est antre 
que la Cantharide, à la dose d'un insecte pour un jeune chien 
et de deux pour un chien fait, ingurgitée avec le manger. Je 
n'ai malheureusement jamais eu l'occasion de Aériiîer l'efficacité 
de ce traiiement, mais essayez-en au besoin. 

Aucun reptile venimeux ne rampe sur toute la contrée 
que j'ai parcourue. De Plœsci à (riurgevo, je n'ai rencontré 
que d'inotïénsives couleuvres à collier et quelques orvets en- 
dormis. 

Que vous dirai-je encore de la Valachie ? Ses villages ne 
sont guère que des amas de masures «j^u'égayent les nombreuses 



224 LE NATURALISTE CANADIEN 

ciLTOsnes (établies sur les toits de chaume, le bruit des métiers 
primitifs, qui servent aux femmes à la fabrication d'une gros- 
sière toile de chanvre, et les aboiements des chiens qui pour- 
suivent quelque pauvre diable de tzigane en haillons. 

Les corbeaux et les corneilles, presque protégés en France 
comme animaux utiles, sont ici une véritable plaie, leurs trou- 
pes nombreuses s'abattent sur les champs de maïs et prélèvent 
une forte dîme sur les récoltes. Personne ne songe à les 
détruire ; et, que pourrait la volonté de quelques uns contre ces 
vols immenses qui, vers la fin de l'automne, remplissent l'es- 
pace du Nord-Est au Sud-Ouest sur une largeur de plus de 
cent mètres et qui passent ainsi des heures entières sans dis- 
continuité. Où vont-ils ? Je l'ignore, car l'hiver on eu ren- 
contre tout autant que pendant les autres saisons ; l'intérieur 
des villes leur devient même très familier pendant que la neige 
couvre le pays ; et, en plein boulevard, à Bucarest, ils mangent 
les immondices sous les pieds des passants. De ce chef ils 
rendent d'immenses services à l'édilité qui, malgré tous les 
progrès faits ces dernières années, n'est pas encore arrivée à la 
hauteur de sa mission. A l'exception de quelques rues prin- 
cipales, la capitale de la Eoumanie est encore bien une ville 
orientale, avec ses chiens errants, ses cloaques, ses charniers et 
les parfums délétères qui s'en dégagent. 

Oui ! j'allais oublier le Danube, et certainement il y aurait 
bien des pages à remplir sur son compte. C'est un beau fleuve 
que les Allemands ont chanté, bie Blaue Honaù, qui n'a de 
bleu que le nom et qui roule ses milles mètres cubes d'eau par 
seconde, entre des rives encore peu explorées et dignes de plus 
de recherches. Mais, je suis un enfant des montagnes ; les 
sommets du Jura que je parcourus dans mon enfance, les pics 
neigeux des Alpes qui se dessinaient dans mes souvenirs, me 
trottaient par la tête, et, lorsque je me trouvais sur ces bords 
marécageux de la Yalachie, je n'éprouvais plus d'extase que 
pour les derniers échelons des Balkans que j'apercevais sur 
l'autre rive et que j'aurais bien voulu escalader. Hélas ! je dus 



SOUVENIRS DE VALACHIE 225 

alors me contenter de gravir les collines où est bâtie la petite 
ville de Eutschouck, dont les ék'gjnts minarets ont été en partie 
détruits lors de la dernière guerre. 

Une compensation devait m'être accordée ; à défaut des 
Balkans, j'eus les Karpates, et l'heure sonna enfin où je pus 
fuir les plaines pour le fond de la Moldavie, où je suis venu me 
fixer, presque au centre d'un des plus grands soulèvements de 
l'Europe. 

Si le chemin de fer ne vaut rien pour de simples excur- 
sions, c'est à peine si on le trouve assez diligent en voyage, 
surtout lorsqu'il s'agit de retrouver un idéal, des pierres, des 
blocs, des rochers, des forêts, des montagnes, des eaux claires et 
vives, de la vue desquels on a été privé pendant longtemps, de la 
nature enfin qui réveille les sentiments, qui donne des obstacles 
à vaincre et des jouissances à éprouver. Montez sur un som- 
met, vous découvrirez des sites nouveaux, le panorama chano-e 
à chaque pas, et ne croyez pas que ces tableaux n'aient aucune 
influence sur celui qui peut en jouir. Les hommes de la plaine, 
habitués à voir toujours le même point de vue, s'impriugnent 
peu à peu de la somnolence du paysage qui les entoure; leur 
ciel a beau prendre des teintes colorées, lourdes toujours, les 
tons ne sont jamais aussi variés que dans ces reflets de soleil 
sur les pics rocheux et les eaux transparentes ; leur horizon est 
toujours le même. Le montagnard n'a qu'à grimper pour élaroir 
le sien. 

Aussi, avec quelle impatience je fouillais du regard au 
travers de la couche de brouillard qui masquait la vue et laissait 
à peine deviner les premiers gradins, lorsque je quittai Tolti- 
ceui, dernière station entre le pays plat et la région d'en haut, 
comme disent les Vaudois. Les arbres, les collines, les hommes 
plus forts, plus droits, tout me paraissait rude, mais éveillé et 
souriant; jt n'étais plus habitué à de semblables tableaux. Je 
me sentais petit, écrasé, je n'étais plus montagnard, mais je 
devais bientôt le redevenir, 

Arnold Montandon. 



226 LE NATURALI'^TR CANADIEN 

NKCROLOniK 



Il n'y avait encore qne quelqm^s semaines que nous avions 
reçu de Belgique nne invitation à conconviv aux frais d'un té- 
moignage de reconnaissance et d'estime à AI. Ed. Morren, pour 
services rendus au Congiès international de Botanique, qui s'est 
tenu à Anvers l'an dernier, lorsque nous est arrivée de Liège, 
nne lettre de faire part, nous annonçant la mort de ce savane 
distingué. 

Monsieur Ciiarlks Jacques Edouard Moiîiîen était né à 
Gand, en 1833, et il est décédé à Liège le 28 lévrier dernier, 
n'étant par conséquent âgé (\ue de 52 ans. Il était officier de 
l'Ordre de Leopold, Connnandeur de la Couronne de Eoumanie, 
Chevalier des Ordres Lupi'riaux et Eoyaux de la Légion d'Hon- 
neur et membre d'un grand nombre de sociétés savantes de la 
i;lupart des états de rKurope. Parmi les nombreuses publica- 
tions dont il fut l'auteur, le monument le plus durable à sa 
mémoire sera la Revue Horticole de Belgique, dont il était le 
directeur, et qui poursuit actuellement son XXXVe volume. 
La Revue Horticole est un recueil édité a.ec grand luxe, tant 
sous le rapport typogra, hiqne que par les magnifiques planches 
coloriées qui l'accompagnent. La science du botaniste est 
mariée dans cette Revue aux connaissances pratiques de l'horti- 
culteur, de manière à satisfaire tous les goûts des amateurs de 
plantes, et surtout des [liantes rares, car une attention toute 
spéciale est donnée aux cultures de plantes de serres. 

La lettre de faire part n jus fait connaître que M. Morren 
est mort en bon chrétien, muni des secours de la religion. 



BIBLIOGKAPHIE 227 

BIBLIOGRAPHl!: 

Nos remeroiemeuts à qui de droit pour l'envoi des nou- 
velles publications qui suivent : 

Reports of Experiments with various insecticide sub- 
stances, chiefly upon Insects affecting garden crops. — Wash- 
ington, 34 pages in-8. 

Ce rapport est I'nn de ceux que publie tous les ans la 
Commission Entoraologique de Washington, sous la direction de 
M. V. Eiley. Ce rapport est très intéressant en ce qu'il rap- 
porte un grand nombre d'expériences de différentes piersonues 
faites avec les insecticides les plus renommés pour avoir rai:;on 
de différents insectes nuisibles. L'eau à la glace, différents sa- 
vons, la poudre de pyrèthre, des solutions d'ammoniac, de cou- 
perose, l'alun, l'huile de charbon, le plâtre, le sel de cuisine, et 
une foule d'autres substances ont été expérimentées pour la 
destruction des insectes nuisibles, avec plus ou moins de succès, 
comme chacun le rapporte d'après ses expériences. C'est une 
brochure que tons les cultivateurs et horticulteurs devraient 
toujours avoir sur leur table. 

* 

Varieta e specie nuove di imenotteri terehranti tentlire- 
dinedei. Nota del Dott. Paolo Magretti. — 6 j)]). in-8. 

C'est une description des espèces nouvelles qui suivent, 

avec certaines remarques surquehjues autres -.Dineura nigro- 

flava, Phœnusa ticinensis, Anev gmensus brunneus, AUantus 

Algeriensis, Sciapterix Algerina, Sciapterix Andreina. 

* * 
* 

Note sur les Eucalptus géants de V Australie, par Chs. 
Joly, — Paris, 19 pp., in-8, avec 6 gravures. 

On sait que l'Eucalyptus est un arbre à croissance rapide, 
à bois résistant, à feuilles odoriférentes exsudant une huile vo- 
latile qui assainit l'air où il se trouve et qu'on exploite avanta- 
geusement dans la médecine. Les Trappistes des Trois-Fou- 



228 LE NATURALISTE CANADIEN 

taines, près de Eome, en font des préparations diverses sous 
forme d'essences, de" poudres, de sirops dont les propriétés dés- 
infectantes, antiseptiques et fébrifuges sont hautement apfiré- 
ciées. Depuis quelques années on fait des plantations d'Eu- 
calyptus sur une très giande échelle et avec beaucoup de succès 
dans les climats méridionaux, notamment dans le midi de la 
France, en Italie et en Algérie, car ce bel arbre ne peut résister à 
un froid au dessus de 10°. On sait que l'arbre est originaire de 
l'Australie où l'on en compte différentes espèces. Voilà ce que 
l'on sait généralement, mais ce que l'un ignore c'est qu'on en 
rencontre des géants qui n'en cèdent en rien aux si renommés 
Sequoias des Montagnes Eocheuses. En effet, on en a trouvé 
mesurant jusqu'à 450 pieds de hauteur sur un diamètre de 20 

à 30 pieds. 

* * 
* 

Québec, liasse, lyrésent, futur, par Chs. Baillairgé. — Qué- 
bec, 8 pp., in-8. 

Ce sont des notes sur les rues anciennes de notre capitale, 
les noms qu'elles ont portés, les changements qu'elles ont subits 
et ce qu'on peut augurer de l'apparence que prendra notre ville 

dans le futur. 

* * 
* 

La sensibilité et la motilité des végétaux. — Par Edouard 
Morren. — Bruxelles, 34 pp., in-8. 

Nous annonçons la mort de l'auteur dans une autre co- 
lonne. 

* * 

* 

Second Report on the Injurious and other insects of the 
state of New-Yerk, Par J. A. Lintner. — Albanie, 265 pp., 
in-8, avec nombreuses grav^ures. 

Parmi les entomologistes des divers Etats de l'Union Aiué- 
ricaine, M. Lintner, qui a succédé au Dr Fitch, pour l'Etat de 
New-York, se range au premier rang. Ce second Rapport n'en 
cède en rien à son devancier en intérêt pour la science et en 
renseignements des plus utiles pour l'agriculture. 







Vol. XV. CapRouge, Q., MAI, 1886. No. 11 



HédaPleur: JI. l'Abbé PROVA^CllLR. 



PRIMES 

Mars. 

1ère Prime — N° 58, non encore réclamée. 
2e " — N° 317, 2 Helix Cœsareana, échue au Rév. 

M. Eainville, curé de St-Valier. 

Avril. 

Numéros gagnants : 

1ère Prime — Faune, les Coléoptères N° S95 

2e " — 2 Unio radjatus N° 194 

N. B. — La personne aj-ant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur la 
couverture. 



QUELQUIiS NOTKS DE VOYAGE. 

{Continué de la page 211) 

Le catholicisme a New- York. 

On sait quel élan a pris le catholicisme aux Etats-Unis, 
depuis surtout une trentaine d'années. New- York n'est pas 
demeurée en dehors de ce mouvement. Elle compte aujour- 

11.— Mai lti8l). 



230 LE NATPIULISTE CA^'ADTEN 

d'hui 64 t'glises catholiques où se font, le dimanche, les offices 
paroissiaux. 

Ces catholiques se repartissent surtout entre les nationa- 
lités irlandaise, allemande, française et canadienne. 

Le clergé se recrute en grande partie dans les ordres régu- 
liers, ce sont les Jésuites, les Dominicains, les Franciscains, 
les Paulistes| les Pères du St- Esprit, etc., etc. 

Quelques-uns veulent que la moitié de la population totale 
de la ville soit catholique. D'autres estiment, avec plus de 
raison, pensons-nous, que sur une population totale de 
1,200,000, les catholiques comptent pour un demi million 
environ. 

Ses églises, quoique renfermant souvent des pièces fort 
riches, sont inférieures sous le rapport de l'architecture et des 
décorations à celles du Canada. Du premier coup d'œil, on 
sent que l'esprit: Américain a fait ici sa marque. C'est le com- 
fort matériel qu'on a eu particulièrement en vue, et l'exploita- 
tion financière, pourrions-nous ajouter. Nulle part de ces 
vastes sanctuaires, pour se prêter au dévelop[)euient des majes- 
tueuses cérémonies du culte ; nulle purt de ces larges allées, où, 
au milieu de foules compactes, peuvent se déployer nos inté- 
ressantes processions ! Lumière distribuée avec trop de parci- 
monie et absence presque partout de c s larges trumeaux où, 
en outre des stations du ch anin de la Croix, peuvent se mon- 
trer avec tant d'avantages des œuvres d'art, pour ajouter 
encore au sym])oli.sme des temples sacrés. Aussi les pein- 
tures de mérite et les statues remarquables sont-elles partout 
fort rares. Comfort et bon rendement, semble être la devise 
qui a présiiié à toutes les constructions des édifices sacrés de la 
riche métropole. Sa vaste cathédrale, où s'étalent tant de mar- 
bres riches et pré'cieux, ne parait jias même soustmite à cette 
règle commune. Et si l'on descend dans les détails, on retrouve 
encore des traces de l'a ([ilication du même principe : le néces- 
saire avec le moins de soins possible. Des autels en marbre 



QUELQUES NOTES DE VOYAGE 231 

et fort simples, avec lesquels on se soustrait aux frais de paru- 
res suivant les rites des différentes fêtes ; de riches tapis dans 
les sanctuaires, pour y demeurer aussi longtemps qu'on ne sera 
pas dans la nécessité de les remplacer; des draperies aux fenê- 
tres et à la ballustrade du chœur, établies aussi à demeure fixe ! 
Aussi l'office de sacristain est-il là presque nul ; sauf la cou- 
leur des habits sacerdotaux, c'est à peu près toujours la même 
décoration ; l'église changera à peine d'aspect pour une solennité 
de première classe, ou un service des morts ! 
Le Protectorat catholique. 

New- York, comme toutes les villes où fleurit le catholi- 
cisme, a ses institutions de charité, et fort nombreuses encore. 

La charité avec l'obole du pauvre, de l'ouvrier, lutte ici 
avec laphilantropie des millionnaires protestants, et la plupart 
du temps, sinon toujours, le succès est à l'avantage de la pre- 
mière. 

Asiles pour les orphelins, les infirmes, les vieillards aban- 
donnés, les enfants-trouvés ; refuges pour les naufragées de la 
vertu ; écoles de réforme, de métiers, etc., tontes les misères et 
les souffrances trouvent ici la main secourable de la charité, 
personnifiée dans les Sœurs de la charité, les Sœurs de la Merci, 
les Sœurs du Bon Pasteur, les Frères des Ecoles-chrétiennes, 
etc., etc., pour soi -tenir les faibles, ramener au bien, réparer 
les écarts, relever des chutes, et apprendre à goûter la douceur 
du joug de l'évangile à ceux qui ne l'avaient jamais essayé ou 
qui l'avaient répudié. 

Mais entre toutes ces institutions, nulle n'offre un plus 
frappant caractère de charité vraiment catholique et un plus 
florissant succès que le Catholic Protectory, dont M. Casi- 
mir Villeneuve, un Canadien- français, est actuellen'ient le Sur- 
intendant. 

Cette admirable institution est établie à West-Chester, à 
quelques pas seulement en dehors de l'enceinte de la cité, sur 
les bords de la Rivière de l'Est. 



232 LE NATURALISTE CANADIEN 

Keprésentez-vous un établissement, ou plutôt un village, 
dont les constructions ne coûtent i)as moins d'un million de 
dollars, et où sont abrités 2,240 enfants des deux sexes, i-ous 
la surveillance des Frères des Ecoles Chrétiennes et des ^œ^-rs 
de Charité. Et telle est la bonne tenue de l'établissement que, 
sur ce nombre de 2,240 enfants, au moment où nous l'avons 
visité, l'infirmerie n'était occupée que par 3 seulement, dont 
une seule confinée au lit. Cette dernière, de 6 à 7 ans, tou- 
chait à ses derniers moments, la mort allait luentôt la soustraire 
à ses souffrances ; une autre de 15 à 16 ans était en pleine con- 
valescence, et la troisième de 4 à 5 ans n'avait eu qu'une courte 
indisposition et était déjà prêre à aller reprenire l'étude et les 
jeux avec ses compagnes. 

Cette admirable institution date de 1862. 

Dans l'automne de cette même année, plusieurs catholi- 
ques éminents, la plupart membres de la Société de St- Vincent 
de Paul, frappés du grand nombre d'enfants catholi jues qui, 
orphelins sans ressources ou appartenant à des parents vicieux, 
se perdaient en vagabondant dans les rues, se réunirent, au 
nombre d'une vingtaine environ, à l'ocsasion d'une confirmation, 
à l'église de l'Annonciation, pour aviser aux moyens de sous- 
traire ces enfants à la vie de perdition dans laquelle ils allaient 
être infailliblement entraînés. On décida, après délibération, 
d'ouvrir de suite une souscription pour fonder un hospice pour 
cette fin ; et séance tenante, la souscription s'éleva à un mon- 
tant qui ne permit plus de douter du succès, plusieurs souscri- 
vant chacun $5,000, d'autres $2,500 et d'autres $2,0()0, si 
bien que dès le mois de janvier suivant, on s'adressait à la légis- 
lature d'Albany pour avoir un acte d'incorporation. 

La cité fie New- York, aidée des souscriptions catholiques, 
soutint d'abord seiJe l'institution ; mais les besoins allant tou- 
jours grandissant, l'Etat fut appelé ])lus tard à octroyer aussi 
une certaine allocation, et aujourd'hui ces allocations avec les 
produits iju'on retire de l'ouvrtige des détenus, ajoutés aux diffé- 



QUELQUES NOIES DE VOYAGE. 233 

rents legs reçus, ne montent pas annuellement à moins d'un 
quart de million, somme nécessaire pour le soutien de l'établis- 
sement. 

Voici, d'après l'acte même d'incorporation, quels doivent 
être les principaux caractères de l'institution. 

" La corporation est autorisée à recevoir et garder sous ses 
soins : 

1° " Les enf mts au-dessous de 14 ans qui, du consente- 
ment par écrit de leurs parents ou gardiens, peuvent lui être 
confiés pour protection ou réforme. 

2° " Les enfants de 7 à 14 ans qui désœuvrés, fainéants, 
vicieux ou vagabonds, peuvent lui être confiés par tout magis- 
trat de la cité de New-Yoïk autorisé par la loi à décréter l'in- 
ternement de tels enfants. 

3° " Les enfants de même âge qui peuvent lui être trans- 
férés par l'option des commissaires des institutions charitables 
ou de correction de la cité de New- York. 

" La même corporation aura le pouvoir de placer les en- 
fants sous ses soins à des emplois convenables, de les faire ins- 
truire de ceitaines branches de counaissances utiles, et de leur 
rendre la liberté lorsqu'elle le jugera convenable." 

Comme on le voit par ce qui précède, on n'entre là d'ordi- 
naire que par la cour de police ou la cour criminelle, pour n'en 
sortir que lorsijue la corporation le trouvera convenable. Il ne 
faudrait pas ce|)endant en conclure que tous les internés là sont 
des vicieux précocis t|ui ont déjà subi des condamnations, car 
l'institution n'a pas pour but uniquement la réforme, mais aussi 
la protection. 

Un ]ière vicieux, ivrogne, fainéant, etc., vient-il à perdre 
sa fe.iime, (jue vont devenir ses enfants?.... Il suffit alors 
qu'une pt rsonne respectable fasse une déposition devant un ma- 
gistrat, déclarant que tel jière est incapable d'élever convenable- 
ment srs cnfints; et de suite, par autorité de la loi, ses enfants 
lui sont enlevés pour être confinés au Protectorat, où il ne 



234 LE NATUKALISTE CANADIEN 

pourra les visiter que le dimanche et ne pourra reprendre son 
autorité sur eux que lorsque la corporation jugera à propos de 
les lui remettre. 

Au moment où nous avons visité l'établissement, il y avait 
d'internés 1,518 garçons et 722 filles, en tout 2,240. Soixante 
Frères sont préposés à la garde des garçons, et 40 Sœurs à celle 
des filles, avec en outre une centaine d'employés comme maî- 
tres en divers métiers, préposés à différents services, gar- 
diens, etc. 

Les garçons sont retenus jusqu'à l'âge de 21 ans, et les 
filles jusqu'à 18. 

Le Bureau de direction se compose de 26 membres, tous 
laïques, recrutés parmi les catholiques les plus marquants de la 
cité, dont plusieurs sont millionnaires. Par un arrangement 
spécial, ils laissent l'administration interne de l'établissement 
aux Frères et aux Sœurs qui en ont la garde. 

Lorsque le temps de l'élargissement est arrivé, on vise à 
placer chaque interné le plus avantageusement possible. Les 
divers métiers dont ils ont fait l'apprentissage : typographes, 
cordonniers, menuisiers, tricoteurs à la machine, couturières en 
tout genre, brodeuses, couturières en gants, etc., etc. fournis- 
sent autant de carrières où ils peuvent être placés avantageuse- 
ment. Ajoutons qu'ayant reçu une bonne instruction commer- 
ciale, ceux que les talents distinguent peuvent encore aspirer à 
des positions plus relevées et plus lucratives. 

Mais on s'efforce surtout d'en faire des cultivateurs, con- 
vaincus que c'est dans cette carrière qu'il y aura plus de chan- 
ces d'en faire de bons sujets et de les rendre eux-mêmes plus 
heureux. Pour cette fin, c'est vers les plaines de l'Ouest qu'on 
les dirige. On n'en a pas moins actuellement de 1,200 ainsi 
placés sur des fermes dans l'Illinois, l'Iowa, le Nebraska, l'Ohio, 
etc. Des visites de temps à autres sont faites à ces pupilles en 
tutelle, pour savoir comment ils se comportent ; et chaque fois 
que le cas l'exige, une enquête rigoureuse est tenue. Si le ré- 



QUELQUES NOTES DE VOYAGE 235 

sultat tourne contre l'élève, il sera ou sévèrement admonesté, 
ou ramené à l'établissement [lo ir plus parfaite réforme. Mais 
si le résultat de l'enquête est contre le patron, on lui enlèvera 
son pupille pour le placer plus avantageusement ailleurs. 

Ajoutons que le travail des élèves se fiiisant souvent à la 
tâche, on leur paye le surplus qu'ils peuvent livrer dans le 
temps donné, et plusieurs, de cette façon, ont pu économiser un 
un petit pécule qui ne leur a pas peu servi lorsqu'ils ont eu à 
se placer. On en a vu sortir avec $60, $66 dans leur poche. 

Les constructions, sans revêtir un caractère architectural 
tout à fait grandiose, sont cependant très vastes, et d'un aspect 
imposant ; elles sont tenues avec les plus grands soins de pro- 
preté et d'entretien. Et telle est la sage et paternelle direction 
qui préside là, que quoique en rase campagne, il n'y a aucune 
clôture pour protéger contre les évasions, cependant il est assez 
rare qu'il s'en produise. Il est même arrivé à deux^ou trois repri- 
ses, que des échappés aient été passer un jour ou deux dans la 
ville. Mais bientôt dégoûtés de leur isolement, souffrant de 
leur dénuement et ne sachant que faire, ils sont revenus d'eux- 
mêmes à l'établissement pour confesser leur faute, et ramenant 
avec eux d'autres gamins de leur âge pour demander ensemble 
leur admission. 

La chapelle, très vaste, est très convenable ; elle possède 
un autel eu marbre fort riche et de très bon goût. 

La bâtisse principale affectée aux garçons offre des salles 
pour dortoirs, réfectoires, de 125 pieds de long sur 50 de large. 
Nous avons vu là un vieillard qui depuis 14 ans n'a fait autre 
chose que trancher le pain. L'habitude de lever le bras pour 
soulever sa tranchette, l'a tout déformé, si bien que son épaule 
droite s'élève à au moins deux pouces au-dessus de la gauche. 
Ne pouvant plus suffire à la besogne, on lui avait adjoint son 
fils pour aide, mais content de son sort, le bonhomme est tou- 
jours fort gai et est le premier à rire de sa difformité. 



236 LE NATURALISTE CANADIEN 

Le pain, comme tout le reste de la nourriture, nous a paru 
d'excellente qualité. 

La visite des différents ateliers nous a particulièrement in- 
téressé. Que le lecteur veuille nous suivie pour en l'aire la 
ronde. 

Nous passons d'abord à l'imprimerie où, 10 grandes presses 
sont mues par une machine Corliss qui doiuie le mouvement à 
tous les mécanismes de l'établissement. Nous trouvons ici lUO 
enfants typographes. En outre des ouvrages de ville, on im- 
prime surtout des livres d'école. L'établissement stéréotypique 
nous a paru surtout très complet et guidé par les procédés les 
plus perfectionnés. 

Tout à côté se trouve le générateur de l'électricité pour 
distribuer la lumière aux différentes parties de l'établissement 
ou plutôt du village, puisqu'il ne comprend pas moins d'une 
vingtaine de bâtisses. 

Nous passons de là chez les cordonniers, où 300 enfants 
sont à confectionner des chaussures de tout genre, depuis la 
grossière botte de l'ouvrier, jusqu'à l'élégante bottine de la 
grande dame. Quinze des travailleurs sont particulièrement 
chargés de la confection et réparation des chaussures des élèves. 

La boutique ne livre pas moins de (300 paires de chaussures 
par jour. La garde est confiée ici au Frère Adrien qui est un 
Canadien natif de la Eivière-du-Loup. 

Viennent ensuite les tricoteurs de chaussettes. 350 sont 
ici en face de leurs machines ; et on est étonné de la dextérité 
avec laquelle des enfants si jeunes manient ces machines assez 
compliquées, tant pour la confection de nouvelles pièces que 
pour la réparation des anciennes. 

Nous entions de là dans une salle ou 120 enfants, la plu- 
part de 8 à 10 ans, sont occupés à lacer ces treillis de canne 
qu'on emploie pour les chaises. Etonné de l'ardeur que nous 
leur voyions déployer à leur besogne, nous demandâmes au Fre 
pourquoi ils montraient un tel empressement à expédier la 



QUELQUES NOTES DE VOYAGE 237 

besogne? — Voyez- vous, nous dit-il, ceux qui sont à jotier à la 
balle dans Ih cour ? Aussitôt la tâche finie, ceux-ci vont les 
rejoindre. Voilà le motif de leur empressement. 

Xous passons de là à la cuisine, où la vapeur joue encore 
un grand rôle, si bien que, nous dit le Fre, on peut en 18 mi- 
nutes piéjarer un repas jour IGOO bouches. 

De là nous passons à l'établissement des filles qui est à 
quel jues centaines de pieds [dus loin, ayant en face un superbe 
bosquet où l'on a figuré une grotte de Lourdes d'un magnifique 
effet. Une superbe statue de S. Vincent, s'élève sur son pié- 
destal droit en face de la porte principale. 

Tout ici est d'une properté ex'iuise qui n'en cède en rien 
à la tenue de nos pensionnats éducationnels. En voyant la 
mise lecherchée des élèves, nous demandâmes à la Sœur si ce 
jour était pour l'institution un jour de fête? Alais non, dit-elle, 
c'est là leur tenue journalière, et les dimanches elles sont encore 
mieux pourvues. Puis, ouvrant de vastes armoires,, elle nous 
exhiba leurs habits de fête, que nous observâmes n'être pas tous 
sur le même pation. liépondant à notre nmarque, c'tst pour 
récompenser l'aji] lication, la diligi nce, la bonne conduite qu'on 
donne un peu plus à celles qui se distinguent, nous dit la Sœur. 

Ici, comme chez les garçons, nous trouvons partout lu 
fourmilière au travail. 

175 confectionnent des chemises jiour les magasins, d'au- 
tres des robes pour elles-mêmes, tl'autres sont instruites du 
taillage des habits, etc., etc. 

Quelques unes exécutent des broderies en soie, en laine, 
en fil, d'un goût exquis et d'une perfection remarquable. 

Mais celles qui nous ont le plus fi'appé ]iar leur haliileté, 
ce sont les 90 qui confectionnent les gants de kid. Quelle des- 
térité dans la conduite de le .rs machines qui nous ont pïiru 
assez difficiles à gouverner ! Quel soin, (juelle attention ] our 
la u'gularité des eoutuies, lu fui me parfaite des duigts, etc. A lu, 



238 LE NATURALISTE CANADIEN 

dernière exjosition de la Nouvelle-Orléans, l'établissement a 
remporté le premier prix pour les gants en kid. 

Les filles ont 3| h. d'étude et 4i de travail par jour, tan- 
dis que les garçons ont 4 heures de l'une et de l'autre. 

Les soins religieux sont donnés à l'établissement par deux 
prêtres qui ont, à quelques arpents de là, une résidence tout-à- 
fait princière, et qui reçoivent en outre un salaire de SlOO par 
mois. 

Nous passâmes là quelques heures des plus agrénbles. Le 
Eév. Fre Léontine, Supérieur, qui nous avait fait l'honneur de 
nouj5 exhiber les différentes parties de l'étab'is.^enient, ne vou- 
lut pas nous laisser partir sans nous offrir un dîner (nous étions 
six) qi i put nous convaincre sans peine que les immen- 
ses chaudières soumises à la vapeur dans la cuisine, ne sont 
nullement un obstacle à ce que des gourments pourraient dési- 
rer de délicat et de recherché ; ajoutons qu'en cela, il n'avait 
été (|ue le fidèle interprète des intentions du courtois et attentif 
Surintendant M. Villrneuve. 

PROVIUENCE — UN MAGASIN D'IIISTOIUE NATURELLE. 

Comme nous avions (jnelques parents et des amis à visi- 
ter dans le Iihude-lshaul, nous prîmes, en laissant Nevv-Yoïk, 
la route de Providence [>ar la ligne la plus rapprochée de la mer, 
ayant déjà fait le trajet de New-York à Boston, par une autre 
ligne plus à l'intérieur. 

Nous sonmies au 13 mars, et c'est à peine si dans la grande 
cité nous pouvions remaniuer ijueliiues signes de l'hiver, à part 
l'air plus frais du matin qui laissait soupçonner qu'il s'était tra- 
duit en légères gelées à la campagne. Et en effet, à mesure que 
nous avançons, nous remarquons ça et là des traces des gelées 
précédentes, des flaques d'eau, et quelques petites rivières, sont 
même encore couvertes de leur glace d'hiver. 

A New-London, sans que nous nous en soyons aperçu, 
nous remarquons tout-à-coup que, tout en chemin de fer, nous 



QUELQUES NOTES' DE VOYAGE 239 

naviguons cependant sur l'eau. Nos chars ont passé sur un 
bateau qui nous transporte de l'autre côté de la rivière Th unes. 
Nous sommes étonné du peu de retard qu'occasionne ce trajet et 
de la facilité avec laquelle il s'exécute. Nous ne savons si 
l'heure de la marée nous était par':iculièrement favorable, mais 
sans presque retarder, les roues de nos chars laissent les rails 
appuyés sur le sol pour prendre, sur le même niveau, ceux (jue 
porte le bateau traversier. 

r)ientôt après nous arrivons à Providence, capitale de 
l'état du Khode- Island. 

A peine avons-nous quitté la gare pour nous aventurer 
dans la ville, que nous sommes étonné de l'aspect (|ue présentent 
les rues, surtout la principale, Westminster. Vitrines superbes, 
fuule sur les trottoirs, chars urbains qui se suivent les uns les 
autres, c'est partout une activité qui nous rappelle New-Yurk. 

Nous avions à faire visite ici à un confrère dans le jour- 
nalisme scientifique, l'éditeur ilu Random Notes, journal que 
nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs. Malheureuse- 
ment nous avions perdu l'adresse de cet éditeur et oublié même 
jusqu'à son nom. 

Comme nous parcourions la rue Wt^stmiuàter en jetant un 
coup d'œil sur les vitrines, nous remarquons, à un certain en- 
droit, du côté apposé de la rue, des oiseaux empaillés dans une 
vitrine, et nous lisons sur l'enseigne : J. M. Southwick. South- 
wick, dîmes-nous au Eév. M. Dauray qui nous accompagnait, 
voilà notre homme, c'est celui que nous cheichons. Nous 
entrons, et nous nous trouvons au milieu d'un magasin moitié 
musée et moitié boutique, oiseaux montés, quadrupèdes, coraux, 
crustacés, mollusques en grand nombre, plus nombreux spéci- 
mens encore de minéralogie, etc.. etc. 

M. Southwick est encore un jeune homme et nous a paru 
tout plein d'ardeur pour l'étude de la science qu'il affeciionne 
particulièrement. Nul doute qu'avec de telles dispositions et 



2-tO LE NATURALISTE CANADIEN 

les connaissances qu'il a déjà, il ne parvienne à faire une auto- 
rité en fait d'histoire naturelle. 

Il nous fit passer dans sa boutique jiroprement dite, où 
nous vîmes deux taxidermistes à l'œuvre, l'un dépouillant nn 
oiseau tout frais tué, et l'autre recousant la peau d'un canard 
tout bourré. Mais ce que nous remarquâmes avec plaisir, c'est 
le ovand nombre de chalands qui se faisaient suite les uns aux 
autres. Ici c'est une dame qui vient choisir une pierre précieuse 
pour une éjànglette, une autre une pièce montée pour une cor- 
niche, là un jeune homme qui offre un oiseau (|u'il vient 
de tuer, etc., etc. Les amateurs désireux de se jjrocurer (luelques 
pièces, les institutions voulant compléter dec musées, peuvent 
avec avantnge s'adresser à M. J. M. Soulhwick, ses jirix, un 
peu fort comparés à ceux d'Europe, sont à peu près les mêmes 
que ceux des autres vendeurs américains. 

A suivre. 



FJl'DIFZ i;iv\TO.\IOLO(i E 

Il n'y a pas qu'au Canaila que le besoin des connaissances 
élémentaires en fait d'entomologie se fait sentir. 

Un journal d'Ecosse, le dq^e Times, rapportait tout der- 
nièrement (ju'un insecte causait des -dommages considérables 
aux récoltes fourragères, les détruisant entièrt ment vn certains 
endroits. "L'insecte, dit l'écrivain ; se montre d'abord sons 
" la forme d'un petit papillon {moth), avec la tête et le corps 
" d'un noir velouté, des bandes vertes sur les côti's, et mesure 
" environ un quart de pouce. En (|Uelqucs joins ;1 st^ d poifille 
<' lie .'^es ailes et devient une chenille, et après mu senurlhc II 
" pond des œufs jusqu'au nombre de 20(1 ! ! 11 ci< il jii.-ijii',; 
'' deux pouces de longueur et noircit les chauqs .; nusme (j .'il 
" s'avance eu les dévorant." 



LES EUCALYPTUS 241 

Pourquoi aussi s'obstiner à faire venir le papillon de la 
cli'-nille, n'est-il [las plus rationel défaire venir la clienille du 
pavillon ? 

Un autre journal de Londres même, celui-ci, parlant de 
pucerons qui causaient de gi'auds dégâts dans les moissons à 
Nat;d, iijoutait : " Cet insecte parait apj)artenir au genre Aphis 
" dont il y a plusieurs variétés et dont nous donnons ici la des- 
" crij.tion, afin que ceux qui souffrent des déprédations de cet 
" insecte dans les autres parties du monde, puissent comparer 
'' leurs notes : — Cette peste se montre d'aboid sous la forme 
" d'un petit papillon etc., etc. The pest makes its uppearaiice 
" in the form of a small moth &c. 

Si en Canada on fait des mouches de tous les insectes non 
connus, il pHrait que, plus rafiués en Angleterre, on en fait des 
papillons nocturni'S (moths) ! 



LA SAISON 

La sai.-on est au moins de 10 jours en avant cette année 
sur celle de l'an dernier. La plupart des plantes de nos bois 
sont en plein floraison au 15 mai, si toutefois elles ne jiassent 
pas déjà fleur. Lt s trilles, les uvulaires, les vioeites, les popu- 
lage.s, les diervilles sont en j leiue floraison, tandis (jue les hépa- 
tiques, les éryihrones, les coptides sont déjà passés. 

LES LLCALYPTUS. 

Nous avons mentionné en passant, dans notre dernier nu- 
méro, page 227, les Eucalyptus géants de l'Australie, et la 
propagation étendue qu'on en faisait en Algérie, en Italie et 
dans le n.idi de la France. Nous avons noté que ce bel arbre 
ne peut résister aux froids de lU'', et que, conséquemment, sa 
léussite dans les pays du nord se trouve im|_ossible. 

M. L. U. A. Genebt, des Ïroia-Iiivières, qui probablement 



242 LK NATURALISTE CANADIEN 

ne nous avait pas lu - il y en a si peu qui lisent le Naturaliste 
—écrit au Journal des Trois- Rivières, en date du 10 du cou- 
rant, pour recommander des essais de la culture de cet arbre- 
M. Genest exhorte chaleureusement tous ses compatriotes à 
tenter l'essai de cette culture, et termine en disant : '-je suis 
sûr que nous réussirons à acclimater FP^ucalyptus en Canada." 

Nous pensons que M. Genest, comme il arrive d'ordinaire 
à tous les novices dans quelque exploitation peu connue, a l'en- 
thousiasme un peu trop facile. La commune des Trois-Rivières, 
les terrains bas d'Yama chiche, de la Rivière-du-Loup, de Maski- 
non^é, etc., reboisés d'eucalyjitus magnifiques de 200 à 300 
pieds de hauteur, dans lesquels nos oiseaux printaniers pour- 
raient tout à leur aise installer leurs nids et faire résonner leurs 
chants, sont autant de beaux rêves qu'il nous serait, sans doute, 
fort désirable de voir réalisés, mais que l'expérience et les don- 
nées de la science ne nous permettent pas même d'espérer. 

La Providence s'est montrée infiniment généreuse à notre 
égard ; peu de pays offrent autant de ressources que le nôtre 
au travail et à l'exploitation : mines de tout genre, forêts sans 
fin et des plus riches, sol des plus féconds, pouvoirs d'eaux à 
chaque pas pour ainsi dire ; pourquoi ne pas chercher à tirer 
parti de ces trésors à notre disposition, pour perdre notre temps 
et notre argent à des entreprises irréalisables ? 

Nous sommes loin, sans doute, de vouloir proscrire l'esprit 
d'entreprise pour offrir de nouvelles voies à l'industrie, mais 
nous voulons qu'avant tout, nous comi)tions avec la science et 
que nous tenions compte aussi des expériences déjà faites. 

On se plait dans certaines circonstances solennelles à ex- 
alter la science, et chose singulière, du moment qu'il s'agit 
d'en venir à la pratique, tout le monde s'y refuse. Nous 
avons offert gratuitement nos services pour faire une espèce de 
jardin botanique autour des bâtisses du parlement à Québec, y 
installant d'abord toutes nos essences forestières et faisant en- 
guite d'autres essais d'acclimatation. Mais on n'a pas même 
voulu profiter de notre concours, et l'on a multiplié les érables, 



CHASSE AUX SrÉCIMENS 243 

les épinettes et les bouleaux tout autour. Ce serait \i\, avant 
tout, qu'il faudrdt tenter la réussite des plantes qu'on jugerait 
pouvoir résister à notre climat. 

Mais en attendant que le contraire soit démontié, nous 
pensons que les Eucalyjjtus de M. Genest, avec les Noyers 
noirs de M. Joly et le pétrole de S. Grégoire, coûteront plus de 
soucis et de dépenses aux expérimentateurs, qu'ils n'apporteront 
d'écus au trésor public. 



CHASSE AUX SFECIMKNS. 

Voici de nouveau la saison des chasses revenue ; que les 
amateurs, et surtout les régents d'institution d'éducation, ne 
laissent jjcrdre aucune occasion d'en faire de profitables. 

Qu'on amasse dans toutes les branches : botanique, ento- 
mologie, conchyliologie, minéralogie, fossiles, etc. 

Que si l'on n'a ni le temps ni les moyens de les utiliser 
actuellement, qu'on amasse toujours, dans l'espoir de pouvoir 
tirer parti de ces matériaux plus tard ou, au pis aller, pour en 
gratifier ceux qui on font une étude spéciale. 

Nous recommandons spécialement la chose aux régents 
d'institutions d'éducation, par ce que, au moyen des élèves, ils 
peuvent avec bien plus d'avantages exécuter ces dusses. Une 
victoire à gagner, une dépouille à remporter, de quelque peu 
de valeur qu'elle soit, est toujours un appoint suffisant pour 
tenter l'ambition des enfants. 

P]t l'occasion d'ajouter aux matériaux qu'on a déjà sur 
l'histoire naturelle, se présente pour ainsi dire tous les jours 
pour ceux surtout qui habitent la compagne. Une promenade, 
même de quelques minutes seulement, dans votre jardin, dans 
un champ, sur une grève, dans un bois etc., peut vous offrir la 
chance de faire quelque capture des plus précieuses. 

Comme preuve, nous donnons ci-dessous la liste de spéci- 



244 



LE NATURALISTE CANADIEN 



mens par nous recueillis, le 3 mai courant, clans une demi-heure 
de chasse et à quelques pas seulement de notre demeure. Nous 
confessons toutefois que notre- résidence est dans une position 
des pins avantageuses pour des chasses de cette espèce : jardiu 
à fleurs nombreuses attenant à la maison, et à quelques pas 
seulement, des champs, des broussailles, une rivière, le fleuve 
même, et des terrains des plus diversifiés. 

Comme nous étudions plus .spécialement maintenant les 
Hémiptères, nous cherchons donc avant tout des punaises, et 
nous recueillons dans l'herbe sur la berge d'un fossé. 

HÉMIPTÈRES 



Thyreocoris unicolor, Beauv. 
" pulicarius. Germ. 
Lygus pratensis, Lin. 
Blissus leucopterus, Say. 
l'hysatochila plexa, Say (1) 

Hyménoptèrks. 

Dolerus arvensis, Say. 
" sericeus, Su y. 
Nematus monela, JS^ort. 
Ichneumon flavicornis, $ 
Halictus pilosus, Smilh. 
Semiotellus melanicrus, Prov. 



Andrena simplex, Smith. 

" hirticeps, Smith. 

" clypeata, Smith. 
Colletés, n. sp. ? 
Priononyx conicus, Say. 

Coléoptères. 

Lema trilineata, Oliv, 
Crepidodera helxines, Lin. 
Cafius, n. sp. {2} 
Oxyteliis, sp. ? (3) 
Beiubidium lucidum, Lee. 



(1) Nous étions à chercher dans l'herbe, lorsqu'une petite punaise 
nous sauta sur la main. Par son apparence extérieure, et même sa colo- 
ration, nous crûmes de suite que c'était un petit Lygus, mais examiné à 
la loupe, nous reconnûmes que c'était une Tmgide, dugeure Fhyyaiochda, 
la plexa de Say, espèce que nous n'avions encore jamais rencontrée. 

(2) (3) Deux petites Staphylinides nouvelles pour notre collection; 
la première qui appartient au genre Cafius, est, pensons-nous une espèce 
nouvelle, du moins elle n'est pas mentionnée dans la revue qu'en a faite 
tout dernièrement le Dr. Horn. La 2e est un petit Oxy t cl iis ào.ii nous. 
n'avons pu encore déterminer l'espèce, mais qui ne se trouvait pas non 
plus dans notre collection. 



LE 



çsCSr^^^ 



fi^:!fe 




Vol. XV". Cap Rouge q., JUIN, 1836. No. 12 



Pa^dacieur: M. l'Abbé PllOVAXCIIER. 




- ;;vaso "^J pRiMi^s 



Avril. 

Les numéros gagnants 295 et 104 n'ont pas encore été 
réclamés. 



Mai. 



Numéros saunants : 



1ère Piime. — Les pèlerins Canadiens aux bords du Jourdain en 

1884; paysage par M. A. Elio N° 311 

2e " — Siro.nhus ovral us , N° 111 

N. B. — La peiîonue a}aat l'e-^remplaire poriaot l'un ou 
l'autie de ces numéros éciifc en ciayou bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour afftaneh'r le postage.. — Vow sur la 
couveiivre. 



Comme le présent numéro clot notre vol. XV, nous don- 
nons ci-dessous la liste des primes que nous offrons pour notre 
voh XVI, qui commencera avec le mois de juillet. 

Comme prédédemment, nul n'aura droit aux primes si 
son abonnement est encore dû, elles ne sçront à la disposition 
que de ceux qui auiont payé d'avance, ou des échanges. 

l-J— Juiu i^t<;. 



9 y 



V 



246 LE NATURALISTE CANADIEN 

1ère Prime. 2e Pâme.. 

Juillet: nn microscope ponr insecfes. Voluta vesperillio. 

Août: Cecil's Bookof Insects, illus- 2 Cjprîeii caiT'ca. 

tré et élégamment relié. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- 04i va gnttaui. 

léoptères. 

Octobre: De Québec à .T' ■ I\Inrex bico'or. 

Novembre : Cecil's Book 2 Ceiithinm e'Vili'-eiHe. 

Décembre: Dictiojinaire iks r^vwu- Oliva ]X)Tphv;/a. 

ces, des Leitres et des Art?, par 

C. de Bussy, 1 vol. broch:'-. 

Janvier: Cyprîea tigris. Cassis deciissata. 

Février: Cecil's Book of Beasis. Coiius Snlcatus. 

Mars; De Québec à Jérusalem. Cyprasa Mauri liana. 

Avril : Faune Canadienne, Len Co- C3^pfœa mappa. 

léoptères. 

Mai: De Québec à Jérusalem. 2 Oliva littcî-ata. 

Juin : Une loupe de pocbo. 2 Neverita duplicata.' 

Tout abonné rcclarauiic l'une quelconcitie de ces primely 
devra envoyer 8 centins pour en payer le postage. 



Le présent numéro terminant notre année de publication,- 
nous donnons la table de la partie proprement dite du Na'!.u- 
ralibte ; quant aux études que nous poursuivons sur les Hémijj- 
tères et les Hémynoptèro-, elles se j ont continuées avec leurs 
paginations spéciales et n'auiout leurs tables que lorsqu'elles' 
seront tern)inées. 

Nous avons espoir quo nos patrons, parriculièremenfc noS' 
confières du clergé, vont nous f-ontinuer leur encouragement, et 
renouveler sans délai leur abonnement en envoyant le prix de 
souscription. L'étude des Hémiptères et des Hyménoptè^'es 
que nous poursuivons formera, pour chacune, un volume qui 
sera hautement prisé plus tard dans le moiide scieutifîque. et 
comme nous n'en faisons pas de tiiage à part, ce sera deux vo-' 
lûmes précieux pour les bibliothèques. Que cht'que abonné 
conserve soigneusement tous ses numéros. 



QUELQUES NOTES DE VOYAGE 



247 



QUELQUES NOTES DE VOYAGE. 



^"t "^ •-' *•' X) 



(^Continué de la page 240) 



Un Magazin d'Histoire Naturelle. 



Noms avions encore une autre visile de naturaliste à faire 
à Providence; c'était à un M. Chs Blake, amateur offrant en 
vente une magnitique collection de coquilles. M. Soutliwick 
voulut bien nous y conduire lui-même. 

La collection de M. Blake n'est pas extraordinaire pour le 
nombre, puisqu'elle ne dépasse pas 800 espèces, niais elle est 
tout-à-tout fait extraordinaire pour le choix et la perfection des 
spécimens. Pendant des années ce monsieur a glané à gaucho 
et à droite des spécimens remarquables par leur maturité, leur 
taille, leur fraîcheur, la vivacité des couleurs, etc. et à mesure 
qu'il eu trouvait quelqu'un de plus parfait que ceux qu'il possé- 
dait déjà, il lui en faisait aussitôt prendre la place. Aussi rien de 
plus splendide que la collection telle qu'elle se présente aujour- 
d'hui. Nul spécimen défectueux, les lèvres déliées, les arêtes, les 
épines les plus fragiles, tout est intact, parfait dans sa forme. 
Plusieurs des espèces représentées coûtent fort cher et sont très 
rares dans les collections ; nous avons remarqué entre autres: 



RosteUaria 7'edirodris $20 

Cyprœa aurantium 15 

" exusta 10 

" nivosa 35 

Scotti 8 

Ilarpa imperialis 10.50 

Fasus 'proboscidiftrus 3 



Murex Sauliœ $ 5 

Spondylus inctoruTïi 8 

RaneU(ù pulchra 3 

S trombus latissinius 4 

Voluta junonia 10 

" tnagnifica 10 

" imperialis g 



On demande $800 pour la collection complète. 



248 ■ LE NATUI;ALTF.TE C.-^NADIEN 

Nous allons de là faire visite au curé des Canadiens de 
Providence, dont l'église est située dans la partie Ouest de la 
ville. M. Gaboury était pour nous une ancienne connaissance ; 
nous avions été son hôte en 1871 à Jacksonville, en Floride, où 
il était alors curé, au moment où il recevait la visile de son 
évèque, feu Mgr Verrot ; une singulière circonstame nous four- 
nissait l'occasion de renouveler connaissance à Providence, après 
14 ans écoulés. 

Vers les 5 h., nous allons reprendre les chars pour nous 
rendre à Woonsocket, où nous descendons après un trajet de 40- 
minutes seulemeut. 

Woonsocket. 

Woonsocket qui compte environ 18,000 âmes, est une- 
charmante petite ville, qui doit son origine uniquement à l'in- 
dustrie, aux manufactures qu'elle renferme. La petite rivière 
qui la traverse en faisant divers zigzags est toute couverte 
d'usines de tout genre : manufactures de laine, de coton, de 
caoutchouc, etc. Les catholiques comptent pour plus de la 
moitié dans la population totale de la ville, et les Canadiens 
pour plus du quart. Leur église, que dessert le llév. M. Dau- 
ra}^, avec M. AlacLaughlin pour vicaire, est un temple superbe, 
de vastes proportions, d<xns le style gothique, et entièrement ter- 
miné. 

Lorsque les larges nefs avec leurs longues galoies sont 
toutes remplies, comme nous les avons vues le dimanche, tout 
prend ici un cachet Canadien. Le chant grégorien, un sanc- 
tuaire assez grand pour permettre à de nombreux enfants de 
chœur d'exécuter sans gêne les diftérentes cérémonies, les annon- 
ces et instructions toutes en français et en français seulement, 
le chant même de cantiques en langue française, ajoutons une 
attention toute respectueuse pour les ministres qui leur annon- 
cent la parole de 13ieu, tout nou& ferait cioire que nous nous, 
trouvons encore en Canada iii. 



QUELQUES NOTES DE VOYAGE 249 

Le zélé et actif pasteur, qui depuis plusieurs années déjà 
dirige cette congrégation, n'a pas peu contribué, avec les talents 
qu'on lui con liait, à donner à cette communauté ce cachet de 
foi religieuse et de catholiques véritables qui frappe au premier 
abord. Ajoutons qu'il est avantageusement aidé dans cette 
tâche, par les Sœurs de Jésus-Marie, de Sillery, qui sont char- 
gées d'instruire la jeunesse. Elles sont ici au nombie de onze, 
dans un superbe couvent attenant presque à l'église. Les Sœurs, 
après les curés, sont les propagateurs les plus efficaces de la foi 
catholi'jue, car ce sont elles qui forment les mères de la géné- 
ration future. 

Mais aux Sœurs on veut aussi joindre des Frères pour 
l'instruction des garçons. Uéjà M. Dauray a fait l'acquisition 
d'un terrain en fase de l'église oiî il veut ériger une construc- 
tion considérable pour y placer des Frères. Xul doute qu'avec 
le zèle qui le distingue et la bjnae disposition d^ ses parois- 
sions, il ne parvienne promptemjnt à réaliser sou louable 
projet. 

Nous avions à visiter ici un parent avec lequel les rap- 
ports familiers remontaient à l'enfance. Nous y tenions d'au- 
tant plus, qu'en outre du pLr">ir de renouvelei' d'anciennes con- 
naissances, notre cousin étant un ouvrier, nous voulions voir 
par nous-même ce qui eu est de la position C|u'on leur fait là, 
juger des avantages et désavanttges qu'offre le travail des manu- 
factures, et examiner si nous n'avions pas eu tort de nous élever 
comme nous l'avons déjà fait plusieurs fois, contre cet engoue- 
ment qui entraîne nos compatriotes à émigrer aux Etats-L^nis. 

Nous devons d'abord conTesser que nous fûmes reçu par 
notre parent, non pas comme un ouvrier ordinaire pourrait le 
faite en Canada, mais comme ne pourrait mieux le faire un 
bourgeois, un rentier vivant du vieux gagné. Vaste résidence, 
b^aux tapis, baaux meubles, chambres parfaitement montées, 
et le tout tenu dans un grand état de propreté; ajoutons une 
table des mieux fournies ; tout ici respirait l'aisance. Cepen- 



250 LE KATUlîALISTE CANADIEN 

darit, tout Lien coiisidc'vé, noiisiipus demcmclàmes eii^^ore si nos 
yiauvres cultivateurs, avec leurs rudes labeuiS; et souvent leurs 
pauvres récoltes, ne sout pas encore plus heureux que (;es jour- 
naliers. Et nous n'hésitâmes pas à nous déclarer pour les pre- 
miers. Car cet état d'aisance de notre parent n'est pas celui 
du plus grand nombre, et que de sueurs, d'assujétissement, de 
contraite, de servitude et souvent d'inquiétudes n'a-t-il pas 
coûté. C'est le travail qui manque, une maladie qui arrête les 
rapports journaliers, des gages retenus ou perdus, et toujours 
une telle dépendance qu'on n'est jamais maître de sa propre vo- 
lonté. Tandis que le cultivateur est avant tout indépendant, 
tirant du sol le nécessaire pour sa vie, il n'a à compter (ju'avec 
Dieu et son travail pour sa subsistance; il est absolument libte 
de tous ses mouvements. î^ous ne voulons pas faire un ciime, 
sans doute, à tous ceux qui ont émigré aux Etats-Unis, mais 
nous n'hésitons pas à proclamer que ceux qui sont restés au 
pays ont encore mieux faic. 

Nous fîmes une visite minutieuse à différentes manufac- 
tures, et nous pûmes nous convaincre comme l'air qu'on respnre 
là doit être dommageable aux constitutions faibles. Dans les 
filatures de coton, certaines parties sont si délicates qu'on ne 
])eut tenir les fenêtres ouvertes, le veut bonleversei'ait tout. 
Aussi y fait-il toujours chaud, et parfois même c'est une priva- 
tion d'air, une chaleur suffocante. Dans les manmactures de 
caoutchouc, c'est une odeur nauséabonde jointe aussi à une 
chaleur suffocante. Et ainsi des autres. Aus^i un air de souf- 
france et de langueur est-il généralement répandu sur la figure 
de ces ouvriers et ouvrières des manuractures, et la phtisie 
])ulmonaire en enlève-t-elle. un grand nombre à la fleur de 
l'âge. 

Sans aucun doute la Providence a eu des vues particuliè- 
res en poussant nos compatriotes du côté des Eiats-Unis. Qui 
sait s'il ne sont pas destinés à se joindre aux Irlandais pour 
faire dominer là la foi catholique et remplacer les anciens puii- 



NOS PLAKTES INDIGENES 251. 

tnins qui s'en vont s- 'éteignant rapidement sons l'empire d'un 
fanatisme btiétique, loisqu'ou n'est jws devenu tout-à-fait 
infidèle. 

Nous dirons donc à nos compatriotres des Etats: vous êtes 
là avec vos piôties, des parents,, des amis ; vous êtes contents 
de votre sort ? restez-y. Que voire conduite fasse honneur au 
nom Canadien ; cherclrez le vrai uoniieur là où il se trouve et 
nulle part ailleurs, dans la re]i;.^ion et la piatique de ses saints 
«useignements. 

P2t à ceux qui sont restés au pays et qui sont tentés d'émi- 
■gveï; nous dirons : Vous avez la meilleure part, conservez-là. 
Votre travail est dur, vous vivez dans la gêne ; vous êtes heu- 
reux, c'est ]e Sauveur meure qu:' l'a proclamé, pourvu toujours 
que vous viviez en bons chrétiens et que vous sachiez mettre 
Dieu dans vos intérêts. 

De cette façon nous suivrons les uns et les autres, non 
deux routes opposées, mais deux routes parallèles, aboutissant 
au même point- au même bonheur. 



A^OS PLANTES iNDiGKN{':S. 



Les chaleurs exceptionnelles que nous avons eues, cette 
année, en avril, ont donné huit à dix jours d'avance à la vé- 
gétation sur les années communes, bien que la fui de mai se 
soit fait remarquer par sa température constamment basse et son 
soleil trop souvent absent. 

Nos pruniers rouges en floraison d'ordinaire au 3 ou 4 
juin, étaient tout en fleurs au 25 mai, les pommiers do Sibérie 
au 30 mai, les lilas s'ouvraient au 4 juin, etc., etc. ; c'est au 
moins dix jours plus tôt qu'à l'ordinaire. 

Est-ce dû à cette avance de la saison ? Nous ne siiurions 



252 LE NATUEALISTE CANADIEN 

l'affirmer, toujours est-il que dous avous ceite année une sur- 
abondance de fleurs sur toutes nos piaules ; dos pommiers de 
Sibérie nous offreut des masses i ompacles d'un blanc de neige, 
nos fraisiers, amélancliieis, merisieiS; cevisieiS; épines etc. co- 
lorent partout les champs et les bords de nos bois de leurs cou- 
leurs gaies et vivantes, et si nous examinons de plus près, nous 
voyous nos autres fleurs sauvages se montrer dans tout leur 
éclat. 

Chose assez singulière, on dirait qu'il suffirait d'être étran- 
ger pour mériter l'attention. Nous avons dans nos bois une 
foule de plantes qui ne le cèdent en rien pour l'éclat; l'élégance, 
la richesse des couleurs, et même l'apparence et la flagrance à la 
plupart de nos plantes exotiques d'ornement, et cependant on 
ne le les voit presque jamais figurer dans nos jardins. Noire lis 
du Canada, par exemple, notre Ancolie, notre Lobélie cardinale, 
etc., ne peuvent-elles pas occuper un rang distingué, comme 
plantes d'ornement, paimi les autres de leurs familles ? Un 
riche bourgeois anglais nous montrait, un jour, les plantes 
nombreuses de son parterre ; savez-vous.. nous dit-il Cjuelle est 
la plante de mon jardin que j'estime le plus ? — Nous serions 
fort en peine dele dire. — C'est celle-ci, reprit-il. en nous mon- 
trant un vigoureux pied de Lilium Cana dense qui ne portait 
pas moins de 25 fleurs rangées en la plus gi-acieus:; pyramide. 
L'an dernier nous en avons mesuré une tige dans notre jardin 
s'élevant à 8 pieds de hauteur et portant 19 belles fleurs. Nous 
en avons de deux variéiés, l'une d'un jaune tendre, et l'autre 
beaucoup plus foncée, presque rouge. Et où se procurer ces 
belles fleurs ? IJien de plus facile, il suffit d'aller les prendre 
dans les prairies, près du fleuve, où nous les voyons s'épanouir. 

Depuis quelcjues années, nous nous sommes appliqué à 
placer dans notre jardin grand nombre de nos plantes indigènes, 
et cent fois nous avons été témoin de l'intérêt qu'el'es inspi- 
raient aux visiteurs. A-t-ou jamais vu. par exemple, plante plus 
originale, tant par sa fleur que par sa feuille, que notie Sarra- 
cénie ? Que de fois nous avons vu des visiteurs s'extasier sur 



KOS TLANTES INDIGENES 253 

la conformation de cette plante qu'ils n'avaient jamais vue ! 
Les dames — et gvand nombre de messieurs aussi — n'ont jamais eu 
l'occasion de paicouiir des savanes pour lencontver la singulière 
plante. Cependant cette plante qu'on ne voit d'oidinaire que 
dans les mousses des savanes, résiste fort bien dans nos jardin?, 
et y donne sa iieur. Le pied que nous conservons, qui a fleuri 
l'année dernièie, parait ce printeni^is avoir un ]jeu .souffert, et ne 
donnera pas de fleur, cette saison, pensons-nous, bien qu'il fasse 
actuellement des feuilles nouvelles. 

La neige n'était pas encore toute disparue que nous avions 
six à sept touffes d'hépathique tout en fleurs dans notre jardin, 
les unes simples, d'un blanc pur ou rosé, les autres semi-doubles. 
Et successivement se montrèrent: le sang-dragon (Suvgvina- 
ria Canadensis) avec ses belles Heurs blanches ; les violettes 
{Viola Canadensis, V. hlanda, V. cuc%dlaia);Viizsi\e,t [Aza- 
rurri Canadense) si singulier avec ses fleuis d'une pourpre 
foncé presque enfoncées dans le sol. et ses belles feuilles réni- 
formes ; V nncolie {Aquilegia Caimdensis), vulgaiiement ^cti^^s 
de la Vierge, par allusion à la foi me de ses pétales contournés 
en doigts de g-ints. Notre Ancolie, avec son feuillage délicat, si 
élégamment divisé, et ses fleuis jaunes et loses est sans contre- 
dit l'une de nos plus belles fleurs vivaces des jardins, cepen- 
dant on ne la rencontre presque jamais dans nos parteries. 
Puis viennent encore les Myosotis (le Forget-me-vot des an- 
glais) qui s'étalent en touffes magnifiques, les Cypripèdes, 
sahots de la Vierge, ceux-ci requérant une terre de bruyère, se 
montrent un peu plus difficiles, '^ cependant avec un peu de 
soins, viennent aussi à s'accomoder du terrain de nos })laces- 
bandes. Nous avons actuellement. G juin, le Cypripède acaule 
[Cyprlpedium acaide) et le Cypripède ariétaire (C arieîinum) 
en pleine florison dans notre jardin. Le dernier, pour être moins 
apparent, mais sans en être moins original par sa foi me. pos- 
• sède en outre une odeur des plus agréables, analogue à celle de 
la Linnée boréale, cette charinaute et humble petite fleur qu'on 
pourrait aussi acclimater dan.:j nos jardins. 



254 LE NATURALISTE CANADIEN 

Et que d'autres plantes indigènes encore ne pourrions-nons 
] lis: avec avantage faire figurer dans nos [larterres ? Nous avons 
quelques pieds de Clématite de TJrgiuie, qui chaque année 
couvrent une partie de la clôture de notre jardin. Tous ceux 
qui nous visiiaient l'automne dernière s'e:;tasiaient devftnt les 
aigrettes eu tila&se qui remplacent la fleur lorsqu'elle est passée, 
])our ne former qu'uue masse soyeuse continue dans toute son 
étendue. 

Nous dirous donc à tousles nmateuis de plantes : allez dans 
nos bois, faiies y d'amples provisions, et vous étonnerez cous 
vos V'siieuis par la raieté des vos plantes. 

Aiouiiius que si quelques unes requièrent des soins parii- 
culiers d'-ntifiitn et dii choix de sol, par contre elles "deviennent 
d'ordinmrt plus picsnères et donnent des fleurs et plus biil- 
lantes et plus abondantes dans la culture. 



LA MAKIE DES NOMS NOUVEAUX. 



A plusieurs reprises déjà nous avons stigmatisé, en pas- 
sant; la manie qu'ont certains auteurs de vouloir tout rebaptiser 
en liistoire naturelle; et d'imposer 'des noms nouveaux, pour des 
subdivisions; divisions et redivisions qu'on multiplie presque 
à l'infini ; comme si l'éiudiant n'avait pas assez à retenir cette 
foule de noms, souvent assez b.iroques et fort peu euphoniques, 
dont sont émaillés les ouviuges d'histoiie naturelle même les 
plus simples. 

Certains auteurs ont poussé cette manie de la subdivision 
et de l'imposition de noms nouveaux, jusqu'à fondre complète- 
ment le geure dans Tespèce. Avec eux, on ne va plus à l'es- 
]jèce par le genre, mais bien au genre par l'espèce, chaque espèce 
constituant souvent à elle seule tout le genre. Il est même 
arrivé quelquefois que l'on ait f.dt disparaître l'ancien genre 
Linuéen, ou qu'on Tait réduit à une ou deux espèces, pour faire 



LA MANIE DES NOMS NOUVEAUX 2oo 

trouer à sa place des noms de nouvelle création et qui ne pou- 
vaient en aucune façon porter à nue plus facile concej>tion de 
l'individu désigné. Puis, comme la mémoiie de ces noms sera 
facile à retenir loîsqu'il faudra com})ter, jusqu'à trois et quatre 
désinences de la même racine ! Aboyez, par exemple, dans les 
coquilles, vous avez : Bulhnus, Bidliius, Buliim.idus et Btili- 
minus. Ne faudra-t-il pas à cha(|ue fois, un véiituble effurt 
d'esjjrit pour vous fixer sur la désinence à choisir ? 

Le dernier numéro du Randùm Noies, de Piovidence, 
contenait une correspondance de l'hiladelphie sur le sujet, 
si^nnée " John Pord, " qui répond si exactement à nos vues, 
que nous voulons eu donner ici une traduction pour la sou- 
mettre à nos lecteuis. Cette correspondance poitait pour titre : 

Exit Helix, Enter — What? 

(On fait sortir l'Hélice, entrera — quoi ? ) 

" L'Académie des Sciences Naïui'elles de Philadelphie 
possède une collection de coquilles des plus grandes du monde. 
Les représentations ou spécimens de chaque espèce connue y 
sont exposés de manière à pouvoir être vus de suite et étudiés 
saus obstacles; la collection entière étant artistiquement aussi 
bien que scientihquemeut rangée dans ses classes, ordres, fa- 
milles, et groupes respectifs. Beaucoup de genres ont aussi été 
divisés et subdivisés. Néanmoins, on a jugé convenable de 
retenir leurs anciens noms, aussi bien que ceux du rebaptisage 
plus récent. 

" Ces dernières divisions, à la suites desquelles sont les 
variétés spéciales du genre auquel elles se rapportent, sont indi- 
quées par des cartes imprimées placées en certains endroits des 
cases. Comme règle, cependant, les anciens noms génériques ou 
leurs initiales, sont appliqués à tons. Parmi les Porcelaines 
(Crjprœa) par exemple, une division se lit : Aricia, une autre 
Laponia, et une autio Ejjoiia, et ainsi de suite, mais sur 
chaque carte sur laquelle des spécimens de chajue groupe ou 



256 LE KATUIIALISTE CANADIEN 

sous-genres sont collés, le nom original Cyprciea, ou ses initiales, 
est éciit, comme : Cijprœjb arahicit, G. caurica, G. cicerida, 
etc. De ma me dans la division des Hélices, un groupe de cartes 
se lit Alesodon, Sleiioirûma, ou quelque autre des mille noms 
donnés ; cependant sur chaque étiquette de spécimea ou peut 
voir l'ancien mot géuérii^ue Helix on ses initiales. 

" C'est là le système établi par M. G. W. Tryon, junior, con- 
servateur de la collection, qui est, incoutestablement, l'un des 
plus pratiques et des nùeux renseignés parmi les coucliyliolo- 
gistes vivants. Pour l'agrément et peut-être le prodt de quel- 
ques experts, on a pu croire avantageux de diviser les différents 
genres bien connus eu une douzaine ou plus de variétés, chacune 
chargée de quelque nom merveilleux, valant à peine l'encre qui 
a servi à l'écrire ; mais pour la masse des étudiants, le nom ge- 
neric principal est tout suffisant, mettant à l'abri, de fait, d'une 
grande confusion, sinon d'un effort inutile de mémoire. Il n'y 
a peut-être pas un conchyliologiste sur douze qui pourrait donner, 
si on le lui demandait, les caractères à'Aricia arabica, ou do 
Stenotrema Leaii, tandis qu'il les décrirait de suite .^i on lui 
parlait de Cyprœct arabica ou d'Hellx Leaii. Les comj)lica- 
tions de ce genre dans cette branche des sciences, comme dans 
toutes les autres, doivent être évitées avec soin. Il n'y a que 
peu d'hommes qui peuvent se rappeler les noms des trois ou 
quatre cents genres principaux dont il est question. Quelle 
fohe donc de supposer qu'ils peuvent retenir l'ortographe des 
milles termes divisionels suggérés par les auteurs récents. 

"Serais-je moi, un Verrill ou un Dali, je pourrais peut-être 
chercher à faire prévaloir mes opinions. Cependant, je n'hésite 
pas à insinuer qu'une grande partie de ces innovations parait 
plutôt destinée à flatter la vanité individuelle, qu'à profiter à la 
science. 

" D'après ces prémisses, je n'ai pas été peu surpris de voir, 
dans le numéro de mars des Random Notes, que mon bon ami, 
M. Carpenter, s'était décidé à exclure le nom d'Holix du Cata- 



ACCLIMATATION — IMOLLUSQUES 257 

îogue des coquilles terrestres du Ehode-Island qu'il pnlilie, pré- 
férant à sa place des noms aussi équivoques que Po'ygyra, 
Slenotreina, et des vingtaines d'autres de ce genre. 

" Bien que je connaisse M. Carpenter pour un concliyliolo- 
giste accompli, je ne puis m'empêcher de penser que cette fois 
son jugement l'a trahi. 

" Autrement il semble impossible de croire qu'il voudrait 
l'annihilation d'un nom des plus familiers de la science, à moitis 
de supposer qu'il auiait pu croire qu'un tel résultat pût être 
obtenu. 

" Ce sera un triste jour que celui où une centaine de 
termes ambigus remplaceront le mot qui les compiend tous. 

" Et ahirs, quand quelque étudiant importun demandera 
la signification d'un chacun, comme il sera ennuyeux d'entendre 
mon ami répéter la seule réponse possible : Ce n'est qu'une 
variété d'Hélix. " '■' John Ford. " 



ACCLIMATATION-MOLLUSQUES 



Plusieurs de nos lecteurs peuvent se rappeler que nous 
avons, dans notre numéro d'août dernier, page 37, signalé de 
fait que des coquilles apportées par nous de Lourdes, et même 
de Terre-Sainte, étaieirt encore vivantes après un jeûne et une 
réclusion de plus de quinze mois, et que les ayant mises en 
liberté dans notre jardin, elles s'étaient aussitôt dispersées sans 
que nous ayons pu les suivre. 

Nous les croyions toutes péries, cependant nous nous éton- 
nions de ne pas en trouver les coquilles ce printemps. Mais 
voilà que ces jours derniers, l'une se montre parfaitement vi- 
vante sur un pied de sym\j\iovme (Symphoricarpus vulgaris). 
C'était Vllélix seiyentviia, une superbe espèce de la France 



258 LE NATURALISTE CANADIEN 

méridionale. Il va sans dire que nous la laissâmes sur son 
arbrisseau continuer tranquillement ses reptations. 

Quelques jours après, nous trouvons d'abord une petiie 
coquille vide que nous l'ecounumes être une jeune de l'Hélice 
des bois (Helix nemoralis) et le même jour, sur un petit pom- 
mier, une mère de la même espèce avec deux petites à mi-gios- 
seur. Cette dernière mère était d'un beau jaune orange uni- 
forme. Plus récemment encore, nous trouvâmes sur un autre 
pommier un autre individu de la même espèce, celui-ci jaune- 
bleuâtre avec cordons spirales noirs. 

Ces coquilles ont donc parfaitement résisté à la rigueur de 
notre hiver, même les jeunes, écloses ici même, car par leur 
taille, nous avons tout lieu de croire que ce ne sont pas des 
jeunes du printemps ; elles sont d'ailleurs de la même taille et 
de la même couleur que l'exemplaire vide que nous avons 
trouvé en premier lieu qui probablement moins abiité dans le 
gite qu'il s'était choisi, aura succombé à la rigueur de nos gelées. 
Nous avons tout lieu de croire qu'elles vont coniinuer leur 
multiplication et s'ac.-limater parfaitement. 

Pour ce qui est de l'Hélix des bois (II. vemoralis), il n'y 
avait rien là de surprenant, vu que cette espèce est déjà accli- 
matée, depuis plusieurs années, à Anticosti. Les e.vemplaires 
que nous avons vus cueillis sur cette île ni)us ont paru pins 
ternes et plus ehétifs que ceux que nous avons apportés d'Eu- 
rope. 

Cette hélice est assez importune parfois en France dans 
les vignobles, où elle ronge les bourgeons des vignes à mesuie 
qu'ils se montrent, mais il y a tout lieu de croire qu'elle ne 
pourrait se multiplier si abondamment ici, et dans tous les cas, 
les vignobles sont assez rares pour que nous n'ayons pas à re- 
douter ses déprédations. 

Quand aux autres espèces plus petiteS; BuUinvs et Clau- 
silia. nous avons tout lieu de croire qu'elles ont péri, du moins 
nous n'en avons encore jamais retrouvé de traces. 



INSECTES NUISIBLES. 259 

INSECTES NUiSIBLES, 



Les clialenrs inusitées d'avril lions avaient fait appiéhender 
nn développement plus qu'ordinaire de nos insectes ennemis 
mais gvàce probablement à la basse tem-pératu'-e de m;ti, ou a 
quelque autre cause inconnue, ils paraissent, au contraire, moins 
nombreux que d'ordinaire. 

La chrysomèle de la patate (Chrysoraela decevili- 
ncata) s'est montrée plus à bonne heure cetle année, si biea 
que nous eu trouvions à chaque plant de pomme-de-teue avant 
même qu'ils fussent en dehors du sol ; mais il leur fallait 
attendre des ié.uilles pour déposer leurs ceufs; et par suite de la 
basse température, elles [;araissaient beaucoup moins aciives, si 
bien qu'aujourd'hui. 10 juin, aprè''; nous l'avouons, une chasse 
assez suivie —elles ne paraissent pas encore devoir se rendre bien 
redoutables. Nul doute aussi que la végétation activement 
excitée par les chaleurs de juin, va se montrer si vigoui-euse, 
que les plantes pourront supporter des* déprédations assez sé- 
rieuses sans en souffrir beaucoup. 

Le Néinate du Mélèse (Xeinatv,s Erlclisonli ). Les 
épiuettes rouges de notre voisinage ne donnent pas encore de 
signes de la présence de la redoutable peste; leur feuillage se 
développe luxurieux sans aucune attaque. Espérons que cet 
ennemi aura rencontré les siens propres pour restreindre sa mul- 
tiplication de manière à ne pas se rendre nuisible. 

Le Nemate du gadelier (Xcmatus venh'icosus), bien 
que surveillé attentivement, nous n'avons pu en prendre que 
trois ou quatre, et nos groseilliers et gadeliers ne montrent en- 
core aucune trace de la présence de leurs larves. 

L'Altise de la rave. (Pityllotvd.a vitlala). Celle-ci 
au contraire; est plus nombreuse qne jam'ds, et couvre Ici 
feuilles des radis pour les dévorer à mesure qu'elles soi tent d*^ 



2(30 LE NATURALISTE CANADIEN 

terre. Nous avons essayé des arrosages de cendre, mais sans 
effet la rosée du malin suffisait pour laver les feuilles, et les 
petites sauteuses lepaiaissaient aussi alerces et aussi nombreuses 
que jamais. Nous voulons essayer du sablj innprrgné de péirole 
sur le sol, nous pensons qu'il aura urr meilleur effet. 



NECROLOGIE 



Les journaux des Etats-Unis nous annoncent la mort de M. 
E'iward Tuckerman, professeur de botanique au collège d'Am- 
lierst, Maine. M. Tuckernam était âgé de 69 ans, étant né à 
Jîoston, en 1817 ; il était gradué de l'Union College et de la 
Harvard Law School. Bien que ffimilier avec les autres 
branches de la botanique, c'est spécialement à l'étude des Lichens 
que M. Tuckerman dbnna son attention. Il publia en 1843, 
une brochure sur les Laiches {Carex) dans laquelle il en énu- 
luère 223 espèces ; et une autre, en 1849, sur les Potamots, où 
il en décrit six nouveaux. Mais son ouvrage principal est son 
Genera L'icîieiiuin en 1872, avec son Synopsis of Worth Ame- 
lean Lichens pour lui faire suite en 1882. On pourrait lui 
lepiocher d'êtie un peu diffus, surtout dans son Genera, de 
s'étendre trop longuement sur des considérations critiques dont 
la leclure demande beaucoup de temps au lecteur, tout en le 
laissant encore dans l'incertitude sur une foule de points, 
cependant, son ouvrage n'en forme pas moins une source pré- 
cieuse où tous les lichénologues américains devront aller puiser. 
M. Tuckerman avait passé plusieurs années en Allemagne, à 
étudier la philosophie, l'histoire et la botanique. 



TABLE DES GRAVURES. 



Pages 

1. — Branche de prunier affectée de la Sphœria morhosa J3 

2. — Tranche d'un jeune no(iule ...., 13 

3. — Vue d'un jeune n(»dule, ]2 

4. — Section transversale d'un nodule, en mai , 16 

.5. — Intérieur d'une cavité renfermant des stylospores 16 

6. — Stylospores encore plus grossis 16 

7. — Une sporule reproductrice 16 

8. — Branche de Meleseattacjuee par les larves du liemaftvs Erich- 

sonii 94 

9. — Le Nematus JErichsomi, grossi 50 

10. — Cocon du Nematus Enchsonii 50 

11.— Branche de Méièse ayant subijle dépouillement de l'année pré- 
cédente 52 

\^,—Nymphœa odorata , 62 



TABLE ALPHABETIQUES DES MATIERES 



Paget'. 

Acclimatation — Mollusques 257 

ArithnK't'qne ..... , 257 

Aî-ceiision de i'Erna 65 

Association Aniéricaiiie i>our l'Avancement de la Science 87 

Bibliog-iapliie. — ^)//omo/w//m Americana. •22. — Biiliiiiii of the 
BfookhjH EntomoUujiatl Society, 2:i.~ Ha mlont N'otes ou 
JS^at lirai History, 2-1— Ti il in <f s from Nature, 23. — Tlie Na- 
turalist ill Florida, 2i —Gatalofjiie of Gaaailiaii fiants, I 75. 
— First contribution to Jcnowleclge of Ortliopteia of Kan- 
sas, 1 7-8.— List 0/ Coleoptera of North America, 17;).— Check- 
List of Ileniipfera-Heteroptera, 179, 211.— Catalogue géné- 
ral des Hyménoptèies, 1 9().— Esquisses hiogiaphiques des 
piiiicipau.Y entomologistes écoiioini(]nes de l'Aniériqne du 
Kord. \i>(i. —Beport of Experiments with varions insecticide 
substances, 2:27 .— Varieta e specie nuovedi imenoiteri, 227. 
Note sur les Eucalyptus géants de l'Australie, 2-.27.- Québec, 
passé, présent, futur. 228.— Sensibilité et niotilité des végé- 
ta u.v. 2-J8.—/Sefo h (? Ucporl on the Injurions Insf'fs of New- 
York ^ oog 

-B/ocA-.iiTi/o/, (lu Nodule noir 10 

Catalogue ds Unios gg 

Chasse aux spécimens 243 

Collaborateurs _ ^ j 

Congrès international des géologues ]9l 

Conservez vos numéros ... 25 



TABLK ALl'IIAliKTlQLIiS ])IC3 MATIElilCS 



2fî:{ 



Diflnsion des? animuiix 84 

Ecureuils éiiiig-iaiits 179 

EiiMeiiii!* (iu pommier. 72 

Entoiiiolonisto <i"Et.'it 39 

Erii'iirs en liistdire naturelle 59 

Etude dc 1 histoire iiutureile 59 

J'irude (1/) lies Sciences 26 

Etude de!< sciences naturelles ... 43 

Etudiez l'entuniiilogie .. , 240 

Eucalyptus (L.-) 2-11 

Excursiiin dans la terre d" Israel. 211 

Fécondation des Cy(>rij)èdes -. !U 

Fiftecittli Ainiii.'l Ju'porl of the EntonioUnjical Suvicfy of Ontario. 24 

Fnssilf (Un) 111 il a in au Me.xiijue . . 1(19 

G la HI ma ire (Une) orii^inale SI 

Haxkmatolc 45 

Hvs^iaii Fill 77 

Histoire (ly) 11: tu; el. e et rAgrifuliure 73, 8!> 

IiL^ecti-s iiuisil)i( s .. , 5(), 259 

Intelligeiue di ainnaux . (i3 

Larch Saw-Fni 45 

Manie des noms nouveaux 254 

Microbes 165 

Mo-aïijne de jKinulation 212 

IMuKttes 85 

iN6crolegie.-L Ahbé Dupuy. 83. -Dr. A. H. Atkin. 183.— Dr. W, 
Wood, j()3. — dis. li<d)iii, 1(3.— Dr. B. Carpenter, 104.— 

Cils. Ed J. M(Mivii, 226. — l'.d. 'i'uckeriiian 160 

Noiiule(Le) m. r 20 

Nos coniièics (i;ins le sac» i"doce . 2 

Nos éciiaiiges - 9 

Nos hommes hi irés 4 

Nns Institutions d'éducation 5 

Notes de v;tyaL <■ en Italie et en France 78 

Noire marche a l'avenir 6 

Notre publication I 

Nouveau (Un) Mollusque à Québec .... 82 

Non velle captii:'.' 104 

Nouvelle nublii .ilion sur l'iiistoire naturelle 22 

Payer d'avance 8 

Petites nouvelles :— A vie dure, 37. — Némate du Mélèse, 38. -15. — 

Clirysoiiièle de la pomme de terre. 38.— Cuscute 33 



264 LK NATUnALISTK CANADIEN 

Pétrole dans la Province de Québec 19 

Plantes des environs de Québec 60 

Plantes (Nos) indigènes loi 

Poissons hors de l'eau ■ 180 

Primes 57, 194, 245 

Quelques notes de voyage :— L'Américain, 216. — Le catholicisme à 
New-York, 229. — Le Protectorat catholirjue, \'-il. — Provi- 
dence, R. I. — Un magazin d'histoire naturelle, 2.38. — Woon- 
socket 

Remarques 40, 41 

Renvois 104 

Réponses à des correspondants. 41 

Saguenay (Le) — Essai de géographie physicjue l.*32, 197 

Saison (La) 241 

Serpent (Le) de mer 174 

Souvenir de Valachie 2()7, 221 

Table au Naturaliste 261 

Tamarach 46 

Tissu cellulaire des plantes 196 

Vieux Serin 88 

Visite (Une) aux glaciers des Alpes 34, 43 



TAB^E ALPHABETIQUE 



DES NOMS DE GENRES ET D'ESPÈCES. 



Piiges. 

Aiulrena clyjx'nta 244 

liii'tiecps 244 

nivalis 98 

jyarviila 97 

})rateiisis 97 

simplex . 244 

Anodoiita cj'giifea 209 

Aiithaxia inoniata 98 

Aiitliobiuni coiivexuni. 9(> 

Aiitiiopiiorii, teiiiiiiialis 9(5 

Ai|uil(gia Canadensis 25li 

Arctot^iaphylos uva-ursi 62 

Arahica 2.')6 

Ancia 2.')9 

Azariiiii Canadense 2ô:} 

HjKlister hipustiilalus 209 

BlMiibidiuin liiculiiin. 244 

Blechius taciatus 209 

luauiii.s. 208 

Blissns leuc(»i)terii8 .... 244 

Binciins pisi 7.ï 

Biilimiuus 255 

Biiliiiiuliis 255 

]} Il 11 ni us 255 

Biiliniis 525 

Cafiiis 244 

Calaiidra giaiiaria 75 

^\ Caipocapsa |)oinoiiella 72 



Cas.-^itj MadagascMiieiisis 58 

lula 59; 

Cetonia angiisiaia 2l)9 

speciosisfinia 208 

Clilcnonius iioloseiiceiis -Jôg 

Cliiysoniela decenilineiita 259 

Clematis veriicil hiris 61 

Cdllaria Meilleiirii 178 

Colletés 244 

Conns gubeiiiator 58 

Crepidoilera lielxines 244 

Cnscnia Grcniovii . ;i8 

Cyiiisea arai)ica .. v5fi 

anrantium .. .. 247 

canrica xiôB 

cieenila 2ô(; 

exusta 247 

iiivosii 247 

Scotti 247 

Cypripedium acaiile 95. 25."J 

arietiniini. . . 63. 161 

caiceolus, 97 

candiiiiiin 98 

parvifldi nm' 98 

piihescens 97 

spectaliile 95, 99 

Diica paliistris. 6.1 

Dolei us aiveii.>-is 244 

sericeus. 214 



266 



I.K NATURA^'ISTE CANADIICN 



Pag 



Dolicliu!^ flavicoriiis 

Dor-adioii Murrayi 
Dn'issena jxdyiiioi jilia . . 
Eriociiiilou tieptaiigiiiare 

EpargyrtMis tit3riit< 

Forgrt-me-iiot 

Fusus |>ro oscidii'eius. . . 

Git)t U- de-la- Viert/e 

GoiiiiictiMiii hipiiiicuua .. 

Haliclus ))il()sii.s 

Harpa iiiipe'iialis 

Helix austriaca 

ciiidiiii^i^ima 

caiiliaiia .... 

Cœsaicaua 

h(Mt(^ii!-is 

JHMUOl'allS 



])()iiiMtia . 
riite>cciis 



seipeiiuiia 

IcliiieiiiniHi fl I vie unis.. . . — 

]^el)ia Jill HI era lis 

litMUM iriiiiieata 

Letliius o])lial(it-i'S 

Li in 111 Caiiadciise 

Umax atirestis 

LiuKK-lioius cernes 

mystic 

LncaiiMS cer\ us 

Lygus prateiisis 

l^yiia \ esicaria 

Megachiie ceiitiiiicniaris 

meUuiojiliila 

Moremus fmicreiis 

Miirex Saiilise 

Myosotis i)alii.~tris 

Naliiiica coraciiia 

Kematiis EnclifOiiii :JS, 4') 

moiicla. 

veiitricosus ô~. 



22-i 

209 

G I 

99 

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247 
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2.59 
249 
254 



Pa 



N\Mii|ilifca odorota 

(Jiyctes giypiis 

Osiiiia viciiia 

Oxvlehis 



:)9. 



Pliyliolreta suiolata .. 

I'liysatocliiia plexa 

ronlederia cordata 

Pop 11 111 s Canadensis 

Prioninij'.v conicus 

P.sildptera Inuiibri.s 

Pteioc las liimbis 

Ptermiiaiiis iieiiiaticida 

I'lirpnra biseriata. 

B iiiclla pulciira 

li')stt'iiiiria, lectirosiris 

S ii>ut,<! (le ht rier;/e 

8aiigninaria Canadensis 

.Sa))cr<la Candida 

8|iiiœria, morbosa 

Seiiiioiellus ineianicnis 

S jtoudj'lns pictoriiui 

Su'iioiiema Leaii 

Sirombiis aiiratiis 

l.itissiniiis 

Syiii) horicarpiis vulgaris 

Tiij-ri ojins piilicariiis 

nnicolor 

T: icliins affiiiis 

Ti iosteum pertdliatiim . . 

IVnga Canadensis 

IJnio ladiatiis 

Valisiicria amerioana 

V^iola bianda 

Canadensis 

ciicnliata, 

Voluta iniperialis 

jiinonia, 

niaiiiiifica 



gos. 

(il 

209 

104 

•J44 

2.59 

244 

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62 

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5:j 

58 

247 

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7 1 

10 

244 

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2.56 

58 

247 

257 

244 

144 

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58 

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247 

2-17 

247 



ERRATA 



Page 30, Uffiie 15, au lien, de : si avant, lifies : si en avant. 
" 57, '• 3 du bas, an lieu de : à partir, lises : partir. 

58, *• 15 du haut " les gaj,^aiits " les gagnants. 
" 104, par une erreur dans la pagination, on a marqué la page sui- 
vante 165, pour continuer de ce nomltre. 
'* 228, ligne 7, du bas, au lieu de : o/XeiV-Yerk, lisez : of Xew-TorJi. 



LE 




Bulletin de recherches, observations et découvertes se 
rapportant à l'Histoire Naturelle du Canada. 



TOilir:: 8i:fZIEi11E 



L'ABBÉ ^. PKOVANCHER 

EÉDACTEUR-PROPKIÉTAIKE 




[ AUG 9 ibi; 



QUÉBEC 

C. DARVEAU, IMPRIMEUR-EDITEUR 
80, 82 et S4 Rue Lamontagne 

18-7 



LE 



CjîS'^^ 




^*i^^^^^^àr¥-¥^^#? 



Vo. XVI. Cap Rouge, Q., JUILLET, 189^. No. 1 



Rédacteur: M. l'Alibi; PUflVAXClILK. 



PRIMI^S 



Mai. 

Les numéros gagnants mt et 111 n'ont pas encore été 
réclamés. 

"" Juin. 

Numéros gagnants : 

1ère Prime ., ...." N^ 191 

2e " , N° 301 

N. B. — La personne aj-aut l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur la- 
couverture. 



Nos abonnés trouveront dans le présent numéro une 
udresse imiirimée avec un petit blanc à remplir ; ils n^au- 
ront, en conséquence, pour nous faire parvenir le montant 
de leur souscription, qu'à remplir le blanc, ajouter $2, 
renfermer le tout dans Venveloppe, puis mettre sur la dite 
.enveloppe un timbre de 3 cts, avec un autre de 2 cts pour 
l'enregistrement, et conûer le tout à la poste ; ils recevront un 
reçu en bonne forme par le retour de la malle. 

13 -Juillet 168C. 



2 LE NATURALISTE CANADIEN , 

KOTRE SEIZIEME VOLUME. 

Notre Seizième Volume sera à peu près ce qu'a été le 
quinzième pour la marche et l'ordre des matières. 

Dans la première partie de chaque livraison, nous traite- 
rons toujours de matières qui peuvent intéresser tout le monde, 
tant ceux qui n'ont jamais fait une étude particulière de l'histoire 
naturelle, que ceux qui s'en sont fait une spécialité; et dans la 
seconde partie, nous poursuivrons nos études des Hémiptères et 
des Hyménoptères, 

Nous étions loin de croire que la revue que nous avons 
commencée de ces derniers nous entraînerait si loin, mais les 
nouvelles captures, dues surtout à nos correspondants d'Ottawa, 
ont mis à notre disposition des matériaux en grand nombre que 
nous n'avions encore jamais rencontrés dans les environs de 
Québec. Eussions-nous d'autres chasseurs en plusieurs autres en- 
droits de la province, nous n'avons pas de doute qu'on nous 
fournirait des matériaux plus copieux encore et que de nom- 
breuses captures nouvelles, tant pour notre territoire que pour 
. la science, nous resteraient à signaler. 

Nous l'avons plus d'une fois noté, et nous nous sentons 
pressé de le répéter ici : On néglige beaucoup trop l'étude de 
l'histoire naturelle et eu particulier celle de l'Entomologie dans 
nos maisons d'éducation. On fait des cours classiques, des 
cours commerciaux dans des collèges spéciaux, sans connaître à 
peine le nom d'une science si utile. Nous disons si utile, car la 
gent insecte prélève aujourd'hui sur nous dételles contributions, 
que tous les gouvernements éclairés qui ont à cœur la prospé- 
rité de leurs administrés, sentent la nécessité d'employer des 
moyens, de chercher des armes contre cet ennemi redoutable. 
Et le premier pas à faire dans toute guerre n'est-il pas de con- 
naître son ennemi, de se mettre au fait de son nombre, 
de ses ressources, de ses allures, et même de ses ruses et 



NOTRE SEIZEEMK VOLUME à 

de ses perfidies ? Et puisqne avec l'ennemi actuel c'est 
à la science qu'il faut aller demander ces renseignements, ne 
convient-il pas que ceux qui s'initient aux ]»rincipes de la 
science prennent connaissance do celle qui nous intéresse si 
particulièrement ? 

. Mais c'est surtout dans les écoles d'agi'iculture qu'il con- 
viendrait de donner ces connaissances si utiles. Et nous avons 
tout lieu de croire que la négli^iii-nee et l'oubli à cet égard se 
font sentir là comme ailleurs. 

Qui dit cultivateur, dit homme des champs, homme atta- 
clié au sol, qui a continuellement pour devoir, par état, à comp- 
ter avec la culture des plantes. Or c'est sur ces mêmes plantes 
que l'agriculteur cultive pour le soutien de tous, que ce monde 
des infiuiment petits vient exercer ses dégâts. Ne conviendrait-il 
pas qu'il fit avant tout coniiaissance avec eux. Le tiers, la 
moitié, souvent la presque totalité de ses récoltes lui est ravie par 
ces impitoyables ravageurs ; pourrait-il demeurer tranquille de- 
vant leurs dégâts, être témoin impassible, insouciant, de ses dé- 
sastres, de sa ruine ? 

Loin de nous la pensée de faire un entomologiste de tout 
étudiant, de tout cultivateur. Ge ne serait là qu'une pure 
utopie. Mais il y a des connaissances générales que tout homme 
lettré ne peut ignorer sans honte, et que tout cultivateur soigneux 
doit posséder, s'il veut s'assurer le succès dans sa noble et sur- 
éminemment utile profession. 

Peut-on ignorer, par. exemple, les étonnantes métamorphoses 
des insectes ? Bourrez tant que vous le pourrez un élève de 
grec et de latin, comment saura-t-il que la rampante et souvent 
hideuse chenille qui ronge les feuilles, deviendra ce léger et 
brillant papillon qui prend ses ébats dans les airs, si on ne lui 
en a jamais parlé ? 

Le cultivateur ne trouvera dans l'épi de ses céréales qu'un 
petit ver à la place du grain, il verra ses légumes se dessécher 
et périr par ce que leurs feuilles seront toutes criblées de pi- 



4 LE NATURALISTE CANADIEN 

qûres on rongées jusqu'au rachis, etc., comment comliattra-t-il 
ces ennemis, s'il ne sait ni d'où ils viennent, ni ce qu'ils doivent 
devenir, qu'elle situation leur convient, ce qui peut leur être 
contraire ? etc. 

JS'e pourrait-on pas apprendie encore aux élèves des écoles d'a- 
piculture à distinguer lesd.fférents ordres d'insectes ? Ce serait 
du coup un grand appoint pour la guerre à faire à ces légions en- 
nemies. Comme tous les insectes se partagent, eu égard à la 
forme de \ex\v bouche, en broyeurs et en suceurs, ils pourraient 
de suite juger de l'efficacité des remèdes à employer pour dimi- 
nuer leur nombre. Les suceurs peuvent sans peine enfoncer 
leur trompe dans les tissus des plantes pour en pomper les sucs, 
sans être incommodés par les substances vénéneuses dont on 
les aurait couvertes ; taudis que les broyeurs s'eujpoisonneraient 
infailliblement en rongeant et avalant ces mêmes feuilles. 

Pourquoi ne leur apprendrait- on pas aussi à pouvoir déter- 
miner, en voyant une larve quelconque, quel genre d'insecte elle 
produira à l'état parfajt ? Ce serait encore là un point impor- 
tant. Voici un petit ver dans un bulbe d'oignon, par exemple ; 
quel insecte produira-t-il ? Une mouche. Pourquoi ? Par ce 
qu'il n'a pas de pattes et que c'est le propre des larves de mou- 
ches ou de diptères, fîg. 1. Eu voici un autre dans le sol qui n'a 
que 6 pattes près de la tête. Que deviendra-t-il ? Un coléoptère ou 
barbeau, par ce que leurs larves se distinguent ainsi, fig 2, Mainte- 
nant voici une chenille qui ronge des feuilles de pommiers, de 
pruniers ; que produira-t-elle ? Un papillon, ]iar ce qu'elle a 3 
paires de pattes cornées près de la tête, et 5 autres paires de 
pattes membraneuses plus en arrière, fîg. 3. Mais tout à côté, sur 
un gadelier, voici une autre chenille qui ronge aussi les fenilles ; 
fera-t-elle, elle aussi, un papillon ? Non parce ce qu'en outre 
des 6 pattes cornées près de la tête, elle a 8 paires de pattes 
membraneuses, ce qui lui fait en tout 22 pattes, fîg. 4, tandis que 
les larves des papillons n'en ont jamais plus de 16. Au lieu d'un 
papillon, elle produira une guêpe ou hyraénoptère, espèce de 



UN NOUVEL ENNEMI DU POMMER 



mouche à 4 ailes transparentes, tandis que les vraies mouches ou 
diptères n'en ont jamais que deux. 

Ce sont là des connaissances faciles à acquérir et d'une 
grande importance pour la guerre que nous avons constamment 
à soutenir contre la gent insecte. 




A 



]■ ig. 3. — Lai- . e du l'hiiix do la Caroline, de grandeur 
1 atiiiellf, el o c(inipto 16 pattts : en anglais caterpillar. 



Fi?. -3— Larvo 
du C'ihiS ma c.n- 
lulniii : en an- 
glais griib. 
Kg. 1. 

I,ai V- do, • 

la inoncho 

des ma sons 

(grossie) ; en 

anglais maggot. 




r'g. -1 — Une iarve de iVewirt/Ms ; 
elle compte 2-2 pattes ; en an- 
glais woriiiyfalse eaterpiUar. 



Le cultivateur d'or linaire ne regarde les choses que de loin, 
■sans se mettre en peine d'observer de plus près pour se rendre 
compte de ce qui peut être la cause de son insuccès. Il voit les 
épis de ses céréales vides de grains, les feuilles dans ses prairies 
jaunir et se dessécher, ses choux dévorés par des chenilles, ses 
navets criblés de piqûres, etc., etc." ; ça ne réussira pas, se dit-il, 
et il passe outre, absolument comme si ces pertes étaient le ré- 
sultat d'un accident de température, d'une grêle,- par exenîple ; 
c'est là un défaut. Tout ce ([iii a vie peut être poursuivi, 
combattu, entravé dans sa. marche, et souvent exterminé. Il 
faut donc, à la première apparence d'un dégât quelconque, se 
rendre compte de sa provenance, se mettre pour ainsi dire en 
embuscade pour reconnaître l'ennemi qui nous attaque ainsi, 
puis prendre aussitôt les armes pour lui off lir une vigoureuse 
résistance. Chaque cultivateur devrait avoir sa loupe dans sa 
poche, et du moment qu'il remarque quelque signe de souffrance 
dans ses cultures,' observer étroitement pour reconnaître d'où 



IE NATCEALISTE CANADIEN 



vient le défaut. Observer, se rendre compte, rc'flécliir, c'est la 
base sur laquelle s'appuie toute science, le point de départ de 
tout progrès, et la pratique habituelle de tout homme sage. 



UN KOUVEL ENNEMI DU POMMIER 



Dans une excursion que nous fîmes l'été dernier, dans le- 
cours de juillet, à Bécancour et à Ste-Gertrude, on attira notre- 
attention sur grand nombre de pommiers qui, vigoureux et 
pleins de vie, avaient un certain nombre de branches sèches et 
d'autres en voie de le devenir. Nous crûmes d'abord avoir 
affaire à quelque insecte ; mais au pied nulle trace de la pré- 
sence de la saperde ou ver rongeur, et de même sur les branches 
affectées nulle apparence de galles ou d'attaques quelconques. 
Nous fendîmes plusieurs de ces branches, et ne pûmes décou- 
vrir aucun indice de la cause de leur mort, le bois étant sec et 
parfaitement sain en apparence. Nous en conclûmes que cette 
maladie devait très probablement être due à la présence d'uu 
champignon, bien que nous n'en découvrîmes aucune trace évi- 
dente. Voici que nous recevons une lettre de Somerset d'un 
correspondant qui se plaint de la même maladie et nous donne 
de nouveaux détails. 

• Somerset, 8 juillet 1886. 

M. le Rédacteur, 

" L'affection sur les pommiers, dont je vous ai déjà entrete- 
nu, se répand rapidement et menace de devenir tout-à-fait désas- 
ti-eusc. Je l'ai ]'enc()ntrée partout à Somerset, à Sainte-Sophie, à 
Danville, etc. Déjà un certain nombre, parmi les arbres les plus 
promettants, sont morts, et d'autres souffrent beaucoup. Je suis 
j)orté à croire avec vous que cette affection est due à un champi- 
gnon microscopique, cai- j'ai remarqué que la maladie commen- 
çait toujours à se nu)nti-er par une espèce d'exsudation sur certai- 
nes parties de l'écorce de branches vigoureuses et à écorce lisse. 
Au bout de quelques jours, ou voit les ieuillesavoisiuant la partie 



^'0S CANTONS DE LEST 



attaquée se faner et }>é;ir, et peu après la branche tout entière. Il 
n'est pas rare devoir deux et trois rameux ainsi desséchés lorsque 
■ la branche est encore vivante à l'extrémité ; mais cette branche 
finit toujours par périr plus tard. 

" Oomme vous nie l'^iviez conseillé, je me sais tenu aux 
aguets, et chaque fois c[ue j'ai reconnu une exsudation sur une 
branche, je l'ai aussitôt coupée et jetée au feu, et mon verger, 
malgré toutes ces an)putations, ]^résente encore une assez belle 
apparence et prf)met pour cette année une abondante récolte. Je 
crois que si tons les proitriétaires do verger en agissaient ainsi, 
nous pourrions nous mettre à Vi\\)v\ de cette maladie qui menace 
de faire ]iérii' jusqu'au dernier pwmmier, comme le nodule noir, 
cet auti'e idiampignon dont vous nous avez entretenu, a fait périr 
tous Iss pruniei's de la côte de Beaupré. 

" Je vous serai obligé si vous avez quelques nouveaiix rensei- 
gnements à me donner sur le sujet, de vouloir bien en faire part 
à vos lecteurs du NaturalUte." 

Louis 3I0RISSET. 

Ces détails ne nous laissent plus de doutes sur la présence 
d'un champignon microscopique. Nous n'avions vu l'année 
dernière que des branches desséchées sans aucune tache de colo- 
ration ni de granulations, proljablement par ce que la saison 
était trop avancée, et que le champignon avait alors terminé sa 
croissance. Mais ces exsudations qu'a remarquées notre cor- 
respondant .sont sans doute les spores du champignon que pro- 
duisait le mycélium introduit dans le tissu de la branche par les 
pores de l'écorce. 

Quel est le nom de ce champignon ? est-ce une espèce nou- 
velle ? C'est ce que nous ne pourrions dire ; nous nous proposons 
de souinettre des parties de branches affectées à des microscopistes 
spécialistes pour êire sûrement renseigné à cet égard. En at- 
tendant, si tous ceux c[ui ont des pommiers veulent les conser- 
ver, qu'ils fassent comme notre correspondant, qu'ils coupent 
les branches dès qu'ils les voient affectées, et les jettent au feu^ 
Car s'ils se contentaient de couper les branches pour les laisser 
là, le champignon continuerait tout de même à mûrir ses se- 
meuses pour les répandre dans l'air et renouveler l'affection 
l'année suivante. Il faut une actiom prompte et simultanée 
pour avoir raison de ce nouvel ennemi. 



LE NATURALISTE CANALxEN 



KOS CANTONS DE L'ES' 



A toiit homme- qui travaille, il faut du repos, et plus que 
tous les autres, peut-être, les ouvriers de la plume, ou plutôt 
du cerveau, ont droit de réclamer ces intermittences du labeur. 

Les citadins se plaisent souvent à répéter qu'il leur est 
nécessaire de se sou.straire parfois à la poussière des rues, aux 
pavés réchauffes, à l'air emprisonné des villes, pour aller respi- 
rer à pleins poumons Vair pur des champs et des bois, raviver 
leur estomac par les douces émanations qu'offre partout le luxu- 
riante végétation de nos campagnes en été, savourer les jouis- 
sances qu'offre de toutes parts le spectacle grandiose de cette 
nature si riche, si variée, sans jmreille, qu'offre notre pays dans- 
presque toute son étendue, pour ainsi dire : beautés naturelles 
incomparables, qu'aucune contrée du globe ne saurait surpasser 
en majesté, en variété, en pittoresque de tout genre, et que la 
plupart d'entre elles peuvent avec raison nous envier I Nos 
forêts sont à perte dé vue, et font encore étalage de leur virgi- 
nale beauté ; nos lacs' se traduiseiit en mers d'eau douce, nos 
rivières en fleuves incommensurables, nos cascades en cataractes 
stupéfiantes par leur élévation et la masse d'eau qu'elles préci- 
pitent dans leurs abymes insondables I Le grandiose côtoie 
partout le sublime, et on peu à peine se déplacer sans se trouver 
eu face de merveilles de tout genre. 

Pour nous, cependant, qui, à quelques milles seulement de 
notre capitale, habitons une retraite à la campagne, où nous 
recevons tous les jours les suaves émanations des champs, en 
fleurs, des foins odoriférants qui se fanent, de la fraîcheur que 
conserve la verdure des bois, nous sentons moins que les cita- 
dins cette nécessité d'un changement d'air ; nul besoin pour 



NOS CANTONS DK L EST 9 

nous de nous éloigner pour cliercber la solitude, nous jouissons 
de tous ses avantages sans nous déplacer, et nous pourrions 
avancer, que contrairement aux gens des villes, c'est la distrac- 
tion que nous allons chercher lors'juenous'sortons, mais que nous 
ne nous accordons cette jouissance que lorsque de pressantes 
raisons nous en font une espèce de nécessité. Nous pourrions 
encore ajouter que nous garderions avec plaisir -indéfiniment 
notre retraite, si en nous déplaçant, nous n'avions pas toujours 
l'espoir de pouvoir, par quelque heureux hasard, pénétrer plus 
avant dans l'étude de l'histoire naturelle de notre beau pays. 
La configuration topographique des diftérents lieux, la constatation 
de la croissance de telle ou telle plante en chaque endroit, la 
rencontre qu'on peut y faire de tel on tel insecte, etc , ont toujours 
pour nous un intérêt tout particulier. Et que de précieuses 
découvertes n'avons-nous pas faites parfois, dans ces courtes 
pérégrinations! Hélas! le nombre des observateurs de la. 
nature est si restreint en notre pays, les renseignements que 
nous pouvons recevoir sont si bornés, et nous nous voyons 
poussé si rapidement à cet âge où nous n'aurons plus à compter 
qu'avec Texj érience des autres, que nous voudrions, s'il était 
possible, inspecter nous-même, voir de nos yeux toute l'étendue 
de notre territoire, et faire l'histoire-, au point de vue de ses 
productions naturelles, de chacun de ses recoins. Et voilà 
pouri^uoi, chaque fois que l'occasion se présente de nous éloigner 
quelque peu sans prendre trop sur notre tem^ s, nous la saisis- 
sons avec empressement, dans le but d'acquérir quelques con- 
naissances nouvelles, de faire des reconnaissance utiles, et de 
courir la chance de qirelque nouvelle découverte. 

Qu'on n'aille pas croire toutefois que dans tous nos voyages 
les plantes et les insectes seuls puissent captiver notre attention ; 
oh! il est une espèce de poésie à laquelle aucune âme bien née 
ne peut-être insensible, c'est celle que révèle aux yeux de l'ob- 
servateur intelligent le spectacle des merveilles que la nature 
étale de touies parts, et nous avons d'autant plus de plaisir à la 



10 IK NATURALISTE CANADIEN 

goûter cette poésie, que nous avons trouvé, dans les diverses 
contrées de l'ancien monde que nous avons parcourues, des 
termes de coinparai,-,on qui laissent tout l'avantage à celle que 
nous habitons. Plus nous parcourons notre pays, et plus nous 
admirons ses incomparables beautés, le grandiose, le sublime que 
ses accidents de conformation nous présentent en tant d'endroits. 
Qu'il nous fjiit plaisir aussi, brsque nous entendons des 
admirateurs du beau s'extasier devant les merveilles de la 
Toute-Puissance étalées dans des monts altiers, des lacs ma- 
jestueux, des forêts d'une richesse infinie, de reconnaître dans 
un tout petit insecte des merveilles non moins étonnantes que 
nous révèle la loupe, dans la richesse de ses téguments, l'origi- 
nalité de sa conformation, le nombre et la forme ingénieuse des 

/ . . ... ? 

armes et outils à sa disposition ; onii'ahilis Deus in omnibus 

operihns suis ! Si les cieux formés des mains du créateur, 
comme l'a chanté le prophète, nous révèle sa toute-puissance, 
l'industrie du plus petit insecte, la forme de la plus humble 
fleur n'en proclament pas moins sa sagesse et sa bonté. 

C'est donc avec empressement que nous nous sommes joint 
à la presse de la Province de Québec dans son excursion annu- 
elle qu'elle faisait cette année dans nos cantons de l'Est. 

A bord du Montréal. — Représentants de ]a pre^^e. — Déjeûner à Montréal. 
— Le Grand-Tronc. — St-Hj^acinthe; visite de la ville ; dîner public ; 
M. de Labruyère. — Sherbrooke; visite des environs. — Magog, sa 
Tuanufacture de calico. — Navigation da lac Mem plirani agog. — Pas- 
sage de la ligne 45. — Newport, ses environs. 

C'est vendredi le 30 juillet, qu'à 5 h. P.M., l'Association 
de la Presse-associée montait à bord du Montréal, de la Com- 
pagnie du Ptichelien, pour sa grande excursion 'annuelle dont le 
programme était tracé comme suit : Québec, Montréal, St- 
Hyacinthe, Sherbrooke, Magog, Newport, Waterloo, Knowlton, 
Cowans ville, Chambly, Sorel et Québec. 

Voici quels étiiiciit Ips journaux représentés au début à 
bord du Montréal : 



NOS CANTONS PE L'EST 11 

L'Echo du Golfe, representee par M, Pouliot, avocat de 
Tîim'ouski, et nièce. 

La Gazette des Ca'ïivpagncs, représentée par MM. Proulx, 
père et fils. 

Le Telegraph, représenté par M. Carrell, président de notre 
Association, Dame Carrell et Dlle Butchard. 

Le Courrier du Canada, représenté par le Dr Dionne, 
Secrétaire de l'Association, dame et enfant. 

Le Mercury, représenté par M. Cary, et demoiselle Cary. 

Le Nouvelliste, représenté par M. Eouillard, M. N, Levas- 
seur, Vice-président de l'Association, et dlle Langevin de Min- 
neapolis. 

U Enseignement Primaire, représenté par M. J. B. Clou- 
tier, dlle Cloutier, dame et dlle Fiché. 

Le Quotidien, représenté par M. Mercier, dame et enfant. 

Le Journal de Québec, représentépar M, T. Levasseur 
dame L. et M Bellerive. 

Le Canadien, représenté par M. Demers et dame. 
Le Journal D' Agriculture, représenté par M. B. Lippens. 
Le Naturaliste Canadien, représenté par M. l'abbé Pro- 
vanclier, et dlle Provancher, de Woousocket, 11. I. 

Le Canada, d'Ottawa, représenté par le Dr Valade et 
dame. 

Nous sommes accueillis à bord avec la courtoisie qui dis- 
tingue le Capt. L. H. lloy, commandant du vaisseau, et après 
un excellent souper, qu'on avait eu l'attention de nous servir à 
une table spéciale, et en maigre pour accommoder les catholiques, 
nous nous répandons sur le pont du vaisseau pour admirer les 
sites majestueux que nous offrent de toutes parts les rives do 
notre beau fleuve, et faire en même temps une connaissance 
plus intime de tous ceux qui s'étaient enrôlés pour l'excursion. 



12 LE NATURALISTE CANADIEN 

Lo'rsque l'obscurité et la fraîcheur de la nuit nous engagè- 
rent à nous ranger à l'intérieur, nous cherchâmes dans la musi- 
que et le chant, à compenser les charmes de la vue par les 
satisfactions de l'oreille. Avec M. N. Levasseur au piano, nous 
avions le principal appoint d'une agréable soirée, et nous dûmes 
à un heureux hasard, de pouvoir improviser un concert qui 
aurait pu en éclipser bien d'autres préparés à grands frais. Nous 
nous étions plus à écouter les voix douces et mélodieuses de 
dllfs Cloutier, Provancher et autres, mais voici qu'on nous 
présente les deux meilleurs voix d'hommes de Montréal, dans 
MM. Lefebvre et Maillet, le premier comme baryton et le 
second comme ténor. On laisse à peine à ces messieurs le temps 
de nous réjouir de quelques solos, qu'on forme aussitôt un 
chœur où plusieurs morceaux sont enlevés avec un entrain et 
accord des plus agréables. 

Aux Trois-Rivières nous prenons de nouvelles recrues dans 
la personne de MM, Rivard, du Courrier de Louiseville, L. H. 
Miueau, demoiselle et fils. 

Samedi le 31, à 6 h. du matin, nous touchions le quai 
de Montréal. M. Durocher, le courtois propriétaire de l'hôtel 
Richelieu, était là qui nous attendait avec ses omnibus et ses 
carosses. Ne voulant pas en céder aux compagnies de naviga- 
tions et de chemins de fer, qui toutes nous avaient accordé le 
passage gratuit pour tout notre parcours, M. Durocher nous 
avait prévenus par un télégramme qu'il nous offrait généreuse- 
ment le déjeûner à son hôtel. Comme il nous fallait nous 
rendre à la gare Bouaventure pour 8 h. et quelques minutes, 
nous nous empressons de faire honneur aux mets variés dont 
notre généreux hôte avait chargé ses tables, et nous reprenons 
aussitôt ses magnifiques voitures pour nous rendre à la gare. 

Arrivés à la gare, M. W. .M.. Edgar, agent général du 
Grand-Tronc, par une bienveillante attention à laquelle nous 
étions loin de nous attendre, met un char spécial à notre dispo- 
sition, et sans plus tarder nous nous y installons. Notre Prési- 
dent, M. Carrell, crut devoir alors adresser des remercîments à 



BIBLIOGEAPHIE 13 

M. Durocher jiour sa gviiereiise hospitaliU', et les approbations 
de tous ne lui permirent pas de douter qu'il n'était en- ce faisant 
que l'organe d'un chacun de nous. M. Durocher lui répondit 
en termes fort heureux, se.gloriiiant d'avoir pu faire les hon- 
neurs de sa maison à un corps aussi important que la presse. 

Nous étions à peine en mouvement, qu'un facteur du train 
vint inspecter les billets; ayant remarqué que plusieurs mes- 
sieurs avaient déjà le cigarre ou la pipe à la bouche, il voulut en 
proscrire absolument l'usage; mais il avait à peine renouvelé 
son injonction, qu'on entendit notre actif secrétaire, M, le Dr 
Dionne, proclamer à haute voix: "messieurs, ce char est à 
notre usage exclusif, ce sera l'ahaire pour ceux qui voudraient 
y fumer, d'avoir l'assentiment des dames qui les avoisinent." 
Sans vouloir blâmer le facteur qui n'obéissait sans doute qu'à la 
consigne ordinaire, cette proclamation n'en fut pas moins reçue 
avec de chauds applaudissements. 

Nous remarquons plusieurs nouveaux compagnons de voy- 
age dans le char qui se sont joints à nous à IMontréal, ce sont : 
M. Pansereau, représentant le Monde, M. Brossoit et 2 dernoi- 
selles, représentant le Progrès de Valleyfield et M. l'abbé Huart, 
du Naturaliste. 

Nous n'avions pas encore mis le pied à terre à St-Hya- 
ciuthe, que la fanfare de la ville nous régalait de ses roulades, 
au milieu d'une foule considérable qui s'était portée à la gare. 

MM. de la Bruyère, Desmarais, Dr St-Gertnain, le maire 
Dessaules, sont là pour nous souhaiter la bienvenue et nous 
conduire dans la ville. Nous passons de la gare sans nous 
arrêter, à la visite des nombreuses manufactures qui font la pros- 
périté de cette ville : manufacture d.e tissus en laine, de tricots 
de tout gonre, de chaussures, etc., etc., qui toutes emijloient-un 
grand nombre de personnes; aussi pouvons-nous remarquer en 
passant près du marché que les paroisses environnantes sont 
largeraont mises à contribution pour la sustentation de tant de 
personnes ne vivaut qu'à prix d'argent. 

A suirrc. 



14 LE NA.TURA.LISTE CANADIEN" 



iJlBLIOGlIAPiïll^] 



Report of the Dominion honorary Entomoluglst, James 
Fletcher. — Ottawa. 

Ce rapport, qui n'est que le second de la série, est rempli 
d'une foule de renseignemeuts des plus utiles, pour les cultiva- 
teurs, les horticulteurs et les amateurs en géoéral. 

M. Fletcher, après avoir donné les détails les plus intéres- 
sants sur un grand nombre d'insectes qui attaquent: lo les cé- 
réales ; 2o les fourrages ; 3o les légumes ; 4o les fruits ; 5o les 
arbres forestiers et d'ornemeut ; 60 les plantes de jardins, re- 
produit deux conférences données par lui devant la Fruit 
growers Association de la Nouvelle-Ecosse, dans lesquelles il 
s'efforce de faire ressortir surtout l'importance des connaissances 
entomologiques pour tous ceux qui donnent leurs soins à retirer 
du sol quelque produit par une culture quelconque. 

Nous avons dans la gent insecte, un ennemi de nos cultures 
puissant, innombrable, rusé, continuellement à l'œuvre, souvent 
presque invisible, ne signalant sa présence que par ses dégâts, 
lorsque le maraudeur même se soustrait à nos recherches, contre 
lequel il faut être continuellement en garde. Un moment d'in- 
attention ou de néghgence de notre part suffit souvent pour 
lui assurer des victoires faciles qui ne sont pour nous rien 
moins que désastreuses. 

Et telle est l'importance des connaissances scientifiques à 
cet égard, qu'elles nous ont mis en moyens, nous pourrions dire 
dans chaque cas, de faire face avec avantage à cet ennemi re- 
doutable. Tantôt c'est en l'attaquant de front, couiuie en appli- 
quant le vert de Paris au barbeau de la patate, l'ellétwre ou le 
pyrèthre aux gadeliers, rosiers, etc. ; tantôt en mettant obstacle 



lilBLIOGRAPIIIE 15 

à sa propagatioD, comme en détruisant les œufs du même bar- 
beau de la patate, en tendant des trappes aux femelles des noc- 
tuelles du ver de la pomme, des chenilles arpenteuses etc., 
avant leur ponte ; d'autrefois c'est en se soustrayant pour ainsi 
dire à ses attaques, en devançant ou prolongeant par le temps 
des semailles l'époque où telle ou telle culture est susceptible de 
souffrir de ses attaques, comme on le pratique pour la mouche 
à blé ; d'autrefois enfin c'est par des moyens encore plus détour- 
nés, comme en lui offrant eu pâture des plantes qu'il préfère à 
celles de nos cultures, soit pour le détourner de ses attaques, ou 
l'attirer sur ces plantes pour pouvoir l'exterminer plus facile- 
ment. 

Une belle victoire sur la gc^it insecte ilue à la science et à 
l'observation, est celle que l'on a remportée derniôrement sur le 
ver de la graine de trèfle, Cecidomyia leg andni cola, Lintuer. 
C'est une petite mouche qui dépose ses œufs dans les têtes 
mêmes du trèfle au moment où elles se forment. Le petit ver 
qui en éclot se met aussitôt à ronger l'embryon de la graine, et 
à la récolte, on n'a plus que des balles vides et desséchées. Et 
tel est le ravage de ce petit ver que la seule province d'Ontario 
qui en 1883 produisait pour 8<j-18,000 de graine de trèfle, se 
trouvait au bout de deux ans seulement forcée d'en demander à 
l'étranger. Les producteurs en étaient à se lamenter sans pouvoir 
trouver de remède au mal, lorsque l'observation fit reconnaître 
que les petits vers laissaient d'ordinaire les têtes de trèfle dans 
la première quinzaine de juin, pour s'enfoncer dans le sol et re- 
paraître vers la mi-juillet à l'état parfait, juste en temps conve- 
nable pour déposer leurs œufs sur lés têtes de la seconde pousse 
et faire aiusi manquer la- seconde récolte qui était toujours la 
plus abondante. On a tenté de faucher de honne heure la pre- 
mière récolte ; mais le fond des charrettes employées pour le 
transport devenait tout jaune par la quantité de vers et de co- 
cons ({ui se détachaient des têtes, et tombant sur le sol, ces 
cocons subissaient de même leur métamorphose et fournissaient 
tout de même les mouches pour attaquer la deuxième récolte. 



1(3 'LE NATURALISTE CANADIEN 

Quelqu'un suggéra alors de faire pâturer la première récolte ; et 
ce moyen réussit parfaitement. Les animaux en mangeant les 
têtes au moment ou même avant la floraison, détruisaient et 
(j'.ufs et larves qui s'y trouvaient renfermés. On n'a plus alors 
à redouter que les éclosions qui peuvent se faire sur les trèfles 
en dehors des cultures, et la négligence de ceux qui retarde- 
raient à employer le remède; car la recette pour être efficace 
exige une application générale. 

La version française de cet important rapport sera prochai- 
nement livrée au public. 

Fourth Report of the United States Entomological Com- 
mission. — Washington, 1885. 

Ce Eapport, volume in-8 de 548 pages, avec 64 planches dont 
quelques unes coloriées, n'étant qu'une nouvelle édition du T3nl- 
letin No 3 de la mê.me Commission, s'occupe presque exclusi- 
vement des insectes nuisibles au coton, et plus particulièrement 
des deux plus redoutables, les chenilles de la noctuelle Aletia 
hyalina, Say (Cotton-Worm) et celles de la noctuelle Hellothis 
aronigera, Hiibner. Ce volume qui a un intérêt tout particulier 
pour les régions où se cultive le coton, renferme encore une 
feule de détails précis et scrupuleusement notés sur la vie et 
les habitudes des insectes dont tous les entomologistes peuvent 
faire leur profit. 

Nos reraerciments à M. Eiley, le Président de la Commis- 
sion, pour l'envoi de ce volume. 



JS^os lecteurs voudront bien nous pardonner le retarda de 
ce premier numéro de notre nouveau volume, nous avons cru, 
dans l'intérêt de notre santé, devoir prendre quelques se- 
maines de vacance. Nous espérons reprendre tout prochaine- 
ment le temps perdu. 



i_.:e] . 




Vo. XVI. Cap Rouge, Q., AOUT, 1886 • No. 2. 

Rédacteur: Jl. IMbbc PIUIVAMIIILR. 



PRIMKS 

Les numéros gagnants de mai, 211 et fllf, et ceux de juin 
191 et SOI, n'ont pas encore été réclamés. 

Juillet. 
Numéros gagnants. 

1ère prime — Un microscope pour insectes No. 88 

2e " — Une coquille, Voluta vespertilio No. 256 

N. B.— La personne ayant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur la 
ouverture. 



Deux abonnés, l'un de Québec et Vautre de Bécancour, 
ont omis leur signature' en nous envoyant leur abonnement. 
Ils pourront se reconnaître s'ils ne reçoivent pas de reçus, et 
nous les prierons alors de vouhÀr bien nous faire connaître 
quels étaient cesjransmetteurs. 

Nous offrons ici nos sincères remcrcîments au grand 
nombre de ceux qui oiit bien voulu nous transmettre de suite 
leur souscription, et nous prions les autres de vouloir bien suivre 
leur exemple. 

■:i— Août lf86. 



18 LE NATUlîALISTE CANAUIEK 

NOS CANTONS DE L'tST. 

[Continué de la page 13). 

La visite des manufactures de St-Hyacinthe nous occupa 
tout l'avant midi, si bien que lorsqu'on nous ramena à l'hôtel 
Yamaska, il passait déjà 11 i h. 

Nous revînmes tous fatigués, épuisés de cette marche assez 
longue, mais plus fatiguante encore par les ascensions et des- 
centes des divers ateliers que nous avions visités, et l'air échauffé 
de ces salles, le plus souvent tiop ini] arfaitement aérées. Aussi 
entendions-novis ré] éter de toutes parts qu'on se sentait de 
bonnes dispositions jour la table, et qu'on avait grande hâte d'y 
être installé. 

Les autorités civiques avaient eu la générosité de nous of- 
frir le dîner aux fiais de la ville. Aussi rêtiouvâmes-nous à 
l'hôtel la superbe fanfare qui avait salué notre arrivée, et vîmes- 
nous avec plaisir les tables se charger de mets, dont ra])parence et 
l'odeur nous étaient une garantie de l'occasion que nous allions 
trouver de satisfaire amplement le besoin qui nous tourmentait 
dans le moment. Cependant, pour nous, et notre compagnon prêtre 
M. Huart, étant avant tout ecclésiastiques, nous n'hésitâmes pas à 
nous séparer un monunt de nos généreux hôtes, pour aller 
rendre nos hommages au digne évêque du diocèse, dans lequel 
nous comptons un parent, un co-paroissien et un compagnon de 
collège. 

Nos compagnons de route n'en étaient encore qu'aux santés, 
lorsque nous revînmes les rejoindie, et nous pûmes tout à notre 
aise écouter les discours patriotiques, entraînants, spirituels, 
avec lesquels on faisait écho à chacune. La fanfare était tou- 
jours là, sous les fenêtres, pour mêler, ou plutôt pour faire al- 
terner des flots d'harmonie à l'extérieur avec les flots d'éloquence 
qui coulaient à l'intérieur, St-Hyacinthe possède une fanfare 
qui peut se mesurer avantageusement avec les meilleures du 



NOS CANTONS DE LEST 



19 



pays, chacun des menibi-es qui la composent semble se jouer des 
plus grandes difficaUés d'exécution que sa partie peut lui pré- 
senter. 

Immédiatement après le dîner, arrivèrent de superbes voi- 
tures, la plupart à 2 chevaux, pour nous faire visiter les envi- 
rons de la ville. Avec notre actif Président, M. Carrell, nous 
prîmes place dans la voiture de M. le maire Dessaules, qui ne 
cessa tout le temps de se montrer plein d'attention, et de préve- 
nances. 

Nous nous arrêtâmes d'abord au couvent des Sœurs de la 
Présentation, imposante et solide construction dont les propor- 
tions, les vastes salles, la chapelle, ta tenue irréprochable de 
toute la maison, frappèrent vivement ceux qui n'avaient pas en- 
core eu, comme nous, l'occasion de visiter ce superbe établisse- 
ment. 

De là nous passâmes au collège, qui n'est qu'à quelques ar- 
pents plus loin. 

De toutes nos maisons d'éducation, il n'en est point comme 
le collège de St-Hyacinthe dont l'aspect soit si riant, si enchan- 
teur. Avec ses gazons tondus, ses bosquets, ses kiosques, ses 
pièces d'eau, ses allées sablées toutes bordées de fleurs les plus 
variées dans les sinuosités de leurs dédales sans fin, on a peine 
à croire que ce soit là l'entrée d'une maison de retraite, d'étude, 
d'un laboratoire de la pensée, que le gamin impatient qualifie 
étourdiment de prison, mais que l'élève plus sérieux n'hésite ■ 
pas à appeler un asile de paix, de douces joies, et de contente- 
ment. 

Il y avait bien sept à huit ans que nous avions visité le 
collège de St-Hyacinthe, alors que M. l'abbé F. X. Burque, 
maintenant curé de Fort-Kent, dans le Maine, en était profes- 
seur, et partageant nos goûts, prenait part à nos études de la 
floie et de la faune de notre Province, avec cette activ.té, cette 
ardeur qui le distinguent dans tout ce qu'il entreprend. Le 
jardin paysagiste se montrait déjà comine aujourd'hui, avec ses 



20 LE NAXrilALISTE' CANADIEN 

allées, ses massifs, ses gazons etc., mais c'était alors l'enfance, et 
aujourd'hui c'est l'adolescence, la virilité ; la barbe a crû au 
jeune homme, les arbrisseaux sont devenus des arbres ; les 
ombres ont empiété sur la lumière ; la statue de l'immortel 
fondateur, M. Girouard, faisait alors miroiter de tous côtés son 
airain étincelent, et aujourd'hui, les feuilles des arbres qui ont 
crû à' ses côtés la maculent d'ombres diaphanes et mobiles. Et 
le dirons-nous ? s'il nous était donné de choisir, nous préfére- 
rions l'humble étalage d'autrefois, aux luxuriantes proportions 
d'aujourd'hui. Mais la jeunesse, l'enfance est fleur qui passe, 
et quelque riante, quelque attrayante qu'elle soit, on ne peut la 
retenir ; il faut remplacer forcément ses charmes éphémères, par 
des qualités plus solides et plus durables. 

M. le Supérieur Ouellefe nous attend sur le vaste perron 
ardoisé, et nous fait les honneurs de la maison avec cette urba- 
nité, cette aisance de manières qui le distinguent. ISîous jetons 
un coup d'œil seulement sur les différentes salles, mais nous 
nous arrêtons davantage à la chapelle, qui a été construite 
depuis notre dernière visite. Cette chapelle, sans pouvoir 
atteindre le chef-d'œuvre, tant dans son plan que dans son exé- 
cution, offre cependant un aspect des plus agréables, et se range 
au premier rang, sinon à la première place, parmi toutes celles 
de nos autres maisons d'éducation. 

Mais ce qu'il uoustMrdait le plus de voir dans cette maison 
était son cabinet de physique et son musée d'histoire naturelle. 
Hélas ! nous ne pûmes que constater que depuis le départ de ]M. 
l'abbé Burque, il n'y avait pas eu de changement sensible. Les 
oiseaux, les mollusques, les insectes sont à la place où nous les 
avions vus, et nous ne pûmes remarquer d'augmentation notable. 
Nous pûmes cependant observer qu'une main étrangère avait 
parfois passé là, en laissant des traces de quelques connaissances 
dans cette branches des sciences. Et M. le Supérieur nous dit 
aussi que deux jeunes i lofesseurs, qui y avaient déjà donné 
quelque attention, devaient tout prochainement s'en occuper 



xos cvxroxs de l'kst 21 

da.vant-ige. Nous regrettânnis b_Mucoiip qu'ils ne fussent pas 
alors dans la maisou poui- faire leur coauais>ance et les engager 
plus vivement encore à ne pas laisser se refroidir le feu sacré 
dont ils avaieut déjà ressenti les atteintes, pour courir à de nou- 
velles conquêtes dans ce douiaiue de la nature si peu observé 
encore dans notre pays. Que uous serious heureux si nous 
pouvious compter de nouveau un observateur à St-Hyacinthe 
pour explorer ses environs, nul (hvite qu'à l'instar de nos cor- 
respondants d'Ottawa, il ne lui lue possible de nous signaler de 
nombreuses captures nouvelles. 

Chaque maisou d'éducation d'ivrait avoir son musée, où se 
rangeraient, en premier lieu, les spécioieiis des productions na- 
turelles de ses environs, minh'aux, oiseaux, reptiles, mollusques, 
plantes, insectes etc. Ou uous dit que Joliette va bientôt se 
mettre à l'œuvre ; puissent les autres institutions marcher à la 
suite de ces devancières. L i récolte des spécimens est chose si 
facile avec des élèves, qu'on ne devrait manquer dans aucune 
de nos institutions à en faire d'amples provisions. Une fois 
ces matériaux réunis, il surgirait bientôt des hommes de science 
pour les étudier et les déterminer. 

Nous pûmes constater une fois de plus que les rares ama- 
teurs qui se livrent à l'étude de l'histoire naturelle dans notre 
pays, ne le font encore qu'en marchant sur nos traces, et qu'au 
moyen de nos écrits. Les papillons, dans la collection d'in- 
sectes, quoique en assez grand nombre, 'étaient presque tous sans 
étiquettes ; sans doute parce que nous n'avons pas encore traité 
de cet ordre, et qu'on ne connait probablement pas les sources 
américaines auxt^uelles il faudrait recourir. 

Après la visite du collège, nous rentrâmes dans la ville 
pour tiaverser le pont, et pousser une reconnaissance sur la rive 
droite de l'Yamaska. Partout ce sont des sites enchanteurs, de 
superbes résidences à demi cachées dans des bosquets, la rivière 
écoulant paisiblement ses eaux limpides, des champs où des 
moi.5àous luxuriantes témoignent de la culture intelligente avec 



22 LE NATURALISTE CANADIEN 

laquelle on les traite, des parterres de fleurs presque à chaque 
maisoi), etc., etc. 

. De retour, nous nous avançons sur la rive gauche jusqu'à la 
demeure de l'Hon. M. de la Bruyère, Président du Conseil Légis- 
latif et premier président honoraire de notre Association. Nous 
cédons ici à la gracieuse invitation qui nous est faite de mettre 
pied à terre pour un moment de repos dans ses riches salons, et 
soulager des tables qu'on avait surchargées de gâteaux en tout 
genre, de vins divers, et d'une limonade rafraîchissante et déli- 
cieuse. Cette deruièie suitout fut l'objet d'une attention toute 
particulière et des visiteurs et des visiteuses. 

Vers les 5 heures, nous allons à la gare reprendre notre 
char qui, fermé à clef et mis h l'écart, avait gardé tout notre 
bagage sang nous obliger à n( us en occuper ; nous serrons la 
main aux amis qui nous avaient offert une si bienveillante hos- 
pitalité, et aussitôt le train s'ébranle pour nous entraîner à 
Sherbrooke, en ajoutant à notre noujbre M. Desmarais et dame 
de l'Union de tSt-HyacMithe. 

A Acton Vale, nous voyons ^entrer dans notre char M. L. 
C. Bélanger, du Progrès de l'Est, de Sherbrooke, il venait d'as- 
sister aux funérailles, à Sorel, de l'une de ses tantes. Madame 
Vanass*», victime de l'accident arrivé à Montréal lors de la pre- 
mière visite à cette ville de notre Cardinal. Un orage subit 
avait renversé sur cette dame une arche trop peu solidement 
construite en l'ensevelissant sous sa charpente ; elle n'était plus 
qu'un cadavre lorsqu'on l'on avait retirée. 

A 7.40 h. nous entrions dans la gare de Sherbrooke. Nous 
ne fûmes pas peu surjius de voir la gare et ses environs tout 
occupés par une foule d'au moins 2,0U0 personnes, qui venaient 
assister à notre arrivée. Comme à St-Hyacinthe, une fanfare 
faisait retentir les airs de ses sons liaruiouieux. Nous serrons 
la main en passant à notre ami M. Chicoine, du Pionnier, et, 
guidés par M. Bélanger et M. Ilamel, autre membre de la 
presse, nous no.is rendons à l'hôtel Continental, où des loge- 



NOS ca>;tons de l'est 23 

ments avaient été retenus iKiur nous. Mais connne nous étions 
au samedi soir, et que nous devions passer la journée entière du 
lendemain dans la capitale des Gantons do l'I^'st, pour nous, 
nous nous rendons de suite, avec, M. Huart, au palais episcopal, 
où M. le Grand- Vicaire Dufresne, en l'absence de l'Evêque, 
nous offre l'hospitalité la plus cordiale. 

Nos amis de Sherbrooke avaient eu la délicate attention de 
retenir des places de bancs pour ceux de notre parti qui n'iraient 
pas à l'orgue avec notre vice président M. Levasseur, offrir le 
concours de leurs voix au chœur de la paroisse. 

Pour celui qui chercherait un modèle classique de l'art ar- 
chitectural, ce n'est pas à la cathédrale de Sherbrooke qu'il de- 
vr.iit se rendre, les règles de l'art, même les plus simples, sem- 
blent avoir été ou ignorées ou omises en plusieurs endroits. 
Cependant, telle qu'elle est, avec sa riche décoration, sa tenue 
irréprochable, elle reflète un caractère religieux fort imposant, et 
répond aux besoins de la nombreuse congrégation qui la fré- 
quente. 

Il faisait une chaleur excessive ce jour-là, et malgré la fai- 
blesse de poumons qui nous est propre et les bronchites fré- 
quentes que nous avons à subir, nous ne pûmes résister aux 
pressantes sollicitations de M. le Grand- Vicaire, d'occuper la 
chaire quelques moments, aux prières de l'Archiconfrérie qui 
ont lieu à la suite des vêpres. Nulle part nous n'avons vu au- 
ditoire plus respectueux et plus attentif, et malgré l'extrême 
chaleur du jour, il n'y avait pas moins de 400 à 500 personnes 
dans l'église. 

Il nous fut agréable de constater que les Canadiens-fran- 
çais, qui l'emportent à Sherbrooke, par le nombre sur toutes les 
autres nationalités réunies, avaient aussi le pas sur elles dans 
leurs allures, franchement Canadiennes et catholiques. Le siège 
de l'évêché, le collège diocésain, les Frères et Sœurs qui don- 
nent l'éducation à la jeunesse, sont une garantie que cette pré- 
pondérance ne pourra que s'augmenter encore par la suite. 



24 LE MATUKALISTE CANADIEN 

N'ayant pu faire aucune chasse à St-Hyacinthe, il nous tar- 
dait de faire connaissance avec les insectes de Sherbrooke, d'au- 
tant plus que nous ne cunijtons encore dans notre collection, au- 
. cun spécimen de cette région. Les offices de l'après-midi étant ter- 
minés encore d'assez bonne heure, nous allons visiter le verger 
attenant au palais episcopal même, dans lequel nous voyions 
forces mauvaises herbes, renouées, amarantes, verges-d'or et 
graminées diverses, retraites ordinaires de. nombreux, insectes. 
Comme nous poursuivons actuellement l'étude des Hyménop- 
tères et des Hémiptères, nous' négligeâmes à peu près les autres 
ordres pour ne nous occuper (pie de ces deux-là. 

Voici la li&te de nos captures dans l'un et dans l'autre : 

Hy')nénoi[)tères. 

Ichneumon feralis, Cress. Limneria parva, Prov. 

" rubicundu?. Cress. Banchus inermis, Prov. 

" decoratus, Pruc. Tryphon seminiger, Cress. 

" lachiymaup, Prov. Lampronota frigida, Cress. 

. " cervulus, Prov. l'hygadeiion impressus, Prov. 

Limneria annulipes, Cress. " parallehis, Prov. 

" infuuiata, Prov. Mesoleptns barbatus, Prov. 

Meniscus scutellatus, Cress. Exochus laivis, Cress. 
Bassus sycophanta, Walsh. Mesoleius tardus, Prov. 

Cryptus proxinuisj Cress. Buis, Andrena, Hahctus, Me- 

gachile et autres Hyménop- 
tères aiguillonnés. 

Hémiptères. 

Collaria Meillenrii, Prov. ; un seul exemplaire ; nous la croyons 

moins commune que dans le voisi- 
nage de Québec. 

Cosmopepla carnifex, i^a6r. — Commune. 

Bamera bilobata, ^Sa^/.— Commune sans être abondante. 

Bhytocoris scrujeus, ^'a?/.-- Beaucoup plus commune qu'à 

()uébec. 



NOS C'A >J TON S DE I/EST 25 

Lygns invitas, Say. — Commun. 

Lopidea confluens, Say. — Plus commune qu'à Québec. 

Calocoris rapid us, Say. — Commun. 

Systrutiotus venaticus, Uhl. — Plus commun qu'à Québec. 

Monalocoris pteridis, Uhl. — Commun. 

Ceiesa diceros. Say. — Commune. 

Lygus jii'atensis. Lin. — Commun. 

" fiavonotatus, Ftov. — Commun, etc., etc. 

Sherbrooke, qui compte environ 10,000 habitants, est ma- 
gnifiquement située sur la pointe fortement accidentée que 
forme la rivière ^lagog en se jetant dans l'Yamaska. Elle jjos- 
sède une manufacture d'étoffes eu laine, déjà fort renommée 
pour la qualité de ses tissus, et qui assure la vie à un grand 
nombre de familles. 11 n'y a pas moins de 600 personnes em- 
ployées à cette manufacture. Plusieuxs capitalistes établis là 
n'ont pas peu contribué, par leur esprit d'entreprise, à la prospé- 
rité de la ville, qui va croissante d'une manière bien sensible. 
Elle est traversée par le Grand-Trunc et constituée le terminus 
de trois autres voies ferrées fort importantes, savoir : le Québec 
Central, le Passumpsic et une branche du Vermont Central., 
C'est cette dernière voie que le lundi matin, 2 août, à 9 h., noua 
prenons pour nous rendre à Magog, village situé à 7 milles de 
distance, à l'extrémité inférieure du lac Memphramagog qui 
pousse sa tête jus([u'à Newport, dans le Vermont, et dont les 
eaux Sont sillonnées par deux lignes de bateaux à Vftpeur qui 
font chaque jour le service régulier des différents postes situés 
sur ses rives. Les directeurs de cette voie avaient aussi eu 
l'extrême générosité de nous offrir le passage gratuit. 

Le trajet de Sherbrooke à M^gog n'offre rien de bien parti- 
culier, la voie traverse dans presque tout son parcours des ter- 
rains de médiocre qualité et encore fort peu défrichés. 

Nous sommes tout étonnés en arrivant à Magog de voir 
érigée sur les bords marécageux du lac, une manufacture à pro- 
portions colossales, dont le coût, nous dit-on, a dépassé un mil- 



26 ' LS NATURALISTE CANADIEN 

lion de dollars. C'est celle des calicots dont MM. Hobbs et 
iloore sont les gérants. 

Sur l'invitation de ces messieurs, nous parcourons les di- 
vers ateliers de cette immense manufacture, dont les rouages 
multi[)les sont mus par une force de o,000 chevaux-vapeur. 
Nous voyons dans de nombreuses et larges cuves les différentes, 
teintures (jui servent à imprimer le coton; la })lupart sont aussi 
désagréables à l'odorat Cfu'elles peuvent être agréables à la vue. 
Plus loin, sont les cylindres en cuivre sur lesquels des ouvriers 
habiles, qu'on pourrait appeler des artistes, gravent les différents 
dessins que devront reproduire les teintures ; ailleurs ce sont 
des séchoirs, où des cylindres chauffés au rouge servent à débar- 
rasser subitement les tissus de leur humilité etc., etc; et enfin, 
à la dernière bâtisse, c'est l'entrepôt ou le magazin, où les 
pièces, dans un ordre parfait, sont empilées les unes sur les 
autres eu laissant des conduits pour circuler à travers la-masse, 
et sont prêtes à l'expédition pour le commerce. 

De là au quai, près duquel se trouve le village proprement 
dit, il n'y a que quelques pas. Nous trouvons en y arrivant 
les deux bateaux de chaque ligne. 

M. Futvoye, fils d'un Québécois et propriétaire du Mountain 
Maid, bateau qui doit nous transporter à Newport, est là pour 
nous faire les honneurs de son vaisseau sur lequel nous mon- 
tons incontinent. 

Nous étions à peine montés sur le bateau qu'arrive le train 
de l'Ouest, nous amenant de nouvelles recrues. C'est tout 
d'abord l'Hon. M. Lynch, ministre des terres de la couronne, 
puis M. Chs. Thibault, représentant de Y Etendard, et MM^ 
Chaguon et l'armelee, le premier rédacteur du Journal de 
Waterloo, et le second de Y Advertiser du même village. Le 
bateau se mit immédiatement en mouvement, et favorisés par 
le temps superbe qu'il faisait ce jour là, nous pûmes tout à . 
notre aise admirer les sites enchanteurs que nous offrent les 
rives de ce beau lue Alemphramagog qui s'étend de Magog à 



NOS CANTONS DE L'EST 27 

Newport dans le Vermont, mesurant environ 31 milles de lon- 
gueur sur 3 milles de largeur dans sa plus grande étendue, 

M. l'abbé Milette, curé de Magog, s'était aussi joint à nous, 
se rendant en visite chez son frère, curé de Nashua, Massa- 
chusetts. 

Le village de Magog que nous laissions derrière nous, pré- 
sentait du pont du batenu la plus riante apparence, avec ses 
maisons proprettes, allignées en rues, le tout dominé par le 
clocher de l'église catholique. Le lac a plus l'apparence d'une 
rivière que d'un lac ici, sa largeur dépassant à peine un mille ; 
la paroisse de Magog s'étend surtout sur sa rive Ouest et nous 
montre de longues files de champs cultivés de la plus belle 
apparence. 

Mais il est bientôt midi, et nous nous rangeons avec plaisir 
autour d'une table richement approvisionnée pour restaurer nos 
estomacs. 

Lorsque le repas fini nous retournons sur le pont, l'aspect 
est tout autre. Les rives se sont écartées et nous montrent ça 
et là de magnifiques villas, comme celle de feu Sir Hugh Allan, 
à notre gauche, un hôtel grandiose à notre droite, malheureuse- 
ment abandonné, et bordant l'horizon, quoiijue assez rapprochés 
du lac, plusieurs monts détachés d'aspects fantastiques et de 
plusieurs mille pieds de hauteurs, tel que la montagne d''Orford, 
le mont Eléphant qui nous présente la silhouette de cet animal 
et la tête de Hibou {Oivl's Head) qui a aussi quelque ressem- 
blance avec le profil de cet oiseau de nuit. 

Mais voici que deux poteaux peints,run à notre droite,et l'au- 
tre à notre gauche,nous indi'iuent,la démarcation entre le territoire 
anglais et celui de l'Union Amériadne. M. Carrell monte aloj's 
sur un amas de cables sur le devant du bateau, et de cette tribune, 
annonce à tous les voyageurs que de ce moment nous voguons 
sui les eaux de la grande république, que nous sommes en pays 
étranger. C'était une ligne purement idéale pour tous, et ceux 
qui la franchissaient pour la première fois, en étaient à se 



28 I^E NATURALISTE CANAL.EN 

demander si réellement ils n'étaient plus dans leur propre pays, 
tant la différence dans l'aspect physique et la nature du sol ne 
s'annonçait nulle part. 

Comme nos gais compagnons épiaient chaque (Mrcoastance 
pour, y trouver un suj^t d'amusement, voilà qu'ils décident 
ipi'à l'instar des voyageurs traversant l'é |uatcur pour la pre- 
mière fois, il fallait que chacun reçut le baptême du pays 
étranger, en moutant sur le tas de cables et en adressant quel- 
ques mots à ses compagnons ; improvisations où dominait en 
général le genre badiu, mais où se trouvaient anssi parfois de 
nobles accents patriotiques. On vit donc succéder à M. CarVell 
sur la tribune improvisée : MM. Levasseur, le J)r Valade, 
Long|)ré, Thibault, l'abbé Provancher, Bellerive, l'hun. M. 
Lynch etc. 

Décider lequel de ces orateurs a remporté dans cette joute 
la palme de l'éloquence, serait téméraire de notre part, cepen- 
dant si nous disions que M. Thibault a [laru captiver plus com- 
plètement l'attention de tous, nous recevrions, pensons-nous, un 
assentiment général. " Eh ! bien, a dit M. Thibault, nous voici 
sur le territoire américain; remarquez- vous une différence sen- 
sible ? Aucune, me direz- vous ; même qualité et mêmes acci- 
dents du sol, mêmes cultures,' même apparence des résidences ; 
qu'ïiurions-nous donc à envier à nos voisins ? Ne sommes-nous 
pas aussi heureux ([u'eux, aussi libres, marchant aussi rapidement 
qu'eux à de grandes destinées? Attendons un peu, et laissons 
s'écouler les années ; le Canadien qui a déjà semé son nom dans 
toutes les contrées de l'Améiique du nord, le Canadien dont la 
foice d'expansion ne connaît pas de rivale, le Canadien qui nen 
est encore pour ainsi dire qu'à son enfance, pourra se dire chez 
Ifli de la mer polaire au golfe du Mexique, comme il l'est déjà 
de l'Atlantique au Paeiti que. Pappelez-vous ce qui s'est passé 
par rapjiort aux 13 cantons anglais de YE^t dont vous, venez de 
traverser une grande partie. Nos amis les anglais, lors de la 
confédération, trop peu confiants dans notre esprit de justice et 
d'impartialité, avaient exi^é que les délimitations de ces i'o can- 



KOS CANTONS DE l'EST . 29 

tons, où dominait la nationalilé anglaise, ne ] ouïraient être 
changées sans l'assenUD'ent ex|^rès de la majoriié de ces 
mêmes cantons. La condition était un j eu humiliante pour 
nons, mais nos législateurs l'avaient souscrite, il fallait bien l'ad- 
mettre. Cependant l'on se mit de suite à la recherche d'un 
moyen de tourner cette difficulté et d'écarter ce soupçon inju- 
rieux à notre loyauté, et on le trou\a bientôt. On amena ici la 
femme -Canadienne, et comme une tache d'huile, elle prit ici 
comme ailleurs sa force d'expansion, si bien qu'aujourd'hui sur, 
les 13 cantons, nous avons une majoiité française dans huit 
paimi les pi'incipaux." 

Inutile d'ajouter que ces paroles furent couvertes de cha- 
leureux applaudissements. 

M. Tliil)ault, comme tout le monde le sait, est un homme 
d'ejait et de beaucoup d'esprit ; c'est déplus un homme qui sait 
beaucoup et un patriote sincère. Ses études sur les P^tats du 
nord de l'union américaine, dont on a pu lire des extraits dans 
YEteiidard, dénotent les profondes connaissances qu'il ])ossède 
sur les premiei's établissements de ces pa}s du ^i ou veau- 
Monde, et annoncent de longues études jointes à des recherches 
nombreuses et difficiles. Appuyé sur les statistiques les plus 
sûres Connues, jM. Thibault [»orte à 800,000 le nombre des Ca- 
nadiens habitant le territoire américain. Il a fait dans cette 
voie des découvertes tout-à-fait étonnantes ; dans une seule lo- 
calité, il a pu trouver jusqu'à 45 familles Canadiennes qui, par- 
lant l'anglais et ayant changé leurs noms, étaient réputées amé- 
ricaines, yankees pur sang. 

A 2. 15h. nous touchions le quai de Newport. Pendanti 
que nos com] agnons s'installaient au riche et vaste Iiôtel 
Magog, en compagnie de ]\DI. IMilette et Huait, nous nous 
rendons chez le curé, M. l'abbé Proulx, dont la résidence tient 
aux dernières maisons de la ville, dans un site élevé et des plus 
pittoresques, ayant vue paifaite sur toute cette partie du lac et 
les établissements des environs. M. PiouLx nous accueillit a^ec 



30 LE NATURALISTE CANADIEN 

cette cordialité et cette fraternité qui caractérise le prêtre Cana- 
dien partout où on le reucontie et qui nous fit trouver bien trop 
courtes les quelques heures que nous passâmes sous son toit. 



* 
» * 



Newport ; insectes — Waterloo — Knowlton — Lac Brome ; insectes — Cowans- 
ville — Chaiiibly — Surel — Trois-Rivières — Ste-Gertrude ; insectes — 
Québec. 



Newport, dont la population totale est d'environ 2,000 ha- 
bitants, pO!?sède un curé résident depuis 1873. C'est feu M. 
Michaud qui fut ce premier curé et qui fit bâtir l'église actuellle, 
qui est propre et bien pourvue de toutes les choses nécessaires 
au culte. La congrégation catholique compte aujourd'hui envi- 
ron 140 familles Canadiennes et 25 Irlandaises. Elle possède 
une école Canailienne où les enfants sont instruits dans la lan- 
gue de leurs pères. De grandes scieries presque dans la ville 
même, les travaux des différentes voies ferrées qui aboutissent 
là, avec la culture des terres, sont le soutien et l'appoint princi- 
pal de prospérité pour la petire ville, qui, avec son terrain forte- 
ment accidenté, sco rues plantées d'arbres, ses points de vue 
magnifiques et ses 2 grands hôtels, prend déjà toutes les allures 
des grandes cités. 

A M. Michaud succéda comme curé en 1878 M. Kerleidou, 
un breton bretonnant, comme on dirait en France, lequel fut 
remplacée en 1881 par M. Proulx le curé actuel. 

Comme il se trouve des champs avoisinant le presbytère 
même, nous ne manquâmes pas d'y aller faire une chasse pour 
faire connaissance avec les insectes de la localité. 

A continuer. 



BIBLIOGlJArillE 31 

BiniJOGilAPHIK 

Dictionn-aire généalogique des Familles Canadiennes, par 
l'abbé Tanguay — Tome II. 

Peu de nations, une fois cet ouvrage terminé, pourront se 
vanter d'avoir une généalogie aussi complète que la nôtre. Eu 
France, ])ays de nos ancêtres, il y a bien de certaines familles 
dont les origines peuvent se tracrr jusqu'à cinij et six siècles, 
mais c'est là l'exception, et-ce privilège est l'apanage seulement 
de familles nobles, qui se sont distinguées du reste par des ex- 
ploits tait-à-fait remarquables. Mais pour le peuple, les gens 
de condition ordinaire', c'est à peine si on peut remonter là 
à un siècle ou un siècle et demi, tandis que chez nous les fa- 
milles les plus humbles pourront tracer leur généalogie au delà 
de deux siècles et demi. On a avec raison appelé cet ouvrage 
le livre d'or des familles Canadienne ; chacune, en effet, devra 
le conserver comme un précieux trésor. La seule chose que 
nous regrettons à ce sujet, c'est qu'on ne prenne pas de suite 
les moyens de hâter la completion d'un- ouvrage aussi impor- 
ant. Quinze années se sont écoulées entre la publicati3u du 
1er et du 2e volume ; ce 2e volume est le premier de la 2de 
série qui en comprendra 4 ou 5, ce sera donc 2 à 3 ans qu'il 
faudra attendre pour avoir cette 2e série complète. Mais avec 
cette dernière nous nous arrêtons à 1700, encore incapables de 
]iarf;\ire nos arbres généalogiques, et quand pourrons- nous avoir 
la suite ? Pour nous, sexagénaires, nous aurons disitaru avant 
que cette époque arrive. Pourquoi le gouvernement ne pren- 
drait-il pas de suite les moyens de hâter cette exécution ? Il 
suffirait pour cela d'adjoindre à M. l'abbé Tanguay un aide ou 
deux qui, sous sa direction, poursuivraient sans délai son travail 
jusqu'à nos jours, pendant que lui-même surveillerait l'impres- 
sion des volumes à mesure qu'ils seraient prêts. Les quelques 
centaines de piastres que le gouvernement mettraient là ne pour- 
raient avoir une destination plus patriotique et plus utile.' 



32 . LE NAT LIRA. LISTE CANADIEN 

Ll^ Nl^^JATl^ DU MKliSE. 



Le Némate du mt'lèse, c'est-à-dire la mouche qui produit 
la chenille qui ravage nos épinettes rouges, nous avait porté 
à croire, eu retardant son apparition au printehips, qu'il noua 
avait à peu j.rès abandonnés ; mais il ne tarda pas de se mon- 
trer vers la mi-juillet, et semble vouloir compenser son retard 
par une voracité plus qu'ordinaire. C'est à tel point qu'on 
craint la perte presque totale des épinettes rouges, dans toute 
notre Province. Partout où nous avon& rencontré la précieuse 
essence dans notre excursion de la presse, nous l'avons trouvée 
afi'reusement dépouillée de feuillage par le terrible insecte. 
Les arbres, souffreteux et sans verdure, paraissaient déjà 
comme morts, c'est à peine si ou pouvait distinguer quelques ra- 
meaux verts sur les branches les plus basses, car l'insecte com- 
mence toujours ses ravages par les parties les plus élevées de 
l'arbre. Ce sont des millions que nous perdons là, nous disait 
tout dernièrement un* cultivateur, dans la disparition de cet 
arbre précieux. Nous le croyons sans peine, car cet arbre, avec 
son bois résistant et presque incorruptible, convenait à une 
foule d'usages, poteaux en terre, pièces de charpente, et surtout 
sans pareil par ses courbes et genoux pour les constructions 
navales. 

Malheureusement la science jusqu'à ce jour se reconnaît 
encore impuisante coutie cet ennemi redoutable. Espérons que 
des ennemis naturels du redoutable insecte, oiseaux et autres, 
vont bientôt se montrer pour restreindre son prodigieux déve- 
loppement, et nous libérer de ce fléau. 



I_.E] 



^hé^.^r^^.o^MrP^^ ''^^m^tc-^-c<^^!^t'^'^^S:À 



Mmmmtmt 



î«)^ 



Vo. XVI. Cap Rouge, Q., Septembre, 1C86 No. 3. 



Kéilacleur: H l'AbbJ IliOVANCULR. 



rniMKs 



Les numéros gagnants de juin, 191 et SÎOl, et ceux de 

juillet 88 et 356 n'ont pas encore été réclamés. 

Août 
Numéros gagnants : 

1ère Prime. — Cecil's Book of Insects, relié N° 7. 

2e ' — 2 Gypriei caurica N"" 217. 

N. B. — La personne aj^ant- l'exemplaire portant Tua ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois do cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur la 
couverture. 



NOS CANTONS DE L'EST. 



(Continué de la page 30). 

Les plantes que nous voyions sur les bords du chemin 
étant à peu pr.i'S les mêmes que celles de chez nous, gaillet, 
ver"bs d'or, be'uillons blancs, framboisiers, cornouillers etc., nous 
en conclûmes que les iusectes devaient aussi être les mêmes, et 

3-Sept. 1 86. 



/ 



34 LE NATURALISTE CANADIEN 

c'est ce dont nous ])ûines nous assurer. Ci suit la liste de 
ceux que nous ca;.tuiânies. 

Ili/ménoptères. 

riiygadeuon cephalicus, Prov. 0}>hion bilineatus, Sif^. 

" iiupressus, Frov. " purgatns, Fahr. 

" pubcf cens, Prov. Urocerus cyaneus, Fahr. 

Ichneumon cervuli s, Fiov. Megachile centuncularis, Lin. . 

Erronemus pedalis, Cress. Bombus ternarius, Fahr. 
Lani] ronota frigida, Cress. '* subteranneus, Fahr. 

" " americana, Cress. etc., etc. 

Pimjila tenuico:nis, Cress. 

Hémiptères. 

Homœmu", amcHvons, Say. Plagiognithns fuscosus, Prov. 

Covisus lateralis, Say. Lygus invitus, >S((?/. 

Stiphrosoma stygicus, Say. Oncotylus pulcliellus, Peut. 

Nysius Groenlandicus, Zett. Lopidea conliuens, Say. 

Nabis férus, Lin. Moualocoris pteridis, Say. 

Dès 6. 30 h. mardi matin, le 3 août, nous laissons le toit 
hospitalier de notre confrère M. Proulx, et allons rejoindre nos 
compagnons à l'hôtel, puis quelques minutes ])lus tard, nous 
sommes tous intallés dan.s un superbe char du SoutJt- Eastern^ 
spécialement mis à notre disposition, et nous roulons vers Wa- 
terloo où nous devons prendre le dîner. 

Il fait ce matin un temps très frais avec un fort vent 
d'Est qui nous amène de temps à autre quelques légers brouil- 
lards. 

Nous traversons d'abord le village de North Troy et cou- 
pons la ligne près de Glen Sutton, i)uis, rentrant de nouveau sur 
le territoire américain, nous passons le joli village de Richford, 
pour revenir bientôt chez nous à celui d'Abercorn dans le 
conîtc de Brome. 

Nous passons à Sutton où notre ami M. Thibault possède 



NOS CANTONS J>K îw'iCST 35 

nne ferme de grande valeur et des mieux cultivées. Nous re- 
grettons beaucoup de ne pouvoir nous rendre k sa gracieuse in- 
vitation d'aller inspecter ses cultures, nous ne pouvons que jeter 
lin coup d'œil fuitif eu passant sur sa rési'lence et ses champs 
couverts de leur riche moisson. Nous passons Knowlton, où se 
trouve la résidence de notre ministre M, Lyncli, et que nous 
devons revenir visiter Faprès midi, et arrivons bientôt à Water- 
loo. Nous mettons ici pied à terre et nous rendons à un vaste 
hôtel tout près de la gare, ayant en f<ioe une large jilace publi- 
que dans laquelle se trouve une estrade qu'une fanfare vient 
bientôt occujter, pour nous légaler de ses airs joyeux exécutés 
avec beaucoup d'entrain et de précision. 

Mais bientôt de superbes voitures sont amenées et nous y 
prenons place pour visiter le village. 

Nous passons tout d'abord dans la cour d'une magnifique 
villa, tout entourée d'arbres où serpentent de superbes allées 
d'un entretien jxirfait. iJes parterres de fleurs avoisiuent la de- 
meure, des plantes grimpantes s'attachent aux bras des escaliers, 
des vases suspendus laissent échapper des fleurs d'un autre 
genre, tout respire le luxe et la somi)tuosité. Quel est donc 
^'heureux mortel de céans, étions-nous à nous demander, lors- 
que nous entrevîmes, dans une fenêtre, les têtes voilées de deux 
religieuses. En effet, cette superbe villa n'était autre chose que le 
couvent des Sœurs de Jésus-Marie d'Hochelaga. Cette somp- 
tueuse demeure, érigée par un riche anglais (jui ne prévoyait 
pas le revers de fortune qui l'attendait, n'avait pas coûté moins 
de 812"), 000 à son propriétaire, et vendue par autorité de jus- 
tice, avait été acquise par les Sœurs })Our la somme de $20,000 
seulement. 

Le village de Waterloo, qui est le chef-lieu des cantons 
avoisinants, compte une poj)ulation de 2,500 habitants, et. avec 
sa superbe église catholiijue, de construction toute récente, ses 
manufactures, ses résidences bourgeoises, il a une apparence 



86 LE KATQHALISTE CANALJ'.N 

tout-à-fait prospère, et ])onrrait avec avantage se ranger parmi • 
nos villes de second ordre par leur population. 

M. Chagnon nous ])résente aux personnes les plus mar- 
quantes de sa 'ocalité, telles que le maire M. Slack, M. le curé 
St-Louis, M. le Dr Frégeuu le dé|)Uté local, M. Savariat le 
futur candidat pour le paiti.conservateur, et M. Brassard le can- 
didat futur pour le pfirti libéral. Nous n'avons i)as été peu ré- 
joui de trouver dans M. le curé St-Louis le fils de l'un de nos 
compagnons de collège, qui avait même occupé, à la salle d'étude, 
le pupitre voisin du nôtre pendant deux années consécutives. 
Nous admiiâmes à ce sujet la naïveté d'un avocat ]irotestant de 
l'endroit qui se trouvait notre voisin à table. Comme il nous 
demandait si nous connaissions auparavant M. St-Louis, nous 
lui répondîmes que nou, mais que nous avions fort bien counu 
son père. " Et son père, poursuivit l'avocat, était-il aussi curé 
comme lui ? — Pas tout-à-fait, repliquâmes-nous, chez nous les 
prêtres ont pour famille leur congrégation tout entière, sans . 
avoir, comme les ministres protestants, des familles particulières." 

Comme le dîner nous était ici aussi gracieusement offert 
par la corporation, il y eut à la suite force santés, auxquelles se 
joignirent autant de discours; ce furent, entre autres, à la suite 
du maire, MM. St-Louis, Carrell, Levasseur, Lynch, Thibault 
Brossoit et Bélanger qui portèrent la parole. 

Aussitôt le dîner fni, nous vînmes reprendre notre char 
pour revenir sur nos pas justiu'à Knowlton, où nous attendaient 
de nombreuses voitures, aux ordres de l'Hon. M. Lynch, pour 
nous conduire à quelques arpents plus loin au lac Brome, un 
véritable rubis enchâssé dans des émeraudes. 

L'endroit où l'on nous conduisit est un superbe bosquet 
sur le bord du lac même. Comme c'est un lieu où se font fré- 
quemment des piques-ni<[ues, nous trouvons ici des tables éri- 
gées sous les arbres pour le besoin des visiteurs, et une estrade 
spacieuse pour les musiciens. Nos orateurs profitèrent aussi de 
cette dernière pour se faire entendre, tant aux gens de notre 



NOS CANTONS DE i/EST ' 37 

parti, qu'aux nombreux curieux des envirous qui s'y étaient 
rendus. L'hon..M. Lynch, M. Eisher le député fédéral, M. Va- 
lade et autres s'adressèreut tour à tour à l'assistance. 

Mous auiions pu avoir là une .excellente occasion de faire 
une bonne chasse aux insectes, mais malheureusement le temps 
frais qu'il fai^sait et les brouillards de l'avant midi qui laissaient 
encore les feuillages en partie couverts de rosée, avaient forcé 
les insectes à prendre des retraites oii d'ordinaire le filet ne 
peut les atteindre. Nos captures se bornèrent aux suivants : 

Hyménoptères. 
Lampronota araericana. Cress. Polyblastus, espèce nouvelle que 

" varia, Cress.. nous nommâme anmdicornis 

'• brunnea Cress. et que nous décrivons ailleurs. 

" humeralis, Frov. Hémiptères. 

" fi'igida, Cress. Lyg is pratensis. Lin. 

Limneria valida, Cress. '' fiavonotatus, Prov. 

Pimpla conquisitor, Stuj. " invitus, Say. 

Amblyteles suturalis. Say. Moualocoris pteridis, Say. 
Ichneumon decoratus, Prou. Kuseliistus tristigaia, Say. 
" soror, Cress. Ilonucnius a^neifrons. Say. 

Les plantes nous parurent partout les mêmes que celles des 
environs de Québec, avec cette différence toutefois que certai- 
nes esjièces rares chez nous, se raoulraient là abondantes, telles 
que Verbena spicata, Nymphica odorata, dans plusieurs cours 
d'eau traversés par les chemins de fer etc., etc. 

Comme on amena plusieurs clialoupes pour nous promener 
sur le lac, nous n'hésitâmes pas à accéder à la proposition de 
l'un des conducteurs s'offrant à nous tran.s[)orter à l'ile, où, 
disait-il, se trouvaient des coqudles en abondance. Mais le veut 
était assez fort et l'onde liquide offrait quelques flots. M. Pou- 
liot avec 3 dnmes consentirent seuls à nous accompagner, tous 
les autres craignant les dangers d'une telle navigation. 

L'île située vers le milieu du lac, c'est-à-dire à environ un 
mille du rivage, est de forme ovale, et presque toute couverte 



33 Î-K î?ATUR\LfSTE CANADIEN 

de grands arbres, sauf sa ])ointe Oaest qui est en paTtie défri- 
chée, Kn moins de 10 ininutea nous fùnjes sur ses rives. Mal- 
heureusement h» coquilles n'étaient pas ce que l'on nous avait 
fait entendre, Qiie!(iues Unio-', des PuÀudimi déclina et la Physa 
Lovdl, que noirs r^^icoutrions pour la première fois, furent à 
peu près le résultat de nos chasses. 

A 5 h. on nous ramenait à notre cliar pour nous rendre à 
Cowansville où nous devions passer la nuit. Cowansville n'est 
qu'un village de 700 âmc's, cependant nous y trouvons un 
hôtel capable de loger li>s 50 personnes de notre excursion. 
L'hon. M. Baker, dont la résidence n'est qu'à quelques pas du 
village, ayant gracieusement invité nos excursionnistes à aller 
passer la soirée chez lin, phisieurs profilèrent de cette invitation 
pour aller iusi)ecter cette demeure princière, malgré les quel- 
ques petites averses que nous avions de temps en temps. 

A 6,30 h. le mardi 4 août, nous allons reprendre notre 
train pour nous rendre directement l. Chambly, où nous arri- 
vons vers les 9 h. Nous trouvons ici eu mettant pied à terre' 
M. J. O. Dion, et le Dr Martel, le député local, qui ont tout 
préparer ])Our nous faire une réception aussi solennelle que pos- 
sible. Des voitures nombreuses étaient là pour nous promener 
dans le village et nous faire visiter les intéressantes reliques 
qu'il renferme. Pendant que nos compagnons vont faire la re- 
vue du Vieux-Fort et du cimetière français, comme nous avions 
déjà viûité C'_'S lieux, nous profitons de l'obligeance de M. le curé 
qui avait bien voulu envoyer sa voiture pour nous amener di- 
rectement chez lui. Nous trouvons au presbytère 7 à 8 ecclé- 
siasti|ues avec lesquels nous passons une demi- heure des plus 
agréables; puis après avoir visité la nouvelle église, nous repre- 
nons la route du déj)art pour i*ious rendre au bateau le Ckavi- 
bly qui doit nous H'ansporter à ïSorel. 

Nous admirons en passant le monument érigé par les soins 
de M, Dion un héros de Uhattaugai, M. de Silaberry, qui était 
natif de Chambly, et entrons un instant à l'hôtel Bellevue, où 



^o.•5 CANTONS DE l'est 39 

se faisiiient de chaleureux discours delà part de 1\IM. Levas-eur, 
Diou et autres, faisane assault de coaiplimeuts et de patriotisme. 

Par un heureux h isard, il se trouva que la fauf^xre du col- 
lège de Ste Marie ae Moniioii desceu lait ce jo ir-là à Sorel 
pour une pronieuade; elle nous régila des morceaux les plus re- 
marquables de son répertoire. Le ch"f de cette fanfire est M. 
l'ab'oé Chapdelaine, jjiaie prêtre professeur du colK'ge et lils du 
capitaine môme du vaisseau qui nous portait. Il faisait un 
temps frais des plus îigvéables, et avec l'excellente bmde que 
nous avions pour nous égayer, et les prévenances toutes gratui- 
tes de notre aimable capitaine, nous ]/iimes tout à notre aise 
jouir des beautés sans tin que nous offre la navigation de cette 
rivière incomparable. Cette eau limpide, ces îles verdoyantes 
distribuées ça et là, ces terres fertiles s'éteudant à perte de vue 
sur chaque rive, ces églises qui presque partout en face l'une de 
l'autre, semblent se saluer d'une rive à l'autre, est-il pays au 
inonde pouvant offrir plus de sites gracieux, de points de vue 
plus charmants, un sol plus riche avec d'aussi merveilleux or- 
nements ? 

En passant sous le pont du Grand Tronc entre Belœil et 
St-Hilaire, nous évoquons le triste souvenir de cette terrible ca- 
tastrophe de 1864, où plus de 350 personnes perdirent la vie. 
Un train de passager venait à toute vapeur, lors(|ue le pont 
levis était ouvert sans que les signaux ordinaires eussent été 
donnés. La machine avec le train entier se précipita dans le 
vide pour tomber sur un bateau qui pissait dans le monumt, et 
entraîner le tout au fond de la rivière, noyant durs l'eau ceux 
qui n'avaient pas été broyés ou assommés dans la chute. 

Comme il y avait à bien des postes du fret en ass'^z graml ■ 
quantité à premlre, foin [ircssé, lH)îtes de frouir^^e par centaines, 
moutons etc., nous protitàuies de ces retards pour aller fair.' 
quelques visites aux villages avoisinmts. C'est ainsi ([n'a 8t- 
Ours, nous pûmes nous rendre chez le ciré et visiter ' l'(!'glise. 
Cette église est de construction récente et sur un plan tiuit non- 



40 LE NATUL'ALISTE CA^'ADIF.N 

veau. Ici on a. laissé complètement de côté les classiques de 
l'art, pour s'abaudomier uniquement à une pure fantaisie, qui 
présente un assez beau coup d'œil, mais one nous avouons ne 
pas montrer en quoi on a pu y gigner. Les ingénieuses con- 
ceptions des Grecs et des Romains dans l'art architectural ont l'é- 
preuve des siècles, et pour peu qu'on s'en écarte, l'œil expert ne 
manque pas de découvrir des fautes d'harmonie, des défauts de 
proportion dans les détails qui nuisent grandement à l'aspect, 
au caractère général de l'édifice. L'église telle qu'elle est pré 
sente cependant une apparence assez agréable. 

Nous craignons fort que du train qu'on y va on ne fasse 
rétrogarder l'art en ce \ràjs, plutôt que d'en promouvoir le pro- 
grès, car dans l'enfance où nous sommes encore, notre ambition 
peut se borner à suivre le mouvement sans prétendre tracer la 
marche au progrès. 

Dans l'art, de même (pie dans la nature, le beau s'impose 
de lui-même à l'admiration du spectateur; cependant le goût a 
besoin d'être formé pour se prononcer judicieusement. Et nous 
manquons ici des éléments propres pour parvenir à cette fin. 
Les chefs-d'œuvre des grands maîtres dans l'art, au moyen des- 
quels on peut, par comparaison, juger de la valeur des produc- 
tions nouvelles, nous fout défaut. Nos musées sont encore ou 
à venir ou très pauvres, et le nombre de ceux qui ont pu admi-- 
rcr les chefs d'œuvi'e de l'ancien monde est trop restreint, pour 
pouvoir former l'opinion publicpie. Ajoutons encore que sur ce 
nombre, la majorité nous oserions dire, manque de l'appoint né- 
cessaire pour porter un jugement rationel sur ce qu'ils ont va 
et admiré, nous voulons dire manquent d'études sufîisantes. Car 
si le goût a besoin d'être formé, l'étude s'impose de nécessité 
pour appuyer la base de cette éducation ; et si nous voyons en 
f it de peinture, d'architecture, de statuaire etc. tant de produc- 
tions défectueuses surgir tous les jours la cause n'en est pas 
tant au manque de modèles qui seraient. trop rares, qu'au défaut 
d'études et de la part des artist(;s, et de la part aussi de ceux qui 



NOS CANTONS l'E l'EST 41 

les emploient. On voit très fréqueinmedt de simples menuisiers 
on charpentiers, sans connaissance aucune des règles de l'archi- 
tecture, se donner comme architectes et se charger de la cons- 
tiuction, et encore plus de la décoration intérieure d'églises. Et 
souvent le curé q^ i n'en connaît pas plus long qu'eux, approu- 
vera {)lans et exécution comme heaux et très convenables, lors(iue 
ce ne sera qu'un gâchis où les règles les plus siuiples de l'art ne 
seront j)as même respectées, où les proportions jureront en 
maints endroits, et où l'harmonie de l'ensemble fera complète- 
irient défaut. Et nous pourrions dire la même chose de la pein- 
ture et de la statuaire. Nous possédons dans nos églises un 
grand nombre de tableaux et de statues; mais où sont-elles les 
pièces recommandables, réellement remarquables ? 

Mais, dira-t-on, nos gens ne sont pas si ditliiciles, ni si 
grands connaisseurs, ces pièces, toutes défectueuses qu'elles 
soient, leur plaisent et les édifient. Fort bien ; mais ne leur 
plairaient-elles pas davantage si elles étaient mieux exécutées ? 
si elles avaient une valeur artistique réelle ? 

Mais, ajoutera-t-on, pour avoir des chefs-d'neuvre ou du 
moins des pièces remari juables, il faut avoir des moyens que 
nous n'avons pas, nos ressources ne nous permettent pas de 
viser jusque là. 

A cela nous répondrons que, quant à nous, nous préfére- 
rions laisser une niche ou un trumeau dix ans, vingt ans, veufs 
des pièces qu'ils attendent, ])lutôt que de les garnir de produc- 
tions défectueuses, et que nous aimerions mie'ix n'avoir qu'une 
seule pièce dans notre église, tibleau ou statue, véritablement 
remarquable, que d'en avoir un grand nombre que la critique la 
moitis sévère ne pourrait qije comlamner. Si l'on en agissait 
ainsi, on ^verrait dans bien peu d'années s'épurer le goût pour 
l'art, et les artistes réellement dignes de ce nom, justement ap- 
préciés et non plus confondus avec de simples mauouvriers ou 
des gate-métier. 

Ce mauijue de connaisseurs experts et la manie qu'ont 



42 LK NATURALISTE CANADIEN 

110.3 journalistes de vanter outre mesure toute production nou- 
velle ([uelle qu'elle soit, nous nuisent encore considérablement. 
On a un cliché d'éloges toujours ja-et pour toute nouvelle produc- 
tion ([u'on nous signale, défectueuse ou non, elle n'a pas besoin 
d'examen. C'est encore là un d faut qui nuit grandement 
au progrès de l'art. 

Mais nous demandons bien pardon à nos lecteurs de cette 
di'ïressioii et nous revenons à notre bateau (jui va bientôt tou- 
cher à Sorel où devra se faire la séparation, chacun prenant le 
haut où le bas pour retourner à ses foyers. 

Avant do quitter le bateau, notre président M. Carrell 
nous réunit au salon pour nous adresser quelques mots. Sur 
son invitation, nous consentîmes aussi avec plaisir à prendre un 
moulent la parole. Nous seution^i, avant de nous ([uitter, la con- 
venance de féliciter tous nos compagnons sur leur bonne tenue 
pendant tout le trajet. Nous ne leur cachâmes pas que ce 
n'était pas sans i]uelque appréhension (|ue nous nous étions joint à 
nos compagnons de la presse pour la présente excursion, car 
bien que nous n'ayious aucun doute sur leur honorabilité, nous 
pouvions redouter de nous trouver peut-être dans quelque cir- 
constance où la présence du prêtre aurait pu être défavorable- 
ment jugée, mais que nous devions leur rendre ce témoignage 
(jue partout leur tenue a été irréprochible ; nulle brèche à la 
tempérance, nulle circonstance où les convenances rigoureuse- 
ment catholiques auraient eu à souffrir, nulle parole d'aigreur 
ou de reproches pour blesser la bonne hirmonie qui n'a cessé'de 
régner tout le temps et entre tous. On a écarté avec soin toute 
discussion politique, et de celte façon, malgré les opinions di- 
verses qu'on savait nourries de paut et d'autre, la cordialité la 
plus franche, la fraternité la plus sincère, renjouenient et l'en- 
train même n'ont cessé de régner tout le temps; nous nous 
sommes amusés en véritables frères. 

Puis nous proposâmes des remercîments à notre secré- 
taire le Dr Dionne, à qui nous étions redevables d'une organisa- 



NOS CANTON» DE l'eST 43 

tion si ].aTfiiite et si bien diiigce. Ces reiiiei'cîmeats furent 
chaleureusement voié.s pur toute l'assemblée. 

Coniuie nous n'avions parmi nous aucun membre de la presse, 
de Sorel, nous pensions j-asser inaperçus dans leur ville, ne 
nous y arrêtant nn instant que i)Our attendre le passage des 
bateaux soit pour (,>iu''bec on ^Montréal, filais nous avions 
compté sans la générosité et le palriotisnie des Sorelois, car à 
peine avions-nous touché le quai, que le niaire, M. le Dr La- 
douceur, venait nous souhaiter la bienvenue et nous convier à 
un grand dîner poiu' 8 h. aux frais de la ville. 

Cependant avec notre com[)agnoji M. lïuart, nous nous dé- 
tachons aussitôt du groui>e pour alier saluer M. Dupré, curé de 
la ville, visiter son église, et aussi faire une petite chasse aux 
insectes de la localité sur le terrain avoisinant le pres!>ytère, 
chasse qui fut pour nous des plus intéressantes. 

Voici la listes de nos captures. 

Hyinéaopfèras. 

Limneria hyaliua, Frov. vons ailleurs. 

Phygad(?unon ujaturus, Prou. Quant aux Hém ptères, nous 

" intlatus, Prov. n'avons rencontré que les es- 

" rubricus, Prov. pècts les plus communes qu'(jn 

" aciculatus, Prov. trouve jiartout, les terrains cul- 

" inhabilis. Prou. tivés dans lesquels nous opé- 

Bracon nitidus, Prov. rions, n'étant couverts que de 

Polysphincta vicina, Prov. plantes peu diversifiées, offraient 

Pimpla rufovariata, Cre-'iS. d'ailleurs ^,peu de chances de 

" tenuicornis, Gre^s. rencontrer de nouvelles espèces 

Puis, la plus [irécieuse, wwq ' de ces insectes, qui se distiri- 

espèce nouvelle de Bassus guent tous par un vol en gé- 

que nous avons nommée r;/- néral assez ditticile et peu sou- 

luulricus, et que nousdécri- tenu. 

A 8h., en compagnie de M. le curé de Sorel, nous nous 
rendons à l'hôtel Carletou, où l'on nous a conviés pour un 
gland dîner aux frais de la ville. Plus de lUO personnes se 



44 LE NATURALISTE CANAPIEN 

rano'ent antonv des tables toutes chargées de mets aussi variés 
qu'apj'étissants. M. le maire présida à la table d'honneur 
ayant à sa droite notre Piésident M. Cariell et à sa gauche M 
M. les abbés Diipré, Provancher et Huart. 

Ajirès que les premiers besoins de l'estomac furent satis- 
faits, on passa aux santés d'usage, à nos hôtes, à la presse, aux 
dames de la presse etc. Le vin moussant dans les verres ne 
manqua pas d'exciter la verve des orateurs, car tcjutes ces 
santés furent soutenues de discours pleins d'entrain et d'im[)ro- 
viations des plus heureuses. 

Vers les ICh., il fallut se séparer de nos aimables hôtes 
pour se rendre au bateau daçit le sitiiet se faisait déjà entendre 

]\'Iais là ne se terminait pas encore la fête pour Sorel ; à 
peine sommes-nous dans la rue, que nous voyons des fusées, 
aux mille couleurs, des chandelles romaines, des feux de Bengale 
etc., semer dans l'obscurité au dessus de nos têtes leurs étoiles 
lumineuses et leurs paillettes enflammées. C'était tout un feu 
d'artifice que l'on avait organisé. 

Enfin nous donnons une dernière poignée de mains à ceux 
dont nous nous séparons et nous montons à bord du Québec qui 
faisait le trajet de descente ce soir là. Des hourrahs sans fin se 
font entendre et nous voyons bientôt le quai avec ses lumières 
se confondre clans l'obcurité de la nuit. 

Le superbe bateau, malgré son grand nombre de cabines, ne 
pouvait encore en fovnnir à tout le monde ce soir là, tant, les 
voyageurs étaient nombreux. Pour nous qui devions prendre 
terre aux Trois-Rivières, nous n'avons que le temps de faire 
vme seconde veillée, et des plus agréables, avec deux confrères 
que nous rencontrons à bord, M. Jutras, curé de Tingwick et M, 
l'abbé Jourdain de l'évêché des Trois-Eivières. 

Pievoir le lieu qui nous a vu naître, parcourir le nouveau, 
quoitjue d'un pas plus lourd, les sentiers que tant de fois nous 
avons foulés 'de nos pieds dans l'impétuosité du jeune âge, renou- 
veler connaissance avec ces champs, ces ruisseaux, ces hori- 



NOS ca>;tons dk l'kst 45 

zons, à peu près les seuls que nous connnissions autrefois, re- 
chercher dans leur physionomie qui est toujo\irs la niêuie, ces 
charmes que nous y trouvions alors (ju'au début de la vie nous 
ne leur en trouvions pas de comparables, est une jouissance que 
bien peu se refusent lorsqu'il leur est donné de pouvoir se la 
procurer. 

Aussi dès le lendemain nous empressions-nous de traver- 
ser le fleuve, pour faire se réjouissant pèlerinage dans noire 
paroisse natale de Pîécancour. 

Oui! nous retrouvons bien les champs, leo ruisseaux, les 
horizons sur lesquels nos yeux d'enfant se reposaient ; mais ils 
semblent nous tenir en tout autre langage. " Je donne encore du 
vert gazon ou des épis dorés, dit le chanq) ; mes eaux murmu- 
rent toujours dit le ruisseau ; je n'ai pas chmgé mes limites dit 
l'horizon ; mris toi tu n'es plus le même. Ta vivacité ne parait 
plus ; ton pas s'est alourdi ; tes cheveux ont blanchi ; tes allures 
sont plus lentes et dénotent un déclin qui bientôt touchera à 
son terme. Eeconnaissais mênie qu'avec la plupart des objets 
environnants, tu as suivi une marche opposée. Vois ces prés 
sans fin là où des broussailles hérissaient le sol, ces arbres du 
voisinage ont fait place à des champs où se promène la charrue, 
les demeures mêmes se sont renouvelées pour prendre une pa- 
rure plus coquette et plus rajeunie ; toi seul as suivi la pente 
qui t'approche de ton terme, 

— Mais non, nous ne sommes pas seul qui avons changé, nous 
sentimes-nous pressé de répondre. Et où sont-ils aujourd'hui 
ces vieillards que nous voyions dans chaque maison du voisi- 
nage ? Où sont-ils même ces gais compagnons avec lesquels 
nous prenions nos ébats dans ces prés herbeux ? ces voisins qui 
s'asseyaient avec nous sur les bancs de l'école ? Hélas ! eux 
aussi ont suivi la pente; ceux que la mort a épargnés se sont 
disper.-iés pour la plupart, et dans le petit nombre des restants 
nous avons giand peine à reconnaître les traits de leurs parents 
dont le souvenir est encore bien vif dans notre mémoire. Oui ! 



4G LE NATURALISTE CANADIEN 

dans un denii-siècle il s'oi ère bien des clian^uements à elia'iue 
endroit, et si la vue des lieux où s'est écoulée \iotre enfance 
nous rajipelle des souvenirs agréables, ce n'est pas sans y mêler 
de bien tristes pensées aussi. Nous ne dirons cependant pas 
qu'elles sont anièies ces pensées, car le souvenir de tout ce 
qu'on a aimé est toujours agréable, et il y a des tristesses qu'on 
se plait aussi à goûter. 

De Bécancour nous passons à fSte-Gertrnde qui n'est 
qu'un démeud>rement de la paroisse-mère et où nous comptons 
encore de nombreux parents. 

Comme le temps s'y prêtait, nous ne manquons pas de don- 
ner quelques coups de filet dans des broussailles avoisinant une 
route où nou's nous trouvions. Et voici le résultat de nos prin- 
cipales captures. 

Hyménoptères. Hémiptères. 

Phygadeuon aciculatus, Prov. Nabis férus, Lin. 

" impressus, Prov. Enchenopa binotata. Say. 

Ichneumon cervulus, Prov. Ceresa bubal us, Say. 
Limneria mellipes, Prov. Jassus immixtus. Say. 

" ruficoxa, Prov. Enchenopa latipes. Say. 

Pimpla tenuicornis, Cress. Lygws pratensis, Lin. Avec un 

Hemiteles pallipennis, Prov. grand nombre d'autres Capsi- 
Perilitus vulgaris, Cress. des, de Diédiocéjihales, de 

Macrocentrus longicornis, Prov. Bythoscopes etc., qu'on recon- 
Stilpnus americaniis, Cress. tre partout. 

Mesochorus flavipes, I^rov. 
Ortlîocentrus abdominalis, Prov. 
Puis un Àlicrogaster nouveau 

que nous avons nommé hrevi- 

caudus. 

Enfin le lendemain 6 août, nous revenions aux Trois-Pdviè- 
res prendre le chemin de fer du Nord pour Québec et t-rminer 
notre excursion. 



HiniJOGiJAriïiR 47 

Ces excursions sont certaineni'int très avantaç^fenses aux 
membres de la yiresse. Elles leur ))ermettent de mieux connai- 
tre le pays afin de pouvoir faire dans l'occasion une ]ilus juste 
appréciation de ses différentes parties. Elles offrent aussi aux 
journalistes l'occasion de se connaître personnellement les uns 
les autres, et comme consé(]uence de se traiter avec plus de ré- 
serve et de ménagement dans les disoiissions et i)olémiques. Il 
faut reconnaître que sous ce rapport notre ])resse a grandement 
besoin de réforme. Le ton de nos journaux pourrait parfois 
faire croire aux étrangers que nous manquons grandement d'é- 
ducation, tant le langage qu'on emploie est peu séant et réprou- 
vé par les gens bien élevés. 

Nous ne voulons pas terminer ce récit sans joindre notre 
voix à ceux de nos confrères de la j^resse pour offrir nos ])lus 
sincères remercîments aux compagnies diverses et aux ]ierson- 
nes dévouées qui ont contribué à nous rendre le voyage si facile 
et si agréable. 



BinUOGliAPHIF. 



Rapport de l'Entomologist du Département de l'A- 
griculture pour 1835, James Fletcher, — Ottawa, 60 p. in-8. 

C'est la traduction française du Rapport anglais que nous 
avons mentionné dans notre livraison de juillet. Voila une 
brochure que toute personne tirant du sol des produits quelcon- 
ques devrait avoir constamment sous sa main, car elle est pres- 
que un manuel d'entomologie à l'usage des cultivateurs par la 
foule de renseigupments qu'elle contient. Vous trouverez dans 
ces pages le moyen de combattre avantageusement la plupart 
des insectes qui s'attaquent à vos cultures. Et on sait s'ils sont 



48 LE NATU11A.LI;7TE CANADIEN 

nombreux et quelks pertes ils font subir. Ajoutons que très 
souvent aussi vous y a: juendrez à mieux connaître les ennemis 
que vous poursuivez, et p3,r cela même le moyen de les com- 
battre avec plus de succès. 



Journal de l'Instruction Publique. —Montréal, Beau- 
chemin et fils, 32 p. iii-S par mois. Prix %l. 

Nous aurions dû annoncer plut tôt la réapparition de cette 
utile publication, d'autant plus que nous prêtons d'ordinaire une 
attention toute particulière à tout ce qui concerne l'instruction. 
C'est un journal très complet, très bien fait et pour ainsi dire in- 
dispensable à tous ceux qui se livrent à l'éducalion de la jeu- 
nesse. Les règles de la pédagogie, les notions les plus utiles 
d'hygiène, des exercices orihographiques, des problèmes d'arith- 
métique, d'algèbre, et quelques pages de lectures des plus inté- 
ressantes, sont les matières ordinaires qui remplissent ces pages, 
et y sont traitées d'une manière aussi pratique que rationnelle. 
La dernière livraison reçue portait le numéro 4 du vol. V. 



Nous devons à la bienveillance du ministie de l'Agricul- 
ture, l'hou. M. Garling, et à l'obligeance de l'Entomologiste 
d'Etat, M. Eletcher, de pouvoir offrir à chacun de nos abonnés, 
une copie du précieux Kapport de ce dernier sur les insectes 
nuisibles à l'agriculture et les moyens les plus efficaces de les 
combattre. 



Afin de terminer nu plus tôt nos Additions aux Hymé- 
noptères, nous supprimons, pour le présent numéro, et probable- 
ment aussi pour le suivant, la suite de nos Hémiptères. 



ç^^O,r^.rj^ 



i_,:e 







Vo. XVI. Gap Rouge, Q., Octobre, 1886 No. 4. 



Rédacteur: )\ IMbba iMlOVAMlULR. 



IMÎIMKS 



L'j numéro gagnant lïl pour la 2e prime du mois de mai, 
Sfrombus alati(.<t, Gruel., a été réclamé par M, G. H. Tanguay, 
de S.-Gervai.s, Bellechasse. Le même Monsitmr vient encore ré-' 
clamer la 2e prime du mois d'août, numéro 317, 2 Cyprœd 
caurica, Lin. Ces coquilles, qui font de beaux ornements de 
corniche, ont encore l'avantage d'être exactement déterminées. et 
d'offrir par cela même un intérêt particulier aux connaisseurs»;- 
Les numéros gagnants de juillet 88 et 258, et celui d'août- 
7, n'ont pas encore été réclamés. 

Septembre. 
Niimércrs gagnants. 

1ère Prime — Faune Canadienne, Coléoptères ...N° 87. 

2e " ^-Oliva guttata 18. 

N. B. — La personne a}'ant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
eu-voyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur la 
couverture. 



N. B. — Les ahonnés qui nous ont transmis de l'argent 
sans donner leurs noms, oie se sont j^as encore fait connaître^ 
Lu)i était de Bécancour, et sa lettre enregistrée portait le N°' 

4. — Oft. 1SS6. 



50 lî: naturaliste canai'Ifn 

4238, avec la date du 25 août sur le timbre. Les deux, a'drrs 
étaient de Québec, l'un avec une lettre enregistrée j)orta,}t le 
N' 93 et la date du timbre 1er septembre ; l'autre lettre non 
enregistrée portait la date du 25 aoiU sur le timbre de 
Québec. Chacun pourra se reconnaître par le manjue de 
reçu joint à ces explications. 



m CHAMPIGNON KIÎ.MAKQl'Alil,!':. 

Phallus inipudicus, Liu. 



Peu de nos lecteurs, pensons-nous, sont enf^ore sans avoir 
lu ces faits merveilleux que des auteurs tro}) naifs ou trop peu 
scrupuleux à l'égard de la vérité, se sont plu à rapporter au 
sujet de certaines plantes, qui dans leur développement s'écar- 
taient plus ou moins de la marche ordinaire aux plantes les 
plus communes. Qui n'a jamais entendu dire, par exemple, 
que l'Aloès ou Ag,ive, dont on voit assez souvent des repré- 
sentants sur les fenêtres des amateurs, ne donnait sa fleur que 
tous les cinquante ans, et qu'elle le faisait d'une façon tout op- 
posée à celle des plantes ordinaires ? Ch -z eMe, disait-on, l'épa- 
nouissement est tout-à-fait spontané, et fait suite à une explo- 
sion, dont on pourrait comparer le bruit à la détonation d'un 
fusil de chasse ordinaire. 

C'était là, sans doute, de Tinouï, du merveilleux ; mais on 
allait encore plus loin. C'est que cette explosion était suivie 
de la projection d'une hampe de 15 à 20 pied& de hauteur, qui 
portait les fleurs à son sommet. 

Inutile d'observer que bien que l'Agave ait une croissance 
fort rapide lors(iu'elle est en voie de floraison, son dévnloppe- 
mei.t e.>-t loin d'être insantané, puisque sa hampe ne prend pas 
moins de 12 à 15 jours de croissance avant de montrer ses 



UN CHAMPIGNON REMARQUABLE 



51 



fl ■i'r~-, et que bien loin d'attendre 50 ans pour donner ses fl 'urs^ 
un honiiue peut en voir la floraison répétée j>l isieurs fo'S dans 
sa vie. Dans U'S climats tropicaux, on peut en voir tous le.s 
ans en pleine floraison. Nous en avons vu de superbes repré- 
sentants, tout en fleurs, à l'exposition de Nii;e en 1884, non 
se ieiii.-tiL d ris les serres de l'exposition, mais d.ins plusieurs 
jardins du \oi^inage. 

Mais pas nécessaire de recourir à des climats étrangers pour 
prêter à des plantes que no is ne con:ialssous j)asdes moles de dé- 
veloppenienL imaginaires et absurdes, no is avons ici même une 
plante dont la croissance est tout aussi merveilleuse, «pioi (jue dans 
des proportions plus minimes. C'est le champignon Phallus 
impudicu^; dont nous donnons cî-joint la figure. 

C'est en août 1884 que nous 
fîmes, pour la première fois, la 
connaissance de cette singulière 
plante Etant à cliisser des in- 
sectes dans le bois sur le cap 
qui nous avoisine, nous étions à 
en 'ever l'écorce à une vieille 
souche, à la recherche de co- 
léoptères, qui très souvent se 
réfugient là, lorsque nous crû- 
mes trouver un œuf dans les 
détritus qui se trouvaient au 
pied de cette souche. Nous en- 
levons cet œuf avec deux autres 
un peu plus petits, à peine re- 
couverts de terre. Couleur, 
poids, forme, c'était en tout un 
œuf de poule par l'apparence, 
car en l'enlevant nous l'avions séparé des petites racines qu'il 
portait au bas, fig. 5. 

Comme nous n'avions encore fait alors aucune étude par- 

Fiig. 5. — Le Phallus impnclicHs, Lin-, encore renfermé danf! sa volve' 




Fig. 5. 



52 LE NATURALIf>TE CANADIEN 

licnlièro des champignons, nous crûmes avoir alïairc à un Ly- 
coperdon ou vesse-de-luvp comme on les désigne vulgiireniL-nt, 
bien qne sa forme ovoïde nwis surprit un peu. ISans jilus 
d'examen nous mettons l'œuf dans notre poche et i-evenons ;\ 
notre logis. Nous le déposons sur la uiMette de notre biblio- 
thèque et continuons nos chasses dans notre jardin. 

Eentvant de nouveaif, environ une heure plus tard, nous 
sommes étonné d'une wleur infecte répamlue jiar tonte la mai- 
son. Nous appelons notre gouvernante, qui elle aussi était au 
jardin, pour nons enquérn- de cette odeur cadavi'reuse qui se 
faisait ainsi seniir subitement. — Mais qu'y a-t-il, s'écria-t-elle 
en entrant ? ci'où vient cetie odeur de charogne ? 

Mais c'était une odeur tellement intense et tellement in- 
fecte que ce ne fut qu'avec le mouchoir sur les voies respira- 
toires qu'on put se niettre à faire d.-s recherches. 

— Et qu'y a-t-il là, dit la fille, en montrant la tablette de 
notre bibliothèque ? La voila la charogne qui nous empoisonne. 

A notre grande surprise, au lieu de cet o'uf lisse, au blanc 
pur, que nous avions déposé là, nous voyons une masse oblou- 
gue, de 4 à 5 pouces de long, couverte d'un liquide mucilagi- 
neux verdâtre, et paraissant douée d'un certain mouvement 
d'expansion. C'est notre ehampignon qui se dévelo))pe, dîmes- 
nous j nous avons à peine le temps de l'examiner, que notre 
fille munie de la l»rosse et du porte-ordure, l'enlevait et l'en- 
voyait \ oler dans le jardin. 

Pour sûr, ce n'est }.as un Lycoperdon, nous dîmes-nous, 
mais que ce peut-il être avec un tel d'veloppement ? Et nous 
ne iK)us en occupâni.es pas davantage. 

L'an dernier, vers la mi se[itembre, nous rendant un jour 
dans notre jardin, nous sommes frap] é d'une odeur de charo- 
gne, d'une intensité extraordinaire, paraissant s'échapper d'un 
certain endioit. C'est sans doute une* carcasse de poulet ou de 
chat qu'on am-a jetée là, nons dîmes-nous ; et en inspectant un 
carré- de fèves d'où paraissait venir l'odeur, nous sommes tout 



UN G1ÏAMP!G>T0N RKM .RQUABLE 



53 




étonné de retrouver notre cham-- 
])io;iion (le l'année précédente en 
parfeit développement, tel que 
le montre la fig. 6, et en partie 
Cduveit de mouches de diffé- 
rentes espèces. Nous consta- 
tons sans peine que c'était là le 
foyeide l'odeur cadavéreuse qui 
nous avait tout d'abord frappé. 

Enfin le 9 octobre courant, 
par un beau soleil ardent, voici 
que nous remarquons encore l'in- 
su I )] ;oi table odeur. Nous en re- 
connaissons de suite la cause, et 
regardant à l'endroit où nous 
avions vu notre champignon 
l'été dernier, nous le retrouvons 
juste au moment où il venait de 
rompre son envelo pe. L'odeur 
était des plus intenses, et déjà 
une foule de mouches, particu- 
lièreujent des Calliphora vomi- 
taria {mouche-à-vers) une Sil- 
pli(L "peltata etc., semblaient s'en 
d sputer la possession. 

Pour le coup, nous ne vou- 
lons pas laisser échapper l'oc- 
casion d'étudier une si étrange 
production. Recourant à nos 
auteurs, nous constatons sans 
peine (lue nous avons affaire à 
'■*^'jf "^^ Phallus, et en l'examinant 

Fig. 6. — Le Phallus ivvpudicus, 
\ Lin. iléveloppé. v la volve ; st le 

siipe ; c le réceptacle ou chapeau. 



Fis. 6. 



54 LK NATURALISTE CANADIEN 

de [très pour en bien distinguer les caractères afin de le des- 
siner, nous reconnaissons que c'est le Phallus impudicus, 
Linné, qui est commun à l'Europe et à l'Amérique. 

La famille des phalloïdes parmi les champignons a été l'ob- 
jet d'une étude particulière de la part de cer-ains auteurs. On 
n'en compte pas moins de 73 espèces aujourd'hui réitartics en 
11 genres, dont plusieurs ont été reconnus avoir des représen- 
tants en Américjue. 

Comme ces chnm})ignons appartiennent particulièrement 
aux régions tropicales ou subtro|iic,iles, il est ju'obable (jue notre 
esj/èce n'avait encore jamais été signalée à une aussi haute 
latitude. 

On donne en France les noms d'œiifs du diabJe, œufs de 
sorcières, aux riiallns non encore dév(lo])!i's. Rien que la plu- 
part des champignons aient un nuxle analogue de hVt'lup[K'- 
ment, Ai^arics, Bolets, Morilles &c., c'est à dire nue reuferm/'S 
dans une bourse ou enveloppe, ils l'ompent avec efî).it cette en- 
veloppe (pli formera une esp ce d<; ca|).ile à la \yx^i d i stlix--,, 
les Phallus présentent des particuinrités de caractère.^ tout-à-fait 
extraordinaires. 

Mais pour une plus facile intelliLrence des termes usités en 
parlant de cham|)iguoiis, faison-; connaître, au moyen des tig ires 
ci-jointes, les diftéreiites [larties dont se coinpos^mt hs ]>lus par- 
faits et les noms que portent ces parties. 

Les charni iguous les plus parfiits, connue les Agai'ics, les 
Bolets, les A naniu-s etiî., se compos *iit tous d'une volve {vo^vd, 
voile) fig. 6, V, qui env^doppe totalement le chaiupignon dans 
le jeune âge, comme l'œuf est renfermé dans sa coque. 

L'œuf du diable n'est rien autre chose que la volve du 
Phallus avant son développement. Lorsque le temps en est 
venu, cette volve se romj.t, se déchire, et laisse échapper les 
différents organes qu'elle renferme. 

Caractère particulier des Phallus, c'est que chez eux la 
volve se rompt subitement, avec éclat, produisant une explosion 



UN CHAMPIGNON REMARQUABLE 55 

anilogne à celie d'une décharge de pistolet. Et telle est la force 
qni agit alor^^, que si l'on renferme la volve (l'œuf) dans un 
vase de veri-e, avant son éclosian, au moment où elle se rompra, 
les parois du vase voleront en éclats de toutes parts. 

Assitot la volve rompue, le chapeau, fig 6, c, que supporte 
le sline, f<t, soiteut tons deux instantanément de leur 
prison, et jirennenr en queli|nes minutes seulement les pro- 
portimis <le leur parfait développement. 

Le cha])eau est la partie sm érieure du champignon qui 
polie les sporules ou corps reproducteurs. Ces s|)orules ou 
giaines, qui se montrent soms for ne de poussière, extrêmement 
fine, sont le j)lus souvent renfermées dans des sporanges ou cap- 
sules iliversemeiit distribuées sur le réceptacle ou chapeau. 
Tai;tôt les S'orultis, cornai':! dans les x\garics, sont portées sur 
des lames disposées en ombrelle, sous le ch ipeau même. Prenez 
un ch i eau d'xVgaric jiarf iitement dévelojjpé, mettez-le sur une 
f.iiille de jiajtier bJ.inc, les lames en bis, et après quelques 
lunies vous verrez les sporules répandues sur le papier sous 
rap[»aivnce d'une fine poussière jaunâtre, très abondante. 

L)'autref)is les sjiorules sont distribuées dans des tubes, 
comme dans les Poly pores. 

Et d'autrefois enfin, comme dans notre Phallus, les spo- 
rules sont renfermées dans des alvéoles à la surface extérieure 
du cliapeau. 

Le Phallus, au moment de son épanouissement, présente 
sen ch ipe;,u, ijui est de forme conique et à bords libres du stipe, 
tout couvert d'une substance gélatineuse, verdâtre, nauséabonde, 
qui se résont bientôt en déliqnium pour s'évaporer par la des- 
sicaiiou et se concentrer dans les alvéole^ dont se couvre la 
suriace. La couleur verdâtre disparait bientôt et le chapeau, de 
même que le stipe et la volve se montrent, dans notre espèce, 
d'une belle couleur blanche. 

Le stipe, fig. 6, .s^, n'est donc que la tige ou le support du 
chapeau. Dans certains genres il est plein, et consistant, dans 



■•56 LE ISA'fUKALISTE CANAL.EN 

.d'autres il manque totalement, et enfin dans d'autres, comme 
dans notre l'hallus, il est fistuleux, creux depuis sa base jus- 
qu'à son sommet qui jiresente une ouverture dont l'orifice est 
marginé d'un rebord. 

En outre de la volve, certaines espèces, comme le& Agarics, 
:,U_ous montrent à la partie supérieure du stipe, un peu an des- 
sous du i^apeau, un anneau ou collier; cet anneau est le reste 
d'un voile qui enveloppait primitivement le chape tu avec la 
j)artie supérieure du stipe, voile (jui s'est rompu par le dévelo])- 
pement et dont la partie supérieure forme l'épiderme on cou- 
verture supérieure du chapeau, taudis que la partie inférieure 
demeure ainsi adhérente au stipe. 

Dans notre Phallus, ce collier ou anneau n'existe pas, par 
ce- que le voile fait défaut, ou plutôt par ce qu'il est extraordi- 
nairement développé, si bien iiu'il_^ forme une couverture tout 
entière au chapeau, moins l'orifice, et au stipe. , 

Comme la durée des champignons est en raison de la rapi- 
dité de leur développement, le l'hallus n'a qu'une très courte 
existence. Dès le lendeinain de son éclosion, le nôtre gisait 
déjà sur le sol, le stipe s'étant affaissé sous le chapeau ; les 
mouches cependant étaient encore très abondantes, et l'odeur 
très intense. 

L'étude des champignons a fixé l'attention de plusieurs sa- 
vants, entie autres de Bmgniart, Fries, Persoon, Co<ike etc., etc. 
En Amérique, plus d'un botaniste se sont aussi particulici'enient 
voués à cette étude. Il se publie même à Manhattan, Kansas, un 
journal mensufl. Journal of Mycology, exclusivement consacré 
à cette étude. Ce journal est rédigé et édité par M\I. W. A. 
Kellerman, de Manhattan, J. B. Eiiis, de Newfield, N. J., et B. 
M. Eveihart, de West Chester, Pensylvanie. M VI, W. G. 
Farlow, de Cambridge, Mass.,* W.. W, Calkins, de Chicago, Ills. 
etc., s'occupent aussi spécialement, des champignons.. 

On donne le nom de Mycologie à l'étude des ch ..mpignons, 
4u grec niykê, champignon et logos, di.scuurs. 



UN CHAWl^lUISON IIKMAUQUADLE 57 

Les champignons, en très grand nombre de consistance 
molle, spongieuse ou cartilagineuse, se prêtent assez difficile- 
ment à la dessication, cependant, avec des soins particuliers, on 
les fait aussi figurer, 'et avec grand avantage, ilans les herbiers. 
Nous en comptons plus de oUO espèces dans le nôtre, et nous 
les considérons comme un appoint presque indispensable i.our 
l'étude de tout l'ordre. 

Nous donnerons dans l'un de nos jirochains numéros la 
manière de procéder à la dessication de ces plantes pou- les 
faire figurer dans les herbiers. 

La Jlycologie est une science encore toute récente. L'ap- 
parence de ces productions naturelles avait bien fixé- l'attention 
des observateurs dès les temps anciens, puisqu'on les trouve 
mentionnés dans Pline et tous ceux qui sont venus après lui. 
Mais ces végétaiix sans tleurs, ni feuilles, ni même de racines 
Hp])arentes avaient fourni matière aux su[)positions les plus ab- 
surdes. Plusieurs voulaient que ce fussent des productions mi- 
nérales, d'autres les rangeaient bien parmi les plantes, mais i'nio- 
rant com[)lètement leur mode de re})roduction, ils se laisssaient 
■aller aux suppositions les plus étranges pour ex])li pier leur ap- 
parition. Us étaient dus, disait-on, au limon de la terre, à la pi- 
tuite des arbres, à des phénomènes atmosj)hériqnes comme le 
tonnerre etc. Actuellement encore, dans le centre de la France, 
on donne à V AguricUs ferrugineiiH, le nom (hi pisse-chien, par 
ce qu'on prétend qu'il ne se montre que dans les endroits que 
les chiens arrosent de leur urine. 

Depuis l'invention du microscope, dont l'usage est indis- 
pensable pour l'étude de la plupait des plantes cry, togames, la 
science a donné le coup de grâce à tous ces préjugés [dus ou 
moius absurdes retenus des anciens, sur ces plantes en dehors 
de la voie la })lus commune, et aujourd'hui les' champignons, les 
lichens, les algues etc., sont rangés eu ordres, tribus, familles, 
genres et espèces, comme les plantes phanérogames, et leur 
étude, pour n'être pas aussi facile que celle de ces dernières, n'en 



58 LE NATURALISTE CANADIEN 

a pasmoins d'iittraits et voit Augmenter tous les jours le nombre 
de ceux qui la poursuivent. 

Ajoutons que cette étude prend un intérêt tout particulier 
au ])f)int de vue économii|ue, car il est reconnu aujourd'hui que 
grand nombre de maladies, tant pour l'homme et les animaux 
ijue jtour les plantes, sont dues à la présence de champignons 
microscopiques dans les organismes de ces différents êtres, et que 
mieux connus, il nous sera plus facile de les combattre. 

On snit ([ue grand nijrnbre de champignons des plus par- 
faits sont comestibles et sont l'objet d'un tiafic consi<iérable en 
certains pays. Comme parmi ces espèces comestibles il peut s'en 
rencontrer souvent de vénéneuses, nous aurons occasion plus 
tard de donner les moyens de ])ouvoir distinguer les uns des 
autres, afin de se mettre à l'abri des nombreux accidents dont ce 
mets a déjà été la cause. 



\,v. centi^:nairi^ d'un savant. 



On vient de célébrer à Paris un anniversaire bien remar- 
quable. C'est le centenaire d'un me;nbre de l'Institut, savant 
illustre et bien digne de porter cette honorable qualification 
qu'on prodigue d'ordinaire avec si peu de discernement à une 
foule de personnages n'y ayant aucun titre. 

En effet, qu'est-ce que la science, si non la connaissance de 
la vérité ? Et comment peut-on avec droit qualifier de savant 
celui- (jui manque de la connaissance la plus élémentaire et la 
pins essentielle, celle de se connaître soi-même et de pouvoir 
apprécier les rapports qui lie la créature au Créateur ? Comment 
les fils des singes, quelque perfectionnés (ju'ils soient, peuvent- 
ils venir se ranger )>armi les enfants d^ Dieu et faire valoii' des 
titres à la vénération et aux honim g s di- ,:■.:' \- -i ' 



LK CKNTKNAlltlO U i:X SAVANT 



59 



Ce centenaire même, dont nous vo:ilon5 un moment entre- 
tenir nos lecteurs, n';i-t-il pas fnunii un triste exemple de cet 
égarement d'esiirits déNoyés, si nombieiix en Fi'ance, qu'on 
qualitie de sa ant'*, et auxquels le premier de nos cam aguard-5 
venu pourrait rendre des points sur la plus essentielle de toutes 
les sciences, les devoirs de l'homme envers le Créateur ! 




.... CHKVRb:UL, CKN'l'KXAllih:. 
l^ai el't'i-r, v\\ cxiilt.int 1rs Idugues années de vie de M. Clv - 
vreul, Ciru'i-i It^rlciirs out co^iinris sans doute que c'est de lui 
que nous \oulons parler, on s'est Men donné g.ir le de prononcer 
luènie le nom de. i)ieu. (Jes succès, ces victoires de l'intelli- 
gence, ces dé ;ou\-ei tes si utiles, (;es longues années d'une vie 
paisible et toute pleine d'honneurs, celte verte intelligence 



60 LE NATURALISTE CANADIEN 

même, qui au bout d'un siècle senible n'avniir encore rien perdu 
de sou éclat, n'allez pas attribuer tous ces i)vivilèges à la Pro- 
vidence, à celui qui a réglé même jusqu'à li chute d'un che- 
veu de notre tête ; tout cela est dii au hasard, à la nature, qu'on 
voudrait soustraire à la dépendance du Créateur, comme en 
abusant de sa bonté ou s'y soustrait soi-même. 

Un moment nous avons cru, en lisant les détails de la fête, que 
notre savant appartenait aussi à cette cohue d'esprits forts qui 
l'entourèrent alors. Cependant, nous nous rappelions avoir lu " 
autrefois dans le^ journaux, vers 1871 si nous ne nous trom- 
pons, une protestation indignée de M. Chevreul contre un cer- 
tain journal qui l'avait accusé de matérialisme ; et les détails 
plus précis sur la fête q^e nous venons de recevoir, ne nous per- 
mettent plus aucun doute sur les seniiments chrétiens de l'il- 
lustre savant. 

Nos lecteurs nous sauront gré, pensons-nous, de leur offrir 
ici le portiait de l'illustre vieillard, 

Chevreul (Michel-Eugène) est né à Angers, le 31 août 
1786. Son père était un médecin distingué qui a laissé de 
nombreux et remarquables travaux. 

En 1803, M. Chevreul vint à Paris et fut placé comme 
manipulateur dans la fabrique de produits chimiques de Vau- 
quelin, et dès 1809, il fut attaché à l'établissement en qualité 
d'aide naturaliste et de préparateur du cours de chimie appli* 
quée, qu'il donnait au Muséum d'histoire naturelle. La capa- 
cité réelle qui le distinguait, jointe à l'estime que lui portait 
son illustre maître, lui valut^ dès 181.">, le titre d'officier de l'U- 
niversité et la chaire de chimie au lycée Charlemagne. 

En 1824, M. Chevreul laissa l'établissement pour passer 
aux Gobelins, où il fut nommé professeur de chimie et direeteur 
des teintures. Deux ans plus tard, il était élu membre de l'A- 
cadémie des sciences et succédait, en 1830, à son ancien pro- 
fesseur dans la chaire de chimie appliquée, au Mus'um. 

Nommé en 1864 directeur du Muséum et du jardin des 



LE CEISTENAIRE D'UX SAVANT 61 

plantes pour une période de cinq années, il fut deux fois réélu 
consécutivement à la même position, en 1868 et en 1873. A la 
fin de cette dernière périoile quiuiuennale, âgé de 93 ans, il re- 
çut le titre de membre honoraire du Muséum. 

L'état sut reconnaître le mérite de celui (jui avait cultivé 
la science avec tant de succès, en lui conférant toutes les dis- 
tinctions honorifitiues 'dont il pouvait disposer ; otficier de l'ins- 
truclion publique en 1813, il fut nomme gi and croix de la 
Légion d'honneur en 1875. 

La science et les arts sont reik-vables à M. Chevreul de 
plus d'une découverte des plus utiles. Avant lui, on avait 
toujo^irs éty dans l'impossibilité aux Gobelins de déterminer d'une 
manière fixe le classement des innombrables nuances que pré- 
sentent les objets naturels, ni les modifications que les arts leur 
font subir. Mais au moyen de la nappe lumineuse que four- 
nit un prisme creux rempli de sulfure de carbone, M. Chevreul 
forma des types invariables, et dota la manufacture des Gobe- 
lins du cercle chromatique hémisphéri jue, contenant toutes les 
nuances et tous les tous que la nature peut présenter dans 
leurs diff'éients états de pureté et d^éclat. Ce cercle compte 
720 gammes, composées chacune de 20 tons, en tout, 14,400 tons. 

C'est encore à M. Chevreul qu'on doit la stéarine, qui est 
venu remplacer la fumeuse chandelle d'autrefois, la théorie 
exacte de la saponification etc., etc. 

A part la partie religieuse oui a mamiué au centenaire, les 
démonstrations ont été superbes et éclatantes. 

On a couronné son buste en sa présence à l'Opéra, dans 
une séance sjjéciale en sou honneui. A sa sortie, une foule im- 
mense l'a spontanément acclamé. 

Le lendemain, cfturonnement solennel de sa statue au 
Muséum; toutes les ?^ociétés savantes de France et de l'Europe 
étaient rei)résentées à cette démonstration. Le soir, banquet de 
3U0 couverts à l'Hôtel-. le- Ville, et procession aux flambeaux, 



62 LE NAT[JU\LTSTE GAXADir.N 

que les journaux ont dit être la plus Ijelle que l'on ait vue cle- 
])uis la visite du Schali de-Pevse en 1873. 

Mais n la cérëmonie religieuse a man] né au centenaire ilu 
savant, cette faute est i.lniôt due aux organisateurs de la fête, 
qu'à celui-là mêiuc qui eu était robjrt, car qu'on ne s'y troiu])e 
pas, M. Chevieul est un croj'ant, et n'a pas craint de le mani- 
fester en plus d'une circonstance.- A ])ropos même de son cen- 
tenaire, 1( s jouriianx catho'iques citaient une am cdote q'd 
enlève tout doute à ce sujet. La voici : 

La veille même de son centenaire, Af. Chevreul se trouvait 
en vill('giature dans un château de ses amis, en Seine-et-Oise. 
11 se rend à Dourdan pour prendre le train qui doit le ramen'"!r 
à Paris. Mais soit erreur de calcul ou toute autre cause, il 
arrive trop tard. Que faire dans ce petit village où il lui faut 
attendre trois heures ? Il renvoie son cocher, et se rend à l'é- 
glise. M. le curé entrant dans son église, vit se lever devant 
l'image de la sainte Vierge, un ])etit vieillard, qui vint droit à 
lui: ^ . . 

— Monsieur le curé, j'ai l'honneur de vous offrir mes hom- 
mages; je suis élraug(u\ j'ai manqué le train, et je vous demande 
pardon de m'ètre introduit dans votre église, sans votre permis- 
sion. 

. — Mais, Monsieur, il n'y a pas de mal à cela ; vous êtes 
chez vous. L'église est la maison de Dieu^ et comme, sans doute, 
vous êtes un enfant de Dieu, vous êtes dans la maison de votre 
père. Mais étant étranger et ayant encore plus de deux heures 
à attendre, vous accepteriez peut-être un rafraîchissement ? 

— Vous êtes bien aimal:)le. Monsieur le curé, j,e vous remer- 
cie ; j'aurai cent ans demain, et je n'ai jamais rien pris eu dehors 
des repas. 

— Cent ans ! Est-ee que j'aurais l'honneur de parler à M. 
Chevreul. 

— Je suis, en effet, Clievreul, mousieur le curé, et oorame 
mes amis et mes élèves de l'Institut veulent me faire une petite 



NOUVELLES SCIENTIFIQUES 63 

fête demain, je me rends à Paris pour ne pas les dét^oMiger ; il 
y en a tant i)armi eux, ajouta-t-il, qui n'ont pas la foi, que je 
ne suis pas fi\< hé de la demander un peu pour eux. 

Et M. Cbevreul, le centenaire et le grand savant, après un 
gracieux salut à M. le curé de Douidan, se ragenouilla devant 
sa madone qu'il ne quitta que quand l'heure de prendre le nou- 
veau train fut arrivée. 

]\I. Chevreul aime à s'appeler, dit une revue, et, dans le 
monde des écoles on se ])lait à rajipeler \ô doyen des étudiants. 
De fait, sa grande vie enseigna ces trois grandes sciences : Tra- 
vad, foi, civisme. Apprenons de lui ces trois grandes sciences 
de la vie publique et privée. 



KOUVliLI.ES SCIENTIFIQUES. 

Bibliographie. — Rapport d'i/n voyagé fait au Lahrador 
Canadien en 1882, au sujet d<8 productions naturelles de 
cette partie du Golfe St- Laurent, par M. D. N. Saint-Cyr, 
conservatexir du Musée de l'Instruction Publique. 

C'est avec gi'and plaisir que nous annonçons la publica- 
tion de ce rappoit, qui est le premier du genre de la paît de 
notre gouvernement. Aussi ceux qui ont présidé à sa publica- 
tion montrent»ils qu'ils sont tout- à -fait novices en la matière. 

Toute publication porte d'ordinaire un titre propre à donner 
une idée de la matière trjitée ; et le présent rapport porte pour 
titre : " Eéponse à une addresse de l'Assemblée Législative, en 
date du 19 avril 1886, demandant co[)ie du rapport" 

On veut donc dire que c'est là la copie d'un rap])ort 
qui reposait dans les bureaux du gouvernement depuis 
1882, et qui, sans l'intervention de la Législature, serait de- 
meuré là dans l'oubli. Comme nos ministres montrent bien là 
le faible intérêt qu'ils portent aux connaissances scientifiijues î 
Cependant le Eapport de M. Saint-Cyr fait grand honneur à 
son auteur, et pouvait affronter la publication sans crainte. 
Mais ce rapport revêt un intérêt tout particulier à un double 
point de vue. C'est qu'en outre des observations du savant, 
qui traite en maître les matières qu'il aborde, nous avons dans 
M. Saint-Cyr un économiste entendu, un patriote sincère, dont 



64 LE NATURALISTE CANADIEN 

les siio-çrestions sont des pins précieuses au sujet des immenses 
richesses que recèle cette |)artie de notre territoire, et dont nous 
{(l);nid(>nnoiis à peu près l'exploitation aux étrangers, faute de 
connaissances suffij^antes et de renseignements précis sur la va- 
leur de ce que noii s possédons là, et la possibilité d'en bénéficier 
autrement que nous ne l'avons fait jusqu'ici. 

Ce rapport, qui sei a hautement apprécié de tous les hommes 
de science, contient en outre du journal du voyage, 7 autres 
] arties, savoir : lo Remarques au sujet du guano ; 2o au sujet 
de l'édredon ; 3o liste des mammifères pinnipèdes du golfe St- 
Lîiurent ; 4o des cétacés des mêmes eaux ; 5o liste des plantes 
recueillies ]iar l'auteur sur les côtes du Labrador en 188:^ et 
1885; 6e catalogue des plantes phanérogames du Musée de 
l'Instruction Publique; et 7e les plantes cry[)togames du même 
musée. 

Les naturalistes trouveront là une foule de renseignements 
qu'on trouvcrtiit difficilement ailleurs et corroborés par uu 
honnue qui a vu par lui-même, qui a observé ces objets in situ, 
et dont les vastes connaissances sont une garantie de la valeur 
des opinions qu'il énonce 

Il est regrettable, nous le répétons, que, considérant ce 
rapport comme une réponse aux demandes de documents ordi- 
naires que les dé|)Utés à la législature fout au gouvernement, on 
ne lui ait pas donné la forme et l'habit que les sujets scientifiques 
demandent. Ainsi, pour ce qui est de la typographie, c'est par- 
tout le même caractère, le genre, l'espèce, le nom de l'auteur, le 
nom vulgaire, souvent fmnçais et anglais, tout se montre sous 
la même foi me. Disonts aussi que les dates et surtout les mîllé- 
siniHS se saisissent bien plus facilement et plus promptement en 
(•Infires qu'en caractères. Et cette pagination au bas, au lieu de 
la tête de5 pages, quel ennui pour les recherches! Ajoutons 
encore qu'une table aljihabetique des noms de genres et d'es- 
lièces eut été des plus utiles. 

Nous faisons des vœux pour que le gouvernement pour- 
suive son œuvie ; que M. Sainl-Cyr aille de nouveau faire une 
slrition l'i'té i.rochainsurlacôtedu Labrador, afin de prendre de plus 
amples renseignements etde donner à nos législateurs des sugges- 
tions en(îore.plus concluantes sur les mesures à prendre pour ti- 
ler profit de ces sources immenses de richesse que nous possé- 
duns là, en même temps que la science pourra bénéficier de ren- 
seignements jirécis que bien peu de naturalistes sont en moyens 
de prendre j'ar eux-mêmes. 



L"E 



^•^^p^- 



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Vo. XVI. 


Cap Rouge, Q., Novembre, 1886 


No. 5. 




Héilaiiteur: }1 l'Abbé riUIVANClll.R. 





Di) 



ilMKS 



L-^-s numéros gagnants du mois d'août 7, et de septembre 
87 et iS, n'ont pas encore été réclamés. 

Octobre. 
Numéros gagnants ; 

lère Prime — De Québec à Jérusalem No. 242. 

2'. " — Murex bicolor: 275. 

N. B. — La personne a)^ant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sîir la 
couvcrticre. 



WlCÀlWl.OGUi 

l'âge de la pieurk taillée chez nos aborigènes. 



Notre premier père, après sa chute, chassé du' paradis de 
délices où il n'avait épronvé ni peines ni soucis, dut chercher 
duns les ressources de son génie, les moyens de pourvoir à la 



ô.— Nov. 1SS6. 



66 LK NATURALISTE CANADIEN 

siib.-i.stence de la nouvelle et malheureuse vie qui devenait son 
partage. 

Naturellement ses regards se jtortcrent de suite sur la 
terre, qui seule pouvait répondre à la satisfaction de ses besoins, 
comme elle l'avait fait do|)uis qu'il était sorti des niains du 
Créateur, mais avec des soins et des labeurs qu'il n'avait pas 
encore connus. 

Mais la terre, pour donner ses produits, doit être remuée 
et travaillée ! C'est ;\ la sueur de ton/ront (ine ta eu retireras 
ta subsistance, avait die le Créateu.r. Or pour travailler la 
terre, il faut des instruments ; et nu sur la terre nue avait été 
jeté notre premier père ! 

Mais comme avec Dieu, la justice ne se trouve jamais se-' 
parée de la miséricorde, Adam, môme après sa faute, avait jni 
conserver une conuaissauce plus parfaite et plus intime de Ja 
nature que celle que nous pouvons acquérir aujourd'hui par 
l'étude et l'observation. Aussi voyons-nous que les enfants 
mêmes du premier homuîe surent utiliser les métaux et les 
convertir en instruments pour leurs pro})res besoins. 

Que cette coimaissance des métaux ait })U se transmettre 
des pères aux fils, d'une génémrion à une autre, nul doute à 
cet égard, puisque leur usage était presque indispensable au 
soutien de la vie. 

Nous disons presque indispensable, car si aujourd'hui, avec 
notre civilisation, l'usnge des métaux est devenu une nécessité, _ 
l'histoire nous ap{irend que plus d'une peu[)lade, éloignées par 
une cause ou par une autre de leur centre oi'igiuaire, ont j u 
subsister assez longtemps sans leur usage. 

Les bois durs et résistants ont dû sans doute être lesprenriers 
outils dont ou s'est servi ])Our fouiller le sol, afin d'en retirer 
des produits, lorsqu'apa-ès un najifrage, ou une dispersion h la 
suite d'une guerre, quel([ues peuplades se sont trouvées isolées 
du reste de- leur communauté, et privées des instruments dont 
elles faisaient usage sans pouvoir s'en proc:;rer d'autres. 



AUCHKOLOinR 67 

- ' 

Mais connue le bois n'oflVai' pas une résistance sufîisante- 
pour les travaux à exécuter, et <pie d'ailleurs on était hors 
d'i'tat de pouvoir le façonner aux divers usages qu'on en vou- 
lait faire, on clunclia au^fc.itôt un corps plus consistant, plus 
résistant, et on \>^. trouva dans la pierre qui se trouve partout et 
dont on sut tirer parti de la dureté relative des diftéreutes .es-, 
pèces, pour eu confectionner des outils par le martelage, le 
clivage, le frottement, etc. De là cet âge de la pi^^rrc qu'on a 
pu constater elle/; lifférentes peu[jlades éloignées les unes des 
autres, et chez ieiquelles la pierre seule fournissait les outils de 
culture, les in.-:,[runients de ehasr^e, et mêmes les armes de 
guerre. 

Les archéologues se sont partout montrés empressés, à 
recueillir et conserver ces reliques de l'iudusirie humaine, des 
âges antérieurs à la civilisation pour différentes peuplades. ' 

Xotre sol de l'Amérique en a fourni k lui seul plus que , 
toutes les antres contrées réunies des anciens continents. C'est 
que, lor-que Christoj'he Colomb apporta au Non veau- Monde , 
les r'^ssouices de la civilisation, déjà fort avancée à cette épo- . 
que, ie- peuplades américaines n'eu étaient encore (pi'a l'indus- . 
trie [riiiiitive pour les besoins de la vie, c'était à peine si les- , 
habitants du Mexique et du Pérou, où les minerais sont si 
abondants et si variés, savaient qi:elque peu façonner le cuivre, 
l'or et l'argeut. Pour to'ites les nombreuses peuplades de notre 
amérique boréale, ce n'était encore que l'âge de la pierre dans 
toute sa simplicité, sauf quelques rares outils en cuivre qu'on 
avait pu 'parfois obtenir du Mexique. 

Quelque abo idantes qu'aient été ici, en Canada, ces re-, . 
liques des tem[>s antérieurs, elles s<int cependant encore assez . 
rares dans nos masées. Les nouveaux colons, tout absorbés 
par les soucis de leur établissement,, lors ju'ils n'étaient pas 
forcés de se protég'-rpas la guene, n'ont pas attaché d'impor- 
tance à ces instruments primitifs, et nos archéologues étaient, 
encore à venir à cette époque. C'est un fait qu'on peut trou- 



08 LE NATURALISTE CANADIEN 

ver en Europe et aux Etats-Unis dos musées mieux pourvus 
de ces reli(iues de notre pro; re territoire, que ne le sont ceux 
que nous possédons parmi nous. En plusieurs endroits, connue 
h Boston, par exemple, on a pu recueillir un tel nombre de ces 
instruments de ]»ierre, qu'on en a fait une classification d'après 
l'usage qu'on en faisait, tel qu'indiqué par leur conformation: 
massues, haches, pointes de flèches, coins à percer la glaces, etc. 

La qualité de la pierre employée sert souvent aussi à faire 
connaître l'usage de l'instrument, en même temps qu'elle in- 
dique le lieu de sa provenance, car la même pierre ne se re- 
trouve pas partout. 

Nous sommes heureux de pouvoir offrir h nos lecteurs, 
la représentation d'une hache de pierre trouvée tout récemment 
ici au CapRouge, 

M. Adolphe Robitaille pos.->ède une terr« sur la hauteur 
même du cap, 11 était à labourer sou champ, lor.squ'un de ses 
enfants qui le suivait trouva cette pierre. — Voyez, papa, oette 
pierre que je viens de trouver, dit le petit garçon de 9 à 1;J ans, 
comme elle est singulière ; on dirait un taill.iut de hache à son 
extrémité eiïilée. — Tiens, c'est bien rare, des pierres comme 
celle-là, jette donc ça dans le feu qui consume ce tas de bran- 
ches. — Mais, voyez, elle n'est pas comme les autres, aile a été 
travaillée ! 

Et le père la prenant en ses mains, reconnait en effet, 
que c'est une pierre travaillée, et sans aucun doute une hache 
de nos sauvages aborigènes. 

Nous figurons ici la pierre de grandeur naturelle, vue de 
face et vue de profil. Elle est en silex très lourd et très com- 
pact. On voit distinctement sur sa face plane, et surtout sur 
le biseau de son extrémité, les raies tracées par le frotten.ent 
qu'on a pratiqué pour lui donner sa forme et sou poli. Sa, partie 
trancliante n'a pas sans doute la finesse d'une haehs d'acier, 
mais elle est encore fort mince et j orte à peine quelques brèches 
à l'un de ses bouts. 




Eig.8. ^'g-9- 

Fig. 8.-Uno. hache en silex de nos sauvages aborigènes, vue de face, de 
rriuuieiir naturelle. 

y\g 9. —La ruâme, vue île profil. 



70 r.K ^'atx'ïïaliste caîtapîen 

Prenez miiinlenant tm Mton^ de fièiie, pur exemple,- de 
2 à 3 pieds de loivgueiîr et d'environ» 2 poiicros de dittiuètr.^, 
feudez-le à l'uiiideb boutSy a^v.'Tuj/■t^a.•s<JZ la tète de cette bœlia 
dans la fente^ par ii»e forte ligature ei> avant e,t e» arrière, et 
vous aurez l'iustrunient dont se servaieivt new sauvages pour 
couper et fei>lre leur lx)isr dt'-jEyéce? la viawle des aniuiaiix 
qu'ils tuaieiït à la clTi&se, cauTtviûre- leurs arcs-, leurs CLiuots^ 
leurs avirons^ eta.,. eta 

MaiSf direz- vo-us pe-ut-être, coinn?or>t aTec un tel instru- 
meot couper le boia.abattre des arbves ? 

SariS' d/ute que la cl»se n'e'taiÈ pas aussi facile qu'^avtc? 
des haches d'acier, cei)eudaiit ils eu veihaieut à bout en assez: 
peu de ten>ps encore. Nous voyous que Cbiu> tlaiiï, dans une 
de ses • excufsioi>s coutre les Iroquois^ se di-eriJa-it à construire 
un retranche ment d'abattis d'arbres i>oup'la nuit, mit ses lïommts 
k l'ccuvre, français et algoutjuins qui l'acouipagnaient. Or 
ces derniers, remarque UliaiBplain, avec leurs seules haches 
,de pierre, parvenaieiit à akittve, même des arbres- vefts, en. y 
mettant très peu plus de tem-ps <|ue les i'ïança,is- avec leurs- 
outils acérés. Les liaches dotit ils- faisaient aloi's usagii étaient 
plus fortes que' celle que nu\id rejirésentons ici,, qui n'était peut- 
être qu'une hachette à mam, tenant lieu de coateau pour leg. 
menus ouvrage^, mais elles étaient seuiblablement de pierre 
dure et de l<i> même forme. Le silex, le porphyre, la serpentine^ 
certains gneiss, etc., étaient d'orJiuaire les [)ierre3- qu'on em-' 
ployait. 

Nous }^os3cdons une autre de ces haches ]:^auooup plu» 
fi)rte et plus lourde, qui vient des Mictuac? cw ia l'^we dos 
Chaleurs. Celle-ci, par sa forme, laisserait à croire que, tixée 
en ligne droite au bout d'un fort bâlon, elle &(irvait à défoncer 
la glace pour la pêche durant l'hiver. 

La 1 lierre de notre première hache nous parait identique 
avec le silex qu'on iroave en ncnlules dans les calcaires de Nia- 
gara, et comme il n'y a pas de telle pierre dans le voisinage, 
nos sauvages se les procurai out sans ijoute de l'ouest, des bords 
de rutiav 



A.UCIÏEOT.OGIE " 71 

Le Gapîtoiige pouvait fort bien offrir un lieu convenable- 
de cainpe:iîent à nos saiiva;j;es, cci»endant nous ne voyons pas 
qu'ils l'aient utilisé à cette fin. Us trouvaient, s:ins doute, plus 
avantageux de se fixer à Stadaconé, ou sur les bords de la ri- 
vière St-Charles, lieux qui leur offraient -inie communication 
plus facile avec le fleuve, et une route plus directe pour se di- 
riger à l'intérieur. Leur présence ici ne pourrait s'expliquer que 
comme avoisiuants et pouvant tirer quelque avantage de la 
présence des français lors de l'hivernement en ce lieu de Jac- 
ques Cartier en 1541, ou de iioberval en 15-42. 

On sait que Jacques Cartier, en 1541, vint se fixer à l'em- 
bouchure de la rivière du Caj Jioiige pour y passer l'hiver. C'est 
à cet établissement qu'il donna le nom de Charlesbourg-lioyal. 
L'année suivante, de Eoberval s'en vint à son tour se fixer au 
même lieu avec une nouvelle colonie. 

Comme Cartier avait fait quelques défiichements,— et 
des restes trouvés ont permis aussi de le constater — c'est sur 
la pointe qui borde la j'ive dmiie de la petite rivière que se 
trouvait Charlesboug-Eoyal. Mais de Koberval qui changea 
ce nom en celui de France-Ttoi, tout en profitant, des éta- 
blissements de Cartier, car sa colonie était beaucoup plus nom- 
breuse, s'établit, lui, sur la rive gauche, sur le cap même, puis- 
qu'il dit qu'il y fit construire une spacieuse habitation en 
même temps qu'une tour à deux étages, et deux corps de logis 
au pied du coteau pour y garder les provisions. 

Il est bien ra^!sonnable de supposer que quelques familles 
amies pf.rmi It^s Alg()\U[uins se st'raieut alors fixées à qiu^lques 
arpents de l'établissement du Cap, lieu ou a été trouvée la 
hache, pour commercer avec les étrangers et tirer parti de leur 
Voisinage. 

11 est assez remarqualjle que le nombre de ces outils pri- 
mitifs trouvés eu notre province est tout à fait restreint. Dans 
bien des cas, sans doute, on n'a pas pris le soin de les conser- 
ver, mais c'tit un fait que 'eur Lroivaille a toujours été assez 
rare. 



72 LE NATURALISTE CANAPIEN 

Nous" nous rappeloiKs avoir souvent joué, dans notre en- 
fance, avec une de ces haches iiui se trouvait ch^iZ l'un d'; nos 
voisins, dans la paroisse de Béccneour. On savait fort1>ien ce 
que c'était, car nous nous ]ilaisions à faire connaître aux auti'cs 
enfants l'usage que les sauvages faisaient île tels instrunx-nis 
et nous nous étonnions ensemble qu'on [tût avec de tels oulil:i 
faire quelque chose d'utile. 

Qu'est devenue cette hache? '. ..Pi-obablenient (qu'elle 

aura été confondue avec les auires cailloux, qui sait ? enij.luyée 
peut-être dans une maçonne de solage ou de cheminée, car où 
étaient alors nos archéologues ? q'iels étaient ceux qui s'occu- 
cupaient de ces vieilleries ? qu'étaient à cette époque nos 
musées ? 

Lors de notre première visite au lac St-Jean, en 1801, 
étant à Hébertville, on nous dit que sur la langue de terre qui 
sépare le lac Kinogamishih du lac Vert, on avait tronv; un 
amas de pointes de Heches en [ùerre taillée. Nous nous ren- 
dîmes à l'endroit indiqué, cherchâmes partout, mais ne pùme» 
rien trouver. 

Comme il y a là des bancs de syenite très dure, il est pro- 
bable que c'est de cette pierre qu'on aurait fait u.sage pour les 
flèches. Mais si réellement de nombreuses pointes de cette 
sorte ont été trouvées, il y a- une trentaine d'années à Hébert- 
vdle, on doit, sans doute, en avoir cmiservé quelques unes 
quelque paît. Nous attirons sur ce sujet l'attention dts ar- 
chéologues du collège de Chicoutimi, qui se trouve dans le 
voisinay;e. 



Ll'l Cl) A NO 



Le guano est rcc-mnu anjourd'lmi être le jilus puissant en- 
grais (\\i\)U i misse appli [uer au soi ; et toutes les qualités de sols, 
argileux, pierreux, gra-. (.'iriix, sablouiwux etc, peuvent eu béné- 



].V GUANO 73 

ficier. Dans les climats de l'oui'st, où l'on n'étable pas les ani- 
DiauN |i(nir l'iiiver, c'est piesque aiiJDnrd'hui le seul engrais h la 
disposition des ciiltivatri rs, comnic nous l'avons vu a|i])li«|uer 
eii GL'Oig e en 1871. i-à on ne cultive pr^^s iue excl siveni -nt 
quy le coton ; e! point de guano, point de iécolce. 

On sait que k' guano consiste dans l'accuniulalion, dirant 
des siècles jteut-otre, des déjt'Ctions d'oiseaux njarins, n)èU'es à 
d'auties détritus animaux, comme les plumes, les Corp.-, dn ces 
oisea--x, leurs œufs, etc., dans des contrées ou les pluies étant 
très rares, n'enlèvent pas à ces matières les sels amuiouiacaux 
qu'elles renfei nient et (pii leur donn^-nt une si grande valeui' 
comme engrais. Leslies de l'océan Pacifique qui bordent les 
côtes du l'éi'ou, particulièremeut Uhmche, Lobos, Arica &c, sonfc 
les ])rincij>a!es sources d'où l'on extrait cette précieuse matière. 
Mais ce ne sont pas là les seuls endroits où se iiuicontre le 
guano, si tant est qii'oii peut a[)i>li quer ce no n à tout amas de 
détritus animaux propres à fertiliser le sol. 

M. D. N. Saint-Cyr, dans son rapjiort que nous avotis 
mentionné dans notre dernier nuniéio, nous donne des détails 
fort intéressants sur des dép'ôts de gu.iiio ijue renferment [)lu- 
sieurs îles de notre golfe. Sans doute ce guano. e-,t loin l'être 
aussi riche (jue celui du Pérou, nos pluies et nos gelées ne p» r- 
nietteiit pas aux matières animales exposées à l'air de c<jnserver 
l'ammoniaque (ju'elles recèlent, mais tel qu'il est, plus ou moius 
mêlé de maiières vi'g'tales, il serait encore d'un grand s 'COiirs 
pour la culture des côtes avoisinant ces iles, et [ivuirrait peut- 
être môme être expoité plus loin avec grand avantage. 

Si nos cultivateurs savaient mieux apprécier la valeur des 
engrais, ik se montreraient plus soigneux de conserver ceux 
qu'ils ont, et trotiveraient très souvent à s'en procurer davan- 
tage, sans trop de f.ai^ et sans aller jusqu'au Pérou. (,)\n ignore, 
par exemple, la valeur, comme engrais, de la tourbe qii'o i trouve 
assez communément su divers «.-ndroiis et en si graiule (juan- 
tité ? Il y a ici môme, au Capllouge, uu cultivateur qui a 



T4 • LE NÂTar.ALISTE C.VN'AI'.EN' 

d'tiililé ]a v.iU'ur d(^ sa terre an moyen eie eette seule ressource. 
Il H snr safcTuie un m inis t.mrb.-UK 'ioul il tire '"ha |ue hiver — 
le terrain étant trop mou pour y faire passer des aninumx l\ té — 
<le 50 à, 100 voyages et niènie d.ivantage de ©Hite tourbe qu'il 
répand sur ses chanijis. l'^t dès les jiremiers essuis, il a doublé, 
• de suite le lendemeut de ses récoltes, surtout en foin. Et telle 
€st la bounj venue de son foin, nue sa qsialité est i-econnue des 
fielieteiirs et préférée sur le marché de Québec. En est-il beau- 
coup ailleurs qui imitent est exeujjile ? 

Parnii les munbreuses îles qui composent le groupe de.? 
Autiilcs, il en est plusieurs qui renferment des dé[)ots, et des 
dépots abondaiits d;; gaaiio, mais pour celui-ci, comme pour 
celui du Lalu'adof, l'évaporkt'on de l'amnioniaiiue lui a fait 
perdre les trois (quarts de sa valeur. 

Un voyageur américain, M. S. P. Sh.irpîes, à fait en 18S3, 
la visite du Grand-Turc et de quelques autre.s îies voisines du 
grouiJC de Bahamas, eta tloiiné.un récit des plus intéressants 
de sa visite. Nos l-cte irs unis sauront gré, pensons-nous, de 
leur mettre sous les yeux ([Uelques extraits de ce récit. 

Après avoir pris terre au Grand-Turc, il se rendit en petite 
embarcation à -une autre île à l'ouest de celle-ci, que les géo- 
graphes apj)eUent Cape Comet, mais qu'on désigne généralement 
là sous le nom de Breezy Point, 'Jette île est à environ 20 
milles du Grand-Turc, . - 

Cette île, conîm^^ toutes ses voisines, est entourée de récifs 
<u- c:<v\'] ,■';■ : t l'abordage assez difti 'ile, et Itordée près 

du rivage d'uuu lioicie bien fournie de palmettos ou palmiers 
nains, ne s'étendant pas au delà de 200 verges du rivage. Tout 
l'intérieur est ou entièrement nu, ou couvert d'arbrisseaux pour la 
plupart fort épineux. Le guano là est renfermé dans des cavernes. 
Mais entendons le voyageur lui-iuème ; nous traduisons. 

" Les cavernes à guano, qui étaient le principal objet de 
notre visite, sont situées à l'extrémité Ouest de l'île, dans une 
ixiie maguiiique, assez profonde pour permettre l'ancrage de 



LE GUANO liy 

Yiiis?G.in?î tirant de 9 ù 10 jneds d'eau. Ces ca"\-eriies s'étcn-'eur. 
huv nue longue chaîne de collines qui tonnent la j'urtie la pliiS 
élevée de l'île, L'i j'iiia haute de ces eolliDts ne dépasse jias 
]50 pieds, et e»t apptdée par les iiègn\-s du iur.n de Flamingo, 
t-u consé'itience d'un iiiarai?! qui se trouve. ij sa baae, on ces oi- 
iîeaux.les Fous de Basan, eii anglais Fhuningo, '.ienn'ent y faire 
leurs couvées. Les collines (jui rtidéunent les princi]a"X d('| ôts 
de guano ne déliassent pas 50 ])ieds de hauteur. Ces collines 
ont é'té creusées par l'action des vu^iifs a i ive éi.'0(ine assez re- 
culée, puis [u'elleâ Ut sont j^as à nioiu^ anjourd hui d'urt demi 
mille du rivage. 11 n^ ]>araît pas cei>enda!>t (] 'il y ait eu sou-, 
lèveujent du soî,i>ion qu'une élévation de quelques pieds ait 
]>u avoir lieu. Os caves paraissent plutôt avair été al>a.ndon- 
liées par la mir, pi'.r ce (jne, \rdT suite de l'élévation du sol, 
leur entrée s'est trouvée fermée. 

'' Il est remarquable que ces caves on caveriîes ;ioni. 
]^re^(]ué totalement dénuées de stal.ictites et île stala;^- 
îiiites, Ce (jui est dû, sans doute, à la coai; acilé du toit 
q'ii les recouvre et au peu d'épaisseuc. de ce toit, 'pii dépasse 
rarement queLpes pi: ds. Ou pénètre géuéraU ment dans ces 
cavernes par une ouverture dans le toit, là ou ce toit a été 
ronqm. l'iusieuis de .ces ouvertures n'mit pas jdus d'un pied 
de diamètre, et })araissent, pour la plupart, avoir été formées 
par la croissance de racines à travers des creviissjs dans le roc. 

" A la plus grande entr. e par lacpielle nous o])érons notre 
première descente, l'ouverture a environ une dizaine ^le [àeds, 
mais elle est en partie forrm'e par le roc forniaut le toii: ; le tnni 
est entouré de racines de figuiers et autres arbies (jui servent 
comme d'échelles pour opérer la descente. Au centre de l'en- 
trée., croissait un asimin.ier {papaxv tree) de 6 à 8 pou'-es de 
diamètre, A une autre ouverture, le seul moyen d'opérer la des- 
cente à l'intér eur était de se servir, à la manière des matelots, 
d'une unique racine de tiguiei d'environ 2 ))ouces de diamètre. 
Nous trouvons souvent de ces racines paraissant avoir ti'a- 
^ ersé le loc aolidc. 



76 lï: naturaliste canadien 

" L'ouverture de la première caverne conduit d-ins une 
grande clianibre à peu près circulaire, qui paraît avoir été grande- 
ment fréquentée autrefois, car les murs sont en bien des endroits 
noircis i)ar la fumée, et des foyers avec des ce-ndres sont eucor^e 
bien visibles. Ou voit sur les murs de cette chambre de gros- 
siers dessins, dénotant qu'on a voulu représenter des figures hu- 
maines. Dans l'une des branches de cette chambre, les pre- 
miers explorateurs trouvèrent 2 marmites' et une chaise. C'é- 
taient évidemment de manufacture des aborigènes, étant sem- 
blables à celles décrites par les premiers visiteurs de cette 
région en usage chez leurs habitants, et elle^s ne devaient pas 
avoir été là moins de oOO ans, puisque c'est environ à cette 
époque (|ue, les espagnols enlevèrent les indiens à leurs fertiles 
champs de chasse et dépeuplèrent ces îles. 

" Paito'it, excepté vis-à-vis l'ouverture, ces_ cavernes con- 
tien-ient une terre rouge particulière ; quelquefois la couche 
n'est que de quelques pouces d'épaisseur, d'autrefois elle rem- 
]>lit à moitié l'excavation, et dans plusieurs elle remplit la 
chambre jusqu'à quelques pouces seulement du plafond, mesu- 
rant [ilus de 20 pieds d'épaisseur. 

" On croirait, en pénétrant dans ces cavernes, se trouver dans 
d'immenses magasins où la terre aurait été empilée à dessein. 
Cette terre est un m 'lange de sulfate et de phosphate de chaux 
avec une petite proportion de chlorides alcalines et plus ou 
moins de matière org,iaique. Elle paraît presque entièrement 
pri\ée de re^stes org iniques. Une singulière circonstance en 
rapport avec ces dépôts, est le fait que, quoique entourés de 
toute part de c.irl>ouate de chiux, ils sont presque entièremaut 
déjiourvus de cette substance. Cette terre est très humide, 
cette humi lité au m=) U'-'ut qu'on l'em^iorte au dehors, se monte 
à i.eu près a 4U lur -.nit. L'analyse a donné le résultat sui- 
vant : 



LE GUANO 77 

Ean 30.G0 

rho>;j)hate de chaux oo.oô 

Sulphate de chaux 21.80 

Matière organique '.'.98 

Silice 1.00 

Potasse 0.32 

Soude O.l-t 

Puis traces de chlore, d'alumine, d'acide carboniiiuc, •et(; 

" Une question se présente naturellement: quel est ce dé- 
pôt et d'où vicTit-il ? Le Dr Liebig, de Baltimoi'c, qui visita 
cette caverne peu de temps après moi, dit que c'est certaine- 
ment un dépôt organique d'origine récente. Il incline à penser 
qu'il a été jeté là de quehjue manière par les vagues, et qu'il 
consiste de matières organiques si abondantes dans les mers des 
environs. 

" La preuve à l'appui de cette prétention est cependant 
très faible ; les débris contenus dans cette teri-e sont peu nom- 
breux et peuvent tout aussi bien servir à appuyer d'autres sup- 
positions. 

" Ce dépôt diflère du plus grand nombre de ceux de ce 
genre en ce qu'il est sous forme de line jioudre humide. Il y 
avait un dépôt à Navassa à peu près semblable, mais il était en 
grande partie sous forme de pierre, tandis que je n'ai vu celui- 
ci nulle }iart incapable d'être creusé avec les doigts. <^»uel([nes 
dépôts de guano dans l'île de Jarvis, dans l'océan Paciti^pie, 
sont presque exactement de la même composition (pie celui-ci ; 
et le guano de l'île Jarvis est reconnu comme dépôt d'oiseaux. 
Il y a de nombreuses cavernes au Texas contenant' du guano de 
chauve-souris. Ce guano est toujours aisé à reconnaître, piuis- 
qu'il consiste surtout en parties dures des insectes que les 
chauves-souris n'ont pu digérer. En explorant nus ca veines, 
on rencontra une chauve-souris, et l'on trouva uu>si quelques 
dépôts de leurs déjections, mais en petit nund)re et épars les 
uns des autres. Les (quelques restes qu'où trouve dans toute 



78 LE X\TURALISTE CAKAPTEN 

îa teTTo de ces -lU'ernes ne sont ];oiiit seuibiables à cer.x qui 
seraient déj'osés \yà.v les chauves-su iiri.s, mais btMit de petits Tiag- 
îiieiits d*os de paissons. 

" Un t'cluuitill'Ou de gueno venu d'.me île voi.-^ine peut 
servir à jeter qnokjue Jiiniiète sur l'origiiKi de sa [)io\enance. 
Nous trouvons dans c(dui-ei beaucoup do matière organique, 
consistant ] 'lincijTâk'nient eu fragments d'os ; dans queli[ues Ciis, 
cf'ux-ci. sont si bien conservés, qu'on peut reconnaître les 
jtaities du corps ddut ils faisaient partie; 1-s vertèbres de petits 
f;-oissons sont cnnniuues dans ces débris. 

" Je pense que tous ces dépôts sont un guano fossile, qui a 
été si longtemps exposé i l'aetion da l'air et de l'humidité, ^u'il 
ïi piesque })erdu tout son ammoniaque. G'tte terre est presque 
entièrement dénuée d'odeur, moutraut ainsi sa parfiite décom- 
I ôsitiorf. L'absence de r'stes recouuaissaltles se comprend facile- 
ment, puistjiie (kis os ensevelis dans des ta- d'e,ngrais viennent à 
perdre leur iatégiité et se réduisent en |Miussière. 

" Dans une autre caverne (jue nous visitâmes nous esti- 
mâmes à pas moins de 1009 tonnes la ([uantité d(; guano qui 
s'y trouv'-»it. Une racine de figuier avait pénétre à travers le 
[ilaf(uid, nous 1a cou pâmes et l'emportâmes comme un trophée, 
sur un diamètie d'environ trois quarts de pouce, elle mesurait 
ai delà de 50 pieds de longueur. On peitse qu'il n'y a pas 
moins de 300,000 tonnes de guano dans les différentes cavernas 
de cette île. 

" Li. température de ces cavernes est dos plus agréables, et 
bien qu'olles soient hunddes, on n'y é[>rouve aucune sensation 
<lésagréable çl'huuiiiiiti', l'air étant simpkunent frais et très 
agréable après les rayons brillants du soleil. 

"'Les collines sont partout couvertes 'l'iiue basse végéta- 
tion de plantes communes aux régions tropicales, parmi les- 
quelles douiinruit ^urtuiit les Cactées et k;s Kuphorbiacées ; bref, 
■«'d y a hO'.ij 1 <|Uelques plaiit; s bif.n pont vues d'é- 

piiie*, voUb êiuo prcs^|Uc ibûr de [icuvoir les irouver là. 



NOUVILLKS SCIENTIFIQUES 79 

" Il n'est preçque pas possiblt de poiiélrer à tiaver.^ ccti.^ 
V(^g('tatiun, sans s'y frayer un cli:.!;!iii» avec la haclu", et si l'on 
ajoute à cela la su])erstiiion des u'gros qui ne veulent jamais 
aller sous terre avant qu'un blanc n'y ait passé, et ci'la san:i 
avoir besoin de leur aide, on coin; 'rendra comment il se fait que 
ces cavernes n'aient ]iu être connu s i>lus tot." 

Comme les îles de Mingan et les autres des côtes du T.a- 
brador sont d'accès jdus facile que celles de Bahamas, le gou- 
vernement ne devrait pas man(pu>r de faire poursuivre à M. 
Saint-Cyr les études (ju'il a commencées des dépôts qui s--^ 
tîouvent là, et qui peuvent être, très prdbablement, d'uiïp grande 
ressource ]iour l'agriculture. Pi'ivé ou nom de soii animo- 
niaipie, l'humus des marais de ces îles ne pent manijuer, par les 
jihosphates «ju'il contient, de constituer un puissant engrais [^our 
les colons du voisinage, si toutefois il ne mérite jias d'être ex- 
poité à de j)lns grands fiais. 

NOUVKLLl'^S SClENTIFlQUl^rS. 

Mollusque??. Xos Helix 'nemoralif^, apportées de Lour- 
des, con)me nons l'avons déjà mentionné jir'cédemment, s(; 
sont considér.iblement mnltipliées dans le cours de l'été. Si 
bien qu'à l'a'utomne nous j'ouvions en cueillir plusieurs don- 
z lines dans notre jardin. Elles nous ont ]'aru tout aussi ro- 
bust(^s et aussi variées en coloration que nous les avons vues 
en France, jaune avec lignes spirales noires, jaune rosé, rose 
purpurin avec ou sans lignes sjorali s, etc. etc. Elles nous ont 
jiaru rechercher ].articu.lièrement les gadeliers et les ])om:uii rs 
jour ler.r nourriture. Les voyant disjmraître anx jremiers 
froids, nous ne ponvioiis sonpçonner le lieu de leur re'raite 
l'Our l'hiver, lorsque voulant enlever les feuilles d'une fate 
tallc d'hémérocalle (lis d'un jour), nous en trouvantes une \iug- 
taine de cachées sous ces f< v.iîles; rpu'lijue jours pli s tari, nous 
i n ticuvions d'autres dan» nne talle de bouquets-îaifais, Li/ch- 



80 LE CENTENAIRE L)'UN SAVANT 

nis hdvhdfa, ccl'cs-ci ('■talent toiites à demi cnfoiicées en terre 
avec l'onvertiiro on dessus, mais close par la cloi.-on calcaire- 
qi. 'elles | roduisent d'ordinaire jour l'hiver. Eien n'a pu encore 
nous ] orter ù croire «jue leur multiplication pourrait devenir 
donjiiuigeable aux plantes de nos culture-: ordinaires. 

The West American Scientist. - Cette levue men- 
suelle, de 12 ])ages in-8, est publiée par M. C. lî. Orcutt, à San 
l)iego, Ctilifornie. Elle fait pariiculicrenient connaître les pro- 
d' étions naturelles du riche climat de cette partie de la côte du 
racifique, et offre. })ar cela nicuie, un intéiét tout j articulier aux 
iiatr.ralistes. Abonnement $1 j-'ar année. 

The Golden State Se entist.— Cette j)nb!ication, dont 
nous venons de l'ecevoir le 1er numéro, est publiée à lîiverside, 
Californie, jar M. E. M. Haight. Elle est paiticulièrement dé- 
vouée à la Zoologie, la géologie, l'archéologie, la botanii^ue et la 
numismatique. — $0.50 par année. 

Notes snr de v'eux manuscrits abénaquis - Par 

Charles GUI, Juge de la Coar Supévie'uve. — C'est avec grand 
l'iaisir que nous saluons cette preniière production d'un nouveau 
solda- marchant à des conquêtes sur l'inconnu. L'Honorable 
Ji.ge Gill, à l'exemple de notre ami M. Miot, juge à Beaune, 
France, (jui a déjà remj'orté j)lusieurs prix d'entomologie [ini- 
ticpie, d'un ai'tre magistrat, M. Perrot de Chezelles, de Paris, 
qui a traduit en vers Y I tnitation de Jésus- Christ, etc., se plait 
à cultiver les muses ],our faire diversion aux enntiis du codp, 
et c'est aux éti:des archéologiques et philologi'|ues qu'il a voué 
.son atieution en voulant bien faire bénéficier le public de ses 
recherchas. Les présentes Notes ont tiré de l'oubli, et peut-être 
conservé à l'existence, de précieux manuscrits, dans lesquels les 
linguistes et les philologues pourront trouver de précieux maté- 
riaux l'Our leui's études et leurs recherches. Nid doute que 
notre érudit magistrat poursuivant ses études, ne puisse faire 
bénéficier ]ilus lard, les Utti'es Canadiennes, de nouvelles pro- 
di.cLiuns tout, aussi précieuses. 






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Vo. XVr. Cap Rouge, Q., Décembre, 1886 No. 6. 



UCtlaclcur: }\. I'AbbB riidVAXCIlhR. 



PRIMKS 

L(^s numéros gagnants du mois d'août 7, et de septembre 
8 et 18, n'ont pas er.core été réclamés, de même que le 
numéro îl43 du mois d'octobre. 

La seconde piime du mois d'octobre, numéro 275, un 
Murex hicolor, Val., a été réclamée par le Kév. M. Bourgeault, 
curé de Laprairie. 

NoVEMlîliE, 

Numéros gagnants : 

1ère Prime — Cecil's Book af Birds, illustré et 

élégamment relié No. 87. 

■ 2e " — 2 Cerythium erythrense 17. 

N. B. — La personne a}'ant l'.exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces iniméros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur la 
couverture. 



A PROPOS D'ANTIQUITES 



L'article de notre dernier numéro sur les haches de pierre, a 
attiré l'attention de plus d'un amateur, et nous a valu la récep- 
tion de plusieurs lettres fort intéiessautes. 



-Dec. I8t^6. 



82 LE NATURALISTE CANADIEN 

Qu'il nous est ,ngi(';ible de pouvoii' constater, presque chaque 
joui-, que nous luai-ih )us, tout jeune peuple que nous sommes, 
que DoUd mai'rliou.-;, iii>oiis-nf us, ijuoique à pas lents, dans la 
voie du jivogres. Les seieuees, les lettres, les arts, ont mainte- 
nant chez nous, leurs maîtres et leurs pupilles ; tous eneore en 
petit nomhriMl est vrai ; mais, tout' fois, en luiiiés suf'hsimes 
)>our ibriner des clief:^ de file aux aileptes qui viennent de tenqis 
à autres se rangvr à leur Miite. 

Nous avons nos joctes, lyriqi.es, dramati^iiies, chanson- 
niers. 

Nos orateurs sacrés et profanes, panégyristes, criminalistes. 

Nos musiciens, chantres, compositeurs, exécntauLs. 

Nos mathématiciens, nos géomètres, nos ingénieurs. 

Nos ]ieint]'es, nos sculpteuis, nos statuaires. 

Nos philologues, nos linginstes, nos géologues. 

Nos bibliophiles, nos antiquaires, nos numismates. 

Nos naturalistes ? hélas ! sous ce clb-f, rari nanies 

sont encore les comhaitanls. Combien tie fois n'avons-nous pas 
en, à cetégir>l, des tentations de découragement ! Nous prêchons 
dans le désert, nous disioas-nous |»arfois. MliIs non ! nous ré- 
])li(|uaient des amis à (pu no is f lisions part de nos craintes. 
Vos premiers appels ont retenti, il est vrai, dans le désert, mais 
ne sont pas demeurés suis écho. Avant de s'engager dans une 
route, il faut coiinaîire ce qu'elle nous promet. Av.mt de se 
livrer à l'étude de la botanique, de l'entomologie, de la conchy- 
liologie etc., tous noiirs qui n'évoquaient à peu près aucun sou- 
venir dans l'esprit des audit uiis, il fallait connattre l'objet de 
ces sciences. Kt on le connaît aujourd'hui. ISi tous ne s'aiment 
})as de la boite de Dillénius et du iilet faiichoir, tous ceux (|ui 
vous lisent vous suivent avec intérêt, applaudissent à vos succès, 
constatent la marche des idées à cetégard dans un sens favorable. 

Nous avouons avec sitisf iction que les amis qtii n..iis par- 
laient ainsi n'avaii^nt pas tout-à-iait tort. Car si nos musées 
Sont encore r.ires et très rares, il y a cependant de légers corn 



A PKoros d'antiquités 83 

mencenients en certains endroits. La botanique est tenue en 
fort grande estime en plusieurs de nos institutions de filles, et 
nous avons i)U voir plusieurs herbiers chez elles qui n'étaient 
pas déjà sans valeur. Cependant, il nous semble qu'on aurait 
pu faire davantage. 

D'un autre côté, on le sait — et nous en avons plus d'une fois 
fait la remarque — les hommes d'étude ne sont pas très nombreux 
■ parmi nous, et on ne change pr.s tout d'un coup les idées d'un peu- 
ple. Dans notre pays où chacun, à peu près, doit vivre de son tra- 
vail, on ne se sent que peu jiressé de se livrer à l'étude d'une 
science qui n'offre guère pour résultat immédiat que des jouis- 
sances intellectuelles. Kt le fait que le but de l'étude de l'his- 
toire naturelle est aujourd'hui connu du plus gran l nombre, est 
déjà un immense succès. Non ! ce temps où un herborisant ou un 
chasseur de mouches était regardé comme un échappé de Beau- 
port, est déjà passé, et ou n'ignore plus aujourd'hui que ces 
poursuites, en apparence si futiles, ont un but très noble et 
d'utilité réelle. Nous perniettra-t-on de citer ici deux petites 
anecdotes à ce sujet. 

Feu M. l'abbé Brunet, professeur de Botanique à l'université 
Laval, était allé hjsrboriser à Lotbinière. Un attrait parti- 
ci'.lier qui l'attirait en cette paroisse, était la présence de M. le 
Notaire Bédard, l'un des premiers qui se soient occupés de Bota- 
nique en ce pays. 

M. Brunet allait donc herboriser chaque jour, tantôt sur 
les grèves, tantôt aux bords des bois, d'autrefois dans les champs, 
et parfois seulement sur les bords herbeux du chemin ; et tou- 
jours il en revenait les mains pleines de tiges, de feuilles et de 
fljurs de toute sortes, ce qui n'intriguait pas peu les braves ha- 
bitants qui le voyaient à l'œuvre. 

Tout ceux qui ont connu feu M. Faucher, alors curé de 
cette paroisse, savent qu'à une piété remarquable et à un dévoue- 
ment sans bornes pour ses ouailles, ce bon pasteur joignait un 
fond inépuisable de gaieté et de bonne humeur, qui le portait à 
trouver en toute circonstance occasion de s'égayer. 



84 LE KATIKAIISTI': CAKADIKN 

— Mais, ]\I. le curé, lui diiv^it un jour de braves gens q>ii 
le rencontrèrent sur le chemin, dites-nous donc ce que veut faire 
ce jnêtre que nous voyons passer tous les jours les mains pleines 
de foin ou ti'heibnges ? 

— llélas! mes braves amis, c'est un pauvre prêtre du Sé- 
minaire de Québec qui a perdu la tête, et qui s'amuse ainsi à 
ramasser des plantes. Lorsque vous le verrez passer, arrachez 
une l'Oignée d'herbes des ]iremières venues, allez les lui oflrir, e^ 
vous verrez quel ) laisir vous lui causerez. 

Les biaves gens qui n'étaient pas à faire connaissance a\ec 
l'humeur joviale de leur curé, sou}içonnérent qu'il pouvait y 
avoir là quelque piège, et n'osèrent pas tenter l'essai ; mais pour 
lui, il fallait voir avec quels éclats de fi'anc rire il questicrirnait M. 
Brunet pour savoir si on ne l'avait pas abordé pour lui faire 
telle offrande. 

Voici maintenant la sec<tnde. 

Dans l'hiver de 1871, nous crûmes devoir aller demander 
aux climats du sud le rétablisement d'une santé déjà fortement 
compromise. En compagnie de feu ]\I. l'abbé Dohertey, encore 
]lus soufirant que nous, nous nous dirigeâmes vers la Floride. 
Nous étions à traverser les immenses forêts de pins résineux de 
la Caroline du sud, lorsque ]iar suite d'un grai.ssage insufiiyant, 
l'une des roues de notre char en vint à s'échauôer juKju'à faire 
prendre feu aux étou] es imprégnées d'huile qui garnissent les 
moyeux. Force était alors de stojiper le train là où il se trouvait, 
de refroidir par des arrosages les fers échauffés, et d'appliquer de 
nouveaux graissages; ce qui, chaque fois, ne prenait pas moins 
de 15 à 20 mmutes. Nous ne manquions pas, cha<jue fois, de 
mettre ces arrêts à profit pour chercher des insectes là où nous 
trouvions, tandis que nôtre siàrituel compagnon en profitait, lui, 
]iour déguster un cigarre, tout en amusant ceux (]ui l'entouraient 
de(|uelque trait piijuaut ou de ces fines saillies dont il {iossédait 
si bien le secret Comme nos allures intriguaient un [jeu certai- 
nes dames qpi nous voyaient faire nos chasses, elles s'adressè- 
rent à lui [)Our avoir des exi-liV-iilions. 



A TilOrOS l/ANriQUITKS 85 

— Mais, dites, nous done, firent elles, ce que chjrche ce 
mo'isieur ijue nous voyons d'ordinaire avec vous, eu inspectant 
partout le sol, écartant les herbes, retournant les copeaux etc. ? 

— Le croiriez-vous, mesdames ? c'est mon pauvre compa- 
gnon de voy lo-', qui est fati;4 lô du cerveau, et qui a pris la ma- 
nie de cheicliu' partout des épiugles. Si vous voulez lui faire 
plaisir, présentez lui des épingles, et vous verrez avec quelle sa- 
tisfactioa il les acce[)tera. 

11 arriva précisément qu'au même instant nous entrâmes 
dans le char, tenant en mains notre bouteille de cyanure, où 
s'agitaient de superbes pièces, nouvelles pour nous, que nous ve- 
nions de saisir. Les dames en étaient à se fouiller pour chercher 
de.^ épingles, lor s (u'ellesnous virent, tout joyeux, exhiber les belles 
captures que nous venions de faire. Et notre compagnon de rire 
alors anx éclats devant ces daines toutes stupéfaites, et ne com- 
prenant rien à notre langage français. 

— Nous pensons que vous nous avez jouées, s'exclamèrent- 
elles. 

Nous étions encore plus étonné fjue ces dames, et ne com- 
prenions rien de son hilarité, lorsqu'il nous mit incontinent au 
fait de l'affaire. 

Le tour égaya tous les compagnons de route, mais fut l)ien- 
tôt compris de tout le monde. Si bien qu'à l'arrêt qui suivit, 
nous avions autant d'aides pour nos chasses que nous comptions 
de compagnons dans le convoi. 

Mais revenons à nos antiquités. 

Monsieur le curé de Laprairie nous pardonnera si nous 
nous permettons de reproduire ici sa lettre sans autorisation. 
C'est qu'une demande préalable de notre part nous faisait craindre 
quelque objection de sa modestie, et que nous voulions jirofiter 
de l'exemple que nous trouvions l'i, pour grand nombre d'autres 
qui pourraient aussi, sau* aucun doute, porter leur attention sur 
la découverte et la conservation de ces intéressantes reliques. 



gg LE NATURALISTE CANADIEN 

Laprairie, '26 nov nihre ISf^T). 
Monsieur l'ubbé. 

J'ai bien aiiné votre étude sur les haches sauvages. Dans mon jeune 
âo-e j'en ai vu plusieurs dans la maison paternelle à Lavaltrie. J'en ai 
trouvé moi-même, à quelques pas de la maison, sur le bord de la côte avoi- 
sinant le Saint-Lauréat. 

J'ai aus-i vu des gouges en pierre verte tirant sur le noir. 

Que sont devenus ces souvenirs du passé ? Je l'ignore. La maison 
a été chanu-ée de place, les anciens sont morts, les jeunes se sont disper- 
sés I Cependant mon frère aîné qui occupe la terre pa erncUe, bien que 
paralysé, a encore sa tête, et je tâcherai d'avoir de lui des nouvelles deces 
instruments qui nous intéressaient autrefois. Si j'en ai, je vous en don- 
nerai. Si je n'ai pas le temps de m'occuper de sciences, d'histoire etc, 
je suis toujours prêt à fournir les matériaux dont je puis disposer à ceux 
qui peuvent les utiliser. 

J'avais plusieurs objets en mainSj entre autres une pointe de lance ou 
de flèche en cuivre rouge, trouvée à la Baie des Chaleurs ; je la devais— avec 
d'autres souvenirs — à M. l'abbé E. Moreau, curé de S Barthélémi. Je les 
ai prêtés à un M. Marier, pour un congrès scientifique, et ce M. Marier 
étant mort vers le même temps, mes reliques se sont trouvées perdues.... 

F. BOURGEAULT, 

Curé de Laprairie. 

Si tons les hommes lettrés du Canada, à l'exemple de M. le 
" curé de Laprairie, accordaient seulement leur sym])athique en- 
couragement à l'étude des sciences, de suite, sans aucun doute, 
elles prendraient une course ra[>ide dans la voie du progrès. 



L'AGE DE riERIîE Al) SAGUENAY 

par M. Vabhé Iliiart. 



En novembre dernier, M. le Eédacteur du Naturaliste 
Canadien faisait appel aux archéologues du Séminaire de Chi- 



LAGE i;k ri! i;hk au saguknay 



cnntimi, ;'i jirojio.s d'un aiiiiis de pointes de tiêclies en j'it'i'i'e tail- 
lée, ((iK! l'on ani'ait truuvé à Kéhcvi ville, il y a plus d'un (juart 
de siècle. Les archéologues scnit aussi rares au Séminaire de 
Chiçoutimi (pie dans le reste de la Province; cependant, sans 
prétendre aucunement au nom d'archéologue, et à titre d'ama- 
teur, je crois devoir dh\i tout a que je sais — ce ne sera pas 
long — sur l'âge de ])ierre dans le )Saguen;iy. (»>ue to s ceux qui 
savent quelque cltose, d;ins les auires parties da pays, sur la 
même é, Ojue et par rapport a !X emlroits qu'ils habitent, fas- 
sent comme moi, et l'on aura, bientôt réuni une. masse de faits 
que les vrais archéologues exploiteront comme une mine ])ré- 
cieuse ; et la science archéologi([ne, l'une des moins avancées 
parmi nous, en recevra une impulsion extraordinaire. Donc, 
que chacun apporte une pierre, et l'édilice s'élèvera rajàde- 
nient. 

Dès les premières années de l'existence du Séminaire de 
Chiçoutimi, fondé en 1873, nous avons eu la pensée d'y former 
peu à peu des collections dans tous les genres ; nous avons eu 
à c'Hiir, surtout, d'y réunir le )»lus grand nombre possible de 
souvenirs des jirennL'rs habitants du Saguenay. Malheureuse- 
ment, il était déjà tard, et nombi'e d'articles intéressants, décou- 
verts par les premiers colons, avaient déjà pris le chemin 
d'autres musées. Nous avons pu, m'anmoins, recueillir ici et là 
quelques spécimens du fameux âge de pierre. Voici la liste de 
ces échantillons, avec une courte descri|)tion de chacun. 

1^ Une hache en syenite, très lourde, longue de 71 pouces, 
large de oh p., sur Ih d'épaisseur. Cet instrument est bien poli, 
surtout sur l'une de ses faces. Il fut trouvé en 1882, à quatre 
pieds sous terie, dans la ville de Chiçoutimi, et nous fut donné 
par feu le Dr -B. Lacombe. 

2° Trois couteaux ou ciseaux, de calcaire, creusés- en 
gouges. Le plus rfmariual)le est long d'un pied, large de deux 
pouces, sur une épaisseur d'un pouce au milieu. Pendant ([ue 
l'une des extrémités est creusée, l'autre, très-bien })olie, se ter- 



88 LE NATUL'ALISTE CANADJEN 

mine en tranchant bien affilé. La rainure, demi-circulaire, creusée 
sur une longueur de 6| pouces et une profondeur de o lignes, dé- 
note un travail t-oigné. 11 est à observer qr.e les bords de la rainure 
ne sont pas parallèles, mais se rapprochent graduellement vers 
l'extrémité de l'instrument. — Les deu.K autres objets du même 
genre se ressemblent beaucoup, et n'ont qu'une longueur d'à peu 
près sept pouc3s. Ils n'ont pas la valoAiv artistique du premier, 
et, même, l'un des deux est de facture assez grossière. La rainure 
creusée ne dépasse pas beaucoup deux pouces de longueur ; 
l'extrémité opposée de l'instrument est arrondie chez l'un, et 
assez amincie chez l'autre. 

3° Trois autres couteaux ou ciseaux, non creusés. L'^m, 
de calcaire, très-bien poli, est long de»sept })Ouces, sur un peu 
plus de deux pouces de largeur; l'une des. surfaces est presque 
plane, et l'autre convexe, presque en demi-cercle. — Le second, 
de calcaire aussi, est à peu près de. même forme, mais plus 
grossièrement travaillé. Il n'a que quatre pouces de longueur; le 
tranchant est large de deux pouces, mais l'instrument diminue ré- 
gulièrement de largeur en partant de la pointe. Il fut trouvé à 
Chicoutimi, près de la Rivière-du-Moulin. Il semble que sa 
longueur devait êire plus considérable, et qu'il a été cassé à son 
milieu.— Quant au troisième de ces couteaux ou ciseaux, il dif- 
fère des deux autres, en ce (jue ses deux surfaces sont égale- 
ment arrondies, et il est de bien moindre épaisseur. Il n'est 
poli qu'au dernier tiers de sa longueur, vers le tranchant, le 
reste étant grossièrement travaillé. La longueur est de près de 
huit pouces et demi ; vers la partie aiguisée, il est large de deux 
pouces, et, à l'autre bout, d'un pouce seulement; les côtés sont 
très amincis. Il est fait de silex brun. 

4° Voici un instrument de silex, difficile à définir; j'ad- 
mettrais facilement, d'après son apparence, que ce fut une pointe 
de lance ou de pique. L'extrémité pointue a été cassée sur une 
longueur de trois quarts de pouce ; ce spécimen, lorsqu'il était 
complet, devait être long de six }.'0uces et demi, large de trois 



l'âge de PIERllE AU SAGUENAY 89 

ponces et demi à son milieu, et de deux pouces et demi à l'rx- 
trémité Oj^posée à la pointe ; sa plus grande épaisseur est de 
quatre lignes environ; les côtés sont amincis au point d'être 
tranchants, et taillés en arcs de cercle assez réguliers. Les deux 
surfaces, légèrement convexes, sont grossièrement travaillées. — 
A quoi servit cet instrument ? Sans vouloir décider la question, il 
me semble bien probable que ce fut une arme : la pointe effilée, 
les deux côtés également amincis et tranchants, le démontrent 
assez bien. Supposez cela fixé solidement ou bout d'un long bâ- 
ton manié par un bras vigoureux; et si les têtes d'iroquois 
n'étaient pas plus dures que les eûmes contemporains, un seul 
coup devait suffire. En temps de paix, i,n instrument de cette 
sorte pouvait rendre des services, pour travailler le bois, percer 
la glace, etc. 

5° Quatre pointe de flèches en silex blanc, et deux de silex 
brun ; la plus longue dépasse un ])eu deux ])Ouces et demi ; la 
plus courte a un ))eu plus d'un pouce et demi. Toutes ont, de 
chaque côté, une échancrure plus ou moins profonde, à l'extié- 
mité apjjosée à la pointe ; il est évident que ces échancrures ser- 
vaient à les fixer au bout de la fièchf , au moyeu de liens solides. 

Enfin 6°, une pointe de Uèche encore ; mais une œuvre 
d'art, celle-ci. Quatre pouces de longueur, et un pouce de lar- 
geur à son milieu. C'est transparent comme du cristal; ça 
raye le verre comme du quartz; je dirais que c'est cenainement 
du quartz hyalin, si la cassure présentait des facettes régulières. 
Mais cette cassure est conchoïdale, comme celle du silex, etc. 
Je laisse aux minéralogistes la solution du problème. S;ins être 
polie, cette pointe de liêclie a été taillée très régulièrement; les 
côtés en sont légèrement barbelés, les échancrures peu profondes. 
Ce précieux spécimen, trouvé sur les bords de la rivière Mis- 
tassini, nous a été donné par j\I. l'abbé J. Siiois, curé de St- 
Alphouse de la Baie des Ha ! Ha ' 

Comment nos sauvages réussisaient-ils à fabriquer tous ces 
instruments, faits de matériaux aussi durs que le silex, par ex- 
emple, ou le quartz ? Il y a un certain nombre d'années, lorsque 



90 LE NATURALISTE CANADIEN 

des explo' atours 'lanois firent la jn-eniière découverte d'instru. 
nients de cette sorte, })rès d(; la mer du Nord, ils surent liieutôt 
comment les hommes d'autrefois avaient [)U f-iire ces divers ar- 
ticles. On trouvH, en effet, presque en même temj^s, des meules 
de différentes iimensions, très ])ropres à ce genre de travail. 
!Rfnis nos sauvages n'avaient pas de meules ; du moins, je ue me 
rapi)elle pas avoir vu mentionné, dans aucun auteur, le fait 
qu'ils connaissaient ces sorres de niachiaes ; et puis, ces manies 
S'i seraient aussi bien conservées, dans le sol, que les objecs qu'elles 
auraient servi à f d)riquer, or, il ne parait i);is qu'on en ait j i- 
mais trouvé. D'ailleurs, la plupart de ces liacbe>, couteaux 
et pointes de flèches ont une surface trop grossière et troj^ in 'gale, 
pour (].u'ou puisse admettre -([u'ils ont été faits au moyen de 
meules. Disons donc, avec le Naturaliste de novembre, qu'on 
les a fabriqués par le martelage, le clivage et h fi'ottement, et 
reconnaissons qu'il a fdlu de l'habileté et de la patience chjz les 
ouvriers de ces temps reculés, pour faire ces divt rs obj -ts par 
des procédés aussi primitifs. 

A mesure que les défrichements s'étendiont dans le Sngue- 
iiay, ou que l'on tiuvaillei'a le sol yjour une cause quelconque, 
on découvrira sans doute encor'e bien d'autres échantillons de 
J'industrie de nos aborigènes. Quairt à cet amas de pointes de 
fl fiches dont on a parlé M. l'abbé Pr'ovancher, en 1861, et que 
l'on aur.iit tro;ivé sur la langue de terre qui sépare le lac Kino- 
gamishish du lac Vert, il n'est pas im[)robible qu'il puisse y avoir 
quelque fondement à cette affirmation. En effet, les sauvages, 
lorstpi'lls venaient du lac St-Jean, pouvaient suivre la route de 
la déchirge de la rivière .Saguenay ; mais il po ivaiint aussi bien 
srrivre la Belle-Rivière, la Rivière-des-Aulnais, le lac Kinoga- 
mishish et le lac Kinogami. Comme ils ne devaient pas voyager 
à la vapeur, il est très natur-el de penser que lors [u'ayant ])ris 
cette dernièi-e voie, ils étaient reirdus au lac Kinog mishish, le 
temps de faire halte pouvait leur ])araître arrivé, et alors ci tte 
langue de teiTe dont il s'agit leur offrait certainement un lieu 
convenable de campement. Et l'orr pourrait bien en effet avoir 



l'âge de riKRRE AU SAGUENAY 91 

retrouvé des articles laissés ou jierdus en cet endroit. J'ai parlé 
de cette découverte à deux ]»ersunnes d'Hébertville, mais elles 
n'ont pu me fournir aucun renseigueiuent. On me dit (jue cette 
terre est encore occupée \yàv le colon (|ui l'a défrichée ; il sera 
donc possible de s'assurer du fait (jue l'on a affirmé à M. le Ilé- 
dacteur du Naturaliste. 

J'ai dit que les sauvages, en descendant du lac St Jean, 
pouvaient suivre la rivière Saguenuy, malgré, les rapides qui, 
pendant une certaine distance, rendent cette navig.ition assez 
difficile. En ce cas, les gramles îles qui se trouvent à la dé- 
charge du lac devaient leur servir souvent de lieu de camjjenient 
dans ces voyages, et on peut s'atteudie à retrouver là aussi, des 
traces de leur passage, lorsque quelque raison d'utilité obligera 
à remuer le sol de ces endroits. 

Il y a quelques anm'es, M. l'abbé J. Auclair, curé de Québec, 
nous dit, au retour d'une excursion de pêcne, qu'il avait vu, sur 
une petite île de la rivière Chicouiinii, à deux lieues environ de 
sa sortie du lac Kinogami, un amas de pierres disposées de ma- 
nière à figurer un tombeau, une espèce de tumulus, i\ui pouvait 
avoir été élevé par les sauvages ; je n'eus pas le loisir, et je le, 
regrette vivement, d'aller voir cette trouvaille. Peu de temi s 
après ,M. l'abbé J.-B. Delàge, curé de N.-D. de Latenière, vou- 
lut bien faii'e )>i'ati(iuer des fouilles en cet endioit; mais ces 
recherches n'eurent aucun résultat. 

Il paraît que sur les terres avoisinint remboncliMre de la 
rivière Mistassini dans le lac St-Jeau, on a fait quelque décou- 
vertes. La tradition rariporte aussi qu'à quelque distance de là, 
près de l'embouchure de la liivière des Iroquois, il y eut un 
combat meurtrier entre les Montagnais et les Irorpiois, (|ui 
étaient venus les poursuivre jusipie là. Si le fait est exact, ou 
en trouvera plus tard des preuves dans le sol même. Enfin, 
espérons que l'avenir ménage les surprises les plus agiéables 
aux archéologues canadiens. 

L'abb/^ Victor A. Huart, A. M. 
Préfet des Etudes au Séminaire de Ckicutitimi. 



92 LE NATUKALISTE CANADIEN 

HLi': DE mxwu 

Triticuvi compositum. Auct. 

M. E. A. Barnard, le Directeur de notre agriculture nous 
a transuiis tout dernièrement un épi de blé fort remari|uable, 
qu'un amateur de la Présentation avait recueilli de quelques 
grains semés dans son jardin. 

L'épi de froment se compose crmmunérnent d'un rachis sur 
lequel s'implantent des épillets portant de deux à quatre grains. 
Mais dans celui-ci, le rachis princi[)al est ramifié, surtout dans le 
bas, en rachis secondaires portant eux-mêmes des épillets au 
nombre de six à sept avec deux grains chacun, si bien que l'épi 
mesurant 4 pouces de longueur n'avait pas moins de li ])ouce 
de largeur. Les glumes intérieures sont simplement aristées, 
mais les extérieures sont munies de très longues barbes. Les 
glumes ou balles sont d'une belle couleur blanche, mais les 
baibes soiit toutes d'un brun très prononcé. Le grain est jaune, 
gros, bien rempli, et promet .une farine abondante, i'écorce en 
paraissant assez mince. 

Tout d'abord nous avons cru que c'était là un écart, un 
hisus naturœ comme on en rencontre quelquefois. Probable- 
ment, nous disions-nous, que par surabondance de sucs à la dis- 
position de cet épi, il se serait ainsi ramifié pour donner ces pe- 
tits épis surnuméraires. Mais en recourant à nos auteurs, nous 
avons reconnu que c'était une variété constante qu'on cultive en 
certains endroits, et probablement en Asie mineure, comme son 
nom de Sinyrne l'indiquerait. C'est cette variété que cer- 
tains auteurs ont voulu élever au rang d'c-,spèce sous le nom de 
Ti'iticiiin compositum, blé à épi composé. Mais les ailleurs 
les plus recommandables s'accordent aujourd'hid à considérer les 
Triticum œstivum, hyheriium, et tiuyidum dont le composi- 
tum n'est qu'une variété, comme de simples variétés du T. Sa- 
tivum [irimitif. 



NOUVELLES SCIENTIEIQUFS 93 

En Franrc, on donne à cette variété les noms de Blé de 
Snnjrnc, Blé de minnie, Blé monst)-e, Frometit à bouquets. 
On la dit très productive, mais sujette à dégénérer. 

11 n'y a pas de doute que le volume de tels épis, donnerait 
forte prise au vent, surtout lorsqu'ils se trouveraient chargés de' 
gouttelettes de pluie, et pourrait ainsi faire casser la. paille; mais 
d'un autre côté, cette paille est ferme et pleine, au lieu d'être 
creuse comme celle du froment ordinaire. 

Il est à désirer qu'on fasse des essais de culture de cette 
variété dans notre Trovince, ou pouirait peut-être la trouver 
grandement avantageuse, 

Nul doute que l'amateur de la Présentation ne répète l'an- 
née prochaine ré[ireuve qui lui a si bien réussi cette année. 



K0i:vi:ijjs scikntif:qui:s. 



Bibliographie. — Soiverhy's Englisli Botany. Les éditeurs, 
G, Bell and Sons, 4 York Street, Covent Garden, Londres, 
Angleterre, viennent de livrer au public une nouvelle édition 
de cet imjiortant ouvrage, avec représentation de toutas les 
plantes décrites, les fleurs de grandeur naturelle et coloriées 
avec le plus grand soin. Le spécimen que nous en avons reçu 
dénote que c'est l'ouvrage le plus complet qui ait encore été 
publié sur les plantes des Iles Britanniifues. L'ouvrage forme 
13 volumes o-^tavo royal, contenant 1937 planches. Prix : relié 
en coton £24 3s. ; demi marocain £26 Ils. ; marocain complet 
£30 9s. S'adresser aux éditeurs. 

Mollusques: — Nos Helix nemorcdis, apportées de Lour- 
des, connne nous l'avons déjii mentionné ijrécédemment, se Sint 
considérablement multi[iliées dans le cours de l'été. Si bien 



94 LE NATUliALlSTK CANAL.FN 

qu'à raiitoniiie nous yiouvioiis en cueillir jilusieurs d'juzaines 
dans notre jardin. VAUis se sont montrées tout aussi robustes et 
aus.-i va)iécs en coloration que nous les avons vues en France, 
jaune avec lignes spirales noires, jaune losé, rose purpurin 
avec ou sans lignes spirales etc. Kiles nous ont paru recher- 
cliur paiticulièrement les gadeliers et les pouimif-rs ponv leur 
nourriture. Les voyant disparaître aux premiers froids, nous 
ne ])uuvion8 soupçonner le lieu de leur retraite pour l'hiver, 
lor que voulant enlever les feuilles d'une forte talle d'héméro- 
calle (lis d'un jour), nous en trouvâmes une vingtaine de cachées 
sous ces feuilles ; (jueliiues jours plus tard, nous en trouvions 
d'autres dans une talle de bouquets-parfaits, Lychnis harbata, 
celles-ci étaient toutes à demi-enfuncées en terie avec l'ouver- 
•ture en dessus, mais close par la cloison calcaire qu'elles ])ro- 
duisent d'oriiinaire pour l'hiver, lîien n'a ))u encore nous por- 
ter à croire (pie leur multijilication pourrait devenir domma- 
geable aux plantes de nos cidtures ordinaires. 

The Golden State Scientist - Ce! te publication, dont - 
nous venons de recevoir le ler numéro, est publiée à Eiverside, 
Californie, par E. M. Haight. Elle est particulièrement dé- 
vouée à la Zoologie, la Géologie, l'Archéologie, la Botanique, 
la Nuniisuuvtique &■. — iO.ôO par année. 

The West American Soientist. — Cette revue men- 
suelle, de 12 pages in-8, est publiée [lar AI. C. R. Orcutt, à San 
Diego, Californie. Elle fait i)ai-ticulièrement connaître les pro- 
ductions naturelles du riche climat de cette partie de la côte du 
Pacifique, et offre par cela même un intérêt tout particulier aux 
naturalistes. Abonnement $1 par année. 

Science Series, a waekiy magazine of natural his- 
tory. Cette nouvelle publication, dont nous possédons déjà 
dix nuint'-ros, promet devoir être des plus intéressantes. N'au- 
rait-ello (|ue le bas prix et sa fréquence d'ap[)arition que ce se- 
rait déjà un avantage, mais elle se recommande encore par le 
choix des matières qu'on y trouve et la manière habile a'ec 
laquelle elles sont traitées. Voir l'annonce à notre couvertui'-'' 



NOUVELLES SCirNTIFlQUES 95 



Catalogue of the Lichens collscted in FlDrdi in 
1985 by W. W. Calk'.ns, de Chicago, Ills L'autour domie 
les noms de 73 es( èces avec indication de leurs supports, arbi'es 
vivants, troncs morts, rochers etc. Nos remercîments à (jui de 
droit i)our l'envoie de cette brochure. 

The Chemung Revie"W — Est un magazin mensuel il- 
lustré fort intéressant sur les sciences en général, édité à E'mira, 
N. Y. Huit pages i.i-8 par numéro ; abonnement : 50 cts. par 
année. Son Se numéro a paru en août. 

Monographie des Cynipides -M. W. H. Ashuiead, de 
Jacksonville, Floride, doit prochainement publier une Mono- 
graphie c»mplè'e des Cynipides de l'Amérique du nord. Il 
rendra un grand service à la science, s'il ])arvient à déliuiiter 
exactement les différents genres de cette intéressante famille, 
car il n'en est ]ieut-être aucune, parmi les Hyménoptères, où les 
genres se trouvent si confusionément mêlés les uns aux autres. 
Cette confusion, comme il arrive presque toujours, est la consé- 
quence des descriptions trop [eu détaillées des nouveaux genres 
créés par les auteurs. Tel écrivain croit s'être expli(pié suffi- 
samment en faisant contraster un caractère saillant d'un insecte 
qu'il vient de découvrir, avec l'ancienne esi)cce Liunéenne déjà 
connue, en omettant à peu près les caractères secondaires ; mais 
à côté de lui, un autre écrivain, sans être au fait de ce (pi'a fait 
le premier, eu agit à peu près de la même f icon pour un autre 
insecte (|u'il vient aussi de découvrir, en s'attachant à un autre 
caractère principal, (pie ne mentionne pas la description primi- 
tive. De là l'ambiguité, la confusion. L'espèce Linnéeuue avait- 
elle l'un ou l'autre de ces caractères, on les avait-elle tous les 
deux ? Ne jiouvaitelle pas être dépourvue de l'un et de l'autre l 
Voila sur (juoi il faudrait être fixé, et ce siu' quoi diverger(uit 
les opinions, tant rpi'un auteui', ayant des matériaux assez nom- 
breux ] our embrasser tout l'ensemble, ne fera ]ias un tal)!eaii 
com])]etde toutes les parties, cancellant les superfétations souvent 
nombreuses, les distinctions troj) futiles ou tiop incertaines, 



96 LE NATURALISTE CANADIEN 

en assi;4nant à cliaqiie pièce la place qu'elle doit occuper et en 
traçpnt la voie ])oui' j'arvenir sûrement à l'y trouver. Dans 
qnel(]iies familles ce travail est à peu près comjjlet, mais dans 
d'autres, il y a encore beaucoup à faire. 

Gallinseetes — On désigne souvent les Cynipides par le 
nom de Gallinsede-'^, jjar ce que la plupart des insectes de 
cette famille vivent dans des galles sur différentes plantes, soit 
que l'insecte ait provoqué lui-même, par sa ])iqûre, une dévia- 
tion de la sève qui a ])rodiiit la galle, soit que, comme jtarasite, 
il vive dans une galle jiroduite par une autre espèce. Un 
nombre assez restreint de ces insectes sont entomophages. 

l,es chênes, les saules, les peupliers, les rosiers, les ronces, 
les airelles et plusieurs [liantes herbacées portent d'ordinaire les 
galles des Cynipides dans leurs différentes pariies, bois, écorce, 
feuilles, pétioles etc. Mais en a-t-on jamais trouvé sur des coni- 
fères ? Kous ne l'avons vu mentionné dans aucun ai, teur; ce- 
jtendant, nous en avons nous-même fait la rencontre ; malheu- 
reusement nous n'avons- encore pu parvenir à nous procurer 
l'insecte. 

Dans l'été de 1884, nous remarquâmes sur petit sa] an bor- 
dant le chemin, plusieurs de ses feuilles ou aiguilles renflées en 
forme de galles. En ayant rompu une, nous trouvâmes au milieu la 
petite larve, très petite alors. Frappé de cette rencontre, nous 
prîmes un rameau du jeune arbre portant quelques feuilles 
ainsi chargées de galles, laissant les autres en place pour avoir 
une double chance de nous procurer l'insecte. Mais nos feuilles, 
quoique tenues au froid durant l'hiver, se desséchèrent en fai- 
sant périr les larves. Nous recourûmes alors à notre jeune 
arbre, mais il avait disparu, ayant été coupé et enlevé durant 
l'hiver pour ser\ir de balise au chemin. 

Nous jioursuivîmes nos observations au môme endroit dans 
la dernière saison, et nous trouvâmes un bien plus grand noni- 
Ijre de feuilles ainsi attaquées sur des arbres voisins. Nous en 
trouvâmes aussi à une assez grande distance de cet endroit. 
Nous en cueillîmes encore quelques branches, et nous attendons 
le printemps prochain \)o\\v eu connaître le résultat. 

liCS grilles, comme bien on le pense, sont assez petites, 
allongées, jaunâlrKs, et d'ordinaire une seule sur chaque feuille. 
Nous avons tout lieu de croire que l'insecte est fort petit, car 
encore au mois d'octobre dernier, les larves étaient toutes pe- 
tites, on ne pouvait bien les distinguer qu'au moyen d'une 
loiq e. 






]^ 



"^^UuwiirS' -G*^" Ô^'^ë"^"' ''&^''^'(=r '5"'"s"'''^H^" "g" 'Vi' 6' "^i^l^0i'-^^'-'^c'^'^'^'''^^'^'''-'^^- '"<-.'■■• "•'.'0„-;{i' 



S ^o o 



Vo. XVI. Cap Rouge, Q., Janvier, 1887 No. 1. 



KédactCQr: M. l'Abbé rilOVA^CIILR. 



PRIMES 



La 2e prime du mois de novembre, No. 17, 2 Cerithiuni 
Erythrense, est échue à M. A, lllio, artiste-peintre de Bécancour. 

Les numéros gagnants du mois d'octobre 34iî, et du mois 
de novembre 8 7, n'ont pas encore été réalamés. 

Décembre. 
Numéros gagnants : 
1ère Prime — Dictionnaire des Sciences, des Lettres 
et des Arts, par C. de Bussy, 1 vol. 

broché No. 101 

2e " — 1 Oliva porphyria 74 

N. B. — La personne a}'ant l'exemphiire portant l'un ou 
l'autre de ces numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, et 
envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur la 
couverture. 



Nos abonnés retardataires sont i^riés de faire droit sans 
tarder davantage à la note qui leur est adressée avec le jDré- 
sent numéro. 



7— Janvier 1887 






98 LE NATURALISTE CANADIEN 

Certains abonnés se sont trouvés offensés de recevoir des 
comptes après avoir, disent-ils, renvoyé notre journal. Si tel ren- 
voi a eu lieu, il y a défaut ou de leur piopre part, ou de leur 
maître de poste. 

Pour renvoyer une publication que l'on ne veut pas rece- 
voir, il y a deux modes à suivre. 

1° Biffer son nom sur l'adresse et réadresser à l'éditeur, 
avec le mot " refusé " ; (ar si vous enlevez votre nom et ren- 
' voyez la publication, vous êtes sûr de la revoir encore, par ce 
qu'on ne saura pas qui l'a ainsi renvoyée, votre nom n'y parais- 
sant plus. 

2° Sans se donner tant de peine, dire tout simplement au 
facteur de votre bureau de poste que vous refusez cette publi- 
cation, et votre maître de poste devra alors la renvoyer en don- 
nant les notices convenables pour lesquelles il est pourvu de 
blancs par le département. S'il néglige de le faire, ce sera lui 
qui sera en défaut et qui devra en subir les conséquences. 

Inutile d'observer que pour ne pas violer la justice, ce sont 
les premiers numéros d'une publication qu'on doit refuser, et 
non pas après l'avoir reçue deux ou trois mois. 



L'HISTOIKE iNATURKLLK EN HIVER 



Les jours de soleil, de cette douce chaleur qui donne l'ac- 
tivité à tout ce qui vit dans l'air; les jours des Heurs odorantes, 
des papillons aux vives couleurs, et de ces légions d'insectes qui 
bourdonnent dans les airs ou rampent sur le sol, sont passés ! 
La terre couverte de son linceul blanc, semblable à une mère 
qui attend le moment d'un nouvel enfantement, ne veut plus se 
laisser voir; elle couve dans la retraite, à l'abri de tout œil in- 
discret, les germes de vie sans nombre qu'elle renferme dans son 
sein, pour les produire de nouveau à la lumière quand l'heure 



l'iiittoire natul'Elle en hiver 99 

en sera venue. II semble dès lors que le naturaliste, confiné 
au coin du feu pour résister aux étreintes de la rigoureuse tem- 
pérature, doive cesser tout travail, et chercher dans d'autres 
applications des distractions à son repos forcé ? Cependant il 
n'en est rien ; et l'hiver est peut-être pour l'observateur de la 
nature, bien ]ilus la saison du travail que celle de l'été. On 
pourrait même dire, avec quelque raison, que l'été n'est que le 
temps de la récréation; c'est la vacance durant laquelle, les li- 
vres fermés, l'amateur se livre au mouvement, aux courses, à 
l'observation, fait ample jjrovision de ses matériaux d'étude; et 
c'est durant l'hiver, au coin du feu, qu'il reprend ses livres et 
se rend com[)te de la moisson plus ou moins abondante qu'il 
s'est procurée. 

Travail de ] réparation, de disposition, de détermination, de 
critique, de classification des spécimens; ce n'est qu'à ce mo- 
ment, po'ir ainsi dire, que commence le labeur. Plantes recueil- 
lies et desséchée-^, il faut les attacher à leurs feuillets et les dis- 
poser dans l'herbier; coléoptères, hémi[)tères, hyménoptères etc., 
il faut les ranger d ins leurs fimilles, leurs genres, déterminer 
leurs espèces; papillons qu'on n'a pas eu le temps de préparer, 
il faut les ramollir, les soumettre aux étaloirs, pour leur faire 
prendre la disposition convenable ; coquilles qu'on a seulement 
séparées de leurs hôtes, il faut les laver, frotter, brosser peut- 
être, puis les comparer avec les types ou les descriptions écri- 
tes, pour une détermination certaine etc., etc. 

Mais si l'hiver est la saison du travail ardu pour le natura- 
liste, c'est aussi celle djs véritables jouiîsances, des agréables 
so avenirs. Chvque spécimen lui rappelle le lieu de sa capture, 
les amis peut-être qui le lui ont prociiré, l'agréable excursion qui 
lui a permis de le rencontrer, la précieuse découverte qu'il a pu 
faire en le capturant sur les moeurs, les habitudes, les allures, les 
lieux de retraite de l'espèce etc. Et tel S[>écimen donc il n'avait 
en' revu que les formes générales en le piipiant au soriir de sa 
bouteille à cyanure, lui offre, soumis à la loupe, des particula- 



100 LE NATURALISTE CANADIEN 

rites de formes, des instruments de guerre ou de travail qu'il 
n'avait encore jamais pu observer, et que peut-êtie aucun auteur 
n'a encore mentionnés ; il va créer une nouvelle espèce, ou plutôt 
il va assigner. à cet individu, que nul observateur n'avait encore 
rencontré, la place propre qu'il doit occuper dans la série des 
êtres, et lui donner un nom pour le désigner, dont personne ne 
pourra lui disputer la paternité. 

Oui ! la Sagesse suprême s'est moutrée tellement généreuse 
à l'égard de l'homme que, même en lui imposant le travail 
comme expiation, elle a attaché à son exécution une jouissance 
toute [articulière. Il n'y a que le cœur vicié qui puisse se dé- 
lecter dans l'oisiveté. L'homme est nécessairement fait pour le 
travail, et pour peu qu'il s'y livre, il en reçoit de suite la ré- 
compense. La satisfaction du devoir accompli est déjà une 
douce jouissance. Mais il y a plus. L'homme est essentielle- 
ment conquérant, il veut connaître, il veut posséder, il veut do- 
miner. Dans son état actuel, le domaine de l'inconnu est pour 
lui imuiense, sans limites. Et pour peu qu'il s'avance dans ce 
domaine, en y déployant l'activité convenable, les victoires ne 
ne peuvent lui faire défaut. 

Ajouter à son savoir une connaissance qu'il ne possédait 
pas encore ; alliguer dans ses cases, dans son musée, un insecte, 
une plante, un spécimen qui augmente la série de ses espèces ; 
UN DE PLUS ! en un mot, est un cri de victoire qui le dédom- 
mage de toute peine (\ue lui aura coûtée cette conquête. Le 
dragage pénible qui lui aura procuré cette coquille, la course 
fatiguante entreprise pour trouver cette |)lante, la poursuite si 
longtemps soutenue de tel oiseau ou tel quadrupède, tout est 
aussitôt oublié, du moment qu'il triomphe en pouvant répéter : 
UN DE PLUS ! 

Ajoutons que l'hiver est encore le tetnps des échanges. 
Votre moisson est terminée, vous vous rendez ^-^mpte de 
l'abondant rendement qu'elle a produit ; vous ajoutez tant 
d'espèces à ce genre, tant de genres à cette famille vous vous 



l'histoire naturelle en hiver. 101 

ajiplauilissez dn graml nombre de nouveaux figurnnts que vous 
avez ajoutés à votre collection ; mais fandra-t-il vous condam- 
ner à attendre la nouvelle saison pour compter de nouveaux 
succès, de nouvelles acquisitions? Oh! non, vous avez fait 
ample provision île spécimens en tout genre, vous comptez deS 
doubles en grand nombre, c'est là une monnaie précieuse qui 
vous permettra d'ajouter peut-être en plus grand nombre que 
par vos chasses à la somme de vos spécimens. 

Mais mes spécimens en doubles sont des plus communs, 
de ceux qui se rencontrent partout, ([ue personne ne recherche. 
Fort bien, si vous n'aviez à échanger qu'avec vos voisins. 
Mais les lignes des soldats marchant aux conquêtes sur l'iu- 
connn, ne comptent ] as avec les distances pour se compléter ; 
la traversée des mer?, l'étendue des coiitinents ne produisent 
pour elles aucune interruption. Votre voisin de l'Eiirope ou 
de l'Asie a aussi, lui, fait ample pi'ovision des spécimens les 
plus communs de sa localité, et ces objets communs chez lui, 
sont des raretés i)our vous, comme le sont les vôtres pour lui; 
vous vous échangerez donc ces choses communes, et vous 
acquerrez par là, chacun de votre côté, choses rares et pré- 
cieuses. Aussi, après quelques années de ces échanges, il faut 
voir quelle mosaïque goograiihique présentent vos cases ou les 
tablettes de votre musée ! Voyez, par exemple, ces coquilles 
des mers tropicales, aux couleurs vives et si harmonieusement 
agencées, qui s'étalent à côtés les unes des autres ; c'est la 
Chine à côté des Antilles, le Brézd à la suite de Ceylan, les îles 
rhilil)|)ines avec Madagascar, etc., etc. Et les oiseaux au plu- 
. mage si varié, aux formes si gracieuses, les mammifères à con- 
figuration insolite, n'opèrent pas de rapprochements moins sur- 
prenants. Ce sont les feuillets épars d'un même livre qui 
viennent, sous les doigts du savant, reprerdre l'ordre de leur 
pagination dans l'index du grand livre de la nature. 

[-'étude de la nature, n'eut-elle d'autre but, à part l'inté- 
rêt qu'elle offre pour les besoins de la vie, que de mettre à notre 



102 LE NATQHALISTE CANALxLN 

disposition des jouissances que ne peuvent goûter ceux qui ne 
savent pas lire dans ses pages, serait encore un motif suffisant 
pour nous attacher à la poursuivre. 

Tous les hommes civilisés sont sensibles aux charmes de la 
nature, mais le vulgaire ne connaît que l'enveloppe, que l'aspect 
extérieur de ses beautés que les fidèles amants savent seuls dis- 
cerner et savourer. 

Voyez, par exemple cette rose; sa vue est fort agréable, sa 
forme est symétrique, sa couleur attrayante, son odeur déli- 
cieuse ; voilà ce qu'un chacun peut y trouver. Mais le natura- 
liste, en dehors de ces jouissances communes, considérera l'agen- 
cement et l'harmonie de ses diverses parties, la diversité de ses 
organes, les merveilleux secrets de ses opérations vitales, si s 
relations et ses connections avec les autres parties du système 
général, et à chacun de ces points, il tiouvera place à l'admira- 
tion pour ces beautés inconnues dont il ne soupçonnait pas 
même l'existence ; il trouvera dans leur étude des points de 
repère pour lui eu faire découvrir de plus étonnants encore 
peut-être, dans des analogues par les formes extérieures. Oh ! 
le grand livre de la nature est un livre plein d'étonncment-^, de 
surprises, de charmes pour ceux qui savent lire dans ses pao-es, 
et bien malheureux est l'ignare profane qui l'ayant tous les 
jours ouvei't devant lui, en froisse les feuillets sans rien com- 
prendre au texte qu'ils contiennent! Il se tient en dehors d'une 
foule des plus agréables jo issances autant j our l'intelligence 
que pour les sens extérieurs. 

La saison des chasses est finie durant l'hiver, avons- nous 
dit ; cependant, il y a une exception, c'est à l'égard des lichens. 
l'our ceux-ci, on peut les recueillir et les étudier tout aussi bien 
l'hiver que l'été. Comme ce sont des plantes excessivement 
hygrométriques, il suffit de les arroser pour les "voir de suite 
reprendre leur flexibilité et poursuivre leur déveloi)pement. 

L'étude de ces plantes, bien qu'exigeant l'emploi du mi- 
croscope ou tout au moins d'une forte lou[)e, poui- un très grand 



NOS MUSÉES 103 

nombre, est fort intéressante, et la possib.lilé de 1(S rame- 
ner en tout temps à leur complet épanouissement, n'est pas 
de mince importance pour un temps où tout le reste est dans le 
repos dans la nature. 

Nous nous proposons de donner prochainement des expli- 
cations pour permettre à chacun, au moyen de gravures, de 
poursuivre sans secours étranger cette intéressante étude. 



NOS MUSKES. 



Il y a plus d'un quart de siècle que nous avons des uni- 
versités régulièrement organisées. On y donne, tous les ans, 
des cours spéciaux d'histoire naturelle ; et cependant le nombre 
de nos naturalistes est encore très petit ; on ne les distingue que 
par de rares unités éparses et comme oubliées dans certains coins 
obscurs. 

Quelle en peut être la cause ? Comment une science si 
attrayante, une étude si agréable qu'elle sert de délassement aux 
applications plus sérieuses, ne peut-elle trouver plus d'adhérents 
parmi nous ? 

Qu'on nous pardonne notre franchise, nous pensons que la 
cause principale en est due à la manière donc sont donnés ces 
cours dans nos institutions. 

On enseigne l'histoire naturelle : botanique, zoologie, miné- 
ralogie etc., comme on enseigne la grammaire, les leçons se 
bornant à peu de chose près, au seul texte imprimé. Au lieu 
de faire lire l'élève dans le grand livre de la nature, ou se con- 
tente de lui mettre sous les yeux des principes abstraits dont il 
n'a nul souci de faire l'application. 

N'arrive-t-il pas même (][Uclquefois que le professeur qui 



104 LE NATURALISTE CANADIEN 

fait réciter ces préceptes imprimés, serait tout aussi en peine (lue 
l'élève d'en faire une application pratique ? 

Voyons, par exemple, la botnnique; les élèves en médecine 
sont obligés de subir des examens sur cette science ; les bulle- 
tins de ces examens portent souvent que l'élève s'en est retiré 
avec distinction et même grnnde distinction. Et parmi les 60 
à 80 di])lômés qui sortent chaque année de nos universités, où 
sont les botanistes ? 

Nous comptons une soixantaine d'arbres et d'arbrisseaux 
dans notre province; or parmi tous ces botanistes universitaires 
s'en tîouve-t-il un sur dix capable de dor)ner les noms seule- 
ment d'une quinzaine de ces arbres ? On ignore même les noms 
des plantes les plus communes qu'on a continuellement sous les 
yeux, qu'on foule tous les jours sous ses pieds, ou bien on les 
désignera }ar des noms vulgaires tellement triviaux qu'on ne se 
hasarderait pas à les écrire sans excuse, si l'on avait à les faire 
distinguer à une personne instruite. L' herbe- à- cochon, l'herbe- 
à-crajKiUcl, les toqves, la poulette-grasse etc., feraient un bel 
appoint au poète s'il voulait en faire usage dans son style re. 
levé; tandis que les véritables noms de ces plantes se \ rêteraient 
avec grâce à son discours cadencé, et lui fourniraient même ]iar_ 
fois des rimes fort harmonieuses. Renouée, bardane, impatien- 
te, cynoglosse, amaiante etc, sont des noms que ne léjudieiait 
pas le français le plus recherché. 

Mais pour le médecin la botanique a un intérêt plus par- 
ticulier ; c'est que le disciple d'Hypocrate emprunte aust^i sou- 
vent aux plantes qu'aux minéraux les médicaments dont il fait 
usage. Et le nom seul d'une jilante, sou genre ou sa famille 
donne de suite au botaniste une idée de ses vertus et propriétés. 
Nous avons connu un médecia fort habile qui n'employait pres- 
que que des siuq)]es dans sa pratique, et qui en obtenait les ré- 
sultats les plus avantageux. 

Ce qui nous ])orte à croire que les professeurs de science 
emploient une méthode vicieuse [ our attacher leurs élèves à 



NOS musAes. 105 

l'étude de l'histoire naturelle, c'est que nous connnissons pins 
d'un couvent où le texte [lour la liotaniijue, par exemple, se 
réduit à très peu de chose, pour donner lieu à i>lus d'apjflica- 
tions [jratiipies, et tel est l'attrait jiour celte science jiarnii les 
élèves, que les maîtresses sont obligées d'em])loyer leur au- 
torité pour les eni]iêcher de sacrifier leurs ai ties matières à 
celle qui les captive par dessus toutes. Nous pouriions citer 
plusieurs couvents des Sœurs de Jésus-Marie d'Hochelaga, de 
celles de Sillery, des Sœurs du Bon-l'asteur, où nous avons trouvé 
de nombreuses élèves connaissant les noms de la }ilupart des 
])lantes qui tombaient sous leurs yeux. C'est que là on s'éiait 
plus appliqué à faire lire dans le livre de la nature que dans les 
pages imijrimees. 

La nature, et comme conséijuence rigoureuse, le musée» 
voilà le champ propre où le ])rofesseur-natura!iste doit apprendre 
à ses élèves à voir et à observer, et où il pourra les attacher à 
cette étude si attrayante. 

La chasse aux spécimens, leur collection, leur préparation, 
sont des amu!-ements favoris pour les élèves, et c'est en s'y livrant, 
surtout soiis l'œil du i rofesseur, ([u'ils acquièrent des connais- 
sances ])récieuses (jui ne leur coûtent aucun labeur, et qu'ils con- 
tractent cet amour du savoir qui les attachera à l'élude, non- 
seulement pour celte branche, mais pour toutes celles qu'ils au- 
ront intérêt d'aj>profondir. 

Il est donc bien important pour toute maison d'éducation 
d'avoii son musée; et rien de plus facile que son établissement 
au moyen des. élèves. Les spécimens se trouvent jiartout • 
apprenez aux enfants à les distinguer et à les recueillir, ce sera 
pour eux une de leurs récréations favorites. 

11 serait fort intéiessant de» voir réuni dans un tibleau, 
l'inventaire du musée de chacune de nos institutions d'éduca- 
tion, et même des particuliers qui en possèdent, pour servir de 
point de comparaison avec ce qu'ils pourront être plus lard 
dans une dizaines d'années, par exemple. 



106 LE NATURALISTE CANADIEN 

Nous prenons la liberté de joindre au présent numéro nn 
blanc à remplir po'ir la confection d'un tel tableau. Nous 
prions respectueusement ceux qui ont la garde de tels musées, 
soft comme professeurs, soit comme particuliers amateurs, de 
vouloir bien remplir ce blanc et nous le renvoyer. Nous en 
ferons un résumé dans notre prochaine livraison. 

Qu'on veuille bien inscrire dans chaque colonne le nombre 
d'espèces, correctement déterminées, que l'on possède, des ob- 
jets énumérés en tête de chaque colonne. On pourra ajouter tel- 
les remarques que l'on j'igera nécessaires pour mieux faire con- 
naître la situation ou l'état du musée. 

Qu'on ne craigne pas d'afficher par là sa pauvreté; car 
pour la plupart ce sera le point de départ, et lo peu qu'on aura 
à énumérer sera encore préférable au zéro qui restera à ceux 
qui ne feront aucun rapport. 

Nous invitons les particuliers propriétaires de collections 
qui ne recevraient pas ce blanc, à vouloir bien nous en faire la 
demande, ils le recevront par le retour de la malle. 

On voudra bien remarquer que nous demandons le nom- 
bre des espèces déterminées, et non dénombre des individus; on 
pourra indiquer en notes ce dernier nombre, si ou le juge con- 
venable. 

Pour les musées qui ne posséderaient pas encore de cata- 
logue complet de leurs richesses, — ce qui est un point fort impor- 
tant -- on pourra se contenter d'un chiffre approximatif, pour 
ne pas s'astreindre à un travail d'énumération trop pénible et 
trop long. 



LE DARWINISME 107 

U DARWINISM K 



Le Darvini>me ou travf^forrnismc. — La vnrUtbiliié ou fi.rité des e pè- 
ces dons la nature.— La sélection naturelle dans la lutte pour 
la vie. — L'homme- et ranimai. 

Peu de science éloigne de Dion ; beaucoup 
de scieuce y ramène. — E. Bacon. 

I 

LE DARWINISME OU TRANSFORMISME. 

riiis d'une fois, nous avons été invité par des lecteurs 
apsid's du Naluraliste, à traiter la question du Darwinisme 
ou transformisme. 

Nous avions toujours jugé inopportun de nous occuDer de 
cette question. Car quel soin premlriez-vous de désabuser le 
]iensionnaire de Beauport ou de la Longue- Pointe, qui s'en 
irait criant par les rues : Venez à moi, vous tous qui m'enten- 
dez, écoutez mes paroles; je suis le Christ, le Messie ([uc le 
monde attend depuis des siècles ? ou cet autre (jui se proc.'aine 
l'empereur de la Chine, prêt à combler de richesses to is ceux 
qui sauront lui plaire ? Nul ne se fatigue à |)rouver l'existence 
du soleil à celui qui se plait à la nier, l'it convaincre cet 
échappé d'une maison de santé qu'il n'est ni le Christ, ni l'em- 
pereur de la Chine, vaudrait autant pour le ciiltivateur entre- 
prendre de labourer le roc solide, ou jeter sa semence en plein 
fleuve, pour eu attendre une moisson. 

Or, pour nous, la proposition de Darwin n'est pas moins 
absurde, n'est pas ijioins dénuée de fondement, que la sotte 
prétention de notre échappé d'asile. 

Mais est-ce q'^e tous les dai winistes, et ils sont nombreux, 
sont des insensés qui out perda le sens commun ? 

Non, nous ne voudrions pas l'affirmer. Nous reconnais- 
raême qu'un grand nombre d'entre eux sont des gens d'esprit. 



108 LE NATUKALISTE CANADIEN 

de beanconp de savoir; mais ils se sont fatalement laiss( 
entraînera des jugements erronés dont ils n'avaient pas calcuU 
les conséquences ; ou biiai, ce sont des orgueilleux, que le 
parti pris et la passion ont ]>oussés à dépasser la limite du rai- 
sonnable, pour en im[)oser à leurs semblables. Toute science 
vient de Dieu, a dit la sngesse des nations, or ils ont rejeté 
Dieu de leur système ; donc leur science est fausse. 

Si, sans s'arrêter aux considérant'!, on tiiait de suite la 
conséquence finale des propositions transformistes, la plupart 
les rejetteraient de suite. Mais on émet des prémisses spé- 
cieuses, en taisant leurs conséquences; avec habileté on les 
entourre de toutes les apparences de la vérité; on proclame 
même qu'on en fait jaillir des traits de lumière qui vont décou^ 
vrir de nouveaux horizons à l'espiit humain, dans la poursuite 
du progrès ; et ou engag>i ainsi un certain nombre à entrer dans 
cette voie, sans leur laisser voir le terme où elle conduit. 

Mais (lirez-vous peut-être; pensez- vous que les Bert, les 
Hugo, les Ferry, les Goblet, les Clémtncean et tous les autres 
matérialistes à la tête aujourd'hui du gouvernement français, 
soient des gens abusés ijui ne voient [as le ternie où ils 
tendent ? 

Oh ! pour ceux-ci, nul doute à leur égard ; ils ont une 
ambition à sati.-faire, un orgueil à contenter, des passions à 
rassasier, peu importe les conséquences, il f-iut toucher le but. 
Une murale gênante à observer, une religion à pratiquer, un 
Dieu à craindre et à servir, tout cela est piar trop embarrassant. 
Et morale, et religion et Dieu même ont été mis de côté. 
Noluit intelligere ut bene ageret, Ps. 35, 4. Ils ne veulent 
pas comprendre pour se dispenser de bien faire. 

Ce qui le confirme, c'est qu'abandonnés à eux-mêmes, aux 
portes du tombeau, la plupart d'entre eux font volontiers litière 
de leuis vantardises d'espi its forts, et reviennent aux sentiments 
chrétiens ; témoins : Nélatou, Littré, de Girardin, le Verrier, 
etc. Sans doute, tous n'ont pas ce bonluur ; car si la miser" 



LE DARWINISME. 109 

corde Dieu est infinie, sa justice n'est pas moins grande, et 
pour avoir constamment blasi hémé la divine bonté, ils ont 
forcé la justice à prendre la place de la miséricorde à leur 
égard. 

Mais tous ne sont pas dans la même position, et un grand 
nombre, en Allemagne, en Angleterre, aux Etat.s-Unis, etc., se 
sont laissé éblouir par les thèses scientifiques de Lamarck, Dar- 
win, Hœckel, etc., et se sont proclamés transformistes, sans 
autre but que de trouver à des problèmes scientifiques des 
solutions qui leur paraissaient, telles qu'exposés, pLis satisfe- 
santes, suivant leur point de vue, sans faire le calcul des con- 
séquences. • 

On s'occupe de science, uniquement pour la science, ré) è- 
tent presque toutes les sociétés savantes ; et là dessus, la reli- 
gion et la politique sont avec grand soin écartées de leurs dis- 
cussions. C'est ainsi que grand nombre de membres de ces 
sociétés aux Etats-Unis, n'hésitent pas à se déclarer darwi- 
nistes, lorsque jamais les bases de cette théorie n'ont été discu- 
tées dans leurs assemblées, et poussées jusqu'aux déductions 
(ju'on en peut tirer. • . 

Mais le transformisme est inséparable delà religion, puis- 
qu'il sape la base de toute religiosité quelconque. Comment 
alors s'occuper de ces théories avec la lestriction de respec- 
ter la religion ? Grand embarras. Cependant depuis fiuelijues an- 
nées, on semble vouloir s'affranchir de ce frein, et jjlusieurs so- 
ciétés, sans s'occuper des conséipiences, et sans prendre aussi 
comme corps le darwinisme pour leur credo, souffrent volon- 
tiers que leurs membres fassent étalage et proclament leur ma- 
térialisme dans leurs assemblées. 

Le darwinisme n'est plus une théorie, dit l'Académie des 
Sciences de San-Francisco, par la bouche de son président, c'est 
un dogme. 

" On ne pourrait trouver aujourd'hui, lisions-nous dans 



110 LE NATURALISTE CANADIEN 

V American Naluralist, aucune société savante de queljue va- 
leur, qui n'admettrait le darwinisme." (1). 

Mais qu'est-ce donc que le darwinisme ou transformisme ? 

Le voici en quelques mots. 

Vous croyez, n'est-ce pas, que Dieu est le Créateur de 
toutes choses ? 

Erreur; il n'y a pas de Dieu; il n'y a pas de Créateur! 
Créer est un mot (|ui ne peut avoir d'application, il faut le re- 
trancher du dictionnaire. La matière est éternelle. 
— Mais l'homme'? 

L'homme est un animal comme tous les autres, avec cette 
seule différence, qu'il est parvenu à une plus gr.mde perfection. 
Ce n'est point la raison, ni la perfectibilité, ni le langage qui le- 
distinguent des autres animaux, puisque nous trouvons chez 
eux des rudiments informes de ces mêmes avantages. En re- 
montant même la ligne de sa généalogie, on le trouvera i>arta- 
geant une souche commune avec les grands singes anthropo- 
morphes, comme l'orang-outan, le chimpanzé, le gorille etc. 

— Mais l'houime n'a-t-il pas été créé à l'ininge de Dieu, et 
n'a-t-il pas une âme immortelle ? 

— Il ne peut y avoir d'image de ce qui n'existe pas ; et il 
n'y a jtas de Dieu. Son âme, n'est pas plus immortelle que celle 
des autres animaux. D'ailleurs la matière est éternelle, elle ne 
peut être anéantie ; elle se transforme, et voila tout. 

— Mais si l'homme n'a pas été créé par Dieu, d'où vient il 
donc ? 

— La matière est éternelle ; elle a toujours existé ; elle ne 
peut êtie- anéantie ; mais étant extrêmement variable, elle se 
transforme sans cesse. Tous les êtres vivants, animaux et végé- 

(1 ) Tlic law of biological evolution (for it is no longer a mere " doc- 
trine") may be le^ardod as fairly established, no largf and respectable 
body of scientific men being any longer found to oppo-:e it, when slated in 
its most general form— Vol. xix, p. 6o7, 



NOUVELLES SCIENTIFIQUES. Ill 

taux, sont issus d'une même origine, de l'être le plus simple 
possible, d'une seule molécule de protoplasme. Divergeant de ce 
noyau unique, et assumant différentes formas, sons la seule ac- 
tion des forces physiques de la nature, ils en sont venus à revê- 
tir toutes les formes vivantes que nous voyons aujourd'hui. 

— Les gaz, les vapeurs, je le conçois, peuvent se condenser 
en matières solides ; mais de là à passer à la vie, il y un abiure ; 
et qui le comblera cet abime? qui a animé cette première cel- 
lule de protoplasme ? 

— Elle a pris vie sous l'action des forces iihysico-chimiqucs 
qui régissent la nature. 

— Des forces ])hysico-chimiques qui produisent la vie ! 
Et Dieu, et l'âme, et la raison, la religion, le }>aradis, l'enfer, le 
bien, le mal, tout cela n'est rien ! pures illusions qui ont amusé 
les hommes depuis 60Q0 ans ! nous sommes des animaux 
comme tous les autres, et devons [lartager le même sort. j\Iais 
il faut être fous et archifous pour énoncer de telles absurdités ! 

Vous les taxez de folie ; mais eux prétendent que la folie 
n'est pas de leur côté. Ils ont pour eux, disent-ils, la vérité, et 
ils en donnent la preuve. Voyons cette preuve dans ses dé- 
veloppements ; et pour ne ) as être taxé de déloyauté, em- 
ployons leurs propres expressions dans l'exposé de leur théorie. 
— (A suivre.) 



NOIIVKLLLS SUIlùMlFlQUKS. 

Floraison nocturne — On sait que certains oiseaux, 
bon nombre de fauves, grands et petits, n'exercent leuis ex- 
ploits qu'à couvert des ombres de la nuit ou du moins du cré- 
pui^cnle. On sait aussi que certaines fleurs ne s'épanouissent 
que le soir et se ferment le jour. Mais ces fleurs ne s'étaient encore 
trouvées que parmi les plantes herbacées ou les petits arbustes. 
Voici qu'on vient de découvrir dans l'île de Goa, près de Bom- 
bay, un arbre qui a absolument les mêmes allures. Tout le jour 



112 LE NATURALISTE CANADIEN 

l'arbre ne moiitri' iiiie SiMile fleur; mais le soleil est-il co clu', 
qu'il s'en couvre de toutes parts, répiiidaiit to'^t auto r une 
odeur des plus suaves. A l'aurore, certaines de ses fleurs se 
fanent et tombent, et les autres se ferment pour s'ouvrir de 
nouveau au soir suivant. On dit qu'il persiste tonte l'aunée à 
donner ainsi des fleurs à la nuit. Les anglais lui ont donné le 
nom de Sorrowful Tree, {lar ce qu'il paraît ainsi comme eu 
deuil tout le jour. 

Random Notes on Natural History. Nous apprenons 
avec chagrin que cette utile vevuede Providence, Mhode-Idtmd 
cesse sa publication faute d'encouragement suflisant. Toutefois 
nous sonnnes heureux d'apprendre (jue M. Gari)enter, qui faisait 
dans C'tte revue l'histoire des Mollusque^ du Rhnde-Tslau'l, va 
continuer son travail et le publier en volume. [>'< nio lus p es 
du Khoile-Island, tant les terrestres, que les fluvi.itiles et les 
marins, sont à peu près ceux de notre province. — Le prix du 
volume sera de $2.50. 

Les chameaux du Texas. — On poursuit depuis quelques 
années, avec grand avantage, l'élevage des chameaux au Texas. 
Les petits requièrent quelques soins particuliers durant deux 
ou trois jours après leur naissance, mais peuvent ensuite suivre 
le troupeau sans qu'on s'en occupe. Le chameau a sa nourriture 
favorite dans le cactus, mais à son défaut, il broute les grami- 
nées et toutes les autres herbes dont se nourrissent les chevaux 
et les bœufs. Un M. Lanfear, engigé dans cet élevige, dit (]u'il 
a parcouru une fois 150 railles dans une journée sur un cha- 
meau. Les chameaux généralement peuvent parcourir 100 
milles par jour. 

On voit beaucoup de chameaux en Orient, en Egypte en 
Palestine, en Syrie etc , mais on 'en rencontre rarement de 
jeunes. Nous pensons que les élevages sont le fait, à peu près 
exclusivement, de certains spécialistes. Entre Nazareth et Caïffa 
en Syiie, nous en avons rencontré un large troupeau, dans les 
riches prairies de cette contrée, uniquement composé de mères 
avec leurs pi^tits ou sur le point de leur donner naissance. 
Quelques enfants seulement suivaient ce troupeau comme 
bergers. 



LE 




5?$#êÉrfi#iâ* »#^ÉffllÉi^k 



f 



Vo. XVr. Cap Rouge, Q., Février, 1887 No. 8. 



KCilacleur: fl. l'Abbé PI{(IVA^CHhR. 



PPJlMKS 



La 2e prime du mois d'août, No. 917, 2 Cyprœa caurica, 
Lin., est échue à l'Hon, Juge Angers, Montmagny. 

La 1ère du mois de d'octobre, No. 949, De Québec à Jéru- 
salem, est échue à M. l'abbé N. T. Hébert, cnré de Kamonraska» 

La 1ère du mois de décembre, No. 101, Dictionnaire des 
Sciences, des Lettres et de,9 Arts, j^ar C. de Bussy, est échue à 
M. l'abbé Jutras, curé de Tingwiek. 

La 2e du même mois. No. 74, n'a pas encore été réclamée 
Janvier. 

1ère Prime — Cyprœa tigris. Porcelaine tigre No. 118. 

2e " — Cassis cZéic^^S6•a^a, Casque treillissé... No. 91. 
N. B. — Toute personne ayant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces deux numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, 
et envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur 
la couverture. 



8— Février, 1887. 



l'-J 



114 LE NATUIÎALISTE CANADIEN 

\A] TAULEAU DE NOS MUSÉES. 



Nous n'avons, comme bien on le pense, aucune autorité 
pour demander aux institutions et aux ppssesseurs de musées 
de nous donner un état de ce qu'ils possèdent. C'est unique- 
ment à leur bienveillance que nous faisons appel, comptant que 
ces statistiques, qui ne peuvent nuire à personne, pourraient plus 
tard être grandement utiles comme termes de comparaison. 
Kul doute aussi qu'elles ne peuvent quelque peu stimuler le 
zèle de quelques institutions en voyant ce que d'autres ont déjà 
fait, dans des situations à peu près identiques, lorsqu'elles- 
mêmes en sont encore à zéro sous ce rap|»oit. 

Nous ne comprenons vraiment pas que des institutions qui 
ont des élèves — avec lesquels il est toujours si facile de faire 
des collections - persévèrent des années sans en commencer au- 
cune. Voulez-vous que vos élèves, à l'instar des ignares 
paysans qui ne comprennent rien à la chose, s'extasient en met- 
tant les pieds dans un musée, à la vue de mouches enfilées dans 
des épingles ou de grenouilles conservées dans de l'alcool ? 

Vous voulez d'ailleurs former des littérateurs, des hommes 
de science, des ministres de religion qui lisent dans les livres 
pour c^ux C|ui n'ont ni l'aptitude, ni le temps de le faire par eux- 
mêmes, et vous fermez à vos élèves le grand livre de la nature, 
dans lequel tonte saine intelligence doit savoir lire et tout lettré 
savoir s'instruire. Que de ressources pour le littérateur, l'ora- 
teur, l'écrivain en tout genre n'offre pas d'histoire naturelle ! 

Que sans plus tarder on se mette donc à l'œuvre dans 
toutes les institutions où les collections en sont encore à zéro. 
Vos élèves peuvent vous fournir amples [)rovisions de spéci- 
mens, et au moyen des échanges, vous pouvez en peu de temps 
vous former des musées précieux pour l'instniction que vous 



LE PHALLUS ET L\ MORILLE 115 

donnez, et très propres à vous faire j iger f.ivor.iblement par les 
visiteurs. 

Nous remercions coiMiialement tons ceux qui ont bien 
voulu répoudre de suite à notre appel. Nous en comptons 
dix jus(iu'à ce jour. Comme ce n'est pas encore là la moitié 
des collections qui existent dans notre province, nous aiten Ions 
au mois prochain pour la publication des rapports, comptant que 
ceux qui ne s'en sont pas encore occupés, voudront bien suivre 
l'exemple de leurs devanciers. 



Ll^ PHALLUS ET L.\ MOUILLE. 



Notre article au sujet du Phallus impudicus nous a attiré 
la correspondance qui suit, de la part d'uu homme de science, 
professeur dans l'un de nos collèges. 

" Je viens de lire, avec beaucoup d'intérêt, dans le No. 
d'octobre dernier du Naturaliste Canadien — publication qui 
vous fait tant d'honneur — votre description de la Morille comes- 
tible. Je m'étonne que vous ne l'ayiez observée, pour la première 
fois, qu'en 1884 ; car elle est assez commune, au printemps, dans 
nos bois humides. Je m'étonne aussi d'apprendre qu'elle répand 
une odeur aussi infecte que vous le dites. Je sais bien que 
l'odeur de tous les champignons en décomposition n'est pas du 
tout agréable; mais de tous ]gs fungi, la Morille m'a toujours 
semblé être la îuoins puante. Je n'aime pas non plus le nom 
gcicntifique que vous donnez. Linné, il est vrai, a eu la mala- 
dresse, pour ne pas dire l'indécence, de lui donner un nom 
obscène, Phallus impudicus. En tout c:is la Morille n'est pas 
un Phallus, mais bien une Morchella, et le nom que Per^oon — 



116 LE NATURALISTE CANADIEN 

une grande autorité^, assurément, en Mycologie — lui a donné est 
Morchella esculenta ; mais cela n'empêche pas que vous ne 
soyez un très fin observateur et que vous ne donniez des des- 
criptions tiès claires et précises. " 

Ajrès cette observation, nous avons cm devoir répondre à 
notre savant professeur que, sans pour le moment recourir aux 
auteuis, nous pensions que l'erreur était de son côté. " La Mo- 
rille n'est pas un riiallus, " et il s'obstinait A nous faire prendre 
un Phallus pour une Morille. Et voici la réplique que nous en 
avon? reçue. 

" Je le&te convaincu, jusqu'à ce que je voie votre spéci- 
men, que vous faites erreur, pour ce qui est du Phallus, Si j'en 
juge par la figure que vous en avez donnée, c'est bien là le 
champignon qu'il y a 30 ans et plus, j'appelais — que nous ajjpe- 
lions tous alors — Ph. imjniclic^is de Linnée ; mais qu'une étude 
plu^s approfondie de la classe des fungl, dans ces dernières 
années, a i)lacé dans le genre Morchella et l'espèce esculenta. 
Cette Mojille est comme son nom l'indique, comestible, et ne 
répand presque pas d'odeur. L'éminent botaniste, Geo. Vasey de 
Washingt n, a donné dernièrement une figure irès fidèle de la 
Morchella escidevta, et lui donne plusieurs synonymes : Phallus 
esculeiitus, Helvella esculenta, etc. Sans doute le Phallus im- 
pudicus existe encore, mais il ne paraît pas ressembler à votre 
figure. Je dois cependant convenir que l'odeur très nauséabonde 
que vous attribuez à votre champignon, et l'époque (août) à 
laquelle vous l'avez recueilli, est en faveur du Phallus; car la 
Morchella esculenta ne se trouve qu'en mai ou au commence- 
ment de juin dans ces parages-ci. Dailleurs je vous porterai, à la 
première occasion, cette Morille et aussi le Phallus. " 

Notre correspondant ne pouvait pas plus sûrement nous 
convaincre qu'il est dans l'erreur, que par ses dernières re- 
marques. 

Le Phallus et la Morille sont deux champignons différents, 



LE PHALLUS ET LA MORILLE 117 

qu'il est toujours fricile de distinguer l'un de l'autre, sans même 
recourir aux caractères botaniques proprement dits. 

La forme, l'odeur, l'époque de l'apparition, les séparent 
nettement l'un de l'antre. 

Le Phallus a un stipe creux qui montre son ouverture, an 
sommet du chapeau ou mitre, marginée d'un rebord. La Mo- 
rille à son chapeau ou mitre sans ouverture au sommet, et son 
stipe ne va pas au delà de la moitié de la longueur de ce cha- 
peau. 

Le Phallus a une odeur nauséabonde, non seulement lors- 
qu'il est en décomposition, mais même dès l'instant de son 
épanouissement, odeur telle que jamais personne ne se hasarda 
à en tenter la coniestion. La IMorille a une odeur tout-à-fait 
agréa^^le et est recherchée des gourmets. 

Le Phdlus ne se* montre que sur des terraiai sei^s, fin 
d'août ou septembre. La Morille se trouve dans les endroits 
humides, fin mai ou juin. 

Et si nous descendons aux caractères botaniques, les dif- 
férences sont encore bien plus tranchées, ces deux champignona 
n'appartenant pas à la même famille, pas même à la même di- 
vision. Le Phallus se range dans les Exosporés, et la Morille 
dans les EndosporJs. 

Mais pour mieux faire sentir ces différences, mettons en 
face les caiactères de l'un et de l'autre, tant pour la division, 
la famille, le genre et l'espèce. 

EX0SP0RÊ3. ENDOSPORÉS 



Spores sur la couche fructifère qui 
«'étale à 'a surface du réceptacle, ou 
portées sur des stérigmatesdans les 
alvéoles extérieures. 



Spores renfermées libres de toute 
adhére'ice dans des sporanges, ou 
dans des thèques plus ou moins en- 
foncées dans un stoma. 



118 



LE NAT DUALISTE CANAL.tN 



PHALLOIDEES 

Bourse on p'^ridinm se déchirant 
à kl maturité, tapisséed'une couche 
interne )))emliraiieu.-e îïyméniiiiii, 
avant la niptiiredu péridiuii),pré en- 
tant des cavités sinueuses dans les- 
quelles se développent les orgunes 
reproducteur.-, et diveiant d'iiqu' s- 
cent à la maturité sous furme d'un 
mucilage noir ou verdâtre. 

I HALLU3. 

Réceptacle campanule, lihro, a- 
véol ou réticulé, mameloné et per- 
foré au sommet. Stipe tistuleux, 
e pong eux. 



HELVELLEES. 

Réceptacle en massue on en mitre, 
stipité ou sessi'e, charnu, céracé ou 
cartilagineux. Hyménium formé 
de thèques et de paraphyses ; à la 
maturité les thèques éclatent vtrs 
le haut, et Ton peut voir les spores 
s'échapper sous forme de petits 
nuages de fumée. 

MORCHELLA. 

Réceptacle en mitre charnue, 
ocracé, conique, companul^, arrondi 
ou- ovoïde, réticulé-alvéolé par de 
fortes côtes et soudé à un stipe tu 
buleux, plein, et non jierforé au som- 
met. 

Morchella esculenta, Persoon. 

R ceptacle en forme de mitre fra- 
gile,ov(.ïde ou arrondie, ocracé-pâle, 
gris-fauve ou bistrée ; côtes dispo- 
sées en réseaux et formant des al- 
véoles profondes, irréguiières. Stipe 
gonflé, floconneux, blanchâtre. Co- 
mestible. Printemps, lieux vagues 
et humides. 



Phallus impudicus, Linnée. 

Réoe,>acle en forme de chapeau 
conique» alvéolé, blanchâtre, enduit 
d'une sub- aiice vert-olive, semi- 
fluide qui, à la maturité, se résout 
en une liqueur glaireuse, perforé à 
son. sommet d'un orifice marginé 
d'un rebord. Bourseov<.ïde,b anche, 
crevant avec l'explosion d'un coup 
de pistolet. Odeur excessivement 
fétide, attirant les mouches et la fai' 
.«aiit découvrir de loin- Automne, 
datïs les bois de pins. 

Comme on le voit, la tribu, la famille, le gem-e et l'espèce 
différent essentiellement, et ne permettent guère à qui veut les 
examiner attentivement, de prendre ces deux champignons l'un 
pour l'autre. 

Bien que nous ayons constaté une erreur de la part de notre 
savant correspondant, nous ne lui sommes pas moins reconnais- 



LE DARWINISME 119 

sant de ses remarques. En premier lien, par ce que nous- consta- 
tons avec plaisir qu'on nous suit dans notre marche ; et en se- 
cond lieu, par ce que les explications qu'on nous a forcé de don- 
ner pourront peut-être profitera plusieurs autres de nos lecteurs. 



LKDARWINlSMr. 



(Continué de la page 111). 

Il faut étudier beaucoup pour compreadre 
la matière, mais pus encore- pour décou- 
vrir qu'elle n'est rien. — Biot. 

Pour dooner h nos lecteurs une exacte idée du darwinisme, 
Tious en prendrons l'exposition dans les auteurs qui en ont spé- 
cialement traité. 

Grand noinbie de matérialistes ont donné une explication 
plus ou moins complète de leur théorie favorite ; nous choisi- 
rons deux d'entre eux comme étant ceux qui résument plus 
exactement les opinions de tous les autres. 

Le premier sera un M. Gadeau de Kerville qui, tout récem- 
ment, a donné sur la question même du transformisme, cinq 
conférences à la Société d'Etude des Sciences d'Elbeuf (Seine- 
Inférieure), France. Pour le second, nous prendrons M. Charles 
Wolcott Brooks, l'un des membres des plus marquants de l'Aca- 
démie des Sciences de San Francisco, devant laquelle il a fait" 
l'exposé de ses théories dans une conférence du 3 mai 1876. 

Est-il plus exact de dire le darwinisme ou le transformisme? 

La théorie doit reconnaître une double paternité ; celle de 

Lamarck, (1) français, qui en 1801 a émis le premier l'idée de 

(1) J, B. p. Ant. Monet, (le Lamarck, iié'à Bazantia (Saiiiine) en 1774. 
et mort à Paris en 1829. Célèbre naturaliste, membre de l'Institut. Son 
principal ouvrage est son Histoire des animaux sans vertèbres, 9 vols, in-4 
Lamarck était protebtant. 



120 LE NATURALISTE CANADIEN 

l'évolution des êtres; et celle de Charles Darwin (1). anglais, 
qui en 1859, compléta la théorie de Liaiirck, par sa révélation 
de la sélection naturelle. Quant à nous, quoiiiue descendant de 
français, nous céderions bien volontiers aux anglais le triste 
honneur d'avoir répandu dans le monde une théorie qui aurait 
de si funestes conséquences, si elle venait à être adoptée par les 
masses, puistpie ce ne serait rien moins que le retour à la bar- 
barie la plus sauvage pour les sociétés civilisées. 

Entt ndons d'abord M. Gadeau de Kerville nous faire son 
exposé (2). 

" Po'ir expliquer l'origine des êtres vivants, les naturrilistes 
" et les philosophes ont eu recours à différentes hy, othèses qui 
" peuvent"se résumer dans les deux suivantes : 1° toutes les 
*' espèces animales et végétales ont été l'objet de créations sépa- 
" rées ; 2° tontes ces espèces ])roviennent les unes des autres. 
•• Voici, d'ailleurs, les cinq hypothèses principales que l'on a 
" faites sur le sujet; les .lutres n'étant que des modifications lé- 
" gères de ces cinq hypothèses. 

" 1° Toutes les espèces animales et végétales ont été l'ob- 
" jet de créations distinctes dès que la vie fut possible à la s^r- 
" face de notre globe, et elle se sont perpétuées en totalité ou 
" en partie jusqu'à nos jours ; 

" 2° Une immense ([uantité d'êtres vivants, primitivement 
" créés, ont été détruit-s totallement ou pariielleuient, ])ar des 
" cataclysmes soudains et généraux, puis créés une seconde fuis, 
" détruits de nouveau, et ainsi de suite ; ces boulevuiseuients 
" et ces créations nouvelles se produisant à chaque grande pé- 
" riode géologique. — Cette hypothèse est la' célèbre théorie des 
',' révolutions du globe et des créations successives de Cuvier; 

" 3° L'ensemble des espèces animales et végétales ont été 

" créées à l'oiigine, mais quelques unes d'entre elles s'éteignent à 

(!) Charles Darwin né Shewfcbury en 180 ', et mort en 188:'. C'est en 

1839 qu'il publia son célèbre ouvrage sur Vongine (Its espèces, dans 

. lequel il donne sa théorie sur la sélection naturelle clans la luite pour !a vie. 

(2) Causeries sur la Transforinisme ; 1ère Conference, page 7. 



LE DARWINISME 121 

" certains moments, taudis que d'antres surgissmt spontanément 
" pour les remplacer, grace à une acion spéciide et in,'X|)liq ié.e. 
«' De cette façon, notr • globe présente toujours des f uaies et des 
" flores très riches en espèces, mais ces faunes et ces flores sont 
" d'autant plus dissemblables entre elles qu'on les examuie à 
" des époque plus éloignées l'une de l'autre. ; 

" 4° Notre planète qui ne possédait originellement aucun être 
" vivant, à été peuplée de toutes n')s espèces atiinides et végé- 
" taies, grâce à la rencontre fortuite d'un astre errant à la sur- 
" face duquel ces mêmes espèces existaient déjà ; 

" 5° Enfin, toutes les espèces animnles et Vi'g'tdes, qui ont 
" existé ou qui existent encore, sont le l'é-ultat du dévrlo j»'- 
" ment graduel et successif de pluueurs ou m un 3, ^ur analogie., 
" d'un seul organisme pririiordidl extrêmement simple.. Ce 
" résultat étant produit par l'action de causes niturelles, q'ii ont 
" agi d'une manière lente et continue, jieuilant une très longue 
" série de siècles. — Cette dernière hypothèse est celle du trans- 
" foimisme." 

La théorie de M. Charles Wolcott Br.joks es' a peu près la 
même, quoique exprimée en ternies diiîorents. Ecjutons-le. 

" J'accepte l'hypothèse d'une évolution universelle par une 
" marche lente de développement cosmique, de Li matière (| li 
" renferme elle-même les élén)ents de toutes les existences atmos- 
'' phériques. minérales, végétales et animales, mais a l'état latent, 
"jusqu'à ce que leurs énergies .^oient léveillé-es jar ce principe 
" de vie progressif qui rayonne sans cesse du Grand l^.spiit In- 
" telligent de l'univers, et qui est [nULout essentiel pour provo- 
" quer le développement. " (1) 

• N'allez pus croire que })ar ce Grand Es[irit Intelligent de 
l'univers AI. Books entende Uieu ; oh! non, il prend soin lui- 
même de nous en avertir. 

( ) Oriijin of the Chin se lijce. Pliilusopliy f)ft!i:eaiIijdecelupiHeiit. 

— 1«78. 



122 LE NATURALISTE CANADIEN 

" L'esprit ne peut. exister sansl i raitière, dit- il avec Goethe, 
" ni la matière active sans l'esprit. " 

" L'esprit humain, ajoiite-t-il en -ore, est incon4;e>tiblement 
«' progressif, et la ])rogre.ssion est un piincipe éternel. De là, 
" l'esprit, le plus parfait rafinement de la matière dans l'homme, 
" est éternel. 

" Le [l'incipe animant de toutes les existences paraît comme 
" une essence ou forme de force électrique plus ))ure et plus 
" hautement rafinée. Nous appelons vie la manifestation de ce 
" principe, que toute chose possède à un degré plus ou moins 
" élevé, fl) 

" La terre à travaillé pour se f lire propre à la de- 

" mei»re de l'homme, et ses travaux se poursuivent avec succès. 
" L'honmie est venu par étages réguliers de gradation, de la 
" mond'Ie, et son développement mental est renfermé et res- 
" treint j)ar tout ce qui l'entoure. Les lois immuables de la 
" nature, universellement et éternellement en force, n'admettent 
" pas de election soudaine et spéciale de l'homme. L'homme 
" est le résTiltat de tous les types inférieurs, dont il [lossède 
" toutes les énergies, le rendant un compendium de toutes les 
" choses créées." 

Que de trouble pour organiser le monde en se passant de 
Dieu, ou pour créer un Dieu Hasard, en anéantissant la Pro- 
videnct ! 

Il est regrettable que le savant fi-ançais ait omis de dire, 
dans la 5e hypothèse qu'il adopte pour Credo, d'où venait ce 
seul org cnisme extrêmement simple, qui fut la souche de tous 
les autres ? Mais il nous a déjà dit que la matière était éter- 
nelle, alors qui a donné la vie à ce premier organisme ? 

Môme oubli de la part d i savant américain ; d'où venait 
cette monade primitive grand'mère de l'homme ? 

En face de tous les libres-penseurs, matérialistes, athées et 
prétendus savants du monde entier, il nous semble que la ques- 
(I) Life, which a'I thing- po'-sess in greater or less decree. 



LE DARWINISME 123 

tion peut se résoudre en deux mots : Ou vo'is admettez Dieu, 
ou vous le supprimez.- 

Si vous admettez Dieu, Créateur et source.de toutes les . 
existences, infiniment parfait, votre écliiffaud;i.ge d'hypothèses et 
de faux raisounjraents disparaît de suite. Car l'homme a tou- . 
jours cru en un Dieu Créateur et miître de toute (;hose à qiii il 
devait sa soumission ; et Dieu ne serait pas sag?, et cesserait 
])ar conséquent d'être Dieu, si, en mettant l'homme sur la terre, 
il l'avait laissé le jouet de l'erreur, sans aucun moyen de con- 
naître la vérité. 

Si vous supprimez Dieu, alors vous tombez dans l'absurde ; 
du néant rien ne peut surgir. 

En supposant même la matière éternelle, la vie qui anime 
la matière, la vie qui commence et qui finit à des points dér r- 
minés, vous force à recourir à une puissance supérieure, surna- 
turelle, pour la détermination de ces points. " Car, dit Buffon, 
" la nature n'est jioint une chose, car cette chose ser.iit tout ; 
" la nature n'est point un être car cjt être serait Dieu ? La 
" nature est une puissance vive, immense, qui embrasse tout, 
" qui anime tout, qui, subordonnée au premier Etre, n'a com- 
" mencé d'agir que par son ordre, et n'agit encore que par son 
" consentement." (1) 

Il est encore regrettable que dans les cinq hypothèses qu'a 
exposées le savant français pour expliquer l'origine des êtres, il 
en ait omis une sixième qui, si elle ne rencontre pas tout-à-fait 
ses vues, peut du moins rendre un compte raisonnable des ori- 
gines de toute provenance, et l'appuyer de raisons (jue la |)lns 
rigoureuse logique et le bon sens ne peuvent refuser d'admettre', 
sans se perdre dans l'incertain, l'équivoque, et aboutir à heurter 
de front toutes les règles de la morale, des rapports sociaux, et 
de la seule vraie philosophie. Cette sixième hypothèse est 
celle-ci. 

Avant tous les temps se trouve DiEr, seul être incréé, créa- 

s,l) Premise Vue de la nature. 



124 LE NVTUUALISTF, CANADIEN 

tenr et conservateur de tout ce qui existe. Sa tonte-puissance 
s'exerce sur des mondes innombrables dans l'espace sans limites. 
Voulant créer noire monde, il fil surgir la matière du néant, 
et donna à cette matière les lois qui devraient Ui r('gir et la fa- 
çonner, lois de gravité, d'attraction, de moivement, de chaleur, 
etc, dont nous expérimentons tous les jours les effets, mais dont 
nous ne pénétrerons j mi ùs l'essence. Les éléments qui com- 
posent anjourd'Iiui notre globe étaient dans l'origine confondiis 
dans un chaos. Mais les lois données à la matière exerçant leurs 
acdon sur ces éléments, les dégagèrent petit à petit les uns 
des autres, pour les aglutiner, les aglomérer, et en former des 
corps distincts de forme et de texture. Lorsque Dieu jugea les 
éléments assez épurés pour porter la vie, il l'insutlil cette vie 
dans des orginismes d'abord très simples. Puis a mesure que 
les éléments s'épurèrent ilavalitage en se consolidan, il fit suigir 
des org.i,n.ismes plus parfaits et plus compli piés, jusqu'à ce jtoint 
<{ue jugeant à propos de mettre le comi)lénient à son œuvre par 
l'être le plus parfait, il façonna le corps de l'homme et insufla 
dans ce corps une âme immortelle, capable de le connaître et de 
le .«ervir, lequel honnne, esprit et matière, devant être le roi et 
le dominateur de tous les êtres animés. 

Dieu n'a pis opéré la création de to is les êtres d'un seul 
coup et tout à la fuis; il n'a pas non [dus détruit ses créations 
. de temps à autres pour les remplacer par d'autres ; mais cà me- 
, sure que par l'action des lois naturelles imposées à la matière l'at- 
mosphère s'épurât davantage, (pie la terre se dég igeât des eaux et 
s'affermît plus sulidemmit, il créa <le nouvelles existences orga- 
nisées pour l'état où se trouvait alors la terre, les anciennes 
persistant plus ou moins longtemps dans la nouvelle situation 
qui leur était faite, ou périssmt dans des cataclysmes que la 
consohdation du glol)e amenait naturellement. C'est ainsi que 
parurent d'abord les plantes dans les eaux basses des mers et 
sur les teires desséchées, po ir servir de nourriture à tous les 
animaux qui se montrèrent plus «tard. Puis ces monades 



LE DARW[NIs:\IE. 125 

mentionnées plus liant, les foianii ni teres on zoophytes, les pois- 
sons, les rejitiles, ]es oiseaux, les niamniif res, et enfin, coinnie 
couronnement, l'homme, le chef-d'œuvre des mains du Créateur. 
Et à chacune de C3S créations, les animaux parurent toujours 
chacun selon son espèce. 

Voilà cette sixième hypothèse (pie la parole de Dieu écrite 
dans le premier des livres nous fait counaitre, et que nons trou- 
vons aussi écrite dans le grand livre de la nature, dont les 
feuillets sont empilés dans les entrailles du globe, et que toutes 
les intelligences droites et éclairées peuvent lire et cunij rendre. 

Qu'on veuille bien lemainpier toutefois (ju'en disant que 
notre lécit de la cr. ation est la jarole de Dieu, telle que consi- 
gnée dans la Bible, nous entendons qi:e ce lécit s'accorde j»ar- 
faitement avec les ex])ressions du texte sacré; ui:iis (pie nous 
ne voulons nullement }iar là condamner les opinions d<^.s exé- 
gèt(^s qui l'iuterpiètent autrement; comuie ceux, par exemple, 
qui veulent que les six jours de Moïse soient des joms de 24 
heures, et non des éj oi|Ues de longue (hirée ; ceux (pii jiretendent 
que le monde a été foimé instantanément, et que Moïse n'a 
ainsi jiarlé que poui- donner au peupl(^ une idée plus fraj-pante 
de l'œuvre du Ciéateiir etc. Ce sont là des (piestions que Dieu 
a lais.'-ées aux disputes des honimes. L'essentiel est de l'econ- 
naître que Dieu est le ciéateur de toute chose ; tant (pi'au ono- 
clus ojx'Tditdi, les ojiinions jeuvent vari( r, j uiscpe Dieu n'a pas 
jugé à proj os de nous l'a] ] rer.dre de manièie à écait( r tout doute. 

Qu'on remari, ne aussi que notre manière de Vf)ir, tout en 
s'aceoidant av( c h; texte sacré, ne ré]" gi;e en ai cnn jioint ai x 
exigences de la science', jour tout esj rit dioit, suffisamment 
éclairée, (pii sans parti pris vent connaîiie la vérité. 

L'étude de la matière nous montre évidemment qi-e 'e 
monde a eu un commencement. Si par la chimie ou peut faire 
jiassi r ceitains coips solides en li(iuides, et en élevant davantage 
la températui'e amener ces corps à l'état de va] eur ou de o-az; il 
est i»robable que tons lesanti-es cor])S, même les plusréfractaires 
à nos moyens d'action actuels, peuvent suivre le même cours • 



126 LE NATURALISTE CANADIEN 

il f st donc ititioniul de cioire que | ar un procédé en sens contraire, 
notre globe est passé de l'état de gaz à l'état liquide, et que par 
suite de l'abaissement de la température, ces liquides se sont 
solidifiés en corps de contexture variée, suivant l'action des lois 
projaes aux différentes molécules dont ils se composent. 

De même l'étude de la paléontologie nous démontre que la 
vie a eu aussi son commencement sur notre globe. Lorsque 
nous voyons enfouis dans les terrains récents les restes de nom- 
breux animaux anologues ou identiques avec ceux de nos jours; 
puis en j)énétrant plus avant dans des terrains plus anciens, des 
animaux diftéients et moins parfaits, et ainsi de suite jusqu'à ce 
qu'on ] arvienne à ces organismes amorphes que recèlent les 
couches les ]ilus anciennes des terrains stratifiés, nous devons en 
conclure que la vie n'existait pas avant cette épO(iue,parce que sans 
doute, l'état de notre terre n'était pas susceptible de la conserver 
alors, d'après les lois générales imposées à la matière. 

Mais comment a- 1- elle pu commencer cette vie ? C'est ce 
que nous examinerons dans notre prochain article. 

A sîtivre. 



KOi:Vi:i.LES SClluNTIFlQUKS. 



Ru sseau de lait. — M. Henri Mongon a calculé que si 
tout le lait que produit la France était réuni en un même 
endroit, il produirait un ruisseau de 2 pieds 4 pouces de large sur 
13 pouces de profondeur, coulant nuit et jour durant tout le 
cours de l'année. Nous pensons que la seule Troviuce de 
Québec en [a-uduirait tout autant. - 



NOUVELLES SCIENTIFIQUES 127 

Un nouvel ivoire. — Un certain Di- P»oek prétond, <(u'a- 
vec k'S pommes de terre, on peut produire une espèce d'ivoire 
ou d'écume de mer, qui pourrait être grandement avantageuse 
dans l'industrie. Pelez les pommes de terre et traitez les avec 8 
parties d'acide sulfurique et 100 parties d'eau, pressées ensuite 
et suffisamment desséchées, elles formeront une matière sem- 
blable à la celluloïde, capable de se [irêter au moidage, au 
polissage, et de servir dans mille occasions. 



L'oiseau-chandelle. — On sait que sur les côtes de l.i 
Colombie Britannique il se trouve un poisson tellement gras, 
qu'allumé par un bout, il se consuini entièrement à la façon 
d'une chandelle, l'arête principale tenant lieu de mèche. Voici 
qu'on lui a trouvé un coriespondant dans la gent volatile. Il 
existe aiFX îles Feroë un pétrel tellement huileux, que quand il 
est effrayé il dégorge de l'huile par la bouche. Les naturels 
s'en servent en guise de torche. Ils l'embrochent avec uni> hart, 
mettent le feu à celle-ci, et le tout se consume entièrement en 
donnant une vive lumière. La Providence a pourvu à tous 
les. besoins pour tous les lieux ; les naturels de ces îles ne con- 
naissent ni la cire, ni la stéarine, ni le pétrole, mais ils ont en 
compensation le 'pétrel-chandelle tjui leur en tient lieu. 



Victimes des bêtes féroces. Dans un relevé de statis- 
tiques i)Our l'ile de Java, nous trouvons les chiffres suivants 
pour les victimes des bêtes féioces pour l'année 1863. Mangés 
par les tigres 273 individus, par les crocodyles 158, broyés par 
les rhinocéros 72, et morts des piqûres des serpents 22. Les 
orages avec tonneire sont d'une violence dans ces contrées dont 
ou a peine à se faire une idée. Si bien que dans la môme année 



128 LE NATUllALIbTE CANADIEN 

1863, le nombre de per.soiiues foudroyées par le tonnerre fut de 
493. Des voyageurs ont vi , à la suite d'oragt s, des étendues 
C(jnsidérables de furets, tout eu feu i)ar suite des effets de la 
fjudre. 



Poicsans dans les arbres.- On se croirait, sans doute, en 
face d'une absurde ylaisanterie, si l'on nous disait (jue pour 
aller à la [.êche, il faut grimper dans des arbres, en pleine forêt. 
C'est pourtant ce qui a lieu à l'île de Java. Certains oiseaux de 
ces contrées, construisent dans les arbres des nids ne mesurant 
pas moins de 2 à 3 pieds de diamètre. Ces nids particulièrement 
formés d'algues marines recueillies sur les rochers à mer basse, 
sont enduits intériiuirement d'une espèce de gélatine tellement 
com[)acte, qu'ils retiennent l'eau des pluies après que la couvée 
les a désertés, de telle sorte qu'ils constituent des réservoirs dans 
lesquels des poissons, certaines esjièces de gougeon, de 4 à ô 
pouces de longueur, prennent leurs ébats. Si bien que les gamins 
n'ont qu'à escalader ces aibres pour s'en emparer. Mais, deman- 
dera-t-on, comment ces poissons se trouvent-ils là ? qui les y a 
apportés ? On croit que c'est le fait des canards ou autres 
^oiseaux aquatijues. Comme il arrive souvent qu'une fois les 
nids remplis d'eau, les canards vont fréquemment s'y plonger, 
il est aisé de croire que le frai de ces poissons attaché à leurs 
pattes ou à leur plumage a pu s'en détacher pour y demeurer 
et s'y développer. C'est bien là l'explication la plus rationnelle 
qu'on puisse donner de cet état de chose. 



LE 






Vo. XVI. Cap Rouge, Q., Mars, 1887 No. 9. 



Rédacleur: M. l'Abbé PROVANCHLR. 



PRIMES 



La 2e du mois de décembre, No. 74, Oliva porphyria, est 
échue à M. le Chanoine Vézina, curé des Trois-Pistoles. 

La 2e du mois de janvier, No. SI, Cassis decussata, a été 
réclamée par Mons. L. G. Baillairgé, avocat de Québec. 

La 1ère du même mois, No. IIS, Cyprœa tigris, n'a pas 
encore été réclamée. 

Janvier. 

1ère Prime — CecWs Book of Beasts, élégamment relié, No. 123. 
2e " — CoTiiis s M-^ca^tts, Cone sillonné No. 161. 

N. B. — Toute personne ayant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces deux numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, 
et envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur 
la couverture. 



9-Mars, 188T. 



lï 



130 LE NATURALISTE CANADIEN 



TABLEAU SYNOPTIQUK DES MUSEES 



de la Province de Québec, montrant' le nomhre d'espèces 
déterminées de leurs spécimens, en mars 1887. 

Comme Dons l'annoncions dans notre dernière livraison, 
nou^ donnons dans celle-ci le tableau synoptique de nos divers 
musées, tel que nous ont permis de le formuler les différentes 
réponses que nous avons reçues ; nous les rangeons dans l'ordre 
qu'elles nous sont parvenues. 

Dix-neuf seulement ont rcpon lu à notre circulaire. Nous re- 
mercions bien sincèrement ceux qui ont iuiisi consenti à s'imposer 
cette peine, car en outre que ce tableau sera plein d'intérêt pour 
tous nos lecteurs, il ne manquera pas de stimuler le zèle d'un 
grand nombre pour poursuivre leurs collections, égiler ou 
délasser ceux qui les devancent aujourd'hui, et iieiit-êlie aussi 
eu décider d'autres à entrer de même en lice. 

Nous regrettons que tous ceux qui possèdent des musée 
n'aient pas jugé à propos de nous donner des réponses ; nous ne 
pouvons voir eu quoi cela aurait pu leur nuire ; tout au con- 
traire. Nous sommes convaincu que tous ceux qui l'oiii fait, 
n'auront aucun sujet de le regretter. 

Nous disons que les 19 réponses reçues ne sont à peu près 
que la moitié de celles que nous aurions ài\ recevoir, car il y a 
au moins 40 institutions en cette Province qui possèdent des 
musées ou qui du moins devraient en avoir. 

Sur les 16 collèges classiques que nous possédons, 5 seule- 
ment ont donné des réponses. Tous les. autres en sont-ils encore 
à zéro avec leurs collections ? Nous sommes certain du con- 
traire pour plusieurs. St-Sulpice de Montréal, Nicolet, St- 



TABLEAU SYNOPTIQUE DES MUSÉES 



131 



Hyacinthe, L'Assomption, possèdent des collections qui auraient 
pu figurer très avantageusement à côté de celles enregistrées. 
Quant aux autres, Piimouski, Ste-Anne, Trois-llivières, Juliette, 
Ste-iJarie (Montréal), Kigaud, Ste- Marie de Monnpir, nos quatre 
Ecoles Normales, nos trois Ecoles d'Agriculture, l'Ecole Poly- 
technique de Montréal, etc., leurs collections sont encore à 
venir, pensons nous, ou du moins ne reçoivent qu'une minime 
attention de la part de ceux qui les possèdent. 

En rangeant les 19 institutions qui ont fait rapport, d'après 
le nombre des spécimens -espèces déterminées — qu'elles possè- 
dent, nous obtenons les tableaux qui suivent, sur les différentes 
branches de l'histoire naturelle. 



MONNAIES et MÉDAILLES 

1 Laval 4393 

2 Coll. St-Laurent... 2485 

3 Sherbrooke 981 

4 Chicoutiuii 900 

5 Pictou 500 

H Ste-Thérèse 200 

7 Dr Crevier 156 

8 Coll. Levis 112 

9 Instruct. Publique 68 
10 Couvent Sillery 19 

MINÉRAUX 

1 Laval 3454 

2 Dr Crevier 1657 

3 Pictou 1500 

4 Inst. Publique. 500 

5 St-Laurent 342 

6 AbbéProvancher... 204 

7 Ste-Thérèse 200 



8 Sillery (couvent)... 200 

9 Sherbrooke 150 

10 Falardeau 100 

11 S. -Joseph, Levis cv. 100 

12 Lavoie 65 

13 Coll. Levi? 60 

14 Chicoutimi 45 

15 Abbé Bellemare... 30 

16 Betsiamits 20 

FOSSILES 

1 Laval...- 1258 

2 Dr Crevier 375 

3 Inst. Publique 164 

4 St-Joseph, Levis...' 100 

5 Pictou 100 

6 Abbé Provancher... 85 

7 Chicoutimi 50 

8 Lavoie 42 

9 St.Laurent 23 

10 Sherbrooke 10 



132 



LE NATURALISTE CANADIEN 



11 Coll Levis 


2 


12 Abbé Bellemare... 


1 


PLANTES 





1 Laval 8904 

2 Abbé Provancher... 1845 

3 Inst. Publique 1520 

4 St-Laurent 900 

5 Piéton 600 

6 Coll. Levis 431 

7 St-Joscih, Lrvis... 291 

8 iSill, ry (CuiiV( ni;.. 223 

9 Chicoiiliiiii 180 

10 DrCrevier 167 

11 Abbé Bellemare 50 

12 Sherbrooke 35 

MAMMIFÈRES 

1 Laval 80 

2 Betsiainits 58 

3 St- Laurent 27 

4 Pictou 24 

5 Dionne 22 

6 Sylvestre 18 

7 Dr Crevier.. 12 

8 Abbé Provancher... 9 

9 Falardeau 8 

10 St-Joseph, Levis... 5 

11 Sherbrooke 5 

12 Instinct Publique. 3 

13 La voie 3 

14 Couv. SiUery 2 



OISEAUX 

1 Cv.St- Joseph, Levis 776 

2 Laval 650 

3 Betsiamits 487 

4 Diunne 1^80 

5 Lenioine 2Ô0 

6 St-Laurent 216 

7 Falardcau 206- 

8 Pictou 500 

9 Sherbrooke 75 

10 Sylvc.-tie 6 

11 Dr Drevit-r 56 

12 Lavoie 50 

13 Couv. Sillery 33 

14 Abbé Provancher.. 29 

15 Inst. Publique 21 

16 Chicoutimi 9 

ŒUFS 

1 Laval 236 

2 Lemoine 200 

3 Abbé Provancher... 165 

4 Betsiamits 135 

5 Falardeau 128 

6 Dionne 95 

7 St-Laurent 89 

8 Dr Crevier 64 

9 Inst. Publique 57 

10 Lavoie 20 

11 Pictou 20 

12 Chicoutimi 7 



TABLEAU SYNOPTIQUE DES MUSEES 



133 



13 C. St- Joseph, Levis 

14 Sylvestre 

15 Sherbrooke 



NIDS 



1 St-Laurent 

2 Falardeau 

3 Dionne 

4 Lavoie 

5 Lemoine 

6 Laval , 

.7 lust. Publique 

8 Dr Crevier 

9 Pictou 

10 Sylvestre 

1 1 Abbé Provaucher. 

12 Couv. Sillery 

13 Chicoutimi 

14 Betsiamits 

15 Sherbrooke 



POISSONS 



1 Laval 

2 Falardeau 

3 Dr Crevier 

4 St-Laurent 

5 Sylvestre 

6 Betsiainits 

7 Abbé Provancher. 

8 Inst. Publique 

9 Pictou 

10 Chicoutimi 

11 Sherbrooke 



181 

74 

30 

25 

20 

12 

12 

12 

5 

4 

3 

3 

3 

1 

1 



78 
20 
15 
14 
12 



REPTILES 

1 Betsiamits 

2 Laval 

3 Pictou.... 

4 Abbé Provancher. 

5 Dr Crevier 

6 Lavoie 

7 St-Laurent 

8 Inst. Publique 

9 Dionne 

10 Coll. Levis 



78 
70 
50 
26 
16 
15 
11 



INSECTES 

1 Laval 14000 

2 Abbé Provancher.. 6022 

3 Chicoutimi 2500 

4 Inst. Publique 2300 

5 Pictou 2000 

6 Dionne 1525 

7 Dr Crevier 1268 

8 Falardeau 1178 

9 Lavoie 800 

10 Couv. Sillery 725 

11 St-Laurent 600 

12 Sherbrooke 508 

13 Cv.St-JosephjLévis 198 

ARAIGNÉES 



1 Dr Crevier 

2 Dionne 

3 Falardeau 

4 Abbé Provancher. 



26 
15 
15 
13 



lU 



LE iS'ATUIlALISTE CANADIEN 



5 Laval , 

6 St-Laureiit 

7 Lavoie 

8 Pictou 

9 Inst. Publique. 



MYRIAPODES 

1 Abbé Pro van cher.. 

2 Laval 

3 Dionne 

4 Falardean 

5 Inst. Publique 

6 Dr Crevier. 

7 St-Laurent 

8 Pictou 



12 
5 
5 

o 
O 

3 



14 
12 
8 
8 
8 
6 

o 
O 



MOLLUSQUES 

1 Abbé Provancher.. 1787 

2 Laval 975 

3 Dr Crevier 896 

4 Cv.St-Josepli,Lévis 360 

5 Betsianiits 293 

6 St-Laurent 261 

7 Couv. Sillery 213 

8 Inst. Publique 241 

9 Sherbrooke 200 

10 Chicoutimi 150 

11 Lavoie 125 

12 Falardeau 112 

13 Dionne 60 

14 Pictou 30 

PBEPABATIONS MICROS- 
COPIQUES, 



Dr Crevier 656 

Pictou 100 



Laval 

Sherbrooke 
St-Laurent . 
6 Chicoutimi 



97 

11 

9 

4 



CRUSTACÉES 

1 Laval 60 

2 Inst. Publique 23 

3 Abbé Provancher.. 15 

4 Dr Crevier 10 

5 St-Laurent 8 

6 Lavoie 6 

7 Falardeau 5 

8 Pictou 5 

9 Chicoutimi 4 

10 Cv.St-Jo.5eph,Levis 1 

Cet ensemble est certainement très satisfesant, et nul doute 
qu'avec le zèle qui l'a inspiré, il ne lasse désormais de rapides 
progrès. 

Nous sommes heureux de le consigner dans ces pnges qui 
demeureront, pour servir plus taid de termes de comparaison. 
On ne saurait douter qu'à dix ans d'ici, ce tableau répété pré- 
senterait un tout autre aspect. 



TABLEAU SYNOPTiQUK DES MUSfîES 135 

Mîiis pourquoi ne le rc[)èt'jiioii3-uoiis pas dès rauiiée pro- 
chaine ? 

Chacun s'est rendu compte de ce qu'il possède et voit ses 
richesses étalées à coté de celles de ses voi-^in^i. C'est ù qui 
maintenant montera plus promptemeut dans l'échelle et devan- 
cera ses rivaux. 

Sans doute aussi qu'à un nouvel appel plusieurs de cenx 
qui sont restés à l'écart ne dédaigneront pas d'entrer en lice 
pour faire figurer, eux aussi, les trophées remportés dans leurs 
conquêtes sur l'inconnu. 

Nous ne saurions trop presser les institutions qui sont 
encore en arrière sous ce rapport, de se mettre à l'œuvre sans 
délai. C'est une nécessité pour plusieurs d'entre elles, nous 
oserions dire pour toutes, d'avoir des collections à exhiber à 
leurs élève'^. Si vous ne voulez pas que les instituteurs, par 
exemple, (jui sortent des écoles normales, les élèves des écoles 
d'agrioulture et des collèges, s'extasient, à l'instar d'ignares 
paysans, devant des mouches embrochées dans des épingles ou 
des feuilles couchées dans un herbier, avisez sans délai à pou- 
. voir leur faire faire chez vous la connaissance de telles collec- 
tions, ])Our vous tenir à la hauteur de votre position. 

Nous avons vraiment peine à croire, qu'il s'est rencontré 
des instituteurs ignorant que les chenilles se convertissent en 
papiUons ! qu'il soit sorti des élèves des écoles d'agriculture 
ignorant les preniiers éléments de la botanique, n'ayant aucune 
idée de la greffe, ne connaissant rien des mœurs des insectes 
avec lesquels le cultivateur a tous les jours à compter ! Et 
cepend int l'on nous assure qu'il s'en trouve. Avec des collec- 
tions, sans efforts et sans travail, l'on aurait mis tous ces élèves 
au fait de ces connaissances indispensables. 

Un point sur lequel nous croyons devoir insister de nou- 
veau, c'est l'importance pour tout collectionneur d'avoir un 
catalogue de tout ce qu'il possède. Vous ado|>tez une méthode 
pour pouvoir vous reconnaître dans les différentes branches qui 



136 LE NATURALISTE CANADIEN 

ont fixé votre choix, et à chaque espèce nouvelle que vous 
acquérez, vous l'insérez dans votre livre à son numéro d'ordre. 
De cette façon, vous avez tons les jours le bilan de votre trésor, 
sous vos yeux ; vous voyez les points faillies sur lesquels il 
faudra veiller davantage, vous vous applaudissez de vos nou- 
velles conquêtes, et vous offrez de suite à vos amis un point de 
comparaison, pour les inviter à vous suivre, ou prendre vous- 
même peut-être la ferme résolution de les égaler et même de les 
devancer. Un de plus ! est un cri de victoire que tout collec- 
tionneur en histoire naturelle doit pouvoir répéter chaque jour, 
dans la belle saison. 



LE DARWINISME 



(Continué de la page 126). 



Pratiquez la foi que vous avez, bientôt 
vous obtiendrez celle qui vous manque. 
Un PKNsauK. 



Un célèbre naturaliste se trouva un jour en présence d'un 
saint abbé dans un salon. — Monsieur, dit le savant à l'abbé, vous 
tournez dans un cercle vicieux ; vous nous demaiidez les œu- 
vres pour parvenir à la foi, et c'est la foi qu'il nous faudrait 
pour pratiquer les œuvres. — Le cercle n'est pas vicieux, répli- 
qua l'abbé, car on en peut sortir. Pratiquez d'abord la foi que 
vous avez, et bientôt vous obtiendrez celle qui vous manque. 
Cette réponse de l'abbé ne manquerait pas d'application auprès 
de la plupart des prétendus esprits-forts. 

Il est peut-être quelques matérialistes qui ont pu s'égarer 
par erreur de jugement, en étudiant la matière; mais la plu- 



LE DARWINISME 137 

part n'ont été amenés à l'incrédulité, que par ce qu'elle leur 
servait de base à une morale facile, ne répugnant en rien aux 
penchants de la nature. Ce qui le confirme, c'est que ce brutal 
matérialisme ne se^ rencontre pas chez les nations sauvages. 
Toutes croient à l'existence d'un Etre surnaturel, Créateur, 
Source de toute chose, à l'immortalité de l'âme, aux peines et 
aux récompenses de l'autre vif. 

Quelques voyageurs ont rapporté, il est vrai, avoir décou- 
vert certaines peuplades, dans les îles de l'Océanie, vivant d'une 
vie tout-à-fait animale, sans aucune croyance au surnaturel. 
Mais il est probable que, si ces voyageurs étaient de bonne foi, 
ils a été trompés pour n'avoir pas pu comprendre, ni être compris, 
de ceux qu'ils avaient interrogés, par des réponses dans un 
idiome qui leur était totalement inconnu, ou que leur transmet- 
taient des interprètes inca])ables ou peu fidèles ; car tous les 
missionnaires qui ont évangélisé ces peuplades après en avoir 
appris le langage, s'accordent à rendre le même témoignage 
de leur croyance au surnaturel. 

Le monde a eu un commencement; la preuve s'en trouve 
partout, et les matérialistes mêmes le recohna ssent. Mais qui 
a pu l'amener ainsi à l'existence ? 

Evidemment un être plus puissant que tous ceux que nous 
connaissons, un être au dessus de la nature, pouvant la dominer, 
un Dieu Créateur. 

Mais non, disent les matérialistes ; le monde, nutri' globe, 
a en commenceuient, oui ; mai-> u(Ui l'UuiNtrs |ii est éternel, 
et qui j)!oduit continuellement des mondes, à mesiire ju'il en 
disparaît, la matière étant dans un mouvement habituel de 
transformai ions, de di'eomposiiious et reformations. Entendons 
à ce sejet notre M. de Kervillc. Il y n, <lit-il deux hy|.othèses 
à ce sujet : 

" 1"" Ou l'univers a été cr'é par une force supérieure, éter- 
" nelle, consciente, que nous appelons Dieu. C'est la docliine 
" déiste. 



138 LE NATUUALISTE CANALxEN 

" 2° Ou l'iniiveis n'a jamais été créé, mais a toujours 
'' existé et existera toujours. C'est la doctrine matérialiste ou 
" réaliste. 

" Si l'on admet h doctrine déiste, il faut supposer qu'une 
" force existant de loute éternité, ou surgissant tout à coup du 
" néant, c'est-à-dire de rien, a créé l'univers avec rien, car il n'y 
" a rien dans le néant, et c'est du néant, suivant cette doctrine, 
" que l'univers a été tiié. Or, rien ne pourra jamais ] roduire 
" quelque chose. Admettre qu'une force créatrice, aussi sur- 
" naturelle, aussi puissante, aussi incompréhensible fjue l'on 
" voudra, puisse, avec rien,ciéer les nioniles, c'est-<à-dire quelque 
" chose de réel, de visible, de paljialile, ced admettre une imjios- 
" sihilité absolue. Il est inadmissible, je le répète, que de rien 
" puisse provenir quelque chose. Ajoutons que cette force créa: 
" trice n'a jamais doHné le moindre signe de son existence, 
■" et ne saurait être admise que par la foi, c'est-à-dire d'une ma- 
" nière aveugle, et sans discussion aucune. 

Notre savant couclut de là que c'est la seconde hypothèse 
qu'il faut admettie, c'est-à-dire, que, le monde n'a jamais été 
crée, qu'il a toujours existé. Puis il ajoute : 

" 11 est donc facile et rationel d'admettre l'éternité et 
" l'infini de l'univers, |iuisque ses conditions d'existence, l'es- 
" pace et le temps, sont elles-mêmesinfinies. En résumé l'univers 
" n'a jamas été créé. Il n'a pas eu de commencement et n'aura 
"jamais de fin. Il a toujours existé et il existera toujours " 

" Les doctrines léaliste et transformiste nous montrent donc 
" que Dieu est une hypothèse irrationelle et absolument inutile 
" pour e.\[ili(juer l'universalité des faits que nous connaissons." 

Voilà Comment raisonnent les matérialistes ! 

Pour mieux faire l'essortir la force des arguments de M. 
de Kerville, nous ferons ensemble, s'il veut bien nous le per- 
mettre, une petite excursion. 

Nous marchons ensemble depuis assez longtemps égarés 
dans une grande forest, ne sachant de quel côté diriger nos 



LE DARWINISME 139 

pas pour en sortir. Mai-, voici (pruu certain bruit se fait en- 
tendre d'un côté. Nous nous dirigeons de ce côté là. Plus 
nous avançons et plus le bruit devient distinct. Enfin nous 
arrivons en face d'une construction des plus importantes. Nous 
entrons dans l'édifice, où ne se trouve personne dans le monient, 
et nous reconnaissons que c'est un moulin, des roues, des vo- 
lants, des engrenages de tout genre, tournant ici d'un côté, là 
d'un autre, ici horizontalement, là verticalement, mais partout 
dans une harmonie ])aifaite, sans (jue ces mécanismes si com- 
pli n^és paraissent offrir des lé-^istauce à la force qui les meat, 
tout leur agencement est parf lit. 

— Mais c'est un moulin ! — Evidemment un moulin. 
Ici nous sommes ])Mrfaitement d'accord. 

Mais qui a fihriqué ces mécanismes ? (pii les a mis en 
mouvement ? qui leur conserve ce mouvement ? 

Nous : Evidemment c'est quelque habile ouvrier, absent 
dans le moment, qui a fabri [ué ces pièces ingénieuses et qui les 
surveille pour leur assurer le mouvement, bien<jue nous ne le 
voyions j)as nctuellement ; car ces pièces ne se sont pas faites 
elles-mêmes. 

Lui: oh! vous n'y êtes pas; votre exj lication n'est pas 
une })reuve scientifique. Ces pièces sont en mouvement, oui, 
je le vois ; mais vous ne faites pas voir qui leur a donné ce 
mouvement, qui le leur conserve. Nul doute que tous ces 
engins et ces mécanismes n'ont jamais été frdts, n'ont jamais eu 
besoin d'ouvrier, qu'ils sont éternels, qu'ils ont toujours existé 
et existeront toujours. Conmie la matière est dans un per- 
pétuer état de transformation, et donne naissance à des com- 
posés qui tous ont un commencement et une fin, ces rouages 
s'useront à la fin sous l'action de leur mouvement, ils se décom- 
poseront, mais les particules qui les constituent aujourd'hui 
iront former ailleurs d'autres combinaisons, d'autres mécanismes 
qui se mettront aussi en mouvement et agiront les uns sur les 
autres. 



140 LE NATURALISTE CANADIEN 

Xous VOUS le demandons, lecteurs, n'est-ce pas là exacte- 
ment le rai^onnenlent de nos matérialistes ? Pour mieux le 
saisir, faisons disparaître la figure. 

Nous entrons dans le monde, nous y trouvons des œuvres, 
des mécanismes admirables, doués chacun d'un mouvement 
propre, et cependant s'harmonisant tous dans un accord parfait. 
C'est, par exemple, un soleil, en feu, se coi.sumant en appa- 
rence, cependant envoyant sa lumière dans des espaces incom- 
mensurables, sans rien perdre de sa force depuis des millions 
d'années peut-êire. Mais ce soleil tourne sur lui-même, et 
tout en tournant ainsi, parcourt dans l'espice un orbite mesu- 
rant des millions de lieues, entraînant à sa suite d'autres globes 
doués aussi, d'un mouvement propre et entraînant, eux aussi, à 
leur suite, d'autres globes plus petits tournant autour d'eux. Et 
tous ces mondes avec leurs mouvements divers et leurs direc- 
tions différentes, parcourent, sans jamais en dévier, le cycle de 
leurs évolutions avec une régularité pai faite, sans jamais se 
ralentir ni s'arrêter dans leur course. Qu'un seul de ces corps 
s'écarte un instant de sa route, se ralentisse un moment ; l'har- 
monie est troublée, les uns se heurtent sur les autres, c'est une 
confusion générale, un chaos inextricable. Qui a fait tout cela? 
Qui a tracé la route à tous ces corps ? Qui leur a imposé la loi 
qui les régit? Quel est le génie qui a présidé à un arrangement 
si compliqué et si parfait ? 

Nous : Evidemment aucun être humain, aucun homme ne 
peut opérer de telles choses ; c'est l'œuvre d'un génie au-ilessus 
de la nature, du Dieu tout-puissant, Créateur et maître absolu 
de toute chose. 

Le matérialiste: Non pas; ces choses ont toujours existé et 
elles existeront toujours. 

Nous : Mais qui a donné à ces corps ces lois qui les régis- 
sent, qui veille à leur conservation, à la régulai isation de le r 
mouvements ? 

Lui : Personne ; il est de leur nature d'être ainsi. 



LE DARWINISME. 141 

En vérité, nous le demandons : peut-on avec ]ilus d'assu- 
rance affirmer l'absurde ! Ketournons donc à notre moiilin de la 
forest, et soutenez que tous ces mécanismes sont l'œuvre du 
hasard, le résultat des lois (d'où viennent-elles ces lois) qui 
régissent la matière, que leur mouvement se perjietuera indé- 
finiment. 

Oui, sans doute que les particules de matière, pou«^sées par 
des lois (pie iKTsonne ne leur a coiumiini(|nées, sont venues se 
ranger d'elles-mômes, les unes à la suite des autres, pour former 
ici une roue, là un pignon, un arbre de couche, un alluchou etc. 
et que le tout s'est mis une bonne fois à tourner par hasard, et 
les différentes ]ièces à s'agencer les unes dans les autres dans 
uae harmonie parfaite ? Peut-on outrager plus audacieusement 
le bon sens ! Peut-on fraterniser jusqu'à ce point avec l'absurde ! 

Mais la preuve, disent les matérialistes que le Dieu créa- 
teur n'existe pas, c'est qu'il n'a jamais donné le moindre signe 
de son existence, et (jue cette existence ne peut être admise que 
par la foi, c'est-à-dire d'une manière aveugle et sans discussion 
aucune. 

Comme si la foi nous interdisait toute discussion pour nous 
ïendre compte de nos croyances, nous convaincre nous-mêmes 
qu'elles n'ont rien (jui répugne à la raison, qu'elles sont en tout 
point d'accord avec le bon sens. 

Sans doute, il est des mystères que l'intelligence humaine 
ne peut pénétrer. Mais ces mystères n'ont rien de contraire à la 
raison. Et la foi que nous leur devons n'a rien qui répugne au 
bon sens, lorsqu'en les discutant, les règles de la logique nous 
démontrent notre im[)uissance pour les comprendre. 

Mais ces mystères ne se trouvent pas seulement dans 
l'ordre moral et surnaturel ; ils sont tout aussi nombreux dans 
l'ordre physique et naturel ; est-ce que les matérialistes peuvent 
les expliquer ? en donner une preuve scientifique ? 

Qu'ils nous fassent donc comprendre, par exemple, com- 
ment il se fait que le grain qui se décompose dans le sol, puisse 



142 LE NATURALISTE CANADIEN 

donner naissance à une tige qui en reproduira des centaines ? Le 
fait est là, indubitable, no^is le croyons ; mais comment la 
chose s'opère t-elle ? quelle e«t la ratio d'autel l'ésultat ? Toutes 
les putréfactions ne produisent pas la vie ?... Mystère ! et cepen- 
dant vous le croyez. 

Quelle est la force initiative \m a mis en moi veinent les 
corps célestes dans leur course rajiide dans l'espaci (qu'ils pour- 
suivent sans jamais se heurter? Le nom de cette force est la 
gravitation, mais son principe ? Mystère ! 

Quel est cet esjtace même où se promènent les astres qui 
contient tout et que rien ne peut contenir ? Mystère ! 

Qu'est-ce que la lumière qui éclaire toute chose et qui 
n'est elle-même connue de personne ? Mystère ! 

Quest-ce que l'électricité que personne ne peut voir, ne 
peut palper, et qui produit cependant des faits si extraordinaires ? 
Mystère ! 

Les mystères, tant dans l'ordre surnaturel que dans l'ordre 
naturel, ne sont ni des énigmes ni des impossibilités. Ils repré- 
sentent seulement la limite extrême que notre intelligence peut 
atteindre.- 

Si nous trouvons tant d'ombres, de mystères même dans 
les choses matérielles et physiques qui peuvent être saisies par 
les sens, si nous y ajoutons foi sans offenser notre raison ; pour- 
quoi donc voudrions-nous tout comprendre et tout saisir dans 
les choses immatérielles et plus élevées que l'intelligence seule 
est" capable de juger ? 

Mais les savants n'ont-ils pas une foule de véiités dé- 
montrées qui sont des mystères pour les paysans illétrés ? 
Pourquoi donc voudraient ils fixer la borne où peut aller l'intel- 
ligence, lorsque nous la voyons plus ou moins éloignée suivant 
l'acuité de perception de chaque individu ? 

Gardons-nous d'une étroitesse de raison cachée sous des 
exigences scientifiques. Gardons-nous de vouloir tout appro- 



BIBLIOGRAPHIE 143 

fondir. Il en est des vérités comme des étoiles, on en découvre 
tous L s jours de nouvelles ; au ciel de la pensée, couune dans 
l'éther, les régions explorées ne sont rien en comparaison de 
celles qui sont inconnues. Les plus grands savants sont ceux 
qui ont compris qu'ils ne savaient rien en comparaison de ce 
qui leur demeurait inconnu. C'est ce qu'exprima Lapla'^e, sur 
son lit de mort. Comme ses amis vautaieni ses vastes connuis- 
sauces; " Ne parlez pas de cela, dit-il, ce que nous connaissons 
est peu de chose, mais ce que no;is ne connaissons pas est in- 
commensurable." 

A sidcre. 



BIBLIOGRAPHIK 



The Ottawa Naturalist — Xons voyons avec plaisir (|ue 
VOttaiva Field Faturalists' Club a commencé la publication 
régulière d'une revue mensuelle, sous le nom de The Ottawa 
Naturalist. Jusqu'à ce jour, le Club ne donnait qu'un rap- 
port annuel de ses opérations ; désormais ce sera chaque mois 
qu'il fera connaître les travaux opérés dans son sein et traitera 
de divers sujets se rapjiortant k l'histoire naturelle en général. 
Avec des hommes comme MM. Harringt;on, Fletcher, Macoun, 
etc., ntil doute que cette publication ne prenne bientôt un rang 
distingué parmi ses similaires et n'apporte un important con- 
tingent à l'étude des productions naturelles de cette intéressante 
partie de notre pays. 

La publication qui est de 16 pages in- 8, chaque mois, 
donnera un compte rendu de toutes les opérations du Club, des 
lectures, soirées, excursions, etc., organisées sous ses soins. Prix 
$2 par année. 



144 LE NATURALISTE CANADIEN 

Le Naturaliste, Paris. — Le premier nurncro d'une nou- 
velle série de cette intéressante publication, qui en est déjà à 
sa neuvième année, nous est arrivé considérablement aug- 
menté et largement illustré. Les éditeurs veulent en faire une 
revue de première classe, et avec la liste de collaborateurs qu'ils 
ont à leur disposition, ils y parviendront sans peine. Cette 
revue, in-4 à deux colonnes, parait bi-mensuellement, par livrai- 
son de 16 pages. Abonnement 11 francs par année. S'adreser 
à M. Emile Deyrolle, 23, rue de la Monnaie, Paris. 

A continuer. 



NECROLOGIE 



Les journaux nous annonçaient dernièrement la mort de 
M. le Notaire J. B. Bédard, de Lotbinière, à l'âge de 78 ans. 
M. Bédard est un des premiers qui parmi nos lettrés se soit 
voué à l'étude de l'histoire naturelle. C'est la botanique qui 
avait particulièrement fixé son attention. Nous ne fûmes pas 
peu étonné, à la première visite que nous lui fîmes en 1864, de 
voir qu'il avait pu trouver les noms de la plupart de nos plantes, 
avec seulement Eaton et quelques antres auteurs élémentaires 
bien incomplets, sans aucune clef systématique. Pour ce sa- 
vant, aussi humble que profond, l'étude était une véritable pas- 
sion. M. Bédard s'est constamment livré à l'enseignement, 
et l'on peut trouver aujourd'hui dans le clergé et les professions 
libérales, grand nombre de ses anciens élèves dont plusieurs se 
sont distingués d'une manière toute particulière par leur haute 
capacité. 



LE 



Vo. XVI. Cap Rouge, Q., Avril, 1887 No. 10. 



Rédacteur: W. l'Abbé PROVANClIhR. 



PRIMES 



Les primes de février (1), 1ère, Cecil's Book of Beasts, No 
133, et 2e Conus sidcatus, No. 161, n'ont pas encore été 
réclamées. 

Mars. 

1ère Prime — De Québec à Jérusalem, vol. de pins 

de 800 p. in-8, avec plans, cartes etc.. No. 104. 
2e " — Cyprœa Mauritiana No. 42. 

N. B. — Toute personne ayant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces deux numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, 
et envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur 
la couverture. 

(1) Par erreur typographique ou a mis Janvier à la 1ère page du uuméro 
de mars, au lieu de Février. 



lO-Avril, 1S8T. 



146 



LE NATURALISTE CANADIEN 



TABLEAU DENOSMl'SEKS 



de la Province de Qvéhec, montrant le nombre d'espèct- 
déterminées de leurs spécimens, en mars 1887. 

Il est regrettable que l'état qui suit des collections du 
Collège de l'Assomption et du couvent d'Hochelaga, ne nous 
soit pas parvenu plus tôt, pour le faire figurer avec L s autres 
dans le tableau Synoptique que nous avons donné. Nos lec- 
teurs pourront voir que ces deux institutions pouvaient l'une 
et l'autre prendre un rang distingué parmi toutes les autres. 

COLLÈGE DE L'ASSOMPTION. 



Monnaie 500 

Minéraux 600 

Fossiles 20 

Plantes 20 

Mammifères 50 

Oiseaux 222 

Œufs 12 

Nids 10 



Poissons 6 

Eeptiles 8 

Insectes 100 

Araignées. 5 

Myriapodes 20 

Crustacées 7 

Mollusques 200 



COUVENT D'HOCHELAGA. 



Monnaies 169 

Minéraux 513 

Fossiles 7 

Plantes 137 

Mammifères 39 

Oiseaux * 833 

Œufs 223 

Nous croyons savoir que les collections du Collège de 



Nids 2 

Poissons 7 

Eeptiles 20 

Insectes 581 

Crustacées 4 

Mollusques 750 



LE DARWINISME 147 

l'Assomptiou sont en grande partie dues à feu le Eév. M. 
Vézina, qui devenu, eu égard à une surdité précoce, à peu près 
incapable de sl- rendre a itremeut utile, s'était livré à la taxider- 
mie, et s'y était rendu remarquablement habile. 

Quant au Couvent des Sœiirs de Jésus-Marie d'Hochelaga, 
tous ceux qui ont visité cette institution n'ont pas manqué, 
sans doute, d'admirer les nombreuses pièces des vitrines qui 
se trouvent dans toutes les classes, pour être journellement sous 
les yeux des élèves. 

■ Rectification. — Nous nous empressons, avec plaisir, de 
rectifier le doute que nous avons laissé voir sur le nombre des 
spécimens entoniologiques de l'Université-Laval. C'est bien 
14,000 espèces et non 14,000 exemplaires d'insectes, que 
possède l'Université. Ils ne sont pas encore tous catalogués, 
mais les listes déjà complétées ont pu fournir des points de 
comparaison pour parvenir au nombre à peu près exact des 
espèces de toute la collection. 



LE DARWINISMK 

(Continué de la page 143). 

Mais il est de la sagesse de Dieu d'avoir mis des bornes à 
notre intelligence. Si nous connaissions tout, nous serions de 
véritables dieux. Dans notre nature finie, notre intelligence ne 
peut embrasser l'infini. Mais si le mystère est an-dessus de 
notre conception, la considération de ses avenues peut être 
l'objet de nos discus -ions, c'est un ascende superius qui tient 
notre pensée continuellement en mouvement. Que des exaltés 
se jettent en dehors delà voie pour se consumer dans le doute et 
la négation, pour nous, à travers la région des révélations 
divines, nous continuerons notre marche pour pénétrer davan- 
tage tous les jours dans les profondeurs inscrutables de l'infini. 



..««8^ 



148 LE NATURALISTE CANADIEN 

Mais ceux qui décrètent si lestement de la non existence 
de Dieu, croient-ils réellement ce qu'ils énoncent ? 

Non ; les athées les plus célèbres en ont donné la preuve. 

Jean-Jacques liousseau interrogé sur ce qu'il fallait penser 
des sanctions éternelles, répond : Je n'en sais rien. Un bel 
esprit prétendit être parvenu à la certitude contre la croyance 
en Dieu, et Diderot lui dit : Je vous en délie. Enfin, on se 
vante devant Voltaire d'en avoir démontré la fausseté, et il 
s'écrie : Vous êtes bien heureux ; je n'en suis pas là. Ainsi 
c'est un peut-être qui est le point culminant des opinions con- 
trtiires ■> la foi. Et c'est sur ce vide effrayant qu'on voudrait 
éehafauder la destinée de l'homme. En vérité, ne serait-ce pas 
jeter des'démentis exhorbitants à la nature, et la pousser au 
crime par le désespoir? " Car, dit le P. Causette, quel martyre 
pour un être avide de savoir, qui soulève les voiles de l'avenir, 
qui regarde au fond des sépulcres, qui fra[)pe à la [toite de toutes 
les écoles, pour en interroger les oracles, et qui rentre, hiletaut, 
au fond de son âme, sans lui a .porter d'autres solutions qu'un 
peut-être ! Je demande, ce (\\ù réduit ainsi l'hiimanité aux abois 
peut il être son partage naturel ? " 

Nous nous rappelons ici la rencontre que nous finies en 
1884 sur le steamer qui nous ramenait du H ivre à New- York. 
Nous voguions déjà depuis plusieurs jours en jJein océan. 
C'était vers les six hones du soir ; la mer, flattée doucement par 
une brise légère, montrnit à peine queljues rides à sa surface ; le 
soleil s'iuclinant vers l'horizon, allongeait démesurément sur la 
nappe liquide les ombres de la mâture de notre vaisseau, nous 
étions à nous promener srr le pont, respirant à pleins poumons 
cette douce haleine que lamer, lorsqu'elle est })aisible, conserve 
toujours, même en juin, fraiche et pure; nous marchions seul, 
absorbé dans nos pensées, lorsqu'un certain peiidonnage que nous 
avions à peine jusque là distingué paruii les a^ties pa<s;igers, nous 
aborde d'un ton enthousiaste : — Croyez-vous, monsieur, qu'il 
est grand ce spectacle que nous avons sous les yeux; l'espace 



LE DAKWINISME. 149 

sans bornes au dessus de nos têtes, ua abîme sans fond sous nos 
pieds, et nous entre les deux, portés sur cette coque de noix 
dont le moindre accident peut amener la perte ! 

— Oui, maguifinue ce sepectacle ! mais il n'est pas néces- 
saire de venir au milieu de l'océan pour admirer les œuvres du 
Créateur, nous en trouvons de tout aussi merveilleuses partout 
autour de no^is ; il suffit d'ouvrir les yeux pour les voir ; l'infime 
insecte que, sans souci nous écrasons sous nos pieds, nous 
montre, considéré attentivement, des merveilles tout aussi éton- 
nantes que celles des grandes scènes de la nature ! 

— (Jh ! qu'ils sont heureux ceux qui croient ! Mais moi, M. 
l'abbé, je ne crois pas. 

— Comment ! vous ne croyez-pas ? Pensez-vous que toutes 
ces merveilles qui excitent votre admiration se sont faites elles- 
mêmes ? Niez-vous l'existence de Dieu ? 

— Oh ! non ; je crois qu'il y a un Dieu ; il faudrait être 
fou pour le nier. Mais je ne crois pas à la religion, et je me 
trouve parfois bien malheureux. J'ai perdu une femme, des 
enfants, je me suis trouvé écrasé sous le poids de l'affliction, 
j'étais couime dans le vide, ne trouvant de consolation nulle 
part, tandis que ceux qui croient trouvent des consolations dans 
leur leligion, des adoucissements à leux maux dans l'affliction. 

— Mais, mon cher ami, vous m'étonnez grandement ; vous 
me faites l'effet d'un homme sur le bord d'un précipice qui 
s'apitoie sur le sort de ceux qui y tombent, et qui cependant 
est décidé à s'y précipiter. Qui vous retient là ? Eloignez- vous. 

— Oh ! c'est fcicile à dire pour vous qui croyez, mais que 
voulez-vous, moi je ne crois pas. 

Il croyait à Dieu, disait-il, mais il ne voulait pas le pren- 
dre tel qu'il est. Prétendant avoir plus de sagesse que lui, il 
voulait s'en façonner un à sa manière; voila pourquoi il se 
trouvait malheureux, yiar ce qu'il se conservait dans le doute. 
L'âme inquiète, troublée, ne saurait jamais être heureuse. Voilà 
pourquoi aussi la croyance même la plus fausse est plus propre à 



150 LE NATURALISTE CANADIEN 

assurer le bonheur temporel que la negation, le doute ; car la né- 
gation ne peut constituer un dogme. C'est aussi la raison pourquoi 
les Hindous, les Musulmans, avec leurs fausses religions, se con- 
vertissent si difficilement ; tandis que les esprits- forts, les athées, 
les matérialistes, ouvrent les yeux d'ordinaire à mesure qu'ils 
se sentent libérés des entraves qu'ils avaient imj)Osées aux no- 
bles aspirations de leur âme. Ils se sont pilacés en dehors de la 
nature, et du moment que la nature reprend ses droits par la 
dissolution partielle du corps qui retenait l'âme sous sa puissance, 
ils reviennent à la juste position, ils reconnaissent cette vérité 
qu'ils s'étaient plus à nier, mais dont ils n'avaient jamais pu 
méconnaître les droits. Dans les cultes vrais ou faux, l'huma- 
nité sèche ses larmes et obéit à la nature en disant : Je crois. 
Mais que reste-t-il à l'incrédule ? le doute, l'inquiétude, le vide. 
Et de même que plus l'arc est tendu, plus il aura de puissance 
pour lancer le trait ; de même aussi il y a plus de chances pour 
la conversion des incrédules, que pour celle des partisans de 
fausses religions ; nous en avons de nombreux exemples. Que 
d'incrédules à leurs derniers moments ont fait appel à cette reli- 
gion que, toute leur vie, ils avaient conspuée, niée ! 

Mais les incrédules sentent si bien qu'ils sont en dehors de 
la voie, en révolte contre la nature même, que, prévoyant leur 
retour à la vérité et à la raison, ils prennent le moyen de rendre 
ce retour impossible, en chargeant leurs amis d'en empêcher l'ex- 
écution, s'il arrivait que plus tard ils voulussent l'opérer. L'as- 
sociation des solidaires en Belgique n'a pas d'autre but. Et l'on 
connaît plus d'un impie qui ont été ainsi privés des secours de 
la religion à leurs derniers moments, malgré leurs prières et 
leurs instances. 

Notre incroyant qui se trouve malheureux par ce qu'il ne 
croit pas, nous rappelle cet indien qu'on nous avait donné pour 
compagnon au collège. — Eh ! bien, Simon, lui disait le régent, 
étudie donc ; tu ne sauras pas ta leçon ? — Mais, monsieur, je 
suis paresseux, c'l-st terrible ! 



LE DARWINISME 151 

Comme notre indiennes incrédules s'imaginent que leur irré- 
ligion est un défaut incontrôlable. Oh ! si, avec un cœur droit, 
on essayait seulement de prier ce Dieu qu'on blasphème ! 

Mais ce Dieu que vous voulez nous imposer, disent 
les incrédules, n'a jamais donné le moindre signe de sa puis- 
sauce. 

L'objection que l'on soulève ici est facile à saisir. 

Votre Dieu, semblent nous dire les matérialistes, a-t-il 
jamais donué des preuves de sa puissance surnaturelle ? a-t-il 
jamais opéré sur des objets sensibles, de manière à dépasser la 
puissance ordinaire des hommes ? 

On prétend donc nier l'authenticité des miracles. 

Si par miracle en général on entend un acte au dessus des 
forces de la nature, nous répondrons : regardez le ciel, la terre^ 
et tout ce qui vous environne, et faites en autant si ce sont là 
des choses en la puissance de l'homme. Ne sont-ce pas là des 
miracles ? 

Mais nous oublions que, suivant vous, ces choses sont 
éternelles, qu'elles ont toujours été ainsi et le seront toujours. 
Vous voulez des miracles consistant en des actes contre les lois 
de la nature, changeant ou suspendant momentanément la vertu 
de ses lois, pour les laisser ensuite reprendre leur cours ordinaire. 

Mais Jésus de Nazareth, qui tout enfant, et sans avoir 
étudié, confond les docteurs les plus profonds et les sages les 
plus érudits, n'est ce pas là un miracle ? 

Le même Jésus qui commande à la tempête et aux flots; 
qui permet à Pierre de s'approcher de lui eu marchant sur les 
eaux ; qui nourrit 5,000 personnes avec trois pains et deux 
poissons ; qui ouvre les yeux des aveugles-nés, guérit les 
lé[>reux, fait marcher les paralytiques, rend l'ouïe aux sourds, 
ne sont-ce pas là des miracles ? 

Le même Jésus encore qui s'approche de Lazarre déjà en terre 
depuis trois jours et donnant la preuve de la décomposition de 



152 LE NATURALISTE CANADIEN 

son corps par ses exhalaisons, qui commande au mort de se 
lever et de marcher, ce que le ressucité exécute en | résence de 
nombreux témoins, pouvait- il opérer de tels actes avec les seules 
forces de la nature ? 

Cependant il y a encore plus. Ce même Jésus qui annonce 
qu'on va le mettre à mort, mais qu'au bout de trois jours il 
reviendra à la vie, et qui se montre ainsi ressuscité à des milliers 
de personnes, n'avait-il qu'une- puissance humaine ordinaire ? Il 
est assez facile d'annoncer qu'on va mourir, mais qui a jamais 
pu dire qu'il sortirait du tombeau après sa mort, et en soit réelle- 
ment revenu ? 

Tous ces faits ne sont-ils pas au-dessus de la puissance 
ordinaire de l'homme, et ne réclament-ils pas l'autorité d'un être 
au-dessus de la nature, pouvant la dominer et lui commander ? 
Tout autre qu'un Dieu ou qu'une personne déléguée par lui 
peut-il opérer de telles merveilles ? 

Et pouvez-vous nier tous ces faits ? ' -* ^--^ 

Vaudrait autant nier les faits accomplis par Annibal, 
Alexandre, César, et même Napoléon. Qui consentirait à faire 
le sacrifice de sa vie pour attester les exploits de ces grands 
personnages?... Et c'est par milliers et des centaines de mille 
qu'on compte les martyrs de la vérité évangélique ? 

Mais voulez-vous des preuves encore plus tangibles de 
l'authenticité des miracles ? 

Nous pourrions vous dire : allez à Lourdes, à Ste-Anne 
d'Auray, à Ste-Anne de Beaupré etc., ouvrez les yeux, entendez 
ce qu'on raconte, et jugez. Mais nous voulons vous citer encore 
des faits plus en harmonie avec ceux que vous niez, des prédic- 
tions annoncées depuis des siècles qui poursuivent actuelle- 
ment encore leur accomplissement. 

Cette Eglise du Christ contre laquelle vous cherchez des 
armes dans la nature même, cette Eglise du Christ a reçu 
l'assurance, de la bouche de son divin fondateur même, que, 



LE DARWINISME 153 

malgré la malice des hommes pervers qui dans tous les siècles 
s'acharneront contre elle, elle subsisterait toujours, n'est-elle pas 
aujourd'hui, en dépifc de tous vos eft'orts, plus vivace, plus active 
que jamais ? 

Et ce peuple juif qui a demandé la malédiction et sur lequel 
la malédiction est tombée pour avoir refusé, comme vous, de 
croire à la parole de Dieu, comment se fait-il que ce peuple juif 
qui se trouve dans tous les pays et qui n'est en sa patrie nulle 
part, subsiste toujours distinct, méprisé, rejeté de toutes les 
autres nations ? Peut-on trouver un autre exemple semblable 
dans rhistoire ? Où sont aujourd'hui les Mèdes, les Parthes, les 
Cimbres, les Huns, et tant d'autres dont l'histoire à buriné les 
actes?... Passés, anéantis, perdus, confondus avec d'autres 
nationalités, sans avoir même conservé des traces de leur origine ! 
Mais pour les juifs ? Toujours les mêmes, toujours reconnaissa- 
bles, toujours séparés, jamais confondus ! Est-ce là un pur effet 
du hasard ? Mais qui a jamais pu prédire un effet constant du 
hasard devant continuer indétiniment ?... 

Etant à Jérusalem en 1881, le guide de notre pèlerinage nous 
dit un jour: Je veux vous montier aujourd'hui l'accomplisse- 
ment d'une prophétie que vous pourrez constater de visu. Puis, 
passant près de la Tour de David, nous pénétrons sur le mont 
Sion, en dehors du mur actuel de la ville. Laissant de côté le Cé- 
nacle, nous traversons les cimetières chrétiens, et parvenons sur 
la pointe du mont qui regarde le midi, dominant les vallées 
d'Hinnom et du Cédron. Ici toutes les constructions ontdisjiaru, 
les cimetières n'ont pas encore envahi la place, et nous nous 
trouvons devant une magnifique pi^.ce de blé, dont les épis jaunis- 
sants touchent à la maturité. Voyez, nous dit notre guide, comme 
c'est bien icd l'accomplissement de la prophétie de Jérémie : 

" Jérusalem est dans la désolation; les rues de Sion sont 
dans les pleurs ! toutes ses portes ont été détruites ! Ses euf mts 
ont été emmenés en captivité." (1) Ses portes ont été si bien 

(1) Vix Sion liigent... omnes portse ejus dcMruclœ... par viili ejus ducti sunt in 
captivitatem...—J(:réLni<^ chap. I. 



154 LE NATURALISTE CANADIEN 

détruites, que la cliairne a passé où se trouvait autrefois ses 
superbes édifices ! Couuiient se f.iit-il que de nouvelles cons- 
tructions n'aient pas remplacé les anciennes ? La parole de Dieu 
est là, il faut qu'elle ait son accomplissement. 

Mais on peut encore trouver des preuves plus concluantes 
de l'intervention de la divinité à notre égard, c'est en rentrant 
en nous-mêmes et en nous rendant compte sérieusement, fran- 
chement, sans parti pris, de ce qui s'y est passé de temps à 
autres. • 

Oui ! si vous n'avez pas été élevé sans aucun souci de Dieu 
et de ITane, à la manière à peu près des petits chiens et des 
petits chats, si vous avez jamais répété, avec simplicité, les 
paroles de ]>rières qu'une mère tendre et affectueuse vous mettait 
dans la bonche, rt'pondez sincèrement si vous ii'avez jamais 
éprouvé, au dedans de vous-même, l'action d'une puissance 
surnaturelle sur vos diverses facultés? Si, dans des moments de 
faiblesse, accusé ]jar votre propre conscience, vous n'avez pas 
senti la crainte s'emparer involontairement de votre âme ? Si, 
dans des circonstances où tout vous semblait désespéré, vous 
n'avez pas vu les dangers disparaître soudain, sous une impul- 
sion que, raisonablemeut, vous ne pouviez attribuer simple- 
ment au hasard ? 

Mais en accordant, pour un moment, aux matérialistes que 
la matière est élernelle, et que les mondes- ne doivent qu'cà ses 
transformations sans fin, leur commencement et leur fin, 
resterait toujours à expliquer l'apparition de la vie dans la 
matière. 

Vous dites que la vie est le résultat de forces physico-chi- 
miques sur la njatière. 

Nous admettons bien que les chimistes ont produit parfois 
des résultats tout-à-fait étonnants par leurs combinaisons dans 
leurs laboratoires. Ils ont communiqué le mouvement à des 
portions de matière, prêté à d'autres des forces sans proportion 
avec les moyens ordinaires dont use la mécanique etc. ; mais ces 



NOMS VULGAIRES EN HISTOIRE NATURELLE 155 

mouvements, ces attractions et répulsions ne sont pas la vie ; 
entre ces forces et la vie réelle, la vie capable de mouvements 
volontaires, la vie transmissible des générateurs à la descendance 
par une fécondité perpétuelle et continue, reste toujours un 
abîme ; et comment le cornblerez-vous cet abîme ? 

Les chimistes avec toutes leurs combinaisons ont-ils jamais 
pu faire surgir de leur laboratoires le plus petit moucheron doué 
de la vie ? la monade la plus simple, si l'on veut, capable de se 
reproduire ? 

Si vous dites que ce résultat ne se produit pas par des 
procédés déterminés, et qu'il n'a dû son origine qu'au hasard ; 
nous vous répondrons avec Buffon, que précisément ce hasard 
qui opère ainsi est Dieu, vous lui changez le nom, et voilà tout. 
Un hasard aveugle, inconscient, ne peut produire de telles 
choses. Et les produirait-il, qu'il lui faudrait encore une puis- 
sance non moins grande pour les conserver, pour assurer leur 
succession indéfinie. 

A suivre. 



mm VULGAIRES M H!8T0II(E NATURELLE 

Le numéro de mars de V American Naturalist contenait 
des remarques fort judicieuses à |>ropos des noms vulgaires en 
histoire naturelle. L'auteur avait particulièrement en vue les 
champignons, mais les mêmes remarques peuvent semblablement 
trouver leur ajiplication pour toutes les autres branches du 
domaine de la natuie. 

Il est certain que la plupart des noms appliqués par les 
savants aux productions naturelles ne pourront jamais devenir 
d'un usage familier. Car comment les les lettrés peuvent-ils 
parvenir à retenir ces noms, souvent si baroques et si peu 
euphoniques? Uniquement par les racines greciiues et latines 
dont ils sont formés. ]\Jais i our ceux qni ignorent les anciennes 
langues classiques, ces noms, dont l'articularion est presque 



156 LE NATURALISTE CANADIEN 

toujours étrange et souvent fort difficile, ne leur rappellent 
ancuue idée et ne peuvent être retenus. Il faut donc recourir à 
des noms vulgaires, et faire choix toujours des plus courts 
possible, et de ceux qui peuvent plus exactement donner une 
idée de la chose que l'on veut désigner, l'ar exemple, en parlant 
des champignons microscO]iiques, causes de tant de maladies de 
diverses plantes, on dira : le Notule noir, pour la Physalospora 
Bidwillii (l) ; la Moisissure laineuse, pour la Peronospora 
viticola(2) ; la Moisissure poud'^euse, -\)0\xvYUncinula spiralis 
(o) ; la Brûlure des feuilles, pour la Cercospova viticola (4); 
la Tache des feuilles, pour la Phyllosticta labruscœ (5), etc. 
Ces noms de Nodule, Moisisure, Brûlure, Tache, donnent de 
suite une certaine idée de la chose désignée, tandis que Physa- 
lospora, Peronospora, Uncinula, Cercospora, ne disent abso- 
lument rien à tous ceux qui n'ont pas fait connaissance avec les 
langues anciennes. 

Nous voulons citer ici textuellement M. C. E. Bessey, le 
rédacteur pour la botanique de la savante Revue. 

" Bien qu'on ait étudié les champignons dans ce pays 
depuis plusieurs années, les maladies qu'ils causen: n'ont reçu 
que peii d'attmtion. On aurait pu supposer que sur les trente 
ou quarante écoles d'agriculture et les départements agricoles 
des collèges dans les Etats-Unis, on pouvait attendre quelque 
chose ; ce| endant les rappoits de ces institutions ont été aussi 
minces (jue'ceux des autres sources. Sans doute qu'une grande 
raison de cette nullité de résultat a été le manque de temps de 
la part des professeurs de botanique. Presque toujours chargé 
de plusieurs classes, et souvent privé de collections, de livres, 
d'instruments, le professeur de sciences est soumis à un lourd 
fardeau, et ce serait une cruauté de le blâmer de son insuccès. 

( i ) Noms anglais des inêints cham[)ignoiis : BLack-not. 
{•!) Downy M d lew. 
(..) Poiodery Miklew. 
{A) Leaj BLtyht. 
(f)) Leaf-S^Mt. 



NOMS VULGAIUES EN HISTOIRE NATURELLE 157 

Cependant il faut reconnaître que la botanique est souvent 
enseignée par des hommes presque entièrement étrangers à cette 
science. Il n'est pas du tout rare de trouver des professeurs de 
botanique dont toute la science ne pourrait aller au delà de la 
distinction des Com|)03ées. Les Graminées, les Laiches sont 
peureux quelque chose au-dessus des Cryptogames, et pour les 
dernières, ce sont simplement des Cryptogames. Il n'y a ])as à 
attendre de tels professeurs des études sur les maladies des 
plantes," 

Si le savant rédacteur visitait nos institutions, collèges, 
écoles n'agriculture etc., il trouverait encore plus am|le confir- 
mation de ce qu'il avance. Il pourrait trouver dans le pro- 
gramme de plusieurs de ces institutions, un zéro à la place de 
la botanique, et dans d'autres, des professeurs, non seulement 
incapables de distinguer les Composées parmi les [)han'_'rogames, 
ou de séparer les graminées et les laiches des cryptogames, mais 
dont toute la science se borne à faire réciter, le livre à la main, 
quelques leçons que, de temps à autres, on forcera les élèves à 
apprendre. 

Les collèges peuvent avoir en quelque sorte certaines 
excuses pour une semb'able lacune, car notre but, peuvent-ils 
dire, n'est pas de former spécialement des savants, mais d'ensei- 
gner, avant tout, les classiques à des jeunes gens pour les mettre 
à même de poursuivre ensuite telle carrière qu'il leur plaira 
d'embrasser. Mais pour nos écoles d'agriculture, fondées unique- 
ment pour former des agriculteurs entendus, éclairés, modèles, 
quelle excuse peuvent-eiles faire valoir | our laisser ainsi de 
côté des connaissances absolument indisjiensables pour un tt-l 
état? Le goi'.vernement pmit-il plus longtemps dépenser d'aussi 
fortes sommes pour obtenir de si minces résultats? 

Pourquoi a-t-on fondé des écoles d'agriculture ? N't'st-ce 
pas pour foimer un certain nombre — nombre restreint nécessai- 
ment — d'agriculteurs éclairés, instruits de tout ce qui tient au 
succès et au progrès dans un art si complexe et si important ? 



158 LE NATURALISTE CANADIEN 

Ces agricnlteurs ainsi formés devant ensuite se répandre daus 
les diver.-es parties du pays pour enseigner aux autres, et par 
leur exemple et par leurs avis dans l'occasion, comment on peut 
plus sûrement viser au succès dans la culture du sol, surmonter 
les obstacles en face desquels inévitablement on se trouvera tôt 
ou tard, comme les mala'lies des plantes, les insectes nuisibles 
etc. ? A voir comment les choses se passent, on serait porté à 
croire que les directeui'S de nos écoles d'agriculture semblent 
n'avoir d'autre tâche que de retenir prés d'eux, pendant un 
certain temps, quelques jeunes gens, pour lor faire voir qu'on 
peut cultiver un peu mieux que ne le font la plupart de nos 
cultivateurs, et changer leur routine en une autre un peu plus 
rationnelle et plus avantageuse. Mais pour ce (jui en est de la 
véritable science qui convient à l'agriculture, ils n'ont pas à s'en 
mettre en peine. 

Or, nous le demandons : où ira-t-on ailleurs chercher ces 
connaissances indi3|)ensables aux cultivateurs modèles, comme 
la manière d'opérer la greffai, la taille des arbres, les principes 
élémentaires de physiologie végétale, les maladies des plantes, 
la distinction des insectes nuisibles, etc., si on ne les trouve pas 
dans nos écoles spéciales d'agriculture? 

Et les professeurs de ces institutions sont-ils réellement à 
la hauteur de leur position ? Nous en doutons avec beaucoup de 
raison. Il n'y a chez eux aucune collection d'insectes nuisibles 
et utiles, de plantes mala les, d'herbier etc. ; donc ces différents 
sujets n'ont pas encore attiré leur attention. N'en a-t-on pas vu 
un d'ailleurs, tout récemment, soutenir que certaines plante'^ 
pouvaient rendre au sol ce que d'autres plantes lui enlevaient • 
Peut-on plus clairement afficher son ignorance de la physiologie 
végétale ? 

Nous avons espoir que notre nouveau gouvernement qui 
projette des changements dans le département de l'agriculture, 
verra à ce que l'instruction- que l'on donne dans ses écoles, 
embiasse les diverses branches de la véritable science agricole, et 



LES SERPENTS AVALENT- ILS LEUES PETITS 159 

ne se borne pas à mettre sons les yeux des élèves une routine 
nn peu pins rationnelle que celle que suivent nos cultivateurs 
sans éducation. 



LES SERPENTS AVALEN'HES LEU'^S Pl^TlTS, 



Nous avons déjà traité cette question. Des observations 
faites récemment sur des crotales (serpents à sonnettes) dans 
rindiana, viennent confirmer le tait que les ser) ents, s'ils 
n'avalent pas effectivement leurs petits, savent du moins leur 
offrir un refuge dans leur arrière-boiiche. Voici ce quprafiportait 
dernièrement un journal d'Indianapolis : 

Vers le premier août dernier, un M. Harvey fit la capture de 
deux vieux crotales de 18 pouces de long. Ver.< le premier 
-septembre tous deux mirent au monde l'un dix et l'autre cinq 
petits. Ces petits mesurant de 3 à 4 pouces à leur naissance. 
Pendant le premier mois, il i)utremar.iuer que les petits allaient 
fréquemment se réfugier dans la bouche de leur mère et en sor- 
taient ensuite. Il en vit souvent plusieurs à la fois exécuter ce 
manège. Ils ne paraissaient pas en agir ainsi par crainte. Quel- 
quefois !a tête de (]uelque petit se montrait par le côté de la bou- 
che de la mère à la façon d'un cigare. 

Un fait remarquable à l'égard de ces serpents, c'est que les 
petits, s-ms aucun aliment, pas même d'eau, dans la boîte où ils 
étaient renfermés, poursuivirent tout de même leur croissance, 
et après un mois, étoient parvenus de 3 à 4 jjouces de longueur, 
à celle de 10 ou 11 pouces. Est-ce que les serpents, à la manière 
de certaines plantes, jiourraient pendant un certain temps tirer 
leur nourriture de l'air ? 

Il y a une douzaine d'espèces de crotales, ceux dont-il est 
ici question étaient de l'espèce " noire des prairies " connue 
généralement sous le nom de " Alassasauge". 



160 LE NATURALISTE CANADIEN 

SOiîIFJR D'HISTOIRK NATUIIKLI,E HK QIIEBKC. 

Cette Société, qui comf>te déjà dix-sept ans d'existence, 
ayant été fondée en 1870, n'a fait encore, pour ainsi dire, que 
végéter péniblement. Le déplacement de plusieurs de ses 
membres la mort de quelques autres, mais surtout le manque 
de ressources, ne lui ont pas permis de prendre jusqu'à ce jour 
l'essor qu'on en pouvait attendre. Aujourd'hui, grâce aux 
bonnes dispositions de notre nouveau gouyem ment, qui nous a 
donné l'assurance d'une aide raisonnable, notre Société va re- 
prendre une nouvelle vie, et marcher avec plus d'assurance 
dans la voie du progrès. 

Formée de membres, pour la plupart, liés avant tout aux 
intérêts matériels de la vie, le manque de matériel nécessaire a 
été un obstacle sérieux au développement de la Société. Nous 
avons des insectes nombreux, mais il faut des cases pour les re- 
cevoir ; nous avons des pièces montées, mais il faut des vitrines 
pour les conserver; il nous faut même un local spécial pour étaler 
notre noyau de musée, afin d'inspirer le zèle aux hommes 
d'étude qui se sentiraient quelques dispositions à nous suivre, 
et de jiernifttre, surtout aux débutants, de s'aider des collec- 
tions, livres, etc., qui se trouveront là à leur disposition. Or, 
nous avons tout lieu de croire que dans quelques mois seule- 
ment, notre embryon de musée, pourra, dans un local spécial, 
offrir aux visiteurs, un ensemble plein d'intérêt, si non par la 
multiplicité de sespièues, du moins par la rareté et la valeur 
scientifique de plusieurs d'entre elles. 

Nos associés ne sont pas encore très nombreux, mais le 
zèle est grand, et l'on a pu voir jiar les collections de MM. 
Lavoie, Falardeau et autres, énumérées dans notre dernier nu- 
méro, qu'il a fallu un courage plus qu'ordinaire pour parvenir 
jusque là, malgré le manque de temps, d'argent, de livres, etc., 
dont on a eu constamment à souffrir. 

Le 15 mars dernier, la Société a fait l'élection de ses of- 
ficiers, élection qui n'avait pas été renouvellée depuis pla:sieurs 
années, et qui a donné le résultat suivant : 

Président : M. l'abbé Provancher {réélu). 
V]c^- Président : Mgr T. Hamel. 
Secrétaire : M. J. B. Gilbert {réélu). 
Trésorier: M. J. B. Lippens. 



i 



LE 




& G "6^ 






Vo. XVI. Cap Rouge, Q., Mai, 1887 No. 11. 



Rédacteur: M. l'Abbé PROVANCIIKR. 



PRIMES 



La 1ère prime de février, X° 133, Cecil's Book of Beasts, 
est échue aux Eévndes Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, 

La 2e priuie de mars, N" 42, Cyprœa Mauritiana, Por- 
celaine de l'île Maurice, est échue au Kév. P. Drolet, curé de 
S. Jeau Deschaillons. 

La 1ère du même mois, ]N° 104, De Québec à Jérusalem, 
n'a pas encore été réclamée. 

AVRIL. 

1ère Prime.— Paune Canadienne. Les Coléoptères, N° 61. 
2e " Cyprœa niappa, Porcelaine géographique, N° 300. 

N. B. — Toute personne ayant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces deux numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, 
et envoyer des timbres pour affranchir le postage. — Voir sur 
la couverture, 

ll-ilai, 1^87. 



y- 



') i 



162 LE NATURALISTE CANADIEN 

CATATOGUE DtS SPKClMElsS DAm LES COLLFXTIOKS; 

A plusieurs rejirises, et encore daus notre dernier numéro, 
nous avons insisté sur l'avantage, nous dirions mieux, la néces- 
sité d'avoir un catalogue exact de toutes les espèces déterminées 
qu'on fuit entrer daus sa collection. Un tel catalogue vous per- 
met de vous rendre conifte, d'un seul coup d'œil, de tout ce que 
vous avez acquis ; vous fait voir quelles parties, dans .la bran- 
che qui a fixé votre choix, demeure encore sans représentants, 
ou n'en possède que de trop peu nombreux et appelle votre at- 
tention à vuus en occuper davantage; et vous détermine en 
conséquence à opérer des échanges dans telle fimille ou tel 
ordre, ou à appliquer vos cha.sses pour mieux vous pourvoir 
dans cette partie. 

L'avare ne connait pas de plus grand plaisir que de con- 
templer ses ecus, de les compter et recompter en songeant sans 
cesse à en augmenter le nombre. Si vous voulez soutenir votre 
zèle dans vos poursuites et vos acquisitions, il faut que vous 
soyez sous ce rapport un véritable avare. Vous ne sauriez trjp 
souvent vous rendre compte de vos nouvelles acquisitions, vous 
amuser à les contempler. D'ailleurs, généralement vous êtes 
seul avec vos spécimens, or c'est eu les examinant, en les rema- 
niant, en conversant pour ainsi dire avec eux, que vous vous 
les rendez familiers, que vous apprenez à les nommer à simple 
vue, et que vous vous rendez aussi capable de les ranger en 
leur lieu propre d'après les règles de la classificatioa. Or le 
catalogue vous est pour ainsi dire indispensable pour obtenir 
ces fins multiples. 

Mais comment doit se faire ce catalogue ? 
' Nous croyons devoir donner ici quelques explications pour 
venir en aide surtout aux débutants, car bien que chacun puisse 
adopter un mode de son choix (]ui réponde plus promptement à 
ses vues, il est cependant des pratiques que l'usage et l'expé- 
rience ont démontrées particulièrement avantageuses et efficaces. 



CATALOGUE DES SPÉCIMENS DA.NS LES COLLECTIOXS 163 

Disons d'abord que les catalogues dans les débuts, ne sont 
d'ordinaire que temporaires et destinés à céder la place à d'autres, 
lorsque la collection devenue plus considérable, permettra de 
suivre un ordre plus méthodique, ou plutôt deviendra elle-même 
plus méthodique en laissant moins de lacunes dans la série des 
familles et des genres, en offrant un ensemble assez considérable 
pour suivre plus régulièrement l'ordre de la classification. 

Quand les spécimens accumulés sont devenus assez nom- 
breux pour cette fin, c'est-à-dire pour suivre l'ordre de la classi- 
fication, quoique avec nombreuses lacunes par-ci, par-là, il con- 
vient de faire la refonte des anciens catalogues en un nouveau, 
dans lequel les espèces pourront être définitivement étiquettées. 

Voici comment nous piocédons. Nous supposons, pour 
exemple, qu'il s'agit des Mollusques. Nous inscrivons : 

GASTÉROPODES 

Stroiiihidcs 

1. Stiombus gigas. Lin .....Indes Occ. 

2. " bituberculatus, Lani " " 

H. " canariuni, Lin. (20) CeyI. 

4. Pteroceras lam]:)is, Lin Chine 

5. " chiragra, Lam Pacifiq. 

(2-i) 

6. Terebellum subulatum, Cliomn Chine. 

iUuricides 

7 . Murex branrlaris, Lam . Méditerr. 

8. " recurvirostri.s, Brod Mazat. 

9. Ranella albovarico.sa. Reeve Ceyl. 

10. " gyrina, Lin Chine 

(2-1) 

Biiincinides 

11 . Bucci.num undatuni,Moll Golfe 

12. Eburna spirata, Lin Cejl. 

1.3. Nassa vibex, Say , Indes Occ. 

14. " trivittata, Say (25) F.oride. 



164 LE NA.TURALISTE CAÎÎAWEN 

Litlorinides (27) 

15. Littorina planaxip, Nuit S. Difgo. 

16. " gcutulata, Gould -. Calif 

17. " lineolata, D'Orbig. (28) Indes Occ 

Hélirides 

18. Helix albolabris, Shj -. C. 'Ronge. 

19. " siinilaris, Féruss. (26) Brézil. 

SUPPLEMENT 

20. Strombus epidrouiis, Lin Indes Occ. fStroinb.) 

21. " lubuanus, Lin. .Indes Occ (Sironib.) 

22. Cbenopus occidentalis. Beck, Golfe (Stronib.) 

28. Littorina angulifera, Lam Indes Occ. (Litt.) 

24. Triton Sinensis, Keeve, Chine (Mur.) 

25. Nassa fossata, Gould Pacifique (Bucc.) 

26. Helix vil'osa, Drap Alsace (Hélic.) 

Paliidinides (28) 

21. Valvata tricarinata, Say, G. Rouge. 

IVéritides 

28. Nerita polita, Lm In les Occ. 

29. " zebra, Gray Tahiti. 

De cette façon, on a le.s f.imilles et les genres rangés dans 
l'ordre qui leur convient, de plus chaque espèce avec son numéro 
d'ordre, et l'indication de sa provenance. 

Supposons que, votre catalogue ainsi disposé, il vous sur- 
vienne une nouvelle espèce, soit de Strombus, vous recourrez à 
votre catalogue principal, et vous voyez que vous en avez là 3 
espèces seulement, mais le chiffre 20 entre crochets, à la suite 
de la dernière espèce, vous indique qu'il y en a d'autres au 
supplément, vous allez à ce chiffre, et vous voyez qu'il y en a 
là 2 autres, vous mettez en conséquence à la suite de l'espèce 
luhuanus le chiffre 30 entre crochets, qui sera celui où vous 
pourrez inscrire votre nouvelle acquisition, car ce sera la 30e 
espèce de toute votre collection, puisque vous en possédiez 
déjà 29. 



LE DARWLNISME 165 

Comme dans lo Supplément vous ne pouvez plus suivre 
l'ordre des familles, vous indiquez la famille de chaque espèce, 
en en mettant les initiales entre crochets à la fin de la ligne. 

S'il vous survient un nouveau genre non encore men- 
tionné dans votre catalogue, vous inscrivez alors le chiffre de 
renvoi au-dessous du nom de genre à la suite duquel il doit 
prendre place, comme vous le voyez aux renvois (22) et (24). 
Le chiffre (22), ainsi placé, indique qu'après le genre Pteroceras, 
un autre genre, Cltenopus, devra prendre place avant Terebel- 
lum. De même pour les familles, le chiffre (27) à la suite de 
liittorinides, indique qu'une autre famille, les Paludinides, 
devra pa mdre place avant de passer aux Hélicides. 

De cette façon, un simple coup d'œil sur votre catalogue 
vous fait connaître de suite le nombre d'espèces que vous pos- 
sédez, les familles et les genres que vous avez de représentés, de 
même que les lacunes que vous avez à combler pour suivre 
d'une manière plus complète la classification que vous avez 
ado|;tée. 

La même méthode peut s'appliquer aux insectes, aux oi- 
seaux, et à toutes les autres branches de l'histoire naturelle 
qu'on veut représenter dans une collection. 



LK darwinisme: 

(Continué de la page 155). 

rius nous réfléchissons sur l'origine de la vie, et plus nous 
apparait patente, claire, évidente, l'absurdité. de l'éternité de la 
matière et de la perpétuité des êtres organisés, sans l'interven- 
tion d'un être souverain au-dessus de la nature. 

Si la vie n'a dû son origine qu'à un hasard qui a pu ame- 
ner des forces physico-chimiques à se rapprocher pour produire 
ce résultat, pourquoi alors la loi de reproduction ? Et qui a pu 



166 LE NATURALISTE CANADIEN 

l'imposer cette loi ? qui a pu déterminer ses limites ? régler 
qu'ici les êtres se reproduiront par geinies, là par bourgeons ou 
boutures, le plus communément par le concours des sexes, 
d'autrefois sans ce concours ; dans certains cas après une ges- 
tation de temps déterminé, dans d'autres après une incubation 
aussi de durée plus ou moins longue suivant les espèces, etc. ? 
Comment se fait-il que le germe reproducteur, et dans les 
plantes et dans les animaux, qui n'est à l'origine qu'une simple 
utricule, forme, en se développaiit, ici un éléphant, là un pin, 
ailleurs un homme, plus loin une mousse ? Qui a réglé que 
cette utricule en se développant prendrait telle forme déter- 
minée et constante d'après l'origine d'où elle émane ? Qui a 
déterminé son mode de dévelopjtement, les époques de ses évo- 
lutions, les transformations diverses qu'elle anra à subir avant 
de constituer un être semblable à ceux à qui elle doit sou 
origine ? Si c'est le hasard qui a réglé tout cela, il faut admettre 
que ce hasard est très intelligent, très puissant, très sage, et 
nous ne voyons pas pourquoi vous vous obstineriez à ne pas 
l'appeler de son nom, Dmu I 

Puisque les matuialistes invoquent la génération spontanée 
pour les êtres primitifs, pourt^uoi ne l'admettre pas pour tous 
les autres ? Certainement qu'ils seraient plus conséquents avec 
eux-mêmes en prétendant que tous les êtres sont le produit de 
générations spontanées et en faisant disparaître les lois de la re- 
production. 

Aristote et les naturalistes ses devanciers trouvaient fort 
simple d'attribuer à la génération spontanée, la présence d'un 
grand nombre d'êtres dont on ignorait alors le mode de repioduc- 
tion. " Tout corps sec «lui devient humide, disait Aristote, 
et tout corps humide qui se sèche produit des animaux, pourvu 
qu'il soit propre à les nourrir". Pour lui, les chenilles et autres 
larves d'iusectes étaient produites par les feuilles des arbres; des 
entrailles de bœuf eu putréfaction donnaient naissance à des 
abeilles; et ainsi d'une foule d'autres êtres dont onignor.tit alors 



LE DAiaVINISME 167 

le mode de reproduction. Plus tard, on en vint à reconnaître 
que tous les insectes se reproduisaient par des œufs, on expliqua 
même la reproduction des vers intestinaux, constatant jusqu'à 
leur sexe, et on restreint si bien la génération spontanée, qu'elle 
ne sembla plus l'éservée qu'aux seuls infusoires. Mais des tra- 
vaux encore plus récents, comme ceux de M. Flourens, de M. 
Pasteur etc, ne permettent plus de douter aujourd'hui que même 
ces êtres infimes se reproduisent aussi par parentage,, et que 
l'axiome omne vivum ex ovo peut avoir son application dans 
toute l'échelle des êtres. Si nos moyens d'investigation ne nous 
permettent pas de suivre le développement des infiniment petits, 
il n'est que sage de conclure (/, 'pari qu'ils doivent suivre la 
l'oute de ceux qui leur sont supérieurs et qui tombent sous nos 
moyens d'observation. 

Mais non seulement les êtres organisés se reproduisent par 
parentage, mais ils se reproduisent encore chacun selon son espèce, 
et c'est encore sur quoi nous ne sommes pas d'accord avec les 
darwinistes. 

II 

De la variabilité et fixité de l'ei^pèce. 

C'est en étudiant pour combattre la théorie de la fixité de 
l'espèce que Lamarck, Darwin etc., en sont venus à la théorie 
du transformisme. 

Mais avant d'entrer dans l'appréciation des arguments que 
l'on invoque de part et d'autre pour soutenir deux théories 
opposées, il importe de se bien rendre compte de ce qu'est l'es- 
pèce eu histoire naturelle. 

Croirait-on que Darwin a publié un livre sur l'origine des 
espèces (l) sans dire même ce que c'est que l'espèce, sans la 
définir ? 

( ' ) De l'origine des espèces, ou des lois du progrès chez les êtres orga- 
nisés. Traduit de l'anglaisj par Mlle Cléinence-Augus.e Ruyer, 18G2. 



168 -LE NATURALISTE CANADIEN 

Qu'est ce donc que l'espèce? 

" L'Espèce, dit le Dictionnaire de Bescherelle, est la forme 
arrêtée d'un être naturel, qui se conserve, qui se reproduit 
constamment le même." 

Cette définition est parfaitement exacte, car elle renferme 
tons les caractères qui constituent réellement une espèce. Une 
forme arrêtée, qui peut varier dans une certaine limite, mais 
qui pourra toujours, quoique difficilement parfois, se distinguer 
des formes similaires voisines; un être qui se conserve et se re- 
produit constamment le même. Et c'est là le caractère essentiel 
de l'espèce, sa reproduction continué. 

Tous les naturalistes croient savoir ce que c'est que l'es- 
pèce, et bien peu se donnent la peine de la définir rigoureuse- 
ment ; aussi grand nombre — et Darwin le premier— ont-ils fdit 
fausse-route, en ne s'en tenant pas étroitement à la définition 
exacte. 

L'espèce, disent la plupart des naturdistes, est un en- 
semble de caractères commuas à un plus ou moins grand nombre 
d'individus qui fait que, réunis par ces caractères, ils puissent 
cependant se distinguer de tons les autres êtres qui ne les pos- 
sèdent pas. L'ensemble de caractères plus généraux, moins 
particularisés, qui peuvent convenir à plusieurs espèces, cons- 
titue ce que, dans la classification, nous appelons le genre. 

Ces définitions suffisent généralement pour l'étude ordi- 
naire des êtres de la nature, mnis elles peuvent quelquefois in- 
duire en erreur; des formes similaires peuvent se rencontrer 
tellement rapprochées, que vous les jugez de prime abord ap- 
partenir à la même espèce. Mais si, vous en tenant à la défini- 
tion rigoureuse, vous constatez qu'elles ne peuvent se repro- 
duire continuement, vous êtes sûr d'avoir affaire à deux espèces 
différentes. 

Vous pénétrez dans une forêt, vous y rencontrez des arbres 
résineux, à feuilles en aiguilles, toujours vertes, persistantes 
sur la plante en hiver, engaînées par faisceaux à leur base, 



LEGENDE DE LA PLANCHE 

1. — ÂcMnihosnma cruciaia, vue en lestons. 

2. — Chelinidea viftiger, Uhl. 

'A. — Alt/dus eitrymts, très grossi. 

4. — Corisus lateralis, Say. 

5. — Elytre et antennes d'un Lygœns. 

fi. — Antennes de Cymus. 

7. — Plociomerus nodosiis, Say. 

8. — Ischnorynchus didymiis, Zett. 

9. — Œdancala crassimana, Fabr. 
1 0. — Blissus lencopterus. Say. 
11. — Anthocoris muscnlus, Say. 
12. — Geocoris hullatus, Say. 
LS. — Elytre à' Anthocoris. 
14. — Elytre de Triphleps. 
15. — Collar ia Met' leur ii, Prov. 
16. — Leptoterna dolabrata, Lin. 
17.— Tête de Miris. 
18. — Tête de Calocoris. 



Plum-lie IT. 




:0— Mai iS-hO 



LE DARWINISME 169 

VOUS constatez de suite que ce sont des Pins, c'est là le genre 
Mais celui-ci a les fouilles déliées, longues, réunies par cinq 
dans la même gaîne ; cet autre a les feuilles plus longues en- 
core, plus grosses et réunies seulement par deux dans la même 
giîne ; évidemment, vous dites- vous, bien que ces deux aibres 
soient tous deux des Pins, ils ne peuvent être de la même es- 
pèce, les caractères qui les diftVrencient sont trop tranchés ; 
d'ailleurs ils n'ont ni le même port, ni la même couleur. Vous 
êtes dans le vrai ; le premier est le Pin blanc, Piiius fftrohu>^, 
et le second le Pin rouge, Pinus rubra. 

De même vous rencontrez un cheval : pied à sabot d'une 
seule pièce, toupet entre les oreilles, crinière sur tout le long du 
cou, c'est bien le cheval. Mais en voici un autre : taille plus petite, 
oreilles très grandes, pied à sabot unique, crinière le long du 
cou, c'est bien là aussi le cheval? Non c'est un âne, une espèce 
diftirente, et telleuient différente que leur accouplement ne 
peut produire que des êtres imparfaits, incapables de se repro- 
duire eux-mêmes ind''fîniuient. D'où il suit que la condition 
de reproduction indéfinie est indispensable pour constituer une 
espèce. 

Ma' s l'espèce est-elle variable ? 

Oui, variable presque à l'infini, ruais cependint dans de 
ceitain"S limites. Nous en avons des exemples sans nombre, 
tous les jours sous les yeux. Voyons par exemjile, les poules, 
les pigeons, et siirtout les chiens. Quelle différence dans la 
taille, la forme des oreilles, la couleur, la longueur des pattes, 
la fourrure, eic! quelle différence, par exemple, entre le bassi't 
et le lévrier, le mâtin et l'épagneul, etc. ! et cependant c'est tou- 
jotirs là la même espèce, tous peuvent s'accoupler entre eux et 
donner des rejetons in léfiniment f'conds. Tandis que le chiun 
et le renard, qui en apparence sont beaucoup plus rapprochés 
que le lévrier et le basset, ne peuvent pioduire de rejetons 
fécou'ls, et que les seconds sont aptes à le faire. D'où il suit 
qu'il y a dans les êtres des caractères intérieurs, cachés, qui 



170 LE NA.TURALISTE CANADIEN 

sont bien plus essentiels à la délimitation de l'espèce, que les 
formes et les autres apparences extérieures. 

Le Créateur en donnant la vie aux animaux a dit: croissez 
et Diultipliez-vous, chacun selon votre espèce. Et c'est ce qui 
a eu lieu ; s'il en était autrement, il y aurait longtemps que 
toutes les espèces seraient confondues dans la nature, et qu'une 
classification méthodique serait devenue impossible. 

Mais, disent les transformistes, ce mouvement dans les 
tiausformations des espèces est trop lent, de trop longue durée 
pour que nous puissions le constater, le remarquer, le suivre. 

On a exhumé des tombeaux de Memphis en Egypte des 
momies d'hommes, de bœufs, d'ibis, de scarabées, et ces hommes, 
ces bœufs, ces ibis, ces scarabées ont été trouvés absolument 
semblables à ceux de nos jours. Un espace de 3,000 ans sem- 
ble cependant une période suffisamment longue, pour constater 
un changement s'il avait eu seulement uu commencement 
d'exécution. 

Qu'on remawjun bien qu'en disant que l'espèce est varia- 
ble, nous ne voulons pas dire qu'elle soit mutable, c'est-à-dire 
qu'elle puisse passer, se changer eu une autre, comme le veut 
Darwin avec les transformistes. 

Darwin a bien vu, comme tout le monde, que l'espèce est 
variable ; mais il n'a pas vu les limites de cette variabilité, et 
c'est ce qu'il aurait dû voir. Darwin a constamment fait usage 
d'un langage figuré dont il ne se rendait pas bien compte, qui 
l'a trompé, et qui lui a permis de tromper les autres avec lui. 

Ecartant Dieu de son sy>jtème, il personnifie la nature et la 
fait agir avec conscience, comme un être capable de réflexion. 11 
lui prête des intentions, elle choisit; des vues, elle tend à tel but; 
des répugnances, elle a ]iorTeu7' du vide; les monstruosités sont 
des erreurs de la nature, coin me qui dirait des oublis, des dis- 
tr^ictions, des la; sus. Et c'est là le vice radical de tous les 
trausfoi mistes. 



LK DARWINISME. 171 

Buffon qui, comme on le sait, n'est pas de notre siècle, a 
prôné le pour et le contre à propos du transformisme qui, à 
cette épo-iue, il faut le reconnaître, n'était pas dire< tement en 
cause. Tantôt Bnffon admet que le monde n'a pu sortir que 
des mains du Dieu créateur, et tantôt il supprime l'I^^tre Sou- 
verain pour bntir ses systèmes. Il écrivait à Hérault de 
Séçhelles : " J'ai toujours nommé le Créateur, mais il n'y a 
" (ju'à oter ce mot et mettre à la place la puissance de la na- 
ture." ILt c'est cette indssance de la nature que l'on a per- 
sonnifiée qui a permis à Lamarck, Darwin, Haekel etc, de 
s'égarer dans les absurdes systèmes qu'ils nous ont légués. 

Voyons ici avec quelle puissance et quelle force de logique 
le grand Cuvier réfute cette erreur : " Par une de ces fig-. res, 
" dit-il, auxquelles toutes les langues sont enclines, la nature 
" a été personnifiée : les êtres existants ont été appelés leg 
«' œuvres de la nature, les rapports généraux de ces êtres entre 
" eux sont devenus les Lois de la Nature, etc . . . C'est en con- 
" sidérant ainsi la nature comme un être doué d'intelligence et 
" de volonté, mais secondaire et borné quand à la puissance 
" qu'on a pu dire ([u'clle veille sans cesse an maintien de ses 
" œuvres, qu'elle ne f lit rien en vain, qu'elle agit toujours i)ar 
"les voies les plus simples, etc. ... On voit combien sont 
" puérils les [)hilosoithes qui ont donné à la nature une exis, 
" teiice individuelle, distincte du Créateur, des lois qu'il a im- 
" primées au mouvement et des propriétés et des formes données 
" par lui aux créatures, et qui l'ont fait agir sur les corps avec 
" une puissance et une raison particulière. A mesure (jue les 
" connaissances se sont étendues en astronomie, en physique c^ 
" en chinne, ces scieu'^es ont renoncé aux paralogismesqui résul- 
" taient de l'application de ce langage aux phénomènes réels. 
" Quelques physiologistes en ont seuls conservé l'usage, par ce 
*' que, dans l'obscurité où la [)hysiologie est encore enveloppée, 
" ce n'était qu'en attribuant quelque réalité aux fintômes de 
" l'abstraction, qu'ils pouvaient faire illusion à eux-mêmes et 



172 LE NATUHAIISTE CANADIEN 

" aux fiiUiTs sur la profonde ignorance où ils .sont touchant les 
" monvements vitaux." (1) 

Tout le monde convient qu'avec des soins convenables 
Thomnie peut profiter de la variabilité de l'espèce pour créer 
des races parmi les animaux, mais il ne peut créer des. espèces. 
" L'homme a créé des races parmi les (hiens, dit Buffon, en 
" choisissant et mettant ensemble les plus grands ou les plus 
" ) etits, les pins jolis ou les plus laids, les plus velus ou les 
" pins nus, etc. " De même parmi les jiigeons : " Le maintien 
" des vari'-tés et même leur multiplication dépend de la main 
" de l'homme. II faut recueillir de celle de la nature les iiidi- 
" vidas qui se ressemblent le plus, les séparer des autres, les 
" unir ensenible, prendre les mêuies soins pour les variétés qui 
" se trouvent dans les nombreux produits de leurs descendants, 
" et, par une attention suivie, on peut, avec le temps, créer à 
" nos yeux, c'est-à-dire amener à la lumière, une infinité d'êtres 
" nouveaux (jue la nature seule n'aurait jamais produits. " 

Non, certainement, la niiture ab indonnée à elle-même 
n'aurait jamais [noduits ces variétés, résultat des soins de 
l'homme ; car la nature suit ses lois sans jamais en dévier que 
par force majeure. Et c'est si bien le ca«, qu'abandonnées à 
elles-mêmes, ces races artificielles dues aux soins de l'homme, 
reviennent en fort peu de temps h leur état primitif. Ainsi nos 
chevaux l)londs, gris, blancs, abandonnés à leur état naturel dans 
la vie sauvage, reprennent bientôt le brun uniforme, couleur 
pro; re de leur espèce. Et nul doute que tous nos chiens, s'ils 
étaient laissés à l'état sauvage, se confondraient bientôt, après 
quelqiies générations, en une espèce uniforme de taille, de cou- 
leur et de forme, sauf toutefois les variétés qui demeurent con- 
stantes par l'influence des climats où ils se trouvent, mais qui 
ne sortent jamais de l'espèce, conservant toujours la fécondité 
dans leurs produits ; tant il est vrai que l'auteur de la nature a 

(1) Article Nature, signé de Buffon, dans le DictionnArs des Sciences 
Nature'les, de Levreault. 



LE DARWINISME 173 

doué chaque espèce de caiaclères essentiels proiires, S'ir les- 
quels l'action de l'homme est impuissante. Et c'est pour n'avoir 
]as tenu compte de ce principe que Daiwin avec tous ceux qui 
l'ont suivi sont tombés dans l'erreur. 

De ce que l'homme par' des soins convenables de croise- 
ments a pu former des races parmi les animaux, Darwin, qui 
personnifie la nature et li i prête une volonté libre qu'elle n'a 
pas, a conclu qu'elle pouvait faire passer une espèce en une 
autre ; et c'est là la base, la pierre fondamentale de tout son 
système. 

" Puisque riKmme dit Daiwin, peut produire et qu'il a 
" certainement produit de grands résultats par ses moyens d'é- 
" lection, que ne peut faire l'élection naturelle ? L'homme ne 
" peut agir que sur les caractères visibles et extérieurs, la Na- 
" tùre, si toutefois l'on veut bien nous permettre de personnifier 
" sous ce nom la loi selon laquelle les individus variables sont 
" protégés, la Nature peut agir sur chaque organe interne, sur 
" la moindre diftérence organique. L'homme ne choisit qu'en 
" vue de son propre avantage, et la Nature seulement en vue 
" de l'être dont elle prend soin. 

"On peut dire, par métaphore, ajoute encore Darwin, (|ue 
" l'élection naturelle scrute journellement, à toute heure et à 
" travers le monde entier, chaque variation, même la plus im- 
" perceptible, pour rejeter ce qui est mauvais, couserver et 
" ajouter tout ce qui est bon ; et qu'elle travaille ainsi insensi- 
" blement et en silence, partout et toujours, dès que l'opportunité 
" s'en présente, au perfectionnement de chaque être org misé." 

La nature travaille au perfectionnement des être organisés ; 
et des* êtres momifiés depuis 3,000 ans sont en tout semblables 
à ceux d'aujourd'hui ! 

Peut-on faire un plus étrange abus du langage ? La na- 
ture peut agir sur chaque organe, la nature scrute, rejette, 
ajoute, etc., mais non, la nature ne peut agir comme vous l'en- 
tendez, ne peut scruter, rejeter, ajouter, discerner ce qui cou- 



174 LE NATURALISTE CANADIEN 

viendrait davantage. Pourquoi ? Parce que les lois qui la 
régissent sont là inexorables, et que, privée de liberté, elle ne 
peut sortir de ces lois. Et c'est si bien le cas que, si, par force 
majeure, elle est un moment détournée de ses lois, du moment 
que l'entrave est enlevée, elle y revient aussitôt, comme le dé- 
montrent les animaux domestiques rendus à l'état sauvage, et 
plus clairement encore les croisements hétérogènes qui demeu- 
rent inféconds. 

Mais ce que Darwin qualifie de perfectionnement, Buffon, 
lui, le qualifie de dégénérescence. L'homme, pour son propre 
avantage, peut agir sur les lois de la nature en les forçant à dé- 
vier plus ou moins de leur route, mais chaque fois qu'il en agit 
ainsi, il vicie plutôt qu'il ne perfectionne le cours des lois natu- 
relles ; c'est ce qu'a fort bien reconnu Bulîon. " Comme, dit-il, 
" l'homme a créé tout ce qui dépend de lui, on ne peut douter 
" qu'il ne soit l'auteur de toutes ces races esclaves, d'autant plus 
" pertectionnées pour nous qu'elles sont plus dégénérées, plus 
" viciées pour la nature." Et de fait, les roses doubles de nos 
jardins, ces fruits, comme certaines nèfles, n'ayant plus de se- 
mences, nos mules et mulets etc., ne sont-ce pas autant de mons- 
truosités, d'êtres naturels viciés, dégénérés ? 

C'est en voyant ainsi erronnénient la nature à l'œuvre 
dans son action de perfectionnement que Darwin en est venu à 
émettre l'étrange proposition qui suit qui, malgré son absurdité, 
lui a mérité le titre de chef d'école. 

" Je pense, dit Darwin, que tout le règne animal est des- 
" cendu de quatre ou .cinq types primitifs tout au plus, et le 

" règne végétal d'un nombre égal ou moindre L'analogie 

" me conduirait même un peu plus loin, c'est-à-dire que tous les 
" animaux (y compris l'homme) et toutes les plantes descendent 
" d'un seul prototype." 

C'est précisément cela. Homme superbe, qui t'enorgueillis 
d'être sorti tout parfait des mains du Créateur, vois ce que tu as 
été : un orang-outan, un quadrupède, un poisson, un ver, un 



UN NUAGE Dli STAPHYLINS 175 

polype, une monade, c'est-à-dire une moldcnle, à laquelle, un 
bon jour, des forces physico chimiques ont, en se réunissant par 
hasard, communiqué la vie. Demande-le à M. Darwin. Maillet, 
un autre de la même école, ne déclare-t-il pas que l'homme lui- 
même avait commencé par être poisson ? Et il n'est pas rare, 
ajoute-t-il, de rencontrer dans l'océan, des poissons qui ne sont 
devenus hommes qu'à moitié, mais dont la race le deviendra 
tout-à-fait quelque jour. Horace et Virgile ne l'ont-ils pas 
d'ailleurs chante ? 

Nous en avons vu une de ces Syrènes dans un musée à 
Eoston, qu'on disait avoir été cajiturée aux îles Eidji. La par- 
tie supérieure était une femme et l'inférieureun ])oisson. C'était 
convainquant. Malheureiîsen)ent au point de jonction des deux 
êtres, eu regardant attentivement entre les premières écailles du 
poisson, on }i0uvait reconnaître la couture qui avait uni un buste 
de singe à une queue de morue. 

A suivre. 



UN NUAGl^ \n\ STAPHYLIN 



Nous ne fûmes pas peu surpris, en sortant dans l'allée de 
notre jardin, le 9 mai courant, vers les 5 h. P. M., de nous 
trouver au milieu d'un véritable uunge de tout petits insectes 
volant dans toutes les directions. Ils étaient tellement nom- 
breux qu'en fermant seulement la main au milieu d'eux, on était 
sûr d'en saisir au moins 7 à 8, et d'un seul coup de filet uo'js en 
reci^eillîmes près d'une cnillérée à thé. Nous jugeâmes de suite, 
par leur vol, que ce devait être des Staphylins, et en effet, exa- 
minés à la loupe, nous reconnûmes que c'étaient des Oxytelus 
nitidulus, Gravenhorst. Les larves de ces petits coléojitères 
vivent dans les matières végétales en décomposition, et il s'était 
sans doute trouvé que quelque racine avariée avait pejmis à 
tous les œufs déposés là de parvenir sans encombre à leur parfait 
développement. 



176 LE NATURALISTE CANADIEN 

L'EuC'îilyptus. — Voici que les journaux relèvent l'an- 
tienne de Tan dërniei" à propos de l'Eucalyptus (1). On a oublié, 
on plutôt l'on n'a pas lu ce que nous en avons dit l'année der- 
nière. (Voir le No du iV^tt^uraïis^e du mois de mai 1886.) Nous 
croyons avoir fait assez d'expériences d'acclimatations, et suffi- 
samment étudié la physiologie végétale pour jeter de l'eau froide 
sur cet enthousiasme inspiré par des motifs louables, mais repo- 
sant malheureusement sur des bases fantaisistes. Kous n'avons 
aucun doute que vous perdrez et votre argent et vos peines en 
cultivant l'Eucalyptus. Qu'on revoie notre article de l'an der- 
nier. 

La Belgique Horticols. — Nous accusons avec reconnais- 
sance réception de cette excellente lie vue. Lors de la suppres- 
sion de notre Naturaliste en 1883, on nous en avait arrête l'en- 
voi, mais les éditeurs ont bien voulu combler la lacune en nous 
envoyant le volume de 1884 que les autres suivront bieniôt, 
nous en avons l'espoir. La Belgique Hokticole est une pu- 
blication de luxe et de grande valeur scientifique. Elle forme 
chaque année un beau volume in-8 de près de 400 pages, sur 
papier choisi, avec' planches coloriées, portraits lithographies, 
gravures etc. Elle donne une attention toute particulière aux 
plantes de serres, surtout à celles récemment introduites dans la 
culture, et en outre des nouvelles scientifiques, elle contient des 
récits de voyages et d'explorations botaniques, des expériences 
et appréciations de physiologie végétale, et une foule de ren- 
seignements et d'avis pour tout ce qui concerne de domaine de 
Elore. Le prix d'abonnement est seulement de 16 francs pour 
l'union postale. S'adresser au directeur, M. Edouard Morren, 
Liège, Belgique. 

(I) Voir V Etendard du 11 mai courant. 




LE 



Vol. XVI. Cap Rouge, Q., Juin, 1887 No. 12. 



Rédacteur: M. l'Abbé PROVANClIbR. 



PRlMi:S 



Les deux primes du mois d'avril, 1ère : Faune Canadienne, 
les Coléoptères, N° 61 ; 2e Cypr^ba mappa, N° â60, n'ont pas 
encore été réclamées. 



MAI. 



Icre Prime. — De Québec à Jérusalem N° 357. 

2e " —2 Oliva litterata, Olive écrite N° 103. 

N, B. — Toute personne ayant l'exemplaire portant l'un ou 
l'autre de ces deux numéros écrit en crayon bleu sur la première 
page, devra réclamer l'objet dans les deux mois de cette date, 
et envoyer des timbres pour affranchir le posta'ge. — Foir sur 
la couverture. 



Z S'f 



l;i-Jiiiii IbSÎ 



LE NATUKALISTE CANADIEN 



J^ NOS ABOIN^ÎN^ÉS. 



Avec la présente livraison se termine notre seizième vo- 
lume. 

Nous avons espoir que ceux qui nous ont suivi jusqu'à ce 
jour nous continueront leur patronage. 

Nous n'ignorons pas que plusieurs de nos abonnés n'ont 
pas même le temps de parcourir les pages du Natuualisie, et 
ne nous accordent leur patronage qu'à titre d'amis des sciences 
et du progrès. C'est là certainement un but noble et patrio- 
tique. Tous ne peuvent être des naturalistes, et pour plusieurs 
l'heure de s'initier à de telles études est passée depuis long- 
temps déjà. Cependant les ouvrages scientifiques ne sont pas 
destinés aux seuls savants, tout le monde peut en faire plus ou 
moins son profit. Et quand il n'y aurait que le seul désir de 
suivre le progrès scientifi jue qui vous engagerait à encourager 
les publications spéciales sur les sciences, ce serait encore un 
motif suffisant pour le taire. D'ailleurs connaître ce que l'on 
ignore, éclairer davantage son esprit, exercer plus sûrement son 
intelligence, empiéter tous les jours s"ur le domaine de l'inconnu, 
est-il plus noble ambition ? 

Les nombreux matériaux que nous avons recueillis dans 
l'ordre des hyménoptères nous ont forcé de donner à nos Au- 
Dii IONS une plus grande extension que nous l'avions d'abord 
prévu. L'aide de nos amis d'Ottawa nous a aussi permis d'r-jouter 
considérablement au nombre d'espèces recueillies par nous, et nul 
doute qu'avec dfe nouveaux chasseurs en divers endroits de 
notre Proviuce, on ne puisse ajouter encore considérablement 
aux espèces déjà mentionnées. 

Nous continuerons à faire marcher de front nos Additions 
aux Hyménoptères avec notre histoire des H 'miptères, jusqu'à 



A NOS ABONNÉS 179 

répuisement des premiers, ce qui aura lieu, pensons-nous, dans 
le cours du prochain volume. 

Quant à la partie du Natukaliste proprement dit, nous 
croyons pouvoir promettre à nos lecteurs un intérêt tout parti- 
culier pour le prochain volume, par une précieuse collaboration 
d'hommes d'étude et de science. Le savant professeur Guignard, 
d'Ottawa, nous a passé un mémoire des plus intéressants sur 
V Unité des Forces de la Nature,- la nouvelle théorie de la 
chaleur solaire et de la gravitation universelles. Nous en 
commencerons la publication dès notre prochain numéro. M. 
le Dr Crevier, de Montréal, nous a aussi promis de reprendre 
ses études sur les Infusoires, que des travaux importants dans 
ces dernières années, de la part de plusieurs spécialistes, ont 
mis sous un nouveau jour. Grâce à cette précieuse collabora- 
tion, nos lecteurs ne seront plus fatigués d'entendre toujours la 
la même voix, et pourront profiter d'études approfonlies et sé- 
rieuses sur des sujets variés et de haut intérêt. 

Le commencement d'rin nouveau volume appelle naturel- 
lement le renouvellement de l'abonnement. Pour obvier à tout 
malentendu, nos abonnés voudront bien observer les points 
suivants : 

1° Dans chaque exemplaire se trouve une enveloppe im- 
primée à notre adresse, pour faciliter l'envoi du nouvel abon- 
nement. 

2° Si dans votre numéro se trouve une simple enveloppe 
sans aucun compte, c'est la preuve pour vous que vous n'avez 
aucun arrérage. 

3" Si l'enveloppe est accompagnée d'un compte, c'est l'avis 
pour vous d'avoir à acquitter ce compte qui contient des arré- 
rages. Eeufermez alors et compte et montant dans l'enveloppe, 
cachetez et affranchissez en faisant enregistrer votre lettre. Vous 
recevrez un reçu par le retour de la malle. 

4° Il est de coutume d'adresser une nouvelle publication 
pour solliciter l'encouragement de personnes qu'on j'ige dispo- 



180 LE NATUKALISTE CANADIEN 

sees à le faire, mais il est alors du devoir de toute telle per- 
sonne, si elle ne juge pas à jiropos de prendre un abonnement, 
de refuser de suite l'envoi. Et pour ce faire, elle n'a qu'à 
dire à son maître de poste qu'elle refuse cette publication 
ce sera alors à ce dernier à faire le renvoi avec avis convenable, 
il est pourvu par le département de blancs à cette fin. Mais 
qu'on ne croie pas qu'on puisse, tuta conscientia, renvoyer une 
publication, sans rien payer,, après l'avoir reçue, régulièrement, 
pendant dix-huit, vingt mois, comme nous en avons eu des ex- 
emples encore tout dernièrement. A ceux qui après nos deux 
années de publication seraient tentés d'en agir ainsi, nous ne 
verrions d'autre réponse à faire que par la visite d'un huissier. 
Qu'on veuille bien ne pas l'oublier. 

Peut-être ne serait-il pas hors de propos de faire connaître ici 
comme la poursuite pour recouvrement d'abonnements est facile. 
Sur le retour du huissier qui a servi l'ordre à domicile, il ne 
reste'plus qu'à faire preuve à la cour que le journal a été ex- 
pédié régulièrement, et de suite jugement est rendu eu consé- 
quence. Ce n'est pas au district judiciaire du domicile de 
l'abonné q,ue la poursuite doit être intentée, mais à celui où est 
publié le journal, là où la dette a été contractée. 

Nous demandons bien pardon à nos lecteurs d'avoir à les 
entretenir de semblables misère^ mais nos ressources sont si 
bornées que l'existence de notre publication ne tient qu'au re- 
couvrement de ces bagatelles de la part d'un chacun. Nous nous 
plaisons d'ailleurs à déclarer ici que nos abonnés se recrutent en 
général dans une classe d'honiQies qui tiennent à bonne. ir de 
satisfaire à leurs obligations, et que ceux qui négligent de s'ac- 
quitter ne constituent pour ainsi dire que des exceptions. 



SOCIÉTÉ d'histoire NATURELLE DE QUf^BEC 181 

SOCIKTE D'IIISTOIRI^] NATURELLE DE QUEBlvC. 



Nous avons fait connaître ] irécédeniment la résurrection de 
eette société. Le nombre des adeptes est petit, mais le zèle est 
grand, et d'un autre côté les ressources font défaut. Cependant 
nous avons espoir de voir s'acroître prochainement notre nombre, 
et grâce au bienveillant concours de notre nouveau gouvernement, 
surtout de Thon. M. Gagnou, notre Secrétaire- Provincial, nous 
espérons pouvoir offrir bientôt à l'inspection du public, un noyau 
de musée fort intéressant pour un début. 

Le local n'est pas une petite affiiire pour l'installition d'un, 
tel musée, mais du moment que le nouveau palais de justice 
pourra recevoir les archives du bureau d'enregistrement, nous. 
j)Ourrons avoir, dans les appartements que ce bureau occupe ac- 
tuellement, un local convenable pour notre installation. 

L'Académie des Sciences de Philadelphie, dont les bâtisses 
et les musées valent aujourd'hui plus d'un miliou et demi de dol- 
lars, n'a commencé en 1818 que par la réunion de huit person- 
nes d'étude qui s'assemblaient dans la boutique d'un épicier pour 
faire la partie d'échecs et s'entretenir de leurs études favorites. 
Qui sait si fe grain de sénevé semé à Québec, au milieu des épines 
et sur un sol si pauvre, ne parviendra pas à produire aussi un 
arbre vigoureux et à fruits abondants ? Les éléments pour un tel 
succès sont rares à Québec, et ce n'est pas sans raison qu'on 
pourrait taxer d'extravagance les efforts de ceux qui ne crain- 
draient pas de le promettre, mais tous les arbres ne sont pas des 
géants, dans une forêt, et sans parvenir au sommet, on peut oc- 
cuper un rang inférieur encore fort honorable, et c'est dans ce 
but que nous nous proposons bien de ne ménager ni les arrose- 
ments ni les autres soins de culture au grain mis en terre. 



182 LE NATURALISIE CANADIEN 

UN-DRAMK 1)1-; LA VIE DANS UN IJVRIi. 



Nous étions, ces jours derniers, à mettre en ordre de séries 
régulières les numéros de l'ancienne publication L'Opinion 
Publique, lorsque nous remarquâmes que quelques feuillets de 
l'un de ces numéros adhéraient les uns aux autres en un certain 
endroit, en présentant une légère protubérance à cet endroit. 

Le premier feuillet séparé de son suivant, auquel il tenait 
fortement, nous laissa voir à l'endroit soulevé, une cavité ovale, 
de deux tiers de pouce environ de longueur, d'un contour régu- 
lier et parfait, à bords déchiquetés et frangés, recelant en son 
milieu une chenille ou larve de lépidoptère parfaitement déve- 
loppée, reposant là comme un chaton de bague, de couleur 
cannelle, dans un encadrement blanc, aux ciselures les plus déli- 
cates. La larve, quoique fraiche, était sans mouvement et ne 
paraissait plus que comme une peau privée de son contenu. 
Nous étions à nous demander qui avait pu causer la mort de 
cette chenille en voie de se chrysalider, dans l'enveloppe si 
parfaite qu'elle s'était elle-même construite, et ne pouvions 
en deviner la cause, lorsqu'en enlevant un second feuillet, com- 
plètement troué en cet endroit, nous trouvâmes mort et desséché 
le papillon qui avait donné naissance à la larve. C'était la 
Depressaria heradiana, De Geer. Mais restait toujours à 
trouver la cause de la mort de la larve dans son cocon. Enle- 
vant un troisième feuillet, troué lui aussi à l'endroit de la larve, 
nous trouvâmes une Pince cancroïde, Chelifer cancroides, par- 
faitement vivante, elle, très active, et de taille relativement 
géante p^ur sa race. Dès lors le mystère était expliqué. 

La femelle Depressaria, tinéite dont les larves se nourris- 
sent de poils des animaux, de plumes, de tissus laineux, etc., 
avait sans aucun doute déposé ses œufs sur la tranche de la 
brochure. Les jeunes larves aussitôt écloses ont pénétré entre 



LE DAllWINISME 183 

les feuillets, peut-être toutes au même endroit. Et c'est là que 
la Fince, qui pénètre partout, les aura rencontrées et aura fait 
bombance à leurs dépens. Celle qui a pu construire son cocon 
aurait échappé aux poursuites du destructeur, pour être atta- 
quée plus tard dans son gite de chrysalidatiou. Cette larve, qui 
paraissait encore toute fraîche et nullement desséchée, était sur 
le point de subir sa métamorphose lorsque la Pince l'a rencontrée. 
Les Pinces ou chélifers qui appartiennent aux Arachnides, 
et qu'on trouve fréquemment dans les papiers, les herbiers, sur 
les vitres de nos appartements, etc., sont des animalcules utiles 
qu'on doit protéger, puisqu'ils nous débarrassent d'animaux plus 
nuisibles. Une espèce est reconnue pour être parasite de la 
mouche domestique. 

L'analogie des Pinces avec les scorpions a frappé de tout 
temps les observateurs. Aristote l'a même mentionnée. Il 
dit en parlant du scorpion : " il a des pinces comme en a aussi 
cette petite espèce de scorpion qui s'engendre dans les livres. 
Cette espèce de scorpion, ajoute-il, n'a point de queue." 

Les Pinces, dans les climats plus chauds, se trouvent sous 
les feuilles, sous les écorces, etc., nous n'en avons jamais trou- 
vé ailleurs ici, que dans les appartements ; d'où nous pouvons 
conclure qu'elles sont importées et non indigènes. 



LEDARWIiNISMK 

(Continué de la page 175). 

Dès la plus haute antiquité, l'origine des espèces a attiré 
l'attention de quelques penseurs, philosophes ou observateurs, et 
tous ceux qui ont cru devoir répudier le récit biblique de la 
création, ont émis sur le sujet des 0[iinions plus ou moins absurdes. 
Le nombre en a été restreint dans tous les siècles, et plus res- 
treint encore le nombre de ceux que réclament les transformistes. 



184 LE NATURALISTE CANADIEN 

comme ayant paitagé leurs idées ; car les penseurs qui, jetant de 
côté la boussole de la foi en Dieu pour pénétrer les secrets de la 
nature, en substituant leur prétendue sagesse à celle du Créateur^ 
ne peuvent toujours que constituer des exceptions. L'idée d'un 
être souverain, tout-puissant, créateur et conservateur de toute 
cbose, est tellement conforme à la raison, qu'on la trouve innée 
dans le cœur de tous les hommes. Et lorsque notre nature cor- 
rompue vient à se laisser entraîner en dehors de la voie droite, 
de la loi naturelle, elle se porte plutôt à faire agir la divinité 
suivant ses vues, qu'à concevoir l'idée ie révoquer en doute son 
existence. Témoin la fatalité qui domine chez presque toutes 
les nations sauvages en dehors du christianisme, la génération 
spontanée pour expliquer la provenance d'êtres dont on ignore 
l'origine etc. 

Avant comme depuis le christianisme, il y a eu dans tous 
les siècles des dévoyés, des hommes à idées extravagantes, com- 
plètement en dehors du cours ordinaire des croyaûces de leur 
temps. Que parmi ces dévoyés, les transformistes croient 
trouver des traces des opinions qu'ils soutiennent aujourd'hui, 
nous le leur concédons sans peine ; mais que de ces quelques 
opinions, à demi formulées, et nullement partagées par les éru- 
dits de leur temps, on en vienne à conclure à la filiation des 
iddes darwinistes jusqu'à ces temps reculés, c'est ce que nous ne 
pouvons admettre, et le darwinisme ne peut être considéré que 
comme une doctrine toute récente et complètement eu dehors de 
l'opinion des masses. 

Suivons ici M. de Kerville.dans l'énumération qu'il fait des 
pères de son école. 

C'est d'abord vers l'an 610 avant J.-C, Anaximandre qui 
suppose que les organismes prin^itifs, produits aux sein des 
eaux par l'action du soleil, ont donné naissance aux animaux 
et aux végétaux terrestres, lesquels, en changeant de milieu, se 
sont adaptés à leurs nouvelles conditions d'existence ; et l'homme 
lui-même dériverait d'organismes aquatiques analogues aux pois- 
sons. 



LE DARWINISME 185 

Admirables ces organismes ])rodiiits au sein des eaux par 
l'action du soleil. Qui a dor.c pu faire perdre à l'astre du jour 
cette vertu productrice ? 

Heraclite vers 540 av. J.-C. et Empédocle vers 450 préten- 
daient qu'il existe dans le monde une lutte universelle et une 
continuelle mobilité des formes organiques, cette mobilité étant 
produite par le concours fortuit de forces qui se combattent. 

Thaïes de Milet, Anaximèae et Démocrite, à peu près vers 
la même époque, laissent aussi percer quelques idées fort vagues 
sur l'évolution des êtres vivants. 

Il faut de cette époque passer à i)lus de trois siècles plus tard 
pour trouver Lucrèce (92-52 av. J. C.)qni écrit que " la terre créa; 
par des procédés divers, l'innombrable cohorte des êtres mortels, 
car les animaux ne peuvent être tombés du ciel et les plantes 
ne peuvent sortir des abymes de la mer." 

Darwin f)eut réclamer avec beaucoup plus de raison que 
pour tous les autres, Lucrèce pour son chef de lile, car s'il per- 
sonnifie la nature pour la faire agir, Lucrèce lui, personnifie la 
terre, ce qui est à peu jirès la même chose. 

Que ces philosophes (pii cherchaient à expliquer tous les 
phénomènes de la nature par des causes purement naturelles, 
en dehors de toute puissance oculte et my>térieuse, aient été 
de francs matérialistes, nul doute à cet égard. Il est bien pro- 
bable aussi qu'ils se sont bercés de l'espoir de voir leurs idées 
dominer dans les masses, comme le prétendent nos transfor- 
mistes de nos jours, maia ils se sont trompés, comme se. trompe- 
ront aussi nos modernes matérialistes. 

De Lucrèce, il faut passer au dix-huitième siècle pour 
rencontrer des penseurs qui, au sein même du christianisme, 
n'aient pas hésité à répudier le récit bibUque pour émettre des 
théories plus ou moins extravagantes sur l'origine "du monde, 
préparant en quelque sorte la voie à la cohorte des athées, li- 
bres-penseurs, matérialistes, qui lèv(>nt le front si haut de nos 
jours, sans pourtant voir leurs théories triomi)her. Mais, sem- 



186 LE NATURALISTE CANADIEN 

blent-ils dire, attendons encore un peu, c'est un fruit qui n'est 
pas encore mùr. " J'ai la conviction et le plus ferme espoir, 
" dit M. de Kerville, que le m&t'^rialisme scientifique, ou réalisme, 
•' et le transformisme, seront adoptés, au siècle prochain, par la 
" presque totalité des savants, et par ceux qui chercheront 
" avec un esprit libre, c'est-à-dire, dégagé de toute idée reli- 
" gieuse ou métaphysique préconçue, la solution de ces graves 
" problèmes dont aucun homme intelligent ne saurait se désin- 
" téresser complètement." 

" Toutes les religions, ajoute-t-il encore, ne sont qu'un état 
" transitoire, inévitable, entre les époques de barbarie et celles 
" d'une haute culture intellectuelle. La foi sera toujours l'anti- 
" pode de la raison, et les croyances religieuses, quelque rno- 
" raies, quelque consolantes qu'elles puissent être, devront un 
" jour céder le pas à l'intéiêt supérieur de la vérité." 

Nenni ! Et portœ inferi non prœvalebunt (^dversus earn. 
Et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle (l'Eglise) 
qui seule possède la véritable lumière, le Christ qui est lui- 
même la vérité ! 

Venons en maintenant aux naturalistes du dix-huitième 
siècle. 

Le grand Linné (1707-1778) que l'on considère avec raison 
comme le père de l'histoire naturelle, par ce que, par sa nomen- 
clature binaire, il a fourni à cette étude une base fixe, qui lui a 
rendu possible une prévision inconnue jusqu'à lui, Liuné est ré- 
clamé par plusieurs transformistes comme un des leurs. Cepen- 
dant Linné n'a pas hésité à répéter en plusieurs endroits de ses 
ouvrages qu'il existe " autant d'espèces qu'il est sorti de couples 
des mains du Créateur." Il est vrai que Linné a écrit ensuite : 
" Jai longtemps nourri le soupçon, et je n'ose le présenter que 
" comme une hypothèse, que toutes les espèces d'un même 
" genre n'ont constitué, à l'origine, qu'une même espèce qui 
" s'est diversifiée par voie d'hybridité. Il n'est pas douteux que 
" ce ne soit là l'une des grandes préoccupations de l'avenir, et 



LE DARWINISME 187 

" que de nombreuses expériences ne soient instituées, pour con- 
" vertir cette hypothèse en axiome établissant que les espèces 
" sont l'œuvre du temps." 

Il y a loin de là à l'évolution des organismes pour faire des- 
cendre tous les êtres organisés les uns des autres. Et d'un autre 
côté, la supposition de Linné fut-elle constatée réelle, le dogme 
de la fixité de l'espèce conserverait encore toute sa valeur ; ce ne 
serait pas alors la nature qui serait en défaut, mais bien la 
science qui aurait confondu le genre avec l'espèce, prenant pour 
espèce différente ce qui n'était réellement qu'une variété de la 
même espèce. Il n'y a pas à douter d'ailleurs qu'une foule de 
variétés ont été ainsi élevées par les savants au rang d'espèces, 
sans posséder des caractères spécifiques propres ; tous les jours 
les botanistes et les entomologistes surtout retranchent de pré- 
tendues espèces pour ne les considérer que comme de simples 
variétés plus ou moins constantes. Mais remarquons que pour 
les transformistes ces corrections de nomenclature sont absolu- 
ment de nulle valeur, car pour eux il n'y a ni espèces ni genres^ 
puisque tous les êtres descendent les uns des autres. Si, comme 
tous les autres naturalistes, ils se servent des dénominations 
binaires pour distinguer les êtres organisés, ils déclarent n'em- 
ployer là que des nomenclatures transitoires pour se faire com- 
prendre aujourd'hui, mais qui devront nécessairement dispa- 
raître plus tard, lorsque par le progrès de l'évolution, les ani- 
maux d'aujourd'hui seront transformés en d'autres plus pai faits; 
" car, disent-ils, l'évolution poursuit constamment sa marche, et la 
poursuivra tant que notre globe sera susceptible de porter des 
être organisés." ■ 

En même temps que la Suède douait le monde de son il- 
lustre savant, la France en fournissait un autre qui ne lui était 
guère inférieur, et qui,, lui aussi, a fait faire aux sciences natu- 
relles un pas immense dans la voie du progrès, c'est l'immortel 
Buffon (1707-1788). 

Nous avons déjà dit que Buffon avait prôné le pour et le 



188 LK NATURALISTE CANADIEN 

contre au sujet de la fixité de l'espèce. Après avoir soutenu 
la création de l'espèce par l'être souverain, Buffon en vint à la 
fin à pencher à croire à l'unité d'origine de tous les êtres vi- 
vants, animaux et végétaux, à l'unité d'origine des animaux de 
même type, à l'évolution graduelle de l'espèce humaine, etc. Ce 
n'était pas encore le transformiste pur, mais bien un homme 
disposé à le devenir s'il eut vécu plus longtemps. 

En même temps que Linné et Buffon livraient leurs écrits 
au public, d'autres savants penseurs scrutaient attentivement la 
nature, dans le but, pour plusieurs, de fournir des armes à l'im- 
piété, lesquels, à la suite de leur porte-étendard Voltaire, avaient 
entrepris de faire disjiaraitre le christianisme, avec toute idée de 
religion, de la face de la terre. De ce nombre furent Reaumur, 
de Degeer, de Trembley, Charles Bormet, etc. C'est à ce der- 
nier que nous devons la théorie de la préexistence et de l'em- 
boîtement des germes. Bonnet veut que tous les germes des 
êtres vivants, qui sont d'une petitesse effrayante, aient été créés 
en même temps que notre planète, et qu'ils soient logés dans des 
substances diverses, emboîtés les uns dans les autres, attendant 
l'arrivée des conditions nécessaires pour leur développement. 
" Des germes indestructibles, dit Bonnet, peuvent être disper- 
" ses sans inconvénient dans tous les corps particuliers qui nous 
" environnent. Ils peuvent séjourner dans tel ou tel corps 
" jusqu'au moment de sa décomposition, passer ensuite sans la 
" moindre altération dans un autre corps, de celui-ci dans un 
" troisième, etc. • Je conçois avec la plus grande facilité, ajoute- 
" t-il, que le germe d'un éléphant peut loger d'abord dans une 
" molécule de terre, passer de là dans le bouton d'uu fruit, de 
" celui-ci dans la, cuisse d'une mite, etc. " 

Eecounaissons toutefois que Bonnet, avec sa théorie fan- 
taisiste, ne croyait pas pouvoir se passer du créateur, comme le 
veuh nt tous nos darwinistes. 

Nous avons vu que Maillet, lui, fiisait sortir tous les ani- 
maux terrestres, et .même l'homme de la mer. 



LE DARWINISME 189 

A la suite de IVIaillet vient Erasme Darwin, le grnnd-père 
de Charles Darwin, le fondateur du transformisme. 

Erasme Darwin (17^1-1802) veut que les animaux ac- 
quièrent des organes en vue des besoins qu'ils ont à satisfaire, 
besoins déterminent des habitudes qui causent la transforma- 
tion des espèces. 

C'est aussi la théorie de Lamarck (1 744-1 829), mais ce- 
lui-ci la développe bien davantage et en tire des conséquences 
qu'Erasme Darwin n'avait peut-être pas entrevues. 

Lamarck veut que les variations que l'on remarque dans 
les espèces soient dues au milieu dans lequel elles vivent, na- 
ture du sol, humidité, température, électricité, etc. ; et -que ces 
variations par suite de longues habitudes venant à se fixer, elles 
constituent de nouvelles espèces. 

Voici en résumé toute la théorie de Lamarck : 

" 1° Dans tout animal qiii n'a point dépassé le terme de 
" ses développements, l'emploi plus fréquent et soutenu d'un 
" organe quelconque, fortifie peu à |)eu cet organe, le développe, 
" l'agrandit, et lui donne une puissance proportionnée à la durée 
" de cet emploi ; tandis que le défaut constant d'usage de tel 
" organe, l'affaiblit insensiblement, le détériore, diminue pro- 
" gressivement ses facultés, et finit par le faire disparaître ; 

" 2° Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux in- 
" dividus par l'influence des circonstances où leur race se trouve 
" depuis longtemps exposée, et, par conséquent, par celle d'un 
" défaut constant d'usage de telle partie, elle le conserve par la 
" génération aux nouveaux individus qui en proviennent, ponr- 
" vu que les changements ac juis soient communs aux deux 
" sexes, ou à ceux qui ont produit ces nouveaux individus." 

Telle est la théorie de Lamarck sur l'évolution des êtres. 
On remarquera qu'elle a plus d'un côté défectueux, à ^art le 
principe général de l'élimination du c'éateur pour la formation 
des êtres. On ne conçoit pas, [lar exemple, que l'action des 



190 LE NATURALISTE CANADIEN 

habitudes puisse produire des orgxnes nouveaux, ni que le be- 
soin d'un organe puisse en déterminer la foi'mation. Que 
d'horaines auraient besoin d'un troisième bras pour l'exécution 
plus parfaite des travaux qu'ils poursuivent constamment. Et 
cependant on n'a encore vu cet orgme se tripler sur aucun in- 
dividu. De même pour " hérédité, il pose comme principe ab- 
solu des accidents qui montrent presque autant d'exceptions 
que d'applications. Combien de fois ne voit-on pas, par ex- 
exemple, un père et une mère à nez camus, donner naissance à 
des enfants au nez aquilin ? ou bien blonds l'un et l'autre, ou 
à cheveux noirs, avoir des enfants au teint brun, ou à cheveux 
roux, etc. 

Mais quand il en serait tel que le prétend Lamarck, on ne 
voit pas encore bien clairement comment une monade a pu 
s'évoluer pour fo;mer ici une araignée, là un éléphant et ailleurs 
un homme. 

Tandis qu'en France Etienne Geoffioy-Saint-Hilaire (1772 
-1844) s'effoiçait de faire prévaloir, avec quelques légères va- 
riantes, les idées de Lamarck sur l'évolution des êtres, qu'Hae- 
kel avec le poète Goethe (1749-1832) répandaient la même 
doctrine en Allemagne, Cuvier (1769-1832) la combattait de 
toutes ses forces en France et était parvenu à la faire presque 
complément oublier, lorsque Charles Darwin (1869-1882) la 
réveilla en Angleterre, en lui donnant une impulsion nouvelle 
par son invention de la sélection naturelle, qu'on peut consi- 
dérer comme la clef de tout le système. 

On accuse faussement Cuvier d'avoir voulu proscrire la 
philosophie scientifique, voulant que les naturalistes ne s'occupent 
que des faits sans en déduire des conclusions générales. Mais 
les immortels travaux du grand paléontologiste sont une réfu- 
tation péremptoire de cette absurde prétention. Cuvier était un 
croyant, et les prétentions des transformistes lui paraissaient si 
absurdes, si dénuées de fondement, qu'il se contentait de leur 
opposer une dénégation pure et simple, consentant tout au plus 



LE DARWINISME. 191 

à citer parfois quelques faits directement opposés à leurs pré- 
tentions. 

D'abord croyant, Charles Darwin n'émit que timidement ses 
idées sur l'évolution des êtres. Nous avons lu très attentivement 
son voyage autour du monde (1832j et n'avons rien trouvé qui 
pût offenser la foi la plus sincère, nous y trouvons même le 
nom de Dieu plusieurs fois mentionné. Mais les écrits des ma- 
térialistes lui enlevèrent bientôt ses scrupules, et en 1859 il ex.- 
pliqua son système devant la Société Linnéenne de Londres. 

Nous l'avons dit plus haut, c'est la sélection naturelle qu'in- 
venta Darwin qui donna tout le prix à sa nouvelle théorie. La- 
marck, Saint-Hilaire etc., prétendaient à l'évolution des orga- 
nismes, mais pour eux, la cause n'en était due qu'aux besoins et 
aux habitudes des êtres, les organes étant les agents de l'évolu- 
tion ; tandis qu'avec Darwin les organismes subissent plutôt 
l'évolution qu'ils ne l'opèrent. C'est dans la lutte pour la vie 
que les différents êtres écartent et éliminent les plus faibles et 
les moins parfais, pour faire triomiiher les plus forts et les mieux 
organisés. De la extinction d'un côté et progression de l'autre. 

Le sytème de Darwin en éliminant Dieu de l'univers et eu 
faisant descendre l'homme de la brute, fut d'abord vigoureuse- 
ment attaqué et non moins vigoureusement défendu. Pendant 
les dix ou douze premières années, il sembla prendre le dessus 
parmi les savants, mais dans ces derniers temps, on semble en 
être revenu de ce premier engouement, et de fortes autorités en 
fait de science l'ont fort discrédité sinon complètement anéanti. 
M. de Ker ville pense qu'au siècle prochain ce sera l'opinion gé- 
néral des savants, mais nous pensons au contraire, qu'avant un 
quart de siècle, cette absurde théorie aura fait son temps et ne 
• sera plus le partage que de ces rares dévoyés qui dans leurs ap- 
pétits et leurs aspirations n'ont pas honte de s'assimiler à la 
brute. 

Fait digne de remarque ; c'est la France qui dans le monde 
entier seml)Ie porter l'étendarJ de l'impiété et de l'athéisme, et 



192 LE NATURALISTE CANADIEN 

c'est en France que le darwinisme a été le plus chaleureusement 
combattu et a fait le moins de prosélytes. L'Angleterre, l'AUe- 
magne, les Etats-Unis, nous voulons dire les savants de ces 
pays, ont accepté le darwinisme les yeux fermés, sans songer 
pour ainsi dire aux conséquences qu'une telle doctrine com- 
porte. D'un autre côté, en réfl -chissant bien on verra que ce 
n'est pas la France qui a le monopole des impies et des athées, 
si ces prétendus esprits-forts semblent plus marquants en France 
qu'ailleurs, c'est que là ils sont plus rigourctsement combattus, 
tandis que dans les pays protestants le matérialisme semble ad- 
mis sans conteste ou du moins toléré sans répugnance par ceux 
mêmes qui ne voudraient pas en faire ouvertement profession. 

■ A suivre. 



NOllVELLl^:iS SCIKNTIFIQUKS. 

L'Association anglaise pour l'avancement de la 

science tiendra cette année sa 57e réunion annuelle à Man- 
chester, le 31 août, sous la présidence de l'éminent chimiste, Sir 
E. Henry Itoscoe. On veut cette année lui donner un caractère 
international, et en conséquence un appel est fait à tous les sa- 
vants, tant de l'Amérique que de l'ancien continent, d'apporter 
leur concours aux savants anglais. 

L'Association américaine pour l'avancement de la 
science, a choisi la cité de New- York pour lieu de sa réunion 
cette année. Les séances qui devront durer une semaine, com- 
menceront le 10 août. C'est la première fois que New- York a 
l'avantage d'avoir la réunion dans son enceinte, aussi ou s'attend 
à ce que l'assistance soit plus nombreuse que jamais. C'est M. 
le professeur S. P. Langley, d'Alleghany Gity, qui présidera aux 
séances. 

International Scientits' Directory f3r 1883. — M. E. 
J. Cassino, de Boston, Mass. doit publier, au commencement de 
1888 unalmanach des adresses des hommes de science de tous 
les'pays, donnant en même temps leurs titres ou professions, le 
genre d'études qui les occupe spécialement, leur désir d'échanger 
des spécimens si tel est le cas etc. L'ouvrage, simplement broch'', 
sera expédié aux souscripteurs au prix de $2, et $2.50 pour ceux 
qui voudront l'avoir relié en coton. S'adresser à l'éditeur, 137 
High Street, Boston, Mass. 



LISTE DES GRAVURES 

Page. 

1 — Larve de la mouche des maisons 5 

2 — Larve du Calosoma calidnm - - 5 

3— Larve du Sphinx de la Caroline — - 5 

4 — Larve de Nematus . — 9 

5 — Le Phallus inijpudiciis renferm é dans sa volve. 51 

6 — Le même développé, de grandeur naturelle 53 

7 — Portrait de M. Chevreul, le centenaire 59 

8 — Une hache en silex de nos aborigènes 69 

9 — La même vue de profil — - 69 



TABLK. ALPHABETIQUE DES MATIERES 



A nos abonnés ]78 

A propos d'antiquités 81 

Age (L') (le la piene taillée cliez nos al)origènes (i5 

Age (L") (ie la pierre taillée au Sngueiiiiy 8<) 

Associarion Américaine pour l-nvanceinent de la science 1!)"2 

Association Anglaise i)onr l'avancement de la science 192 

Avis , 98 

Bi^lgiqne (I.a) Horticole 17G 

Bibliograpliie. — lle[)ort of the Dominion Entomologist 14. — ^Dietion- 
nîiire généalogique des familles Canadiennes 81. — Rapport de 
l'Entomologi.stc du département de TAgriculture pour 188.5, 
47— Journal de l'Instruction publique 48. — Rap])ort d'un 
voyage fait au Labrador Canadien en 1882, par M. D. N. 
Saint-Cyr 63. — West American Scientist 80 — The golden 
State Scientist 80 — Notes sur de vieux manuscrits Abénaijuis 
80— Sowerby's English Botany 93. — Science Series 94. — Ca- 
talogue of the Lichens collected in Florida in 188.") by W W. 
Calkins 9.'). — Tiie Chemung Review 9.Î. — Monographii; des 
Cynipides 95.— Gallinsectes !JG — The Oitawa Naturali>t 143. 
— Le Naturaliste, Paris 144.— International Scientists Direc- 
tory for ! 888 192 

Blé de Smyrne 92 

Canions (Nos)de TEst 8, 18, 33. 

Catalogue des spécimens dans les collections |()2 

Chameaux (Les) au Texas 112 

Champignon (Un) rema,r([uable 50 

Centenaire d'un savant (.M. Chevreul) 58 

Darwinisme (Le) 107, 119, 13(1, 147, 165, 183 

Drame (Un) de la vie dans un livre 182 

Eucalyptus (L') 176 

Floraison iH)Ctuiue. .....: Ill 

Guano (Le) 72 

JJistoire (L") nalurelie en hiver 98 



196 LE NATURALISTE CANADIEN 

Liste dos gravures 193 

Mollusques 79 

Musées (Nos) 103 

Nécrologie, M. J. Bte Bédard.. 144 

Néniate (Le) du raélèse 32 

Noms vulgaires en histoire naturelle 155 

Notre seizième volume 2 

Nouvel (Un) ennemi du pommier 6 

Nouvel (Un) ivoire 127 

Nnage (Un) de staphylins 175 

Œufs de soreiers 54 

Œufs du diable 54 

Oiseau (L') chandelle : 127 

Phallus (Le) et la ;\Iorille JI5 

Poissons dans les arbres 128 

Primes 1, 17, 33, 49. (15, 81, 97, 113, 129, 145, Kil, 177 

Random Notes on natural history 112 

Ruis>eau (Un) de lait ., , 126 

Serpents (Les) avah^nt-ils leurs petits "? 159 

Société d'histoire nîiiHrelle de Québec l(i(», 181 

Table alphabétique de;i matières 195 

Table alphiibéti(|Ue des noms de genres et d'esjèces mentionnés 

dans ce volume 197 

Tableau syr>oj)tiqiie (le nos musées 130, 146 

Victimes des bétcs féroces 127 



TAB1,E ALPHABETIQUE 

des noms de genres et d'espèces mentionnés dans ce volume. 



Pagk 

• Aletia hj'alinn .... ICt 

Ambl)'teles sutnialis, S<(y 37 

Banchus iiieriiiis, Prov 2-1 

Bassus cylimlriciiï^. Frov 4^-! 

'• syc<)j)haiita, W<(lsh 24 

Bombiis suhtenainiciis.i^rffci-. . . 34 

" trinarius, Fdbr 34 

Calliphora voinitaii:! 3ô 

Calocovis rapidus, Say 2ô 

Calosoma calidiiiii 5 

Ceciiioniyia leuuniiiiicola I ô 

Cercospora viticohi 5(i 

Cere.-a hubaki.s, Say 40 

" diceros, Say .' 25 

CoUaria Meilleiirii. Frov 24 

Coiiziis lateiali,-<. Say 34 

Cosiuopcpla cariiifex. Fahy.... 24 

Cry)>ius proxiiims. Vress 24 

^ Deprestaria lleiadiana, DlIi.. 18- 

Eiicheiiupa hiiiotata. Say 4() 

•' laiipes, Say 4f: 

Evroiienins pedalis. Crcss 34 

Ell^;cIlit-tll.s tristiniiia. (bV/y/ .... -37 

Exochii.s l8evi^<, Cress 24 

Ileliothifi ariiiigera Ki 

Helix iieiiioralis 7u 

Hclvclla et-cuieiita 11 (i 

Hi'iiiitclrs pallipc nuis, Prov 4') 

H(imœiiiu« œiieilroiis, Say. ..'-H, 37 

Ichiieiiiiioii coivnlutJ, /'(W'. 24.34, 4(i 

'• decoiatus, Prov. 24, 37 

'• fera lis.' Cress 24 

" laL-liiyiiiaiis Prov.. 24 

" inhicmi(ius. Cress.. 24 

'• isoror, Cress. 37 

Jasfus iiniiiixtus, <S«// . 4i. 

E.unpronota nuieiicaiia. Cress.'M. 37 

" l)iuniit'a, Cress.... '-M 
'• tViuila, Cress. -J-k.-ik. 37 

" hiiiiieralis, Prov.. 37 

•• varia, Cress 24 

Limiieria aiiiiiiiipi's. Cress 24 

liyaiiiia. Prov 4-. 



Pagk 

fjinuieria iiifnmata, Prov 24 

'• iiit'llipes. Prov 4(5 

" \)nryd. Prov ,.. 24 

" YuWcQXii. Prov 4(! 

" valida, C'jT.'^s 37 

Lopidea coiiflueii«. Say 25, 34 

Lychnis barbata 79 

i^yiius flavonotatHr!, Prov. . .25, 37 

'• iiwixu)}, Say 25. 34, 37 

" pratensis, JAii 25. 37, 41» 

Macrocentnis longicomis, Prot;. 4G 

Meuachiieconiniu ularis. Lin... ^4 

Meniscus scntellatus, Cress 24 

Me.-oclionis flavipes, Pror 46 

Mesoleius tanins, Prov 24 

\Ic>olti)tns liarhatns. Prov.... 24 

.Micidgasrtr bievicandns. Prov. 4(i 
Monalocoris pieridis, Pin. 25, 34. 37 

Mmchel a escnlenta Ii(i 

Xalii.-i forus, Lin 34, 4(i 

Ncniatus .... 5 

Ny-ins Groenlandicns, Zett 34 

ijncoiylns piiicliellus. Peut 34 

Opliion bilineatiis. Say ■'>i 

]>urgiiUfi, Say 34 

Urilioeentrns abdouiinalis, L'rov. 4() 

U.\ytelns niti liiUi.s. 175 

l'aliidina deeisa 38 

l'ann-ra bilobala. Say 24 

l'criiitns vulfiaii-, Crexs . 4<) 

Pi_-r(inosp(na \ir.icola 5() 

L'Iialins imijndieus. Lin . . -.'^^K 115 

IMiy^Mclcuon aciciilains, Prov. 4'-i, 4(i 

■' Ce; halicus. Prov.. 34 

mflai lis. Prov . . 43 

" iuhabilis, Prov .. 4^1 

" inipressus. i'ror. 24, 346 

•' iinituriis, P;ïh' 43 

'* paialleliis." i'i'ot'.. 24 

" pnbescciis, l'rov . . 34 

•' rubi icus. Prod.. . . 43 

rlivllnsticla, iabin.-c-a ■- •■^'> 

l'iiy.-a Ltirdi 3ri. 



198 



LE NATURALISTE CANADIEN 



Piiysnllo-jpora lîitlwilii lôni^tilpmis aniericaims, Crcss ... 4(! 

Phytocoriti scnipcu.-!, Say 24 Stiiilir()i<uiiia stygicus. iSay 3t 



l'Jiiipi!iC()iiqui(<ifor, Say 'S? 

'• nitoviiriat;i. Crcss 4:i 

•' tuimicoriiis, Cress.li4,V-i, 4lt) 

Piuus iul)ra Kii) 

'• strobns 1«> 

Plngiognaihiis f"u8cosu:<, Frov.. ."^4 

P(ilyi)la,!<tus aniiuliconiis. L'rov. 37 

Poiysphiucra viciiia, Prov 4>i 

Silplia pultaiu .- 53 



Stniiioius veiiaticus, Uld . 2ô 

l'iyphoii ^:euli^i^•('^. Crcss .. ... 24 

92 

92 
92 



Tn tic uni ajt^tiviim 

•' coiiiposituiii 

" liybtriiuui 

'•' sativum 

'• tiirgidiiui.- 9i 

Uiiciiiiila spiralis . 5ti 

Uroceius cy;uivn:<, Fitb . 34 



ERR>^.T^ 



Page 10, ligne 16, au lieu de : nous révèle, lisez : nous révèlent. 
25, ligne 5, au lieu de : IJhl. lisez : Lin. 

4Y, ligne 10 du bas, au lieu de : i'EntomoIoglst lisez : l'Eutoniologiste 
109, ligne 1ère du haut, au lieu : miséricorde Dieu, lisez : miséri- 

[corde de Dieu 

121, ligne 2e du bas, au lieu de : M. Books, lisez : Brooks. 

122, ligne 12 du haut, au lieu de : à travaillé, lisez : a travaillé. 

124, ligne 9 du bas, au lieu de : s'épurât, se dégageât, lisez : s'épura, 

[se dégagea. 

125, ligne 7 du bas, au lieu de : éclairée, lisez , éclairé. 
129, ligne 8 du bas, au lieu de : Janvier, lisez ; Février. 
137, ligne 12 du haut, au lieu de : ils a été, lisez : ils ont été. 
139, ligne 10, au lieu de : des résistances, lisez : de résistance. 
139, ligne 11, au lieu de : tout, lisez ; tant. 

142, ligne 6 du bas, au lieu de : illétrés, lisez : illettrés. 

14», ligne 14 du haut, au ^eu df : P. Causette, lisez : P. Cuussette. 



ol. XV 



JUILLET 1885 



No. 1 




SQMMAmE HE GE NïïMËBO. 



Notre publication. — Nos confrères dans le «acerdoce. — Nos hommes 
lettrés. — Nos institutions d'éducation. — Notre marche à l'a- 
venir. — Collaborateurs. — Payer d'avance 1 

Nos échanges 9 

Le Nodule noir, Spliœria morhosa 10 

Le Pétrole dans la Province de Québec 19 

Entomologica americana • 22 

Random Notes on Natural History 23 

Tidings from Nature 28 

The Naturalist in Florida - 24 

Publication reçue 24 

Petite Faune — Les Hémiptères 
Préface • 

Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois-, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent l>s 
numéros déjà parus de ce volume. 

Jg^" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, Cap Rouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 
Québec. — M. J. A. Langlai?, libraire, 111, rue St Joseph, St-Roch. 
Montréal. — MM. Gernaey & Hamelin, libraires, 1G59, rue Notre-Dame. 
Trois-Rivières. — M. P. V. Aj'otte, libraire, rue Notre-Dame. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



PETITE FAÏÏNE ENTQMOLflSIIJÏÏE Blî CANADA 



Vol. I. — Les Coléoptères, in-12 de 786 pages, illustré (18V7) $2.00 

Suppléments 1, 2 et 3 aux coléoptères, 1877, 38 p. in-8 ; 

1878, 19 p. in-8 ; 1879, 30 p. in-8 ; les trois 0.50 

Vol. II. — Les Orthoptères, les Nevrojjteres et les Hyménoptères, 

830 pa^es in-8, avec illu-^trations, 1880 2.00 

Vol. III. — Le.s Hémiptères en cours de publication. 

La Petite Faune E>fTOMOLOGiQUE du Caxada est le seul ouvrage, 
formant un tout par lui-même, publié sur les insectes de l'Amérique. Nul 
auteur américain n'a encore entrepris l'histoire d'un ordre complet. Tous 
les écrits que nous possédons jusqu'.à ce jour ne sont que des monogra- 
phies de quelque genre ou de quelque famille, ou souvent encore de 
quelque espèce particulière, distribués dans une foule d'ouvrages divers 
qui n'ont, ia p!u2)art du temps, aucune connexion entre eux, et qu'il est 
très difficile de se procurer. Ajouton.s que ces ouvrages sont souvent à 
prix fort élevés. Il serait préférable, sans doute, que l'histoire de chaque 
ordre s'étendit à toute l'Amérique du Nord, mais il aurait fallu alors 
multiplier les volumes et faire des ouvrages qui n'aui-aient pu être à la 
portée de toutes les bourses. Tandis qu'avec la Petite Faune, telle 
qu'elle e>t, on se trouve avoir le canevas chargé de la plupart des espèces 
de la Province de Québec, et sur lequel il sera toujours facile de ranger 
celles des territoires voisins, de même que celles que de nouvelles recher- 
ches pourront faire découvrir. 

On peut avancer en toute sûreté que les volumes mentionnés plus 
haut sont indisjjensables à toute personne désirant acquérir la connais- 
sance de nos insectes; d'ailleurs il y a plus de 300 espèces nouvelles dé- 
crites dans ces volumes dont on ne pourrait trouver la description nulle 
part ailleurs. 

Flore Canadienne, 842 p. in-8, illustrée, 1 862 $2.00 

Traité Élémentaire de Botanique, in-12 de 168 p. illustré, 2e 

édition, 18S4 $0.-10 

Le Verger, le Potager et le Parterre, 3e édition, 1874, in-12 de 

332 pages, profusément illustré, 1874 0.50 

Histoire du Canada. — Le premiers Cours, in-Pi de 84 p. 188 t.... 0.15 
Jg®° S'adresser pour ces divers ouvrages à M. J. A. Lang'ais, libraire, 
St Roch de Québec, ou à l'auteur, au Cap Rouge, 

L'ABBii PROVANCHER. 



i 



DE QUEBEC A JERUS 




Journal d'un pèlerinnge du Canada en Tene-Sainte en passant à 
travers l'Angleterre^ la Franee, l"E<iypte, la Judée, la Samarie, la Galilée, 
la Syrie et l'Italie. Ouvrage accuuipagné do plans et de cartes géogra- 
pliiquc'P, in-8 de 724 pages, 1881 $2.00 

l Otipeut dire" (!iiie cet ouvrage est tout-à-fait d'actualité, aujourd'hui 

ique les com uiunicafions, étant plus faciles, les pèlerinages en Terre-Sainte 
Ideviennent de pins en phis fréquents. L'auteur part de Québec en février 
1 "81, se rend à Halifax par l'Intercolorfal, s'embarque sur un vaisseau 
le la ligne Allan, traverse l'At'antiqu« et débarque à Liverpool. De 
Liverpool se rend à Londres, traverse là Manche entre New-Heavens et 
Dieppe, se rend à Paris ; puis de là se dirige sur Lourdes, en passant 
par Orléans, Toui's et Bordeaux ; de Lourdes se dirige sur Marseille par 
Toulouse, Cette, et Montpellier. A Marseille s'embarque sur un vaisseau 
des Mesfageries Maritimes, touche à Naples et continue à Alexandrie en 
passant par le détroit de Mes- sine. Débarqué à Alexandrie, il se dir'ge par 
voie ferrée sur Le Caire, visite les Pyramides, Matarieh, etc., et, traver- 
sant le désert par voie ferrée, s'embarque dans un petit bateau sur le 
canal de Suez à Ismaïlia et vient reprendre son vaisseau à Port-Saïd pour 
débarquer à Jaffa. De Jaffa à Jérusalem à cheval. Visite la Ville- 
Sainte, tous ses différents satictr.aires, passe à S.-Jean du désert, à 
Bethléem, à la Mer Morte et à Béthani, puis prenant la route delà Galilée, 
traverse la Samarie et atteint Nazareth. De là visite le Thahor, Tibériade, 
Cana et revient auMonl-Carmel, suivant ensuite le rivage de la mer, passe 
à S. Jean d'Acre, Tyr, Sidon,. et p'^nétrantdans les montagnes du Liban, 
visite Beït-Eddin, Deir-el-Kamar et revient à Beyrouth. Preiiant de là 
la route du retour, traverse de nouveau la Mcditerrannée, débarque à 
Naples, visite le Vésuve et se reni à Rome. De Rome se dirige sur Paris 
en passant par Assise, Lorette, Venise, Milan, Tuiin, le Mont-Cénis, 
Lyon et Fontainebleau. De Paris à Londres ^n traversant la Manche 
entre Boulogne et Folkstone ; i<"\< v-enant le steamer à Liverpool, dé- 
barque à Québec. 

S'adresser à l'auteur ou à M. Chaperon, libraire, rue de la Fabrique. 

L'akiîé PROVANCHER. 



^ol. XV. 



AOUT 1885 



No. 2 




SOMMi!IRE TE CE NIMEID. 



Voliuiies antérieurs à prix réduit 25 

Papier et gravures 25 

Conservez vos numéros 25 

L'étude clés Sciences •••• 2G 

Une vii^ite aux glaciers des Alpes .... 34 

A vie dure 37. — Le Némate du Mélèf-e 38. — Chrysomèleetla poninie- 

de-terre. — Cuscute 38 

Erreurs en histoire naturelle 38 

Un entomologiste d'Etat - - 39 

Avis à nos lecteurs 40 

Petite Faune — Les Hémiptères 

Cinquième ordre, les Hémiptères 1 

Hémiptérologistes li 

Bibliographie des Hémiptères 8 

Signes et abbreviations 11 

Classification des Hémiptères • - ■ 12 

Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
moi>-, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, on 
mieux par volume; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent 1 js 
numéros déjà parus de ce volume. 

J8^^ Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adres.-ées au Rédacteur, Cap Rouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 
Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Montréal. — MM. Gernaey & Hamelin, libraires, 1G59, rue Notre-Dame. 
Trois-Rivières. — M. P. V. Ayotte, libraire, rue Notre-Dame. 
Paris. — MM. Roger et Cliernoviz, 7, rue des Grands-Augu^tins. 



PSTITS FAUNE ENTflMlLOSIOUE DU OANAIA 



Vol. I. — Les Coléoptères, iii-12 de 786 pages, illustré (1877) $2.00 

Suppléments 1,2 et 3 aux coléoptères, 1877, 38 p. in-8 ; 

1878, 19 p. in-8; 1879,30 p. in-8; les trois 0.50 

Vol. II. — Les Orthoptères, les Névroptères et les Hyménoptères, 

830 pa^es in-8, avec illustrations, 1880 2.00 

Vol. III. — Les Hémiptères en cours de publication. 

La Petite Faune E.vtomologique du Canada est le seul ouvrage, 
formant un tout par lui-même, publié .sur les insectes de l'Amérique. Nul 
auteur américain n'a encore entrepris l'histoire d'un ordre complet. Tous 
les écrits que nous possédons jusqu'à ce jour ne sont que des monogra- 
phies de quelque genre ou de quelque famille, ou souvent encore de 
quelque espèce particulière, distribués dans une foule d'ouvrages divers 
qui n'ont, la plupart du temps, aucune connexion entre eux, et qu'il est 
très difficile de se procurer. Ajoutons que ces ouvrages .sont souvent à 
prix fort élevés. Il serait préféralile, sans doute, que l'histoire de chaque 
ordre s'étendît à toute l'Amérique du Nord, mais il aurait fallu alors 
multiplier les volumes et faire des ouvrages qui n'auraient pu être à la 
portée de toutes les bourses. Tandis qu'avec la Petite Faune, telle 
i|u*el!e est, on se trouve avoir le canevas chargé de la plupart des espèces 
de la Province de Québec, et sur lequel il sera toujours facile de ranger 
colles des territoires voisins, de même que celles que de nouvelles recher- 
ches pourront faire découvrir. 

On peut avancer en toute sûreté que les volumes mentionnés plus 
haut sont indispensab'es à toute personne désirant acquérir la connais- 
sance de nos insectes; d'ailleurs il y a plus de 300 espèces nouvelles dé- 
crites dans ces volumes dont on ne pourrait trouver la description nulle 
part ailleurs. 

Flore Canadienne, 842 p. in-8, illustrée, 1862 $2.00 

Traité Élémentaire de Botanique, in-12 de 168 p. illustré, 2e 

édition, 1884 1 $0.50 

Le Verger, le Potager et le Parterre, 3e édition, 1874, in-12 de 

332 pages, profusément illustré, 1874 0.50 

Hi<toire du Canada. — Le premiers Cours, in-r2 de 84 p. 1884... 0.15 
£®° S'adresser pour ces divers ouvrages à M. J. A. Lang'ais, libraire, 
St Ruch de Québec, ou à l'auteur, au Cap Rouge, 

L'.xBiîÉ PROVANCHER. 



;^^^ 



PATENTS 

MTTNN & CO., of the Scientific American, con- 
tlnuetoact as SoIioitDrs for Patents, Caveats, Trade 
Marks, Copyrights, for the United States, Canada, 
England, France, Gtermany, etc. Hand Book about 
Patents sent free. Thirty-seven years' experience. 
Patents obtained through MUNN & CO. are noticed 
In the Scientific A mebican, the largest, best, and 
most widely circulated scientific pa^er. $3.20 a year. 
"Weekly. Splendid engravings anu interesting in- 
formation. Specimen copy of the Scientific A iner- 
icaii sent free. Address MUNN & CO., Scientific 
American Office, 2G1 Broadway, New York. 



CE QUE L'ON PENSE DE NOU;S 



Le Naturaliste Canadien ressuscite. 11 ressuscite plus 
fort que jamais. 

Nous nous en réjouissons volontiers et présentons nos 
meilleurs souhaits à sou savant rédacteur-propriétaire : M. 
l'abbé Pro van cher. 

Le gouvernement Eoss mérite un bon point pour avoir aidé 
à relever cette revue scientifique dont toute la presse avait dé- 
ploré la suspension sous le gouvernement Mousseau, de triste 
mémoire. 

Le premier numéro du Naturaliste nous est arrivé hier, et 
nous l'avons parcouru avec un vif intérêt. 

Nous comptons que tous les hommes lettrés qui aiment à 
suivre les progrès de la science se feront un devoir de souscrire 
au Naturaliste. 

C'est une œuvre qui a non-seulement besoin d'être encou- 
ragée, mais qui mérite de l'être à tous égards. 

Le Nouvelliste du 16 septembre. 



C'est avec un vif plaisir que nous recevons le premier 
numéro, du 15ème volume du Naturaliste Canadien, publié 
par M. l'abbé Provancher, au Cap Eouge. Cette publication qui 
rendait de si grands services à la science en Canada, avait dû 
être suspendue par suite de malheureuses circonstances mcon- 
trolables. Des circonstances plus heureuses en permettent au- 
jourd'hui la résurrection, et c'est avec une véritable satisfaction 
,. que nous saluons cet événement. 

Le Monde du 16 septembre. 




ol XV. 



SEPTEMBRE 1885 



No. 3 




SOMMAIRE n CE Nl'MERD. 



Avis 41 

Eéponses à des correspondants. .*. 41 

Etude des Sciences naturelles 43 

Un nouvel ennemi 45 

Une yisite aux glaciers des Alpes («wïVt) . 53 

Insectes nuisibles 56 

Petite Faune — Les Hémiptères 

1er Sous-Ordres. Les Hétéroptères 18 

Famille des Scntellérides 19 

Famille des Pentatomides ... 24 

Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
moi:^-, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par aînée, ou 
mieux par volume; chaque volume commençant au premier juiilet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent 1 ;s 
numéros déjà parus de ce volume. 

J8^°" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Eédacteur, Cap Rouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 
Quebec— M. J. A. Langlai-, libraire, 1V7, rue St Joseph, St-Roch. 
Montréal.— MM. Gernaey & Hamelin, libraires, 1659, rue Notre-Dame. 
Trois-Rivières.— M. P. V. Ayotte, libraire, rue Notre-Dame. 
Paris.— MM. Roger et Chernoviz, 1, rue des Grands-Augustins. 



PETITE FAUNE ENTQMQLOGIQUE DU OANAUA 



Vol. L — Les Coléoptères, in-12 de 786 pages, illustré (1877) $2.00 

Suppléments 1, 2 et 3 au.K coléoptères, 1877, 38 p. in-8 ; 

1878, 19 p. ia-8; 1879,30 p. in-8; les trois 0.50 

Yol. II. — Les Orthoptères, les Névroptères et les Hyménoptères, 

830 pages in-8, avec illustrations, 1880 2.00 

Vol. III. — Les Hémiptères en cours de publication. 

La Petite Faune E.vtomologique du Canada est le seul ouvrage, 
formant un tout par lui-même, publié sur les insectes de l'Amérique. Nul 
auteur américain n'a encore entrepris l'histoire d'un ordre complet. Tous 
les écrits que nous possédons jusqu'à ce jour ne sont que des monogra- 
phies de quelque genre ou de quelque famille, ou souvent encore de 
quelque espèce particulière, distribués dans une foule d'ouvrages divers 
qui n'ont, la plupart du temps, aucune connexion entre eux, et qu'il est 
très difficile de se procurer. Ajoutons que ces ouvrages sont souvent à 
prix fort élevés. Il serait préférable, sans doute, que l'histoire de chaque 
ordre s'étendît à toute l'Amérique du Nord, mais il aurait fallu alors 
multiplier les volumes et faire des ouvrages qui n'auraient pu être à la 
portée de toutes les bourses. Tandis qu'avec la Petite Faune, telle 
qu'elle est, on se trouve avoir le canevas chargé de la plupart des espèces 
de la Province de Québec, et sur lequel il sera toujours facile de ranger 
celles des territoires voisins, de même que celles que de nouvelles recher- 
ches pourront faire découvrir. 

On peut avancer en toute sûreté que les volumes mentionnés plus 
haut sont indispensables à toute personne désirant acquérir la connais- 
sance de nos insectes; d'ailleurs il y a plus de 300 espèces nouvelles dé- 
crites dans ces volumes dont on ne pourrait trouver la description nulle 
part ailleurs. 

Flore Canadienne, 842 p. in-8, illustrée, 1 862 $2.00 

Traité Élémentaire de Botanique, in-12 de 168 p. illustré, 2e 

édition, 1884 ... ... $0.50 

Le Verger, le Potager et le Parterre, 3e édition, 1874, in-12 de 

332 pages, profusément illustré, 1874 0.50 

Histoire du Canada. — Le premiers Cours, in-12 de 84 p. 1884.... 0.15 
J3@" S'adresser pour ces divers ouvrages à M. J. A. Lang'ais, libraire, 
St Roch de Québec, ou à l'auteur, au Cap Rouge, 

L'abbé PROVANCHER. 



' PATENTS 

MTTNN & CO., of the Scientific Amebican, con- 
tinue to act as Solicitors for Patents, Caveats, Trade 
Marks, Copyrights, for the United States, Canada, 
England, France, Germany, etc. Hand Book about 
Patents sent free. Thirty-seven years' experience. 
Patents obtained throuehMUNN & CO. are noticed 
In the Scientific American, the largest, best, and 
most widely circulated scientific paper. f3.20a year. 
Weekly. Splendid engravings ang Interesting in- 
» formation. Specimen copy of the Scientific Amer- 

ican sent free. Address MUNN & CO., SCIENTIFIC 
American OfiBce. 261 Broadway, New York. 

CE QUE L'ON PENSE DE NOUS 



Nous saluons avec un vif plaisir la réa|iparition du Kafr- 
raliste Canadien, l'intéressante Eevue scientique jiuMiee lI u 
digée par M. l'abbé Provancher. 

Cette publication, qui fait honneur à notre province et à 
notre race, avait dû disparaître lorsque le gouvernement Mous- 
seau lui avait retranché le nerf de la guerre, La voici maint - 
nant qui ressuscite sous les auspices du gouvernement Rns^, 

Nous espérons qu'elle fournira doiéiiavant laie hniii ^ a 
rière, et que le public instruit lui fera l'accueil ipi'elle un liu. 

Le Courrier du Canada du 18 septembie. 



Nous saluons avec plaisir la réapparition du Naturaliste 
Canadien. Cette importante publication a rendu trop de ser- 
vices par le passé pour que la classe instruite ne voie avec bon- 
heur le savant abbé Provancher continuer a faire bénéficier le 
public canadien de ses travaux et de ses études dans le domaine 
des sciences naturelles appliquées à notre province. 

Nous souhaitons de tout cœur qu'un encouragement géné- 
reux réponde mieux cette fois que par le passé au dévouement 
de M. l'abbé Provancher, qui s'est imjiosé de si lourds sacri- 
fices, pour doter notre province d'une revue scientifique ca| able 
de soutenir avec honneur la comparaison avec les meilleures 
publications du genre publiées en Europe et ailleurs. 

Le Journal des Trois- Rev ières du 17 septembre. 



OCTOBRE 1885 



No. 4 




Jmpriuié par C. Darveau, 80 à <S1. nie de la Montagne, Québec. 



SOMMAIRE EE CE NUMERO. 



Primes .... ..... » o7 

Etude de l'Histoire Naturelle 5'-' 

Plantes rares dans les environs de Qnébec 60 

Intelligence des animaux 63 

Ascension de l'Étna 65 

Ennemis du Pommier - 72 

Petite Faune — Les Hémiptèrïs 

Famille des Pentatomides (suite) ♦ - - ■ '^3 



Le Naturaliste Canadien paraît au commencfment de chaque 
moi-, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent \is 
numéros déjà parus de ce volume. 

iS^" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adies ées au Rédacteur, Cap Rouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Qu;bec. — M. J. A. Langlai-, libraire, IV Y, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 1, rue des Grands-Augustins. 



PETITE FAUNE ENTOMaLOSIOUE DU 3ANOA 



Vol. I. — Les Coléoptères, in-r2 de 786 pages, illustré (1877) $2.00 

Suppléments l,2(t3 aux coléoptères, 1877, 38 p. in-8 ; 

1878, 19 p. in-8; 1879, 30 p. in-8 ; les trois 0.50 

Vol. II. — Les Orthoptères, les Névroptères et les Hyménoptères, 

830 pa^es in-8, avec illustrations, 1880 , 2.00 

Vol. III. — Les Hémiptères en cours de publication. 

La Petite Faune Extomologique du Canada est le seul ouvrage, 
formant un tout par lui-même, publié sur le.s insectes de l'Amérique. Nul 
auteur américain n'a encore entrepris l'histoire d'un ordre complet. Tous 
les écrits que nous possédons jusqu'à ce jour ne sont que des monogra- 
phies de quelque genre ou de quelque famille, ou souvent encore de 
quelque espèce particulière, distribués dans une foule d'ouvrages divers 
qui n'ont, la plupart du temps, aucune connexion entre eux, et qu'il est 
très difficile de se procurer. Ajoutons que ces ouvrages sont souvent à 
prix fort élevés. Il serait préférable, sans doute, que l'histoire de chaque 
ordre s'étendît à toute l'Amérique du Nord, mais il aurait fallu alors 
multiplier les volumes et faire des ouvrages qui n'auraient pu être à la 
portée de toutes les bourses. Tandis qu'avec la Petite Pauxe, telle 
qu'elle est, on se trouve avoir le canevas chargé de la plupart des espèces 
de la Province de Québec, et sur lequel il sera toujours facile de ranger 
celles des territoires voisins, de même que celles que de nouvelles recher- 
ches pourront faire découvrir. 

On peut avancer en toute sûreté que les volumes mentionnés plus 
haut sont indispensables à toute personne désirant acquérir la connais- 
sance de nos insecte^; d'ailleurs il y a plus de 300 espèces nouvelles dé- 
crites dans ces volumes dont on ne pourrait trouver la description nulle 
part ailleurs. 

Flore Canadienne, 842 p. in-8, illustrée, 1862 $2.00 

Traité Élémentaire de Botanique, in-12 de 168 p. illustré, 2e 

édition, 1884 . . - - ... $0.50 

Le Verger, le Potager et le Parterre, 3e édition, 1874, in-12 de 

332 pages, profusément illustré, 1874 0.50 

Histoire du Canada. — Le premiers Cours, in-12 de 84 p. 1884.... 0.15 
Ë^" S'adresser pour ces divers ouvrages à M. J. A. Langlais, libraire, 
St Roch de Québec, ou à l'auteur, au Cap Rouge, 

L'abbé PROVANCHER. 



^•^^«-o — ° »^=O g>^ ^ 

Fi U^"\/r A INJ r^T? L'^^''^ numéros qui suivent du Canadian Naiu- W 
UliiVjAiMJli. raJ ht & Geologist. ■ | 

f- Vol. VI (1861) No 6. 

Vol. VII (1862) Nos 1, 2, 3, 4 et.*6. Specifier le prix. 

CE QUE L'ON PENSE DE NOUS 



" Le Naturaliste Canadien " publié par l'ahhé L. Pro- 
vancher. — Nous voyons avec plaisir que la presse Canadienne 
a été unanime à saluer la réapparition de cette importante et 
utile publication qui ayait cessé de paraître au mois d'octobre 
1883. Plus que jamais cette publiciition se recommande à 
l'attention non seulement des hommes qui se livrent à l'étude 
de l'entomologie, mais des horticulteurs, des propriétaires de 
vergers et en général des cultivateurs oui ont le souci de leur 
art. 

Les cultivateurs, nous le savons, sont entourés de milliers 
et de milliers d'ennemis qui en veulent à leurs cultures, et tou- 
jours ils mettent sur le compte du vent, de la pluie, du soleil, 
du brouillard, les dégâts dont les insectes sont presque toujours 
les auteurs. Cette année, plul^ que jamais, les grains, le foin, 
le trèfle, les racines, les fruits de toutes sortes et les arbres 
forestiers, dans notre pays et aux Etats-Unis, ont eu à souffrir 
considérablement des ravages cauf-és par les insectes nouveaux 
qui émigrent d!un endroit à l'autie et qui se multiplient à l'in- 
fiui, parce que nous ne prenous pas les moyens de les détruire ; 
au contraire, nous leur donnons toutes les chances possibles de 
s'étendre et de se multiplier davantage dans nos champs, dans 
nos jardins et dans nos vergers, par notre indifférence coupable 
à leur égard. 

M. l'abbé Provancher, qui se livre depuis déjà nombre d'an- 
nées à l'étude de l'entomologie, fait appel à ses compatriotes 
pour les engager à souscrire à son journal, le Naturaliste Cana- 
dien qui devra sûrement nous renseigner sur les moyens à 
prendre pour la destruction des insectes qui sont un fléau pour 
notre culture. 

Tous ceux qui en ont It s moyens, devraient se faire un de- 
voir de recevoir ce journal dont l'abonnement, payable d'avance, 
n'est que de %'2 par année. On peut s'abonner chez M. J. A. 
Langlais, libraire à St-Eoch de Québec. ^j 

Succès à notre confrère, M. l'abbé Provancher, dans son {l 
œuvre éminement utile. — (Gazette des Carrij^agnes, iit^t. 24) Mi\ 



7o\. XV 



NOVEMBRE 1885 







^CJ 



(emmmi^o 



BULLETIN T)T. RTlCHKRCHrS, »iBi=15RVATIONS ET DÉCOUVERTES ^ J 

BE RAPPORTANT A L'HISTom:! NATURELLE DU CANADA, ,^' T'5 

&I? .^ Eédacteur: M. L'ABBÉ PROVANCHER. ,_Â:^/^ 







imprime pai- C. DAKViiAi', SO ù bJ, rue Ul- la iluuiaiju^, Québc. 



SOMMAIRE n CE NUMERO. 



Primes du mois d'octobre 73 

L'Histoire Naturelle et l'Agriculture 73 

Notes de voyatre en Italie et en France T8 

Une grammaire originale 81 

Nécrologie 82 

Un nouveau mollusque à Québec .... 82 

Diffusion des animaux 84 

Primes — 87 

Association américaine jxjur raviincement de la science 87 

Cata'ogue des Unios , 88 

Vieux Serin 88 

Petite Faune — Les Hémiptères 

Fam.ni— Coréides 52 

ADDITIONS ET CORRECTIOS A LA FAUXE nYMÉXOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. I. Tenthrédinides ... 5 



Le Naturaliste Canadiex paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne \:>as pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent lis 
numéros déjà parus de ce volume. 

fi®^ Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, Cap Rouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlai.s libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris.— MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grand.s-Augustins. 



DEMANDES ET OFFRES 



M. F. ANCEY, 5fi, Grande rue Marengo, Marseille, France, désire 
obtenir dei« Mollusques terrestres et fluviatiles de l'Amérique, il oti're en 
échange des espèces marines de la Méditerrannée, ou tluviatiles et terres" 
très de France. 



MOLLUSQUES A ECHAISGER 

Contre d'autres espèces, particulièrement des marines. 

{Pour la correspondance, il suffira de spécifier le nutnéro) 



1 Strombus bituberculatus, Lrt/rt. 


2G 


Ca3si= 


rufa, Lin. 


2 " epidromi^, Llnn. 


27 


" 


testieuhis. Lam. 


3 " _ Mauritianus, Lani. 


28 


Cassis 


decussata, Tjam. 


4 " a'atu*, Gind. 


29 


Columbella rustica, Lam. 


5, Pteroceras lambis. Lin. 


30 




•' mercatoria, Lam. 


6. " aurantia, Lam. 


31 


Oliva 


literata. Lam. 


7. Chenopus pes-pelicaiii. Lin. 


32 


it 


porphyria, Lam, 


8. Terebellum subulatum, Chemn. 


33 


<e 


guttata. Lam. 


9. Murex tenuispinosus, Lam. 


34 Olivella biplicata, Sai/. 


10. " brandaris, Lain. 


35 


Couu 


3 sulcatus, Hwass. 


11. '•' bieolor, Valenc. 


30 


« 


Mediterranneus, Hwass. 


1:2. " trunculus, Lam. 


37 


ie 


gubernator. Lam. 


\?>. Trophon truncatus, Strom. 


38 


Voluta vespertilio, Reeve. 


It. " corona, Strom. 


39 


Cypraea canrica, Lin. 


15. Fusus cinereus, Xm. 


40 


a 


adusta, Lam. 


IG. Pyrula paradisiaea, ilfari. 


41 


ce 


caput-serpentis, Lin. 


27 Sycotypus pyruin. Dill. 


42 


Ci 


moneta, Lin. 


18 Ficus papyraceus. Sat/ 


43 


(C 


clandestina, lAn. 


19 Fusus Diipetithouarsi, Kien. 


44 


{( 


carneola. Lin. 


20 Buccinum undatum, Moll. 


45 


« 


Mauritiana, Lin. 


21 Nassa trivittata, Say. 


45 


.< 


scurra, Lin. 


22 Purpura lapillus, Lam. 


47 


ee 


mappa, TJn. 


2.3 " haemastoma, Lin. 




(J, continuer). 


24 Dolium perdix, Lin. 






L. PKOVANCHER, 


25 Cassis Madagascariensis, Lam, 






CapRouge 







W l"^fj''l%f A XI I M? Les liuniéros qui suivent di) Canadian Naiu- \M 



Vol. A^I (1861) No 6. 

Vol. VII (1862) Kos 1, 2, 3, 4 et 6. Specifier le prix. 

PRIMES. 

On comiDi-end que le tirage se faii^ant après la distribution 
des copies, nous ne connaîtrons les gagnants qu'après qu'ils se 
seront fait connaître eux-mêmes. Nous publierons leurs noms 
dans le numéro qui suivra. 

Cî suit la liste des primes. 
1ère jîrhne po^tuge 

Octobre; De Québec à Jéru- 
salem ; vol. de 800 pages 8 cts.. 
Novembre : Faiine Entoniolo- 

gique, les Coléoi^fères — S " 
Décembre: Faune Eiiiomolo- 

gique, les Hyménoptères. 8 '^ ■ 
Janvier : Un chapelet nacre, 

monté en argent (béni sur 

le S. Sépulcre) 8 " 

Février : Cas.szs rif/a (superbe 

coquille) - " 

Mars: Faune, les Coléoptères. S " 
Avril : Faune, les Coi'' < ptères 8 " 
Mai: Les pèlerins Canadiens 

aux bord du Jourdain en 

1884, paysage par M. A. 

Rho .^ ■' 

Juin : Une patte de caribou, 

bien préparée. — "-' '' 



2e prime postage 
Cassis Madagascariensis 4 cts 

1 Chapelet nacre, non monté. 4 " 

1 Porte-plume, crayon et ca- 
outchouc, en nikel 2 " 

1 Pteroctras luinhit- 4 " 

2 rurpvra h,< .,>.ijn„<„ ... 4 " 

2 Helix Cœsarcuiia ..... . ..4 " 

2 Vuio i-adiaiun 4 " 

1 Siromhu.'s auraius 4 " 



1 Coitus quhernator . . 



Le postage, quand ce .sera pour I'lAuope sera toujours 
double de celui ci-dessus indiqué, 

La réclamation des primes devia être faite dams les deux ; 
mois après la proclamation des numéros gagnants. i 

N. B. — Nul n'aura droit aux primes si son abonnement \ 

est, encore dû ; elles ne seront à la disiiosition que de ceux qui k 

... ... 'A 



> auront payé d'avance, ou des échanges. 



I 
É 



^,;^®«- 



-Wi®| 



J^ 




Imprimé par C. Darveau, 80 à 84, nie de la Moutague, Québ.c. 



SOlVîMAIRi; E£ G£ NUMEKO. 



Primes des mois d'Octobre et Novembre 89 

L'Histoire Naturelle et l'Agriculture 89 

Sur la fécondation des Cypripèdes 9-t 

Nécrologe 103 

Eenvois 104 

Nouvelle capture , 104 

Petite Faune — Les Hémiptères 

Fam.in — Coréides (suite) 5Y 

additions et CORRECTIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. I. Tenthrédinides (suite) ,. 7 



Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
Biieux par volume ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent L's 
numéros déjà parus de ce volume. 

JOÈi"" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivelit 
être adressées au Rédacteur, Cap Rouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 17 Y, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris.— MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



DEMANDES ET OFFRES 


M. F. ANCEY, 56, Grande nio Marengo, Marseil'e, France, désire 


obtenir des Mollusques terre:*tres et fluvialilesde l'Amérique, il otire en 


échange des espèces niarines de la Méditerrannée, ou fluviatiles et terres- 


tres de France. 




Mr. Arn. MONTANDON, naturaliste, administrateur du domaine' | 


royal de Sinaia, Roumanie, offre 


des Hémiptères, Coléoptères et Coquilles 


des Carpathes, bien d 'termines. 


à toute pe'sonne qui voudra bien lui en- 


voyer, déterminés ou non, des tl 


émlptèrcs-Hétéropières avec localités de 


provenance soigneusement indiq 


u ées. 


M. GASNAULÏ-GUEKIN, de Luynes, près Tours, demande à | 


échanger des roches de France, 


contre des roches du Canada. | 


MOLLUSQUES A ECHANGER 


Contre d'autres espèces, 


particulièrement des marines. 


CPour la correspondance, il suffira de spécifier le numéro) . 


48 Trivia pustulata, Lani. 


73 Trochus articulatus, Lam. 


49 •'•' pulex, Linn. 


74 Phasianella puUa, Lin. 


50 " pediculus, Linn. 


75 " speciosa. 


51 Ovulum gibbosum. Lin. 


76 Dentalium entalis. Lin. 


52 Natica canrica, Chemn. 


77 Trochus magus. Lin. 


53 " héros, Saij. 


78 " Langieri, Puyr. 


54 Neverita duplicata. Say. 


79 Cerithium rujsestre. 


55 Cerithium erythiense, Lani. 


80 " médite; ranneum,De5/î. 


56 " eburneum, Brng. 


81 Pomatias crassilabris. 


57 " mamillatum, Risso. 82 Pomatiopsis lapidea. Say. | 


58 Littorina obtusata. Lin. 


83 Nassa rautabilis. Lin. 


59 " angulifera, Lam. 


84 " incrassata. 


60 " fia va, Brod. 


85 Marginella bivaricosa, Lam. 


61 Rissoa Bruguieri, Pays. 


86 Neritina punctulata, Lam. 


62 Melantho decisa. Say. 


87 Cyclostoma elegans. Mull. 


63 Neritina meleagris, Cah. 


88 " sulcatum. Drap. 


64 " fluviatilis. Lin. 


89 Limnaea peregra, Dupuis. 


65 Nerita zebra. Gray. 


90 " palustris, Mnll. 


66 Bulimus decollatus. Lin. 


91 " slagnalis, Lin. 


67 Pomatias maculatus. Drap. 


92 " capereta, Say. 


68 Paludina tentaculata. Flem. 


93 " catascopium, Binn. 


69 Acmaea persona, Escli. 


(A continuer). 


70 TrochiisNiloticus, Lin. 




71 " ziziphiniis, Lin. 


L. pnOVANCHER, 


72 " conulus. Lin. 


CapRouge. 




posîagc 
4 cts 



'^^ N. B. — U7ie tra'h^ji- l'ion et des erreurs considérables ^4 
s étant trouvées dans l>s -pages 7 et 8 des Adiuuuis , il faut | 

t enlever ce feuillet, il ^-e rdiouve, corrigé, dans la présente 
Jorme. 

PRIMES. 

On comprend que le tirage se faisant après la distribution 
des coijies, .nous ne connaîtrons les gagnants qu'aja-ès qu'ils se 
seront fait connaître eux-mêmes. Nous publierons leurs noms 
dans le numéro qui suivra. 

Cî suit la liste des ] rimes. 
1ère iM'ime postage 

Octobre; De Québec à Jéru- 

Palem ; vol. de 800 pages 8 cts. 
Novembre : Faune I^ntoiiiolo- 

gique, les Coléoptères.. . . > " 
Décembre: Faune En omolo- 

gique, les Ryménoptères. 8 " 
Janvier : Un clrapelet naciw 
monté en argent (béni siu 
le S. Sépulcre). '• 

Février : Cassis ru/ a (s npcj i r 

coquille) . . "' 

Mars: Faune, les Co éoptèrc'.-. - "' 

Avril: Faune, les Coléoptère- b '' 

Mai: Les pèlerins Canadiens 

aux bord du Jourdain en 

1884, paysage par M. A. 

Eho ■ '' 

Juin : Une patte de caribou, 

bien préparée 8 " 

Le postage, quand ce sera pour l'Europe sera toujours 
double de celui ci-dessus indiqué. 

La réclamation des primes devra être faite dans les deux 
mois après la proclamation des numéros gagnants. 

N. B. — Nul n'aura droit aux primes si son abonnement 
K est encore dû ; elles ne seront à la disposition que de ceux qui ^;) 
m auront payé d'avance, ou des échanges. ,|| 

mm^-^ — — ■ ^ ---^mm 



l'c pr,n.e 
Cassis J\[adu[/(isci(ricnsis.... 

1 Chapelet nacre, non monté, 

1 Porte-plume, crayon et ca- 
outcliouc, en nikel . . - 

1 Pteroixras <cijil)is . . . 

2 jPinjiiira hicmasioma 



2 Helix Cœsweana 4 " 

2 U'irio radialtis 4 " 

1 S trombus auratus 4 " 



1 Conii's gnbcrnuioT 3 



'Il 



JANVIER 1886 



"^ S^' 



h^^!^ 



LE 








%.i'à 



Q'mmmï^ 



Vi %ïr BE RAPPORTANT A l'HI>T< .. l< ,• NATURfiM-K Mi' CANADA. >Û^ 5 



Rédacteur: M. L'aBBÉ PROVANCHER. 




4^^ 




V ■■•• 




CAP n U G E : 

PROVINCE DE QUÉBEC, 

CAIS'ADA. 




M 



V g 



Imprimé par C. Darveau, 80 h. 81, rue de la Montagne, Québec. 



SOMMAIRE HE G£ MMEBD. 



Primes des mois de Novembre et Décembre 1 fSô 

Les Microbes 1^'^ 

Un Fossile humain aa Mexique 1C9 

Le Serpent de mer 174 

Bibliographie 170 

Ecureuils emigrants ..-. 179 

Poissons hors de l'eau.......... 180 

ADDITIOXS ET CORRECTIONS A LA FAUNE HYMEXOPTEROLOGIQl'E. 

Fam. I. Tenthrédinides {suite et fin) ^ 15 

Fani. II. Urocérides , • 26 

î\vm. lY. Ichneumonides 28 



Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par vo'unie ; chaque volume commençant an premier juillet 
chaque année, et se complétant dans le.s 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent l)s 
numéros déjà i-)arus de ce volume. 

Jg^" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, Cap Rouge, Québec 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlai>-, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 





DEMANDES ET OFFRES 




M. F. ANCEY, 56, Grande rue Marensro, Marseille, France, désire 


obtenir des Mollusques terrestres et 


fluviatiles 


de l'Amérique, il ottre en 1 


échange des espèces marines de la Méditer 


rannée, ou iiuviatiles et terres- | 


très 


de France. 










Mr. Ark. MONTANDON, n 


aturaliste, 


administrateur du domaine 


royal de Sinaia, Roumanie, ottre des 


Hémi 


ptèr 


es. Coléoptères et Coquilles 


des 


Sarpathes, bien déterminés, à toute personne qui voudra bien lui en- 1 


voyer, déterminés ou non, des Hém 


ptères-ïïétéroptères avec localités de 1 


prov^enance soigneusement indiquées. 








M. GASNAULT-GUEKIN, 


de Luyne 


0, près Tours, demande à 


échanger des roches de France, contre des 


roches du Canada. 1 




MOLLUSQUES A ECHANGER 


Contre d'autres espèces, particulièrement des marines. 1 




ÇPour la correspondance, il 


suffira 


de spécifier le numéro) ■ 


94 


Bulimus acutus, Mull. 


123 Helix psara. Bourg. \ 


lt.5 


Buliminus detritus. Mull. 


124 


it 


cornea. Drap. 


Do 


Pupa megachilos, Jan. 


125 


a 


pyramidata. Drap. 


97 


" Bergomensis, Charp. 


126 


ee 


variabilis. Drap. 


98 


•' aniicta, Parreijs 


127 


ce 


acuta. Drap. 


99 


" Fcrrarii, Porro. 


128 


ee 


striata, Drap. 


100 


Clausilia clavaia, Eossi. 


129 


ee 


rugosiuscula, Michaud. 


101 


" opalina, Ziegl. 


130 


ee 


intersecta, Mich. 


102 


" lamina ta, Mont. 


131 


ee 


neglecta, Draj}. 


103 


" strobeli, Porro. 


132 


ee 


lauta, Lowe. 


104 


" Conemenassi, Bo'èttgr 


133 


ee 


Leai, Ward. 


105 


" Comensis, Schuttl. 


134 


ee 


hirsotoma, Sai/. 


lOG 


" exoptata, Schmidt. 


135 


ee 


7-volva, Sai/. 


107 


" incisa, Hast. 


136 


ee 


lapicida. Lin. 


108 


" frimbriata, Muhlf- 


137 


ee 


syriaca, Ehr. 


109 


" qnadridens. Mull. 


i;;8 


ee 


arbustorum. Lin. 


110 


" dubia. Drap. 


139 


ee 


ericetorum. Mull. 


111 


" cterulea. Férus, 


140 


ee 


alternata, Saij. 


112 


" bidens. Lin. 


141 


ee 


carthusianella. Drap. 


118 


" Itala, Mart. 


142 


ee 


pisana, Mail. 


114 


fusca, deBetta. 


143 


ee 


ligata, Mull. 


115 


Balsamoi, Schuttl. 


144 


ee 


aspersa. Mull. 


IIG 


Helix candidissima. Drap. 


145 


ee 


incerta. Drap. 


117 


'' obvia, Parreys. 


146 


ee 


frigida, Jan. 


118 


" cantiana. Val. 


147 


ee 


naticoides. Drap. 


119 


" pomatia, List. 


148 


ee 


austriaca, Muhl. 


120 


" neinoralis, Un.. 


149 


ee 


serpentina, Ferr. 


121 


" hortensis, Mnll. 


150 


ee 


cœspitum, Drap. 


122 


" Cifâsareana, Puijr. 


151 


ee 


muralis, Mull. 




A continuer. 










L. ] 


PROVANCHER, CapRouge. 1 



^•^^<- 



-"-^^ 



2e prime 



postage 
. . 4 cts 



I' JVbus avons été forcé d'interrompre les Hémiptères dans ce 
I numéro — et peut-Hre le ferons-nous encore dans quelques autres — ,., 
pour laisser l'espace aux îiombreuses additions que nous avons à f 
faire aux Hyménoptères, afin d'éjmiser ces derniers avant le retour 
de la saison de chasse. 

PRIMES. 

On comprend que le tirage se faisant après la distribution 
des copies, nous ne connaîtrons les gagnants qu'après qu'ils se 
seront fait connaître eux-mêmes. Nous publierons leurs noms 
dans le numéro qui suivra. 

Cî suit la liste des primes. 
1ère prime pot-tage 

Octobre ; De Québec à Jéru- 
salem ; vol. de 800 pages 8 cts. 
Novembre : Faune Entomolo- 

gique, les Coléoptères — 8 " 
Décembre: Faune En^omolo- 

gique, les Hyménoptères. 8 " 
Janvier : Un chapelet nao «; , 
monté en argent (béni sur 

le S. Sépulcre) 8 " 

Février : Cassis rnfa (superbe 

coquille) 8 " 

Mars: Faune, les Coléoptères. 8 " 

Avril: Faune, les Coléoptères 8 " 

Mai: Les pèlerins Cahadiens 

aux bord du Jourdain en 

1884, paysage par M. A. 

Eho 8 " 

Juin : Une jiatte de caribou, 

bien préparée 8" 

Le postage, quand ce sera pour l'Europe sera toujours 
double de celui ci-dessus indiqué. 

La réclamation des primes devra être faite dans les deux 
mois après la proclamation des numéros gagnants. 

N. B. — Nul n'aura droit aux primes si son abonnement ^, 
J) est encore dû ; elles ne seront à la disposition que de ceux qui ((| 
1^ auront payé d'avance, ou des échanges 



Cassis M"<l"j"i^'-<ii')'n)sis. 

1 Chapelet nacre, non monté. 4 " 

1 Porte-plume, crayon et ca- 
outchouc, en nikel. 2 " 

1 Pteroceras lamb is 4 " 

2 Purpura Jiœmasioma — 4 " 

2 Helix Cœsareana . . 4 " 

2 Uriio radiaius 4 " 

1 Sirovibus auraius 4 " 



1 Conus (juhernaior . . . , . . 3 



¥â 



■^^^Mm 






ol. XV. 






No. 8 




Imprimé pa;- C. Dauyeau, 80 à 84, rue de la Montagne, Québc. 



SOMMAIRE SE 0£ NUMERO. 



Primes des mois d'octobre, décembre et janvier ... 181 

Géographie physiqvie du Saguenay 182 

Congrès international des géologues , 191 

Prime? 195 

Arithmétiqxie 19 G 

Bibliographie 196 

ADDITIONS ET CORRECTIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. IV, Lygéides 165 



Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
moi?, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par vohxme; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne i^as pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent lis 
numéros déjà parus de ce volume. 

J8^° Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, Cap Rouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlai?, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, Y, rue des Grands-Augustins. 



DEMANDES ET OFFRES 



M. F. AXCEY, 56, Grande rue Marengo, Marseille, France, désire 
obtenir des Mollusques terrestres et fluviatiles de l'Amérique, il offre en 
échange des espèces marines de la Méditerrannée, ou liuviatiles et terres- 
tres de France. 

Mr. Arx. MONTANDON, naturaliste, administrateur du doinaine 
royal de Sinaia, Roumanie, offre des Hémiptères, Coléoptères et Coquilles 
des Carpathes, bien déterminés, à toute personne qui voudra bien lui en- 
voyer, déterminés ou non, des Hémiptères-Hétéroptères avec localités de 
provenance soigneusement indiquées. 

M. GASNAULT-GUEKIN, de Luynes, près Tours, demande à 
échanger des roches de France, contre des roches du Canada. 

MOLLUSQUES A ECHA1SGER 

Contre d'autres espèces, particulièrement des marines. 

iPour la correspondance, il suffira de spécifier le numéro) 



152 Helix amnonis, Schmidt. 

153 " zonata, Stud. 

154 " ambigua, Lin. 

155 " platychela, Menke. 

156 " colubrina, Jan. 

157 " angigyra, Jan. 

158 •' Mazulli, Jan. 

159 " arvcnsis, Pini. 

160 " pulchella. Mull. 

161 " tetragona, Jan. 

162 " cingulata. Stud. 

163 " profuga, Schmidt. 

164 " surrentina, Schmidt. 

165 " possidoniensis, Tiburi. 

166 " Mar:eiisiana, Tiburi. 

167 " baltitriumphala, Charp 

168 " signata, Féruss. 

169 " rotundata, Mull. 

170 " melanostoma, I>mj?. 
17 " Strigata, Mail. 

172 " incarnata, Mull. 

173 " obstructa, i'Vruss. 

174 " elegans, Drap. 

175 " cinctella, Drap. 

176 " arborea. Lin. 

177 " serpentina, Féruss. 

178 " lucida, Drap». 

179 " maritima, Peychaud. 

180 " sericea, Mull. 

181 " Niciensis, Féruss. 

A continuer 



182 Hélix apicina, Lam. 

183 " pyrenaica, Drap. 

184 " Hermessiana, Pini. 

185 " Gobauzi, Frahneuf. 

186 " fruticum. Mull. 

187 " candidissima. Drap. 

188 " strigella, Drap. 

189 " carthusiana. Mull. 

190 " aperta, Bon 

191 ■ " lucorum. Mull. 

192 " vermiculata, Mull, 

193 " candidula. Stud. 

194 " conspurcata. Drap. 

195 " lapicida. Lin. 

196 " aspersa, Mull. 

197 " grisea. Lin. 

198 Hyalina nitidula, Drap. 

1 99 " cellaria. Mull. 

200 " Draparnaudi, Beck. 

201 " petronella, Charp. 

202 •' Villœ, Morfill. 

203 " piulex, Jan. 
2ii4 " olivetorum, GmeL 

205 Vitrina pellucida. Mull. 

206 " brevis, Féruss. 

207 " diapliana. Drap. 

208 Cionella folliculus, Groicer. 

209 Zonites incertus, Drap. 

210 " acies, Partsch. 



L. PROVANCHER, CapRouge. 




PRIMES. 

On comprend que le tirage se faisant après la distribution 
des copies, nous ne connaîtrons les gagnants qu'après qu'ils se 
seront fait connaître eux-mêmes. Nous publierons leurs noms 
dans le numéro qui suivra. 

Cî suit la liste des primes. 

1ère prime postage 2e prime postage 
Octobre; De Québec à Jéru- Cassis Madagascariensis 4 cts 

salem ; vol. de 800 images 8 cts. 
Novembre : Faune Entomolo- 1 Chapelet nacre^ non monté. 4 " 

gique, les Coléoptères — 8 " " 
Décembre: Faune Entomolo- 1 Porte-plume, crayon et ca- 

gique, les Hjnuénoptères. 8 " •' outchouc, eu nikel 2 " 

Janvier: Un chajselet nacre, \ Pteroceras lamhis 4 " 

monté en argent (béni sur 

le S. Sépulcre) 8 " 

Février: C«ms n</« (superbe 2 Purpura Tiœmastoma — 4 " 

coquille) 8 '< 

Mars: Faune, les Coléoptères. 8 " 2 Belix Cœsareana 4 " 

Avril: Faune, les Coléoptères 8" 2 Unio radiatus 4" 

Mai: Les pèlerins Canadiens 1 Strombus auraius 4 "• 

aux bord du Jourdain en 

1884, jpaysage par M. A. 

Eho 8 " 

Juin : Une patte de caribou, 1 Comts guhernaior 3 " 

bien préparée. 8 " 

Le postage, quand ce sera pour l'Europe sera toujours 
double de celui ci-dessus indiqué. 

La réclamation des primes devra être faite dans les deux 
mois après la proclamation des numéros gagnants. 

N. B. — Nul n'aura droit aux primes si son abonnement 
est encore dû ; elles ne seront à la disposition que de ceux qui 
auront payé d'avance, ou des échanges. 




S 



-^«s®,^ 



Vol. XV. 



MARS 1886 



No. 9 




@ac3aio)[iiiB3o 



BULLETIN DT, BECHKRCHFP, OBSERVATIONS ET DÉCOUVERTES 
BE RAPPORTANT A l'hISTOIUi NATUReLT-K, I>r' riAMAUA. 

Eédactenr: M. L'ABBÉ PROVANCHE&. 




CAP E U G E : 

PROVINCE DE QUEBEC, 

CANADA. 




if 

■^ r ,-v. JVWALKF.B X^. 



Imprimé par C. Daryeau, 80 ù 84, rue de la Montagne, Québ c. 



SOl^MAIBE DE CE NUMERO. 



Primes des mois de Janvier et février — ,. , 19T 

Géographie physique du Saguenay , - 197 

Souvenirs de Valachie 207 

Excursion dans la terre d'Israël 210 

Bibliographie 211 

Mosaïque de population 212 

Petite Fadxe — Les Hémiptères. 

Fam. IV, Lygéides (suite) 69 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. IV — Ichneumonides (suite) --•• 43 



Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
moi.*, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par vohime ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent ]»s 
numéros déjà parus de ce volume. 

Jg^^ Toutes correspondance^, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, Cap Rouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlai?, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



DEMANDES KT OFFRES 

M. F. ANCEY, 56, Grande rue Marengo, Marseille, France, désire 
obtenir des Mollusques terrestres et fluviatiles de l'Amérique, il offre en 
échange des espèces marines de la Méditerrannée, ou fluviatiles et terres- 
tres de France. 

Mr. Arn. MONTANDON, naturaliste, administrateur du domaine 
royal de Sinaia, Roumanie, offre des Hémiptères, Coléoptères et Coquilles 
des Carpathes, bien déterminés, à toute personne qui voudra bien lui en- 
voyer, déterminés ou non, des Hémiptères-Hétéroptères avec localités de 
provenance soigneusement indiquées. 

M. GASNAULT-GUEKIN, de Luyne», près Tours, demande à 
échanger des roches de France, contre des roches du Canada. 

M. le Comte Marius H. Peracca, Turin, 6, rue St- Anselme, Italie, 
désire se mettre en relation avec des naturaliste herpétologisies. Il offre, 
vivants ou en alcool, à peu près tous les reptiles et batraciens d'Europe ; 
et il désire recevoir en échange des reptiles et batraciens d'Ainérique, 
surtout des batraciens urodèles vivants. 

MOELUSQUES A ECHAISGER 

Contre d'autres espèces, particulièrement des marines. 

CPour la correspondance, il suffira de spécifier le numéro) 

211 Zonites algyrus, Oliv. 241 Pupa frumentum. Drap. 

212 Helix colubrina, /ad. 242 " doliolum, i?/'».^. 

213 " al bol abris, ^'ay. 243 " quadridens,.¥HZ/;V.p.roHxa. 

214 " striatella, Opr. 244 " Sempronii, Charp. 

215 " explanata, MulL 245 " affinis, Rosm. 

216 " tigrina, Jun. 246 Anculosa ampla, Anthony. 

217 " NTciensis, i-VrMSS. 247 Valvata sincera, aSVi//. 

218 " linibata, Drap. 248 Clausilia bidens, Din. 

219 " jourdamana, Bourg. 249 " lineolata, Beld. 

220 " subiinstriaca. Bourg.. 250 " picatula, Drap. 

221 " Subinaritima. Lin, 251 " " Var. vulgaris. 

222 " Villœ, Charis. 2-)2 " Itala, Mari. Var. 

223 " obvoluta" Mull. 253 " solida. 

224 " rupestris. Drap. 254 " punctulata, Kusta. 

225 " " Var. conoidea. 255 " leucostigma, Ziegl. 

226 " a'pina, F. B. 256 " parvula, Stud. 

227 " obvia, Bart. 257 Stenogyra decollata, Lin. 
22S pyramidata, Drap. 258 Succinea putris, Lin. 

229 " barbara, Lin 259 " " Var. olivula. 

230 " holosericea, Scudd. 260 " pleuroleuca, Leiourn. 

231 " pyo-mœa. Drap. 261 Carychium tridentatum, Eisso. 

232 " frulicuin, Mull. 262 Limnjea columella, Sag. 

233 " rufescens. Pennant. 263 Planorbis contortus, Mull. 

234 " ciliata, Venetg. 264 " complanatus, Stud. 

235 " splendida, Drap. V. ro8ea.265 " corneus. 

236 " arenacea. Drap. 266 " trivolvis. Sag. 

237 Bulimuhis cylindricus. Mull. 267 " ' Var. lentus. 

238 " 5-dentatus, Mull. 268 " bicarmatus. Sag. 

239 " detritus. Stud. 269 " deflectus, Sag. 

240 Pupa avenacea, Briig. 270 " macrostomus, Whiteaves 

A continuer. 

L. PROVANCHER, CapRouge. 



î-^^^ 



-^^^mM 



2e prime 
Cassis Madagascariensis. 



postage 
, . 4 cts 



Erratum. Par une bien regrettable erreur de pagina-] 
tion, l'on a fait un saut de 62 pages dans la 7e livraison 
du ]^a.tura}iste (janvier 1886J; en conséquerzc h' p::g: 165 
devra faire suite à la page 104. 

PRIMES. 

On comprend que le tirage se faisant après la distribution 
des copies, nous ne connaîtrons les gagnants qu'après qu'ils se 
seront fait connaître eux-mêmes. Nous publierons leurs noms 
dans le numéro qui suivra. 

Cî suit la liste des primes. 
1ère lorime postage 

Octobre ; De Québec à Jéru- 
salem ; vol. de 800 pages 8 cts. 
Novembre : Faune Entoniolo- 

gique, les Coléoptères — 8 " 
Décembre: Faune Eniomolo- 

gique, les Hyménoptères. 8 " 
Janvier : Un chapelet nacre, 
monté en argent (béni siir 

le S. Sépulcre) 8 " 

Février : Cassis rufa (superbe 

coquille) 8 " 

Mars: Faune, les Coléoptères. 8" 

Avril: Faune, les Coléoptères 8 " 

Mai: Les pèlerins Canadiens 

aux bord du Jourdain en 

1884, paysage par M. A. 

Rho 8 " 

Juin: Une patte de caribou, 

bien préparée . — 8 " 

Le postage, quand ce sera pour l'Europe sera toujours 
double de celui ci-dessus indiqué. 

La réclamation des primes devra être faite dans les deux 
mois après la proclamation des numéros gagnants. 

N. B. — Nul n'aura droit aux primes si son abonnement 
îj est encore dû ; elles ne seront à la disposition que de ceux qui \j 
H auront payé d'avance, ou des échanges. <j> 



1 Chapelet nacre, non monté. 4 

1 Porte-plume, crayon et ca- 
outchouc, en nikel 2 

1 Fteroceras iarnhis 4 



2 Purpura Jiœmasioma 4 " 

2 Helix Cœsareana 4 " 

2 Unio radiatus. — . 4 " 

1 Strombus auratus 4 " 



1 Conus gtibernator 3 



i m^ < ^^< --- 



^^' 



No. 10 




Imprimé par C. Darveau, 80 à 84, rue de la Montagne, Québ.c. 



SOMMAIRE SE CE Nl'MEED. 



Primes des mois de Novembre, Décembre, Janvier, Février e! Mars..2 13 

Quelques notes de voyage 214 

Souvenirs de Yalachie 21'.) 

Nécrologie. 223 

Bibliographie ... 224 

Petite Faune — ^Les Hémiptères. 

Fam. IV, Lj'géides (suite) 13 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. IV- — Ichneumonides (suite) 55 



Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Eta,ts-UTn'R, $2 par année, on 
mieux par vohnue; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans Je cours de la publication, reçoivent lis 
numéros déjà parus de ce volume. 

6^°" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, Cap Rouge, Québec 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



DEMANDES ET OFFRES 

M. F. ANCEY, 5G, Grande rue Marengo, Marseil'e, France, désire 
obtenir des Mollusques terrestres et tiuviatiles de l'Ainérique, il otfre en 
échange des espèces marines de la Méditerraonée, ou fluviutiles et terres- 
tres de France. 

Mr. Arn. MONTANDON, natiiraliste, adniiniptrafenr du domaine 
r03^al de Sinaia, Roumanie, oftre des Hémiptères, Coléoptères et Coquilles 
des Carpaîhes, bien déterminés, à toute personne qui A^oudra bien lui en- 
voyer, déterminée ou non, des Hémiptères-Hétéroptères avec localités de 
provenance soigneusement indiquées. 

M. GASNAULT-GUEKIN, de Luyne=, près Tours, demande à 
échanger des roches de France, contré des roches du Canada. 

M. le Comte Marius H. Peracca, Turin, 6, rue St Anselme, Italie, 
désire se mettre en relation avec des naturaliste herpôtologisies. Il offre, 
vivants ou en alcool, à peu près tous les reptiles et batraciens d'Europe ; 
et il désire recevoir en échange des reptiles fit batraciens d'Amérique, 
surtout des batraciens iirodèles vivants. 



H 



A VEfMDRE 

ISTOIRE NATURELL DES OISEAUX DE L'AMERIQUE SEP- 
TENTRIONALE, contenant un grand nombre d'espèce décrites ou 
figurées pour la première fuis par U. L. P. Vieillot, Paris 1807, 2 2 vols, 
folio, non rogné, cartonné avec les 131 planches. Ces planches sont ma- 
gnifiques et presque toutes de grandeurs naturelles, Muller de Amsterdam 
en 1883 dans son catalogue de livres a vendre en demande 125 florins 
hollamlais ce qui équivaut a $(»0.00 de notre argent, nous offrons cet 
exemplaire pour $'Z0 00. L'acheteur devra en payer le transport. 

S'adresser a P. GAGNON, 

53 Rue du Pont St-Roch, Québec, Canada 

MOLLUSQUES A ECIIAISGLR 

Contre d'autres espèces, particulièrement des marines. 

(.Pour la correspoii l lace, ilsnljira de spécifier le numéro) 

271 Planorbis campanulatus. Say. 284 Helix strigosa, Gould. 
872 Segmentiiia ar.nigera, Say. 285 Marisa cornu-arietis. 

273 Physa ancillaria, ,S'ay. 28G Cyclostoma elegans, ilfwZ?. 

274 " Lordi, Baird. 287 " sulcatum. Drap. 

275 " Viro-inea, Gould. 288 Helicina subfnsca, Menke. 

276 " hetei-ostropha, Say. 280 Cionella subcylindrica, 

277 Pomatias Arryciencis, S. Sim. 290 " follieulus, Gronov. 

278 " striolatus, Po/TO. 29 1 Limnœa emarginata, .S'«y- 
219 " valsobrinus, f/»t. 292 Marginella guttata, 6-'(u7/. 

280 " maculatus. Stud. 293 " cincta, Kiener. 

281 Pomatiopsis lapidaria Fag. 294 '• rosea, [aim. 

282 Helix Carpenteriana, Bland. ■ 295. Cerithium 7-striatnm, Say. 

283 " rufescens, Pennant. 

A continuer. 

L. PROVANCHER, CapRouge. 



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» î =a > g>@ 



14 Vols, complets, en bon 
ordre et bien reliés. 



LE NiTiiaiLisTB mmm, 

S'adresser à Tlmprimerie de C. Darveau, 82, rue de la Montagne, 
F Québec. 



2e prime 
Cassis Madagascariensis.. 



postage 
. . 4 cts 



PRIMES. 

On comprend qne le tirage se faisant après la distribution 
des copies, nous ne connaîtrons les gagnants qu'a[)rès qu'ils se 
seront fait connaître eux-mêmes. Nous publierons leurs noms 
dans le numéro qui suivra. 

Cî suit la liste des primes. 
1ère prime postage 

Octobre; De Québec à Jéru- 
salem ; vol. de 800 pages S cts. 
Novembre : Faune Entomolo- 

gique, les Coléoptères 8 " 

Décembre: Faune Enlomolo- 

gique, les Hyménoptères. 8 " 
Janvier : Un chapelet nacre, 

monté en argent (béni sur 

le S. Sépulcre) 8 " 

Février : Cassis rufa (superbe 

coquille) 8 " 

Mars: Faune, les Coléoptères. 8 " 
Avril: Faune, les Coléoptères 8 " 
Mai: Les pèlerins Canadiens 

aux bord du Jourdain en 

1884, paysage par M. A. 

Rho 8 " 

Juin : Une patte de caribou, 

bien préparée 8 " 

Le postage, quand ce sera pour l'Europe sera toujours 
double de celui ci-dessus indiqué. 

La réclamation des primes devra être faite"dans les deux 
mois après la proclamation des numéros gagnants. 

N. B. — Nul n'aura droit aux primes si son abonnement 
est encore dû ; elles ne seront à la disposition que de .ceux qui \] 
auront payé d'avance, ou des échanges. M 



1 Chapelet nacre, non monté. 4 " 

1 Porte-plume, crayon et ca- 
outchouc, en nikel. 2 " 

1 Pteroceras lambis 4 " 



2 Purpura Jiœmastoma ... 4 *' 

2 Helix Cœsareana 4 " 

2 Unio radiatus 4" 

1 S trombus auratus 4 " 



1 Conus giibernator 3 



»^^ 



Toi XV. 



MAI 1886 



No. 11 




Imprimé par C. Darveau, 80 à 84, rue de la Montagne, Québec. 



SOMMAIRE HE CE NUMERO. 



Q'ielques notes de voyages 229 

Étudiez l'Enfomologie 240 

La Saison... 241 

Les Eucalyptus 241 

Chasse aux spécimens 243 

Petite Faune — Les Hémiptères. 

Fam. IV, Lygéides (suite).. n 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. IV— Ichneumonides (suite)» 67 



Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. . 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent l.!s 
numéros déjà parus de ce volume. 

S^" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



DEMANDES irr OFFRES 

M. F. ANCEY, 56, Grande rue Marengo, Marseille, France, désire 
obtenir des Mollusques terrestres et fluviatiles de l'Ainérique, il otfre en 
échange des espèces marines de la Méditerrannée, ou fluviatiles et terres- 
tres de France. 

Mr. Arn. MONTANDON, naturaliste, administrateur du domaine 
royal de Sinaia, Roumaiie, offre des Hémiptères, Coléoptères et Coquilles 
des Carpaiies, bien d Hermines, à toute personne qui voudra bien lui en- 
voyer, déterminés on non, des Héniii)tères-Hétéroplères avec localités de 
provenance soigneusement indiquées. 

M. GASNAULÏ-GUEKIN, de Luyne=, près Tours, demande à 
échanger des roches de France, contre des roches du Canada. 

M. le Comte M.VRius H. Peracca, Turin, 6, rue St. Anselme, Italie, 
désire se mettre en relation avec de-; naturaliste herpétologisies- Il offre, 
vivants ou en alcool, à peu près tous les reptiles et. batraciens d'Europe; 
et il désire recevoir en échange des reptiles et batraciens d'Amérique, 
surtout des batraciens urodèles vivants. 



MOLLUSQUES A ECIIAINGER 

Contre d'autres espèces, particulièrement des marines. 
iPour la correspondance, il suffira de specifier le numéro) 



296 


Neritfi albicilla. Lin. 


317 


297 


Neritina thernialis. 


318 


298 


Murex Ed\vard<ii, Say. 


3! 9 


2^19 


Fasciolaria distans, Lam. 


320 


300 


Cancellaria reticulaja. Lin. 


321 


HOI 


Na-sa circumciiicta. 


322 


HO 2 


" reticulata. Lin. 


323 


303 


Olivella mutica, Say. 


3 24 


204 


Columbella Gervillei. 


325 


30.5 


Scalaria communis-, Lam. 


32 G 


306 


Turbo pica. Lin. 


327 


307 


Triton corruï!;atum, Lam. 


328 


308 


Trochus magus, lÂn. 


329 


3119 


Patella cierulescens, Chemn. 


3;il) 




Bivalves. 


331 


.110 


Mytilus edulis. Lin. 


332 


311 


Pecten Islandicus, i¥«W. 


333 


312 


Unio jequilatus, Pini. 


334 


31.1 


" glaucimerus, Ziegl. 


3;în 


314 


" fluminalis, Kobelt. 


3:i6 


315 


" ru^ticus, Pini. 


337 


316 


" ViUifi, Stabile. 


338 



Unio cussianus, Pini. 

" vulgaris, Stabile. 

•' Canadensis, Lea. 

•' comp anatus, Say. 

" occidens, Lea. 

•' radiatu ■, Cunr. 

" borea is Gray. 

" nasutus. Say. 

" multiradiatus, Lea. 

" littoralis. Lam. 
Margaritana undu ata, Say. 
Anodonta lacustris, Lea. 
" implicata, Say. 

'■ paludosula, Pini. 

Area barbata, Lin. 
Mya arenaria, Lin. 
Solen ensis, Lin. 
Anomya ephippium, Lin. 
Cyrena Carolina, Lam. 
Pectunculus violascens, Lam. 
Tellina Groenlandica, Beck. 
Area Noe. 



L. PROVANCHER, CapRouge. 



'^^^*- 



S'adresser à l'Imprimerie de C Darveau, 82, rue de la Montagne, 
f Québec. 




ORCHESTRAL 




PIANO-ORGAN. 

SIX OCTAVE. 

Grand Improvemonts in Reed Organs. No pedal 
Btrapsto Ijivak or pedal carpets to wear out. Ailpiavo 
mugic can be executed vprm it. A child can operate 
bellows. Case made of solid cherry, ebonized and so 
highly polished as to HiSke it almost imponfiible to dis- 
tinguish it fivm rosewo' d. > o organ manufactured 
has met wlUi llie populisrity of this Instrument, as Is 
proven by the immense sales. It even bids fair lo sur- 
pass the demand for the far-f.amed Improved Beetho- 
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as we hare no ot/ents. Deal direct with the public. 
You therefore save nffent's profits by purchaainar 
direct from I he mnnufncturer. Remember, our 
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are sent anywhere on 1 ■> days' test trial. If not 
satisfactory, organ may be returned, and our firm pay 
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BEETHOVEN PIAIVO ORGAIV CO., 

Washington, Kew Jersey, U. S, A. 
VoTici.— Mention name of this paper when you writ» 



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la première 
lé, cartonné a 
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qui équivaut 
ur $20 00. 


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Vol. XV. 



JUIN 1886 



No. 12 







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s -^BTJI LUTIN VT. RECHFRCHTP, OBSERVATIONS ET nÊOnU VERTES m, V, 

'1 ''^' BB RAPPORTANT A l'HI.-T(H It K. NATURELLK l»l' OANAUA. CfQ '< 



Eédacteur: M. L'ABBÉ PROVASCHER. 




Imi i-i uO pai- C. Dauvuau, sO .~i :J 1, l'ue de la MoiiUi-'iie, Québi-C. 



Primes . ..... 


SOMMj 


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Xos Plantes indii. 


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... 251 



La manie des noms nouveaux 254 

Acclimatation . — Mollusques 25/ 

Insectes nuisiV^les 259 

Nécrologie s 2G0 

Petite Faune — Les Hémiptères. 

Fam. IV, Lygéides (suite).. • 81 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. IV — Iclineumonides (suite). 79 



Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent lis 
numéros déjà jjarus de ce volume. 

J3®" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Eôdacteur, CapRouge, Québec 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 111, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 1, rue des Grands-Augustins. 



DEMANDES ET OFFRES 

M. F. ANCEY, 50, Grande rue Morengo, Marseille, France, désire 
obtenir des Mollusques terrestres et fiuviatiles de l'Amérique, il offre en 
échange des espèces marines de la Méditerrannée, ou fluviatiles et terres- 
tres de France. 

Mr. Arn. MONTANDON, naturaliste, administrateur du domaine 
royal de Sinaia, Roumanie, oftre des Hémiptères, Coléoptères et CoquiUea 
des Carpathes, bien déterminés, à toute personne qui voudra bien lui en- 
voyer, déterminés ou non, des Hémiptères-Hétéroptèrcs avec localités de 
provenance soigneusement indiquées. 

M. GASNAULT-GUEKiISr, de Luyues, pi>.s luui^, demande à 
échanger des roches de France, contre des roches du Canada. 

M. le Comte Marius H. Peracca, Turin, 6, rue St Anselme, Italie, 
désire se mettre en relation avec des naturaliste herpétologistes. Il offre, 
vivants ou en alcool, à peu près tous les reptiles et batraciens^ d'Europe ; 
et il désire recevoir en échange des reijtiles et batraciens d'Améri(iue, 
surtout des batraciens urodèles vivants. 



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■ D.\RYKAv, 82, rne .]p ]a :\!.Mita-'ne, f 



S'adresser à rînijHi 
Quél.ec. 



ORCHESTRAL 



SIX OCTAVE, 

6traistoImakorp('daU-:.nMa^lowLH .^u ///,F,^,?^ 
mnstc can be executed vDon it. A c:- oatToDera « 
be. ows. Case jiiade of solid clien-^ ;i„,„iz,,d i^d «o 
higlUy polished as to irake U a\most i,.niu\^hlpPnJ? 
Unf^nsk it from rosezco, ,l. > „"c ,4 'n" (ll^în^K:?^ 

"iiDfnt. as l3 
■ ui.- fairtofur- 
;'<;vrfi r.fi iho- 
i; aniifactiiring 
;n',' j-.bie tore- 

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in î^r ce lri.TnS"<<ji.50 io $ t 75 r..)_ 
trriuiiT I '1:1^08 from fï75 i-'n t.. 
please «-luc i-a, (ind we win t;'i-' ' 
the information desiied frpe r- 
conteinfii;itopi;rchasiagw,iiU' '. 
as we nave nocvjails. Rpo J (' 
Von tlifreforo save apcrCs; 
directfroia the DirnjifnpU!- 
Instrnmenis are warrantj'd f 

^'^"Jri^TÏm-;?.;'^-^^^^^''''' an communications. 
BEETÎI0VE!V PIAIVO OR«A\ CO 

"a«l'>ns<on, Aew Jersey u''s \ 
>.OTxcE.-Menllon name of this paper ^yh.^n\où write' 







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No. 1 




Imprimé par C. Dakveau, 80 ji SI, rue de I4 .McJuiaRm', Qiiéb c. 



SOMMAIRE BE G£ NUMESD. 



Primes 1 

Notre seizième volume . 2 

Un nouvel ennemi du pomjnier 6 

No8 Cantons de l'E^i 8 

Bibliographie .... 14 

Petite Faune — Les Hémiptères. 

Fam. V, Antliocori(le^= 88 

ADDITIONS A LA FAUNE HVMiÔXOPTÉROLOrxIQUE. 

Fam. IV — Iclineumonides (suite), 91 



Le N.\TURAi.iaTE Canadien paraît an cummencement de cliaqne 
mois', par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se comj)létant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins rl'une année ou d'un volume. Cfu.x 
qui en font la demande dans le cours de la jjublication, reçoivent lis 
numéros déjà parus de ce volume. 

JB^" Tontes correspondan(;es, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec. 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau de poste du CapRouge n'émet- 
tant pas de mandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 
prendre, et les règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- 
nataire, tous. mandats pour le Nutaralistc doivent être pris au nom de M. 
LÉON Pkovancheh. 



AGENTS DU NATURALISTE 
Québec. — M. .1. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-RocJi. 
Paris. — MM. Roger et Chei'noviz:, Y, rue des Grands-Augustins. 



DE QUEBEC A JERUSALEM. 

Journal d'un pèlerinage du Canada en Terre-Sainio, en passant à 
travers l'Angleterre, la France, l'Egypte, la Judée, la Samarie, la Galilée, 
la Syrie et l'Italie. Ouvrage accompagné de plans et de cartes géogra- 
phiques. Par l'Alibé Provanchcr.— Québec, C. Darveau, 1884. 

Ce récit, qui forme un voiume de 7"i4 pages in-8, avec cartes et plans 
d'une exécution parfaite, est encore l'ouvrage le plus complet publié jusqu'à 
cejour sur laïerre-Sainte en Canada. Comme les pèlerinages au.\ Lieu.x- 
Saints deviennent déplus en plus fréquents, ceux qui se proposent ce 
voyage, ne peuvent mieux s'y préparer que par la lecture de ces pages, et 
ceux qui s'en voient empêchés peuvent, jusqu'à un certain point, s'en dé- 
dommager en parcourant par la pensée, au moyeu de ce récit, ces lieux 
bénits et à jamiiis mémorables. 

PRIX ^2- — Chez M. Chaperon, libraire, rue de la Fabrique, Québec. 

(Sur réception du prix, le volume est expédié par la poste.) 



p H I M a : 8 

1 ère Prime. 2 Prime. 

Juillet : un microscope pour insecte. Vohita vespertilio. 

Août : Cecil's Book of Insects, illus- 2 Cyprjwa canrica. 

tré et élégamment relié 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- Cliva guttata. 

léoptère. 

Octobre : De Québec à Jérusalem, Murex bicolor. 

Novembre : Cecil's Book of Bird-. 2 Cerithium erythrense. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- Oliva porphyria. 

ces, des Lettres et des Aarts, par 

C. de Bussy, 1 vol. broché, 

Janvier : Cyprœa tigris. Cassis decussata. 

Février : Cecil's Book of Beasts. Conus sulcatus. 

Mars : De Québec à Jérusalem. Cypraîa Mauritiana. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- Cypraîa niappa. 

léoptères. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 2 Oliva litterata. 

Juin : Une loupe de poche. 2 Neverita duplicata. 

Tout abonné réclamant Tune quelconque de ces primes, 

devra envoyer 8 centins pour en payer le postage. 

M. F. ANCEY, ôC, Grande me Marengo, Marseille, France, désire 
obtenir des Mollusques terrestres et tluviatiles de l'Amérique, il oHre eu 
échange des espèces marines de la Méditerrannée, ou tluviatiles et terres- 
tres de France. 

Mb. Ark. MONÏANDON, naturaliste, administrateur du domauie 
royal de Sinaia, Roumanie, otlre des .Hémiptères, Coléoptères et Coquilles 
des Carpathes, bien détermines, à toute personne qui voudra bien lui en- 
voyer, déterminés ou non, des Hémii)tères-Hétéroplères avec localités de 
provenance soigneusement indiquées. 

M. GASNAULT-GUEHIN, de Luynes, près lours, demande a 
échano-er des roches de France, contre des roches du Canada. 

m'', le Comte M.vril's H. pEiiArcA, Turin, 6, rue St Anselme, Italie, 
désire se mettre en relation avec des naturaliste herpetologisies. U otlre, 
vivants ou en alcool, à peu près tous les reptiles et batraciens dLurope ; 
et il désire recevoir en échange des reptiles et batraciens d Amérique, 
surtout des batraciens urodèles vivants. 



14 Vols, complets, er 
ordre et bien reliés. 



LE NlTURlllSTE UMME, 

S'adresser à l'Imprimerie de C Darteau, 82, rue de 1? "^ 
Québec. 



ORCHESTRAL 




PIANO-ORGAN. 

SIX OCTAVE. 

Grand Imirrovcments in Reed Organs. Nppedal 
Btrapsto break or pedal carpets to wear out. AUptaiw 
music can be executed npo7i it. A child cm operate 
bellows. Case made of solid cherry, ebon;i;cd and bo 
hlehly polished as to make it almost imposnhle tod'H- 
tinguish it from rosewoccl. î«o organ manutactured 
has met with the popularity of this instrmiu-nt. as is 
proven by the immense sales. It even bids fa.r to sur- 
pass the demand for the far-famed Improcd Beetho- 
ven Having iacreascd our fucilitiesf or mauuf act urirg 
by purchasing improved machinery, v.e are Rble to re- 
duce the price from $ia5.«Olo onl, SÎ05.50, 
which includes a music book and ari.isistable 
stool. Tliose wis^hing the Improved Beethoven and 
other styles of organs with stop combiiiatiiuis.rangmg 
in prxefrom $39.. 'iO to $1 75.00-also,SQUAKK aiid 
Upkisht Pianos from $1 7.5.00 to .$297.50— will 
please write us. and we will take pleasure la giving all 
the Information desired free of ciiarge. Those who 
contemplate purcliaslngwiU do well to consult with us, 
as ice have no agents. Dea! direct with liie public. 
You therefore snve agent's profita by purehasinff 
directfrom tlie ninnufacJurer. Remember, our 
instruments arewarranted for SIX YEARS», and 
are sent anywhere on 1 .'î days' test trial. If not 
satisfactory, organ may be returned, and our firm pay 
freight charges tjoth ways. 

Sign Painters wanted. Address all communications, 

DEETHOVEIV PIAIVO OROAIV CO., 

ÂVashington. IVew Jersey, U. S. A. 
Notice.— Mention name of this paper when you write- 



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AOUT 1886 No. 2 




BtJLLF.TTN DE RF.CHF.BrHFP, OBSERVATIONS ET DÉCOUVERTES 
6£ RAPPORTANT A i/hISTOIRK NATDRËLLV I>U CANADA, 

Eédacteur: M. L'ABBÉ PRO VAK CHER. 





CAP EOUGE: 

PROVINCE DE QUÉBEC, 

CANADA. 



Imprimé par C. Darveau, 80 b. Si, rue de la Moutagne, Qucb.c. 




SOMMAIRE BE CE NUMERO. 



Primes » 17 

Nos Cantons de l'Est. 18 

Bibliographie . . • Hl 

Le Némate du Mélèse 32 

Petite Faune — Les Hémiptères. 

Fam. VI, Phytocoridea 92 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. IV — Ichneumonides (suite). 103 



Le Naturaliste Canadien- paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour- le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 

12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent lis 
numéros déjà parus de ce volume. , 

B@°" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec. 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau de poste du CapRouge n'émet- 
tant pas de mandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 
prendre, et les règlements postaux exigeant les noms et prénoms du- desti- 
nataira, tous mandats pour le Naturaliste doivent être pris au nom' de M. 
LÉON Provancher. 



AGENTS DU NATURALISTE 
Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 1T7, rue St Jose^jh, St-Rocli. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



DE QUEBEO A JERUSALEM, 

Journal ti'un pèlerinage ilu Canada en Terre-Sainte, en passant à 
travers l'Angleterre, la France, l'Egypte, la Judée, laSaniarie, la Galilée, 
la Syrie et l'Italie. Ouvrage accompagné de plans et de cartes géogra- 
phiques. Par l'Abbé Provancher. — Québec, C. Darveau, 18S4. 

Ce récit, qui forme un volume de 724 pages in-8, avec carte=> et plans 
d'une exécution parfaite, est encore l'ouvrage le plus complet publié jusqu'à 
cejour sur la Terre-Sainte en Canada. Commeles pèlerinages aux Lieux- 
Saints deviennent de plus en plus fréquents, ceux qui se proposent ce 
voyage, ne peuvent mieux s'y préparer que par la lecture de ces pages, et 
ceux qui s'en voient empêchés peuvent, jusqu'à un certain point, s'en dé- 
tlommager en parcourant par la pensée, au moyen de ce récit, ces lieux 
bénits et à jamnis mémorables. 

PRIX $2- — Chez M. Chaperon, libraire, rue de la Fabrique, Québec. 

(Sur réception du prix, le volume est expédié par la poste.) 

p K i M i: s^ 

1ère Prime. 2 Prime. 

Juillet : un microscope pour insecte. Voluta vespertilio. 

Août : Cecil's Book of Insects, iilns- 2 Cypnvîa canrica. 

tré et élégamment relié. 

Septembre : F^iiune Canadienne ; Co- Oliva guttata. 

léoptère. 

Octobre : De Québec à Jérusalem, Murex bicolor. 

Novembre : Cecil's Book of Birds. 2 Cerithium erythrense. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- Oliva porphyria. 

ces, des Lettres et des Aarts, par 

C. de Busisy, 1 vol. broché, 

Janvier : Cypnea tigris. Cassis decussata. 

Février : Cecil's Book of Beasts. Conus snlcatus. 

Mars : De Québec à Jérusalem. Cyprrea Mauritiana. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- Cypraaa mappa. 

léoptères. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 2 Oliva litterata. 

Juin : Une loupe de poche. 2 Neverita duplicata. 

Tout abonné réclamant l'une quelconque de ces primes, 
devra envoyer 8 centins pour en .payer le postage. 

M. F. ANCEY, 56, Grande rue Marengo, Marseille, France, désire 
obtenir des Mollusques terrestres et fîuviatiles de l'Amérique, il otire en 
échange des espèces marines de la Méditerrannée, ou tiuviatiles et terres- 

Mr \rn MONTANDON, naturaliste, administrateur du domaine 
royal de Sinaia, Roumanie, ottre des Hémiptères, Coléoptères et Coquilles 
des Carpathes. bien déterminés, à toute per.sonne qui voudra bien lui en- 
voyer, déterminés ou non, des Héinii.tères-Hétéroplères avec localités de 
provenance soigneusement indiquées. j i - 

M. GASXAULT-GUEKIN, de Luynes, près Tours, demande a 
échanger des roches de France, contre des roches du Canada. 

U. le Comte Marius IL Peracca, Turin, 6, rue St Anselme, Italie, 
désire se mettre en relation avec des naturaliste herpetologisies. H otïre, 
vivants ou en alcool, à peu près tous les reptiles et batraciens d Europe ; 
et il désire recevoir en échange des reptiles et batraciens d Amérique, 
surtout des batraciens urodèles vivants. ^ 



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!P \I ^^ y oh. complets, en bon M 
ji'iiïi ordre et bien l'oliéH. m 



S'adresser à riiuprinierio de 0. Darv£au, 82, rue de la Montagne, t 
Québec. 





SIX OCTAVE. 

Grand Improveiiients în Rocd OrKans. Nopedal 
Btrapsto bicak or pi-dal cnipets to wear oui. AU piano 
irvu»ic can be executed upon it. A chilil can operate 
bellows. Case luade Of solUl clipvry, ebonizi'fl und BO 
highly poliblicd as to make ic almoist inipositib!eiociix- 
tinguish ii frwni touwokJ. >o < rgan lu-.iuifncturod 
has met wi;ti ilie populavity.of this lustrtiniert. as is 
proven by the irament^e sales. It even bid;, fair to sur- 
pass the demand for the far-famed ïniî)ro\{-«i Dectho- 
ven. Hwiiif: iu creased on rfacili ties f or ui a uiifacturiiig 
by j)urchasiiig improved iiiacliirory, ^vo are (itilc to re. 
diJfe the piioe ffoi.i ?IIJ5.«0 \o only .?3C5.5«, 
which incli](!c3 a music Itock and adjr.stable 
stool. Tiiose V. ;!-liing ilie Improved Beethoven and 
other Ftyli's of r-rcrnnswiiJi pto]) romljiriaiions.r.-irigiug 
, In preef rom $'Ï0. 50 to S 8 75.00-al.«o, f^cjUA \m and 
UP!:i:iiiT Fia:iOS from .fj 75.00 to ^2f>7.,'j«)— will 
please write iis,and we.-nill take pleasure in siviiigall 
the information desired £(tf;e of oli.irric. Thoicvrho 
contemplate pi:rehasiagwj 11 do well to consult v. ith us, 
aswehare no auents. Dc.tI direct with (ho i ubiic. 
You therefore save nûTn{'3iiroîit;*>Yj;;irrliBsina 
direetf:':>iii the mnniirnclr.rpr. l'ien'-»ilu>r, our 
instruments arewarrnnfed for RÎÎX VJ'AUS, and 
aresnnt nsiywhere on 1 5 dny.s' tost trâal. If not 
satisfactory, organ may bo returned, and our Ér;ii pay 
freig-lit diarges both vays. 

Sisn Painters ■wanted. Address all communicr-tions, 
EEETIIO-VEIV PIANO' OR «AW CO., 

Wnshinsfon, IVcw Jer.sey, U. S. A. 
NoïicK.— Mention name of this paper when you irrit& 



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Impri né par C. Dahveau, SO à 84, rue du lu Muninone, Québ. c. 



SOMMAÎHE DE CE rJMEHO. 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau de poste du CapEouge n'émet- 
tant pas de mandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 
prendre, et les règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- , 
nataire, tous mandats pour le Naturaliste doivent être pris au nom de M. 
LÉON Provancher. 



AGENTS DU NATURALISTE 
Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris.— MM. Roger et Cliernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



Primes ■ 33 1 

Nos Cantons de l'Kst 3.T 

Bibliographie — Rapport de rBntoiuologiste du département de l'Agri- 
culture "i^ 

Journal de rListruction Publique .. 48 

Avis , 48 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. IV — Ichneumonides (suite) ... 115 

Fam. V— Braconides . l'^^O 

Le N.aturai.iste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent lis 
numéros déjà parus de ce volume. 

B@" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 

être adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec. 



DE QUEBEC A JERUSALEM. 

Journal d'un ppl('iiiiae;e dr. Canada en Ti'rre-Sainti.', vn paf^-^ani a 
travers l'Angleterre, la France, l'Egypte, la Judée, la Samarie, la Galilée, 
la Syrie et l'Italie. Ouvrage accompagné de plans et de carteti gcogra- 
phiques Par l'Abbé Provatichei.— Québec, C. Darveau, 18-^4. 

Ce récit, qui forme un vo unie de 724 pagV.« in-v8, avec carte- et plan* 
d'une exécution parfaite, e-:t encore l'ouvrage le p'us comi)let publié jusqu'à- 
cejour sur la Terre-S.iinte en Canada- Comme les pèieriisages aux Lieux- 
Saints deviennent déplus en plus fréquent*, ceux qui se proposent ce 
voyage, ne peuvent mieux s'y pré|)arer que par la lecture de C8~ page*, et 
ceux qui s'en voient empêchés peu vent, jusqu'à un certain point, -'en dé- 
dommaj/er eu parcourant par la pensée, au moyen de ce récit, ces lieux 
bénits et à jamnis mémorables. 

PRIX !S2- — Chez M. Chaperon, libraire, rue de la Fabrique, Québec. 

(Sur réception du prix, le volume est expédié par la poste.) 



1 ère Prime. 

Juillet : x\n microscope pour insectes 

Août : Cecil's Book of Insects, illus- 
tré et élégamment relié 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- 
léoptères. 

Octobre : De Québec à Jérusalem, 

Novembre : Cecd's Book of Bird-. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- 
ces, des Lettres et des Arts, par 
C. de Bussy, 1 vol. broché. 

Janvier : Cyprne.a tigris. 

Février : Cecil's Book of Beasts. 

Mars : De QuéV)ec à. Jérusalem. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- 
léoptères. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 

Juin : Une loupe de poche. 



2e Prime. 
Voluta vespertilio. 
2 Cyprifia caurica. 

Oliva guttata. 

Murex bicolor. 

2 Cerithium erythrense. 

Oliva porphyria. 



Cassis decussata. 
Conus sulcatus. 
Cyprtea Mauritiana. 
Cypraia niappa. 

2 Oliva litterata. 

2 Neverita duplicata. 



Tout aboiiué réclamant l'une quelconque de ces primes, 
devra envoyer 8 centins pour eu payer le postage. 

M. F. ANCBY, 56, Grande rue Marengo, Marseille, France, désire 
obtenir des Mollusques terrestres et fluviatiles de TAmérique, il otîre en 
échange des espèces marines de la Méditerrannée, ou fluviatiles et terres- 
tres de France. ' 

Mr. Arx MONTANDON, naturaliste, administrateur du domaine 
royal de sinaia, Roumanie, offre des Hémiptères, Coléoptères et Coquilles 
des Carpathes, bien détermines, à toute personne qui voudra bien lui en- 
voyer, déterminés ou non, des Hémiptères-Hétéroptères avec localités de 
provenance soigneusement indiquées. 

M. GASNAULT-GUEKIX, de Luynes, près lours, demande a 
échanger des roches de France, contre des roches du Canada. 

M le Comte M.iRius H. Peracca, Turin, G, rue Si Anselme, Itahe, 
désire se mettre en relation avec des naturaliste herpetologisies. Il oth-e, 
vivants ou en alcool, à peu près tous les reptiles et batraciens d Europe ; 
et. il désire recevoir en 'échange ^cs reptiles et batrac:ei.- ■! \ t. '■....t-. 
surtout des batraciens urodèles vivants. 



|!ih iVllHllfJ^hv t UVllHlM\, ouire et bien reliés. | 

i' R"ailre8t;er à Tïnipri tuerie de C Dakveau, 82, rue de la Montagne, | 



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6IX OCTAVE. 

Grand Iirnirovements in ÎÏPeilOi'Knns. Nopcdal 

Btra|)3to break (»rjp*'c!fil cnrpi'is toweai' ont. AllpUmo 
music can Ue'tsrecuted vpon it. A cliikl c;in operate 
bellows,, rrv'se'niacle of sol.d cliprry, cbdnizcd ar.d so 
hlglilyT4)T!)islied as to n ake ic almost impo.wtble tod'»- 
Un'jnfmmt from ro-<ewo' d. >o ( rgan iii;iiiufnctiired 
has nfct'wiili Uie popularity of tlii.-i iiistrcinfrt, as 5» 
proven by the immense talec. If, even bids lair 'o sur- 
pass the (leniandior the furfami'd Jitipro^ rd r>i'i iho- 
ven. 31 "Viiiiriac.reased our futilities for 11 Muiifncmrirg 
by punli wins In proved ni-îoliinery, •ne nre ahleto re- 
duce tht; pv'ifC ircKi ?J25.<!?0 to «ny JVC'S. 50, 
which in;'!iidc9 a trji.sie li«<;i(i ond nd.iiii<ta!)le 
stoo!. 'I'liOoe ■« iili'rf: ilie Iinpiovcd r.ceiliovon and 
otlier frvp'i; of < rg,;iis-iyi;li sto.i rnnibinaiions, ranging 
in rir<o'i'i'i-"i$;î9..'jO toS v'r5.O0-alf-(>,S(}.i:..\KB!and 
IîP:ijiiT ri.i, .03 from »^U75.04) to .':5'^<)7.5«— will 
pleiisu \> rite cs, and v.-n will take plcastirc in sivingall 
the i!ifovii!:ition (Ipsji'i'd free of cîioirao. TUoae -ivho 
contemple.iepe.rohaslngw.UtiowcU to enisnlî withus. 
as iceharc no c:-h>its. E>j>al direct v/i!!i ihe public. 
Voutii«>ref!)tC6nvenïcnt'si)rotîts5)-. t>iir<-ha!>in« 
dire'^tfron» (lie inntiiifjir'siier, liyni'T^lnT, our 
lnst,runu'nis arcwcrrnniti-d Yar SIX ■?! ICAHSi, and 
arcsi'iit anywhere on 15 days' icst (jial. Tf not 
satisfaetory, organ xv.as be returned, and our firm pay 
fri'i.L'lit f barges botb ways. 
Sign raiaters m anred. Address all eornmimieations, 

CKETÎÏOVEIV PIAÏVO OB«.\\ CO., 

UasWinsion. I^ew Jorsey, U. S. A. 
KoTH-if.- ■Mention numc of tbia paper wh^n you wr:ti; 



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BULLETIN DT RKCHFRrFTB, OB.ERVATTONS KT nftO'.UVEHTES ^ |^ 

Sfi RAPPORTANT A l'HI^TOIKK NATURELÎ-K UV CANADA. C^H 



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Eédacteur: M. L'ABBÉ PROVANCHEK. 













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CAP K O U G E : 

PJWV1.\CE DE QUÉBEC, 

CANAJiA. 








Imprimé par C. Dauveau, 80 à 8i, n.e de la Montagne, Québec. 



SQMMAIHE EE CE NïïMEEO. 



Primes 49 

Un champignon remarquable • - oO 

Le centenaire d'un savant • 58 

Nouvelle? scientifiques (^'^ 

AnniTIOXS A LA FAUNE HTMENOPTEROLOOIQVE. 

Fam. V — Braconides (suite) ... 129 

Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
moi^, par livraisons de B2 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par vohime ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suiv'ent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 fiancs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent l.'s 
numéros déjà parus de ce volume. 

g^" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 

être adres-ées an Rédacteur, CapRouge, Québec. 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau de poste du CapRouge n'émet- 
tant pas de mandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 
prendre, et lea règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- 
nataire, tous mandats pour le Naturaliste doivent être pris au nom de M. 
LÉON Provancher. 



AGENTS DU NATURALISTE 
Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 17*7, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, V, rue des Grands-Augustins. 



soiif3i\rc::î3E! se!ï^i:es. 



WEEKLY MAGAZINE OF NATURAL SCIENCE. 



1. The Palm an 1 its Varieties. October 5. 

2. The Eye and Light. Oct. 12. 

.S. Net and Box, or Insect Collectiiijr. Oct. 19. 

4. The Solar System. 

5. Parasite-: and their Development. 

6. Tlie Diamond. 

7. The Microscope and some of its Revelations. 
H. Ale.xaiider Von Humboldt. 

9- Aquarinms : How to Make and Stuck. 
l(t. What we Eat. 
Î 1 . The Ear and Sound. 

12. Zoological Myths. 

13. Ants and their Surroundings. 

TERMS :— Each number of SCIENCE SERIES will contain a com- 
plete article of interest on various scientific .'subjects. In each volume 
of thirteen numbers there will be not less thak 2tiO pages, which will 
give a large amount of reading and form a unique volume when bound. 

Sing'e Copies, each $ .05 

Regular Subscriptions, (one volume, thirteen numbers) 50 

H. M. DOWNS, Publisher, Rutland, Vt. 



PRIM 1 : 8 



1ère Prime. 

Juillet : un microscope po>ir insectes 

Août : Cecil's Book of Insects, illus- 
tré et élégamment relié. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- 
léoptères. 

Octobre : De Québec à Jérusalem, 

Novembre : Cecil's Book of Birds. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- 
ces, des Lettres et des Arts, par 
C. de Bus.sy, 1 vol. broché, 

Janvier : Cypra?.a tigris. 

Février : Cecil's Book of Beasts. 

Mars : De Québec à Jérusalem. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- 
léoptères. 

Mai ! De Québec cà Jérusalem. 

Juin : Une loupe de poche. 



2e Prime. 
\'ûluta vespertilio. 
2 Cyprsêa caurica. 

Oliva guttata. 

Murex bicolor. 

2 Cerithium erythrense. 

Oliva porphyria. 



Casi;is deeussata. 
Conus sulcatus. 
Cyprtea Mauritiana. 
Cyprasa mappa. 

2 Oliva litterata. 

2 Xeverita duplicata. 



Tout abonné réclamant l'une quelconque de ces primes, 
devra envoyer 8 centins pour en payer le postage. 



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Ld page 130 d': nos Additions aux Hyménoptères s étant' 
trouvée défectueuse par une omission notable, nous reprenons ce feuillet 
{pages 129 et 130) dans la forme que nous livrons aujourd'hui ; on 
devra donc enlever ces 2 pages de la dernière forme, pour avoir la 
suite exempte d'erreurs. 



ORCHESTRAL 




PIANO- 



SIX OCTAVE. 

GrnndïmîirovcincntsinReedOrKnns. Nopedal 
straps to t)irak or pedal carpets to wear out. Allpicmo 
rnvnic can ba executed upon it. A child can operate 
bellows Case made of solid cherry, ebonizcd and so 
highly polished as to make it almost impossible to (Vif- 
tiiiftuishit frum rosewo'd. >^ trgan niiinufactiired 
has met wiih Une popuiarity.<if'this iu^trument, as is 
proven by the immense sales^ It even bids fa.rio sur- 
pass the demand for the far-T!hned Biiiprovcd r.edho- 
ven. Il!iviiiH*y creased onrfacilitiesforn anutnciuriiig 
by purcliasing improved machinery. v>e are able to re- 
diiee tiie price IVoin $!25.0O to only Î1C5.50. 
which inc'lisi!! g a music book and adjustahle 
stool. Tiiose vjVhingilie Improved Beethoven and 
other stvh'sof rr^Mnswith stop combinations, ranging 
in rr<'e'fr.im ©-ÎO.SO to $1 75.0«-also, Sqcakk and 
ITpitiun- 3 ia;,os from $175.00 to x-i{>?.50-win 
please u rito ns.and wewill take pleasure in giving all 
the information desired free of oliarirc. Those who 
cdntemiihiiepiireliaslng-willdowtll to ennsult with us, 
«s ice hare no a i /en Is. Deal direct v.iih the public. 
You therefore s.Tveaaent's profits by ptirohasins 
directfr<'7n the mfnufarturer. Remeniber, our 
instrumenis are wnrranted for SIX YEARS, and 
are sent anywhere on 15 days' test trial. If not 
eatisfactorv, organ maybe returned, and our firm pay- 
freight charges both ways. 

Sign Painters wan; ed. Address all communications, 

BEETHOVEN PÏAXO ORG.^iV CO., 

VVasliington, I\lew Jersey, U. S. A. 

VoTicE.— Mention name of this paper when you write 



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NOVEMBRE 1886 



No. 5 




<.<l'i&T BDTTFTTN DF RFCHFRrFFP, oBPERVATTONS ET néCOUVERTF.8 
n"W B*^ RAPPORTANT A l 'hISTOik C. N ATURELT.K U.' O VNAUA. 

Rédacteur: M. L'ABBÉ PROVANCHEa. 





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CAP ROUGE 



PROVINCE DE QUEBEC, C^^fff ^C 

^^^^ CANADA. ^^ ./fOC"^"!'! â 

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Imprima par C. Darvkau, 80 ù SI, rue de la Mûalagu», <Jucb c. 



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SOSIM/ilKE IS CE NTMEIiO. 



Pii'o^ C^ 

Arcli-o'o >' (<5 

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AIIDITIOSS A LA FAUNE nYMENOFTKROLORIQrE. 



F.ain. Y— ^'îiicrnide^ (snite) 1-î.'') 

F:nii. Yi—Phytocovidcs (suite) i'5 j 

Li: Nattraliste Canadien paraît an comtnoncenicnt de chaque jj 
nidi-, par livraipouR de 32 page- in-8. 

Abonneiiient pour le Cai:ada et les Etats-Unis, fî'i par a- née, on 
! mieux par vo'anr.e; chaque volume commençant au premier juillet 
I chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui .'■nivent. 

Pour la France et les antres pay^ faisant partie de l'Union Postale 
] 2 f ancs. 

Ou ne s'abonne pas pour moins d'une année ou il'nn volume. Ceux 
(pii en font ]ri demande dans le cours de la publication, reçoivent lis 
numéros déjà jjarus de ce volume. 

ii J8fe^ Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 

ij être adies ées au Rédacteur, CapRouge, Québec. 



[• AVIS IMPORTANT. —Le bureau depostedu CapRouge n'émet- 

^ <atit ]Va-^ de tnandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 

I ]>rendre, et 'es règlements postaux exigeant les nnms et prénoms du desti- 

î iia'aire, tous mandats pjur le Naturaliste doivent être pris au nom de M. 

f JjKox Puovancheu. 



!; AGENTS DU NATURALISTE 

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[^ Qu: bec. — M. J. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-Jîoch. 

I' Pa:is. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augnstins. 



WEEXLY MAGAZINE OF NATURAL SCIE^TCE. 



1. Tlic P;i!ni anl it^ Varieties. (),:i.,l)er. T). 

2. Tlio Eyea^i.l Li;rht.- Oct 12. 

:<. Net ami Box, or Insect Collectiii;:. Oct. 19. 

4. The Solar Sy--tem. 

5 Parasjie ami tlieir Deve'opinent. 

fi. Tlio Diaiuoiid. 

7. Th':' Micro-cope and soiiie of ils Revelations. 

8. Aie.KuiHJer Von Hnnil)ol'it. 

9- Aquariums : Hovv ti) Make and .Stoid<. 
10. Wliat we Eat. 
11.' The Ear and Sound. 
12. ZocloLvical Myths. 
1.'5. Ants a'id tlicir Surroundings. 

TERMS: -Each nuuiher of SCIEXCP. SERIES will contain a com- 
pete artir.le of intérêt < ii vai-ious scientific puhjects. In each volume 
of thirteen numbers there wil l:)e >:)T less Tii.ix 2ti(i pagks. wjiich will 
give a larze aui.junt of reading and form a unique volhine when hound. 

Singe Copies, each . $ .05 

Regular Subscriptions, (one vo'nme, thirteen numbers) 50 

H. M. DOWNS, Publisher, Rutland, Vt. 



PHI M i^: s 



2e Prime. 
Voluta vespertilio. 
2 Cypr£ea caurica. 



1 ère Prime. 

Juillet : un microscope pour insectes 

Août : CeciPs Book of Insects, illus- 
tré et élégamment relié. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- 
léoptères. 

Octobre : De Québec à Jérusalem, 

Novembre : Cecil's Book of Birds. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- 
ces ties Lettres et des Arts, par 
C. de Bus.sy, 1 vol. broché, 

Janvier : Cvprtea tigris. 

Février : CèciTs Book of Beasts. 

Mars : De Québec à Jérusalem. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- 
léoptère.s. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 

Juin : Une loupe de poche. 

Tout abonné réclamant l'une quelcon.jue de ce.s primes, 

devra envoyer 8 ceutins pour en payer le postage. 



Oliva guttata. 

Murex bicolor. 

2 Cerithium erytlirense. 

Oliva porphyria. 



Cassis decussata. 

Coims sulcatus. 
Cyprœa Mauritiana. 
Cyprœa niappa. 

2 Oliva litterata. 

2 Neverita duplicata. 



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W :^^ Ln page 130 de nos Additions av.-) Uimiénoj teres sctajit / 
k trouvée défect^iet'Se par une emission notable, m ii-^ rrprnvn-i ce feuillet 
I (pnges 129 et 180) dans, la J orme gve nons livrons avjnni d'l,ui : (.n 

devra donc enlever ces - / if<ïi'^ de la derniirf ferme, j < 

suite exempte cVerreiir-<. 



ORCHESTRAL 




SIX OCTAVE. 

GrnndSmprovcmpntsiiiRpeiîOrsrnns. Ko pedal 
etrapstu lircak or pedal cai pl-is to wear out. Allpiano 
music can te. execnteit upon it. A child can operate 
bellows. Cnse made of solid cherry, otponizi'd and so 
highly poliehcd as to ir ake it almost impO'-Kil/le to dix- 
tnigiaah it from rosewo' d. >o < rgau iii;\iuifactprcd 
has wet wi'h I lie popularity of this iiistviiiiiriit. as is 
proven by t lie i mineuse sales. It even bids fair lo sur- 
pass the demand for the fur-famed Sniprovcd Beitho- 
ven. H^iTingiu'Teased our facilities for 11 aniilRcliirirg^ 
bv pur( haoin.c; in. proved iinch.nery, \ve are fibie tojro '' 
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wliicîi in?!:i>2c8 a onsic Isot U nrnl ndji-stable 
stool. 'riio:o V .i-hing ihe Improved Deelhoven and 
otlie"»"»vli>s</f «•rg;'.nswilh pro;) comi)ii;ati«vns, ranging 
in rr '■eYK)ina';!>..'iOto$i! 75.ne-a;s.>.SQrAHKand 
I'p. I ;irr riauos from $1(75,00 to .s-.;*>7..'jO-\vill 
rilc,;?e \' rito iis,;ui(l wewill take plc:isi'.ro in .çivin.tîall 
the Information <!( sired free of chaigc. Those who 
cont<')nph!te))i:rr'li!isina;w lldowcU to consnlt with us, 
tis weltarei'oa'/.'iits. Real (îjrcct v.i'Ji fhoimldic. 
Y^n t!î('rproreBnvoaariit'«t>rolit«î)y piirciiasina 
diro"tf.'"?n ilic nNfmifne'in'er. Rcn'Ptnber, our 
jnstruivieiii.s arc v»arrniit«>(l for SÏX VKAR^. and 

..,., , /,;r:y\vIiore on 1.'^ dnys'Jest tiinl. If not 

! :uisf I'-rr.rv, O'San inav be, returned, and our flrin pay 
iri'i^rhr ( liar?es boili ways. 

!-irn Taiutcrs Vi aa rd. Address r.ll communications, 



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nrîETîîOVE:^ pr\:%TO obg.-\!v co., 

W'asliington, î^e^v Jersey, I'. fS. A. 
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Vol. XVI. 



DECEMBRE 1886 



No. 6 





BULLETIN T)T RKCHFFrHFP, fiBSERVATTHVe ET né^ tUVElTES "(JQ^ fU 

B£ RAPPORTANT A l'hTSTOUi NATURKT.I.V "'i '' \VAl>A. .-^-^^^ 

Eédacteur: M. L'ABBÉ PROVAKCHEIi. ^^^3jl 



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CAP li O U G E : 

PROVINCE DE QUEBEC, 

CANADA. 







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Imprimé par C. Darveau, 80 à 84, rue de la Montagne, Quôbtc. 



SOMBMÎHE BE CE Nl'EEîiO. 



Piin.c^ : RI 

A ])ropos rrantiqiiités ^'l 

LTiL'e lie pierre an Sa,Q;nenay 8fi 

Bl!' «leSmyrne 92 

Nouvelles pcientifique*. — Tlie Sowerhi/'fi Unr/Iish Botcorj/, do- — ]\Iôl- 
lufsques, 93 — ne GohJen State Scientist. '^A.—The Went Ame- 
rican Scient'.st, 94 — Science Series. 94 — Catalogne nfihe TA- 
chens collected.in Florida, 9."i. — The Chemimg Jieview, 95. — 
MonojiTaphie des Cynipi(le.«, 9'). — Gallinsecles 96 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPïÉROLOGIQUE. i < "7 "^^ 

Fuin. VI— Cynipldes Je^ 

HÊMU'ÏÈRIJS. 

Fum. VI— Pliytocôrides (suite) 95 

Le Naturaliste Canadien paraît au coniniencement de elinque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume ; chaque volume commençant an jjremier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres payS' faisant partie de l'Union Postale 
I2fiancs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui on font la demande dans le cours de la publication, reçoivent 1 -s 
numéros déjà parus de ce volume. 

J6@°° Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adres.-ées au Rédai:teur, CapRouge, Québec. 



AVIS IMPORTANT. —Le bureau de poste du CapRouge n'émet- 
tant pas de nuuidats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut le.s 
prendre, et les règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- 
nataire, tous mandats pour le Naturaliste doivent être pris au nom de M. 
Léon Provaxcher. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



SOX3Fr5r^<0]iB3 SH33E1.1:E3S, 



WEEKLY MAGAZINE OF NATURAL SCIENCE. 



1. The Palm an 1 it'! Varieties. Octobers. 

2. The Eye ai)d Light. Oct. 12. 

.S. Net and Box, or Insect Collecting. Oct. 19. 

4. Tlie Solar System. 

5. Para^ite-i and tlieir Development. 
C). Tiie Diamond. 

V. The Microscope and some of its Revelations. 

8. Alexander Von Humboldt. 

9. Aquarinms : How to Make nnd Sinck. 

10. What we Eat. 

1 1 . Tlie Ear and Sound. 

12. Zoological Myths. 

13. Ants and their Surroundings. 

TERMS:— Each number of SCIENCE SERIES will contain a com- 
plete article of interest on various scieniific subjects. In each volume 
of thirteen number.^ there wib be not le.ss than 260 pagks. which will 
give a large amount of reading and form a unique volume when bound. 

Sing'e Copies, each $ .05 

Regular Subscriptions, (one volume, thirteen numbers) 50 

H. M. DOWNS, Publisher, Rutland, Vt. 



p R I Hi i: s 



1 ère Prime. 

Juillet : un microscope pour insectes 

Août : Cecirs Book of Insects, illus- 
tré et élégamment relié. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- 
léoptères. 

Octobre : De Québec à Jérusalem, 

Novembre : Cecil's Book of Birds. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- 
ces, des Lettres et des Arts, par 
C. de Bussy, 1 vol. broché, 

Janvier : Cypnea tigris. 

Février : Cecil's Book of Beasts. 

Mars : De Québec à. Jérusalem. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- 
léoptères. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 

Juin : Une loupe de poche. 



2e Prime. 
Volnta vespertilio. 
2 . Cj'praea caurica. 

Oliva guttata. 

Murex bicolor. 

2 Ccritliium erythrense. 

Oliva porphyria. 



Cassis decussata. 
Conus sulcatus. 
C3'pra3a Mauritiana. 
Cypraea nuijjpa. 

2 Oliva litterata. 
2 Neverita duplicat;i 



Tout abonné réclamant l'une quelcouciue de ces primes, 
devra envoyer 8 centins pour en payer le postage. 



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La page 130 de nos Additions aux Hyménoptères s'étant^ 
trouvée défectueusepar une omission notable, nous reprenons ce feuillet 
(pages 129 et 130) dans la forme que nous livroyis aujourdliui ; on 
devra donc enlever ces 2 pages de la dernière forme, pour avoir la 
suite exempte d' erreurs. 




SIX OCT 

GrnKdîmprovcmfntflinUfetlOrKttHa. Kopcdal 
Btrapsto l)r(ak or jx-dal carpets tu wear out. All piano 
music can te executed vp"n it. A child c;in operate 
Dellows. Case made of solid cherry, cbonizcd and so 
highly poHshPd as to irake it almost impos.iiole to d's- 
tinuimh It from roseivo'd. >o < rgan nuiiuifactin'cd 
has met wiih the popularity of this ir.strunieiit, as is 
proven bvt he iiumcDPe salts!. It even bids fair lo sur- 
pass the demand for the far-famed Bniproved Beetho- 
ven. Hnvint; ill creased our fucilities for ivaniitaciiiring 
by purchasing improved m:vliin<-vy, we are able to re- 
diice the price from $3 25.00 to onjy i? I Cn.M6, 
which in!"!iK!«9 a ransic liook and a dims ta I) le 
stool. 'I'liot-e wishing Uie Improved Beethoven and 
other styl 's of rrKan.s will) sro;) combinations, ranging 
inrr:-cfrom$S9.50toÇli75.0«-also,SQ,t:AKKand 
UPKi'iiiT Piai.oa from $175.00 to saS»?.»!}— will 
please v.rite iis, and we will take pleasure in giving all 
the inforiiiation desired free of ciiar^re. Those who 
contemplate purchasing will do well to consult with us, 
as ive hare no CKjevts. Dea! direct with the pnljlic. 
You therefore save azcn t's jiroiiiM by pu rchasins 
direct from the sTinnnfocMirer. Remen>her, our 
instruments are warranted for SïX "ÏE ^Ri^, and 
are sent nnywhere on 15 dnys' test trial. If not 
satisfactory, organ may ho. returned, and our firm pay 
freicrht charges both ways. 

Sign Painters wanted. Address all communications, 
BEETHOVEN PÏAIVO 0R0.4M CO., 

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Notice;.— Mention name of this paper when you write 



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'^ol. XVI. 



JANVIER 1887 



No. 7 




Impniné par C. Oahveau, 80 à 84, rue de la Montagne, Qiiôb c. 



SDIVIMAIRE EE G£ NUMERO. 



Primes , 97 

L'histoire naturelle en hiver 9"5 

Nos m n.«é ' 108 

Le darwinisme 107 

Nouvelles scientifiques. — Floraison nocturne, ill. — Random Notes, 

112. — Les chameaux au Texas. 112 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQrE. 

Fam. VI— Cynipides 165 

HÊMIPTÈRKS. 

Fam. VI — Phj'tocorides (suite) 105 

Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pay.s faisant partie de l'Union Postale 

12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent Ijs 
numéros déjà jDariis de ce volume. 

Jg^^ Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau depostedu CapRouge n'émet- 
tant pas de mandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 
prendre, et les règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- 
nataire, tous mandats pour le Naturaliste doivent être pris au nom de M. 
Léon Provancher. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



WEEKLY MAGAZINE OF NATURAL SCIENCE. 

VOL II. 

14. Anecdotes of Animals, I, Jan. 11. 

15. « " II, Jan. 18. 

16. " " III, Jan. 2.5. 

17. Darwin's Work in Botany, Feb. 1. 

18. Sketches, Feb. 8. 

19- Comnion Minerals, Feb. 15. 

20. The use and abuse of Ornithology, Feb. 22. 

21- Collectins Birds' Eggs, March 1. 

22. Metals, March 8. 

23- Tea and its effects, March 15. 

24- Nature in Pœtry, March 22. 

25. How to collect and make an Herbarium, March 29, 
■-^G. Elements of Geology, April 5. 

TERMS :— Each number of SCIENCE SERIES will contain a com- 
plete article of interest on various scientific subjects. In each volume 
of thirteen numbers there will be not less than 2(i() pages, which will 
give a large amount of reading and form a unique volume when bound. 

Single Copies, each ~ #. $ ,05 

Regular Subscriptions, (one volume, thirteen numbers) 50 

One year, (four volumes) 2.00 

H. M. DOWNS, Publisher, Rutland, Vt. 



P R I M K S 

1ère Prime. 2e Prime. 

Juillet : un microscope pour insectes Voluta vespertilio. 

Août : Cecil's Book of Insects, iilus- 2 Cyprsea caurica. 

tré et élégamment relié. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- Oliva guttata. 

léoptères. 

Octobre : De Québec à Jérusalem, Murex bicolor. 

Novembre : Cecil's Book of Birds. 2 Cerithium erythrense. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- Oliva porphyria. 

ces, des Lettres et des Arts, par 

C. de Bussy, 1 vol. broché, 

Janvier : Cyprœa tigris. Cassis decussata. 

Février : Cecil's Book of Beasts. Conus sulcatus. 

Mars : De Québec à Jérusalem. Cyprsea Mauritiana. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- Cypreea mappa. 

léoptères. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 2 Oliva litterata. 

Juin : Une loupe de poche. 2 Neverita duplicata. 

Tout abonné réclamant l'une quelconque de ces primes, 

devra envoyer 8 centins pour en payer le postage. 




Grand Improvemonts in Reed Organs. >)0 pedal 
Btrapsto break »r pedal carpels to wear out. Allpiano 
muisic can be executed vpnii it. A child can operate 
bellows. Case made of suiid cherry, cbonizcd and so 
hlKhlv polished as to n «ike it almost iinjioxfiihle to d's- 
tinuuish it from rosewoi.d. ^o organ manufactured 
has met with Uie popularity of this instrument, as Is 
proven by theimmense sales. It even bids fair to sur- 
pass the demand for the far- famed Iniproved lectlio- 
ven Havins increased our facilities for n:anufaciuring 
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duce the price from $I2â.«Oto only $tG5.50. 

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lnp^ce■f^om$•î9.50to$t75.00-al^;o,f^Ql•AnKand 
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please write iis, and we will take pleasure in giving all 
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satisfactory, organ may be returned, and our firm pay 
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Impri 1.6 pa: C. Darveau, W à R\, rue de la Montagne, Québec. 



SOMMAIRE BE CE Nl'MEEO. 



Prime." ,. , , . . . 113 

Le tableau de nos musées ....... 114 

Le Phallus et la Morille » 114 

Le darwinisme 119 

Nouvelles scientifiques. — Euisseau de lait. — Un nouvel ivoire. — L'oi- 

seau-c''iandelle. — Victimes des bêies féroces. — Poissons dans 
les arbres 125 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. VI— Cjnipides (suite) Î65 

VII— Proctotrupides 173 

BÈMIPTÈRKS. 

Fam. VI — Phytoeorïdes (suite) , 105 

Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in^S. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie d€ l'Union Postale 

12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceu.x 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent Ijs 
numéros déjà parus de ce volume. 

JB^"" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 111, rue St Josephy St-Roeh, 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau de poste du CapRouge n'émet- 
tant pas de mandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 
prendre, et les règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- 
nataire, tons mandats pour le Naturaliste doivent être pris au* nom de M. 
LÉON Provancher. 



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A large ]C, page literary Journal, sample copy of which and apniication 
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PRIM 2^: s 

I ère Prime. 2e Prime. 

Juillet : nn microscope pour insectes Volnta vespertilio. 

Août : Cecil's Book of Insects, illus- 2 Cyprsea caurica. 

tré et élégamment relié. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- Oliva guttata. 

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Octobre : De Québec à Jérusalem, Murex bicolor. 

Novembre : Cecil's Book of Birds. 2 Cerithium erythrense. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- Oliva porpiiyria. 

ces, des Lettres et des Arts, par 

C. de Bussy, 1 vol. broché, 

Janvier : Cypraja tigris. Cassis decussata. 

Février : Cecil's Book of Beasts. Conns snlcatns. 

Mars : De Québec à Jérusalem. Cyprcca Mauritiana. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- Cyprœa mappa. 

léoptères. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 2 Oliva litterata. 

Juin : Une loupe de poche. 2 Ncverita duplicata. 

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devra envoyer 8 centins pour en payer le postage. 



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Le Tableau des musées à notre po^ochain numéro. 



ORCHESTRAL 



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PIANO-ORGAN. 

SIX OCTAVE. 

Grand Improvements in Rpcd Organs. Ko pedal 
Btrapsto break or pedal carpets to wear out. All piano 
music can be executed ttpon it. A cnild can operate 
bellows. Case made of solid cherry, ebonized and bo 
hiEhlypolisliedasto make it almost impottsible tomfi- 
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proven by theimmense sales. It even bids fair to sur- 
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satisfactory, organ may be returned, and our firm pay 
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BEETIIOVEIV PIAIVO ORGAN CO.,^ 

Washington, New Jersey, U. !?. A 
Notice.— Mention name of this paper when you write 




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Vol. XVI. 



MARS 1887 




Imprimé par C. Parvf.ac, 80 à S*- ruf do la Monlafrnc. Québi c. 



iOl^MAIRE rE CE MMEBO. 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau de poste du CapRouge n'émet- 
tant pas de mandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 
prendre, et les règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- 
nataire, tous mandats pour le Naturaliste doivent être pris au nom de M. 
LÉON Provancher. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-Rocli. 
Paris. — MM- Roger et Cliernoviz, 1, rue des Grands-Augustins. 



Primes 129 

Tab'eau synoplicpie des musées 1 30 

Le darwinisme. {Suite) ....* 1 •'''"> 

Bibliographie - - 14^^ 

Nécrologie 144 

Tableau Synoptique des Musées de la Province de Qtx.^bec 

ADDITIONS A LA FAL'NE HYMÉNOFTÉROLOGIQUE. 

Fam. VI — Cynipides (suite) î<)5 

VII — Proctotrupides 181 

HÊMIFTÈRKS. 

Fam. VI — Phytocorides (suite) 121 



Le Naturaliste Canadien paraît an commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 

12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent lis 
numéros déjà parus de ce volume. 

JB^" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec. 



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And piirpue a .'vsteiiiatic course of 

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COLLEGIATE DEGREES, 

and High School and College Diplomas, at a uoniinaLeost— only $1.00 
per year. 

Full information of Courses, Professors, Monthly Questions, etc., 
given iu the 

UNION READING CIRCLE, 

A large 16 page literary Journal, sample copy of which and application 
form for Mieml)er>hip will he mailed to any address on receipt of 10 cts., 
iu postage stamps. A<i<h:ess, 

The Reading Circle Association. 

147 Throop Strecl, 

Chicaijo, III. U. S. A. 

N. B. — Situations to teach /V.'''' to m<>ml)ers and snltscriiiers. Agents 
wanted. 



PRIMES 

1ère Prime. 2e Prime. 

Juillet : un microscope pour insectes Voluta vespertilio. 

Août : Cecil's Book of Insects, illus- 2 Cyprasa caurica. 

tré et élégamment relié. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- Oliva guttata. 

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Octobre : De Québec à Jérusalem, Murex bicolor. 

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C. de Bussy, 1 vol. broché, 

Janvier : Cyprasa tigris. Cassis decussata. 

Février : Cecil's Book of Beasts. Conus sulcatus. 

Mars : De Québec à Jéru.salem. Cypnea Mauritiana. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- Cypraea mappa. 

léoptères. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 2 Oliva litterata. 

Juin : Une loupe de poche. 2 Neverita/dnplicata. 

Tout abonné réclamant l'une quelconque de ces primes, 

devra envoyer 8 centins pour en payer le postage. 



ORCHESTRAL 




SIX OCTAVE. 

Grand Improvements in Reed Organs. No pcdal 
Btrapsto break or pedal carpew to wear out. AUpiano 
music can be executed vpon it. A child can operate 
bellows Cape made of solid cherry, cbonizcd and so 
highly polished as to wake it almost impo>-f,il>!e to iltx- 
tinauish it from rosewood. >io organ nuimifactiired 
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Washington, IVew Jersey, U. S. A 
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Vol. XVI. 



AVRIL 1887 



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No. 3C 









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^ "v ^ - "II BUILETTN DE RTTHFRrHFP, OBPERVATTONP F.T nfiO'^TIVEHTES <^ ,l^i 

V-'-i "■ *1 BE RAPPORTANT A l'hIST(hi;k NATURëI-T.K HI' <;\NAUA. ^A^i 

Eédacteur: M. L'ABBÉ PROVANCHEE. _;^,lfe 






CAP EOUGE: ^^^'^^^^^".^ 

PROVINCE DE QUEBEC, ^ 'S'%f T 

CANADA. J^ 



Imprimé par C. Dauveau, 80 à 84, riie do la .Montagne, Qiiébtç, 



SOMMAIRE HE CE NUMEHO. 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau de poste dn CapRoiige iréniet- | 

tant pas de mandata d'argent, c'est sur eelui de Québec qu'il faut les | 

. prendre, et ies règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- | 

nataire, tons mandats jwur le Naturaliste doivent être pris au nom de M. }; 

LÉON Provanchek. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlai.*, libraire, 177^ rue St Jof^cph, St-Rocli. 
Paris. — MM. Roger et Cliernoviz, 1 , rue des Grands-Augustins. 



! Primes 145 

Tab'eau synopfiqiie des musées ..... 140 

Le darwinisme. (.Suite) 147 

Noms vulgaires en histoire naturelle 1 fi 

Les serpents avalenf-ils leurs petits ..... - 1;'>9 

Société d'Histoire-Naturelle de Québec IfiO 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGKJUE- 

Fam. VIII— Chalcidides (suite) 1 89 

HÉMIPTÈRES. 

Fam. VI — Pbj-^tocorides (suite) 129 

Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaqut 
moi.*, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'rin volume. Ceu.\ 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent 1 ;s 
numéros déjà parus de ce volume. 

JS^" Toutes -correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être 'adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec. 



The West American Scientist. 



This Magazine was first issued in lHc"?4, aiui has steadily increased in 
size and circulation with the rapid improvement and settlement of San 
Diego City and County, whose j>rowtli within the past few months has 
been remarkable. Original and Scientific in character, as its name indi- 
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It is the first and only purely Scientific Journal of all the 393 periodi- 
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Subscription price, $] a year. Single copy, 10 cents. 

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C. R. OKCUT, Editor and Proprietor. 



PRIM E S 

1 ère Prime. 2e Prime. 

Juillet : un microscope pour insectes Voluta vespertilic 

Août : Cecil's Book of Insects, illus- 2 Cypraea caurica. 
tré el élégamment relié. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- 
léoptères. 

Octobre-: De Québec à Jérusalem, 

Novembre : Cecil's Book of Birds. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- 
ces, des Lettres et des Arts, par 
C. de Bussy, 1 vol. broché, 

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Mars : De Québec à Jérusalem. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- 
léoptères. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 

Juin : Une loupe de poche. 

Tout abonné réclamant l'une quelcouiiue de cc.^ im 

devra envoyer 8 centius pour en payer le postage. 



Oliva guttata. 

Murex bicolor. 

2 Cerithium erythrense. 

Oliva porphyria. 



Cassis decussata. 

Conns sulcatus. 
Cypnea Mauritiana. 
Cyprtea mappa. 

2 Oliva litterata. 

2 Neverita duplicata. 



SOI^MAIRE m CE NUMERO. 



Primes , 161 

Catalogue des spécimens dans les collections 162 

Le darwinisme. (Suite) 165 

Un nuage de staphylins 175 

L'eucalyptus , 176 

La Belgique Horticole 176 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉROLOGIQUE. 

Fam. VIII— Chalcidides (suite) 197 

HÉMIPTÈRES. 

Fam. VI — Phytocorides (suite) 137 



Le Naturaliste Canadien paraît au commencement de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canada et les Etats-Unis, $2 par année, ou 
mieux par volume ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 
12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent l.>s 
numéros déjà parus de ce volume. 

Bi^ Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent 
être adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec. 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau de poste du CapRouge n'émet- 
tant pas de mandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 
prendre, et les règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- 
nataire, tous mandats pour le Naturaliste doivent être pris au nom de M. 
LÉON Provancher. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlais, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



The West American Scientist. 



This Magazine was firgt iginied in 1884, and hfis steadily increased in 
i«ize and circulation witli ihe rapid improvement and gettlement of San 
Diego Cit}- and County, whose growih within the past few months has 
been r-emarkable. Oi'iginal and Scientific iu character, as its name indi- 
cates, 3'et of a popular style, it reaches the reading rooms and libraries 
of many societies, and circulates among a very inteihgeut class through- 
out the Pacific Coast, especially in the southern counties. 

It is the first and only purely Scientific Journal of all the 393 periodi- 
cals in the state, in fact the only one west of the Rocky Mountains, and 
it is surely taking the front rank with the Popular, as well as the Scien- 
tific magazines of the day. 

Subscription price, $J a year. Single copy, 10 cents. 



Adress 



C. R. ORCUTT, Editor and Proprietor. 

SAN DIICGO. CALIFORNIA. 



P R Ï M K S 



2e Prime. 
Voluta vespertilio. 
2 Cypraea caurica. 

Oliva guttata. 

Murex bicolor. 

2 Cerithium erythrense. 

Oliva porphyria. 



1ère Prime. 

Juillet : \m microscope pour insectes 

Août : Cecil's Book of Insects, illus- 
tré et élégamment rebé. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- 
léoptères. 

Octobre : De Québec à Jérusalem, 

Novembre : Cecil's Book of Birds. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- 
ce-^, des Lettres et des Arts, par 
C. de Bussy, 1 vol. broché. 

Janvier : Cyprœa tigris. 

Février : Cecil's Book of Beasts. 

Mars : De Québec à Jérusalem. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- 
léoptères. 

Mai : De Québec à Jérusalem. 

Juin : Une loupe de poche. 

Tout abonné réclamant l'une quelconque de ces primes, 

devra envoyer 8 centins pour en payer le postage. 



Cassis decussata. 
Conus sulcatus. 
Cypryea Mauritiana. 
Cypraea mappa. 

2 Oliva littenita. 

2 Neverita duplicata. 



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Grand împpovenients in Reed Organs, No pedal 

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which jn'.-lsiars a rainsic^ Iiook aii'î otlisis-tau'e 
Btoo' TiioLB vi'ishlnsT liie Improved Beethoven and 
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in pi- ce ir.im $*Î9.5» to Ç1 75.00-also, Sqc atib am 
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please write lis, and we will take pleasure m givnig all 
the Information desired free o? charge. Those who 
contempIatepurchaslngrwiUflo well to consult with us, 
as loehar.e voayeiits. Deci direct wUh «n« public. 
You thfM-eJ'oreB.Tvens«nt'.'? profits ityP'irchasms: 
direct fr.'iîi she mvrivi^RCiureT. IXeni^m^T.onj 
instruments are, warrnnffd for .SIX i fe.-'iHs», ana 
arc sent, firor^/here on 15 days' test trial. If not 
satisfactr.ry, organ may be returned, and our firm pay 
frei?iit cl.argesbotliways. 
Si!:n Painters wanted. Address all communications, 
" BEETHOVEN PÎAKO ORG.iM CO., 

Washington, Mew Jersey, U. 6. A. 
KoTicK.— -.'ention name of this paper when you write 



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Vol. XVI. 



JUIN 1887 



No. 12. 




laiprimù par C. PaRVEAu, SO à «4, rue rlc ia Moiua^ai-, ^u61kç. 



SGÏÏIMAIEE BE OE NUMEIO. 



Priiiie? , 177 

A nos abonnés 178 

Société d'Histoire Naturelle de Québec - 181 

Un drame de -la vie dans un livre 182 

Le darwinisme. (Suite) 18H 

Liste des gravures 198 

Table alphabétique des matières 195 

Table alphabétique des noms de genres et d'espèces 197 

ADDITIONS A LA FAUNE HYMÉNOPTÉKOLOGIQUE. 

Fam. VIII— Chalcidides (suite) 205 

Fam. IX— Chrysides 211 

HÉMiPTi:Kt;s. 

Fam. VI — Phj-tocovides (suite) 145 

Le Naturaliste Canadien paraît au coiumenceinent de chaque 
mois, par livraisons de 32 pages in-8. 

Abonnement pour le Canadt» et les Etat^-Unis, 12 par année, ou 
mieux par volume ; chaque volume commençant au premier juillet 
chaque année, et se complétant dans les 12 mois qui suivent. 

Pour la France et les autres pays faisant partie de l'Union Postale 

12 francs. 

On ne s'abonne pas pour moins d'une année ou d'un volume. Ceux 
qui en font la demande dans le cours de la publication, reçoivent l>s 
numéros déjà parus de ce volume. 

JS®"" Toutes correspondances, remises, réclamations, etc., doivent' 
être adressées au Rédacteur, CapRouge, Québec 



AVIS IMPORTANT.— Le bureau de ^^ j:. CapRouge n'émet- 
tant pas de mandats d'argent, c'est sur celui de Québec qu'il faut les 
prendre, et les règlements postaux exigeant les noms et prénoms du desti- 
nataire, tous mandats pour le Naturaliste doivent être pris au nom de M. 
LÉON Pkovancher. 



AGENTS DU NATURALISTE 

Québec. — M. J. A. Langlai.s, libraire, 177, rue St Joseph, St-Roch. 
Paris. — MM. Roger et Chernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. 



« 



DE QUEBEC A JERUSALEM. 



Journal d'un pèlerinage du Canada en Terre-Sainte, en passant à 
travers l'Angleterre, la France, l'Egypte, la Judée, la Samarie, la 
Galilée, la Syrie et l'Italie, Ouvrage accompagné de plans et de cartes 
géograplii(iues. Par l'Abbé Provancher.— Québec, C. Darveau, 1884.^ 

Ce récit qui forme un volume de 724 pages in-8, avec cartes et 
plans d'une exécution parfaite, est encore l'ouvrage le plus complet 
publié jusqu'à ce jour sur la Terre-Sainte en Canada. Comme les 
pèlerinages aux Lieux-Saints deviennent de plus en plus fréquents, ceux 
qui se proposent ce voyage, ne peuvent mieux s'y pi'éparer que par la 
lecture de ces pages, et ceux qui s'en voient empêchés peuvent, jusqu'à 
un certain point, s'en dédommager en parcourant par la pensée, au 
moyen de ce récit, ces lieux bénits et à jamais mémorables. 

PRIX $2.— Chez M. Chaperon, libraire, rue de la Fabrique, 

Québec. 

(Sur réception du prix, le volume est expédié par la poste.) 



The West American Scientist, 



i 



This Magazine was first issued in 1884, and has steadily increased in 
size and circulation with the rapid improvement and settlement of San 
Diego City and County, whose growth within the past few months has 
been remarkable. Original and Scientific in character, as its name indi- 
cates, yet of a popular style, it reaches the reading rooms and libraries 
of many societies, and circulates among a very inteihgenr, class through- 
out the Pacific Coast, especially in the southern counties. 

It is the first and only purely Scientific Journal of all the -393 periodi- 
cals in the state, in fact the only one west of the Kocky Mountains, and 
it is surely taking the front rank with the Popular, as well as the Scien- 
tific magazines of the day. 

Subscription price, $1 a year. Single copy, 10 cents. 

Adress : 

C. R. ORCUTT, Editor and Proprietor, 

SAN DIKGO, CALIFORNIA. 



P R I M SO S 



1ère Prime. 

Juillet : un microscojie pour insectes 

Août : Cecil's Book of Insects, illus- 
tré et élégamment relié. 

Septembre : Faune Canadienne ; Co- 
léoptères. 

Octobre : De Québec à Jérusalem, 

Novembre : Cecil's Book of Birds. 

Décembre : Dictionnaire des Scien- 
ces, des Lettres et des Arts, par 
C. de Bussy, 1 vol. broché, 

Janvier : Cypraea tigris. 

Février : Cecil's Book of Beasts. 

Mars : De Québec à Jérusalem. 

Avril : Faune Canadienne. Les Co- 
léoptères. 

Mai : De Qtiébec à Jérusalem. 

Juin : Une loupe de poche. 



2e Prime. 

Voluta vespertilio. 
2 Cyprœa' caurica. 

Oliva guttata. 

■Kurex bicolor. 

2 Cerithium eryth reuse. 

Oliva porphyria. 



Cassis decussata. 
Conus-snlcatus. 
Cyprtea Mauritiana. 
Cyprœa mappa. 

2 Oliva litterata. 

2 Neverita duplicata. 



Tout abonné réclamant l'une quelconque de ces primes, 
devra envoyer 8 centins pour en payer le postage. 



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Tableau Synoptique des Musées de la Province de 

de leurs spécin: 



Nom de l'institution 


ilon- 
naies 


Miné- 
raux 


Fos- 
silles 


Plantes 


Mam- 
mi- 
fères 




Mon 


Collège St Laurent 


2485(1) 


342(2) 


23(3) 


900 


27(4) 


215( 


J. IVf. Lemoine, Québec 












250 


R. Lavoie. St Roch de Québec. 




65 


42 




3 


50 


Rév.J.E.Bellemare, Bte Hélène 
Collège de N -D. de Levis 




30(8) 
60 


1 


50 






112 


431 
















22 


"^80 


Couvent de St Joseph de Levis. 




100 


100 


291(10) 


5 


776( 


Université Lava\ Québec 


4393 


3464 


1258 


8904 


80 


650 


Bémi'iaire de Chicoutimi 


900(8) 


45 


50 


180 




9 










100 






8 


?06 




16 


200 




223 


2 


33 








Académie de Pictou, N.E. (14) 


500 


1500 


100 


600 


24 


200 






200 


a 


tout 


perdu 


If 


RR PP Oblnts P.et«iamits 




20 






58 


487 




68 


500 


164 


1520 


3 


21 




981 


150 


10 


35 


5 


75 












18 


55 


Dr J. A. Crevier, Montréal 


156 


1G57 


375 


167 


12 


56 


L'abhé Provancher, Cap Rouge 




204 


85 


1845(15) 


9 


29 







(1) i)ont 47a médailles profanes et religieuses, et 2012 monnaies, av« c grand iioi 

(2) :i42 esnèces exactement déterminées. 

('■U l)ont 8 plantes de.s terr.iin> houillers (carbonifères). 

(4) Tous empiiillés et montés. 

(5) Oiseaux et reptiles 

(11) Tous ces uids avec leurs «enfs. 

(7) J>oni 4 annélides 

(8) Avec grand nombre de doubles. 

(9) Dont à batraciens. 

(10) Dessinées d'après nature. 

(11) Dont 72 montés et 70-1 dessinés de grandeur naturelle. 

(12) N'a-t-on pas compté les spéeimens, au lieu des seules espèoes déterminées 
(i:ij De plus : 25 lîatraciens, 20 Annélides. 30 Ecliinodernes. 20 Célentérés, 15 I 
(14) Il nous a fait plaisir voir l'Académie de Pictou, bien qu'eu dehors de notre I 
(15 Dont 248 de Champignons. 



jbec, montrant le nombre d'espèces déterminées 
I, en mars, 1887. 



eaux 
Eufs 


1 
Nids 


Pois- 
sons 


Rep- 
tiles 


Insectes 


Arai- 
gné 'S 


VIjTia- 
podes 


Crus- 
t cées 


Mollus- 
ques 


Prépara- 
tions n i- 
crosco- 
piqiies 


9(5) 



181(6) 
20 
25 


14(4) 


11 


600 


5 


3 


8 (7) 


261 


9 


.0 


1 


15 


800 


5 




G 


125 
















1 
8(9) 














)5 
5 




30 




1525 
198 
14,000(12) 
2500 
1178 (12) 

725 
2000 
incendie. 


15 
12 
15 


8 




GO 
360 
975 
150 

112(12) 
213 

30 






1 

60 

4 

5 




36 

7 
og 


12 

3 
74(6) 

3 

5 
dans 

1 
12 

1 

4 

12 

3 


78 

3 

20 


70 
6 


12 


97(13) 
4 


8 










20 

reste 

35 


4 

SOU 

8 

6 

1 
12 
15 

8 


50 
récent 

78 
8 


3 


2 


5 


100 








293 
211 
200 




2300 
508 


3 


8 


23 




5( 
1 
4 

64 


11 










16 
26 


1268 
6022 


26 
13 


G 
H 


10 
15 


896(12) 
1782 


656 


65(5) 





de doubles. 



ires et 1 Protozoaire, 
nce 



! nous^[ouner un'état de .ses richesses pour entrer en comparaison avec les uAtres. 



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