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Full text of "Le Niagara : (Conference avec projections)"

10THÈQUE DES CONFÉRENCES — N 71 

(ancien numéro de Conférences 1 14.) 



LE NIAGARA 



PAR 



Jacques VARON 



(Conférence avec projections) 




PARIS 

MAISON DE LA BONNE PRESSE 

5, Rue Bayarci, 5 



J, 



ÉTUDES, SUJETS DE CONFÉRENCES 

avec ou sans projections 



Chaque livret, in-12, fr. 50; port, fr. 05, 



N° i. — Rome et les 
triomphes de l'Église, par 

L. des Gerbes. 

N° 2. — La divine enfance 
de Jésus, par L. des Gerbes. 

N° 3. — La vie publique 
de Jésus, par L. des Gerbes. 

N° 4. — Les enseigne- 
ments de Jésus, par L. des 

Gerbes. 

N° 5. — Les voyages apos- 
toliques de Jésus, par L. des 

Gerbes. 

N° 6. — La Passion de 
Jésus-Christ. 

N° 7. — Les voyages de 
saint Paul. 

N° 8. — Les Catacombes 
de Rome. 

N° 9. — Naples. 
,N° 10. — Saint Paul, le 
prisonnier du Christ. 

N° 11. — La Russie et les 
Russes. 

N° 12. — La mission de 
Jeanne d'Arc, par L. des 

Gerbes. 

N° i3. — La vie de Jeanne 
d'Arc. 

N° 14. — Le Mont Saint- 
Michel, par M.-L. Christian. 
N° i5. — Madagascar. 



N° 16. — Les Causses et 
les Gorges du Tarn. 

N° l l- — Lourdes, par 
M.-L. Christian. 

N°i8. — La Franc-Maçon^ 
nerie : son organisation, son 
but, par G. Soulacroix. 

N° 19. — Vie de la Sainte 
Vierge, par L. des Gerbes. 

N° 20. — Florence, par 
L. des Gerbes. 

N° 21. — La vie publique 
et la vie domestique à 
Pompéi, par M.-L. Christian. 

N° 22. — Autour de la 
Sicile, par M.-L. Christian. 

N^.— Notesetréflexions 
sur les Évangiles. 

N° 24. — L'Église : expli- 
cation archéologique et litur- 
gique. 

N° 25. — L'autel et les 
objets du culte : explication 
liturgique. 

N° 26. — Les cérémonies 
de la Messe : explication 
liturgique destinée au Caté- 
chisme de Persévérance. 

N° 27. — Les cérémonies 
de la Messe et la Passion 
de Jésus-Christ, explication 
liturgique destinée aux caté- 
chismes. 



BIBLIOTHÈQUE DES CONFÉRENCES — N 71 



(Jlncien numéro de Conférences 114-) 



LE NIAGARA 



PAR 



Jacques VARON 



{Conférence avec projections) 




PARIS 

MAISOM DE LA BOJVTVE PRESSE 

5, Rue Bayard, 5 



LE NIAGARA 



W>Q6Q< 



CONFERENCE AVEC PROJECTIONS 



I. Le Niagara en été. — Paysage sur le Niagara. — Le Niagara entre les 
rochers. — Cours du Niagara. — Vue générale du pont suspendu. — 
Intérieur du pont suspendu. — Perspective du pont suspendu. — Chutes 
du Niagara prises du pavillon. ■ — Chutes du Niagara. — Vues sur 'les 
chutes du Niagara. — Tour de Terrapine et Niagara. — Vue d'ensemble 
des chutes du Niagara. — Perspective de la chute du Niagara. — Table 
Rock et Niagara. — Les chutes du Niagara et la tour de Terrapine. — 
Tour de Terrapine et rapides. — Les rapides. — Grande chute du Niagara. 

— Vue générale de la cascade du Niagara. — Chute du fleuve du Niagara. 

— Paysage et chute du Niagara. — Chute du Niagara et fleuve. — Vue 
• générale des chutes du Niagara. — Chutes du Niagara et gouffre. — Le 

pont sur les rapides. 

II. Le Niagara en hiver. — Vue générale des stalactites. — Grotte de sta- 
lactites. — Table Rock et Niagara. — Stalactites. — Table Rock et Nia- 
gara. — Stalactites au Niagara. Tour de Terrapine et Niagara. Effet de 
neige. — Grandes stalactites. Autres vues des stalactites du Niagara. — 
Table Rock et Niagara. Effet de neige. — Stalactites sous la Table. Table 
Rock. Stalactites et stalagmites. — Pont de glace dans l'île de Luna. — 
Les rapides. Ile de Luna. Effet de neige. — Vue générale du Niagara 
Effet de neige. — Cascade Montmorency. — Mer de glace au Niagara. 



Mesdames, 
Messieurs, 

Le voyage à la cascade du Niagara qui, jadis, aurait demandé 
plusieurs mois et beaucoup de fatigues, se fait aujourd'hui en 
quelques journées et avec un confort qui permet à peine de 
s'apercevoir que l'on a quitté son chez soi. On prend le paquebot 
dans le port du Havre ; sept jours après, on débarque à New- 
York, et une journée de voyage dans un sleeping-car (seize 



— 4 — 

heures à peine pour une distance de kki milles, soit 600 kilo- 
mètres) suffît pour que le voyageur puisse contempler un des 
plus beaux spectacles du monde. 

Aujourd'hui, nous ferons le voyage avec une rapidité plus 
grande encore, beaucoup plus de confortable, pas de fatigue 
et sans courir aucun danger. 

Nous abordons immédiatement aux rivages du fleuve Niagara 
que nous contemplons successivement dans la magnificence de 
ses paysages d'été et le rude aspect de son hiver. 

I. — LE NIAGARA EN ÉTÉ 

Permettez que je vous donne quelques détails préliminaires 
sur la région où coule le Niagara. Dans l'Amérique du Nord, 
entre le Canada et les Etats-Unis, se trouvent cinq grands lacs : 
le lac Supérieur, le lac Michigan, le lac Huron, le lac Erié et 
le lac Ontario. Le lac Supérieur est, à l'exception de la mer Cas- 
pienne, le plus vaste lac du monde. Sa superficie, de 84 000 ki- 
lomètres carrés, atteint presque celle du Portugal. Les eaux 
du lac Supérieur s'écoulent dans les bassins inférieurs par un 
chenal assez étroit, barré d'un grand rapide : le Sault Sainte- 
Marie, ainsi nommé par les premiers colons français qui s'éta- 
blirent sur ces bords. Les deux lacs suivants : Michigan et 
Huron, communiquent largement et ( ne forment qu'un seul 
bassin dont la superficie de n5ooo kilomètres carrés couvri- 
rait tout le midi de la France. Aussi rien d'étonnant à ce qu'il 
y ait sur cette petite mer intérieure un mouvement de navi- 
gation très important, plusieurs lignes de paquebots, beaucoup 
de transactions commerciales. On pourrait la dénommer : une 
petite Méditerranée nord-américaine. Sur le lac Michigan se 
trouve la ville célèbre de Chicago, avec ses immenses boule- 
vards, dont certains s'étendent sur plus de fio kilomètres. 

A l'extrémité Sud du lac Huron, les eaux sont reprises par 
un détroit ou un fleuve qui les mène au lac Erié en les faisant 
passer par un petit lac intermédiaire, le lac Saint-Clair. A la 



sortie du lac Erié, nous trouvons encore une ville importante 
des Etats-Unis : Buffalo, ville qui date du commencement du 
dernier siècle et compte aujourd'hui 43o ooo habitants. De 
Buffalo, c'est-à-dire depuis la sortie du lac Erié, les eaux 
s'écoulent entre des berges peu élevées, le pays est plutôt plat. 
A partir des cascades du Niagara, au contraire, le fleuve se 
trouve resserré entre deux berges élevées et sauvages jusqu'à 
son entrée dans le lac Ontario- Du lac Ontario à la mer, le 
fleuve, redevenu très large, porte le nom de Saint-Laurent, il 
se jette dans l'Atlantique, ou plutôt dans le golfe du Saint- 
Laurent, par un estuaire large de 120 kilomètres. 

Le Niagara met donc en communication, comme nous 
l'avons vu, le lac Erié et le lac Ontario, puis se jette dans la 
mer par le Saint-Laurent. 

Le fleuve, dit Elisée Reclus, n'a qu'une soixantaine de kilomètres 
de longueur, mais d'un lac à un autre, de l'Erié à l'Ontario, la diffé- 
rence de niveau n'est pas moindre de 106 mètres, et d'un bond la 
prodigieuse cataracte plonge de la moitié de cette hauteur, soit 
4 7 mètres. L'escarpement silurien de la montagne qui contourne les 
lacs Michigan et Huron et qui longeait aussi le lac Erié, avant son 
arrachement partiel, est rompu par la force des eaux qui descendent 
à l'intérieur de la saillie dont le lac Ontario occupe la base. Mais la 
percée est un événement encore récent dans l'histoire de la planète ; 
le fleuve n'a pu transformer sa chute en rapides que sur une moitié 
de la hauteur primitive. Les anciens documents donnent au Niagara 
une élévation beaucoup plus grande : Joliet dit que le lac Erié tombe 
dans le lac Frontenac, ancien nom de l'Ontario, par une chute de 
120 toises ; Hennepin évalue le tout à 600 pieds. 

Vue n° 1. — Paysage sur le Niagara. 

Ces premières vues sont prises en remontant le Niagara, 
entre le lac Ontario et la cascade. Le fleuve coule entre des 
berges élevées. Cette région très fréquentée, la renommée du 
Niagara y attirant depuis longtemps de nombreux touristes, 
n'est point déserte ainsi qu'on pourrait le croire : on aperçoit, 

LE NIAGARA 



— .6 — 

sur le haut des rives, les toits des maisons et des usines amé- 
ricaines ou canadiennes. 

Vue n° 2. — Le Niagara entre les rochers. 

En certains points de son parcours, le Niagara a cependant 
conservé son aspect sauvage, témoin le paysage que vous avez 
sous les yeux. Ici les berges escarpées semblent n'avoir pas été 
visitées par l'homme, la nature y est demeurée — et à son 
avantage — vierge de tout remaniement. Les forêts voisines 
descendent la pente des rives, les racines des arbres plongent 
dans les eaux du fleuve. Ces arbres sont surtout des conifères, 
arbres ressemblant à nos sapins. Ils sont la marque d'un climat 
rigoureux. En France, en effet, les sapins ne viennent que dans 
les régions froides ou montagneuses. L'hiver est donc rude 
dans ces régions. Le thermomètre y descend jusqu'à i3° Fa- 
renheit ( — 3o° C). Les rivières et les lacs et même les formi- 
dables cascades du Niagara, ainsi que nous le dirons tout à 
l'heure, y sont congelés. Mais les habitants de ces régions, 
rendus plus pratiques que nous par la nécessité, savent mieux 
se garantir contre le froid, et en somme l'hiver leur est moins 
pénible que nous le croyons. C'est d'ailleurs un froid sec et non 
le froid humide de nos climats tempérés. 

Vue n° 3. — Cours du Niagara. 

Du lac Erié au lac Ontario, le Niagara, qui après ce dernier 
lac portera le nom de Saint-Laureiit, descend, sans tenir compte 
de sa chute à 1a cascade, une pente de 54 mètres, sur un par- 
cours de 54 kilomètres, ce qui donne une pente de i mètre 
par kilomètre, pente plus forte que celle du Rhône, le plus 
rapide de nos fleuves de France. 

Considérons un instant les bords du fleuve que nous repré- 
sente ce paysage. Sur la rive américaine, nous distinguons au 
sommet une bande de rochers. Ces rochers sont des calcaires, 



calcaires très anciens appartenant à l'ère primaire, à la période 
silurienne ; ils ont dû être formés par la mer sur le bord du 
premier continent, ou de la première chaîne de montagne qui 
apparut à la surface du globe et qui porte en géologie le nom 
de chaîne huronienne : elle s'étendait probablement de la 
région des grands lacs jusqu'au nord de l'Europe à travers 
l'Atlantique. Plus bas que cette falaise de calcaire, nous voyons 
les éboulis formés de matières plus meubles, tombant en 
pentes douces presque dans les eaux du Niagara. Sur la rive 
canadienne, les terrains sont masqués par d'épaisses forêts. 
Nous y retrouverions à la même hauteur cette falaise calcaire 
de la rive américaine, formant des deux côtés de la vallée un 
vaste plateau. 

Vue n° 4. — Carte du Niagara. 

A ces détails ajoutons encore une rapide esquisse du cours 
du Niagara. 

« En pénétrant dans l'entonnoir de Buffalo, le lleuve coule 
d'abord dans la direction du Nord : en cet endroit, il n'a pas 
moins de 5oo mètres de large : bientôt il se brise sur la Grande 
Ile en deux bras et s'étale ensuite en une large nappe de 
3 kilomètres de large entre des rives basses et couvertes de 
bois. Jusqu'alors, il n'est guère descendu de plus de 6 mètres 
avec une profondeur moyenne de 8 à io mètres, il reçoit à 
gauche la Chipperve et, les rives se rapprochant, il augmente 
do vitesse. 

» Il se brise alors sur l'île de la Chèvre — Goat-Island — et 
se dédouble en deux bras inégaux ; le premier, large de 
i5o mètres, longe la rive américaine, et son cours est parsemé 
d'îles rocheuses ; le second bras compris entre l'île et la rive 
canadienne a près d'un kilomètre de large ; il forme une suite 
de rapides écumeux qu'on appelle les rapides du, Cheval Blanc, 
et les deux bras se précipitent tout à coup d'une hauteur de 
i5o pieds en formant, d'un côté, la chute américaine, de 



l'autre, une énorme cascade en demi-cercle que, par suite de sa 
forme même, on a appelée le fer à cheval. Après une série de 
tourbillons, appelés le Wirepole, le fleuve, fortement encaissé 
entre deux hautes rives rocheuses, arrive calme et tranquille 
au lac Ontario, et à son embouchure s'est bâtie une ville : 
Niagara. » (i) 

Autrefois la gorge dans laquelle coule le Niagara n'existait 
pas, et les eaux du fleuve coulaient à la surface du plateau. Peu 
à peu, elles ont rongé le calcaire, puis les terrains plus meubles 
qui se trouvent au-dessous et ont ainsi creusé la vallée. Il en a 
été à peu près de même pour la plupart de nos fleuves de 
France. 

Vue n° 5. — Vue générale du pont suspendu. 

A un endroit où le fleuve est plus resserré entre ses deux 
falaises de calcaire, les Américains ont établi un pont suspendu. 
Vu à la distance où nous sommes censés nous trouver, il paraît 
être de proportions ordinaires. 

Cependant sa longueur est de 25o mètres et sa largeur de 
7 m. 5o. Le tablier est à 75 mètres au-dessus du niveau du 
fleuve, c'est-à-dire à une distance verticale qui dépasse de 
7 mètres la hauteur des tours de Notre-Dame. 

Ce pont a remplacé le légendaire panier qui servait autrefois., 
suspendu à un câble, à passer la rivière. 

Il y a une quarantaine d'années, un Français, nommé 
Blondin, faisait non loin de ce pont des tours d'équilibre mer- 
veilleux- Il avait tendu un câble en acier d'un bord à l'autre, il 
traversait le fleuve Niagara, portant avec lui un fourneau et les 
accessoires nécessaires pour préparer l'omelette qu'il devait 
manger au milieu de sa périlleuse traversée. D'autre fois, il 
allait d'une rive à l'autre, portant sur son dos un homme qui, 



(1) Le saut du Niagara, étude géographique par H. Fourtieb. Paris. Clé- 
ment et Gilmer, éditeurs, 8 et 10, rue de Malte. 



— 9 — 

certes, ne devait pas être un poltron, ou ne pas avoir de nom- 
breux moyens d'existence. 

Vue n° 6. — Intérieur du pont suspendu. 

Cette vue nous permet de nous rendre mieux compte des 
dimensions du pont et de sa structure. Il est divisé en deux 
étages : en bas le passage pour les voitures est de la largeur 
dune de nos grandes routes ; au fond on aperçoit la base des 
piles du pont. Au-dessus du passage pour les voitures se trouve 
un deuxième étage affecté à la voie ferrée. On aperçoit au 
plancher les traverses de fer servant à maintenir les rails. Le 
pont ne tremble pas sous les pieds des voyageurs, mais il vacille 
d'une façon inquiétante lorsque passe un de ces innombrables 
trains qui circulent sans cesse. 

Vue n° 7. — Perspective du pont suspendu. 

Ici mieux encore que dans les vues précédentes, nous pouvons 
apprécier les magnifiques proportions du pont suspendu. Le 
Niagara en cet endroit très encaissé entre ses deux falaises cal- 
caires coupées à pic, a permis, sinon rendu facile, ce gigan- 
tesque travail. Bien que dans la construction du pont les ingé- 
nieurs aient pensé d'abord à l'utile, on ne peut s'empêcher 
cependant de trouver une certaine élégance à ces câbles puis- 
sants qui ondulent si régulièrement et à ces mille fils, qui, vus 
à distance, semblent ténus comme des fils d'araignées. 

Vue n° 8. — Chutes du Niagara prises du pavillon. 

Nous voici enfin en présence de la célèbre chute. Tout d'abord 
on est frappé par cette quantité de constructions diverses, 
hôtels, maisons, etc., qui sont venues s'établir presque sur le 
bord de la cataracte. 

On aurait aimé à trouver l'œuvre de la nature tout à fait 



— 10 — 

intacte, telle qu'elle devait être lorsqu'elle fut décrite pour la 
première fois par un Français, le Franciscain Hennepin, qui 
la visita en 1678. 

A ce moment, la peuplade indienne des Iroquois habitait 
seule ses rives et avait un grand respect pour cette force de la 
nature, à laquelle ils avaient donné le nom de « Tonnerre des 
Eaux », « Oniah-Gara », dont nous avons fait Niagara. Depuis 
le commencement du dernier siècle, le Niagara a été fréquenté 
par les touristes. Aussi tout autour se sont élevées rapidement 
en grand nombre des industries diverses qui sont bien loin 
d'augmenter le pittoresque du paysage. Mais il y a quelques 
années les choses étaient; encore en bien plus triste état- Le 
Niagara était alors livré sans merci à la rapacité et à l'exploi- 
tation des particuliers. Sur les deux rives du fleuve des quan- 
tités d'usines utilisaient la force du courant. Partout, dans 
l'île de la Chèvre, dans les îlots, sur les berges, des réclames 
industrielles en lettres colossales affectaient la vue péniblement. 
Les industriels recommandaient à l'envi dans ces affiches leurs 
moutardes, leurs sauces ou leurs bières. Il n'était pas non plus 
un seul endroit offrant un point de vue curieux où l'on pût 
s'arrêter et regarder sans payer un droit. 

Le prix d'entrée était ordinairement de o fr. 25, mais de 
barrières en barricades, on arrivait à payer un droit de 2 fr. 5o 
par personne. Sur le côté canadien, on ne rencontre pas cette 
âpreté au gain, et même un hôtel situé en face de la chute 
étale en grosses lettres cette inscription : « This wiew free 0/ 
charge ». Cette vue est gratuite. Spirituelle leçon aux voisins 
d'en face. 

Voici la piquante description de ce Niagara des Barnums 
donnée par M. de Molivari : 

Du milieu de Suspension Bridge, vou^ apercevez, à votre droite, 
la cataracte dans toute sa splcndide beauté, tandis qu'à votre gauche, 
sur les hauteurs de la rive américaine, s'étale en caractères cyclo- 
péens l'annonce des pilules et emplâtres de Jlerrick ! Il y a aussi le 
Peruvian Sirup, VAndersones bucliu, le Tarrants selters aperimeni 



— H — 

for dispepsia. Il y a, peints à la fresque dans les tons les plus écla- 
tants, tous les animaux de la ménagerie de Van Amburgh, le zèbre, 
l'hyène, le rhinocéros cornu, le premier qui ait visité oe continent, 
sans oublier l'âne acrobate, constituant, au dire de l'éditeur de l'af 
fiche, une réunion propre à intéresser les théologiens aussi bien que 
les historiens. Il y a enfin la reine de la corde, la célèbre signorina* 
Maria Spelterini, qui annonce sa dernière ascension sur la corde raide, 
au-dessus des torrents mugissants et bondissants de la cataracte. 
C'est complet ! Je rentre à l'hôtel et je vais me reposer à l'améri' 
caine sur la piazza. Une bande de musiciens vient s'y installer et 
elle ouvre son concert quotidien en exécutant l'ouverture de la Fille 
de Mme Angot. 

Certes, les chutes du Niagara n'ont pas cessé d'être une merveille 
de la création ; elles lancent, comme au temps où M. de Chateau- 
briand allait écouter leur voix solitaire, un flot puissant et éternel, 
mais en pénétrant jusque dans leurs entrailles, au moyen de ses élé- 
vateurs et de ses chemins de fer inclinés, en bâtissant des moulins sur 
le bord et en y élevant des fontaines de sodawater, en les utilisant et 
en les exploitant, l'homme ne les a-t-il pas dépouillées de leur sau- 
vage grandeur ? C'était un lion du désert, ce n'est plus qu'un lion 
en cage que le dompteur, vêtu d'un justaucorps bariolé, exhibe en 
cabriolant entre ses pattes. 

On ne voyait plus le Niagara, dit un autre voyageur, il était con- 
fisqué et déshonoré. 

Vue n 9. — Chutes du Niagara. 

Approchons plus près encore de la chute- En voici une 
portion, une portion seulement, car elle a une longueur de 
près de 2 kilomètres, sa hauteur est de 47 mètres ; c'est la 
hauteur des bâtiments qui nous paraissent très élevés. Sur cette 
ligne de près de 2 kilomètres, nous voyons une masse d'eau, 
évaluée environ à 10 000 mètres cubes par seconde, se précipiter 
au fond de ce gouffre de 47 mètres de profondeur ; on s'ima- 
gine le grondement d'une pareille chute et l'on s'explique faci- 
lement le surnom de « Tonnerre des Eaux » que leur avaient 
donné les Iroquois. 



— 12 — 

Vue n 10. — Vue sur les chutes du Niagara. 

Nous voyons ici en perspective la partie droite de la cascade. 
Nous sommes sur la rive canadienne. La chute forme un repli, 
un angle rentrant qui porte le nom de « Fer à cheval », en 
anglais : Horse ls/ioe fall, comme je vous l'ai dit tout à l'heure. 
Nous remarquerons la rapidité de l'eau qui se précipite vers 
le gouffre, elle coule sur des rochers en formant des rapides 
blancs d'écume. 

Vue n 11. — Vue d'ensemble des chutes du Niagara. 

Eloignons-nous un peu du « Fer à cheval » pour avoir une 
vue d'ensemble. Nous voyons un peu à droite l'ancienne tour 
de Terrapine au bord de la chute. La cascade fait un repli qui 
représente le fer à cheval. Vers le milieu du tableau, le fond 
du gouffre est caché par le brouillard de la cascade. 

Vue n 12. — Tour de Terrapine et Niagara. 

La tour de Terrapine est une petite tour bâtie non loin de la 
chute et d'où l'on peut apercevoir l'eau se précipiter dans le 
gouffre. On y accédait autrefois par un ponceau légèrement 
construit passant au-dessus des rapides. 

Cette tour, bâtie par un hardi spéculateur, fut, à cause des 
affouillements successifs de la base marneuse et de la dislo- 
cation des roches supérieures, détruite vers 1875, car elle deve- 
nait un danger permanent en surchargeant le bord de l'abîme. 

Vue n° 13. — Perspective de la chute du Niagara. 

C'est surtout d'en bas qu'il faut voir les chutes pour s'en faire 
une idée exacte. Du fond du gouffre nous voyons rejaillir un 
Ilot d'écume blanche. L'atmosphère est saturée de vapeur d'eau 
sous la forme de fines gouttelettes incessamment renouvelées. 
A certains moments de la journée, les rayons du soleil traver- 



— 13 — 

sant ce brouillard, se décomposent en de multiples arcs-cn-cicl. 
Pour mieux jouir du spectacle, on peut passer par un petit 
chemin pratiqué entre le rocher et la nappe d'eau. C'est une 
promenade très à la mode parmi les Américaines, car elle ne 
manque point d'émotions. On recommande généralement à 
ceux qui entreprennent la traversée de se vêtir d'imperméables. 

Vue n° 14. — Table Rock et Niagara. 

Le « Rocher de la table », près de la cascade du « Fer à 
cheval ». Nous revoyons la cascade depuis le haut. Disons 
quelques mots de la géologie du Niagara, ils auront bien leur 
intérêt. Nous avons vu au début de cette conférence, en remon- 
tant le fleuve du lac Ontario vers le lac Erié, qu'il était encaissé 
entre deux berges formant un étroit couloir, un canon (comme 
on dit en géographie), taillé en plein plateau calcaire. Nous 
avons vu aussi que, au-dessous du calcaire de ce plateau, se 
trouvent des terrains moins résistants, des marnes, et, tout à 
fait à la base, des grès. Ces terrains sont très anciens, on les 
classe parmi les premiers terrains que l'eau a formés à la sur- 
face de notre globe, pendant la période silurienne, dans l'ère 
primaire. A l'endroit où se trouve la cascade, le calcaire qui 
forme le plateau dont nous parlions n'a pas encore cédé à 
l'effort des eaux ; le plateau est intact, mais l'eau en retombant 
attaque peu à peu les marnes situées au-dessous du calcaire, et 
les bords du plateau de calcaire qui ne sont plus soutenus 
reposent, dans le vide. C'est le cas de la « Table Rock » que 
nous voyons ici. Arrive le moment d'une crue, où l'eau a une 
plus grande puissance, et ces « tables de rochers » seront 
cassées, brisées et précipitées dans le fond du gouffre. 

Vue n 15. 
Les chutes du Niagara et rochers de Terrapine. 

Cette vue nous porterait à croire que la tour de Terrapine a 
été construite autrefois bien hardiment tout au bord de la chute. 



— 14 — 

Eh réalité, elle ne fut pas construite si près. Mais les phéno- 
mènes dont nous venons de parler se produisant avec une 
certaine rapidité, la portion de sable calcaire qui était au-devant 
de la tour de Terrapine s'est écroulée. Il y a quelques années 
encore, on voyait au-devant de la tour de gros blocs ; ils ont 
disparu. 

Vue n ; ' 16. — Tour de Terrapine et rapides. 

Remarquez que le fer à cheval que nous apercevons en 
arrière s'est fortement creusé ; la u Table Rock n que nous 
avons vue tout à l'heure est en partie écroulée. 

Au Niagara, dit un géographe, l'eau agit comme le marteau du 
démolisseur ; elle frappe brutalement ou s'appuie comme un levier 
d'une force irrésistible et précipite dans le gouffre les rochers par 
blocs énormes. 

C'est ainsi que peu à peu la cascade du Niagara a reculé du 
lac Ontario vers le lac Erié. En certains points de la cascade, 
au (( Fer à cheval », la chute recule de près de a mètres chaque 
année. 

Les travaux les plus récents constatent parfaitement le recul 
de la chute de plus en plus accentué vers le lac Erié. 

D'après Bakervill, dit Elisée Reclus, l'œuvre d'érosion représente- 
rait en moyenne un mètre par an depuis la fin du siècle dernier, 
mais des mesures plus précises ont établi que, depuis 1842 à 1880, 
pendant quarante-deux années, l'érosion totale pour la chute cana- 
dienne a été de 77 mètres, soit un 1 m. 89 par an ; pour l'autre 
chute, le mouvement de recul beaucoup moindre n'a comporté en 
tout que 17 m. 1/2. En admettant que ce recul se soit toujours pro- 
duit dans la même proportion, une période de soixante siècles 
environ se serait écoulée depuis l'époque où la chute commençait 
son travail d'excavation sur le front de la falaise, là où se trouvent 
aujourd'hui Queenstown et Lewistown. Si le mouvement se con- 
tinuait dans les mêmes proportions, ia chute américaine aura dis- 



— 15 — 

paru dans le cours du millénaire prochain; en gagnant vers l'amont r 
la chute canadienne appellera les eaux vers son abîme, et l'île de la 
Chèvre, séparée de la rive par un courant de moins en moins puis- 
sant, finira par se rattacher à la terre ferme. En deux mille ans, sui- 
vant la même progression, la chute aura cessé d'exister. 

Vue n° 17. — Les rapides du Niagara. 
Vue n 18. — Vue générale des rapides. 

La masse d'eau qui forme la rivière coulant sur les rochers 
se précipite avec rapidité en formant mille remous blancs 
d'écume vers la cataracte. Les rives sont peu élevées au-dessus 
du fleuve. 

Vue n 19. — Grande chute du Niagara. 

Nous voyons ici la cataracte du côté de la rive canadienne- 
dans la région dite « le Fer à cheval », mais sous un aspect 
plus favorable. Mieux que dans les autres vues, nous nous 
rendons compte ici de l'immense quantité d'eau déversée à 
chaque seconde par la cataracte. On l'évalue au minimum à 
ioooo mètres cubes ; d'autres portent cette quantité à 3oooo. 

Au sujet de cette chute du Fer à cheval — Horse schœ fall, 
~s_ les Américains prétendent que la vue est bien supérieure 
dû côté de Y American fall. Les Canadiens contestent cette 
manière de voir et ils ont raison. Le Fer à cheval, comme vous 
le voyez, est plus grandiose, et l'arc merveilleux qu'il décrit est 
d'un plus saisissant aspect que la nappe rectiligne américaine. 

A la cataracte plongeante, dit M. IL Fourtier, correspond une 
cataracte montante formée de toutes les eaux qui se brisent sur les 
pointes cachées des rocs, s'élancent en fusée dans l'air, puis se 
divisent en brouillards et retombent sur les alentours en une pluie 
continue. L'embrun monte à des centaines de mètres et se déchire 
en nuages blancs qui flottent dans le ciel : les blanches vapeurs qui 
cheminent en longues traînées dans l'air bleu font reconnaître de 



— 16 — 

loin, par-dessus les grands arbres des parcs, l'endroit précis où 
tombe le fleuve. 

Vue n° 20. — Vue générale de la grande chute du Niagara. 

La vue prise des chutes nous fait apercevoir le fleuve s'en 
allant à travers la gorge à parois escarpées vers le lac Ontario. 
Au loin, le pont de chemin de fer dont nous apercevons une 
des immenses piles, au-dessus des arbres et des maisons. 

Vue n 21. — Chute du fleuve et Niagara. 

La vue est prise du point opposé, le Niagara descend à travers 
les rives escarpées et baissées vers le lac Ontario ; au fond, la 
cascade voilée par la buée qui s'élève au fond du gouffre. Tout 
ce magnifique paysage est rayé d'une mince ligne noire : le 
tablier du pont du chemin de fer. 

Vue n 22, — Paysage et chute du Niagara. 

Nous sommes près du pont du chemin de fer. De là, nous 
embrassons presque l'ensemble de la chute. Sur la rive cana- N 
dienne, nous voyons la tour de Terrapine qui se détache mer- 
veilleusement, tandis que sur l'autre rive, les arbres forment 
un fond sombre sur lequel ressort par contraste la blancheur 
des eaux de la cascade. 

Vue n" 23. — Chute du Niagara et fleuve. 

Nous revenons près de la tour de Terrapine et du « Fer à 
cheval ». De là, nous dominons la chute et le fleuve qui s'écoule 
en passant plus bas sous le pont du chemin de fer. 

Vue n° 24. — Vue générale des chutes du Niagara. 

Du petit parapet en pierre construit au bord de l'abîme, nous 
pouvons contempler la plus grande partie de la cascade. Sur le 



— 17 — 

haut de la colline, un hôtel qui doit avoir sur la cascade une 
vue merveilleuse. 



Vue n 25. — Le gouffre du Niagara. 

Nous apercevons en haut les rapides et nous voyons à peu 
près en entier l'immense chute des eaux au fond du gouffre. 
Nous en voyons remonter un épais brouillard. Quelle peut être 
la force produite par une telle masse d'eau tombant d'une telle 
hauteur? On en donne des chiffres qui paraissent fabuleux, au 
moins 6 millions de chevaux- vapeur. Les Américains, gens 
pratiques, n'ont point voulu laisser improductive une pareille 
force ; ils l'ont en partie captée. Ils l'utilisent soit dans des 
usines bâties aux environs, soit dans des villes plus ou moins 
éloignées, telles que Buffalo, notamment, distant de 3o kilo- 
mètres et qui reçoit une force de 8 ooo chevaux. 

Vue rr 26. — Le pont sur les rapides. 

Sur ce pont, on peut mesurer la vitesse de l'eau qui se pré- 
cipite vers la chute. Les environs ne sont pas trop dégradés et 
gardent encore assez de pittoresque, grâce à la prévoyance du 
gouvernement américain qui, par un acte d'autorité, il y a 
quelques années, nettoya tout ce coin des réclames et des hôtels 
et auberges qui le déshonoraient. Il racheta ces diverses pro- 
priétés et prit sous sa protection la région de la cascade du 
Niagara, comme il avait déjà pris sous sa protection les paysages 
du Paro national. Aujourd'hui, non seulement il n'est plus 
possible d'y installer une industrie quelconque sans son autori- 
sation, mais même on ne peut modifier aucun point du paysage 
dans l'île de la Chèvre, cette île au niveau des rapides qui par- 
tage la cataracte en deux portions et qui est transformée en 
un véritable jardin ; on ne peut toucher à une branche ou à., 
une fleur sans encourir la peine de l'amende ou de la prison. 



— 18 — 

II. — LE NIAGARA EN HIVER 

Nous venons de parcourir les paysages de la cascade du Nia- 
gara pendant l'été, lorsque l'eau y coule à pleins bords et qu'elle 
-est encadrée sur ses rives par une végétation verdoyante. En 
hiver, le spectacle est tout à fait différent, plus beau pour 
•certains, plus étrange et plus magique. 

Vue n 27. — Vue d'ensemble des stalactites. 

Nous voici d'abord au-dessous de la cascade, les eaux qui 
tombent de la table calcaire qui forme le seuil du Niagara se 
sont figées en de superbes colonnes de glace ressemblant aux 
stalactites que l'on trouve dans les grottes souterraines : celles-ci 
ont exigé des milliers de siècles pour se former, celles-là ont 
été formées en un instant, comme par le coup de baguette 
d'une puissante fée. Au-dessous des stalactites et de la paroi 
du rocher, nous apercevons un petit passage muni d'un garde- 
fou, c'est par là que l'on passe pour aller examiner par-dessus 
les chutes du Niagara. 

Quand l'eau est figée par le froid, la promenade offre plus 
de sécurité, mais aussi peut-être moins de charmes pour ceux 
qui sont à la recherche des émotions. 

Vue n 28. — Grotte de stalactites au Niagara. 

La cascade est entièrement solidifiée ; on la dirait presque 
pétrifiée par le froid. Le passage entre ce mur de glace et le 
rocher n'est plus qu'un étroit couloir très sombre, une longue 
grotte dont la paroi extérieure n'est formée que de stalactites 
étincelantes au moindre rayon de lumière. 

Vue n 29. — Table Rock et Niagara (effet de glace). 

Les riants paysages de l'été sont cachés par un blanc manteau 
de neige. La cascade coule encore, mais sur ses bords les 



— 19 — 

chutes moins volumineuses ont été saisies par le froid et con- 
gelées. Elles pendent en stalactites plus ou moins belles. Voici 
la table Rock, ce morceau de calcaire que nous avions vu sur- 
plomber l'abîme, et prêt à s'effondrer, le froid l'a recouvert 
d'un tapis blanc et l'a orné de gracieux pendentifs. 

Vue n° 30. — Stalactites, Table Rock et Niagara. 

La Table Rock vue par-dessous se détache gracieusement avec* 
ses stalactites effilées sur l'azur du ciel. Sur le côté, des chutes 
un peu plus importantes ont été elles aussi solidifiées et res- 
semblent à d'immenses tuyaux d'orgues. Cependant la chute 
n'est point encore complètement arrêtée. 

Vue n 31. — Stalactites et Niagara. 

Le froid augmentant encore, voici toute une partie de la 
cascade arrêtée dans sa chute. A côté d'immenses colonnes de 
glace se trouvent des stalactites plus effilées et plus ténues qui 
n'ont pu atteindre le sol ; elles garnissent d'ornements délicats 
les intervalles s des colonnes et se détachent nettement en lignes 
blanches sur le fond noir du rocher. 

Vue n 32. — Tour de Terrapine et Niagara. 
Effet de neige. 

Dans cette vue un peu plus générale, nous voyons une plus 
grande partie de la cascade congelée par le froid- Dans le fond, 
la tour de Terrapine que nous n'avons garde maintenant 
d'oublier. 

Vue n" 33. — Grandes stalactites et Niagara. 
Vue n 34. — Table Rock et Niagara. Effet de neige. 

Même vue que tout à l'heure prise d'un point plus rapproché 
de la Table Rock, où l'on voit un Américain hardi qui a osé 



— 20 — 

s'y aventurer sans crainte d'en provoquer la rupture et de se 
précipiter avec elle au fond du gouffre. 

Vue n° 35. — Stalactites et stalagmites au Niagara. 
Vue n° 36. — Stalactites sous la Table Rock-Niagara. 

Le spectacle des chutes en hiver est d'ordinaire peu connu des 
touristes qui viennent de préférence pendant la belle saison ; cepen- 
dant, il se présente sous une forme grandiose toute particulière qui 
ne justifierait pas l'indifférence des voyageurs, si elle n'était en 
quelque sorte excusée par la rigueur du froid en ces régions. Sous 
la route de glace qui les enserre, les eaux continuent à couler avec 
un sourd grondement et en imprimant à la couche transparente des 
oscillations qui souvent la brisent pour la rejeter dans le gouffre. 

Au pied de la cascade, toutes ces glaces amoncelées forment de 
puissantes embûches qui prennent les aspects les plus capricieux. La 
glace n'est pas transparente, mais déchiquetée en menus morceaux 
qui se sont ressoudés par le froid. 

En avant de la chute, il se forme ainsi une vaste banquise qui 
s'accroît et s'immobilise de plus en plus jusqu'à ce que, au retour 
de la belle saison, ce fleuve reprenne son cours normal. Alors le 
champ de glace se disloque, et en un court espace de temps toutes 
les masses accumulées par l'hiver se brisent avec fracas et sont 
emportées vers le lac Ontario (i). 

Vue n° 37. — Pont de glace dans Pîle de Luna. 

Ces glaces ne sont pas dues seulement aux eaux vives ; en 
cette partie de l'Amérique, le givre matinal atteint des propor- 
tions inconnues. On peut s'en rendre compte par cette vue qui 
nous représente ce pont de bois qui réunit l'île de Luna à la 
terre ferme. On voit que la condensation des eaux de l'atmo- 
sphère forme sur les parapets du pont des couches d'une épais- 

(i) Fourtier, ouvr. cit. 



— 21 — 

seur considérable. Les branches des arbres, alourdies par le 
poids du verglas, s'inclinent fortement et les stalactites qui 
pendent de tous côtés s'accroissent ainsi très rapidement. 

Vue n 38. — Les rapides. Ile de Luna, effet de neige. 

Les rapides, malgré le grand froid, n'ont pas cessé de couler, 
excepté pendant le grand hiver de 1870, les bords du fleuve 
seuls ont été solidifiés par le froid. 

Vue n 39. — Vue générale du Niagara, effet de neige. 

Jetons un dernier regard sur la cascade en nous plaçant 
encore auprès de la Table Rock. La masse d'eau trop rapide n'a 
pas été congelée, bien que tout à l'entour témoigne d'un froid 
intense. Sur les bords de la vue, des traces de voitures ; les tou- 
ristes ne chôment pas, même en hiver. 

Vue n 40. — Cascade Montmorency. 

Voici une cascade de proportions moins vastes que la grande 
cascade du Niagara. Elle aussi tombe du sommet d'un plateau 
calcaire qui, plus résistant, ne s'est pas encore laissé entamer. 

Vue n 41. — Mer de glace au Niagara. 

Notre dernière vue sur le Niagara. Le cours du fleuve en bas 
de la cascade est encombré d'énormes glaçons qui lui donnent 
l'aspect d'une mer de glace. Dans le fond, nous apercevons 
encore la chute derrière un léger voile de vapeurs. 

Notre voyage est terminé. Nous n'avons eu, en définitive, 
qu'une faible image de la merveilleuse cascade. Il manquait à 
nos photographies la vitalité de la nature ; il manquait surtout 
le*bruit formidable de la chute (le tonnerre des eaux) ; je crois 



cependant que vous n'êtes pas resté insensible et que vous avez 
ressenti quelques-unes des émotions de l'heureux touriste qui 
peut contempler dans sa réalité la beauté de ce spectacle incom- 
parable. Vous avez senti que vous assistiez à une des belles 
manifestations de la puissance du Créateur, et votre âme de 
croyant s'est naturellement élevée jusqu'à Dieu pour le 
remercier et le bénir. 

Jacoues Varon. 



<*w*. 



787-23. — Imp. Paul Ferox-Vrau, 3 et 5, rue Bayard, Paris, VHP 



ÉTUDES, SUJETS DE CONFÉRENCES AVEC PROJECTIONS 



Chaque livret, in-12, fr. 50; port, fr. 05. 



N° i. — Rome et les 
triomphes de l'Eglise, par 
L. des Gerbes. 

N° 2. — La divine enfance 
de Jésus, par L. des Gerbes. 

N° 3. — La vie publique 
de Jésus, par L. des Gerbes. 

N°4 • — Les enseignements 
de Jésus, par L. des Gerbes. 

N° 5. — Les voyages apos- 
toliques de Jésus, par L. des 
Gerbes. 

N° 6. — La Passion de 
Jésus-Christ. 

N° 7. — Les voyages de 
saint Paul. 

N° 8. — Les Catacombes 
de Rome. 

N° g. — Naples. 

N° 10. — Saint Paul, le 
prisonnier du Christ. 

N° 11. — La Russie et les 
Russes. 

N° 12. 
Jeanne 
Gerbes. 

N°i3. 
d'Arc. 

N° 14. 
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— La mission de 
d'Arc, par L. des 

- La vie de Jeanne 



— Le Mont Saint- 

par M.-L. Christian. 

N° i5. — Madagascar. 

N° 16. — Les Causses et 
les Gorges du Tarn. 

N° 17. — Lourdes, par 
M.-L. Christimst. 

N° 18. — La Franc-Maçon- 
nerie : son organisation, son 
but, par G. Soulacroix. 

N° iq. — Vie de la Sainte 



Vierge, par L. dis Gkubes. 

iV 20. — Florence, par 
L. des Gerbes. 

N° 21. — La vie publique 
et la vie domestique à 
Pompéi, par M.-L. Christian. 

N° 22. — Autour de la 
Sicile, par M.-L. Christian. 

N°23. — Notes et réflexions 
sur les Evangiles. 

N° 24. — L'Eglise : expli- 
cation archéologique et litur- 
gique. 

N° 25. — L'autel et les 
objets du culte : explication 
liturgique. 

N° 26. — Les cérémonies 
de la Messe : explication 
liturgique destinée au Caté- 
chisme de Persévérance. 

N° 27. — Les cérémonies 
de la Messe et la Passion 
de Jésus-Christ, explication 
liturgique destinée aux caté- 
chismes. 

N° 28. — Les cérémonies 
de la Messe expliquées aux 
enfants, avec 'indication des 
prières à réciter. 

N° 29. — La jeunesse des 
Saints, par l'abbé Pelez de 
Cordova. 

N° 3o. — L'acropole d'A- 
thènes, par M.-L. Christian. 

N° 3i. — L'existence de 
Dieu. 

N a 32. — La Chine, par 
L. 4 des Gerbes. 
N° 33 . — La cité des 



Doges, par M.-L. Christian. 
M 34- — Le Pèlerinage 
de Terre Sainte. 

N°35; — Les grands pèle- 
rinages de la France à la 
Sainte Vierge, par L. des 
Gerbes. 

N° 36. — Le P. Damien, 
apôtre des lépreux, par le 
P. Alazard, Picpucien. 

N° 37. — Le rôle social 
des missions, parM^LE Roy. 

N° 38. — L'Eglise et les 
pauvres, par M.-L. Christian. 
N° 3tj. — Existence et spi- 
ritualité de l'âme, par M.-L. 
Christian. 

N° 4o. — Le sacrifice dans 
l'économie de la religion, 
par l'abbé Bouquerfl. 

N° 4 1 • — L'héroïsme héré- 
ditaire des Françaises, par 
André Baron. 

N° 42. — « C'est la loi! » 
(sans projections). 

N 43. — Les sièges cé- 
lèbres, par F. Ligeon. 

N° 44- — La tuberculose, 
par le D r Simon. 

N° 45. — Voyage dans le 
midi de l'Allemagne, par 
L. Mallinger. 

N°46. — Le Forum romain. 

N° 47. — Les abeilles et 
l'apiculture, par 0. Métais. 

N°48. — La Guerre (1914- 
1918). 

N° 49- — L'alcool et l'al- 
coolisme. 

N° 5o. — Les pêcheurs de 
Bretagne et la sardine. 

N° 5i. — La petite Nellie, 
D r G. Bouin. 

N°52. — L'architecturere- 
ligieuse à travers les âges, 



par le chanoine A. Dublanchv. 

N° 53. — La Fontaine et 
ses fables. 

i\'° 54. — Le Panthéon de 
Paris, par Parisinus. 

N° 55. — L'Eglise et le 
travail. 

N° 56. — La vie future 
chez les Egyptiens, par 
M.-L. Christian. 

N° 57. — Le repos du di- 
manche, par M.-L. Christian. 

N° 58. — Le curé d'Ars. 

N° 59 . — Sa Majesté Bébé, 
par Everbkcoue. 

N 60. — La vie et les 
œuvres de la vénérable 
Anne-Marie Javouhey. 

N° 61. — La télégraphie 
sans fil, par Jacques Boyer. 

N° 62. — Nazareth. (La 
vie de famille idéale), par 
François Deblin. 

N° 63. — La Grande Char- 
treuse, par L. Gerbjer. 

N° 64. — Trois semaines 
en yacht. (De Barcelone à 
Alicante. De CartJiagène à 
Cadix, par Louis de Villa din. 

N° 65. — Les insectes nui- 
sibles à l'agriculture, par 
C. de Labon^efon. 

N° 66. — Les Pyrénées 
françaises (orientales et 
centrales). 

N° 67. — Rocamadour et 
Padirac. 

N° 68. — Les Côtes bre- 
tonnes. 

N° 69. — Les ruines de 
Baalbeck. 

N° 70. — Les maladies de 
la vigne. 

N° 71. — Le Niagara. 
N° 72. — Pasteur. 



N° 28. — Les cérémonies 
de la Messe expliquées aux 
enfants, avec indication des 
prières à réciter. 

N° 29. — La jeunesse des 
Saints, par l'abbé Pelez de 

CORDOVA. 

N° 3o. — L'acropole d'A- 
thènes, par M.-L. Christian. 

N° 3i. — L'existence de 
Dieu. 

N° 32. — La Chine, par 
L. des Gerbes. 

N°33. — La cité des Doges, 
par M.-L. Christian. 

N° 34. — Le Pèlerinage 
de Terre Sainte. 

N° 35. — Les grands pèle- 
rinages de la France à la 
Sainte Vierge, par L. des 
Gerbes. 

N° 36. — Le P. Damien, 
apôtre des lépreux, par le 
P. Alazard, Picpucien. 

N° 37. — Le rôle social 
des missions, par Ms r Le Roy. 

N° 38. — L'Église et les 
pauvres, par M.-L. Christian. 

N° 3g. — Existence et spi- 
ritualité de l'âme, par M.-L. 
Christian. 

N° 4o- — Le sacrifice dans 
l'économie de la religion, 
par l'abbé Bouquerel. 

N°4i- — L'héroïsme héré- 
ditaire des Françaises, par 

André Baron. 

N° 42. — « C'est la loi! » 

(sans projections). 

N° 43. — Les sièges cé- 
lèbres, par F. Ligeon. 



N° 44- — La tuberculose, 
par le D r Simon. 

N° 45. — Voyage dans le 
midi de l'Allemagne, par 
L. Mallinger. 

N°46. — Le Forum romain. 

N° 47- — Les abeilles et 
l'apiculture, par 0. Métais. 

N° 48. — La Guerre (1914- 
1918). 

N° 4g. — L'alcool et l'al- 
coolisme. 

N° 5o. — Les pêcheurs de 
Bretagne et la sardine. 

N° 5i. — La petite Nellie, 
D r G. Bouin. 

N° 52. -^-L'architecture re- 
ligieuse à travers les âges, 
par le chanoine A. Dublanchy. 

N° 53. — La Fontaine et 
ses fables. 

N° 54. — Le Panthéon de 
Paris, par Parisinus. 

N° 55. — L'Église et le 
travail. 

N° 56. — ^La vie future 
chez les Égyptiens, pan 
M.-L. Christian. 

N° 57. — Le repos du di- 
manche, par M.-L. Christian. 
N° 58. — Le curé d'Ars. 

Hors série. — La vie et 
les œuvres de la vénérable 
Anne-Marie Javouhey. 

Les droits de la France 

en Orient, par Eug.Godefroy. 

La télégraphie sans fil, 
par Jacques Boyer. 

Sœur Thérèse de l' En- 
fant-Jésus, par M. Mertin. 



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