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Full text of "Leçons de chimie appliquée à la teinture"

■' 



H? 






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http://www.archive.org/details/leonsdechimiea01chev 



LEÇONS 

■5 

DE CHIMIE 

APPLIQUÉE 

A LA TEINTURE. 



• 



{paris, tmprimmf to Bec ourlant, 

RUE* d'eRFURTH , KM, PRÈS DE L,' ABBAYE. 



41 CHEVREUL (E.) Leçons de chi- 

mie appliquée à la teinture. Leçons JHH a^ * 

1 à 23 27 à 30. Paris, 1828-1829, 3 vol ■■ 

in-8 rk 120fl ")]\S # * 



• * 



DE CHIMIE 



APPLIQUEE 



A LA TEINTURE, 



PAR M. E. CHEVREUL, 

MEMBRE DE L'INSTITUT, DE LA SOCIETE ROYALE DE LONDRES, 

DIRECTEUR DES TEINTURES DES MANUFACTURES 

ROYALES. 



TOME PREMIER. 

Ire A 15e LEÇON 



PARIS, 

PICHON ET DIDIER, éditeurs 

Des Cours de MM. Villemaw, Cousm, Gtjizot, Latjgier, Geoffroy- 
Saint-Hilaire , etc. 

QUAI DES AUGUSTINS, N n ^ . 

1829 






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*** 



« 



* 



H' 



LEÇONS 

DE CHIMIE 

APPLIQUÉE A LA TEINTURE, 
PAR M. CHEVREUL, 

MEMBRE DE i/lIYSTITDT DE FK ANCE, DE LA. SOCIÉTÉ ROYALE DE LONDRES, 

DIRECTEUR DES TEINTURES DES MANUFACTURES ROYALES, 

ETC., ETC. 



LEÇONS 

6 

DE CHIMIE 

APPLIQUÉE 

A LA TEINTURE. 



♦*ÈC-t©^«M-^M'C«-W'0«-r*t^^C*' 



M .MVWWfrM-^m***^W* M - *+0€-C+t+ fr***- 



PREMIERE LEÇON. 



INTRODUCTION. 



Messieurs, 

Je ne puis me dispenser, avant d'entrer en 
matière, de vous faire connaître la manière dont 
j'appliquerai la chimie à l'art de la teinture. 
Je diviserai le cours en deux parties : 
La première partie, objet de l'enseignement 
de cette année, sera consacrée à l'examen de 
toutes les espèces de corps que le teinturier em- 
ploie pour arriver à son but, c'est-à-dire, pour 



i. 



4 i Te LEÇON DE CHIMIE 

appliquer des substances colorantes sur des 
étoffes dont la matière première est emprun- 
tée aux plantes ou aux animaux. Je ne m'ar- 
rêterai que sur les espèces qui intéressent le 
teinturier, soit sous le rapport de la pratique, 
soit sous celui de la théorie de son art. Par 
exemple, à l'article du soufre, j'examinerai les 
acides qu'il forme avec l'oxigène ; je donne- 
rai une attention toute particulière aux acides 
sulfurique et sulfureux , qui sont employés 
en teinture ; et je ne dirai que quelques mots 
de l'acide hyposulfureux, qui n'y est d'aucun 
usage, mais dont la connaissance est néces- 
saire lorsqu'on veut se rendre un compte exact 
de l'essai des soudes du commerce. En parlant 
d'un acide utile, j'insisterai sur les moyens de 
reconnaître son degré de pureté, sur la ma- 
nière de le préparer et de le purifier. Aux ar- 
ticles du sodium, du potassium, j'exposerai les 
propriétés de la soude, de la potasse, et le 
mode de leur préparation. Je parlerai des sels, 
qu'il importe le plus au teinturier de connaî- 
tre, et à l'article des carbonates de soude et 
de potasse, je traiterai des procédés alcali- 
métriques. Enfin, l'histoire des principes im- 
médiats des êtres organisés qui l'intéressent 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

plus ou moins terminera la première partie du 
cours. 

La seconde partie, objet de l'enseignement 
de l'année prochaine , sera consacrée à l'exa- 
men des procédés de l'art. Je traiterai d'abord 
delà préparation du ligneux, et sous ce nom 
je comprends le coton , le lin et le chanvre ; 
ensuite, de celle de la soie et de la laine. 

L'application des mordans sur les étoffes 
sera examinée avec les détails qu'elle comporte 
quand on la considère en général. 

De là je passerai à l'exposition des procédés 
suivis pour teindre les étoffes en jaune, en 
rouge, en bleu, en des couleurs dites compo- 
sées , et en noir. 

Je traiterai ensuite de la manière de juger 
des étoffes teintes, soit par rapport à la solidité 
de leurs couleurs, soit par rapport à leur éclat. 

La seconde partie sera terminée par des con- 
sidérations générales sur la liaison de la tein- 
ture avec la théorie chimique. 

Je m'efforcerai , Messieurs , d'éviter deux 
écueils, celui de ne présenter que des faits isolés, 
et celui de donner des théories trop abstraites 
pour être appliquées immédiatement aux pro- 
cédés de l'art, qui sont aujourd'hui susceptibles 



() 1" LEÇON DE CHIMIE 

d'être éclairés du flambeau de la science. Dans 
les explications des phénomènes que nous ob- 
serverons, j'aurai toujours égard au degré de 
certitude des données que j'emprunterai à la 
théorie chimique; et je ne dissimulerai jamais 
ce qu'elles laissent à désirer dans plusieurs cas. 

Autant que possible j'appliquerai la théorie 
atomistique à tout ce qui se rattache aux pro- 
portions suivant lesquelles les corps agissent; 
et quoique cette théorie ne soit pas démontrée, 
elle s'accorde si heureusement avec les expé- 
riences les plus précises, que ceux qui ont le 
plus d'éloignement pour les hypothèses ne peu- 
vent en méconnaître les avantages, toutes les 
fois qu'elle est appliquée avec discernement. 

Je suppose que toutes les personnes qui me 
font l'honneur d'assister à mes leçons ont déjà 
des notions élémentaires de physique et de 
chimie, et qu'elles veulent repasser cette der- 
nière science afin de tirer parti de toutes les 
connaissances qu'elle est susceptible de four- 
nir à celui qui se propose de connaître la théo- 
rie de la teinture, et de perfectionner les pro- 
cédés dont cet art se compose. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 

Objet des deux premières leçons. 

Cette leçon et la suivante renfermeront les 
prolégomènes que je crois nécessaire d'exposer 
avant de commencer l'étude des corps considé- 
rés individuellement. 

Celle d'aujourd'hui aura pour objet de définir 
plusieurs expressions fondamentales de la lan- 
gue chimique, savoir: ce qu'on entend par 

i° Corps; — propriétés des corps; 

i° Nature des corps. 

La leçon suivante sera consacre'e à exposer : 

i° Les règles de la nomenclature chimique; 

2° La définition du mot espèce appliqué aux 
corps simples et aux corps composés ; 

3° La manière dont les propriétés d'un corps 
seront décrites dans la suite du cours. 

I. DES CORPS. 

On donne le nom de matière ou de corps à 
toute étendue limitée et impénétrable qui affecte 
les organes de nos sens. L'étendue et l'impéné- 
trabilité sont donc deux attributs essentiels de 
tout ce que nous considérons comme matériel. 
Il est sans doute superflu de rappeler ici que 
lorsqu'un corps semble en pénétrer un autre, 
le premier ne fait que se loger dans les pores 



8 I r >= LEÇON DE CHIMIE 

ou interstices du second. Plusieurs substances, 
comme le charbon, ont des pores visibles, tan- 
dis qu'il en est d'autres, comme le verre et les 
métaux, qui n'en présentent pas de sensibles : ce- 
pendant on admet généralement que ces sub- 
stances ne sont pas formées d'une matière con- 
tinue dans toutes ses parties. 

Si nous regardons un disque de cuivre, un 
disque de plomb, l'œil nous fera connaître leur 
étendue limitée ; si nous portons la main sur 
leur surface, nous aurons non -seulement la 
connaissance du même fait, mais nous aurons 
encore celle de leur impénétrabilité par la ré- 
sistance que les doigts éprouveront lorsqu'ils 
tendront à occuper le même lieu de l'espace 
que ces disques occupent : nous conclurons 
donc que ces objets sont des corps. 

PROPRIETES DES CORPS. 

Qu'entend-on par propriétés de la matière, 
propriétés des corps? Ce sont précisément les 
rapports que nous avons avec les choses qui 
tombent sous les organes de nos sens. En con- 
séquence nous pouvons dire que les propriétés 
des corps sont les facultés qu'ils ont d'agir sur 
nous; et nous ajoutons, celles qu'ils ont d'agir 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. g 

les mis sur les autres. Mais quand nous nous 
apercevons de ce dernier genre d'action , c'est 
encore par l'intermédiaire de nos sens : en dé- 
finitive , c'est donc toujours par les rapports 
qu'ils ont avec nous que nous jugeons de leur 
existence. De là l'impossibilité de définir la ma- 
tière en elle-même. 

Les propriétés de la matière envisagées dans 
les corps que nous voulons étudier sont si 
nombreuses, que nous les distribuerons en trois 
groupes généraux : 

Le premier comprendra les propriétés physi- 
ques; 

Le second, les propriétés chimiques-; 

Le troisième, les propriétés que j'ai proposé 
de nommer organaleptiques. 

Nous allons passer en revue les propriétés 
sur lesquelles nous fixerons particulièrement 
notre attention dans l'étude que nous ferons 
des corps qui les possèdent. 

A. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Solidité. 

La première chose qui se présente à notre 
observation lorsque nous considérons les corps, 
est l'état d'agrégation de leurs particules. Nous 



10 I 1 ' LEÇOJN IJE CHIMIE 

en voyons qui conservent constamment la mê- 
me forme, quelle que soit la position dans la- 
quelle nous les mettions : par exemple, dans un 
morceau de cuivre toutes les parties sont dé- 
pendantes les unes des autres ; elles sont com- 
me liées, comme fixées ensemble, elles ne peu- 
vent recevoir un mouvement sans que ce mou- 
vement ne se partage également dans toute la 
masse du métal : c'est cette dépendance mu- 
tuelle , cette agrégation des parties qui consti- 
tue ce que nous appelons la solidité ou Y état 
solide des corps. Un corps solide est donc celui 
qui a ses parues tellement adhérentes les unes 
aux autres qu'il a une figure déterminée quil 
conserve dans toutes les positions où on peut le 

placer. 

Liquidité. 

Si nous considérons une masse d'eau sous le 
rapport de l'agrégation de ses parties, nous 
reconnaissons bientôt qu'elle n'a pas une figure 
autrement déterminée, que celle qui résulte de 
la capacité du vase qui la contient, et où elle est 
pour ainsi dire moulée; nous voyons que la 
surface qui n'est pas gênée par le contact de 
parois résistantes, est sensiblement plane, au 
moins lorsque nous ne considérons que de 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 1 I 

petites étendues ; enfin il est aisé de s'assurer 
qu'une portion de sa masse peut être mise en 
mouvement sans que le reste y participe, et 
que l'eau , contenue de toutes parts dans un 
vase , ne peut diminuer sensiblement de volu- 
me par la compression , qu'aulant qu'on exerce 
sur elle un effort considérable. Cette manière 
d'être de l'eau, qui est commune à tous les 
liquides, provient de la faible adhérence de ses 
particules; mais quelque faible que soit cette 
adhérence , on ne pourrait sans erreur sensible 
négliger d'en tenir compte dans plusieurs cas. 
En définitive, un corps liquide est celui qui a 
ses particules si peu adhérentes qu elles peuvent 
se mouvoir indépendamment les unes des autres, 
et qui ne diminue visiblement de volume par la 
compression que quand V effort exercé est très- 
considérable. 

Gazéité. 

Un autre état de la matière est la gazéité, 
la fluidité élastique, la fluidité aériforme; tou- 
tes ces expressions sont synonymes. Les corps 
qui sont dans cet état n'ont plus d'adhérence 
entre leurs parties, et celles-ci semblent être 
livrées à une force qui tend incessamment à les 



1 1 l" LEÇO> DE CHIMIE 

écarter les unes des autres. Si nous voyons une 
masse de iluide aériforme en repos, c'est qu'il 
y a un obstacle extérieur qui s'oppose à l'ex- 
tension de volume de la substance. On en a une 
preuve par l'expérience suivante : une masse 
de fluide élastique remplit la partie AU du tube 
T (fig. i). Lorsque le niveau du mercure qui 
est dans l'intérieur du tube coïncide avec le 
niveau du mercure du réservoir R, la pression 
que supporte la masse de fluide .élastique est 
donnée par la hauteur du mercure dans le baro- 
mètre, de sorte que si la hauteur de la colonne 
barométrique est de 28 pouces, la pression pro- 
duite par une colonne de 28 pouces de mer- 
cure est celle que supporte le fluide élastique 
contenu dans le tube. Si j'élève ce tube de ma- 
nière que la hauteur du mercure qui s'y trouve 
soit précisément la moitié de la hauteur de la 
colonne du mercure dans le baromètre, c'est- 
à-dire 14 pouces, je reconnaîtrai que le fluide 
élastique a doublé de volume; de sorte qu'il y 
a un rapport très-simple entre la pression que 
supporte un fluide élastique et l'espace qu'il 
occupe. Le volume augmente précisément au- 
tant que la pression diminue , puisqu'une masse 
de fluide élastique qui occupe un certain vo- 



APPLIQUEE A LA TEINTUttE. lô 

lame sous une certaine pression, occupera un 
volume double lorsque la pression aura été ré- 
duite de la moitié de ce qu'elle était d'abord. 
On admet généralement que les particules 
matérielles qui sont à l'état de fluide élastique 
n'ont aucune adhérence les unes aux autres , 
au moins lorsqu'on est éloigné du terme où 
le fluide élastique est susceptible de devenir 
liquide ou solide. Un corps gazeux est donc 
caractérisé par l'indépendance de ses parties et 
par son élasticité. 

Densité. 

Une autre propriété qu'il est essentiel de con- 
naître, est la densité, ou le poids spécifique. 
Lorsqu'une masse quelconque d'un corps ter- 
restre est placée sur un plan, elle le presse en 
vertu de la tendance qui la sollicite à se porter 
vers le centre de la terre. C'est cette pression 
qui est connue sous le nom de poids, et que 
nous mesurons au moyen d'une balance. 

Si nous pesons une série de différens corps 
qui aient un volume égal , nous trouverons 
en général qu'ils auront des poids différens. Le 
rapport qui existe entre le poids et le volume 

,, r M 

d un corps, et que nous représentons par ^ 



l4 1''- LEÇON DE CHIMIE 

c'est-à-dire le poids divisé par le volume, est ap 
pelé le poids spécifique ou la densité de ce 
corps. Dans sa description d'un corps, il est 
toujours utile d'énoncer la densité, que l'on 
compare à celle d'un autre corps qui est prise 
pour unité. La densité des solides et des liqui- 
des est rapportée à celle de l'eau prise pour 
unité; la densité des fluides élastiques l'est à 
celle de l'air sec prise pour unité. Par exemple 
nous disons que la densité du cuivre est à celle 
de l'eau comme 8,895 est à 1, parce qu'à la tem- 
pérature de l\ n au-dessus de zéro un centimè- 
tre cube d'eau pèse un gramme, et un centimè- 
tre cube de cuivre pèse 8 gr. 895. 

Corps et lumière. 

L'action des corps sur la lumière donne lieu 
à des phénomènes plus ou moins remarquables 
et plus ou moins importans, qui servent à les 
caractériser ; et cette action a un intérêt tout 
spécial pour le teinturier, puisque l'objet de 
son art est de changer l'aspect du ligneux, de la 
soie, de la laine, au moyen de corps qui les co- 
lorent. Les couleurs ne sont point matérielles, 
elles résultent de ce que la lumière qui tombe 
sur un corps en éprouve une telle modifica- 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 1 5 

tion , dans sa composition même ou clans le 
mouvement de ses parties, quelle frappe notre 
œil, non plus comme lumière blanche, mais 
comme lumière colorée. 

Le corps qui a agi ainsi sur la lumière esl 
dit coloré par réflexion , si la lumière colorée 
parvient à notre œil sans l'avoir traversé; il esl 
dit coloré par transmission , dans le cas con- 
traire. Enfin la lumière peut nous être réfléchie 
ou transmise par un corps sans que nous éprou- 
vions aucune sensation de couleur, alors le 
corps nous.parait opaque et blanc ou transpa- 
rent et incolore. Il est des corps dans lesquels la 
lumière semble disparaître ou s'éteindre, ceux- 
ci nous font éprouver la sensation du noir. Les 
corps ont encore d'autres rapports avec la lu 
mière, qui sont d'un grand intérêt pour le phy- 
sicien et le chimiste; mais en en parlant nous 
nous éloignerions du but de ce cours. 

Sonorité. 

La propriété qu'ont certains corps seulement 
d'exciter en nous la sensation du son, lorsque 
leurs parties sont animées d'un mouvement que 
l'on nomme vibratoire, nous a conduit à distin- 
guer des corps sonores et des corps qui ne.le sont 



iti !■« LEÇON DE CHIMIE 

pas. Par conséquent la sonorité nous offre un 
moyen de distinguer les corps entre eux. 
Électricité. 

Les corps, placés dans certaines circonstances, 
manifestent les propriétés dites électriques ; alors 
ils attirent les poussières légères qu'on leur pré- 
sente, et les repoussent après le contact; alors, 
s'ils sont dans un état électrique suffisamment 
énergique, ils donnent une étincelle bruyante 
lorsqu'on en approche le doigt ou une boule 
de métal. Après que ce phénomène a eu lieu, 
les corps se trouvent plus ou moins, dépouillés 
de leur électricité. Ceux qui , comme on le dit, 
sont bons conducteurs de ce fluide , en sont 
dépouillés complètement; c'est ce qui arrive aux 
métaux, au charbon. Ceux qui, au contraire, 
ne sont pas conducteurs, n'en sont dépouillés 
que dans la partie qui a été touchée. 

On peut électriser les corps de différentes 
manières, 

i° Par le frottement. C'est ainsi qu'un bâton 
de résine et une peau de chat s'électrisent quand 
on les frotte ensemble; 

i° Par la compression. Par exemple, un dis- 
que de liège que l'on frappe contre un morceau 
de bois, s'électrise; 



APPLIQUÉE A "LA TEINTURE. n 

3° Par distribution. Cela arrive lorsqu'on met 
un corps en contact avec un corps électrisé. 
Pour que le premier conserve l'électricité qu'il 
a acquise, il faut, s'il est conducteur de ce 
fluide, qu'il soit isolé, c'est-à-dire placé sur un 
support de résine ou de verre, ou suspendu à 
un fil de soie. 

4° Par influence. Lorsqu'on approche un 
corps électrisé d'un corps qui ne l'est pas, 
celui-ci devient électrique, quoiqu'il n'ait pas 
touché au premier. Aussi lorsqu'on présente un 
bâton de résine frotté à des boules de moelle 
de sureau suspendues à un fil de soie, cel- 
les-ci sont électrisées par influence dès qu'elles 
se portent vers le bâton; et en effet il ne peut 
y avoir d'attraction électrique sans que les corps 
qui s'attirent ne soient eux-mêmes électrisés. 

5° Par élévation de température. La chaleur 
développe aussi de l'électricité. 

6° Par le contact de deux corps hétérogènes. 
Tel est le principe du développement de l'élec- 
tricité dans les élémens de la pile voltaïque. 

Si l'on frotte ensemble deux plaques de verre 
bien sèches et auxquelles on a adapté des manches 
de verre enduits de résine, en séparant les pla- 
ques l'une de l'autre on reconnaîtra que cha- 



l 8 \ T ' LEÇON DP. CHIMIE 

rm.e est éleclrisée, car elles attireront les corps 
légers qu'on leur présentera ; mais ce qui est 
bien digne de fixer l'attention , c'est qu'elles ne 
sont pas dans un même état électrique. Pour 
s'en convaincre il suffira de les présenter tour 
à tour à une boule de moelle de sureau sus- 
pendue à un fil de soie, qu'on aura préalable- 
ment électrisée par distribution, en la mettant 
en contact avec un bâton de cire d'Espagne qui 
aura été lui-même électrisé au moyen d'une peau 
de chat. Une des plaques attirera la boule, tan- 
dis que Vautre la repoussera. En outre , comme 
la répulsion a toujours lieu après le contact mu- 
tuel des corps électrisés, il faut en conclure qu'il 
existe deux états électriques différens ; que 
deux corps qui sont dans le même état se re- 
poussent, tandis qu'ils s'attirent lorsqu'ils sont 
dans des états différens. On a donné le nom 
d'électricité positive à l'électricité que le verre 
acquiert quand il est frotté avec une étoffe 
de laine, et celui d'électricité négative à celle 
que la résine acquiert quand elle est frottée 
contre une peau de chat. Avec ces données on 
pourra toujours reconnaître la nature de l'é- 
lectricité d'un corps. En effet, s'il attire la 
boule de moelle de sureau qui aura été préa- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 19 

Jablement électrisée avec le verre, on en con- 
clura qu'il estélectrisé négativement; s'il y avait 
répulsion, au contraire, on en conclurait qu'il 
est électrisé positivement. 

L'expérience des deux plaques de verre qui 
se sont électrisées différemment par leur frot- 
tement mutuel , prouvent que la même espèce 
de corps peut manifester les deux états élec- 
triques. D'après ce résultat on conçoit qu'un 
même corps peut être électrisé positivement 
dans un cas, et négativement dans un autre. 
C'est ainsi que le poil de chat frotté contre le 
verre poli devient positif, tandis que celui-ci 
devient négatif; 

Que le verre poli frotté contre la laine de- 
vient positif, et celle-ci négative; 

Que la laine frottée contre la plume devient 
.positive, et celle ci négative; 

Que la plume frottée contre le bois devient 
positive, et celui-ci négatif; 

Que le bois frotté contre le papier devient 
positif, et celui-ci négatif; 

Que le papier frotté contre la soie devient 
positif, et celle-ci négative ; 

Que la soie frottée contre la résine laque de- 
vient positive, et celle-ci négative. 



UO \" LEÇON DE (UIMIK 

Ces exemples démontrent que l'état électro- 
positif et l'état électro-négatif 'ne peuvent servir 
de caractère pour distinguer les corps d'une 
manière absolue en deux classes parfaitement 
tranchées, l'une qui contiendrait des corps qui 
s'électriseraient constamment positivement, et 
l'autre des corps qui s'électriseraient constam- 



ment négativement. 



Un phénomène remarquable que présentent 
les deux plaques de verre électrisées différem- 
ment par leur frottement mutuel, est que, tant 
qu'elles se touchent, elles ne manifestent aucune 
propriété électrique; il faut donc admettre que 
V électricité positive et l'électricité négative ont la 
propriété, de se neutraliser mutuellement, et qu'en 
conséquence on peut les considérer comme an- 
tagonistes. 

Enfin , comme il n'est pas possible de définir 
l'électricité positive et l'électricité négative au- 
trement qu'en disant que l'une est la propriété 
d'attirer ou de neutraliser l'autre, ces proprié- 
tés sont dites corrélatives. 

J'insiste beaucoup sur les distinctions que je 
viens de faire , par la raison que nous verrons 
bientôt des propriétés chimiques du premier 
ordre que l'on ne pourra bien apprécier qu'au- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. Il 

tant qu'on les envisagera sous le point de vue 
où nous venons de considérer les propriétés 
électriques. 

Magnétisme. 

La propriété qu'on remarque dans certains 
corps de se diriger dans le plan du méridien 
astronomique ou dans un plan qui en est très- 
voisin , lorsqu'ils sont suffisamment déliés et 
suspendus librement; la propriété qu'ont ces 
mêmes corps d'attirer la limaille de fer, sont 
attribuées à une cause appelée magnétisme. 

Les corps qui possèdent ces propriétés por- 
tent le nom $ aimans. 

Il existe deux magnétismes : comme les deux 
électricités, les magnétismes sont antagonistes 
l'un de l'autre, et corrélatifs; ils se manifestent 
surtout aux extrémités des aimans de forme 
prismatique. Les pôles de deux aimans qui sont 
dirigés vers le nord ou vers le sud , et qui 
sont conséquemment de la même nature, se 
repoussent mutuellement, tandis que les pôles 
différens s'attirent. 

B. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Nous venons de voir que les corps qui sont 



'!■>. 1 re/ LEÇON DE CHIMIE 

sollicités par les électricités et les magnétismes 
s'attirent ou se repoussent lorsqu'ils sont placés 
à une distance plus ou moins grande les uns 
des autres. Il n'en est pas de même des proprié- 
tés chimiques dont je vais parler. Les corps ne 
les présentent que quand ils sont en contact ap- 
parent. L'expérience suivante le prouve. 

On verse doucement dans une cloche étroite 
de l'alcool légèrement aiguisé d'acide acétique , 
puis, au moyen d'une pipette dont le bout est 
effilé, on porte au fond de la cloche de la tein- 
ture aqueuse de tournesol, qui est susceptible 
de devenir rouge par le contact des acides ; la 
différence de densité des liqueurs s'oppose à 
leur mélange; mais dans la partie où elles se 
touchent, on aperçoit une tranche de couleur 
rouge, due à la réaction de l'acide acétique 
sur la matière colorante; au-dessous d'elle, îa 
teinture de tournesol a conservé sa couleur 
bleue, et au-dessus, l'alcool est resté incolore. 
L'action chimique n'a donc eu lieu qu'au con- 
tact apparent des corps : si nous agitons les deux 
liquides, toutes les parties se trouveront en con- 
tact; la couleur deviendra uniforme dans toute 
la masse. De là nous pouvons tirer cette consé- 
quence, que toutes les fois qu'on voudra ol>~ 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. , a3 

server l'action chimique des corps les uns sur 
les autres, il faudra les diviser le plus possible, 
afin de multiplier leurs points de contact. 

Je vais donner deux nouveaux exemples d'ac- 
tions chimiques : 

Dans deux petits vases de verre, qu'on ap- 
pelle des matras, dont l'un contient du cuivre 
et l'autre du plomb, je verse un liquide appelé 
acide nitrique faible, et j'élève peu à peu la 
température des corps : des bulles se dégagent 
bientôt; elles ne proviennent point d'une sim- 
ple ébullition déterminée par l'élévation de la 
température, elles sont le résultat d'une al- 
tération que le liquide éprouve sous l'influence 
du métal et de la chaleur. En continuant l'ex- 
périence, et en supposant qu'il y ait assez d'a- 
cide nitrique, les corps disparaissent complè- 
tement : on dit alors qu'ils sont dissous. Mais 
les deux dissolutions sont très-différentes par 
la couleur; celle du cuivre est bleue, et celle 
du plomb n'est pas colorée; toutes deux sont 
transparentes et homogènes à l'œil dans tou- 
tes leurs parties. 

Il est inutile de donner d'autres exemples des 
propriétés que nous rapportons à l'action chi- 
mique ; ceux-là suffisent pour faire concevoir 



»4 l re LEÇON DE CHIMIt 

combien elles diffèrent des propriétés physi- 
ques, et combien elles sont propres à distinguer 
les diverses espèces de corps les unes des au- 
tres. 

C. PROPRIÉTÉS URGAXOLEPTIQUES. 

J'ai proposé de réunir dans un groupe parti- 
culier les propriétés que nous observons lorsque 
des corps sont mis en contact immédiat avec 
nos organes; ainsi, les corps qui ont de l'action 
sur la peau, ceux qui agissent sur l'odorat, sur 
le goût, manifestent des propriétés que j'ap- 
pelle or ganolep tiques. Il en est de même en- 
core dans les cas où des substances agissent 
sur les organes intérieurs de notre corps; les 
actions produites alors ne sont connues que 
par leurs effets , je les rapporte aux propriétés 
organoleptiques. 

La raison qui m'a fait distinguer ces proprié- 
tés , est l'ignorance où nous sommes en général 
sur la nature de Faction que les corps exercent 
quand nous leur reconnaissons une propriété 
organoleptique : en effet, si un corps tel que le 
verre, le bois, le marbre, appliqué sur l'organe 
du toucher, n'exerce réellement qu'une action 
physique, il n'en est plus de même lorsque vous 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 3 5 

vous appliquez sur la peau du chlorure de cal- 
cium, des acides, des caustiques, etc. 



Si nous considérons maintenant les proprié- 
tés dont nous venons de parler r non plus d'une 
manière abstraite, comme on le fait en physi- 
que, mais relativement aux corps qui les pos- 
sèdent, nous serons conduits à distinguer un 
grand nombre dé corps divers, soit que nous 
les comparions sous le rapport de leurs pro- 
priétés physiques, soit que nous les comparions 
sous celui de leurs propriétés chimiques et or- 
ganoleptiques. Il est évident que connaître un 
corps, c'est savoir quelles sont les propriétés 
qui lui appartiennent. 

L'objet spécial de la chimie générale est d'é- 
tudier chaque corps en particulier sous le rap- 
port de l'ensemble de ses propriétés; l'objet de 
la chimie appliquée aux arts est d'étudier sur- 
tout les corps que ces arts travaillent, en don- 
nant une attention particulière à celles de leurs 
propriétés qui les rendent utiles. Toutes les 
opérations que le teinturier exécute étant fon- 
dées sur quelques-unes des propriétés des corps 
qu'il met en présence les uns des autres, on cou- 



îiti l™ LEÇON DE CHIMIE 

çoit dès lors l'objet de la chimie appliquée à 
l'art de teindre et l'utilité de cette application. 

II. NATURE DES CORPS. 

L'expression dé natiwe des corps n'est point 
assez exactement définie dans la langue usuelle 
pour que nous ne cherchions pas à lui donner 
quelque précision. 

Comprenant dans cette expression plusieurs 
rapports très-distincts , sous lesquels nous en- 
visageons les corps, et ces rapports ne pouvant 
être ramenés à un seul principe, il n'est pas 
possible de la définir autrement qu'en énon- 
çant successivement tous ces rapports dont l'en- 
semble constitue la notion que nous nous for- 
mons de la nature des corps, lorsque nous en- 
visageons ceux-ci sous le point de vue de la 
science chimique. 

A. COMPOSITION COMPLEXE OU SIMPLE. 

Les corps sont composés ou simples. 

Un corps est composé toutes les fois qu'on 
peut en séparer plusieurs sortes de matières, c 'est- 
à-dire qu'on peut le réduire en des corps doués 
chacun de propriétés différentes. 

Eclaircissons celte définition par des expé- 
riences. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. **j 

Première expérience. 

Je prends une substance que l'on connaît sous 
le nom de deutoxide de mercure. Je la chauffe, 
au moyen d'une lampe à esprit de vin, dans une 
cornue de verre dont le bec plonge sous une 
cloche remplie d'eau ; la couleur du deutoxide 
de mercure se fonce par l'effet de la chaleur; 
les parties les plus voisines des parois qui sont 
le plus échauffées deviennent d'un rouge brun, 
les parties du centre qui le sont moins ont une 
couleur rouge plus claire. Lorsque la tempéra- 
ture est suffisamment élevée, il se condense 
dans le col de la cornue des globules de mer- 
cure; et on recueille dans la cloche un fluide 
élastique qu'on nomme oxigène. 

Tirons des conséquences de cette expérience. 
10 Nous avons réduit la deutoxide de mer- 
cure, en le soumettant à l'action de la chaleur, 
en deux corps, en un métal liquide, le mercure, 
et en un fluide élastique, l'oxigène. Et si l'expé- 
rience eût été faite d'une manière complète, 
nous aurions vu que les poids du mercure et de 
l'oxigène recueillis auraient représenté exacte- 
ment celui du deutoxide soumis à l'expérience 
On doit donc considérer le deutoxide de mer- 



28 1" LEÇON DE CHIHJJ 

cure comme un composé d'oxigène et de mer- 
cure unis dans une certaine proportion que 
l'on détermine ai moyen de la balance. 

i° La chaleur est un moyen de réduire un 
corps composé en ses élémens. 

Deuxième expérience. 

L'électricité est un autre moyen de décompo- 
ser les corps. Par exemple, si on adapte des fils 
de platine aux pôles de la pile P (fig. 2), et qu'on 
les mette en communication avec des fils de pla- 
tine qui sont mastiqués et isolés au fond d'un 
vase de verre V, contenant de l'eau légèrement 
aiguisée d'acide sulfurique, on observera que 
ces fils se couvriront de petites bulles de gaz 
qui finiront par s'en dégager; si on les recueille 
dans de petites cloches de verre C et C , 011 
verra que le volume du gaz qui s'est dégagé au 
fil électrisé négativement est double de celui 
du gaz qui s'est dégagé au fil électrisé positi- 
vement. Enfin on verra en outre que ces deux 
gaz sont très dilférens : le premier, appelé hy- 
drogène, est inflammable; le second , appelé 
oxigène | le même que celui que nous avons 
obtenu de la distillation du deutoxide de mer- 
cure ), est remarquable par l'intensité avec 



APPLIQUE!: A LA TEIXTl RF. 2Ç) 

quelle il fait brûler une petite allumette qu'on 
y plonge après l'avoir embrasée à un bout. 
Nous démontrerons plus tard que les deux gaz 
que nous venons d'obtenir constituent l'eau 
lorsqu'ils sont unis dans la proportion où nous 
les avons obtenus. D'après cela , nous sommes 
en droit de conclure qu'un corps soumis à l'ac- 
tion électrique peut être réduit en ses élémens, 
ainsi que cela arrive au deutoxide de mercure 
soumis à l'action de la chaleur. 

Les opérations par lesquelles le deutoxide de 
mercure et l'eau ont été décomposés sont des 
analyses chimiques. 

Une cause tient certainement l'oxigène uni 
au mercure dans le deutoxide de mercure; une 
cause pareille tient l'oxigène uni à l'hydrogène 
dans l'eau : or, cette cause est pour nous une 
force chimique à laquelle nous donnons le nom 
^affinité. Nous disons qu'elle est surmontée, 
dans la première opération que nous venons de 
faire, par la force expansive de la chaleur, et 
dans la seconde par les forces électriques de la 
pile voltaïque. 

Troisième expérience. 

Nous prendrons pour troisième exemple de 



3o l ,e LEÇON DE CHIMIE 

décomposition des corps, celle que la matière 
appelée cinabre éprouve de la part du fer et 
de la chaleur. Le cinabre est formé de soufre et 
de mercure; c'est pourquoi, dans la nouvelle no- 
menclature chimique, il est appelé sulfure de 
mercure. Après l'avoir mêlé avec son poids de 
fer, on l'introduit dans une petite cornue de 
verre, à laquelle on adapte un petit ballon tu- 
bulé, puis on chauffe peu à peu la cornue. Il ar- 
rive un moment où l'existence du sulfure de 
mercure, en présence du fer chaud, n'est plus 
possible; alors le soufre s'unit au fer, et le mer- 
cure, devenu libre, se dégage en vapeurs qui 
se condensent dans le récipient. Le fer qui s'est 
uni au soufre reste dans la cornue. 

Cette faculté qu'a un corps d'en expulser un 
autre d'un de ses composés pour en prendre la 
place, est appelée affinité élective. Mais ne croyez 
pas que l'affinité élective soit une force absolue, 
c'est-à-dire que tel corps qui en chasse un autre 
de ses combinaisons, soit toujours disposé à 
produire ce résultat. En effet, si on fait varier les 
circonstances où les corps se trouvent placés, 
ils pourront présenter des effets absolument 
opposés; de sorte que si dans une circonstance 
A expulse B du composé BC pour former un 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3i 

composé AC, dans une circonstance différente 
B expulsera A du composé AC pour former le 
composé BC. 

De là nous devons conclure que l'on doit ap- 
porter une attention toute particulière aux cir- 
constances dans lesquelles les corps sont placés 
lorsqu'ils sont en présence les uns des autres. 
Les circonstances qui ont le plus d'influence en 
général dans les actions chimiques des corps, 
sont l'état d'adhérence de leurs particules, la 
pression à laquelle ils sont soumis, leur état 
électrique, leur température, enfin la quantité 
et la nature du liquide dans lequel ils peuvent 
être dissous. 

L'art de la teinture présente des exemples de 
l'influence de ces circonstances. Ainsi, à froid 
le coton enlève l'alun à l'eau qui le tient en dis- 
solution; tandis qu'à la température de ioo° 
l'eau bouillie en quantité suffisante avec le co- 
ton aluné en sépare tout l'alun auquel il s'était 
uni à froid. Il y a telle dissolution ferrugineuse 
qui, à froid, ne cède pas ou presque pas de per- 
oxide de fer à la laine, et qui, à chaud, lui en 
cède une quantité notable. 

Voilà ce qui fait sentir l'importance qu'il y a 
à étudier les circonstances dans lesquelles les 



3î I" LEÇON DE CHIMIE 

corps sont placés lorsqu'ils doivent réagir les 
uns sur les autres. 

D'après ce que j'ai dit de la nature de la 
force qui réunit les élémens des corps, vous de- 
vez voir que cette force n'est pas comparable à 
l'adhésion qu'on produirait mécaniquement en- 
tre deux corps, soit en les pressant l'un contre 
l'autre, soit en les unissant au moyen d'une 
colle, d'une matière visqueuse quelconque sus- 
ceptible de se dessécher ensuite. 

Il est encore nécessaire de bien distinguer la 
combinaison du mélange. 

Lorsque des corps sont susceptibles de for- 
mer une combinaison, ils donnent presque tou- 
jours lieu à des phénomènes remarquables, tels 
qu'un changement de température, une émission 
de lumière; ils éprouvent un changement plus 
ou moins grand dans l'état d'agrégation de 
leurs parties, dans leur couleur, leur odeur, leur 
saveur et leurs autres propriétés; et enfin ils 
présentent ce résultat, que leur masse est homo- 
gène dans toutes ses parties, ou en d'autres ter- 
mes, que l'œil, aidé du microscope, ne peut 
découvrir en eux aucune parcelle des corps qui 
se sont combinés. 

Par l'acte du mélange proprement dit, il ne 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 33 

se produit pas de changement de température 
(abstraction faite de la chaleur qui peut résul- 
ter du frottement des corps qu'on mélange), 
jamais il n'y a dégagement de lumière, ni dis- 
parition ou modification des propriétés chimi- 
ques des corps mélangés; et si on peut con- 
cevoir deux matières tellement divisées qu'elles 
présenteront à l'œil un mélange homogène, il est 
vrai de dire qu'en général , à l'aide des moyens 
mécaniques, tels que l'agitation du mélange 
dans un liquide et la décantation rapide de 
ce liquide, on pourra séparer plus ou moins 
complètement les corps mélangés l'un de l'autre, 
s'ils diffèrent plus ou moins en densité. Si un 
des corps seulement était magnétique, on pour- 
rait le séparer de celui qui ne le serait pas, au 
moyen d'un barreau aimanté. C'est ce qu'on 
fait très-bien lorsque de la limaille de fer est 
mélangée à du sable, à de la sciure de bois, etc. 

Mais nous devons avouer qu'il.y a des matiè- 
res complexes sur lesquelles nous ne pouvons 
prononcer, c'est-à-dire que nous ne savons si 
les corps qui les constituent sont combinés, ou 
simplement mélangés. 

Après avoir démontré par l'expérience com- 
ment on arrive à connaître les corps composés, 



34 1** LEÇON DE CHIMIE 

il nie sera facile de définir ce qu'on doit enten- 
dre par l'expression de corps simple, élément, 
principe. Nous regardons comme tel tout corps 
dont on n'a pu séparer plusieurs sojles de ma- 
tières en le soumettant à l'action de la chaleur, 
de l 'électricité , ou à celle d'un corps que l'on a 
iugé susceptible d'agir sur lui par affinité élec- 
Jtue. Vous voyez par cette définition que l'ex- 
pression de corps simple, d 'élément, de principe, 
n'est que relative dans l'application qu'on en 
fait à diverses matières : elle ne signifie donc pas 
que celles-ci sont réellement simples; elle veut 
dire seulement qu'elles ont résisté à l'analyse. 

Nous étudions les corps composés sous le 
rapport de X analyse, quand nous les soumettons 
à des opérations propres à en dévoiler la com- 
position élémentaire; nous les étudions sous le 
rapport de la synthèse, lorsque nous les sou- 
mettons à des opérations telles qu'ils s'unissent 
à d'autres corps sans que leurs élémens se sé- 
parent. Dans ce cas, ils se comportent comme 
des corps simples; c'est pourquoi, lorsque nous 
avons des raisons de considérer une matière 
comme résultant de l'union de deux ou de plu- 
sieurs corps composés qui n'ont pas éprouvé 
de changement dans leur composition élémen- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 35 

taire, nous désignons les corps composés qui 
se sont unis , par l'expression de principes im- 
médiats de la matière qu'ils constituent. 

Il est clair que nous ne pouvons connaître 
les corps simples que sous le rapport de la syn- 
thèse ; leur histoire chimique consiste donc dans 
la connaissance des phénomènes qu'ils pré- 
sentent lorsqu'ils se combinent avec des corps 
quelconques, et dans celle des propriétés de 
leurs combinaisons. 

tJn composé est appelé binaiïe , ternaire , 
quaternaire, etc., suivant qu'il est formé de deux, 
de trois, de quatre, etc., principes. 

B. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES ANTAGONISTES. 

a. Dans les corps composés. 

Les corps composés manifestent à des degrés 
très-différens deux propriétés chimiques que 
nous appellerons acidité et alcalinité, et que 
nous considérerons comme antagonistes, parce 
qu'elles sont susceptibles de se neutraliser plus 
ou moins complètement. Elles sont corrélatives 
l'une de l'autre, de même que l'électricité posi- 
tive l'est de l'électricité négative, et que le ma- 
gnétisme boréal l'est du magnétisme austral. 

3. 



36 1" LEÇON DE CHIMIE 

Les corps qui jouissent de l'acidité au plus 
haut degré, comme l'acide sulfurique , possè- 
dent un certain nombre de propriétés com- 
munes; telles sont celle de rougir la teinture 
de tournesol et le sirop de violette; celle 
de rougir ou jaunir la couleur de l'hématine 
(principe colorant du bois de Campèche). Les 
corps qui jouissent de l'alcalinité au plus haut 
degré, comme la potasse, possèdent pareille- 
ment un certain nombre de propriétés com- 
munes; telles sont celles de ramener au bleu 
le tournesol rougi par un acide, de verdir le 
sirop de violette, de bleuir l'hématine. Qu'on 
unisse l'acide sulfurique avec la potasse dans 
une proportion convenable, et l'on obtiendra 
un composé qui n'aura aucune action sur le 
tournesol bleu ou rouge, sur le sirop de vio- 
lette et sur l'hématine; en un mot, on ne re- 
trouvera plus dans le composé les propriétés 
caractéristiques de l'acide sulfurique, ni celles 
de la potasse. On pourra donc considérer l'aci- 
dité et l'alcalinité comme s'étant neutralisées 
mutuellement, et comme étant conséquemment 
antagonistes l'une de l'autre. 

Si nous cherchons à définir maintenant l'aci- 
dité et l'alcalinité, nous ne pourrons dire autre 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3? 

chose, sinon que l'acidité est la propriété qu'ont 
des corps composés de s'unir, plus ou moins in- 
timement, à des corps composés doués de l'al- 
calinité ; et réciproquement pour l'alcalinité : l'a- 
cidité et l'alcalinité sont donc corrélatives, et en 
définitive elles ne sont que l'affinité considérée 
dans des corps composés qui ont une grande 
tendance à s'unir ensemble. 

Quant à la teinture de tournesol rouge, au si- 
rop de violette, à l'iiématine, qu'on nomme des 
réactifs , et qui sont propres à reconnaître l'aci- 
dité et l'alcalinité que des corps possèdent à un 
certain degré, il est évident que l'indication qu'ils 
donnent de la neutralité, dans un composé qui 
résulte de l'union d'un acide avec un alcali, con- 
siste en ceci , que l'acide et l'alcali ont une plus 
forte affinité mutuelle, que l'acide ou l'alcali 
du composé n'a d'affinité pour le principe co- 
lorant, dont il ne change la couleur que par le 
fait même de la combinaison qu'il contracte 
avec lui. 

L'acidité ou l'alcalinité ne peuvent être con- 
sidérées comme appartenant absolument à un 
groupe de corps, ou, en d'autres termes, il 
n'est pas plus possible d'établir un groupe d'a- 
cides ou un groupe d'alcalis, qu'il ne l'est d'en 



38 i<* LEÇON DE CHIMIE 

établir un de corps susceptibles de s electriser 
constamment négativement ou constamment 
positivement. En effet, si vous disposez en ma- 
nière de série, d'une part, les corps décidément 
acides, d'une autre part, les corps décidément 
alcalins, vous trouverez des corps intermédiai- 
res qui établiront une sorte de continuité entre 
les premiers et les seconds. De sorte que si les 
extrêmes , considérés isolément des intermé- 
diaires, sont très-différens, ils cesseront de 
le paraître autant lorsqu'on prendra les inter- 
médiaires en considération. C'est, au reste, ce 
qui devient très - sensible lorsqu'on jette les 
yeux sur la série des 1 3 écheveaux de laine co- 
lorés que je vous présente (fig. 3). Chaque 
écheveau contient du bleu et du jaune. Mais, 
en allant du milieu n° 12 vers l'extrémité A, 
le jaune augmente de plus en plus, par rap- 
port au bleu; et en allant du milieu no 12 vers 
l'extrémité B, le bleu augmente de plus en plus 
par rapport au jaune. Maintenant supprimez 
les i5 écheveaux intermédiaires, et vous aurez 
quatre écheveaux , à l'extrémité A , qui pa- 
raîtront jaunes relativement aux quatre éche- 
veaux de l'extrémité B, qui paraîtront bleus: 
cependant tous les huit contiennent du jaune 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 89 

et du bleu. Essayez, en outre, de distinguer le 
n° 4 du n° 5, ou le n° 20 du n° 19, et vous 
verrez que la différence est trop faible pour 
que vous puissiez la regarder comme satisfai- 
sante, c'est-à-dire pour considérer les deux 
numéros voisins comme étant de couleurs dif- 
férentes. 

D'après cet exemple, on conçoit qu'on a pu 
maintenir un groupe d'acides et un groupe d'al- 
calis distincts l'un de l'autre , tant qu'on n'a pas 
connu de corps intermédiaires ; mais aujour- 
d'hui qu'il n'en est plus ainsi, il y aurait de gra- 
ves inconvéniens à prétendre qu'il existe un 
groupe d'acides et un groupe d'alcalis distin- 
gués l'un de l'autre par des caractères ration- 
nels. La propriété de rougir la teinture de tour- 
nesol , qu'on a généralement prise pour le 
caractère des acides, ne fournit qu'un carac- 
tère artificiel. En effet, le tournesol étant for- 
mé d'une matière rouge unie à du sous-carbo- 
nate de potasse, il arrive que tout corps qui 
lui enlève la potasse le rougit en mettant la 
matière rouge en liberté; conséquemment un 
acide est un corps qui attire la potasse plus 
fortement que ne le fait la matière rouge du 
tournesol. Or cette limite ne peut jamais être 



4o i 1 * LEÇON DE CHIMIE, 

considérée comme établie d'une manière ra- 
tionnelle. 

De la manière dont nous venons de considé- 
rer l'acidité et l'alcalinité en général, et l'acidité 
et l'alcalinité dans certains corps, on ne devra 
pas s'étonner que, dans la suite de ce cours, 
nous considérions un même corps tantôt comme 
faisant fonction d'acide, tantôt comme faisant 
fonction d'alcali : ce résultat est le même que 
celui que présente un corps qui s'électrise positi- 
vement ou négativement, suivant qu'il est frotté 
avec tel ou tel corps. Quoi qu'il en soit, nous 
avons toujours la possibilité , au moyen de la 
pile, de déterminer, dans un composé, le corps 
qui est acide et le corps qui est alcalin; car, 
dans la décomposition électrique, le premier se 
porte au pôle positif et le second au pôle né- 
gatif. 

b. Dans les corps simples. 

En étudiant les corps simples sous des points 
de vue analogues à ceux sous lesquels nous ve- 
nons de considérer les corps composés , on re- 
connaît bientôt en eux deux propriétés corréla- 
tives, que nous nommons la propriété combu- 
rante et la propriété combustible , par la raison 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. /\l 

que les corps qui les possèdent au plus haut 
degré produisent, par leur action mutuelle, le 
phénomène du feu, ou ce qu'on appelle une 
combustion. Les composés résultant de cette 
action peuvent être des acides, des alcalis ou 
des corps neutres aux réactifs colorés. 

En examinant les corps simples, sous le rap- 
port des propriétés comburante et combustible, 
on aperçoit bientôt qu'il n'est pas possible de 
les partager en groupes parfaitement définis de 
corps comburans et de corps combustibles , puis- 
qu'on passe insensiblement des uns aux autres, 
comme on passe des acides aux alcalis par des 
corps intermédiaires. 

D'un autre côté, nous n'avons pas , à l'égard 
des corps simples, de moyens analogues à ceux 
qui nous ont servi à nous faire une idée de la 
neutralité dans les acides et les alcalis énergi- 
ques qui se sont combinés ; cependant la pile 
voltaïque décomposant la plupart des pro- 
duits de la combustion, de manière que le 
corps comburant va au pôle positif et le corps 
combustible au pôle négatif, on peut considé- 
rer les propriétés comburante et combustible 
comme antagonistes ; et enfin , on peut dire que 
ces propriétés ne sont que l'affinité plus ou 



4 2 i Te LEÇON DE CHIMIE 

moins forte que les corps simples ont les uns 
pour les autres, et que le dégagement du feu 
ne peut servir de caractère rationnel, puisqu'il 
résulte de toute action moléculaire énergique , 
indépendamment de la nature simple ou com- 
plexe des corps qui l'exercent. 

C. STRUCTURE INTIME DES CORPS. 

Toutes les hypothèses que l'on a imaginées 
sur la structure des corps rentrent dans deux 
systèmes généraux , le système dynamyque et le 
système atomistique ( ou S. atomique y S. corpus- 
culaire, S. moléculaire"). 

Dans le premier, on considère les corps 
comme des espaces limités remplis d'une ma- 
tière continue dans toutes ses parties ; si quel- 
ques corps présentent des vides ou des pores, 
ces interstices sont accidentels. 

Dans le second, on admet que les corps sont 
formés de petits solides indivisibles et impéné- 
trables qu'on appelle des atomes , ou encore 
des molécules élémentaires, des molécules con- 
stituantes. 

Les atomes sont sollicités par deux forces 
contraires: une force attractive et une force ex- 
pansée; celle-ci, toujours agissante, empêche 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4^ 

l'effet du contact des atomes que la première 
tend à produire. 

Dans un corps simple , il n'y a que des ato- 
mes d'une même nature; dans un corps com- 
posé , il y a autant d'atomes de différentes na- 
tures que l'on y distingue de corps simples. 

On admet assez généralement que les atomes, 
même dans les corps simples, sont assujétis à 
un arrangement déterminé; un groupe d'ato- 
mes ainsi arrangés a été appelé particule par 
plusieurs physiciens. 

Une particule est toujours trop ténue pour 
tomber sous nos sens, les corps les plus divisés 
que nous apercevons sont donc encore des as- 
semblages d'un certain nombre de particules. 

a. Assemblages d'atomes dans les corps simples. 

Un morceau de soufre ou de tout autre corps 
simple qui tombe sousnossens doit être consi- 
déré comme formé d'un grand nombre de par- 
ticules qui sont unies ensemble par la cohésion, 
c'est-à-dire par la force à laquelle nous rappor- 
tons la cause qui tient les atomes unis les uns 
aux autres dans une particule de soufre ou de 
tout autre corps simple. 

En examinant les corps simples sous le rap- 



44 1 rE LEÇON DE CHIMIE 

port de la cohésion et de la force expansive qui 
sollicitent leurs atomes, voici ce qu'on admet 
assez généralement : 

i° A l'état solide, la cohésion agit sur les 
atomes qui constituent une particule, et sur les 
particules qui constituent un assemblage ma- 
tériel que nos sens aperçoivent; en outre, la 
forme des particules a elle-même de l'influence 
sur la force avec laquelle elles sont agrégées. 

•2° A l'état liquide, la force de cohésion qui 
agit sur les particules est presque surmontée 
par la force expansive, de sorte que l'influence 
de la forme des particules sur leur agrégation 
est nulle , au moins à quelques degrés au-dessus 
du terme où le liquide se solidifie; en outre, la 
cohésion qui sollicite les atomes d'une parti- 
cule ne cesse pas d'agir. 

3° A l'état gazeux, la force de cohésion des 
particules entre elles est nulle, tandis que celle 
qui unit les atomes dans une particule est tou- 
jours active. 

B. Assemblages d atomes dans les corps composes. 

Les considérations précédentes sont appli- 
cables aux assemblages de particules dans les 
corps composés qui tombent sous nos sens; 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4$ 

cependant le fait de la coexistence d'atomes de 
diverses natures qu'ils présentent nécessite de 
nouveaux développemens. 

On admet que dans une particule formée de 
deux ou plusieurs atomes de diverses natures, 
c'est Yaffinité qui réunit les atomes élémen- 
taires, et que dans l'assemblage d'un certain 
nombre de particules ainsi constituées qui for- 
ment un corps solide ou liquide, c'est la cohé- 
sion qui réunit ces mêmes particules. 

Si le corps solide ou liquide est, comme l'eau 
par exemple, susceptible de prendre l'état aéri- 
forme sans se dénaturer, on admet que la force 
expansive surmonte simplement la cohésion des 
particules, et non l'affinité des atomes élémen- 
taires. 

Si au contraire le corps composé se com- 
portait comme le deutoxide de mercure que 
nous avons réduit en oxigène et en mercure , 
en le chauffant dans une cornue, il faudrait ad- 
mettre que la chaleur détruit l'affinité réci- 
proque de ces corps. 

Nous verrons dans la leçon prochaine les 
causes principales auxquelles on peut rapporter 
les différences que nous observons dans les pro- 
priétés des corps composés. 



46 l rc LEÇON DE CHIMIE APPL. A LA TEINT* 
D. CORPS ORGANIQUES ET INORGANIQUES. 

On emploie souvent l'expression de compo- 
sés organiques ou de principes immédiats orga- 
niques , pour désigner certains corps dont les 
élémens ont été unis sous l'influence de la vie 
d'un animal ou d'une plante, et qui ne se trou- 
vent que dans les êtres organisés; tels sont le 
sucre, l'amidon, l'albumine. Cette expression 
distingue ces corps de ceux qu'on rencontre 
dans le règne minéral , ou qui peuvent être 
formés dans nos laboratoires, et que par op- 
position aux premiers on nomme corps inorga- 
niques. Mais cette distinction n'est pas ration- 
nelle ; nous avons produit dans nos laboratoires 
des substances analogues et quelquefois même 
identiques avec celles que l'on considérait au- 
paravant comme des substances organiques. 

Voyez mes Considérations sur l'analyse or- 
ganique et sur ses applications. Paris, 1824; chez 
Levrault, rue de la Harpe, n° 81. 



DEUXIEME LEÇON. 



I. NOMENCLATURE CHIMIQUE. 

II. DÉFINITION DU MOT ESPÈCE. 

III. DESCRIPTION DES CORPS. 



1. NOMENCLATURE CHIMIQUE. 



Messieurs, 

Nous traiterons de la nomenclature des corps 
simples, et ensuite de celle des corps composés. 

A. NOMENCLATURE DES CORPS SIMPLES. 

On compte aujourd'hui cinquante-deux sub- 
stances dont on n'a pu séparer plusieurs sortes 
de matières, quelles que soient les opérations 
auxquelles on les a soumises; chacune d'elles 
doit donc être considérée comme simple, d'a- 
près les raisons que nous avons données dans 

4 



la leçon p 
stances : 

i Oxigène. 

2 Phtore. 

3 Chlore. 

4 Brome. 

5 Iode. 

6 Azote. 

7 Soufre. 

8 Sélénium, 
g Phosphore. 

10 Arsenic. 
ii Molybdène. 
ii Chrome. 
i3 Tungstène. 



2* LEÇON DE CHIMIE 

récédente. Voici les noms de ces sub- 



i4 Carbone. 
i5 Bore. 
\6 Silicium. 

17 Colombium. 

18 Titane. 

ig Antimoine. 

20 Tellure. 

21 Or. 

22 Hydrogène. 
2 3 Osmium. 

24 Iridium. 

25 Rhodium. 

26 Platine. 



27 Palladium. 

28 Mercure. 

29 Argent. 

30 Cuivre. 
3i Urane. 

32 Bismuth. 

33 Étain. 

34 Plomb. 

35 Cérium. 

36 Cobalt. 

37 Nickel. 

38 Fer. 

39 Cadmium. 



40 Zinc. 

41 Manganèse. 

42 Zirconium. 

43 Aluminium. 

44 Yttrium. 

45 Glucinium. 

46 Magnésium. 

47 Calcium. 

48 Strontium. 

49 Barium. 

50 Lithium. 
5i Sodium. 
52 Potassium. 



Quoiqu'il n'y ait pas, à proprement parler, 
de règles pour la nomenclature des corps sim- 
ples, il y a cependant quelques remarques à 
faire lorsqu'il s'agit d'appliquer un nom à une 
substance simple qu'on vient de découvrir; il 
faut que ce nom soit court et harmonieux, afin 
qu'il se prête aisément à former des mots pro- 
pres à faire connaître les composés chimiques 
dans lesquels le corps qu'il désigne entre com- 
me élément. 

Les noms qu'on a donnés aux corps sim- 
ples sont souvent insignifians ; ainsi le mot 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

or ne rappelle rien à l'esprit, sauf le métal au- 
quel on l'applique. Il n'en est pas de même 
des noms de chlore et à" iode qu'on a donnés, 
dans ces derniers temps , à deux substances 
simples; le mot de chlore rappelle la cou- 
leur jaune -verdâtre de la substance qu'il dé- 
signe, de même que le nom d'iode rappelle 
la couleur violette que présente le corps au- 
quel on l'a imposé, lorsqu'il est réduit en 
vapeur. Le strontium tire son nom de celui du 
pays où l'on a trouvé un de ses composés 
pour la première fois. Le nom de cèrium dé- 
rive du nom d'une divinité de la fable. Enfin 
le nom de colombium, que porte une sub- 
stance métallique, rappelle le nom de Chris- 
tophe Colomb, qui découvrit l'Amérique, où 
l'on a trouvé un des premiers minéraux qui 
aient offert ce métal. 

B. NOMENCLATURE DES CORPS COMPOSES. 

Si la nomenclature est indifférente lorsqu'il 
s'agit des corps simples, elle cesse de l'être 
lorsqu'elle s'applique à des corps composés; et 
c'est une des belles applications de la philoso- 
phie que d'avoir changé les noms barbares de 
l'ancienne chimie en une nomenclature remar- 

4. 



4 2 e LEÇON DE CHIMIE 

quable à la fois par sa grande simplicité et par 
la précision qu'elle apporte clans l'étude des 
composés chimiques. 

Le principe essentiel de la nomenclature des 
corps composés, est de donner une idée de la 
nature d'un corps en en énonçant le nom. 

I. Nomenclature des composés oxigénés 

binaires. 
Nous commencerons par appliquer ce prin- 
cipe aux composés oxigénés : ceux-ci sont re- 
marquables par leur nombre, par l'importance 
de leurs propriétés, par les travaux approfon- 
dis dont ils ont été l'objet, par le fréquent 
usage que nous en faisons dans nos laboratoires 
et dans nos ateliers : mais je ne parlerai pré- 
sentement que des composés oxigénés binaires 
de nature inorganique. 

Pour nommer ces corps on a égard : 

i° A l'acidité ou à la non -acidité du com- 
posé ; 

2° A la nature du corps qui est uni à l'oxi- 
gène; 

3° Aux diverses proportions suivant les- 
quelles ces corps sont susceptibles de s'unir 
ensemble. 

Les composés oxigénés sont considérés com- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

me des acides lorsqu'ils rougissent la teinture 
de tournesol; tous ceux qui sont dans ce cas 
portent le nom générique d'oxacides. Les com- 
posés oxigénés qui sont sans action sur le tour- 
nesol sont appelés oxides. 

i° Nomenclature des oxacides binaires. 

Pour satisfaire au principe exposé plus haut, 
lorsqu'il s'agit de nommer un oxacide, on 
énonce : 

i° Le nom collectif acide; 

•2° Un nom spécifique. 

Celui-ci rappelle le nom du corps, ou, comme 
on dit , du radical qui est uni à l'oxigène; et au 
moyen de sa terminaison en ique ou en eux, 
et au moyen de la préposition grecque hypo 
dont on le fait précéder dans certains cas, on 
arrive à exprimer dans le nom spécifique la 
nature du corps uni à l'oxigène, et la relation 
qui existe entre les diverses proportions sui- 
vant lesquelles les mêmes corps peuvent se 
combiner. On est convenu que la terminaison 
ique indique plus d'oxigène que la terminaison 
eux; et enfin que la préposition hypo exprime 
toujours une proportion d'oxigène plus faible 
que le même mot spécifique terminé en ique 



6 2* LEÇON DE CHIMIE 

ou en eux , qui n'est pas précédé de cette 
préposition. Citons plusieurs cas pour exem- 
ples : 

Premier cas. Un corps simple comme le sou- 
fre forme quatre acides avec l'oxigène ; il s'agit 
de les nommer. J'inscris d'abord le mot collec- 
tif acide, et je fais le nom spécifique des quatre 
combinaisons : 

i° En prenant le mot sulfur, qui rappelle le 
mot soufre, radical des quatre acides précédens. 

i° En y ajoutant la terminaison ique, j'ai le 
mot sulfurique, qui indique l'oxacide du sou- 
Ire, le plus abondant en oxigène. 

3° En joignant la préposition hjpo à sulfu- 
rique , je fais le mot hjpo sulfurique , pour dési- 
gner l'oxacide le plus oxigéné après le précé- 
dent. 

4° En ajoutant la terminaison eux au mot 
sulfur, j'ai le mot sulfureux, qui désigne l'oxa- 
cide qui contient le plus d'oxigène après le pré- 
cédent. 

5° En joignant la préposition hjpo à sulfu- 
reux , j'ai le mot i hjpo sulfureux , qui indique 
l'oxacide du soufre le moins oxigéné. 

Deuxième cas. Un corps simple comme le 
phosphore forme trois acides avec l'oxigène. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

En ajoutant au mot phosphor la terminaison 
ique, on désigne l'acide saturé d'oxigène. 

En ajoutant la terminaison eux, on désigne 
l'acide qui contient le plus d'oxigène après le 
précédent. 

Enfin, en ajoutant la proposition hjpo au 
mot phosphoreux , on désigne l'acide le moins 
oxigéné. 

Je vous ferai remarquer, messieurs, que dans 
le cas qui nous occupe, on aurait nommé tout 
aussi bien les deux derniers acides acide hypo- 
phosphorique et acide phosphoreux , qu'on les 
a nommés acide phosphoreux et hjpophos- 
phoreux. 

Troisième cas. Un corps simple comme l'ar- 
senic forme deux acides. 

On les distingue par les désinences ique et 
eux, sans avoir recours par conséquent à la pré- 
position hjpo; on dit donc acide arsénique, 
acide arsénieux. 

Quatrième cas. Un corps simple comme le bore 
forme un acide. Dans ce cas, on termine le nom 
du radical en ique. On dit donc acide borique. 

Il me reste, pour terminer l'exposé de la no-> 
menclature des oxacides , à vous faire la remar- 
que suivante : 



8 !2 C LEÇOJS DE CHIM1K 

Le chlore forme avec l'oxigène deux acides ; 
d'après la règle précédente, on doit dire acide 
chlorique et acide chloreux, et cependant telle 
n'est pas la nomenclature. On dit acide chlori- 
que oxigéné et acide chlorique ; cette exception 
s'explique aisément, lorsqu'on sait que l'acide 
de chlore le moins oxigéné a été connu long- 
temps avant celui qui l'est davantage : dès lors 
le premier ayant reçu la dénomination d'acide 
chlorique, il y aurait eu des inconvéniens à l'ap- 
peler acide chloreux , et à transporter son nom 
à l'acide le plus oxige'né. 

2° Nomenclature des oxides binaires. 

Lorsqu'un corps ne forme qu'un seul oxide , 
vous nommez la combinaison , en énonçant le 
mot collectif oxide, puis le nom du corps qui 
est uni à l'oxigène; par exemple vous dites 
oxide de bismuth, pour désigner l'unique com- 
binaison de ce métal avec l'oxigène. 

Dans le cas où un corps s'unit en plusieurs 
proportions avec l'oxigène; vous faites précéder 
le mot oxide, en commençant par le composé 
le moins oxigéné, 

des mots : Prot, — Trit, 

— Deut, — Tetr, etc., 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE, g 

qui sont tirés des nombres ordinaux grecs 

Yîpeùtoç, 

àîwzepoç, 
Tptroç, 
Tîtizjstoç, etc., 

suivant qu'il y a i, 3, 4, etc., oxides à distin- 
guer. 

On nomme très-souvent l'oxide le plus oxi- 
géné peroxide. 

II. Nomenclature de composés binaires dont 
Voxigène n'est pas un des élémens. 

Le phtore, le chlore, le brome, l'iode, l'a- 
zote, le soufre, le sélénium, le phosphore, l'ar- 
senic, etc., etc., sont susceptibles de former 
chacun avec la plupart, si ce n'est avec la tota- 
lité des corps simples dont les noms suivent 
les leurs dans le tableau que vous avez sous 
les yeux, des composés qui peuvent être dé- 
pourvus de la propriété acide, ou bien des 
composés qui peuvent la posséder. Dans ces 
deux cas il faut toujours distinguer dans la 
combinaison le corps qui fait fonction de com- 
burant et celui qui fait fonction de combusti- 
ble, par la raison que le principe de nomen- 
clature qui sert de guide est de former un nom , 



îo 2* LEÇON DE CHIMIE 

pour désigner chaque combinaison en particu- 
lier, qui se compose d'un mot collectif et d'un 
mot spécifique ; le premier doit rappeler le 
comburant, ou l'élément électro-négatif, et le 
second le combustible, ou l'élément électro- 
positif. 

1 Nomenclature des composés binaires non oxigénés 
acides. 

La règle à suivre pour nommer ces composés 
consiste à énoncer : 

i° Le mot acide; 

'i° Un mot qui rappelle le nom du combu- 
rant, et qui 

pour le Phtore est Pthoro. 

— Chlore — Chloro. 

— Brome < — Brorno, etc.; 

3° Un mot qui rappelle le nom du combus- 
tible; ce nom est terminé en ique ou en eux, 
et précédé ou non précédé de la préposition 
hypo , suivant le nombre des combinaisons. 

On voit donc que la nomenclature des com- 
posés binaires non oxigénés acides est la même 
que celle des oxacides, sauf qu'on interpose, 
entre le mot acide et le mot spécifique, le nom 
du comburant. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. ! t 

Exemples. 

Le chlore, en s'unissant au phosphore, forme 
un seul acide, qui est appelé chlorophosphorique. 

Le phtore forme avec le bore un seul acide, 
qui est appelé phtoroborique. 

2° Nomenclature des composés binaires non oxigénés, 
non acides. 

Dans ces composés, le mot collectif est formé 
du nom du comburant ou de l'élément électro- 
négatif, auquel on ajoute la terminaison ure. 

Ainsi les composés binaires non acides 

de Pthore sont des Pthorures; 

— Chlore — Chlorures; 

— Brome — Bromures; 

— Iode ■ — Iodures; 

— Azote — Azotures; 

— Soufre — . Sulfures; 

— Sélénium — Séléniures; 

— Phosphore — Phosphures; 

— Arsenic, etc. — Arséniures, etc. 

Dans le cas où le phtore, le chlore, le brome, 
l'iode, l'azote, le soufre, le sélénium, le phos- 
phore, l'arsenic, etc., en s'unissant avec un mê- 
me corps, forment plusieurs composés, on les 
désigne par le même artifice que celui que nous 
avons employé pour distinguer les divers oxides 



12 S LEÇON DE CHIMIE 

d'un même corps; on joint donc au mot phto- 
rure, chlorure, etc., etc. , les nombres ordinaux 
proto , deuto, trito, tetro, etc., ou la préposition 
per pour désigner le composé saturé du com- 
burant. 

Il ne peut y avoir qu'une cause d'erreur dans 
l'application des règles que nous venons d'ex- 
poser. Elle provient de ce que l'ordre d'inscrip- 
tion des corps simples dans notre tableau n'a 
pas été suffisamment discuté pour qu'on soit 
certain que les corps s'y trouvent placés de 
manière que celui qui en précède un autre est 
toujours comburant ou électro-négatif par rap- 
port à ce dernier. 

Exceptions. 

Les règles que nous venons d'exposer pour 
nommer les divers composés binaires que nous 
avons passés en revue, sont sujettes à quelques 
exceptions que nous ne pouvons nous dispenser 
d'indiquer. 

Première exception. 

L'eau est formée d'oxigène et d'hydrogène, 
comme nous l'avons vu, mais elle n'est pas le 
seul composé qui résulte de l'union de l'oxigène 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

avec l'hydrogène. Ces corps sont susceptibles 
de former un autre composé qui diffère de 
l'eau, en ce qu'il contient deux fois plus d'oxi- 
gène qu'elle. En outre, ces deux composés ne 
rougissant pas le tournesol , sont des oxides 
d'hydrogène; d'après cela l'eau devrait porter 
le nom de protoxide d'hydrogène. 

Mais les illustres auteurs de la nouvelle no- 
menclature chimique ont respecté un nom qui 
revient continuellement dans la langue vul- 
gaire, et qui a d'ailleurs le mérite d'être court. 

Les combinaisons que l'eau forme avec les 
acides, les alcalis et les sels neutres, sont appe- 
lées hydrates, lorsqu'on ne préfère pas joindre 
au nom du corps uni à l'eau l'épithète de hy- 
draté ou hydratée. Nous pre'venons que dans la 
suite de ce cours nous n'appliquerons le mot 
hydrate qu'à des composés dont les principes 
sont unis en des proportions définies. 

Deuxième exception. 

L'ammoniaque est forme'e d'un volume d'a- 
zote et de trois volumes d'hydrogène, et comme 
elle n'est pas acide, et que l'azote est combu- 
rant relativement à l'hydrogène, il est clair 
qu'on devrait la nommer azoture d'hydrogène. 



l/j. ¥ LLÇON DE CHIMIE 

Ce qui a fait conserver l'ancien nom d'ammo- 
niaque, c'est que cette substance avait toujours 
été placée par sa- propriété alcaline à côté de la 
potasse, de la soude, et qu'en changeant sa dé- 
nomination, c'eût été en quelque sorte paraître 
fermer les yeux sur les analogies de ces sub- 
stances. A l'époque où on prit le parti de con- 
server le nom d'ammoniaque dans la nouvelle 
nomenclature, la nature de la soude et de la 
potasse était inconnue. 

Tivisième exception. 

Les trois acides que l'oxigène forme avec 
l'azote sont appelés nitrique, nitreux et hy- 
ponitreux, tandis que l'on devrait dire acide 
azotique, acide azoteux et acide hypoazoteux 
ou acide azotique, acide hypoazotique, acide 
azoteux. Rien ne justifie cette exception. 

Quatrième exception. 

L'azote et le carbone forment une combinai- 
son qui devrait porter le nom à'azoture de car- 
bone, au lieu de celui de cyanogène, en admet- 
tant toutefois que le composé a plus d'analogie 
avec les comburans qu'avec les acides, car si on 
admettait le contraire, il faudrait le nommer 
acide azotocarbonique. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. lîi 

L'on appelle cyanures les combinaisons qui 
résultent de la combinaison du cyanogène avec 
les corps simples et même avec quelques oxides. 
Ces composés correspondent aux chlorures, 
aux sulfures , etc. 

Cinquième exception. 

Les combinaisons gazeuses de l'hydrogène 
avec le phosphore, l'arsenic et le carbone, 
neutres aux réactifs colorés , sont appelées 

gaz hydrogène protophosphore, 

— perphosphorc, 

— arseniqué, 

— protocarboné, 

— dtutocarboné ou bicarboné , 

— quadrocarboné . 

Or, l'hydrogène étant l'élément électro-po- 
sitif, le nom de la substance qui s'y trouve uni 
devrait être nommé avant le sien. En consé- 
quence on devrait dire 

Protophosphure d'hydrogène , 
Perphosphure — 

Protoarséniure — 

par la raison qu'il existe un composé solide 
d'arsenic et d'hydrogène qui porte le nom d'hy- 



16 i. e LEÇON DE CHIMIE 

drure d'arsenic, mais qui doit être appelé per- 
arséniure d'hydrogène, 

Protocarbure d'hydrogène, 
Deutocarbiue — 

Quadrocarbure — 

Notez que quadro signifie ici qu'il y a quatre 
fois plus de carbone uni à l'hydrogène qu'il ne 
s'en trouve dans le protocarbure. 

On a tiré le nom collectif de l'hydrogène 
pour désigner ces composés d'après la consi- 
dération de leur état gazeux, et certainement 
aussi d'après l'importance qu'on a accordée à 
l'hydrogène ; car, pour ce dernier motif seule- 
ment, on a donné le nom àliydrures à des com- 
posés solides ou liquides dans lesquels l'hydro- 
gène est pareillement l'élément électro-positif. 

Sixième exception. 

Elle porte sur un groupe de huit acides qui 
ont tous l'hydrogène pour radical ou pour élé- 
ment électro-positif. M. Gay-Lussac a insisté 
beaucoup sur les analogies que présentent ces 
substances, et il a cru devoir les réunir en un 
même groupe et s'écarter des règles suivies 
dans la nomenclature des autres acides, où le 
mot générique se tire du nom du corps combu- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. jn 

rant et le mot spécifique du nom du corps com- 
bustible qui lui est uni. Il est clair que le phtore, 
le chlore, le brome, l'iode, le soufre, le sélé- 
nium, le tellure , le cyanogène, qui forment des 
acides avec l'hydrogène, doivent donner des 
acides appelés phtorohydrique, chlorohjdrique , 
brômohjrdrique , iodohydrique , sulfohydrique , 
séléniohydrique , tellurohydrique , cyanohydri- 
que; au lieu de ces noms M. Gay-Lussac a 
préféré ceux de hydrophtorique , hydrochlo- 
rique, hydrobrô ; nique , hydriodique, hydrosul- 
furique , hydrosélénique , hydrotellurique , hy- 
drocyanique. 

Septième exception. 

On emploie souvent les mots silice, alumine, 
zircone, glucine , yttria , magnésie, chaux, stron- 
tiane, baryte, lithine, soude , potasse , litharge 
ou massicot, minium, au lieu d'oxide de silicium 
ou d'acide silicique, d'oxide d'aluminium, — de 
zirconium, — de glucinium, — dyttrium, — de 
magnésium, deprotoxide de calcium, — de stron- 
tium, — de barium, d'oxide de lithium, depro- 
toxide de sodium, — de potassium, — de plomb, 
de deutoxide de plomb. 



1 «S !2 C LEÇON DE CHIMIE 

Huitième exception. 

On nomme en général alliages les combinai- 
sons des métaux entre eux. Le plomb combiné 
à l'étain forme un alliage de plomb et d'étain. 
Une nomenclature systématique n'a pas été ap- 
pliquée jusqu'ici à ses combinaisons, ou plutôt 
au résultat de la fusion des métaux, et je crois 
que l'on n'a pas assez insisté dans les règles de 
la nomenclature chimique sur un principe qui 
me semble devoir être toujours observé, c'est 
de ne donner des noms spéciaux qua des sub- 
stances qu'on peut regarder comme ayant une 
composition constante, parce qu'elles sont for' 
mées d'élémens unis en proportions définies. Il 
est clair qu'il n'y a point de nomenclature pos- 
sible pour distinguer chacune des dissolutions 
suivantes; prenez du sel ou du sucre, dissolvez- 
les dans l'eau jusqu'au point de saturation; puis 
ajoutez àcette même liqueur denouvellesquan- 
tités d'eau, par exemple une partie, deux par- 
ties, trois parties, etc., etc., et vous aurez un 
nombre indéfini de dissolutions de sucre ou de 
sel dans l'eau, qui varieront d'après la propor- 
tion du sucre ou du sel dissous. 

Ce n'est pas seulement dans la classe des 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 19 

dissolutions que l'on trouve de pareils exem- 
ples ; les métaux , qui sont susceptibles, comme 
on le dit, de s'allier en toutes proportions, en 
présentent encore de nombreux. On ne doit 
donner, selon moi, de noms scientifiques à ces 
composés que dans le cas où ils sont assujétis 
à des compositions définies ; mais on peut sans 
inconvénient conserver les noms des alliages 
employés dans les arts, qui ne rappellent pas la 
nature des corps auxquels ils s'appliquent ; tels 
sont le mot bronze, qui désigne l'alliage du cui- 
vre et de l'étain dans des proportions qui va- 
rient, mais qui sont ordinairement d'un dixième 
d'étain et de neuf dixièmes de cuivre ; le mot 
laiton, qui désigne un composé indéfini de cui- 
vre et de zinc. 

Enfin il est un genre d'alliages auquel on à 
donné le nom d'amalgames : ce sont ceux qui 
résultent de l'union des métaux avec le mer- 
cure. Ainsi, quand on dit un amalgame de 
plomb, on veut dire l'alliage du mercure et du 
plomb. Mais à cet égard il faut remarquer qu'il 
y a plusieurs de ces composés que l'on peut 
obtenir à l'état de cristaux, et qui sont soumis 
à des proportions définies ; conséquemment il 
serait avantageux de leur donner des dénomi- 



2 te LEÇON DE (HOUE 

nations scientifiques basées sur la nature élec- 
tro-positive et électro-négative de leurs élémens, 
et sur les proportions où ceux-ci constituent 
chacune de leurs espèces. 

Telles sont les exceptions à la nomenclature 
des composés binaires. Je passe maintenant à 
l'exposé des règles suivies pour la nomenclature 
des sels. 

III. Nomenclature des sels. 

C'est surtout ici que l'on peut se convaincre 
des services que la nouvelle nomenclature chi- 
mique a rendus à la science et aux arts; car, 
avec très-peu de mémoire, il est facile de rete- 
nir les règles auxquelles sont assujéties les dé- 
nominations des sels; et avec la connaissance 
de ces règles, lorsqu'on entend prononcer pour 
la première fois le nom d'un sel, on se fait sans 
peine une idée exacte de la nature de ses princi- 
pes immédiats, c'est-à-dire de l'acide et de la base 
salifiable qui le constituent, et en même temps 
des rapports de proportion de l'acide à la base. 

A proprement parler, un sel est la combinai- 
son d'un acide avec une base salifiable. qui est 
l'ammoniaque, ou un ooeide plus ou moins alca- 
lin. J'aurai plusieurs fois l'occasion de vous par- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2 1 

1er de composés qui rentrent tout-à-fait dans la 
classe des sels par leurs propriétés, surtout celles 
qui se rattachent à la composition, pour vous 
faire remarquer que cette définition doit être 
plus généralisée, et que sans inconvénient elle 
peut être étendue à des composés qui ont cela 
de commun avec les sels proprement dits, qu'ils 
paraissent formés de deux corps composes ou 
principes immédiats, dont l'un est acide ou al- 
calin, tandis que l'autre, en neutralisant plus ou 
moins le premier, semble avoir la propriété 
antagoniste, quoiqu'il ne possède pas à l'état 
libre les caractères que présentent les corps al- 
calins ou acides. 

Pour donner le nom de sel à une combinai- 
son, il faut toujours que ses principes immé- 
diats, ou celui qui est décidément acide ou 
alcalin, s'il n'y en a qu'un qui soit doué d'une 
propriété antagoniste, aient éprouvé une neu- 
tralisation plus ou moins sensible : par exem- 
ple, l'eau est un oxide qui s'unit à l'acide sulfu- 
rique, etc. , mais vous ne pouvez considérer la 
combinaison des deux corps comme un sel; 
quoique cependant il y aie des cas où, par une 
analogie éloignée, vous établissiez un rappro- 
chement entre ces divers composés. 



2 2 2 e LEÇON DE CHIMIE 

Exposons maintenant la manière dont on a 
distingué ies sels. Autant on compte d'acides, au- 
tant on compte de groupes ou de genres de sels. 

Pour nommer un sel, on a égard à trois 
choses : 

i° A la nature de l'acide; 

2° A la base salifiable ; 

3° Aux proportions suivant lesquelles l'acide 
et la base salifiable sont susceptibles de se com- 
biner. 

Le nom collectif ou générique rappelle celui 
de l'acide, et le nom spécifique rappelle celui 
de la base, ainsi que la proportion suivant la- 
quelle les deux substances se sont unies. 

Première règle. Tout acide dont la terminai- 
son est en ique donne un nom dont la terminai- 
son est en ate. 

Tout acide dont la terminaison est en eux 
donne un nom dont la terminaison est en ite. 

Exemple : acide sulfurique donne sulfate. 

acide sulfureux — sulfite. 

acide hyposulfurique — hyposulfale. 

acide hyposulfureux — hyposulfite. 

Deuxième règle. On a égard ensuite à la na- 
ture de la base salifiable qui est unie avec l'a- 
cide quon veut désigner, et pour cela on joint 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2 3 

le nom de cette base au nom générique. Ainsi 
nous dirons sulfate de potasse, sulfite dépotasse; 
mais comme l'acide sulfurique forme avec la 
potasse deux sels distincts, il faut nécessaire- 
ment avoir égard aux proportions suivant les- 
quelles les corps se sont unis; sans cela on ne 
remplirait pas l'objet de la nomenclature, qui 
est de donner une idée de la composition des 
substances complexes qu'on veut nommer. 
Voici comment on parvient à distinguer les 
différentes combinaisons que le même acide 
et la même base sont susceptibles de former en 
s'unissant ensemble. 

Nous avons vu qu'il est de l'essence de l'aci- 
dité et de l'alcalinité de se neutraliser plus ou 
moins exactement; c'est-à-dire qu'un acide, en 
s'unissant avec une base saliflable, perd plus ou 
moins complètement la propriété qu'il avait de 
réagir d'une certaine manière sur des substan- 
ces colorées , et qu'il en est de même d'une base 
salifiable qui s'unit à un acide. Quand la com- 
binaison est aussi voisine que possible de l'état 
neutre, la règle est d'énoncer simplement le nom 
du genre du sel qu'il s'agit de nommer, et en- 
suite celui de la base de ce même sel. 

Si la proportion de l'acide excède celle qui 



a| 2* LEÇON DE CHIMIE 

constitue le sel neutre , on Joint au mot généri- 
que la préposition sur. 

Si la proportion de la base excède celle qui 
constitue le sel neutre, on joint au nom généri- 
que lapréposition sous. 

Applications, 

Sulfate de potasse s'applique à la combinai- 
son la plus neutre possible qui résulte de l'union 
de l'acide sulfurique avec la potasse. 

Sur-sulfate de potasse exprime que la com- 
binaison de l'acide sulfurique avec la potasse, 
à laquelle cette dénomination s'applique, con- 
tient plus d'acide que le sulfate de potasse. 

Sous-sulfate de peroxide de fer s'applique à 
la combinaison d'acide sulfurique et de peroxide 
de fer qui est avec excès de base. 

L'expérience ayant appris que les diverses 
proportions d'acide qui s'unissent à une base, 
ou les diverses proportions d'une base qui s'u- 
nit à un même acide sont entre elles comme 
les nombres i, i ',, 2,3,4? etc -? on est parvenu à 
exprimer ces rapports de la manière suivante 
dans les sur-sels et dans les sous-sels : 

i° Dans les sur-sels. — La quantité de l'acide 
à la base étant supposée égale à i dans le sel 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2 5 

neutre, on remplacera la préposition sur, jointe 
au nom générique du sel, par les mots sesqui, 
bi, tri, quadro, etc., suivant que les propor- 
tions d'acide, relativement à celle qui constitue 
la combinaison neutre, sont i£, 2, 3, 4> etc. 
Par exemple, bisulfate de potasse s'applique à 
la combinaison d'acide sulfurique et de potasse 
dans laquelle il y a deux fois plus d'acide que 
dans le sel neutre. 

2 Dans les sous-sels. — La quantité de la 
base à l'acide étant supposée égale à 1 dans le 
sel neutre, on joindra au mot générique, pré- 
cédé de la préposition sous, les mots sesqui, bi, 
tri, quadro, etc., pour exprimer qu'il y a 1 f, 
2, 3, 4 fois, etc. plus de base qu'il n'y en a dans 
la combinaison neutre. 

Vous voyez, messieurs, la simplicité des rè- 
gles à suivre pour nommer une classe de sub- 
stances extrêmement nombreuse en espèces; 
sans elles, la mémoire la plus heureuse éprou- 
verait les plus grandes difficultés à retenir plu- 
sieurs milliers de noms insignifians. La seule 
difficulté réelle que présente l'application de la 
nomenclature est l'incertitude qu'il y a dans 
certains cas à déterminer la combinaison la 
plus neutre possible que les acides faibles for- 



•lG 2 e LEÇON DE CHIMIE 

ment avec les bases salifiables; car on sent que 
le principe de la nomenclature des sels repose 
sur cette détermination. J'y reviendrai au reste 
dans la suite du cours. 

Deux, trois, quatre sels qui s'unissent en- 
semble forment des sels doubles, triples, qua- 
druples. 

II. DÉFINITION DU MOT ESPÈCE. 
a. Dans les corps simples. 

Dans les corps simples /'espèce est une collec- 
tion d'êtres simples qui sont identiques par les 
propriétés. 

Voici dans un flacon un grand nombre de 
morceaux de soufre. Ces morceaux sont des 
échantillons d'une même espèce de corps qui 
pourraient avoir appartenu à des terrains très- 
éloignés les uns des autres, car tout le monde 
sait qu'on trouve du soufre dans le sein de la 
terre , en Europe , en Asie , en Afrique et en 
Amérique. Lorsqu'on examine des échantillons 
de soufre convenablement purifiés, car je ne 
parle pas du soufre tel qu'on le rencontre dans 
la nature, et qui est souvent mélangé de subs- 
tances étrangères, on reconnaît qu'ils possèdent 
tous les mêmes propriétés, si on les soumet à 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 27 

une série d'opérations chimiques comparatives. 
Par exemple, en les unissant chacun avec du 
fer, on aura constamment autant de composés 
identiques que l'on aura d'échantillons de sou- 
fre. En les brûlant dans le gaz oxigène,les 
mêmes phénomènes apparaîtront, et les pro- 
duits de toutes les opérations seront encore 
identiques. De sorte que du soufre recueilli en 
Sicile sera identique à celui qui l'aura été en 
France, au Pérou, etc. , etc. 

La spécialité des divers corps simples est éta- 
blie par l'ensemble des propriétés qui appar- 
tiennent à chacun d'eux en particulier, et cet 
ensemble de propriétés est compris implicite- 
ment dans le nom par lequel on les a distingués 
les uns des autres. Ainsi le mot soufre com- 
prend non-seulement toutes les propriétés phy- 
siques, chimiques et organoleptiques que nous 
avons reconnues à ce corps, mais encore toutes 
celles qui lui appartiennent et que nous n'avons 
pas encore observées. Il en est de même des 
mots/e/', cuivre, plomb, etc. 

Vous sentez, d'après cela, que nous n'avons 
la connaissance complète d'aucun corps simple, 
et c'est pourquoi nous avons dit précédemment 
qu'on ne devra pas s'étonner si quelque jour 



28 2 e LEÇON DE CHIMIE 

les propriétés récemment reconnues à un corps 
qui passe aujourd'hui pour être simple, le font 
placer clans la classe des corps composés. 

Pour faciliter l'étude des corps simples, on 
choisit parmi les propriétés qui appartiennent 
à chacune de leurs espèces un certain nombre 
de ces propriétés dont Y ensemble n'appartient 
qu'à cette espèce, de sorte qu'une fois qu'on a 
constaté l'existence de cet ensemble de pro- 
priétés dans une matière, on en conclut que 
celle-ci est un échantillon de telle espèce de 
corps simple. 

Cet ensemble de propriété est le caractère 
dislinctif 'de l'espèce à laquelle il appartient, et 
à ce sujet nous ferons observer qu'une seule 
propriété, quelque remarquable qu'elle soit, ne 
peut jamais servir de caractère au corps qui la 
possède. 

Le système atomistique ne donne aucune 
explication de la différence qu'on observe entre 
les diverses espèces des corps simples, mais on 
conçoit que ces différences peuvent être dues 
à une différence de forme, de grandeur, de den- 
sité, etc., dans les atomes. 

L'arrangement des particules dans les corps 
simples à l'état solide a une grande influence 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2C) 

sur plusieurs propriétés physiques : ainsi nous 
voyons le soufre présenter deux systèmes de 
cristallisation, suivant les circonstances qui ont 
présidé à son passage de l'état liquide à l'état 
solide, et les minéralogistes cristallographes 
considèrent les divers échantillons qui se rap- 
portent à ces deux systèmes, comme formant 
deux sous-espèces; mais ces échantillons ont 
absolument les mêmes propriétés chimiques. 

b. Dans les corps composés. 

Dans les corps composés , /'espèce est une 
collection d'êtres identiques par la nature, les 
proportions , V arrangement des èlémens. Cette 
définition est le résultat de l'observation. 

Examinons le sens de cette définition dans 
ses différens rapports : 

i° Si nous prenons cette matière que l'on 
appelle massicot, nous ne pourrons la produire 
qu'avec du plomb et de l'oxigène; ou, en d'au- 
tres termes, quels que soient les corps que l'on 
combine , autres que ceux que nous venons de 
nommer, quelque nombreuses que soient les 
combinaisons que nous formions avec eux, il 
nous sera impossible d'obtenir une matière 
identique avec le massicot. Conséquemment, 



3o 2 e LEÇON DE CHIMIE 

puisque des élémens différent donnent toujours 
par leurs combinaisons des composés différais, 
nous devrons toujours conclure, en observant 
les mêmes propriétés dans divers échantillons 
de matière , que ces échantillons sont identiques 
par la nature de leurs éléments. 

2» Si vous prenez deux corps simples qui 
soient susceptibles de se combiner en plusieurs 
proportions, vous observerez constamment que 
les composés résultant de l'union de propor- 
tions différentes de ces mêmes corps seront 
distincts les uns des autres. Le plomb, en s'u- 
nissant à l'oxigène dans le rapport d'un atome 
à deux atomes, produit le massicot ou prot- 
oxide de plomb. Le plomb, en se combinant avec 
quatre atomes d'oxigène, produit un autre com- 
posé qui a une couleur et des propriétés chi- 
miques différentes du massicot. Enfin il y a deux 
combinaisons intermédiaires qui sont rouges 
ou orangées, et qui portent le nom de minium, 
rouge ou de minium orangé. Vous avez donc 
quatre combinaisons différentes, qui résultent 
des mêmes élémens unis dans des proportions 
différentes. Par conséquent, divers échantillons 
matériels qui présentent les mêmes propriétés, 
doivent être identiques , non-seulement par lana- 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 3 r 

ture des élémens, mais encore par* la proportion 
de ces derniers. 

3° Mais ce qu'il y a de très -remarquable, 
c'est que l'arrangement des particules ou des 
atomes peut avoir une très-grande influence sur 
les propriétés de leurs composés, de telle sorte 
api il y a tels corps qui, en s' unissant ensemble 
dans les mêmes proportions , peuvent produire 
des composés plus ou nwins diffèrens par leurs 
propriétés. 

Le sous-carbonate de cbaux, par exemple, 
constitue deux sous-espèces , qui diffèrent par 
la densité, et surtout par la forme cristalline 
qui, dans l'une, est un rhomboïde obtus, et, 
clans l'autre, un octaèdre rectangulaire. 

Le soufre présente un résultat tout-à-fait ana- 
logue, ainsi que nous l'avons dit précédemment, 
suivant qu'il a cristallisé au milieu du sulfure 
de carbone ou par un simple refroidissement. 

Si les différences que nous observons entre 
des matières formées des mêmes élémens unis 
dans les mêmes proportions, ne portaient que 
sur des propriétés physiques, comme cela a 
lieu pour le soufre et le sous -carbonate de- 
chaux, les échantillons qui présenteraient ces 
différences ne pourraient constituer que des 



3 2 2 e LEÇON Ï)E CHIMIE 

sous-espèces; mais il est des corps si différens 
l'un de l'autre, quoiqu'ils soient composés des 
mêmes éléraens, unis dans les mêmes propor- 
tions, qu'il est impossible de les considérer 
comme deux sous-espèces d'un même corps, 
car ils constituent évidemment deux espèces 
très-distinctes. Je vous en citerai un exemple, 
d'après un célèbre chimiste : M. Gay-Lussac a 
regardé l'acide acétique et le ligneux, c'est-à- 
dire la matière essentielle du bois, de la toile, 
comme des composés formés d'oxigène, de car- 
bone et d'hydrogène unis dans les mêmes pro- 
portions. 

Vous voyez qu'il est impossible de confon- 
dre ces deux corps dans une même espèce; 
il est donc vrai de dire que les corps diffèrent 
les uns des autres, i° par la nature de leurs èlé- 
rnens; i° par les proportions suivant lesquelles 
ces élémens sont unis; 3° par V arrangement de 
leurs atomes. Lorsque les différences de pro- 
priétés sont aussi grandes que celles qu'on ob- 
serve entre le ligneux et l'acide acétique par 
exemple, il est permis de croire que la diversité 
de l'arrangement ne porte pas sur les particu- 
les, mais sur les atomes mêmes qui constituent 
une particule. Au reste, c'est ce que vous com- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 33 

prendrez aisément, si vous fixez votre attention 
sur ce que j'ai appelé les compositions équiva- 
lentes d'un corps composé. 

Mais avant d'aller plus loin, je dois dire que 
l'on énonce les proportions suivant lesquelles 
les corps s'unissent entre eux, de diverses ma- 
nières : 

i° En poids, en disant que ioo parties, qui 
peuvent être des livres, des grains, des gram- 
mes, des fractions du gramme, sont formées de 

a — 7, 
b — 43, 
c — 5o. 

i° En volumes. Mais cette dernière manière ne 
s'applique qu'aux substances que nous connais- 
sons à l'état aériforme : c'est ainsi, par exemple, 
que nous avons dit dans la première leçon que 
l'eau est formée de i volume d'oxigène et de 2 
volumes d'hydrogène. 

Lorsqu'on examine les proportions suivant 
lesquelles les corps gazeux se combinent, ex- 
primées en volume, on reconnaît bientôt que 
toutes les combinaisons rentrent dans une loi 
très-simple , dont la découverte est due à M. Gay- 
Lussac; c'est que, 

En telles proportions que les corps gazeux s'u- 

3 



34 ~° LEÇON DE CHIMIE 

nissent, ils produisent des composés dont les éle- 
niens en volume sont des multiples les uns des au- 
tres ; et quand les gaz éprouvent une contraction 
de volume par la combinaison, cette contraction 
a un rapport simple avec le volume des gaz ou 
plutôt avec celui de l'un d'eux. 

Ainsi i v. oxig. s'unit à i v. hydr. La contraction r= i v. 
i v. azote — 3 v. hydr. — =îv 

i — — i i Oxig. — 

i — — 2 — — 

i — — i — — := o v. 

3° En atomes. On dit par exemple que le 
massicot est formé de i atomes d'oxigène et de 
i atome de plomb. 

Il n'est pas inutile de faire voir ici les avan- 
tages que présente le système atomistique pour 
énoncer la composition des corps. 

Tous les corps qui ont des propriétés antagonis- 
tes un peu marquées , ou en d'autres termes tous 
ceux qui ont une affinité mutuelle un peu éner- 
gique, et quelques-uns de ceux même qui n 'en ont 
qu'une fiable, ne se combinent deux à deux qu'en 
un petit nombre de proportions, et ces propor- 
tions sont le produit d'une multiplication par 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. 35 

i '-, 2, 3, 4 j etc., de la plus petite quantité d'un 
des corps , la quantité de Vautre corps restant la 
même. 

Les composés dont les élémens sont soumis 
à cette loi s'appellent définis , par opposition à 
ceux dont les élémens semblent s'unir en toutes 
sortes de proportions et qu'on appelle compo- 
sés indéfinis. 

Si l'on ne connaissait que des combinaisons 
indéfinies, il n'y aurait aucun avantage en chi- 
mie à envisager les corps plutôt sous le point 
de vue du système atomistique que sous celui 
du système dynamique, mais le fait général 
que nous venons d'énoncer sous la forme de loi 
conduit à adopter le premier système comme 
plus conforme à l'expérience. 

Voyons maintenant la manière de détermi- 
ner le poids relatif des atomes, en partant du 
rapport des quantités pondérales des élémens 
d'une combinaison; prenons pour exemple l'eau, 
que nous avons décomposée en 1 volume d'oxi- 
gène et en 2 volumes d'hydrogène, ou , ce qui 
revient au même , qui est formée en poids de 
889 parties d'oxigène et de 1 1 1 d'hydrogène. 

Les suppositions les plus simples que. nous 
puissions faire sur le nombre des atomes d'oxi- 



3o* i e LEÇON DE CHIMIE 

gène et d'hydrogène qui constituent l'eau , sont 
celles où on considère ce composé comme for- 
mé de i atome d'oxigène et de i atome d'hy- 
drogène, ou bien de i atome d'oxigène et de 
i atomes d'hydrogène. Passons aux conséquen- 
ces de ces deux suppositions. 

Dans tous les cas, nous admettrons que le 
poids d'un atome d'oxigène est représenté par 
ioo, de sorte que nous ramènerons à ce nom- 
bre les relations de poids de l'atome de tous les 
corps que nous connaissons. 

Première supposition. — L'eau est formée de 
i atome d'oxigène et de i atome d'hydrogène. 
Puisque l'eau est formée en poids 

de 889 oxigène, 
ni hydrogène, 

Puisqu'on fait le poids de l'atome d'oxigène 
= 100, 

Il est clair que la proportion suivante don- 
nera le poids de l'atome d'hydrogène : 

m x 100 

889 : m :: 100 : x — — — = 12, 48. 

Deuxième supposition. - — L'eau est formée 
de 1 atome d'oxigène et de 2 atomes d'hydro- 
gène. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3j 

Puisque l'eau est formée en poids 

de 889 oxigène, 
m hydrogène, 

Puisqu'on fait le poids de l'atome d'oxigène 
r= 100, 

Il est évident que le quatrième terme de 

la proportion précédente ne donne pas le poids 

de 1 atome d'hydrogène , mais le poids de 

1 atomes ; conséquemment le poids de 1 

12,48 

atome = =; 6, 24. 

2 

On voit par cet exemple qu'il n'y a aucune dif 
ficulté à déterminer le poids relatif de l'atome 
d'hydrogène, et nous pouvons dire en général 
le poids relatif des atomes de corps quelcon- 
ques susceptibles de s'unir à l'oxigène : mais on 
voit aussi que pour arriver à ce résultat on est 
obligé de partir de la supposition qu'un atome 
d'oxigène est uni à tant d'atomes d'un corps a; 
dès lors le poids de l'atome de a peut être 
estimé différemment par plusieurs chimistes. 
Mais en définitive , quelle que soit la supposi- 
tion que l'on fasse, la composition d'une matière 
énoncée en atomes ne donnera lieu à aucune in- 
exactitude dans les applications qu'on pourra 
en faire ? lorsqu'on connaîtra les poids des ato- 



38 2 e LEÇON DE CHIMIE 

mes de chacun des élémens de cette matière. 

Toutes les fois que Ja composition d'un corps 
peut être énoncée en volumes , nous adopte- 
rons, comme l'a fait M. Berzelius, les mêmes 
rapports tant pour les nombres des atomes 
élémentaires que pour les nombres des volu- 
mes qui constituent ce corps; conséquemment, 
puisque l'eau est formée de i volume d'oxigène 
et de a volumes d'hydrogène , nous compte- 
rons i atome d'oxigène et i atomes d'hydro- 
gène; seulement nous n'appliquerons pas de 
nombres fractionnaires aux atomes , comme 
nous pourrions le faire quand il s'agit de volu- 
mes. Enfin nous ajouterons que le poids ato- 
mistique d'un corps composé est la somme du 
poids de tous les atomes qui le constituent. 

Nous croyons utile d'indiquer ici le signe 
atomistique de chaque corps simple, suivi de 
son poids atomistique. 

Aluminium {Al) 342,33. Brome {Br) 233, i5? 
Antimoine {AtouSè)i6 12,90. Cadmium {Cd) i393,5/,. 

Argent {A g) 2703,21. Calcium {Ca) 5i2,o6. 

Arsenic {As) 470,1 15. Carbone (C) 75,33. 

Azote (Az) 88,5i. Cérium (Ce) 1149,44. 

Barium {Ba) 1713,86. Chlore (C//) 221, 3u3. 

Bismuth {Bi) 1773,80. Chrome (O) 703,64. 

Bore {B) 69,655. Cobalt (Co) 7 3 8,00. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 



^9 



Colombium ou Tantale (Col Phosphore (P) 196,15. 

ou Ta) 23o5, 7 5. Phtore (Pht) n 7 ,33. 

Cuivre (Cu) 791,39. Platine (Pt) i2i5,23. 

Étain (Sri) i4 7 o,58. Plomb (Pb) 2589,0. 

Fer (Fe) 6 7 8,43. Potassium (Po ou A') 2-79,8 3. 

Glueinium(G/oui?e)662,56. Rhodium (R) i5oo,io. 



Hydrogène (H) 6,24. 
Iode (I) 7 8o,9 7 . 
Iridium (Ir). 
Lithium (L) 2 55,63. 
Magnésium (Mg) 294, 25 8. 
Manganèse (Mn) 7 n,5 7 5. 
Mercure (Hg) 253 1,60. 
Molybdène (Mo) 5 9 8,6. 
Nickel (iVi) 7 39,5i. 
Or (Au) 2486. 
Osmium (Os). 
Oxigène (O) 100. 
Palladium (Pa) i4o 7 ,5. 



Sélénium (Se) 493,91. 
Silicium (Si) a 77) 8. 
Sodium (So ou N'a) 58 1,84. 
Soufre (S) 201,16. 
Strontium (Sr) 1094,6. 
Tellure (Te) 806, 4 5. 
Titane (Ti) 77 8,20. 
Tungstène {Tu ou W) 11 83,2. 
Urane (U) 5422,9g. 
Yttrium (Y) 8o5,i4. 
Zinc (Zn) 806,4 5. 
Zirconium (Zr) 840,08. 



Les signes atomistiques sont d'un usage très- 
avantageux pour représenter les combinaisons 
définies en général, et en particulier celles de 
la nature inorganique, auxquelles nous avons 
appliqué les règles de la nomenclature. 

Composés binaires oxigénés. 

Pour les désigner, qu'ils soient oxides ou 
acides, nous écrirons le signe du corps qui est 



4o 2 e LEÇON DE CHIMIE 

uni à l'oxigène, et au-dessus nous le marque- 
rons d'autant de points qu'il y a d'atomes d'oxi- 
gène dans la combinaison. 

Par exemple : Acide sulfuriqiie z= S 

— Acide sulfureux S 

Si le composé contient 2 atomes du corps uni 
à l'oxigène, nous écrirons deux fois son signe 
atomistique. 

Par exemple : Eau := H H 

— Acide nitrique = Az Az 

— Acide nitreux — Az Az 

Ou bien nous écrirons le nombre 2 à la droite 
du signe, et en haut. 

Par exemple: Acide nitrique = Az 3 

— Acide nitreux zsz Az a 

S'il y avait plus de 2 atomes, on aurait 3, 4» etc., 
à la place de 2. 

Composés binaires non oxigénés. 

On écrit d'abord le signe du corps électro- 
négatif, puis le signe du corps électro- positif, 
et on écrit à leur gauche et en haut le chiffre 
indiquant le nombre d'atomes de chacun d'eux, 

quand ce nombre excède 1 . 

1 

Par exemple : Sulfure de cuivre = 'SCu 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4 1 

Sels. 

On écrit le signe dé l'acide, puis celui de la 
base. 

Par exemple : Sulfate de deutoxide de cuivre = 2 S Cu. 

S'il s'agit de sels doubles , on écrit les signes 
des deux sels séparés par le signe algébrique 
+ , et on met le chiffre 2, 3, 4 ■> etc -? sur la 
même ligne que le signe du sel qui entre dans 
la combinaison pour 2, 3, 4> etc., atomes. 

Par exemple : 

Sulfate de potasse et d'alumine = 2 S P -f- 2 3 S Al. 

Hydrates^ 

On écrit le nom du composé , s^oit acide , soit 
base salifiable, soit sel, puis le signe de l'eau, 
qui est H H ou aq, précédé du nombre 2,3, 
4, etc. , s'il y a 2, 3 , 4» etc. , atomes d'eau. 

Par exemple : Hydrate d'alumine = Al -j- 3 HH, 
ou Al -j- 3 aq. 

— Acide sulfurique hydraté = S HH ouS aq. 

— Sulfate de potasse et d'alumine hydraté = 

VSP + 2 3 SAlJ + tfaq. 

6** 



(\1 2' LEÇON DE CHIMIE 

Compositions équivalentes. 

Revenons maintenant aux compositions équi- 
valentes» Supposons qu'un corps soit formé en 
volume de 

Oxigène i, 

Hydrogène i, 

Carbone \, 

vous aurez les compositions équivalentes sui- 
vantes : 

Eau . i , 

Carbone i, 

Oxigène 3", 

Hydrogène bicarboné. . . . f, 

Acide carbonique £, 

Hydrogène protocarboné . . {. 

On conçoit donc que les mêmes élémens unis 
dans les mêmes proportions peuvent former 
des composés très-différens, suivant la manière 
dont ils sont unis, ou plus clairement peut- 
être, d'après la nature de leurs particules con- 
stituantes; et vous sentez que plus il y a d'élé- 
mens dans un composé, plus il y a de composi- 
tions équivalentes possibles. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4? 

III. ÉTUDE DES CORPS. 

Nous étudierons chaque corps de la manière 
suivante : 

Nous exposerons 

i° Sa composition. Le corps est simple ou 
composé; dans ce cas, nous exprimerons le 
rapport de ses élémens en poids et en atomes, 
ainsi qu'en volumes, lorsque nous le pourrons. 

2 La nomenclature du corps, comprenant 
l'étymologie et la synonymie ; 

3° Ses propriétés physiques : 

A. Celles qui de'pendent de l'état d'agréga- 
tion des particules; 

B. Celles qui dépendent de l'action de la lu- 
mière ; 

C. Celles qui dépendent de l'action de l'élec- 
tricité; 

D. Celles qui dépendent de l'action du ma- 
gnétisme ; 

4° Ses propriétés chimiques, et, autant que 
possible , nous ne mettrons en rapport avec un 
corps que nous étudierons que des corps dont 
nous aurons déjà parlé, et dont conséquem- 
ment nous connaîtrons les principales proprié- 



/ 



44 2 e LEÇON DE CHIMIE 

tés. Ce sera un cas d'exception quand nous nous 
écarterons de cette règle. 

Les propriétés chimiques d'un corps com- 
posé seront étudiées en général dans l'ordre sui- 
vant : d'abord celles qu'il manifeste sans que ses 
élémens se désunissent, et ensuite les propriétés 
qu'il exerce lorsque ses élémens se séparent; 
on dit, dans le premier cas, que le corps agit 
par attraction résultante, tandis que dans le se- 
cond il ;igit par attraction élémentaire, ou celle 
de ses élémens. 

5° Ses, propriétés organoleptiques , savoir, l'ac- 
tion des corps sur la peau, sur l'odorat, sur le 
goût, sur la respiration, etc.; 

6° U état du corps dans la nature; 

7° Sa préparation ou son extraction ; 

8° Ses usages ; 

9° Son histoire, c'est-à-dire que nous indi- 
querons les principaux travaux auxquels le 
corps a donné lieu. 

Les corps qui feront l'objet de l'enseigne- 
ment de cette année peuvent se ranger dans 
sept divisions, qui nous occuperont successive- 
ment, dans l'ordre suivant * 



V 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4^ 

PREMIÈRE DIVISION. 

Des corps simples et de leurs principaux 
composés définis binaires , comburans , com- 
bustibles, acides, alcalins et neutres. 

DEUXIÈME DIVISION. 

Des composés définis ternaires , quaternai- 
res, etc., qui paraissent formés d'un combu- 
rant simple uni à un combustible composé, ou 
d'un comburant composé uni à un combustible 
simple. 

TROISIÈME DIVISION. 

Des acides et des bases salifiables ternaires , 
quaternaires, etc., qui ne rentrent pas dans 
la division précédente , parce que dans l'état 
actuel de la science on ne peut encore les con- 
sidérer comme des composés immédiats d'un 
comburant et d'un combustible. 

QUATRIÈME DIVISION. 
Des sels proprement dits. 

CINQUIÈME DIVISION. 

Des composés définis ternaires, quaternai- 
res, etc., qui paraissent formés d'un composé 



46 2 e LEÇON DE CHIMIE APPL. A LA TEINTURE. 

électro-négatif faisant fonction d'acide , et d'un 
composé électro-positif faisant fonction d'alcali. 

SIXIÈME DIVISION. 

Des composés définis ternaires , quater- 
naires, etc., neutres aux réactifs colorés, qu'on 
ne peut considérer encore comme des composés 
immédiats, soit d'un comburant simple ou com- 
posé uni à un combustible composé ou simple , 
soit de deux composés dont l'un fait fonction 
d'acide, et l'autre fait fonction d'alcali. 

SEPTIÈME DIVISION. 

Composés indéfinis, ou mélanges de plu- 
sieurs principes immédiats organiques. 



PREMIÈRE PARTIE DU COURS, 



PREMIERE DIVISION. 



DES CORPS SIMPLES , ET DE LEURS PRINCIPAUX 

COMPOSÉS DÉFINIS BINAIRES COMBURANS, 

COMBUSTIBLES, ACIDES, ALCALINS 

ET NEUTRES. 



TROISIÈME LEÇON. 

HYDROGÈNE (H). 

PREMIÈRE ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



I. NOMENCLATURE. 

Il a été appelé air inflammable. 

Schéèle l'a considéré , dans son Traité de l'air 
et du feu, comme le phlogistique rendu gazeux 
par son union avec la chaleur. 

Enfin les auteurs de la nouvelle nomencla- 
ture chimique lui ont donné le nom $ hydro- 
gène. Ce mot est formé de deux mots grecs, 
ueTwf) , eau , et yswata , j'engendre. On a voulu ex- 
primer qu'il forme l'eau, ou plutôt qu'il est un 
de ses élémens. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est gazeux. — Jusqu'ici il n'a pu être soli- 
difié, ni même liquéfié par la compression et le 
refroidissement. 



2 3 e LEÇON DE CHIMIE 

Une compression subite l'échauffé sans le 
rendre lumineux. 

Sa densité est de 0,0688. 

Le décimètre cube de ce gaz ne pèse que 
o gr -, 089/i sous la pression de o m ,76o, à la tem- 
pérature de zéro , et à la sécheresse extrême. 

Le poids de l'atome d'hydrogène est de 6,-24. 

Le gaz hydrogène est incolore. 

Parmi les propriétés optiques que les gaz, 
les liquides et les solides transparens présen- 
tent, on a donné une attention particulière à la 
déviation qu'ils font, subir à la lumière, lors- 
qu'elle les traverse obliquement. Ce phénomène 
est connu sous le nom de réfraction. L'hydro- 
gène se distingue principalement des autres 
substances par sa puissance rêfractive, c'est- 
à-dire par la force avec laquelle il agit pour 
rapprocher la lumière qui le traverse oblique- 
ment, de la perpendiculaire, au point d'inci- 
dence du rayon lumineux. En comparant sa puis- 
sance réfractive à celle de l'air prise pour unité, 
à la même température et sous la même pres- 
sion, on trouve qu'elle est de 0,470 (Dulong). 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 3 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

D'après l'ordre que nous nous sommes pres- 
crit dans l'étude des corps, nous ne pouvons 
parler ici des propriétés chimiques de l'hy- 
drogène, puisque c'est le premier corps que 
nous examinons. Je passe donc à ses propriétés 
organoleptiques. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Le gaz hydrogène obtenu à l'état de pu- 
reté n'a pas d'odeur sensible ; mais celui qu'on 
prépare dans les laboratoires, sans le soumettre 
aux procédés nécessaires pour le dépouiller 
des matières étrangères qu'il entraîne presque 
toujours avec lui lorsqu'il provient de l'eau 
décomposée sous l'influence de l'acide sulfuri- 
que et d'un métal, a une odeur plus ou moins 
fétide. 

Le gaz hydrogène est impropre à la respira- 
tion, cependant il ne paraît point être délétère; 
on peut le respirer pendant un certain temps 
sans en éprouver d'effets fâcheux, lorsqu'il est 
mêlé à de l'air atmosphérique, ou plutôt à de 
l'oxigène. On a remarqué que les personnes 
qui ont fait plusieurs inspirations d'hydrogène 



4 3 e LEÇON DE CHIMIF. 

pur, ont le timbre de la voix tout-à-fait changé. 
Cette expérience, qui est déjà assez ancienne, 
a été confirmée à Paris dans ces derniers 
temps. 

V. ÉTAT. 

L'hydrogène peut se trouver dans la nature 
à l'état libre, puisqu'il suffit que certaines ma- 
tières organiques soient délayées dans l'eau 
pour en laisser dégager par leur décomposi- 
tion. Le gaz qui est connu sous le nom d'air in- 
flammable des marais n'est pas de l'hydrogène 
pur, mais de l'hydrogène carboné : il paraît en 
être de même de celui qui sourd de la terre dans 
plusieurs lieux, particulièrement en Italie. 

L'hydrogène est un des élémens de la plupart 
des matières organiques que le teinturier em- 
ploie; sous ce rapport, il lui importe de con- 
naître ses propriétés. 

VI. PRÉPARATION. 

Pour se procurer le gaz hydrogène , on met 
dans un flacon à deux tubulures une partie de 
grenaille de zinc ou une partie de limaille ou de 
tournure de fer; on adapte à une des tubulures 
un tube recourbé, et à la seconde un tube en S, 
au moyen duquel on verse 6 ou 7 parties d'acide 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. 5 

sulfurique faible dans le flacon. En opérant à une 
température de 12 à 1 5°, on peut employer avec 
le zinc de l'acide de 1 o à 1 1° à l'aréomètre de Bau- 
me, et avec le fer un acide de i5à 20 . Si dans ce 
dernier cas on voulait avoir un dégagement con- 
tinu, il faudrait de l'acide de 20 à 25°. Le flacon 
doit être rempli aux \ environ de sa capacité, et 
le gaz ne doit être recueilli que quand on croit 
que tout l'air des vaisseaux en a été dégagé. 

L'hydrogène préparé par ce procédé contient 
une petite quantité de matière huileuse qui ie 
rend odorant, et quelqufois des traces d'acide 
hydrosulfurique ; c'est pourquoi , si on veut 
l'obtenir absolument pur, il faut, avant dé le 
recueillir, le faire passer dans une forte solution 
de potasse. 

VII. USAGES. 

Les usages de l'hydrogène ne sont pas nom- 
breux. On s'en sert pour enlever les ballons; et 
la grande différence de densité qui existe entre 
ce gaz et l'air atmosphérique explique com- 
ment, avec une enveloppe solide et de l'hydro- 
gène, on peut composer un système de corps 
moins dense que l'air, et comment un pareil 
système s'élève dans l'air dès qu'on l'abandonne 
à lui-même. 



6 3 e LEÇON DE CHIMIE 

L'hydrogène, à l'état de pureté, est employé 
dans les laboratoires pour faire l'analyse des 
mélanges gazeux dans lesquels on veut déter- 
miner la proportion du gaz oxigène. 

VIII. HISTOIRE. 

Le gaz hydrogène a été connu au commen- 
cement du xvn e siècle, mais il n'était distingué 
des autres fluides élastiques que parla propriété 
qu'il a de s'enflammer : aussi fut-il appelé d'a- 
bord air inflammable. Ce n'est que de 1781 à 
1784 que ce gaz fut caractérisé avec précision 
parCavendish, qui démontra alors que l'eau est 
formée d'hydrogène et d'oxigène. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 

OXIGÈNE (0). 

DEUXIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION. 

CHAPITRE PREMIER. — OXIGÈNE. 



I. NOMENCLATURE. 

Il a été appelé air- déphlogistiqué (Priestley), 
air du feu (Schéèle), air vitaï (Conâorceï), et 
enfin oxigène (Lavôisier), de o^vç, , aigre, ymctw, 
j'engendre. 

Les deux premiers noms étaient en rapport 
avec les idées qu'on se faisait du rôle qu'il rem- 
plit dans la combustion. Le troisième nom lui 
avait été donné parce qu'il est le seul gaz propre 
à la respiration ; et enfin le dernier, parce que 
Lavôisier pensait qu'il devait exister dans tous 
les acides; mais aujourd'hui le contraire étant 
démontré, il faut oublier l'étymologie du mot 
oxigène. 



8 3 e LEÇON DE CHIMIE 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il n'a pas été solidifié ni même liquéfié. 

Lorsqu'on le comprime vivement, non-seu- 
lement il dégage de la chaleur, comme le fait 
l'hydrogène, mais il dégage encore de la lumiè- 
re. M. Saissy, de Lyon , ayant soumis une série 
de gaz à cette épreuve, n'a reconnu la pro- 
priété de dégager de la lumière par la com- 
pression qu'à deux fluides élastiques, savoir : 
le chlore et l'oxigène, soit pur, soit à l'état 
de mélange où il se trouve dans l'air atmo- 
sphérique. Ce résultat est remarquable en ce 
que l'oxigène et le chlore ont la propriété com- 
burante au plus haut degré; de sorte qu'il y a 
une concomitance de la propriété comburante 
et dé la propriété de dégager de la lumière par 
une compression suffisante, et surtout très- 
prompte; car si vous comprimiez lentement les 
gaz, ils ne deviendraient pas lumineux. 

La densité de l'oxigène est plus grande que 
celle de l'air atmosphérique : elle est de 1,1026. 
Le décimètre cube pèse 1 er 43s3. 

Le poids de l'atome d'oxigène est 1 00. 

Sa puissance réfringente est de 0,924, suivant 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 9 

M. Dulong. A densité et à température égale, 
il est le moins réfringent des gaz. 

Enfin, il est presque toujours électro-négatit 
dans ses combinaisons, et cela doit être d'après 
ce que nous avons dit des propriétés combu- 
rantes et combustibles des corps. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Nous allons maintenant nous occuper des 
propriétés chimiques de l'oxigène; nous ne 
pourrons le mettre en rapport qu'avec l'hydro- 
gène, le seul corps que nous avons étudié. 

Si l'on met 2 volumes d'hydrogène avec 
1 volume d'oxigène, et si l'on abandonne le 
mélange à lui-même, sous la pression ordinaire 
de l'atmosphère, et à la température ordinaire, 
on n'observe dans le mélange gazeux rien qui 
annonce une action chimique, c'est-à-dire qu'il 
n'y a ni production de lumière, ni même déga- 
gement de chaleur, ni aucune variation de vo- 
lume. Mais les choses sont bien différentes si le 
mélange est suffisamment échauffé, rapidement 
comprimé, ou s'il reçoit l'action d'une étincelle 
électrique. 

i» Il suffit qu'un corps solide chauffé au 
rouge naissant touche les gaz, pour que ceux- 



IO 3 e LEÇON DE CHIMIE 

ci s'enflamment. Un charbon en ignition, un 
morceau de brique ou de verre chauffé produi- 
sent cet effet. 

i° Les deux gaz s'enflamment lorsqu'ils sont 
comprimés fortement et rapidement. M. Biot en 
a fait l'expérience clans une pompe de fusil à 
vent; l'appareil doit être très-épais pour résis- 
ter à la force expansive de la vapeur d'eau 
produite. 

3° Enfin, si l'on fait passer une étincelle élec- 
trique dans le mélange gazeux contenu dans 
un eudiomètre, l'inflammation a encore lieu. 
L'eudiomètre e'tant un instrument très - utile 
pour l'examen des produits de l'union des 
fluides aériformes qui sont susceptibles de se 
combiner sous l'influence électrique, il n'est 
pas inutile de le décrire. Un eudiomètre (fig. 4) 
se compose d'un tube T de verre fermé à un 
bout, suffisamment épais pour résister à l'ex- 
pansion des gaz que l'on veut y brûler. Le fond 
du tube a été rodé pour recevoir une masse 
de métal M qui se termine extérieurement en 
une boule B. Cette masse doit être en platine, 
si on veut que l'eudiomètre soit un instrument 
de précision. Quand on veut en faire usage, 
on le remplit de mercure, on le renverse dans 



APPLIQUÉE A. LA TEINTURE. 1 i 

une cuve de ce métal , on y introduit le mé- 
lange gazeux, puis on y fait passer l'excita- 
teur E, qui est un fil de platine ou de fer ter- 
miné par une boule. Cette boule doit être à une 
distance telle de M, que l'étincelle d'une pe- 
tite bouteille de Leyde ou celle d'un plateau 
d'électrophore puisse éclater dans l'intervalle. 
L'inflammation ayant eu lieu dans la partie du 
mélange frappée par l'étincelle , la chaleur qui 
en est le résultat détermine celle du reste. 
L'inflammation est donc réellement successive, 
quoiqu'elle nous paraisse instantanée. 

Je suppose que nous ayons introduit dans 
l'eudiomètre i volumes d'oxigène et i volumes 
d'hydrogène; après l'inflammation, le résidu, 
ramené à la pression ordinaire, sera de i volume 
d'oxigène; et les 3 volumes qui auront disparu, 
savoir i volume d'oxigène et i volumes d'hydro- 
gène, auront formé de l'eau qui se sera conden- 
sée en liquide sur les parois de l'eudiomètre. 

On s'est convaincu que ce liquid«e est de l'eau, 
en faisant brûler un courant de gaz hydrogène 
dans un ballon que l'on entretenait plein d'oxi- 
gène, ou bien simplement en faisant arriver le 
produit de la combustion d'un jet d'hydrogène 
dans un long tube de verre placé au milieu de 



\.l 3 e LEÇON DE CHIMIE 

l'atmosphère, ainsi que le représente la fig. 5. 
L'hydrogène se dégage du flacon F, où on a mis 
du fer et de l'acide sulfurique à a5°; il traverse 
le tube ï, dans lequel il y a de la potasse humide 
et des morceaux de chlorure de calcium ; enfin 
il est enflammé à l'extrémité du tube V, qui est 
de cuivre. 

PHENOMENES DE LA COMBUSTION DE l/lIYDROGÈNE. 

Parlons des phénomènes de la combustion 

vive. 

A. Dégagement de chaleur. 

D'abord il y a de la chaleur dégagée, et l'on 
peut s'en assurer facilement en portant la main 
sur l'orifice d'une cloche d'hydrogène où la 
combustion s'opère. Quelle est la quantité de 
chaleur dégagée dans cette circonstance? Lavoi- 
sier s'est proposé de résoudre cette question, et il 
a trouvé qu'une partie d'hydrogène en poids foi> 
dait 295,57 parties de glace à zéro. M. Despretz, 
qui a fait une expérience semblable, a trouvé 
3 1 5,20 parties. Vous voyez donc qu'il y a une 
énorme quantité de chaleur produite dans la 
combustion de l'hydrogène, et vous concevez 
comment, si l'on pouvait se procurer l'hydrogène 
avec économie, on échaufferait de l'eau dans 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

une chaudière, en plaçant le fond de cette chau- 
dière au-dessus de la flamme produite par ce 
combustible. 

B. Dégagement de lumière. 

La flamme des combustibles que nous brû- 
lons dans nos maisons et dans nos ateliers est 
due à l'hydrogène. A la vérité, cet hydrogène est 
toujours combiné avec des quantités variables 
de carbone; mais s'il n'y avait point d'hydrogè- 
ne, ces combustibles brûleraient sans flamme. 

Quand on compare les flammes des hydro- 
gènes carbonés avec la flamme de l'hydro- 
gène pur, sous le rapport de l'éclat, on trouve 
cette dernière très - pâle , relativement aux 
autres. Cependant la chaleur dégagée par la 
flamme de l'hydrogène est très-intense; il faut 
conclure de là que l'éclat de la flamme ne 
tient pas à la quantité de chaleur dégagée par 
l'acte de la combustion. En traitant du carbo- 
ne, nous verrons que les flammes n'ont d'éclat 
qu'autant qu'il s'y trouve une matière solide; 
et c'est parce que celle de l'hydrogène en est 
dépourvue qu'elle est sans éclat. 



I y y LEÇON DE CHIMIE 

C. Dégagement d'électricité. 

Un troisième phénomène qui se produit dans 
la combinaison de l'oxigène et de l'hydrogène, 
est, suivant INI Pouillet, une manifestation 
sensible d'électricité. En se servant d'appareils 
électroscopiques très- délicats, M. Pouillet a 
reconnu que la flamme de l'hydrogène est élec- 
trisée négativement, tandis que l'espace envi- 
ronnant qui est occupé par la vapeur d'eau , est 
électrisé positivement. 

]). Dètonnation. 

Le quatrième phénomène que présente le 
mélange doxigène et d'hydrogène est un bruit 
plus ou moins fort qui se produit toutes les 
lois que l'inflammation s'opère sous la pression 
libre de l'atmosphère. Les portions du mélange 
qui ont pris feu échauffent les portions voisi- 
nes de manière à les enflammer; l'inflammation 
se propage avec une si grande rapidité, qu'elle 
paraît instantanée. L'atmosphère, étant frappée 
violemment par la vapeur d'eau produite , qui 
occupe un grand volume à raison de sa haute 
température, est ainsi mise en vibration sonore. 

Si l'inflammation des gaz avait lieu dans 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 1 5 

des vaisseaux trop faibles pour résister à l'ex- 
pansion, ces vases éclateraient comme une 
bombe; et en effet, celle-ci n'est autre chose 
qu'un vase qui renferme une substance explo- 
sive, dont l'expansion est assez forte pour le 
briser. 

Lorsque le mélange gazeux est brûlé au 
milieu d'un espace limité par un obstacle ré- 
sistant, tel que le sont les parois d'un eudio- 
mètre, la détonnation n'est pas sensible. 

Tels sont les principaux phénomènes que 
présente la combustion vive de l'hydrogène et 
de l'oxigène. Il faut une température à peu 
près voisine de la température rouge pour la 
déterminer. Mais la combustion peut avoir lieu 
lentement à une température qui est comprise 
entre 36o et 5oo et quelques degrés. Il est fa- 
cile de le démontrer, en exposant à cette tem- 
pérature un mélange de i volume d'oxigène et 
de 2 volumes d'hydrogène contenu dans un 
tube de verre étroit qui plonge, par l'extrémité 
ouverte, dans un bain de mercure. En plongeant 
dans le même mélange un fil de platine qui 
ne soit pas trop gros, et qu'on a fait rougir, puis 
qu'on a laissé refroidir jusqu'à ce qu'il cessât, de 
luire dans l'obscurité, la combustion lente s'o- 



]() 3 e LEÇON DE CHIMIE 

père, et il y a assez de chaleur pour faire rougir 

le métal. 

f i,î d'oxigène, 
i volume de J ' ,„ , 

« i > d hydrogène, 

n'est plus inflammable par l'électricité quand il 
est mêlé avec 8 volumes d'hydrogène ou avec 
9 volumes d'oxigène. 

Il est très-probable que la cause principale 
qui s'oppose à l'inflammation de ces mélanges 
est l'obstacle que le corps qui est en excès à la 
proportion qui peut brûler, apporte à réchauf- 
fement de cette dernière. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGAIVOLEPTIQUES. 

Les propriétés organoleptiques de l'oxigène 
sont d'être inodore, insipide, et de servir seul 
à la respiration. 

V. ÉTAT. 

L'oxigène existe dans l'atmosphère dans la 
proportion de 0,21 5 en volume. Cependant 
quelques physiciens, tels que le docteur Prout 
et Thomson, ont admis dans ces derniers temps 
qu'il y était exactement clans la proportion de 
0,20. Mais cette manière de voir n'est pas dé- 
montrée. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 17 

L'oxigène existe en dissolution dans les eaux 
qui sont à la surface de la terre ; il est un des 
élémens d'un grand nombre de minéraux, des 
plantes et des anima^. 

VI. PRÉPARATION. 

On introduit dans une cornue de grès du pe- 
roxide de manganèse, ou dans une cornue de 
verre du chlorate de potasse; on adapte un tube 
recourbé propre à conduire le gaz qui doit se 
dégager dans un flacon rempli d'eau ; on assu- 
jétit la cornue dans un fourneau, et on la chauffe 
peu à peu. La température doit être plus élevée 
pour le peroxide de manganèse que pour le 
chlorate. Avant de recueillir le gaz , on voit s'il 
rallume avec explosion une allumette embra- 
sée, mais non flambante, qu'on y plonge. 

On reconnaît le degré de pureté du gaz oxi- 
gène par les opérations suivantes : 

i° On fait passer un volume du gaz dans un 
tube gradué rempli de mercure, on l'y agite 
avec de l'eau de potasse; s'il est exempt d'acide 
carbonique, il n'y a pas de diminution de vo- 
lume. 

i° On remplit un tube de verre de mercure, 
on y fait passer un petit morceau de phosphore, 



i8 3 e leçon ni; chimie 

on le fait tondre en en approchant un corps 
chaud; puis on y introduit bulle à bulle un vo- 
lume du gaz qu'on veut essayer. Ce gaz est con- 
tenu dans un tube gradué. L'oxigène brûle le 
phosphore avec une grande énergie, et il donne 
naissance à un produit solide. Conséquem- 
ment, si l'oxigène était impur, il y aurait un 
résidu formé par le gaz qui se trouverait mé- 
langé. 

Représentons maintenant les changemens 
qui surviennent dans les proportions des ato- 
mes qui constituent le peroxide de manganèse 
et le chlorate de potasse qui ont servi à prépa- 
rer l'oxigène. Supposons que l'on ait chauffé 

3 atomes de peroxide de manganèse, qui con- 
tiennent 3 atomes de manganèse et 1 1 atomes 
doxigène : i atomes de peroxide auront perdu 

4 atomes doxigène; et il sera resté i atomes 
de protoxide, qui se seront unis à i atome de 
peroxide. 

Supposons que l'on ait chauffé i atome de 
chlorate de potasse , qui est formé de i atomes 
d'acide chlorique et de i atome de potasse : 
l'acide et la potasse auront perdu tout leur oxi- 
gène, c'est-à-dire l'acide io atomes, et la po- 
tasse i atomes, et il en sera résulté i atome 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 1 1> 

de chlorure de potassium, formé de 4 atomes 
de chlore et de i de potassium. 

VII. USAGES. 

L'oxigene est une substance qui a la plus 
grande influence dans les phénomènes de la 
nature, car à lui se rattache l'existence des ani- 
maux, et j'ajouterai celle des végétaux; non 
pas que les végétaux en aient un besoin aussi 
fréquent que les animaux, mais la germina- 
tion, premier acte de la végétation, ne peut 
avoir lieu sans sa présence. 

L'oxigene, comme comburant, concourt avec 
les combustibles pour nous procurer de la. cha- 
leur, de la lumière; il joue un très-grand rôle 
dans la teinture. Il suffit d'exposer certaines 
matières colorantes qui sont appliquées sur des 
étoffes à l'action des agens atmosphériques, 
pour que l'oxigene qui est dans l'air et dans 
l'eau détruise ces matières colorantes; c'est donc 
un puissant agent de blanchiment. L'oxigene 
est la cause de la coloration en bleu que prend 
une étoffe qui a été plongée dans une cuve d'in- 
digo, et qu'on en retire ensuite. L'indigo, que 
nous savons être d'un bleu violet à l'état de pu- 
reté, perd dans la cuve la totalité ou une par- 



20 3 e LEÇON DE CHIMIE APPLi A LA TEINT. 

tic de son oxigène, alors il est décoloré; mais 
s'il a le contact de l'oxigène atmosphérique, il 
reprend celui qu'il a perdu, et repasse au bleu 
violet. 

Telle est l'explication du phénomène que 
présente une étoffe qu'on a plongée dans une 
cuve d'indigo, et qu'on expose ensuite à l'air; 
de jaune qu'elle était, elle passe successivement 
au vert, puis au bleu. 

On voit donc que l'oxigène joue un double 
rôle dans l'art de la teinture; il est dans certains 
cas un agent de décoloration , tandis que dans 
d'autres il est un agent de coloration. 

VIII. HISTOIRE. 

La découverte de l'oxigène fut faite par Pries t- 
ley, en août 1774, et un peu plus tard par 
Schéèle; mais c'est réellement Lavoisier qui a 
établi les rapports de l'oxigène avec les corps 
combustibles; et si aujourd'hui nous apercevons 
quelques inexactitudes dans la manière dont il 
a exposé l'histoire de la combustion, il y aurait 
de l'injustice à ne pas reconnaître toute l'éten- 
due de l'influence que les vues du savant fran- 
çais ont exercée sur les progrès de la chimie 
moderne. 



\ 



QUATRIEME LEÇON. 



SECTION II. 

COMBINAISON DE L'HYDROGÈNE AVEC L'OXIGÈNE. 



CHAPITRE II. — EAU ( HH ou Aq). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en toI. atomes. 

Oxigène. . 880 . . . 1) (1. . 100 

ir j > — 2 volumes < , Q 

Hydrogène 111 . . . a) 1 2. . 12,48 

poids at. 112,48 
II. NOMENCLATURE. 

Nous avons dit, en traitant de la nomencla- 
ture, que l'eau devrait porter le nom de pro- 
toxide d'hydrogène. A l'état solide, elle est ap- 
pelée glace, neige, givre, gelée blanche. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Nous allons examiner les propriétés physi- 
ques de l'eau à l'état liquide, à l'état solide et 
à l'état aériforme. 



1 V LEÇON DE CHIMII 

A. A l'état liquide. 

L'eau existe à l'état liquide depuis zéro, où 
elle se solidifie, jusqu'à ioo°, où elle se va- 
porise, sous la pression de o m ,76o. 

Elle est compressible et élastique. Quand on 
la comprime fortement, elle dégage de la lu* 
mière, suivant l'observation de M. Dessaignes. 

Elle n'a pas de couleur. 

Sa densité varie avec sa température ; et ce 
qu'il y a de fort remarquable , c'est que ce n'est 
pas à zéro qu'elle a le plus de densité, mais à 
3°, 89, suivant Gilpins et Blagden, et à 4°>44> 
suivant Lefebvre-Gineau. Nous prendrons 4°- 

A son maximum de densité, un centimètre 
cube d'eau pèse 1 gramme; d'où il suit que des 
tables de pesanteurs spécifiques de substances 
solides et liquides, qui auraient été dressées 
d'après des expériences faites à la température 
de 4°5 ou d'après des expériences ramenées par 
le calcul à cette même température, représen- 
teraient en grammes le poids d'un centimètre 
cube de chacune de ces substances. 

A zéro la densité de l'eau liquide étant égale à 1,0000000 
A 4 d — — est — à 1,0060746 

A8 d — — — — à 1,0000000 

Aïoo' 1 — — — — à O,95544o6 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 3 

D'où il suit qu'à 4° au - dessus et au - dessous 
de son maximum de densité, l'eau a la même 
densité; et on admet qu'une variation égale 
de température, soit en plus, soit en moins, à 
partir de 4° + o jusqu'à zéro d'une part, et 
jusqu'à 8° d'une autre part, produit la même 
augmentation de volume dans l'eau. 

Elle conduit très -mal la chaleur; et Rum- 
ford a même prétendu qu'elle ne la conduisait 
pas du tout, c'est-à-dire qu'une particule d'eau 
échauffée était incapable de communiquer de 
la chaleur à une particule d'eau plus froide 
qu'elle ; mais c'est une erreur, quoiqu'il faille 
reconnaître cependant que le pouvoir conduc- 
teur de ce liquide est extrêmement faible. C'est 
ce dont on peut se convaincre toutes les fois 
qu'on place au-dessus de la surface de l'eau 
le corps qui doit l'échauffer, et qu'on observe 
la marche de thermomètres placés horizon- 
talement dans sa masse, et à des hauteurs dif- 
férentes. 

Il en est tout autrement lorsque la source 
de chaleur est au-dessous du vase qui contient 
l'eau. Pour bien observer ce qui se passe, voici 
la manière d'opérer : 

On prend un vase de verre alongé , on y met 



4 4 e LEÇON DE CHIMIE 

de l'eau et une petite quantité de pâte de pa- 
pier coloré ou de tout autre corps solide très- 
divisé, et d'une densité égale ou peu supérieure 
à celle de l'eau; on le place au-dessus de quel- 
ques charbons ardens; peu à peu les parois du 
vase s'échauffent, et transmettent de la chaleur 
aux particules d'eau qu'elles touchent. Mais ces 
particules échauffées, devenues plus légères que 
les autres, s'élèvent, tandis que les secondes 
descendent pour en occuper la place. De là ré- 
sultent des courons ascendans chauds et des 
courans descendons froids, qui sont rendus sen- 
sibles par les corps légers qu'ils entraînent. 
L'afflux continuel des particules froides vers 
la source de chaleur, le départ continuel des 
particules qui s'y sont échauffées, et d'une autre 
part le peu de conductibilité de l'eau pour la 
chaleur, expliquent pourquoi il y a une si 
grande différence dans la rapidité de réchauf- 
fement d'une masse liquide, suivant qu'il se fait 
par sa partie inférieure ou par sa partie supé- 
rieure. 

Dans la seconde partie du cours, je vous fe- 
rai remarquer combien les courans dont je 
viens de parler ont d'influence pour mélanger 
également les différentes couches d'un bain de 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

teinture, et combien sous ce rapport ils sont 
avantageux. 

Lorsque l'eau, que je suppose toujours con- 
tenue dans un vase chauffé par le fond, conti- 
nue à recevoir la chaleur, sa température aug- 
mente jusqu'à ce qu'elle entre en êbullition ; 
alors elle ne paraît plus s'échauffer, car un ther- 
momètre qu'on y plonge est stationnaire tant 
qu'il reste du liquide à vaporiser. Si la colonne 
du liquide qu'on chauffe avait quelques pieds 
de hauteur, on observerait que la température 
irait en augmentant de la surface au fond. Cela 
tient au phénomène même de la vaporisation. 
En effet, si on fait bouillir de l'eau dans un 
même vase sous des pressions atmosphériques 
différentes, on verra que l'eau bouillante mar- 
quera une température plus élevée quand la 
pression sera plus forte. Par conséquent, le 
terme cV êbullition de Veau varie avec la pres- 
sion quelle supporte. L'ébullition étant pro- 
duite par de l'eau qui se réduit en vapeur, et 
dont la force élastique fait équilibre à la pression 
atmosphérique qui agit sur le liquide, on con- 
çoit que, si la vapeur se produit au fond d'une 
colonne d'eau de quelques pieds, il faut que 
cette vapeur fasse équilibre, non plus à la sim- 



6 4 e LEÇON DE CHIMIE 

pie pression de l'atmosphère, mais à cette pres- 
sion augmentée de celle de la colonne d'eau. On 
voit, d'après cela, que dans une chaudière pro- 
fonde d'eau bouillante, la température des cou- 
ches du fond est plus grande que celle des cou- 
ches de la surface. 

La nature du vase a de l'influence sur le 
terme de l'ébullition; ainsi l'eau, sous la pres- 
sion de l'atmosphère, bout à ioo° dans un vase 
de fer; et à ioo°,5, ioi°, ioi°,5 dans un vase 
de verre ou de terre, suivant l'observation de 
M. Gay-Lussac. 

Si l'eau tient des sels en dissolution pour les- 
quels elle ait une affinité plus ou moins forte, 
elle entre en général plus tard en ébullition que 
quand elle est pure. De sorte qu'un bain chargé 
d'alun exige une température plus élevée pour 
bouillir que l'eau pure. 

"De qe que l'eau exige une température plus 
élevée pour bouillir quand on augmente la pres- 
sion qu'elle supporte, on conçoit que si on la 
renferme dans une enveloppe suffisamment ré- 
sistante, on pourra la chauffer jusqu'à la faire 
rougir; c'est aussi ce qu'on produit en l'expo- 
sant au feu dans le digesteur de Papin. Mais si 
cet appareil n'avait pas une résistance plus, 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

grande que la tension du liquide qu'il renferme, 
il ferait explosion, et sur-le-champ l'eau passer 
rait de l'état liquide à l'état de fluide élastique. 
Comme il est utile dans plusieurs opérations 
d'exposer des matières au contact de l'eau à une 
température plus élevée que celle qu'elle atteint 
quand elle est chauffée sous la simple pression 
de l'atmosphère, j'ai adapté plusieurs pièces au 
digesteur de Papin , qui le rendent d'un usage 
extrêmement commode pour remplir cet objet» 
J'ai décrit cet appareil ainsi perfectionné sous 
le nom de digesteur distillatoire; il est surtout 
utile pour faire l'analyse des matières coloran- 
tes, telles que l'indigo, la cochenille, le kermès, 

B. A l'état de vapeur. 

Revenons sur le phénomène de la conver- 
sion de l'eau en fluide élastique. Supposons l'eau 
bouillant dans un vase de fer sous une pres- 
sion de o m ,76o de mercure; elle marque alors 
ioo° à sa surface, et c'est à cause de la con- 
stance de cette température qu'on l'a adoptée 
pour le second point fixe du thermomètre, le 
premier point étant celui de la température 
de la glace fondante. 

Il y a une raison toute simple pour que la, 



8 4" LEÇON 6e ( himil 

température d'une masse liquide qui a com- 
mencé à bouillir ne s'élève plus, quoique de nou- 
velle chaleur s'y introduise continuellement ; 
c'est que cette chaleur est employée à la vapori- 
sation du liquide, et la quantité nécessaire à pro- 
duire cet effet est considérable, car Rumford 
l'évalue à 566°, c'est-à-dire qu'un poids a d'eau 
liquide à ioo° absorbe une quantité de cha- 
leur qui élèverait de zéro à i° un poids d'eau 
liquide égal à 566 a , ou ce qui revient au 
même une quantité qui élèverait de zéro à ioo° 
un poids d'eau égal à 5,66 a, ce qui revient 
encore à dire que i k,u de vapeur d'eau à ioo° 
mis avec 5 kl1 , 66 d'eau liquide à zéro donnerait 
6 kil , 66 d'eau à ioo°. 

Le volume de l'eau augmente d'une manière 
prodigieuse par l'évaporation , puisque i vo- 
lume d'eau liquide à 4° occupe, lorsqu'il est 
en vapeur à ioo° sous la pression de o ra ,76o, 
1696,5 volumes, suivant l'expérience de M. Gay- 
Lussac. 

Vous voyez par ce résultat que la vapeur 
d'eau est un excipient de chaleur qui peut être 
très-utilelorsqu'il s'agit, par exemple, d'échauffer 
de l'eau contenue dans des cuves de bois, et plus 
généralement dans des vaisseaux qui ne pour- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 9 

raient recevoir directement l'action du feu; tel 
est le principe de réchauffement par la vapeur. 

L'eau absorbe non-seulement de la chaleur 
pour se vaporiser lorsqu'elle est bouillante, 
mais elle en absorbe encore lorsqu'elle s'éva- 
pore à des températures qui seraient insuffi- 
santes pour la faire bouillir. C'est pour cela que 
l'évaporation est toujours accompagnée de froid. 

Il est fort remarquable que la glace elle- 
même s'évapore. 

L'évaporation de l'eau dans une atmosphère 
limitée et à une température constante ne cesse 
que quand l'espace est saturé de vapeur. 

Des faits précédens on peut conclure : 

i° Que l'évaporation est favorisée par l'éléva- 
tion de la température; 

i° Que tout ce qui tend à renouveler la 
couche d'air qui touche un corps mouillé que 
l'on veut sécher contribue à hâter l'évaporation. 

C. A l'état solide. 

Lorsque l'eau, arrivée à la température de 
zéro, continue à recevoir l'influence d'une cause 
qui la refroidit, elle passe à l'état solide. Ce 
changement d'état présente deux phénomènes 
remarquables : 



iO -4 e LEÇON DE CHIMIE 

i° Un dégagement de chaleur; 

a° Une augmentation de volume. 

i ° Dégagement de chaleur. 

Il se sépare de l'eau qui se congèle une quan- 
tité notable de chaleur : on en a la preuve di- 
recte toutes les fois qu'un thermomètre est 
plongé dans une masse d'eau qui est en repos 
parfait • le thermomètre peut descendre jusqu'à 
4° au-dessous de zéro ; mais si par l'effet d'une 
secousse donnée au vase qui contient l'eau , ou 
par l'effet d'un mouvement vibratoire qu'on 
lui imprime, ou encore par le contact d'un 
morceau de glace, la congélation s'opère rapi- 
dement, sur-le-champ le thermomètre remonte 
à zéro. 

S'il n'est pas possible de rendre sensible au 
thermomètre la chaleur qui se dégage de l'eau 
lorsqu'elle se congèle lentement sans que sa 
température se soit abaissée au - dessous de 
zéro, il est aisé de démontrer que ce déga- 
gement n'en a pas moins lieu, et il y a plus, 
c'est qu'on peut le mesurer. En effet, prenez 
jkii. jg g] ace a zer0 et un kilog. d'eau à ^5°; 
mêlez-les et vous aurez -2 kl1 d'eau liquide à zéro; 
conséquemment la glace en se fondant absorbe 
la chaleur qui élevé à ^5" un poids d'eau liquuh 



APPLIQUÉE A "LA TE1NTURL. I 1 

à zéro égal au sien , ou encore la ckuleur qui 
élèverait de i° 75 kiL d'eau liquide à zéro: con- 
séquemment Veau à zéro ne peut $ congeler 
sans perdre cette même quantité de ctaleur. 

Ce phénomène est tout-à-fait analogue à celui 
que nous avons observé dans la vaporisation. 

2° Augmentation de volume. 

L'eau, en passant de l'état liquide! à l'état de 
glace, éprouve une augmentation de volume 
tel, que sa densité est moindre que l,o,5544°6, 
la densité de l'eau à zéro étant i,oo.M. Thom- 
son dit que la densité de la glace à zéro est 
0,92, celle de l'eau liquide à i6° étjnt i. Mais 
une fois que la glace est formée , file se con- 
dense de plus en plus à mesure qu'elle se re- 
froidit. 

Plusieurs conséquences se déduisent de ces 
variations de densité ou de volurœ que pré- 
sente l'eau qui se refroidit et se corgèle. 

Première conséquence. — Supposons une 
masse d'eau contenue dans une ca T ité dont les 
parois sont imperméables à la chileur, et qui 
ne peut se refroidir que par sa surface. Il est 
clair, d'après ce qui précède, que si la tempé- 
rature initiale est à 8°, par exenple, la pre- 
mière couche de liquide, perdait de la cha- 



12 4° LEÇON DE CHIMIE 

leur, deviendra plus dense et descendra, tandis 
que les ouches inférieures étant plus légères 
monteront. Il est évident que de pareils cou- 
rans auront lieu tant que la masse ne sera pas 
parvenue lans toutes ses parties à 4°; il est évi- 
dent encore que l'uniformité de température 
s'établira par ces courans mêmes. Mais dès que 
la masse sra à 4°> la première couche, en se 
refroidissait, deviendra plus légère, et tendra 
par là mène à conserver sa position ; dès lors le 
froid contnuant, elle pourra se congeler, et 
ainsi de pioche en proche. Voilà pourquoi les 
couches inférieures des lacs profonds situés 
dans des régions froides sont à 4'\ 

Vous vo r ez d'après cela, Messieurs, combien 
la profondeur d'une masse d'eau doit avoir d'in- 
fluence sui la durée du froid de l'atmosphère 
qui est nécessaire pour la congeler. Vous voyez 
qu'un froid de i à a°, qui gèlera un ruisseau, 
sera incapable de geler une rivière; vous voyez 
l'avantage qu'il y aura pour un atelier à être 
placé sur le bord d'une rivière profonde plutôt 
qu'à l'être sir celui d'un ruisseau. 

Deuxième conséquence. — L'expansion de 
l'eau qui se congèle explique pourquoi il ne 
faut pas laisser exposer au froid de l'hiver de 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

l'eau renfermée dans des vases de veire, de grès, 
etc., dont l'orifice est étroit, et qui sont pleins 
de liquide, car ces vases se briserafent indubi- 
tablement; et à ce sujet je rappellerai que l'eau 
qui remplit exactement un canon de fonte 
dont l'ouverture est hermétiquement fermée, 
un globe de cuivre dont les parois sont très- 
épaisses, en détermine la rupture par la force 
expansive qu'elle exerce en se congelant. 

Lorsque l'eau se congèle dans des circon- 
stances favorables au groupement de ses parti- 
cules, elle cristallise. On a observé de la glace 
sous forme de prismes hexaèdres. 

La glace a une certaine élasticité; cependant 
elle se laisse pulvériser aisément, surtout quand 
on la prend à plusieurs degrés au-dessous de 
zéro. Bien entendu que le mortier et le pilon 
employés pour la diviser doivent être aussi 
froids qu'elle. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'eau étant indispensable à tous les procédés 
de la teinture, et son importance, quels que 
soient les rapports sous lesquels on l'envisage, 
ne pouvant être méconnue, je m'écarterai, dans 
l'exposé que je vais faire de ses propriétés chi- 



ï4 -i* LEÇON DE (IIIAUK 

iniques, delà règle que je me suis prescrite de 
ne parler le l'action d'un corps sur un autre 
qu'après avoir traité de l'un d'eux; je vais con- 
sidérer les actions les plus remarquables que 
l'eau exerce en général sur les corps avec les- 
quels on la met en contact. 

A. Des actions que Veau exerce sans éprouver 
de décomposition, et sans en faire éprouver 
aux corps sur lesquels elle agit. 

i° Combinaisom définies de Veau, ou hydrates. 

L'eau peut se combiner avec un grand nom- 
bre de corps en des proportions définies. Les 
acides forment presque tous avec l'eau des 
composés qui sont parfaitement définis dans 
leur composition. Il en est de même des bases 
salifiables qui ont une énergie alcaline remar- 
quable, ainsi que de la plupart des substances 
salines. 

L'acide sulfurique à 66° de l'aréomètre de 
Baume, dont la densité est de i,8/(5 , et la po- 
tasse à l'alcool qui a été bien préparée , sont 
deux exemples d'une combinaison définie de 
l'eau avec des corps doués de propriétés anta- 
gonistes très-intenses. 

D'un autre côté, le sulfate de protoxide de 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. I 5 

fer contient o,455 d'eau, le sulfate de deu- 
toxide de cuivre en contient o,36, l'alun o,/j55, 
le sous-carbonate de soude o,63, etc. 

Les acides et les alcalis, en se combinant avec 
l'eau, ne perdent pas leurs propriétés caracté- 
ristiques, de sorte qu'on peut étudier leurs pro- 
priétés spécifiques dans leurs hydrates. 

2° Combinaisons indéfinies de Veau. 

L'eau se combine avec beaucoup de corps 
en des proportions indéfinies; par exemple, je 
puis verser des quantités d'eau toujours crois- 
santes, dans l'acide sulfurique hydraté que 
voici, sans apercevoir aucune limite à la combi- 
naison. Je ne crois pas que lorsque la quantité 
d'eau sera très-considérable, on doive considé- 
rer tous les atomes de ce corps comme étant 
unis avec de l'acide sulfurique ; mais avant qu'on 
ait atteint cette limite, il est vrai de dire qu'on 
a combiné l'eau à de l'acide sulfurique en un 
grand nombre de proportions. Je pourrais, au 
lieu d'acide sulfurique, prendre une base sali- 
fiable, de la potasse, par exemple, ou bien en- 
core de l'alun, du sucre, et obtenir pareille- 
ment des combinaisons en proportions indé- 
finies. . 



lti 4 e LEÇON DE CHIMIE 

C'est aux combinaisons indéfinies qu'il faut 
rapporter les dissolutions dans l'eau des gaz peu 
solubles dans ce liquide : voici les résultats 
d'expériences faites par M. Th. de Saussure à 
ce sujet. 

ioo mesures d'eau bouillie à la température de x8° 
ont dissous : Azote 4>2. 

— Hydrogène 4,6. 

— Oxide de carbone . . . 6,2. 

— Oxigène 6,5. 

— Hydrogène bicarboné. . i5,5. 

— Protoxide d'azote ... 76 

— Acide carbonique ... 106 

— x\.cide hydrosulfurique. 253 

— Acide sulfureux. . . . 4378 

Lorsque de l'eau bouillie et refroidie est en 
contact avec un grand volume d'air atmosphé- 
rique, 100 mesures d'eau dissolvent jusqu'à 
5 mesures d'air. 

L'air dissous est plus riche en oxigène que 
l'air ordinaire : et on observe en soumettant 
l'eau aérée à l'action de la chaleur dans l'ap- 
pareil que vous avez sous les yeux , que les pre- 
mières portions d'air qui se dégagent contien- 
nent de 0,2 -2 à o,33 d'oxigène, tandis que les 
dernières en contiennent de o,32 à o,34; enfin 
en mettant de l'oxigène pur en contact avec de 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. I -j 

l'eau saturée d'air, de l'oxigène est dissous, et 
un volume d'azote moindre que le volume 
d'oxigène absorbé est éliminé. 

Tous ces faits s'expliquent quand on consi- 
dère que l'eau a plus d'affinité pour l'oxigène 
que pour l'azote. 

L'eau peut être dépouillée de l'air qu'elle 
tient en dissolution, non-seulement par l'ébul- 
lition, mais encore par son séjour dans le vide 
et par la congélation. 

3° Union de l'eau avec les tissus organiques. 

L'eau se trouve unie avec certaines matiè- 
res dans un état extrêmement remarquable. Je 
n'ose dire qu'elle y est en combinaison, parce 
que dans l'état actuel de la science on ne peut 
prononcer si elle est fixée par une force chimi- 
que ou si elle l'est simplement par une force 
physique. Ce qu'il y a de certain, c'est que les 
unions dont je parle sont d'une grande impor- 
tance pour les arts et la physiologie. 

Les tissus organiques, tels que les tendons, la 
peau desséchée, etc., sont susceptibles de s'unir 
à l'eau quand on les tient plongés dans ce liqui- 
de; ils perdent alors leur couleur jaune, leur 
demi-transparence, et reprennent l'aspect et les 



l8 4 e LEÇON DE CHIMIE 

propriétés physiques qu'ils ont à l'état frais. 
L'eau adhère faiblement à toutes ces matières, 
car il suffit de les soumettre à une pression mé- 
nagée pour en séparer assez d'eau pour qu'elles 
perdent de nouveau les propriétés qui les ca- 
ractérisent à l'état frais. Cependant il faut ob- 
server que jamais on n'opère une séparation 
complète du liquide, car il y en a une certaine 
quantité qui reste certainement fixée aux tissus 
organiques par l'affinité chimique. 

La flexibilité du bois est due à l'eau interpo- 
sée, car, à moins qu'on ne le réduise à des pla- 
ques extrêmement minces, il est cassant quand 
on le prive de son humidité. Vous en aurez la 
preuve en exposant du papier épais à une cha- 
leur insuffisante pour le brûler, mais capable 
de le dessécher. 

L'eau, qui donne la ductilité à l'argile, à la 
pâte de farine de froment, me semble être dans 
un état analogue à celui dont je viens de parler. 

B. Des actions que Veau exerce sans se décom- 
poser, mais en faisant éprouver quelque alté- 
ration à des corps composés. 

L'eau agit sur certains corps en leur faisant 
éprouver une altération sensible. Par exemple, 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. I Ç) 

il existe des sels qui ne peuvent s'y dissou- 
dre* au moins en certaines proportions, sans 
éprouver un changement d'équilibre dans leurs 
principes immédiats; tel est le nitrate de bis- 
muth; si je verse de l'eau sur ce sel, il se sépare 
en deux parties; l'une se dépose, c'est un sous- 
sel; l'autre partie, l'acide nitrique , reste dans 
la liqueur, mais elle retient en dissolution une 
certaine quantité de sous-sel. 

C. Des actions que l eau exerce en se décompo- 
sant. 

Plusieurs corps simples décomposent l'eau: 
les uns, comme le chlore, s'emparent de son hy- 
drogène; d'autres, comme le fer, et surtout le 
potassium, s'emparent de son oxigène. Quand 
vous faites passer de la vapeur d'eau sur du fer 
chauffé au rouge dans un tube de porcelaine, la 
décomposition de l'eau s'opère, et on admet 
généralement que pour 3 atomes de fer il y a 
8 atomes d'eau décomposés ; 16 atomes d'hydro- 
gène se dégagent, et 8 atomes d'oxigène, en 
s'unissant au fer, forment i atomes de peroxide 
et i atome de protoxide. 

La décomposition de l'eau s'opère, ainsi que 
vous l'avez vu hier, lorsque du fer, de l'acide sul- 



:>b 4 P LEÇON DE CHIMIE 

furique et de l'eau réagissent dans un flacon 
auquel on a adapté un tube recourbé propre à 
recueillir les gaz ; il se produit alors du sulfate 
de fer, et il se dégage de l'hydrogène. Or, nous 
avons mis en réaction du fer, de l'acide sulfuri- 
que et de l'eau ; nous savons que le sulfate de fer 
est composé deprotoxide de fer et d'acide sulfu- 
rique; ainsi le fer oxidé aux dépens de l'eau s'est 
combiné avec l'acide sulfurique, et l'hydrogène 
est devenu libre; et, si l'opération était faite 
avec une assez grande précision , nous pour- 
rions, en déterminant le poids de l'hydrogène 
dégagé, et celui de l'oxigène fixé au métal, nous 
assurer que la somme de ces poids est précisé- 
ment égale au poids de l'eau décomposée. 

La théorie atomistique représente encore 
dans ce cas avec exactitude les proportions sui- 
vant lesquelles les corps se combinent. Si nous 
avons i atome de fer, nous savons que pour 
le convertir en protoxide, il lui faut i atomes 
d'oxigène; nous savons, d'un autre côté, que le 
soufre se combine à 3 atomes d'oxigène pour 
former de l'acide sulfurique; mais, comme dans 
l'expérience qui nous occupe l'acide sulfurique 
n'éprouve pas de changement de nature, nous 
pouvons le considérer comme un corps simple. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2 1 

Dans le sulfate de fer il y a i atomes d'acide 
sulfurique; enfin l'eau se compose de i atomes 
d'hydrogène et de i atome d'oxigène. Cela posé, 
si nous mettons en contact de l'acide sulfurique, 
de l'eau et du fer, il faudra i atomes d'eau pour 
convertir i atome de fer en protoxide, et 2 
atomes d'acide sulfurique pour neutraliser ce 
protoxide; enfin, il faudra de l'eau en excès pour 
dissoudre la combinaison. 

Corps mis en réact. Résultat Résultat définitif. 

1 atome de f<-r 4 at. hydrogène 4 at. hydrogène 

s al. acide sulfurique. a acide sulfurique. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'eau est inodore; elle passe pour insipide; 
mais, quand on la goûte, elle produit toujours 
une sensation particulière, qui est le résultat 
de deux actions : d'abord, prenant l'eau à une 
température plus basse que celle de notre bou- 
che, nous devons éprouver une sensation de 
fraîcheur, mais ce n'est point une sensation 
spéciale à l'organe du goût. En second lieu, la 
salive étant imprégnée de sels qui sont délayés 
par l'eau, il résulte de l'affaiblissement de leur 
action une autre sensation qui se confond peut- 
être avec celle que l'eau elle-même peut exer- 
cer sur le goût. 



2a -4 e LEÇOxN DE CH1MIF. 

VI. ÉTAT. 

L'eau se trouve clans la nature à l'état solide, 
à l'état liquide et à l'état de fluide élastique. 
Pendant l'hiver, tant que la température est a 
quelques degrés au-dessous de zéro, elle con- 
serve son état de glace, et il faut qu'il survienne 
dans l'atmosphère une élévation de tempéra- 
ture pour qu'elle devienne liquide. 

L'eau existe à l'état de vapeur dans l'atmos- 
phère aux températures ordinaires en quantités 
sensibles. Pour le démontrer, il suffit de mettre 
de l'hydrochiorate d'ammoniaque dans un vase 
de verre, et d'y verser de l'eau froide; les corps, 
en se combinant, donnent lieu à un abaissement 
de température ; or cet abaissement de tempéra- 
ture rend le vase qui est en contact avec le mé- 
lange plus froid que l'air; à son tour, le vase 
refroidit l'air qui le touche, dès lors la vapeur 
d'eau qui s'y trouve mélangée se réduit à l'état 
liquide, qui se condense en gouttelettes sur les 
parois extérieures du vase. Ce phénomène s'ob- 
serve encore dans les chaleurs de l'été, lorsque 
des bouteilles , qui étaient conservées dans une 
cave, viennent à être transportées dans une at- 
mosphère plus chaude que celle de la cave. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 23 

VIL PRÉPARATION. 

On ne rencontre guère dans la nature l'eau 
assez pure pour les usages de l'analyse chi- 
mique, cependant elle est nécessaire à l'exé- 
cution du plus grand nombre des opérations de 
recherches. Heureusement que presque toutes 
les eaux naturelles soumises à la distillation 
donnent un produit qui, s'il n'est pas absolu- 
ment pur, l'est assez pour les usages auxquels 
on le destine. 

La distillation de l'eau ou d'un liquide quel- 
conque consiste essentiellement à soumettre le 
corps qu'on veut distiller à l'ébullition dans un 
vaisseau appelé chaudière. Celle-ci est recou- 
verte par un chapiteau qui communique avec 
un tuyau appelé serpentin, lequel est enveloppé 
d'eau qu'on a soin de maintenir froide. Enfin le 
serpentin communique avec un vase de verre 
qui fait l'office de récipient. L'appareil que nous 
venons de décrire est un alambic ; ordinaire- 
ment il est en cuivre rouge. 

Rien n'est plus simple que de concevoir l'ef- 
fet de la distillation sur l'eau qu'on fait bouilli i 
dans la chaudière : elle se réduit en vapeur qui 
se répand peu à peu dans toute la capacité de 



a4 4 e LEÇON DE CHIMIE 

l'appareil ; mais comme cette vapeur trouve les 
parois du serpentin froides, elle s'y condense 
en liquide qui coule dans le récipient. S'il n'y 
avait dans l'eau que des matières étrangères plus 
fixes qu'elle, il serait aisé de se procurer ce li- 
quide à l'état de pureté; mais comme il contient 
toujours de l'air, de l'acide carbonique, de l'am- 
moniaque, ou une matière azotée capable de 
produire cet alcali par l'action de la chaleur, 
l'eau distillée n'est jamais parfaitement pure. 
Voici les résultats que m'a présentés l'eau de 
Seine distillée. 

Elle contient toujours une certaine propor- 
tion iïoxigène et à' azote , et cela ne doit pas 
surprendre, puisque l'eau qui a été réduite en 
vapeur se condense au milieu d'une certaine 
quantité d'air; il s'y trouve en outre de l'acide 
carbonique dont une partie est unie à de Xam* 
moniaque ; c'est à la présence de cet acide qu'elle 
doit sa propriété de rougir très-sensiblement 
la teinture de tournesol, et celle de précipiter 
en blanc par le sous-acétate de plomb. Ayant 
essayé de chasser l'acide carbonique de l'eau 
distillée, en la faisant bouillir dans un ballon 
de verre, je trouvai que l'eau avait dissous une 
quantité sensible de l'alcali du vaisseau. 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. 2 5 

Le produit de la distillation de l'eau de Seine 
contient non-seulement de l'acide carbonique 
et une certaine quantité d'ammoniaque, mais 
encore très-souvent une matière organique. 

VIII. USAGES. 

Les usages de l'eau sont très-nombreux. A l'é- 
tat liquide elle est employée dans toutes les opé- 
rations de la teinture pour dissoudre les ma- 
tières colorantes , tantôt immédiatement , tantôt 
par l'addition d'un acide ou d'un alcali. Elle 
sert également pour enlever les matières qui 
ne doivent pas rester sur les étoffes qu'on a 
teintes; à l'état de vapeur, elle donne le moyen 
de chauffer des bains de teinture contenus dans 
des cuves de bois. En un mot on ne peut guère 
citer d'arts qui n'en aient un absolu besoin. 

IX. HISTOIRE. 

La composition de l'eau a été établie synthé- 
tiquement en 1781 par Cavendish, qui brûla 
de l'hydrogène et de l'oxigène en vases clos. En 
1785, Lavoisier confirma ce résultat; et quel- 
ques années après, MM. Fourcroy, Vauquelin 
et Séguin produisirent 5oo grammes d'eau dans 
une expérience qui dura plusieurs jours. 



-4 e LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE III. 

EAU OXIGÉNÉE (M ou HH + O). 



I. NOMENCLATURE ET COMPOSITION. 

On l'appelle souvent deutoxide d'hydrogène , 
mais nous préférons à ce nom celui d'eau oxi- 
génée, par la raison que nous pensons que ce 
composé doit être plutôt représenté par de 
l'eau unie à de l'oxigène que par de l'oxigène 
uni à de l'hydrogène. En conséquence, nous 
nous représentons l'eau oxigénée de la manière 
suivante : 

Tolumcs. atomes. 

Eau 2 __ ( Oxigène 1 1 _ / Oxigène i i g 

tau. . . -| Hydrog . a j ISE { H ydrog. 2 } 112 '^' 

Oxigène. i. . . . i ioo, 

poids atomist. == % 1 2,48. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'eau oxigénée est encore liquide à 3o° au- 
dessous de zéro. 

Sa tension est moindre que celle de l'eau. 
Elle peut être réduite en vapeur en la mettant 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. il 

dans un appareil distillatoire dans lequel on 
fait le vide après avoir plongé le récipient au 
milieu de la glace. 

Sa densité est égale à 1,45a. 

Elle est incolore. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A. Cas où elle s'altçre. 

A la température ordinaire, l'eau oxigénée 
se décompose lentement, soit à la lumière, soit 
dans l'obscurité. 

A ao°, elle laisse dégager sensiblement de 
l'oxigène. Si elle était exposée subitement à 
100°, elle ferait explosion. 

L'eau oxigénée dissoute dans l'eau est moins 
altérable qu'à l'état de pureté. 

Elle est décomposée par l'électricité à la ma- 
nière de l'eau ordinaire. 

Un grand nombre de corps solides la décom- 
posent sans contracter aucune union ni avec 
l'eau, ni avec l'oxigène; de sorte qu'il est im- 
possible d'expliquer l'action de ces corps par 
l'affinité élective. Tels sont : 

Parmi les corps simples, 

Le charbon en poudre, 

L'argent, 



28 4- c LEÇON DE CHIMIE 

Le platine, 
L'or, 
L'osmium , etc. 

Parmi les corps métalliques , 

Le protoxide de manganèse, 

Le massicot, 

Le peroxide de fer, 

La potasse, 

La soude, etc. 

Parmi les matières organiques, 

La fibrine, 

Le tissu du foie, 

— des poumons, etc. 

Il est des corps qui, en décomposant l'eau 
oxigénée, s'emparent de son oxigène.Tels sont : 

Parmi les corps simples, 

Le sélénium , 

L'arsenic, 

Le potassium, etc. 

Parmi les corps composés, 

La chaux, 
La baryte , 
La strontiane , etc. 
Le. sulfure d'arsenic, 
— de plomb , 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 29 

L'acide hydriodique , 

— hydrosulfurique, 

— arsénieux , 

— sulfureux , etc. 

Parmi les matières organiques, 

Les matières colorantes en général. — Elles 
s'altèrent en perdant leur couleur. 

Enfin il y a des corps qui, comme l'oxide 
d'argent , perdent leur oxigène en même temps 
qu'ils séparent celui de l'eau oxigénée. 

B. Cas où elle ne s'altère pas. 

Le bore, le phosphore, le soufre, l'iode, le 
fer, l'étain, l'antimoine, le tellure, n'ont pas, 
ou presque pas, d'action sur l'eau oxigénée. 

Il en est de même de l'alumine, de la silice, 
de l'oxide de chrome, etc. 

Il est des corps qui, loin de la décomposer, 
lui donnent plus de stabilité. Tels sont les 
acides solubles en général; et en particulier 
les acides hydrophtorique , hydrochlorique , 
phosphorique, arsénique, etc. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Elle est inodore, ou presque inodore. 



30 4- e LEÇON DE CHIMIE 

Elle blanchit l'épidémie. 

Mise sur la langue, elle la blanchit, épaissit 
la salive, et produit une sensation analogue à 
celle de certaines dissolutions métalliques. 

V. ÉTAT ET PRÉPARATION. 

Elle est le produit de l'art. Ne pouvant dé- 
crire en détail le procédé suivi pour la préparer, 
je me bornerai à ce qui suit : 

io On neutralise de l'acide hydrochlorique 
par du deutoxide de barium. Il se forme de 
Fhydrochlorate de baryte et de l'eau oxigénée 
qui restent dissous dans de l'eau. 

i" On précipite la baryte par l'acide sulfuri- 
que. On obtient d'une part du sulfate de ba- 
ryte, et de l'autre part de Teau oxigénée unie à 
de l'eau et à de l'acide hydrochlorique. 

3° On met la liqueur précédente avec du 
âulfate d'argent, il se produit de l'eau et du 
chlorure d'argent qui se précipite. La liqueur 
est formée d'eau, d'eau oxigénée et d'acide 
sulfurique. 

4° En précipitant l'acide sulfuriqhe par l'eau 
de baryte, on obtient une dissolution d'eau 
oxigénée dans l'eau ordinaire. 

5° En exposant la dissolution précédente 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 r 

dans le vide sec, l'eau ordinaire s'évapore avant 
l'eau oxigénée. 

VI. USAGES. 

L'eau oxigénée a été employée avec succès 
par M. Mérimée pour nettoyer d'anciens des- 
sins qui étaient tachés par du sulfure de plomb. 
L'eau oxigénée était dissoute dans une quantité 
d'eau telle, que la liqueur contenait huit fois 
son volume d'oxigène; elle était appliquée avec 
un pinceau sur les taches, qui, au bout de une 
ou deux minutes, étaient converties en sulfate 
de plomb blanc. 

VIT. HISTOIRE. 

Elle fut découverte par M.Thénard, en ï 8 1 8 



CINQUIÈME LEÇON- 



AZOTE (Az). 

TROISIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLES. 



PREMIERE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — AZOTE. 



I. NOMENCLATURE. 

Le mot azote est formé de deux mots grecs, 
de a privatif, ÇwSj, vie. On a voulu exprimer par 
ce nom que le corps auquel on l'applique n'est 
pas propre à entretenir la vie, et que, sous ce 
rapport, il diffère de l'oxigène, substance qui, 
avec l'azote, forme la plus grande partie de 
l'atmosphère terrestre. 

Nitrogène et septon sont synonymes d'azote. 



2 "> c LEÇON DE CHIMIE 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est gazeux, et n'a pu être liquéfié. 

Par la compression, il dégage de la chaleur. 

Sa densité est de 0,97^7. 

Le décimètre cube pèse 1^,2675. 

Le poids de l'atome est de 88,5 1. Mais des chi- 
mistes l'évaluent au double de ce nombre, c'est- 
à-dire à 177,02. 

11 est incolore. 

IÏI. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'azote, mêlé avec le gaz hydrogène, ne con- 
tracte aucune union avec cet élément : mais 
dans certains cas ces corps se combinent, et 
forment l'azoture d'hydrogène qui est. appelé 
ammoniaque. 

L'azote et l'oxigène ne se combinent point 
à la température ordinaire ; mais si on soumet 
à un courant d'étincelles électriques 1 volume 
d'azote et 2 volumes d'oxigène , les corps for- 
ment de l'acide nitreux. Outre cette combinai- 
son, ils sont susceptibles de s'unir en quatre 
proportions, en sorte qu'il y a cinq combi- 
naisons d'azote et d'oxigène, dont trois sont 
acides. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

\ 

Nous rappellerons ici que ioo volumes d'eau 
à la température de 1 8° peuvent dissoudre i\,i 
volumes d'azote, et que ce gaz est moins soluble 
que Toxigène, ce qui explique pourquoi l'air 
qu'on retire de l'eau est plus riche en oxigène 
que ne l'est l'air atmosphérique. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'azote est inodore, insipide, impropre à la 
respiration; nous le respirons pourtant conti- 
nuellement et sans inconvénient, mais alors il 
est mêlé avec l'oxigène de l'atmosphère. 

V. ÉTAT. 

L'azote est un des élémens des matières vé- 
gétales et animales, et, comme je l'ai déjà dit, 
de l'ammoniaque et de l'acide nitrique. Mélangé 
avec l'oxigène dans la proportion de 0,783 à 
0,789^1 forme l'air atmosphérique, qui en outre 
contient de la vapeur d'eau et du gaz acide car- 
bonique. 

VI. PRÉPARATION. 

La manière d'obtenir l'azote consiste à met- 
tre dans de l'air un corps qui puisse en absorber 
l'oxigène) par exemple du phosphore. On place 
celui-ci dans une petite capsule- de porcelaine 



4 5 r LEÇON DE CHIMIE 

qui pose sur une plaque de liège flottant sur 
l'eau d'une cuve pneumato-chimique; on l'al- 
lume, et on recouvre le tout d'une cloche de 
verre remplie d'air. L'oxigène s'unit au phos- 
phore, et forme de l'acide phosphorique qui 
est absorbé peu à peu par l'eau, de sorte qu'il ne 
reste que de l'azote mêlé d'un peu d'acide car- 
bonique, qu'on en sépare au moyen de l'eau de 
potasse. 

VII. USAGES. 

11 n'est d'aucun usage. 

VIII. HISTOIRE. 

L'azote fut découvert en 1772 par le docteur 
Rutherfort; en 1773, Lavoisier le considéra 
comme un des élémens de l'air. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 



SECTION II. 



DES COMBINAISONS DE L'AZOTE 

APEC L'HYDROGÈNE ET L'OXIGÈNE. 



CHAPITRE II. 
DE L'AMMONIAQUE (Az 3 H). 



t. COMPOSITION. 

en poids. en vol* en atomes. 

Azote. . . 82,542. i) , , ii . . 88,5i 

„ 1 v / .- Q o } condenses en 2 < Q 

Hydrogène. 17,4^)8. 3) \3> - . 18,72 

100,000 poids atomistique 107,23 

IL NOMENCLATURE. 

L'ammoniaque a long-temps porté le nom 
d'alcali volatil, et celui d'alcali volatil fluor 
lorsqu'elle était dissoute dans l'eau. 

Elle devrait porter le nom d'azoture d'hydro- 



6 5 e LEÇON DE CHIMIE 

gène, si on n'avait égard qu'à sa composition 
élémentaire. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état gazeux. 

L'ammoniaque libre de toute combinaison 
est toujours à l'état de gaz lorsqu'elle est expo- 
sée à la température ordinaire sous la simple 
pression de l'atmosphère; mais elle se liquéfie 
si elle est suffisamment refroidie et comprimée. 

Sa densité est de 0,591. 

Elle est incolore. 

B. A l'état liquide. 

L'ammoniaque liquide a une tension de.6{ 
atmosphères à la température de io°. 
Sa densité est de 0,76. 
Elle est incolore. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A. Cas où V ammoniaque ne se décompose pas. 

Tant que l'ammoniaque ne se décompose 
pas, elle jouit des propriétés alcalines au plus 
haut degré, ainsi que le démontrent la couleur 
verte qu'elle communique à la teinture de vio- 
lette, la couleur bleue qu'elle fait prendre a la 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

teinture de tournesol rougie par un acide, et 
enfin les sels qu'elle forme avec tous les acides. 
Elle s'unit à l'eau avec dégagement de cha- 
leur et en proportions indéfinies. Une mesure 
de ce liquide est susceptible de dissoudre 670 
mesures d'ammoniaque, suivant sir H. Davy, et 
780 mesures, suivant M. Thomson. La densité 
de la combinaison est de 0,875 suivant le pre- 
mier, et de 0,900 suivant le second; exposée à 
— 55°, elle se prend en une gelée épaisse. La cha- 
leur en dégage une grande quantité d'ammo- 
niaque. La simple exposition à l'air produit le 
même effet, mais dans ce cas l'acide carbonique 
est absorbé par la portion d'ammoniaque qui 
ne se volatilise pas. 

La solution aqueuse d'ammoniaque doit être 
conservée dans un flacon bouché à l'émeri. 

B. Cas oà U ammoniaque s' altère. 

L'ammoniaque se décompose quand elle est 
soumise à l'action de l'étincelle électrique, mais 
la décomposition est toujours lente , c'est-à- 
dire que pour réduire une quantité sensible de 
gaz en ses élémens, il faut multiplier les étin- 
celles qu'on fait passer au moyen d'un excitateur 
dans un volume connu de gaz qui doit êtrecon- 



8 5 e LEÇON DE CHIMIE 

tenu dans une petite cloche placée sur le mer- 
cure. A mesure que la décomposition fait des 
progrès, on voit le gaz augmenter de volume, 
mais on ne parvient pas à décomposer la totalité 
de l'ammoniaque soumise à l'expérience. Si, 
lorsqu'on juge l'électrisation suffisante, on me- 
sure le volume des gaz, et qu'on les mette en- 
suite en contact avec un peu d'eau, on dissou- 
dra l'alcali non décomposé ; et en retranchant 
le volume de cet alcali non décomposé du vo- 
lume du gaz qui a été soumis à l'expérience, la 
différence exprimera le volume de l'alcali qui a 
été décomposé. Or ce dernier volume est au vo- 
lume d'azote et d'hydrogène provenant de sa 
décomposition:: i : a. On peut en outre faire 
l'analyse des gaz dans un eudiomètre par l'oxi- 
gène, et s'assurer qu'ils sont formés de 3 volu- 
mes d'hydrogène et de i volume d'azote. 

Un courant de gaz ammoniaque qu'on fait 
passer dans un tube de porcelaine rempli de 
fragmens de porcelaine est décomposé, sinon 
en totalité au moins en partie. Si on remplace 
les fragmens de porcelaine par du cuivre, du 
fer, etc., la décomposition est 'plus prononcée. 
Le cuivre devient cassant, et sa densité est di- 
minuée. M. Thénard pense que les métaux 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 9 

agissent physiquement, c'est-à-dire sans se 
combiner avec aucune portion d'ammoniaque 
ou de ses élémens. M. Savart pense le contraire. 
Toutes les fois que la température de l'am- 
moniaque est suffisamment élevée, et qu'elle se 
trouve en contact avec l'oxigène, celui-ci se porte 
sur son hydrogène pour former de l'eau ; c'est 
pour cette raison que, lorsque vous présentez 
la flamme d'une bougie à l'orifice d'une cloche 
de çaz ammoniaque renversée, la flamme s'a- 
grandit, mais elle s'éteint ensuite. C'est encore 
pour la même raison que le mélange de 2 volu- 
mes d'ammoniaque et de 1 ; d'oxigène détonne 
quand on y plonge une bougie enflammée. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'ammoniaque a une odeur forte et stimu- 
lante, une saveur acre et caustique. Au su- 
jet de l'odeur de l'ammoniaque, je vous ferai 
remarquer , Messieurs , que cette odeur se 
manifeste dans un grand nombre de cas. Par 
exemple, on a donné pour caractère aux al- 
calis caustiques fixes, tels que la potasse, la 
soude, la chaux, d'avoir une saveur urineuse; 
hé bien, cette propriété ne leur appartient pas; 
il faut la reporter à l'ammoniaque, et à Vam- 



I O .) l LEÇON DE CHIMIE 

maniaque agissant sur V odorat et non sur le 
goût. En effet , quand vous mettez de la po- 
tasse ou de la soude très-étendue d'eau dans 
la bouche , ces alcalis réagissent sur les sels 
ammoniacaux contenus dans la salive, l'ammo- 
niaque, devenue libre, se volatilise; elle sort 
en partie par le nez, et c'est alors que la mem- 
brane de l'odorat en reçoit l'impression. Cette 
sensation étant simultanée avec l'impression 
que reçoit le goût du contact de l'alcali causti- 
que, on a été porté ainsi à attribuer à ce dernier 
une saveur urineuse qu'il n'a point. Pour s'en 
convaincre, il suffit d'arrêter l'air qui s'échappe 
par le nez, en appuyant les doigts contre les 
narines : la sensation dont je parle est alors 
complètement détruite; d'un autre côté, il suf- 
fit de mêler de la salive avec un alcali fixe pour 
sentir l'odeur urineuse lorsqu'on flaire le mé- 
lange. 

VI. ETAT. 

L'ammoniaque se trouve dans la nature, mais 
rarement à l'état caustique, et cela se conçoit, 
car dans les circonstances où elle se forme , 
elle est le plus souvent en, présence d'acides 
pour lesquels elle a une grande affinité; aussi 
ost-elle presque toujours à l'état de sous-carbo- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. I I 

nate, de sulfate et d'hydrochlorate; elle se pro- 
duit dans la plupart des décompositions spon- 
tanées des matières organiques azotées. 

VII. PRÉPARATION. 

La manière d'obtenir l'ammoniaque à l'état 
de gaz est fort simple; on prend parties égales 
d'hydrochlorate d'ammoniaque et de chaux, 
réduites en poudre; on en fait un mélange 
qu'on introduit dans une cornue et qu'on re- 
couvre ensuite avec des morceaux de chaux ; 
la cornue est garnie d'un tube recourbé qui 
plonge dans un bain de mercure ; on chauffe le 
mélange; lorsqu'on juge le gaz qui se dégage 
assez pur, on le recueille dans une cloche : on 
est assuré de sa pureté quand il est entièrement 
soluble dans l'eau. 

Pour obtenir l'ammoniaque en dissolution 
dans l'eau , on introduit dans une cornue 
de grès un mélange fait à parties égales, de 
chaux éteinte à l'eau et d'hydrochlorate d'am- 
moniaque ; on adapte à la cornue un tube de 
sûreté qui va plonger dans un flacon; celui-ci 
communique de la même manière avec un se- 
cond flacon , qui communique lui-même avec 
un troisième : ces deux vases doivent être rem- 



12 5 e LEÇON DE CHIMIE 

plis d'eau au tiers de leur capacité environ; 
enfin le troisième communique avec un dernier 
flacon. On chauffe la cornue, du gaz ammonia- 
que et de la vapeur d'eau se dégagent; celle-ci 
se condense en partie dans le premier flacon 
avec une petite quantité d'ammoniaque, tandis 
que le reste va se dissoudre dans le second, et 
même dans le troisième. 

Voyons ce qui se passe dans cette expérience. 
Nous avons mis dans la cornue de l'hydrate de- 
chaux et de l'hydrochlorate d'ammoniaque. 
Supposons qu'on ait 

, , f 2 at. oxigène. 

i atome de chaux = < , a - 

( i — calcium. 

!4 acide hydr. ={ ^ , , 
4-az y ote° 8 ' 
4 ammomaq. = < , , 

1 | ia - hydrog. 

plus un excès de chaux. 

A une température élevée, l'équilibre des 
élémens de l'atome de chaux et de ceux des 
4 atomes d'hydrochlorate d'ammoniaque est 
rompu : un nouvel équilibre s'établit ; 4 atomes 
de chlore se combinent avec i atome de cal- 
cium pour former i atome de chlorure de cal- 
cium , qui étant fixe reste dans la cornue uni à 
l'excès de chaux ; les 4 atomes d'hydrogène de 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

l'acide hydrochlorique , se combinant avec les 
a atomes d'oxigène, qui ont abandonné le cal- 
cium, donnent naissance à 2 atomes d'eau qui 
se dégagent avec les 4 atomes d'ammoniaque : 
l'eau qui constituait l'hydrate de chaux se vo- 
latilise en même temps. 

En grand on opère la décomposition de 
l'hydrochlorate d'ammoniaque dans des tubes 
de fonte. 

L'ammoniaque fluor contient presque tou- 
jours des matières étrangères. Lorsqu'on s'est 
servi d'eau distillée , et qu'on n'a pas pris, d'ail- 
leurs, toutes les précautions imaginables, il ar- 
rive presque toujours qu'il s'y trouve une petite 
quantité d'huile empyreumatique et d'acide car- 
bonique; et lorsqu'on a fait usage d'eau or- 
dinaire, par exemple d'eau de puits ou d'eau 
de Seine, l'ammoniaque fluor contient de plus 
de l'acide sulfurique, et même de l'acide hy- 
drochlorique. 

Voyons comment on reconnaît la présence 
de ces corps dans l'ammoniaque fluor. 

Y reconnaître la présence de l'acide hydrochlo- 
rique. 

On y met de l'acide nitrique en excès; on 



l |. 5 e LEÇON DE CHIMIE 

ajoute ensuite du nitrate d'argent; et si le li- 
quide n'est pas troublé, c'est que l'ammonia- 
que ne contient pas d'acide hydrochlorique. 

}~ reconnaître la présence de V acide carbonique. 

On mêle l'ammoniaque avec du nitrate de 
baryte ou même de l'hydrochlorate de chaux 
bien neutre et bien pur dans un flacon bouché 
à l'émeri. Si au bout de quelques heures il ne 
se produit pas de précipité, on peut être sûr 
que l'ammoniaque ne contient pas de quantité 
notable d'acide carbonique. 

Y reconnaître la présence d'une huile empyreu- 
matique. 

Il faut mêler peu à peu avec l'ammoniaque 
un volume d'acide sulfurique concentré égal au 
sien ; si elle ne prend pas une teinte plus ou 
moins rousse, elle ne contient point d'huile. 

Y reconnaître V acide sulfurique. 

Quand elle a été neutralisée par l'acide hy- 
drochlorique, elle ne doit pas précipiter l'hy- 
drochlorate de baryte. 

L'ammoniaque, ainsi que nous lavons dit, 
peut être rendue liquide. Il suffit pour cela de 
chauffer, dans un tube de verre fermé à la 



APPLIQUÉE A LA TEINTURK. lj 

lampe , un composé de chlorure d'argent et 
d'ammoniaque, pendant que l'extrémité oppo- 
sée est refroidie. 

VIII. USAGES. 

L'ammoniaque mérite de fixer l'attention du 
teinturier par le rôle qu'elle joue dans un grand 
nombre de ses procédés. 

C'est elle qui tient l'indigotine désoxigénée 
en dissolution dans les cuves d'indigo dites à 
Vitrine. 

Elle donne plus de solubilité dans l'eau à 
plusieurs principes colorans qu'ils n'en auraient 
sans elle. Mais lorsqu'on veut appliquer l'am- 
moniaque à cet usage, il faut s'être assuré que 
les principes colorans que l'on veut dissoudre 
ne sont pas susceptibles de former avec elle 
une combinaison susceptible d'absorber plus 
ou moins rapidement l'oxigène atmosphérique, 
ainsi que cela arrive par exemple à l'hématine. 

L'ammoniaque sert à virer certaines cou- 
leurs, le cramoisi entre autres; mais ce n'est 
pas l'ammoniaque pure que l'on emploie à cet 
usage, c'est X urine fermentèe , qui contient du 
sous-carbonate d'ammoniaque. 

M. Raymond a prescrit une eau légèrement 



\6 5 e LEÇOS DE CHIMIE 

ammoniacale pour violeter le bleu de Prusse 
appliqué sur la soie. 

L'ammoniaque, en virant une couleur, peut 
agir: 

i° En neutralisant un acide qui est uni à un 
principe colorant dont cet acide modifie la cou- 
leur ; 

2° En s'unissant directement à un principe 
colorant ; 

3° En neutralisant un acide uni à un principe 
colorant, et en modifiant elle-même ce même 
principe colorant. 

L'urine fermentée dont on fait usage dans le 
lavage des laines agit principalement par son 
ammoniaque. 

Enfin l'ammoniaque ou son sous-carbonate 
peut être employée pour enlever des taches de 
certaines matières grasses, et pour en faire dis- 
paraître d'autres qui ont été produites par des 
acides sur des étoffes colorées. 

IX. HISTOIRE. 

L'ammoniaque n'a été connue des alchimis- 
tes qu'à l'état de sous-carbonate et d'ammonia- 
que fluor. Black a distingué le sous-carbonate 
de l'ammoniaque caustique. Priestley a obtenu 
cet alcali à l'état de gaz, etBertholletl'a analysé. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 



CHAPITRE III. 

PROTOXIDE D'AZOTE (AzAz ou Âz*). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en vol. en alonieç. 

Oxigène . 63, 9 oi .. . il ^ |i . . . 100. 

Azote. . . 36,099 • • '• *J -~ '(2... 177,02. 

100,000 poids atomist. 277,02. 

II. NOMENCLATURE. 

Air nitreux déphlogistiqué , oxidule d'azote, 
oxide nitreux. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état gazeux. 

Le protoxide d'azote est gazeux. 
Sa densité est de 1,527. 
Le décimètre cube pèse i 8r ,9836. 
Il est inodore. 

B. A F état liquide. 

Il peut être réduit en liquide par la compres- 
sion et le refroidissement. 



l8 5 e LEÇON DE CHIMIE 

Il a une tension de 5o atmosphères à là 
température de 7%2. Son pouvoir réfringent 
est des plus faibles. 

Il est incolore. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

ioo m d'eau en absorbent 78 ra- à i8°. Cette 
solution neutralise jusqu'à un certain point les 
alcalis. La chaleur en dégage le gaz. 

Quand on soumet le protoxide d'azote à l'é- 
tincelle électrique, il se réduit en azote et en 
deutoxide d'azote. Il est très-facile de se rendre 
compte de ce résultat, d'après la composition 
du deutoxide d'azote, qui est pour i volume 
oxigène '-, azote '-. D'après cela, on conçoit com- 
ment l'étincelle électrique réduit i volume de 
protoxide d'azote 

En i vol. deutox. d'azote — ! , oxl S- l_i_ A Vl azo te libre. 
\{ azote) 2 

Une forte chaleur produit le même effet. 

Si on introduit dans un eudiomètre un mé- 
lange de i volume de protoxide d'azote et de 
i volume d'hydrogène, et qu'on enflamme le 
gaz par l'étincelle électrique , il se produit i 
volume de vapeur d'eau qui se condense, tan- 
dis que i volume de gaz azote devient libre. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 1 c) 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il a une saveur sucrée. Il est inodore. 

On peut lire dans tous les ouvrages de chimie 
les effets du protoxide d'azote sur les personnes 
qui l'ont respiré à l'état de pureté. 

VI. ÉTAT. 

Il ne se trouve pas dans la nature. 

VII. PRÉPARATION. 

On l'obtient en soumettant à l'action d'une 
chaleur modérée, dans une cornue de verre, 
du nitrate d'ammoniaque desséché. 

On le recueille dans des flacons remplis d'eau, 
après avoir laissé dégager les premières por- 
tions de gaz. 

Voici le résultat de l'opération d'après la 
théorie atomistique : 

[ r . • ( 3 at. oxig. 

I 5 at. oxiçr. = < . & 

i atome d'acide nitrique =< *• b ' 

I 2 at. azote. 

,. (2 at. azote. 

2 atomes d ammoniaque =:{ c , , 

1 (o at. hydrog. 

Les 6 atomes d'hydrogène + 3 atomes d'oxi- 
gène forment 3 atomes d'eau ; les 4 atomes d'a- 
zote + les 2 atomes d'oxigène forment 2 atomes 
de protoxide d'azote. 

2. 



!) r LEÇON DE CHIMIE 



VITI. USAGES. 



Il n'est d'aucun usage. 



IX. HISTOIRE. 

Priestley l'a mentionné dans ses écrits, mais 
c'est sir H. Davy qui en a bien déterminé la na- 
ture en 1799. 



CHAPITRE IV. 

DEUTOXIDE D'AZOTE (ÀzÀzob Àz>). 



I. COMPOSITION. 

en vol. 



Oxig. 53,i9 . 1 1 , fa • 200 

Azote 46,81 . ij [1 . I77>° : 



100,00 poids atom. 377,02 

II. NOMENCLATURE. 

Gaz nitreux. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est gazeux. 

Sa densité est de 1,0391. 

Le décimètre cube pèse i Br -,3499- 

Il est incolore. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2 1 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

ioo mesures d'eau bouillie en absorbent 5 
mesures. 

La solution n'a pas d'action sur le tournesol. 
Elle est entièrement décomposée par la cha- 
leur. 

L'oxigène a une action remarquable sur lui 
à la température ordinaire. A peine met-on ces 
gaz en contact, qu'il se produit une vapeur 
rouge, qui est de l'acide nitreux; il se dégage 
en même temps de la chaleur sans lumière. En 
faisant passer dans une cloche refroidie à 20% 
contenant des fragmens de verre, et vide de 
tout gaz, 1 volume d'oxigène et 1 volumes de 
deutoxide d'azote, on obtient de l'acide nitreux 
à l'état liquide sans aucun résidu gazeux. 

Lorsqu'on fait passer dans une cloche pleine 
de mercure une forte solution de potasse , et 1 
volume d'oxigène, puis 5 volumes de deutoxide 
d'azote , le corps qui se produit n'est plus de 
l'acide nitreux, mais de l'acide hyponitreux: il 
reste un volume de deutoxide d'azote. 

La composition de l'acide hyponitreux est 
facile à établir, puisque le deutoxide d'azote ab- 
sorbé se compose de 2 volumes d'oxigène et de 



2 2 5 e LEÇON DE CHI.MIt 

2 -volumes d'azote. Elle doit être évidemment 
de: 

3 volumes oxigène; 
2 — azote ; 
ou i i — oxigène ; 
i — • azote. 

Le deutoxide d'azote est donc très-disposé 
à se combiner avec l'oxigène, et très-dispose' à 
produire des acides. 

On démontre l'acidité de la combinaison qui 
résulte de l'union du deutoxide d'azote avec 
l'oxigène, par l'expérience suivante : on intro- 
duit dans un flacon rempli de mercure et ren- 
versé sur la cuve hydrargiro-pneumatique du 
deutoxide d'azote et de la teinture de tourne- 
sol, de manière à y laisser une certaine quantité 
de mercure. On bouche le flacon pour l'ôter de 
la cuve, puis, l'ouverture regardant la terre, on 
tire le bouchon de manière à laisser écouler un 
peu de mercure, et à permettre à de l'air d'en- 
trer dans le flacon. La couleur rouge, que 
prend aussitôt la teinture du tournesol, an- 
nonce que l'oxigène a formé un acide en s'unis- 
sant au deutoxide d'azote. 

Ce gaz n'est pas décomposé par la chaleur. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2 3 

Il ne l'est pas par l'hydrogène pur, mais lors- 
qu'on fait un mélange de : 

i volume de deutoxide d'azote, 
i — de protoxide d'azote, 

et qu'on y ajoute de l'hydrogène, la décompo- 
sition a lieu par l'étincelle électrique. Nous 
allons voir dans quelle proportion l'hydrogène 
doit être employé. 

i vol. de deutoxide d'azote = \ ° . ? , ' 

(azote. . £ volume. 

, , .11» (oxigène £ volume. 

, vol. de protoxide dazote = | azo ^ e | volume 

Nous avons donc en tout i volume d'oxigène 
et i volume et demi d'azote. Il est aisé de voir 
que pour convertir cet oxigène en eau , il fau- 
dra 2 volumes d'hydrogène; on obtiendra, i° 2 
volumes de vapeur à°eau, composée de 2 volu- 
mes d'hydrogène et de i volume d'oxigène ; 
2° i \ volume de gaz azote. 

Il paraît que c'est à l'aide de l'élévation de 
la température résultant de la combustion du 
protoxide d'azote et de l'hydrogène, que la dé- 
composition du deutoxide s'opère par l'hydro- 
gène. 



24 5 e LEÇON DE CHIMIE 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Le deutoxide d'azote doit être considéré 
comme un poison très- violent. Mais, à la vérité^ 
lorsque nous le respirons au milieu de l'air, ce 
n'est pas ce gaz à l'état de pureté qui agit sur 
nos poumons, mais l'acide nitreux résultant de 
l'union du deutoxide d'azote avec l'oxigène de 
l'atmosphère. 

Nous ne pouvons dire quelles sont l'odeur et 
la saveur de ce gaz, par la raison que nous ne 
pouvons le mettre en contact avec l'organe de 
l'odorat ou avec l'organe du goût, sans qu'il 
soit converti en acide nitreux. 

VI. ÉTAT. 

On ne l'a pas rencontré dans la nature. 

VII. PRÉPARATION". 

La manière de préparer le deutoxide d'azote 
est très-simple ; elle consiste à mettre 6 parties 
d'acide nitrique de i5 à 20 , avec i partie de 
planures de cuivre, dans une fiole munie d'un 
tube recourbé, et à recueillir sur de l'eau le 
gaz qui se produit. 11 est facile de se rendre 
compte de ce qui se passe dans cette opération. 
Nous avons : 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 25 

Une portion A acide nit. étendue d'eau • . 

Une portion B acide nitrique ^{deutox.'azdte. 

Du cuivre. * 

L'oxigène de la portion B s'unit au cuivre 
et produit du deutoxide de cuivre, lequel se 
combinant avec la portion d'acide nitrique A, 
forme du nitrate de deutoxide de cuivre; tan- 
dis que le deutoxide d'azote se dégage à l'état 
gazeux. 

Les deux portions d'acide nitrique se com- 
portent donc différemment. L'une agit par at- 
traction éle'mentaire, en se réduisant en deu- 
toxide d'azote, et en oxigène qui se porte sur le 
cuivre, et l'autre agit sur le deutoxide de cui- 
vre sans s'altérer. C'est un exemple des cas où 
un corps peut agir sur un autre par attraction 
résultante et par attraction élémentaire. 

Voici les résultats en atomes : 

\ 
3 atomes de cuivre, 

Î6 atomes d'acide nitrique , 
„ ., . (6 at. d'oxigène, 
2 at, d acide ni t. — < , 

( 2 at. deut. azot. 

Deux atomes d'acide nitrique décomposés 
cèdent 6 atomes d'oxigène aux 3 atomes de 
cuivre; il en résulte 3 atomes de deutoxide, 



Si 6 5' LEÇON DE CHIMIE 

qui forment 3 atomes de nitrate de deutoxide 
avec 6 atomes d'acide nitrique. 

VIL USAGES. 

Il a été employé pour analyser l'air. Aujour- 
d'hui on le produit dans plusieurs fabriques 
d'acide sulfurique pour convertir l'acide sulfu- 
reux en acide sulfurique. 

IX. HISTOIRE. 

Haies l'a observé le premier. Priestley, en 
i 772, en décrivit les propriétés principales. 



CHAPITRE V. 

DE L'ACIDE HYPONITREUX (Az>> 



COMPOSITION. 

en poids. en vol. en atomes* 

Oxigène. . . 62,891 . . . 1 | ...3.... 3oo,oo 
Azote. . . . 37,109 ... 1 ... 2 ... . 177,02 



poids atomist. 477>° 2 



Cet acide n'a point encore été obtenu à l'état 
libre. Avant que M. Gay-Lussac en ait établi la 



APPLIQUÉE A LA TEUNTURE. 2-7 

composition , on le confondait avec l'acide ni- 



treux. 



CHAPITRE VI. 

ACIDE NITREUX (AzÂz ozc'àz 1 ). 



I. COMPOSITION. 

en poidi. en vol. en atomes. 

Oxigène. . . 69,321 . . . 2 . . . . 4 • • • • 4oo,oo 
Azote. . . . 30,679 ... i .... 2 ... . 1771 02 



100,000 poids atomist. 577,02 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est liquide jusqu'à i8'\ où il entre en ébul- 
lition, et jusqu'à 4° e t quelques degrés au- 
dessous de zéro, où quelques chimistes disent 
qu'il se congèle en une masse blanche. 

Sa densité est de i,45i. 

A 20 au-dessous de zéro, il est incolore; à 
— 1 o, il est légèrement coloré ; à zéro, il est d'un 
jaune fauve; à i5°, il est jaune orangé; et enfin 
à la température où il entre en ébullition, il est 



28 5 e LEÇON DE CHIA11E 

d'un orangé rouge. Ainsi le même corps exposé 
à des températures différentes dans une étendue 
de 48° centigrades, est incolore ou coloré diver- 
sement. S'il était possible d'appliquer sur une 
étoffe un corps analogue à l'acide nitreux par 
cette propriété, cette étoffe serait blanche à 
une température, et colorée à une autre, et sa 
couleur varierait suivant l'intensité de la cha- 
leur. Cette observation est curieuse , en ce 
qu'elle démontre que la couleur dans les corps 
peut tenir à une circonstance bien légère, puis- 
qu'un simple changement dans la température 
est susceptible de déterminer la coloration d'une 
substance incolore, ou d'en déterminer la dé- 
coloration si elle est colorée. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'acide nitreux n'est pas décomposé par la 
chaleur, il ne se combine qu'avec un très-petit 
nombre de corps sans éprouver d'altération. 

Il peut dissoudre le deutoxide d'azote , et alors 
il prend une couleur verte; peut-être dans ce 
cas se forme-t-il de l'acide hyponitreux. 

Si on l'agite avec beaucoup d'eau, il se dé- 
compose : du deutoxide d'azote se dégage, et 
de l'acide nitrique reste en dissolution. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 29 

Lorsqu'on verse goutte à goutte l'acide ni- 
treux dans l'eau, une portion se réduit en acide 
nitrique qui se dissout, et en deutoxide d'azote 
qui, restant uni avec la portion d'acide nitreux 
indécomposé, forme avec elle un liquide vert 
qui se précipite au fond du vase. Peut-être ce 
liquide est-il formé d'acides hyponitreux et ni- 
treux. 

Si on ajoute successivement de l'acide nitreux 
à une même quantité d'eau, il se dégagera du 
deutoxide d'azote, mais le dégagement ira tou- 
jours en diminuant et enfin il cessera entière- 
ment. Arrivé à ce terme, l'eau dissoudra encore 
de nouvel acide, et elle se colorera successive- 
ment en bleu verdâtre, en vert et en jaune 
orangé. 

A une température élevée, l'hydrogène enlève 
l'oxigène à l'acide nitreux. 

Il en est de même du fer ou du cuivre. C'est 
même en faisant passer l'acide nitreux en va- 
peur sur ce dernier métal chauffé au rouge, 
dans un tube de porcelaine, qu'on peut en faire 
l'analyse. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'acide nitreux a une odeur forte, une sa- 



?>0 5 e LEÇON DE CHIMIE 

veur acide très - corrosive ; ii jaunit la peau, 
les poils, la laine, etc. C'est un poison violent. 

V. ÉTAT. 

Ce corps n'a point été trouvé dans la na- 
ture, cependant il est probable qu'il se forme 
dans les circonstances où de l'air est soumis à 
de fortes décharges électriques. On sait en effet 
que l'électrisation détermine la combinaison de 
l'azote avec l'oxigène , et que toutes les fois 
qu'une base salifiable n'est pas présente, le ré- 
sultat de la combinaison est de l'acide nitreux. 
Il est donc possible que dans les régions atmo- 
sphériques où il y a de très-grandes quantités 
d'électricité développée, cet acide se produise» 

VI. PRÉPARATION. 

La manière de préparer l'acide nitreux con- 
siste à prendre le sel connu sous le nom de ni- 
trate de protoxide de plomb, à le bien sécher 
au soleil, à le soumettre ensuite à la distillation 
dans une petite cornue, et à recevoir le produit 
dans un ballon refroidi. 

On peut encore , en faisant passer 2 volumes 
de deutoxide d'azote avec 1 volume d'oxigène 
bien sec dans un tube de verre qui a été rempli 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3l 

de fragmens de porcelaine , et qui a été refroidi 
à 2o° au-dessous de zéro, obtenir le même 
acide à 1 état liquide. 

VII. USAGES. 

Il n'est pas employé ; mais à la rigueur il 
pourrait servir, comme l'acide nitrique, pour 
colorer la laine en jaune. 

VIII. HISTOIRE. 

L'acide nitreux a été découvert peu de temps 
après qu'on a eu connu l'acide nitrique ; car il 
suffit d'élever la température de ce dernier, ou 
de soumettre à son action un très-grand nom- 
bre de corps, et particulièrement des métaux, 
pour voir se dégager des vapeurs rutilantes 
d'acide nitreux. Néanmoins ce n'est qu'en 1816 
que ses propriétés ont été bien déterminées 
par M. Dulong. 



32 5' LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE VII. 

ACIDE NITRIQUE (AzAz ou Az;). 
SECTION I re . — ACIDE NITRIQUE ANHYDRE. 



I. COMPOSITION. 

en poids. en yol. en atomes. 

Oxigène. . . 73,853 . . . 2, 5 . . . . 5 . . 5oo,oo 
Azote. . . . 26,1^,7 •-. 1 2 . . 177,02 



100,000 poids atomist. 677,02 

IL NOMENCLATURE. 

. Il devrait porter le nom d'acide azotique. 
L'acide nitrique anhydre est inconnu. Nous 
allons l'étudier en combinaison avec l'eau. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE, 33 

SECT. II. — ACIDE NITRIQUE HYDRATÉ (Az'H-H '). 



î. COMPOSITION. 

en poids. en alome». 

Acide nitrique . . 85,76 1 . . 677,02 

Eau 14,24 î . . 112,48 

ï 00,00 poids atomist. 789,50 

L'acide nitrique le plus concentré paraît con- 
tenir un peu plus d'eau que l'acide hydraté 
dont nous venons de donner la composition. 
Suivant le docteur Ure, l'acide d'une dens itéde 
1 ,5o est formé de 

Acide. . 79,7 

Eau 2o,3 

IL NOMENCLATURE. 

L'acide nitrique hydraté a été appelé acide 
du nitre , esprit de nitre , acide nitreux , eau 
forte quand il est étendu d'eau. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'acide nitrique hydraté est liquide jusqu'à 
la température de 5o° au-dessous de zéro, où il 
se prend en une masse qui a la consistance bu- 
tireuse. Il est possible que cette masse soit 

3 



34 5 e LEÇON DE CHIMIE 

formée d'une partie solide et d'une partie qui 
aura résisté à la liquéfaction, et dans laquelle 
l'acide nitrique et l'eau seront dans un autre 
rapport que dans la partie solide. 

L'acide nitrique le plus concentré que l'on 
ait obtenu entre en ébullition à la température 
de 86^>. 

Sa densité à i8° est de i,5i2; il est incolore 
toutes les fois qu'il est privé d'acide nitreux. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A. Cas où l'acide nitrique ne se décompose pas . 

L'acide nitrique est un des acides les plus 
puissans. Il neutralise exactement les alcalis; il 
n'éprouve point d'altération aux températures 
ordinaires, lorsqu'il n'est pas exposé à l'action 
de la lumière. 

Il s'unit à l'eau en toutes proportions. Un 
dégagement de chaleur résulte de cette combi- 
naison , lorsque l'acide nitrique est dans une 
proportion convenable relativement à ce li- 
quide. 

L'acide nitrique étendu que l'on mêle avec la 
glace produit du froid, à cause de la rapidité 
avec laquelle la liquéfaction s'opère. 

M. Dalton a dressé le tableau suivant de tem- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 35 

pérature où de l'acide nitrique, étendu de di- 
verses quantités d'eau , entre en ébullition sous 
la pression de o, ra 760. 

L'acide nitrique d'une densité de i,5o bout à . . 99' 

Id. i,/-,5 11 5,5 

Id> 1,4* 120 

Id. i,/,o 119 

Id. i,35 n 7 

Id. i,3o n3 

Id. 1,20 108 

Id. 1 , 1 5 104 

Dalton a vérifié des observations de Cor- 
nette, Lassone et Proust, c'est que l'acide d'une 
densité de i,l\i passe à la distillation sans éprou- 
ver de changement dans sa densité, tandis qu'il 
n'en est pas de même d'un acide dont la densité 
excède 1 ,42 , et d'un acide qui est plus faible. 
Dans le premier cas , le produit qui distille d'a- 
bord est plus dense que celui qui vient ensuite, 
tandis que dans le second cas le contraire a lieu. 

L'acide nitrique concentré répand des fu- 
mées blanches à l'air. Ce phénomène est dû à ce 
que la vapeur acide qui s'exhale de l'acide nitri- 
que s'unit à la vapeur d'eau qui est dans l'at- 
mosphère, et forme avec elle une combinaison 
dont la tension étant moindre que celle des deux 
vapeurs, se précipite à l'état vésiculaire, c'est- 

3. 



36 5 e LEÇON DR CHIMIE 

à-dire en parties liquides très-divisées que l'on 
suppose avoir la forme de vésicules. 

B. Cas oh V acide nitrique est décomposé. 

L'acide nitrique se décompose par l'électri- 
cité voltaïque : l'oxigène va au pôle positif, et 
l'azote va au pôle négatif, d'où il suit que l'oxi- 
gène est négatif par rapport à l'azote. 

A une chaleur rouge, Foxigène est en par- 
tie séparé de l'azote; de l'oxigène est isolé, de 
l'acide nitreux se produit, et de l'eau devient 
libre; car il est probable que pendant que les 
corps sont exposés à une température rouge , la 
vapeur d'eau n'est pas combinée avec l'acide ni- 
treux. 

Lorsque l'acide nitrique concentré est ex- 
posé à la lumière, il éprouve une décomposi- 
tion analogue à celle qui se produit quand cet 
acide est échauffé; c'est-à-dire qu'une portion 
est réduite en oxigène qui se dégage à l'état 
gazeux, et en acide nitreux, qui reste dissous 
dans l'acide nitrique qui n'a pas été décomposé. 
La décomposition s'arrête par la raison que 
la proportion d'eau se trouve augmentée re- 
lativement à l'acide nitrique non décomposé, 
et peut-être aussi que l'affinité de l'acide ni- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 'Sy 

treux pour l'acide nitrique contribue à don- 
ner de la stabilité à ce dernier. De là on doit 
tirer cette conséquence, qu'il ne faut pas lais- 
ser de l'acide nitrique concentré dans un en- 
droit qui est exposé aux rayons du soleil. Outre 
l'inconvénient qui résulterait de la décomposi- 
tion dont nous venons de parler, il pourrait 
arriver que la tension de l'acide nitreux et de 
l'oxigène serait assez intense, en raison de l'élé- 
vation de la température, pour briser le flacon, 
en supposant ce dernier fortement bouché. 

A une chaleur rouge, la vapeur nitrique brûle 
l'hydrogène, il se forme de l'eau, et il se dégage 
de l'azote. 

L'acide nitrique dissout le deutoxide d'azote, 
et d'autant mieux, qu'il est plus concentré. 
Celui qui est au-dessus de 4o° à l'aréomètre de 
Baume devient alors plus ou moins orangé ; 
celui qui est à 3^° devient vert; celui qui est à 
3o° au plus devient bleuâtre; enfin celui qui est 
à 20° ne se colore pas sensiblement. 

Il est très-probable que l'acide nitrique est 
réduit en acide nitreux par le gaz deutoxide d'a- 
zote, et que celui-ci se change en ce même 
acide au moyen de l'oxigène qu'il absorbe. Il 
est très-aisé de décolorer l'acide nitrique qui 



38 5 e LEÇON DE CHIMIE 

contient de l'acide nitreux. Il suffit de l'exposer 
à une douce chaleur pour volatiliser ce dernier. 

L'acide nitrique orangé, ou comme on dit 
rutilant, mêlé avec une certaine quantité d'eau, 
s'échauffe beaucoup , et laisse dégager de la 
vapeur nitreuse, et peut-être du deutoxide d'a- 
zote provenant de la décomposition d'une por- 
tion d'acide nitreux. Si la quantité d'eau ajou- 
tée n'est pas trop considérable, l'acide étendu 
est coloré en vert ou en bleuâtre par l'acide 
nitreux. 

L'acide nitrique qui contient de l'acide ni- 
treux décolore sur-le-champ le sulfate rouge 
de manganèse. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il a une odeur forte, une saveur très-causti- 
que. C'est un poison violent qui désorganise 
les tissus des animaux, au moins quand il est 
concentré. Il a, comme l'acide nitreux, la pro- 
priété de les colorer en jaune. 

VI. ÉTAT. 

Il paraît que l'acide nitrique peut se trouver 
à l'état libre, ou à celui de nitrate d'ammonia- 
que dans les pluies d'orage ; mais dès que ces 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3g 

pluies ont le contact du sol, ou de certaines 
poussières, l'acide libre doit être promptement 
neutralisé par des substances alcalines, telles 
que des sous-carbonates de chaux et de magné- 
sie. Aussi , pour s'assurer de l'existence de l'a- 
cide nitrique libre dans les eaux pluviales, fau- 
drait-il les recueillir dans des vaisseaux inatta- 
quables par cet acide, tels que des capsules de 
porcelaine, de platine, de verre. 

On trouve encore l'acide nitrique à l'état de 
nitrate de chaux, de magnésie, de potasse, dans 
les vieux bâtimens humides, dans les lieux bas 
qui sont fréquentées par des animaux , par exem- 
ple dans des basses-cours, des écuries, des éta- 
bles; les vieux murs de pierre calcaire poreuse 
des rues basses et étroites sont toujours plus 
ou moins imprégnés de ces nitrates. 

VIL PRÉPARATION. m 

On prépare l'acide nitrique avec le sel connu 
sous le nom de nitrate de potasse. Quand on 
veut avoir l'acide très-concentré, on fond le sel 
dans une capsule d'argent ou de platine. Afin de 
le dessécher parfaitement, on le pulvérise et 
on l'introduit dans une cornue de verre tubulée 
bouchée à l'émeri, au moyen d'un entonnoir à 



4o 5° LEÇOxN DE CHIMIE 

longue tige; on verse par-dessus de l'acide sul- 
furique concentré, et on ferme le vaisseau avec 
son bouchon. 

La meilleure proportion d'acide sulfurique 
et de sel est de 6 parties du premier à 66°, con- 
tre io parties du second. 

On ajuste à la cornue, qui doit être placée 
sur un bain de sable ou assujétie dans un four- 
neau pour être chauffée à feu nu, un matras tu- 
bulé à long col, à la tubulure duquel on adapte 
un bouchon qui est traversé par un long tube 
de verre ouvert aux deux bouts. On chauffe la 
cornue très-doucement; il paraît d'abord une 
vapeur orangée : celle-ci est le résultat de la 
décomposition qu'éprouve une portion d'acide 
nitrique, laquelle est réduite en gaz oxigène 
et en vapeur nitreuse. A mesure que la tempé- 
rature s'élève, de l'acide nitrique hydraté dis- 
tille, et on observe que la vapeur disparaît peu 
à peu; enfin elle reparaît à la fin de l'opération, 
lors du dégagement des dernières portions d'a- 
cide nitrique. Le produit de la distillation est 
un liquide plus ou moins coloré en jaune, dont 
la densité est de 1,49 à i,5o. 100 de nitre peu- 
vent en donner environ 45,5. 

On ne peut décomposer complètement le ni- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. t\\ 

trate de potasse par l'acide sulfurique qu'autant 
que l'on emploie assez de cet acide pour for- 
mer avec sa base non pas un sel neutre, mais 
un bisulfate. Nous allons représenter ces pro- 
portions en atomes : 

, ( i at. acide nitrique, 

i atome de nitrate de potasse — \ 

{ i at. potasse. 

i atome de potasse neutralisant 2 atomes d'a- 
cide sulfurique, il faut pour décomposer com- 
plètement le nitrate employer 4 atomes d'acide 
sulfurique, lesquels sont formés de 

4 atomes d'acide, 
/ ( atomes d'eau. 

Maintenant, en faisant chauffer ce mélange, 
4 atomes d'acide sulfurique forment avec l'a- 
tome de potasse 1 atome de bisulfate, tandis 
que 4 atomes d'eau se répartissent entre l'acide 
nitrique et le bisulfate. Pour que les 1 atomes 
d'acide nitrique fussent convertis en hydrate, 
il ne faudrait que 1 atomes d'eau, mais il y en 
a un peu plus qui se dégage. 

Dans les arts on se procure l'acide nitrique 
par deux procédés ; mais l'un d'eux est essentiel- 
lement celui que nous venons de décrire, avec 
cette différence qu'au lieu de distiller le mé- 
lange de nitre et d'acide sulfurique dans une 



4-2 5* LEÇOJN DE CHIMIE 

cornue, on le chauffe dans des tuyaux de l'on le 
qui communiquent avec de grandes bouteilles 
à trois tubulures appelées bonbonnes , dans les- 
quelles on a mis de l'eau ordinaire ou de l'eau 
tenant déjà de l'acide nitrique. Plus la tem- 
pérature est élevée, moins les tuyaux sont at- 
taqués. 

Le second procédé consiste à chauffer dans 
des cuines ou cornues de grès un mélange de i 
partie de nitrate de potasse et de a parties d'ar- 
gile humide formée de silice et d'alumine. Ces 
cuines sont placées sur un fourneau dit à galère, 
et chacune d'elles communique, au moyen d'une 
petite alonge de grès , avec un récipient de 
même matière contenant un peu d'eau. Dans 
cette opération, l'alumine, et surtout la silice, 
en se combinant avec la potasse, au moyen de 
la chaleur, déterminent la séparation de l'acide 
nitrique. Le dégagement de cet acide est aidé 
par l'eau de l'argile. On obtient ordinairement 
de i partie de nitre i partie d'acide nitrique a 
3a°. Ce procédé n'est plus guère employé, du 
moins à Paris. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. /p 

Purification de l'acide nitrique. 

L'acide ainsi recueilli peut contenir trois sub- 
stances étrangères, i° de l'acide nitreux qui le 
colore en jaune; i° de l'acide sulfurique ou du 
sulfate acide de potasse ; 3° du chlore ou de l'a- 
cide hydrochlorique. 

i° La présence de l'acide nitreux dans l'acide 
nitrique est indiquée par la couleur orangée, 
et par la propriété qu'il lui donne de décolo- 
rer le sulfate rouge de manganèse. 

i° Pour constater la présence de l'acide 
sulfurique on fait usage du nitrate de baryte; 
s'il n'y a pas de précipité, on en conclut l'ab- 
sence de l'acide sulfurique et de tout sul- 
fate. Pour faire cette épreuve, il faut avoir 
soin d'étendre préalablement l'acide d'eau; si 
l'on se contentait de verser l'acide concen- 
tré dans le sel de baryte, on aurait un préci- 
pité blanc assez abondant; et si l'on en avait 
conclu que l'acide était impur, on aurait pu se 
tromper, par la raison que l'acide nitrique con- 
centré précipite toujours le nitrate de baryte, 
en raison de l'affinité qu'il a pour l'eau qui 
tient le sel en dissolution. Mais ce précipité 
est facile à distinguer du sulfate de baryte, 



44 5" LEÇON DE CHIMIE 

parce qu'il se dissout complètement clans l'eau. 
Si après avoir constaté la présence de l'acide 
sulfurique dans l'acide nitrique, on voulait sa- 
voir s'il est à l'état de bisulfate de potasse, il 
faudrait évaporer une portion d'acide dans une 
petite capsule de platine, et voir si ce résidu, 
dissous dans l'eau, précipiterait le chlorure de 
platine, comme le font les sels de potasse. 

3° On reconnaît l'existence du chlore ou de 
l'acide hydrochlorique dans l'acide nitrique au 
moyen du nitrate d'argent. Ce sel y produit un 
précipité, ou en altère la transparence, suivant 
la proportion d'acide hydrochlorique contenue 
dans l'acide qu'on essaie. Le chlorure d'argent 
est insoluble clans un excès d'acide nitrique. 

En faisant subir ces épreuves aux acides du 
commerce, on y trouvera de l'acide nitreux 
quand ils sont concentrés, et toujours de l'a- 
cide hydrochlorique. La présence de ce dernier 
ne doit pas étonner, puisque le nitrate de po- 
tasse qu'on emploie est toujours mêlé d'une 
certaine quantité de chlorure de potassium ou 
de sodium, et que ces corps, en se décompo- 
sant, donnent naissance à du chlore ou à de 
l'acide hydrochlorique qui se mêlent avec l'a- 
cide nitrique. Quant à l'acide sulfurique ou au 



APPLIQUÉE A LA TE1NTUBE. /j 5 

bisulfate de potasse, il y a des acides du com- 
merce qui en sont exempts. 

Il s'agit maintenant d'indiquer les moyens de 
purifier l'acide nitrique. Occupons-nous d'abord 
d'en séparer l'acide nitreux. 

Le moyen qu'on emploie pour cela consiste 
à exposer cet acide à une température de /|0 à 
45°. L'acide nitreux sera chassé, par la raison 
qu'il est plus expansible que l'acide nitrique. Il 
y aura bien aussi de l'acide nitrique qui se vo- 
latilisera, mais ce ne sera qu'une très-faible 
quantité, parce qu'il faut 86° de chaleur pour 
faire bouillir l'acide nitrique concentré, et qu'il 
ne faut que 28° pour faire bouillir l'acide ni- 
treux. 

Il y a deux moyens de séparer le chlore ou 
l'acide hydrochlorique de l'acide nitrique. Le 
premier consiste à verser dans l'acide du nitrate 
d'argent. On attend que le précipité soit déposé, 
on décante ensuite le liquide dans une cornue 
à laquelle on a adapté un matras à long col 
tubulé, et l'on soumet le tout à la distillation. 
L'excès de nitrate d'argent que l'on a mis reste 
dans la cornue, tandis que l'acide pur passe 
dans le récipient. Si l'acide nitrique conte- 
nait de l'acide sulfurique ou du bisulfate de po- 



46 5 e LEÇON DE CHIMIE 

tasse, ces matières resteraient dans la cornue, 
en supposant qu'on ne distillât pas à siccité. 

L'acide hydrochlorique étant un gaz perma- 
nent, tandis que l'acide nitrique ne peut pro- 
duire qu'une vapeur, on peut purifier celui-ci 
de l'acide hydrochlorique en le soumettant à la 
distillation. L'acide hydrochlorique se volatilise 
avec une certaine quantité d'eau et d'acide ni- 
trique , et le résidu est de l'acide nitrique 
exempt d'acide hydrochlorique. On en a la 
preuve en essayant cet acide par le nitrate d'ar- 
gent qui ne doit pas le troubler si l'opération a 
été bien faite. 

Lorsqu'on distille des liquides acides, il est 
nécessaire de mettre dans les cornues des fils 
de platine , en supposant que les liquides 
n'aient point d'action sur ce métal. L'objet de 
cette précaution est d'empêcher les soubresauts 
qui auraient lieu si la colonne du liquide qu'on 
distille avait une certaine hauteur. 

VIII. USAGES. 

L'acide nitrique est un réactif très-précieux 
en chimie. Il est employé directement en tein- 
ture pour faire des jaunes orangés sur laine. Il 
concourt à plusieurs préparations très -utiles, 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 47 

particulièrement à la composition pour l'écar- 
late. 

IX. HISTOIRE. 

Raimond Lulle, au xni e siècle, découvrit le 
moyen d'extraire l'acide nitrique du nitrate de 
potasse au moyen de l'argile; plus tard Glau- 
ber découvrit celui de l'en extraire au moyen 
de l'acide sulfurique. 

Enfin, en 1784, Cavendish fit connaître la 
nature élémentaire de cet acide. 



SIXIEME LEÇON. 



SOUFRE (S). 

QUATRIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLES. 
PREMIÈRE SECTION. 



CHAPITRE PREMIER. — SOUFRE. 



PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état solide. 

Le soufre est solide jusqu'à io8°. 

Il se présente sous deux formes très-distinc- 
tes qui constituent deux sous-espèces pour les 
minéralogistes cristallographes; l'une de ces for- 
mes est un prisme oblique à bases rhombes : 
telle est celle du soufre fondu qui a cristallisé 
par le refroidissement; l'autre forme est un oc- 



a 6 e LEÇON DE CHIMIE 

taèdre : telle est celle du soufre qui a cristallisé 
au sein du sulfure de carbone. 

La densité du soufre en masse est i ,99. Quand 
il est en cristaux homogènes, elle est de 2,o33. 

Le poids de l'atome de soufre est de 201,16. 

Il est fragile. 

Sa couleur, connue sous le nom de jaune de 
soufre, est un jaune verdâtre qui est un des 
types des diverses couleurs jaunes. 

Quand on le tient dans la main, il se brise 
en faisant entendre un craquement particulier. 

11 est mauvais conducteur de la chaleur et de 
l'électricité. 

B. A l'état liquide. 

A mesure que le soufre approche de son ter- 
me de fusion, sa couleur tire davantage sur 
l'orangé; et à partir de 108 , son terme de 
fusion, sa couleur se fonce de plus en plus jus- 
qu'à environ 3oo°, où il entre en ébullition, et 
où sa couleur est le rouge brun : on observe 
encore, en même temps qu'il s'échauffe, qu'il 
acquiert de la viscosité, et ce de plus en plus 
jusqu'à 260 . 

lie soufre liquide, dont la température n'ex- 
cède pas i4o° , refroidi brusquement par le 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

contact de l'eau froide dans laquelle on le jette, 
est friable, opaque, et d'un jaune verdâtre ; mais 
s'il a été refroidi subitement quand il était bouil- 
lant, il n'est plus friable, opaque et jaune de 
soufre, mais il est très-mou, demi-transparent, 
et d'un rouge brun : sa densité a augmenté, elle 
a été évaluée à 2,3a5. Au bout de i[\ , 48 heures* 
le soufre mou cristallise et perd alors sa tran- 
sparence, sa mollesse, et toute ou presque toute 
sa couleur rougeâtre. 

On a attribué d'abord ces phénomènes que 
présente le soufre tenu en fusion , à la fixation 
d'une petite quantité d'oxigène, mais Jurine fils 
et H. Davy ont vu qu'ils étaient le résultat d'un 
simple changement dans l'arrangement des 
particules. D'un autre côté, on pensait avant 
M. Dumas que pour épaissir le soufre il fallait 
le tenir long-temps en fusion, mais ce chimiste 
a vu qu'il suffit d'en élever la température au 
degré convenable et de le refroidir ensuite su- 
bitement. 

Les changemens qu'on observe dans les pro- 
priétés physiques du soufre, particulièrement 
ceux qui se rapportent à sa couleur, doivent 
fixer l'attention du teinturier, et lui prouver 
que l'arrangement différent des mêmes partit 



4 6 e LEÇON DE CHIMIE 

cules exerce une grande influence sur la ma- 
nière dont les corps affectent nos sens et par- 
ticulièrement l'organe de la vue. 

G. A l'état de vapeur. 

La vapeur de soufre a une tension de c m , 760 
à la température de 3oo° environ. 

Elle est d'un rouge orangé. 

Quand elle se condense au milieu de beau- 
coup d'air, elle forme la fleur de soufre. 

Sa densité n'a pas été déterminée directe- 
ment. 

II. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Lorsqu'on soumet le soufre à l'action d'une 
pile suffisamment énergique, il se développe 
un peu d'acide hydrosulfurique ; mais il n'est 
pas douteux que l'hydrogène qui se manifeste 
dans cette expérience ne soit accidentel. 

Le soufre s'unit au gaz hydrogène à une cer- 
taine température sans en changer le volume. 

Il se combine à l'oxigène en 4 proportions, et 
les 4 combinaisons qui en résultent sont acides. 

Lorsqu'on plonge du soufre fondu et em- 
brasé, contenu dans une petite coupe de porce- 
laine, dans un flacon de gaz oxigène, la flamme 
du combustible est pâle et bleuâtre, et le pro- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

duit est du gaz acide sulfureux. La théorie in- 
dique que le volume du gaz oxigène ne doit 
pas changer, cependant il y a toujours, en opé- 
rant avec le soufre ordinaire, une contraction 
de o,o5 à 0,07. Sir H. Davy dît qu'en opérant 
avec du soufre bien pur, la contraction peut 
n'être que de 0,02 du volume de l'oxigène. 

Le soufre ne décompose pas l'eau. 

Il ne peut brûler dans le protoxide d'azote 
qu'à une température très-élevée. Il se produit 
^volume d'acide sulfureux, et 1 volume d'azote 
devient libre. 

Le deutoxide d'azote ne brûle pas le soufre. 

Le soufre ne s'enflamme dans la vapeur ni- 
treuse qu'à une température plus élevée que 
celle qu'il exige pour s'unir au gaz oxigène. 

L'acide nitrique bouillant le convertit en 
acide sulfurique. 

III. PROPRIÉTÉS ORGAJfOLEPTIQUES. 

Il est odorant et insipide. 

IV. ÉTAT. 

Il est très-répandu dans la nature, soit à l'é- 
tat natif, dans les terrains volcaniques particu- 
lièrement, soit à l'état de sulfure et de sulfate. 



6 6 e LEÇON DE CHIMIE 

Les matières organiques en contiennent, et 
on peut citer la laine, les poils, les crins pour 
exemple. 

V. EXTRACTION ET PRÉPARATION. 

On extrait le soufre du bisulfure de fer en 
chauffant celui-ci dans des cylindres de terre 
qui communiquent à des récipiens pleins d'eau. 

On fait encore des pyramides avec des com- 
bustibles végétaux et des matières pyriteuses; 
on y met le feu, la combustion est lente et 
comme étouffée; dès lors la plus grande partie 
du soufre échappant à la combustion, se dé- 
gage et vient se condenser dans des cavités 
qu'on a ménagées dans la partie supérieure des 
pyramides. 

Enfin en Italie, on extrait le soufre des ter- 
rains volcaniques où il est disséminé, en chauf- 
fant le minerai qui le contient dans des pots de 
terre placés dans un fourneau à galère. 

Manière de purifier le soufre. 

Pour séparer du soufre qu'on a ainsi obtenu , 
les matières étrangères qui lui donnent une 
couleur grise, on a recours à divers procédés. 

L'un d'eux consiste à mettre le soufre dans 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

une chaudière en fonte, où on le tient en fu- 
sion pendant un temps assez long pour que les 
matières étrangères se précipitent au fond. Mais, 
parce qu'il y a de ces matières qui sont très- 
divisées, et que le soufre liquide a une viscosité 
très-sensible, on ne parvient jamais à le puri- 
fier complètement par ce moyen. 

Un procédé, préférable à tout autre, consiste 
à faire volatiliser le soufre dans une chambre 
de plomb. Si on y accumule une assez grande 
quantité de vapeur pour que les portions qui se 
sont volatilisées en premier lieu, et qui se sont 
solidifiées , se fondent de nouveau, on obtien- 
dra un soufre fondu qui, étant coulé dans des 
moules de forme quelconque, aura un très-bel 
aspect. 

On purifie aussi le soufre par la sublimation, 
et dans ce cas il est connu sous le nom de fleurs 
de soufre ou de soufre sublimé. Les fleurs de 
soufre ne sont essentiellement que du soufre 
très -divisé; cependant celles du commerce, 
quand elles viennent d'être préparées, contien- 
nent presque toujours une certaine quantité 
d'acide sulfureux; et quand elles sont ancien- 
nes, de l'acide sulfurique. Aussi rougissent- 
elles la teinture de tournesol quand on n'a 



8 6 e LEÇON DE CHIMIE 

pas eu la précaution de les laver à grande eau. 
La pureté du soufre se reconnaît à sa vive 
couleur jaune de citron, et à ce qu'en le distil- 
lant dans une cornue, il donne un sublimé de 
couleur homogène sans laisser de résidu. 

VI. USAGES. 

Le soufre, à cause de sa combustibilité et de 
la facilité avec laquelle il prend feu, est em- 
ployé à amorcer les allumettes. Il entre dans 
la composition de la poudre à canon, etc., etc. 

Il sert à fabriquer les acides sulfurique et 
sulfureux. 

Dissous ou mélangé clans les corps gras, à l'é- 
tat d'acide sulfureux, d'acide hydrosulfurique 
et de sulfure hydrogéné, il est employé dans 
plusieurs maladies de la peau. 

VII. HISTOIRE. 

Il est connu de la plus haute antiquité, et 
c'est le corps que les premiers chimistes consi- 
déraient particulièrement comme éminemment 
combustible. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 



SECTION II. 

DES COMBINAISONS DU SOUFRE AVEC L'OXIGÊNE ET 
L'HYDROGÈNE. 



CHAPITRE IL 

ACIDE SULFUREUX (S). 



I. COMPOSITION. 

poids. alomei. 

Oxigène 49,86 2 200 

Soufre 5o,i4 1, 201,16 



poids at. 401,16 
II. NOMENCLATURE. 

Esprit de soufre. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état gazeux. 

Sa densité est de 2,234, suivant Thénard, et 
de 2,193, suivant H. Davy. 



ÎO <> c LEÇON DE CHIMIE 

Le décimètre cube pèserait 2^,8489, d'après 
la dernière évaluation. 

Il est incolore. 

Soumis à un froid suffisant, il prend l'état 
liquide. 

B. A Vétat liquide. 

Sous la pression de o m ,760 de mercure, l'acide 
sulfureux liquide entre en ébullition à la tem- 
pérature de 1 o° au-dessous de zéro. On ne peut 
donc le conserver liquide aux températures or- 
dinaires que dans des flacons exactement fer- 
més et suffisamment résistans. 

Sa densité est de i,45. 

Un thermomètre à air marquant 1 o°, sur le- 
quel on répand de l'acide sulfureux liquide , se 
refroidit considérablement, car, en en faisant 
l'expérience au milieu de l'air atmosphérique, 
le thermomètre s'abaisse à 57 au-dessous de 
zéro; et dans un espace vide de tout fluide aéri- 
forme, il s'abaisserait jusqu'à 67 °. Ces expé- 
riences ont été faites avec beaucoup de soin 
par M. Bussy, qui, dans ces derniers temps, a 
obtenu l'acide sulfureux liquide en assez grande 
quantité pour le soumettre à de nombreuses 
expériences. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 1 i 

Le froid produit dans le vide est plus grand 
que celui qui l'est dans l'air, par la raison que 
l'évaporation en un temps donné est plus ra- 
pide dans le premier cas que dans le second. 
On conçoit d'après cela que l'acide sulfureux 
peut être employé avec succès pour étudier 
les changemens que les corps peuvent éprou- 
ver par un grand refroidissement ; c'est aussi ce 
qu'a fait M. Bussy, en opérant de la manière 
suivante : à un tube T (fig. 6), rempli de chlo- 
rure de calcium, substance extrêmement avide 
d'humidité, il a fait communiquer un autre tube 
BB' coudé à angle droit, et dont la partie B 
avait été soufflée en boule à la lampe. L'extré- 
mité B' plongeait de quelques centimètres dans 
le mercure ; le tube T était adapté à un appa- 
reil dans lequel on préparait le fluide élastique 
qu'on voulait refroidir. En passant sur le chlo- 
rure de calcium , il abandonnait la vapeur d'eau 
qu'il pouvait contenir, et parvenu ainsi dessé- 
ché dans la boule B, il éprouvait l'action du 
froid produit par l'évaporation rapide de l'acide 
sulfureux qu'on répandait sur la boule. Par ce 
moyen, M. Bussy a réduit l'ammoniaque, le 
chlore à l'état liquide, et le cyanogène à l'état 
solide. 



12 6 e LEÇON DE CHIMIE 

On peut facilement congeler Veau au moyen 
du froid que produit l'acide sulfureux. Il suffit 
pour cela de jeter ce dernier en excès dans de 
l'eau ; une portion s'évapore , une autre se dis- 
sout, et enfin une troisième tombe au fond du 
vase. Si on touche cette dernière avec l'extré- 
mité d'un tube de verre, sur-le-champ elle entre 
en ébullition, et le froid produit alors congèle 
l'eau. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A. Cas où il ne s'altère pas. 

Il rougit la teinture de tournesol, mais à la 
longue il la décompose; il est inaltérable par 
l'action de la chaleur; il est susceptible de se 
dissoudre dans l'eau , à laquelle il communique 
ses propriétés acides. 

Une mesure d'eau à la température de 18 
peut dissoudre ^"^S de gaz sulfureux. L'eau 
saturée d'acide sulfureux a une densité de 1,02 
à zéro du thermomètre. Cette eau peut être con- 
gelée sans abandonner son acide ; cela prouve 
une affinité réelle entre ces corps, car nous ci- 
terons dans la suite la dissolution d'un acide 
gazeux (le carbonique) qui est décomposée par 
le seul fait de la congélation dans l'eau. Cepen- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

dant l'acide sulfureux ne tient pas très- forte- 
ment à l'eau, car en exposant à la température 
de i8° l'eau qui en est saturée, elle commen- 
cera à bouillir en laissant dégager une cer- 
taine quantité de son gaz. Néanmoins on ne 
peut en séparer la totalité par la simple ébul- 
lition. 

Le gaz sulfureux est sans action sur l'oxi- 
gène, les oxides d'azote, et la vapeur nitreuse 
exempte d'humidité. 

B. Cas où il est altéré. 

Il éprouve, de la part de l'oxigène et de l'eau, 
une action qui n'est sensible qu'à la longue, 
et qui donne lieu à une production d'acide sul- 
furique. 

Si l'on mêle i volumes d'acide sulfureux 
avec i volume d'oxigène dans une cloche pleine 
de mercure, et qu'on y fasse passer de l'eau, il 
y aura une diminution rapide de volume due à 
la dissolution du gaz acide sulfureux. Mais en- 
suite l'absorption deviendra extrêmement lente, 
par la raison qu'elle sera le résultat de l'union 
de l'acide sulfureux dissous avec le gaz oxigène, 
et que cette combinaison ne se fait que lente- 
ment. 



] \ (> e LEÇON DE CHIMIE 

L'hydrogène n'a aucune action à froid sur 
le gaz sulfureux; mais à chaud il se produit 
de l'eau, et du soufre devient libre. Si la tem- 
pérature est convenable, et que l'hydrogène 
soit en excès , il se forme de l'acide hydrosul- 
furique. 

Pour enlever l'oxigène à i volume d'acide 
sulfureux, il faut i volumes d'hydrogène. 

Lorsqu'on introduit dans un ballon dans le- 
quel on a fait le vide 

Gaz acide sulfureux 2 volumes, 

Oxigène 2 — 

Deutoxide d'azote 2 — 

sur-le-champ les 1 volumes de deutoxide d'a- 
zote, en s'unissant avec 1 volume d'oxigène, 
produisent de la vapeur nitreuse; mais toute 
action chimique est suspendue après cet effet. 
Si alors on ajoute de l'eau au mélange, des phé- 
nomènes très-remarquables se manifestent : la 
vapeur rouge disparaît peu à peu, et l'on voit se 
déposer sur les parois du ballon une matière 
blanche cristalline qui peut être considérée 
comme une combinaison à' acide sulfurique, dia- 
cide nitreux et d'eau. C'est en quelque sorte 
un sulfate d'acide nitreux hydraté. Il faut ad- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l5 

mettre, conséquemment , à cette manière de 
voir, que l'eau qu'on a ajoutée à un mélange 

( Gaz acide sulfureux 2 volumes, 

, ) Gaz oxigène 1 — 

\, 7 -, f Oxigène. . 1 — 

I Vapeur nitreuse = < ~ * 

[ i (Deut. azot. 2 — 

a déterminé l'union de 1 volumes d'acide sulfu- 
reux avec 1 volume d'oxigène pour former de 
l'acide sulfurique, lequel s'est uni avec de l'a- 
cide nitreux et de l'eau, et a formé un composé 
cristallisé. Aussitôt que ces cristaux sont en con- 
tact avec l'eau, ils donnent lieu, suivant M. Gay- 
Lussac, à un dégagement d'acide nitreux, ac- 
compagné probablement de deutoxide d'azote , 
et l'on trouve dans la liqueur de l'acide sulfu- 
rique mêlé à un peu d'acide nitrique , et peuL- 
être aussi à de l'acide nitreux, si on n'a pas 
employé une grande quantité d'eau. 

MM. Clément et Desormes, qui ont observé 
les premiers la formation de la substance cris- 
tallisée dont nous venons de parler, par la 
rencontre des gaz sulfureux, oxigène et deu- 
toxide d'azote, humides, l'ont considérée autre- 
ment que nous venons de le faire ; suivant eux, 
elle ne serait pas un sulfate d'acide nitreux hy- 
draté, mais un sulfate de deutoxide d'azote hj- 



l6 6 e LEÇON DE CHIMIE 

draté. Dès lors, pour la produire, il suffirait de 

Gaz sulfureux i vol. 

Gaz oxigène i -f- eau. 

Deutoxide d'azote. . . a 

Dès lors, quand on les mettrait en contact avec 
la quantité d'eau nécessaire pour les dissoudre, 
ce ne serait plus de l'acide nitreux qui se déga- 
gerait, mais du gaz deutoxide d'azote pur. Or, 
M. Gay-Lussac s'est assuré du contraire, et il 
a vu en outre qu'il suffit de verser de l'acide 
sulfurique dans l'acide nitreux pour obtenir 
des cristaux semblables aux premiers. 

V. PROPRIÉTÉS ORGA.NOLEPTIQUES. 

L'acide sulfureux a une odeur suffocante, 
une action très-forte sur les yeux, qu'il excite à 
pleurer ; il irrite la gorge et provoque la toux. 
Aujourd'hui on l'emploie en bain contre la gale. 

VI. ÉTAT. 

L'acide sulfureux se produit dans le voisinage 
des volcans, et cela n'est pas étonnant, puisqu'il 
s'en dégage du soufre en vapeur, et que toutes 
les fois que celle-ci est suffisamment échauffée , 
elle forme avec l'oxigène atmosphérique de l'a- 
cide sulfureux. 



Vi'PLIOUKi: K LA TEINTtTRE. in 

VII. PRÉPARATION. 

La manière de préparer le gaz acide sulfu- 
reux est extrêmement simple. On met dans une 
fiole de verre i partie de mercure et 5 parties 
d'acide sulfurique concentré; on adapte à la 
fiole un tube recourbé; on élève la tempéra- 
ture du mélange, et lorsqu'on présume qu'il se 
dégage du gaz sulfureux, on engage le tube 
sous une petite cloche remplie de mercure. On 
est assuré de la pureté du gaz lorsqu'il est dis- 
sous en totalité par l'eau. En même temps 
qu'il se développe de l'acide sulfureux, il se 
forme du sulfate de protoxide de mercure. 

La réaction des corps est facile à concevoir : 

!i e ' at. acide sulfurique. 
e ( i at. acide sulfureux. 
' { i al. d'oxigène. 
i at. de mercure. 

En élevant la température, l'atome d'oxigène 
du second atome d'acide sulfurique se combine 
avec i atome de mercure pour former i atome 
de protoxide de mercure, qui s'unit au premier 
atome d'acide sulfurique, tandis que l'atome 
d'acide sulfureux se dégage à l'état gazeux. Il en 
résulte donc 

i atome de sulfate de protoxide de mercure, 
1 atome d'acide sulfureux. 

a 



l8 6 e LEÇON DE CHIMIE 

Lorsqu'on veut obtenir de l'acide sulfureux 
à l'état liquide, il faut mettre le mélange dont 
je viens de parler dans une cornue dont le bec 
doit avoir été effilé de manière à ce qu'il puisse 
être engagé dans un long tube de verre rempli 
de chlorure de calcium. Ce tube est adapté à un 
ballon à long col tubulé, et à la tubulure du- 
quel est fixé un tube qui plonge dans du mer- 
cure. Le ballon doit èlre refroidi de i5 à 20 
au-dessous de zéro, au moyen d'un mélange de 
glace pilée et de sel marin. En élevant la tem- 
pérature de la cornue, le gaz acide sulfureux 
se dégage, il dépose toute l'humidité qu'il peut 
contenir dans le tube rempli de chlorure de 
calcium, et arrive enfin dans le ballon; en même 
temps l'air des vaisseaux se dégage. Lorsque 
tout, ou au moins la plus grande partie de ce 
dernier, est dégagé, l'acide sulfureux, saisi par 
le froid, prend l'état liquide. 

L'opération étant terminée, on verse l'acide 
dans des flacons, qu'on a eu soin de faire re- 
froidir en les tenant plongés dans le mélange 
frigorifique. 

Pour préparer l'acide sulfureux dissous dans 
l'eau , on fait usage d'un appareil composé d'un 
ballon auquel on a adapté un tube en S; un 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ig 

second tube se rend dans un flacon où l'on a 
mis une très-petite quantité d'eau; un tube de 
sûreté met ce flacon en communication avec 
deux autres flacons munis également de tubes 
de sûreté. 

Avant de monter l'appareil, on met dans le 
matras 3 à 4 parties d'acide sulfurique et i par- 
tie de copeaux de sapin très-divisés et très-secs. 
Lorsque les flacons ont été remplis d'eau, on 
élève la température du mélange. Peu à peu l'a- 
cide sulfurique réagit sur la matière' ligneuse; 
du charbon est mis à nu, et du gaz acide sulfu- 
reux se dégage. Mais ce gaz est toujours mêlé 
d'acide carbonique, par la raison que l'oxigène 
de l'acide sulfurique décomposé se porte non- 
seulement sur de l'hydrogène, mais encore sur 
du carbone. Quoi qu'il en soit, l'acide carboni- 
que ne nuit pas à l'acide sulfureux; et d'ail- 
leurs il est si peu soluble dans l'eau en compa- 
raison de ce dernier, qu'une grande partie ne 
se dissout pas, et que celle qui se dissout ne 
peut avoir en général aucun inconvénient dans 
les usages auxquels on peut appliquer la solu- 
tion aqueuse d'acide sulfureux. 

Dans les arts, et particulièrement dans les 
ateliers de teinture où l'on blanchit la laine et 



ao 6* LEÇOM DE CHIMIE 

la soie au moyen du gaz acide sulfureux, on se 
contente de mettre du soufre dans un réchaud 
garni de charbons allumés, qui est placé dans 
une chambre fermée où l'on a étendu les étof- 
fes qu'on veut blanchir, et qui sont humides; 
on forme donc aux dépens du soufre et de i'oxi- 
gène atmosphérique de la chambre, de l'acide 
sulfureux qui, en se dissolvant ensuite dans 
l'eau qui mouille l'étoffe, finit par la blanchir. 
Mais il y a dans cette dernière manière d'opé- 
rer des effets qui ne se présenteraient pas si on 
exposait les étoffes à l'action de l'acide sulfu- 
reux qui aurait été produit au moyen de l'acide 
sulfurique et du bois , soit qu'on employât l'a- 
cide sulfurique dissous dans l'eau, soit qu'on 
l'employât à l'état gazeux, car de la manière 
dont on opère en général dans les ateliers de 
teinture, il peut arriver que les laines et les 
soies qui sont exposées à la vapeur du soufre 
brûlant se recouvrent dans quelques parties de 
poussière de soufre due à de la vapeur qui s'est 
condensée sans avoir brûlé. C'est, au reste, sur 
quoi je reviendrai dans la seconde partie du 
cours. 

Puisque l'acide sulfureux a la propriété, lors- 
qu'il est dissous dans l'eau, d'absorber l'oxi- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2f 

gène de l'air et de se convertir en acide sulfu- 
rique, il faut en conclure qu'il est nécessaire, 
pour conserver sa solution aqueuse, de la pré- 
server du contact de l'air; autrement on risque- 
rait de n'avoir qu'une faible solution d'acide sul- 
furique dépourvue de la propriété qu'a l'acide 
sulfureux de blanchir la laine et la soie. 

VIII. USAGES. 

L'acide sulfureux est employé, comme nous 
venons de le dire, au blanchiment de la soie, 
de la laine et même du ligneux, à cause de la 
propriété qu'il a de détruire un assez grand 
nombre de principes colorans, sans que pour 
cela il attaque les matières mêmes de ces étof- 
fes; mais on a trop généralisé son action déco- 
lorante sur les matières organiques, car il en est 
qu'il ne décolore pas. La faculté qu'il a de dé- 
truire les taches que la plupart de nos fruits pro- 
duisent sur la laine et sur la soie est telle, qu'il 
suffit souvent, pour produire cet effet, d'ex- 
poser les étoffes tachées et légèrement raouil- 
le'es à l'acide sulfureux qu'exhale une pincée de 
soufre qu'on a jetée sur des charbons. 



22 6* LEÇON DE CHIMIE 

IX. HISTOIRE. 

Stalh établit le premier que l'acide sulfureux 
devrait être considéré comme une espèce de 
corps. Schele l'obtint, en 1771, en dissolution 
dans l'eau. Priestley, en 177 4, fit connaître le 
moyen de l'obtenir à l'état gazeux. 



CHAPITRE III. 

ACIDE SULFURIQUE (S). 

§ I er 
ACIDE SULFURIQUE ANHYDRE. 



I. COMPOSITION. 

en poids. cû roi. eu atomes. 

Oxigène : . . . . 59,86 . . . 3 . . . 3 . . . 3oo 
Soufre 40, 14 . . . 1 . . . i . . . 201,16 



100,00 poids at. 5oi,i6 



, folumes. 

Acide sulfureux. . . 2 
Oxigène 1 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. a3 

II. NOMENCLATURE. 

décide sulfurique concret fumant. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état solide. 

L'acide sulfurique solide est difficile à cou- 
per, souvent il présente des fibres, ou plutôt 
de longues aiguilles cristallines, réunies paral- 
lèlement les unes aux autres. 

B. A l'état liquide. 

Il est blanc opaque. 

Il se liquéfie à une température de 25°, mais 
il conserve sa liquidité à 20 ; sa densité est de 
1,97. Il est transparent, réfracte fortement la 
lumière et cristallise en houppes soyeuses; il se 
volatilise sans décomposition; sa vapeur est in- 
colore. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A. Cas où il ne s'altère pas. 

L'acide sulfurique est un des corps les plus 
déliquescens. C'est à cette forte affinité pour 
l'eau, et à la faible tension du composé qu'il 
forme avec elle , qu'il faut attribuer la fumée 



3 4 C e LEÇON DE CHIMIE 

blanche qu'il répand dans l'air; c'est encore à 
cette forte affinité qu'il faut rapporter la cause 
première du bruit qu'on entend, lorsqu'on jette 
une petite quantité de cet acide dans l'eau: il se 
dégage alors une si grande quantité de chaleur, 
qu'une portion de liqueur passant subitement 
à l'état aériforme, produit le même effet que si 
on plongeait un morceau de fer rouge de feu 
dans un liquide vaporisable. 

L'acide sulfurique liquéfié est susceptible de 
dissoudre le soufre; il en résulte des liquides 
bruns, verts ou bleus, suivant la proportion du 
soufre qui est dissous. L'eau qu'on ajoute à ces 
liquides s'unit à l'acide sulfurique, et forme 
une combinaison qui est incapable de dissoudre 
le soufre ; dès lors celui-ci se précipite. 

Y. ÉTAT. 

Il est toujours un produit de l'art, mais il 
existe dans la nature en combinaison avec l'eau 
et les bases salifiables. 

VI. PRÉPARATION. 

On le prépare avec l'acide sulfurique fumant 
qui provient de la distillation du sulfate de fer, et 
un procédé avantageux pour se procurer l'acide 
sulfurique fumant, est celui que nous allons 

i 



APPLIQUEE A LA TEINTUKi:. 



.>* 



décrire d'après M. Bussy. On introduit dans une 
cornue de grès deux kilogrammes de sulfate de 
protoxide de fer qui a été desséché ; on fait com- 
muniquer cette cornue au moyen d'une alonge 
avec un ballon à pointe renfermant 7 5o grammes 
d'acide sulfurique hydraté concentré ; enfin ce 
ballon communique à un matras tubulé auquel 
on a adapté un tube qui plonge de o m ,oi dans 
le mercure; la cornue doit être chauffée clans 
un fourneau à réverbère. On pourrait, avec les 
précautions convenables, faire usage d'une cor- 
nue de verre qui serait lutée à l'extérieur. 

En élevant suffisamment la température du 
sulfate de fer, il donne : i° de l'acide sulfurique 
anhydre ; i° de l'acide sulfurique hydraté, parce 
qu'on n'a pas desséché complètement le sulfate 
de fer; 3° du gaz acide sulfureux. 

Voyons ce que ces produits vont devenir. 
Nous avons mis dans le premier ballon 750 gram- 
mes d'acide sulfurique hydraté pour 2 kilogram- 
mes de sulfate de fer. Cet acide sulfurique peut 
dissoudre l'acide sulfurique anhydre, et con- 
denser en même temps l'acide sulfurique hydraté 
qui se dégage de la cornue, plus une petite 
quantité d'acide sulfureux; tels seront donc les 
produits du ballon. Ce qui échappera à la con- 



J.6 () c LEÇON DE CHIMIE 

densation se rendra dans le matras. En opérant 
ainsi, M. Bussy a obtenu i kilogramme d'acide 
sulfurique qui répandait à l'air d'épaisses fu- 
mées blanches. Il était semblable en un mot à 
celui qui est connu dans le commerce sons le 
nom d'acide sulfurique fumant de Nordhausen. 

L'acide de Nordhausen est essentiellement 
formé d'acide sulfurique hydraté et d'acide sul- 
furique anhydre ; mais il contient presque tou- 
jours de l'acide sulfureux et des atomes de ma- 
tière organique qui le colorent en brun. 

La densité de l'acide de Nordhausen est va- 
riable; elle peut être de 1,89 et même de 1,90, 
et d'autant plus forte qu'il y a plus d'acide 
anhydre et moins d'acide sulfureux. 

Il bout de 4o à 5o°. 

Ce produit est beaucoup plus propre que 
l'acide sulfurique hydraté ordinaire pour dis- 
soudre l'indigo. 

L'acide sulfurique anhydre étant beaucoup 
plus expansible que l'acide sulfurique hydraté, 
il en résulte que, si l'on met dans une cornue le 
produit que nous avons obtenu dans le premier 
ballon, si l'on adapte le col de la cornue, qui 
doit avoir été effilé, à un long tube de verre 
qu'on place dans un mélange frigorifique, et 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 27 

qu'ensuite, lorsque ce tube de verre sera refroidi 
autant que possible, Ton soumette la cornue 
à l'action de la chaleur, l'acide sulfurique an- 
hydre se vaporisera et cristallisera le long des 
parois du tube refroidi. Quand l'opération sera 
terminée, il faudra fermer à la lampe l'extré- 
mité ouverte du tube dans lequel on a reçu le 
produit , sans quoi il se résoudrait en acide 
sulfurique hydraté. 

VII. USAGES. 

L'acide sulfurique anhydre n'est d'aucun 
usage. 

VIII. HISTOIRE. 

Il a été extrait de l'acide fumant de Nordhau- 
sen, par MM. Vogel de Bayreuth et Bussy. 



i 



î8 6" LEÇON DE GftMlE 

§ II. 
ACIDE SULFURIQUE HYDRATÉ (S -J- HH ou Saq\ 



I. COMPOSITION. 

en poids. en alomci. 

Acide sulfurique . . 8i,68 .... i ... . 5oi,iG 
Eau i8,3i ....i.... 112,48 



100,00 poids at. 6x3,64 

Je vous ferai remarquer, Messieurs, que l'oxi- 
gène de l'eau est un tiers de l'oxigène de l'acide 
sulfurique ; ce qui est précisément le même 
rapport que celui que nous avons trouvé dans 
les sulfates de protoxide de fer et de protoxide 
de mercure. . 

II. NOMENCLATURE. 

Huile de vitriol. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'acide sulfurique hydraté est liquide. 

il se congèle à 20 . Il entre en ébullition 

à 3*27». 



APPLIQUÉK A LA TEINTURE. 2ÇJ 

Sa densité est de i ,845. Il est parfaitement 
transparent, et n'a aucune couleur quand il est 
pur. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

À. Cas où Une s'altère pas. 

Il est doué des propriétés caractéristiques 
des acides au plus haut degré ; aussi en ai-je fait 
usage dans la première leçon pour vous ren- 
dre témoins des changemens de couleur que 
diverses matières organiques éprouvent par 
le contact des acides. 

L'acide sulfurique hydraté, dont la densité 
est de 1,78, est représenté par 1 atome d'acide 
et 2 atomes d'eau. Il se congèle à quelques de- 
grés au-dessous de zéro, et conserve l'état solide 
à la température de -+- 7 ; enfin il entre en 
ébullition à 223°, 88; par l'action de la cha- 
leur on peut en volatiliser la moitié de l'eau, 
mais une petite quantité d'acide se volatilise 
en même temps. Un thermomètre plongé dans 
cet acide qui est placé sur le feu , cesse de s'é- 
lever lorsqu'il est parvenu à une densité de 
i,845. 

L'acide sulfurique, quoique déjà uni à de 
l'eau, a une action tellement puissante sur ce 



3o 6 e LEÇON DE CHIMIE 

liquide, que la chaleur dégagée du mélange de 
4 parties d'acide et de i partie de glace, élève le 
thermomètre à ioo°. Si, au contraire, l'on opé- 
rait le mélange de 1 partie d'acide et de 4 par- 
ties de glace avec les précautions convenables , 
on aurait un froid de 2C£>. 

Dans ce cas comme dans le précédent la glace 
se liquéfie; or, pour comprendre ces résultats, 
qui sont en apparence contradictoires, il faut 
se rappeler deux faits généraux : i° c'est que la 
glace en se fondant comme tous les solides qui 
se liquéfient, absorbe de la chaleur; 20 c'est 
que deux corps qui ont une forte action mu- 
tuelle, comme l'acide sulfurique anhydre et 
l'eau, dégagent de la chaleur, et que cette cha- 
leur est généralement bien plus forte que celle 
nécessaire pour liquéfier ces corps lorsqu'ils 
sont à l'état solide. 

Il est aisé maintenant d'expliquer les phé- 
nomènes que manifestent l'acide sulfurique et 
la glace, suivant les proportions où on les mé- 
lange. Supposons que, pour une quantité don- 
née d'acide sulfurique, il faille une quantité A 
de glace pour produire le maximum de chaleur 
que les corps sont susceptibles de dégager par 
leur action mutuelle; il en résultera qu'en fai- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3l 

sant le mélange avec une quantité de glace plus 
grande que A, tout ce qui sera en excès ab- 
sorbera de la chaleur pour se fondre ; dès lors 
cet excès abaissera la température du mélange, 
et s'il est assez considérable il demandera pour 
se fondre plus de chaleur qu'il n'y en a de dé- 
gagée; dès lors il se produira du froid, par la 
raison que cet excès de glace en prendra aux 
corps voisins. On conçoit, d'après ce que nous 
venons de dire , que si la glace en excès à la 
quantité A absorbait précisément la chaleur dé- 
gagée, il n'y aurait aucune variation de tempé- 
rature. D'où on peut conclure qu'il ne faut pas 
toujours croire qu'il n'y a point d'action chimi- 
que entre des corps, parce qu'ils n'éprouvent 
pas par leur mélange un changement de tem- 
pérature. 

L'acide sulfurique concentré est très-déliques- 
cent : conséquemment on ne peut le conserver 
à l'état de concentration que dans' des vases 
exactement fermés. 

L'acide sulfurique versé dans l'acide nitreux 
forme une combinaison qui se dépose en cris- 
taux, et qui a les propriétés dont nous avons 
parlé plus haut en traitant de l'acide sulfu- 
reux. 



3g. () e LEÇON DE CHIMIE 

L'acide sulfurique, chauffé avec de l'acide 
nitrique concentré, détermine, par son affinité 
pour l'eau, la réduction d'une portion d'acide 
nitrique en vapeur nitreuse et en oxigène. 

L'acide sulfurique dissout une certaine quan- 
tité d'acide sulfureux liquide anhydre; sa den- 
sité diminue. Il ne se colore pas et n'a point la 
propriété de fumer à l'air. 

B. Cas oit il est altéré. 

Soumis à l'électricité voltaïque, l'acide sulfu- 
rique hydraté se réduit en oxigène qui va au 
pôle positif, et en soufre qui se rend au pôle 
négatif. L'eau de combinaison est aussi décom- 
posée. 

Exposé à la chaleur, il se décompose en 
partie en i volumes d'acide sulfureux, en i vo- 
lume d'oxigène et en vapeur d'eau. Il peut ar- 
river que par ia condensation il y ait de l'acide 
sulfureux et de l'oxigène qui, sous l'influence 
de l'eau, repassent à l'état d'acide sulfurique; 
mais la combinaison de ces corps ne s'opérant 
qu'avec beaucoup de lenteur, la plus grande 
partie de l'oxigène et de l'acide sulfureux res- 
tent isolés. 

L'acide sulfurique que l'on fait passer dans 



APPLIQUER A. LA TEINTURE. 33 

un tube rouge de feu avec de l'hydrogène donne 
lieu aux mêmes phénomènes que lorsqu'on fait 
cette expérience avec de l'acide sulfureux. 

L'acide sulfurique que l'on met en contact 
avec du soufre se décompose à une tempéra- 
ture élevée; il en résulte du gaz acide sulfureux 
qui provient évidemment de ce que le soufre 
s'est emparé d'une portion de l'oxigène de l'acide 
sulfurique, et de l'acide sulfurique désoxigéné. 

Que l'on mette en contact 

i atome de soufre, 

„ . , ir . ( a atomes oxigène, 

i at. d acide suif uncïue r=< . j , f 

1 ( 2 atomes acide sulfureux, 

l'atome de soufre se combinera avec les i ato- 
mes d'oxigène et produira i atome d'acide sulfu- 
reux. D'autre part les i atomes d'acide sulfuri- 
que perdant i atomes d'oxigène, seront réduits 
à 2 atomes d'acide sulfureux; en sorte qu'on 
aura pour produit total 3 atomes de ce dernier 
acide. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES, 

Il est inodore et d'une causticité extrême ; 
c'est pourquoi on ne peut apprécier son action 
sur l'organe du goût. 

Etendu d'eau il a une saveur aigre comme la 

3 



34 <) € LEÇON DE CHIMIE 

plupart des acides. Dans cet e'tat il n'est pas 
délétère. 

VI. ÉTAT. 

L'acide sulfurique se rencontre dans la na- 
ture; on l'a trouvé à peu près pur, mais dis- 
sous, dans l'eau d'un lac de l'île de Java. Il est 
ires-probable que l'acide sulfurique natif pro- 
vient dans beaucoup de cas de la combinaison 
de l'acide sulfureux avec l'oxigène atmosphé- 
rique et l'eau. 

VIL PRÉPARATION. 

Pendant long-temps on ne s'est procuré cet 
acide qu'en distillant les sulfates de fer, de zinc 
ou de cuivre , et c'est encore par ce procédé 
qu'on prépare en Saxe, à Nordhausen, l'acide 
connu sous les noms d'acide glacial, d'acide 
fumant de Nordhausen , ainsi que nous l'avons 
dit plus haut. 

La distillation des sulfates n'est avantageuse 
pour se procurer l'acide sulfurique que dans 
les pays où les sulfates sont très-abondans. On 
a cherché d'abord en Angleterre, et ensuite en 
France, à préparer l'acide sulfurique d'une ma- 
nière plus économique; et enfin on y est par- . 
venu après de longs efforts. Le procédé gé- 
néralement adopté consiste à développer par la 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 35 

combustion d'un mélange de 9 parties de sou- 
fre et de 1 partie de nitre, du gaz sulfureux et 
du deutoxide d'azote , qui , au moyen de l'oxi- 
gène atmosphérique et de l'eau, donnent de 
l'acide sulfurique; les corps réagissent dans 
une chambre de plomb. 

Une chambre de plomb est formée d'une 
charpente de bois revêtue intérieurement de 
lames de ce métal soudées les unes aux autres ; 
la capacité d'une chambre moyenne est de 
18,000 à 20,000 pieds cubes. ABCDG (fig. 7), 
représente la coupe d'une telle chambre : au- 
dessous est un fourneau F dont la cheminée 
est extérieure. Il est couvert d'une plaque en 
fonte K dont les bords sont relevés. Le sol C de 
la chambre est incliné et couvert d'acide sul- 
furique à io°. 

Lorsqu'on veut opérer on introduit , par une 
porte L pratiquée dans la paroi AB de la cham- 
bre, le mélange de soufre et de nitre, et on le met 
sur la plaque K. L'élévation de température 
détermine bientôt l'inflammation du soufre; la 
combustion est entretenue au moyen d'un cou- 
rant d'air qui s'établit par une petite ouverture 
pratiquée à quelques pouces au-dessus du mé- 
lange , et la cheminée G de la chambre. 

3. 



36 6 e LEÇON DE CHIMIE 

Il se produit de l'acide sulfureux aux dépens 
de l'oxigène atmosphérique , et, aux dépens du 
nitre, de l'acide sulfurique des élémens de l'a- 
cide qui forme, avec la base de ce sel, du sulfate 
de potasse, et du deutoxide d'azote qui passe 
promptement à l'état d'acide nitreux au moyen 
de l'oxigène de l'air. Comme il y a de l'eau 
dans la chambre, il doit nécessairement se for- 
mer de l'acide sulfurique, d'après ce que nous 
avons dit plus haut en traitant de l'acide sulfu- 
reux : en admettant que les cristaux de sul- 
fate d'acide nitreux hydraté ou de deutoxide 
d'azote hydraté se formassent , l'excès d'eau en 
dégagerait bientôt, soit de l'acide nitreux, soit 
du deutoxide d'azote, qui, en redevenant libres* 
détermineraient sur une nouvelle quantité d'a- 
cide sulfureux un transport d'oxigène atmo- 
sphérique. 

On voit la nécessité que l'atmosphère de la 
chambre soit humide, et que la condensation 
des vapeurs soit rapide; c'est pour cela qu'on 
dirige presque toujours un courant de vapeur 
d'eau dans l'intérieur de la chambre au moyen 
d'un éolipyle ou d'une petite chaudière à va- 
peur. 

Il y a des fabriques d'acide sulfurique où 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3^ 

l'on brûle le mélange dans un fourneau adossé 
à la chambre. 

Il en est d'autres où, au lieu de mêler du ni- 
tre au soufre, on ne brûle que du soufre; on 
dirige alors dans la chambre du gaz nitreux dé- 
veloppé par la réaction de l'acide nitrique sur 
des matières organiques, telles que de la mé- 
lasse, de l'amidon, et on y porte un courant de 
vapeur d'eau produite dans une petite chau- 
dière, qui est montée sur un fourneau placé au- 
dessous du sol de la chambre. A la cheminée 
de la chambre on adapte une soupape creuse 
et renversée, dont les bords plongent dans 
l'eau. M. Payen préfère cet appareil à tout au- 
tre, et il dit qu'il donne 3oo d'acide sulfurique 
d'une densité de i ,845 pour ioo de soufre, tan- 
dis que dans les appareils ordinaires on n'en 
obtient que de o.5o à 260. 

Je reprends la préparation de l'acide sulfuri- 
que. Dès que l'eau de la chambre de plomb a 
dissous une assez grande quantité d'acide pour 
marquer 4o à 45° à l'aréomètre de Baume, on 
l'en retire. Outre l'acide qu'on veut obtenir, il 
contient de l'acide sulfureux, de l'acide nitreux, 
du sulfate de fer en quantité notable, et de pe- 
tites quantités de sulfates de plomb , de potasse, 



38 O e LEÇON DE CHIMIE 

et de chaux quand on a fait usage d'eau de 
puits. On verse ce liquide dans une chaudière de 
plomb, et on le chauffe pour chasser d'abord 
les acides sulfureux et nitreux, ainsi qu'une 
certaine proportion d'eau. Quand il marque 
5o°, on l'introduit dans des cornues de verre 
placées sur un fourneau à galère, où on le 
concentre jusqu'à ce qu'il marque 66°. Cette 
dernière concentration se fait avec bien plus 
d'avantage dans une chaudière de platine, re- 
couverte d'un chapiteau de platine, que dans 
des cornues. On transvase l'acide au moyen d'un 
syphon en platine dans un réservoir en grès ; et 
quand il est refroidi et bien clair, on le soutire 
dans des damesjeannes en grès que l'on bouche 
avec des bouchons de grès à rebords. On re- 
couvre ceux-ci de glaise, et on entoure le tout 
avec un morceau de toile ficelé. L'acide sulfu- 
rique ainsi préparé ne contient qu'une petite 
quantité de sulfates, la plus grande partie s'é- 
taut déposée par la concentration et le refroi- 
dissement. II est propre aux usages de la tein- 
ture. Cependant il est bon de connaître les 
moyens qu'on emploie pour l'avoir parfaite- 
ment pur, car celui-ci est nécessaire pour des 
opérations de recherches. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3rp 

On met l'acide sulfurique dans une cornue de 
verre avec un fil de platine. On assujétit la cor- 
nue dans un fourneau à réverbère ; on y adapte 
un ballon à long col sans lut ; puis on procède à 
la distillation. Si on négligeait de mettre le fil 
de platine, il y aurait des soubresauts qui ren- 
draient l'opération difficile. 

L'acide sulfurique doit être conservé clans 
des vaisseaux qui ferment exactement , surtout 
s'il est placé dans un endroit humide. Autre- 
ment il attirerait l'eau de l'atmosphère et s'af- 
faiblirait plus ou moins, et dès lors il ne serait 
plus propre à la préparation du bleu de Saxe 
ou du sulfate d'indigo. Au reste, si cet accident 
arrivait, il suffirait de le mettre dans un ballon 
de verre avec un fil de platine, de placer le bal- 
lon sur un triangle de fer clans un fourneau à 
réverbère , et de faire bouillir le liquide. 

La couleur brune que prend l'acide sulfu- 
rique concentré qui est exposé au contact des 
matières organiques, tient à ce qu'il les altère 
en mettant à nu une matière abondante en car- 
bone. Lorsque la couleur de l'acide sulfurique 
n'est que légère , elle n'est pas nuisible à son 
emploi en teinture. 

Si on avait quelque raison de croire à l'exis- 



4<J (>* LEÇON DE CHIMIE 

tence de l'acide nitrique dans l'acide sulfurique., 
il suffirait pour l'y reconnaître d'étendre dans 
l'eau distillée quelques grammes d'acide, et de 
le neutraliser ensuite par la litharge; aussitôt il 
se produirait du sulfate de plomb insoluble, et 
il resterait en dissolution du nitrate de plomb 
qu'on reconnaîtrait en faisant évaporer la li- 
queur filtrée à siccité ; et en chauffant le résidu 
dans un petit tube de verre fermé à un bout, 
le nitrate dégagerait de l'acide nitreux. 

Pour priver l'acide sulfurique de son acide 
nitrique, il suffirait de le faire bouillir pendant 
un temps suffisant. 

VIII. USAGES. 

L'acide sulfurique hydraté sert à préparer l'a- 
cide hydrochlorique, l'acide sulfureux, le chlore, 
à extraire l'acide nitrique, l'acide tartrique, l'a- 
cide citrique, etc.; il sert à essayer les soudes; 
on l'emploie avec avantage dans le blanchîment 
des toiles. Il dissout l'indigo, et cette dissolution 
est employée pour teindre en bleu la laine et la 
soie. L'acide fumant de Nordhausen est surtout 
propre à cette préparation ; mais quand on a de 
l'acide sulfurique hydraté aussi concentré que 
possible , qu'on a pris la précaution de sécher 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4 1 

l'indigo réduit en poudre avant de le mêler à 
l'acide, on est toujoLirs sûr de faire une excel- 
lente composition, en supposant que l'indigo 
soit d'une bonne qualité. 



CHAPITRE IV. 

ACIDE HYPOSULFUREUX (S S ou S»). 



COMPOSITION. 



L'acide hyposulfureux n'a point encore été 
isolé des bases salifiables auxquelles il est uni 
dans les hyposulfites. Il est formé de 

en poids. atome». 

Oxigène. . . . 33,2 2 . . . 200 

Soufre 66,8 2 . . . 4<>2,32 

100,0 poids at. 602, 3a 



4*2 6' LEÇOJN DE CHIMIE 

CHAPITRE V. 

ACIDE HYPOSULFURIQUE (SSouS*), 





I. COMPOSITION. 






en poids. 


en atome». 


Oxigène. . 


. . 55,4i3 


5 . . . 5oo 


Soufre . . 


. . 44>58 7 


2 . . . 4°*3 i 




100,000 


poids at. 902,32 



OU 

Acide sulfurique 1 

Acide sulfureux 1 

Cet acide n'a point encore été isolé de l'eau 
ni même obtenu en combinaison définie avec 
ce liquide. 

II. PROPRIÉTÉS. 

Il est liquide. 

La densité du plus concentré qu'on ait ob- 
tenu était de 1,347. 

Il est incolore. 

Il se réduit par la chaleur en 1 at. d'acide 
sulfurique et 1 at. d'acide sulfureux. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 43 

Il éprouve même cette décomposition lors- 
qu'il est placé dans le vide sec. 

L'air atmosphérique, l'oxigène, l'acide nitri- 
que concentré, le chlore, le sulfate rouge de 
manganèse ne l'altèrent pas à froid. 

III. ÉTAT, PRÉPARATION, USAGES, HISTOIRE. 

On le prépare en décomposant l'hyposulfate 
de baryte dissous dans l'eau par l'acide sulfu- 
rique. Il se dépose du sulfate de baryte, et si on 
n'a mis que la quantité d'acide sulfurique né- 
cessaire pour neutraliser la base, on obtient une 
solution pure d'acide hyposulfurique ; il suffit 
de la faire concentrer ensuite dans le vide séché 
par l'acide sulfurique, jusqu'à ce qu'elle marque 
i,347. 

Cet acide n'est d'aucun usage en teinture. 

Il fut découvert en 1819 par MM. Gay-Lus- 
sac et Welter. 



44 <>' LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE VI. 

ACIDE HYDROSULFURIQUE (S-H). 



I. COMPOSITION. 

en poids. envol. pd atomes. 

Soufre .... 94,i5g . . . i) (i . . . 201,16 

Hydrogène. . 5,84 1 • • 1 ] (2 . . . 12,48 



100,000 poids at. 213,64 

II. NOMENCLATURE. 

Cet acide a porté le nom cV air puant, à cause 
de sa mauvaise odeur, d'air hépatique , de gaz 
hépatique , d'acide hydrothionique , d'hydrogène 
sulfuré. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A Vètat gazeux. 

Il est gazeux à la température ordinaire. Ex- 
posé au froid et à la compression, il se liquéfie. 
Sa densité est de 1,1912. 
Le décimètre cube pèse i e ,547o. 
Il est incolore. 

B. A Vètat liquide. 

Il est extrêmement fluide. Sa densité est de 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4$ 

0,9. A io°, sa tension est de 1 7 atmosphères. Sa 
force réfringente paraît un peu supérieure à 
celle de l'eau. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A. Cas où il ne s'altère pas. 

Il a une saveur sucrée, il rougit la couleur 
du tournesol. 

Cette eau, exposée à l'action de la chaleur, 
perd la totalité de son acide. 

B. Cas où il s'altère. 

L'acide hydrosulfurique est décomposé par 
l'action de la chaleur; il suffit de le faire passer 
dans un tube de porcelaine rouge de feu , pour 
qu'une portion soit réduite en hydrogène et en 
soufre. 

En électrisant de l'acide hydrosulfurique , le 
soufre s'en sépare et l'hydrogène est mis en li- 
berté. 

L'oxigène à la température ordinaire n'a pas 
d'action sur l'acide hydrosulfuriqLie gazeux, ou 
du moins, s'il en a une, elle est extrêmement 
lente. Mais si l'acide est dissous dans l'eau, peu 
à peu l'hydrogène est brûlé par le gaz oxigène, 
et il se dépose du soufre. 

Si on fait un mélange de 1 vol. '- d'oxigène 



4'» <>" LEÇON DE CHIMIE 

avec i volume d'acide hydrosulfurique , et 
qu'on élève suffisamment la température, ou 
qu'on soumette le mélange à l'étincelle électri- 
que, il se produit une forte détonnation , et le 
résultat est de l'eau et de l'acide sulfureux : en 
admettant qu'il ne se produise que de l'eau et 
de l'acide sulfureux , sans acide sulfurique , 
; volume d'oxigène s'est porté sur i volume 
d'hydrogène pour former i volume de vapeur 
d'eau, et i volume d'oxigène s'est porté sur 
~ volume de vapeur de soufre pour former 
i volume d'acide sulfureux. 

Lorsqu'on veut faire cette combustion dans 
un eudiomètre, il faut mettre 3 volumes d'oxi- 
gène, et n'opérer que sur une petite quantité 
de mélange , autrement l'eudiomètre se brise- 
rait; il se produit un peu d'acide sulfurique. 

Si on enflammait dans l'eudiomètre i volume 
d'oxigène mêlé avec i volumes d'acide hydro- 
sulfurique, il n'y aurait guère que l'hydrogène 
qui brûlerait, le soufre se déposerait. 

Lorsqu'on approche le gaz acide hydrosul- 
furique d'une bougie allumée, il prend feu, et 
brûle avec une flamme bleuâtre : il se produit 
de l'eau, de l'acide sulfurique, et une portion 
de soufre échappe a la combustion. 



'appliquée a la teinture. 4 7 

Si l'on verse de l'acide nitrique chargé d'a- 
cide nitreux dans la solution aqueuse de l'acide 
hydrosulfurique , il se sépare du soufre parce 
qu'il y a de l'hydrogène brûlé; mais un excès 
d'acide peut brûler le soufre. 

L'acide nitrique étendu ne trouble la solu- 
tion d'acide hydrosulfurique que très-lentement. 

L'acide sulfurique concentré décompose peu 
à peu l'acide hydrosulfurique ; il se forme de 
l'eau et il se dépose du soufre : pour i atome 
d'acide sulfurique il faut 3 atomes d'acide hy- 
drosulfurique. 

i volume de gaz sulfureux et i volumes de 
gaz hydrosulfurique n'agissent que lentement 
à l'état sec, mais si l'eau est présente il se forme 
de l'eau et un dépôt de soufre au moment du 
contact. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'acide hydrosulfurique a une odeur forte 
d'oeufs pourris , une saveur acide et sucrée", et 
enfin il est extrêmement délétère. D'après les 
expériences de MM. Thenard etDupuytren , l'air 
qui en contient T -f^ de son volume tue sur-le- 
champ un verdi er; un chien de moyenne taille 
périt dans un air qui en contient i$- , et un che- 



48 6' LEÇON DE CHIMIE 

val ne peut vivre dans un air qui en contient 7^; 
ces expériences démontrent le danger auquel 
s'exposent les personnes qui se trouvent auprès 
d'un appareil d'où se dégage de l'acide hydro- 
sulfurique. 

Lorsqu'on fait une opération qui donne lieii 
à un dégagement considérable de ce gaz , par 
exemple, lorsqu'on décompose une grande quan- 
tité de sulfure de baryte pour en faire des sels, 
il faut avoir la précaution d'adapter un tube à 
l'appareil qui contient le mélange des corps, 
afin que l'acide hydrosulfurique soit porté dans 
un fourneau où il se convertisse en acide sul- 
fureux, qui à la vérité a une odeur très - irri- 
tante, mais qui n'est pas aussi dangereux que 
l'acide hydrosulfurique; et d'ailleurs il est en- 
traîné dans la cheminée du fourneau. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

On trouve l'acide hydrosulfurique dans les 
eaux minérales, et généralement dans toutes 
les eaux qui contiennent du sulfate de chaux 
et des matières organiques, et qui n'ont pas le 
contact de l'air. Telle est l'origine de l'acide 
hydrosulfurique, i° dans les eaux de la Bièvre 
qui séjournent dans une citerne; 2 dans les 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 49 

eaux qui contiennent du sulfate de chaux qu'on 
a renfermées dans des tonneaux dont l'intérieur 
n'a pas été charbonné. La matière végétale du 
tonneau, en réagissant sur le sulfate de chaux 
le convertit en hydrosulfate. 

Cette conversion du sulfate de chaux en hy- 
drosulfate s'opère pendant la chaleur de l'été 
dans la rivière même de Bièvre. 

Les eaux qui contiennent de l'acide hydro- 
sulfurique se reconnaissent à leur odeur et à la 
propriété qu'elles ont de noircir l'argent, le cui- 
vre, l'étain et le plomb, ainsi que le papier im- 
prégné d'acétate de plomb, ou de plusieurs oxi- 
des et sels métalliques. 

Le voisinage des eaux sulfureuses qui répan- 
dent continuellement dans l'atmosphère du gaz 
acide hydrosulfurique, nuit beaucoup aux tein- 
turiers qui font usage de mordans à base de 
protoxide de plomb. 

VIL PRÉPARATION. 

La manière de préparer l'acide hydrosulfu- 
rique consiste à mettre dans un ballon du sulfure 
de fer avec de l'acide sulfurique , dont le degré 
à l'aréomètre doit être de 10 à i5°, suivant la 
température du milieu dans lequel on opère ; le 
gaz se dégage et on le recueille sous des cloches 



5o 6 e LEÇON DE CHIMIE 

remplies d'eau; mais presque toujours il est 
mêlé avec de l'hydrogène qui n'est pas sulfuré. 
C'est pour cette raison que si on veut l'obtenir 
à l'état de pureté, il est nécessaire d'employer 
de l'acide hydrochlorique et du sulfure d'anti- 
moine. 

Pour préparer l'acide hydrosulfurique en 
dissolution dans l'eau, il faut adapter à un bal- 
lon contenant un des mélanges précédens, un 
appareil de Woulf ; c'est-à-dire des flacons munis 
de tubes de sûreté et remplis d'eau. 

Pour i atome de protosulfure de fer, il faut 
2 atomes d'eau et deux atomes d'acide sulfuri- 

que, en effet : 

. i lf , c f 2 atomes de soufre , 

i at. de protosulfure de fer =< _ , r . 

2 atonies d'eau = J , \ f » 

(4 — hydrogène. 

i atomes d'acide sulfurique exigent i atome 
de protoxide de fer formé par l'union de i atome 
de fer et de i atomes d'oxigène ; on voit qu'il 
reste 4 atomes d'hydrogène et i atomes de sou- 
fre qui doivent constituer 2 atomes d'acide hy- 
drosulfurique. 

Pour i at. de sulfure d'antim. formé de < ou . re '. 

f 1 antimoine, 

il faut 4 at. d'acide hvdrochl. formé de H ^? re ' , 

( 4 hydrogène. 

Et en effet , les 4 atomes de chlore donnent 

1 atome de chlorure d'antimoine, et les 4 atomes 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5l 

d'hydrogène avec les i atomes de soufre donnent 
2 atomes d'acide hydrosulfurique. 

M. Faraday a préparé l'acide hydrosulfurique liquide 
de la manière suivante : 

Il a pris un tube courbé , à branches inégales. La bran- 
che la plus courte était fermée. Au moyen d'un entonnoir, 
il l'a remplie presque entièrement d'acide hydrochlorique 
très-concentré, en évitant de mouiller les parois de l'autre 
branche. Il a introduit, jusque sur la surface de l'acide, une 
feuille de platine à bords relevés; et enfin, il a déposé des- 
sus de petits fragmens de protosulfure de fer, jusqu'à ce 
que le tube fût presque plein. Il en a fermé l'ouverture à la 
lampe, puis il a fait couler l'acide sur le protosulfure de fer. 
Après deux jours, il a placé l'extrémité de la branche la 
plus courte dans un mélange de glace et de sel , et a chauffé 
légèrement l'autre branche au bain-marie; par ce moyen il 
s'est distillé de l'acide hydrosulfurique liquide. 

VIII. USAGES. 

L'acide hydrosulfurique n'est pas employé 
en teinture, mais les teinturiers et les dégrais- 
seurs doivent connaître l'action qu'il exerce sur 
les métaux et sur plusieurs mordans. 

Jls doivent savoir aussi que des eaux qui con- 
tiendraient de l'hydrosulfate de chaux pour- 
raient être employées pour en purifier qui con- 
tiendraient des sulfates de fer et de cuivre. 

IX. HISTOIRE. 

L acide hydrosulfurique fut découvert en 
1777; Berthollet le considéra comme un acide. 



52 6 r LEÇON DE CHIMIE APPL. A LA TEINT. 

tout en reconnaissant qu'il ne contenait pas 
d'oxigène. 



CHAPITRE VII. 

SOUFRE HYDROGÉNÉ. 



On a donné le nom de soufre hydrogéné de 
Schéèle , d'hydrure de soufre, à. une substance 
que Schéèle a observée le premier en décompo- 
sant par l'acide hydrochlorique faible le sulfure 
hydrogéné dépotasse dissous dans l'eau. On prend 
un flacon bouché à l'émeri, d'une capacité de 
i onces, on y verse une forte solution de sulfure 
hydrogéné jusqu'à ce qu'il soit au tiers plein, 
puis on achève de l'emplir avec de l'acide hydro- 
chlorique à 6°. On assujétit le bouchon et on 
agite le mélange jusqu'à ce qu'on ait un liquide 
jaune oléagineux, bien séparé du liquide aqueux. 

Ce liquide jaune oléagineux se décompose 
avec la plus grande rapidité en acide hydro- 
sulfurique et en soufre. 

Quelques chimistes le considèrent comme 
l'acide des sulfures hydrogénés. 

■ 



SEPTIÈME LEÇON. 



SÉLÉNIUM (Se). 

CINQUIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIERE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — SÉLÉNIUM. 



Messieurs, 

Le sélénium ne peut être pour le teinturier 
l'objet d'aucune étude spéciale, par la raison 
qu'il n'est point un des élémens des matières 
qu'il emploie, qu'il ne se rencontre qu'en pe- 
tite quantité dans la nature, et que parmi ses 
combinaisons il n'en est aucune qui aujourd'hui 
lui soit utile. Cependant , comme il a été décou- 
vert récemment, qu'il n'est pas impossible qu'on 
le rencontre un jour en grande quantité, et 



2 7* LEÇON DE CHIMIE 

que de nouvelles expériences mettent sur la 
voie d'en tirer parti, nous mentionnerons ses 
principaux caractères, afin que le teinturier 
se fasse une idée de l'utilité qu'il peut espérer 
de son emploi. 

I. NOMENCLATURE. 

Le nom de sélénium est dérivé du mot grec 

o 

creXyjvy), lune. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le sélénium est solide jusqu'à ioo et quel- 
ques degrés, où il se liquéfie. Sa densité est 
entre 4,3o et 43 2 - Le poids de l'atome est de 

49 5 >9 I • 

Celui qui a été fondu et refroidi prompte- 

ment est d'un brun foncé. 

Le sélénium très-divisé est rouge de cinabre; 
il se volatilise au-dessous de la chaleur rouge, 
et sa vapeur a quelque analogie, par ses pro- 
priétés physiques, avec celle du soufre; elle est 
moins orangée. 

Il est mauvais conducteur de la chaleur et de 
l'électricité. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

C'est principalement avec le soufre que nous 



APPLIQUÉE A I A TEINTURE. I 

comparerons le sélénium. Il a moins d'affinité 
que lui pour l'oxigène; car, en le chauffant 
clans un vaisseau d'une grande capacité rem- 
pli de ce gaz , on le sublime , sans qu'il s'oxi- 
gène. Cependant il brûle avec une flamme 
colorée en vert bleuâtre à son sommet , si on 
dirige un courant de gaz oxigène dans une 
boule de verre où on le chauffe ; les produits 
de la combustion sont un oxide gazeux dont 
l'odeur est extrêmement désagréable, et un 
corps solide volatilisable qui porte le nom d'a- 
cide sélénieux. 

Outre ces deux combinaisons, le sélénium 
s'unit encore à l'oxigène en une troisième pro- 
portion qui constitue Yacide sélénique. 

Il est susceptible de se combiner avec l'hy- 
drogène. La combinaison est un acide ga- 
zeux. 

Il se combine au soufre en toutes propor- 
tions. 

Il ne décompose pas l'eau, et ne s'y dissout 
pas. 

L'acide 1 nitrique le convertit en acide sélé- 
nieux. 



4 7 e LEÇON DE CHIMIE 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore , même à l'état de vapeur. 
Il est insipide. 

V. état. 

Il se trouve dans la nature disséminé dans 
certains persulfures de fer, celui de Fablun, par 
exemple; dissous dans plusieurs soufres natifs; à 
l'état de séléniures de cuivre , de cuivre et d'ar- 
gent, de plomb, etc. 

VI. PRÉPARATION. 

Nous renvoyons aux traités de chimie. 

VII. HISTOIRE. 

Il a été découvert par M. Berzelius, en 1817, 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. 



SECTION II. 



COMBINAISONS DU SÉLÉNIUM AVEC L'OXIGÈNE 
ET L'HYDROGÈNE. 



CHAPITRE IL 

ACIDE SÉLÉNIEUX (Se); 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atome}. 

Oxigène. ..... 28,74 2 . . . . aoo 

Sélénium l*^ 1 . : . . 495,91 



poids at. 695,91 

L'acide sélénieux hydraté se volatilise à une 
température moins élevée que l'acide sulfuri- 
que. Sa vapeur est d'un jaune foncé, et suscep- 
tible de cristalliser quand elle se refroidit len- 
tement. 

Il est très-soluble dans l'eau. 



()' 7' li-.çon 1 i; unMit 

Il y a une remarque très importante à faire , 
c'est que X acide sèlênieux est l'acide que M. Ber- 
zelius a nommé sèlènique. 



CHAPITRE III, 

ACIDE SÉLÉNIQUE (Se). 



I. COMPOSITION. 

fii poids. eu atonie*. 

Oxigène 37,68 3 . . . . 3oo 

Sélénium 62,32 1 . . . . 490,91 



100,00 poids atom. 795,91 

On ne le connaît qu'à l'état d'hydrate et de 
séléniate. 

L'acide sélénique hydraté est liquide et in- 
colore. 

Exposé à la chaleur, il commence à se dé- 
composer en oxigène et en acide sélénieux à 
partir de la température de 280°. A 290°, la 
décomposition est rapide. 

L'acide qui a été chauffé à 

i65° a une densité de 2,524 
267 — 2,600 

285° — 2,625 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

Dans ce dernier cas , l'acide contient un peu 
d'acide séiénieux. 

L'acide sélénique qui a été chauffé au-dessus 
de 280 paraît formé de 

Acide sélénique .... 84,^5 
Eau 1^,75 



La composition théorique, en supposant l'hy- 
drate formé de i atome d'acide et de i atome 
d'eau , est de 

Acide 87,62 

Eau i2,38 

100,00 

L'acide sélénique a une affinité pour l'eau 
qui est tout-à-fait comparable à celle de l'acide 
sulfurique pour le même liquide. 

L'acide hydrosulfurique ne le décompose 
pas. 

L'acide sélénique a une affinité des plus puis- 
santes pour les bases; aussi le séléniate de ba- 
ryte n'est-il pas décomposé complètement par 
l'acide sulfurique. 

L'acide sélénique fut découvert en 1 827 par 
MM. Mitscherlich et Nitzsch. Ils l'obtinrent en 
convertissant d'abord le sélénite de soude en 



LEÇON DE CHIMIE 



séléniate, au moyen du nitrate de soude, et 
ensuite en décomposant par l'acide hydrosulfu- 
rique le séléniate de plomb provenant de la dé- 
composition du séléniate de soude par le ni- 
trate de plomb. 



CHAPITRE IV. 

ACIDE HYDROSÉLÉNIQUE (Se H). 



COMPOSITION. 



en poids. en ■tome). 

Sélénium 97,4 1 . . . . 4<)5,oi 

Hydrogène 2,6 2 . . . . 12,48 



100,0 poids at. 5o8,39 

Il a beaucoup d'analogie avec l'acide hydfo- 
sulfurique. 

Il est gazeux. 

Il estsoluble dans l'eau. Cette dissolution agit 
sur les sels métalliques comme celle de l'acide 
hydrosulfurique. 

L'oxigène décompose rapidement sa solution. 
Il y a formation d'eau et dépôt de sélénium. Si 
la décomposition s'opère sur un corps poreux 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. <) 

qui a été plongé dans l'eau d'acide hydroséléni- 
que, ce corps se colorera ou se teindra, jusqu'à 
n ne certaine profondeur, de la couleur du sé- 
lénium. 



CHAPITRE V. 

SULFURE DE SELENIUM (S Se). 



COMPOSITION. 

en poids. eu atonies. 

Soufre 44>79 '• ■■•■ • • a • • • • 4°2,32 

Sélénium 55,2 1 \ . . . . 495,91 



100,00 poids at. 898,23 

M. Berzelius l'a obtenu en mêlant des solu- 
tions d'acide hydrosulfurique et d'acide sélé- 
nieux ; il se forme de l'eau et du sulfure de sélé- 
nium. Pour ce résultat, il faut 2 atomes d'acide 
hydrosélénique et 1 atome d'acide sélénieux. 
11 est très-fusible. 



Vous voyez que le sélénium a beaucoup d'a- 
nalogie avec le soufre, mais que cependant il 
en diffère en ce qu'il est moins inflammable, en 
ce qu'il est susceptible de former un oxide et 



ni 7 e LEÇON DE CHIMIE 

que l'acide sélénieux, qui correspond par sa 
composition de i atomes d'oxigène et de i ato- 
me de sélénium, à l'acide sulfureux, en diffère 
par son état solide. Quant à l'acide sélénique, 
il se rapproche beaucoup de l'acide sulfurique. 



PHOSPHORE (P). 

SIXIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLES. 



PREMIERE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — PHOSPHORE. 



I. NOMENCLATURE. 

Le mot phosphore est dérivé de deux mots 
grecs, <j>gp&>, porte, et <j>«ç, lumière. On a appelé 
le corps que nous étudions, phosphore de Kunc- 
kel, — d'Angleterre, — d'urine, pour le distin- 
guer de plusieurs autres substances qui ont la 
propriété de luire dans l'obscurité. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. I i 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le phosphore est solide jusqu'à la tempéra- 
ture de 43°, où il entre en fusion ; et s'il conti- 
nue à recevoir de la chaleur, il finit par se va- 
poriser. On indique généralement 290° pour 
la température où il entre en ébullition; sir 
H. Davy l'évalue à 27 1°, et M. Thénard au-des- 
sous de 200 . 

Le phosphore cristallise en octaèdres alon- 
gés. Quand il a été refroidi lentement, il est 
lamelleux. A zéro il est cassant; mais il com- 
mence à devenir ductile à mesure que la tem- 
pérature s'élève au-dessus de io°. 

Sa densité est de 1,77. 

Le poids de son atome est de 196,15. M. Ber- 
zelius prend 392,30, c'est-à-dire le double de 
196,15. 

-Le phosphore est incolore, et il nous offre 
un exemple à ajouter à ceux que nous ont pré- 
sentés le soufre et l'acide nitreux, relativement 
à l'influence que l'arrangement des particules 
d'un corps exerce sur la couleur de ce corps. 

Du phosphore qui avait été distillé plusieurs 
fois de suite, et qui avait paru plus pur à 
M. Thénard que des échantillons qui ne l'a- 



ir> 7 e LEÇON DE CHIMIE 

vaient été qu'une fois, a présenté à cet illustre 
chimiste la propriété de devenir noir lorsqu'a- 
près l'avoir fondu de 60 à 70 , on le plongeait 
subitement dans l'eau froide ; tandis que le 
même phosphore fondu à i5°, et refroidi len- 
tement, était incolore et transparent. 

M. Thénard est porté à croire que les échan- 
tillons de phosphore qui ne deviennent pas 
noirs par un refroidissement subit contiennent 
une petite quantité d'hydrogène qu'ils sont sus- 
ceptibles de perdre par plusieurs distillations 
successives. 

La densité de la vapeur du phosphore est de 
2,2002, suivant M. Dumas. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Exposé long-temps à la lumière dans le vide 
du baromètre, dans le gaz azote, le gaz hy- 
drogène, l'eau bouillie, etc., il prend une cou- 
leur rougeâtre. 

Soumis à l'action de l'électricité, il laisse dé- 
gager une très-petite quantité d'hydrogène; il 
est difficile de prononcer sur l'état de combi- 
naison où se trouve l'hydrogène dans le phos- 
phore. Il ne serait point étonnant que ces deux 
corps fussent combinés ensemble , mais il pour- 
rait se faire aussi que l'hydrogène provînt de 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. i3 

la décomposition d'une petite quantité d'hu- 
midité restée adhérente au phosphore ; car lors- 
qu'il s'agit de séparer les dernières parties d'un 
corps qui peuvent être, je ne dirai pas combi- 
nées, mais simplement adhérentes à la surface 
d'un autre, cela devient fort difficile, surtout 
quand les deux corps sont volatils. Dans tous 
les cas, cette expérience ne prouve nullement 
que le phosphore soit composé; car une fois 
qu'il a perdu la petite quantité d'hydrogène 
dont il est question, il continue à jouir de tou- 
tes les propriétés que nous regardons comme 
le caractérisant essentiellement. 

Le phosphore présente une propriété remar- 
quable relativement à son action sur l'oxigène. 
Si vous mettez du phosphore dans le gaz oxî- 
gène, sous la pression de o m -,76o de mercure, 
et à la température de 10 à i5°, il n'y aura 
pas d'action entre les corps; mais si vous éle- 
vez leur température à 38° environ, sur-le- 
champ la combinaison s'opérera avec un vif 
dégagement de lumière et de chaleur. C'est une 
expérience dont vous avez été témoins lorsque 
nous avons voulu connaître la pureté du gaz 
oxigène provenant de la distillation du chlo- 
rate de potasse. Nous avons introduit un mor- 



l4 "' LEÇON DE CHIMIE 

ceàu de phosphore dans un tube de verre rem- 
pli de mercure, et après l'avoir fondu, nous y 
avons fait passer du gaz oxigène bulle à bulle; 
la combinaison s'est opérée rapidement, et l'oxi- 
gène n'a pas laissé de résidu gazeux, parce qu'il 
était pur. Le résultat de cette combustion est 
de l'acide phosphorique. 

Si l'oxigène, au lieu d'être soumis à une pres- 
sion de o m, ,76o, ne l'est qu'à une pression de 
o m ,io à o m ,o5, que sa température soit com- 
prise entre 5 et 27 , et qu'il soit d'ailleurs hu- 
mide, le phosphore qu'on y plongera répandra 
des fumées blanches formées d'acide phospha- 
tique , ou plutôt d'acides phosphorique et phos- 
phoreux unis à l'eau qui se trouvait dans l'air 
à l'état de vapeur élastique. Cette observation 
due à M. Bellani, qu'en diminuant la pression 
que supporte l'oxigène, on le rend susceptible 
de contracter une combinaison avec un corps 
solide qu'il n'aurait pas formée auparavant à 
la même température, est contraire à ce qu'on 
pouvait imaginer, car il était plus naturel de 
croire qu'en écartant les particules d'un gaz en 
contact avec un solide , on diminuerait par là 
sa tendance à s'y combiner, plutôt qu'on ne 
l'augmenterait. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 1 5 

Si le phosphore répand des fumées dans l'air 
de l'atmosphère à la température ordinaire, 
sous une pression où il n'en répand pas dans le 
gaz oxigène, cela tient précisément à ce que 
l'oxigène qui est dans l'atmosphère n'y a qu'une 
faible tension, puisqu'il est mêlé avec quatre 
fois son volume d'azote. 

Vous voyez, messieurs, que les diverses tem- 
pératures auxquelles les corps s'unissent peuvent 
avoir de l'influence sur la nature de leurs com- 
binaisons, puisqu'en élevant la température du 
phosphore à 38°, la combustion se fait rapide- 
ment, et que le produit est du phosphore saturé 
d'oxigène ou de l'acide phosphorique , tandis 
que dans le cas où la combustion se fait lente- 
ment, le produit est de l'acide phosphatique. 

Il ne paraît pas y avoir de dégagement de 
lumière dans la combustion lente du phosphore 
observée à la lumière du jour; mais dans 
l'obscurité, le phosphore brille de cette lueur 
qu'on appelle lumière ou flamme phospho- 
rique. 

Le phosphore est susceptible de s'unir à 
l'oxigène en deux autres proportions qui pro- 
duisent l'acide phosphoreux et l'acide hypo- 
phosphoreux , et suivant plusieurs chimistes il 



£<S 7* LfiCOH Lit CHIMIE 

s'y combine encore en deux autres proportions 
qui constituent un oxide blanc et un oxide 
rouge. 

L'hydrogène et le phosphore ne sont pas sus- 
ceptibles de se combiner directement, mais ils 
peuvent dans certaines circonstances produire 
des combinaisons gazeuses, M hydrogène per- 
phosphoré et V hydrogène protophosphoré. 

Le phosphore paraît décomposer l'eau; au 
moins toutes les fois qu'il y est plongé un cer- 
tain temps, le liquide manifeste des proprié- 
tés acides, et en outre il contient de l'hydro- 
gène phosphore. Cependant on ne peut dire 
qu'il soit démontré par des expériences exactes 
que l'eau soit réellement décomposée, mais c'est 
l'opinion la plus probable. Quoi qu'il en soit, 
l'action du phosphore pour décomposer l'eau 
est extrêmement faible ; car, après un certain 
temps, les phénomènes qui semblent annoncer 
cette décomposition cessent absolument , et 
l'on n'a pas observé qu'à une température plus 
élevée que la température ordinaire, le phos- 
phore eût plus d'action sur l'oxigène de l'eau. 
C'est, au reste, un sujet qui mérite d'être étudié. 

Le phosphore est susceptible de se combiner 
avec le soufre en toutes sortes de proportions. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. in 

Ces combinaisons donnent lieu à un très -vif 
dégagement de chaleur, et quelquefois même, 
dit -on, à un dégagement de lumière. Il faut 
n'opérer que sur de petites quantités , et avec 
beaucoup de précaution , pour ne point courir 
le danger de se blesser. 

Quoique les combinaisons du phosphore avec 
le soufre se fassent, comme je viens de le dire, 
en toutes sortes de proportions, cependant il 
est extrêmement probable qu'il existe des com- 
binaisons définies, lesquelles sont susceptibles 
de se dissoudre dans un excès, soit de phosphore, 
soit de soufre, et qu'une de ces combinaisons 
a été obtenue par M. Faraday. Elle était formée 
de i atome de soufre et de 2 atomes de phos- 
phore. 

Le phosphore se comporte avec le sélénium 
de la même manière qu'avec le soufre. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Le phosphore exhale une odeur alliacée très- 
sensible, mais il n'est pas prouvé qu'elle appar- 
tienne à la vapeur même de ce corps; car, 
comme on sent cette odeur par l'intermédiaire 
de l'air, il n'est pas impossible qu'elle soit due à 
une petite quantité de phosphore oxigéné. Cette 



l8 7 e LEÇON DE CHIMIE 

hypothèse est d'autant plus probable, que de 
l'air dans lequel du phosphore a brûlé sans 
laisser de résidu solide, a l'odeur dont je 
parle. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Le phosphore n'existe dans la nature qu'à 
l'état de combinaison. On trouve des phos- 
phates dans le règne minéral; ceux de chaux, 
de magnésie, de soude, d'ammoniaque et de 
potasse, font partie des êtres organisés : le phos- 
phore uni à l'oxigène , à l'azote, au carbone et 
à l'hydrogène, forme la matière grasse du cer- 
veau. 

VI. PRÉPARATION. 

Nous ne pouvons décrire ici le procédé au 
moyen duquel on prépare le phosphore ; nous 
nous contenterons de dire qu'on réduit le phos- 
phate de chaux des os calcinés, au moyen de l'a- 
cide sulfurique, en sulfate et en surphosphate; 
qu'on expose ce dernier, après l'avoir séparé du 
sulfate, à l'action du charbon et de la chaleur, et 
qu'alors une partie de l'acide phosphorique est 
décomposée par le charbon, de manière que du 
phosphore est mis en liberté, pendant que l'oxi- 
gène qui y était uni se porte sur le charbon et 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. in 

produit de l'acide carbonique et de l'oxide de 
carbone. 

VII. USAGES. 

Il est employé à la fabrication des briquets 
qu'on nomme phosphoriques; à préparer l'a- 
cide phosphorique ; mais le phosphore, comme 
phosphore, n'est point utile dans l'art de la tein- 
ture, il ne nous intéresse que par les combinai- 
sons qu'il est susceptible de former. 

VIII. HISTOIRE. 

Brandt le découvrit en 1669. 



9. 



20 7 e LEÇON DE CHIMIE 



SECTION IL 

COMBINAISONS DU PHOSPHORE AVEC L'OXIGÈNE 
ET L'HYDROGÈNE. 



CHAPITRE IL 

ACIDE PHOSPHORIQUE. 



§ I er 

ACIDE PHOSPHORIQUE ANHYDRE (PP ou P»). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Oxigène 56,o3 5 . . . . 5oo,oo 

Phosphore 43,97 2 . . . . 392,30 



100,00 poids at. 892,30 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

11 est solide à la température ordinaire, fu- 
sible quand on le chauffe; mais, suivant sir 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ai 

H. Davy, quand il est parfaitement exempt d'eau, 
il ne se volatilise pas, quoiqu'on l'expose au 
rouge blanc. 

Il est plus dense que l'eau. 

Il n'a pas de couleur. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est soluble dans l'eau en toutes propor- 
tions : nous reviendrons sur les propriétés de 
cette solution en traitant de l'acide phospho- 
rique hydraté. 

Il est déliquescent. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Il ne se trouve dans la nature qu'à l'état salin. 

V. PRÉPARATION. 

On le prépare en brûlant, dans de l'oxigène 
qu'on a desséché au moyen du chlorure de cal- 
cium, du phosphore qu'on a privé d'eau en le 
distillant plusieurs fois : mais il est extrêmement 
difficile d'avoir l'acide phosphorique anhydre 
parfaitement pur, parce que, lorsqu'on brûle du 
phosphore dans le gaz oxigène sec, on est pres- 
que toujours obligé de faire usage de vaisseaux 
deverre; dès lors l'acide résultant de la combus- 
tion, se trouvant en contact à une température 



22 7 e LEÇON DE CHIMIE 

élevée avec le verre, décompose cette substance 
en s'unissant à l'alcali et à la silice qui la con- 
stituent. 

C'est à cause de cette difficulté de se procu- 
rer de l'acide phosphorique anhydre que l'on 
n'a guère étudié que l'acide hydraté. 

§ II. 

ACIDE PHOSPHORIQUE HYDRATÉ. 

I. COMPOSITION. 

M. Dulong estime que 120,6 parties d'acide 
phosphorique hydraté contiennent 20,6 parties 
d'eau qu'une chaleur rouge ne peut en séparer. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'acide phosphorique hydraté est solide, fu- 
sible et volatil. 

Il est susceptible de cristalliser. 

Lorsqu'il a été fondu, et refroidi sans le con- 
tact de l'humidité, il a l'aspect d'un verre trans- 
parent et incolore. 

11 est plus dense que l'eau. 

111. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est déliquescent. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 28 

Si on jette un fragment d'acide phosphori- 
que hydraté dans de l'eau, il se dissout en don- 
nant lieu à un dégagement de chaleur. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il a une saveur aigre, et peut être pris à 
l'intérieur quand sa dissolution dans l'eau est 
faible. 

Il n'a point d'odeur. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Il est un produit de l'art. 

VI. PRÉPARATION. 

On met 8 parties d'acide nitrique à 34°, dans 
une cornue de verre tubulée et bouchée à l'é- 
meri. Celle-ci doit être placée dans un bain de 
sable. On y adapte un ballon tubulé à long col; 
on assujétit dans la tubulure de ce ballon, au 
moyen d'un bouchon, un long tube de verre 
ouvert aux deux bouts; on divise i partie de 
phosphore en petits morceaux ; on en met un 
dans la cornue; on la ferme, puis on la chauffe. 
Le phosphore s'empare bientôt d'une partie de 
l'oxigène d'une portion de l'acide nitrique; il se 
dégage de l'acide nitreux et du deutoxide d'à- 



24 7 e LEÇON DE CHIMIE 

zote, et l'acide phosphorique produit se dissout 
dans l'acide nitrique indécomposé. On débouche 
la cornue pour y ajouter un morceau de phos- 
phore, et on continue ainsi jusqu'à ce que tout 
soit dissous. 

Il faut se garder de faire concentrer l'acide 
phosphorique dans le verre, de peur de l'atta- 
quer. C'est pourquoi il faut verser la liqueur 
de la cornue dans une capsule de platine où on 
en sépare les dernières portions d'acide nitri- 
que. Si l'on veut avoir un acide vitreux, il faut 
le chauffer dans un creuset de platine couvert, 
jusqu'à ce qu'on le juge suffisamment concentré. 

VIL USAGES. 

L'acide phosphorique n'est pas employé en 
teinture. Son action sur les matières coloran- 
tes a de l'analogie en général avec celle de l'a- 
cide sulfurique. 

VIII. HISTOIRE. 

Stahl avait confondu l'acide phosphorique 
avec l'acide hydrochlorique , puisqu'il regardait 
le phosphore comme un composé de phlogis- 
tique et d'acide hydrochlorique. Margraff fit 
voir que le produit acide de la combustion du 
phosphore avait des propriétés particulières. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. a5 

Enfin Lavoisier établit la vraie nature de l'a- 
cide phosphorique. 



CHAPITRE III. 

ACIDE PHOSPHOREUX. 



§ r. 

ACIDE PHOSPHOREUX (PP ou P> 



COMPOSITION. 

eu poids. en atomes. 

Oxigène 43,33 3 . . . . 3oo,oo 

Phosphore 56,67 a . . . . 392,30 

100,00 poids at. 692,30 

Cet acide n'a pas été obtenu anhydre. 

§ II. 
ACIDE PHOSPHOREUX HYDRATÉ. 

I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Acide phosphoreux 75,48 1 . . . . 692,30 

Eau 24,52 2 . . . . 224,96 

100,00 poids at. 917,26 



^6 7 e LEÇON DE CHIMIE 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Cristallisable en prismes alongés. 
Incolore. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est déliquescent, et par conséquent très- 
soluble clans l'eau. 

Il s'unit au gaz ammoniac : une douce cha- 
leur dégage de l'eau de la combinaison saline. 
C'est même le moyen de démontrer la compo- 
sition immédiate de l'acide phosphoreux hy- 
draté. 

Il n'absorbe que très- lentement l'oxigène 
gazeux. 

Les acides nitreux et nitrique le convertis- 
sent en acide phosphorique. 

Exposé à la chaleur, il dégage du gaz hydro- 
gène protophosphoré, et laisse un résidu d'a- 
cide phosphorique, probablement hydraté. En 
opérant au milieu de l'air, l'hydrogène proto- 
phosphoré s'enflamme, parce qu'il est échauffé. 

En admettant que l'hydrogène protophos- 
phoré soit formé de i atomes de phosphore et 
de G atomes d'hydrogène, 4 atomes d'acide phos- 
phoreux réagiront sur 3 atomes d'eau, de ma- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 27 

nière que 3 atomes d'acide phosphoreux , en 
prenant 3 atomes d'oxigène aux 3 atomes d'eau, 
-+- 3 atomes d'oxigène à i atome d'acide phos- 
phoreux, donneront 3 atomes d'acide phospho- 
rique, et les i atomes de phosphore de l'atome 
d'acide décomposé, en s'unissant avec les 6 ato- 
mes d'hydrogène des 3 atomes d'eau, donneront 
i atome d'hydrogène protophosphoré. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPT1QUES. 

Il a une saveur aigre. Il est inodore. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Produit de l'art. 

VI. PRÉPARATION. 

On verse du protochlorure de phosphore dans 
l'eau : ce liquide est décomposé; son oxigène 
forme avec le phosphore de l'acide phosphoreux, 
et son hydrogène forme avec le chlore de l'a- 
cide hydrochlorique. En faisant évaporer dou- 
cement la liqueur, ce dernier acide se dégage, 
et il reste de l'acide phosphoreux qui cristallise 
par le refroidissement. 

i at. de protochlorure de phosphore ={ , ,' 

1 1 r (phosphore i 

i at. d'acide hydrochlorique. .... = <l i 



1% 7 e LEÇON DE CHIMIE 

Conséquemment, s'il décompose 3 atomes 
d'eau, il y aura 

,, ., , , foxigène. . 3 

i atome d acide phosphoreux. . . . z={ , » . 

11 ( phosphore 2 

6 atomes d'acide hydrochlorique . . =!^ i fi 

VII. USAGES. 

Il n'est d'aucun usage. 

VIII. HISTOIRE. 

Il a été découvert par sir H. Davy. 



CHAPITRE IV. 

ACIDE HYPOPHOSPHOREUX. 



§ I er . 
ACIDE HYPOPHOSPHOREUX &). 



COMPOSITION. 



en poids. en atomes. 

Oxigène 27,66 3 . . . . 3oo,oo 

Phosphore .... 72,34 4 . . . . 784,60 



100,00 poids at. 1084,60 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2 g 

11 n'est connu qu'en combinaison avec l'eau 
et les bases salifiables. 

§11. 

ACIDE HYPOPHOSPHOREUX HYDRATÉ. 

Sa composition n'a point été déterminée par 
l'expérience. 

Il est liquide, visqueux et incristallisable. 

11 est soluble dans l'eau en toutes proportions. 

Les acides nitreux et nitrique le convertis- 
sent en acide phosphorique. 

Au feu il se comporte comme l'acide phos- 
phoreux hydraté, sauf qu'il donne du phos- 
phore avec l'hydrogène protophosphoré. 

En effet , supposons 4 atomes d'acide hypo- 
phosphoreux et 3 atomes d'eau décomposés par 
la chaleur, nous aurons les mêmes produits que 
précédemment, plus 8 atomes de phosphore 
mis en liberté. 

Il a une saveur aigre. 

Il n'est d'aucun usage. 

HISTOIRE ET PRÉPARATION. 

M. Dulong le découvrit en 1816. 
Il le prépara en traitant le phosphure de 
baryte par l'eau , filtrant la liqueur qui conte- 



3o 7 e LEÇON DE CHIMIE 

nait de l'hypophosphite de baryte, y ajoutant 
de l'acide sulfurique pour précipiter toute la 
baryte, puis faisant évaporer doucement la li- 
queur filtrée. 



CHAPITRE V. 

ACIDE PHOSPHATIQUE. 



Le phosphore qui brûle lentement dans l'air 
humide donne une liqueur acide qui a été prise 
pour de l'acide phosphoreux jusqu'à l'époque 
où sir H. Davy fit connaître l'acide phospho- 
reux à l'état d'hydrate pur. 

Pour recueillir facilement cette liqueur, on 
introduit des bâtons de phosphore dans des 
tubes de verre dont une extrémité a été effilée 
à la lampe ; on place ces tubes dans un enton- 
noir dont le bec s'engage dans l'orifice d'un fla- 
con : celui-ci est placé sur une assiette qui con- 
tient de l'eau ; on recouvre le tout d'une cloche 
portant deux petites ouvertures , une au som- 
met et l'autre en bas. 

D'après cette disposition , la combustion du 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE, 3r 

phosphore se fera constamment lentement, 
parce que son contact avec l'air sera gêné, et 
que le dégagement de chaleur ne sera jamais 
assez grand pour déterminer l'inflammation, 
par la raison que la masse du verre enlèvera 
une partie de la chaleur dégagée par la com- 
bustion. 

M. Dulong regarde l'acide phosphatique 
comme un composé d'acide phosphorique et 
d'acide phosphoreux hydratés, dans lequel le 
premier fait fonction d'acide, et le second celui 
de base. C'est là ce qu'il a voulu exprimer par 
le mot phosphatique, qui rappelle la dénomina- 
tion des sels formés par l'acide phosphorique. 

Les propriétés de l'acide phosphatique peu- 
vent se déduire de celles des deux acides qui 
le constituent, en considérant qu'ils ne sont 
qu'à l'état de simple mélange. 

M. Sage est le premier chimiste qui ait traité 
de l'acide phosphatique d'une manière spéciale. 



32 7* LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE VI. 

HYDROGÈNE PERPHOSPHORÉ ('P <H). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en Toi. en atomes. 

Phosphore. 94,02 ij) 3) (1 . . 3g2,3o 

Hydrogène. 5,g8 3) 6j ' »4 . . 24,96 

100,00 poids at. 417,26 

II. NOMENCLATURE. 

Gaz hydrogène phosphuré, gaz hydrogène 
phosphore. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est gazeux. 

Sa densité est de 1,761, suivant M. Dumas. 

Il est incolore. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

ioo m d'eau bouillie en dissolvent 2,1 4 d'hy- 
drogène perphosphoré , suivant MM. Henry et 
Davy. 

Dès que ce gaz a le contact de l'atmosphère, 



APPLIQUÉK A LA TEINTURE. 33 

il s'enflamme; et si on le fait arriver lentement 
et par bulle à la surface de l'eau ou du mercure, 
en inclinant doucement dans ces liquides une 
cloche remplie de ce gaz, l'inflammation est 
accompagnée d'un phénomène remarquable : 
ce sont des cercles d'une fumée blanche qui 
s'élèvent dans l'air en s'élargissant de plus en 
plus. Cette fumée est une sorte de vapeur vési- 
culaire formée d'acide phosphorique ou phos- 
phoreux et d'eau. 

Si on fait passer de l'hydrogène perphos- 
phoré bulle à bulle dans une cloche de gaz oxi- 
gène, il y a détonnation, formation d'eau et d'un 
oxacide de phosphore; mais jamais tout ce com- 
bustible n'est brûlé, une quantité notable se 
dépose en pellicules jaunâtres. Le résultat est 
le même lorsque la température de l'oxigène 
est de no à 120°, et quel que soit l'excès de 
l'oxigène. 

M. Dumas est parvenu à brûler complète- 
ment le gaz hydrogène perphosphoré en mêlant 
des volumes égaux d'oxigène et d'acide carbo- 
nique, chauffant ce mélange de 100 à 120 , et y 
faisant arriver bulle à bulle de l'hydrogène per- 
phosphoré mêlé avec de l'acide carbonique : la 
lumière est faible et jaunâtre. Suivant M. Du- 

3 



34 7 e LEÇON DE CHIMIE 

mas, 8 volumes d'hydrogène perphosphoré ab- 
sorbent alors i5 volumes d'oxigène; 6 volumes 
brûlent 1 1 volumes d'hydrogène, et 9 en bru- 
lent 3 de phosphore, pour former de l'acide 
phosphoreux, et non de l'acide phosphorique, 
comme on le croit généralement. 

Lorsqu'on fait passer du gaz oxigène dans 
un tube de verre étroit qui contient de l'hy- 
drogène perphosphoré, il n'y a pas d'inflamma- 
tion, le phosphore brûle lentement, à l'exclusion 
de l'hydrogène, et donne naissance à des fumées 
blanches. Cela tient à ce que le phosphore s'unit 
à l'oxigène à une température moins élevée que 
l'hydrogène, et que la masse du verre en contact 
avec le mélange absorbe assez de la chaleur dé- 
veloppée par la combustion du phosphore, pour 
que la température de l'hydrogène soit abaissée 
au-dessous du degré nécessaire pour qu'il s'en- 
flamme. 

L'azote n'a aucune action sur ce gaz. 

Le soufre chauffé dans l'hydrogène perphos- 
phoré le décompose en s'unissant à ses deux 
élémens ; il se produit du sulfure de phosphore 
et du gaz acide hydrosulfurique. 

L'hydrogène perphosphoré , abandonné à 
lui -mémo, laisse déposer du phosphore, et 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 35 

passe à l'état d'hydrogène protophosphoré. 

Lorsqu'on l'expose à une chaleur suffisante 
dans un tube de porcelaine, il se décompose en 
hydrogène protophosphoré. 

Soumis à une suite d'étincelles électriques, il 
laisse déposer du phosphore. 

L'hydrogène perphosphoré dissous dans l'eau 
réduit un assez grand nombre d'oxides métalli- 
ques qui sont à l'état salin; il se forme en gé- 
néral de l'eau et des phosphures métalliques. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'odeur de l'hydrogène perphosphoré est as- 
sez difficile à constater, puisqu'il est si facile- 
ment dénaturé par le contact de l'air; cepen- 
dant on lui reconnaît généralement une odeur 
alliacée très-forte, parce que cette odeur est 
celle de l'hydrogène protophosphoré, et qu'elle 
se manifeste quand on prépare l'hydrogène per- 
phosphoré. 

L'eau qui est saturée de ce gaz a une saveur 
amère très - sensible , en même temps qu'elle 
exhale une odeur alliacée. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

C'est un produit de l'art; cependant quelques 

3. 



',() 7 e BEÇON DE CHIMIE 

personnes admettent qu'il se forme clans la pu- 
tréfaction de plusieurs matières organiques. 

VII. PRÉPARATION. 

Le procédé le plus simple pour prépa- 
rer l'hydrogène perphosphoré consiste à met- 
tre dans une fiole du phosphore avec une solu- 
tion très-concentrée de potasse. En élevant la 
température des corps, l'eau est décomposée, 
son hydrogène forme, avec une portion de phos- 
phore, de l'hydrogène perphosphoré, et son oxi- 
gène forme, avec une autre portion de phos- 
phore, de l'acide hypophosphoreux qui s'unit 
à la potasse. L'hydrogène perphosphoré est con- 
stamment mêlé d'une certaine quantité d'hydro- 
gène pur, et dans une proportion assez con- 
stante de 37°,5 du premier à Ô2°,5 du second, 
suivant M. Dumas. 

On ne connaît aucun procédé qui donne de 
l'hydrogène perphosphoré exempt d'hydrogè- 
ne; mais, au reste, au moyen du sulfate de 
cuivre, qui absorbe l'hydrogène perphosphoré 
sans toucher à l'hydrogène, il est toujours facile 
de déterminer la proportion suivant laquelle les 
gaz sont mélangés. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE". 3 7 

A ; III. HISTOIRE. 

M. Gingembre le découvrit en 1 783. 

La composition de l'hydrogène perphos- 
phoré a été établie, dans ces derniers temps, 
par M. Dumas. 



CHAPITRE VIL 

HYDROGÈNE PROTOPHOSPHORÉ (*P 6 H). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en vol. en atomes. 

Phosphore. . 91,29 i) fa . . . . 392,30 

Hydrogène.. 8,71 3/ ~ 2 \6 . . . . 37,44 

100,00 poids at. 429,74 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est gazeux. 
Sa densité est de 1,214. 
Le décimètre cube pèse 1^,5777, suivant 
M. Dumas. 
Il est incolore. 



Jo / c leçois DE CI11A11E 

111. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

i mesure d'eau dissout '_ mesure de ce gaz, 
suivant sir H. Davy. 

Il diffère de l'hydrogène perphosphoré en ce 
qu'il n'est pas spontanément inflammable lors- 
qu'il a le contact de l'air. 

Si on mêle dans un eudiomètre i volumes 
d'hydrogène protophosphoré avec 6 ou 8 vo- 
lumes d'oxigène, et qu'on enflamme le mé- 
lange par un moyen quelconque, par exemple 
en soulevant l'eudiomètre de manière à dimi- 
nuer la pression des gaz, il y a constamment 4 
volumes d'oxigène employés à convertir les élé- 
mens du gaz en eau et en acide phosphorique, 
savoir : i \ qui brûlent l'hydrogène , et i \ qui 
brûlent le phosphore. 

Lorsqu'on fait détonner i volumes d'hydro- 
gène perphosphoré et 3 volumes d'oxigène , 
il se produit de l'eau et de l'acide phospho- 
reux, ainsi que M. Thomson l'a observé. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Analogues à celles du précédent. 

V. ÉTAT NATUREL. 

11 est un produit de l'art. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3iJ 

VI. PRÉPARATION. 

On l'obtient en faisant bouillir l'acide phos- 
phoreux, l'acide phosphatique, ou l'acide hypo- 
phosphoreux, et recevant le gaz qui s'en dégage 
sur le mercure. 

On peut encore le préparer en faisant passer, 
dans une cloche placée sur le mercure, de l'a- 
cide hydrochlorique concentré, et du phos- 
phure de chaux en poudre enveloppé dans du 
papier Joseph. 

VIL HISTOIRE. 

Il a été caractérisé par sir H. Davy en 1812 : 
avant cette époque on avait bien fait mention 
d'un gaz hydrogène phosphore qui n'était point 
inflammable à l'air; mais on ne savait en quoi 
il différait essentiellement de l'hydrogène per- 
phosphoré. 



^O 7 e LEÇON DE CHIMIE 

ARSENIC (As)- 

SEPTIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLES. 



PREMIERE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — ARSENIC. 



I. NOMENCLATURE. 

Cobalt testacé. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'arsenic est solide ; il se volatilise à une tem- 
pérature de i8o°, et ce qu'il faut remarquer, c'est 
qu'il ne se fond pas quand il est chauffé sous la 
simple pression de l'atmosphère ; mais s'il était 
renfermé dans une cavité dont les parois fus- 
sent résistantes, il se liquéfierait. 

Sa densité est de 5,96. 

Son poids atomistique est de 47°? I2 '■> M. Ber- 
zelius le compte double de ce nombre. 

Il est cassant et susceptible d'être réduit 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4 1 

en poudre fine ; c'est pour cette raison qu'il 
était considéré par les anciens chimistes comme 
un demi-métal. 

Il cristallise, toutes les fois que sa vapeur se 
condense lentement, en octaèdre ou en té- 
traèdre. 

Il est conducteur de la chaleur et de l'élec- 
tricité. 

Suivant M. Dumas, la densité de la vapeur 
d'arsenic est de 5, 1839. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est susceptible de s'unir à l'hydrogène en 
deux proportions, lorsque l'hydrogène est à l'é- 
tat naissant. 

Il se combine aisément avec l'oxigène à l'aide 
de la chaleur, le produit est de Y acide arsé- 
i lieux. 

Dans d'autres circonstances, l'arsenic peut 
absorber une plus grande quantité d'oxigène 
et passer à l'état diacide arsénique. 

L'arsenic exposé à la température ordinaire 
dans l'air atmosphérique, qui contient toujours 
de la vapeur d'eau, se recouvre d'une poudre 
noire qui a été considérée par M. Berzelius com- 
me un protoxide; mais il est probable qu'elle 



4'2 7 e LEÇON DE CHIMIE 

n'est qu'un mélange, ou peut-être une combinai- 
son d'arsenic métallique et d'acide arsénieux. Ce 
qu'il y a de certain, c'est que de l'arsenic ex- 
posé à l'air après avoir été réduit en poudre trè£- 
divisée, augmente de poids, et qu'ensuite lors- 
qu'on le soumet à l'action de la chaleur, on ob- 
tient de l'acide arsénieux et de l'arsenic. Il est 
encore certain que dès que l'arsenic est recou- 
vert d'une légère couche noire, l'action de l'air 
semble s'arrêter tout-à-fait sur le métal qui est 
au-dessous de cette couche. 

Il ne se combine point avec l'azote. 

Il se combine avec le soufre en trois propor- 
tions définies; mais on peut n'obtenir que des 
combinaisons indéfinies en chauffant l'arsenic 
et le soufre dans des vaisseaux de verre. 

Il enlève le soufre à l'hydrogène à l'aide de 
la chaleur. 

L'arsenic est susceptible de s'unir en propor- 
tions indéfinies avec le sélénium et le phos- 
phore; il se produit des combinaisons qui ne 
sont pas acides. 

Il ne décompose pas l'eau. 

Les acides ni treux et nitrique le convertissent 
en acide arsénieux, et en acide arsénique s'ils 
sont employés en excès. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4^ 

L'acide sulfurique bouillant le convertit en 
acide arsénieux; il se développe du gaz acide 
sulfureux. 

L'arsenic est susceptible de réagir sur l'acide 
arsénique dissous dans l'eau : il se dégage de 
Y hydrogène arsénique. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'arsenic est inodore; il ne paraît être délé- 
tère que quand il est uni avec quelques corps. 
Ce qu'il y a de certain, c'est que la matière que 
l'on emploie pour empoisonner les mouches, 
et qu'on appelle vulgairement cobalt testacé 
ou cobalt tue-mouches, contient de l'acide arsé- 
nieux ; et c'est bien certainement cet acide qui 
est le poison. L'arsenic combiné avec d'autres 
corps que l'oxigène est également délétère. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve dans la nature à l'état natif, à 
l'état de sulfure, d'arséniure et d'arséniate. 

VI. EXTRACTION. 

On l'obtient en général en grillant des mines 
arsenicales dans des fourneaux à réverbère. L'ar- 
senic qui est dans la plupart de ces mines à 



44 7 e LEÇON DE CHIMIE 

l'état métallique se volatilise : une portion, en 
brûlant, produit de l'acide arsénieux. 

VIL USAGES. 

L'arsenic entre dans la composition de plu- 
sieurs alliages. Il y a quelques-unes de ses com- 
binaisons qui ont été employées en teinture, et 
qui le sont encore. J'en dirai un mot en traitant 
des sulfures d'arsenic. 



SECTION II. 

COMBINAISONS DE UARSENIC AVEC L'OXIGÈNE, 
LE SOUFRE ET L'HYDROGÈNE. 



CHAPITRE IL 

ACIDE ARSÉNIEUX (As'). 

I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Oxigèuti 2 <»>i9 3 . . . . 3oo 

Arsenic 7-J,^' 2 . . . . 94 »»,'-' ' -\ 

100,00 poids at. 1 240,24 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. \ > 

IT. NOMENCLATURE. 

Arsenic blanc, oxide d'arsenic. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Solide. Plus volatil que l'arsenic; quand on 
le chauffe en petite masse dans un vaisseau 
d'une grande capacité, il se volatilise avant de 
se liquéfier. 

Il est en masse transparente vitreuse ou en 
masse opaque ayant l'aspect de l'émail. 

Il cristallise en tétraèdres ou en octaèdres. 

Sa densité est de 3,71. 

Il est incolore. Souvent celui du commerce 
est coloré en jaune par du sulfure d'arsenic. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'acide arsénieux est soluble dans 80 parties 
d'eau froide et dans 1 5 parties d'eau bouillante ; 
et c'est pour cette raison que quand on fait une 
dissolution saturée à chaud, cette dissolution se 
trouble abondamment par le refroidissement. 

L'acide arsénieux a toutes les propriétés des 
acides, quant à la réaction qu'il exerce sur la 
teinture de tournesol, aux caractères de ses 
combinaisons avec les bases salifiables; néan- 



4^> 7" LEÇON DE CHIMIE 

moins je dois dire qu'il y a des réactifs colorés 
qui éprouvent certains changemens de la part 
des corps décidément acides, et qui n'en éprou- 
vent pas de la part de l'acide arsénieux. Lors- 
que je traiterai des principes colorans, je re- 
viendrai sur cet objet. 

L'acide arsénieux est susceptible de se dis- 
soudre en plus grande quantité dans des liqui- 
des qui contiennent de l'acide hydrochlorique 
et de l'acide nitrique que dans l'eau pure ; mais 
ces combinaisons ne peuvent être considérées 
comme des sels. 

L'acide arsénieux chauffé avec du gaz hy- 
drogène se décompose ; il en résulte de l'eau et 
de l'arsenic métallique. 

Il est décomposé à chaud par le soufre, i ato- 
mes d'acide arsénieux et 9 atomes de soufre 
donnent 3 atomes de gaz sulfureux et 2 ato- 
mes de deutosulfure d'arsenic. 

Enfin, lorsqu'on verse de l'acide hydrosulfu- 
rique dissous dans l'eau dans la solution de l'a- 
cide arsénieux, il se produit sur-le-champ un 
très-beau précipité jaune -orangé du deutosul- 
fure d'arsenic. 

Il faut 3 atomes d'acide hydrosulfurique pour 
décomposer \ atome d'acide arsénieux; il se 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ^ 

forme alors 3 atomes d'eau et i atome de deuto- 
sulfure d'arsenic. 

Lorsqu'on chauffe dans une cornue de verre 
i partie d'acide arsénieux réduit en poudre avec 
3 ou 4 parties d'acide nitrique à 34°, et i par- 
tie d'acide hydrochlorique fumant, l'acide arsé- 
nieux se combine avec de l'oxigène, et devient 
acide arsénique. Il faut, pour opérer cette con- 
version , que i atome d'acide arsénieux s'unisse 
à i atomes d'oxigène. Dès que la liqueur a pris 
de la viscosité, il faut la transvaser de la cornue 
dans une capsule de porcelaine où on l'évaporé 
à siccité pour séparer l'acide nitrique de l'acide 
arsénique; mais il y a des précautions à prendre, 
par la raison que si l'on chauffait trop forte- 
ment le résidu , on séparerait les deux atomes 
d'oxigène qui se sont combinés avec l'atome 
d'acide arsénieux , et alors l'acide arsénique re- 
passerait à l'état d'acide arsénieux. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'acide arsénieux a une odeur d'ail quand il 
a été réduit en vapeur; et c'est la cause de l'o- 
deur que produit l'arsenic lorsqu'on le projette 
sur des charbons ardens au milieu de l'air. 



48 ~ e LEÇON DE CHIMIE 

il est extrêmement délétère. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

L'acide arsénieux se trouve dans la nature. 

VIL PRÉPARATION. 

On le prépare pour ainsi dire accidentellement. 
Lorsqu'on grille des mines de cobalt arsenicales 
dans des fours à réverbère, l'arsenic métallique 
qui s'en dégage est brûlé et converti en acide 
arsénieux qui se condense dans des cheminées. 
Pour le purifier, on le sublime dans des vaisseaux 
de fonte cylindriques recouverts d'un cône. 

VIII. USAGES. 

L'acide arse'nieux forme avec le deutoxide de 
cuivre des combinaisons de couleur verte qui 
sont employées principalement dans la fabri- 
cation des papiers peints. Il est possible d'ap- 
pliquer ces combinaisons sur les étoffes. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. fa 

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CHAPITRE III. 

ACIDE ARSÉNIQUE (As As ow As.), 



COMPOSITION. 



Oxigène 34,755 5 . . . . 5oo 

Arsenic 65,28 2 . . . . 940,24 



100,00 poids at. 1440,24 

H. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'acide arsénique est solide; il ne peut être 
volatilisé sans décomposition. 
Il est incolore. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il s'unit à toutes les bases salifiables, et ses 
caractères acides sont bien plus prononcés que 
ceux de l'acide arsénieux. 

Si l'on verse de l'acide arsénique et de l'acide 
arsénieux dans deux verres où l'on a mis de 
la teinture de tournesol, on remarque que le 
premier mélange est beaucoup plus rouge que le 

4 



5o ~ r LEÇON DE CHIMIE 

second. Pour bien entendre la raison de ces dif- 
férences, il faut concevoir qu'en versant un acide 
dans la teinture de tournesol en quantité suffi- 
sante, une portion s'empare de l'alcali de ce der- 
nier, et la couleur rouge de sa matière colorante 
se manifeste ; mais cette couleur rouge est modi- 
fiée par la réaction même de la seconde portion 
d'acide. Or, c'est à cette dernière réaction qu'il 
faut attribuer les différences qu'on observe dans 
la couleur du tournesol qu'on a rougi avec des 
acides différens. 

L'acide arsénique est déliquescent; i parties 
d'eau froide suffisent pour le dissoudre. 

Par l'action de la chaleur, il perd les deux 
cinquièmes de son oxigène, et passe à l'état 
d'acide arsénieux. 

L'acide arsénique est décomposable par l'hy- 
drogène et par le soufre ; il se produit dans le 
dernier cas du gaz acide sulfureux et du deuto- 
sulfure d'arsenic. 

Il l'est également par le phosphore. 

Il est encore décomposé par l'acide hydrosul- 
furique , mais sa décomposition ne s'opère pas 
aussi facilement que celle de l'acide arsénieux. Il 
faut quelque temps pour qu'on s'aperçoive de la 
réaction des corps , qui est annoncée par le dé- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 £ 

veloppement d'une couleur jaune. Il se produit 
du tritosulfure d'arsenic. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'acide arsénique a une saveur aigre; c'est 
un poison plus violent encore que l'acide arsé- 
nieux. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Il ne se trouve dans la nature qu'à l'état 
d'arséniate. 

VI. PRÉPARATION. 

J'ai indiqué les moyens de l'obtenir. 

VII. USAGES. 

L'acide arsénique a été employé dans quel- 
ques ateliers de teinture, principalement dans 
ceux de toiles peintes. * 



4- 



5 2 7 e LEÇON DE CHIMIE 



CHAPITRE IV. 

PROTOSULFURE D'ARSENIC ( 2 S 'As). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Soufre 29,97 : .... 2 ... • 4oa,32 

Arsenic 70,03 2 . . . . 9/40,24 



100,00 poids at. 1342,06 

II. NOMENCLATURE. 

Sulfure d'arsenic rouge, îéalgar. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide, fusible et volatil. 
Il cristallise. Sa forme dérive d'un prisme 
rhomboidal oblique. 
Sa densité est de 3,3. 
Il est rouge , opaque , ou demi-transparent. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Lorsqu'il est chauffé avec le contact de l'air 
ou de l'oxigène, il est converti en acides arsé- 
nieux et sulfureux. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 53 

Les 2 atomes de soufre absorbent 4 atomes 
d'oxigène , et les 2 atomes d'arsenic en absor- 
bent 3. 

L'acide nitrique le convertit en acides sulfu- 
rique et arsénique. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Le protosulfure d'arsenic est vénéneux, mais 
moins que les autres combinaisons d'arsenic. 
Dans certains pays on l'emploie comme pur- 
gatif. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

Cette substance existe dans la nature. On 
pourrait bien la pre'parer, mais il y aurait à 
surmonter quelque difficulté dans le cas où 
l'on voudrait obtenir précisément la combi- 
naison qui constitue le protosulfure, par la 
raison que ce composé est susceptible de se 
dissoudre en toutes proportions, soit dans le 
soufre, soit dans le deutosulfure d'arsenic. 



54 7" LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE V. 

DEUTOSULFURE D'ARSENIC ( 3 S »As), 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atonus. 

Soufre 39,09 3 . . . . 6o3,48 

Arsenic 60,91 : .... 2 ... . 940/24 



100,00 • poids at. i543,72 

Il correspond à l'acide arsénieux; car nous 
avons vu que 1 atome d'acide arsénieux et 3 
atomes d'acide hydrosulfurique donnent 1 atome 
de deutosulfure et 3 atomes d'eau. 

II. NOMENCLATURE. 

Il porte le nom de sulfure jaune ou à' orpi- 
ment, à cause de sa couleur. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Ce sulfure est susceptible de se fondre et de 
se volatiliser comme le précédent. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il se combine à plusieurs bases salifiables, 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 55 

entre autres à l'ammoniaque, à la soude, à la 
potasse, avec lesquelles il forme des composés 
so.ubles dans l'eau. Quand il est ainsi dissous 
dans la potasse ou dans la soude , il a une ac- 
tivité très-remarquable pour absorber de l'oxi- 
gène. C'est en vertu de cette propriété qu'on 
l'emploie pour préparer un bleu d'application, 
dont on se sert dans les manufactures de toiles 
peintes. 

Ainsi le sulfure d'arsenic , qui à la tempéra- 
ture ordinaire ne se combine pas à l'oxigène 
de l'air, quand il sera dissous dans la potasse 
aura une combustibilité plus grande, et pourra 
être employé comme matière combustible pro- 
pre à enlever l'oxigène à quelques substances. 

Il se comporte à l'air et avec l'acide nitrique 
comme le précédent. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Elles sont analogues à celles du protosul- 
fure. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve dans la nature. 

VII. PRÉPARATION. 

Il n'est pas inutile de dire comment on 
prépare un sulfure d'arsenic jaune propre à 



56 7 e LEÇON DE CHIMIE 

teindre la soie en cette couleur, parle procédé 
de M. Braconnot. On prend i partie de soufre, 
2 parties d'acide arsénieux et 5 parties de po- 
tasse du commerce, et on soumet le mélange 
des matières à l'action de la chaleur dans un 
creuset de terre. Quand elles ont été tenues au 
rouge pendant une demi-heure ou trois quarts 
d'heure, on laisse refroidir le creuset; puis on 
en retire la matière fondue; on la délaie dans 
l'eau; on filtre le liquide, et l'on y verse enfin de 
l'acide sulfurique faible : il se forme du sulfate 
de potasse qui reste seul en dissolution, tandis 
que du sulfure d'arsenic se dépose en flocons 
d'un jaune citron, qui, recueillis et desséchés, 
passent à la couleur jaune orangée. Nous ver- 
rons dans la deuxième partie du cours l'emploi 
en teinture du sulfure d'arsenic ainsi préparé. 
Vous pouvez observer déjà que les étoffes co- 
lorées par cette matière ne pourront point ré- 
sister à l'action des liqueurs alcalines, surtout 
à chaud. 

VIII. USAGES. 

Nous venons de dire qu'il entre dans la com- 
position d'un bleu d'application, et qu'il sert à 
teindre la soie. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. $•] 

CHAPITRE VI. 

TRITOSULFURE D'ARSENIC ( 5 S -As)': 



COMPOSITION. 



en poids. en aiomes. 

Soufre , 5i,68 . . . . . 5 . . . ioo5,8o 

Arsenic 48,32 2 . . . 94 °? 2 4 



100,00 poids at. 19^6,04 

Ce sulfure correspond à l'acide arsénique. 
Prenons 1 atome d'acide arsénique , 

. J 5 oxicrène, 

qui est = < b . ' 

1 I 2 arsenic, 

et traitons -le par 5 atomes d'acide hydrosulfu- 
rique, 

. (5 soufre , 

qui sont = < i 1 ' > 
1 (10 hydrogène, 

nous aurons 5 atomes d'eau et 1 atome de tri- 
tosulfure d'arsenic. 

L'acide hydrosulfurique décompose, en ef- 
fet, la solution d'acide arsénique , mais l'action 
est plus lente que celle qu'il exerce sur la solu- 
tion de l'acide arsénieux. 



7 e LEÇON DE CHIMIK 



Il est moins fusible que le soufre. 

Il se sublime sans altération. 

Ce sulfure est d'un jaune moins orangé que le 
deutosulfure; quand il a été fondu, il est trans- 
parent, d'un rouge jaunâtre pâle. 

Il est insoluble dans l'eau. 

Il rougit la teinture de tournesol lorsqu'on l'y 
fait bouillir. 



CHAPITRE VIL 

GAZ HYDROGÈNE ARSÉNIURÉ ('As 6 H). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en Toi. en atomes. 

Arsenic. . . 96,17 . a) _ 1 ) _ . . 94<VM 

Hydrogène. 3,83 . ii| ~ ' ° U 3 } — Z . . 3 7 ,44 

100,00 poids at. 977,68 

II. NOMENCLATURE. 

Gaz hydrogène arsenical; gaz hydrogène ar- 
sèniqué. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il se liquéfie sous la pression de o",76o, à une 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5g 

température de 3o à 32° au-dessous de zéro. 
C'est M. Stromeyer qui l'a obtenu le premier 
à l'état liquide. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Une suite d'étincelles électriques le décom- 
posent : de l'hydrogène est mis en liberté , et 
de l'arsenic se précipite à l'état d'hydrure. 

Il est réduit par la chaleur à de l'hydrogène 
et à de l'arsenic. 

Ce gaz n'éprouve aucune action de la part du 
gaz oxigène sec, tant que la température n'est 
pas élevée ; mais le mélange des gaz détonne par 
la chaleur et l'étincelle électrique ; il se forme 
de l'eau et de l'acide arsénieux. 

Lorsqu'on allume avec une bougie une cloche 
de gaz hydrogène arséniuré au milieu de l'at- 
mosphère, il y a inflammation ; mais tout l'arse- 
nic ne brûle pas; une portion se dépose à l'état 
d'une poudre d'un brun marron, qui est de l'hy- 
drure d'arsenic. * 

Ce gaz est décomposé par l'eau aérée ; il se 
produit de l'acide arsénieux; de l'arsenic et de 
l'hydrogène sont mis en liberté. 

Le soufre chauffé dans ce gaz produit du sul- 
fure d'arsenic et de l'acide hydrosulfurique. 



7 e L1Ç0K DE CHIMIE 
Y. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQl ES. 

Il a une odeur nauséabonde. 
Il est extrêmement délétère. 

VI. PRÉPARATION. 

On prépare le gaz hydrogène arséniuré en 
traitant un alliage de 2 parties d'arsenic et de 3 
parties d'étain, par l'acide hydrochloiïque, dans 
une fiole munie d'un tube à gaz. L'alliage doit 
être réduit en poudre. Rien n'est plus aisé que 
d'expliquer ce qui se passe. L'acide hydrochlo- 
rique, formé de chlore et d'hydrogène, se dé- 
compose. Le chlore se porte sur l'étain, et l'hy- 
drogène sur l'arsenic; et comme l'hydrogène 
arséniuré est galeux, il se dégage, et le chlo- 
rure d'étain reste dans la fiole où l'on opère. 
On pourrait également admettre une décom- 
position de l'eau, et, dans ce cas, ce serait un 
hydrochlorate de protoxide d'étain qui serait 
produit. Ce gaz est toujours mêlé d'hydrogène. 

On peut déterminer la proportion du mé- 
lange, ainsi que l'a fait M. Dumas, en l'agitant 
avec la solution du sulfate de cuivre qui dis- 
sout l'hydrogène arséniuré, à l'exclusion de l'hy- 
drogène. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. () I 

VII. HISTOIRE. 

Il a été découvert par Schéèle, et étudié d'une 
manière spéciale par M. Stromeyer. 



CHAPITRE VIII. 

HYDRURE D'ARSENIC. 



I. PROPRIÉTÉS. 

Vhjdrure d'arsenic est pulvérulent , d'une 
couleur brune rougeâtre. Lorsqu'on l'expose à 
l'action de la chaleur et de l'air, il brûle avec 
flamme, en donnant lieu à une production d'eau 
et d'acide arsénieux. 

L'hydrure d'arsenic est insipide. 

II. PRÉPARATION. 

La manière de le préparer est très -simple. 
Elle consiste à électriser sous l'eau de la poudre 
d'arsenic, en la mettant en communication 
avec le fil négatif d'une pile ; le courant élec- 
trique étant établi , l'oxigène de l'eau se porte 



02 7 e LEÇON DE CHIMIE APPL. A LA TEINT. 

an pôle positif, et son hydrogène au pôle né- 
gatif, où il s'unit à la poudre d'arsenic. 

Cette expérience est très-propre à démontrer 
l'influence que l'électricité peut exercer pour 
déterminer la combinaison des corps en gé- 
néral. 

On peut encore obtenir l'hydrure d'arsenic 
en mettant l'arséniure de potassium en contact 
avec l'eau. Alors l'oxigène de ce liquide se porte 
sur du potassium et forme de la potasse, et son 
hydrogène se combine avec l'arsenic : il se 
produit non -seulement de l'hydrure d'arse- 
nic, mais encore de X hydrogène arséniuré. 

III. HISTOIRE. 

L'hydrure d'arsenic a été découvert par 
sir Humphry Davy. Il a été ensuite étudié par 
MM. Gay-Lussac et Thénard. 



HUITIEME LEÇON. 



MOLYBDÈNE (Mo). 

HUITIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE 



Il n'a été obtenu qu'en petits grains cassans, 
d'une densité de 8,6 1 1 , suivant Bucholz. 

Le poids atomistique du molybdène est de 
598,6. 

A froid, il paraît être inaltérable par le con- 
tact de l'air; à chaud il produit une vapeur qui 
est susceptible de se condenser en poussière ou 
en cristaux blancs. Ce produit est de l'acide mo- 
lybdique. 

Le molybdène donne encore avec l'oxigène 
1 combinaisons : un acide molybdeux , qui est 
bleu, et un oxide brun. 

Il s'unit au soufre. 

Pelletier dit qu'il s'unit au phosphore. 

Il n'existe dans la nature qu'à l'état de sul- 
fure et de molybdate de protoxide de plomb. 



•2 S* LEÇON DE CHIMIE 

C'est en chauffant l'acide molybdique dans 
un creuset brasqué qu'on obtient le molybdène 
à l'état métallique. 

Ce métal n'est point employé en teinture. 

Cronstedt distingua le premier le sulfure de 
molybdène de la plombagine. Schéèle, en 1778, 
obtint l'acide molybdique en traitant ce minéral 
par l'acide nitrique; enfin Hielm, en 1782, ré- 
duisit l'acide molybdique en métal. 

Voici les proportions de plusieurs composés 
de molybdène. 



ACIDE MOLYBDIQUE (Mo). 

cd poids. en atomes. 

Oxigène 33,3g 3 . . . . 3oo 

Molybdène. . . . 66,61 1 . . . . 5g8,6o 



100,00 poids at. 898,60 

L'acide molybdique cristallise en petites ai- 
guilles blanches. 

Il exige 960 parties d'eau bouillante pour se 
dissoudre. 

Il est désoxigéné par l'hydrogène à l'état nais- 
sant, par le charbon, par le soufre. 

ti parties d'acide molybdique et 1 partie de 
molybdène triturées avec la quantité d'eau né- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

cessaire pour réduire le mélange en bouillie, 
donnent l'acide molybdeux. Quand le mélange 
est devenu bleu, on ajoute 8 à 10 parties d'eau, 
on fait bouillir, et on filtre la dissolution à 49° . 



ACIDE MOLYBDEUX (Mo). 

en poids. en atomes. 

Oxigène 25, 04 2 . . . . 200 

Molybdène 74>96 1 . . . . 598,60 



100,00 poids at. 798,60 

Il est bleu et soluble dans l'eau. 



OXIDE DE MOLYBDÈNE (Mo). 

Oxigène i4,3i 1 .... 100 

Molybdène 85,69 1 . . . . 598,60 



100,00 poids at. 698,60 



SULFURE DE MOLYBDÈNE («S Mo). 

Soufre 40,19 2 . . . . 402, 3ï 

Molybdène $9,81 1 . . . . 598,60 

100,00 poids at. 1000,9a 

1. 



8 e LEÇON DE CHIMIE 



CHROME (Ci). 

NEUVIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION. — CHROME. 



I. NOMENCLATURE. 

Le mot chrome vient du grec y&co/xa, cou- 
leur. Cette dénomination fait allusion à la pro- 
priété colorante du corps auquel on la appli- 
quée. 

IL PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le chrome n'a point encore été obtenu en 
masse compacte d'un volume assez considé- 
rable pour qu'on en ait étudié les propriétés 
physiques avec quelque précision. Celui qu'on a 
préparé était en grains ou en masse poreuse; 
il était cassant , fort dur, et fort peu fusible. 

Son poids atomistique est de 7o3,64- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A froid il ne se combine pas à l'oxigène sec 
ou humide. 

A chaud il se convertit en oxide. 

L'acide nitrique paraît être le seul acide qui 
soit susceptible de l'attaquer d'une manière 
sensible. En en distillant à plusieurs reprises 
20 parties sur i partie de chrome, on finit par 
convertir le métal ou au moins une portion 
en acide chrômique. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Le chrome se trouve dans la nature en as- 
sez grande quantité, mais engagé dans diverses 
combinaisons. 

V. PRÉPARATION. 

On chauffe aussi fortement que possible à 
une bonne forge l'oxide de chrome renfermé 
dans un creuset brasqué. Le chrome est un des 
métaux les plus réfractaires. 

VI. USAGES. 

Il n'est d'aucun usage à l'état métallique, 
mais son oxide et plusieurs de ses sels sont 
aujourd'hui fréquemment employés comme ma- 
tières colorantes. 



6 8 e LEÇON DE CHIMIE 

VII. HISTOIRE, 

Le chrome fut découvert en 1 797 par M.Vau- 
quelin , dans le plomb rouge de Sibérie. 



SECTION IL 

COMBINAISONS DU CHROME AVEC L'OXIGÈNE. 
ACIDE CHROMIQUE (Cr). 



COMPOSITION. 

en poids. *n atomes, 

Oxigène 46,02 G . . . . 600 

Chrome 53,98 1 . . . . 703,64 

100,00 poids at. i3o3, 64 

On ne connaît l'acide chrômique qu'à l'état 
hydraté et de sel. 



APPLIQUÉE A LA TEIJNTURE. 

ACIDE CHROMIQUE HYDRATÉ (Cr 2 IV 



L COMPOSITION. 

L'acide chrômique hydraté est formé 

en poids. en atnmcs. 

Acide chrômique. . 85,28 i . . . . i3o3,6/ t 

Eau i4>72 2 . . . . 224,96 



100,00 poids at. 1 528,60 

IL PROPRIÉTÉS. 

L'acide chrômique hydraté desséché est d'un 
rouge orangé. 

Il cristallise difficilement. 

Il est déliquescent, conséquemment très-so- 
luble dans l'eau. La solution a une saveur très- 
acide, austère et métallique. 

Pour se rendre compte du rôle que joue l'a- 
cide chrômique dans les actions chimiques, il 
faut le considérer sous deux rapports : comme 
acide qui tend à neutraliser les alcalis, et com- 
me corps oxigénant qui tend à abandonner une 
portion de son oxigène. 

Sous le premier rapport, l'acide chrômique y 
en se combinant aux bases salifiables, forme 
des sels colorés en rouge et en jaune dont quel- 
ques-uns sont susceptibles de colorer les étoffes. 



8 8° LEÇON DE CHIMIE 

Tel est surtout le chrômate de plomb, matière 
qui donne des jaunes qu'il est facile de faire pas- 
ser à l'orangé. 

Sous le second rapport, l'acide chrômique 
tend à abandonner une partie de son oxigène, 
et à passer à l'état d'oxide ; par exemple : 

A. Chauffé, il perd la moitié de son oxigène, 
et se réduit en oxide vert. 

La lumière du soleil tend à effectuer la mê- 
me décomposition. 

B. Chauffé avec l'acide sulfurique concentré, 
il se produit un sulfate d'oxide de chrome vert 
et un dégagement d'oxigène. 

Mêlé avec l'acide sulfureux, il produit du 
sulfate de chrome. 

Mêlé avec l'acide hydrosulfurique, il se forme 
de l'eau et de l'oxide de chrome; du soufre est 
mis à nu. 

Lorsqu'on voudra employer l'acide chrômi- 
que en teinture, il ne faudra jamais perdre de 
vue les propriétés que nous venons de lui re- 
connaître. S'il s'agit de le fixer sur une étoffe 
par une base salifiable, on en choisira une 
qui ne soit pas disposée à se suroxigéner, et on 
éloignera l'acide du contact de toute matière 
assez combustible pour le désoxigéner. 



APPLIQUEE A LA TEIKTURE. 

OXIDE VERT DE CHROME (Ci). 

en poids. en atomes. 

Oxigène 29,89 3 . . . . 3oo 

Chrome 70,11 1 . . . . 703,64 



100,00 poids at. ioo3,G j 

Il est vert; et s'il est à l'état d'hydrate gélati- 
neux, il se dissout dans l'eau de potasse et les 
acides nitrique, sulfurique, etc., etc.; tandis 
que, s'il a été fortement séché, il ne s'y dissout 
pas. Ses dissolutions sont vertes. 

Comme il n'est pas décomposé à la chaleur 
la plus forte du four à porcelaine, il est em- 
ployé avec succès pour colorer les poteries fines 
et les émaux en vert olive. 



DEUTOXIDE DE CHROME (Cr). 

en poids. en atomes. 

Oxigène 36,24 4 • • • • 4o<J 

Chrome 63,76 1 . . . . 703,64 



100,00 poids at. 1 io3,64 

Préparations de chrome utiles à fart de la tein- 
ture. 

On trouve en France, dans le département 
du Var, un minéral connu sous le nom de fer 



10 8 e LEÇON DE CHIMIE 

chromé, qui paraît essentiellement formé d'oxide 
vert de chrome, de fer oxidé, et peut-être d'alu- 
mine. Après l'avoir réduit en poudre et mélangé 
avec la moitié de son poids de nitrate de potasse, 
on en emplit un creuset de terre aux 7 ~ de sa 
capacité; on ferme le creuset avec un couvercle 
de terre, et on l'expose à une chaleur graduée 
jusqu'au rouge cerise; on soutient cette tempé- 
rature pendant une ou plusieurs heures, suivant 
la quantité de matière. A l'aide de la chaleur, 
l'acide nitrique se décompose, son oxigène se 
porte sur l'oxide de chrome, et le convertit en 
acide chrômique qui neutralise la potasse. Lors- 
qu'on traite la matière refroidie par l'eau, le 
chrômate de potasse est dissous, à l'exclusion de 
l'oxide de fer qui était uni à l'oxide de chrome. 

11 y a presque toujours une certaine quantité 
de fer chromé qui n'a pas été attaquée : si on 
voulait en extraire le chrome, il faudrait traiter 
ce résidu par l'acide hydrochlorique, laver la 
partie insoluble, et la chauffer avec '- de son 
poids de nitre. 

La lessive de chrômate de potasse n'est pas 
pure; elle est mêlée d'acide manganésique, d'a- 
lumine et de silice, qui sont dissous par un lé- 
ger excès de potasse. Il faut en conséquence la 



APPLIQUÉE A. LA TEINTURE. I l 

faire bouillir pour en précipiter l'acide manga- 
nésique ; neutraliser l'excès d'alcali par l'acide ni- 
trique; et si on a mis trop d'acide, ajouter un peu 
de sous-carbonate de potasse, filtrer, puis faire 
cristalliser le chrômate de potasse. 

Ce sel une fois obtenu en cristaux, peut ser- 
vir à préparer tous les chromâtes insolubles, 
l'acide chrômique et l'oxide de chrome. 

On prépare les chromâtes insolubles en ver- 
sant la solution aqueuse de chrômate de po- 
tasse dans la solution d'un sel quelconque 
dont la base forme avec l'acide chrômique un 
chrômate insoluble. Il suffit, pour obtenir ce 
dernier à l'état de pureté, de le laver avec 
soin. 

On prépare l'acide chrômique en dissolvant 
du chrômate de baryte dans l'acide nitrique, 
précipitant la baryte par la quantité d'acide 
sulfurique strictement nécessaire pour la neu- 
traliser-, puis faisant évaporer presque à siccité 
la liqueur, qui doit avoir été filtrée dans un filtre 
de papier lavé à l'acide hydrochlorique. 

L'oxide de chrome peut être obtenu en dis- 
tillant dans une cornue le chrômate de prot- 
oxide de mercure. L'oxigène de l'oxide et la 
moitié de celui de l'acide se dégagent avec le 



12 «S c LEÇON DE CHIMIE 

mercure réduit en vapeur, et il reste de l'oxide 
vert de chrome. 

On peut encore, en chauffant au rouge dans 
un creuset de terre fermé, comme l'a fait M. Las- 
saigne, parties égales de chrômate de potasse 
et de soufre, traitant la matière fondue et re- 
froidie par l'eau, obtenir l'oxide de chrome. 



TUNGSTÈNE (Tu). 

DIXIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



Il est appelé scheelium , scheelin , wolfra- 
muun par quelques savans. 

Sa couleur est un gris de fer éclatant; il est 
très-dur et très-difficile à fondre. 

Sa densité est de 17,4 a 17,6. 

Son poids atomistique est de 1 1 83,-2. 

Le tungstène ne se combine pas à froid avec 
l'oxigène sec, mais à chaud il s'y unit en pro- 
duisant du feu : si la température n'est pas 
élevée, il se convertit en acide tungstique qui 
est jaune, et dans le cas contraire en un oxide 
qui est brun. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

11 paraît se combiner au soufre et au phos- 
phore. 

Les acides sulfurique et hydrochlorique n'ont 
pas d'action sur lui. 

L'acide nitrique le convertit en acide tungs- 
tique. 

Le tungstène existe dans la nature à l'état de 
tungstate de chaux et de tungstate double de 
protoxides de fer et de manganèse. 

On peut obtenir l'acide de ces deux espèces 
de sels en les traitant par l'acide hydrochlori- 
que : le résidu contient l'acide tungstique. En le 
faisant digérer dans l'ammoniaque , il se forme 
un tungstate soluble qu'on fait cristalliser en 
aiguilles par évaporation spontanée. Ces ai- 
guilles, purifiées par cristallisation et chauffées 
avec précaution, se réduisent à de l'acide tungs- 
tique. 

L'acide tungstique, chauffé dans un creuset 
brasqué, est ramené à l'état métallique. 

Le tungstène n'est pas employé en teinture. 
L'acide tungstique fut découvert par Schéèle 
en 178 r, et il fut réduit en métal par les frè- 
res d'Elhuyart. 

Voici les proportions de plusieurs composés 
de tungstène. 



l/j. 8 e LEÇON DE CHIMIE 

ACIDE TUNGSTIQUE (Tu). 

en poids. en atonies. 

Oxigène 20,23 3 . . . . 3oo 

Tungstène 79>77 1 . . . . 11 83,2 

100,00 poids at. 1/483,-2 

11 est jaune de citron. 

Insoluble dans l'eau. 

Il devient bleu quand on le met dans un 
verre avec de l'eau, du zinc et de l'acide by- 
drochlorique ou sulfurique. 

Une température rouge en sépare une partie 
de son oxigène. 

Il devient vert par son exposition à la lu- 
mière. 



OXIDE DE TUNGSTENE (Tu). 

en poids. en alomes. 

Oxigène i4?46 2 . . . . 200 

Tungstène 85,54 1 . . . . 11 83,2 



100,00 poids at. 1 383,2 

On peut l'obtenir en faisant passer un cou- 
rant d'hydrogène sur de l'acide tungstique qui 
est chauffé au rouge dans un tube de verre. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 1 5 

SULFURE DE TUNGSTÈNE (,S Tu). 

en poids. en atomes. 

Soufre 25,37 2 . . . . 402, 32 

Tungstène 74,63 1 . . . . 1183,20 



100,00 poids at. i585,52 

CARBONE (C). 

ONZIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIERE SECTION. 



CHAPITRE PREMIER. — CARRONE. 

On donne le nom de carbone à un corps fixe 
qui s'unit au gaz oxigène, sans en changer le 
volume, et qui forme alors le gaz acide carbo- 
nique. 

Si on soumet le diamant à cette épreuve, 
comparativement avec du noir de fumée qu'on 
aura obtenu en faisant passer de la vapeur 
d'huile de lavande, ou de toute autre huile es- 



if) 8 e LEÇON DE CHIMIE 

scnticlle, dans un tube tic porcelaine rouge de 
feu , et qui aura été ensuite exposé à une cha- 
leur rouge blanche dans un creuset fermé, on 
trouvera à ces deux substances les caractères 
du carbone; c'est-à-dire que des poids égaux de 
chacune d'elles convertiront les mêmes volumes 
d'oxigène en des volumes égaux d'acide carbo- 
nique, et que le poids de l'acide carbonique pro- 
duit par chacune des deux substances représen- 
tera le poids de l'oxigène, plus le poids de chaque 
corps qui s'y est uni. Certes, quand l'expérience 
conduit à confondre dans une espèce deux sub- 
stances aussi distinctes que le sont entre elles 
le diamant et le carbone noir, il faut que l'ar- 
rangement, soit des particules, soit des atomes 
qui constituent une particule, ait une bien 
grande influence sur les propriétés physiques 
delà matière; car assurément le carbone noir et 
le diamant paraissent plutôt les deux extrêmes 
d'une série de corps, qu'ils ne paraissent appar- 
tenir à une même espèce. On voit par ce fait qu'il 
n'y a point de science aussi propre que la chi- 
mie à déterminer la nature des corps, car elle 
démontre l'identité de deux substances qui sont 
extrêmement différentes pour le physicien. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. \n 

I. NOMENCLATURE. 

Le mot de carbone exprime que le corps 
qui porte ce nom est la partie essentielle du 
charbon. 

IL PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. Du diamant. 

Il cristallise en octaèdre. 

Sa densité est de 3,55. 

Il est remarquable par son extrême dureté. 

Sa réfraction est extrêmement forte. 

Il ne conduit pas l'électricité. 

Il suffit de l'exposer un instant aux rayons 
du soleil pour qu'il répande une lumière sen- 
sible dans l'obscurité. 

B. Du carbone noir. 

Le carbone noir est également solide et fixe ; 
sa forme varie, mais aujourd'hui elle ne peut 
être ramenée à un type régulier, en sorte que 
la cristallisation du carbone noir nous est in- 
connue. 

Sa densité est de 2 environ : il est très-pro- 
bable que si on la déterminait sur du carbone 
qui aurait été réduit en poudre impalpable, et 



l8 8 e LEÇON DE CHIMIE 

dont on aurait séparé tout l'air qui peut y adhé- 
rer, on la trouverait plus grande. 

Il est opaque, et sa couleur est un type au- 
quel on rapporte celle de beaucoup d'autres 
corps. Cependant, lorsqu'il est très-divisé dans 
l'eau et qu'on le voit par transmission, il paraît 
bleu. 

Le carbone noir diffère du diamant, en ce 
qu'il est conducteur de l'électricité; mais pour 
constater cette propriété dans le charbon ordi- 
naire, il est nécessaire que celui-ci ait été for- 
tement calciné ; car s'il n'était pas entièrement 
dépouillé d'hydrogène et d'oxigène , il ne con- 
duirait pas l'électricité. 



Le poids atomistique du carbone est de 76,63. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 



Le carbone est susceptible de se combiner 
à l'oxigène en trois proportions, qui ont été 
déterminées avec exactitude. Les composés qui 
en résultent sont : l'oxide de carbone, l'acide 
carboneux ou oxalique, et l'acide carbonique. 
Toutes les fois que le gaz oxigène se combine 
directement au carbone et à chaud, il en ré- 
sulte de l'acide carbonique. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ig 

Si la température du carbone est élevée jus- 
qu'au rouge, la combustion est des plus vives. 
On remarque qu'il y a, i° dégagement de cha- 
leur; 2° dégagement de lumière; 3° manifesta- 
tion d'électricité. 

Il se dégage beaucoup de chaleur, car i 
partie de charbon est susceptible d'en fondre 
109,9 ^ e gl ace à zéro. 

La lumière est des plus éclatantes, non pas 
qu'il se produise une flamme étendue , mais le 
carbone solide, qui n'est pas encore brûlé , ré- 
pand le plus vif éclat. 

Suivant M. Pouillet, il se manifeste de l'élec- 
tricité pendant cette combustion ; car il a trouvé 
que le charbon qui brûle est électrisé négati- 
vement, tandis que l'acide carbonique produit 
l'est positivement. 

S'il n'y a point de détonation , comme il y en 
a lorsqu'on enflamme un mélange d'oxigène et 
d'hydrogène, cela tient à l'état des corps. Le car- 
bone brûlant à l'état solide, la couche extérieure 
est d'abord embrasée et se combine à l'oxigène; 
en même temps elle échauffe la couche suivante 
et la met dans les conditions propres à brûler à 
son tour; il en résulte que la combustion se pro- 
page de la surface extérieure aux parties inté- 

2. 



UO 8* LLÇON DE CHIMIE 

rieures, mais cette propagation est toujours 
lente. La combustion de l'hydrogène s'opère 
tout autrement : ce corps étant gazeux et mé- 
langé avec l'oxigène, s'y trouve dans un état de 
division extrême; dès lors, quand vous enflam- 
mez un pareil mélange, il y a, dans un temps 
très-court, un très-grand nombre de parties qui 
prennent part à la combustion ; et comme elles 
s'échauffent beaucoup et se dilatent, de manière 
à occuper subitement un bien plus grand vo- 
lume que celui qu'elles occupaient auparavant, 
elles frappent l'air avec force : de là le phéno- 
mène de la détonation. Mais si le carbone brûle 
sans bruit dans le gaz oxigène, vous concevrez 
très-bien comment il en produit, si on le mêle 
intimement avec une matière qui contient l'oxi- 
gène à l'état solide, et qui est susceptible, par 
l'élévation de la température, de le lui céder 
rapidement pour le convertir en gaz acide 
carbonique. C'est ce qui arrive au mélange 
de charbon et de nitrate de potasse fait dans 
des proportions convenables : il détonne forte- 
ment quand on y met le feu après l'avoir ren- 
fermé dans un canon. Dans ce cas, le mélange 
des matières solides donnant lieu, dans un très- 
court espace de temps, à un volume considérable 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. 21 

de gaz, doit présenter un phénomène analogue 
à celui d'un mélange gazeux, qui n'est détonant 
que parce que les gaz qui le constituent occu- 
pent tout-à-coup, en brûlant rapidement, un vo- 
lume bien plus grand qu'avant leur combustion. 

Le diamant est susceptible de brûler dans 
le gaz oxigène comme le carbone noir, mais il 
exige plus de chaleur. La meilleure manière de 
le faire brûler consiste à le placer dans une 
capsule de platine très-mince et trouée, et à 
faire tomber sur le diamant, qui est renfermé 
dans une cloche ou un ballon plein de gaz 
oxigène, le foyer d'une lentille exposée à la 
lumière directe du soleil. 

C'est en opérant la combustion du carbone 
noir ou du diamant dans un appareil d'où rien 
ne peut s'échapper, qu'on observe quel'oxigène 
forme de l'acide carbonique sans changer de 
volume ; bien entendu qu'il faut pour cela que 
le carbone noir soit exempt d'hydrogène. 

De même que vous avez vu a volumes d'hy- 
drogène et i volume d'oxigène mélangés, sou- 
mis à une température comprise entre 34o° et 
la température rouge obscur, se combiner len- 
tement sans dégagement de lumière sensible 
e* sans explosion, de même du charbon suffi- 



a a 8 e leçon de chimie 

samment divisé , par exemple, tel qu'il se trouve 
dans le charbon de copeaux de sapin, brûle len- 
tement à une température de 280 à 3oo°, sans 
répandre de lumière. Il y a plus, c'est que le 
charbon poreux peut brûler lentement même à 
la température ordinaire; mais cette combus- 
tion paraît s'arrêter lorsque le volume de l'acide 
carbonique produit se trouve dans la propor- 
tion convenable pour saturer le pouvoir absor- 
bant du charbon qui n'a pas brûlé. 

L'hydrogène est susceptible de s'unir au car- 
bone dans un assez grand nombre de propor- 
tions définies; mais si ces corps peuvent s'unir 
ensemble directement, c'est dans des circon- 
stances qui n'ont pas encore été exactement dé- 
terminées. 

L'azote peut se combiner avec le carbone 
dans certaines circonstances, et les résultats de 
Ja combinaison sont : i° lorsque la proportion 
de l'azote est faible, le charbon animal; 2 lors- 
que les corps se sont unis atome à atome, le cya- 
nogène, fluide élastique qu'il importe au tein- 
turier de connaître, à cause des belles couleurs 
qu'il produit en s'unissant avec un grand nom- 
bre de substances. 

Le soufre que l'on fait passer sur le carbone 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ^3 

rouge, s'y combine dans le rapport de i atomes 
de soufre à i atome de carbone. Ce composé 
est liquide, il se nomme sulfure de carbone. 

Le carbone peut se combiner avec une moin- 
dre proportion de soufre, et former un composé 
solide noir. 

Il est susceptible d'enlever l'oxigène à l'hy- 
drogène; c'est ce qu'on voit en faisant passer 
de la vapeur d'eau dans un tube de porcelaine 
contenant du carbone rouge de feu. 11 se pro- 
duit de l'acide carbonique, et de l'hydrogène 
est mis en liberté. 

Il serait facile de se rendre compte de cette 
expérience, si ces produits étaient les seuls qu'on 

obtînt. En effet ; 

,, \ i at. hydrocène, 

i atome d eau =< . J ■ , D 

\ i at. oxigene, 

• , , ( 2 at. oxiqène, 

i atome acide carbonique = < ? 

M (i at. carbone. 

Pour former de l'acide carbonique il faudrait 

,. (4 hydrogène, 

2 atomes d eau =< J ■ > 8 ' 

} 2 oxigene, 

contre i atome de carbone , car, en supposant 
que la décomposition s'opérât comme je viens 

de le dire , on aurait 

-, , • (i oxigene, 

i atome acide carbonique —l j car bone 

+ 4 atomes d'hydrogène, 



^4 8" LEÇOW 1)K CHIMIE 

Mais en faisant passer de la vapeur d'eau dans 
un tube de porcelaine qui contient du carbone 
rouge de feu, le résultat est plus compliqué que 
celui que nous venons d'indiquer; et voici pour- 
quoi : l'acide carbonique mis en contact avec 
le carbone à une haute température, se change 
en oxide de carbone, de telle sorte que i atome 
d'acide carbonique, en s'unissant à i atome de 
carbone, forme i atomes d'oxide de carbone. 

Si la combinaison avait lieu dans cette pro- 
portion, le résultat serait i atomes d'oxide de 
carbone + [\ atomes d'hydrogène; mais ce n'est 
ni ce résultat, ni le premier que l'on obtient. Il 
est très-probable qu'en faisant passer la vapeur 
d'eau sur le charbon rouge de feu, il se pro- 
duit d'abord de l'acide carbonique; mais que 
ce même acide, rencontrant du carbone en ex- 
cès, s'y combine pour donner naissance à de 
l'oxide de carbone. 11 est certain que si vous 
aviez une colonne de charbon suffisamment 
longue, et dont la température serait élevée au 
rouge, en arrêtant l'émission de la vapeur d'eau 
à une certaine époque, vous n'obtiendriez que 
de l'oxide de carbone avec de l'hydrogène; mais 
ce n'est pas le cas qui se présente ordinaire- 
ment. Des lors vous devez avoir un mélange 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 'j5 

d'acide carbonique, d'oxide de carbone et d'hy- 
drogène. 

Les oxides d'azote, dont la température est 
suffisamment élevée, et qui ont en même temps 
le contact du carbone, sont réduits en acide 
carbonique et en azote. Rien de plus aisé que 
de déterminer quels seront les résultats de 
cette décomposition. Prenons par exemple un 
volume de protoxide d'azote : il est égal à ~ vo- 
lume d'oxigène -}- i volume d'azote; si nous y 
brûlons du carbone, nous aurons i volume 
d'azote -{- \ volume d'acide carbonique. Si nous 
prenons 

il j j' ( ï oxicène, 

i vol. deutoNide d azote =< x ° 
( 2 azote, 

pour y faire brûler du carbone, nous aurons ; 
volume d'azote + ' acide carbonique; de sorte 
que le volume des gaz restera le même. 

La vapeur nitreuse est décomposée par le 
carbone : on obtient de l'acide carbonique et 
de l'azote. 

L'acide nitrique concentré dissout le car- 
bone noir et forme un composé astringent. 

L'acide nitrique très - concentré , surtout 
quand il est mélangé avec un quart de son 
poids d'acide sulfurique hydraté , embrase le 



'J.6 8 e LEÇON DE CHIM11 

charbon très-divisé et légèrement chaud, sur 
lequel on le répand doucement et de manière 
à l'humecter seulement. 

L'acide sulfureux est réduit par le carbone 
rouge à du soufre et à de l'acide carbonique. Il 
est très-aisé de déterminer le rapport suivant 
lequel cette réaction s'opère, puisque nous sa- 
vons que l'acide sulfureux contient 2 atomes 
d'oxigène contre 1 atome de soufre. Il y aura 
donc 1 atome de soufre mis en liberté pour 
chaque atome d'acide carbonique produit. 

L'acide sulfurique hydraté est décomposé par 
le carbone noir, à une température peu élevée, 
en acide sulfureux et en acide carbonique. Mais 
si on faisait passer de l'acide sulfurique sur le 
carbone rouge en excès, on obtiendrait du sou- 
fre et de l'oxide de carbone. 

Les acides oxigénés de phosphore sont sus- 
ceptibles de perdre leur oxigène lorsqu'on les 
met en contact avec du carbone à une tempé- 
rature suffisante : c'est même lé procédé que 
l'on suit ordinairement pour obtenir le phos- 
phore. On désoxigène par ce combustible l'a- 
cide phosphorique qui est en excès dans le sur- 
phosphate de chaux. 

Le carbone est également susceptible d'en- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l'J 

lever l'oxigène à l'arsenic, ainsi qu'au molyb- 
dène, au tungstène et au chrome; et c'est par 
son intermède qu'on réduit à l'état métallique 
ces mêmes métaux lorsqu'ils sont unis à l'oxi- 
gène. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore et insipide. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve dans la nature à l'état de diamant 
et à celui d'une matière noire qu'on appelle 
antracite, dont la densité est assez considérable. 

On le trouve encore à l'état de carbone hy- 
drogéné, contenant en même temps une cer- 
taine proportion d'oxigène; telle est la houille, 
ou charbon de terre. Enfin, il existe dans la 
nature à l'état d'acide carbonique, soit libre, 
soit uni à un grand nombre de bases salifiables. 

Presque toutes les matières organiques con- 
tiennent du carbone comme élément essentiel. 

VI. PRÉPARATION. 

Quand on veut s'en procurer de pur, on fait 
passer, comme nous l'avons dit, de l'huile de 
térébenthine dans un tuyau de porcelaine luté 
extérieurement, qu'on fait chauffer au rouge. 



s8 :>° LtCO> DE CHIMIE 

On retire le charbon du tube quand il est re- 
froidi, et on le chauffe ensuite au blanc dans 
un creuset de platine qu'on a renfermé dans 
un creuset de terre. 

VIL USAGES. 

Le carbone et l'hydrogène sont les bases de 
toutes les matières combustibles que nous brû- 
lons pour nous procurer de la chaleur et de 
la lumière. 

Le charbon vége'tal et le charbon animal, 
c'est-à-dire le charbon qu'on obtient par la dis- 
tillation du bois et celui qu'on prépare en dis- 
tillant les os, présentent des faits qui intéres- 
sent trop les arts en général, et la théorie de la 
teinture en particulier, pour que je puisse me 
dispenser d'entrer à ce sujet dans quelques dé- 
tails. Ils feront la matière d'un appendice que 
je placerai après l'histoire des composés définis 
de carbone dont je vais traiter dans la section 
suivante. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 29 



SECTION II. 

COMBINAISONS DU CARBONE AVEC L'OXIGÈNE, 
L'HYDROGÈNE, L'AZOTE ET LE SOUFRE. 



CHAPITRE II. 

OXIDE DE CARBONE (Ga). 





I. COMPOSITION. 




poids. volume. alomej. 


Oxigène . 
Carbone . 


. 56,65 . . . i- ) ( ï .... 100 
. 43,35 . . . i / T l 1 1 . . . . 76,53 




100,00 poids at. 176,53 




II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 



Il est gazeux, et n'a pas été liquéfié. 
Sa densité est de 0,9732. 
Le décimètre cube pèse ï*'*, 2643. 
Il est incolore. 



3o 8 e LEÇON DE CHIMIE 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

ioo mesures d'eau bouillie n'en dissolvent 
que 6,2 mesures à la température de i8°. 

L'hydrogène, l'azote, le soufre, le sélénium, 
le phosphore, l'arsenic, le molybdène, le tung- 
stène, le chrome, ne font éprouver aucun chan- 
gement à l'oxide de carbone. 

L'oxide de carbone se combine avec l'oxigène 
lorsque la température est suffisamment élevée. 
Qu'on introduise dans un eudiomètre 

Oxigène i vol. 

Oxide de carbone i vol. 

après la combustion on aura i volume d'acide 
carbonique et f volume d'oxigène. Or, comme 
nous avons vu que i volume d'acide carbo- 
nique contient i volume d'oxigène, et que 
de i volume d'oxigène qu'on a mêlé à i vo- 
lume d'oxide de carbone pour le brûler, on en 
retrouve 7 volume, il est évident que le volume 
d'oxide de carbone brûlé devait contenir - vo- 
lume d'oxigène. 

La flamme de l'oxide de carbone est bleue et 
très-pâle , et cela doit être, d'après ce que nous 
avons dit de la flamme de l'hydrogène (3 e le- 
çon, p. i3), puisque la première ne contient 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE, 3l 

pas plus de matière solide que la seconde. 
Le charbon et le fer chauffés au rouge faible, et 
à plus forte raison, une bougie enflammée qu'on 
plonge dans un mélange de i volume d'oxide de 
carbone et de ; volume d'oxigène, déterminent 
la combinaison des gaz : elle s'opère avec une 
assez forte détonation. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'oxide de carbone est inodore, insipide et 
délétère. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Il ne se trouve pas dans la nature. 

VI. PRÉPARATION. 

On peut le préparer en soumettant à la distilla- 
tion dans une petite cornue de verre le composé 
appelé oxalate deplomb, parfaitement desséché. 
S'il ne l'était pas, le produit contiendrait du gaz 
hydrogène carboné. 

Dans cette opération, on obtient un mélange 
d'acide carbonique et d'oxide de carbone : en 
l'agitant sur le mercure avec de l'eau de potasse, 
on absorbe le premier gaz à l'exclusion du se- 
cond. Le résidu de la distillation est un mé- 
lange de plomb métallique et de protoxide. 



Si 8 e LEÇON DE CHIMJE 

On peut encore préparer l'oxide de carbone 
par le procédé de M. Dumas, qui consiste à faire 
chauffer dans un matras i partie de bioxalatede 
potasse et 6 parties d'acide sulfurique concentré. 
Le gaz est toujours mêlé d'acide carbonique, 
qu'il faut en séparer au moyen de la potasse. 

VII. USAGES. 

Il n'est d'aucun usage en teinture, mais la 
connaissance de ses propriétés est indispensable 
pour bien connaître le carbone. 

VIII. HISTOIRE. 

Il a été découvert par Priestley, qui l'obtint 
en distillant des poids égaux d'oxide de zinc et 
de charbon fortement calciné. Gruiskhank et 
MM. Clément et Desormes en ont fait connaître 
la composition à peu près dans le même temps. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 33 



CHAPITRE III. 

ACIDE CARBONIQUE (Ca). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en toi. en atomes. 

Oxigène 72,02 2 ) ( a . . . . 200 

Carbone 27,68 1 ) ( 1 . . . . 76,53 

100,00 poids at. 276,53 

II. NOMENCLATURE. 

Gaz , air fixe, air méphitique, acide crayeux. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état gazeux. 

Sous la pression de 0,760, il conserve son 
état gazeux aux températures les plus basses 
que nous puissions produire; mais si la pression 
est augmentée , il se liquéfie. 

Sa densité est de i,5?-45. 

Le décimètre cube pèse i s ,o,8o33. 

Il est incolore. 

3 



.'-I S' LEÇON DE CHIMIE 

B. A rétat liquide. 

L'acide carbonique liquide distille très-rapi- 
dement entre — 17°,8 et o, dans les tubes qui le 
contiennent. » 

A la température de o, sa tension est égale 
à 36 atmosphères. 11 faut donc des tubes extrê- 
mement forts pour le conserver. 

Son pouvoir réfringent est beaucoup plus 
faible que celui de l'eau. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'acide carbonique est un acide très-faible, 
aussi ne rougit-il que légèrement la teinture de 
tournesol, et est-il sans action sur le papier co- 
loré par cette teinture. 

Lorsque la teinture de tournesol a étérougie 
par le gaz carbonique, et qu'elle est exposée 
pendant un temps suffisant à l'air et à plus forte 
raison dans un espace vide très-grand par rap- 
port à la liqueur, le gaz carbonique qu'elle avait 
absorbé s'en sépare , et la teinture reprend sa 
couleur bleue. 

ioo mesures d'eau peuvent dissoudre 10G 
mesures d'acide carbonique ; en sorte que la 
dissolution se fait à peu près à volume égal. 

L'eau perd son acide carbonique par la con- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 35 

gélalion, par l'ébullition et par l'exposition à 
l'air; mais une fois que de l'eau a dissous de 
l'acide carbonique, il n'est guère possible de 
l'en priver absolument par aucun de ces moyens. 
C'est à cette difficulté qu'il faut attribuer, au 
moins en partie, la présence d'une certaine 
quantité d'acide carbonique dans l'eau prove- 
nant de la distillation de l'eau de Seine. 

Le réactif qu'on peut employer pour recon- 
naître si une eau contient de l'acide carboni- 
que, en supposant toutefois qu'il n'y ait pas 
d'autre acide en dissolution, est le sous -acétate 
de plomb. Il est aisé de constater si le préci- 
pité qu'on a obtenu avec ce réactif est du sous- 
carbonate de protoxide de plomb. 

L'oxigène est sans action sur le gaz acide 
carbonique. 

L'hydrogène à une température rouge est 

susceptible d'en séparer la moitié de son oxi- 

gène,et de le réduire conséquemment en oxide 

de carbone. Pour que cette décomposition ait 

lieu, il suffit de faire passer dans un tube rouge 

de feu 

i volume d'hydrogène, 

, i-i i • ( i vol. d'oxigène, 

+ i vol. acide carbonique =J + | ^ .^ de ' carbone , 

3. 



30 8 e LEÇON DE CHIMIE 

Le volume d'hydrogène, en se combinant à '- 
volume d'oxigène, formera i volume de vapeur 
d'eau, et il restera i volume d'oxide de car- 
bone. 

Le phosphore ne décompose l'acide carboni- 
que qu'autant que celui-ci est uni à une base 
alcaline, et que le sel qui en résulte est chauffé 
au rouge avant de recevoir le contact de la va- 
peur de phosphore. 

On convertit l'acide carbonique en oxide de 
carbone en le faisant passer sur du charbon 
fortement calciné, et dont la température est 
élevée au rouge ; l'acide double alors de volume 
en se changeant en oxide de carbone. 

V. PROPRIÉTÉS ORGA.NOLEPTIQUES. 

L'acide carbonique a une saveur aigrelette qui 
est sensible dans l'eau suffisamment chargée de 
ce gaz, car, s'il n'y en a qu'une très-petite quan- 
tité, il est impossible de reconnaître le goût 
acide de la dissolution. 

Il a une légère odeur : il faut, pour la con- 
stater, flairer de l'acide carbonique contenu 
dans un flacon, en empêchant, autant que pos- 
sible, qu'il arrive de l'air dans les narines. 

Il est très-délétère, et c'est pour cette raison 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. oj 

qu'il faut toujours avoir soin d'établir une ven- 
tilation dans les endroits où l'on a des four- 
neaux en combustion, et qui sont alimentés 
par du charbon ou même de la braise ; car c'est 
une grande erreur de croire que le produit de 
la combustion de cette dernière matière n'est 
pas dangereux, comme l'est celui du charbon. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

L'acide carbonique existe dans l'atmosphère : 
D'après M. Th. de Saussure, il y en aurait dans 
ioo volumes d'air, en hiver, environ o,o45, et 
en été, environ 0,078. 

Il sort du sein de la terre, et s'échappe en 
bouillonnant d'un grand nombre d'eaux dites 
minérales. Non-seulement toutes, ou presque 
toutes ces sortes d'eaux en contiennent plus ou 
moins en dissolution , mais il n'est pas d'eaux 
coulant à la surface de la terre dans lesquelles 
il ne s'en trouve aussi ; à la vérité la quantité 
en est très-faible. 

Les eaux dures, qui se troublent par la cha- 
leur avant de bouillir, qui rendent orangées les 
couleurs jaunes, qui tendent à violeter l'écar- 
late, doivent en général ces propriétés à la pré-, 
sence du carbonate de chaux. Elles agissent 



38 S c LEÇON DE CHIMit 

sur les matières colorantes à la manière d'un 
alcali faible, mais cette action est celle de la 
chaux, et n'appartient pas à l'acide carbo- 
nique. 

VII. PREPARATION. 

On peut obtenir le gaz acide carbonique en 
distillant le sous-carbonate de chaux dans une 
cornue de grès, à laquelle on a adapté un tube 
à gaz qui va s'ouvrir dans un flacon rempli 
d'eau. A l'aide d'une chaleur rouge, l'acide car- 
bonique prend l'état gazeux, et se sépare ainsi 
de la chaux, qui reste dans la cornue à l'état 
solide. 

A ce procédé, qui peut être économique dans 
certains cas, on préfère celui qui consiste à 
s'emparer de la chaux du sous- carbonate de 
cette base au moyen de l'acide hydrochlorique 
ou de l'acide sulfurique. Quand on tient à avoir 
de l'acide carbonique dissous dans l'eau parfai- 
tement pur, l'acide sulfurique convient mieux 
que l'acide hydrochlorique. 

On met dans un flacon à deux, tubulures de 
l'eau avec du marbre; à ce flacon on adapte 
deux tubes, i° l'un en S, destiné à verser l'a- 
cide qu'on veut faire agir sur le marbre; 2° l'au- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3o, 

tre deux fois courbé, à angle droit; il doit com- 
muniquer avec un second flacon rempli d'eau , 
et l'extrémité du tube, qui doit plonger jusqu'au 
fond du liquide, doit avoir été effilée à la lampe. 
Cette précaution est surtout nécessaire lorsqu'on 
emploie de l'acide liydrochlorique pour décom- 
poser le marbre. Le second flacon communique 
avec un récipient qu'on a rempli d'eau et ren- 
versé sur la tablette d'une cuve pneumato-chimi- 
que. Si l'on voulait préparer en même temps une 
dissolution aqueuse d'acide carbonique, il fau- 
drait que le second flacon communiquât avec un 
troisième rempli d'eau ; le second serait destiné 
à laver le gaz. Lorsque tout est ainsi disposé, 
on verse de l'acide bydrochlorique dans le pre- 
mier flacon, on aperçoit à l'instant même une 
vive effervescence occasionée par le dégage- 
ment de l'acide carbonique. Dans les circon- 
stances où l'on opère, l'acide hydrochlorique 
ayant pour la chaux une affinité plus grande 
que celle de l'acide carbonique pour la même 
base , doit expulser celui - ci du marbre , de 
même que nous avons vu le fer mêlé avec du 
sulfure de mercure, en chasser ce métal pour 
se combiner avec le soufre. La décomposition 
du marbre est plus lente ; quand on se sert 



4o 8 e LEÇON DE CHIMIE 

d'acide sulfurique au lieu d'acide hydrochlo- 
rique. 

On reconnaît la pureté du gaz acide carboni- 
que à ce qu'il est absorbé en totalité par l'eau 
de potasse, et que sa dissolution dans l'eau dis- 
tillée ne précipite pas le nitrate d'argent. Ce 
réactif ne s'emploie que dans le cas où l'on a 
fait usage d'acide bydrochlorique pour décom- 
poser le marbre. 

Lorsqu'on veut dissoudre dans un liquide un 
gaz qui n'est pas très-soluble, ou bien qu'on 
veut purifier un gaz par le lavage, il est né- 
cessaire d'effiler le tube qui conduit le gaz 
au milieu du liquide qui doit le dissoudre ou 
le laver, afin qu'il n'y arrive qu'en bulles ex- 
cessivement petites. En effet, plus le gaz est 
divisé, plus les conditions sont favorables à 
sa dissolution ou à son lavage. Lorsqu'on fait 
usage pour décomposer le sous-carbonate de 
chaux d'un acide tel que l'hydrochlorique, qui 
est susceptible de prendre facilement l'état d-e 
fluide élastique, il arrive que les bulles d'acide 
carbonique qui se dégagent présentent à l'acide 
bydrochlorique un espace vide de liquide, qui 
détermine une certaine quantité de cet acide à 
prendre l'état élastique. De là une nécessité ab- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4 1 

solue de faire passer le gaz dans le plus grand 
état de division possible dans de l'eau, quand on 
veut l'obtenir à l'état de pureté. C'est parce que 
l'acide sulfurique n'a qu'une tension extrême- 
ment faible à la température ordinaire, qu'il est 
préférable de l'employer pour décomposer le 
marbre; mais il a ce désavantage sur l'acide hy- 
drochlorique, qu'il produit un sel peu soluble 
avec la chaux, lequel a l'inconvénient de couvrir 
le marbre indécomposé, et de le soustraire ainsi 
à l'action ultérieure de l'acide ; il est vrai qu'au 
moyen d'un agitateur, on parvient jusqu'à un 
certain point à diminuer cet inconvénient. 

Il y a une autre observation à faire relative- 
ment à la nature du sous -carbonate de chaux 
qu'il faut employer dans cette opération : lors- 
qu'on veut préparer de l'eau chargée d'acide 
carbonique destinée à être prise en boisson, c'est 
de ne pas prendre des sous-carbonates de chaux 
qui contiennent des matières organiques odo- 
rantes, car l'acide carbonique dégagé de ces sels 
au moyen d'un acide est rendu plus ou moins 
odorant par son mélange avec les matières or- 
ganiques dont nous parlons. 

Enfin nous remarquerons que plusieurs au- 
teurs ont conseillé d'agiter l'eau qui est en con- 



4'i S° LEÇON DE CHIMIE 

tact avec l'acide carbonique pour déterminer 
l'absorption de ce gaz. Toutes les fois qu'on ne 
se propose de dissoudre qu'une très-petite quan- 
tité d'un gaz peu soluble dans un liquide , cette 
pratique peut être utile; mais lorsqu'on veut 
saturer autant que possible un liquide d'un tel 
gaz, il faut bien se donner de garde d'agiter les 
corps, car si le liquide était saturé, une por- 
tion s'en dégagerait par l'agitation , parce qu'il 
est vrai de dire qu'un liquide agité a moins de 
capacité pour dissoudre un fluide élastique, que 
n'en a ce même liquide lorsque ses particules 
sont en repos. 

Il est bon aussi, quand on fait l'opération 
dont je viens de parler, de ne pas remplir en- 
tièrement les flacons du liquide qu'on veut sa- 
turer de gaz, car celui-ci ne pourrait s'y dissou- 
dre que quand il le traverserait. Or, dans le'cas 
où le flacon n'est pas entièrement plein, il se 
lorme bientôt dans la partie vide de liquide une 
atmosphère d'acide carbonique qui, se trouvant 
en contact avec l'eau, tend à s'y dissoudre, et 
. conséquemment à la saturer; de cette manière, 
la dissolution se fait pour ainsi dire en deux ac- 
tes: dans le premier, l'acide est dissous dans sou 
passage au travers de l'eau ; dans le second , il 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 43 

l'est par la surface du liquide en contact avec 
l'atmosphère qu'il forme. 

On facilite encore la dissolution de l'acide 
carbonique i° en mettant dans l'eau des obsta- 
cles qui l'obligent à y circuler long-temps avant 
d'en sortir; 2° en comprimant le gaz lorsqu'il 
est en contact avec l'eau. 

M. Faraday l'a obtenu à l'état liquide en dé- 
composant le sous-carbonate d'ammoniaque par 
l'acide sulfurique concentré dans un tube cour- 
bé, de la même mani; re qu'il a décomposé le 
sulfure de fer par l'acide hydrochlorique pour 
liquéfier l'acide hydrosulfurique. 

VIII. USAGES. 

L'acide carbonique n'est pas employé en 
teinture, mais le teinturier doit connaître ses 
propriétés, parce que la potasse, la soude et 
l'ammoniaque, qu'il emploie dans un assez 
grand nombre d'opérations, sont à l'état de 
sous-carbonate; et d'ailleurs la connaissance de 
cet acide se lie de la manière la plus intime à 
la théorie de son art. 

IX. HISTOIRE. 

L'acide carbonique a été considéré comme un 
élément par Priestley et Bergman, etc., etc. 



44 8 r LEÇON DE SHIM1E 

Quelques savans, pour qui l'hydrogène était 
le phlogistique, crurent l'acide carbonique un 
composé d'oxigène et d'hydrogène. 

Enfin, Lavoisier démontra par le synthèse 
que le gaz carbonique résulte de la combinai- 
son du charbon le plus pur avec l'oxigène. 



CHAPITRE IV. 

ACIDE CARBONEUX ou OXALIQUE (Ca*). 



§ I er . 
ACIDE OXALIQUE ANHYDRE. 

I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Oxigène 66,22 3 . . . . 3oo 

Carbone. ...... 33,78 2 . . . . i53,o6 



100,00 poids at. /|53,o6 

ou 

, 1. m 1 (oxiçène ... 2, 

1 at. d acide carbonique ={ F 

^ (carbone . . . 1, 

.. « .j • , fojrigène . . . 1, 

1 at. d oxide de carbone =< ; 

(carbone . . . 1. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4$ 

II. NOMENCLATURE. 

Il a été appelé acide du sucre, acide saccha- 
rin, parce qu'on l'avait préparé en faisant réagir 
l'acide nitrique sur le sucre ; il a porté le nom 
dH acide du sel d'oseille , parce qu'on peut l'ex- 
traire du bioxalate de potasse, qui est connu 
dans le commerce sous le nom de sel d'oseille. 
Le nom diacide oxalique, qu'il porte actuelle- 
ment, devrait être changé en celui à' acide car- 
boneux. C'est pour nous conformer à l'usage 
que nous n'employons pas cette dernière dé- 
nomination, à l'exclusion de la première. 

§ IL 

ACIDE OXALIQUE HYDRATÉ. 
I, COMPOSITION. 

L'acide oxalique forme avec l'eau deux com- 
binaisons. 

(Ga ; 3 H*) 
La première est formée de 

en poids. en atomes. 

Acide oxalique. . . 57,3 1 ..... i ... . 45 3, 06 
Eau 4^569 3 . . . . 337,44 

100,00 poids at. 790,50 



4<> 8 e LEÇON DE CHIMIE 

(G*»" BU) 

la seconde l'est de 

en poids. en alomes. 

Acide oxalique. . . 80, 11 i . . . . 453, 06 , 

Eau 19,89 1 . . . . 112,48 

100,00 poids at. 565,5^ 

On voit que cette dernière composition est 
équivalente à celle-ci : 

Acide carbonique ;2 

Hydrogène 1 

II. NOMENCLATURE. 

Le premier hydrate est X acide oxalique cris- 
tallisé , et le second X acide oxalique sublimé. 
INous distinguerons le premier du second par 
le mot surhydraté. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE l'aCIDE SURHY- 
DRATÉ. 

L'acide oxalique surhydraté est en cristaux, 
dont la forme est un prisme quadrangulaire, 
terminé par des sommets dièdres. 

Quand il a cristallisé confusément, les pris- 
mes sont aciculaires. 

Il est transparent, incolore. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ^ 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DE l' ACIDE SURIIY- 
DRATÉ. 

A. Cas où il n'éprouve aucun changement. 

Lorsqu'on met des cristaux de cet acide dans 
l'eau froide, on entend souvent un craquement 
dû probablement à une rupture qu'ils éprou- 
vent avant de se dissoudre. 

Une partie de cet acide exige environ i par- 
ties d'eau froide et i partie d'eau bouillante 
pour se dissoudre. 

100 parties d'alcool bouillant en dissolvent 
46 d'acide, et 100 parties d'alcool froid 4o. 

B. Cas où il éprouve un changement dans la pro- 
portion de son eau. 

Lorsqu'on le soumet à la distillation dans une 
petite cornue de verre adaptée à un petit ballon 
tubulé, auquel on ajuste un tube qui va s'ou- 
vrir sous une cloche pleine de mercure, on ob- 
tient de l'eau, de l'acide hydraté sublimé : à 
la fin de l'opération une petite quantité d'acide 
est décomposée en acide carbonique, en gaz 
inflammable et en charbon. 

Lorsqu'on le chauffe doucement avec du pro- 



48 H e LEÇON DE CHIMIE 

toxicle de plomb, il s'y combine, et se dépouille 
de la totalité de son eau. 

C. Cas où V acide surhydraté est complètement 
altéré. 

Lorsqu'on le fait passer dans un tube de por- 
celaine rouge de feu, il est réduit en acide car- 
bonique, en oxide de carbone, en gaz hydro- 
gène peut-être carboné, et en eau. 

L'acide nitrique bouilli long -temps avec lui 
le convertit en eau et en acide carbonique. 

L'acide sulfurique concentré et chaud le ré- 
duit en acide carbonique et en oxide de car- 
bone, suivant l'observation de M. Doëbereiner. 

Le chlorure d'or en dissolution dans l'eau le 
décompose rapidement; son chlore absorbe l'hy- 
drogène d'une portion d'eau, tandis que l'oxi- 
gène de celle - ci convertit l'acide oxalique en 
acide carbonique. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il a une saveur acide très-prononcée. 
Il est inodore. 

Il est délétère quand on le fait prendre à des 
animaux en une proportion suffisamment forte. 



APPLIQUEE A LA TEINTURK. \X) 

VI. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve dans les végétaux à l'état libre 
et à celui d'oxalate. 

VII. PRÉPARATION. 

A une cornue de verre tubulée on adapte un 
récipient tubulé à long col; à la tubulure de ce 
ballon on adapte un tube de i mètre, ouvert aux 
deux bouts; on introduit dans la cornue i partie 
d'amidon et 8 parties d'acide nitrique à 3a ; on 
chauffe doucement au bain de sable, ou à feu 
nu; il se dégage du gaz acide carbonique, du gaz 
nitreux et de l'acide nitreux. 

Quand l'action se ralentit, on porte la chaleur 
jusqu'à faire bouillir la liqueur, on la concentre, 
puis on la verse dans une capsule pour la faire 
cristalliser. Les cristaux séparés de l'eau mère 
doivent être lavés à l'eau froide, puis, redissous, 
et la solution doit être mise à cristalliser. La 
première eau mère des cristaux peut être re- 
prise par de nouvel acide nitrique. 

Au lieu de traiter l'amidon par 8 parties d'a- 
cide, on peut le traiter d'abord par 3 ou 4 par- 
ties seulement; faire cristalliser la liqueur; puis 
traiter 1 eau mère par i parties d'acide nitrique; 

4 



">(J S e LEÇON DK CJil.MIK 

faire cristalliser de nouveau, et reprendre l'eau 
mère des nouveaux cristaux par i parties de 
ce même acide. 

On prépare encore l'acide oxalique en dé- 
composant l'acétate de plomb par le bioxalate 
de potasse, et en traitant par l'acide sulfurique. 
étendu de 5 à 6 fois son poids d'eau, l'oxalate 
de plomb bien lavé. 

L'acide oxalique pur doit brûler, quand on le 
chauffe a l'air dans une petite capsule de porce- 
laine, sans laisser de résidu. 
• 

VIII. USAGES. 

11 est employé principalement pour dissou- 
dre le peroxide de fer, et en général les sels à 
base de ce métal qui sont fixés sur des étoffes, 
particulièrement sur celles de coton. 

On s'en sert encore pour aviver certaines 
couleurs. 

Le bioxalate de potasse est souvent préfé- 
rable à l'acide oxalique pour dissoudre les ta- 
ches de rouille. 

IX. HISTOIRE. 

Bergman décrivit, en 1776, l'acide oxalique 
préparé par la réaction de l'acide nitrique et d>n 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 5l 

sucre. Schéèle, en 1784, prouva l'identité de cet 
acide avec celui du sel d'oseille. Enfin M. Du- 
long établit la vraie composition de cet acide en 
18 r 5, en prouvant que l'acide contenu dans 
l'oxalate de plomb sec n'est formé que d'oxi- 
s;ène et de carbone. 



NEUVIEME LEÇON. 



CHAPITRE V. 

GAZ HYDROGÈNE BICARBONÉ (C a H). 



I. COMPOSITION. 

«n poids. tu ml. rn alomei. 



Carbone . . . 85,g8 . . ".' 1 1 __ ( ï . . . 76, 
Hydrogène. . i/»,ou ...a) (2... 12, 



53 

48 



100,00 . poids at. 89,01 

II. NOMENCLATURE. 

Gaz olèfiant^gaz hydrogène deutocarbonè ', 
gaz hydrogène percarboné. 

La dénomination de bicarboné exprime qu'il 
y a deux fois autant de carbone dans la combi- 
naison, que dans le gaz hydrogène protocar- 
boné. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES, 

Il n'a pas été liquéfié. 
Sa densité est de 0,9816. 



2 9 e LEÇON DE CHIMIE 

Le décimètre cube pèse i gr- ,2752. 
Il est incolore. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est peu soluble clans l'eau. 

Le gaz hydrogène bi carboné est décomposé 
par la chaleur rouge , il double de volume , et 
dépose son carbone sur les parois du tube où 
il est chauffé. 

Un mélange de i volume de ce gaz et de 
3 volumes d'oxigène est enflammé par l'étincelle 
électrique, un charbon embrasé et un fer rouge; 
la détonation est très-forte. 

En enflammant ce mélange dans un eudio- 
mètre sur le mercure, par l'étincelle électrique, 
il est aisé de démontrer la composition du gaz 
inflammable;mais il faut, pour faire l'expérience 
sans accident, ajouter au mélange précédent 
i volumes d'oxigène, autrement l'eudiomètre se- 
rait brisé par la force expansive des gaz; après 
l'opération vous avez un résidu gazeux formé 
de 

a vol. d'acide carbonique, 
a vol. d'oxigène. 

Vous absorbez î ° l'acide carbonique par l'eau 
de potasse, 2 °l'oxigène par le phosphore chauffé. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

Or 2 volumes d'acide carbonique représentent 
i volume de carbone et i volumes d'oxigèhe. 

Ces i volumes d'oxigène ajoutés aux 2 volu- 
mes restant donnent 4 volumes; conséquem- 
ment il y a eu 1 volume d'oxigène qui a été em- 
ployé pour brûler 2 volumes d'hydrogène, et 
pour former 2 volumes de vapeur d'eau. 

L'air se comporte à peu près comme l'oxi- 
gène, sauf que les phénomènes de la combus- 
tion ne sont pas si intenses. 

Lorsque le gaz hydrogène biearboné arrive 
dans l'atmosphère en jet continu par un orifice 
circulaire, et qu'on l'allume avec une bougie, il 
donne une flamme brillante en comparaison de 
celle de l'hydrogène pur brûlant dans la même 
circonstance. A quoi tient cette différence ? 
nous l'avons déjà dit : à la présence dans la 
flamme du premier, d'une matière solide qui 
est portée à l'incandescence. Cette matière est 
du carbone. Il suffit de mettre un morceau de 
platine ou de porcelaine dans la flamme de 
l'hydrogène biearboné, pour voir ces corps 
se recouvrir d'une couche de noir de fumée. 
D'après ce que nous avons dit de l'action décom- 
posante delà chaleur sur l'hydrogène biearboné, 
il est aisé d'expliquer la présence du carbone 



4 9* LEÇON DE CHIMIE 

dans sa flamme; en effet, la combustion com- 
plète du carbone et de l'hydrogène ne pouvant 
avoir lieu dans un temps donné, que dans la 
couche superficielle du gaz qui a le contact de 
l'atmosphère , l'autre portion qui est hors de ce 
contact ne doit pas brûler dans le même temps; 
mais elle laisse précipiter du carbone par l'effet 
de la chaleur que développe la couche super- 
ficielle qui brûle. Presque tout le charbon qui 
s'est ainsi précipité dans la partie inférieure de 
la flamme finit par brûler, lorsqu'il est parvenu 
au sommet de cette flamme; mais il y en a tou- 
jours une portion qui échappe à la combus- 
tion, et qui se dépose à l'état de noir de fumée. 
Si l'on enflammait un mélange de i volume 
d'hydrogène bicarboné et de 3 volumes d'oxi- 
gène, la flamme produite n'aurait pas le même 
éclat que celle d'un jet d'hydrogène bicarboné 
enflammé dans l'air, par la raison que dans le 
premier cas il ne se déposerait point de matière 
solide. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est odorant et délétère. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

Il est un produit de l'art. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 5 

VIL PRÉPARATION. 

On le prépare en faisant chauffer dans une 
fiole , munie d'un tube à gaz , [\ parties d'acide 
sulfurique concentré et i partie d'alcool. On 
reçoit le gaz dans des flacons remplis d'eau qu'il 
faut transporter sur le mercure quand ils sont 
pleins, afin d'y faire passer un peu de potasse, 
pour absorber l'acide sulfureux et l'acide car- 
bonique qui sont mêlés à l'hydrogène bicar- 
boné. 

VIII. USAGES. 

Il n'est pas employé en teinture. 

IX. HISTOIRE. 

lia été découvert par les chimistes hollandais, 
en 1796. L'analyse en a été faite par M. Th. de 
Saussure. 



9 e LF.CON DE CHIMIE 



CHAPITRE VI. 

GAZ HYDROGÈNE PROTOCARBONÉ (C *H). 



I. COMPOSITION. 

«n poids. en »ol. ta aiomei 

larbone . . . ^M . . . |)_ f (i • . • • 7 6 r 

lydrogène . . 24, 59 . . . aj (4 . . . . a4jj 



100,00 poids at. 101,49 

Vous devez remarquer, messieurs, que sous 
le même volume il contient la même quantité 
d'hydrogène que le précédent. 

IL NOMENCLATURE. 

Air ou gaz inflammable des marais, gaz hydro- 
gène des marais. 

III. PROPRIETES PHYSIQUES. 

Il n'a paffété liquéfié. 

Sa densité est de o,5jg5. 

Le poids du décimètre cube est 0^,727. 

Il est incolore. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 7 

r 

IV. PROPRIETES CHIMIQUES. 

Il est moins soluble dans l'eau que le pré- 
cédent. 

Il ne faut que i volumes d'oxigène pour 
brûler i volume de ce gaz. Il est clair que 
1 volume d'oxigène est employé à brûler i vo- 
lumes d'hydrogène, et que l'autre volume l'est 
à brûler \ volume de carbone ; on a donc i vo- 
lumes de vapeur d'eau et I volume d'acide car- 
bonique. 

Ce mélange est enflammé par l'étincelle élec- 
trique et la flamme d'une bougie, mais il ne l'est 
pas par la plupart des corps solides rouges de 
feu qui enflamment l'hydrogène bicarboné, 
parce qu'il exige une température beaucoup 
plus élevée que ce dernier. 

Un fer chauffé au rouge blanc n'en détermine 
pas l'inflammation. 

C'est sur cette haute température qu'il exige 
pour s'enflammer, qu'est fondé l'usage de la 
lampe de sûreté, une des découvertes les plus 
ingénieuses de l'esprit humain. 

Supposons dans une atmosphère détonante 
d'hydrogène protocarboné et d'oxigène, un es- 
pace sphérique de quelques pouces cubes, li- 



H 9' LEÇON DE CHIMIE 

mité de toutes parts par une toile métallique 
dont les fils ne laissent entre eux que des inter- 
stices très-petits : supposons encore que nous y 
excitions une étincelle électrique : le mélange 
contenu dans cet espace sphérique détonnera, 
et la toile métallique absorbera une certaine 
quantité de chaleur à l'eau et à l'acide carbo- 
nique produits par la combustion. On conçoit 
maintenant que si la température de la toile mé- 
tallique ne s'élève pas au degré nécessaire pour 
enflammer l'hydrogène protocarboné , tout le 
mélange détonant, placé hors de l'enveloppe, 
ne prendra pas feu. Or, c'est précisément ce qui 
arrive lorsque la flamme d'une lampe occupe 
l'axe d'un cylindre de toile métallique, dont 
les interstices ont -^ de pouce; cette lampe, 
plongée dans de l'air rendu détonant par de 
l'hydrogène protocarboné, continue à brûler; 
il y a plus, elle enflamme le gaz détonant qui ar- 
rive dans l'intérieur du cylindre, mais la com- 
bustion ne se propage pas au dehors; par con- 
séquent cette lampe peut guider le mineur dans 
les galeries d'une mine de houille, dont l'air est 
mêlé d'hydrogène protocarboné, sans qu'il ait 
à craindre aucune détonation. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 9 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est légèrement odorant, et délétère. 

VI. ÉTAT NATUREL ET PRÉPARATION. 

Il sourd de la terre dans plusieurs lieux d'I- 
talie ; on reconnaît une source de ce gaz à la 
flamme qui se manifeste lorsqu'on en approche 
une bougie allumée. On a même tiré parti de 
ces sources pour faire de la chaux , etc. 

Ce gaz se dégage de la vase des marais, des 
fossés, en un mot des eaux stagnantes ou peu 
courantes, au fond desquelles il y a des ma- 
tières végétales en décomposition. Il suffit, pour 
s'en convaincre, d'agiter la vase de ces eaux au- 
dessous d'un flacon dans l'orifice duquel on a 
introduit un large entonnoir. Le gaz hydrogène 
protocarboné des marais qu'on recueille par ce 
moyen est toujours mêlé d'acide carbonique, 
et de o,i3 à o,i5 d'azote; quelquefois il con- 
tient de l'acide hydrosulfurique. 

Le gaz hydrogène protocarboné se dégage 
dans les galeries des mines de houille. C'est pour 
se préserver des accidens produits par son in- 
flammation que sir H. Davy a imaginé la lampe 
de sûreté. 

Le gaz inflammable qu'on obtient de ladistil- 



I O 9 e LEÇON DE CHIMIE 

lation de la houille, et qui sert pour l'éclairage, 
est en grande partie formé d'hydrogène proto- 
carboné ; mais il contient en outre de l'hydro- 
gène bicarboné et plusieurs autres composés 
inflammables dont la nature n'a pas encore été 
parfaitement déterminée. 

On ne connaît pas de procédé qui donne de 
l'hydrogène protocarboné parfaitement pur. 



CHAPITRE VII. 

GAZ HYDROGENE QUADRO CARBONÉ (»C "H). 



M. Dalton a, dans ces derniers temps, signalé 
aux chimistes un gaz qui diffère du précédent, 
en ce qu'il contient sous le même volume la 
même quantité d'hydrogène et 4 f°i s P ms de 
carbone; il est donc formé de 

en Toi. en atomes. 

Carbone. . . . 2I 2 . . . i53,o6 

Hydrogène . . 2) 2 . . . 12,48 

poids at. 1 65,54 

Je ne serais pas éloigné de penser que ce gaz 
se produit dans la distillation de certains corps 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 1 I 

gras. Au moins ai-je remarqué deux fois, dans 
mes recherches sur ces substances , un gaz in- 
flammable dont la composition se rapportait 
exactement à celle de M. Dalton. 



APPENDICE 



AUX COMBINAISONS D'HYDROGENE ET DE 
CARBONE. 



Lorsque le gaz destiné à l'éclairage, provenant 
de la distillation de l'huile, a été soumis pendant 
un certain temps à une pression de 3o atmo- 
sphères, il laisse déposer un liquide qui a fixé 
l'attention de M. Faraday. Cet habile chimiste 
l'a trouvé formé de 3 corps, dont deux au 
moins paraissent des composés définis de car- 
bone et d'hydrogène; il a décrit ceux-ci sous les 
dénominations de bicarbure d'hydrogène et de 
nouveau carbure d'hydrogène; nous les désigne- 
rons par les dénominations de composé cristalli- 
sable et de composé gazeux. 



12 9 e LEÇON DE CHIMIE 

COMPOSÉ CRISTALLISABLE. 
(Bicarbure d'hydrogène de Faraday) 

I. COMPOSITION. 

Toi. atomes. 

Carbone 3) 3 

Hydrogène.. ...3) 3 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A ïètat liquide. 

Il entre en ébullition dans le verre à 85, 5. 
A 1 5° 5 sa densité est de o,85. 
A zéro il cristallise : 9 volumes, en se conge- 
lant, se réduisent à 8 volumes, 
Il est incolore. 

B. A l'état solide. 

A — 18 le bicarbure est fragile et suscep- 
tible de se pulvériser. 

Sa densité est de o,955. 

Lorsqu'on élève la température du bicarbure 
d'hydrogène, il se fond à 5°, 5. 

C. A l'état de vapeur. 

Sa densité est quarante fois celle de l'hydro- 
gène, ou 2,752. 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. f3 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est peu soluble dans l'eau. 

Il l'est beaucoup dans les huiles fixes et vola- 
tiles, l'alcool et l'éther. 

Chauffé dans un tube rouge, il dépose du 
charbon, et devient gaz hydrogène carboné. 

Sa vapeur, mêlée à l'air, le rend détonant 
lorsqu'on y plonge une bougie. 

i volume de vapeur exige 7,5 volumes d'oxi- 
gène pour brûler. 

1 6 v. acide carboniq. j P , ° ' 

Le résultat est de < ( • , 

1 1 1, foxiiiene 1 i 

I3v.de vapeur d eau ) , ? ~ * 

COMPOSÉ GAZEUX. 
(Nouveau carbure d'hydrogène de Faraday;) 

I. COMPOSITION. 

Toi. atomes. 

Carbone a) 2 

Hydrogène . . . 4j~ 4 

Il est extrêmement remarquable que cette 
composition , quant à la nature et à la propor- 
tion des élémens,soit identique avec celle du 
gaz hydrogène bicarboné; mais elle en diffère 
en cela que sous le même volume elle contient 



l4 9 e LEÇON DE CHIMIE 

le double de carbone et d'hydrogène. C'est un 
exemple que l'arrangement des mêmes atomes, 
unis en même proportion , a beaucoup d'in- 
fluence sur les propriétés de leurs composés. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A V état gazeux . 

Sa densité est de 1,8576 à 1,9264» 

Il est incolore. 

Il se liquéfie à — 1 8°. 

B. A l'état liquide. 

Le plus léger des solides et des liquides con- 
nus, car à 12° sa densité n'est que de 0,627. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Cette substance à l'état élastique est peu solu- 
ble dans l'eau , elle l'est beaucoup dans l'alcool. 

L'huile d'olive en dissout 6 fois son volume. 

L'acide sulfurique concentré 100 fois le sien. 

1 volume de cette vapeur exige pour brûler, 
6 volumes d'oxigène. 

, • , . f oxiçène 4 

4 vol. acide carbonique =L ar g one 2 

Il en resuite < ( oxi^ène a 

4 vol. vapeur d'eau. . . ={ hy( f rog . 4 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 



CHAPITRE VIII. 

CYANOGÈNE (Az C ou Cy). 



I. COMPOSITION. 



fn poids. 



Azote. . 53,63 i) ji . . . 

Carbone. 46,37 1 j I (i... 



100,00 poids at. 165,04 

II. NOMENCLATURE. 

En ayant égard à la composition élémentaire, 
et en ne le considérant pas d'ailleurs comme 
un acide, il devrait porter le nom à'azoture de 
carbone. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. yi F état gazeux . 

Il peut être réduit en solide. 
Sa densité est de 1,8064. 
Le décimètre cube pèse 2 8r *,364o. 
Il est incolore. 



l6 9 e LEÇON DE CHIMiE 

B. A Vètat liquide. 

Le cyanogène exposé à un froid suffisant, 
par exemple à celui qui résulte de l'évapora- 
tion de l'acide sulfureux liquide, est susceptible 
non -seulement de se liquéfier, mais encore de 
cristalliser. 

Le cyanogène reste liquide à — I7°,8. 

A -f- 7,2 sa tension est de 3,6 à 3,7 atmos- 
phères. 

Sa densité est de 0,9. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

J'examinerai d'abord les propriétés que pré- 
sente le cyanogène dans le cas où il éprouve 
une décomposition. Je traiterai ensuite de ses 
propriétés dans le cas où il né se décompose 
pas. Je m'écarterai donc de la règle que je suis 
ordinairement dans l'exposition des propriétés 
chimiques des corps composés. 

A. Cas oh le cyanogène éprouve une altération. 

L'action de l'oxigène sur le cyanogène est 
nulle à froid. Mais si vous chauffez un mélange 
de 1 volumes d'oxigène et de 1 volume de cya- 
nogène, ou si vous y faites passer une étincelle 
électrique, il y aura une combustion : le car- 



APPLIQUER A LA TEINTURE. 1 -) 

bone formera avec ï'oxigène de i'acicle carbo- 
nique ; or, comme ii y avait 2 volumes d'oxi- 
gène et 1 volume de cyanogène contenant 1 vo- 
lume de carbone, il est clair que nous aurons 
2 volumes d'acide carbonique, et 1 volume 
d'azote. 

Le cyanogène brûle avec une flamme bleuâ- 
tre nuancée de pourpre ; et par la raison qu'il 
ne se sépare pas de matière solide pendant la 
combustion, la flamme n'est pas éclatante. 

Lorsqu'on enflamme un mélange de cyano- 
gène et d'air atmosphérique, la combustion est 
moins vive et la détonation moins forte que 
lorsque le cyanogène a été mêlé avec de l'oxi- 
gène. 

Le cyanogène exposé à une assez haute tem- 
pérature n'est pas décomposé ; mais si on le 
lait passer sur du fer rouge de feu, il est ré- 
duit en azote et en carbone qui recouvre le 
fer. 

B. Cas où le cyanogène ne s' altère pas. 

Le cyanogène à l'état naissant se combine avec 
un volume d'hydrogène égal au sien; il se pro- 
duit de l'acide hydrocyanique, dont le volume 
est égal à celui des deux gaz. 



l8 9' LEÇON DE CHIMIE 

Suivant quelques chimistes, il est susceptible 
de se combiner en plusieurs proportions avec 
l'oxigène, pour former des acides. 

Il est soluble dans l'eau; i volume de ce li- 
quide en prend, à la température de 9.0°, 4,5 
volumes. La solution rougit la teinture de tour- 
nesol; par conséquent le cyanogène pourrait 
être rangé Darmi les acides. 

CONSIDÉRATIONS SUR LE CYANOGÈNE. 

Lorsque le cyanogène est chauffé avec l'oxi- 
gène, il se comporte à la manière d'un corps 
combustible; et en effet, le carbone qu'il con- 
tient donne lieu à une combustion proprement 
dite. S'il existe réellement des oxacides de cya- 
nogène, le cyanogène serait dans ces combinai- 
sons le corps combustible. Ainsi le cyanogène, 
soit qu'on le considère sous le rapport de l'at- 
traction élémentaire, soit qu'on le considère sous 
celui de Y attraction résultante de ses èlèmens, 
est, dans les exemples précédens, une substance 
combustible. 

D'un autre côté, en s'unissant avec son pro- 
pre volume d'hydrogène , il constitue l'acide 
hydrocyanique, analogue aux acides hydrosul- 



APPLIQUÉE A LA TEIJNTUKE. K) 

furique, hydrosélénique, et surtout, ainsi que 
nous le verrons, aux acides bydroclilorique et 
hydriodique : or, dans l'acide hydrocyanique, 
le cyanogène joue le rôle de comburant rela- 
tivement à l'hydrogène, et sous ce rapport il 
a la plus grande analogie avec le soufre et le 
sélénium, et surtout, ainsi que nous le ver- 
rons, avec le chlore et l'iode, qui, comme lui, 
en s'unissant à l'hydrogène volume à volume, 
donnent un volume double d'un hydracide 
gazeux. 

Enfin la propriété qu'il a de rougir le tour- 
nesol, le place à côté des acides. 

On voit, par ce que nous venons de dire, que 
le cyanogène est un des corps les plus remar- 
quables qu'on puisse étudier, puisque, à l'excep- 
tion de l'alcalinité, on trouve en lui les proprié- 
tés antagonistes les plus générales et les plus im- 
portantes que nous présentent les corps simples 
et les corps composés envisagés sous le rapport 
chimique. (Leçon i ,e , pag. 35 et /io.) 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Le cyanogène a une odeur pénétrante et qui 
a quelque rapport avec celle des amandes 
amères. On attribue généralement l'odeur de 



SU) 9 e LEÇON DE CHIMIE 

ces fruits à de l'acide hydrocyanique rju'ils con- 
tiendraient. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

Le cyanogène est un produit de l'art, mais il 
est très-probable qu'il se forme dans les ma- 
tières organiques. 

VIL PRÉPARATION. 

La manière de le préparer est extrêmement 
simple. Il faut se procurer d'abord du cyanure 
de mercure parfaitement neutre; en supposant 
qu'il ne le fut pas, il serait nécessaire de neu- 
traliser l'oxide de mercure qu'il contiendrait 
par de l'acide hydrocyanique. Il faut ensuite le 
pulvériser, le sécher exactement, puis le sou- 
mettre à la distillation dans une cornue ou un 
petit tube de verre. On reçoit le cyanogène 
dans des cloches pleines de mercure. Il ne faut 
pas trop élever la température, autrement on 
en décomposerait une portion, et conséquem- 
ment on aurait un produit mélangé d'azote. 

VIII. USAGES. 

Le cvanogène doit fixer l'attention du teintu- 
rier, par la raisoD que, s'il ne l'emploie pas im- 



APPLIQUÉE A T. A TEINTURE. 21 

médiatement, il trouve dans plusieurs de ses 
combinaisons des matières colorantes plus ou 
moins précieuses pour teindre les étoffes. Le 
cyanogène est en effet un des principes immé- 
diats du bleu de Prusse et de ce qu'on a appelé 
des prussiates. 

IX. HISTOIRE. 

Le cyanogène a été découvert par M. Gay- 
Lussac, en i8i5. 



CHAPITRE IX. 

SULFURE DE CARBONE ('S C). 



I. COMPOSITION. 




eu poids. en toi. en atonies. 






. 402,32 




. 76,53 


100,00 poids at 


. 478,85 


II. NOMENCLATURE. 


. 


11 a été appelé soufre hydrogéné par 


M. Lam- 


adius. 





'.".'I 9 e LLÇuN JJH CHl.MIK 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état liquide. 

Il est liquide jusqu'à la température de 45°, 
où il entre en ébullition sous la pression de 
o u, ,76o. 

A 11 ^, sa densité est de i,263. 

Il est incolore. 

B. A l'état de vapeur. 

Sa densité est de 9,67. 
Il est incolore. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est inaltérable par la chaleur et l'électri- 
cité. 

Il ne se dissout pas dans l'eau. 

Il est susceptible de dissoudre du soufre, sur- 
tout à chaud. Il se colore en jaune, et la solu- 
tion évaporée doucement laisse le corps qu'il 
avait dissous sous la forme de cristaux octaè- 
dres. 

Il est inflammable; il brûle avec une flamme 
bleue, et en produisant des gaz acides sulfureux 
et carbonique. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. a3 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPT1QUES. 

11 a une odeur extrêmement fétide et une sa- 
veur acre et brûlante. 

VI. ÉTAT. PRÉPARATION. 

Il est le produit de l'art ; mais je ne dois 
point insister sur sa préparation , parce que 
le sulfure de carbone n'est employé à aucun 
usage en teinture. Je dirai simplement qu'il se 
forme toutes les fois que le soufre rencontre du 
charbon très-divisé à une haute température; 
par exemple lorsqu'on fait passer du soufre 
dans un canon de porcelaine qui contient du 
charbon rouge de feu, et qui communique, par 
l'extrémité opposée à celle qui reçoit le soufre, 
à un ballon et à des flacons de Woulf remplis 
d'eau. 

Le sulfure de carbone préparé par ce procédé 
a toujours une couleur jaune qui est due à du 
soufre qu'il tient en dissolution. On l'en sépare 
au moyen d'une distillation ménagée. 

VII. HTSTOIRE. 

M. Lampadius obtint le sulfure de carbone 
en 1796, mais il le prit pour un sulfure d'hy- 



l\ V e LEÇON DE CHIMIE 

drogène; quelques années après, MM. Clément 
et Desormes l'obtinrent en faisant passer du 
soufre en vapeur sur du charbon rouge de feu, 
et le considérèrent comme un composé de sou- 
fre et de carbone. Il fut analysé par M. Vau- 
quelin , et ensuite par MM. Berzelius et Marcet. 



APPLIQUEE A LA TEIJNTUKF. -ja 

APPENDICE 

A L'HISTOIRE CHIMIQUE DU CARBONE. 



Le charbon peut être envisagé comme une 
des matières les plus importantes que nous puis- 
sions étudier : sa connaissance intéresse le tein- 
turier par l'utilité qu'il en retire comme com- 
bustible, par l'emploi qu'il peut en faire pour 
clarifier les eaux, et enfin par la liaison de 
plusieurs de ses propriétés avec la théorie de 
son art. Dans cette première partie du cours, 
nous ne pouvons que poser les faits généraux 
qui deviendront plus tard des principes féconds 
en conséquence. 

On distingue deux sortes de charbon : le char- 
bon végétal et le charbon animal. En général, le 
premier provient du bois, et le second de la dis- 
tillation des os. Mais les épithètes de végétal et 
ft animal pourraient induire en erreur, si on 
croyait que toutes les substances végétales don- 
nent un charbon analogue à celui du bois, et 
toutes les matières d'origine animale un char- 



'^6 9 e LEÇON DE CHIMIE 

bon analogue à celui des os. Ce qui distingue 
essentiellement ces charbons l'un de l'autre, 
c'est que, dans leur état ordinaire, c'est-à-dire 
quand ils n'ont pas été exposés au rouge blanc 
pendant plusieurs heures, le premier est formé 
de carbone et d'une petite quantité d'hydrogène, 
et que le second Test de carbone et d'une pe- 
tite quantité d'azote. Or, comme il existe des 
principes immédiats végétaux qui sont aussi 
azotés que le sont ceux des animaux qui don- 
nent du charbon animal, de même qu'il existe 
des principes immédiats animaux qui ressem- 
blent au bois, en ce qu'ils ne contiennent pas 
d'azote et qu'ils donnent un charbon hydrogéné, 
il en résulte que ce n'est pas l'origine végétale 
ou animale des charbons qui les distingue es- 
sentiellement, mais la nature du corps qui s'y 
trouve uni au carbone. Il ne faut pas croire que 
les charbons hydrogénés qui proviennent des di- 
verses espèces de principes immédiats dépour- 
vus d'azote, soient identiques par toutes leurs 
propriétés au charbon de bois. Il faut en dire 
autant des charbons azotés. Ainsi, celui qui 
provient des os est distinct, sous plusieurs rap- 
ports, du charbon qui provient du sang, de la 
peau, etc. 



APPLIQUER A LA TKINTURK. 27 

Tous les procédés suivis pour réduire en 
charbon une matière organique quelconque, 
consistent essentiellement à l'exposer à la cha- 
leur, de manière à séparer du carbone la plus 
grande partie des élémens volatils qui y sont 
combinés. 

§ l-l. 

CHARBON VÉGÉTAL ou CHARBON HYDROGÉNÉ. 

Dans les arts, on n'emploie que le charbon 
de bois. 

I. PRÉPARATION. 

Il y a deux procédés pour le préparer. Le 
plus ancien est celui qu'on pratique le plus 
fréquemment. Après avoir rassemblé une suffi- 
sante quantité de bois de i mètre à o m ,8 de 
longueur, et de o m ,027 à o m ,o8i de diamètre, 
on en forme des espèces de cônes, arrondis 
au sommet, qu'on nomme fourneaux ; la base 
des plus grands a de l\ à 5 mètres de diamè- 
tre, sur une hauteur à peu près égale. On re- 
couvre les cônes d'une couche d'argile pure, 
ou d'argile mêlée de cendre ou de poussier de 
charbon. On les couvre encore de plaques de 



a H 9" LEÇON DE CHIMIE 

gazon. On a eu le soin de ménager au bas 
de chacun d'eux une ouverture qui est celle 
d'un canal légèrement incliné qui aboutit à 
l'axe du cône où se trouve un espace, qu'on 
peut considérer comme une cheminée, et dans 
lequel on a mis du bois menu et bien sec C'est 
à ce bois qu'on met le feu, en jetant dessus du 
charbon embrasé. L'ouverture de la cheminée 
reste découverte jusqu'à ce qu'il en sorte de la 
flamme. Alors on y met une plaque de gazon 
qui ne doit point la fermer exactement. 

Les parties de bois voisines du canal et 
de la cheminée où il y a du bois sec en com- 
bustion, s'échauffent; elles laissent dégager des 
fluides aériformes inflammables, tels que de 
l'hydrogène carboné, de l'oxide de carbone, des 
huiles empyreumatiques qui , étant exposés à 
une température suffisante, sont brûlés par l'air 
qu'ils rencontrent; la combustion étant ainsi 
entretenue, toutes les parties du bois s'échauf- 
fent et finissent par être réduites en charbon. 
Ces fluides inflammables servent à la carboni- 
sation, non-seulement par la chaleur qu'ils pro- 
duisent en brûlant, mais encore parce qu'ils 
préservent le combustible solide de Faction 
comburante de l'air. 



APPLIQUÉE A LA TEIMTRF. &§ 

Ce procédé revient jusqu'à un certain point 
à distiller du bois dans un appareil clos; mais 
il y a cette différence que la chaleur nécessaire 
à la distillation résulte, en grande partie au 
moins, de la matière combustible qui est déga- 
gée du bois même à l'état aériforme. 

La durée de la carbonisation et du refroi- 
dissement est de 4^7 jours suivant la quantité 
de bois qui composait le cône ou fourneau. 

Le second procédé de carbonisation consiste 
à introduire les morceaux de bois qu'on veut 
charbonner dans des cylindres en tôle qui font 
l'office de cornues. On recueille les gaz et les 
produits liquides qui contiennent de l'acide 
pyroligneux, c'est-à-dire de l'acide acétique qui 
est employé avec succès en teinture, à l'état 
libre ou de vinaigre , et à celui d'acétate de 
plomb ou d'acétate d'alumine. 

La différence qu'il y a entre les deux pro- 
cédés, c'est que le dernier donne tout le char- 
bon qu'on peut obtenir du bois au moyen de 
la chaleur, tandis que par le premier on en 
perd toujours une certaine quantité. Le pro- 
duit du second procédé est plus abondant que 
celui du premier, et il est d'une qualité plus 
égale ; on n'y trouve pas de fumerons, c'est- 



3û J> £ UèÇOtt DE CHIMIK 

à-dire de morceaux de bois qui n'ont pas été 
suffisamment chauffés, comme on en rencontre 
dans le charbon fait par le premier procédé. 

On obtient par celui-ci de 1 8 à 20 parties de 
charbon pour cent de bois; et par le second, 
on peut en obtenir de 24 à 25, et même 28 
pour cent. 

Du reste la quantité de cendre , par rapport 
au bois , est la même , car toutes les parties 
fixes au feu , qui étaient dans le,végétal , se re- 
trouvent dans le charbon. 

Il y a entre les deux sortes de charbons une 
assez grande différence pour certaines opéra- 
tions. Le charbon préparé dans des cylindres 
est plus combustible que le charbon préparé 
par le procédé ordinaire, et sous ce rapport il 
convient moins aux essais de coupelle, et en 
général à toutes les opérations où l'on a besoin 
d'une chaleur forte, soutenue pendant un cer- 
tain temps. 

Nous verrons que la température à laquelle 
le bois est exposé pendant la carbonisation a 
une grande influence sur plusieurs propriétés 
du charbon. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3l 

II. COMPOSITION. 

Le charbon obtenu par les différons procédés 
que nous venons d'indiquer est formé, pour la 
plus grande partie, de carbone, d'une petite 
quantité d'hydrogène et d'oxigène, et, en ou- 
tre, de quelques centièmes de cendre; celle-ci 
est la matière inorganique fixe au feu, que le 
végétal d'où le charbon provient avait puisée 
dans le sol. 

Telle est la composition du charbon de bois 
qui n'a pas eu le contact de l'atmosphère ; car, 
dès qu'il y est exposé, il absorbe une certaine 
quantité des fluides élastiques qui le constituent. 

M. Dcebereiner a considéré le charbon de sa- 
pin, abstraction faite de sa cendre, comme un 
composé défini de 6 volumes de carbone et de 
1 volume d'hydrogène. S'il est impossible de 
nier l'affinité de l'hydrogène pour le carbone 
dans le charbon ordinaire, lorsqu'on a égard à 
la grande chaleur qui est nécessaire pour le dés- 
hydrogéner; cependant il faut avouer, malgré 
la grande probabilité qu'il existe un carbure 
d'hydrogène solide et noir, que jusqu'ici on n'a 
pas indiqué un procédé précis pour se le pro- 
curer dans un état constant de composition. 



"il V> c LEÇOK DE CHlWrE 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le charbon végétal provenant du bois est so- 
lide, sonore et très-dur : il paraît plus léger que 
l'eau; mais lorsqu'il a été pendant quelque temps 
dans ce liquide, il finit par se précipiter au fond, 
parce qu'il perd peu à peu une partie de l'air 
qu'il contenait dans ses interstices, et qui le 
rendait spécifiquement plus léger que l'eau. Le 
charbon, exempt d'air, a une densité qui, sans 
erreur, peut être portée à 2,000 au moins. Sui- 
vant M. Cheuvreusse sa densité est d'autant 
plus grande qu'il a été préparé à une tempé- 
rature plus élevée. 

Il est facile de s'expliquer pourquoi le char- 
bon conserve la forme du bois dont il provient, 
forme absolument accidentelle à sa nature. Pen- 
dant la carbonisation, la matière ligneuse ne 
se ramollissant pas, et la force de cohésion ne 
permettant pas aux particules du charbon de se 
séparer, il n'y a aucune raison pour que ces par- 
ticules ne conservent pas entre elles les mêmes 
rapports apparens de position que ceux où elles 
se trouvaient dans le bois. 

Le charbon est mauvais conducteur de la cha- 
leur lorsqu'il n'a pas été fortement chauffé; dans 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 33 

cet état on peut donc en revêtir une capacité 
que l'on veut maintenir à une certaine tem- 
pérature; mais il faut avoir égard à la grande 
disposition qu'il a de rayonner la chaleur. A 
cet égard , il tend à se refroidir beaucoup , 
et conséquemment à refroidir les corps qu'il 
touche. Mais si le charbon dont on a cou- 
vert une capacité est lui-même revêtu d'une 
substance douée d'un faible pouvoir rayonnant, 
comme l'est une enveloppe de fer-blanc ou de 
tout autre corps métallique bien poli, le refroi- 
dissement de la capacité sera très -lent, par la 
raison que la petite quantité de chaleur que l'en- 
veloppe métallique pourra recevoir du contact 
du charbon ne tendra que très faiblement à se 
disperser dans l'espace. 

Le charbon qui a été préparé à une haute 
température est conducteur de la chaleur, sui- 
vant l'observation de M. Cheuvreusse. 

Le charbon est bon conducteur de l'électri- 
cité, lorsque toutefois il a été fortement chauffé, 
car autrement il ne le serait pas; et lorsqu'il s'a- 
git d'employer ce corps comme conducteur 
dans la construction des paratonnerres, il faut 
être sûr qu'il a été exposé à une température 

suffisante pour lui donner cette propriété. 

3 



34 9" LEÇON DE CHIMIE 

IY. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le charbon brûle vivement dans l'air, quand 
on en élève la température, et il exige d'autant 
moins de chaleur que ses parties sont plus di- 
visées et plus sèches : c'est ainsi que les char- 
bons d'asphodèle, de chènevotte ou de toile 
prennent feu avec une très-grande facilité. Tou- 
tes choses égales d'ailleurs, le charbon qui a été 
le moins chauffé est le plus combustible. 

Lorsqu'on brûle dans l'oxigène du charbon 
qui contient de l'hydrogène, on trouve presque 
toujours dans le résidu de la combustion une 
petite quantité d'hydrogène et d'oxide de car- 
bone. 

V. ABSORPTION DES FLUIDES ÉLASTIQUES PAR LE 
CHARBON ET LES CORPS POREUX EN GÉNÉRAL. 

Les différentes espèces de fluides élastiques 
sont absorbées en des proportions diverses par 
le charbon d'une même espèce de bois. 

Cette proposition résulte d'expériences de 
MM. Rouppe et Norden, du comte Morozzo, et 
surtout de celles de M. Th. de Saussure, que 
nous allons rapporter : 

Ce physicien distingué a trouvé que i volume 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3~> 

de charbon de buis, qui a été préalablement 
rougi, et refroidi sans le contact de l'air, absorbe 
à la température de 1 1 à i3°, et sous une pres- 
sion de o m ,724 de mercure: 
90 volumes de gaz ammoniaque, 



85 — 


acide hydrochloriqiie, 


65 — 


acide sulfureux, 


55 — 


acide hydrosulfurique, 


40 — 


protoxide d'azote, 


35 — 


acide carbonique, 


35 — 


hydrogène bicarboné, 


9/* a — 


oxide de carbone, 


9,a5 — 


oxigène, 


7,5o — 


azote, 


i,75 — 


hydrogène. 



Vous voyez, Messieurs, par ce tableau, que 
les gaz simples sont moins absorbables que les 
gaz composés en général, et que les gaz com- 
posés les plus absorbables sont ceux qui ont 
des propriétés acides ou alcalines prononcées, 
et le plus de solubilité dans l'eau. 

Vous concevez que si , avant d'introduire 
dans un gaz le charbon dont on veut détermi- 
ner le pouvoir absorbant, on n'avait pas la pré- 
caution de l'exposer à une température rouge 
et de le laisser refroidir sans le contact de 
l'air, on serait induit en erreur par les fluides 

3. 



36 9 e LEÇON DE CHIMIE 

aériformes qu'il aurait pris dans l'atmosphère, 
ce qui affaiblirait son pouvoir absorbant d'une 
certaine quantité. C'est pour être à l'abri de 
cette cause d'erreur, qu'il faut dépouiller le 
charbon de tous les gaz qu'il pourrait contenir, 
en le faisant rougir, ou bien encore en l'exposant 
au vide de la machine pneumatique; car M. Th. 
de Saussure a constaté que le charbon qui a 
été dégazé par ce dernier procédé , a sensible- 
ment le même pouvoir absorbant que celui qui 
a été chauffé au rouge. Cette observation est im- 
portante en ce qu'il existe des corps organiques 
destructibles par la chaleur, dont le pouvoir 
absorbant ne pourrait être mesuré, si on n'avait 
pas la ressource de les dégazer en les soumet- 
tant au vide. 

L'absorption des gaz par le charbon n'est 
jamais instantanée. M. Th. de Saussure l'a gé- 
néralement considérée comme achevée après 
24 ou 36 heures. Il a remarqué que le char- 
bon que l'on conserve des années entières dans 
l'oxigène continue à en absorber, quoique très- 
lentement à la vérité. Mais parce qu'il se pro- 
duit en même temps de l'acide carbonique, et 
que celui-ci est plus absorbable que l'oxigène, 
on conçoit qu'à mesure qu'il s'en forme, le char- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 37 

bon a la faculté d'absorber de nouvel oxigène 
dans l'atmosphère où il est plongé. 

E absorption des gaz par le charbon est ac- 
compagnée d'un dégagement de chaleur qui 
est d'autant plus sensible, toutes choses égales 
d'ailleurs y qu'elle est plus rapide. 

Puisque nous avons vu que le charbon peut 
être dégazé par la chaleur et par son séjour dans 
le vide , il est clair que du charbon qui aura été 
saturé d'un gaz à une certaine température, de- 
vra en abandonner lorsqu'il sera exposé à une 
température plus élevée, ou à une pression moin- 
dre que celle où il a été saturé de ce gaz. 

Le charbon qui est saturé d'un gaz en aban- 
donne une partie, lorsqu'on le plonge dans Teau. 
C'est ce dont il est aisé de se convaincre en in- 
troduisant sous une cloche pleine d'eau, du 
charbon qui soit saturé d'air atmosphérique, 
ou de tout autre gaz peu soluble dans ce li- 
quidé. 

Le charbon saturé d'un gaz mis dans un autre 
gaz, laisse constamment dégager une portion 
du premier en même temps qu 'il absorbe plus 
ou moins du second. 

M. Th. de Saussure dit que si le volume du 
gaz expulsé est plus grand que celui du gaz 



3 S 9* LEÇON DE CHIMIE 

absorbé, il y a production de froid, tandis que 
dans le cas contraire il y a dégagement de cha- 
leur. 

Les charbons obtenus de bois diffèrens n'ont 
pas tous, indistinctement au même degré, le pou- 
voir d'absorber les gaz. 

Les charbons de buis, de chêne, et des bois 
denses en général, ont un pouvoir absorbant 
plus grand que ceux de sapin , de bouleau , et 
des bois blancs légers. 

Mais M. Th. de Saussure a observé que les 
diffèrens gaz sont absorbés par des charbons 
diffèrens, en quantités qui sont entre elles dans 
les mêmes rapports pour tous ; par exemple si 
i volume d'un certain charbon absorbe la moi- 
tié moins d'acide carbonique que i volume de 
charbon de buis , il absorbera la moitié moins 
de toute autre espèce de gaz. 

Il ne faut pas croire que la propriété d'absor- 
ber les gaz soit particulière à la matière qui nous 
occupe; tous les corps poreux la possèdent; et 
pour avoir une juste idée des causes auxquelles 
on peut rapporter cette propriété dans le char- 
bon, il faut prendre en considération les corps 
avec lesquels il la partage. 

Nous avons vu que les quantités de gaz qui 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 39 

sont absorbées par différentes sortes de charbon 
sont entre elles dans les mêmes rapports. Il n'en 
est pas de même de celles qui le sont par des 
corps poreux autres que le charbon. Par exem- 
ple, si vous prenez i volume d'écume de mer 
dépouillé de toute substance gazeuse par l'action 
de la chaleur ou du vide, si vous le mettez avec 
différens gaz, et que vous dressiez un tableau 
correspondant à celui que nous avons donné 
pour le charbon de buis , il se trouvera des gaz 
qui seront plus absorbables par le charbon que 
par l'écume de mer, et réciproquement. 

TABLEAU D'EXPÉRIENCES 

Faites par M. Th. de Saussure, avec de V écume 
de mer de Valecar, à la température de 1 5°, 
et sous une pression de Q m , r j3. 

i volume de cette écume de mer a absorb.é : 
i5 volumes de g. ammoniac, 
11,7 — acide liydrosulfurique , 

5,66 — hydrogène bicarboné , 

5,i6 — ■ acide carbonique , 

3,75 — protoxide d'azote , 

1,60 — azote, 

1,49 — oxigène, 

1,17 — oxide de carbone , 

0,44 — hydrogène, 



4° 9* LEÇON DE CHIMIE 

Le ligneux, soit à V état de bois, soit à l'état de 
coton ou de fil, ainsi que la laine et la soie, ont 
la propriété a" absorber les fluides élastiques. Par 
conséquent cette propriété, qu'on aurait pu 
croire n'appartenir qu'à des corps qui n'ont 
pas, à proprement parler, de rapports avec la 
teinture, se trouve dans les matières premières 
de cet art; et lorsque nous traiterons de ses 
procédés , nous verrons qu'il n'est pas indiffé- 
rent à la réussite d'une de ses opérations qu'il 
y ait de l'air dans les interstices ou les pores 
des étoffes, ou qu'il n'y en ait pas. 

Le bois de coudrier, la filasse de lin, la laine 
et la soie écrue, absorbent les gaz dans l'ordre 
suivant : 

TABLEAU. 

i volume de bois de coudrier, vide d'air et séché, 
i — de filasse de lin, — 

i — de laine, — 



i — de ! 


soie écrue, 


— ont 


absorbé: 




BOIS. 


FILASSE. 


LAINE. 


SOIE ÉCRUE. 


Ammoniaque 


IOO 


68 




78 


Acide carbon. 


i»i 


0,6a 


»,7 


1,1 


Hyd. bicarb. 


0,71 


0,48 


0,57 


o,5o 


Hydrogène. . 


o,58 


o,35 


o,3o 


o,3o 


Oxid. carbone 


o,58 


o,35 


o,3o 


o,3o 


Oxigène . . . 


o,47 


o,35 


o,43 


o,44 




0,21 


o,33 


0,24 


0,1 aS 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4* 

On voit que le charbon et l'écume de mer 
condensent plus d'azote que d'hydrogène , tan- 
dis que c'est le contraire pour le bois, la filasse, 
la laine et la soie. On voit en outre que la laine 
et la soie absorbent plus d'oxigène que d'hy- 
drogène, tandis que le contraire a lieu pour le 
bois de coudrier. 

En cherchant les causes qui peuvent exercer 
de l'influence dans les absorptions des différens 
fluides élastiques par les solides poreux, on 
en trouve trois principales : i° la porosité du 
solide; 2° l'affinité de la base du fluide élasti- 
que pour le solide; 3° la cause qui maintient 
la base du gaz à l'état de fluide élastique. Nous 
les examinerons successivement. 

i°H ne faut pas croire que plus un corps sera 
poreux, c'est-à-dire plus il présentera d'inter- 
stices, plus il aura de capacité pour absorber les 
fluides élastiques. Ainsi il ne faut pas croire que 
le charbon de liège , qui est un des plus poreux 
qu'on connaisse ( parce que le liège se bour- 
souffle beaucoup lorsqu'il se carbonise), ait un 
pouvoir absorbant supérieur au charbon de 
buis. Le premier ne condense pas plus de son 
propre volume d'air atmosphérique, et M. Théo- 
dore de Saussure regarde son pouvoir absorbant 



4"i 9* LEÇON DE CHIMIE 

comme à peu près nul, tandis qu'il en est tout 
autrement du charbon de buis. Celui-ci étant 
très-dense par rapport à l'autre, il faut admet- 
tre que des pores extrêmement petits, mais as- 
sez grands cependant pour recevoir les gaz, 
sont beaucoup plus disposés à absorber des 
fluides aériformes que des pores très-larges. Et 
si vous vous rappelez que les propriétés chimi- 
ques s'exercent au contact apparent, vous con- 
cevrez très-bien qu'un solide qui a des pores ex- 
trêmement fins peut présenter beaucoup plus 
de surface à un gaz qu'un solide dont les pores 
sont très -grands. Mais tout en reconnaissant 
que l'étendue de la surface du solide poreux doit 
exercer une grande influence sur l'absorption, 
cependant nous n'assurerons pas qu'il n'y ait 
pas d'autres causes qui aient de l'influence; par 
exemple, la figure même des pores. 

Il est certain que si l'on prend deux poids 
égaux de charbon de buis, qu'on réduise l'un 
en poudre fine, et qu'on détermine son pouvoir 
absorbant relativement à l'autre qui aura con- 
servé l'état d'agrégation qui lui est naturel, on 
verra que le pouvoir absorbant de la poudre 
sera bien inférieur à celui du charbon dont les. 
particules sont cohérentes. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 43 

2° L'influence de l'affinité du solide poreux 
sur la base du gaz ne peut être mise en doute 
d'après ce résultat, que ]e charbon et l'écume de 
mer condensent plus d'azote que d'hydrogène, 
tandis que les bois condensent plus d'hydro- 
gène que d'azote. Il faut donc nécessairement 
avoir recours à l'affinité élective pour expli-^ 
quer la différence des résultats ; car, s'il n'y 
avait que des propriétés mécaniques , il est 
clair que les quantités diverses de fluides élas- 
tiques absorbées par les divers solides poreux, 
devraient être entre elles dans les mêmes rap- 
ports, ainsi qu'on l'observe pour les quantités 
qui sont absorbées par les diverses sortes de 
charbon. 

3° La cause qui tend à maintenir les fluides 
élastiques dans l'état où leurs particules sont 
libres de la cohésion, est évidemment opposée 
aux deux causes dont nous venons d'examiner 
les effets, c'est-à-dire à celles auxquelles nous 
rapportons le phénomène de l'absorption. 

Il est tout simple, d'après cela, que l'élévation 
de la température qui augmente la tension d'un 
gaz, diminue l'effet de l'absorption. 

Il est tout simple encore que, toutes choses 
égales d'ailleurs, les fluides élastiques qui ont 



44 9* LEÇON DE CHIMIE 

le plus de tendance à se liquéfier, soient les plus 
disposés à être absorbés. 

VI. ABSORPTION DES CORPS ODORANS PAR LE 
CHARBON. 

La propriété qu'on remarque au charbon dont 
on saupoudre la viande et le poisson, rendus 
odorans par un commencement de putréfac- 
tion , est d'anéantir cette odeur; sa propriété 
de produire le même effet sur de l'eau rendue 
odorante par de l'acide hydrosulfurique , ben- 
zoïque, des huiles empyreumatiques, de l'in- 
fusion de valériane, de l'essence d'absinthe, de 
l'ognon , etc. , peut se déduire de sa propriété 
d'absorber les fluides élastiques en général ; car 
les corps odorans ne sont en définitive que des 
substances à l'état fluide élastique qui sont sen- 
sibles à l'odorat; et comme nous avons vu que 
l'eau n'expulse pas d'un charbon la totalité du 
gaz qu'il a absorbé, il en résulte que du char- 
bon pourra enlever à de l'eau le gaz qui la rend 
odorante. 

Mais il ne faut pas croire que le charbon 
soit susceptible d'absorber tous les corps odo- 
rans indistinctement ; il en est, comme le cam- 
phre, sur lesquels il n'a pas d'action, ou plu- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4^ 

tôt sur lesquels il n'en a qu'une extrêmement 
faible. 

VII. ABSORPTION DES MATIÈRES COLORANTES PAR 
LE CHARBON. 

Le charbon présente la propriété extrême- 
ment remarquable pour nous d'enlever à l'eau 
un certain nombre de matières qu'elle tient en 
dissolution, et qui, à l'état libre, sont solides. 

Par exemple, si on fait une infusion colorée 
avec 200 grammes d'eau et i gramme de ga- 
rance; qu'on prenne 5o centimètres cubes de 
cette infusion, et qu'on les agite à la tempéra- 
ture de 1 8 d avec 5 grammes de poudre de char- 
bon ordinaire calciné, au bout d'une heure 
l'infusion sera décolorée. Nous devons en 
conclure que dans les circonstances où nous 
avons opéré, c'est-à-dire avec telles proportions 
d'eau, de matière colorante et de charbon, et à 
telle température, la matière colorante a une 
affinité élective plus forte pour le charbon que 
pour l'eau. 

Nul doute que si le charbon était incolore 
aussi bien que l'est le diamant, il ne parût co- 
loré ou teint. Ces expériences sont fondamen- 
tales pour la théorie de la teinture. 



/{() !)' LEÇON DE CHIMIE 

§ II. 

CHARBON ANIMAL. 

Quoique, d'après la définition que nous avons 
donnée du charbon animal, toute matière or- 
ganique azotée soit susceptible d'en donner par 
l'action de la chaleur, cependant le nom de 
charbon animal, tout générique qu'il est, s'ap- 
plique presque toujours au charbon obtenu de 
la distillation des os. 

I. PRÉPARATION. 

Les os sont, comme tout le monde sait, for- 
més i° d'une matière organique dont une partie 
est susceptible de se convertir en gélatine par 
l'action de l'eau bouillante ; a de matière inor- 
ganique qui consiste principalement en sous- 
phosphates de chaux et de magnésie, et en sous- 
carbonate de chaux. 

Le charbon animal se prépare en distillant 
les os dans des cylindres de fonte. On recueille 
avec soin le sous-carbonate d'ammoniaque pro- 
duit par la décomposition de la matière orga- 
nique. Le résidu est le charbon animal. 

Si on veut l'avoir à l'état de pureté, on le sou- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4? 

met à l'action de l'acide hydrochlorique qui dis^- 
sout toutes les matières étrangères au charbon . 

II. COMPOSITION. 

M. Dœbereiner regarde le charbon animal 
comme un composé de 

en aloraes. 

Azote i 

Carbone 3 

Il existe très-probablement un azoture de 
carbone solide à proportion fixe, mais on n'a 
pas indiqué un procédé précis pour se le pro- 
curer. La difficulté d'y parvenir est l'ignorance 
où l'on est sur le moment où il faut cesser de 
chauffer la matière azotée qu'on charbone; car, 
si on ne la chauffe pas assez, le résidu retient 
de l'hydrogène, et dans le cas contraire, il a 
perdu trop d'azote. On conçoit aisément ce der- 
nier résultat, puisque le charbon animal peut 
être complètement désazoté par la chaleur. 

III. PROPRIÉTÉS. 

Le charbon des os a cela d'analogue au char- 
bon de bois, qu'il conserve la forme de la ma- 
tière qui l'a fourni. 

On n'a pas fait d'expériences suffisamment 



48 9' LEÇON DE CHIMIE 

précises , pour que nous les rapportions , sur le 
pouvoir qu'a le charbon animal d'absorber les 
gaz et les corps odorans; on ne l'a guère examiné 
que sous le rapport de son pouvoir décolorant. 
Il jouit de cette propriété à un bien plus haut 
degré que le charbon végétal; et l'usage qu'on 
en fait aujourd'hui dans l'extraction et la pu- 
rification du sucre , n'a pas peu contribué à 
multiplier les fabriques de sucre de betteraves, 
en rendant l'extraction de ce principe immédiat 
des végétaux plus facile et plus économique 
qu'elle ne l'était auparavant. 

En comparant le charbon animal et le char- 
bon végétal l'un à l'autre, à l'égard de leur 
pouvoir décolorant, on ne peut s'empêcher 
de remarquer entre eux des différences ana- 
logues à celles que présentent la laine , la 
soie, le chanvre, le lin, le coton, suivant leur 
aptitude différente à se combiner à tel principe 
colorant ou à tel mordant salin ; et si nous re- 
prenons la supposition que nous faisions tout- 
à-1'heure d'un charbon végétal incolore , et que 
nous retendions au charbon animal, il arrive- 
rait que celui-ci pourrait se teindre dans des 
circonstances où le premier ne se colorerait pas; 
et, à cet égard, le résultat serait tout -à- fait 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. ,\<J 

analogue à celui que présentent la laine et la 
soie avec certaines matières colorantes qui sont 
absorbées à froid par celle-ci , tandis qu'elles ne 
le sont pas par la première. 

Le pouvoir décolorant du charbon animal or- 
dinaire réside dans le carbone et non dans les 
sous-phosphates et le sous-carbonate de chaux 
qu'il contient. On en a la preuve en comparant 
le pouvoir décolorant d'un poids A de charbon 
animal pourvu de ses sels, et d'un poids A de ce 
même charbon traité par l'acide hydrochlori- 
que ; celui-ci est bien plus décolorant que l'au- 
tre; mais si l'on eût employé une quantité de 
charbon animal pourvu de ses sels, ccntenant 
un poids A de charbon azoté pur, on eût 
trouvé cette quantité plus décolorante que le 
poids A du charbon azoté séparé de ses sels. 
Conséquemment , lorsqu'il s'agit de décolorer 
des liqueurs, que je suppose d'ailleurs n'avoir 
aucune action sur les sous-phosphates de chaux 
et de magnésie, ainsi que sur le sous-carbonate 
de chaux , il est avantageux d'employer le char- 
bon animal sans l'avoir préalablement passé à 
l'acide hydrochlorique. 



5o 9 r LEÇON DE CHIMIE APPL. A LA TEINT. 

J'en ai dit assez, Messieurs , sur le charbon, 
pour que vous sentiez toutes les applications 
que l'on peut faire de la connaissance de ses 
propriétés à la théorie de la teinture et aux 
procédés de cet art. 

Sous le premier rapport, le charbon nous a 
offert une substance qui exerce des actions chi- 
miques, sans que ses parties perdent leur cohé- 
sion, et qui est susceptible de s'unir- avec des 
principes colorans à la manière des étoffes. 

Sous le second rapport, il nous a offert une 
substance précieuse pour épurer les eaux; non- 
seulement c'est un excellent filtre mécanique 
comme le sable, mais dans plusieurs circon- 
stances le teinturier peut en faire usage pour 
enlever à des eaux certaines substances qui y 
sont contenues, et qui sont nuisibles à plu- 
sieurs de ses opérations. Seulement nous ferons 
remarquer que si l'on voulait se servir de la 
première eau qui a passé dans un filtre de char- 
bon végétal neuf, il faudrait être sûr que les sels 
alcalins ne nuiraient pas à l'usage auquel on des- 
tine le liquide filtré, car il contient plusieurs sels, 
et notamment du sous-carbonate de potasse. 



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DIXIÈME LEÇON. 



BORE (B). 

DOUZIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
CHAPITRE PREMIER. — BORE. 



I. NOMENCLATURE. 

Le nom du Bore est tiré du mot borax, an- 
cienne dénomination du sous-borate de soude, 
qui, de tous les corps dont le bore est un des 
élémens, est le plus anciennement connu. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le bore est solide, infusible au feu de nos 
fourneaux. Sa densité est plus grande que celle 
de l'eau. 

Son poids atomistique ne paraît pas encore 
fixé. Dans un I er travail, M. Berzelius l'avait 



2 1Q C LEÇON DE CHIMIE 

trouvé de 69,655; dans un 2 e , il l'a porté à 
271,96. 

Il ne conduit pas l'électricité. 

Il est d'un brun olivâtre sans éclat. 

Quand on divise les corps simples en com- 
bustibles non métalliques et en combustibles 
métalliques, le bore appartient à la première 
division. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il ne se combine avec l'oxigène qu'à une tem- 
pérature assez élevée; il se produit du feu, mais 
la combustion est bientôt interrompue par une 
couche vitreuse qui recouvre les parties de 
bore qui n'ont pas brûlé. Cette couche vitreuse 
est de l'acide borique. 

Le bore n'a pas d'action sur l'eau à froid ; 
mais, à une température rouge, il la décompo- 
serait sans doute, avec dégagement d'hydrogène 
et production d'acide borique. 

Il est converti en acide borique quand on le 
traite par l'acide nitrique. 

Je n'entrerai pas dans de plus grands détails 
sur les propriétés chimiques de ce corps, qui, 
encore peu connu, n'est d'aucun usasse. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. D 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore et insipide. 

V. ÉTAT NATUREL. 

11 se trouve dans la nature à l'état d'acide 
borique libre et de borate. 

VI. PRÉPARATION. 

On l'obtient en faisant réagir du potassium , 
substance très-avide d'oxigène, sur l'acide bori- 
que, à une température qui n'est pas très-éle- 
vée, puisqu'on peut soumettre le mélange des 
corps à leur action réciproque dans un tube de 
verre. Le potassium s'empare alors de l'oxigène 
de l'acide borique : il en résulte de la potasse 
d'une part et du bore de l'autre. Mais la tota- 
lité de l'acide n'étant pas décomposée, il y en 
a une portion qui s'unit à 'l'alcali ; on a donc 
un sous-borate de potasse et du bore. En trai- 
tant ces corps par l'eau , le sous-borate est dis- 
sous à l'exclusion du bore. 

VII. HISTOIRE. 

En 1808, sir H. Davy remarqua que l'acide 
borique soumis à l'action de la pile éprouvait 
une décomposition, et qu'une matière noire se 
rassemblait au pôle négatif; mais il n'examina 



4 « 10' LEÇON DE CHIMIE 

point cette substance, qui était certainement le 
radical de 1 acide soumis à l'expérience. Peu de 
temps après, MM. Gay-Lussac et Thénard dé- 
composèrent ce même acide par le^ potassium , 
et se procurèrent ainsi une assez grande quan- 
tité de bore pour en constater l'existence com- 
me espèce particulière de corps simple. 



CHAPITRE II. 

ACIDE BORIQUE (B Berz., »« travail. B Berz., a<= travail). 



§ I er - 
ACIDE BORIQUE ANHYDRE. 

I. COMPOSITION. 

1 er TRAVAIL. 2 e TRAVAIL, 

poids. atomes. poids. atomes. 

Oxigène 74,17 a 200 68,81 6 600 

Bore . . a5,83 1 69,65 3i,ig 1 271,96 

100,00 p. at. 269,65 100,00 p. at. 871,96 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 5 

IT. NOMENCLATURE. 

L'acide borique a porté le nom de sel sédatif 
de Homberg. On le rangeait parmi les sels, à 
l'époque où l'on considérait comme tels toutes 
les substances qui sont sapides et solubles dans 
l'eau; on le distinguait des autres sels par l'é- 
pitbète de sédatif, parce qu'on lui attribuait 
des propriétés calmantes, et par le nom du chi- 
miste Homberg qui l'avait fait connaître. Il a en- 
suite été appelé acide boracique, et enfin acide 
borique. 

III. PROPRIÉTÉS. 

L'acide borique anhydre est sous forme vi- 
treuse, fixe à une température rouge blanche. 

Il est incolore et transparent. 

Il forme avec l'eau deux combinaisons, un 
hydrate et un surhydrate. 

L'acide borique anhydre n'a été obtenu jus- 
qu'ici qu'en très-petite quantité, en faisant brû- 
ler le bore dans l'air atmosphérique, ou mieux 
encore dans l'oxigène desséché. 



6 10 e LEÇON DE CHIMli: 

§11. 

ACIDE BORIQUE A L'ÉTAT D'HYDRATE. 
I. COMPOSITION. 

L'acide borique hydraté, suivant le i er travail 

de M. Berzelius (B + HH ou B. aq.\ est formé 
de 

en poids. <a atomes. 

Acide borique . . 70,56 i a6g,65 

Eau 29,44 i 112,48 



100,00 poids at. 382, i3 

L'acide borique surhydratè ( B + 2 HH ou 
B % aq. ) est formé de 

Acide borique . . 54,5a 1 269,65 

Eau 45,48 2 224,96 



100,00 poids at. 494,6i 

II. NOMENCLATURE. 



L'acide borique surhydratè est l'acide bori- 
que qui a cristallisé au milieu de l'eau. Presque 
toujours ses propriétés ont été décrites, sans 
être distinguées de celles de l'acide borique 
simplement hydraté. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

II [. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. ■ 

L'acide borique surhydraté est le plus sou- 
vent en prismes très-aplatis ou en tables hexa- 
gonales, brillantes et nacrées. 

Sa densité est de 1,479- 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il n'est pas très-soluble dans l'eau, car il faut 
5o parties d'eau bouillante pour en dissoudre 
une partie d'hydrate, et la solution se trouble 
beaucoup par le refroidissement. 

L'acide borique dissous dans l'eau a des pro- 
priétés assez remarquables. D'abord, il rougit 
très-sensiblement la teinture de tournesol, et 
sous ce rapport il a le caractère des acides. J'a- 
joute qu'en se combinant avec les alcalis, il 
forme des sels parfaitement caractérisés. Mais 
il agit sur l'hématine plutôt comme une base al- 
caline qu'à la manière d'un acide. Depuis que 
j'ai remarqué ce phénomène il y a dix-huit ans, 
on en a observé d'autres qui lui sont analogues. 
Nous reviendrons sur ce sujet lorsque nous par- 
lerons des principes colorans. Il faut savoir en- 
core que l'acide borique est sans action sur la 
teinture de violette. Il est donc alcalin à l'hé- 



8 10' LEÇON DE CHIMIE 

mâtine, acide au tournesol, et neutre à la cou- 
leur des violettes. 

L'acide borique surhydraté perd la moitié de 
son eau long-temps avant de rougir. L'hydrate 
restant chauffé au rouge en perd aussi, mais on 
ignore s'il peut être réduit à de l'acide anhydre. 
En opérant dans une cornue, on observe que 
la vapeur d'eau, en se dégageant, entraîne avec 
elle de l'acide hydraté ou surhydraté, qui cris- 
tallise en feuillets dans la voûte de la cornue. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore et n'a qu'une faible saveur. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve à l'état libre dans les eaux de pe- 
tits lacs d'Italie, et, dit-on, à l'état de sous-borate 
de soude dans celles de quelques lacs des Indes. 

VII. PRÉPARATION. 

On le prépare en dissolvant du borax calciné 
dans 3 parties ; d'eau bouillante, et ajoutant 
assez d'acide sulfurique à la solution pour sa- 
turer la soude. L'acide borique se dépose par 
le refroidissement en feuillets nacrés. On le 
lave sur le filtre avec de l'eau froide ; on le fait 
cristalliser plusieurs fois, puis on le fait sécher. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 9 

VIII. USAGES. 

Jusqu'ici l'acide borique n'a été employé en 
teinture que dans des essais. 

IX. HISTOIRE. 

Il fut découvert en 1702 par Homberg, et dé- 
composé et recomposé en 1808 par MM. Gay- 
Lussac et Thénard. 



SILICIUM (Si). 

TREIZIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION. — SILICIUM. 



I. NOMENCLATURE. 

Silicium vient du mot silex. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le silicium est solide, infusible au chalu- 
meau. 

Son poids atomistique est de 277,8. 



IO -10 e LEÇON DE CHIMIE 

Il a une couleur brune-noisette; il est sans 
éclat métallique. 

Il ne conduit pas l'électricité. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le silicium se combine, sous l'influence de 
certains corps, avec une petite quantité d'hydro- 
gène : il constitue un siliciure solide, qu'on a 
appelé improprement hydrure de silicium. 

Il est susceptible de se combiner avec l'oxi- 
gène;non à l'état de pureté, car alors il peut 
être chauffé dans ce gaz sans qu'il s'y unisse; 
mais pour peu qu'il contienne de l'hydrogène 
ou plutôt du siliciure d'hydrogène, il y brûle; 
de l'eau et de la silice ou acide silicique sont 
les produits de la combustion. 

Le soufre et le silicium rouge de feu sont 
sans action mutuelle , mais la combinaison de 
ces corps a lieu dans quelques circonstances. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore et insipide. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve dans la nature à l'état de silice 
et de silicate. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. i i 

VI. PRÉPARATION, USAGES, HISTOIRE. 

Le silicium se prépare par un procédé ana- 
logue à celui que nous avons indiqué pour 
obtenir le bore, c'est-à-dire qu'on fait réagir le 
potassium sur des composés de silicium ; mais 
je n'entrerai dans aucuns détails à cet égard, 
parce qu'ils sont sans intérêt pour nous; je me 
bornerai à dire que le silicium n'est d'aucun 
usage. Il fut caractérisé comme espèce de corps 
simple en 1824, par M. Berzelius. 



SECTION II. 

OXIDE DE SILICIUM (Si). 



I. COMPOSITION. 

poids. alomts. 

Oxigènc .... 51,92 3 3oo 

Silicium .... 48,08 1 277,8 



100,00 poids at. 577,8 

On voit qu'il correspond par sa composition 
à l'acide sulfurique, puisqu'il contient comme 
lui 3 atomes d'oxigène. 



12 10 e LEÇON DE CHIMIE 

II. NOMENCLATURE. 

Il est appelé Silice, Acide silicique. Ce der- 
nier nom lui est donné à cause de ses rapports 
avec les acides. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

La silice est solide, infusible à la température 
de nos fourneaux ordinaires, mais à une tem- 
pérature plus élevée elle se fond. 

On la trouve dans la nature cristallisée en 
rhomboèdres. Dans cet état sa densité est 
de 2,66. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

La silice ne se dissout dans l'eau qu'en très- 
petite quantité. Il ne faut pas croire que celle 
qui se trouve dans le résidu de l'évaporation 
de certaines eaux naturelles était tenu en disso- 
lution par l'eau pure, car il arrive très-souvent 
qu'elle est dissoute par l'intermède, soit d'un 
acide, soit d'une base avec laquelle elle forme 
un silicate plus soluble qu'elle ne l'est à l'état 
de pureté. 

Kirwan a estimé que la silice est soluble 
dans mille fois son poids d'eau ; mais l'état d'a- 
grégation dans lequel on la prend a de l'in- 



APPLIQUÉE A LA TEIWTXJRE. i3 

fluence sur son degré de solubilité. Ainsi la 
silice séparée du silicate de potasse par l'acide 
hydroctilorique, et qui n'a pas été exposée au 
feu, est plus soluble que le cristal de roche 
réduit d'ailleurs en poudre fine. 

La silice en poudre sèche absorbe la vapeur 
d'eau; par exemple, ioo parties exposées dans 
un atmosphère humide, peuvent prendre de 
10 à i5 parties d'eau hygrométrique. Dans cet 
état il ne faut pas la considérer comme un hy- 
drate de silice, mais comme un corps poreux 
qui a absorbé de la vapeur d'eau. 

Elle n'éprouve pas d'action de la part des 
solutions aqueuses des acides que nous avons 
examinés jusqu'ici, mais lorsqu'on la chauffe 
au rouge avec de l'acide borique, ou phospho- 
rique , elle se combine avec eux. 

La silice pulvérulente et même celle qui, 
contenant de l'eau interposée, est à l'état de 
gelée , n'est pas dissoute par les acides sulfu- 
rique, nitrique, hyclrochlorîque, etc. ; mais elle 
l'est si ces acides la trouvent dans un grand 
état de division. Voici une dissolution aqueu- 
se concentrée de silice dans la potasse ; je la 
partage en deux portions égales, je n'ajoute 
rien à l'une, tandis que j'étends l'autre de six 



l\ 10 e LEÇON DE CHIMIE 

parties d'eau environ. Je verse de l'acide hy- 
drochlorique en excès dans les deux portions. 
Vous voyez que la première donne un abon- 
dant précipité, qui ne se redissout pas dans le 
nouvel acide que j'ajoute, tandis que la seconde 
portion ne se trouble pas ; mais si nous faisons 
cbauffer cette dernière liqueur, de l'eau et de 
l'acide en excès se volatiliseront, et la liqueur 
concentrée à un certain point, abandonnée à 
elle-même, ou évaporée très-lentement, se pren- 
dra en gelée. Celle-ci n'est autre chose que de la 
silice très-divisée , qui retient entre ses parties 
tout le liquide qui n'a pas été évaporé. Si cette 
gelée est exposée de nouveau à la chaleur, elle 
perdra son eau et il ne restera plus que de la si- 
lice anhydre, à l'état pulvérulent, et le sel prove- 
nant de l'union de la potasse avec l'acide qu'on 
a employé pour décomposer le silicate alcalin. 
En versant de l'eau sur la matière , on dissou- 
dra le sel, et la silice restera à l'état de poudre 
blanche. 

La silice qui se sépare de l'eau en flocons 
gélatineux, a été considérée par quelques chi- 
mistes comme un hydrate, mais nous avons dit, 
en traitant de la nomenclature chimique, que 
nous n'appliquerions cette dénomination qu'à 



APPLIQUÉE A LA TELN TITRE. I 5 

des combinaisons définies. Or, la silice en gelée 
n'est certainement point dans ce cas, ou bien, 
si elle est unie à de l'eau en proportion définie, 
ce n'est qu'avec une portion du liquide qui s'y 
trouve, et nous pensons que cette portion, qui 
n'a point été déterminée, est distincte de celle 
qui constitue la gelée. L'eau qui rend la silice 
ou son hydrate gélatineux, nous semble être 
dans le même état que celui où se trouve ce 
même liquide dans les tissus organiques frais, 
sur les propriétés physiques desquels il exerce 
tant d'influence. (4 e leçon, page 17.) 

Quand on met la silice pulvérulente en 
contact avec de l'eau, elle l'absorbe en vertu 
de la capillarité ; mais il ne se produit pas de 
gelée. 

La silice n'éprouve aucune action des corps 
simples que nous avons examinés jusqu'ici. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

La silice est inodore, insipide. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

Elle se trouve à l'état de pureté ou de silicate 
dans les êtres organisés, particulièrement dans 
l'épiderme des plantes de la famille des grami- 
nées. Il y a des bambous de l'Inde qui contien- 



l6 10 e LEÇON DE CHIMIE 

nent dans leurs nœuds des concre'tions de la 
grosseur d'une noisette, qui sont formées de 
silice et dune petite quantité d'alcali; on les 
nomme tabasheer. 

Les toiles de lin et de chanvre qu'on a passées 
à l'acide hydrochlorique laissent une cendre 
blanche qui n'est presque formée que de silice. 

On l'a trouvée dans des calculs de la vessie 
des animaux; mais en général elle y est rare. 
Du reste, cela n'a rien de surprenant, puisqu'il 
y a de la silice dans les plantes et dans beaucoup 
d'eaux naturelles dont les animaux se nourris- 
sent. 

La silice pure ou à l'état de silicate constitue 
les pierres siliceuses, et la plupart des pierres 
dures étincelantes sous le choc du briquet. 

VIL PRÉPARATION. 

La manière de préparer la silice consiste à 
fondre i partie de sable siliceux pulvérisé avec 
3 parties de potasse dans un creuset d'argent. 
Quand la matière a été fondue et refroidie, on 
la délaie avec 20 ou 3o fois son poids d'eau, 
dans une capsule de porcelaine, puis on ajoute 
un excès d'acide hydrochlorique; on fait éva- 
porer à sec, en remuant continuellement la ma- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 17 

tière vers la fin de l'opération; enfin on ajoute 
au résidu de l'eau aiguisée d'acide hydrochlo- 
rique; la silice est séparée à l'état solide de 
toute matière étrangère. Il ne s'agit plus que de 
la jeter sur un filtre et de l'y laver à l'eau bouil- 
lante; l'oxide de fer, la chaux et l'alumine, que 
pouvait contenir le sable, se retrouvent dans 
la liqueur filtrée. 

VIII. USAGES. 

La silice n'est pas employée dans la teinture, 
mais comme élément des corps organisés elle 
a dû fixer notre attention. Elle nous intéresse 
encore sous un autre rapport , c'est qu'elle est 
un des élémens du verre ; et quand on fait cer- 
taines opérations de recherches dans des vais- 
seaux de cette matière, il ne faut pas perdre 
de vue qu'ils sont composés essentiellement de 
sursilicate de potasse ou de soude et de sursili- 
cate de chaux, et qu'un grand nombre de corps, 
notamment l'eau chaude, sont capables d'enle- 
ver à ces vaisseaux du soussilicate de potasse ou 
de soude; par conséquent si on ne tenait pas 
compte de ce fait, on pourrait prendre des alca- 
lis et de la silice du verre pour les élémens d'une 
matière qu'on examinerait II ne faut pas croire 



l8 10 e LEÇON DE CHIMIE 

que l'eau n'agisse sur les vaisseaux de verre qu'a- 
près un long contact ; il suffit qu'elle y ait bouilli 
pendant une heure pour qu'elle contienne une 
quantité sensible de silice et de potasse ou de 
soude. 

La silice et l'alumine sont la base des poteries 
de terre , des fourneaux et des briques. 



COLOMBIUM (Col.). 

QUATORZIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



Le colombium ou tantale est un métal à peine 
connu ; on croit qu'il a pour poids atomistique 
23o5,7D. On suppose qu'il forme deux combi- 
naisons avec l'oxigène : l'une contient 3 atomes 
d'oxigène et i atome de colombium; l'autre con- 
tient 2 atomes du premier pour i atome du se- 
cond. La première combinaison constitue un 
acide incolore, insoluble dans l'eau; la deuxième 
un oxide. Mais le colombium ne se trouve qu'en 
très -petite quantité dans la nature, et rien ne 
fait croire qu'il puisse être employé en teinture. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 

ACIDE COLOMBIQUE(CoL). 

en poids. en atomes. 

Oxigène. . . . ii,5i 3 3oo 

Colombhmi. . 88,49 1 23o5,75 

100,00 poids at. 2605,75 



OXIDE DE COLOMBIUM (Col.). 

en poids. en atomes. 

Oxigène 7,98 2 200 

Colombium . . . 92,02 1 23o5,75 



100,00 poids at. 25o5,75 

TITANE (Ti.). 

QUINZIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



I" SECTION. — TITANE. 



I. NOMENCLATURE. 

Son nom fait allusion aux Titans de la mytho- 
logie grecque. 



UO 10 e LEÇON DE CHIMIE 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide et très-dur. 
Sa densité est de 5,3. 
Le poids de son atome est de 778,20. 
Il est métallique et d'une couleur rouge de 
cuivre. 

Il conduit très-bien l'électricité. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A la température ordinaire, l'air n'a pas d'ac- 
cès sur lui; à une température élevée et conti- 
nue, il s'oxide et devient pourpre ou rouge. 

Les acides nitrique sulfurique et hydrochlo- 
rique, l'eau régale bouillante, n'ont pas d'action 
sur lui. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est insipide et inodore. 

V. USAGES. 

Le titane à l'état de cyanure double de fer ou 
d'hydrocyanoferrate, est susceptible de teindre 
la soie en jaune, et cette couleur, s'alliant avec 
le bleu de Prusse, forme, ainsi que je m'en suis 
assuré, des verts beaucoup plus solides à la lu- 
mière que ceux que l'on fait avec des matières 
colorantes jaunes et bleues de nature organique. 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. 21 

VI. HISTOIRE. 

En 1 7 8 1 , M. Gregor reconnut le titane, comme 
substance particulière, dans un sable noir de la 
vallée de Menachan. En 1795, Rlaproth, qui 
ignorait cette découverte, décrivit comme sub- 
stance nouvelle l'oxide de titane qu'il avait re- 
tiré du schorl rouge. 



SECTION IL 

COMBINAISONS DU TITANE AVEC l'oxIGÈNE 
ET LE SOUFRE. 



CHAPITRE PREMIER. 

OX1DE DE TITANE (Ti). 

— | ,. 

I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Oxigène 33,95 4 40°)°° 

Titane 66, o5 1 778,20 

100,00 poids at. 1178,20 

IL NOMENCLATURE. 

Acide titunique. 



38 10 e LEÇON DE CHIMIE 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide, d'un blanc tirant plus ou moins 
sur le jaunâtre. { 

Exposé au feu, il devient jaune foncé; mais 
par le refroidissement la couleur s'affaiblit beau- 
coup. La première fois qu'il éprouve l'action de 
la chaleur, il devient incandescent avant d'être 
parvenu à la chaleur rouge : l'incandescence 
ne dure que quelques secondes. Après qu'il a 
éprouvé ce phénomène, la cohésion de ses parti- 
cules est augmentée d'une manière remarquable. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'oxide de titane est susceptible d'être dis- 
sous par l'acide hydrochlorique, etc. , au moins 
lorsqu'il est à l'état de surtitanate de potasse, et 
qu'il n'a pas éprouvé l'action de la chaleur; mais 
ces dissolutions sont peu stables, surtout quand 
elles ont été faites avec des acides peu concen- 
trés. En général, cet oxide n'a que de faibles 
propriétés alcalines. Il est susceptible de former 
avec les bases décidément alcalines des combi- 
naisons dans lesquelles il joue le rôle d'un aci- 
de, et que pour cette raison on appelle titanates. 

L'oxide de titane imbibé d'huile et chauffé 
dans fin creuset brasqué est réduit. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. si3 

Le zinc mis dans une solution hydrochlorique 
de surtitanate de potasse développe une couleur 
bleue que plusieurs chimistes attribuent à la 
formation d'un protoxide de titane. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Il existe dans la nature des oxides de titane 
colorés en rouge et en bleu, dont les rapports 
avec l'oxide que nous avons décrit n'ont point 
encore été exactement déterminés. On y trouve 
aussi du titanate de fer, ainsi que du titanate et 
du silicate de chaux unis ensemble. 

VL PRÉPARATION. 

On réduit du titanate de fer natif ou du ru- 
thil en poudre fine. On l'expose à une chaleur 
rouge dans un creuset d'argent, après l'avoir 
mêlé avec deux ou trois fois son poids de sous- 
carbonate de potasse. On lave la masse à l'eau 
froide. On dissout le résidu dans l'acide hydro- 
chlorique concentré. On a ainsi une solution 
de peroxides de fer et de titane, à laquelle on 
ajoute un poids d'acide tartrique, égal au plus 
à celui des deux oxides : on y verse de l'am- 
moniaque très-étendue d'eau, mais on n'en met 
pas assez pour la troubler. On précipite ensuite 
le fer au moyen de l'hydrosuifate d'ammonia- 



24 10' LEÇON DE CHIMIE 

que; on filtre, on lave le précipité avec de l'eau 
contenant un peu d'hydrosulfate d'ammoniaque. 
On fait évaporer les liqueurs filtrées à siccité. 
On calcine le résidu : on le fait bouillir ensuite 
dans l'eau aiguisée d'acide hydrochlorique, et on 
obtient par ce moyen de l'oxide de titane assez 
pur. Si on voulait le redissoudre dans l'acide hy- 
drochlorique, on serait obligé de le chauffer au 
rouge avec son poids de sous-carbonate de po- 
tasse, et de laver la matière avec l'eau. On au- 
rait ainsi un surtitanate de potasse soluble dans 
l'acide hydrochlorique. On jugerait que la so- 
lution est exempte de fer quand elle précipite- 
rait en jaune orangé par l'hydrocyanoferrate 
de potasse. 



CHAPITRE IL 

SULFURE DE TITANE (>S Ti). 



COMPOSITION. 

en poids, i n atomes. 

Soufre 5o,83 4 804,64 

Titane 49*'7 I 77 8 > 9 ° 

100,00 poids at. 1589,8/. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. a5 

Ce sulfure a été obtenu par M. H. Rose, en 
faisant passer du sulfure de carbone sur de 
l'oxide de titane chauffé dans un tube de por- 
celaine au rouge blanc. 

Il est d'un vert foncé. 



ANTIMOINE (At ou sb). 

SEIZIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
l re SECTION. — ANTIMOINE. 



I. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'antimoine est un métal solide, fusible à 43 2° 
centigrades, et susceptible de se réduire en va- 
peur. Il est remarquable par la propriété qu'il 
a de cristalliser en larges feuillets, et, quand on 
prend des précautions convenables, en cubes 
et en octaèdres. On observe surtout sa disposi- 
tion à cristalliser quand on en coule une masse 
de plusieurs hectogrammes dans un moule cy- 
lindrique, où la surface du métal n'est pressée 
que par l'atmosphère. Cette surface présente 



> 



^6 10 e LEÇON DE CHIMIE 

après le refroidissement une étoile plus ou moins 
régulière , qu'autrefois les alchimistes considé- 
raient comme un présage du succès de la trans- 
mutation des métaux en or. Aussi donnèrent-ils 
à l'antimoine une attention toute particulière. 

La densité de ce métal est de 6,7. 

Son poids atomistique est de 71 2,9. 

Sa couleur est d'un blanc bleuâtre ; il jouit 
d'un bel éclat métallique. 

Il conduit bien l'électricité. 

II. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il ne s'unit pas à l'hydrogène. 

Il se combine à l'oxigène en trois proportions. 
Les composés au maximum d'oxigène ont plus 
d'analogie avec les acides qu'avec les bases sali- 
fiables : c'est pourquoi on les a appelés acides 
antimonieux et antimonique. On a réservé le 
nom d'oxide d'antimoine à la combinaison in- 
férieure. 

L'antimoine s'unit, à des températures suffi- 
samment élevées, au soufre, au sélénium, au 
phosphore et à l'arsenic. 

L'eau n'est pas décomposée par l'antimoine. 

L'acide nitrique a une grande action sur ce 
métal. S'il est très-concentré, il le convertit on 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 27 

acide antimonique, qui ne se dissout pas; quand 
il est faible, il le convertit en protoxide, qu'il 
dissout. 

III. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il a une légère odeur, et plusieurs de ses com- 
binaisons ont des propriétés qui les font em- 
ployer en médecine. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

On le trouve dans la nature, souvent à l'état 
de sulfure, quelquefois à l'état d'oxide. 

V. PRÉPARATION. 

On l'extrait du sulfure d'antimoine. 



SECTION IL 

DES COMRINAISONS DE l' ANTIMOINE AVEC 
L'OXIGÈNE ET LE SOUFRE. 



PROTOXIDE D'ANTIMOINE (At ou Sb). 

en poids. en atonies. 

Oxigène i5,68 3 3oo 

Antimoine. . . . 84,3a i 1612,9 

100,00 poids at. 1912,9 



28 -10 e LEÇON DE CHIMIE 

On le prépare en précipitant par l'eau, du 
protochlorure d'antimoine, traitant le précipité 
lavé par le sous-carbonate de potasse, puis ex- 
posant le résidu à l'action de la chaleur. 

Il a une couleur légèrement jaune; il est fu- 
sible, et susceptible par le refroidissement de 
cristalliser en aiguilles réunies en faisceaux. 

Il n'a les propriétés alcalines qu'à un faible 
degré. 

Chauffé avec le soufre en excès, il est réduit 
en gaz acide sulfureux et en sulfure d'antimoine. 

Il cède son oxigène au carbone à une tem- 



•& 



pérature rouge. 



DEUTOX. D'ANTIMOINE, ACID. ANTIMONIEUX (ÀtouSb) 

Oxigène «9,87 4 Aoo 

Antimoine 80, i3 1 1612,9 

100,00 poids at. 2012,9 

L'acide antimonieux s'obtient parla combus- 
tion de l'antimoine. Mettez de l'antimoine dans 
un creuset percé d'un trou dans l'une de ses 
parois, un peu plus haut que ne sera la surface 
du métal, quand il sera fondu : renversez sur le 
creuset un second creuset percé d'un trou à son 
fond, vous aurez par ce moyen une capacité 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 29 

prismatique dans laquelle il s'établira un courant 
d'air. Ce courant aura un double effet : en tou- 
chant le métal, il le convertira, au moven de son 
oxigène, en acide antimonieux; en outre il en- 
traînera cet acide réduit en vapeur dans la par- 
tie supérieure de l'appareil, où il se déposera 
sous la forme d'aiguilles plus ou moins brillan- 
tes, que les anciens connaissaient sous le nom 
de fleurs d'antimoine. 

L'acide antimonieux jouit d'une légère solu- 
bilité dans l'eau. Celle-ci en dissout assez pour 
se colorer par l'acide hydrosulfurique. 

Quand l'acide antimonieux est très-divisé, et 
qu'on le met en contact avec du tournesol hu- 
mide, il le rougit. 



TRITOX. D'ANTIMOINE , ACIDE ANTIMONIQUE (At ou Sb). 

Oxigène 23,66 5 5oo 

Antimoine. . . . 76,34 1 1612,9 



100,00 poids at. 2112,9 

Le tritoxide d'antimoine ou l'acide antimo- 
nique s'obtient toutes les fois qu'on traite l'an- 
timoine par l'acide nitrique, et qu'on n'expose 
pas la matière à une température suffisante pour 



3o 10 e LEÇON DE CHIMIE 

faire passer l'acide antimonique à l'état d'acide 
antimonieux. 

On peut encore l'obtenir en faisant détoner 
i partie d'antimoine en poudre avec 3 parties 
de nitrate de potasse, lavant le résidu à l'eau et 
le traitant ensuite par l'acide nitrique. 



SULFURE D'ANTIMOINE ( 3 S At). 

Soufre 27,23 3 6o3,48 

Antimoine. . . . 72,77 1 1612,90 

100,00 poids at. 2216,38 

Il cristallise en aiguilles qui ont le brillant 
métallique : exposé au feu et à l'air, il se con- 
vertit en acide sulfureux et en protoxide d'anti- 
moine. 

Lorsqu'on précipite une solution de protoxide 
d'antimoine par un hydrosulfate soluble, on ob- 
tient un précipité qui a été regardé comme un 
hydrosulfate par quelques chimistes, et comme 
un sulfure hydraté par d'autres. Si ce composé 
avait une couleur plus fixe, il pourrait être em- 
ployé avec succès en teinture. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE, 3l 

TELLURE (Te). 

DIX-SEPTIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION.— TELLURE. 



1. NOMENCLATURE. 

Le mot tellure dérive de tellus, terre. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le tellure est un métal solide, fusible à une 
basse température, et un peu moins volatil que 
le mercure. Il cristallise en aiguilles ou en la- 
mes; il est cassant. 

Sa densité est de 6,^5; 

Son poids atomistique, de 8o6,45. 

Il conduit l'électricité. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il se combine en deux proportions avec l'hy- 
drogène : celle qui est avec excès de tellure est 
solide, et celle qui est avec excès d'hydrogène 






32 10 e LEÇON DE CHIMIE 

est gazeuse et acide. Elle ressemble aux acides 
bydrosélénique et hydrosulfurique. 

Le tellure n'est point employé en teinture, 
et on ne voit point le parti qu'on en pourrait 
tirer. Il est d'ailleurs assez rare, et par consé- 
quent d'un prix élevé. 



SECTION IL 

COMPOSÉS DE TELLURE. 



OXIDE DE TELLURE (Te). 

en poids. eu atomes. 

Oxigène 19,87 2 200 

Tellure 80,1 3 1 806,45 



100,00 poids at. 1006,45 

11 est blanc, légèrement jaunâtre, fusible à 
une température voisine de la chaleur rouge. 

Il s'unit aux bases salifiables et forme des 
composés analogues aux sels, que Ton appelle 
à cause de cela tellurates. 



APPLIQUÉS A LA TEINTURE. 33 

ACIDE HYDROTELLURIQUE. 

en poids. en atomes. 

Tellure 9 6 >99 8 i 806,45 

Hydrogène. . . . 3,ooa 4 24,96? 

100,000 poids at. 83 1,41 

Il est gazeux, incolore, et a une odeur ana- 
logue à celle de l'acide hydrosulfurique. 

Enflammé, après qu'on l'a mélangé avec l'oxi- 
gène, il détonne. 

Il est soluble dans l'eau. Cette solution ab- 
sorbe l'oxigène de l'atmosphère. Il se forme de 
l'eau, et il se sépare un hydrure de tellure qui 
colore la liqueur en pourpre, tant qu'il y est 
suspendu. 

HYDRURE DE TELLURE. 
Cet hydrure est en poudre brune. 



SULFURE DE TELLURE ('S Te). 

en poids. en alome». 

Soufre 33,28 2. 402,32 

Tellure 66,72 1 .- . . . . 806,45 

100,00 poids at. 1208,77 

3 



* 



34 10 e LEÇON DE CHIMIE 



CHLORE (Ch). 

DIX-HUITIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 

PREMIÈRE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — CHLORE. 



§ I er . 
CHLORE ANHYDRE. 

I. NOMENCLATURE. 

La substance qui a été appelée acide marin 
déphlogistiqué, acide muriatique oxigéné, et enfin 
chlore, est des plus importantes pour le teintu- 
rier. Je ne craindrai donc pas d'entrer dans trop 
de détails à son sujet. 

IL PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état aériforme. 

Le chlore est gazeux à la température ordi- 
naire, et sous la pression de l'atmosphère; mais 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 35 

soumis au froid et en même temps à une pres- 
sion de 4 atmosphères, il prend l'état liquide. 

Sa densité est de 2,428. 

Sa couleur est le jaune verdâtre. 

B. A Fêtât liquide. 

A i5°,5 la tension du chlore liquide est de 
4 atmosphères; à — 17,8 il est encore liquide. 

Il est jaune. 

Sa densité paraît être de i,33. 

Le poids de l'atome est de 221,325; plu- 
sieurs chimistes ne l'évaluent qu'à 220. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A. Chlore et corps simples. 

Le chlore est en général électro-négatif dans 
la plupart de ses combinaisons; il est donc à 
cet égard analogue à l'oxigène; mais M. Gay- 
Lussac a vu que par rapport à l'oxigène il est 
électro-positif, c'est-à-dire combustible. 

Lorsqu'on fait un mélange de 1 volume de 
chlore et de 1 volume d'hydrogène, et qu'on le 
garde dans l'obscurité, il n'y a aucune action; 
mais si l'on plonge dans le vase un corps en 
ignition, un charbon rouge et même une brique 
chauffée au rouge obscur, il y aura au même 

3. 



36 10 e LEÇON DE CHIMIE 

instant une détonation très-forte , et un dégage- 
ment de lumière blanche. L'étincelle électrique, 
et, ce qu'il y a de ti\ s-remarquable, l'exposition 
du mélange aux rayons du soleil, détermine- 
ront pareillement la combinaison des gaz. 

Comparons les phénomènes qui ont lieu pen- 
dant la réaction du chlore et de l'hydrogène, à 
ceux que nous avons vus se manifester pendant 
l'union de l'hydrogène avec l'oxigène. 

Il y a dans les deux cas production de cha- 
leur, et d'une lumière qui n'est pas éclatante 
par la raison qu'il n'y a pas de matière solide 
dans les flammes. 

3e ne sache pas qu'on ait constaté le dégage- 
ment d'électricité ; mais s'il y en a un dans la 
combustion de l'hydrogène par l'oxigène, il est 
bien probable qu'il y en a un aussi dans la com- 
bustion de l'hydrogène par le chlore. 

Quant à la détonation , elle s'explique par 
l'expansion subite que le produit de la com- 
binaison éprouve de la haute température dé- 
veloppée par Faction mutuelle des gaz. Mais 
dans ce cas, comme dans celui de la combustion 
de l'oxigène et de l'hydrogène, il faut que le 
mélange de chlore et d'hydrogène s'enflamme 
au milieu de l'air pour qu'il y ait détonation; 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 37 

car, lorsqu'on opère dans un eudiomètre, la 
masse du gaz est trop faible, relativement à celle 
de l'endiomètre et du mercure, pour mettre 
l'atmosphère en vibrations sonores. 

Le chlore et l'hydrogène forment l'acide hy- 
drochlorique, dont le volume est égal à celui de 
ses élémens. 

De même que l'hydrogène et l'oxigène, mê- 
lés dans le rapport de i volumes de l'un et de 
i volume de l'autre, exposés à une température 
comprise entre 36o°et le rouge obscur, se com- 
binent lentement, de même le mélange de 
chlore et d'hydrogène, qui est exposé à la lu- 
mière diffuse, se convertit lentement en acide 
hydrochlorique, sans que le mélange éprouve 
de changement dans son volume. Pour s'en con- 
vaincre, on prend un flacon et un ballon d'égale 
capacité, dont le col usé à l'émeri extérieure- 
ment peut fermer le flacon comme le ferait 
un bouchon. On remplit le premier vaisseau 
de chlore sec, et le second d'hydrogène égale- 
ment sec ; comme la densité du chlore est de 
2,4^, et celle de l'hydrogène de 0,0688, il est 
aisé d'engager le col du ballon dans l'orifice du 
flacon sans perdre de gaz. On lu te ensuite les 
deux vaisseaux, et on les expose à la lumière 



38 "10 e LEÇON DE CHIMIE 

diffuse. Peu à peu le mélange gazeux se déco- 
lore, en se changeant en acide hydrochlorique. 
Pour être sûr que la combinaison est com- 
plète, il faut exposer, au bout de trois on qua- 
tre jours, l'appareil à la lumière directe du so- 
leil, pendant une ou deux heures. Après cela, 
il est aisé , en séparant les deux vaisseaux l'un 
de l'autre dans un bain de mercure, de se con- 
vaincre que les gaz se sont unis sans changer de 
volume. 

D'un autre côté , si l'on compare la densité de 
l'acide hydrochlorique à celle du chlore et de 
l'hydrogène, on voit qu'elle est précisément 
égale à la moitié de celle du chlore plus la moi- 
tié de celle de l'hydrogène. 

Le chlore ne se combine pas directement avec 
l'oxigène, mais quand il le rencontre à l'état 
naissant, il est susceptible de s'y unir. On con- 
naît au moins trois combinaisons d'oxigène et 
de chlore; elles portent les noms d'oxide de 
chlore, à' acide chlorique et (M acide chlorique 
o xi gêné. 

Le chlore ne se combine pas directement 
avec l'azote, mais s'il le rencontre à l'état naissant, 
c'est-à-dire au moment où l'azote quittant une 
combinaison deviendrait libre s'il n'y avait pas 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3y 

là un corps auquel il pût se combiner, il se 
forme un chlorure d'azote. 

Le soufre s'unit à froid, et à plus forte rai- 
son quand il est fondu, au chlore gazeux. Il en 
résulte un chlorure liquide : il se dégage de la 
chaleur sans lumière. Voici du soufre fondu, 
nous allons le plonger dans ce flacon de chlore, 
et vous verrez bientôt des fumées jaunâtres se 
produire, qui finiront par se condenser en 
un liquide jaune. 

Le sélénium s'unit au chlore en dégageant de 
la chaleur, il se fond en un liquide brun, et si le 
chlore est en excès, il se change en une masse 
blanche solide, qui est de l'acide chlorosélénique. 

Le chlore se combine à froid avec le phos- 
phore en dégageant de la lumière. Pour s'en 
convaincre , il suffit de mettre du phosphore 
dans une petite capsule de porcelaine et de le 
plonger ensuite dans un flacon de chlore ga- 
zeux. Le phosphore se fond, puis s'enflamme 
en lançant des étincelles ; une vapeur épaisse 
se produit. Si le chlore est en excès, on obtient 
un composé solide, c'est l'acide chlorophospho- 
rique. Si au contraire le phosphore est en ex- 
cès , on a un composé liquide qu'on appelle 
chlorure de phosphore . 



4° 10 e LEÇOJS DE CHIMIE 

Lorsqu'on projette dans un flacon de chlore 
de l'arsenic en poudre, la combinaison s'effectue 
sur-le-champ avec une vive production de lu- 
mière. On obtient un chlorure liquide. 

Il se combine au chrome, mais cette combi- 
naison n'a pas été obtenue directement. 

Le tungstène chauffé dans le chlore s'y unit 
en dégageant de la lumière. Outre ce chlorure, 
il en existe deux autres, suivant M. Wohler, qui 
contiennent plus de chlore. 

Il se combine au carbone lorsqu'il le trouve 
à l'état naissant ; on connaît deux chlorures de 
carbone. 

Il se combine avec le bore lorsqu'on le dirige 
à l'état sec dans un tube de porcelaine où l'on 
chauffe un mélange de borax et de charbon. 

Le silicium brûle dans le chlore lorsqu'on l'y 
chauffe. Le composé est liquide , et peut être 
appelé acide chlorosilicique. 

Le chlore se combine avec le titane, au moins 
lorsqu'on fait passer un courant de chlore sec 
dans un tube de porcelaine qui contient un mé- 
lange de titanate de fer et de charbon chauffé 
au rouge. 

Il se combine à froid avec l'antimoine en 
produisant de la lumière; c'est ce que je vais 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4 1 

vous faire voir en versant de la poudre d'anti- 
moine dans un flacon de chlore sec. Le résul- 
tat est un perchlorure liquide. 

Il se combine également au tellure avec pro- 
duction de feu. 

B. Chlore et composés binaires qui s'y unissent 
sans décomposition. 

Le chlore est solubîe clans l'eau, i volume de 
ce liquide en dissout i volumes à la tempé- 
rature ordinaire. La solution a la couleur du 
chlore ainsi que sa saveur astringente ; elle a 
même son odeur, parce que le chlore tend à 
s'en séparer dès qu'elle est exposée à l'air. La 
densité de l'eau saturée de chlore est de i,oo3. 

Le chlore est susceptible de former un hy- 
drate solide sur lequel nous reviendrons. 

i vol. de chlore et i vol. d'oxide de carbone, 
exposés sur le mercure à la lumière du soleil 
pendant une demi-heure ou une heure, se com- 
binent lentement sans dégagement de lumière 
sensible, et donnent naissance à i vol. d'acide 
chloroxicarbonique. Il est remarquable que 
jusqu'ici on n'ait pu obtenir cette combinai- 
son que sous l'influence de la lumière. 

i vol. de chlore et i vol. d'hydrogène bi- 



4» 10 e LEÇON DE CHIMIE 

carboné se combinent à la température de l'air, 
et forment un liquide oléagineux. C'est un 
chlorure d'hydrogène bicarboné, que j'ai appelé 
dans ces derniers temps éther chlorurique. 

Le chlore se combine au cyanogène en 2 pro- 
portions au moins, suivant M. Serullas. 

C. Chlore et composés binaires dècomposables 
par le chlore, 

1 ° Chlore et eau. 

Si on expose au soleil une solution aqueuse 
de chlore contenue dans un flacon auquel on 
adapte un tube à gaz qui s'ouvre sous une 
cloche remplie d'eau, on recueille de l'oxigène, 
et l'eau qui tenait le chlore en solution contient 
de l'acide hydrochîorique. 

Lorsqu'on fait réagir du chlore sur de l'eau à 
la température rouge , en faisant passer en même 
temps du chlore et de la vapeur d'eau dans un 
tube de porcelaine rouge de feu, on obtient un 
résultat analogue. Il est aisé de déterminer les 
volumes des gaz qui doivent réagir. 

, , „ (2 vol. hydrogène. 

2 vol. de vapeur deauz= < 1 • » 

r ( 1 vol. oxigene. 

Or, puisque l'hydrogène s'unit au chlore vo- 
lume à volume, il faudra 2 volumes de chlore 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. 4^ 

pour neutraliser les i volumes d'hydrogène con- 
tenus dans*2 volumes de vapeur d'eau; on aura 
4 volumes d'acide hydrochlorique et i volume 
d'oxigène qui sera mis en liberté. 

Quand on compare ce résultat avec celui de 
la décomposition de l'eau par le chlore opérée 
sous l'influence du soleil, on trouve, dans ce 
dernier cas, que le volume de l'oxigène est 
moindre que le quart du volume de l'acide hy- 
drochlorique qui s'est produit. Cela tient à ce 
qu'il y a une portion d'oxigène qui s'est unie à 
du chlore pour former de l'acide chlorique. Ainsi, 
sous l'influence de la lumière le chlore s'unit 
aux deux élémens de l'eau; mais l'acide chlo- 
rique est loin de représenter tout l'oxigène de 
l'eau décomposée. 

Les personnes qui emploient le chlore en 
dissolution dans l'eau peuvent tirer une consé- 
quence utile de ces observations; car, pour 
conserver cette dissolution , elles devront bien 
se garder de la laisser exposce à la lumière 
du soleil, puisque le chlore réagirait alors sur 
son dissolvant, et produirait de l'acide hydro- 
chlorique et de l'acide chlorique qui ne peuvent 
le remplacer dans les usages auxquels il est 
propre. 



44 ^0* LEÇON DK CHIMIE 

2° Chlore et ammoniaque. 

Le chlore a une action très-remarquable sur 
l'ammoniaque, soit que les deux corps se ren- 
contrent à l'état gazeux, soit qu'on les mêle en 
dissolution dans l'eau. Avant d'aller plus loin, 
nous indiquerons les proportions en volume 
suivant lesquelles les corps réagissent. 

Si l'on prend 



i vol.d'amm.mj .-> 



i v. azote, 
vol. a ammoniaque r= / p v, hydroj. 

j 6 vol. d'amm. 

et si on les mêle avec 

3 vol. de chlore, 

on observe un dégagement de chaleur et de 
lumière, et une production de vapeurs blanches 
d'hydrochlorate d'ammoniaque qui finissent 
par se condenser en solide ; il reste i volume 
de gaz azote. 

3 volumes de chlore exigeant, pour passer à 
l'état d'acide hydrochlorique , 3 volumes d'hy- 
drogène, il y a a volumes d'ammoniaque dé- 
composés; il en résulte i volume de gaz azote 
et 6 volumes d'acide hydrochlorique qui neu- 
tralisent les 6 volumes d'ammoniaque non dé- 
composés. 



APPLIQUÉE A LA TËINTUKE. 4^ 

Lorsqu'on mêle le chlore et l'ammoniaque 
dissous dans l'eau, les résultats sont analogues ; 
mais il n'y a pas dégagement de lumière , et la 
température ne s'élève pas autant que dans l'ex- 
périence précédente, par la raison que la masse 
de l'eau absorbe une partie de la chaleur dé- 
gagée. On en fait l'expérience en versant une 
forte solution de chlore dans un long tube de 
verre fermé jusqu'à ce qu'il en soit aux 3/4 plein, 
puis on achève de le remplir avec de l'ammo- 
niaque fluor étendue. On renverse le tube dans 
un réservoir de chlore ; l'ammoniaque, plus lé- 
gère que la solution de chlore, la traverse pour 
occuper la partie supérieure, et dans le trajet 
les corps réagissent , l'azote se dégage en peti- 
tes bulles qui gagnent le haut du tube. 

C'est sur cette réaction qu'est fondé le pro- 
cédé à employer pour détruire l'ammoniaque 
qui infecterait une atmosphère quelconque, par 
exemple celle de lieux d'aisances. D'un autre 
côté, on conçoit qu'un mélange de chaux et 
d'hydrochlorate d'ammoniaque qui développe 
de l'ammoniaque , serait employé avec succès 
pour détruire le chlore qui infecterait l'air d'un 
atelier. 

La fumée blanche qui se manifeste lorsqu'on 



46 10 e LEÇON DE CHIMIE 

approche des solutions concentrées de chlore et 
d'ammoniaque l'une de l'autre , et qui est due 
au mélange des gaz qui s'exhalent de leurs so- 
lutions respectives, peut servir à reconnaître 
soit l'ammoniaque , soit le chlore qu'on soup- 
çonne se dégager de quelque matière ; par exem- 
ple , que l'on ait un appareil de chlore qui perde 
du gaz, en approchant des parties où l'on soup- 
çonne qu'il y a quelque fissure un tube mouillé 
d'ammoniaque, on verra s'il se produit des fu- 
mées blanches. S'il s'agissait de constater un 
dégagement d'ammoniaque, il faudrait se ser- 
vir d'une baguette plongée dans une forte so- 
lution de chlore. Il est souvent utile de sou- 
mettre les cuves d'indigo à cette épreuve. L'a- 
cide hydrochlorique peut être employé jusqu'à 
un certain point au même usage. 

Lorsqu'on fait passer du chlore dans un sel 
ammoniacal qui est dissous dans l'eau, par exem- 
ple , de l'hydrochlorate d'ammoniaque , l'am- 
moniaque est décomposée. Ses deux élémens, 
l'hydrogène et l'azote, s'unissent en même temps 
au chlore, et forment de l'acide hydrochlorique 
et du chlorure d'azQte : le premier reste en dis- 
solution, le second se précipite à l'état d'un 
liquide oléagineux. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. /\j 

3° Chlore et acide hydrosulfurique. 

i volume de chlore et i volume de gaz hy- 
drosulfurique mêlés donnent lieu à i volumes 
d'acide hydrochlorique et à un dépôt de soufre. 
En employant un excès de chlore, il y a pro- 
duction de chlorure de soufre. 

4° Chlore et hydrogène phosphore. 

Le chlore enflamme le gaz* hydrogène phos- 
phore ; et, s'il est en excès, il se produit de l'acide 
hydrochlorique et du chlorure , ou du perchlo- 
rure de phosphore. 

5° Chlore et hydrogène arséniuré. 

En faisant passer le chlore bulle à bulle dans 
l'hydrogène arséniuré, il y a inflammation , pro- 
duction d'acide hydrochlorique et dépôt d'hy- 
drure d'arsenic. 

En faisant passer l'hydrogène arséniuré bulle 
à bulle dans le chlore, les phénomènes sont les 
mêmes, sauf qu'au lieu d'hydrure d'arsenic il 
se forme un chlorure de ce métal. 

6° Chlore et hydrogène carboné, 
i volumes de chlore et i volume d'hydro- 
gène bicarboné s'enflamment par la chaleur, l'é- 
tincelle électrique et le contact des rayons du 



43 10 e LEÇON DE CHIMIE 

soleil; il en résulte 4 volumes d'acide hydro- 
chlorique et du charbon. 

Dans l'obscurité ou à une lumière faible, ce 
mélange donnerait naissance à de l'éther chlo- 
rurique. 

2 volumes de chlore et i volume d'hydro- 
gène carboné détonnent par la chaleur, mais ils 
ne produisent pas d'éther chlorurique à froid. 

D. Chlore, corps oxigénables et eau. 

Lorsque le chlore est mis en contact à la fois 
avec de l'eau et des corps oxigénables, soit sim- 
ples, soit composés, les résultats peuvent être 
très-différens de ce qu'ils seraient si l'eau n'é- 
tait pas présente. En général, il y a une décom- 
position d'eau opérée par l'affinité du chlore 
pour son hydrogène, et celle du corps oxigé- 
nable pour son oxigène. 

Par exemple, le soufre très-divisé, le phos- 
phore, l'arsenic, etc. , plongés dans de l'eau où 
l'on fait arriver du chlore, sont convertis en aci- 
des sulfurique, phosphorique, arsénique, etc., 
tandis qu'il se produit de l'acide hydrochlorique. 

Lorsque l'acide hydrosulfurique , les hydro- 
gènes phosphore, arsénique, sont en contact 
avec le chlore et l'eau, leur hydrogène se com- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 49 

bine avec le chlore ; le corps qui était uni à 
l'hydrogène ne produit pas de chlorure ; il se 
précipite en totalité, s'il n'y a pas décomposi- 
tion d'eau : dans le cas contraire, il s'oxigène en 
totalité ou en partie seulement. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Le chlore a une odeur forte, particulière, et 
une saveur astringente. 

Il excite la toux, et, s'il est respiré pendant 
un certain temps, il détermine des crachemens 
de sang et la mort même. 

D'après cela, lorsqu'on prépare du chlore, il 
est toujours nécessaire d'avoir à côté de soi de 
l'ammoniaque, afin de détruire celui qui pour- 
rait se dégager accidentellement de l'appareil. 
Au reste, la substitution du chlorure de chaux 
à l'eau de chlore, dans le blanchiment, rend 
moins fréquens les accidens causés par le chlore 
sur les ouvriers qui sont exposés à le respirer. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Le chlore n'existe dans la nature qu'à l'état 
de combinaison. 

VI. PREPARATION. 

Je traiterai successivement de la préparation : 
i° Du chlore gazeux anhydre; 

4 



5o iO c LEÇON DE CHIMIE 

q.0 Du chlore gazeux humide; 
3° Du chlore dissous dans l'eau ; 
4» Du chlore liquide anhydre. 

Chlore gazeux anhydre. 

On met dans le ballon B (Jîg> i , pi. 2), placé 
sur la grille d'un fourneau, 1 partie de peroxide 
de manganèse; on y adapte, au moyen d'un bou- 
chon, un tube G en S, et un tube D qui communi- 
que avec un tube plus large A, rempli de quelques 
morceaux de chaux caustique et de chlorure de 
calcium; le tube A communique, au moyen d'un 
tube G, avec un flacon étroit ou une éprouvette 
à pied F. Le tube G doit toucher le fond du vais- 
seau. F communique avec F' au moyen du tube 
T, et F' avec F" au moyen du tube T"; enfin F" 
communique avec un vase E au moyen du tube 
T". Le vase E a été garni au fond de petits mor- 
ceaux de chaux , et on a fini de le remplir avec 
de l'hydrate de chaux. Toutes les tubulures et 
les bouchons doivent être bien lûtes. 

Les choses ainsi disposées, on verse, par le tube 
C, dans le ballon 13, 6 parties environ d'acide hy- 
drochlorique légèrement fumant. On ne verse 
pas tout à la fois. Le dégagement du chlore com- 
mence à froid, et ce n'est que quand il a cessé, 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5l 

ou qu'il est très-ralenti, qu'on doit commencer 
à chauffer, en mettant quelques charbons dans 
le fourneau. Voici maintenant ce qui arrive : le 
chlore qui se dégage enlève avec lui un peu de 
gaz hydrochlorique et de vapeur d'eau; la chaux 
caustique du tube A est destinée à absorber le 
premier, et le chlorure de calcium la seconde ; 
de sorte que c'est du chlore sec qui arrive en F 
par le tube G. Le chlore étant beaucoup plus 
dense que l'air qui remplit F, le soulève et l'ex- 
pulse ainsi peu à peu du flacon ; quand F est 
plein de chlore, F' se remplit de la même ma- 
nière. Enfin, la chaux hydraté contenue dans E 
est destinée à absorber le chlore qui sort de 
l'appareil. Dès que l'opération est terminée, il 
faut déluterles tubes, et fermer sur-le-champ les 
vaisseaux qui contiennent le chlore sec. On doit 
faire usage débouchons ou de disques de verre. 

Chlore gazeux humide. 

Rien de plus facile que cette préparation. Il 
suffit de mettre du peroxide de manganèse et 
6 parties d'acide hydrochlorique légèrement 
fumant dans un ballon muni d'un tube à gaz 
qui va s'ouvrir sous un flacon plein d'eau. Par 
la raison que le chlore est soluble, il faut ne 



5a 10 e LEÇON DE CHIMIE 

pas opérer dans une cuve pneumato-chimique, 
mais dans un vase de petite dimension. Il faut se 
servir de la même eau pour remplir les flacons. 

Chlore dissous dans Veau. 

On prépare en petit le chlore dissous dans 
l'eau, en adaptant au ballon B (fîg. 2, pi. 2), 
contenant du peroxide de manganèse, les fla- 
cons F, F', F" et le vase E au moyen des tubes T, 
T', T ", T'". Les trois premiers contiennent de 
l'eau; le vase E, des morceaux de chaux causti- 
que et de l'hydrate de chaux. 

Les remarques que nous avons faites en trai- 
tant delà préparation de l'acide carbonique dis- 
sous dans l'eau, 8 e leçon, page l\o et suivantes, 
sont applicables ici. Il faut donc que le bout 
du tube T qui plonge dans l'eau E destinée à 
laver le gaz soit effilé, afin de le laver, et pour 
en faciliter la solution dans l'eau. Il est bon qu'il 
en soit de même de l'extrémité des tubes T' et 
T". En second lieu, les flacons F' et F" ne doivent 
pas être tout-à-fait remplis d'eau. 

En grand, les appareils ne diffèrent de ceux-ci 
que par la grandeur de la capacité qui contient 
l'eau que l'on veut saturer. Cette capacité est 
souvent partagée par deux ou trois diaphrag- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 53 

mes qui sont percés chacun d'un seul trou, et 
de manière à ce qu'ils ne se correspondent pas. 
Le but de cette disposition est d'opposer des 
obstacles à la marche du chlore, afin d'en favo- 
riser la solution dans l'eau. 

Chlore liquide anhydre. 

Sir H. Davy et M. Faraday ont obtenu le 
chlore liquide de la manière suivante : ils ont 
desséché des cristaux de chlore hydraté, autant 
qu'on peut le faire en les pressant entre des 
feuilles de papier Joseph. Ils les ont introduits 
dans un tube de verre qui a été scellé hermé- 
tiquement. Ils ont chauffé le tube à 38° dans un 
bain-marie. L'hydrate s'est réduit en chlore li- 
quide et en eau légèrement colorée par un peu 
de chlore; ces substances ne se mêlaient pas 
tant que la température était au-dessus de 21 ; 
mais à cette même température l'eau donnait 
des cristaux de chlore hydraté. 

M. Faraday a liquéfié du chlore séché par 
l'acide sulfurique, en le comprimant dans un 
tube de verre. 

REMARQUES. 
Au lieu d'employer l'acide hydrochlorique et 
le peroxide de manganèse, on peut faire usage 



54 10 e LFÇON DE CHIMIE 

d'un mélange de i partie de peroxide, de 3 par- 
ties de chlorure de sodium ou sel marin, sur 
lequel on verse i parties d'acide sulfurique 
concentré qu'on a mêlé avec i parties d'eau. 

Il y a une précaution essentielle à prendre; 
c'est de n'employer que du peroxide de man- 
ganèse extrêmement divisé ; autrement il y en 
aurait toujours qui ne serait pas attaqué; au 
reste, il est toujours facile de s'apercevoir si 
le résidu de l'opération contient du peroxide de 
manganèse; sa couleur noire, et son aspect mé- 
tallique s'il n'a pas été bien divisé, le font re- 
connaître : dans ce cas il faut le séparer des ma- 
tières solubles au moyen de l'eau, le sécher pour 
l'employer ensuite. 

THÉORIE. 

Le peroxide de manganèse ne peut s'unir à 
l'acide hydrochlorique sans s'abaisser à l'état de 
protoxide; et cette désoxigénation s'opère aux 
dépens de l'hydrogène d'une portion d'acide 
hydrochlorique qui, par là , se trouve réduite 
à du chlore, qui se dégage. Ainsi hydrochlorate 
de protoxide de manganèse, eau et chlore, sont 
les produits de la réaction des corps. Le tableau 
suivant les présente exprimés en atomes. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 55 

i at. de peroxide de manganèse = j 1 ^ qk de mang 

8 at. acid.hydroc.=^ 0rt - A = 4aLachydrOC l4 at.hydr. 
/ port. B = 4 at. ac. hydroc. 

Les y. atomes d'oxigène de 1 atome de per- 
oxide de manganèse, forment avec les 4 atomes 
d'hydrogène de la portion A d'acide hydrochlo- 
rique, i atomes d'eau : 4 atomes de chlore sont 
ainsi mis en liberté. 

L'atome de protoxide de manganèse neutra- 
lise les 4 atomes d'acide hydrochlorique de la 
portion B. 

Quand on substitue le cldorure de sodium et 
i'acide sulfurique étendu à l'acide hydrochlo- 
rique, la théorie est la même, par la raison que 
l'acide sulfurique, en présence du chlorure de 
sodium et de l'eau, détermine la décomposition 
de ces deux corps, de manière que le chlore s'u- 
nit à l'hydrogène de l'eau, tandis que l'oxigène 
de cette dernière s'unit au sodium pour consti- 
tuer la soude qui neutralise l'acide sulfurique ; 
d'un autre côté, l'eau ajoutée à l'acide sulfurique 
étant suffisante pour dissoudre l'acide hydro- 
chlorique développé dans un temps donné, celui- 
ci réagit bientôt sur le peroxide de manganèse. 



56 10 e LEÇON DE CHIMIE 

Les produits de l'opération peuvent être du sul- 
fate de soude, de l'hydro chlorate de protoxide 
de manganèse, de l'eau et du chlore, ou, si l'on 
a employé une quantité suffisante d'à cide sul- 
furique, du sulfate de soude, du sulfate de pro- 
toxide de manganèse, de l'eau et du chlore. 

VII. USAGES. 

Le chlore sert à désinfecter l'air chargé de 
certains miasmes odorans. Il est employé avec 
un grand succès pour le blanchiment des toiles 
de coton, de la pâte de papier, des vieux livres, 
des vieilles gravures, etc. etc. 

Lorsque le chlore agit sur une atmosphère 
qui est rendue odorante par de l'ammoniaque ou 
de l'acide hydrosulfurique , la désinfection qu'il 
produit s'explique tout naturellement par la 
nature connue des produits de la réaction des 
corps; mais lorsqu'il agit sur des substances 
organiques dont la nature nous est inconnue , 
et qui sont plus ou moins délétères, nous ne 
pouvons expliquer ce qui se passe alors. Cepen- 
dant on connaît assez bien l'action du chlore 
en général sur les matières organiques , pour 
concevoir comment il est capable de les dé- 
truire. En effet, ces substances contenant du 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 57 

carbone et de l'hydrogène unis à de l'oxigène et 
même à de l'azote, un changement d'équilibre 
dans leurs élémens les décomposera, de sorte 
qu'après avoir éprouvé ce changement , elles 
pourront se trouver converties en produits qui 
ne sont pas délétères. Or le chlore, par sa forte 
affinité pour l'hydrogène, peut les dénaturer. 
On peut concevoir le résultat produit de deux 
manières : i° le chlore s'unit à l'hydrogène 
même des substances organiques ; 2° il agit sur 
celles-ci en présence de l'eau ; dès lors il s'unit 
à l'hydrogène de ce liquide, tandis que l'oxigène 
qui devient libre se porte sur la partie combus- 
tible des substances organiques» 

Ce que nous venons de dire de la théorie de 
l'action du chlore sur les miasmes organiques, 
s'applique en tout point à la décoloration des 
matières qui ont la même origine ; et comme il 
produit cet effet lorsqu'il est dissous dans l'eau, 
il est extrêmement probable que le blanchiment 
ou la destruction des principes colorés organi- 
ques, est opérée par l'oxigène provenant de 
l'eau décomposée. Quoi qu'il en soit, on voit 
qu'il peut se produire de l'acide hydrochlorique 
avec la plus grande facilité dans le blanchiment. 
Dès lors il faut, quand on emploie le chlore sim- 

5 



58 10 e LEÇOJS DE CHIMIE 

plement dissous dans l'eau , prendre garde que 
l'acide hydroclilorique développé n'altère les 
étoffes. 

VIII. HISTOIRE. 

Scheele découvrit le chlore en 1 774, et le con- 
sidéra comme de l'acide muriatique privé de 
phlogistique ; aussi l'appela-t-il acide marin dé- 
phlogistiqué. Quelques années après, Lavoisier 
pensa qu'il était formé d'acide marin et d'oxi- 
gène, et Berthollet, en 1785 et 1788, s'attacha 
à démontrer cette opinion. Enfin, en 1809, sir 
H. Davy, en Angleterre, MM. Gay-Lussac et 
Thénard, en France, se livrèrent à des recher- 
ches très-importantes sur le chlore et ses com- 
binaisons, et les chimistes français firent remar- 
quer que tous les phénomènes que présente le 
chlore pouvaient s'expliquer et dans l'hypo- 
thèse où ce corps est considéré comme un com- 
posé d'oxigène et d'acide muriatique, et dans 
celle où il l'est comme un corps simple. M. Am- 
père adopta cette opinion, et proposa en con- 
séquence le nom de chlore pour remplacer celui 
d'acide muriatique oxigéné. Enfin, sir Davy pu- 
blia le premier écrit où l'on ait professé la se- 
conde hypothèse, à l'exclusion de la première, 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5o, 

en se fondant sur les anciennes expériences et 
sur de nouveaux faits. 

Le chlore a été appliqué au blanchiment par 
Berthollet. 

Il a été employé pour désinfecter l'air par 
Guyton-Morveau. 



§ II. 
CHLORE HYDRATÉ (Ch + 5 H 1 ou 5 Aq). 

Chlore ...... 28,24 1 221,32 

Eau . 71*76 5 562,^0 

100,00 poids at. 783,72 

Le chlore hydraté est en feuillets jaunes. 
Nous avons vu plus haut la décomposition 
qu'il éprouve par la chaleur. 

On le prépare en faisant passer du chlore 
dans de l'eau dont la température est de 2 à 5°. 
On obtient ainsi des feuillets jaunes que l'on 
presse entre des feuilles papier Joseph. 



PARIS, IMPRIMERIE I)E DECOURCIUNT, 

an u'jitpiimu, s" J, pub un l'aihuik 



ONZIEME LEÇON. 



SECTION II. 

COMBINAISONS DU CHLORE AVEC LES CORPS SIMPLES 
PRÉCÉDEMMENT ÉTUDIÉS. 



CHAPITRE IL 

ACIDE HYDROCHLORIQUE (H Ch). 



I. COMPOSITION. 



en poids» en Toi. en atomes. 

Chlore. . . 97^6 . . . 1) _ ,li,,, 22i,3a 
Hydrogène. 2,74 ... 1/ "~ 2V01, {1 . . . 6,24 



100,00 poids at. 227,56 

IL NOMENCLATURE. 

L'acide hydrochlorique a porté le nom d'a- 
cide marin; la solution aqueuse concentrée a 
porté ceux d'esprit de sel, d'acide marin fumant. 



2 II e LEÇON DE CHIMIE 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état de gaz. 

Il conserve son état gazeux sous la pression 
de o m ,76o et à une température de — 5o°. 
Sa densité est de 1,2474- 
Le décimètre cube pèse i er ,6siOD. 
Il est incolore. 

B. A l'état liquide. 

A io°, sa tension est de /\o atmosphères. 

Il est incolore. 

Son pouvoir réfractif est plus grand que ce- 
lui de l'acide nitreux , et inférieur à celui de 
l'eau. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Cas où il n éprouve pas de décomposition. 

Il n'éprouve aucune action de la part des gaz 
oxigène et hydrogène. 

Il a une grande affinité pour l'eau, et il la 
manifeste , quel que soit l'état d'agrégation des 
particules de cette' substance. Lorsqu'il la ren- 
Gontre à l'état de vapeur dans l'atmosphère, il 
s'y unit sur-le-champ, et la combinaison, dont 
la tension est beaucoup plus faible que celle 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

de ses principes, se précipite sous forme vé- 
siculaire, ou plutôt sous celle d'une fumée 
blanche. 

La glace absorbe le gaz hydrochlorique, et 
se fond en dégageant de la chaleur. 

Le gaz hydrochlorique est absorbé si rapi- 
dement par l'eau, que lorsqu'on débouche avec 
promptitude un flacon de ce gaz , que l'on tient 
renversé dans un bain d'eau, celle-ci s'y élance 
avec assez de force pour le briser. 

i volume d'eau à 4° en absorbe 480 de gaz 
hydrochlorique. Il y a dégagement de chaleur; 
aussi faut -il refroidir le liquide, pour qu'il 
puisse se saturer à la température de /\°. Sa 
densité est alors de 1,21. 

Cette dissolution répand des fumées blan- 
ches dans l'air, parce que sa tension est telle, 
qu'en débouchant le vase qui la contient, une 
portion d'acide s'en dégage. 

Elle commence à perdre son gaz en bouillon- 
nant à une basse température; c'est pourquoi, 
lorsqu'il s'agit de la faire réagir sur un corps à 
l'aide de la chaleur, il faut opérer de manière 
que la température soit insuffisante pour la faire 
bouillir; et on remplit cette condition, soit en 
l'étendant d'un peu d'eau, soit en ne chauffant 



4 il* LEÇON DE CHIMIE 

que très - doucement les corps au commence- 
ment de l'opération. 

Lorsqu'on l'expose à un froid de — 5o°, elle 
se prend en une masse butireuse. Il est proba- 
ble qu'elle éprouve quelque changement dans 
la proportion de ses principes immédiats, car 
il paraît que toute la masse n'est pas solide. 

Le gaz hydrochlorique est absorbé par le 
charbon, ainsi que nous l'avons dit, et en géné- 
ral par tous les solides poreux. 

L'acide hydrochlorique, mêlé à l'acide nitri- 
que, forme Veau régale, ou acide nitromuriati- 
que, qu'il ne faut pas considérer comme un acide 
particulier. On a prescrit des proportions très- 
différentes pour faire ce mélange; mais avant 
de chercher la proportion la plus convenable, 
il faut distinguer le cas où l'eau régale est des- 
tinée à dissoudre simplement de l'or, du pla- 
tine, etc., et celui où elle est destinée à servir de 
mordant en teinture, après toutefois qu'on y 
aura dissous un métal. 

Dans le premier cas, il faut mêler 3 parties 
d'acide hydrochlorique liquide et i partie d'a- 
cide nitrique à 3i°. En employant plus d'acide 
nitrique, comme on l'a souvent prescrit, il y en 
aurait une portion qui serait perdue, par la rai- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

son qu'un métal , en se dissolvant dans l'eau ré- 
gale, doit s'unir au chlore ou à de l'acide hy- 
drochloiïque, et non à de l'acide nitrique. 

Dans le second cas, les proportions peuvent 
varier beaucoup, suivant le résultat qu'on veut 
obtenir. En effet, lorsqu'on emploie comme mor- 
dant la dissolution d'un métal dans l'eau ré- 
gale, l'acide hydrochlorique ou l'acide nitrique, 
que je suppose y être en excès à la composition 
du chlorure ou de l'hydrochlorate , peuvent 
produire un bon effet, qu'on n'obtiendrait pas 
d'une dissolution neutre. Je ne traiterai de la 
préparation des dissolutions métalliques dans 
l'eau régale destinées aux usages de la teinture 
que dans la seconde partie du cours. 

Expliquons ce qui se passe dans la réaction 
des acides hydrochlorique et nitrique. 
Nous avons : 

Acide hydrochlorique, 
Acide nitrique, 
Eau. 

Tant que ces corps sont mélangés sans avoir 
le contact d'une substance métallique, on doit 
toujours considérer les deux acides comme di- 
visés en deux portions A ou A', et B ou B', l'une 
qui éprouve une altération , et l'autre qui n'en 



6 11 e LEÇON DE CHIMIE 

éprouve pas. Nous distinguerons donc chacun 
des deux acides de la manière suivante : 

{ • . (chlore, 

Acide hydrochloriquc=:< ' (hydrogène. 

( portion B = acide hydrochli . 

i ■ ., (oxigène, 

Acide nitrique == \ \ acide nitreux. 

(portion B'= acide nitrique. 

L'hydrogène de A et l'oxigène de A' sont ca- 
pables de s'unir et de former de l'eau. Cette 
eau se forme en effet par le mélange des deux 
acides, et il résulte évidemment de cette pro- 
duction de l'acide nitreux et du chlore, qui, pat- 
leur grande force élastique, tendent à se sépa- 
rer du liquide; et en effet, vous observez tou- 
jours qu'un flacon qui n'est pas entièrement 
rempli d'eau régale a une atmosphère colo- 
rée par un mélange de vapeur nitreuse et de 
chlore. 

La décomposition mutuelle des acides hydro- 
chlorique et nitrique s'arrête bientôt, par la 
raison que l'eau qu'ils contiennent affaiblit leur 
réaction. Mais en les échauffant il s'en décom- 
pose une nouvelle quantité. 

Si l'on met dans l'eau régale une substance 
qui ait de l'affinité pour le chlore, comme de l'or, 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

du platine, l'affinité de cette substance con- 
spirera avec celle de l'hydrogène de A pour 
Foxigène de A', et augmentera ainsi la décom- 
position mutuelle des acides. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'acide hydrochlorique a une odeur acide, 
piquante , très-forte. 

Il est délétère ; il détermine des irritations sur 
la peau lorsqu'on l'y applique à l'état d'acide 
concentré, ou même lorsqu'on reste quelque 
temps exposé au contact du gaz. 

Lorsqu'on plonge les doigts dans une atmo- 
sphère d'acide hydrochlorique, on éprouve une 
sensation de chaleur, dont il est aisé de se ren- 
dre compte, si l'on se rappelle que cet acide dé- 
gage de la chaleur par son union avec l'eau, et 
si l'on considère ensuite que les doigts sont im- 
prégnés d'une certaine quantité d'eau de tran- 
spiration. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

L'acide hydrochlorique se dégage du cratère 
des volcans, mais il ne se trouve pas dans la 
nature en assez grande quantité pour qu'on 
puisse se dispenser de le préparer; et d'ailleurs 



8 -H* LEÇON DE CHIMIE 

celui qui est devenu libre par une cause quel- 
conque , ne tarde pas à être neutralisé par des 
matières alcalines. 

VII. PRÉPARATION. 

On prépare de l'acide hydrochlorique , i° à 
l'état de gaz; i° à l'état d'acide fluor ou en dis- 
solution dans l'eau ; 3° enfin , à l'état de liquide 
anhydre. 

i° La préparation du gaz hydrochlorique est 
très-facile : on introduit dans un petit ballon 
ou dans une fiole à médecine, de manière à 
ne la remplir qu'à moitié, 4 parties de chlo- 
rure de sodium, avec 3 parties d'acide sulfuri- 
que hydraté concentré, préalablement étendu 
de i partie d'eau ; on adapte aussitôt à la fiole 
un tube recourbé, dont on engage l'ouver- 
ture libre sous une cloche pleine de mercure. 
Le dégagement du gaz commence à froid , ce 
n'est que quand il se ralentit qu'on commence 
à chauffer les matières ; la chaleur doit être gra- 
duée lentement. Tant que le gaz est mêlé d'air, 
ce qu'on reconnaît à ce qu'il ne se dissout pas 
entièrement dans quelques centimètres d'eau 
qu'on introduit dans la cloche, on ne le con- 
serve pas. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 9 

La théorie de cette décomposition est très- 
facile à expliquer ; nous avons : 

Acide sulfurique, 
Chlorure de sodium, 
Eau. 

L'acide sulfurique a une grande affinité pour 
les alcalis, notamment pour la soude, de sorte 
que celui qui est en présence de l'eau et du 
chlorure de sodium , a une force qui change l'é- 
quilibre des élémens du chlorure de sodium et 
de l'eau. L'oxigène de celle-ci se combine avec 
le sodium pour former de la soude, et cette 
soude se combine avec l'acide sulfurique pour 
former du sulfate de soude : bien entendu que 
ces décompositions, que je ne puis énoncer que 
successivement, sont simultanées. 

En même temps qu'il se produit du sulfate 
de soude, l'hydrogène se combine avec le chlore 
pour former de l'acide hydrochlorique qui 
prend l'état gazeux. Le résultat de l'opération 
est donc du sulfate de soude d'une part , et de 
l'acide hydrochlorique de l'autre part. 

Il est extrêmement facile de traduire cette 
réaction en proportions atomistiques : 

1 at. chlorure de sodium =< * .' ,• ' 
1 1 at. sodium. 



lO H e LEÇON DE CHIMIE 

>at.eau U at oxigènc, 

{ 4 at. hydrogène. 

. , ir . (6 at. oxit'ène, 

aat. acide sulfunque. • = ( 2 at . sou ? re . 

L'atome de sodium, en décomposant les 2 ato- 
mes d'eau, forme i atome de soude qui, avec les 
2 atomes d'acide sulfurique , forme i atome de 
sulfate de soude neutre , dans lequel l'oxigène 
de la base est le tiers de celui de l'acide. 

Les 4 atomes d'hydrogène de l'eau +• les 4 
atomes de chlore, forment 4 atomes d'acide hy- 
drochlorique ; le résultat est donc : 

4 at. d'acide hydrochlorique gazeux =\[ ' ? i e ' 

Î2 at. acide sulfurique, 
i at soude=f 2 at * oxi S ene > 
\ i at. sodium. 

2° Lorsqu'on veut préparer l'acide hydrochlo- 
rique fluor, ou l'acide hydrochlorique dissous 
dans l'eau, on introduit du chlorure de sodium 
dans un ballon placé sur un bain de sable, ou 
sur une grille si l'on préfère chauffer à feu nu ; 
on y adapte deux tubes , l'un en S , par lequel 
on verse l'acide sulfurique, l'autre deux fois 
courbé à angle droit, qui met le ballon en com- 
munication avec trois flacons de Woulf , dispo- 
sés comme ceux de l'appareil pour le chlore 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. I i 

fluor (fig. 2, pi. a). Seulement le premier flacon 
ne doit contenir que très-peu d'eau, le second 
et le troisième doivent en être remplis au plus 
à moitié, et cette quantité ne doit pas dépasser 
celle du chlorure de sodium. Enfin les tubes qui 
amènent le gaz dans l'eau ne doivent y plonger 
que de o m ,io. 

Lorsque l'appareil est ainsi disposé, on verse 
l'acide sulfurique par le tube en S dans le bal- 
lon, et par petites portions; on n'en ajoute que 
quand l'effervescence produite au moment du 
contact a cessé. Si l'on versait à la fois tout 
l'acide sulfurique, il y aurait une effervescence 
tellement forte, que les matières pourraient 
passer dans les flacons. Lorsqu'on a versé la 
plus grande partie de l'acide, on favorise le dé- 
gagement du gaz hydrochlorique en chauffant 
peu à peu le ballon. 

Au lieu de mettre de l'eau dans le premier 
flacon qui est destiné à retenir des matières 
moins expansibles que le gaz hydrochlorique, 
qui pourraient se dégager avec lui, il est pré- 
férable d'y mettre une petite quantité d'acide 
hydrochlorique impur, provenant d'une opé- 
ration antérieure. 

Si l'on veut saturer l'eau du second flacon 



12 11* LEÇON DE CHIMIE 

d'acide hydrochlorique , il faut nécessairement 
plonger ce flacon dans un bain froid, afin d'ab- 
sorber la chaleur dégagée pendant la dissolu- 
tion du gaz. En même temps que la combinai- 
son des deux corps s'opère , le volume de l'eau 
augmente peu à peu; c'est pourquoi nous avons 
prescrit de ne remplir le flacon qu'à moitié; 
l'eau saturée d'acide hydrochlorique étant plus 
dense que l'eau pure, il est évident que les 
corps seront dans la condition la plus favorable 
possible à leur union, lorsque le tube qui amène 
le gaz ne plongera que de o m ,ot dans le liquide 
du flacon, par la raison que l'acide uni à l'eau 
se précipitera au fond du vase, tandis que de 
l'eau pure ou de l'eau qui contient moins de 
gaz que celle qui descend, s'élèvera et tendra 
conséquemment à s'approcher de l'acide hy- 
drochlorique : si le tube plongeait au fond du 
liquide, les corps ne seraient point dans des cir- 
constances aussi convenables à leur réaction ré- 
ciproque. Le courant descendant devient sensi- 
ble à la vue, parce qu'il réfracte autrement la 
lumière que l'eau pure, ou que celle qui contient 
moins de gaz que lui. 

Lorsqu'on opère sur de grandes quantités de 
matière, au lieu de se servir d'un ballon, on fait 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

usage de ces tuyaux de fonte dont j'ai déjà eu 
l'occasion de vous parler en traitant de l'acide 
nitrique (5 e leçon, page 40- 

En grand, ioo parties de chlorure de sodium 
et 80 parties d'acide sulfurique donnent i3o 
parties d'acide hydrochlorique, d'une densité 
de 1,19, ou marquant ^3° à l'aréomètre. 

L'acide hydrochlorique préparé dans un la- 
boratoire de chimie avec du chlorure de so- 
dium pur, de l'acide sulfurique exempt de ma- 
tière organique, et enfin de l'eau distiHée, est 
toujours pur lorsque l'opération a été bien 
conduite. 

Mais si l'on eût employé du sel marin conte- 
nant des matières étrangères, ou de l'acide sul- 
furique coloré par une quantité notable de ma- 
tière organique, l'acide pourrait ne pas être sans 
couleur. 

Enfin si, au lieu d'employer du sel marin, on 
eût fait usage de chlorure provenant du travail 
des salpêtriers, il arriverait, si ce chlorure n'eût 
pas été complètement séparé du nitrate de po- 
tasse, que le produit serait coloré par de l'acide 
nitreux et du chlore. 

L'acide hydrochlorique du commerce est tou- 
jours coloré en jaune par de X hydrochlorate ou 



i/j. II e LEÇON DE CHIMIE 

du cleutochlorure de fer. Le chlore contribuerait 
aussi à cette coloration s'il y était contenu en 
quantité notable; mais généralement, il ne s'y 
trouve que dans une faible proportion. Enfin 
l'acide hydrochlorique du commerce peut con- 
tenir encore du sulfate de soude, du sulfate de 
chaux et de Yacide sulfureux. Lorsque ce der- 
nier existe, il exclut en général la présence du 
chlore, au moins dans certaines proportions, 
car le chlore et l'acide sulfureux déterminent 
la décomposition de l'eau en produisant de l'a- 
cide hydrochlorique et de l'acide sulfurique. 

On reconnaît la présence du fer dans l'acide 
hydrochlorique, en faisant évaporer une cer- 
taine quantité d'acide presque à sec. Le résidu, 
s'il contient du fer, est plus coloré que ne l'était 
la liqueur avant l'évaporation ; et en l'étendant 
d'eau, et y versant de l'hydrocyanoferrate de po- 
tasse, on obtient un précipité de bleu de Prusse. 

Pour y rechercher la présence de l'acide sul- 
furique , on verse dans une portion d'acide hy- 
drochlorique étendu de trois fois son volume 
d'eau, du chlorure de barium ; pour peu qu'il 
y ait de l'acide sulfurique, on obtient un pré- 
cipité insoluble dans un excès d'acide , et qui , 
chauffé au rou°e dans un tube de verre, avec 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l5 

du charbon, donne du sulfure de barium, facile 
à reconnaître à sa saveur d'acide hydrosulfu- 
rique. Pour ne pas être trompé sur la présence 
de l'acide sulfurique, il est absolument néces- 
saire d'étendre avec de l'eau l'acide qu'on essaie, 
parce qu'il est tellement avide de ce liquide, 
que s'il n'était pas étendu , fût-il aussi pur que 
possible, il déterminerait la séparation d'une 
portion du chlorure de barium ; mais ce préci- 
pité est toujours facile à distinguer du sulfate, 
par sa solubilité dans l'eau. 

Les petites quantités de chaux qui peuvent 
se trouver dans l'acide hydrochlorique du com- 
merce proviennent le plus souvent de l'eau que 
l'on a employée pour dissoudre le gaz hydro- 
chlorique. On reconnaît la chaux dans cet acide 
en le neutralisant par de l'ammoniaque, puis y 
mettant de l'oxalate d'ammoniaque. Quand la 
chaux est à l'état de sulfate , on obtient le sel 
calcaire en petites aiguilles , si on fait évaporer 
doucement l'acide hydrochlorique dans une 
petite capsule. 

Depuis qu'on fait usage de cylindres de fonte 
pour préparer l'acide hydrochlorique , il peut 
s'y trouver de l'acide sulfureux. Pour en recon- 
naître la présence, il faut saturer l'acide avec 



l6 H' LEÇON DE CHIMIE 

de la potasse, et le mêler ensuite avec du sulfate 
de cuivre. S'il y a réellement une quantité no- 
table d'acide sulfureux , il se produit un préci- 
pité jaune de sulfite double de potasse et de 
protoxide de cuivre qui, étant chauffé au milieu 
de l'eau, devient rouge, parla raison que le sul- 
fite de potasse est dissous, et que le sulfite de 
protoxide de cuivre apparaît avec la couleur 
qui lui est propre. 

Enfin, on reconnaîtrait le chlore dans l'acide 
hydrochlorique à ce qu'il décolorerait de l'eau lé- 
gèrement teinte en bleue par du sulfate d'indigo. 

Pour obtenir de l'acide hydrochlorique pur 
avec de l'acide du commerce , le procédé le plus 
simple est de mettre cet acide dans une cornue 
à laquelle on adapte trois flacons de Woulf , dont 
le second et le troisième contiennent de l'eau. 

Le premier flacon n'en doit pas contenir, ou, 
s'il en contient, ce ne doit être qu'une couche 
de o m ,oi. En chauffant doucement la cornue 
il se dégage du gaz hydrochlorique qui vient se 
dissoudre dans l'eau des deux derniers flacons. 

3° On prépare l'acide hydrochlorique liquide 
anhydre, en décomposant l'hydrochlorate d'am- 
moniaque par l'acide sulfurique concentré dans 
un tube courbé et scellé aux deux bouts. L'opé- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 17 

ration est la même que s'il s'agissait de préparer 
l'acide hydrosulfurique liquide. {Voy. 6 e leçon, 
page 5i.) 

VIII. USAGES. 

Les usages de l'acide hydrochlorique en tein- 
ture sont assez nombreux. D'abord on peut 
l'employer pour faire des sels dont les bases 
servent de mordant. C'est ainsi, par exemple, 
qu'on se sert d'acide hydrochlorique pour dis- 
soudre l'étain, et former ce qu'on nomme le sel 
d'étain. Celui-ci peut-être représenté, au moins 
quand il est en dissolution dans l'eau, comme 
une combinaison d'acide hydrochlorique et de 
protoxide d'étain ; mais lorsqu'il a été privé d'eau 
par l'action delà chaleur, c'est un protochlorure 
métallique. 

L'acide hydrochlorique doit être considéré 
comme un des principes de Veau régale, qui 
sert en teinture à préparer la composition d'é- 
tain , soit que cette composition ait été faite 
avec de l'hydrochlorate d'ammoniaque ou du 
chlorure de sodium , soit qu'elle l'ait été avec 
de l'acide hydrochlorique. 

On peut employer cet acide pour virer des 
couleurs, enlever le peroxide de fer qui peut se 



l8 II e LEÇON DE CHIMIE 

trouver sur de la soie, des étoffes de ligneux, etc. 

Lorsque des laines ont été passées dans l'eau 
de sous-carbonate de soude, on leur donne quel- 
quefois un bain d'acide hydrochlorique faible. 

Enfin, Baume a prescrit l'usage de cet acide 
pour blanchir la soie destinée à la fabrication 
des blondes et des gazes. 

IX. HISTOIRE. 

On doit la découverte de l'acide hydrochlori- 
que à Gl a uber. 



CHAPITRE III. 

COMBINAISONS DU CHLORE AVEC L'OXIGÈNE. 



On a compté jusqu'ici cinq composés définis 
de chlore et d'oxigène, mais il en est deux dont 
l'existence n'est pas admise par tous les chi- 
mistes; nous allons en donner la composition. 

protoxide de chlor;: Cii . 

eo poids. eo Toi. eu atomes. 

Oxigène. . 18,4a . . . 2< r i . ■ i . . . ioo 

Chlore . . 8i,58 ... 4) \ . . ti . . . 44-2,66 

100,00 poids at. 54 2 >^5 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 10, 

Cet oxide a été décrit par sir H. Davy : il l'a 
obtenu en faisant réagir l'acide hydrochlorique 
sur le chlorate de potasse; mais lui-même a fait 
remarquer qu'il pouvait être un mélange de 
deutoxide de chlore et de chlore dans la pro- 
portion suivante : 

, « ., _ il vol. oxiçène, 

2 vol. deutoxide = \ , , , a ' 

1 1 vol. chlore. 

3 vol. chlore. 



DEUTOXIDE DE CHLORE (Cfp). 

en poids. en toi. en atomes. 

Oxigène. . 47,47 . . . a) f . . 4 . . . 400 

Chlore . . 5a,5S . . . \)~ \ . . 1 . . . 442,65 



100,00 poids at. 84.2,65 

Il est gazeux, d'une couleur jaune verdatre, 
il présente la propriété remarquable , lorsqu'on 
en élève la température, de se décomposer en 
détonant et en produisant de la lumière et de 
la chaleur, quoiqu'il y ait expansion de volume 
et que les élémens s'isolent simplement l'un de 
l'autre. 

Il a été liquéfié par M. Faraday : dans cet état 
il est très-fluide et d'un jaune foncé. 

Sir H. Davy l'a obtenu en faisant réagir avec 
précaution de l'acide sulfurique sur du chlorate 

a, 



Sto 11 e LEÇON DE CHIMIE 

de potasse. L'acide chlorique d'une portion de 
chlorate se décompose en deutoxide de chlore 
et en oxigène, qui, en se portant sur l'acide 
chlorique d'une portion de chlorate non dé- 
composé, convertit l'acide en acide chlorique 
oxigréné. 



ACIDE CHLOREUX (Ch 1 )? 

en poids. en alomi?. 

Oxigène. . 4°,4o 3 . . . joo 

Chlore . . 59,60 2 . . . 442,6! 



100,00 poids at. 742,65 

Cet acide n'a été admis jusqu'ici que par 
M. Berzelius, dans les composés qu'on a nommés 
chlorures de chaux, de soude et de potasse. 



ACIDE CHLORIQUE (Ch* 



en poids. en Toi. en atome*. 

Oxigène. . 53,o£ ... 2,5 5 . . . 5oo 

Chlore . . 46,96 . . . 1 2 . . . 442,65 

100,00 poids at. 942,65 

Cet acide n'a été obtenu qu'en dissolution 

dans l'eau; à une température peu élevée, il se 

réduit en ses élémens. 

On le prépare en décomposant par l'acide 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. îr 

sulfurique le chlorate de baryte ; il se précipite 
du sulfate de baryte , et l'acide chlorique reste 
en dissolution dans l'eau. On peut encore se le 
procurer en décomposant le chlorate de po- 
tasse par la solution aqueuse d'acide phtorosi- 
licique qui précipite la potasse. 



ACIDE 


CHLORIQUE 


OXIGÉNÉ 


(Ch>). 




en poids. 


ru volume. 


eu .nlomes. 




Oxigène. . 


6l,26 


. . . 3,5 


7 • • 


. 700 


Chlore . . 


38,74 


... 1 


2 . . 


. 44 a,Gûi 



100,00 poids at. 1142,65 

Cet acide n'a été obtenu qu'en dissolution 
dans l'eau. Il est bien plus stable que l'acide 
chlorique ; car il peut être distillé comme l'acide 
sulfurique. 

On l'extrait du chlorate oxigéné de potasse en 
distillant celui-ci avec l'acide sulfurique dans 
une cornue. 

Voici les proportions en atomes du chlorate 
de potasse et de l'acide sulfurique qui réagis- 
sent pour former du deutoxide de chlore et du 
chlorate oxigéné de potasse. 

, , , , I v s notasse. v ° 

5 at. de chlorate de pol.= l ' 

I m al. aride chlorique. 

1 ■ •"• \ , n: « potage. 



9.1 II e LEÇOM DE (IIIMIE 

11 est visible qu'il faudra l\ atomes d'acide sul- 
f urique pour neutraliser les 2 atomes de potasse 
de 1 atomes de chlorate de potasse décomposé, 
et que les 4 atomes d'acide chlorique se rédui- 
ront en 4 atomes de deutoxide de chlore et 
4 atomes d'oxigène, qui convertiront 1 atome 
de chlorate en 1 atonie de chlorate oxiséné. 



CHAPITRE IV. 



CHLORURE D'AZOTE OCh Az 





en poids. 


ni roi 


Chlore. . 


. 88/24 . 


. . 3 


Àzole . . 


• 11,76 • 


. . 1 



ru alomrs. 



3 . . . 663,97 
1 . . . 88,5r 



100,00 poids at„ 759,18 

Ce composé, découvert par M. Dulong en 
1 8 1 1 , est liquide à la température de 1 5° ; il res- 
semble à une huile fauve. Il suffit d'une cir- 
constance extrêmement légère pour qu'il dé- 
tonne avec une force vraiment extraordinaire; 
et cette détonation, accompagnée de chaleur et 
de lumière, n'est due qu'à la rapidité extrême 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. »3 

avec laquelle ses deux élémens se séparent à 
l'état gazeux. 



CHAPITRE V. 



CHLORURE DE SOUFRE (»Ch S). 

en poids. en Toi. en atomes. 

Chlore. . . 68,75 . . . -x 2 . . . 442,65 

Soufre. . . 3 1,25 . . . i j ... 201,16 



100,00 poids at. 643,81 

11 est liquide, jaune rougeâtre et d'une odeur 
forte. 

Agité avec l'eau, il ne s'y mêle que difficile- 
ment, mais enfin, par un contact suffisant, il est 
réduit en acide hydrochlorique, en acide sulfu- 
reux et en soufre. Pour se rendre compte de la 
nature de cette réaction , prenons 



j 1 , r IL at. chlore, 

2 at. de chlorure de soulfe={ r 

( 2 at. soufre, 

oxigène 
hydrogène) 

■ at. acide hydrochlorique =< , ' , , '. 
' • l j 4 at. hydrogène. 



,, (2 at. oxigène, 

et 2 at. d eau = { , . l V ' 

|4 at- 



nous aurons 



^4 l l C LEÇON DE CHIMIE 

i a t. acide sulfureux. . . . ={ 3 at ' oxipne, 

( i at. sourie , 

i at. de soufre. 

Si l'acide hyposulfureux était susceptible de 
se former dans la circonstance où la décom- 
position mutuelle du chlorure de soufre et de 
l'eau a lieu, il est clair que c'est cet acide qu'on 
obtiendrait, au lieu de l'acide sulfureux. 



CHAPITRE YI. 



ACIDE CHLOROSÉLÉNIQUE ( 4 Ch Se). 

en poids. en atomes. 

Chlore. . . 64, 10 4 . • • 885,3 

Sélénium . 35, go i . . . 495,9 



100,00 poids at. i38i,2 

Cet acide est blanc, solide; par la chaleur il 
se réduit en une vapeur jaune, qui se condense 
en cristaux incolores. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 1>5 

CHAPITRE VIL 

COMBINAISONS DU CHLORE ET DU PHOSPHORE. 



CHLORURE DE PHOSPHORE ( 3 ChP). 

en poids. en alomes. 

Chlore. . . 77,08 3 . . . 663, 97 

Phosphore. 22,92 1 . . . 196,15 

100,00 poids at. 860, 12 

11 est liquide, volatil, incolore, susceptible 
de dissoudre du phosphore, qu'il laisse déposer 
par un abaissement de température, ou quand 
on le mêle avec de l'eau; mais l'eau, en dissol- 
vant complètement le chlorure de phosphore 
qui est pur, le réduit en acide phosphoreux et 
en acide hydrochlorique. 

En effet, 

2 at. chlorure de phosphore =( 6 aE " cl ? !ore ' 

1 l 2 at. phosphore; 

3 at. d'eau =/£ at. oxipne. 

(0 at. hydrogène. 

Conséquemment, puisqu'ils se décomposent 
mutuellement, on doit avoir 

6 at. acide hydrochlorique. .=if aL ch l°re, 

'j at. livdrouenc. 



u6 H e LKÇON DE CHIMIE 

i at. acide phosphoreux. . . ={ J a ' °j"f®. ' 
r r * 1 at. phosphor 



ACIDE CHLOROPHOSPHORIQUE ( 5 Ch P). 

en poidl. tn atomes. 

Chlore. . • 84,94 5 . • . iïo6,6a 

Phosphore. i5,oG 1 . . . 198,15 



100,00 poids at. 1302,77 

Il est solide, fusible, volatil, incolore; il est 
réduit par l'eau en acide hydrochlorique et en 
acide phosphorique. 

En effet, 

•j li UT _( 10 at. chlore, 

a at. acide chlorophosphor. ={ , .' 

r r ( 2 at. phosphore. 

w ,, r 5 at. oxi"ène, 

5 at. deau ={ . , ? J 

1 10 at. hydrogène. 

Par leur décomposition mutuelle il donne : 

. , , , il- ( 10 at. chlore, 

10 at. acide hydrochlorique ={ l0 at hyd 



. , , , ( 5 at. oxiifène, 

1 at. acide phosphorique. . . ={^ at , pho s sphoi , 



yclrogene. 
j 5 at. oxigène, 

€- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE, 

CHAPITRE VIII. 



CHLORURE D'ARSENIC ( G Ch 2 As). 

eu poids. «n atomes. 

Chlore. . . 58,55 ô . . . 1327,95 

Arsenic. . 4i,4 5 a . . . 94o,3o 



100,00 poids at. 2268,25 

Il est liquide à la température ordinaire. 

Il bout à 1 32° : il répand une fumée blanche , 
épaisse à l'air; l'eau le réduit en 6 atomes d'acide 
hvdrochlorique et 1 atome d'acide arsénieux. 



CHAPITRE IX. 



CHLORURE DE CHROME ( ,2 Gh Cr). 

en poidi. ta atomes. 

Chlore. . . 79,06 12 . . . 2655,90 

Chrome . . 20,94 1 . . . 703,64 

100,00 1 poids at. 3359,54 

C'est un liquide rouge de sang, très-volatiL 



^8 ! I e LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE X. 

COMBINAISONS DU CHLORE ET DU TUNGSTÈNE. 



M. Wohler compte trois chlorures de tung- 
stène : 

i° Le protochlorure, qu'il regarde comme un 
composé de i atomes de chlore et de i atome 
de tungstène, s'obtient en chauffant le tungstène 
dans le chlore. Il est solide, rouge, fusible et 
volatilisable en une vapeur rutilante. 

2° Le perchlorure, qu'il regarde comme un 
composé de 3 atomes de chlore el de i atome 
de tungstène : il l'obtient en chauffant l'oxide 
brun de tungstène dans le chlore. Il est jaune. 

3° Un chlorure dont il n'a pas déterminé la 
composition , mais le plus remarquable des trois 
par sa cristallisation en aiguilles très-longues, 
d'un beau rouge. Sa vapeur est rutilante. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 21) 

CHAPITRE XI. 

COMBINAISONS DU CHLORE ET DU CARBONE. 



PERCHLORURE DE CARBONE ( 3 Ch C). 

en poids. en atomes. 

Chlore. . . 89,67 3 . . . 663,97 

Carbone. . io,33 1 . . . 7 6,53 



100,00 s poids at. 74o,5o 

Ce chlorure est solide, fusible à 1 6°, et suscep- 
tible de bouillira 1 82 ; sa vapeur se condense en 
cristaux lamelleux prismatiques. 

Lorsqu'on le fait passer dans un tube de por- 
celaine rouge de feu , il perd \ de son chlore et 
se réduit en protochlorure. 

L'iode , le soufre et le phosphore lui enlè- 
vent \ de son chlore, et l'hydrogène à la chaleur 
rouge en sépare la totalité. 

C'est en décomposant par le chlore et la lu- 
mière l'éther chlorurique, ou la combinaison 
d'apparence huileuse que le chlore forme avec 
l'hydrogène bicarboné, que l'on se procure le 
perchlorure de carbone. , 



3o "H' LEÇON DE CHIMIE 



PROTOCHLORURE DE CARBONE (»Ch C). 

en poids. cri atomes. 

Chlore. . . 85,a6 % . . . 442,65 

Carbone. . i4,74 i ... 76,53 



i oo,oo poids at. 5 19, 18 

Il est liquide. Il bout à 74°. 
Ces deux chlorures ont été découverts par 
M. Faraday, en 1820. 



CHAPITRE XII. 



CHLORURE DE BORE ( 3 Ch B)? 

toI. «tomes. 

Chlore 3 \ ~ 3 

Bore 1 > 1 ? (Dumas) 

Il a été découvert par M. Berzelius, qui l'a 
obtenu en chauffant le bore dans le chlore. 

Le chlorure de bore est gazeux et incolore. 

M. Dumas a trouvé que sa densité est de 
3,0,42'; le calcul donne 45070,3. 

Il répand d'épaisses fumées blanches à l'air, à 
cause de l'eau qu'il attire puissamment. 

Il se décompose, par le contact de ce liquide, 
en gaz, hvdrochlorique et en acide borique. 



APPLIQUÉE A LA, TEINTURE, 

CHAPITRE XIII. 



ACIDE CHLOROSILICIQUE ou CHLORURE 
DE SILICIUM (' j Ch Si)? 



toi. 



Chlore 6) ., ? 6 

Silicium i* i? (Dumas) 

Ce corps est, à l'état liquide, semblable à l'é- 
ther hydratique (sulfurique). 

11 bout bien au-dessous de ioo<>. 

La densité de sa vapeur est de 5,o,3o,, 
conséquemment le litre pèse 7^71 54, suivant 
M. Dumas. 

Il rougit la teinture de tournesol. 

Il a une odeur qui rappelle celle du cyanogène. 

On en doit la découverte à M. Berzelius. 



CHAPITRE XIV. 



CHLORURE DE TITANE ( 8 Cb T) 

Chlore 8) _ , ? 

Titane i> 



3 i "11 e LEÇON DE CHIMIE 

. Il est liquide, plus dense que l'eau, bout 
à i35°. 

Il est incolore. 

L'eau le transforme en acides hydrochlorique 
et titanique. 

Il a été obtenu d'abord par M. George et en- 
suite par M. Dumas. 



CHAPITRE XV. 

COMBINAISON DE CHLORE ET D'ANTIMOINE. 



PROTOCHLORURE D'ANTIMOINE ( 6 Gh At). 

en poids. «n atome» 

Chlore. . . . 45, 16 6 . . . i327,o,5 

Antimoine. .5/1,84 i . . . 1612,90 



100,00 poids at. 2940,83 

11 est solide, volatil, décomposable par l'eau 
en acide hydrochlorique et en protoxide d'anti- 
moine, qui retient du chlorure. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 33 

DEUTOCHLORURE D'ANTIMOINE ( ,0 Ch At.) 

en poids. en atome*. 

Chlore. . . . 57,85 10 . . . 22i3,25 

Antimoine. . 42,i5 i . . . 1612,9 ^ 

100,00 poids at. 3826, ii» 

M. Henri Rose l'a obtenu en faisant passer un 
courant de chlore sec sur de l'antimoine chaud. 

Le deutochlorure d'antimoine est liquide, 
incolore. 

Il s'échauffe avec l'eau et se change en 
acide hydrochlorique et en acide antimoni- 
que hydraté. 



CHAPITRE XVI. 



CHLORURE DE TELLURE (J€h Te). 

en poids. en atomes. 

Chlore. . . . 52,33 4 . . . 885,3o 

Tellure. . . . 47,67 1 . . . 806,45 

100,00 poids at. 1691,75 

Ce composé est solide et incolore, volatil, et 
susceptible de cristalliser par refroidissement. 
Il est réduit par l'eau en acide hydrochlori- 

3 



34 1 I e LEÇON DE CHIMIE 

que , et eu acide tellurique , qui peut retenir un 
peu de chlorure. 



Le chlore est susceptible de se combiner 
avec 

i° Voxide de carbone, volume à volume : le 
résultat est l'acide chloroxicarbonique, dont le 
volume est la moitié de celui des gaz consti- 
tuais; 

2.0 L'hydrogène bicarboné, volume à volume : 
le résultat est l'éther chlorurique, dont nous 
avons dit quelques mots. 

Suivant M. Despretz, i volume de chlore se- 
rait susceptible de constituer encore avec i vo- 
lumes d'hydrogène bicarboné un liquide neutre. 

3° Le cyanogène, en deux proportions au 
moins. 

A. Un protochl. de cyanog. formé de i ' ']=■ i v., 

1 j r> iiv, cyan. ' 

qui est très-disposé à prendre l'état élastiqu 6 . 

« tt ui j f - i ( 2 v - chlore, 

B. Un perchl. de cyanog. forme de { % y cyun0 ., ènej 

qui est concret. 
Ces composés, formés d'un corps comburant 
simple et d'un combustible composé, se ran- 
gent, suivant moi, à côté des composés ter- 
naires de la nature organique. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 

IODE (I). 

DIX-NEUVIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIERE SECTION. — IODE. 



I. NOMENCLATURE. 

Iode est dérivé du mot grec iw&is', violet. Ce 
nom a été donné à la substance que nous allons 
étudier, à cause de la belle couleur violette de 
sa vapeur. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A. A l'état solide. 

L'iode est solide jusqu'à la température de 
107° environ, où il se liquéfie. 

Il s'aplatit un peu sous le pilon ; cependant , 
par la trituration, on parvient à le diviser jus- 
qu'à un certain point. 

Sa densité est de 4,9/18. 

3. 



36 -II e LEÇON DE CHIMIE 

Il est d'un gris bleuâtre foncé , et a un aspect 
métallique. 

B. A l'état liquide. 

L'iode qui s'est liquéfié à 107 conserve cet 
état jusqu'à la température de 175 à 180 , où 
il entre en ébullition. 

L'iode liquide est d'un brun foncé. 

G. A l'état de vapeur. 

La vapeur d'iode a uvne densité de 8,Go,5. 

Elle est remarquable par la beauté de sa 
couleur violette. Nous verrons plus tard que, 
à cet égard, la vapeur de l'indigotine lui res- 
semble. 

Le poids atomistique de l'iode est 780,97. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Les propriétés chimiques de l'iode ont la plus 
grande analogie avec celles du chlore, ainsi 
qu'il sera facile de s'en convaincre d'après la 
revue que nous allons faire de l'action qu'il 
exerce sur les corps que nous avons examinés. 

L'iode est susceptible de se combiner avec 
l'hydrogène à volume égal. 11 en résulte 1 volu- 
mes d'acide hydriodique : cet acide correspond 
évidemment à l'acide hydrochlorique. Mais l'hy- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3^ 

drogène ne s'unit point à l'iode aussi aisément 
qu'il s'unit au chlore. En effet, la première 
combinaison ne s'effectue point directement, 
comme la seconde, sous l'influence de la lu- 
mière, de l'électricité et de la flamme; elle de- 
mande une certaine température, en deçà ou 
au-dessus de laquelle elle ne peut s'opérer. 

L'iode ne se combine point immédiatement 
avec l'oxigène, mais il est susceptible de former 
un acide iodique quand il le rencontre à l'état 
naissant, et la combinaison se compose de i ato- 
mes d'iode et de 5 atomes d'oxigène. L'acide 
iodique correspond donc à l'acide chlorique. 

Ce qui augmente encore les analogies de l'iode 
avec le chlore, c'est qu'il produit avec l'azote 
un composé solide qui est très-détonant, sans 
l'être cependant autant que le chlorure d'azote. 

L'iode s'unit au soufre, au phosphore, à l'ar- 
senic en toutes proportions; cependant il est 
bien probable que parmi ces combinaisons il 
en est de définies. 

Il s'unit à l'antimoine, au tellure. 

Il s'unit encore au chlore. 

iooo parties d'eau peuvent dissoudre environ 
7 parties d'iode. La solution est fortement colo- 
rée en jaune orangé brun. Lorsqu'on l'expose à 



38 H c LEÇON DE CHIMIE 

la lumière, elle se décolore, parce qu'il se pro 
duit de l'acide hydriodique et de l'acide iodi- 
que. Si la dissolution est rapprochée, les deux 
acides se décomposent mutuellement, c'est-à- 
dire qu'il se reforme de l'eau, et que l'iode est 
mis en liberté. Vous voyez combien la propor- 
tion des corps a d'influence sur la nature des 
divers états d'équilibre dont leurs élémens sont 
susceptibles. L'iode est- il en présence d'une 
grande quantité d'eau et sous l'influence de la 
lumière; il y a décomposition de ce liquide, et 
production d'acide hydriodique et d'acide iodi- 
que. Mais diminue -t-on par la concentration 
la proportion du dissolvant, il arrive un mo- 
ment où les deux acides se décomposent mu- 
tuellement, de sorte qu'il en résulte de l'eau et 
de l'iode. 

L'iode, chauffé dans le gaz ammoniaque, 
forme un iodure brun fusible, qui, dès qu'il 
est mis en contact avec l'eau, se change en hy- 
driodate d'ammoniaque et en iodure d'azote, 
qui se précipite à l'état d'une poudre noirâtre. 
L'iode donne sur-le-champ , avec l'ammonia- 
que fluor, ces deux produits. 

Il forme avecrhydrogèuebïcarbonéuu iodure 
correspondant à l'écher chloruriqur. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. Jg 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il a une odeur qui participe à la fois de celle 
du chlore et de celle de certaines plantes ma- 
rines. 

11 a une saveur acre. 

V. ÉTAT NATUREL. 

L'iode a été découvert dans les eaux mères 
des soudes de vareck et de fucus; mais on sait 
aujourd'hui que les fucus l'ont puisé dans les 
eaux de la mer. On l'a trouvé dans les eaux sa- 
lées. Enfin M. Vauquelin l'a découvert à l'état 
diodure d'argent dans un minéral du Mexique. 

VI. PRÉPARATION. 

Je ne vous parlerai pas en détail de la pré- 
paration de l'iode, je me bornerai à vous dire 
qu'après avoir recueilli une suffisante quantité 
d'eau mère de soude de vareck, on chauffe 
celle-ci dans une cornue avec de l'acide sulfu- 
rique concentré. Liode, qui est à létat dio- 
dure de potassium, est mis en liberté, et se dé- 
gage à l'état de vapeur dans un récipient, où il 
se condense. Dans ce traitement, le potassium 
s'oxide aux dépens dune portion de l'acide sul- 



4o 1 1 c LEÇON DE CHIMIE 

furique, qui se trouve par là ramené à l'état 
d'acide sulfureux. 

VII. USAGES. 

On a fait des essais pour appliquer l'iodure 
de mercure rouge sur les étoffes de coton. Mal- 
heureusement cette couleur n'est pas assez sta- 
ble pour qu'on puisse l'employer. 

VIII. HISTOIRE. 

L'iode a été découvert par M. Courtois, sal- 
pétrier de Paris ; mais c'est M. Gay-Lussac qui 
a classé cette substance dans le système chimi- 
que des corps simples. 



SECTION II. 



COMPOSITION DE PLUSIEURS COMPOSES D'IODE AVEC 
LES CORPS PRÉCÉDEMMENT EXAMINÉS. 



ACIDE HYDRIODIQUE (IH). 

m poids. ci) fol. rn atomes. 

Iode .... 99,21 . . . . i| __ ' fi. . . 780,97 
Hydrogène. 0,79 . . . . * f ~ |i... 6,24 

100,00 poids at. 787,21 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4 1 

Il est gazeux, incolore, très-soluble clans l'eau. 
La solution absorbe assez rapidement l'oxigène 
de l'air : il y a formation d'eau et de l'iode mis 
à nu; mais celui-ci ne se sépare à l'état solide 
que quand la décomposition est suffisamment 
avancée, par la raison que l'iode est assez soluble 
dans l'acide hydriodique aqueux. 

Le chlore enlève l'hydrogène à l'iode. 

Le mercure enlève l'iode à l'hydrogène. 

Cet acide est encore décomposé par les acides 
sulfurique et nitrique. 

La chaleur et l'électricité le décomposent. 



ACIDE IODIQUE (II). 

en poids, eu vol. en alomes. 

Oxigène .... 24, a5 . . . a, i . . . 5 . . . 5oo 
Iode 75,75 ... 1 . . . 1 . . i56i,94 



100,00 poids at. 2061,94 

L'acide iodique est concret, incolore, demi- 
transparent ; il a une saveur aigre et astringente ; 
il est très-soluble dans l'eau. 

Il s'unit aux acides sulfurique, phosphorique 
et nitrique. 

Il est décomposé par les acides hydriodique, 



4' 2 M" LBÇOH DE CHIMIE 

hydrochlorique et hydrosulfurique; il lest éga- 
lement par l'acide sulfureux. 



CHLORURE D'IODE (Ai ide chhriodlque) (*Ch I ). 

fn poids. en vol. en atomes. 

Chlore . . . 58,32 .... 5 .... 5 .. . 1106,62 
Iode .... 41,68 .... 1 .... 1 .. . 790,97 



100,00 poids at. 1897,59 

11 est solide, jaune-orangé clair, déliques- 
cent; la chaleur, la lumière en dégagent du 
chlore, et il semble en résulter un sous- chlo- 
rure de couleur orangée. 

La solution du chlorure d'iode dans l'eau est 
incolore et très-acide; il est probable qu'elle est 
formée d'acide hydrochlorique et d'acide iodi- 
que; dans cette hypothèse, 1 atomes de chlorure 
donneraient 10 atomes d'acide hydrochlorique 
et 1 atome d'acide iodique. 



IODURE D'AZOTE ( 3 I Az). 

'11 poids. en toi. en ilomet. 

Iode . . . 96,36 .... 3 .... 3 ... . 2342,91 

A.ZOXC. . . 3,64 . . . . j .... 1 . . . . 88,5 1 



100,011 |)oi(!.i at 2431,42 



APPLIQUÉE A LA TJEIHTUÏÏE. 4^ 

Cet iodure est en poudre noire; il détonne 
fortement, soit par la chaleur, soit par la per- 
cussion et même le frottement. 



BROME (Br). 

VINGTIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



I. NOMENCLATURE. 

Brome dérive de /gpo^oç, mauvaise odeur. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

A . A l'état liquide. 

Le brome est liquide à la température ordi- 
naire et sous la pression de o m ,76o. 

Il ne se congèle pas à — i8°; il bout à 47 - 

Sa densité a été évaluée à 2,966. 

Vu en masse, il est d'un rouge brun; vu par 
transmission en couches minces, il est d'un 
rouge hyacinthe. 

Il ne conduit pas l'électricité. 

B. A l'état solide. 
l.e brome est solide à — 20 . 



44 11' LEÇON DB CHIMIE 

C. A l'état de vapeur. 

La vapeur du brome est d'un rouge orangé 
brun, semblable à celui de la vapeur nitreuse. 
Sa densité paraît être de 5,i354. 



Le poids de l'atome paraît être de 4^6,4- 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le brome, par ses propriétés chimiques, se 
place entre le chlore et l'iode; il s'unit directe- 
ment à l'hydrogène au moyen de la chaleur, et 
forme avec lui l'acide hydrobrômique qui est 
gazeux; l'affinité du brome pour l'hydrogène 
est assez forte pour qu'il l'enlève au phosphore, 
au soufre et même à l'iode. 

Il forme dans certaines circonstances avec 
l'oxigène un acide bromique, qui correspond 
par sa composition aux acides chlorique et 
iodique, de même que l'acide hydrobrômi- 
que correspond aux acides hydrochlorique et 
hydriodique. 

On ne l'a point encore uni à l'azote. 

Il se combine au chlore à la température or- 
dinaire et forme un chlorure liquide très-vola- 
til d'un jaune rougeâtre, soluble dans l'eau, qui 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4^ 

décolore rapidement le papier de tournesol sans 
le rougir. 

Il se combine à l'iode, et paraît susceptible de 
former deux bromures différens, dont un pro- 
tobrômure cristallisable, et un deutobrômure 
liquide. 

Il se combine aisément au soufre. 

Il exerce une action assez forte sur le phos- 
phore pour qu'il s'y unisse en dégageant du 
feu. Il y a deux bromures de phosphore : un 
protobrômure qui est encore liquide à — 12 , 
et un deutobrômure qui est concret et cristal- 
lisable. 

Il se combine avec l'arsenic et l'antimoine en 
dégageant une vive lumière. 

Les corps composés, comme les corps simples, 
ne font éprouver au brome aucune décompo- 
sition; s'ils agissent sur lui, c'est en s'y combi- 
nant intégralement ou en lui cédant, à cause de 
son affinité élective , un de leurs élémens. 

Le brome se dissout dans l'eau , dans l'alcool 
et surtout dans l'éther. 

Il se combine avec l'hydrogène bicarboné, et 
produit un composé absolument analogue à 
l'éther chlorurique. 

Le brome dissous dans l'eau, la décompose 



4<î H r LEÇON DE CHIMIE 

comme le fait l'iode, sous l'influence de la 
lumière solaire; il se produit des acides hydro- 
bromique et brômiue. 

Le brome décolore la teinture de tournesol, 
le sulfate d'indigo, etc.; en un mot, il agit sur 
les matières organiques à la manière du chlore. 

Le chlore a des affinités plus fortes poul- 
ies métaux et les bases salifiables que n'en a le 
brome ; aussi le déplace-t-il des bromures. L'iode 
a au contraire moins d'affinité que le brome 
pour ces mêmes corps; aussi le brome chasse- 
t-il l'iode des iodures. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Le brome a une odeur extrêmement forte et 
très-désagréable, une saveur très-caustique. Il 
n'est pas douteux qu'il n'ait une action très-éner- 
gique sur les animaux. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Le brome existe dans l'eau de la mer et dans 
les eaux de plusieurs sources salées, mais en 
des proportions très -faibles. M. Balard pense 
qu'il se trouve, au moins dans la première, à 
l'état d'hydrobrômate de magnésie. 

Il se trouve dans un grand nombre de végé- 
taux et d'animaux marins. 



APPLIQUÉE A L.V TEINTURE. ^-j 

VI. HISTOIRE, PRÉPARATION. 

M. Balard le découvrit, en 1826, dans l'eau 
mère des salines. Voici le procédé qu'il conseille 
de suivre pour l'en séparer. 

Dans un flacon rempli aux f environ d'eau 
mère des salines , on dirige un courant de 
chlore, afin de mettre le brome en liberté; on 
achève de remplir le vase avec de l'éther hy- 
dratique (sulfurique), on le ferme et on l'agite 
pendant un temps suffisant pour que l'éther 
puisse dissoudre le brome; puis, en laissant 
reposer la liqueur, l'éther surnage coloré en 
rouge hyacinthe; alors on le décante, et, en 
l'agitant avec de l'eau de potasse caustique, on 
lui enlève le brome. En agitant la même po- 
tasse avec des quantités suffisantes d'éther con- 
tenant du brome, on parvient à la charger 
d'une telle quantité de ce corps , qu'en la fai- 
sant évaporer on obtient des cristaux cubiques 
de bromure de potassium ; on pulvérise ces 
cristaux, on les mélange avec du peroxide de 
manganèse, et on les distille dans un petit ap- 
pareil avec de l'acide sulfurique étendu de la 
moitié de son poids d'eau. Le brome qui se 
dégage doit être reçu dans un petit récipient 
rempli d'eau froide. 



48 II e LEÇON DE CHIMIE 

PHTORE (Ph). 

VINGT-UNIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



M. Ampère a proposé de donner le nom de 
phtore à un corps simple qui n'a pas encore été 
isolé de ses combinaisons; on peut bien le sé- 
parer d'un corps auquel il est uni, mais c'est 
toujours en lui présentant une substance pour 
laquelle il ait plus d'affinité dans la circonstance 
où l'on opère qu'il n'en a pour celle à laquelle 
il est combiné. Cet état de choses a déterminé 
plusieurs chimistes à rejeter l'existence du 
phtore comme n'étant pas démontrée; cepen- 
dant, en l'appuyant sur la nouvelle théorie du 
chlore et sur la manière dont les corps simples 
sont caractérisés en chimie comme espèces, il 
est difficile de ne pas l'admettre parmi les 
corps simples et de méconnaître les grandes 
analogies qu'il a avec le chlore. 

L'histoire chimique d'un corps se compose 
de deux parties distinctes : 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 49 

i° De l'exposé de ses propriétés physiques 
et organoleptiques; 

i° De l'exposé de ses propriétés chimiques. 
Ces dernières sont considérées sous deux as- 
pects distincts : sous le premier, on comprend 
tous les phénomènes que le corps présente pen- 
dant sa réaction sur les corps simples et les corps 
composés; sous le second aspect, on comprend 
toutes les propriétés que possèdent les compo- 
sés du corps, et nous avons déjà fait observer, 
en traitant du carbone, que, pour reconnaître 
un corps ou, ce qui revient au même, pour le 
caractériser, on l'unit à un autre corps parfai- 
tement connu, avec lequel il forme une combi- 
naison dont les propriétés caractéristiques sont 
faciles à constater. 

En appliquant ce principe à l'histoire du 
phtorc, nous verrons que si ce corps ne peut 
être étudié que sous le rapport des propriétés 
de ses combinaisons, ces combinaisons sont si 
remarquables et si bien caractérisées, que l'exis- 
tence du phtore est réellement déterminée d'une 
manière très-satisfaisante. 

Ne parlant du phtore, dans ce cours, que sous 
le rapport de la philosophie chimique, nous 
nous en tiendrons à quelques généralités sur les 

4 



5o H c LEÇON DE CHIMIE 

composés les plus remarquables qu'il forme 
avec les corps que nous avons étudiés. 

Le phtore se trouve dans la nature dans un 
assez grand nombre de minéraux, mais celui 
qui sert à préparer ses diverses combinaisons a 
porté les noms de spath fluor ; fluate de chaux , 
chaux fluatèe : nous l'appellerons phtorure de 
calcium, par la raison qu'il n'est point acide, et 
que nous le considérons comme un composé 
de phtore et de calcium. 

acide hydrophtorique {acide lxydrofluorique\ 

Si nous traitons cette substance par l'acide 
sulfurique dans une cornue de plomb munie 
d'un récipient du même métal, nous obtien- 
drons du sulfate de chaux, un acide que nous 
nommerons hydrophtorique, qui est doué de plu- 
sieurs propriétés extrêmement remarquables. 

Il entre en ébullition au-dessous de 3o°. 

Sa densité est de 1,0609. Il est incolore. 

L'acide hydropthorique mis en contact à des 
températures convenables avec le fer, le potas- 
sium, le sodium, etc., donne du gaz hydrogène, 
et des composés analogues aux chlorures de fer, 
de potassium, de sodium, etc. 

Son action sur le verre, ou plus simplement 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE, 5l 

sur la silice, est des plus énergiques ; elle donne 
lieu à une vive ébullition occasionée par le dé- 
veloppement rapide d'un fluide aériforme que 
nous désignerons par le nom d'acide phtor os ili- 
cique. 

L'acide hydrophtorique est une des substances 
les plus délétères qu'on connaisse. Appliquez-en 
quelques gouttes sur la peau d'un chien privé 
de ses poils, une heure ou deux heures après 
l'animal n'existera plus, et sa peau sera désorga- 
nisée, avec des phénomènes tout-à-fait particu- 
liers à l'action de cet acide. 

acide phtoroborique {acide fluoborique). 

Si l'on traite à chaud par l'acide sulfurique, 
dans un ballon muni d'un tube à gaz, qui plonge 
sous une cloche pleine de mercure, un mélange 
de 2 parties de phtorure de calcium, de i partie 
d'acide borique vitrifié et de 1 2 parties d'acide 
sulfurique hydraté concentré, on obtiendra Va- 
ride phtoroborique h. l'état gazeux. 

Cet acide a une densité de 2,371. 

Il a sur l'eau une action des plus énergiques; 
aussi, dès qu'il est mêlé à l'air atmosphérique, 
produit-il en s'unissant à la vapeur aqueuse élas- 
tique qui s'y trouve , des fumées aussi épaisses 



5 2 11 e LEÇON DE CHIMIE 

que celles qui se formeraient si l'on mêlait de 
l'acide hydrochlorique avec de l'air chargé de 
gaz ammoniac. 

Il charbonne les matières organiques. 

acide phtorosilicique (acide fluosUiciquè). 

En chauffant dans une fiole munie d'un tube 
à gaz qui plonge dans la cuve à mercure, 3 par- 
ties de phtorure de calcium, et i partie de silice 
ou de sable très-divisé, réduites en une bouillie 
claire au moyen de l'acide sulfurique hydraté 
concentré, on obtiendra l'acide phtorosilicique 
à l'état de gaz. 

Cet acide a une densité de 3, 57. 

A 23°, l'eau en absorbe a65 fois son volume, 
et ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il se 
produit un dépôt abondant de silice en gelée, et 
qu'il reste dans la liqueur de l'acide hydroph- 
torique et une certaine quantité de silice. 

Appliquons maintenant la théorie de la dé- 
composition du chlorure de sodium par l'acide 
sulfurique aqueux , que nous avons exposée au 
commencement de cette leçon , aux opérations 
qui nous ont donné les acides hydrophtorique, 
phtoroborique et phtorosilicique , et nous ver- 
rons que tous les phénomènes qu'elles présentent 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 53 

s'expliqueront de la manière la plus simple, en 
supposant que le phtorure de calcium est formé 
dephtore, c'est-à-dire d'un corps simple analogue 
au chlore, et du métal appelé calcium. Dans cette 
hypothèse, nous verrons que le phtorure de cal- 
cium est analogue au chlorure de sodium , et 
que le phtore forme, avec le bore et le silicium, 
des composés binaires acides. En effet, l'acide 
sulfurique hydraté est-il en présence du phto- 
rure de calcium, l'eau est décomposée; son hy- 
drogène se porte sur le phtore , tandis que son 
oxigène s'unit au calcium, et que la chaux pro- 
duite se combine à l'acide sulfurique. 

Ajoute-t-on au mélange précédent de l'acide 
borique ou de la silice, l'oxigène de l'acide bo- 
rique ou celui de la silice se porte sur le cal- 
cium, tandis que le phtore s'unit au bore ou 
au silicium pour constituer l'acide phtorobori- 
que ou phtorosilicique. 

L'acide hydrophtorique est-il en contact avec 
le potassium, le sodium, le fer; le phtore, plus 
attiré par ces métaux qu'il ne l'est par l'hydro- 
gène, abandonnera celui-ci pour former un 
phtorure ; phénomène analogue à celui que pré- 
sente l'acide hydrochlorique lorsqu'il réagit sur 
les mêmes corps. 



54 11 e LEÇON UL CHIMIE 

Le potassium expulse encore par affinité élec^ 
tive le bore et le silicium de leurs combinai- 
sons avec le phtore. 

Nous voyons donc que l'hydrogène, le bore, 
le silicium, le calcium et le potassium, que nous 
connaissons aussi bien qu'il nous est donné de 
connaître les différentes espèces de corps qui 
tombent sous nos sens, forment, en se combi- 
nant à la substance qui est unie au calcium 
dans le phtorure de calcium, des composés ab- 
solument distincts de ceux que l'hydrogène, le 
bore, le silicium, le calcium et le potassium 
sont susceptibles de produire en s'unissant aux 
corps simples ou composés que nous avons dé- 
crits; nous sommes ainsi conduits à regarder la 
substance qui est unie au calcium dans le phto- 
rure de calcium comme une espèce particulière 
de corps que nous considérons comme simple, 
à cause de ses analogies avec le chlore. Le phtore 
a donc cela de particulier, que toutes les fois 
que nous le déplaçons d'une combinaison , c'est 
pour le faire passer dans une autre. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 55 

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 

SUR LA COMBUSTION. 



Un corps combustible est pour le vulgaire 
une matière qui, étant exposée à l'air, presque 
toujours à une température plus ou moins éle- 
vée, produit du feu, c'est-à-dire de la lumière 
et de la chaleur. Or, nous avons vu que les 
corps dont la combustibilité ne peut être mise 
en doute, tels que l'hydrogène, le carbone, le 
soufre, le phosphore, ne manifestent le phé- 
nomène du feu au milieu de l'air qu'en se com- 
binant rapidement avec l'oxigène; car, lorsque 
la combinaison est lente, s'il y a quelquefois 
dégagement de chaleur sensible, il n'y a pres- 
que jamais dégagement de lumière. Il est donc 
évident que ce qui constitue essentiellement la 
combustion dans le cas où le vulgaire l'a remar- 
quée, c'est V union chimique de deux matières 
qui s'opère avec une certaine rapidité, et nous 
ajouterons avec une certaine énergie. 



56 II e LEÇON DE CHIMIE 

Mais de ce que l'oxigène est toujours dans ce 
cas l'une de ces deux matières, doit-on le con- 
sidérer comme nécessaire à toute combustion? 
et doit-on en outre considérer comme com- 
bustible toute matièrequi s'y combine? C'est ce 
que nous ne pensons pas; mais, avant d'en ex- 
poser la raison, il faut dire que le phénomène 
du feu n'est point exclusif aux combinaisons 
de l'oxigène avec les combustibles, mais qu'il a 
lieu toutes les fois que des corps composés s'u- 
nissent avec une énergie et une rapidité suffi- 
santes, ainsi qu'on l'observe dans la réaction de 
l'acide sulfurique et de l'acide nitreux sur la ba- 
ryte caustique. D'après ces considérations, que 
le phénomène du feu n'est point essentiellement 
lié à l'union de l'oxigène et des corps combusti- 
bles, et qu'il peut être le résultat de l'union mu- 
tuelle de corps composés comme de corps sim- 
ples, il suit qu'on ne doit pas le faire servir de 
base pour caractériser les corps qui le mani- 
festent. 

Occupons-nous de la question de savoir si le 
chloré, le brome et l'iode, d'après les phéno- 
mènes chimiques qu'ils présentent, doivent être 
rangés auprès de l'oxigène ou auprès des corps 
décidément combustibles. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5;; 

Nous distinguerons 

i ° Les phénomènes qui apparaissent dans l'acte 
même de V union des corps ; 

i° Les propriétés des combinaisons produites, 
envisagées comparativement avec celles de leurs 
élèmens ; 

3° Les phénomènes que les combinaisons pré- 
sentent dans quelques circonstances de leur dé- 
composition. m 

i. Le chlore, en s'unissant à l'hydrogène, au 
phosphore, à l'arsenic, au silicium, à l'anti- 
moine , au tellure , etc. , etc. , produit tous 
les phénomènes de la combustion. Le-brôme, 
et à plus forte raison l'iode, sont loin sans 
doute de manifester aussi fréquemment le phé- 
nomène du feu que le chlore, mais cependant 
ils le présentent encore dans leurs réactions sur 
un assez grand nombre de substances. A cet 
égard le chlore, le brome et l'iode se rappro- 
chent donc de l'oxigène. 

2. L'oxigène, en s'unissant avec les corps 
simples, produit des composés neutres, des 
composés acides et des composés alcalins. Le 
chlore, le brome et l'iode produisent, avec les 
corps simples, des composés neutres, des com- 
posés acides; et si on n'en connaît pas de dé- 



5 S lî" LEÇON DE CHIMIE 

cidément alcalins, il en est cependant qui, dans 
plusieurs circonstances, paraissent agir comme 
des alcalis faibles. 

3. La plupart des composés d'oxigène et de 
corps simples qui, soumis à l'action de la pile, 
se décomposent, laissent dégager au pôle néga- 
tif le corps qui est uni à l'oxigène, tandis que 
celui-ci va au pôle positif. Dans la décomposi- 
tion par la pile de la plupart des composés de 
chlore, de brome et d'iode, on observe que le 
chlore, le brome et l'iode vont au pôle positif, 
tandis que les corps qui y sont unis vont au 
pôle négatif. 

Enlin vous remarquez que si un compost- 
d'oxigène et d'un corps décidément combusti- 
ble est soumis à Faction d'un corps décidément 
combustible, c'est toujours, ou presque tou- 
jours , le premier corps combustible qui est ex- 
pulsent non l'oxigène. D'où l'on peut tirer cette 
règle, qui, si elle n'est pas universelle, est an 
moins très- générale, c'est qu'un corps qui eu 
expulse un autre de sa combinaison pour en 
prendre la place, est analogue au corps expulse. 
et non à Vautre. 

Les composés (pie le chlore, le brù:::< 
"iode, finiront avec tes/feorps décidément corn- 



APPLIQUÉE A LA TELNTU11E. 59 

bustibles soumis à l'affinité élective d'un corps 
décidément combustible , présentent les mêmes 
résultats. 

Maintenant, si, au lieu de faire réagir un corps 
décidément combustible sur des composés d'oxi- 
gène et de corps décidément combustibles, nous 
faisons réagir, sur ces mêmes composés, soit le 
chlore, soit le brome, soit l'iode, s'il y a une 
décomposition , ce sera toujours , ou presque 
toujours, l'oxigène qui sera expulsé, et non le 
corps décidément combustible. D'où nous con- 
clurons , d'après la règle précédente , que le 
chlore, le brome et l'iode sont analogues à 
foxigène plutôt qu'ils ne le sont aux corps 
combustibles. 

Si l'on étudie sous les points de vue que nous 
venons de présenter tous les corps simples , 
nous serons conduits au résultat général que 
nous avons énoncé dans la première leçon, 
pag. 4o ; c'est qu'il n'est pas possible de faire des 
classes distinctes de corps comburans comme 
l'oxigène, le chlore, etc., et de corps combusti- 
bles comme l'hydrogène, le potassium, etc. 



DOUZIEME LEÇON. 



OR (Au). 
VINGT-DEUXIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE, 



i i«iQiiiii 



SECTION PREMIERE. — OR. 



I. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'or est un métal solide; il se fond à 32° du 
pyromètre de Wedgwood, et se volatilise à une 
température élevée. Pour se convaincre de cette 
dernière propriété, il suffit de fondre de l'or au 
foyer d'une lentille, et d'exposer au-dessus un 
corps froid, qui se dore bientôt en condensant 
la vapeur du métal. 

L'or est susceptible de cristalliser en pyrami- 
des quadrangulaires. 

Il est remarquable par sa grande ductilité. 

Long-temps il a été regardé comme le plus 



2 12 e LEÇON DE CHIMIE 

dense des corps ; mais depuis la découverte du 
platine , il n'occupe plus que le second rang. Sa 
densité est de 19,3 à 19,4. 

Son poids atomistique est de ^486. 

En masse, il est d'un jaune rougeâtre ; mais 
par transmission, il est d'un vert bleuâtre. 

Ce métal est très-bon conducteur de l'élec- 
tricité; c'est le meilleur conducteur connu du 
calorique. 

II. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'or n'est pas susceptible de se combiner avec 
l'hydrogène ni avec l'azote. Il s'unit à l'oxigène, 
mais les chimistes sont partagés d'opinion sur 
le nombre de ses oxides. M. Berzelius en admet 
3, d'autres chimistes n'en comptent que 2, et 
Proust n'en admet qu'un seul. Il se combine 
avec le chlore gazeux à une certaine tempéra- 
ture. 

Il se dissout dans l'eau de chlore. 

Il forme un iodure , mais il ne s'unit pas di- 
rectement avec l'iode. 

Il se combine indirectement avec le soufre 
et le phosphore, et directement avec l'arsenic, 
l'antimoine. 

L'eau est sans action sur l'or. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

L'acide hydrochlorique n'en a pas non plus ; 
ou, s'il en a une, ce n'est que quand sa solution 
aqueuse est très-concentrée, et celte action est 
des plus légères. 

L'acide hydriodique, l'acide hydrophtorique, 
l'acide hydrosulfurique, sont sans action sur 
lui; et c'est ce qui explique pourquoi l'or ne 
noircit pas, comme l'argent, lorsqu'il se trouve 
dans" une atmosphère sulfurée. 

L'acide nitrique dont la densité est infé- 
rieure à 4o° n'attaque pas l'or; celui qui est 
plus concentré en dissout une très-petite quan- 
tité. 

Les acides du soufre, du phosphore, de l'ar- 
senic, dissous dans l'eau, ne l'attaquent pas. 

Le vrai dissolvant de l'or est Veau régale. 

La meilleure composition de l'eau régale 
pour dissoudre l'or est de 4 parties d'acide hy- 
drochlorique à i2°, et i partie d'acide nitrique 
à 4o°. Ce mélange peut dissoudre 18 à oo par- 
ties d'or divisé; mais il faut toujours commen- 
cer à une douce chaleur, parce que sans cela 
on s'exposerait à volatiliser une certaine quan- 
tité d'acide. 

D'après ce que j'ai dit hier de l'action de 
l'eau régale en général, je n'insisterai pas heau- 



4 12* LEÇON DE Climil 

coup aujourd'hui sur la manière dont elle dis- 
sout l'or. Nous avons comparé le mélange d'a- 
cide hydrochlorique et d'acide nitrique à une 
source de chlore. La décomposition de ces acides 
commence au moment de leur mélange, mais 
elle s'arrête bientôt, par la raison que ces acides 
s'affaiblissent; il faut donc une circonstance 
nouvelle pour que leur décomposition continue; 
cette circonstance existe lorsqu'on y plongé de 
l'or, qui a de l'affinité pour le chlore : alors l'a- 
cide hydrochlorique est sollicité d'une part par 
l'oxigène de l'acide nitrique qui tend à former 
de l'eau avec son hydrogène, et de l'autre par 
le métal qui tend à se combiner avec le chlore. 
Ainsi les élémens de l'acide hydrochlorique se 
séparent en vertu d'une double affinité. 

III. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'or est inodore, insipide. 

Il n'a aucune action sur l'économie animale à 
l'état métallique, mais il n'en est pas de même 
de plusieurs de ses combinaisons, particulière- 
ment de son chlorure. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve dans la nature presque toujours 
à l'état métallique. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

V. USAGES. 

L'or est considéré comme un des corps les 
plus précieux que l'on connaisse; il le doit à ce 
qu'il n'est pas très-commun dans la nature, à 
la beauté de sa couleur et de son éclat, à son 
extrême ductilité, qui permet de le réduire 
en fils, ou en feuilles si minées, que c'est l'or 
qu'on cite pour donner une idée de la grande 
divisibilité dont la matière est susceptible, sans 
cesser d'être visible; enfin il le doit à ce qu'il 
ne fond qu'à une température assez élevée, et 
surtout à ce qu'il ne s'altère pas lorsqu'il a le 
contact de l'air, de l'eau, de l'acide hydrosulfu- 
rique, en un mot, le contact des corps qui nous 
environnent, ou que nous touchons le plus fré- 
quemment. Mais l'inaltérabilité qu'on accorde 
vulgairement à l'or n'est que relative aux cir- 
constances dans lesquelles le commun des hom- 
mes l'observe, car pour qu'un corps fût ab- 
solument inaltérable, il faudrait qu'il eût une 
extrême solidité, et qu'il fût incapable de con- 
tracter aucune combinaison chimique. 

L'or des monnaies, de la vaisselle, des bijoux, 
est presque toujours allié à une certaine quan- 
tité de cuivre, et cet alliage est nécessaire pour 



6 12 e LEÇON DE CHIMIE 

diminuer sa ductilité, et lui donner la faculté de 
résister à des chocs, a des pressions qui change- 
raient les formes qu'on lui a données, et qu'on 
a intérêt à conserver. 

L'or a été employé quelquefois en teinture 
à l'état de pourpre de cassius, préparation que 
nous décrirons au chapitre de 1 etain. 



SECTION IL 

COMBINAISONS BINAIRES DÉFINIES DE l'oR AVEC DES 
CORPS PRÉCÉDEMMENT ÉTUDIÉS. 



PEROXIDE D'OR ou ACIDE ORIQUE (Au). 



cd poidt. 






ta atome». 


Oxigèce .... 10,77 






3 . . . . 3oo 


Or 8g,i$ 






1 . . . . 2486 


i oo,oo 






poids at. 2786 


Cet oxide est d'un 


jaune 


brun. 



Il a une légère solubilité dans l'eau. 

L'acide nitrique très- concentré le dissout, 
mais il l'abandonne dès qu'on ajoute de l'eau à 
la solution ; si l'acide contenait de l'acide ni- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

treux, ce ne serait pas de l'oxide, mais de l'or 
métallique qui se précipiterait, par la raison 
que l'acide nitreux se convertirait en acide ni- 
trique. 

Il est dissous par l'acide hydrochlorique. 

Le peroxide d'or ne neutralisant pas les pro- 
priétés caractéristiques des acides auxquels il 
peut s'unir, et d'un autre côté ses affinités pour 
les alcalis étant assez grandes pour qu'il donne 
naissance à des composés qui ont la plus grande 
analogie avec les sels, on l'a considéré comme 
un acide faible, et on a appelé orales ses combi- 
naisons avec les bases salifiables, dont la plus 
remarquable est X or fulminant. 

Telle est la manière dont se comporte le per- 
oxide d'or lorsqu'il agit par attraction résul- 
tante. Mais lorsqu'il est mis en contact avec la 
plupart des corps qui ont une tendance marquée 
à s'oxigéner, il est réduit à l'état métallique , 
ou en une matière de couleur pourpre, qui est 
le deutoxide d'or de M. Berzelius. 

La chaleur et la lumière le réduisent à l'étal 
métallique. 

Le peroxide d'or peut s'oblenir en mettant 
du chlorure d'or avec un excès de lait de ma- 
gnésie. Il se produit du chlorure de magnésium 



S 12 e LEÇON DE (CHIMIE 

et du peroxide d'or qui est mêlé avec l'excès de 
la magnésie. En appliquant l'acide nitrique au 
mélange, celle-ci se dissout, et le peroxide d'or 
reste à l'état de pureté. 



DEUTOXIDE D'OR (Au). 

eu poids. en 'atomes. 

Oxigène 7,45 2 200 

Or 92,55 1 2486 



100,00 poids at. 2686 

Cet oxide se forme, suivant M. Berzelius, lors- 
que l'or est soumis à une décharge électrique 
au milieu de l'air, lorsqu'il est chauffé avec des 
matières terreuses, lorsque son peroxide et son 
chlorure sont étendus sur des matières orga- 
niques, ou lorsqu'on mélange des solutions de 
chlorure d'or et de protochlorure d'étain. 

Les chimistes qui n'admettent pas le deut- 
oxide d'or attribuent la couleur pourpre qui se 
manifeste dans les circonstances précédentes à 
de l'or métallique très-divisé. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE, 

PROTOXIDE D'OR (Au). 





en poids. 


Oxigène . . 


. . . 3,8 7 


Or 


. . . 96,13 



en atomes. 

. . I IOO 

. . 1 a486 



100,00 poids at. a586 

Cet oxide est vert. 

M. Berzelius l'a obtenu en traitant par l'eau 
de potasse le protochlorure d'or. 



PERCHLORURE D'OR ( 6 Ch Au). 

en poids. en atomes. 

Chlore 34,82 6 13*7,95 

Or 65,i8 1 2486,00 



100,00 poids at. 38 1 3,95 

Nous avons dit que l'or se dissout très-bien 
dans l'eau régale ; il suffit de faire évaporer la 
dissolution avec ménagement pour obtenir le 
chlorure d'or. 

Le chlorure d'or est cristallisable en lames 
ou en aiguilles, au moins quand il se sépare 
d'une solution qui contient de l'acide hydro- 
chlorique: il est d'un jaune orangé, très-soluble 
dans l'eau. On peut considérer cette dissolution 
comme un chlorure ou comme un hydrochlo- 



10 1^ e LEÇON DE CHIMIE 

rate de peroxide d'or. Dans cette dernière hy- 
pothèse, voici ce qui se passe : on a 

i at. de perchlorure d'or = < ° e ' 

3 at. d'eau = ? xi f èn <7 

(6 hydrogène, 

qui deviennent 

i a t. d'hydrochlorate 1 6 at. ac. hydrochl.— < fi . , \ 

de peroxide d'or =< > • ' ® 

r \ ,, (3 oxmene, 

li at. perox. dor.=j T Qr - 

Quelle que soit l'hypothèse que l'on admette, 
tous les faits que présente la solution du per- 
chlorure d'or dans l'eau, s'expliquent d'une ma- 
nière satisfaisante, ainsi que nous allons le voir. 

La potasse, la soude, la magnésie, la baryte, 
la strontiane,la chaux précipitent du peroxide 
d'or hydraté, de la solution de chlorure. 

Dans la première hypothèse, les alcalis cèdent 
leur oxigène à l'or, et le peroxide d'or s'unit à 
de l'eau , tandis que le radical des alcalis s'unit 
au chlore. 

Dans la seconde hypothèse, ces alcalis se sub- 
stituent simplement au peroxide d'or dans l'hy- 
drochlorate. 

L'ammoniaque précipite l'or de sa solution 
à l'état d'orate d'ammoniaque, qui est X or ful- 
minant. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. I l 

Dans la première hypothèse, il faut admettre 
la décomposition de l'eau, dont l'hydrogène 
s'unit au chlore et l'oxigène à l'or. 

Dans la seconde, il faut admettre que l'am- 
moniaque s'unit simplement à l'acide hydro- 
chlorique, bien entendu qu'une autre portion 
s'unit au peroxide d'or. 

La solution de chlorure d'or est constam- 
ment employée lorsqu'on veut faire réagir par 
la voix humide des corps sur une dissolution 
de ce métal; et si on voulait appliquer une pré- 
paration d'or sur les étoffes, ce serait elle que 
l'on prendrait. 

Le chlorure d'or est complètement décom- 
posé, par une chaleur suffisante, en or et en 
chlore. Si la température est ménagée conve- 
nablement, on obtient le protochlorure d'or. 

Les acides sulfureux , nitreux , phospho- 
reux, etc., le sulfate de protoxide de fer pré- 
cipitent l'or à l'état métallique de la solution 
aqueuse de son chlorure. 



11 12 e LEÇON DE CHIMIE 

PROTOCHLORURE D'OR ( a Ch Au). 

en poidi* en atomes. 

Chlore i5,ii 2 4^^,65 

Or 84,89 i 2486,00 



100,00 poids at. 2928,65 

C'est en chauffant le perchlorure d'or, com- 
me nous venons de le dire , avec précaution , 
qu'on obtient le protochlorure. 

L'eau chaude le réduit en or et en perchlo- 
rure qu'elle dissout. 

Le perchlorure ne contient que le tiers de 
l'or contenu dans le protochlorure. 

Ce dernier donne du protoxide d'or quand 
on le traite par l'eau de potasse. 



IODURE D'OR (31 Au). 

en poids. en atomes. 

Iode 48,52 3 . . . . 2342,91 

Or 5i,48 1 . . . . 2486,00 



100,00 poids at. 4828,91 



SULFURE D'OR ( 3 S Au). 

en poiJ>. en atomes. 

Soufre 19,53 3 6o3,48 

Or 80,47 1 2486,00 



poids at. 3089,48 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

On l'obtient en faisant passer un courant d'a- 
cide hydrosulfurique dans une solution de chlo- 
rure d'or. 



OSMIUM (os). 

VINGT-TROISIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



U osmium est un métal que Tennant décou- 
vrit en i8o3 dans la mine de platine. 

L'osmium est sous la forme d'une poudre 
noirâtre. Jusqu'ici il n'a point été fondu. 

Il paraît fixe lorsqu'il est chauffé sans ïe con- 
tact de l'air. 

Lorsqu'on chauffe peu d'osmium dans une 
cornue contenant une quantité suffisante d'oxi- 
gène ou d'air atmosphérique , il se convertit en- 
tièrement en un oxide blanc volatil. Si la distil- 
lation est faite dans une petite cornue avec un 
peu d'air, on obtient avec de l'oxide blanc 
un sublimé bleu que M. Vauquelin considère 
comme un protoxide d'osmium. 

Aucun acide simple ou mélangé n'attaque 
l'osmium. 



l/j. -12 e LEÇOK DE CHIMIE 

Le corps qui se produit toutes les fois que 
Y osmium peut se saturer d'oxigène, est neutre. 
On le considère comme une substance qui est 
analogue à l'eau, relativement à l'action qu'elle 
exerce sur les réactifs colorés. Elle ne forme 
point de sel, soit en s'unissant avec les acides, 
soit en se combinant avec les bases salifiables. 
Elle présente donc le caractère de la neutralité. 
Quand on flaire une dissolution d'oxide d'os- 
mium dans l'eau , on lui trouve une odeur très- 
forte et qui rappelle celle de certaines substan- 
ces végétales. C'est même de cette propriété 
qu'est dérivé le nom d'cs7nium, ^ui veut dire 
odorant. 

La solution aqueuse d'oxide d'osmium, mise 
en contact avec la noix de galle , devient d'a- 
bord rougeâtre, ensuite bleue, et elle colore de 
la même manière les bouclions et les papiers 
sur lesquels on l'étend. M. Vauquelin la regarde 
comme une encre indélébile. En effet, s'il était 
possible de se procurer à peu de frais l'oxide 
d'osmium en assez grande quantité pour en faire 
une dissolution dans l'eau, et qui serait assez 
concentrée pour colorer le papier en bleu, on 
aurait une encre susceptible de résister aux 
agens les plus puissans 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 



IRIDIUM (i.) 

VINGT-QUATRIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



L'iridium est un métal solide, d'un blanc d'ar- 
gent, infusible au feu des fourneaux; il paraît 
légèrement ductile. Sa densité est au moins de 
18,68.' 

Il est susceptible de s'unir au soufre. 

Il est inaltérable au contact du chlore, de 
l'air, de l'eau, des acides oxigénés, des hydra- 
cides. 

L'eau régale concentrée le dissout : ia disso- 
lution en est rouge. 

Il paraît susceptible de s'unir à l'oxigène 
en deux proportions; l'oxide qu'on considère 
comme le moins oxigéné est bleu, et l'autre est 
rouge. 

Le protoxide se forme en chauffant au rouge 
l'iridium avec la potasse. La -matière fondue 
donne à l'eau un iridiate bleu , et le résidu traité 
par l'acide hydrochlorique donne une solution 
de ia même couleur. 



l6 12 e LEÇON DE CHIMIE 

L'iridium a été découvert par M. Descotils 
en i8o3, dans la mine de platine. 



RHODIUM (a). 

VINGT-CINQUIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE 
PREMIÈRE SECTION. — RHODIUM. 



Le rhodium est un métal solide, blanc, infu- 
sible au feu de nos fourneaux, s'il est chauffé 
seul. 

Sa densité est au moins de n,o. 

Son poids atomistique est de i5oo,i, d'après 
M. Berzelius. Le même chimiste dit que quand 
sa poussière est chauffée au rouge, elle s'oxide. 
Il compte trois oxides de rhodium. 

Le soufre s'unit à ce métal au moyen de la 
chaleur. 

Les acides sulfurique, nitrique, hydrochlori- 
que et l'eau régale concentrés et bouillans, sont 
sans action sur lui. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ,n 

Quand on veut obtenir une dissolution de 
rhodium, il faut l'allier avec trois fois son poids 
de plomb et traiter l'alliage par l'eau régale, 
faire évaporer la dissolution à siccité, et appli- 
quer au résidu de l'eau froide, qui dissout du 
chlorure de rhodium et laisse du chlorure de 
plomb. 

Le rhodium fut découvert en 1 8o5 par M. Wol- 
laston. 



SECTION II. 



COMBINAISONS BINAIRES DÉFINIES DU RHODIUM 
AVEC DES CORPS PRECEDEMMENT ÉTUDIES. 



PROTOXIDE DE RHODIUM (R). 

en poids. en utcm.s. 

Oxigène 6,a5 i . . . . 100,00 

Rhodium .... 93,75 1 . . . . i5oo,io 

100,0.0 poids at. 1600, 10 

■ 

Il est brun. 

On l'obtient, suivant M. Berzelius, en cal- 
cinant à l'air le rhodium réduit en poudre. 



-• 



l8 12' LEÇON DE CHIMIE 



DEUTOX1DE DE RHODIUM (R). 

en poids. eo atomes. 

Oxigène 11,76 2 200,00 

Rhodium. . . . 88,24 1 i5oo,io 



100,00 poids at. 1700,10 

Cet ôxide , ainsi que le précédent, ne sature 
pas les acides. M. Berzelius le prépare en chauf- 
fant dans un creuset de platine du rhodium en 
poudre avec de la potasse et un peu de salpêtre; 
il lave le résidu à l'eau chaude, puis avec de 
l'eau acidulée d'acide sulfurique. 



PEROXIDE DE RHODIUM (R). 

poids. «tomes. 

Oxigène .... 16,67 • 3 3oo 

Rhodium. . . . 83,33 1 . . . . i5oo,io 



100,00 poids at. 1800,10 

Il s'obtient en précipitant par l'eau de po- 
tasse le chlorure de rhodium. Le précipité est 
en flocons roses qui passent au jaune par la 
dessiccation. 

Cet oxide est soluble dans les acides sulfu- 
rique, nitrique et hydrochlorique. Les dissolu- 
tions sont roses quand elles sont étendues 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 19 

CHLORURE DE RHODIUM (Ch R). 

eu poids. on atomes. 

Chlore 46,96 6 1327,9$ 

Rhodium .... 53,o4 ..... 1 i5oo,io 

100,00 poids at. 2828^05 

Il ne cristallise pas. 
Il est d'un brun rosé. 



SULFURE DE RHODIUM ( 3 S R). 

en poids. en atomes. 

Soufre 28,69 3 6o3,48 

Rhodium .... 7i,3i 1 . . . . i5oo,io 

100,00 poids at. 2io3,58 



PLATINE (Pt). 

VINGT-SIXIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION. — PLATINE. 



I. NOMENCLATURE. 

Platine est la traduction du mot espagnol 
platina, qui signifie petit argent. 



'10 1'2 e LEÇOH DE CHIMIE 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le platine est un métal solide, très-difficile à 
fondre, quoiqu'il le soit moins que le rhodium 
et l'iridium. Mais si le platine est peu fusihle, 
ses parties se soudent facilement les unes aux 
autres quand elles sont divisées et suffisamment 
chaudes ; c'est même sur cette propriété qu'est 
fondé le nouveau procédé d'après lequel on 
travaille ce métal. Il peut être filé et recevoir 
toutes les formes qu'on donne à l'or et à l'ar- 
gent; cependant sa ductilité n'égale pas celle 
de ces métaux. 

Il a une densité de 2i,53i3. 

Son poids atomistique est de 121 5,9.3. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'air et l'oxigène sont sans action sur lui. 

Le chlore paraît susceptible de s'unir lente- 
ment au platine en mousse. 

Le soufre forme , suivant E. Davy, un proto- 
sulfure de platine lorsqu'il est chauffé dans un 
tube-vide d'air avec un poids de ce métal égal 
au sien. 

Suivant le même chimiste, il se combine de 
la même manière avec le phosphore : il y a dé- 
gagement de lumière. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2J 

L'arsenic, le bore et le silicium, dit-on, se 
combinent au platine. 

L'eau, les acides nitrique , sulfurique , sulfu- 
reux, byposulfurique , pbospborique , hydro- 
chlorique, bydropbtorique , hydriodique, hy- 
drosulfurique sont sans action sur lui. 

L'eau régale le dissout bien : ioo parties for- 
mées de 75 parties d'acide hydrochloriqueà i5°, 
et de 25 parties d'acide nitrique à 35, peuvent 
en dissoudre i3,2 de platine. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore et insipide. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Jusqu'ici il n'a été trouvé qu'à l'état d'alliage 
avec le palladium, le rhodium, l'osmium, l'iri- 
dium : la mine de platine du commerce, outre ces 
métaux, présente encore à l'analyse du plomb, 
du cuivre, du mercure, de l'or, du titanate et 
du chromate de fer. 

VI. PRÉPARATION. 

Autrefois on traitait la mine de platine par 
la potasse et l'acide arsénieux. On obtenait pour 
produit principal un arséniure de platine im- 
pur que l'on fondait à plusieurs reprises avec 
de la potasse, jusqu'à ce que celle-ci ne fût plus 



a a -12 e leçon de chimie 

colorée. On chargeait l'arséniure d'une nouvelle 
quantité d'arsenic; puis, en chauffant l'alliage 
dans un fourneau à moufle, on en dégageait l'ar- 
senic à l'état d'acide arsénieux. 

Aujourd'hui on suit un procédé plus simple, 
qui a le grand avantage de ne point exposer 
les ouvriers aux émanations délétères de l'acide 
arsénieux. Pour cela, on traite la mine de pla- 
tine par l'eau régale ; on fait évaporer à sec ; on 
reprend le résidu par l'eau. On précipite la plus 
grande partie c|u platine de la solution par l'hy- 
drochlorate d'ammoniaque. Le précipité, chauffé 
au rouge, est réduit en platine que l'on redis- 
sout dans l'eau régale, et qu'on en précipite 
ensuite par l'hydrochlorate d'ammoniaque. Le 
précipité, lavé avec l'acide hydrochlorique, est 
pressé , et décomposé par la chaleur. C'est en- 
suite en percutant le platine métallique encore 
rouge de feu, qu'on parvient à le souder et à 
en faire un prisme compacte. 

VII. USAGES. 

La propriété qu'a le platine d'être inattaqua- 
ble par les acides sulfurique, nitrique, hydro- 
chlorique, etc., le rend propre à un grand 
nombre d'usages. Par exemple, on en fait c|es 



APPLIQUÉS A LA TEINTURE. <j3 

vases propres à la concentration de l'acide sul- 
furique, et à la séparation de l'argent d'avec 
l'or, au moyen du même acide; c'est encore 
dans des vases de platine qu'on peut teindre la 
laine en jaune au moyen de l'acide nitrique. 

Des capsules et des creusets de ce métal sont 
d'une nécessité absolue dans un laboratoire de 
chimie. 

Enfin, le platine étant le moins dilatable des 
métaux, est par là même très-propre à faire des 
mesures-étalons. 



SECTION IL 



COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DE PLATINE ET 
DE QUELQUES CORPS EXAMINES PRÉCÉDEMMENT. 



DEUTOXIDE DE PLATINE (Pt). 

en poids. en atomes. 

Oxigène. . . . i4,i3 a . . . • 200 

Platine .... 85.8t 1 . . . I2i5,a3 



100,00 poids at. i/Ji5,23 

On l'obtient en décomposant avec précaution 



24 'l^* LEÇON DE CHIMIE 

le sulfate de platine par l'eau de potasse ou le 
nitrate de platine par la chaleur. 

A l'ëtat pur il est d'un brun jaunâtre, et à 
l'état d'hydrate, d'un jaune de rouille. 

Il paraît avoir plus de tendance à s'unir aux 
alcalis qu'aux acides. 

Il est réduit en platine par la chaleur. 



PROÏOXIDE DE PLATINE 


(Pt). 






en poids. 

. . . 7,6 
• • 9*,4 


en .Home». 
I . . 
Z . . 


. . IOO 

. iai5, 


23 



ioo,o poids at. i3i5,a3 

On l'obtient en chauffant le peroxide de pla- 
tine avec précaution, ou en décomposant le pro- 
tochlorure de platine par la potasse. 



PERCHLORURE DE PLATINE ( 4 Ch Pt). 

en poids. eu atomes. 

Chlore 42,i5 4 . . . . 885,a6 

Platine 57,85 i . . . iai5,23 



100,00 poids at. 2100,49 

Il est d'un rouge orangé; il est très-soluble 
dans l'eau. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 'js5 

Il est réduit par la chaleur, l'hydrogène, etc. 



PROTOCHLORURE DE PLATINE ( 3 Ch Pt). 

cd poids. en atomes. 

Chlore 26,70 a . . . . 442,63 

Platine 73,^0 1 . . . I2i5,a3 

100,00 poids at. 1657,86 

On l'obtient en chauffant le protochlorure 
de platine avec précaution. 



PROTOSULFURE 


DE PLATINE (S Pt). 




eu poids. 

. . 85,8o 


en atomes. 
I . . 
I . . 


. . 201, 16 
. I2l5,23 



1 00,00 poids at. 141 6,3g 

On le prépare en chauffant le chlorure de 
platine ammoniacal avec le double de son poids 
de soufre dans une cornue. 

Il est réduit en platine quand on le calcine 
à l'air libre. 



î*6 12 e LEÇON DE CHIMIE 

DEUTOSULFURE DE PLATINE ('S Pt). 

Soufre a4>87 2 . . . . 402,32 

Platine 75,i3 1 . . . I2i5,23 



100,00 poids at 1617,55 

On le prépare en décomposant le chlorure de 
platine par un courant d'acide hydrosulfurique. 

Il est noir : lorsqu'il est exposé à l'air libre, 
le soufre se convertit au moins en partie en 
acide sulfurique. 



PALLADIUM (Pa). 

VÏNGT-SEPTIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION. — PALLADIUM. 



Le palladium a l'aspect du platine, mais sa 
densité n'est que de 1 1,3 à 1 t,8. 

Il exige une température très-élevée pour se 
fondre. 

Il se laisse laminer. 

Le poids de son atome est de 1407,5. 



APPLIQUÉE A. LA TEINTURE, 27 

A froid, l'air sec ou humide n'a pas d'action 
sur lui ; à une chaleur suffisante , il l'oxide. 

Un courant d'oxigène , dirigé dans la cavité 
d'un charbon embrasé où l'on a mis une par- 
celle de palladium, le fait brûler. 

Le chlore et le soufre s'unissent à ce métal. 

L'eau ne l'altère pas ni à chaud ni à froid. 

L'acide nitrique concentré le dissout à chaud. 

L'acide sulfurique concentré et bouillant le 
dissout, mais moins bien. 

L'acide hydrochlorique concentré et chaud 
le dissout. 

Enfin, l'eau régale le dissout même à froid. 

Il n'est d'aucun usage en teinture. 



9.8 12 e LEÇON DE CHIMIE 

SECTION IL 

COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DE PALLADIUM ET 
DE QUELQUES CORPS EXAMINÉS PRÉCÉDEMMENT. 



OXIDE DE PALLADIUM (P). 

en poids. en atomes. 

Oxigène .... 12,44 2 . . . . 200 

Palladium.. . . 87,56 1 . . . 1407, 5 



100,00 pokls at. 1607,5 

On l'obtient en décomposant le nitrate de 
palladium à une douce chaleur. 

Il est réduit à une température peu élevée. 



CHLORURE DE PALLADIUM ( 4 Ch Pa). 

en poids. en atonies» 

Chlore ..... 38,6 1 4 • ■ • • 885,3 

Palladium. . . . 61,39 1 . . . 1407, 5 

100,00 poids at. 2292,8 

Il est d'un brun rougeâtre. Il cristallise con- 
fusément. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 2t) 

SULFURE DE PALLADIUM ( 2 S Pa). 

en poids. on atomes. 

Soufre 22,23 2 . . . . /,oi,32 

Palladium. . . 77^77 1 . . . i4c>7,5o 



100,00 poids ar. 1809,82 

MERCURE (H g ). 

VINGT-HUITIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION. — MERCURE. 



I. NOMENCLATURE. 

Le mercure a été appelé vif-argent à cause 
de sa mobilité et de son éclat métallique qui 
rappelle celui de l'argent. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est liquide depuis la température de — 3g , 4 
jusqu'à H- 36o°; et comme ses dilatations sont 
proportionnelles aux quantités de chaleur qui 
le pénètrent depuis la température de plusieurs 
degrés au-dessous de zéro, jusqu'à 1 oo° au moins, 



3d 12 e LEÇON DE CHIMIE 

il est précieux pour la confection des thermo- 
mètres. Un thermomètre à mercure, étudié com- 
parativement avec un thermomètre à air, donne 
les mêmes indications dans les limites que je 
viens de fixer; mais à cent et quelques degrés, 
les dilatations du mercure sont proportionnel- 
lement plus grandes que les quantités de chaleur 
qui les produisent. 

Ce métal est susceptible de se réduire en va- 
peur et d'agir dans cette circonstance comme 
font tous les corps qui passent à l'état de fluide 
élastique, c'est-à-dire que, s'il est chauffé dans 
un appareil distillatoire, il bouillira, se conver- 
tira en vapeurs qui se condenseront en liquide 
dans la partie froide de l'appareil, tandis que, 
s'il est chauffé dans un vase clos, quelle que soit 
la résistance de ce vase, il finira par le faire 
éclater. 

La densité du mercure est de 13,5998. 

Il est susceptible de cristalliser en octaèdres. 
Il se contracte en passant de l'état liquide à 
l'état solide. 

Quoiqu'aux températures ordinaires la va- 
peur de mercure soit extrêmement rare, cepen- 
dant elle agit très-sensiblement sur l'or qui est 
exposé à son contact. 



APPLIQUÉE A LÀ TEINTURE; 3i 

Le poids de son atome est de i5hfi. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Aux températures ordinaires, il est inaltéra- 
ble à l'air sec ou humide; mais, comme tous 
les autres liquides, il paraît susceptible d'en dis- 
soudre une quantité qui devient sensible lors- 
que le métal cesse d'être soumis à la pression 
de l'atmosphère. M. Dulong pense que l'oxi- 
cène de cet air, en se combinant intimement 
au mercure que l'on fait bouillir dans un tube 
à baromètre, lui donne une viscosité sensible. 
A la température de 3so à 35o% il s'unit à 
l'oxiçène et forme un peroxide rouge. 

Il s'unit au chlore en deux proportions. Si l'on 
opère à froicï, et si le chlore n'est pas en excès, 
il se forme du protochlorure; tandis que si l'on 
opèreà chaud, les corps se combinent en dé- 
gageant une lumière rouge et en produisant du 

deutochlorure. 

L'iode s'unit au mercure en deux proportions 
à la température ordinaire. 

Le soufre s'y unit, mais il faut le secours de 

la chaleur. 

La plupart des métaux s'y combinent. Ces al- 
liages, comme nous l'avons dit, portent le nom 
d'amalgames. 



3a i"2 c LEÇON DE CHIMIE 

Le mercure n'est pas attaqué par l'eau, ni par 
les acides hydrochlorique, hydrobromique, hy- 
drophtorique ; il ne l'est pas non plus par l'acide 
sulfurique faible, par l'acide sulfureux ; mais il 
l'est par les acides nitrique et nitreux, par l'a- 
cide sulfurique concentré bouillant, ainsi que 
par les acides hydrosulfurique et hydriodique. 
Dans ces deux derniers cas, l'hydrogène est mis 
en liberté, et il se forme un sulfure et un iodure. 



SECTION II. 

COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DE MERCURE ET DE 
QUELQUES CORPS ÉTUDIES PRECEDEMMENT. 



PROTOXIDE DE MERCURE (Hg). 

en poids. en atomes. 

Oxigène 3,8 i . . . . ioo 

Mercure 96,1 1 . . . a53i,6 



ioo,oo poids at. 263 1,6 

On a cru long-temps qu'en versant de la po- 
tasse dans la dissolution d'un sel de protoxide 
de mercure, on en séparait un protoxide ; mais 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 33 

récemment M. Guibourt a fait l'observation que 
ce précipité est un mélange de peroxide de mer- 
cure et de mercure métallique. 
En effet, prenons 

j fa oxigène, 

i atome de potasse . . . = { x . pot | ssiuni . 

et 

2 at. de nitrate de i i at. acide nitrique, 
protox. de mer. = l Je merc ( 2 oxig. 

\ l (2 merc. 

La potasse neutralisera les 2 atomes d'acide 
nitrique, et les 2 atomes de protoxide de mer- 
cure mis en liberté se décomposeront en 

, j . , ( 2 at. oxigène, 

1 at. de deutoxide = { . _ ° 

( 1 at. mercure, 

et 1 atome de mercure. 

Il y aura donc précisément la moitié du mer- 
cure qui se séparera à l'état métallique. Mais ce 
mercure étant très-divisé et intimement mé- 
langé avec le peroxide , le rendra brun; il est 
remarquable que le protoxide de mercure ne 
soit susceptible d'exister que sous l'influence 
d'un acide. 



34 12 e LEÇON DE CHIMIE 

DEUTOXIDE DE MERCURE (Hg). 

en poids. en atomes. 

Oxigène. . . : • 7,3s i . . . + 200 

Mercure .... 92,68 1 . . . 253 1,6 



100,00 poids at. 2731,6 

Le deutoxide de mercure est en paillettes 
rouges ; réduit en poudre fine, il est jaune. Lors- 
qu'on le chauffe sans le décomposer, il passe au 
violet; il reprend sa première couleur par le 
refroidissement. 

11 est légèrement soluble dans l'eau; il s'unit 
à la plupart des acides. 

11 se décompose, au rouge obscur, en mer- 
cure et en oxigène ; c'est ce qui le rend propre 
à plusieurs opérations où l'on se propose d'oxi- 
géner certains corps : c'est encore cette pro- 
priété et celle qu'a le mercure de se suroxider 
quand on le chauffe au milieu de l'air, qui ren- 
dent ces deux corps si précieux pour démontrer 
la composition de l'air atmosphérique. 



PROTOCHLORURE DE MERCURE (Xh Hg). 

MERCURE DOUX. 

en poids. en atomes. 

Chlore 14,88 2 . . . . 44 2 >^3 

Mercure. . . . 85, 12 1 . . . 253i,6o 



poids at. 2974,23 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 35 

On peut le préparer en versant du chlorure 
de sodium dans du nitrate de protoxide de mer- 
cure et en lavant le précipité avec de l'eau. 

Le protochlorure de mercure est volatil et 
sublimable en pains lamelleux, d'un blanc bril- 
lant, tant qu'ils n'ont pas été exposés à la 
lumière. 

Il est très-remarquable que le protochlorure 
de mercure réduit en poudre fine soit de cou- 
leur citron ; car, en général, la trituration dimi- 
nue la couleur des corps et augmente la blan- 
cheur de ceux qui ne sont pas colorés et qui 
d'ailleurs n'ont pas l'éclat métallique. 

On le considère généralement comme inso- 
luble dans l'eau. 

Le chlore le convertit en perchlorure, et l'a- 
cide nitrique en nitrate et en perchlorure. 

Lorsqu'on le met en contact avec une ma- 
tière alcaline, telle que la potasse, la soude, il 
est décomposé, il en résulte un chlorure alca- 
lin , et cette substance noire qu'on obtient en 
mêlant de la potasse avec du nitrate de prot- 
oxide de mercure. 



36 12 e LEÇON DE CHIMIE 

PERCHLORURE DE MERCURE (Sublimé 
corrosif) (^Ch Hg). 

eu poids. en atomes. 

Chlore. .... 25,gi 4 . . . . 885,26 

Mercure. . . . 74,09 1 . . . a53i,6o 



100,00 poids at. 34i6,86 

On peut l'obtenir sublimé en chauffant dans 
des matras un mélange fait à parties égales de 
nitrate de mercure sec, de sulfate de fer sec et 
de chlorure de sodium. 

Il est incolore, en pain lamelleux ou en ai- 
guilles qui ne noircissent pas à la lumière. Sa 
poussière est blanche. 

Il est soluble dans 3 parties d'eau bouillante 
et dans 20 parties d'eau froide. Sa solution a 
une saveur astringente, et est très-délétère. 

Il se dissout dans les acides sulfurîque, ni- 
trique et hydrochlorique sans se décomposer; à 
chaud, l'hydrogène, le phosphore et un grand 
nombre de métaux en séparent le chlore. 

La potasse, la soude, etc., précipitent du 
peroxide de mercure jaune hydraté de sa solu- 
lution. On peut expliquer ce fait i° en consi- 
dérant cette solution comme celle d'un hydro- 
chlorate de peroxide; dans ce cas, l'affinité de la 
potasse, de la soucie, etc., supérieure à l'affinité 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 37 

du peroxide, amène la décomposition, i» En 
considérant la même solution comme celle 
d'un perchlorure : dans ce cas, l'alcali précipi- 
tant cède son oxigène au mercure, tandis que 
son radical s'unit au chlore. 

On voit que le perchlorure se distingue du 
protochlorure i° par sa poussière, qui est blan- 
che et non jaune , comme celle du protochlo- 
rure; -2° parce qu'il ne noircit pas comme le 
protochlorure par son exposition à la lumière ; 
3° parce qu'il est soluble dans l'eau ; 4° parce 
qu'il devient jaune par la potasse ; tandis que le 
protochlorure devient noir. 



PROTOIODURE DE MERCURE ('I Hg). 

eu poids. en atomes. 

lotie 38,iG 2 . . . . i56i,g4 

Mercure .... 61,84 1 . . . . a53i,6o 



100,00 poids at. 4093,54 

On le prépare en précipitant le nitrate de 
protoxide de mercure par l'hydriodate de po- 
tasse. 

Il est jaune et insoluble dans l'eau et l'alcool. 

Chauffé lentement, il se réduit en mercure 
et en periodure. 



38 Iï2 c LEÇON DE CHIMIE 

PERIODURE DE MERCURE (41 Hg). 

en poids. «n atomei. 

Iode 55,24 4. . . . 3i23,88 

Mercure. . . . 44>"6 l. . . . a53i,6o 

100,00 poids at. 5655,48 

On peut le préparer en précipitant la solu- 
tion de sublimé corrosif par l'hydriodate de 
potasse. 

Il est d'un très-beau rouge, îégeremen t orange ; 
il est fusible et sublimable en lames rhomboï- 
dales. 

La chaleur le fait passer au jaune. 

Il se dissout dans l'eau. 

Il est soluble dans l'hydriodate de potasse, 
les sels mercuriels, les acides et l'alcool. 

SULFURE DE MERCURE {Cinabre, Vermil- 
lon) es Hg). 

od p'.ids. en atomes. 

Soufre i3,7 1 2 . . . . 4<>2,32 

Mercure. . . . 86,29 1 . . . 25 3 1,60 



100,00 poids at. 2g33,g2 

Le sulfure de mercure est sublimable, cris- 
tallisable en aiguilles rouges douées de l'éclat 
métallique. 



APPLIQUÉE A LA TEUNTLRE. 3a) 

Sa densité est de 10,21 ? 

Chauffé avec le contact de l'oxigène, il se 
réduit en acide sulfureux et en mercure. 

L'eau régale le convertit en acide sulfurique 
et en peroxide de mercure. 



PROTOSULFURE DE MERCURE (S Hg). 

en poids. en atomes- 

Soufre 7,36 1 . . . . 201,16 

Mercure. . . . 92,64 1 . . . 2$ 3 1,60 



100,00 poids at. 2732,76 

Il existe une matière noire que l'on a consi- 
dérée comme un protosulfure de mercure , et 
qui est équivalente à 2 atomes de soufre et 2 
atomes de mercure ; mais tous les chimistes ne 
sont pas d'accord sur la manière dont on doit 
s'en représenter la composition. Les uns consi- 
dèrent cette matière comme un protosulfure, et 
les autres, avec M. Guibourt, comme un mé- 
lange de 1 atome de mercure et de 1 atome de 
sulfure rouge. Ce qu'il y a de certain , c'est que 
lorsqu'on la soumet à l'action de la chaleur, elle 
se réduit en sulfure rouge et en mercure. 



4<> l!2 c LEÇON DE CHIMIE 



ARGENT (A g ). 

VINGT-NEUVIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION. — ARGENT. 



I. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'argent est un métal solide qui se fond à 
22 du pyromètre de Wedgwood. Il cristallise 
par un refroidissement ménagé, et se réduit en 
vapeur à une température suffisante. 

Sa densité est de 10,39. 

Il est très-ductile à la filière, au laminoir et 
sous le marteau. On le réduit en feuilles très- 
minces. 

Il est blanc éclatant. 

Son poids atomistique est de 2703,2 1 . 

II. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'argent n'éprouve aucune altération de la 
part de l'air sec aux températures ordinaires ; 



APPIIQUÉE A LA TEINTURE. ^\ 

cependant il est susceptible de se combiner 
avec le gaz oxigène , et voici dans quelles cir- 
constances. 

Lorsqu'on dirige un courant de ce gaz sur 
un charbon ardent sur lequel on a mis un mor- 
ceau d'argent, la combustion du charbon est 
assez active pour déterminer la volatilisation 
du métal, et c'est en condensant la vapeur pro- 
duite dans un verre froid renversé, qu'on peut 
se convaincre que le métal a été converti en un 
oxide jaunâtre. 

L'argent tenu en fusion avec le contact de 
l'air absorbe de l'oxigène, qu'il abandonne en- 
suite lorsqu'il passe à l'état solide. 

Vous avez pu voir souvent la monnaie et la 
vaisselle d'argent noircir par leur exposition à 
l'air. Les habitans des quartiers riverains de la 
Bièvre en font l'observation pendant l'été sur- 
tout. Alors il leur est impossible de conserver 
de l'argenterie blanche ; elle noircit comme celle 
qui est dans une maison où l'on vide les fosses 
d'aisances. Ce phénomène n'est dû à aucun des 
principes essentiels de l'air atmosphérique; il 
est produit uniquement par l'acide hydrosulfu- 
rique qui s'y trouve accidentellement, et qui 
alors cède son soufre à l'argent, tandis que son 



4 2 12 e LEÇON DE (HLM! F. 

hvdrogène devient libre. Les personnes qui 
veulent conserver des vètemens brodés en ar- 
gent doivent les préserver des émanations sul- 
fureuses, sans quoi les broderies noirciraient. 
Quand il est possible de chauffer au contact de 
l'air l'argent ainsi sulfuré , on détermine assez 
facilement le départ du soufre; mais si le mé- 
tal est allié à du cuivre, la couleur noire du 
sulfure peut être remplacée par celle du deut- 
oxide de cuivre qui peut se produire alors. 

L'argent chauffé dans le chlore s'y combine 
et forme un chlorure remarquable à plusieurs 
égards. 

Il se combine avec le brome et l'iode. 

Il s'unit aussi directement avec le soufre à 
l'aide de la chaleur, et, comme nous venons de 
le dire, il enlève ce corps à l'hydrogène , à la 
température ordinaire. 

L'eau est sans action sur l'argent; il en est de 
même de l'acide hydrochlorique, de l'acide hy- 
droph torique, de l'acide sulfurique faible, de l'a- 
cide sulfureux, de l'acide carbonique, de l'acide 
borique; mais l'acide sulfurique bouillant, l'a- 
cide nitrique à 3-2°, même froid, l'attaquent et 
le dissolvent. 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. fô 

III. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'argent est insipide ; il passe pour être sans 
odeur; cependant je ne doute pas qu'il n'en ait 
une sensible dans quelques circonstances. 

Ses préparations solubles ont une action plus 
ou moins énergique sur l'e'conomie animale. El- 
les sont délétères en général. 

IV. ÉTAT NATUREL ET PRÉPARATION. 

L'argent se trouve dans la nature à l'état na- 
tif, ou bien uni au chlore, au soufre, à l'arse- 
nic, à l'antimoine, au tellure, etc. 

On l'extrait des mines par des procédés plus 
ou moins différens, mais qui cependant se ré- 
duisent en général , i° à isoler l'argent du corps 
auquel il est uni, s'il n'est pas à l'état natif; i° à 
l'allier au plomb ou au mercure; 3° à le cou- 
peller s'il est allié au plomb, ou à distiller l'a- 
malgame si l'on a traité par le mercure. 

V. usages. 

Une partie des avantages que présente l'or 
comme*monnaie, se retrouvent dans l'argent ; 
aussi est-il employé au même usage, et des mé- 
taux monnoyés il est après l'or le plus précieux. 

Quelques-unes de ses combinaisons, particu- 



44 12 e LF.ÇON DE CHIMIE 

lièrement celle de sou oxide avec l'acide nitri- 
que, sont employées en médecine. 

Ce même nitrate dissons dans l'eau, est un 
réactif précieux pour rechercher la présence du 
chlore, soit clans l'acide nitrique, comme nous 
l'avons dit, soit dans les eaux naturelles, etc. 
Mais lorsqu'on emploie le nitrate d'argent à cet 
usage, il faut que le liquide dans lequel on re- 
cherche le chlore ne contienne pas d'ammonia- 
que libre, car le chlorure d'argent est extrême- 
ment soluble dans cet alcali; conséquemment 
s'il en contenait, il faudrait, avant d'y verser le 
nitrate d'argent, saturer l'ammoniaque libre par 
l'acide nitrique. Il y a d'autres corps que le 
chlore qui peuvent précipiter la dissolution 
d'argent, mais le chlorure de ce métal est facile 
à distinguer par son aspect, qui rappelle celui 
du lait caillé, par sa solubilité dans l'ammonia- 
que et son insolubilité dans l'acide nitrique. 

L'argent, à proprement parler, n'est pas em- 
ployé dans l'art de la teinture. Cependant son 
nitrate sert à marquer les toiles de coton, de 
chanvre et de lin. Cet usage est fondé sur la 
couleur noire que prend l'oxide d'argent par 
son contact avec des matières organiques. Pour 
appliquer le nitrate d'argent sur le linge, il faut 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 45 

faire une dissolution gommée de sous-carbonate 
de soude dont on imprègne le linge dans l'en- 
droit où l'on veut le marquer. Quand le linge 
est sec, on écrit avec la dissolution de nitrate 
d'argent également gommée. Le nitrate est dé- 
composé par l'alcali ; il en résulte un sous-car- 
bonate d'argent qui finit par prendre une cou- 
leur noire, et le linge se trouve marqué d'une 
manière à peu près indélébile. On peut em- 
ployer d'autres dissolutions métalliques au 
même usage. 



SECTION IL 

COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DE L'ARGENT 
AVEC DES CORPS PRECEDEMMENT EXAMINÉS. 



OXIDE D'ARGENT (Ag). 

en poids. en atomes. 

Oxigène. . . . 6,^9 2 . . . . 200 

Argent g3, 11 1 . . . 2703,21 



100,00 poids at. 2903,21 

11 esl d'un brun jaunâtre, légèrement soluble 
dans l'eau, décomposable à une température 



4<) 12 e LEÇON DE CHIMIE 

pou élevée, et disposé conséquemment à céder 
son oxigène aux corps combustibles. 



CHLORURE D'ARGENT (<Ch Ag). 

en poids. en atomes. 

Chlore 24,67 4 • • . . 885,3o 

Argent 75,33 i- . . . 2703,21 



100,00 poids at. 3588,5 1 

11 est fusible, cristallisable en cubes. Il a l'as- 
pect de la corne, quand il a été fondu et re- 
froidi. 

Il est soluble dans l'ammoniaque , insoluble 
dans l'eau et la plupart des acides. L'acide hy- 
drochlorique concentré le dissout. Sa solution 
précipite par l'eau. 

Exposé à la lumière au milieu de ce liquide, 
il noircit promptement; du chlore est séparé, et 
le résidu, traité par l'ammoniaque, se réduit en 
chlorure qui se dissout, et en argent métallique. 

11 cède son chlore à l'hydrogène chaud, au 
fer, au zinc , etc. 



APPLIQUÉE A LA TEINTUKE. /j 7 

SULFURE D'ARGENT (»S kg). 

en paids. en viornes. 

Soufre i2)95 2 . . . . 402, 32 

Argent 87,05 1 . . . 2703,21 

100,00 poids at. 3io5,53 

Il est brun , légèrement ductile , facile à dé- 
composer quand il est chauffé au milieu de 
l'air ; il se produit alors de l'acide sulfureux, et 
l'argent reste à l'état de pureté. 



CUIVRE (Cu). 

TRENTIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 

PREMIÈRE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — CUIVRE. 



1. NOMENCLATURE. 

Le cuivre a porté parmi les alchimistes le 
nom de Vénus, et dans quelques anciens ou- 
vrages de teinture on a conservé ce nom pour 



48 12 e LE^ON DE CHIMIE 

désigner non pas le métal lui-même, mais quel- 
ques-unes de ses combinaisons; c'est ainsi qu'on 
y appelle sel de Vénus l'acétate de cuivre. 

IL PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le cuivre est fusible à 27 de Wedgwood ; 
il est donc un peu plus fusible que l'or. 

Il est volatil, mais à une haute température. 

Il cristallise en pyramides quadrangulaires, 
quand on en refroidit une grande masse avec 
les précautions convenables. 

Il est très-malléable , et a beaucoup de téna- 
cité. 

Sa densité est de 8,895. 

Le poids de l'atome est de 791,39. 

Il est d'un rouge brun jaunâtre. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'oxigène sec n'a pas d'action sur lui à la tem 
pérature ordinaire; mais à une température éle- 
vée, il s'y combine, et produit un protoxide 
rouge ou un deutoxide brun, si la chaleur n'est 
pas trop forte, car au rouge cerise ce deutoxide 
repasse à l'état de protoxide. 

Il se combine à chaud avec le chlore en pro- 
duisant de la lumière. Il y a deux chlorures; 
mais lorsque la température est très-élevée, on 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 49 

ne peut obtenir que du protochlorure, parce 
que le deutochlorure est réduit en protochlo- 
rure par l'action d'une chaleur rouge. 

L'iode s'unit très-bien avec le cuivre chaud. 

Le soufre s'y combine également, à l'aide 
de la chaleur : il se produit une belle lumière 
rouge. Cette lumière est assez vive, pour que 
les chimistes hollandais, qui l'observèrent long- 
temps après qu'elle eut été signalée pour la 
première fois, l'aient opposée à la théorie anti- 
phlogistique ; ils avaient raison , en cela qu'elle 
est indépendante de toute oxigénation. Dans 
la manière dont nous avons envisagé la com- 
bustion, le phénomène dont nous parlons s'ex- 
plique tout simplement par l'action mutuelle 
du soufre et du cuivre. 

Le sélénium, le phosphore, l'arsenic, l'anti- 
moine, l'or, l'argent, le platine, se combinent à 
chaud avec le cuivre. 

Ce métal plongé dans l'eau pure n'en éprouve 
aucune altération; mais si l'eau est aérée, il 
passe à l'état de protoxide. Cet oxide se forme 
encore lorsque le cuivre se trouve dans une at- 
mosphère humide. 

Le cuivre qui est exposé à la fois au contact 
de l'eau liquide et à celui de l'air atmosphéri- 

4 



5o 12 e LEÇON DE CHIMIE 

que, se couvre de taches, connues sous le nom 
de vert-de-gris , lesquelles résultent de l'union 
du métal avec l'oxigène, l'acide carbonique et 
l'eau : c'est un sous -carbonate de deutoxide de 
cuivre hydraté. 

Il importe beaucoup au teinturier, qui exé- 
cute la plupart de ses opérations dans des chau- 
dières de cuivre, de savoir quelle est l'action 
des acides sur ce métal; il y en a qui ne lui 
font éprouver aucun changement, tandis que 
d'autres l'altèrent profondément. En général, 
on peut dire que toutes les fois que des acides 
très-faibles, qui, à l'état de pureté, n'auraient 
pas d'action sur lui, séjournent un temps suf- 
fisant dans une chaudière de ce métal avec le 
contact de l'air, il y a toujours production 
d'un sous-sel cuivreux , et souvent dissolution 
dans l'acide d'une quantité sensible de deut- 
oxide de cuivre. Je ne parle pas de cette dis- 
solution sous le rapport des inconvéniens qu'elle 
peut avoir pour détruire la chaudière, mais 
comme pouvant altérer certaines couleurs : car 
le cuivre, une fois dissous dans de l'eau à l'état 
salin, est susceptible de s'appliquer sur le co- 
ton et sur d'autres étoffes que Ion plonge dans 
la liqueur où il se trouve; et comme dès lors 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 5l 

il peut changer la nuance de ces étoffes, vous 
sentez les inconvéniens qu'il y a à faire certai- 
nes opérations clans des vases de métal. Mais 
il faut avouer qu'en général le cuivre est peu 
disposé à se combiner avec les acides; et si 
on a soin de bien écurer les chaudières qui en 
sont formées, et de ne préparer la dissolution 
des mordans qu'au moment d'en faire usage, 
on évitera les inconvéniens dont nous par- 
ions. Quoi qu'il en soit, nous allons examiner 
rapidement l'action des acides sur le cuivre mé- 
tallique. 

L'acide nitrique, même faible, le dissout, sur- 
tout si la température est élevée : le teinturier 
doit donc éviter de mettre cet acide dans des 
chaudières de cuivre ; et, lorsqu'il s'agit de colo- 
rer la laine ou la soie en jaune, au moyen de 
l'acide nitrique plus ou moins chaud et plus ou 
moins concentré, il faut opérer dans des vases 
de porcelaine, de grès, ou, ce qui serait préfé- 
rable, dans des vases de platine. En se servant 
du cuivre, il y a non -seulement l'inconvénient 
de la corrosion du vaisseau, mais le teinturier 
souffre beaucoup d'être exposé aux vapeurs 
de l'acide nitreux qui se développent dans l'o- 
pération. 



52 12' LEÇON DE CHIMIE 

L'acide sulfurique bouillant et concentré at- 
taque le cuivre; il se dégage du gaz acide sulfu- 
reux, et il se produit du sulfate de deutoxide 
de cuivre anhydre. 

L'acide sulfurique faible, sans le contact de 
l'air, n'attaque pas ce métal; d'un autre côté, 
comme il a une action marquée sur ses oxides, 
il est très-propre à décaper les chaudières de cui- 
vre rouge. Lorsque ces vaisseaux sont d'un jaune 
terne, ils doivent cette couleur à une couche 
très-mince de protoxide. Si alors vous y mettez 
de l'acide sulfurique très -faible^ sur-le-champ 
la surface du métal est parfaitement décapée. 
Voyons à quoi cela tient. La couche de prot- 
oxide qui recouvre la chaudière se compose de 
i atome de cuivre et de i atome d'oxigène. Sup- 
posons i atomes de protoxide que nous met- 
trons en contact avec s* atomes d'acide sulfu- 
rique : le protoxide se décomposera de manière 

à donner 

, , . , f'iat. oxigène , 

i atome de deutoxide =J f ^ de ^.^ 

-f- i atome de cuivre. 
L'atome de deutoxide sera dissous par l'acide, 
et il reparaîtra i atome de cuivre métallique. 

Les acides phosphorique, borique, dissous 
dans l'eau, n'ont pas d'action prononcée sur le 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 53 

cuivre tant que ces corps sont soustraits au con- 
tact de l'oxigène. 

Il en est de même , à plus forte raison , de 
l'acide carbonique. Mais lorsque celui-ci est 
dissous dans l'eau, et qu'il est en même temps 
en contact avec le cuivre et l'air, il est possible 
que l'action soit plus forte que si l'eau était 
privée d'acide. Au reste, voici ce qu'on re- 
marque lorsque de l'eau contenant de l'acide 
carbonique, ou pouvant en puiser dans l'atmos- 
phère , est contenue dans un vase de cuivre dé- 
couvert : peu à peu il se produit du vert-de- 
gris dans toute la partie où le métal a le double 
contact de l'air et de l'eau. Ce vert-de-gris est 
un sous-carbonate de cuivre hydraté, ainsi que 
nous l'avons dit. Pour reconnaître si l'eau tient 
du sel cuivreux en dissolution, on la mêle avec 
de l'acide hydrosulfurique ; celui-ci, en formant, 
avec l'oxide de cuivre qui peut être dissous, de 
l'eau et un sulfure noir qui trouble la transpa- 
rence des liqueurs qu'on a mélangées, rend 
sensible la présence du métal. On peut encore 
faire usage de l'hydrocyanoferrate de potasse, 
qui forme, avec l'oxide de cuivre, un précipité 
d'un rouge marron. Ce réactif est même préfé- 
rable à l'acide hydrosulfurique. 



f/j. -12 e LEÇON DE CHIMIE 

L'acide hydrochlorique n'a à froid qu'une 
très-Faible action sur le cuivre; à chaud, il l'at- 
taque davantage, mais cependant toujours avec 
difficulté. Il y a un faible dégagement d'hydro- 
gène. Le liquide contient évidemment du pro- 
tochlorure en dissolution dans de l'acide hv- 
drochlorique. Lorsqu'on y mêle de l'eau, le 
protochloriire se précipite à l'état d'hydrate 
blanc, et il peut rester en dissolution du per- 
chlorure qui colore la liqueur en vert ou en 
bleu. 

Le gaz acide hydrosulfurique est décomposé 
à chaud par le cuivre; l'hydrogène est mis en li- 
berté, et le métal est sulfuré. La même décom- 
position a lieu à froid lorsque de l'eau hydro- 
sulfatée est renfermée dans un vaisseau de cui- 
vre. C'est pour cette raison que les eaux de la 
Bièvre répandent une odeur sulfureuse qui 
noircit ce métal. On conçoit, d'après ce que 
nous avons dit de la réaction de l'acide hydro- 
sulfurique et du cuivre, que dans cet état elles 
ne peuvent tenir de sel cuivreux en dissolution. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGA>"OLEPTIQUES. 

Le cuivre est insipide, mais il a une odeur 
très-fétide. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 55 

A l'état d'oxide, de chlorure, de sel soluble, 
il a des propriétés délétères. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Le cuivre se trouve dans la nature à l'état 
natif, à l'état de protoxide, de chlorure uni à du 
deutoxide, de sulfure, de sous-carbonate, de sul- 
fate, etc. 

VI. PRÉPARATION. 

Le protoxide de cuivre et le sous-carbonate 
de deutoxide de ce métal sont simplement fon- 
dus avec du charbon, dans un fourneau à man- 
che ou dans un fourneau à réverbère; mais si 
ce traitement est simple, celui du sulfure de 
cuivre, qui se fait le plus fréquemment, est bien 
plus compliqué, parce que ce minéral est pres- 
que toujours uni à du sulfure de fer : c'est la 
complication de ce traitement qui ne nous per- 
met pas d'en parler dans ce cours. 

VII. USAGES. 

Le teinturier tire de grands avantages du cui- 
vre : les chaudières, dans lesquelles il opère le 
plus ordinairement pour teindre la laine, sont 
faites avec ce métal; d'un autre côté, le vert-de- 
gris, X acétate de cuivre, le sulfate de cuivre, sont 



56 12 e LEÇON DE CHIMIE APPL. A LA TEINT. 

fréquemment employés dans la teinture en noir. 
L'hydrocyanoferrate de ce métal peut l'être avec 
quelque avantage pour teindre la soie ; enfin il 
est des sels de cuivre qui servent quelquefois 
à teindre en vert le coton et la soie. 



TREIZIÈME LEÇON. 



SECTION II. 



COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DU CUIVRE AVEC 
DES CORPS PRÉCÉDEMMENT ÉTUDIÉS. 



CHAPITRE IL 

PROTOXIDE DE CUIVRE (Cu). 





I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 




Oxigène . . 


. . 11,22 I . . . 


. IOO 




. . 88,78 I . . . 


• 79»> 3 9 



100,00 poids at. 891,39 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est concret, cristallisable en octaèdre. 
Sa densité est de 5,4- 

Ses cristaux sont d'un rouge assez brillant ; 
sa poussière très-divisée est jaune. 



2 13 e LEÇON DE CHIMIE 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il constitue avec l'eau un hydrate jaune; 
quand il est suffisamment divisé, il se dissout 
dans l'ammoniaque sans la colorer. Dès que 
cette dissolution a le contact de l'air, elle passe 
au bleu en en absorbant l'oxigène. 

On ne connaît guère , parmi les acides , que 
le sulfureux qui soit susceptible de former un 
sel avec le protoxide de cuivre. 

Lorsqu'on le met en contact avec l'acide ni- 
trique, il y a dégagement de vapeur nitreuse, 
et transformation du protoxide en deutoxide, 
qui s'unit à l'acide non décomposé. 

L'action de l'acide sulfurique sur le protoxide 
de cuivre est très-remarquable. Les deux corps 
ne sont pas plutôt en contact que le protoxide 
est transformé en métal et en deutoxide que 
sature l'acide. Il est facile de déterminer les 
proportions réagissantes : 

• i , • f 2 at. oxigène, 

2 at. protoxide de cuivre =< P ' 

1 (2 at. cuivre. 

i at. deutoxide de cuivre — < .' .* ' 
( i at. cuivre. 

at. sulfate de 1 1 at. acide sulfuriq. — { ' c 
, . ! * j 2 at. soutre. 

at.deutox. cuivre ={*£ cdvk 



i 

deutox. cuiv.zrz 

i 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

Nous n'avons pas besoin de considérer les 
élémens de l'acide sulfurique , parce qu'ils n'é- 
prouvent aucun changement. 

Vous voyez d'après cela qu'en prenant 
2 atomes d'acide sulfurique et 2 atomes de 
protoxide de cuivre , il arrivera que 1 atome de 
protoxide se réduira en 1 atome de cuivre et 
i atome d'oxigène. Celui - ci convertira l'autre 
atome de protoxide en 1 atome de deutoxide 
qui neutralisera les 2 atomes d'acide sulfuri- 
que. On aura donc : 

1 atome de cuivre, 

. ,,. . , • (2 at. acide sulfurique, 

-I- 1 at. sulfate de cuivre =< . , , j 

1 (1 at. de deutoxide. 

L'hydrogène que l'on chauffe avec le pro- 
toxide de cuivre forme de l'eau en s'em parant 
de son oxigène , et le réduit ainsi à l'état métal- 
lique ; il y a dégagement de lumière. Le car- 
bone le réduit aussi ; il se forme de l'acide car- 
bonique, et le cuivre repasse à l'état métallique. 
Le soufre agit d'une autre manière : il s'empare 
bien de l'oxigène pour passer à l'état d'acide 
sulfureux qui se dégage, mais le métal réduit 
se combine avec une portion du soufre et pro- 
duit un sulfure. 



4 i 3 e LEÇON DE CHIMIE 

IV. PRÉPARATION. 

Le protoxide de cuivre peut être préparé 
en chauffant fortement le deutoxide de cui- 
vre, qui se dépouille alors de la moitié de son 
oxigène; mais lorsqu'on veut l'avoir dans un 
grand état de pureté, il est préférable de pren- 
dre le sulfite de cuivre ( qu'on obtient en ver- 
sant du suinte de potasse dans la dissolution 
d'un sel à base de deutoxide de cuivre presque 
bouillante) et de le traiter par l'eau pareille- 
ment bouillante, jusqu'à ce que celle-ci ne dis- 
solve plus rien, et ne soit plus acide. Le résidu 
est du protoxide de cuivre. 



CHAPITRE III. 

§ I er 

DEUTOXIDE DE CUIVRE (Cu). 



I. COMPOSITION. 

eD poids. eu atomes. 

Oxigène .... 20,17 2 . . . . 200,00 

Cuivre 79>**3 1 . . . . 791,39 

100,00 poids at. 991,39 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

■\ 
II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide, d'un brun noir. 
Sous la pression de l'atmosphère il perd la 
moitié de son oxigène sans se fondre. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le deutoxide de cuivre diffère du précédent 
en ce qu'il a des propriétés alcalines assez pro- 
noncées, car il forme avec les acides des sels 
parfaitement caractérisés qui généralement sont 
de couleur bleue ou verte , au moins quand ils 
contiennent de l'eau. 

Il est soluble dans l'ammoniaque; la solution 
est d'une couleur bleue remarquable. 

Le deutoxide de cuivre qui est uni à un 
acide, et qu'on met en contact avec l'ammo- 
niaque, donne une dissolution beaucoup plus 
chargée que celle qui est faite avec l'oxide pur; 
mais il est vrai de dire qu'elles diffèrent l'une 
de l'autre. La première contient un sel double 
d'ammoniaque et de cuivre, plus du deutoxide 
dissous dans de l'ammoniaque ; or, comme le 
sel double est lui-même coloré en bleu , qu'il est 
plus soluble dans l'eau que ne l'est le deutoxide 
pur dans l'ammoniaque, il en résulte que cette 
solution doit être plus foncée en couleur que 



6 13 e LEÇO>' DE CHIMIE 

celle qui ne contient que du deutoxide uni à 
de l'ammoniaque caustique. 

La dissolution ammoniacale du deutoxide 
se décolore entièrement par un contact suffi- 
samment prolongé avec le cuivre, parce que 
ce métal ramène le deutoxide au minimum 
d'oxidation, en passant lui-même à cet état ; bien 
entendu qu'il faut que les corps réagissent dans 
un flacon entièrement rempli et parfaitement 
bouché ; il est clair que pour i atome de deu- 
toxide il faut 1 atome de cuivre. 

Tous les corps combustibles, tels que l'hydro- 
gène, le carbone, le soufre, qui enlèvent l'oxi- 
gène au protoxide de cuivre , l'enlèvent au 
deutoxide. Lorsque le deutoxide de cuivre suf- 
fisamment chaud est mis en contact avec l'hy- 
drogène , la formation de l'eau est accompagnée 
d'un vif dégagement de lumière. 

La facilité avec laquelle ce deutoxide cède 
son oxigène au carbone et à l'hydrogène , le 
rend très-propre à faire l'analyse élémentaire 
des matières organiques. 

IV. PRÉPARATION. 

On le prépare en dissolvant le cuivre dans 
l'acide nitrique, et en décomposant le nitrate 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

qui en résulte par l'action de la chaleur. Si l'on 
chauffait trop , le deutoxide serait mêlé de pro- 
toxide. 

Lorsqu'on veut préparer du deutoxide d'une 
manière plus économique, on peut mêler du 
cuivre métallique avec le nitrate; par ce moyen 
on tire parti de l'oxigène de l'acide nitrique, 
que l'on perd dans le premier procédé. 



§ II. 



HYDRATE DE CUIVRE (,H 2 Cu). 

fn poids. en atomes. 

Eau ...... 18,49 2 . . . . 224,96 

Deutoxide. . . 81, 5i 1 . . . . 991,39 



100,00 poids at. i2i6,35 

Lorsqu'on verse de l'eau de potasse en excès 
dans une dissolution de cuivre, il se précipite 
un hydrate d'un beau bleu; mais si on n'avait 
mis qu'une quantité d'alcali insuffisante pour 
séparer la totalité de l'acide qui est uni au deu- 
toxide , le précipité serait en tout ou en partie 
un sous-sel de cuivre, qui est vert au lieu d'être 
bleu comme l'hydrate. 

La couleur de cet hydrate n'est malheureu- 



8 1 3 e LEÇON DE CHIMIE 

sèment pas stable; s'il est humide, il absorbe 
l'acide carbonique de l'air, et passe au vert; s'il 
est exposé aux vapeurs sulfureuses, il noircit 
en passant à l'état de sulfure ; d'un autre côté, il 
cède son eau à un grand nombre de corps, et 
devient brun ; enfin une température de 90 à 
ioo est suffisante pour le ramener à l'état 
de deutoxide noir. 



CHAPITRE IV. 

TRITOX1DE DE CUIVRE (611). 



eu poids. en atomes ' 

Oxigéiie .... 33,57 4 • • • • 4oo 

Cuivre 66,43 1 . . . . 791,39 



100,00 poids at. 1191,39 

M. Thénard l'a obtenu en mettant du deu- 
toxide de cuivre très-divisé en contact avec de 
l'eau oxigénée. 

L.e tritoxide de cuivre est d'un jaune légère- 
ment olivâtre ; il ne s'unit pas aux acides. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. y 

CHAPITRE V. 

DEUTOCHLORURE ou PERCHLORURE DE 
CUIVRE ( 4 Ch Cu). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Chlore 52,8o 4 • . • • 885,3o 

Cuivre 47>2o i . . . . 791, 3g 



100,00 poids at. 1676,69 

IL NOMENCLATURE. 

Muriate de cuivre anhydre. 

II [. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide. 

Sous la pression de l'air, il ne peut être fondu 
sans passer à l'état de protochlorure. 
Sa couleur est celle de la cannelle. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il s'unit rapidement à l'eau. Si celle-ci n'est 
employée que dans certaines proportions, il 
passe au vert; et ainsi coloré, il peut rester 
concret, ou former une dissolution, suivant 
qu'il y a plus ou moins d'eau. Mais s'il y en a 
un excès, on obtient une dissolution bleue. 



lO 13 e LEÇON DE CHIMIE 

La dissolution de perchlorure de cuivre dans 
l'eau peut être considérée comme celle d'un 
deutochlorure, ou comme celle d'un hydro- 
chlorate de deutoxide. En adoptant cette ma- 
nière de voir, il est évident que i atome de deu- 
tochlorure de cuivre doit décomposer i atomes 
d'eau, et qu'il doit en résulter 

!, , , (4 chlore, 
4 at. acide hydroc.=< ; , , 
n J (4 hvdro£. 

i at. deutox. cuiv.= 



2 oxigene, 
i cuivre. 



D'après cela, il est clair que la solution de deu- 
tochlorure de cuivre dans l'eau doit présenter 
avec les alcalis les mêmes phénomènes que pré- 
sentent les solutions de sels à base de deutoxide 
de cuivre. 

V. PRÉPARATION. 

Il est aisé de préparer le deutochlorure de 
cuivre : pour cela on verse sur du cuivre, dans 
un ballon de verre, de l'acide hydrochlorique 
concentré et une petite quantité d'acide ni- 
trique; on fait chauffer. Si la liqueur est de 
couleur brune, on doit croire qu'il y a du pro- 
tochlorure de cuivre en dissolution; dès lors il 
est nécessaire d'ajouter de l'acide hydrochlori- 
que et de l'acide nitrique, afin de convertir le 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ! I 

protochlorure en deutochlorure. Lorsqu'on a 
une solution d'un beau vert, qui ne précipite 
pas par l'eau, il suffit de la faire évaporer à sic- 
cité pour obtenir un résidu de deutochlorure 
de cuivre. Mais il ne faudrait pas exposer la 
matière à une température trop élevée, car alors 
il se dégagerait une certaine quantité de chlore, 
et dès lors on obtiendrait du protochlorure ou 
un mélange de protochlorure et de deutochlo- 
rure. 

VI. USAGES. 

On peut considérer le deutochlorure de cui- 
vre dissous dans l'eau comme étant propre aux 
mêmes usages que les sels solubles de deutoxide 
de cuivre. 



CHAPITRE VI. 

PROTOCHLORURE DE CUIVRE ( a Ch Cu). 





I. 


COMPOSITION 








en poids. 


en 


atomes. 




Chlore. . 


. 35,8 7 




2 . . . 


442,65 


Cuivre. . 


. 64, i3 




I . . . 


79^9 




100,00 




poids at. 


x 234,04 



12 13 e LEÇON DE CHIMIE 

II. NOMENCLATURE. 

Il a été appelé muriate de protoxide de cui- 
vre, muriate de cuivre blanc quand il est hy- 
draté , hydrochlorate de protoxide de cuivre. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le protochlorure de cuivre qui a été fondu 
et refroidi lentement présente des lames bril- 
lantes d'un brun jaunâtre. Sa poussière est d'un 
jaune brun. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

11 a une forte affinité pour l'eau; aussi l'ab- 
sorbe-t-il rapidement en passant à l'état de chlo- 
rure hydraté. Ce composé est insoluble, ou 
presque insoluble dans l'eau, mais il s'y dis- 
sout par l'intermède de l'acide hydrochlorique. 
Cette solution, quand elle est très-concentrée, 
précipite, par l'addition d'eau, du protochlorure 
hydraté, en très-petits cristaux blancs qui se 
colorent par leur exposition à la lumière. La so- 
lution de protochlorure de cuivre doit être con- 
sidérée comme très-disposée à absorber l'oxi- 
gène; de sorte que dans plusieurs cas c'est un 
réactif, désoxigénant. 

Les alcalis précipitent de la solution hydro- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. *3 

chlorique de protochlorure de cuivre , de l'hy- 
drate de protoxide d'un beau jaune. 

V. PRÉPARATION. 

Le procédé le plus expéditif pour se procu- 
rer le protochlorure de cuivre consiste à distil- 
ler dans une petite cornue du perchlorure de 
cuivre jusqu'à ce qu'il ne dégage plus de chlore. 



CHAPITRE VIL 

SULFURE DE CUIVRE (S Cu). 



I. COMPOSITION. 

en P° id5 - «o atome». 

Soufre. . . 20,37 1 . . . 201,16 

Cuivre. . ■ 79,73 ! . . . 7gl ^ 

I00 ' 00 poids at. 992,55 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est fusible, cristallisable par un refroidisse- 
ment ménagé. 

Il a le brillant métallique. 
Il est cassant. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A froid, l'air n'a pas d'action sur lui; mais à 



l/j. 13 e LEÇON DE CHIMIE 

chaud, il l'oxigène. Si la température est très- 
élevée, il se produit du gaz sulfureux et de 
l'oxide de cuivre qui est en partie au moins du 
protoxide. Si la température est convenable, le 
soufre se convertit en acide sulfurique, et le 
cuivre en deutoxide; mais la quantité de soufre 
du sulfure étant insuffisante pour saturer le deu- 
toxide de cuivre produit, on obtient un sous- 
sulfate. 

IV. PRÉPARATION. 

Ordinairement on chauffe i parties de cuivre 
avec i partie de soufre dans un creuset de terre, 
ou, ce qui vaut mieux, dans un vaisseau de 
verre luté extérieurement avec de l'argile. Au 
moment où s'opère la combinaison il y a pro- 
duction d'une belle lumière rouge. Après que 
ce phénomène est manifesté, on élève la tem- 
pérature jusqu'à fondre le sulfure. 



Lorsqu'on décompose par l'hydrosulfate de 
potasse le sulfate ou l'hydrochlorate de deu- 
toxide de cuivre, il est probable que ]e pré- 
cipité noir qui se forme est un sulfure qui 
contient deux fois plus de soufre que le précé- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l5 

dent, c'est-à-dire 2 atomes pour 1 atome de 



cuivre. 



URANE (u). 

TRENTE-UNIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION. — URANE. 



Les propriétés physiques de l'urane sont à 
peine connues. 

Son poids atomistique est de 5422,99. 

Il est susceptible de s'unir directement avec 
l'oxigène, et de former deux oxides. 

Je vous parle de l'urane, parce que je crois 
que si ce métal, ou plutôt ses sels pouvaient 
être préparés avec économie, on les emploie- 
rait dans la teinture de la soie. En effet, quand 
on a imprégné cette substance d'un sel d'urane, 
et qu'on la plonge ensuite dans une dissolution 
d'hydrocyanoferrate de potasse, on obtient une 
couleur chocolat qui est assez solide. Lorsque 



16 4 3 e LEÇON DE CHIMIE 

je traiterai de l'application des matières colo- 
rantes sur les étoffes, je ferai voir des soies 
teintes par ce procédé, qui sont très-belles. 



SECTION IL 



COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DE L UEANE AVEC 
QUELQUES-UNS DES CORPS EXAMINÉS. 



PROTOXIDE D'URANE (U). 

en poids. >'o atomes. 

Oxigène. . 3,56 a . . . 200 

Uraue. . . 96,44 1 : ■ 5422,99 



100,00 poids at. 


5622,99 


PEROXIDE D'URANE (ÏÏ). 

en poids. en atomes. 

Oxigène. .5,24 3 . . . 
Urane. . . 94*76 1 . . . 


3oo 
5422,99 



100,00 poids at. 5722,99 

Cet oxide est jaune. 

Il forme avec les acides des sels jaunes assez 
bien caractérisés , tandis qu'il constitue avec les 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 17 

bases salifiablcs des composés dans lesquels il 
joue le rôle d'acide; de sorte qu'on leur appli- 
que la dénomination d'uRANATES. 

Manière de se procurer le peroxide d'urane : 
On réduit en poudre fine de l'oxide d'urane 
natif appelé pechblende. On le traite par l'a- 
cide bydrochlorique auquel on ajoute de l'acide 
nitrique. On épuise le résidu de tout ce qu'il 
contient desoluble, dans l'eau régale. La disso- 
lution filtrée doit être évaporée à sec avec pré- 
caution, pour ne pas décomposer le sel d'urane. 
Si l'on avait quelque motif de croire qu'il y en 
aurait eu de décomposé, on ajouterait à l'eau 
que l'on verse sur le résidu un peu d'acide hy- 
drochlorique. On fait passer un courant d'acide 
hydrosulfurique dans la liqueur filtrée. On aban- 
donne la liqueur à elle-même pendant quelques 
jours; on la filtre et on la fait bouillir pour en 
cbasser l'acide hydrosulfurique; on y ajoute de 
l'acide nitrique afin de porter le protoxide de 
fer au maximum d'oxidation. Enfin, on préci- 
pite le peroxide de fer par un excès de sous-car- 
bonate de soucie qui retient en dissolution le 
peroxide d'urane. Cette dissolution, filtrée et 
bouillie , filtrée de nouveau, puis saturée par l'a- 
cide nitrique, et précipitée ensuite par l'amrao- 

2 



l8 13' LEÇON DE CHIMIE 

iliaque, donne du peroxide d'urane qu'il suffit 
de laver et de chauffer pour qu'en le combinant 
avec l'acide sulfurique on ait un sel qui est pro- 
pre à l'emploi qu'on peut en faire en teinture. 



BISMUTH (Bi). 

TRENTE-DEUXIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 
PREMIÈRE SECTION. —BISMUTH. 



I. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le bismuth est un métal solide, fusible à 2 56°, 
volatilisable, susceptible de cristalliser en cubes 
avec une très -grande facilité. Aussi l'a- t- on 
choisi depuis long-temps pour démontrer à la 
fois dans les cours, et la propriété qu'ont les 
métaux de cristalliser, et le procédé de mettre 
cette propriété en évidence. 

Le bismuth est lamelleux, très-cassant. 

Il a une densité de 9,822. 

Il est d'un blanc rosé. 

Le poids de son atome est de 1773,8. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 19 

II. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le bismuth exposé à l'air n'éprouve qu'un 
très-léger changement. A la température ordi- 
naire, sa surface se ternit faiblement. 

A des températures plus élevées, il se com- 
bine à l'oxigène avec production de feu. Il en 
résulte le seul oxide de bismuth qui soit connu. 

Il se combine au chlore, au soufre avec dé- 
gagement de lumière. 

L'eau est sans action sur le bismuth, soit à 
froid, soit à chaud. Les acides hydrochlorique, 
sulfurique, phosphorique , n'exercent qu'une 
très-faible action sur ce métal. 

L'acide nitrique, au contraire, l'attaque for- 
tement; il le dissout si l'acide est employé en 
quantité suffisante, et surtout s'il est concentré 
convenablement, car si l'acide était affaibli, il 
attaquerait le bismuth sans le dissoudre, ou 
du moins il ne le dissoudrait qu'en très - petite 
proportion. 

La dissolution de bismuth dans l'acide nitri- 
que a été conseillée dans plusieurs opérations 
de teinture , et c'est pour cela que je vous parle 
de ce métal. 



10 13 e LEÇON DE CHIMIE 

SECTION IL 

COMBINAISONS BINAIRES DÉFINIES DU BISMUTII AVEC 
QUELQUES-UNS DES CORPS EXAMINÉS. 



OXIDE DE BISMUTH (Bi). 

en poids. en atomes. 

Oxigène. . io,i3 2 . . . 200 

Bismuth. . 89,87 1 . . . 1773,8 



100,00 poids at. 1973,8 

Il est jaune, fusible. Ses propriétés alcalines 
ne sont pas prononcées, cependant il n'a pas de 
tendance marquée à s'unir avec les corps déci- 
dément alcalins. 

Il est réduit avec assez de facilité par l'hydro- 
gène, le carbone, le soufre. 



CHLORURE DE BISMUTH (<Ch Bi). 

en poids. en atomes. 

Chlore. . . 3 3,29 4 . . . 8.85, 3o 

Bismuth. . 66,71 1 . . 1773,80 



100,00 poids at. 2659,10 

Il est incolore, volatil, cristallisable. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 21 

Il est décomposable par l'eau en acide hydro- 
chlorique qui se dissout, et en oxide de bis- 
muth insoluble qui retient une portion de chlo- 
rure ou d'acide hydrochlorique. 



SULFURE DE 


BISMUTH 


(' 


S Bi). 




eu poids. 


en alu 


inci 




Soufre. . 


. l8,49 




I . 


. . 402,33 


Bismuth. 


. 81,5! 




1 . 


. 1773,80 



100,00 poids at. 2176,13 

Il est d'un brun noir, et a l'aspect métallique. 



ET AIN (s..). 

TRENTE-TROISIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE 

PREMIÈRE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — ÉTA1N. 



I. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'étain est solide jusqu'à la température de 
2 120, où il entre en fusion. Il cristallise en 



22 13° LEÇON DE CHIMIE 

rhomboïdes , et il peut se volatiliser à une 
température élevée. Il est mou et ductil au la- 
minoir et sous le marteau, mais il n'a pas assez 
de ténacité pour être passé à la filière. 

Il est très - difficile de le diviser au moyen 
de la lime, parce qu'il s'y attache, et qu'il la 
graisse, comme on dit vulgairement. Pour en 
opérer la division, il faut le fondre dans un 
creuset de terre ou dans une cuiller de fer bien 
propre, puis le verser doucement dans l'eau 
froide, et en ayant le soin de n'en répandre que 
de très- petites quantités sur chaque point de 
la surlace de l'eau. Par ce moyen, le métal se 
trouve divisé convenablement pour être dissous 
dans les acides. Avant de chercher à le dissou- 
dre dans une eau régale, pour faire une com- 
position d'étain, on doit le diviser ainsi. 

La densité de l'étain est de 7,299. 

Son poids atomislique est de 1470,58. 

Sa couleur blanche et son éclat le rappro- 
chent de l'argent. 

Il a une propriété connue de tous ceux qui 
le travaillent, c'est de faire entendre, lors- 
qu'on le ploie, un petit bruit qu'on appelle cri 
de l'étain. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. a3 

II. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

H ne s'unit pas à l'hydrogène. 

Il n'a pas d'action sensible sur l'oxigène à la 
température ordinaire ; mais à chaud, il s'y com- 
bine en produisant du feu et un deutoxide de 
couleur blanche légèrement jaunâtre. On dé- 
montre la combustibilité de 1 etain en chauf- 
fant une petite portion de ce métal sur un 
charbon , à la flamme du chalumeau. Lorsqu'il 
est en globule incandescent, on le projette sur 
une feuille de papier dont les bords sont re-* 
levés, et qui est placée sur une table horizon^ 
taie ; alors Tétain se divise en une multitude 
de petits globules qui brûlent en répandant une 
vive lumière. 

A chaud, le chlore se combine avec l'étain; 
il se produit un deutochlorure liquide , et il se 
dégage de la chaleur et de la lumière. 

Le sélénium, le phosphore, le soufre, l'iode, 
l'arsenic, l'antimoine, l'or, le platine, le mer- 
cure, l'argent, le bismuth, le cuivre, s'y combi- 
nent pareillement. 

L'eau n'est pas décomposée à froid par l'é- 
tain; mais à chaud, la décomposition s'opère. 

Si l'on chauffe dans une fiole à médecine mu- 



1*4 4 3* LEÇON DE CHIMIE 

nie d'un tube recourbé, dont l'extrémité libre 
s'engage sous une cloche pleine de mercure , de 
l'acide sulfurique concentré avec de l'étain en 
excès, la réaction des corps est assez vive; il en 
résulte i° du gaz acide sulfureux ; i° du gaz hy- 
drogène ; 3° du gaz acide hydrosulfurique ; ff du 
soufre, dont une partie reste dans la fiole, et 
dont une autre se dépose dans le tube à gaz 
qui y est adapté ; 5° du sulfate de protoxide d'é- 
tain, en supposant que l'acide sulfurique n'ait 
pas été en excès, et qu'on ne l'ait pas fait chauf- 
fer trop long-temps, car, dans le cas contraire, 
il se produirait plus ou moins de sulfate de per- 
oxide. Celui-ci diffère de l'autre en ce qu'il est 
presque insoluble dans un excès de son acide. 

Il est évident que dans cette réaction. il y a de 
l'oxide d'étain qui se forme aux dépens i° d'une 
portion d'eau décomposée, i° d'une portion d'a- 
cide sulfurique, qui par là est réduite en acide 
sulfureux; mais comment y a-t-il du soufre mis 
à nu ? c'est ce qu'on peut expliquer de plu- 
sieurs manières. Par exemple, 

A. On peut concevoir qu'une portion d'étain 
s'oxide aux dépens d'une portion d'acide sulfu- 
rique qui se trouve complètement désoxigénée : 
on peut admettre , 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. Îi5 

i° Que ce n'est pas seulement par l'affinité du 
métal pour l'oxigène, mais que c'est encore par 
l'affinité du soufre pour l'hydrogène de l'eau 
que cette décomposition radicale de l'acide sul- 
furique est opérée; d'après cela, il doit se for- 
mer de l'acide hydrosulfurique et de l'acide 
sulfureux; une partie de ces corps, en se dé- 
composant ensuite mutuellement, donnent de 
l'eau et du soufre ; 

2° Ou bien que le soufre, à l'état naissant, 
s'unit à de l'hydrogène, et qu'une portion de cet 
acide hydrosulfurique décompose, dans le tube 
qui est adapté à la fiole, une portion d'acide 
sulfureux. 

B. On peut concevoir qu'il n'y a pas d'acide 
sulfurique complètement desoxigéné par l'étain, 
mais que de l'hydrogène, à l'état naissant, dé- 
compose de l'acide sulfurique ou plutôt sulfu- 
reux, et qu'il en résulte de l'eau du soufre et 
de l'acide hydrosulfurique, dont une partie est 
ensuite réduite, dans le tube à gaz, en eau et 
en soufre. 

L'acide sulfureux dissout l'étain sans dégage- 
ment de gaz, parce qu'il se produit un hypo- 
sulfite de protoxide. 

L'acide nitrique très-concentré, de 48° à 5o°, 



a6 iS e LEÇON DE CHIMIE 

par exemple, n'a point d'action sur Pétain ; mais 
s'il est à 4o°> il a une action des plus énergi- 
ques; il se dégage des vapeurs nitreuses, et le 
métal se trouve converti en une matière blan- 
châtre qui est du peroxide d'étain. Lorsqu'on 
opère sur une grande masse, le résultat n'est 
pas le même que lorsqu'on opère sur une petite 
masse que nous supposons contenue dans un 
vase de verre, dont le poids est considérable re- 
lativement aux corps qui réagissent : car alors 
le verre s'échauffant, s'oppose à ce que la tem- 
pérature développée soit aussi grande qu'elle 
l'aurait été dans l'autre circonstance; c'est ce 
qui fait, en général, qu'il y a une si grande 
différence entre une opération faite en petit et 
une opération faite en grand, toutes les fois que 
le contact des corps mis en expérience donne 
lieu à un dégagement de chaleur. 

Lorsqu'au lieu de prendre de l'acide nitri- 
que concentré, on prend de l'acide nitrique à 
6° et à une température de 11 à 1 5° du ther- 
momètre centigrade, l'étain se dissout dans l'a- 
cide, et, ce qu'il y a de remarquable, il se dis- 
sout sans presque produire d'effervescence, et 
l'acide prend une couleur jaune. Il y a forma- 
tion de protoxide d'étain. Lorsque vous saurez 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 27 

que l'on rencontre dans la liqueur, outre le pro- 
toxide d'étain , de l'ammoniaque, vous conce- 
vrez comment la dissolution peut se faire sans 
effervescence. En effet, puisqu'il y a de l'am- 
moniaque produite, il y a de l'acide nitrique 
décomposé : or cet acide est formé d'oxigène 
et d'azote ; d'un autre côté , puisque l'étain ne 
contient pas d'hydrogène, que l'acide nitrique 
n'en contient pas non plus, et qu'il y a de l'eau 
en contact avec le métal, il faut admettre la dé- 
composition d'une portion de ce liquide : or, 
puisque nous avons de l'acide nitrique décom- 
posé qui a fourni de l'azote, de Feau décom- 
posée qui a fourni de l'hydrogène , nous avons 
les deux élémens de l'ammoniaque; quant à 
l'oxigène provenant de ces décompositions, il 
s'est porté sur l'étain, et a formé du protoxide 
qui s'est dissous dans l'acide étendu. Puisqu'il 
ne se développe pas d'oxides d'azote , il ne 
pourrait y avoir d'autre cause d'effervescence 
qu'un dégagement de gaz hydrogène et de gaz 
azote; mais ces corps se combinant pour for- 
mer de l'ammoniaque, qui s'unit à une portion 
d'acide nitrique, il est évident qu'il n'y a plus 
de cause d'effervescence. 

Si, pour une opération de teinture, l'on avait 



58 13 e LEÇON DE CHIMIE 

besoin d'une dissolution d'étain au minimum 
d'oxidation, vous pourriez employer avec avan- 
tage la dissolution nitrique d'étain. Il est peut- 
être nécessaire d'insister sur ce sujet , parce 
que beaucoup de personnes s'imaginent que ce 
métal n'est pas dissoluble dans l'acide nitrique, 
croyant qu'un métal aussi oxigénable ne peut 
exister qu'à l'état de peroxide en présence de cet 
acide; et ces personnes savent d'ailleurs qu'il n'y 
a pas de nitrate de peroxide d'étain soluble. 

Le gaz acide liydrochlorique est décomposé 
par l'étain. Si l'on chauffe le métal dans une 
petite cloche remplie de ce gaz, et pose'e sur le 
mercure, un volume d'hydrogène égal à la moi- 
tié de celui de l'acide réagissant est mis en li- 
berté, du chlorure d'étain est produit. On peut 
donc démontrer par ce procédé qu'il ya^ vo- 
lume d'hydrogène dans i volume d'acide hydro- 
chlorique. 

On obtient une dissolution d'étain en met- 
tant ce métal en contact avec de l'eau et de 
l'acide hydrochlorique; et c'est même un pro- 
cédé qu'on peut exécuter en grand pour pro- 
duire le sel d'étain, qui est surtout employé 
dans la teinture du coton en rouge des Indes. 

On met de l'étain en rubans ou en grenailles 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 29 

avec de l'eau dans un flacon ou une bouteille 
qui communique à une source de gaz acide hy- 
drochlorique. A mesure que ce gaz arrive dans 
l'eau, il s'y dissout, et réagit aussitôt sur l'é- 
tain; il se forme un protochlorure et il y a dé- 
gagement d'hydrogène. La chaleur produite, et 
par la combinaison de l'acide hydrochlorique 
dans l'eau, et par la réaction de cet acide sur ré- 
tain, est extrêmement convenable pour la disso- 
lution ultérieure du métal; de sorte qu'il n'est 
pas nécessaire d'employer une chaleur étran- 
gère. D'un autre côté , cette manière d'opérer a 
l'avantage de ne pas laisser dégager dans l'at- 
mosphère une certaine quantité de gaz acide 
hydrochlorique , ainsi que cela arrive pres- 
que toujours lorsqu'on opère la dissolution 
de l'étain , comme on le fait quelquefois dans 
les fabriques de produits chimiques, en faisant 
réagir dans des ballons, à une température as- 
sez élevée, de l'acide hydrochlorique concen- 
tré sur de rétain métallique ou sur un mélange 
de ce métal et de son oxide. Au reste, si on 
voulait employer ce procédé, il faudrait éviter, 
surtout au commencement, d'élever la tem- 
pérature à un degré tel que l'acide hydro- 
chlorique se dégagerait à l'état de gaz avec 



3o 13 e LEÇON DE CHIMIE 

plus de rapidité qu'il ne se porterait sur l'étain. 
L'acide hydrosulfurique est décomposé par 
ce métal ; il se produit un protosulfure, et l'hy- 
drogène est mis à nu. 

III. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

L'étain est odorant, insipide. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve dans la nature particulièrement 
à l'état de deutoxide. 

V. PRÉPARATION. 

Le procédé qu'on emploie pour obtenir l'é- 
tain à l'état métallique consiste à mettre son 
oxide en contact avec du charbon à une tem- 
pérature rouge. Le charbon forme de l'oxide de 
carbone et de l'acide carbonique avec l'oxigène, 
et l'étain se trouve ainsi amené à l'état métal- 
lique. 

VI. USAGES. 

Le teinturier doit connaître les propriétés de 
l'étain, car, non-seulement ce métal est éminem- 
ment propre à la fabrication des chaudières des- 
tinées aux opérations les plus délicates de l'art 
de la teinture, mais ses combinaisons salines, 
ses chlorures , sont éminemment propres à fixer 
les couleurs, ou à les modifier en les avivant; 



APPLIQUÉE A T. A TEINTURE. 3l 

enfin le protochlorure d'étain est un désoxigé- 
nant puissant, utile surtout dans la fabrication 
des toiles peintes. 

Nous croyons utile d'indiquer la manière 
dont on doit procéder pour reconnaître le de- 
gré de pureté de l'étain d'une chaudière , ou de 
celui qui doit servir à en confectionner une. Les 
métaux qui peuvent se trouver alliés à l'étain 
sont le plomb, le cuivre, le bismuth et le fer. 

Pour déterminer la proportion de l'arsenic, 
on fera l'opération suivante sur 5 ou i o gram- 
mes d'étain : Après avoir réduit le métal en ru- 
bans ou en grenailles, on le traitera par l'acide 
hydrochlorique en excès dans un petit matras 
communiquant avec trois flacons de Woulf, 
dont le premier sera rempli d'eau de potasse, 
et les deux autres d'eau de chlore; il se dégagera 
de l'hydrogène mêlé d'hydrogène arséniqué. 
Celui-ci sera décomposé par l'eau de chlore; son 
hydrogène passera à l'état d'acide hydrochlori- 
que, et l'arsenic, sous l'influence d'une autre 
portion de chlore, absorbera l'oxigène de l'eau, 
tandis que cette portion de chlore en absorbera 
l'hydrogène; il en résultera donc de l'acide ar- 
séniqué et de l'acide hydrochlorique. On réu- 
nira les liqueurs des deux derniers flacons, on 



3 2 13 e LEÇON DE CHIMIE 

les fera évaporer à sec, pour chasser tout l'acide 
hydrochlorique; l'acide arsénique restera. En le 
neutralisant par la potasse, et précipitant par le 
nitrate de plomb ou le sulfate de peroxide de 
fer, on aura de l'arséniate de plomb ou de fer, 
dont le poids indiquera l'acide arsénique sec, 
et par suite l'arsenic. Lorsqu'on fait usage du 
nitrate de plomb, il faut être sûr, avant de neu- 
traliser l'acide arsénique, que tout l'acide hy- 
drochlorique en a été séparé, autrement l'arsé- 
niate de plomb qu'on obtiendrait ensuite ne 
serait pas pur, il serait mêlé de chlorure. 

Il pourrait arriver que tout l'arsenic ne fut 
pas combiné avec l'hydrogène : dans ce cas, il 
resterait, au moins pour la plus grande partie, 
à l'état de flocons noirs, insolubles dans l'acide 
hydrochlorique; on les recueillerait, on les la- 
verait, pour les faire sécher ensuite, et les pe- 
ser. On serait certain de leur pureté s'ils se su- 
blimaient sans résidu dans un petit tube de 
verre fermé à un bout. 

Pour déterminer la proportion des autres 
métaux , on prend i grammes ou 5 grammes 
d'étain -, on les traite par l'acide nitrique à ao° 
dans un ballon à long col ; on commence l'opé- 
ration à froid, et on la termine à chaud : tous 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 33 

les métaux sont dissous, excepté l'étain, qui 
a passé à l'état de peroxide; il faut employer 
un excès d'acide nitrique, pour être sûr que les 
métaux solubles ne se sont point combinés avec 
ce peroxide. Quand on juge l'opération termi- 
née, on sépare exactement la liqueur du pré- 
cipité, qu'on lave à plusieurs reprises avec de 
l'eau acidulée : on ajoute les lavages à la liqueur, 
et on fait concentrer le tout, pour en séparer 
l'excès de l'acide nitrique; on y ajoute ensuite 
de l'eau, afin d'en précipiter la plus grande par- 
tie du bismuth à l'état de sous -nitrate : celui- 
ci,' chauffé au rouge, se réduit à de l'oxide pur; 
la liqueur filtrée contient du plomb, du cuivre, 
et le Teste du bismuth; on précipite le premier 
de ces trois métaux par du sulfate d'ammonia- 
que. Le sulfate de plomb obtenu fait connaître 
la quantité de plomb allié à l'étain ; on a une 
dissolution qui contient du cuivre, du fer et du 
bismuth, et de plus, du sulfate d'ammoniaque. 
On y verse de l'ammoniaque en excès ; l'oxide 
de cuivre reste dans la liqueur, et l'on a un pré- 
cipité de peroxide de fer et d'oxide de bismuth; 
la liqueur séparée du précipité est évaporée à 
sec; le résidu qu'elle a laissé étant calciné, il 
reste du deutoxide de cuivre ; on pèse les oxi- 

3 



34 i 3 e LEÇON DE CHIMIE 

des de fer et de bismuth, on les dissout dans 
l'acide hydrochlorique, et on précipite le bis- 
muth par l'acide hydrosulhirique. Le sulfure 
de bismuth calciné à l'air laisse de l'oxide pur. 
En retranchant son poids de celui du précipité 
formé d'oxides de bismuth et de fer, on a le 
poids de ce dernier, et conséquemment celui du 
fer métallique. En outre, l'oxide de bismuth, 
ajouté à celui qu'on a obtenu de son sous -ni- 
trate , donne la proportion de ce métal qui était 
allié à l'étain. 

La présence du plomb et du bismuth dans 
letain, en certaines proportions, a l'inconvé- 
nient de le rendre plus fusible et moins duc- 
tile. 













APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 35 

SECTION IL 

COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES d'ÉTAIN AVEC 
PLUSIEURS DES CORPS EXAMINES. 



CHAPITRE IL 

PROTOXIDE D'ÉTAIN (St). 





I. 


COMPOSITION. 








en poids. 




en atomes. 




Oxigène. 


• ">97 




2 . . 


200 


Étain . . 


. 88,o3 




I . 


1470,58 



100,00 poids at. 1670,58 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est en très-petits cristaux doués du bril- 
lant métallique , ou en poudre jaunâtre; si cette 
poudre est mêlée de cristaux, le mélange est 
olivâtre. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le protoxide d'étain est insoluble dans l'eau. 
Il est soluble dans l'acide nitrique faible et 
dans l'acide hydrochlorique. 

Il forme avec l'eau un hydrate blanc, qui est 

3. 



M 13 e LEÇON DE CHIMIE 

décomposé à une température inférieure à ioo*. 

Vous devez considérer le protoxide d'étain 
comme une substance qui agit par des proprié- 
tés sensiblement alcalines à l'égard de la plu- 
part des matières colorantes rouges. Par exem- 
ple, l'hématine, principe colorant du bois de 
campéche, est éminemment propre à démon- 
trer l'action du protoxide d'étain comme al- 
cali. Si vous versez une dissolution saline de ce 
protoxide dans une infusion d'hématine, il se 
produit un précipité bleu. 

Le protoxide d'étain ne s'unit point à froid 
à l'oxigène atmosphérique ; mais si la tempé- 
rature est élevée , il brûle , et se convertit en 
un deutoxide , qui est blanc , au moins quand 
il est refroidi. 

L'acide nitrique concentré ou l'acide nitri- 
que faible et chaud le font passer au maximum 
d'oxidation. 

On doit considérer en général le protoxide 
d'étain dissous clans les acides comme un corps 
qui a une grande tendance à s'emparer de l'oxi- 
gène des corps avec lesquels on le met en con- 
tact; c'est par cette raison qu'il fait disparaître 
les taches de peroxides de manganèse et de fer 
de dessus la toile ; il les convertit en protoxides 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. 3*7 

qui ne paraissent pas avoir d'affinité pour les 
étoffes, ou du moins, s'ils en ont une, elle est 
trop faible pour qu'ils résistent aux acides qui 
tendent à les dissoudre. 

L'hydrogène et le carbone le réduisent à 
chaud; il en résulte, dans le premier cas, de 
l'eau, et dans le second, de l'acide carbonique 
et de l'oxide de carbone. 

L'acide hydrosulfurique le décompose; il se 
produit de l'eau et du protosulfure d'étain. Lors- 
qu'on fait réagir l'acide hydrosulfurique ou un 
hydrosulfate en dissolution dans l'eau sur un 
sel de protoxide d'étain, il se fait un précipité 
brun qui est un sulfure hydraté, ou, suivant 
plusieurs chimistes, un hydrosulfate de pro- 
toxide. 

IV. PRÉPARATION. 

On verse de l'ammoniaque étendue de son 
volume d'eau dans une dissolution d'hydro- 
chlorate de protoxide d'étain contenue dans 
un ballon; ce protoxide est précipité à l'état 
d'hydrate. Après qu'il est déposé, en décante 
la liqueur surnageante, on la remplace par de 
l'eau bouillie froide, que l'on décante de nou- 
veau , et que l'on remplace enfin par de l'eau 
ammoniacale : on tient les matières pendant 



38 iZ* LEÇON DE CHIMIE 

plusieurs heures à une température de 90 à 97 . 
Le précipité se change en une poudre cristal- 
line, qu'on lave avec l'eau jusqu'à ce que le la- 
vage ne précipite plus la dissolution d'argent. 
Il faut la faire sécher avant de la renfermer dans 
un flacon. 



CHAPITRE III. 

DEUTOXIDE D'ÉTAIN (§t). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Oxigène. . ai, 33 4 • • • 4<>° 

Étain . . . 78,67 1 . . 1 470,58 



100,00 poids at. 1870,58 

II. NOMENCLATURE. 

Peroxide d'étain. Acide stannique. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide, infusible. 

Il est blanc, quelquefois coloré légèrement 
en gris ou en jaune, sans qu'on puisse en expli- 
quer la cause. 

Il prend une couleur jaune par la chaleur. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3t) 

Il est toujours blanc quand il contient de 
l'eau. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est insoluble dans l'eau. Il peut s'y com- 
biner indirectement ,. et former un hydrate 
blanc. 

Le deutoxide d'étain a beaucoup plus de rap- 
ports avec les acides qu'avec les bases salifia- 
bles. En effet, 

i° On ne peut guère citer de sels solubles 
dans lesquels il fasse fonction de base salifia- 
ble, si on excepte la solution aqueuse de per- 
chlorure d'étain, qu'on peut considérer, et 
comme un perchlorure métallique, et comme 
un hydrochlorate de peroxide; 

2° Le deutoxide d'étain forme avec l'héma- 
tine, la brésiline (principe colorant du bois 
de Brésil), la carminé (principe colorant de la 
cochenille), des combinaisons plus ou moins 
rougeâtres, tandis que les bases salifiables, et 
nous mettons parmi elles le protoxide d'étain, 
forment, avec ces mêmes principes colorans, 
des combinaisons bleues ou tirant sur le violet; 

3° Le deutoxide d'étain s'unit à un grand 
nombre de bases salifiables, avec lesquelles il 
forme des composés qui ont beaucoup d'analo- 



4o 13 e LEÇON DE CHIMIE 

gie avec les sels, et qu'on appelle à cause de cela 
des stannates. 

Il existe une matière, dans la composition de 
laquelle entre le peroxide d'étain, qui intéresse 
le teinturier, par la raison qu'elle a été essayée 
en teinture pour colorer la soie en violet. Cette 
composition est le pourpre de Cassius, déno- 
mination qui rappelle à la fois sa couleur et l'al- 
chimiste qui l'a fait connaître. Elle est surtout 
employée dans la coloration des émaux. Nous y 
reviendrons après avoir fait l'histoire du deu- 
toxide d'étain. 

L'hydrate de protoxide d'étain est beaucoup 
plus disposé à être dissous ou à s'unir aux prin- 
cipes colorans que le peroxide anhydre, surtout 
quand ce dernier a été rougi au feu. 

L'acide hydrosulfurique, en réagissant sur le 
deutoxide d'étain qui est dissous dans l'acide 
hydrochlorique, forme un composé jaune qui 
est un bisulfure d'étain hydraté, ou, suivant 
quelques chimistes, un hydrosulfate de deu- 
toxide. 

Tous les corps combustibles qui enlèvent 
l'oxigène au protoxide d'étain, tels que l'hydro- 
gène, le carbone, le soufre, réduisent le per~ 
oxide; mais on remarque que l'hydrogène, et 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4' 

le soufre surtout, agissent difficilement sur le 
peroxide qui a été calciné, et dont les parti- 
cules sont très-cohérentes. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Cet oxide se trouve dans la nature. 

VI. PRÉPARATION. 

Il existe plusieurs procédés pour le préparer ; 
et à ce sujet nous devons faire remarquer que, 
quoique ces procédés donnent des produits for- 
més d'étain et d'oxigène unis dans la même pro- 
portion, cependant ces produits peuvent pré- 
senter des différences assez grandes dans leur 
manière d'agir sur différens corps. Ainsi 

i° Le peroxide d'étain obtenu par la combus- 
tion vive du métal a beaucoup d'analogie avec 
celui de la nature ; 

2° Le peroxide d'étain préparé avec l'étain 
et l'acide nitrique, et qui n'a point été calciné, 
est plus disposé à entrer en combinaison que le 
précédent ; 

3° Le peroxide d'étain obtenu en précipitant 
la solution aqueuse de perchlorure d'étain par 
l'ammoniaque, et qu'on pourrait croire identi- 
que avec le précédent, en diffère d'une manière 
notable , suivant M. Berzelius. 



42 i 3 e LEÇON DE CHLMIF. 

Pour préparer le deutoxide d'étain par l'a- 
cide nitrique, on laisse réagir dans un ballon 
de l'étain et de l'acide nitrique à 3a° à la tem- 
pérature ordinaire; lorsque tout le métal a dis- 
paru , on fait chauffer; s'il se dégage du gaz ni- 
treux, on ajoute de l'acide nitrique, et on fait 
bouillir jusqu'à ce qu'il ne s'en dégage plus; 
enfin on lave la matière jusqu'à ce qu'elle ne 
cède plus d'acide à l'eau bouillante. Si l'on veut 
avoir le peroxide anhydre, il faut nécessaire- 
ment exposer la matière à la chaleur pour en 
séparer l'eau. 

VII. USAGES. 

Cet acide agit comme une base extrêmement' 
précieuse dans l'art de la teinture , par la raison 
qu'il fixe les principes colorans avec force, qu'il 
ne noircit pas par les émanations sulfureuses, 
et que ses combinaisons avec les principes co- 
lorans organiques n'ont pas la même tendance 
à absorber l'oxigène que les combinaisons de 
ces mêmes principes avec un assez grand nom- 
bre de bases salifiables. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4^ 

APPENDICE. 

POURPRE DE CASSIUS. 



La composition de cette matière n'est point 
encore fixée : tous les chimistes s'accordent 
pour y reconnaître du deutoxide d'étain ; mais 
les uns veulent que l'or y soit à l'état d'oxide, 
et les autres qu'il y soit à l'état métallique, et 
dans ce degré de division où il paraît pourpre. 
Pour préparer le pourpre de Cassius, on mêle 
ordinairement des dissolutions étendues de chlo- 
rure d'or et de protochlorure d'étain. S'il n'y 
avait pas une quantité d'eau suffisante dans la 
dissolution, on n'obtiendrait que de l'or métal- 
lique. Au protochlorure d'étain on peut substi- 
tuer le nitrate de protoxide. Expliquons la réac- 
tion des corps dans les deux hypothèses. 

i re hypothèse. Le pourpre de Cassius est un 
stannate d'oxide d'or. 

Pour plus de simplicité, nous prendrons le 
nitrate de protoxide d'étain; nous aurons 



44 13 e LEÇON DE CHIMIE 

2 at. acide nitrique, 



i at. Mit. prot. otain — < ,, . (auxiircne, 

* i at. prot. (lotainr=< ,,. b ■ ' 

1 ( i (1 etain; 

1, ,, f il at. chlore, 

2 at. chlorure d or =< ' 

) 2 at. or; 

r ► p ( 6 at. oxisène, 

6 at. d eau =< , p ? 

(12 at. hydrogène. 

Quantité d'eau qui ne se décompose pas = X. 
Il y a une décomposition de 6 aiomes d'eau; 
les 12 atomes d'hydrogène se portent sur les 
1 1 atomes de chlore pour en former i a d'a- 
cide hydrochlorique; maintenant des 6 atomes 
d'oxigène de l'eau décomposée, t\ s'unissent à i 
atomes d'or, et i se fixent sur le protoxide d'é- 
tain. On a donc 

12 at. acide hvdrochl. =< , , \ 
( 12 hydroge 

i at. pourpre Cassius = 



ene: 



i at. perox. étain.= ^ °, XI $' 
1 I i etain , 

2 at. deutox. d'or=| 4 °" 
I 2 or. 

Il est évident que le résultat serait le même 
en employant le protoclilorure d'étain dissous 
dans l'eau, au lieu du nitrate du protoxide, soit 
qu'on admette que la solution du protochlo- 
rure est celle d'un hydrochlorate de pro- 
toxide, soit qu'on admette qu'elle est celle 
d'un proloch'orure métallique; seulement dans 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4*> 

ce cas ce ne serait qu'au moment de la réac- 
tion , que deux atomes d'eau se porteraient sur 

1 atome de protochlorure d'étaiu pour former 
4 atomes d'acide hydrochlorique et i atome de 
protoxide. 

i e hypothèse. Le pourpre de Cassius est for- 
mé d'acide stannique et d'or métallique. Dans 
cette hypothèse, nous aurons 

i6 at. acide nitrique, 

3 at. nit. protox. étain=< , „ , . (ôoxiii. 

r )3 at. protox. detain = ; ., , ? 

I l lictain; 

2 at.de chlorure d'or = (" at. chlore, 

( 2 at. or; 

/. . v ( 6 at. oxiiiène, 

at. deau =< , ? ,' 

(12 at. hydrogène. 

Quantité d'eau indécomposée = X. 

Les 6 atomes d'oxigène de l'eau décomposée 
se portent sur les 3 atomes de protoxide, et les 
12 atomes d'hydrogène sur les 12 atomes de 
chlore; nous avons donc 

• < 1 , 11 f 12 at. chlore, 

12 at. acide hydrochl. ={ , , ', 

J ( 12 at. hydrogène; 

n ■ _J3at. perox. étain = f l * ? X \& 
1 at. pourpre Cassius =< l j 3 étain, 

(2 at. or. 

Le pourpre de Cassius récemment préparé 
est en flocons gélatineux d'un rouge pourpre 



46 13' LEÇON DE CHIMIE 

foncé. Quand il est desséché en masse, il est 
d'un noir pourpre, et sa cassure est luisante. 

Il n'est pas dissous par l'eau. 

Il est soluble dans l'ammoniaque quand il 
vient d'être précipité. Cette solution se trouble 
par la chaleur. 

L'acide sulfurique à 20 rend la couleur du 
pourpre plus brillante, en lui enlevant un peu 
d'oxide d'étain. 

L'acide nitrique à 32° ne dissout qu'une très- 
petite quantité d'oxide d'étain et d'or. 

L'acide hydrochlorique à io°, bouilli avec le 
pourpre gélatineux, dissout du peroxide d'é- 
tain ; il reste de l'or métallique. 

L'acide hydrochlorique de 4 à 5°, auquel on 
ajoute quelques gouttes d'acide nitrique, dé- 
compose le pourpre de Cassius; tout l'or est 
dissous; le résidu est du peroxide d'étain, mais 
il est probable qu'il y en a une partie qui se 
dissout avec l'or. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ^ 

CHAPITRE IV. 

PROTOCHLORURE D'ÉTAIN ( 4 Ch St). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Chlore. . . . 3 7 ,58 4 . . . 885,3o 

Étain 62,42 1 . . 1470,58 



100,00 poids at. a3à5,88 

II. NOMENCLATURE. 

Muriate d'étain au minimum anhydre. 

Sel d'étain quand il est en cristaux hydratés. 

; III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Ce protochlorure est fusible avant de devenir 
lumineux. Lorsqu'il est rouge de feu, il se vola- 
tilise ; sa vapeur se condense en une masse qui 
est butireuse tant qu'elle est chaude, mais qui 
devient sèche et cassante en se refroidissant. 

Il est incolore. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le protochlorure d'étain est très-soluble dans 
l'eau, et cette dissolution se comporte comme 
un sel de protoxide d'étain. Que l'on admette 



48 13 e LEÇON DE CHIMIE 

donc qu'il y ait décomposition d'eau au mo- 
ment où le protochlorure est dissous , ou que 
cette décomposition ne s'opère qu'au moment 
où la dissolution est en présence de corps qui 
en séparent, soit de l'acide hydrochlorique, soit 
de l'oxide d'étain, tous les phénomènes s'expli- 
quent également bien. 

Cette dissolution peut être considérée comme 
un désoxigénant, et, sous ce rapport, c'est un 
instrument puissant entre les mains du fabri- 
cant de toiles peintes pour enlever l'oxigène à 
beaucoup de corps, et notamment aux per- 
oxides de manganèse et de fer. 

Cette dissolution, exposée à l'air, en absorbe 
l'oxigène; elle se trouble, parce que la quan- 
tité d'acide hydrochlorique n'est plus suffisante 
pour tenir le peroxide en dissolution. 

Elle précipite les sels de deutoxide de cui- 
vre en protochlorure de cuivre hydraté. Dans 
ce cas, le protoxide d'étain s'unit à l'oxigène 
du cuivre, et le cuivre réduit se combine avec 
le chlore. 

Le protochlorure d'étain a une affinité si forte 
pour le chlore, qu'en le chauffant dans ce gaz, 
il l'absorbe en dégageant du feu. Ce phéno- 
mène est tout-à-fait analogue à celui du pro- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 49 

toxide d'étain , qui prend feu quand on le 
chauffe au milieu de l'atmosphère. 

Chauffé doucement avec un excès de soufre, 
tout le chlore se retranche sur la moitié de l'é- 
tain, et le perchlorure, ainsi formé, prend l'é- 
tat gazeux, tandis que l'autre moitié de l'étain 
passe a l'état de persulfure jaune, dont une par- 
tie reste au fond de la cornue, tandis que l'autre 
se sublime en feuillets dorés à la voûte de ce 
vaisseau. Quant à l'excès du soufre, il se vapo- 
rise, et se condense dans le col de la cornue. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il a une saveur astringente très-forte et une 
odeur d'e'tain très-désagréable. 

VI. PRÉPARATION. 

Le sel d'étain s'obtient, comme il a été dit 
(leçon 1 3, p. 28) en traitant de l'étain, par de 
l'acide hydrochlorique, et en faisant cristalliser 
la dissolution. Si l'on veut obtenir le proto- 
chlorure d'étain pur avec le sel d'étain , il faut 
distiller cette substance dans une cornue de 
verre adaptée à un ballon. On obtient d'abord 
une eau acide qui tient de l'oxide d'étain ; dès 
qu'il ne se dégage plus d'humidité, on ôte le ré- 
cipient, et on en adapte un autre, qui doit être 

4 



5o \ 3 e LEÇON DE CHIMIE 

exactement desséché. Lorsque le chlorure est 
parvenu au rouge, il se volatilise et se condense 
dans le col de la cornue, où il faut le chauffer, 
afin de le faire couler dans le récipient, et de 
prévenir par là que la cornue ne s'obstrue. 11 y 
a presque toujours un léger résidu d'oxide d'é- 
tain. 

La distillation est un bon moyen de séparer 
du sel d'étain le deutochlorure qu'il pourrait 
contenir, celui-ci se volatilisant à une tempéra- 
ture assez éloignée de la température rouge, qui 
est nécessaire pour sublimer le protochlorure. 

Si le sel d'étain était mêlé d'acide sulfurique, 
on remarquerait qu'avant la distillation du pro- 
tochlorure, l'acide sulfurique perdrait son oxi- 
gène, et que son soufre s'unirait à de l'étain 
métallique. Il est aisé, au moyen de l'eau, de 
séparer le protosulfure d'étain qui est mêlé à du 
protochlorure; celui-ci est dissous, tandis que 
l'autre ne l'est pas. 

VII. USAGES. 

Le protochlorure d'étain acidulé par l'acide 
hydrochlorique est employé comme désoxigé- 
nant. et comme rongeant dans plusieurs opéra- 
tions de teinture sur toile de coton. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5l 

On s'en sert aussi pour aviver certaines cou- 
leurs, notamment pour roser le rouge des Indes. 

Il est rare que le protochlorure d'étain em- 
ployé dans ces opérations soit pur; il contient 
presque toujours du perchlorure, de l'acide hy- 
drochlorique, et quelquefois de l'acide sulfuri- 
que, ou plutôt du sulfate d'étain. 



PERCHLORURE D'ÉTAIN («Ch St). 

I. COMPOSITION. 

eD poids. en atomes. 

Chlore. . . . 54,63 8 . . . 1770,60 

Êtain 45,37 1 . . . 1470,58 



100,00 poids ar. 324t,i8 

II. NOMENCLATURE. 

Il a été appelé liqueur fumante de Libavius, 
parce qu'il répand d'épaisses fumées à l'air, et 
que Libavius est le premier chimiste qui en ait 
parlé; muriate d'étain au maximum anhydre, 
acide chlorostannique. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est liquide, très-mobile. 

Il bout à 120 . 

Sa densité est plus grande que celle de l'eau. 



D2 13 e LEÇON DE CHIMIE 

Il n'a pas de couleur. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le perchlorure d'étain répand d'épaisses fu- 
mées à l'air parce que sa vapeur forme, avec la 
vapeur aqueuse atmosphérique, un composé 
dont la tension est moindre que celle de ses 
principes immédiats. 

Lorsqu'on le verse dans l'eau, une portion 
va au fond, et une autre se dissout rapidement 
en faisant entendre un sifflement comme le fe- 
rait un fer chaud. 

Lorsqu'il est mis en contact avec l'eau dans 
le rapport de 7 parties de chlorure contre 
22 parties d'eau, il se forme des cristaux qu'on 
peut considérer comme un hydrochlorate de 
deutoxide, ou comme du perchlorure hydraté. 
Quelle que soit, au reste, l'opinion qu'on 
adopte, les acides, les alcalis, assez puissans 
pour décomposer la dissolution du perchlorure 
d'étain, se comportent comme ils le feraient si 
la solution était un hydrochlorate de peroxide. 

La solution aqueuse du perchlorure d'étain 
est d'abord incolore, mais elle passe peu à peu 
au jaune, et laisse déposer des flocons d'hy- 
drate de peroxide d'étain. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 53 

Cette solution se distingue de celle du proto- 
chlorure , en ce qu'elle n'agit pas comme dés- 
oxigénant sur le peroxide de manganèse, sur le 
chlorure d'or, etc.; et en ce qu'elle se comporte 
à la manière des acides avec l'hématine, la car- 
mine, labrésiline, etc. 

Le perchlorure d'étain anhydre dissout l'étain 
sans effervescence ; il se produit du protochlo- 
rure ou un chlorure intermédiaire. 

Il s'unit au gaz ammoniac à la manière des 
acides. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il a une odeur forte, acide, et très-irritante, 
mais qui n'est pas celle de l'étain ou du proto- 
chlorure. 

Il est éminemment caustique. 

VI. PRÉPARATION. 

On peut le former en brûlant l'étain dans le 
chlore sec; mais il y a un procédé plus conve- 
nable. On prend 3 parties d'un amalgame formé 
de i parties d'étain et de I partie de mercure ; 
on les triture avec 2 parties de perchlorure de 
mercure dans un mortier de fer; on distille en- 
suite le mélange dans une cornue de verre bien 
desséchée, à laquelle on adapte un récipient 



54 13 e LEÇON DE CHIMIE 

également sec; celui-ci doit être refroidi avec 
un linge mouillé. Le perchlorure distille au- 
dessous de 36o°. Sur la fin de l'opération , il se 
volatilise du mercure et du protochlorure d'é- 
tain; il y a un résidu d'amalgame de ce métal. 

Il faut conserver le perchlorure dans des fla- 
cons exactement bouchés ; si les bouchons sont 
de verre, il faut avoir soin de les essuyer cha- 
que fois qu'on les remet, autrement ils se sou- 
deraient aux goulots, parce qu'il se produirait 
du perchlorure d'étain hydraté. 

On peut encore préparer un produit qui rem- 
place le perchlorure d'étain en teinture, en sa- 
turant de chlore le sel d'étain dissous ou dé- 
layé dans l'eau. 

VIII. USAGES. 

Le perchlorure d'étain n'est pas employé en 
teinture à l'état de pureté, mais on peut dire 
avec raison qu'il est la base principale des com- 
positions d'étain dont on fait usage surtout 
pour la teinture en rouge écariate. Ces compo- 
sitions, outre du perchlorure ou de l'hydrochlo- 
rate de peroxide d'étain, contiennent toujours 
de l'acide nitrique, et souvent de l'acide hydro- 
chlorique ou de l'hydrochlorate d'ammonia^ 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 55 

que, ou du chlorure de sodium, ou du chlorure 
de potassium. L'excès d'acide qui n'est pas en 
combinaison définie a certainement de l'in- 
fluence sur les couleurs; et d'un autre côté, 
l'hydrochlorate d'ammoniaque ou les chlorures 
de sodium ou de potassium peuvent en exercer 
une par l'affinité qu'ils peuvent avoir pour le 
perchlorure ou l'hydrochlorate de peroxide d'é- 
tain. Au reste, l'influence respective que cha- 
cun des principes immédiats d'une composition 
(Vètain est susceptible d'exercer dans la teinture 
reste en grande partie à démontrer. 



PROTOSULFURE D'ÉTAIN ( S St). 

I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Soufre. . . . 20,99 2 . . . 402, 32 

Étain .... 79,01 1 . . . 1470,58 



100,00 poids at. 1872,90 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le protosulfure d'étain est solide , moins fusi- 
ble que l'étain. Quand il est fondu, il peut cris- 
talliser en lames par le refroidissement. 

Il a le brillant métallique. 



jG I ?>' LEÇO.N DE CHIMIE 

III. PROPRIÉTÉS CITIMIQUES. 

Il est indécomposable par l'action de l'a cha- 
leur. 

Il n'éprouve aucune altération de la part de 
l'air, mais à chaud il se convertit en acide sulfu- 
rique et en oxide d'étain, ou, si la température 
est très-élevée, en gaz acide sulfureux et en per- 
oxide. 

Il se transforme , par l'action de l'acide hydro- 
chlorique, en gaz hydrosulfurique et en proto- 
chlorure d'étain ou hydrochlorate de protoxide, 
suivant qu'on admet la décomposition de l'a- 
cide ou celle de l'eau. 

L'eau régale le transforme en acide sulfuri- 
que et en peroxide d'étain. 

IV. PRÉPARATION. 

Le soufre chauffé avec l'étain peut le sulfu- 
rer, mais il est difficile d'obtenir par ce' moyen 
un sulfure qui ne soit pas mêlé de métal. 

Pour se procurer un sulfure neutre, il faut 
chauffer au rouge le protosulfnre préparé par 
la voie humide. 

Le deutosulfure d'étain rougi laisse encore 
un protosulfure bien pur. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 5 7 

DEUTOSULFURE D'ÉTAIN {or mussif) 
(«S St). 

I. COMPOSITION. 

<"» P"'ds. cij B|omes. 

Soufre. . . 35,3 7 .',... 804,64 

Élain . . . 64,63 1 . . . i/ l7 o,r»S 



100,00 poids ar. 227 ,j2 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Ce composé, à l'état de pureté, est en écail- 
les ou en lames légères qui ont un toucher gras 
et une couleur brillante tout-à-fait semblable à 
celle de l'or. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le deutosuifure d'étain est inattaquable par 
les acides nitrique, sulfurique et hydrochlo- 
rique. 

L'eau régale le convertit en un sulfate de 
peroxide qui est insoluble sans un excès d'acide. 

Lorsqu'on l'expose à l'action de la chaleur, il 
perd la moitié de son soufre, et il rétrograde à 
l'état de protosulfure d'étain. 

IV. PRÉPARATION. 

On peut l'obtenir par plusieurs procédés, 
i° En chauffant parties égales de cinabre et 
de protosulfure d'étain ; 



58 \ y IifiÇOW DE ( H1M1K 

a° En chauffant 2 parties de souire et i par- 
tie de peroxide d'étain; 

3 U En chauffant avec précaution du proto- 
chlorure ou du protoxide d'étain avec du sou- 
fre : ce procédé donne certainement le plus 
beau produit; 

4° En faisant un amalgame de i parties d'é- 
tain et de i partie de mercure, le pulvérisant, 
le mélangeant intimement avec i partie d'hy- 
drochlorate d'ammoniaque et i '- partie de sou- 
fre, puis chauffant le mélange graduellement, 
soit dans des cornues de verre, soit dans de lar- 
ges creusets presque cylindriques. La tempéra- 
ture ne doit pas dépasser le rouge obscur et elle 
doit être soutenue quelques heures à ce degré. 
En opérant ainsi, on obtient un pain léger, pres- 
que toujours plus ou moins mêlé de protosul- 
fure qui lui donne une couleur brune. C'est ce 
procédé qu'on suit dans les fabriques de pro- 
duits chimiques. 

Le mercure qu'on allie à l'étain a pour objet 
de le diviser. Quant à l'hydrochlorate d'ammo- 
niaque, il peut agir de deux manières, i° en 
formant du protochlorure d'étain qui se trans- 
forme ensuite en deutosulfure ; 2° en donnant 
naissance à des fluides élastiques qui enlèvent 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 5g 

le deutosulfure d'étain produit, et contribuent 
ainsi à le soustraire à l'action de la chaleur. 

"V. USAGES. 

Le deutosulfure n'est pas employé en tein- 
ture, mais son éclat et sa belle couleur le ren- 
dent très -propre à former, avec le bleu de 
Prusse, une peinture bronze très-belle. 

Il est encore employé pour augmenter le 
pouvoir électrique des coussins des machines 
électriques, etc. 



QUATORZIEME LEÇON, 



PLOMB (Pb). 

TRENTE-QUATRIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 

PREMIÈRE SECTION. 

CHAPITRE PREMIER. — PLOMB. 



I. NOMENCLATURE. 

Il a porté le nom de Saturne, et ce nom est 
encore usité pour désigner plusieurs de ses pré- 
parations : par exemple l'acétate de protoxide 
de plomb est souvent appelé sel de Saturne. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le plomb est un métal solide à la tempéra- 
ture ordinaire; il se fond à 322', suivant Chric- 
ton, ou 260 suivant Biot. En le comparant au 



2 !4- e LEÇON DE CHIMIE 

fer et à un assez grand nombre d'autres mé- 
taux , on le considère comme volatil. 

Il est cristallisable en pyramides quadran- 
gulaires. 

Il se réduit sous le choc du marteau, et par 
la compression d'un laminoir, en feuilles et en 
lames assez minces : il est peu ductile à la filière. 

L'action du marteau augmente sa ténacité et 
diminue sa densité. 

Muschembroeck rapporte que la densité d'un 
morceau de plomb qui était de 11,479, n 'était 
plus que de 1 1,3 1 7 après qu'il eut été passé à 
la filière, et seulement de 11,2187 après qu'il 
eut été battu. Le métal avait éprouvé une aug- 
mentation considérable de ténacité. 

La densité du plomb est de 1 1,3523, suivant 
Brisson. 

Son poids atomistique est de 2D89. 

Il est d'un blanc gris brillant lorsqu'il n'a pas 
été exposé au contact de l'air. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'hydrogène n'a pas d'action sur lui, et ne 
s'y combine dans aucune circonstance. 

L'oxigène sec, soit pur, soit atmosphérique, 
ne paraît pas s'y combiner à froid; mais il n'en 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

est pas de même à chaud ; alors l'union a heu ; 
et si elle est suffisamment rapide, il se produit 
une lumière rougeâtre qui n'est jamais très- 
vive. 

Le résultat immédiat de la combustion vive 
du plomb paraît être toujours un protoxide 
jaune appelé massicot. Mais lorsque ce com- 
posé reste exposé au contact de l'oxigène ou 
de l'air dans un état convenable de division et 
de température, il absorbe une nouvelle quan- 
tité d'oxigène, et passe, en totalité ou en partie 
seulement, à l'état d'un oxide intermédiaire 
d'une couleur rouge orangée, qui est appelé 
minium. Ce qu'on appelle litharge d'or, ou plu- 
tôt litharge d'argent, est du protoxide de plomb 
fondu. Ce qu'on appelle litharge ordinaire, ou 
litharge rouge, est un mélange fondu de pro- 
toxide et d'une faible quantité d'un oxide in- 
termédiaire qui colore le premier en rougeâtre. 

Lorsque le plomb est exposé à froid au con- 
tact de l'air légèrement humide, sa surface se 
ternit rapidement; il se produit un oxide, que 
Proust a considéré comme du massicot, et Ber- 
zelius comme un oxide inférieur à ce dernier. 

S'il se trouve au milieu d'une atmosphère 
très-humide contenant à la fois de l'oxigène et 

i. 



4 14-' LEÇON DE CHIMIE 

de l'acide carbonique, et s'il est d'ailleurs ré- 
duit en lames minces , il se change en un sous- 
carbonate de protoxide qui porte le nom de cé- 
ruse dans les arts. 

Le chlore s'unit à froid, mais lentement, au 
plomb. La chaleur favorise la combinaison. 

L'iode s'y combine à chaud. 

Le soufre s'y combine à chaud, en donnant 
lieu à un dégagement de lumière. 

Le phosphore, l'arsenic et la plupart des 
métaux s'y combinent, mais à l'aide de la cha- 
leur. 

L'eau n'est pas décomposée par le plomb; 
mais à la température ordinaire, elle facilite 
l'oxidation du métal, surtout si un acide est 
présent. C'est ainsi que du plomb en rubans 
submergé dans quelques pouces d'eau qui peu- 
vent puiser de l'oxigène et de l'acide carbo- 
nique dans l'atmosphère, ou, ce qui revient à 
peu près au même, du plomb en rubans placé 
dans une atmosphère de ces gaz saturée d'hu- 
midité, se convertit en sous-carbonate. 

L'acide hydrochlorique aqueux concentré et 
chaud l'attaque; il se dégage de l'hydrogène, 
et il se forme du chlorure qui peut se dissoudre 
dans l'acide indécomposé. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

L'acide hydrophtorique est sans action sur 
le plomb; aussi prépare-t-on et conserve-t-on 
cet acide dans des vases de ce métal. 

De tous les acides le nitrique est celui qui 
dissout le plomb avec le plus de rapidité, mais 
ce n'est pas l'acide concentré qui a le plus d'é- 
nergie; la condition favorable à l'action mu- 
tuelle des corps, est que le nitrate de protoxide 
auquel ils donnent naissance puisse être dis- 
sous à la température où l'on opère clans 
l'eau qui est unie à l'acide ; car si vous prenez 
de l'acide concentré qui n'a pas la propriété 
de dissoudre une grande quantité de ce ni- 
trate, le métal est attaqué à sa surface seule- 
ment, parce qu'il se forme une couche de ce sel , 
qui , étant insoluble dans l'excès d'acide , pré- 
serve les parties qu'il recouvre du contact de 
l'acide libre. 

La dissolution du plomb a lieu assez rapide- 
ment dans l'acide nitrique bouillant d'une den- 
sité de 1 5° à l'aréomètre ; il y a dégagement de 
deutoxide d'azote. 

L'acide lrydrosulfurique gazeux agit sur lui, 
surtout à une température rouge; l'hydrogène 
est mis en liberté, et le soufre s'unit au métal. 

L'acide hydrosulfurique dissous dans l'eau 



6 W LEÇON DE CHIMIE 

est également décomposé par le plomb ; et c'est 
pourquoi ce métal noircit quand il est plongé 
dans une eau sulfureuse. 

L'acide sulfurique n'a sur lui qu'une action 
très-faible; voilà pourquoi l'on se sert de plomb 
pour construire les chambres où se fabrique 
cet acide. On emploie par la même raison dans 
les ateliers des vases de ce métal quand on 
veut faire réagir l'acide sulfurique concentré 
sur différens corps. Cependant quand on fait 
bouillir de l'acide concentré sur du plomb, il 
se dégage du gaz sulfureux, et il se produit un 
peu de sulfate de protoxide; à froid l'action est 
nulle. 

L'acide phosphorique, tenu en fusion sur le 
plomb, a une double action : une portion d'acide 
est décomposée en phosphore et en oxigène. 
De là résulte du phosphure de plomb, et du 
proxide qui s'unit à la portion d'acide non dé- 
composée, et forme un phosphate. 

Ce que je viens de dire de l'action des acides 
doit s'entendre des circonstances où les corps 
sont en contact sans avoir celui de l'air atmos- 
phérique; car, dans le cas contraire, il y a tel 
acide qui a peu ou qui n'a pas d'action sur le 
plomb , qui alors en exerce une plus ou moins 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

marquée ; l'oxidation du métal aux dépens de 
l'oxigène atmosphérique étant favorisée alors 
par la tendance qu'a cet acide à la neutralisa- 
tion : j'ai eu l'occasion de faire une observation 
analogue au sujet du cuivre (leçon 12, pag. 53). 
Au reste , il arrive très-souvent que des corps 
susceptibles de se combiner ensemble, mais qui 
se trouvent dans des circonstances où leur ac- 
tion mutuelle est nulle ou très -faible, s'unis- 
sent dès qu'ils sont en présence d'un autre corps 
doué d'une affinité plus ou moins énergique 
pour la combinaison que les premiers sont ca- 
pables de former. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Le plomb a une légère odeur. Il ne paraît 
pas être vénéneux, mais il le devient par sa 
combinaison avec l'oxigène , surtout quand 
l'oxide est rendu soluble par un acide. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Il existe dans la nature engagé dans un assez 
grand nombre de combinaisons. Vous devez en 
trouver la raison dans le grand nombre de corps 
que j'ai dits être susceptibles de s'y combiner. 

Le plomb natif est assez rare, et plusieurs 
minéralogistes attribuent à l'art l'origine de ce- 



8 14-' LEÇON DE CHIMIE 

lui qu'on a rencontré dans la nature libre de 
toute combinaison. C'est surtout à l'état de sul- 
fure qu'il y est répandu, et c'est presque tou- 
jours ce minéral plus ou moins pur qu'on ex- 
ploite en grand pour en retirer le plomb. 

Il se trouve encore à l'état de séléniure, de 
chlorure, d'oxide intermédiaire de couleur oran- 
gée, de sous- carbonate, de sulfate, de phos- 
phate , d'arséniate , de molybdate, de chromate, 
de protoxide , etc. 

VI. EXTRACTION. 

On extrait en général le plomb : 

i° De son oxide, que nous avons appelé li- 
tharge, et qui est presque toujours un produit 
de l'art ; 

2° Et de son sulfure natif. 

Pour réduire la litharge à l'état métallique , 
il suffit de la chauffer sur la sole d'un fourneau 
à réverbère avec du charbon. L'oxigène se porte 
sur ce combustible, et le plomb se trouve ainsi 
revivifié. 

On traite le sulfure de diverses manières. 

A. On cherche ou à en convertir par le gril- 
lage le soufre en acide sulfureux et le plomb en 
litharge , qu'on réduit ensuite par le charbon ; 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 9 

Ou à en convertir par le grillage une por- 
tion seulement en sulfate de plomb, qui, venant 
ensuite à être mêlée avec le reste du sulfure in- 
décomposé, donne pour résultat du gaz acide 
sulfureux et du métal. 

B. En le chauffant avec du fer, celui-ci se 
combine au soufre et laisse le plomb en liberté. 

VII. USAGES. 

Les usages du plomb métallique sont assez 
nombreux : ils sont fondés sur sa mollesse , sa 
fusibilité , sa ductilité , et en outre sur ce que 
son prix n'est pas trop élevé parce qu'il est très- 
répandu, et que les procédés pour l'extraire à 
l'état de pureté sont peu coûteux à exécuter. 
Réduit en feuilles, il est employé, comme l'é- 
tain l'est aussi , à faire des boîtes , des enve- 
loppes impénétrables à l'humidité, et qui sont 
propres par conséquent à conserver sèches 
beaucoup de matières. Il sert à couvrir les édi- 
fices, ù faire des chambres pour préparer l'a- 
cide sulfurique, des chaudières destinées à con- 
tenir des matières qui ne doivent pas être ex- 
posées à une température très-élevée. 

Lorsqu'on fait des tuyaux de plomb pour 
conduire l'eau , il faut leur donner une certaine 



10 \A* LEÇON DE CHIMIE 

épaisseur afin qu'ils ne se déforment pas sous 
la charge du liquide qu'ils doivent contenir; 
cette épaisseur est encore nécessaire s'ils doi- 
vent être exposés dans l'eau ou dans une atmos- 
phère constamment humide : dans ce dernier 
cas, il est bon d'enduire le plomb extérieure- 
ment d'une couche de peinture à l'huile. 

La pluie qui tombe ou l'humidité qui peut 
se condenser sur une terrasse ou un édifice cou- 
vert en plomb ne produit pas sur le me'tal au- 
tant d'altération que l'humidité constante d'une 
atmosphère qui ne se renouvelle pas en pro- 
duit sur des feuilles ou des lames de plomb qui 
se trouvent dans cette atmosphère. 

Plusieurs sels de plomb sont employés en 
teinture : ainsi l'acétate l'est pour préparer l'a- 
cétate d'alumine ; le nitrate et même l'acétate le 
sont pour mordancer les étoffes, particulière- 
ment celles de coton sur lesquelles on veut fixer 
l'acide chromique du chromate de potasse. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. I i 

SECTION IL 

COMBINAISONS BINAIRES DÉFINIES DU PLOMB AVEC 
PLUSIEURS CORPS PRÉCÉDEMMENT EXAMINES. 



CHAPITRE PREMIER. 
PROTOXIDE DE PLOMB (PI). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Oxigène .... 7,60 2 . . . . 200 

Plomb 92,40 1 . . . . 2589 



100,00 poids at. 2789 

II. NOMENCLATURE. 

Massicot, quand il est en poudre jaune. 

Litharge d'argent et même litharge d'or 
quand il a été fondu. 

Litharge ordinaire, quand il a été fondu, et 
qu'il a absorbé un peu d'oxigène ; d'où il est 
résulté une certaine quantité de minium ou 
d'oxide intermédiaire. 



12 14-' LEÇON DE CHIMIE 

III. PROPRIETES PHYSIQUES. 

Il est fusible en verre. Ce verre, refroidi, est 
dur et fragile. 

A une température rouge assez élevée, et 
exposé à un courant d'air, il se volatilise sensi- 
blement. On observe que sa couleur jaune passe 
à l'orangé par l'action de la chaleur. 

VI. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est légèrement soluble dans l'eau. 

A l'état naissant il s'unit à ce liquide , et 
forme un hydrate blanc. 

Le protoxide de plomb doit être considéré 
comme une base salifiable assez puissante, car 
il neutralise tous les acides; et je dirai même 
plus : quand vous avez laissé du protoxide de 
plomb en excès en contact avec un acide , et 
qu'il forme avec cet acide un sel soluble, il ar- 
rive presque toujours que la dissolution verdit 
la teinture de violette, et agit sur les principes 
colorans à la manière des alcalis ; ces dissolu- 
tions peuvent aussi ramener au bleu le papier 
de tournesol préalablement rougi. D'après cela, 
il est évident que le protoxide de plomb a une 
force alcaline très-sensible. Je dois ajouter qu'il 
a une grande tendance à se combiner avec les 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

principes colorans; aussi l'ai-je employé avec 
avantage pour décolorer plusieurs infusions vé- 
gétales que je voulais analyser. Après la déco- 
loration des infusions, je trouvais dans l'eau 
toutes les matières solubles qui n'étaient pas 
susceptibles de se combiner avec cet oxide. On 
l'a depuis employé à décolorer les vins, et par 
ce moyen on a démontré que l'alcool y est tout 
formé; mais en même temps que cet effet a 
lieu , l'acide libre contenu dans ces liquides se 
combine avec une partie de l'oxide. 

Si le protoxide de plomb a une tendance si 
grande à s'unir aux principes colorans, ce n'est 
pas une raison de conclure qu'il doit être un 
bon mordant, c'est-à-dire un intermède propre 
pour fixer les principes colorans organiques 
sur les étoffes , car pour qu'un corps serve de 
mordant il ne faut pas seulement qu'il s'unisse 
facilement avec les principes colorans, mais il 
doit encore former avec eux des combinaisons 
stables. 

Tous les hydracides dont les comburans 
ont une affinité marquée pour le plomb rédui- 
sent son protoxide en eau et en un composé 
formé de comburant et de métal; par exemple, 
l'acide hydrochlorique le convertit en eau et en 



l4 14 e LEÇON DE CHIMIE 

chlorure de plomb ; l'acide hydrosulfurique , en 
eau et en sulfure noir. 

Il est réduit, à une température peu élevée , 
par l'hydrogène et le carbone. 

C'est par leur hydrogène et leur carbone que 
les matières organiques qu'on chauffe avec le 
protoxide de plomb le réduisent. Pour se con- 
vaincre de la facilité avec laquelle cette réduc- 
tion s'opère, il suffit de brûler une carte enduite 
d'un oxide de plomb quelconque pour voir le 
métal revivifié en petits globules. 

Le protoxide de plomb est encore ramené à 
l'état métallique , mais en contractant une com- 
binaison nouvelle , quand il est chauffé avec du 
soufre ; il se produit de l'acide sulfureux et un 
sulfure. La tendance de l'oxide de plomb à cé- 
der son oxigène et à se convertir en sulfure noir, 
explique la couleur noire que prennent les corps 
qui ont été recouverts d'un enduit à base de pro- 
toxide de plomb, lorsqu'ils sont exposés à des 
émanations sulfureuses. Cette couleur noire se 
manifeste d'une manière qui doit fixer l'atten- 
tion du teinturier, lorsque la laine est chauffée 
dans un bain qui contient un sel à base de pro- 
toxide de plomb , particulièrement l'acétate. 

Le teinturier qui veut mordancer des étoffes 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l5 

de coton avec de l'acétate ou du nitrate de 
plomb, pour y combiner ensuite l'acide du chro- 
mate de potasse , etc. , lorsqu'il est placé sur le 
bord d'une rivière qui, comme celle de Bièvre, 
laisse dégager de l'acide hydrosulfurique dans 
les temps chauds, doit éviter alors de laisser ses 
toiles exposées aux émanations de la rivière; 
autrement elles noirciraient, parce que l'a- 
cide hydrosulfurique réduirait le protoxide de 
plomb en eau et en sulfure noir. 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore, insipide. 
Ses sels sont délétères. 

V. PRÉPARATION. 

Lorsqu'on veut se procurer du protoxide de 
plomb parfaitement pur, il n'y a pas de meil- 
leur moyen que de chauffer au rouge léger, et 
en vase clos, du sous-carbonate de plomb pur, 
et de ne transvaser l'oxide qu'après son entier 
refroidissement. Si le sous-carbonate était mêlé 
de matières organiques, une portion d'oxide se- 
rait réduite. Dans le cas où l'on opérerait avec 
le contact de l'air, il pourrait se produire du mi- 
nium qui colorerait le protoxide en orangé. 

L'oxide de plomb qu'on trouve dans le com- 



ifi 14 e LEÇON DE CHIMIE 

merce sous le nom de litharge contient pres- 
que toujours du deutoxide de cuivre; et lors- 
qu'il a été exposé quelque temps dans une 
atmosphère humide, il contient en outre du 
sous-carbonate de plomb. Il suffit en effet que 
la litharge soit humectée d'eau et exposée à l'air 
pour que bientôt on la voie blanchir et se con- 
vertir ainsi en sous-carbonate. 

VI. USAGES. 

Si le protoxide de plomb n'est pas employé 
immédiatement dans la teinture, il l'est à l'état 
salin; et les détails dans lesquels nous venons 
d'entrer démontrent assez combien la connais- 
sance de ses propriétés est indispensable pour 
expliquer des phénomènes très-importans qu'on 
peut observer dans les ateliers de teinture où 
l'on emploie des sels de ce métal. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 

CHAPITRE IL 

PEROXIDE DE PLOMB (PI). 



I. COMPOSITION. 

eu poids. en atome» 

Oxigéne .... i3,38 4 4°° 

Plomb 86,62 1 . . . . 258 9 



100,00 poids at. 2989 

II. NOMENCLATURE. 

Tritoxide de plomb 3 oxide puce. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est pulvérulent et de couleur puce. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est insoluble dans l'eau. 

Il ne s'unit à aucun acide en ique, sans s'a- 
baisser au minimum d'oxidation. 

Il n'est pas non plus susceptible de se com- 
biner aux bases salifiables. 

Exposé à l'action de la chaleur, il perd la 
moitié de son oxigène, et passe conséquemment 
à l'état de protoxide. 

Les acides nitrenx et sulfureux, mis en con- 



l8 14 e LEÇON DE CHIMIE 

tact avec le peroxide de plomb, absorbent la 
moitié de son oxigène, et neutralisent le pro- 
toxide provenant de cette désoxigénation. 

L'acide hydrochlorique le réduit en chlorure 
de plomb; il se forme de l'eau, et il se dégage 
du chlore. Il se comporte donc alors à la ma- 
nière du peroxide de manganèse. 

Le soufre, trituré au milieu de l'air avec le pe- 
roxide de plomb, s'enflamme en partie; l'autre 
partie s'unit au métal réduit. 

On conçoit, d'après ce que nous venons de 
dire, qu'il doit agir sur tous les corps oxigéna- 
bles qui peuvent absorber l'oxigène du pro- 
toxide de plomb. 

V. PRÉPARATION. 

On le prépare en traitant le minium à chaud 
par l'acide nitrique à i5°, et cela jusqu'à ce que 
l'acide ne dissolve plus rien. Le résidu doit être 
lavé avec soin, puis séché à une douce chaleur. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 19 

CHAPITRE III. 

OXIDES DE PLOMB INTERMÉDIAIRES, 
ou MINIUMS. 



Lorsqu'on a divisé du massicot à l'extrême , 
et qu'on le tient pendant un certain temps ex- 
posé en couche mince à une température insuf- 
fisante pour le fondre, et dans un four à réver- 
bère dont les ouvertures sont fermées, il absorbe 
l'oxigène de l'air, et passe à l'état de minium. 
Tant qu'il est chaud, il a une couleur puce; 
mais, par le refroidissement, il devient d'un 
rouge orangé. On ne doit le retirer du four 
qu'après qu'il est refroidi. 

Il ne paraît pas douteux que le minium ne 
soit une combinaison de protoxide et de per- 
oxide de plomb, ainsi que l'a avancé Proust; 
mais il n'a admis, ainsi que M. Berzelius, qu'un 
seul minium , auquel le chimiste suédois attri- 
bue la composition suivante : 

Oxigène i3,38 

Plomb 86,62 



100,00 

2. 



UO \K* LEÇON DE CHIMIE 

OU 

atome. atome. 

Protoxide de plomb i sbJJHJ" *.' 
Peroxide de plomb i =< *■ *> *' 

Tandis qu'aujourd'hui il semble bien prouvé, 
d'après les observations de M. Longchamp et 
celles de M. Houton-Labillardière, qu'il existe 
un autre minium formé sensiblement de 

«il poids. 

Proloxide de plomb 7 5 

Peroxide de plomb 25 



ou , en corrigeant ces résultats, de 

en poids. en alomec. 

Protoxide de plomb 73,68 3 . . . . 8367 

Peroxide de plomb 26,32 1 . . . . 2989 



100,00 poids at. n356 

Cette composition a été déterminée par 
M. Houton-Labillardière, sur un minium cris- 
tallisé en paillettes , et d'une belle couleur 
rouge orangée. 

Un fabricant de minium m'a dit avoir distin- 
gué dans sa fabrication ces deux miniums par 
leur couleur; le premier étant moins orangé 
que le second, il l'appelle minium rouge , et il 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 21 

réserve au dernier la dénomination de minium 
orangé. 

Il ne faut pas confondre cette dernière déno- 
mination avec celle de mine orange, que clans 
le commerce on donne à un minium qui a été 
préparé avec du sous-carbonate de plomb, et 
qui retient encore, suivant M. Roard, de o,o4 
à o,o5 de sous-carbonate indécomposé. Ce mé- 
lange a l'avantage de ne pas se durcir, comme 
le minium pur, quand on le mêle à la colle. 

Quoi qu'il en soit de la composition du mi- 
nium, il sera toujours facile de s'en représenter 
les propriétés chimiques, parce qu'elles résul- 
tent évidemment de celles que doit avoir un 
mélange de protoxide et de peroxide de plomb. 
Ainsi , 

Chauffé, il se réduit en oxigène et en pro- 
toxide : 

Il ne s'unit pas aux acides saturés d'oxigène 
sans perdre de l'oxigène, ou sans se réduire en 
protoxide qui s'y unit, et en peroxide qui ne 
s'y combine pas ; 

Traité par l'acide hydrochlorique, il se con- 
vertit en eau et en chlorure de plomb, et il se 
dégage du chlore ; 

Enfin il se comporte avec les corps oxigéna- 



22 14 e LEÇON DE CHIMIE 

bles comme le protoxide et le peroxide de 
plomb qui le constituent. 



CHAPITRE IV. 

CHLORURE DE PLOMB (4Ch PI). 





1. 


COMPOSITION. 






Chlore. . 
Plomb. . 


eu poidi. 

. 25,48 
• 74,52 


ta atoraet' 

4 • • 
i . . 


. 885,^8 
. 2589,00 



100,00 poids at. 3474,28 

II. NOMENCLATURE. 

Muriate de plomb anhydre. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide, fusible en une matière vitreuse 
qui est d'un blanc grisâtre après le refroidisse- 
ment. 

On peut l'obtenir, par la voie humide, cris- 
tallisé en aiguilles. 

Il est légèrement volatil , surtout s'il est sou- 
mis à l'action d'un courant d'air. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. s3 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est insoluble, ou presque insoluble dans 
l'eau. 

Il est soluble dans l'acide hydrochlorique 
concentré et bouillant; la solution est précipi- 
tée par l'eau. 

Il est susceptible de former des espèces de 
sels en s'unissant à des proportions définies de 
protoxide de plomb. 

V. PRÉPARATION. 

On précipite le nitrate ou l'acétate de plomb 
par le chlorure de sodium ; le chlorure de plomb 
qui se sépare est en petites aiguilles anhydres 
si les liqueurs qu'on a mêlées étaient suffisam- 
ment étendues d'eau. 

On peut encore l'obtenir en faisant réagir l'a- 
cide hydrochlorique sur le protoxide de plomb. 
Il est évident, d'après ce que nous avons dit de 
la composition de ces corps , qu'en prenant 

4 at. acide hydrochlorique =< , , \ 

i at. protoxide de plomb =< , ^ c ' 
1 * (i plomb. 

on aura 

i at. chlorure de plomb. . ={ , u ' 
r (i plomb; 

2 at. d'eau z=\ , ° xl 8 ene ^ 

| 4 hydrogène. 



■3l4 14 e 1-EÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE Y. 

SULFURE DE PLOMB (»S PI). 



I. COMPOSITION. 

en poids. eo atoaies- 

Soufre. . . i3,45 a . . . 402, 3a 

Plomb. . . 86,55 i . . 2589,00 



100,00 poids at. 2991,3a 

II. NOMENCLATURE. 

Galène. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide, fusible et cristallisable en cubes 
par le refroidissement. 

Il est volatil à une température élevée. 

Sa densité est de 7,7592. 

Il est d'un gris foncé, et doué du brillant 
métallique. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Lorsqu'on chauffe le sulfure de plomb dans 
une cornue contenant de l'air, et munie d'un 
tube plongé dans l'eau, il se produit d'abord 
un peu de gaz sulfureux; il se sublime du sou- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. '±5 

fre avec la plus grande partie du sulfure; le 
résidu est formé de plomb et d'un peu de 
sulfure. 

Les gaz sulfureux et carbonique que l'on fait 
passer sur du sulfure de plomb chauffé au 
rouge dans un tube de porcelaine ne le décom- 
posent pas, mais facilitent sa volatilisation. 

Le gaz hydrogène agit de même à une cer- 
taine température; mais à une température plus 
élevée, on obtient de l'acide hydrosulfurique et 
du plomb. 

L'air atmosphérique qu'on fait passer sur le 
sulfure de plomb en réduit une portion en 
métal et en acide sulfureux, et une autre en 
sulfate de plomb qui est entraîné sous forme 
de fumée blanche. 

L'acide nitrique, chauffé avec le sulfure de 
plomb, le convertit en sulfate neutre ; les i ato- 
mes de soufre absorbent 6 atomes d'oxigène, et 
l'atome de plomb i atomes. 

L'eau régale et l'eau oxigénée produisent le 
même effet. 

Les proportions des élémens du sulfure de 
plomb et de ceux du sulfate de protoxide sont 
telles, qu'en chauffant i atome de l'un avec i 
atome de l'autre, on obtient 2 atomes de plomb 



a acide suif. = {» ac. sulfureux, 
( 2 oxigene; 
i i il oxiiïène 
P r0t -P l0mb = {i plomb. 



lat. sulfate. .".*-< U oxigene; 

i oxigune, 



26 14 e LEÇON DE CHIMIE 

et 4 atomes d'acide sulfureux gazeux. En effet , 

xi {% soufre, 

I at. sulfure. . . — < , , ' 

( 1 plomb ; 

4 

et d'un autre côté, 

i at. ac. sulfureux=< ' k. ' 
( 1 soufre. 

Les 'i atomes de soufre du sulfure, en s'unissant 
aux 2 atomes d'oxigène de l'acide sulfurique et 
aux 1 atomes d'oxigène du protoxide de plomb, 
forment 

2 at. acide sulfureux = < x f e ' 
(a soufre, 

qui se dégagent avec les deux autres provenant 
de l'acide sulfurique. 

II reste 

2 at. de plomb. 

V. USAGES. 

Le sulfure de plomb a été prescrit, dans plu- 
sieurs anciennes recettes de teinture, sous le 
nom ôialquifoux. 

M. Houton-Labillardière a proposé de l'em- 
ployer comme matière colorante dans la fabri- 
cation des toiles peintes. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 27 

APPENDICE 

A L'HISTOIRE DU PLOMB. 



L'utilité que les arts retirent de l'usage de 
plusieurs alliages du métal que nous venons 
d'étudier me fait penser qu'il n'est point déplacé 
de dire quelques mots de ces composés à la 
suite de l'histoire du plomb. 



PLOMB ET ANTIMOINE. 



Ils s'allient en toutes proportions. 

1 partie d'antimoine et 3 parties de plomb 
donnent un alliage malléable plus dur que le 
plomb. 

i partie d'antimoine et 16 parties de plomb 
forment la composition des caractères d'impri- 
merie. 

PLOMB ET ÉTAIN. 

Ils s'allient en toutes proportions, et les 
alliages qui en résultent ont plus de dureté et 
de ténacité que le plomb. Si l'on veut obtenir 
l'alliage le plus dur possible, il faut que le 
plomb soit à l'étain : ; i * 3. 



afà 14 e LEÇON DE CHIMIE 

2 parties de plomb et i partie d'étain fondues 
ensemble donnent la soudure des plombiers, 
c'est-à-dire l'alliage que l'on emploie pour sou- 
der le plomb. 

Cet alliage présente une propriété extrême- 
ment remarquable, c'est celle de brûler à la 
manière d'un pyrophore lorsqu'il est suffisam- 
ment chauffé. L'accroissement de combustibilité 
que les métaux acquièrent par le fait de leur 
union mutuelle, ne peut être attribué qu'à la 
grande affinité du peroxide d'étain pour le pro- 
toxide de plomb : et en effet nous avons vu plus 
haut que le premier de ces oxides fait fonction 
d'acide en général, tandis que le second est dé- 
cidément alcalin; d'après cela il n'est donc pas 
étonnantque les deux corps réagissent fortement 
lorsqu'ils se trouvent pour ainsi dire à l'état 
naissant, et qu'ils produisent un véritable sel 
qu'on appelle stannate de plomb. Cette matière 
est employée avec un grand avantage à faire l'é- 
mail blanc de la faïence. 

PLOMB ET BISMUTH. 

Ils forment un alliage lamelleux, cassant, gris 
foncé, plus tenace que le plomb et plus dense 
que ne le sont les métaux alliés. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 29 

PLOMB, ÉTAIN ET BISMUTH. 

5 parties de plomb , 8 parties de bismuth et 
3 parties d'étain forment un alliage qui est fu- 
sible à ioo°, et qui porte en France le nom 
<X alliage fusible de Darcet, quoique Newton 
et Margraff l'aient connu. 

Cet alliage est utile dans plusieurs expérien- 
ces où l'on veut chauffer des vases dans un bain 
liquide à une température supérieure à ioo°. 



On peut analyser les alliages de plomb et 
d'antimoine, de plomb et d'étain par l'acide ni- 
trique chaud qui dissout le plomb, et ne dis- 
sout pas les peroxides d'antimoine et d'étain. 

On peut, ainsi que M. Léonard Laugier l'a 
conseillé , analyser l'alliage de plomb et de bis- 
muth en le dissolvant dans l'acide nitrique; 
précipitant ensuite le protoxide de plomb seu- 
lement par le sous-carbonate d'ammoniaque en 
excès. Ce sel retient en dissolution le sous-car- 
bonate de bismuth. En neutralisant cette liqueur 
par l'acide nitrique , faisant bouillir afin d'en 
dégager l'acide carbonique , on peut précipiter 
ensuite par l'ammoniaque tout l'oxide de bis- 
muth. 



3o 14-* LEÇON DE CHIMIE 

CÉRIUM (Ce). 

TRENTE-CINQUIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



Le cérium est un métal dont les propriétés 
à l'état de pureté sont à peine connues. 
Son poids atomistique est de n 49,44- 
On sait qu'il s'unit à l'oxigène en deux pro- 
portions. 



PROTOXIDE DE CÉRIUM (Ce). 

en poids. en atomei. 

Oxigène. . 14,82 2 . . . 200 

Cérium . . 85,i8 1 . . . 1 149,44 



100,00 poids at. 1 349,4 4 

Il est blanchâtre, insipide, inodore; chauffé 
avec le contact de l'air, il devient couleur de 
brique, en absorbant de l'oxigène. 

L'hydrate de protoxide de cérium est blanc. 
Lorsqu'il est en flocons et qu'il a le contact de 
l'air, il se suroxide. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3l 

Ce protoxide neutralise assez bien les acides 
énergiques. 

Il ne s'unit pas à l'acide hydrosulfurique. 



PEROXIDE DE CÉRIUM (Ce). 

ta poids. en atomei. 

Oxigène. . 20,70 3 . . . 3oo 

Cérium . . 79,3° 1 "• • 1149,44 



100,00 poids at. 1449,44 

Il est couleur de brique. 

Il ne peut se combiner aux acides saturés 
d'oxigène, sans s'abaisser au minimum; en cela 
il est analogue aux peroxides de plomb et de 
manganèse. 



Il existe un sulfure de cérium. 

On ignore si les sels de ce métal pourraient 
être de quelque utilité en teinture. 

Le cérium fut découvert en 1804 par mes- 
sieurs Berzelius et Hisinger, dans un minéral 
de la mine de Bastnaés en Suède, qui porte au- 
jourd'hui le nom de cérite. 



3fc 14 e LEÇON DE CHIMIE 

COBALT (Co). 

TRENTE-SIXIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 

PREMIÈRE SECTION. 



Le cobalt est un métal qu'on obtient rare- 
ment en masse compacte, parce qu'il est peu 
filiale à l'état de pureté. Il se présente en gé- 
néral sous la forme de grains ou de globules 
agglutinés. 

Sa densité est de 7,7. 

Il est cassant à froid, mais à chaud il paraît 
légèrement ductile. 

Il est d'un blanc gris. 

C'est le premier des corps que nous avons 
examinés jusqu'ici qui soit magnétique. 

Son poids atomistique est de 738. 

Il s'unit, lorsqu'il est rouge de feu, à l'oxi- 
gène, en dégageant de la lumière. 

Il forme avec l'oxigène deux oxides qui sont 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 33 

susceptibles de s'unir ensemble, et de former 
ainsi un oxide intermédiaire. 

Il s'unit au chlore , quand il est chauffé dans 
ce gaz. 

A chaud, il s'unit également au soufre, et il 
y a dégagement de lumière. 

Il ne décompose l'eau à aucune température. 

Les acides hydrochlorique, sulfurique et ni- 
trique étendus, le dissolvent; les deux premiers 
avec dégagement d'hydrogène, le dernier avec 
dégagement de deutoxide d'azote. Les solutions 
sont d'un beau rouge. 

Le cobalt n'a pas été' employé en teinture. 

J'ai fait des essais avec plusieurs de ses sels, 
dont je rendrai compte dans la suite de ce 
cours. 



84 1 -4* LEÇON DE CHIMIE 

SECTION II. 

COMBINAISONS BINAIRES DÉFINIES DU COBALT AVEC 
PLUSIEURS DES CORPS PRÉCÉDEMMENT EXAMINÉS. 



PROTOXIDE DE COBALT (Co). 

en poidi. m aloniei. 

Oxigène. . 21, 32 2 . . . 200 

Cobalt. . . 78,68 1 . . . 7 38 



100,00 poids at. g38 

11 est d'un gris bleuâtre. 

Chauffé avec le contact de l'air, il s'embrase, 
et passe à l'état de peroxide. 

Il forme, avec les acides sulfurique, nitri- 
que, hydrochlorique , des sels solubles. 

Il est réduit par le charbon en métal, et par 
le soufre en sulfure. 

Lorsqu'on précipite un sel de cobalt par la 
potasse, on obtient un précipité bleu qui, peu 
à peu, passe au rose si on le fait bouillir dans 
l'eau. Proust a considéré ce précipité bleu 
comme du protoxide pur, et il a attribué la 
couleur rose qu'il prend à une combinaison 
d'eau. Il est difficile d'admettre cette expli- 



APPLIQUEE A LA TEUNTURE. 35 

cation, car si le précipité bleu est anhydre, on 
ne voit pas pourquoi il absorberait de l'eau à 
la température de ioo". Quoi qu'il en soit, si 
le précipité dont nous venons de parler n'est pas 
préservé du contact de l'oxigène, soit de celui de 
l'atmosphère gazeux, soit de celui qui est dis- 
sous dans l'eau , il passe à l'état d'un oxide in- 
termédiaire qui est vert olive. 

Le protoxide de cobalt, fondu avec le verre, 
les émaux , etc. , les colore en un beau bleu. 



PEROXIDE DE COBALT (Co). 




en poids. en atomes. 




Oxigène .... 28,90 3 . . . . 


3oo 




7 38 



100,00 poids at. io38 

Il est noir, et ne se combine aux acides satu- 
rés d'oxigène qu'après avoir perdu \ de son oxi- 
gène. 

Il donne du chlore avec l'acide hydrochlo- 
rique. 



3, 



36 iA" LEÇON DE CHIMIE 

OXIDE DE COBALT INTERMÉDIAIRE 

(Co + a Co). 

*I1 l'tovurs. 

Peroxide. ... a 2070 

Protoxide . . . 1 o38 



poids at. 3oi4 
Il est d'un vert olive. 



CHLORURE DE COBALT (<Ch Co). 

et) poids. en ilomci. 

Chlore. . . 5/,, 53 4 . . . 885,3 

Cobalt . . 45,47 1 . . . 738,0 



100,00 poids at. i623,3 

Il est volatil, d'un gris de lin, et cristallisa- 
ble par sublimation en aiguilles. 

Dissous dans peu d'eau, il est bleu; dissous 
dans une plus grande quantité, il est rouge. 



SULFURE DE COBALT ('S Co). 

eu poids. en moiiirj. 

Soufre. . . 35,36 a . . . 4oa,3a 

Cobalt. . . 64,64 1 . . . 738,00 

100,00 poids at. n4o,3a 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3} 

NICKEL (Ni). 

TRENTE SEPTIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIERE SECTION. 



Le nickel est un métal qui exige une assez 
haute température pour se fondre. 

Sa densité est de 8,402. 

Il est ductile. 

Son poids atomistique est de 739,51. 

Sa couleur est le gris jaunâtre. 

Il est magnétique. 

Il s'unit à l'oxigène en deux proportions, 
mais il est peu altérable par l'action immédiate 
de l'air, même à chaud. 

Il s'unit au chlore, au soufre, etc.. 

Il ne décompose l'eau à aucune tempéra- 
ture. 

Il est dissous par les acides suif brique, nitri- 



3S W LEÇON DE CIII. MU. 

que et hyclrochiorique. Ses dissolutions sont 
d'un beau vert. 

Le nickel n'est point employé en teinture. 



SECTION IL 



COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DU NICKEL AVEC 
PLUSIEURS DES CORPS PRÉCÉDEMMENT EXAMINÉS. 



PROTOXIDE DE NICKEL (Ni). 

eu poids. «a atomes. 

Oxigène 2I , 2 9 a . . . . 200 

Nickel 78,71 1 7 3g,5 1 

100,00 poids at. 939,51 

Il est d'un vert grisâtre. 

Il forme un hydrate d'un vert pomme. 



PEROXIDE DE NICKEL (Ni). 

cd poids. en atomes. 

Oxigène ..... 28,86 3 3oo 

Nickel 7i,i4 1 7^9,5i 

100,00 poids al. 1 o39,5 1 

Il est noir, et analogue aux peroxides de 
plomb , de cobalt et de manganèse. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3(> 

CHLORURE DE NICKEL (<Ch Ni). 

en poidt. en atomes. 

Chlore 64,49 4 . . . . 885,3o 

Nickel 45,5 1 1 . . . . 739,51 



100,00 poids at. 1624,81 

Il est sublimable en aiguilles ou en lames 
d'un beau jaune d'or. 

Il est soluble dans l'eau, qu'il colore en 
vert. 



SULFURE DE NICKEL (*S Ni). 

en poidt. fii atomes. 

Soufre .... 35,23 a . . . . 4o2,3a 

Nickel .... 64,77 1 . . . . 739,5i 

100,00 poids at. ii4i>83 



4<J 14-' LEÇON DE CHIMIE 



FER (Fe). 
TRENTE HUITIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIERE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — FER. 



I. NOMENCLATURE. 

Le fer a été nommé Mars par les alchimistes. 
Ce nom, ou son épithète martial, désigne plu- 
sieurs préparations de ce métal dans les anciens 
ouvrages de chimie. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le fer est un métal solide jusqu'à la tempé- 
rature de i58° du pyromètre de Wedgewood, 
où il entre en fusion. On ne l'a point encore 
obtenu en cristaux par le refroidissement. 

Il ne se volatilise d'une manière sensible 
qu'aux températures les plus élevées. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4l 

Sa cassure est fibreuse ; cependant quel- 
quefois il en présente une légèrement lamel- 
leuse. 

C'est un des métaux les plus durs ; et cette 
propriété est singulièrement augmentée lors- 
qu'il contient quelques millièmes de carbone. 

Le fer est très-ductile , surtout à chaud. 

Le laminoir le réduit en lames ou en feuilles 
connues sous le nom de tôle; mais, au moyen 
du marteau , on ne peut en obtenir de feuilles 
aussi minces que celles d'or, d'argent, de cui- 
vre et d'étain. 

On peut le réduire, au moyen de la filière, 
en fils aussi fins que les cheveux; et ce résul- 
tat prouve à la fois et sa ductilité et sa ténacité. 

Le fer est le plus tenace des métaux. D'après 
Sickingen, un fil de o m ,oo2 de diamètre sup- 
porte, sans se rompre, 24o, k % 65çj. 

Sa densité est de 7,788. 

Son poids atomistique est de 678,43. 

Il est d'un gris bleuâtre très -éclatant quand 
il a été poli avec soin. 

Il conduit bien la chaleur et l'électricité. 

11 est plus magnétique que le cobalt et le 
nickel; mais il n'est susceptible de conserver les 
propriétés magnétiques qu'autant qu'il a été uni 



4 2 "f4 c LEÇON DE CHIMIE 

à certains corps, notamment à quelques mil- 
lièmes de carbone ou à une certaine proportion 
d'oxigène, car un barreau de fer doux ne peut 
jamais constituer un aimant, c'est-à-dire un 
corps qui possède les propriétés magnétiques 
d'une manière permanente, quelle que soit la 
position dans laquelle on le place. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le fer ne s'unit pas à l'hydrogène. 

11 ne se combine point à froid avec l'oxigène ; 
de sorte qu'il peut être conservé sans altération 
dans une atmosphère d'air, lorsque celle-ci est 
parfaitement sèche. Mais, si la température est 
élevée suffisamment, le fer brûle en dégageant 
une vive lumière : c'est ce que vous allez ob- 
server lorsque je plongerai dans un flacon de 
gaz oxigène ce faisceau de fils de fer très-fins , 
qui a été roulé en spirale, et dont une extré- 
mité a été amorcée avec un peu de filasse sou- 
frée que je vais allumer à cette bougie. 

On croit assez généralement aujourd'hui que 
le produit de la combustion du fer dans le gaz 
oxigène est formé de 

poidl. atome». 

Oxigène 38 8, 

Fer ioo 3; 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. êfi 

ou plutôt de 

aloines. 

™ • j (6 oxieène , 

Peroxide. . . . 2 . . = r s ' 
( % 1er ; 

Protoxide . . . 1 . . = ' r & ' 
( 1 1er. 

Lorsqu'une barre de fer chauffée au blanc 
est exposée à l'air, elle se brûle jusqu'à une cer- 
taine profondeur; et si elle est battue sur une 
enclume, ou pressée dans un laminoir, il s'en 
détache des pellicules ou écailles, connues sous 
le nom de battitures de fer. Ces écailles sont for- 
mées, suivant M. Berthier, de 

poids. atome». 

Oxigène 34, 11 7, 

Fer 100 3; 

ou plutôt de 

atomel. 

r» • j f 3 oxigène , 

Peroxide, . . . 1 . . =< .. & ' 
; ( 1 1er; 

Protoxide . . . 1 . . —{, c ' 

["z 1er. 

On a encore un exemple de la combustion 
vive du fer lorsqu'on allume de l'amadou au 
moyen du briquet. Par le choc du fer contre la 
pierre, il se détache un très - petit copeau de 
métal qui est assez chaud pour prendre feu 
dans l'air, et pour communiquer ensuite à l'a- 
madou, substance combustible très-divisée, et 



44 *4 ? LEÇON DE CHIMIE 

mauvais conducteur de la chaleur, la tempéra- 
ture nécessaire à son ignition. 

Le fer divisé qui est calciné dans un têt à 
rôtir se change en peroxide rouge, que les an- 
ciens nommaient safran de Mars. 

Le fer, chauffé dans le chlore, s'y combine 
en produisant du feu et un perchlorure, sui- 
vant sir H. Davy. 

L'iode en vapeur s'unit aisément au fer. 

A chaud, le soufre, le phosphore, l'arsenic, 
s'y combinent aussi. Avec le premier, au moins, 
il se produit du feu. 

Le carbone s'y combine également au moyen 
de la chaleur : il suffit pour cela de chauffer le 
métal avec le charbon ou la poussière de dia- 
mant. Le résultat de cette opération est l'a- 
cier. 

Le fer se combine, au moins indirectement, 
avec le bore et le silicium. 

Il s'allie avec un grand nombre de métaux. 

11 ne décompose pas l'eau non aérée à froid; 
à chaud, il en opère la décomposition. 1} suffit 
de faire rougir du fil de fer très-fin dans un 
tuyau de porcelaine, et d'y diriger un courant 
de vapeur d'eau, pour obtenir du gaz hydro- 
gène et un oxide intermédiaire que l'on regarde 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 45 

comme formé de 

Oxigène. ... 38, 
Fer ioo; 

ou plutôt de 



Peroxide. 



| 6 oxigène , 

~ | a fer ; 



Protoxide . . ; 1 . . ={ c ' 
( i 1er. 

c'est-à-dire ayant la composition du fer brûlé 
dans le gaz oxigène. 

Pour obtenir cet oxide, il est évident qu'il 
faut pour 3 atomes de fer 8 atomes d'eau ; con- 
séquemment 16 atomes d'hydrogène sont mis 
en liberté. 

Lorsque le fer est à la fois exposé, à la tem- 
pérature ordinaire, au contact de l'eau et de 
l'air, il s'oxide; mais, suivant les circonstances, 
il passe à l'état de peroxide ou d'un oxide inter- 
médiaire. 

Il atteint le maximum d'oxidation , et se 
change en rouille d'un jaune brun {safran de 
Mars apéritif des anciens), lorsqu'il est exposé à 
recevoir de l'eau à sa surface sous forme de ro- 
sée, eau qui s'évapore ensuite lorsque l'oxida- 
tion est terminée. Le résultat de cette oxida- 
tion est de l'hydrate de peroxide. L'oxidation est 



4') I-+' LEÇON DE CHIMIE 

produite, aux dépens de l'oxigène de l'atmo- 
sphère, par une combustion lente ; mais la pré- 
sence de l'eau est nécessaire. Elle peut agir en 
dissolvant l'oxigène de l'air, et par sa tendance 
à s'unir avec le peroxide de fer. 

Mais si, au lieu de placer le fer comme je 
viens de le dire, vous le submergez dans quel- 
ques pouces d'eau , des phénomènes plus com- 
pliqués se manifestent : d'abord l'oxigène de 
l'air qui est dans l'eau rouille la surface du fer, 
et la convertit en peroxide hydraté jaune; mais 
ensuite ce peroxide perd sa couleur jaune , et 
passe au verdâtre. Si alors on détache cet oxide 
de la surface du métal, on trouve que c'est l'hy- 
drate d'un oxide intermédiaire. 

L'explication la plus satisfaisante qui ait été 
donnée de ces phénomènes est celle de M. Gay- 
Lussac. La voici : d'abord l'oxigène atmosphéri- 
que de l'eau, en se portant sur le fer, produit du 
peroxide, qui, appliqué sur le métal, constitue 
avec lui un élément d'une pile voltaïque dans le- 
quel le fer est l'élément positif, et le peroxide 
l'élément négatif. L'eau qui le touche est alors 
décomposée; son oxigène, doué de l'électricité 
négative, se porte sur le fer électrisé positive- 
ment; et son hydrogène, doué de l'électricité 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 47 

positive, se porte sur le peroxide électrisé né- 
gativement, auquel il enlève une portion d'oxi- 
gène. Il en résulte un oxide de fer intermé- 
diaire et de l'eau. Il est probable que ces deux 
composés, en s'unissant, forment l'hydrate vert. 

L'action oxidante de l'air humide sur le fer 
rend indispensable de peindre tous les objets 
qui sont fabriqués avec des feuilles ou des fils 
de ce métal , autrement ils se détérioreraient 
avec une grande rapidité. 

L'acide hydrochlorique sec que l'on fait pas- 
ser sur du fer chauffé au rouge dans un tube 
de porcelaine est décomposé; i atome de métal 
s'unit à 4 atomes de chlore, et [\ atomes d'hy- 
drogène sont mis en liberté. 

L'acide hydrochlorique aqueux dissout le fer 
en dégageant de l'hydrogène, et en produisant 
un protochlorure hydraté vert ou un hydrochlo- 
rate de protoxide. Dans la première hypothèse, 
l'hydrogène provient de l'acide hydrochlorique; 
dans la seconde, il provient de l'eau. 

L'acide hydrophtorique étendu de 3 à 4 par- 
ties d'eau a peu d'action à froid sur le fer ; mais 
à chaud, il se dégage de l'hydrogène, et il se 
produit un phtorure qui se dépose en grande 
partie. 



48 14 e LKÇON DE CHIMIE 

L'acide nitrique concentré l'attaque vive- 
ment; il se dégage du gaz azote, du deutoxide 
d'azote et de l'acide nitreux ; il se forme un per- 
oxide, dont la plus grande partie est à l'état d'un 
sous-nitrate jaune insoluble, tandis qu'une autre 
constitue un nitrate soluble. 

L'acide nitrique médiocrement concentré 
produit à chaud des phénomènes analogues. 

L'acide nitrique aqueux marquant 2° à l'a- 
réomètre de Baume dissout le fer à froid ; il ne 
se fait pas, ou presque pas, d'effervescence, 
parce qu'ici, comme dans la dissolution dé 
l'étain dans l'acide nitrique faible (i3 e leçon, 
page 26), il y a de l'eau et de l'acide nitrique 
radicalement décomposés qui donnent lieu à 
une formation d'ammoniaque et de protoxide 
de fer, lesquels saturent l'acide nitrique non dé- 
composé. 

La vapeur nitreuse qu'on fait passer sur du 
fer rouge de feu est radicalement décomposée; 
on obtient donc du gaz azote pur. 

L'acide hydrosulfurique qu'on fait passer sur 
du fer également rouge de feu est décomposé; le 
soufre s'unit au métal, et l'hydrogène se dégage. 

L'acide sulfurique faible, de 10 à 20 par 
exemple, dissout le fer à la température ordi- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4'0 

naire avec dégagement d'hydrogène; il se pro- 
duit du protosulfate de fer qui colore l'acide en 
vert {Voy. 4 e leçon, page 19.) 

L'acide sulfurique concentré produit à froid 
avec le fer une effervescence écuhieuse; il y a 
dégagement d'hydrogène et, d'acide sulfureux ; 
du soufre est mis à nu, et il se forme un sul- 
fate de fer blanc anhydre, dont la plus grande 
partie n'est pas dissoute. Les phénomènes sont 
analogues à ceux dont j'ai parlé en traitant do 
l'action de l'acide sulfurique sur l'étain (i3 e le- 
çon , page a3); 

Le gaz acide sulfureux que l'on fait arriver 
dans de l'eau où on a mis du fer le dissout en 
lui cédant de l'oxigène, et en passant à l'état 
d'acide hyposulfureux : c'est donc un hyposul- 
fite de protoxide qu'on obtient. 

L'acide phosphorique vitreux, chauffe avec 
le fer, donne naissance à un phosphure métal- 
lique et à du protoxide qui neutralise la por- 
tion d'acide phosphorique qui ne se décom- 
pose pas. 

L'acide phosphorique étendu d'eau dissout 
le fer en dégageant de l'hydrogène. Tant qu'il 
reste un certain excès d'acide, le phosphate de 
protoxide produit lie se dépose pas, mais il ar- 

4 



5o 14 e LEÇON DE CHIMIE 

rive un moment où le sel se dépose en flocons 
blancs. 

i partie d'acide arsénique, dissoute dans i par- 
ties d'eau, n'attaque pas à froid i partie de fer; 
mais à chaud, le métal s'oxide au minimum, 
aux dépens d'une portion d'acide qui se trouve 
ainsi réduite en acide arsénieux. L'acide arséni- 
que non décomposé s'unit au protoxide de fer. 

L'acide chromique étendu d'eau et bouillant 
dissout le fer; du gaz hydrogène se dégage, et 
un chromate de peroxide se précipite en pou- 
dre d'un rouge brun. 

On dit que l'acide carbonique en dissolution 
dans l'eau peut le dissoudre à l'état de carbo- 
nate de protoxide. 

L'acide carbonique uni à la chaux, chauffé 
avec de l'argile et du fer, est décomposé, sui- 
vant Clouet; il se produit de l'acier et un oxide 
de fer. 

L'acide borique sec ne paraît point agir sur 
lui; mais si on chauffe ces corps avec du char- 
bon, il se produit, suivant Descotils, de l'oxide 
de carbone et du borure de fer. 

La silice agit d'une manière analogue sur le 
fer, suivant MM. Berzelius et Stromeyer. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5t 

IV. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est insipide; mais il a une odeur très-sen- 
sible, qui se manifeste surtout dans les sels so- 
lubles à base de protoxide. 

V. ÉTAT NATUREL. 

Le 1er est un des métaux les plus répandus ; 
il existe à l'état natif, à l'état d'oxide intermé- 
diaire et de peroxide libre, à l'état de sulfures, 
darséniure, à l'état de sels, soit à base de pro- 
toxide, soit à base de peroxide. 

VI. PRÉPARATION. 

Le fer est si fréquemment employé dans les 
arts, son usage a exercé une si grande influence 
sur les progrès de la civilisation , que nous ne 
pouvons nous dispenser de dire quelques mots 
de son extraction. 

Les mines de fer "qu'on exploite le plus géné- 
ralement sont principalement formées d'oxides 
intermédiaires, de peroxide et de sous-carbo- 
nate de protoxide. 

Lorsqu'elles sont mêlées de terre, on les 
lave, afin d'en séparer une certaine proportion 
de cette matière. 

Lorsqu elles sont en roches, et qu'elles con- 
tiennent du soufre, de l'arsenic, ou quelles 

A- 



5à -14-* LEÇON DE CHIMIE 

sont trop compactes, on les grille, soit dans des 
fours, soit en mettant le feu à des espèces de 
pyramides qui sont formées de couches alter- 
natives de minerai et de combustibles. Enfin, 
un moyen de les diviser, et qui est particuliè- 
rement employé pour les mines de sous -car- 
bonate de fer, consiste à les exposer aux in- 
tempéries de l'air, soit avant le grillage, soit 
après. 

Les minerais, ainsi préparés, sont fondus, soit 
A dans de hauts fourneaux , soit B dans les 
fourneaux, dits forges à la Catalane. 

A . Fusion dans les hauts fourneaux. 

Les hauts fourneaux ont intérieurement laf 
forme de deux cônes tronqués réunis par leurs 
bases ; le cône inférieur est plus court que le 
supérieur. La hauteur du fourneau est de 7 à 
11 mètres quand on brûle du charbon de bois; 
elle est de 12a 20 quand on brûle du cook. 

La combustion y est opérée par un courant 
d'air continu qui sort d'une machine soufflante. 
Lorsque l'intérieur du fourneau est aussi chauffé 
que possible, on commence à y jeter le minerai' 
par le gueulard, c'est-à-dire par son ouverture 
supérieure, qui donne passage aux produits 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 53 

aériformes de la combustion. En même temps 
qu'on y jette la mine, soit pure, soit mélangée 
avec un fondant calcaire (casline) ou argileux 
{erbuè), on y jette aussi du combustible, pour 
que la température ne s'abaisse pas. A mesure 
que le carbone ou le combustible se consume, 
la mine descend, et s'échauffe de plus en plus; 
elle éprouve le maximum de température lors- 
qu'elle est parvenue au foyer; c'est là surtout où 
elle se liquéfie. Une fois fondue, elle tombe dans 
le creuset, qui est la partie inférieure du four- 
neau, où elle se partage en laitier et en fonte. 
Mais, avant de parler de la composition de ces 
substances, il, faut dire ce qui s'est passé dans 
l'opération qui leur a donné naissance. 

Tant que la mine n'est pas arrivée au foyer, 
c'est-à-dire à la partie du fourneau où l'oxi- 
gène atmosphérique brûle le combustible, il 
faut se la représenter comme si elle était sim- 
plement chauffée dans une capacité remplie de 
charbon : par conséquent, ce combustible tend 
à enlever l'oxigène au fer, et à se combiner à 
ce métal; en second lieu, il tend également à 
désoxigéner la silice, l'alumine, la chaux et les 
autres acides ou oxides qui peuvent se trou*- 
ver avec l'oxide de fer. Mais les circonstances ne 



5/|. 14 e LEÇON DU ClilMlE 

sont point aussi favorables pour cet effet que 
pour le premier, par la raison que la désoxigé- 
nation du fer exige moins de chaleur que celle 
des corps oxigénés qui l'accompagnent en gé- 
néral; et en outre, qu'à la température où le fer 
se désoxide, ces mêmes corps oxigénés tendent à 
se vitrifier en se combinant, et la forme vitreuse 
qu'ils prennent alors soustrait la plus grande 
partie de leur masse à l'action désoxigénante du 
charbon. D'après cet état de choses , on conçoit 
qu'il faut que l'oxide de fer, avant d'arriver au 
foyer, ait eu le temps de se réduire, et que les 
proportions de silice, d'alumine, de chaux, etc., 
soient susceptibles de former un composé fu- 
sible. C'est pour atteindre ce but qu'on ajoute, 
soit une matière calcaire, soit de la silice et 
de l'alumine à la mine, dans le cas où celle-ci 
n'en contiendrait pas naturellement des pro- 
portions convenables pour constituer un bon 
laitier. 

Cependant il arrive qu'une portion d'oxide 
de fer ne se réduit pas, et qu'une portion très- 
faible à la vérité de silice, et même d'alumine 
et de chaux, se réduit à l'état métallique, et 
s'allie avec le fer revivifié; il est probable que 
le fer, par l'attraction qu'il exerce sur le siii- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 

cium, l'aluminium et le calcium, facilite l'action 
désoxigénante du charbon. 

Lorsque les matières arrivent dans le foyer, el- 
les ne doivent pas y rester assez long-temps pour 
que le fer réduit se réoxide, mais il faut qu'elles 
s'y liquéfient, afin qu'en tombant dans le creu- 
set, le laitier, plus léger que la fonte, s'en sé- 
pare aussi exactement que possible. Lorsqu'il 
y a une certaine quantité de fonte, le laitier 
qui la surnage sort par une ouverture laté- 
rale pratiquée dans la paroi du fourneau, à 
l'orifice du creuset, et s'écoule ensuite le long 
d'un plan incliné en fonte de fer, appelé dame. 

Dès que le creuset est presque plein de fonte, 
on cesse de souffler, et on ôte avec un ringard 
l'argile qui bouchait une ouverture placée à sa 
partie latérale inférieure ; cette ouverture se 
nomme percée. La fonte s'écoule dans un ca- 
nal creusé dans le sol, où elle se fige en un 
beau prisme triangulaire. 

La fonte, essentiellement formée de fer et de 
charbon , peut contenir de l'oxide de fer, du si- 
licium, de l'aluminium, du calcium, du chrome, 
du manganèse, du cuivre, du phosphore et du 
soufre, et en outre du laitier qui. s'y trouve in- 
terposé. 



56 14 e LEÇON DE CHIMIE 

La fonte peut être noire, blanche, grise ou 
traitée. 

L'opération au moyen de laquelle on la ré- 
duit en fer malléable est X affinage, qu'on exé- 
cute dans un fourneau appelé ouvrage, renar- 
dière. La fonte, cassée en morceaux, y est placée 
dans une cavité de forme cubique, dans laquelle 
on a mis préalablement de la poussière de char- 
bon bien battue; elle est entourée de charbon 
de bois. On dirige un fort courant d'air sur les 
matières; la fonte se liquéfie; une portion du 
laitier la recouvre à l'état de scories, qu'on met 
de côté; une partie de la fonte s'oxide par le 
contact de l'air; du charbon s'en dégage à l'état 
d'acide carbonique; du silicium, du calcium, se 
brûlent , ainsi qu'une portion du fer même. 
Quant à l'oxide de ce métal et au carbone qui 
sont dans l'intérieur de la fonte, il n'est pas dou- 
teux qu'ils y réagissent de manière à donner du 
fer et de l'acide carbonique. Enfin la fonte, en 
s'approchant de l'état de pureté, perd de sa flui- 
dité ; il s'en sépare des grumeaux, que l'on réu- 
nit en une masse appelée loupe ou renard, 
qu'on tire de la cavité où elle se trouvait, qu'on 
bat aussitôt d'abord avec de gros marteaux, et 
ensuite avec le martinet, pour la purifier du 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 7 

laitier qu'elle retient encore, et souder toutes 
ses parties ensemble. Il ne faut plus que la faire 
chauffer et la soumettre au martinet trois ou 
quatre fois pour la réduire en barre. 

B. Fusion dans les forges catalanes. 
Les mines qu'on traite par ce procédé sont 
en général des sous -carbonates de fer mélan- 
gés de protoxide, et qui contiennent peu de 
matière étrangère; en les traitant au fourneau 
d'affinage, elles donnent immédiatement du fer. 

VIT. USAGES. 

Si nous envisageons le fer relativement à la 
teinture, nous verrons qu'il n'est pas moins 
utile à cet art qu'à la plupart de ceux auxquels 
il est d'une nécessité indispensable. 

Ses oxides, ayant la propriété de donner nais- 
sance à des composés noirs ou bruns en réa- 
gissant sur l'acide gallique et la plupart des 
matières végétales dites astringentes, sont em- 
ployés à l'état salin pour teindre en noir la 
soie, la laine et le ligneux. 

Le plus grand nombre des brunitures sont 
à base ferrugineuse; et à ce sujet je ferai re- 
marquer que les oxides de fer forment des 
composés bruns, non-seulement avec les ma- 



58 14-' LEÇON DE CHIMIE 

tières astringentes proprement dites , mais 
qu'ils ont encore la propriété d'en former 
d'analogues avec des matières colorantes rou- 
ges et jaunes; de sorte que si l'on veut obtenir 
des rouges et des jaunes clairs, particulière- 
ment sur le coton et la soie, qui ont une 
grande aptitude à s'unir au peroxide de fer, il 
faut éloigner ces étoffes du contact des matières 
qui pourraient leur en fournir, et conséquem- 
ment ne faire usage que de mordans exempts de 
sels à base ferrugineuse. D'après cela, et d'après 
ce que nous avons vu de l'action dissolvante de 
la plupart des acides sur le fer métallique, on 
conçoit pourquoi il faut bien se garder de faire 
usage de vaisseaux de cette matière pour les 
teintures dont nous parlons, et éviter de met- 
tre des ustensiles qui en seraient formés en 
contact avec des dissolutions acides destinées à 
servir de mordant qui pourraient les attaquer. 

Le peroxide de fer seul peut servir à teindre 
la soie et le ligneux. 

L'acide hydrocianoferrique, dont le fer est 
un des élémens, forme avec plusieurs bases des 
composés plus ou moins précieux pour l'art de 
la teinture : tel est surtout le bleu de Prusse, 
qui s'applique avec tant d'avantages sur la soie. 



APPLIQUÉL A LA TEINTURE. 5y 

SECTION II. 

COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DU FER AVEC PLU- 
SIEURS DES CORPS ÉTUDIÉS PRÉCÉDEMMENT. 

CHAPITRE IL 

§ I. PEROXIDE DE FER (Fe). 



I. COMPOSITION. 

eh poids. en atome*. 

Oxigène 3o,66 3 . . . 3oo 

Fer 69,34 1 . . . 678,43 

100,00 poids at. 978,43 

II. NOMENCLATURE. 

Oxide rouge de fer, calcothar, rouge à polir. 

IH. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide. 

Sa couleur varie suivant l'état d'agrégation 
de ses particules : sont-elles très - cohérentes , 
elles paraissent d'un brun rouge; sont-elles très- 



Oo 14- c LEÇON DE CHIMIE 

divisées, leur couleur est d'un rouge brun ti- 
rant sur l'orangé. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le peroxide de fer à l'état naissant s'unit à 
feau, et constitue un hydrate jaune. 

il s'unit à un grand nombre d'acides; mais 
les sels neutres solubles qu'il forme n'ont pas 
une grande stabilité; car, lorsqu'ils sont dissous 
dans une certaine proportion d'eau, ils tendent 
à se réduire en sous-sel insoluble. 

L'acide hydrosulfurique qu'on fait passer 
dans une solution saline de peroxide de fer le 
ramène au minimum d'oxidation; il y a forma- 
tion d'eau et dépôt de soufre. 

L'hydrogène qu'on fait passer sur du per- 
oxide de fer chauffé au rouge le réduit à l'état 
métallique : fait remarquable, si on se rappelle 
que le fer rouge de feu décompose la vapeur 
d'eau (4 e leçon, pag. 19). 

A une température rouge, le chlore en 
chasse l'oxigène, par affinité élective. 

Le soufre, à la même température, sépare 
ses deux élémens en s'unissant à chacun d'eux 
en particulier ; les résultats sont du gaz sulfu- 
reux et du protosulfure de fer. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 6'i 

i partie de charbon et 4 parties de peroxide 
rougies ensemble, donnent de l'acide carboni- 
que, de l'oxide de carbone et un fer plus ou 
moins carburé. 11 est digne de remarque que 
cette réduction a lieu dans un creuset brasqué, 
c'est-à-dire lorsque le peroxide est placé dans 
une cavité que l'on a pratiquée au milieu d'une 
masse de poussière de charbon battue qui rem- 
plissait préalablement un creuset; cette réduc- 
tion est étonnante, en ce qu'on n'explique pas 
par les faits connus l'action du charbon, qui est 
fixe, sur les parties de peroxide qui ne sont pas 
en contact avec lui. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est insipide, inodore, et n'a pas de proprié- 
tés délétères. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve dans la nature. 

VII. PRÉPARATION. 

On peut le préparer en décomposant du ni- 
trate ou du sulfate de protoxide de fer par l'ac- 
tion de la chaleur. Ce dernier sel doit -être 1 
chauffé plus fortement que le premier. 



()2 "I4- C LEÇON DE CHIMIE 

§ II. HYDRATE DE PEROXIDE DE FER 

( 3 H a a F> 

Il est d'un jaune roux. 

Il perd son eau à une assez basse tempéra- 
ture et devient rouge brun. 

Il se trouve dans la nature, en couches assez 
considérables. 



CHAPITRE III. 



OXIDES DE FER INTERMEDIAIRES. 



Il existe, comme je l'ai dit, plusieurs oxides 
de fer qui contiennent moins d oxigène que le 
peroxide, et qui en contiennent plus que le pro- 
toxide; il ne me paraît pas possible de les con- 
sidérer autrement que comme des combinai- 
sons de peroxide et de protoxide. 

A. Oxide obtenu en décomposant la vapeur 
d'eau par le fer. 

Oxide magnétique natif. 

Ces deux oxides ont la même composition. 



APPLIQUER A LA TEINTURE. (k< 



Oxigènc. . , 


38 






ou plutôt 






iiomtt. 


Peroxide. . 


. . a . . 


Pro! oxide . 


. . i . . 



(6 oxigènc, 

= jafer; 

2 oxigène, 
i fer. 

B. Oxide des battitures de Berthier. 

Il est formé, ainsi que je l'ai dit, d'après 
M. Berthier, 

Oxigène. ... 34, 
Fer ioo; 

ou plutôt 

atomes. 

n-i (3 oxigène , 

Peroxide. . . . i . • =( I fer . b 

ii . • i (4 oxigène, 

Protoxide . . . a . . =1 c & ' 
( a fer. 

C. Oxide des battitures de Mosander. 
M. Mosander, en examinant un oxide qui 
s'était produit à la surface dune barre de fer 
qu'on avait exposée pendant quarante- huit 
heures à une chaleur rouge , a distingué deux 
couches d'oxide. Quoique la plus extérieure lui 
ait donné la composition que M. Berthier at- 
tribue aux battitures, cependant il l'a considé- 
rée comme n'étant pas homogène, la surface 



64 "14 e LEÇON DE CHIMIE 

contenant plus de peroxide que la partie in- 
terne; quant à la seconde couche, elle était ho- 
mogène , et formée de 



niuuicoi 

^ . , (3 oxiçène, 

Peroxide. . . . i . . =< p * 

Protoxîde . . . 3 . . ={o r , b ' 



J'ai considéré avec Proust et la plupart des chi- 
mistes les oxides de fer intermédiaires auxquels 
appartient Xèthyops martial des pharmacies, 
comme des combinaisons de deux oxides, et non 
comme formés immédiatement d'oxigène et de 
fer, d'après ces considérations, qu'en les trai- 
tant par les acides, on n'en obtient pas de sels 
particuliers, mais bien ceux qui résultent de 
l'union du protoxide et du peroxide de fer avec 
les acides employés, et en outre parce que c'est 
la manière la plus simple de se les représenter 
aujourd'hui dans le système atomistique. 

Les oxides intermédiaires sont magnétiques, 
d'une couleur plus ou moins brune quand ils 
sont divisés. 

Ils n'éprouvent aucune altération de la part 
de la chaleur. 

Les corps simples qui agissent sur le per- 
oxide de feront une action analogue sur eux. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 6~) 

L'acide nitrique concentré et bouillant ne les 
oxide que lentement, ce qui tient à la forte 
agrégation des parties. 

L'acide hydrochlorique les dissout sans ef- 
fervescence. 



CHAPITRE IV. 

PROTOXIDE DE FER (Fe). 



poids, .ilcmes. 

Oxigène . . . 22,77 2 . . . aoo 

Fer 77^3 1 . . . 678,4 3 



ioo,oo poids at. 878,43 

Jusqu'ici on n'a pas publié de procédé au 
moyen duquel on obtienne incontestablement 
du protoxide de fer anhydre. Plusieurs chimis- 
tes pensent même que cette base ne peut exis- 
ter qu'à l'état salin. Quoi qu'il en soit, je vais 
exposer les phénomènes que présente le préci- 
pité blanc hydraté qu'on obtient en versant de 
l'eau de potasse bouillie dans une solution de 
sulfate de protoxide de fer également bouilli. 

Tant que ce précipité , qu'on a considéré as- 
sez ejénéralement comme un hydrate de pro- 

5 



t>6 14 e LEÇON DE CHIMIE 

toxide, est préservé du contact de l'oxigène at- 
mosphérique, soit libre, soit dissous dans l'eau, 
il conserve sa couleur blanche; mais dans le cas 
contraire , il passe successivement au vert et au 
jaune rougeâtre, en absorbant de l'oxigène : on 
peut considérer la couleur verte comme appar- 
tenant à des oxides intermédiaires hydratés. 
Quant à la couleur jaune rougeâtre, elle appar- 
tient certainement à l'hydrate du peroxide. Je 
vais vous rendre témoins de ces effets, en divi- 
sant ce précipité d'hydrate blanc en deux por- 
tions; l'une restera dans le ballon où le préci- 
pité a été produit, et l'autre sera versée dans 
un flacon de gaz oxigène; vous verrez que 
celle-ci passera à un jaune rougeâtre, pendant 
que l'autre se colorera à peine à sa surface seu- 
lement. 

On remarque que le protoxide de fer qui est 
uni aux acides, particulièrement au sulfurique, 
a encore de la tendance à se combiner à l'oxigè- 
ne atmosphérique; mais cette tendance est bien 
affaiblie par l'affinité de l'acide, surtout lors- 
que les sels de ce protoxide sont à l'état solide. 

On doit considérer le protoxide de fer comme 
une base salifiable assez forte ; aussi , toutes les 
fois que l'eau est décomposée par le fer sous 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 6} 

l'influence d'un acide, c'est un sel à base de pro 
toxide qui se forme. 

Il est aisé, d'après ce que nous avons dit 
de l'action de l'hydrogène, du soufre, du car- 
bone, etc., sur le peroxide de fer et sur les oxi- 
des intermédiaires, de se représenter l'action 
de ces mêmes corps sur le pro toxide, dans la 
supposition où on l'aurait obtenu isolé de 
toute substance étrangère à sa composition. 

On admet généralement que le protoxide de 
fer ne forme avec les matières colorantes orga- 
niques des combinaisons colorées employées en 
teinture qu'autant qu'il passe à l'état de per- 
oxide : aussi dit-on que la base du sulfate de 
protoxide de fer a besoin de prendre de l'oxi- 
gène à l'atmosphère pour constituer la matière 
colorée qui s'applique sur les étoffes dans la 
teinture en noir; cependant cette proposition 
n'est pas démontrée, car il ne serait pas impos- 
sible que l'oxigène se portât sur la matière or- 
ganique elle-même, au lieu de suroxider le fer. 



f)8 \%? LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE V. 

PROTOCHLORURE DE FER('ChFe). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Chlore. . . 56,6 1 4 . . • 885,3o 

Fer .... 43,3g 1 • . . 678,43 



100,00 poids at. 1 563,73 

II. NOMENCLATURE. 

Murlate de fer au minimum anhydre. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide, fusible, et susceptible de cristal- 
liser en lames par le refroidissement; il est fixe, 
au moins à une température rouge; mais dans 
quelques circonstances, il paraîtrait susceptible 
d'être volatilisé par un courant d'un fluide élas- 
tique, qui serait d'ailleurs sans action chimique 
sur ses élémens. 

Il est blanc. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est soluble dans l'eau ; la solution est verte, 
et a ttiius les caractères des sels à base de pro- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 6y 

toxide de fer; on la considérera comme celle 
d'un hydrochlorate, si on admet la décompo- 
sition de l'eau. Dans cette hypothèse, on aura 

. 11 (4 chlore, 

i at. protochlorure — < f 
1 ( î ter; 

, ., fa oxigène, 

■x at. d eau ....=<,, -, ? ... 

(4 hydrogène, 

qui par leur re'action donneront 

!i i i ■ (4 chlore, 
4 ac. hydroehi. = < 7, » . ' 
* J J4 hydrotr, 

faoïigèî, 
i protoxid. fer.=r< ,. ° 

V. PRÉPARATION. 

On peut le préparer en faisant passer de l'a- 
cide hydrochlorique sur du fer chauffé au rouge 
dans un tube de porcelaine, ou bien encore en 
prenant les cristaux obtenus d'une dissolution 
de fer opérée sans le contact de l'air dans l'a- 
cide hydrochlorique médiocrement concentré , 
les introduisant dans une cornue de verre lu- 
tée, les humectant d'acide hydrochlorique, et 
les chauffant jusqu'à ce qu'ils ne laissent plus 



rien dégager. 



\ -4 e LEÇON DE CHIMIF 

CHAPITRE VI. 

PERCHLORURE DE FER (oCh Fe). 



I. COMPOSITION. 





en poids. 




en atome». 


Chlore. . 


. . . 66,19 




6 . 1327,0'j 




. . . 33,8l 




1 . . . . 678,43 




] 00,00 




poids at. îoo6,38 


II. 


PRÉPARATION 


ET 


PROPRIÉTÉS. 



Sir H. Davy l'a obtenu en chauffant du fil de 
fer dans du chlore sec. 

Ce composé est volatil à 100 et quelques de- 
grés, cristallisable en petites lames irisées. 

Il est d'un brun brillant. 

Il se dissout dans l'eau, et passe probable- 
ment à l'état d'hydrochlorate de peroxide de 
fer. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 

CHAPITRE VIL 

PROTOSULFURE DE FER ("S Fe). 



I. COMPOSITION. 

en poidi. on atomes. 

Soufre 37,23 a . . . . 4°2,3î 

Fer 62,77 1 . . . . 678,43 



100,00 poids at. 1080,75 

II. NOMENCLATURE. 

Sulfure de fer au minimum. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est solide et bien plus fusible que le fer. 

Il est fixe. 

Il n'a aucune ductilité ; aussi le pulvérise-t-on 
aisément. 

Sa couleur est le brun tirant sur le jaunâtre; 
il a l'éclat métallique. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est inaltérable à l'air tant qu'on ne le 
chauffe pas ; mais si on le grille à une tempé- 
rature élevée, il se convertit en gaz acide sulfu- 
reux et en peroxide de fer. 



^2 1-4* LEÇON DE CHIMIE 

L'acide nitrique bouillant le convertit en 
acide sulfurique et en peroxide de fer. 

L'acide sulfurique de i o à 1 5° le dissout ; il 
se dégage du gaz acide hydrosulfurique, et il 
se produit du sulfate de protoxide. En effet, 
que l'on mette en contact 



i at. sulfure de fer =< c ' 

( i fer; 

a al. d'eau (4 hydrogène, 

( a oxigene; 

a at. acide sulfurique, 

-f- eau X; 

et on aura 

Ia acide sulfurique, 
iproto X .fer^*™f ne > 

dissous dans l'eau X, 

. , , . , r (a soufre, 

a at. acide hydrosulfur. = j 4 hydrogènei 

qui prendront l'état gazeux. 

L'acide hydrochlorique aqueux se comporte 
d'une manière analogue. 

V. PRÉPARATION. 

Il est assez difficile de se procurer du proto- 
sulfure de fer parfaitement pur, c'est-à-dire qui 
ne soit pas mélangé de fer, ou qui ne contienne 
pas une certaine proportion de persulfuré. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 3 

M. Berzelius conseille, pour réussir, de faire 
digérer dans une petite cornue de verre i par- 
tie de fer en lames minces avec i parties de sou- 
fre, puis de faire rougir la matière, et de la te- 
nir dans cet état jusqu'à ce qu'il ne s'en dégage 
plus de vapeur de soufre; la cornue étant re- 
froidie, on retire les lames de fer, et en les pliant 
il s'en détache du protosulfure. 

Dans les laboratoires on se procure un proto- 
sulfure en faisant rougir dans un creuset 3 par- 
ties de limaille de fer et i parties de soufre; mais 
rarement il est pur. 

Il est probable qu'en faisant rougir le proto- 
sulfure de fer hydraté ou l'hydrosulfate de pro- 
toxide de fer dans une cornue, on obtiendrait 
du protosulfure pur. 

Lorsqu'on verse les eaux de la Bièvre, qui 
ont une odeur sulfureuse, parce qu'elles con- 
tiennent de l'hydrosulfate de chaux, dans une 
solution de sulfate de protoxide de fer, on ob- 
tient un précipité d'un noir verdâtre, qui est le 
composé dont nous parlons, c'est-à-dire un 
protosulfure hydraté ou un hydrosulfate de pro» 
toxide de fer. 



^4 14* LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE VIII. 

PERSULFURE DE FER ( 4 S Fe). 





I. COMPOSITION. 






fn poids. en atoinea. 








. 804,64 


Fer 




. 678,43 




100,00 poids at. 


i483,07 



II. NOMENCLATURE. 

Sulfure de fer au maximum. 
Bisulfure de fer. 

Pyrite jaune. . ) , . , , 
Pyrite blanche j des ™™ralogistes. 

Mais ces deux sulfures de fer natif n'appar- 
tiennent pas au même système cristallin; de 
sorte que Haùy en a fait deux espèces, sous les 
noms de fer sulfuré jaune et de fer sulfuré blanc. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le persulfure de fer ne peut être fondu, au 
moins sous la simple pression de l'atmosphère, 
sans perdre du soufre. 

Il affecte deux formes distinctes; celle du 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 5 

sulfure jaune natif dérive du cube, tandis que 
celle du sulfure blanc natif dérive d'un prisme 
rhomboïdal droit. 

Il est cassant. 

Il est d'un jaune d'or, d'un jaune de bronze, 
et d'un blanc grisâtre ou verdâtre. 

Il diffère du protosulfure en ce qu'il n'est 
pas magnétique. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est inaltérable à l'air, en supposant toute- 
fois que les efflorescences de sulfate de pro- 
toxide de fer dont se couvre la pyrite blanche 
gardée dans une atmosphère humide provien- 
nent, ainsi que le pense M. Berzelius, de grains 
de pyrite magnétique qui sont interposés dans 
ce minéral. 

Le persulfure de fer exposé à la chaleur 
rouge cerise ne perd pas tout-à-fait la moitié 
de son soufre; le résidu contient pour ioo de 
fer, de 67 à 68,6 de soufre. 

Le persulfure de fer grillé fortement à l'air 
se comporte comme le protosulfure. 

Traité par l'acide nitrique et l'eau régale, il 
est converti en peroxide et en acide sulfurique. 

Les acides qui donnent de l'acide hydrosulfu- 



"j6 14-° LEÇON J)E CHIMIE 

ri que avec ie protosulfure de fer sont sans ac- 
tion sur le persulfure. 

V. PRÉPARATION. 

Jusqu'ici on n'a pu sulfurer le fer au maxi- 
mum par l'action de la chaleur; les propriétés 
du persulfure qu'on a étudiées sont celles des 
persulfures de la nature. Proust, en chauffant 
ioo parties de fer avec du soufre, n'a pu en 
lixer que 90 de ce dernier au métal ; M. Berze- 
lius en a fixé jusqu'à 106,2 parties. 



CHAPITRE IX. 

SULFURES INTERMÉDIAIRES. 



On ne peut douter aujourd'hui, d'après les 
expériences de M. Stromeyer et de M. Berze- 
lius, que les deux sulfures de fer ne soient sus- 
ceptibles de s'unir ensemble en plusieurs pro- 
portions, ainsi que cela arrive aux deux oxides 
de ce métal. 

ulunics. 

Ifuro de fer, 



c ,/• -, • 1 • • ( 1 persulfure de 

nul) lire intermédiaire — < .. ' , f 

(<) protosu turc 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 77 

Cette composition, qui, suivant M. Stromeyer, 
est celle de la pyrite magnétique, s'observe 
dans le persulfure de fer qui a été rougi sans le 
contact de l'air, dans le sulfure que l'on obtient 
le plus souvent en chauffant parties égales de 
fer et de soufre, avec les précautions convena- 
bles pour que toutes les parties du métal se sul- 
furent. 



APPENDICE 

A L'HISTOIRE DU FER. 



ACIERS. 



Je n'aurais pas atteint le but que je me suis 
proposé, si je ne terminais l'histoire du fer par 
vous parler des moyens qu'on emploie pour 
Yaciérer, c'est-à-dire pour le changer en une 
substance douée de la propriété remarquable 
de prendre une très-grande dureté lorsqu'après 
l'avoir fait rougir, on la refroidit brusquement 
en la plongeant dans un liquide phts ou moins 



78 14 e LEÇON DL CHIMIE 

froid. Plusieurs substances peuvent aciérer le 
fer; mais celle qui sert le plus fréquemment à 
cet usage est le charbon. 

Je distinguerai 

i° Des aciers formés de fer et de carbone; 

2 Des aciers formés de fer, de carbone et 
d'un troisième corps ; 

3° Des aciers formés de fer et d'un autre 
corps qui n'est pas le carbone, ou des aciers 
sans carbone. 

I. ACIERS FORMÉS DE FER ET DE CARRONE. 

1 . PRÉPARATION. 

Il existe trois procédés généraux pour aciérer 
le fer au moyen du carbone; l'un donne Varier 
naturel ou de fusion, l'autre Varier de cémenta- 
tion, et le troisième Varier fondu. 

Enfin il existe une quatrième sorte d'acier 
qui est le surcarburé. 

A. sérier naturel ou de fusion. 

Pour le préparer, on met dans des creusets 
brasqués des morceaux de fonte grise ou noire 
avec de la poussière de charbon. Je dois rappe- 
ler que la fonte contient du laitier, du carbone 
et de l'oxide de fer. On chauffe à un feu de 
forge jusqu'à la fusion; du laitier se sépare à la 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. yg 

surface de la fonte, et en même temps de l'oxide 
de fer est réduit, tant par le charbon du cé- 
ment que par celui qui est contenu dans la 
fonte. A mesure que la matière s'épure ainsi, 
elle perd de sa liquidité; lorsqu'elle est deve- 
nue pâteuse, on la prend avec des pinces, et on 
l'approche de la tuyère , puis on la bat sur l'en- 
clume pour en expulser encore du laitier. 

Cet acier retient toujours du laitier, et peut- 
être même encore de l'oxide de fer; aussi est-il 
peu estimé. 

B. Acier de cémentation. 

On le prépare en chauffant des barreaux de 
fer doux, de o m ,oio à o m ,oi5 d'épaisseur, au 
milieu d'une poussière appelée cément, qui est 
du charbon de bois, ou un mélange de charbon 
de bois, d'un charbon animal et de différentes 
autres substances, telles que des cendres, du 
sel marin , etc. Voici comment les matières sont 
disposées pour recevoir l'action de la chaleur : 

Dans des caisses de tôle, de fonte , de grès ou 
de brique, placées dans un fourneau d'une forme 
particulière, on dispose une couche de cément 
de o m ,o:a5 d'épaisseur environ, sur laquelle on 
place les barreaux de fer parallèlement les uns 



8o 14 e LEÇON DE CHIMIE 

aux autres, et en laissant entre chacun d'eux 
un intervalle de o, m oo5; on remplit ces inter- 
valles de cément, et on en recouvre les bar- 
reaux d'une couche de o n \oii à o m ,oi 5 d'épais- 
seur, et ainsi de suite; la dernière couche de 
cément est couverte de sable humecté. 

On chauffe ensuite le fourneau de manière 
que la température y soit entretenue pendant 
cinq à six jours de 80 à 90 du pyromètre de 
Wedgewood. Au bout de ce temps, on tire de 
chaque caisse un petit barreau qui a été dis- 
posé à cet effet, pour savoir s'il est complète- 
ment aciéré, et conséquemment si on doit ar- 
rêter l'opération ou continuer à chauffer. 

L'acier ne doit être retiré du cément que 
quand il est refroidi; il est ordinairement bour- 
soufflé à sa surface. Dans cet état, on le nomme 
acier poule ; on le fait chauffer, puis on le forge. 

Cette opération est remarquable sous plu- 
sieurs rapports; en effet, un corps qui est à l'é- 
tat solide, et qui ne change pas d'état, s'unit a 
un autre corps solide qui est fixe; et cette union 
se fait couche par couche, de la circonférence 
au centre, de manière qu'il faut admettre que 
la première couche de fer ayant absorbé du 
charbon, en a ensuite cédé une portion à la 



APPLIQUÉE A LA TElNTURF. 8l 

seconde; que la première en ayant absorbé de 
nouveau, en a cédé encore une portion à la se- 
conde, qui alors s'est comportée avec la troi- 
sième comme la première s'était comportée à 
son égard. On voit donc que la proportion du 
carbone doit aller en décroissant de la surface 
du barreau au centre. 

Cet acier n'est pas homogène ; cependant 
il est supérieur au précédent, parce qu'on le 
prépare avec du fer épuré. 

L'aciération par le procédé de la cémenta- 
tion, toute mystérieuse qu'elle est encore, se 
rattache à la théorie de la teinture, en ce 
qu'elle présente une substance solide qui s'u- 
nit à une autre sans que sa forme paraisse 
changée. 

C. Acier fondu. 

On prépare l'acier fondu en chauffant au 
fourneau à vent, dans des creusets de terre, 12 à 
i3 kilogrammes d'acier de fusion ou de cémen- 
tation, qu'on a recouvert de charbon ou d'un 
flux composé de 4 parties de verre de bouteille 
et de 1 partie de chaux. Il faut environ six à 
sept heures de feu. Quand l'acier est parfaite- 
ment liquide, on l'agite avec une tige (le fer 

G 



Sa \'S LEÇON DE CHIMIE 

pour en mêler toutes les parties, et on le coule 
ensuite dans une lingotière. 

La fusion rend l'acier dit de fusion homo- 
gène, et en sépare probablement tout le laitier. 

Ce procédé, découvert en Angleterre par 
lluntsman, n'est pas le seul qui donne l'acier 
fondu ; Clouet en a obtenu en chauffant jusqu'à 
la fusion 3 parties de fer doux mêlées à i partie 
de sous-carbonate de chaux et i partie d'argile 
calcinée. Si l'acier obtenu par ce dernier pro- 
cédé doit vraiment ses propriétés au carbone, 
il faut admettre que ce corps provient de la 
décomposition de l'acide carbonique, décom- 
position qui donne lieu en même temps à une 
certaine quantité d'oxide de fer. 

L'acier fondu a plus d'homogénéité, de du- 
reté et d'éclat que les deux autres, mais il ne 
se soude pas aussi bien qu'eux. 

2. PROPRIÉTÉS. 

L'acier à base de carbone est d'un blanc gri- 
sa re, susceptible de prendre le plus bel éclat 
par le poli. 

Sa cassure est moins fibreuse que celie du fer. 

Il est malléable à chaud ; à une chaleur rouge 
blanche, il l'est moins qu'au rouge cerise. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 83 

Sa densité est à peu près égale à celle du fer. 

L'acier rougi , refroidi lentement, a la même 
malléabilité qu'avant d'avoir été chauffé; mais 
s'il est refroidi brusquement par son immersion 
dans l'eau ou le mercure froids, il devient très- 
dur, n'a presque plus de ductilité, et sa densité 
est un peu diminuée. Il est alors éminemment 
propre à .'a fabrication des couteaux, des ci- 
seaux, des canifs, des limes, etc., etc. 

Si on expose l'acier au rouge blanc, et qu'en- 
suite on le laisse refroidir lentement, il revient 
à son premier état; on dit alors qu'il est dé- 
trempé. 

Lorsqu'on veut diminuer la dureté de l'acier 
trempé, on le détrempe en partie en le recui- 
sant plus ou moins, c'est-à-dire en le chauf- 
fant peu ou beaucoup, suivant qu'on veut qu'il 
conserve plus ou moins de la dureté que la 
trempe lui a donnée. 

3. COMPOSITION. 

M. Pvïushet prétend que la proportion de car- 
bone qui constitue l'acier le plus dur est celle 
de 16 pour 984 de fer. La proportion du car- 
bone augmentant, l'acier perd de sa dureté,, 
son tissu devient lamelleux. 



84 14" LEÇON DE CHIMIE 

M. Mushet a trouvé 

dans l'acier fondu mou 0,008 de carb. 

— ordinaire 0,010 

— plus dur 0,011 

— trop dur pour être filé 0,020 

On voit d'après ce dernier résultat combien est 
petite la quantité de carbone qui exerce sur 
les propriétés physiques du fer une si grande 
influence, que l'acier trempé, comparé à ce mé- 
tal, paraît en être d'une nature absolument dis- 
tincte. 

Il est très-probable que le carbone forme avec 
le fer une ou plusieurs combinaisons définies, 
et il n'est pas impossible que ce soit une de ces 
combinaisons ou plusieurs, qui, étant dissoutes 
dans le 1er, lui donnent les propriétés de l'acier. 

D. Acier surcarburé. 

Je donne ce nom à l'acier damassé que 
M. Bréant a préparé en France, dans l'inten- 
tion d'imiter celui de l'Inde, qui est connu en 
Angleterre sous le nom de wootz. 

Il l'a obtenu par deux procédés , 

i° En fondant 100 parties de fer doux et 
1 parties de noir de fumée; 

a° En fondant r partie de limaille de fonte 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 85 

noire ou d'un gris foncé et i partie de limaille 
de la même fonte préalablement oxidée. 

Il faut, clans les deux cas, que la matière fon- 
due soit refroidie lentement. 

L'acier ainsi préparé, forgé en lame, et 
plongé dans une eau aiguisée d'acide sulfuri- 
que, prend une surface damassée ou moirée. 

Voici comment M. Bréant explique cet effet. 
Il suppose son acier formé i° d'acier ordinaire 
pur, i u d'un acier plus carburé; ces deux aciers 
étant inégalement fusibles, se sont séparés par 
cristallisation pendant le refroidissement lent 
qu'ils ont éprouvé; et lorsqu'on les plonge dans 
l'eau acidulée, le premier étant plus dissoluble 
que l'autre, la cristallisation de celui-ci se dé- 
tache en relief sur un fond noir. 

M. Bréant dit que l'acier pur ne peut se da- 
masser, parce qu'il est homogène, et que l'a- 
cier qui contient du fer non carboné se da- 
masse, mais faiblement. 

Sans prétendre qu'il n'y ait pas i carbu- 
res définis dans l'acier de M. Bréant, nous ne 
voyons pas, d'après ce que l'on sait du moiré 
de l'étain, qu'il faille nécessairement admettre 
le mélange de deux substances différentes dans 
une matière métallique, pour expliquer la pro- 



86 14 e LEÇON DE CHIMIE 

priété qu'elle a de se damasser ou de se moirer 
par l'action d'un acide. 

II. ACIERS FORMÉS DE FER, DE CARBONE ET d'dN 
TROISIÈME CORPS. 

MM. Stodart et Faraday ont fait des recher- 
ches très-intéressantes sur ces sortes d'aciers. 

Acier formé de fer, de carbone et d'aluminium. 

Suivant eux, le cvootz est formé de fer, de 
carbone, d'aluminium el de silicium; après s'en 
être assuré par l'analyse, ils ont préparé une 
substance qui en avait toutes les propriétés, en 
opérant ainsi : 

Ils se procurèrent d'abord un carbure de fer 
formé de 5,6/j de carbone et de 94^6 de fer, 
en chauffant fortement et long-temps de l'acier 
pur, et même du fer avec du charbon. 

Us le réduisirent en poudre, et le soumirent 
à une forte chaleur avec de l'alumine pure; ils 
obtinrent ainsi un alliage de fer, d'aluminium 
et de carbone (l'aluminium s'y trouvait dans la 
proportion de 6,6 pour 100). 

5oo parties de bon acier fondu avec 67 par- 
ties de l'alliage précédent, donnèrent un excel- 
lent wootz qui conservait toujours la faculté 
de se damasser par l'acide sulfurique étendu, 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 87 

quoi que fût le nombre des fusions qu'on lui fai- 
sait subir. 

Acier formé de fer, de carbone et d'argent. 

5oo parties d'acier fondu avec i partie d'ar- 
gent donnent un excellent acier pour la coutel- 
lerie. 

Acier formé de fer, de carbone et de platine. 
100 parties d'acier fonda avec i partie de 
platire donnent un acier qui n'est pas aussi 
dur que le précédent, mais qui a plus de téna- 
cité. 

Le rhodium, l'iridium, l'osmium, alliés à l'a- 
cier dans les mêmes proportions, donnent cha- 
cun d'excellens produits. 

Enfin M. Berthier a vu que deux échantillons 
d'acier qui avaient été alliés avec du chrome, 
et qui contenaient 0,010 et 0,01 5 de ce der- 
nier, étaient très-propres à fa'.re des couteaux, 
des rasoirs qui prenaient un beau damassé par 
l'acide sulfurique. 

III. ACIERS SANS C.UIBONE. 

On ne peut mettre en doute qu'il existe d'au- 
tres corps que le carbone doués de la propriété 
de convertir le fer en acier, c'est-à-dire de 



88 14 e LEÇON DE CHIMIE APPL. A. LA TEINT. 

former avec lui un composé malléable, sus- 
ceptible de prendre un beau poli et d'acquérir 
plus ou moins de dureté par la trempe; car 
MM. Stodart et Faraday ont obtenu, en fondant 
du fer pur avec ~^ d'iridium et d'osmium, un 
alliage qui jouissait de ces mêmes propriétés, 
et dans lequel ils ont en vain cherché l'exis- 
tence du carbone; cet alliage était remarquable 
encore, en ce qu'il s'altérait beaucoup moins 
que l'acier ordinaire. 



QUINZIÈME LEÇON. 

CADMIUM (Cd). 

TRENTE-NEUVIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIERE SECTION. — CADMIUM. 



I. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le cadmium est solide; il se fond avant de 
rougir, et se volatilise à une température un peu 
plus élevée que 36o°. 

Lorsqu'il est fondu et refroidi convenable- 
ment, il cristallise en octaèdres. 

Il est mou, et sa ductilité est telle, qu'on le 
réduit en fils et en feuilles très-minces. 

Il est plus dur que l'étain. 

Sa densité est de 8,6o/j, et de 8,69,4 quand il 
a été écrouï. 



2 \ 5 e LEÇON DE CHIMIE 

Il est d'un blanc éclatant tirant légèrement 
sur le gris bleuâtre. 
Sa vapeur est incolore. 
Le poids de son atome est de i3o,3,54. 

II. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A froid, il n'éprouve aucune altération de 
la part de l'air, ni même de celle de l'oxigène 
humide; ainsi c'est un métal peu altérable dans 
les circonstances ordinaires de pression, d'hu- 
midité et de température de l'atmosphère; mais 
à une température suffisamment élevée, il brûle 
avec une flamme brillante. Le résidu de la com- 
bustion est un oxide d'un jaune brunâtre. C'est 
le seul oxide de cadmium connu. 

Le chlore, l'iode, le phosphore et la plupart 
des métaux, et particulièrement le mercure, 
s'y unissent aisément à l'aide de la chaleur. 

Le soufre s'y combine difficilement par la 
fusion ; mais lorsqu'on chauffe l'oxide de cad- 
mium avec du soufre, ou qu'on verse dans une 
de ses dissolutions salines de l'acide hydrosul- 
furique ou un hydrosuif à te, il se précipite un 
sulfure d'un très-beau jaune. 

Le cadmium est dissous par les acides sulfu- 
rique et hydrochlorique étendus ; il se dégage 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 

de l'hydrogène. Il est dissous à froid par l'acide 
nitrique. Ses dissolutions sont incolores. 

III. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Il a été trouvé d'abord dans le zinc, puis 
dans les mines de ce dernier, principalement 
dans celles à base d'oxide. 

V. PRÉPARATION. 

On dissout la mine ou le zinc qui contient 
le cadmium dans l'acide sulfurique ; on préci- 
pite la dissolution par un courant d'acide hy- 
drosulfurique ; le précipité, séparé et lavé, est 
dissous par l'acide hydrochlorique concentré ; 
on chasse l'excès d'acide par la chaleur, puis on 
étend d'eau, et on précipite la solution par le 
sous-carbonate d'ammoniaque en excès, qui re- 
tient les oxides de zinc et de cuivre. Le sous- 
carbonate de cadmium, lavé et chauffé, donne 
un oxide qu'il suffit de mêler à du noir de fu- 
mée et d'exposer ensuite à une chaleur légère 
dans une cornue de verre, pour le réduire à l'é- 
tat métallique. 

On pourrait encore, si on avait une dissolu- 
tion de zinc et de cadmium , en précipiter ce 



4. i 5 P LEÇON DE CHIMIE 

dernier par le zinc métallique : en lavant le 
précipité, le séchant et le distillant, on aurait 
le cadmium à l'état de pureté. 

VI. USAGES. 

Ce métal n'a point encore été employé dans 
les arts , mais M. Stromeyer pense que sou sul- 
fure serait susceptible de l'être dans la pein- 
ture à l'huile, à cause de la beauté et de la 
fixité de sa couleur. D'après cela, je crois qu'il 
serait utile d'essayer à fixer ce composé sur les 
étoffes. 

VII. HISTOIRE. 

Le cadmium a été découvert en Allemagne 
en 1818. M. Hermann de Schoenebeck paraît 
l'avoir distingué le premier comme corps par- 
ticulier. M. Stromeyer, en confirmant cette dé- 
couverte, en a fait connaître les principales pro- 
priétés. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 

SECTION IL 

COMBINAISONS BINAIRES DÉFINIES DE CADMIUM AVEC 
PLUSIEURS DES CORPS PRÉCÉDEMMENT EXAMINÉS. 



OXIDE DE CADMIUM (Cd). 

en poids. en atomei. 

Oxigène. . 12,55 2 . . 200 

Cadmium. 87,45 1 . i393,54 



100,00 poids at. i593,54 

Cet oxide est fixe, infusible, d'un jaune bru- 



nâtre. 



CHLORURE DE CADMIUM ( 4 Ch Cd). 

eo poids. en «lomes. 

Chlore. . . . 38,6 1 4 . . . 885,3o 

Cadmium . . 6i,3g 1 . . i3g3,54 



100,00 poids at. 2278,84 

Cristallisable en petits prismes triangulaires. 

Fusible , et se prenant par le refroidissement 
en une masse feuilletée. 

Sublimable en lames micacées, et très-solu- 
ble dans Veau. 



1 5 e LEÇON DE CHIMIE 

SULFURE DE CADMIUM (S Cd). 

en poids» en atomes. 

Soufre . . 22,41 2 . . . 402,32 

Cadmium. 77,59 1 . . 1393,54 



100,00 poids at. 179.5,86 

Il est d'un beau jaune orangé. Exposé à la 
chaleur, il passe au cramoisi, mais cette cou- 
leur disparaît par le refroidissement. 

Il est fusible à la chaleur blanche, et cristal- 
lise en lames transparentes lorsqu'il se refroidit. 

Il est décomposable par l'acide hydrochlori- 
que concentré, même à froid. 



ZINC (Zn). 

QUARANTIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIÈRE SECTION. — ZINC. 



I. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le zinc est un métal solide à la température 
ordinaire, fusible avant de rougir, et volatil au 
rouge blanc. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 7 

Il est cassant à zéro; mais à mesure qu'il s'é- 
chauffe, il acquiert de la ductilité; et quand sa 
température est à ioo°, il peut être réduit par 
le laminoir en feuilles assez minces. 

La densité du zinc est de 7,1 . 

Son poids atomistique est de 8o6,45. 

11 est d'un blanc bleuâtre. 

II. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Le zinc est inaltérable à froid dans l'air et 
dans l'oxigène sec. 

Dans une atmosphère humide, il se ternit si 
légèrement, que plusieurs chimistes ne veulent 
pas admettre que cet effet soit dû à une oxida- 
tion. 

Si le zinc n'est pas altérable à froid dans 
l'air atmosphérique, il l'est beaucoup à chaud; 
on en sera convaincu, si, après l'avoir chauffé 
au rouge dans un creuset de terre couvert, on 
lui donne subitement ensuite le contact de l'air; 
alors il brûlera avec une lumière bleuâtre d'au- 
tant plus vive, que le produit de la combustion 
est fixe, et que par la chaleur il répand une 
belle lueur jaunâtre. 

Le chlore, l'iode s'y unissent rapidement à 
chaud. 



S i 5' LEÇON DE CHIMIE 

Le soufre ne s'y combine pas, ou que très- 
difficilement, par la fusion; mais par la voie 
humide, la combinaison s'effectue bien. 

Il s'allie à un grand nombre de métaux, no- 
tamment au cuivre, avec lequel il forme le cui- 
vre jaune ou le laiton. 

L'eau que l'on fait passer lentement en va- 
peur sur du zinc chauffé au rouge dans un tube 
de porcelaine est décomposée; il se dégage du 
gaz hydrogène et il se produit un oxide iden- 
tique à celui qu'on obtient par la combustion 
du métal. 

Les acides sulfurique, hydrochlorique éten- 
dus le dissolvent promptement à froid , en dé- 
gageant de l'hydrogène. 

L'acide nitrique le dissout également bien. 

Il y a une grande analogie dans la manière 
dont le zinc et le fer se comportent avec les 
acides, sauf que le premier de ces métaux ne 
produit qu'un seul oxide lorsque les acides ré- 
agissent sur lui. 

Les sels de zinc sont incolores : ils sont tous 
à base de protoxide. 

III. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 9 

Si ses sels solubles ne sont pas des poisons, 
ils sont très - purgatifs, et leur saveur est dés- 
agréable, 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Le zinc se trouve dans la nature à l'état 
d'oxide et de sulfure. 

V. PRÉPARATION. 

C'est en chauffant l'oxide de zinc natif avec 
du charbon dans des appareils convenables, 
qu'on obtient le zinc métallique; l'oxigène 
forme avec le carbone de l'acide carbonique et 
de l'oxide de carbone, qui facilite beaucoup l'o- 
pération, en entraînant la vapeur du zinc ré- 
duit dans des récipiens contenant de l'eau, où 
elle se condense. 

VI. USAGES. 

Le zinc a été employé quelquefois à l'état de 
sulfate comme mordant; mais il paraît qu'on 
n'a pas été satisfait des résultats qu'il a donnés . 

On a proposé de remplacer dans beaucoup 
de cas les vaisseaux de cuivre, d'étain, par des 
vaisseaux de zinc; mais ce métal est tellement 
disposé à se dissoudre dans les acides, même 
les plus faibles, qu'on a renoncé à s'en servir 



10 15 e LEÇON DE CHIMIE 

pour plusieurs usages auxquels on avait pro- 
posé de l'employer. Ainsi, quelques personnes 
avaient pensé qu'il serait avantageux de rem- 
placer dans les cuisines les casseroles de cuivre 
par des casseroles de zinc, mais on n'a pas 
tardé à s'apercevoir que cette substitution au- 
rait les plus graves inconvéniens. On l'a pro- 
posé aussi pour couvrir les édifices, mais sa 
grande combustibilité et sa dilatabilité le ren- 
dent moins propre à cet usage que le plomb. 
Le zinc peut être substitué au plomb pour 
faire des réservoirs destinés à contenir de l'eau. 



SECTION IL 

COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DU ZINC AVEC 
PLUSIEURS CORPS EXAMINÉS PRÉCÉDEMMENT. 



PROTOXIDE DE ZINC (Zn). 

eu poids. .h atomes. 

Oxigène. . . . 19,90 a . . . . 200 

Zinc 80,10 1 . . . . 806,45 



100,00 poiils at. ioo6,45 

Cet oxide est infusible et fixe. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 1 I 

Il est blanc; par la chaleur, il devient jaune 
orangé. 

Il est soluble dans les acides sulfurique, ni- 
trique , hydrochlorique , etc. 

Il a des propriétés alcalines prononcées, soit 
que l'on considère ses combinaisons avec les 
acides, soit que l'on considère sa manière d'a- 
gir sur les principes colorans organiques. 

Il est réduit par le charbon. 

Il l'est aussi par le soufre. 

PEROXIDE DE ZINC. 

Le protoxide de zinc qui est à l'état d'hydrate 
gélatineux, passe à l'état de peroxide par le 
contact de l'eau oxigénée. 





CHLORURE 


DE 


ZINC 


(<Ch Zn). 






en poidt. 




en 


alomei. 




Chlore. . . . 5a,33 






4 • • . 885. 


,3o 


Zinc 


47>67 






1 . . . 806. 


,45 



100,00 poids at. 1691,75 

Il est solide, fusible et volatil à une tempéra- 
ture peu élevée. 

Il est très-soluble dans l'eau. 



12 15 e LEÇON DE CHIMIE 

SULFURE DE ZINC ('S Zn). 

snpoiaY fD atome». 

Soufre 33,28 a ... ; 402, 3a 

Zinc 66,72 i . . . . 806,45 

100,00 poids at. 1208,77 



MANGANESE (Mn). 

QUARANTE-UNIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIÈRE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — MANGANÈSE. 



I. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le manganèse est un métal qui se présente 
rarement en masse compacte ; presque toujours 
il est en grenailles, parce qu'il exige une tem- 
pérature des plus élevées pour se fondre. 

Il est cassant. 

Il a une densité de 6,85. 

Son poids atomistique est de 711,57. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. l3 

11 a une couleur grise. 

II. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il n'éprouve aucune altération de la part de 
l'oxigène et de l'air desséché ; mais si la tempé- 
rature est élevée, il brûle, et produit un oxide 
rouge. Il est susceptible de s'unir, suivant les 
circonstances, en 5 proportions différentes avec 
l'oxigène. 

Il se combine au chlore et au soufre en dé- 
gageant de la lumière. 

Il s'unit au phosphore et au carbone. 

Le manganèse est très-altérable dans une at- 
mosphère humide ; il s'y transforme en une 
poudre brune, et il se manifeste une odeur 
fétide qui a fait croire à plusieurs personnes 
que non-seulement il s'est oxidé aux dépens de 
l'air, mais encore aux dépens de l'humidité. 

A une chaleur rouge, il s'empare de l'oxigène 
de l'eau , et l'hydrogène est mis en liberté. 

D'après le petit nombre d'expériences que 
l'on a faites sur la réaction des acides et du man- 
ganèse, il est probable que les résultats sont 
analogues à ceux qu'on obtient en opérant avec 
le fer et le zinc. 



1 4 1 5 e LEÇON DE CHIMIE 

III. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est inodore, insipide. 
Ses sels ne sont pas délétères , à proprement 
parler. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Il existe dans la nature à l'état d'oxide, de sul- 
fure, de sous-carbonate et de phosphate. 

V. PRÉPARATION. 

On réduit le peroxide de manganèse pur dans 
un creuset brasqué. Il faut une température 
des plus élevées , par la double raison que le 
mangaaèse tient fortement à l'oxigène , et qu'il 
est peu disposé à entrer en fusion. 

VI. USAGES. 

Il n'est d'aucun usage à l'état métallique, 
mais son peroxide est employé pour se procu- 
rer du chlore ; ses sels solubles peuvent être em- 
ployés à teindre les étoffes de coton ; lorsqu'a- 
près les en avoir imprégnées, on les passe dans 
une solution de chlorure de chaux, l'acide du sel 
de manganèse se fixe à la chaux, et le chlore, 
s'emparantde l'hydrogène de l'eau, met de l'oxi- 
gène en liberté, qui se fixe sur le protoxide de 
manganèse, et le colore. Sous ce rapport, ce mé- 
tal doit être un objet d'étude pour le teinturier. 



APPLIQUÉE A LA. TEINTURE. l5 

SECTION II. 

COMBINAISONS BINAIRES DÉFINIES DU MANGANÈSE 

AVEC PLUSIEURS DES CORPS EXAMINÉS 

PRÉCÉDEMMENT. 



CHAPITRE IL 



§ I er - 

PROTOXIDE DE MANGANÈSE (Mn). 



I. COMPOSITION. 

eu poids. en atomes. 

Oxigène .... 21,94 2 . . . 200 

Manganèse. . . 78,06 1 . . . 711,57 

100,00 poids at. 911,57 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est verdâtre; il n'est blanc que quand il est 
hydraté. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est inaltérable à l'air, lorsqu'il a été pré- 
paré à une température rouge par le procédé 
que je décrirai plus bas. 



iG 15 e LEÇON DE CHIMIE 

On doit le considérer comme une base sali- 
fiable assez énergique. 

Il est soluble dans les acides sulfurique , hy- 
drochlorique, etc. Les dissolutions sont inco- 
lores, ou légèrement rosées. 

L'acide nitrique étendu et froid le dissout ; 
mais si l'on opère à chaud , et qu'on concentre 
la liqueur, le protoxide se» suroxide. 

Il n'éprouve pas d'action de la part de l'hy- 
drogène. 

Il est réduit par le charbon et le soufre. 

Le protoxide de manganèse , chauffé au mi- 
lieu de l'air, s'embrase, et se change en oxide 
rouge. 

Le manganèse délayé dans l'eau au milieu de 
laquelle on dirige un courant de chlore, se 
suroxide, par la raison qu'il s'empare de l'oxi- 
gène d'une portion de ce liquide pendant que 
le chlore s'unit à l'hydrogène. Cette suroxida- 
tion, qui ne se fait bien qu'autant que l'eau 
est en assez grande quantité pour que l'acide 
hydrochlorique formé soit assez faible pour ne 
pas réagir sur le peroxide de manganèse, est 
une preuve que du chlore et de l'eau doivent 
être considérés comme éminemment propres à 
agir sur un corps oxigénable avec lequel on les 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. in 

met en contact , et ce fait n'a pas peu contribué 
à établir l'opinion que le chlore était de l'acide 
muriatique uni à de l'oxigène. 

IV. PRÉPARATION. 

On fait passer un courant d'hydrogène dans 
un tube de porcelaine contenant du sous-car- 
bonate de manganèse ou un oxide de manga- 
nèse supérieur chauffé au rouge; on ne démonte 
le tube qu'après son entier refroidissement, puis 
on transvase le protoxide qu'il contient dans un 
flacon à l'émeri. 



§ II. 
HYDRATE DE PROTOXIDE DE MANGA- 
NÈSE ('H'Mn). 

I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Eau 19,79 2 . . . . 224,96 

Prot. mangan. 80,21 1 . . . . 911,57 



100,00 poids at. n'36,53 

II. PROPRIÉTÉS. 

Il est en flocons blancs au moment où il 
vient d'être séparé, au moyen de la potasse, 



1 8 \ 5 e LEÇON DE CHIMIE 

d'une solution aqueuse bouillante d'un sel de 



manganèse. 



Ces flocons attirent l'oxigène atmosphérique 
ou celui de l'eau aérée avec une grande force; 
ils se colorent alors en brun. On accélère cet 
effet en jetant l'eau où ils se trouvent en sus- 
pension dans un flacon de gaz oxigène , où on 
les agite. On produit encore très-promptement 
ce phénomène en jetant l'hydrate dans de l'eau 
de chlore. Cette dernière expérience est en 
outre très-propre à démontrer l'action oxigé- 
nante de cette liqueur. 



CHAPITRE III. 



§ I er . 

PEROXIDE DE MANGANÈSE (Un). 

I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Oxigùne .... 35,99 4 • • • 4oo 

Manganèse. . . 6/,,oi î . . . 711,57 

100,00 poids ai. 1111,57 



APPLIQUEE A LA TEIMTURE. I 9 

II. NOMENCLATURE. 

Tétroxide de manganèse. 

III. PROPRIÉTÉS. 

Il est brun. 

Il ne se dissout pas dans l'eau. 

Exposé au rouge brun , il se réduit en tri- 
toxide; et à une température plus élevée, il l'est 
en deutoxide rouge. 

Il ne se combine point aux acides pour for- 
mer des sels sans perdre une portion de son oxi- 
gène. 

A chaud, l'acide sulfurique en chasse de 
l'oxigène , et forme un sel à base de protoxide. 

L'acide sulfureux mis en contact avec le per- 
oxide de manganèse délayé dans leau est con- 
verti en acides sulfurique et hyposulfurique, qui 
neutralisent du protoxide de manganèse prove- 
nant du peroxide désoxigéné. 

L'acide nitreux et le peroxide de manganèse 
donnent du nitrate de protoxide. 

L'acide hydrochlorique le dissout en déga- 
geant du chlore, et en donnant naissance à de 
l'eau et à de lhydrochlorate de protoxide de 
manganèse (10 e leçon, page 54). 

D'après la tendance de cet oxide à abandon- 



•SO 15 e LEÇON DE CHIMIE 

ner de l'oxigène, on conçoit qu'il pourra être 
réduit, sinon à l'état métallique, au moins en 
protoxide par un grand nombre de substances. 
C'est même sur cette tendance qu'est fondé 
l'emploi qui lui a valu le nom de savon des ver- 
riers , parce que, dans les verreries, il sert à 
décolorer le verre fondu qui est noirci par des 
matières charbonneuses. Si la quantité employée 
à cet effet a été convenable, le peroxide, en 
convertissant la matière charbonneuse en eau 
et en acide carbonique, a passé à l'état de pro- 
toxide qui est dépourvu de la propriété colo- 
rante. Dans le cas où l'on aurait mis un excès 
de peroxide, le verre aurait une couleur d'hya- 
cinthe. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Le peroxide de manganèse se trouve dans le 
sein de la terre en assez grande quantité pour 
qu'il soit livré à un prix peu élevé aux arts qui 
l'emploient. Il est de la nature de ce cours d'ex- 
poser ici les résultats des analyses que M. Ber- 
thier a faites de peroxides de manganèse de di- 
vers pays , relativement à la quantité d'oxigène 
qui représente dans chacun d'eux la quantité 
de chlore qu'ils peuvent donner. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 2.1 

Quantité d'uxigènc qui représente le chloïc, 
celle du peroxide de manganèse pur émut 
représentée par 0,1799., 

Minerai de Crettnich (près de Saarbruk) . 0,170 

: — Calvéron (Aude), sans calcaire 0,173 

— Timor, sans calcaire 0,1 56 

— Timor, avec calcaire 0,140 

— , Calvéron , avec calcaire . . . . Oji3o 

— Périgueux (Dordogne) o* 11 ? 

— Romanèche (Saône-et-Loire). . 0,106 à 0,116. 

— Laveline (Vosges) o,io5 

■ — Pesillo (Piémont), sans calcaire 0,100 

— Pesillo, avec calcaire 0,075 

— Saint-Marcel (Piémont) o,o63 à 0,070. 

Il est très-facile de se représenter le rapport 
qu'il y a entre l'oxigène du peroxide de man- 
ganèse et la quantité de chlore qu'il développe 
par la réaction de l'acide hydrochlorique. En 
effet, 

1 at. de peroxide , at- 

* r 2 oxitrene pesant 200 

pesant 1111,37= b -, l t- 

1 ' ji protoxide mang. — 911,57 

Si nous le mettons en présence de 

8 at. acide hv- ( at - . , ( 4 chl. 885,28 

drochlorique={ 4 ac ' M 1 '- P es - 9 10 > 2 4 = { 

, , , (4hyd. 24,n6 

'4ac. hydr. — 910,24 K ' ,,y 

Les quatre premiers atomes se décompose-, 
îont de manière que 



2 2 15 e LEÇON DE CHIMIE 

4 at. hydrogène pesant 24*96 feront 
2 at. d'eau pesant 224,96, en s'unissant aux 2 at. d'oxi- 
gène pesant 200, 

il en résultera 

4 at. chlore pesant 885,28, 

at. 

u , , , . (4 ac. hyd.pes. 910,24 

1 at. hydroclor. prot. mang. — {^ J l r 

J l ° [1 prot. mang. 911,57 

1821,81 
D'après cela, nous disons que 1 atomes d'oxi- 
gène de 1 atome de peroxide de manganèse 
représentent 4 atomes de chlore, ou en énon- 
çant les proportions en poids, que 200 d'oxigène 
de 1 1 1 1,57 de peroxide représentent 880,28 de 
chlore; ou bien encore que 

&■ .,i (oxigène?. . . . 1,799 

10,00 peroxide de mang. =| protoxi d e . . . 8,201 

dégageront 

7ê r .,963 de chlore ou 2i''-,528. 

Conséquemment, pour obtenir 1 litre de 
chlore sec à zéro sous la pression de o œ- ,76o, il 
faut 3 gr ,96 de peroxide de manganèse. 

Lorsqu'on voudra faire l'essai d'une mine de 
manganèse, on en traitera 3 gr ,96 par l'acide hy- 
drochlorique; on recueillera le chlore dans un 
lait de chaux occupant un volume de moins de 
1 litre; et enfin, en déterminant le chlore ob- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 'i3 

tenu, on aura la valeur vénale du peroxide es- 
sayé. Nous ne décrirons ce procédé en détail 
qu'en traitant de l'indigotine, parce qu'alors 
nous aurons toutes les données pour le bien 
comprendre. 



OXIDES DE MANGANÈSE INTERMEDIAIRES. 

11 existe deux oxides de manganèse intermé- 
diaires qui paraissent devoir être considérés 
comme des composés de protoxide et de per- 
oxide. 

CHAPITRE IV. 

TRITOXTDE DE MANGANÈSE (Mn). 



I. COMPOSITION. 

<n poids. en alotnet. 

Oxigène '^9)66 3 3oo,oo 

Manganèse. . . 70,84 1 7 1I >57 



100,00 poids at. 1011,57 

ou 

aloraea, atomes. 

• , , , (4 OxiL'èlle, 

1 peroxide de manganèse =<^ ° ' 
' e \ 1 manganèse; 

• 1 1 r (a oxigène, 

i protoxide de manganèse =< & * 

1 ( 1 manganèse; 



^4 1 5 e LEÇOI* DE CHIMIE 

II. NOMENCLATURE. 

Oxide brun de manganèse. 

III. PROPRIÉTÉS. 

Il est d'un brun noir. 

M. Berthier a vu que l'acide nitrique concen- 
tré le réduit en protoxide qu'il dissout et en 
peroxide qu'il ne dissout pas. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

On trouve dans la nature le tritoxide de 
manganèse hydraté ; l'oxigène de l'eau est le { 
de celui de l'oxide. 

V. PRÉPARATION. 

On peut le préparer en exposant du nitrate 
de manganèse au rouge brun. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. a5 

CHAPITRE V. 

DEUTOXIDE DE MANGANÈSE (Mn 3 ). 



I. COMPOSITION". 

en poids, en atomes. 

Oxigène. . . . 27,25 8 . . . . 800,00 

Manganèse. . . 72,75 3 . . . 21 34,71 

100,00 poids at. 2934,71 
OU 

A. Suivant Berzelius, 

. . ., , , (6 oxigène, 

2 at. tntoxide de manganèse =< r ' 

& \ 2 manganèse; 

., , v (2 oxigène, 

1 at. protoxide de manganèse =< ° ' 

1 ° (1 manganèse ; 

B. Suivant Berthier, 

•ii . (4 oxigène, 

1 at. peroxide de manganèse =? < ° l 

r & ( 1 manganèse ; 

2 at. protoxide de manganèse =< ' ° * 

1 D ( 2 manganèse ; 

Cette composition me paraît plus conforme 
à l'analogie que celle adoptée par M. Berzelius, 
surtout si on considère la composition du tri- 
toxide comme je l'ai fait. 

II. NOMENCLATURE. 

Qxide rouge de manganèse. 



26 1 5 e LEÇON DE CHIMIE 

III. PROPRIÉTÉS. 

Il est d'un rouge plus ou moins brun, sui- 
vant sa plus ou moins grande division. 

On dit qu'au rouge brun il absorbe l'oxigène, 
et se change en tritoxide. L'acide nitrique con- 
centré et bouillant, et l'acide sulfurique étendu, 
le réduisent en protoxide qui est dissous et en 
peroxide qui ne l'est pas. 

On conçoit que l'acide hydrochlorique doit 
le réduire en chlorure métallique ou en hy- 
drochlorate de protoxide , et donner lieu à une 
production d'eau et à un dégagement de chlore. 

Il se comporte avec les combustibles simples 
à la manière du peroxide de manganèse. 

IV. PRÉPARATION. 

On peut le préparer en calcinant au rouge 
cerise, dans un creuset de platine découvert, le 
sous-carbonate de manganèse. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. i-j 

CHAPITRE VI. 

ACIDE MANGANÉSIQUE (Mn). 





I. COMPOSITION. 






en poids. en atomes. 




Oxigène. . , 


. 41,27 5 . . . 


. 5oo,oo 


Manganèse . 


. 58,73 1 . . , 


■ • 7"> 5 7 



100,0 poids at. 1211,57 

II. PROPRIÉTÉS. 

Cet acide, qui n'a encore été que très-peu 
examiné, est d'une belle couleur rouge; il se 
décompose avec la plus grande facilité quand il 
est en contact avec des corps qui ont quelque 
affinité pour l'oxigène. 

III. PRÉPARATION. 

L'acide manganésique est produit lorsqu'on 
chauffe au contact de Fair ou du gaz oxigène 
parties égales de peroxide de manganèse et de 
potasse. Ce composé, que Schéèle découvrit en 
1 774 5 et qu'il nomma caméléon minéral, est 
formé d'acide manganésique et de potasse. Ce 
n'est que dans ces derniers temps qu'on est par- 
venu à en séparer l'acide manganésique. 



o.8 \ 5° LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE VIL 

PROTOCHLORURE DE MANGANÈSE 
( 4 Ch Mn). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Chlore. . . : . 55,44 4 • • • • 885,3o 

Manganèse. . . 44>56 i . . . . 711,57 



100,00 poids at. 1596,87 

II. NOMENCLATURE. 

Muriate de manganèse anhydre. 

III. PROPRIÉTÉS. 

Il est solide, et légèrement rosé; il est fusi- 
ble en un liquide verdâtre; il se prend en une 
masse lamelleuse par le refroidissement. 

Il est fixe. 

Il est soluble dans l'eau. 

IV. PRÉPARATION. 

On l'obtient en faisant évaporer, à sec, une 
solution de manganèse dans l'acide hydrochlo- 
rique, puis chauffant le résidu jusqu'à la fusion 
dans un creuset de platine. 



APPLIQUEE A LA TEINTURE. 2() 

V. USACES. 

M. Morin a proposé de l'employer pour re- 
connaître le titre du chlorure de chaux. 



CHAPITRE VIII. 

PERCHLORURE DE MANGANÈSE (>Ch Mn). 



I. COMPOSITION. 

«n poiils. en atomes. 

Chlore 7^,67 10 ... . aai3,î5 

Manganèse . . . 2^,33 1 . . . . 711,57 



100,00 poids at. 2924,82 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Il est liquide, de couleur brune verdâtre. 
A l'état fluide élastique, il est verdâtre. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il est très-décomposable par le contact de 
l'eau; il est converti alors en acide hydrochlo- 
rique et en acide manganésique. 

. 11, (10 chlore, 

1 at. de pcrchlorure = < 

1 { 1 manganèse, 



3o i5 c LEÇON DE CHIMIE 

exige pour se décomposer 

„ f 5 oxiçène, 

5atdeau ' \ : ~\ io hydrogène; 

ils produisent 

. . , , , , . ( io chlore, 

io at. acide hydrochlonque. . -} iQ hydr0 ^ ène; 

., . ■ (5 oxigène, 

i at. acide manganesique. . . ={ b ? 

° x ( i manganèse. 

IV. PRÉPARATION. 

M. Dumas, qui le découvrit en 1826, l'ob- 
tint en neutralisant par l'acide sulfurique l'ex- 
cès d'alcali du sous- mari ganésiate de potasse 
dissous dans l'eau; en faisant évaporer à sec, 
traitant le résidu par l'acide sulfurique con- 
centré, qui a dissous de l'acide manganésique ; 
enfin en y projetant du chlorure de sodium par 
petits fragmens jusqu'à ce qu'il ne se formât 
plus que des vapeurs incolores; il recueillit le 
produit dans un tube de verre refroidi de — 
i5 à — 20 . 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3l 

CHAPITRE IX. 

SULFURE DE MANGANÈSE ('S Mn). 



I. COMPOSITION. 

en poids* en atomes. 

Soufre 36,i2 i . . . . / ( 02,32 

Manganèse. . . . 63,88 i . . . . 711,57 



100,00 poids at. 1113,89 

II. PROPRIÉTÉS. 

Il est d'un vert terne. 

Il est décomposé avec dégagement d'acide 
hydrosulfurique par l'acide sulfurique faible, 
l'acide hydrochlorique , et même par l'acide 
nitrique. 

III. ÉTAT NATUREL. 

Il se trouve dans la nature. 

IV. PRÉPARATION. 

On peut le préparer en distillant du peroxide 
de manganèse avec un excès de soufre. 



3 1 15 e LEÇON DE CHIMIE 



ZIRCONIUM (z.). 

QUARANTE-DEUXIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



§ I er - 
ZIRCONIUM. 



I. NOMENCLATURE. 

Zirconium est dérivé de zircon, nom du mi- 
néral qui a donné le premier à l'analyse la sub- 
stance particulière qui a été décrite sous le nom 
dezircone. La zircone est l'oxide du zirconium. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

On ne l'a observé qu'en poussière infusible et 
fixe. 

Il est plus dense que l'eau. 

Son poids atomistique est de 84o,o8.- 

Il est noir comme du charbon; en le com- 
primant, il prend un éclat d'un gris foncé, 
comme métallique. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 33 

Il ne conduit ni l'électricité ni la chaleur : 
il diffère donc, d'après cela, des substances mé- 
talliques. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il n'éprouve aucune action de la part de 
l'air et de l'oxigène froids ; mais si on le chauffe 
avec le contact de ce gaz, il brûle avec une vive 
lumière avant de rougir. 

Il s'unit au chlore et à la vapeur de soufre en 
dégageant de la lumière. 

Il ne décompose pas l'eau à ioo°, mais il pa- 
raît le faire à la température rouge. 

L'acide hydrochlorique concentré, même 
bouillant, l'attaque difficilement; il se dégage 
de l'hydrogène. 

L'eau régale et l'acide sulfurique concentré 
bouillant n'ont également qu'une faible action 
sur lui. 

IY. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est insipide et inodore. 

V. ÉTAT NATUREL. 

On ne l'a trouvé dans la nature qu'à l'état 
d'oxide. 

VI. PRÉPARATION ET HISTOIRE. 

M. Berzelius, qui a découvert le zirconium , 

3 






34 i 5 e LEÇON DE CHIMIE 

l'a obtenu par le procédé suivant : il a mêlé du 
phtorure de potassium et de zirconium à du 
potassium en fusion, qui était contenu dans un 
petit tube de fer; puis il a chauffé ce tube 
couvert dans un creuset de platine qui rece- 
vait immédiatement la flamme d'une lampe à 
alcool à double courant. Il a appliqué l'eau à la 
matière qui avait éprouvé l'action du feu : le zir- 
conium n'a pas été dissous; il l'a lavé, l'a fait 
digérer dans l'acide hydrochlorique concentré 
étendu de son poids d'eau, l'a jeté sur un fil- 
tre où il a été lavé d'abord avec de l'alcool, 
ensuite avec une solution de sel ammoniaque; 
enfin il a été séché. 

VII. USAGES. 

Il n'est d'aucun usage en teinture. S'il est 
susceptible d'y être employé, ce ne peut être 
qu'à l'état de sel à base de zircone. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 35 

§11. 

OXIDE DE ZIRCONIUM (Zr). 

I. COMPOSITION. 



en atomes. 



Oxigène a6,3i 3 . . . . 3oo,oo 

Zirconium. . . . 73,69 1 . . . . 8/10,08 



100,00 poids at. n/|0,o8 

II. NOMENCLATURE. 



Zircone. 



III. PROPRIÉTÉS. 

Il est pulvérulent. 

Il a une densité de 4,3 , 

Il n'a pas de couleur. 

Il est insoluble dans l'eau. 

Il se dissout dans les acides hydrochloriqué, 
nitrique et sulfurique quand il n'a pas éprouvé 
l'action du feu; qu'il est, par exemple, à l'état 
d'hydrate floconneux. 

L'hydrate de zircone chauffé présente le phé- 
nomène de l'incandescence en perdant son eau. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

La zircone se trouve dans la nature à l'état 
de silicate. 

3. 



36 15* LEÇON DE CHIMIE 

V. PRÉPARATION. 

Après avoir fait rougir dans un creuset d'ar- 
gent i partie de zircon avec le double de son 
poids de potasse à l'alcool, on lave la matière 
avec de l'eau ; on traite le résidu par l'acide hy- 
drochlorique très-étendu , de manière à tout dis- 
soudre; on fait évaporer doucement à sec; on 
ajoute de l'eau au résidu pour dissoudre le chlo- 
rure de potassium et les hydrochlorates de zir- 
cone et de fer; on fait évaporer presque à sec; 
on met la matière dans un cylindre de verre ef- 
filé, où on la lave avec de l'acide hydrochlorique 
concentré jusqu'à ce que celui-ci ne dissolve plus 
de fer; enfin on délaie l'hydrochlorate de zir- 
cone ainsi purifié dans l'eau , et on précipite la 
solution par l'ammoniaque ; l'hydrate de zircone 
doit être lavé ensuite avec soin : pour en sépa- 
rer l'eau, il suffit de le faire rougir dans un 

creuset. 

VI. usages. 

On ne l'a point encore essayé en teinture. 



CHLORURE DE ZIRCONIUM. 

Il est fixe, 

Incolore, 

Et soluble dans l'eau. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3 J 

SULFURE DE ZIRCONIUM. 

Il est d'un brun clair, sans éclat métallique. 
L'eau, les acides hydrochlorique et nitrique 
ne l'attaquent pas. 

L'eau régale le dissout très-lentement. 



ALUMINIUM (Ai). 

QUARANTE-TROISIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIERE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — ALUMINIUM. 



I. NOMENCLATURE. 

Aluminium est dérivé d'alumine, nom d'un 
oxide d'où il a été extrait. 

IL PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Ce métal n'a été obtenu qu'en poudre grise 
assez semblable à celle du platine, et en petites 



38 15 e LEÇON DE CHIMIE 

paillettes d'un brillant métallique analogue à 
celui de l'étain. 

Il est infusible à la température où la fonte 
de fer se liquéfie. 

Son poids atomistique est, suivant M. Berze- 
lius, de 342,33. 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Chauffé au rouge dans de l'air, il prend feu, 
brûle avec une vive lumière. Le résidu est 
l'oxide appelé alumine. 

Chauffé au rouge dans l'oxigène, il brûle 
avec l'éclat le plus vif; l'alumine produite est 
en partie fondue, et si dure, qu'elle coupe le 
verre. 

Un courant de chlore dirigé sur l'aluminium 
rouge de feu, l'enflamme; et le chlorure qui se 
produit se sublime. 

La vapeur de soufre qui a le contact de l'a- 
luminium rouge de feu s'y combine en déga- 
geant de la lumière. 

L'aluminium, rougi avec le sélénium, s'y 
combine. 

Il s'unit à la vapeur du phosphore à une 
température rouge, en dégageant de la lumière. 

Il s'unit à chaud avec l'arsenic. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 39 

Lorsqu'il est rouge , il s'unit au tellure avec 
une rapidité extrême, surtout si ce dernier est 
en poudre. 

A froid , il n'a pas d'action sur l'eau ; mais à 
ioo°, il la décompose. 

A froid, il n'est attaqué ni par l'acide nitri- 
que, ni par l'acide sulfurique concentré. A 
chaud, il est dissous. 

L'acide sulfurique ainsi que l'acide hydro- 
chlorique faibles le dissolvent avec dégagement 
d'hydrogène. 

Il se dissout dans l'ammoniaque en quantité 
considérable. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Il ne se trouve dans la nature qu'à l'état 
d'oxide. 

V. PRÉPARATION. 

On met au fond d'un petit creuset de porce- 
laine quelques morceaux de potassium bien 
pur, on les couvre d'un volume de chlorure 
d'aluminium égal au leur : le creuset fermé 
est exposé avec précaution sur la lampe à al- 
cool; la chaleur dégagée par l'union du chlore 
avec le potassium est des plus vives. Quand la 
décomposition est opérée , on attend que le. 



4o i 5 e LEÇON DE CHIMIE 

creuset soit refroidi, pour le plonger ensuite 
dans l'eau; l'aluminium n'est pas dissous; on le 
sépare du liquide qui le surnage; on le lave sur 
un filtre avec de l'eau froide, et on le dessèche. 

VI. USAGES. 

On n'emploie pas l'aluminium en teinture ; mais 
son oxide (l'alumine) est si précieux pour fixer 
les principes colorans organiques sur les étoffes, 
que l'histoire de ce métal est importante pour 
le teinturier. 

VII. HISTOIRE. 

Sir H. Davy paraît avoir réduit l'alumine en 
aluminium par l'action électrique et par la va- 
peur de potassium; mais c'est à M. Wôhler 
qu'on est redevable du procédé que nous avons 
décrit, et de la connaissance des propriétés de 
ce métal. 

Quelques années avant le travail de M. Wôh- 
ler, qui est de 1827, M. OErsted avait fait des 
tentatives pour l'extraire du chlorure d'alumi- 
nium liquide qu'il venait de découvrir. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4 1 

SECTION IL 

COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DE l'aLUMINIUM 

AVEC PLUSIEURS DES CORPS ÉTUDIES 

PRÉCÉDEMMENT. 



CHAPITRE IL 
§ I er . 

OX1DE D'ALUMINIUM (Al). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en aiomcj. 

Oxigène. . 46,71 3 . . . 3oo 

Aluminium. 53,2g 1 . . . 34^,33 



100,00 poids at. 64?.,33 

II. NOMENCLATURE. 

Avant qu'on eût obtenu l'aluminium, son 
oxide était toujours appelé alumine. 

Alumine est dérivé du mot alun, nom du 
sel d'où on extrait ordinairement l'oxide d'alu- 
minium. 

Aujourd'hui on se sert indifféremment des 



4'^ 15 e LEÇON DE CHIMIE 

deux dénominations alumine et protoxide d'a- 
luminium. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'oxide d'aluminium préparé artificiellement 
est ordinairement pulvérulent; on en trouve 
dans la nature qui est cristallisé et très-dur. 

C'est un des corps les plus réfractaires que 
l'on connaisse. 

Il est fixe. 

La densité de l'oxide natif est de L\. 

Il est incolore, opaque ou transparent. 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

L'hydrogène, l'oxigène, le chlore, l'iode, l'a- 
zote, le soufre, le phosphore, l'arsenic, etc., 
n'ont aucune action sur l'oxide d'aluminium. 

Il est insoluble dans l'eau , mais susceptible 
de s'y combiner à l'état naissant. On trouve dans 
la nature plusieurs hydrates d'alumine. 

L'oxide d'aluminium qui a éprouvé l'action 
d'une chaleur rouge est très-peu soluble dans 
les acides, même les plus énergiques; mais s'il 
est à l'état d'hydrate, ou qu'il ait été séché à 
une douce chaleur, il est dissous par les acides 
hydrochlorique, sulfurique, nitrique, etc. On 
conçoit d'après cela que si on veut le faire réa- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 4^ 

gir sur les principes colorans organiques, on 
ne doit pas employer un oxide calciné, mais 
celui qui est à l'état d'hydrate gélatineux. 

Quoique l'oxide d'aluminium agisse en géné- 
ral sur les principes colorans à la manière d'une 
base alcaline faible, cependant il semble, dans 
quelques circonstances au moins, se comporter 
à la manière d'un acide faible, ou plutôt exercer 
une action qui paraît intermédiaire entre celle 
des alcalis et celle des acides. Dans tous les cas, 
c'est un des corps les plus précieux pour fixer 
les principes colorans organiques. 

V. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES. 

Il est insipide, inodore. 

VI. ÉTAT NATUREL. 

L'oxide d'aluminium se trouve dans la na- 
ture à l'état de cristaux anhydres; tels sont ceux 
de corindon. 

Il est une des bases des argiles et de la plu- 
part des terres arables. 

VII. PRÉPARATION. 

On peut se le procurer en calcinant'au rouge 
du sulfate d'alumine ou du sulfate d'alumine 
ammoniacal. 



44 "1 5 e LEÇON DE CHIMIE 

On peut encore précipiter une solution d'a- 
lun étendue par l'ammoniaque en excès, laver 
à grande eau dans un flacon , et ne jeter la ma- 
tière sur un filtre que quand l'eau du lavage 
ne précipite plus le nitrate de baryte. 

Si on tenait à l'avoir parfaitement pure, il 
faudrait la redissoudre dans l'acide nitrique, la 
précipiter de nouveau par l'ammoniaque, et la 
laver comme la précédente. 

L'alumine ainsi préparée doit être égouttée 
sur un filtre, puis sur du papier Joseph; on doit 
la conserver dans de l'eau, si on veut l'avoir 
dans l'état où elle agit avec le plus d'activité 
sur les principes colorans. Dans le cas con- 
traire, on la fait sécher à l'air, puis on la cal- 
cine. 

VIII. USAGES. 

L'alumine à l'état de sulfate double de po- 
tasse ou d'ammoniaque, ou à celui d'acétate, 
constitue des mordans excellens pour fixer les 
principes colorans organiques; et c'est à cause 
de son importance à cet égard que j'ai décrit 
l'aluminium avec quelque détail. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ^5 

§ II. 

HYDRATES D'ALUMINE. 



11 existe dans la nature plusieurs hydrates 
d'alumine, mais il ne faut pas confondre avec 
ces composés définis l'alumine gélatineuse ob- 
tenue par la précipitation d'un sel d'alumine, 
au moyen d'un alcali ; je pense bien qu'il s'y 
trouve une proportion d'eau qui y est unie en 
proportion définie, mais cette eau ne contribue 
pas à la rendre gélatineuse; la portion d'eau 
qui lui donne cette propriété me paraît y être 
engagée dans le même état que celle qui modi- 
fie à un si haut degré les propriétés physiques 
des tissus organiques ( 4 e leçon , page 1 7 ). 

Si l'alumine en gelée est conservée dans l'eau 
pendant quelques années, elle présente, ainsi 
que je l'ai observé, la propriété remarquable de 
se réunir en petits grains comme cristallins. 



46 i 5 e LEÇON DE CHIMIE 

CHAPITRE III. 

CHLORURE D'ALUMINIUM. 



Il est solide, confusément cristallisé, ou en 
masse compacte dure; il est fusible, volatil, 
et son point de fusion est très-rapproché de 
celui de vaporisation. 

Il est d'un jaune verdâtre, pâle, demi-trans- 
parent. 

A l'air, il fume faiblement, exhale l'odeur de 
l'acide hydrochlorique, et se réduit en un li- 
quide clair. 

Il se dissout dans l'eau en dégageant beau- 
coup de chaleur ; cette dissolution est celle 
d'un hydrochlorate d'oxide d'aluminium. Quand 
elle est évaporée, elle donne une matière qu'on 
peut considérer comme de l'hydrochlorate d'a- 
lumine pur, ou comme du chlorure d'alumi- 
nium. 

M. Wôhler a vu que le chlorure se combine 
avec l'acide hydrosulfurique. 

On se procure le chlorure d'aluminium par un 
procédé très-ingénieux que l'on doit à M. QErs- 
ted. On prend de l'hydrate d'alumine sec , on le 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ^.n 

mêle avec du charbon en poudre, du sucre et 
de l'huile; la pâte épaisse qui en résulte doit 
être chauffée jusqu'à ce que le sucre et l'huile 
soient carbonisés ; ce résidu est introduit en- 
core chaud dans un tube de porcelaine qui tra- 
verse un fourneau à réverbère ; le tube commu- 
nique d'une part à une source de chlore sec, et 
de l'autre à un petit ballon tubulé garni d'un 
tube à gaz ; lorsque le tube de porcelaine est 
rempli de chlore on le porte au rouge; le chlo- 
rure d'aluminium se condense en grande partie 
dans l'extrémité du tube de porcelaine. 



CHAPITRE IV. 

SULFURE D'ALUMINIUM. 



Il est noir, mais prend l'éclat métallique par 
le frottement. 

11 répand à l'air l'odeur de l'acide hydrosul- 
furique, se gonfle peu à peu, et se réduit en 
poussière. 

Mis dans l'eau, il se réduit en acide hydrosul- 
furique et en alumine grise qui se dépose. 



4 S A 5 e LEÇON DE CHIMIE 



GLUCINIUM (Gi). 

QUARANTE-QUATRIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 



PREMIERE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — GLUCINIUM. 



I. NOMENCLATURE. 

Glucinium dérive de glucine, nom d'une base 
salifiable de laquelle on a retiré le glucinium; 
et glucine dérive du grec ykuxvç, doux. Cette dé- 
nomination a été donnée à la base qui le porte, 
d'après la saveur douce de ses sels solubles. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

Le glucinium est en poudre d'un gris foncé 
ayant un aspect métallique très-prononcé. 

Il parait être très-réfractaire. 

Son poids atomistique, est de 662 ; 56, suivant 
M. Berzelius. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 49 

ÎIÎ. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

A froid, l'air et l'oxigène sont sans action 
sur lui; mais quand il est chauffé au rouge, il 
brûle avec un très-grand éclat, et il est remar- 
quable que i'oxide produit, ou la glucine, ne 
présente aucun signe de fusion. 

A une température peu élevée, il brûle dans 
le chlore, et donne un chlorure qui se su- 
blime en cristaux. 

Il présente les mêmes phénomènes avec le 
brome et la vapeur d'iode. 

11 brûle dans la vapeur de soufre avec un 
éclat qui est presque aussi vif que celui qu'on 
remarque lorsque la combustion s'opère dans 
l'oxigène. 

Le sélénium s'y unit en dégageant beaucoup 
de chaleur. 

Le glucinium brûle avec lumière dans la va- 
peur de phosphore. 

Il dégage également de la lumière en s'unis- 
sant à l'arsenic. 

Il décompose l'eau quand il est rouge de feu. 

Chauffé dans l'acide sulfurique, il s'y dissout 
en dégageant du gaz acide sulfureux. 

Il se dissout facilement dans les acides sulfu- 

4 



50 -15 e LEÇON DE CHIMIE 

rique, hydrochlorique et nitrique faibles; avec 
les deux premiers il y a dégagement d'hydro- 
gène, avec le dernier dégagement de deutoxide 
d'azote. 

L'ammoniaque ne l'attaque pas. Sous ce rap- 
port, il diffère donc beaucoup de l'aluminium. 

IV. PRÉPARATION. 

On l'obtient par un procédé analogue à ce- 
lui que nous avons décrit pour extraire l'alu- 
minium de l'alumine; mais on opère la décom- 
position du chlorure de glucinium par le po- 
tassium dans un creuset de platine, au lieu de 
l'opérer dans un creuset de porcelaine. 

V. HISTOIRE. 

Il fut découvert par M. Wôhler, en 1827. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5l 

I 



SECTION IL 



COMBINAISONS BINAIRES DEFINIES DU GLUCINIUM 
AVEC PLUSIEURS CORPS. 



CHAPITRE IL 

OXIDE DE GLUCINIUM (Gl). 





I. COMPOSITION. 








en poidl. 


en atomel. 




Oxigène . , , 


. 3i,i 7 


3 . . . 


. 3oo,oo 


Glucinium . . 


1 68,83 


i . . . 


. 662,56 



100,00 poids at. 962,56 

II. NOMENCLATURE. 

Glucine. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'oxide de glucinium est en poussière qui 
paraît un des corps les plus réfractaires qu'il 
y ait. 

Il est blanc. 



52 1 5 e LEÇON DE CHIMIE 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Il n'éprouve aucune action de la part de 
l'hydrogène, de l'oxigène, du chlore, de l'io.de, 
de l'azote, du soufre. 

Il est insoluble dans l'eau; à l'état naissant, 
il s'y unit, et forme un hydrate. 

Il se dissout dans les acides suif uri que, ni- 
trique et hydrochlôrique. 

V. ÉTAT. 

Il ne se trouve qu'à i'état de combinaison; 
il est un des principes immédiats de l'émeraude 
et de l'euclase. 

VI. PRÉPARATION. 

On fond l'émeraude de France ou le bérii 
avec deux fois son poids de potasse; on délaie 
dans l'eau, on traite par l'acide hydrochlôrique 
en excès, on fait évaporer à sec, on reprend 
par l'eau; de la silice est séparée; la liqueur est 
précipitée par l'ammoniaque. Ce précipité, bien 
lavé, est dissous par l'acide sulfurique; on 
ajoute à la dissolution du sulfate de potasse, et 
on fait cristalliser. On obtient par ce moyen la 
plus grande partie du sulfate d'aiumine à l'état 
d'alun; on étend d'eau le liquide incristaliisa- 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 53 

blc, et on y mêle du sous-carbonate d'ammo- 
niaque en excès; l'alumine qui restait dans la 
liqueur est précipitée, tandis que la glucine reste 
en dissolution dans le sous-carbonate d'ammo- 
niaque. Il suffit de filtrer et de faire bouillir la 
liqueur filtrée pour en séparer la glucine à l'état 
de sous-carbonate , qu'on calcine ensuite. 

VII. USAGES. 

Cette base n'est point employée en teinture. 
Il est probable que son action sur les principes 
colorans se rapprocherait de celle de l'alumine. 

VIII. HISTOIRE. 
Elle a été découverte par M. Vauquelin. 



CHAPITRE III. 

CHLORURE DE GLUCINIUM. 



Il est sous la forme d'aiguilles blanches écla- 
tantes. 

Il se volatilise aisément. 

Il se liquéfie par son exposition à l'air. 



5/j. 15 e LEÇON DE CHIMIE 

L'eau le dissout en dégageant beaucoup de 
chaleur. 

M. H. Rose l'a obtenu en faisant passer du 
chlore sec dans un tuyau de porcelaine qui 
contenait un mélange intime de glucine et de 
charbon. 



CHAPITRE IY. 

SULFURE DE GLUCINIUM. 



Il est en masse grise non fondue. 
Il se dissout dans l'eau, mais difficilement, et 
sans qu'il se dégage d'acide hydrosuif urique. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 55 

YTTRIUM (Y). 

QUARANTE-CINQUIÈME ESPÈCE DE CORPS SIMPLE. 

% 

PREMIÈRE SECTION. 
CHAPITRE PREMIER. — YTTRIUM. 



I. NOMENCLATURE. 

Yttrium dérive d'yttria, nom d'une base sali- 
fiable de laquelle on a retiré l'yttrium ; etjttria 
dérive à'Ytterby, nom d'un lieu de Suède où 
l'on a trouvé le premier minéral qui ait offert 
l'yttria. 

II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

L'yttrium est en poudre d'un gris noir, ou 
en petites écailles d'un gris de fer douées d'un 
éclat métallique parfait. 

Son poids atomistique est de 8o5,i4j suivant 
M.Berzelius. 



bO 15° leçon de chimie 

III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Pour qu'il brûle dans l'air et même dans le 
gaz oxigène, il faut qu'il soit chauffé au rouçe; 
la combustion est des plus vives. Le produit est 
de l'oxide d'yttrium blanc; celui qui a été pré- 
paré dans l'oxigène pré'sente des traces de fu- 
sion. 

L'yttrium produit de la lumière en s'unissant 
à chaud avec le sélénium, le soufre, le phos- 
phore, etc. 

À froid, il ne décompose pas l'eau. 

Il se dissout facilement dans l'acide sulfuri- 
que faible avec dégagement d'hydrogène. 

Il est insoluble dans l'ammoniaque. 

IV. ÉTAT NATUREL. 

Il ne se trouve dans la nature qu'à l'état 
d'oxide, et en très-petite quantité. 

V. PRÉPARATION. 

On le prépare comme le glucinium, c'est-à- 
dire en décomposant par le potassium, dans un 
creuset de platine, le chlorure d'yttrium. 

VI. USAGES. 

Il ne pourrait être employé en teinture qu'à 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5 7 

l'état salin, mais jusqu'ici on n'a fait aucun 
essai à ce sujet, au moins à ma connaissance. 

VII. HISTOIRE. 

Il a été découvert par M. Wôhler, en 1827. 



SECTION IL 



CHAPITRE II. 

OXIDE D'YTTRIUM (Y). 



I. COMPOSITION. 

en poids. en atomes. 

Oxigène 19*90 a 200 

Yttrium 80,10 Jp -"• '• ■ ' S 05 »^ 

100,00 poids at. ioo5,i4 

II. NOMENCLATURE. 

Yttria. 

III. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. 

11 est pulvérulent, blanc. 



58 -15 e LEÇON DE CniMIE 

IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. 

Elles ont de l'analogie avec celles de la glucine ; 
cependant l'yttria n'est pas comme elle soluble 
dans la potasse et le sous - carbonate d'ammo- 
niaque; et d'un autre côté, ses sels présentent 
des différences qui ne permettent pas de les 
confondre avec ceux de glucine. 

V. ÉTAT NATUREL. 

On n'a trouvé cet oxide qu'en petite quan- 
tité et à l'état de combinaison. 

m • 

VI. PRÉPARATION. 

Nous renvoyons aux traités de chimie. 



CHAPITRE III. 

CHLORURE D'YTTRIUM. 



Ce chlorure est sublimable en aiguilles blan- 
ches éclatantes. 

Il est déliquescent à l'air; aussi se dissout-il 
rapidement quand on le met dans l'eau. 



APPLIQUÉE A LA TEINTURE. fk) 

On le prépare comme le chlorure de gluci- 
nium, en dirigeant un courant de chlore sec 
dans un tube de porcelaine où il y a un mé- 
lange d'yttria et de charbon rouge de feu. 



km 






■ 



f 



9 



* 4 



TABLE DES MATIERES 



COKTENUFS 



DANS LE TOME PREMIER. 



PREMIERE LEÇON 



INTRODUCTION. Pag. 2 
Objet des deux premières le- 



çons. 
I. DES CORPS. 

Propriétés des corps. 
A. Propriétés physiques. 
Solidité. 
Liquidité. 
Gazéité. 
Densité. 

Corps et lumière. 
Sonorité. 
Electricité. 
Magnétisme. 



7 

id. 

8 

9 
id. 



i3 
14 
i5 
16 
ai 



B. Propriétés chimiques. Pag. 2 1 

C. Propr. organoleptiques. 24 
II. NATURE DES CORPS. 26 

A. Composition complexe oc sim- 
ple, id. 

B. Propriétés chimiques anta- 
gonistes. 35 

fa). Dans les corps composés, id. 
(b). Dans les corps simples. 40 

C. Struct. intime des corps. 42 
Assemblage d'atomes dans les corps 

simples. 43 

— corps composés. 44 

D. Corps organiques et inorg.46 



DEUXIEME LEÇON 



Exceptions. 
i re exception. 

id. 

id. 



Nomenclature chimique. 1 

— des corps simples, id. i r 

— composés. 3 2 e 

— oxigénés binaires. 4 3 e 
- — oxacides binaires. 5 4 e id. 

— oxides binaires. 8 5 e id. 

— composés binaires dont 6 e id. 
l'oxigène n'est pas un des élé- 7 e id. 
mens. 9 8 e id. 

— des composés binaires Nomenclature des sels, 
non, oxigénés acides. 10 Applications. 

— non acides. 1 1 Définition du mot espèce* 

6 



12 

id. 
i3 
14 
id. 
i5 
16 

17 
.18 
20 
24 
26 



62 



TABLE DES LEÇONS 



A. Dans les corps simples. 26 Sels. 41 

R. Dans les corps composés. 29 Hydrates. id. 

Composés binaires oxigénés 3g Compositions équivalentes. id. 

— non oxigénés. 40 Étude des corps. 42 



TROISIEME LEÇON 

HYDROGÈNE. 

I. Nomenclature. 1 V. État. 

II. Propriétés physiques. id. VI. Préparation. 

III. Propriétés chimiques. 3 VII. Usages. 

IV. Propriétés organoleptiques. id. VIII. Histoire. 



OXIGENE. 



c. 



4 

id. 
5 
6 



— d'électricité. 14 

id. 



Chapitre premier. — Oxigène 

I. Nomenclature. 7 D. Détonation 

II. Propriétés physiques. 8 IV. Propriétés organolept. 16 

III. Propriétés chimiques. 9 V. État. id. 
Phénomènes de la combustion de VI. Préparation. 17 

l'hydrogène. 12 VII. Usages. 19 

A. Dégagement de chaleur, id. VIII. Histoire. 20 

B. — de lumière, j 3 



QUATRIEME LEÇON. 



SECTION II. 

Combinaisons de l'hydrogène avec 
r oxigène., 1 

Chapitre II. — Eau. 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. , id. 

III. Propriétés physiques. id. 

A. A l'état liquide. ■>. 

B. — de vapeur. 7 

C. — solide. 9 

IV. Propriétés chimiques. i3 
A. Des actions que l'eau exerce 

sans éprouver de décomposi- 
tion, et sans en faire éprou- 
ver aux corps sur lesquels elle 



agit. 14 

Combinaisons définies de l'ean ou 
hydrates. 1 4 

— indéfinies de l'eau. 1 5 
Union de l'eau avec les tissus or- 
ganiques. 17 

B. Des actions que l'eau exerce 
sans se décomposer, mais, en 
faisant éprouver quelque alté- 
ration à des. corps comp. 18 

C. Des actions que l'eau exerce 
en se décomposant. 19 

V. Propriétés organoleptiques. 2 1 

VI. Etat. 22 

VII. Préparation. 2 3 

VIII. Usages. 2 5 



DU TOME PREMIER. 



63 



IX. Histoire. 25 A.. Cas oh elle s'altère. 27 

Chapitre III. — Eau oxigé- B. Cas où elle ne s'altère 

née. 26 pas. jg 

I. Nomenclature et composi- IV. Propriétés organolept. id. 

tion. id. V. Etat et préparation. 3o 



II. Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques. 



id. VI. Usages. 
27 VII. Histoire. 



3i 

id. 



CINQUIEME I.EÇOW. 

AZOTE. 



PREMIERE SECTION. 

Chapitre premier. — Azote 

I. Nomenclature. 

II. Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques, 

IV. Propriétés organolept 



V. Etat 

VI. Préparation 

VII. Usages. 

VIII. Histoire. 



SECTION II. 



Combinaisons de l'azote avec 
F hydrogène et l'oxigène. S 
Chapitre II. — Ammoniaque. 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. 6 

A. A l'état gazeux. id. 

B. — - liquide. id. 

IV. Propriétés chimiques. id. 

A. Cas oh V ammoniaque ne se 
décompose pas. id. 

B. — s'altère. 7 

V. Propriétés organolept. 9 

VI. État. 10 
VIT. Préparation. r 1 

Reconnaître dans l'ammonia- 
que fluor l'acide hjdrochlo- 
rique. 1 3 

— carbonique. 1 1\ 



— une huile empyreuma- 
tique. 1 4 

— l'acide sulfurique. id. 

VIII. Usages. i5 

IX. Histoire. 16 
Chapitre III. — Protoxide 

d'azote. 

I. Composition. 1 7 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

A. État gazeux. id. 

B. — liquide. id. 

IV. Propriétés chimiques. 1 S 

V. Propriétés organolept. ig 

VI. État. id. 

VII. Préparation. id. 

VIII. Usages. 2 <> 

IX. Histoire. id. 
Chapitre IV. — Deutoxide 

d'azote. id. 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. 2 1 

V. Propriétés organolept. 24 

VI. État. id. 

VII. Préparation. id. 

VIII. Usages. 2 6 

IX. Histoire. . id. 
Chapitre V. '— Acide hypo- 

nitreux. 26 

Composition. id. 

6. 



H 



TABLE DFS LEÇONS 
— Àcidc 



Chapitre VI. 

treux. 27. 

I. Composition. id. 

IL Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. 28 

IV. Propriétés organolept. 29 

V. État. 3o 

VI. Préparation. id. 
VIL Usages. 3i 
VIII. Histoire. id. 

Chapitke VIL — Acide nitri- 
que. 32 
§ I er . — Acide nitrique an- 
.hydre. id. 
I. Composition. id. 



IL Nomenclature. 3ts 

§ IL Acide nitrique hydraté. 33 

I. Composition. id. 

IL Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. 34 
A. Cas où l'acide nitrique ne 



se décompose pas. 
B. — se décompose. 

V. Propriétés organolept. 

VI. État. 

VIL Préparation. 
Purification. 

VIII. Usages. 

IX. Histoire. 



id. 
36 
38 
id. 

39 

4' 
46 

•47 



SIXIEME LEÇON. 

SOUFRE. 



PREMIÈRE SECTION. 
Chapitre premier. — Soufre. 

Propriétés physiques. 1 

I. A. A l'état solide. id. 

B. — liquide. 2 

C. — de vapeur. 4 
IL Propriétés chimiques. id. 

III. Propriétés organolept. 5 

IV. État. id. 

V. Extraction et préparation. 6 
Manière de purif. le soufre, id. 

VI. Usages. 8 
VIL Histoire. id. 

SECTION IL 

Chapitre IL — Acide sulfu- 
reux. 9 
I. Composition. id. 
IL Nomenclature, id. 

III. Propriétés physique». id. 

A. L'état gazeux. 9 

B. — liquide. 10 

IV. Propriétés chimiques. 12 
A. Cas où il ne s'altère pas. id. 



B. Cas où il est altéré. 1 3 

V. Propriétés organolept. 16 

VI. État. id. 
VIL Préparation. 17 

VIII. Usages. 21 

IX. Histoire. 22 
Chapitre III. — Acide sulfu- 

rique. 2 a 

§ I er . — Acide su/furique anhy- 



dre, 
I. Composition. 
IL Nomenclature. 

III. Propriétés physiques. 

A. A l'état solide. 

B. — liquide. 

IV. Propriétés chimiques. 

A. Cas où il ne s'altère pas 

B. — où il s'altère. 

V. État. 

VI. Préparation. 
VIL Usages. 
VIII. Histoire. 

§ IL — Acide sulfurique hy- 
draté. 38 
I. Composition. id. 



id. 
id. 

23 

id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
24 
id. 
27 
id. 



DU TOME PREMIER 



EMI 



65 



II. Nomenclature. 28 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. 29 

A. Cas ou il ne s'altère pas. id. 

B. — où il est altéré. 32 

V. Propriétés organolept. 33 

VI. État. 34 

VII. Préparation. id. 



VIII. Usages. 
Chapitre IV. 


40 
— Acide hjpo- 


sulfureux. 
Composition. 
Chapitre- V. 


4r 
id. 
— Acide hypo- 


sulfurique. 

I. Composition. 

II. Propriétés. 


42 
id. 
id. 



III. Etat, préparation., usages, 
histoire. 43 



Chapitre VI. — Acide hjdro- 

sulfurique. 44 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

A. A l'état gazeux. id. 

B. — liquide. id. 

IV. Propriétés chimiques. 45 

A. Cas oh il ne s.' altère pas. id. 

B. — où il s'altère. id. 

V. Propriétés organolept. 47 

VI. Etat naturel. 48 

VII. Préparation. 49 

VIII. Usages. 5i 

IX. Histoire. id. 
Chapitre VII. — Sou/re hj- 

dr.ogéné. 5 a 



SEPTIEME LEÇON, 

SÉLÉNIUM. 



PREMIÈRE SECTION. 

Chapitre premier. — Sélénium. 

1. Nomenclature. 2 

IL Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. id. 

IV. Propriétés organolept. 4 

V. État. id. 

VI. Préparation. id. 

VII. Histoire. id. 

SECTION II. 

Chapitre II. — Acide sélé- 



nieux. 5 

Composition. id. 

Chapitre III. — Acide sélc- 

nique. 6 

Composition. id. 

Chapitre IV. — Acide hydro- 



sélénique. 
Composition. 
Chapitre V. 

sélénium. 
Composition. 



8 
id. 
Sulfure de 

9 
■ id. 



PHOSPHORE. 

PREMIÈRE SECTION. 
Chapitre premier. — Phosphore. 

I. Nomenclature. 10 

II. Propriétés physiques. 1 1 

III. Propriétés chimiques. 13 



IV. Propriétés organolept. 17 

V. Etat naturel. 18 

VI. Préparation. id. 

VII. Usages. ig 

VIII. Histoire. id. 



\ 



66 



TABLE DES LECOiNb 



SECTION II. 

Chapitre II. — Acide phospho- 
rique. 

% I er . — Acide phosphorique 
anhydre. 2 o 

I. Composition. id. 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. 21 

IV. État naturel. id. 

V. Préparation. id. 
§H- — Acide phosphorique 

hydraté. 2 a 

I. Composition. id. 

II. Propriétés physique^, id. 

III. Propriétés chimiques. id. 

IV. Propriétés organolept. 2 3 

V. État naturel. id. 
"VI. Préparation, id. 
"VII. Usages. 24 
VIII. Histoire. 24 

Chapitre III. — Acide phos- 
phoreux. 2 5 
Composition. id. 
$ III. — Acide phosphoreux 
hydraté. id. 

I. Composition. id. 

II. Propriétés physiques. 26 

III. Propriétés chimiques. id. 
JV. Propriétés organolept. 27 



V. État naturel. ^7 

"VI. Préparation. id. 

VII. Usages. 28 

VIII. Histoire. id. 
Chapitre IV. — Acide hypo- 

phosphoreux. 
Composition, id. 

Acide hypophosphorcux hydra- 
té. 29 
Histoire et préparatiou. id. 
Ch a jitre V. — Acide phospha- 
tique. 3o 
Chapitre VI. — Hydrogène 
perphosphoré. 32 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Propriétés organoleptiques. 35 

VI. Etat naturel. id. 

VII. Préparation. 36 

VIII. Histoire. 3 7 
Chapitre VII. — Hydrogène 

protophosphoré. id. 

I. Composition. id. 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. 38 

IV. Propriétés organoleptiques./<7. 

V. Etat naturel. id. 

VI. Préparation. 39 

VII. Histoire. id. 



ARSENIC. 



PREMIÈRE SECTION. 

Chapitre premier. — Arsenic. 

I. Nomenclature. 40 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. 41 

IV. Propriétés organoleptiques. 43 



V. Etat naturel 

VI. Extraction 

VII. Usages. 



id. 
id. 
44 



SECTION II. 

Chapitre II. — Acide arsé- 
nieux. 

I. Composition. 44 

II. Nomenclature. 45 

III. Propriétés physiques. îd. 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Propriétés organoleptiques. 47 

VI. État naturel. 48 



DU TOME PREMIER. 



VII. Préparation. 48 

VIII. Usages. id. 
Chapitre III. — Acide arsé- 

niquc. 4g 

I. Composition. id. 

U. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. id. 

IV. Propriétés organoleptiqnes. 5 1 

V. Préparation. id. 

VI. Usages. id. 
Chapitre IV. — Protosulfure 

d'arsenic. 5 a 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Propriétés organoleptiqnes. 53 

VI. Etat naturel. id. 
Chapitre V. — Deutosulfure 

d'arsenic. 54 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 



6 7 

IV. Propriétés chimiques. 54 

V. Propriétés organoleptiqnes. 55 

VI. Etat naturel. id. 

VII. Préparation. id. 

VIII. Usages. 56 
Chapitre VI. — Tritosulfure 

d'arsenic. 5y 
Composition. id. 
Chapitre VII. — Gaz hydro- 
gène arséniurè. 58 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature, id. . 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. 59 

V. Propriétés organoleptiques. 60 

VI. Préparation. id. 

VII. Histoire. 61 
Chapitre VIII. — Hydrure 

d'arsenic. id. 

I. Propriétés.. id. 

II. Préparation. id. 

III. Histoire. 62 



HUITIÈME LEÇON 

MOLYBDÈNE. 



Acide molybdique. 
Acides molybdeux. 



Oxide de molybdène. 
Sulfure de molybdène. 



CHROME. 



id 



PREMIÈRE SECTION. 

Chrême. " • 

I. Nomenclature. 

II. Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques. 

IV. Etat naturel. 

V. Préparation. 

VI. Usages. 

VII. Histoire. 



4 
id. 

5 
id. 
id. 
id 



SECTION II. 

Combinaison du chrome avec 



l'oxigène. 


<j 


Acide chromique. 


id. 


Composition. 


id. 


Acide chromique hydraté. 


7 


I. Composition. 


id. 


II. Propriétés. 


id. 


Oxide vert de chrome. 


9- 


Deutoxide de chrome. 


id. 



68 



TABLE DES LECONb 



Acide tungstique. 
Oxide de tungstène. 



TUNGSTENE. 



14 

id. 



Sulfure de tungstène. 



CARBONE. 



i5 



PREMIÈRE SECTION. 

Chapitre premier. — Carbone. 

I. Nomenclature. 17 

II. Propriétés physiques. id. 

A. Du diamant. id. 

B. Du carbone noir. id. 

III. Propriétés chimiques. 18 
IV.Propriétés orgauoleptiques. 27 
V. Etat naturel. id. 
Vi. Préparation. id. 
"VII. Usages. 28 

SECTION II. 

Combinaisons du carbone avec 
l'oxigène, l'hydrogène, l'a- 
zote et le soufre. 

Chapitre II. — Oxide de car- 
bone. 

I. Composition. 29 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques, 3o 
IV.Propriétés organoleptiques. 3 1 

V. État naturel. id. 

VI. Préparation. id. 

VII. Usages. 3a 

VIII. Histoire. id. 
Chapitre III. — Acide carbo- 
nique. 33 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 
A. à l'état gazeuz. id. 



B. à l'état liquide. 3 4 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Propriétés organoleptiques. 36 

VI. État naturel. 37 

VII. Préparation. 38 

VIII. Usages. 43 

IX. Histoire. id. 
Chapitre IV. — Acide carbo- 

neux ou oxalique. 
§ I er . — Acide oxalique anhy- 
dre. 44 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. 45 
§ II. — Acide oxalique hydra- 
té, id. 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. 46 

III. Propriétés physiques de l'a- 
cide surhydraté. id. 

IV. Propriétés chimiques de l'a- 
cide suihydraté. 47 

A. Cas où il n'éprouve aucun 
changement. id. 

B. Cas où il éprouve un chan- 
gement dans la proportion 
de son eau. id. 

C. Cas où l'acide surhydraté est 
complètement altéré. 48 

V. Propriétés organoleptiques. id. 

VI. État naturel. 49 

VII. Préparation. id. 

VIII. Usages. 5o 

IX. Histoire. id. 



DU TOME PREMIER. 



69 



NEUVIEME LEÇON. 



Chapitre V. — Gaz hydro- 
gène bicarboné. 

I. Composition. I 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. ~id. 

IV. Propriétés chimiques. 2 

V. Propriétés organoleptiques. 4 

VI. Élat naturel. id- 

VII. Préparation. 5 

VIII. Usages. id. 

IX. Histoire. id. 
Chapitre VI. — Gaz hydrogène 

protocarboné. 

I. Composition. 6 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. 7 

V. Propriétés organoleptiques. 9 

VI. Etat naturel et préparation, id. 
Chapitre VIL — Gaz hydro- 
gène quadrocarboné . 10 

wA.PPENDICE AUX COMBINAISONS 
D'HYDROGÈNE ET DE CAR- 
BONE. 1 1 

Composé cristallisable, on Bi- 
carbure d'hydrogène de Fa- 
raday. 1 2 

I. Composition. id. 

II. Propriétés physiques. id. 

A. A Vétat liquide. id. 

B. — ' solide. ' id. 

C. — de vapeur. id. 

III. Propriétés chimiques. i3 

Composé gazeux. 
Nouveau carbure d'hydrogène 
de Faraday. id. 

I. Composition. id. 

II. Propriétés physiques. 14 

A. A l'état gazeux. id. 

B. — liquide. id. 

III. Propriétés chimiques. id. 



Chapitre VIII. — Cyano- 
gène. i5 

I. Composition. - ni. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

A. A l'état gazeux. id. 

B. — liquide. 16 

IV. Propriétés chimiques. id. 
A. Cas où le cyanogène éprouve 

une altération. id. 

Cas où le cyanogène ne s altète 
pas. 1 7 

Considération sur le cyano- 
gène. 18 

V. Propriétés organoleptiques. 19 



20 
id. 
id. 
21 

— Sulfure de 



VI. Etat naturel. 

VII. Préparation 

VIII. Usages. 

IX. Histoire. 
Chapitre IX. 

carbone. 

I. Composition. 

II. Nomenclature. 

III. Propriétés physiques 

A. A l'état liquide. 

B. — de vapeur. 

IV. Propriétés chimiques. 

V. Propriétés organoleptiques. 23 

VI. État, préparation. id. 

VII. Histoire. id. 
Appendice a l'histoire cbimi- 

que du carbone. 2 5 

§ I er . — Charbon végétal du 

charbon hydrogéné. 27 

I. Préparation. id. 

II. Composition. 3i 

III. Propriétés physiques. 32 

IV. Propriétés chimiqiïes. 34 

V. Absorption des fluides élasti- 
ques par le charbon et les corps 
poreux en général. 34 
Tableau d'expériences faites par 



7 o 



TABLE DES LEÇONS 



M. Th. de Saasurcs, avec de 
l'écume de ruer de Valecar, 
à la température de i5 u , et 
sous uue pression de o m 

;3'. 3 9 

VI. Absorption des corps odorans III. Propriétés 
par le charbon, 44 



VII. Absorption des matière* co- 
lorantes par le charbon. 4 -> 
§ II. — Charbon animal. 46 

I. Préparation. ici. 

II. Composition. 47 
. id. 



DIXIEME LEÇON. 
BORE. 



, PREMIERE SECTION. 
Chapitre premier. — Bore. 

I. Nomenclature. 1 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. a 

IV. Propriétés organoleptiqnes. 3 

V. État naturel. id. 

VI. Préparation. Id. 

VII. Histoire. id. 
Chapitre II. — Acide borique. 

§ I er . Acide borique anhydre. 
I. Composition. 4 



PREMIÈRE SECTION. 

I. Nomenclature. 

II. Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques. 

IV. Propriétés organolepti 
qnes. 

V. État naturel. 

VI. Préparation , usages 
. toire. 



H. Nomenclature. 5 

III. Propriétés. id. 

§ II. Acide borique à l'état 

d'hydrate. 6 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. 7 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Propriétés organoleptiques. 8 

VI. État naturel. id. 
VU. Préparation. id. 

VIII. Usages. • 9 

IX. Histoire. id. 



SILICIUM. 


î. 


SECTION IL — Oxide de si- 




licium. 


9 


I. Composition. 1 1 


id. 


II. Nomenclature. 12 


10 


III. Propriétés physiques. id. 


iï- 


IV. Propriétés chimiques. id. 


id. 


V. Propriétés organoleptiques. 1 5 


id. 


VI. État naturel. id. 


his- 


VII. Préparation. )6 


11 


VIII. Usages. 17 



Acide colombique. 



COLOMBIUM. 

1 9 Oxide de colombium. 

TITANE. 



PREM. SECTION. — Titane, tg 
L Nomenclature. id. 



IL Propriétés physiques. 
III. Propriétés chimiques. 



20 
id. 



DU TOME PREMIER. 



7 1 



IV. Propriétés organoleptiques. ao I. Composition. 

V. Usages. id. II. Nomenclature 

VI. Histoire. 21 



SECTION II. 

Combinaisons du titane avec 
l'oxigène et le soufre. 
Chapitre premier. — Oxide de 
titane. 2 1 



III. Propriétés physiques. 

IV. Propriétés chimiques 

V. Etat naturel. 

VI. Préparation. 
Chapitre II. ■ — Sulfure de ti- 
tane. 24 

Composition. id. 



1 1 
id 
a ■>. 
id. 

23 

id. 



ANTIMOINE. 



PREMIÈRE SECTION. — An- 



I. Propriétés physiques. ■ 
ÏT. Propriétés chimiques. 

III. Propriétés orgauolepti 
qnes. . 

IV. État naturel. 

V. Préparation. 



PREMIÈRE SECTION. 

Tellure. 

I. Nomenclature. 

II. Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques 



PREMIÈRE SECTION. 

Chatitre premier. — Chlore 
anhydre. 

I. Nomenclature. 34 

II. Propriétés physiques. id. 

A. A l'état aériforme. id. 

B. — liquide 35 

III. Propriétés chimiques. id. 

A. Chlore et corps simples, id. 

B. Chlore et composés binaires 
qui s'y unissent sans décom- 
position. 41 



SECTION II. 
Des' combinaisons de l'antimoine 
avec l'oxigène et le soufre. 27 



25 

26 


Protoxide d'antimoine. 
Deut-oxide d'antimoine , 


id. 
acide 


ti- 

27 


antimonieux. 
Tritoxide d'antimoine, 


28 

acide 


id. 
id. 


antimonique. 
Sulfure d'antimoine. 


29 
3o 


TELLURE. 




N. 
3i 
id. 
id. 
id. 


Composés de tellure. 
Oxide de tellure. 
Acide hydrotellurique. 
Hydrure de tellure. 
Sulfure de tellure. 


3a 
id. 
33 
id. 
id. 


CHLORE. 





C. Chlore et composés binai- 
res décomposables par le 
chlore. 42 

i° Chlore et eau. . id. 

2 Chlore et ammoniaque. 44 

3° Chlore et acide hydrosulfu- 
rique. 4 7 

4° Chlore et hydrogène phos- 
phore, id. 

5° Chlore et hydrogène arsé- 
niuré. id. 

(>" Chlore et hydrogène car- 
boné, id. 



7*' 



TABLE DES LEÇONS 



D. Chlore, corps oxigénables C. Chlore dissous dans l eau 5». 

nrTf'™"-. i 48 D - CMor * Kquide anlydre. 53 

IV. Propriétés organoleptiques. 49 Remarques. id 

V. Etat naturel. id. Théorie. 5 ~, 

VI. Préparation. id. VII. Usages. 5 6 

A. Chlore gazeux anhydre. 5o VIII. Histoire. . 53 

B. Chlore gazeux humide. Si Chlore hydraté. Sn 



ONZIÈME LEÇON. 



SECTION II. 
Combinaisons du chlore avec les 
corps simples précédemment 
étudiés. 
Chapitre II. — Acide kydro- 
chlorique. 

I. Composition. 1 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. 2 

A. A l'état de gaz. id. 

B. — liquide. id. 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Propriétés organoleptiques. 7 



VI. État naturel 

VII. Préparation 

VIII. Usages. 

IX. Histoire. 
Chapitre III. 
Combinaisons 

l'oxigène. 
Protoxide de chlore. 
Deutoxide de chlore. 



id. 
8 

17 
18 
id. 
du chlore avec 
id. 
id. 
'9 



Acide ckloreux. 20 

Acide chlorique. id. 

Acide chlorique oxigéné. 2 1 
Chapitre IV. — Chlorure d'a- 
zote. 11 
Chapitre V. — Chlorure de 
soujf're. 23 
Chapitre VI. — Acide chloro- 
sélénique. 24 



Chapitre VII. t r 

Combinaisons du chlore et du 

phosphore. 2 5 

Chlorure de phosphore. id. 

Acide chlorophosphorique. 26 
Chapitre VIII. — Chlorure 

d'arsenic. 2 7 

Chapitre IX. — Chlorure de 

chrome. id. 

Chapitre X. id. 

Combinaisons du chlore et du 

tungstène. 28 

Chapitre XI. id. 

Combinaisons du chlore et du 

carbone. 29 

Perchlorurc de carbone. id. 
Protochlorure de carbone. 3o 
Chapitre XII. — Chlorure de 

bore. id. 

Chapitre XIII. — Acide chlo- 

rosilicique , ou chlorure de 

silicium. 3l 

Chapitre XIV. — Chlorure de 

titane. id. 

Chapitre XV. id. 

Combinaison de chlore et d'an- 
timoine. 32 
Protochlorure d'antimoine, id. 
Deutochlof ure d'antimoine. 33 
Chapitre XVI. — Chlorure de 

tellure. id. 



"DU TOME PREMIER. 



73 



IODE 



PREMIÈRE SECTION. 


VII. Usages. 


40 






VIII. Histoire. 


id. 


I. Nomenclature. 


35 






II. Propriétés physiques. 


id. 


SECTION II. 




A. A l'état solide. 


35 


Composition de plusieurs com- 


B. 1 — ■ liquide. 


36 


posés d'iode , avec les corps 


C. — de 'vapeur. 


id. 


précédemment examinés 


.id. 


III. Propriétés chimiques. 


id. 


Acide hydriodique. 


id. 


IV. Propriétés organoleptiques. 39 


Acide iodique. 


4' 


V. Etat naturel. 


id. 


Chlorure d'iode. 


4a 


VI. Préparation. 


id. 


lodure d'azote. 


id. 




BROME. 




I. Nomenclature. 


43 


III. Propriétés chimiques. 


44 


11. Propriétés physiques. 


id. 


IV. Propriétés organoleptiques. 


A_ A l'état liquide. 


id. 




46 


B. — solide. 


id. 


V. État naturel. 


id. 


C. — de vapeur. 


44 


VI. Histoire et Préparation. 


47 




PHTORE. 


48 


Acide hjdrophtorique. 


5o 


Considérations générales sur la 


Acide phtoroborique. 


5r 


combustion. 


55 


Acide phtorosilicique. 


5a 






DOUZIÈME LEÇON. 


% 




OR. 




PREMIÈRE SECTION. 


— Or. 


demment étudiés. 


6 


I. Propriétés physiques. 


Pag. 1 


Peroxide d'or ou acide 


ori- 


II. Propriétés chimiques. 


2 


que. 


id. 


III. Propriétés organoleptiques. 4 


Deutoxide d'or. 


8 


IV. Etat naturel. 


id. 


Protoxide d'or. 


9 


V. Usages. 


5 


Perchlorure d'or. 


id. 




Protochlorure d'or. 


13 


SECTION II. 




lodure d'or. 


id. 


Combinaisons binaires 


définies 


Sulftire d'or. 


id. 



de l'or avec des corps précé- 



^4 TABLE DES 


LEÇONS 


OSMIUM. r3 


IRIDIUM. l5 


RHODIUM. 


PREMIÈRE SECTION. — Rho- 


précédemment étudiés^ 1 " 


dium. 16 


Protoxide de rhodium. 1 n 


SECTION II. 


Deutoxide de rhodium. 18 
Peroxide de rhodium. id. 


Combinaisons binaires définies 


Chlorure de rhodium. 1 q 


du rhodium avec des corps 


Sulfure de rhodium. id. 


PLATINE. 


PREMIÈRE SECTION. — Pla- 


SECTION II. 


tine. 1 9 


Combinaisons binaires définies 


. 


de platine et de quelques 


I. Nomenclature. id. 


corps examinés précédem- 


11. Propriétés physiques. 20 


ment. 2 3 


III. Propriétés chimiques. id. 


Deutoxide de platine. id. 


IV. Propriétés organolepti- 


Protoxide de platine. 24 


qnes. 21 


Perchlorure de platine. id. 


V. Etat naturel. 21 


Protochlorure de platine. 2 5 


VI. Préparation. id. 


Protosulfure de platine. id. 


VII. Usages. 22 


Deutosulfure de platine. 26 



PALLADTUM. 



PREMIÈRE SECTION. 

. ladium. 



Pal- 
26 



SECTION II. 

Combinaisons binaires définies 
de palladium et de quelques 



corps examinés précédem- 
ment. 28 

Oxide de palladium, id. 

Chlorure de palladium. id. 

Sulfure de palladium. 29 



MERCURE. 



PREMIÈRE SECTION. — Mer- 
cure. 1 9 

I. Nomenclature. id. 

II. Propriétés physiques. id. 
JII. Propriétés chimiques. 3 1 



SECTION II. 

Combinaisons binaires définies 
de mercure et de quelques 
corps étudiés précédemment. 

Protoxide de mercure. 3 2 



DU TOME PREMIER. 



■7 s» 



Deutoxide de mercure. 34 

Protochlorure de mercure, id. 

Perchlorure de mercure. 36 

Protoiodure de mercure. 37 



Periodure de mercure. 38 

Sulfure de mercure. id. 

Protosulfure de mercure. 39 



ARGENT. 



PREMIERE SECTION. — Ar- 
gent. 

I. Propriétés physiques. 4° 

II. Propriétés chimiques. id. 

III. Propriétés organoleptiques. 4 3 

IV. Etat naturel et prépara- 
tion, id. 

V. Usages. id. 



SECTION II. 

Combinaisons binaires définies 
de l'argent avec quelques 
corps précédemment exami- 
■ nés. 45 

Oxide d'argent. id. 

Chlorure d'argent. 46 

Sulfure d'argent. 47 



CUIVRE. 



PREMIÈRE SECTION. 
Chapitre tremier. — Cuivre. 
I. Nomenclature. 47 

48 



II. Propriétés physiques. 



III. Propriétés chimiques. 48 

IV. Propriétés organoleptiques. 54 

V. Etat naturel. 55 

VI. Préparation. id. 

VII. Usages. id. 



TREIZIEME LEÇON. 



SECTION II. 

Combinaisons binaires définies 
du cuivre avec des corps pré- 
cédemment examinés. 
Chapitre II. — Protoxide de 
cuivre. 

I. Composition. 1 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. 2 

IV. Préparation. 



Chapitre III 
cuivre. 

I. Composition. 

II. Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques. 



Deutoxide de 



id. 

5 

id. 



IV. Préparation. 6 

Hydrate de cuivre. 7 

Chapitre IV. - Tritoxide de 

cuivre. 

CHAPiTrE V. — Deutochlorure ou 

perchlorure de cuivre. 

I. Composition. g 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physjques. id. 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Préparation. 10 

VI. Usages. 1 x 
Chapitre VI. — Protochlorurc 

de cuivre. 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. 12 






7 6 



TABLE DES LEÇONS 



III. Propriétés physiques. 1 2 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Préparation. i3 
Chapitre VII. — Sulfure de 

cuivre. id. 



I. Composition. i3 

IL Propriétés physiqutes. id. 

HI. Propriétés chimiques. id. 

IV. Préparation. 1 4 



URANE. 



PREMIERE SECTION. — 

Urane. 1 5 

SECTION IL 
Combinaisons binaires définies 



de V urane avec quelques-uns 
des corps examinés précé- 
demment. 
Protoxide d' urane. 16 

Peroxide cfurane. id. 



BISMUTH. 



PREMIERE SECTION. 
I. Propriétés physiques. 



ig 



IL propriétés chimiques. 

SECTION IL 

Combinaisons binaires définies 



de bismuth avec quelques-uns 

des corps examinés. 
Oxide de bismuth. # 20 

Chlorure de bismuth. id. 

Sulfure de bismuth. 21 



ETAIN. 



PREMIÈRE SECTION. 
Chapitre premier. — Étain. 21 

I. Propriétés physiques. id. 

ILPropriétés chimiques. 23 

IILPropriétés organoleptiques. 3o 

IV. Etat naturel. id. 

V. Préparation. id. 

VI. Usages. id. 

SECTION IL 

Combinaisons binaires définies 
d 1 étain avec plusieurs ' des 
corps examinés précédem- 
ment. 35 
Chapitre II. — Protoxide d'é- 
tain. 

I. Composition. id. 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. id: 

IV. Préparation 37 



Chapitre III. — Deutoxide 
d'étain. 
I. Composition. 
IL Nomenclature. 

III. Propriétés physiques 

IV. Propriétés chimiques 

V. État naturel. 



VI. Préparation. 
VIL Usages. 

APPENDICE. — PouRrRE de 



38 
id. 
id. 

39 
41 
id. 

42 



43 
— Protochlorure 



Cassius. 

Chapitre ÏV 

d'étain. 

I. Composition. . 47 

IL Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Propriétés organoleptiques. 49 

VI. Préparation. id. 









DU TOME PREMIER. 



77 



VII. Usages. 5o 
Perchlorure d 1 étain. 5i 

I. composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. 5 2 

V. Propriétés organoleptiques. 53 
"VI. Préparation. id. 

VIII. Usages. 54 
Protosulfure détain. 55 



I. Composition. 55 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. 56 

IV. Préparation. id. 
Deutosulfure d'étain. S'] 

I. Composition. id. 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. id. 

IV. Préparation id. 

V. Usages. 59 



QUATORZIÈME I*EÇON. 

PLOMB. 



id. 



PREMIÈRE SECTION. 

Chapitre premier. — -Plomb 

I. Nomenclature. 

II. Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques. 2 

IV. Propriétés organoleptiques. 7 

V. Etat naturel. id. 

VI. Extraction. 8 

VII. Usages. 9 

SECTION II. 

Combinaisons binaires définies du 
plomb avec plusieurs corps pré- 
cédemment examinés. 

Chapitre premier. — Protoxide 
de plomb. 

I. Composition. 1 1 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. 1 2 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Propriétés organoleptiques. i5 

VI. Préparation. id. 

VII. Usages. 16 
Chapitre II. — . Peroxide de 

plomb. . 
I. Composition. 17 



II. Nomenclature. 17 

III. Propriétés physiques. id, 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Préparation. ] 8 
Chapitre III. — Oxides de 

plomb intermédiaires, ou mi. 

niums.~ jq 

Chapitre IV. — Chlorure de 
plomb. 

I. Composition. 

II. Nomenclature. 

III. Propriétés physiques 

IV. Propriétés chimiques 

V. Préparation. 

Chapitre Y.-Suljure de plomb. 

I. Composition. 24 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. id,. 

V. Usages. 2 q 
Appendice a l'histoire du tlomb. 
Plomb et antimoine. 27 
Plomb et étain. id. 
Plomb et bismuth. 28 
Plomb, étain et bismuth. 20, 



29 

id. 
id. 
2 3 
ùL 






7 8 



TABLE DES LEÇONS 

CÉRIUM. 



COBALT. 



Protoxide de cérium. 

PREMIÈRE SECTION. 
SECTION II. 

Combinaisons binaires définies du 
cobalt avec plusieurs des corps 
précédemment examinés. 



3o Peroxide de cérium. 



?,r 



32 Protoxide de cobalt. 
Peroxide de cobalt. 
Oxide de cobalt intermé- 
diaire. 
Chlorure de cobalt. 
Sulfure de cobalt. 



NICKEL. 



PREMIÈRE SECTION. 
SECTION II. 



37 



Combinaisons binaires définies du 
nickel avec plusieurs des corps 



précédemment examinés. 
Protoxide de nickel. 
Peroxide de nickel. 
Chlorure de nickel. 
Sulfure de nickel. 



3', 
35 

36 
ul. 
id. 



38 
id. 

39 
id. 



FER: 



PREMIERE SECTION. 
Chapitre premier. — Fer. 

I. Nomenclature. 40 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. 4 2 

IV. Propriétés organoleptiques. 5 r 

V. État naturel. id. 

VI. Préparation. id. 

A. Fusion dans les hauts four- 
neaux. 5 2 

B. Fusion dans f es forges cata- 
lanes. 5y 

VIL Usages. id. 

SECTION IL 
Combinaisons binaires définies du 
fer avec plusieurs des corps étu- 
diés précédemment. 
Chapitre IL 5g 

§ I er . — Peroxide de fer. 
I. Composition. 59 



IL Nomenclature. 59 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. 60 

V. Propriétés organoleptiques. 61 

VI. État naturel. id. 
VIL Préparation. id. 

§ IL — Hydrate de peroxide de 

fer. 62 

Chapitre III. — Oxides de fer 

intermédiaires. 62 

A. Oxide obtenu en décompo- 
sant la vapeur d'eau par le 
fer. id. 

B. Oxide des battitures de Ber- 
thier. 63 

C. Oxide des battitures de Mo- 
sander. id. 

Chapitre IV. — Protoxide de 
fer. 65 

Chapitre V. — Protochlorure 
de fer. 68 



DU TOME PREMIER. 



79 



I. Composition. G8 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Préparation. 6q 
Chapitre- VI. — Perchlorure 

de fer. 70 

I. Composition. id. 

II. Préparation et propriétés, id. 
Chapitre VII. — Protosulfure 

de fer. 7 1 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques, id. 

V. Préparation. 72 
Chapitre VIII. — Persulfure 

de fer. 74 

I. Composition. id. 

II. Nomenclature. id. 



III. Propriétés physiques. 74 

IV. Propriétés chimiques. 7 5 

V. Préparation. 76 
Chapitre IX. — Sulfures Inter- 
médiaires, id. 

Appendice a l'histoire du fer. — 
Aciers. 
I. Aciers formés de fer et de 
carbone. 78 

1. Préparation. id. 

A. Acier naturel ou de fu- 
sion, id. 

B. Acier de cémentation. 79 

C. Acier fondu. , 8 r 

2. Propriétés. 82 

3. Composition. 83 

D. Acier surcarburé. 84 

II. Aciers Jormés de fer, de carbone 
et d'un troisième corps. 86 

III. Aciers sans carbone. 87 



QUINZIEME I.EÇOX*. 

CADMIUM. 



Première section. — Cad- 
mium. 

I. Propriétés physiques. 1 

II. Propriétés chimiques. 2 

III. Propriétés organoleptiques. 3 

IV. État naturel. id. 

V. Préparation. id. 

VI. Usages. 4 



VII. Histoire. 4 

SECTION II. 

Combinaisons binaires définies de 
cadmium avec plusieurs des 
corps précédemment examinés. 
Ox ide de ca dm iu m . 5 

Chlorure de cadmium. id. 

Sulfure de cadmium. Q 



ZINC. 



PREMIÈRE SECTION. 

Zinc. 



I. Propriétés physiques. 6 

II. Propriétés chimiques. 7 

III. Propriétés organoleptiques. 8 

IV. Etat naturel. 9 



V. Préparation. g 

VI. Usages. id. 

SECTION II. 

Combinaisons binaires définies du 
zinc avec plusieurs corps exa- 
minés précédemment. 



8o 



TABLE DES LEÇONS 



Protoxide de zinc. 
Peroxide de aine. 



Chlorure de zinc. 
Sulfure de zinc. 



MANGANESE. 



PREMIÈRE SECTION. 

Chapitre vkkvi.i*.k.— Manganèse . 

I. Propriétés physiques. I 2 

H. Propriétés chimiques. i3 

III. Propriétés organoleptiques. 1 4 

IV. État naturel. id. 

V. Préparation. id. 
"VI. Usages. id. 

SECTION II. 

Combinaisons binaires définies du 
manganèse avec plusieurs des 
corps examinés précédemment. 

Chapitre II. 
§ I er . — Protoxide de manga- 
nèse. 
I. Composition. 
IL Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques. 

IV. Préparation. 



I. Composition. 
IL Nomenclature. 
III. Propriétés. 
IA r . Etat naturel. 
V. Préparation. 



2; 
24 
id. 
id. 
id 



i5 
id. 
id. 
id. 

17 



g IL — Hydrate de protoxide 



de manganèse. 
I. Composition. 
IL Propriétés. 

Chapitre III. 

Peroxide de manganèse 
I. Composition. 
IL Nomenclature. 19 

III. Propriétés. id. 

IV. État naturel. 20 
Oxides de manganèse intermé- 
diaires. 2 3 

Chapitre IV. — Tritoxide de 
manganèse. id. 



Chapitre V. — Deutoxide dt 
manganèse. 
I. Composition. 2 5 

IL Nomenclature. id. 

III. Propriétés. 2C 

TV. Préparation. id. 

Chapitre VI. — Acide manga- 
nésique. 
I. Composition. 
IL Propriétés. 
III. Préparation. 

Chapitre VIL — 
de manganèse. 
I. Composition. 
IL Nomenclature. 

III. Propriétés. 

IV. Préparation. 

V. Usages,. 
Chapitre VIII. - 

de manganèse. 
I. Composition. 
IL Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques. 

IV. Préparation. 
Chapitre IX. — Sulfure d.- 

manganèse. 
I. Composition. 3i 

IL Propriétés. id. 

III. État naturel. id. 

IV. Préparation. id. 



id. 
id. 

Protochlorura 



id. 
id. 
id. 

2 9 
Perchlorure 



»9 

nt. 
id. 

3o 



DU TOME PREMIER. 



8l 



ZIRCONIUM. 



' § I M , — Zirconitim. 

I. Nomenclature. 

II. Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques. 

IV. Propriétés organolepti- 
ques. 

V. État naturel. 

VI. Préparation et histoire. 

VII. Usages. 



32 § II. — Oxide de zirconium. 
id. I. Composition. 35 
id. II. Nomenclature. id. 

33 III. Propriétés. id. 
IV. État naturel. id. 

id. V. Préparation. 36 

id. VI. Usages. id. 

id. Chlorure de zirconium. id. 

34 Sulfure de zirconium. i'J 



ALUMINIUM. 



PREMIERE SECTION. 

Chapitre premier. — Alumi- 
nium. 

I. Nomenclature. ^ 

II. Propriétés physiques. 

III. Propriétés chimiques 



IV. État naturel. 

V. Préparation. 

VI. Usages. 

VII. Histoire. 

SECTION II. 

Combinaisons binaires définies de 
l'aluminium avec plusieurs des 
corps étudiés précédemment. 



Chapitre II. 
§ I". — Oxide d'aluminium. 

I. Composition. 4 1 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. 4 a 

IV. Propriétés chimiques. id. 

V. Propriétés organoleptiques. 4-3 

VI. État naturel. id. 

VII. Préparation. id. 
"VIII. Usages. 44 

§ II. — Hydrate et alumine. 45 
Chapitre III. — Chlorure d'a- 
luminium. 46 
Chapitre IV. — Sulfure d'a- 
luminium. 4 7 



GLUCINIUM. 



PREMIÈRE SECTION. 

Chapitre premier. — Glucinium. 

I. Nomenclature. 48 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. 49 

IV. Préparation. . 5o 

V. Histoire. id. 

SECTION II. 

Combinaisons binaires définies du 



glucinium avec plusieurs corps. 
Chapitre II. — Oxide de glu- 
cinium. 

I. Composition. 5 r 

II. Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés clnmiqnes. 5s 

V. État. id, 

VI. Préparation. id. 

VII. Usages. 53 



Sa 



TABLE DES LEÇONS DU TOME PREMIER. 



"VIII. Histoire. 53 

Chapitre III. — Chlorure dé 

glucinium. id. 



Chapitre IV. — Sulfure de 
glucinium. 54 



YTTRIUM. 



PREMIÈRE SECTION. 

Chapitre premier. — Yttrium. 

I. Composition. 55 

II. Propriétés physiques. id. 

III. Propriétés chimiques. 56 

IV. Etat naturel. id. 

V. Préparation. id. 

VI. Usages. id. 

VII. Histoire. 5y 



SECTION II. 
Chapitre IL — Oxide d yttrium. 
I. Composition. 67 

IL Nomenclature. id. 

III. Propriétés physiques. id. 

IV. Propriétés chimiques. 58 

V. Etat naturel. id. 

VI. Préparation. id. 
Chapitre III. — Chlorure <T yt- 
trium. id. 



FIS DE LA TABLE DU TOME PREMIER. 



ERRATA DU TOME PREMIER. 



PREMIÈRE LEÇON. 

Page 6, ligne 16, supprimez toutes. 

Page 9, ligne 16, au lieu de organateptiques, lisez organolep- 
tiques. 

Page 14, ligne 3, au lieu de sa, lisez la. 
Page 34, lignes 7 et 8, i,j, lettres transposées. 

DEUXIÈME LEÇON. 

Page 3S, ligne 23, au lieu de 75,33, poids de l'atome de carbone, 
lisez 76,53. 

Pa«e 38, ligne 20, au lieu de 233, 1 5, poids de l'atome de brome, 
lisez 466,4. 

Page 3g, ligne 5, au lieu de 279,83, poids de l'atome de potas- 
sium, lisez 979,83. 

TROISIÈME LEÇON. 

Page 14, ligne 11, et page i5, ligne 10, au lieu de âétonnation, li- 
sez détonation. 

QUATRIÈME LEÇON. 
Page 28, ligne 4, au lieu de corps, lisez oxides. 

CINQUIEME LEÇON. 

Page 3 1 , ligne 5, après ces mots : il n'est pas employé, ajoutez 
en teinture. 

Page 35, ligne 1 2, au lieu de des, lisez les. 
idem, ligne i3, supprimez c'est. 

SIXIÈME LEÇON. 

Page 11, ligne 10, après (fig- 6), ajoutez planche 1". 

Page 16, ligne 2, gaz sulfureux 1 vol., lisez 2 vol. 

Page 20, ligne 1 5, sulfurique, lisez sulfureux. 

Page 22, ligne 2 en remontant, snlfureux, lisez sulfureux. 
Idem, ligne !\, Scliele, lisez Scheèle. 

Page 28, ligue 2 en remontant, au lieu de 20 , lisez — 20 . 

Page 35, ligne 11, après (fig. 7), ajoutez planche i re , et au lien 
de 18,000 à 20,000, lisez 18000 à 20000. 

Page 52, le procédé pour préparer le soufre hydrogéné qui y est 
décrit est moins bon que celui qui se trouve T. II, lec. 18, p. 44- 

SEPTIÈME LEÇON. 

Page 10, ligne 5 en remontant, au lieu de porte, lisez je porte. 

Page 33, ligne i3, détonnation, lisez détonation. 

Page 36, ligne 16, au lieu de 37°,5 ... 62°,5, lisez 37,5 ... 62,5. 

Page 45, après les lignes i5 et 16, relatives à la solubilité de l'a- 
cide arsénieux dans l'eau, il faut ajouter : ces déterminations ne sont 
pas exactes, suivant Klaproth et M. Guibourt; d'après ce dernier, 



{.oo p. d'eau à 15° ont dissous , . o 9 ■"■ 1 5 p. d'acide arsénieux vitrifié transparent, 
— — — — 1,2: jo p. d'acide arsénieux blanc opaque; 

{ioo p. d'eau bouillante ont dissous 9,683 p. d'acide arsénieux vitrifié transparent, 
— — — — 11,470 p. d'acide arsénieux blanc opaque. 

Ces deux dernières solutions, refroidies à i5°, sont formées de 

J100 p. (t'eau et de 7,893 p. d'acide arsénieux vitrifié transparent, 
— 8,683 p. d'acide arsénieux blanc opaque. 

HUITIÈME LEÇON. 

Page 18, ligne i5, au lieu de 76,63, lisez 76,53. 

NEUVIÈME LEÇON. 

Page 44> ligne 8, supprimez est. 
Idem, ligne i3, au lieu de peut, lisez peuvent. 

DIXIÈME LEÇON. 
Page 20, lignes 9 et 10, au lieu de accès, lisez action. 
Page 26, ligne 7, au lieu de 712,9, lisez 1612,9. 
Page 54, ligne 9, supprimez toujours. 

ONZIÈME LEÇON. 
Page 4, entre le deuxième et le troisième alinéa il faut, en itali- 
ques, Cas où il éprouve une décomposition. 

Page 26, ligne 3 en remontant, au lieu de il donne, lisez ils don- 
nent. 

Page 32, ligne 9, au lieu de combinaison, lisez combinaisons. 
Page 46, ligne 3, au lieu de bromiue, lisez bromique. 
TREIZIÈME LEÇON. 

Page 1 1, ligne 8, supprimez dès lors. 

Page 21, lignes 7 et 8, pour la composition du sulfure de bismuth 

• 1 e . f soufre. . . 2. 
eu atomes, il faut j bismuth , 

Page 3i, ligne 9, on a omis V arsenic. 

Page 5-, ligne 7, poids atomistique, au lieu de 227,22, c'est 
3275,22. 

Idem, ligne 8 en remontant, au lieu de sans, lisez dans. 

QUATORZIÈME LEÇON. 

Page 6, ligne 8 en remontant, au lieu de proxide, lisez prot- 
oxide. 

Page i3, ligne 16, au lieu de pour, lisez à. 
Page 20, lignes 7 et 19, au lieu de Iloulon, lisez Houtou. 
Page 26, ligue 3 en remontant, même correction. 
Page j5, ligne 7 en remontant, au lieu de beau, lisez long. 
Page 09, ligne 12, au Heu de calcolhar, lisez colcothar. 
QUINZIÈME LEÇON. 

Page 22, ligne'iô, lisez 2 li, -,528. 
Page 29, ligne 5, lisez IO Ch. 



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