(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Le parler de Kfár'abîda (Liban -Syrie) essai linguistique sur la phonétique et la morphologie d'un parler arabe moderne"

Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/leparlerdekfraOOfegh 



LE FAULEU 



DE 



KFAR ABIDA (LIBAN-SYUIEj 



ESSAI LIJNGLISTIQUE 

s un 

LA PHONÉÏIQIE ET LA MORPHOLOGIE 
D UN PAULER ARABE MODERNE 



LE PARLER 

DE 

KFAR ABÎDA (LIBAN-SYRIE) 



ESSAI LINGUISTIQUE 

SUR 

L4 PHONÉTIQUE ET L4 MORPHOLOGIE 

DTJN PARLER ARABE MODERNE 

PAR 

MICHEL T. FEGHALI 

DOCTEUH ES LKTiniiS 
PROFESSEUR D'ARABE À L'INSTITUT GOLOMAL DE BORDEAUX. 




PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 



EDITIONS ERNEST LEROUX, RUE BONAPARTE, 28 



MDCCCCXIX 







AU6 2 ô WD» 



A 
MONSIKUR ALBERT CUNY 

PROFESSEUR DE LANGUE LATINE ET GRAMMAIRE COMPARÉE 

À LA FACULTÉ DES LETTRES 

DE L^UNIVERSITÉ DE BORDEAUX 



4VANT-PR0P0S. 



Je tiens à remercier ici M. Albert Cuny de l'intérêt 
qu'il a porté pendant plusieurs années à ce tr?\vail. 
Grâce à lui j'ai pu tenir compte à chaque instant des 
données qui ont été le plus récemment acquises en lin- 
guistique générale, surtout par les plus illustres repré- 
sentants de l'école française, MM. A. Meilletet M. Gram- 
mont. Je suis ainsi indirectement l'élève de ces maîtres 
et j'espère que mon cr Essai t? ne paraîtra pas trop in- 
digne d'eux. .le dois également à M. W. Marçais, pour 
les précieuses observations qu'il m'a faites et pour la 
direction que j'ai trouvée dans ses ouvrages sur la dia- 
lectologie arabe, une reconnaissance dont je le prie 
d'agréer la sincère expression. 

Je dois dire encore que j'ai trouvé à l'Université de 
Bordeaux et en particulier près de M. le Recteur R. Tha- 
min et de M. le Doyen G. Radet la plus exquise bien- 
veillance et l'aide la plus efficace. 

M. T. Feghali. 



INTHODUCTION. 

Dans un bref compte rendu qu'il a fait paraître dans la revue 
arabe Al-Masn'q publiée à Beyroulb (xv" année, n" (], p. /iGy, 
Kji-^), sur l'ouvrage de M. \\ . Marcais intitulé Textes arabes 
(le Tanger, le P. Louis Gbeikho se plaignait avec raison que jus- 
qu'alors l'étude des parlers arabes libanais et syriens avait élé 
bien délaissée et souhaitait qu'à l'avenir des linguistes indi- 
gènes fissent à leur sujet des rechercbes sérieuses et méthodiques 
comme le font depuis quelques années les linguistes européens 
pour les dialectes magbribins. Jusqu'à présent on ne possède 
en effet sur les parlers syriens aucun travail vraiment scienti- 
fique ou du moins complet. Quelques études comme l'ouvrage 
du D'^ Max. Lôhr, Der vuImrarahiscJic Dialekt von Jérusalem nehsi 
Texten und Wôrterverzeichmss dargesteUt von D"" Max. Loin*, 
Giessen 1906, celui de M. Emmanuel Mattsson, Etude phonétique 
sur le dialecte arabe vulgaire de Beyrouth, 1910, celui d'Oestrup, 
Contes de Damas, Leyde 1897, le bon manuel pratique de 
L. Bauer, Das palâstinische Arabisch , Leipzig 1910, ou encore 
quelques courtes et intéressantes notices comme celles que 
M. Clément Huart et M. Barthélémy ont insérées dans le 
Journal asiatique (t. I, série vni, p. /i8, 1 883 , et t. Vil, série x, 
p. 197, 1906) sur les parlers de Damas et de Jérusalem, sont 
à peu près les seuls travaux qu'on possède actuellement ^^l Le 
domaine linguistique de ces importantes régions reste donc à 
exploiter. Aussi le regret et le vœu exprimés par le P. Louis 
Cheikho m'ont décidé à consacrer mes loisirs à un travail de 
ce genre. Utiliser mes connaissances des parlers libanais, les 
coordonner dans une étude spéciale et les soumettre aux sa- 
vants européens qui s'intéressent aux langues orientales, telle 
a été ridée dominante qui a présidé à mon «Essai». Je me 
rendais fort bien compte des difficultés que je rencontrerais 



^'^ Je ne parle pas naturellement dos ouvrages tels que les Proverben et 
Dictons de M. Landberg ou les Sprichwcvlev mid Redensarten mis dem Libonon 
do Da'ùd Saz'ân {Mitteilungen dps Scniinars fur orientalische Sprachen , V, 1902, 
p. ^18 à 70), et le Paldstinisclior D'uvan de Dalman qui, précieux comme recueils 
(!o matériaux, n'ont pas le caractère do travaux linguistiques proprement dits. 



INTRODUCTION. 



sur la route; je savais en effet que, quelque grandes qu'elles 
fussent, la pratique et la connaissance que j'avais de l'ensemble 
des parlers libanais et syriens étaient loin de suffire à elles 
seules pour mener à bonne fin une telle entreprise. Il me 
fallait en outre une formation linguistique générale, et une 
direction éclairée. Heureusement pour moi ni l'une ni l'autre 
ne m'ont fait défaut. L'étude des deux ouvrages de M. W. Mar- 
çais sur les dialectes arabes de Tkmcen et de Saïda m'a familia- 
risé avec la nouvelle linguistique, en même temps qu'elle m'a 
fourni le cadre général et la méthode de mon travail. Dans la 
suite j'ai fait également mon profit de l'étude publiée en 1912 
par M. Marcel Cohen sur Le parler arabe des Juifs d'Alger. 
Enfin un élève de M. A. Meillet, à qui ce dernier fait l'honneur 
de le considérer comme un linguiste en qui on peut avoir con- 
fiance, M. Albert Guny, que j'ai eu l'avantage de connaître à 
l'Université de Bordeaux, a bien voulu se charger de compléter 
mon éducation scientifique en mettant à ma disposition ses 
connaissances en linguistique générale et en acceptant de me 
diriger dans ce travail. Il s'est acquitté de ce rôle avec une 
inlassable patience et un dévouement dont je ne saurais assez 
le remercier. Je dois aussi un témoignage de reconnaissance à 
M. W. Marçais qui, lors du voyage que j'ai fait à Alger pour 
subir devant la Faculté des Lettres mes examens de licence, a 
bien voulu m'encourager et me donner les plus utiles conseils. 

Quant au sujet, j'avais à choisir entre donner une étude 
d'ensemble des parlers libanais ou bien étudier d'une manière 
approfondie un de ces parlers en particulier. La première mé- 
thode eût certainement paru plus pratique et plus utile aux 
gens qui cherchent à avoir une connaissance générale des 
parlers, mais elle était à la fois plus difficilement réalisable et 
moins scientifique; la seconde méthode, plus satisfaisante au 
point de vue pratique comme au point de vue théorique, était 
mieux faite pour la précision et l'exactitude. C'est donc pour 
la seconde que j'ai opté. J'étais dès lors naturellement amené 
à choisir le parler de mon village natal Kfâr'abîda que je con- 
nais mieux que tout autre pour l'avoir parlé dès ma première 
enfance. 

Kfar'abîda, plus exactement Kfar'abîda-FadVis^^^, est un vil- 

C' Fad'ûs est un quartier de Kfâr'abîda qui se trouve au bord de la mer et 
qui comprend surtout des magasins, des cafés, elc. (Tel était du moins l'état 
des choses avant le commencement de la guerre mondiale.) 



IMUODUCTION. XI 

lage libanais de 800 à (joo âmes, dont î^oo environ ont actuel- 
lement ëmigré dans les deux Amériques. Situé sur le bord de 
la mer, il se trouve, dans la direction nord, à 2 kilomètres 
de Batroun, dont il est, pour ainsi dire, un faubourg, et, du 
côté sud, a 16 kilomètres de Djébaïl (Byblos), et environ à 
5o de Beyroutb. Par sa situation privilégiée au centre du 
[jiban occidental, par son délicieux climat méditerranéen, par 
sa magnifique plage, unique dans la région, cette bourgade 
est une attraction pour les Libanais des environs qui la fré- 
quentent en grand nombre, surtout en été. Vu sa situation géo- 
graphique, kfar'abîda n'a échappé à l'influence d'aucun des dif- 
férents peuples qui au cours des siècles ont envahi les régions 
libanaises. Cananéens (Phéniciens), Araméens, Egyptiens, 
Assyriens, Perses, Grecs, Latins, Arabes et Turcs s'y sont 
étabhs tour à tour. Aussi n'est-il pas étonnant que le parler 
de ce village renferme beaucoup de mots étrangers — sans 
compter les emprunts très nombreux faits au syriaque et aux 
parlers arabes des localités environnantes — et qu'il présente 
quelquefois une évolution divergente de celle de l'arabe pro- 
prement dit, soit dans sa phonétique, soit même dans sa mor- 
phologie et dans sa syntaxe. Sous cette réserve, il est certain 
qu'on reconnaît facilement l'habitant de Kfàr'abîdaau conso- 
nantisme et au vocalisme de son parler de même qu'à sa phra- 
séologie. C'est dans cette individualité du parler que réside 
l'intérêt du présent travail. 

On s'est contenté d'étudier ici la phonétique et la morpho- 
logie en se bornant à donner de la syntaxe ce qui était indis- 
pensable pour faire un exposé complot de la morphologie. 
Dans la phonétique on a traité successivement du consonan- 
tisme et du vocalisme; dans la morphologie on a passé en 
revue toutes les formes verbales et nominales usitées à Kfar- 
'abîda et l'on a rapporté, toutes les fois qu'il a été possible, 
les formes dialectales à celles de l'arabe classique. On a préféré 
passer sous silence les formes adverbiales qui sont pour ainsi 
dire des formes mortes et ne présentent qu'un intérêt lexico- 
graphique. 

Me bornant au parler de mon village natal, je n'avais pour 
ainsi dire aucun besoin d'informateurs indigènes; je n*ai fait 
en effet que coordonner mes connaissances ^^^ en suivant d'assez 

(^) Ainsi que l'a fait M. M. Gramraont pour son parler natal, Le Palais de h 
Franche-Montagne, M. S. L. , t. X [1898]. 



XII INTRODl GTiON. 

près la méthodo employée par M. W . Marçais dans son étude 
sur Le diaJocie arabe des Ulad Bràhhn de Sa'ida. Plusieurs 
des remarques que j'ai faites au cours de ce travail sur les 
divers parlers libanais m'ont été communiquées par mon frère 
l'abbé B. Feghali, vicaire général du patriarche maronite, et 
par des amis vivant actuellement dans le pays. Les autres 
remarques sont le fruit d'observations faites lors de mon der- 
nier voyage au Liban dans l'été de 1918, pendant leq*uel j';ji 
pu visiter un grand nombre de localités libanaises. J'ai relevé 
dès lors plusieurs textes vulgaires appartenant à divers parlers 
libanais. Le cadre de mon travail ne me permettant pas de les 
donner ici, j'espère les utiliser plus tard dans des éludes que 
je compte consacrer aux dialectes libanais et syriens. 

Je sollicite l'indulgence et la bienveillance des orientalistes 
et des linguistes qui liront ce travail. S'il n'est pas toujours 
parfait au point de vue de l'exposition et de la méthode, il don- 
nera ce[)endant, je l'espère, une idée exacte et complète de la 
constitution phonétique et morphologique du parler de Kfar- 
^abîda. 

Principaux renvois ribliographiques. 

W. Marçais, Saïda = Etude de M. W. Marçais sur ï^e dialecte arabe des 

Ulad BrâJnm de Saïda , pai'ue dans les Mémoires de la Société de Lîn- 
guiatique de Paris, t. XIV et XV. 

W. Marçais, Tlemcen — Dialecte arabe parlé à Tlemcen. 

M. GoiiEN = Le parler arabe des Jiiijs d'Alger, 1919. 

Brogkelmann == Précis de Lingidstiquc sémiliqae, traduit de l'allemand 
par W. Marçais et M. Cohen. 

II. 7ammew^ ~ Vergleichende GrammaliJ: der semitischen SpracJicn, Berlin, 
1898. 

M. S. L. — Mémoires do la Société de linguistique de Paris ( 1 8G8 et suiv.). 

Sylvestre de Sacy ~ Grammaire arabe (leproduction de la 8* édition 

de 185^). 

Landberg = Proverbes et Dictons. Section de Saïda (Syrie), Leyde, i883. 

Landberg -— Etudes sur les dialectes de l'Arabie méridionale : Tladramoùt 
et Dadinah. 

.1. BARTir "^ Die Nominalbildung in den swaitischen Sprachen , lieip/ig, 
189/1. 

]iM]Eï\ ^ Das palàstinischc irahisch, Leipzig', 1910. 

VoLLERS = Volkssprache vnd Schriftsprache in altem Arabien, 



OBSEIUATIONS IMÎÉLIMINAIHES. 

Syslouie de transcription employé dans ce travail. 

On a adopté à peu de chose près dans ce travail le système de 
transcription suivi par M. W. Marçais dans son étude sur Le 
(lialccle arahc (les Ulàd Brâhhn de Sat(la^^\ Comme lui é^aleuiciil on 
a traité la phonétique des consonnes avant celle des voyelles. 

Consonnes. 

' -^ \ attaque vocalique forte (explosive du larynx). 
// :.= 5. ^ h prononcé comme dans But allemand, pai* exem [)!<'. 
A = rr souffle (souid) émis par le larynx. 
* = ^ articulation (sonore) forte du larynx avec contrac- 
tion. 
(l/iq= ^ arrière-vélaire sourde se confondant presque, pour 
la prononciation actuelle, avec Tattaque vocalique 
forte \ 
occlusive sonore, correspondant de q, articulée plus 

en arrière que g français, 
occlusive postpalatale sourde (comme le /. Crauçais). 
spirante vélaire sourde (comme ch dans auch alle- 
mand par exemple). 
{k) syriaque spirantisé. 
spirante vélaire, correspondant sonore de //. 
7 = <^ (g) syriaque spirantisé. 

5 = jA* sifflante sourde prononcée comme s français initial. 
z = j spirante sonore, correspondant de la sourde 6', se 

prononce comme z français. 
s ^=1^ ^ emphatique. 

- .= k> spirante emphatique, correspondant sonore de s. 
^ =^ ij^ spirante cacuminale sourde, se prononce à peu près 

comme le ch français. 
2 = ^ (prononciation ordinaire) spirante cacuminale, cor- 
respondant sonore de 6-. 
g= S (^{jYP^'^^i) occlusive palatale sonore, identique à //• 
français dur. 

') Mémoires de la Société de Linguistique de Paris, t. XiV et XV. 



b 


^ 


1 = 


J 




t 


7 =--- 


r 

t 



XIV OBSERVATIONS PIIKLIMINAIIIES. 

= <^ (class. ) lit anglais sourd ('^. 

d = ^ (class.) th anglais sonore. 

^ = ^ (^d) syriaque spirantisé. 

/ = ^ occlusive dentale sourde, articulée comme t français. 

d = :i occlusive dentale, correspondant sonore de t. 

t = b occlusive dentale emphatique sourde. 

d = ^ occlusive dentale emphatique sonore. 

h -= i-j occlusive bilabiale sonore (prononce'e comme Z> franc.). 

/S =-^^ {b) syriaque spirantisé (/S du grec moderne, etc.). 

/'= ô spirante labiodenlale sourde (comme/ français). 

(p .= ^ (p) syriaque spirantisé. 

c = mi-occlusive 's (sourde). 

l ) t= l français. 

/ I = l emphatique. 

r = r français. 

r j -^ = r emphatique. 

m = - français. 

n ] = n français. 

M j = 71 postpalatal devant Tocclusive h [q et g). 

w = $ semi-voyelle labiale , au commencement de la syllabe. 

y =^ ^ semi-voyelle prépalatale, au commencement de la 

'' syllabe. 

Il =. ^ semi-voyelle labiale, à la fin de la syllabe (deuxième 

élément de diphtongue). 
? =^1 semi-voyelle prépalatale, à la fin de la syllabe 

(deuxième élément de diphtongue). 

Voyelles. 

a = a français avec diverses nuances : neutre, dans le voisinage 
des consonnes neutres; — ouvert et prononcé sans emphase 
avec un imàla léger, dans le voisinage immédiat de certaines 
consonnes non emphatiques; — fermé, grave et emphatique au 
contact d'une emphatique ou de la semi-voyelle w (u) géminée. 

à = è français ouvert (toujours long), soit a penchant vers aï 
français (p. ex. : faîte) ^ suivant le degré d'imàla exigé parle 
voisinage consonantique. 

à = o français ouvert (toujours long). 

{? = è français ouvert (toujours bref). 

é = é français fermé (à la fin d'un mot). 



(') Il eût été plus logique d'employer |> pour la spiranlc dentale sourde de 
Tarabe classique et pour le (t) syriaque spirantisé. On voudra bien nous 
pardonner celte légère inconséquence. 



OBSERVATlOiNS IMIELIMINAIRES. XV 

i = i français. 

e = é fi'ançais 1res ferme (en sijUabefennée). 

0=^0 français fermé. 

= français ouvert. 

=^ en Ire e muel et o fermé, son voisin de eu français fermé {peu, 

= entre e muet et o ouvert, son voisin de eu français ouvert 

( meunier, [ Us ] peuvent , meule). 
= entre o et 5 devant une labiale (plus labialisé que o et que d). 
M ^= ou français. 
ii ^= n allemand (bref), cf. i dur (y) du russe et d'autres langues 

slaves. La labialisation est très faible, à la dilïérence de u fran- 
çais. 
à, d, i, etc. = vovelle longue non accentuée. 
a, a, î, etc. = voyelle longue accentuée. 
a, i, etc. = voyelle brève non accentuée. 
à, i, etc. = voyelle brève accentuée. 
*^ voyelle ultra-brève, ne formant pas syllabe. 

Tout signe vocalique qui n'est pas accompagné du signe de la 
longue désigne naturellement une voyelle brève. 

Comme dans la plupart des ouvrages linguistiques, le signe < 
indique qu'une forme ou qu'un son provient d'une autre forme 
ou d'un autre son. Le signe >> a la valeur exactement inverse. 

Une consonne ou une semi-voyelle placée au-dessus de la 
ligne indique une consonne ou une semi-voyelle réduite. Ex. : 
%n"' ff oncle paternel 77 << cl. ^âmmu"; 'àuHê w première *7 <: cl. 
^àuwalahC 

Deux consonnes superposées indiquent une articulation inter- 
médiaire : ainsi ^jd note une dentale à initiale sourde et à finale 
sonore. 



LE PARLER 

DK 

KFAR ABÎDA (LIBAN-SYRIE). 



->«<=- 



PREMIÈRE PARTIE. 
PHONÉTIQUE. 



CHAPITRE PREMIER. 
CONSOINNES. 

Comme Ta fait M. W. Marçais dans Le dialecte arabe des Ulâd 
Brâhîm de Sarda, j'ai divisé les consonnes en un certain nombre 
de classes, d'après leurs points et leurs modes d'articulation, et 
j'ai étudié séparément toutes les transformations de ces séries de 
phonèmes. Cette classification n'est nullement surérogatoire et 
arbitraire; elle se justifie pleinement, comme on va le voir, par 
l'indépendance presque complète de ces classes les unes à l'égard 
des autres, et elle a l'avantage de faciliter largement l'élude du 
consonantisme. 

I. FAUCALES. 



CHANGEMENTS SPONTANES. 



A. =î. 

La faucale ' ^^^ est une des consonnes les plus difficiles à traiter 
en phonétique. Les grammairiens de l'arabe classique eux-mêmes 

(') C'est une véritable consonne, que M. W. Marçais appelle très justement 
«atlaque vocalique forte^?, et que dans ce travail je désignerai souvent, à la 
suite des grammairiens arabes , sous le nom de hamza. 

PAKLER DE KFAR 'aDJDA. 1 



2 PREMIÈRE PARTIE. 

ont senti la difîi culte toutes les fois qu'ils ont voulu en fixer les 
règles. Difficiles à de'terminer dans Tarabe littéraire, ces règles 
le deviennent encore davantage quand il s'agit de Tarabe dia- 
lectal, où tout semble, à cause de diverses influences étrangères 
et locales, plus ou moins capricieux et instable. 

Dans certains cas , à Kfar *abîda , ainsi qu'en syriaque , en hébreu 
et dans bon nombre de dialectes arabes modernes, notamment 
dans les parlers du Liban , le hamza classique tend à s'affaiblir ou 
à perdre complètement sa valeur consonantique. iMais on verra 
qu'il y a aussi une série de cas où le ' est non seulement main- 
tenu, mais renforcé ou même créé de toutes pièces. Pour être 
aussi clair et aussi complet que possible, on l'étudiera succes- 
sivement en tant qu'initial, en tant que médial et en tant que 
final ^^^, et on tâchera, à l'aide de nombreux exemples, de for- 
muler des règles générales. 

1° Hamza (') initial. 

Conservation. — a. En règle générale, le hamza initial se 
maintient avec sa prononciation classique toutes les fois quil 
ouvre une syllabe fermée ^^^ qui porte V accent tonique du mot. Les 
exemples en sont nombreux : ''«rz cr cèdre ^i <c c\ /àrzu'\-'drfl^ terre -n 
<: cl. 'ardu"; 'osbo^ ff doigt ^^ -<cl. Hsha\C'^^^;''éhrè cf aiguille 75 << cl. 
'ibratu" ; 'énl te loi 75 <<cl. 'ànta; 'àhd cr action de prendre ^^ <:cl. 
'àhdu" ; 'àsl cr origine ^7 << cl. 'àslu" ; 'âhhiusàhla w soyez le 
bienvenui? <ccl. 'àhla" wasàlila" ; 'àbhel tcsot, simples (métathès>e) 
<:cl. 'âblahu; 'ûda^'^^ cf chambrer <c néo-cl. 'lajatu" [cL turc oda)\ 
'éni"' tnnhrer) < cl. 'ûmmu" ; 'àhl r parents, famille, habilants'5 
-<cl. ^aA/i<"; 'ûht tf sœur 77 <:cl. 'ûhiu"; 'éryfè w pains?? < cl. 'ârfifatu" 
(plur. de rayfu'^); 'éns ff genre humain v <:cl. 'insu" ; 'ôb^ha wphy- 
sionomie altière , orgueil ri -< cl. 'ûbbahatu" ; \'ilter cf il impressionna , 
il laissa des traces?? < cl. 'àOOara; 'uzra ^salaire?? <:cl. 'ûhatu" ; 
Vr/M'/iccilse plaignit??, cLc\/ànna ffil gémit?? ; V<f/f/w il meubla (une 
maison, une chambre)??, (dénominalif de ''/rt^ fr meubles?? <cl. 
'aOcWu"), soit cl. V(^^«^fl (inusité dans ce sens); 'âdda cfil paya (une 

dette)??, cf. cl. 'âddâ (\/''-f?-yj; 'âmon cfii a cru?? <: cl. 'âmana; 

('' ]i s'agit ici nalurcllement non de la finale classique, mais de celle de 
noire parler; en effet, dans la langue classique, ' ne peut être réellement final 
que dans quelques personnes du conditionnel et de l'impéralif des verbes 
terliae' \ ex. : 'in yàqra' crs'il lit??; iqra' kWsv, etc. 

^^) Ou une syllabe à voyelle longue qui en est l'équivalent. 

''^^ A côté de 'asf)a'u'\ 'asbi'u", 'mbuti'*, usbi'u'', etc. — Pour les mots qui pro- 
scnlent ainsi plusiours vocalisations classiques, on ne transcrira dans ce travail 
que celle qui concorde avec la vocalisation du parler. 

('') A côté de «Mç/fl. On a dit qu'une syllabe à voyelle longue équivaut à une 
syllabe fermée. Ici en outre elle est accentuée. 



PHONÉTIQUE. 3 

'rt/i7<? ff[»angrènew <:cl. 'âkilalu" ; ^âlé cf outil ^^ <: cl. ^âlaiu" ; 'âdnic 
whonnête, poli, humainw <:cl. 'âdamhju" cf adamiquew ; elc. 

Le mot è^/cfbras, aissclle^uie constitue pas une exception, car 
il ne provient pas du cl. 'ihtu", comme on Ta dit^^^, mais du plu- 
riel 'âbâ(u\ dont la première syllabe ('«-) est tombée, parce 
qu'elle était suivie d'une syllabe longue frappée de l'acceot. La 
langue a pris ce qui restait de cette l'orme {hâl) pour un singu- 
lier, sur lo(juel elle a refait le pluriel externe bâlâl ^^l 

Le hamza initial subsiste donc (en vertu de la règle donnée) 
dans les pluriels des types 'aqlilau:^ 'éqtla et 'âqlilatu" >- 'éqtlé 
ex. : ^éfnya fcrichesw << cl. ^ayniyau; ^onibija ff propbètes^) <: cl. 
^anbiyau; ^éyrbè ff corbeaux w <<cl. 'àfribaiu" ; \^duyé vremhâes^i 
•<cl. 'àdwiyatii"; elc. (voir Morphologie). — De même, dans les 
adjectifs verbaux du type \iqtalu, servant ou non à exprimer le 
comparatif et le superlatif: 'àkbup wplus grande <; cl. 'âkbaru; 
'àzyar wplus petite? (par assimilation) <: cl. VîsyflrM; ' à'/ qlel if moin- 
dre -n, cf. cl. 'aqcillu; 'àjdal w meilleure <: cl. \ifdalu; 'àbyad 
ff blanc 75 <: cl. 'àbyadu; ^âswdd wnoirw < cUàswadu; 'âsfar w jaune i5 
-< cl. 'àsfam; etc. — Etant donné qu'ici , entre les deux premières 
consonnes de la racine, il n'y a jamais que la voyelle zéro, la syl- 
labe initiale est toujours fermée. Elle est du reste accentuée dans 
notre parler. 

Le même principe trouve encore son application dans quelques 
mots de sens interrogatif, interjectif, etc. : 'âis [ou 'as) wquoi?7^ 
<< cl. 'aiyu sài'i"; 'àh vd\ï\n <:cl. 'âh^^>\ 'éff [ou wéf, wéft) 
cfouf!)? <: cl. 'ujffi"; 'eh 'eh 'eh wson qu'on émet en pleurant ou en 
riant 75; 'é woui, eh bienlw -< cl. 'i; etc. 

Citons encore 'îd wmainiî, cf. cl. yadu" ^^^\ et 'fzr trpied^^ << cl. 
rtzlu'\ dissimilalion du premier r en ' {^'izr) après assimilation 
à distance de Zen r^^l 

(3, Même en syllabe ouverte, le hamza subsiste à l'initiale 
lorsque cette syllabe porte l'accent tonique au moins dans le parler : 
'âsed ^ Won V <; cl. 'âsadu"; 'àna fcmoi^? < cl. 'ànâ; 'àdeb ce bonne 
éducation, littérature...)^ < cl. 'âdabu"; 'çhel tcil a mangéi^ 
<: cl. 'àkala; 'ézer ce il a loué (une maison, etc.)w<<cl. 'azara; 
'çzen wil a permise <; cl. 'àâina; etc. 

(') Cf. Landberg, Proverb. etDict., p. 266. 

(^) Sur les pluriels classiques pris à Kfar 'abîda pour des singuliers, zlol 
cfbàt d'àne ou do mulet?? : pi. zlâlât, en face de cl. : sing. iullu" : pi. zildlu"^ 
ou 'azldlu"; sing. hiihqm ff pouce 55 : pi. hwfihçm, en face de cl. : sing. 'iblidmu" : 
pi. 'abâhimu; sing. bddr «semaillen : pi. bdârdt, en face de cl. : sing. bddru" : 
pi. biâdra", etc., voir Morphologie. 

('■^ On sait qu'à la fin d'un mot une consonne suffît pour fermer la syllabe. 

(*^ Il parait évident que le syriaque 'iSà a exercé ici son influence. 

(5) Formule : rizlu" > *rizr >> *'izr >> 'ézr. 

1. 



PREMIERE PARTIE. 



y. Grâce à une conservation analogique, due à Tinfluence des 
formes où il est régulier, et au sentiment de la racine, le hamza 
initial, même privé de sa voyelle et suivi d'une syllabe fermée et 
accentuée, se maintient dans un certain nombre de mots qui ont 
des correspondants en classique: 'zâr «voile de mariée 77 << cl. 

^izâru" [\/^-z-v) ; 'hâlé tf habitants 7? <: cl. 'ahâli", plur. de 'àhlu"; 
^Z?]/" ff milliers 77 < cl. 'îilûfu", plur. de 'âlfu" :>''àlf; ^wâdçm tfbon- 
netes77, plur. de ^âdmè <: cl. 'àdatnîyu" ; 'mânê cf dépôt 77 <: cl. Vm«- 

•^cnalu" [\/^-m-nj; ^sâra^^^ ce signal, petite quantité 77 < cl. 'isâ- 
ratu"; etc. 

Remarque. — L'attaque vocalique douce classique est à Kfar 
*abîda attaque vocalique forte dans les mots classiques ismiC" 
ffnom77 et ihnu'' w fils 77, prononcés ^esm, et ^éhn ainsi que dans 
rimpératif classique islia prononcé 'osha cr prends garde 77. Ce 
fait est intimement lié à la conservation de la voyelle initiale 
en syllabe fermée ^^l En effet, là où la voyelle tombe vu que 
Taccent frappe la syllabe suivante, l'attaque vocalique disparaît 
par le fait même : ainsi, on prononce tnàin ffdeuX77 < cl. iOnami; 
nhàsar tril est brisé 77 << cl. inkâsara. 

Il en est de même de quelques mots d'emprunt : frç. as (ital. 
asso) prononcé 'as^ (au jeu de cartes), et frç. élaslicjne prononcé 
'csltk (^) avec suppression de la syllabe <?/-, prise pour l'article. 

Chute. — En dehors des cas énumérés ci-dessus, le hamza 
initial tombe avec la voyelle qui le suit, contrairement à ce qui 
s'observe dans beaucoup de dialectes modernes, surtout maghri- 
bins, où la voyelle est généralement conservée (cf. les ouvrages 
cités de MM. Marçais et Cohen). 

a. ' tombe d'une manière constante lorsqu'il se trouve en syl- 
labe ouverte suivie immédiatement d'une syllabe fermée (et par 
conséquent accentuée). Ex. : mîr ff prince 77 •< cl. 'amîrii"; mîrr 
«impôt 77 <:cl. 'annrhju"; hânè (h, côté de 'hâné) ff offense 77 -< cl. 
Hhânatu": lâik ff vois 77 <:cl. ^ildika; dàinè ■<.ç\.\iMinatu'', dimi- 
nutif de ^udn ff oreille 77 < cl. "ûitnii"; râdé ^^^ ff volonté 77 <: cl. 
^iràdatii"; damé ffce qu'on mange avec le pain 77, cf. cl. ^idâmu" ; tara 
ffcerceau77, cf. cl. 'itâru" (avec l'addition d'un -è << cl. -atii" 

(^) La conservation du hamza est due ici à l'analogie avec les mots du type 

(^) Une forme telle que bout fffille?? ne vient pas de cl. ibnatu'^, mais de 
binlu", également attesîé en classique. ^ 

(^) Ici Tacccnt n'est pas sur rinilialc. JMais il était nécessaire de conscrvor 
Va j el Ton verra d'autre pari (juc le ])arlcr ignore loulc initiale vocalique (sju:! 
i el u provenant de y et w). 

^*^ Cf. ra'tâlla ffà la grâce de Dieu". 



I 

II 



PHONKTIOIIR. 



indice du fominin); mdddr fflils tendus sur le métier pour 
former la chaîiieiî <:cl. Uimiddalu^ ; hûhjè rrmon père^ <:cl. 
^ub(ih/-i^^\ diminutif de 'ahu" (inusité à Kfar *^abîda); hâitekr^la 
sœun^ <: cl. 'uhmju-ha , diminutif de 'ûht<z cl. ùhlu" ; etc. — Quant 
à hàd^ ffdimanchei7, il ne vient certainement pas, à mon avis, du 
cl. 'àhadii" ; c'est plutôt le mot syriaque ha^. 

Pour la même raison, le hamza initial tombe dans Taoriste 
simple ^'^), à la i"^*" pers. du sinjjuiier, des verbes forts au 11' thème, 
et des verbes à 2° radicale w, y, ou à ^^ et 3" radicales identi- 
ques entre elles (ces derniers même au P'' thème). Ex. : -ziirek 

ffje te visiterais? ■< cl. 'azûiu-ka [s/z-w-r); -moddu crje l'étendrai 

par terre 17 <c:cl. 'amùddu-hii [\f^m-d-d) ; -''àhnùh te je te ferai savoir w 

<::cl. 'ii'âUimu-ha (\/*^-/-m); etc. 

/3. Le hamza initial tombe, et sa voyelle avec lui, même en 
syllabe fermée, lorsque Taccent frappe la syllabe suivante (ici 
Taccent dialectal est le même qu'en classique). Cette syllabe est 
accentuée dans le dialecte libanais quand elle contient une voyelle 
longue suivie d'une consonne ou son équivalent. Ex. : hlîs rrdiablew 
< cl. "iblisu; hnjq w aiguière w <: cl. ^ibrtqu"; zmil ff burin ?5 <: cl. 
'izmlu" (de gv. (7(jiiXîj);ijâli fflui (régime direct) 77 -< cl. Tya-Aw^'''); 
zrâlk fftes deux pieds 57 ^ci. ^izralka; etc. 

Pour la même raison, le hamza tombe : dans les pluriels de 
la forme 'aqtâlu"; ex. : ^^o/" ce épaules w ■< cl. 'aktâJiC; ^mal w actions 75 
<cl. 'a^mâlu" ; hwâl «oncles maternels?? -< cl. 'ahwàlu"; hhâh 
«amisw<:cl. ^ahbâbii" ; ulâd^^^ «enfants?? <z'aidâdu''. 

y. Le hamza initial tombe enfin toutes les fois qu'il commence 
un mot précédé d'une particule ou d'un proclitique intimement 
lié à ce mot. C'est qu'alors en effet on rentre dans le cas du 
hamza intervocalique, cas où celui-ci est naturellement en posi- 
tion débile. Ex. : km « pourquoi? — à quoi sert??? ■< cl. li -{- ^Anji-\- 
sà'ii" ; màhia hâda «que cela est beau ! ?? ■< cl. ma -\- Wihlâ -j- hâdà ; 
madré (rarement môtré avec différenciation de sonorité) «je ne 

sais^^^? < cl. ma -j- 'àdrï yjd-r-y) «je ne sais pas, je ne com- 
pi'onds pas??; bàHa (^sânhi) «à haute (voix)?? litt* «avec le plus 
haut (de sa voix)?? <:cl. (bi)-\-''àHâ {-\-sânh-hi); etc. — Pour- 

(') Mais dès que le diminutif bàiy- est suivi dVme consonne, il simplifie 
son -iy final (cf. plus loin, Annexion). 

^^^ C'est-à-dire sans b~ (man-^ 'an-) préfixé. 

(^^ Une syllabe à voyelle lon[Tue équivaut à une syllabe fermée. Lorsque îyâ est 
employé exclamativemenl , et par conséquent est indépendant d'un verbe, il 
conserve le hamza '/îyak ffgarc à loi!?? -<;cl. 'lyâ-ha. 

(^) La chute du hamza et de la voyelle a a causé la vocalisation de la semi- 
voyelle w (voir plus loin). 

(^) Cf. modrê man hàn *mna «je ne sais pas qui était chez nous??, etc. 



6 PREMIÈRE PARTIE. 

tant on dit ^al-ârd wsur la terres <:cl. ^al-al-'ar(]i, h-'àslu w selon 
son origines <ccl. bi-\-'asU-hi, etc., expressions où le hamza, 
bien qu'intimement lié aux prépositions ''alà et U, a été main- 
tenu par le sentiment psychologique de la racine. 

2" Hamza (') médial. 

Conservation. — Les mots d'origine classique dans lesquels 
le hamza médial se maintient sont très peu nombreux. En voici 
cependant quelques-uns : sa al (usité à côté du IIP thème sâyel) 
ff il demanda w <: cl. saala; semé (à côté de sîmê) w magnanimité ^7 
< cl. simaiu''; m'âddeb (à côté de mwàddeb) wbien élevé ^^ <:cl. 
miiàddabii" ; '/qofmi (tcoran-n -< cl. qvr'ânu"; fâhked wil s'est 
assurer <cl. ta'cikkada; fâmmdl ce il a espéréw <: cl. ta'âmmala; 
hài'a wmine, aspect 77 -<cl. h/nalu"; mà'mûr ff fonctionnaire, com- 
mandée <:cl. ma'mûru'\ Comme on le voit parleur sens, ces 
mots, auxquels il faudrait peut-être ajouter quelques autres, 
doivent certainement leur forme à l'influence de la langue clas- 
sique. 

Chute. — Partout ailleurs, le hamza médial tombe dans le 
parler de Kfâr^abîda. 

a. Précédé d'une voyelle brève et suivi d'une consonne, le 
hamza disparaît en se fondant avec la voyelle qui précède et qui 
devient longue (allongement compensatoire). Ex. : ras ff tête 77 -<cl. 
rasu"; bas [dans l'expression là bas w cela ne fait rieni?) <: cl. basu"; 
sân ff affaire 77 <cl. sà'nu"; fâra w souris, rabota? '<:c\.faratu"; 
mîW ff approvisionnements -< cl. munatii"; râl tr avisi? <c cl. rayu" ; 
fâl cf mauvais augure i? ^ccLfala"; bîr w puits w ^cl. bfni"; nâkol 
ff nous mangeons 77 <cl. nakulu; stâhel w il méritai << cl. istahala; 
mûdê Cf nuisible 7î <::cl. muai"; mâdnê w minaret i» <:cl. mfâanatu"; 
fîrân wratsw << cLJi'rânu'' ; zàibd'/q tf mercure 77 au lieu de ^zibdq <: cl. 
zibaqiC; màibar trétui à aiguilles 77, cf. cl. mi'bam"^^''; lit ffje suis 
venue <:cl. zi'lu''^'^\ 

Cependant, le cl. bubu'u" ff pupille de l'œile fait bébbu avec re- 
doublement (par assimilation de ' à la consonne suivante) ('^l 

/3. Précédé d'une consonne et suivi d'une voyelle brève, ou 
précédé et suivi d'une voyelle brève, le hamza médial disparaît 

^^) Le mot màibar s'explique par ce fait qu'à Kfar 'abîda les noms d'instru- 
ments se forment sur maqtalu" an lieu de cl. miqtalu". 

^^) Cf. des faits analof^ues en classique : 'âbdru" «puits (pi.)» pour *'à'bâru"\ 
'âkulu wje mange» pour *'«7cm/w; — et encore syr. 'âmeS «il fuit» pour *'ameS ; 
bira «puits» pour *bç'râ; Imià «juste» pour ''ke'na. 

^^) Sans doute par l'intermédiaire de *buubu'u'\ 



li 



PHOIVUTIQUR. / 

[jénéraloment dans les rares mois de celte forme phonelique 
usités à Kfar ^ibîda; il ne se produit ici aucun allongement com- 
pensatoire. Ex. : tanm wjumeau^i <:cl. lâi/amu"; Lan" trcomme s'w 
-< cl. ka-\-'(inna; mâra wlemmew <: cl. mâr'alu" (cf. imra'atu")] 
mit- wcenti? ^^^ <:cl. miat^ii"). 

y. Précédé d'une voyelle brève et suivi d'une voyelle longue , 
ou inversement, le hamza se transforme tantôt en w (m), tantôt 
en y (i), cf. pp. 9-10, 1 1 ^^K 

3° Hamza (') final. 

Conservation. — En règle géne'rale, le hamza final disparaît à 
Kfâr ^abida. Il ne s'est maintenu que dans quelques interjections 
et dans quelques mots expressifs, tels que : he' retiens! prends! 7? 
cf. cl. ha a w prends w; ze ze (ou he he') <:cl. zi^ zi' (cri pour 
appeler les chameaux); la^ (à côté de lah) wnonw, cf. cl. là; ho' 
wnom? (refus accompagné d'un brusque mouvement de tête en 
arrière); etc.^^). 

Chute. — Sauf les quelques cas oh il se transforme en w [u) et 
y (i) , voir p. 1 o et suiv. , le hamza final tombe en règle dans le par- 
ler de Kfar 'abîda sans produire d'allongement compensatoire sur 
les voyelles préce'dentes; cette chute est en relation avec la dispa- 
rition de la voyelle finale. Celle-ci, en effet, tombant toujours à 
la finale des mots, entraîne comme conséquence nécessaire la 
chute du hamza, déjà faible par lui-même. Du reste, en syriaque 
(et davantage encore en hébreu), le hamza s'affaiblit souvent et 
perd, lorsqu'il est 3® radicale, sa valeur consonantique. Cette 
remarque s'applique aussi bien aux verbes qu'aux substantifs. 
Ex. : sa wil a voulu 77 •< cl. sa a (d'où l'expression très usitée 
nsàlla ff je souhaite, litt* (s'il plaît à Dieuw); zA «fil vintw < cl. 
zaa (^); htàda ffil commença 71 <cl. ibtàda'a; wâsa wet il offensais 
< cl. wa-^-'asâ'a; hdâ tr arrête- toi 77 <c:cl. ihda ; '/qrd rrlis^^ <:cl. 
iqrâ' ; — sâma crcielw <: cl. samâ'u"; rçdè w méchant, mauvais 
sujets •< cl. radtu"; hàna w santé, bonheur w -<cl. hanâ'ii"; mdbda 

(^) Ce mot prend cette forme lorsqu'il est en dépendance étroite d'un autre 
mot : cf. mit ktah wcent livres 75; lorsqu'il est indépendant [status absolutiis)^ 
il a la forme mtyê : ex. tldt miyé «trois cents 5>. 

W C'est exaclement la même chose qui se produit chez les Ulâd Brâhîm de 
Saïda (cf. Marçais, M.S.L., XIV, p. io5). 

(•*^ Dans les mots la' et hô', le hamza est inconsciemment ajouté pour donner 
à ces deux particules plus d'énergie. 

(^^ Dans quelques villages libanais, notamment à Batroun et à Kfar 'abîda, 
on dit également 'éza pour zaa. — En Egypte, on a iza, et en Arabie méri- 
dionale àza et àza' (cf. Landberg, Daômah, p. 698). 



8 



PREMIERE PARTIE. 



r principe, commencements -^ci. ma bda'u"; lâhi w perle >5 -< cl. 
lulîi'u"; bârè (( créateur •>i (Dieu) <: cl. hâri'u''. 

Remarque générale. — Le hamza, faible de sa nature, disparaît 
d'une façon constante en position de'bile. Sauf exception due à 
rinfluence des prototypes classiques, réels ou imaginaires, ou à une 
influence psychologique (dans des mots expressifs), il est toujours 
on position débile quand il est médial et final. Dans ce cas, en 
oft'et, il n'est jamais qu'implosif, et Ton sait qu'une implosive est 
plus faible qu'une explosive. Il ne peut être en position forte et 
par conséquent se maintenir qu à l'initiale du mot. Il faut et il 
suffit pour cela que la syllabe initiale soit intense, et elle Test, 
soit qu'elle ait été accentue'e dès l'époque classique, soit qu'elle le 
devienne dans la vie propre du parler parce qu'elle s'est fermée; 
ce dernier cas est, en somme, le même que celui de l'attaque 
Yocalique douce devenant attaque vocalique forte en syllabe ini- 
tiale fermée, cf. 'às% de l'italien asso, etc. Tout est donc ici une 
question de valeur relative. CL C. Juret, Dominance et réshlance 
dans la phonétique latine, 191 3, passim. 



CnANGEMENTS DE ' EN d'aUTRES PHONEMES. 

On a examiné, jusqu'ici, les cas où l'attaque vocalique forte 
s'est conservée ou a disparu dans le passage du classique à l'a- 
rabe dialectal. On dira maintenant, en donnant le plus d'exemples 
possible, où et quand elle a été remplacée par d'autres phonè- 
mes. Le hamza est devenu tantôt une semi-voyelle w (n) ou y (i), 
tantôt la faucale "; quelquefois enfin mais seulement dans 
des mots d'emprunt, les faucales h et //. 

w (m) et y {{) AU LIEU DE \ 



I. W (m) au lieu de \ 

a. A rinitiale du mot. — 1" Sous l'influence de la consonne 
qui suit la tranche vocalique commençant par ' en classique, la 
voyelle de cette tranche est transformée en voyelle labio-vélaire 
(quand elle n'a déjà pas ce timbre en classique), puis le ' devient 
labio-vélaire, soit iv. Ex.: wof {\i côte' de ivôj't) couf.N^ <::cl. 
^uffi" ; wojqiqa (à côlé de 'à'/q/qa) rokkew (mesure de poids = 
environ 1282 grammes) -< ci. 'ûqqatu"; ivùlf ^^ixmiv <:cl. 'ilfu", 
analogique de wùlfê fcamitiéw <:cl. ^ûlfatu" qui seul est régulier 
dans celte série; wàlkf wil plia bagage, il a'est préparée? <cl, 



PnONETIQUR. 

MZ/rz/r/ ff il assembla, il composa r; wônos wami, doux, sociable^ 
(sous riiilluence de tviïns cr afi'abililé^ <: cl. 'tmsu"), cf. cl. 
'atiisu" fcami, doux?! et 'ânasii" ff fainiliei")^. 

0" Par assimilation à un w qui suit. Exemple unique : wâwé 
tfchacal, renardw <:cl. [ihnn)'âwâ. 

3" Par assimilation à un i de la syllabe suivante, assimilation 
suivie de dissimilation, d'où w. Ex. : w/m wquoi? certes^, dissi- 
milation de ^'(jài^, lui-même assimilation de cl. ' àhjii -\- m>^ i" ; 
wàin fcoiMî < *V«m <:cl. ^âina, 

U" La voyelle qui suit ' est elle-même suivie d'une denlale 
(occlusive, silUante, cliuinlanle ou nasale). Ex. : wàdda w il envoya 

il fit parvenin? ^cl. 'àddà (\/'-d-y); wàddeh wil corrigea t? <:c1. 
*âddab(i; wàz' wil excitais ■< cl. 'Azza; ivâV ff s'alluma (le feu)^ 
<::cl. 'azïa; wàsseb tril excita 75 (un cbien) <:cl. 'dssaba; wdn" wil 
s'est plaint, il a fait entendre des bourdonnements (par extens.)r) 
<: cl. 'ânna. — Dans les exemples qui viennent d'être cités ici, 
on ne peut que constater le fait, sans en pouvoir donner d'explica- 
tion plausible (^). 

b" Par confusion analogique : wâhed ril blâma w <: cl. ùihada 
[inwàhdé ce blâmer? <:cl. muâhadatu"); wâlef wil fréquenta^ <::cl. 
^(dafa (mwâîfé ff amitié w <:cl. mu' âlafatu") -, etc. 

/S. A rinténeur du mot, — 1° Par assimila lion à une voyelle 
labiale précédente, le'^se transforme Qxiiv [u). Ex. : fwâd ffcœurv 
<c cl. ykVA" ^^^ ; twàm ff jumeaux 77 <: cl. tu'âmu" pi. de tai/amu"; 
zwâm (mort) ff violente ou subite w <cl. zu'âmu"; mivâhdê ff blâme '5 
<ccl. mu'âhadatu"; mwâmra ff conjuration îj ^cl. jnu'âmaratu" ; 
mrûwê ff courage 7? <:cl. muruatu" [muniwatu")^^'. 

9° Peut-être sous l'influence d'une labiale qui transforme a 
dans le même sens que plus haut (cf. a. /i°). Ex. : fduwal ffil fit 
tirer un mauvais augurer? <:cl. fa'ala; stâfwdl ffil fut supersti- 
tieux w , cf. û.fa ''ala inus. au X*' thème ; sàmva ff il piaula ( poussi n ) -n 
el sdwe ffil siffla (serpent)T) <<cl. saâ ffil piaula (poussin)^? ^''^; 
màmvdtî ffil acheta des vivres w <:cl. ma'ana ffil prépara i?; râinvos 
ffil appointais -<cl. ra^'asa. Ces deux derniers exemples peuvent 

^'^ A moins qu'il ne s'agisse ici d'un phénomène de dissimilation (à dis- 
tanre). 

(-) Forme intermédiaire fuwâdu". 

('' La voyelle n'est pas tombée dans ce dernier exemple comme elle l'a fait 
dans les autres, parce qu'elle est longue et accentuée (f<). 

'^) Sans cloute ici croisement avec cl. sautu" ftvoixw, etc., ou saiisa (même 
sens) mot d'origine syriaque : syr. sai^sï 3 sg. maso. parf. (s-iv-s-y), 



10 PREMIÈRE PARTIE. 

s'expliquer par rinfliience des mots mûné w vivres ^5 et rûs w têtes w 
qui auraient donné les dénominatifs màuwdn et râiiwds. 

3° Par confusion analogique. Ex. : twâmru fcils ont conspiré w 
<:cl. ta'âmarû (^mwâmra w conspiration iî <:;cl. mu^âmaratti'')', Hâwdh 
wil bâillai <:cl. taOaaba [Hâwoh w bâillement 75 <:cl. tadaubii"); 
zwâlê «bête de sommet' <:cl. zaïlatiC' (sous l'influence du pluriel 
zawailii). — Quant à rdâwé cr méchancetés •<. ci. radà'atu'', ^màwè 
ff aveuglements <:cl. ^amaatu'', dnâwê cr bassesses <c:cl. danâ'atu'^' 
etc., ils s'expliquent probablement par l'analogie du type mor- 
phologique qtâwê <:cl. qatmvatii" , type très usité à Kfar^abîda (cf. 
rhâwé tf lâchetés <:cl. rahâwatu'', ^dâwé ff inimitiés < cl. '^adâwatu'\ 
etc.). 

y. A la finale du tnot^^K — 1° Par assimilation à m ou à une 
voyelle labiale qui précède; dans ce cas le «, provenant de ^ et se 
trouvant placé à la finale sans voyelle qui le suive, se réduit à un 
demi m ou disparaît complètement dans le parler (^). Ex. : s«h(") 
rr malheurs <:cl. sai/u'' (à côté de smV); daiii^-) cr lumière s <<cl. 
dau'u" ; nau{^") ff tempêtes •< cl. nai/u"; *hdû(^'):> hdû (^ calme •>■) 
<:cl. hiidû^u"; etc. 

2° Par assimilation a une voyelle u ou à une labiale qui pré- 
cède; mais ici, au lieu de se réduire ou de disparaître, comme 
dans le cas précédent, n se vocalise en u. Ex. : mâlu frple'nitudes 
cf. cl. mï7V [* milwiC' '>' *mÔlw> màlii); zàzu reportions, cf. cl. 
zïau"; hàdu w commencement s <:cl. hâd^ii"; Jiâzu tf moquerie s, cf. 
cl. Mau"; yàbu w léger brouillards (par assimilation de sonorité) 
<;cl. hàb'u" (cf. plus bas, p. 32)^^^. 



IL y (i) au lieu de \ 

OL. A rinitiale du mot. — 1° Par assimilation a la voyelle sui- 
vante. Ex. : yâmma ffou biens (par différenciation vocalique) 
■<z*yimma <::cl. Hmmà^'^^', yânsûn waniss avec chute de ï atone 
(placé entre deux voyelles longues dont l'une est accentuée dans le 
parler) <ccl. 'amsûnu" ^gr. olvtŒovj yfzra w domestiques s -<*V^- 



(^) H s'agit ici comme plus haut de la finale dialectale; en classique ' serait 
intérieur. 

(^) Mais u, comme i d'ailleurs (voir plus loin), réapparaît avec sa valeur de 
semi-voyelle pleine dès qu'il est suivi d'une voyelle (voir injra, semi-voyelles). 

(') Cf. cl. (avec un w d'origine) sahivu" rrsérénité (du temps)«, fdzwu'^ 
rr incursion 57, etc. 

(*) Cf. cl. 'înm pour 'immâ dans le dictionnaire connu : 'Aqrah-ul-mawâ,' 
ridi, s, V. 



I 



phom':tiqiii:. 11 

m, cf. cl. 'îizarâ'u'^^^ ; iur (ou 'zîr, ou même zîr) wdomestiqiiei? 
'<*y(nir <: cl. \izmC\ 

2** Par assimilation (suivie de dissimilation) à une consonne 
labiale ou à un ù suivant (à distance). Ex. : yau wou bien 75 par dissi- 
milation <c.*ivau <<cl. Vm par assimilation; yâm"' wil se dirigea 
vers 77 <c.*wamma <:cl. 'amma; yam'" ffcôlé, part)^ (dans l'expres- 
sion mon yâmmê wde mon côté, pour ma partie), cf. 'ammu" 
w action de se diriger vers w ; yàhûr w écurie w <c*wâhûr <: pers. ^àhor; 
itûn cr fournaise, four à cbauxw (par l'intermédiaire de *tj§lûn, 
avec chute de e et vocalisation de y) <z*watlûn, cf. cl. ^attiimi", 
syr. 'aôûnâ, hébr. 'attiin^^K 

/3. A Vinténeur du mot. — i'' Par assimilation à la voyelle qui 
suit \ Ex. : râryes w supérieur 77 < *m'î/{5w", cf. cl. raîsu"^'^^', ''zâyeh 
cf miracles 77 <ccl. ^azâ'ibu; ^qâyem rrse levant w<: cl. qâ'imii''; ''â'yei 
(plus souvent "âwoz^'^')) ^indigent, ayant besoin dew <:cl. ""â'izu", 
etc. . . 

2'' Par assimilation à la voyelle qui précède \ Ex. : hyâr 
ff puits w (pi.) <cl. WânC; ryâsê w présidences -<cl. ri'âsatu"; 
iehnâyé ff félicitations , cadeau de noces w, cf. cl. tahni'atu"; hâbyê 
ff grande jarre 77 <:cl. hâbi'atvJ'; (*miyê) mîy ê ((cenin <:cl. mi'atu'^ 
(sur ce mot voir p. 7, n. 1); etc. 

3° Par analogie avec la forme dialectale des verbes tertîae y 
(tous les verbes a dernière radicale ' sont en effet rattachés 
dans notre parler à la classe des verbes tertiae y, cf. Morphologie). 
Ex. : mô'lyân (à côté de mlân) ce plein 77 <:cl. mal'ânu; mlâyêr\oï\e, 
drapw <: cl. mwirf ffiw" ; dejyân ce échauffée <:;cl. dafânu ; 'jqrmjè 
w lecture, écoles <:;cl. qirâ'atu''; etc. 

7. A la finale du mot. — 1° Par assimilation à un ^ ou a une 
voyelle palatale qui pre'cède ; dans ce cas i se réduit à un demi i^^^ 
(cf. tf, p. 10). Ex. : saii^Y^'i rr chose, objets <:*saw<:cl. saiu"" ;faij^) 



(^) Dans les autres pluriels, qui sont en classique du type qutalau, la pre- 
mière voyelle u se transforme toujours dans le parler en m, 0, suivant le 
voisinage consonantique; yézra est sans doute sous l'influence du sg. izîr, 

(^^ Quant à yçrdon ffJourdainw (fleuve), il ne vient pas du cl. 'urdunnu'', 
mais c'est un mot d'emprunt indépendant (cf. syr. yurdanârij hébr. yardên). 

('^ C'est sous l'influence du substantif ràiyçs que le dénominatif dialectal 
raiyçs «il mit à la tête»? s'oppose parla forme au cl. ra'asa. 

^*) La forme 'âwez s'explique par le fait que la racine comporte originaire- 
ment un IV, mais *'âwizu [sJ'-w-z) est devenu en cl. 'aizu"". C'est, d'ail- 
leurs, le seul participe où l'on voie réapparaître dans le parler le w radie 1. 

^^^ Ou disparaît entièrement. 

(") !\. côté de si. 



12 



PREMIERE PARTIE. 



tf ombre 7' <<d\.f(uu''; nai{') ^^cru-n (viande, etc.) <: ""nahjii", cf. cl. 
wiV^^); mzîi- cr venues subst. (usité seulement avec les suffixes per- 
sonnels mzhjê, mzhjçh, etc.) <: ^mazil- <: cl. malVu". 

Bemarqtœ générale. — La transformation de Tattaque vocali- 
que forte en semi-voyelle n'est pas particulière au parler de 
Kfar*^abîda ni aux parlers libanais; il y en avait déjà des exemples 
dans la langue classique, comme dans la plupart des langues 
sémitiques (-^, d'où les nombreux doublets qu'on rencontre dans les 
formes nominales et verbales de l'arabe classique ^^^. 

Ce changement s'observe aussi avec plus ou moins de fréquence 
dans tous les dialectes arabes modernes jusqu'ici étudiés ^*^, mais 
surtout dans le dialecte mecquois dont une forme ancienne est à 
la base de la langue classique, et où l'attaque vocalique forte a 
été remplacée par les semi-voyelles y et tv après i et u longs ou 
brefs (cf. Brockelmann, pp. 69 et 61). 

M. Cohen, dans son étude sur Le parler arabe des Juifs d'Al- 
ger (p. 37), explique cette transformation par des nécessités 
morphologiques. Dans le dialecte libanais, au contraire, presque 
tous les cas dans lesquels iv et ij apparaissent à la place de ' peu- 
vent s'expliquer, comme on vient de le voir, par des raisons pho- 
nétiques ou par une influence analogique due à une étymologie 
populaire ou à une confusion de même origine. 

', h, h AU LIEU DE \ 



I. ' au lieu de \ 

1'' Un certain nombre de mots expressifs signifiant tf gémir, 
mugir, rugir, bêlerr présentent dans notre parler un 'au lieu dc^ 
classique. Il s'agit sans doute d'un renforcement d'origine psycho- 
logique, et ce qui le prouve c'est que la tendance au renforce- 
ment n'a pas donné au Liban le même résultat qu'en maghribin. 
Par exemple, le classique zà'ara wil rugit w est devenu chez les 
l lad Brâhi m comme dans tout le Maghreb (cf. iS«îJa, M.S.L., XIV, 
]). \ok) zhàr, tandis qu'il a été à Klar^'abida transformé enzâ'^ar, 

(') La transformation de ce mot s'est déjà faite en classique, où on prononce 
«''{{alement myii". 

^■-^ Cf. syr. 'aiibeS <c*'a'bed rrfaire périr w , smja <C ?« « «sordidusji éfjale- 

ment existant \\'^s--y), etc. 

('^ Cf. cl. 'annaba et wannaba; 'arraha et warraha; 'aOribu et yaOribn; saisa 
et saivisa; etc. 

('•' Cf. Marçais, Saïda, M,S.L, t. XIV, p. io5 -, T/wicc», p. 90; — Couen, 
op. cit., p. 37. 



i 



PHONÉTIQUR. 13 

De mèma 'azzâlaiu'^ tf veuves et cl. ^fiïalu" ffinslruiiienlT? font au 
Ma|;hreb haizâla et hâla^^^ (cf. Marçais, Tlemcen, p. 20). 

Voici d'autres exem|)les du même fait : 2rt V^r wii rugitw yjen 
pari, du lion), cf. cl. zaara; zâ^ar^-^ cfil beugla, il mugit 77, cf. 
cl. zâ'ard; niâ''(i'jq ou hd'^a/q ffil béla^^, cf. cl. maiqa^ il sanglola 
(en pailant d'un enranl)!?^^^; '«w" ffil gémitw, cl. 'rt^m^ï; '«///teet 
^/îm ff gémissement 1? <::ci "'amiata" et 'anînu". 

2" C'est peut-être sous Tinfluence de r emphatique que le ^ 
de la racine zdru'a ffil est bardiw a été également renforcé en *" : 
Izcura'^ ffil s'est enhardi ^cl. iazàrra'a; zcnri' ff courageux 75 <: cl. 
zarVii" ; zrâ''a ff audace?-) <:cl. zaraatu". 

3" L'exemple nâte'' ffil tira, il secoua, il emporta sur ses épau- 
les ?? , cf. cl. nâlaqa, présente sans doute le slade intermé- 
diaire que Ton est obligé de supposer enire q et son aboutissant 
ordinaire dans le dialecte : \ Les finales tombant en arabe mo- 
derne, l'affaiblissement ordinaire (') aurait entraîné la chu le 
complète de la consonne : cl. nataqa^^îuita^/q^ ^naia^^'nala. 
De même sâUe" usité à côté de salle jq ffil s'est éboulé 7?, cf. cl. m- 
laqa ff il fendit 77. 

A" Dans quelques mots étrangers dont l'un présente déjà *" en 
classique, bien qu'il ne s'agisse ici tout au plus dans la langue 
originaire que d'une attaque vocalique faible, '' se change en '('*^. 
^\. : ha'k (cl. etdial.) <pers. Ay^^ ffgimbletlc??; ^«/«nm ff bravo w 
<clurc et pers. âfarvn; ''assé^^' ffcuisinier?? <:turc âsci avec assi- 
milation de 6' en s; lâ^ta ff madrier 77 (cf. frç. latte) \ mcChrûn et 
ma^harûnè (cf. macaroni)^'^K 



(^) Cf. tunisien 'Ma avec *. 

(^) On a en syriaque g^'ar wil cria fort??, mais il n'y a, sans doute, ici 
qu'une simple coïncidence. 

(•^) Le dialeclal maaiq correspond pour la forme au cl. mniqa, mais pour ie 
sens au cl. ma ma a. On voit très bien pourquoi maa'jq a été transformé en 
baajq ou ba'ç'jq : c'est qu'il s'agit d'un bêlement (cf. Gratines, jSr? jSfj, pour 
imiter le bêlement du mouton). 

(^) Un de ces mots étrangers pourtant présente h au lieu de ' qu'on atten- 
drait : zàltr <turc zâj' crchance, jeu de dés?? — M. W. Marçais fait observer 
que tous les tirailleurs indigènes disent màhzûr cr major?? , ce qui doit être tuni- 
sien d'origine ou marocain. 

(^) 'assè peut provenir aussi (par étymologie populaire) de 'dsa<Cc\. 'asau" 
ffdiner??. 

^^^ Sur la permutation de ' et ' cf. cl. 'àssara et 'dsara trii pressa forte- 
ment??; ^aridu" et 'arîdu" wlarge?? ; ibBadrra et ibQa'drra rril bondit?? ; — cf. syr. 
qïuiaa et qûnâ'â crazur??; — enfin arabe mod. : à Jérusalem tadassa' <C cl. 
tazassa'a tcil rota??; à Tanger liobba et Ijobba' «il cacha?? (Textes arabes, Marçais, 
p. 275); à Saida (Mauçais, M.S.L., t. XIV, p. io5), qordin^our quràii 
«Coran?? ; — marocain insaallâh. 



14 PREMIÈRE PARTIE. 

II. h au lieu de \ 

Ce changement ne se rencontre que dans les deux noms pro- 
pres (mots^savants empruntés à l'hébreu par l'intermédiaire du 
syriaque) Sâhûl et Ddhûd. Les deux mots étant étroitement asso- 
ciés, il est évident qu'ils ne comportent qu'une^ seule et même 
explication. C'est parce qu'on était arrivé à dire SùMl qu'on a été 
entraîné à dire Dâhiid. Il ne s'agit donc que d'expliquer SâhûL 
Dans ce nom propre, le ' était encore prononcé en syriaque : 
Sa al. Or, on a vu que dans notre dialecte ' intervocalique dispa- 
raît en règle générale; c'est sans doute pour le sauver de cette 
disparition qu'on l'a instinctivement renforcé en h. Cf. pourtant 
la hinna-ka, au lieu de la ^ înna-ka duns un vers connu de Mouta- 
nabbï. 

III. h au lieu de \ 

En principe, ' ne se transforme en h que dans quelques mots 
d'origine étrangère : JjanMîs fc anguille r) <gr. sy^eXv?, sans doute 
par l'intermédiaire du cl. 'inkalîsu''; hàfsé <:frç. abcès (c'est-à- 
dire apsè). Cf. nâsah à côté de cl. nâsa'a (voir infra , Sifflantes) 
ff il s'est engraissée. 



B. A=-it> (»). 

La spirante /i, à peu près identique au h allemand de Hiit, etc. , 
est sourde. En cela, le dialecte libanais, et celui de Kfar'abîda 
en particulier, est d'accord avec les dialectes arabes orientaux ^^l 
La nature spéciale de h explique d'elle-même qu'il ait complètement 
disparu en assyrien (2), qu'il se soit affaibli dans certains cas jus- 
qu'à perdre sa valeur de consonne en syriaque et en hébreu (^^, et 
qu'il ait disparu dans quelques parlers arabes maghribins^^^. A 
Kfar'abîda, comme dans l'ensemble des parlers libanais, \c h de 
l'arabe classique a également subi un certain affaiblissement. Cet 
affaiblissement va jusqu'à la chute (dans certains mots ou groupes 
de mots). 

(') Dans les dialectes orientaux, h sonore n'a pas encore été signalé. 
Cf. Cohen, p. 3a. 

(^) Cif. Brockelmann, p. 71. 

(•') Cf. Rubens Duval, Gramm. syriaque, p. 100 et 101; — Toizap.d, 
Gramm. hébraïque , p. i ai . 

W Cf. CouEN, p. 32-33, d'après qui, en outre, h semble se fondre avec la 
voyelle voisine brève ou réduite pour l'allonger. 



PHONÉTIQUE. 15 

1° Conservation. — ATiiiitiale du mot, et àrintervocaiique, A se 
maintient en principe dans le passa[>e de Tarabe classique au 
})arler local. Ex. ; hén'b ffil s'est enfui ^^ <:cl. hâraba; hàwa crvent^^ 
< cl. Artwrt V ; ili'heb worw <cl. dâhahu" ; nàhad ffil s'est levéw 
<: cl. nàhada; zçhed ffil renonça (à tout)^^ << cl. zàhada; ma^liih 
fflbu^î ^cl. ma^luhu"; nàdeli ffil appela?? <: cl. nâdaha ffil repoussa 
en criant??; etc. 

9*' Chute. — a. Dans plusieurs mots qui résultent de la fu- 
sion d'une préposition ou d'une parlicule avec une forme de 
pronom démonstratif ou personnel commençant par h, ce pho- 
nème a disparu. Ex. : mâtis ffil n'est pas?^ <:cl. mà-{-hu{iva) 
-\-s{aVu"y, mais cfelle n'est pas ?î <^ û. ma -\- hi[ija) -\~ s[ai^iC'Y^^ \ 
w<7r/rt ff et celui-ci ?? <:cl. wa-\-hâdà^'^'^'^ hmin fficiw -<cl. hâhiinâ et 
làun ffvers ici??^^^ -<cl. li-\-hâhîmà (et non de <:cl. hunâ, comme 
on l'a parfois soutenu)^^^; 'aiwa ff c'est cela?? (m. à m. ita illud) 
ffvous y êtesw <:cl. ^ai-\-hu[waY^K — La même règle trouve 
son application dans le mot dialectal halle iq ff maintenant?? pour 
c\. hâda-l-ivaqtu , lorsqu'il est précédé d'une préposition ou d'un 
adverbe : mnàlle'/q ^r des maintenant??, \)our mon -\- halle' jq; qablâl- 
Içjq ff avant maintenant??, ])our qâbl-\-hâll§'lq. 

Ces phénomènes sont, au fond, identiques au suivant: le h 
tombe à l'initiale du pronom de la 3^ personne (masculin et fémi- 
nin, singulier et pluriel), quand il est enclitique sur les formes 
verbales et nominales, et même quand il est rattaché de la même 
manière à de simples prépositions. Ex.: dârba tfil l'a frappée?? 
<:cl. dârabahâ; dàrbu ffil l'a frappé?? <: cl. dàrabahu; dàrbon (^our 
les deux genres) ffil les a frappés?? <c:cl. dàrabahum (masc.) [et 
darabahuîina (fém.)]; bâita ffsa maison (d'elle)?? < cl. bàhnhà; 
bâitu ffsa maison (de lui)?? <:cl. bâituhu; bâijon ffleur maison 
(d'eux ou d'elles)?? <:cl. bâijuhum (masc.) [et baituhûnna (fém.)]; 
ba ffon elle?? <: cl. bihà; bu ffen lui?? <, %ihu, cf. cl. bihi; bon 
wen eux ou en elles??, cf. cl. bihim (masc), ainsi, par exemple, 
dans les expressions : as ba, as bu, as bon, ff qu'a-t-elle ???, ffqu'a- 
t-il???, ff qu'ont-ils ? ou qu'ont-elles???, quand on s'informe de 
quelqu'un. 

^^^ On trouve même les formes plus évoluées mos et mas. 

^^) D'où l'expression dialectale mkdbbar wôda hdlu , lilt. ff orgueilleux et ceci 
est son état» c'est-à-dire «orgueilleux, c'est tout ce qu'il est??. 

^^^ Cf. au Maghreb mnnna pour min-\-huna crpar ici?? (Marçais, Saïda, 
M.S.L., t. XIV, p. io5). 

(*^ Les deux h sont donc tombés (dans cl. lihàhunâ), et ils ont laissé se 
produire une véritable diphtongue composée des deux voyelles qu'ils sépa- 
raient. Cf. syr. hâu crcelui-là?? pour *hà-\-hn; hài rccelle-là?? pour *hâ~{-hi. 

(^) Je fais venir 'aiwa, usité dans beaucoup de dialectes modernes, de 'ai-{- 
huwa plutôt que de 'ai -j- ivaUàhi. 



16 PRE3I1ÈRE PARTIE. 

Il est à remarquer cependant qu'actuellement, sans doute 
par suite d'une influence classique, le h du pronom, surtout du 
pronom féminin, est souvent restitué au singulier, notamment 
quand il est précédé de la préposition / <cl. //. On dit par exem- 
ple : hâda léha plutôt que hâda la, ffceci est à elle 77. 

/S. Le h s'affaiblit jusqu'à disparaître à la finale de quelques 
mots. Ex. : /«m'A e ff fruits, gourmandises^? -<:€[. frnvdJàhu, plur. de 
fâkihatu". Le singulier conserve le h à Kfar'^abîda, oii on prononce 
fâhha; imâwa wil a beaucoup de scve?7 (en pari, d'un arbre), cf. 
cl. tamàiiwaha; i'âhha cril s'est enorgueillir) ^cl. laWhhaha ; mwi'n 
ffde l'eau ^7 -<cl. miiwaihu", diminutif de niati"'^^^: 'alla tcDieu?? 
<:cl. "allâhu; wèi- r visage 77 (dans wàzeh wton visage^? -<cl. waz- 
Imha) avec cbute pure et simple de /i<:cl. îV(izhu''^^K 

Ces exemples montrent que /i, aussitôt qu'il est final, tend à 
tomber; il se prononce, du reste, très faiblement quand il a été 
maintenu. La plupart du temps il a été rétabli par sentiment de 
la racine ^^l 

A V intérieur du mot, on ne peut citer pour la cbute de h que 
deux exemples empruntés au persan. Ce sont : mriz rr bassin, ci- 
terne ^7 avec cbangement de i classique en a par dissimilation^'^^ 
et allongement de cette dernière voyelle par fusion avec h àh- 
paru^^^ •< cl. siluîhi" (persan); lâurha crambre jaune^-» (cf. cl. 
Irdirahâ) du persan lëhruhâ; \)eui-ê\ rekêhrubà>^kaf ru ba'^^ka [3- 
fuba >■ dial. kàm[u'jba, dans ce cas il s'agit non d'une chute 
mais d'une transformation. 

A rinitiale, la chute de h ne se rencontre que dans un seul 
exemple : niyâlek rrque tu es heureux .N < cl. hanî'a" -\- laha ^^\ 
Le h est évidemment tombé à la suite de la chute de la voyelle 
qui le suivait, ia langue n'admettant pas une initiale * /m- qui 



(') Cf. l'expression swdiyel mwài «un peu d'eau» ; on dit aussi miimyè (même 
sens), par analogie de mtvài. 

(^) A Batroun et à Tripoli de Syrie, à Beyrouth et en Egypte, et quelquefois 
à Kfâr'abîda, il y a, en outre, assimilation de h final et assourdissement de i; 
011 dh'ivôèsçli à côté de wdzçJ^ wton visage». — Cf. Barthélémy, Journal asia- 
liqne, t. YII-YIII, série io% p. 229. m 

'^•'^ Le sujet parlant a cependant conscience de la difficulté de la prononcia- 
tion de h final et tourne celte difficulté au moyen d'une métathèse toutes les 
fois que le maintien de h est étymologiquement nécessaire, cf. plus loin, 
p. 2Û. I 

('') i- î > rt- ï; voir Vocalisme. j 

(^) Car il y a eu ici, comme Ta remarqué M. Cohen, pour le parler des 
Juifs d'Alger (p. 89), fusion de h avec la voyelle précédente. 

^^^ Cf. le vers dialectal employé proverbialement au Liban : lûyfil mon z:'ra 
'fiv urùbhôs utdlla bàilti mon hâlab 6l-myûbbàs, tcHeureux qui ensemença son 
champ à sec et l'arrosa et qui remplit sa maison de bois sec?r. 



piioiNÉTioui:. 1 7 

est au reste débile comme le montre l'histoire de beaucoup de 
langues. 

3. Renforcement de h. — Addition de h. — Rappelons que dans 
quelques mots d'emprunt h a pris la place de ' (voir p. i/i); il a 
aussi cédé la place à ^ par assimilation, dans quelques exemples, 
comme nous le verrons plus loin (p. 22). On ne trouve qu'un 
seul exemple de h renforce en h, par un phénomène de conta- 
mination : hâhlç'lq cr il ouvrit de grands yeux ?5 <: cl. /m// /«</«; hàhhf/q 
résulte sans doute de la superposition de hàhlaqa et de hamlaqa 
(même sens) dans Tesprit du sujet parlant ^^). 

En vertu d'un renforcement d'origine sans doute psycholo- 
gique, h est ajouté à la finale de quelques monosyllabes (dialec- 
taux) (^). Ex. : làli fcnon^î au lieu de cf. là; èûh au lieu de dial. 
su tfquoi?77; tVnJi (fém.)(^^ -< dial. fa/ mutilation du cl. ia^'âhii 
efviens^7, et fâh (masc.) << dial. t'^a mutilation du cl. ta'^âla 
(même sens). 

On dit également (en épelant les lettres de l'alphabet) ; lâh, 
zâh, pour tau" et zau" (les autres noms de lettres emphatiques se 
terminent par une consonne). 



G. A = ^. 

Sur la spirante faucale sourde A, il y a peu de chose à dire. 
Comme en classique, elle a, ainsi que sa correspondante sonore 
*, une articulation plus forte que celle de h et de ^ articulation 
qu'on peut localiser, à la suite des grammairiens arabes (ainsi 
Zamahsari) , wau milieu du gosier 77 ('^^ 

i"^ h se maintient dans toutes les positions : hàbs w prisons <^cl. 
/(âhsu";fâhl ce étalon 77 < cl.fàlilu"; mèhçl wil est stérile?? (en pari, 
du sol) <: cl. màhala ; Jàrah wjoiew <: c\./ârahu": etc. 

2° h disparaît — et ce fait a été relevé dans d'autres dialectes 
modernes — avec la voyelle qui le suivait dans la première syl- 
labe du mot classique hattà ce afin que?? ^^\ d'oii ta^^^ : ^Iqéllu taûi 

('^ Par métathèse, on a ensuite hidhejq. 

(^î Cf. ci. lima pour lima rr pourquoi ?5 dans ce vers d'Imru'u-l-qais : limah 
taqluli-l-mashûra wa-s-èà'ira-lladî yufalliqu hàmàti-r-rizàli bilà wazal. Cf. aussi 
la nudbatu'' classique. 

^') On se sert ordinairement des mots t'âih et t'âh pour faire marcher les ânes. 

('*) Sur la combinaison de h avec d'autres consonnes, cf. plus loin. 

^^) Cf. Landberg, Prov. et Dict.,[i. 273etsuiv. ,oli l'auteur essaie de préciser, 
à Taide de nombreux exemples, les différents sens de hattà, qui, avant 
lui, avaient fait beaucoup travailler les grammairiens arabes. 

^''^ Cf. pers. ta cr jusque, afin quew. 

PARI.KR DE KFAr.'ABÎDA. 2 



18 



PREMIERE PARTIE. 



ff dis-lui de venins <: cl. qui lahu hattà yazî^a. Ici la voyelle a de 
hattâ est tombée en même temps que la consonne h, ce qui sup- 
pose une accentuation hattâ^^\ 

Dans quelques localités du Liban et à Alep, h tombe par dissi- 
milation dans le mot classique ^ihilà \isara cronze^? et on prononce 
'cdâ^è. Ceci ne se produit pas à Kfar^abîda. 

3° h est remplacé très souvent par la spirante sourde h dans 
les mots empruntés au syriaque. Cela est dû au sentiment qu'ont 
de leur langue ceux que M. Grammont appelle le tf peuple pho- 
néticiens (^^. Dans l'esprit du sujet parlant h syriaque correspond 
à h arabe; en conséquence, pour donner aux mois syriaques une 

(') Cf. gr. mocl. vd wafin que?) <; gr. anc. hd; — cf. aussi syr. qatlinan 
«nous tuonsn pour *qatlîii -f- l/nan, où le pronom Jjfnan, employé à la place 
du verbe être avec le participe présent , perd son k et parfois aussi son pre- 
mier n, 

('^) Comme c'est la première fois qu'on a ici l'occasion de signaler l'influence 
du syriaque sur l'arabe local , et que mon opinion pourrait paraître singulière 
aux arabisants qui ne s'intéressent pas à la linguistique générale, je me permets 
de rappeler les principes posés par M. M. Grammont dans son travail sur 
le patois de la 1^'rancbe-Montagne {Le peuple phonéticien, M. S. L., t. X, 
p. 292-29^1 [1898]). En voici le passage le plus caractéristique : 

«Quand ceux qui parlent une certaine langue, qu'ils constituent une nation, 
une province, une ville ou un village, complètent leur vocabulaire en emprun- 
tant à une autre langue une série de mots que de nouveaux besoins leur ren- 
daient nécessaires, c'est qu'ils sont depuis un certain temps en contact avec 
ceux qui parlent cette autre langue , et qu'ils savent cette autre langue au moins 
partiellement. Dès lors il s'est fait dans leur esprit, involontairement et incon- 
sciemment, une comparaison entre l'aspect plionétique de leur langue et celui 
de l'autre langue, comparaison inexacte et grossière si les deux langues n'ont 
aucune ressemblance entre elles ou n'ont que des rapports fort éloignés et que 
le peuple ne peut pas saisir; mais si les deux langues sont sœurs, différent en 
somme assez peu l'une de Tautre et possèdent le même vocabulaire avec des 
divergences plionétiques assez peu considérables pour que le plus ignorant 
puisse dans beaucoup de cas reconnaître que dans les deux langues il a affaire 
au même mot, la comparaison se fait beaucoup plus aisément et devient beau- 
coup plus précise. Les deux formes du même mot se mettent spontanément en 
parallèle dans l'esprit de chacun et il en résulte bien vite le sentiment qu'à 
tel phonème ou groupe de phonèmes des deux langues correspond dans l'aulre 
tel autre phonème ou groupe de phonèmes. Ce sentiment de correspondance 
fournit les principes de la translation des mots d'une langue dans l'autre; 
comme il est 1res précis, il adapte si bien les mots qui réunissent certaines 
conditions à la phonétique de la langue qui les accueille, qu'il n'est plus pos- 
sible de reconnaître s'ils ont été empruntés ou si la langue qui les possède 
les a toujours possédés, c'est-à-dire qu'ils ont exactement la môme forme que 
s'ils appartenaient au vieux fonds de cette langue et y avaient évolué norma- 
lement. Néanmoins ce sentiment de correspondance, reposant sur une compa- 
raison superliciollc , risque de se fourvoyer fréquemment et de prendre un 
rapport apparent pour un rapport réel; toute relation qui ressortirait d'une 
comparaison pénétrante et aj)profondie lui échappe forcément. 

«En résumé, le sentiment de la correspondance des deux phonétiques est 
très net chez le peuple, mais en même temps très étroit.n 



PHONKTIQUK. J \) 

allure arabe, on substitue le h au h. Le même phénomène i^a 
produit d'ailleurs pour les autres consonnes dont la correspon- 
dance arabe-syriaque est sensible aux sujets parlants (voir plus 
loin). Voici quebjues exemples de la permutalion de h en h : 
Jàsçh ei /('issçh ffil écarta les jambes^? ^csyr. passa /j; njoh ce il se 
||onfla7? < syr. r'Çiah; //(%/ wil fouilla, il creusaw <syr. hHaS; 
harsûni cr gosier, pharynx 7? -< syr. harsûmâ (sur le changement de 
s syr. en s dial., cf. plus loin) (^^; bàhas rr il trouai? <: syr. b^'has cril 
creusaw, bohs wlrou., œilletw, cf. syr. beksâ ff sinus (pli, poche)^^. 
C'est sans doute parce qu'on lui a attribué à tort la même ori- 
gine que le cl. hàsama wil coupa, il retrancha^? est devenu à 
Kfar*^abîda hâsem cril fit une soustraction, une réductions. 

On l'a vu (p. i/i), h prend la place de"* dans quelques mois 
d'emprunt; il se substitue aussi à h, par étymologie populaire, 
dans hàrz râh rf dépenses de route 77 du turc harz ràh dans lequel le 
sujet parlant a cru reconnaître le mot râh[a) ffil partitw. 



D. • = ^. 

*' comme en classique a gardé à Kfar'abîda son articulation 
de spirante faucale sonore. Toutefois il est un peu affaibli dans 
certaines positions. Je n'essaierai pas ici de déterminer le mode 
d'articulation et la nature de '^ : je laisse à des linguistes plus 
autorisés, et surtout aux phonéticiens, le soin de le faire. Je veux 
seulement rectifier une erreur ou une confusion commune à tous 
ceux qui ont étudié les dialectes de Syrie, erreur ou confusion 
d'après laquelle "" et h sont suivis ou précédés d'une voyelle quand 
ils sont en combinaison avec d'autres consonnes. Les indigènes 
articulent ces deux phonèmes dans toutes les positions exac- 
tement comme les autres consonnes; au contraire, les étrangers 
qui n'en saisissent pas généralement la prononciation exacte, 
croient y entendre une voyelle indépendante, notamment après 
ï et il, alors qu'en réalité il n'y a là qu'une illusion de leur part. 
On ne doit donc jamais écrire avant ou après "^ et h une voyelle 
quelconque, quelque nom qu'on lui donne et sous quelque caté- 
gorie qu'on la range. (On voit par là que les choses ne sont pas 
les mêmes qu'en Afrique.) 

1° *^ remplace quelquefois la faucale ^ et s'ajoute même à uftc 
simple voyelle dans quelques mots, surtout de provenance étran- 
gère (cf. p. 12 et suiv.); il remplace aussi par assimilation h 
(voir plus loin, p. 19). 

^^^ Contaminé du cl. haisûmu"' w cartilages du nez 55. 



!20 PREMlKaE PARTI.':. 

2° *", par conlre, est quelquefois remplacé par d'autres pho- 
nèmes : 1. par la spirante sonore y (sans doute par senliment 
psychologique du renforcement) (^), dans f vols ''^'^^ ce difficile à com- 
prendre )? ^cl.'awisii"; yâb^^^' ce il but en humante? <: cl. ""âhba; 
zyàrla (nom d'un village libanais) < syr. z^%rtà w petite ^v, ymf/q 
ff profond 75 <c cl. "anilqii" ^^^',yémd/q ffil devint profonde (en pari, 
d'un puits) <c cl. ^dmuqa. — 2. W semble être remplacé par la 
chuintante s, dans '/qâtas, (et ses dérivés) :r il coupa, il cas^a 
(un fil)75 , cf. ci. qâta^a, et dans dâfàs wil poussa en avanti^ , cf. cl. 
dâja'a^'l 

3° Quelquefois *^ a disparu par simple affaiblissement (phéno- 
mène commun aux dialectes de Syrie, d'Egypte et du Maroc), 
en produisant par compensation l'allongement de la voyelle voi- 
sine ou en s'assimilant à la consonne qui le précède ou qui le suit. 
Ex. : ^/qà^ '/q ou '/qa/q cf corbeau 75 << cl. ^cufaqu" C'^; 'éssa w main- 
tenant, tout à l'heure 77 (et fo« crà présenta?) << cl. as-sâ^'ahi (et 
li-s-sâHi) '''); tlnê w donne-moi 77 , cf. cl. 'a^tinï, le *^ serait tombé ici 
par suite de la chute de la syllabe 'a-\ t emphatique a passé à 
un simplet; on dit également yç*^/<7.: et tlk wil te donnerai, ici la 
chute de la voyelle serait due à l'accent du mot ^^K 

(') ' était un son relativement faibic qui tendait à s'affaiblir encore et à se 
confondre avec '. L'effort inconscient ,de la langue pour le maintenir Ta fait 
reculer jusqu'à 7. (Cf. Paul Passy, Etude sur les changements phonétiques , 

(^) Le classique possède bien la racine f-w-s qui a les sens de w plonger 
(dans Teau), approfondir, connaître à fond (une chose)». 

(^) Sans doute sous rinfliience de cl. f/ibba «il a bu tous les deux jours» 
(en parlant d'un animal). 

('') Ce mot est employé chez les Juifs d'Alger, où la racine '-m-q est actuelle- 
ment inconnue (cf. Cohen, p. 97). — D'après M. W. Marçais, la racine j-m-q 
est attestée dans tous les dialectes et s'explique probablement par une conta- 
mination de la racine '-m-q et de la racine y-r-q qui dans de nombreux parlers 
sont synonymes. 

(^) Il me semble qu'il est impossible d'expliquer ces deux exemples autrement 
que par l'hypothèse de racines bilitères primitives *</a(- ff couper» et *daf- 
cf pousser», élevées à la trilitéralité ici par un ', là par un s, ailleurs par d'autres 
consonnes. Cf. cl. qatta, qataba, qata'a, qataîa, qatama; dafara. . . 

(''^ Naturellement le premier ' de 'âq'aqu'^ est tombé en même temps que la 
première voyelle a par affaiblissement à l'initiale du mot et par différenciation; 
le second ' dans la forme '/qn'jq, se trouvant entre deux sourdes séparées 
seulement parla voyelle brève a, s'est fondu, après affaiblissement, avec cette 
voyelle, et a donné â = '/fld^jq- Le '/q a exercé ici aussi une influence dissimi- 
lati'ice sur le '. 

^') Cf. syr. Jiâsà «maintenant» pour lu(dé-\-saâ et ' 'Sainaè cf jusqu'à présent», 
où ' a subi le même traitement. 

(^) Il se pourrait aussi que ttnè tirât son origine non de l'arabe classique, 
mais d'une langue plus anciennement établie dans la région; — cf. liebr. ton 
«donne». — I^eut-être enfin y a-t-il eu ici contamination avec l'impératif syr. 
tel. «donne», cf. nettel ^^\[ donne». 



PlIONKTIOlli;. 21 

* est Irc's alTaibli et souvent nieine il est toni])é dans les noms de 
nombres de i i à 19 \nc\uii.¥jX.:/j(lns ff onze 77 (où on entend un son 
qui ressemble plutôt à une voyelle lon(]ue et grave qu'à un *')^^^ 
-<cl. Uihada \mtm^^\ 



CHANGEMENTS COMDINATOIRES ^'\ 

Les principaux changements combinatoires que nous aurons 
à étudier se réduisent aux trois suivants ; assimilation (accom- 
modation), dissimilation (différenciation), metathèse. 

Comme c'est la première fois que nous les rencontrons dans 
ce travail, nous en rappellerons les conditions générales. L'assi- 
milation, la dissimilation^^^), aussi bien que la métatlièse, sont 
des phénomènes qui jouent un rôle important dans l'évolution 
des langues (^), et dont on doit tenir grand compte, surtout dans 
letude des dialectes arabes modernes, pour bien établir Tétymo- 
logie des mots et se rendre compte des changements qu'ils ont 
subis. 

On sait que l'assimilation a lieu lorsque deux phonèmes 
contigus ou voisins s'influencent de telle manière que l'articu- 
lation de l'un des deux devient plus semblable ou même identique 
à celle de l'autre. Inversement la dissimilation se produit lorsque 
l'un des deux phonèmes identiques ou ayant un ou plusieurs 
caractères communs prend une articulation différente de celle de 
l'autre. Il y a plusieurs sortes d'assimilation et de dissimilation; 
l'une ou l'autre est partielle ou totale , selon que l'un des deux 
phonèmes devient plus semblable ou plus différent, tout à fait 
identique à l'autre ou tout à fait différent; — l'une ou l'autre 
est progressive ou régressive, suivant que le phonème assimila- 
teur (dissimilateur) est avant ou après le phonème assimilé (dis- 
similé); — l'une ou l'autre est enfin dite en contact ou à dis- 



(') Dissimilation selon M. W. Marçais , plionélique dans les noms de nombre 
composés où le nom de Tunilé comporte un ' ('a)-ba'atu'^, tis'atu", etc.), ana- 
logique clans les autres, 

(2) Fréquent dans les dialectes modernes. 

(^) A la suite de M. Passy, Etude sur les changements phonétiques (thèse) , je 
désignerai sous ce nom les changements phonétiques dus à l'influence réci- 
proque du son considéré et des sons qui l'a voisinent. Je préfère trcombinaloire?) 
à Kcombinatii» qui est beaucoup moins usité. 

('^^ Dans ce travail, les deux termes de dissimilation et de différenciation sont 
employés dans la même acception. Sur la valeur respective de chacun d'eux , 
cf. Meillet, m. s. L., t. XII, p. i/i et siiiv. ; VuNpnYps, ibidem, t, XVI, p. 5.*3 
et suiv. 

^^) A certains stades de leur évolution. 



99 



PREMIERE PARTIE. 



tance, selon que ies deux éléments assimilateur (dissimilateur) 
et assimilé (dissimilë) sont contigus ou séparés par d'autres pho- 
nèmes. Dans le premier cas on peut parler d'accommodation et de 
différenciation. 

Quant à la métathèse, apparente ou réelle, elle est constituée 
par rinterversion de deux consonnes (quand elles sont en contact) 
^u le transfert d'une consonne, d'une place à une autre, dans le 
cas contraire, dans un mot dont la prononciation était incom- 
mode au sujet parlant ^^^. Cf. Gra3imoint, La dissimilation consonan- 
tiquo; Roudet, Eléments de phonétique gétiérale, E. Schopf, Die kon- 
sonantichcn Fernwirhmgen : Fern-Dissimilation, Fern- Assimilation und 



Mctath 



tesis, iQi 



9*7" 



1° Assimilation. 



a. Assimilation partielle en contact ou à distance. — La spirante 
faucale sonore *" s'assimile en la sourde correspondante [h) au 
voisinage d'une sourde : i . régressivement : 7iàhs (fhvixncaràv <:cl. 
nâ'^sif ; sahaf w palme w <: cl. sâ'^afii" (^^ ;* 2 . progressivement : lajq'jqdh 
et la'jqah «il jeta ^^ -<cl. laqa^'a; hajqjqdh wil tachaw <ccl. bàqqa%; 
mhajq^jqah fc tachée ^cl. muhàqqahC'; mràssah w incrusté de pier- 
reries ^^ <:cl. murâssaSi'^ ^^K 

En revanche, h s'assimile en ^ dans le voisinage d'une sonore : 
^a^/>5/ w il arrondit w -<cl. dàhbala; mdâ'^bol ff arrondi 7? '<c\.niudàh- 
balu''. 11 s'assimile aussi en apparence (dans le voisinage de w) en/ 
dans tfàuwd" «il vomit)? <<cl. tahauwa''a, mais il y a sans doute 

contamination de ia racine [yf-wq-j (fuivàqu'' «lioquetw, etc.). 

(S. Assimilation totale en contact ou à distance. — 1 . En contact. 
— *^ s'assimile : en / à une autre l dans zallâm «trompe d'élé- 
phant w << dial. zaMm; — en '/q h un autre ^/q dans la/q'/'^ «il 
lappaw ^cl. là "" aqa; — en z à un autre z dans èrtii<?« pélican )?, 
cf. cl. bâza\i'\ Dans ces deux derniers exemples, l'assimilation 
totale n'a pu se produire qu'après la chute de la voyelle hrève a. 

Deux faucales consécutives non séparées par une voyelle, soit 
dans le même mot soit dans des mois différents, s'assimilent tota- 
lement l'une à l'autre, généralement la première à la seconde : 
hh en hh : ndâhhânna «appelle Jeanw -^indah hânnà. 

(') Ces notions familières aux linguistes européens sont rappelées ici comme 
ailleurs à l'adresse des Orientaux que mon travail pourrait intéresser. 

(^J Cf. sihqd (racine s'q cffoudrc") à Alger juif (cf. Cohen, p. 3i). 

(■'') Cf. cl. naam et naham «oui?) ; cf. cl. aussi syr. ""(^aç et l/^âfjn rril embrassa» ; 
2; 7a' et z''lak cril versa de Teau»; etc. — Les exemples de ' > A donnés pour 
les LUfid Bràhim [op. cil., p. 106) par M. Marçais ne laissent guère de doute 
que là aussi il y a assimilation (régressive et progressive) de sourdité. 



« 



PirONÉTIQUIÎ. '23 

* h en hh : niàhhhâbu wavec ses amisw <: cl. ma' >'"^ hbàhild. 

h *^ en ^^ ' ; nda *^ * «"/(// «appelle '^AfjeL') ^indah \i'/qL 

/i * en ^ ^ .*/'//(' ^ * <^//?/c/i; ff ouvre ton œil t? <zd.fatlih "^amalm. 

La faucale ^ ne s'assimile jamais à une autre faucale, parce 
qu'elle tombe généralement lorsqu'elle est en contact immédiat 
avec une autre consonne (cf. Ilamza). 

Quant à h, étant relativement faible dans le parler, il est assi- 
milé aux deux faucales h et * lorsqu'il se trouve immédiatement 
devant elles. 

2. A dislance. — Je ne connais que deux exemples certains 
d'assimilation totale des faucales à distance : h s'assimile en " à 
un autre ', dans mà^ma^moït «quoi que tu fasses 7? <: cl. mahmà 
""amilta; — ' s'assimile en h à un autre h, dans hôrh w intelligent, 
entêté, rusé^^ <syr. hâr^'â. 

Quant à sàhhu crie voici ^, ce pourrait être une aphérèse de 
*'i' /qèâhhu, après assimilation régressive (partielle) de la sonore* 
en h sous l'influence de la sourde h (du pronom hu) qui à son tour 
s'assimile totalement en A, soit le cl. iqsa^hu,'^^ pers. masc. sing. de 
l'impératif du verbe qâsa^'a «il dissipa les nuages^? (en pari, du 
vent), et dans l'arabe dialectal, avec modification de sens ffil a 
vu, il a regardée ^^K Le mot pourrait aussi venir, avec permutation 
de * en h et ensuite assimilation totale de h final en h, de l'hébreu 
s(Vàh (même sens). Quoi qu'il en soit, sâhhu dial. ne provient 
évidemment pas du cl. hâhtiwa wle voici ^7, comme quelques-ung 
l'ont pensé, 

2° Dissimilation, 

Notre parler offre très peu d'exemples de dissimilation des fau- 
cales. En voici cependant quelques-uns. La sourde h se dissimile 
en *^ au voisinage d'une autre sourde : ^/qa"^ '/qw crtas de pierres 
conique 1? •< cl. quhqûru'\ — *^ se dissimile en h dans le mot 
éhden (nom d'un village libanais) <: cl. ""adnu" cfEdem?, nom 
qu'on retrouve encore aujourd'hui sous sa forme classique dans 
des manuscrits très anciens conservés aux archives de cette lo- 
calité. 



(•^ Le verbe 'lqds§' (dialectal) est très employé dans toute la Syrie ainsi que 
ses dérivés. Dans quelques régions , notamment (Emèse), à l'est de Homs, on 
prononce actuellement iqsahhu sans aphérèse, ce qui confirme mon opinion sur 
l'origine de sahhii dial. Ce mot devient souvent sahmâidu et sahwàidi fem., 
parfois même yahivdidu et yahwâidi, avec changement de s en y, changement 
qui n'étonnera personne puisque s, i et y ont à peu près la même pronon- 
ciation, qui se fait, selon ZauiahsarJ, (centre le milieu de la langue et la partie 
du palais qui est juste au-dessus??. 



2^1 PRKMiÈRr; PARTir;. 

3° Métathèse. 

A Kfar ^abîda comme dans tout le Liban , la métallièse est assez 
fréquente dans les racines qui contiennent une faucale. 

a. Il y a métathèse de h toutes les fois qu'il serait en situation 
débile et que, faisant partie de la racine, il tend à être maintenu 
par le sentiment de la langue. Il y a ici lutte entre un principe 
phonétique et un principe psychologique. C'est ce dernier qui 
remporte. Or h est géne'ralement en situation débile dans notre 
parler lorsqu'il est final (cf. p. 16) ou qu'il termine la syl- 
labe. Dans ce dernier cas, h étant implosif, est faible par là- 
même. 

Voici quelques exemples de la métathèse de h : 'àhhel rcsot, 
plus sotw <cl. \ihlahu; mahhtil cr toqué w <c cl. mahlûhu" ; hôhel ffil 
rendit sotw <: cl. hàliha, cf. syr. hahlâ (même sens); hds- tflais- 
toi, silence! 7? <:cl. sàh; holhwân r danseur de corde w <:pers. 
(arabisé) bahlaumm" ; thâudar (à côté de 'hWnvar) ce il tomba en 
se précipitant ?î •< cl. îadàhwara. 

l3. * subit en général la métathèse lorsqu'il commence une 
syllabe (principalement une syllabe ouverte). C'est le contraire 
de ce qui se produit pour h. Ex. : màH'lqa (à côté de mâl"/qa) 
wcuillerw << cl. màl^aqatu"; Jc'i'wdh ce il mâcha 77, cf. cl. *^àlaka 
(avec infixation de w); bàrt^^^^ tfil se dissipa, il s'agita en tous 
sens» <:syr. har^ei; ra'hm ff gage , arrhes 75 <: cl. "arabimti" (cf, 
syr. rahhUnâ). 

y. h échange sa place avec d'autres consonnes dans un grand 
nombre de mots. Ex. : fâhar wil creusa 77 <cl. hàfara; mofhâr 
(f carrière 77 (de terre blanche), cf. cl. mihfârii" r bêcher; làsseh^'^'> 
tfil lécha 77 -<cl. làhisa; mâhdlê ^^cyWnàrev (pour aplanir un terrain) 
< néo-cl. midhalatu" (^); lâkeh et làkkeh «il lécha 77 < cl. làhika'^^^; 
Jtâhes «il repoussa 77 <cl. kâsaha; bàhsa rrun caillou77 -< cl. hasa- 
batii"; bâhhe§ wil empierra w (une route) <::cl. hassaba. 



(^î bartd' w ruer 77 est attesté dans l'Est algérien et en tunisien. 

(^) On le sait, les faucales ne peuvent se redoubler ni en syriaque ni 
en hébreu-, à Kfar'abîda, elles évitent souvent la gcmination par la méla- 
Ihèse. 

(^) * mddhlé, que Ton attendrait, serait contraire au principe de phonétique 
[générale d'après lequel on place une spirante devant une occlusive, et non inver- 
sement. 

(*) Le syriaque manifeste ici la môme tendance qnc notre parler, cqr il a 

l'/^ah à côté de Vha^ (y/^^-M« 



PHONKTIQli:. 25 

n. GUTÏURO-PALATALES. 

'k = \i\ Z'-^^; h==t'-> y^t' 



CHANGEMENTS SPONTANES. 



A. 7^ = 0- 

Le a de Tarabe classique, qu'on transcrit généralement 
par</ latin, a une articulation spe'ciale et compliquée qui comporte 
une double occlusion simultanée, Tune arrière -vélaire, l'autre 
glottale. 

La première occlusion, se faisant très en arrière, était beau- 
coup plus faible et plus difficile à réaliser que celle de h, qui, 
lui-même, étant prononcé (comme les gutturales en général) 
avec le dos de la langue, est bien plus sujet à s'altérer spon- 
tanément que t par exemple (lequel est pourtant comme lui une 
forte et une sourde) ^^l On s'explique par là-même les différents 
traitements que le pbonème q a subis. 

Déjà, à une époque fort ancienne, le </ a subi une cer- 
taine évolution dans quelques langues sémitiques. Il a été 
souvent labialisé en q"" dans l'éthiopien et en amharique^^^ (cf. 
Brockelmann, p. 70); en syriaque, on le trouve généralement 
affaibli, et, dans certaines positions, changé en d'autres con- 
sonnes (cf. plus loin, p. 28). 

En ce qui concerne l'arabe moderne, l'articulation classique de 
l'occlusive vélaire sourde ^n'a été maintenue pure que dans quel- 
ques dialectes. Partout ailleurs, q a été remplacé par d'autres 
consonnes. Tantôt il est passé à la palatale h, comme dans cer- 

(^^ De son côté, p, bien que sourd et fort, mais articulé entre deux or- 
ganes mous, s'altère dans certaines langues, alors que le t se maintient 
(Meillet). Le changement de p sémitique en/ arabe montre que, pour Tarabe 
primitif, l'ordre des valeurs était : t, fc, q,p. Comme t était la plus forte de 
toutes, elle demeure encore inaltérée, sauf au Maghreb et en Palestine à 
Hébron , d'après Bauer, où il est devenu t\ 

(2) Il convient de remarquer que, d'après MM. Havet, Collitz, Noreen, cités 
par M. Meillet qui paraît leur donner raison (M. S. L. , t. VIII, p. 288), une 
gutturale peut bien provenir d'une labio-vélaire mais que l'inverse est «presque 
sans exemple». Le q"" éthiopien serait donc originaire et les autres langues sé- 
mitiques auraient perdu la labialisation. Mais, même dans certaines langues 
indo-européennes, on connaît l'évolution inverse : le pelit-russien prononce 
par exemple : fe'o — au lieu de /.o du grand-russe — quand la voyelle est 
accentuée. 



26 PREMIÈRE PARTIE. 

tains dialectes de l'Arabie méridionale, dans la ville de Burdên 
(en Egypte), et dans quelques parlers maghribins^^^; tantôt il est 
remplacé par l'occlusive palatale sonore g'''^\ comme dans cer- 
tains parlers du Maghreb ^^); tantôt il est palatalisé en c^^^ comme 
dans quelques dialectes bédouins (cf. Brockelmann, p. 70); tantôt 
enfin et plus communément, q s'est affaibli en une articulation à 
peu près identique à celle du hamza, comme dans certaines par- 
ties de l'Egypte, en Palestine, à Damas, à Beyrouth, dans cer- 
tains parlers maghribins, etc. (cf. Cohen, p. /i3). Il n'y a pas 
lieu de s'étonner de ce dernier changement, car on constate dans 
un dialecte slovène moderne (celui de Bosenthai, en Carinthie) le 
changement analogue mais beaucoup plus considérable de k en ^ 
(attaque vocalique forte) au commencement des mots devant 
voyelle. Voir Mikrola, Urslavische Grammatik (Heidelberg, 1918), 
p. 2 7(^). 

1° Affaiblissement. — Les habitants de Kfar*abîda eux aussi, 
comme d'ailleurs ceux de beaucoup de villages libanais, affaiblis- 
sent l'occlusive VL'laire q et la prononcent presque comme le hamza 
lorsque celui-ci est articulé avec une détente brusque. C'est pour- 

quoi les enfants font assez souvent la faute de remplacer (^ par î 
lorsqu'ils écrivent sous la dictée d'un illettré (par exemple dans 
'onneb wchanvre^^ pour cl. qûnnabu"). De même les mots tirés des 
langues européennes dans lesquels c (= h) est régulièrement 
transcrit par q, remplacent ce q dans la prononciation courante 
par le phonème ^/q. Ex. : ^jqonsol r consul w < néo-cl. qûnsulu" ; 
diV/q ffducw <:néo-cl. diiqti", etc. 

Il faut cependant remarquer un fait curieux mais réel, c'est 
que q classique, bien que très affaibli et réduit presque à \ 
garde toujours une certaine occlusion d'arrière-vélaire qui em- 
pêche une audition attentive de les confondre complètement 
avec l'attaque vocalique forte. C'est sans doute ce qui ex- 
plique l'influence d'emphatisation qu'exerce dans notre parler 
ce phonème sur les consonnes et surtout sur les voyelles avoisi- 
nantes, ce qui n'aurait pu avoir lieu (et cela en effet n'a pas lieu 
dans les autres dialectes où il est également affaibli, cf. Cohen, 

(^^ Cf. Landberg, HadramoiU, p. i3i; cf. aussi Mabçais, Saida, p. 110. 

(^) Je note g parce que ce plionème provenant du cl. q est articulé plus en 
arrière que le g dur français. (Cf. Marçais, Saïda, M. S. L., p. 108.) Très 
répandu : fellahs de la Haute-Égyple, Libye, nombreux parlers bédouins 
d'Orient. 

(•■^^ Cf. Marçais, Saïda, ibid., p. 108-109; Tlemcen,\t. 17; — Cf. aussi 
CoiiEN, p. /i6 et suiv. 

C») Par l'intermédiaire de h. 

(^) De même, à Alger juif, on remplace souvent (par un affaiblissement con- 
sidérable de l'articulation) h ainsi que g cl q par '. — Cf. Cohen, p. 2G. 



PIIONKTIQUR. 27 

p. AS), si q classi([iie n'avait conservé que Tocclusion glollale. En 
outre je ne connais pas de cas certains où q aiïaibli ait disparu 
comme ' à la finale ou à l'inlervocaTupie, tandis qu'on peut citer 
des exemples cerlains qui semblent prouver que les sujets par- 
lants font encore une distinction entre les phonèmes y</, et \ car 
ils prononcent et écrivent quelquefois par confusion ' comme '/q, 
c'est-à-dire ^ : '/qnh''. ffil toussa w <:cl. 'àhha. Tci le sentiment du 
sujet parlant croit reconnaître le correspondant d'un // classique, 
alors qu'en réalité le verbe classique est 'àhha. Pour ces raisons 
on a pre'féré, contrairement à la plupart des dialectologues, attri- 
buer dans ce travail au représentant (aiïaibli) du classique (^ le 
signe 'jq qui ne le symbolise que par à-peu-près, il est vrai, 
mais qui a le grand avantage de ne pas le confondre entière- 
ment avec le \ dont il est réellement distinct, ainsi qu'il a été 
dit. 

Les individus ou les parlers qui réagissent contre cette ten- 
dance générale à l'affaiblissement, arrivent, par fausse restaura- 
lion ou par exagération, adonner au phonème q une articulation 
plus forte qu'en classique. C'est ainsi que quelques villages liba- 
nais (en petit nombre, il est vrai), voisins de Kfar*^abîda, 
comme Feghâl, Ghâmât, prononcent ^ avec une forte exagération, 
d'énergie dans l'articulation postvélaire ^^^. 

S*' Echange de q avec (Vautres consonnes, — ce. q^ sonore dans 
beaucoup de dialectes (cf. Brockelmann, p. 70), est toujours 
sourd à Kfar ^abîda. Il n'y a pas à ma connaissance de mot où il 
soit dans le parler strictement local devenu l'occlusive sonore cor- 
respondante g. J'ai entendu néanmoins à plusieurs reprises un 
cerlain nombre de personnes prononcer, mais par affectation et par 
imitation des Bédouins ^"^^ qii' elles avaient fréquentés , q comme g dans 
quelques mots tels que nâga cr chamelle 7? au lieu de na/qa 
<:cl. nâqatu"; hàgra w vache w au lieu de hajqra <:cl. baqaratu"; 
etc. 

On l'a vu (p. i3), q passe quelquefois à ', quand il est à la 
finale, ce qui est assez naturel, étant donné que q et ' peuvent 
être regardés à des degrés divers comme des renforcements 
de " ^^l Le même fait se produit en Arabie méridionale (cf. Land- 
BERG, Hadramoût, p. 271). 

(^) Les sujets parlants des villages où q s'est affaibli en '/^ ont si bien con- 
science de cette exagération chez leurs voisins qu'elle devient pour eux un 
sujet de raillerie. 

(-Î Ceux de Syrie (direction de Damas). Il ne s'agit pas de ceux qui ont c au 
lien de q. 

(') CI", ce que disait Hartwig Derenbourg dans son compte rendu de l'ou- 
vrage de M. R, Dussaud, Les Arabes en Syrie avant VIslam {Journal des Sa- 



28 



PRE3IIERR PARTIK. 



j3. La règle qui veut que q classique s'affaiblisse a K/àr ^ahîda en 
'jq ne souffre presque aucune exception. — Celles qu'on peiil relever 
s'expliquent : i. par le fait qu'il s'agit d'emprunts oraux et directs 
faits non à l'arabe, mais à des langues qui ne possèdent pas q, 
telles le turc, le persan et le grec ; hmclra w chaussure w <:turc 
qxindura, cf. ital. cotnrno; kerhâz w fouet •)? <: turc qerhaz (cjerbac); 
histek (ou hàsteh) wgousset, chaîne de montre^ <cMstaq (pers.); 
^akliros w clergé w <<grec Kkijpos (cf. la forme littéraire syr. qHiràs 
et voir plus bas, etc. ('^). — 2. parle fait qu'il s'agit d'emprunts 
directs au syriaque et que dans cette langue le q était sans doute 
susceptible d'une prononciation plus ferme qui le rapprochait de 
celle de h, suivant la distinction établie par quelques grammai- 
riens syriaques (cf. R. Duval, Gramm. Syr., p. 28). En outre, 
q syriaque perdait, selon les grammairiens, dans le voisinage do 
certains phonèmes, son articulation propre et se confondait, 
pour la prononciation, avec d'autres consonnes (^). On peut même 
se demander si, sous l'influence grecque, qui s'est fait longue- 
ment sentir en Syrie (jv'' siècle avant notre ère- vn^ siècle après), 
il ne s'était pas produit, dans le syriaque parié, une fusion com- 
plète àe q = j^ ei de h = y-^ comme elle pouvait vraisem- 
blablement avoir lieu dans une population à demi helle'nisée^^l 
Quoi qu'il en soit, voici quelques exemples de changements de 
q en k dans les mots dialectaux d'origine syriaque : kdz'' wil eut 
du dégoût 7") (dans kâzzetnâfsé wje suis dégoûté 77) <syr. qaz [usiié 
seulement à l'ethpael), cf. ar. class. qazza; kàl^h et kàlleh w il ar- 
racha (une branche) w <syr. q'iah (sur le changement de h syr. 
en h dial. , voir plus haut, p. 19), cf. ar. cl. qàlaha; èarbûkê rfdet, 
embarras 77 ■< syr. sarhûqâ et sarbîiqlOà^'^\ 

Le changement inverse [^jq au lieu de k) ne se rencontre guère 



l'flnfs, p. 335, juin 1907): crLes considérations développées par M. Dussaud 
confirment que la véritable consonne placée en tête des alphabels sémitiques 
autres que Tétliiopien est non pas i'a/e/ (entendez : attaque vocalique douce), 
mais le hamza (entendez : attaque vocalique forte), un 'ain en miniature chez les 
Arabes». 

(') sauhok cr rouleau de pâtisserie», cf. siibaqu'' qui passe pour être d'origine 
persane. 

(^) Les Syriens, surtout les Syriens orientaux, changeaient q en. [r devant b, 
d non spirantisé ou devant z ; et en k non spirantisé devant s ou f durs; cf. 
Abbé jMartix, Syriens orienlaax cl occidentaux [Journal Asiatique, avril-mai 
1872, p. 338-339). 

^^^ Toutefois on sait que dans le plus vieil araméen, celui des inscriptions 
deZendjirli, il y a déjà un exemple de A; au lieu de q (voir Noldekh, Z. D. M. G., 
i.M, p. 99). 11 s'ajjit de liaisci crété» en face de araméen biblique qayit{qait-â), 
syriaque qaij-à (ar. cl. qaizu"^ «média aestas», hébr. qayis fcaeslas»). Le 
fait est assez difficile à interpréter, mais une des opinions probables est qu'ici 
déjà il s'agit d'une inlluencc étrangère (non séuiilique — préhcUénique), 

W Cf. pourtant plus loin. 



PHOMOTlOLi:. 



1>1) 



(jiio dans l'cxeiH[)K5 suivant : qâu.}!) (à cote de 'jqâlab) cril cousih^ 
cil face du cl. hâudni cril cousit^^ sous riiiflucncc de cl. ([ataha wil 
ferma rouvcrture (d'un sac)^?. 

y. ^iq remplace par assimilation ou ])lulot par adaptation 
le g syria(jue spirantisé ou non^'^ Les Libanais en ciTet, ne pos- 
sédant plus le phonème (f, ont été amenés à le remplacer par 
des phonèmes voisins : q, h (cf. p. 3o), y (cf. p. Sa), dans les 
mots empruntes au syriaque ou aux langues étrangères. Ex. :y(/rt/f. s- 
rril enleva la croule (d'une plaie)^? '<S]n-.gias;zàra/q wellefila (en 
parlant d'une étoile) w ■< syr. z'ray; qôzhahja (nom propre d'homme) 
-< syr. gazzà ff trésor 7? et hdlyâ w vie 7? ; hajqhujqa cr bulle d'eau, am- 
poules -< syr. baybïiylOâ, etc. 

On rencontre aussi '/q au lieu de h dans quelques mots em- 
pruntés au syriaque; il s'agit du groupe hs [ks). Ex. : Ui'/qs w rile, 
tempéra ture?') -< syr. teksâ (cf. grec TaC'f?); hajqsè wécritoire^i 
<<syr. hay^sà. Ce changement tient sans doute à la faiblesse de la 
consonne implosive. 

B. k = S. 

L'explosive palatale sourde h représente le h classique et a 
comme lui dans notre parler une articulation analogue à celle 
du /t français. Cette articulation est réalisée par la partie médiane 
de la langue contre le palais, elle est antérieure par rapport à 
celle de q. Ceci explique le maintien pur et simple de ce pho- 
nème dans les langues sémitiques en général et sa résistance aux 
altérations que q a subies dans l'arabe moderne (sauf quelques 
dialectes tels que ceux des Bédouins d'Orient et certains par- 
1ers d'Iraq ou d'Algérie [cf. Brockelmann, p. 70], où h s'est 
affriqué en c). 

A Kfar 'abîda, h s'est maintenu sans altération apparente. Il 
n'est pas aspiré ni remplacé par la sonore g devant 2 et i;, comme 
on l'a constaté, parait-il, à Beyrouth (cf. Mattsson, p. 35). Je dois 
dire ici qu'ayant beaucoup fréquenté les habitants de Beyrouth 

(^^ il fout se rappeler ici que la règle qui veut que les six phonèmes suivants 
*^ (^)' ^(^'')^ ? (^0' y» ('•■)' ^ {v)-> 1* (0' s'affaiblissent en spiranles (en 
syriaque comme en licbreu), sous rinfluence d'une voyelle précédente, n'est 
plus suivie clans la prononciation actuelle du syriaque au Liban, f, 1, et es 
sont toujours prononcés d, t, b cl jamais f?(= i), 6 {- <i>), jS (=^); *S est 
partout articulée / comme en arabe et nulle part p. Seuls ^et y, se pro- 
noncent, cVune manière capricieuse d'ailleurs, tantôt g et /.■ , tantôt -y et x,- ^^ 
loi générale d'après laquelle se fait la translation des mots syriaques en arabe dia- 
lectal est à p2u près conforme à la prononciation actuelle du syriaque dont je 
viens de parler, sauf poiu^ g, qui n'existe pas dans le dialecte libanais. 



30 PREMIERE PARTIE. 

je n'ai jamais saisi pareille prononciation. Si M. Maltsson a bien 
entendu, il ne s'agit sûrement que d'une prononciation indivi- 
duelle, exactementcomme celle de^sonore pour la chuintante2:(^), 
qu'on rencontre dans quelques mots d'emprunt, le g n'existant 
pas en principe dans le dialecte libanais. D'ailleurs le travail de 
M. Mattsson sur le dialecte de Beyrouth n'est pas toujours, au 
moins pour les détails, irréprochable ni surtout complet, comme 
j'ai eu l'occasion de l'indiquer dans un court compte rendu paru 
dans la Revue des Langues romanes, t. LIV, janvier-mars 1911, 
p. 1 10. 

Ainsi que 'jq (</), h remplace souvent par adaptation la so- 
nore g dans les mots empruntés aux langues qui possèdent ce 
phonème, notamment au syriaque. Ex. : narkîlé (à côté de 
\irhîlê) ff narghilé ^î << pers. nargilê; sànhçl cr crochet w <: pers. 
cangel; kémrok wdouane^^ <: turc gumruh^^^-, hrâm (à côté de 
yrâm) w gramme w <Cgr. ypapifÀot; kâz -<frç. gaz; ^aiiklîz, cf. frç. 
Anglais, ital. Inglese; kâlûs, cf. fr. galoche; kârdes ce il rongea (un 
os) avec les dents ?î -^syr. gardes; kézçm rr il s'irrita w <zsyr.g''zam; 
sàrkçl ff il embrouilla, il donna des crocs en jamben <^syr. sargel; 
mâzka wle vin et l'eau que le prêtre met dans le calice à la 
messcw (litt. f? mélange t?) <syr. m'^zâyâ (rac. m-z-g) cf. ar. cl. 
mazaza ffil mêlaw (^^; etc. 

C. A==^. 

L'articulation de la spirante sourde arrière-vélaire h, se fai- 
sant dans la région postérieure (sur la luette), est par là même 
assez faible. Cette faiblesse explique qu'elle se soit confondue 
avec h dans toutes les langues sémitiques, sauf l'arabe et l'assy- 
rien (cf. Brockelmann, p. 70-71). Mais à part les cas où, par 
assimilation, il a passé à y (cf. infra, p. 82), h est toujours 
maintenu à Kfar ''abîda. Il se prononce cependant, comme dans 
d'autres dialectes (cf. M. Cohen, p. 3o), plus en avant qu'en 
classique et son articulation ressemble plutôt à ch allemand post- 
palatal qu'au h classique. Ceci sans préjudice de la qualité em- 
phatique de h et de l'influence d'emphatisation exercée la plu- 
part du temps par ce phonème sur les consonnes voisines , comme 
on le verra plus loin. 

h remplace, en vertu d'un phénomène d'adaptation phonétique 
populaire, la faucale h dans un grand nombre de mots empruntés 
au syriaque (cf. p. 18), lequel n'a plus que h pour représenter 

('^ Ce mot est généralcDîcnt rendu par iuitiriiku'' dans Tarabe moderne des 
journaux. 

(') Dans plusieurs villages libanais, on prononce mdska, par assimilation de 
z en s, sous l'influence de /.-. 



PHONÉTIQUK. 3 1 

le h et le h du séiniliquc commun [h cl h de Tarabe clas- 
sique). 

Le syriaque s'était créé un nouveau h par ia spirantisatiou 
de /.• dans les conditions connues. Ce h secondaire (;i^) est naturel- 
lement représenté lui aussi pai* h dans notre parler. Ex. : fcirsçh 
tfil écarta les jambes w <:syr. ^avk-^ (rac. p-r-s-k), cf. ar. cl. 
fi'irsaha; môhl cr levier pour arraclier les grosses pierres w < syr. 
mu^là (*muMà) , cf. grec ^oyXos^ d/m-oh rr il provigna •'i <: syr. darro-^ 
(rac. d-r—k)\ etc. 

Dans deux mots classiques: hàhC'a f? il gronda quelqu'un^^, vulg. 
hûlui', et naJid^i rai poussai, vulg. nàha^, il semble que le k en 
position intervocalique se soit affaibli en h, comme s'il était sy- 
riaque d'origine. 

On n'a pas trouvé du h du mot hartûs (cf. frç. cartouche, ital. 
cartoccio) d'autre explication que la suivante. Ce fait rappelle 
la prononciation toscane des mots italiens qui commencent 
par ca-^^^ {Imza = casa w maison ??). Voir Meillet, Dialectes indo- 
européens, p. 9^, rappelant le fait d'après Josselyn, Etude sur la 
phonétique italienne, p. ^5-46. Il faut, en toscan, que cria con- 
sonne (k) se trouve entre deux voyelles dont l'une, celle qui 
suit la consonne, n'est pas e ou i. . . elle devient une fricative 
h-n. C'est exactement le cas dans le pluriel i cartocci et hartûs est 
un collectif; pour le singulatif on a créé harlûsè (singulier fé- 
minin) ^'^l 

D. y = ^. 

La spirante sonore arrière-vélaire y s'articule dans la même 
région que sa correspondante sourde h. 

Disparu en assyrien, passé à * en hébreu, en araméen, en 
éthiopien et dans le dialecte sud-arabique de Da^înah (cf. Bro- 
ckelmann, p. 70-71), ;k s'est maintenu dans notre parler, ainsi 
que dans tous les parlers libanais. Comme on l'a vu (p. 20), 7 
remplace quelquefois la faucale ' en vertu d'un sentiment psy- 
chologique de renforcement; il prend aussi, par assimilation, la 
place de /i, cf. p. 82. 

^'^ Quand ils sont précédés d'une voyelle. La chose est vraie aussi pour co et 
eu. 

(■^^ La vraisemblance de cotte explication est satisfaisante au point de vue 
proprement historique : les Médicis avaient longtemps eniretenu des relations 
avec l'ensemble de la Sjrie. Au début du xvir siècle, Ferdinand P' de Médicis 
et Cosrae II, grands ducs de Toscane, étaient les alliés du prince libanais 
Fakhr-ed-Dîn II et , pendant plus de trente ans , le Liban fut constamment par- 
couru par de nombreux Toscans, commerçants, ingénieurs, ouvriers, forge- 
rons, marins, soldats, diplomates, etc.; voir Jouplan, Question du Liban (thèse 
de droit),. Paris, 1908, p. 98 ^i passim. 



32 PREMIÈRE PARTIE. 



Comme en classique, y représente généralement g dans les 
mots de provenance syriaque (^). Ex. : 'ôryoW^^ ff flûte w, syr. 
\irganân, grec opyavov, ar. cl. 'ûryuniC' ; yàddef ^^\\ a blasphémée 
<csyr. gaddef, cf. ar. cl. zà ddaf a ; fetyàmât fn^é\)ons)^ pi., cf. syr. 
pcOgàmâ (pers.); youya tfil a crié (en parlant d'un enfant) i? 
<C syr. gfingt; yôrmis w orties et yànys wil est piqué, il a piqué 
avec des orties ^^ avec emplialisation de s en s sous l'influence de 
r, cf. syr. ganes ^^); swâyit cccLants^ pi. , fait sur le syriaque sûylôâ 

On applique la même règle aux mots étrangers empruntés 
récemment : yrandiVjq (cf. frç. grand duc); yâz (cf. frç. gaz^^K 



CHANGExMElNTS COMBINATOIRES. 



1° Assimilai 



ssimiiaiion. 



a. Assimilalion partielle en contact on à distance. — La sourde h 
s'assimile souvent à une sonore, d'où 7; régressivement : yabbit 
w citerne large et dégradée par les pieds des bestiaux w (avec re- 
doublement de h et fermeture de la première syllabe) <: cl.habîtu" ; 
èâyah wil jaillit (en parlant du lait ou du sang)^ <: cl. sàhaba; 
èoyb (et avec infixation de n: sanyûb) te filet de lait jaillissant du 
pisi; <zèiihbu"; yânids tril égratigna^^ (et avec infixation de r; 
yàrmds) wil déchira avec ses ongles ou avec ses grilfesw < cl. 
hdmasa; yonis ce égratignure?? <c:cl. hûmsu"; sàyer ce selle de cha- 
meau 7), cf. cl. sàliru" cf cavité delà selle entre les deux arçons ?); 
fâfar w garde, factionnaire 77 (assimilation de la sonore r et dis- 
similation de la sourde/), cf. cl. hafiru" wgardiemi du verbe 
ha/ara ff il garda 77 ^^) ; yâbu ce léger brouillards? cf. cl. hàFu" cf gouttes 
de pluie T; (voir p. 10); yàz'' wil transperça, il enfonça (une ai- 
guille) dans. . .w <:cl. hàzza; — progressivement: nây^z (à côté 
de nâhez) ce il piqua w ^cl. 7iàhaza. 

(') Le parler ignorant g (puisque g du sémitique commun était devenu £), 
le g occlusif a été approximativement reproduit au moyen du plionème 7, qui 
lui ressemble en tout sauf l'occlusion. 

(^) Sur ce mot cf. plus loin, p. 78. 

(•'') On dit é^^alciiicnt à Kfar 'nbida •>lqôrrâis wortie?? qui représente le cl. 
fjuraisu''' ou qurrâsu". 

('') On dit aussi liâz (cf. p. 3o), mais dans un sens un peu différent (2^étrole 
et non gaz (T éclairage). 

(^) hafirv!^ ^jfir, Ijufdraiu" ":>> yfâra ff protection» sont courants dans tout 
le Maghreb et apparaissent déjà dans les textes maghribins et orientaux du 
moyen âge (cf. Dozy). 



PHONÉTIQUK. 33 

L'arliciilalion des deux spirantes y et h se faisant dans la nienie 
région et d'une façon à peu près identique, il était naturel que 
les sujets parlants prissent Tune pour l'autre dans certaines posi- 
tions. A Klar 'abîda, c'est f qui semble le plus facile à réaliser et 
qui gagne du terrain. Du reste, la langue classique elle-même 
connaît un grand nombre de mots qui présentent sans modifica- 
tion du sens 7 et A^^^. 

/S. Assimilalion lolaïe en contact on à distance. — Les deux spi- 
rantes vêlai res y et h s'assimilent mutuellement toutes les fois 
qu'elles se trouvent en contact immédiat. C'est la seconde con- 
sonne qui détermine la forme de la géminée ainsi produite. Ainsi 
yk > hh avec assourdissement de y : dmâh hâté w cerveau vide 
(d'intelligence)r; -< dimâyn" hâli"; — inversement // plus y 
>yy, avec sonorisation de h : mnây yàvbê ^climat occidentale 
•< cl. manâhu" yarhiyn". 

Contrairement à ce qui se passe dans d'autres dialectes (cf. 
Marçais, Saïda p. 111), 7 et A ne s'assimilent jamais, à Kfar 
*abîda, la faucale h. De même ^jq ne s'assimile pas la palatale k 
au cas où ces deux consonnes sont en contact : fànjii" kablni" 
ff grande différence 1? fait à Kfar *abîda 'fir'jq hhîr et jamais yory^ 
'Iqhtr. 

L'hébreu hâyâm «sagee transcrit dans le parler serait '*/««Artm, 
mais il était par trop difficile de maintenir le h et le h dis- 
tincts. Le premier a été assimilé par le second, qui est le plus 
fort (ass. régressive) (-^. Cette explication me semble préférable à 
celle de M. Cohen (p. 892), qui voit ici un emprunt au turc ou 
à un autre parler (^l 

2" Métathcse. 

Contrairement aux faucales, les gutturo-palatales échangent 
rarement leur place entre elles ou avec les phonèmes voisins. 
Notre parler connaît cependant trois exemples du fait : màryfé 
ff grande cuillère 77 << cl. miyrafatu" ; mo^ '/qdÙé ((^eiil bâton à cro- 
cheta, métalhèse de ^mô''àiriqa, ^mii''aiUqat de cl. mu\ijliqu'\ dimin. 

('^ En voici quelques exemples pris au hasard: ^duru" et hduru" ccbas-fond, 
terrain en contre-basjî; jâhana et hàbana wii repliaw; 'âtfama et 'dtJjama «il 
causa une indigestion 55 ; zâyara et zdijara «il déborda n ; rafifu" et rafihv!' «aisée 
(en parlant de la vie)»; etc. 

(•^) Et l'on dit Imhdm. 

(^^ On pourrait être tenté de voir une chute de h par dissimilation dans 
Ijdd tfil aofita (principalement l'eau), il se rinça la bouchej?, quand on le com- 
pare au cl. hddhada (même sens). Mais il s'agit ici bien plutôt d'un phénomène 
morphologique que d'un phénomène phonétique; la racine bililère *had, qui a 
été élargie en classique au moyen d'un redoublement complet, Ta été dans notre 
parler par la formation d'un verbe IW geminatae (type /arra). 

PARLEr, DE KFAr'abÎDA. 3 



u 



PREMIERE PARTIE. 



de cl. miHâqii" ; halysàn wbuglosseiî, cf. cl. bïiyulsunu" adapté 
du gr. ^ovy'kwdŒOv. 



III. SIFFLANTES ET CHUINTANTES. 



CHANGEMENTS SPONTANES. 



D'une façon générale, les sifflantes et chuintantes s, z, s, z, 
s, z, se maintiennent dans notre parler (sauf?) avec leur pro- 
nonciation classique. Avant d'en étudier les changements condi- 
tionnés , il faut dire un mot de leurs changements spontanés. 



A. 5 = 



LT 



L'articulation de la sifflante sourde s est à peu près identique 
à celle du s français non intervocalique, comme dans saliiL En 
principe, s dans notre parler est la continuation de s classique. 

D'autre part, s apparaît dans un certain nombre de mots em- 
pruntés à l'arabe classique comme substitut de l'interdentale spi- 
rante 6 (<^) [cf. infra, p. Ii8]. — 11 remplace souvent s et, en 
revanche , est remplacé par lui , grâce à un phénomène de phoné- 
tique populaire dans les mots syriaques passés dans le parler de 
Kfar'^abîda. Les sujets parlants avaient le sentiment que s arabe 
correspondait h s araméen (cf. ar. kanlsatu", syr. k'nustâ 
ff église^-;), et qu'inversement s arabe correspondait à s araméen 
(cf. saijânu", syr. sâtânâ ce démon 77); ils ont appliqué cette règle 
de correspondance, en vue de leur donner une apparence arabe, 
à la plupart des emprunts syriaques. Ex. : 1. s syr. > s dial. : 
W/(f/q,)s rril retarda ^7 <: syr. ïaqqcs (cf. hébr. Jâqas); là'jq'jqîs ce tar- 
dif 7-) (surtout en pari, d'un fruit), cf. syr. tqUàyà; kâbbds wil 
dompta, il dressa 77 ■< syr. hahhes; hçhs^'^'> wil conserva (des 
fruits) dans la saumure ?7 <: syr. k'/Sas [d. hébr. hci(^aè)\ rcsem 
cr il ordonna (un prêtre)?? < syr. r'èam (cf. cliald. r'èam); sommas 

(') Bien que la spirante sonore emphatique soit régulièrement remplace'c dans 
notre parler par la dentale emphatique d et que, par conséquent, elle doive être 
traitée a\ec les dentales, j'ai cependant préféré l'étudier ici à côté de son corres- 
pondant sourd. — 11 en est de même pour i ([ue Ton pourrait étudier avec les 
gulturo-palalales, puisqu'il provient toujours de (f. 

(■^) Même racine que le mol précédent; cf. chez Vii|jile : 

mella . . . dûrum Bacchî domitura saporem. 



PJiONÉTIQUE. 35 

«servant de messe, diacre w de *s0mm(is par dissimil. -< syr. sam- 
mâsâ, etc. — 2. s syr. >>s dial. : 'jqàsseb rrelle se [jerçar) (en pari, 
de la peau), ci', syr. qassù^à wcal, durcissement de la peau^^; 
Jàrkçs «il renversa par un croc-en-jambe^') ^syr. parlées ;rçseni wil 
ondoya (un enflmt)^ -< syr. r'^sam tfil fit couler de l'eau goutte à 
goutte 7?, etc. — 3. s > s dial. dans quelques mots qui ne pro- 
viennent pas du syriaque : masiûl widiot^? <zniastîilu (usité aussi 
dans les dialectes magliribins avec le verbe satal frenivréry); serwâl 
wpantalon larges <:ar.-pers. sh^âlu", cf. syr. sarhâlâ^^^ ; sâ'/qleb 
«il renversa, il culbutaw, cf. cl. sàqlaba. Comme ce dernier mot, 
employé également en maghribin, a été rattaché au verbe clas- 
sique qàlaha et qu'on Ta expliqué comme étant la forme transitive 
berbère dérivée de la racine simple par préfixation de s, je crois, 
quelle que soit la valeur de cette explication, être autorisé à expli- 
quer la même forme dans le parler de Kfar 'abîda par Tinfluence 
du sàfel aramcen, qui est fréquent dans cette dernière langue, 
alors qu'il est tombé en désuétude dans l'arabe proprement dit. 

B. Z=y 

La sitllante sonore z représente^ classique et s'articule de la 
même façon que son correspondant s, avec la diftérence de la 
sonore à la sourde et de la forte à la douce. 

z apparaît quelquefois à la place de la spirante interdentale d 
(cf. plus loin). Il a cédé la place à d dans ^/qàus '/qàdeh w arc- 
en-ciel w, cf. cl. qausu quzahf ; mais il est probable que ce mot a 
subi par étymologie populaire l'influence du cl. qàdaha tfilfit des 
étincelles w (^^. De même, zâlf ffil avalais et zal^ûm crgosier^?, en 
face de class. hâlci'a et buMmii" (même sens), s'expliquent par 
une étymologie populaire en vertu de laquelle la racine dialectale 
zâle"^ s'est superposée à l'aboutissant de la racine classique bàla'a 
dans l'esprit du sujet parlant. Il n'y a rien de phonétique dans 
ces deux exemples. 

C. s==o^. 

Comme toutes les emphatiques, la sifflante sourde s a en clas- 
sique une articulation spéciale qui cr comporte une forte tension 
des organes vocaux w. Cette articulation emphatique de s existe 
généralement dans notre parler aussi bien pour les mots d'origine 

(^) sarbaUn plur. en araméen biblique, Dan. m, 27, gr. capclSaXXa. (TotpdSapa. 
aapâirapai. Le mot est d'origine iranienne. 

^^^ Fait très ancien, général aujourd'hui, déjà nolé par Zawâlïqi (Mar- 

ÇAIS). 

3. 



36 



PREMIERE PARTIE. 



arabe classique que pour ceux de provenance syriaque. Ex. : sàhr 
ff patience^ ■< cl. sahrii"; 'jqsâs crpunition^? ^cl. qisâsii" ; sàmniod 
ff il économisai <:syr. sammeS', etc. 

s représente la mi-occlusive è dans quelques mots de prove- 
nance persane (^), comme sormâyé wsoulierw <: pers. èorm (cf. cl. 
sahhC en face de pers. calipà). 

s s'affaiblit quelquefois en s dans le voisinage de la faucale h (-) 
et de r. Ex. : séhha wsanté (grand bien te fasse !)w <c cl. sihhahi" ; 
hiàhasèUeh rrque f est-il arrivé ? 75 <: cl. mâ-\-hàsala-\-laka; harsénnè 
ff ornithogale^? < syr. harsânâ; sofr fczéro^ <:cl. sifru^^^K On dit 
cependant imsah ce il engraissais ■< cl. nàsaa exemple 011 h a pro- 
duit un effet contraire; il y a ici sans doule une empliase d'ori- 
gine psychologique ^^^). Quant à dâvhes^^^ wil fut affecté d'un pa- 
naris 0, il s'agit peut-être d'un byperclassicisme, tenant à ce 
qu'on se rendait vaguement compte de la substitution de s vul- 
gaire à s classique dans nombre de cas où le mot comportait 
un h. 



D. z-^]^. 

z, correspondant sonore de s, s'articule fravec occlusion glot- 
lale et tension des or[ïanes vocaux w. C'est une des consonnes sémi- 
tiques les plus difficiles à réaliser, et qui, pour cette raison, ont 
été des plus altérées. C'est pour cela sans doute que M. Landberg 
[Haiframoût, p. 118) se demande si z représente un son vrai- 
ment arabe. Seul, l'arabe classique possède comme arrière-den- 
tale l'interdentale emphatique z du sémitique commun dont l'ar- 
ticulation est encore conservée dans quelques dialectes bédouins. 
L'éthiopien, l'hébreu et l'assyrien l'ont remplacée par 5, et l'ara- 
méen par /. La plupart des dialectes arabes modernes, dont le 



(') Équivalence des plus anciennes, ainsi qu'on le voit par A. Meillet, 
Gi'ammairc du vieux perse, 1916, p. 198 : le s assyro-babylonien est rendu 
par c dans le nom propre Nabuhuduri-usur (v. p. Nabukudvalara). 

^''1 Tandis que r , h , f et 'jq emphatisent souvent , parfois môme à distance , 
un phonème voisin, h produit généralement dans notre parler rcdet contraire 
sur les consonnes avoisinantes; cf. plus loin dehçh tril ritw ^cl. dakika. Par 
conséquent le changement de s en s dans le voisinage de k est une dissimila- 
tion. 

W Voir M. GouEN, p. 91, sffàyâ pour sjfâyâ ccfiltre» , cf. cl. misjâlv!^ ; p. 92 , 

sdjfornâ crnous avons sidléw ^our soJJ'ovnu ; sihqd «foudre:? pour cl. saiqatu". 

Cf. aussi Marçais : srt/irt crsaliarienj? cf. cl. sahvau; sljén cr petite cabanewpour 
suhain [Saïda, p. 111). 

('^ En même temps que s se transformait en s, ce qui est un renforcement 
au moins au point de vue psychologique, le ' se renforçait en A. Les deux chan- 
gements sont en relation directe. 

^^) En face du cl. madhûsu". 



PlIONKTIQUlî. 87 

nôtre, ont onlièrement confondu le phonème z classique avec (/ 
(cf. Brockelmann, p. 72)^^^ 

Les habitants de Klar^abida, comme la plupart dos Libanais, 
prononcent, il est vrai, ce phonème et Tarticulent (avec un cer- 
tain alFaiblissement, qui ne va pas toutefois jusqu'à le confondre 
avec z) dans plusieurs mots classiques d'un usage courant au 
Liban. Ex. : zâLm rc injuste 15 <<cl. zâlinm"; zrif tfbeau, joli 75 <:cl. 
zanfu" ; :ârf ff soucoupe» <c cl. zc'ufu ; zruf w circonstances -n <c cl. 
zurùfu'\ pi. de zmfu'* ; zolmè w ténèbres» < cl. zûlmatu"; zân" wil a 
pensé, il a cru» <<cl. zânna; ivâ'^z cr prédication »<: cl. ttYtV?*", etc. 
Mais ce n'est là qu'une prononciation artificielle. Les vieillards arti- 
culent encore (/ dans tous ces cas comme dans ceux qui suivent. 
A part les mots ci-dessus et peut-être quelques autres dans les- 
quels se fait sentir 1 influence de la langue savante, z, ainsi que 
dans la plupart des dialectes modernes, a pris l'articulation de 
l'emphatique (/.Ex. : ""ddni rros» < cl. '^dzmu" ; dàhr ce dos, mon- 
tagne» <:cl. zâhim" ; hâfad wil apprit par cœur» <:cl. hàjiza; dàrf 
ff outre » (^) <:cl. zarfiC" ffvase»; dàf. ce il resta, il ne cessa pasw 
<:cl. zàlla; ndâfé cf propreté» < cl. nazâfatu"; dôhr frmidi» <Z cL 
zùhm" ; dofr rr ongle» <: cl. zufm" ; etc. 

Mais il faut signaler ici un fait curieux dû sans aucun doute 
à l'influence de la langue turque : c'est la présence de z à la place 
de (/. Un grand nombre de mots, appari^enant presque tous au 
langage administratif, militaire ou commercial, ont été emprun- 
tés successivement par les Turcs à la langue de leurs sujets arabes, 
sous leur forme classique, et réempruntés dans la suite avec leur 
nouvelle prononciation par les Libanais comme par la plupart 
des populations soumises au gouvernement de Constantinople. On 
sait d'autre part que les Turcs comme les Persans prononcent, 
à très peu d'exceptions près, le phonème (/ comme un simple z. 
Les Libanais, voulant sans doute corriger la prononciation turque 
qu'ils sentaient défectueuse, ont substitué à ce z turc provenant 
de (/ arabe une articulation plus proche de (/ et plus conforme au 
sentiment qu'ils ont de leur langue, soit ?. Cette influence turque 
s'est fait sentir fortement dans quelques régions libanaises, notam- 
ment dans le district de Chouf^^). Celte région, en effet, est 
habitée en grande partie par les Druses. Ceux-ci se laissèrent 
plus facilement influencer par les Turcs et surtout par les Per- 
sans. Ils ont influencé à leur tour les chrétiens qui vivent dans 
leur voisinage. De sorte que dans ce pays on prononce d comme 

(^^ Cf. aussi CouEN, p. 55; Marçais, Saïda, p. ii5; Landuerg, Hadramoûl, 
p. 118; etc., où il est constaté que z est toujours confondu avec d au profit de 
ce dernier. 

('^) Doublet de zârf cité plus haut au sens de wsoucoupe«. 

^^^ Région montagneuse au sud du Liban (est de Tyr et de Sidon). 



38 PRE3IIKRE PARTIE. 

z non seulement dans les mots turcs d'origine arabe, mais aussi 
dans des mots classiques qui n ont jamais été empruntés par la 
langue turque. Voici les mots les plus usités à Ki'ar ^abîda, dans 
lesquels d est articulé z. Dans ce village, il ne s'agit jamais que 
de mots passés par le turc ou empruntés à la région de Ghouf. 
On verra en effet que le traitement normal de d classique est d à 
Kfar 'abîda.Ex. :zàbdt tr clief militaire, ofiicierw <<turc zabit < ar. 
cl. dâhitu" ffqui tient ferme, qui maintient dans Tordre 7^; zâbté 
w agent de police '5 <;turc zâhtîyé w polices; mazhtit (à côté de mâd- 
bût) (f exact 7? (compte) -^d. madbiitti" ; /ayez w intérêt i7 <<lurc Jàïz 
cf. ar. cl.fâda tfil déborda, il surabonda w^^^; nazîA'^^ tfverdoyantiî 
•< cl. iiadîru"; cl. hàudvJ^'^' turc hciwuz'^ dial. hâwûz w abreuvoir, 
bassin, réservoirs (mot emprunté d'après M. Marçais au vocabu- 
laire de l'eschatologie musulmane). 

r!i. s = /jû . 

La chuintante s, sauf les cas où elle cède la place en vertu de 
la phonétique populaire as (cf. p. 3à), est généralement main- 
tenue à Kfar ''abîda avec sa prononciation de chuintante sourde 
dans les mots arabes et dans ceux d'origine syriaque. Ex. : sàh; 
«moisw <: cl. êàliru"; nàèseftdl essuya w <: cl. nâssafa; sâtel tfil 
planta 77 ■< syr. s'Ôal (rac. s-/-/); borsân w hosties 7? <csyr. piirsânâ; 
mâles ffil pluma 77 •< syr. mHas; etc. 

s représente presque toujours la mi-occlusive c [tch) dans les 
mots empruntés au turc et au persan. Ex.: srtr%/tfdrap de lit 77 
<ci\iVQ cârsaf i^d. pers. cadinseb)\ sAurba w soupe w < turc corèrt; 
sànhel w crochet 77 -< pers. èengel; sâkûs «marteau 17 <c turco-pers. 
èâhïiz; etc. Ceci tient à ce que le parler de Kfar ''abida, à la diffé- 
rence de certains autres, ignore totalement le phonème è^^K 

Pour s correspondant à 9 arabe, voir plus loin (Dentales). 



F. 1=^. 

Le ^, on le sait, a subi plusieurs changements dans son arti- 
culation. Dès une époque très ancienne, bien qu'il provînt tou- 

(») Partie. /a'tWw". 

(■2) Dans fçsnmnazir wLa branche verdoyante 77 (nom vulgaire d'un ouvrage 
savant). 

(•■'> Des eiemples, tels qvLeJâkçs («démettre, déboîter, luxer?)) en face du cl. 
fnkka (même sens) oi d/ihas («cacher, fourrer 77) en face du cl. dithha «cacher 77 , 
etc., ne prouvent nullement que dans noire parler il y ait eu une évolution de 
h ou de h en s. Il s'agit naturellement en eflet d'une variation morphologique 
remontant sans doute à une époque extrêmement ancienne. — C'est ce qu'on a 
déjà fait remarquer à propos d'un cas analogue, p. ao, note 5, 



piroiNKTion:. 39 

jours (le/;-, il ne s'articulait plus dans Tarabe classique comme 
dans les auti'es langues sémiti(jues et même dans certains par- 
1ers arabes modernes de TOmân et de TEgypte. Il était devenu 
une mi-occlusive palatale et se prononçait dz, ainsi que l'indi- 
quent la plupart des dialectes arabes modernes (cf. Brockelmann, 

A Klar^abîda comme dans tout le Liban et dans beaucoup de 
dialectes contemporains, le ^ s'est afïaibli en une simple cliuin- 
tante analogue au j français, et qui sera représentée dans ce tra- 
vail par le signe z. Cette articulation explique d'elle-même que 
z, contrairement à ce qui se produit en classique, soit regardé 
actuellement à Kfâr*^abîda, ainsi que dans plusieurs dialectes 
modernes, comme une des consonnes appelées par les grammai- 
riens arabes cr lettres solaires^?, et qu'il se soit assimilé comme 
celles-ci le / de l'article: râsezzâbdl wle sommet de la montagnes 
<: cl . ras-ul - zâbali. 

Sauf les cas où elle est passée par assimilation à sa correspon- 
dante sourde s, la chuintante sonores se maintient généralement 
à Kfâr '^abîda et s'articule sans aucune difficulté dans toutes les 
combinaisons. Ex. : zesr fcpont?? <:cl. z/sm"; rézf wil revint^ <ccl. 
ràza'^a, etc. 

1. Cependant, dans quelques mots de provenance étrangère 
ou empruntés à d'autres dialectes arabes modernes, ^ s'articule 
dans notre parler comme l'occlusive palatale sonore {g frç. dur). 
Ex. : zangîl w richissime w (par diss.) du turc zangïn; gâzder 
(à côté de gàsder) wil se promena, il flâna w < turc gô'zder ; gèdf 
wbrave jeune hommes; ce dernier mot est emprunté avec sa pro- 
nonciation au dialecte égyptien et correspond au cl. zadahC" cr jeune 
homme^n — Il arrive que certaines personnes prononcent par affec- 
tation d'exotisme ^ class. comme occl. sonore au lieu de le faire 
comme chuintante sonore et hésitent pourtant entre les deux pro- 
nonciations gamâlou. zamtil wbeauté'^; gàmdl ou zânidl cf chameau ^n 
Mais cette prononciation de g est tout à fait individuelle et ré- 
cente, elle n'entre nullement dans la. vie propre du parler. Ce qui 
le prouve bien, c'est que g syriaque (lorsqu'il n'est pas remplacé 
par d'autres phonèmes) est toujours représenté par z, et nulle 
part par g, dans tous les mots syriaques passés dans notre parler. 
Ex.: zâhzeh ril brilla^^ (en parlant du jour) <: syr. gahgeh; zâm"' 
wil coupa au ras de terre -n (en pari, surtout de la vigne) < syr. 
gam{m); ^Idzo^'^at wil a eu en dégoûta? par accommodation pour 
*tzâ'"'at <: syr. 'eOga'^at ; etc. 

2. z est remplacé par la dentale sonore d dans les mots sui- 
vants : dàs' <n\ palpa w (et dâsdes wil tâtonna ^7) <: cl. zâssa; hâdes 



àO PREMIÈRE PARTIE. 

ffce qui se présente à l'esprit et qui Toccupe?? <:cl. liâlisu^; classer 
ffil laissa paître en libertés? et dèki' vW fut abandonné à lui- 
même^^ <:c]. zàssara (et zàsara) rril envoya paître les bestiaux, il 
abandonna w (une affaire); ^classa fcil rotais <: cl. tazâssaa; dàlle^ 
tf il choya 7î <:cl. iàlcCa rr elle fut coquette, effrontée 75(1). Ces clian- 
gemenls doivent remonter à l'époque où ^ se prononçait encore 
d: ; aloi'S ^dàssa et diïsscr étaient *^hlzàssa et ^diâsser, et 2 est 
tombé par dissimilation; dus' et hâdes aussi supposent ''V/irts* et 
^hâdzçs; z se serait d'abord assimilé en z pour tomber ensuite par 
dissimilation (^). Quant à fl«i/f'' pour*ert//('^ il provient (contamina- 
tion par étymologie populaire) du classique dàllala ffil choya 77 
superposé ^-^^ hzàla^a (même sens). Il n'y a là rien de phoné- 
tique. — Cf. plus loin dazazahC cr poule 77 devenu, pour éviter le 
groupe ^i, 2&* tf poule sauvage, canepetière^ ^'^l 

3. z apparaît à la place de la semi-voyelle y;\\ est en revancbc 
remplacé par elle dans quelques mots. Cette permutation n'est 
guère étonnante au point de vue de la phonétique générale 
et s'explique par le fait que l'articuhdion des deux phonèmes est 
très voisine, ainsi que nous l'avons vu plus haut (cf. p. 28, note), 
mais elle est exceptionnelle dans notre parler. 

Voici quelques exemples de la permutation de zQitj : y cl. > 
dial. z : zarhu" cr gerboise 17 < cl. yarhiTu", et d'après M. Derenburg 
(cf. R. DuvAL, Gramm. syr., p. 28) le nom propre zà^faru (usité 
dans notre parler) n'est autre que y/i'faru (le 2/ en qualité d'ini- 
tiale était fort, et y fort est tout près du 2). — z cl. >> dial. y : yiWjq 
rsac de paille que les muletiers mettent sous la charge de leurs 
bêtes w <:cl. zuivâUqu'' (>>dial. zwâJf/q tenu pour un pluriel dont 
on tire un singulier analogique ''zâle'/q :>■ yâlf/q) r grand sacw 
<: pers. gaivâlah (^l 

(') Cf. cl. dasisalu" et zâsisalii' «brouct fait de froment pilén; dâsthu" et zà 
sûsu'^ ffespioii?5. Ces formes soi-disant classiques avec d sont également elles- 
mêmes d'origine dialectale. 

('-> On est forcé de supposer dos intermédiaires analogues pour expliquer le 
V. slave iezelû cril bride 55 qui devrait être *dezetû (skr. dàhati) et le lituanien 
iëdzù ffje façonner, è\. zidh crterre à potiern qui devrait être *dëdzù (slave 
*dizû), sk. déhati. En elTet, le z slave a passé par dz et le z lit. (= z slave) a 
passé par le stade dz (slave dz). Tout ceci est emprunté à M. Meillet (M. S. L. , 
t. Vllt [1893], p. 28^). 

(') Dans la conscience du sujet parlant. 

C^) Toutefois la forme diub), qui est légitime puisque dz n'est pas Taboutis- 
sant d'un fy ancien, mais celui de d-{-i>-^ existe encore dans le sens ordinaire 
de r'ipoule». — Cf. un fait analogue dans un patois français (Anould, Vosges) 
dianè '<i*ddzûnè =^ U'ç. vdéjennei'n (Revue des Langues romanes, XLIX, 
p. 53i). 

(■•^ Cf. cl. '('(zzalu" ctcerfn, à côté de 'diyaîu" qui est la forme piimitivc, ainsi 
que rindiquc l'hébreu '«»/«/ tccerf?' (le y ici était fort, en qualité de géminée). 



IMIONIOTIQUK. ai 



GlïANGKMENTS COMBINATOFRES. 



lati 



issiiniiaiion. 



a. Assmilation partielle en conlacl ou à distance. — i. s s'as- 
simile on s dans le voisinage d'une emphatique, notamment 
de /, r, '/q, et de la gutturo-palatale A^^^ : a. régressivenient , à dis- 
tancée'-^ : sâtl fcpot en cuivre pour puiser de Teau, pour traire; 
vase à ansew <; cl. satin, latin situla; sôfia ff table servie^ <: cl. 
sûfratu" ; mth ff terrasse tî<: cl. sâthu" ; sâtpr wil traça des lignes sur 
le papier^ <c:cl. sAttara; hsât ff tapis w <: cl. hisâlu" ; màstra (^msâltra) 
ff règle pour tracer des lignes ?5 ■< cl. mdstaratu"; si1r r muraille 'î 
<<cl. sùru" ; sâtûr ff couperets < cl. sâtâru" ; sàhan rril est malade, 
il a la fièvre 77 <:cl. sàhana ffii est chaud 77 ; sàtam wil boucha, il 
ferma 77 ■< cl. sàtama, etc.. — b. progressivement, en contact : 
zùrsa ff diffamation, honte 77 <ccl. zûrsatii"; ''a/qsa ff piqûre 77 cf. syr. 
"^aqqes w il piqua 77 ; dors ce dent molaire 17 < cl. dtrsii" — à distance : 
^âtas ffil éternua77<: cl. ^âtasa; ^Iqmvâs cr archer, huissier 77 < cl. 
qauœâsu"; ''a/qûs ff aiguillon 77 (^), cf. syr. Siqsâ^'^K 

s s'assimile en z sous l'influence d'une sonore : a. régressive- 
ment, à distance : zûlhfé ff tortue 77 <: cl. sûlhafà (cf. pers. sàlâh 
pâi)\ b. progressivement, à distance : hàndez (avec tous ses déri- 
ves) ffil traça un plan 77 << cl. hândasa (influence du prototype 
persan); ""elmâz ff diamant 77 (gr. àSaiyLOis) < cl. 'almàsu"; hârh , cf. 
frç. Paris^^K 

2. s passe souvent à z dans le voisinage d'une sonore : a. régres- 
sivenient, à distance : zéfer (et tous ses dérivés) ff il devint petit 77 < 
cl. sâyira (cf. syr. z'^ar contre hébr. scfar); zâ^tar ffthym^7 •< cl. 
sa ''taru" (à côté des^V^m"); zâ"/qa ff foudre 77 <: cl. sâSqatu"; en 
contact : '/qazdîr if éiainv <cl. qasdiru" (cf. grec xtxo-o-hepos); — 
b. progressivement, en contact : mzâltah ff aplati, large 77 <: cl. 
nwsâltahii" (avec, en outre, emphalisation de?; sous l'influence de 
/); — à distance : 'jqàmdz (avec ses dérivés) ffilsauta77 <:cL qâ- 

^') D'après Zamahsarî, tout s peut devenir s devant h, t, y et q. 

(■-' Sur l'assimilation à dislance, cf. Vendryes, M. S. L. , t. XVI, p. 53 suiv. 
— Naturellement si s'assimile toujours en si. De même devant les autres em- 
pliutiques sourdes. Voir plus bas. 

'-■''^ Cf. 'ajqsa plus tiaut. 

''^ Dans quelques villages du nord du Liban , on emphatise souvent s , même 
lorsqu'il ne se trouve pas dans le voisinage d'une emphatique. 

^■'' Cf. cl. sâniha et zàniha ffelle est rancew (en parlant de l'huile); sirdtn'^ 
et zirâtu'' ffchemin»; sârata et zârata ffil avala??, etc. 



A2 PREMIÈRE PARTIE. 

masa. — Notre parler fournit aussi un exemple d'assimilation à 
la fois progressive et régressive en contact et à distance : zarzûr 
ff cigale, grillon îi<: cl. sursûru" (cf. syr. sarsùrâ). 

Remarque. — De même on constate que dans toutes les langues 
sémitiques vivantes une sourde s'assimile à une sonore générale- 
ment subséquente, ou réciproquement qu'une sonore s'assimile 
à une sourde subséquente, par acquisition ou perte de sonorité. 
(Cf. Brockelmann, p. 81.) 

3. z s'assimile en s à une sourde, particulièrement a t, hei h : 
a. régressivement , en contact : stàmSi cfils se sont rassemblés w <: 
cl. iztâma\~i; stâf r il rumina 7? <c cl. iztârra^^^; hûsHé wmon argu- 
ment, mon acte (de vente) ^ < cl. huzzatï; — • b. progressivement ^ 
à distance : n^heè ce il est essoufflé, baletantw <:cl. nàhaza; dâhaè 
tfil cacbaTî <c: ci. âàhaza; hâs ffil est excitée (en parlant du cha- 
meau en rut) <: cl. hâza; ntâfes ffil se gonfla, il s'enorgueillit <: 
cl, intâfaza; hàleè wil fauchais (les menues céréales) < ci. hàlaza 
ffil carda, il monda (le coton) en séparant la graine^?; hâhs et 
hâbbds ffil gratta, il égratigna jusqu'au sangw <: cl. hâbaza ffil 
frappa avec un bâton et hâbiza te il est enflé (en parlant du 
corps )w(^l 

II. s s'assimile quelquefois en 2; à une sonore : a. régressive- 
mentf en contact : bôzdârfdï (nom d'un village libanais) << syr. 
bisdarpel (cf. M^"" Deryân, Grammaire syriaque, p. 69); — h. pro- 
gressivement , à distance : bàbûz ffpantouflew<:pers. jyôpws; Mrbaz 
(et tous ses dérivés) ffil garrotta t? <:c1. kârbasa'^^K 

(3. Assimilation totale en contact ou à distance. 

1. En contact. — Lorsque deux sifflantes et chuintantes sont 
contiguës, elles s'assimilent entre elles, généralement la pre- 
mière à la seconde : 

ss>5s : ^/qsâs sâ'/qdt ff punition inutile w <c cl. qisàs(u") sàqitu'^ ; 
ss^ss : rassâdçjq fftête solide, véridiquew <; cl. ra'*s(w") sâdiqu"; 
zs'^'Ss : rôs-sînê ffriz de Ghine^^ <c cl. rûzz(îi'') sïnïyu^ ; 
ss^ss : ^qorssâf ff piastre légale 7^ <c qûrsiti") sày ; 
zs:>ss: b6rssol''âta ffla tour de Sal'^âtaw (village du Liban) <; cl. 
bûrz{iùj ; 



(') Ce mot est déjà signalé par Zawâliqï avec la chuintante sourde s. 

(^' Cf. saa wil vinl?5 pour iaa dans le dialecte des Banï tamîm. 

(^) M. Landberg a donc tort de voir dans cette racine une simple w dilata- 
lion» du bilitère *har ou un dénominatif du turc qerbac fcfouet de peau d'hip- 
popotame» [Prov. et Dict., p. 9). 



PHONÉTIQUE. /|3 

sz'>'zz : mràz'zailûn wpiion pour écraser les olives w <;ci. miras- 

.s(«) zalltmi" ; 
sz:>zz : ràzzàhlê kIg point culminant de Zahlé^^ (ville libanaise) 

<: cl. ra^s(ii)-, 
h >- zz : zâhçzz\iitçr cr l'âne de Z'aiterT? (nom d'homme) <: cl. 

zahs{ii) ; 
zs^-ss : /irtV sdlfu ffil brandit son épée^^ <:cl. hàzz{a) sàifahu; 
ss>'ss: ^jqàs'sa'ru wil se fit couper les cheveux 7? <: cl. qàss{(i) 

èàWahu ; 
ss > ss : râèsâyçh « tête chenue w <: cl. ra's (w") saib^u") ; 
zs:>'Ss : lâtohros' cr ne sors pas 77 <: cl. là-\-tàhruz[-{-s) \ etc. 

Parmi ces assimilations, quelques-unes ne se produisent que 
dans une prononciation rapide, d'autres se réalisent toujours 
et partout. Il faut remarquer cependant que le sujet parlant 
semble éviter avec soin la rencontre immédiate de deux sifflantes 
et chuintantes sujettes à s'assimiler, sauf naturellement dans les 
cas où il ne peut faire autrement. D'ailleurs ces assimilations en 
contact ne sont pas propres à notre parler; elles sont abondam- 
ment représentées dans tous les dialectes arabes modernes. Aussi 
est-il inutile d'insister davantage sur ce point. 

Particularités. — s s'assimile entièrement à /dans nos- wmoi- 
tié, demiw qui a même un pluriel analogique nsâs au lieu du 
pi. class. 'ansâfii" <: cl. nûsfu" ^^K Les sujets parlants ont vu dans 
nos- un mot III"^ geminatae comme ils l'ont vu dans séffê w lèvre w 
(qui fait au pluriel sfâf) malgré cl. sifatu" (pi. sijahu"). 

2. A distance. — a. s s'assimile en s au voisinage (médiat) 
d'un autre s dans sràs ff colle forte de cordonnier <: cl. sirâsu". A 
ce modèle est conforme sâms «soleils? , qui n'est plus employé que 
par quelques vieillards , car la forme classique sâmsu" s'est réin- 
troduite sous riniluence de la langue écrite. En revanche, on a 
un exemple où il y a une dissimilation de s -s en s-s, c'est sem- 
mas fc servant de messe, diacre w emprunté au syriaque èammâsâ, 
avec changement préalable de s en s. On a vu en effet (p. 3/i) 
que régulièrement s syriaque est rendu par s à Kfar'abîda; cette 
règle n'a été appliquée ici que pour le second s. La tendance à 
la dissimilation a déterminé la conservation du premier. 

b. z s'assimile à un 2; précédent dans zarzûnê wcep de vigne, 
sarmentw<:cl. zarazânatu" ; mais l'assimilation n'a pas lieu lors- 

('^ Altération spéciale de mots très employés. Cf. en anglais le mot de môme 
sens : /la//" prononcé ha dans half peiuiy (luipené)^ etc. Mais ceci n'est peut-être 
qu'une apparence (trilitères n-s-s et n-s-f). 



h h 



PRE3nERE PARTIE. 



qu il y a eu mélathèse et que z arrive à êlre à la première place ^^\ 
soit zarztmé, également usité à Kfar*^abîda. De même zâuzé 
ffépouscî^ (confondu ainsi avec le mot wnoixw)< cl. zâuzatu" ^^^ ; 
iàmvùz «il mariai <: cl. zàuwaza; zenzâr ff vert-de-gris ^^ < cl. 
zinzâru" ; zanztr tf chaîne 77 <: cl. zinzîni" (pers.); nzà''çz càl fut 
indisposé'^ <cinza''aza; etc. En effet, il s'agit ici non pas d'assi- 
milation, mais de métathèse. La séquence de phonèmes vers 
laquelle tend notre parler est^~;s, c'est-à-dire chuintante suivie 
de sifflante. 

Est aussi conforme au modèle zàuzê, zarzimé, etc., le mot qui 
signifie w cigale ^7. Il s'agit de zîz, qui représente sans doute par 
dissimilation un ancien ^zïz, cf. héb. zïiz wmicare, movêri^î (^ziz 
sa^ai ffhête des champs w) et cl. zizxC' w espèce d'oignon (oii se 
lient généralement la cigale w) ^^\ 

z s'assimile en s sous l'influence d'un s antécédent : s(ih)s 
w marteau, picw <^^sàkûz <: turc câhûz. 

2° Dissimilation. 

1. s se dissimule en z dans le voisinage médiat d'une sourde : 
zâha'lq cril pulvérisa 7? < cl. sàhaqa; zâhan ffil broya, il moulut 1? 
<: cl. sàhana. Pour ce qui est àQrMzè rc colonne, pieu 77, il ne se 
rattache pas au cl. rihâsalnJ' (même sens), mais dérive de la 
racine cl. r«tert ff plantavit^?. 

s semble tomber par dissimilation d'un autre s (s) dans '/qosta 
f- juste, habile 1?, cf. cl. qusiâsu" cr balance» mais le mot résulte de la 
combinaison de cl. qustâsii" et de syr. qustâ (emprunt au latin 
constans). Pour sMi ""àsar rr seizième w, cf. cl. sâdisa ""àsara, la chute 
de s est due non pas à une dissimilation mais plutôt à l'existence 
d'une forme sâdï, sâdi" à côté de sâdisu" dès le classique, cf. S. de 
Sacy, Gram. «r.^, p. A25. 

9. 2; se différencie en s au contact d'une sonore : nnsra w petit 
morceau w <: cl. nuirahC" [nazru")^'^^; ziisdàn rc portefeuille, porlc- 

^') En revanche z (ou sa forme ancienne di) s'assimile à un 2; suivant, pourvu 
que les deux phonèmes soient en contact ainsi que le montre le mot qui 
siifnifie «îlot» et qui provient de dzazù'atu" cfilc». L'a en syllabe ouverte (ini- 
liyle) devait régulièrement tomber devant la syllabe lon||ue accentuée -zir- , 
à\n\ *dzzîré, puis *dzztrè, *dziré et enfin zîrè forme de Kfàr'abida. (Le 2; de 
notre parler, comme le s, est bien moins fourni que le j (cli) français, ce qui 
explique que ce soit lui qui subisse l'influence de z et non inversement). 

(^) Dans quelques villages libanais, notamment à Ehden, on a de même 
Zhuzo, qui re[)résente les class. zàuzalu^' (épouse) et inuzalu" «noix, noyer??. 

^"•J En magbribin on a hïi bzîz (M. Marçais). 

('^ Cf. zn devenant su dans la langue de TAvesta (d'après MM. Meillct et 
Rousselot), 



PlIOISKTIQl K. /|5 

monnaies < turc hcdân (il y a dans ce mot dissiiiiilation de la 
part de i et de d à la fois). 

3. s se dissimile en z au voisinajjc d'une sourde emphatique 
dans zâ'/q'j(jjf (ayec tous ses dérivés) wil applaudi t^^ ^V^V^iY'/'/ 
par mélatlièse <: cl. ^àffdqa ^^\ 

h. s se dissimile en s dans le voisinage médiat de la chuin- 
tante sonore z : *satrànz^> satrânz ffjeu d'échecs ^^ < cl. sitrânzu" 
(pers.); sâzra ^^ nvhr a i^ <cc\. èàzaratu" ; sazzî" w courageux (nom 
d'homme) r? <: cl. sazfu"; sârpi ffil faufilai? < cl. smraza (cf. 

syr. sfurey [môme sens], \/s-r-g)] srîzê c? grand sac en feuilles 

de palmier?? < cl. sariiahC (cf. syr s'rïytâ [même sens] , \/s-r-g); 
smz ff huile de sésame??, cf. cl. sîrizu''^'^^ 

s se dilTérencie en z au contact d'une sourde : dehzè ff merveille i? 
cf. cl. dâhisa fcil est étonné, stupéfait??; râlizé ff admiration (nom 
de femme??, cl. rûhsatii" ff générosité, pudeur??; zâffa (à côté de 
sàffa) ffil émonda, nettoya (un arhre)??,cf. syr. s'^^ (sappi) 
fflimavit, purificavit, complanavit...??. 

8 semble être tombé par dissimilation sous Tinlluence d'un 
autre s dans sbin ■< néo-cl. 'ièbmu" ff parrain , garçon d'honneur?? < 
syr. saus'(3inâ; mais cette chute est peut-être simplement due à 
celle de la voyelle (représentant une diphtongue) ^^l Les deux s 
étant suivis d'une consonne se seront fondus en un seul. 

5. z se dissimile quelquefois en s dans le voisinage d'une 
sonore, particulièrement de r^^) : hors tf forêt?? < cl. hàrzn" 
ff fourré?? ou peut-être lumzu" fflieu élroit couvert d'arbres 
impénétrables??; hors tf vieux, décrépit?? << cl. hirzu" cf faible, 
sot??. 

Suivi immédiatement d'un z, z se différencie en n : nzâs 
ff poire ??< ^inzâs ■< cl. Hzzâsu"; mhànzçl ff tacheté de blanc?? (en 
parlant du pied d'un cheval) <: cl. muhdzzalu". Dans toutes les 
langues sémitiques, tout particulièrement en araméen, les con- 
sonnes géminées sont sujettes à se différencier, de telle sorte que 
l'une d'elles, toujours la première, soit remplacée par n; cf. aram. 
bibl. tidda^ >- tinda" ff tu reconnaîtras??, arabe zibbilu" ff corbeille?? 
> ;^mZ>//M^ etc. Voir Brockelmann, p. lo/i, et mieux, Zimmern, 

(') Sous l'influence de la sourde emphatique '/q{q), ? perd donc en même 
temps et la sourdilé et Temphase. 

('-) Cf. cl. sîrizii" (même sens) qui est sans doute lui-même dialectal. 

(^^ Chute régulière, on le verra, puisque dans la suite il y a une longue accen- 
tuée. 

(*) Il est connu que les chuintantes s, z sont intimement apparentées à r. 
Cf. plus haut sr devenant sr. 



à6 PRE3I1KRE PARTIE. 

Vergleichende Gr., p. 34-35, ce deroier cité par M. Meillet {Diffé- 
renciation, M.S.L., t. Xll, p. 26). 

3° Métathèse. 

Comme dans beaucoup de dialectes modernes, les sifflantes et 
chuintantes sont sujettes dans notre parler à la métathèse. 

1. La sourde emphatique s supporte difficilement à côté d'elle, 
dans la même syllabe surtout, la présence d'une sonore. On évite 
généralement l'inconvénient de cette rencontre en assimilant s 
à cette sonore ou en assimilant la sonore à s (cf. p. Ui). 

Dans certains cas, il y a métathèse, par exemple ; bàhsa 
wcaillouw <: cl. hasabatu" (sur ce mot, cf. p. 26). 

Pour ce qui est de safdê w coquille de merw en face du cl. sâda- 
fatu'\ la métathèse de dfenfd tient à un principe de phonétique 
générale en vertu duquel occlusive -|- spirante tend à devenir spi- 
ranie -\- occlusive. (Cf. Meillet, De la différenciation des phonèmes , 
M.S.L.j t. Xn[i90i], en particulier p. 26.) 

2. Le classique samazu'' cf peaux des raisins, des baiesi? aboutit 
non pas à *smaz que l'on attendrait, mais à hnâs. Il est facile de 
voir le motif de la métathèse des deux chuintantes : les deux 
sonores z et m ont été rapprochées, et la sourde s a été' éloignée 
par là-même de la sonore m. C'est sans doute pour une raison 
analogue que le cl. bàsara ffil râpai? est devenu bàras dans notre 
parier; le mot sous cette forme est aussi maghribin dans le 
sens de cfil écailla (du poisson) in 

3. L'exemple cité plus haut, cl. sirâsu" > ^^srâs puis srâs , 
montre que la langue a évité le groupe èr et l'a écarté par assi- 
milation à un 5 suivant. Elle a également évité le groupe zr, plus 
choquant encore, puisque ici les deux consonnes étaient sonores. 

En effet, au cl. istâzra'a ffil osa 77 (y/è-r-"*), notre parler oppose 
stârza (même sens). A l'intérieur, entre voyelles, la solution par 
métathèse était possible et même plus naturelle, le groupe rz exis- 
tant dans un grand nombre de langues ^^l 

Métathèse d'ordre purement psychologique. — Le dialectal hâlçz 
ffil marcha à cloche-pied 77 équivaut comme sens au cl. Ijàzala; 
mais il résulle de ce que hàzala s'est superposé dans l'esprit des 
sujets parlants au cl. hàlaza wil marcha lentement??. Ce n'est pas 
du tout un phénomène phonétique (^). 

('^ Ceci n'est pas contradictoire des exemples cités plus haut hariu'^ > 
hiirè, etc. (p. 65) car là il s'ajjit toujours de r-\-z très anciens. 

(2) A la diflérencc de hàlaza ffil carda w >> hi'd^s cité plus haut, p. 6a. 



i 



PJIONÉTIQUK. /|7 

Reste zàd'^ en face du cl. dâzza cril fit du vacarmew, lequel est 
bien un exemple de métathèse, mais dont on n'entrevoit pas pour 
le moment l'explication (^^. 



IV. DENTALES. 

^ = C>; d=i>; ^ = c:>; d=^', 1 = ^', d = {j^' 



CHANGEMENTS SPONTANES. 



A. 6 = e* ET d=i>. 

L'articulation spéciale et délicate des spirantes interdentales 
^ et <^ du sémitique commun explique d'elle-même que, dès une 
époque très ancienne, ces deux phonèmes (ainsi que z) aient été 
transformés (ailleurs qu'en arabe classique). Les prototypes de 6 
et d ont passé à s et 2; en hébreu et en assyrien , à t et d en 
araméen (-); Tétliiopien a remplacé 6 par s et et par z. 

A Kfâr^^abîda, comme dans tout le Liban et dans la plupart 
des dialectes arabes modernes citadins (Brockelmann, p. 78), 6 
et (tont complètement perdu leur articulation de spirantes inter- 
dentales (^) et se sont généralement confondus comme en ara- 
méen avec les phonèmes t et d. Cette prononciation, bien qu'es- 
sentiellement dialectale , est très ancienne et très répandue, tan- 
dis qu'une autre prononciation , existant également à Kfar^abîda, 
celle qui remplace 6 et d classiques par s et z (comme en éthio- 
pien), est à demi savante, approximative et plus moderne. Sauf 
quelques exceptions en effet, dues la plupart du temps à un essai 
de reproduction de la prononciation classique, à une affecta- 
tion de pédantisme ou à une confusion populaire, 6 et <f class., 
en passant dans notre parler, sont devenus t et d. Bien que ce 
changement se rencontre dans la plupart des dialectes arabes 

^') A moins que ceci ne rentre dans la série vue plus haut, p. lio. Filière : 
*da^'(îzu (> cl. dazza) > dial. *(fadi^\a) >> *(/ afV(V'{a) >> *fa(/- > iaâ/. 
C'est Tavis de M. Marçais qui pense que le phénomène s'est produit à l'époque 
où z était encore dz et d encore it. 

(^^ Mais il ne faut pas perdre de vue qu'après voyelle t Qi d étaient rede- 
venus dans cette langue B et d {è\ qui ont été quelquefois reproduits par les 
à-peu-près s et 2; dans notre parler comme les d et d de l'arabe classique. 

(^^ Les Bédouins de Syrie et les habitants de Bagdad prononcent encore 
aujourd'hui Q exactement comme en classique. 



^l8 PREMIÈRE PARTIE. 

modernes, le substratum syriaque a peut-être exerce ici une in- 
fluence. 

Les habitants de Kfar^^bîda, comme tous les Libanais, enten- 
dant lors de la conquête arabe l'articulation de B et de d, que 
leur dialecte araméen ne possédait plus, et ne pouvant de prime 
abord la réaliser, auront été naturellement amenés à les rempla- 
cer par t et d dans les mots communs à Tarabe et au syriaque 
(; syr. = ar. et d syr. = f/ ar.), et à changer dans les vocables 
que le syriaque ne possédait pas ou ne possédait plus, et ff en des 
phonèmes qui leur ressemblaient d'assez près et qui leur étaient 
familiers, soit s el z. D'oii la double correspondance dialectale de 
6 et â class. qui tient à l'introduction des mots savants repris au 
classique et contenant un B ou un d et enfin à Tinfluence aussi de 
la prononciation spirante de f el ^ intervocaliques dans certains 
mots d'origine syiiaque. 

1. B cl. > i dial. : tmânyé ffhuit^î <:cl. Bamâmyatu" (cf. syr. 
fmânijâ);tûlt ce (le) tiers ^^ <: cl. BûlBii" (cf. syr. lidtâ); tàlz ce neige •/•) 

< cl. Bàlzu'' (cf. syr. îalgâ); tiim cf ail?? ■< cl. Bunm" (cf. syr. tûmâ); 
tàvr ff taureau?? (avec emphatisation de t sous l'influence de r) 

< * tâiu' <C cl. Bànru" (cf. syr. taurâ); tejql ff poids?? < cl. BiqliC' (cf. 
syr. teqlâ); tràkja ce pléiades, lustre de salon?? <: cl. Burâiyà (cf. 
syr. tûrak/ày, tàHeh ff renard?? -< cl. BàHabu" (cf. syr. ta^lâ [cf. ar. 
class. Bu''â1atu"]); etc. Les exemples de cette évolution sont 
extrêmement nombreux. 

2. d cl. >> ^ dial. : déheb ffor?? -< cl. dâhabu"^ (syr. dahjSâ)', dâb 

ffii se liquéfia?? <:cl. dâba (syr. dâlS) [\/d-w-b] ; dâbdh ffil assas- 
:>lna ?? <: cl. dâbaha (syr. d'jSah) ; dîb ff loup ?? << cl. drbu" (syr. dil2â) ; 
dârm ffil vanna?? <cl. dârrà (syr. darri); dâkar ^rmàlev <::cl. dâ- 
him" [syr. deyjâ)\ dàneb ff queue?? << û.dànabu" (syr. dimbâ)', dajqn 
ff menton, barbe?? <:cl. dâqanu" (syr. daqnâ)\Jahd ffcuisse?? (avec 
emphatisation de ^/(< d) sous l'influence de h) <c d.fàluîu" (cf. syr. 
jmhdâ); dni" ffbras^? < cl. dhâSi" (syr. d'ra'à)'^ etc. (Même re- 
marque que pour B >t.) 

3. B class. > s dial. : h/m ff puisque?? <:cl. JimBu; ///>/sff fourbe, 
hypocrite^? <c:cl. habiBu"; Mis ff discours, conversation i? <:cl. ha- 
dîBiC; hàdsè ff événement, accident?? <: cl. hâdiBatu"; hàdes ffil 
arriva que?? <ccl. ImdaBa; hdis ff nouveau?? <<cl. hadWu" ; sçlos 
ff majuscule?? , cf. cl. BnhiBîyu"; niânnçs ff féminin?? <:cl. muminoBu" 
(mais on dit 'enlàyê ff femelle?? < cl. 'ûnBâ)'., bàhs ff examen, recher- 
che?? <zc\.bàhBu"; dahjûs'^^'i ff avili, méchant??, cf. cl. d/nyaBa ffil 

^'^ A côté de daiyût. 



1 



PIIONETIOLK 



/l9 



abaissa, il avilihs *'^' (nom do la /i*' lettre de Talphalx^t arabe) 
<:cl. 6a u"; mashàt cr solide, prouvé ^i, cf. cl. niiiObatu"; sa/qeb crpd- 
nétrant (esprit), brillant (astre)^^ <:cl. Oàqihu" ; ikmjn crDeutéro- 
iiome^-) <c cl. uWniyalu" ; \}sm ff crime ^7 <: cl. 'iSmu" ; hàs^ wil 
excita, il encouragea ^i <:cl. hàOOa; etc. 

k. d q\. >z dial. : rézel ff vicieux^, cf. cl. mâlu"^ (et radilu"); 
zifji' ff qui sent mauvais, qui dégage une odeur forte 77 •< cl. dàfiru" 
(cf. syr. zaÇ)i'â qui est irrégulier) (^); zâl cr soi-même, celle qui pos- 
sède ^7 <: cl. dàtii"; 'çzçn rril permit^^ <cl. \idina; 'çzê rril a nui??, 
cf. cl. ^ndâ (IIP tlième); 'éza cfsi?? < cl. 'idâ; uïzhîyé ff attraction r> 

< cl. zâdibhjaln" (mais on dit zàdçb ?fil tira^? <ccl. zddaba); z('kè 
w perspicace?? (et rarement Jj^At) ■< cl. dakîyii" ; tézkra cr passeport?? 
<c:cl. tâdkiratu" ; Hdzê ^^ qui V (et rarement cbez quelques vieillards 
^lâdé) -<cl. alladï; zu/q dans yéli>V^ zujq-eh (formule imprécatoire 
qu'on adresse à un ami), cf. cl. dauqu"; etc. . . 

5. d et d cl. ont dnns un certain nombre d'exemples une dou- 
ble représentation : t (ou d), s (ou z). Ex. : talinul et talmîz rr dis- 
ciple?? <: cl. tilmidu" ; emprunté lui-même au syriaque lalmlSà; 
^âdâr et ^âzâr cr mars^? <; cl/âdârii", emprunté aussi au syr. 'âSàr; 
màtel et màsel ff proverbe?? <: cl. mâôalu" (syr. maOlâ) ; hédeb et hheh 
ffil mentit^? << c\, hàdaba parallèlement au syr. y^a[3; modkiir, 
plus rarement que mazkûr r? mentionné?? <cl. madJairu" (cf. syr. 
d^)(^ar remémora vit??) ; tyâb et syâb tr vêtements?? <: cl. 9iyâbu"; dèmmé 
et zémmê rr conscience, foi^? •<: dimmahi" ; ^dâb et '^zâb cr tourment?? 

< cl. "^adâbti"; sâbdt cr constant?? et tâbdt (nom propre d'bomme et 
de famille) «ccl. 6âbitu" ; etc. Gomme l'indique le dernier 
exemple cité, t et d sont le traitement ancien de 6 et (^f classi- 
ques; en effet cette prononciation se constate en général chez 
les paysans et les vieillards. 

6. 6 class. remplace à Kfâr^abîda comme partout au Liban 
la labiale sourde/ dans le mot tèm'" rebouche?? <*^ém"', cf. cl. 

fàmii"'; cf. encore cl. Oùlama rril ébrécha, il cassa ^? au lieu defàlama 
ffil coupa (le nez)^?.Ce changement, qui existe dans beaucoup de 
dialectes arabes modernes et dans la langue classique elle-même (^), 
s'explique par la dissimilation régressive de /en 6 sous l'influence 
de la labiale. Ce qui est d'accord avec cette explication, c'est que 
les Bédouins de Syrie prononcent encore aujourd'hui iôm au lieu 
de/flwm", et qu'à Macula, village voisin de Damas, on a 6emm 



(^^ Zfer wsentir mauvais?? est aussi connu au Maghreb. 
(^^ Cf. cl. 'âdramu orédentcw <; 'âframu, cf. hcbr. pâram ; à Kfar 'abîda on a 
'('ifram sous l'influence du syr. -parmûnâ (prononcé actuellement /aî'mfma). 

l'AIVLKr. DE kFAR'AnJDA. h 



50 PREMIÈRE PARTIE. 

(cf. M. Huart, Joiun. Asiat., oct.-nov.-déc. 1878, p. ^91). De 
même, dans les régions de Syrie où on sait encore prononcer le 
6 classique, on relève quelquefois 6 au lieu de f : fàfama class. 
ffil embrassa ?7 est devenu Bàyama dans la bouche de quelques 
Syriens (cf. Brockelmann, p. io3); daijùr dial. ce figues précoces w 
est prononcé daidûr dans quelques villages libanais (mais non à 
Kfâr^abîda)(i\ 

Il faut se garder de confondre ce fait qui repose sur la dissi- 
milation de/- m [b) en 6 -m [b) (iyi^e falama ":> ôalama) avec 
un autre phénomène qui fait que 6 -m (b) devient/- îw (b) en 
vertu d'une assimilation qui est précisément l'inverse du pre- 
mier. En voici quelques exemples : cl. Omm" (^ai\v :>fiimu^, hebr. 
sûm, forme primitive Oûmu" ; à Kfar "^abida on dit tûm, évidemment 
sous l'influence du syriaque îûmâ, qui est régulier dans cette 
langue; liôâmii" rc voile, cache-nez 77 > Ufâmii" ; a Kfar'^abîda on 
a lâtnié. Noter encore Oàmina wlà, là-bas ?7 :>- fàmma en Tunisie 
(cf. Stumme, Tmi. Gramm., lex.) et en Arabie (cf. Landberg, La 
Langue arabe et ses dialectes, p. 72 ), cf. hébr. sàm, aram. bibl. tâm, 
syr. tainmân; ce mot n'a malheureusement pas de correspondant 
à Kfar ^abîda, où l'on dit hûnik (cf. cl. hunâka). Il en est de même 
du cl. hiOàlatu" ff débris de blé, rebut de toute espèce de chose^i 
>- hiifâlatu", si l'on compare la racine hébraïque A-s-/ wdebilitare, 
delatigare, contundere, comminuere^. 

Remarque. — Le mot /n-^w" w matière fécale, contenu de la 
panse des ruminants i?, qui donne par assimilation totale à dis- 
tance en Arabie et dans la province d'Oran ^-^ 6ar9, est à Kfar 
^abîda/or?, sans doute sous l'influence du syriaque pertâ (cf. hébr. 
përès ff excrément, fumier i^). Le classique tahannaOa cril a appar- 
tenu à la secte des hanîfs, il a laissé le culte des idoles^? <; lahân- 
nafa (syr. 'e6hanna(p ffil est idolâtre^?, hébr. hâ?ie(Ç> ffil profana '?) 
a pour correspondant à Kfar 'abîda ihànnef [dans le premier sens 
seulement) qui garde le /intact. 

Il y a bien aussi tàOratu" et tâfralxC' ff crème de lait ^i, mais ici la 
forme primitive est la seconde, et par conséquent /• a passé à Or 
par assimilation de/àr (dentale) ^^h à Kfar^ablda on a la forme 
tâfra (\m signifie ff pauvreté, crème, pousse des arbres au prin- 

(') Il s'agit c{jalemcnt ici d'une dissimilation (en contact, donc plus exac- 
tement d'une différenciation) exercée ])ar la voyelle labiale u. Il s'est peut-être 
produit en même temps une assimilation de la part de la dentale d. La diffé- 
renciation et l'assimilation abaissaient dans lo même sens, d'où 0. Cf. Volleus, 
Sch'jftsprache und Volksprache ini cdten Arab. 

('^) Cf. Landberg, IfadramoiïL, p. 538, et Maiu;ais, Saïda, M. S. L., t. XIV, 
p. 1 16, n. a. 

^'^ C'est exactement le contraire du phénomène latin Br'::>fr, Cf. Brugmann, 
Abrégé dfi gramm. comparée, p. 910. 



PIIONÉTIQUli. 5 1 

temps, éruption de boutons 77. Dans les deux derniers sens tàfra 
se rattache plutôt au cl. U'ifara wil bourgeonna 77 avec emphalisa- 
tion de / sous Tinlluence de /• emphatique dialectale (^^. 

7. Au lieu de B classique on relève la chuintante s dans un 
certain nombre de mots d'usage courant; il s'agit sans doute ici 
d'une influence exercée par des mots cananéens équivalents aux 
mots arabes en question (^), cela bien avant l'introduction de l'a- 
rabe dans la région. C'est ce (ju'on a proposé dans une note des 
Mémoires de la Société de Linguistique, t. XVI, p. 287-288. On 
ne reprendra ici que les exemples qui peuvent passer pour cer- 
tains. 

lâtas ffil souffleta, il frappa avec le plat de la main 75 et tlâtsu 
ffilsse sont donné des soufflets 77, cf. cl. làlaOa rcil frappa avec le 
plat de la main ou avec un objet plat^î et talâlaôa crs'entre-cho- 
quer, se frapper de la main^^, hebr. làtas tr malleo tutudit, acuit^^ 
syr. iHaè^^K Dans une communication personnelle, M. Marçais 
me propose d'expliquer làtas et lâtaôa (entre beaucoup d'autres 
formes, làta'a, Idtaha, lâtasa, etc.) par les développements paral- 
lèles d'une racine bilitère /«/-. 

hàrkçs cfil agita, il troubla, il remua (la poussière)?), cf. cl. 
hcirkaOa (même sens), syr. haries wil remua la queue?-» (en par- 
lant d'un chien)??^^^). D'après M. Marçais, h/irkçs dialectal serait 
une contamination de harrasa ffil excita ??, par hârraka ri\ re- 
mua??; 

léhes ffil haleta, il fut essoufflé^?, cf. cl. làhaQa wil fut essoufflé, 
il haleta (en parlant d'une bête fatiguée)??, syr. lehtâ ffossouffle- 

(^) Des faits analogues (/ au lieu de et ô au Heu de /) se rencontrent 
aussi, mais beaucoup plus rarement, en germanique : allemand /et/ «lime» en 
face de vieux norrois be7, *dinster eijînster d'un plus ancien *J)msfra-(lal. te- 

nebrae), allemand Faclcel, vieil anglais pœce/e à côté defaecelc emprunté au 
lat. facula tcflambeau'?. Voir W. Wilmanns, DewWie Grammatik% I, Lautlehve, 
p. 106, Anm. 2. 

(^^ Le d arabe a en effet comme correspondant régulier un t en araméen, 
mais un s en hébréo-phénicien. On sait d'autre part que Kfâr'abîda est un 
ancien domaine pbénicien. Au point de vue linguistique, il y a trois couches 
sémitiques dans le pays : phénicien , araméen , arabe. La seconde a laissé des 
traces aussi nombreuses qu'incontestables; la première ne semble pas devoir 
être négligée non plus. 

(') On s'attendrait à une forme '^ftad avec un t devenu naturellement 6 après 
voyelle, mais il ne faut pas oublier que l'araméen le plus ancien, du moins en 
Phénicie-Palestine , avait fait des emprunts au cananéen. Voici ce qu'écrit le 
P. Lagrange (Revue biblique, IX, 1912, p. 268) à propos de la nouvelle in- 
scription de Zindjirli (le passage est trop caractéristique pour ne pas être cité): 
«L'évolution linguistique du pays de lôdi est désormais assurée : on est allé 
du cananéen de Kalamou à l'araméen de Bar-Rekoub , en passant par le cana- 
néen teinté d'araméen des inscriptions dites de Hadad et de Panamou (810?)." 

(^) Même remarque que pour ruis. 



5!2 PRE3I1KRE PARTIE. 

nient, respiration pénible?? et lahheô (me. syr. l-h-l) (r\\ halela^^ 
D'après M.Marçais, le mollfliçs se retrouve dans TEsL algérien el 
à Tunis; mais ailleurs dans le Maghreb on a la forme Ihàt, même 
dans les dialectes bédouins où Ton attendrait *//?à'^. A Kfâr'^abîda, 
on emploie aussi la forme Içhet avec substitution ordinaire de / 
dialectal à 6 classique, lorsqu'on veut exprimer l'idée de w res- 
pirer?? sans aucune nuance. 

las ffil est fatigué à l'excès, il est harassé?? et làusé rr fatigue 
excessive, saleté?? (dans sa/qa lui'i'na l/msê rril nous a joué un vi- 
lain tour??), cf. cl. làÔa fril fut lent (à faire quelque chose??), et 
lûOatu" ff faiblesse, langueur, saleté??, hébr. lus et syr. lâs (^^ 
ffdepsuit (farinam)??. 

yànsè crbruit discordant, tumulte, rassemblement, dispute 
bruyante??, cf. cl. yàiiwaBa wil cria au secours??, taymiwaOa rrse 
crier les uns aux autres : au secours!??, et ycmôii" ffcri de dé- 
tresse^?, hébr. V<.s(^^ rrse rassembler en toute hâte??. 

tdfds ff maladroit, étourdi??, cf. hébr. ià(pas rfhebes, stupidus 
fuit??. Cf. ifis ff propre à rien?? à Tlemcen d'après un souvenir c!e 
M. Marçais ^^l 

Si dans tous les exemples présentant s en face de Ô classique 
il s'agissait comme dans ceux qui précèdent d'une consonne finale 
de racine, il est évident qu'il vaudrait mieux expliquer s à côté 
de 9 par des élargissements différents d'une base originellement 
bilitère, comme M. Marçais le propose pour làias - lataOa , main- 
tenant surtout que la théorie des racines bilitères primitives 
paraît rentrer en faveur, cf. K. Ahrens, Der Stamm des schwachen 
Verbums in den semitischen Sprachen (Zeitschrift der deiitschen mor- 
genlàndischen Gesellschaft, t. 6/i [1910], p. 161 et suiv.). Mais 
il y a deux exemples dans lesquels la concordance s/0 se constate 
non pas à la finale mais à l'initiale de la racine. Ce sont spivdl (à 
côté de tévudl) ffil étourdit, il fit perdre la tête?? et sàwîla^^^ fffou, 
toqué??, cf. cl. Qàwila ffil eut le cerveau dérangé, il eut le vertige?? 
et OiiuliC' ff folie??. A moins de partir dans ce cas d'une racine 
bilitère *w-/, élevée à la trilitéralité par la préfixation ici d'un.v, 
là d'un 0, il faudra laisser le fait inexpliqué. Or, il est peu de 
personnes qui, pour l'heure, voudraient recourir à un pareil 



(') Même remarque que pour IHas. 

(-) ' hcbr. représente aussi bien y que '. En magliribiu, on trouve un 
verbe fâiiiviis qui si^rnific ff semer la discorde?'. 

(•*) Il s'agit d'ébirgissements diflcrenls de *Jah dans fahas tfil creusa, il 
scruta» (à côté de Jàhal [même sens]), cf. cl. j'ôhaBa ffil chercha, il scrulu, 

il s'enquit dew, syr. 'p'^haB \\J 'p-ij^-i) , même sens. Cf. aussi cl. fôhasa et dial. 
j'ahar). 

''') M. Marçais fait remarquer que èàwila est à tous égards une forme aber- 
rante et il y soupçonne un vocable étranger. 



pmoni'tiqiii-:. 53 

moyen. — D'aulro part, le cas est exactement le même pour 
HÛ'jqal cfil éleva, il poi'la en haut, il soupesa 7"), cf. cl. Qàqala cril 
soupesa, il fut lourd, pesant^?, liébr. siuial, syr. tqal. La forme 
classique saqala, qui existe aussi, ne signifie que ffil pesa de la 
monnaie'^ et paraît elle-même empruntée au cananéen (^), tandis 
que ,s7/(/r?/ dialectal a aussi le sens de Oàqala classiquecf être lourd, 
soupeser 77. Le mot .s7/<yrJ existe, il est vrai, d'après une commu- 
nication personnelle de M. Marçais, dans toute la Syrie, l'Iraq et 
le Nedjd. Pour l'Iraq, la chose est d'autant moins étonnante 
qu'en assyro-habylonien la racine était régulièrement aussi s-q-l. 
Quant aux autres régions, la chose s'explique d'elle-même par 
un emprunt, puisqu'il s'agit d'un terme commercial et par con- 
séquent ff voyageur^?; cf. par exemple crumpa tf achètent (du latin 
comparare), qui r envahit tout le Midi de la France 77 (Grammont, 
La niêtalhèse dans le parler de Bagnères~de-Luchon , M. S. L., t. XIII 
[190/1], p. 85). Dans ces conditions il serait peut-être imprudent 
de risquer l'hypothèse d'une racine bilitère primitive *qal, de- 
venue ici s-q-l, là ô-q-l, étant donné surtout que l'arahe clas- 
sique possède les deux formes. 

On admettra donc que, dans quelques-uns au moins des cas 
tels que lâtas-lata9a , il s'agit de survivances d'une langue plus 
ancienne encore que l'araméen. Le principe de la constance des 
lois phonétiques sera sauvegardé par là même. 



B. ^=cy. 

Le t représente f et (la plupart du temps, comme on vient de le 
voir, l'interdentale 6) du classique. Il s'articule d'une façon iden- 
tique à t français et ne subit aucune altération spontanée (^), pas 
plus dans les mots d'origine classique que dans ceux de prove- 
nance syriaque. Ex. : tî?i w figues w <cl. tïnu"; sàtçl ffil planta 77 

<:syr. s'6al [s/s'-t-l)^ cf. hébr. sâ9al tfplantavitn; etc. 



G. cf=:>. 

d, correspondant sonore de t, continue d (:>) et souvent, ainsi 
qu'on l'a vu, l'interdentale d {^) classique. Il s'articule dans la 

^') De même en syriaque on a également s^qal a côté de fqal (même sens) 
(aram. bibl. l^qal). 

('■'^ A la difl'érence de quelques dialectes maoliribins dans lesquels t a passé 
à l'affriquée l (ts), cf. Marçais, Tlemccn, pp. i3-i/i^ Coiien, p. 21. — Aussi 
à Hébron (Palestine), d'après Bauer. 



5^ PREMIÈRE PARTIE. 

même région que t et, comme lui, ne subit aucune altération 
non conditionnée. On le rencontre en toute occurrence aussi bien 
dans les mots d'origine classique que dans ceux qui sont em- 
pruntés au syriaque. Ex. : dàhalrril est entré i^ ■<. c\. dahala ; dallîl 
ffrare ( parsemé )ii ^syr. dalltlâ; etc. 

d provenant de (t disparaît à l'impératif singulier féminin du 
\erhe 'àhaâa ffil a prisât» : hâi au lieu de *hndi <c ç\. htïâï; d: est 
tombé ici avant d'avoir été affermi en d dans notre parler (*hâ-J, 
d'où hâi (^)), et à Tlemcen et Tunis hû ce prends^^ (Marçais). Comme 
les formules très usitées, ce tenue est en dehors de la phonétique 
régulière, cf. par exemple frç. M'simi pour Monsieur. De même 
les cl. alladï crqui^^ et hâdà w celui-ci, cev ont perdu à Kfâr\abîda 
leur d et sont devenus 'elle (ou 'él-) et ha- ^^K 



D. ? = lô. 

La sourde /, correspondant emphatique de t, continue le clas- 
sique / (b) et subsiste sans changement dans notre parler. C'est 
une consonne très forte, et pour ce motif elle remplace quelque- 
fois dans certaines positions d'autres dentales ^^\ mais l'inverse 
n'a pas lieu. 

Pourtant elle passe à t dans les mots suivants : tâ'/qa rr petite 
fenêtre ronde, lucarne ^ •< cl. tâqatu" (pers.); ta/q cfle tour^? 
(dans hamsîn tâ'lq rr cinquante tours, mouvements circulaires ^î) 
< cl. tàqu" (pers.) ff arcade, arche ^?('^); târajq (à côté de tara' /q) 
ffil frappa '7 <:cl. tàraqa; tàrrah ffil a cédé, il est revenu sur ses 
pas (en labourant)??, cf. cl. tàrraha. Dans tous ces exemples, il 
s'agit probablement d'une dissimilation : l'emphatique subsé- 
quente dissimile l'emphatique qui précède. 

A part l'exemple tajqa, t apparaît régulièrement à la place de 
la dentale simple t dans les mots empruntés aux langues étran- 
gères. Ex. : tâulé ff table??, cf. ital. tavola; tromba cr pompe à in- 
cendie ou pour puiser l'eau ^?, cf. ital. tromba; bouffa riposte, cour- 
rier??, cf. ital. posta; bantalon, cf. frç. pantalon; data, cf. frç. dot; 
yqebtân (turc), cf. frç. capitaine ; ton" , cf. frç. tonne; bônt, cf. frç. 
pont; etc. Cette substitution phonétique était connue et pratiquée 
dans l'arabe classique : cf. cl. qîràtu" rie poids d'une graine de 



(') La voyelle longue s'explique par l'analogie, cf. t'ai rrviens'?; voir p. 68. 

(^) Cf. 'élli za ff celui qui est venu 5? au lieu du cl. alladï iaa; halktàb te ce 
livre 55, cl. hàcta-l-kitàbu. 

^^i Notre parler tend en effet à afibrmir les dentales ou à les maintenir 
occlusives : t, 6 :>> l ; d, d^>' d; d , z"^ fj. 

('') Ce mot subit le même traitement chez les Juifs d'Alger; cf. Cohen, 
p. 9/1. 



PnONKTIQUR. 55 



caroubier ■)7, jjrcc xepctTiov; hatriyarku" r patriarche w , cf. grec iraTpi- 
oipyji? ; tjlasmu'' ce talisman ^^ , cf. grec (Ts)Tè,Xea-(xévov ; etc. 



E. d 



LT' 



Comme z, Tocclusive emphatique (/ n*a déjà plus en classique 
son ancienne prononciation de spirante interdentale emphati(|ue 
(([u'on trouve encore conservée dans quelques dialectes bédouins). 
Toutes les langues sémitiques, sauf l'arabe et l'éthiopien, ont 
déjà remplacé ce phonème difficile à réaliser par d'autres pho- 
nèmes : l'hébreu et l'assyrien par s, et l'araméen par ' : arabe 
'(irdu'\ hébr. 'c'm, aram. V(r*^-rt cr terrer, etc. 

A Kfàr'abîda, ainsi que dans tout le Liban, sauf dans le dis- 
trict de Ghouf (cf. p. 87), d s'est toujours maintenu avec sa 
prononciation classique. La conservation paraît étonnante dans 
un pays oii la langue syriaque, qui ne possédait plus depuis 
longtemps (/, a exercé une grande influence pour avoir été 
pendant plusieurs siècles la seule langue nationale. On s'atten- 
drait en effet à ce que d de l'arabe classique fût remplacé au 
Liban par / qui était familier aux populations parlant syriaque. 
Mais cette conservation s'explique sans doute par la grande im- 
portance qu'attachent les Arabes à l'articulation caractéristique 
du pbonème dM\ par le fait que d était sans doute spirant [d) 
comme il l'est encore chez les Bédouins, ce qui explique qu'il 
ait le même sort que z (voir plus haut) , et en partie aussi par 
l'influence de la langue classique, dont l'étude a été fort poussée 
dans les régions libanaises du littoral. Les Libanais, pour ne pas 
rester inférieurs à leurs vainqueurs et pour être mieux compris 
d'eux, ont dû s'efforcer dès le début de prononcer correcte- 
ment le phonème d qu'ils ne connaissaient pas; devenus avec 
le temps plus familiers avec la langue arabe, ils sont arrivés à 
articuler d sans aucune difficulté. Au contraire, dans quelques 
villages du nord du Liban où l'arabe classique est encore peu 
étudié et où par contre l'influence du syriaque est encore 
considérable, d classique est généralement prononcé comme 
la dentale d; quelquefois, en revanche, par réaction et fausse 
restauration, on prononce bien le d là où il doit l'être, mais il 
arrive qu'on le substitue à un ^ classique. Ainsi personnelle- 
ment j'ai entendu plus d'une fois prononcer à Ehden et à Has- 
roun : hàido woeuf^? <: cl. bâidatu"; qâdo f^juge^? < cl. qâdi''; 



^') L'articulation de d paraît en effet tellement spécifique de l'arabe que , 
pour les écrivains contemporains et anciens, savoir prononcer le dâd est un 
certilicat de nationalité arabe. 



56 PRI'MIÈRE PARTIR. 

mais hôddo ffje veux^^ au lieu de hùildr; mâdo ffil est passée de 
cl. madâ, etc. 

(/ continue dans notre parler le d classique et il a souvent pris 
la place de 2^^^, ainsi qu'il a été dit plus haut (cf. p. 87); il re- 
présente aussi la plupart du temps la dentale simple d dans les 
mots d'emprunt ^-^. Ex. : (lïinûnâda) laimîinâda , cf. frç. limonade ou 
ilal. limonata; mûda, cf. fiç. mode; màdâma, cf. frç. madame; londrâlu 
ff contrat?? <^^Jmndrâfu (par assim.) ^^\ de Tital. contralto; etc. 

(/passe à <l dans les exemples suivants w/f/i^/? ffil ritw <: cl. 
dâJiika; déyn whaine?? < cl. diynu'^; ràkad ffil courut?? -< cl. râkada. 
Il s'agit, dans les deux premiers exemples, d'une dissimilation 
d'emphatique par une autre; h et y doivent être en effet consi- 
dérés souvent comme des emphatiques. Ils l'étaient en tout cas 
à l'origine. Quant à râkad, il pre'sente le cas déjà signalé d'assi- 
milation suivie de dissimilation : râkada > ^rakadaz^- ràkad. Pour 
le passage de d à d dans dàfd^i ff grenouille?? <: cl. dafda''atîi" 
{]^\. d/âde"" -< cL dafâdihi), il s'explique sans doute par une action 
assimilalrice. 



CHANGEMENTS COMBINATOÏRES. 



1° Assimilation. 

a. Assimilation partielle en contact ou à dislance. — 1 . La dentale t, 
provenant de / ou de ^ classiques, s'assimile en / emphatique dans 
le voisinage d'une emphatique : — a) régressivement à distance : 
tâfia tf bourgeon, éruption de boutons?? << cl. tâfratu'' ^'^^ -, tâur^^^ 
ff taureau?? ^c*tàfir <: cl. Qàuru" ; toymé ff hiérarchie, cbœur des 
anges?? <csyr. teymâ, gr.Ta/j^ta; icir ff revanche, vengeance?? <z*lâr 
<cl. 9a ru'*; tâhûr ff groupe d'hommes, division militaire?? < néo- 
cl. tàbîiru" ^^^ : tnâs ff douze?? <:^tnàs << cl. iOnâ'^àsara ; tlatâs ff treize?? 

(') La confusion de z et de d doit être très ancienne, puisque déjà au 
xii" siècle Al-Hariri en parlait dans sa Séance àG (Séance d'Alep), en donnant 
tous les mots arabes qu'on doit prononcer avec z et non avec (/. 

(^) Ceci résulte d'un phénomène psychologique inconscient en vertu duquel 
d arabe est censé être à d étranger ce que t. arabe est à t étranger et q arabe 
à /.; étranger (lat. c). 

(^^ On attendrait *'lqondrcttu. 11 y a sans doute ici encore dissimilation d'une 
emphatique par l'autre. Voir plus haut, p. 5^i. 

W Cf. p. 5o-5i. 

'^^ Tout se passe donc comme si le mot dialectal idur avait été emprunté 
ou grec ravpo? (iat. taurus) , ce qui n'est pas. 

^'^^ Toutefois iâbûr provient du turc tàbâr cftroupe de soldats, bataillon 
(composé de raille hommes))?. Kxisle au Maroc depuis le milieu du xix* siècle 
(Marrais). 



l'IIONKTIOl i:. 57 

<: *lIal(U << cl. Salàt(i{la) Wrnra ^^^ (ot ainsi de suite jusqu'à dix- 
nouf inclusivement); Uirtàr cr espèce de saucer < turc tamlùr 
(où Tassiiuilation est tolale) fc espèce de salade composée de 
lait caillé, d'ail, d'herbages frais, de noisettes pilées, etc. tî. — • 
b) progressivement à distance : '/qàjht «\\ se contracta, il prit 

un air sévère, il boudai <: *'/qàJat < syr. q"(paS (\/<7-Jo-^0 ^^' » 
cf. cl. qahmla et vulg. qahal cr tressaillir de joie ou de peurw; 
'/qâsta r crème de laitw < '^'jqàsta < cl. qûsdatu" (avec assimi- 
lation de d en t, qui à son tour s'assimile en / sous Tinlluence 
de 7-'^'); 'ahtbût w polype i? < turc 'âhlâpodi, cf. ^r. okioœo- 
St(ov) : ici il y a eu d'abord assimilation du premier t qui se 
trouvait en contact immédiat avec h et ensuite assimilation to- 
taie du / (d) final en / sous Tinlluence du premier t; \ihlat cf im- 
berbe i? -< cl. \iJilalu, croisement avec ^indat (même sens) <: 
cl. \iinlatu (cf. l'expression dialectale 'dhlat 'âinlat crtout à fait 
imberbe»). 

t s'assimile assez souvent en ^/dans le voisinage immédiat d'une 
sonore : — a) régressivement soit en contact soit à distance : Jodr 
w espace compris entre l'extrémité du pouce et celle de l'index, 
palme» -<. cl. fitru" ; inâ^/dzar ff négoce» << ci. màtzani" ; dery allé 
ff tourterelle , ramier» <: tiryallatu". Ce dernier mot, qui n'est pas 
classique et qui est donné par quelques lexicographes comme un 
emprunt, doit être une déformation du mot syriaque tarnâylâ 
wcoq, huppe», avec meta thèse de tarnâylâ en *taryânlâ et assi- 
milation de -7Û~ en -//-, d'oii tiryallatu", et enfin, par as- 
similation de sonorité, deryâllê. — b) progressivement soit en 
contact soit à distance : bord^jqân w orange» <: buriuqànu'', cf. 
turc portiiqal; hàdçd (nom de deux gros villages libanais) par 
assimilation totale <: ^hàdet ■< cl. hâdaÔti" w nouveau» (cf. Car- 
thage = Villeneuve, Castelnau, etc.), cf. syr. hadeô (plurium ur- 
bium nomen). 

2. f/ représentant surtout (f classique '^*\ s'assimile en (/em- 
phatique dans le voisinage médiat ou immédiat d'une empha- 

(^) L'empljatisation de t en t dans les noms de nombre composés s'explique 
par le voisinage de ' qui, avant de tomber par dissimilation (cf. p. 21) , a em- 
pila tisé le t précédent. 

^-^ A moins qu'on ne fasse venir directement 'jqiffat du syr. q^<pat malgré la 
nuance diflerente du sens crii tressaillit de peur (ou de joie)". 

(') Cf. l'algérien hàfet wpapier» -^cl. kàjidu" dans lequel (/ a passé à t qui 
à son tour a été empliatisé en t sous l'influence de y. 

'•■''^ Etant donné que (t était le correspondant emphatique ded, on s'explique 
sans dilïicallé que (/ se rencontre dans quelques mots à la place de d dans notre 
parler, tandis que c'est le contraire qui se produit en Arabie méridionale, où d 
classique perd souvent son emphatisation et se prononce comme d (cf. Lano- 
8î;ro, DaOinah, p. 1898). 



58 PREMIÈRE PARTIE. 

tique, d'un r ou des arrière-velaires 7 et h ^^^ : — a) régressivemenl 
soit en contact soit à distance: \'uJra «vierge, la Sainte Vierge t? 
<; cl. ""aârau; nôdr wvœu^^ <<cl. ntdru"; dohn w mémoire 17 <;cl. 
ctihnu" (ici l'assimilation est due sans doute à la tendance géné- 
rale à remplacer <f par d). Quant à dàm"" tf il est resté, il n'a pas 
cessée, il s'explique par une contamination avec le dialectal dâl- 
(même sens), cf. cl. zàlla; il ne provient donc pas directement 
du cl. dama. — h) progressivement en contact : hardûn ff lézard w 
cf. cl. hirdàunu", cf. syr. hardânâ; 'jqaflqdàn ff écureuils? ■< qar- 
qadûmi" ; horda ff ferraille, menue marchandise ^^ < turc hurde; 
fâhd fc cuisse 17 <: cl. JàJutu"; — à distance : hécldr «il est en- 
gourdi ?? (en parlant du corps) <: cl. hâdira; '/qonfod «hérisson^-» 

< cl. qûnfudu'' ; "dada ff contrefort (d'un édifice )?î avec assimi- 
lation totale, cf. cl. ""àdada ffil a fortifié 77; (féd'^ ff adversaire i? 

< cl. diddu". 

d s'assimile quelquefois en t dans le voisinage médiat d'une 
sourde. Ex. : safat ffil a pardonné, il a abandonné son droit» 
<:syr. s'(paS, \/s-p-d ffil a jeté, il a laissé?? (ici l'empbatisation 
de s initial s'explique par une contamination avec le cl. sâfaha 
même sens); saffilt fc planchette, broche en fer pour les métiers à 
tissen? <: cl. sajfûdiC^. 

Quant à hàt ffil a grondé, il a menacé??, il provient probable- 
ment, non pas du cl. hàdda, usité seulement dans ce sens au 
thème hàddada, mais plutôt du cl. hâthata ffil a grondé un cha- 
meau?? (en lui disant A«? te, mots dont on se sert pour faire 
venir les chameaux à l'abreuvoir). 

/S. Assimilation totale en contact. — 1. t s'assimile entièrement 
en / à un autre t subséquent ou précédent, en d et en ff h un 
autre d ou d subséquents seulement. Ex.: 'tîr fftu voles?? < cl. 
tatîru; rhâttu cf je l'ai attaché?? <: cl. rahàmhu; ^dâhraz ffil a dégrin- 
golé?? -< cl. tadâhraza; wod^ ff piquet, pieu?? -< cl. wàtadii" dojà 
dans le dialecte du ^edjd à l'époque ancienne {Sihâh); tWdyùra 
ff trois couvenis?? << cl. 6alâ6at{u) diiytirati^; ''arbôd ddwûd (à Kfar 
^abîda, nom d'un terrain tourné vers l'occident) <c syr. "arh'Oà 
ff région occidentale?? -|- ^/âw;ï<5' ff David ?? ; ''(fârbu ffils se sont frap- 
pés?? <:cl. tadàrabû; etc. 

2. d s'assimile entièrement à un t qui le suit immédiate- 
ment. Ex.: uzél^ ffj'ai trouvé?? <<cl. wazàdtu; mit tain ffdeux medji- 
dié?? au lieu de rn{a)zuliyam ff monnaie d'argent turque?? (d'une 



(') Celle influence d'emphatisalion indique que les arrière-vél aires y et h 
élaient sans doute à l'origine des emphaliques (et de même h et '). Cf. plus 
haut, p. 50. 



PHONÉTIQUE. 59 

valeur d'environ A fr. Go)^^); zçttê rcma grand'mèrew <;cl. zàd- 
(lalï; si'Uek ce ta |;rand'nière^ , avec chute après réduction du (groupe 
-ait/ ■< cl. sahjlddtula. 

il s'assimile aussi à n dans *^çnna wcliez nous = nous avons t» 
<c:*^énihia <:cl. ""indanâ, avec assimilation de d et fusion avec les 
deux autres n; c'est donc le second n de *''éndna qui, par la pro- 
duction du complexe -7idn-, a amené la réduction à rm, car dans 
toute la série des concours de dentales et nasales-dentales "éndn 
ffj'ai^i, V'mM fcchez toi = tu asi^,etc. , d ne tombe pas. (Explica- 
tion suggérée par M. W. Marçais qui rappelle aussi spânâ= cepen- 
dant en parisien de la conversation.) 

d enfin est assimilé à la sourde s dans ma^âs' cmI n'a pas cessé ^5 
<cl. mâ-\-''âda-\-s, avec assimilation ded après assourdissement 
(également tunisien d'après M. Marçais). 

3. Le groupe dt {zt) s'assimile en // (assimilation réciproque). 
Ex. lidiâp crje me suis levé ^5 < cl. nahâdtu;yqàuttê ^r mai chambre v 
au lieu de *'/qâudtè , cf. turc oda; hfàttu wje l'ai appris par cœurw 
<c*hfàdtu < cl. Jjafiztnhu; '/qbàtta ffje l'ai touchée w (en parlant 
d'une somme d'argent) <: cl. qabàdtuhà ^^). 

2" Dissimilation. 

1. La sourde t se dissimile en d dans le voisinage soit médiat 
soit immédiat d'une sourde subséquente ou précédente. Ex.: déJdé 
ff lacet qu'on passe dans les coulisses du pantalon pour le serrer 77 
< cl. tikkatii"; mdàh^ ff passe-lacet ^^ < cL miiàhhvJ' ; Josdojq ff pis- 
tache w ^^fustuqu", cf. grec "SfKjldxtj; ndàkes ff il rechuta 77 <: cl. intà- 
kasa (les sujets parlants ont cru dans la suite que d faisait partie 
de la racine, ce qu'ils ont mis en évidence dans les formes dérivées 
comme dàkse' ff rechute 1? et madkûs ff qui a rechuté 77 au lieu de n/ik- 
satu^el manhhu" ; Terreur vient de ce qu'on a cru voir dans ndàles 
<:cl. intâkasa le VIP thème, alors qu'on a en réalité le VI1I% la 
racine étant nàkasa et non *tahasa). 

(^) Les sujets parlants imaginent à la finale de mazidïyyJ^ et des mots sem- 
blables la présence latente d'un t qu'ils font apparaître au duel et à l'état 
construit. Ce phénomène, assez fréquent, s'expli([ue par le fait que dans notre 
parler faboulissant dialectal de -i final et de -a«w" est également -è. Gf hûrsé 
ffchaise» au lieu du cl. hursiyuP' qui devient avec un pronom afïixe kurstçk cria 
chaise?) ; etc. (cf plus bas : Annexion des suffixes). 

(^) L'assimilation des deux dentales contiguës est connue de tous les dia- 
lectes arabes modernes (cf. Marçais, Saïda^ M. S. L., t. XIV, p. 11/1: Tlemcen, 
p. 2 4) et aussi de toutes les langues sémitiques, où généralement c'est la 
deuxième qui s'assimile à la première. Cf. cl. iltàrada pour *ittarada ffelle 
suivit son cours?? (en parlant d'une affaire) du verbe tarada; iâdakara ffil s'est 
souvenu» pour *idtakara, du verbe dakara. Cf. Vollers, Schriftsprache und 
Volkssprache im alten Arab. 



60 PREMIÈRE PARTIE. 

Quant à dàfar ce fossette au milieu de la lèvre supe'vieure qu'on 
enlève à Tânon^^, il pourrait représenter le cl. tûfratu" (même 
sens) avec dissimilation de t en d, (Jui à son tour se serait em- 
pbatisé en d sous Tintluence de r. De même tûh wmal, dommage, 
perte, défauts et le dénominatif tàuwdh wil a fait mal, il a rendu 
malade w pourraient provenir du cl. dàhi [\/d-w-k) ffil est ma- 
lade w, mais plus probablement encore du syr. tuMâ te dommage, 
défaut, pertes?. 

Il faut citer aussi tsârîn (plur. de tesrîn) w automne, octobre-no- 
vembre w (cf. syr. tïsr'in)^ qui à Kfar*^abîda est prononcé par quelques 
personnes dsàrîn. 

Le groupe tt se dissimile quelquefois en nt^^\ h. Ex. : ntàka wil 
s'est appuyé w -< cl. ittâhaa <c*iuiakaa,Nl[l^ tbème de wâkaa; 
monthé crs^appuyant^î ^ccl. mûttalniC -<.*m\intahiiC' ; ntâkel cril s'est 
confié àw ■< cl. ittàhala <^*iutakala , VHP tbème de wàkala; llàfo'lq 
ff il s'est mis d'accord aveci^ -< cl. iltâfaqa <^*iutafaqa, VHP tbème 
de wàfaqa [iuajaqa devrait aboutir ai*ntâfd'/q, il y a eu une seconde 
différenciation de nt en U^^'>). 

^. d se dissimile en ti^^ dans le voisinage d'une sonore dans 
tezJchn w rênes, bride '•) <: turc dizkïn; hailenlân ff aubergine 77 <: turc 
padindzàn (ou patildzàn) , ce dernier exemple s'explique plutôt 
par une e'tymologie populaire; on a cru y voir deux mots diffé- 
rents : bait-i-enzân. 

d se dissimile en wdans bandé ff éclat de pierre?? <cl. hûddatu'' 
ff portion d'une cbose??; il tombe par dissimilation dans le mot 
zazê ff poule sauvage?? plus exactement ffcanepetière?? qui repré- 
sente le cl. dazazatu". La cliute de d s'explique ici, comme il a été 
dit plus baut (p. ko), par le fait que la prononciation dialectale 
du cl. dazàzatiC' (devenu dans le parler dzazè) aboutissait au 
groupe d-{-z, que notre parler ne connaît plus'^). 

d disparaît aussi par dissimilation (ou plutôt par tendance à 
Tisosyllabisme) à la finale de tmàdda tfil s'est étendu par terre?? 

(') On a déjà cité pour des faits analogues, p. /i5; cf. Zimmern, Verglei- 
chende Grammatik, p. 3A-35. 

(-' Cf. cl. itlazaa ffil s'est couché sur le côtén <c*idtaia'a, VHP thème de 
flâza'a qui, d'après Al-Mâzinï, devient chez quelques tribus arabes iltai'a (cf. 
'A(irabii-l-mawàrid). 

^') Cf. R. DuvAL, MaHûla {Journ. asiat., mai-juin 1879) : blàta «pays» au 
lieu de biladu", ci warta frrosew au lieu de ivardu". 

('') C'est de la môme façon que doit s'expliquer nia a cril s'est renversé en 
arrière, il s'est couché sur le côté?) < cl. indaiaa. Après la chute du premier o, 
on avait un {jroupe di qui tendait à s'éhminer, cf. p. ^10, note A. A Alep, où ^ 
est encore prononcé dz, on a dzadié, au lieu de ^''diâdzè, avec chute de '' initial 
tant par dissimilation qu'à cause de la faiblesse de '' initial dans le p^roupc 
dz. 



PIIOiNKTIQLK. Gl 

<: cl. lamâdilada (dans le proverbe : Cànki wolimsm uïàu fashtârn 
lymlda wolm/idda uldn d'/(jf/ql((rn ffdîne le soir et marche ne fût-ce 
que deux pas, inan||e à midi etélends-toi ne fût-ce que deux mi- 
nutes^? )(^l C'est sans dou(e par analogie avec lyâdda que tamâd- 
dada est devenu ici linâdda, d'a[)rès (massa ressemblant à l'dsm. 
Dans le langap,e ordinaire, on prononce toujours en efl'et tnu'ul- 
dçdi'^l 

^^ semble se dissimiler en y dans dâyçd rr ils'esl opposé à ^7, cf. cl. 
dâdda, \W thème de dddda (tcrtiac geminatae); mais en réalité il 
s'agit d'un changement morpliologique d'après le modèle </m/rt/rt ^-^^ 
(^(Uujada d'od dàijed , ce qui est en somme l'équivalent de Vaf</«Jrt=^ 
^dayyada. La syllabe longue de position a été remplacée par une 
longue de nature avec simplification de la géminée). 

3. (/ semble se dissimiler en t dans :nàhal fc pouls??, cf. cl. nâ- 
badu"; ina/qrat ff ciseaux??, cf. ci. miqràdii", et nàtar wil a attend u^?, 
cf. cl. nàzara (employé surtout an tlième intàzam). Mais en réalité 
nous avons dans les deux premiers cas un phénomène d'étymo- 
logie populaire: nàbadu" a été transformé en nàhat elniiqràdu" en 
majqrat, parce qu'ils ont été rapportés aux racines îiâbafa rril a 
jailli?? et qàrata rril a coupé?? (cf. syr. qârûtà ff ciseaux??). Quant à 
nàtar ccil a attendu??, le ^nadar que l'on attendrait a été — évi- 
demment sous l'influence du verbe qui correspond en syriaque à 
nàzara, savoir n7«r (déjà en araméen biblique) ^'^) — remplacé 
par la forme en /. 

On ne peut naturellement admettre non plus la dissimilation 
de (/en /f dans màhnidd (ou fréquemment màhmdh) wil s'est rincé 
la bouche??, cf. cl. màdmada (même sens). Le fait peut être dû à 
une influence syriaque. On sait en effet que ce qui correspond 
régulièrement en syriaque à un certain (/ c'est *y\ or ^y n'est que 
la sonore correspondante de h, avec lequel elle permute souvent 
ainsi qu'il a été dit plus haut. A moins encore que l'on n'ex- 
plique le fait par une étymologie populaire : //m/Wa ffil a agité 
(le seau dans le puits), il a baratté (le lait)??. 

(') D'après M. Marcais, c'est partout ainsi et sans doute ancien. 

^-^ Ou bien il s'agit d'une «superposition syliabique», cf. cl. taqâddà, au 
lieu et à côté de taqâddada wil s'est abattu sur?? (en pariant d'un oiseau de 
proie); laqàbbà, au lieu et à côté de taqahhaha «ril a la forme d'une coupole w 
(en parlant d'un édifice); dâUà, au lieu et à côté de dâllala crii a choyé??. 

(^- Le thème qaitala, assez usité en syriaque, se rencontre quelquefois en 
arabe et davantage encore en éthiopien. Voir Zimmern, Vergl. Gramm., p. 87 et 
99. — Cf. les dialectaux 'jqaied «il a fait asseoira; baied «il a éloignéw; tâ'dç" 
«il a fait monter n. Voir plus loin. 

^^) Le changement de (/ en t est constaté dans quelques dialectes arabes mo- 
dernes. Cf. Landberg, Dadînah, p. 1190, note; Marçais, Textes arabes de Tan- 
ger, p. 878 ;CouEi\, p. 64 et 72. 



6^ PREMIÈRE PARTIE. 

V. LABIALES. 



CHANGEMENTS SPONTANES. 

Comme la langue classique, le parler de Kfar'^abîda ne connaît 
actuellement, à part m, que deux labiales :1a sourde spirante/et 
la sonore b^^K L'occlusive sourde jl» du sémitique commun, qui, 
on le sait, dès une époque fort ancienne, a passé en arabe et en 
éthiopien à la spirante sourde /, n existe pas à Kfâr'^abîda non 
plus que dans tout le Liban. 



A. /==o. 

1. Quand il s'agit de mots d'origine arabe,/ représente tou- 
jours ô classique. C'est une spirante denli-labiale analogue à/ 
français dansy«?Ve par exemple. Il est généralement maintenu à 
Kfar'abîda, et ne passe jamais à v français ni à /3 devante, z et z, 
comme M. Mattsson l'a constaté, paraît-il, à Beyrouth. 

On Ta déjà vu (p. âg-ôo), au cl. /s'est substituée quelquefois 
la spirante dentale 6 devenue naturellement t dans notre parler. 

2. Quand il s'agit de mots d'origine syriaque, /représente 
d'une façon générale p ( = »S) syriaque, spirantisé ou non. Ex. : 
làffbt cfil s'est excite', il s'est agi lé 77 <syr. lappet; jùslel ffil adonné 
un croc-en-jambe?? <^syr.paskel;fàrat cf il a décousu?? <: syr.p^'rat; 
""(ijor wil a glané?? <;syr. ^appar; far juta rc miette de pain?? <:syr. 
parpiitâ ; farfliîn rc pourpier 1? <c syr. parp'hlnâ [p ers. parpahan, arabe 
ci. farfahu"); etc. 

3. /représente parfois b syriaque spirantisé ou non. Ex. : tàf 
ril a crache'?? (surtout en parlant du sang) <c syr. tâ^^'^\ arani. 
bibl. tû(p; fàkçh cril a marché en boitant?? •< syr. byah (cf. aussi 
pyah signalé comme archaïsme ) ^^K 

^') m qui est aussi une labiale, mais qui en même temps est une nasale, 
sera Irailé plus loin avec les liquides et nasales. 

(^' Il est à remarquer que l'arabe cl. possède aussi lajala qui a pu contaminer 
fajS dans le dialecte. 

^^' Ces exemples apparlicnncnt évidemment à une autre couche d'emprunts 
que ceux où p est rendu par/. Cette couche est plus récente, cf. hanlalon, etc. 



IMIOiNÉTlQUE. 03 



B. i = o. 

1. Quand il six^it de mots d'origine arabe, b représente tou- 
jours ^ (v) classique. 

C'est Tocclusivo labiale sonore, pareille au b français dans 
blâmer, beau, etc. Le sujet parlant a conscience de prononcer 
toujours une sonore dans toutes les combinaisons ^^l Je ne con- 
nais pas de cas où b soit spirant à Kf'ar'^abîda, comme on Ta 
constaté dans d'autres dialectes modernes, au Magbreb en j)arti- 
culior^'^l C'était pourtant la prononciation habituelle en syriaque 
à l'intérieur des mots après voyelle. 

2. Quand il s'agit de mots d'origine syriaque, b représente 
en général v:> syriaque, spirantisé ou non^^^. Ex. : thâbdr ffil s'est 
associé avec^? <syr. 'côhabbar; hâblé crvapeun? ^syr, he^lâ; 
lâbût f râcloir (du laboureur) i?, avec agglutination (par confusion 
populaire) du l de l'article < syr. 'à[3u9â; etc. Pourtant on a réwdh 
ffil a senti mauvais ?? < syr. r'(3ak {\J r-b-h) contaminé par ar. 
ràha cfil sentit i?; hwàis crfaséole^?, dimin. du syr. ha^sâ; ""cmdè 
ff petite propriété cultivée ^^, cf. syr. "^^âSâ. Dans tous ces mots 
le /S [b spirant du syriaque) a été adapté en w; il devient évi- 
dent par là qu'il y a plusieurs couches d'emprunts syriaques 
dans notre parler. 

Quant à rtâwê ff fraîcheur ^7, en face du c\. ratâbatu", il s'ex- 
plique par le croisement de ce dernier avec le mot également 
classique taràwatu" (même sens). 

3. Dans les autres cas, b représente l'occlusive sourde j.» des 
mots d'origine étrangère, syriaque surtout. Ex. : biilâd ff acier, 
rasoirii (aussi classique et sans doute ancien) ■< syr. pïilâSâ, cf. 
pers. pùlàd (arabe c\. Julâdu"); ràbs ff pelle?? < syr. ra(psâ (cl. 
ràjsu'')] bôrsân cf hosties?? < syr. pursânâ; /rtri!»m(^^ ff petite branche 
feuillue??, cf. < syr. tarpûnâ, dimin. de tarpâ ff feuille d'arbre??; 
basset ffil a étendu par terre?? <syr. passet; bor de frç. jyor^; boni 
de frç. pont ou '\iû, ponte; bantaïon, de frç. pantalon ou ital. panta- 
lone; sâbûn ff savon??, cf. grec (jcœcjûv^ lat. sàpo (arabe cl. sâbiinu''); 

(') Ce qui n'empêche pas l'existence objective d'un b sourd {= p) dans cer- 
tains cas, par exemple rapt (faction de lier 55 (au lieu de rabtu")\ hàp"' ff grains?) 
(au lieu de habbu"). Les géminées seules ont une tendance à s'assourdir à la 
finale. 

(-) Cf. Marçais, Saida, M.S.L., t. XIV, p. 119. 

^^) Sur la prononciation actuelle des occlusives b, p, d, t, g, k en syriaque, 
cf. p. 39, note 1. 

^''^ Dans certaines régions libanaises on dit tai^bûn. 



6à PRE3I1ÈRK PARTIE. 

b/ista cf poste -^î cf. iisil. posta; bôfrol de Çrc. pélrole; bydnii de frr. 
piano; etc. 

U, b représente enfin assez souvent v dans les mots d'origine 
e'trangère, ce qui est naturel étant donné que notre parler 
ne possède pas plus le v denti-labial que le v bi-labial (/S). Ex. : 
bmbu, cf. ital. bravo; ^ablba, cf. ilal. evviva; ['a)bïilâlu, h côté de 
{'afûkâtu), cf. ital. (tosc.) avvocato, le t au lieu de / s'explique par 
la prononciation toscane th; etc. 

5. b apparaît à l'initiale d'un mot d'emprunt, bostràinê 
ffe'trennesi7, sans doute de V'iIîà. pe{i-) s tienne pris pour un seul 
mot. Le groupe -(rjstr- ne pouvait naturellement pas se main- 
tenir, et du reste le premier r était dissimilé par le second. 

Quanta mb/ila r^ouii?, il provient du cl. bàlà, et ne peut être 
originairement qu'une forme initiale de phrase Les lèvres étant 
fermées et s'ouvrant biusquement pour la prononciation de b et 
le voile du palais étant baissé comme il l'est généralement chez 
les Orientaux ^^^, il s'est produit un b nasal avant l'occlusive, pho- 
nème dont on a pris conscience et qui s'est consolidé dans la 
suite. 



CHANGEMENTS COMBINATOIRES. 



1° Asstmitation. 

b s'assimile en m dans le voisinage médiat de la nasale n. Ex. : 
ma'/qdûnes (à côté de ba^jqdimes) ff persil •>■> -< cl. baqdUnisu^ (origine 
étrangère); mohhûn cmous serons 71 -<. [bi-\-)nahmu , où b (préfixe) 
par suite du voisinage de la nasale n est devenu m, tandis qu'il 
reste b aux autres personnes de l'aoriste : bhûn crje seiaiii, bô'tkân 
fftu seras77, etc. (et ainsi à la première personne du pluriel des 
aoristes de tous les verbes); môndâira (à côté de bôndàira) rr dra- 
peau?? <: ital. bandiera. Ces exemples montrent clairement que, 
pour la réalisation de l'assimilation de b en m, il faut qu'il y ait 
dans la même syllabe une nasale implosive. H y a assimilation 
complète dans iànr crà côtéw <: cl. zanbu'\ A 

Remarques. — 1. Il ne saurait être question d'assimilation 
dans imàhlar wil s'est enorgueillie, cf. cl. tabàhtara wil a marcbé 

(') Remarque faile par M. Meiliet à propos du grec cl de rindo-iranien dans 
un article dos Mémoires fie la Société de Linfjuistiqiie, t. Xlll , p. 32-33. 



PHONKTIQUK. 65 

en se dandinanb^, (lonominalif de hdhumdu", non plus que dans 
nw/qrâz (à côté de uiolical) cr calelièrei^ , cf. tuic haqraz. 

Le premier est un mot pilloresquc^'^, et le second un mot 
étranger (de même que malqduui's, cf. haqdûnisu"). La tendance 
générale à la nasalisation signalée plus haut explique suffisam- 
ment le changement de h en m dans ces mots de caractère plus 
flottant que les autres mots de la langue ^^l 

9. AwVmfftrou d'une aiguille?^, en face du cl. hûrbu", s'explique 
par la coexistence des deux racines voisines de forme et de sens : 
haraha et harania wil a percé 17. Dans notre parler, le mot signi- 
fiant ffchasT? a été rapporté à la seconde. Il n'y a là aucune es- 
pèce d'assimilation. 

3. (Jàb^ wil réunit, il ramassa 7^ ne provient pas non plus di- 
rectement du cl. (Jâmnia, mais a été contaminé par la racine de 
sens voisin dàhha. — De même 'Iqôh" w entonnoir '7, cf. cl. qûmhi" 
croisé avec le cl. qûh^u" ff clairon, trompette^^, et le syr. qu[3^â 
fc capuchon, bonnet conique ^n — Comme au Maroc, le cl. zil- 
hâbii" crrobe de dessus très amples? semble subir une chute 
de h par dissimilation de b final (^^, et devient à Kfar ^^bîda zellâ- 
bîije. 

k. On la déjà vu ,/ à la finale paraît s'assimiler entièrement en 
s dans nos? tcmoitié^? au lieu de cl. /itts/w";/ géminée se réduit 
dans le mot hâf rr secw (cf. hobz hàf^^dÀw sec>î) <:cl. hàffu" qui ne 
pouvait subsister tel quel : ou bien la voyelle restait longue et 
la géminée se simplifiait; si la géminée avait subsisté, la voyelle 
se serait abrégée ^^\ - — - On ne peut guère voir une assimilation 
dans ; bàlph ffil a aplati 71, cf. c\. f/dtaha (fârtaha); barbûr^^^ 
ff mou ton, agneau 1?, cf. cl, furfûru" ; zbîra «: ^orieîeuiWe , sac de 
cuir (^^7 , cf. cl. zafïmtu", syr. guÇ>râ ff enveloppe de la fleur du pal- 
miers? . Il s'agit peut-être de ces alternances de p et de b que l'on 
relève quelquefois entre les diverses langues sémitiques, par 
exemple : aram. bibl. parzel fffer??, assyr. parzillu, en face de 

('^ Expressif. — (ww/ifar existe également en Algérie, cf. BEA()SSiER,Dtcïîonn. 
arabe. 

^^) Cf. ies doublets classiques : mâkhalu et bàkhatu cria Mecque^ ; Idzimu"^ 
et ldzibu"v: nécessaire"; râtimvJ^ et rdlibu'^ wsolide (affaire)»; etc. 

^^^ C'est Tavis de M. Marçais, Textes arabes de Tanger, p. 35 1-252. 

('') L'arabe classique connaît des syllabes ultralongncs (contenant une voyelle 
longue en syllabe fermée). Notre pailer ne les possède plus, cf. plus loiu : 
Voyelles. 

^^^ Cf. ar. cl. birru" «action de faire marcher les brebis?) et syr. parrà 
ff agneau ". 

^"^ zbira est attesté en maghribin d'après M. Marrais. 



l'.Vr.LEU l)K KFAP. ABIDA. 



66 PREMIÈRE PARTIE. 

hebr. barzel, syr. parzHâ, cf. ar. cl. Jlrzilu"; hehr. parlas wpuce» 
assyr. parsuû, syr. purta'^nâ, ar. cl. buryûSu"; etc. 

2° Dissimilation. 

h prend par dissimilation la place de m dans le voisinage 
d'une nasale labiale. Ex. : hnàm w sommeil, rêvew <:cl. manàmu"; 
bsîmé ff membrane qui enveloppe le fœtus 7? <: cl. masîmatu'^. — 
Quant h fébé fcil s'est évanoui 7') en face de cl. yûmnja et hfzçb 
ffil appliqua des ventouses?) en face de hazama, ils s'expliquent 
peut-être par croisement avec les racines yàbkja^^^ et hàzaba^'^'> 
(étymologie populaire). 

Inversement b est remplacé par m, grâce à une différencia- 
tion, dans homblâs ce grain de myrte w <<cl. hàbb-ul-âsi, cf. un 
phénomène analogue dans vieux-haut-aliemand sambaz-[tac^^^)^ 
de lat. sabbatum, gr. pop. (jctyL^oLtov de ad^^oLiov^ cf. aussi ar. cl. 
;îî7>^î/m" rr grande corbeille d'osierw ^zinbïlu", qu'il faut prononcer 
zimbïlu" et qui est en effet à Kfar^abîda zambîl. 

C'est sans doute aussi par une différenciation qu'il faut expli- 
quer l'exclamation '6/t froufl77 en face du cl. ^ûfi". Le second/ 
s'est légèrement déplacé (en 6) sous l'influence du premier; or 
on a vu que 6 aboutit à t dans notre parler. En tant qu'exclama- 
tion, le mot forme du reste à lui seul une catégorie. 



VI. SONANTES. 

/= J; r=;; m = p; n = ^j; w=^; 2/ = çf- 



CHANGEMENTS SPONTANES. 



A. Liquides : / = J et ^=;. 

Déjà les grammairiens de l'arabe classique semblaient con- 
naître, à côté des deux liquides / et r, une / et une r empha- 
tiques auxquelles ils donnaient le nom de mufahhamatu", bien 
qu'ils ne les aient pas désignées par des notations spéciales 



(') ff Avoir une défaillance clans l'intellect." 
^*^ «Cacher, voiler, couvrir.» 
^^) Aujourd'hui : sarns-tag. 



PIIOINKTIQUE. 67 

comme ils Tonl fait pour les autres emphatiques : ^ à côlé de «o, 
^ à côté de jj*», etc. Comme la plupart des dialectes modernes 
(cf. Marçais, Saïda, M. S. L., t. XIV, p. 120-121), notre parler 
connaît très souvent r et ((juel(|uefois) / emphatiques, qui seront 
notées dans ce travail par r et /. 

La liquide / représente J classique, et se maintient en gé- 
néral à Kfar'abîda tant dans les mots d'origine classique que 
dans ceux qui proviennent du syriaque. Comme dans la plu- 
part des dialectes modernes, / n'est jamais mouillée, et s'ar- 
ticule d'une façon identique à l dans l'article français, le, par 
exemple. 

Contrairement à r qui joue dans notre parler le rôle d'une 
véritable emphatique, indépendamment des consonnes avoisi- 
nantes, l n'est emphatique que sous l'influence d'autres empha- 
tiques, surtout quand celles-ci se trouvent dans la même 
syllabe que lui. Ex. : slih w croix 75 <cl. salîbu"; zolmê ff ténèbres w 
<cl. zûlmatii" ; iâhl cr tambours <:cl. tâblu"; etc. — On dit ce- 
pendant comme dans tous les dialectes 'alla crDieuw, au lieu de 
'allâhu; il s'agit ici d'une emphase d'origine psychologique; il faut 
remarquer de plus que / est géminée. 

Surtout à la finale, / passe souvent à la nasale n dans les 
mots de provenance étrangère. Ex. : 'jqasjqawân cf fromage sec 
en forme de têteiî < turc qâsqawàl; kabsûnê'^^^ w capsule 77 de frç. 
capsule; batrsîn w étole v << néo-class. ^^^ batrasïlu" (origine étrangère) ; 
karakûn cr factionnaire , poste w <turc qaraqîil, litt. w gardien, sur- 
veillants; bord'lqân w orange 7") <^^bort'lqân ^ciUTC pùrtùqàl, cf. 
néo-cl. btirtuqànu"; môntân [ou môntyân) cr gilet à manches descen- 
dant jusqu'à la ceinture 77, cf. ital. mantello ; falyûn (ou fallûn)^ cf. 
ïrç. Jilleid; dezzân dans (msîh) ed-dezzân w Antéchrist 77 <: cl. ad- 
dazzâlu" (^). 

/ tombe avec la voyelle à dans la préposition %là wsurw, de- 
venue dans notre parler ^à lorsqu'elle est en union étroite avec 
un autre mot^^^. Ex. : ^addàrb cfsur la route» <c'*'^alâ-l-darbi , 
< cl. ''alà-d-darbi ; '^àdàhré ffsur mon dosw <c*^alà zâhrî. Mais / se 

('5 La seconde partie de b est naturellement sourde. La notation exacte se- 
rait bjp. 

^^^ On donne ici le nom de néo-classiques aux mots récemment introduits 
dans la langue écrite et auxquels on a donné artificiellement un consonantismc 
et surtout un vocalisme classiques. 

(^) Cf. Maghr. fesijân de esp. officiai « officier 5î , Martin, Méthode, p. 48. 

(*^ Cette apocope dans un mot secondaire existe d'ailleurs dans d'autres dia- 
lectes modernes, notamment en Egypte, en Mésopotamie, en Tunisie et dans 
une partie de TEst-Algérien. 

5, 



68 



PREMIERE PARTIE. 



maintient toules les fois que Vt/« se construit avec le pronom 
affixe : Hàjyé rrsur moi, sous ma responsabilités <:cl. %lâhfa; 
Hâih wsur toi?? < cl. ^alaïka: Hàina ce sur nous?? ^c^da'mà^^^: etc; 
/ tombe aussi dans les formes impéralives, que les grammairiens 
arabes hésitent à considérer comme des verbes: fa w viens w(masc.) 
<:cl. t(i^âla; fâi (à côté de t^âi) reviens?? (fém.) < cl. ta^âlai; fan 
à (côté de fâii) crvenez?? (plur. masc. et fém.) < cl. ta'^âlau et 
ia'^àlaina ^^l 

Quant à l'apparition de / dans sièfdl cr c'est à toi de voir?? (litt. 
w choisis??), cf. cl. istafi «choisis??, nnjâl {Jimyâl) crque c'est heu- 
reux!??, cf. cl. hanfa" [laka) cr réussis sans peine??, et hermâl frpour, 
en l'honneur de??, cf. cl. kiirma" crpar honneur pour??, elle s'ex- 
plique par une confusion populaire grâce à laquelle l de la pré- 
position li a été agglutiné à la fin de ces deux mots, comme s'il 
faisait partie de la racine; on dit en effet : kermâlek rrpour toi?? 
<;cl. htrma''-\-lal'a, nïyâl^k ce que tu es heureux?? , cf. cl. hania^ lnl,a 
et -yostfdl wil se choisira??, cl. yâstafî [-{- laJm). De même làbùt 
rracloir du laboureur??, cf. syr. 'àjSudâ et lïwân^ salle aérée par 
un arc??, cf. 'îwànu" (pers.) s'expliquent, comme il a été dit 
plus haul pour lâbiU^^\ par l'agglutinalion de l'article aux mots 
syriaque et persan. — Pour ce qui est du mot dialectal mâbisâyçKs) 
ffcela ne fait rien, il n'y a pas de mal??, il provient certainement 
du cl. sa ah, IIP thème de saaia ffil a interrogé, il s'est enquis?? 
avec changement de ' en y et préfixation de 6 à l'aoriste; le sens 
serait: w c'est une chose insignifiante dont on ne doit pas s'en- 
quérir?? ^^^\ 



La liquide r représente ^ classique, et ne subit à Kfar*abida 
(sauf l'emphatisation) aucune altération spontanée. Elle a tou- 
jours et partout une articulation dentale et roulée, aussi bien dans 
les mots de provenance classique que dans les mots étrangers, 
mais jamais uvidaire (soit ressemblant d'assez près à celle de 7), 
comme on le constate par exemple dans quelques parlers arabes 

^'^ Parce que ces pronoms suffixes sont monosyUabiques et qu'en conséquence 
la préposition ne pouvait dès Vorigine s'appuyer sur eux comme sur les mots de 
longueur normale. Avec ces derniers c'est au voisinage de l'article que / est 
tombé (par dissimilalion). 

(^) On Ta déjà vu (p. 17, note 1), les formes t'a et Cdi reçoivent à la liu 
un h lorsqu'ils sont eniplo}és pour faire marcher les ânes. 

(^^ P. 03. — 'aslîk ffsoulier à élastiques^ présente le phénomène inversp, 
si on le compare au frç. élastique dont il provient; cf. le tunisien uhanda 
pour l'ilalicn locanda (1]en Sedira, Dictionnaire). 

^'') M. Marcais me l'ait observer (lue le tunisien a dans le même sens ma - 
isal - s. 



PHONKTIQl E. 



69 



modernes et surtout dans beaucoup de langues européennes (cf. 
M. Cohen, p. 27). 

Nous Pavons déjà dit, la langue classi(|ue semblait connaître 
à coté de la liquide /• une autre liquide empliati([ue r, non ex- 
primée par le système graphi([ue traditionnel. Notre parler, comme 
tous les parlers libanais et la plupart des dialectes modernes (cf. 
entre autres, W. Marçais, Saïda, M. S. L., t. XIV, p. 121), pos- 
sède dans de nombreux mots cette r emphatique qui, contraire- 
ment à /, peut être indépendante des autres emphatiques, mais 
cmphatise toujours les phonèmes voisins. Ex. : màra cf femme 77 
< ci. maratu"; zursa w honte, déshonneur i-» -< cl. ziirsatu"; iâr 
ff voisin 1-) -< cl. zârii" ; bârad tfil a eu froide? < cl. hàrada. On 
reconnaît généralement r à son articulation, qui se réalise avec 
le concours de la pointe de la langue frappant contre le palais 
plus en arrière que pour Tarticulation de r non emphatique (^\ et 
surtout à rinduence d'emphatisation qu'exerce r sur les pho- 
nèmes avoisinants (consonnes ou voyelles). Il est à remarquer 
que r e^t toujours emphatique dans le voisinage des autres 
emphatiques et toutes les fois qu'il est géminé. Voici des exemples 
de r : zârra «jarres? ■< zârmtu" ; vàfd'jq ffil a accompagné i^ <:cl. 
râfaqa; rabat ce il a attaché '■> ■< cl. râbata; far (f rats 77 -<: ci. fa ru'^ ; 
mamar cr homélie, chant^^, cf. syr. mlmar; tâiir ff taureau 77 < cl. 
ôàuru"; *^àdra rr vierge 77 <: cl. *^adrau; ràbbê ffmon Dieu^? < cl. 
riibbl; etc. 

r finale tombe dans les noms de nombres composés de onze à 
dix-neuf: hdâs w onze 77, cf. cl. 'âhada "âsara; etc. Mais, contrai- 
rement à ce qui se passe en Egypte, r est restitué ainsi que * 
lorsque le nombre est suivi de l'objet dénombré : hdci'sar frành 
«onze francs 7-> et non *hdâsfrànk. 

Signalons à ce propos un fait qui est plutôt du domaine de 
la morphologie : r est infixée dans un certain nombre de mots 
(verbes ou noms) et donne à ces mots le sens de pluralité, 
d'intensité, de répétition, de transivité, etc. Ex. : herdàbbê 
wbosse du chameau^^, cf. cl. hâdabatu" ccbosse^?; etc. ^^^ (voir 
Morphologie). — Pour ce qui est de harmm cr canal du nez à la 
bouche, fosses nasales 77, il provient de la contamination du 
cl. haiswnu" ff cartilages du nez 77 avec la forme syriaque harsîiniâ 
ffbec, trompe w. 



^'^ 11 vaudrait donc mieux l'appeler cactiminal. 

^^) Cf. aussi dârjè tr battant d'une porte, d'une fenêtre?' et dânaf ccil a 
repoussé, chassé, renvoyé (quelqu'un)» en face de cl. tUfj'atu" crcôté, planche 
ou battant d'une porte» et dàjj'a «il a arraché, déraciné (quelque chose)». 
Le doublet dôjjè existe également dans notre parler au sens de crgomer- 
nail». 

Il serait en eftet bien artiliciel d'expliquer dârjé (cl. daffalu") par une série 



70 PREMIÈRE PARTIE. 

B. Nasales : m= ^ et n = u^ 



m représente le cl. m U) et se maintient, en général, dans notre 
parler avec sa prononciation de nasale labiale. 

m en finale de mot passe très souvent à la denti-labiale n dans 
les mots d'emprunt^^l Ex. : mâryen (à côté de wfl.rrM/i) w Marier-), 
cf. héhr. miryam , syr. maryam, cl. màryaniu; brâhîn cr Abraham i-», 
cf. hébr. 'al3râhàm, syr. 'ajBrâhâm, cl. Hbrâhînm; wâkîn wJoa- 
cliim-»"), cf. hébr. yâqïm, syr. yûyâqïm (ou yûyâ^ïm); sàrùfîn 
ff séraphins 7-», cf. hébr. sernÇ>vm , syr. s^râCpln, néo-cl. sàràfim; 
hàrïibin w chérubins ?? , cf. hébr. herû^im, syr. yrïi^ln, néo-cl. 
hariihim; hor'jqdin (nom d'un petit village libanais) << syr. hxrà 
ff puits T) -\- q^^mâ francien 77 ou bien <cl. bi^ru"-\-qadîmu'' (même 
sens), avec dissimilation de m en n par b et assimilation de 
m en n par d'^^K — Quant à zîn (nom de la cinquième lettre 
de l'alphabet arabe) ^, il s'explique par analogie avec les 
autres formes zain (== z), stn (= s), sîn (= s), etc.; inïni {=m) 
seul a gardé m finale, grâce, probablement, àfinfluence de m ini- 
tiale. 

Peut-être sous l'influence du syriaque m est toujours rempla- 
cée par n dans les pronoms personnels des 2® et 3^ personnes du 
pluriel masculin, soit employées comme suffixes, soit isolées. Ex. : 
ktâbon ffleur livre -lî << cl. kilâbu-hum; (Jrèbon ff frappe-les ^7, cf. cl. 
idrib-hîtm; bàitlon w votre maison •>•) <: cl. bâihi-hun; hwf (ou 
hûnnê) rr euxr) -< cl. hum; etc. On sait, en effet, qu'aux pronoms de 
l'arabe classique -hum(îi) ffeuxi*), et -hum(ïi) ffvous^-) correspondent 
en syriaque -hàn et -hàn. 

Comme r, la nasale m est infixée dans un grand nombre de 
mots, souvent pour former avec les trilitères classiques des 
quadrilitères dialectaux, ce qui modifie parfois légèrement le 
sens p ri mi ti f ( voi r Morphologie ) . 

de différenciations portant à la fois sur la sourdité et le point d'articulation , 
soit quelque chose comme dâ/fatu" > *dadjê >> *dad/ê > dârfê. 

^^' Le passa{je de m finale à n est très ancien et existait déjà en arabe 
classique; cf. ar. cl. 'in «si» en face de hébr. 'im; -un, -an, -in (dési- 
nences casuellcs avec nasalisation) <c -um, -am, -im^ c'est pourquoi, dans la 
lecture du Coran m et n riment indistinctement. Cf. Buockelmann, p. 7^1. 
— m, 3° consonne de racine, est généralement exceptée (sentiment de la ra 
cine). 

("^) Pour ce qui est du dial. holn wlérébinthe» en face du cl. hatmiC^ «téré- 
binthe, pistachier», il faut sans doute y voir une survivance d'une fornie 
cananéenne *batn; cf. hébr. bâfnïm crpistacia». 



PHONÉTIQUE. 71 



n = y 



71 représente 7i classique (;j) et se prononce, en général, comme 
n français, dans navire par exemple. Elle se maintient toujours à 
Kfar'abîda, et ne connaît pas les différentes prononciations dont 
elle est susceptible et qui créent tant de dillîcultés aux lec- 
teurs du Coran maigre les nombreux signes diacritiques qui 
Taccompagnent^^l Ce phonème est rarement emphatique dans 
notre parler, mais peut devenir guttural devant la gutturale 
k et devant q et ^' (rare lui-même) : znngîl wrichissime?^ -< 
turc zangln; monhè cf contrariant 77, cf. cl. nalà^ ffil a chagriné, 
blessée, 

Gomme r et m, n s'intercale très souvent à titre d'infixé dans 
les verbes trilitères (après la i"^® ou la 2®^^) radicale pour former 
des quadrilitères (cf. Morphologie,). 



C. Semi-voyelles : w=^ et y = i£* 

Gomme en classique, les deux semi-voyelles se présentent 
dans le parler de Kfar'^abîda, tantôt au commencement, tantôt à 
la fin de la syllabe. Dans le premier cas, ce sont de véritables 
consonnes, aussi propres à introduire une syllabe que n'importe 
quel autre phonème consonantique; dans le second, elles se 
combinent avec les voyelles précédentes pour former des diph- 
tongues dans lesquelles elles jouent simplement le rôle de se- 
cond élément. — Quand elles commencent la syllabe, les semi- 
voyelles w et y, alors plus voisines des consonnes que des 
voyelles, paraissent, par là-même, plus fortes; elles seront trai- 
tées avec les consonnes; on les a notées ici par w anglais et \j 
français (et anglais, p. ex. yolk). Au contraire, à la fin de 
la syllabe où leur rôle de deuxième élément de diphtongues 
les rapproche un peu plus des voyelles u et i, elles seront no- 
tées par les signes assez courants u et iet étudiées dans le cha- 
pitre du vocalisme. (C'est, on le sait, ce que M. L. Havet eût voulu 
voir appliqué dans la graphie des anciennes langues indo-euro- 
péennes.) 

Les semi-voyelles w et y, bien qu'étant de véritables con- 
sonnes, sont les plus faibles de cette catégorie, ce qui explique 
suffisamment les divers traitements qu'elles ont subis dans toutes 



(^) Cf. S. DE Sacy, Gramm. arabe^, p. 99. 

^^) On le rencontre aussi après la 3'' radicale, mais alors il s'agit plutôt d'un 
suffixe. 



72 PUKMIKRK PAHTIK. 

les langues soniiiiques. Des une éj)0(jue fort ancienne, Tliébreu el 
raraméen ne connaissent plus w initial, qui, par afïaiblisse- 
ment(^\ a passé à y; Tassyro-babylonien a déjà perdu les deux 
semi-Yoyelles même à Tinitiale^^^; l'arabe lui-même, qui les a 
toujours conserve'es sauf à Tintervocalique dans les formes tant 
nominales que verbales, en a fait, à cause de leur faiblesse, une 
catégorie de consonnes h. part, ce qui a amené les grammai- 
riens arabes à formuler des règles spéciales pour les conjugaisons 
et déclinaisons des mots qui présentent w ou y dans leur 
racine. 

A Kfar'abîda, aussi bien que dans les dialectes arabes mo- 
dernes, la conservation el la chute de w et y initiaux dépendent 
de la conservation et de la chute des voyelles suivantes. Connaître 
donc où et quand w et y gardent leur valeur de semi-voyelles ou 
se vocalisent en u et i, c'est connaître les lois qui régissent les 
voyelles de notre parler. Ces lois seront étudiées en détail dans le 
chapitre suivant; on se bornera ici à examiner brièvement w ely 
dans les quatre cas qui peuvent se présenter : i'' w et y ont con- 
servé sans changement leur valeur consonanlique; 9° ils sont 
déconsonantisés(^); 3°w a pris la place de 2/ ou y celle de w; 4° iv 
et y sont secondaires. 

i° w ei y classiques ont gardé, sans changement, leur valeur 
consonanlique. 

w et y sont conservés à Kfar^^bîda toutes les fois qu'ils sont 
suivis d'une voyelle quelconque, non sujette à tomber, ce qui 
peut avoir lieu aussi bien en syllabe fermée qu'en syllabe 
ouverte. 

a. En syllabe fermée '^^\ à ri?nîiale des mots: im^</ w promesse^ 
< cl. wâ\lu"; wàddf ffil a fait ses adieux^^ <:cl. wialda^a; ya"lqûb 
ffJacob^? ■< cl. yci^qîdm; yâhbds rril a faitsécher^? <: cl. y/ibbasa; 
wâsf ff vaste, large ^•) <::cl. ivasi^"; yïinânê ffgrecii <::cl. yunàtHyu"'^; 
etc. — à V intérieur des mots après consonne ou voyelle : ^ekwan 
ff frères 1-) ^cl. 'ihwâniC'; hàmvof ^^W a fait craindre ^^ <:cl. hàmvafa; 

^') Le grec prouve en ellet que x] est encore un peu plus faible que w. 
Tandis que le \j indo-européen lomhe à Tintervocalique et devient esprit rude 
à rinilialc dès une époque tout à fait j)réliistorique , le w dans ces deux posi- 
tions est seulement en train de disparaître à Tépoque historique. De même le 
?/ initial crest déjà tombé dans le plus ancien babyloniens (Brockelmann), 
à une époque où subsistait encore le iv dans cette position. 

(-) Sauf le plus ancien babylonien, où w- subsiste encore; cf. Brockelmann, 
p. 75. 

(^) En w et en i. C'est dans ce sens qu'est toujours employé rf vocalisé» dans 
ce travail. 

('^) Ou équivalente à une syllabe fermée, 



PIlOMiTIQUK. 73 

yfi'ifftjr f^il changea ^^ < cl. yaujaia ; fohjân ff adolescents ^^ <: cl. 
filyâfui" ; h{>woi ffil devint fou^i; r('w,)h ffil a senti mauvaisr); rçwoz 
ril pesa avec la maints hhjçl cr ruses ^ <: cl. hùjalu"; etc. 

/S. En sf/llahe ouvcrle, à Vinltiale des mots : wosdl w il est ari'ivé?^ 
<:cl. wiisala; wàsah rr malpropreté ^^ << cl. wàsahii"; yîéos cril fut 
desséché 1? <:cl. yàbisa; yàsiflq w empêchement, séquestre^ <: turc 
yasaq; etc. — à V intérieur des mots après consonne on voyelle: yàzwê 
ff incursion 17 <: cl. yàzwatu" ; hmfwé w trouvaille, bonhcun^ < cl. 
hnzwalu" ; màsyê cr démarche, manière de marcher t? <:. c\. misyatu" ; 
nçwè ffil s'est proposé à. . . r> << cl. nàwà; riya w hypocrisie ^^ 
<:cl. ri'aii"; etc.. . Comme on vient de le voir, lorsque les semi- 
voyelles w et y sont maintenues (et elles le sont souvent dans le 
parler), elles ne subissent aucune altération dans leur pronon- 
ciation classique, tandis qu'au contraire les voyelles (longues ou 
brèves) qui les suivent sont sujettes à certaines modifications, 
qu'on étudiera à propos du vocalisme. 

2° IV et y sont déconsonantisés en u et ^. — En règle générale, 
les semi-voyelles iv et y perdent à Kfar^abîda leur valeur conso- 
nantique et se vocalisent en u et i (ou même disparaissent 
complètement) lorsque la voyelle qui les suivait est tombée. — 
a. w aboutit h 2i et y k i toutes les fois qu'ils se trouvent en 
syllabe ouverte atone suivie immédiatement d'une syllabe 
fermée; w passe alors h u et y k i, et forme une syllabe faible, 
seul cas où dans notre parler une voyelle commence la syllabe 
(initiale ou non) sans attaque vocalique forte ou autre consonne. 
Ex. : à riniiiale des mots : lî'jqâr cf respect '7 ■< cl. ivaqâru" ; ukîl 
ff mandataire, surveillant^^ -< cl. wakïlu"; uznd wexistencew <: cl. 
wuzïidu" ; inâl rril obtient r» << cl. yanàhi; imût ce il meurt i") <: cl. 
yamûtu; imîn wmain droite •»•) < cl. ynmînu"; itîm c? orphelin tî 
<: cl. yatîmu", etc. — à rintérieur des mots après consonne: wàlulê 
fflamentationsT?^^) < cl. ivàlœalatu" ; ivâlnlu wils se sont lamentés t? 
-<. q] . wàlwalû ; mAa^V/<? fraction d'éviter ^i <c cl. muhâyadatu'^ ; hâidet 
frelle a évité?? <:: cl. hàyadat; etc.. . Mais iv et y ne se vocalisent 
pas en syllabe ouverte suivie d'une syllabe fermée lorsque la pre- 
mière syllabe est accentuée: ivèhçb ffil a donnée? <: cl. wâhaba, 
etc. 

(3. IV et y se vocalisent aussi en ii et i lorsqu'ils sont 3® radi- 
cale de mot et que de par la morphologie ils sont précédés d'une 

^'^ Les voyelles -è (ou -a) représentant -atu'\ signe du féminin, et -u repré- 
seniant -û, désin. de 3* pers. masc. plur. du parfait, ont toujours dans notre 
parler la valeur d'une voyelle longue et accentuée, ce qui montre qu'il n'y 
a pas très longtemps que la quantité des finales est devenue iiKUflércnte. 



74 PREMIÈRE PARTIE. 

consonne, étant donné que les voyelles brèves tombent toujours 
à la finale. Ex. : dàlu wseau^^ <: cl. dàlwiC^; sâni ce cyprès r) <: cl. 
sàrwu'*; sâ^ê r efforts < cl. sà^yu'*; zèdè w chevreau r» -< cl. zâdyii". 
Mais, lorsque w et y, susceptibles de vocalisation, sont imme'- 
diatement suivis (dans les mêmes mots) d'un pronom suffixe 
ou d'un autre mot à initiale vocalique, ils gardent leur forme 
classique et restent semi-voyelles : dâlwah wton seauw, sâS/è 
ffmon effort ?7, etc. . . 

y. w et y géminés se réduisent à " et à ' : à Vintérieur des 
mots^^\ lorsqu'ils étaient, en arabe classique, dans une syllabe 
ouverte non accentuée; ils se sont réduits, après la chute de leur 
voyelle et équivalent aujourd'hui à des semi-voyelles ultra-brèves, 
soit - et - : hàiffu ffil lui a fait peurr» <: cl. hàiiwafahu; m!^mC-dîn 
ff habitués r> -< cl. mu^auivadîna; tâchât ce elle a parfumé '? < cl. 
tâiyabat; myài'ra ff changée •••' << cl. miiyànjaratii'' ; — à la finale des 
mots w ei y (géminés ou non en classique), lorsqu'ils sont immé- 
diatement précédés de la voyelle longue homorgane (ïi ou î) ou 
d'une autre semi-voyelle, se vocalisent toujours et, n'étant 
soutenus par aucun phonème, disparaissent complètement : 
zàii(^') f^'air, atmosphère ^^ <z*zdyr < cl. iàuwiC'; Hà ce hauteurs? 
<c*Hû" <: cl. hdùwu"; ddu(^') w lumière ?? (avec assimilation régu- 
lière de ^ en w) << *dàu^" <; cl. dàn\i"; hài(^ cr vivant?') •< * hài- 
< cl. hàvyii"; nàbê ff prophète ?? (^^ << * nâbl- <c cl. nabîyu". Mais 
lorsque ces formes reçoivent l'addition de -ê (-«), ou celle de la 
nunnation, ou se trouve en union étroite avec un mot subséquent 
à initiale vocalique ^^^, w et y subsistent avec leurs voyelles, ex. : 
dâuw-ôl-mosbâh cria lumière de la lampe 77, nbîyê wprophétesseT?, 
etc. 

S. IV et y non géminés tombent dans quelques mots par suite 
d'une prononciation rapide: boddé ffje veux ^7, litt* ffdans mon 
désira <: cl. bi -[- widd-t; bàssa ff étincelle ?? < cl. bâswatu"^^^; 
sendân w chêne /? < cl. sindiyânu"; ràhili ce il va venir ^ <::*ràyçh izt 
<ccl. raihu^. 

S*' w a pris la place de y ou y celle de w. — Les semi-voyelles 
w et y prennent quelquefois la place l'une de l'autre dans le 
parler de Kfar*abîda. Ce fait est connu non seulement des autres 

(') Le cas ne peut natnreHemenl pas se rencontrer à l'initiale. 

(2) Au lieu de *ndbl, puisque, en dehors du cas de quelques rares monosyl- 
labes, notre parler ignore les longues à la finale des mots. 

(•■^) Si l'autre mot commence par une consonne, on retombe dans le cas de 
l'intérieur (cf. 7): 7«(-)na «notre hauteur». 

(*) Ici IV s'est assourdi et assimilé ensuite à s. Cf. nos' de nmfv!' «moitié» 
p. 65. — Du reste, l'arabe classique possède la racine hmsa «il brilla >j 
à laquelle le dialectal lassa a été ramené. 



PHONÉTIQUE. 75 

dialectes arabes modernes, mais encore de l'arabe classique lui- 
même, ainsi que de toutes les langues sémitiques. 

a. w classique a passé a y dans quelques verbes du II" tbème 
{qallala) bien qu*il s'agît de racines rnediae w. Ex. : râiyçd wil a 

dompté, il fut en retraite spirituelle t», mais cl. ràiiwada (s/r-w-d) 
saujçh ffil a braqué, il a dirigé droit^i, mais cl. sàuwaha [sjs-w-b) 
''(ih/cr ffil a vérifié (une balance) ^7, mais cl. ^àuwara [\/^~w-r) 
'/qôiUCin ffil a fait leven-» ^^\ mais cl. qauwama ys/q-w-m) ; hdiyeî 
ffil n'a pas coupé (les brancbes d'un mûrier) 77, cf. cl. hmnvala 
ff ensemencer une année la terre et la laisser reposer l'année 
suivante ^7, etc. Tous ces exemples peuvent s'expliquer par 
analogie avec les mots dialectaux njâda, sâyçb, Sjâr, elc, 
remontant à des formes classiques, dans lesquels le w ra- 
dical était déjà devenu y au contact de la voyelle pala- 
tale ï(2). 

/S. ?/ a passé à w : dans les mots de la forme comparative 

\iqtalu : ^àzwdd wplus abondant t, , cf. cl. 'âzyadu y\/z-y-dj\ 'akwds 

ffplus beau 77, cf. cl. 'àkyasu ce plus intelligente ysjk-y-s); 'àfwdd^^^ 

crplus utile 7), cf. cl. ^afàda «-il a été utile 77 \\Jf-y-d)\ — dans les 
diminutifs des formes qutailu" et qutatyalu" : ""wàinè cf petite source, 
petit œile, cf. cl. Siyamatu^; twamé tf petit figuier?-), cf. cl. tuyâî- 
natu'^; swai (ou swànjê) wun peu 7), litt* wune petite chose 17, cf. cl. 
suyc'nu'^ ; kœàkjçs ?<• très joli w, cf. cl. kuyàiyasu"; hwâjyçn fftrès fa- 
cile 77, cf. cl. Imyâk/aîiii*^^^; — enfin dans un petit nombre de 
mots sans qu'on en puisse donner une explication plausible : 
rà'jqwè tf magie 17, cf. cl. rûqyatu"; 'jqâwdd v'\\ a fait des échanges ??, 
cf. cl. qâyada; na^wè ff un faire-part w , cf. cl. nà'^yatu^ ; hamwê ff action 

de chaufTen? , cf. cl.* hâmayatu^, de hàmiya [yh-m-y ) ff il a chauffé ?? ; 
dnàwê ff bassesse 17 , cf. cl. danâyatu'^; sajqxvê ff poison donné en 

potionw, cf. cl. \Js-q-y. Ces faits ne sauraient être regardés 
comme purement phonétiques ; il s'agit ici d'analogies partant de 
formes où le y radical avait pris la place d'un w (ou inversement, 
suivant le procédé indiqué dans la note 2). 

^'^ A côté de 'jqâmvdm, «il a redressée, forme réempruntée sans doule au 
classique. 

^^^ En réalité -iwa- préhistorique est devenu -i-or par chute de w, d'où 
-i-y-a- avec un y de transition. De même -uya- préhistorique est devenu 
-u-a- puis u-w-a avec un w de transition. L*analogie a largement profité de 
cette situation équivoque. 

^^' A côté de la forme 'àfyçd. 

^*^ Cf. stâhwdii à côté de stâhyçn cfil a trouvé facile», cf. cl. istahâna, inusité 

dans ce sens [\/h-w-n). — Le passage des cl. "uyàinatu^, kuyaiyasu", etc.. ., à 
'ivâinè, hvâiyes, etc., est dû, sans aucun doute, à une dissimilation régressive. 



70 PREMIÈRE PARTIE. 

à° w ei y sont secondaires. — Nous l'avons déjà vu, iv et y 
représentent, en général, les class. ^ et '' . 11 sont, quelquefois, 

secondaires à Kfar^abîda et apparaissent là où le classique ne les 
possède pas ou ne les possède plus. 

a. w est introduit, par analogie, dans quelques mots qui pro- 
viennent des verbes à i*"^ radicale iv : ivohhê wdon (et nom pro- 
pre d'homme)^, au lieu de cl. hihatu" ysjiv-h-b) ; ivô'^dé rr pro- 
messe 77, au lieu de Uilatu"^^'> ysJw-'^-d) ; wâsmé k signe ^ marque ^7, 
au lieu de cl. simatu". — w provient de g ou de gw dans 
woi'dyân, cf. frç. gardien, ilal. guardiano; il provient aussi de v 
dans bràwu (à côté de brâbu ou brctfu)^ cf. frç. et ital. bravo; 
mndurât <z*ninâwrât, cf. frç. manœuvres. 

(3. y est rétabli, par analogie, sous Tinfluence d'un y 
radical (cf. Morphologie), dans les participes passifs féminins 
des verbes terliae y au 2^ thème : mJwbbâyé w cachée ^i, cf. 
cl. mtihabbâtii'' ys/h-b-y); myôttâyé ff couverte 71, cf. cl. muyattàtu^ 

Wf't-y)'') 6tc. — de même, à la 3^ personne plur. du parfait 
des verbes terliae y ou iv^^^ : rodyu wils ont consenti 7^, cf. cl. ràdû 

\\Jr-d-yy, yézyu wils ont fait une incursion ^^ , cf. cl. yàzau \\/y-z-w) ; 

rémyu wils ont jeté 7?, cf. cl. râmau y\/r-m-y); on dit aussi rémyçt 
welle a jelé^^ eiyézyet welle a fait une incursion??, au lieu de cl. 
râmat et yàzat, par analogie avec ràdiyat welle a consenti??. 

y. Enfin, w et y proviennent, dans nombre de mots, de 
l'attaque vocalique forte (cf. plus haut, hamza). 



CHANGEMENTS COMBINATOIRES. 



1° Assimilation, 
a. Assimilalion partielle en contact ou à dislance. 



1 . / passe quelquefois à r dans le voisinage médiat d'une den- 
tale : ràit (f plaise à Dieu que?? <: cl. lâila; tarhtyé effeuille de 



('^ A côté de wrt'Ja.it" (même sens). 

(^' Dans notre parler, les verbes terliae iv, ainsi que les verbes tertiae ', 
n'existent plus comme tels; ils ont passé aux verbes terliae y (cf. plus loin, 
Morphologie), 



I 



PHOlNÉTJQUK. 77 

péipicr^? <c néo-c\. ud/jhjatu'' ; kâml (^\\ a transvasé 'i -<cl. hàlala^^\ 
On peut noter, à ce propos, que le groupe // devient hl dans 
certaines langues (p. ex., en latin et en lituanien), tandis que le 
groupe /rsu])siste, ce (jui semble indicjuer une faculté de com- 
binaison plus stable enire / et /■ qu'enlre / et /. Cf. (mcore l('nij{'n 
r herbe sauvager; <c cl. 6(iu/ilu", en verlu d'une assimilation 
analogue (ce dernier exemple peut s'expliquer aussi par la ten- 
dance au passage de / finale h n, cf. plus haut). 

9. r passe quelquefois à / dans le voisinage de l'explosive 
vélaire q, de la chuintante s et de la sifllante sourde s^-^^ : làmnD'jq 
ffil a bâclé (un travail)?? ■< cl. ràmmaqa; slajq ffsiroco?? (vent 
d'Est), ç.ï.d.surùqu" ff lever du soleil??; sels w racine?? <: syr. sma; 
lattûl (nom propre de femme) ■< *kaitûr (sur le type qatlûl), cf. 
latinna; fàli's rril étendit, déplia i? (une étoffe), cf. c\. f arasa (^ i\ 
étendit par terre, établit??; hçles cfil broya très fin??, mahlûsé 
ff ragoût de pomme de terre??, cl. hârasa (^mème sens). 

3. m s'assimile en n dans le voisinage immédiat d'une dentale 
subséquente : sô'nd w charrue?? (dans quelques villages libanais 
sômd, archaïsme), cf. syr. sâmdë (pluriel de sàmda) cr morceaux de 
bois fourchu du métier du tisserand??; *^énd ff maîtresse branche 
(sur laquelle plusieurs autres prennent naissance)?? (et "^ànnçd 
ffil a coupé les grandes branches d'un arbre??), cf. cl. "âmada ffil 
a soutenu??, et ''amîidu" fffût, tige, colonne, pilier??. Quant à 
7itâla ffil s'est rempli?? en face duel. /m/«/«V«, VHP thème de 
màla'a ffil a rempli??, il obéit à la même loi phonétique : le cl. 
imtâla'a aboutit à dial. ntàla avec changement de m en n au contact 
de /; dans la suite, les sujets parlants ont cru voir dans ntàla 

un VIP thème d'un verbe terûae ij, soit ^ialà [\/t-l-y), qu'ils ont 
employée dans le sens de ff remplir?? (ainsi làlla-z-zàrm ffil a 
rempli la jarre??). 

Remarque. — C'est, sans doute, par étymologie populaire 
qu'en face de cl. nâwûsti" ff caveau sépulcral, sarcophage??, on a à 



^'^ Cf. d. hiilala cri! a mêlé« > hârata, cf. syr. J/lat; fdllaha à côté de 
fdrtaha «il a aplati;5 (toutefois, il s'agit peut-être ici de variations d'origine 
morphologique). 

('-) Ceci est une simple constatation et non un essai d'ex|)lication. — Ajouter 
ici zammùlè «bec étroit d'un vase?? doublet de zammùra (moins usité que 
zommdira) cr espèce de fifre composé d'un roseau long comme le petit doigt 
mais moins grosw, cl. zammw-alu" cf.i re, flûte à deux tuyaux», cf. syr. zàmïirè 
«tuyaux, siphons de bains chauds??. Au sens obscène, ce mot s'est croisé avec 
z-b-b qui lui a pris son /■ et lui a passé son h. On dit zambûra et zabr 
tf pénis». 



78 PREMIÈRE PARTIE. 

Kfar'abîda nâmûs. Le mot a été rapporté à la racine nàmasa ff il a 
cachée, nâmisa wii s'est caché ^7 . 

k. n s'assimile en m toutes les fois qu'il est suivi immédiate- 
ment de la labiale h: zémb w flanc, côté, jambe 77 <: cl. zànbu''; 
'^amhar cr ambrer? <: cl. ^ànbaru'^, cf. syr. %mbar; tâmbdk ff tabac 
persan w <<pers. tanbak; zàmbd^lq fflysw <: cl. zanbaqu" ; eic. C'est 
par une telle assimilation qu'il faut expliquer la forme, très répan- 
due dans les dialectes de Syrie '«^w <:Vm (préposition) ffde^^, 
qui s'ajoute à l'aoriste en même temps que b et lui donne le sens 
du présent : "ambâkol fcje suis en train de manger^? au lieu de 
''an^ bi-\-'àkiiïu. Mais dès que le préfixe dialectal b disparaît de 
l'aoriste, V<m- reprend sa forme classique, soit Vm : ^miyâkol ffil est 
en train de manger w ; ^antakol ff tu es en train de mangerai , et non 
pas **awî/a/[:pZ, *\iintâkol, etc. ; ''am est quelquefois remplacé par la 
préposition dialectale man << cl. min (même sens que ^«/î), lors- 
que l'aoriste n'est pas précédé de ^(voir plus loin) : mamjâkol 
a exactement la même signification que ^anyâkoU^K Quant à 
mâuraz ffherse^^, il peut s'expliquer soit par l'assimilation de n en 
m à la labiale n < cl. nàurazu" soit par confusion de ce dernier 
avec l'hébreu môray^'^K 

n passe à / après s'être assimilé à r dans 'oryol ff orgue ^7, cl. 
'ûryunu", gr. opyavov (probablement par l'intermédiaire de 
*'6ryor assimilation totale suivie de dissimilation). Cf. pour 7, 
page 82. 

/S. Assimilatmi totale en contact ou à distance. 

1. /s'assimile (à distance) à r subséquent dans le mot latin 
ceïlarium, qui devient à Kfar^abîda krâr ff cellier i^, cf. turc 
lilàA^^ et dans le mot français revolver, qui devient dans le parler 

forfâr (avec chute de r initial par dissimilation). 

2. n s'assimile (en contact) à l : progressivement ddiUS '/qallûsé 
ff bonnet, calotte 7-) <:*^lqalnûsé<< cl. qalânsavuatu" ^^^ ; régressivement 

('^ Celle explicalion, certaine à mes yeux, diffère de ceile qui veut que 
'am soit une apocope de 'amnial, adjectif d'intensilé du verbe 'âmila ffil a faitw, 
qu'on retrouve quelquefois employé à côté de 'am dans la langue des demi- 
lettrés. Il est possible toutefois que les sujets parlants aient cru voir dans 'am 
un débris de 'ammfll et qu'ils aient employé à l'occasion indifféremment les 
deux formes comme cela se produit p. ex. en Palestine. 

(^) Le m au lieu de n peut s'expliquer aussi par le fait que mduraz est un 
nom d'instrument. 

(') Mol çf voyageurs; cf. l'ail, keller, emprunté très anciennement à ceïlarium 
(premiers siècles de notre ère). 

^'^ Ou bien dérivé du cl. (pUlasa «il a mis à quelqu'un le qaldnsa'watu"n. 



PIIONÉTIQUK. 79 

dans hâllu'^^'i wil est temps pour iui de. ..•>■> <c*hànlu < cl. 
hâna-\-lahu[cï. lat. illœlabilis, (rq. illuminer, gr. a-uWa^rf, etc.). — 
Quant à sedilân dial. wenclume^, il ne provient pas directement 
du cl. sandfmu" (pers.), avec assimilation totale de n en d, mais 
il représente plutôt le syriaque saddânâ (inêinQ sens). C'est en 
somme le même cas que dahhnr cr frelon 77, qui provient du syria- 
que debbiirâ, et non du cl. zimhûru". 

3. r finale s'assimile (en contact) à z précédent dans hAU (et 
ses dérivés) cfil s'est enfui, il a émigré ^^ <: cl. hazara; — paraît 
s'assimiler dans les mêmes conditions à d dans 'jqàd'^ (usité 
à côté de 'Iqàdar) w quantité comme, pareil 77 << ^'/qâdr <: cl. 
qâdani"; on dit également 'as 'jqâd^, ou bien 'as'jqàdar wune 
telle quantité ! f-) , mais il y a bien plutôt eu confusion avec le cl. 
qàddu" ff quantité, mesure 7?. 

2" Dissimilalion. 

Comme dans toutes les langues sémitiques (cf. Brockelmann, 
p. 102), à Kfar^'abîda, deux sonantes dans un même mot s'in- 
fluencent de telle sorte que l'une des deux, généralement la pre- 
mière, change son articulation ou disparaît complètement. 

a. Dissimilation à distance. 

1. /-/ aboutit à n-l : cl. salsâlu"^ w argile ^^ > dial. sonsâl; 
silsilatu'' ff chaîne v >> sénslé ^^^ ; dàldala ce il a eu les bras ballants v 
>- dândel w il a suspendue) et ladàldala wil fut agité 77 (en pari, d'un 
objet suspendu) > ^dândel wii est suspendu 77 sous l'influence 
du syr. dandel et 'eddandel (même sens); zâlzalatu" ff tremblement 
de terre 77 > zénzlê w foudre, tremblement de terres, cf. syr. 
zunzâlâ (même sens); dans les deux derniers exemples, le syria- 
que présente un phénomène identique. De même / se dissimile 
quand le mot contient un r; le résultat est également n, qui 
s'assimile en m lorsqu'il est immédiatement suivi d'un b : al-bârihu 
w hier ^7 ^>*nbâr§h :> mbâr§h (dial.)^^^; ballûratu" w cristal ^^ > 
bannûra cf cristal t» (nom propre de femme);fdnella, cf. h'<;. fla- 
nelle. 



(^) Contamination de ci. halla «il est permis, il est oi)ligatoire pour..., 
elle est en échéance (dette)». 

('-) Cf. syr. sissaltâ ou èUaltà ccchaîne», pour * salsaltâ. 

(^) «La prononciation embnreh, seule usitée en Syrie, en Palestine et en 
Egypte, ne renferme pas Tarticle sudarabique (em-), ce que quelques dialecto- 
logues ont soutenu , mais c'est une assimilation sous Tinfluence du è» ; cf. Land- 
BERG, DaOviah, p. 287. 



80 



PREMIERE PARTIE. 



Remarque. — Le mot dialectal 'jqaiyûlé rr sieste ?? ne provient 
pas par dissimilation de cl. qailidatii" (même sens), mais il a ëlo 
transformé par étymologie populaire d'après le cl. qâùjala ff il a 
fait la sieste w ::^àïa\.yqàtyeL 

9. r-r aboutit généralement à zéro-r ou r-zéro : ipers. pergàr 
ff compas?? > nco-cl. birkâru" [ou Jtrzàrii") z>- dial. bïhâr; pers. et 
turc rcnzher ff laboureur, ouvrier maçon?? > ^enzbârë ffnaïf, de 
talent médiocre?? ; français revolver :>■ à\n\. forjâr ; cl. rizlu" ff pied?? 
>*nlî' par assim. > V^''; gi** '!Soi.Tpi<xp^ris rf patriarche?? > syr. 
patrlyar-)(a >>dial. hàirah (le sens de la dissimilation n'est pas le 
même, ce qui montre que l'adaptation ne s'est pis faite daus 
notre dialecte, ou s'est faite à une époque différente de celle des 
mots précédents)^^'. 

r-r > (quelquefois) n-r : cl. tiirtûru" ff bonnet long et pointu i? 
> dial. tanti)}' [ou 1(mlûra)\ frç. gênerai > ^zençrâr > dial. zçnonâr; 
ce dernier mot (emprunt) semble montrer qu'il s'agit d'un fait 
peu ancien. 

Remarque. — En face du cl. snràljhjahi'' ffdame-jeanne?^, notre 
parler présente .s/â//?j/^' où la nuance / n'est due ni a une assimi- 
lation ni à une dissimilation : il y a eu confusion du mot arabe 
avec le mot syriaque Wf^^^a ffpbiala, lagena??, cf. hébr. sêlâhoO 
ffplat??, flôhld et sallahaO (même sens)^^). 

3. n-n:>-m-n: néo-cl. ?irt^am^w ff saucisse?? > dial. nijqânejq, 

n-n '^71-1 : turc zangln ff richissime ?? :>'Zangîl. 

n-n7>zéro-n: cl. siminatu" ff naturel, aspect?? 7>sésné; yâman 
ffô celui qui?? -\-zaanâ ff nous est venu?? > dial. yàmûâna (refrain 
d'une chanson populaire). 

En contact on a, par différenciation, m dans cl. qumiahipi" 
ff chou-fleur?? >-dial. 'jqarnabU. 

Il faut, enfin, mentionner un exemple dans lequel w tombe, 
par dissimilation d'une autre sonante : pers. nargilè ffuarguilé?? 
>dial. 'argîlê^^l 

(') Pour dial. sar'jqûta «étincelle?? <Csyr. s'rayrayyâda , ce mot s'explique 
par superposition syllabique s" ^ yaôà > * s''rayyodâ> dial. sarjqûta. 

(^) La chose ne saurait être mise en doute, car notre mol dialectal si^rnifie 
non seulement rcdame-j canne?? mais aussi crplat??, rr bouteille??, ffcoupo??. 

(') Dans le dial. ndâd'^ «est-ce vrai???, au lieu du cl. min-\-zaddi'\ cVst la 
chute de i qui a entraîné celle de m. On dit du reste à Kfar'abida miàd'^ lorsque 
ce mot est employé comme adverbe d'inlerrojjation, et, par consoquont, au 
commencemcnl de la phrase. Partout ailleurs, on dit monind'^ : miâd'^ ià crost- 
ce vrai qu'il est venu???; au contraire Wi/f'AAt' woViz^'f^' "lu parles sériouso- 
ment??? ou cr est-ce que tu parles sérieusement???. Comme on le voit, Tinterro- 
{jation porto dans le dernier exemple sur le mol-léhhê. 



PHONÉïIQl K. 81 

h. m-n ^ m-l : cl. hàmmana ffil a dolerminé approximalivo- 
ment, il a conjecturée^ > dial. hàmmdï (à côté de hânmiôh) ffil a 
cru, il a pensé ^e; 1ammâ-\-'(m-\- ziVa ff lorsqu'il est venu 17 > dial. 
hmmolza. 

(l-n :> d-ni : Une (liz(>în ff rênes, brides " > '^ desMm > dial. 

On Ta déjà vu (p. Q(j), m est, dans deux exemples, dissiinilée 
en b par une autre m. Elle est dissimiiée en n par une lahiale 
précédente : cl. m/nhamu" cf pommade ^i >dial. mdrhan; harlmalu"- 
ff vrille, foret e-» :>-harnnc; ital. pomi d'ôro ff tomate 17 >- banadûra. 
Le cl. màrhamu" (mot étranger) devenu marhan ff pommade ^7, 
peut s'expliquer simplement par le passage de m final à n 

m tombe par dissimilation dans le voisinage d'une labiale 
sonore : 'ûhi'iH ffje ne viens pas 77 <: ma -\- bi -\- 'aii'u -|- « et 
^'WmonzU frnous ne venons pas 77 <c.m('i-\-bi-\-naziu-{- s, où m 
de la négative ma a été sans aucun doute éliminée par dissimi- 
lation de b et de m, préfixes dialectaux; en effet m est maintenue 
dans cette position toutes les fois que b (m) préfixe ne paraît pas 
à l'aoriste, comme dans 'âna bô'/qder màzis ff est-ce que moi je puis 
ne pas venir ? 7?. 

En fin de mot, le m du pronom personnel autonome de la 
deuxième personne plur. masc. et de la désinence de la deuxième 
personne plur. masc. du parfait tombe : 'énlu ffvous?^ au lieu de 
cl. ^antum et dràbtu ffvous avez frappé 75 au lieu de cl. darâbtum. 

Signalons enfin nbû au lieu et à côté de ?ibûm (mot que le tout 
petit enfant emploie pour demander à boire). 

Le mot ""atrinê ff fourche en bois à deux branches pour retourner 
les blés et les foins 77 contient certainement le mot syriaque trèn 
ffdeux77, mais faut-il voir dans "a- le début de '«m ffavec^^ (où m 
serait tombé par dissimilation), ou encore un débris de ViJ 
ffjusque^? ou même de "al ffsur^î? 

Remarque. — Nâî(wa ffil a miauîé^^ (I^ thème), en face de 

cl. ma' a {\/m-w-\ même sens), s'explique certainement comme 
bà^a'/q ffil a bêléw par opposition au cl. mà'aqa (onomatopée), 
p. i3, note 3. 

3° Métathèse. 

Les sonantes fournissent à Kfâr*^abîda peu d'exemples de méta- 
thèse. En voici cependant quelques-uns : nâ^'al (à côté de Wati) 
ffil a maudit 77 <<cl. Wana; nabris ff tuyau de narguilé» <:néo-cl. 

^^) Malgré la graphie z, il est incontestable que Ton prononce un s sourd. 

PARLER DE KFAr/ACÎUA. 



82 PREMIÈRE PARTIE. 

narbîzu" ou navhîsu'' (persan); ^armût w voleur, gueux, méchante 
<:cl. ""umrûtu"; m6"/qàilé crpetit crochet, bâton à crochetiî au lieu 
de '^nm^^laiqatu" , diminutif du cl. miHâqu" (sur ce mot, voir p. 33); 
làhltçf ff il s'efforça de faire consentir à ... 75 <; cl. hàllafa. 



CHAPITRE II. 
VOYELLES. 



L DIPHTONGUES. 

Dans le chapitre précédent nous avons vu que les deux semi- 
voyelles, suivies immédiatement d'une voyelle quelconque, sont 
à Kfar'abîda comme en classique de véritables consonnes, et que 
c'est la raison pour laquelle nous avons préféré les étudier avec 
les consonnes (et les noter par les signes w et tj). Nous avons vu 
aussi qu'elles peuvent être suivies inimédiateiiient d'une consonne 
et précédées d'une voyelle, et que dans ce cas elles se joignent 
dans la prononciation à cette voyelle de manière à former une 
diphtongue. C'est ce cas qu'il nous reste à étudier. 

Les semi-voyelles u et i, employées comme deuxième élément 
de diphtongue, ont toujours à Kfar'^abîda (sauf quelques cas de 
réduction), la même forme qu'en classique. Le premier élément 
de la diphtongue peut théoriquement être soit i, soit u, soit a, 
d'où trois sortes de diphtongues possibles : m, ii; uu, ui; enfin 
au, ai. Le sémitique commun ne connaissait déjà plus les deux 
premières séries de diphtongues il [in) et un (w^); la première 
avait été réduite à 1 et la seconde à û (cf. Brockelmann, p. 9/1). 

Dans la suite, toutes les langues sémitiques, sauf l'arabe, ont 
réduit au et ai du sémitique commun, tandis que l'araméen les a 
conservées en syllabe fermée par une seule consonne s'ajoutant à 
i et n (type baitâ, yaumà). La plupart des dialectes arabes mo- 
dernes ont effeclué la même réduction et ne possèdent plus les 
diphtongues classiques. 

A Kfar'abîda où elles sont conservées (comme dans tout le 
Liban), on ne connaît à proprement parler, sauf à la finale, que 
les diphtongues au et ai, à premier élément bref^'l Les diph- 



(^' Ii en est déjà ainsi et sans restriction pour Tarabe classique. — Ceci est 
vrai pour l'ensemble du parler, sauf à la finale de quelques monosyllabes, 
voir p. 101 en note. 



PHONÉTIQUE. 83 

longues ui et In peuvent se produire secondaiiement par suite 
d'une prononciation rapide entre deux mots différents à finale et 
à initiale vocali(]ues : bodda'uûli cril veut s'en allerw au lieu de 
*b(idiluhu (cl. hi -\- widdUd) -\- ijarùhu; nionniiddik cf de vous à moi, 
entre nous^, litt^ wde moi à vousw, au lieu de mi?ini-{-wa 
-{-'ilmka^^K Ces diphtongues, de date récente, restent inaltérées. 
C'est également à la suite d'une e'volution secondaire que notre 
parler s'est trouvé en face de diphtongues à premier élément 
long : 'jqâimé cr se levant -n (fém.) <z /qâijime < cl. qaimatu". 
— Il a re'solu la difficulté en vocalisant le deuxième élément, ce 
qui a permis au premier de rester long. Aussi, contrairement à 
d'autres linguistes, on n'attribuera pas dans ce travail le signe 
de semi-\oyelle à la sonante i ou u quand elle se trouve après 
une voyelle longue. 

Comme nous l'avons fait pour les semi-voyelles w et y, nous 
étudierons ici an et ai dans les quatre cas qui peuvent se pré- 
senter : 1° an et ai ont conservé sans changement leur valeur de 
diphtongue; 2" ils se sont réduits à des voyelles u?ies; B*" au a 
pris la place de al ou ai celle de au; li° au et ai sont secondaires. 

1° an et ai ont conservé sans changement leur valeur de diph- 
tongue. 

D'une façon générale, les diphtongues dialectales au et ai re- 
présentent^ Jl et ^ «, et à la différence de l'immense majorité 
des dialectes modernes ^^), elles se maintiennent toutes les fois 
que leur premier élément a est resté pur : mânda^ cr endroit ^^ <: cl. 
mànda\i'^ ; hmdê ft intendant?? <; cl. haidîyu"; mostàu^çd wse pro- 
mettant, espérante , cf. cl. wcCada rril a promis?? ; ^jqànwdl wil a fait 
dire?? <: cl. qâuwala; làilê ff nuit?? <; cl. lâilatu'' ; kâùje] c? il a mesuré?? 
(le grain) < cl. kâiyala; yahnê fc nuage?? <: cl. yàhnaliC'; làu ce si?? 
<: Ifiu; zâu w atmosphère?? < zànwii"; hài avivant?? <: cl. hâiyu"; 
màntna w notre mort?? <: cl. màutunà; lâtin te couleur?? << cl. Immu"; 
hait cf maison?? << cl. baitu"; etc. 

2° au et al se réduisent à de simples voyelles lorsque \a s'est 
altéré en e, ce qui lui a permis de se fondre ensuite avec le 
second élément. 

^'^ Le syriaque connaît lui aussi les deux diphlong-ues ui et iii qui se pro- 
duisent par suite de la suffixation du pronom de la 3* personne masc. sinfj. à 
une forme nominale ou verbale; cf. qatlui tcils l'ont tué 55 ; q'taUiu «tu (fém.) l'as 
luéw ; 'ahui «son frère». En outre, en syriaque au et ai sont maintenus en 
syllabe ouverte inaccentuée et en syllabe finale qui ne se trouve fermée qu'à 
la dernière étape de l'évolution. Elles sont réduites à des voyelles longues en 
syllabe fermée non accentuée (cf. Brockelmann, p. 95). 

^^) Sur la réduction et la conservation des dipbtongues dans les dialectes 
modernes, cf. Marçais, Saïda, M.S.L., t. XIV, p. 128 et notes. 

6. 



Sa 



TREMIERE PARTIE. 



La réduction se fait dans certaines positions mais beaucoup 
plus rarement que dans les autres dialectes modernes ^^l 

a. au et ai passent à û et i (voir p. 98-99) dans les mots de 
la forme qattâh" appartenant à des racines mediae m;, mediae xj ou 
mcdiae ' (donnant w on y (^^) : ^/qûrnâl r poète populaire 77 -< cl. 

qanwâîu" [yq-w-l) cf grand parleur^^; ^mw rr source qui jaillit avec 
force 7-) <c c\. fauwâru" [\f-w-r) ce qui bout à gros bouillon ^7; riavâs 
ffqui vend des têtes de bétail 77 <c'^'ramvâs -< cl. ra^'âsiC' y\fr--sj\ 
hii/ât ff tailleur 77 <<cl. hahjâtu" y\/li-y-lj\ sT^a^l w chasseur 77 <: cl. 
sanjâdvJ' [s/s-y-d); dans les mots de la forme qatlânu" : hYân (à 
côté de if an) ffqui a faim 75 <: cl. zaï/ânu" [\^z-w-j', zulân w action 
de parcourir, de tourner 77 -<:*zaitlânu" y\^z-w-l); Jiiwân ce animal ^7 
-< ^haiwân <: cl. hay[a)wâmC' {\/h-y-ivj; sîtân ff Satan, démon ^7 
<C cl. saijânu"^^'> (voir p. 99); dans les mots du type taqtilu" de 
verbes à première radicale w ou y : tu/qîf c? arrestation , suspen- 
sion tî < cl. /ftj/(///i<" (01)-^-/ j ; tïifr/q w succès (nom propre d'hom- 
me ) 77 <; cl. taufîqu" \y'w-J-qj\ tïisîlê w course en voiture 77 < cl. 
taustlatu" y\/w-s-lj; iîhisê fraction de faire sécher 77 << cl. taibîsatu" 

[\/^y-b-s) etc. ; dans les pluriels du type "aqlâhi'' (voir plus loin), 
v passe hîieti à i: ulâd ff enfants ^7 ■< cl. 'avlâdii" ; ms^z/w qualités ^7 
<: cl. 'amâfu"; 'itâm fforphelins77 <: cl. 'aijâmu"; dans les 
pluriels du type 'dqtHaM' (voir plus loin) : 'ifyê ff vases 77 <c*'çi/yé 
< cl. 'âuSyatu"; dans quelques imparfaits de verbes à première 
radicale w ou y, formes où la semi-voyelle initiale a été intro- 
duite par analogie avec le parfait : yûzç'' cfil fait mal (lat. doïet)'^ 

<:cl. yâiihfu (\/tt;-i-j; yîbds ffil se dessèche 77 << cl. ymhasu 

{\/y-b-s), etc. . . 

Remarque. — Les parfaits des verbes tertiae w ou y semblent 
réduire leurs diphtongues au et ai : mut ffj'ai jeté 77, cf. cl. va- 

minju (yr-m-yj'^ nmit fftu as crû, grandi 77, cf. cl. namâuUi 

\\/n-m-w)^^^^\ bhhc fftu as pleuré (fém.) 71, cf. cl. bahâili y\/b-k-y), etc. 
Mais la réduction ici n'est qu'apparente et s'explique comme on 
le verra par le fait que les verbes tertiae y du type qàtala : yàqiilu 

'') A Beyrouth , aii et ai se réduisent toujours à et h e lorsqu'ils sont en 
syllabe fermée : yôm ffjour» <C cl. yf'nnnu" ; bén wenlrew ^cl. hâina; etc. 

^^) Phonétiquement ou du moins par analogie. 

^•'^ C'est ép^alement grâce à une dissimilation vocalique régressive que les cl. 
hdiratu'^ crétonnement», yôri-alu" crzèle?', etc. sont devenus dans le parler hi'ra, 
y Ira. 

^''^ Se rappeler que les verhes lerliae w sont ramenés dans notre parler aux 
verbes lerliae y. 



PIIONKTIQIIR. 85 

ont été ramenés, au parfait, analo(>iquement aux verbes terliae y 
du type qdiila : ydqlalu. 

[3. au passe à o et ai à î^^^ clans quelques mots usuels : hon 
ff ici-'^ contraction et doublet de haun <c cl. hâhunà; mos ce ce n'est 
pas?') contraction et doublet de dial. mau.s <: cl. mà-\-huwa ( + 6-); 
Â/ytr comment? ^7 <:cl. lai fa; si cfcbose?? <<cl. s/uu"; stdé rmion- 
sieur^7 -<cl. s(in/idi^'^\ etc. 

y. an et ni passent à a bref en syllabe fermée par suite d'une 
prononciation rapide^^^ : bat hânna wla maison de Jean?? <: cl. 
hâUit hànnci; monyâr sâf rrsans mal?? <: cl. mm -|- yàhi -\- mrrf ; 
hav monneh ce il vaut mieux que toi-»?; cf. cl. hàiru" minha; ^antûra 
(village libanais) < syr. ^ainâ ff source?? -\-tarâ w montagne??; làsta 
cf pourquoi ??? <: cl. li-^-^aiyi-}- saii" -|-. . . ; niaHâld cr cela ne te re- 
gai'de pas?? -<cl. ma -{- \ilaika (+«); lànnu cfs'il est?? <c:cl. lau~{- 
'anna-hu; hleddin (nom d'un village libanais, résidence d'hiver du 
gouverneur) <: ^bateddïn <: cl. bàitu-d-dîni ffla maison de la 
justice??. 

S"* au a pris la place de ai ou ai celle de au. 

De même que les semi-voyelles w et y se remplacent mutuel- 
lement sous l'influence des voyelles suivantes ou par confusion 
analogique, de même aii et ai se rencontrent l'un pour l'autre, 
mais moins fréquemment. 

a. an classique a passé à ai : dans quelques verbes de la 
forme qâttala des racines mediae tv : ràryecl rr il a dompté??, cf. cl^ 

rduivada y\/r-iv-d)^ etc.; de même dans saikûnê w petite branche 
morte??, dimin. de syr. saukâ tf branche, rameau??. 

/3. ai a passé h an : dans quelques verbes de la forme qâttala , 
des racines mediae y : lâmvos (et ses dérivés) ce il a étourdi?? en face 

du cl. tâi^/am (0-î/-«); tànwdf ce il a inondé?? en face du syr. 
taryoÇ/ et dans quelques mots comme zcmd rr surplus, augmen- 
tation??, cf. cl. zâidu'^. 

li° an et ai sont secondaires. 

A la différence de linguistes autorisés (^'^, nous ne regardons 

('5 Par rintermédiaire de ë. 

(-) Ces mots pourraient être des emprunts aux parlers citadins (Beyrouth, 
Tripoli de Damas) où les diphtongues se réduisent en règle. 

^') Celte évolution est naturellement hien plus récente que celle du type 
qtnuUu" > qitiil. 

^W W. Marçais, Scnda, M. S. L, t. XIV, p. i3o; M. Couen, p. ii3. 



86 PREMIÈRE PARTIE. 

pas comme diphtongues secondaires à premier élément long 
celles qui se produisent par la fusion d'une voyelle longue, soit 
à, avec une semi-voyelle suivante vocalisée (^\ par exemple dans 
zàmjè w angle 7î <:cl. zâwiyatu", et sâimê cf jeûnante (fém.) <:cl. 
sâHmatu'^. 

a. «w et ai peuvent représenter à Kfâr^^abîda j)! (c'est-à- 

dire âwa, âwi, àwu)^ et t^' - (c'est-à-dire àya, àyi, ayu) clas- 
siques, et sont alors appelés diphtongues secondaires. La voyelle 
longue à, se trouvant en syllabe fermée par deux consonnes, 
par suite de la chute de la voyelle subséquente («, i, u), s'abrège 
en a, ce qui permet au iv et au y de subsister sous forme de 
second élément de diphtongue : hlm/zûdu wsans sa présence (on se 
passera de lui) 7^, cf. cl. hilà -\- ivuzûdihi ; landi^ ulmuW rril n'est ni 
humble ni doux?? <::cl. là-}- tvadî^u'^ -\- wa -{- là -\- ivadhi" ; la'mût 
cril ne mourra pas (qu'il ne meure pas)?? ■< cl. là -f- ycimûtu; mains 
ffil ne viendra pas?? < cl. ma -f- yaifu -\- (s); tai/ûh wpour qu'il 
aille?? <: ta (c'est-à-dire Iiattà) -f- yarûha\ ^aimînë wsur ma 
droite?? -< *â (c'est-à-dire %là) -f- yaminî; hâk wmur?? '<.^hâyit 
< cl. haitu"; màidê ff réfectoire, salle à manger?? <::'^mâyidê <cl. 
maidatu"; etc. 

/S. an et al ont été introduits secondairement dans plusieurs 
formes nominales et verbales et s'expliquent la plupart du 
temps par l'influence des consonnes précédentes, par des 
procédés morphologiques ou analogiques, etc. : swàijq ff sorte 
de pain??, cf. cl. sawtqu"; ''àujqds ffil est piqué?? (par une mouche) 
<: dial. Vi'Jqas ffil a piqué?? -<syr. ""'qas, par analogie avec saiite(p 
(forme qautel); râuh (dans yâràiihê ffô mon âme??, terme de ten- 
dresse), cf. ci. rûJiiC^^ âme, souffle?? par analogie avec yà^àinê, litt. 
ffô mon œil?? (terme de tendresse) <: cl. yà-^^amï; zaïh^jq 
ff mercure^, cl. zfbaqu"; hàulé ff celle -ci??, cf. cl. hàdi; handê 
ff ceux-ci, celles-ci 1?, cf. hàdû, et cl. hà'ulâ'i; hiahjê (k côté de Ijtîyê) 
f' péché, faute??, cf. cl. hatî'atu", haiîyatu"; môddâk ffj'ai étendu 
par terre??, cf. cl. madadlu (il en est ainsi de toutes les premières 
et deuxièmes personnes masc. et fém. sing. et plur. du parfait 
des verbes à deuxième et troisième radicales semblables), ceci 
par analogie avec les verbes à troisième radicale y, tels que VM« 

yJ'-d-yY'^^ ffil fit parvenir??; etc. 



(») Cf. p. 73. 

(^) Cf. K. AuRENS (Zeitschvift (1er deutsnhon mnr^enh'imUaclion GespUschnft , 
t. 64, p. 176). D'après lui et A. Fisciikk, on rencontre déjà dialcctalen ent 
4es formes telles que raddaitu et raddâlu en arabe ancien. 



t 

V 



pnoJNKTion;. 87 



II. VOYELLES PROPREMENT DITES. 



Notions pnÉLiMiNAiREs. 

On le sait, les grammairiens arabes, tels que SThawa^hi et 
Zamalj^arl, qui nous ont laissé une si complète description des 
consonnes, n'ont presque pas parle' des voyelles qu'ils ne regar- 
daient pas d'ailleurs comme de véritables phonèmes. Pour eux, 
les voyelles arabes se ramènent à trois : falhatiC' = a; hasratiC' =^i; 
et dammatii" = u , qu'ils représentaient par les signes jl, — et—. 

Ces voyelles sont signale'es comme longues lorsqu'elles sont im- 
médiatement suivies, a d'un alif, i et u des deux semi-voyelles 
correspondantes, d'où le système vocalique de l'arabe classique: 
«, i, u, à, l, w. Pourtant, quelques-unes de ces voyelles peuvent, 
d'après les mêmes grammairiens, se nuancer et subir cer- 
taines modifications dans leur timbre sous l'influence de 
consonnes voisines : a (à) penche vers i (imâla) ou vers u 
(tafhîm), et i est parfois prononcé comme u (""ismâm). Ces 
nuances, nous les retrouvons, et d'autres encore, dans le 
parler de Kfar^abîda. Aussi allons-nous les étudier successivement 
avec les voyelles longues et brèves, et voir ce que sont devenues 
ces voyelles à Kfâr^abîda soit dans les formes nominales, soit dans 
les formes verbales. Nous considérerons cbaque voyelle longue ou 
brève dans les trois cas qui peuvent se présenter : à l'initiale , à 
l'intérieur du mot et à la finale, et nous l'examinerons dans 
chacune de ces positions au point de vue de la conservation ou 
de la chute, de la quantité ou du timbre, en prenant toujours, 
contrairement à ce que nous avons fait pour les consonnes, 
l'arabe classique comme point de départ. 

Comme le syriaque, qui nous fournira dans ce chapitre en 
particulier plusieurs points de comparaison ^^^, le parler de Kfar- 
'abîda (il en est de même de la plupart des parlers libanais) est, 
comparativement à la langue classique, assez pauvre en voyelles 
de timbre net. Par contre, il est très ricbe en voyelles de nuance 
indécise, dont on ne saurait, sinon à l'aide d'instruments, déter- 
miner exactement le timbre. Celte abondance de voyelles vagues 
n'est pas propre à notre parler; elle existe dans tous les dialectes 



(^^ On le sait, la prononciation actuelle du syriaque occidental présente des 
altérations considérables par rapport à l'ancienne vocalisation araméenne, telle 
que nous la montrent les documents des premiers siècles de notre ère, 



88 PAKHIIKRE PARTI i:. 

arabes modernes où l'on est obli(]e', pour rendre exactement la 
prononciation, d'avoir recours à de nouveaux et nombreux signes 
vocaliques. Elle s'explique par le fait que dans toutes les langues 
sémitiques anciennes et modernes les voyelles brèves non accen- 
tuées ont beaucoup moins de résistance que les voyelles longues, 
et subissent très facilement Tinfluence des pbonèmes voisins. On 
peut aussi joindre à cette raison commune et principale une 
autre raison particulière et secondaire, qui s'applique seulement 
au parler qui nous occupe ^^^, l'influence de l'ancien voca- 
lisme syriaque qui, en se croisant avec celui de l'arabe classique, 
a contribué à l'établissement du système vocalique actuel des par- 
1ers libanais. D'où de nombreuses voyelles de timbre différent, 
selon qu'elles sont voisines de telle catégorie de consonnes ou de 
telle autre, qu'elles sont dans les formes nominales ou dans les 
formes verbales, qu'elles sont dans une forme d'origine arabe ou 
d'origine syriaque; d'où aussi ces divergences dans la pronon- 
ciation qui se remarquent non seulement d'une province à l'autre, 
mais encore de village à village, parfois même d'individu à 
individu, suivant que l'un parle un arabe purement dialectal et 
l'autre une langue à demi littéraire, que l'un a fréquenté les 
gens de telle région, et l'autre ceux de telle autre. Ainsi les habi- 
tants du Nord du Liban, où l'inllucnce du syriaque est encore 
considérable, parlent un arabe sensiblement différent, pour le 
vocabulaire, mais surtout pour le vocalisme, de celui qui est parlé 
par les Libanais du centre. La différence est encore plus sensible 
avec ceux du Midi, chez qui depuis un demi-siècle au moins la 
langue classique est fort étudiée par l'élite de la population. On 
s'exposerait donc à faire oeuvre incomplète, et partant inexacte, 
si d'une part on ne tenait pas compte dans l'étude d'un parler 
libanais de l'influence syriaque qui, dans certaines régions 
surtout, est réelle et incontestable, et si d'autre part on pré- 
tendait, après un court séjour fait dans le pays, donner d'une 
manière complète le système vocalique de toute une région, 
comme l'a fait un dialectologue, M. Mattsson, qui , en dépit de son 
plan, n'a enregistré en réalité que le parler de son informateur 
ou du village qu'il a habité ^^^. Aussi, en me bornant à étu- 
dier le vocalisme de mon village natal, j'espère éviter cet écueil, 
être plus complet et surtout plus précis. Bien entendu, cela ne 
m'empêchera pas d'établir de temps à autre des points de com- 
paraison entre le parler de Ktar'abîda et les autres parlers 
libanais, que je connais également au moins dans leur en- 
semble. 



(') Et aux autres parlers de la même région. 
^■^) C'est le seul but qu'il aurait dû se proposer. 



PHOMVriQLE. 89 

Voyelles longues et brèves a l'initlvle du mot. 



A. Voyelles a l'initiale absolue. 

Contrairement aux langues indo-européennes telles que nous 
les connaissons (à part le grec ancien), les langues séiniti([Lies ne 
possèdent pas originairement de mots ni par conse'quent de syl- 
labes commençant purement et simplement par une voyelle. 
L'arabe classique, pour éviter un groupe de consonnes amené h 
l'initiale parla morpbologie, admettait une voyelle prothétique, 
soit i {n ou bien a) au commencement de quelques mots et de 
quelques formes verbales, sans que celle voyelle fût précédée, 
comme dans les autres cas, de Tattaque vocalique forte : ismu" 
rr\om-!i -^.'^smu"; inqàtala ffil fut tué '7 •<:%qatala, Vlï" thème de 
qâtala; uhtub w écris •>? -<:*ktab. 

Tandis que plusieurs dialectes arabes modernes possèdent de 
tels mots à initiale vocalique et d'autres aussi où un hamza lécl 
est arrivé à ne plus se prononcer ^^^ le parler de Kfar'abîda évite 
avec soin de commencer le mot ou la syllabe par une voyelle. 
Aussi , pour les mots classiques qui commencent par une voyelle 
prothétique, ou bien ils perdent purement et simplement cette 
voyelle, par exemple tnâin^^^ ff deux 77 <:cl. iônàmi et ktob décris ^7 
<::cl. uhhih, ou bien, lorsque la conservation de la voyelle est né- 
cessaire, celle-ci se maintient, mais l'attaque vocalique douce se 
transforme en attaque vocalique forte [hamza) ^ par exemple 'ésm 
fcnonn^ <cl. ^s«m", et'é/>« tffils77 < cl. ibnii"^^K La même chose 
se passe pour les mots étrangers à initiale vocalique empruntés 
par notre parler : bîikâtu (à côté de ^abukâlu) w avocate, cf. ital. 
avvocato; au contraire '(is% cf. fr. as et ital. asso; 'astîk, cf. frç. élas- 
tique avec suppression de la syllabe (?/- prise pour l'article. 

Cette règle n'est pas contredite par le fait que les deux voyelles 
n et i représentant les semi-voyelles w (ti) et y {{) peuvent com- 
mencer le mot en formant des syllabes faibles, il est vrai, mais 

(') Cf. W. Marçais, Saïda, MSL.,\l\, p. 102 suiv. ; M. Cohen, p. i/io. 

^-) On verra que dans notre parler une sjllabe peut commencer par un 
groupe de consonnes. 

^^^ La seule solution possible en dehors de celle-ci eût été le développement 
d'une voyelle minimale entre les deux consonnes (cf. M. Cohen, p. ho et A2), 
mais notre parler ne pouvait y recourir parce qu en principe il conserve la 
coupe classique des syllabes. Cependant 'ésm et 'ebn prennent généralement 
les lormes sm- et bu- lorsqu'ils sont suivis d'un mot à initiale vocalique, cf. sm- 
alla ' laik rrDieu te protège Ui litt*. «que le nom de Dieu soit sur toin cl. ismu 
l-îâhi ; bn-ùhté «le fils de ma sœur» <^ ibn-uhtu 



90 PREMIÈRE PARTIE. 

indépendantes. Ici en effet, il s'agit d'une vocalisation jt?05fmewre(') 
des semi-voyelles w et y, laquelle résulte elle-même de la chute 
régulière de la voyelle qui les accompagnait en arabe classique. 
Ex. : tilâd w enfants 77 «ccl. ^aulâdu^ ; u'/qâlu fret ils ont àii-n <: cl. 
waqâlîi; itîm ff orpheline << cl. yatîmu''. 

B. Voyelles à l'initiale relative (après consonne). 

A l'initiale relative comme à l'intérieur du mot, une voyelle 
classique brève ou longue peut se trouver en syllabe ouverte ou 
en syllabe fermée, et l'une et l'autre de ces deux syllabes peut 
être accentuée ou inaccentuée. Or, comme une syllabe est relati- 
vement faible quand elle est en syllabe ouverte ou inaccentuée, 
et relativement forte dans les cas contraires, on aura toujours 
soin de distinguer dans l'étude des voyelles entre une syllabe 
ouverte ou fermée, inaccentuée ou accentuée (les deux distinc- 
tions se combinant en outre). 

I. Voyelles brèves en syllabe ouverte inaccentue'e (X l'initiale). 

Conservation. Chute. — i. En règle générale toute voyelle 
brève en syllabe ouverte inaccentuée disparaît purement et sim- 
plement dans notre parler ^^\ Ex. pour a : cl. ta^'àïlama ffil a 
apprisw >• dial. fâllçm; cl. daràbtu wj'ai frappéw > dial. dràbt; 
salâmu'^ w salut 17 > slâm; karîmu" cr généreux 15 >> Irim; yaqûlu 
wil ditr :>i^lqûl; 'azâflru ce ongles w > (/«t/ïV (où la chute de la 
voyelle initiale a entraîné celle du \ faible par lui-même). C'est 
de la même façon que doit s'expliquer la chute du préfixe 'a~ du 
IV" thème des verbes mediae w ou y, confondus actuellement au 
parfait avec les verbes du I" thème ^^^ : 'ahâna wil a offensés >- 
hân qui se confond ainsi à Kfar^abîda avec l'aboutissant du cl. 
hâna ffil futfaciler», etc.; — pour i : cl. Mtâbii" ff livre 7? >ktâb; 
lisânu" ff langue 75 > Isân; Ôiyâbîi" ff habits 77 > tyâb; rizâlu" 
ff hommes 7) > rzâl; — pour u: yurâbu" ff corbeau 7? ^>yrâh; mubài- 
yanu^ ff clair, démontré ii >* inbâiyçn; '^uqàibatu'^ ff petite montée, 
petite colline7?>> ^""jqàibê, etc. 

0) ulàd p. ex. et ilîm pourraient être les aboutissants de formes *"'ul(ul et 
*^ittm intermédiaires entre le classique et les formes actuelles. — La chute de 
m dans 'abakelë pour mâbâkelè vjc ne mange pas?? y est également tout à lait 
hystérogène. 

W II s'agit de mots normaux. Dans ces cas, il y a toujours au moins une 
autre syllabe ( laquelle est accentuée ). — Presque tous les dialectes modernes, ceux 
du Maghreb surtout, laissent tomber les voyelles brèves du classique en syl- 
labe ouverte inaccentuée. Cf. W. Marçais, Tlemcen, p. A7; M. Coiikn, p. i^n. 

'') Ce n'est^au*] reste qu'une conséquence de l'état de choses irrégulier de 
l'arabe classique {*'ahayana ['ahâna] au lieu de *'ahyana). 



I 



PHONÉTIQUE. 91 

2. Par suite (rime modification dans ia coupe des syllabes, 
une syllabe ouverte inaccentue'e en classique peut devenir, à 
Klar^abida, accentuée ou fermée; comme conséquence la voyelle 
brève s'est maintenue. Ex. pour a : hawâ'u" rrair, atmosphère^ >> 
h'iwa; hasanâtu" cr bonnes œuwrcs r) :> hasnât; darahûnï tfils m'ont 
l'rappéT? >. davhûnè; qarabûsu" cf partie supérieure de Tarçon de ia 
sqWq'-) :> */qnrbi1s ; — pour i : Snabâtu" te graines de raisins? > 
^enbât'^^'! ; — pour u : Jmnâqu" w angine ?5 > honna/q; mutakàbbiru" 
T orgueilleux '? > mothibbQr, etc. Mais nous retombons ici dans un 
des cas que nous allons étudier. 

II. Voyelles briives en syllabe ouverte accentuf'e (à l'initiale). 

Conservation. Chute. — Les voyelles brèves classiques en syl- 
labe ouverte accentuée se maintiennent toujours à Kfar'^abîda 
(sauf les cas où l'accent dialectal frappe la syllabe suivante). 
Ex.: pour a : qàlamu" tf plume ^^ > Y^ft/^m ; bàlahu" fc dattes 77 >> 
bàlçh; sdqata wil est tombé ■>•) > sajqat; — pour i : Hnahu'^ w rai- 
sin ?7>>Vwf^j hirafiC' cf métiers ^7 >■ Aéj'm/"; tikaku" rr lacets qu'on 
passe dans la coulisse du pantalon pour le serrera >> (par diss.) 
déh§k; — pour u : kûtubu" w livres 77 > kçtob; mûdunvP^ avilies 77 > 
m'odon; siîwarii'^ k images v^- sûwar ; ^ïabu"^ cf vases en peau (pour 
traire) v > ^ùlçb wboîtes, tabatières 7?. — Ces voyelles en syllabe 
ouverte accentuée se trouvent quelquefois, après ia chute de la 
voyelle suivante, en syllabe fermée. On retombe alors dans le cas 
de brève en syllabe fermée accentuée. Ex. : pour a : hâwaru" 
ffcuir rouge, i^euplier v:> Mur; clàrabat welle a frappé 77 >> dàrbdt; 
èânia^atu" ce cierge 7-) >> smïi'a; — pour i : kiwazatu" rr cruche 77 > 
*kéuzé, d'où, par réduction kûzè; — pour u : lûhamahC' rc indigestion n 
>> tûhmè. 

Timbre. 

a. 1. D'une façon générale, la voyelle a bref, en syllabe 
ouverte accentuée conserve à Kfôr*abîda son timbre classique 
dans les formes nominales. Ex. : ^âzabu" wcélibataire^^ :^'^àzçb; 
'àsadu" ff lion 77 > \ised; mdliku" rcroi77 > màlek; hdlaqu" van- 
neaux 77 > hàlçjq, etc. Elle passe cependant, grâce à une assi- 
milation vocalique, à e (è franc.) qui, à son tour, passe toujours 
à 3 (à peu près eu franc.) au contact d'une emphatique ou d'une 
labiale (précédente seulement) : dans les adjectifs du type qâtilu" : 
nàkidiC' ff acariâtre, boudeur, taquin 77 >■ nçkçd; zânihu" wrance, 
puant77 > z§neh; nâzisu" tf méchant 77 >- nézçs; '^bâlitu''t( dissipé, pé- 

^^^ L'î de zliiuni aivraiejî en face du cl. ziwànu'^ s'explique par une forme 
zi'tvân due à l'analogie de la forme concurrente zi'ànu". 



92 



PREMIERE PARTIE. 



tulantw >> %élçt > bdlet; wàsiJm" cr salei? > ivès^h; — dans les sub- 
stantifs ou adjectifs dialectaux qui se terminent dialectalement 
par ê : sânatu" fc année ^5 >- séné; yânîyu^ cf riche i^ >-*yfme>yf/2e; 
danni" wvil, ignoble î: > ^ dànê '>- dènè ; nâdf cr humide 7) > nédé. 



2. Déplus a bref en syllabe ouverte accentuée passe généra- 
lement, par assimilation, à e dans les formes verbales : Ex. ; sdriba 
ffil a hu T) ^> séreh ; "àlima fcil a sm? :^'^élem; sâhira cfil a veillé w>> 
séhçr; hàsaha wil a gagnée, léseh; màsaha cril a saisie, "mésçlî:>' 
mèsçh ; hàsuna w il a été beau 11, hèsçn^^^ ; râhusa ce il fut baissé [en par- 
lant d'un prix]?^, réhes; màèà [sjm-s-y) ffil a marché?? 



inese 



misé; yàzâ [\/y-z-w) ffil a fait une incursion?? >7f2è'; bâdaa ffil. 
a commencé??, %édé'>'hddè^-\ etc. La voyelle a conserve cepen- 
dant son timbre classique dans la première syllabe du iy\)eqàtala, 
au parfait, lorsque ces verbes contiennent comme première, 
deuxième ou troisième radicale une emphatique et comme 
deuxième ou troisième radicale une vélaire ou une faucale (laryn- 
gale). Ex. : nàzara ffil a regardé?? > nàzar; sâraqa ff il a dérobé ?? > 
sâra/q; fàtara ffil a déjeûné?? > /«/«/'; qâ^ada ffil s'est assis?? 
>'/qà*'ad; bà\iza ffil a fendu?? >> bà'^az; dàhala ffil est entrée? > 
dàhal; dâfa^a ffil a payé^? >• dàfa'-; nàdaha ffil a fait marcher une 
hè^iQ-n ^m'idçh ffil a appelé en criant; nàfaha ffil a soufflé??, nâfdh; 
mâna^a ffil a défendu 1?, mân§^^^K Le passage de a h e (0) se pro- 
duit même au voisinage des emphatiques et faucales dans les 
verbes du iy])eqàtila et qâtiila (qui lui-même a été ramené à qatUa). 
Ex. : ''iHism il a eu soif?? > Vps; làhiqa ffil a atteint?? > léhçjqj sami^a 
f^l a entendu?? > «m/. C'est à ce type qâlila que se rattachent 
également des exemples tels que : Jàsala ^r\\ a séparé?? -^ jàpl 
(au lieu àe^àsal) par analogie avec le fulur î/^z/^î'/m; au contraire 
làSqa ffil a léché?? aboutit à Wa'jq (au lieu de ^léY/q) par ana- 
logie avec le futur yal^aqu; nàqala ffil a transporté?? > najqal 
ffil a transporté??, et en même temps né'/qdl ffil s'est transporté^? 
{''naqila)^'''> ; de même ^sàrifa ffil a congédié, il a changé de 
l'argent?? > sèràf ffil a changé de l'argent?? et en même temps 
sàraf tr'û a dépensé??, cf. sârafa. 



(') Sur le passage non phonétique de qatula cl. à qatçl , cf. plus loin. 

(^) Des trois types possibles kabara, kabura, kabira, notre parler n'a {jardc 
que le troisième auquel les deux autres ont été ramenés, sauf dans le cas d'em- 
phatiques. 

("^ Il semble se passer ici ce fait curieux que les laryngales comme troisièmes 
radicales n'exercent aucune influence sur la voyelle qui est en contact avec 
elles, mais plutôt sur celle qui se trouve dans la syllabe précédente. Toutefois 
ce n'est qu'une apparence : nadaha devait donner *nadah et *nadiha , *nçdçh, 
La forme nadçh est un compromis entre les deux. 

W Cf. plus loin. 



PHONETIQUi:. 



93 



ici u. Les voyelles Ijrèves / et u classiques, en syllabe ouverte 
accentuée , passenl [{éneralement (à Kfar'abîda) à e et à il. Ex. : pour 
i : himainu" cr désirs, volontés^ >- hémom; hiraqu" ff lambeaux r) > 
In'ra'/q; — pour u : 'ùnianm" rr nations^ >'ûmi>m; zûdiidu" crneuf^i 
>- ://^/f^/. Elles sont ce])endant maintenues (par assimilation^^)) 
lorsqu'elles sont immédiatement suivies, i do y élu do w : pouri: 
êiijanm" cf mœurs, caractère ^^ ^stijçm; Inyaln'' ff ruses, prétextes ?7 > 
hif/çl; — pour u : néo-cl. 'mvadu" ff chambres i*» ^^'lïwad; cl. dûwa- 
lu" ff puissances 17 >- dûtvoL Toutefois il s'agit d'un i et d'un u 
ouverts. 

m. Voyelles longues en syllabe inaccentuée (à l'initiale). 

Conservation. Chute. — Les voyelles longues classiques en 
syllabe ouverte inaccentuée se maintiennent toujours àKfar'abîdn 
en qualité de longues, quitle à faire reculer, le cas échéant, l'ac- 
cent du mot. Ex. : pour â: "àmàllu ff j'ai eu affaire avec quelqu'un 
>'^(ïni6ll; yâbûn ffiiies forets •'i >-fàbâtê; hàmilina f^ portant -"i (pi.) 
>> Ijdmlin; — pour ï : hllânu" ff murs^? >■ hlfân; zirânii" ff voisins ^7 >> 
zlrân; bldàmi" r^ h\ancs ^i ^ bl dan; — pour ù : sûdânu" ff nègres ^^ 
:>'Sûdân; yimanlyu" ffgrec?-) ^>yfmâné; tûfânu" ff déluge •>) :>'tùjân. 

Ceci se produit également lorsque la voyelle longue est (dans 
notre parler) de provenance secondaire. Ex. : //rt//y//y'ff guimauve 77, 
cf. cl. hitnuyahi" ; fwân ffpavillon, tente en étoffe 7^, cf. cl. siwânu" ; 
zlwân ff ivraies 77, cf. cl. ziwâfm"^'^^ ; flrdn ffrats <: c\. fi'rânu" ;fiïwal 
ff marchand de fèves 77 <c cl. /««ti^a/w" (forme intermédiaire yemvâl), 
elc. 

Timbre. 

Les voyelles longues ï et û en syllabe ouverte inaccentuée 
gardent toujours à Kfar^'abîda, comme on vient de le voir, 
leur timbre classique sans aucune altération. Seul le timbre de 
la longue à, en syllabe iniliale aussi bien qu'en syllabe mé- 
diate, en syllabe ouverte (accentuée ou non) aussi bien qu'en 
syllabe fermée (accentuée ou non), est souvent altéré dans notre 
parler, ce qui constitue le phénomène connu de tous les dialectes 
arabes modernes et désigné sous le nom d'imâla ^^l Comme les 
lois de l'imâla sont à Kfar^'abîda à peu près les mêmes, quelle que 

^^^ Au phonème suivant. 

(^^ On a vu plus haut i'explicalion de zïwân. Elle s'applique également à 
shvfin (l'origine persane) et naturellement aussi kfirdn. 

^'') Les premiers grammairiens arabes connaissaient eux aussi l'imâla, qui 
pourtant ne suivait pas les mêmes lois que dans les dialectes modernes. D'après 
eux, l'imâla élait toujours déterminé par le voisinage d'un i et n'était empêché 
que par certaines emphatique?. 



9/( PREMIÈRE PARTIE. 

soit la position où à classique se trouve, nous allons, pour éviter 
des répétions inutiles, les donner ici une fois pour toutes, en les 
illustrant par de nombreux exemples appartenant à la vie propre 
du parler. 

En principe, Timâla, c'est-à-dire la palatalisation de à clas- 
sique, a toujours lieu à Kfar*^abîda (changement spontané). Il est 
accidentellement empêché par certaines consonnes, sauf au voisi- 
nage de la voyelle i longue ou brève. En conséquence : 

1. à classique est imâlé en à toutes les fois que, non suivi 
d'une emphatique, il est immédiatement précédé dans la même 
syllabe d'une des consonnes suivantes : ^ b, z, d, z, s, s ,f, k, 
l, m, n, h, w, y. Ex. : cl. ^âmana cfila eu fow >- dial.^âman ; 
bâbu"- (f porte 17 > bâb; Stâbu'' w reproche 17 >■ ^lâb; matâHbu 
ff fatigues 77 >-mf^V^; mazârf ff lits 77 (des fleuves )>-?>i2;are; daimu" 
wqui dure, perpétuelle :>- dâyeni; zâri^u'^ cf semeur 7^ '^-zàrç^ ; scCalu"^ 
V montre , heure 77 > sa^a;sân" cf îiiÇ\\Q\.Q\ivr)>sàrê;jahîimC' ff compre- 
nant 77 :>fâhem; kâna rr il élait77 > hân; Jàlâmu" wdiscours, paroles ^7 
>> klâm; mâlu" wbien, fortune 77 > mal; hâna wil a été facile 77 > 
hân^^^; ivâzibu^ ff devoir, obligation 77 :>xvazçh; yâbisii" trsec77 > 
^yâbds^'^\ etc. — Mais l'imâla ne se produit pas lorsque à se 
trouve dans le voisinage de l'une des emphatiques 5, d, t ei z : 
masâlihu ^r affaires avantageuses 77 >- msâleh ; ivâsihi" cr arrivant 77 (part, 
prés.) ^>wâsdl; tadârabU ffils se sont battus 77 > '^dârbu ; fada te il a 
débordé 77 :^fâd; tâhiru'^ wpur, chasle77 >/rt/ifr; èâtiru" wrusé, ha- 
bile 77 >- sa/ar; zâlimu'^ ff injuste, oppresseur 77 >-f«/^»i, etc. 

2. à classique est imâlé lorsqu'il est immédiatement précédé 
d'une spirante faucale ou gutturo-palatale {h, h, ') et qu'en même 
temps dans la syllabe précédente ou suivante se trouvait la voyelle 
i bref ou long appartenant à la forme radicale (^^, que cette 
voyelle existe encore ou soit tombée dans le parler. Ex. : hâdimu" 
cf serviteur 77 > hâdpn; mahâdi'^u cf chambres ••7 > mhâdç^; hâmilu'^ 
ff portant 77 ^>hâmdl; lihâfii" tf couverture ouatée ^7 z:>lhâf; maJjâJnmu 
w tribunaux 77 > mhâkçm ; ^âlimu" w savan 1 77 > ""âlçm ; ^âliyatu" cr haute 77 

(^) Quant à burhdnu'^ ce prouve, argument 57 qui donne hôiliân (sans imâia) , 
le maintien de â pur après h peut s'expliquer par la présence de r ou encore 
par l'influence de la langue classique, le mot étant peu employé à Kfar'abîda. 

('-) Dans quelques villages libanais tels que Bécharré (Bèarré) el Eliden,oîi 
l'influence du syriaque est encore très grande, la voyelle d n'est jamais imâlée 
et se prononce au contraire à peu près comme fermé. Ainsi j'ai perFonnello- 
ment enlcndu un paysan de Bécharré prononcer : 'enn folloh çbn fôlloh ccje suis 
cultivaleur, fils do cultivatour^n Ce seul fait suflirail à prouver, s'il en était 
encore besoin, l'influence du syriaque sur l'arabe parlé dans la région. 

(^) G'esL-à-dire un i amené par la morphologie à l'intérieur de la racine ou 
appartenant à la racine du fait qu'une des consoimes radicales est un yod. 



PlIOJNÉTlQLi;. 0r3 

> "Mijè; niVdn" wfer à cliovabi > n^âl, etc. — Mais Timâla ne se 
produit pas lorsque le mot clans lequel à se trouve immédiate- 
ment après h, h ou *" ne contient pas un i (long ou bref) ou qu'il 
contient un i qui ne l'ait pas partie de la forme radicale. Ex. : hâfa 
ffil a craint^i > hàf;hâtamu" wbague, cachet^^ ::> hâlçni;hâlu" cfétat, 
temps ^7 >> hâl; "âdalu" w habitude ^7 >> \idr ;'a\îna wil a aidé 77 > ''an; 
hall ce mon oncle ^^ >> hâlê; Mit wmon état, ma santé t? > hâlè; 
^tlamu" w mondes-) > \Uem; ^sà'^âthju" whorlojjer-'') > sâ\îté; ^âm- 
mîya" ff appartenant au peuple, laïque?^ >> %nê, etc. Il faut ex- 
cepter en core le cas où à est pris entre deux spirantes (faucales 
ou gutturo -palatales) : Jïliâhu" ce pièges i^ > ffiâh; mihâhu'' cf cer- 
velles ?7 :>>mhâh: sihâhii" cr avares ?7 > shah; si^a^u" cr rayons de so- 

3. Comme les emphatiques, les gutturo-palatales q ei y pré- 
cédant immédiatement â empêchent (à Kfâr^abîda) l'imâla de se 
produire : qâla wil a dit 77 > 'Iqâl; qâsi" crdur, sévère 77 ^'jqâsè; 
biyâlu" w mulets 17 ^byâl; yaibii" cr absentai > yây^b^^\ Ceipendant 
rimàla se produit dans quelques mots après q et y, généralement 
dans le voisinage de i : ydnùqu" cr profond 77 > yâmo'jq; yâjïlii" w né- 
gligent^^ :>yâJol; qâbilu" trqui reçoit, susceptible^^ ^-'jqâbal; ma- 
qân% cf fouets 17 >my^ar^^ etc. 

Remarque. — L'imâla n'atteint généralement pas les mots 
d'emprunt : bàbnr ce bateau 77, cf. fr. vapeur; basa fc pacha 7? , cf. turc 
pâsà; konyâk, frç. cognac; 'ehnânê, cf. ïvç. aUeniafid, etc. 

4° On a déjà eu l'occasion de dire que la liquider est, par 
elle-même , indépendamment du voisinage consonantique , très sou- 
vent emphatique dans notre parler, et qu'elle emphatise réguliè- 
rement les phonèmes voisins. L'imâla n'a donc pas lieu dans 
le voisinage de r emphatique, mais il est difficile desavoir exac- 
tement quand r est emphatique et quand il ne l'est pas. Voici 
cependant les principaux cas où r empêche l'imâla de se produire 
à Kftir^abîda : 

a. Précède' immédiatement de r dans la même syllabe, â, en 
syllabe fermée dialectale, ne ressent pas les effets de l'imâla. 
Ex.: ras w tête 77 <: cl. l'à'su"; râh ce il s'en est aile' 77 < cl. râha; 
haîrât ff biens 77 <: cl. hairâtu"; yrâb w corbeau 77 <: cl. yiirâbu'' ; dra" 
wbras, aune 77 < dirâSi"; bràz retours (turres)v <: cl. ^abrâzu"", etc. 
On dit cependant Jirâm « couverture 77 (avec imâla), mais cette 



(^) Dans quelques villages libanais, comme Hilta, à est toujours imâlé après 
</> % h- On dit par exemple : qal ail a ditw <; cl. qâla; hôf cril a craint" <C. 
cl. hâfa, etc. De même à Châmât, et ailleurs. 



9G 



PREMIERE PARTIE. 



prononciation s'explique par l'influence qu a exercée IV précédent 
avant de tomber opp. ^^^ : harâmu''^ dial. hrâm fc illicite, défendue 
également usité à Kfar^abîda. 

b. Précédé iuimédialement dans la même syllabe de r, à en 
syllabe ouverte garde aussi, en général, son timbre classique (sans 
imâla) : èrâha cf avidité r» <: cl. saràhatu"; drâheni ff argent, drach- 
mes^) << cl. darâhinm; mmleh cfbateaux^^ << cl. marâkibu; snmejq 
ff cocons?) (-) << cl. scmmiqu cr peaux de serpents ^i -^l II est cependant 
imâlé sous l'influence des voyelles voisines dans deux classes de 
noms : dans mrâyê « miroir ^-i, cf. cl. mirâ{u'';èrâyê tr achat ^•>, cf. cl. 
èiraïC'; 'Iqmijê ^( lecture r, cf. cl. q i râ' a tu" ; krâyé ^r mon saAixire-)') <:z 
cl. lirai; — dans les participes présents du I*"" llième des verbes 
dont la 2*" ou la S*' radicale n'est ni une emphatique ni une fau- 
cale ni une gutturo-palatale^'^^ : râhçd ffCOuranL^? (part, prés.) < 
cl. ràJtidu"; rakeb tf montant à cheval^? < cl. râlibu" ; — en 
revanche on a : râyeh cf allant ^f <; cl. raihu" ; rayçb ff désirant ^7 < cl. 
rdyibu"; r(yif rr élevant i) <cl. rafi^u"; rabot rr attachant?) < cl. râbitu"; 
râbj" fr quatrième 77 < cl. râbi''u" ; râheb ^rmomev <<cl. râhibu'\ On 
dit pourtant râzç'' ff revenant?? (part, prés.) sans doute pour le 
distinguer de raie'' ce recommencer^, impér. sing. de raza\i cril a 
recommencé. 

c. Suivi immédiatement dans la même syllabe fermée de r, 
à garde toujours son timbre classique. Ex. : bhâr ff poivre?? < cl. 
bahâru" ; kbâr ff grands ??<: cl. kibchm"; nâr crfeu?? <; cl. nàru" ; htâr 
ff il a choisi de préférence r? <: cl. ihtâra; hmâr ff âne?? <:: cl. himâru"; 
sâr ffil devint, il se mit à??<<cl. sâra, etc. 

d. Suivi immédiatement d'un r qui fait partie de la syllabe 
suivante, à est imâlé lorsque cette syllabe contient un i long ou 
bref compris dans les limites de la racine ^^^ : zâré ff coulant?? (en 

parlant de l'eau) <: cl. zâri" [\/z-r-y)', bârçd cf froid r? (adj.) -< 
cl. bmidu" ; mdârçs ff collèges ■»?<< cl. madârisu; sârê ff achetant?? << 
cl. èâri". Mais l'imâla ne se produit pas lorsque i est étranger à la 
racine: zâré cfmon voisin?? < cl. zdrî; dàré ffma maison <c cl. 
dârï i'>l 



(') Cf. 'ihràmu" ffvôtement de celui qui doit entrer sur le territoire sacré do 
la Mecquo et qui consiste en deux pièces de laine, de coton ou de toile, etc.«. 

^■-) Dans quelques villa|jes liljanais, on prononce svançq (Hilla, Cliâmât). 

(^) Le mot dialectal est emprunté au syriaque surnâqâ (même sens). 

(*' Quelle que soit la qualité de r (r ou r) dans les parfaits de ces verbes. 

('^^ Ainsi qu'il a été délini plus haut. 

(*) L'emphatique des mots zdr, dâr, etc., explique suflisamment le fait. Les 
formes sans affixe -î tenaient pour ainsi dire en laisse celles qui en étaient 
pourvues. 



PllOiNKTlQL'E. 9 97 



IV. Voyelles longues en syllabe ouverte accentuée (à l'lmtiale). 

Conservation. Chute. — Les voyelles longues classiques, en 
syllabe ouverte accentuée, sont maintenues telles quelles et con- 
servent naturellement Taccent à la même place. Le timbre, sauf 
celui (le à, reste également inaltéré'. L'imâla ayant été étudié dans la 
section précédente, on n'y reviendra pas ici. Ex. : pour à: zâwaba 
wil a répondu 71 >> zâwob; râyHu"^ ff désirant ^7 > râyçb; ivâhidii" 
ff un 7-) > wâhçd ; — pour 1 : filu" ff élépbant v :>fil ^^^ ; htlatu" w ruse -'•> 

> hîlè; — pour ù : tùlu'^ wlongueun-» 7>tâl; ytisifu w Joseph 7? > 
yûsçf^"^; sùratu" rr image7i>-s<//Y^ Il en est de même lorsque la voyelle 
longue est de provenance secondaire: yâhod cril prend?? < cl. 
yahuâii; zina wnous sommes venus i? < cl. zi'nâ; nûnmi ce nous 
croyons?") < cl. îiu minu '^^^ ', lûhi r perle ??<: cl. lulii'u", etc. 

V. Voyelles BRtiVES en syllabe fermée inaccentuée (à l'initiale). 
Conservation. Chute. 

i.Une voyelle brève classique en syllabe fermée inaccentuée 
se maintient généralement à Kfar^abîda et fait reculer jusqu'à 
cette syllabe l'accent du mot lorsque la quantité de la finale mo- 
derne ne permet pas de lui conserver la place qu'il occupait en 
classique. Ex.: i^our a : maldâbu" w écrit, lettre?? > dial. maktûb; 
habbâzu" w boulanger?? > hobbâz; ''allàmtu ff j'ai enseigné?? > ""allémt; 
zam^^iyatu" w assemblée?? >zamHyê; tahtubî\na\ ce lu écris (fém.)> 
téktbé; tahiibû[na] r vous écrivez?? (masc. pl.)> téktbu; — pour i : 
misktnu'' cr pauvre?? > maskin; miftâhii^ wclé?? :>> moftâh; 'insânu'^ 
ff homme ??> ^ensdn; misrlyu" ff Egyptien?? > mosrè; — pour 11 : 
zuhhdlu" ff ignorants?? > zu/ihâl; tnjjâhu'^ ff pommes?? >> tojfâ/i; 
burhânu'' ff argument?? > biirhân; buldânu" ffpays?? >► bûldân. 

2. La voyelle brève classique tombe lorsque la consonne qui 
la précède est la simple attaque vocalique forte ^''). Ex. : 'aktâju" 
ff épaules ?? >> ktâf; 'aidâdiC' ff enfants ?? > ulàd; 'ibrâhimii ff Abraham ^? 

> bràhin; 'iblisu" ff démon?? > Mis, etc. Mais on dit ""eV^/^ff pains?? 

^'^ Par suite de la chute de la voyelle finale, la voyelle longue se trouve acci- 
denleilcment en syllabe fermée. 

^') On sait que la forme cl. est yûsitfu, yusaju, yûsifu. Dans le Liban on a 
conservé dans la seconde syllabe le vocalisme en i; cf. hébr. yôsêÇ>, syriaque 
yatiseÇ). 

^^) Influence classique : ne se rencontre que dans le Credo. 

^*' Il en est de même el à plus forte raison pour le cas où il s'ajjit de rattaf|ue 
vocalique douce; mais ce cas rentre, ainsi qu'on l'a vu, dans celui de l'iniliale 
absolue. 

l'AULEIl DE KFAHAinUA. H 



98 PREMIÈRE PARTIE. 

< cl. 'àryifatu'^, parce que Taccent, dès le classique, reposait sur 
la première syllabe (voir la section suivante VI). 

Timbre. 

1 . Voyelle a. 

a. D'une façon générale a bref en syllabe fermée inaccentuée 
conserve à Kfar'abîda son timbre pur^^^; les exceptions à cette 
règle s'expliquent toutes, comme nous allons le voir, par des 
raisons spéciales. Ex. : ballâtii" ff gland comestible, chêne ^^ > 
baMt; mmlrûbu" w frappé •'7 >> madrûb; mamWu'' ff sujet {proposi- 
tîim)-o >- maiidiT ; dahràznà wnous avons fait rouler -f^ > dahrézna. 

b. La voyelle a passe à e (entre i et è franc.) par Tintermédiaire 
de ç dans une syllabe inaccentuée ; à son tour e passe à ^^^ en 
contact avec une labiale subséquente ^^^ et à 6 dans le voisinage 
immédiat d'une emphatique précédente (ou subséquente) et d'une 
labiale précédente seulement (''). Ex.: [par dîssimilation vomlique) 
dans les formes nominales (adjectifs ou substantifs) du type qat- 
iâlu"^^^: ^dldniu" fftrès savant^^ >- V^^m^*'); laddâbu" wmenleun-) 
:>■ heddâb ; hammâlu" ff portefaix -i? >> *//(?wimrt/> Aem/Hrt/; habbâzu" 
w boulanger 17 >- hobbâz '^"''1 \ wahhâbu^ fftrès généreux 7? >- woMa/>; 
sarrâfu" ff changeur de monnaie 77 ^^sorrâf; kattânu" ff lin^^ >- hettân 
(cf. syr. Ji'eltàna); hammâmu'^ ^rhixin chaud •>•> ':> hommâm; qabbânu^ 
ff bascule, peson^^ '^-^/qebbân; sazzâdatu" ff tapis i-» > sezzâdé ; syr. 
saddânâ ff enclume 7? >> sMân ; mais lorsque e ^^^ est suivi d'une 
semi-voyelle m ou i, il se fond avec elle pour donner une voyelle 
longue, soit m ou ï : cLfauivani" tf source jaillissante?? >> yê«waf 
:>'fïiwâr; qamvâlu" ff éloquent, grand parleur?? >> *'lq6uwâl'>''jqii- 

(^) En syriaque toutes les voyelles (de nature longue ou brève) se maintiennent 
pures dans les syllabes fermées non finales. 

(^) On désigne par le symbole une voyelle brève dont l'articulation se fait 
entre celle de (fermé) et celle de 0. 

(^) Dans toutes les langues sémitiques a ou i se changent en u après et sur- 
tout devant une labiale (cf. Brockelmann, p. 99). 

(*) Chez les habitants du Liban méridional, les Druses, la voyelle brève a 
garde presque toujours sou timbre classique, tombe très rarement et s'allonge 
souvent en à; cf. cl. damdnu"^ wloyer?! devenant dans celte région dâmân, mais 
à Kfâr'abîda dman; de même cl. ma)i Ijâbbca-aha ccqui t'a raconté hi donne 
dans cette région vian h/ibbarak, mais à Kfar'abîda mon hâi/vph. 

(^) En arabe classique, a bref est dissimilé en i bref avant ou après un â 
long (cf. Brockelmann, p. 106). 

''*^ 11 faut supposer que la dissimilalion vocaiique s'était déjà produite à 
i'éj)oque ou à était encore pur. 

^') Peu importe que cette forme d'adjectif soit employée comme nom de 
métier ou pour indiquer l'intensité de l'action. 

(*) 11 est superllu de noter que ce changement de a eu e n'est pas un phé- 
nomène diiïéreut de Timâla dont il a été parlé plus haut. 



PHONÉTIQUE. 99 

wnl; hahjâlu" cf cavalier t^ > *hmjâl > (i^l/àl) hahjâlu" ff tailleur ^^ > 
*hmiâl >> ^S'^yàt ; — dans les formes nominales du type q(itlânu^"\ 
employe'es comme adjectifs ou comme substantifs, ex. : Imslânu ff pa- 
resseux -n > keslâîi; yudhânu ff \rv\le-n > y odbân ; marzàmf wcoraih^ 
>> màrzân. Mais, comme dans le cas précédent, e se fond avec 
une semi-voyelle subsécjuente, et Ton a par conséquent ûon t: 
saijduu" tf Satan, démon ^7 >- "êehân > sJtân; maidânu" w hippo- 
drome^? > '^nie'idân > nildân; hayawânu'^ cr animal •»•) > *Iiakmn > 
'^'lwkvân'> Ijhvân; — dans les adjectifs de possession ou d'apparte- 
nance (néo-classiques ou vulgaires) en -àmyii" ei-àtvïyu" au lieu de 
cl. -lyu" : néo-cl. mtfsfmlyu" crqui appartient à famé, spirituels? > 
nofsânê[cï. cl. nafslyu"), de nafsu" cr âme?-» ; néo-cl. nasrâniyu" cf chré- 
tien?? > nmvcmè; telilânè ff inférieur?? de tàhhi ff au-dessous?? ; Iwljanè 
(à côté de hlai/ânê) ce qui est derrière??, de hâlfu ff derrière 1?; 
falqâné ff supérieur^? (avec assim. de (? à la semi-voyelle u et 
réduction de la diphtongue) <: yei/lqanc, àeftmqu ff au-dessus ?? ; 
fô'rdâwé ff isolé, seul v -^yanlàwlyu" , de fânlu" ff unité, individu?? ; 
zeAiawe* ff appartenant à Zahlé?? < ^zahlàwîyu" (de Zahlé nom d'une 
ville libanaise); — toutes les fois que a bref est suivi d'une syl- 
labe contenant une voyelle longue imâlée ou non, pourvu que 
cette syllabe soit accentuée, sinon en classique du moins dans le 
parler: cl. hàhh-uWâsi ff grains de myrte?? > */<emè/as, avec diffé- 
renciation de hh en mh, d'où enfin homhlâs; màqOaatiC ff champ 
de concombres?? > * inaqQâtu'' > mo'/qtâyé; — par assimilation à 
un ancien i de la syllabe suivante dans les pluriels du type 
\iqîilau (voir plus loin); l'accent classique a été reporté sur la pre- 
mière syllabe : 'ayniyau ff riches?? :>*'àynya; > *éynya; \inhiyau 
ff prophètes?? :>''émbya, avec assimilation de n en m au contact de 
b, etc. — Par le fait d'une influence analogique (voir plus loin), a 
bref passe encore à e (toujours par l'intermédiaire de ç) : dans les 
mots du type /rt^^'/t/w" (infinitif du IP thème) : tartîbu" ff ordre, 
action de mettre en ordre ??> /er^«è ; tamrînu" «f exercice, action 
d'exercer?? > tomrîn; tasdîqii" ff action de croire?? r> iosdVjq; — 
dans les participes passés du thème fondamental des verbes terliae 
y (ou tertiae w et ^ ces deux catégories de verbes étant, on l'a dit, 
ramenées dans le parler aux verbes tertiae ?/); il y a ici recul de 
l'accent jusqu'à la première syllabe : mabnlyu" ffbâti^? > ^niébnê 
> mébnè; (cl. mayziiwu" ff pillé ^?), *>««7ZÎyw"> môyzê; (cl. maqnVu" 
fflu, lisible^?), ^maqrîyu" > moqrè, etc. 

2. i. 

a. D'une façon générale, la voyelle brève ^, en syllabe fermée 
initiale inaccentuée passe à ^ dans notre parler; mais, comme a 
bref, elle passe ensuite à au contact immédiat d'une labiale 
subséquente, et à dans le voisinage d'une emphatique ou après 



100 PREMIÈRE PARTIE. 

une labiale : Ex.: Hsrhia cevinght» > ^esrîn ; sittma cr soixante •'7 >• 
settîn ; 'ihsàniC'^ cf bienfai t •»•) > ^ehsan ; mijtâhu" cf clë it > mojtâh ; ( mi- 
brâtii") * mihvàijatiC^ rr couteau 77 > mohrâijé; niswânu"^ wremmes^-) >- 
neswân; 'insânu" ff homme 7? :>'e7isân; sibyânu" ce garçons 77 >> ,so- 
bi/ân. 

b. Sous Tinfluence du syriaque et, par un phénomène de dis- 
similalion vocalique, dans les types qittîl et qitlil^^\ 

1. { classique passe à a bref. On sait que le type ([11111 sert 
généralement à indiquer Tintensite', la qualité ou la IVéquence 
de Tac lion : sidiUqu" fftrès juste 77 :>saddi'/q, cf. syr. zadJlqâ; qld- 
dlsu" ff saint 77 > 'fqaddls, cf. syr. qaddîèâ; sinim" r très méchanti7 
::> sarrir, cf. pour la formation syr. sarrlrâ ajuste, véritable 17; 
tinnlnu'^ cr typhon 77 > tannin, cf. syr. tannïnâ; bittîhii'^ ff pastèque 77 
> battih, cf. syr. paUihâ; ci. qissîsii"^ ce moine 77 ':>- Vqassis, cf. syr. 
qasèisâ; qinnlnatu" ce bouteille 77 :>'lqanninê, cf. syr. qaninntâ; H/rilu" 
ff génie, démon 77 >^aJrU; miskînu" ff pauvre, mesquin 77 >> mashln; 
zinzîru" ff chaîne 77, par niëtathèse > zanzir; birtîhi" ff cadeau pour 
corrompre 77 :>barttl; hinzîru" ff cochon 77 > hanzîr; 'iklîlu" ff cou- 
ronne 77 >> 'aldil ; tilmîdu" ff disciple 77 r> talmîd, cf. syr. ialnilSâ 
( hébr. talmîS) , etc. 

3. u. 

u bref en syllabe fermée inaccentuée a partout perdu son 
timbre classique. 

a. Sauf influence spéciale, u passe à une sorte de ii bref ('-^; 
mais il passe à et sous Tactioa du même voisinage conson- 
nantique qui fait passer e <; ^ à ces voyelles. Ex. : cl. hiryânn" 
ffnu77 > Sii'ijân; muslà'^maliC' ff usité 77 > ^mustâ^wl '^-mosta'^niol; 
riinimâîmtu" ff une grenade 77 ':> rommânè ; Simijmiu" ff aveugles 77 > 
^omyàn; sultâniC^ ff sultan 77 >>so7/an^^^; sw//am" ff habiles, rusés 77 > 
èotlâr, etc. 

b. Quand il y a dans la syllabe suivante un û, u passe par 
dissimilalion à a bref^'*^: simdùqu" ff caisse, ïadiUei^ :> sa)idtyjq, 

^') La forme dialectale qattil (cf. cl. qillîlu'^), qui comprend à la fois clos 
adjectifs et des substantifs, peut s'expliquer par finfluence du syriaque ou par 
une dissimilalion vocalique. Elle est donc analogue aux formes classiques 
qaUàlu" et qaltdnn^"^ qui par dissimilalion sont devenues dans le parler qçltcil 
et qçtldn par l'intermédiaire de *qçllnl et *qplldn (cf. plus haut, p. <)8-()<)). 

(^J Ce n'est pas exactement Vu français, mais bien plutôt I'm allemand (bref) , 
i dur russe, y du suédois, etc. ; il est plutôt ouvert que fermé. 

'^) au lieu de û sous rinlluence de remphalique s qui résulte elle-mcmo 
d'une assimilation à /. 

('') Par l'intermédiaire de fermé, puis de ouvert. 



PIIOMiTIQUE. 101 

syr. sanduqâ ; IniryuOu" (f puce •'■> > bai^ûl ; ^usfùru^ rr oiseau -<•> y:- '^asJTir; 
zumhûru" rruuiltitude, fouler» > zamhûr; noo-cl. (luslâru" cr permis- 
sion, conslilulion •>•< > daslùv; siirsûni" ff grillon ^i > sarsûr, syr. sar- 
sih'n ; zurzûru" ff élourneauT^ > zarzûr, syr. zarzûrà; zuVûm'^ 
if aubépine -0 ^ za^rûr, syr. za^runU^K 

VI. Voyelles briîves en syllabe fermée accentuée (à l'initiale). 

Conservation. Chute. — Comme dans le cas précédent, les 
voyelles brèves classiques en syllabe ferme'e accentuée se main- 
tiennent toujours à Kfar*^abîda dans les formes nominales aussi 
bien que dans les formes verbales y compris les adverbes qui ne 
sont pas de simples particules. Ex.: pour a : fàttaha ffil a ouverte 
":>■ fâttçh; hàrtala ril a capté ?i >- hàrtdl; màrhahC^ w vaisseaux > 
màrhçh; tàiru" w oiseau 7-) > tàhr; bà'^dit w après ^7 > hd^d; yâiru 
ff excepté i? >> y ai/; — pour f : Uhnu" w science •>? > '^élm; hid^'atu^ 
ffbércsie^-) > hod^'a ff hérésie, chose extraordinaire ^7 ; "inda wchez?^ 
>> VVî^ ; 'ihwatu" w frères ^i >> 'éhwé ; — pour u : hii'du'' cf éloignement 7? 
> bo^'d; lûqmatu" (( bouchée ii ^16' Iqmé; qûrbu" r flanc, proximité, 
côleT) >> 'l'qorb. 

Ces voyelles peuvent, par suite d'une modification dans la 
coupe des syllabes (classiques) qui tient à la chute des finales et à 
la vocalisation éventuelle d'un iv ou d'un y, se trouver en syllabe 
ouverte accentuée : bàdwu" cr désert ^7 (subst.) > bddu; hûlwu" 
r àouxi-) >- hiUti ; nàhyii" ff défense ^7 > ^laA^- ; sa^yiC" w effort ^^ > 
sâH- (2). 

Timbre. 

1 . Voyelle a. 

a. D'une façon générale, la voyelle (classique) a bref en syllabe 
fermée accentuée conserve son timbre dans notre parler : hâbbara 
ce il a informé 77 >/m/>^ar; dàhraza ffil a fait voulev n :>- dàhrez ; 
kàlbu" ff chiens? ^ kâlb ; zâlsatu" w session, séance w >» 2 a /se; màdra- 
satu" tf coWege T) ::> màdrsê ; etc. 



(') M. W. Marçais me fait observer que, à sa connaissance, le passage de^wi- 
hilu^ classique à qatlûl se constate aujourd'hui sur tout le domaine de l'arabe. 
C'était sans doute une tendance générale dès l'époque ancienne, car les lexico- 
graphes mettent continuellement en garde contre cette tendance en disant qu'il 
n'y a quesafùqu" K\i\r> (homme), mot étranger, qui soit sur le modèle qatlùlu" ; 
en dehors de ce cas l'on ne connaît que qiitiùlu". 

('J Les mots tels que rayu'' travis, opinions ne constituent pas une excep- 
tion, parce qu'on a vu que a -\- ' devient â. On a donc régulièrement rai; 
c'est d'ailleurs le seul cas oii notre parler connaisse une diphtongue à 
premier élément long. Cf. p. 8a, en note. 



102 PREMIÈRE PARTIE. 

b. Comme en syllabe fermée inaccentuée, a passe à e [o, 6) : 
(par suite d'une assimilation vocalique) dans les pluriels du type 
'âqtilatu" , ex. : âyribaln!' ec corbeaux 77 > 'éyrhè^^^\ (cl. dàuu" 
tf lumière v) *'àdwiyatu" ff lumières -n > ^oduyê; ^idwnjatu" w remèdes n 
<c''édmjê;^âmti'atu'' w meubles, ustensiles w> ^émf a; dans les préfixes 
de rimparfait^^) des verbes du P*" thème et de quelques verbes 
dérivés (^^ : nâ^malu w nous faisons^ >?îe'*^m9/; yâdribu wil frappe ^^ 
^=>yodrob; tàffiamu rtu comprends w > fé/"/im; tânhasiru welle se 
casse 11 ::>ténhsçr; nàftaqiru wnous avons besoin de, nous devenons 
pauvres-ii ^^-nofflqdr. — Quant à yà^nê ff c'est-à-dire, il signifier 
<:cl. yà^nî, et i/rtVf/* rril SRÏi rxc y à^rifu, au lieu de yé^nè^^^^ et 
*\je'rçf, ils s'expliquent, non pas par l'action de la faucale '^^^, 
mais plutôt par l'influence de la langue classique; — enfin dans 
quelques monosyllabes ou mots isolés : màn cr qui ? n >> won (à 
côté de min ou mân)\ wa- cfet7?>wo-; ^ània wtoiw (masc.)>V^/; 
al- ffle, la, les^^-V^-? nasm"" (à côté de msn/") w aigles nésr, cf. 
syr. neèrâ; zandv!^ > zénd; tf avant-bras w zàddu" w grand-père^ > 
zéd^; wâzhu" ff visage r :>'WÔz^ (à côté de wos')\ zânnatu" tfparadis^? 
<Zzénnê; kânnatu" tf bel le- fille ^ > ^t^w^'; //^f?'^M" ffdiflérencew > 
for'/q; syr. maslè (forme de pluriel) w grande cuillers > môslé, etc. 

2. i. 

a. Comme en syllabe fermée inaccentuée ^^^, i bref en syllabe 
fermée accentuée passe toujours dans notre parler à la voyelle e 
(avec ses variantes et 0) et ne conserve nulle part son timbre 

(^) Cf., p. 99, un fait analogue : i de la deuxième syllabe avant de tomber 
a exercé une influence assimilatrice sur la voyelle précédente. 

(^) On peut penser ici à une influence syriaque, car, dans les villages libanais, 
comme Ehden, où elle est encore vivante, on cliange toujours en e Va des 
préfixes de l'imparfait, tandis que partout ailleurs a passe à comme on 
syriaque. Toutefois il est connu que i dans ces préfixes est attesté dialectalement 
en arabe ancien (cf. BaidIwï, Commentaire sur le Coran, i"" partie, p. 10) 
et qu'aujourd'hui il est très généralisé dans les parlers (d'après M. Marçais). 

^^) On le sait, à la différence de l'arabe classique, l'hébreu a propagé la 
voyelle i au lieu de a dans les préfixes de l'imparfait au P' thème de tous les 
verbes; le syriaque, comme l'éthiopien, présente, au contraire, e à ce thème 
fondamental et mémo dans quelques thèmes verbaux dérivés. 

('') La forme yenè est également usitée à Kfâr'abîda. 

(^) En eflet, nulle part ailleurs la faiicale ' n'exerce une influence sur Va 
des préfixes : ijalamu «il sait?) > yelçm; nasiru crnons pressurons» > 
né'sor ; etc. 

('') Le même fait se constatant en timisien , il n'est sans doute pas permis 
de songer ici à une influence syriaque; i bref n'existe plus en syriaque, il est 
toujours tombé en syllabe ouverte; il a passé à e en syllabe fermée; cf. cl. kdlibu" 
Kécvivanin t> katfb, cf. syr. kaOe^; sidfju" wvérité» > sfV/Y<jr,- cf. syr. zeSqa ; 
lâlihîna décrivant» (pi.) > /c(y/6i/i, cf. syr. kaûh'in; etc. 

Au contraire le timbre de Vi long reste inaltéré en syriaque comme à 
Kfar'abîda. 



PIIONKTIQIIE. 103 

classique. Ex. : sirhu'^ waclion de boire, le ho\vev> sérh; hiihalu" 
(f fiançailles 1? > li(Hy; silfatu" w belle-sœur w (crime femme) > sMfè; 
zi/'Ui" ri^ohv :>■ z(')fl ; zinsu" cr genre 77 :>z{his; zisru'* ff pontw >-2(%r; 
ri/jtu tfje suis allé^ '^-rêht, etc. 

h. A î bref classique correspond ordinairement la voyelle 3 bref ^^^ 
dans les noms du type miqtalii" [miqlalalu") qui servent à indicjuer 
l'instrument avec lequel se fait faction. Contrairement à farabe, 
le syriaque ne distingue plus entre les noms de lieu, de temps 
et d'instrument et les forme tous avec la voyelle a dans la pre- 
mière syllabe. Ex. : miïqatu" w pincettes 77, cf. mâl'/qat (syr. ntahftâ); 
mibradu" w lime^, cf. màbrad; misradu" ff tamis, alêne ^7 , cf. màsrad; 
Diinfahu" w souffle t^^ , cf. mâ?ifdh, syr. mapp'hà < ^manp'hâ (s/n^-h); 
miyzalu^ r fuseau 77, cf. mâyzeW^^ (syr- ina^zàlà); mizrafatu" rr pelle, 
râteau w, cf. mAzrJè (syr. mayru(plOà) \ etc. Le mot mihnasatu'' 
ff balaie? fait cependant exception et se prononce à Kfar'abîda 
mohisé au lieu de *màknsé. 

Mais les noms d'instrument du type miqtâlu" gardent dans 
notre parler leur forme classique (avec changement normal du 
timbre des voyelles), bien qu'ici encore le syriaque possède la forme 
maqtâlâ. Ex. : îniftâhu" ttclén >> *meftâh > mnjtâh, cf. syr. moCptâhâ; 
cette conservation s'explique sans aucun doute par une dissimi- 
lation vocalique, comme nous l'avons dit plus haut (p. 98 et 
suiv.). 

Enfin î passe à a bref dans quelques noms d'un usage courant : 
sinnatu" ff mauvaise oà^xxvn -::=> sânnê ; hmsaru" ffle petit doigt 17 r^ 
hânsar; hirwa^u" ff[ huile de] ricin w >§arw5'(^^; etc. 

3. u. 

Comme en syllabe fermée inaccentuée, u passe ici à w^^^ : 
lûyatu" ff langue, dialecte t? >- Myya^^); dûbbii" ff ours w >> rfé^* ; 
^ûmniu^ ff mère 77 >> 'ém"^; sûbhu" ff matin 77 >> sébh; mûnhulu'^ ff tamis 17 

(') Ce changement n'a donc que l'apparence d'un changement phonétique. 
Voir Morphologie. 

(') Employé déjà en classique sous les trois formes mîfzalu", màyzalu!^ ^ 
mûyzalv!^. 

^^^ Dans tous ces exemples, le changement de i en a est certainement dû à 
une assimilation vocalique qui s'est produite avant l'altération de la voyelle 
suivante assimilalrice. L'évolution de notre parler serait donc, en général, la 
suivante : une voyelle brève (accentuée ou non) est assimilée à une voyelle 
brève suivante (accentuée ou non) (cf. hâtaha wil a écritw r> kçtçb , et sâqata 
ffil est tombé" > sa/qat) , tandis qu'une voyelle brève est dissimilée par une 
voyelle longue suivante (cf. kaslânu" ff paresseux w ;>> heslân; qiddîsu" fftrès 
saint 77 > qaddis; iumhûru'' ff foule w ;>> zamhûr). 

(*) Et ses variantes : 0,0, 0. 

^^5 Avec redoublement de f (recherche de la syllabe fermée); cf. aussi cl, 
sifatu^ ff lèvre 55 > ^klf^'' ^^^' 



10^1 rnjvMiKR!': partik. 

■^mônhoj; zûhbatu" cfliabil de dessus ù aiaiidics tiès amples w> 
zôbbé; mûmli?m" ^f [)ossih]Q->T :;> tmntkm ; clc. 

Quantité. 

En général, dans notre parler, les voyelles brèves classiques, 
en syllabe ouverte comme en syllabe fermée, gardent à l'ini- 
liale leur quantité normale, et, sauf en syllabe ouverte inac- 
centue'e (cas où elles tombent), elles ne passent jamais à des 
voyelles réduites ou semi-re'duites. Elles sont même (mais c'est 
un fait d'analogie) devenues longues à l'impératif raasc. sing. de 
tous les verbes à s*" radicale iv ou y (cf. plus loin), et lorsqu'elles 
étaient suivies dans la même syllabe d'un ' (cf. plus haut , hamza), 

YII. Voyelles longues en syllabe fermée 

ACCENTUÉE OU NON (À l'iNITIALe) ^'^ 

Conservation. Chute. — L'arabe classique, comme les autres 
langues sémitiques, ne supporte pas de voyelles longues en syl- 
labe fermée (accentuée ou inaccentuée) à l'initiale non plus 
qu'à l'intérieur des mots et les abrège toujours, sauf dans le cas 
où elles sont dans une syllabe qui n'est fermée que par une 
consonne géminée ou par une seule consonne à la finale ^^l Ex. : 
(Jàllûn wceux qui se trompent^"»; hàssaiu" cfsens^. 

Notre parler ne connaît pour ainsi dire plus de voyelles longues 
en syllabe fermée accentuée ou inaccentuée à Vimtiale (non plus 
qu'à l'intérieur du mot), et fait subir aux formes classiques (ou 
dialectales) de cette structure les modifications que nous allons 
étudier à propos de la quantité des voyelles longues. 

Quantité. 

Comme la quantité des voyelles longues en syllabe ouverte ou 
fermée, accentuée ou inaccentuée, à l'initiale et à l'intérieur du 
mot, est soumise dans le parler aux mêmes lois phonétiques, 
nous allons en parler ici une fois pour toutes, laissant pour 
plus tard le traitement de la quantité des voyelles longues à la 
finale (^). 

1. En syllabe ouverte, accentuée ou non, initiale ou médiate, 
les voyelles longues classiques conservent régulièrement leur 

î*) On a jugé inulile d'étudier à part (comme on Ta fait jusqu'ici) les voyelles 
longues en syllalje fermée inaccentuée et en syllabe fermée accenluée, parce 
que dans les deux cas l'évolution est la même dans le parler 

(^^ Cf. Brogkelmvnn, p. 63. 

(') Les voyelles longues à la finale des mots, s'abré^eant presque toujours ù 
Kfai'abîda, seront traitées à part, 



PIIOM'ÎTIQI'R. 105 

valeui' (le longues à Kfar'abîda al ceU(; rè(>le s'ap[)]i(|iie é(>ale- 
menl aux cas où les voyelles longues dialcclales sont de prove- 
nance se.ondaire. Px. : pour â : Icâlihu" ffécrivanU >/.rt/('/>('^; 
hâmlUna-hu ffferentes euui (pron. pers.), le porlant (suj. pl.)w> 
hfimlhiu; huâratu" K^nerresn ^ hzâra; inakâlîbii-ka wtes lettres i?> 
nikdlibok^'^^', rasu-nâ ?<• notre téte^i > râsnn; — pour î : bujânu'^ 
ffblancs'7 :>'hïd(m; zîjatii" cfcadavre^ >c|/'^*; neo-cl. ynzîbu-hà rril 
1' (pr. pers. féni.) apporte w > izîba; ziwânu" ff ivraies w :^ziwân; — 
pour fi : sùratu" w image i? >- sûra; liibà-him ff soyez heureux 75 > 
Inbâhm; mahlùbina w écrits -^ z> makiàbîn; famvâhi" cr marchand de 

2. En syllabe /ermee par une seule consonne (à la finale), les 
voyelles longues conservent également à Kfar^abîda leur valeur 
de longues; ici il ne peut naturellement s'agir que de syllabes 
fermées d'origine récente (après la chute des voyelles finales). 
Ex. : pour à : qâla ffil a dit^^ > ^qâl; ^uryânu^ wnu-»:» > ^uryân; 
— pour i : zadldii" wneuf^^ ::>zdid; ^ya'^tî-ka^^^ rril le donnera ^7 r> 
yçHik; hutdâbina (régime) w menteurs ^^ > keddabin; — pour fi : 
yarùhu tâl s'en va ^7 z>irûh; maksûru" ffcassé^? :>maksâr^^^K 

3. En syllabe d'origine classique (ou dialectale) /ermee par un 
groupe de consonnes, aucune voyelle longue ne peut subsister 
telle quelle dans notre parler : ou bien la voyelle longue perd 
purement et simplement sa valeur de longue et passe à la brève 
correspondante, ou bien, lorsqu'elle est morphologiquement ou 
psychologiquement nécessaire, elle reste longue, nécessitant ainsi 
quelques modifications dans la coupe des syllabes, de sorte que la 
voyelle longue termine la syllabe et que le groupe de consonnes 
qui la suit se joint à la voyelle suivante, longue ou brève, pour 
commencer la syllabe suivante (ce qui est possible, car notre 
parler peut commencer une syllabe par un groupe de consonnes), 
ou bien encore c'est la consonne géminée qui se simplifie et permet 
à la voyelle longue de subsister. 

a. La voyelle longue perd purement et simplement sa valeur 
de longue en syllabe fermée par un groupe de consonnes et passe 
à la brève correspondante. Ex. : cl. hâffatu" wbord^^ > dial. 

(^^ Sur le timbre de â class. , cf. plus haut, imâla. 

(^^ Il est évident que la voyelle a de mhalîbok, bien que réellement longue 
à Kfâf'abîda, est cependant un peu moins longue que la voyelle suivante i, ou 
que toute autre voyelle longue accentuée; les sujets parlants s'en rendent 
d'ailleurs Lien compte. » 

^^) Cl. yu'tîka. 

^'^ Ici les formes classiques peuvent également perdre leurs voyelles brèves 
finales à la pause, et conserver en même temps leurs voyelles longues. 



106 PREMIÈRE PARTIE. 

hàffê ; dâbbatu" ffâuesse, bête de somme?) -:>-dàhbe'; hâzzu" w pèlerin 
(de la Mecque ou de Jérusalem) > Aaz^ (fém. hâzzé); sâbbii" 
ff jeune homme 77 > sâb^ ; hâddu" ce vif, wio\eni-n ::> h àd'^ [ïém. hdddé) ; 
qâl{a) lï ff il m'a dit 77 >> 'Iqàllé; hâna la-hu wil est temps pour lui... 77 
z^^hànlu^^hàllu (avec assimilation totale de n a /), cf. plus haut 
p. 79; ma hâna (-j-s) wil n'était pas?? >>mâ/rrtws; ma ^àdn ffjene 
sais pas?") > modrê^^^ wje ne sais = peut-être 1? ; [al] -""âm-uWâuwalu 
w Tannée dernière?? > ''omlâuwdU^^ -, râ'su mâli" ff capital?? :>*ràsmâl 
>mm«/(^^; vià (bi)yanbâSi -\- i^s) wil ne se vend pas?? >• mâbyem- 
bâ'^s; ma ^âda-\-[s) ffil n'est pas revenu ??> 9/iâ*«c?i (à côté de 
ma^as')\ sâra la-hu tfil est arrivé à lui = il y a (tant de temps) qu'il 
est. . . ?? '>' sàllu (avec assimilation totale de r en /); hàttà yarnha 
wpour qu'il aille?? >>*M (c'est-à-dire hattâ) iruh::^ tairûh^'^-^ \, ^^âifa 
ma w comment est-il venu ?? > *A:ï/ ^6t (avec réduction de la diph- 
tongue ai à i)>héfza; "îdii" kabîru" ff grande fête?? > V^^^'''? 
mfatu" ffcent?? :>'*mît^mot^^^ (hlâb) ff cent (livres??); ma yakùnu-\- 
{s) ffil n'y aura pas?? ^^-maikûns; (bi) -\- yaqûlu la-hu ffil lui dit?? > 
biyqollu. Il en est de même des mots classiques dans lesquels les 
voyelles longues se sont trouvées, à Kfar^abîda, en syllabe fermée 
par suite de la chute d'une voyelle brève suivante : cf. mâ'idaiu" 
ff table servie, réicdoire^-) z>*mây(i)datu'^:>'màidé; ^â'ilatu'^ ff fa- 
mille?? > *''ây(i)latu'' > ^àilê; hailu" ff mur?? > *hâij[i)tu'' >> hàit^^\ 

b. Les voyelles longues en syllabe (classique ou dialectale) fer- 
mées par un groupe de consonnes sont maintenues, mais la coupe 
des syllabes est modifiée de manière que ces voyelles longues se 
trouvent autant que possible en syllabe ouverte. De plus, si le 
groupe de consonnes qui suit la voyelle longue est une géminée, 
i'implosive se réduit, d'après la constitution syllabique du parler, 
à une demi-consonne. Ex. : cl. sàddîna ff tirant?? (masc. plur.)> 
sà^dîn (coupe syllabique : sà-'^din); kâtibatu" ff écrivant?? (fém. 
sing.) :> hâ-tbê ; hâssîyalu'' ffpropriété, aptitude?? >> Aâ-^si/e^^); 
hâssata" ff particulièrement?? > Jfl-s/a"^^^; (cf. cl. dâllatu") soit 
*dàlUyatu'' ff familiarité?? ^^dà-liyè. 

^^) La voyelle perd non seulement sa quantilé, mais son timbre. 

(^) Mais dès que les voyelles longues ne sont plus en syllabe fermée par un 
groupe de consonnes, elles conservent leur quantité primitive; on dit : là 
(c'est-à-dire hattâ) ijeniàl ffafm qu'il fasse??; 'â (c'est-à-dire 'a/â) rasé asur ma 
lête, volontiers»; 'âmôiiihjè cfl'an prochain», etc. 

(^) Etat construit. 

(*) En arabe aussi bien qu'en syriaque, une dipbtongue, à la finale de syllabe 
ou de mot, est considérée comme une syllabe fermée. 

(^) Ainsi qu'on le verra plus loin, la voyelle -è bref «<!-«^m"), indice du 
féminin, et les pronoms alfixes comptent toujours dans le parler pour une 
syllabe longue. 

(**) Ici la réduction est complète parce que la consonne géminée est suivie 
d'une autre consonne, cf. suhtâin, duel de si)hha < cl. sihhata^ ff santé, 
bonne santé» où la réduction complète a lieu dans les mêmes conditions. 



PIIO^ÉTIQIIR. 107 

c. Los voyelles lon,o[ues en syllabe finale fermée par un |>roupe 
(le consonnes sont également maintenues telles quelles, mais 
la consonne géminée se simplifie aux dépens de l'explosive. 
Ex. ; dahhalu"^^^ ffânesse, bête de ^ommQ r, ^> dâhé (à côté de 
d('(hhfi)\ dawâhim ^ànes, bêtes de somme'? x/ti;fl/>;*a//imM" f|jéné- 
rai^^ >■ '^âni; "aivâinmu ff universels, communs, généraux^? > \vâm; 
sawâââu w anormaux, irréguliers ^•) ^>swâz; hâjju" rr seul, sec ^7 (dans 
saiviqu" haffu" ff farine non pétrie ??)>A4/(-); etc. 

Nous sommes donc ici complètement en désaccord avec 
M. Mattsson lorsqu'il soutient (p. ii3) contre M. Brockelmann 
qu'une voyelle longue peut garder sa valeur de longue devant 
un groupe de consonnes ou devant une consonne géminée. Les 
nombreux exemples qu'il donne à l'appui de son opinion ne 
semblent pas la confirmer parce que dans aucun d'eux la voyelle 
jl longue ne se trouve réellement en syllabe fermée par deux con- 
' sonnes ou par une consonne géminée. L'erreur de M. Mattsson 
provient de ce qu'il n'a pas prêlé attention à la coupe dialectale 
jl des syllabes. Ainsi (pp. 112-11 3) le mot mâdnê trminaret^? -< 
cl. mfdanatu" doit-être coupé mâ-dné^-^^; de même hâ-tîn w posant, 
mettant '7 (masc. plur.)<::cl. hâtiina. . . et zârna ff notre voisin 7? 
>cl. zâru-nâ. . . doivent être coupés hà--tîn et zâ-rna ; etc. Quant 
à sâhtessàmdk ff le marché aux poissons w , il doit être coupé sâ-htes^ 
sà-nidk. Les deux consonnes h et t sont naturellement groupées 
dans la syllabe fermée par -es-, 

I . . , , 

2. Voyelles longues et brèves a l'intérieur du mot. 



I. Voyelles brèves en syllabe ouverte inaccentuée^''^ (à l'inte'rieur). 

Conservation. Chute. — Comme à l'initiale, les voyelles 
brèves classiques en syllabe ouverte inaccentuée disparaissent 

(^^ La consonne n'est pas finale ici, mais le singulier est analogique du 
pluriel (régulier). 

(■^) M. Cohen (p. ii5, 270) pense que le dial. hdf dans les expressions 
Ijebz hâf «pain sec?) et ma hâf veau puren (usite'es également à Kfar'abîda), 
relevées par lui à Alger juif, provient du cl. hâf," ffnu-piedsw , alors qu'il 
serait naturel, me semble-t-il, de voir dans ce mot le représentant du 
classique hâjfu" avec simplification de la géminée. Autrement il serait difficile 
d'expliquer la disparition de la syllabe finale T (provenant de *yu") qui dans 
notre parler ne tombe jamais, mais est toujours représentée par ê; on dit, par 
exemple, wâl§d hfijé «un enfant nu-piedsw. 

(^) M. Mattsson admet lui-même (p. 98) qu'une voyelle brève tombe tou- 
jours devant la désinence du féminin : cf. cl. ncmfaratu'' crjet d'eauw ':::> nâijfra , 
qu'il faut couper nàu-fra. 

^*' Seul cas qui puisse exister en classique; car une syllabe brève ouverte, à 
l'intérieur du mot, n'est jamais accentuée, étant donné que l'accent recule 



1 08 PREMIÈRE PARTIE. 

toujours à rintcriour du mot dans noire parler. Ex. : voijeïles 
pré Ioniques : pour a : yatà^àllamu wil apprend 77 >î/cf «//m; qala- 
màhii frdeux plumes à écrire^^ (rég. indir. au ànQ\)'>-'lqah)iâm; 
salawâtl ce mes prières -"î > s«/tt.'rtVe*; néo-cl. zasadànîyu" rcorporeh-) 
':>'zesdâné^^^; darahû-ni wils m'ont frappé ^^ '^-darhûnè; zarayânu" 
w action de courir, de cou\er •>•>:>' zery an fraction de courir, 
diarrhée 7?; '"anhabûtu" étoile d'araignée ?5 > '^anhhût; yazawâtu" 
tf incursions ^i > yazwât\ — pour i : hàmilîna w portant 77 (plur. rég.) 
>» hâmlln; yadrihû[na]-ka ^^^ wils te frapperont ^7 > yodrhùh; 
ihîibâru" ff expérience ^^ :>'ehthâr; 'ardiyau w méchants ^^ ^''m^J/fl^^^ 
— pour M : tatrukt\n({\nà wtu (fém.) nous laisseras -"^ >► ff/r/./wfl; 
waSimûmatl fret mes oncles paternels r» >> ivô^mwnté; — voyelles 
posttoniques : pour a : dàrahat welle a ïraipjiér) :>> dârbet; dàrahû 
ffils ont ïvi\i^^ér) >■ dàrbu; yânhasiru wil se cassera •'1 > yf'nÀ-s(r; 
mâmlakatu" w royaume ^^ ^>màmlhè; dàraba-ka wil t'a frappé ^^ > 
dârbdh; hàsanatii" ff bienfait, bonne œuvre t) :>hâsnê; — pour i : 
sàribù wils ont hwri >> sérbu; sàribai welle a bu?? > sérbdt; yaksi- 
rù[na] w ils casseront?? ^î/^'A^srw; mâ^rifatu" ff savoir, connaissance?? 
:>-mÔ''rfé; ma'ânfi rmies connaissances, mes amis?? >?n^rtr/è'; — 
pour M : haOam wils ont été nombreux?? > kétru; kxitubi wmes 
livres ?? > kùtbê; mûkhulalti" ff vase à collyre ii^môkhlê; etc. — Mais , 
par suite de la chute régulière des voyelles brèves finales, les 
voyelles brèves posttoniques peuvent se trouver dans notre parler 
en syllabe fermée, et en conséquence elles se maintiennent; en 
voici quelques exemples : dàraba wil a frappé?? >- (/«m^; bàrtala 
tfil a capté?? >> /^rtfp/; ^isadu'^ cdion?? > V<sf6?; màlïku^ ffroi??^ 
mâlçk ; sàriba ffil a bu?? > s^reb; yàktubu «il a écrit?? ^yéktob; etc. 
Tous ces cas, où les voyelles brèves ne tombent pas, rentrent du 
reste dans celui des voyelles brèves en syllabe fermée. 

II. Voyelles longues en syllabe ouverte inaccentuée (à l'intérieur). 

Conservation. Chute. — Comme à l'initiale du mot, les 
voyelles longues classiques, en syllabe ouverte inaccentuée (à 
l'intérieur), se maintiennent dans notre parler en qualité de 

toujours vers le commencement du mot jusqu'à ce qu'il rencontre une syllabe 
lonjjue, et que, quand il n'y en a pas dans le mot, il tombe sur la première 
syllabe et par conséquent sur Tiniliale (qu'elle soit longue ou non). 

^^^ Peu importe que l'accent en classique repose sur la syllabe qui suit 
immédiatement la voyelle brève ou sur une syllabe plus éloignée, comme dans 
l'exemple cité. 

(^5 11 faut faire abstraction de la finale -na qui, on le verra, n'est pas reprc- 
sonlée dans le parler. Kn réalité yodrbûk provient directement de yadribûka 
(modus apocopatus). 

^''^ Ici l'accent classique, par suite de la chute du -u et de l'abrègement 
régulier de â à la finale a reculé jusqu'à la première syllabe du mot. 



pho.M':tiqli2. 109 

longues, quitte» à attirer à elles, le cas échéaiil ^^\ l'accent du mol. 
Ex. : pour à : ntdj'âli/iu t<: {A(i?> •>!::> mfiUlhS-^yijuqâhln^^iui^m f<-ils se 
battent avec moi-^ ^>ijqâtlàné; 'iljsânâlii" cr bienfaits i^ >- 'cAiv/nr/V; 
hanimâllna w portefaix (plur. régime) >if/r)mm^?/m; lalâmîdu w dis- 
ciples '?> tlânûd; — pour ï : misrJyina cr Egyptiens •>:> (régime) >> 
niosnyin; lUmidà'ini frdeux disciples ?■) (duel, vC\^\mQ) > ialinldù'm ; 
'amuiiju" ce fisc, impôt du au prince '■) > miré ; — pour a : mahluqâlu" 
cf créatures ^7 >> mahïu/qdt; madrnbîna cf frappés i') (régime )>«<«- 
drubln; yahûdii/n" ffjuif-'? >ihûdê; etc. 



111. Voyelles longues en syllabe ouverte accentuée (à l'intérieur)^'^. 

Conservation. Chute. — Comme en syllabe ouverte inac- 
centuée, les voyelles longues classiques en syllabe ouverte accen- 
tuée (à rintérieur du mol) se maintiennent on règle à Kfar\'ib]da; 
elles s'abrègent dans un cas bien déterminé, ainsi qu'on va le 
voir, et, comme conséquence, elles perdent l'accent qui recule 
jusqu'à la longue précédente ou, à défaut de longue, jusqu'à 
l'initiale. Ex. : pour à : nanàlu cf nous obtenons^? > "na/^*^; halàhilu 
ff rossignols 1? > hlâhdl; 'ahhânC ce nouvelles 77 :>'Mâr; — pour ï : 
qanâdllu ce lampes ^7 '>'jqnâdll; mandllu-ka cfta serviette, ton voile t) 
:>mandilçk; yamîlu cfil se penclie^) :>imîl; — pour ù : yaqûlu cmI 
dii^-):>i'/qûl; madrûbatu" refrappée-'? >>madrâbè; zumhûru-nâ cf notre 
multitude 77 > zamhûrna; etc. 

Quantité. 

On l'a déjà dit, les voyelles longues classiques conservent tou- 
jours à Kfar'abîda leur quantité normale dans les syllabes ouvertes 
accentuées ou inaccentuées, initiales ou médiales. Elles s'altèrent 
pourtant à l'intérieur et passent à des voyelles brèves, lors- 
qu'elles sont devenues elles-mêmes finales, étant immédiatement 
suivies d'une syllabe finale sujette à disparition, c'est-à-dire 
lorsque cette syllabe commençait par une des consonnes faibles w , 
y ei\ Ex. : ^asyau w choses 77 ^-''ésya; baidau w blanche 77 > bâida; 
baladiya" rr indigène ^7 > bàldé; samsîyu" cr solaire ?7 > sâmsé; (cf. cl. 
mayzûwu") ^mayzîyu" >- môyzê w pillé 77 ; etc. 

(^^ Quand la longue accentuée suivante est devenue dialectalement finale et 
s'est en conséquence abrégée. 

(^^ Sur le timbre de à, cf. plus haut (imâla). 

^^^ Sur la conservation et la chute des voyelles longues en syllabe fermée 
accentuée ou non à Tinlérieur du mot, se rappeler ce qui a été dit plus haut, 
p. io5. 

^^^ Comme beaucoup d'autres formes verbales et nominales, le classique 
nanàlu, par suite de la chute des voyelles brèves initiale et finale, est devenu 
monosyllabique à Kfâr'abida et â s'est trouvé accidentellement en syllabe fermée. 



110 



PREMIERE PARTIE. 



Timbre. 

Le timbre de à classique, en syllabe ouverte accentuée ou inac- 
centuée, à rinitiale aussi bien qu'à Tintérieur du mot, a été 
traité plus haut à propos de Timâla, et on n'y reviendra pas. 
Reste à dire un mot de celui des autres longues. 

A la différence de ce qui se produit dans d'autres dialectes 
arabes modernes ^^^, le timbre des longues ï et î7, hors les cas 
prévus d'abrègement, ne subit aucune altération sensible dans le 
voisinage des emphatiques, des gutturo-palatalesou des faucales, 
que celles-ci précèdent ou suivent. Ceci est vrai, non seulement 
quand î et w se trouvent en syllabe initiale, mais encore quand 
elles sont en syllabe médiale ouverte, accentuée ou non. Ex. : 
hîlatu" (( ruse 11 ::>hUé; sTqâmi" ff jambes, tibias i? >sf/(/aw (2); mar- 
(fâdu" ff cassé, hrisé 11 :> inardûd; mamniiSC ff défendu i^ > mam/îil*^ . 
inalihu" ((honn >mlih. Dans ces cas ï et w ne subissent aucun 
modification; il ne se produit aucune voyelle accessoire (aucun 
patah furtif n'est intercalé entre ï ou û et les faucales *" ou h) , 
à la différence de ce qui a lieu dans d'autres langues et d'autres 
dialectes. Tout au plus pourrait-on admettre la présence d'une 
voyelle anaptyctique (') après *" et h (lorsqu'ils sont précédés à la 
finale du mot de î ou û) : hi^ ff vends 77 et rûh ff va-t-en^^ (cf. cl.^r 
et rw/i), qu'on pourrait noter, à la grande rigueur, par ht' et ràh\ 

IV. Voyelles brèves en syllabe fermée inaccentuée (À l'intérieur). 

Conservation. Chute. — Le classique possède peu de formes 
vraiment unes ^^^ qui présentent à l'intérieur du mot une 
voyelle brève en syllabe fermée inaccentuée; de telles formes 
peuvent cependant se produire par suite de l'annexion des 
pronoms suffixes et du déplacement concomitant de l'accent vers 
la fin du mot. Ces formes, unes ou complexes, subsistent telles 
quelles à Kfar^'abîda et conservent toujours leurs voyelles brèves 
en syllabe fermée inaccentuée. Ex. : pour a : miista^maUna ffem- 
ployés77 (partie. plur.)>/Hos^a*^m/m; 'iskandarîyatu ff Alexandrie 77 
>- Çe'jskandrîyé; (néo-cl. far ansîyu") d'où yaransâwîyu" ff français 77 
^-frensâwé; hanajsazlyu'' ff violet 77 > ^/i^/sie^^^; bartalnâ-ka ffnous 
t'avons caij^iéii :>'hartdlnâk; yastaqbilù\na]nâ ffils vont au-devant 
de nous 77 > yesta'/qblâna; — pour i : istibdâdu" ff action de s occu- 
per seul d'une chose, desi^oiïsmen >- slabdâd; istihsânï ce mon 

(') Cf. Marçais, Saïda, M. S. L., XIV, p. i35-i36; Cohen, p. iili. 

''''^ Clicz les Ulôd BrdJivn, on a hêla et sêgdn; cl'. Marçais, loc. cit. 

(•'^ Non composées d'une préposition ou d'une conjonction. 

^''5 Par suite de la ciiute de la syllabe finale -î/m" et de l'abrègement ré(julier 
de -i- précédent, devenu final, l'accent classique a reculé jusqu'à la syllabe 
fermée. 



PHONÉTIQUE. 111 

Siip\)r ohaiion -0 > ste/isânê; lahiqnâ-hmi frnous vous avons atteints ii 
>- Uwjqnâhm; fa1iimt(iuu)ù-nl ffvous nravez compris -t^ ::^fhonUÛné; 
wa-siddlqti" wet très juste i5 ^usaddl'/q^^K 

V. Voyelles brèves en syllabe ferme'e accentuée (à l'intérieur). 

Conservation. Chute. — Les voyelles brèves classi({ues en 
syllabe ferme'e accentuée (à l'intérieur) se maintiennent toujours 
dans notre parler et ne se dessaisissent naturellement pas de 
l'accent du mot. Ex. : pour a : darâhtu tfj'ai frappée? > (/?vf^^; 
mu'^àlUmu" rr professeur ?•> >> ni^allçm; ihmàrral ce elle est devenue 
rou^e-»! :> hniàrràt ; safàrzalu" ff coing ^i > sj'àrzçl ; muttCàzzihu" 
ff étonné 7^ > mol^àilçh; — pour i : saribnà wnous avons bm? > 
srôbna; mustahiddatu" w absolue dans son opinion, despote (fém.)^^ 
>■ inô'sthôddê; yasta^iddu ffil se ^iréj^arei-) :>yest^éd'^; — pour u : 
kabûrtu ce j'ai gvunài -n :> kbôrl; hasûnti fftu as été heWe v >> hséntê; 
iva-qûlnâ fret nous avons dit?? > ujqôlna; etc. 

ToiBRE. 

On étudiera ici à la fois le timbre des voyelles brèves en 
syllabe fermée accentuée ou inaccentuée dès le classique, et celui 
des voyelles brèves qui ne se trouvent en syllabe (accentuée ou 
non) que dans le parler par suite de cbute de la voyelle brève 
subséquente. 

1. Voyelle a. 

a. En général, la voyelle a, en syllabe fermée accentuée on 
inaccentuée, d'origine classique ou de provenance secondaire, 
conserve à Kfar*^abîda son timbre pur dans les formes verbales et 
dans les formes nominales. Ex. : ta^'Allama ce il a appris?? >£V(//m("^^; 
muta'^azzibîna <;<: élonnésn > inôTaz^bîn; iswàddat ^r elle est devenue 
noire •^•) '>■ swâddçt; yubartilû[na]-nï wils me captent?? ^zW/Z/W; 
safârzalu'' (r coing -n :>'sjch^zçl; ban/ifsazu'^ <( \ioleiie -o :>- bnàfsez ; zn~ 
mniyalu" (dimin. de zamîlu") (f heau -n :>- zmàiyçl (nom propre 
d'bomme); iva-hâsanatu-ka fret ton bienfait^? > uhàsntçh; etc. 

b. La voyelle a bref en syllabe finale (fermée dans le parler mais 
résultant de la fermeture d'une syllabe classique médiale ouverte) 
passe toujours à ç dans les formes verbales et nominales. A son 
tour, cet e de fin de mot dialectale, venant à se trouver en syllabe 
médiale, par suite de l'addition d'une désinence de conjugaison 

^'^ Je ne connais pas d'exemples pour u ni en classique ni dans le parler, 
sauf les cas où une initiale devient médiale après une particule proclitique, 
comme dans wa-zuhhdlu" wet ignorants?) > uzehhâl. 

'^' Sur le timbre de la dernière syllabe -§in, cf. plus loin, sous b. 



1 1 2 PREMIÈRE PARTIE. 

OU d'un suffixe pronominal, passe à la voyelle f ou à une de ses 
variantes. Ex. : dans les formes verbales : kàtaba wil a écniv >• 
kétçh ^^^; latùhnà w nous avons écrite? > klébna; hàmala wil a portée') 
':>'hçmdl; hamàlli cftu (lém.) as porté?^ :>'hmoUê\ infâtaha wil s'est 
ouverte? '>-nfùieh; istàkdara cfil a trouvé nombreux, il a remercié^? 
^stâktçr; istakOàrnà rmous avons trouvé nombreux 77 >s/«te7irt,- 
ydrkahii ffil montent» :>>yérkçh; — dans ]es formes nominales : qàlamii" 
(r^\[}me-n:>''/q('(lem; qâlamu-nà cr noire plume 77 >>Y<^rt/omna; nuir- 
hahC" ff bateau 77 > mârkçh ; màrkahi-nà ff noire bateau 77 > markôhna ; 
'^ddadu" fc nombre 77 > Vided; ''àdadii-nâ cf notre nombre 77 > ^adédna; 
\ïuwalu ff premier 77 >\///îrc?/. — Cependant les verbes des YIl" 
et VHP tbèmcs font exception, et gardent «pur en syllabe fermée 
à l'intérieur, bien que cet a goil altéré en syllabe finale dialec- 
tale. Ex. : iytdnama ffil a saisi l'occasion, il en a prori!c^7> 
ytânem, mais iyU'mamnâ ffuous avons profilé de l'occasion 77 >. 
ylnàmna; inhàda^a ffil a été ir om pé ^1 ^-nhddç^, mais ivhadd'^ti f<:iu 
as été ivom])ée •>•) >''nhddUé ("à cause des 3 consonnes initiales 
dont il). 

D'autre part, a bref en syllabe finale dialectalement fermée 
garde son timbre pur lorsqu'il est précédé ou suivi d'une empha- 
tique, y compris h, A, *^ et souvent h. Ex. : cjdraha ffil a frappé -7 
:>'ddrab; qdiafa ffil a cueilli 77 >Y^r/7^//"; qdbada ffil a touché de 
l'argent 77 >-Y(^rt/>fl(/; tdijana ffil a moulu v ::> idhan; ddhala ffil est 
entré 77 > ddhal;fdraîju'' ff joie 77 :>fdrah; bdsalu" ff oignon 77 > bdsal; 
mdrhamu^ ff onguent 77 >>î««rArtri; etc.^^l Dans tous ces exemples, 
a reste également pur lorsqu'il arrive à être à l'intérieur du mot : 
dardbnâ ff nous avons frappé 77 >- drdb-na ; fdrahu-nà ff notre joie 77 > 
fardhna. 

Il faut excepter ici également les verbes au V^ thème [taqdilala) 
et au IP thème quadrilitère dérivé [taqdtlala), qui, bien que 
conservant a pur sous l'influence d'une emphatique à la finale 
dialectale, l'altèrent cependant lorsqu'il arrive à se trouver à 
V'uilénenr : tahdjjjara ffil a été stupéfait?? >>f//rt0«;', mais thaiydrnd 
ffuous avons été stupéfaits 77 ^t/jalyérna; tandssara ffil s'est lait 
chrétien 77 :>■ ind-ssar , mais tandssartu ffje me suis fait chrétien -^r^ 
Inassôrt; tabdrtala ^^ \l a. été capté 77 >- tbdrtal, mais tabartdlnâ ffnous 
avons été captés 77 ^tbartôfna; etc. 



^') La voyelle de la seconde syllabe de l.étçb est en réalité finale dans le 
parler, el pourrait être étudiée avec les voyelles finales, mais elle représonle 
une voyelle classique médiate, el c'est pourquoi on a préféré traiter ici de son 
timbre. Ceci du resie forme une transition naturelle entre les voyelles médialos 
et les voyelles finales. 

(■^) La racine r-h-m n'existant pas du tout dans la conscience des sujets 
parlants, rien ne s'est opposé au cbangement pbonétique de ni final en n que 
favorisait du reste la tendance à la disslmilation. 



PIIONKTlQli:. 113 

2. Voyelle i. 

a. Comme à Tinilialc, la voyelle i bref, en syllabe fermée ac- 
centuée ou non, passe loujours à r (ou à une de ses vaiianles). 
Ex. : isli''(l(ulii" ffpréparalion ^^ > sU-'^dâd; HaHihà rrnous avons gravie? 
:::> s'^Ôdna ; falnmlu fcj'ai compris ^i >>Jliôiiil; wa-^ilmu-ha ?fet la 
science-» >- ii'éhml-; {slifliâiim" ce interrogation 7: ^'['çjslnfhâm, 

h. Comme a, la voyelle i, en syllabe finale fermée dialectale 
qui provient d'une syllabe classique ouverle (à Tintérieur), passe, 
dans les formes verbales et nominales, tantôt à ç : êuriba cril a 
bu ^7 :>'S{'r{>h; yânzilu wil descendît '>'y('nzçl; mâzlisu'^ ff divan, lieu 
où on s'assoit^! :>-màz]ps; — tantôt à o^^\ sous Tinfluence d'une 
labiale ou peut-être par suite d'une innovation morpliologique (u 
au lieu de i): mièmisu'' ff abricot '•> '^-mosnios; Inmmisu" empois chiche ^-i 
:::> liônimos ; hisrhmi" ffveijus-'^ >Aof>w«; ^ycuhuhu cril frappe^' (cl. 
yàdrihu)'^ yodrob; yd^nidu rril présente à quelqu'un quelque choses-) 
(ci. ya^ridu) :>-yé'^rod; '^yàhtumu cfil sceller? (cl. ydhlimu)'>-yéhlam; 
*i^sûr cr pressure 75 impératif (cl. i^sir) > ^sçr; ^'ihfûr ff creuse^ im- 
pératif (cl. ihjîr) ^^-hjor; etc. 

3. Voyelle u. 

a. Comme à l'initiale, u en syllabe médiale fermée (accentuée 
ou non) passe à ?ï(-l Ex. : mudiimi-him ffvos villes -«^ '::>- modiniknn ; 
ralimnà rcnous avons été diminués ^-i :^rhffsna wnous avons perdu 
Testime (dont nousjouissions)w; kûtnhii-nàK nos livres 77 ^kulèbna; 
wa-buldânu-nà ce et nos pays ^7 ':>- nbôldâ"na. 

b. Comme a et i, la voyelle u, en syllabe finale dialectalement 
fermée, semble toujours passer à ^ au parfait des verbes à deuxième 
voyelle ?/, mais en réalité il s'agit d'un i passé à e, et substitué 
analogiquement à Vu des formes classiques : ^qâriba rril s'est ap- 
proché 77 (cl. qàniba) > 'jqèreb; ^hâsina ff il a été beau 77 (cl. hàsuna) 
':>hçsçn^^^\ etc. C'est un fait de morphologie et non de phoné- 
tique. 

Partout ailleurs u passe à : kûtubii" f? livres ^i ^>hûtob; mûdumC 
ff villes 77 ::>modon; yàktubu cfil écrit 77 :>-yéktob; nâdhulu frnous en- 
trons 77 :>-nédlml; etc. — On dit cependant yôJUir ce il déjeûne77 
(cf. cl. yafhim)^ yîddd^ ^fil est pur, il achève 77 (cf. cl. yâhlusii), 
yétlcC' Cfil se lève (soleil) 77 (cf. cl. yatMu), ceci sans aucun doute 
par analogie avec les parfaits /«/«ra, hàlasa et tàki^a (voir p. 92). 

(^) Ouvert ou fermé suivant la constitution syllabique. 
^^^ Et variantes. 

^^^ Cf. Brockelmann, p. 77, sur l'indécision que manifestent les verbes sémi- 
tiques de cette catégorie entre ;' et u. 



PAKLEP. DE kFAR AUIDA. 



11^ 



PRE31IERE PARTIE. 



3. Voyelles longues et brèves en finale du mot^^I 

Gomme pour l'initiale, une voyelle classique peut être en fi- 
nale absolue ou en finale relative; dans le premier cas, c'est la 
voyelle elle-même qui termine le mot, u par exemple dans le clas- 
sique yâdribu; dans le second cas, la voyelle est suivie d'une con- 
sonne, par exemple i dans le classique idrib (impér. masc. sing.). 
L'évolution étant différente selon qu'il s'agit de l'un ou de l'autre 
cas, on étudiera séparément les voyelles en finale absolue et en 
finale relative. 



A. Voyelles en finale absolue (syllabe ouverte). 



I. Voyelles brèves. 

Conservation. Chute. — i. D'une façon générale, les voyelles 
brèves du classique en finale absolue disparaissent dans le 
parler de Kfar^ibîda, de même que dims tous les dialectes 
arabes modernes et dans la plupart des langues sémitiques. Ex. : 
pour a : dôraha ffil a frappé ?? -^dàrah; al-kitâba fde livre 77 (i*^g. 
dir.) >- H-ktâb^^^'^ — pour i : Mtàbdini ffdeux livres 7? (duel ré- 
gime) r> hâbàin ; bi-l-bâiti fcdans la maison •>'> >> bôlbâit; — 
pour u : aWàrdu wla terre '•) > râr(U^>; yàhtubu ffil c'crit^^ > yé- 
hob; etc. 

9. Comme dans nombre de dialectes modernes, la désinence 
de la 2" pers. fém. sing. du parfait -i se maintient (^^ à Kfar'^abîda 
en passant à ê : katâbti wtu as écrit ^^ (fém.) soit *katâbtï :>'*ktébtî 
>> ktôbiê. 

Tout se passe donc ici comme s'il s'agissait d'une voyelle longue, 
soit ï; ce qui montre sans doute que la longueur de la voyelle est 



^') Ici il ne saurait noturellement ôlre question de distinguer entre syllabe 
accentuée et inaccentuée, puisque l'accent du mot ne reposait jamais en clas- 
sique sui- la syllabe finale, qu'elle fut longue ou brève, ouverte ou fermée. Les 
impératifs tels que idrib ne constituent pas une exception à cette règle géné- 
rale, car au fond ce ne sont là que des monosyllabes {*(Jrib), devenus dissyl- 
labes par Tapplication d'une simple règle d'euphonie, ot dans lesquels l'accent 
rejtose naturellement sur la syllabe unique à l'origine qui était à la fois ini- 
tiale, médiale et finale. 

(^' 'l-kifib peut re])résenter naturellement aussi al-kildhu et al-kilâbi. 

(•■') Cf. note 9. 

(*) Cf. Marçais, Saïda, M. S. L, XIV, p. ^2/1. 



PIIONKTIQUR. 1 I 5 

Irc's ancieniK*, c'est-à-dire qu'elle remonte h une époque anté- 
rieure à celle où Tarabe classique, contrairement aux autres 
langues sémitiques (^), a abrégé en i la voyelle ï du sémitique 
commun ^'^K (On sait que quand IV cesse d'être final par l'accession 
d'un enclitique, il pouvait devenir long même en classique, ex. : 
halahli mais katabtl-hâ aussi bien que hilahli-hà.) 

Il en est de même de -^ de la 2** pers. fém. sing. du pronom 
personnel suffixe -hi : lâki ffà io'xii (fém.) :>'lck('. Cet -i classique 
provient d'une voyelle longue i, qu'on retrouve encore en éthiopien , 
longueur indiquée par la graphie en hébreu. Cependant, dans 
notre parler, la voyelle i du pronom suffixe -M semble changer 
de place et passer devant -h (d'où -ik) lorsque le mot auquel 
il est suffixe n'est pas un mot accessoire et que d'autre part ce 
mot ne présente pas à la finale une voyelle longue (il en est de 
même d'ailleurs du masculin -ka) : kitâbu-ki wton (fém.) livre i? 
^l'tâbik, et Mtâbii-ka wton (masc.) livre i^ >ktâbdk^^\ mais 'abûki 
crton (fém.) père^i >-^mÂ7^ (fém.), cf. bûk (masc). 

La voyelle brève du classique subsiste également à Kfar^abîda 
dans les pronoms indépendants : ^ànti wtoi^-» (fém.) >'éntê; 
%dhnà^'^^ (cl. nàhnu) cr nousw >• néhna; hûwa celui 7? , cf. hûwê (à côté 
de hû); hiija crelle^i d.hhjê (à côté de hi)^^^\ (cf. encore kûnna 
ff elles 7?) Viinna d'où liénnê, employé également à la 3^ pers. masc. 
plur. (6). 

Signalons enfin le pronom suffixe -hu , qui , en perdant son h 
subsiste sous la forme -w^''^ : dàraba-hu cf il l'a frappé ?? ^dârbu; et 
l'impératif masc. sing. des verbes terliae y, ex. : V^/^ ff donner? > 
Y^* ii^da wsois satisfait ^^ ->rdâ, formes où I et « ont été rétablis 

^'^ Cf. Brockelmann, p. i56. 

(■^) On sait du reste que , à quantité égale , un i est plus bref qu'un a. Il n'est 
donc pas étonnant que îj en finale, soit devenu i bref, alors que à subsistait. 
(Doctrine de M. Meillet.) 

^^) Il semble évident que les formes intermédiaires ont été ici *kitâbiki pour 
le féminin et *kitdbaka pour le masculin. 11 s'agirait donc dans les deux cas 
d'une assimilation vocalique régressive. Par la suite, les finales sont tombées, 
et l'on a eu ktâbik et ktfibdk. Le phénomène d'assimilation, phénomène à la 
fois phonétique et psychologique (enseignement de M. Grammont), a sans 
doute été favorisé ici par la tendance à maintenir distinctes les formes du 
masculin et du féminin. 

(') Aussi bédouin de Tunisie (M. Marçais). Cf. éthiopien nehna et araméen 
'"nahnâ. Voir plus bas pour l'explication de la voyelle finale. 

^^) «Les formes hûwa et Mya sont anciennes et largement répandues sur le 
champ des dialectes»; de même hû et hi. Cf. Marçais, Saïda, M. S. L. , XI\, 
p. 66 (1908-1909). 

e^) La conservation s'explique par le fait qu'il s'agit de mots secondaires à 
accentuation anormale. Cf. dans les langues romanes : lat. vulg. *illo, it. /o, 
frç. le, etc. ; ego, ital. îo, v. ïvç.jo, à côté de *ille, frç. il, it. il, etc. On sait que 
hiima existe dans des cas tels que kitâbi-hinna rrde leur livre (à elles)w. 

'^^ Sur le suffixe -hû {-ht), cf. de Sagy, Gramm. arabe ^ p. 619. 

8. 



116 



PREMIERE PARTIE. 



par analogie des imparlaits ijàHi et yàrdà, les racines élant 
('-/-!/) et (r-(/-y)(i). 

Comme on le voit, sauf dans néhna^'^^ les voyelles brèves con- 
servées en finale absolue sont toujours altére'cs en e ( à l'exception 

II. Voyelles longues. 

Conservation. Chute. — D'une façon générale, les voyelles 
longues du classique en finale absolue gardent leur valeur sylla- 
bique à Kfar'abîda ^^l Ex. : pour à : qnlnâ rmous avons dit^^ > 
yqolna; dûnyà ff mondes-) ^^cUtnija-^ — pour l : qàlam-ï ffma plume i") 
':>'/qâlmê; qûmî ff lève-toi ?■» (fém.) '^-''jqûmê; — pour û: kâtabu 
ffils ont écrit^^ '^-héthu; ukiûhù ffécrivez^^ '^htéhii; etc. Il en est 
de même des cas où les voyelles longues sont de provenance 
secondaire, c'est-à-dire lorsqu'elles ne représentent pas des 
voyelles longues classiques, ou bien lorsqu'elles représentent dos 
voyelles longues classiques médiales qui se sont trouvées on 
finale absolue après la chute de la syllabe suivante. Ex. : pour<^f ; 
iqrà' wlis^^ (imper.) ^>*lqrA; samau" ^^ ciel v ::>*sdmâ::> sàma; — 

pour i : (cf. istàdi' \Jd — w — j, dial. ^siàdwJ ^>stddwé c? éclaire-toi, 
demande de la lumière ^^ ; daiuu" (( \ûv > ^'dànl > dénê; — pour ii : 
zârwii" ff petit du chien?? >> *i«nt>> zàru; "ulûwu"^ w hauteur?? >> Hii. 

Quantité. 

Comme dans la plupart des dialectes arabes modernes, les 
voyelles longues d'origine classique ou de provenance secondaire 
en syllabe finale absolue perdent régulièrement à Kfar*a])ida 
une partie de leur quantité, et passent (ainsi qu'on l'a déjà 
vu) aux brèves correspondantes. Elles gardent cependant leur 
valeur de longue ^'^^ lorsqu'elles portent l'accent du mot, c'csl- 
à-dire lorsqu'elles sont dans un monosyllabe ou dans l'e'quivalcnt 
d'un monosyllabe. Ex. de ce cas spécial : pour à: ihdâ' ff reste 



(') Du reste î est rétabli à Kfar'abîda dans tous les thèmes dérivés (de ces 
verbes), mais se Irouvant en finale absolue, il s'abrège et s'altère en consé- 
quence. Cf. i s lâvf li (r cherche à contenter?) ^::>*st('n'di ^stàrdè; ihlâmi ffabsticn^- 

to)5) > *hUjmi > htçmé cr demande protections. (Cf. cl. Ijâmà, \J h-m-y w il 
a protégé?).) 

^-) Qui provient sans doute de *nahnâ analogique des premières personnes 
plurielles du parfait (qaUdnà, dial. qtçbia), ou analogique de 'ânâ > 'àna, cf. 
araméen '"nahnà. 

^•^) A la diflerence de quelques dialectes arabes modernes qui perdent 
souvent les voyelles longues finales. Cf. Maiiçais, Saïda, M. S, L., XIV, p. \h\. 

('*) Longue tout à fait relative qui n'a pas la même valeur qu'une longiio 
médiale ou initiale et qui serait plus justement appelée demi-longue; c'est 
pourquoi on n'a pas attribué ici à ces voyelles demi-longues le signe de la 
longue. 



PIIONKTIQLi:. 117 

IraïKjuille^^ :^h(l(i ; zaa ce il est venui? ^zà; cf. cl. Uxja (y'b - fj — y) 
ffirsle^ (imp.), (liai, h'jqâ; cf. cl. H \\^^v -"- y) rrremarque, 
comprends 1^ dial. n^à (à côté de "«*«) refais attention, éveille- 
toi^; — pour ï : êdiu" ce chose ■>•> > si; lî ffà moi 7? > /«'; mm 
r marche^ (impér. fém.) >mst'; htya ffelle^^ ^>hi;fï ((dnnsv::>fi; 
— pour w : huduu" cr calme, reposa» >> hdû; ^ulùwu" w hauteur 77 >■ 
7ii; iqrà'û cr lisez 7: > '/qrâ; hûœa (duïv >>/m; zaû cf ils sont venus ^ 



zu^'^ 



Timbre. 

1. a dial. <:cl. à. 

D'une manière ge'nérale, a bref dialectal final, représentant à 
classique final ou médial, garde son timbre pur dans notre 
parler : 'anâ (rmo'iv :^\(na; dâraha-nâ ffil nous a frappés i? > 
darèhna; qàtlà fr tués 17 '^-^Iqotla; hadâyà wcadeauxi? :>'hdâya; 
hâdâ ff celui-ci 7-) ::>- hada; samau'^ ffcieh? >>*5rtmâ ^:>sâma; mtnâ 
ff port 77 ^mîna; hamrau fc rouge ^7 (fém.) >- ^hàmm :>-hàmra; 
Hdâ ff ennemis 77 :>-^éda; râbbà cril a élevée? :>ràbba; etc. Cepen- 
dant a dialectal passe toujours à ê, dans les parfaits, à la 3^ pers. 
masc. sing. des verbes à finale â [tertiae \ y ou w)^^^ : râmâ 

ffil a jeté 77 y\/r-m —y), rçmé; yàzâ ffil a fait une incursion 77 

\\/y - 2 - w) , yézê; hâdâ w il a guidé ii [s/h - d- y)^ hédè; ''àlà w il 

s'est élevée (\/'- l - w)^ ''élé; etc. Ici le passage de a dialectal 
final à ê s'explique sans aucun doute par une raison purement 
morphologique (cf. plus loin, p. 162). 

2. i dial. << cl. t. 

A la différence de a, i bref dialectal final représentant ï clas- 
sique final ou médial, ou même de provenance secondaire (cas de 
"^ ou w devenant î/o^l), s'altère, sauf dans quelques monosyllabes, 
dans notre parler et passe à ê: qàlam-ï cf ma plume 77 > 'jqàlmê; qûmï 
r lève-toi 77 (fém.) ^=^''jqàmè; Hndî ff(j'ai) chez moi 17 ^eWp; *yaHl 
ff il donne 77 > yé^ê; a9-0cml w le second 77 >- Hâne; radi'u'' ff méchant 77 
:>- rçdé; baladîyu" w indigène ■>7 :>'b(ildê; (^mafziavu"' r pillé 77), dial. 
^'mayzîyu'^ > moyzê; etc. 

3. u dial. <: cl. û. 

Comme a, u dialectal final d'origine classique ou de prove- 
nance secondaire, représentant ù classique final ou médial, con- 

^^^ Les mots 'ulûwu^ et huduu^ sont devenus des monosyllabes dans le dia- 
lecte parce qu'ils ne sont jamais employés qu'avec des pronoms suffixes ou à 
l'état construit : 'lùwdk cela liauteur?^; Iidâiv-ôl-bâhr «le calme de la mer'7,etc. 

^'^) On a déjà rappelé plusieurs fois cjue tous ces verbes sont traités comme 
des tertiae y par notre parler, 



118 PREMIÈRE PARTIE. 

serve toujours à Kfar'^abîda son timbre pur : Jcâtabà wils ont écrite 
::>kétbu; uktûbù w e'crivez ?•) z>ktobu; bi-\diiw{f-) cren hauteur ?7 > 
boHû; bi-l-hudu[i) wavec tranquillité ^^ ::> bÔlhdû ; eic. 



B. Voyelles brèves en finale relative (syllabe fermée) ^^\ 

Une syllabe classique finale peut être fermée de deux façons : 
ou bien elle est terminée par une consonne quelconque qui ap- 
partient à la racine, comme b chms uhtùb, ou bien c'est la con- 
sonne " de l'indétermination, c'est-à-dire la nunnation, qui la ter- 
mine. Le premier mode de fermeture peut se trouver dans les 
formes verbales et dans quelques mots accessoires, tandis que le 
second se rencontre exclusivement dans les formes nominales. 
Gomme révolution n'est pas la même selon qu'il s'agit de l'un 
ou de l'autre mode de fermeture, on étudiera ici séparément 
les voyelles brèves en syllabe finale fermée par une consonne 
radicale ou par l'indice " de la nunnation. 

I. Voyelles brèves en syllabe fermée par une consonne radicale 

(en finale). 

Conservation. Chute. — En règle générale, une voyelle brève 
en syllabe classique finale fermée par une consonne appar- 
tenant à la racine, se maintient dans notre parler en subissant 
toutefois quelques modifications dans le timbre et la quantité. 
Ex. : pour a : tanâssar te fais-toi chrétien ••i ::>tnàssar; nâ^am «^om-n 
':>nà^am; — pour i : zâwib ff réponds ^^ ^zâwab; bârtil ff capte ^i 
:>'bâridl; lâkin fcmais*»? >- lâhçn; min ^à^-n ':>mon; — pour u : 
uktûb ff écris ^7 >htob; hiut cf prends ^^ >>/<pJ; hitâbu-kum k \oire livre ^7 
> htâbhon. 

Quantité. 

La voyelle brève en syllabe fermée (à la finale) classique et 
dialectale garde généralement sa quantité normale dans noire 
parler; elle est quelquefois devenue longue (ou demi-longue) sous 
l'action de l'accent, de l'analogie ou par renforcement d'origine 
psychologique. Ex. : dans tous les impératifs masc. sing. des 

^') Il ne peut naturellement s'agir ici que de voyelles brèves, puisque, 
comme on a eu déjà l'occasion de le faire remarquer, le classique ne suppor- 
tant pas, sauf à la pause, de voyelles lonjjucs en syllabe finale fermée, les 
abrège toujours lorsque, de par la morphologie, elles se trouvent suivies d'une 
consonne réellement finale. Toutefois notre parier connaît des voyelles longues 
en syllabe fermée par une seule consonne, cas que nous avons étudié à propos 
4es voyelles médiales et auquel nous ne reviendrons pas ici (cf. p. io5). 



PHONKTIQI'K. 1 I i) 

verbes l'orts ou l'aibles au I""" thème : (cf. israb w bois^^ impér.), (liai. 
srâh; (cf. {smd^ ff écoute^), dial. snuP; (cf. irkdb fcmonle^), (liai. 
rkâh; (cf. cl. inzïl w descends^), dial. nzâl^^^; (cf. cl. ^V</' w sache 
bien^^), dlal. V^f/*; (cf. iihlûs cr finis "), dial. Mâs^'^^; (cf. ujlûr 
cf déjeune 17), dial. ftàr; (cf. su w arrive ^i, \/w - s - /), dial. M.9rt/; 
(cf. </^ ff tiens-toi debout, arrête-toi 77 , \Jw - q -/), dial. u'jqâf; 
(cf. ^M' w laisse en dépôt tî , \/m; - rf - *), dial. ^^r/^^• (cf. Ar/yrr crains 77 , 
\'h ~ w -/), dial. hof^^'; (cf. wrtm ffdors77,\//z-iï;-m), dial. mtm; 
(cf. èr ff vends w, \/ b-y - '^j, dial. />«%• (cf. mi/ craie de la sym- 
pathie pour, \J m-^j- Ij^ dial. mil; (cf. qui tfdis?5, \/ q-w-l)', 
dial. 'Iqîd; (cf. mw^ c? meurs 7-), ym-tv-^j, dial. mût; — dans 
les mots du type 'àqtalu dans le sens du superlatif : (cf. 'aswadu 
ff noir 77), 'aswâd «très noir?^; (cf. Ahmarii te rouge 75), 'ahmâr crtrès 
rouge ^7; etc., où Taccent a été transporté et la voyelle qui le 
porte désormais, allongée en même temps, parce que le type 
dialectal 'àswdd, provenant du cl. \isivadu, avait le sens d'un 
adjectif ordinaire (dès le classique) et qu'on a cherché un moyen 
d'exprimer par une forme simple Vintensité ou la supériorité; — 
enfin : (cf. cl. zûdudu" ff neufs 75), dial. zdâd, plur. de zadîdu'', par 
analogie avec le type Mbâru" ff grands 77, plur. de kabîru"; (cf. cl. 
hàsinu" wdun^), dial. hèîn, par analogie avec karimu" ff généreux 77 , 
"atiqu"" cf vieux w, etc. ^^\ 

II. Voyelles brèves en syllabe fermée par la nunnation. 

Conservation. Chute. — En principe, et ceci est commun à 
tous les dialectes arabes modernes, les désinences classiques 
-m", -a", -i" qui sont celles des cas lorsque le nom est indéter- 
miné, sont tombées dans notre parler, sauf-a" qu'on rencontre 
dans quelques adverbes qui peuvent tous être considérés comme 
des mots savants : dâimd"^^^ ce toujours 77 <:;cL daima"; hâsta" ff par- 
ticulièrement 77 << cl. hâssata"; sâr%'' ff légalement 77 <c: cl. sàr^a'' ; 
hsiha" ff surtout -n ■< clJmsûsa" ; ^érbd'^ ^érbd'^ te en morceaux v < cl. 'ùba"^ 
'irba'^; rwâidf rwâidf cr doucement, peu à peu 77 <; cl. ruwàida'^ 

(^) Par analogie avec le parfait nâzala. Cette analogie avait déjà commencé 
son œuvre en classique comme le montre par exemple irkab, alors qu'on 
attendrait soit *irkib, soit *urkub. Voir la morphologie. 

(") Par analogie avec hidasa, cf. ce qui a été dit plus haut. 

(^) Ici comme dans tous les impératifs des verbes tertiae w ou y, la longueur 
de la voyelle est normale. 

^^) Sur le timbre des voyelles brèves en syllabe fermée (finale relative), se 
rappeler ce qui a été dit plus haut à propos de Timâla et des voyelles brèves 
en syllabe fermée dialectale. 

^*' Avec passage régulier de a bref en syllabe fermée finale à la voyelle e >• 
d (sous l'influence d'une labiale précédente). 



120 Pr.KMlÈRi: PAUÏIK. 

ruwàida" ; Jjâle" cf aussitôt^? ■< cl. Jjâla" ; yâiJf cr demain ^^ (à côlé de 
yâilè) -< ci. yàda"; '('mHf ff premièrement >^ <: cl. '(luwala" ; icmyf 
ff deuxièmement T) <: cl. Oànuja" ; etc. — Ce principe demande 
(jiielques explications. 

1. En dehors des cas cités (pour — «"), " final qui suit «, i, 
u, tombe partout et entraîne naturellement la chute de la brève 
précédente, sauF quand il s'agit de a : kalbn" wun cliiem^ > 
^kalbu >> kalb ^^\ tandis que màrliaha" w sois le bienvenu i-) > mârhba; 
^àhla" wa-sàhla" ^-^ (même signification) >• ' ahlàusàhla ; mîi'na'^ 
tfsens, signification ^7 '::>mo^na; y ma'' ff richesses ••i >yéna, 'au/a'^ 
ff aussi -(^ ':>-'' àuja; etc. 

Cette conservation de a final après la chute de " s'explique, 
comme on Ta fait remarquer et comme Ta montré M. A. Meillet^^) 
pour d'autres langues, par le fait qu'à quantité égale a est plus 
long que i et \i; ceci prouve que la voyelle brève de la muuialion 
classique ne représente pas nécessairement une voyelle longue du 
sémitique commun, malgré ce qu'enseigne M. Brockelmann, 
p. i35(^'). 

2. La consonne qui , avant la chute de -a", -i", -u", précédait im- 
médiatement la voyelle, retombe naturellement sur la syllabe 
précédente, la ferme si elle était ouverte et la rend doublement 
fermée si elle était déjà fermée par une consonne : qàlmnu" 
ff plume '^ ::>'/qâlem; hdbu" ff chien ii ^>kcdb; etc. Mais, s'il s'agit 
d'une consonne faible, c'est-à-dire d'un \ d'un w ou d'un y (ou 
encore de -t, signe du féminin), elle évolue comme suit : 

a. ' devenu final par la chute de -a", -i", -ii", se fond ou 
s'assimile à la voyelle précédente ou suivante, avant la chute dé- 

(') Naturellement 'el-kâlb peut venir de son côlé de al-kalbu, al-kalbi, etc.; 
kalba n'existe plus que dans les adveibes à cause de la tendance ancienne 
à n'avoir qu'une forme pour l'accusatif et le génitif. 

('^) A côté de 'ahl(T ivasaJihT, qui dénote généralem^^nt un accueil plus cor- 
dial et qui est sous l'inlluencc de la prononciation classique. 

(•'') M. S. L. , t. XV, p. 2G5-268 : De la quantité des voyelles fermées. 

^*) On peut se représenter les choses de la façon suivante : a bref vaut en 
gros deux temps, alors que i et u brefs ne valent qu'un temps; — a,i, w^-" 
passent d'abord à des voyelles nasales *«, *î, *ù, qui, c'est un fait connu, sont 
plus longues que les voyelles orales correspondantes et valent donc en gros 
et respectivement : *à trois temps, *i et *ù chacune deux temps. La dénasalisa- 
tion de *à, *î, *ù fait perdre à chacune de ces voyelles 1 temps, et alors on 
a : -a = 2 temps, mais -i et -m = 1 temps. L'abrègement des finales con- 
tinue son œuvre et fait perdre encore un temps à chacune des voyelles. 
Alors -i et -u sont réduits à zéro, tandis que -a est réduit à à (1 temps). 
— Des faits analogues ont été signalés par F. de Saussure et Haranowski 
en lituanien oriental (M. .S'. L., t. VIIl, n. ^125). Cf. Ciauthiot, ibidem, t. XIX, 
I». lAa, 



Jl 



PIIOÎNKTIQUE. 1*21 

fiiiilivo dos finales', d'où contraction et enfin ahrèjj^eniont à la 
finale (soit trois résultats possibles : -a, -i, -u); ou bien il 
passe h un iv ou à un y : samau" cfcielT? >■ sâma^^^; 'asjjau 
ff choses ^7 ::>'\>sija; mâhdaii" rr principe ^^ :::>*mâh(lâ > màhda; mau'u" 
tf\enue->7 :z>*maui/ > *mrtzï > wih- ^^^ ; sdl^u" ff choses >*.sYny/ > 
sâ'i'^'^ (à côté de H^'^^)\f(nn'' fr ombre?') > *fàvi) >/«i('^" fuzV trpor- 
lion^7 >>*iwzwît" >>*fîî^tv :>■ zàzu^'^^ \ dâuu" ff lumière?? ^*dâHw:> 
(W//("); y««7V >*milanC^ > vulg. «ifi/w ce plénitude?? ^^^. 

/>. îv et y devenus finals après la chute de -a"", -i", -u", se 
fondent à K(iir*^abîda avec les voyelles homorganes qui les pre'- 
cèdent, se vocalisent après une consonne forte, et forment di- 
phlon[>ue avec un à pre'cédent (cette nouvelle finale est relative- 
ment longue ou brève suivant qu'elle est accentuée ou non dans 
le [)arler) : mardiyu" ce satisfaisant i? :>*mnrd(y ':>^mm'(fi >moi'dê; 
'"ulùwu" w hauteur?? ^>^\dàw :>'^\dà >V«-; zàuivu" crair, atmo- 
sphère?? > *z(inw > zâi/-^ ; hâuju" fc vivant?? > ^liàhj > luii^'^ ; 
sârwu" ff cyprès^? > ^sânv > sàru; sàSjtC c? effort?? >- **«^y > 
sàH~; etc. 

c. -t, indice du féminin, tombe toujours au singulier en même 
temps que -a", -i", -u" qui le suivait et la voyelle a pre'cédente 
subsiste en passant à é, sauf lorsqu'elle est précédée d'une em- 
phatique, d'une des faucales h, h, ^ ' ou d'une des gulturo- 
palatales q, h, y, cas dans lequel elle garde son timbre pur : 
kâlbahi" cf chienne?? ::>*k(ilbâ>kàlbê; hûhzahi" rr un pain?? ^>*hi'ibzà 
r>hébzé; etc. Mais bâqaratu" ce vache?? :>'balqra; hàialti'' reforme 
extérieure, physionomie?? > hâi'a; 'Arba^^atiC w quatre?? > ^àrb^a ^^^ ; 
bdulatii" ff œuf?? > hàida; etc. Lorsque -l est précédé d'un ~à long, 
il se développe après cet à la semi-voyelle y : mihlâtu" cfsac à 
fourrage??, dial. înôhlâyê; mais ici y radical a été rétabli par ana- 
logie pour empêcher e de se fondre avec la voyelle précédente 
(cf. plus loin). 



à. Assimilation et dissimilvtion vocaliques. 

Jusqu'ici on s'est contenté de souligner au fur et à mesure les 
cas d'assimilation ou de dissimilation vocalique qui se produisent 

^'5 à long devenu final et non accentué s'est abrégé en a, ex. : samau'^ > 
*sama > *s('mm ^sdma. 

^'-' Cf. p. 117, note 1. 

'^) Réduction spéciale d'un mot accessoire. 

^''^ Par dissimilation ti-u > a-u. 

^^^ On dit plus souvent nialti par dissimilation de a-u ^a-u. 

^"^ A Ehdeu on piononce ê après % cl", 'urb'ê. 



122 PREMIÈRE PARTIE. 

dans le parler de Kfâr %abîda. On se propose maintenant de réu- 
nir dans un seul paragraphe les cas déjà mentionnés à propos du 
vocalisme, ce qui permettra de les embrasser d'un seul coup 
d'oeil. 

A. Assimilation (harmonie vocalique inverse). 

a. Voyelle a. La voyelle a bref du classique passe générale- 
ment dans notre parler l\ la voyelle e (ou à une de ses variantes 
e, 0,9,0) par assimilation lorsque la syllabe suivante comporte 
un i classique ou un e (f , ê) dialectal. 



E 



XEMPLES 



1. Les adjectifs classiques du type qâtilu'' (cf. p. 91) : cl. 
nâkidu" w boudeur, taquin ^^ >■ dial. nékçd; wàsihiJ' ffsale?^ >> wè- 
çsh; etc. 

2. Les pluriels des types 'aqtilâ'u et 'àqtilatu" (p. 99); ici l'as- 
similation s'est produite avant la chute de Vi de la 2^ syllabe : 
cl. 'ayniyâ'u t( riches •>■> ^^'éynçy a :> didii. 'éynya; 'aqiviyâ'u ff forts 1? 
^'f/quya; 'àryifatiC' ff pains ^ >*'éryçje':>'éryjê; etc. 

3. Les formes verbales de la 3* pers. masc. sing., sauf dans 
les cas où a class. a été rétabli sous l'influence du voisinage con- 
sonantique (p. 99) : ^'àlima w il a su 7? > dial. "'çlçm; hàsaha 
ffil a gagné 71 T^^k^seb; *hàsina (au lieu de hàsuna) v\\ fut beau ?? 
> hçsçn (sur le passage de la voyelle i [prenant éventuellement la 
place de a et w par équivalence morphologique incorrecte] à la 
voyelle ç en syllabe finale dialectalement fermée, cf. p. 92 et 
suiv.); màsà wil a marchés? >*màsê>>mdsê \\/m-s-y); bâda'a ffil 
a commencé 77 :>*b(idê ^-bèdè; — mais, lorsque la voyelle a de 
la 2'' syllabe reste pure dans le parler sous l'influence des con- 
sonnes voisines, l'assimilation de a de la première syllabe en ç 
na naturellement pas lieu : dàraba ffil a frappé w ^ dârab ; dàhala 
ffil est entrée? ::> dàhal (sur les exceptions telles que fàtaha ffil 
a^ouvertw :::>Jàtçh, etc., cf. ce qui a été dit p. 92, note 3); etc. 

U. Les formes nominales qui se terminent dialectalement par 
un e (p. 91) : cl. sânatu" ff année 77 >> * ««wp* > dial. sçné; yanîyu" 
ff riche 71 :>*'^ânë '^-yçnê; etc. 

5. Les participes passés du P"" thème des verbes tertiae y, w 
ou ' (p. 99) : cl. mabntyu" ff bâti 77 :> * mâbné :::> mobnê ; * maqrîyu" 
(au lieu de maqruu") ff lisible 77 z>* màqrê >mo'/qrc; * mafzryu'' 
(au lieu de mayzûwu") ff pillée >* màyzè ^moyzè ; etc. 



PIIOAÉTIQUE. 1 23 

/S. Voyelles i et w. 

A la différence de la voyelle a, les voyelles i et m présentent 
très peu de cas d'assimilation dans notre parler; ce fait s'explique 
sans aucun doute parce que i et u, même lorsqu'ils ont altéré 
leur timbre classique (et cela a eu lieu de très bonne heure), 
ont gardé beaucoup plus d'articulation ^'^ et sont par là même 
plus solides et plus résistants que a. Voici cependant quelques 
exemples dans lesquels i et u semblent s'assimiler en a h un autre 
a suivant : cl. hinsaru" wpetit doigtw > dial. h/msar (voir plus 
loin); sitrànzu" (pers.) ffjeu d'échecsw >>satrànz (y o'ir plus loin); 
nûzraiu" w petit morceau?? >nAsra (cf. plus haut); etc. 



B. D 



ISSIMILATION. 



a. Voyelle a. 

La voyelle a du classique passe par dissimilation à e {e, 6, d, o) 
toutes les fois qu'elle est suivie de la voyelle longue à (ou â). 

Exemples ; 

1. Les formes nominales du type qattâlu" (p. 98): cl. haMâhiC 
^<: m^nia^wv •)•) >heddàh; kattânu'^ (dïnn '>'kettân; sazzâdatu"^ w tapis •>? 
>- sezzâdê; fauwâru'' w source jaillissante ?? > *fmwâr ^Juwâr; etc. 

2. Les formes nominales du type qatlânu^''^i^. 99) : marzâmi'^ 
ff corail n >> morzân ; maidânu'' w hippodrome v > *meidân > 
mïdân; etc. 

3. Les pluriels du type 'aqtâlii" dans lesquels la première syl- 
labe 'a- a été exceptionnellement maintenue ou bien a été rétablie 
dans la suite : cl. ^ikjâmu^ ff jours?? :>-*'ehjâm 7>''lyâm; 'asyau 
tf choses?? >-*Vsî/â z^'ésya; ^litâmii" w orphelins?? :>-* ^eitàm>^itàm 
(à côté de ilâma <<cl. yatâmà)\ hânist-ehmâl cfcinq charges ?î 
<: cl. hâmsatu 'ahmâli'\ complexe où le dialectal hmâl -< cl. 
'ahmâlf construit avec hàmst- a maintenu sa première syllabe Vi- 
sons la forme de e; etc. 

h. Les adjectifs néo-classiques ou dialectaux qui indiquent la 
possession ou l'appartenance et qui se terminent par -ànîyii" ou 
-àwîyiC' au lieu de cl. -îi/M" (p. 99): néo-cl. nasrânîyu'^ w chré- 
tien?? > dial. nosrânê; yardàwtyu" >f6rdâwê wseul, isolé?? de 
fârdu"' ff individu??; etc. 

^^^ U est bion connu, en effet, qu'aux extrémités de l'échelle vocalique i et u 
sont les voyelles qui ont le plus d'arliculalion et qui par là se rapprochent le 
plus dos consonnes. 



12A PREMIÈRE PARTIE. 

5. Toutes les fois que a est suivi d'un à long, le mot fût-il un 
composé ou un simple dérivé : cl. hàhh-id-ûsi ff grains de myrle^^ 
>-dial. homhlâs (p. 99); cl. mâqSa'atu", cf. dial. môqtayê cfcon- 
combre77. 

6. C'est grâce à cette tendance à la dissimilation que les noms 
du type miqtâlu" (indiquant l'instrument servante l'action) n'ont 
pas changé à Kfar'^abîda la voyelle i de la première syllabe en a 
comme l'ont fait toujours ceux du type miqtalu'' (cf. plus haut). Ainsi 
le cl. miyzalu'' ff fuseau i-) donne dans le parler màyzçl, tandis que le 
cl. miffâhu" f? clef^? reste toujours moftâh et ne donne jamais *maftâh. 

j3. Voyelle i. 

La voyelle i se dissiinile toujours en a dans les formes nomi- 
nales des types qittîlu" etqitUlu" dans lesquelles la syllabe suivante 
contenait un ï long (p. 100): cl. qiddîsu" c^sainti^ ^ dial. '/qaddh ; 
hittîhu" ff pastèque •>•> > hattih; misMnu'' ff pauvre v > masMn; qinnînatu" 
ff bouteille 7? :>'/qannînê; etc. 

7. Voyelle u, 

1. La voyelle u bref se dissiinile en a dans les mots du type 
qîidûlii" (p. 100), lequel devient, dans le parler, qadûl: cl. sundùqu" 
encaisse, malle ^^ > dial. sandiV/q; huryûOïC ffpuce?^ > havyût; sur- 
sùru" ffgrillom? '^sarmr; etc. 

2. M est dissimilé en a par un u subséquent dans les cl. zwèV 
ff portion 7? ':>* zûzwu'' ^^^ '>* zûzu >z(izu; etc. 

3. Par dissimilation au passe à ai dans le dialectal saihunê 
ff petite branche morte 75 «csyr. saiikûnâ, diminutif de syr. saukâ 
r ramusT?. 

En résumé, tandis que l'assimilation ou la dissimilation con- 
sonantique peut être dans notre parler progressive ou régressive, 
Tassimilalion ou la dissimilalion de voyelle à voyelle est toujours 
régressive ^^l L'assimilation vocalique se produit toujours entre 
deux voyelles brèves de nature différente; la dissimilation, au con- 
tiTiire, a toujours lieu entre deux voyelles dont l'une, la dissimi- 
lalrice, est longue et l'autre, la dissimilée, est brève. La forme 
Uiqrdu" >>dial. teqtîl qui semble faire exception, étant donné que 

(') On a vu que le w lui-même était le résultat d'une assimilation à l'w. 
Comme souvent, il y a eu ici assimilation suivie de dissimilalion. 

('-) C'est le cas dans les langues (Germaniques (unilaut de i, iimlaut de m, 
umlaut de «). Au contraire, dans les langues finno-ou{|rienncs, IVliunuonie voca- 
lique?) se réalise dans le sens progressif. 



PHONÉTIQUE. 125 

qifltlu'\ (lilîîhi" <cqattil, qatltî, s'explique non par la phonétique 
mais par Tanalof^ie : les sujels parlants ont le sentiment de l'ori- 
gine vcrhalr de celle l'orme; elle est nettement sentie comme un 
masdar (non d'action); or ta- n'est pas resté comme prc^fixe verbal 
dans notre parler; on n'a que /('- dans toutes les formes verbales^'' 
(9^ pers.- èV'fém.). — En outre, des trois voyelles classiques «, i 
et ti susceptibles d'assimilation ou de dissimilation , c'est a qui 
fournit le plus d'exemples; on en a vu la raison. — Une voyelle 
longue ne subit aucune influence, ce qui tient à ce que, d'une 
façon générale les voyelles longues conservent leur timbre beau- 
coup mieux que les voyelles brèves. 



CONCLUSION GENERALE DU VOCALISME. 

Timbre. 

Les modifications du timbre des voyelles classiques sont pour 
Kfar'abîda assez semblables à celles que l'on constate dans la 
grande majorité des parlers arabes modernes ^-l A part de nom- 
breux cas où il en est empêché par les phonèmes avoisinants, 
Xa bref (et surtout W'i long) tend à devenir palatal {imâla), ce qui 
s'accorde assez bien avec le fait que le g du sémitique ancien 
s'est palatalisé partout en dz, z (sauf en Egypte) et qu'il y a 
même quelques parlers où h s'est également palatalisé en c; ï 
et û maintiennent leur timbre inaltéré tandis que i et u brefs 
s'ouvrent en e et en quitte à subir des modifications ulté- 
rieures, ce qui rappelle entje autres l'évolution du vocalisme 
dans le passage du latin aux langues romanes et dans celui du 
vieil égyptien au copte (cf. Sie'mdoYÏÏ , Kopiische Gi^immatik^, 190^)- 

Coupe syllabique, quantité, accent. 

Ce qui est plus caractéristique du parler de KfaVabîda, c'est 
la façon dont il se comporte aux points de vue de la constitution 
de la syllabe, de la quantité et de l'accent, ces trois phéno- 
mènes étant chez lui intimement liés l'un à l'autre, alors que 
l'évolution du timbre est, sauf pour les longues, tout à fait indé- 
pendante de chacun d'eux. 

La combinaison de ces trois éléments (syllabation — quan- 
tité — accent) réalise ce qu'on peut appeler Véquilibre du mot. 
Quelle en est la formule à Kfar 'abîda? Pour la dégager, il con- 
vient de mettre à part les syllabes finales qui, suivant une loi de 



^'^ Cf. Morphologie. 

('-^ 11 en est de même de l'ensemble du consonantisme. Là non plus n'est 
pas, semble-t-il, la caractéristique de révolution du parler étudié. 



126 PREMIÈRE PARTIE. 

phonétique générale (cf. Gauthiol, Fin de mot en indo-européen, pas- 
sim) ont une situation à part. En revanche, il n'y a aucune raison 
au point de vue de notre parler pour établir une distinction 
entre les syllabes initiales et les syllabes intérieures : les unes et 
les autres ont en effet les mêmes traitements. Au contraire, qu'il 
s'agisse de syllabes initiales ou de syllabes intérieures, il faut 
envisager non seulement lnjln de syllabe, mais, ce que Ton ne 
fait généralement pas parce que les métriques ne s'intéressent 
qu'à cette fin, Vinitiale de syllabe. 

I. Syllabes initiales ou intérieures. 

1° Coupe syllabique envisagée dans le sens progressif (fin de syllabe). 

Le parler de Kfar'abîda conserve les syllabes fermées de l'arabe 
classique (sans les modifier par sursaut comme le font les parlers 
étudiés par M. Marçais, cf. Saïda, M. S. L., XIV, p. 1 5 1 et suiv.). 
Ex. : cl. ràmlu" > râml 'r sable?? (et non rmçl comme au Maghreb (^^), 
et, en cas de chute de voyelles intérieures brèves, il s'en crée de 
nouvelles. Aussi les diphtongues du classique sont-elles conser- 
vées. Une diphtongue (telle que les conçoit l'arabe, c'est-à-dire 
une diphtongue tautosyllabique, type : -aut- et non -aw-a-'^^^) 
équivaut complètement, en effet, à une syllabe fermée. 

Aussi n'y a-t-il que les diphtongues d'origine récente qui se 
soient réduites a ï, û dans des cas où elles ne pouvaient attirer 
l'accent, étant elles-mêmes suivies d'une syllabe accentuée qui 
avait occasionné la chute d'une brève et transformé l'ancienne 
diphtongue hétérosyllabique (^) en diphtongue tautosyllabique : 
type hayaivânu" (c ^immal-n :> hïwân,fauwâru" w source jaillisanle?? 
^fûwâr. Un détail qui montre la prédilection du parler pour les 
syllabes fermées (dans le sens progressif), c'est la façon dont a été 
adapté l'emprunt syriaque '^saray{ij)âQâ ff étincelle?? < syr. s^ray- 
rayyàOâ. On a en effet, ainsi qu'on l'a vu, à Kfar^abîda : kir'jqûta 
et non ^sra'jqîUa. — Ce qui indique enfin qu'il s'agit bien en tout 
ceci d'équilibre syllabique, c'est que, pour notre parler, une 
syllabe ouverte à voyelle longue équivaut à une syllabe fermée 

('^ Ceci indique que le parler n'évite pas que la syllabe soit fermée par deux 
ou trois consonnes (en fin de mot deux consonnes équivalent à trois à l'inté- 
rieur, étant donné que le mot suivant peut toujours avoir une initiale conso- 
nantique). 

(^) Dans laquelle les deux éléments de la diphtongue appartiennent à la 
même syllahc : type français cailleholte prononcé kai-bot; opposer caillé, prononcé 
ka-yè. 

^^^ Celle où les doux éléments de la diphton(jue n'appartiennent pas à la 
même syllabe : type *'rainaija {*rania-ya)^ devenu à l'époque historique ramâ, 
ainsi qu'on le sait. 



PHONÉTIQUE. 127 

à voyelle brève (suivie de deux consonnes ou de u, i-\- une 
consonne). 

Dès le classique, cet équilibre syllabique écartait les surlongucs, 
c'est-à-dire les voyelles longues en syllabes fermées autrement 
que par une géminée ou, ce qui revient au même, par une seule 
consonne en fin de mot. Dans ce cas particulier, la longue sub- 
siste à Kfâr'abîda, et l'implosion de la géminée, de même que sa 
tenue, se réduit, considérablement. Cette réduction arrive même 
à être complète surtout à la finale dialectale : cl. sàddîna ff tirant ^^ 
(pi. masc.) ::>sâ-^dîn; dawâbbu wânes^ ^dwâb; '^âniniu" cf public ^^ 
^\îm; hâssata" ff surtout ^^ ':>hâstf. 

Quand d'autre part la chute d'une brève inaccentuée amenait 
la création d'une nouvelle surlongue, il se produisait naturelle- 
ment de nouveaux changements. 

Ou bien la voyelle de la syllabe surlongue était ramenée à la 
quantité brève, normale en syllabe fermée et en diphtongue. 
C'est ce qui se produit toujours quand la première consonne est 
autre que y o\x w : type -àtka- > -atka-, soit : cl. ma -\- kà- 
7ia{-\-s) cril n'était pas^^ > dial. màkans. 

Ou bien — quand la première des consonnes fermantes est ^ 
ou u — la syllabe garde sa voyelle longue, mais s'ouvre par 
développement d'une nouvelle syllabe dû à la vocalisation de i 
ou de n anciennement seconds éléments de diphtongue. Toutefois 
on rencontre également ici le premier traitement. 

i'° solution : mâ'idatu" ^r réfectoire v ::>*iHây dé ^-mâldê. 

2^ solution : qaimatu" rose levant'? (fém. sing.) > *qâyiniatir 
>*qmjmê (coupé *qâ-ymê puisque *qâ- a lui seul équivaut déjà à 
une syllabe fermée), d'où 'jqâ-imê avec vocalisation de y comme 
à rinitiale de mot , cf. yatîmu" > *ytîm >> itîm. 

On pourrait donc attendre, d'après ce qui précède , que le parler 
supprimât toutes les syllabes ouvertes à voyelle brève que possé- 
dait le classique. On a vu qu'il n'en était pas ainsi quand une 
telle syllabe ouverte n'était suivie que d'une seule autre syllabe 
brève (et finale au point de vue du parler) : type màliku" (^^ ::>mâlçk 
et non *malk^'^\ D'autre part l'allongement d'une telle brève (en 
syllabe ouverte) équivaudrait, au point de vue de l'évolution du 
parler, à une fermeture. Et pourtant notre parler semble conserver 

(^) Par définition il ne peut jamais s'agir ici que de mots où la syllabe brève 
ouverte est en même temps accentuée. 

(^^ En revanche, on a par exemple : màlké w mon roi?) ; — mâlkè alternant avec 
mâlçk est un bel exemple d^équilibre syllabique. — Pour Véquilibre syllabique 
dans les langues sémitiques anciennes, cf. Dhohme, Revue Biblique [ juillet i g ili), 
XI, p. 365 : cfll semble incontestable que, lorsque la dernière voyelle est lon- 
gue, la voyelle de y* syllabe tend à s'effacer. w (Il s'agit dans cet article du 
cananéo-babylonien tel qu'on le connaît par les lettres de Tell-el-Amarna. La 
règle est, au reste, bien connue en cananéen proprement dit (hébreu). 



1 28 PREMIÈRE PARTIE. 

les brèves accentuées en syllabes ouvertes, d'où l'équivalence ap- 
proximative : syllabe brève accentuée ouverte = syllabe longue 
ouverte (accentuée ou non) = syllabe fermée (accentuée ou non), 
soit par exemple mà-{lek) = hâ-(tçh) =^ hàlh. 11 est possible que, 
dans le type mà-leh, Tancienne voyelle brève soit moins brève 
que les autres brèves et tende à devenir longue. C'est ainsi, 
par exemple, que dans le passage du moyen-haut- allemand à 
l'allemand moderne les brèves en syllabe ouverte accentuée 
sont devenues franchement des longues [vâre soit, phonéliquc- 
ment, /dra > mod. /fl^re, soit/arj). La phonétique expérimen- 
tale seule permettrait de trancher la question de façon péremp- 
toire. 

Etant donné qu'une syllabe longue est l'équivalent d'une syl- 
labe fermée, il n'est pas étonnant qu'une syllabe inaccentuée 
mais longue ne subisse aucune altération. Maintenir la longueur 
d'une telle syllabe équivalait en effet à conserver une syllabe fer- 
mée et concordait avec la préférence du parler pour les syllabes 
fermées dans le sens progressif. 

Naturellement les syllabes initiales déjà fermées et accentuées 
en classique restent à Kfar^abida fermées et accentuées. La ferme- 
ture, ainsi qu'on l'a vu plus haut, est toujours conservée, sauf 
dans le cas où elle était réalisée par ij o\x w comme seconde con- 
sonne et où, ces semi-voyelles s'ctant trouvées dans le parler en 
finale absolue, il y a eu vocalisîition^^^, d'où ouverture postérieure 
(pendant exact à la finale du type yatimu" :>itîm à l'initiale et 
du type *qmj{maiu" :> qâ-imê h l'intérieur), ex. : cl. Inïlwu" ffdoux^^ 
^*hûlw::> hûlu, nâhyu" cr défense 7^ ^^nàhy :>n(ihi'. 

2" Coupe sijllabiqne envisagée dans le sens régressif [initiale de 
syllabe). 

La syllabe — ici non plus il n'y a pas lieu de distinguer entre 
syllabe initiale et syllabe intérieure — peut très bien commencer 
par un groupe de consonnes. Exemples à l'initiale de mot : 2 con- 
sonnes : tnàin ^rdeuxri <; cl. iôndini; Itoh décris 7-) <:cl. uktûb; — 
3 consonnes : "nJcsçr ff brise-toi 7-) <z ci. inkâsir ; htnuilt cfj'ai sup- 
porté t^ <c:cl. ihtamàltu. 

Pour ce qui est de l'initiale du mot, notre parler diffère donc 
considérablement de la langue classique, laquelle évite systéma- 
tiquement le concours de deux consonnes à l'initiale ^^^ et ne con- 
naît pas non plus le cumul de trois consonnes successives à l'in- 
térieur. 



0) Cf. p. 121. 

(^) En revanche le syriaque n'ignore pas à i'initiaie les groupes de deux con- 
sonnes, non séparées par une voyelle (pleine). 



I 



PHONÉTIQUE. 129 

Il est donc dans la log;iqii(; inlernc du parler qu'il évite de 
commencer le mot ou la syllabe par une voyelle pure et simple 
de même qu'il évite de teiininoi' de la sorte Tun ou Taulre, sauf 
le cas où y el w ont été vocalises dans cette position : waUinalu" 
ff banquet •'7 >ulimè; yatiniu'^ ce orphelin •»•> ^ilîm, 

3° Chute des brèves intérieures (^initiale comprise). 

Il faut distinguer ici entre préioniques et posttoniques. 

Prétoniqces. — Pour ce qui est des voyelles brèves prétoni- 
ques, il faut distinguer les cas suivants : 

1. Il y a, en partant de l'initiale du mot, une seule brève 
en syllabe ouverte devant la syllabe accentuée. Dans ce cas, cliute 
pure et simple de la brève, ex. : cl. kitâbu'' >> ktâb, daràbtu 
:> drâbt. Ceci amène à l'initiale des groupes de consonnes; mais 
on vient de voir que le parler ne les évite pas : il les recherche 
plutôt. 

9. Il y a, en partant de l'initiale du mot, deux brèves avant 
la syllabe accentuée. Dans ce cas, chute de la seconde brève, 
d'oii fermeture de la syllabe préce'dente et maintien de la pre- 
mière brève, ex. : cl. hasanâtu" >- hasnât. 

3. Il y a, en partant de l'initiale du mot, deux brèves en 
syllabe ouverte précédées elles-mêmes d'une syllabe fermée non 
accentuée (et suivies de la syllabe accentuée). Dans ce cas comme 
dans le précédent, chute de la seconde brève et fermeture de la 
syllabe à laquelle appartient la première, ex. : cl. marhabatàini > 
marhobtàin, 

k. Il y a, en partant de l'initiale du mot, trois brèves en syl- 
labe ouverte. Dans ce cas, cliute de la première et de la troisième 
de ces brèves, fermeture de la syllabe à lacjuelle appartient la 
seconde, ex. : cl. îvabaqarâlu" :>-ubaqrât. (Dans cet exemple parti- 
culier il y a eu en outre vocalisation de la consonne w.) 

Posttoniques. — Quant aux voyelles brèves posttoniques, il 
faut distinguer les cas suivants : 

1. Il y a, après la syllabe accentuée, une brève en syllabe 
ouverte suivie d'une syllabe finale fermée (naturellement non 
accentuée). Dans ce cas, chute pure et simple de la brève, ex. : 
cl. dârabat :> dârbdt , qâltalat :>yqâtH^t, qâtalat '^'jqâtlçt. 

2. Il y a, après la syllabe accentuée, deux brèves en syllabe 
ouverte (outre la finale qui tombe de son côté). Dans ce cas, 



PARLER DE KFAR ABIDA. 



130 PREMIÈRE PARTIE. 

chuîc (le la première brève et maintien de la seconde : hàsanalu" 
> hâsnê, mârkabatu" ^màrkbé, kâtibatu''^- kaibè. 

3. [Le cas où il y aurait, après la syllabe accentuée, deux brè- 
ves suivies d'une syllabe fermée (ou d'une syllabe longue) inaccen- 
tuée n'existe qu'en combinaison avec les éléments pronominaux 
enclitiques : dâraba-luni ^ darôbkon .] 

Remarque 1. — Il est à retenir que dans tous ces cas il y a 
production de nouvelles syllabes fermées. 

Remarque 2. — Le type mâktabatu" cr librairies :> mdktbê est 
traité comme si -at était linal dès le classique. Ceci semble indi- 
quer que la grapbie -atu" ne recouvre aucune réalité ou que du 
moins il faut partir d'une prononciation déjà classique -ah. 



II. Syllabes finales (du classique). 

Toutes les voyelles brèves (en finale absolue ou simplement 
suivies de la mmnation, ainsi donc a, i, u et «% i% w") sont tom- 
bées dans le passage de l'arabe classique à notre parler. Ceci, 
comme la cbule des brèves intérieures, a fourni un grand nom- 
bre de nouvelles syllabes fermées : mdktabu" cf bureau 77 ^^màhtçb, 
ou doublement fermées : h'dhu'' :^kàlb, mais se rencontre dans 
tous les parlers modernes. Quant aux longues, sauf dans les mo- 
nosyllabes toniques : hû, M, etc., elles perdent une grande partie 
de leur quantité et ne se dislinguent plus des brèves intérieures. 
Toutefois ce phénomène, de même que ceux qui concernent l'é- 
volution du timbre, n'est pas en relation étroite avec ceux de la 
coupe syllabique, de l'accent et de la quantité. Rs sont dus sur- 
tout à la faiblesse propre des finales. 

En somme, il règne uue très grande unité dans les transfor- 
mations des élémenls syllabiques dans le parler de Kfar 'abîda. 
Ni le mot ni l;i syllabe ne commencent ni ne finissent en prin- 
cipe par un élément purement vocalique. En avant comme en 
arrière, le mot et la syllabe ont tendu à être limités au moins par 
un élément consonantique. En avant comme en arrière, l'un et 
l'autre peuvent même comporter deux ou trois éléments conso- 
nantiques. Ce n'est donc pas pour éviter des groupes de consonnes 
que *wl-, *yt- à l'initiale, *-î/m- à l'intérieur, *-lw, *-hy à la finale 
sont devenus, ainsi qu'on l'a vu, m/-, it-; -im-; -lu, -hi. Cela tient 
uniquement à la faiblesse de ces consonnes qui sont, on le sait, 
tout à fait proches des voyelles et qui n'ont pas, dans les langues 



p^o^RTIQUE. 1 3 I 

sémitiques, élo iTiiforcées, par exemple en v el en z , comme elles 
l'ont été dans un cerlain nombre des lan[jiios indo-européennes. 
Le parler de Klar 'abida semble ainsi , poK7^ ce qui est de la corisli- 
tulion syllahique, être bâti sur un plan très difï'érent de celui de 
Tarabe classique. Toulefois il en diffère moins que les dialectes 
ma^bribins. Au reste il est bien connu qu'une même langue prise 
à deux moments suffisamment éloignés de son histoire peut pré- 
senter, au point de vue de la constitution syllabique, deux aspects 
radicalement dillérenls. M. K. Brugmann, dans son Grnndriss (I, 
p. 227, Rem. 3), a par exemple fait observer que le slave com- 
mun ne connaissait pour ainsi dire plus que des syllabes ouvertes. 
Or rien n'est plus ordinaire et même plus fréquent que les syllabes 
fermées dans les langues s'aves modernes ^^). Le même savant rap- 
pelait également, d'après P. Kaufmann [Die Geschichte des konso- 
nantischen Auslauts im Franzosichen , 1886), qu'en ancien français 
aussi régnait la tendance à n'avoir que des syllabes ouvertes, 
fait dont on a cherché l'explication dans la faiblesse de l'accent 
expiratoire de cette langue. M. K. Brugmann admettrait volon- 
tiers la même explication pour le slave commun, et l'on sait en 
effet que le ton indo-européen d'où est issu l'accent ^^^ des langues 
slaves modernes ne comportait aucune part d'intensité. En re- 
vanche, l'accent du russe moderne, par exemple, est au moins 
aussi intense que celui de l'allemand ou de l'anglais actuels. Et 
comme (^^, ffen arabe ancien, d'après la prononciation tradition- 
nelle des lecteurs du Coran et des lettrés égyptiens et syriens, 
la prédominance appartient à un accent de hauteur qui dépend 
de la quantité syllabique^^ (^), il n'y a aucune raison pour ne pas 
constater l'accord qui existe dans l'évolution de cet accent et de 
la syllabe dans notre parler. Uaccent, en même temps qu'il devient 
intense, tend a se fixer ou à se transporter sur un élément intense de 
par sa nature, soit une syllabe longue par nature ou par position ^^\ En 
même temps la syllabe tend, on fa vu, à être toujours fermée en avant 
aussi bien qiien arrière, ce qui correspond à un degré nouveau d'énergie 
dans l'ensemble de la prononciation. Ici encore il serait souhaitable 
que des recherches de phonétique expérimentale permissent d'ap- 

(^^ Et findo-européen d'où procède le slave avait , de sou côté , beaucoup de 
syllabes fermées. 

(^^ Accent d'intensité par opposition au ton ou accent musical du sanskrit, 
du grec, etc. 

(^ Cf. Brogkelmann, Précis, p. 66. " . 

'^^ Aussi peut-on se demander sur quoi repose Taffirmation (Précis, p. 65) 
qu'en sémitique commun l'accent était un accent à'intensité. 

^^^ M. A. Meiliet a fait observer pour les langues indo-européennes qu'il y a 
sans doute une intensité propre aux longues. On peut étendre le bénéfice de 
cette observation aux longues de position. (Le genre animé en vieux-slave , 
p. i85 et suiv.) 

9- 



ni 



PREMIERK PARTIE. 



précier exactement et de comparer Tinlensité de l'accent dans les 
parlers arabes actuels. En attendant, il sera permis de souligner 
une fois de plus que la phonétique du parler de Kfar*^abîda 
comme celle de tout parler caractérisé, forme un ff système 
rigoureux où tout se tient 7? [doctrine de M. Meillet]. 



AIOIIPII0I,0f.lH. 



133 



DEUXIEME PARTIE. 
MORPHOLOGIE. 



Les différentes w formes ^^ de notre parler, comme celles de 
l'arabe classique, sont ou verbales, ou nominales, ou pronomi- 
nales, ou enfin adverbiales au sens large. On divisera ici la 
morphologie en trois parties : verbe, nom, pronom. 



CHAPITRE PREMIER. 
VERBE. 

A la suite des grammairiens de la langue classique , on a cru 
qu'il était plus logique et en tout cas plus commode de com- 
mencer l'étude de la morphologie par le verbe qui, on le sait, 
donne naissance, d'après des formules connues, à la plupart des 
formes nominales. Mais on ne prélend nullement par là décider 
de la priorité des formes verbales par rapport aux formes nomi- 
nales. (Sur cette question, voir Brogkelmann, p. iq5.) 



r THEME. 



A. VERBES FORTS AU I«" THEME (FORME SIMPLE). 

Aucune des trois consonnes radicales n'est faible. 

Glass. hâmala wil a portéw>dial. hénidl. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL 


3' p. m. 


hdmala 


> hémdl. 


hfîmalû 


> Iw'mlu, 


3«p.f.. 


hàmalat 


^ hûmlçt. 


{hamâlna) 


hàmlu. 


3* p. m. 


hamàlta 


> hmolt. 


hamdhum 


;> hmoltu. 


a>. f.. 


hamâlti 


> hmohê. 


[hamalliinna 


) hmoltu. 


i"pers. . 


harmiltu 


>> hmolt. 


hamàlnà 


>> hmhlna. 



13^ DEUXIÈME PARTIE. 







AORISTE. 






3' p. m.. 


yâhmihi 


>> {b)yéhmal ^^\ 


yahmiln[naj 


Z>- {b)yéhnilu. 


3"' p.f... 


tnhmila 


> {b)téhndl. 


{ijaljmilna) 


{b)yéhmlu. 


2^ p. m. . 


tâhmilu 


> [h)téhmdl. 


talimilH[na] 


> {h)tékmlu. 


2* p.f... 


tah)nili[na 


>- \b)lfhmlè. 


(lahmûna) 


{b)t/'hm!n. 


1 " pers. . 


'âhrnilu 


> {hyhlpndl. 

IMPÉRATIF. 


nâhmilu 


> {in)nèhnidL 


2* p. m. . 


(ihmil) 


hmàl. 


ihmi'lû. 


> hmalu. 


2-p.f.. . 


ihmUl 


> hmôlê. 


[ihmiliia) 


hmélu. 






PARTICIPE ACTIF. 




mascuiin. 


JiâniiluJ^ 


;>» hamdl. 


hamiliiia 


> hâmlin. 


féminin . 


hdmilatu" 


> hâmlè. 


(hâmilâtu'^) 


hâmlin. 






Observations. 





CL. Comme en classique, le verbe ne distingue à Kfar*abîda que 
deux ff temps 77 :1e parfait, qui comporte des suffixes, et Taoriste, 
qui comporte des préfixes et des suffixes. 

Ainsi que tous les dialectes arabes modernes et la plupart 
des langues sémitiques, notre parler ne connaît plus que deux 
ff modes w : l'indicatif et Timpératif; nous ne regardons pas en 
elTet comme des modes distincts l'infinitif et le participe; bien 
que ce dernier ait quelques rapports avec le verbe, il appartient 
plutôt à la catégorie nominale des adjectifs. Le subjonctif, le con- 
ditionnel, ainsi que les deux formes ff énergiques ^7 en -an et 
-anna, ont été ramenés à la forme simple de Taoriste. La forme 
ff énergique^? de l'impératif a également disparu dans notre parler. 

/3. Toutes les formes du singulier du parfait sont rigoureuse- 
ment phonétiques, sauf la a'' pers. fém., pour laquelle on atlen- 
drait (en partant du classique hamald) *himlt et non pas hinôllè. 
Mais il ne faut pas oublier que la forme du sémitique commun 
comportait un -ï long qui a été conservé non seulement en éthio- 
pien, en hébreu et en araméen (surtout devant les suffixes), 
mais souvent aussi dans l'arabe classique lui-même ^^^ et dans plu- 
sieurs dialectes modernes ^^), ce qui explique la finale dialectale -ê. 
Cette finale pouvait au reste être suggérée par l'-î long de l'im- 
pératif féminin ihmilî. 

Sont également phonétiques toutes les formes de l'aoriste au 
singulier sauf la 2*" pers. fém. , dont le traitement doit être retenu 
pour l'explication de plusieurs formes du pluriel, soit au parfait, 



(^) Cf. plus loin, p. i38 et suiv. (sur les particules adventices de Taoriste). 
(^) Cf. Brogkelmann, p. 156 et iGA; Zimmeun, F/|/. Gr. , p. 95-96. 
(•^) Cf. Marçais, Saïda, M. S. L., XIV, p. 626. 



MORPIIOLOGIK. 135 

soit à l'aoriste, soit à rimpératif. Il est évident en eiïet que 
-Irlintlc fftii poi'lfts^i (l'cin.) ne peut provenir directement du cl. 
tnltndlina, mais l)ion d'une iorme sans -na, savoir la/uiiilJ^^K Kn 
un mot, notre parlei' n'a conserve sur ce point que la forme apo- 
copée. 

Il faut donc pour le pluriel soit du parfait, soit de Taoriste, soit 
de l'impératif, partir également de formes dialectales sans -?m. Si 
on le fait, on s'expliquera la forme de la 2*" pers. plur. féni. du 
parfait, qui dans notre parler est hmollu. Elle provient de *hamal- 
tun (au lieu de hamallunna) et le traitement phonélique est 
exactement le même que celui de la 2" pers. masc. plur.: cl. hanial- 
tuni > hmollu. Ici la confusion des genres est donc due à une par- 
ticularité morphologique combinée avec un traitement phonétique. 
D'une façon analogue , la 3* pers. plur. masc. de l'aoriste -yéhmlu 
s'explique par une forme classique yahmilû (et non pas yahmilûna). 
Suivant ce principe, la 3®pers. fém. plur. aurait dû être un proto- 
type dialectal *-yahmil, lequel eût abouti à -*yéhmdl et se fût ainsi 
confondu avec la S*" pers. masc. sing. La langue a preTéré ici sacri- 
fier l'expression du genre à l'expression du nombre et a créé 
-yéhmlu , ^^ pers. plur. fém. sur le modèle de la 3" pers, plur. 
masc. 

A la 2^ pers. masc. plur. de l'aoriste, il faut partir de même 
de tahmilà (au lieu de tahmilûna); l'aboutissant phonétique en est 
-téhmlu. La 2'' pers. fém. plur., qui était en classique tahmilna, 
ferait supposer comme prototype dialectal *-tahmil (soit *téhmol) 
puisqu'il supprime systématiquement -na, qui se confondrait 
avec la 2^ pers. masc. sing. et la 3*^ fém. sing. de l'aoriste. Le 
parler ici encore a recouru à l'analogie du masculin et dit -téhmlu. 

De même, au pluriel de l'impératif où le classique présente 
ihmilna, la forme sans-/irt, soit *ihmil , eût abouti à hmâl-^^\ en 
vertu de la même analogie que le singulier et en resterait indis- 
tinct. D'où propagation analogique du masculin hmèlu en fonction 
de féminin. 

Il en est de même enfin pour la 3^ pers. fém. plur. du parfait, 
qui est en classique hamàlna. Le parler, écartant toujours les 
formes en -na (sauf le -nâ à voyelle longue de la i""" pers. plur.), 
eût sur ce point abouti à une forme aussi peu caractérisée que 
possible: *hamal^> *hemdl, qui se fût confondue avec la 3*^ pers. 
sing. masc. Il a remédié à cet inconvénient en employant ici 
encore pour le féminin pluriel la forme du masculin. 

Notre parler a donc jnaintenu nettement la distinction des 
nombres et y a sacrifié, quand cela était nécessaire, la distinction 

(^) Attestée par Tcrapocopatusjî et le et subjonctif». 
(2) Voir plus loin, p. 187. 



136 DEUXIÈME PARTIE. 

des j][enres. Il en est résulté que la finale -u s'est étendue à pres- 
que toutes les personnes du pluriel ('). 

Le duel qui s'est conservé dans les noms, n'a laissé aucune 
trace dans le verbe, soit au parfait, soit à Taoriste. En un mot, 
dans tout l'ensemble de l'évolution, on constate que la langue 
marche vers la simplification. 

La i""^ pers. sing. de l'aoriste a gardé sa forme classique et n'a 
pas cédé la place comme clans les dialectes magbribins à la forme 
en na- de la i''^pers. plur. On a encore aujourd'hui -éhmdl, bien 
distinct de -néfimal, qui n'a pas non plus la désinence -u analo- 
gique d'autres formes du pluriel. Les dialectes magbribins ont 
donc été plus loin encore que notre parler dans la voie de la sim- 
plification. 

Par suite de la chute régulière de la voyelle finale, la i"^*" et la 
2^ pers. masc. sing. du parfait se sont confondues à Kfar^'abîda, 
mais se distinguent en pratique par la présence des pronoms ori- 
ginairement autonomes qui accompagnent généralement le verbe 
dans de pareils cas ^^l Les formes de 3^ pers. fém. sing. et de 
2^ pers. masc. sing. à l'aoriste, identiques en classique, le restent 
naturellement dans notre parler après la chute de la finale brève. 

y. Comme il a été dit plus haut à propos du vocalisme, les 
voyelles brèves (sauf à la 2^ pers. fém. sing. du parfait) sont tom- 
bées en finale absolue, et les voyelles longues sont passées aux 
brèves correspondantes qui conservent toujours leur timbre pur 
à l'exception de -i <-ï classique, qui passe à -é. 

A la différence de ce qui se produit dans quelques dialectes 
arabes modernes et en particulier dans quelques dialectes magh- 
ribins (^^, la 3^ pers. masc. sing. du parfait conserve toujours à 



(') D'après M. Marçais , les formes dialectales téJimlu, yéhmlu, téJimlè s'ex- 
pliqueraient non phonétiquement, mais par une raison sociolo[jique. L'homme 
depuis son enfance a beaucoup d'occasions de parler à une femme (mère, épouse, 
etc.); donc il était tout naturel de maintenir la forme de la a' personne singu- 
lier féminin distincte en face de la 2* personne masculin : téhmlé en face de 
lékm'dl. Il a par contre, parce qu'il est homme, très peu d'occasions de parler 
à un {][roupe composé uniquement de femmes ; il parle Heuf fois sur dix à des 
groupes composés uniquement ô^\\on\mç,?, ^ ou à la /ois d'hommes et de femmes; 
or on sait que, dans ce dernier cas, la lan^jue classique déjà employait la forme 
du masculin par ia-jlib (de même en français : cr Mesdames et Messieurs, vous 
êtes tous venus ce soir, etc.»). La forme du féminin pluriel (2' personne et 3' à 
sa suite) a disparu, parce qu'elle n'était pas employée. Il reste que \%?, femmes 
ont beaucoup plus d'occasions que les hommes de parler à des f^roupes uni- 
quement composés de femmes; le lanjjagc des hommes aura fini par s'imposer 
à elles. 

^^) Innovation analogue à celle qui a généralisé les pronoms personnels dans 
la conjugaison romane. 

(•') Cf. Marçais, Saïda, M. S. L, XIV, p. li^i). 



MORPIIOLOGIK. 



137 



Kfai'abîda les 1'° ot 9.'' voyelles classiques, dont, suivant les lois 
du parler, Tune ou Tautii^ disparail dans les autres personnes 
Iors([u'elle se trouve en syllabe ouverle inaccentuée. 

Comme dans d'autres parlers modernes (^^, les trois formes clas- 
siques qâlala, qâlila, (jôlula ont été ramenées dans notre parler à 
deux : qâlala, qdlila, d'où, par voie phonétique, une forme unique 
^/qèlel, 'IqàtçL Ex. : sAriha ffil a bu^-» ::> séreb ; Jàhinia ce il a compris^ 
Z^fèhçm; fàtaha cril a ouvert 77 ^>jàleh; hàlafa rril a juré ^^ > hék/i 
hàSura ffil a été abondante), dial. h(>lçr; ràhusa cril a baissé?? (en 
pari, du prix), dial. rçhes [*ka9ira, *râhisa). 

On a vu (p. 92) que, sous Tinfluence d'une emphatique et 
de quelques faucales et gutturo-palatales, la forme classique 
qàtala garde sans modiiication ses i""" et a*" voyelles. Ex. : dàraba 
ffil a frappé?? > dàrah; dàhala ffil est entré?? ^^dâhal; etc. 

La voyelle qui suit la 2" radicale de Taoriste au singulier est 
généralement e dans notre parler lorsque le type classique est 
yaqtalu ou yaqtilu ^^l Ex. : yafhaniu ffil comprend?? > ijéfhçm; yar- 
kahu ffil monte?? :>'yérkeb; yanzilu ffil descend?? '^-yénzel; etc. 

Le type classique yaqhdu, à 2*" voyelle u, est régulièrement à 
Kfar'^abîda yf/qtol avec changement de m en (0, 0); yâktubu wil 
écrit?? ^^-yéktob; yadhidu ffil entre?? >- yédhol; yashutu ffil se tait?? 
^yéskot. Quelques verbes cependant, comme yafturu ffil déjeûne?? 
et yahlusu ffil est pur, il est parvenu à??, ont cédé la place à des 
formes analogiques yéftar ffil déjeûne?? et yéhlas ffil termine?? 
(au lieu de *yàftor el*yéhlos), par analogie avec les parfaits/rt/«ra 
et halasa. 

Au type dialectal yéqlol <z cl. yaqhdu ont été ramenés par inno- 
vation morphologique plusieurs verbes du type yaqtilu (^) et un 
petit nombre de verbes du type yaqtalu : yashiru ffil ronfle??, dial. 
yésiior; yàsfiru ffil siffle??, dial. yosfor; yàksifu ff il découvre ?? , dial. 
yéksof; yàylaqu (^) ffil ferme?? , dial. yéyW/q; yatbaqu ffil est fermé?? , 
dial. yotbo/q; etc. (cf. aussi p. 11 3)^^). 

Le vocalisme de l'impératif se règle sur celui de l'aoriste, à 
ceci près que , lorsqu'on a ^ ou rt à l'aoriste, on a toujours a (ou â) 
à l'impératif masculin singulier et ^ ou a à l'impératif féminin 

W Cf. Marçais, loc. cit., p. 625. 

(^) Dans cette position en effet a ou i (comme au parfait) aboutissent indif- 
féremment à ç, sauf pour le cas où a se trouve dans le voisinage d'une em- 
phatique (cf. plus haut, p. 92). 

^') Ceci est d'accord avec le fait que le type en i à l'impératif n'a laissé au- 
cune trace, tandis que le type en u subsiste à côté du type en a. Toutefois, 
M. Marçais fait remarquer que ces verbes comportent tous une emphatique ou 
une labiale. 

^'^ Moins connu en classique que yufliqu (IV thème). 

^^^ Le remplacement de i et de a par «(> 0) à l'aoriste existe également 
dans d'autres parlers; cf. Marçais, Saïda, M. S. L, , XIV, p. U^"]. 



138 DEUXIÈME PARTIE. 

singulier ou masculin cl féminin pluriel. Ici encore il y a eu sim- 
plification des trois types classiques d'impératif {i)qtil, (i)qtal, 
{u)(iluLLe parler de Kfar'abîda n'en a conservé que deux :1e type 
en u et le type en a (le type en i a passé suivant les verbes à 
l'un ou à l'autre). De plus, pour le type en «,il faut remarquer 
que l'analogie des verbes mediac w ou y (cf. wam, rac. n-w-m)^ 
lui a fait attribuer une longue. On dit par exemple ''mal rrfais^^ 
au lieu de classique l'mal et hnâl w porte ^i au lieu de cl. ihmil, etc. 
Ceci lient probablement au fait que la forme était à la fois mono- 
syllabique et accentuée. Ce qui montre la vraisemblance de celte 
explication, c'est l'existence de doublets dans notre parler qui 
connaît à côté de sma^ crécoute-o (cl. isma^), shâ wreviensà ioi-n 
(cl. isïja) et u^â w réveille-loi 17 (cl. S) les formes 'ésma^, 'û'^a t^his 
attention'? et ^osha éprends garde?? (^) (voir p. 117). 

$. Comme dans l'ensemble des parlers de Syrie et d'Egypte, le 
verbe (à n'importe quel thème) est précédé à T aoriste dans notre 
parler de la préposition h{ï)^'^^ ou de la préposition ^«n, ou même 
des deux à la fois. En outre, '^«nest quelquefois remplacé par la 
préposition min tfde?? (substitution récente) laquelle, par contami- 
nation avec ''an, est devenue à Kfar*abîda?naw(^). D'une part, ''«wsert 
à indiquer la notion du présent dans l'aoriste qui par lui-même 
n'exprime aucune idée de temps. Au contraire, h[i) n'apporte gé- 
néralement pas de modifications au sens de l'aoriste auquel il est 
préfixé. Par exemple, le classique tjahluhu ^\\ écrit maintenant?? 
ou wil écrira plus tard?? a exactement dans le parler la même 
signification avec h[i) : byéliob; mais avec la préposition ^an (ou 
man), "anyéktob signifie exclusivement cfil écrit maintenant, il est 
en train d'écrire?? (^). Il en est de même lorsque l'aoriste est à la 
fois précédé de b(i) et de "an, comme dans "^ambyéktob '^^'i oh b[i) 
n'exerce aucune influence au point de vue du sens et laisse la 
forme complètement soumise à celle de la préposition ''an, d'où 
le sens du présent. Ainsi "an ne s'emploie que devant l'aoriste 
indicatif qui sert à exprimer le présent (ou l'imparfait, avec kâna, 
ou même le passé dans une préposition subordonnée), mais 
jamais le futur : "anyéhtob cril est en train d'écrire??; "ambyâkol k'û 

(') Sur ces doubles formes d'impératif, cf. Mabçais, Saïda, p. h'iS, Tlem- 
ccn, p. 63; M. CoiiEN,p. 267. 

('■') b passe à m on contact avec ij à la 1" personne dn pluriel de l'aoriste; cf. 
supra passim. La bibliograpliie de la particule verbale est abondante : Land- 
berg, Noldeke, KampHineycr; longue et intéressante enquête dans le Machiiq. 

^') On a donc affaire ici non plus à de vraies prépositions, mais à des mots 
formels [mots vvidesit) devenus de véritables morphèmes. 

(*) C'est ce que M. Marçais appelle crprésent actuelw. On pourrait dire aussi 
ffcursif». 

(^) Sur 'am- au lieu de 'an- , cf. supra. 



MORPIIOLOr.IE. 139 

ost en Irain de mangcri") ; han^anyéhloh (^) cr il était en train d'écrire , 
il écrivait^^ ; tiôfii^h ''antéll.oh wje t'ai vu éci'ire^^ soit ff je l'ai vu (au 
moment om) lu écrivais ?7. Mais on ne peut pas dire; *'(inij<'l,loh had 
sâhr au sens de :ffil écrira dans un mois^n 

De son côté, l'ex-préposition h(i) s'ajoute régulièrement à l'ao- 
riste apocope et aussi à l'aoriste indicatif, peu importe que celui- 
ci serve à exprimer la notion du présent, celle du passé, celle du 
futur ou même celle de l'imparfait. Ex. : scfédnê bsâ\lçk ff aide-moi , 
je t'aiderai ^^ (cf. cl. sàHd-nï \is(iHd-ha)\ wâ[i)nma hlèrhçl hôlh'lqdh 
rren quelque lieu que tu ailles, je le rejoindrai 17 (cf. cl. 'ainainà 
tarijal ^alhaqha); mahlâkoU ff tu ne manges pas 7? (cf. cl. inà 
tahdu -]- s)\ honç' bâ^d yàuni tfje reviendrai dans un jour 7? (cf. 
cl. 'arWa hada yannii"); m hxjqul cfil est venu en disant ^7 
(cf. c\.zaayaqidu);kûntbhâfmdnnu ffje le craignais 7? (cf. cl. Jmntu 
'ahâfu m'm-hxi). 

Bien entendu, l'aoriste apocope précédé de la particule là 
employée pour défendre, ne prend pas h(i) ; un cl. là taktuh ff n'écris 
pas ^7 n'a pas, dans le dialecte, incorporé ^(^), et on n'a jamais 
*labtéktob mais làtehôb(s). De même, l'ancienne préposition è(/) n'est 
pas préfixée à Taorisle : 1° quand celui-ci est précédé de quel- 
ques verbes équivalents à des auxiliaires, tels que sàra ffil est 
devenu, il s'est mis à^^, baqiya ffil a continué à^?, ràha ffil est 
allé-»"), Wrt ffil est revenu^^, etc., ex. : sar yêbhê ffil s'est mis à 
pleurer 77; bè'jqê yéklob kûUen"hâr ffil a continué à écrire toute la 
journée 77 ; bïrûh izûrçh ^^^ ff il ira te visitent ; etc. — et non pas *sar- 
byèblê, etc.; — 2° quand l'aoriste est employé dans le sens du 
subjonctif (que la conjonction qui le régit, soit négligée à Kfar- 
'abîda ou qu'elle soit exprimée) : 'Iqolhi tâizi (ou tâyfzê) tf dis-lui 
de venir 17 (litt. . . : dis-lui qu'il vienne); '/qi-lb irâh ff procliainement 
il partira 77, etc.; — 3° quand l'aorisle exprime un souliait : 
^(dlaisâ^dçh ffque Dieu t'assiste ! 17 ; — k" avec boddé, boddçh, etc.; 
ex. : bôddu yéktob ffil veut écrire 77 j)our bi-\-ividdihi -\-yal'Hibii, 
formation qui s'emploie aussi dans le sens d'un futur indéter- 
miné et qui est identique aux composés de sa-, saufa- : bôddi 
'eltob lu ffje lui écrirai (plus tard), mon intention est de lui 
écrire ^7. 

De même que Vm ou man est préposé à l'aoriste des verbes (à 
n'importe quel thème) pour indi(juer la notion du temps présent, 
de même, pour rendre la notion du futur, on fait précéder l'aoriste 
comportant b[i) ou non du participe actif du verbe râha ffil 
est allé 77 (masc. ou fém. sing. ou pi. suivant le sujet de la propo- 

(^^ han, au lieu de kân, à cause des deux consonnes n-\-' et du report de 
l'accent sur la syllabe suivante. 

^-^ On l'emarquera que l'auxiliaire, lui, peut avoir b{i)-. 



uo 



DEUXIEME PARTIE. 



sition); ce futur est un futur très prochain : ràh (abréviation 
de raihu'') bôktob Içh wje vais t'écrire, je t'écrirai tout de suite ^7; 
râihîn néktob wnous allons écrire ?7. 

On peut résumer ce que nous avons dit à propos de Taoriste 
ainsi qu'il suit ; 

1° ^an (ou man) donne à l'aoriste le sens du présent; il a un 
sens identique à l'égyptien '^ammâl, au marocain ka- et à l'algé- 
rien râ- suivi des pronoms suffixes ^^K 

2° ràh ou râyçh indique un futur très prochain et équivaut aux 
mots mâsi et fâdi employés dans le Maghreb ^^\ 

3° b{i) ne semble modifier en rien le sens de l'aoriste ; il est 
beaucoup plus fréquemment employé que ^'an. 

ti° boâr, employé également en Egypte, indique au contraire 
un futur vague et plus éloigné. 



B. VERBES FAIBLES AU T THEME. 

Une ou plusieurs des consonnes radicales sont faibles. 

On entend par verbes faibles ceux qui, présentant au nombre 
de leurs consonnes radicales une ou plusieurs consonnes faibles, 
s'écartent plus ou moins dans leur conjugaison (soit en classique 
soit dans notre parler) du paradigme du verbe fort. Un verbe peut 
avoir, en fait de consonnes faibles, la première, la seconde ou la 
troisième ; il peut aussi avoir à la fois deux radicales faibles (la 
première et la seconde ou la première et la troisième, la deuxième 
et la troisième) et même (le cas est rare) les trois radicales 
faibles. D'où la division suivante : 

1° Verbe à i""^ radicale faible; 

2° Verbe à 2^ radicale faible; 

3° Verbe à 3® radicale faible; 

^'^ Verbe à 3® radicale identique à la seconde; 

5° Verbe à i"^" et 2® radicales faibles; 

6*^ Verbe à i"^® et 3® radicales faibles; 



(^) Cf. Caussin de Perckval, Grammaire arabe vul(faire [i858], p. 98. 
^^^ Id. , loc. cit., p. 29, 



i 



MOKPHOLOdIK. VU 

7" Vei'be à 2" et '.V radicales faibles; 
8*" Verbe à i% 2*" et ^ radicales l'aibles. 

1 . Verbes a i^'^ radicale faible (i^"* thIsme). 

Cette première radicale peut être soit un '{hamza), soit un w, 
soit un y. D'où trois catégories de verbes faibles à Tinitiale. 

a. Verbes X 1'° radicale hamza. 
Cl. ^adina wil a permis w >di al. 'çzçn. 







SINGULIER. 


PLURIEL. 






CLASSIQUE 




DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3* p. m. . 
3>.f... 
a' p. m. . 
a' p.f... 
1 " pers. . 


'àdina 

'ddinat 

'adinta 

'admti 

'adùitu 




>> 'çzçn. 

> 'éznçt. 
>> 'zéiit. 

> 'zéntè. 
>- 'zént. 

AORISTE. 


'àdinû 

Çadinna) 

'adtnlum 

Çadintûnna) 

'adtnnâ 


> 'éznu. 
'éznu. 

> 'zéntu. 
'zéntu. 

>> 'zénna. 


3' p. m. . 
3" p.f... 
2* p. m. . 
ù' p.f... 
i''pers.. 


yadanu 

tadaau 

tadanu 

tadani[na] 

'âdanu 




> {b)tezén. 

> {b)tezçn. 

> {b)teznê. 

> (bdyzçn. 

IMPÉRATIF. 


yadanû[na] 
(yaddnna) 
tadanû[na] 
( tadânna ) 
nadanu 


:> {b)yeznu. 

{b)yé'znu. 
>> [b)teznu. 

[byé'znu. 
> (m)né'zçn. 


a* p. m. . 
a"p.f. .. 


(îdan) «< *i 
(îdanî) <C *i 


'dan 'zdn. 
l'dani > 'zçnè. 


[îdanu)<:*tdanii 
(îdanna) 


i > 'zçnu. 
'zçnu. 








PARTICIPE ACTIF, 






masculin 
féminin 


'âdinu'* 
'âdinatu'^ 




>> 'âtçn. 
> 'âzné. 


'âdinîna 
{'âdinâtu") 


> 'âznîn. 
'âznin. 



et. Sauf les cas où il a passé à iv ou à 1/ ^'^\ le hamza initial 
s'est maintenu, par analogie avec les verbes forts, au P"" thème 
dans tous les verbes classiques qui sont restés d'usage courant 
dans notre parler. Ex. : 'ésef ffil s'est affligé, il a regrettée 



(^^ Il faut , naturellement , faire ici la même remarque que pour le b- du 
verbe fort (cf, p. i38 et suiv.) 

(2) Cf. wâllçf t^W a plié bagage» (cl. 'aUafa)\ yàmma wil s'est dirigé vers» 
(cJ. 'anima) '^ cf. plus haut, hamza. 



l/i2 



DRUXTEMR PARTIR. 



-< cl. 'àsifa; 'çzçr fcil a pris on location, il a salarié^^ < cl. 
^azara; ^énijn r'\\ a été en sûreté •>•) <z cl. ^âmina; 'âmar w il a 
commandé 17 <:cl. 'àmara, etc. Dans ces verbes, au \" thème, 
la conservation analogique de ^ s'est étendue à toutes les per- 
sonnes soit du parfait, soit de Taoriste, soit de rimpéralif, 
comme le montre la conjugaison de 'é^1^ < cl. 'àâina; elle a même 
atteint des formes qui, en arabe classique, n'avaient pas le 
hamza initial; par exemple, à rimpératif masculin et fe'minin, 
singulier et pluriel du verbe 'àmara, on a ^mor w ordonne??, 'mère 
w ordonne?? (fém.), 'mèru tf ordonnez??, en lace de cl. mûr, mûri, 



muru^^' 



Pourtant, dans les verbes 'àkala ffil a mangé?? >VW? et 
'àhaâa ??il a pris?? '^-'çhçcl, le hamza tombe (avec la voyelle inac- 
centuée) à toutes les personnes du parfait autres que les S*"' per- 
sonnes (masc. ou fém,, sing. ou plur.): 'alâltu ffj'ai mangé?? 
^hélt; 'ahadti fftu as pris?? (fém.) ':>héuê. L'analogie ne Ta pas 
introduit non plus à Timpératif (à aucune personne) : cl. hûl 
ff mange??, et hïâ wprends?? '^hol eihnd; fém. sing. kûlt et Mai 
>holè et hodê; kûlù ce mangez?? et hûctu w prenez?? >'kolu et 
h 6 du. 

De même, à l'aoriste, le hamza, qui est généralement main- 
tenu, perd son individualité dans les deux verbes 'âkala et 
'àhada. 11 se fond, en effet, avec la voyelle précédente, ce qui 
fournit une voyelle longue : yakulu fcil mange?? et yahudu cfil 
prend?? :>'[b)ijâkol et {h)yâhod; nakulu cmous mangeons?? et nà'- 
Intdu ffnous prenons?? ':>{m)nâhol et (m)?iâhod^^'> , etc. La i*"® pers. 
sing. du classique 'âkulu et 'âhudii > 'Mol et 'âhod s'explique sans 
difïiculté. 

La chute pure et simple du hamza au parfait de 'âkala et 
de 'âhada s'explique, de son côté, par le fait que ' n'étant plus 
maintenu par l'analogie (puisqu'à l'impératif on disait hil et 
hûd), a disparu en vertu des règles phonétiques établies. En 
effet, ' se trouvait en syllabe ouverte inaccentuée : 'akàltu rj'ai 
mangé 1? > kélt; 'akâlîa rrtu as mangé i? > Mt, etc. Au con- 
traire, pour 'àkala ce il a mangé??, 'âkalat trelle a mangé??, etc., 
la syllabe dans laquelle se trouve ' portait l'accent en classique, 
d'où, à Kfâr'abida, 'çkçl et 'éldçt, et jamais *kel ou *Jdel, comme 
cela se produit dans les dialectes maghribins (cf. Brockelmann, 
p. 17/1). 

(') On rencontre, quelquefois, en classique, la forme u'mur à côté de mur, 
(le môme qu'on a n'kul rr mangc?^ à côté de kul. Cf. S. dk Sacy, Gramm. arabe^, 
p. a32. 

(') La fusion de ' avec la voyclKî précckleulc à Taoïisle se produit ici 
c(inn.(' en syriaque et en assyrien. Cf. Buockelmann, p. 175 (syr. nêx^ul, 
nêijuê ). 



MORPHOLOGIE. 



Ul3 



/3. Il n'y a pas à recourir à l'analo<>ie, pour oxplicpici' le 
type ^zân on laco du type classique uîan. Celle dernière forme 
suppose, en elï'et, *i'(tnn (avec attaque vocalique douce ('^), d'où 
fusion de i et de ' (forte) en ï. De son côté, la forme dialectale 
'zân provient directeinent^^^ de ce même *i\tan, avec chute de 
Vi et conservation du hamza radical. 



b. Verbes a f° radicale w. 
Cl. wàzana (fil a peséw^dial. wèz^. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3^ p. m. . 
3''p.f... 
2^ p. m., 
a*' p. f. . . 
i'*pers.. 


wâzatia 

wâzanat 

wazânta 

wazânti 

wazântu 


;> wdzçn. 

> ivoznçt 

> uzént. 

> uzçntê. 

> uzént. 

AORISTE. 


wâzanû 

(wazanna) 

wazântum 

{wazantunna) 

wazânnâ 


> w'nznu. 
woznu. 

> uzéntu. 
uzéntu. 

>» uzénna. 


3^ p. m. . 
3" p. f... 
a' p. ra. . 
2" p. f... 
1 " pers. . 


{yazinu) 
( tazinu ) 
( tazinu ) 
( tazinîna) 
( 'azinu ) 


{b)tjûzçn. 
{b)tiizçn. 
{b)tùzçn, 
[b)lùzné. 
\b)ùzçn. 

IMPÉRATIF 


( yazinû[na] ) 
( yazinna ) 
[lazinûna) 
(tazinna) 
( nazinu ) 


(b)yûznu. 
{b)yûznu. 
(b)lûznu. 
(b)tûznu. 
[m)niizçn. 


2* p. m. . 
2''p.f. .. 


(zin) 
{zinï) 


uzon. 
uz§nè. 


(zinû) 
(zinna) 


uzçnu. 
uzçnu. 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin 
féminin 


wâzinvJ^ 
wâzinatu" 


> wfizçn. 
' > wâzné. 


wazinina 
[wâzinâtu") 


> waznin. 
wâznin. 



a. Comme dans les autres dialectes modernes, le verbe à pre- 
mière radicale w, désigné par les grammairiens arabes anciens 
sous le nom de miôàlu" w assimilé 7-) , suit à Kfar'^abida une conju- 
gaison en somme assez différente de celle de Tarabe classique. 
Celui-ci, on le sait, sauf dans quelques rares verbes qui ont à 
Taoriste (entre les s*" et 3® radicales) la voyelle a ou u, ne pré- 
sente la semi-voyelle iv ni à l'aoriste ni à Timpératif : ainsi wâ^ada 
ff il a promis 7? est à l'aoriste yàHdu et non pas *yai/idu; de même, 

(^) Il ne s'agit pas ici de la voyelle longue à qui rentre dans la même série 
que hmnly etc., p. 119 et i37. 

<-^ Au lieu d'altaquo, vocalique forte, par assimilation à l'attaque vocalique 
douce, qui prcicdait iiatureilement le i prothétique. 



[flà DEUXIÈME PARTIE. 

à l'impératif, Hd et uoii pas ^^ii/id. A Kfar^abîda au contraire, le w 
du parfait a été étendu à Taoriste et à Timpéralif de tous les 
verbes, par analogie avec le parfait et l'aoriste des verbes régu- 
liers et spécialement de verbes à i*"*" radicale iv qui, dès le clas- 
sique (manifestation ancienne de la même influence), présentaient 
w dans toute la conjugaison, comme par exemi^le wâza^'a wila 
souïïeriv , dior. y âuzaSi , impér. ïm^'^^K Par ex. en face du cl. yâHdu 
rfil promets, on a, dans le parler, ytTçd {'^'yauHdu par analogie 
avec ivâ^ada). Il y a eu ici réduction de la diphtongue au^^^^ après 
passage régulier de « à e (cf. plus loin et p. 84) et fusion de cet e 
avec u, d'où fi, enfin dans les impératifs tels que u^âd, vocalisation 
de u après la chute régulière de i initial *iuHd >*îtW d'où ii^'âd 
(avec l'allongement analoc^ique ordinaire de la voyelle ç);iv a été 
également vocalisé après la chute de la voyelle brève qui le sui- 
vait aux s*'" et i'*'' personnes (masc. et fém., sing. et plur.) du 
parfait : cl. wazànla :>'"wazânt :>>*wzént '>-uzént. 

/3. On a vu (p. 119 et aussi p. 187) que la voyelle brève de 
l'impératif masc. sing. de tous les verbes forts ou faibles est 
allongée à Kfar^abîda. Ceci s'applique naturellement aussi aux 
verbes à i"" radicale w. De plus, cet allongement s'est même 
étendu (par analogie avec l'impératif) à l'aoriste de quelques 
rares verbes de cette dernière catégorie : [b)yûsâl rril arrive ^7 (cl. 
yâsilu); (h)ujqâf crje me tiens debout i? (cl. 'àqifu). Au contraire, 
on a régulièrement: (in)nûzçn cmous pesons 77 (cl. nàzinu)-^ {h)yûhçh 
ffil donner? (cl. yàhabii)\ etc. 

Trois verbes, savoir wèsdl cfil est arrivé 77 <: cl. wdsala; wèzçn 
ffil a pesé 77 <ccl. wàzana ^iwàse" ffil a contenu 77 <cwâsi''a, qui font 
à faoriste yiisâ! (contre cl. yàsilii),yûz§n (contre yàzinu)^ et yûsç^ 
(contre cl. yàsa^'u), se trouvent en concurrence dans notre parler 
avec les formes sâl, zân et sâ*^, qui, ayant les mêmes significations 
que les premiers verbes, se conjuguent exactement comme les 
verbes à 2® radicale w ou y. 

Les formes sâl ffil a atteint, il a attrapé 77, zân ffil a pesé 77, et 
sa* ffil a contenu 77 relèvent, sans doute, de phénomènes morpho- 
logiques d'une très haute antiquité et se rencontrent dans d'autres 
langues sémitiques. Mais on pourrait les expliquer par l'analogie 
des impératifs dialectaux. Le verbe zân fait à l'aoriste (h)izîn, à 
fimpératif 2^m, exactement comme un verbe mediae y, tandis que 
les deux auties font à l'aoriste (hysâl et (b)isâ\ à l'impératif sa/ et 
srt' comme des verbes présentant la voyelle a à l'aoriste. 



('^ C'est-à-dire *nia'' assimilé de *iuza. 

(^^ Celte diplitongue est conservée dans qii(l(|iics paricrs modernes; mais elle 
y passe à eu (cf. Mauçais, Tlemcen, p. 66-67). 



A 



MORPHOLOGIE. 



1/45 



c. Verbes a !'• radicale y. 
Ci. yâbisa cfil a sécher (intrans.) >dial. yçbos. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALKCTAL. 


3° p. m. . 


yâbisa 


> yébds 


yâbisû 


> yûbsu. 


3>.f... 


yâbisat 


>> yébsçt. 


[yabisna) 


yôbsu. 


a" p. m. . 


yabista 


;>- ibhst. 


yabistum 


>> iboslu. 


a"" p. f. . . 


yabisli 


> ibostè. 


(yabisLiinna) 


ibostu. 


i"pers.. 


yabistu 


> ibost. 

AORISTE. 


yabisnà 


>> ibosna. 


3' p. m. . 


(yàibasu) 


{b)yîbds. 


(yaibasûna) 


(b)yîbsu. 


3'p.f... 


(tâibasu) 


(b)tibds. 


(yaibâsna) 


{b)yibsu. 


2^ p. m.. 


( tàibasu ) 


{b)tibds. 


( taihasûna ) 


{b)tibsu. 


a'p. f... 


( taibasîna 


) {b)lîbsè. 


[taibâsna) 


{b)tibsu. 


i"pers. . 


{'dibasu) 


{b)îbds. 
IMPÉRATIF 


{nàibasu) 


(m)ntbas. 


a' p. m. . 


(ibas) 


ibàs. 


ïbasû 


>- ibasu. 


a' p. f. . . 


îbasi 


> ibdsè. 


{îbasna) 


ibésu. 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin 


yâbîsu^ 


> yàbds. 


yabisîna 


>> yabsîn. 


féminin 


yâbisaiu^ 


> yâbsè. 


[yâbisâlvJ') 


yâbsin. 



De la classe de verbes à i''® radicale y notre parler ne connaît 
plus que yébûs, qui, on le voit, suit une conjugaison parallèle 
à celle des verbes à i'® radicale w; y di été vocalisé en i aux i''^ et 
2° personnes (masc. et fém., sing. et plur.) du parfait; la 
diphtongue ai de Taoriste a été partout réduite à l^^\ La voyelle 
longue ï de Timpératif classique, qui résulte de la fusion de i et 
de y, n'a pas eu l'occasion de se produire dans notre dialecte. Il 
faut partir ici encore de la forme préhistorique *i-ijbâs. D'après 
les règles phonétiques reconnues, i bref inaccentué tombe. Reste 
alors y y qui est obligé, lui, de fonctionner comme voyelle, d'où 
ibâs (toujours avec allongement analogique de à). 



2. Verbes a 2® radicale faible {^f^ thème). 

Gomme à l'initiale, le verbe trilitère peut être faible, du fait 
qu'il s'agit d'un ' (hamza), d'un w ou d'un y, seconde radicale. 

^^^ Par le même processus que pour yuçd <:Z*ydu'idu, à savoir * yéibas > 
yîbes. 



PARLER DE KFAR ABIDA. 



10 



U6 



DEUXIEME PARTIE. 



a. Verbes mediae hamza. 
Cl. sâ'ala cf il a interrogée > dial. sâ'al. 



PARFAIT. 



SINGULIER. 

CLASSIQUE. DIALECTAL. 



3' p. m. . saala 

3' p. f. . . saalat 

2' p. m. , sac'dta 

2^ p. f. . . saàlti 

i"pers. . sadltu 



3" p. m. 
3' p. f. . 
9' p. m. 
q" p. f. . 
l'^pers.. 



yâs'alu 

làs'alu 

tds'alti 

tas'al^na] 

'às'alu 



a' p. m. . (is'âl) 
2' p. f. . . (is'ali) 



masculin sâ'ilu'^ 
féminin sailatu" 



saaL 
salçl. 
s'ait, 
s' dite, 
s'ait. 



AORISTE. 



[b)yés'al. 

(h)lés'al. 

[byés'al. 

{b)lés'lè. 

{b)os'al. 



s'âl. 
s'àlè. 



PLURIEL. 

CLASSIQUE. DIALECTAL. 



IMPERATIF. 



sd'alû 
(sa dîna) 
sa'dltum 
(sa'altûnna) 
sa'dlnâ 



yas'alû[na] 
(y as' dîna) 
tas'alû[na] 
[tas' dîna) 
nds'alu 



isdlû 
(is'alna) 



PARTICIPE ACTIF. 



saçl. 
salé. 



sa'ilina 
[saildtu^) 



sa lu. 
sa lu. 
s'dltu. 
s'dltu. 
s'âlna. 



(b)yés'lu. 
(bjyés'lu. 
{b)tés'lu. 
[b)tés'lu. 
[m)nés'aL 



s'dlu. 
s'dlu. 



salin, 
salin. 



En principe, le parler de Kfar*'abîda ne connaît plus de verbes 
Irilitères mediae'; on sait qu'ils sont déjà très rares en classique 
et l'on a vu dans la phonétique que le ^ intervocalique et post- 
vocalique doit disparaître. Ceux, très rares d'ailleurs, qu'on ren- 
contre dans le parler, tels que sa al ffil a interrogée <c cl. sà'ala, 
zaar ff il a grondé quelqu'un, il a fixé les yeux avec colère sur quel- 
qu'une <cl. u'i'ani fril a mugie, et les quadrilitères tels que hahç' 
ffil a ri aux éclatse <ccl. haha'a, nanç' ffil a parlé avec diffi- 
culté', il a pleurniché^, etc., s'expliquent tous soit par l'influence 
du classique, soit par le fait que ce sont des mots expressifs 
(onomatopéiques). Ces verbes conservent partout, comme on le 
voit, leur hamza radical, et se conjuguent d'une façon tout à fait 
conforme au type classique. 

Remarque. — Je ne connais pas de verbes trilitères classiques 
mediae \ qui aient perdu à Kfar'^abîrla, purement et simplement, 
leur hamza ou (jui se soient confondus avec les verbes mediae ir ou 
y, comme cela s'est pariois produit dans d'autres parlers (cf. 
M. Cohen, p. 37). 



MOUPHOLOGIK. 

b. Verbes mediae w. 
Cl. sâma tfil a jeûné ^^ :> sâm. 



SINGULIER. 

CLISSIQUB. DIALRGTAL. 



PLURIEL. 

CLASSIQUE. OIALKUTAI.. 



Mil 







PARFAIT. 






3' p. m. . 


sâma 


>> sâm. 


sâmû. 


> sâmn. 


3-p.f... 


sâmat 


> sâmdt. 


( sûmna ) 


sâmu. 


a* p. m. . 


sûmta 


> sémt. 


sûmtum 


> sgmtu. 


2« p. f... 


sûmti 


> sômlè. 


( sumtûnna ) 


sàmtu. 


1 " pers. . 


sûmtu 


>» sémt. 

AORISTE. 


sûmnâ 


> sémna. 


3« p. m. . 


yasûmu 


>> {b)isûm. 


yasûmû[na] 


> {b)isûmu. 


S'p.f... 


tasûmu 


> {bo)tsûm. 


[yasûmna) 


[b)isûmu. 


a' p. m. . 


tasûmu 


> {bô)fsûm. 


tasûmû\na\ 


> [bô)lsûmu 


a*p. f. .. 


tasûmi[na] 


> (bojtsûmê. 


(tasûmna) 


{b6)tsûmu 


1 "" pers. . 


'asûmu 


> (b)sûm. 

IMPÉRATIF. 


nasûmu 


> (mo)nsMm 


2* p. m. . 


(sûm) 


sûm. 


sûmû 


> swm«. 


a'p. f. . . 


sûmi 


> smné. 


( sûmna ) 


sûmii. 



PARTICIPE ACTIF. 



masculin saimu"' 
féminin saimatuP 



sayçm. 
sâimé. 



sa tmina 
( saimâtu'^ ) 



c. Verbes mediae y. 
Ci. 'flsa «il a vécuw >- ^as. 



saimm. 
sàimin. 







SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE 


DIALECTAL. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 








PARFAIT. 






y p. m. . 


'âsa 




> 'às. 


'asM 


> 'asM. 


3>.f... 


'âsat 




> 'âsçt. 


(Vsna) 


'as?/. 


2* p. m. . 


't'sta 




> 'est. 


'istum 


> 'éstu. 


2>. f... 


\'sti 




> 'esté. 


( 'istûnna) 


'éstu. 


i"pers.. 


Hstu 




> 'est. 

AORISTE. 


'isnâ 


'ééna. 


3' p. m. . 


ya'isu 




> {byis. 


ya'îëû[na] 


> (byîsu. 


3>.f... 


taHsu 




>> {bo)tHs. 


[ya'tsna) 


{b)iUu. 


2* p. m. . 


la'isu 




> (6o> u. 


ta'nû[na] 


> [bôyisu. 


2' p. f... 


ta'ui[tia^ 


> {bô)t'isê. 


[taUna) 


{bô)Cisu. 


l'^'peis. . 


'a'im 




> (ô/is. 


na'isu 


> [mo)nis ^^) 


forme an< 


tienne a 


é 


té évidemment 


ici * bi-iia'isu > * mrCîsu. 



L'f a été 

réintroduit pour résoudre le groupe incommode de trois consonnes à l'initiale, 
conséquence de la chute de a prétonique. 



10. 



\àS 



DEUXIE3IE PARTIE. 



2* p. m.. (Vs) 
2*p. f. . . 'isi 



masculin 'aûu'* 
féminin 'aisatu" 



IMPERATIF. 




ÎS. 


Hsû 


isê. 


Çûna) 



PARTICIPE ACTIF. 



ayçs. 
aise. 



a isma 
'aisdtu" 



isu. 
'isu. 



main, 
'âisin. 



d. Verbes médite w ov y présentant à \ l'aoriste. 
Cl. nâma « il a dormi w >» nâm. 



SINGULIER. 

CLASSIQUE. DULEGTiL. 



PLURIEL. 

CLASSIQUE. DIALECTAL. 



3" p. m. 


nâma 


riinr AXA . 

> ntmi. 


nâmû 


> nâmu. 


3''p.f.. 


nâmal 


> nàmdt. 


(mmna) 


nàmu. 


2" p. m. 


. nimla 


> némt. 


m'mtum 


> némt a. 


2* p. f. . 


nimti 


> némtè. 


(nimtûnna) 


nâmlu. 


1 " pers. . 


nimlu 


> nâmt. 

aoriste. 


ni'mnâ 


> némna. 


3" p. m. 


yandmu^^^ 


> {h)inàm. 


yanâmû[na] 


> [b)inamu. 


3>.f.. 


tanâmu 


>> {bô)lnam. 


(yanàmna) 


[b)inam,u. 


2' p. m. 


tanâmu 


>> {ho)tnâm. 


tanàmû[na] 


> [b6)tnamu 


2' p.f.. 


tanàmi[na] 


>- {bô)tnamè. 


(tandmna) 


[bô)lnâmu 


i"pers. . 


'andmu 


> {h)nàm. 

IMPÉRATIF. 


nandmu 


;>> {inô)nnam 


2* p. m. . 


(ndm) 


nàm. 


nâmû 


> nâmu. 


2'p. f. . 


. ndml 


>> nàmê. 


(nàmna) 


nâmu. 



PARTICIPE ACTIF. 



masculin naimu^ 
féminin naimalu'^ 



noyçm. 
nâimé. 



na tmina 
(nâ'iVnafw") 



nntmin. 
nâimin. 



Le classi(iue, on le sait, dislin^jue dans la conjugaison trois 
catégories de veibcs mcdiac w ou y, suivant que l'aoriste présente 
entre les seconde et troisième radicales un u, un i, ou un a. Le 
parler de Kfar'^abîda conserve distinctes ces trois catégories de 
conjugaison soit au parfait soit à l'aoriste. 

A l'impératif masc. sing., on a dialeclalement, par analogie 

(') yandniu suppose * yanawamu (comme le pf. nâma suppose *nawama), au 
lieu de *yanw'lumu que l'on attendait, formes classiques : nawima, *yan- 
wamu. 



I 

I 



MORPIIOLOr.lK. 



l/»9 



avec Taoriste et avec les autres personnes de Timpëratif, les 
voyelles l()n})ues ï, ù et à en face des classiques i, u, a. Ex. : en 
face des classiques (jûni cf lève- toi •>■' , m/7 w penche-toi r», A^f/* (racine 
h-w-f) ffciains^, on a dans le parler 'jqùm, mil, hâf pav analo- 
gie avec yaqùnm ou qûml , yamilii ou mîll, yahâju ou hcifa, etc. On 
s'explique par là que les formes dialectales telles que 'lqûm,mîl, 
hâf aient influencé analogiquement Timpératif raasc. sing. des 
verbes forts, après que ce dernier fût devenu monosyllabique 
(cf. p. i38). 

Au participe actif, le hamza qui suivait immédiatement à long 
{lype qailu") a passé à y par assimilation à la voyelle i qui le 
suivait, d'où ^'jqâyUiC' > 'jqâyçl; à son tour y se vocalise ré- 
gulièrement après la chute de la voyelle brève qui le suivait 
au singulier fe'minin et au pluriel masculin et féminin : sâ- 
^imu^ (masc. sing.) > sàyçm; saimalu'^ (fém. sing.) ^sàyimê 
> sâimé. Rappelons qu'ici i (<y) forme, comme il a été dit 
plus haut, une syllabe indépendante et ne se joint nulle- 
ment à la voyelle longue à qui précède pour former avec elle 
une diphtongue à premier élément long. Voir plus haut. 



3. Verbes à 3® radicale faible (i^^" thème). 

Le verbe trilitère peut avoir comme 3^ radicale faible un 
hamza ("*), un w ou un y. 



a. Verbes tertiae hamza. 
Cl. hàmia «il s'est fâchéw>dial. hàmd*. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE. 




DIALEGTiL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3' p. ra. 


hàmia 


> 


hàmd'. 


hàmi'û 


> hchnu. 


3* p. f. . 
a® p. m. 


Mmiat 
, [hamita) 


>■ 


hàmçt, 
lima t. 


[hamina) 
[hamitum) 


hàmu. 
hmatu. 


a>.;f.. 

i"pers.. 


. [hamiti) 
(hamitu) 




hmatè. 
hmat. 

AORISTE. 


( hami'tûnna ) 
(hamt'nâ) 


hmalu. 
hmana. 


3» p. m. 
3* p.f.. 
2* p. m. 
2' p. f. . 
i"pers. . 


. [yâhma'u) 
. (tâlima'u) 
. [tàhmau) 
. tahmai[na 
{'âlpnau) 


> 


{b)yehmo\ 
{b)téhmo. 
[b)téhmo\ 
[byéhm'è. 
[b)olmo'. 


yahmaû[nà] 

\yahmana) 

ta}imaû\na\ 

(tahmana) 

[nàhmau) 


>- (b)yçhm'u. 

ib)yéhmu. 
>> {b)téhrnu. 

{b)téhm'u. 

{nijnéhmo' 



150 DEUXIÈME PARTIE. 









IMPERATIF. 








9* p. m. . 


[ihimi') 




hmo. ( ihmaii ) 






hmù^u. 


a-'p. f. . 


[ihmui) 




limdè. (îhmana) 
PARTICIPE ACTIF. 






hmô'u. 


masculin 


hâmiu^ 


> 


h,àmd\ hâmima 




> 


httïïi'în 


féminin 


hâmiatu^ 


> 


huma. [hâmViUu" 


) 




hâmin 



a. Comme il a été dit à propos du hamza (p. 7), notre par- 
ler, ainsi que Timmense majorité des dialectes arabes modernes, 
ne connaît plus, en principe, de verbes dans lesquels hamza 
3** radicale soit conservé. Les rares verbes de ce type, qui sont 
encore usités à Klar^abîda, s'expliquent tous par une confusion; 
ainsi hànid' ^^\ aux. yeux des sujets parlants, correspond non 
pas au classique hami'a, mais plutôt à hamiqa, bien que ce 
dernier soit employé dans le sens de ffêtre sot, stupide??^'-^, ou 
parce quil s'agit de mots expressifs (onomatopéiques) comme 
hahç^ wil a ri aux éclats^? <c.}ialia'a; zaze w il a parlé à tort et à 
travers, il a dit des riens (sens péjoratif)^, cf. zaza'a ffil a appelé 
le cbameau à Tabreuvoir-n; /rt// ffil a bégayé on prononçant la 
consonne /^î et par extension rril a dit des bêtises, des choses 
inutiles r>. 

La conjugaison de ces verbes, qui conservent leur ^ à la finale, 
est, ainsi qu'on Ta vu, généralement conforme à celle du classi- 
que, et tout s'y passe comme s'il s'agissait d'un verbe fort. 

Dans toutes les personnes du parfait autres que les S*"' (masc. 
et fém., sing. et plur.), la seconde voyelle t^^^ a passé à a (en 
syllabe fermée), sous l'influence de la faucale "* qui la suivait. 

A l'aoriste ^-^^j la seconde voyelle a a partout passé à 0, par 
innovation morphologique, en ce sons qu'en face du parfait 
haima a été créé un aoriste ^yahmuu, d'où yéhmo (cf. plus haut, 
p. 187. 

/3. Comme en araméen^^^ et dans l'ensemble des dialectes 
arabes modernes^^^, les verbes tertiae ' (à n'importe quelle forme) 
ont été régulièrement ramenés à la catégorie de verbes tertiae y, 
et ne forment plus actuellement à Kfar'^abîda qu'une seule et 

(') II serait peut-être plus exact de transcrire par hmid'jq. Dans toute une 
partie du Maghreb hâmoq est «s'emporter mai à proposa. Par conséquent, il 
est probable que dial. hâina' représente bien le cl. hamiqa (Marçais). 

(2) Cette confusion n'e>t pas rare dans le parler. Cf. (p. 27) 'jqàh}! ttil a 
toussén, en face du cl. \iljha. 

(•'') Dans l'exemple choisi. 

(*) Bien entendu , ceci s'applique aussi à Timpéralif. 

(^) Cf. Brockelmann, p. 191. 

(«) Cf. Marçais, Saïda,M. S. L, t. XIV, p. /i35; M. Cohen, p. 19a. 



MORPHOLOGIE. 



151 



même classe avec ceux-ci. Ex. : (cl. qaran)^ (liai, yqèï-è w il a lu^^; 
(cl. bada'at)^ (liai, hodiji't fclle a coiniiienceS^; (cl. hali'nâ)^ dial. 
Ijlhia ffiioiis avons pèche •>•>; (cl. qdvall)., dial. ^jqnlè ffla as lu 77 
(rém.);etc. Tout se passe ici comme s'il s'agissait de la conjugai- 
son d'un verbe teviiae y (avec i après la seconde radicale), de 
nasiya ffil a oublie' 77, par exemple. 

b. Verbes tertiae y. 



1. Type qatala : yaqtilu. 
Cl. bàkà (aor. yàbh) tfil a pleuré 77, cf. dial. hèkè. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CiiSSIQUB. 


DliLBCTÀL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3' p. m. . 
3'p.r... 
2° p. m. . 
2- p.f... 
1 " pers. . 


[bâkâ) 
( bâkat ) 
(bakâita) 
(bakâiti) 
( bakâitu ) 


bakè. 

bokyçt. 

bkît. 

bkilè. 

bkît. 

AORISTE. 


(bâkau) 
[bakâina) 
( bakâitum ) 
{bakaitàana) 
( bakâinâ ) 


bokyu, 

bokyu. 

bkilu. 

bkilu. 

bkînn. 


3* p. m.. 
3* p.f... 
a* p. m., 
a' p.f... 
i"pers. . 


yâbkt 

tâbkî 

tâbkî 

tabki[na] 

'âbkî 


> {b)yûbkê. 

> {b)tàbkè. 

> {b)làbkè. 
:> {b)tôbkè. 

> \l})àbkè. 

IMPÉRATIF, 


yabkû[na] 
[yabkina) 
tabkà[iia^ 
( tabkina ) 
nâbkî 


> {b)ydbku. 
(b)y0bku. 

>» {b)l0bku. 
(bjldbku. 

> [nijnobkê. 


a°p. m. . 
9"p. f. .. 


ibki 
, ibkî 


> bku 

> bk{. 


ibkû 
( ibkina ) 


> bkû, 
bkû. 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin 
léminin 


bâkr 
bâkiyatu^ 


:> bàkè. 

> bâkyè. 


( bâkîna ) 
[bàkiyâtu") 


bâkyîn. 
bâkyin. 



2. Type qatila : yaqtalu. 
Cl. nasiya (aor. yansà) ffil a oublieT? > dial. nçsé. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL, 


3' p. m.. 


, nasiya 


> n^'sê. 


( nâsû ) 


nésyu. 


3" p.f... 


, nasiyat 


;> nésyçt. 


(nasina) 


nésyu. 


2* p. m.. 


. nasîta 


;> nstf 


nasitum 


> nsîtu. 


9>.f. ., 


, nasîti 


> nsifê. 


(nasitûnna) 


nsîtu. 


i"pers. . 


nasitu 


> nsîf. 


nasinâ 


> nsma. 



152 



DEUXIEME PARTIE. 







AORISTE. 






3" p. m.. 
3-= p.f... 
2* p. m.. 
9^ p.f... 
i"pers. . 


yânsd 

tânsà 

tânsà 

(tansâina) 

'ansà 


> {h)yénsa. 

> {b)ténsa. 

> (b)ténsa. 
{b)ténsè. 

> {b)dnsa. 

IMPÉRATIF. 


[yansâtuia) 
(yansâiaa) 
( tansâuna ) 
( tansâina ) 
nansà 


(b)yénsii. 
{b)yénsu. 
(b)t.énsu. 
{b)lénsu. 
> [m)nénsa 


2* p. m. . 
2' p. f. . . 


insâ 
{insâi) 


>> nsâ (1). 


(insâu) 
(insâina) 


nsû. 
nsû. 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin, 
fémirin. . 


nâst!' 
nâsiyatu" 


> nâsè. 

> nâsyê. 


( nasina ) 
{nàsiyâtu") 


nasyîn. 
nàsyîn. 



a. Comme les verbes tertiae hamza, tous lesverbes tertiae w ont 
été ramenés dans notre parler à la classe des verbes tertiae y, par 
exemple (cl. yazmmà)^ dial. yzîna wnous avons attaqué 77; (cl. Aa- 
lâutum)^ hlîtu wvous avez été douxT?; etc. 

La confusion de la classe à 3^ radicale iv avec celle des verbes 
à 3^ radicale y est très ancienne et existait déjà dans la plupart 
des langues sémitiques, par exemple, en hébreu et en araméen 
(cf. Brockelmann, p. 190-191). On sait, au reste, que Tarabe 
classique lui-même ne fait de distinction, entre ces deux catégo- 
ries de verbes faibles, qu'au P'^ thème. Dans tous les autres 
thèmes, il les confond toujours; p. ex. "'aUmta wtu as élevé en di- 
gnité 7'), IP thème de Wâ \\J^-Pw). 

(3. Des deux types classiques qatala : yaqtilu et qalila : yaqtalu, 
c'est le second qui tend à remplacer le premier au parfait, tandis 
qu'inversement à l'aoriste (et à l'impératif), c'est le premier qui 
est en train de supplanter le second. Ainsi, hâkâ (type qatala: 
yaqtilu) est représenté, à Kfar^abîda, non pas par*WYf(^^, mais 
par bdlié, analogique de nésé, qui provient phonétiquement de 
nasiya (type qatila : yaqtalu). Il en est de même de bakat welle 
a pleuré'^, en face duquel on a le dialectal hokyçt, sous l'in- 
fluence de 7içsyçt welle a oublié -< cl. nàsiyat. A son tour, l'ana- 
logie de bôkyçt, combinée avec celle de nésyçt, s'est étendue à 
la 3^ personne du pluriel qui n'a pas de y en classique : bô- 



(^) La forme antérieure était sans doute *insai, Iransformée en nsâ par ana- 
logie avec Taoriste. 

(^) nsi suppose au contraire *insiyi, avec un vocalisme analogique à celui 
du parfait. 

'^^^ On l'a vu, en efiet (p. 117), toute voyelle longue à s'abrège à la finale 
et conserve toujours son timbre pur; cf. dûnyà ffraondcj? > dunya. 



MORPHOLOGIE. 153 

^^M ffils ont pleiireT» et nésyu wils ont oubliéi^, contre cl. bâkaii 
et ndsîi. De même, le parallélisme est complet entre les i"^*"* 
et 2" personnes au parfait des deux types : en face de baJminà 
ffnous avons pleuréi^, hahmjd ce tu as pleuré^?, etc., le parler 
présente hhîna et bhh, sous Tinlluence analogique de nsina et 
nstl, qui sont réguliers et proviennent des classiques nashià et 

Inversement, c'est sous l'influence analogique des personnes 
correspondantes du type qalala : yaqlilu, que la 2'' pers. fém. 
sing. , les 1"^° et s*" pers. plur. de l'aoriste et la 2° pers. sing. 
fém., enfin la 2*" pers. masc. plur. de l'impératif du type qatila : 
yaqlalu ont remplacé leurs diphtongues cm et ai par û et ï : 
tans{il[na] tftu oublies?^ (fém.), yansâ]i[na] ce ils oublient^, etc., 
sont représentés à Kfar*^abîda par {h)ténsê et {h)yénsu, lesquels 
sont analogiques de tahhi\_ïi(i\ et yahhà\na\ > tèhliè et yôhJai. De 
même, en face des impératifs fém. sing. insài ff oublie 7^, et 
masc. plur. insàii woubliez??, on a nsi et nsû, sous Tinfluence 
analogique de hhi et hkû, représentants réguliers des classiques 
ihki et ihMi, qui ne sont qu'en apparence des dissyllabes, mais 
en réalité des monosyllabes avec une voyelle initiale de se- 
cours (^l 

Au participe aclif masc. plur. , on voit apparaître un y ana- 
logique qui n'existait pas à cette forme à l'époque classique : 
hàhyin w pleurant 77, et nâsyîn woubliant^^ , contre cl. bâkîna et 
nâstna. 

Il est à remarquer qu'à l'impératif sing. masc. du type qatala : 
yaqtilu, la semi-voyelle y apparaît fondue en ï avec Yi de l'aoriste, 
et que les deux personnes, masc. et fém. sing., se confondent 
à Kfar^abîda : ibki fc pleure 77 (masc.) et ibkî ^^pleure^-» (fém.) sont 
représentés par la forme unique bki, ce qui tient à ce que l'impé- 
ratif étant devenu monosyllabique au masculin, la finale -iy > 
ï n'a pas perdu sa quantité, comme elle a fait en classique où la 
forme était dissyllabique. Les impératifs T p. sing. fém. et masc. 
restent naturellement distincts dans les verbes du type qatila : 
yaqtalu; ex. irdâ (masc.) waccepte^?, dial. rcjâ, mais inM (fém.) 
ff accepte 77, dial. rdi. De même, la distinction de la 2^ pers. 
fém. sing. de l'aoriste d'avec les autres personnes est sacrifiée 
dans le type yaqtilu, tandis qu'elle est conservée dans le type 
yaqtalu. 

^^^ Cette influence analogique rend compte de l'apparente réduction 
de la diphtongue ai, qui est inexplicable selon les lois phonétiques du 
parler. 

(^^ Une longue de monosyllabe reste (relativement) longue dans les conditions 
où une longue fmale de polysyllabe altère sa quantité et, par conséquent, son 
timbre. 



\bà 



DEUXIEME PARTIE. 



y. En règle générale, la voyelle finale de la 3® pers. masc. 
sing. du parfait et de toutes les personnes sing. ainsi que de la 
i'* pers. pi. de l'aoriste est toujours -é dans les verbes tertiae y du 
type qatala : yaqtilu; ex. : hélé ff il a raconté ^7 , cf. cl. hàkâ; {b)yéhhé 
ffil raconte^ <: cl. yâhkï ; mèsê ffil a marché •»•», cf. cl. màsà; 
(injnémsê ffnous marchons^? <cl. ndmsï^^^ ; etc. La voyelle est 
également -é à la 3® pers. masc. sing. du parfait des verbes du 
type qatila : yaqtalu, mais elle est a à la i*"^ pers. plur. et à 
toutes les personnes sing. de l'aoriste du même type (sauf à la 
2° pers. fém. qui est en -ê). 

à. Verbes a ^^ et 3^ radicales identiques [verbe sourd] 

(i^^' thème) 
Cl. hàssa tfil a sentie >dial. hâs*. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CtiSSIQUE. 


DULECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3" p. m. . 


hâssa 


> h(is'. 


hâssû 


> hâssu. 


3'p.f. .. 


hâssat 


> hâssçt. 


(hasàsna) 


hâssu. 


2' p. m. . 


( hasâsta ) 


hessâit. 


(hasdslum) 


hessâitu. 


2' p.f. .. 


(hasàsti) 


hessàitê. 


[hasastànna] 


hessâitu. 


i"pers. . 


(Jiasâstu) 


hessciit. 

AORISTE. 


[hasiisnà) 


hessdina. 


3" p. m.. 


yahtssu 


> {b)ihés\ 


yahtssû[na] 


> {b)ihéssu. 


3' p.f... 


tahi'ssu 


> {bô)lhés\ 


(yahsisna) 


(b)ihéssu. 


2* p. m. . 


tahissu 


> {bo)t'hés\ 


tahi8sû[na] 


:> {bô)t.hèssu. 


2^ p. f. . . 


{tahissina) 


{bô)théssè. 


[tahsîsna) 


(bo)lhéssu. 


i^'pers. . 


'ahîssu 


> {h)hés\ 

IMPÉRATIF. 


nahtssu 


> [nio)nhés'. 


2* p. m. . 


(ihsis)^ hissa X> h,és\ 


h'ssû 


;>> héssu. 


a-'p. f. . . 


hissî 


> héssè. 


[ihsisna) 


héssu. 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin 


( hâssu" ) 


hàsçs. 


hassîna 


>> M'sîn. 


féminin. 


hdssatu" 


> hà'sè. 


(hâssâtu") 


hâ'sin. 



a. Au singulier, les formes dialectales de la 3" pers. masc. 
et fém. du parfait, toutes celles de l'aoriste (sauf la 2*^ fém. qui 
a été expliquée plus haut), celles enfin de l'impératif et du 

(') On dit cependant bàka au lieu de bdké dans le proverbe suivant : darâ- 
bnè ubi'tJca sabalfjnè wdstàha «il m'a frappé et il a pleuré, il m'a devancé pour 
se plaindrez, mais c'est sous l'influence de la rime, 



MORPHOLOGIE. 155 

participe actif fom. proviennent phonétiquement des formes clas- 
siques corres[)ondantes. 

Au pluriel, on n'a, comme formes ré^j^ulièrement phonétiques, 
que la 3*^ pers. masc. du parfait, les i'", a^ et 3" de Taoriste, la 
9." maso, de l'impéralif et le participe actif du masculin. Quel- 
ques-unes des autres formes du pluriel, comme les S'' et supers, 
lem. du parfait, de l'aoriste ou de l'impératif, les 3^ et 2^ pers. 
masc. de l'aoriste, ont été déjà explique'es à propos du verhe fort 
(V''' thème); reste à interpréter les autres formes. 

Sauf au participe actif masc. sing. , lequel demande une expli- 
cation à part, notre parler, comme la plupart des dialectes arabes 
modernes, a étendu analogiquement à tout le verbe la forme de 
la 3^ personne classique du parfait, dont la 2® voyelle a été 
éliminée. Ensuite, une diphtongue fli^^) s'est introduite entre les 
désinences et la racine aux i'^' et ^''^ pers. masc. et fém. sing. et 
plur. du parfait, ceci par analogie avec les mêmes personnes du 
IP thème (intensif) des verbes tertiaey : ainsi hessmt rrj'ai senti )7 et 
hessàina crnous avons senti 77 en opposition avec cl. hasâstu et 
hasâsnâ, ont été formés analogiquement sur(p.ex.)Z>6Hïiii fcj'ai fait 
pleureriT et hohlàma wnous avons fait pleurer 75, qui proviennent 

des cl. hahhàiju et bahhàinà \^\/b-k-y), cf. plus loin, p. i65. Il 
en est de même des diverses formes de 2^ personne du par- 
fait (2). 

Le participe actif masc. sing. est à Kfar^abîda hâsçs, alors 
qu'on attendrait régulièrement *hns% le classique étant lui- 
même hâssu". L'anomalie ici n'est qu'apparente et s'explique 
par une analogie plus ancienne qui a ses raisons dans le fond 
même du parler. Celui-ci tenait sur ce point, comme il a fait 
pour l'ensemble des formes verbales, à conserver intacte la 
physionomie classiqyie du participe fiâssii", et, par conséquent, son à 
caractéristique; or, on l'a vu (p. io5), à propos du vocalisme, 
il ne supporte pas une voyelle longue en syllabe fermée par un 
groupe de consonnes (^^ : le cl. hàssu" devait donc aboutir à Kfar- 
*abîda après la chute régulière de -w" ou bien à la forme *hàs' 
(cf. class. hâddii" ((\{ïv >dial. Md'^), on h'ien à la forme ^hâs[ci. 
cl. ""âDimii" w universel, communal >-dial. ^ïm), comme cela se pro- 
duit dans quelques dialectes modernes (^l A la première solution 
*hâs% possible quand il ne s'agit pas de participes, s'opposait le 

('5 La diphtongue ai passe à i dans les dialectes modernes qui réduisent les 
diphtongues. 

(■^) D'après S. de Sacy [Gramm. arahe^, p. 328), ou rencontre déjà en arabe 
ancien la forme maJaîfw «j'ai étendu?) , à côté de niadadtii, etc. Cf. aussi la 
remarque qui a été faite à ce sujet, ''p. 80, n. 2. 

(^^ Même pas s'il s'afjit d'une géminée, du moins à la finale. 

(") Cf. Marçais, Saida, M. S. L , XIV, p. /jd8. 



156 DEUXIÈME PARTIE. 

sentiment de la valeur morphologique de la première voyelle du 
participe actif. D'autre part, à la forme ^hàs, également possible 
dans d'autres catégories, s'opposait aussi l'analogie du pluriel 
et de l'ensemble des formes verbales qui tendait à maintenir 
distinctes les deux dernières radicales. D'où la cre'ation de la 
forme hâsçs, qui a permis au parler de conserver à la fois la 
voyelle longue à du participe actif et les deux consonnes radi- 
cales identiques en les séparant par une voyelle brève. Le mo- 
dèle en était, au reste, suggéré par la forme qàtilu" du par- 
ticipe actif des verbes forts. Ce qui confirme ce qui vient d'être 
dit, c'est qu'au féminin et au pluriel les participes hàssatu" et 
hâsstna^^^ restent à Kfar^abîda à peu près inaltérés; on a hâ'sê 
et JuVsîn. 

(3. Au parfait, la voyelle radicale a du classique garde tou- 
jours son timbre pur aux 3*^' pers. masc. et fém., sing. et plur. , 
oii elle porte l'accent du mot. Elle passe, au contraire, à e (avec 
ses variantes 6, e) dans les autres personnes où l'accent repose 
sur la seconde syllabe; ex, : cl. màdda f? il a étendu 7-) >m«f/'^, mais 
inadddlu [madattii) ffj'ai étendu r», dial. moddàit; hàhhal crelle a 
aiméi5 >hâhhdt, mais habàbtuni ^\ous avezaimé?^, dial. hebbàitu; 
màssïi wils ont sucé > màssu, mais masàsta wtu as sucé^!!, dial. 
massait. 

A l'aoriste, à la différence de ce qui se produit dans d'autres 
dialectes arabes modernes^^^, la voyelle radicale n'est pas, dans 
notre parler, semblable à celle du parfait qui, comme on vient 
de le voir, est toujours a (e, etc.). La voyelle de l'aoriste varie au 
contraire suivant sa provenance classique. Ainsi u passe réguliè- 
rement à il (p, 6, o), tandis que a et i sont représentés pare 
(avec ses diverses nuances) : ya%ddu wil compte^? :>-i^6d'^; 
naluffu ffnous plions -"î ::>-nUff; tahiittû[na\ ff vous mettez 7? > (^)^~ 
thottu; yayassu wil est suffoqué?? z> {b)iyÔs- ; namassii fcnous 
suçons?? z> {ni6)n'mÔs- ; yamassu rril touche?? >- (bynios^; yariqqu 
ff il devient mince?? >{b)ir6'jq'l'' ; etc. Il en est de môme de l'im- 
pératif, qui, on l'a fait remarquer plus haut, règle toujours son 
vocalisme sur celui de l'aoriste : 'oti'^ cf compte??, cf. (b)i''od'^ ; môssu 
ff touchez??, cf. [bô)lmÔssu. 

Il est presque inutile de faire remarquer que la voyelle a des 
préfixes à l'aoriste tombe toujours, par suite de sa position en 
syllabe ouverte inaccentuée suivie d'une syllabe fermée accentuée 
(cf. Vocalisme). 



(') Génitif-accusatif de hàssûna. On verra que, dans les pluriels, le parler n'a 
conservé que cotte forme. 

('^^ Cl", entre autres Marçais, Saïda, M.S.L.,WY, p. /129; M. Goiien, p. 18G. 



MOUPHOLOGIK. 157 



f). VeRIîES à 1'*^ ET 2^ RADICALES FAIBLES (l*^"" THEME ). 

L'arabe classique connaît très peu de verbes qui présentent à 
ia fois comme première et seconde radicales une des consonnes 
faibles "*, w ou y; cf. pourtant 'àwida «il est courbé??, 'mjisa cfil a 
désespéré??, ^waadar, il a enterré vive (une fille)??, etc. Le parler 
de Kfar^ibîda n'a du reste conservé aucune trace de ces verbes, 
du moins au P*" tbème; aux autres thèmes on en connaît quel- 
ques-uns, tels que ^àhjed tril a fortifié?? du cl. \ilyada IP thème 
(cf. plus bas). 



6. Verbes à i''^ et 3^ radicales faibles (i^'" thème). 

Plusieurs catégories de verbes doublement faibles (à i''*' et 3® 
radicales faibles) se rencontrent à la fois en classique et dans notre 
parler. 

a. La première radicale est un hamza et ia troisième est éga- 
lement un hamza, comme dans ^ àza^a wil a rassasié (les mou- 
tons)??. Cette catégorie de verbes, extrêmement rares en classique, 
n'est plus représentée à Kfâr*^abîda. 

/3. La première radicale est un hamza et la troisième un y^^^\ 
cf. par exemple 'àtà wil est venu?? [\/'-t-yj. Ces verbes, moins 
rares en classique que les précédents, ont encore quelques repré- 
sentants à Kfâr^abîda, tels que 'ézé w il a nui?? et 'çza tf il est venu??. 
Le premier est l'aboutissant régulier du class. 'dêiya et se con- 
jugue pour ce qui est de l'initiale comme un verbe ai''*' radicale 
hamza et pour ce qui est de la finale comme un verbe tertiae y : 
ainsi cl. ^adUu w j'ai nui?? >- 'zit, cf. 'zént et iisît; cl. ya^tâ cr il nuit??, 
dial. {b)yezé, cf. [b)yé'zen et (b)yénsa). Ici la voyelle à finale de 
l'aoriste ya'dâ (type qatila : yaqtalu) a passé, par confusion avec 
[b)y6bké (type qatala: yaqtihi), à la brève ê (au lieu de a comme 
dans {b)yèma)\ cette confusion du reste a atteint d'autres verbes, 
tels que {b)yé7i'é ffil fait part d'un décès?? en face du classique 
yàn'^à. 

Quant à V^a ffil est venu??, c'est sans doute une métathèse du 
cl. zà*a^'^\ usité également à Kfâr'^abîda ainsi qu'on le verra; il 



^^^ Se rappeler que tous les verbes classiques tertiae w ou ' ont été ramenés 
dans le parler à la classe des verbes tertiae y. 
(^^ Cf. Landiîerg, Proverbes et Dictons, p. 17. 



158 DEUXIÈME PARTIE. 

ne se rencontre qu'aux troisièmes personnes (masc. et fém. sing. 
et piur.) du parfait : V^^ ffil est venm^, 'é^t f^elie est venue ^^ et 
'fzu ffils (ou elles) sont venus tî. La forme V^a est également 
usitée à l'aoriste où elle perd complètement son hamza initial : 
{b)yézè wil vient w, [b)tézè fctu viens 77 (masc. et fém.), [h)dzè rje 
viens 75, etc. On dit aussi à la 3^ et à la 2'' pers. hizi, botzi avec 
accent sur la finale i'"'' pers. (è)H. 

y. La i""^ radicale est hamza et la 3^ est identique à la seconde, 
comme dans 'alla tfil s'est hâté^^. Le parler de Kfâr\iLîda ne pos- 
sède actuellement de cette catégorie de verbes que 'àh''. ce il a 
toussé 77 < cl. 'àhha^^\ 

Les autres verbes classiques ont changé leur 1 ""^ radicale ' soit 
en w , soit en y, soit même en ^ : wàz'' w il a excité r, <c cl. 'âzza 
(cf. p. 9); yânf wil s'est dirigé vers^? <: cl. \hmna (cf. p. 10); 
^ân"" ffil a gémi 7? <: cl. 'ànna (cf. p. i3). 

S, Des verbes à 1'"'' radicale w^^^ et à 3^ radicale identique à la 
2% notre parler ne connaît que wâdf'' ffil a aimé, il a désiré ^^ 

< cl. wâdda, et wân" ffil a jeté, il a poussé^?. La conjugaison de 
ces verbes est tout à fait conforme à celle des verbes dont la 
3^ radicale est identique à la seconde : ivâddu ffils ont aimé 79 

< cl. wâddïi (cf. dial. hàssu); wôddâina ff nous avons aimé i->, cf. cl. wa- 
didnà (cf. dial. hessâvna), etc.; ici w i^"" radicale est partout con- 
servée alors que les verbes commençant par iv sont traités comme 
des verbes faibles, lorsque les deux autres radicales sont fortes, 
cf. wdsjf ffil est arrivé ^7 cl. wàsala, qui devient usolna ffnous 
sommes arrivés i^ provenant de wasâlnà. 

s. Enfin la 1''*' radicale est un w et la 3^ un y comme dans 
wâhà ffil a inspiré, il a suggéré 7?, cf. wèhé; wâfà ffil a payer), 
cf. ivdfé; wa'à ffil a compris, il a retenu 77, cf. wiV ffil a fait at- 
tention, il est revenu à lui 77; wàsà ffil a accusé i?, cf. wèéè; 
wànuia ffil a fait signe avec la main 77, cf. wèrné t^^; etc. Comme 
on le voit, cette catégorie de verbes n'est pas désuète à Kfâr- 
^abîda et c'est pourquoi il ne sera pas inutile d'en donner ici 
la conjugaison, ce qui permettra d'embrasser d'un seul coup 
d'œil les différentes modifications que subissent de tels verbes 
dans le parler. 



^') Sur ce verbe, cf. plus haut, p. 97 et i5o, n. 9. 

(^) Ceux à la 1" radicale y ne sont plus roprcscnlés à Kfar'ahida, on Ta 
déjà dit, q'ie par yâbisa (cl. plus haut, p. i/i5). 

^^^ IVippelons encore que les verbes terliae' onl été ramenés au\ verbes 
lertiae y. 



MORPHOLOGIK. 



159 



Cl. ivAJà (aor. uàfi) «il a acquitlé^^ (une dolte), 
(liai. Wdjé [aor. yûféy 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3" p. m. . 
3' p.f... 
a" p. m. . 
2* p.f... 

1 " pers. . 


{wdfà) 

{w(îfat) 

(ivafdila) 

(ivafâili) 

[wajâitu) 


wéfé. 

wéfyçL 

nfit. 

vjïté. 

ufit. 

AORISTE. 


{wàfau) 
[wafàina) 
( wafâitum ) 
[wafaitûnna) 
[wafâinâ) 


wàfyu. 
wàfyu. 
ufilu. 
ufî lu. 
ufîna. 


3" p. m. . 
3^ p.f... 
2° p. m. . 
2*= p. f. . . 
Impers.. 


{lAJl) 
(lâfi) 
( taftna ) 

{m 


{b)yûjè. 
{b)tûfé. 
{b)tûfé. 
{b)tûfé. 
{b)ufé. 

IMPÉRATIF. 


{yafûna) 

{yafina) 

[tafâna) 

[lafina) 

{nâfî) 


{b)yûfu. 
{b)yùju. 
{b)tûfu. 
(b)tûfu. 
(m)nûfé. 


2* p. m. . 
2' p. f. . . 


{fi) 


ufiuo'ûfê. 
ufî ou'ûjé. 


ifù) 
(fina) 


ufû ou m/m 
m/m ou 'm/m, 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin 
féminin 


wâf 
wâfiyalu'^ 


;> wafê. 

> wafijê. 


(ivafùia) 
{wàjiyâtu") 


wâfyin, 
wafyîn. 



Sauf le participe (masc. et féni. sing.), aucune des formes de 
la conjugaison (des verbes à i"' radicale w et à 3^ radicale y) ni 
au parfait, ni à Taoriste, ni à Timpératif , ne peut provenir direc- 
tement des formes classiques. Toutes les observations qui ont été 
faites à propos des verbes à i'^*' radicale w (cf. p. i/tS) et à 3^ radi- 
cale y (cf. p. 162) s'appliquent simultanément ici. 

L'impératif a dans quelques verbes une double forme, l'une et 
l'autre analogique : (cl. ^), dial. uji ou Yi/'^'; (cl. H), dial. ii^â 
ou ^û^a «fais attention 77 ; etc. 



7. Verbes à 2^ et 3® radicales faibles (i^"^ thème). 

Le parler de Kfâr^abîda connaît un grand nombre de verbes à 
s*" radicale m; et à 3^ radicale y. Ces verbes se divisent , comme en 
classique, en deux classes, suivant qu'ils appartiennent au type 
qâtala : yâqtilu (cf. bâkâ : yàhkî), ou au type qàtila : yâqtalu (cf. 
nâsiya : yânsâ). Au premier type appartiennent par exemple lèwé : 
yotwô «il a plié-'^, cf. cl. tàwâ : yàtwî; sçwè : yéswé «il a fait rôtir r», 
cf. cl. sâwâ : yàswî; n^wé : yénwè «il s'est proposé pomMî, cf. cl. 



160 



DEUXIEME PARTIE. 



nâwà : yànwl; hçwè : yéhwè cr il a cautérisé, il a repassé (un linge) w , 
cf. cl. h'iwâ : yâkwï; etc. Au second type appartiennent : yqdwé : 
yojqwa ffil est devenu fort-»? <: cl. qawiya : yâqwà; séwê : yéswa 
wii a valu 17 < cl. sâwiya : yâswà; etc. Les verbes du type qâtala: 
yàqtilu se conjuguent sur bâkà : yàbkî (p. i5i) et ceux du type 
qâtila : yàqtalu sur nàsiya : yànsà (p. i5i). 

On rencontre aussi à Kfâr^abîda le cl. hdyiya cril a vécu 7?, 
employé seulement à l'aoriste : cf. téhya frque tu vives, vive.N, 
yéhya ff qu'il vive , vive ! , etc. On y rencontre également un verbe ^^^ 
à 2® radicale y et à 3^ radicale hamza : c'est zaa ffil est venu^i, 
qui partout perd purement et simplement sa 3^ radicale "* et se 
conjugue comme un verbe bilitère à 9^ radicale y. Voici la conju- 
gaison dialectale de zaa en face de celle du classique : 



Cl. zâ'a ffil est venuw 



w r 

za. 



SINGULIER. 

CLASSIQUE. DIALECTAL. 



PLURIEL. 

CLASSIQUE. DIALECTAL. 



PARFAIT. 



3* p. m. 
3' p. f. . 
2* p. m. 
2" p. f. . 
i"pers. 



zaa 

zâ'at 

Zita 

Zl tl 

zitu. 



za. 
zut. 
Ut. 
zîté. 
il t. 



(V ,«>_ \ 
zau) 

(zi'na) 

zitum 

[zitûnna) 

zinâ 



zu. 

zû. 

zitu. 

zitu. 

zina. 



AORISTE. 



3' p. m. . yazi 

3° p. f. . . tazi 

2' p. rn. . tazi 

2® p. f. . . tazi 



1' 



pers. 



azi 



\[na] 



u. 



{b)izi. 

{bô)lzt. 

[hô)tzi. 

(bô)tzî. 

{h)zi. 



{yaziûna) 
( yaiina ) 
(taztûna) 
( tazina ) 
naziu. 



{b)iiii. 

[h)iiû. 

[bo)tzé. 

{bô)tzû^^). 

(7no)nzi. 



IMPERATIF. 



2' p. m. (u) 
2* p. f. . . (zii) 



masculin, zai" 
féminin., zaiyalu" 



(manque), 
(manque). 



( zi'û ) 
(una) 



PARTICIPE ACTIF. 



zau 
zâyê. 



zaïva 
(zaiydtu'^) 



(manque), 
(manque). 



zàyiii. 
zâyin. 



Comme on le voit, le hamza final est tombé dans toute la con- 
jugaison du verbe zâ'a et la voyelle longue radicale (ï) s'est main- 

'') Le verbe cl. dâ'a : yadû'u ffil a brillé?? est actuellement remplacé par 
ddwé : yôdwé, où le w radical a été rétabli par l'analogie, et le hamza linal 
remplacé par y comme dans tous les verbes analogues. (11 en est partout ainsi 
dans le Maghreb d'après M. Marçais.) 

(^' Les 2* et 3" formes du pluriel sont analogiques du pluriel du parfait. 



MORPIIOLOOIE. 161 

tenue (avec une longueur relative ainsi qu'il a été dit plus liaut) 
dans les formes qui la possédaient des le classique yazfu> 
{J))izi, etc. ; elle appaïaît par transl'ormation phonétique là où le 
classique ne l'avait pas : cl. zili, dial. zilê; etc. 

L'impératif (masc. ou fém. sing. ou plur. ) de ma n'existe pas 
à Kfar'abîda; on le remplace toujours par les formes iV( (masc. 
sing.)ffviens7?, fâl^ï. sing.) reviens 7? et faa (m. et f. pi.), lesquelles 
proviennent d'une mutilation des classiques tci'àla, tabulai et 



8. Verbes à trois radicales faibles (i^"* thème). 

Le parler de Kfâr'abîda ne possède actuellement aucun verbe 
à trois radicales faibles. Cette catégorie de verbes , par exemple 
'âwà wil s'est retiré pour s'abriter 79, est du reste extrêmement rare 
dès le classique. 



II 
VERBES TRILITÈRES AU IF THÈME (INTENSIF). 

Pour ce thème comme pour les autres dont Tétude suivra, on 
se contentera de donner la conjugaison du verbe fort et on ne fera 
que les remarques nécessaires sur celle de chacun des verbes 
faibles. 

Cl. mâssaha cfil a essuyée? ^màssçh. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


?>^ p. m. . 


mâssaha 


> màssçh. 


mdssahû 


> màs^ku. 


S"' p. f. .. 


nifissahal 


> màs^hçt. 


(inassâhiia) 


nifis'hu. 


2° p. m. . 


massàhta 


> massphl. 


massàhlum 


>> massfhtu. 


2^. f. .. 


massâhti 


> masséhtè. 


(niassahtûnna) 


) masséhtu. 


l'^pers. . 


massàhtu 


> masséht. 

AORISTE. 


massàhnâ 


;>• masséhna. 


3* p. m. . 


yumâssihu. 


> (b)imâssQh. 


yumassihû[na] 


> (b)imàs^hu. 


S-'p.f... 


tumussihu 


> {hô)lmiissçh. 


( yumassihiia ) 


{h)imàs^hu. 


2*" p. m. . 


tumâssihu 


> (boMmâssçh. 


tumass{hû[na] 


> {bô)tmâs'hu. 


a-^p. f... 


tumassihî[iia] > {b6)tmâs^hè. 


( tumassilma ) 


{ho)lmiis^hu. 


l'^pers.. 


'umàssihu 


;>> (b)mâssçh. 


numâssihu 


> i^mojnmàssçh 



^'^ L'impératif de zaa est également inusité chez les Ulad Brahîm de 
Saïda, où il est constamment remplacé par arwdh ou Cala, cf. Marçais, Saïda, 
M.S.L.,XIV, p. /i36. 



PARLER DE KFAR ARIDA. 



11 



b2 






DEUXIEME PARTIE. 
IMPÉRATIF. 




2* p. m. . 
2'p. f. . . 


nuhsili 
tnàssihi 




;>- mâssçh. mdssihû 
;> màs^hé. (mâssihna) 

PARTICIPE ACTIF. 


> mâs^hii. 
mâs^hu. 


masculin 
féminin 


mumâssihu^ 
mumâssihatu^ 


> "'mnssçh. mumassihina 
;>■ ""mà^^ha. {mumassihâtu 


>- "'mâs'hîn 
') "'mâ/hîn 



Rejiarque GÉNÉRALE. — Comiiie beaucoup de dialectes arabes 
modernes, le parler de Kfâr^abîda a conservé jusqu'aujourd'liui la 
plupart des différents tbèmes de la conjugaison classique qui pro- 
viennent, à l'aide de préfixes ou d'infixés, du thème verbal 
simple, et qui servent à indiquer les modifications sémantiques 
apportées à ce premier thème. Pourtant, l'emploi de ces différents 
thèmes est loin d'être d'une égale fréquence ; il n'est pas non 
plus le même qu'en classique. Le IP thème [qattala) et le VIP 
(inqatala), par exemple, sont beaucoup plus vivants dans le 
parler de Kfâr^abîda qu'en t^lassique et apparaissent souvent là où 
la langue littéraire donne la préférence à d'autres thèmes. 

A. VERBES FORTS (IP THEME). 

a. Ainsi que le montre la conjugaison de mâsseh, toutes les 
formes dialectales (sauf naturellement celles du féminin pluriel 
qu'on a expliquées à propos du P"" thème) proviennent direc- 
tement des formes qui sont classiques pour le verbe fort. (On verra , 
p. i64 et suiv. , qu'il en est de même pour les différents verbes 
faibles. ) 

Le vocalisme est partout conforme aux lois établies plus haut : 
la première voyelle a de hâmmala, p. ex., se maintient sans au- 
cune modification soit au parfait, soit à l'aoriste, soit à l'im- 
pératif, soit enfin au participe; la seconde voyelle au contraire, 
venant à se trouver, dialectalement , en syllabe finale (après la 
chute régulière de la voyelle suivante), passe à e. Ex. : hâmmala 
ff il a chai'gé^^ >- *hâmmal^> *hàmmel, d'où Mm.mdU^\ De son côté, 
ç est propagé par l'analogie dans les autres personnes du parfait, 
lorsqu'il arrive à être en syllabe fermée non finale et il passe 
ensuite à e. Ex. : hammalnà >> *hammélna >- hammôlna (cf. plus 
haut, p. 1 1 1 ). 

La géminée (seconde radicale) perd une partie de son explosion 
toutes les fois que, par suite de la chute de la voyelle brève qui 
la suivait, elle se trouve immédiatement devant une consonne : 
hàmmalal > *hàmmlet > Ju'wrlç.t. Il en est de même des verbes 

(') Sans influence de labiale : nutssaha > mâssçh. 



M01ll>I[OL001K. 



103 



qui ont comme 12*" radicale iv ou y : cl. Uunvdla wils oiiL [)i'()- 
iongéi? > *t(ïmlu^> tâuHu; tàijjuhat cf(;ll(; a londu bon, clic a par- 
fumé '^ >- *tânbi)t:>' tdi'ht. 

/S. Le participe acliï muhammilu" et le participe passif mnhdm- 
malu" aboutissent à Kfiir^^abida, comme dans Timmense majorité 
des dialectes arabes modernes, à une forme unique , soit mhàmmol, 
après la chute régulière de la première voyelle u et le passage de 
i et de a (en syllabe dialectalement finale) à ç ^^\ En conséquence, 
les dialectaux mhdmmdl et m^'âllem par eux-mêmes peuvent signi- 
fier ou bien ffchargeur, celui qui charge (un fardeau)?? et w pro- 
fesseur??, ou bien ff chargé?? et ff instruit??, suivant qu'ils repré- 
sentent les classiques nmhdmmilu" et inu^dlUmu" ou mnhdnimalu" 
et mu^allaniu". 

Empêché par sa phonétique de maintenir la distinction clas- 
sique entre la forme du participe actif et celle du participe 
passif, le parler de Kfâr^abîda a établi secondairement une dis- 
tinction de sens entre les deux participes, et, pour cela, il a 
eu recours aux trois procédés suivants : 

1. Sous rinfluence d'une emphatique qui maintient pur le 
timbre de a caractéristique du passif, les deux formes de parti- 
cipes restent distinctes au masculin singulier. Ex. : mhàirob refai- 
sant passer par contrebande, mettant en fuite?? <ccl. muhdrnbu", 
mais mhdrrab cr passé en contrebande?? <:cl. muhârrabu"; ni/qâss§r, 
ff pelant?? ^cl. muqdssiru", mais injqàssar rpelé?? <:cl. muqâs- 
saru"; etc. Bien entendu, la distinction entre les deux participes 
n'a pas lieu aux autres formes (fém. sing. et masc. plur.), 
dans lesquelles les voyelles caractéristiques (^ et a) disparaissent, 
ainsi par exemple : mhdi/bê (fém.) et mjqas'rin (plur.) représen- 
tent aussi bien muhàrrabatu'* et muqassarina que muhdrnbatu" et 
muqassirîna. 

2. Quand la racine ne comporte pas d'emphatique, la dis- 
tinction des deux participes n'est maintenue que par la différence 
de leurs compléments respectifs; on dit par exemple ''dna mlidm- 
mol-el-hmâr hdtab w c'est moi qui charge l'ane de bois?? <: cl. ^dnà 
miihânwiilu" al-himâra Iidtaba" , mais i^)lkmâr mhdmmdl hdtab ff l'âne 
est chargé de bois ^? < cl. al-himâni muhdmmalu" hdlaba" ; hu m^dl'mdk 
hâda ff c'est lui qui t'instruit de cela?? <: cl. hiiwa mii^dllimuha hâda, 
mais ^ént m^àllçm hâda crtu es instruit de cela?? <=c cl. ''dnta 
mu^âllamu'^ hâda; etc. 



^^^ Lequel passe lui-môme à a sous l'influence de m ou d'une autre la- 
biale. 

1 1 . 



16^1 DEUXIÈME PARTIE. 

3. Quelquefois un des deux participes est tombé en désuétude et 
a été remplacé par une autre forme (de participe), ou bien Tin- 
distinction entre l'actif et le passif est écartée par Temploi d'une 
autre tournure ; par ex., m'dddeh (de 'addaba ff il a bien élevée?) a 
toujours le sens du passif, tandis que mhdlkf[de hdllafa) signifie 
toujours ff engendrant , mettant au monde ?? (et jamais w engendré, 
mis au monde ??). De même, en face des participes msa^'el w allu- 
mant ^^ et mhdsseh cf pensant i?, on a pour exprimer le passif M'e/ 
ff allumé Ti et mahsûb w compté i^ ; etc. 



B. VERBES FAIBLES (IP THEME). 

a. Au IP tlième, les verbes à i""^ radicale faible {\wou y) sont 
assez nombreux dans le parler de Kfâr^'abîda et, à la différence de 
ce qui se produit au l^tbème, les radicales faibles ne subissent 
aucune modification dans la conjugaison (^). Ex. : 'dllef ffil a 
composé 77 (un livre) <:cl. ^àllafa; 'dhher wil a retardé 77 <: cl. 
^dhhnra; 'dhhdn cril a fait Télose d'un mort 77 < cl. dhhana; \umndn 
ffil a rassuré 77 <:cl. 'dmmnna; ivdddf ffil a fait ses adieux 77 <:cl. 
wddda^a; ydbbds (n\ a fait sécber77 <c:cl. ydbbasa; wassolna ce nous 
avons fait parvenir77, etc. 

(2. Sauf srt'V* ffil a respecté, il a eu égard à 77, dénominatif du 
cl. si'matu" w naturel, magnanimité 77, les verbes classiques mediae' 
n'existent plus au 11^ tbème dans notre parler. Quelques-uns 
d'entre eux ont été ramenés a la classe des verbes mediae w et y, 
les autres sont sortis de l'usage : rdvyçs tdl a mis à la tête, il a fait 
présider 77, cf. cl. im'asa; (p. 11); mduivdn ce il a acheté des vivres 77 
cf. cl. nm'ana (p. 9; etc. .). Les verbes à 2^ radicale iv ou y 
sont au contraire très vivants dans le parler au IP thème. Ils se 
rencontrent souvent, on va le voir, là où le classique emploie 
d'autres thèmes verbaux: nàuwdm ffil a endormi 77 <:cl. nduwama; 
ddujç' ffil a perdu 77 <:cl. ddiya^'a; etc. 

7. Les verbes dialectaux terliae y au IP thème sont très nom- 
breux et représentent, on l'a vu, des verbes classiques tertiae y, w 

ou ' ^^\ Ex. : bdkka ffil a fait pleurer 77 <:cl. bdkkà y\/b-k-yj; hàlla 

ffil a adouci 77 <cl. hàllà (\Jh-l-w)\ hdbba ff il a caché 77 <:cl. 
hàbbaa; etc. La conjugaison de ces verbes est tout à fait con- 
forme à celle du classique: cl. bdkkat ffelle a fait pleurer 77 

^'^ Ce qui lient à ce que la voyelle initiale est partout en syllabe fermée. 
^^) Pourlarit le cl. zârra'a (avec ses dérivés) est devenu iârrd' v'û a rendu 
coun»(jeux57, cf. p. i3. 



MORPIIOLOGll-:. 1G5 

<: hàlhçl; halimnâ ccnoiis avous fait pleurer i') >- boldâma; etc. 
— Ici, à la dilï'érenoe de ce qui se produit au ï'"^ tlième, le 
y aiial()[]i(pie n'apparaît pas à la 3" pers. (léin. sin{r. ou masc. 
pi.) du parlait (opposer, au \" thème, hÔLiji't rrelle a pleuré^? 
en l'ace du cl. hàlul). De plus la diphtongue «i n'est jamais ré- 
duite (opposer, au 1" thème, hhina wnous avons pleuré ^7 en face 
du cl. bahà'mâ) ^^\ 

S. Les verbes dont la 3*" radicale est identique à la ^^ sont peu 
nombreux au IP thème dans notre parler. Ils ont été généralement 
remplacés par d'autres thèmes, surtout par le tlième quadrilitère 
qatqat ou par d'autres verbes de signification identique t^^. Ceux 
qui sont encore vivants à Kfâr^abîda, comme s/mimdm ffil a fait 
sentir (une odeur )?7 <: cl. sàmmama; 'àssçs w il a jeté les fondements 
der) <ccl. \issasa; ""àilded cfil a fait compter 77 <: cl. *^âddada; etc., 
se conjuguent généralement comme en classique : sammèmt ff j'ai 
fait sentir 1-» <<cl. sammàmiu; ^addédna ffuous avons fait compter 77 
< cl. ''addàdnà; etc. Pourtant une des trois consonnes identiques, 
la dernière, disparaît complètement à cause de la chute de la 
voyelle précédente, toutes les fois que dans la conjugaison elle 
se trouve devant une désinence vocalique : cl. sâmmamat welle a 
fait sentir 77 r> dial. *s(mmmdt>' sàmmdt^^\ etc. 

s. Enfin notre parler connaît au IP thème quelques verbes à 
deux radicales faibles, tels que ^àhiçd wil a fortifié <:cl. 'ahjada; 
'ddda wil a payé 77 <:cl. 'àddà; wâssa ce il a recommandé 77 <:cl. 
wâssâ; wâtta fcil a abaissé 77, cf. cl. wàitaa; etc. Ils rentrent dans 
les modèles étudiés précédemment. 



(^) Conformément aux lois phonétiques du parler, le participe actif et le par- 
ticipe passif (masculin singulier) des verbes dialectaux tertiae y (11* thème), 
correspondant à des verbes classiques tertiae y oiiiv, gardent à Kfar'abîda la 
même distinction qu'en arabe ancien ; le participe actif est du type mqâllé 
<C cl. tnuqdtti'^ et le parlicipe passif est du type mqàtta <C cl. muqdlta'^ , ex. : 

mfdtiè cf couvrante <; cl. inujàlti'^ Wf't-^J ; wî>^'L^« ffcouvert?) ^cl. muyâtta^ ; 

mbdkkê refaisant plcurerw < cl. mubdkhi" \\Jb-k-y)\ în/<a//rt te orné , décoré w 

<; cl. muhdlla'\\/h-l-y)t, mzduwé «apprivoisé, devenant sociable» de zduna 
«il s'apprivoisa», dénomiualif de dial. adj. iûivé «apprivoisé. . . » ; mkdjja «nourri 

à ses propres frais (d'un ouvrier)», de dial. kdffa «il a suffi \\/k-J-y), etc.; au 
féminin singulier les participes actif et passif se confondent complètement dans 
cette classe de verbes et se forment sur mqettêyè, opp. cl. muqatldlu' (pass.), 
murdbbiyatu" (act.) : myôtlâyé «couvrante» aussi bien que «couverte», etc. 

(^) Ce qui tient sans aucun doute à ce que le thème farra produisait l'im- 
pression d'un thème du type qailala à dernière consonne faible. 

(^) Ici encore notre parler diffère sensiblement de quelques parlers maghri- 
bins (cf. Cohen, p. 201 , 1°); mais à Tunis et à Tlemcen les choses se passent 
de même qu'à Kfar'abîda (cf. Margais, Tlemcen, p. 78). 



166 deux1è3iiî partie. 

Remarque co3imune aux IP' thèmes des verbes forts et des 
verbes faibles. 

Gomme dans beaucoup de parlers arabes modernes ^^^ les 
verbes au II" tbème, surtout les verbes forts, sont très nombreux 
et très vivants à Kfar^abîda; ils ont souvent les mêmes emplois 
qu'en arabe classique ^'^^ : 

1 . Ils se rencontrent souvent à la place des verbes au P"^ tbcme 
qui ne sont plus usités dans le parler. Ex. ifàtles wil a recliercbé^i , 
cf. c\. fâltaèa etfâlasa; hàtpl wil est désœuvré 77, cf. cl. hàiala; 
mâsset cm'1 a peigné ^7, cf. cl. màssata et mâsata; fâ^lq^qds wil est 
sorti de l'œuf-»^ (poussin, oiseau), cf. cl. jàqasa; sàdda cril s'est 
rouillé 77, cf. cl. sàdi'a; etc. 

2. Ils remplacent quelquefois les verbes au V^ thème (taqatlala). 
Ex. : V/^c>/iffil est moisit), cf. cl. ta\'iff(ma;''lqâddeni(^ il s' esiix\ixncév 
cl. qàddama et taqàddama; "jqàn'dh ce il s'est approchée, cf. cl. 
taqàrraha; etc. 

3. Ils remplacent également les verbes au IV" thème, lequel est 
tombé en désuétude dans le parler, et ils sont alors causatifs : 
yàmnidd w il a fermé les yeux?? , cf. cl. yàmmada et ''àymada; hâkhe^q 
ffil est ébloui, il a brillé??, cf. syr. \i(3heq; sàfhh wil a corrigé, il 
a rectifié??, cf. cl. 'àslaha; etc. 

h. Toutefois le II'' thème est souvent encore factitif; dans ce 
cas les intransitifs sont transformés en transitifs : hàzzçn cf il a 
allligé?? de h(k^n ril est triste^?; yàrro^jq wil a noyé?? de y§^^§lq 
fv-il s'est noyé??; "àllds cf il a assoiffé?? de V'ps ffil a soif??; ivàzzen wil 
a fait peser?? de wkçn cril a pcsé^?; etc. 

5. Le IP tbème sert aussi à indiquer la répétition de l'action 
(itératif) : màzzçjq cal a mis en pièces?? de màzo'jq ff il a déchiré?? ; 
lajqlqot ce il a ramassé à plusieurs reprises, il a glané?? de lajqai 
ffil a ramassé??; màssçh càl a essuyé souvent, il a nettoyé?? de 
Diàsçh; etc. 

6. Le IP thème forme à Kfâr'^abîda un grand nombre de déno- 
minatifs, tout particulièrement lorsque la base est un mot d'em- 
])runt : hârroz ce il a auguré d'après le cours des astres??, dénomin. 
de bûrlii'' ce signes du zodiaque?? ('^^; Mssol ce il a fait prendre de 

(') Cf. entre autres le dialcclc des Ûlad Brâhîin de Saida, M.S.L., XIV, 
p. /iSq et hko. 

('^^ Cf. S. DK Sacy, Granim. arabe^, p. i3i et i32. 

^^) Emprunté par l'intermédiaire de l'araméen (syr. bur[>â) au bas-latin 
hitr(rus, adaptation du {jcrmanique biirg (vieux -haut -allemand), got. 
baurir-s, etc.. Voir Fraenkel, Araindisclie Fremdwôrter. 



MORPHOLOGIE. 



67 



mauvaises liabitudes^^, dénoniin. de hâsfc t? propriété, habitude 
(mauvaise)^^; hànricd wil a divisé en cha|)itres77, dénoiuin. de 
A^hi^/ (pers.) ff chapitre^-» ; '^(issçb ffil a sarclé -o, dénom de syr. '^eshâ; 
hànimos ffil a donné une poijjnée de niain-o, dénom. de hànisé v\q?> 
cinq doigts de la main 77; hàrm ce il a reculé 77, dénomin. de frç. 
arrière, etc. ^^\ 

7. Enfin le 11^ thème indique quelquefois que le sujet du verbe 
a subi tel ou tel changement, acquis telle ou telle qualité, telle 
ou telle couleur : lûn-oh cril s'est changé en terre, il a pris la 
couleur de la terre 77 de tnih w terre, poussière r», etc. 



III 
VERBES TRILITÈRES AU Iir THÈME (CAUSATIF). 



Cl. ''àtaha w il a fait des reproches à quelqu'une > ''âteh. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3* p. m. . 
3>.f. .. 
2' p. m. . 

2>.f... 

i'"pers.. 


'âtaba. 
\ilabat 
'âtâbla 
'âtàbti 
'âtdbtu 


> 'âiçb. 
>> 'âtbat. 

> 'atébt. 

> 'âtôbtè. 

> 'atébt. 

AORISTE. 


'dtabû 
{'àl(ibna) 
'âlàbtum 
[^ âlablûima) 
'âldbnâ 


> \Ubu. 
%Ubu. 

> 'âlûblu. 
'(UÛbtu. 

^ 'âlâbna. 


3* p. m.. 
3* p.f... 
2" p. m. . 

2^.1... 

i"pers.. 


yu'dtibu 

tudlibu 

tu'dtibu 

tu'âlibi[na\ 

'u'âlibu 


> {byâtçb. 

> {bd)CÙtçb. 
>> {bôyâtçb. 

> {boyàtbè. 

> {bjàtçb. 

IMPÉRATIF. 


yuâlibû[na] 
{yu'âtîbna) 
tiiâtibû[tiaj 
( lu'àlibna ) 
nudtibu 


>- {byâlbii. 

{b)ialbu. 
>- {bôykbu. 

{b(j)Cùtbu. 
> (ïnô)nâl§b 


2* p. ra. . 
2'p. f. . . 


'dtib 
'dlibî 


>. 'âtbè. 


'dtïbâ 
{'àtibiia) 


> 'âlbu. 
"âlbu. 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin 
féminin 


mu'dlibu' 
mu'dtibatu" 


> tnôtçb. 

> mâtbé. 


mu'àtibiiia 
[muâtibdtu"^ 


> rnatbîn. 
\ mâlbin. 



(') Mot tout à fait récent usité seulement par les cochers. L'introduction des 
voitures ne date guère que d'une vingtaine d'années. 



168 DEUXIRME PARTIE. 

A. VERBES FORTS (IIP THEME). 

Moins vivant et moins productif que le IP thème, le IIP thème 
se rencontre pourlant à Kfar^'abîda pour un grand nombre de 
verbes forts : fàrçjq fril a quitté, il est mort récemment?? <: cl. 
fâraqa; sâhçb ffil a été le compagnon de quelqu'un?? <:cl. sâhaha; 
etc. Gomme le montre la conjugaison de ^âleb, tous ces verbes se 
conjuguent exactement comme en classique, à part les modifica- 
tions phonétiques et morphologiques déjà connues. 

Le participe mii^âtibii'' et le participe passif mu^âtabu" aboutissent 
dans notre parler à une forme identique, soït m'^âtçb, exactement 
comme au IP thème le dialectal mhâmmdl est à la fois l'abou- 
tissant du participe actif muhàmmihC' et du participe passif 
miihàmmaïu" ; on se contentera donc ici de renvoyer à ce qui a été 
dit à propos de ces dernières formes. 

B. VERBES FAIBLES (IIP THEME). 

a. Initiale faible. — Au IIP thème, les verbes classiques à 
i""^ radicale faible ont encore à Kfar'^abîda quelques représentants. 
Tandis que les verbes à i"^^ radicale y, très rares du reste en 
classique, n'ont laissé aucune trace, ceux à i""® radicale ''^^^ et 
mieux encore ceux à i'° radicale w sont relativement nombreux 
dans notre parler. Ex. : 'azçr wil a récompensé?? -< cl. ^azara; 
^ânçs ffil a réjoui par son urbanité?? (à côté de waw^s)<cl. 'ânasa; 
wâfd^jq ffil a été d'accord avec. . . ?? <c:cl. wâfaqa ; ivâsdl ffil a per- 
sévéré?? <:cl. wâsala; etc. 

Tous ces verbes à i*^*" radicale ' ou w ont une conjugaison 
exactement parallèle à celle du classique et conservent partout 
sans modification leur "* ou leur iv; ex. : wàsôlt ffj'ai persévéré?? <: 
wâsàltu; (bô)iwâslu ffvous ipersé\ évez -n <:tiiwàsilû[na]; etc. 

]S. Médiale faible. — Sauf laama ffil a convenu, il est d'accord 
avec. . . ?? et sâ'ala ffil a interrogé?? qui sont dans le parler lâyern 
(ou lâwdm) et sâyçl, les verbes classiques mediae ' au IIP thème 
sont actuellement inconnus dans le parler de Kfôr^'abîda. Par 
contre, les verbes mediae w ou y sont très nombreux. 

Ils apparaissent parfois là où la langue classique emploie 
d'autres thèmes; ex. : zâwdb ffil a répondu?? <c:zâwaba; ''âwod ffil 
est revenu, il a recommencé?? <<cl. "^âwada; ^âyçn ffil a vu de ses 
propres yeux?? <:cl. '^âyana; baye" ffil a vendu?? <c.bâya''a; etc. La 

(') Quelques verbes tels que 'dljada rril a blâmé» et 'âlafa cril a fréquenté?? 
ont chan(|[é leur ' en iv et sont devenus vçuhçd et wâlçf{d. plus haul , p. g), 



MORPHOLOGIE. 169 

conjugaison de ces verbes est à peu près conforme à celle du clas- 
sique avec cette dilTéreuce cependant que les semi-voyelles w et 
y se vocalisent à certaines personnes après la cliute régulière de 
la voyelle brève qui les suivait et i'ornient à elles seules des 
syllabes indépendantes ^^^ : zàwùhna wiious avons répondu ?? et 
^âijénna te nous avons vu de nos propres yeux 77 <: zàœàhnâ et "mjànnâ; 
mais zâ-u-bu wils ont répondu ^^ et ^a-i-nu wils ont vu de leurs 
propres yeux?? (3 syllabes) <: *zâwbu et *''âynu <: cl. zâwahû et 
\îyanû, etc. 

7. Finale faible. — Les verbes à S*' radicale faible, soit y 
(puisque, comme il a été dit à plusieurs reprises, les verbes à 
3° radicale w ou ' ont tous été ramenés à la classe des verbes 
tertiaey), sont encore assez nombreux au IIP tbème dans notre 

parler; ex.: râda tfil a chercbé à satisfaire?? <:cl. râdà ys/r-d-wy, 
zâza tfil a récompensé ??■< cl. zâzà {\/ z-z-y)^^^; kâfa ffil a récom- 
pensé?? >cl. kfifa'a \\J k-f-) ; etc. Ici la conjugaison est conforme 
à celle des verbes tertiae y au W tbème en ce sens que la diph- 
tongue ai du parfait n'est jamais réduite, à la différence de ce 
qui produit au P"" thème; ex. : Mmdit wj'ai défendu??, Mfâina 
ffnous avons récompensé??, etc. 

S. Verbes lit' geminatae, — De la classe des verbes à 3^ radicale 
identique à la 2® je ne connais que 'Iqâsds ffil a puni?? et mâdfd ffil 
a lutté corps à corps?? (en face des cl. qâssa et mâdda) qui soient 
employés au IIP thème à Kfar^abida. Comme il a été dit à 
propos du participe actif (masc. sing.) du P"" thème des verbes 
à 3® radicale identique à la 2% pour conserver intacte la voyelle 
longue à caractéristique du IIP thème (donc influence analo- 
gique de qâtilu" et du verbe fort), les sujets parlants ont eu 
recours à un double procédé : ou bien ils ont introduit une 
voyelle brève entre les deux consonnes identiques, lorsque 
celles-ci n'étaient suivies d'aucune voyelle (^^, ex. : ^/qâsds ffil a 
puni?? et înâdçd ffil a lutté?? en face des cl. qâssa et mâdda; 
(b)iqâsds ffil punit?? et {b)imâdçd ffil lutte corps à corps?? ^(h)i^lqâs- 
et *(b)imâd'^ <cl. yuqâssu et yumâddu; etc., ou bien ils ont réduit 
de moitié la première des deux consonnes identiques, lorsque 
dans la conjugaison la seconde se trouvait être suivie d'une 
voyelle, ex. : 'jqâ-sdt ffelle a puni?? <: cl. qâssat; [by/qà-su ffils 

(') Suivant la règle énoncée p. 83. 

^^) Régulier suivant la formule : iduivaz, sdms. 

^') C'est ici l'occasion de rappeler que la langue classique connaît quelque- 
fois les formes qdsasa et yiiqâsim à côté de qâssa et yuqâssu (cf. S. de Sacv, 
Gramm. arabe^, p. 281, 



170 DEUXIÈME PARTIE. 

punissent^? <:cl. yîiqàssii[7ia]-, etc. Partout ailleurs la conjugaison 
est conforme à celle du classique, ex. : ^qâsôst ffj'ai puni^^ <: cl. 
qâsâstu; ''jqâsds tf punis ^■» <: cl. qâsis; etc. 

Remarque. — Le dialectal mâdçd, par exemple, peut repré- 
senter les cl. mâdda (3^ pers. masc. sing. du parfait), ou bien 
mâdid (2^ pers. masc. sing. de Timpéralif), ou même (à titre de 
participe actif masc. sing. du P'' thème du verbe mâdda) le cl. 
mâddu". 

s. Verbes doublement faibles. — Enfin on rencontre a 
Kfai'^abîda un certain nombre de verbes à deux radicales faibles 
qui sont d'un emploi courant au IIP thème; ex. : sâwa wil a 
égalise^ ^cl. sâivà; Jiâya <x\\ a arraché le consentement de quel- 
qu'un en le faisant rougim <ccl. hâyà wil a fait rougira? ; etc. La 
conjugaison de ces verbes est en tout conforme à celle du clas- 
sique; ex.: sâwàit ffj'ai égalisé 77 (^), aor. (b)isâwê cril égalise ^i 
<: cl. yasâwï, etc. 

Remarques communes aux IIP' thèmes des verbes forts et des 
verbes faibles. 

Comme on vient de le voir, le IIP thème est encore assez 
vivant à KAir^abîda; il constitue même une catégorie productive 
soit dans les verbes forts soit dans les verbes faibles. 

1. Le IIP thème est assez souvent employé, comme en clas- 
sique, pour exprimer une action exercée directement par le 
sujet sur une autre personne; ex. : 'jqâiçl cril a combattu quel- 
qu'une? <cl. qâlala; sàmoh wil a pardonné à quelqu'un?? <:cl. 
sâmaha; ^jqâwol cfit a conféré avec quelqu'un?? < cl. qâwala; 
wâfslq ffil s'est accordé avec quelqu'un?? < cl. wâfaqa; etc. 

9. 11 sert par ailleurs à rendre transitifs les verbes qui sont 
intransitifs au P'" thème, mais toujours avec la nuance de sens 
indiquée sous 1. : hâsçn ffil a usé de bons procédés à l'égard de 
quelqu'un?? <:cl. hâsana (P'' th. hàsiina); hâbor ffil a informé 
quelqu'un?? (P*^ th. hâbiira)', elc. 

3. Il est actif et sert à exprimer une idée de rivalité; ex. : 
sâho'jq ffil a cherché à devancer quelqu'un?? <:cl. sâbaqa; ^jqàwdm 
ffil a résisté à quelqu'un?? «<cl. qâwama; etc. 

U. Il exprime quelquefois l'action pure et simple et remplace 
alors le P"" thème; ex. : Uiivod ffil est revenu?? <:cl. ^âwada; 'âzç', 

^') Cl. sàwdilu. 



MOIUMIOLOGIK. 



171 



tfil a rc^cornponso^^ ■< cl. 'âzara; sâyçl ril a interrogé 77, cf. cl. 
s(V(da; hàhii cfil a racontée? , cf. cl. hàhà (I*"" llicriK;); etc. 

5. Enfin le in*" thème fournit un grand nombre de denomina- 
tifs et c'est surtout dans cet emploi qu'il est productif; ex. : sâhdli 
tfil a été trouver quelqu'un le matin^^, dénom. desoM ffmatin77-< 
cl. sûbhu" ; mâsa wil a été trouver quelqu'un le soir 77, dénom. de 
màsa fcsoin-) <: cl. masau"^^^ ;wazçh cf il s'est trouvé face à face avec 
quelqu'un 77 <<cl. ivazaha, dénom. de wâV' fc visage 77 <z ci. wàzhu" ; 
râbf ffil est convenu par contrat du quart (des bénéfices et des 
pertes) 77, dénom. de rèb^ cfquart77 ■< cl. rubSi"; hâwa cril a traité 
quelqu'un comme un frère 77 , dénomin. de hâi cf frère 77 , cf. cl. 'ahu" ; 
*^âda cfil fut l'ennemi de quelqu'un 77 -<cl. *^âdà, dénomin. de Vît 
ff ennemi 77 <:cl. ^idâivu" ; bâivos cril a baisé quelqu'un 77, dénom. 
de bàiisê ff baiser 77 <:cl. bâusalu" (^); ''âijm ffil a vu de ses propres 
yeux 77 •< cl. ""(hjana, dénomin. de VHw w œil 77 <::cl. %inu"; elc. 



IV 
VERBES TRILITÈRES AU IV' THÈME (GAUSATIF). 

Comme dans d'autres dialectes arabes modernes ^^^, le IV^ thème 
du classique (type 'aqtala : yuqtilu) n'existe plus à Kfar'^abîda en 
tant que conjugaison complète. On a vu qu'il a été assez souvent 
remplacé par le II" thème; mais dans le plus grand nombre des cas 
il a cédé la place au P"" thème. Ex. : tçjqdn (P"" thème) ffil a 
soigné, il a perfectionné 77, cf. cl. 'âtqana; tçhçm (P"" thème) ffil 
a soupçonné??, cf. cl. \ithama; tékf (i"^ thème) ffil a fait périr??, 
cf cl. 'dllafa; ia'am (P*" thème) ffil a nourri 77, cf. cl. 'àfama; Iç^'eb 
(P'" thème) ffil a fatigué, il fut fatigué 77, cf cl. 'àfaba; sflem 
(P"" thème) ffil s'est fait musulman??, cf cl. ^âslama; néké ^ il a 
contrarié?? (P'" thème), cf cl. 'ânkà; 'jqàf (P'" thème) ffil a avoué ??, 
cf cl. 'aqârra; ^jqâm (P"" thème) ffil a soulevé??, cf cl. \iqàma; 
etc. 

Dans les verbes des types ^aqâma et ^iqàrm, le pétant en syl- 
labe ouverte inaccentuée suivie d'une syllabe longue et accen- 
tuée, était sujet à disparaître en même temps que la voyelle brève 
qui le suivait, ce qui amenait une confusion complète du 
lY^ thème avec le P*" thème. Dans les verbes des types 'àtqana et 

(') Dans le dicton populaire : sâbah el-Jqihim ulà tmâsiy-on a va trouver les 
gens le matin plutôt que le soir (variante : tmSsîhon). 

(^) Emprunt au persan, cf. l'infinitif basï{den), plutôt qu'au latin bâsium, 
etc. 

^^' Cf. Marçais, Saida, p. 662 ; Gouen, p. 210. 



172 DEUXIÈME PARTIE. 

'ânhâ où le ' était en syllabe fermée accentuée, son apparente dis- 
parition n'est pas phonélique, mais résulte de Tanalogie des verbes 
des deux premiers types et de tous les aoristes qui, on le sait, ne 
maintiennent pas en classique le morpbème préfixe 'a- que pos- 
sède le parfait à ce thème (IV), 'dtqana et 'aqâma étant à Taoriste 
yûtqinu et yuqîmu. Ainsi donc la disparition du IV^ thème serait 
due à une action phonélique combinée avec une influence ana- 
logique. Ce qui le prouve, c'est que le IV'' thème n'a pas entière- 
ment disparu du parler de Kfar'abîda, mais qu'il a été main- 
tenu distinct toutes les fois qu'il a été possible, par exemple 
dans les participes actifs des verbes forts ou des verbes tertiae y, 
et surtout à l'aoriste des verbes mediae w ou y. En effet, beau- 
coup de participes actifs classiques de verbes forts ou faibles au 
IV^ thème sont encore usités dans notre parler. Ex. : mot'jqon 
w soignant 17 <: cl. mûtqinu", de té'/qdn fril a soignée? < cl. 'àlqana; 
mofçh ff fatigant'? <: cl. mûfihu'', de tç^^çh cr il a fatigué i? <:cl. ^àfaha; 
rn/îd ff utile?? < cl. mufUhi", defâd ffil a été utile?? <ccl. 'afâda; 
rnjqîm cf restant toujours?? <:cl. nmqîmii" , de '/qàrn wil a séjourné, 
il est resté?? <ccl. 'aqâma; morde wqui satisfait?? <:cl. mûrdi", de 
rèdè ffil a satisfait, il a accepté??, cf. cl. 'arda; moiihê ffcontra- 
riant?? -< cl. miinki", de nçke' ffil a contrarié??, cf. cl. 'ànhâ; mûdc 
ff nuisible?? <: cl. muai'', de 'ç^^ ffil a nui??, cf. cl. Wâà; etc. (^). 
Mais tous les participes passifs du type miiqtalu" ont été rem- 
placés par ceux du type maqtûlu" du P"" thème; ex. : mafjqùn 
ff soigné?? au lieu d'un représentant de mûtqamC", de 'àtqana; ma- 
thûm ff soupçonné?? au lieu d'un représentant de mûthamii'', de 
'dtJiama; mashût ff prouvé?? au lieu d'un représentant de mûBhatiC'f 
de 'âôbata; etc. 

Le IV^ thème est également distinct, à Kfar^abîda, du l®"" thème 
à l'aoriste et à l'impératif des verbes tertiae wouy du type qatila : 
yaqtalu [nasiya : yansa) et des verbes mediae w ou y,* ex. : {b)yùrdé 
ffil satisfait?? et [b)yûnsê ffil fait oublier?? <: cl. yûrcfï et yûnsï, 
(iïi)nûrdê ff nous satisfaisons?? et [m)nunsê ffuous faisons oublier?? <: 
cl. nûrdï et nûnsï, etc. (de 'ârdà et 'ânsâ), tandis qu'on a {b)yÔrda(f\\ 
est satisfait?? et {h)yénsa ffil oublie?? <: cl. yàrdà et ydnsâ, etc., de 
parfaits râdiya et misiya. De même, pour les verbes mediae iv : 
[b)ihîn ffil olfense?? < cl. yuhîmi, (ino)njqtm ffnous soulevons?? 
<cc\. nuqîmu, {h)idîru ffils font tourner?? < cl. yudirù\na^, etc., de 
\ihâna, 'aqâma, 'adâra, tandis qu'on a (l))ihûn ffil est facile <:cl. 
yahimu, (iinô)njqàm ffnous nous levons?? <: cl. naqumu, (J))iduru ffils 

(') Toutefois CCS formes ne sont plus senties par le sujet parlant (à quelques 
exceptions près) comme de véritables participes; ce ne sont que tics adjectifs. 
On a créé analogiquement des participes sur (idlilu" qui sonl actuellement les 
seuls participes vivants du IV* thème; ex. : tuçb ff fatigant», '/qâyçm ff faisant 
lever» , rnt/è ff satisfaisant». 



MOKPHOLOOIK. 173 

loiirnont'7 <: cl. yadûrâ[n(i], etc., de h/ma \\/h-\v-nj, qâma 

[\ (f-iv-m) , dam yy d-w-rj^ etc. 

D'ailleurs, la diiïérence de sens entre le IV" et le P"" thèmes sub- 
siste pour les sujets parlants, bien que la confusion dans la l'orme 
soit complète. On sait, par exemple, que té^çb, employé seul ou 
avec un ré[jime indirect, signifie ccil s'est faligué^?, tandis (pj'il si- 
gnifie ffil a fatigué 7-) lorsqu'il est suivi d'un régime direct; ex. : 
lî'^çb mn-ç^-soyl rcil est fatigué du travail r», mais hâda Iç'ôhné rrceci 
m'a fatigué 7?. Dans le premier cas tç'çh représente le cl. laHba et 
dans le second le cl. 'afaba. 



VERBES TRILITERES AU V THEME 
(RÉFLÉCHI DE L'INTENSIF). 

Cl. ta^àllama wil a appris 75 ^^fàllçm. 

SINGULIER. PLURIEL. 

CLASSIQUE. DIALECTAL. CLASSIQUE. DIALECTAL. 



PARFAIT. 



3' p. m. 
3' p.f. . 
2" p. m. 
a'' p.f.. 
i'*pers. . 



3' p. m. , 
3' p.f.., 
2* p. m., 
2^ p. f. . , 
i"pers. . 



tadllama 

laâllamal 

ta'alhmla 

ta'aîhimli 

ta'aUàmtu 



yata^àllamu 

tataWllamu 

tataâllamu 

tataaUami[iia\ 

'ata'àllamu 



2* p. m. . ta'tUlam 
2' p. f. . . ta'àllamî 



masculin mutaùllimu^ 
féminin mutaWllimalu"^ 



l'dllçm. 

t'àl'mdl. 

t'allémt. 

volUmlé. 

t'allémt. 



AORISTE. 



[b)yet%'dîçm. 
{b)teCidlçm. 
{lj)leCûllçm. 
{b)tet'àhnè. 
(bôydllçm. 



taâllamû 
( taalUmna ) 
taallàmlum 
[ta allamlimna) 
ta'alldmnà 



yata^allamû\iiid\ 
[yataaUdmna] 
tataaVamû\na\ 
( tataaUâmna ) 
natadllamu 



IMPERATIF. 



t^dllçm. 
tWl^mè. 



tcCdllamîi 
(ta'alldmna) 



PARTICIPE ACTIF. 



môCdllein. 
moCdl mé. 



muta' allimt lia 
[muta' alUmâtii"^) 



t'dl'mu. 
t'ai mu. 
t'allomlu. 
t'allémtu. 
t'allémna. 



(h)yet'dhnu. 
[b)yet'dhnu. 
{b)teCdtmu. 
{b)tet'atmu, 
(tn)net'dll§m. 



t'dl mu. 
t'dfmu. 



mot'afmin. 
môt'al^min. 



Tout ce qui a été dit sur la conjugaison du 11^ thème doit 
s'appliquer à celle du V*" thème qui, comme le IP, est tout à fait 
vivant dans le parler de Kfar^abîda. 



17A DEUXIÈME PARTIE. 

1. Le V*" thème sert très souvent de passif au 11° thème, tandis 
que le VIP thème, on le verra, sert de passif au P^ Ex. : tsàmma 
ff il a été appelé (de tel ou tel nom), il a été' nommé (à un poste 
ou à une dignité) w < cl. tasàmmà; trâbha ffil a été bien élevée 
<: cl. tarûhhà (à côté de râbbâ) ffil a nourri, il a élevé (un en- 
fant)^'; ihànna ffil a été félicité •>?, cf. cl. hànnaa ffil a félicité ?•>; 
tyàhjar ffil a été changée? < cl. tayâh/ara; fâujen ffil a été dé- 
signé pour une dignité 77, cf. cl. "^àiyana ffil a désigne 77; tzàrrah ffil 
a été tenté 77, cf. cl. zàrraba ffil a tenté 7?; tzàlled ffil a été relié 77 
cf. cl. zàllada ffil a relié 77 ; fâllem ffil a souffert 77 , cf. cl. ""((Uama ffil 
a fait souffrir 77; etc. 

2. Il sert à former le réfléchi du IP thème et il donne alors 
aux verbes (forts ou faibles) la même signification qu'ont les 
verbes pronominaux français. Ex. : tkânna ffil s'est donné un 
surnom 77 <: cl. takdnnâ; tnâbba ffil s'est donné pour prophète 77 
<: cl. tanabbaa ; tmâssat ffil s'est peigné 77, cf. cl. màssata^nl a 
peigné 77; tsâlfdh (r\\ s'est corrigé 77, cf. dial. sàlhh ffil a corrigé 77 
au lieu de cl. ^àslaha; timïdded ffil s'est étendu <: cl. tamâddada; 
tmâhhat f(i\ s'est mouché 77 <cl. tamâhhata; twàdda ffil a fait ses 
ablutions 77 <:cl. tawàdda'a; etc. 

3. Il remplace quelquefois le VHP thème; ex. : tïwffa ffil s'est 
déchaussé 77, cf. cl. ihtàfà; tyàdda ffil s'est nourri, il a déjeuné 
(à midi) 77, cf. cl. iytàdà; etc. 

h. Il supplée parfois au P'' thème tombé en désuétude; ex. : 
tzdddar ffil a eu la petite vérole 77, cf. cl. zàdara; izàuwdl ffil a par- 
couru (un pays)77, cf. cl. iâla \\Jz-w-lj\ etc. 

5. Le V*' thème, et cet emploi est très fréquent, fournit enfin 
un grand nombre de dénominatifs tirés de substantifs ou d'adjec- 
tifs, Ex. : tnàssar ffil s'est fait chrétien ^7 <: cl. tanàssara, dénomin. 
de nosrânê ff chrétien 7") <: néo- cl. nasr'àniiju" ; tydrrab ffil a émi- 
gré , il est allé à l'étranger 77 , cf. yrib ff étranger 77 <; cl. yarlbu" ; ibdrra 
ffil est devenu sauvage, insociable^7 de bmrè ff sauvage, insociable77 
< cl. barrupi" ; Càrmm ff il est entassé n de *^àrmc ff tas 77 ■< cl. ^aramalu' ; 
Inmnmar ffil a imité la panthère ^^'•'7 <:cl. tanmnmara, de m'mn' 
ff panthère 77 <: cl. mmrv" (et tnàmmar ffil a été numéroté 77 de tiômro 
ff numéro 7'); thdddçd ffil a été travaillé avec le fer 77 de hdid fffer77 
<<cl. haduh" ; ibàdda'^ ffil a fait emplette de marchandises 77 de 
6(/«Vi ff marchandise 77 <:cl. bidâ^^atu" ; tsâttarf^ il est devenu habile; 
il a fait le rusé, l'intelligent 77 de 6'apr ff malin 77 < cl. sâliru" ; etc. 



(i) 



Au sens figuré du iat. ferôcîre ce être arrogant». 



MORPHOLOGIK. 



17! 



VI 

VEUBES TRILITÈRES AU \V THÈME 

(RÉFLÉCHI DU GAUSATIF). 

Cl. tarâhana cf il a pariée? > trâhçn. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSigUR. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3" p. m. . 
3'=p. f... 
2' p. m. . 
2" p. f. .. 
1 " pers. . 


(ardhana 

tardhanat 

larâhnnta 

tnrâhdati 

taràhânlu 


X> trdhçn. 

> Irdhnei, 

> tràhént. 

> trâhénté. 

> tràhént. 

AORISTE. 


tardhanû 

(larâhdnna) 

tarâhmitum 

[taràhantûnna) 

tarâhânnâ 


;>> trdhnu. 

Irdhnu. 
> trâhéntu. 

tràhéntu. 
;> tràhénna. 


3*^ p. m.. 
3° p. f. . . 
2" p. m. . 
3"^ p. f. . . 
i"pers. . 


yalardhanu 

tatardhanu 

tatardhanu 

tataràhani[na 

'atardhanu 


>> [h)ijolrâhçn. 
>■ (Ijilofi-dhçn. 

> [b)telrdhçn. 
] > {h)tetrâhnè. 

> [bô)trdhçn. 

IMPÉRATIF. 


yataràhann\_na\ 

[yalaràhdnna) 

talaràhanû\iia^ 

[tatarâhànna) 

natardhanu 


> [b)yetrdhnu. 
{b)yetrdhnu. 

> {b)lÇtrdhnu. 
{b)fefrdhnu. 

>> [m)netrdhçn. 


2*p. m. 
2«p. f. 


tardhaa 
tardhanî 


> trdhçn. 

> trdhnè. 


tardhanû 
[tarâhânnâ) 


> trdhnu. 
Irdhnu. 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin 
féminin 


inutarâhinu^ 
mutardhinatu 


> môtrdhçn. 
" > niôtrdhné. 


nmtarâhintna 
[nmtarâhindtu"] 


> môlràhnin. 
) motràhnin. 



Ce qui a été dit des verbes faibles et forts du HP thème s'ap- 
plique également à ceux du VP thème. Toutefois les verbes de 
ce dernier modèle sont beaucoup plus nombreux et plus vivants 
que ceux du HP; ils conservent à Kfàr'abîda tous leurs emplois 
classiques. 

1. Les verbes du VP thème expriment la réciprocité d'action 
entre deux ou plusieurs sujets. Ex. : f/qâtlu ff ils se sont battus ^^ < 
cl. taqâtalû; tsâlhu ce ils se sont réconciliés^ -< cl. tasâlahù; tbâusu 
wils se sont embrassés •>■) <: *tabâwasù, cf. bas cfil a embrassée? 
<:cl. basa; isâuru cfils se sont consultés les uns les autres '•» <: cl. 
tasâwarïi (sjs-w-rj ; îhâbru wils se sont associés (en parlant 
surtout des laboureurs )t?, cf. syr. ^eôhabbar; tsâivu wils sont res- 
pectivement égaux ^7 <: cl. tasâwïi \\Js-w-y)\ tmâ'^du wils ont 
lutté corps à corps les uns contre les autres w <ccl. tamâddu «ils 
ont tiré chacun à soi^^; etc. 



176 DEUXIÈME PARTIE. 

2. Le VI' thème fournit un passif aux verbes du IIP (hème. 
Ex. : fjqâ-su rrils ont été punisi?, cf. cl. qàssa rril a puni 7? (dial. 
'fqâsds)', ihârçk wil a été béni, félicité?^ (d'où la formule courante 
tethârçh ya'^rîs ffsois béni, félicité, heureux, ô époux?7)<:cl. tabâ- 
rala; f/qâyes wil a été mesuré?^, cf. '/qàyçs cril a mesuré 7? <: cl. 
qâyasa; fâtçh wil a été blâmé??, cf. ''âtçh ce il a fait des reproches 
à quelqu'un?? <: cl. "cUaba; tmâpl ffila été différé, retardé??, cf. 
mâpl wil a différé (un payement)?? < cl. mâlala; etc. 

3. Il supplée quelquefois le P"^ thème tombé en désuétude. 
Ex. : tnâwdl ce il a reçu TEucharistie, il a attrapé un objet?? <::cl. 

ianâwala y\/n-w-l); Hâwdh ffil a bâillé?? <: cf. taBaaha;tzâhçr wil a 
paru?? ■< cl. tazâhara; etc. 

li. Il sert parfois de réfléchi proprement dit. Ex. : twâdd'' ffil 
s'est humilié?? •< cl. tawâda'a; tnâzçl ril s'est montré accommo- 
dant?? << cl.tanâzala ; etc. 

5. Enfin il sert assez souvent à exprimer le sens de feindre une 
qualité ou un état; dans ce cas il s'agit la plupart du temps de 
dénominatifs. Ex. : tmâivdt ?? il a fait le mort -< ci.tamâwata ; fâma 
efil a fait l'aveugle, il a fait le naïf?? <:cl. ta*^âmà; îsâpr'^^'i ce il a 
usé d'babileté pour rançonner quelqu'un, il a fait le malin??, cf. 
sâtdr ff habile?? «< cl. sâûnC' ; ilâidf ^(\\ s'est montré bienveillant, il 
a fait le gracieux, l'aimable?? de //</?? aimable?? < cl. /«///w"; iyâsem 
ff il a fait l'ignorant, le niais?? de ysîm ff ignorant, stupide??; tfâsdJi 
ffil a visé à l'éloquence, il a fait l'éloquent?? <::cl. tafâsaha; etc. 



VII 

VERBES TRILITERES AU VIP THÈME 

(RÉFLÉCHI À N- PRÉFIXE). 

Cl. inhâsara «û est cassé?? ^nkàsar. 

SINGDLIER. PLURIEL. 

CLASSIQUE. DIALECTAL. CLASSIQUE. DIALECTAL. 







PARFAIT. 






3*= p. m. 


inkfisara 


> nkfisar. 


inkasarû 


> nkâsru. 


3' p. f. . 


inkdsarat 


> nkâsrçt. 


( inkas(ivna ) 


nkdsru. 


2" p. m. 


inkasârta 


> 'nksârt. 


inkamrlum 


> '"iikaârlu. 


a" p. f. . 


inkasârli 


> ''nksârté. 


[inkasarlûnna 


) 'nksârlu. 


i"pers. . 


inkasnrtu 


> 'nksârt. 


inkasnrnâ 


> 'nksârna. 



('^ Le thème laqaltala afTecle quelquefois, mais rarement, ce sens; cf. 
tèdttar. 







MORPHOLOGIE. 


1 






AORISTE. 






3" p. m. . 
3" p. f... 
a* p. m. . 
2" p.f. .. 
1 '" pers. . 


ydnkaairu 

tdnkasiru 

lânkasiru 

taiikasiii[na\ 

'dnkasiru 


;> (J))yçnksçi\ 
>> (b)lénksçr. 

> {b)lé)\kçsr. 

> [h)lehkésré. 

> [bymksqr. 

IMPÉRATIF. 


yank(mril[na] 
(yankasiriia) 
tankasiriï[na\ 
( fankast'nia ) 
nânkasiru 


;> (b)yeiikésru. 
{b)yonkpsru. 

> {lj)lenkésru. 
{f))lçiikésru. 

> [m)nénksçr. 


2° p. m. 
a^p. f. 


inkdsir 
inkdsirî 


> nkçsçr. 
>> nkésrê. 


inhâsirû 
[inkasirna) 


>> nkèsrtu 
nkésru. 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin 
féminin 


mûnkasiru^ 
mûnkasiratu* 


(manque), 
(manque). 


miinkasirîna 
munkasirâlvJ^ 


(manque), 
(manque). 



177 



A. VERBES FORTS (AU VIP THEME). 

Comme au P"^ thème, la conjugaison des verbes forts au 
VIl^ thème est en gros identique à celle du classique. Toutes les 
formes dialectales, sauf celles qui ont été expliquées à propos du 
P thème, proviennent directement de celles du classique. 

L'accent conserve partout la place qu'il occupait en classique, 
sauf naturellement à la 2^ personne féminin singulier, aux 2® 
et 3^ personnes masculin pluriel de Taoriste où, par suite de 
l'abrègement régulier des longues à la finale, l'accent a reculé 
jusqu'à celle des voyelles brèves précédentes qui s'est maintenue; 
ex. : cl. tanlasirî[na\ fdu seras cassée ?7 , c.-à-d. *tankasin :>-*tankasrï 
> tenhésrê; yankasirû\na\ , c.-à-d. ^yankasirù >- ^ijankasni >- yenhésim ; 
etc. 

L' i bref prothétique du parfait et de l'impératif classiques 
disparaît purement et simplement, parce qu'il est atone et suivi 
d'une syllabe accentuée et parce qu'en outre notre parler ne com- 
mence pas en principe un mot ou une syllabe par un phonème 
purement vocalique (cf. plus haut, p. 89). D'où le groupe de 
deux ou de trois consonnes consécutives qui sont conservées à Kfar- 
^ibîda sans aucune disjonction : ex. : in/âtaha ffil a été ouvert 77<: 
iifàteh; inhadà^lu crj'ai été trompent) :>''^nhdàH^^\ 

Au parfait, la voyelles bref, qui portait en classique l'accent du 
mot, est toujours conservée avec son timbre pur; ex. : wfAtaha cr ils 
ont été ouverts 71 ^nfâthu; inhadà''nâ crnous avons été trompés 71 
:>'nhdà''na; inhadà''ti crtu as été trompée it» :>'^nhdci'tê. 

A l'impératif et dans quelques formes de l'aoriste, la voyelle a 

^') L'existence de nkésçr à côté de ''iiksar montre que le parler hésite entre deux 
partis : admettre ou ne pas admettre trois consonnes au début du mot. Le fait 
qu'il s'agit de sonantes a également ici son importance. La sonante prend 
en effet facilement une initiale vocalique. 

PARLER DE KFAR'abÎDA. 13 



178 DEUXIÈ^IE PARTIE. 

appaiienaiil à la racine el porlant Tacci^nt passe à ç^^^i (hnàla fa- 
vorisé par IV de la syllabe suivante); ex. : infàlih ff ouvre-loi ^7 >• 
nJètçJi; y(mfaliM\na\ ce il s'ouvrent •>:> >- (hjyenfôthu. 

En face des impératifs réguliers nhi'ser<:c\. inkâsir ( masc. sing.) , 
iikésrê <: cl. inhàsirï (fém. sing.) et nkésru << cl. inhàsirû (masc. 
pi.), notre parler présente quelquefois les formes 'fiksâr, 'iihsi'rêet 
"nksçni analogiques des ksâr, kséré et kscni du P*" thème. 

Le participe actif (type munqâtilu") du Vil*' thème n'a laissé au- 
cune trace dans notre parler; cette disparition complète s'explique 
par le fait que le VIlHhème a généralement le sens du passif. 
En outre, le participe passif lui-même (type munqatalu") a tou- 
jours été, sauf dans quelques rares verbes, remplacé dans les 
verbes forts par celui du 1*"" thème (type inaqlâlti")', ex. : maksûr 
(et rarement môvkser) tf cassé 7?; mafiûh fc ouvert 7?; etc. 



B. VERBES FAIBLES (VIP THEME). 

a. Initiale faible. — Le Vfl'' thème est représenté à Kfar'^abîda 
par plusieurs verbes à première radicale ' ou w. Ex. : riazar ffil a 

été pris en location ^^ (y/'-i-îvc louerai); nàsef ce il a été regrettée? 

(V^ -*:/ ff regretter 77); nwàzç^ ffil a senti de la douleur ?7 

\\J w-z-" ff souffrir 77); nwàse'jq ffil a été chargé (bateau) 77 

\\/ w-s-q ff charger 77); etc. Tous ces verbes ont une conjugaison 
à peu près régulière en ce sens que le hamza garde partout sa 
valeur de consonne et que w garde également sa valeur de 
semi-voyelle toutes les fois que la voyelle qui le suivait s'est 
maintenue; ex. : ww^r/i V^ cf elle a souffert77 <::*inwaza%t , mais nuzàH 
ffj'ai sou(fert77 <c::*inwazâ'^tii. 

L'impératif a ici une double forme également usitée; ex. : nivèzç^ 
ou nuzâ'' ff souffre 77, etc. 

/S, Médiate faible. — Les verbes mediae iv ou y sont assez nom- 
breux pour le Vil" thème dans notre parler. Ex. : nlâni ffil a 
été blâmé 77 y\/ l-w-m ff blâmer 77); n'/qâs ffil a été mesuré 77 

\\/q-y-s ff mesurer77); etc. La conjugaison de ces verbes est 
à peu près identique à celle du classique; ex. : nlâmu ffils 
ont été blâmés 77 <:.*inlâmu; nba't cfj'ai été vendu 77 ■< cl. inbâUu 

{s/b-y-*"); {b)yenlâni ffil sera blâmé 77 '<.*yanlâniy ; etc. ^^^. 

Le participe passif (type îniiqUilu") , identique en classique au 
participe actif, est usité à Kfâr'abîda dans tous les verbes mediae 



('^ Qui passe à son tour à e en syllabe fermée non finale. 
(^^ Cl", par ex. mqàsû cfils sont mesurés». 



MORPHOLOfilR. 1 79 

w OU y au VU" tlioinc ol sert partout de [)articij)c pas.^il" (lyprs 
maqùln" et maqUu") aux verbes mcdiae iv ou ?/ dont le partiel |)e j)assit' 
au I*' tlièuie est toin])é en désuétude dans notre parlei*. I^^x. : 
monl)(t^^^ ff vendu r» << cl. munhà^n'' \\/l^-y-^ (f vendre r»); mônhân 
ffolTensé^i de nhârK^'û a été offensé ^7 y\/h-w-n w mépriserai); momâf 
ffvu^7 de mâf wil a été vu^^ (ys-w-f ffvoirn); mondâm fftrcs 

malade^? àQndâm ce il est très malade^? \\/d'y-m ff violenter 7^); etc. 
On rencontre à Kiar^'abida pour le VIP thème un seul verbe 
medtae ' : c'est nsaal wil a été demandée? qui conserve partout son 
hamza et se conjugue exactement comme sa al rril a demandé ^^ <c 
cl. sâ'ala (P'' thème) auquel il sert de passil". 

y. Finale faible. — Les verbes à 3° radicale faible ont au 
VIP thème un certain nombre de représentants dans notre 

parler; ex. : nsajqa w il a été arrosé 77 \\J s-q-y cr arroser 77) ; 

nmàha wil a été effacé ^7 (sjm-h-w cf effacer 77); etc. Ces verbes 
ont une conjugaison particulière, assez différente de celle du 
classique. 

Au parfait, à la 3^ personne masculin singulier, la dernière 
voyelle est toujours a et provient régulièrement de à long clas- 
sique; ex. : nddna wil a langui 77 <:cl. ind/mà \\/d-n-y). Mais à la 
3^ personne du pluriel, apparaît toujours un y réintroduit par 
l'analogie : nmâhyu wils ont été effacés 77, au lieu de *inmdhau^^\ 

(ym-h-w). 

Ce y apparaît aussi à la 3® personne du féminin singulier, mais 
facultativement et dans quelques verbes seulement : ainsi nmâhyçt 
ffcUe a été effacée 77 est usité à côté de nmàhçt; par contre, ndànçt 
réelle a langui 71 n'a pas en face de lui de forme %dànyçt. Ici le 
parler semble hésiter entre les deux foi'mes nmaA^^ (régulière) et 
nmâhyçt (analogique). Tandis que le type analogique l'emporte 
sur le type régulier au I*"" thème des verbes tertiaey, au VIP thème 
c'est le type régulier qui l'emporte la plupart du temps sur le 
type analogique, puisque celui-ci ne se rencontre actuellement 
que dans quelques verbes. Le parler hésite également aux i""^' et 
2*^' personnes du parfait d'une part entre les deux formes clas- 
siques, "ndnâina wnous avons langui 7? <cl. indanâinâ, "ndnâit 
wtu as langui 17 <:cl. indanâita, etc., et d'autre part celles qui 
sont analogiques et qui réduisent la diphtongue ai, "ndnina, 
^ndnît, etc. (cf. plus haut, p. i5i). 

^*^ Le sentiment qu'on a du morphème du passif a emptkhé n de passer à 
m bien qu'il fût en contact avec la labiale h. L'action dissimilatrice de m initial 
a pu contribuer à cette conservation. — A Châmât on prononce mômba. 

(-^ Le verbe mahà n'existe pas en classique au VII* thème. 

19. 



180 DEUXIÈME PARTIE. 

A Taoiisle, la voyelle longue finale ï passe régulièrement à è 
dans tous les verbes du type qatala : yaqtilu (cf. bakà : yabkï); 

ex. : (b)yén/inê rril est courbe' 7^ •< cl. yânhanï y\/h-n-w), etc; mais 
elle est remplacée (analogie avec le P"" thème) par la voyelle a 
dans les verbes du type qatila : yaqlalii (cf. nasiya : yansâ); ex. : 

{b)yénhsa^i\ est craintif Wl}~^~y) '•> {in)néîf sa « nous sommes oubliés ^î 

\yn-s-y); etc. 

S. Verbes III"" geminalae. — Les verbes à 3^ radicale identique à 
la 2^ se rencontrent fréquemment au VIP thème dans notre parler, 
lisse conjuguent ge'néralement comme en classique, sauf aux i""" 
et 2^' personnes (masc. et fém., sing. etpl.) du parfait où, comme 
au P"" thème, apparaît la diphtongue al; ex. : n/qdssâit tf tu as été 
coupé 77 en face de cl. inqasàsta, cf. dial. ^^of s ai/ w tu as coupé?? 
au lieu de cl. qasdsta, etc.; mais on dit à Taoriste {b)yerijqàs- 
ff il sera coupé?? <c. cl. yanqdssu. Ici, à la différence du P"" thème où 
il passe à g (e), a garde toujours son timbre pur. 

s. Verbes douhlemenl faibles. — Notre parler possède le VIP thème 
de plusieurs verbes doublement faibles qui se conjuguent comme 
le VIP thème des verbes analogues dont il a déjà été question; 
ex. : nèàwa ffil a été rôti?? (ys-w-y fr rôtir??); nlàwa ce il a été plié?? 
<C cl. intdwâ (yt-w-y ff plier??); etc. 

Remarques communes aux VII" thèmes des verbes forts et faibles. 

Le VIP thème est avec le IP un des thèmes les plus usités à 
Kfar'^abîda, état de choses bien différent du classique où nombre 
de racines verbales ignorent ces deux thèmes. 

1. D'une façon générale, le VIP thème sert de passif au 

P' thème. Ex. : nbâ" ffil a été vendue? << cl. mkfrt yj^~y-^ 

ff vendre??); nVbw/ ff il a été fait??, au lieu de cl. Wimila [\/^-m-l 

ff faire??); nwdhçb ffil a été donné??, pour cl. wûh'iba [\/w-li-b 

ff donner??); nddrab ffil a été frappé??, pour cl. ddriba y\/d-r-b 

ff frapper??); nhdka ffil a été raconté??, pour cl. hûkiya \\Jh-k-y 
ff raconter??); nfdlçl ffil a été paralysé d'une moitié du corps??, pour 

cl.fûliza (sj f-l-z : fâlizu", cf. TrXrj^ts); etc. 

9. Il sert assez souvent comme réfléchi proprement dit, c'est- 
à-dire qu'il exprime une aclion dont le sujet et l'objet sont iden- 

li(]ues; ex. : nhdna ffil s'est incliné?? -< cl. inhdnà [yh-n-y ^m- 

cWiiai' •)->)\nbdsal ffil s'est réjoui?? -<cl. inbdsata [\/ b-s-t ffé^jaycr??); 



MORPHOLOGIK. 



181 



3. Il supplée au I"'" thème dans un cerlain nombre de verbes 
où celui-ci est tombé en désuétude à Kl'ar'abîda ; ex. : nzàrah wil 
estblessé?^, pour cl. zàriha; ru'idçm cril a disparu, il ne s'est plus 
trouvé-'-', pour cl. "^ûd'una; nwazç^ ffil a éprouvé de la douleur?? pour 
ç\.w(izi'a;nk<'isçf i^Wasi éclipsé (en parlant du soleil, de la lune)?? 
pour cl. kdsaj'a; etc. (Ici encore le sens est généralement passif 
ou réfléchi.) 

A. Il se rencontre parfois à la place et aussi à côté du V® thème ; 
ex. : iiliiisar cfil est cassé??, pour et à côté de ihàssar < cl. takàs- 
sara; nfûtçh tfil s'est ouvert??, pour et à côté de tjàtlçh ^cl. tafàt- 
Uiha, 

5. Il remplace assez souvent le VHP thème qui en général est 
moins usité, on va le voir, dans le parler de Kfar'abîda que le 
VIP thème; ex. : nhàl^ wil est mouillé??, en face du cl. ibtâlla; 

nwàsal (fil a été lié avec. . . ??, en face du cl. lîtàsala [s/w-s—lj', 

ntàka (^' w il s'est appuyé contre . . . ?? en face du cl. ittàkaa [s/tv-k-'j ; 
etc. 

VIII 

VERBES TRILITÈRES AU VHP THÈME 

(THÈME À 'T- INFIXE). 

Cl. ihtâmala te il a supporté ?7 > htânidï. 





SINGULIER. 


riURIEL. 




CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3** p. m.. 


ihldmala 


> hlâmdl. 


ihtàmalû 


> htàmlu. 


3^. f... 
2* p. m. . 


ihlâmalai 
ihtamâlla 


> htàmlçt. 
;> htmàlt. 


(ihtamàlna) 
ihtamàltmn 


htàmlu. 
> htmàltu. 


2" p. f. . 


. ifUamàlli 


> htmàltê. 


[ihtamallûnna 


) htmàltu. 


i"per3. . 


îhtamàllu 


> htmàlt. 

AORISTE. 


ihtamàlnd 


:>> htmàlna. 


3* p. m. . 
3"= p. f. . 
2* p. m. 
9^ p. f. . 
i"pers. . 


yàhtamilu 

tàhtamilu 

tàhtamilu 

tahfamili[na] 

'àhtamilu 


> {h)yéhtmdl. 

> {h)téhtmdl. 
>- {h)téhtmdl. 

> {h)lehtàmlè. 
;;> (b)ohlmdl. 


yahtamilû[na] 

i^yahtamilna) 

tahtamilû\_na^ 

[tahtamilna) 

nàhtamilu 


:> {h)yehtàmlu. 

{h)yehtémlu. 
>=> (b)tehtumlu. 

{b)tehtàmlu. 
> {in)iiéhtmdl. 



^') L'influence analogique dans ntàha est pour quelque chose mais il s'agit 
essentiellement ici d'une différenciation phonétique : tt >> nt (cf. p. Go). 



182 DEUXIÈME PARTIE. 

IMPÉRATIF. 

9" p. m., ilifiimil '^htçmdl. ihtmmln "^ htômiu. 

9"p. f. .. ihu'nnill "^ htumlê. [■ihlamiliia) hlèmlu. 

PARTICIPE ACTIF. 

masculin mûhtamilv!^ > nwhtmol. muhtamiUna > môhtomlin. 

féminin mûhtamilatu" > môhlémlè. [muhtamilâtu^) môhlomlin. 

A. VERBES FORTS (VHP THEME). 

Les observations faites sur les verbes forts au VIP thème s'ap- 
pliquent toutes au VIll*" thème : même conjugaison , même accen- 
tuation, même constitution syîlabique et souvent mêmes emplois 
dans Tun et dans Tautre. Le Vl!l^ thème est pourtant moins usité 
que le VIP, qui a quelquefois empiété sur son domaine. 

B. VERBES FAIBLES (VHP THEME). 

a. Initiale faible. — Des verbes classiques, à initiale faible, au 
VHP thème le ])ai'ler de Kfar'^abida ne présente plus que trois 
ou quatre qui ont comme i"' radicale iv assimilé, comme en 
classique, à t; ce sont: ^làljed cril a été uni, il a été d'accord 

avec. . . -n <zc\. ittàhada y\/w-h-d cfêtre seul, identique?^); ^tàda'^ 
ffil s'est humilié^-) <: cl. iltàda^a [yUv-d- crhumilier^^j; ^tàjd'jq (à 
côté de Itâjyjq) cril s'est accordé avec quelqu'un?-» < cl. iltâfaqa 

\\^w-f-q retrouver profitable [une chose]?-)). La conjugaison de 
ces verbes est à peu près identique à celle du classique. Il faut 
remarquer cependant que le groupe classique U perd une partie 
de sa durée toutes les fois qu'il est immédiatement suivi (à l'ao- 
riste) d'une consonne ou qu'il est lui-même initial de la forme; 
ex. : [m)nél^hçd ^ nov\s> serons d'accord •>•) <c:cl. natlâhidu; ^tâhdu (dis 
se sont mis d'accord^? <cl. illàhadà; etc. 

Le parler possède également au VHP thème deux verbes à 
i'"*' radicale ' [hamza)\ ce sont : Hilhed c? il a été pris??, cf. cl. ittàhada 

{\/'-h-d ff prendre??) et ^lâhçl ce il a été mangé?? [sj'-k-l w manger??). 
L'un des deux / représente le t infixe caractéristique du VHP thème, 
et l'autre la i""*" radicale \ assimilée en / (cf. cl. ittàhada pour 
^ilahaâa). L'allongement de la voyelle a, qui suit le groupe tt, est 
certainement dû à l'analogie de l'aoriste de ces deux verbes au 
P' thème; exemple : (l))ijâlol rril mange?? <: cl. yahulu, (b)ijâhod 
ffil prend?? <:cl. yahmlti, etc.^^^. 

^^) Cf. Marçais, Saïda, M. S. L., XIV, p. /i35; — Cf. Landbbiig, Proverbes el 
Dlcloiis, ]). lai et if??î, passa<jo suivant lequel les formes dialectales 'ifilcçl el 
' liVjç.i auraient subi rinlluencc de la forme passive arauiéenne elJipe'el. 



MORPIIOLOGIK. 



183 



/S. MédiaJn faible. — Tandis que ies verbes modian \ au 
Vlll"' Ihèine, n'ont laissé aucune trace dans noire parler, ceux à 
2" radicale ir et y ont encore un cerlain nombre de représentants. 

Exemple: hlâr tfil a clioisi de préférence r) <cl. iluâra [s/h-y-r 

ffcboisir^^j; htâz ecil a eu besoin de 77 <c. ci. ihUiza y\/ h-w-zj ; rtâb 

wil a eu des soupçons sur (juebju'un^^ <: cl. irtâlm \yr-tj-b 

ff soupçonner quelqu'un 1?); ""lad ffil s'est habitue' 7? < cl. i^lâda 

(sj'^-w-d ff prendre l'habitude^); etc. La conjugaison de ces verbes 
est à peu près conforme à celle du classique; exemple : htdnia 
ffnous avons choisi 7? <c:cl. ihtàmà; hlàni ffils ont choisi -«î <:c1. 
ihtâni; {b)yehlâr fcil choisit ^7 <: cl. yahtâru, etc. L'impératif 
masculin singulier fait cependant exception et présente une 
voyelle longue analogique ^^^ ; exemple : htâr ffchoisis^i, en face 
du cl. ihtàr. 

y. Finale faible. — Les verbes à 3° radicale faible sont assez 
nombreux à Kfar^abîda et se conjuguent à peu près comme ceux 
du VIP thème. Exemple : slâra ffil a acheté 77 <: cl. istdrà 

\\/s-r-y); sthâina fcnous avons désiré ardemment^? <cl. istahàinâ 

ysj s-li-tv) ; [b)yé''lîié ffil prend soin de.v << cl. y aplani \\J^-n-y)\ 
mais stàryçt ffelle a acheté i-», par opposition avec cl. istàrat; slàryu 
ffils ont acheté?^, paropposilion avec cl. i.stâraii, etc., formes dans 
lesquelles un y analogique apparaît, comme au Vil*' thème, 
aux 3^' personnes (féminin singulier et masculin pluriel). 

S. Verbes III"^'^ geminatae et verbes doublement faibles. — Notre 
parler possède au VHP Ihème quelques verbes doublement faibles 
et d'assez nombreux III"" geminatae, dont aucun ne présente de 
particularité qui n'ait été signalée jusqu'ici. Exemple : stâd''^ 

ffil est fort ^'j <: cl. istâdda y\/s-d-d)', htàd'^ ffil s'est irrité ^-t <:cl. 

ihtàdda y\/h-d-d); Itàwa ffil est tordu w <:cl. iltâwâ yyl-w-yj] 

stâiva ffil est mûr 77 (-) <: cl. istdwà (\,/s-w;-y); etc. 

Remarques coboiunes aux VHP' thèmes des verbes forts et faibles. 

1. Comme le VIP, le VHP thème exprime, généralement, le 
réfléchi proprement dit. Exemple : ftàhar ffil s'est enorgueillie 

<: cl. iftàhara; htâfa cril s'est caché 77 <:;cl. xhtâfà \\/b-f-y ff cacher •'^j; 



^^^ Ceci tient, sans doute, au monosyllabisme (dialectal) de la forme, tandis 
que dans le verbe fort le parler hésite entre httnâl ou htômdl. 

^-) En parlant des hommes en classique, en parlant des hommes et des fruits 
à Kfar'abîda. 



18/1 



DEUXIEME PARTIE. 



rtâd^ ffil s'est converti, il est revenais 
s'est dit à lui-même ?? <:cl. ifiàkara; etc. 



cl. irtàdda ; ftàkar wil 



2. De même, le VHP thème comme le VIP sert de passif au 
P"", mais beaucoup moins souvent que le VIP. Exemple : htâda wil 

a été converti, bien dirigé?? <:cl. ihtndâ [s/h-d-y (rà'mgevvj; 
ntâzç^ (t il a été arraché, abîmé?? <cl. intâza''a; ''tâmdd ffil a été 
baptisé?? <:cl. i^tâmada ; eic. 

3. Le VHP thème exprime quelquefois la notion de réciprocité. 
Exemple : htâlfu ffils se sont disputés?? <c cl. ihtâla/ii; ztàm\i (à 
côté de stàmSi) wils se sont rassemblés?? <:cl. iztàmahi; htâsmu 
wils ont plaidé les uns contre les autres?? <ccl. ihtâsanm; etc. 

U. Il est actif (transitif ou non), et son complément peut alors 
être direct ou indirect. Exemple : slàra ffil a acheté?? <;cl. 

istârâ; stâka wil a accusé?? <::cl. istâkà \^\/s-k-w); etc. 

5. Enfin , il a même quelquefois simplement le sens du P"" thème. 
Exemple: btàda ril a commencé?? <zihtàdaa (même sens que 
hâdaa); hta'çd ffil s'est éloigné?? <::cl. ihtà\ida (même sens que 
ha^'uda); htâf ffil fut chaud??, cf. cl. hàrra ffmême sens??; etc. ^^l 



IX 
VERBES TRILITÈRES AU IX" THÈME. 

Cl. ihmàrra ffil est devenu rouge?? >>AmaK. 

SINGULIER. PLURIEL. 

CLASSIQUE. DIALECTAL. CLASSIQUE. DIALECTAL. 



PARFAIT. 



P 

P 

P 

P 
'pers 



m. 
f. . 
m. 
f. . 



p. m. 

p.f.. 

p. m. , 

p.f.. 

pers. . 



ihmârra 
ihmàrvat 
[ilimarârta) 
[thmarârli) 
( ihmaràrtu ) 



yahm/irru 

tahmdrru 

tahmàiTU 

tahmarr^na\ 

'ahm/irru 



hmàr'. 

hmàrret, 

hmôrr/iit. 

hmôrn'tilê. 

hmôrrâit. 



AORISTE. 



(Ujyp.hniâr-. 
{b)telimiir'' . 
(b)lçhm('if. 
[h)tfihm(irré. 
[b)6hm(if. 



ih 



ihmarra 



[ihmarârna) 
[ihmarârtum) 
{ilpnaravlûnna) 
(^ihmaràrnâ) 



yahma7TÛ[iia\ 
(yalunaràrna) 
tahntan'û[n(i\ 
(tahnianirna) 
nahinnrru 



(') A la différence du VII' thème, qui est encore productif, 
surtout des verbes hérités de la langue ancienne, mais il n'est 
sens absolu. 



hmarru. 

hmârru. 

hmôrrâitu. 

hmôrrôitu. 

hmorrâina. 



{h)yohmi'irru. 
[I))yehiii('(rru. 
{f))tehm('{rru. 
{Ij)lehm/(rru. 

le VIII' connaît 
plus vivant au 



MORPHOLOGIE. 185 

IMPÉRATIF. 

a' p. m. . ihmârra ;>- hmâr-. ihmârrû ;> hmtirru. 

a'p. f. .. ihmiirrt ';:> hmârrè. (^ihmarûrna) Ijmdrru. 

PARTICIPE ACTIF. 

masculin muhmârru" > môhm'if. inuhmarrînu > mohmarrîn. 

féminin nmhtnârratu'^ ";;>> înôhrnàrra. {muhmarrâtu") moJimarrin. 

Représenté par quelques verbes seulement en arabe classique, 
le IX*" tbènie (type iqtalla) a complètement disparu de beaucoup 
de dialectes arabes modernes, notamment des dialectes magbri- 
bins^^), où il a été remplacé par le XP tlième (type iqtalla). Dans 
le parler de Kfar*^abîda, au contraire, c'est le XP tbème qui 
n'existe plus, tandis que le IX'' possède encore un bon nombre de 
verbes d'un usage courant. Exemple : swàd''^ ff il est devenu noir 7? 
-<cl. iswàdda'^'^^ ; hyàd'- cfil est devenu blanc i? <c:cl. ibyâdda^^^; 
sfcir- ffil est devenu jaune t? <c1. isfârra; zrajqh wil est devenu 
bleu 7? <: cl. izr/iqqa; smàf ffil est devenu brun*»? < cl. ismàrra; 
^^uïr- ffil est devenu '(l'iav [tacbeté de blanc et de noir] 77 (syno- 
nyme de cl. iblàqqa inusité à Kfar^abîda); hvàz^ [h côté de n^'âw.n) 
ffil est devenu courbée? <;cl. i'wdzza'^'^^ \ etc. 

Tandis qu'il désigne généralement, en classique, une qualité 
pbysique stable (^^, le IX® thème sert toujours à désigner, dans 
notre parler, une qualité physique, non en état, mais en deve- 
nir. Ceci est si vrai, qu'on peut partout remplacer le IX® thème 
du verbe par des adjectifs correspondants précédés de sâr ffil est 
devenu 77 <c cl. sâra; par exemple : sâr 'às'jqar est tout à fait syno- 
nyme de s'Iqàf ffil est devenu roux 77 , etc. Du reste, cette dernière 
tournure est très employée pour exprimer les couleurs ou 
les difformités physiques dans les verbes qui n'existent pas 
dans notre parler au IX® thème; exemple; sâr ^àhlçjq ffil est 
devenu tacheté de noir et de blanc 77 , en face de classique iblàqqa; 
sâr 'à\var ffil est devenu borgne 77, en face de cl. i^wârra, etc. 

La conjugaison des verbes au IX® thème est tout a fait identi- 
que à celle des verbes 111'" geminatae au P"" thème. Ceci se conçoit 
sans peine et l'on sait que les grammairiens indigènes anciens (^^ 
regardaient les IX® et XI® thèmes des verbes trilitères (et le 
IV® thème des verbes quadrilitères) comme des verbes ayant les 
deux dernières radicales identiques. Quoi qu'il en soit, toutes les 



(^) Cf. Beadssier, Dictionnaire, Introdact. , p. 9. 

(^) Aucun de ces verbes ne présente dans la racine une consonne faible qui 
soit traitée comme telle. 
(^) Cf. M. CoiiEN, p. 287. 
^*) Cf. S, DE Sagy, Gramm. arabe^, p. 227. 



186 



DEUXIEME PARTIE. 



observations faites à propos des verbes à 3^ radicale identique à 
ia 2® ( type /flrm) s'appliquent aux verbes du IX^ thème. 



VERBES TRILITERES 4U X" THEME (DESIDERA.TIF). 

Cl. istâhsana cril a approuvée ^stâhsçn. 





SINGULIER. 


PLURIEL 






CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


3* p. m. . 
3*p. f. .. 


istâhsana 
islàhsanat 


> stàhsçn. 

> stâhsnçt. 


istâhsaim 
(islahsânna) 


> stàhsnii. 
slâhsnu. 


2" p. m. . 


istahsânta 


> siakséat. 


istahsàntum 


> stahséntu. 


2» p.f. .. 
1 '" pers. . 


istahsdnti 
istahsdntu 


> stakséntê. 

> stahsmt. 

AORISTE. 


{istahsantûnnd) 
istahsânim 


stahséntu. 
>» stahsénna. 


3" p. m. . 
3*= p.f... 
2* p. m. . 
2" p.f... 


yaslàhsinu 
iastâhsinu 
lasUihsinu 
lastahsini[iia] 


> (b)yost('ihsçn. 

> {b)test(thsçn. 

> [b)testahsçii. 
:> {b)testiihsné. 


yastahsinû[na] 
lyastahsînna) 
tastahs{nii[na] 
[tasta/istiuia) 


> [b)yest(\hsnu 
[b)yest('ihsnu. 

> (b)tçsl(ihsnu. 
[b)leslâlisnu. 


l'^pers. . 


'asUihsinu 


> {b)ôsU\hsqii. 

IMPÉRATIF. 


naslâhsinu 


> (iii)nestàhsçn 


9* p. m. . 
2" p. f. . . 


istâhsin 
isUihsinï 


> st/ihsçn. 

> stâhsnê. 


istâhsinû 
[istahsiima) 


> stâhsnu. 
slâhsnu. 






PARTICIPE ACTIF. 




masculin 


muslâhsiim" 


;> môsttihsçn. 


mustahsimna 


> môslahsmn. 


féminin 


muslùhsinala 


' > môst/ihsiié. 


( muslahsiaàtu^ ) 


mostahsnm. 



VERBES FAIBLES ^'^ (X-^ THEME). 

a. Initiale faible, — Les verbes à i''® radicale iv sont assez 
nombreux au X*" thème; e\em])\e : stduzçb ffil a mérité?^ <:cl. 

istàuzaha y\^w-z-bj; slâi/ed^^^^ î» espéré, il s'est promis w (s/iv—d); 
etc. La conjugaison de ces verbes est identique à celle des verbes 
forts en ce sens que la semi-voyelle w est traitée comme une 
consonne forte; exemple : stauzôbna crnous avons mérité 77 <:cl. 
islauzâbnà; (bjijestduzbu tfils mériteront" <: cl. yastauzabu[na]; 
etc.''(2)^ 

''^ Les verbes forts n'appellent à ce thème aucune observation. 

(^) La semi-voyelle w se trouve, en etTct, toujours être ici second élément 
de (liplilonfjue (dans un parler qui en principe, on l'a vu, ne réduit pas les 
diphton«[ues). 



fllOUPHOLOGll-:. 



187 



Los verbes à i"' radicale ' n'ont pas tons réalisé, au X" thème, 
la même évolution dans le parler de Kfar'aljida^'^ : les uns^^^, les 
plus nombreux, ont rétabli leur hamza par analo(jie; exemple: 
slazçn wii a demandé la permissions^ <: cl. istadana [s/^-â-nj; 
stâ'zçr wil a pris en loyer ^^ <:cl. istazara (y -z-r); stâ'nçf^W en 
a appelé (dans un procès) à une juridiction supérieure^? <:cl. 

istanafa ffil a commencé 77 {\/'-n-f); etc.; les autres, moins nom- 
breux que les précédents , ont subi l'analogie des racines à w 
initial; exemple : stàunçs rril est affable, il a vécu dans l'intimité 
de quelqu'un ^7 , cf. cl. islanasa\y^-n-sj\ stàulçf cril a recherché 

l'amitié de quelqu'un 17, cf. cl. istalafa (s/'-l-f)''^^' Un verbe 
enfin, le seul qui soit phonétiquement régulier, a fondu son hamza 
avec la voyelle brève précédente, d'où > a: stâhçl cfil a mérité 7? 

<:cl. istahala [\/'-h-l). Un second verbe doublement faible, 

[\/'-n-y), a d'abord fait la même évolution que le précédent, d'oii 
une forme *stâ7ia, d'où, ensuite, la forme réellement existante 
sfrt/i«a ff il a attendues laquelle est, sans doute, l'équivalent phoné- 
tique du cl. istà'nà. Ici, le redoublement de n est probablement du 
à la tendance du parler à rechercher les syllabes fermées; cette 
tendance s'est réalisée sous l'influence du IP thème 'àtinà, usité 
au sens ffil a fait attendre, il a différé 7?. 

/3. Médiale faible. — Le parler de Kfar'abîda possède le X® thème 
de quelques verbes à 2" radicale faible. Exemple: sfjqâm^W 
s'est tenu droit, elle a été enceinte (femme) 77 <c:cl. istaqâma 

ys/q-iv-m)-, stf'âh wil s'est reposé 77 <:cl. istarâha [\Jr-w-h); st^âr 
«il a emprunté 77 <:cl. istazara ffil a demande à emprunter 7? 

(y *^-«;-rj; st'/qâl ffil a donné sa démission 77 y\/q-w-l); stniâl tfil a 

penchée < cl. istamâla y\/m-y-lj; etc. La conjugaison de ces 
verbes faibles est identique à celle du classique, sauf à l'impéra- 
tif masculin singulier où apparaît, par analogie avec l'aoriste, la 
voyelle longue ï; exemple : le cl. istârih cr repose-toi ?? a en face 
de lui le dial. slrtli analogique de (b)yestnh tfil se repose?? <ccl. 
yaslarîhu^ etc. 

Notre parler connaît aussi plusieurs verbes niediae w ou y dans 
lesquels la consonne faible est traitée comme une consonne forte, en 
ce sens que les w et y ont été maintenus partout, par analogie 

^'^ On a vu, en effet, dans la phonétique que : voyelle brève -\- ' -{-consonne 
aboutit régulièrement à : voyelle longue -f- consonne. 

^-^ Suivant M. Marçais, ces verbes ont subi une influence littéraire, celle 
des vocabulaires techniques musulmans. 

^^^ On a vu que celte analogie s'est étendue à des adjectifs de même racine^ 
cf. ivénçs (cl. 'anisu") et tv/ilf[c\. VZ/u"). 



188 DEUXIÈME PARTIE. 

avec les verbes forts. Ces verbes, à conjugaison forte, sont déjà 
connus dans la langue classique pour le X^ thème, mais beaucoup 
moins que dans notre parler. Exemple : slànvdh ffil a pris cou- 
rage 77 << cl. istârwaha wil a flairée [yr-iv-hj; slàtivdl (n\ a trouvé 
quelqu'un en relard 77, dénominalif de pil fflongueurr» <:cl. 
tûliC' ; sta'yçh ^W a trouvé vicieux, défectueux ?7, dénominatif de 
^àih ffvice, défaut ^^ <cl. *'mhiC; stàhjçn (à côté de stàhwdn) ffil a 
dédaigné, il a trouvé facile^^, dénominatif de hàhjçn ff facile ^^ 
<;cl. hâvyinu"; etc. 

y. Finale faible. — Au X® thème, les verbes à 3° radicale faible 
sont assez nombreux à Kfâr^abîda. Exemple : stàkra ril a pris à 

louage T) -<cl. istàkrà {\/k-r-yj; stàhza cril s'est moqué de quel- 
qu'un 7? <:cl. islàhza'a y\^h-z-j; slàrâa rril a cherché à plaire ?7 
<:: cl. istârdâ \\/r-d-y)'-, stàhla cril a trouvé doux, il a désiré ^^ 
<: cl. istâhlà [\/h-l-w); etc. Ces verbes ont une conjugaison iden- 
tique en tout à celle du classique : stâkrçt welle a louer» <: cl. 
istâkrat; stehràina mous avons loué^? ■< cl. istakrâinâ; (b)yestàkré 
wil louer» <:cl. yastàkrï; etc. — Ici, on le voit, les 3" personnes 
(féminin singulier et masculin pluriel) ne présentent pas, au 
parfait, de y analogique, de même que les i'''^ et 2"" personnes 
(masculin et féminin, singulier et pluriel) ne réduisent pas leur 
diphtongue -ai- en -ï- comme le font les mêmes personnes des 
verbes à finale faible dans les P'" et VIP thèmes (cf. p. i5i 
et 179)0. 

S. Verbes II t^ geminatae. — Les verbes III'"' geminatac, au X^ thème, 
sont très nombreux dans notre parler; ils se conjuguent, exacte- 
ment, comme les verbes dialectaux III"" geminalae au I*"" thème; 
exemple : sfeddàhia ffuous nous sommes préparés ^7, en face du 
cl. ista*^dàdnà (cf. au I*"" thème le dial. ^eddâina rmous avons 
compté ^7, en face du cl. ^adâdnâ), etc. 

On rencontre à Kfar'^abîda un verbe 7//"" geminatae qui a , au 
X^ thème, une conjugaison tout à fait particulière : c'est slajqlçl 

(') M. Marçais me fait observer qu'à In diiïérencc (par ex.) de sU'ikra 
(X* thème), les dialectaux nmûha (VII' thème), stâra (VIIT thème) offraient, 
dans le parler, la même structure syllabiquc et la môme accentuation que hdkp. 
(l'initiale consonne simple ou double est ici né[jligeable) et pouvaient ccrlai- 
nement subir l'influence de sa conjugaison. Du reste, il y a aussi à tenir compte 
du fait que pour le passif, en face de mi)hê, on a nmàha, comme en face de 
râbha «il a bien élevé» on a trâbba et en face de satva cril a égalisé» on a 
tsdwa; par suite, sémaiitiquement , dans la conscience du sujet parlant, le 
VII* thème faisait couple avec le I" comme le V" avec le II', le VP avec le III". 
Même coupe syllabique, affinité sémantique, tout cela réalise les meilleures 
conditions pour une influence analogique. 



MORPHOLOGIE. 



189 



tfil a trouvé modique ^i, en l'ace du cl. istaqâlla. Au parlait, on a : 
stajqlçl cfil a trouvé modi(|ue77 contre cl. islaqdlla, et de même 
slalq'lrt ffcUe a trouvé modi(|ue^7 contre cl. islaqâUat, et stajqHu 
ffils ont trouvé modique ^^ contre cl. islaq/dlii, mais sla/qlélna 
(i'"'' personne pluriel) <c cl. zs/r/T^/^^/zirt, tandis qu'on a sfeddàma 
en l'ace du cl. istiCdàdnà, et ainsi : -qlçl- à toutes les autres per- 
sonnes du parfait : slajqlélt crj'ai trouvé modique 77 <<cl. isiaqlàltu, 
etc. A l'aoriste, on a : [b)ijestajqlçl (3^ personne singulier), en 
face du cl. yastaqillu, tandis qu'on a: (h)\jesféd^ <:cl. yastciHddu^ 
et de même -qlçl- à toutes les autres personnes. A Timpératif, on 
a : stajqlçl (2^ personne masculin singulier) <:cl. isUiqUl, et au 
contraire sta/qHu contre cl. istaqûlu. Tout se passe donc ici 
comme s'il s'agissait de la conjugaison d'un verbe fort et non pas 
d'un verbe ///"'' geininatae. Cette anomalie s'explique sans doute 
par le fait que notre parler a tendu à établir une distinction 
entre ce verbe et un autre verbe également usité, savoir sfjqâl^ 
ffil est indépendant^? qui, au contraire, se conjugue à toutes les 
formes comme un verbe III'"' geininatae ^^'K J 

e. Verbes double ment faibles. — Notre parler possède au X*" thème 
un certain nombre de verbes doublement faibles : slàhwa rril est 

exposé au vent, il a passionnée? <:cl. islàhwà\yh-w-yj\ stâi/a 

ccil a patienté, il a fait attention?? \\/w-^-y); sta/qwa^^West 

devenu fort, il s'est encouragé?? <cl. isiâqwà [\/q-w-y)\ stàdwa 
Cfil a demandé de la lumière, il s'est éclairé??, cf. cl. istadaa 

[\/d-w-j'^ etc. La conjugaison de ces verbes ne présente aucune 
particularité qui n'ait été étudiée à propos d'un des cas pré- 
cédents. 

Remarques communes aux X*^* thèmes des verbes forts et faibles. 

Comme dans un grand nombre de dialectes arabes modernes, 
le X*" thème est très employé di\iis le paiier de Kfar*^abîda; il y est 
même productif et existe aujourd'hui dans beaucoup de verbes 
où ne le connaissait pas la langue classique. 

1. Comme en classique, le X'' thème a surtout la valeur dési- 
dérative et sert à exprimer une idée de recherche, de demande, 
de désir. Exemple : sli'ifhem ccil s'est informé, il a cherché à com- 
prendre?? ■< cl. istâfhama; stazen ffil a demandé pardon?? <ccl. 
istâ'dana; stârda ffil a cherché à cont enter 1? <: cl. istàrdà; etc. • 

(1) sta/fjlçl existe dans quelques parler» magiiribins (cf. M. Cohen, p. 933). 
On a expliqué sa conjugaison par le fait qu'il s'agit d'un dénominatif de 
l'adjectif qaUlu'' ffpeu nombreux 55 , où les deux consonnes identiques étaient 
déjà séparées. C'est la bonne explication suivant M. Marçais. 



190 DEUXIÈME PARTIE. 

2. Jl peut jouer, d'autre paît, le rôle d'un l'éfléchi proprement 
dit; exemple : st^'âd'^ cfil sVst pn'paré^? <cl. ista^'àdda ; stàijqdz^^'^ 

ff il s'est réveillé ■>•> <cq\. isU'àqaza \sj y-q-^) '-, strâh wil s'est reposé ^^ 
< cl. istaràlja ; etc. 

3. Il exprime quelquefois l'idée de feindre un état ou une 
qualité, et dans ce cas il remplace le VP thème; exemple : stàni- 
wdt ffil a fait le mortr), cf. cl. tamâwata; stàmiyd cril a fait le 
malade T), cf. cl. lamârada; etc. 

k. Il prend la place du VHP thème dans quelques verbes qui 
ne connaissent plus ce thème dans notre parler; exemple : stajqna 
cfil a acquis quelque chose??, cf. cl. iqtànà même sens??; stàfjqod 
il a regretté quelqu'un qui est absent?? , cf. cl. ifuïqada; stàjras wil a 
saisi l'occasion??, cf. cl. ijtàrasa; st/Cna wil a fait avec soin, il s'est 
appliqué??, cf. cl. i^tànâ usité également ^'^^ dans le parler (*^<«wa); 
stajqrdh wil s'est approché??, cf. cl. iqtàraba; etc. 

5. Enfin, le X*' thème fournit un grand nombre de dénomina- 
tifs; exemple : stâ^ldd cril s'est fait le serviteur, l'esclave de 
quelqu'un??, dénominatif de ''àbd cr serviteur?? ■< cl. ""âhdu"; 
stàuhçm Cfil est effrayé, il a eu peur??, dénominatif àa wâhm 
wpeur, frayeur??; slàysçm ffil a jugé (pielqu'un ignorant??, déno- 
luinalif de yiism ff ignorance??; sfàda ffil a pris quelqu'un en 
inimitié??, dénominatif de "^dû ff ennemi?? <c cl. "^adûwu"; etc. 



XI 

REMARQUE COMMUNE À L'ENSEMRLE DES VERBES 

TRILITÈRES. 

Comme dans d'autres dialectes de l'arabe moderne (cf. Mar- 
çais, Saïda, M. S. L., XIV, p. ^56), on rencontre à Kfar'^abîda 
un petit nombre de formes verbales qui ne remontent à aucun 
thème existant en arabe classique, mais qui résultent de la 
combinaison du II" thème (quelquefois du IIP thème) avec le X*'; 
ex.: dial. stmànna ffil a désiré vivement i? y\/ni-n-y); sfànna ffil s'est 

appliqué à. . . ?? (v->^); slànna ffil a attendu?? \\/'-n-yj, sur 
ce verbe, voir supra; stnâwdl ffil a pris quelque chose en ten- 

(') Il faut faire ici la même remarque que pour les verbes à i'" radicale w 
employés au X" thème. Le y se maintient en syllabe formée sous forme de 
deuxième élément de diplilongne (i). 

(2) A côté de st'ânna qui résulte de la combinaison du II" et du X*' thèmes. 



MORPHOLOGIE. 191 

danl la main, il a reçu la sainte communion ^7 y\'n-w-lj. Toutes 
ces formes se composent des 11''* thèmes : mannà cr il a lait désirer r), 
^annâ (usité s(uilement au sens de fcil fatigua r)), 'annà ffil a fait 
attendrei^, et du 111" thème : nàwala ril a donné à (juehiu'un 
quelque chose en lui tendant la main 17, thèmes auxquels on a 
ajouté le préfixe caractéristique du X*" thème 6'f-<ccl. isl-. 



XII 
VERBES QUADRILITÈRES. 

Comme Tarahe classique, le parler de Kfar'^ahîda possède un 
grand nombre de verbes (jui n'appartiennent à aucune des caté- 
gories jusqu'ici étudiées. Ce sont les verbes quadrilitères. Parmi 
ceux-ci, les uns présentent un thème fondamental (I), les autres, 
des thèmes dérivés exactement comme les verbes trilitères que 
l'on vient de voir. A cette catégorie de verbes quadrilitères on 
peut ajouter une autre qui comprend un cerlain nombre de ver- 
bes formés, généralement des verbes trilitères, à l'aide d'infixes^^^ 
et appelés, pour cette laison, par les grammairiens de la langue 
classique miilJjaqât ur-ruhâHyi ff quasi-quadrilitères^^. 

Pour l'ensemble de ces verbes nous adopterons la division 
suivante : 

A. Verbes quadrilitères (thème fondamental); 

B. Verbes quadrilitères (thèmes dérivés); 

C. Verbes quasi-quadrilitères. 

A. VERBES QUADHILITÈRES (THEME FONDAMENTAL). 

Cl. bàrhana ffil a démonirév :>bârh§n. 







SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE 


DIALECTAL. 

PARFAIT. 


CLASSIQUE. 


DIALECTAL 


3" p. 111. 


bârhana 


> bùrhçii. 


bârhaiiû 


> bàrhnu. 


3-= p. f. . 


bàrhanat 


>> bàrhnçt. 


{barhdnna) 


bârhnu. 


9" p. m. 


barhdnta 


> barhént. 


barhdntum 


> barhénlu. 


2" p. f. . 


barhânti 


> barhénté. 


( barhantûnna) 


barhéntu. 


1 " pers. . 


barhàntu 


;> barhént. 


barhànnâ 


> barhmna. 



(1) 



Vj II , m , w, y, quelquefois même b. 



19-2 



DEUXIEME PARTIE. 



AORISTE. 



p. m. 

p.f.. 

p. m. 

p.f.. 

pers. . 



yubnrhinu 

tubàrhinu 

tubàrhinu 

tubarhim[naj 

'ubàrhinu 



2* p. m., bârhin. 
2* p. f. . . bàrhinî 



masculin mubàrhinu"' 
fcminin inubârhinatu" 



{b)ibàrhçn. 

{bo)tbàrhen. 

[bô)tb('irhçn. 

(bo)tb(irhné. 

^''^bârhçn. 



yubarhinû[na] 

[yubarkîima) 

tubarhini}[nn] 

[tubarhinna) 

nubàrhiiiu 



IMPERATIF. 



hàrhçn. 
bàrhnê. 



bârhinû 
(barhmna) 



PARTICIPE ACTIF. 



mhàvhçn. 
mbârhnè. 



mubarJdinna 
(mubarhiiiâtu"^) 



{b)ibàrhnu. 

(bybàrhnu. 

[bô)tbdi'hnu. 

{bo)tbârhnu. 

[mo)tibârhçn. 



bàrimu. 
bâvhnu. 



mbarhniii. 
nibarhnîn. 



a. La conjugaison des verbes quadrilltères est exactement 
identique à celle des verbes trililères au I^ thème (intensif). 
La vocalisation suit, dans les deux conjugaisons (IP thème trili- 
tère et verbes quadrilitères), les mêmes lois phonétiques. Le par- 
ticipe actif et le participe passif ont la même forme et ne 
se distinguent Tun de l'autre que par les procédés énoncés à 
propos du IP thème des verbes trilitères, p. i63 et suiv. 

/S. Le P"" thème des verbes quadrilitères est très usité et très 
vivant à Kfar%ibîda; le sens est tantôt transitif, exemple : dàhrçi 
ffil a fait rouler 77 <:cl. dàhraza, hàrtdl ffil a capté -«^ ■< cl. hàr- 
lala, etc., tantôt intransitif, exemple : '^ànfas ffil s'est montré 
arrogant, insolent ^,/rt?y9r ffil a voltigé (papillon)^?, etc. Mais ce 
qui caractérise surtout le thème quadrilitère, c'est la facilité avec 
laquelle il fournit des verbes dénominalifs sur les substantifs ou 
les adjectifs. Exemple : hnryçt ffil a eu des puces 17, dénominatif 
de baryiit ffpuce^-» <cl. huryûBiC'; bàhses ffil a donné un pour- 
boire, il a donné quelque chose gratis^?, dénominalif de bahèîs 
(persan); hàlirçn ffil a eu une crise, il a déliré^?, dénominatif de 
bohrân ff délire 7? <cl. biiJpânu"; hâiif/q ffil est devenu héré- 
tique 77, dénominatif de hariu/qé ff hérétique ^^ •< néo-cl. hartîi- 
(jîyu''; etc. 

y. Comme beaucoup de dialectes arabes modernes ^^^, le parler 
de Kfar^abîda forme un grand nombre de ([uadrilitères à l'aide 
de monosyllabes et surtout des verbes ///''' gcminatae (primitive- 
ment bilitères). Ces quadrilitères ont, généralement, une valeur 
onomatopéique et expriment l'idée de fréquence, de lenteur, de 



') Et de langues sémitiques anciennes, cf. K. Aurbins, article cité. 



MOUPHOLOGIK. 



193 



graduation dans l'action, clc. Exemple : liàhhçh cril a aboyé ^^ 
Q\\ faisan l hâh liâh rrcri du chien ••■); wnsivos rril a parlé à l'oreille w 
en faisant wôê wôs ffcliucliotement^?; nY//''Tv/' cril a parlé vite pour 
ne rien dire^'), en faisant wor wôr (imitation du cri du wurwâru" 
cf oiseau à long bec 77); mjqsçjq fcil a fendu en plusieurs mor- 
ceaux 7-), cf. sajcflf ffil a fendu 17 <::cL sàqqa; làhlçh ce il s'est 
approché par degrés 77, cf. làhh rnl s'est rapproché 77 <c:cl. làhha; 
bâhhdh ffil a bruiné 77, cf. hâlé ffil a aspergé ^7; sàrsçr ffil a laissé 
échapper de tous cotés 77, cf. sâf cfclle a coulé (eau)77 <:cl. sàrra; 
hàsbos ffil a commencé à luire77, cf. bas- cril a brillé77 <:cl. bâssa; 
sàihçil wil a fermé à plusieurs reprises 77, cf. sàè^ (fil a fermé 77 
-< cl. sâdda; etc. 



B. VERBES QUADRJLITERES (THEMES DERIVES). 

Des trois thèmes quadrilitères hérités de l'arabe classique 
laqàtlala ("tabarhana) , iqtânlala [^ ibtarhana) , et iqtalàlla (^ibra- 
hanna), seul le premier est encore vivant à Kfar^abîda et est repré- 
senté par un certain nombre de verbes d'usage courant^^l Ce 
thème suit, dans notre parler, la même conjugaison que le V® thème 
du verbe trilitère [taqattala) et exprime à peu près les mêmes sens 
que ce dernier (passif, réfléchi, etc.). Exemple : tz/i'ze^ ffil a été 
secoué 77 <:cl. taz(i'za''a; tyàndar ffil a été recherché dans sa mise, 
dans sa démarche 77; fàntar ffil a fait le courageux, il a fait le 
héros 77, dénoniinatif de "(mlar ffnom d'un héros arabe très 
connu 77; tjàlsef ffil a fait le philosophe77 -<: cl. tafdlsafa; tràliban 
ffils'est fait moinc77 , dénominatif de ./y'/^C^ ff moine77 <: cl. râhibu"'^^^; 
tjàrnçz ffil a vécu à l'européenne 77, dénominatif defrânzé ff euro- 
péen, franc 77; etc. 



G. VERBES QUASI-QUADRILITERES. 

Le parler de Kfar^abida possède plusieurs thèmes verbaux 
quadrilitères, qui se forment du thème trilitère fondamental par 
infixation, après la i*"® ou la s*' radicale, de certaines consonnes 
(y compris les semi-voyelles). Les quadrilitères ainsi foruiés 
n ont généralement pas le même sens que les tril itères dont ils 
proviennent et y ajoutent une nuance de fréquence, de répéti- 
tion, d'intensité, de transivité, ou encore une nuance péjora- 



^^) Ce sont donc le thème à infixé et celui à U° radicale géminée qui sont 
tombés en désuétude. 

^^^ Le verbe trâhbdii est ici quadrilitère par suffixation de n. Cette sutlixalion 
a commencé dans le substantif, cf. ruhbânu^ «moinew. 

PARLER DE KFAr'abÎDA. 1 3 



lOA DEUXIÈME PARTIE. 

livc, clc. Voici les llièmes de ce ^enre les plus usités cL les plus 
vivants à KiaVabîda^^l 

1. Thème qdutçl^zd. qâutala^'^K 

Le thème (dialectal) qâutel, assez usité en syriaque (cf. sante(p 
te il a associé^^), rare en arabe classique (cf. hauqala ce il a marché 

à petits pas 71, y/i^-^-Zj^estextrêmeûient vivante Kfar'^abîda. Comme 
chez les Vlàd Bràhîni de Saïda où il est très fréquent (cf. Marçais 
op. cit. , p. /i5/i) , il a souvent le sens factitif et équivaut au IP thème 
trilitère {qallald); il fournit souvent aussi d('s dénominatifs. Ex. : 
sàufdr ffil a sifflé souvent •)•), cf. s/ifnr cmI a sifflén < cl. sàfara; 
'^âuker ffil a troublé reau7i,cf. cl. "^/dkara (même sens); bânrdd ril 
a rafraîchi 17, cf. cl. hàrrada (même sens)-, hmmdl wil est plein, 
débordant ( fleuve) r) (^), cf. hdmùlé r? torrent ii < cl. hàmûlatii" 

y\^h-m-l reporterai); hàupr cril a fait changer d'avis, il a rendu 
indécisii, cf. hâtor ce volonté, bon plaisir ?i <:cl. hâtini"; '/qânp'' wil 
est véreux 11 , cf. '/qàtiT cr vei- qui mange les fruits i? et cl. qnta\'' rr ver 
rougeâtrei?^'^); hâayod cril ne peut plus voir ses petits (animal)ii, 
cf. bàyyçd et hàyad (même sens), cl. hàyada wil est détesté ii; 
nàusçr cr elle s'est ouverte, elle est incurable (plaie)ii, cf. cl. nàsara 
ffil a ouvert, il a percé (un abcès)i->; mmiyçr^ dénominalif de 
myâra w caverne 17 <: cl. ?«rt7«ra/M"; dàubdl wil se ferma (œil), il est 
fanéii , cf. dçhol (même sens) < cl. dàbala;Jdutçr wil s'est fâché, il a 
pleuré au point que ses lèvres pendaient^, cf. ç\. fàuira cril est 
mou , lâche n ; mander cr il fut gâté (œuf) ii, cf. cl. in/utira et syr. nf^ar 
(même sens); hdwy'jq rril a fait très chaude, cf. cl. hàrraqa tfil a 
brûlé à grand feui?; yqdus^'' tril a commencé à voir 71 cf. dial. '/qèse*' 
fcil a VU17; ddiihes ^r lia éic affeclc d'un panaris (doigt)??, dénomi- 
natif de di:il. dûïiâs (cf. cl. dâhusu"), rappr. cl. dàhasa (même 
sens); mdulçs cril est mort, il a séché (mûrier)??, cf. màlçs cril a 
plumé, épiléi? et surtout mâlâs ffcourtilière (s'attaquant au mû- 
rier)?? (•^). 

Le thème iaqâutala, réfléchi de qâiitala, est également assez 

(') On n'a pas jugé à propos de faire une caléjjoric spéciale pour les thèmes 
à / infixé, très pou noml)reux. En voici un exemple : nn'iltdli cril lécha, masti- 
quai, à côté (le mâlah moins usité (dans le même sens), cf. c\. faUaha à côté 
dej'alaha et dial. bnltoh à côté de cl. halaha. 

<'^) Infixalion d'un u [=w) après la première radicale. 

(■'') On emploie éjOalement h/hiniol dans l'expression : h/iunidl çl-mdij.raz «la 
herse a amassé au-dessous d'elle beaucoup de paille et s'est soulevée??. 

^*^ Le t, au lieu de t, s'explique par l'influence de class. qata'a «il coupa?? 
(étymologie populaire. Mamçais). 

^'') On peut ci 1er encore .sVfjtjf/- «il s'enflamma (feu)??, de dial. sa jar (mémo 
sens) provenant de syr. èyar craccendit, inflammavit??, cf. ar. cl. saiara et il 
cliauffa (un four), etc.??. 



MOHPIlOLOfilK. l\)ô 



10! 



usité à klar "^abîda; ex. : Cmilar ffil a eln troublé n, cl", '^âiiker ce il 
a troublé ^i; thâurad ffil a pris le Irais, il a été ralraichiiî, cf. 
hiiHVi)d ffil a ralraicbir»; etc. 

2. Thème qàlwdl<^ç\.. qatwala^^K 

Le thème </«/w«/fl , usité égalementen classique, mais encore plus 

rarement que qnutala , cL r/<^f/m;rifm ffil a précipitée y\/((-h-r) ^Gsih. 
Kfar'^abîda aussi fréquent que le précédent et il a [généralement 
les mêmes significations que lui (en particulier il forme comme 
lui des dénominatifs). E\. : kàhvok ffil a pelotonné^i, dénominalif 
de kâ^'k (persan) ffgimblette77;yj«Ws ffil a pleurniché 7-), cf. nâ\is 
ffil a poussé des cris-»i; dâhwds ffil a fourré i^, cf. cWms (même 
sens); 'Iqàrwds ffil a divagué, il a parlé pendant son sommeil r) 

\\/q-r-sj\hàhwds ffil a fouillé ii , cf ^rz/ms (même sens); bâhwds ffil 
a troué à plusieurs endroilsn, cf hàhas ffil a trouer»; zà^wod ffil a 
froissé, il a chiffonné, il a frisé (les cheveux) 7?, cf cl. zci^^'ada ffil 

a frisé (les cheveux) ^ \yz-''-d)\ Wwdk ffil mâcha 77 (^ixvecmétathèse), 
cf. cl. ''alaka, voir p. 2/1, etc. 

Le thème réfléchi taqâlwala est quelquefois usité lui aussi ; ex. : 
tzâ'^wdd ffil a é(é froissé?'), cf zà\vdd ffil a froissée; tWwss ffil a été 

mâché ??, cf Wwùs ffil a mâché 77 yjl—s fcmordre^); etc. 

3. Thème qàitçl<::Q\. qàitala^'^K 

Le thème qàitala, rarement usité en classique (cf. bâkara ffil a 
exercé fart vétérinaire ??), bien plus souvent en syriaque [sàibar 
ffil a supporté 1?) et dans quelques dialectes arabes; modernes (cf. 
Marçais, Saïda, M.S.L., XIV, p. 455), est à Kfâr^abîda moins 
fréquent et surtout moins vivant que les représentants de qàutala 
et de qâtwala (^). En voici cependant quelques exemples : sàibdk 
ffil a mis furinal à l'enfanta , dénomin. de sâibdk ff urinai d'enfant 17 

[\/s-b-k ff fondre un métal et le verser dans un mouler)) (^^); 'jqà'M 

ffil a cherché avec soin?? \\Jq-b-l ff accueillir??); tàUç^ ffil a fait 

monter??, cf. cl. tàlla^i (même sens) (\/M~^ ff monter??); bai^^d ffil 

a éloigné??, cf bà'^'^ed <: cl. ba^'ada (même sens), \yb-^d)\ 'jqàiyd 

ffil a fait asseoir?? y^q-''-d ff s'asseoir ??) ; lài^çb ffil a joué avec 

^^) Infixation d'un w après la deuxième radicale. 

^-' Infixation cfun {{= y) après la première radicale. 

^^) On a aussi en classique quelques exemples de qatyala; ce type n'existe 
plus à Kfâr'abîda non plus que le type [*qatlaya) '^ qallâ qui existe encore 
en Algérie. 

(*) M. Marçais soupçonne ici un vocable étranger. 

i3. 



196 DEUXIEME PARTIE. 

quelquun^^ [\/l-''-b ffjouer^î); hàîkai' ffil a mesuré avec un com- 
pas77, dénomin. de hûâr rrcompas^i issu par dissimilation de cl. 
birkâru"; etc. Rappelons encore dâyçd, p. 61. 

à. Thème qûrtçl-^z cl. qàrtala^^\ 

Comme en classique et surtout en syriaque (cf. R. Du val, 
p. 181), on rencontre dans le parler de Kfar^ibîda un certain 
nombre de verbes quadrilitères du type qnrtala avec r infixé 

après la i""" radicale. Ex. : sârbak^^^ cril a embrouille' ?7 \\Js-h-h 
ff s'embrouiller 77); yàrmos cril a égratigné à plusieurs endroits 77 
cf. yànids câl a égratigné^?, provenant par assimilation de sonorité 
du cl. hàmasa; zàrdem ff il a dépouillé un os de sa chair 77 <; cl. zârdama 
w il a complètement rongé (ver) 77 \\Jz-d-m (^com^crv)-^ bârdeh cril a 

poli, il a civilisé 77 y\/b-d-h c? élever en dignité 77); sàrbot crelle fut 
en rut pendant le mois de février (chatte)77, dénominalif de sbât 
rdéynew; fàr'/qd" ffil a fait claquer ses doiglS77 <z c\. .farqa''a 

(v{/"î" /7 'I^I^'^'fi? ^il s'est accroupi les cuisses rapprochées du ven- 
tre 77 <:cl. qàrfasa \\q-fs ff ramasser ^7) ; Idrseh wil a csti"opié77 
[\/k-s-h ff avoir les pieds et les mains infirmes 77); bâr^çt (bâtp^) 
ffil s'agita, frétilla à côté de 77, cf. b/ùit cril s'agita en lous sons, se 
dissipa (enfant)77; kârtç'' ffêtre contractée (main), maladroit 
(homme)??, cf. cl. kàla^a ce il fut contracté, se contracta 77. 

5. Thème qàtmol (ou qâmtçl) ■<: cl. qâtmala^^K 

Comme il a été dit dans la phonétique, notre parler possède 
plusieurs verbes avec m infixée après la a'"^ ou la i"^® radicale. 
Ex. : mci'mdk wil a trituré 77 (\Jm-'^-k w frotter 77); sârnidt wil a mis 
en lambeaux 77 y\/s-r-t ff déchirer 77); 'jqàrmdt ffil a rogné avec les 

dents 77 \\Jq-r-t ff couper en petits morceaux 77); 'Iqnrmds ffil a 
mangé des choses sèches 77, cf. '/qàms ffil croqua (un fruit) 77 
-< cl. qàrasa ffil a coupé??; hàmdçr ffil mugit, cria, fit du 
bruit...??, cf. cl. hàdara (même sens); ^(in(S(f'/q (usité sur- 
tout sous la forme fàmç'jq) ffil a suspendu quelqu'un en l'al- 
lacbant par les mains??, cf. cl. "^àsiqa ffil a été amoureux, il s'est 
attaché à. . . ??; etc. 



(') Infixalion d'un r après la première radicale. 

('^) Cf. kirkii cjnpnmlé au syriaque, voir p. 3o. La forme sârhdk cfii ora- 
l>rouilla57 peut être une coalaminalion dos cl. kâbalm fril s'embrouilla 77 el sârahu'* 
fflaqueusw. Il en esl de même de malioh (avec /) ffil lécha, rumina", cf. ma- 
/rt/i (orijjine syriaque) et malat, sens vul^jaire : ccmastiquerw. 

(') Infixation de m après ia première ou la deuxième radicale. 



MORPHOLOGIE. 197 

G. TiiimE qànlçl'<c\. qàntaïa^^K 

Comme il a élé dit plus haut (p. 70), le parler considéré 
présente également quelques verbes quadrilitères à n infixée 
après la i"^*" radicale. Ex. : sânhçr ril a ronflé ?7 (y ^s-/i-î^ cr ron- 
fler 17); zàmJel ff il a jeté par terre 77 y\/z-d-l w jeter par terrer»); Ju'mzlé 
w sorte de danse ^7, cf. cl. hdzala tfil marcha en saulant77; zânfos 
wil est devenu acre, acerbe 77, cf. zçfds w acre 77; sanfçhf^ïl a jailli 77 
(lait), cf. c\. sâhaba^^K 

7. Thème qâtlçn<z* qàdana^^\ 

Le parler de Kfar^abîda possède un assez grand nombre de 
verbes quadrilitères à n suffixée. Ce sont généralement des dé- 
nominatifs. Ex. : zrtVm ffil a taquiné, il a été trivial, il a plai- 
santé77, dénomin. de z^âldé ff homme mal élevé, avare, taquin 77; 
U'msçn ffil châtra 77, cf. cl. u'mwasa (même sens) > dial. U'mtvds ffil 

étourdit 77; sândçn cfil a fâché, il a mis en colère 77 y\/s-w-d ffêtre 
noir, surpasser en dignité 77 ) ; sâlbdn (r il a rasé , il a paré 77 , dénomin. 
de èàlhê c? barbier, élégant ^7 < turc celebi ^gentilhomme, poli 77; 
râuhen^'^'i ril a donné du courage 377, dénomin. de n/A w esprit, 
souffle, âme 77 <:cl. rùlm"; etc. Mais c'est surlout au thème ré- 
fléchi tqàtlçn ■< * taqàilana que notre parler possède un grand nom- 
bre de verbes quadrilitères avec n suffixée. Ex. : twàlden cril a plai- 
santé, il a fait renfant77, dénomin. de wàlçd tf enfant 77 << cl. wà- 
ladu"; thdrsan ffil est devenu muet77, dénomin. de ^àhras ffmuet77 

<: cl. ^ihnisu; ts/mden fdl s'est fâché, il a boudé 77 y\/s-w-d, voir 
plus haut); etc. 

8. Thème qâtbdl^z^qâtbala^^^ 

On rencontre à Kfâr ''abîda quelques verbes quadrilitères avec 
b infixé après la 2™^ radicale (rarement après la i*^^ radicale). 
Ex. : zàfbdt cril dépouilla quelqu'un de ses habits77 dédiai, zàlbl 
(même sens); "àrbdè ff il a grimpé (sur un mur, sur un arbre. . .)77 , 
[\/^-r-s ff grimper sur un treillis [en parlant d'un cep de vigne] 77); 
sàhbdr ffil a noirci quelqu'un 77, cf. êuJjhâr cf terre noirâtre, suie 77 



(^) Infixa lion de n après la première radicale. 

(^) Cf. sôfb ff jet de laiir) , et avec infixation sanyûh (même sens). 

(^) Suffixation de n. 

(*) trauhçn ffil a repris confiance, courage, elc.77,cf. syr. 'fôr^w/ifln «cupivit, 
animo desideravit». M. Marçais m'apprend qu'il y a, sur ce point, une longue 
élude de M.Landberg dans son ouvrage : Jeder thut was ihm Jàllt. 

(^) Infixation d'un b après la deuxième radicale. 



198 DEUXIÈME PARTIE. 

< syr. ènhhârâ rr charbon w; bâ^bos (fil a abîmé quelque chose à 
force de le toucher-»:», cf. bâ'^as ce il a trompé quelqu'un, il a fait 
perdre à quelqu'un quelque chose^^; hàblel^^^ rril a arrondi, il a 
façonné en boulettes ^^ y\Jk-t-l, au IP th. hàltala ffil a ar- 
rondi, il a amoncelé^?); 'jqàsbdr wil a ramassé et enlevé furtive- 
ment des débris de bois 77, cf. cl. qâèara ffil a pelé, décortiqué, 
écossé?7. 

9. T ahiE snqtel<::*sâqtala^^\ 

Sous l'influence de la langue syriaque ^^\ notre parler possède 
quelques verbes comportant un s prolixe. Ex. : èâhlef ^nl a émondé, 
il a ébranché (un arbre)^7,cf. syr. sahle(p^i\n changé, il a trans- 
formév ; sdndef ((i\ ïi lancé, il a poussé loin^ [\/n-d-f repousser r,y^ 
sàfter ffil a boudé, il a pleuré au point que ses lèvres grossissent 
et avancent 17 [sjf-t-r)-, cf plus haut fmder, p. 19^; k'mlel ^r\\ a 
rendu quelqu'un perplexe, digne d'être bafouer \\Jn-t-l wrépri- 

mander^-)); èa/qleb ce il a culbuté, il a bouleversée y\/q-l-b)^ sur 
ce mot cf. p. 35 (''^; .salheb ffil brûla de soif, de chaleur^, cf. syr. 
Hdlhe^ fraccendit, inflammavit^"), 1"' thème inusité ^l'he^ rrarsit 
(llamma)^^, ar. cl. lahiba (il brûla, flamba). 



XIII 
LE PASSIF. 

Gomme la plupart des dialectes arabes modernes, le parler de 
Kfar'abîda ne connaît plus le passif a simples alternances voca- 
liques ^'^L II l'a toujours remplacé, ainsi qu'on l'a vu, par les 
thèmes réfléchis, nolamment par le VU" thème. Par exemple, 
pour rendre la notion exprimée par le cl. dùriba fâl a été 
frappée, on a recours à nd/irab rril a été frappé 7?; de même 
on supplée au cl. hûmmila cril a été chargée par le V® thème 
ihàmmdl (même signification), etc. On s'explique sans diffi- 
culté la disparition du passif dont l'existence dépendait unique- 

(') L'infixalion de h est ici après la première radicale. 

(2) Préfixalion d'un s. 

(^) Une forme analojjue en cfl'et existe en arabe classique, bien qu'elle soit 
très rare {sdqlaba)^ mais elle a un s. Le s est donc nécessairement dû k une 
influenfe du syriaque. 

('') Il ne semble pas que sdlinç'jq wbraire» comporte la même explication: ce 
n'est sans cloute en cllct ([ue la combinaison clos formes classiques sahaqa et 
7ia]uuia ff braire", couibinaison favorisée, il est vrai, par l'existence des Ibèmes 
(juadrilitères en s- imités du syriaque. 

(^) qulila en face de qalala et de même aux autres thèmes. 



M()iu»n()riO(;iK. 



199 



meut (riino vocalisation dolicato consorvce en classique, mais 
dont on a [)ei'(lii de bonne iieiiie le sentiment dans les pail(;rs 



vuijjaires. 



Pourtant le passif a laissé quelques traces à Kfar^abîda, mais 
c'est surtout dans des formes nominales rattachées au verbe. Le 
participe passif du verbe trilitère au P" thème (type maqlûhi") est 

encore très usité; ex. : madrùh cffrappeS-) <: cl. madrnlm" \\Jd-r-bj\ 

mallHhr ce écrite^ < cl. iiiallùJxilu" (\Jk-l-b)^ etc. En outre, quelques 
participes passifs des thèmes dérivés restent distincts des parti- 
cipes actifs dans le voisinage des emphatiques; ex. : mzârrab 
ff tenté n <: cl. muzàrmhu" , mais mzàrrdh ^^ [QnidiWi-fi <:cl. muzârrUm" 

de zàrroh cril a tenté i:» <cl. zàrraha \\Jz-r-h)\ myâUa ff couverte, 

mais myàiic rr couvrant?") de yàtia <c cl. yàtià (yy-t-w)^ etc. 

La distinction de l'actif et du passif se retrouve même dant 
quelques verbes trilitères à l'aoriste. Ainsi, au parfait, 'jqètçl cril a 
tué ^7 et né'/qd cfil a transporté^? représentent les cl. qdtala et 
nàqala; en revanche, à côté des aoristes dialectaux yo'/qlol cril tue 7^ 
<: cl. yàqiulu eiym^qol ce il transporte?? <:;cl. y/mqidu, on rencontre 
les aoristes à sens passif î/«Y<//6?/ ffil est tué^? et yùnjqdl ffil est 
transporté, il se transporte?? <: cl. yûqtalu clyunqalu; ceci se ren- 
contre dans un petit nombre de verbes. La distinction est encore 
plus sensible dans les deux verbes suivants : yn^l'nj ^^ il est connu ?? 
et yujqra ffil est lu??, qu'on emploie l'un pour l'autre dans le 
proverbe suivant : hnahiûb yujqva (ou bien yû'^rnf) mon'^enwânii cda 
lettre est lue (ou connue) par son adresse?? -^ ce c'est à ses fruits 
que l'on reconnaît rarl)rei?. On rencontre également ibât <z ci. 
yiibâtu, aoriste passif de bâla cfil a passé la nuit?? dans le pro- 
verbe : rylf borytf ulmbàt zârdh nVm ffpain pour pain et ton voisin 
ne passera pas la nuit ayant faim??; de même encore yifta dans 
tjii'ta-lu bâl ffon y fera attention^?, littéralement ce sera donnée à 
lui attention??. 



CHAPITRE II. 
NOM. 



I. CE QUI RESTE DE LA DÉCLINAISON. 

Comme tous les dialectes arabes modernes, le parler de Kfar- 
^abida qui perd phonétiquement les voyelles finales, ne conserve 



200 DEUXIÈME PARTIE. 

actuellement aucune trace de la flexion casuelle. Par exemple, 
les formes dialectales kalb cfcliiem) et mkâttb cr lettres 7^ repré- 
sentent le nominatif classique kàlhu" et malâllhu, l'accusatif AY^i^^a" 
et maJiâtîba, et le génitif kâlhi" et malàliha. Seuls le contexte et 
la construction font connaître le rôle du nom dans la proposi- 
tion. 

Au pluriel externe, les trois cas sont représentés par -în, qui 
est la forme de Tancien accusatif-génitif de ce nombre; ex. : 
Mlsîn ^r assis 7? (pi.) provenant de zâUsîna, dont le nominatif était 
zâlisûna. Au duel également, les trois cas sontreprésentés par la 
forme de l'accusatif-génitif; ex. : htâhàin ce deux livres 77 <c:cl. Jcità- 
bàmi^^\ etc. Ces deux finales sont tout ce qui reste de la décli- 
naison (^^. 

IL GENRE. 

L'arabe classique connaît, on le sait, dans les noms comme 
dans les verbes, trois genres : le genre masculin, le genre fé- 
minin et le genre commun. Notre parler, qui possède encore ces 
trois genres dans les verbes^^^, ne connaît plus que les deux pre- 
miers dans les noms. Le genre commun a donc complètement 
disparu dans le nom. Les quelques substantifs qui étaient de 
genre commun en classique sont devenus à Kfar^abîda en grande 
partie masculins; le reste, féminin. En outre, quelques mots clas- 
siques féminins (sans indice de ce genre) ont été ramenés au 
genre masculin. Ainsi se manifeste une tendance à restreindre 
le féminin au profit du masculin; on va le voir. 

Ce qui distinguait les noms du genre féminin de ceux du 
genre masculin en arabe classique était : 

1° Un indice de féminin; 

9° Le sens intrinsèque; 

3° L'usage. 

Nous allons passer en revue cbacune de ces catégories de 
noms féminins pour nous rendre compte des cas dans lesquels 
notre parler est en accord ou en désaccord avec la langue clas- 
sique. 

(') Nominatif /«7âiânj. 

(^) De même en persnn rindicc du pluriel -an vient de l'ancien génitif plu- 
riel en -ànâm, cl il est Tunique roslc de la riclie déclinaison de Pindo-iranien. 

(•■') Les 1"' personnes du siii<julier et du pluriel el. les r^"' et 3*' personnes 
plurielles dans noire parler sonl du genre commun. 



MORPIIOLOOIIÎ. 201 

i° Noms caractérisés comme féminins par un indice approprié. 

a. Comme en classique, les subslanlifs et les adjectifs sont 
à Klar'abîda du genre féminin toutes les fois qu'ils sont pourvus 
de rindice -<?■ (-rt) ('^ <: cl. -atu". Ex. : hdlbê rrchienne^ <C cl. hâl- 
baiu''; sdb^a fc lionne 7? <: cl. sàb^'atu'' cr femelle de bête féroce 7-); 
rajqbê ffcou^^ < cl. ràqabalii" ; hUra ff grande 7-) ■< cl. labiralu"; 
etc. L'indice -é est, on le sait, à l'état construit -t (-?/); ex. : 
Jcâlbtçk ffta chienne^ <: cl. hàlbatu-ha; rà'jqbolna ce notre cou^ 
-<cl. râqabalu-nà (cf. Annexion). -^ ' 

Les quelques noms masculins classiques à indice féminin, 
tels que halîfatu" w successeur 7-), '"allâmatu" cMrès savant^^, ne sont 
plus représentés à Kfar'^abîda que par un seul exemple: dâhyê 
fftrès intelligent?? <:cl. dâhiyaîu". 

(3, Comme en classique aussi, quelques substantifs et adjec- 
tifs du singulier, terminés dans le parler par la voyelle -a (repré- 
sentant cl. -au ou -à non radical), sont toujours du genre fémi- 
nin. Ex. : hèbnja w orgueil?? <: cl. Mbriyau ys/k-b-r) ; sàhra ff champ 
de concombres?? <:cl. sahrau ff plaine vaste et déserte?? (v/?-i^-r); 
dimya (à côté de dénè) ff mondes? <cl. dûnyà \yd-n-y [w]); sàiula 
ff noire?? <: cl. saudau \ys-W'dj\ ^ai(/rt ff blanche?? <: cl. baiilau 
\\Jb-y-d)^ etc. 

y. Les adjectifs féminins du type qatlà qui ont au mascu- 
lin la forme qatlânu n'existent plus à Kfar'^abîda; on y supplée 
par la suffixation de l'indice caractéristique de féminin : sakrânu 
ffivre?? est à Kfar^abîda au féminin sehrânê au lieu de cl. sàkrâ; 

etc. (2). 

9" Noms caractérisés comme féminins par leur sens propre. 

a. Comme en classique, tous les noms propres de femmes 
et les noms communs qui désignent des êtres femelles sont à Kfar- 
^abîda du genre féminin. Ex. : bont w fille?? <:cl. bintu"; mâryen 
«"Marie?? <ccl. mdryamii; '^rus (à côté de V«se") ff épouse?? <:cl. 
^^arûsii" ff épousé, épousée??; 'om"^ ffmère?? < cl. \immii" ; fâras 
«jument?5 <:: c\. fàrasu" ; etc. 



(^) Après les emphatiques ou les faucales, etc; voir p. 121. 

(^) Déjà en arabe classique les adjectifs du type qatldnu faisaient quelquefois 
(comme ceux du type qatldnu'') leur féminin sur qalldnatu'^ à côté de qdtlà 
(cf. S. OE Sacy, Gramm. ar.^^ p. 35 1). 



20-2 



DEUXIEME PARTIE. 



/S. Sont également féminins, comme en classique, lous les 
noms de provinces, de villes, de villages. Ex. : Diô.sr crEgyple^? 
<::cl. misrii; "jqèhrm ffCliypreii ■< oX.qûbmsui^àa gr. KuTrpo?); balrut 
rf Beyrouth •>> ; hàleb ffAlep^?; hdrtz ff Paris 77; /ya/ ff Feghâl ^t (vil- 
lage) (^^; etc. 

y. La plupart des noms indiquant les parties du corps qui 
sont doubles. Ex. : Vmz croeil?:» <cl. "âinu"; rézl (plus souvent 'êir) 
tf pied 75 < cl. nzliC"; yùiV' (plus souvent 'là) w main 77 <<cl. yâdu"; 
kétf w épaule 7-) <c cl. hâtiju"; fàhd tf cuisse i^ <: cl. fcilidu"; zénd 
ffavant-bras?7 <cl. zrt^îrk". 

Le féminin classique ^ûdnu" r oreille ^^ est souvent remplacé par 
le diminutif ^«m^" <: cl. 'mtainahf ; on a cependant quelquefois 
pour y correspondre le dialectal 'ndn, également féminin. 

Les féminins classiques hàddii" crjoiie^^ hâjfu" ff paume de la 
maini^, qàdaum" wpied, pas 7^ sont passés dans notre parler au 
genre masculin; on dit par ex.: hâd''^ 'âJimar (^ joue rouge v, kàj^ 
îvâsf wmain large ^7, etc. , jamais ^Md''- hàmra, *kâff wâs\i, etc. 

Le féminin classique sâqu" crjornbe^? n'est pas usité au singulier 
dans notre parler, mais il Test, au pluriel brisé, sf/qâti^cl. sïqânu", 
lequel équivaut, on le sait, à un collectif féminin singulier. 

S. La plupart des pluriels brisés et quelques-uns des noms 
collectifs sont à Kfar^abîda du genre féminin. Ex. : 'Iqlâb fr cœurs 77 
<:cl. quMbu'', sing. '/qàlb < cL qàUm" ; "^zâijeh rr miracles 17 -< cl. 
\izaibu, sing. '^zîbc'<:c\. "^alibatu"; hâil ^ chevaux?? < cl. hâilu" ; 
yànem cf moutons?? <: cl. yànaimi" ; etc. On dit par exemple 'jqlûb 
''/qâsi/è ffdes cœurs durs-»?, ''iihjeb /./>/re" rr grands miracles??, Ihàil 
btéilod ffles chevaux trottent??, lyànçm rfyel ffles moutons ont 
brouté??, etc. 

e. Les substantifs samâlu" crvent du nord??, zanûbu^ wvent 
du sud??, qabûlu"^ fvent de Test?? et dabiini" cfvent de l'ouest??, qui 
étaient, comme tous les noms des vents en classique, du genre 
féminin, n'existent plus àKfar^abîda; on y supplée parles adjec- 
tifs de relation suivants, employés la plupart du temps comme de 
vérital)les substantifs (naturellement masculins) : sniâlé wvent du 
nord?? < cl. samâlhju" cf septentrional?? de smâl wnord?? < cl. 
mmâlu" ; yàrbc rrvent du sud-ouest?? < cl. yarUyu" rr occidentaL? 
de 7«rèffsud, sud-ouest?? <:cl. yârbu'' ce occident??; sàrjqè wvent 
de Test?? <: cl. kirqiyu" ce oriental?? de sàr^'lq ff orient?? <:cl. sàrqu^; 
bàhré ce vent de Touest?? <: cl. bahrîyu" ff maritime, marin??, de 

^ ) Nom oxtrémement ancien; cf. dans la Grèce antique O/ja'A-e/a (en Ar- 
cadie). 



!MOUPHOL()(iIK. 203 

h/ilir r^mo.v^ <:c}. hahru". Pour (lési|}ner le vont du sud-est, on se 
Fort de préférence à Kfar^ibida de li/iwd (-'/(jôhlé <:cl. hawau 
/- (jiblati; de même on se sert souvent du juot sliVj(i pour désigner 
le vent de l'est, le sirocco (tous deux sont masculins) (^^. 

3° Noms uniquement féminins par l'usage'^'^K 

Notre parler a conservé avec leur genre quelques-uns des 
noms classiques qui ne sont féminins que par l'usage. Ex. : 
V//y/ cr terre 17 <:cl. 'ârdti"; 'àfa cf vipère 77 •<:c\. 'àf'a"; zhànnçm 
ff enfer 17 <: cl. zahànnamu; sâms ?<• soleil 77 <: cl. sàmsu^ ; ^âsa «•bâtom? 
<cl. '^dsa";nâfs rr âme^i <i: cl. nàfsiC'; sàma cr ciel 77 <:cl. samau"; 
trf/q w chemin 17 <:cl. tarîqu''; sMîn cr couteau 77 <: cl. sihJdnu" ; 
nâr o-feu-ii < cl. nâru"; rûh crame 77 <: cl. rûhu'' ; dâr (quelquefois 
masculin) cf maison 17 <cl. dâru'\ Tous les autres substantifs clas- 
siques du genre féminin ou du genre commun sont passés dans 
notre parler au genre masculin. Ex. : 'lqmj.s fcarc^? <:cl. qcmsu" : 
'ârneb ff lièvre i-) <: cl. 'âïTiabu"; bîr ce puits (sing.)'^ << cl. bfrii"; 
hàrb ffpuerre-'') <:; cl. hârbu": hàmr wvin-»-) ■< cl. hàmru" : hânsat' 
ff doigt auriculaire 17 <: cl. hinsiru" ; dér^ r cuirasse 77 << cl. dirSi" ; 
dàlu cr seau 77 <: cl. dàhvu"; dra^ fcbras?-) < cl. dirâSi"; dçhçb cfom 
<: ci. dâhabu"; rth fcvent?-) <c:cl. rî/iu"; sén" fcdent'*» <:cl. sinnu"; 
dàb" ff hyène 77 <:cl. dcib''u"; do}'' cf côte 77 <:cl. dïhi"; fid ff ogre 77 
<: cl. yûlu"; kâs ff coupe ^7 < cl. ha su"; /rers ff ventre 79 <: cl. Mrsu"; 
môlh ffsebi <c cl. milhu"; nàH ff souliers, semelles 77 <: cl. nAHu"; 
bâhçm ff pouce 7? (^), cf. cl. 'ibhâmu"; ^osba"" ff doigt ?•> < cl. 'ûsba'^u'' ; 
znâh r aWe 1^ < cl. zanâhu" ff côte 77; hâl ff état 77 <:: cl. hâlu"; hânûl 
ff boutique -«î <: cl. hànûtu"; sûUom ff échelle 77 ■< cl. sûUamu"; siV/q 
ff marché, rue 77 <c cl. sûqu"; s^r ff orge 77 < cl. èa^ru"; ^ûrs ff noces -i? 

< cl. Sirsu"; V^sf? ff miel77 <: cl.*^rtsrtiw"; ""ajqrab ff scorpion 77 < cl. 
^âqrabu" ; '^unjq ffCOU77 <:cl. ^ûnqii"; ^jqôdr ff marmite •>7 <:cl. qidru" ; 
Isân ff langue 77 <: cl. lisânu'^; Mil ff nuit 77 < cl. lailu" ; mosk ff musc 77 

< cl. misîi'u". Quelques-uns de ces noms du genre féminin (ou 
du genre commun) devenus exclusivement masculins dans notre 
parler se sont donné des féminins au moyen de l'addition de 
l'indice habituel : -é < cl. -atu". Ex. : 'àrnbê ff lièvre ( fe- 
melle) ^7 <c cl. 'àrnabaîu"; dâb^a ff hyène ( femelle )i7 de dâb''; yûlè 
ff ogresse 77 de yûl; nciHê ffune semelle, un fer à cheval 77 de 



('' Dans hatvau" ffventj? '(provenant de y) est radical et non suffîxal. 

('^) On passera ici en revue tous les substantifs encore usités à Kfar'abîda 
qui étaient en classique, uniquement par l'usafije, du genre féminin ou du 
genre commun, c'est-à-dire pouvant être indifTéremment féminins ou mas- 
culins. 

^^) On l'a déjà vu, bâh§m représente le plur. cl. 'abdhimu, et non le sing. 
'ibhâmu'\ 



20 A DEUXIÈME PARTIE. 

nrt*/(^); ^'ajqrbê r scorpion ( femelle )7') <: cl. ''(iqrahaiu'' ; ^/qodrê 
ff marmite en terre cuite ^7; kè^sê w estomac, ventricule 77; d/dwê 
ff petit seau en bois 77; dol^a w côte 77; etc. ^^\ 

Remarque I. — Les noms des lettres de l'alphabet, qui sont en 
classique du genre commun, sont actuellement à Klar^abîda, 
(sauf z qui est masculin) du genre féminin. On dit, par ex. : 
'alâfiwîlê, etc. 

Remarque IL — Les différents adjectifs des types qatidu", qa- 
tîlu", miqtîlu'', etc., qui étaient en classique du genre commun, 
sont tous, à Kfar 'abîda, du genre masculin; ils forment leur fémi- 
nin par l'addition pure et simple de l'indice caractérislique -ê 
<: cl. -atu". Ainsi les cl. qatîlu" et sahiiru", qui signifient indiffé- 
remment frtué77 et ff patient ^7 ou bien cftuée77 et ffpatiente^7, ne 
s'emploient à Kfar^^abîda que pour le genre masculin; ils pren- 
nent au féminin la forme /qtîlê Kinéei^ et sbûra rr patiente77. 



m. NOMBRE. 

Le parler de Kfar\Tbida possède, comme la langue classique, 
trois nombres : le singulier, le duel et le pluriel. 

A. DUEL. 

Le duel, par lequel nous commençons, est encore très vivant dans 
notre parler et se forme, à la différence de beaucoup de dialectes 
arabes modernes, sur. tous les singuliers de substantifs. On le ren- 
contre parfois greffé même sur certaines prépositions et certains 
adverbes; il sert alors à affirmer plus énergiquement ou à insister 
sur une chose; ex. : ^minàm, dans yâsh ^annâmek cren dépit de 
toi, malgré toi deux fois 77 au lieu de cl. yàsha'' "^àn-ha marraiàini; 
^endàin dans ^'endàinu f^il a certainement = chez lui sans aucun 
doute 77 au lieu de cl. Hnda-hu. . .; etc. 

La désinence dialectale du duel est toujours -«m<cl. -aini, 
qui s'ajoute purement et simplement au substantif singulier. La 
diphtongue -ai- n'est jamais réduite à -ï-, ce qui empêche 

(') Singulatif de na'l w semelles » , p. 9o3. 

(^) Il s'est donc passé dans noire parler exactement ce qui s'est produit dans 
les difîérenls dialectes indo-européens où, suivant la doctrine de M. Meillet H 

{M.S.Ij. , t. XiV, p. ^78-/479), les féminins en -os (hL/âifus, gr. Çvyos etc..) 
ou bien ont conservé leur finale -os mais sont devenus masculins, ou Lien 
ont fjardé leur |^enre féminin mais ont été remplacés par des Ihèmos en -à. 



MORPHOLOGIE. 'i()5 

d« confondre, comme cela a lieu dans d'antres dialectes mo- 
dernes, le duel et le [)lui'iel externe en -in. En revanche, il y a 
eu perle du cas nominatil' (classique -àni) remplacé par le cas 
[jénitil-accusatir. Ex. : htâhàin crdeux livres 17 <: cl. kilâbdlni, au 
sens de ce dernier et aussi au sens de kitàbâni, duel de ktâb < cl. 
litâbu" ; yaumâln t<- deux jours -«^ <: cl. yauinàlni , duel de yàum <c: cl. 
yâunm" ; ba/qrlâm^denxMxches-)-) <: cl. baqaratâini, duel de bâ^/qm 
<c:cl. bdqaralu"; etc. 

Le mot zàuz wdeux, une paire^^ (métalhèse du cl. zâuzu") n'est 
en usafje que dans la numération des paires (et on emploie avec 
lui un pluriel interne et non le duel); ex. ; è^^^jfîrr deux unités, une 
paires-», tnâin'^^^ rcquatre unités, deux paires ^7, llâlè^^^ ffsix unités, 
trois paires 17, etc. Le même z/mz est souvent employé devant les 
noms collectifs; ex. : zàuz bajqar cfune paire de bœufs 1?; zàuz 
had ffune paire de chevaux, deux chevaux 77; etc. 

Comme en classique, la désinence -nin perd son -n final dans 
les noms de parties paires du corps lorsqu'on lui annexe un pro- 
nom sufïixe; ex. : 'îdâik rrtes deux mains 17, Hnàiijê crmes deux 
yeux 77; etc.; mais on dit 'idàln zâré wles deux mains de mon voi- 
sin ^7 (et non pas *'ïd((i zârè, comme on le fait dans la langue clas- 
sique); le -n ici s'est introduit par analogie. 

Le mot V/m cfœil77 -<cl. ^/?Vm" fait au duel (et au pluriel) 
^ïnàin avec réduction de la première diphtongue -ai. Cette réduc- 
tion s'explique par une dissimilation : a-a ^>e-a, d'où ^''ehiahi 
> Hnàiji. C'est également de la même façon que s'explique la 
forme qu'on rencontre dans notre parler à côté de damtam cr deux 
oreilles 77, duel de dame, à savoir dmâ'm^^\ forme qui s'emploie 
indifféremment aujourd'hui (de même ^Inàhi) comme duel ou 
comme pluriel. 

Remarque. — Le duel n'a laissé à Kfar'^ahîda aucune trace dans 
les adjectifs; ceux-ci se mettent toujours au pluriel lorsqu'ils 
se rapportent à des substantifs au duel; ex. : baitâ'm kbâr crdeux 
grandes maisons 77 en face de cl. baitami kabîràini; sentàin kcïndin 
ff deux années entières 77 en face de cl. sanatâini kâmilatàini; etc. 

B. PLURIEL. 

Il y a en arabe classique, on le sait, deux sortes de pluriels, 
dont l'un se forme sur le singulier à l'aide de suffixes et l'autre à 
l'aide d'infixés ou d'alternances vocaliques. Le premier est appelé, 



^^^ C'est-à-dire zauzâin. 
^^^ Sous-enlenda iwâz. 
^^^ Cest-à-dire *'uctain-àini, du climinatif 'ucîainatu"^ ~>- daine. 



206 DKLXlkME PARTIE. 

par les gramiuairions de l'arabe ancien, pluriel sain ou régulier et 
le second pluriel brisé ou irrégidier, A la suite des dialectologues 
modernes, j'appellerai dans ce travail pluriel externe celui qui se 
l'orme par sulîixation ei pluriel interne celui qui se l'orme par infi- 
xation ou utilisation d'alternances vocaliques anciennes. 



1. Pluriel externe. 

f.es suffixes dialectaux qui caractérisent le pluriel externe sont 
à Kl'ar'abîda au nombre de trois : a) -în; /S) -è; y) -ât [-âtY^\ 

a. Suffixe -m<;cl. -îna (gén.-acc). 

Le dialectal -în est le représentant régulier du classique -îna 
caractéristique du cas génitif-accusatif pluriel; il marque indif- 
féremment à Kfar%Tbîda, comme dans tout parler arabe moderne, 
les cas nominatif, accusatif et génitif, le sullixe classique -ûna 
qui caractérisait le nominatif ayant complètement disparu. Cet 
-îna s'adjoint, comme en classique, à un grand nombre de sub- 
stantifs et d'adjectifs et leur donne le sens du pluriel (s'ils ne 
l'avaient déjà). 

1° Comme en classique, le suffixe -în est ajouté à tous lés 
participes actifs et passifs des verbes (forts ou faibles) trilitères 
ou quadrilitcres, à n'importe quel thème, lorsqu'ils ne sont pas 
employés comme substantifs. Cette forme de pluriel est devenue 
à Kfar'abîda commune au masculin et au féminin (^l Ex. : hànilîn 
reportant •'7 -< cl. hâmilîna, pi. de hâmd ■<. cl. hâmilu'^ ; madriihîn 
cf frappés^ < cl. madriibîna, pi. de madrtW<cc\. madrûbii" ; ràdyin 

ff contents 1-», cf. cl. râdîna, pi. de mr/p' -< cl. râdi" [\/r-d-y [w])l 
mol'^az^bin ffs'étonnant de. ., étonnés •>"> << cl. muta^azzibina , [)l. de 
môt^âHeb < cl. nmta^^azzibii" ; mbartlln ce captant •»•> <c:cl. nmbartilîna, 
pi de nd)ârlàl <z cl. nmbdrtilu", etc. 

Les participes, lorsqu'ils sont employés comme substantifs, ont 
toujours d'autres types de pluriel, ainsi qu'on le verra. 

2" Comme en classique également, les adjectifs du type (p'Itâl 
<: cl. qattâlu", qui désignent un métier ou l'intensité de l'action, 
forment à Kfar'abîda leur pluriel par l'addition du suffixe -in. 

(') Il s'agit uniquement ici des suffixes qui n'apportent aucune modification 
de vocalisme ou de coiisonantismc jui sinjjulicr aii(|uol ils sont ajoulrs; il sera 
plus tard question des formes de pluriel (|ui sont à la fois externes et internes. 

^'-) Encore un indice de la tendance à la simplilication déjà constatée pour 
la flexion en général. 



MOHPIIOF.OOIK. '207 

Ici encore le féiiiiniu se conloiul avec le masculin, i^^x. : hohhâzin 
w boulanijers^-) -< cl. hahbâzina, pi. de hohbâz -<. û. hahhdzu" ;Jdlld- 
hîn cr laboureurs ^1 <:cl. fallâhma, pi. deJolla/i-<: c].Jalldhu"; mol- 
la jqîn ff adulateurs '7 <C cl. mallâqlna, pi. de mollalq < cl. mallâ- 
qu" , etc. Quelques-uns de ces adjectifs ont, on le verra, à côte 
de ce pluriel un second pluriel externe. 

3" Le suffixe -in s'ajoute également à tous les adjectifs sin- 
guliers dos types qetlân ■<. v\. qallânu et quilân ■<. c\. qntlânii" pour 
en former des pluriels. Ici notre parler s'écarte sensiblement de 
la langue classique qui, on le ?ait, forme le pluriel du premier 
type d'adjeclifs [qatlânn) sur le modèle qatâlà ou qàllâ. Ex. : yod- 
hànln ce làcliés-'^ (cf. cl. ymlbà)^ pi. de yô'dbân <:cl. yadbânu; nednui- 
nln ff repentants^"' (cf. cl. tuidâmâ), pi. de îiedinân <: cl. nadnumif ; 
sekrânin^^^ rrivres-o (cf. cl. salârà), pi. de solrdn << cl. salrâmi ; 
"iirijânbi ff nus-o <: cl. Smiàntna , pi. de "ûrijàn <: cl. '^unjânu", etc. 
Ici encore le pluriel (à Kfar^ibîda) est commun au masculin et 
au féminin. 

Il" Le suffixe -in forme le pluriel des adjectifs qui indiipient 
raj)])nrleniince, la provenance, etc. Ici le pluriel léu)inin est 
souvent différent de celui du masculin. Ex. : lobnâmijin ce Libanaise 
<:cl. hdmànfijina , pi. de lobnânè <c:cl. hibnàniyu" ; sdmïyîn (à côté 
de èivâm) ffhabitants de Damasw (fém. sâmïijât) <c sàmïyina, 
pi. de minê •< cl. èàmiyu", etc. Ainsi que Ton verra, quelques- 
uns de ces adjectifs font lT3ur pluriel sur qtâla<:c]. qatâlà. 

5° -în forme le pluriel des adjeclifs singuliers du type qatlil << 
cl. qiuilu". Le pluriel ici encore est commun au masculin et au 
féminin. Ex. : '/qaddïsîn (à côté de ^jqdâdîs) rr saints 7? <: cl. 
qiddlsina, pi. de ^jqaddis ■<: cl. qiddisu" ; sarrîbîn w grands buveurs ^7 
<: cl. sirnbina, pi. de san'ib<:: cl. sirrïbu" , elc. Quelques-uns cepen- 
dant de ces adjeclifs ont d'autres types de pluriel. 

6° Quelques adjeclifs diminutifs ont leur pluriel en -în. Ici le 
féminin se confond avec le masculin. Ex. : hwaijsîn cr beaux , jolis ^^ , 
pi. de Javâiyçs, cf. cl. kuyàiyisu" ; hivai-nin ce très faciles??, pi. de 
hwàiyçn, cf. cl. îmyâiyinu", etc. 

7" -in se rencontre en outre dans la formation du pluriel d'un 
certain nombre d'adjectifs de différents types. Ex. : '/qlîlîn^^'> ff peu 



^^^ A côté de skâra dans hmîs es-^kdra «le jeudi des ivrognes?' = wle jeudi 
du carnaval 55. 

(-J A côté de 'Iqlâl plus fréquent. 



208 DEtXiÈME PARtlË. 

nombreux w < cl. qahlîna, pi. de '/qlîl -< cl. qalîlu'^ ; hllrin^^'> 
crnombreiix^ -< cl. laôirma, pi. de ktîr -< cl. kaôiru" ; wôshm 
cf sales •'7 ■< cl. wasilnna, pi. de wèseh -<.€[. wâsihu" ; hûlwîn wdoux*»-), 
pi. de Iiillu <: cl. hûlœu"; niorrîn ff amers 77, pi. de m6>'< cl. mûr- 
ru", etc. 

8" Comme en classique, les mots smé ff année ^^ <c cl. sânatu" 
ei'ohn w fils 77 <: cl. ibnii" font au pluriel à Kl'arSTbîda S7iîn<cc\. 
sinîna et bnîn << cl. hanîna. 

9° Enfin le sulFive -in est ajouté a quelques pluriels internes 
souvent pris pour des singuliers; ex. : hûddâmîn cr serviteurs ^7 
du pi. hutidâni -< Imddànm'', pi. de hâdçm < cl. hâdimii" ; mollàhin 
(à côté de moUâhè) w possesseurs 77, du pi. mollah <: cl. miillâku", 
pi. de mâlek •< cl. mâliku" ; "Iqmihin w parents 77, du pi. 'jqràyçh 

< cl. qaraihu cf parentes ^i , pi. de 'jqrlhé frvoisine?^ < cl. qarî- 
batu" (singulier inusité à Klar^abîda dans le sens classique de 
cr parente 77). 

Gomuie on le voit, le pluriel externe en -în est beaucoup plus 
fréquent dans notre parler qu en classique et s'étend surtout à la 
plupart des formes d'adjeclils qui avaient en classique d'autres 
types de pluriel. Par contre, les adjectifs du type \(qtal ^ c\. 
'àqtalu (exprimant le comparatif ou le superlatif) et les noms 
propres d'hommes qui formaient en classique leur pluriel en -în 
ont dans notre parler d'autres formes de pluriel, cf dial. yusfât 
en face du cl. yûsujina, pi. de yûsçf te Joseph i-» <: cl. yûsiifu. 

(3. Suffixe -e<cl. -atu"^^\ 

1*" Le suffixe -e s'ajoute à un certain nombre de substantifs du 
type ^e^fa/ <: cl. </rt//a/w" qui indiquent un métier et leur donne le 
sens du pluriel ^^^; ex.: 'ettâlé w portefaix^? <: cl. ""attâlatu", pi. de 
Vfa/<:cl. '"attâlu" ; Myâlè ff cavaliers i? < cl. haiydlatu", pi. de kyâl 

< cl. haiyâlu" ; mollâ/ia ff marchands de sol 77, pi. de mollah <: cl. 
mallâhu" ; yennâmè cr bergers, possesseui's de moutons '?, pi. de ym- 
nâm -<. ç\. yanmhtm" ; mo^^àzd ce chevriei'Si?, pi. de mô'^''âz <:: c\. 
ma^'Vizu''; hollâbè ff bûcherons 77 <:cl. hallâbalu", pi. de holtâb^CcL 
haUâbu" , etc. 

On fa dit déjà, plusieurs substantifs ^^^' du type qettâl <cl. </a^ 

('^ A côté de ktâr, plus courant. 

(2) Il s'ajrit ici, comme dans le cas des pluriels internes (brisés), d'un col- 
lectif féminin fonctionnant comme un pluriel. 
^^) Ce sont généralement des mots rusliques. 
^''^ Généralement des mots citadins. 



MORPHOLOGTK. 209 

tâlii", indiquant un mélicr, forment à Kfai'*^al)îda leur pluriel au 
moyen du suffixe -m; ex. : hehhâzhi (à cote de h0bbâzè<: ci. habhâ- 
zatti", pi. de hohbâz<:c\. habbâzu'' ; btyâdîn tr étanieurs^^, pi. de bïijâd 

\\^b-y-d); hi'llalqin w barbiers •>!, pi. de //f //rf /</ < cl. hallâqu" , etc. 
Du reste, tous ces pluriels en -în ont à côté d'eux un pluriel 
en -ê. 

2" Les adjectifs qui expriment Tappartcnance à une secte, à 
une dynastie, à un pays, à une dignité ou à une profession — les 
adjectifs ayant ces deux derniers sens sont généralement emprun- 
tés au turc et au persan — font leur pluriel en -ê. Ex. : ""ûsmânujè 
ff Ottomans i-) , pi. de '^iismânê <z.\'\qo-ç\. SiOmânhjii'' ;frensdwîyé (^Fran- 
çais77, pi. de frensâwê (cf. néo-d.faransîyn")\fyâlîyé ce habitants de 
Feghâli"), pi. Ôq fyâlé ■<:tt.éo-c\. fayâliyu" ; lobnânîyé cr Libanais ^i, 
pi. de lobnânê -^c cl. hibnànîyti" ; sûfiyé cr sectateur de la secte des 
SouGsi? •< cl. sfiflyatu" , pi. de siifè<z. cl. suflytC" ; 'fandîyè (à côté de 
\ifandiyè) cf effendis^i, pi. de fàndè <C turc 'eféndi ; ^arb(ayzîyê 
ffcochersi^ pi. de '^àrb\a)zê (turc^^^); to6^iî?/e c? artilleurs ^-î, pi. de 
Mzê (turc), elc. 

S*' Le suffixe -ê s'ajoute à un certain nombre de pluriels 
internes du type qûttâl <::cl. qiiltâlu" ; ex.: môllâkè (à côté de môl- 
Idkîn) tf propriétaires??, pi. de pi. mollah <: cl. mullâku", pi. de 
niâlçk < cl. mâliku" ; mûwâté ce morts (en parlant des cocons)??, 
pi. de mûwât (pi. de mâyçt<:: cl. maitu"); etc. 

y. Suffixe -ât<cc\, -àtu'\ 

Le suffixe -ât (-wât, -yât) est le représentant régulier du cl. 
-rt/M" indice du féminin pluriel. Il est très vivant à Kfar^^abîda et 
s'ajoute à plusieurs catégories de substantifs pour leur donner le 
sens du pluriel (s'ils ne l'avaient déjà). 

1° Il s'ajoute, comme eii classique, à un grand nombre de sub- 
slantifs féminins pourvus au singulier de l'indice de féminin -e(-r/) 
•< cl. -alu". Ex. : ba/qrât c? vaches i? < cl. baqarâtu" , pi. de ba/qra 
<: cl. bâqaratu'^ ; salivât cf prières?? <:cl. salaivâlu", pi. de sala ■< cl. 
salâtu" ; marrât ffdes fois?? <; cl. marrâtu'^, pi. de marra -<: cl. mâr- 
ratiC^, etc. 

A la différence du classique, notre parler a complètement 
perdu le pluriel en -ât de tous les participes actifs et passifs 
employés comme adjectifs (féminins); il l'a toujours remplacé, 
on l'a vu, par le pluriel masculin en -în; ex. : ""dlmîn ce savants, 

(') Pour la terminaison tout ou moins. 

PARLER DE KFAr'abÎDA. 1 k 



210 DEUXIÈME PARTIE. 

savaiilesi? et inaclrubm fflVappés, frappées^'), en i'ace du cl. "àlimlna 
ffsavanls^7 cl mmlrûhina rr frappes ^^ d'une part, et Vf//'JHa//f" rr savan- 
tes 17 et «irt^/niki/ît" fr frappées^? de l'autre, etc. 

2" -ât s'ajoute aussi à un certain nombre de substantifs qui 
sont féminins par le sens (qu'ils soient actuellement à Krar\abîda 
de l'un ou de l'autre genre, pourvu qu'ils fussent féminins en 
classique). Ex. : 'emmât (( mer es -n <: c\. ^ummâtu", pi. de 'em"" <z 
cl. 'ùinmu"; ''ardât cf terres •»•! , à côté de ^râdé , pi. de 'àrd^^^ <:cl. 
'ardu"; kâsâl w coupes, calices 77 <: cl. lasâlu'^, pi. de kâs '< cl. 
Jtasu'^; dehhât er pièces d'on^, pi. de di'hçh ^'^^ <:: c\. dàhabii" ffor^i; 
smâwât ffcieuxt^ <::cl. samàwâtti", pi. de sàma-<: ci. samau" ; Isânât 
ff langues, langages ^7, pi. de Isân << cl. Us a nu" ; môlhât ce sels 77, pi. 
de môVi <: cl. millm", etc. 

3° Plusieurs substantifs masculins et quelques rares noms 
propres qui sont usités au pluriel forment le pluriel au moyen du 
suffixe -ât. \ix. : iniqassât rr ciseaux t», pi. de iHJqâs-<:z cl. miqâssu"; 
ylcyât «-gaines 77, pi. de yîâf <c cl. yilâfu"; hommamât w bains •>? << 
cl. hammàmâtu", pi. de Jjonimâin •<: c\. hammâmu" ; mdâsâl trgros 
souliers-)?, pi. de mdâs<:ic\. madâsii" ; tazât fccouronnes, mitres^?, 
pi. de iâï<c cl. tâlu'^; nialbûsât cr babils 77, pi. de nialbùs <cl. nial- 
bùsn" ; mmssâl copiions pour écraser les olives vertes, coins en fer 

employés dans les carrières 71, pi. de mraf [\Jr-s-s crajusler?-)) ; ba'iyât 
ff pères 77, pi. de bâi[') <: cl. 'ubàhju'\ diminutif de 'âbu" ; dah/ât 
ff mains 77, pi. de ^/«i(-) '<*yudaiyu'\ diminutif de yddu"; yûsfât cries 
Joseph 77, pi. de yiisçj'<:: cl. yûsufu; tannusât cries Antoine 77, pi. 
do tannûs ^^\ etc. 

k'' Comme en classique, un certain nombre d'adjectifs verbaux, 
employés en fonction de substantifs, forment, à Kfar^ibîda, leur 
pluriel au moyen du sullixc -ât. Ex. : mahlujqàt (à coté de blâyç'jq) 
cf créatures 77 << cl. maldûqâlu'', pi. de mahlnlq <c cl. nuddûqu" 
ff créé 77; inainfidâl cf existences, créatures 77 << cl. inanzûdâlu", pi. 
de inaiizûd <c cl. vianziMu" ff trouvé 77, etc. 

5*' Plusieurs substantifs masculins de provenance étrangère 

forment leur pluriel en -ât. Ex. : bàèàwâtfrdes pacbas77 < néo- 

, cl. bàsâwâlu", pi. de basa <: néo-cl. ^^isVé (turc); baikât (à côté de 



(') Raremont singulier: 'ânln '^*'ard-alu" wmorceau de terre». 

('^) On renconlre queUjiiofois le sinjTulior d(}hbè<Z.*itah<ihalu''. 

(•') On a déjà rjippclé ([ne la l.ui<;ue <-lassi(jue lornie en -ina (-nna) le pluriel 
de Ions les noms |)r()j)rcs masculins dépourvus de fiudice de féminin (-afa"); 
ex. yasujindj pi. de yàsuju cfJosepli». 



MOIIPHOLOGIR. 211 

b(daw(h) cf l)oys^-> <: ndo-cl. bailmwâiu", pi. de /m//.' -< iico-cl. bmhu'^ 
(turc); luvazâl ff messieurs ■'\, pi. de hwâza -< néo-cl. luiwâzà 
(persan); 'âyfuvât (à côté de ^ayât) fraghas, officiers turcsr) <: 
néo-cl. 'âyâwdtu", pi. de 'âya<::néo-c\. 'âyà (turc), etc. 

6° Enfin un petit nombre de pluriels internes pris à Kfar^abîda 
pour des singuliers forment leur pluriel au moyen du suffixe -âl; 
ex. : bâtai ffbras, aisselles^i, pi. de bât < cl. 'àbâtu", pi. àft'ibtu" 
(inusité à Kfar^\bîda); zlâlâl ce bâts d'âne ^7, pi. de zldl<z cl. zilâlu", 
pi. de hïllu'' (inusité dans b; parler); bdâràt rfscmaillcsi? , pi. de 
bdâr <Z cl. biitâni" , pi. de bndru'' (inusité dans le parler) (^); sddât 
tf seigneurs, messieurs^^ pi. de sâdatu" (inusité à Kfâr\a})îda), pi. 
de sàhiidu" > sàhjçd; srûtât cr conditions, clauses ^i, pi. de srùt 
<< cl. surûtu", pi. de sdrt -< cl. sàrtu"; tôyjqâl ce voies ^^ -< cl. 
iuriiqâlu", pi. de tôrojq <cl. lûrnqu", pi. de tn/q < cl. tarîqu" ; 
'ûirâwât ff domestiques, salaires i^, pi. de 'ûzm <: cl. ^uzarau, pi. 
de"(^_)z/r <: cl. 'azîm^'^'^l 

Ainsi qu'on le voit, le pluriel externe en -rt^^^^ est très vivant 
à Kfar^Tbîda mais appartient presque exclusivement aux substan- 
tifs (masculins ou féminins), tandis que le pluriel en -in appar- 
tient à peu d'exceptions près aux adjectifs. Notre parler a donc 
complètement perdu au pluriel externe la distinction des deux 
genres notée en classique au moyen des suffixes -ina [-ùna) et 
-âtu"; en revanche, il a établi syslématiquement une distinction 
inconnue du classique entre les deux suffixes, en appliquant l'un 
aux adjectifs et l'autre aux substantifs. 

2. Pluriel interne. 

Comme en classique et dans tous les parlers arabes modernes, 
les formes du pluriel interne sont dans notre parler très nom- 
breuses et très vivantes. Les unes présentent comme en clas- 
sique des suffixes consonantiques ou vocaliques, les autres seu- 
lement des alternances vocaliques; d'où la division suivante : 
a. pluriel interne à indice suffixe ou préfixé; /S. pluriel interne 
sans indice suffixe ou préfixé. 



(1) Cf. p. 3. 

(^) Notre parler, comme le classique, forme en -nt le pluriel de quelques 
rares noms d'action provenant des verbes au IP thème; mais celte formation 
est normale à Kfàr'abîda et rentre dans la première catégorie de pluriels en 
-ât (p. 209) parce que ces noms d'action, à la différence du classique, sont 
toujours terminés par Tindice de féminin-, ex. : terîfat «tarifs, définitions ?7 -<; 

cl. ta'rlfâtu", pi. de terife, cf. cl. ta'nfu de 'orraf<C.(^i- 'àvrafa \\/-r-J'), etc. 

^^) Gomme le pluriel en -în. 

iti. 



212 DEUXIÈME PARTIE. 

a. Pluriel interne a indice suffixe 

ou MORPHÈME PREFIXE. 

1° qetlân <z cl. qitlânu'^. 

Cette forme est, comme en classique, le pluriel d'un grand 
nombre de singuliers (de types différents) présentant générale- 
ment une radicale faible ou simplement une voyelle longue. 

Ex. : hïtân ff murs 77 <: cl. hïtânu", pi. de hàij <: cl. haitiC^ ys/h-y-t); 

hltân wfils?') ,pl. de hait <:cL ha itu" crfib^ \\/h-y-t) ; zlrân cf voisins 77 ■< 

cl. zîrânu", pi. de zâr <z cl. zâru" y\/z-w-rj ; sebyân w jeunes enfants 77 

<: cl. sihyâniC' (ou siibyâmi"), pi. de sàbé <: cl. sablyu" y\/s-b-y); 
^ehwân cf frères 77 << cl. 'ihwâmi", pi. de ^àh << cl. 'àhii" ; Jfitân fcgros 

poissons 77 < cl. hïtânu", pi. de Mt -< cl. Mtu" [\//i-w-t); sijqân 
ff jambes 77 <; cl. sîqânu", pi. de cl. sâqu" (inusité à Klar^abida) 

y\/s-w-q)', neswân cr femmes 77 <: cl. mswa/m" [y w-5-wJ (c'est im- 
raatii" qui fait fonction de singulier); yerbân rr corbeaux 77 <: cl. 
yirbânu", pi. de yrâb < cl. yiirâbu", etc. 

2° qûtlân <: cl. qtitlânu". 

a. — Comme en classique, c'est le pluriel des substantifs sin- 
guliers des types qâtl <: cl. qàthf, qàtçl <: cl. qàlalu", qtîl <c cl. 
qatilu", et quelquefois qâtçl < cl. qâtilu". Ex. : sobbân cfjeunes 
hommes 77 <zc\. subbânu", pi. de §«/>*■< cl. sâbbu''; holdân ffpayS77<: 
cl. buldâmC, pi. de hâlçd <: cl. bâladu" ; gôd^'ân cr braves, jeunes 77 
cf. cl. zud\inu'^, pi. de gèdç'^, cf. cl. zadahC" ; 'jqosdân ce poèmes po- 
pulaires 77, pi. de 'lqsîd<:: cl. qasîdu" ; borjqân rr aiguières ^7 (cf. cl. 
'abârîqu > bân/q usité également à Kfar'^abîda), pi. de bnjq <: 
cl. ^ibriqu" (persan); '/qôdbân rr verges 77 < cl. qudbdnu", pi. de 
'/qdib^:c\. qadibu" ; forsân rr cavaliers (héros) 77 <::: cl. fursâîiu", pi. 
de fâres < cl. fârisii" ; rii'^yân rr bergers 77 << cl. m'^yânu", pi. de 
raV<c cl. râH'', etc. 

b. — La (onna qûtlân sert également de pluriel à quelques adjec- 
tifs du type 'dqtel<z cl. 'aqtalu qui indiquent les couleurs et les 
difformités physiques. Ici encore notre parler marche d'accord 
avec le classique. Ex. : ''oinyân w aveugles 17 < cl. \unyamC', pi. de 
Vi*wîa <: cl. ^('Cmà; ^jqàVâîi ce teigneux 77 <c cl. qur^âmC", pi. de 
'à^lqni" <: cl. "dqra'^u; sûdân r noirs ^7 <: cl. sûdânu", pi. de ^àsiv.)d 
<; cl. 'dswadu; zïi'rân rr voleurs, polissons ^7, pi. de ^dz^'ar <: cl. 
^àz*^arn r{\\\\ a les poils clair-scmés^-», etc. Tous ces adjectifs ont 
un second pluriel qui est plus usité et qui, on le verra, se forme 
sur le type ([ùtl <c cl. qûtlu". 



MORPHOLOGIE. 213 

3" qfilla <: cl. quUdau. 

Celle forme est, comme en classique, le pluriel régulier des 
noms du lype r//// < cl. qaiilu" (n'ayanl généralement pas le sens 
passif) et de quel(|ucs noms du type qâlel <c cl. qâlilu" désignant 
des êtres raisonnables. Ex. : sûrla cf associé^^ <c cl. surakau, pi. de 
snA; < c\,sartJiu"; rusa rc chefs, supérieurs^ <: cl.ru^isau, pi. de 
râh/es << cl. raîsu"; ^ù:ra ?<• serviteurs -"^ <: cl. \izarau, pi. de 
zir (à côté de ^zîr) <: cl. \àtni'^ ; wozm ff vizirs ii <: cl. ivuzarau, 
pi. de uzh' <: cl. ivaztni" ; fojqra w pauvres r» <: c\. fuqarau, pi. de 
f'jqir <C c\. faqtru" ; yiirha ff étrangers 7? < cl. yiirahau, pi. de 
yrîb < cl. yarîhu" ; ^tihna rr savants •>■> ■< cl. ^uïamaii, pi. de ^âlem 
< cl. Villnm" ; ^'ojqla (à côté de '"o'/q'Jqâl et ''ajqlîn) rr sages 77 <: cl. 
Siqalau, pi. de Wjqol <: cl. "âqilu", etc. 

4'» 'éqlk<z cl. 'aqtUau^^l 

C'est, comme en classique, le pluriel des noms singuliers du 
type qtïl <: cl. qatUu'' qui n'ont pas le sens passif et qui appar- 
tiennent exclusivement aux verbes îertiae wou y (ou '). Ex.i'éynya 

ff riches -"^ <: cl. 'ajniyaii, pi. de fç^ê << cl. yaniyu^ (V7'^~y)î 
\'s'lqya cr malheureux, méchants t> ■< cl. 'asqiyau, pi. de sé'lqé <: 

saqtyu" y\/s-q-w); 'érdya rr méchants ?? < cl. 'ardiyaUy pi. de r^^e* 

<z cl. radi'u" [\/r-d-j; ^édnya wvils, manquant d'amour-propre?? 

-< cl. 'adniyau, pi. de âçné <c cl. danîyu" (y^-wj, etc. 

Les noms singuliers du type qttl<z cl. qatîhi", qui proviennent 
des verbes iertiae geminatae, ne forment jamais (à la ditférence de 
ce qui se produit en classique) leur pluriel sur V^^^^ (cl. "aqi- 
tlau), mais sur le type qtâl < cl. 'aqtâlu" ou qitalu" (également 
usité la plupart du temps lui aussi en classique). Ex. : sdâd 
ff robustes??, cf. cl. 'asiddau (à côté de èidâdii"), pi. de sdîd <zc\. 

sadîdii" y\/s-d-d)', hbâb wamis^, cf. cl. 'aliihbau (à côté de ^ahbâ- 

bîi"), pi. de hbîb <: cl. habtbiC' \\Jh-b-b)\ ^qlâl frpeu nombreux??, 

cf. cl. 'aqUlau, pi. de '/qUl <cc\. qaUh" [\^q-l-l)i etc. 

B*' 'éqdé < cl. \iqtUatu\ 

a. — Comme en classique , cette forme est le pluriel d'un certain 
nombre de substantifs dont la deuxième radicale est suivie d'une 
voyelle longue. Ex. : 'fznha cr ailes?? ■< cl. ^nnihatu", pi. de znâh 
<: cl. zanâhii" ; 'èryfè ff pains?? <: cl. ' àryifaiv!' , pi. de ryîf <z. cl. 
rayîfu" ; 'éyrbé w corbeaux?? <: cl. 'âyribahi", pi. de yrâb <c cl. yu- 
râbu" ; ^édityé (^remèdes -n ^. cl. 'âdwiyatii", pi. de dàwa<cc\. dawau"; 
^û^yé ff vases, effets?? < cl. ^h/iyatu", pi. de waV <: cl wuWu", etc. 

^') Ce type de pluriel, comme le suivant, est formé à la fois par suffixation 
et par préfixation (pluriel interne avec suffixe et avec préfixe). 



2 là DEUXiblI-: PARTIK. 

h. — 'éqtlê est également à Kfar'abîda le pluriel de quelques sub- 
stantifs dont la deuxième radicale n est pas suivie d'une voyelle 
longue; ex. l'odmjp crlumières, lanternes^! (cf. cl. 'adwati"), pi. de 
f/rt«('')<;cl. d/n/u"; 'f /qhijé (h coié de 'é'jqhwé et 'Iqhiyè) fc voûtes^, 
pi. àe'/qàbu <: cl. qàbwu" rr tortue (au sens militaire du lat. tes- 
Uldô)ii. 

6° qétla <: cl. qàtlà. 

a. — C'est assez souvent, dans notre parler, le pluriel des adjec- 
tifs singuliers du type qt(l<:c]. qalUu", lorsqu'ils ont le sens passif. 
Kx. : )'qé(la fflués^^ < cl. qâllâ, pî. de 'fq/il <C cl. qatîlu" ; zérha 
rr blessés 77 <C cl. zdrhâ, pi. de b-lh < cl. zanhu" ; morcla ce malades ?? 

< cl. mârdà, pi. de mrtd < cl. marîdu", etc. Cette forme de pluriel 
n est pas vivante à tfar^ibida. 

b. — Le type qétla sert quelquefois encore de pluriel aux ad- 
jectifs du type 'âql{4 <: cl. 'àqtalu; ex. : hém'jqa w insensés 77 <cl. 
hàmqà, pi. dQ'àhmD'lq<::c\. 'dhmaqu. Cette formation assez usitée 
en classique ne présente pour ainsi dire que cet exemple dans 
notre parler. 

Le classique, on le sait, forme aussi sur qàtlà le pluriel de 
(|uelques adjectifs des types qâtilii" et qatlânu; notre parler emploie 
dans ce cas d'autres types de pluriel, généralement le pluriel 
externe en -în; p. ex. : les cl. yâdbâ cf fâchés 71 et hâlkà ce qui pé- 
lissent^T, pi. de yadbànu et hâliLu", sont remplacés à Klar^'abida 
p ir les formes yodbdnîn et hâlkîn. 

^^ qtâla <: cl. qatâlâ. 

Cette forme seit de pluriel à un certain nombre de singuliers 
de types différents. 

a. — Elle est le piuriel d'un tout petit nombre d'adjectifs du type 
qetlâ?i<zc\. qatlânu^"^;e\. : slâra Kiwas-n <c:cl. sakârâ, pi. de sçlrân 
<:cl. s(dn-ânu; nsâra ce chrétiens 77 < cl. nasârâ, pi. de nasrânu" ou 
nasrânîyu", dont la seconde forme est seule usitée à Kfâr^abîda; 
Ayam ff perplexes, étonnési? < cl. haijârày pi. de hïrân <: cl. hai- 
rânu. 

b. — Elle sert aussi de pluriel à un grand nombre de substantifs 
féminins du type qtîlè < cl. qatllalu" qui proviennent des verbes 
tertiae y ou w (ou '). Ex. : hdâija ff cadeaux 77 <: cl. hadâyâ, pi. de 
hdlyé <: cl. hadiyatu" {yli-d-y); r\tya ce sujets, [)aroisses7? <; cl. 
raWyà, [)1. de r'iyé<::c\. ra^lyatii" {s/r-'-y); blâya rr malheurs ^^ <: 
balaya, pi. de bliyé -<: cl. balîyatu" [\/b-l-y); sbâya cr jeunes fdles^^ 

< cl. sabàyà, pi. de sbîyè <c. cl. mblyalu" [\/s-b-iv), etc. 



MOHPHOLOr.il-;. 215 

(\ — La formo (fldla est ('également lo pluriel de plusieurs 
nouis masculins du (y[)e q(U <: cl. qalilu" à troisième radicale 
faible (y, w ou '). Ex. : yriâija r riches ^7, pi. de yônê <: cl. yamyu" 

( \^7~^~y ) 'i pyiy^i ff frais , lend res v , pi. de tôrr <: cl. larhpf ( yt-r-w ) ; 

n/qâyn crpurs^^, pi. de n(''/qê < cl. naqtyu" \\^n-q-y)') etc. Ces 

adjectifs ])luriels s'emploient indllFéremment avec des substan- 
tifs masculins ou des substantifs féminins, 

(l. — Enfin la foime qlâla sert de pluricd à un certain nombre de 
noms appartenant à des types différents. Ex.. : 'nâla w femelles 17 <: 
cl. \inâ6(i, pi. de ''ûnta (à côlé de 'iinlâyè) ^ccA. ^ûnôfi; hhâla rr en- 
ceintes 77 < cl. hahâlâ, pi. ôehôhld <zc\. /lûhlâ; e^M^rt ce chevreaux ^7 , 
pi. de zî'dé <z cl. zâdyu" ; ilâina cr orphelins ^7 << cl. yatâinâ, pi. de 
itlni^ cl. yatînm" ; u^âya w vases, récipients ^7^, pi. de ivè^'ê, cf. cl. 
wu^cVii" ; zwâya w angles 77 <; cl. zawâyâ, pi. de zâuyè<c cl. zàœi- 
yaiu", etc. 

8° qtâïé-<.c\. qatâli" [qatàllyn) ou qitâlatu". 

a. — qtâlé<z cl. qalâli" (ou qaiàlîyu). Comme en classique, cette 
forme sert de pluriel à un grand nombre de substantifs singu- 
liers de types différents, notamment des types qàll-<: cl. qàllu" et 
qàtlé < qâllatu". Ex. : 'râdê w terres ^7 <: cl. 'amdf, pi. de 'ànl <: 
cl. 'ardu"; 'hâlé trliabitants, familles ^7 < cl. 'ahâli'\ pi. de 'âlil^ 
cl. 'àhlu" ; 'Iqhâwé fccafé, maisons où Ton boit le café 77, pi. de 
'jqàhwè rfcafé, maison où Ton boit le café ^7 < cl. q/ihwalu" 
r vin 77; 'Iqnânê ce bouteilles 77 <: cl. qaîiàni" (ou qannîiUju), pi. de 
'Iqcmnînê <: cl. qinninalu" ; krâsé rrcbaises, sièges 77 <: cl. karâsi'^ 
(ou haràsîyu), pi. de Jdirsè -<. cl. Jmrsîyu'^ ; brânè rri^el'iis vases de 
terre 17 <: cl. harânf (^harànîyti) , pi. de bornîyé <: cl. barniyatu" ; 
swâné ff plateaux, grands plats ^7 << cl. sawânl, pi. de slnlyè (à 
côté de samîyê), cf. cl. sînîyu" cr (porcelaine de) Chine ■'7; 'sânié 
renoms 77 < cl. 'asâmf (ou 'asâmîyu), pi. de 'ésm -< cl. ismii" ; 
'jqi'âmé cr troncs, chicols d'une dent, d'un arbre ^7 < ^qarâmi", pi. 
de ""/^oVme -< syr. qiirmâ [du grec K0pyt.6s)\ sfâré rr loriots, oiseaux 
au plumage jaune 77 < * safari" , pi. de sofrâyê^ cf. cl. sujariyatu'' , 
etc. Cette catégorie de pluriels est une des plus vivantes et des 
plus usitées à Kfar^ibîda. 

h. — qtâlè < cl. qitâlatu". Comme en classique, cette forme sert 
de pluriel à un tout petit nombre de substantifs singuliers des 
types qàtal<c cl. qâtahi'^ et qâ(çl<< cl. qâtilii". Ex. : hzâm w pierres "^ 
< cl. hizâratu'' , pi. de hazar <z cl. hazaru" ; f^âlé cr ouvriers 77 (cf. 
cl./rtW«/w"), pi. de fâ^çl <c cl. fâHlu" . Cette catégorie est très peu 
nombreuse à Kfar^abîda et ne possède pour ainsi dire que ces 
deux exemples. 



216 DEUXIÈME PARTIE. 

9° qétlê <: cl. qithlii". 

Cette forme de pluriel, assez usitée en classique, a presque 
complètement disparu à Kfar^abîda et n'est représentée que par 
'éhwê ff frères ^•' < cl. 'ïhwatu", pi. de \(h , plus souvent A^if), cl*, 
cl. 'àhii". 11 en est de même des formes plurielles classiques 
qiiahlu", qatahtu" et qutalatu" qui, sauf la dernière représentée 
encore par yqoda cr juges ^7 < cl. qudâliC'^^\ n'ont laissé aucune 
trace comme formes plurielles dans notre parler. 

10° qtûlê << cl. qutûlatvJ'. 

Cette forme de pluriel, très peu usitée en classique, est au 
contraire très vivante dans notre parler et tend à prendre dans 
beaucoup de cas la place de la forme qiûl < cl. qittidu'''^^K Elle 
appartient aux substantifs qui sont, au singulier, des types qàtl 
<: cl. qâdu^ ei qétl < cl. qidii". Ex.: ''mûmé w oncles paternels ^^ 
<c:cl. Simûmalu'', pi. de ^««i'" <c cl. ^àmmu'^ ; bhiira wmersi?, cf. cl. 
buMrii", pi. de bâhr < cl. bàhru" ; nhûra ff fleuves^? , cf. cl. nuhûriC, 
pi. de nàhr ■< cl. nàhru" ; bnûké cf bancs, banques 7^, cf. néo-cl. bu- 
niiku", pi. de bânk <: néo-cl. bànku" ; zsûra w ponts, poutres qui 
soutiennent les solives 77, cf. cl. zustiru", pi. de zésr < cl. zisru" ; 
nmûra w panthères 77 <: cl. niimûratii" , pi. de nômr <: cl. nimru" ; 
shiinié fractions (dans une compagnie financière) 77 , cf. cl. 'àshiimu", 
pi. de sâhm <ccl. sâhmu'^ fcpart, sort, flèche??; hmûlé w charges?? 
<: cl. Jmmâlatu'\ pi. de homl <: cl. himlu" ; hsûmè cr adversaires 1?, cf. 
cl. hîistmu", pi. de hosm -< cl. hàsmu" ; bnûdè cf chapitres , baudriers ?? , 
cf. néo-cl. bîinûdu", pi. de bând < néo-cl. bàndu" ; nsùra cf aigles??, 
cf. cl. nusîhu", pi. de nésr < cl. nâsru" ; mhûlé cf leviers?? , pi. de môhl 
<;syr. mu-^â (de grec ^o')(\65) ; etc. 

11° 'qtâl {'eqîâl) < cl. ' aqlëiC" ^') . 

Cette forme [qtâl) représente le classique 'aqlâhi" avec chute 
régulière du V de la première syllabe (cf. p. 5). Comme en 
classique, elle est très vivante à Kfar'^abîda et sert de pluriel à un 
très grand nombre de substantifs masculins singuliers. 

a. — qtâl est le pluriel d'un grand nombre de substantifs des 
types qétl < cl. qâllu", qàlçl < cl. qàtalu'\ qi'ul <: cl. qiUlu", qéd 
<:cl. qltlu", Ex. : ïitâf ce épaules?? < cl. \ddâju'\ pi. de hétf<^c\. 

(') PI. de 'Iqddè < cl. qâdi" {\/q-d-y)- 

(^) Sans doute parce que qlûl est couramment dans le parler une forme de 
nom d'action ou d'adjectif. 11 y a ici tendance à la diflerenciation et spécialisa- 
tion morpholojjique. 

('' Cette forme et la forme suivante sont les seules parmi toutes celles du 
pluriel interne non pourvues de suffixes à présenter, en classique, un préfixe 
en môme temps qu'un vocalisme propre. 



b 



MOUPIIOLOGIK. 217 

kù/u";f(]âl (fbienfails^ <c*'af(Jâlii'\ pi. de/rt(// < c\. JMu" ; ulâd 
ff enfants 17 <:cl. 'aulddu", pi. de wâkd <cc\. wMadu" ; ynânt w mou- 
lons "»•> <C cl. ^aynâmiC, pi. de yi'mçm ■< cl. -yânamu" ; nsâs ff moitiés^ , 
cf. ci. ''amafu", pi. de 7ius- , cf. cl. nûsfu" ; rwâk cfâmes, souilles '? 

< cl. 'arwâhn", pi. de ruli <cl. rûhu" ; ""wâd ce morceaux de bois 77 
-< cl. 'a\vâdu", pi. de *«</ < cl. '"iidii" ; srâr cr secrets 17 <: cl. 'asiâru", 
pi. de so?'-' <; cl. sirru"; ^yâd ff fêtes -o << cl. 'aSjâdu'^, pi. de ^idî 

< cl. ^îV/w" ; etc. Cependant les classiques ^anjàmu" w jours 77 et 
'asyâ^u tf choses •'7 , pi. de yàmmf et sàiu", sont à Kfar^abîda ^lyâm et 
'ésya avec maintien du hamza initial. La conservation du ' (qui 
partout ailleurs est tombe) s'explique pour 'xyâm^^'> par le fait qu'il 
s'agit d'une diphtongue qui se réduit, à la suite d'une dissimila- 
lion vocalique, devant la 'syllabe longue accentuée subséquente. 
Pour ce qui est de 'èsya, il faut remarquer que \ étant en syllabe 
accentuée après l'abrègement régulier de la syllabe finale et se 
trouvant de plus en syllabe fermée, a été w consolidée. A partir 
de ce moment, d'après les lois phonétiques reconnues pour le 
parler, il ne pouvait plus tomber. 

h, — La forme qttd <: cl. 'aqtâlu" sert également de pluriel à un 
certain nombre d'adjectifs généralement des types qlîl <: cl. qa- 
tîlu''^'^\ qâtçl <: cl. qâtUii" et qtill'<.ç\. qûtlu". Ex. : hbâb cfamisT? 

< cl. 'ahbâbu", pi. de hbîb <: cl. habîbu" ; shâb ff compagnons 77 
<cl. 'asliâbu'\ pi. de sâhçb <c c\. sâhibu" ; hràr ff francs, purs 77 

< cl. 'aJirârii", pi. de hiir- <: cl. hûrrii" ; 'fda (à côté de "^éda) cf enne- 
mis 77 <:cl. 'adâ\i, pi. de Vm<:c1. '^adûwu'' ; etc. 

1 2° 'éqiol <: cl. 'âqtulu". 

Cette forme de pluriel, très usitée en classique, a presque 
complètement disparu du parler de Kfar^abîda et n'est plus actuelle- 
ment représentée que par très peu d'exemples dont l'emploi lui- 
même devient de plus en plus rare. Ainsi 'édro*^ ce bras, coudées 77 
<cl. 'àâni'u'', pi. de dra^ <c cl. dirâhi" , est en train de céder la 
place au pluriel externe drapât; il en est de même de 'ûzoh wvi- 
sages77 <: cl. 'àuzuhiC, pi. de woz^ <: cl. wazhiC. Le mot a perdu 
en outre son sens piimitif de envisage 77 et désigne aujourd'hui à 
Kfar'^abîda wdes notables, des chefs 77 (exactement comme le cl. 
wttTuhu") ; notre parler, pour exprimer l'idée au pluriel de ff visage, 
page (de livre) 77, a créé la forme uzâh [^'auzâhii" ou ^wizâhu"). 

1 S** qtâtlê <c cl. qatâtïlatu^. 

Cette forme est très vivante à Kfar^abîda et sert de pluriel à 



(') Cf. 'Itâm « orphelins w -<; cl. 'aitâmtC^. 

(^) Lorsque le type qatilu" n'a pas le sens nettement passif. 



218 



DEUXIEMK PARTIE. 



un grand nombre de singuliers ayant généralement plus de trois 
consonnes. 

a. — La forme qtâlU est le pluriel d'un certain nombre de sub- 
stantifs masculins (singuliers) généralement de provenance étran- 
gère. Ex. : jlâsfé crpliilosophes^i <: cl. falâsifatu", pi. de faUsûf 
< cl. fajfasûfu" ; mlâfnè rr docteurs ^7 < néo-cl. malâjianlu^, pi. de 
môlfân <: néo-cl. milfânu'^ (^y^'- inalpânâ)^ mlâikc cf anges •>-) <:cL 
malàHkatu", pi. de mïâk (^malâhC') , cf. cl. màl'ahi" ; htârsc wles 
Pierre •'7, pi. de hotros -< néo-cl. bûtrusu; srâs'jqa ■< néo-cl. sarâsi- 
qniu", pi. Aq sûrsoq (nom d'une grande famille de Beyrouth); etc. 
Cette forme est une des plus vivantes à Kfar'abîda et sert de plu- 
riel particulièrement aux noms propres. 

h. — La forme qlâtlê est surtout le pluriel d'un très grand nombre 
de noms ethniques. Ex.: myârhê crMaghribins^? <:cl. mayâribatu", 
pi . de môfrbè <: cl . mayribtyu" ; mwârné ff Maron i tes •••> <; néo-cl. mawâ- 
rinatu", pi. de mârtm^? <: néo-cl. mârimîyu", demârûn cf Maron (nom 
d'un saint libanais qui a donné son nom aux habitants catholi- 
ques de la région)^?; byârté rchabitanls de Beyrouth ^i ■< néo-cl. 
bayâritatu", pi. de bai/iilé <: néo-cl. bainilîyu" ; blâmé cr habitants 
de Batroun?7, pi. de batrànè < néo-cl. batrûnîyu" ; elc. La plupart 
des noms désignant les habitants des villages libanais forment 
leur pluriel sur qtâûè. 

/3. Pluriel interne sans indice suffixe ni morphème préfixé. 

1° qûtl <: cl. qûtlu". 

Cette forme est, comme en classique, le pluriel régulier des 
adjectifs qui sont au singulier du type 'âqlçl -<cl. 'àqlalu (fém. 
qàtla <cl. qallau) et qui notent simplement les couleurs et les 
difformités physiques (sans aucune idée de comparaison). Elle est 
commune au masculin et au féminin. Ex. : lûhl frrougeâtres, azu- 
rés •'7 << cl. kûJilii", pi. de 'àkhal -^.el. 'dkJjalu; Jjomr ff rouges -"^ <:cl. 
hûniru", pi. de ''àhniar -<. ci. 'àhmaru; s//r/ fcnoirs^^ <: cl. sûdii", pi. 
de 'àswdd <:cl. 'àswadu; bid ff blancs ^7 <c cl. bîclu", pi. de Wbyad 
<: cl. ^âbyadu; lujq ff courbés, tortuS77 (^^Huwqu":>- *lîiqrC)^ pi. de 
Whvo'jq <; cl. 'âlwaqu ffSot77;etc. Cette forme est encore assez 
vivante dans notre parler. 

5" qotol -<: cl. qntulîi". 

Cette forme, qui seivail de pluriel en classique à un grand 
nombre de substantifs et d'adjectifs de types divers au singu- 
lier, est en train de disparaître dans notre parler oij elle n'est 
pins actuellement représentée que par très peu d'exemples, tels 



lIORPHOLOdIK. 219 

que : loloh ff livres •^•' <: cl. hUuhu", pi. do l.làh •< cl. Lilâhn" ; modon 
fc villes ^1 <:cl. iinulumi", pi. de nulmè'<.c\. madinalu" ; sofon^^^ ?<• vais- 
seaux-^ <: cl. sufumi'\ pi. de sflnè <: cl. safmalu ; fyi'ojq f chemins -"^ 

< cl. tûraqu", pi. de In/q < cl. larlqu" ; rosol ffa[)ôlres, envoyés^ 

< cl. rûsidu", pi. de rsûl <: cl. rasiilu". — En dehors de ces 
exemples et de quelques autres d'ailleurs rares, notre parler a 
adopté, pour suppléer à la forme classique qûtuïu", d'autres 
formes de pluriel. Ainsi en face des cl. iûdudii" ff neufs ^^ et "ûmudu'' 
wcolonnes^^, pi. de zadldii" et ''niuûdii", on a à Kfar*^abîda les formes 
de pluriel Idâd ^z.^zidûdu" QiSvâmul <::*'^aw('unîdu, etc. 

La disparition presque complète de cette forme de pluriel fré- 
quente en classique est peut-être due à la tendance que mani- 
feste notre parler à éviter les syllabes ouvertes et à rechercher 
les syllabes fermées. 

3*" qçl§l <: cl. qitalu". 

Cette forme sert de pluriel comme en classique à un certain 
nombre de substantifs féminins sin(]uliers du type qétlê <cl. qit- 
latu". Ex. : sékek ce socs de charrues ^^ < cl. siJcaku", pi. de séhic 

< cl. sikkatu; 'jqdta^ w fragments, pièces ^^ < cl. qilaSi", pi. de 
'jq/il^a < cl. qifatiC ; hérah cr ruines i^ <: cl. hirabu", pi. de horhè 
<:cl. hirbatu"; dèyç^ ((petits villages )? < cl. diya'u'', pi. de d/ùyi 
<< cl. dài^atu'' ; etc. 

Bien qu'elle soit encore représentée par un certain nombre 
d'exemples, celte forme de pluriel est en train de disparaître à 
Kfar*^abîda et de céder la place à d'autres formes plus vivantes. 
La raison de cette disparition nous paraît être la même que pour 
la forme précédente {qotol << cl. qûtidu") et aussi pour la forme 
suivante [qûtçl <: cl. qûtalu"), savoir la tendance de noire parler 
à éviter les syllabes ouvertes et à rechercher les syllabes fermées. 
C'est ce qui explique pourquoi presque tous les pluriels du type 
qét^l -< cl. qitalu" ont à Kfar^abîda en face et à côté d'eux des 
pluriels externes en -ât < cl. -àtu". On dit par ex. : 'jqofât, horhât, 
à côté de 'jqèta^, hérah, etc. 

4** qûtçl < qûtalu". 

Cette forme moins fréquente à Kfar^abîda qu'en classique sert 
de pluriel à un certain nombre de substantifs du type qâtlê -< cl. 
qâtialii" et surtout du type qûilé <: cl. qùllatu". Ex. : '/qèra wvil- 
lages77 <::qnra'\ pi. àe'/qdryé <c cl. qânjalu" ; fûwat w serviettes i? 
<cc\.fiiwatu'\ pi. de fûta <c c\. ftUatu" ; "ùlçh ff boîtes i-» <: cl. Sîlabu", 



^'' A côté de sfâyen et sfmfil, qui désignent surtout crdes morceaux de 
viande, de poulet (sans os)?? ou encore ffdes coins pour fendre le bois ou les 
pierres w. 



220 DEUXIÈME PARTIE. 

pi. de ^ûlbé ^^zcl/ûlbatu" ; rûtçb ff cérémonies ^-t <:cl. rûtalnC', pi. de 
rûthê <cq\. rûthaW ; hûlel ff billes, boulets^?, pi. de kùUè ■< turc 
giiUé ff boulets '7 ; y^ws ff occasions, vacances ^^ < cl. /aram", pi. de 
y^/'M <: cl./Mmi/w%- etc. Tous ces substantifs ont également un 
pluriel externe formé à l'aide du suffixe -ât. 

5° qàtçl'<c\. qàtaïu". 

Comme en classique, cette forme est le pluriel d'un tout petit 
nombre de substantifs du type qàllê <cc\. qàtlalu" (ou qâtalaiu"). 
Ex. : èrt/.'rtf ff poulies?:» -<. ci. bâkaru", pi. de bàJira <c cl. bàk7mtu" ; 
Aa/ey^ ff anneaux, pendants d'oreilles ^^ <: cl. hàlaqu'', |î1. de hâl'jqa 

< cl. hàlqatu" ; etc. Dans cette petite catégorie de substantifs le plu- 
riel externe à suffixe -a/<ccl. -àlv!' est également usité par notre 
parler (souvent même par le classique); on dit p. ex. : haVjqâl^^'i 
<:cl. halaqâlu" à côté de Mlo'/q <: cl. hàlaqiC, etc. C'est au pluriel 
externe en -ât qu'on donne actuellement la préférence. 

6° qtâl^cX. qitâlu" (cf. 'aqtâlu\ p. 2i6). 

La forme dialectale qtâl est le représentant régulier du clas- 
sique qitâlu" ; comme ce dernier, elle sert de pluriel à un très, 
grand nombre de substantifs et d'adjectifs de types divers au sin- 
gulier. 

a. — Comme en classique, qtâl<ic\. qilâlii" est le pluriel de plu- 
sieurs substantifs des types qàtl <: cl. qàllu", qéll <: cl. qùlu"", qûtl 

< cl. qûilu", qàtol <: cl. qâtulu", qàtlé <: cl. qâtlatu", qûtlê<C cl. qût- 
làtiC', qâtçl<c:c\. qataïu" et qâtié <:cl. qatalatii". Ex. : bhâr ffmers-o 
■< cl. bihâru", pi. de bàhr <::cl. bàltru" ; tyâb (à côté de Iwâb) ffba- 
bits77 <:: cl. diyâbii", pi. de tâub < cl. S/mbii" ; dyar ff maisons ?7 <: cL 
diyâru", pi. de dâr < cl. dâru" ; dyâb ff loups 77 <: cl. diâbu'\ pi. de 
dîb <c cl. âi biC" ; rmâh ff lances ?? <: cl. rimâhu", pi. de romh <c cl. 
rûmhu" ; mhâh ff cervelles, têtes •>•' < cl. rnihâbu", pi. de moh't ■< cl. 
mûhhu'^ ; rzâl ff hommes ^^ ■< cl. lizâlu", ^l.derâhdu", singulier rem- 
placé dans le parler par rôzzâl; hyâm ff tentes?? <c cl. hiyâmu", pi. 
de hâlmé<c cl. M'unatu'' ; slâl ff grands paniers?? <r cl. silâlii" ff pa- 
niers à parfums??, pi. de sâV <zcl. sàlliC" ; dyà" ff villages?? < cl. 
diyâhC'y pi. de dm\i •< cl. dài*^alu" ; zbàl ff montagnes?? < cl. zibâlu", 
pi. de zâbol ^ cl. zâbalu" ; r'Iqâb ffcous?? <:cl. riqâbu'\ pi. de 
rà'lqbè<cc\. ràqabatu" ; rhâb ff genoux?? (opp. cl. rùkabu"), pi. de rùJ.bé 
<; cl. mkbatu" ; etc. 

b. — La forme qtâl est également le pluriel d'un très grand 
nombre d'adjectifs (singuliers) du type qtîl < cl. qatUu", lorsque 

^'^ Se dit de plusieurs paires de pendants d'oreilles. 



MORPHOLOGIE. 221 

ceux-ci ont simplement le sens de positifs (non passifs). Ex.: 
zyâr wpetilsi-) <:cl. siyâru", pi. de zyîr <: cl. sayîru"; mlâli wbonsr) 
<:cl. mUâhu", pi. demlih -< cl. malihu" ; Idâr «-nombreux^, pi. de 
Itîr <ckn6lru" ; etc. Cette caté(>orie est extrêmement vivante à 
Kfar\'\bîda et dans tout le Liban. 

Quant aux adjectifs singuliers des types <jr«f/M", (lallânu", etc., 
qui formaient en classique leur pluriel sur qitâlu", ils ont à Kfar- 
''abida un pluriel externe en -m; p. ex., en face des pluriels cl. 
si^âlm" cf difficiles ^7 et HuUu" ff altérés r), pi. de sâ^bu" et ""afsânu", 
notre parler a les formes .sa^/>m et "ôlsâmn, etc. 

l"" qtùl <: cl. qutûhi". 

Bien qu'elle perde du terrain au profit de la fo.ime <//M/e <:cl. 
qululatu" {d. plus baut, p. 216), la forme qtâl est encore très 
vivante à Kafr^'ablda. 

a. — Comme en classique, qtâl sevl de pluriel à un très grand 
nombre de substantifs singuliers du type qâtl <:c\. qàtlii", Ex.: 
shûr ff mois 77 <:cl. suhâru", pi. de sâhr <cl. èàhm" ; ""yuh ff défauts t) 
<cl. \iyi\hu'\ pi. de ^àU) <:cl. "âibu" ; '/qlûb ce cœurs 77 <cqulùbu'\ 
pi. de jqàlb <c cl. qâlbii" ; sdûr fc poitrines 77 << cl. sudûru", pi. de 
sàdr <zc\. sâdru" ; ''y un fryeux, sources 7? ■< cl. ''uyunvJ', pi. de ^am 
<:cl. '^ainii" ; zdûd ff grands-pères 77 <:cl. zudûdu", pi. de zéd'^ <zc\. 
zdddu'' ; etc. 

b. — qtâl est également le pluriel d'un certain nombre de sub- 
stantifs qui sont du type qiUl < cl. qûthi" au singulier. Ex. : znûd 
ff soldats 17 ^cl. hinildu", pi. de zûndu" remplacé à Kfar*abîda par 
zundè <: cl. zundlyii" ; briiï cf tours 77 <:: cl. burâzu", pi. de borz <: cl. 
bûrzu'^ ; etc. 

c. — Il sert de pluriel à quelques substantifs du type qétl <: cl. 
qitlu" au singulier. Ex. : '/qdur r? marmites 77 <c cl. qudâru", pi. de 
'IqÔdr ■< cl. qidru" ; zlùd w peaux 77 < cl. zulâdu", pi. de zéld <: cl. 
zildu" ; Hum cr sciences 77 <:cl. ""ulânm", pi. de V^"^ ^cl. Hlmu" ;bzur 
ff graines 77 <: cl. buzûru", pi. de bôzr << cl. bizru" ; '/qrûd te singes, 
démons ^7 <: cl. qurudu", pi. de '/qôrd <: cl. qirdu" ; clc. 

On Ta vu (p. 21 G), plusieurs substantifs du type qêtl<cc\. 
qillu", qui formaient en classique leur pluriel sur qutâlu", forment 
à Kfar^abîda leur pluriel sur qtùlé <c cl. quinlatu" : ainsi zsûra 
ff ponts ^7 en face du cl. zusûni", pi. de zesr<:cl. zisru", etc. 

d. — Enfin la forme qtâl sert de pluriel a un petit nombre de 
substantifs qui sont au singulier des types qâtel <: cl. qâtilu'' et 
qâtçl <c cl. qâtalu". Ex. : shûd ff témoins 77 < cl. suhiidu", pi. de sâhçd 
<: cl. sâhidu"; ^sûd criions 77 <; cl. \Lsâdu'',^\. de ^àsçd -< cl. 'âsadu'^. 



222 DKUXIÈME PARTIE. 

8" qtil << cl. qatUu". 

Cette forme, déjà très peu usitée en arabe classique, est, l'are 
aussi à Kfôr'abîda et sert de pluriel à deux ou trois substantifs 
(jui sont au singulier des types qàtl <:cl. cjâtlii" et qtâl <cl. qitMu". 
Ex. : '^bîd ff esclaves noirs ^^ < ""abidu", pi. de ^àbd <cl. "abdii" ; hmîr 
ffânes^i <:cl. hamtru", pi. de hmâr-^c ci. hitnâru". 

9*^ qûttâl <:cl. quttâlu". 

La forme dialectale qûuâl est le représentant régulier du clas- 
sique qullâlu," et sert de pluriel à un certain nombre d'adjectifs 
verbaux du type qâtel <cc\. qâtilu". Ex. : zûhhâl crignorants^? < cl. 
hihhâlu", pi. de zâh^l <: cl. zâhilu" ; siihhân cfhabitants^^ <: cl. suk- 
kânu'^, pi. de sâken <: cl. sâlinu'^ ; hô'ddâr rr assistants^? -<: cl. hud- 
dâru", pi. de hâddr < cl. hâdiru" ; sonna'' ce apprentis, domes- 
tiques^? ^cl. sunnâ^iC', pi. de sânç" <ccl. sâniSi" ff artisan, ouvrier^? ; 
nïLwâb ff délégués 1? <: cl. nûwâbti", pi. de nâyeb <:cl. naibu"; souâr 
ff habiles, malins •>•» <: cl. suitâru", pi. de sâpr ■<: cl. sâtiru" ; etc. 
Cette catégorie est encore vivante à Kfar*^abîda. 

La forme classique quttalu" qui, on le sait, sert de pluriel aux 
adjectifs masculins et féminins des types ry<i///w" et qâlilatu" (tan- 
dis que la forme quttâlu" appartient exclusivement aux adjectifs 
masculins), a complètement disparu de notre parler. Ainsi des 
deux formes classiques yvitfâbu" et jûiyabu'^ cf absents??, pi. de 
faibli", le parler de Kfar^abîda n'a consei*vé que la première, 
soit ylyâb (avec assimilation vocalique de ni en ii et réduction 
de ii en ï), etc. 

1 o'' qwâtel < cl. qawâtïlu (^). 

(^omme en classique, cette forme est très vivante dans notre 
parler et sert de pluriel à un grand nombre de substantifs sin- 
guliers. 

a. — La forme qwâtel esi le pluriel d'un grand nombre de sub- 
stantil's masculins (singuliers) du type qâl{i<ZQ\. qâtiln" ou qd- 
talu". Ex.ilnvâtrm cr bagues?? <cl. hawâtinm, [)\.Ôg luîlçni < cl. hâ- 
taniu" ou hâtiinu" ; ''Iqwâlçb (rïor mes de souliers?? ^zcl.qawâUbu,])^ 
de 'jqâlçb <;cl. qâlabu" ou qâlibu" ; twâbd^jq ff étages?? <:cl. tawâ- 
biqu ff poêles??, pi. de tâbd/q <:: cÀ. tâbaqu" ; sivârçb ranousidichesv 
<: cl. sawâribu, pi. de sârçb <cc\. sâribu" ; swâhçl ff rivages (de la 
mer)?? <: cl. sawâhilu, pi. de sâhçl < cl. sâhilu" ; zwânçh ff ailes?? 
<: cl. zawânihu , pi. de zânçh << cl. zânihu" ffcôte??; etc. Cette 
catégorie est encore assez vivante dans notre parler. 

(') Dans celte forme, la semi-voyelle w n'appartient pas à la racine. CI. le w = m 
infixe de certains thèmes verbaux, p. 19/1. 



MOHPHOLOGIK. 2*23 

b. — La ronuc qivâtçl asl é^al(;m(;iil le plur'iel d'un ceitain nombre 
de subslanlifs leminins singuliers du lype qâllè <zc\. qâlUalu". 
Ex. ; 'Iqwànçs w gésiers w <: cl. qawânisu , \)\.de'iqânsa -< cl. qânisdlu" ; 
zwâ^ç'/q fffoudies-o <c;cl. saw(Piqu, pi. de za''jq(i <; cl. sâHqala" ; 
hœâ(hr^^^ crce qu'il y a de prêtT) <:cl. haivâdiru, pi. de Ijâdra 
<: cl. hâdinilu" ; "wâli'ni ff clian tcuses de café-concert v < *%wâlimu (^^ ; 
hivâdçs ff malheurs 7? -< cl. hawâdiOu cr choses nouvelles^, pi. de 
hàdsè ff accident, dispute ^^ < cl. hâdiôalu" ; etc. 

Remarque. -— La forme qwâtel -<cl. qatvâlilu est, on le sait, 
qwâlé <z.ç\. qawàll'\ lorsqu'elle sert de pluriel à dos singuliers 
provenant des racines tertiae w, y ou \ Ex. : swajqé cr ruisseaux t) 

<Ccl. saivâqi", pi. de sa/qyé -<cl. sâqiyalii" yys-q-y J-, sivâ réarmais -n 

<:cl. saivdri", pi. de sârê <:cl. sdrl" \\§-r-y)', dwa'é cr imprécations 7? 

(cf. cl. daSvâtu"), pi. de dâ^ivé < cl. dà^walu" [\/d-''-w);hwâbê 
fc grandes jarres 77 <c^hawnhiyii <: cl. hawâbi'u, pi. de Mbyé < cl. 

hâbi'atu" {\/'b-b-'); etc. 

11^ q(âyi'l <: cl. qatailu (^'. 

Comme en classique, celle forme sert de pluriel g^'iiéraloment 
aux substantifs fe'minins (singuliers) dont la première ou la 
deuxième syllabe contient une voyelle longue. Ex.-.'^zâyez w vieilles 

femmes^) <: cl. ^azaizii, pi. de '^zâz <: cl. '^azûzu"- \y'^-z-z]\ '^zclyçb 
ff miracles 17 <: cl. V^y {6m , pi. de %lbê<:iç\. '^alibatu'^ (y/^^-e-^) • yrâtiçb 
ff choses étranges, faits extraoï'dinairesii <; cl. yaraibu,^\.àQ 
yrlbè < cl. yarîbatu" [yy-r-bj ; ""mâyçr c? constructions 77, pi. de ''mâra 
<c:cl. Hmâraiu" \y^-m-r)\ ""rayes cre'pousesii < cl. ""araisu, pi. de 

V«s <:cl. ""arûsîi" [\/^-r-s); shàyçj^'^^ cr belles actions 17 <;cl. sahâ'ifii 
rr pages, feuillets d'un livre 11, pi. de cl. sahjfatu" , inusité à Kfar- 

*^abîda, \ys-hfj\ mtàyçl rr leçons i-», pi. de mtllê, cf. cl. miiôâlalu" ff su- 
périorité 17 [\/m-6-l); s'jqâyel rr échafaudages 17 < néo-cl. saqailu, 
pi. de s'/qâlé < néo-cl. siqalalu" (ital. scala); 'jqwâyem ff membres 
des animaux, listes -ii <::cl. qawaimu, pl.de ^Iqàimê <c.ç\. qaimatu" 

yyq-w-ni); hwàyçz w effets, hagages?? < cl. hawâ'izu, pi. de hâzé 

(*^ Employé uniquement dans le sens de wce qui est présent, prêtn comme 
dans zab mn-el-hwâdor «apporte de ce qu'il y a, des choses qui se trouvent 
en ce moment» , phrase que dit Thôte à celui qui lui offre l'hospitalité ou le 
voyageur à l'hôtelier. 

(-) Ce mot récemment emprunté (probablement au dialecte d'Egypte) ne 
possède pas de singulier à Kfâr'abîda. 

^^) Ici la consonne ' devenue y à Kfar'abîda n'appartient pas à la racine pri- 
mitive. C'est un infixe. 

('') Cf. boshàiju cf qu'il vivo!», lilt. cfoh ! ses belles actions!», pour cl. 
bi -\- sahaifi-hi. 1 



22/il DEUXIÈME PARTIE. 

< cl. hâzatu" [\/h-iv-z) ; etc. Celle catégorie est encore 1res vivante 
dans notre parler. 

1 2° qtâlel <: cl. qatâlilu. 

Gomme en classique, cette forme sert de pluriel à un très 
grand nombre de substantifs quadrilitères masculins ou féminins 
(singuliers) de types différents. Ex. : drâhem w monnaies d'ar- 
gents? <cl. darâhmu, pi. de dérhem <:cl. dirhamu" ; hlâhol w ros- 
signols (oiseau), toupies?? << cl. balâhilu, pi. de bolbol < cl. 
bûlhulu" ; zwâhfr r perles?? < cl. mwâhiru, pi. de zàuhm, cf. cl. 
zâuharu" ; snâhdl rr mesures qui contiennent six ou biiit meddv ^ 
pi. de sémbol; '/qla/qdl ff troubles?? , pi. de 'jqàVjqlè < cl. qàl- 
qalatu" ; yrâbàl ff cribles, blutoirs??, cf. c\. yarâbîlu, pi. de yâr- 
bdl, cf. cl. yirbulu" ; dfâdç'^ rr grenouilles?? < cl. da/âdiSi, pi. de 
dci/d^'a < cl. dàfdci'atu" ; snâsçl ff chaînes s? < cl. salâsilu, pi. de 
shislé <z c\. silsilatu; ^nabar rr cales?? < cl. ""anâbiru, pi. de ''dmbar 
fr(cale), ambre gris^? <:cl. "ànbam" ; etc. Celte catégorie est en- 
core bien vivante dans notre parler. Elle sert à donner des plu- 
riels aux emprunts de date récente. Ex. : 'jqnàsdl ce consuls??, pi. 
de 'Iqonsol ff consul, etc. 

1 3° mqâtçl < cl. maqâtilu ^^K 

a. — Comme en classique, la forme mqâlel sert de pluriel aux 
substantifs singuliers (masculins ou féminins) qui désignent 
l'instrument au moyen duquel se fait l'action ou qui indiquent le 
temps et le lieu où l'on fait une chose. Sur la formation de ces 
substantifs, cf. plus loin, p. 228. Ex. : mdâres cfcollèges, écoles?? 
<: cl. madârisu, pi. de màdrsê ■< cl. màdrasaivJ' \\/d-r-s)\ mrâkçb 
ff bateaux?? <:cl. marâkibu, pi. de mârhçb <:cl. mârkabu" y r-k-b) ; 
mrâwdh ff éventails ?? <:cl. marâwihu, pi. de màruha, cf. cl. mirwa- 

hatu" \/r-w-h); etc. 

mqâlçl <c cl. maqâtilu prend l'aspect mqâtê < ci. maqâti" lorsqu'il 
sert de pluriel à des substanlifs appartenant h des verbes terliae 
w, y ou \ Ex. : mzârê ff canaux?? < cl. mazârl", pi. de màim^^'' 
•<cl. mâzra'' y\/z-r-y); mkâwc (A'ars h repasser?? <:cl. mnkâwi", pi. 
de luôkwâyc (à côlé de mokwé)^ cf. cl. mikivâlu" \yk-w-y)\ m^anè 
ff significations?? <::cl. ma^'âni", pi. de m6''na <: cl.maW" [\/''-n-y); 
îu/qâlè ff poêles à frire?? <;cl. maqâlf, pi. de nwjqlè <:cl. miqla" 

[\/q-l-w)] etc. 

(') Dans cette forme, comme clans les formes de singulier auxquelles elle sert 
de pluriel, la consonne m n'appartient nalurcliemcut pas à la racine. 
(^^ Moins fréquent que moiré. 



MORPiioLOGii:. '225 

b. — La forme /«///(/(•/ ost (•galeiiienl le pluriel d'un tout petit 
nombre do siibstanlil's (sinjjuliors) ayant comme première con- 
sonne un m ])ré(ixe et ne présentant pas le sens caractéristique 
des précédents. Ex. ; msAyçh cr malheurs ■'i <: cl. masaihu, ])1. de 

msibà <:cl. masihalii" {\/?-iv-h); nihâw,)/ ^r [HiiU'S->-> , j)l. de nilulfè 

<cc\. ntahafala" y\/^h-w--/y, mrâzçl cr menaces, hâbleries, bluff 77, 

pi. de mârzlc y\/r-z-l)- 

1/4° 'qâlçl <zc\. 'aqâhlu^^l 

Cette l'orme est le pluriel d'un petit nombre de noms ayant 
comme premièie consonne un ' n'appartenant pas à la racine. 
Ex. : 'kâbdr cr grands, nobles ^i <: cl. 'akâbim, pi. de ^àkbar <: cl. 

'âkbarii fcplus grandie y\/k-b-r) ; ^saavr r? bracelets t) <:c1. ^asâwiru, 

\)\.de cl.^uswâru" (inusité à Kfar'^abîda) [\/s-w-7'); 'yâdé crmainsT) 
<: ci. 'ayâdi", pi. du pi. cl.'àidi" (inusité dans notre parler), pi. 
de cl. yâdti", dial. yad"^. Cette catégorie n'est plus vivante à 
Kfôr\abîda. 

1 5*^ qatâtîl <: cl. qatâlîlii. 

La forme qUWl est le représentant régulier du classique qatâ- 
lilu et sert de pluriel a un très grand nombre de substantifs, 
généralement quadrilitères, dont la deuxième syllabe contient 
toujours une voyelle longue. Ex. : slâtî?i ff sultans ^-^ <: cl. salàtlnu, 
pi. de soltân <;cl. sîiltâmf; zniâhîr w multitudes i^ <:cl. zmnâhîrUf 
pi. de zamhùr <: cl. iumhûru'^; ^Iqmïdîl ff lampes 71 <c: cl. qanâdilu, 
pi. de 'Iqandille; <: cl. qindtlu" ; syàlîn w démons •>? <:cl. sayàtînu, 
pi. de sltân <:; cl. mhânu" ; dbâbîr (f j'relons-»-» , pi. de dabbûr < syr. 
debbûrà; etc. . . . Cette catégorie est une des plus fréquentes et 
des plus vivantes dans le parler de Kfâr^djîda comme dans tous 
les parlers libanais. 

1 6*^ mqàtll ■< cl. maqâlihi ^-^ 

Le dialecîal mqâtll est, comme en classique, le pluriel d'un 
grand nombre de noms (participes ou substantifs) à initiale m 
préfixe. Ex. : mfâtih crclés?? <: cl. mafâtîhu, pi. de moftâli <: cl. 

miftâhu'' y\/f-t-h); mràsîl w envoyés, messagers t) <: cl. marâsUu 
ffqui marchent vite (chameaux) 77, pi. de môrsâl <: cl. mirsâîu" 

[\/r~s-l ff marcher vite ■>•> ) ; mèâwîr w voyages , courses -n -< cl. masâwiru 
tf lieux où l'on expose les chevaux 77, pi. de môswâr <: cl. mièwâru" 

(*) Dans cette forme le hamza initial qui existe également dans les formes 
du singulier, n'appartient pas primitivement à la racine. 

^-^ Comme dans la forme mqâtçl <C cl. maqdtilu la consonne m est un élément 
forma tif. 

PARLER DE KFAr'arÎDA. i5 



^26 DEUXIÈME PARTIE. 

[\/s-w-r)\ mnàhîr ff narines, nez?? -<cl. manâhtm, [A. de manhûr 
(à côte de monhâr) <c cl. manhûru" \\/n-h-r]\ mnajqtr ffbecs 
d'oiseau?? <C cl. manàqiru, pi. de m6V/çar <c:cl. minqâru" \\n-q-rj; 
m^âlim ff honoraires des clercs??, pi. de ma^lûni -<. c\. ma'^lumu'' 

w connu?? (\/^-/-m); etc. Cette catégorie est encore très vivante 
à Kfâr'^abîda. 

l'y" qwâtîl <:cl. qawàtîlu^^K 

Cette forme est à Kfâr\nbîda le pluriel de tous les substantifs 
masculins ou féminins singuliers des types qàtûl<cç\. qâtâlu" et 
qâtûlé <ccl. qàtûlalu". Ex. : twahîn ff moulins?? <:cl. tawâhînu, pi. 

de tàhun ■< cl. tàhimii" yyt-h-n);èwâh"lq cf coqueluches??, pi. de 

sàhu/q \\Js-h-q ff sangloter, râler??); '/qwâmf,}^[. de'/qâmû'' wtout 

ce qui s'élève en cône, en pointe?? (y/^-m-'j; ^wàmîd ff colonnes, 

piliers??, pi. de '^âmûd, cf. cl. ^imûdu" ys/'^-m-dj; bwâtîr ff nattes de 

joncs?? , pi. de bàtiir y\/h-i-rj ; bwcmd ff fusils?? , pi. de bàrûdé yb-r-dj; 

Jiwâsîd ff moissonneurs?? , pi. de hâsûd, cf. cl. hâsidu" y\/h-s-dj; etc. 
Celte catégorie est extrêmement vivante à Kfar'^abîda et prend 
tous les jours la place d'autres formes en train de disparaître. 

1 8° tqâtîl <: cl. laqâiîlii ("l 

Comme en classique, celle forme est à Kfâr*^abîda le pluriel 
d'un assez grand nombre de sul)slanlifs masculins ou féminins 
rattachés par le sens au IP thème [qaltala) des verbes trilitères 
et qui appartiennent aux types teqtll <:cl. taqtilu" et teqtîle <:cl. 
taqtUatu". Ex. : tsàwîr ff images?? -<cl. tdsâwîru, pi. àe toswmi ■<. ç\. 

taswiratu" \\/s~w-rj\ ihàlil ff autorisations de mariage, dispenses 
ecclésiastiques pour un mariage??, pi. de tçhlîlé, cf. cl. taljlîlu" 

tf action de dénouer?? [\/ h-l-l) ; thàUl (r jyibihiions ^ allégresses??, pi. 

de îehlîl-<:c\. tahlilu" (\//i-/-/); fâlîni ff enseignements, catéchisme?? 

<ccl. ta^âlimu, pi. de te^lun <:cl. taHîniu" (y/'-Z-m); etc.. . . Cette 
catégorie est encore assez vivante dans notre parler. 

Conclusion GiiNÉuALE sur les pluriels externes et internes. 

Ici comme dans l'ensemble de son évolution, notre parler, 
conséquent avec lui-même, a marché vers la simplification. 

(') Dans cette forme la semi-voyelle w n'appartient pas à la racine; elle 
n*exisloil pas non plus dans les formes nominales correspondantes au singulier. 

(^^ Dans cette loimc de pluriel le t initial n'appartient naturellement pas à 
la racine. 



MOiiPHOLor.iK. 227 

Jl niaiiifostc une londancc maicjuce à sacrifier ou à reslicMiidre 
au profil (lu pluriel externe plusieuis Ibriiies du pluriel interne 
(jui est considéré coniin(i une des caractéristiques essentielles do 
Tarabc; classique. En effet, parmi les nombreuses formes classi- 
ques de pluriel interne, les unes (en assez {ji-and nombre) ont 
purement et simplement disparu à Kfar^ibîda, les autres sont en 
train de disparaître; d'autres enfin (les plus nombreuses) sont 
encore très vivantes et ont , avec les formes de pluriel externe, piis 
la place des formes disparues ou en train de disparaître. 

En sens inverse, les deux formes (déjà classiques) de pluriel 
externe en -în et -àt non seulement ont été parlout conservées 
à Kfâr*^abîda, mais encore ont supplanlé plusieurs des formes de 
[)luriel interne; elles ont quelquefois même été greffées sur des 
pluriels internes pris sans doute pour des formes de singulier. 
L'erreur d'ailleurs est explicable, étant donné que toutes les 
formes classiques de pluriel interne sont de véritables singuliers 
collectifs à signification plurielle. Les grammairiens de l'arabe 
classique semblaient les considérer comme tels, lorsqu'ils 
bésitaient sur le genre et. le nombre qu'il fallait leur attribuer ^^K 
On sait en effet que ces formes peuvent être accompagnées en 
classique des verbes au genre masculin (et alors ils sont au pluriel) 
ou féminin (et alors ils sont au singulier). 

Nota. — Etant donné que toutes les formes de pluriel interne 
peuvent ainsi être considérées comme de véritables singuliers et 
que leur caractéristique tient uniquement à la vocalisation de la 
racine, il est naturel d'en faire suivre l'étude de celle des forma- 
tions nominales spéciales au singulier. 

C. SINGULIER : FORMATION DES NOMS. 

A la suite des grammairiens arabes anciens, on ne distinguera, 
pas dans l'étude des formations nominales entre les noms pro- 
prement dits et les adjectifs ^^l Noms et adjectifs seront donc 
étudiés ensemble en tant qu'ils sont formés à l'aide de préfixes, 
d'infixés, de suffixes, ou bien à l'aide d'alternances vocaliques ou 
même de deux de ces moyens à la fois, d'où la division suivante : 

1. Formations nominales par préfixation; 

2. Formations nominales par infixation; 



(^) Le pluriel du \erhG (turba ruuni) n'est jamais dans ce cas qu'un accord 
par syllepse. 

(^) Il n'y a également aucune raison pour ne pas traiter en même temps ia 
formation dos participes. C'est ce que l'on fera ici. 

i5. 



228 DEUXIÈME PARTIE. 

3. Formations nominales par suffixation; 

li. Formations nominales comportant à la fois un préfixe et un 
suffixe ; 

5. Formations nominales comportant à la fois un infixé et un 
suffixe; 

6. Formations nominales caractérisées par une simple alter- 
nance vocalique. 

1 . Formations nominales par préfixation d'un morphème. 



a. Préfixe ma- (m-)<:cl. ma-, 

1° Comme en classique, le préfixe mfl- sert à former les sub- 
stantifs qui indiquent le lieu et le teuips où se fait l'action 
exprimée par le verbe. Ces substantifs sont tous à Kfâr^abîda du 
type niàqtel [mâqtal sous Tinfluence d'une emphatique), type oii 
ont conflué, par application des lois phonétiques, les deux types 
classiques mâqtalu" et mdqtilii". Ceux-ci, on le sait, peuvent se 
former mécaniquement (il s'agit ici du classique) en substituant 
ma- aux préformatifs de l'aoriste, la voyelle brève de la 
deuxième syllabe étante ou i selon que l'aoriste du verbe trilitère 
en question présente dans la deuxième syllabe a (ii) ou i, à part 
quelques cas tout à fait exceptionnels. Ex. : màdhah w endroit oii 

l'on immole les victimes, autel 77 <:cl. mâdbahu" [s/d-b-h ff sacrifier); 

mâzlçs frlieu de réunion, divan i? <:cl. mazUsu" [\/z-l-s w siéger ^•>); 

manda*' fflieu, placer «<cl. màiidi^u'' [\/w-d^ w placer t)); mâfrà*jq 
fflieu de séparation, bifurcation de deux chemins r» <<cl. màjriqu" 

(\//-r-(y ff séparer 7?); majqlç^ ff carrière (de pierres) 7? < cl. mâqla^u" 
(y/ry-/-*^ cr arracher r)); mâmsa (^lieu où l'on marche, corridor 7? <ccl. 
màmsâ \\Jm-s-ij cr maicher^^ ); mawa crlieu où l'on s'abrite, re- 
fuge 77 <: cl. mawa" (\/'-w-î/ w se ff retirer pour s'abriter ^7); ma/ia 

ffasile77 <:cl. mâlza'u" y\/l-z- tfse réfugier77); etc. Cette caté- 
gorie de substantifs est très nombreuse et très vivante à 
Kfar'abîda. — Il en est de même des substantifs du type mqU 
< cl. maqtlu" et surtout du type mqâl-<c\. maqâlu" faits sur les 
verbes triiitères mcdiae y ou w. Ex. : msîr wlieu où l'on arrive, 
résultat 77 <::cl. masîru" ysjs-y-r ff arriver 77); mzâl fflieu où l'on 
passe, droit de passage 77 < cl. mazâlu" (\/^-w-/ ff parcourir 77); 
m'Iqâm fflieu où l'on séjourne, lieu consacré à un saint77 <cl. 
maqdmu" [\Jq-w-m ff tenir debout 77); etc.. . . 



J 



MORPHOLOGIE. 2ii9 

9" Le préfixe ma- se ronconlre aussi dans la formation des 
subslantirs qui indiquent Tinstrunient dont on se sert pour faire 
l'action exprimée par le verbe ou (jui dénomment le vase dans 
lequel on met une chose; dans notre parler ces substantifs se 
forment (sous l'influence du syriaque) sur le type mâqtçl^^K et 
non comme en classique sur le type miqlalu" (cf. ce qui a été dit 
p. io3). Ex. : mày z çl ((Çuseauv^ cf. cl. utiyzalu" \\/y-z-l effiler [le 
ïin]^?), cf. syr. ma'^zâîâ; rnâV/qat ff pincettes 77, cf. cl. mïlqatu'^ 

[\/l-q-t) ff ramasser 77 , cf. syr. malqHâ; mâibar k éiaï à aiguilles 77 , cf. 
cl. imbarii" (\J'-b-r ff piquer 77); màhrad ff lime 77, cf. cl. mihradu" 
\\Jh-r-d «• limer 77) (2); etc. Cette catégorie est également très 
vivante dans notre parler. 

3° Comme en classique, le préfixera- se rencontre dans la 
formation de quelques rares noms d'action (infinitifs) tirés de 
verbes trilitères au P*" thème; ex. : mzî- w action de venir, venue 77 

<: cl. mazfu'' {\z-y-^ cfvenirT?); mâhrab (^^ w action de fuir, échap- 

patoircTî <ccl. màhrabu" \\Jh-r-b fffuir77). 

h'' ma- se rencontre enfin dans la formation des participes 
passifs de tous les verbes trilitères forts ou faibles au P*" thème 
(sauf les verbes médias w ou y qui, on l'a déjà fait remarquer 
plus haut , n'ont plus à Kfar^abîda de participes passifs). Ces parti- 
cipes sont toujours du type maqtûl <: cl. maqtûlu". Ex. : madrûb 

ff frappé 77 <: cl. madrûbu" \\Jd-r-b ff frapper 77); masdûd ff bouché 77 

-< cl. masdûdu'' y\/s-d-d w boucher 77 ) ; ma'zûn w permis, autorisé 77 

<:cl. ma'âûnvJ' \\J'-â-n ff permettre 77); mô'/qré ff lisible^ -^^ma- 

qrnju^ , cf. cl. maqriiu^ (?"''"* ffliï*er>); môrmé ff jeté 77 << cl. marmhju^ 

< ^marmûyu" y\^r-m-y ff jeter 77); môyzé ff pillé 77 <c*mayztyu'' , cf. 

cl. mayûwiC^ ysjy-z-w ff piller 77); mauzûn ffpesé*»^ <: cl. maiizûnu^ 

\\Jw-z-n ff peser 77) ; etc. Celle catégorie de participes est très nom- 
breuse et très vivante dans notre parler. 

j6. Préfixe ma- (m-)<cl. mu-, 

1° Comme en classique, le préfixe ma- forme à Kfâr*abîda 
quelques rares noms d'insirument du type môqtol <:cl. mûq- 

(^) La même chose se rencontre en tunisien. 

(') Pourtant le cl. mmzalu'' rr faucille» fait exception et devient à Kfâr'abîda 
monzçî (changement régulier de e en au contact de m) au lieu de *mànzçl qu'on 
attendrait; cf. syr. magg''là < *mang''lâ, la racine étant n-g-l crcouper, frapper». 

^^^ A côté de mahrûb dans le dicton suivant : Imaktûb ma mhnna mahrûh ffce 
qui est écrit, on ne peut pas l'éviter», mais c'est à cause de la rime. Cf. pourtant 
mahlûb rvase dans lequel on trait» en face de cl. rm'hlabu" {\^'fi-l-h). 



230 DEUXIÈMR PARTI F>. 

tulu"; ainsi par ex. monhoU^'' ff tamis, crible^i <d. mûnhidu" 

2"* H sert également à former dans notre parler, mais beaucoup 
plus rarement quen classique, des noms de lieu et de temps 
tirés des thèmes de trilitères autres que le premier (I) et des thèmes 
quadrilitères. Ces noms ont, on le sait, les mêmes formes que 
les participes qui proviennent des mêmes thèmes. Ex. : mostâsfa 
w hôpital, lieu où Ton soigne les malades ^^ fait sur le X*' thème 
du verbe sàfà {\/s-f-y cf guérir); m'^âskar wcamp, lieu où Ton 
campe ^1 <:cl. mu'àshinC' de ^àshara ^\\ a camper); etc. 

3° Comme en classique, le préfixe mo- se rencontre dans la 
formation des participes actifs et passifs (^^ des verbes trilitères et 
quadrilitères à tous les thèmes (sauf au I^"" thème pour les verbes 
trilitères). La formation de ces participes suit à Kfâr'abîda à peu 
près les mêmes règles qu en classique. Ex. : moslà^mdl w employé ^^ 
(quelquefois ff employant 77) -<cl. miistâ^malu" ou mustà^milu" de 
stâ^mdl wil a employé' 77 -<cl. istd^mala, X*' thème de sj^'-m-l; 
m^dlkm tf instruit 77 ouf^professeurr) <:cl. mu^âllanm" ou mu^âllimu" 
de "âllçm < cl. \illama, II" thème de \/'-/-m; mdâhrçz ff roulant 1? 
< cl. miidâhrim" de ddhrçi < cl. ddfiraza, I*"" thème quadrili- 
tère; etc. 

Remarque sur l'emploi de ces participes. 

D'une façon générale, les participes actifs, et surtout les par- 
ticipes passifs autres que ceux des verbes trilitères au V' ihème 
sont moins vivants à Kfâr*abîda qu'en classique. Quelques-uns 
parmi eux comme le participe passif des verbes trilitères au 
VII" thème et celui (actif et passif) dos verbes trilitères au 
X" thème sont encore vivants; d'autres, et c'est rimmense majo- 
lité, sont d'un usage assez restreint; enfin quelques-uns ont 
complètement disparu ou sont en train de disparaître. 

y. Préfixe md- (m-) <: cl. mi-, 

1° Comme ma-, le morphème préfixe mï- < cl. mï- se ren- 
contre dans la formation des noms qui indiijuent le temps et le 
lieu où se fait l'action exprimée par le verbe. Ceux-ci, très peu 
nombreux, se forment uniquement de quelques verbes trilitères 
à première radicale w et sont du type miqtdlu" ::> môiitdl ; e\. : 
mllâd ff lein[)S de la naissance , Noël v < cl. mllâdu" [\/w-l-d ce engen- 

(') Par rinlormédiairo do *inûnhol. 

(-) Sur la disliiiclion dialectale des deux formes de paiiicipcs, cf. plus liaul, 
p. iO;5. 



MORPHOLOGIi;. 231 

drerr)); mfâd w temps de l'accomplissement d'une promesse, 
rendez-vous^ <: cl. mfâdii" [\/w-''-d cf promettre 75). 

2° Le profixe md- (tu-) est (comme mi- en classique) le mor- 
phème caraderistique des noms qui indi(juent Tinstrument dont 
on se sert pour l'aire l'action, lorsqu'ils sont formés sur les verbes 
trilitères au I""" thème; ces noms sont du type mqâll <: cl. mi- 
qiillu" pour les verbes fll^° geminatae et du type inôqtâl pour les 

autres verbes (^l Ex. : ni'jqàf rrciseaux^? -< cl. miqdssu'' y\^q-s-s 
ff couper^?); mdâli'' ff passe-lacet ^7 <: cl. îm/rtH-w" (fïMrtf m" rr lacet de 

pan talon •»■»); moftâh (^cié-n <ic\. miftâhu" (yf-i-h ff ouvrira); mimsâr 

ff scie r» <: cl. minsâni" (yn-s-r w scier v ) ; niïzân cr balance v <: cl. mïzânv!^ 

\\Jw~z-n ff pèsent); etc. Cette catégorie de noms est assez vivante 
à Klâr'abîda. 

3° Le morphème préfixe mi- du classique, qui se rencontre dans 
quelques rares substantifs du type miqttlif , est devenu ma- àKfâr- 
''abida par suite d'une dissimilation vocali(jue, soiimaqiU; ex. : cl. 

misJiinu'* ff pauvre 7? > dial. masMn [\/s-k-n); etc. 

3. Préfixe te- (?-)<< cl. ta-. 

Comme en classique, le préfixe /(e)- ne se rencontre que dans 
la formation de quelques noms d'action (infinitifs). 

1° Il se rencontre naturellement dans les noms d'action de 
tous les thèmes verbaux dérivés qui le possédaient déjà par le 
fait même de leur formation, savoir aux V^ et VP thèmes des 
verbes Irilitères et au IP thème des verbes quadrililères. Ex. : 
félW/q rattachement, action de s'attacher^-) <:cl. taViUiiqii" , de 

fàïlçjq fc il s'est attaché" <:cl. ia'^àllaqa, V^ thème de sj'^-l-q; Hâwob 
wbâillement, action de bâillerT? <:cl. taôaubu" , de Hâwdb cril a 

bâiller» <c: cl. tadâ'aba, \P thème de \/9--b; tbortol fraction de 
capten? <<cl. tabâriiilu'^, de tbârtaf ce il a été capté t7<: cl tabàrtala, 

IP thème (quadrilitère) de \^b-r-t-l; etc. 

2° Le préfixe ta- se rencontre aussi dans les noms d'action 
qui sont rattachés par le sens ^^^ au IP thème des verbes trilitères 



(^) Le troisième type classique (mi'gfa/M")des noms qui indiquent l'instrument 
a passé dans notre parler à mâqtçl, comme il a été dit plus haut, p. 229. 

(*) Et non par la forme. Le grammairien Al-I(isà'ï avait fait remarquer que 
les habitants de l'Yémen employaient pour la même fonction une forme qittâlu^ 
(cf. syr. qultala)^ ce qui est plus logique d'après Mgr. Derian, Gr. Syr., p. 281 , 
n, 1. 



232 DEUXIÈME PARTIE. 

(lype qattaïa). Le type de ces noms, qui était en classique taqtUu'', 
est actuellement à Kfâr'abîda teqtîl. Ex. : Ip'/qtir r^parcimonie, 
action de vivre de pem? ^cl. taqthii", cf. '/qâtler ffil a nourri avec 
parcimonie?^ <: cl. qàttara, IP thème de \/q~t-r; iehmîl w charge- 
ment, action de charger ?i <: cl. iafimilu", cf. hâmnwl ffil a chargé 75 

<:cl. hàmmala, IP thème de \/h-m-l: etc.. . . Ces noms d'action 
sont extrêmement nombreux dans notre parler, comme le sont les 
verbes eux-mêmes au IP thème. (Ce type est également vivant 
dans d'autres parlers, si l'on en croit MM. Brockelmann, Barth, 
Landberg.) 

e. Préfixe V<<c1. ^a-. 

Comme en classique, le préfixe V se rencontre uniquement 
dans la formation des adjectifs verbaux du type ^âqt^l <: cl. 
^âqtalu, lesquels ont un double emploi : 

1° Les adjectifs verbaux du type 'àqtçl-<c\. 'âqtalu servent à 
indiquer les couleurs et les difformite's physiques du substantif 
auquel ils se rapportent; ils proviennent alors en ge'ne'ral de 
verbes neutres. Dans ce cas ils forment, on le sait, leur féminin 
singulier sur le type qâtla < cl. qatlau et leur pluriel masculin 
et féminin sur le type qutl <:cl. qûtliC Ex. : 'âsmar tfbrun^^ 

<:cl. ^âsmaru [\/s-m-r); 'âhdar tryerirt < cl. 'âhdaru (\//i-(^-r)î 

^â'^ma ffaveugle?? < cl. 'â'^mâ (y/'-m-î/j; 'd'oral ff boiteux?^ <:cl. 

^â'^razu (\/'-r-z); etc. Cette catégorie d'adjectifs est encore très 
vivante à Kfâr^'abîda. 

^° Les adjectifs du type \iqtçl <: cl. 'âqtalu servent aussi à 
indiquer, à Kfar'^abîda comme en classique, le degré de compa- 
raison et correspondent alors au comparatif et au superlatif des 
langues qui pratiquent ces distinctions. Ex.: 'àkhar ffplus grand w 

< cl. ^âlbarii y\/Ji-b-rj\ ^ihsçn ffplus beau, meilleur?^ <: cl. 'àJisanu 

[s/h-s-nj; ^àsdç'/q ffplus véridique?) <c cl. ""àsdaqu (\/s-d-q)\ etc. 
Cette catégorie est également très vivante à Kfar'abîda et il y a 
lieu de faire à son sujet les remarques suivantes. 

a. — La forme comparative des adjectifs se forme toujours en 
classique directement sur une racine verbale; à Kfâr^abîda au 
contraire, elle peut se greffer sur un substantif; ex. : 'âhmar 
ff moins intelligente? , litt. ffplus ànev comparatif de ///>/«/• ffane^ 
<:cl. himâru''; 'âuhas ffplus grossier, mal élevé??, litt. ffplus bêle 
sauvagew comparatif de wàhs ffbête sauvage?? <c cl. wâhsu"; 
^ajqrad fcplus intelligent, plus malin??, litt. fcplus démon, plus 
singe?? comparatif de ^Iqi'ird ffsinge, démon?? < cl. qirdu'' 



MORlMIOLOOIi:. 



233 



ffsinocii; 'ulxla frpliis important, qui doit passer avant ^■) compa- 
ratif de />rf(/V frcommencement?^; elc. 

b. — A la dilTéience du classique, la forme comparative des 
adjectifs se tire quelquefois à Kfar'^ahîda de thèmes verbaux autres 
que le ï*"" thème ou de thèmes qui expriment un sens non sus- 
ceptible de nuance d'intensité; ex. ; 'àfyçd crplus utile r» de ^afâ<la:> 
fâd ffil a été utile^^, IV^ tlième de *Jafjada; 'àrnwot fcplus mou, plus 
mort^^, de mât <: cl. mata wil est mort^; ^àhsar fcplus bref, plus 
abré(]é77, cf. ihtasara ce il a abréger), VHP thème de hâsira ril a 
froid (il est contracte' ) 77 ; etc. 

Remarque. — Les préfixes n- et s- se rencontrent comme en 
classique dans la formation des noms d'action des verbes trili- 
tères aux VIP et X^ thèmes; ces noms sont formés non pas direc- 
tement sur la racine comme les précédents, mais sur les thèmes 
verbaux en question (^). Ils sont des iyipes {ejnqtdl <: cl. inqitâlu" 
et steqtâl < cl. istiqtâlu". Ex. : 'ndmâm fraction d'être réuni h-n 

< cl. indimâmu" (yd-m-m ff réunir 77); ste'jqhâl fraction de bien ac- 
cueillir 17 <: cl. istiqhâlu" (yq-h-l fc accueillir 11 ) ; etc. On n'en a 
parlé ici que pour mémoire. Du reste, les noms d'action du 
premier type (inqitâlu") sont assez rares à Kfâr*abîda. 



2. Formations nominales par infixation d'un morphème. 



a. Infixe -fli-<:cl. -ai-. 

L'infixé -ai- se rencontre dans la formation des substantifs ou 
adjectifs diminutifs qui, on le sait, se modèlent en classique, sur 
le type qiitâilu" quand ils ont comme base des noms Irilitères, et 
sur le type qutaÛilu" quand ils ont comme base des noms quadri- 
litères ^'^K 

Tandis qu'il est encore fort vivant dans un grand nombre de dia- 
lectes arabes modernes, notamment dans les dialectes maghribins 
[d.^.MdiVçixk,Saïda,M.S.L., XIV, p. 465), le diminutif à infixé 
-al- a complètement disparu en tant queformation vivante à Kfâr^abîda 
et dans tous les parlers libanais; il en est de même, on le sait, 
de l'arabe égyptien. Ce type, en effet, n'est plus représenté que 
par un certain nombre de mots très usités encore, qui 

(^) Ce qui est vrai , également , on l'a vu , de la première catégorie des noms 
à préfixe ta- , p. 281. 

^'^) On sait que l'on a dans ces formations un suffixe au iieu d'un infixe 
quand le mot base n'a que deux consonnes, cf. 'uMiyu". 



23A DEUXIÈME PARTIE. 

sont souvent des noms propres ou qui expriment l'idée de pa- 
renté, mais qui en grande partie ont perdu pour les sujets par- 
lants toute valeur de diminutif et font sur eux Teffet de simples 
substantifs ou adjectifs. En revanche, pour exprimer le diminutif, 
notre parler a le plus souvent recours à des tournures ou à des 
formes nouvelles inconnues de l'arabe classique (cf. plus loin 
p. 267, etc.). 

Cette disparition presque complète des formes classiques du 
diminutif (alors que presque toutes les autres formes nominales 
sont bien conservées à Kfâr'abîda) est peut-être due à l'influence 
de la langue syriaque. Celle-ci, on le sait, a perdu depuis long- 
temps la forme à infixe du diminutif et l'a remplacée par d'autres 
formes à suffixes. Le type qiUaihf de l'arabe classique était cer- 
tainement usité à l'origine en araméen et en hébreu, mais par 
suite de l'altération de son vocalisme, il a dû peu à peu céder la 
place à de nouvelles formes (à suffixes) et n'a laissé, en sortant 
de l'usage, que quelques traces conservées par le syriaque (^l 

Voici quelques-uns des mots encore usités à Kfâr*^abîda sous In 
forme diminutive à infixé -ai-. 

1° Type qtâil <:cl. qutâUu". Ex. : Màib <cl. hulâibii", usité 
à Kfâr^abida seulement comme nom propre (diminutif de kàlb 
ffchien^î <;cl. kâlbu"); "bàid crnom propre d'homme, de localité, 
de bœuf un peu noir?-) < cl. ^bàidii", diminutif de *^aM «fesclave 
[ noir] -n <: cl. ''âbdu" ; èbàib ^ un pe(i t jeune homme y) < *subaibu'' , 
cf. suwâibbu", diminutif de sâb^ tf jeune hommes << cl. sâbbii" ; 
dwàik wpetite jarre à long cou, petit oiseau à crêter) (cf. cl. 
duwâihu")^ diminutif de dik cfcoq^^ <ccl. dîku" ; hhàil < cl. kuhâiiîi" 
renom de bœuf un peu rouge??, cf. cl. 'ukàihilu, diminutif de 
'âkhal wrougeâtre -n <:cl. Whhalu ffqui a les paupières de couleur 
brune??; mlàUi dans bu mlaih cmiets fait de tranches de pain sec, 
d'oignons, etc.??, diminutif de molh tfsel?? <c:cl. mtlfm"; bràij dans 
bu brâis tf lézard?? (cf. cl. sâmma 'âbram rr lézard??), diminutif de 
'àbras w lépreux, blond?? <: cl. 'âbrasu; siâilê^ diminutif de *sàtlé 
(féminin) fait sur s^// c? seau?? <: cl. sâtlu'* ; bnài wfils?? (terme de 
tendresse) <: cl. bunànju", diminutif de 'ôbn fffîls?? <:cl. ibnu"; 
mwrti weau^? <: cl. muwâvyu", diminutif de mâ'u" ff eau?? (inusité dans 

(^) On a dit parfois que l'arabe classique lui-même semblait connaître des 
exemples de raltération du vocalism'^' et surtout de la réduction de la diph- 
lon/jue -ai- caractéristique du diminutif-, ex.: huzaltiju" au lieu de *huzailiyu'' 
ffle poète de la Ir'iha de htizàih ; yuldmu" «jeune hommes en face du syr. "lahna, 
taqj. 'ulaim-, etc. (cf. Rubens Duval, p. 920). Mais il s'agit évidemment do 
formations divergentes. Il y a ici deux questions à part : la réduction de la 
diphtongue et la forme diminutive qutâlu" (cf. Noldkke, Beilrdire zitr semit. 
Sprachwisseiisckafl , p. 36 et suiv.) sur lesquelles il est diflicile de se pro- 
noncer. 



MORPIIOLOOFF. '235 

noti'o parler); Jm'i fd'vi've-o <cl. 'tihânju", diminiilif de ^/ihu" |)eii 
usilo sons la forme \ik l\ Kfâr'abîda t'^; h/ii crpèie^-) <:cl. 'nhàhju", 
diiiiiiiuliCdo \'dm" (f père ^7»^); Mul (pi. niaûlnl) wiin jeune eulant^i 
<('!. wulàijlu" ; swài cfun peu^^ <:;cl. suivàljjii", diriiinutif de smii" 
ff choses?; sivâili (nom d'une localiié à Kiar^ibida) <: cl. siiwâilni" 
(ou mieux suymlni"), diminutif de .sm// tf vieillard, cheikh ?■; <: cl. 
sàilni" ; s lâdé, diminuliï de sâllé cf panier •>7, cf. cl. sâllu'^ ; skc'nkê 
ff petit clou pour suspendre les vêlements t^, cf. séhhé; mraiijê 
ff lemme, e'pouse^^ <:i*mufàh]ahf < cl. muràialu", diminutif de màra 
fc femme, épouse 7? <:cl. niàr'atu'''; etc. 

2" Type qtànjçl < cl. qtitâhjilu". Les diminutifs de ce type se 
forment surtout parallèlement aux adjectifs dont la deuxième 
syllabe contenait une voyelle lon|»ue. Ex. : zm/m/rl (nom propre 
d'homme, de famille) <cl. ziwiâiyilu", diminutif de hnîl crbeau^i 
<: cl. zaïiulu" ; zyânjar fftout petite-) <::cl. suyàh/hm", diminutif de 
zyîr r petit "'•' <::cl. sayîru" ^^"^ ; "jqsàiyar fftrès court ■••» ■< cl. qusâi- 
yirii", diminutif de '/qsîr < cl. qasîru"; r'/qânjç^q wtrès mince i') 
<;cl. riiqârijiqii", diminutif de rjqVjq émince 77 <: cl. raqiqiC' ; 
iiMnjed fftout seul, unique ^7 <:cl. wiihAujidiC' , Axvamuûî do, uhîd 
ffseul, unique?? <cl. wahîdii" ; ''mmjçjq^'^^ ff sorte de flûte faite 
avec des roseaux ?•), diminutif de ''aniqu'' ff cou?? (inusité à Kfâr*^abîda 
où on a "ûn'jq <:cl. Smqu"); '/qrànjeb fftout proche??, diminutif de 
'/qrîb ff proche, voisin?? < cl. qarîbu"; y ràhjçb [nom de famille, 
d'homme), diminutif de 7n/> ffe't ranger??; etc. C'est sans doute de 
ces adjectifs qu'est analogique ''maiijem <^*\imàiifimiC' au lieu de 
^Diàhn <z.ç\. '^nmâhnu'^ également usité, diminutif de ^«m'" ff oncle 
paternel, ami?? (employé dans le second sens comme terme de 
mépris ou de moquerie) <cl. '«mmM". 

On verra dans l'élude des formes nominales a suffixation ou à 
simple alternance vocalique quelles formations nominales vivantes 
notre parler a utilisées pour exprimer la nuance diminutive. 

/S. Infixe -t- <: cl. -ti- ou -îa- 

L'infixe -t- ne se rencontre, par contre-coup de la formation ver- 
bale, que dans les noms d'action de verbes trilitères (VHP thème); 

(^) On emploie généralement à Kfâr'abîda le mot hil- pour désigner un ami, 
un homme quelconque : trûkna yâ hûna cfMonsieur» (ou ccmon ami» ou bien 
ffô homme), laisse-nous». 

(^) On a également à Kfâr'abida le mot bû- qui sert à appeler un prêtre et 
rarement un père de famille : yà hûna (en s'adressant à un prêtre) crmon père». 

^') s, on Ta vu, s'est assimilé à la sonore suivante; cf. p. Ai. 

^''^ Dans quelques villages libanais, notamment à Châmàt (sâmaf), on a 
'nâiyçz. Aussi vaut-il peut-être mieux lattacher 'miiyç'jq à 'anàqiC rrpetite 
chèvre», et", 'anzatu" «chèvre» (opinion de M. Marçais). 



236 



DEUXIEME PARTIE. 



ecs noms appartiennent aux types qttâU^^ <: cl. iqtitâliC ; ex. 
hfjqàr fraction de mépriser, mépris ?7 -< cl. ihtiqârii" de htâ'lqar: 

tfii a méprisée <::cl. ihtàqara (VHP thème de s/h-q-r); htmâl 
traction de supporlerr» <c:cl. ihtimâlu" de htàiudl ffil a supportée? 

<:cl. ihtdmaîa (Vlïl' thème de \^h-m-l)\ etc. 

y. Infixé -r-. 

Comme il a été déjà dit (p. 69), l'infixe -r- se rencontre dans 
la formation de quelques substantifs isolés; ex. : kar^W^^^ te che- 
ville, cou-de-pied 17, en face du pluriel cl. kii^ûbu'' (le classique a 
A-a*iw" au singulier) dont il ne provient pas directement (type 
qatlul), 

3. Formations nominales par suffixation d'un morphème. 



a. Suffixe -aw<:cl. -âmC' ou -ânu, 

1** Comme en classique, le morphème suffixe -«n < cl. -âmC 
se rencontre dans la formation d'un certain nombre de substantifs. 
Ex. : ^ensân whomme^? <cl. ^insàmC' yj'-n-s)^ cf. aram. bibl. 
'ànas; rïhân cr basilic, myrte ?7 -<cl. rnihânu'^ ys/r-w-h w sentir une 
odeun?); hïwân wanimal, tout être qui a vie et sentiment?? < 
cl. hayawânu" \\/h-y~y ff vivre??); '/qàrbân cf offrande?? -< cl. qiir- 
hânvJ' \\Jq-r-hj\ tuf an w déluge, inondation?? < cl. itifânu" (\Jt-w-fj\ 
etc. Dans cette catégorie le morphème -an n'est plus vivant et 
plusieurs de ces mots sont d'origine étrangère. 

Notre parler, comaie tous les parlers libanais, possède un 
grand nombre de noms propres formés à l'aide du morphème 
suffixe -an. Ex. : z«iJflw(^) de zaul (nom d'homme); sehwân (nom 

propre \/s-h-w ff désirer ardemment??); seVân (nom d'homme (^') 
v/s-2-* ffétre courageux??); seHân (nom propre d'homme, de fa- 
mille v/«-*-^ rallumer, exciter??); sehdân (nom d'homme s/s-h-d 
w témoigner??) ; 'jqohlân (nom d'homme sjq-h-l w accueillir, accep- 
ter??); ""elwân (nom d'homme v^'-^-w^ ffêtre élevé en dignité??); 
resdân (nom d'homme sjr-s-d trêtre dans la bonne voie??); ne^^mân 
(nom d'homme \/w-^-m ff vivre dans le bien-être); etc. 

(*) qttàl n'est qu'une forme scliématique. 

(^) Sur ce singulatij on a refait un nouveau pluriel hraih <c*haraîhn. 
W La conservation de -ai- tient à l'analogie de la forme zaid (sans le suffixe 
-an). 

(""J Dissimilaiion de i-z on s-i. 



MOUPHOLOUIK. 237 

S*' Comme en classique, le morphème -an <<cl. -rînw" ou -ânu 
se reiK'onIre dans la t'ormalion des adjectifs qui proviennent des 
verbes trilitères au I*" thème (généralement neutres), et qui, à 
K(ar*abîda, indiquent un état passager et accidentel plutôt qu'une 

qualité permanente. Ex. : sekrân ffivre^? <::cl. salrânu [\/s-li-r 
ffêtre ivre^i); zfân w affamé^-), cf. cl. zm/ânu'* [\/z-w-^ ravoir 
l'ai m 17); keslân w paresseux ^^ <: cl. kaslânu" [sjk-s-l rrêtre pares- 
seux ^ ) ; niolyân ff plein , rempli v , cf. cl. maVânu ( ym-l- cr remplir r> j ; 

telfân ccqui est à rextrémité (malade)w (\//-/^ cr périra); ''ellân 
ff portant, prenant part à.. . 17, dans ''ellân fmnr reprenant part à 

la peine ^1 \\/''-t-l emporter 7?); etc. Celte catégorie d'adjectifs est 
beaucoup plus nombreuse à Kfar^^bida quen classique, car elle 
est extrêmement productive. Notre parler, en effet, emploie de 
préférence la forme d'adjectifs en -an là où le classique ne la 
possède pas, ou du moins la possède en concurrence avec d'au- 
tres formes d'adjectifs. Ex. ifo'/qdân w regrettant, désirant (ver- 

missend) une chose perdue^^ Wf-^-^^ ff désirer un objet perdue); 
herdâîi fc fâché, boudant ••■» <c:cl. hardânu'^, à côté de hâmhC' et 
hându" \\Jh-r-d ff bouder 7?); hernân ff rétifs?, opposer cl. harûnu'' 
(\/A-r-n ff être rétif [cheval] i?); heznân (^Ivisler)^ opposer cl. hazînu" 
et hâzinu" [\/h-z-n tfêtre triste 77); botrân cf pétulant 11, opposer cl. 
bàtiru" [sjb-t-r wêtre pétulant^?); hesrân crqui perd, perdant 77, 
opp. cl. hâsiru'^ (vè"*-^' fc perdre ■>?]; etc. 

3° De même qu'en classique, le morphème -an <cc\. -ânu" sert 
à former, dans notre parler, un certain nombre de noms d'action 
(infinitifs), dérivés des verbes trilitères (forts ou faibles) au 
I" thème. Ex. : nesyân w action d'oublier, oubliai < cl. nisyânu" 

y\/ n-s-ij) \ fïdàn cr débordement, action de déborder 77 -^cl.faya- 

dânu" \\Jf-]j-d)\ hnsrân fraction de perdre, perte ^^ <: cl. husrânu" 

\\Jh-s-rj\ lielfàn fraction de jurer, serment 7-) \\Jh-l-f ff jurer 7?); 

timn fraction de s'envoler, vob? <: cl. tayarânu" \\/t-y-r)\ etc. 

(3. Suffixes -é, -àwê, -anê, -zé, -lé, -hâna. 

Les suffixes dialectaux -è, -âwê, -ânê, -zé, -lé, -hâna sont tous 
vivants et se rencontrent dans la formation d'un très grand nom- 
bre de substantifs et d'adjectifs qui expriment une idée d'origine, 
de famille, de secte, de métier, de qualité, de couleurs, etc. Ces 
substantifs ou adjectifs de relation sont presque toujours formés à 
Kfar'abîda sur des substantifs, quelques-uns sur des adverbes, 
mais jamais sur des adjectifs comme cela a lieu en classique. En 



238 DEUXIÈME PARTIE. 

revanche, à la différence de la langue classique qui les formait 
des substantifs singuliers ou des substantifs pluriels ramenés à la 
forme du singulier, notre parler tire les substantifs ou adjectifs 
en question aussi bien des noms pluriels que des noms singu- 
liers, sans faire subir aucune modification aux premiers. 

Celte catégorie de noms, on Ta dit, est très vivante dans le 
parler de Kfar^abîda qui, à côté des deux suffixes d'origine classi- 
que -ê <: cl. -tyu" et -âwê ■< cl. -àwîyu", possède quatre autres 
suffixes empruntés à des langues étrangères. 

1° Suffixe -e<cl. -îyu". 

Le suffixe -é est le représentant régulier du classique -îyti". Il 
s'ajoute purement et simplement aux substantifs singuliers et 
pluriels. Ex. : 

a. — Pour les substantifs singuliers : \irde ff terrestre i? 
<cc\. ^ardîyu", de ^àrd w terre i? -< cl. 'ardu"; lobnâné w libanais?? 
■<cl. luhnànhjiC' , de lobnân w Liban?? < cl. lubtumii''; màrûnê w ma- 
ronite^? <<néo-cl. mârùmyv", de mârmi :rMaron (nom propre)??; 
wârdé ff couleur de rose?? <: cl. ivardiyu", de w/trd fcrose?? <cl. 
wârdii"; msîhé ((chrétien V < cl. masthîyii", de nisih ff Christ?? <: cl. 
wasihu" ; bâdœé ff bédouin?? < cl. badawlyu", de bàdu ff désert i? 
<: cl. bàdwu"; dâmwê ff sanguin?? < cl. daniawîyu" {h. côté de cl. 
damîyu"), de dam"' <cl. dâniu'^; etc. 

b. — Pour les substantifs pluriels : sâ^âté ff horloger?? < néo-cl. 
sâ^'âllyti", de ()luriel s(fât <: cl. sâ^âlu" pluriel de sâ^a ff horloge, 
heures? ^^ c\. sâ\iiu" ; zrâihé ff chirurgien?? <:^zaiailuyii'' (cf. cl. 
ziràhiyu"), dezrâyçh, pluriel de zyrh < cl. zûrhu" ff blessure i? ; 
è/^Zto ff fabricant de bâts?? •<:*zalâlàtlyu'', de zlàlât pluriel de zlâl 
(pris pour un singulier) << cl. zilâlu", pluriel de zûUu" ffbât?? 
(inusité à Kfâr^abîda); hâtiâtè ff hôtelier?? <:*hânâlîyu'' de hànât 
pluriel de A^m ff hôtellerie 1? <:néo-cl. (turc) hânu"; etc. 

2^^ Suffixe -àwè <ccl. -àtvîyu". 

Le sulïixe -âwê s'ajoute uniquement aux substantifs qui se ter- 
minent par à long pour en former des adjectifs relatifs (^^. Ex. : 
frensâwè ff français?? (cf. néo-cl. faransîyu"), de frânsa <: néo-cl. 
faransà ffFrance??; fw/vawcff bienheureux i? <: cl. tiibàwîyu'* (à côté de 
tûbawîyu''), de tuba ff béatitude?? <: cl. tûbà; kfàr^bïdmvé ff habitant 
de Kfar%^bîda??, de Kfàr'^abida; yâfâwè ffde Jaffa (orange)??, de 
yâfa ff Jaffa??; heltâwê ff habitant de Hiltâ (village libanais); etc. 

3° Suffixe -âné < néo-cl. -ànhpC 

Le suffixe dialectal -ànê s'ajoute à un certain nombre de sub- 

^'^ Comme si tous ces adjectifs élaiciit dérivés do racines ultimae w. 



MORPHOLOGIE. *239 

sLantifs ou tradvcrbos pour eu iaii'c des adjcctils de relation (|ui 
expriment, ^généralement, un sens abstrait ^'^. Cette formation 
en -ânr, em[)loyoe par les auleurs arabes modernes (pii traitent 
particulièrement de sujels religieux, est un emprunt à la langue 
syria(]ue. Ex. : rû/jânè cfspiritueh? <c:néo-cl. rïi/iànîyu", de rûfi 
ff esprit, ame^7 <: cl. rùhu", cf. syr. rûhânâyâ; zesdâm'' cr corporel 7? 
<:néo-cl. zasadânîyu" , de zâsçd w corps ^'j < cl. zâsadu" ; "^elmânè 
ff laïque, civil ^•j <: néo-cl. '^ahnâîiiyu", de ^àlçm ff monde 77 < cl. 
^âhiimf, cf. syr. '^âlmânâyâ; ko^lq'jqâné ff juste '7 <c. * haqqâmyu" , de 
ha/q'''' ff droit, justice^) •<Zi'i. hàqqu" ; fulqânè ff supérieur, extra 77 
-cZ^frtuqâniyu", defâulq ff au-dessus -"^ ■<.€[. friuqu; U'htânc ffinfé- 
rieun^ ^c^' lahlânUjiC , de ti'iht ff au-dessous ^i <:cl. iâhtu; helfâné 
(à côté de hlaîfâné) ffqui est derrière 77 <c * halfànîyti" , de hâlf 
ff derrière i^ <<cl. hâlfu; yqddmâné [auRlogie de helfâné) ffqui est 
devant^^ -^c^qudmânîyu", de 'jqoddâm ff devant^^ <: cl. quddâmu"; etc. 

4° Suffixe -zé <: turc -zi. 

Le morphème suffixe -zr <turc -zi s'est adjoint dans notre 
parler à un certain nombre de mots pour en former des noms qui, 
comme en turc, indiquent le métier, la profession, l'habitude, 
etc. Cette adjonction fait subir aux formes nominales les modifi- 
cations suivantes : 1. Abrègement de la voyelle longue quand elle 
se trouve suivie d'un groupe de consonnes : dûkkânzé ff bouti- 
quier 77, de dukhmi ff boutique •>•» <: cl. dulhânu'^; duhhdnzé ff mar- 
chand de tabac 77, de duhhân <: cl. duhhânu" (ou duhânu"); 
2. Suppression de toute finale vocalique : i^ç/wrmie ff fabricant , 
marchand de douceurs 77, de cl. halwànîyu" (même sens) ^*ïœl~ 
ivâné; ^jqàhuzê ffcafetier77 <<.*'' Iqàhwzè'^^\ de ^Iqàhwé ffcafé7i -< cl. 
qâhwaiu" ; liindàrzê ff cordonnier 77, de hùndra ff soulier (façon euro- 
péenne) ■< turc qundura; 3. Rétablissement analogi(jue d'une 
semi-voyelle déjà disparue de la forme nominale et vocalisée 
comme sous 2 : yâluze ffqui vend cher 77 <c*'ycilwzé, de yâlé ff cher 77 

< cl. yâlnf [\/y-l-w); hàkuzé ff bavard , grand parleur 77 <:*M^tt;2V, 
de hâkê <:.c[. hakyu" ff parole 17 \\Jh-h-yj\ k. Aucune modification 
dans les noms qui se terminent par un groupe de consonnes ou 
par une seule consonne, précédée d'une voyelle brève : hârhzé 
ff guerrier, homme de guerre 77, de hàrb ff guerre ^7 <^c\. hârbu"; 
mo^jqWz'e ff carrier 77 (dissimilation régressive de a en e >o), de 
majqle^ ff carrière 77 <c:cl. inàqla^"; hddàrzé ff marchand de légumes 77, 
de hèdar ff légumes 77 < cl. hidaru'^; mlaufohzê (à côté de mlau- 
fo^qié) ffqui n'est pas droit, qui tire au flanc 77, de dial. mlâiifdk 

('^ Dans la langue philosophique et théologique moderne, et par imitation 
clans la langue populaire. 

^'^^ Le w se vocalise comme à l'initiale (usôlna 'eCvuasdlnâ). 



2â0 DEUXIÈME PARTIE. 

(ou mlâufd^/q) ff qui ne marche pas droite? ; mza^bôrzé wqui trompe , 
qui tricher), de dial. mzâ''bdr (même sens); dans les derniers 
exemples il y a, en outre, déplacement de Taccent qui est atliré 
vers la pénultième. Par analogie avec ces noms on a : mô'/qmârze 
ff qui joue à un jeu de hasard '?, cf. cl. mnqâmini" wqui joue avec 
quelqu'un à un jeu de hasardai; mo^màrzé wmaçon^^, de dial. 
mô^mârc -^.^mô^iârijju" ; 5. Une certaine modification du voca- 
lisme dans les mots empruntés avec le suiïixe -zê à la langue 
turque : ^«rkV (à côté de ''àrhaiè) ff cochers? <: turc %rabazi, de 
turc \(raba (ar .dial. \irbîijè); téb^zé ff artilleur?? <: turc topzu; yâzezê 
(nom propre d'homme) <:Uirc yazezi ff écrivain??; clc. Comme 
on le voit, le morphème -zé est assez vivant à Kfar*^abîda et dans 
les parlers libanais comme dans la plupart des parlers arabes 
modernes. 

5° Suffixe -lé <cturc -U (ou -lu). 

Le morphème suffixe -/<? provient du turc -li et s'ajoute comme 
lui aux noms pour en former des adjectifs; il n'est pas vivant 
dans le parler et n'existe, à ma connaissance, que dans 'kâbôrlé 
ff noble, grand, notable??, de 'kâbar ff grands?? < cl. 'ahâbiru 
pluriel de'âkbaru ff plus grand?? , et </o/iJ/»<^<//e ff consciencieux??, de 
démmê ff conscience?? -< cl. dinimatu". 

6** Suffixe -/?«/?« <:turco-pers. hànê. 

Le suffixe -hâna provient du turco-pcrsan hànê ff maison, domi- 
cile?? et se rencontre dans la formation d'un certain nombre de 
substantifs qui désignent, généralement, des établissements 
publics, des ateliers, etc.; ex.: batralhâna ff maison habitée par un 
prêtre ou un évêque qui représente le patriarche dans un pays 
étranger??, de bàtrak ff patriarche?? <; néo-cl. bâtraku" (grec); 
hâsi[a\hâ?ia (à côté de, par dissimilation, %st[a]hâîia) ff hôpital??, 
de dial. hâsta ff malade, faible?? < turc hasta, cf. turc hastahânë; 
zabahâna ff gibecière, dépôt de munitions, de poudres?? <turc 
zebhânê de zçbç (pers.) ff armure et arme en général i?; luotranhâna 
ff maison habitée par un évêque oriental qui réside dans un pays 
étranger?? << néo-cl. mutrânhânatu" , de muirân ff évêque??, cf. syr. 
metràn; etc. 

y. Suffixes -ya<:c\. -yà'u; -^«<:cl. -au'\ -au. 

1° Suffixe -ya <cc\. -yau. 

Gomme en classique, le dialectal -y a se rencontre dans la for- 
mation d'un très petit nombre de substantifs léminins ([ui expri- 
ment une idée abstraite, comme kôbrya cf orgueil^? <:cl. kibviyau. 
Ce morphème n'est plus vivant dans notre parler. 



MOUPHÛLOGIK. 2 /il 

Rcinanjne sur la finale -a <:cl. -«V. 

La finale -r/ se rencontre, comme en classicjue, dans la for- 
mation (le ({uclques substanlil's masculins et surtout dans celle 
d'un certain nombre de noms d'action (infinitifs) (|ui proviennent 
de verbes tcrtiae iv ou y. Ex. : réya crbypocrisie?? <::cl. nâ'u'' 

ff apparence 1? {\/i'-'-y wvoir); z{'lm (à côté de dçka cbez quebjues 
vieillards) fc pénétration d'intelligence ^^ < cl. ctahau'' \\Jd-h-y 
wêtre doué de pénétra tion 79] ; Uza ff rétribution, amende^^ (cf. 
iéza nîijqdè cf peine pécuniaire ^^ <::cl. zizan") i^sj z-z-y r rétri- 
buent); hàwa ce air, vent 15 -< cl. hacvan" (yh-w-y ffsouffler); s^j/fl^ 
(à côté de sàfii et sfâwê) cflimpiclité, sérénitér» <::cl. sa/au" 
\\Js-f-w wêtre limpide 17); etc. 

2° Suffixe -a < cl. -au. 

Comme -au en classique, le dialectal -a se rencontre dans la 
lormation d'un certain- nombre de substantifs et d'adjectifs fémi- 
nins. Ces derniers servent de féminins à ceux des adjectifs du type 
^àqtçl <:cl. "àqtalu qui sont employés pour désigner les couleurs 
ou difformités pbysiques. Ex. : sAhm wplein air, roséer» <:cl. 
salira u ce campagne, désertai; Vi(/m wla vierge Marie 79 <:cl. ""adrau 
w vierge (en général) t>; hâmra w rouge, ïém.-n <:cl. hamrau fémi- 
nin de \ihmar << cl. ^àhmaru; \irza tf boiteuse 77 <: cl. ^arzau 
iémmin de ''d'oral -< cl. \ï'^razti; hàuta w follet) <c:*hautâ\i féminin 
de ^àlnvdt <:*'ahwatu ; bâhla w sotte ^^ féminin de ''âbliçl, etc. Ce 
morphème témoigne encore d'une certaine faculté de reproduc- 
tion pourvu qu'il s'agisse d'adjectifs. 

^. Suffixe -2it'<c\.-iUu'\ 

Le suffixe -ùl -< c\. -ttlu'', qui provient (même en classique) 
d'un emprunt fait au syriaque -û9â, se rencontre dans la forma- 
lion d'un petit nombre cle substantifs exprimant une idée abstraite 
ou (dialectalement) l'idée du diminutif. Ex. : lâkût crdivinité, 
théologie^:» <:néo-cl. lâhûhi", cL syr. 'âlâMOâ; malhut ff royaume -o 
<:cl. malakûtu'' y\/m-l-k), cf. syr. malkûOâ; salhàt ff petit crucifix 7^, 
cf. slih ffcrucifix77 <<cl. salibii" [sjs-l-b). Ce morphème n'est pas 
plus vivant à Kfar^abîda qu'en classique. 

e. Suffixe -e<:cl. -atii". 

Le dialectal -è, correspondant régulier du cl. -atu", sert, comme 
en classique, à caractériser le genre féminin, et comme tel il se 
rencontre dans beaucoup de formations nominales. Il s'ajoute 
alors purement et simplement à la forme masculine pour en faire 

PARLER DE KFAr'abÎDA. i6 



2/l2 DEUXIÈME PARTIE. 

un féminin sans ajouter à la signification d'autre nuance que la 
notion du genre. Aussi, pour éviter des répétitions inutiles, on 
ne parlera pas ici de celte formation mécanique. On se bornera 
à traiter des cas où le suffixe -è se rencontre dans la formation 
des substantifs ou des adjectifs à la base desquels il n'y a pas 
de formations masculines ou du moins de ceux dans lesquels 
l'adjonction de -è amène quelque modification sémantique ^^\ 

1° Comme en classique, le suffixe -ê se rencontre dans la for- 
mation d'un assez grand nombre de substantifs féminins appelés 
par les grammairiens de l'arabe classique caioms d'unité?^^^^. Ces 
substantifs se forment par l'adjonction pure et simple du suffixe 
-ê à d'autres substantifs qui indiquent une collection d'êtres de 
même espèce et on obtient alors l'idée d'unité, d'individualité. 
Ex. : wàrdé frune rose^^ <:cl. wârdatu", de wârd ffrose (en général) 
= des roses 7t» <:cl. wârdu"; zàhra wune fleur 77 <:cl. zâliratu", de 
zcihr w fleurs 7? <c cl. zàhru'^;wàr'lqa cfune feuille ^i <ccl. wàraqatu", 
de wàrajq cr feuilles i'» < cl. wàraqu"; nàhlê ffune abeille 77 < cl. 
nàhlatu", de nàhl cr abeilles )•) <: cl. nàhlu" ; damé en face de class. 
'idâmu" ffce qu'on mange avec le pain 77; hartûsé de hartûs ff car- 
louches 77; yormisa, de y orrais w ortie 77 ; daifûra, de dalfûr w figues 
précoces 77, etc. Cette catégorie de substantifs est encore assez 
vivante à Kfar^abîda. 

2° Gomme en classique aussi, le suftixe -é se rencontre dans la 
formation des substantifs féminins qui indiquent que l'action, 
exprimée par le verbe, a eu lieu une seule fois^^l Ces substanliis 
sont formés sur le type qàllé <: cl. qàllahC lorsqu'ils proviennent 
de racines trilitères au I"'' thème. Aux autres thèmes, ils ont les 
mêmes formes que les noms d'action (infinitifs) des verbes trili- 
tères dont ils proviennent. Notre parler ne possède plus, actuelle- 
ment, que les substantifs du type qàtlé. Ceux-ci, en revanche, 
sont nombreux et la catégorie est vivante. Ex. : zàlsè ce une ses- 
sion 77 <:cl. zâlsatu" y\/z-l-s ffs'asseoir77 j ; dârbè wun coup^ <: cl. 
dârbatu'' [s/d-r-h fffrapper77 j; Jiàmlc wce qu'on porte en une fois 77 
<: cl. hdmlatu" y\/h-i)i-l ff porter 77 j; etc. 

Il faut remarquer que, à la différence du classique, notre 
parler est en train de perdre de vue la nuance spéciale exprimée 

(') Le poinl de vue envisagé ici n'est donc pas tant un point de vue morplio- 
logiquc qu'un point de vue sémantique. 

^'■'^ Cf. ce qu'on appelle des sinfrulalifs dans la grammaire de certaines lan- 
gues celtiques modernes. 

(^^ Cet emploi est très analogue à celui qui vient d'être signalé («sin- 
gulatir»). 



!M()RIMIOLO(;iK. 



2/(3 



par ia Wwmo qâllè. La plupart du temps, en ciïel, il fait suivre de 
radjectil" ivâhdc cr seule, unique ^7 <:cl. wahi(lalu"^^'> les substantifs 
(jui indiquent, à eux seuls et par eux-mêmes, en classique, que 
l'aclion a eu lieu une seule fois. Ainsi, pour indiquer que Taction 
exprimée par le verbe dàraha ffil a l'ra[)pé77 a eu lieu une seule 
fois, le classique employait simplement le mot dârbatu", tandis 
qu'à Kfar*^abîda on se sert, de preTérence, de dàrhè wâhdê^^^\ ce 
qui serait une incorrection en classique. La lan[[ue classique, on 
le sait, se servait de Tadjeclif wa/<ârt/w" uniquement après les 
substantifs féminins munis déjà du suffixe -ahi" (sans que ce 
suffixe leur ait donné le sens du singulatif), lorsqu'elle veut en 
former des substantifs qui indiquent que Taclion a eu lieu une 
seule fois. Par exemple, pour exprimer Tidée de ff miséricorde, 
compassion 77, on disait, en classique, ràhmatu"; mais pour expri- 
mer tfun seul acte de miséricorde ", on ajoutait Tadjectif wâhi- 
datu" w seule 7?, et on disait râhtnatu" wâhidatu" . 

3° Le suffixe -é se rencontre dans la formation d'un assez grand 
nombre de substantifs exprimant une idée abstraite; ces substan- 
tifs abstraits se forment par l'adjonction de -é aux adjectifs rela- 
tifs qui sont, généialement, du type qâllé <: cl. qalUiju", soit 
donc qatlîyê <:cl. qatUyatii". Ils servent à donner une expression 
substantive à la qualité exprimée par ces adjectifs. Ex. : zmnHyê 
ff réunion, assemblée, association 77 <:cl. imiCîyatu'\ de *zàm''ê 
<ccl. zani'îyu", adjectif relatif de zâm'' ff foule 77 <: cl. zàm^u"; kam- 
mîyê ff quantité 77 «< cl. kammîyatu'', de *Minmê <c:cl. kammtyu", 
adjectif relatif de kàm (cf. Mm) ff combien 77 <c;cl. kàmmii" ffquan- 
tité77; hahrhjé ffune petite nouvelle77, de ''habvhju'', adjectif relatif 
de hàbar ff nouvelle ^7; bardîyè ff fièvre précédée de frissons 77, de 
*bardhjiC', adjectif relatif de bard ff froid ^7 < cl. bârdu"; daurîyé^ 
ff accès de fièvre qui arrive tous les deux jours77, de ^danrîyu", 
adjectif relatif de dàiir ff accès de fièvre, retour 77 <:cl. dâiiru"; 
hairîyê ff bonté, avantage 77 -< cl. lmriyaM\ de hair ff bien 77 <: cl. 
hâiru"; etc. 

Cette catégorie de substantifs est extrêmement vivante à Kfar- 
''abîda et comprend même, à la différence du classique, un certain 
nombre de formes qui expriment une idée concrète. Ex. : ^ardîyê 
ffpot de chambre, fond d'un vase, sol d'une maison 77, de 'àrdê 
ff terrestre 77 <:cl. 'ardlyti", adjectif relatif de 'ârd tfterre77 <:cl. 
'ardu"; sûjhjè ffvêlement large en laine que portent les prêtres 

(1) On se sert souvent à Kfar'abida (comme dans tout le Liban), et dans 
le même sens, des mots fard «unité?' << cl. fârdn!' et 'âuwal «premier?) 
<Cci. 'duwalu qu'on met avant le substantif en question : zâbu mon 'duwal (ou 
mon fard) 'Iqâmzé «fit fatleignit d'un seul bondw. 

(^) Bien qu'on puisse dire quelquefois simplement dàrbé. 

16. 



2/ilâ delxièaie partie. 

orientaux 17, de "^'sûfê, adjcclif relatif de sùf cr laine ^^ <:cl. syfiC"; 
samsujè ^ombrelle (parapluie)^?, de sàmsé wsolaire, exposé au 
soleil 77 <: cl. samsîyu", adjectif relatif de sVhus ff soleil 77 -^cl.sàmsii"; 
hellâbiyê wqui donne beaucoup de lait (vache) 77; najqdkjê w argent, 
monnaie de bon aloi77 (cf. cl. dirhamu" nâqdu" tr monnaie de bon 
aloi 77 ) ; zûndiijè rc armée , soldats 77 , de zûnd ■< cl. zundu" w troupes •'7 ; 
zellâbîyê w tablier, robe large 77 et beaucoup d'autres exemples. 

li° Gomme en classique, le suffixe -é se rencontre dans la for- 
mation d'un grand nombre de substantifs féminins (noms d'action 
ou simples substantifs) de significations variées et qui appar- 
tiennent à des types différents : 

a. — qûtlê <cl. qiitlatu'% qui indique, généralement, une idée 
abstraite ou un sens passif; ex. : hémra ff rougeur 77 <c:cl. hûmratu" ; 
hodra cf verdure, légumes 77 < cl. hûcfmtu"; "ojqdc rr nœud 77 << cl. 
%qdatu^\ /oy<//ue rf bouchée 77 <:cl. lûqniatu"; sohbé (( dumûé , société 77 
^Z ç\. sûhhatu" ; sûrhê crgrand nombre, plusieursT? <cl. sûrbatu" 
«troupe 75; etc. 

b. — qétlê <: cl. qûlatu", qui indique, généralement, un fragment, 
une portion, un exemple, etc.; ex. : Imsa cr portion, parU <cl. 
Iiissatu" ; for'Jqa cf parti, division 77 <^ cl. firqatu" ; "èbra w leçon, 
exemple 77 <c:cl. Hbratu"; ^Iqôfa cf morceau, pièce t? <: cl. qifatu"; 
^jqùsmè tf fragment, division 77 <:cl. ^«s/ua/w"; y^osj-e crécorce, peau 
d'un arbre, coque 77 <c cl. qièraW ; hérbé ff ruine 77 <c cl. Jnr- 
balu"; etc. 

c. — qâtlé < cl. qâtlatii", ou qàtalatu'', qui exprime une idée abs- 
traite ou concrète; ex. : dmdê r puissance, royaume 77 < cl. dàn- 
/a/w";r?a//we ff magnanimité, fierté 77 <cl. nàhxvalu" ; dâi/a fc village 77 
< cl. dnj^atu"; ^Iq/irijè w bourg 77 <::cl. qâryalu"; sâmlê cf bandeau, 
petit turban 77 <c cl. sàmlatu"; sàrCa w métier 77 ■< cl. sân%hi" 
w œuvre 77 ; hâsné r aumône, bienfait 77 <: cl. hâsanalii" ; rajqbé 
ffCOU77<::cl. ràqabatu"; etc. 

d. — qlâlé <ccl. qilâlalii" (on qittâlalu" ou qatâlatu"^^^), qui indique 
généralement une idée abstraite; ex. : hlâbê récriture 77 <:cl. 
kitâbatu" ; Uâlé ff métier de portefaix 77 < cl. Stâlatu" ; smâ/ta tf gé- 
nérosité 75 <: cl. samâhatu" ; mhâm w habileté 77 -< cl. mahâratu" ; 
stara rr finesse, habileté 77 <c;cl. mtâratu" tr ruse 77; Inâsé ff balayu- 
res 77 < cl. hunâsalti" ; zbàlè ff balayures 77 < cl. zubâlaln"; hsàm 
ff perte 77 <::c\. hasâratu"; '^râda ff fusillade de rejouissance, fanta- 

(') Les trois formes aboulissent phonéti([uement au même résultat dans 
noire parler. — ■ La deuxième forme {qutdlalu") indique plus souvent que les 
autres une notion concrète. 



MORPHOLOGIE. 2/l5 

sia, salve w <cl. \irâiîahC' ; %uira ff construction, maisons <: cl. 
Hmâratu" ; etc. 

e. — qlilo^d. (inlihitu", qui indique, g(5ne'ralement, une notion 
concrète et passive; ex. : hlîhê cfécrilureii < cl. hilîbalu" ; fililê 
w vertu, mérite T? <zc\. fadllatu"; hsîrè^^^ rr natter <: cl. Iimîralu^ 
ff claie pour sécher les datles?^; mdînô ff villes? < cl. madînatu" ; 
idtlê ff tresse (de cheveux)^ < cl. zadilalu" ff manière, modew 

\\Jz-d-l ff tresser??); ''zîhè ff miracle, merveille?? < cl. ^izîbatu"; 
s/i'/ie ff vaisseau?? <:cl. safînatu" ; etc. 

/. — qlâlè -< cl. qutulalu". Ex. : shûlê ff facilité?? <:cl. siihûïatu" ; 
*'mûlé ff salaire du courtier??, cf. cl. \imâlatu" ; sV/^e' ffdilïîculté?) 
<< cl. m'^ùbalu" ; ^zûhè ff célibat?? -< cl. ^uzûbalu" ; ftùwé ff géné- 
rosité, qualités mâles?? <z cl. fulâwatii" ; mrûwê ff virilité, cou- 
rage?? -<cl. murûwatu" (à côté de muruatu"); etc. Cette caté- 
gorie, qui exprime généralement une idée d'intensité, provient 
presque toujours de racines à valeur intransitive. 

Nota. — Toutes ces formes nominales, avec d'autres moins 
importantes, sont encore bien représentées dans le parler de 
Kfar'^abîda. 

5° Le suffixe -ê se rencontre également dans la formation d'un 
certain nombre de substantifs féminins (appartenant à des types 
différents) qui expriment l'idée du diminutif dans le parler de 
Kfar'abîda. Ex. : sandu/qa ff petite caisse??, de sandu/q ff caisse, 
malle ?? <: cl. sundûqu" ;f(itjût€ ff une mielte de pain ?? <: syr. paOpâOâ 
(cf. ar. cl. fut âtti")] salsûhè tf barbiche??; basbûsa tf petit morceau de 
charbon ou de bois allumé??, cf. dial. basbûs tf prunelle de l'œil??; 
mâtiné [iplus souvent m^'àizné) ff petit pétrin??, de mâ^zçn ff pétrin?? 
<cl. mCzanu'' ; dûkkâné ff petite boutique, jolie boutique??, de 
dîikkân ff boutique, magasin?? <c: cl. duHânii'' ; selhmé ^i^eliicanï^ ri ^ 
de sekMn ff canif, couteau?? <: cl. siliJdnu" ; ^/rt/œe ff petit seau en 
bois??, de dâlu tfseau?? <:cl. dâlwu" (cf. p. 116); zdrsa ffclo-- 
chette??, de zàras ff cloche?? <cl. zàrasu'^ ; dânbé ff petite queue??, 
de dàn^b ff queue?? <:cl. âànabu" ; etc. 

Remarque I. — Les formes nominales du classique qui 
indiquent la manière dont l'action exprimée par le verbe est faite 
et qui se forment des verbes trililères (forts ou faibles) au 
P'^ thème sur le type qitlaiu" n'ont laissé aucune trace dans notre 
parler, où ils sont périphrases par le mot moll ff comme?? <:cl. 

(^) Cf. cl, hasirv!" fftis'^u, natte». 



n6 



DEUXIEME PARTIE. 



mi6Iu" et, quelquefois, par le dialectal zâi w comme 77. Ainsi, en 
face du cl. masàijn misijata l-muàddabi wj'ai marché la marche 
(c'est-à-dire je me suis conduit à la manière) d'un liomme hien 
élevé w, on a dans notre parler msît môll (ou zài) el-m'âddeb. 

Cependant, le parler de Kfar^abîda possède encore quelques- 
uns de ces noms de manière aux autres thèmes des verbes trili- 
tères que le P"" thème (mêmes formes que les noms d action de 
ces verbes); ex. : ntdsru ntsâr ez-h'âd cf ils se sont répandus comme 
(à la manière de) les sauterelles ?î -< cl. intàsarû (i)ntisâra l- 
zarâdi. 

Remarque II. — Sauf qâlilatu", représenté encore par dâhyê 
ff homme très rusé, très ingénieux ?7 < cl. dâhiyatu'', les types 
classiques qatlâlatu", qatûlatii", qûtalatu", qui formaient quelques 
noms à signification masculine (et intensive), ne sont plus repré- 
sentés dans notre parler. 

4. Formations nominales comportant A la fois 
UN morphème préfixe et un indice suffixe. 



a. ma- -f- [racine] -]--e<c: cl. ma- -|- [racine] -(--«/m". 

1° Comme en classique, le cumul du préfixe ma- (m-) et du 
suffixe -é se rencontre dans la formation d'un certain nombre 
de noms de lieu avec nuance accessoire indiquant que l'action 
exprimée par le verbe est répétée. Ces noms de lieu sont du 
ty])e mâqtlê <: cl. màqtalalii'^ (ou mâqtilatu'\ màqhdatu^] ^ lorsqu'ils 
relèvent de racines trilitères sans consonne faible, et du type 
mqâlê <cç\. maqâlalu" , lorsqu'ils relèvent de racines mediae w 

ou y. Ex. : majqhm rr cimetière^ <cc\. màqharalu'' (yq-h-ry^màs- 
hya fr teinturerie 77 <::c\. niàshayahi'^ W?-^''/)'-) ^^lyàm c? caverne 77 
<:cl. mayâratu'' [\/y-w-r); mnâra fcminaret?? <; cl. manâratu'' 
\sjn-w-rj\ etc. 

2° Comme il a été dit à propos du préfixe ma- (p. 9 3o), le 
cumul de m{a)- et de -è se rencoutre dans la formation dialectale 
d'un certain nombre de substantifs qui indiquent finstrument au 
moyen duquel on fait l'action; ces substantifs sont, à Kfar'^abîda, 
du type màqllé (^cï. cl. miqlalalu"). Ex. ; m«/"/</rt tr cuiller, truelle 77, 

cf. cl. mWaqalu" \\/l-^-q)'-, mànlqlé^^^ fftout ce qui sert au trans- 
(') Dans le deuxième sens il représente le turc manqala (même sens). 



MOUPIIOLOfilK. 2/l7 

port, esj)(''cc do jeu arabe à casiers 77, d". cl. minqalalii" [\/n-q-l); 

mârnlia ffévenlail^, cf. cl. miiwalialu" \\Jr-w-lij\ màzrfè w pelle, 
râteaiin,cr. cl. miirafalu"; etc.^^l Cette cuté(]orie, ainsi que la 
préce'denle, est encore bien vivante à Kfai^abîda. 

3° Le cumul du ])reTixe ma- et du sulTîxe -é se rencontre enfin 
à Krar\^bîda dans un certain nombre de substantifs qui expriment 
une idée abstraite et sont du type mâqtlè <^ cl. mâqtalatu" ^^K Ex. : 
inàdhhé wun ridicule, objet de risées \\Jd-h-h crrirew^^^); mdshra 
ff ridicule, riséew < cl. mâsharaiu'^ \\^-b-^j'-> mâsiha rrépuLli- 
que, fonction de maire de village w {\/s-y-h); mâslha ff emploi, 
avantage, occupation ^î << cl. mdslahatu" y\/s-l-h); mo^rfé [màzrfè) 

w connaissance 77 <: cl. mâSifatii'^ W^'''/)'-» ^^^(^^7^^ w occupation « 
(dans mn^éndçk là sûyl ulâ màsylê fftu n'as rien à faire ^) <: cl. 

màsyalahi" {\/s-y-l); mâdbJm w carnages {\Jd-b-h ce tuer 77); etc. 
Ces substantifs abstraits, qui sont en majeure partie des noms 
d'action, sont assez nombreux et assez usités à Kfar^abîda. 

Remarque. — Les substantifs classiques du type màqtalatu", 
qui indiquent le lieu où Taction se fait fréquemment, servent, 
quelquefois aussi, ou le sait, à indiquer le lieu où une cbose se 
trouve en abondance. Ils sont très rares dans ce dernier emploi à 
Kfar^abîda et ne sont plus représentés que par deux ou trois 
exemples comme mo'/qtâyé wcliamp de concombres w(^), cf. cl. 
mâqOaatu", de majqté te concombres 77, cf. cl. qiôau"; niâsilè w pépi- 
nière, semis 75, de scill tr plant 77 <:syr. seôlâ (cf. hébr. sâOcd). 

/3. ?«Ô- -f- [racine] -[--^*< cl. ??ll- -|-[ RACINE ]-]- -«^î*"« 

Le cumul du préfixe mô- et du suffixe -è ne se rencontre, à 
Kfar'^abîda, que dans la formation d'un petit nombre de substan- 
tifs qui indiquent l'instrument avec lequel se fait faction expri- 
mée par le verbe et qui proviennent de racines à troisième radi- 
cale faible. Ils sont du type môqtâlé, cf. cl. miqtâlu". Ex. : moslâyè 

ff piège 77, cf. cl. îuislâtu'^ (v?"^"^)? niàsjâijê ff filtre 77, cf. cl. mis- 

fâtu" [\/s-f-w)\ mohlâijê ffsac à fourrage, musette 77, cf. cl. mih- 



(^) Seul le cl. miknasatu" tr balai '7 U/k-ns) fait exception et garde dans 
notre parler sa forme ancienne, soit môknsé an lieu de *rniiknsê. Opposez ce 
qui a été dit plus haut sur la substitution générale de ma- à mi- dans notre 
parler, p. 339 et déjà plus haut. 

(^) Quelquefois maqtilatvJ^ et maqtulatu'^. 

(^) Sur le changement de d en d, cf. Phonétique, p. 56. 

^'') D'où également un «concombre», plur. majqté. 



2^8 DEUXIÈME PARTIE. 

/rt^M" (^\/h-l-y); etc. Celle catégorie est encore vivante à Kfar- 
'abîda^iC 

y. m- + [racine] -|- -ê <: cl. mu- + [racine] -\- -alu''. 

Le cumul du préfixe m- <: cl. mu- et du suffixe -è -< -atii" se 
rencontre uniquement dans la formation des noms d'action 
(infinitifs) pour tous les verbes trilitcres employés au IIP thème 
(type qâtala), en tant du moins qu'ils sont usités dans notre 
parler. Le type de ces noms d'action est partout mqâtlê << cl. mu- 
qâtalaiu". Ex. : mi«m/e cr action de bien agir envers quelqu'un 77 

<: cl. miizâmalatu" , de zâmdl <z cl. zâmala, IIP thème de \/z-m-l; 
în/qâulê ff action de s'entretenir, de convenir de quelque chose 
avec quelqu'un 7^ ^^^ <cl. muqâwalatu" , de '/qâwdl <zc\. qâwala, 

IIP thème de s/q-w-l; etc. 

S. te- 4" [racine] + -^"< cl. ta- -{- [racine] -|- -«^w". 

Le cumul du préfixe te- et du suffixe -ê se rencontre, comme 
en classique, dans la formation d'un certain nombre de noms 
d'action rattacbés parle sens (et non par la forme) ^^^ aux verbes 
Irilitères du IP thème. Ces noms sont formés sur le type téqtlê 
<: cl. tàqtilaiu". Ex. : tojqdmè cr offrande, action d'offrir^^ <: cl. 
tàqdimaiu", cf. ^jqàddçm ce il a offert ^^ <c cl. qàddama, IP thème de 

\Jq-d-m ffêtre le premier, aborder quelqu'un 17; tûsyê tf recomman- 
dation, action de recommander, annonce faite dans les églises ^i, 
cf. cl. tâîisiyatu", de wdssa w il a recommandé ^7 <<cl. wâssà, IP thè- 
me de s/w-s-y «unir, être contiguw; etc. Cette catégorie est encore 
assez vivante à Kfar^'abîda. 

(') Rappelons, à ce propos, que le parler connaît un certain nombre de 
substantifs féminins qui remplacent la terminaison ancienne -àtu" par -fiyè, 
cf. (liai, mrâyé «miroirs, en face de ^mirâtu"^ -cCcl. mir'dlii" ; 'sâyè «bâton??, 
en face de néo-cl. 'asdlu'^ (cl. 'âsa'^ >dial. 'osa); mozayè crclièvre», en face 
de *mi'zdiu'^ (cf. cl. mizâ'u"); môhbayé «trésor caché, cachette», en face de 
* mahhâhi' (cf. cl. mahhd'v!')\ etc. M. Marçais me fait observer que ce procédé 
est très fréquent dans les dialectes arabes, particulièrement en tunisien, et il 
est probablement d'origine morphologique : on rend apparente, au moyen du 
-^it final , la caractéristique df un féminin qui risquait de disparaître. Le seul 
moyen d'empêcher le genre féminin de se confondre ici avec le genre masculin 
était d'en extérioriser le signe morphologique : le classique réalisait celte 
extériorisation , p. ex. pour mikwâlu", au moyen de -lu"; le postclassique l'avait 
réalisé en transformant 'dsa" en 'asdtu" ; le dialecte a perdu de bonne heure ce 
procédé (ju'il remplace par -é , signe morphologique équivalent du féminin, et 
remédie à l'hiatus après -a- (-w-) par Tintercalation de la consonne y : hiatus 
évité au minimum de frais (sous l'influence des racines à 3" consonne faible, 
et IV étant ramenés à y). 

(^) Palabre (sens commercial). 

(•■'' La forme, en effet, est évidemment celle du I"' thème. 



MOHPnOLOGIK. 2/l9 

5. Formations nominales comportant \ la fois 
UN morphème infixe et un indice suffixe. 

Les formations nominales comportant à la fois un infixe et un 
suffixe ne se rencontrent, à Kfar'abîda, (jue dans un certain 
nombre de diminutifs féminins. L'infixé est alors toujours -ai- 
elle suffixe -^' <: cl. -alii". Ex. ; twàinè (cf. cl. iuyâmalu") ^ diminu- 
tif de tlnè ff figuier i^ <: cl. ttnalu'' ; ^wâiné (cf. cl. %yàinatii") , 
diminutif de '^àm «œil, source^^ <:cl. ^aim<"(^); ^''Iqi'nhê «petite 
montée, nom d'un village libanais^? <:cl. \iqmhaliC, diminutif 
de ""alqhê cr montée ^^ ■<.c\. "àqabatu"; ^jqlài^a (nom de plusieurs 
villages libanais) <:cl. quUi^aiu" «petite forteresse 77, diminutif 
de 'jq/d^a « forteresse 1? -< cl. qàralu"; mâimê «cbère mèrew <ccl. 
'umàimahi'', diminutif de 'o/m'" «mèrew <: cl. 'ûmmu" ; t'^àilbê 
«morceau de bois qu'on met au bout de la charrue pour la fixera, 
diminutif de dàHahii" «bout du bois de la lance qu'on emboîte 
dans le fer^i (inusité dans ce sens à Kfar'^abîda); hàjyé (à côté 
de hàij-) «sœur 7? <cl. ^uhâhjatu", diminutif de 'ûht «sœur 75, 
■< cl. 'ûhtu" ; hnaujê < cl. bimâk/atu", diminutif de bout «fille 77 
<:cl. bmtii" ; swànjê «peu de choses?, cf. cl. sîiwaiyu", diminutif de 
si «chose 7? <:cl. sàiu"^'^\ 

6. Formations nominales caracte'risées 
PAR une simple alternance vocalique. 

Comme en classique, les formes nominales caractérisées par 
une simple alternance vocalique (^), sont extrêmement nombreuses 
dans notre parler. La plupart d'entre elles appartiennent, 
quoiqu'en proportions différentes, aux substantifs et aux adjectifs; 
quelques-unes, au contraire, appartiennent seulement aux sub- 
stantifs, tandis que d'autres ne comprennent que des adjectifs. 
En outre, parmi les formes classiques, les unes sont encore très 
vivantes à Kfiir*^abîda; d'autres, au contraire, sont déjà tombées 
ou sont en train de tomber en désuétude; quelques-unes, enfin, 
qui étaient très usitées en classique, ont entièrement ou presque 



(') Cf. le dicton local : taie 'at'wàinè wàqa' hoVwi'nnè tril est monté sur le 
petit figuier et il est tombé dans la petite source (c'est-à-dire dans le puits )w. 

^'-) Dans hàiyê, bnànjé et kv^nijè il y a, à vrai dire, cumul de deux suffixes 
et non pas d'un infixe et d'un suffixe, ce qui tient au monosyllabisme du mot 
simple. 

(^) On fait naturellement abstraction ici des finales classiques -m", -i^, -a" 
(-M, -a) qui, à une époque extrêmement ancienne, ont pu être de vrais mor- 
phèmes, mais ne comptent absolument pas pour les parlers modernes. 



250 DEUXIÈME PARTIE. 

cnlièrement disparu, tandis que quelques autres, vivantes ou 
non dès le classique, sont encore productives. On ne passera 
naturellement ici en revue que les formes nominales qui sont 
encore vivantes à Kl'ar^abîda ou qui, du moins, sont encore 
représentées dans notre parler. 

a. qâtl<zc\. qâtlu". 
(Voyelle a dans la première syllabe, zéro dans la seconde.) 

.Cette forme comprend, à la fois, des substantifs et des 
adjectifs. 

1*" Substantifs. — La forme qàtl est très usitée à Kfar'abîda dans 
les substantifs et englobe, comme la plupart des formes sui- 
vantes, de simples substantifs aussi bien que des noms d'action, 
des substantifs qui proviennent de racines verbales existantes 
aussi bien que des substantifs qui n ont pas en face d'eux de 
racines dont ils dérivent, enfin des substantifs concrets aussi 
bien que des substantifs abstraits^^^. Ex. : ^/qârn ffCorncTî <:cl. 
qurnu""; *'âîn (^œïiv < cl. ^âhiu'' ; hàrm ce vigne, champ de vignes 7^ 
< cl. kârmu" ; s/ihu w sérénité (du temps )t^ <^ ci. sâhwu" ; nâfs 
rame 77 <:cl. nàfsu"; sâum w jeûne 7? <: cl. smmu" ; dàrh w action 
de frappera? <<cl. dârbu" ; etc. 

9° Adjectifs. — Les adjectifs du type qàtl sont, comme en 
classique, très rares à Kfar'^abîda où ils ne sont plus représentés 
que par quelques exemples : sâ^h w difficile ^t <:cl. sâ^'hu" ; râhb 
ff vaste 77 <cl. ràhbii". Ces adjectifs, on le sait, proviennent de 
verbes intransitifs. 

jB. qûtl <: cl. qiith". 
(Voyelle u dans la première syllabe, zéro dans la seconde.) 

Comme la forme précédente, ^w// comprend à la fois des sub- 
stantifs et des adjectifs. 

1° Substantifs. — Les substantifs du type qûtl sont assez nom- 
breux à Kfar'abîda et ont, les uns une valeur concrète, les autres 
une valeur abstraite. Ex. : "^ûsb ff herbe vertes? <:cl. SishC" ; zûrn 
ffauge, petit bassina <ccl. zûrniC' ; dèb^ ffOursT» <cl. dûbbu" ; hébz 
wpainw <;cl. hûbzii"; zûrh ce blessure '7 <:cl. zurhu" ; ""M r morceau 



(') On se contentera ici de donner, sans distinction, les exemples de sub- 
stantifs concrets ou abstraits, de noms d'action ou de simples substantifs, de 
substantifs provenant de racines verbales ou ayant une existence indépendante 
De même pour les formations suivantes. 



mouPHOLor.iK. 



251 



de bois^-) <cl. "uda" ; sôhh fMiialiiPi <:cl. sûh/m" ; ziV rflaim^? <: 
cl. ziVii"; hul cr{r(;n('>i'osilé^7 <: cl. 2N(h(" ; hi'iyd ffliaiiift^? -< cL 
buydu" ; IM cramitio, amours? < cl. hnhim" ; etc. 

Le type ry//// coiii[)rend également les subslaiitirs de deux à dix 
qui indiquent les fractions : mif ec moitié^? -<cl. nûsfu" (ou nisfu"); 
ti'ilt ff tiers ^-t <: cl. ôuldu" (ou dûlitÔu"); rôh'' cr quart ^7 <: cl. rûb^^u"; 
etc. 

2° Adjectifs. — Les adjectifs du type qutl sont peu nombreux 
et appartiennent en général à des racines faibles. Ex. : môr- ff amer 77 
<ccl. nuirru" ; moz^ ccaigrelet, insipide^-) <cl. mûzzu" ; hûf ce libre, 
franco? <: cl. hûmi" ; hiUu ff doux 77 -< cl. hûlwu" ; siihn ff chaud 77 
< cl. sûhnu". Ces adjectifs, on le sait, proviennent de verbes 
intransitifs de même que ceux du type qâtlu". 

y. qétl < cl. qûlu''. 
(Voyelle i dans la première syllabe, zéi'o dans la seconde.) 

Le type qétl ne comprend plus d'adjectifs à Kfar'^abîda; par 
contre il fournit un grand nombre de substantifs généralement 
concrets. Ex. : molh ffsel77 <z cl. milhu" ; molk ce domaine, pro- 
priété77 <c: cl. milku" ; débs wmoût cuit et réduit en sirop 77 -< cl. 
dtbsu" ; dîb ff loup 77 <:cl. âfbu"; sén" cf dent 77 < cl. sinniC ; *^éhn 
w science 77 <:cl. Hhnu"; etc. 

S. qât§l<cc\. qâtalu". 
(Voyelle a dans la première et dans la seconde syllabe.) 

Comme ceux du type qétl, les adjectifs classiques du type qâtfl 
n'ont laissé aucune trace dans notre parler. Les substantifs, au 
contraire, qui appartiennent à ce type sont encore très nombreux 
et vivants; ils expriment la plupart du temps une idée concrète. 
Ex. : wâled ff enfant 77 <:cl. wâladu" ; ^àsed ff lion 77 <::ç\.''àsadu'' ; hàzar 
ff pierre 77 << cl. hâzaru" ; bar ad ff grêle 77 <: cl. bâradu" ; yâdab 
ff colère 77 <<cl. yàdabu" ; màtçl tf exemple, modèle ^7 <: cl. màôalu" ; 
hànçh ff palais (de la bouche) 77 <c cl. hànaku" ; hâsçd ff jalousie 77 << 
cl. hdsadu" ; balçd ff pays 77 <:cl. bàladu" ; etc. 

e. qétfl'<c\. qâtilu". 
(Voyelle a dans la première syllabe, i dans la seconde.) 

La forme qétel comprend uniquement dans notre parler des 
adjectifs. Ceux-ci sont encore nombreux et la catégorie en est 
encore vivante. Ex. : wdseh ffsale77 <:cl. wàsihu'^ ; hfsen ffdur77 < 
cl. hàsinu'^ ; nézçs ff méchant, sale 77 ■< cl. nazisiC ; nékçd ff tracassier, 
acariâtre 77 <:cl. nàJndu" ; bèîet ff dissipé (enfant) 77 <:*/'rt///î^''; etc. 



252 DEUXIÈME PARTIE. 

?. qéteï < cl. qitah". 
(Voyelle i dans la première syllabe, a dans la seconde.) 

Le type qét§l, déjà rare en classique, n'est repre'senté à Kfar- 
*abîda que par très peu d'exemples : '^éneb w raisin ?•> <: cl. HnahiC 
(Cette i'orme est très usitée, on Ta vu, comme pluriel interne.) 
Ce type ne paraît comprendre aucun adjectif dans le parler con- 
sidéré. 

>7. qâtçl <C c\. qâtihi" ou qâtalu". 
(Voyelle ô dans la première syllabe, a ou i dans la seconde.) 

Le dialectal qâtel est une des formes nominales les plus usi- 
tées et les plus vivantes à Kfar*abîda. Il comprend à la fois les 
participes actifs (qu'ils soient devenus substantifs ou non) des 
verbes trilitères au P"" llième (transitifs ou intransitifs) et un tout 
petit nombre de substantifs non rattachés à une racine verbale. 
Dans le premier cas il représente toujours le cl. qâtilu", et dans 
le second cas les cl. qâlilu" et qâtalu". 

i'* qâtçl<z ci. qâtiliC. Ex. : ''âhmi rc savant, sachant ^^ <<cl.Vf/îwm"; 
zâind'' ff mosquée, qui rassemble?') <: cl. zâmiSi" ; '"a/qdl ce sage, 
tranquille 77 <: cl. '^âqilu" ; nâsé ce oubliant 77 -< cl. nâsi" {\/7i-s-y); yâlè 
ff cher 75 <:cl. yàli" (sjy-l-wj ; hâdè ff tranquille, paisible t) < cl. 

hâdi'u" y\/h-d-'); râyeh ffqui désire (nom propre d'homme)?^ <:cl. 
râyibu'' ; yûlçh ff vainqueur (nom propre d'homme) 77 -< cl. 

yâlibu"; etc. Cette catégorie est extrêmement vivante, surtout 
lorsqu'il s'agit d'adjectits. 

2" qâtfl ■< cl. qâtilu'' ou qâtalu". Ex. : râheb ff moine 7-) <: cl. 
râhibu" ; kâhçl ff cheville du pied i? <z^kâhilu'' ; \Uçm ff monde ?? << cl. 
^^âlamvJ' ; ^jqâlçb ff moule, forme (de souliers) 77 <: cl. qâlabu" ; hûlçm 
ff bague 77 <c:cl. hâtamu'^ [ou hâtimu"); etc. 

Cette catégorie n'est plus vivante à Kfar*^abîda. 

9. qtîl<::c\, qalîlii". 
(Voyelle a dans la première syllabe, î dans la seconde.) 

Le type qtîl comprend à Kfar'abida comme en classique des 
substantifs et des adjectifs. Toutefois les adjectifs sont de beau- 
coup les plus nombreux. 

i'' Substantifs. — Ex. : '/qdib ff verge, bâton 77 <: cl. qafjîbu" ; 
r;Kî/"ffpain mince et rond 77 <ccl. rayîfu" ; luluh^i'er->-> <ccl. hadidu" ; 
2n</ff bâton employé parles cavaliers dans iGs^jouies-^^ <::c\, 2 arUu" ; 



MOUPnOLOGIK. 



253 



u:ih ff no(al)le^i <cl. wallliu" ; hhhn r? medccin^^ <: cl. hahimri "fcsaijc , 
})hiloso[)li0'^; thin ffl'ariiKVi < cl. laljhin" ; '/qsif ffOi'[je coupo vert ■'7 
<cl. qasllu" ; etc. Celle catégorie témoi[]ne cruiie certaine vie à 
Klar^abida. 

2° Adjectifs. — Les adjectirs du type qlH sont extrcinemcnt 
nombicux dans notre parler. Ex. : y/ild ffuniquei? < cl. wahidu" ; 
UV/q ff vieux, ancien i? <::cl. "atiqu" ; ynjq wneye''-» <cl. yarîqu" ; 
l.rim r^rénéreuxi? < cl. karîmu" ; kbîr rc grand i-» <: cl. halAru" ; b^id 
ff éloigné ^-i <c:cl. ha^ldu" ; 'jqrlh ff proche ^^ ^^çX.qarihu" ; etc. ^^l 

i. qtâl<:c\. qutâlu'\ qalâhi", qitâht^'^K 
(Voyelle M, a ou i dans la première syllabe, à dans la seconde.) 

1° qtâl ■< cl. qiiîdlu". 

Cette l'orme n'est plus représentée par aucun adjectif à Kfar- 
^abîda ; elle Test seulement par un certain nombre de substan- 
tifs qui expriment tous une idée concrète. Ex. : yrâb rccorbeauT? 
< cl. yurâbu" ; mhât r mucosité du nez, morve t» <: cl. miihâtii" ; 
rwajq cr galerie, cloître ^-j <: cl. ruwâqu" ; rhâm ff marbre •»7 << cl. 
ruhâniii" ; nhâ'^ ff cervelle, moelle épinière^-» < cl. nuhàSC; km^ 
(f origine, race 7? < cl. kurâhi" ff extrémité de n'importe quelle 
chose?^; '/qna/q ff étape, station 77 <:néo-cl. qunâqu" (turc); bza/q 
ff crachat 77 <c.c\. buzâqu'^ (ou busâqu"); etc. 

2** qtâl <:cl. qatâhC 

Cette forme, comme la précédente, ne comprend presque plus 
d'adjectifs dans notre parler. Par contre, elle est représentée par 
un grand nombre de substantifs concrets et abstraits. Ex. : nhâr 
ff jour 77 -< cl. nahâni" ; hsâd ff moisson 77 -< cl. hasâdu'^ ; srâb ff bois- 
son 17 «cccl. sarâbu'' ; hrâb ff ruine 77 << cl. harâbu" ; znâb ff excellence 
(titre d'honneur qu'on met au commencement de l'adresse d'une 
certaine catégorie de personnes) 77 <:cl. zanâbu" ; zwâb ff réponse 77 
<: cl. zawâbu" ; zmân ff temps 77 <::cl. zamânu" ; y mm ff passion 77 <c 
cl. yarâmu" ; ^dâb ff supplice 77 <:cl. ^adâbu"; etc. 

Notre parler possède cependant deux ou trois adjectifs du type 
qtâl -< ci. qatâh''. Tols sont hrâni ff illicite, défendu ^7 <::cL harâmu" ; 
zbân ff craintif 77 <:cl. zabânu". 

3° qtâl < cl. qitâlu''. 

Cette forme comprend uniquement des substantifs. Ceux-ci, 
assez nombreux à Kfar*^abîda comme en classique, expriment en 

(^) C'est la forme par excellence de l'adjectif à Kfar'abîda. 
('■^) Les trois formes classiques aboutissent phonétiquement à qtâl dans noire 
parier. 



25^ DEUXIÈME PARTIE. 

général une idée concrète. Ex. : htâb rc livre ?7 <: cl. kitâbu" ; hmâr 
crâne 77 <:cl. himâru" ; Jjsân fr cheval 77 <;cl. hisânv!^ ; srâi t? lampe « 
<:cl.sïmh/"; Isân w langue, language^^-c cl. lisânu" ; hzâni w sangle, 
maillot (d'enfant) ■'1 -< cl. hizâmu" ; ^/qyàs ff mesure^-» ^cl. qijjâm" ; 
z\'âh wsac de berger 7-) -<cl. zirâbu" ; '^tâh ff reproche 77 <;cl. Htâbu" ; 
hsâb w compte, calcul 77 <; cl. hisâbii" ; etc. 

K. qtâl'<c\. qatûlu" ou qutûïu'^. 
(Voyelle a ou u dans la première syllabe, û dans la seconde.) 

1° qtûl << cl. qatûlu". 

Cette forme comprend à la fois des substantifs et des adjectifs 
(ces derniers proviennent généralement de verbes intransitifs). 

a. Substanùfs. — Les substantifs du type qlùl ne sont pas nom- 
breux à Kfar'^abîda; ils expriment toujours une notion concrète. 
Ex. : hrûf ff mouton 77 <:cl. harûfu^ ; dbujq ce glu 77 <c*dabùqu'\ cf. cl. 
dâbûqu" ; ysàn wnom propre de femme 77 (cf. cl. fusûmi", pi. de 
fûsnu" ff branche 77); Vw ff ennemi 77 <cl. '"ndûivu". 

b. Adjectifs. — Les adjectifs du type qtûl sont assez nombreux 
à Kfar\al3Îda et expriment comme en classique une notion in- 
tensive ou passive. Ex. : hrûn ff rétif 77 <: cl. harùnu'' ; hnàn ff misé- 
ricordieux 77 < cl. hanûnvJ' ; rsûl ff envoyé 77 < cl. msidvJ' ; Jijqiid 
ff haineux, rancunier77 -< cl. haqûdu"; ""nûd ff entêté 77 <: cl. ''anûdu" 
ffqui s'écarte du but 77; etc. 

2° qtid <: cl. qutùliC. 

Cette forme comprend un assez grand nombre de noms d'ac- 
tion (inhnilifs) qui proviennent de verbes trilitères (intransitifs) 
au P"" thème. Ex. : snVjq ff lever du soleil 77 <cl. surûqu" (ys-r-q 
ffse lever [soleil] 77); ymèffcoucherdu soleil 77 < cl. ^kmhI^w" [\/y-r-b 
ff se coucher77); znun fffolicT? <::cl. zunùmf \\Jz-n-n ffêtre fou77);y2«r 
ff colère 77 <cc\.Jtizûru'' ff libertinage 77 \^f-z-r ff vivre dans le liber- 
tinage 77); Mil- ff obéissance 77 <:cl. hudiTu" [s/h-d-" ff obéir 77); hdû 
ff calme 77 <ccl. huduu" [\/h-d- ffse calmer 77); nzûl ff descente, ac- 
tion de descendre 77 <: cl. nuzûlu" (sjn-z-l ff descendre ^7) ; etc. 

X. qettâl <: cl. qatlâlu". 
(Voyelle a dans la première syllabe, â dans la seconde, 
gémination de la deuxième radicale. ) 

Le dialectal qettâl représente {par dissimiintion vocaliquc)^^^ le 
cl. qattâlu" et comprend à la fois des substantifs et des adjectifs. 

^') Voir p. 123. 



MORPIIOLOfilK. !255 

1° Suhslanlifs. — Les subslaiilils du type (jçllâl indi(|UCiU tou- 
jours à Kl'ar^abîda coinnio en classique un jnc'ticr ou une prol'cs- 
sion. Ex. :/o7///// cr laboureur, paysami <:: d. falla/ju" {\/j-l-/j)'-, ^^llâl 
wportel'aix^^ < cl. "allâlu" (y/*'-/-/); habbâz ffboulangon-) < cl. 
habbâzu" \\/h-b-z) ; nçzzâr cr menuisier 7? < cl. nazzânC^ \sjn-z-rj\ 
^ôïtâr ff parfumeur, drojuisle^i <; cl. ^ttâm" \\/^-t-r); sMAf ttcor- 

donnien? <: ci. saliàfu" y\/s-k-f); etc. Cette catégorie est encore 
bien vivante à Kl'ar^^abida. 

2" Adjectifs. — Les adjectifs du type </(?//«/ expriment comme en 
classique une habitude ou une idée intensive. Ex. : leddâb cmien- 

teun? <:: cl. laâdâbu" {yk-d-bj; borrât wmenteun? <: cl. harrâlM" 
ff tourneur ^1 \\/h-r-tj; wohhâb fftrès généreux?-) <: cl. ivahhâbii" 
y\/w-h-by, neJihâb ff déprédateur 7-) <:cl. îiahhâbu" \yn-h-b); rezza/'q 
ff qui donne beaucoup (épithètedeDieu)?? <: cl. razzâqu" (s/r-z-q) ; 
hobbâs ff grand dépensier, brouillon?") \\/b-b-s ff mêler une chose 
avec une autre i?); Jjojfajq ff brouillon, bavard?? \\/lj-f-q ff s'agiter??); 
dûwâr ff qui tourne sans cesse?? <: ^deuwâr << cl. dauwàru"^ [yd-w-vj ; 
etc. Cette catégorie est également bien vivante à Kfar^abîda. 

yi. qûttâl<z cl. quttâlu^. 

(Voyelle u dans la première syllabe, à dans la seconde, 

gémination de la seconde radicale.) 

Cette forme est représentée actuellement à Kfar^abîda par un 
petit nombre des substantifs à sens collectif qui sont d'un usage 
courant. Ex. : /o^i/i ff pommes?? <:cl. hfjfâhu" ; rommân ff grenades?? 
-< ç\. rummânu'^ ; dàrm jq ff pêches?? << cl. durrâqu" (ou darrâqu"); 
somma Iq ff sumac (arbrisseau)?? <:cl. summâqu" ; 'Iqô'rrâd ff teignes^? 
(cf. cl. qurâdiC)'^ dûhhân ff fumées, tabacs à fumer?? <: cl. duhhaniC' 
[diihânu"); etc. La forme qûttâl comprend aussi un très petit 
nombre de substantifs qui n'expriment pas nettement une idée 
collective; ex. : sebbâk ff fenêtre grillée, fenêtre^? < cl. subbâku" 
ff filet, grillage??; dûkkân ff boutique?? << ci. dukkânu", 

V, qallîl <c. cl. qittUu'\ 

(Voyelle i dans la première syllabe, i dans la seconde, 

gémination de ia seconde radicale.) 

Le dialectal qattîl représente {par dissimilation vocalique)^^^ le 
cl. qittUu" et comprend quelques substantifs et un très grand 
nombre d'adjectifs. 

(') Voir p. 12 4. 



256 DEUXIÈ3IE PARTIE. 

1° Substantifs. — Ex. : tannin fflyplion'^ <:: cl. linntnu" ; battih 
wpastèque?-) <: cl, hiltjhu" ; 'jqassis w moine, religieux, prêtre '•) <:cl. 
qisslsit; etc. 

2° Adjectifs. — Les adjectifs du type qatlïl indiquent comme 
en classique l'intensité ou la fréquence. Ex. ; 'jqaddis ff saint 7-) <c 
cl. qiddlsii" ; sarrîr fc méchant 77 < cl. sirrîru" ; sarrîb tf grand bu- 
veur 17 << cl. sirribu" ; la'^'ib ce grand joueur ^i << cl. U^'^lbu"; rahhid 
ff grand coureur 77 (cf. cl. rakûdu", même sens); sarrif trqui dé- 
pense beaucoup 77 (s/s-r-f tf exercer le change 77); daMh ff qui frappe 

bien 77 {sjd-r-b ff frapper 77); sayyll w grand travailleur 77 (ys-y-Zcroc- 
cuper77 et dial. ff travailler 77); etc. Cette catégorie est encore 
extrêmement vivante dans notre parler et s'enrichit tous les jours 
aux dépens d'autres formes nominales ou par la création de nou- 
veaux mots. 

f. qattid <c cl. qattuhi". 
(Voyelle a dans la première syllabe, û dans la seconde, 
gémination de la seconde radicale. ) 

Cette forme sert de diminutif dans notre parler à un assez 
grand nombre de substantifs et d'adjectifs. 

1° Substantifs. — Ex. : ballùt ff gland comestible 77 ■< cl. baUulii" ; 

^Iqattu^ ff morceau de natte déchirée, morceau de bois^7 \\Jq-t-'' 
ffCOuper77); 'Iqammiir ffgentil garçon^7 de '/qàmar cflune77 < cl. 
qâniarn"; sammût f( éche\ eau de fil , grappe de maïs 77 <: syr. sammùtâ; 
''azzûr cf petit melon 77 (cf. cl. "azùru" w melon 77); tannûr w four circu- 
laire en terre 77 <: cl. tannùni"; fairûi w poulet 77 <c c\. farrûzu'^ ; 
'Iqaddiim ff hachette, erminette (de menuisier) 77 , cf. cl. qadûmii" ; 
etc. (Voir P. Ronzevalle, La forme fa'^Ull, en arabe dans Al-Masriq, 
XV, 1912, p. 966 et suiv.) 

Noire parler forme avec beaucoup de facilité sur qattâl des 
noms propres masculins ou féminins ayant lous fidée de diminu- 
tif (hypocoristiques). Ex. : ''abbûd (nom propre d'homme) , de Vi/>f?- 
ulla <: c\Mbdu-l-làhi crserviteur de Dieu (nom propre) 17 ; w«///;m/ 
(nom propre d'homme), de m'ihlé {nom propre) <: cl. nahlatu" cr pal- 
mier 77 ; tannas (nom propre d'homme) | tànios\\ lahhùd (nom propre 
d'homme), de "àbd-td-'âkad <c cl. "àbdu-l-àhadi (nom propre) ; sallùm 
(nom propre d'homme), de salîm; zabbûr (nom propre d'homme) 
[zibraliy^ sakkâr (nom de familleîiKrar%ibîda)^^^; haïlûn ff Mélène^s 
marrûn ff Marie 77, de maryçn<z cl. maryamu ff Marie 77; katlùhrCsi- 
therine77; sattût (nom propre de femme), de sél' ffdame, demoi- 

(') Hypocoristique : sulcru-l-lâhi , littéralement: «remerciement à Dieu». 



MORPIIOLOGIK. '257 

sellci7 (rK cl. sànjidala")^ etc. Cette catégorie est encore très 
vivante à Kl'ar*abîda. 

2" Adjectifs. — Ex. : hahhùh w très cher 7?, de hhth frami)? -< cl. 
Ijahihu" ; sal/ûr cefia, habile --i , de srî/^/' cf iiUcUigent-'-» <: cl. mliru" ; 
^//////" cf très aimable, nom propre d'homme ^^ , de ////w aimable^ <: 
cl. lai if a" ; ''alyu/q ce beau, poli, nom qu'on donne à certains ani- 
mauxii <z cl. ""aiynqu" rniom donné à La Chèvre (e'toile)^i; 'akJml 
w grand mangeur i^, cl. cl. 'ahUu"; kabbûs ce à peine dressée 
(jeune bête de somme)^^, de dial. làhbds ce il a dressé??; 
da/q'/qûn cf imberbe, qui a peu de barbe??, de da/qn cr barbe?? 
< cl. ddqanu" canenton??; 'jqassiT cr délaissé par sa mère (che- 
vreau), nom d'une famille libanaise??; etc. Cette catégorie est 
encore très vivante dans notre parler. 

0. qatlûl <: cl. qutlûïu". 

(Voyelle u clans la première syllabe, zéro dans la seconde, 

û dans la troisième.) 

Le dialectal </«?//// représente, par un phénomène de dissimila- 
tion vocalique signalé plus haut, le cl. qutlûlu" '^^^ dans un grand 
nombre de substantifs et dans quelques adjectifs. Les substantifs 
ou adjectifs de ces deux types rendent quelquefois à Kfar'^abîda 
l'idée du diminutif. 

1** Substantifs. — Ex. : sandiï/q ff caisse, malle?? -<cl. sundûqu" ; 
sarsûr wgrillon?? <: cl. sursâru"; farjûr crpapillon?? <:. c\. furfûru'^ 

w oiseau^? (yf-r-r cr voltiger??); sahrûr w merle?? <: cl. sidiruru^ ; 
zamhûr w multitude?? < cl. zwiihùrii" ; '"anjqùd w grappe de raisin i? 
<::cl. Umqûdu" ; '^asfûr ff oiseau^? < cl. '^usfùrn" ; '^afùs cros de la 
queue 1? <: cl. his'^ùsu" ; barynt crpuce-'? <:cl. buryùOu" ; zaMm ^^o- 
sier, larynx?? (cf. cl. bid^'ûmu" ff œsophage ^?) ; s^A/m/ ff bouc, homme 
grossier??; sahrujq r merle i?; sahtùr crgrande barque (mot élran- 
ger)??; etc. Celte catégorie est extrêmement nombreuse et vivante 
à Kfcîr'^abîda. 

2° Adjectifs. — Les adjectifs du type qatlûl expriment toujours 
à Kfar*^abida une notion diminulive ou péjorative. Ex. : bahlûl 
ff petit sot?? <: cl. buhlâlu" ce bouffon, moqueur??; zayrûr wtout 
petit??, de 2;7<r ff petit?? <:cl. sajtru" ; 5r/Z*r/// cr pauvre, misérable?? 
<:cl. subnitu" ; 'jqaVùt crsans valeur (homme), sali^?, fait sur dial. 
^jqàVet ffil a sali??; harfùh w homme usé, très vieilli??, de hârfih 
(dial.) fcil a déraciné (un arbre)??; fatfût wchétif, tout petit (en 

(') Voir p. 12/i. 

PAULEn DE KFAr/ABÎDA. 17 



258 



DEUXIEME PARTIE. 



parlant surtout d'un enl'aiit)^; sarsûh ffchétif, tout petit, très 
faible (en parlant surtout d'un poussin faible) 77. Cette caté- 
jTorie est, ainsi que la précédente, actuellement très vivante à Kfar- 
''abîda comme dans tout le Liban. 



77. qatlîl^c cl. qitlîlu" et quelquefois <<. qatlilu" ^^\ 
(Voyelle a ou i entre les deux premières radicales, zéro entre les deux suivantes, 

l entre les deux dernières.) 

Le dialectal ^a^/î/ représente qatlilu" ou par dissimilation qitlîlu" 
et comprend un cerlain nombre de substantifs masculins. Ex. : 
hanzîr ff cochon 77 < cl. hinztru" ; "afrît w habile, démon 77 <: cl. 
^ifrîtu"; barmil ce baril, tonneau 77 < néo-cl. birmîlii" ; 'jqatnh ce che- 
ville avec laquelle on attelle les bœufs à la charrue?^ < néo-cl. 
qitrîbu", emprunt fait au sy. qatrl^â (même sens); nabrîs ff tuyau du 
narguilé77 (métathèse) < néo-cl. (persan) narbisu" ; bartîl ff cadeau 
fait dans l'intention de gagner quelqu'un 77 < cl. birtîlu" ; 'Iqandil 
«lampe 77 <::cl. qindîlu"; kabrît ff soufre, allumettes 77 < cl. kibritu"; 
'/qarmîd fabrique, tuile 77 <c:cl. qirmidu" ; sarbîn ff espèce de cyprès 77 
-< cl. sirbînu"; saylîn ffmoût très cuit et réduit en sirop 77; hafjqin 
«chaudière 77 <: néo-cl. (turc) hilqînu"; 'jqaUîn ffbas, chausses t? 
<C néo-cl. (turc) ^î/siVm"; etc. Cette catégorie, qui comprend gé- 
néralement des substantifs concrets, est encore bien vivante à 
Kfar^abîda. 



p. qâtlçl<:.Q{. qâtlaïu". 

( Voyelle a dans la première syllabe , zéro dans la seconde , 

a dans la troisième.) 

Cette forme comprend à Klar'abîda un assez grand nombre 
de substantifs qui expriment une notion concrète. Ex. : yàrbdl 
ff tamis, crible77 (cf. cl. yirbâlti"); "jqàrtal ff panier, corbeille77 
(cf. cl. qirtâUatu") , gr. TcapjaXXo?^ syr. qarflâ; ""a/qrab ff scor- 
pion, aiguille (de montre, d'horloge)r) <: cl. '^âqrabu"; bàryas 
ff moucherons, mousliques77 <: cl. bâryaèu"; tàHçb ff renard 77 
<< cl. OàHabu" ; hàndçjq ff fossé, ravin 77 <: néo-cl. hdndaqu" ff tran- 
chée, fossé qui sert de retrancbement77 (persan); sdrsçf tfdrap 
ée lit 77 <; néo-cl. sârsafu" (turc); sânkçl ffpieu fixé au mur 
et servant à suspendre les habits 77 ■<: néo-cl. sdnlalu" (turc); 
sârbdl ffnom propre d'homme 77; zâhzçh ffuom de famille 77; 'àr- 
nçb fflièvre77 <: cl. Wrnabu" ; tdmbdk ff tabac de Perse77 <: néo-cl. 
tànbahu" (pers.); etc. Cette catégorie est encore assez vivante à 
Kfar'abîda. 



('^ La plupart des substantifs du type qat/îlu" sont des emprunts à des 
bnijjues étrangères. 



MORPHOLOr.lK. 250 

Le dialectal </«/4'/ coinpiend é^jaleiiicMit, sans doute sous l'in- 
fluence annlo(|i(|ne des substantifs précédents, un certain nombre 
de substantifs (|ui étaient en classique du type qillalu'\E\. iharwj'' 
ff ricin, palnia-christi (plante) ??, cf. cl. InrwaSi" ; zmjyô'jq w mer- 
cure ^i, cf. cl. zfbaqii"; u'imhol ce paresseux, faible, peu intelli[jent^ , 
cf. néo-cl. tinbalu" (turc); etc. 

a. qfHl()l<zc]. qûtluïu'*. 

(Voyelle u dans la première syllabe, zéro dans la seconde, 

M dans la troisième.) 

Cette forme comprend un assez grand nombre de substantifs 
concrets. Ex. : ^jqonfod ff hérisson 7^ <: cl. qûnfiidu" (ou qûnfudu")', 
holbol ffrossignoh') < cl. bàlbulu" ; folfol ff piment^-) <:z cL fûlfulu" 
(ou filjîlu'');f6sl^ do Iq ffpistache^ <C néo-cl. /wsfw^^w" (pers.); bôryol 
ffblé moulu grossièrement 7v, hûrdojq ffmenu plomb?? < néo-cl. 
hûrdnqu" [turc) ;'lqèbros ff Chypre?? <c:cl. qûbrusu, Kvjrpos; 'jqonsol, 
cf. Irç. consul; hémrok ff douane?? <:: néo-cl. kûmruhu" (turc); 
sémbol ff mesure qui contient six ou huit medd??; etc. Cette caté- 
gorie est encore bien vivante à Kfar*^abîda. 

T. qetiâl -< cl. qatlâlu" ou qillâlu". 

(Voyelle a ou i dans la première syllabe, zéro dans la seconde, 

â dans la troisième.) 

Le dialectal qetiâl représente, par dissimilation vocalique, le 
cl. qntlàlu" et comprend un grand nombre de substantifs et 
quelques adjectifs dont la deuxième radicale est généralement 
identique à la quatrième. 

1° Substantifs. — Ex. : ^/qoF/qâb ff socque en bois <: cl. qabqâ- 
bu" ; helhâl ff anneau en argent que les femmes en Orient se 
raeltent au bas des jambes?? <: cl. halJiâlu"; wonvâr ff oiseau à 
long bec, bavard?? << cl. warwâru" ; sersâb ff scrupule, inquié- 
tude??, cf. dial. tsàrsçb ffil a des scrupules, il est dans l'hési- 
tation??; zerzâr ff olives très mûres??; bortâs ff seuil d'une porte??; 
^/qôT/qcîs ff pomme de terre, patate??; somsâr ffcourtier^? < néo- 
cl. simsâru" (pers.); bô'rwâz ff cadre?? <: néo-cl. birwâzu" (pers.); 
etc. Cette catégorie témoigne encore d'une certaine vitalité à 
Kfar'^abîda. 

9° Adjectifs. — Ex. '.fo'lqfajq ff radoteur?? ■<c cl.faqfdqu'' ; nesnâs 
ff hypocrite, sorte de singe^? <cl. nasnâsu" ffêtre fabuleux qui n'a 
qu'un seul pied??; nôtnât ffqui ne reste jamais tranquille, en re- 
pos??, cf. dial. nâp ffil a sauté?? <:cl. natta; z6\fqza/q ffbavard??; 
no'/qna/q ffqui se plaint toujours??, cf. n/Cjqj'^ w il s'est plaint (de 

17- 



260 DEUXIÈME PARTIE. 

tout) 77, cf. d. nàqqat ccellea coassé (grenouille) 77; etc. Cette caté- 
gorie est encore bien vivante dans notre parler. 

V. qâtûl^z. cl. qâtidu^. 
(Voyelle à dans la première syllabe, û dans la seconde.) 

Cette forme ne comprend pas d'adjectifs a Kfar^^abîda; mais 
elle est représentée par un très grand nombre de substantifs mascu- 
lins. Ex. : Y^Âmws <T dictionnaire ■»! <:néo-cl. qàmûsu"^^^;^âmiidt(CO- 
lonne?7,cf. cl. '^amiulu" ; hàhûr fc cheville en bois ^7 <: cl. hâbûru'* 
ff sureau 77; rajqiU rr danseur 77, cf. cl. raqqâsu" ; nâkûs tt pioche 77, 
cf. nâkçs ffil a pioché 77 -< cl. nàkasa wil a vidé (un puits) 77; 
bâlû^ ff gouffre 77, cf. bâlç'' ril a englouti 77 <: cl. hàla'^a; na/qûs 
ff plaque de fer servant à appeler à la prière ou à sonner pendant 
la messe 77 <: cl. nàqûsii" ; fâdâs ff congé 77; hàsâd rr moissonneur 77 , cf. 
cl. hâsidu"; bàrûd w poudre 77 ; sâhajq rr coqueluche 77 , cf. sâhç'jq ff il a 
eu le hoquet 77 < cl. sâhaqa wil a sangloté, il a râlé77; dâMn ff che- 
minée 77, cf. cl. dâhinatu" ; md'^im ce rame de papier 77 <:cl. mciHmu'^ 
fftout ustensile de ménage 77 ; làbût^ sarcloir de laboureur77, cf. syr. 
'âjBûOâ; sàtùr ff tranche-lard 77 <:cl. sâtûni" ; etc. Cette catégorie 
est extrêmement vivante à Kfar^'abîda. 



(p. qatllûl <C cf. qallalûlu'\ 
( Voyelle a dans la première syllabe , zéro dans la seconde , a dans la troisième , 

û dans la quatrième.) 

Le dialectal qatllûl comprend un certain nombre de substantifs 
masculins de provenance classique ou étrangère. Ex : '^anhbût 
w araignée 77 <c cl. ^ankabûtu"; 'Iqariqdùn ff écureuil 77; zaizfûn ff til- 
leul 77 <::néo-cl. zakafânu" ; salfûn ffécrevisse^'^^?; ^ahtbùt ff polype 77 
•< néo-cl. 'ahlabûUC ; bairmûn ff veille (d'une fête) 77 <; néo-cl. baira- 
mûnu"'; etc. Cette catégorie n'est plus vivante à Kfar^'abîda. 

•)(^. qatllîl'<d. qatlaïîlu". 
( Voyelle a dans la première syllabe , zéro dans la seconde , a dans la troisième , 

î dans la quatrième.) 

Comme le type précédent, le dialectal qatllil comprend un cer- 
tain nombre de substantifs masculins. Ex. : ''andlîb ff rossignol 77 
<Cç\,^andaUbu'' ; farfhîn ff pourpier 77 <: syr. jya/p'//m«; ^jqarnbii ff chou- 
fleur77, cf. cl. qurniabilu" ; darbzîn (plus souvent dmbzîn) ffbalus- 

^^^ Le mol. (jàmûsu'' existait déjà en classique dans le sons de cf océan, 
abîme delà mer». Le sens néoclassique de dictionnaire provient, on le sait, 
du titre du dictionnaire arabe de Firouzâbâdi. 

^^) Cf. class. saratdnu" (môme sens). 



MORPriOLOGIK. 2G1 

trader <; noo-cl. darbazinu" {rpotné^tov); etc. Celle calé|jorie nesl 
pas vivante à Kfar'abîda. 



IV. NOMS DE NOMBRE. 

Comme dans tous les parlers libanais, la numération classique 
a subi à Kfar^ibîda d'importantes modifications. Pour les mettre 
en évidence on poursuivra dans cet exposé la comparaison de la 
numération de notre parler avec celle du classique et on souli- 
gnera les différences importantes. 

A. NOMS DE NOMBRE CARDINAUX. 

Les noms de nombre cardinaux présentent, comme tous les 
noms, quelques différences, suivant qu'ils sont employés seuls ou 
qu'ils sont suivis d'autres substantifs, c'est-à-dire suivant qu'ils 
sont à l'état absolu ou à l'état construit. 

1 . Etat absolu. 

a. — Les noms de nombre de un à dix sont : 

wâhçd wun?^ <: cl. wâhidu'' ; 

tnâin tf deux?? <; cl. iônàîni; 

tlatê w trois ^^ <: cl. ôalâSatu" ; 

^ârb^a r^quatre^? <:cl. \irba''atu'' ; 

hâmsê ffcinq^î <; cl. hamsatu" ; 

sétté fcsix7^<:cl. sittalii"; 

sà¥a ffsept77<ccl. sàh^'ahC' ; 

tmânyê cf huit?? < cl. OamâniyatiC ; 

tés^a ffneufiî<ccl. tis'^atii''; 

*^àsra t(dhr) <: cl. ^asratiC. 

Remarques. 

1. ivâhçd <z cl. tvâhidu" (fém. wâhdé <:: cl. wâhidatu") est seul 
usité à Kfar^abîda. Le cl. 'âhadu" (fém. ^ïhdâ) est actuellement 
inconnu comme nombre cardinal; il n'existe plus qu'à l'e'tat de 
souvenir dans la forme hàd'^ w dimanche 77, et encore si l'on fait 
venir le dialectal hdd'^ du cl. ^dhadii" et non pas du syriaque 
haS^^K Notre parler connaît la forme hàda dans le sens de wquel- 

(^) Cf. Phonétique, p. 5. H y en a, au contraire, une trace certaine dans 
le nom de nombre «onzew, voir p. 268. 



26^ DEUXIÈME PARTIE. 

qu'une (avec négation w personne i?) : hàda zà ff quelqu'un est-il 
venu?^; mazàs Jiâda ff personne n'est venu 7-). — Tandis que 
le féminin tvâhdê s'emploie au duel et au pluriel, le mascu- 
lin wâhçd ne connaît à Kfar\ibîda que le duel ; ex. : '^éndê wâJi- 
dà'm ou wàhettàm f^j'en ai deux^; hôd "àrha^ wahdât r prends-en 
quatre 7"); mais on ne dit jamais *hod ^ârba^ wâhdîn ni ^âhâd (cl. 
"àhâdi"). 

Le parler de Kfar'abîda emploie souvent dans la numération le 
mot/mv/ ffun, seul 17 ^^^ [Çém. fardé) <Ci'\. f ardu" ; fard se met tou- 
jours devant le nom de ce qui est compté, et ne varie pas en 
genre; ex. ifàrd wâhçd wun seul^^,/«r^ Itâb crun seul livre '•> qui 
équivaut à ktâb wâhçd <: cl. Jâtâbu" wâhidii" ; fard marra wune fois^-) ; 
fàrdè <c q\. fàrdahC' s'emploie généralement pour désigner l'une 
des parties composant une paire ou un couple lorsqu'il s'agit 
surtout des deux souliers, d'une paire de bœufs, des ballots de 
marchandise ('^). Ainsi "éndê fardé peut signifier suivant l'occurrence 
ffj'ai un soulier^?, ou wj'ai un bœuf^-», ou ffj'ai un ballot de mar 
cliandise^^, etc. 

Enfin, à la place de wâhçd, on emploie parfois à Kfar^abîda 
comme dans tout le Liban le mot bârké <: cl. bâraJcatu" qui si- 
gnifie exactement w bénédiction 77 et cela en comptant, quand le 
nom de nombre n'est pas suivi d'un substantif. On dit, par 
exemple, en pesant du blé, des cocons, etc. : bàrlé run, une 77, 
tnâin ff deux ->•> , etc. 

tnàin (fém. tentàin < cl. iônatàhii) est seul employé à Kfar- 
\abîda comme nombre cardinal. La forme i/mz (meta thèse) 
-< cl. zâi/zu" ne s'emploie pas à proprement parler dans le 
sens de «-deux 7?, mais dans le sens d'une paire, d'une unité 
qui embrasse deux choses d'une même espèce. On dit, par 
exemple : zânz hmâm ffune paire de pigeons i-», zauzâin hmâm 
ffdeux paires de pigeons 77, zâuz srâmé cfune paire de sou- 
liers77, etc.; mais on ne dit jamais : *zâiiz rzâl ffdeux hommes^?, 
*zâuz u-'^esrin ff vingt-deux ^7 , comme dans les dialectes maghri- 
bins. (On dit rezMlmn ou rzâl tnmn ffdeux hommes 77, hkïbàin 
ffdeux livres 77, etc.) 

ih^a ff neuf 77 devient quelquefois (comme dans d'autres dia- 
lectes arabes modernes) ^^) Us'ad, surtout lorsqu'il clôt la série 
des nombres, c'est-à-dire lorsqu'on s'arrête à ce nombre soit 
parce qu'on a fini d'énumérer, soit pour recommencer la sé- 
rie des nombres de un à neuf. Cette déformation, comme l'ex- 
plique M. Marçais, est due sans aucun doute à l'influence 

(') D'où le dialectal j(\rà tfpislolel», par opposition à iofl ctfusil à deux 
canons» < turc lijt frpaire?'. 

(*) Qui pendent de chaque côté du dos de la l)êle de somme. 
(•^) Cf. W. Maiiçais, Tletncen,]^. 157. 



I 



MORPHOLOGIE. 203 

de la wrecliorche du l)oii au(|^ure7?. En effel le sujet parlani, 
on coni|)lant î» nn autre des objets, de Tar^jenl, etc., entend 
bien lui dire par i('s''(i<l ffsois heureux ^^ ou wje te souhaite le 
bonheur??, conrormément au sens et à la forme de la 2® pers. 
sing. masc. de Taoriste du verbe s^'^çd wil a été heureux?? <ccl. 

9. Comme en classique, les nombres cardinaux de un h dix 
se placent devant le nom de la chose dénombrée et exigent ce 
dernier (à parlir de trois) au pluriel (jamais au singulier); 
ex.: tlât rzâl «-trois hommes?? <: cl. ôalàÔatu rizâli" ; ^àrba^ ^anzât 
rr quatre chèvres?? <: cl. ^àrbii^u \inzâtf ; etc. Le mot mîyé wcent?? 
< cl. mi'aîu" fait cependant exception à cette règle et reste, 
comme en classique, au singulier après les nombres cardinaux; 
ex.: 'ârba'' mîyê w quatre cents?? <C cl. 'àrha\i mialf et non pas 
*'àrha^ miyât; etc. 

/S. — Noms de nombre de onze à dix-neuf : 
hdâs «fonze??, cf. cl. 'âhada ^âsara; 
tnâs cf douze??, cf. cl. iônà ^âsara; 
tlaitâs w treize??, cf. cf. BalâSata^àsara; 
^ar^rt7^s ff quatorze ?? , cf. cl. 'ârba^ata ^âsara; 
hamstâs ff quinze ?? , cf. cl. hâmsata ''âsara ; 
sottâs «f seize??, cf. cl. sittata ^àsara; 
sabHâs w dix-sept??, cf. cl. sàVata ^àsara; 
tnionîâs w dix-huit??, cf. cl. Bamâniijata ^àsara; 
tosHâs fc dix-neuf??, cf. cl. tis'ata ^àsara. 

Remarques. 

1. Comme dans bon nombre de dialectes arabes modernes, la 
consonne r finale du classique ''àsara disparaît à Kfar'^abîda dans 
les noms de nombre de onze à c^iV/iet// employés à Tétat absolu; 
il en est de même pour la faucale initiale " qui perd son articu- 
lation caractéristique et se fond avec la voyelle du mot précédent 
en une voyelle longue (cf. plus haut, p. 21). 

2. La dentale ^<:cl. ï ou ^ a été partout emphatisée sans 
doute sous rinfluence de Tancienne initiale de ''asara (empha- 
tique *). 



(') Cf. hàrhè rr bénédictions employé dans le sens de wàhed «un??, p. 262. 
harha est aussi employé dans ce sens par les paysans d'Oranie , mais seulement 
dans le comput du mesurage des grains; cf. encore en Tunisie et en Oranie, 
au dire des indigènes , milh «sel» remplacé par rehh, litt' crgain». 



26â DEUXIÈME PARTIE. 

3. Notre parler a perdu ici ia forme wâhed qu'il a remplacée 
par la forme classique ^âhadu", devenu à Kfar'abîda hd-. 

k. La voyelle longue à a été abrégée dans SalâOata et Oamâ- 
niyata par suite de sa position devant une double consonne 
(cf. plus haut, p. io5). 

5. Les noms de nombre cardinaux de onze à dix-nciif sont , 
à la différence du classique, invariables dans notre parler 
devant les noms des personnes ou des objets dénombrés, que 
ces noms soient du genre masculin ou du genre féminin. 

y. — Noms de nombre de vi7igt à mille : 
^esrîn wvingtw<:cl. Hsrîna; 
tlâtîn w trente T) <: cl. OalàOîna; 
'arhHn w quarante w <: cl. "arhaHna; 
hamshi w cinquante ^^ <: cl. hamstna; 
settîn w soixante 7? <cl. sittîna; 
sahHn ff soixante-dix?? <:cl. sabHna; 
tmànyîn ff quatre-vingts??, cf. cl. Oamânîna; 
tesHn ff quatre-vingt-dix?? <:cl. tisHna; 
mUjê ff cent?? <: cl. mi'atvJ^; 
'àlj ff mille?? <: cl. ''àlfif. 

Remarques. 

1. Le cl. Oamânîna devient à Kfar^abîda, par analogie avec 
Samàniyatu", tmânyîn (apparition d'un y devant la désinence -ïn, 
signe du pluriel externe masculin). 

0. mîyé fait au duel mitain, avec vocalisation préalable de la 
semi-voyelle y qui s'est fondue avec le i précédent; il est très 
rarement employé au pluriel sous la forme suivante, qui seule 
existe dans notre parler, mlyât <: cl. mi'âtii". 

3. ''«//'fait au duel 'alfâhi et au pluriel Vt/^ lorsqu'il est pré- 
cédé d'un autre nombre cardinal; 'Itlf partout ailleurs. Ainsi 
on dit : kânu mïyâl wô'lûf ff ils étaient des centaines et des milliers?? ; 
hûnna llàllàlâj (*llâl\Uâf) ffuous étions trois mille??; mais on ne 
dit pas : *hânu mlyât u-âlàf, ni *Jauina tlâl'lâf. 

Comme en classique, quand les noms de nombres de vingt à 
quatre-vingt-dix sont accompagnés des noms de nombres de un à 
neuf, ils sont toujours placés après ces derniers et séparés d'eux 
par la conjonction (réduit u-) wo- < wa- ffct??; ex.: wâJjçdn-^esrîn 
ff vinnt-et-un?? <: cl. wâhida" waSsrîna, hàmsè wotUithi ff trente-cinq?? 
<:cl. hdmsata" wadalâOlna ; etc. 



MORPIIOLOfilK. 26 



i) 



Comme en classique aussi, lorsque mîyè et M//* sont accompa- 
gnés de noms de nombre cardinaux qui les multi[)lienl, on les 
met après ces nombres sans les séparer par la conjonction wo~ <z 
cl. iva-; mti/é reste alors toujours au singulier; mais \ilf prend la 
forme du pluriel après les noms de nombre de trois à dix et celle 
du singulier après les autres nombres cardinaux; ex. : 'ârba'' 
mîi/ê ^ qasiire cenis If <C. c\/ârha^u mi^ati'' ; hâmsîn mîtjé (r c\nq mille:»! , 
iitt' ff cinquante-cents ^7; /f^'s*^ /^ï/^/" ce neuf-mille 77 <: cl. tis'atu 'âlâfi" ; 
hâmsé wo-thïtin M// w trente-cinq-mille 77 <: cl. hâmsala" wa~QalàQina 
^âffa"; etc. 



2. Etat construit des noms de nombre. 

a. — Noms de nombre cardinaux de un à dix. 

wâhfd ne s'emploie jamais à l'état construit avec un autre mot 
déterminé ou indéterminé; il s'emploie toujours seul : l'expres- 
sion magbribine (cf. Marçais, Tlemceu, p. i58) wâhad râzçl ou 
ivâJiad errâzel wun certain homme 77 resterait incomprise à Kfar- 
*abîda comme dans tout le Liban. Précédé d'un substantif, 
wâhed s'emploie en revanche comme adjectif; ex. : hâb wâhçd 
wun seul livre77<:cl. litâbu" wâhidu'^ ; màra wâhdê crune seule 
femme 77 <: cl. màraiu^ wâhidatii" ; etc. 

Zâuz est fréquent à l'état construit dans l'emploi relevé (p. 262) 
et remplace la forme înâin <: cl. iÔnàini, usitée seulement à 
l'état absolu. Gomme la série des noms de nombre de trois à dix, 
zâvLz exige au pluriel interne ou collectif le substantif dénombré; 
ex. : zàiiz fimam rdeux pigeons 77 et non pas*£^M2; hmâmé. Partout 
ailleurs (^) on emploie dans ce sens le duel tout seul. Ex. : ratlàiji 
ffdeux ratols (deux livres) [poids] 77 <c cl. ratlâini, baitâ'm ffdeux 
maisons 77 <z cl. baijdijii, jamais ^zàiiz ftâj, *zàxiz bijût, etc. Pour 
quelques mots enfin, l'emploi du duel ou de zàiiz est indifférent; 
ex. : zànz Sjûn w une paire d'yeux 77 , zAïiz hwâz§b cf une paire de sour- 
cils 77, etc. , sont courants à côté de ^ahiam (ou ^ïnâ'm), hazhmn, etc. 

On le sait, les noms de nombre cardinaux de trois à dix 
prennent en classique la forme féminine devant un substantif 
masculin et la forme masculine devant un substantif féminin. 
Notre parler a complètement perdu cette distinction classique; 
il en a créé une autre purement euphonique : les noms de 
nombre de trois h dix prennent en effet la forme féminine devant 
un mot (masculin ou féminin) à initiale vocalique, et partout 
ailleurs ils ont la forme masculine; ex. : hdms hotoh wcinq livres 77 , 
opp. cl. hâmsatu kûtiibi'^ ; hcmst-cïlâf «cinq mille77<:cl. hâmsatii 

"î Côst-à-dire pour le duel occasionnel. 



266 DEUXIÈME PARTIE. 

'âlâfi" ; 'ârba^'t- énfos rr quatre personnes 75, opp. cl. 'ârbaSi 'ânfiisi" ; 
'(h'ha" r:âl (rquaive hommes r), opp. cl. \hVatu rizcilf ; elc. Plu- 
sieurs des anciens noms du type 'aqtâlu" maintiennent alors 
leur première syllabe 'a- ^^\ 

/S. — Noms de nombre cardinaux de onze à dix-neuf. 

Gomme dans tous les parlers de Syrie, r et * tombes à l'e'tat 
absolu réapparaissent dans les noms de nombres de onze à dix- 
neuf lorsqu'ils sont employés à Tétat construit; ex. : hdci'sar 
'jqàlçm ffonze plumes 77 -< cl. ^àhada ^àsara qâlama" ; hàmstà^sar 
marra ff quinze fois •'7, cf. cl. hânisa ^âsrata mârrata'^, et ainsi de 
suite. Gomme il est naturel, la voyelle longue de hdâè, etc., 
n'a pas eu lieu de se produire, puisque le *" subsiste à Tétat 
consonantique; d'autre part, le substantif dénombré se met 
toujours, comme en classique, au singulier (et à l'état indéter- 
miné). 

y, — Noms de nombre cardinaux de vingt à mille. 
Gette série de noms de nombre exige toujours au singulier les 
substantifs dénombrés : 'âlf râtU^\ 

Remarque. — mîye<z cl. mi^âtu'* devient à l'état construit mil; 
ex.: mit' âlf ((Cent mille?-) < cl. mCatu 'âlfi" ; etc. 

B. NOMS DE NOMBRE ORDINAUX- 

a. — Ordinaux de un a dix : 
'âuwdl ff premier 77 < cl. ^'mwalu : 
tânê ff second v <: cl. dâni'^ ; 
tâlçt ff troisième 77 <; cl . QâliSu" ; 
râbd" ff quatrième 77 < cl. râbihi" ; 
hâmds ff cinquième 7? <:cl. hdmisu" ; 
sâdçs «f sixième 77 <: cl. sâdisu" ; 
sâbd^ ff septième 77 < cl. sâbi^" ; 
tâmdn ff huitième 77 < cl. Bâminu" ; 
tâsç^ ff neuvième 77 <: cl. tâsi\C ; 
"^âsçr ff dixième 77 <: cl. ^âsiru". 

Les ordinaux de deux à dix forment, comme en classique, leur 
féminin par l'addition pure et simple de la désinence -^'<:cl. 
-alu" ; ex. : tânyê ff seconde 77 <: cl. dâniyalu'' ; tâltê ef troisième 77 <: 



(') Sous la forme de e; ex.: Ijamst-ehmâl ffcinq charges^, opp. hmâl 
; ci. 'ahmâlu". 
(2) Mille livres (poids). 



MORPHOLOOIK. 



2G7 



cl. ôdliôatu" ; râJ/a ffqualrième^-) <: cl. râWalu" ; elc. La forme 
classiques ^iWi, féminin de Wmwalu, a cédé à Kfar'ablda la place 
à '(in"l('' analogique de la forme du masculin. 

A côté de '(ïmvàl, noire parler possède les formes 'ûlânè (*miwalà- 
myu")^ fém. 'iddnîyè, ^oulâné ((ém. \)ulântyè) et ^auHânè (féni. 
"mC'hïmyèy^^ 

jS. — Ordinaux de o?iee à dix-neuf. 

Les ordinaux de onze à dix-neuf se forment, comme en clas- 
sique, par la combinaison des nombres ordinaux de un à neuf 
avec le nombre cardinal '^àsar <: cl. '^àsara. On remplace alors 'âuwdl 
<zc\. ^ïnwalu ])iir hâd('-<.c\. hddiya; ex. : htuWAsar ff onzième ^<: 
cl. hâdiya ""àsara; tâni ^âsar w douzième^:» -< cl. Qâniya ^àsara; tâlçi 
*^àsar tf treizième 77 <:cl. OâliÔa '^âéara ; etc. Les ordinaux classiques 
de onze à dix-neuf ne sont plus usités à Kfar*^abîda au féminin 
(on les remplace le cas échéant par le masculin). 

Il faut remarquer ici que le cl. sâdisa ""àsara ff seizième 7? est 
remplacé à Kfar'^abîda ^^y sâdi V^s^r^^l 



C. NOMS DE NOMBRE FRACTIONNAIRES. 

Les noms de nombre fractionnaires depuis un demi jusqu'à 
un dixième se forment en classique, à partir de trois, de la racine 
des noms de nombre cardinaux sur les types qutlu", quhilu" 
(quelquefois même qatîlu"); à Kfar^'abîda ils sont tous du type 
qiitl<cc\. quthf^^K Ex. : nos- wun demi, moitié ?? <c cl. nûsfu" 
(cf. nisfu"^, n/isfu"", nasifu""); tûlt ff(le) tiers 77 < cl. OûlOu^ (ou 
ôuluOu", ÔalîOu"); wh^ ff(le) quarts? <: cl. rûb^u" (ou rubu^u")'^ 
héms ^(le) cinquièmer) <::cl. hûmsu* (ou humusu^)\ sûds ff(le) 
sixième77 <:cl. sûdsu" (ou sudusu") ; séb^ ^(1^) septième^^ ^zsûb^u" ; 
tômn ff(le) huitième^^ <c:cl. Ôûmnu'^ (ou Ôuniunu")-^ tûs^ ^{^^) neu- 
vième 77 < cl. /wsV (cf. tasîhi"); Hisr ff(le) dixième ^7 <: cl. Hsru!'. 

Le pluriel de ces noms de nombre est comme en classique 
du type 'aqtâlu" > qtâl; ex. : liât ff des tiers 77 <: cl. 'aôlâôu" (quand 
on parle des trois tiers; quand on parle de deux tiers on dit toujours 
tilltàin; de même pour deux quarts, deux cinquièmes, etc. : romain, 
homsâin, etc.); hmâs crdes cinquièmes 77; etc. 

(^) La seule forme vraiment phonétique est naturellement 'ûlânê {'ûlâmyé) , 
cf. p. 98. 

(^^ L'absence de s dans sâdi remonte suivant S. de Sacyà l'époque classique; 
il en est de même de hdmi" [hami) qu'on rencontre quelquefois à côté de 
hdmisu^ (cf. S. de Sacy, Gramm. arabe^, t. I, p. 125). — Il s'agit ici de la con- 
servation d'une particularité dialectale ancienne et inléressante. 

(') Nouvel exemple de la tendance du parler vers la simplification. 



268 DEUXIÈME PARTIE. 

CHAPITRE III. 
PRONOM. 



I. PRONOMS PERSONNELS. 



A. PRONOMS INDEPENDANTS. 





SINGULIER. 


PLURIEL. 




CLASSIQUE. DIALECTAL. 


CLASSIQUE. DIALECTAL. 


3* p. m. 
3" p. f. . 
2* p. m. 


. hiiwa > hu {hûwè). 
. hiya. > hi {hîyé) 
. 'anta > 'ent "). 


hum > hûn ( henné) 
[hunna) henné. 
'anlum(û) > 'entu. 


2" p. f. . 
Impers. 


. 'anti > 'enté. 
. 'anâ > 'ana. 


{'antiinna) 'entu. 
nahnu. > nehn{iiehna) 



1. Remarque sur la forme des pronoms indépendants. 

a. Conformément aux lois phonétiques du parler, la faucale ' 
s'est maintenue à Kfar'^abîda avec sa prononciation classique 
dans les pronoms personnels indépendants (à la i""* pers. sing. 
et aux 2^ pers. masc. ou fém., sing. ou plur.). 

Sur les voyelles finales des pronoms indépendants, cf. ce qui a 
été dit à propos des voyelles en finale absolue, p. ii4 et ii5 
(en particulier ^eniu). 

Les formes classiques du duel 'anlumâ et htimà (masc. ou fém.) 
n'ont laissé aucune trace dans notre parler. 

/S. A côté des formes hu et hi) notre parler possède aussi les 
formes (plus fréquentes que les précédentes) hûwê et hîyê qui 
sont très répandus sur le champ des dialectes et sont anciens 
(cf. Marçais, Saïda, M. S. L. , t. XV, p. 46). 

La 3** pers. plur. était anciennement Aâ/i^^^ dans notre parler 
(comme était en syriaque Taffixe hân) pour le masculin et/ic'/m(?pour 
le féminin , cf. syr. hennën; mais actuellement on ne connaît plus que 
la deuxième forme qui s'emploie indifféremment pour les deux 
genres. Ln généralisation delà forme hmnê a sans doute été favo- 
risée par l'existence en syriaque du masc. hennân différant très peu 
du féminin hennên. 

(^) A Batroun tout près de Kfar'abida , on rencontre , surtout chez les femmes, 
la forme 'enté comme au féminin. 

(^) Usité encore quelquefois pour désijjner le masculin. 



MOnPIIOLOGlK. 



2()1) 



2. Remarque sur l'emploi des pronoms indépendants. 



Le parler de Kfar^abîda emploie souvent les pronoms per- 
sonnels indépendants (^). 

a. Les pronoms indépendants servent à préciser le sens d'une 
phrase qui par elle-même prête à l'amphibologie ; ex. : ^àna kunt 
hânn rr j'étais ici^^; hiyé tràh hôkra frelle partira demain 7?; etc. 
Dans ces deux exemples, les pronoms '('ma et lihjè ont pour rôle 
d'empêcher la confusion entre la 1" et la 2^ pers. sing. du parfait 
(premier exemple) et entre la 2'' pers. masc. et la 3^ fém. de 
l'aoriste (second exemple) ^^l 

/S. Ils servent à donner plus de force à la phrase en insistant 
sur le sujet, le complément du verbe ou sur le complément du 
nom; ex. : 'àna dràbtu rr c'est moi qui l'ai frappé 71; Vjqiton hénnè 
fcje les ai trouvés eux-mêmes 17; hâda li-àna cr c'est à moi même'-»; 
hâda zômbdk 'enl cr c'est ton propre crime n ; etc. 

7. Ils servent naturellement aussi à constituer des phrases 
nominales et, dans ce cas, le pronom indépendant a la même valeur 
que le verbe être en français; ex. : 'àna sâhçii ffje suis malade 77; 
néhnafi dârna wnous sommes dans notre maison 77; etc. 



B. PRONOMS AFFIXES REGIMES (DIRECTS OU INDIRECTS) 
ET SUFFIXES POSSESSIFS. 







SINGULIER. 




PLURIEL. 




CLASSIQUE. 


DIALECTAL. 


CLASSIQUE. DIALECTAL. 


3>. m . 


, -hu 




> -u , -h. 




-hum > -on , -hon. 


3''p.f... 


-hà 




>» -a, -ha. 




(-hunna) -on, -hon, 


2" p. m. . 


. -ka 




^>-k,-çk. 




-kum > -kon. 


2''p. f. .. 


, -ki 




>> -ké , -ik. 




[-kunnd) -kon. 


i"pers.. 


-nï, 


-î,-ija 


>> -nè,-è,- 


-yê. 


-nà r> -na. 



a. Comme dans tous les parlers libanais (^^, les pronoms per- 
sonnels affîxes de la 3^ personne -hu, -hà et -htim perdent à Kfar- 
'abîdaleur/unitial toutes les fois qu'ils se trouvent immédiatement 
après une consonne. — Gela a lieu , que ces pronoms soient alTixés 



^^) 11 en est de même des autres parlers arabes modernes; cf. Marçais, 
Saïda, M. S.L., XV, p. /i6, etc. 

(^) Il en est de même au Maghreb, suivant M. Marçais. 

(') Il en est ainsi d'un certain nombre de parlers modernes; cf. entre autres 
M. Cohen, p. 3/io. 



270 DEUXIÈME PARTIE. 

à un verbe, à un nom ou à une particule (préposition, adverbe). 
Ex. : dàrhu wil Ta frappé -«^ <: cl. dàraba-hu; dàrha (ou dàraba) cril 
l'a frappée-^ ■< cl. dâraba-hâ ; dàrbon rcil les a frappe's^? (pour 
les deux genres) <: cl. dàraha-hum; klâbu crson (de lui) livre ^7 

< cl. kitâbîi-hu; dâra wsa (d'elle) maison ^^ < cl. dâru-hâ; lu rh 
]mii «< cl. la-hu; ^éndon frchez eux-i^ -<cl. Hnda-htim; ba fcen eWev 
(dans^'rti ba ffqu'a-t-elle?7i)<:cl. bi-hà; etc. (cf. plus haut, p. i5). 

Les pronoms de la S"" pers. perdent également leur h toutes les 
fois qu'il est immédiatement précédé dans le parler de la voyelle 
M<: cl. M ou i <z cl. T. Dans ce cas, chose qui pare à la rencontre 
immédiate de deux voyelles consécutives, il s'introduit entre la 
voyelle qui, à la suite de la chute du h, se trouve à l'initiale du 
pronom et celle qui termine le mot auquel est affixé le pronom, 
une semi-voyelle, savoir w après u et y après i. Ex. : darbûwa 
wils l'ont frappée i-> <: cl. darabû-hâ; darbûwon rr ils les ont frappés -«^ 
<: cl. darabû-hum; -yermiya cril la jette i-» <: cl. yarmî-hà; etc. — 
Le pronom dialectal -u < cl. -hu (ou -i < cl. -Ai) est toujours fondu 
avec la voyelle précédente -u (-f); ex. : darbiV' rrils l'ont frappé ^^ 

< *darbûu <: cl. darabâ-hu ; nul'' cr jette-le -n < cl. 'ârnii-hi \\Jr-m-y ) ; 
fi ff dans lui^^ <; c\.JÏ-hi; etc. 

En revanche les pronoms affixes de la 3^ pers. conservent à 
Kfar'abîda leur ^lorsqu'il est immédiatement précédé de la voyelle 
â <; cl. à; ex.: ''tâha cril lui (à elle) a donné ^i < cl. 'aHâ-hà 

(s/'^-t-w); zâhon w il est venu vers eux^-» <:: cl. iaa-hum; htâyâh cr ses 
péchés 1? <: cl. hatâyâ-hu; blâha cr sans elle ^^ <: cl. /'i/a-Aâ; krâhtf son. 
salaire 75 <: cl. kiiaii-hu; etc. 

/S. Lecl.-^T< (2^ pers. masc. sing.) est représenté à Kfar'^abîda 
par -k après une voyelle longue et par -çk (cf. plus haut, p. 1 1 5 
et note 3) après une voyelle brève; ex. : rmâk (fil t'a fait 
tombent <C cl. ramâ-ka; Hâyâk crtes dons^-» < cl. \itâyd-ka; blâk 
cf sans io\ri << bilâ-ka; baitçkKiR maison^? < cl. hâihi-ka; hôndçk ff il 
t'a portée-) <; cL hâmala-ka; etc.; -ck devient -àk lorsqu'il est affixé 
aux prépositions li~ ff à i? et bi- cf dans ?7 ; ex. : lâk ff à toi v^ cf. cl. la-ka ; 
bâk ff en toi 7?, cf. cl. bi-ka. 

Le cl. -ki {^^ pers. fém. sing.) est à Kfar^abîda -ké (cf. p. 1 15) 
après une voyelle longue et -ik après une voyelle brève; ex. : zâké 
ffil est venu à toi (femme) ^^ <: cl. zanki; hdayâké fftes (fém.) 
cadeaux 7? <c cl. hadàyâ-ki; bâijik ff ta (fém.) maison 77, cf. cl. 
bàilu-ki; fiké ffcn toi (fém.)w <c c\.fi-ki; bâké ffton (fém.) père?^ 
<:cl. ^abû-ki; dârbik ffil t'a frappée 77 <:cl. dàraba-ki; etc. Gomme 
on le voit, notre parler a maintenu ici la distinction des deux 
genres. 

Sur le passage de m final à n dans les pronoms hum et kiun 
(3' et ti"^ pers. plur.), cf. plus haut, p. 70. 



MORPHOLOGIE. 



271 



y. Le pronom de la l'^^pcis. sin{|. -ne roprdscnle le cl. -ni et 
comme lui il s'ajoule purement et simplement aux verbes à finale 
consonantique ou voralique; ex. : dréhnê ff frappe-moi??, cf. cl. 
idrib-ni; darhunè cr ils m'ont frappé?? <; cl. darahû-nl; etc. 

Le suffixe -ê représente le cl. -i et sert à exprimer Tidée de 
possession ; il s'ajoute comme en classique au nom ou à une 
particule (préposition, adverbe), jamais au verbe; ex. : hlâhè 
wmon livre?? < cl. hilâh-i, etc. — Comme en classique, il se déve- 
loppe un // devant le dudedal -ê, d'où -yê, cf. cl. -ya, lorsqu'il est 
immédiatement précédé de la voyelle î (ou de la semi-voyelle t); 
ex.ifiyê cren moi = je peux??^^), d .ç\.fhja, de fi ^^ dansai •<c\.fï; 
*/ai?/<? cf sur moi^, cf. cl. ^alânja, de ^dla ffsur??-<cl. ""Ma; etc. 



IL PRONOMS INTERROGATIFS. 

a. Le pronom interrogatif man crqui??? de l'arabe classique est 
représenté à Kfar'abîda par la forme mon, à côté de laquelle on a 
aussi mân, mîn, 

1. Le dialectal mon, qui représente phonétiquement le cl. man, 
est très usilé à à Kfar^abîda; il s'applique toujours aux personnes 
et reste partout invariable; ex. : mon ià rr qui est venu??? <:cL 
man zaa; mon {h)irûh wqui s'en ira??? <: cl. man yarûhu^'^^; etc. 

mon est souvent agglutiné avec les pronoms personnels indé- 
pendants; ex. : menu hâda (cf. syr. manu) ce qui est-ce celui-ci???, 
cf. cl. man huwa hâdà; mèni frqui (fém.) est-ce??? (syr. manï), cf. 
cl. man liîya; mdnénnè shâhah cf quels sont tes amis???, cf. cl. man 
hum 'ashâbu-ka ; etc. 

mon est aussi très employé après n'importe quelle préposition; 
ex. : Imon^fk qui?<:cl. li-man; ^énd mon ffcliez qui???; ^dmon o-sur 
qui? à qui???, cf. cl. *^a/â man; etc. — Il s'emploie également 
comme complément d'un nom; ex. : ktâb mon ^éndçk ff le livre de 
qui as-tu???; etc. 

2. Les formes mîn et mân^^'i sont moins usitées que mon et 
s'emploient généralement seules. Elles expriment l'idée interro- 
gative avec plus d'énergie et plus d'insistance en y ajoutant 
souvent une nuance de mépris, de moquerie ou d'étonnement; 
ex. : min ou mân yqâllçk hâda crqui donc t'a dit cela???; mîn^k ou 
mânçk ff qui es-tu ? ??, c'est-à-dire w que vaux-tu ? qui te connaît? ??; etc. 



(^) Jiyé représente sans doute *fiyî anologique de l-î, etc. ; de même 'làiyê, etc. 
(^) A pari ie b- de l'aoriste bien entendu. 
(•') Pour la forme elle-même, cl", plus haut. 



272 DEUXIÈME PARTIE. 

Tandis que mon est souvent agglutiné au pionom personnel 
indépendant de la 3^ pers. (masc. ou fera., sing. ou plur.), mîn 
et mân ne sont, la plupart du temps, suivis que du pronom per- 
sonnel affîxe de la 2^ pers. (masc. ou fém. , sing. ou plur.); quel- 
quefois même ils le sont à la fois du pronom suffixe et du pronom 
indépendant (toujours à la 2® pers.); ex. : mînkon (ou mânhon) 
crqui êtes-vous? qui vous connaît?^-»; mîneli (ou mânçh) ^ént cr loi- 
même qui es-tu? que vaux-tu toi-même?ii; etc. 

Comme mon, les formes mîn et mân sont souvent employées en 
qualité de complément d'un nom ou après les prépositions. 

/S. 'àij ff quoi? 17 représente le cl. 'àiyu s/ni" ce quelle chose? ^^ 
et s'emploie très fréquemment à Kfar^abîda. 11 est souvent rem- 
placé par \is (avec réduction de la diphtongue ai) et par wâis ou 
was {ci\ec changementde ^en w^^^). On rencontre aussi à Kfar'abîda 
comme dans les autres parlers libanais, spécialement à Beyrouth, 
la forme su qui est synonyme de 'ms et qui provient, à mon 
avis, de \is-\-u (<:cl. Iiti rrlui^^), avec chute régulière de la pre- 
mière syllabe brève 'a- inaccentué; ex. : \is hâda ou su hâila 
ff qu'est-ce que c'est que cela?^?; 'as ou \'ds, ou wàs, ou su ""niôlt 
ff qu'as-tu fait? 77 

'mj (et ses variantes) est souvent agglutiné aux pronoms per- 
sonnels : 'âis (ou wâis) Test aux pronoms affîxes des i*"" et 2" pers. 
et aux pronoms indépendants des 3*^' pers. , tandis que su s'agglu- 
tine seulement aux pronoms indépendants des 1'", 2" et 3*^* pers.; 
ex. : 'àisnê crque suis-je?^?^'-^; 'âisçk ff qu'es-tu? qui te connaît?'^; 
'alsénné (avec amuïssement de h) ffqui sont-ils? '?; sii'é'it ffqui es- 
tu ?iv, sunéhna ffque sommes-nous? que valons-nous ?'? ; etc. Mais 
on ne dit pas *sûh ffqui es-tu? 17, '^sûna ffqui sommes-nous? i?. On 
ne dit pas non plus *'àison ffque sont-ils???; *'àisa ff qu'est-elle??? 
tout court; mais on dit couramment 'àison hénnè, 'àisa hîyê, etc., 
en faisant suivre immédiatement les pronoms affixes des pro- 
noms indépendants. 

Comme mon [mân, mîn)^ le pronom 'àij s'emploie avec un 
grand nombre de prépositions; ex. : mon 'dis hâda ffde quoi (est 
fait) ceci??? ;^^ais ffen quoi???, etc. 

7. ma ff quelle choFC? quoi??? représente le cl. ma et 
s'applique toujours aux choses; il est beaucoup moins em- 
ployé à Kfar'abîda que mon et 'dis. En voici cependant des 
exemples : mâlçk hzîn ff pourquoi es-tu triste?^?^^^ < cl. ma 



('^ Voir plus haut, p. 9. 

(^) -ne au lieu de -è par analogie du verbe [daràbnè, etc.). 

(^) Lilt* quid tibi trislis? = quid libi tristi? 



MORPHOLOGIE. 



273 



la-ha haziim'^ ; ma sâlhi^^^ fMjiie lui esl-il îUTivé?'' <:cl. ma sâra 
la-hu, etc. 

«5". Le cl. 'liu/u" ff quel (est-il) ?^7 n'est plus employé à 
Kfar^abîda comme pronom interrogatif isolé; on revanche, il est 
fréquent, sous la forme provenant de Taccusatif ''«iy^i", comme 
adjectif interrogatif. Ex. : mon auja cfai'a 'énl wde quel village 
es-tu ??7; ^('(ii/a dàrb mon Imd-drûb ^âtival rr lequel de ces chemins est 
le plus long Iv; etc. 

Notre parler connaît également la forme ^âina (cf. syr. 'ainà) 
qui est employé dans le même sens que 'à'iija. Ex. : mon 'dina dà^a 
'ént ffde quel village es-tu???, etc. (Cette forme est, suivant 
M. Marçais, très répandue sur tout le champ des dialectes.) 



III. PRONOMS RELATIFS. 

a. Le pronom relatif classique alladi est à peu près in- 
connu de notre parler; il est toujours remplacé par 'elle (ou 
W-) qui s'emploie pour les deux genres et pour les trois 
nomhres. Ex. : ^Iktâh elli lâk wle livre qui est à toi??; "nâs élli zû 
ff les gens qui sont venus?? ; IbÔnt el-hânçi hâun. . . ff la fille qui était 
ici . . . ?? ; etc. 

On a beaucoup discuté sur l'origine du dialectal 'elle. Ce peut 
être simplement la forme prise par le pronom classique alladî 
après chute de la voyelle a (l'accent étant transporté sur l'initiale, 
car on accentue 'elle) et assimilation de la dentale à /, soit : 
alladi ^^) > *élldé > ^'élllé > 'elle forme actuelle connue d'un grand 
nombre de dialectes arabes modernes (/// se réduit naturelle- 
ment à//) (3). 

/S. Au sens relatif indéfini , on emploie aussi à Kfar^abîda 
monma, cf. cl. man, moins fréquemment pourtant que 'elle. Ex. : 
monma za ma'^^ek u/* fc celui qui voudrait venir avec toi, qu'il 
vienne^? [monma est une combinaison de man et de ma relatif des 
choses). 

'àkja, 'anff, 'ai(') combiné avec ma représente l'accusatif clas- 
sique 'àiya" [cï.'diyi", ^àiyu'') et s'emploie dans le même sens 
que monma : 'ai} ma là. . . ff quiconque vient...??. On dit même 

(^) On entend aussi ma sârru sous l'influence de la racine verbale de sàra; 
rassimilation de r et de / s'est alors faite dans le sens inverse. 

^'^) Les vieillards, en récilant le Pater, disent encore ^çlladi, mais c'est une 
forme demi-savante imitée du cl. allaâî fi-s-samâwâti . . . 

(■'') Cf. Cohen, p. 348; Marçais, Saïda, M. S.L,, t. XV, p. 56; Landberg , 
Proverbes et dictons, p. 297. 

PARLER DE KFAr'abÎDA. i8 



27^ DEUXIÈME PARTIE. 

parfois 'âiyf ma; ex. : {b)orda haù/e" ma kân ffj'accepten importe 
quiv. 

Gomme dans les phrases données en exemple, monma et 
*aihna s'appliquent toujours aux personnes. 

y. ma ce ce que, ce qui^-xccl. ma s'emploie quelquefois, 

comme en classique, en parlant des choses; ex. : *'mÔït motl-ma 

^môlt ff j'ai fait ce que j'ai faitw < cl. ^amiltu miOla-mâ ^amiltu; ma 

fhèmt cfj'ai compris I^^ litt* rf(c'est) ce que j'ai compris?î, etc. Ceci 

ne se rencontre que dans des expressions toutes faites. 

'as ff ce que, quelle chose ?i7 est très employé dans des phrases 
où il correspond au relatif français (interrogation indirecte). Ex. : 
'Iqollé 'as Snoll ff dis-moi ce que tu as fait??, cf. cl. qui II 'aiya sai'i" 
^amilta. 



IV. PRONOMS ET ADJECTIFS DEMONSTRATIFS. 



A. PRONOMS DEMONSTRATIFS. 

a. Pour indiquer une personne ou un objet rapproché, le 
parler deKfar^abîda se sert des formes suivantes; 

1. Au masculin singulier, hâda ff celui-ci, cecin <zc\. hâdà. 
Ex. : hâda ktâbd ff ceci est mon livre ?•> < cl. hâdà Jcitâb-i; hod ^âda 
ff prends celui-ci ri ■< cl. hud hâdà. 

2. Au féminin singulier, haidè ff celle-ci??, cf. cl. hâdihi ou hâdl. 
Ex. : haidé 'émmdh ff celle-ci est ta mère ?? , cf. ci. hâdi (Juutihiyûmmu-ka ; 
hâidé 'jqâlçt ff celle- ci a dit??, cf. cl. hâdî(hâdihi) qâlat. 

Voici l'explication qu'on peut donner de la présence de la 
diphtongue -m- dans le dialectal hâidé. La forme résulte sans 
doute de la combinaison du syriaque hâi ff celle-là^? devenu à 
Kfar'abîda lut'i (hài) ff colle- ci?? et du féminin hâdé que fait 
attendre le classique hâdi. Le dialeclal hai [hâi) , en effet , est encore 
courant à côté de haidè. De même on a, à Kfar^abîda, un masculin 
Aa- qu'on rencontre fréquemment à côté du masculin hâda et dans 
le même sens. On dit, p. ex. : hod hâidé ou hod hai {hâi) ff prends 
celle-ci??; halktâh ffce livre?? pour *ha al-ktâb (hâda-l-ktâb < cl. 
hâda-l-kilâhu) \ etc. 

3. Au masculin pluriel , on a hâudé ff ceux-ci?? au lieu d'une 
forme venant directement du cl. haiilû. Ex. -.haudé shâbé ff ceux-ci 
sont mes amis??, opposer cl. haidâ \ishâb-i; hod haudé ff prends 
ceux-ci ?? ; opp. cl. hud haidâ. 



I 



MORPHOLOOIK. '275 

Le dialectal hâudè représente sans doute le cl. haidâ (ou liau- 
lai) avec chute de la syllabe linale -là (-lai), cf. V pour cl. VJâ 
ffsur^i, et passage de' à «au contact de la voyelle labiale u, d'oh 
*hâun:> hâu encore très usité à Kfar^abîda dans le sens de wceux- 
ci 77. On a ajouté dans la suite au dial. hau le démonstratif dé 
<: cl. dî^^\ ce qui donne haiulé lequel est employé indifféremment 
au pluriel pour les deux genres. 

Notre parler — il en est ainsi de la plupart des parlers liba- 
nais — emploie quelquefois à côté de hâudè les formes hâdulé, 
hâdûl et hâdol qui sont empruntés aux parlers des Musulmans de 
Tripoli et de Damas. 

/S. Pour indiquer une personne ou un objet éloigné, notre 
parler emploie les formes démonstratives suivantes : 

î. Au masculin singulier, hâdâk rr celui-là ^^ <;cl. hàctâka.Ex.: 
hâdâk (ou hâdâk) Içna ce celui-là est à nousi^ -< cl. hâdâla lanâ ; hod 
hâda u-rûd^ hâdâk w prends celui-ci et rends celui-là ^^ <ccl. kàd 
hâdâ wa-rudda hâdâka; etc. 

2. Au féminin singulier, hâdik ff celle-là 77, compromis entre le 
précédent et tîka (sous Tinduence analogique du masculin hâdâk). 
Ex.: hâdîk dâi^tè ff celle-là est ma bourîTade^^; là tâhod là hâi u-là 
hâdîk fcne prends ni celle-ci ni celle-là 7?; etc. 

3. Au pluriel masculin (ou féminin) ^haudîk ou hûdîk, hodîk ^^^ 
[hâdûlçky^^ en face de cl. 'ùlà'ika. Ex.: haudîk (b)ih6ssûnê ff ceux-là 
m'appartiennent w; etc. 

Remarque. — Gomme il a été dit plus haut, p. i5, les pro- 
noms démonstratifs perdent leur h lorsqu'ils sont précédés d'une 
particule avec laquelle ils sont intimement liés. Ex. l'âna mn-âdik 
oddâi^a ffje suis de ce village-là??, au lieu de 'âna mon hâdik,..; 
mkâbbar wâda hâlu ff orgueilleux et c'est tout ce qu'il est?? pour 
mkâbbar *wa-hâda; etc. 



B. ADJECTIFS DEMONSTRATIFS. 

a. Comme en classique, les adjectifs démonstratifs se 
forment à Kfar^'abîda par l'insertion de l'article défini el-, l- 

(^) Le pluriel allaâina indique en effet qu'il a pu y avoir un *di, pluriel de 
dâ (cf. aram. bibl. dî , syr. d", servante la fois pour le singulier et le pluriel). 
'-^"i Ceci confirme l'existence supposée plus haut d'un *dî pluriel. 
(') hdda -\- 'ûlaika. 

18. 



27 G DEUXIÈME PARTIE. 

< cl. al- entre les pronoms démonstratifs et le substantif qui 
suit. Ex. : hâdalktâb li crce livre est à mo'in <cl. hâcta-l-kitâbii 
l-î; hâdlk el-bônt bôntu w celte fîUe-là est sa fille '^, cf. cl. tîka-l-bintu 
btntu-hu. 

A la différence du classique, Tadjectif démonstratif dési- 
gnant les objets rapprochés et éloignés est fréquemment ex- 
primé par ha au lieu de hâda; il est alors invariable (quel que 
soit le genre ou le nombre). Ex. : hod hal-'/qâlçm^^^ {^al-jqà 
km) w prends cette plume 7-), cf. cl. hiut hâcta-l-qàlama; Imân 
hal-kâlbê fcà qui cette chienne? 7?, cf. cl. li-man hâdi-l-kâlbatu ; 
etc. De même on a (pour les objets éloignés) hâkd- à côté de 
hâdîkel- (fém. sing.), hâdâkel- (masc. sing.) et hddûkel- (masc. et 
fém. pi.). 

/S. Gomme les pronoms démonstratifs, les adjectifs démon- 
stratifs, sauf hal- et hâkel-, sont variables et s'accordent en genre 
et en nombre avec le mot qui suit. Ex. : hâda l-wàlçd '"ajqdl tr cet 
enfant est sage^? ; hùdih el-ulâd (plus souvent hâk el-ulâd) sàtrîn tf ces 
enfanls-là sont espiègles 77 ; hddîk el-màm (plus souvent hâk el- 
màra) ""âlmè cr cette femme-là est instruite w. 



V. PRONOMS ET ADJECTIFS INDEFINIS. 

Les différents pronoms et adjectifs indéfinis sont les suivants 
dans notre parler : 

A. PRONOMS. 



a. Pronom indéfini au sens de w quelqu'un t?. 

Ce pronom indéfini s'exprime généralement comme en clas- 
sique par wâJiQd <:.û. wàhidu" (fém. wâhd(}<zc\. wâhidatiC) ^'^^ \ 
ex. : zâna wâhçd (lyâum) ff quelqu'un est venu (aujourd'hui) vers 
nouS77<:cl. uia-nà wâhidu" i^al-yàuma)\ wâhçd est en train de 
tomber en oubli dans les propositions interrogatives, supposi- 



(') A propos (le hal, cf. ce que dit M, Landberg, Dadïnah, p. 285. 

(^) On a rappelé (juc ivdhidu" a aussi le sens de «un». Lorsqu'il est 
suivi de mon et en même temps d'un pronom personnel sullixe, wfiliçd 
se traduit alors par crTun dew : wâhçd mon 'jqrâyobna. . . crTun de nos [pa- 
rents. . . r>. 



MonpiioLor.in:. 277 

tivos ou négatives ^'^ et de co'der ia place à la forme Ijdda (ou 
hûilf) <:cl. 'âijada" qui, à la dilï'érence de wâ/j(d, s'emploie in- 
différemment pour le masculin et le féminin. Ex. : hàda za H 
ff quelqu'un est venu?-»^, cf. cl. hal zaa ^ihadu" ; 'éza hàda salçh 
(ou sâilçh) '^ànnê wsi quelqu'un me demande... ^i, litt^ wsi quel- 
qu'un s'informe auprès de loi de moi. . .r», cf. cl. ^iââ ^ihadiC 
sà'alaka ^ànn-ï. 



jô. Pronom indéfini au sens de wonw. 

À la différence du classique qui exprime le sens indéfini de 
ffon^-)^-) par la 3® pers. masc. pi. au parfait, notre parler 
l'exprime par la même personne à l'aoriste. Ex. : (b)-i'/qûlu 
hâiji won dit comme ceci^, contre cl. qâlu hâkadà ; 'as 
b-isâmmu hâda *'éndlon ?<• qu'appel le-t-on cela chez vous? = com- 
ment. . . n. Mais on ne dit jamais *haik '/qâlu dans le sens de 
w c'est ainsi qu'on dii-n; cette phrase signifierait ff c'est ainsi qu'ils 
ont dit^n 

wOn77 se rend aussi par "nâs <:cl. an-nâsu cries gens^?, l-*^âkm 
<:cl. al-*^âlamu wle mondes (suivis de la 3® pers. masc. pi. du 
verbe au parfait ou à l'aoriste), enfin par wâhçd. Ex. : ''nâs b-yéhku 
ktîr ffon raconte tant de choses (vraies ou fausses) ^•); wâhçd -a b-i- 
sàdde'jq-s^^^ won croirait difficilement w, litt' w quelqu'un ne croi- 
rait pas 17; wâhçd as ma V^ia/ ff quoiqu'on en fasse.,, t) litt*. wquis 
quid faciatT?; etc. 



7. Pronom indéfini au sens de w chacun w. 

Ce sens est exprimé par hid} <:cl. hdliC' ce tout w suivi de wâhçd 
ou de mon, Ex.: hM wâhed b-yàWef sûylu ff chacun sait ce qu'il a 
à faire 1^, litt* ff chacun connaît son affaire ?î <c cl. huïlu wâhidi'^ 
yâ^rifu sûyla-hu; ... u-kûl^ mon râh l-mâlrah ff ... et chacun s'en est 
allé d*un côté 77. 



S. Pronom indéfini au sens de «f autrui w. 

Ce sens est exprimé comme en classique par lyâir ffle pro- 
chain?? <ccl. al-yàirii et V/qrîb (même sens) <:cl. al-qarîbu : hébb 
ôl-/qrîb ff l'amour du prochain, d'autrui??. 

(^) Naturellement , dans ces dernières propositions , hâda signifie t? personne» ; 
cf. ma zâ-s hàda ff personne n'est venu». 

^^) Le classique, on le sait, exprime également ie pronom indéfini cfon» au 
moyen de ia 3* pers. masc. sing. du verbe passif au prétérit. Notre parler ne 
connaît plus ce moyen classique. 

(^) -a. . , -s au lieu de ma. , . -s. 



278 



DEUXIE3IE PARTIR. 



£. Pronom indéfini au sens de w personne w. 



Au pronom indéfini w personnes du français correspond {ii)-lâ 
wâhçd <C cl. {wayiâ ivâhidu" ; mâhàda-(s) < cl. ma 'ahada" ; là hàda 
u-là hâdô; (iij-la dùmrê (cf. cl. iadmurlyu"^^^). Ex. : {u)-la wâhçd zâ 
ffpea^sonne n'est venu 17; ma ""éndê là hàda u-là hâdè wje n'ai per- 
sonne w; ma r/qîna {ii)-la diimi^ê wnous n'avons trouvé per- 
sonne î? ; etc. 

?. Pronom indéfini au sens de «fRiEN?'. 

Ce sens s'exprime toujours par si (cf. cl. s«iV w choses) dans 
une proposition négative. Ex. : ma ^end~ï{s) si cfje n'ai rien^^, cf. cl. 
ma Hnd-î sàiu" ; ma ham-(s) si wje n'ai rien , je ne suis pas malade 7? , 
cf. cl. ma biya sàiii" ; ma ^{â'itm sî-[s)'''^^ fftu ne m'as rien donné tî 
cf. cl. ma ^aHaitani saia'^ ; etc. 

Remarque. — La forme dialectale si est remplacée à Kfar*^abîda 
par sm<::cl. *saiiC' (par solécisme) dans un exemple unique : 
'alâflàsîn Hai (ou Ha'nja) ccalif n'a rien sur lui?') c'est-à-dire ffalif 
n'a pas de point dessus w^^). 

rj. Pronom indéfini au sens de ffTOUTw. 

A wtoutw correspond W suivi immédiatement de si : kûV si 
mlîh fftout est bien^, b-yà'^rçj kuV si ce il sait tout 7?. 

$. Pronom indéfini au sens de ctun, l'un, l'autre??. 

Quand il s'agit de choses, cfl'un?? (ffun??), fd'autre?? (rrautre??) 
est exprimé par si répété. Ex. : hâda si u-^âdâk si wceci est un et 
cola est autre?? ; l-'âhyad si wo-l-Aswad si w6-l-hêllê yélhdt hM si wle 
blanc est un et le noir est autre, mais la beauté surpasse tout??, 
phrase proverbiale que dit une personne en défendant son ami 
brun. 

Quand on parle des personnes, ffTun?? se rend par wâhçd suivi 
de mon qui à son tour est suivi des pronoms personnels suffixes : 
sôfl wâhçd mdnon wj'ai vu l'un d'eux??. — Appliqué uniquement 
aux personnes, cf autre?? se rend par wâhçd (ou hada) y air- suivi 

(^) Cf. l'expression classique mâji d-ddri tadmurhju" cril n'y a dans la mai- 
son personne». 

^"^ La négation dialectale comportant déjà |)ar ell«vn)«îme un -s [ma... -«), il 
se trouve (jue dans des phrases de cette sor/e il y a deux s{i) de suite. 

(•'') Influence classique (langue de l'école). 



MORPHOLOGIR. 279 

des pronoms suffixes; ex. : wâhçd yairçk kàn râh ce un autre que 
loi serait alléw. 



i. Pronom iindkfini au sens de w plusieurs w. 

A ff plusieurs w correspondent hlrîn, liâr, Wiuhè, serhèA^'>\ ex. : 
ht'mn ^âsu 'Iqàhlmonna tf plusieurs ont vécu avant nousw. 



B. ADJECTIFS. 



a. Adjectif indéfini au sens de w chaque w. 

À l'adjectif ff chaque 77 correspond W suivi d'un substantif sin- 
gulier (indéterminé): M' mahmûl mô'nhân w chaque (marchandise) 
portée (c.-à-d. non vendue sur place) n'est pas appréciée 77 (^^;/rw7' 
talmîd mazbûr itî^ «f chaque élève est obligé d'obéir 77. 

/3. Adjectif indéfini au sens de ff quelque, certain 77. 

A w quelque, etc. 77 correspondent les formes suivantes : 

■ 1. si: tînê si sâylê w donne-moi quelque chose 77; tUh Içh monnu 
si'lqô'rsdin wdemande-lui pour loi quelque deux piastres 77;^ monoîi 
*^ommàrin fi mdnon hîijâHn. . . (iiyèi fôlMhîn ce il y a parmi eux des 
architectes, des marchands. . . et quelques cultivateurs 77. 

2. kam w quelque 77 -<cl. kam fr combien, beaucoup 77 : U "énclu 
kâm ^jqors ^\\ me doit quelques piastres 77, litt* ^^à moi chez lui 
quelques piastres 77; ^Iqcfacl ''énna kâm yànm w il est resté chez nous 
quelques jours 77. 

3. haunê (^ou hûnîkçd) : fi ^éndè hânnê zalmtâin ffj'ai chez moi 
quelque deux hommes 77; kûntfihîmtkçd ^mf ff j'étais dans une cer- 
taine maison 77. 

U. swânfê; ex. : ma*^\i swâiyçt môsryât ff il a quelque argent 77. 

y. Adjectif indéfini au sens de wtout, touS77. 

Ce sens s'exprime comme en classique par kûV < cl. kiiUu" 
suivi d'un mot déterminé; ex. : kûll ennâs kânu bôl-'/qôddâs cftout 

(^) Sens primitif ff(une) multitude (de)». 
^'^ Litt' : «omne transvectum contemptumn. 



280 DEUXIÈME PARTIE. 

le monde était à la messe 17 <cl. lûllu n-nâsi hânû bil-. . .; W^çb 
liill en-"hâr wil s'amusa toute la journée 7?. 

$. Adjectif indéfini au sens de wbiême, le jiême^. 

A Tadjeclif crmêmei^, wle même^î, correspond îra/iefl (précédé 
d'un nom indéterminé), fard (suivi d'un nom indéterminé), 
zât < cl. dâiu", nafs, *'mn, etc. 

Sauf les deux premières, toutes ces formes sont toujours sui- 
vies des pronoms personnels suffixes. 

VI. ARTICLE DÉFINI. 

Notre parler ne connaît que l'article défini. L'article indéfini , 

représenté dans d'autres parlers arabes modernes par ivâhçd, est 

entièrement inconnu à Kfâr-abîda comme dans tout le Liban. On 

dit, p. ex. ifrành cfun franco?, hàh ffun livrer, et non pas *wâhçd 

frànk, *wâhçd ktâb, etc. 

L'article défini est représenté à Kfar^abîda par /- {'el-, "l-) <ccl. 
al-; il se met toujours devant le nom à déterminer et il est par- 
tout invariable. 

Le second élément /- de l'article [al-) s'assimile aux mêmes 
consonnes qu'en arabe classique quand celles-ci commencent le 
mot qui reçoit l'article défini, savoir ; t, d, t, d, s , s, z, z, s, r, l, 
n, à quoi il faut ajouter pour le parler de Kfar'^abîda (comme 
pour d'autres parlers modernes) z : "^dàir trie couvents? ■< cl. ad- 
dà'mi; "zdbdl wla montagne w <: cl. al-zàhalu; tjle^ ôd-dàu w le jour 
se levaw, etc. Celte assimilation établit une distinction entre /-de 
l'article indéfini et la préposition /- <:cl. li wàiî qui ne s'assimile 
pas aux consonnes précitées ; Idârna ffà notre maisons <c:cl. li- 
duri-nâ. 



CHAPITRE IV. 



ANNEXION. 



Comme dans les autres parlers de l'arabe moderne ^^\ les 
formes verbales et nominales combinées avec les enclitiques pro- 



(') Cf. p. ex. W. Marçais, Saïda, M. S. L, t. XV, p. 58-6i (et 5i-63 pour 
prélat construite); Tlemcen, p. i26-i5^. 



MORPHOLOfilR. 



281 



nominaux (-7, -la, etc.) subissent dans le parler de Kfar^abîda 
certaines niodilications dont les relies ont déjà été esquissées à 
propos de l'étude du vocalisme. On se propose ici de l'aire de ces 
règles générales une application particulière en synthétisant ra- 
pidement les phénomènes que détermine dans ces formes l'an- 
nexion de ces encliliques pronominaux. 

On suivra naturellement dans ce chapitre la même méthode 
que dans le reste du travail et Ton partira toujours, autant que 
possible, des complexes classiques (complexes étant entendus ici 
de la forme verbale ou nominale -f- l'enclitique pronominal. Ex. : 
cl. hamàllu-ha wje t'ai porté 77, Jàtâbu-hu wson livrer, etc.). 

11 paraît évident en effet que, sauf innovation analogique, les 
complexes dialectaux ont été hérités directement du classique. On 
pourrait il est vrai formuler contre cette application de la mé- 
thode l'objection que voici : rrll ne convient pas de partir ici du 
classique , parce que les complexes dialectaux tels que hçmol-hm 
ffil vous a portés 17, sont de fabrication purement dialectale, les 
sujets parlants ayant toujours été capables d'analyser et par con- 
séquent de créer de tels complexes. 77 L'objection ne porterait 
réellement que si l'on pouvait penser un instant qu'il est impos- 
sible qu'il y ait un lien historique quelconque entre (p. ex.) le cl. 
Mmala-Jiuni et son équivalent dialectal hçmol-lon, ce qui serait 
mettre en doute que la langue commune d'où proviennent d'une 
part l'arabe classique et d'autre part les dialectes modernes pra- 
tiquât ce mode de combinaison, chose inadmissible puisque 
toutes les autres langues sémitiques le pratiquent également 
et que le procédé est même sans doute d'antiquité chamito- 
sémitique^^l II faudrait en conséquence qu'il y eût impossibilité 
à déduire phonétiquement (régulièrement) les complexes dia- 
lectaux des complexes classiques correspondants. Or, on verra 
que la très grande majorité' des complexes du parler peut au 
contraire s'expliquer directement en partant du classique et 
sans faire violence à aucune des règles phonétiques reconnues. 
Ce n'est que lorsque le jeu de ces règles amenait des com- 
plexes trop incommodes ou impossibles que le sujet parlant 
qui était, en effet, toujours capable de les analyser, refaisait 
ces complexes en combinant la forme (verbale ou nominale) 
simple et l'enclitique pronominal dont il avait conscience en 
vertu des cas les plus clairs parmi les complexes hérités de l'an- 
cienne langue. 

(^) Aussi un chamitisant connu, M. L. Reinisch, a-t-il pu soutenir que les 
coDQplexes tels que hamdltu-ka, etc., ont dû exister avant les formes simples 
telles que hamaltu. (L. Reinisch, Das persônliche Fûvwort und die Verbalflexion 
in den chamito-semitischen Sprachen, Wien, 1909.) Ceci du reste est assez peu 
vraisemblable. 



282 DEUXIÈME PARTIE. 

I. MODIFICATIONS APPORTÉES AUX FORMES VERRALES 

PAR LEUR GOMRINAISON 

AVEC LES ENCLITIQUES PRONOMINAUX. 



A. ANNEXION AU VERBE DES SUFFIXES IMMEDIATS. 



1. Parfait. 



a. Le sujet est une 3^ personne masculin singulier. 



CLASSIQUE. 



hâmala-hu > hémlu, 
hdmala-hâ > hémla {hçméla). 
hâmala-ka ;> *h0mlk > hàmlçk. 
(hàmala-ki) hémlik. 
hàmala-m > *hmnlnê ( hemolnè). 
hàmala-hum'^ hémlon [hpnélon). 
hàmala-kum > *hmolkou {hpnolkon). 
hâmala-nâ > *hmolna (hemolna). 

Remarque. — On voit que sur huit complexes, quatre s'ex- 
pliquent directement par le classique. Les complexes hémlik, 
hçmolnêy hçmolhon et hemôlna existent seuls sans avoir à côté d'eux 
une forme provenant du classique. Pour hémlik (opposer cl. hâ- 
malaki) , il relève d'une anomalie générale signalée ailleurs déjà 
pour la 2** personne du singulier féminin. Quant à hçmolnè 
et à hemolna, ils ont été refaits par analogie du dialectal 
isolé hçmdl et ont remplacé , l'un , le régulier *hmolné, l'autre , 
le régulier *hmolna, parce que dans le parler hmolné signifie 
wporte-moi^ à Vim^évaùî et fpnôlna cr porte-nous ti au même mode 
(ou même encore tmous avons portée? au parfait). Dans la suite 
hçmolné et hçmôlna ont entraîné la forme hçmolkon, bien qu'à 
l'impératif *hmolkon n'existe pas. A côté de hémlon et de hémla 
provenant directement de cl. hâmala-(h)um ei de hAmala-(fi)â , on a 
aussi hçmàhn^^) et hçmèla^^^ refaits sur hî'moliwec addition de -hon 
et de -ha. 



(') L'accentuation montre que ce n'est qu'à date récente que le h de ~hon (ei 
de -ha) s'est amuï, la syllabe qui précède ayant été traitée comme une syllabe 
fermée. Depuis, Vô s'est ouvert en même temps que la syllabe. 



MORPHOLOGIE. 288 

(3. Le sujet est une 3° personne féminin singulier. 

hamalàt-hu > hemlçtu [hômllu). 
hainaliH-hà ^ hemlçta {IjôniUa). 
hamahit-ka > hemlçtçk {hôniUçk). 
(hamaldt-ki) hpnlçlik [hèmllik). 
hamalâl-nl > homUlnè. 
hamalâl-kum > homhjton [Ijâmllotij. 
hamaldt-kum ;>- hemlétkon. 
hamalât-nâ ;> homlétna. 

Remarque. — Sauf pour la 2^ sing. fém. régime (/^omfeVî^), toutes 
les formes qui sont les aboutissants réguliers du classique existent 
encore. Ce sont : pour la 3" masc. sing. régime hemlçlu, pour la 
3^ fém. sing. régime hemlçta (plus fréquente que la forme concur- 
rente signalée), pour la 2® masc. sing. régime Jwmlçtçk, pour la 
i'^ sing. régime homlétné (sans concurrent), pour la 2^ pi. comm. 
régime homlçUm (à côté de hônilton encore rare); etc. 11 semble 
évident que, au P"^ (et au VHP) tbème, la tendance du parler 
aille vers les formes hômïtu (VHP htâinltii), etc. (recherche de la 
syllabe fermée), là du moins où l'initiale de l'enclitique prono- 
minal ayant toujours été ou étant restée consonantique ne rend 
pas la chose impossible, comme dans ïwmlétkon où du reste il n'y 
a pas de syllabe ouverte. 

7. Le sujet est une i'^'' personne singulier (genre commun). 

hamâltu-Jiu > hmoltu. 
harnàltu-hâ > hmolta. 
hamâltu-ka > hmollçk. 
( hamâltu-ki ) hmôltik. 
hamàltu-hum > hmolton. 
hamâllu-kum > hmoUkon. 

Remarque. — Sauf pour la 3® fém. sing. régime, tous les autres 
cas s'expliquent directement en partant du classique, même 
hmolta (filière phonétique : cl. Iiamàltu-hâ [chute de u posttonique 
et de a pré tonique] >• *hmàlt-hà >> hmolta). 

S. Le sujet est une 2^ personne singulier masculin. 

hamulta-nî > Jimhllnè. 
hatnâlta-nâ > hmoltna. 
etc. etc. 

Remarque. — Les autres personnes (sauf les 2" régimes qui 
n'existent pas) sont identiques à celles qui ont été énumérées 
sous y. Il est à peine utile de remarquer que celles qui sont 
spéciales à S proviennent directement du classique. 



28^ DEUXIÈME PARTIE. 

e. Le sujet est une 9^ personne singulier féminin. 

hanialti-hi > IimôUiQt). 
hamaltt-hà > hmÔltt[y)a, 
hamaltî-nî > ïmôlltnè. 
hamallî-him > hmôltî[y)on. 
hamaltt-nà > hmôltina. 

Remarque. — Tci toutes les formes sont phonétiques, si Ton 
concède qu'il faut partir de -i final arabe commun (voir plus 
haut, Vocalisme). 

?. Le sujet est une 3^ personne pluriel (genre commun). 



hamaîû-hu 


;>- hemîûih). 


hanialû-hâ 


> h0nilû{w)a. 


hamalû-ka 


> hgnilûk. 


hamalû-ki 


;>- hemlûkê. 


hamalû-nî 


> hemlûnè. 


hamaîû-hum >> }i0mlû{w)on 


hamalû-kum >> hemlûkon. 


hamalû-nà 


> hemlûna. 



Remarque. — Ici également toutes les formes sont phonétiques 
Même homlûkê s'explique directement si Ton pose un arabe com- 
mun *hamalu-kï, prototype possible de cl. hamalû-ki. 

ri. Le sujet est une 2® personne pluriel commun. 

hamaltu{rn)û-hu > hmÔltûQî), 

hamaltu[m)û-hâ ;>» hmôltû{w)a. 

hamaltu[m)û-nî > hmôUûnè. 

hamaltu{m)ii-hum ;> h)nôltû(tv)on. 

hamaltîi[m)û-nâ > hmôltûna. 

Remarque. — Tout repose ici sur la forme dialectale hmôltu 
wvous avez porté ?î, quisuppose *hamaltù au lieu de hamalhun[u) en 

, , p , . *hamaltû hamalû 

vertu de la lorme analogique : -{ r- = ï r* 

" *■ hamalta hamala 

0, Le sujet est une i" personne pluriel commun. 

hamalnâ-hu > hmôlnah. 
hamalnâ-hâ > hmôlnnha. 
hamalnd-ka > hmôlnâk. 
hamalnâ-ki > hmôhiâkè. 
hamalnâ-hum > hmolnâhon. 
hamalnâ-kimi > hmôlnakon. 

Remarque. — Toutes les formes sont phonétiques. On pour- 
rail soutenir toutefois que -nâha et -nâhon ont été refaits 



RIORPHOLOGIi:. 285 

(à cause de leur h conservé). Pour -nâhé inéme observation que 
sous Ç. 

2. AoRISTK. 

a. Le sujet est une S*' personne masculin singulier. 

ynkmilu-hu I>- yêhmlu. 

ytilmiilu-hâ > *yehmolha > yçJpndla. 
yâlimilu-ka > *yéhmlk > yéhmiçh. 
( yâhinilu-ki) yé/imlik. 
yâhmUu-nl ;> yehmohiè. 
ynhmilu-hum > *yçhmhlhon > yclimélon. 
yâhmilu-hum > yehmolkon. 
yahmilu-nà > yehm'ôlna. 

Remarque. — On voit que, à part la 2^ personne singulier fe'- 
minin, tous les complexes sont directement explicables par les 
complexes classiques correspondants. 

/S. Le sujet est une 3" personne féminin singulier. 

tehméla. 



tâhmilu-hu > têhmlu. 


tâhmihi-hâ > *tehmolha 


etc. 


etc. 



Remarque. — Tout est semblable au cas immédiatement pré- 
cédent; rinitialc seule varie et ce n'est pas elle qui est en 
question. 

y. Le sujet est une 2^ personne masculin singulier. 

tâhmilu-hu > tehmlu, 
etc. etc. 

Remarque. — Identique à la précédente. 

S. Le sujet est une 2^ personne féminin singulier. 

taliniili-hi > teljmlïÇti). 
tahnili-hcL > tehmli[y)a. 
lahmili-nl > tehmlinè. 
talimili-him > tehmli(y)on. 
tahmili-nà > tehmlina. 

Remarque. — On voit que tous les complexes s'expliquent 
phonétiquement en partant du classique. Il suffit de rappeler 
que, à l'aoriste, le parler est parti des formes courtes en -ï et 
non de celles, connues par le classique, en "ïna. 



286 DKUXIÈME PARTIE. 

e. Le sujet est une i'^ personne (genre commun). 

'àhmilu-hu > 'éhmlu. 
etc. etc. 

Remarque. — Tout est semblable ici à a et à /S; Tinitiale seule 
varie et il s'agit ici des finales. 

Ç. Le sujet est une 3^ personne pluriel commun. 

yaJimilû-hu > yehmlû{h), 
yahmilû-hâ > yehmlû{w)a. 
yahmilû-ka > yehmlûk. 
yahmilû-ki > yehmlûkê. 
yahmilû-nî > yehmlûnê. 
yahmilû-hum > yehmlû{w)on. 
yahmilû-kum. > yehmlûkon. 
yahmilû-nà > yehmlûna. 

Remarque. — Dans ce paradigme tout est phonétique si Ton 
part de la forme de Yapocopaliis (voir plus haut, p. 286). 

rt. Le sujet est une 9^ personne pluriel (genre commun dans 
le parler). 

tahmilû-hu > tehmlûQi). 
etc. etc. 

Remarque. — De même, dans ce paradigme tout est phonéti- 
que; l'initiale seule étant différente. 

6. Le sujet est une i""® personne pluriel commun. 

ndhmilu-hu > néhmlu, 
etc. etc. 

Remarque. — Identique à la précédente. 

Remarque générale. — On voit qu'à l'aoriste presque tous 
les complexes peuvent se déduire par voie phonétique directe des 
complexes classiques correspondants. 

3. Impératif. 
a. Le sujet est une 2^ personne masculin singulier. 



ihmîl-hu 


> hmélu. 


ihtnl-hâ 


> hmdla. 


ihmû-nl 


> hmolné. 


ihmtl-hum 


> hnidlon. 


ihmîl-nà 


> hmolna. 



MORPHOLOGIE. 



'287 



Rkmauque. — - Même les cas tels ([uc Imûlu, etc., doivenl être 
considérés comme phonétiques, étant donné qu'avant ramuïsse- 
ment de h ia i"" syllabe était fermée : cl. ihmil-hu, etc. 

/3. Le sujet est une 2® personne féminin singulier. 



ihmili-hi 

ihmilî-hâ 

ihmiU-nî 

ihmili-him 

ihmili-iià 



hmdli{h). 

hnidli[y)a. 

kmàlinè. 

hmdU{y)on. 

hmdlîna. 



Remarque. — Analogue à la précédente. — La chute de e 
aurait amené un groupe de 3 consonnes à l'initiale, groupe équi- 
valant à U consonnes à Tintérieur, groupe évité dans le parler. 

7. Le sujet est une 2® personne pluriel (genre commun dans 
le parler). 



ihmilû-hu 

ilimilû-hâ 

ihmilû-nï 

ihmilû-hum 

ihmilû-nà 



hmdlûQi). 

hmdlû{w)a. 

hmdlûnè. 

hm9lû(w)on. 

hmdîûna. 



Remarque. — Ici également tout est phonétique. 

Remarque générale. — Il serait étrange d'admettre que le 
parler ait recréé tous ses complexes à Timpératif, puisque chacun 
d'eux peut-être considéré comme l'aboutissant du complexe clas- 
sique correspondant, et cela d'autant plus que la forme isolée 
est hmâl avec une longue analogique ainsi qu'on l'a déjà vu 
(cf. Verbe, p. i38). 



B. ANNEXION AU VERBE DES SUFFIXES MEDIATS. 

La question ne se pose pas pour l'arabe classique où les com- 
plexes de: préposition -[-élément pronominal enclitique forment 
encore deux mois indépendants^^), mais elle se pose pour le parler 
dans le cas (qui se trouve être unique) d'une préposition mo- 
nosyllabique à voyelle brève : ce cas est celui de la wà, vers^^. 
Le complexe en question se subordonne à la forme verbale 
de la même façon que les éléments pronominaux enclitiques 
étudiés jusqu'ici. Mais la rencontre de la consonne apparte- 
nant à la préposition et de celle appartenant à l'élément 
pronominal amène, suivant les règles vues dans l'étude du vo- 



^') Au moins dans la graphie. 



288 DEUXIÈME PARTIE. 

calisme, une modification dans la coupe des syllabes et, par 
voie de conséquence, un transfert de Taccent vers la fin du nou- 
veau mot qui est ainsi constitué par Tagglutinalion de la forme 
verbale et des groupes préposition -|- élément pronominal encli- 
tique. 

Ces groupes, subordonnés aux formes verbales, ont une forme 
plus courte (ce qui tient à leur nature enclitique) que lorsqu'ils 
sont des complexes employés dans le sens du verbe cr avoirs ; 
voir p. 282. Ils sont alors en effet : 

-lu cfà luin. -Ion rà cuxw. 

-la ffà ellc55. -Ion crà ellesw. 

-Içk ffà toi» (masculin). -Ikon fcà vous 77 (masculin). 

-lik ffà toi» (féminin). -Ikon «à vous» (féminin). 

-le (fà moi». -Ina trà nous». 

Exemples : 

1. Parfait. 

kçteb-lu «il lui a écrit» [h(Uaha-\- lahu). 
ketbot-lon welle leur a écrit» (kntabat -{- lahum). 
ktebti-lna «tu nous as écrit» [fém.] {katdbtl -\- lanâ). 
ketbil-lçk «ils t'ont écrit» {kàtabû ■]- laka). 
ktebnâ-lkou «nous vous avons écrit» {katdbnâ -{- lakum). 

2. Aoriste. 

yçktob-lu ffil écrit à lui» [ydktubu -\- lahu). 
iekiôb-la trelle écrit à elle» (t/iktubu -{- lahd), 
tekbi-lna «tu nous écris» [fém.] (tâktubî ■-{- lanâ). 
y ektbû-lçk vils VécrixenUi {yâktubû -\-laka). 
tektbû-la «vous écrivez à elle» (tâktubû -\- lahâ). 
nektéb-lkou trnous vous écrivons» [ntiktubu -\- lakum). 

3. Impératif. 

ktab-la «écris à elle» {uktûb -{- lahà). 
ktçbî-lè «écris à moi» [fém.] (uktubi -\- lî). 
ktçbû-lna «écrivez-nous» (uktubû -{- lanâ). * 

Remarques. — 1" En somme, l'annexion dialectale des éléments 
pronominaux enclitiques médiats, introduit, les i"^^ et 2^ personnes 
masculin singulier du parfait mises à part, les modifications 
(phoiiéliquement régulières) suivantes : 

a. Elle attire toujours Taccent sur la dernière syllabe du 
thème verbal (à cause de la syllabe fermée ([ui se produit); ex. : 
''àmila -^ lahu ce il lui a fait^? >dial. ""çmÔl-lu^^K 

^') Le maintien de la première voyelle brève, bien (qu'inaccentuée, s'expli- 
que, sans aucun doute, par l'analojjie de la forme isolée : 'émi)l. 



MOUPHOLOGli:. 



289 



V 



(3. Elle conserve la longueur des longues finales du verbe en 
même temps qu'elle attire Tacccnt sur la syllabe qui les contient; 
ex. : cl. qûlnâ -\- lak(( ffnous t'avons dit7?>dial. 'IqÔlnâlçk; yà/- 
tahii-\-li ffils m'ouvriront 7î ^dial. yojïhù-lé. 

y. En revanche, elle occasionne Tabrégement des voyelles 
longues qui se trouvent dans la syllabe du thème verbal quand 
celui-ci est monosyllabique^^) (voir Vocalisme, p. io5, suiv.), et 
empêche naturellement aussi l'allongement analogique de la 
voyelle brève de l'impëratif masculin singulier; ex. : cl. qàla-^- 
lahu ffil lui a dit 7") >dial. 'jqàl-lu; taMmu-\~lî ce tu me resteras « 
'>>tdém-lê; ^yailhu -|- lahum mi leur apportera ^^ >> izéb-lon; '^môl-lu 
ff l'ais-luii? (cf. isolé ^mâl wl'aisi?); qûl-\- lahà wdis à eWe-n :>>'lqÔl-la 
(isolé dialectal '/qui); etc. 

2° L'annexion de -Ina et de -Ikon, aux formes verbales de 
la i'*' et de la 2*" personne masculin singulier du parfait, fait 
apparaître (pour éviter le concours de k consonnes), une 
voyelle secondaire ^'^^ entre la forme verbale et le suffixe; après 
la voyelle secondaire il y a redoublement spontané ^^^ de /, ce 
qui fournit, quand il en est besoin, une syllabe fermée qui at- 
tire naturellement l'accent. Ex. : ktobt-él^kon cfje vous ai écrite, 
de cl. katâbîu -\- lakum; 'jqôlt-éhia w tu nous as ditw, de cl. qûlta 
-\- lanà; etc. 

Mais le déplacement de l'accent et la gémination de / ne 
sont que facultatives avec les éléments pronominaux encli- 
tiques médiats qui ne comportent qu'une seule consonne, celle 
qui appartient à la préposition. Ex. : hmôlt-éllu (à côté de 
hmolt-lu) ff tu lui as portée (cl. hamàlta -\- lahu); ^Iqolt-éllçk (à 
côté de ^Iqolt-lçk) cfje t'ai ditw (cl. qûltu -\- laka) ; etc. Les se- 
condes formes sont, au reste, plus régulières et plus courantes 
à la fois. 



(^) Cela a lieu dans les verbes mediae iv ou y , lorsque les formes appartenant 
à ces verbes ne présentent aucune finale autre qu'une voyelle brève. 

(^) D'autres dialectes modernes de l'arabe connaissent cette voyelle secon- 
daire. — Notre parler se trouve ici d'accord avec le tunisien où l'accent porte 
également sur la voyelle secondaire; cf. Marçais, Tlemcen, p. i3i et 182. 

(^) Il s'agit d'une gémination spontanée de / qui trouve un parallèle exact 
dans la gémination parisienne du même phonème. Presque tous les Parisiens 
disent, par exemple, el-ladi au lieu de la prononciation correcte çladi {elle -f- 
a -\-dit), ce qui les rend incapables de faire, dans la prononciation, une dis- 
tinction entre elle + <* + ^^^ ^t elle -|- l'a -}- dit. On rencontre pourtant aussi 
la prononciation attendue çladi, mais ce n'est guère qu'en province. — • 11 est 
bien connu aussi que le grec homérique pratiquait la gémination spontanée de 
/ (et de n), dans le cas de la rencontre d'un mot à finale brève suivi d'un 
mot commençant par l'une de ces deux sonantes; voir Havet-Duvau, Métrique 
grecque, S§ 35 et l\h (p. 19, 28 et 2^). 

PARLER DE KFAr'ABÎDA. IQ 



!290 DEUXIÈME PARTIE. 

G. ANNEXION AU VERBE DES SUFFIXES À LA FOIS IMMÉDIATS 

ET MÉDIATS. 

Dans le cas d'annexion aux formes verbales de deux suffixes, 
l'un immédiat, l'autre médiat, tout se passe exactement comme 
dans le cas d'annexion de suffixes immédiats; les éléments prono- 
minaux médiats restent complètement indépendants et gardent, 
par conséquent, les mêmes formes qu'ils ont lorsqu'ils sont 
employés dans le sens du verbe fravoirn (cf. p. 982 (^)). Ex. : cl. 
hi'CaSa-hu la-nà wil nous l'a envoyé?? >dial. hà^tu Içna; istaràitu-hâ 
la-ha «je l'ai achetée à toi?? :>'Stràita Içh. 

Cependant notre parler abandonne, de plus en plus, cette 
tournure classique et se sert, actuellement, d'un procédé (employé 
même en classique dans quelques cas déterminés, dans l'annexion , 
par exemple, de deux suffixes immédiats), procédé qui consiste 
à rejeter, loin des formes verbales, les suffixes immédiats devenus 
des complexes pronominaux médiats par suite de leur annexion 
à la particule (indice de l'accusatif) yâ- <: cl. ^njà-; les suffixes 
médiats se trouvent alors en contact avec les formes verbales et 
forment avec elles des complexes composés des formes verbales 
plus les éléments pronominaux enclitiques. Ex. : strait-éVkon yâh 
cf je l'ai acheté à vous^?; hcC'ât-lê yâha cfil me l'a envoyée??; etc. 

On se sert également dans le parler de la particule yil-, 
dans les cas où, en classique, le verbe est suivi de deux suffixes 
tous deux immédiats; ex. : "^allàmta-m-hâ «du me l'as enseignée?? 
>>dial. ^allêml-7ié yâha; etc. 

IL MODIFICATIONS APPORTÉES 

AUX FORMES NOMINALES PAR LEUR COMRINAISON 

AVEC LES ENCLITIQUES PRONOMINAUX 

OU AVEC UN AUTRE SUBSTANTIF (ÉTAT CONSTRUIT). 



A. COMBINAISON AVEC LES ENCLITIQUES PRONOMINAUX. 



1. Participe. 

A la difi'érence du classique qui, dans le cas d'un enclitique 
pronominal de 1'''' personne du singulier, ne pratique pas l'an- 

^'^ Pas plus clans le parler qu'en classique il n'y a donc ici fusion du sulTixc 
médiat avec le complexe formé par ie verbe et félémeni pronominal encli- 
tique. 



MOnPHOLOGlK. 



291 



nexiou^^) à la i'açoii du verbe avec -nï, mais à la façon du sub- 
stantif (c'est-à-dire avec-ï), notre ])arler emploie toujours, avec 
le participe présent, la forme analogique -m {-né). Il dit donc, 
par exemple, Mnwlnè ff /ue (pépo)v^-> , hâmlftnè <;((.ie (pépova-av., pluriel 
(le féminin indistinct d'avec le masculin — la forme est celle 
du génitif-accusatif), /tâmlPué (cl. hâmilina-nl), etc. Le même 
mot a dans le parler -è ou -né, suivant qu'il est ou substantif 
ou participe; ex. : ni'àhnè crmon professeur, mon maître^?, et 
nfallômnè ^yis SiSacDcoovv. — En dehors de ce cas, le participe suit 
pour l'annexion, les mêmes règles que le substantif (voir plus bas). 

2. Substantif. 

On Ta vu, les formes nominales isolées du classique subissent , 
en passant dans notre parler, de nombreuses et importantes mo- 
difications au point de vue de la coupe syllabique et de l'accent, 
surtout lorsqu'elles finissent sur une voyelle longue (ancienne- 
ment suivie d'une consonne faible % w, 2/), ou de son équivalent 
-a''. Les complexes classiques, composés d'une forme nominale 
et d'un pronom enclitique régime, subissent, naturellement, des 
modifications analogues, toutes conformes à la pbonéticjue du 
parler (cf. Vocalisme) , bien qu'ils aboutissent dans chaque cas aux 
complexes dialectaux correspondants tels qu'ils sont usités à Kfar- 
'abîda. Comme la principale différence qu'il y a dans le pailer 
entre les formes nominales isolées et les formes combinées avec 
les enclitiques pronominaux concerne la place de l'accent, on 
peut utiliser l'étude de la place dialectale de l'accent comme 
moyen de classer les différents phénomènes. Mais le plus 
important est de faire remarquer qu'ici encore, comme pour le 
verbe, il n'y a pas solution de continuité entre l'usage classique 
et l'usage dialectal. 

j° Les complexes, qui avaient en classique l'accent sur la 
dernière syllabe de la forme nominale, cette syllabe étant tou- 
jours longue, ne subissent dans le parler aucune modification 
concernant la place de l'accent; il y a, naturellement, chute de 
la voyelle ou des voyelles prétoniques; ex. : cl. ridâ-ka wton consen- 
tement 75 >> dial. rdâk [iorme isolée rida" rconsentement^^ >dial. 

du \/r-d-ij)\ ma'wâ-hu wsa demeure ?7 '>-ma\vâh (forme isolée 

'ffiawà ^nuVwa)'^ ^idâ-nâ crnos ennemis ^^ ^''dâna (forme isolée 

dà >> V<^^); ^atâyâ-lîim rvos dons 17 ::> Hâyâkon (forme isolée 

atâyâ "^^^lya); ^asâmî-knm wvos noms 17 '^-^sâmihon (forme isolée 

asàmi" ^-'sâmé); etc. 



^'^ Sauf quelques rares exceptions. 



19, 



292 DEUXIÈME PARTIE. 

2° Les complexes qui, en classique, avaient Taccent sur la 
pénultième de la forme nominale, ne subissent, à Kfâr^abîda, 
aucune autre modification que la chute des voyelles pretoniques 
et de la finale; ex. : cl. baqarâtu-ka wtes vaches 77 > hajqrâtçk 
(forme isolée baqarâtu" > ba/qrât) ; hitâhu-nà ff notre livre ^5 
T^-htâbna; etc. 

Remarque. — Un certain nombre de complexes, tels que mir*âtu~ 
hu (fson miroirs? , mihlâtu-hà cr sa musette (d'une bête de somme)^, 
etc., ne sont pas représentés dans le parler par *mrâtu, môhlâta, 
mais jinr mrâitu (3 syllabes), mohlàijçta, qui sont analogiques de la 
forme isolée nirâyê, mÔhlâyê (opposer cl. mirâtu'\ mihlâtu'')^^^ 

3" Les complexes nominaux qui, en classique, avaient l'accent 
sur l'antépénultième delà forme nominale, ne subissent, à Kfar- 
*abîda, aucune modification intéressant la place de l'accent 
quand les enclitiques pronominaux sont -hu, -ha, -ki et -ï (dans 
le parler -u, -çk , -ik et -é, tous ici à initiale vocalique); ex. : cl. 
qâlanm-ka crta plumer? ::>'lqâlmdk (forme isolée qàlamu" ^^/qà- 
Içm)-^ lûtub-ï ffines livres 7:) :>'kolbê (forme isolée kûtubu" :::> hçtob) ; 
hâdimu-hu wson serviteurs? >]tâdmu (forme isolée hâdimu'^ :>> hâ- 
âçm); dâi^atu-ki crton village w :>■ dàïHik (forme isolée dâi^atu" 
:xlài^a)\ etc. 

Mais lorsque les enclitiques pronominaux ont, même dans le 
parler, une initiale consonantique (cl. -kum et -nà, dial. -km 
et -«a), il s'est produit (après la chute de la finale brève de la 
forme nominale) une fermeture de la syllabe précédente qui a 
occasionné un déplacement de l'accent sur cette syllabe; ex. : cl. 
kûlubu-nà frnos livres 5? >>kotôbna; dài^atu-kmn rr votre village ?5 
>> dai^élkon: etc. 

Enfin, lorsqu'il s'agit des enclitiques pronominaux -hà et -hum 
devenus (à date récente) -a et -on (anciens -'a et -^on)^ il n'y a 
aucun déplacement de l'accent lorsque ce dernier reposait, en 
classique, sur une syllabe ouverte; s'il reposait, au contraire, sur 
une syllabe fermée, il se déplace (comme dans le cas précédent) 
au profit de la première posttonique; ex. cl. kûlubu-huni cf leurs 
livres s? :>-kotbm; qâhuuu-hâ fcsa plume 77 :>-'/q(dina; mais dàl^atu- 
hum ffleur village 75 ^xlal^çUm (^da^éthm)-^ madînatu-hâ wsa ville 77 
(à elle) '>'mdm('ta (J' mdvnétha) \ etc. 

/i" Les complexes à premier élément nominal qui , en classique, 
avaient l'accent sur la préantépénultièmc de la forme nominale, 
sont traités dans le parler de la façon suivante. 

0) CI'., p. 2/18, noie 1. 



MORPHOLOGIE. 293 

Les noms qui, dans ces conditions, ont la syllabe accentuée 
ouverte (du fait qu'ils ne comportent aucune syllabe fermée), ne 
subissent aucun changement de la place de Taccent devant les 
enclitiques dialectaux à initiale vocalique : -u, -çk, -ik, -ê; ex. : 
cl. hâsanatu-ka ffton bienfaits >dial. hâsntçh (cf. isolé hâsanatu" 
>hàsnè)\ bàqarat-ï crnia vache t^ ^hà'jqrtè (cf. isolé hàqaratu" 
:>bâ'lqm); etc. 

Ceux, au contraire, dont l'accent reposait, en classique, sur 
une syllabe fermée ou longue (équivalent d'une syllabe fermée), 
et qui comportaient les mêmes enclitiques pronominaux, subissent 
un déplacement de l'accent. Ce dernier, en effet, vient se fixer 
sur la syllabe suivante devenue fermée par suite de la chute de 
la seconde voyelle posttonique; ex. : cl. mâdrasatu-ka ff ton collège 77 
>madréstçk (isolé mâdrasatu" :>mddrsé); mâqbaratu-hu wson 
cimetière ^7 ^ma^qbortu (isolé mâqbaratu"^ >mâ'/qbra); etc. 

Lorsque les enclitiques pronominaux sont -na, -km, -(h)a et 
-{h)on, les noms delà première catégorie (ex. : hâsanatu") laissent 
glisser l'accent sur la syllabe qui, en classique, était la seconde 
posttonique et qui était devenue fermée par suite de la chute de 
la première et de la troisième posttoniques. L'accent avance donc 
ici de deux syllabes. Ex. : hâsanatii-nà fc notre bienfaits '^hasnétna; 
bâqaratii-hum wleur vache w ':> bd" Iqrçton (^ba'/qréthon); etc. 

Ceux, au contraire, dont l'accent reposait en classique sur 
une syllabe fermée, quand ils comportent les enclitiques prono- 
minaux énumérés en dernier lieu, laissent passer l'accent indif- 
féremment sur la première posttonique devenue fermée ou bien 
sur la seconde qui l'était également (dans ce dernier cas, c'est aux 
dépens de la première qui tombe); ex. : cl. mâdrasatu-nà rr notre 
collèges >madrsçtna ou madréstna; màsbayatu-hiim wleur teintu- 
rerie 7? >masby§ton ou masboyton; etc. 

L'hésitation entre les deux régimes de syllabation et d'accen- 
tuation se comprend assez bien, étant donné que le groupe 
consonantique qu'il s'agissait de résoudre était de 5 consonnes et 
que, par conséquent, la limite des syllabes flottait entre la 2^ et 
la 3^ d'une part, la 3® et la 4*' de l'autre, soit (en désignant parC 
une consonne quelconque) : 

un groupe : — G+G + G + G-1-G — 
coupé : — G-j-G II G + G + G — 
ou bien: — G-f-G + G || -f-C-f-G — 

Remarque 1. — Gomme dans la plupart des dialectes arabes 
modernes (cf. par exemple Marçais, Tlemcen, p. 1A6), l'annexion 
des enclitiques pronominaux au pluriel masculin externe se fait 
sur la forme en -in; -n- se maintient ici à la diflérence du classi- 



29/j Di;i AlkMK PARTIR. 

que; ex. ifoUâhlnkm ffvos paysans i^, etc. (o\^\iOScr c\. fallâld-hun), 
et il en est naturellement de même du participe masculin pluriel. 

On sait quen classique le participe actif (à n'importe quel 
thème du verbe) peut, en cas d'annexion d'un pronom encliti- 
que, conserver -na au pluriel masculin (nom. -ima, acc.-ge'n. 
-hui)^ mais qu'il possède aussi dans cet emploi les formes 
courtes en -n-, -T-; ex. : hâmilûna-ka kots (pépovTSs-n^ dànhûna-ha ^as 
tuttIovts?-)-), mais aussi hàmilâka, dâribû-ka [hàmili-ha, etc., à côté 
de Ijâmilina-ka , etc.): cf. pour les dernières formes celles que l'on 
trouve seules dans les complexes à pronoms enclitiques : banû-ka, 
hanî-ka wtes fils 7-); ce n'est qu'à l'état isolé que Ton a hammam 
hanîna. 

Ce qui est vrai du pluriel l'est également pour les très rares 
duels qui sont encore employés avec les pronoms enclitiques 
(notre parler, qui emploie encore fréquemment le duel isolé ou à 
l'état construit, évite soigneusement de le faire avec ces pronoms): 
inamhon wvous deux 77; ^annâuiçk (dans yâsb ^annâinçh fcen dépit 
de toi. . . deux fois 77); ha/q'/q/nnu rril a deux fois raison 77 (cf. 
hajq'/f w droit, dû^^); ^endâinê wj'ai certainement 77 (cf. '^énd 
ff chez 77). 

Il faut signaler enfin que les dénominations duelles de quelques 
parties du corps adjoignent les pronoms enclitiques au thème 
duel sans -/^(^), comme cela a lieu en classique; ex. : ^îdâ'é wtes 
deux mains 77 (opposer isolé 'tdâin et cf. c\.îjadàp-ni)\ %iànjé wnies 
deux yeux 77 <<cl. '^ainâh/a (cf. isolé ^î/i«m); ^ezràhia wnos deux 
pieds 77 [plus souvent ira'ma^ (cf. isolé 'ezràin et cl. rizlàhii «deux 
pieds 77); dînàik «tes deux oreilles 77 (isolé dinàin), cf. cl. 'udnâi-ka. 
[Il ne s'agit, naturellement, ici que de complexes hérités comme 
tels d'une période plus ancienne de la langue.] 

Remarque 2. — Le parler de Kfar'abîda, comme la plupart des 
parlers modernes (cf. W. Marçais, Tlemcen, p. 1^0), possède plu- 
sieurs noms à terminaison -c (cl. -ïyu") ou -a (cl. -à ou -â''M("))qui, 
par analogie, sont traités comme les noms à finale -é {-a après 
une emphatique) < cl. -atu". Naturellement , ces quelques noms 
subissent, dans le parler, les mêmes modifications syllabiques et 
accentuelles que celles que l'on a signalées pour les noms qui se 
terminent par l'indice du féminin -ê <cl. -atu"; ex. : kvrsté «ma 
chaise 77 (isolé kûrsé <:cl. kursîyu" «chaise 77, faussement inter- 
prété comme s'il valait ^'kûrsatu"); môzrtu «son canal 77 (isolé moire' 
^Z'^' inazrtyu", en réalité cl. màzra"); dwâtkon «votre remède 77 (isolé 
dàwa <ccl. dawau")\ modrétna «notre van 77 à côté de môdrâyétna 
(isolé môdrc, cf. cl. nudra" et miârâtu")'^ ma/qltê «ma poêle à frire 77 
(isolé ma/qlè ou mô'/qlâyè, cf. cl. miqla", miqlâtu''); "sdlçh «ton 
biUon77 (isolé ^lUaou ^sûyc << cl. ^àm ou ^asâtu", barbarisme déjà 



MOIIPHOLOÔIK. 205 

ancien); mziHàm wdeux mcdjidié (monnaie)^, cf. isolé mzîdè 
<::cl. mazîdh/u" (interprété comme si le mot provenait de *mazî- 
(hitu")\ mzanl~(d-(uk'h cr cbrestomathiiîTi , d'. cl. mazànl-l-'âdabi [mAé 
mzâné -<cl. mazâni"); ^azrat-el-^azâm ffVier^fje des vierges^, cf. cl. 
"^nârâ 'a-l-*aMrâ, vocatif (isolé ^azm <:cl. ^adrau); etc. 



B. COMBINAISON AVEC UN AUTRE SUBSTANTIF 
(ÉTAT CONSTRUIT). 

Ce qu'on appelle dans les grammaires sémitiques wétat con- 
struite? n'est, au fond, qu'une variété d'annexion. Toutefois, au 
lieu d'un enclitique pronominal, le mot annexé est un substantif 
comme celui auquel on l'annexe. L'emploi de l' frétât construit?? 
est presque l'unique moyen dont se serve notre parler pour indi- 
quer le rapport d'annexion entre deux formes nominales. Le pro- 
cédé consistant à marquer ce rapport (comme, par exemple, 
dans les langues romanes), au moyen de prépositions (mi^^ 
dyâl, etc., cf. Marçais, Saïda, M.S.L., t. XV, p. 62), procédé 
auquel ont recours certains parlers modernes, est à peu près 
inconnu à Kfâr'^abîda (et dans tout le Liban, sauf dans quelques 
villes du littoral comme Beyrouth et Tripoli de Syrie). Ceci au 
point de vue syntaxique. 

Comme pour les complexes composés d'un nom et d'un encli- 
tique pronominal, le procédé dialectal de l'w état construit?? est la 
reproduction directe du procédé correspondant en classique. Le 
premier terme (comme dans les complexes à enclitiques prono- 
minaux) subit des modifications qui sont tout à fait conformes 
aux règles phonétiques reconnues pour le parler. Ceci au point 
de vue historique. 

a. Les premiers termes de complexes qui avaient, en classi- 
que, l'accent sur la pénultième ^^^ ne subissent aucune modifica- 
tion par suite du fait qu'un autre substantif (à initiale vocalique 
ou consonanlique) leur est annexé; ex. : cl. zârwii-l-kàlbati w le 
petit de la chienne?? >dial. zm^o-J-kàlbé ; kitàhu-t-tilmiâi «le livre 
de l'élève?? :>- ktâb-6t-talmîd ; etc. 

Remarque. — A côté des formes telles que slât-, ''sât-, ''bât-, etc. 
(dans slât-el-lmrè rcla prière du prêtre??, '^sât-el-mo^'^âz wle bâton 
du chevrier??, ''bât fôllâlma^'\e manteau de notre laboureur??, etc.), 
le parler de Kfar^abîda emploie fréquemment les formes sala, 

'') A la différence des complexes composés do nom plus enclitique prono- 
minal, l'accent ne repose jamais ici sur la dernière syllabe, même en classique; 
cf. mawd-ka rrta demeure '?, mais mnwâ rnildi'^, etc, 



296 DEUXIÈME PARTIE. 

Visa, ^âba, etc., introduites ici par analogie. On dit couramment 
en effet sâja-l-hnrè, ^âsa-l-mo^^âz , Vba fôllâJpia , etc. — Il en est 
de même des complexes tels que yadau-l-fallâhi wle déjeuner 
du laboureurs? , kîrau yâumi-nâ ffle salaire de notre journée ^n 
Comme à l'état isolé, après la chute de la finale et du' et Tabré- 
p^ement de la nouvelle finale, le premier substantif laisse remon- 
ter l'accent jusqu'à la syllabe antécédente : fâda-l-fôUâh, kéré 
yàiimna (à l'état isolé yàda, hérê). 

/3. Quand le premier substantif portait, en classique, l'accent 
sur l'antépénultième, il ne subit pas de modification au point de 
vue de l'accent; toutefois, il faut distinguer ici entre le cas où le 
second substantif commence par une voyelle et celui où il com- 
mence par une consonne. Dans le premier cas, la voyelle de la 
syllabe qui suivait immédiatement la syllabe accentuée en classi- 
que tombe; ex. : cl. madînatu-l-màliM wla ville du roiiî >> dial. 
mdînt-el-mâl§k ; etc. — Dans le cas où le second terme a une 
initiale consonantique, la même voyelle subsiste, car la syllabe 
qui la contient reste fermée; ex. : madînatu mâliki-nà wla ville de 
notre roiw :>mdîn§t malékna; qâlamu rasâsi" wun crayon (de 
plomb ) n > '/qâlçm rsâs ; etc. 

y. Les substantifs premiers éléments de complexes , qui por- 
taient, en classique, l'accent sur la préantépénultième, suivent 
exactement les mêmes règles que les complexes à enclitiques 
pronominaux, sauf pour l'accent qui reste toujours à la même 
place qu'en classique; ex. : hàqaratu zâri-nà wla vache de notre 
voisina -^-hà'lqret zârna[d.ç\.. hàqaratu-nà >ba'/qréina); bâqaratu- 
l-fallâhi wla vache du hhomeur y^ >ba/qrt-el-fôllâh (rarement et 
par innovation analogique) ba/qr^t-el-fÔllâh (cl. bàqarat-i >■ bajq- 
rtê) ; etc. 

Remarque 1. — Au pluriel masculin, le premier substantif 
maintient, naturellement, toujours n, comme cela a lieu dans la 
combinaison avec les pronoms enclitiques; ex. : cl. habbâzi-l- 
màliki ffles boulangers du roir), dial. hebbâzîn-el-mâkk (comme si 
Ton disait, en classique, * habbàzîna-l-mâliki au lieu de habbâzi-U 
mâliki, cf. isolé habbàzîna [acc.-gén.]). 

Remarque 2. — Comme dans la plupart des dialectes arabes 
modernes et principalement dans les dialectes syriens (cf. par 
exemple W. Marçais, Tlemcen, p. i5o),la mise à l'w état construit ?? 
du qualificatif après le substantif auquel il se rapporte, est un 
procédé habituel et très courant dans notre parler; ex. : ktâh-cl- 
kbtr w le grand livre ??, en face de cl. al-kitâbu-l-kabiru ; etc. 



MORPHOLOGIE. 



297 



Remarque 3. — Les pluriels du type ^aqtâlu" perdent, dans ie 
parler, on Ta vu, la première syllabe V et se confondent avec 
d'autres types classiques dans le type dialectal; ex. : cl. ^aJctcifu" 
ff épaules w >dial. kiâf. Toutefois, il subsiste une trace de la 
syllabe ^a- quand ces pluriels sont annexés à un autre substantif 
(nom de nombre), sans intermédiaire de l'article: cl. hâmsatu 
^ahmâli" wcinq charges 77 > dial. hâmsl-çhmâl {\so\é 'ahmâlu" > dial. 
hmâl); 'ârba'^atu 'artâli" wcinq ratlsw ::>'àrbaH-ortâl (isolé ^artâti" 
> rtâl) ; etc. 



298 DEUXIÈME PARTIE. 



CONCLUSION GENERALE. 



Dans tout Texposé qui précède on s'est constamment appliqué 
à comparer Tétat actuel du parler de Kfar*abîda avec Tétat relati- 
vement ancien de l'arabe classique en prenant, provisoirement au 
moins, ce dernier comme une norme non dépourvue de réalité; en 
même temps on a cherché à montrer comment la langue vulgaire 
usitée sur un point précis de la côte syrienne procède directement, 
sinon de la langue classique, du moins d'une langue commune sen- 
siblement voisine de celle qu'ont décrite les grammairiens arabes. 
On ne tentera pas ici de légitimer ce point de vue qui n'est pas , 
semble-t-il, celui qu'admettent en général les arabisants qui 
s'occupent de dialectologie vulgaire. On n'essaiera pas davantage 
de caractériser le parler de Kfar^abîda par opposition aux autres 
parlers , ou même aux autres grands dialectes encore vivants dans 
l'usage. L'évolution de tous ces parlers et dialectes est en effet trop 
sensiblement parallèle pour que la chose soit bien intéressante en 
elle-même. On se contentera donc de retracer ici les grandes lignes 
de la phonétique et de la morphologie en rappelant à l'occasion 
les origines classiques qui permettent d apprécier soit les conserva- 
tions , soit les innovations. 

Pour ce qui est de la phonétique et tout d'abord de la phoné- 
tique des consonnes, certains indices — entre autres le nombre 
vraiment extraordinaire des phonèmes spirants, sifflants ou chuin- 
tants — laissent entrevoir que, lors de l'évolution du consonan- 
tisme sémitique commun le plus ancien , le point d'arîicuïatmi avait 
été sacrifié au profit du mode d'articulation , ce qui révèle un certain 
manque d'énergie dans la prononciation en général. Il en a été 
tout autrement dans le passage du sémitique commun à l'araméen 
et il en a été une seconde fois tout autrement dans le passage de 
l'arabe commun aux dialectes modernes : \e 6, d du sémitique 
commun, par exemple, est devenu en effet t, d en araméen, et de 
même le 6, dde l'arabe classique est devenu t, d dans la plupart 
des parlers modernes. L'arabe présente, en outre, des occlusives 
pures là où le cananéen et l'araméen avaient encore des sourdes 
aspirées (ar. t, fc, etc., contre canan. aram. t^, A'', etc.). Seule la 
sourde labiale, qui dès une époque préhistorique avait donné en 
arabe un/dentilabial, n'a pu revenir en arrière. Dans l'ensemble 
donc, soit à une époque très ancienne pour l'araméen, soit dans 
le passage de l'époque ancienne h l'époque moderne pour l'arabe, 
l'arliculation s'est raffermie entre deux périodes données, Ce Chirac* 



moi{|'II()i,(k;ii: 



200 



loie traccroissemcnl do lY*noi'gie dans rarticulalion est, on l'a 
vu, parliculièrement sensible. puis(jue notre parler tend (voir 
plus haut) à n'avoir (pie des syllabes l'ermées (aussi bien en avant 
(piVn airière), (ju'il maintient (en les modifiant ou non) toutes 
les consonnes du classi(pie, même les plus faibles, les faucales, 
et (pf enfin il va jusqu'à transformer l'attaque vocalicjue douce 
(soit une consonne zéro), en attaque vocalique forte (soit une 
consonne hamza) dans le cas d'une syllabe initiale; fermée et accen- 
tuée qui ne comportait pas ^ a l'initiale dans la langue classique. 
Il n'est donc pas hors de propos de rappeler ici que le parler de 
Kfar'abîda comme ses voisins est un parler arabe reposant sur un 
ff substrat 77 araméen. 

Ge'néralement conservateur au point de vue de la quantité des 
voyelles et de la coupe syllabique comme h celui du consonantisme, 
notre parler l'est également pour l'ensemble des formes verbales 
et nominales. Dans hien des cas pourtant, on Ta constaté, il a 
marché dans le sens de la simplification; mais malgré le nombre 
assez grand des innovations réalisées dans ce but, il est bien loin 
de pouvoir être comparé au même point de vue à l'une quelconque 
des langues sémitiques anciennes autres que l'arabe; pour ce qui 
est, par exemple, du pluriel interne et de la formation nominale, 
il est encore d'une richesse qui peut être regardée comme exces- 
sive. En somme le caractère proprement arabe de la morphologie 
s'est fidèlement maintenu , et il s'est produit ici beaucoup moins de 
compromis que sur le domaine phonétique et dans le champ du 
vocabulaire où les habitudes articulatoires et lexicographiques des 
populations qui ont abandonné leur ancien idiome pour l'arabe, 
transparaissent si souvent encore dans la trame du parler contem- 
porain. 



TABLE DES MATIERES. 

Pages. 

Avant-propos tu 

Introduction ix 

Observations préliminaires xiii 

PREMIÈRE PARTIE. — Phonétique 1-132 

CuAPiTE PREMIER. — Gonsomies 1 

J. Faucales i 

Changements spontanés i 

A. Hamza i 

B. h a 

C. ^ 17 

D. ' 19 

Changements combinaloires ai 

II. Gutturo-palataies a 5 

Changements spontanés 2 5 

A. 'Iq 25 

B. k 39 

C. h 3o 

D. "^ 3i 

Changements combinatoires 32 

III. Sifflantes et chuintantes 34 

Changements spontanés 34 

A. s 34 

B. z 35 

G. s 35 

D.z 36 

E. i 38 

F. z 38 

Changements combinatoires ^1 

IV. Dentales ^7 

Changements spontanés . . , ^7 

A. 6eid ^7 

B. t 53 

C. d 53 

D. « ...... 54 

E. cl 55 

Changements combinatoires 56 

V. Labiales 62 

Changements spontanés t>2 

A. /. 62 

B.I..... 63 

Changements combinatoires 64 



302 TABLE DES MATIERES. 

VI. Sonanles 66 

Changements spontanés 66 

A. Liquides : / et r 66 

B. Nasales m et n 70 

C. Semi-voyelles w et y 71 

Changements combinatoires 76 

Chapitre II. — Voyelles 82 

I. Diphtongues 8 j 

II. Voyelles proprement dites , 87 

1. Voyelles longues cl brèves à l'initiale 89 

A. Voyelles à Tinitiale absolue 89 

B. Voyelles à l'initiale relative (après consonne) 90 

2. Voyelles longues et brèves à Tintérieur du mot 107 

3. Voyelles longues et brèves en finale de mot 1 1 ^i 

A. Voyelles en finale absolue (syllabe ouverte) 1 i^^i 

B. Voyelles brèves en finale relative (syllabe fermée) . 118 

â. Assimilation et dissimilation vocaliqucs 121 

Conclusion générale du vocalisme 120 

I. Syllabes initiales ou intérieures 1 ^'6 

1° Coupe syllabique envisagée dans le sens progressif (fin 

de syllabe) 126 

. , .2° Coupe syllabique envisagée dans le sens régressif (initiale 

,,,, de syllabe) 128 

3° Chute des brèves intérieures (initiale comprise) 12g 

II. Syllabes finales (du classique) *.... i3o 

DEUXIÈME PARTIE. — Morphologie 1 33-297 

Chapitre premier. — Verbe ....... i33 

I*^ thème. i33 

A. Verbes forts au l*"' thème . . 1 33 

B. Verbes faibles au I" thème 1 -^o 

1. Verbes à 1'* radicale faible 1 Ai 

2. Verbes à 9' radicale faible 1^5 

3. Verbes à 3* radicale faible 1^9 

à. Verbes à a* et 3° radicales identiques 1 5ù 

5. Verbes à 1" et a* radicales faibles 1 57 

6. Verbes à 1" et 3' radicales faibles 1 67 

7. Verbes à a* et 3" radicales faibles iSg 

8. Verbes à trois radicales faibles 161 

lï" thème (intensif) 161 

A. Verbes forts (II" thème): .", 1 62 

B. Verbes faibles (IP thème) 16/» 

lir thème (causatif ) 167 

A. Verbes forts (III* thème) 168 

B. Verbes faibles ( IIP thème) 168 

IV' thème (causatif) 171 

V* thème (réfléchi de l'intensif) 17 



o 



TABLK DKS MATlÈUES. 303 

VI' thème (réfléchi du causalif) 170 

Vil* thème (réfléchi à n préfixe) 170 

A. Verbes forts au VIT thème 177 

B. Verbes faibles au VU" thème 178 

VHP thème (à -t- infixé) 181 

A. Verbes forts au VIII* thème 182 

B. Verbes faibles au VIII' thème 1 8â 

IX' thème ; iB'i 

X' thème (désidératif) 1 86 

Remarque commune à fensemblc des verbes trilitères 190 

Verbes quadrilitères 191 

A. Verbes quadrilitères (thème fondamental) 191 

B. Verbes quadrihtères (thèmes dérivés) , 1 90 

G. Verbes quasi-quadrilitères 193 

Le passif. 198 

Chapitre II. — Nom 199 

I. Ce qui reste de la déclinaison 199 

II. Genre 200 

1" Noms caractérisés comme féminins par un indice ap- 
proprié 201 

a" Noms caractérisés comme féminins par leur sens propre, tioi 

0° Noms uniquement féminins par l'usage aoo 

III. Nombre 20/1 

x\. Duel 20A 

B. Pluriel 2 o5 

1. Pluriel externe 20G 

2. Pluriel interne 211 

a. Pluriel interne à indice suffixe ou mor- 
phème préflxé 212 

|S. Pluriel interne sans indice suffixe ou mor- 

plième préfixé 218 

Conclusion générale sur les pluriels externes et in- 
ternes 226 

C. Singulier, formation des noms 227 

1. Formations nominales par prélixation d'un mor- 

phème 228 

2. Formations nominales par infixation d'un mor- 

phème 233 

3. Formations nominales par suffixation d'un mor- 

phème 206 

à. Formations nominales comportant à la fois un 

morphème préfixe et un indice suffixe 2A6 

5. Formations nominales comportant à la fois un 

morphème infixe et un indice suffixe 2^ij 

6. Formations nominales caractérisées par une simple 

alternance vocalique 2^9 

IV. Noms de nombre 261 

A. Noms de nombre cardinaux 261 

1 . État absolu 261 

2. Etat construit des noms de nombre 260 



304t TABLE DES MATIERES. 

B. Noms de nombre ordinaux 266 

G. Noms de nombre fractionnaires. ... * 267 

Chapitre III. — Pronom 968 

I. Pronoms personnels 268 

II. Pronoms interrogatifs 271 

III. Pronoms relatifs 278 

IV. Pronoms et adjectifs démonstratifs » '27 4 

V. Pronoms et adjectifs indéfinis 276 

VI. Article défini , , 280 

Chapitre IV. — Anneidon 280 

I. Modifications apportées aux formes verbales par leur combi- 

naison avec les enclitiques pronominaux 282 

A. Annexion au verbe des suffixes immédiats 282 

B. Annexion au verbe des suffixes médiats 287 

C. Annexion au verbe des suffixes à la fois immédiats et 

médiats 290 

II. Modifications apportées aux formes nominales par leur combi- 

naison avec les enclitiques pronominaux ou avec un autre 

substantif 290 

A. Combinaison avec les enclitiques pronominaux 290 

B. Combinaison avec un autre substantif (état construit). . 296 

Conclusion GÉ^ËRALE. 298 

Table des matières 3o 1 



E R H ATA . 



Remarque gknéralk. — Prière de rétablir o partout où on trotivera à (|tii h- ivn). 
place par erreur. 

Page 2 , 11. 3 : lire 'ûsbi'u" et non mbiu". 

4, 1. 8-9 : lire 'amânatv" et non 'amd -c nain". 

5, I. /i : lire 'uhlii" et non uhlu". 
5, n. 3 : lire 'iyâ et non îyà. 

17, I. 33 : lire lirnah et non lima. 

19, I. 39 : lire p. 2 9 et non p. 1 9. 

20, i. kU: lire hàSé et non hàdê. 
96, 1. 3 : lire cf et non g. 

60, I. 3o : lire zasisaiu" et non zâsisain". 

4i , I. 7 : lire saf/w" et non satlu. 

4i , 1. 9 2 : lire 'elmdz et non 'elmdz. 

67 , 1. 1 : lii-e daldda(ta) et non daldla{ta). 

67, 1. 3i : lire ad-dazidlu et non ad-daziàlii". 

70, 1. 9/1 : lire /iM/i et non kun". 

70, 1. 25 : lire henné et non himnè. 

75, 1. 8 : lire hdiyçl et non hdiyel. 

87, 1. 8 : lire dammatu!^ et non (la)» m a In". 

90, 1. 10 : lire encore et non en core. 

100, 1. 8 : supprimer 1. 

102, 1. 3: lire ^ayribatu" et non ayribain". 

102, 1. 5 : lire > au lieu de<. 

102, 1. 17 : mettre un point-virgule devant idddn" au lieu do le mettre 
devant w avant-bras??. 

102 , 1. 19 : lire > et non <C :çnné. 

106, n. 5 : supprimer la demi -parenthèse ). 

110, 1. 1 3 : lire sijqân et non sî'/qdn. 

ii5, n. 7 : ajouter t. II à Gramm. arabo^. 

PARLER DE KFAr'abÎDA. ^0 



306 



âge 1 1 6 


1. 12 


122, 


l 33 


1 a/i, 


1. 3: 


125, 


1. 1 : 


127, 


1. 11 


189, 


i. i3 


lAi, 


1. 18 


162 


n. 1 : 


i/i6, 


1.19 


1^6 


l. 29 


1^8 


1. G: 


i55, 


n. 2 


157, 


1.5: 


i65, 


L 1 : 


166 


n. 2 


169 


1. 16 


169 


n. 3 


1 70 


1.37 


171 


n. 1 : 


177 


1. li: 


i«5 


n. h 


194 


l 10 


201 


n. 2 


ao8 


1. 2: 


209 


, 1. 3: 


218 


J.7: 


225 


l 2^ 


995 


1. 2 5 


2/10 


,1.5: 


9^11 , 


1. 22 


258 


, 1. 33 


963 


, 1. 33 


268 


, 1. 26 


268 


, 1. 27 


268 


, 1. 3i 


288 


,1.9: 


290 


,1.8: 



ERRATA. 

lire ktobu et non klôbu. 

lire p. 92 et non [>. 91 . 

lire mô^/qtâyê et non môqt/iyê. 

lire > et non <C qaltil. 

lire hâsta"^ et non hdst.ç'^. 

lire ba'da et non bada. 

lire [b)tezçn et non {b)lé'zçn. 

ajouter t. I h Gramm. arabe^. 

supprimer h parenthèse de part et d'autre de isdlù 

lire lid'he et non hd'lif. 

mettre entre parenthèses 'aisdtu'^. 

ajouter l. I à Gramm. arabe^. 

supprimer les guillemets de waada et compléter ceux de 
il a enterré . . . 

lire > et non << bdkkçt. 

ajouter t. I à Gramm. arabe^. 

lire <C et non > kdfa'a. 

ajouter t. I k Gramm. arabe^. 

rétablir un r à la fin du dernier moi de la ligne. 

lire -on, -lion et non -on, -hon. 

lire {b)ténksçr et non {b)ténkçsr. 

ajouter t. I k Gramm. arabe^. 

lire saufdr et non saujar. 

ajouter t. I k Gramm. arabe^. 

lire kadiru'^ et non kaQiru^. 

fermer la parenthèse après habbdzatu". 

lire maldfinatu'^ et non maldjiantv^. 

supprimer ceci: le; (après 'jqandtl). 

lire èaitdnu'^ et non sa'itdnn^. 

corriger -c final en -è dans mo'jqmdrze. 

lire hduta et non hduta. 

lire de et non ée. 

lire t et non t<Ct, 6. 

lire hun et non hân. 

lire hân et henné, non hân et henné. 

lire hennân et non hennân. 

supprimer : voir p. 282. 

supprimer : {cf. p. 282). 



KRRATA. 307 

Page '2()0, 1. :^5 : supprimer le signe > devant (liai. 

agi (au bas) :1e commencement des cinq dernières ligno> est toini>é. 
Rétablir : 

rçda 

mawâ 

'idâ 

'atàyâ 

'a«amt" 

2()(), 1. ri 6 • lire bà'jqrçl et non bajqrel zdrna. 



i 



PJ Feghali, Michel T. 

6810 Le parler de Kfâr'abîda 

Z9KU 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKE 



UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY