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Full text of "Le plaisant abbé de Boisrobert, fondateur de l'Académie française, 1592-1662. Documents inédits"

r^ 


3 1761 07881996 8 



*.4. 







V 



■M- 








'^. 



LE PLAISANT 
ABBÉ DE BOISBOBERT 



DU MEME AUTEUR 



Hisloi 



Le Cyrano de l'Histoire (Dujarric) .... 1 vcl. 

Bertran de Born (Lechevallier) 1 vol. 

ScARRON ET SON MiLiEu (Mercure de France], . 1 vol. 

Madame de Villedieu (Mercure de France). . 1 vol. 
Mad.\me de la Suze et la Société précieuse 

(Mercure de France) 1 vol. 

Art social 

L'Estiiétiqle des Villes (Mercure de France). 1 vol 



EMILE MAGNE 



Le plaisant 

Abbé de Boisrobert 



FONDATEUR DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE 
I592-I662 



DOCUMENTS INÉDITS 



TROISIEME EDITIOM 



/H ^ 



,VÂ'. 



PARIS 
MERCVRE DE FRANGE 

XXVI, RVB DB CONDB, XXVI 

MGMIX 



JUSTIFICATION DU TIRAGE 



2f)4 






Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays 



A M. ALFRED VALLETTE 



Amical hommacfe, 
E. xM. 



CHAPITRE PREMIER 



Sortant de Rouen par la porte Neuve, Fran- 
çois Le Metel, sieur de Boisrobert, s'engage sur le 
pont de bateaux qui relie les deux rives de la 
Seine et s'attarde un instant à contempler le 
paysage '. Derrière lui les murailles de la ville 



1. François Le Metel naquit en 1592 à Caen, dans la paroisse 
de Froiderue (V. Antonii Halhei regii eloquenlix professoris 
et musssei sylvani gymnasiarchœ, in academia cadomensi opns- 
ciila miscellanea, 1675, p. 15; Huet, Les origines de Caen, l'06, 
p. 379). Nous n'avons pas découvert d'où il tirait son nom de 
Boisrobert. Nous supposions qu'il le tenait d'une terre familiale- 
Mais le Catalogue alphabétique des terres de Normandie avec 
les noms de leurs possesseurs, 1697 (Bibl. nat., F^ F' mss 
n° 14552) qui mentionne la terre de Douville ne mentionne 
pas celle de Boisrobert. Nous supposâmes ensuite que, nanti 
du prieuré de Saint-Saturnin de Nozay en Bretagne, il em- 
prunta ce nom à une terre achetée ou louée au prince de 
Condé dont ce prieure dépendait par sa situation dans la ba- 
ronnic de Chateaubriant. Une terre de Boisrobert est, en effet, 
inscrite dans la Déclaration des terres nobles qui relèvent de 
S. A. S.Mgr le Prince à cause de la haronnie de Chateaubriant 
{Arch, nat., Q^ 521). Mais cette deuxième supposition est 
inacceptable, car bien avant 1630, date d'obtention dudit 
prieuré, notre héros signe déjà Boisrobert. D'Hozier n'enregis- 
tre pas dans son Armoriai ce nom cependant porté par des 
conseillers à la Cour des aides de Normandie (V. Bulletin de 
la Société de l'Histoire de Normandie, 1884, p. 59 et s.). Par 
contre, nous y rencontrons un certain nombre de Douville 



8 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

forment une carapace sinueuse et grisâtre au-des- 
sus de laquelle les clochers innombrables des égli- 
ses et des couvents, dominés par les tours de Notre- 
Dame, fixent l'horizon. La rivière, obstruée d'un 
côté j)ar l'île de la Moucque, de l'autre par les 
ruines du pont de pierre, charrie, en masses com- 
pactes, les batelleries plates et lave la coque 
noire des vaisseaux venus d'Angleterre et de Hol- 
lande. Enface se déroulent les perspectives vertes 
du faubours: Saint-Sever, les belles ran2:ées d'ar- 
bres du Cours, la Gabelle et les maisons de Gla- 
quedent \ 

Contre son habitude, François Le Metel se 
sent en humeur de rêverie. 11 tente de s'absorber 
n lui-même, mais renonce bientôt à cette tâche 
pénible. Les cloches de Rouen, conduites, dans 
leur mission sonore, par Georges d'Amboise, leur 
mâle bourdon, annoncent, à toutes volées, les 



dont la parenté avec notre héros nous échappe (V. Armoriai 
général, iVormandie, Rouen, p. 739, 1094 et Blasons coloriés, 
Normandie, Rouen, p. 1056, 1839). V. aussi, sur les Douville, 
Chevillard,A'o/)(7ja;re de yormandie, 1666, et E de Magnv, No- 
biliaire de Normandie... 1864. Nous pensons, en définitive, 
que François Le Metel prit le nom de Boisrobert pour se 
distinguer de soufrera, poète et auteur dramatique comme lui. 
En effet, si sa corresoondance intime le porte en signature, 
par contre les pièces officielles, actes notariés, reçus de ses 
revenus ecclésiastiques, consultés par nous aux archives de la 
Gôte-d'Or sont toujours signés : De Metel. 

1. Bibl. nat., Département des caries et plans, D. 2094, Plan 
de Rouen par Gomboust. 1660. V. aussi G 1440 ; D. 3563, 
Plans de la ville de Rouen par Gaspard de Baillicul et de Fer. 
V. également, V. a 387, une estampe d'Israël Sylvestre re- 
présentant le pont de pierre de Rouen et une Vue de Rouen 
en 1620 par Mérian. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEUT » 

offices de rAscension et la procession de la Fierté. 
Le coche de La Bouille débarque un chargement 
hurlant de campagnards et de filles. Et le pont 
de bateaux tremble d'une course de couples hi- 
lares descendus des faubourgs environnants. 

Le jeune homme se ressouvient alors (jue, là- 
bas, en plein faubourg Saint-Sever, devant le 
prieuré de Bonnes Nouvelles, la foire du Pré su- 
rabonde de pucelages inutiles. Chaque année, 
les caillettes de Sotteville qui, si délibérément, 
laissent aller le chat au fromage, ou bien les go- 
dinettesd'Elbeuf, corsage tendu, cuisse allègre et 
pied poupin, lui fournissent, pour ses délifos, un 
bavolet de dentelle. Assurément aux attraits en- 
farinés des duchesses, il préfère les blonds che- 
veux, le cœur ingénu, la grâce un peu lourde sans 
doute mais dépourvue de maniérisme de ces filles 
qu'une bouffonnerie adroite, un galand inusité, 
un pot de cervoise rendent à sa merci. Durant 
quelques jours ou quelques mois, selon la persis- 
tance de son appétit, il savoure le plat épicé que 
lui sert la coquette prodigue, pour lui plaire, de 
blanches brassières et qui consent, sans qu'il l'en 
prie, à se décrasser à la fontaine. Nulle gêne, 
nuls soupirs ni larmes. Point de muguets et de 
cajoleurs autour d'elle. Peau d'Ane, tandis qu'elle 
file sa quenouille, la distrait davantage i\\x'Astrée. 
Ainsi coulent agréablement les heures ^ 

1. Recueil des plus beaux vers de MM. Malherbe, Racan.., 
1627, p. 463; 1630 et 1638, p. 5i0; Recueil Barbin. 1692, 111,216, 
Le bavolet, à M. le comte de Pontçftbaull, ode. V, aussi, Les 
Épistres en vers et autres œuvres poétiques de M. de Bois-Ro- 



10 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Tandis que, mêlé à la foule, Boisrobert se di- 
rige vers les prés de Claquedent, il se rappelle 
que ces amours villageoises comportent aussi 
leurs inconvénients. A cette heure même une 
garce, bercée de promesses, lui attribue la pa- 
ternité de deux enfants nés de ses luxures. Il 
chasse vivement cette pensée qui lui détruirait 
le charme de l'après-midi ensoleillée. Et, tout 
souriant, il pénètre dans la foire. 

Des chanteurs s'égosillent parmi les cercles de 
badauds. Pinot, burlesquement coiffé de crapau- 
daille, et la Pinotto, sa femme, affublée d'un domino 
rouge, non plus que le Gaillard boiteux ne l'in- 
téressent. Souventes fois, place de la Galende, 
devant la cathédrale fleurie de verrières, il les 
entendit clamer à voix de fausset leurs sornettes. 
D'ailleurs, surmontant le tumulte affreux des 
tambours et des trompettes, un cri strident éraille 
ses oreillles: 

— A cinq sols toute la boutique !... 

Le cri vient d'une baraque lointaine, environnée 
d'une foule compacte. Boisrobert, curieux de con- 
naître l'être doué d'un si sonore organe, essaie 
de traverser les groupes. Mais, portant comme 
des trophées leurs rats de Barbarie, des hommes 
l'en empêchent. 

— Mort aux rats et aux souris ! 

Puis, ce sont, chargés de leurs boîtes peintes, 
d'autres fripons en multitude. 

berl Metel... 1639, p. 136 et s., A il. le Marquis de Villarceaux. 

11 y parle de sa jeunesse, de sa complexion amoureuse, de ses 
succès, de son inconslanc*. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 11 

— Je guéris la goutte ! Qui veut de mon baume ? 

— Eschaudés, gâteaux, pastés chauds !.. 
Deux nigauds de campagne rossent un coupeur 

de bourses. 

— Coquin, je te tiens, rends gorge !,.. 

Des marchands d'oubliés passent, brandissant 
leurs tourniquets. Un gagnant invective le blan- 
quiste qui lui délivre un lot endommagé. Une 
grappe d'ivrognes tournoie un instant et s'abat. Dos 
ciiaperons volent, enlevés par des poings brutaux, 
et des mufles rougissent. Entre les hommes achar- 
nés à s'entre-gourmer, les cottes des femmes os- 
cillent sous des claques violentes. 

Plus loin, Boisrobert observe le manège des 
courtiers de fesses et maquerelles pistant et abor- 
dant avec gestes courtois et gentillesse leurs mar- 
chandises humaines. Un moment il admire la 
dextérité d'un arracheur de dents qui, du bout 
de son épée, extirpe la molaire d'un lourdaud de 
Martinville. Mais, de nouveau, le même cri l'ap- 
pelle : 

— A cinq sols toute la boutique !... 

Il fend la presse les coudes en avant. Et brus- 
quement il voit, au milieu de ses cagnes dansant 
des pantalonnades et, d'un troussement expert, 
montrant leurs culs pointus, la grande robe noire, 
la médaille migique et la barbe hirsute de l'opé- 
rateur Bary. Sa voix de « canne enrouée » clame 
encore : 

— A cinq sols toute la boutique !... 

Et comme les coquefredouilles ne se hâten- 
point de sortir leurs testons, Nicolas Tuyau, mut 



12 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

sicien unique de la baraque, de son archet Ijaro- 
que gratte le boyau de sa viole. Il en sort un miau- 
lement aigu et son visage se distend en une grimace 
de hideur si phénoménale qu un rire secoue l'as- 
sistance. Cette grimace déchaîne les générosités. 
Cent bras tendent des monnaies et les pots de 
baume, les boîtes d'onguent, les paquets de sa- 
vonnettes s'engouffrent dans les poches. 

Cependant les danses redoublent et les cyni- 
ques exhibitions de fesses nues. Bientôt, d'un 
geste souverain, Bary les arrête. Vers sa baraque 
convergent de nouvelles foules. Un boniment 
s'impose. Il racle énergiquement sa gorge et, to- 
nitruant : 

— Vous voyez, mesdames et messieurs, vous voyez, 
dis-je, le plus grand personnage du monde, un vir- 
tuose, un phénix pour sa prolession, le parangon de 
la midecine, le successeur d'Hippocrate et l'héritier 
de ses aphonsmes, le scrutateur de la Nature, le 
vainqueur des maladies et le fléau de toutes les 
Facultés. Vous voyez, dis-je, de vos propres yeux un 
médecin méthodique, galenique, hippocratique, pa- 
thologique, chimique, spagiriq ue, empirique. 

Je suis, mesdames et messieurs, ce fameux Melchis- 
sedech Bary. Comme il n'y a qu'un soleil dans le 
ciel, il n y a aussi qu'un Bary sur la terre. En quel 
lieu de l'Univers n'ai-je pomt été ? Quelle cure n'ai- 
je point laite ? Informez-vous de moi à- Siam : on 
vous dira que j'ai guéri l'Eléphant blanc d'une coli- 
que néphrétique I Qu'on écrive en Italie: on saura 
que j'ai délivré la république de Raguse d'un cancer 
qu'elle avait à la mamelle gauche I Qu'on demande au 
Grand Mogol qui l'a sauvé de sa dernière petite vé- 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 13 

rôle ? C'est Bary ! Oui est-ce qui a arraché onze dents 
machelières et quinze cors aux pieds à l'infanie Ata- 
balippa ? Quel autre pourrait-ce être que le fameux 
Bary ? Je suis Tuaiversel bienfaiteur. Je retape les 
estomachs, je chasse les pâles couleurs, j'extrais la 
cataracte ! D'un empirique qui en débarrassa Maho- 
met, je tiens le remède de la vérole ! Et cela n'est 
rien encore, car, défiant le destin, je ressuscite les 
morts !... 

Mais, me direz-vous, je n'ai que faire de vos remè- 
des. Je me porte bien. Je ne suis. Dieu merci, ni 
pulmonique, ni asthmatique. Je n'ai ni pierre, ni gra- 
velle, ni fluxion, ni catarrhe, ni rhumatisme. Hé ! 
tant mieux ! Le Ciel en soit loué ! C'est ce que je 
demande ! Est-ce l'intérêt qui me fait agir ? Non, 
signori, non ! J'ai p:ou de bien que je n'en veux. 
Mais j'ai d'autres secrets où le beau sexe ne sera 
peut-être pas insensible ! Je vous apporte, mesda- 
mes... Hé! quoi? Le trésor de la beauté, le magasin 
des agréments, l'arsenal de l'Amour! Je vous apporte 
de quoi pousser la jeunesse jusque par delà la décré- 
pitude. Je vous apporte un baume du Japon qui 
noircit les cheveux gris et dément les extraits bap- 
tistères ; une pommade du Pérou qui rend le teint 
uni comme un miroir et recrépit les trous de la petite 
vérole ; une quintessence de la Chine qui agrandit 
les yeux et rapproche les coins de la bouche, fait 
sortir le nez à celles qui n'en ont guère et le fait 
rentrer à celles qui en ont trop ; enfin un élixir que 
je puis appeler le supplément de la beauté, le répa- 
rateur des visages et l'abrégé de tous les charmes 
qui ont été refusés par la Nature ! 

Hâtez-vous, mesdames, den profiter, car demain 
je serai en Angleterre et après demain en Espagne. 
Ne perdez pas l'occasion. Aujourd'hui tout est pour 



14 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

rien. Qu'est-ce que je demande en effet. Une misère, 
mesdames. Les onguents, les baumes, les essences, 
les élixirs, avec la manière de s'en servir, non point 
une livre, non point un écu, non point même un les- 
toU;, mais la somme dérisoire de cinq sols !... Appro- 
chez, mesdames, approchez, à cinq sols toute la bou- 
tique M... 

Boisrobert, prodigieusement amusé par la 
verve de ce matamore, achète un pot d'onguent 
pour la brûlure. Les bateleurs, tous les bouffons 
de la rue, arrêtent sa curiosité. Inconsciemment, 
à les écouter, il apprend un métier qu'il affinera, 
dans la suite, jusqu'à la perfection. 

Poursuivant sa promenade, il espère rencon- 
trer un fou plus réjouissant encore. Les tambours 
de basque du théâtre des marionnettes le solli- 
citent. Là, la parade tourne tout à fait à la farce. 
Un singe, le justaucorps chamarré de galands, 
les chausses ballantes, effectue sauts, gambades 
et cabrioles cependant qu'un personnage grotes- 
que, la mine charbonnée, énumère aux badauds 
gueule bée les merveilles de sa baraque. 

Furieusement tenté, Boisrobert se décide à en- 
trer. Un à un les spectateurs sont admis. Il dé- 
pose son décime et passe derrière la toile peinte. 
Là, un compère pérore devant une table où se 
dresse un vase élégant. On l'invite à plonger un 
doigt dans ce vase. Il obéit. 



1. Dancourl : L'Opérateur Barry, comédie, 1702. Nous avons 
complété ce boniment avec les documents que nous fournissait 
une pièce de Gaulticr-Garguillc plus loin citée. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 15 

— Sentez, lui dit le bon apôtre. 

— Mais, c'est delà merde!... 

— Vous avez deviné. N'en dites rien afin que 
ceux qui viennent après n'aient pas à rire de 
vous !... 

Le jeune homme en colère s'enfuit, franchit 
rapidement la ligne des guéridons des passe-filous, 
chargés de gobelets et de tasses. Sous des feuil- 
lards en pente, parmi des tonnelles, les cabarets 
s'ouvrent comme des gueules puantes. Silhouet- 
tés sur les fonds qu'éclairent les vastes cheminées 
aux triples rôtissoires, les ripailleurs, autour des 
plats et des pots, gesticulent et braillent. Des ser- 
vantes distribuent les cervelas, les épaules de 
veau, les jambons parfumés d'épices, toutes les 
mangeailles qui stimulent la soif et la luxure. Des 
béj aunes, déjà ivres, s'en vont en « chignollant». 
D'autres, latéte couverte de leurs serviettes comme 
de chaperons, éclatent eu rires idiots. Parfois les 
servantes, palpées au passage, éclaboussent de 
ragoût au jus d'orange les robes environnantes. 
Ce sont alors des : 

— Morbleu ! femelle, paieras-tu le dommage 1 
et des disputes dont les chanteurs de couplets 
bachiques accroissent le tintamarre. Des buveurs 
de bière et des fumeurs de pétun, gravement, 
accompagnent du cliquetis de leurs verres les 
Lampons des gens à rapière à demi écroulés sur 
leurs catins fardées de graisse. Aux sons aigrelets 
des flûtes, des couples dansent des courantes en 
brouillant les figures. De temps à autre, quittant 
les cabarets, les yeux brillants, les pommettes 



Ib LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

émerillonnées, les cheveux et les vêtements en 
désordre, hommes et femmes vont, dans les blés 
voisins, clore leurs marchés de dupes. Boisrobert 
contemple ces champs de blés agités d'un mou- 
vement perpétuel et pense que lui aussi aida la 
brise à les onduler. 

Un adolescent que chatouillent deux pécores lui 
adresse un salut. Au visage poupin, au gros rire 
qui riilumine, il reconnaît Marc Antoine de Gérard, 
sieur de Saint-Amant que la saison chaude ra- 
mène en sa maison proche de la Seine. 11 rend le 
salut et presse le pas, avide de gagner un lieu 
de tranquillité. Deux filles, en un coin, devisent. 
Il leur jette une galanterie. Elles rient. Mais il 
n'insiste point. Deux filles, c'est trop d'une pour 
ses désirs du moment et la légèreté de sa bourse. 
Puis, décidément, sa récente aventure Tinvite à 
la prudence. 

11 débouche, soudain morose, dans les quar- 
tiers galants de la foire. Là, s'assemblent les go- 
delureaux et les coquettes. Autour des boutiques, 
c'est un afflux continuel d'amants en expectative 
et d'amants comblés. Un bijou, un ruban, quelque 
pâtisserie aident au consentement des belles ou 
les récompensent des faveurs reçues. A débiter 
des fleurettes, à tàter des buses, les plumets odo- 
rants de civette savent quils « forgent imman- 
quablement le cornard ». 

— A la vérité, philosophe Boisrobert, cette 
foire du Pré n'est autre chose qu'une foire au 
cocuage. Les cocus volontaii^es y trouvent le bois 
utile au chauffage de leur marmite et les autres 



LE l'LAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 17 

celui nécessaire à rornement de leur individu '. 

Et voici qu'interrompant ses réflexions, les clo- 
ches de Rouen, depuis quelques heures muettes, 
reprennent leurs boombements aériens. C'est 
comme un avertissement et comme un appel jeté 
sur les foules en joie. La foire s'emplit de si- 
lence. Les baraques, soudain désertées, se closent. 
Les cabarets vomissent leurs ripailleurs. Hâtive- 
ment les couples regagnent la ville lointaine, 
Boisrobert pense qu'à ce moment la procession de 
la Fierté quitte, par la porte des libraires, la 
cathédrale. 

Gomme il se dispose à partir, un étranger, le 
feutre à la main, s'enquiert auprès de lui des 
causes importantes qui provoquent l'abandon de 
la foire. 

— Chaque année, explique Boisrobert, le cha- 
pitre de Rouen exerce le privilège antique de 
saint Romain qui lui donne le droit de délivrer un 
prisonnier méritoire. Après entente avec le Par- 
lement, il organise une procession dans le but 
de prendre livraison dudit prisonnier auquel l'ar- 
chevêque accorde Tabsolution de ses fautes. 
Cette procession attire un populaire considérable 
venu de tous les points de la Normandie. L'As- 

1. Gaultier-Garguille : Le tracas de la Foire du Pré Où se 
voient les amourettes, les Tours de passe-passe, la Blanque, 
l'intrigue des charlatans, le Courtage des Fesses, le procès de 
l'Homme de paille et son retour après sa mort... S. D. (vers 
1626). Il existe deux réimpressions de cette pièce que Gaultier- 
Garjîuille, normand d'origine, écrivit durant l'un de ses voya- 
ges à Rouen où il participa à la réjouissance de ses compa- 
triotes sous le nom d'Homme de Paille. 



] 8 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

cension n'est plus T Ascension mais le jour du 
Prisonnier *. 

L'étranger renseigné s'incline et Boisrobert 
reprend sa promenade. Bien que huguenot, il 
assiste d'ordinaire à ces fêtes catholiques. La reli- 
gion d'ailleurs ne le tourmente guère. En un 
jour, s'il ne tenait qu'à lui, le royaume serait 
pacifié de ses querelles confessionnelles. 

Traversant à nouveau le pont de bateaux, il 
longe les quais, rentre dans la ville par la porte 
du Bac, s'engage dans la rue des Tapissiers et 
atteint la place de la vieille Tour. Une multitude 
extraordinaire moutonne dans les voies étroites 
qui environnent cette place. A toutes les fenêtres 
s'écrasent des spectateurs. Boisrobert en aperçoit 
accrochés aux anfractuosités des murailles, ju- 
chés sur les auvents et les toits des maisons. 
Parmi la foule bariolée, il distingue, à ses coif- 
fures pittoresques, un groupe bruyant de Cau- 
choises. Mais son regard enveloppe particulière- 
ment la chapelle Saint-Bomain, édifice composite 
élevant des campaniles aigus sur six corps super- 
posés en pyramide, aux péristiles, portiques et 
frontons sculptés. Des huissiers et des conseillers 
au Parlement y forment un parterre de robes vio- 
lettes et rouges. 

A peine Boisrobert s'est-il établi sur une haute 
borne que de la rue de l'Epicerie des cantiques 
montent. Lentement la procession s'avance. Des 



1. Floqiiet : Histoire du privilèffe de saint Romain, 1833, pas- 
sim. 



LE PLAI>A.NT ABBÉ DE BOISRUBERT 19 

croix fleuries débouchent sur la place et, comme 
une onde claire, déferlent les cent vingt enfants 
des écoles pauvres, chargés de leurs pains de 
charité. Puis ce sont les croix et les bannières des 
diverses paroisses environnées de leurs porteurs 
de chandeliers et de torches. Les châsses vien- 
neift ensuite, contexturées d'or, argent, cuivre, 
cristaux et émaux. Des prêtres et des bourgeois 
notables portent les minces édifices surélevés de 
clochetons gothiques où sourient les élus et les 
saintes en extase, La compagnie de la cinquan- 
taine, renforcée de la confrérie des sergents, les 
encadrent d'un cercle de casaques vertes et de hal- 
lebardes aux aciers damascpiinés. 

Déjà la place palpite d'une animation colorée. 
Les chants tonitruent entre les quatre façades de 
ses maisons. Un bedeau, habillé d'une robe vio- 
lette, surgit, brandissant au bout d'un bâton le 
serpent symbolique dont Marie vainquit les ma- 
léfices. Et brusquement cornets, trompettes, fifres, 
tambours, précédant la précieuse châsse de 
Notre-Dame, emplissent l'air de leurs fredons. 
Le cœur du cortège approche. Car, suivant la 
croix cathédrale, des bannières en masse défilent, 
dans la fumée des encens et la lumière des cier- 
ges, et le chapitre afflue, deux cents prêtres cou- 
verts de l'aube et de l'étole. 

Un moment la procession semble terminée. 
Mais les rues avoisinantes frémissent. Les atten- 
tions se tendent. Voici Mgr de Harlay, le visage 
éclairé, sous la mitre, par sa merveilleuse barbe 
blonde. Des acclamations éclatent. Elles ne répon- 



20 LE PLAIJAM ABBÉ DE BUISROBERT 

dent point aux bénédictions qu'épand sa belle 
maiti baguée d'améthyste. Elles saluent, jusqu'à 
l'irrévérence, le dragon volant qui, derrière lui, 
chemine, entouré de la confrérie des gargouil- 
lards '. 

Et enfin, comme la châsse de saint Romain ar- 
rive, toute de velours incarnat et d'or, al^ritlint 
sous ses colonncttes ciselées la benoîte statue du 
héros légendaire, l'enthousiasme s'apaise. Accom- 
pagnée de son cortège d'élite, elle circule entre 
la haie dorée des châsses et des dévots agenouil- 
lés. Boisrobert la voit, cahotante, gravir, à la 
suite de l'archevêque, les escaliers de la chapelle 
et s'encadrer entre les fûts du péristyle. 

Les chants et les musiques maintenant se tai- 
sent. Un silence solennel plane un instant. Puis 
un murmure naît, s'amplifie jusqu'à devenir une 
hurlée unanime. Mille bras agitent des chaperons 
et des feutres. Le prisonnier, chargé de fers, vient 
d'apparaître. C'est un jeune gentilhomme de 
bonne mine. On oublie ses crimes, ses débauches, 
ses impiétés. Les femmes braquent vers lui des 
yeux de désir. 

Cependant qu'il s'agenonille humblement, 
Mgr de Harlay, avec des gestes onctueux, l'exhorte 
à la pénitence. Sa harangue dont nul ne perçoit 
les termes, tient les curiosités en haleine. Enfin 
elle s'achève. On délivre de ses fers l'élu du cha- 



1- Cet enthousiasme venait de ce que le dragon représentait 
celui que saint Romain, assisté d'un criminel, vainquit dans 
les temps légendaires. La figuration était monstrueuse et tenait 
en sa gueule un renard, un lapin ou un cochon de lait vivant. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT '2i 

pitre. Avec circonspection il s'approche de la 
châsse et. par trois fois la soulève de ses mains 
meurtrières. Le rite accompli, l'archevêque peut 
absoudre. 

— Noël! Noël!... 

Le cri d'allégresse étouffe le Fe/ix Dies morta- 
libus crue les chanteurs et les musiques entonnent. 
Les rangs processionnaires, en route pour la ca- 
thédrale, se reformeut. Le prisonnier, couronné 
de fleurs, magnifié par Ladoration de la ville, 
retourne vers la vie, approvisionné d'indulgences 
et prémuni contre le péché S.. 

Boisrobert ne pense pas une minute à récrimi- 
ner contre rimmoralité de ces cérémonies exal- 
tant un larron d'honneur jusqu'à l'apothéose. Un 
ascendant, peut-être le père du poète Vauquelin 
des Yveteaux, leur dut le pardon d'un égarement 
passager et il approuve la bénévolence de saint 
Romain. 

D'ailleurs il connaît et mieux encore goûte la 
douceur de vivre dans l'impiété et la débauche. 
Si l'on ne le rencontre guère parmi les théories 
de huguenots qui fréquentent pieusement le tem- 
ple et tirent i'épée, pour la sauvegarde de leur 
foi, contre les catholiques fanatiques, par contre 
il n'est point de cabaret qui n'ait l'avantage de 
sa visite. Tous les bons biberons qui, dans la ville, 



1. La Xormandie chrestienne. 1659, p. 48^! et s,; R. P. F, Pom- 
meraye Histoire de la. cathédrale de Boiien, li586, p, 625 et 
s. 673; R. P Grisel. Fasti Rothomagensis, édit. Bouquet, pas- 
sim; A. Floquct, Histoire du privilège de saint Romain, 1833, 
II, 167 et s. 



22 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBEHT 

portent fièrement, inscrites sur leur museau, 
leurs campagnes bachiques, le saluent avec dé- 
férence. Aux jours détestables où, dans ses chaus- 
ses, sa bourse ne contient que du vent, il hante 
même cette Cave aux Miracles qui, place Saint- 
Ouen, en face de la morne et somptueuse abbaye, 
entre-bâille, comme une bouche de l'enfer, son 
porteau branlant. On y boit au rabais des vins 
glaireux parmi des impotents aux jambes pourries, 
des teigneux, des galeux, mille stropiats aux 
faces safraneuses qui fabriquent, à Taide de dro- 
gues, leurs infirmités *. Là, inspirée par Tam- 
biance, sa muse naissante prélude avec des hoquets 
dans la voix ; 

... L'odeur des choux et des oignons 
Nous tient lieu de civette et d'ambre; 
Trois goujats sont nos compagnons, 
Tout l'enclos nous est pot de chambre. 
Ainsi, hutez sous des poiriers, 
Nous faisons la nique aux Fourriers *. 

Assurément cette propension à la crapule con- 
vient médiocrement à un avocat au Parlement de 
Normandie, fils d'un procureur notable et res- 
pecté ^ Mais de sa profession même Boisrobert 

1. Sur cette Cave aux Miracles, V. David Ferrand : Inven- 
taire (fénéral de la Muse normande, 1653, p. 136 et s. ; Cohen, 
Les cabarets de Rouen en l-iôd, 1870. 

2. Recueil des ulus beaux vers de MM. Malherbe, Racan..., 
1627, p. 568, Chanson. 

3. L'Uranoplée ou navirjalion du lic.l de mort au port de la 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 23 

n'a cure. Les solennelles prescriptions qui per- 
mettent (l'y accéder ne rempèchent pas d'être le 
repaire d'une damnable engeance. A la vérité il 
ne l'envisage qu'à titre de position d'attente. Son 
père souhaita qu'il suivît les cours de l'Université 
de Caen et qu'il prît ensuite une licence. Ainsi 
émerge-t-il de la canaille grouillante du Palais K 
Son caquet abondant, un talent de persuasion énié- 
rite, on ne sait quel charme émnnant de sa per- 
sonne et de sa diction, lui facilitent le gain des 
causes et lui ouvrent une perspective de fortune. 
Mais il ambitionne davantage. Il contemple sou- 
vent avec convoitise le chemin de Paris, longeant 
la Seine, qui mène vers des satisfactions autrement 
importantes et que tant de Normands en sabots 
prennent chaque jour pour revenir en carrosses 
dorés. A la cour, familier de quelque prince, il 
saurait habilement amasser des revenus. Que les 

vie, utile pour assister les malades, par le fj-ère Martin Lenoir, 
1616, contient dos vers liminaires de Boisrobert — sa première 
production poétique — qui portent à la suite de la signature, 
sa qualité d'avocat. Tallemant, Historiettes, 1854-1860, II, 383, 
confirme cette qualité ^lais le même Tallemant, de même que 
Huet, op. cit., conteste au père .lérémie Le Metel le titre 
d'avocat que les Epistres de notre héros lui attribuent. Peut- 
être ce dernier a-t-il voulu, de cette sorte, rel''ver l'obscurité 
de son origine. Les lettres de noblesse de Jéréniie Le Metel, 
publiées à l'appendice, consignent également ladite profession 
d'avocat. Mais Boisrobert, puissant alors, a pu olitenir cette 
faveur du chancelier SL-guier. Nous nous en rapportons aux 
dires des contemporains. 

1. Boisrobert reçut une éducation soignée. En outre du latin 
■et du grec, il connaissait parfaitement l'espagnol et l'italien. 
Ses traductions postérieures en font foi. V. en outre, Para- 
phrase des sept Pseaumes de la Pénitence de David, 1627, 
Préface. 



21 LE l'LAISANT ABBE DE BUISKOBEUT 

circonstances le favorisent et vitement il aban- 
donnera cette cité des drapiers où s'éteignent en 
vagues échos les bruits des réjouissances pari- 
siennes. 

Monologuant amèrement, il s'achemine à travers 
un dédale de rues sordides que parfois une mai- 
son ou quelque fontaine illumine du sourire de 
ses sculptures. Traversant la large rue des Carmes, 
il sort du qunrtier des églises et entre dans celui 
de la basoche. Au long de la rue aux Juifs, le 
Palais dresse sa silhouette ecclésiale. 11 le regarde 
indiiïéremment ayant perdu, à le fréquenter, le 
sentiment de sa richesse architecturale. Pourtant, 
ce soir, le grand bâtiment resplendit d'une beauté 
incomparable. Débarrassé de ses parasites hu- 
mains, il vit de sa seule existence de pierre. Ses 
fenêtres encadrées de dentelles enchâssent, ainsi 
que des gemmes énormes. des vitraux imprégnés 
de soleil. Ses clochetons trempent leurs pointes 
dans le ciel mordoré et ses galeries supérieures 
où des statues amollissent leur hiératisme, encer- 
clent, comme d'une collerette aux entrelacs ténus. 
ses toitures composites. 

Boisrobert voit, par le perron conduisant à la 
Gramrsalle, disparaître la robe rouge d'un con- 
seiller. Et comme il franchit la place du JNIarché 
Neuf sur les derrières de laquelle il habite, il 
croise Mgr de Faucon du Ris, premier président, 
à califourchon sur sa mule. D'autres conseillers 
passent en troupe. Le jeune homme salue et 
souhaite bon appétit. L'heure sonne, en effet, où 
le Parlement célèbre, à sa manière, en dévorant 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT *JJ 

im porc entier, la délivrauce du prisonnier. Dans 
la nuit, maintes de ces robes rouges qui, grave- 
ment, résolvent les problèmes juridiques, donne- 
ront le fâcheux exemple de leur ivrognerie. L'in- 
tempérance, avec plus ou moins de scandale, se 
manifeste ainsi du haut en bas de la compagnie 
parlementaire. 

Boisrobert regagne la maison familiale avec 
une âme attristée par sa journée sans aventure. 
Entre Jeanne Delion, sa mère hautaine, Jérémie 
Le Métel, son père taciturne, son frère Antoine, 
sa sœur Charlotte, frétillants et bavards, deux 
clercs sournois.il dîne plein d'amertume ^ A Tis- 
sue du repas. M"' Le Metel, venue d'une de ces 
familles de hobereaux tenues aux mésalliances 
par la pauvreté, pour la millième fois sans doute, 
reproche à son père son origine roturière. C'est 
l'éternelle querelle, l'irrémédiable rancune contre 
la destinée d'une femme éperdue d'orgueil nobi- 
liaire ^ 



1. Huef, op. cit., p. 379, dit que Boisrobert avait plusieurs 
frères. Boisr"bort, Les Epistres, 1659, p. 6, semble le dire lui- 
même. Nous n'avons pu trouver le moindre renseignement à 
cet égard. La famill« de ni>tre héros demeure plongée en une 
obscurité profonde d'^ù émerge à peine la personnalité de son 
frère Antoine Le Metel, sieur d'Ouville. Loret, Muze histori- 
que du 5 avril 1659. parle d'un « charmant mortel que l'on 
nomme Charles Metel». Sagit-il d'un frère de Boisrobert éga- 
lement poète? 

2. Boisrobert, Le.s Epistres, 1659, p. 8. V. aussi. Archives de 
Li Seine-Inférieure, Mzinoriaux de la Cour des Aides, l XXIX, 
f'^ 115 et s. ; Bihl. nnl. Cabinet d'IIozier, n'^ 237, Lettres de 
noblesse de Boisrobert, publiées à l'appendice. Ces lettres de 
noblesse nous fournissent les noms jusqu'alors ignorés de la 
parenté directe de notre héros. 



26 LE PLAISANT AB13K DE BOISROBERT 

Boisrobert que peinent ces dissensions intes- 
tines s'éclipse. Il ne veut considérer, autour de 
lui, que cette joie profonde dont son esprit, sauf 
de très rares occasions, est animé. Or Rouen, en 
cette nuit fériée, bouillonne d'une indicible liesse. 
Partout les maisons, violemment éclairées, tra- 
duisent le bien-être des ventres occupés à s'em- 
plir. De temps à autre, elles dégorgent leurs 
ivrognes et leurs guenipes afTolées. Si bien que 
les rues charrient une foule vociférante sillonnée 
de momons et de masques. Des porteurs de flam- 
beaux dirigent leurs compagnies vers les carre- 
fours où les bals publics s'ouvrent aux rythmes 
des violons, des hautbois et des flûtes. Aux trousse- 
cottes, aux mignons, aux friponniers la volupté 
verse ses troubles délices. Et c'est pourquoi Bois- 
robert, mêlé à la cohue, trouve aisément, cette 
nuit-là, « pleine chemise de chair vive ». 



CHAPITRE II 



De bonne heure, ayant une affaire à plaider, 
Boisrobert endosse la robe écarlate au large collet 
relevé et, devant le miroir, s'assure que ses man- 
ches^ doublées d'un lé de velours, accompagnent 
avec grâce ses gestes. Puis il rejoint son père 
déjà revêtu de la robe longue et coiffé du cha- 
peron. Tous deux, causant avec animation, s'ache- 
minent vers le palais. 

Jérémie Le Metel appartient à la caste des an- 
ciens procureurs, honnêtes et pondérés, gens de 
bonne compagnie, observant les traditions judi- 
ciaires, pénétrés de la dignité de leurs charges et 
on respectant les statuts. Chaque jour, les métho- 
des et les manières de ses jeunes confrères l'éton- 
nent et Findignent. 11 ne parvient pas à com- 
prendre pour quelle raison un ordre qu'il connut 
soucieux de vertu et travaillé de scrupules, se 
transforme au point de mériter le mépris public. 
Assurément les enquêtes de moralité et de capa- 
cité ne s'effectuent plus, comme jadis, en pléni- 
tude d'indépendance. Les procureurs achètent, 
au même titre que les plaideurs, la complaisance 
des magistrats. Si bien que le Palais, peu à j)eu, 



28 LE PLAISANT ABBÉ DE BÛISROBERT 

devient un réceptacle de mauvais drôles. On y 
pourchasse le client. Il y règne un état de guerre 
perpétuel et Ton y échange sans merci coups de 
gueule et soufflets. Sur quatre-vingt-seize titu- 
laires d'offices, on compte aisément quatre-vingts 
coquins qui s'enrichissent en abus de procé- 
dures. 

Echangeant leurs doléances, le père et le fils 
entrent dans le Palais et vont occuper leurs bancs 
respectifs. Bientôt Boisrobert rejoint quelques 
avocats : Binet, Malmaison, Chrétien et le vieux 
Pierre Corneille \ groupés auprès de la table 
de marbre. 11 s'entretient un instant avec eux 
d'affaires politiques. Puis, désintéressé de la con- 
versation, il enveloppe la Grand' salle d'un regard. 
La chapelle, ouvrant sur les fonds ses claires 
verrières, domine l'essaim pressé des plaideurs et 
des oisifs. De-ci, de-là, comme de rouges tulipes 
dans le massif sombre des vêtements roturiers, 
s'épanouissent les robes de ses confrères. Autour 
des boutiques de libraires et de merciers, des 
couples galants se plient en révérences de den- 
telle et d'or. A leurs bancs, les procureurs acti- 
vement retirent des paperasses de leurs armoires 
au-dessus desquelles flamboient leurs noms en 
lettres rutilantes. Parfois, surmontant le tumulte 
général des parlottes, une brève dispute éclate que 
les huissiers calment d'une menace d'expulsion, 

Boisrobert s'égaie à constater qu'affluant en 
courants parallèles, la chicane et la coquetterie 

1. Père du poùtc tragique. 



LE l'LAISANT ABlilî DE BOISBOliERT 2'J 

contribuent à faire du Palais l'endroit le plus 
mouvementé de la ville. Tel, avec fureur, y perd 
jusqu'au dernier blanc de sa bourse et telle, avec 
préciosité, jusqu'au dernier « bastion » de son 
pucelage. L^habileté suprême consiste, pour un 
avocat souhaitant jjarticiper aux deux aubaines, 
à rivaliser de scélératesse avec les procureurs et 
de galantise avec les muguets. Le jeune homme 
s'y emploie d enthousiasme et c'est pourquoi les 
prônes véhéments de son père le laissent respec- 
tueusement sceptique. 

A examiner l'entourage, il ne s'aperçoit point 
que son plaideur, depuis quelques minutes déjà, 
l'attend à son bauc. La cloche de l'audience et le : 
Silence, messieurs! des huissiers le rappellent à 
la conscience de son devoir. x\utour de la vic- 
time voloutairo qu'une contestation de terrains 
conduit à l'obligation de dévorer son patrimoine, 
il fait l'empressé, se tue à donner confiance, pré- 
dit la victoire du droit et ne cèle point qu'elle la 
devra à son incontestable éloquence. Puis il lui 
escroque un nouveau sac d'écus. 

Lesté de ce pécune, il se dirige vers la cham- 
bre de l'Edit qui pacifie les différends des réfor- 
més. Comme il y pénètre, il se sent retenu par 
une manche. [1 se retourne. Devant lui une ma- 
que relie au visage couperosé se tient, embarrassée 
et muette. Il suppose que, pour quelque méfait 
commis en sa niaison, elle sollicite son concours. 
A voix mielleuse il l'interroge. Mais, dès ses pre- 
mières paroles, il piétine d'impatience et de 
colère : 



3U LE PLAISANT ABBE DE BOISRÛBERT 

— Je viens, monsieur l'avocat, vous prévenir 
que cette fille à qui vous baillâtes deux enfants 
va vous citer en justice. Elle ne vous veut point 
de mal, mais elle a de vous des promesses de 
mariage. 11 faut épouser ou donner des gages !... 

11 pense d'abord à gifler cette goton malap- 
prise. Mais le geste n'accommoderait pas, au 
contraire, les choses. 11 balbutie des phrases in- 
cohérentes où l'autre saisit une nouvelle pro- 
messe. Tandis qu'elle se retire, penaudement il 
gagne la barre. Un moment le trouble persiste 
dans son esprit, mais d'un effort salutaire il s'en 
délivre. Il remet à plus tard la conclusion de 
<îette aventure. D'ailleurs un huissier appelle son 
affaire. 

Or Boisrobert possède si pleinement la faculté 
de s'affranchir des responsabilités morales qu'il 
recouvre, pour plaider, toute son assurance. 
Selon le mode contemporain, il fonde son argu- 
mentation sur les doctrinaires et les philosophes, 
il invoque la sévère coutume et larde ses phrases 
de tant de latin de pédant qu'à la fin les juges 
éberlués l'admirent. Pour les conquérir tout à 
fait, il goguenarde à la façon de Tabarin. De telle 
sorte qu'en souriant l'aréopage de huguenots le 
gratifie d'un arrêt favorable. 

Dès lors, oubliant tout à fait les graves soucis 
qui l'assaillirent un instant auparavant, il ne se 
sent plus d'autre goût momentané qu'un goût de 
réjouissance. En l'une de ces nombreuses buvet- 
tes qui environnent le palais, il rejoint son client 
€t lui annonce le triomphe de sa cause. Or, c'est 



LE PLAISANT AHBli; Dli BOlSROIiEllT 31 

l'habitude que plaideurs et avocats. célèbrent dans 
l'orgie leurs réciproques succès. Ces cabarets judi- 
ciaires n'ont pas d'autres destinations. Après les 
niangeailles, les beuveries, les danses, on s'y as- 
somme parfois à coups d'escabeaux et de bou- 
teilles. 

Boisrobert n'aurait garde de se dérober à ces 
agréables usages. Seulement les hommes avides 
de combattre ne trouvent pas en lui, au milieu 
du vin même, un adversaire raisonnable. Il craint 
les coups et les esquive le mieux du monde, par 
la fuite. Il se laisse, ce matin-là, régaler de plats 
et pots savoureux. Et, titubant, il réintègre son 
domicile \ 

Au lendemain seulement de cette équipée, il 
reconquiert une lucidité suffisante pour prendre 
parti à l'égard de son importune progéniture. Il 
décide, sans rien dire ni faire, d'attendre. Evi- 
demment on A'eut le terroriser et par là l'amener 
à résipiscence. Quelques jours passent sans inci- 
dent. Il se croit à jamais débarrassé. Mais brus- 
quement lui parvient une citation à comparaître 
devant le juge d'une petite justice. Mieux que 
personne il connaît la gravité de son cas. Néan- 



1. Sur le Palais de justice de Rouen et son monde, V. Pré- 
cis analytique des travaux de l' Académie impériale des scien- 
ces, belles lettres et arts de Rouen, 1866, p. 350 et s. ; 1871, 
p. 99 et s. Le premier de ces travaux contient un curieux plan 
intérieur du Palais où sont, en partie, situés les bancs des 
avocats et notamment celui de Pierre Corneille. Pour l'exté- 
rieur du Palais. V. Bibl. nal.. Département des Estampes, V a 
382 ; Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, 1840, pas- 
sira. 



32 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

moins il élude cette comparution, résolu à ne 
point épouser et encore moins à verser une in- 
demnité pour un dommage que la partie adverse 
s'ingénia, avec fougue et satisfaction, à rendre 
irréparable. Son indifférence ameute contre lui 
les colères du juge dédaigné. On l'avise qu'aban- 
donnant la voie conciliatrice, on le va brutalement 
incarcérer. C'est le scandale, le discrédit jeté sur 
sa renommée d'avocat, mille ennuis dont le 
moindre consistera à se démunir d'un lourd sac 
de pistoles. 

De ce moment Boisrobert s'emploie unique- 
ment à préparer son départ. Aussi bien Rouen 
n'est-il qu'un mince théâtre où manifester ce 
qu'il sent en lui d'émotion poétique et de sou- 
plesse morale. Mais cette ville, considérée comme 
la seconde capitale de la France, entretient avec 
Paris des relations constantes. On s'y peut munir 
de recommandations efficaces. Bien que le jeune 
homme paraisse cantonner au monde judiciaire 
le cercle de ses connaissances, son commerce 
amical avec les grandes familles normandes aux- 
quelles appartiennent Mgr de P'aucon du Ris, les 
présidents Jubert, de Bernières et des Hameaux 
lui permet d'accéder k la cour porteur de chaudes 
lettres et assuré contre les rebuffades \ 



1. Les relations de Boisrobert avec la famille de Faucon du 
Ris sont certifiées par ses dédicaces à M'"" du Ris et ses épi- 
tres à Gliarleval, femme et fils du premier président au Parle- 
ment de Normandie ; avec le président Jubert par une hymne 
du Cabinet des Muses, 1619, p. 517 ; avec le président de Ber- 
nières par un Discours en forme de satyre, à M. de Bernières 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 33 

Hâtivement il recueille ces appuis et, désin- 
téressé de Topinion familiale, rejette la défroque 
d'avocat. Rouen voit se pavaner un Boisrobert 
travesti en brave, le feutre goguenard, la cape 
sur l'épaule, botté, éperonné, Tépée suspendue 
au baudrier de soie K Cependant ce m itamore 
éminemment pacifique appréhende de franchir 
à cheval, sur des routes peu sûres où de malveil- 
lants détrousseurs le dépareraient de son équi- 
pement guerrier, la distance qui le sépare de 
Paris. C'est pourquoi bourgeoisement il prend le 
carrosse surchargé de marchands drapiers qui 
vont inciter aux conunandes les négociants de la 
rue Quincampoix *. 

Advenu en la capitale, habilement il cherche 
un domicile à mi-chemin de la place Royale et 
du Louvre, endroits où s'agite l'activité courti- 
sanesque. Rue Saint-Honoré, la maison des Trois- 
Pucelles lui donne asile *. Satisfait de ce logis à 



{Cabinet des Muses, 1619, p. 514^ et une Lettre à M. de Berniè- 
res (Recueil de Lettres nouvelles de MM. Malherbe... 1627, 
I, 204 1; avec le président des Hameaux par une Lettre k 
M. des Hameaux {Recueil de Lettres nouvelles... IQ-ll, I, 207). 

1. Boisrobert : Les Epistres, 1647, p- 3, .-1 M. Sarrazin. 

2. Sur le carrosse de Rouen, V. Floquet : Anecdotes nor- 
mandes, 1838, p. 173 et s. 

3. Archives de la Haute-Marne, série H. Fonds non classé. 
Acte notarié du 20 décembre 1635, publié à l'appendice, nous 
fournit la plus ancienne adresse de Boisrobert Notre héros 
dut arriver à Pans vers 1616 Dans sa Paraphrase des sept 
Fseaumes de la Pénitence précitée, il écrit à la reine mère : 
« Madame, depuis neuf ans que j'ay Ihonneur de suivre con- 
tinuellement Votre Majesté... » Le privilège de cet opuscule 
étant du 2 juin 1626, Boisrobert dut par conséquent entrer 
vers 1617 au service de Marie de Médicis. Tallemaat lui assi- 



34 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

. dénomination jaaillarde, il s'occupe tout aussi- 
tôt de forcer la porte des personnages suscepti- 
bles de commencer sa fortune. Ses répondants 
n'omirent pas de l'adresser au plus illustre des 
Normands établis à Paris : le cardinal du Perron. 
Le prélat au déclia prépare les harangues qu'il 
prononcera à l'assemblée prochaine des notables. 
C'est un grand vieillard charge de gloire, gonflé 
de science, pétulant, pédant, expert à la contro- 
verse comme au madrigal. D'une existence fé- 
conde en querelles et débauches, il ressent la 
fatigue et le dégoût. Du prêtre il conserve la 
felinité, du favori l'artifice;, de l'ambassadeur la 
diplomatie, du coquet la gentillesse. Ayant su, 
dans les cercles des femmes, éclaircir avec agré- 
ment, pour les instruire, l'obscurité du latin 
dont, par habitude, il émaille sa conversation, 
elles le convièrent en leurs alcôves à raffiner sur 
Je terme galant. Si bien qu'une coite vérole som- 
nole en son corps lassé d'une ardeur trop lon- 
gue. 

Ce charlatan de cour, cet intrigant servi par 
son physique et son savoir, ce babillard qui 
vainquit aux luttes d'érudition les ministres pro- 
testants, ébaudit de sa faconde les papes, con- 
vertit le Béarnais, frôla plus que de raison Cathe- 
rine l'italienne et partout travailla à accroître 
son bien, en dernière attitude se donne comme 
« colonel général de la littérature ». En sa mai- 

gnant, d"aulre part, un stage dans la clientèle du cardinal du 
Perron, il faut dater, comme nous le disons ci-dessus, des en- 
virons de 1616 son arrivée à Paris. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 35 

son de Bagnolet, il imprime ses ouvrages, entouré 
d'une cohorte d'écrivassiers escroqueurs de j)en- 
sions et d'emplois. Boisrobert accomplit parmi 
cette cohorte la première étape de sa vie nou- 
velle. Il se convainc tout à fait du poids léger 
que doivent, dans la conscience humaine, peser 
les scrupules. 11 apprend avec quelle aisance on 
approche des princes par la louange et comment 
une élégie tournée agréablement rapporte un 
nombre de pistoles égal au nombre de ses vers. 

Mais le cardinal du Perron s'abîme bientôt 
dans la maladie comme un astre dans la mer. 
Estropié de bras et de jambes, perpétuellement 
geignant, il souliaite échanger ses bénéfices, sa 
science, sa renommée pour la santé du curé de 
Bagnolet '. Boisrobert a tôt fait d'abandonner à 
sa douleur ce moribond désormais inutile dont il 
tira quelques avantages appréciables. Introduit 
par lui à la cour il frétille autour des seigneurs 
dont il ambitionne la protection. Néanmoins il 
ne trouve pas encore la domesticité dorée vers 
laquelle le dirige un penchant instinctif. 

C'est une époque troublée où l'autorité royale 

1. Balzac: Entretiens, 1657, p. 418. Sur le cardinal du Perron, 
V. Tallemant: passim et I, 103 ; Perroniana. et Thuana, 1691 ; 
De Burigny : Vie du cardinal du Perron, 1768; Sully : Mé- 
moires, passim; Lestoile : Journal, passim ; Perrault : Les 
hommes illustres... 1696-1700, II, 1; Guerct : La guerre des 
autheurs anciens et modernes, 1661, p. 147 ; Chevrseana, 1697, 
p. 57 ; Sorberiana, 1691, p. 194; Racan : OEuvres, 1724, II, 207 ; 
abbé Feret : Le cardinal du Perron orateur, controversiste, 
écrivain, 1877 : J.acquinet : Les prédicateurs du XVII' siècle 
avant Bossuet, 1863; Hippeau : Les écrivains normands au 
XVII» siècle, 1858, etc.. 



36 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

sombre parmi les rebellions. Condé, Soissons, 
Conti, Longueville, Mayenne, Vendôme, Bouillon 
plongent leurs mains avides dans le trésor pu- 
blic. Concini et Luynes, sourdement acharnés à 
s'entre-détruire, songent au milieu des menaces, 
à emplir leurs poches. La reine mère, Marie de 
Médicis, inconsistante et molle, arrive à peine, 
secourue par sa cautèle italienne, à équilibrer, 
avec ses propres ambitions, les ambitions envi- 
ronnantes. Louis XIII, débile, éperdu de futilité, 
marié sans Têtre, morose et à moitié inverti, 
musarde, tiraillé de tous côtés, en quête d'un di- 
vertissement inédit. 

Dans ce tohu-bohu d'intrigues où le crime 
prend l'apparence de la justice et du droit, Bois- 
robert flotte désespérément. Certaines heures lui 
sont cruelles. Une épître à son anii Delgade le 
représente dans la solitude, accablé de fièvre, 
maigre, défiguré, plaintif, obsédé de médecins, 
enivré de rhubarbe, noyé d'aposèmes, recru de 
saignées et de lavements, enfumé de fronteaux, 
farci d'oignements, le corps enveloppé de puan- 
tes racines'. 11 philosophe et cela indique quasi- 
ment toujours chez lui un état morbide. Il perd 
son optimisme. Il enrage de rencontrer des tier- 
celets de poètes allant « en housse », la bourse 
pleine, arrogants et dédaigneux. 11 accuse de sa 
misère le vice du siècle. Parfois, pour se consoler, 
il se prévaut, mais c^'est un beau mensonge, de 
son indépendance morale ^. 

1. Le. Cahinel des Mnses, 1619, p. 496, Au Sieur Delgade. 

2. Ibid., p. 514.517. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 37 

Car cette indépendance morale qu'il ne par- 
vient pas à aliéner aux hommes, il l'aliène per- 
pétuellement aux femmes. Gomment arrive-t-il, 
méchant provincial sans sou ni maille, à leur 
imposer sa présence ? Assurément par son esprit 
et son habileté comédienne. Il mmie, lorsqu'il 
est las de faire des contes, avec un sérieux élionté, 
le dithyrambe. A une certaine M"" de Maigny, 
probablement Normande, qui consent à l'écouter, 
il élève, selon ses propres termes, un monument 
poétique. Il s'imuiortaiise en l'immort.disant et, 
lui adressant les travaux de ses veilles, déclare 
tout uniment : 

Et que je puisse en eux contenter mon devoir 
Puisque je ne sçaurois contenter mon envie*. 

D'ordinaire, il considère les femmes ainsi que 
de belles fleurs auxquelles on ne saurait mieux 
souhaiter qu'un éternel printemps. Il s'attriste 
de leurs maladies ' , se désole de leur éloigne- 
ment % jure de s'ensevelir, consterné de leur 
cruauté ou de leur inconstance, en une solitude 
« peuplée d'ours et de loups » \ Mais il leur 
réclame surtout des satisfactions matérielles \ 



1. Lp Cabinet des Muses, 1619, p. 522. 

2. Ihid., p 511. 

3. Ihid., p. 478.302. 

4. Ibid., p. 500.507.5:53. 

5. Ihid.. p 500 509. Poésies fort piquantes. Nous regrettons 
de ne les pouvoir publier. Elles allongeraient indéfiniment un 
épisode sans importance de la vie de Boisrobert. V. aussi, 
p. 501.513. 



38 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

L'amour, loin de Tamollir le stimule. Il ne s'y 
montre quàddini sincère, du moins au point de 
vue sentimental. Les préoccupations lui enlèvent 
la liberté desprit utile à Pétablissemeat d'une 
passion vé rit ib le Au sortir des alcôves, oublieux 
des faveurs charnelles reçues, il s'enqiiiert de fa- 
veurs plus durables. 

Or. les circonstances aidant — et l'on ne sait 
par quelle entremise — il entre dans la suite de 
la reine mère '. 11 s'y contente d'un rôle iiodeste. 
Il guette l'occasion de se signaler, mais cette oc- 
casion ne se présente guère. La grosse femme 
blonde, traînant son ministère de barb >ns, n'a pas 
la poésie en tête. Peu intelligente, égo ste, auto- 
ritaire, facile à influencer, superstitieuse, farcie de 
préjugés, elle ne manifeste que par îovm) quelque 
activité. De nature, à la façon italique, elle pares- 
serait tout le jour, satisfaite de parer sa chair 
blette de somptueuses robes et d'atténuer, par les 
pierreries et lescoiffures. l'empalement d'un visage 
aux maxillaires proéminents, aux yeux inexpres- 
sifs, aux lèvres atones ^ 

Sans doute, en des temps moins orageux, les 
poètes, les musiciens, les peintres, tous les amu- 
seurs compléteraient de leurs billevesées le bien- 

1. La Cour de Médicis, mémoires d'un cadet de Gn.tco /ne, édit. 
Bazin, 1S30, qui nous paraît être une relation apocryphe cite 
(p. 208) parmi les poètes de lentourage de la reme mère « le 
jeune Boisrobort qui, sous le titre d'avocat en la Coui", commen- 
çait alors sa réputation d homme spirituel et do poète agréa- 
ble ». La présence dii notre poète dans cet entourage nous est 
plus sûrement indiquée par TulKmant, II, 383. 

2. V. son portrait par Adriano Haluech. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 39 

être de Sa Majesté royale. Mais, ballottée entre 
les convoitises du bellâtre Concini et la niatoise- 
rie de la Galigaï, fouine noire furetant partout, 
troublée par des prédictions d'astrologues, cou- 
verte d^injures pir des pamphlétaires salariés, 
inquiétée par Tagitation féroce des princes, 
appréhendant, du côté de Louis XIII et Luynes, 
le danger de leurs colloques secrets, effondrée en 
des crises delar.nes ou soulevée en des colères 
affreuses, elle émerge du trôae comme un fanto- 
che qu'un vent de tempête immanquablement 
abattra. 

Boisrobert voit, autour d'elle, graviter et gran- 
dir Mgr de Riclielieu, évêque de Luçon. Depuis 
sa harangue retentissante des l:ltats généraux le 
jeune prélat collectionne les emplois. A cette 
heure, secrét;iire d'.^ltat, il s'efforce d'aplanir les 
difficultés extérieures et intérieures du royaume. 
On le dit bien traité des femmes. Il les ensorcelle 
de son regard perçant. On ne sait laquelle, de la 
reine mère ou de la Galigaï, il tient le mieux à 
merci. A moitié prêtre, à moitié cavalier, il apparaît 
tour à tour sous les deux formes, enrobé de violet 
aux cérémonies publiques, vêtu à la mode et i'épée 
au côté partout — aux bals masqués même — où 
peut triompher, aidée de sa parole insinuante, sa 
jeunesse maigre et vive '. 



1. Gabriel Hanotaux : Histoire du Cardinal de Richelieu, 
1896, II, passim. Pour tout ce qui concerne le cardinal jusqu'en 
1624, nous nous référerons de préférence atout ouvrajj-e ancien, 
aux rcmarqua.bles volumes où M. Hanotaux condensa une ma- 
tière abondante et variée d'inédits et d'imprimés. 



40 LE PLAISANT ABBE DE B0I5R0BERT 

Inconsciemment Boisrobert devine encet homme 
grave et fin ses destinées futures. Point assez fa- 
milier pour l'aller relancer, jusqu'en sa maison 
de la rue des Mauvaises-Paroles, il Tenveloppe, 
à la Cour, de son obséquiosité. L'évêque, préoccupé 
de son sort personnel, s'impatiente de toujours 
rencontrer cet importun sur son chemin. A la fin, il 
gourman le ses gens de ne le pas défaire du para- 
site qui s'impose, p^rmi tant d'autres, a^ec une 
insistance fatigante. 

— Hé ! monsieur, lui dit Boisrobert, vous laissez 
bien manger aux chiens les miettes qui tombent 
devotre table ! Ne vaux-je pns bien un chien '?... 

Cette lâcheté désarme l'évêque. D^ailleurs Bois- 
robert a circonvenu son entourage et Charpentier 
le secrétaire, le compte parmi ses amis préférés. 
Notre Normand, à la vérité, envisage surtout 
l'avenir. Pour le présent, les événements lui dé- 
fendent d'entretenir un espoir chimérique. Il 
assiste, terrorisé, au meurtre de Concini. Il voit 
Mgr de Luçon recevoir du roi, juché sur un bil- 
lard, son congé ironique. Tenaillé d'angoisse, il 
suit les gardes qui envahissent la chambre de la 
Galigaï accroupie sur ses pierreries volées. Il ne 
pénètre plus au logis de Marie de Médicis pri- 
sonnière qu'avec la crainte de rejoindre, au pilori 
de la srrève, les comparses de la tragédie dont on 
se débarrasse par le feu ^ 

1. Tallomanl, II, 3S3. 

2. V. I ouïes ces scènes développées dans les mémoires du 
temps el dans Mémoires du Cardinnl de Richelieu, édit. Mi- 
chaud et Poujoulat, t. VII, 2« série, p. 153 et s. 



I.E PLAISANT AliBÉ DE BOISROBERT 41 

Et l'heure est pour lui émotionnante entre tou- 
tes où il doit, soas peine de forfaiture, accompa- 
gner en exilla souveraine proscrite. Revioiidra-t-ii 
jamais à la cour? N y subira-t-il point cette sus- 
picion dont souffrent tous les serviteurs de Marie 
de Médicis? Et que lui réservera ce bannissement 
sinon l'obscuiitô détinitive etlinfortune certaiae? 
Néanmoins, et non sans hésitation, il accepte 
l'inévitable. 

Et tandis que Luynes, au conseil, arrête les pa- 
roles officielles qu échangeront, au départ, la 
mère et le fils, Bois.obert promène son désœu- 
vrement dans les antichambres désertes. Des 
hommes, hâtivement, chargent les bagages. Puis 
on ouvre les portes aux visiteurs. Viennent, des 
anciens courtisans, tous ceux qui ne craignent 
point de se compromettre. La reine les reçoit d'un 
visage impénétrable. Les corps de la ville rassu- 
rent de leur sollicitude impuissante. Et enfin c'est 
le tour du roi. Partout des gardes apostés pré- 
viennent une révolte possible Vitry, l'assassin, 
surveille activement les entrées. 

Accompagné des trois Luynes et serrant affec- 
tueusement les mains de l'aîné, Louis Xlil mon- 
tre une face blé ne qu éclaire la satisfaction de sa 
volonté manifestée. Joinville et Bassompierre sui- 
vent et, derrière, lamente des plumets en repré- 
sentation. Devant sa mère en pleurs et voilant 
d'un éventail ses larmes, le nionarque s'arrête, 
glacé. Les mots convenus échangés, il attend 
muettement le baiser d'adieu. Le spectacle est à 
la fois comique et tragique de ces deux êtres se 



42 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

haranguant, Tun bègue et l'autre bredouillant un 
pathos de français à l'italienne. A la fin la reine 
n'y tient plus. La colère fuse au travers de la 
froideur commandée Elle s'épnnd en récrimina- 
tions, réclame à grands cris Barbin, son inten- 
dant, mis à la Bastille. Mais Louis XIII, manquant 
d'inspiration, garde son mutisme. Si bien que, 
comprenant Tinutilité de ses plaintes, elle le 
baise à la bouche, comme il souhaite, pour en 
terminer. Il fait une révérence et tourne le dos. 

Et Luynes ensuite, cauteleusement, effleure de 
ses lèvres la robe de cette reine que sa duplicité 
chasse du trône. Du moins, pense-t-elle, ce traî- 
tre, dont elle favorisa l'élévation, pourra lui ren- 
dre son ministre incarcéré. Elle recommence à 
gémir. La scène se prolonge péniblement lors- 
que, par trois fois, Louis XIII appelle son délec- 
table fauconnier. D'un geste celui-ci signifie son 
impossibilité de répondre. Ecrasée par tant d'in- 
gratitude, Marie de Médicis, affalée contre une 
muraille, ne cèle plus ses larmes. Les courtisans 
défilent devant cette femme endolorie dont un 
chagrin immeuse emporte la majesté... 

En armes, sur le quai, devant les guichets du 
Louvre, revêtus de leurs casaques et hoquetons 
brillants, les gardes attendent. Bientôt les car- 
rosses quittent le palais. Boisrobert occupe l'un 
d'eux. Penché à la portière, il aperçoit Louis XIII 
et Luynes qui, d'une fenêtre, contemplent ce dé- 
part funèbre. 

Car, en vérité, ce cortège tout reluisant d'or 
et d'étoffes chatovantes ressemble étransrement à 



LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 43 

un convoi funèbre. Il enfile lentement les voies 
encombrées et, sur le Pont-Neuf, subit la huée 
haineuse et les quolibets du peuple. Au fur et à 
mesure qu'il avance, par les campagnes solitai- 
res, il se démembre de quelques cavaliers et car- 
rosses. A Linas. les princesses et leur escorte de 
chevau-légers tournent bride Nulle part aucun 
apparat. Le ("lergé d'Orléans seul consent à quel- 
que dé tionstration amicale La bourgeoisie blé- 
soise, sujette cependant de Marie de Médicis, ré- 
duit au mi limum son enthousiasme décoratif. 

Dès l'arrivée au château de Blois, Boisrobert, 
ignorant quels compagnons l'exil luira départir, 
examine ce mirage de cour. Voici encore, avec 
son visage énigmatique dont les yeux ardents 
dévoilent le bouillonnement intérieur, l'évêque 
de Luçon. Venu par force ou par habileté, il 
exerce une charge dérisoire de chef du conseil ^ 
Le chattemite se donae comme médiateur. Il en- 
gage auprès du roi sa tête d'apaiser les colères. 
En réalité il est l'espion majeur. Luynes qui le 



1. Mémoires du Cardinal de Richelieu, précités, p. 163 et s.; 
Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, édit. Halphen, 1857, p. 298 ; 
ThirouY d'Arconville : Vie de Mirie de Médicis. 1774, I[, 362 
et s.; Bassumpierre: Mémoires, Sté Hist, dj Fr., II. 125 et s., • 
tievoard: Journal, 1S68, II, 210; Mémoires dun cadet de Gas- 
cogne, précités, p 201 ets ; Quatriesme Tome du Mercure fran- 
çais, 1618 ; Histoire des plus illustres favoris 1659, Relation 
exacte de tout ce rjui s'est passé à la mort du mareschal d'An- 
cre ; Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis- le 
W avril jusqu'au départ de la reyne mère duJïoij, 1617, etc. 

2. Bihl. nat.. Cinq cents Colherl, t. 91, f» 112, contient m 
extensole brevet de chef du Conseil. 



44 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBl^RT 

suspecte, par lui mieux que par personne, con- 
naîtra les états desprit de la proscrite. 

Voici M. de Bressieux, gentilhomme dauphi- 
nois, toujours paré comme pour jouer la comédie 
et le marquis de Thémines qui, pour le bâton de 
maréchal, envie l'acte immonde de Vitry. Voici 
Villesivin, secrétaire des commandements, le sieur 
de Presle, Philippe Mazoyer, le médecin Jean de 
Lorme, le spagiriqae Charles Huirt, le chirur- 
gien Menard, Rog^sr valet de chambre, Catherine, 
fille à tout faire qui servit d'une complicité bru- 
tale le désir de la reine pour Gombauld, poète 
crotté. 

Parmi les femmes, voici M"° de Guercheville, 
dame d'honneur que Boisrobert entoure d'une 
admiration tendre et douce. Elle le force à aimer 
la vertu ^ Elle résista j idis aux entreprises 
d'Henri IV qui convoitait en elle une finesse 
d'esprit correspondant à son harmonie physique. 
Vaguement parente de Richelieu, elle lintrodui- 
sit à la COUP et devint sa confidente. Elle pallia, 
auprès de Marie de Médecis, la turbulence de la 
Galigaï. On se repose en elle. Elle est la séré- 
nité, le calme, la droiture, la contrepartie des 
concupiscences et des appétits environnants *. 

1. Plus tard Boisrobert lui traduira ses sentiments en une 
élégie. V. Recueil des plus beaux vers de MM. Malherbe... 
1627. p. 8 36, Consolation à A/™" la m-arquise de Gaiercheville 
sur la morl de M. de Liancourl, son mary. 

2. Henry IV: Lettres missives, édit. Bercer de Xivrey, III, 
2i4; V. 313.314: VIII, 38; Tallemant, I, 280 ,• II, 15 ; VI, 121; 
Saint-Simon : Mémoires, édit de Boislile, III. 214 480; Riche- 

ieu: Mémoires, passim; Correspondance, édit. Avcnel, I, 603; 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 43 

Car, malgré l'exil, et sachant qu'ils ne gagne- 
raient rien ailleurs, les Italiens qu'elle protège 
ont accompagné leur souveraine. Us sont nom- 
breux, prêts à trahir en faveur du mieux payant. 
Us ont des mines chafouines, des teints olivâtres. 
Us portent le feutre en capitans et l'épée en spa- 
dassins. Us sont exubérants, parfumés, vêtus de 
couleurs criardes et de grands ramages. Rucellai, 
abbé florentin, les commande. U aspire à capter 
la confiance de la reine. Richelieu n'a pas d'en- 
nemi plus entreprenant et qui souhaite davan- 
tage le chasser. U va et vient entre Paris et Blois 
bien qu'il redoute, pour la délicatesse de sa peau, 
la fatigue, l'air vif, les mille inconvénients des 
voyages. Ses séjours à Rome lui communiquèrent 
le goût de la volupté et ses origines la science 
de la fourberie. Sa table sollicite toutes les gour- 
mandises et sa couche toutes les paillardises. U 
babille comme un étourneau, il conspire, il pince 
du luth et les bourses s'ouvrent devant sa gentil- 
lesse unie à sa dup'icilé \ 

Bientôt il entrera de plain pied dans le roma- 
nesque. Pour le moment, Richelieu, se défiant de 

VII, 391. On trouve son nom à toutes les pages des registres 
de comptes de Marie de Médicis compris dans Cinq cents Col- 
hert précités. Mathieu de Morgues : Recueil de pièces pour 
Servir à la défense de la reyne mère, 1643, Très humble, très 
véritable et très importante remonstrance au Roy... p. 15 spé- 
cifie qu'elle aida Richelieu. Renaudot: Gazette de 1632 f" 12 
annonce sa mort. 

1. Il est question de Rucellai dans les mémoires de Riche- 
lieu, d'Andilly, Fontenay-Mareuil, Ponchartrain, etc , et dans 
le Mercure françois. V surtout, Balzac: Entretiens. 1657, 
p. 73 et s.; Girard : Histoire de la vie du duc d'Epernon divisée 
en trois parties, 1730, III, 73 et s. 

3. 



46 LE PLAISANT ABBE DE B0I3R0BERT 

toute cette engeance italienne qui, de Tantucei le 
pitre, va jusqu'à Zocolii le tailleur, en passant 
par Boazi, évêque madré, Polidoro Geromini, 
chapelain, et Codoni, apothicaire, lui maintient 
le rôle de babillard dont on écoute sans les suivre 
les avis '■. 

Boisrobert ne sait auquel de ces domestiques 
se confier. Ils apprécient, comme lui, le rire et 
la banne vie. Par là il entre avec eux en conni- 
vence. Peut-être aussi leur doit-il cette coutume 
de préférer les jeunes garçons aux belles filles "-. 
Mais, en général, il les fuit. Bien qu'il connaisse 
finement leur langue, il dédaigne de la parler 
ailleurs qu'en Italie. Puis tous ces hommes sont 
de tristes sires avec lesquels il convient de ne 
pas être confondu. 

11 hume l'air, en bon courtisan. La faveur est 
à Bichelieu. Richelieu et la reine mère passent 
le temps en conciliabules d'où rien de ce qui se 
dit ne transpire. Boisrobert donc, ainsi qu'il le 
fit à la cour, enveloppe l'évêque de ses patelina- 
ges. Les événements lui ont communiqué de l'ex- 
périence. 11 sent que cet ambitieux, relégué en 
province, et qui administre une ombre de royaume, 

1. Bihl. nat., F^ F\ Cinq cents Colberl, t. 91 à 95, donnent 
des renseignements sur tous ces personnages et sur beaucoup 
d'autres de moindre importance. V. aussi, les mémoires préci- 
tés, notamment dAndiUy, p. 299. 

2 Tallemant, II. 334 ad no<am, rapporte l'anecdote suivante: 
« "Verderonne dit on jour à Boisrobert : J'ay esté page de la 
Reyne mère — lié ! quoy, luy dit Boisrobert, se peut-il que 
vous ayez esté page de la Reyne mère et que je ne vous aye 
point connu? Gomme vous verrez on l'a accusé d'aimer les 
pages. » 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 4. 

souhaite parfois se décharger dans la joie de ses 
graves soucis. Il lui faut un de ces plaisantins 
charmants dont la cervelle dorée bouillonne de 
mots étincelants. Boisrobert sera ce plaisantin. 
Un jour, on apporte pour le prélat qui manifeste 
un goût très vif delà toilette, quelques chapeaux 
de castor. Il en choisit un, l'essaie, puis : 

— Me sied-il bien, Boisrobert ? ' 

— Ouy, mais il vous siérait encore mieux s'il 
estoit de la couleur du nez de A'ostre aumos- 
nier!... 

Or, l'aumônier, c'est M. Mulot, doux ivrogne 
qui attend dans la résignation du vin l'heure de 
paraître à la droite de Dieu. Il est présent. Il a 
entendu. Voilà pour la vie un ennemi implacable. 
Qu'importe ? Boisrobert a suscité le sourire de 
FEminence. Il est monté d'un degré dans son 
cœur '. 

L'esprit de notre homme d'ailleurs se dépense 
momentanément en pure perte. Richelieu, mal- 
gré ses efforts épistolaires, un souci constant 
d'endormir l'inquiétude de Luynes, ne parvient 
qu'à l'exciter davantage. Nul ne croit à sa sagesse 
et qu'il accepte sans un puissant intérêt son rôle 
de délateur. Suspecté à Paris, détesté à Blois, 
imaginant qu'on Pexpédiera sans tarder à l'extré- 
mité du royaume, il prévient les ordres, déguer- 
pit nuitamment, se réfugie en son diocèse. De 
Goussay où il pourfendra les ministres protestants 
jusqu'à Avignon où, rongé d'impatience, il atten- 

1. Tallemant, II, 386, ad nolam. 



48 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

dra la revanche, il demeurera politiquement silen- 
cieux. 

Disparu ce meneur d'hommes qui contenait 
dans Tobéissance et l'ordre la cour de Blois, 
c'est aussitôt un déchaînement de passions et 
dlntrigues. De Lorine, avec toutes les peines du 
monde, guérit la reine de ces crises de fureur 
qui la laissent inerte et mourante. Mais personne 
n'est capable de la guérir de son humeur de 
conspiration. Tout au contraire, les Italiens l'atti- 
sent, accourus, comme des mouches, de tous les 
points où ils butinaient des écus. L'affaire de 
Barbin s'accomplit. Si bien que l'existence devient 
impossible. La geôle se rétrécit. Des espions in- 
nombrables interprètent les paroles elles regards. 
Il faut absolument donner le change, prouver que 
l'on ne songe plus à autre chose qu'à des amu- 
settes. On se pare de beaux habillements ; on 
dispense aux orfèvres de la ville des travaux 
inusités ; on recrute des violons ; on joue la co- 
médie ^ Du moins, on joue ce genre de comédie 
qu'affectionnent les Italiens de cette époque et 
qui tourne le plus souvent en farce burlesque. 
Les troupes de passage et les bateleurs isolés 
offrent leurs services et on les accepte. On les 
paie même libéralement s'ils ont réussi à désopi- 
1er les rates mélancoliques. Gros-Guillaume que 
l'été chassa de Paris où, d'ordinaire, les silhouettes 
grêles de Gaultier-Garguille et de Turlupin enca- 
drent sa bedaine cerclée de ceintures comme une 

1. Cinq cents Colberl, t. 92, passim. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 49 

futaille, profite du besoin général de divertisse- 
ment. Quatre-vingt dis livres sonnantes le récom- 
pensenfcd'avoir incarné, le visage enfariné, revêtu 
d'une robe grossière, l'une de ces barengères 
entripaillées qui émotionnent de leur verbe tru- 
culent le carreau des Halles '. 

Mieux encore : la reine se souvient qu'au nom- 
bre de ses serviteurs vivent, inemployés, deux 
compères dont on vante les inventions subtiles 
et les cocasseries salées. Elle les invite à parti- 
ciper cà son ébaudissement. Ils sont frères et ca- 
chent sous des pseudonymes une parenté qui 
nuirait à leur commerce de billevesées. On les 
appelle Philippe de Mondor et Tabarin ou plutôt, 
de leurs véritables noms, Philippe et Antoine 
Girard. L'un se prétend médecin et maître de 
l'autre. Juchés sur leurs tréteaux, ils tiennent en 
suspens, pour des heures de saine gaieté, toute 
la gent parasite du chflteau de Blois et Marie de 
Médicis elle-même. Affublé d'un hoquctonde toile 
verte et jaune Tabarin, souple et adroit, pose à 
Mondor des questions insidieuses : 

— Pourquoi les femmes ont-elles les fesses plus 
grosses que les hommes ? 



1. Cinq cents Colherl,t. 92, p. 187, t. 94, p. 2-35. Ce document 
inédit sur Gros-Guillaume complétera une heurede son existence 
généralement fort obscure. Le passage du farceur à la cour de 
Médicis est signalé par le paragraphe suivant du registre : «Tré- 
soriers, etc.. payez à Robert Guérin, dit La Fleur (ou Gros- 
Guillaume), comédien, la somme de quatre-vingt-dix livres de 
laquelle nous luv avons fait don, passant en ce lieu, pour luy 
faire sentir la grandeur de nostre libéralité. Faict à Bloys le 
4^ may 1618. » 



50 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

L'autre, doctoral et emphatique, s'embourbe 
en des considérations morales et jamais ne résout 
le problème. Alors, Tabarin : 

— La raison naturelle pourquoi les fesses des 
femmes sont plus grosses que celles des hommes 
est que Tenclume doit estre tousjours plus grosse 
que le marteau \ 

Souvent les questions sont davantage grave- 
leuses et les réponses plus encore stercoraires. 
Mais nul ne s'en formalise. 

1. Bibl. nal.. Cinq cents Colhert, t. 92, P 201 V ; 94, f» 255 
Vo : « Trésoriers, etc.. paiez au docteur Philippe de Montdor, 
médecin, la somme de six cens livres pour estre distribuée 
tant à luy qu'à ceux qui l'ont assisté pour joiier les comédies 
qu"ilz ont représentées diverses fois devant Nous pour nostre 
plaisir et service ausquels nous en avons faict don. Faict à 
Bloys le 6« décembre 1618. » V. aussi t. 92, f" 214 ; 94, f" 295 : 
« Trésoriers, etc.. Paiez comptant à Philippe de Montdor, doc- 
teur en médecine et Antoine Gii-ard, dict Tabarin, la somme 
de trois cens livres de laquelle nous leur avons faict don tant 
en considération de ce qu'ilzont représenté plusieurs comédies 
devant Nous pour nostre plaisir et service que pour leur faire 
ressentir nostre libérallité. Faict à Bloys le X1I° jour de feb- 
vrier 1619. » Ces deux documents, le deuxième surtout, ont 
l'avantaj^e de révéler de façon formelle une infinité de points 
obscurs de la vie et de la personnalité des deuv célèbres bate- 
leurs du Pont-Neuf, Leber : Plaisantes recherches d un homme 
grave sur un farceur, 1835; d'Harmonville: Préface aux OEu- 
vres de Tabarin. 185S ; Aventin : Préface aux OEuvres de Ta- 
barin, 1858, et bien d'autres, se sont demandés en quel lieu du 
mond- Montdor et Tabarin gîtaient avant 1619, date de leur 
apparition au Pont-Neuf. Ils étaient tout simplement à la cour 
de Blois Los mêmes auteurs épiloguèrent longuement sur leur 
nationalité. Nous ne croyons pas nous tromper en affirmant 
qu'ils étaient français. Leur nom véritable l'indique Jal : Dic- 
tionnaire critique. 1872, art. : Guéru, Montdor, Tabarin, avait 
découvert que Montdor s'appelait Philippe Girard. II eut en 
mains toutes facilités de comprendre que Tabarin n'était autre, 
comme le montrent les documents ci-dessus, qu'Antoine Gii-ard > 



LE PLAISANT AI3BÉ DE BOISROBERT 51 

Un jour cependant, il semble qu'un peu de 
délicatesse et de poésie siérait en une cour poli- 
cée. G est alors que Boisrobert trouve soudain un 
moyen de justifier sa j)résence. On lui demande 
de traduire le Pastor Fido de Guarini. On le gra- 
tifie d'une pension de onze cents livres afin de lui 
éviter les soucis matériels. Il se met à l'œuvre 
sur l'heure, car le léger poète italien, si habile à 
traduire les mouvements passionnels de ses pas- 



son frère, déf^uisé sous un pseudonyme italien probablement 
pour attire! l'attention du public c iricux de ces exotismes. Il 
s'acharna à en faire un Jean Salomon, alors qu'une pièce du 
temps : Le clairvoyant intervenu sur la response de Taharin, 
1619, signale sa parenté avec Monldor et que le prêtre Petit, 
enregistrant à l'église Saint-Paul les actes où figurait Tabarin, 
confirma cette parenté. Nous ne pouvons entrer ici en des dis- 
cussions plus circonstanciées. Voici cependant, en utilisant les 
actes produits par Jal, établi en partie l'état civil de Tabarin : 
Antoine Girard, frère de Philippe Girard, épousa à une date 
indéterminée Victoire Blanche (la fameus ; F'rancisquine), morte 
le 16 août 163-3. Il eut d'elle au moins un fils mort le .31 juillet 
1629. Il mourut lui-même le 29 novembre 1626, paroisse Saint- 
Barthélémy, à Pans. La légende, qui le fait périr assassiné sur ses 
terres par des hobereaux jaloux de sa fortune, est conséqueni- 
ment sans fondement comme toutes les légend'S. De même, 
controuvéc est la tradition qui veut que Gaultier-Garguille 
ait épousé sa fîlle. Le comédien de l'Hôtel de Bourgogne s'al- 
lia, en efîjt, à une demoiselle Aliénor Salomon. fille de .îehan 
Salomon, sieur de Frety qui était très probablement le maitre 
ceinturier signalé par Jal. Gett-; certitude enlève au ch-ipitre VI 
du volume de M G Sansrefus : Gaultier-Garquille, 190S, tout 
caractère d'authenticité. On s'est aussi demandé lequel des 
deux recueils de folâtreries parus en 1622 sous le nom de Tal^a- 
rin lui appartenait réellement. Xous pouvons affirmer que c'est 
l'Inventaire universel. Il porte, en effet, au bas de la dédicace 
à Monldor, les initiales A. G. (Antoine Girard). Nous revien- 
drons ailleurs et d'une manière plus explicite sur Tabarin. 



52 LE PLAISANT ABBïî DE BOISROBERT 

tourelles galantes, lui est depuis longtemps connu 
et agréable \ 

Probablement Boisrobert, comme ses compa- 
gnons, ignore ce qui se trame dans l'ombre. Il 
aiguise ses rimes. Il ne voit point, la nuit, Rucel- 
lai pénétrer en des déguisements variés auprès de 
la reine. L'entente avec le duc d'Epernon, toutes 
les sourdes menées lui échappent. Aussi étonné 
que M""" de Guercheville, un beau matin il apprend 
la fuite de la prisonnière. L'étonnement passé, 
insoucieux des conséquences de l'évasion, il s'a- 
bandonne à la gaieté. Gap il se représente quel 
curieux spectacle dut offrir cette femme mafflue, 
les cottes troussées, franchissant par la fenêtre, 
sur une échelle, les contreforts du château et qu'il 
fallut ensuite se passer de mains en mains, dans 
un sac. 

Trop ami du bien-être, il ne goûte point les 
émotions romanesques. Plus tard son confrère 
La Calprenède d'une plume longanime et, dans 
la société. M"" de Bouteville, d'un ton délibéré, 
lui enseigneront les douceurs de ces enlèvements. 
A cette heure il n'en envisage que les résultats 
désastreux pour sa fortune. Que devenir ?Retour- 

1. Bihl. \at., Cinq cents Colhert, t. 92, p. 204 ; 94, p. 260: 
Trésoriers, etc.. Payez à François Le Melel, sieur de Bois- 
robert, poète françois, la somme de m' livres de laquelle nous 
luy avons faict don en considération de ses services et pour 
luy donner moien de s'entretenir près de nous pendant le temps 
qu'il y demeurera pour faire la traduction du Paslor Fido 
d'Itallien en françois que nous luy avons commandée pour 
nostre plaisir et service Faict à Bloié, le 6» décembre 1618. » 
Tallemant, II, 3S3, ad notani, confirme le renseignement 
contenu dans cet acte inédit. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEBT 



53 



ner à Paris, chercher des maîtres moins turbu- 
lents, essayer, au barreau, de conquérir une noto- 
riété ? 

Heureusement sa perplexité se prolonge à peine. 
Marie de Médicis n'oublie pas sa domesticité. 
Une lettre d'elle, bieutôt arrivée, convie ses féaux 
et amés à la suivre Boisrobert plie bagage, salue 
d'un geste ironique le château déserté où les 
heures furent si moroses. Il se félicite du change- 
ment. Angouléme où se réfugie la reine mère, 
c'est la liberté et l'espoir. 

Paroisse Saint-Paul, adossée au mur de pre- 
mière enceinte, se dresse la maison de Balzac où 
loge la fugitive. Le quartier n'a pas mauvaise 
apparence, bien que l'église croule de pauvreté 
et que, toute proche, s'érige Li masure où végète 
la famille Ravaillac. Voisinage atroce dont Marie 
de Médicis ne semble se soucier. Incapable de 
savoir où elle va ni ce qu'elle veut, elle négocie 
avec Paris. 

Or Boisrobert, délaissant le Pastor Fido, se 
réjouit de contracter des amitiés nouvelles. Car 
la demeure des Balzac, agréable comme un mu- 
sée, toute enrichie d'œuvres d'art et de peintures 
excellentes, contient, en outre, des esprits ouverts 
à la littérature. Tan lis que le vieux Guez échauffe, 
au coin de l'àtre, ses membres fatigués par l'âge, 
ses fils Jean-Louis et François, sa fille. M"' de 
Gampagno, accueillent le poète ordinaire de la 
reine avec enthousiasme. Jean-Louis, en particu- 
lier, le fête. Pour lui plaire, il éclaircit l'ombre 
grave de son visage et amollit la rudesse de son 



54 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

caractère. Us épiloguent d'abord sur la politique 
où l'Angoumois semble devoir se verser. Puis, 
tout naturellement, ils échangent leurs concepts 
littéraires. La morg'ue de son compagnon sur- 
prend un peu Boisrobert. Mais sa franchise, sa 
iinesse et un net sentiment de la bcauto la com- 
pensent amplement. 

Non loin d'Angoulème, le château de Balzac, 
flanqué de ses quatre pavillons, sommeille parmi 
les verdures et les fleurs. C'est un lieu, dirait-on, 
d'éternelle jouvence. La Charente et la Touvre 
l'environnent de leurs ondes argentées et mur- 
murantes. Jean-Louis Guez l'affectionne pas- 
sionnément. C'est pourquoi il souhaite que son 
nouvel ami en apprécie le charme. En compagnie 
des frères Girard, l'un officiald'Angou'.êine, Tautre 
secrétaire du duc d'Epernon, ses compères de 
prédilection, il l'y conduit dès que la saison favo- 
rise les promenades '. Emu sans doute davantage 
par les bons propos que l'on tient autour de lui 
que pir la sévère ordonnance du parc rectiligne, 
Boisrobert se découvre un subit amour de la 
campagne et de la solitude \ Sa muse somnolente 

1. Claude et Guillaume, ce dernier, auteur de la Vie du duc 
d Épernon, précitée. Balzac leur adressa des lettres nombreu- 
ses. Le premier fut éditeur posthume de ses Lettres à Chape- 
lain et à Coarart et de ses Entretiens. Boisrobert paraît n'avoir 
entretenu des relations postérieures qu'avec le second. V. Re- 
cueil de lettres nouvelles, Jô34, II, 442, A M.Girard, secrétaire 
de Mgr le duc d Épernon. 

2. Sur le château de Balzac, V. Poésies diverses par M. de 
Scudéri, 1649. p. 218;Godeau, Lettres, 1713, p. 167 et s, V. 
aussi. Balzac, OEuvres, 1667 passim et le frontispice des 
Œuvres diverses de M. de Balzac, Leyde, Klzevier, 1658, in-12. 



LE PLAISANT AIÎBE DE BOISROBERT JO 

se réveille et, faisant allusion aux incidents d'un 
passé très proche, s^écrie : 

... Le soin des affaires de France 
Et ce qu'Amadis entreprit 
Me repassent devant l'esprit 
Avecque mesme indifférence. 

Que l'on se batte en Allemas^ne, 
Qu aux droits de l'empire latin 
On appelle le Palatin, 
Ou Gabor, ou le roi d'Espagne, 

Je ne m'en donne point de peine 
Pourveu que je boive à longs traits 
De ce vin délicat et frais 
Sur le bord de cette fontaine. 

Mon âme est tellement ravie 
Que je pense estre un demy-Dieu, 
Ne connoissant plus en ce lieu 
La hayne, l'amour ny l'envie. 

Il engage Balzac à concevoir en cette retraite 
un ouvrage immortel ce qu'il ne peut manquer 
do faire dès qu'il prend la plume. Quant à lui, à 
regret il l'abandonne. Et retournant vers la ville, 
il déplore l'amertume de sa destinée : 

O ! juste Ciel, quelle apparence 

De m'aller consumer d'ennuy, 

Et tousjours, sous l'humeur d'autruy, 

Me paistre de vaine espérance ! 



56 LE PLAISANT ABBE DE BOISllOBERT 

Adieu, jardin de musc et d'ambre. 
Je m'en vais encore à la cour 
Faire le badin tout le jour 
Sur le coffre d'une antichambre * ! 

Bien que Boisrobert se lamente sans cesse sur 
son esclavage, il forme le vœu intérieur de le 
resserrer plus encore. Ce qu'il regrette surtout, 
c'est de n'être p is attaché officiellement à la 
reine et inscrit au rôle de ses officiers. Il touche 
des gratifications, poiat de pension. De là, son 
désenchantement et le compliment que, dans son 
ode, réservant l'avenir, il glisse à l'adresse de 
Tévêque de Luçon. 

Car rhistoire à laquelle inconsciemment il par- 
ticipe, marche à pas héro'i comiques. Tandis qu'il 
batifole avec Bautru le bouffon, venu on ne sait 
comment en ces p irages où il y a dos coups à 
gagner % et envoie à son ami David du Petit- Val, 
éditeur normand, sa contribution au Cabinet des 



1. Recueil des plus beaux vers de MM. Malherbe, 1627, p.471; 
1630 et 1638, p. 548 ; Jardin des Muses oii se voyent les fleurs 
des plus agréables poésif-s, 1643. p. 233; Annales poétiques, 
1781, t. XVIir, p. 9, Ode à M. de Balzac par M de Boisrobert 
lorsque la reyne mère esloil à Angoulesme. Balzac est un per- 
sonnage trop connu pour que nous donnions sur son compte 
une bibliographie. Sur le séjour de Marie de Médicis à Angou- 
lénie, V.en outre des mémoires précités, l'ouvrage de Girard; 
le Mercure français; Eusèbe Gastaigne: Recherches sur la mai- 
son de Balzac, 1846 ; P. de Fleury : Le second séjour de Marie 
de Médicis à Angouléme, 1894 ; Les entretiens de feu M. de 
Balzac, 1657, p, 132 et s. 

2. Sa présence à Angouléme nous est signalée par Tallemant: 
11,4.313. De cette circonstance date sans doute lamitic des deux 
hommes. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEHT / 

Muses s les négociations de Marie de Médicis 
avec Louis Xlll et Luynes ont abouti au rappel 
de Richelieu. 

Aidé de Philippe de Béthune et du cardinal de 
Berulle, Richelieu panse des plaies. Il a chassé, 
par sa seule présence, toute la séquelle italienne, 
tout le clan des brouillons. Rucellai, Tantucci 
et autres. Peu après, on signe le traité d'Angou- 
léme. A l'entrevue de Couzières succèdent la 
bataille des Ponts-de-Cé et 1 1 paix de Brissac. 
Boisrobertvoit enfln s'ouvrir devant lui des pers- 
pectives meilleures "... 



1. Rouen, lôl9, in-12. Ce recueil enferme 15 pièces de Bois- 
robert détaillées par Fr. Lachèvrc, Bibliographie des recueils 
collectifs de poésies, 1901-1903, I, 15. 

2. G, Hanotaux : op. cit., passim, raconte le détail de ces 
événements avec grande lucidité. V. au^si. Abbé M.Houssaye : 
Le cardinal de Berulle et le cardinal de Richelieu, 187j;Zeller: 
Etudes critiques sur le règne de Louis XIII, Le connétable de 
Luyne, Maulauban et la Valleline : Husebe Pavie : La guerre 
entre Louis XIII et Marie de Médicis 1899, etc. 



CHAPITRE m 



Car la reine mère et sa cour errante regagnent 
Paris. L'hieure sonne pour notre héros de s'éta- 
blir solidement. Il tourne encore les yeux du côté 
de Richelieu. Mais l'évêque vient d'être frustré 
du chapeau de cardinal. Plongé dans la rage, il 
organise contre Luynes, dont il n'accepte pas la 
duperie, une implacable guerre de plume. Le mo- 
ment serait mal choisi de solliciter sa bienveil- 
lance. Boisrobert savise donc, pour triompher 
de la gueuserie, d'un plaisant stratagème. Effron- 
tément il se rend auprès du roi et lui dit : 

— Sire, je reconnois bien que je suis incapable 
de vous servir. J'espère y parvenir cependant si 
vous m'y voulez assister. 11 plaira donc à Yostre 
^lajesté me faire donner de l'argent pour avoir 
une bibliothèque afin que je puisse travailler à 
sa gloire. Il n'y aura après pas un seigneur qui, 
à son exemple, ne m'en donne aussi. 

Lo.uis XIIl exauce bénévolement son vœu. Aus- 
sitôt il s'en va, suivi d'un libraire, mendier chez 
les grands. A l'un, à défaut d'argent, il demande 
tel livre et à l'autre tel autre, des plus chers qui se 
puissent rencontrer. Gaston d'Orléans envoie de si 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 59 

bonne grâce l'Atlas d'Ortellius que notre homme 
l'en remercie publiquement : 

^'ous m'avez donné tout le monde : 
C'est un présent digne de vous*. 

Le geste du prince entraîne les hésitants. On 
se montre libéral avec émulation. Toute la cour 
— les valets même — participe à l'œuvre pie 
comme si « pour paroistre lionneste homme, il 
eût lallu garnir le cabinet de Boisrobert. » Seul 
M. de Gandalle à qui ce dernier réclame les Pè- 
res lui répond avec brusquerie. 

— Je vous donne le mien de bon cœur !... 

Mais cette boutide passe inaperçue. En quel- 
ques jours Boisrobert escroque cinq ou six mille 
francs -. Nanti de cet argent, gagné sans fatigue, 
il conquiert une issurance et une liberté d'allures 
qui touchent à l'impudence. Il se couvre, à la 
manière galante, de feutres empanachés et de 
brocard d or. Et, tout sémillant, il accourt chez 
les dames. Il fait, devant elles, le passionné, 
« roule les yeux en la teste » comme ces figures 
d'horlog3 que commandent des ressorts. Parmi 
les princesses, transporté d'admiration apparente, 
il s'écrie: 



i. Recueil des plus beaux vers de MM. Malherbe, 1627, p. 446 ; 
16^0 et 16*8, p 533; Jardin des Muses, 1643, p. 279, Remer- 
ciement à Monseigneur frère du Roy pour un Ortellius. Il 
s'agit du Theatrum orhis lerrarum, Anvers, 1570, in-fulio. 

2. Tallomaiit: II, 384 et note l. La mêms anecJotc est contée 
dans Sorel : Francien, élit. Colombey, 1S77, p. 201. Boisro- 
bert y est dissimulé sous le nom de Méhbée. 



60 LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 

— Ah! mesdames, je perds la vue pour avoir 
trop regardé de belles choses. 

Nulle ne s'offense de ces effusions. On souffre 
de sa gentillesse ce que l'on ne souffrirait d'au- 
cune autre. Personne mieux que lui n'utilise, avec 
plus d'aisance, le phébus de la galanterie. 

— Que je baise ces chères mains, ma belle, 
proclame-t-il. M lis las ! quel prodigieux effet ! 
Elles sont de neige et pourtant elles me brû- 
lent ^!... 

Jamais dénué de mots à « longues queues », 
il prétend cependant que l'amour lui enlève 
l'usage de la parole ^ 11 organise, dans les com- 
pagnies, des disputes sur les vertus du vert et 
du bleu ^ 11 féli'ite les veuves qui se débarras- 
sent de leurs voiles et ainsi autorisent qu'on les 
circonvienne ^ Au sieur Lartigue il com nande le 
portrait d'une belle et ne sait plus, de l'original 
ou de la copie, lequel le séduit davantage '\ Il 
s'éprend même d'une figure de femme imaginaire 
et supplie l'artiste de la brûler afin : 

Qu'une fois pour l'amour de moi 
Je la puisse voir enflammée ". 

Il madrigalise autour des jeunes filles et des 

1. Sovel : op. cil., p. 202. 

2. Recueil des plus beaux vers de MM. Malherbe, 1627, s. p., 
Slances. 

3. Jhid., p. 520. 

4 Ibid., 1627, p. 501 ; 630-1638, p. 575. 

5. Ibid , 1627, p. 502 ; 1630-1618, p. 576. 

6. Ibid., 1621, p. 481 ; 1630-1638, p. 557. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBEHT Gl 

enfants même en qui il soupçonne de grandes 
amoureuses en puissance '. IL souhaite les rendre 
« sçavantes en son escole » et que ses rivaux ne 
jouissent, auprès d'elles, que d'une « seconde 
flamme ». Il prise bien davant igo les lys d'entrer 
en la composition de leur teint que de figurer au 
blason de France ^ 

Vingt femmes simultanément attirent sa solli- 
citude ^ Pour Daphné il se seut capable de triom- 
pher de son humeur de lièvre couard et de se 
transformer en foudre de guerre *. A Climène qui 
le soupçonne de médisance, il écrit ; 

« J'aimerois mieux que l'on m'accusast d'avoir 
trahy mon pais, empoisonné mes parents et com- 
mis un sacrilège que d'avoir mesdit de vous » '". 

Il trouve parfois, mais rarement des inhumai- 
nes, Astrée et Iris, contre lesquelles, sous des for- 
mes difTérentes, il porte même imputation : 

Ce que votre œil promet votre bouche le nie^ 



1. Recueil des plus beaux vers de MM. Malherbe, 1627, p. 4S7 

2. Ibid., 1627, p. 528. 

3. Leurs noms allé;^oriques répondent à des pcrsonnalLIés 
aujourd'hui impossibles à découvrir. Ce sont : Diane, Glycèrc, 
Uranie, Philis, Daphné, Astrée, Angélique, Lisimène, Isabelle, 
Clariste, Iris, Sylvie, Olympe, Parthcnice, Nerée, Climène, 
Carinte, Grisante, Floric;, Cloris. A chacune d'elles plusieurs 
lettres ou poésies sont adressées. 

4. Recueil des plus beaux vers de MM. Malherbe, 1627, p. 499; 
1630-1638, p. 572. 

0. Recueil de Lettres nouvelles, 1627, I. 250; 1634, 1, 322; 1640, 
I, 217. V. aussi, sur la même, Rec. des plus beaux vers... 1627, 
p. 531. 

6. Pour Astrée, V. Bec. des plus beaux vers, 1627, p. 600 ; pour 
Iris, V. Ibid., 16i7, p. 571 et 597. V. aussi, même sens, pour 



62 LE l'LAISANT ABDE DE BOISROBERT 

Bien vainement aussi il convoite de Glaristc 
pareille, entre mille beautés, « au lys parmi les 
violettes ^ les appas « gardés par les dédains * ». 
Pour Cloris, il fait contre fortune bon cœur et se 
montre* souffrant » de mine si avantageuse qu\^n 
l'estime, contre l'évidence même, comblé de ses 
faveurs*. Tout en s'étonnantde subsister trois jours 
éloigné de Sylvie \ il promet à Grisante de s'aller, 
avec elle, enfermer au couvent et réclame à Flo- 
rice son entremise auprès d'une dame dont le 
strabisme éveille sa curiosité ^ A Carinte que ses 
parents séquestrent à la campagne, entre deux 
crises de jalousie, il trace une peinture passion- 
née de la cour et du cercle admirable qui entoure 
lareiae^ Ainsi pcnse-t-il la déterminer au retour. 
Isabelle ayant, plus encore que ses compagnes, 
assujetti son esprit, il perd la ferveur nécessaire, 
aux jours saints, pour adresser au Seigneur des 
oraisoas sincères ^ Et voici que Diane la succu- 
lente, le détournant tout à fait de ses devoirs 
sacrés, remporte jusqu'au sacrilège. Il lui offre 
certain Paradis d' Amour flanqué de cette épi- 
graphe : « Il n'est point d'autre ciel que ma belle 

Lisimène, Rec. de Lettres nouvelles, 1627, I, 250 ; 163i, I, 332 ; 
1640, 1,225; Rec p/u.s foeai/x Z)er.s, 1627,p.l95; 1630-1638,p.565. 

1. Sur Glariste, V. Rec, plus beaux vers, 1627, p. 508 ; 1630- 
1638, p. 590. 

2. Rec. plus beaux vers, 1627, p. 605. 

3. Ibid , 1627, p -485 ; 1630-1638, p. 578. 

4. Rec.de Lettres nouvelles, 1627, I, 254, 256; 1634, 1, 326, 
329 ; 1610, I, 220, 222. 

5. Rec de Lettres nouvelles, 1627, I, 261 ; 1634, 1,334; 16îO, 
I, 227 ; Rec. j)lus beaux vers, 1627, p. 609. 

6. Rec. plus beaux vers, 1627, p. 523, 535, 54 i. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT VO^ 

Diane ». Diane l'a si complètement ravi en extase, 
assiirc-t-il, 

Que la félicité des anj^es 

N'est que l'ombre de ses plaisirs '. 

Néanmoins il ne le faudrait pas croire totale- 
ment en servitude pour quelques affirmations qu^il 
donne en pensant à autre chose. « Mon cœur, 
écrit-il, est fort délicat et, pour peu qu'on le 
rebutte, on le dégage » '. La coquette Nerée en 
fait la pénible expérience, ^ de même que Par- 
tlîénice qu'il essaya longtemps de soumettre à son 
caprice : 

Je vous aimois comme une sœur 
... Puisque vous faites l'entendue, 

Vous n'avez plus rien de charmant: 
L'ambition vous a perdue. 
Allezj cherchez un autre amant *. 

Ail ! si ces femmes possédaient la moindre 
adresse, comme elles s'empresseraient, loin de ter- 

1. Boisrobert : Le Paradis d'Amour. Dédié an Ciel.SL.'S.D. 
10-4" de 4 p Celte pièce est attribuée à Boisrobert par M.Fré- 
déric Laclièvre : op. cit., II, 160. Elle est rarissime et nous a 
été communiquée par lui. Elle est composée de stances et d'une 
épigramme. 

2. Rec. de Lettres nouvelles, 1(527, I, 256 ; 1634, I, 329 ; 1640, 
I, 222. 

3. Bec. plus beaux vers, 1627, p. 596. 

4. Ibid., 1627, p. 51h, 601 ; Rec. de Lettres nouvelles, 1627 
r, 247, 264 ; 1634, 1, 319, 337 ; 1640, I, 217, 230. 



64 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

giverser, d^ accepter sa recherche ! Poète, n"a-t-il 
pas le moyen de leur prodiguer la gloire et de 
transmettre leur nom à la postérité ? Et le voici 
énumérant à Philis les avantages de son com- 
merce : 

PhiUs qui, parmi tant d'appas, 
Falotes tant de dédain parestre, 
Pour Dieu, ne me dédaignez pas 
Avant que de me bien connestre. 

Moy qui sçay l'art de bien aymer 
Et dont la Muse e^t plus heureuse 
Que nulle autre à bien exprimer 
Une passion amoureuse ; 

Moy qui, par mes douces chansons, 
Des plus belles Dames chéries 
Fournis tous les jours de leçons 
Aux doux échos des Tuilleries ; 

Moy qui suis en meilleure odeur 
Que les œillets ny que les roses ; 
Moy qui, sans flatter la grandeur, 
Donne du prix aux belles choses ; 

Moy qui, sans fard et d'un cœur net, 

Toutes mes passions découvre ; 

Moy qui hante le cabinet ; 

Moy qu'on montre au doigt dans le Louvre, 

Auray-je en vain, dans mon sçavoir, 
Qui charme comme la magie, 
Recherché pour vous esmouvoir 
Tous les secrets de l'Elégie ? 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 65 

Si VOUS croyez que je me ris 
Ou que cj soit un artifice. 
Demandez à la bille Iris, 
A Lisimène, à Parthenice. 

Sachez si je suis pas heureux 
A vanter un mérite extresme, 
Et si, quand je suis amoureux, 
Je sçay bien louer ce que j'aime 1 

Parlant de moy si dignement. 
Je suis un peu vain, je l'advcûe. 
Mais c'est contre mon sentiment : 
Vos mespris font que je me lotie. 

Ce tesmoig'nage est le premier 
Que j'ay rendu de ma foiblesse, 
Mais, à l'exemple du Palmier, 
Quand on m'abat, je me redresse. 

Vous donc qui, parmi tant d'appas, 
Faictes tant de dédains parestre. 
Pour Dieu, ne me dédaignez pas 
Avant que de me bien connestre *. 

Philis se rendit-elle à cette argumentation ? 
Nous ne le pourrions dire. Mais à défaut de Phi- 
lis, Olympe qu'il captivait de sa séduction de 
« bien disant » voulut un jour apprendre si ses 

1. Rec. des plus beaux vers, 1627, s. p. ; 1630-1638, p. 53S. 
Sur la même, V. Ibid., p. 533 et 569 ; Airs et vaudevilles de 
cour, 1655, I. 255; Rec. des plus beaux vers qui ont été mis en 
chant, 1661, 1" part., p. 385. V. aussi, même sens, Rec. plus 
beaux vers, 1627, p. 601. 

4. 



66 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

actes correspondaient, en fougue, à son éloquence. 
Sans doute n'eut-elle pas à regretter de l'avoir 
mis à l'épreuve. Sa jeunesse pouvait, avec avan- 
tage, renouveler les assauts. Mais il éprouva le 
besoin, pour entraîner apparemment aux exqui- 
ses défaites d'autres filles indécises, de célébrer 
hautement sa victoire : 



A la fin ma persévérance 
Fléchit un courage obstiné 
Qui s'estoit deux ans mutiné 
Contre l'Amour et ma constance. 
Olympe a reconnu ma foy : 
Je la possède, elle est à moy ' !.. 



Boisrobert, bien qu'il vante lui-même sa dis- 
crétion, ne passera point pour un homme à qui 
les femmes considérées puissent confier leur hon- 
neur. A la vérité si Olympe, malgré sa chute, 
conserve le droit de s'offusquer que le bénéfi- 
ciaire en publie les circonstances, quel sera le 
sentiment de Glicère, encore honnête et minau- 
dant, à la lecture de ce sonnet : 



L'autre nuit je songeais, adorable Glicère, 
Qu'entre les bons esprits vous me vîntes choisir 

1. Rec. pins Jieaux vers, 1627, p. 515, Vicloire amoureuse 
Sur la même. V. Ihid., 1627, p. 518 ; 1630-1638, p. 58S ; Ibid.. 
1627, p. 522; Il)id , 1627, p. 543; 1630-1638, p. 580; Recueil de, 
tous les plus beaux vers quionl eslé mis en chant, 1668, 2«part. 
p. 220; 1680, 1'° pai't., p. 220. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 67 

Pour descrire en mes vers, avec plus de loisir, 
Vostre rare beauté dont je ne puis me taire. 

Je me mis en humeur afin de satisfaire 

Le mieux que je pouvois à vostre ardent désir, 

Et commencé d'escrire avec tant de plaisir 

Que je croyois pour vous tout penser et tout faire. 

Mais je fus esveillé traçant les premiers traits. 
Alors que pour monstrer à nud tous vos attraits 
De long-, ce me sembloit, vous estiez estendiie. 

Ce songe, à mon réveil, ne fut pas du tout vain, 
Car je trouvé la plume encore dans ma main 
Et sentis dans les draps mon ancre respandûe i. 

Que l'on n'attribue pas trop d'importance aux 
tendances graveleuses de la poésie de Boisrobert 
à ce moment. Le jeune homme n'est ni meilleur 
ni pire que ses contemporains. Il hante diffé- 
rents milieux qui ne l'induisent guère à la con- 
trition et à la vertu. Durant les négociations qui 
suivirent la drôlerie des Ponts-de-Cé, il connut 
Théophile de Viau qui, dans l'armée royale, 
essayait, par l'héroïsme de ses actions, de dissi- 
per les méfiances de Luynes à son endroit. Réci- 

1. Recueil des plus beaux vers, 1627, p. 60S. La production 
galante de Boisrobert, à ce moment (1622 à 1627), est extrê- 
mement abondante. Nous négligeons une douzaine de poésies 
publiées dans les trois éditions du Recueil des plus beaux vers 
et reproduites par différents recueils postérieurs. Elles ne nous 
ont pas semblé dignes d'être utilisées. 



68 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

proquement les deux hommes se plurent. C'est 
pour>[iioi Boisrobert grossit la cohorte libertine 
qui, à la Pomme di Pin et par tous les cabarets 
de la capitale, scandalise de ses orgies les honnê- 
tes gens. Pierre de Boissat, Brun, Des Barreaux, 
Charles Sanguin, Saint- Pavin^ Mairet, Ducée,La 
Pigeonnière s'exercent, avec lui, aux belles im- 
piétés, aidés, dans cette tâche, pir quelques sei- 
gneurs délurés, Clermont-Lodève, Chalais, Du 
Plessis-Liancourt et son demi-frère, M. de la 
Roche-Guyon, fils de cette marquise de Guerche- 
ville dont il admirait, à Blois, la nature paci- 
fique. 

Lorsque Théophile, abandonnant par crainte 
de Luynes qui le menace de la bastoanade, ses 
ouailles sarcastiques. s'embarque pour l'Angle- 
terre, Boisrobert, en tête de ses Œuvres, publiées 
par Des Barreaux, place quelques stances philo- 
sophiques '. Il ne réfléchit point qu'à recomman- 
der son ami, il se peut aliéner les bonnes grâces 
du puissant favori et qu'il risque tout au moias 
de déchaîner contre lai la haine des Jésuites. Il 
veut simplement, par cette recommandation, dis- 
perser les médisances qui accablent l'exilé. 

Sans doute est-il déterminé à adopter cette 
attitude dangereuse par son intimité avec une 
autre troupe où Théophile moissonne l'admira- 
tion et l'assentiment. En cette autre troupe 
l'ivrognerie conforte le libertinage. Saint-Amant 

1. Les OEiivres du sieur Théophile, 1621. Sur le trailè de 
r Immortalité de l'ûme de M. Théophile. Dans ledit, de 1622 
ces stances sont sijrnécs : Bois-Robert-Mctel. 



LE PLAISANT ABBE DE ROISROBERT G9 

y trône par droit de bedaine. Maynard, magnifi- 
que ciseleur d'épigrainmos, Colletet portant le 
fardeau de ses luxures, Vauquelin des Yveteaux, 
hizarre précepteur de Louis Xlil, Molière d'Es- 
sertines, Faret, Blot, Tristan Lhermite, Gillot. Vion 
d'x\libray. Le Railleur, Flotte, Meziriac, Malle- 
ville, cent autres dont Gui de Laval- Boisdauphin 
et Deslandes-Payen, conseiller au Parlement, 
jiassent, autour des pots, le temps en calembre- 
daines. Grenouiller ;tastonner les servantes ; limer 
des strophes d'une extraordinaire intensité de cou- 
leur et de vie ; entendre le verbe tonitruant de 
Saint-Amant en détailler amoureusement d'au- 
tres déjà faites ; railler les hommes et leurs 
œuvres; disputer sur mille sujets; s'épandre en 
saillies d'esprit; s'endormir, empli de vin, sous 
les tables ; parler à la lune ; faire en une seule 
nuit le tour des cabarets de la ville ; assiéger les 
bordels où s'y prélasser sans mot dire ; se mêler 
à la canaille du Pont Neuf ; batifoler aux foires 
Saint-Germain et Saint-Laurent; aller au désha- 
billé, surprendre les comédiennes de l'Hôtel du 
Marais : avec les bateleurs, débiter des gaillardi- 
ses; tirer l'épée contre les voleurs des ruelles; se 
battre pour un sourire de ribaude; confectionner 
des cocus et leur jouer des tours de maître Gonin 
telles sont les occupations principales du groupe 
et, par suite, celles de Boisrobert ^ 

1. Boisrobert parle en plusieurs endroits de son œuvre de 
Saint-Amant. V. notamment, Rec. pi. bx vers, 1627, p. 567. 
Sur ses relations avec son groupj, V. La Muse coquette, 1659 
\). 150, Poème coquet de la Bouteille (par Carneau), 



70 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

Deslandes-Payeii, parmi ces biberons, attire 
surtout l'affection de ce dernier. La robe quit- 
tée, ce conseiller au Parlement oublie la gravité 
judiciaire. Il n'est plus qu'un homme agréa- 
ble dont ne se limitent jamais les entraîne- 
ments à manger et à boire. Plus tard il fera 
pénitence de ses excès de gueule. Le sachant, il 
se hâte de monter jusqu'au faîte du péché. En 
suite le repentir acquerra sa véritable raison 
d'être. 

En son honneur, Boisrobert aligne quelques 
rimes '. Car la débauche excite plutôt qu'elle 
n'affaiblit sa puissance poétique. Le moindre 
événement lui fournit un sujet surtout si, à célé- 
brer cet événement, il sait s'ouvrir des portes 
nouvelles. Une épitaphe adressée à la comtesse 
de Soissons sur la mort de sa fille lui e-asrne les 
sympathies de cette princesse remuante *. Une 
autre encensant les mérites défunts du comte de 
Saint-Aignan paraît n^être que de médiocre im- 
portance. En réalité elle lui permettra plus tard 
de revendiquer, en des circonstances difficiles. 



1. Bec. pi. hx vers, 1«)27, p, 557, Description de Ruel à 
M. Deslandes. Sur ce Deslandes, V, Saint- Amant : OEuvres, 
édit. Livet, I, 92; Les souspirs salutaires d'IIélie Poirier, pari- 
sien, 1643, p. 108; Le Villehrequin de M' Adam, 1663, p. 61. 
116, 194, 275; Tallemant: 11,189. IQQ ; VI, 56;VI!, 109;Lorct: 
Muze historique du 17 février 1663; Gui Patin: Lettres, édit, 
Réveillé-Parise, I, 384 ; II, 7. Sur son rôle pendant la Fronde, 
V. les mémoires courriers, journaux, gazettes et mazarinades 
où il est abondamment mis en cause. 

2, Rec. pi. hx vers, 1627, p. 585, A M"" la comtesse sur la 
mort de M"' sa fille, stances. 



• LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 7 1 

Tappui d'un descendant influent de ce comte '. 
Un sonnet saluant l'élévation de Richelieu au 
cardinalat maintient son nom en cette mémoire 
facilement ing^ata^ 

11 ne néglige aucune occasion d^étendre sa gloire 
naissante. François de l^orchères d'Arbaud, gen- 
tillàtre déraciné de Provence, s'étonne que les 
femmes refusent leur intérêt à sa gueuserie orgueil- 
leuse. Il se roidit contre l'amour et le veut chas- 
ser de son cœur. Boisrobert aussitôt s'enflamme 
et d'un trait de plume démontre à Timprudent 
la sottise de sa conduite. Il agit d'ailleurs sans 
haine et, dans la suite, traînera à TAcadémie ce 
passe-volant digne de sa pitié\Peu après, et tou- 
jours d'un même cœur enthousiaste, il ajoute quel- 
ques strophes au Tpmple frhonnenrqvie le cheva- 
lier de Lescale élève au jeune baron de Frican*. 

1. Rec. pi. bxvers, 1627, p. 589, Epilaiihe de M. le comte 
de Saint-Aiffnan. Ce comte mourut le 22 février 1622. 

2. Rec. pi. bx vers, ]627,p. 449, Sonnet à Mjr le cardinal de 
Richelieu. 

3. Rec. pi. hx vers, 1627, p. 490, Sonnet en response à un 
sonnet de M. de Porchères sur un despit d'amour. Le sonnet 
de Porchères se trouve, dans le même recueil, à la p. 489 Sur 
Porchères, V. Du Rver, Le temps perdu. 1616 p, 119; De 
Brieux, Recueil de pièces, 1671, p. 117; lîacan : Œuvres, 1724, 
II, 210; Pellisson: Histoire de IWcadémie française, lôli. p. 26i 
et s ; Les Lettres du Président Maynard, 1653, p. 37, 211, 236, 
630, 764; Chapelain : Lettres, édit. T. de Larroque, I, 56, 130, 
638, 6:54; Gouiet: Bibl françoise. 1741 1756, XVI. p. 162 et s.; 
Baillet : 7«//emen< des Sçavants.l',i'2,y, 173 ; Saint-Evremond: 
Les Académisles, S. D. ; Rimes d'Arbaud de Porchères, édit. 
d'Arbaud-Jouques, 1835 ; Lachèvre : op. cit., I, 276 ; II. 422 ; 
IV, 170, etc. 

4. Le Temple d'honneur oii sont compris les plus beaux et 
héroïques vers des plus renommez poètes de ce temps non 
encore veas ny imprimez... 1622, p. 19 et 48. 



72 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Disséminées de-ci de-là, ces poésies dont on 
parle et que Ton commente suffisent à établir une 
réputation. C'est pourquoi Boisrobert, avec Théo- 
phile revenu d'Angleterre, Saint-Amant, Du Vivier, 
Charles Sorel est convié par Louis XIII à écrire 
pour les seigneurs qui le danseront les vers du 
Ballet des Bacchanales ^ et, quelque temps après, 
avec Bordier, ceux du Grand Ballet de la Beyne -. 
Il s^acquitte de cette tâche à la manière causti- 
que habituelle, ne mén igeant point aux person- 
nages auxquels il doit insuffler un verbe les allu- 
sions à leurs caractères et à leurs actes. 

Certain, désormais, puisqu'on l'emploie, que 
sa parole gagne en autorité, il adopte déjà ce 
rôle de Mécène qui toute sa vie côtoiera son propre 
rôle de solliciteur. Tandis quïl recommande à la 
reine mère la fille d'une normande, M"° de ^lar- 



1. Vers pour le ballet des Bacchanales, 1623 in-4». Cette pla- 
quette, reproduite par Lacroix: Ballets et mascarades de cour, 
1868-1870, 11,333, et s., contient sept pièces de lîoisrobert. Elle ne 
paraît pas être complète. Le Bec. pi. hx vers contient, en eiîet, 
p. 581, 583, 58i trois pièces pour le duc de Longueville et M. de 
la Valette qui n'y sont point insérées. V. aussi, p. 580 et 581, 
deux autres pièces reproduites. Sur ce ballet, V. Bassompierre: 
op. cit., III, 288. 

2. Le (jrand ballet de la reyne représentant les fêles de 
Junon la nopclère, dancé au Louvre le 5' de mars de l'an 16-J-"1, 
1623 in-8°. La Bibl. nat., possède 3 exemplaires de ce ballet. 
Yf. 42 43, 7862, «381. Le 3" présente que^lques variantes de 
pagination et de teicte. Lacroix a reproduit ce ballet où l'on 
trouve, avec celle de Boisrobert, la signature de Bordier. Sur 
ces deux ballets, V. Le neufviesme lame du Mercure français, 
1624, p. 427 et s. qui signale, au second, la présence du prince de 
(iallcs, plus tard Charles l"^, qui, passant incognito pour aller 
«n Espagne, s'y amouracha d'Henriette de France. 



LE PLAISANT ABBE DL BOISROBEHT / C) 

tinville ',il entreprend de sortir de son obscurité 
Jean-Louis Guez de Balzac. Besogne pénible et 
que l'intéressé ne lui facilite guère. Il lui faut, 
pour l'accomplir, une patience de tous les instants, 
une délicatesse quasi féminine, un tact exquis, 
une prudence héroïque. Car l'homme d'Angoulême 
souffre d'un caractère détestable. On ne le con- 
quiert que par la louange. C'est une sorte de 
malade imaginaire, toujours geignant, aigri dès 
Fàge tendre, par la certitude qu^il n'occupe pas 
la situation méritée. Un moment il se crut capa- 
ble de supplanter, auprès de xMarie de Médicis, 
l'influence de Richelieu et de conduire le sort du 
royaume ^ Il fallut en rabattre. A cette heure, il 
est, au même titre que Boisrobert, le plat valet du 
cardinal dont, à certains signes, il sent Taccession 
prochaine au pouvoir *. 

Notre poêle est son confident de prédilection. Il 
l'entretient de son état physique et de son amour 
de la nature. Il épand en son sein ses aigreurs et 
ses haines. Il est heureux de pouvoir lui avouer, 
sans en être raillé, qu il écrit « de la mesme sorte 
qu'on bastit des temples et des palais » avec d'ines- 

1. Recueil de Lettres nouvelles, 1627, I, 230 ; 1634, I, 302; 
1640, I, 201. 

2. Cela est très nettement indiqué dans les Entretiens de feu 
M. de Balzac, 1657, p 132 et s. 

3. OEuvres de M- de Balzac, 1665, I, 4. Il félicite Richelieu 
d'être resté au service de la reine affligée ; p. 7. Il le loue de 
son élévation au cardinalat. 11 y a toute une série de lettres 
étonnamment laudativcs de Balzac à Richelieu dont nous ne 
pouvons faire état en cet endroit. Le cardinal paraît s'être 
efforcé de lui être agréable, bien qa'il ne rainiât pas. En quel- 
ques missives, il vante grandement son talent de prosateur. 



74 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

timables trésors; qu'il s'est proposé la perfection 
pour modèle et l'éternité pour avenir. Boisrobert 
accepte tout sans sourire ou, du moins, sans mon- 
trer son sourire. Il est un peu le médecin de cette 
âme inquiète, la calme, l'adoucit, lui infuse un 
grain de sa gaieté naturelle. 11 se crée des ennemis 
aie soutenir dans les ruelles parisiennes. Il dévide, 
pour lui plaire, en prose et en vers les hyperbo- 
les. Il le divinise à tel point que l'autre pjirfois 
en prend ombrage. Il insiste jusqu'à la violence 
pour qu'il vienne à la cour où il le présentera 
comme Iç miracle du siècle. Il le décide à publier 
le premier volume de ses lettres, s'occupe de 
cette publication et, pour la signaler au public, 
l'accompagne d'une ode triomphale. Si bien que 
Balzac ne sait plus s'il remerciera en français alam- 
biqué ou en latin de pédant, en prose ou en vers, 
une amitié que ne rebutent point les tergiversa- 
tions, les refus immotivés, les hésitations, les re- 
culades *■. 

D'ordinaire il n'envoie point ses épistoles par 
la poste. Il les confie à des amis en voyage ainsi 
que des choses mystérieuses et inappréciables. De 
cette façon il se donne l'air de toujours avoir des 

1. Nous résumons ici toute la correspondance de Balzac et 
de Boisrobert ù cette époque. Y.OEuvres de Balzac, 166b, I, 77 
(4 août 1623) ; Recueil de Lettres nouvelles, 1627, 1, 212 iRe.iponse 
h M de Balzac); Œuvres de Balzac, 1665,1, 79 81,83, 140 (12 et 
28 sept., 14 janvier 1623) ; Recueil des plus beaux vers de 
MM. Malherbe, {lQ-21,p 593),; Ode sur les lettres de M de Balzac); 
Œuvres de Balzac, 1665. I. 84,28 (21 et 25 février I62i); Recueil 
de Lettres nouvelles, 1021,1, 220 ^Response à M. de Balzac). Les 
Lettres du sieur de Balzac parurent en 1624, Paris. T. du Bray, 
in-8». 



LE PLAISANT AIÎBE DE BOISROBERT 10 

ambassadeurs à sa disposition. Souventes fois, 
Roger de Daillon, comte de Pontgibault. arrivant 
d'Angoumois, porte à Boisrobert les récrimina- 
tions calligrapliiées de son correspondant '. Et 
le poète accueille, avec une particulière civilité, 
ce jeune homme impétueux dont l'élégance et la 
beauté l'émotionnent -. Un imagine sans peine do 
quelle convoitise cette émotion est faite. Boisrobert 
partage, sur le comte de Pontgibault, l'opinion 
d'un seigneur romain, Pompeo Frangipaiii, de 
passage à la cour et qui l'estime « un bel cava- 
lier ». Volontiers, en sa faveur, il abandonne- 
rait les pages aux frais visages qui le consolent 
de linsouci des femmes. Il l'accompagne en un 
pèlerinage à Notre-Dame de Montserrat. sur la 
frontière espagnole, et, comme pour l'ensorce- 
ler, ajoute aux séductions du site, celles de la 
louange : 

Admirez, en passant, parmy ces terres chaudes, 
L'olive qui grossit pareille aux esmeraudes 
Et voyez éclater en ses pompeux habits 
La fleur de la grenade esgale à des rubis. 
Les plus beaux ornements dont la terre se pare 
Et ce que la nature a formé de plus rare, 
Aujourd'huy, par amour, se vient entrela;-ser 
Pour border les chemins où vous devez passer ". 

1. L'écriture de Balzac, abondante en lettres ornées, est 
l'image exacte de son caractère. 

2. iîalzac : OEuvres, 1665,1,77. Pontgibault n'est pas nommé. 
Recueil de Lettres nouvelles, 1627,1, 212; 163-i, I, 28 i; 1640, 
I, 186. 

3. Rec. pi. hx vers, 1627, p. 467, Eléffie à M. le comte de 
Pontgibault sur son voyage à N.-D, de Monlserril. 



76 LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 

Quelque effort qu'il fasse pour en détourner sa 
pensée, il évoque perpétuellement la claire fig-ure 
de ce mignon trop aimé que les femmes lui dis- 
putent. 

« Vous estes, lui écrit-il, le souhait de tout le 
monde et dans ce bienheureux changement d'es- 
tat qui remet la France dans son premier lustre, 
il semble que personne ne doive plus rien deman- 
der au Roi que vostre retour. Pour moy qui devrois 
ostre autant touché que nul autre de la prospé- 
rité de ce règne, je vous advoue franchement que 
je ne me puis resjouir en vostre absence et que je 
réserve le tesmoignage entier de mon ressentiment 
à vostre arrivée quand je devrois mourir d'un ex- 
cès de joye » K 

Il faut que Boisrobert se sente bien fortement 
capté par la grâce du jeune homme pour lui con- 
sacrer des instants précieux à l'heure même où 
se décide son destin. Car la mort de Luynes, l'im- 
péritie de ses collaborateurs viennent enfin de 
.prouvera Louis XIII, éperdu d'incertitude, la né- 
cessité d'appeler à la direction des affaires le 
cardinal de Richelieu -.Mais la distraction de no- 
tre poète n'est que momentanée. Bientôt, prenant 
la plume, il entonne le dithyrambe du nouveau 
ministre. Louis XIII, en le choisissant, obéit, à 
son sens, à une inspiration divine. Richelieu va 
rendre à la France la sécurité de Taire d'or et 



1 . Recueil de Lettres nouvelles, 1627, I, 202 ; J ô34, 1, 274 ; 1640, 
1,178, A M. le comte de Pontgihault, V .aussi, Rec. pi. bx vers, 
1627, p. 463; 1630-1638, p. 540. 

2. V. les détails dans Hanotaux: op. cit., t. II, passini. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 77 

partout instaurer la justice et l'harmonie. La dé- 
cision royale coïncide avec le printemps. C'est^ 
en eiïet, comme un renouveau d'ailégresse dans 
l'État. Les êtres et les choses respirent avec vo- 
lupté. Souriante, la paix entre d ms les âmes '. 

Il semble bien que le cardinal, encensé p;ir Bois- 
robert à toutes les étapes de sa carrière, le sup- 
porte dès maintenant sans l'employer. Le poète, 
en eiïet, continue d'appartenir à la reine mère, 
mais il comprend que la fortune ne lui viendra 
pas de ce côté. C'est pourquoi, en attendant que 
Richelieu ait ordonné le chaos politicjue où le 
précédent ministère laissa la France et qu'il se 
montre accessible aux chétives individualités cher- 
chant leur subsistance dans son ombre, sans le 
perdre de vue, notre homme quête aux alentours 
des soutiens et des écus. 

M"" de Chevreuse dont, avant la mort de Luy- 
nes, son premier époux, il s'ingénia à exprimer 
l'indéfinissable attrait, tente de nouveau sa muse '. 
C'est une pécore trémulante aux clairs yeux 
bleus dont il admire, sans les désirer, la lourde 
chevelure fauve, la bouche gaie, la gorge ferme, 
la taille aisée, la croupe ondoyante. 11 use avec 

1. Rec. pi. bx v^rs, 1627, p. 454, Sur le choix fait par le Roy 
de Mgr le cardinal de Rirhelieii pour chef de son conseil. 

2. V. Grand ballet de la Rei/ne, pr/'cité, p 11 du 3» exemplaire 
indiqué Bihl. nat , Vf. 8381). Tous les détails que nous donne- 
rons sur les relations de Boisroberl avec M™» do Chevreuse et 
les que'qiies poésies que nous citerons no sont point mention 
nés dans l'ouvrage de Cousin: M°"> de Chevreuse Cet ouvrage 
mériterait d'être complété d'une foule de renseignements que 
le bio-graphe des Femmes illustres du XVII' siècle ignora de 
par sa méthode de recherches superficielles. 



78 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 



elle de liberté car elle ignore le maniérisme ab- 
surde qui gâte la plupart des femmes comme 
un ver gâte un fruit. Il l'amuse de ses facéties. 
Elle a besoin de sa conversation qui la distrait 
des intrigues où sa nature la conduit d'ordinaire. 
Elle est à un moment délicieux de sa vie, déplo- 
rant de n'aimer point le duc son mari, homme 
d^esprit pourtant et de belle mine, et prête à choir 
en les lacets que lui tend le comte de Holland^, 
ambassadeur d'Angleterre. Au contraire des au- 
tres femmes en amour, elle reçoit complaisamment 
les hommages. Le Blond vient d'achever son por- 
trait. C'est le prétexte que Boisrobert choisit pour 
lui apprendre quelle fascination elle exerce sur 
la cour et sur lui-même'. 

Dès lors, et parce qu'il se constitue son thurifé- 
raire, elle le prend sous sa tutelle. Gomme elle ne 
veut pas s'en séparer, il grossira le cortège désigné 
pour escorter jusqu'en Angleterre Henriette-Ma- 
rie de France, fiancée de Charles 1". Car, à ce 
moment, Paris fête les comtes de Carliste et de 
Holland, négociateurs du mariage. Boisrobert en- 
cense le premier et néglige le second". Grosse 
faute dont il se repentira et d'autant plus éton- 
nante que Holland, pour des motifs qui ne lui 
échappent pas, hante assidûment l'hôtel de Ghe- 
vreuse. Mais si sa beauté efféminée, son train ma- 
gnifique, ses habits contexturés de pierreries, son 

1. Bec. pi. hx vers, 1627, p. ii8, Sonnet à M'^' laduchesse de 
Chevreuse sur son portrait. 

2. Rec. pi. hxvers, 1627, p. 607, Sonnet à M. le comte de Car- 
Usle. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 79 

aisance à semer les écus, rémerveillent, il déteste 
son esprit comploteur et sa ridicule façon décor- 
cher le français. 

A la suite de M. de Chevreuse que Charles 1" 
chare-ea d'épouser en son nom la princesse Hen- 
riette et qui assembla tout son luxe et toute sa 
gravité pour remplir ce rôle aux bénéfices illu- 
soires, Boisrobert assiste bientôt à la cérémonie 
du mariage*. 



1. Pour les événements qui vont suivre, V. Tallemant: I, 402 
et s. : II, 10, 130;Bassompierre:op. cit., III. 203 et s. ; Leveneur 
deTillièrcs: Mémoires, édit. Hippeau, 1862, p. 50 et s. ; Motte- 
ville: op. cit.,l, 14 , -Richelieu: op. c(7.,p.328: Laporte: Méinoi- 
re.s, 1756, p, 20 et s. ; Lord Herbert de Ch' rbury : Mémoires ., 
édit de Bâillon, 1863, p. 174 et s.; Lord Ludlow: Mémoires, 1719, 
t.I, p.!î;L'onziesme tome du Mercure françois, 1626, p. 353 et 
s. ; Rec. pi bx vers, 1627, p. 795-796 (sur le duo et la ducli. de 
Chevreusetet les pièces de circonstances suivantes, dont la plu- 
part paraissent détachées du Mercure françois: L'ordre des 
cérémonies observées au mariage du roy de la Grande-Bretagne 
et de .Madame, sœur du 7îoi/.1625; Les pompes et magnificences 
avec l'ordre observé au départ de la sérénissime reyne de la 
Grande-Bretagne depuis le chasleau du Louvre jusques à 
Saint-Deni/s en France. 162 5; L'entrée superbe et magnifique faite 
à la reyne de la Grande-Bretagne danshi ville d'.Amiens le sa- 
medi 7' de juin 1625 i625: Relation véritable de tout ce qui s'est 
passé à Douvres, en la ville de Londres à l'arrivée et réception 
de la Reyne d'Angleterre, 1625; Les magnificences royales fai- 
tes en Angleterre à Varrivée et réception de la Reyne... Ensem- 
ble le nom des villes qui se préparent pour son entrée en icelles, 
1625;L'.4d/eu de la reyne d'.lngleterre à la France, l6iô;L'Adieu 
de la France à la sérénissime reyne de la Grande-Bretagne 
présenté à S. M. par M.-J. Le Beau, théologien, 1625 ; La cou- 
ronne envoyée par le Roy d' .Angleterre à Madame, sœur du 
Roy, son Espouse et l'appareil magnifique de son départ, par 
Pierre d'Auberoche, Marchois, 1625, etc. Il existe également 
différentes épithalames latines de Jean Grangicr et autres. V. 
aussi: Cinq cents de Colbert précités, t. 98, p. 219 et s., Ins- 



80 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

De rarchevêché où le cortège se forme, une 
galerie tendue de satin violet broché d'or conduit, 
élevée sur des piliers, au portail merveiileuse- 
meût décoré de Notre-Dame. Perdu dans l'assis- 
tance, notre poète voit défiler, insignes déployées, 
aux sons des hautbois et des trompettes, aux 
roulements des tambours, les suisses de la garde, 
le grand maître des cérémonies et la théorie gémi- 
née des chevaliers de Tordre. Les maréchaux pas- 
sent ensuite et les princes, ducs et pairs, annoncés 
par les hérauts d'armes, bâtons levés, hiératiques 
en leurs cottes de velours cramoisi et fleurdelysé. 
Puis c'est, flanqué des ambassadeurs anglais, en 
apparat éblouissant, le duc de Chevreuse, cons- 
tellé d^or et de pierreries. M""' Henriette, nimbée 
de la couronne royale, chemine entre le roi et son 
frère Gaston et, derrière elle, s'avance la cohorte 
dorée des reines, princesses, chevaliers d'hon- 
neur, courtisans et dames. 

Passé le poêle d'inestimable splendeur accolé 
au portail de Notre-Dame, le cortège entre dans 
la magnificence des tapisseries polychromes et 
des lumières. Des voix aériennes s'entremêlent 
aux musiques et aux encens. Très loin, dans le 
chœur, les présidents au Parlement, le chef cou- 
vert du mortier d'or, étalent, avec les conseillers, 
les pourpres et les hermines de leurs robes. Le 
prévôt des marchands, tout de rouge vêtu, émerge 



truction de Marie de Médicis à sa fiUe, reine d'Anglererre 
faicte par le cardinal de BeruUe en l'année 16-2-5 ; comte de 
Bâillon: Henrielle-Marie de France, 1877. 



I.E PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 81 

du groupe des échevins, comme d'un champ de 
violettes. 

Rendue aux mains de M. deGhevreuse.M"' Hen- 
riette, à pas mijestueux, gagne le dais de tapis 
fleurdelysés où l'attend Mgr de la Rochefoucauld, 
grand aumônier de France. Les offices commen- 
cent et les oraisons. Et tandis que les ambassa- 
deurs anglais, huguenots comme leur maître, 
s'éclipsent discrètement, les formalités s'accom- 
plissent qui font d'un cavalier expert à « rostir le 
baston» Tépoux volontairement hongre de la plus 
charmante fille du monde. 

Bientôt, toute rose de pkisir et d'orgueil, 
M"' Henriette réapparaît au peuple. Au loin les 
canons tonnent. La voix joyeuse de la ville monte 
en une acclamation indéfiniment répercutée. Le 
cortège reprend le chemin de l'archevêché. Là, 
en des salles spacieuses, des tables dressées atten- 
dent leurs convives. Boisrobert admire la mer- 
veilleuse assemblée des vêtements d'or que les 
manteaux des reines parsèment, aux lumières des 
lustres, de violettes traînées. Solennelle iient, 
avec leurs musiques, entrent les suisses et les gar- 
des, précédant les maîtres dhôtel que M. de Ven- 
dôme dirige de son bâton enrichi de diamants. 
Les princes, aidés des officiers de bouche, portent 
les viandes que les chevaliers servants distribuent 
aux dames. 

Et au lendemain de ces épousailles grandioses, 
Boisrobert imagine que la vie n'est plus la vie, 
mais uneéternoUe fête. Car le duc de Buckingham 
descend, rue Saint-Thomas du Louvre, à Ihôtel 



82 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

de Chevreuse muni de son vestiaire prodigieux. 
Dès lors, c'est une émulation de somptuosité. Au 
Louvre, et partout où l'attirent des péronelles 
désireuses de lever leurs cottes en son honneur, 
le fantasque coquet promène sa morgue et distri- 
bue, comme d'insignes faveurs, ses sourires. Son 
manteau et son pourpoint de velours blanc entiè- 
rement incrustés de diamants, par d'ingénieux 
systèmes d'aiguillettes, en disséminent partout 
où l'accueil lui parut digne d'un souvenir. Le 
cardinal de Richelieu lui offre, et à toute la cour, 
en sa maison de Saint-Germain une coLation, pour 
les confitures, les parfums^ les fontaines odoran- 
tes de laquelle on « dépeupla » les jardins pari- 
siens de leurs fleurs et de leurs fruits*. 

Tant de largesses et d allégresses ne satisfont 
pas encore le conseiller intime du roi Charles. 
M"" de Chevreuse lui témoigne, aux dépens de 
HoUand, un trouble que tout autre s'honorerait 
d'apaiser^. Mais il aspire à des assentiments plus 
relevés. D'un cœur chevaleresque, il va vers la 
moins aimée des femmes françaises, vers la reine 
Anne d'Autriche. 

Or l'heure du départ sonne. Charles 1" égale- 
ment aspire à goûter au nectar de ces lys de 
France qu'il fleura un moment au parterre de la 



1. Mèmoirea de Garanse, édit. Nisard, ISGl, p. 69. 

2. Bibl. nat.,F^ F^ Mss n" 12491. Les roquenlins de la Cour 
en 163i; Retz: Mémoires, cdiL.. Champollion-Figeac, I, 260. 
Quelques poêles éi^alemedl célébrèrent son faste. V. Les tra- 
verses du sieur de Resneville, 1624, p. 202-203; Théophile, Let- 
tres, 1641, p. 4; Les œuvres diverses de M. Gilbert, 1661, p. 141. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISBOBERT 83 

cour. A hauts cris il réclame son épouse. Bois- 
robert, se faisant l'écho de cette réclamation, 
invite à son tour M"' Henriette à rejoindre le palais 
conjugal \ Et comme si Louis Xlll l'avait entendu, 
il assigne à sa sœur un terme ultime de séjour. 
Ses secrétaires préviennent de son passage les 
villes qu^elle traversera. Buckingham prépare 
anxieusement le premier échec sentimental de sa 
vie, échec dont il conservera l'amertume jusqu'en 
sa tombe de Wetsminster. 

Voici, en effet, que le cortège quitte la ville 
dans un grand concours d'archers, de bourgeois, 
d'échevins, de dizainiers et de quarteniers. Les 
armes étincellent et les musiques parsèment leurs 
ondes allègres. Une litière couverte de velours 
cramoisi et de broderies d'or emporte M"* Hen- 
riette et les reines. M. de Bailleul, prévôt des 
marchands, et le duc de Buckingham chevauchent 
aux portières. Et derrière, innombrables, carros- 
ses et cavaliers escortent la fine majesté qui, plus 
tard, repassera, accablée de désespoir, par ces 
chemins de gloire. 

Harangué par maint fâcheux discoureur, le cor- 
tège débouche dans la plaine d'Amiens où l'attend 
une réception inoubliable. Car ^I. de Chaune, lieu- 
tenant du roi en Picardie, et M. de Louvencourt, 
premier échevin, ont souhaité élargir la mngnifi- 
cence ordinaire des parades et renouveler les rites 
de l'allégorie. Sur une étendue immense sali- 



1. Bec. plus beaux t-ers, 1627,p. 536, Odeprèseniée à la reine 
d'AïKjleterre par M. de Carliste de la part du roy son espous. 



81. LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

gnent les troupes royales, les hallebardiers, les 
massiers et la jeunesse couverte d'admirables 
livrées. Leurs étendards portent des Gupidons en 
broderies. A nouveau haransruée, M""' Henriette, 
au bruit des mousquetades, pénètre dans la ville, 
ville de rêve où se dressent, dans tous les styles, 
arcs de triomphe et théâtres chargés de person- 
nages vivants ou sculptés. Des chanteurs Tenve- 
loppent de leurs vocalises. Des poètes célèbrent, 
sur les murailles, ses mérites incomparables. Et 
TEglise elle-même où se morfond Mgr Lefèvre de 
Caumartin, voile, derrière de pieuses allégories, 
la rudesse de ses architectures gothiques. 

Or c'est en cette ville enthousiasmée que Buc- 
kingham devait, transporté d'amour, écorcher de 
ses chausses dinmantées, les cuisses dWnne d'Au- 
triche et connaître que les reines de France ont 
parfois la négation opiniâtre. La tentative de viol, 
effectuée de nuit, en un jardin solitaire, ne 
s'ébruita point. A peine quelques domestiques et 
dames la connurent. Boisrobert n'en souffle mot. 

Elle eut pour résultai de précipiter le départ. 
Jusqu'à Boulogne, les fêtes se poursuivirent à 
toutes les étapes. Puis ce fut le morne embarque- 
ment présidé par Gaston d^Orléans, les larmes, 
les ndieux pathétiques. Et l'on vogua sur une mer 
devenue, par enchantement, docile et murmu- 
rante. 

Dès l'arrivée à Douvres et malgré les canonna- 
des, les ovations, la cacophonie des musiques, 
Boisrobert éprouve que la bienvenue anglaise 
manque de confortable. Tandis que M°" Henriette 



LE PLMSANT ABBE DE BOISROBERT 85 

se contente, en le vieux château, d'un asile pré- 
caire, son escorte, avec peine, déniche quelques 
logements incommodes et doit, à grands frais, se 
procurer une saumàtre pitance. Il n'en faut pas 
davantage pour que notre poète manifeste une 
humeur détestable. 

Mal sustenté, il assiste sans joie aux récep- 
tions qui suivent. A Londres même, sur la barge 
royale, le spectacle de la flotte déployée, les mous- 
queteries, les carillons, l'acclamation populaire 
le laissent indifférent. Une pluie atroce lui mon- 
tre cette ville sous un aspect de désolation et de 
mort. D'ailleurs la peste y sévit et cela n'invite 
guère à l'enjouement. 

Advenu au palais de White-hall, il se rassérène 
peu à peu cependant. Les repas plantureux remet- 
tent en état son esprit comme son estomac. Il 
pense dès lors que, venu en Angleterre pour y 
amasser quelques sacs de jacobus, il n'en doit 
pas partir sans profit. Tranquillement, de sa 
plume laudative, il célèbre l'hymen royal'. Puis 
il écrit, en partie, les vers du ballet que M"' Hen- 
riette danse devant la noblesse anglaise éberluée 
de sa grâce ^. Et cela lui vaut une première gra- 
tification K 

Néanmoins il garde rancune au pays brumeux 



1. Rec.plus beaux vers, 1Q2~ ,p. 574, A la reyne d'Angleterre, 
Sonnet. 

2. liée, plus beaux vers, 1627, p. 575, et le Parnasse Royal, 
1635, p. 98; Rec. plus beaux vers, 162", p. 576, 578. 

3. Rec. pins beaux vers, 1627, p. 447, Sonnet pour remercie- 
ment à la reine d'Angleterre. 



86 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

cfiii lui produisit une impression immédiate si 
fâcheuse. Et voici qu'à se promener avec la Cour, 
pour fuir la peste, de Richmond à Hampton-Gourt 
et de Hampton-Gourt à Windsor, il tombe brus- 
quement malade. Il croit sa dernière heure venue, 
sacre, tempête, maudit sa mauvaise étoile. Heu- 
reusement une nouvelle gratification du roi réus- 
sit à le rétablir. Encore ne Fempêche-t-elle pas 
de traiter, en une élégie, l'Angleterre « de climat 
barbare ». Etourdiment il communique cette 
pièce à M'>i''de Ghevreuse.U tombe mal: laduchesse, 
unanimement cajolée et jouissant sans entraves de 
son amant Holland, professe une opinion oppo- 
sée. Aussitôt elle annonce à ce dernier et au 
comte de Garlisle à quel beau travail se livre 
Boisrobert. Les deux compères demandent à voir 
l'élégie et M""' de Ghevreuse l'envoie quérir. Mais 
le poète ne veut rien entendre. 

— Je ne l'a y point, affirme-t-il, et l'auray-je, 
^1"° de Ghevreuse sait bien que je ne la dois point 
avoir. 

— Ah ! dit celle-ci aux ambassadeurs anglais, 
vous ne sçavcz pas pourquoy il ne la veut pas 
donner ? G'est qu'il y appelle l'Angleterre un cli- 
mat barbare. 

M. de Garlisle ne se tourmente pas autrement 
de la boutade. Mais le comte de Holland querelle 
Boisrobert à la première rencontre. Gelui-ci, 
pour s'excuser, assure qu'il tient pour barbares 
tous les lieux où il est malade et qu'il n'en dirait 
pas moins, en pareille occasion, du paradis ter- 
restre. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT O / 

— D'ailleurs, ajoiite-t-il, depuis que je me 
porte bien et que le Roy m'a fait la grâce de 
m'envoyer trois cents jacobus, je trouve le cli- 
mat fort raddoucy. 

— Voilà qui n'est pas mal trouvé, s'exclame le 
comte de Garlisle. 

Mais Holland enrage et cette rage vient, nous 
l'avons dit, de ce que Boisrobert omit de lui offrir, 
comme à l'autre ambassadeur, un présent de 
poésie. Puis d'autres raisons renforcent cette 
haine. M"" de Chevreuse, toujours inconsidérée, 
les provoqua. Sachant avec quelle habileté le 
jeune homme imite et raille les ridicules de ses 
contemporains, elle imagine un jour de se don- 
ner la comédie. 

— Boisrobert, dit-elle, faites comme M. de 
Holland. 

Boisrobert ne se méfie point. Accoutumé à la 
voir rire de touteschoses, il ne s'étonne pas qu'elle 
souhaite brocarder son amant. 11 se met en pos- 
ture et barbouille du français à la façon de ce 
dernier qui dit foustistiquor pour di^tinr/uer. Or 
M""" de Chevreuse avait, auparavant, caché der- 
rière une tapisserie Charles P', Holland et quel- 
ques autres *. 

Boisrobert, jusqu'à son retour, ignora la malice 
de la duchesse. C'est pourquoi il ne s'explique 
pas l'attitude agressive du comte. Il finit par 

1. Tallemant : II, 337 et s. V. aussi, pour une autre aventure 
arrivée avec un autre ambassadeur dWnçIeterre, De Callières: 
Des bons motsel fies bons contes, 1692, p. 258 et s. Cet ambassa- 
deur s'appelait Milord Fildin. Il vint en France en 1634. V. 
Henaudol: Gazette de 1634, p. 470,496,512. 



88 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERf 

Tattribuer à Thostilité que les seiî^neurs anglais 
montrent à Fentourase de M""' Henriette. Les 
Français, en effet, n'enregistrent partout que 
vexations et rebuffades. Buckingham dirige la 
sourde campagne qui doit amener leur bannisse- 
ment. Le roi, circonvenu par lui et par Carlisle, 
adopte à leur égard une contenance offensante. 
Bientôt les religions adverses et leurs pasteurs 
accroissent les griefs réciproques. L'existence 
devient insoutenable. 

Boisrobert, au milieu de ces tribulations, con- 
naît une heure de pleine gaieté. Car, du fond 
d'un cabaret, au retour d'un voyage de Norman- 
die, Saint-Amant lui adresse la Gazette du Pont- 
Neuf. 11 semble au jeune homme que, par la 
puissance évocatrics de son compère, les horizons 
parisiens s'ouvrent parmi les bruMies anglaises. 
11 revoit, autour du roi de bronze, la canaille 
qu'il coudoya pour en rire et en apprendre des 
soties. Marc Maillet, poète crotté, lui apparaît, 
visage barbouillé d'un jaune d'œuf, traîaant dans 
la boue son manteau dépenaillé et sa longue 
latte, paquet de guenilles et de vermine, hoque- 
tant des vers boiteux. Et viennent ensuite les trou- 
pes murmurantes de badauds, et les silhouettes 
familières de bateleurs, L'Orviétan, Garmeline, 
Gros-Guillaume, dime-jeanne en marche vers les 
tripots, Tabarin, goguenard, agitant son souple 
feutre, tant d'autres dont il aime le verbiage et 
les fîaes inventions '. 

1. Saint-Amant : OEiivres, édit. Livet, I, 161, Z,a Gazelle da 
Pont-Xeuf. A. M. de Boix-Robert. 



LE PLAISANT ABBE Dl£ BOISROBERT 89 

Cette vision très douce, ajoutée aux persécu- 
tions, contribue à lui donner la nostalgie de la 
France. C'est donc pour lui comme pour ses com- 
pagnons de voyage un soulagement véritable 
lorsqu'un officier d'abord et le roi ensuite leur 
signifient leur congé. Quasiment de force, sans 
même avoir salué leur souveraine, flanqués de 
gardes qui surveillent leur départ, ils s'embar- 
quent, gorgés de camouflets, avec un grand désir 
de vengeance. 

M"* de Chevreuse et son mari demeurent seuls 
en Angleterre. La duchesse vient de mettre au 
monde une fille. En outre, dirigée par Holland, 
elle pactise avec Buckingham. Boisrobert, au 
dernier moment, la charge de demander au favori 
de Charles 1", grand amiral, un passeport pour 
quatre haquenées dont il fit l'acquisition. Dans 
ce passeport, celui-ci, après les mots « quatre 
chevaux » ne peut se défendre d'ajouter: « pour 
le tirer plus promptement de ce climat barbare». 
Ainsi, sans trêve ni merci, sa boutade lui est jus- 
qu'au départ reprochée. 

Néanmoins il ne- parait pas avoir souffert autant 
que les autres Français de la malveillance bri- 
tannique. x\rrivé à Paris, il remercie de sa cour- 
toisie le comte de Carliste qui, durant sa maladie, 
l'hébergea, le soigna avec sollicitude et ensuite, 
le présentant à Charles F', lui ouvrit, toutes 
grandes, les caisses du trésor public ^ Sans doute 

1. Recueil de Lettres nouvelles, 1627, I, 198; 1634, I, 270; 
1640,1, 175, A M. le comte de Carlisle. Boisrobert dut rentrer 
en France en août 1626 



90 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

sa bonne humeur et les quelques poésies qu'il lui 
dispensa adroitement lui valurent-elles les com- 
plaisances de l'opiniâtre huguenot. C'est pourquoi, 
les poches garnies, il oublie totalement l'offense 
faite à la couronne de France ^ 

A peine rentré à la cour, il constate que dix- 

Lettre autographe de Boisrobert 




1. Plus tard, en 1644, lorsque Henriette de France, chassée 
d'Angleterre par la révolution, sera hospitalisée au Louvre, 
Boisrobert demeurera parmi ses fidèles. V. Rec. des plus beaux 
vers qui ont esté mis en chant, 1661, 3' part., p. 366. V. aussi, 
Boisrobert : Les Epislres, 1659, p. 273. 



LE PLAISANT AIîBÉ DE B DISROBERT 91 



y^ {yJe^^Â^A'i 




neuf mois d'absence suffisent à faire oublier 
l'homme le plus agréable du monde. Des gens 
mal intentionnés ou mal informés ayant répandu 
le bruit de sa mort, il doit, par de vives protesta- 
tions, dissiper ce bruit. Balzac même croit rece- 
voir les nouvelles d'un fantôme '. Et le même 
Balzac se demande s'il ajoutera foi à une lettre 
dont récriture entortillée, nerveuse, féminine, 
incompréhensible parfois par la multiplicité des 

1. Recueil de Lettres nouvelles, 1627, I, 225; 1634. I, 297 ; 
1640, I, 197. 



92 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

abréviations, ressemble fort à celle de Boisrobert 
et qui lui annonce, en termes désespérés, la mort 
du comte de Pontgibault*. Une élégie de la 
même main et sur le même sujet triomphe cepen- 
dant de ces incertitudes-. Il peut dès lors s'aban- 
donner raisonnablement au chagrin. Car, de Bois- 
robert à Balzac, ce fut la même admiration, la 
même amitié trop ardente pour le beau jouven- 
ceau qui souleva, à travers la France, un désir 
unanime. Ensemble ils déplorèrent qu il se dis- 
persât en mille débauches et ne comprit point 
ï'exquisité d'un attachement socratique. L'un ou 
l'autre lui eussent tissé une existence dorée de 
philosophie, avec, pour en accidenter la sérénité, 
quelques délices fougueuses de la chair. 

Mais Pontgibault dédaigna cette sngesse. Le 
danger l'attira et ces liaisons communes où, dans 
l'alcôve, toutes blandices se résument à des com- 
bats sans phrases. Les vaudevillistes disent de lui : 

Pongibault se vantn 
D avoir vu la fente 
De la comtesse d'Alais 
Qui aime fort les ballets 
Et dit quelle est plus charmante 
Que celle de la Chalais. 

1. Ihid., 1627. I, 217; 1634, I, 289 ; 1640, I. 90, A M. de Balzac, 

2. Itec. plus beaux vers, 1627, p 587; 16^0-1638. p. 544, Elé- 
gie sur la morl de M le comte de Pontgibault. Nous donnons 
ci-contre un fac-similé deTécriture de Boisrobert. La Bibliothè- 
que Sainte-Geneviève, mss n» 3273, possède quclqiies lettres 
autographes de notre poète, de même que les Bibliothèques 
nationales et de l'Institut. Le mss n° 23.'^12 [Bibl nat.) pro- 
venant des papiers de Le Masle des Roch'^s, intendant de 
Richelieu, mentionne des lettres de Boisrobert qui. en réalité, 
ne s'y trouvent plus. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 93 

Et les vaudevillistes n^eurent point tort de ré- 
pandre ces commérages. Car Chalais, s^étant 
enquis de leur réalité, provoqua le suborneur et, 
d'une épée impitoyable, l'étendit roide mort K 

Ah! comme Boisrobert dut, ce jour-là, mau- 
dire les gens de guerre qui repoussent de leur 
àme le culte de la plastique humaine ! Il s'ense- 
velit en une désolation sans limites dont, avec 
Balzac, M^'" d'Attichy parait avoir été la seule 
confidente. M^'" d'Attichy est, sous sa première 
apparence, cette comtesse de Maure qui promè- 
nera à la cour et à la ville son inquiétude brouil- 
lonne et sa préciosité maladive. Elle ne présente 
guère que des demi-qualités, relativement belle 
malgré sa taille élancée, son teint mat, ses yeux 
éclatants, peu énergique, mal disposée àFamour. 
Sa sévérité proverbiale écarte les galants. Seul 
le marquis de Sourdis essaie, bien inutilement, 
d'édulcorer une cruauté assez connue pour que 
les badins prédisent que 

la Datichi 
Xaura qu'un godcmichi 

Fille d'honneur de la reine mère, elle corres- 
pond assidûment avec son poète Boisrobert. 
Cela explique qu'il ne lui cache pas le mal causé 
par la disparition de Pontgibault. Mais la grave 
pucelle ne saurait comprendre ces exaltations du 

l.Sur Pontgibault, V. Tallemant : I, 175 ad notam; III, 193; 
IV, 213 ad notam ; Le XII' tome du Mercure français, 1626, 
p. 308 ; Bassompierre : op. cit., III, 108; Michel de MaroUes : 
Mémoires, t. II, 1637, p. 223. 



94 LE PLAISANT ABBE DE lÛISROBERT 

cœur. De Forges où elle soigne ses vapeurs, elle 
n^envoie point les consolations utiles. Boisrobert, 
au contraire, lui reproche des indiscrétions qui 
augmentent sa peine actuelle '. 

Aussi n'est-ce point à elle qu'il demandera 
un cordial épistolaire lorsque de nouveaux cha- 
grins l'assailliront. Tristement il découvre que 
Téloignement lui a nui auprès même de Marie de 
Médicis. Déshabituée de lui, elle ne l'envisage 
plus avec la sympathie ancienne. L'indéj^endance 
de ses propos lui déplaît et aussi son impiété ". 11 
commet étourdiment quelque légère incartade 
dont elle aurait autrefois souri et qu'elle ne lui 
veut point pardonner. 

C'est donc la disgrâce et aussi la maladie. Car 
Boisrobert, séparé de la cour, s'étiole. Il est 
atteint de cette épidémie bizarre qui, de tout 
temps, se manifesta parmi les favoris et dont 
Ovide mourut aux rivages mélancoliques du Pont- 
Euxin. Si, à la vérité, quelques ennemis le des- 
servent dans l'esprit de la reine mère, par con- 
tre toute la poésie défile en sa chambre et les 
courtisans et les dames qui apprécièrent sa gen- 
tillesse 2. 11 gémit à fendre l'àme et tel est son 



1. Recueil de Lettres nouvelles, 1627, 1,235, 239; 1634, I, 307, 
311; 1640,1, 205, 208. A APi" d'Atlichy Sur M"» d'Atlichy, V. 
Bibl. nat., mss n» 12491, Les roquentins de la cour en 1634 
et le volume d'E. de Barthélémy: M'^' la, comtesse de Maure, 
1863, ouvrage d'ailleurs fort incomplet. Les relations de cette 
dame avec Boisrobert n'y sont pas mentionnées. 

2. Duchesse d'Orléans: Correspondance, 1863, I, 460. 

3. Recueil de Lettres nouvelles, 1627, I, 225; 1634, 1, 297; 
1640, I, 197. 



LE PLAISANT ABBi: DE BOISUÛBERT 95 

trouble que, pour récupérer quelque lucidité, il 
s'impose la tâche de paraphraser des psaumes 
et d'exalter la vierge Marie'. 

Cependant ses amis ne le laissent pas long- 
temps dans l'embarras. Une demoiselle de Cou- 
serant s'emploie à lui rendre la faveur perdue"* 
Marie deMédicis fait un moment la sourde oreille. 
Mais, de tous côtés, des solliciteurs la harcèlent. 
Si bien qu'à la fin, Mgr de Vendôme, grand prieur 
de France, dont notre poète vanta l'élégance de 
danseur de ballets, intervenant avec insistance, 
elle consent à la rentrée du proscrit ^ 

Aussitôt Boisrobert regagne la santé. Vaultier 
et Citois, médecins, dont les remèdes furent pour- 
tant peu efficaces, recueillent sa gratitude rimée. 
Il magnifie leur science et leur promet, par la 
vertu de ses vers, une si grande gloire que le 
temps ne la pourra efTacer*. 

Puis il réfléchit sur la fragilité de la situation. 
Il ne peut plus demeurer assujetti aux caprices 
d'une femme dont l'influence graduellement s'af- 
faiblit et qui, cabalant contre Richelieu, court le 
risque de retourner en exil. Il se résout à s'en sépa- 
rer honorablement. Il écrira donc pour elle son 
premier ouvrage sérieux. 11 le bâtira en harmo- 
nie avec les sentiments qui prédominent en elle. 
Devenu familier, par quelques études avec les 

1. Rec. plus hesLUX vers, 1627, p, 441, 443. 590, 595. 

2. Recueil de Lettres nouvelles, 162T, I, 2i); 1634, I, 315; 
1640, I. 212. 

3. Rec. plus beaux vers, 1627, p. 462, Remerciement à MtjrU 
grand prieur de France. 

i.lbid., 1627, p. 476. 



96 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

œuvres catholiques, il paraphrase les Sept Pseau- 
mes de la Pénitence de Dftt^W. Toussaint du Bray 
se charge d'éditer le petit volume. Et Boisrobert, 
le lui offrant relié de maroquin, prend ainsi congé 
de la reine mère. Il ne lui cache pas, en effet, 
qu'il ess de, de cette sorte_, de s'acquitter envers 
elle, après neuf ans de services loyaux, de main- 
tes libéralités et de l'honneur d'avoir contemplé 
une si belle vie '. 

Boisrobert n'est pas homme à lâcher la proie 
pour l'ombre. Pour qu'il consente à se libérer de 
la protection ombrageuse de la reine mère, il 
faut que Richelieu lui assure une aisance équi- 
valente ou supérieure. Bientôt, en effet, il déclare 
avoir reçu les caresses du cardinal et de solides 
promesses *. Il fait de Ruel son séjour de prédi- 
lection. A Deslandes-Payen qui s'informe de son 
sort, il décrit lyriquement les merveilles de ce 
château, son parc enchanté, ses cabinets, ses ber- 
ceaux, ses parterres en broderies, ses étangs, ses 
cascades, ses mille jeux d'eau, sa caverne de 
glace, ses grottes artificielles, ses statues innom- 

1. Paraphase sur les sept Pseaumes de la Pénitence de Da- 
vid. Dédiée à la Reine Mère du Boy par le sieur de Boisrobert, 
Paris, Toussaint du Bray, 1627, in-12. Lépître dédicaloiie,les 
paraphrases sur les Psaumes 50 et 136 (p. 1 et 37) parurent 
également dans Becueil des Lettres nouvelles, 1627, I. 193 ; 
1634, I, 232; 1640, 1, 171, et dans Becueil des plus beaux vers, 
1630-1638, p. 497 et 502. Sur ce volume, M. de Marelles : Por- 
traits en quatrains, 1677, p. 74. 

2. Becueil de Lettres nouvelles, 1627, I, 267 ; 1634, I, 340; 
1640, I, 235, .1 M"" des Loges. Boisrobert touchait une pen- 
sion depuis l'année 1624. V. Les Epistres, 1659, p. 128 et 133. 
Nous ne pouvons dire s'il la tenait de Richelieu ou de la reine 
mère. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 97 

hrables, Hercule chargé de sa massue, les grou- 
pes de dieux marins, les sirènes aux corps admi- 
rables de marbre blanc et, au milieu d'un bois 
écarté, prisonaier d'une ronde palissade, l'Amour 
narquois aiguisant ses flèches '. 

Après force déboires qui lui ont affermi le 
caractèi'c, Boisrobert vient enfm de toucher au 
but longtemps poursuivi. Il détient un poste dura- 
ble et envié, une influence certaine, un marclie- 
pied vers la fortuue. On a voulu faire de lui un 
mince boLiffon' chargé de dissiper les mél.incolies 
de TEminentissime. Ce rôle ne lui conviendrait 
guère. S'il Taccepte parfois c'est afin d'obtenir 
plus sûrement des faveurs qu il convoite pour 
d'autres. Le pitre expert à effectuer ce que les 
contemporains appellent crûment des maquerel- 
lages masque devant la postérité l'homme aux 
amitiés profondes, à l'obligeance jamais lasse. 
En réalité Boisrobert, auprès de Richelieu, paral- 
lèlement à Charpentier, secrétaire politique, à 
Le Masle des Roches, intendant, remplit la charge 
importante de secrétaire littéraire -... 



1. Recueil des plus beaux vers, 1627, p. 557, Description de 
Ruel, à M. Deslandes. V. aussi. Les Epistres, 1659, p. 31 et s., 
A. M. labhé de Richelieu. Suc Rucl. V. J. Jacquiu et J.Dues- 
berg; Raeil, Le château de Richelieu, 1845, p. 32 et s. ; Salo- 
mon de Priczac: Horti Ruellani, 1640. De cette époque date 
aussi une lettre de Boisrobert au président de Bernières où il 
annonce la disgrâce d"un M. de B..., qui pourrait bien être Bal- 
zac. V. Recueil de Lettres nouvelles, lû21, 1,204; 1634, 1, 276 
1640, I, 180. 

2. L'attitude que lui donne, par exemple, Valdory, Anec- 
dotes du ministère du cardinal de Richelieu, 1717, II, 257 est 
totalement erronée. 



CHAPITRE IV 



Au moment de son entrée chez le cardinal de 
Richelieu, Boispobert physiquement s'apparente 
aux plumets dont regorge la cour. Il ratl'ole de 
beaux vêtements, suit avec exactitude et même exa- 
gère la mode. Posséder un ruban orfèvre d'or 
présente, à son avis, autrement d'intérêt que con- 
quérir une province. Les miroirs, en place des 
livres, encombrent son cabinet. Le Palais connaît 
davantage en lui l'acheteur de frivolités que l'au- 
teur. II fait venir d'Italie ses parfums et ses gants. 
Musqué, enfariné, ennuagé de dentelles, il ressem- 
ble à quelque fragile statuette. Un contemporain, 
ravi de sa finesse, et qui peut-être amlîitionne 
d'occuper une heure de sa vie, murmure, pour 
que la postérité s'en souvienne, ce chant à son 
adresse : 

Il a l'air tout à fait charmant, 
Il est bien fait de sa personne. 
S'il parle, il parle galamment ; 
On l'admire quand il raisonne. 
Voy-le, Tirsis, un seul moment. 
Tu seras de mon sentiment '. 

i. Les délices de la poésie yalanle, I6G0, 2« part,,p. I'r2, Le 



LE PLAISANT ABBE DE BOIS ROBERT 99 

Et l'abbé de Marolles, troublé par l'odeur de 
framboise dont son passage embauma les ruelles, 
marque non moins de transport à le portrai- 
turer \ 

Mais, à la vérité, si Boisrobert emprunte aux 
plumets l'extravagance de leur mise, nul ne lui 
reprocherait de s'assimiler à eux par la pauvreté 
d'esprit. Il est normand en toutes choses, normand 
mâtiné de gascon, car, à la souplesse et à la ma- 
toiserie, il joint l'imagination et la volubilité. 
S'étant rendu compte que l'on ne parvient guère 
à la cour par des mérites personnels, il ne s'in- 
quiète pas d'en acquérir. En outre, il ne sent 
point en lui l'étoffe d'un guerrier ou d'un gri- 
bouilleur de registres. Il se pose, dans les anti- 
chambres, comme une cassolette où brûlerait de 
l'encens. Et parce que cette senteur agrée à main- 
tes narines, on le regarde, on l'apprécie, on l'ap- 

portrait en petit de M. l'ahhé de BotsrofterL V. aussi Talleniant : 
II, 395. « Il est bien fait de sa personne. » 

1. Michel de Marolles : Portraitu en quatrains, 1677, p. 72. 
Nous n'avons rencontré aucun portrait peint ou gravé de notre 
héros, malg:ré toutes nos recherches. 11 est vraiment extraor- 
dinaire qu'il n'en existe pas aune époque surtout où tout per- 
sonnage tenait à laisser une image de son physique à la posté- 
rité. La Boscorohertine (Bihl nat., mss n° 1524i, f"' 263 et s. • 
Bihl. de l'Arsenal, mss n°' 6344, f" 205 et s.) prétendque Bois- 
robert s'était fait représenter en Silène. Dans son jeune âge 
Boisrobert se montre lui-même {Le Cabinet des Muses, 1610^ 
p. 513) distribuant son image aux belles, sachant que l'Amour 
Passe devant les yeux pour entrer dedans l'âme. 

J. Vatout: Histoire lithorjraphiée du Palais Royal, 1833, re- 
produit une peinture de Ileim: Richelieu recevant les premiers 
académiciens. D'aprèscet auteur les personnages seraient Bois- 
robert, Godeau, Chapelain, Ilabert. 



100 LE PLAISANT ABBE DE BOISIÎOBERT 

j)roche de soi. De plus, en même temps qu'il par- 
fume, il divertit. Il a fondu les talents des comédiens 
avec ceux des bateleurs. 11 sait toutes leurs farces 
et comment on les dit. Le moindre mot, en sa 
bouche, prend une saveur. Il en dispense de très 
galants, de très fins, de très exquis dont bénéfi- 
cient les dames. Il en a d'acérés qui déconsidèrent 
et qui tuent. 11 en a qui sont pareils à des calom- 
nies. Il excelle à démêler les ridicules et à les 
étaler en des phrases formidables de conséquen- 
ces vexatoires. Richelieu volontiers l'utilise à souf- 
fleter d'un sarcasme les hommes qu'il souhaite 
évincer K 

Il est une source vive, une source intarissable 
de contes à rire. Dès qu'il entre en une compagnie, 
la joie fleurit sur les visages. Bautru peut-être riva7 
Userait d'entrain avec lui, ou encore Blot qu^ 
bouffonne chez Gaston d'Orléans. Mais l'un pro- 
digue surtout les boutades et l'autre confine sou- 
vent à l'ordure. Boisrobert demeure dans la juste 
mesure. Des connaissances solides lui permettent 
d'incursionner en des domaines intellectuels 
variés. Il se défend de tout pédantisme, et lui en 
attribuer serait l'injurier gravement. Il fait parade 
de sa légèreté et de son enjouement. 11 ne se 
pique point de constance et encore moins de reli- 
gion. 11 a même dû, craignant d'en être gêné, 
abjurer sans regret le protestantisme. Il joue jus- 
qu'à perdre la chemise et boit jusqu'à perdre la 
raison. Ce sont là défauts sans consécfuence et 

1. La Boscoroherline précitée. 



LE PLAISANT ABBE DE nOISROBERT 101 

personne jamais ne songea à lui en manifester 
quelque surprise. 

11 nous apparaît, au demeurant, comme le meil- 
leur garçon du monde, obligé,pir les circonstan- 
ces, à certaines bassesses et compromissions. Et 
c'est l'élever sur un pavois que lui confronter le 
milieu dans lequel va se dérouler son existence. 
Carie cardinal de Richelieu s'est environné d'une 
multitude bizarre, surtout préoccupée de fortune 
et de débauche. Deux visages à peine émergent 
de cette fourmilière avec quelque prestige. Claude 
Bouthilier porte avec solennité le poids de son 
cocuage avantageux et le Père Joseph passe, fan- 
tôme triste, ratatiné, roussàtre, allant d'une al- 
lure toujours accélérée vers les goguettes de la 
politique et les macérations de la foi. Les autres 
sont d'affables pantins dont Richelieu tire les ficel- 
les. Bullion, s'agitant parmi les arcanes de la 
guerre ou des finances, songe surtout à ses cra- 
pules prochaines. Chavigny, confidentissime, 
réjoui d'une filiation qui l'appelle, adolescent, 
au pinacle des affaires, partage sa vie en com- 
missions de toutes sortes et en orgies dans les 
maisons de bain et les tripots. Les Valençay, 
Sourdis, le cardinal de la Valette, maréchaux 
de camp comiques, au dire de Boisrobert, 
comme des vendangeurs disséminés en vignoble 
prospère grapillent l'illustration et les bénéfices. 
D'autres, plus minces, plus timorés, mais non 
moins comiques et avides, papillonnent autour 
de ces gros frelons, Abra de Raconis, Mulot, Bau- 
tru, Laffemas. Puis c'est la sainte famille_, des- 



102 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

cendue du Poitou et du Maine, vol de corbeaux 
flairant une proie abondante et dont on s'emplira 
jusqu'à éclater. Brezé, La Meilleraye, Combalet, 
Pont-Courbay, La Porte entourent d'un cercle 
d'yeux ardents le cardinal qui leur jette les maré- 
clialats, les duchés, les abbayes, les grands offices 
de France. Et enfin ce sont les courtisans, meute 
plus affamée encore, toujours prête à trahir et à 
tuer, qu'il faut à tout prix nourrir, gorger même 
pour en obtenir le repos ^ 

Boisrobert, noyé dans cette foule, dévoile de 
suite sa tactique. 11 joue des coudes parmi les per- 
sonnalités de sa sorte et enjôle les autres. Aussi 
trouve-t-il toujours le chemin libre. Le marquis 
d'Effiat, surintendant des finances, gêne-t-il sa 
lente avancée vers le cœur de Richelieu ? Une 
louange le lui rend aussitôt favorable, complai- 
sant, prêt à intercéder en sa faveur '. Auprès du 
cardinal de la V^alette qui quémande à tous les 
échos un commandement d'armée, il use, pour 
écarter s;i malveillance possible, d'un artifice plus 
heureux encore. Il couronne de fleurs sa maîtresse. 



1. Sur rentourag:e du cardinal, V. Le tableau de la vie el 
du gouvernement de MM. les cardinaux Richelieu el Mazarin, 
1693, p. 1 et s. La satire publiée dans ce volume parut à part. 
Sous le titre : Le gouvernement présent ou éloge de Son Émi- 
nence. Satyre ou la Mil'ade. S. D. (vers 1633 et attribuée à 
Boys). Tallemant consacre tout le tom-^ II des Uislnrietles à 
l'étude du milieu cardinalice- V. aussi, Mathieu de Mori,'ues : 
Recueil de pièces pour la défense de la Rei/ne Mère, 1643, qui 
fait un grief à Richelieu de ses complaisances à Tégard de sa 
famille. 

2. Rec. pi. h.T vers, 1630-lG38,p. 547, Sonnet à M. le marquis 
d'Effiat. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 103 

la princesse de Gondé '. Double avantage. L'amant 
adoucit son ton brusque et la bonne dame entre- 
bâille la porte de son hôtel. 

La famille du cardinal occupe son soin parti- 
culier. Il flagorne le maréchal de la Meilleraye^ 
11 s'épuise à cajoler Alphonse de Richelieu, soit que 
ce piètre fol promène son inconscience à la cour, 
soit qu'il l'ensevelisse en son archevêché d'Aix '. 
Seule M""* de Combalet, quoi qu'il entreprenne 
pour l'amadouer, persiste dans son aversion ^ 
Cela d'ailleurs ne l'embarrasse qu'au début, alors 
que, tàtomiaiit encore, il ne s'est pas attiré la 
confiance entière de Richelieu. M"' de Combalet 
est une adversaire redoutable, trop belle pour 
la vertu claudicante du cardinal, et qui bientôt 
la fera chanceler. Elle pourrait lui nmre. Mais il 
tourne les obstacles qu'il désespère d'ébranler. 
11 affecte l'insouciance et l'on ne se méfie plus 
de lui. 

Et tandis que l'attention se détache de sa per- 
sonne, il se démène dans l'ombre. Ilcouvre d'hy- 
perboles le ministre dont il connaît la friandise 
en cette matière. Tantôt ses actes politiques et 
tantôt son état de santé précaire lui multiplient 
les raisons de noircir du papier poétique '.Riche- 

1. Rec. pi. hx. vers, 1^2', p. 533, Sonnel à .V""' ?a Princesse 
estant à Forges. 

2. Recueil de Lettres nmirelies, 163 4, II, 42;», A M. de la 
Meilleraye. 

3. Rec. pi. bx vers, 1627, p. 55i, Ode pour M. de Richelieu, 
archevécfue d'Aix: Recueil de Lettres nouvelles, 1627. i. 270 5 
163i. I. 34-^,- 16t0, I. 233,. 4. Mgr l'archevêque d'Aix . 

4. Taliemant: II, 397. 

b, Rec. pl.bxvers,\62-, p. i'M; Ibid., 1621, p. 438; 1630-1638, 



104 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

lieu, à la fin, s'accommode si bien de Tantienne 
laudative qu'il s'en passe malaisément. Il la ré- 
clame de lui-même lorsque le poète la lui fait 
attendre ^ 11 la veut à la ville et à la campagne. 
C'est pourquoi, lorsque son maître se réfugie, aux 
alentours de Paris, en son château de Limours, 
tout rose et blanc parmi les hautes futaies, Bois- 
robert passe le temps à inscrire des quatrains 
sur les statues mythologiques ^ et à se quereller 
avec d'autres poètes qui jalousent sa facilité ^ 

Notre homme se sent si parfaitement goûté 
qu'il croit le temps veau, pour profiter d'une 
débonriaireté éphémère, de glisser entre deux 
panégyriques une subreptice invocation à la 
bourse. L'époque des étrennes lui en facilite le 
moyen. Il se demande quel souhait formuler qui 



p. 529. reproduit clans Le sacrifice des Muses au grand cardi- 
nal de Richelieu, 1635, p. 135. 

1. Rec pi. bx vers, 1627, s. p.; 1630-1638, p. 524 ; Le sacri- 
fice des Muses, 1633, p. 46, ^4 Mgr le cardinal de Richelieu 
sur ce ({u'il m'avait reproché que je ne faisais plus rien pour 
luy, stances. 

2. Rec. pi. hx vers, 1627, p. 592 ; Quatrain pour mettre au 
pied delà statue de Terminus dans la grande allée de Limours; 
Quatrain pour mettre au pied de la statue de Minerve dans les 
jardins de Limours. Sur Lim mrs que le cardinal possède de- 
puis 1623, V. Lebœuf : Hist. de la ville et de tout le diocèse 
de Paris, 1S.S3, III, 435; Brièle : Collection de documents iné- 
dits pour servira l'hist.des hôoitauxde Paris, ls87, IV, 238 et 
s.; Rec. de Lettres nouv., 1640, I, 49, Lettre de Malherbe. 

3. Dibl Ars.,mss Cnnrart,l. V in-f-, p. 1037 (n- 5414), .4Bo(S- 
robert sur la prière qu'il fait h la fontaine de Castalie de des- 
cendre dans Limours. CuLte pièce non signée nous paraît èlre 
de Ncufgermain. Elle répond à l'Ode de Boisrobert, A la fon- 
taine de ('astilie publiée dans Rec. pi. bx vers, 1627, p. 460 ; 
1630-1638, p. 531. 



LE PLAISANT ABBlî DE lîOISROBERT 105 

complète la félicité de son maître. Et tout naturel- 
lement il vient à penser que cette félicité attein- 
drait sa pléuitude par la satisfaction d'avoir^ 
autour d'elle, assisté des pénuries dont la sienne 
se présente comme la plus pitoyable \ 

Il s'attend évidemment à quelque générosité. 
Mais ce qui lui advient l'étourdit p ir la gloire qui 
en découle. Gir l'Eminentissime, de cette plume 
volontaire qui décrète le bonheur suprême ou la 
mort de plusieurs millions d'hommes, dnigne, 
sur-le-champ, répondre en vers à son indigne 
secrétaire : 

Boisrobert, en vain tu t'amuses 
A chercher du secours chez moy. 
Si tu veux enrichir tes Muses 
Il te faut adresser au Roy. 
Si pourtant ton esprit s'cstonne 
Du grand esclat qui l'envir inne 
Je consens à parler pour toy '\ 

Poétiquement, cela est plutôt piètre. Cepen- 
dant Boisrobert, à le lire, se sent grandi de quel- 
ques coudées et comme transporté, statue vivante, 
sur un indestructible piédestal. Seul au monde 
avec Neufgermain, un fou dont les vers raboteux 
écorchent les lèvres qui les disent, il possède un 
chant de la lyre cardinalice ^Tout d'abord, trans- 

1. Rec. pi. bxvers, 1627, s p.; 1630-1638. p. 526 ; Le Sucri- 
ftce des Muses, 1633, p. 80; Bibl. poét., 1745, I, 369, A Mgr 
le cardinal de Richelieu pour ses es'rennes. ode. 

1. Rec. pi bxvers, li3-27,s.p ; 1630-1638. p. 527; Bibl. poét., 1745 
1,370, Response faite sur-le champ pir Mçjr le cardinal. 

3. Les Muses illustres, 1658, p. 172, Pour Neufgermain. 



106 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

porté d'enthousiasme, il colporte cette démons- 
tration authentique de sa faveur. Il en tire une 
morgue insupportable. Puis, à la réflexion, il 
convient quen somme cela ne constitue pas grand 
résultat et qu'une ordonnance de la même plume 
lui eût procuré un honneur similiire en y ajou- 
tant davantage de bien-être matériel. Le roi, en 
effet, oppose un refus à ses sollicitations '. C'est 
pourquoi, répliquant au cardinal, il lui souligne 
l'insuffisance d'un autographe pour obtenir quel- 
que crédit en ce monde : 

Oa dit que ma fortune est faite. 
Mes envieux sont estonnez 
Depuis qu'ainsi l'on interprète 
Les vers que vous m'avez donnez. 

Chacun me flatte et me salue ; 

On me monstre au doigt par la rue, 

Le bruit court jusque dans les champs ; 

Mais, ô seul homme que j'implore, 

Je ne sçaurois trouver encore 

Crédit sur eux chez les marchands. 

Achevez des faveurs si grandes ; 
Considérez, Esprit parfait, 
Que sur le sujet des demandes 
Je suis espuisé tout à fait. 

Je ne feray plus rien qui vaille ; 
Permettez donc que je travaille 

1. Rcc.pl. bx vers, 1627, p. 552, Epigramme au Roy. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISnOlîERT 107 

Bientôt sur un remerciement. 
J'auray mille belles pensées, 
Car c'est un champ où, rarement, 
Les Muses se sont exercées*. 

Que répondre à des raisons pareillement pé- 
remptoires ? Richelieu n'a plus qu'à tenir ses 
promesses. Il le fait de bonne grâce et Boisrobert 
élabore bientôt le remerciement qu'il formait le 
vœu d'écrire -. 

On se demande vraiment comment le cardinal 
trouve le loisir de se livrer à de telles facéties, 
à l'instant même où Gaston d'Orléans, frère de 
Louis XIII, influencé par le maréchal d'Ornano, 
complote sa destruction. Il est vrai, d'admirables 
espions le renseignent sur les gestes de la cabale. 
Ghavigny, que la chronique prétend issu de ses 
relations anciennes avec M"° Bouthilier, accom- 
pagne le jeune prince dans les tripots qu'il fré- 
quente avec assiduité et mêle sans vergogne sa 
voix au concert vilipendant Richelieu. 

Gar Monsieur, frère du roi, vermeil, exubérant 
de santé^ physionomie avenante, considère la vie 
en philosophe optimiste. On ne le rencontre point 
affadi de rêverie et souriant aux anges. Toutes 
les qualités d'un bon libertin, la bravoure excep- 
tée, lui adviennent on ne sait par quelle grâce 

1. Rec.pl. hx vers, 1G27, s. p.; 16"0-1638, p. 328; Le sacri- 
fice des Muses, 1635, p. 91 ; Ilec. Barbin, 1692, III, p. 165 ; 
1"52, III. -llS; Annales poétiques, 1781, XVIII.p. 7, A Mçjr le 
cardinal de Richelieu, ode. 

2. Rcc.pl. hx.iers, 1630-1638, p. 521; Le sacrifice des Muses, 
1635, p. 107. 



108 LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 

des fées. Il éclaire de sa présence auguste les 
lieux où d'ordinaire la race des Bourbons n'est 
point accoutumée à planter sa bannière. Le ca- 
baret où le rire naît du via clair, le bordel où la 
joie s'avive de quelques exaltations fugitives, 
marquent les deux pôles de son désir. Il voyage 
de l'un à l'autre, flanqué d'apôtres qui épandent 
avec lui la bonne parole. De ces escapades noc- 
turnes où l'on brûla des auvents de savetiers, 
où l'on assécha les pots par myriades, où l'on 
présenta à la vénération des astres des femmes 
anudies et juchées sur des pavois, où l'on sub- 
tilisa, à la façon des tire-laines, les manteaux de 
passants attardés. Monsieur rapporte une odeur, 
un ton, une allure d'étrange canaillerie. Il se 
débraille ainsi que les bourgeois dont il accepte 
les agapes pour le motif de culbuter ensuite 
leurs épouses. Ses mains paraissent perpétuelle- 
ment hiverner dans ses chausses : son chapeau 
vacille, en gloriot, sur l'oreille, et sa bouche sifflote 
les courantes de carrefour. 

Bien que parfois des crises de respectabilité le 
saisissent, on accède aisément à sa familiarité. Dès 
lors, on peut sans crainte tout dire pourvu qu'on 
y mette quelque esprit. Car Monsieur a fondé, 
pour son bien-être personnel, un conseil de vau- 
riennerie dont il s'est libéralement accordé la 
présidence. Les autres fonctions se repartissent 
au comte de Moret, grand prieur, à l'abbé de la 
Rivière, grand monacal, à Patris, grand vicaire. 
Les membres de cette confrérie se composent de 
l'ente urase ordinaire. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 109 

11 y a Blot, chansonnier fameux qui prodigue les 
couplets satiriques, prêche souvent, j;imais à jeun 
et comprend tout sauf l'Evangile; Blot qui sera 
une voix éciataate de la Fronde. Il y a le comte 
de Brion, Le Boulay-Brulart, Sauvfige, Tristan- 
Lhermite, Chaudebonne, Puylaurens, cent autres 
que des pensions récompensent de leurs inconti- 
nences de gueule. 

Or Boisrobert ne fait point partie de cette co- 
horte et en souffre. Des amitiés Ty attendent, d'au- 
tres lui restent discrètement fidèles. Mais il ne 
peut déce ument accepter l'hospitalité en une 
maison où, contre son maître, bouillonne une 
hostilité non voilée. Le cabaret heureusemenl; 
joint ensemble, devant les verres, pour des fra- 
ternités transitoires, les esprits que la politique 
désaffectionne. 

C'est là que notre poète échange avec Tristan 
Lhermite des aménités et échafaude une tendresse 
que le te nps ne déflorera point. C'est là aussi qu'il 
s'applique à décliiffrer quelle énigme présente au 
monde le sieur de Neufgermain, poète hétéroclite 
de Monsieur. Car le jeune prince entretient, poer 
s'en réjouir, cet efflanqué calamiteux à la grande 
barbasse. Il en tire des anecdotes salées, des 
discours burlesques et des cabrioles. Mais S-ois- 
robert s lit bien que ce fou, parmi tant d'autres, 
souffre de sa folie et qu'il porte une bonne épée 
dont il châtierait volontiers les grands qui l'in- 
duisent à de dégradantes mendicités. Et c'est, 
sans doute parce que tous deux ont médit de leurs 
réci]3roques esclavages que Neufgermain, dédi- 



110 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

cace vivante, offre à Boisrobert quelques-unes de 
ces strophes baroques où la clarté et la gram- 
maire cèdent volontiers le pas à Tintention iro- 
nique ^ 

Leur sj'mpathie cachée obscurément au cabaret 
va d'ailleurs pouvoir bientôt s'étaler au grand 
jour. Richelieu, en effet, ne hait point, autour 
de Gaston d Orléans, ces vagues parasites que 
Ton trouve fréquemment dans sa propre anti- 
chambre. Sa colère s'adresse surtout aux conseil- 
lers politiques. Usait Monsieur à leur merci, sans 
volonté, moralement flasque, capable de toutes 
les traîtrises. D'Ornano et les autres font reluire 
à ses yeux la possibilité de chasser Louis XIII de 
son trône et de présider à son tour aux destinées 
du royaume. 11 accepte à demi ces desseins, dési- 
reux surtout de se défaire du cardinal dont la 
puissance l'indispose. Il conspire comme on 
s'amuse, oublieux des conséquences. A cette heure 
il refuse d'épouser M"' de Montpensier dont Ri- 

1. La denxiesme partie du livre intitulé les Poésies et ren- 
contres du sieur de Neufgermain. poète hétéroclite de Monsei- 
gneur, frère unique de Sa Majesté, 1637, p. 130, A M. de Boisro- 
bert. Snr Neu%jrmain, V. Œuvres du sieur Gaillard,lQ3i,pas- 
sim;Maynard :QEurres, 1646, p. 80; OEuvres poétiques de Gril- 
?e<,1648, p. 253; Sarasin -.La pompe funèbre de Voiture... 1649, 
p. i8,2l; Nouveau recueil des plus belles poésies... 16'oi, p. 224, 
(par Desmaretsi ; Voiture : OEuvres, 1656, passim ; Furctière : 
^'ouvelle allégorique, iQ'oS, p. 141; Saint-Amant: OEuvres, édit. 
Livet, I, 323,468; Maucroix : OEuvres, édit. Paris, 1854, 1. 116 ; 
Chapelain: Lèpres, édit. T. de Larroque, I, 340; Loret : Muze 
hist. du 4 janvier 1653 ; Tallemant : III, 211 et s. ; IV, 463 ; V, 
p. 234 ; VII, 453 ; Sorel : Francion, livre VI (sous le nom de 
CoUinet); Goujet: op. cit.,XVl,p. 156 ets.jBayle et Ja\:Dict.; 
Lachèvre : op. cit., II, 398. 



LE PLAISANT AI3HÉ DE BOISKOBEUT 111 

chelieu, de connivence avec la reine mère, lui 
offre la grâce charmante et la fortune considéra- 
ble. Il cherche, en prévision d'une révolte, des se- 
cours étrangers. 

Mais le ministre n'attend point que le mal soit 
irréparable. D'Ornano est brusquement incar- 
céré. Grand émoi. Gaston aussitôt se rend chez 
le roi, demande des comptes, fait le matamore. 
Louis Xlll se décharge des responsabilités sur son 
conseil et envoie quérir le cardinal. Golui-ci sans 
hésiter avoue que, sur son avis, d'Ornano fut 
embastillé et que Monsieur l'en remerciera un 
jour. Mais l'autre, furieux, ne veut rien entendre : 
— Vous être un jean-f outre, hurle-t-il. 
Et, claquant les portes, il retourne en son 
palais. Mais là, la réflexion peu à peu lui rend 
la conscience du danger. Privé de ses excitateurs 
ordinaires, il s'aljandonne à la crainte des repré- 
sailles. Bientôt Richelieu obtient de lui une sou- 
mission abjecte. La seule préoccupation de sauver 
salibertéletenaille.Et,commeon Tavait souhaité, 
il épouse M"° de Montpensier. 

Dès lors Boisrobert voyant les difficultés apla- 
nies ne croit plus nécessaire de celer ses relations 
au palais d Orléans et Monsieur conduisant à 
l'autel son épouse emporte dans sa poche une 
épithalame de sa façon S Cela d'ailleurs ne paraît 
pas lui valoir une considération pécuniaire quel- 
conque. Du moins il a, de quelques labeurs d'ima- 



1. Rec. pi. hx. vers, 1627, s. p., Sonnet sur le mariarfe de 
Monseigneur, frère unique du roy. 



112 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

gination, empli son désœuvrement. Richelieu, en 
effet, 1 oublie quelque peu à ce moment. Délivré 
de son perpétuel ennemi Gaston, il parfait d'une 
part le supplice de Ghalais et de l'autre s'acharne 
à écraser la reine Anne d'Autriche après l'avoir 
vainement poursuivie de sa galanterie mala- 
droite. 

G est pourquoi Boisrobert utilise à des ébats 
poétiques ses loisirs 11 fait à M. d'Avaux, maître 
des requêtes solennel et gobe-mouches, une sa- 
voureuse peinture de 1 hiver parisien \ Pour 
M"° d'Effiat, fille du maréchal et de cette Marie 
de Foùrcy que l'élégiaque Estienne Durand enve- 
loppa jusqu'à en mourir d'une tendresse inassou- 
vie, il se transforme en romaniste * et éploie les 
claires aventures à! Anaxandre et d'Orazie '. 

1. Rec. pi. bx. vers, 1627, p. 478 ; 16o0-1638, p. 554; Jardin 
des Muaes, 1643, p. 111 ; Recueil Ra.rhin, 1692, III, 171,- 1752, 
III, 220; Grepet : Les poètes français, 1861, II, 461, L'hiver à 
Paris. A M. d'Avaux, maistre des requestes Celte poésie est 
vraiment très agréable. Nous regrettons, faute de place, de ne 
pouvoir la reproduire. 

2. Terme usité au .\vii° siècle et dont nous avons fait ro- 
mancier. 

3. Boisrobert: //(Xoi're indienne d'Anaxandre et d'Orazie où 
sont entre-meslées les avaniures d'Alcidaris, de Cambaye et les 
amours de Pijroxène, Paris, F. Pomeray, 1629, in-8. Dédié à 
M'i* d'Efliat dont il loue hautement la beauté. Le volume est 
précédé d'une Épilre de Balzac et d'un Advis au lecteur où 
Boisrobert revendique le droit de divertir plutôt que d'ins- 
truire. Nous avons lu avec intérêt ce petit roman, fort bien 
conduit, plein de vivacité et d'humour. Il ne nous a pas une 
fois ennuyé. On y trouve bien des épisodes usités, des princes 
déguisés sous de faux noms et qui signalent leur naissance par 
l'éclat de leurs actes, conquêtes, batailles, carrousels, etc. Ou 
y trouve également des histoires croustillantes. Les princesses 
y prennent un ton délibéré auquel, plus tard, les Gomberville 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 1 13 

Et deux maisons le comptent parmi leurs fa- 
miliers. En l'une Marie Bruneau, dame des Loges 
tient ruelle. C'est une huguenote transplantée 
du Limousin * et qui. acclimatée, perd peu à peu 
la ténacité, l'amour du gain, l'étroitesse d'esprit 
de ses origines. Les lectures l'ont transformée et 
la fréquentation des savants. On la dit galante, 
enjouée, troussant agréablement le madrigal. 
Elle dissémine les épitres maniérées et la grâce 
de son accueil attire autour d'elle maint sou- 
pirant. Balzac tresse pour elle des guirlandes. 
IMalherbe moribond assiège en bougonnant sa 
vertu. Haute fontaine, écervelé qui importe, dans 
la société, un étrange goût de bastonnade, lui 
en conte et aussi Voiture qui ne peut autre- 
ment qu'en chemise souffrir les femmes qu'il 

et les Scudéry, mettront une regrettable atténuation. V. par 
exemple, p. 175, une lettre de la princesse Orixe à Taxile qui 
donne une assignation d'amour en des termes que Marion de 
Lorme utiliserait à peine. Boisrobert excelle à portraiturer, 
habiller et déshabiller les femmes (V. p. 85 et s., 153 et si. Le 
canevas, mot pour m^t, de la Iragi-comédie : Pyrandre et Lisi- 
mène que Boisrobert versifiera plus tard, est contenu dans le 
livre second (p. 181 et s.i. De même que Lisimène, dans la 
tragi-comédie, Orixe, dans le roman, passe de la métaphysique 
amoureuse à ses corollaires sexuels le plus délicieusement du 
monde. Et comme il sied, tous les amants dont les tribulations 
nous sont contées, reçoivent, à la 760° page, la recompense 
matrimoniale de leurs vertus souvent chancelantes. Il est 
regrettable que Boisrobert n'ait pas persévéré dans la voie 
romanesque. Il y eût assurément mieux réussi qu'au théâtre et 
son désir de plaire avant tout nous eùl. dotés do fictions au- 
trement captivantes que celles auxquelles le xvii' siècle nous 
habitua. Nous aurions, sans doute, à cette heure, un autre 
Roman comique ou un autre Francion. 

1. Née à Sedan, elle est limousine d'origine et par son 
mariage. 



Il4 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

aborde. M. d'Interville, conseiller au grand con- 
seil, goguenarde sur son lit où il souhaiterait 
qu'on le crût hospitalisé. 

L'indépendance et le sans-gêne régnent en cette 
demeure où l'on pénètre à toute heure. C'est pour- 
quoi Boisrobert s'y promène comme en son pro- 
pre logis. Personne ne l'y embarrasse, et pas 
même Gaston d'Orléans que Richelieu soupçonne 
d'y forger de nouvelles conspirations. Il y cou- 
doie tous ceux que, dans la suite, son obligeance 
servira, Pierre de Boissat, frétillant comme un 
oiseau, Ménage exubérant de pédantisme, Racan 
à qui l'amour des bergères enleva le sens de la 
vie, Gombauld épigrammatiste perclus de misère 
et Vaugelas grammairien, ciseleur de phrases 
pompeuses et débiteur de nouvelles controuvées. 
11 y voit l'hôtel de Rambouillet déverser jalou- 
sement ses plus chères créatures et jusqu'à Go- 
deau, qui barbouille d'une même plume intaris- 
sable les traités spirituels et les rondeaux à la 
farce. 

Il n'y séjourne cependant pas trop ostensible- 
ment. Car s'il doit à M""° des Loges de la gratitude 
pour les consolations qu'elle lui prodigua durant 
sa disgrâce, il ne se croit pas obligé de lui sacri- 
fier sa fortune. Or son salon devient de plus en 
plus suspect au cardinal de Richelieu. Bientôt la 
madrée précieuse devra, prévenant les persécu- 
tions, regagner en hâte son château bâti de rocs 
limousins '. 

1. Recueil de lettres nouvelles, 1621,1. 267; 1634, 1,340; 1610, 1' 
232. Sur M"» des Loges, V. Tallemant : passim el surtout : lil, 



LE PLAISANT ABBlî DE BOISnOBERT 115 

Au sortir de chez elle, Boisrobert hante, rue 
de l'Arbre-Sec, le retrait de M'^" de Gournay. On 
y monte péniblement à Taide d'une grosse corde. 
M"° Jamiu, bâtarde d'Amadis Jamin, entre-bâille 
la porte, inspecte l'arrivant, puis consent à ouvrir 
tout à fait. On s'embarrasse dans les pattes de 
la chatte Piaillon et l'on découvre, à la fin, tri- 
potant parmi les paperasses, la docte fille en 
qui Montaigne déposa sa confiance intellectuelle. 
Elle est étonnamment ridée, ratatinée, bredouil- 
lante quoique encore, malgré la soixantaine, d'in- 
telligence vive ^ Bien qu'on ait accusé ses patins 
(Je faire ménage avec les bottes de Maillet, le 
plus crotté des poètes, elle persiste à demeurer 
étrangement pucelle de corps et d'esprit, pucelle 
à ne distinguer point quels mots déparent, à les 
prononcer, une bouche féminine '. Elle s'est forgé 
une sagesse inspirée de Tantique et déclare la pé- 
dérastie louable pour en avoir appris rexcellence 
du divin Socrate. L'amour qu^elle entretient du 
passé lui montre du présent une image déformée. 
Son admiration vague des Latins et des Grecs aux 
poètes du siècle précédent que Montaigne pourtant 
surpasse, à ses yeux, de toute la hauteur de son 
génie. Pour discourir des uns et de l'autre, aux 



361 et s. ; Emile Fage: Portraits du vieux temps, 1891, p. 1 
et s. La notice d'Emile Page ne contient aucune mention des 
relations de M"* des Lof;es avec Boisrobert. Climène, tragé- 
die de La Croix, 1629, est dédiée à cette dame 

1. Michel Lasne la portraitura dans sa jeunesse. V. aussi, 
Abbé de Marolles : Portraits en quatrains précités, p. 17. 

2. Le mot « bordel » par exemple sort de sa plume avec une 
agréable aisance. 



116 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

heures OÙ elle délaisse l'alchimie et la linguistique, 
elle accepte dans sa chambre un cercle d'écri- 
vains gouailleurs : La Mothe le Vayer, Ogier et 
son frère, Habert, Serisay, Lestoile, Révol, Guil- 
laume Golletet, Malleville et Tabbé de MaroUes \ 
Ils écoutent complaisamment ses divagations sa- 
vantes et ses éternelles plaintes. Car son humeur 
querelleuse lui attire force ennemis et m;iints quo- 
libets. Jadis, elle combattit en faveur des Jésuites 
et connut l'amertume d'être souffletée par les 
pamphlets orduriers. A cette heure, elle pourfend 
Thypocrisie et la bassesse des courtisans qui lui 
répondent par des strophes gaillardes et des tours 
de leur façon. 

Boispobert naturellement pactise avec ces der- 
niers. A la vérité il ne déteste point 1 innocente 
fille. Il l'écoute sagement. Bientôt même il lui 
rendra d'éminents services. Mais il ne peut se 
défendre de railler ses ridicules et ses manies. 
11 répand partout le conte que des dents de loup 
marin coniposeat son râtelier depuis qu il la sur- 
prit, à table, ôtant et remettant en cachette l'ap- 
pareil, soit pour doubler les morceaux, soit pour 
ne rien perdre de la conversation. Il s'ingénie, 
sachant qu'elle n'y parviendra pas, à lui faire 
expliquer le titre du massif ouvrage qu'elle vient 
de publier : L'ombre de la detnoi.se lie de Gour- 
nmj % ramassis en prose et en vers de ses enthou- 
siasmes, de ses haines et de ses gratitudes. 

1. Abbé de Marolles : Mémoires, 1656, I, 58, cite Boisrobert 
parmi ces écrivains. 

2. Paris, J. Libcrt, 1626, in-8. Pour ces anecdotes, V. Talle- 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 117 

Et nul ne se réjouit autant que lui de l'aven- 
ture qui lui arrive avec un autre rêveur, Racan, 
qu'il affectionne comme elle. Peut-être y a-t-il 
participé en révélant au chevalier de Bueil et au 
sieur Yvrande que Racan viendra, certain jour, 
à trois heures, remercier la demoiselle d'un 
hommage de son livre. Il n'en faut pas davan- 
tage pour que les deux badins, toujours en quête 
de malices, décident de se gausser de l'un et de 
l'autre. 

Rien avant l'heure fixée, le chevalier de Rueil 
se rend rue de TArbre-Sec, heurte à la porte et 
prévient en sa faveur M"° Jamin toujours mé- 
fiante. M''' de Gournay versifiait. Néanmoins, un 
gentilhomme la demandant, elle se lève et dit ; 

— Cette pensée estoit belle, mais elle pourra 
revenir et ce cavalier peut-estre ne reviendroit 
]3as. 

Le chevalier aussitôt se nomme ; 

— Je suis Racan, dit-il avec une révérence. 

La pucelle, ne le connaissant que de réputa- 
tion, le croit. Elle lui fait mille civilités à sa 
mode et le remercie surtout de ce qu'étant jeune 
et bien fait, il ne dédaigne pas de venir visiter 
la pauvre vieille. Le chevalier, plein d'esprit, lui 
dévide des contes. Ravie de le voir d'aussi belle 
humeur et entendant sa chatte miauler, elle dit 
à Jamin : 



mant : II, 345 et s. Sur M'i« de Goui-nay, V. L. Feugère : Les 
femmes poètes du xvi' siècle, Etude suivie de Afl^' de Gour- 
nay... 1860; Livet : Précieux et Précieuses, 1896, p. 26b et s. ; 
Paul Bonnefon : Montaigne et ses amis, 1898, II, 316 et s. 



118 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

— Jamin, faites taire ma mie Piaillon pour 
escouter M. de Racan. 

Cependant Bueil s'en va et à peine a-t-il tourné 
les talons qu'Yvrande arrive et se glissant par 
la porte entr'ouverte, s'écrio : 

— J'entre bien librement, Mademoiselle ; mai& 
rillustre AP^' de Gournay ne doit pas estre trai- 
tée comme le commun, 

— Ce coîDpIiment me plaist, repart la pucelle. 
Jamin, mes tablettes que je le marque !... 

— Je viens vous remercier, Mademoiselle, de 
l'honneur que vous m'avez fait de me donner 
votre livre. 

— Moy, Monsieur, reprend-elle, je ne vous 
l'ay pas donné, mais je devrais l'avoir fait. 
Jamin, une Ombre pour ce gentilhomme !... 

— J'en ay une, Mademoiselle ; et pour vous 
monstrer cela, il y a telle et telle chose en tel 
chapitre. 

Ensuite, il lui annonce qu'en revanche il lui 
apporte des vers de sa façon. W^' de Gournay les 
prend et les lit : 

— Voylà qui est gentil, Monsieur. Icy, vous 
maiherbisez ; là vous colombisez ; mais cela est 
gentil. Ne sçauray-je point vostre nom ? 

— Mademoiselle, je m'appelle Racan. 

— Monsieur, vous vous mocqucz de moy ! 

— Moy, Mademoiselle, me mocquer de cette 
héroïne, de la fille d'alliance du grand Monta- 
gne, de cette illustre fille de i[ui Lipse a dit : 
Videamus quid sit paritura ista virgof... 

— Bien, bien, celuy qui vient de sortir a donc 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 119 

voulu se mocquep de moy, ou peut-estre vous- 
mesme voulez-vous, vous en mocquer ; mais 
n'importe, la jeunesse peut rire de la vieillesse. 
Je suis toujours bien aise d'avoir veu deux gen- 
tilshommes si bien faits et si spirituels. 

Là-dessus, ils se séparent. Un moment après 
le vrai Racan entre tout essoufflé. 11 est un peu 
asthmatique et la demoiselle loge au troisième 
étage. 

— Mademoiselle, lui dit-il sans cérémonie, de 
mauvaise grâce et bégayant, excusez si je prends 
un siège. 

— la ridicule figure, Jamin, s'écrie M"° de 
Gournay. 

— Mademoiselle, repart Racan, dans un quart 
d'heure je vous dira y pourquoy je suis venu icy, 
quand j'auray repris mon haleine. Où diable 
vous estes-vous venue loger si haut ? Ah ! qu'il 
y a haut ! 

Puis, soufflant : 

— Ah! M '.demoiselle, je vous rends grâce du 
présent de vostre Omble; je vous en suis bien 
obligé. 

La pucelle cependant regarde cet homme d'un 
air dédaigneux. 

— Jamin, dit-elle, désabusez ce pauvre gen- 
tilhomme; je n'en ay donné qu'à M. de Malherbe 
et M. de Racan. 

— Eh ! Mademoiselle, proteste le bonhomme, 
c'est moy ! 

— Voyez, Jamin, le joly personnage ! Au moins 



120 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

les deux autres esloient-ils plaisants. Mais cetuy- 
cy est un nieschant bouffon ! 

— Mademoiselle, je suis le vray Racan! 

— Je ne sçay pas qui vous estes, mais vous 
estes le plus sot des trois. Mordieu! je n'entends 
pas qu'on me raille ! 

La voilà en fureur. Racan, ne sachant que 
faire, aperçoit un Recueil de vers. 

— Mademoiselle, dit-il, prenez ce livre et je 
TOUS diray tous mes vers par cœur. 

Cela ne l'apaise point. Elle crie au voleur. Des 
g-ens montent. Racan se pend à la corde de l'es- 
calier et se laisse couler en bas. Le jour même 
M"' de Gournay apprend toute l'histoire. Déses- 
pérée, elle emprunte un carrosse et le lendemain 
dès l'aube va trouver le malheureux bonhomme. 
Il est encore au lit ; il dort. Brusquement elle 
tire le rideau. Il l'aperçoit et se sauve dans un 
cabinet. Elle lui cause une telle frayeur qu'il 
faut d'extraordinaires objurgations pour l'en 
tirer, k la fin, après avoir cent fois demandé par- 
don, elle le convainc et ils deviennent les meil- 
leurs amis du monde *. 



î. Cette aventure est rapportée en maints ouvrages, mais 
nous avons interprété le texte de Tallemant : II. 356 et s. 
comme le plus vif et le plus enjoué. V. aussi, Sorel : Fran- 
€wn, liv. X (Racan sous le nom de Saluste) ; Menaçjiana, 1715, 
m, 13; De Gallières : Des bons mois et des bons contes, }692, 
p. 252 et s. ; Louis Arnould : Un (jentilhornme de lettres au 
XVII' siècle. Honorât de Bueil, seigneur de Racan, 1901, 
p. 312 et s. ; Feugère : op. cit., p. 147 et s. ; Bonnefon : op. 
cit., II, p. 397 et s. reproduisent ce conte dit conte des Trois 
Racans que Boisrobert plus tard mettra à la scène sous le 
tilre : Les trois Oronles. V. aussi, Bibliothèque nat., mss. 



LE PLAISANT ABBK DE BOISROBERT 121 

Boisrobert a-t-il été le spectateur amusé de 
cotte aventure? Nous ne le pourrions dire. Mais 
elle lui parait digne de figurer parmi son bagage 
da contes. Il la fait sienne. Il arrive à contre- 
faire les attitudes, les gestes, les intonations de 
tous les personnages. Il la colporte dans le 
monde. Il la joue même devant Racan qui, riant 
aux larmes, ne peut s'empêcher de s'écrier avec 
son déplorable défaut de langue : 

— 11 dit vlai !... Il dit vlaiï 

Enfin il essaie d'en divertir le cardinal de Ri- 
chelieu. Mais l'Eininence n'a point l'esprit tourné 
à la facétie. Cependant que Boisrobert écrit pour 
la Cour le ballet des Nymphes bocagères^ il pré- 
pare silencieusement le siège de la Rochelle ^ 
Bientôt les remparts de la cité rebelle verront 
apparaître sa silhouette guerrière. Notre poète, 
à qui répugne toute violence et brutalité ne parait 
pas l'avoir accompagné. Il se borne à célébrer en 
mauvais vers la victoire royale ^ Puis, pour satis- 
faire aux haines de son maitre et par là accroître 

n" 4529, X. acq. f" 121 où Gaignières présente Boisrobert 
comme lauteur de cette duperie et s'efforçant de berner la 
pi-ésidente des Hamjaux'. Mais la relation de Gaignières parait 
peu vraisemblable car Boisrobert devait être connu de cette 
présidente dont nous avons vu qu'il glorifiait en vers le mari. 

1. Les nymphes bocarjères de la foresl sacrée. Ballet dansé 
par la Reyne, en la sale du Louvre. Pans, M. Henault, 1627, 
in-4 et in-8, reproduit par Lacroix : op. cit., t. IV, p. 41 et s. 
Le musique est de Boesset: Airs de Boesset, 1689, ei Airs mis 
en tablature de luth, 1628. 

2. Boisrobert : Ode à la Reine Mère sur la Victoire du Roy 
son Fils, S. L. N. D., in-4 de 4 p. signé. Reproduit dans: Bihl. 
Sainte-Geneviève, mss.n° 11.20, {° 4, v"; Bibliothèque d'Amiens, 
mss. n" 880, f° 115. 



122 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

son autorité auprès de lui, il charge le secrétaire 
Charpentier de lui transmettre un sonnet où Buc- 
kingham que vient d'assassiner Felton est étran- 
gement malmené '. 

C'est toucher à la corde sensible. Car, pour dé- 
tester Buckinghim, Richelieu ajoute à ses griefs 
politiques des griefs de soupirant évincé. x\nne 
d'Autriche, en effet, lui préféra le lord magnifi- 
que qui possédait, au contraire de lui, l'art de se 
manifester en attitude romanesque. Aussi le car- 
dinal, dès son retour triomphal, remercie-t-il Bois- 
robert de sa sinistre attention en lui confiant, pour 
la première fois, une mission officieuse et délicate, 
celle de gagner à sa cause la marquise de Ram- 
bouillet. Car le ministre, à bon droit, se défie de 
ces assemblées mondaines où la littérature, le 
plus souvent, masque Tintrigue politique. 

Boisrobert devra donc, avec tout le tact néces- 
saire, acquérir à son maître l'amitié de la dame 
et en obtenir qu'elle l'avise des propos qui, chez 
elle, aux cours des réunions, se tiendraient con- 
tre lui. Or la marquise accueille de façon char- 
mante à la fois le poète dont elle goûte les œuvres 

1. Bulletin du bouquiniste, 1872 p. 19, et s., .4. .1/. Char- 
pentier, secrétaire de Mgr le Cardinal, datée de Paris, le 
26 septembre 1628. Deux autres lettres, tirées de la collection 
Baluze, sont publiées parle mémo bulletin L'une complimente 
Charpentier dont Iinfliience lui est nécessaire. L'autre re]ati\e 
à sa disgrâce, sera utilisée ultérieurement. V. aussi. Le Songe 
de Bois-Robert à Mgr le Cardinal de Richelieu, ode. S. L. N. D. 
in-l" de 20 p. (Bibl. de Grenoble). Reproduit dans Recueil pi. 
bx. vers, 16301638, p. 503 ; Le Sacrifice des Muses, 1635, p-.'j'J. 
Cotte pièce, écrite à la même époque est une grande flatterie. 
V. aussi Le Sacrifice des Muses., 1635, p. 84, A Mgr le Cardinal 
de Richelieu, ode, pièce qui se rapporte au siège de la Rochelle- 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 123 

et le messager de Richelieu. Mais dès qu'il aborde 
le sujet véritable qui Tamèiie, elle change brus- 
quement de note. A la vérité elle ne se montre 
pas moins aimable, séduisante, désireuse de con- 
server des relations pacifiques, mais elle abonde 
en réticences. Et, sur une mise en demeure pré- 
cise, elle ne cèle plus son aversion du rôle que 
l'on attend d'elle : 

— Monsieur, répond-elle, je suis fortement 
persuadée de la considération et de l'amitié que 
mes hôtes portent à Son Eminence. 11 n'y en a 
pas un seul qui ait la hardiesse de mal parler 
d'elle en ma présence. Je n'aurai donc aucune 
occasion de lui donner de semblables avis \ 

Penaudemeiit Boisrobert se retire et rend 
compte de son ambassade. Richelieu, en prévoyant 
les résultats, ne lui garde point de ressentiment de 
la non réussite. Il semble même qu'il l'appuie 
davantage auprès de Louis XIII qui, toujours chas- 
sant, toujours saigné, maigre et pâle comme un 
fantôme, vient d'arrêter son étrange sentimenta- 
lité autour de M'^" de Hautefort. B 'giyant, sour- 
nois, cruel, futile, tantôt se divertissant à prépa- 
rer des conserves ou des confitures et tantôt à 
contrefaire les grimaces des moribonds, le mo- 
narque s'étonne encore qu'un amour qui n'a point 
un adolescent pour objet ait à ce point troublé 

1. Œuvres de M. de Segrais, 1755, II, 20. V. aussi, Talle- 
mant: II, 487, et s., qui attribue la visite au P. Joseph et beau- 
coup plus tard. De toutes façons la réponse de la marquise lui 
aliéna le Cardinal de Richelieu. Mais Boisrobert n'en continua 
pas moins à fréquenter l'hôtel do Rambouillet. V. Chapelain : 
op. cit., I. 298 ; Anne de Gonzague ; Mém., 1786, p. 42. 



soB âme. La jeune fifle sapp>H« son h\ 
e^pri - jaioose et placidement êconle les 
conîr- -^rie dont il l'entretient an cercle de 

la rône. Parfois elle participe à de ternes réjouis- 
sances et les immmages que son chaste am^nt lui 
prodi^ne conâst^f Boonfeentauém^it en airs fades 
qnH extrait de son luth. Car le S'ont de la ma»- 
que comcide chez lui avec le gt>ât de M^ de Ebn- 
tefort. 

Mais la musiqne sans parctles n'exprimerait 

^' int e^ jnil amlntionne lui faire dire. Il envoie 

d- :r — :ip Boi9t»b^ dont les vers circulent à 

t lui agréent. Il lui demande d'agencer 

- Imposition quelques rimes qui chantent 

r elle. Peu ^près le poète apporte son tra- 

» ài± ei cr lit en retirer forée compliments pour ce 

qu'il y célèbre les grâces de la favorite. 

— V.js Ters vont bien, lui dit le roi. maïs il 
fa:: irait osto' le mol de désirs^ car je ne désire 
ri ■?!!... 

Désappjinté, Roisrobert. quittant le Louvre, 
rencontre 1^ cardinal. 

— Le Bois, lui dit celui-ci -. vous estes en fa- 
veur. Le Roy vous a envoyé quérir. 

— Ahl Monseigneur î... 

Et il luirappirte l'appréciation rovale. Riche- 
lieu, riant comme un page, ajoute : 



t : H. 391 dft : « n Tap^eioit aÔBSw à casse qae 

'SBCitf. povr ofcGgsr Bmsobat à le serrir ar 

^ ^>ss de sa cBminii i.i hâ xrât rrrlf 

' or le bois qn TÎeat de XonBanfie, 

- ^ esté rdaHée cesA fcôs ». 



LE PL\I5ANT ABBÉ DE BOISBOBEBT l"2o 

— Oh ! deviaez ce qu'il faut faire : ayons la liste 
des mousquetaires. 

Ils se la procurent. Elle contient des noms 
béarnais à toer chiens: Boisrobert, amalgamant 
ces noms tonitruants, en fait une chanson. Le roi 
n'y trouvant pi is matière à choquer sa pruderie 
la déclare admirable *. Et de cette sorte, tout le 
Béarn avec lui s agenouille devant M"' de Haute- 
fort. 

Mais notre poète se srarde bien d'en demeurer 
là et ne veut pas que la jeune fille l'accuse de 
méchanceté. C'est pourquoi, feignant de sacrifier 
encore aux penchants atFectueux du roi, il lui tra- 
duit sa propre admiration et quelle douceur insi- 
nuerait en lui un regard de ses yeux d'outremer. 
Il la détaille ligne à ligue, trait par trait, spé- 
cifiant toutes les beautés par quoi resplendit cette 
créature capable d'ouvrir, dès ce monde, le pa- 
radis aux bienheureux qu'elle élira Et se plaçant 
hypocritement sur les rangs des candidats amants, 
il ajoute ; 

La neige qu'oa n"a point foulée 
Xe peut sans crime estre éî^alée 
Au vif esclat de sou beau teint. 
Et son jeane sein qui pommelle 
Est la demeure naturelle 
De l'amour dont je suis atteint '. 

1. Tallemant : II. 240 ad notam. 

'^. Rec.pl. bx. vers, 16^0, p. STT ; lô)S. p. ST9,5ur les amonr^ 
du Roy. V. aussi, même Recueil. 1530-163S. p. 5T3. Sonnet 
pour une beauté naissante, qui parait bien être aus-*i M^ • de 
Hautefort. car. de morne que dans la précédente poésie, elle 
est nommée Amarillis. Inutile de dire que Cousin : il'^' de 



126 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Mais yV^' de Hautefort, de même que les demoi- 
selles de Ghémérault et de Querelle qu'il chan- 
sonne S de même que toutes les filles des reines 
et des princesses qu'il harcèle de madrigaux-, 
savent que Boisrobert se moque de leur riante 
séduction et qu'au jardin d'amour les fleurs mâles 
lui apparaissent comme les plus dignes d'être 
cueillies. 

Caries fleurs mâles n'amollissent point d'un par- 
fum trop véhément et trop durable. On les prend, 
on les délaisse. On ne se souvient plus de les 
avoir prises. Les autres au contraire, persistant 
à dispenser la griserie, tuent l'énergie, empê- 
chent que l'on se distraie d'elles pour des beso- 
gnes plus profitables. Or, Boisrobert a besoin de 

^an<e/br<, 186S, ne mentionne pas plus ces premières relations 
de Boisrobert avec la jeune iîUe que les postérieures dont nous 
parlerons. 

i. Boisrobert: Les Epistres, 1647, Autres œuvres, p. 20, Chan- 
son pour Jii''* de Ghémérault et de Querelle, Sur M"" de 
Ghémérault, fille de la reine, V. notre volume: Scarron et son 
milieu, 1905, p. 113, et s. ; Chevreau: La Belle Gueuse, S. D. 
in-4"; Poésies et Lettres de M. Dassoucy, 1653, p. 94; La Muse 
naissante du Petitde Beauchasteau, 1657, 1" part , p. 22;Saint- 
Gabriel : Le mérite des dames, 1663, p.32D: M'i'Petit: 7v'.4mour 
eschapé, 1669, IIl, 325 (Sous le nom d'Apasis. Son proverbe de 
cour est : Etourdie comme un hanneton (Arch. nat,^ M. 791, 
Proverbes de cour); Bihl. de Chantilly, mssn" 538, contient une 
poésie Pour .W" de Ghémérault qui, se jouant dans un pré, 
avoit montré son derrière par Voitureetreproduit dans sesQEu- 
i'res).LerôIe politique de M'i° de Ghémérault se trouve dans tous 
les mémoires du temps. Elle épousa La Bazinière, trésorier de 
l'Epargne. V. Tallemant : passim. Sur M"* de Querelle, fille 
d'honneur de la duchesse de Lorraine, V. Tallemant : V. 323; 
Recueil Sercy, 1654 et 1662, 2" part., p. 16. 

2. Bec. pi. bx vers, 1630-1638, p. 572, 583. Ces deu.ï poésies 
amoureuses datent de cette époque. 



LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 127 

toute sa lucidité d'esprit pour réfléchir aux évé- 
nements graves qui, en quelques mois, menacent 
de l'emporter avec le ministre omnipotent qu'il 
eut tant de difficulté à circonvenir. 

A peine a-t-il salué d'un sonnet prometteur de 
gloire son départ pour la campagne d'Italie , 
qu'il voit, autour de Louis Xlll, s'agiter des 
haines implacables. Marie de Médicis, Anne d'Au- 
triche, Gaston d'Orléans, sans égard pour les vic- 
toires du cardinal-guerrier, utilisent toutes les 
roueries de leurs basses âmes à l'engloutir dans 
l'obscurité et la mort. Dans le concert de leurs 
malédictions, la frêle voix du poète fidèle, s'éle- 
vant pour chanter l'écrasement des protestants 
en leurs repaires languedociens, passe inaperçue 
et bientôt étouffée *. A Lyon, près du lit royal 
où agonise l'insignifiant chasseur qu'une inadver- 
tance fit surnommer le Juste, Boisrobert priant 
Dieu en faveur de son rétablissement ^, surprend 
avec désespoir la joie de la meute affamée à qui 
le moribond, excédé de requêtes, promet une 
curée prochaine. 

Donc Richelieu, en récompense de la triom- 
phale campagne, ayant écrasé les ennemis exté- 
rieurs et annihilé TefTort ultime des ennemis 
intérieurs, recevra son congé brutal. Toute l'œu- 
vre, qu'avec tant de soins il échafauda pour la 

1. liée. pi. bx vers, 1630-1638, p. 534; Le Sacrifice des Muses, 
1635, p. 70, A Mgr le cardinal de Richelieu. sur son partement. 

2. Rec. pi. bx vers, 1630-1638, p. 5:0; Le Sacrifice des Muses 
1635, p. 60, Aux pouls du Gard lorsque .Mr/r le cardinal y passa, 

3. Ihid , 1630. p. 875; 1638, p. 877, Prière à Dieu pour la 
sanlé du roy, ode. 



1"2S LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBËRT 

grandeur du royaume, sera sacrifiée au caprice 
de quelques « carognes » comploteuses et de 
leurs lunatiques compères. Boisrobert n'y peut 
ajouter foi. 11 demeure dans un indicible trou- 
ble lorsqu'il revoit son maître découragé et prêt 
à abandonner la partie. Heureusement le cardi- 
nal de la Valette, veillant sur ses intérêts atta- 
chés à ceux de FEminentissime, parvient à se- 
couer la torpeur de ce dernier. Bientôt Louis Xlll, 
ranimé par les drogues hasardeuses de ses méde- 
cins, reprend, avec la vie, conscience de sa sujé- 
tion nécessaire. 11 rend à Richelieu l'autorité qu'il 
ne lui avait qu'à moitié dérobée et dont il sen- 
tait déjà le poids écrasant sur ses faibles épaules. 
Les dupes de cette journée mémorable entrevoient, 
au travers de leur déception, les silhouettes des 
échafauds qui les attendent. Richelieu, en effet, 
procède, après jugement sommaire, aux exils et 
aux exécutions. 

Or Boisrobert ne l'assistera point en cette abo- 
minable besogne. De même que tout rentourage 
du cardinal, à la suite de ses fortes émotions, il 
éprouve un grand désir de tranquillité. Claude 
Bouthilier, secrétaire d'Etat, homme mol dont 
la fidélité de chien couchant constitue tout le 
mérite, malade, débilité, sent, comme lui, la 
nécessité de se refaire sous un climat clément, 
parmi le sourire des choses. Il sollicite un congé, 
Tobtient, puis craignant l'ennui de la solitude, il 
invite notre poète à l'accompagner. 

Boisrobert hésite un moment, sachant quels 
embarras le voyage d'Angleterre lui suscita au 



LE PLAISANT ABBE DE BOISKOBERT 129 

retour. Néanmoins la perspective de visiter Tlta- 
lie à peu de fnis le tente fortement. Il en peut 
rapporter des avantages. Le pape Urbain V'III 
réserve aux poètes un accueil gracieux et parfois 
accroît leurs ressources de quelques bénéfices. Il 
se décide donc à accepter la proposition '. Et 
souhaitant qu'eu la Ville Eternelle les portes des 
grands lui soient, comme à Paris, ouvertes, il s'en- 
quiert de recommandations. M"° de Senneterre, 
vieille pie-grièche que le cardinal entretient, 
pour respiona.i^e, à l'hôtel de Soissons et qui 
occupe ses loisirs à tripoter de littérature, pos- 
sède quelques intelligences à Rome. Elle les met 
volontiers à sa disposition ^ 

Dès lors Doisrobertno songe plus qu'à son équi- 
pement. Il s'habille en brave, de couleurs écla- 
tantes, enrichies d'or et d'argent, agrémentées de 
passements.il se munit d'une forte épée et d'une 
ceinture solide où se répartit, jusque dessous les 
aisselles, un matelas de pistoles. Il se charge de 
lettres de change, tablettes, écritoire, montre, cou- 
teau, passeport, régime de vivres, remèdes contre 
cette goutte insidieuse qui parfois manifeste en 
lui sa présence. 

1. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, I, 248, A M. d'Avaux. 
Boisroijert écrit : « M Buulhillier m'a débauché ». V. aussi, I, 
245, A M. l'évesque d'Agen où il est également question de 
Claude Bouthilher. Sur le voyage de ce secrétaire d'État, V. 
Correspondance de Richelieu, t. VIII, p 66. Le voyage eut 
lieu, vers la fin de I63'i, comme en témoigne la correspon- 
dance précitée et Boisrobert : Les Épistres, 1659, p. 16, « En 
six cens trente estant en Cour de Komme. > 

2. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, I, 256, A 3/"° de Senne- 
terre. 



130 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Ainsi, paré contre tous événements, flanqué de 
valises cadenassées où gisent ses pourpoints de 
satin et ses manteaux de panne, il quitte Paris 
par la porte Saint-Victor, dans le carrosse de 
M. Bouthilier. Pour mouvementer la monotonie 
du voyage, il emporte son livre de chevet, ce sub- 
til Moyen de parvenir où Bcroalde de Vervillc 
consigna, parmi les anecdotes truculentes, les 
élans de son esprit enclin à la joie ^ 

Bientôt défilent devant ses yeux Montargis, 
Nevers, Moulins, pays de voleurs surabondants 
de gibets. Passé la Loire et Roanne, Lyon s'an- 
nonce à l'horizon par l'aspect rébarbatif de ses 
hautes murailles et de ses forteresses. Là, Bois- 
robert loge chez un M. de Torvéon, conseiller 
au Présidial, qui lui prodigue les amabilités et le 
dirige à travers cette ville commerçante, triste, 
noire, boueuse, où circule un peuple rude et mal- 
plaisant '. Puis c'est la promenade interminable 
au long du Rhône, l'apparition bizarre d'Avignon, 
gonflée d'églises et de bastilles, au milieu desquel- 
les, des Juifs en chapeau jaune tiennent bordel 
de filles avenantes. Et l'on entre ensuite dans la 
région de pur soleil, dans la Provence émeraude 
et or. 

A proximité d'Aix, Boisrobert s'arrête encore. 
Car, dans sa maison dos champs, Peiresc l'invite à 
une halte délicieuse, parmi la douceur des arbres 



1. il/ena_f/ia;ia,1715.IV, 315. « Boisrobert le savoit par cœur. » 

2. Recueil de Lettres nouvelles, 163i, II, 440, A M. de Tor- 
véon. 



LE PLAISANT ABBK DE BOISROBEHT 



131 



odoriférants. Il le connaît à peine par quelques 
rares lettres. 11 eut roccasion de lui adresser des 
vers par l'intermédiaire des frères du Puy, gar- 
des de la bibliothèque du roi '. il sait que le doux 
savant vit au milieu de collections admirables et 
cfue rien n'égale l'agrément de sa conversation. 
Il visite donc avec une rare émotion le petit 
royaume de Belgentier où, venus des quatre coins 
du monde, les curiosités — livres, sculptures, ta- 
bleaux, plantes bizarres, animaux fantasques, 
instruments scientifiques — sont rangés dans un 
ordre incomparable. Il s'étonne de rextrème cul- 
ture de cet esprit que toutes les sciences passion- 
nent au même degré et pour lesquelles il montre 
une égale compétence. Il admire sa galerie de 
portraits où sont assemblées, signées des meil- 
leurs pinceaux, les images de tous les savants 
européens. Il promène son ravissement parmi les 
bosquets de lauriers-roses et de lilas, acclimatés 
depuis peu sur ces rives provençales par le 
patient botaniste. De l'observatoire où Gassendi 
parfois vient chercher quelques lumières de l'ex- 
tra-monde pour conforter ses certitudes philoso- 
phiques, Boisrobert parcourt jusqu'aux caves avec 
un intérêt toujours renouvelé *. 

1. Lettres de Petresc, édit. T. de Larroque, 1888, 1,431, A. M. 
du Puy, datée du 18 décembre 162". 

2. Sur Peiresc, V. la notice en tête de ses Lettres. V. aussi, 
Un mécène de l'érudition, Peiresc et ses lettres, in Le Corres- 
pondant des 10 janvier et 10 février 1893 ipar Emmanuel de 
Broglie). V. aussi, Chapelain : Lettres, passim ; Perrault : Les 
Hommes illustres, 1696-1700, I, 43 ; Godeau : Lettres, 1713, 
p. 40 ; Tallemant : passim; Les confessions de J.-J. Bouchard, 
parisien, 1881, 2" part., p. 151 et s., etc. 



132 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

Mais il sent bien que la politesse seule déter- 
mine Peirescàson accueil charmant et qu^il n^'aura 
point riionneur de figurer parmi la cohorte de 
savants qui s'aligne au long de la galerie des 
portraits. C'est pourquoi, abandonnant bientôt à 
sa solitude et à ses innombrables correspondances 
un homme qui le convaincrait aisément d'igno- 
rance, il poursuit son voyage. Une tartane où, 
parniiles puanteurs accumulées, émerge un atroce 
fumet d'ail, le conduit de Toulon à Givita-Vec- 
chia. Puis il effectue, aux côtés de Bouthilier, et 
accompagné d'une suite d'estafiers et de domes- 
tiques, une longue chevauchée à travers des cam- 
pagnes semées de cyprès mélancoliques. 

Enfin Rome apparaît au lointain. Dès la Porta 
di Cavali leggieri, Boisrobert et ses compagnons 
sont assaillis par la bande vorace des douaniers 
et des dominicains. Les uns pillent les bagages 
et les autres les poches. Notre poète se voit ainsi 
subtiliser, comme mauvais livre et mis à l'index, 
ce tendre Moyen de jjarvenir dont les préceptes 
lui parurent de tout temps si aim ibles *. 11 en 
éprouve quelque contrariété. Néanmoins la con- 
templation de la ville majestueuse lui enlève ra- 
pidement ce souci. 

il se met aussitôt en quête du R. P. Jérôme 
Martini de Narni, capucin fameux parmi les prédi- 
cateurs italiens et à qui M''° de Senneterre confia 



1. Nous avons suivi, pour établir l'itinéraire de Boisrobert, 
celui que J.-J. Bouchard : op. cit., 2" part., p. 79 et s, fixe 
pour son propre voyage accompli la même année. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 133 

le soin de l'accréditer à Rome \ Le bonhomme, 
dès qu'il Fa relancé en son couvent, promet de 
l'introduire au Vatican et de lui faciliter l'accès 
d'Urbain VIII. Mais on ne voit point Sa Sainteté 
à toute heure. C'est pourquoi Boisrobert, atten- 
dant son audience, parcourt la ville merveilleuse 
où, parmi les palais somptueux, les villas gran- 
dioses, les églises colossales, les ponts ornés de 
statues, les fontaines d'incomparable splendeur, 
surgissent, à tous les pas, les souvenirs qu'évo- 
quent, à la mémoire, les hexamètres classiques. 
Bouthilicr l'introduit parmi les diplomates qu'il 
rencontra sur les chemins du monde pour les 
ententes des royaumes. Il connaît bientôt les 
bonnes tables de cette cité où la religion n'em- 
pêche point la gourmandise de se manifester. Il 
apprend, pour l'avoir un peu partout savourée, la 
liste des vins exquis dont on porte des santés 
nombreuses et savantes '. Sa bonne mine, ses 
contes gaillardement troussés, ses vers répan- 
dus à profusion lui créent des sympathies una- 
nimes. 

Et bientôt le voici cheminant à pas feutrés en ce 
mystérieux Vatican où s'accumulent d'intraduisi- 
bles richesses. En multitude les soutanes s' y pro- 



1. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, I, 256. La lettre porte: 
Nary, mais c'est évidemment une faute d'impression Sur ce 
Capucin, V. Chapelain : op. cit., passim ; Balzac : Œuvres, 
1665, I, passim et particulièrement p. 778. 

2. Anonyme : Rome ancienne et moderne, 1671, donne une 
curieuse liste des vins qui se boivent à Rome.V. aussi, sur les 
repas exquis qu'y prodiguent prélats et diplomates, Maynard : 
Lettres, 1653 passim. 



134 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

mènent depuis celles, incarnates et superbes, des 
cardinaux jusqu'à celles, violettes et penaudes, des 
balayeurs. Un domestique immense pullule dans 
les vastes salles que décorèrent Michel-Ange, Ra- 
phaël, cent maîtres suscités par l'effervescence 
esthétique de cette terre latine. Un arsenal sura- 
bondant d'armes et le château Saint-Ange aver- 
tissent que la papauté menacée défendrait opi- 
niâtrement sa puissance temporelle. Les jardins 
du Belvédère, où vivent de claires statues et que 
rafraîchissent d'innombrables fontaines, enchâs- 
sent dans leurs verdures purifiées toutes ces mer- 
veilles où le vicaire du Christ échafaude le salut 
de la chrétienté. 

Maffeo Barberini, devenu Urbain VIII par la 
voix du conclave, ne tarde pas à recevoir Bois- 
robert, soit que le capucin Narni ait obtenu pour 
lui une audience, soit que la renommée du poète 
ait excité la curiosité du pontife *. Car celui-ci, au 
milieu même des manœuvres politiques et de l'ad- 
ministration religieuse, trouve le temps d'assem- 
bler quelques rimes latines, grecques, italiennes, 
hébraïques ^. C'est un homme très doux et très 

1. Boisrobert, en effet, dit: Rec. leit. nouv-, 1634, I, 256, A 
jjiu (Iq Senne.terre, que M. Xarny lui a procuré les honneurs 
qu'il reçut à Rome et qu'il a trouvé le Pape et « Messieurs ses 
neveux disposés à croire plus de bien en moy qu'il n"y en a 
par les bons offices de quelques autres de mes amis. » Dans 
Les Epistres, 1639, p. 15 et s., au contraire, Boisrobert pré- 
tend que le Pape le voulut connaître sur sa seule réputation 
de poète. 

2. On a de lui Maphœi S. R. E. card. Rarherini nunc Urhani 
P, P. Vin poemala, 1G31, in-l" et 1642, in-f" ; Rime, 1642, 
in-12, etc.. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 135 

tendre et qui souhaite;, parmi les saints dont il est 
submergé, quelques artistes capables de les lui 
faire oublier. Toujours, à sa suite, cheminent des 
savants ou des porteurs de lyre. Il ne leur demande 
point de lui vendre de l'immortalité dont il tient 
lui-même boutique, mais de l'enchanter quelques 
heures en échange d'un bénéfice qu'il laisse bien- 
tôt tomber de sa main ouverte comme une corne 
d'abondance \ 

Aussi Boisrobert se sent-il à peine intimidé lors- 
que, ayant franchi les antichambres foisonnantes 
de gardes nobles aux impressionnants uniformes 
et de prélats onctueux, Mafîeo Barberini lui ap- 
paraît, figure ravagée aux lèvres d'amertume 
qu'obombrent, sous la calotte bordée de fourrures, 
de flasques moustaches et une barbiche attristée*. 
Il trouve, de suite, les mots susceptibles d'éclai- 
rer ces yeux profonds et d'épanouir ces lèvres 
moroses. Jamais peut-être ce pape débonnaire ne 
rencontra un poète unissant à plus d'aisance de 
X^lume plus de saine et continue gaieté. Il veut 
aussitôt que son frère, le cardinal Antoine et ses 
neveux le connaissent. Bientôt Boisrobert, du 
Vatican où il se sait « considéré » \ émigré au 
Palais Barberin dont il grossit la clientèle. Fami- 
lier, comme à Paris, de toutes les pestes, il ap- 
prend que l'on reproche sa cupidité à cette famille 



1. Balzac n'eut qu'à se louer de lui et tous les écrivains fran- 
çais qui l'approchèrent. Colletet : Epigrammes, 1653, p. 199- 
200 paraît lui avoir une dette de reconnaissance. 

2. V. son portrait en tête des Poemata, édit. de 16-12, in-f", 
Z. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, 1, 248, A M. d'Avaux. 



136 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEBT 

papale. Des pasqiiins courent sur Urbain VIII qui 
subtilise aux ruines païennes les ornements sculp- 
turaux utiles à l'embellissement des églises *. 
Encore le pontife agit-il avec une discrétion 
qu'Antoine Barberin ne croit pas nécessaire de 
s'imposer. Sa maison, érigée sur le Quirinal, em- 
pru'ita sa toiture au Panthéon et ses pierres au 
Golisée. Borromini, Bernin y travaillèrent, et Pierre 
de Cortone, et Raphaël, et le Poussin qui, non 
loin de là, paisiblement œuvre pour sa gloire. Si 
bien que le peuple de Rome accuse le cardinal 
Antoine d'avoir ruiné une multitude pour la satis- 
faction de son orgueil *. 

Boisrobert orne sa mémoire de ces bruits tou- 
jours agréables à entendre. Mais, au fond, ils lui 
importent médiocrement. 11 n'est point chargé de 
distribuer la justice en ce pays. 11 y est venu pour 
jouir des choses établies et le palais Barberin lui 
est une continuation du Louvre. Le cardinal, vi- 
sage grave aux longues boucles soyeuses, aux 
yeux ardents, au nez crochu, aux lèvres sensuel- 
les que décèlent la moustache rare et la mouche 
négligente % comme son frère, choie les artistes 
et les poètes *. Il est environné d'une cour, d'ec- 
clésiastiques en quête de bénéfices et de gen- 

1. Tallemant : VII, 493.. 

2. Menagiana, 1715, III, 343. 

3. Il existe de nombreux portraits de lui. V. par exemple, 
celui de Daret. V, aussi, Les pourtraicts de la Cour, 1667 et 
1668, p. 66. 

4. Qui le lui rendent en flatteries. V. Beauchasfeau: op. cit., 
l"part., p. 239; 2" part., p. 3; Les œuvres de poésie de M. Per- 
rin, 1661, p. 217; R. P. Le Moyne, Entretiens poétiques, 1665, 



LE PLAISANT ABBlî DE BOiyROBERT 137 

tilshorrîmes di belle lettere ea quête d'écus. Parmi 
les premiers Boisrobert fréquente surtout le comte 
de Ghasteauvilain de la maison napolitaine d'Ad- 
jacetti, qui bouillonne du désir de capter le car- 
dinalat et auquel l'adressa M"' d'Attichy *. Un 
autre abbé, Jean-Jacques Boucbard, recherche sa 
compagnie. Mais il ne goûte guère ce laid et noir 
bonhomme à mine de sorcier dont le passé lou- 
che, les habitudes graveleuses, l'avidité immonde 
ne compensent pas le savoir véritable -. 

Et quand le cardinal Barberin parait ù Boisro- 
bert suffisamment ravi de son entretien, il va 
dispenser à d'autres éminences les trésors de sa 
verve primesautière. Mgr Bentivoglio Fenveloppe 
de sa civilité diplomatique. Il le connut à Paris, 

p. 11 ; Rangouze, Letlres panécii/riqiies aux princes et prélats 
de l'Eglise, 1650, p. d, 9. Nous ne fournirons pas de bibliogra- 
phie sur ce personnage célèbre. Signalons cependant son por- 
trait dans M'i"= Petit, LWmour eschapé..., 1669, 1, 42 (sous le 
nom d'Ausonius) Pour sa physionomie ecclésiastique, V. sur- 
tout, Maucroix: OEuiTesc/trcses, édit. Paris, 1854, t. let II pas- 
sim. II fut, en 1667, archevêque de Reims. 

1. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, II, 4i4, A. M. de Chas- 
teauvillain. Sur ce personnage qui, plus tard, jeta la robe aux 
orties, V. Tallemant: III, 157 et s.; Chapelain: op. cit., I, 180. 

2- C'est évidemment à Rome que Boisrobert connut Bou- 
chard à qui, dans la suite, il rendra maint service. Ils y arri- 
vèrent à la même époque et ce pilier de maisons louches qui, 
toute sa vie, postula vainement évéchés et bénéiices, après avoir 
passé quelque temps chez l'ambassadeur de France, M. de 
Noailles, entra, comme secrétaire, chez le cardinal Barberin. 
V. J.-.I. Bouchard: Confessions précitées ; Tallemant: passim 
et surtout, VII, 158 et s.; Chapelain : op. cit., passim; Balzac: 
OEuvres, 1665, passim; Peiresc: Lettres, passim ; Godeau : Le<- 
ires, 1713, p. 19, 40; Maynard: Lettres, 1653, passim; Le Cabinet 
historique, t. XVUI, p. 1,49,83,143; T. de Larroque, Les cor- 
respondants de Peiresc, J.-J. Bouchard, 1881. 



138 Lti PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

alors qu'il dirigeait, d'une sûre et fine intelli- 
gence, la nonciature romaine '. Et c'est proba- 
blement à lui qu'il va demander protection lors- 
que lui arrive une aventure burlesque avec le 
cardinal Scaglia, personnage fanfaron et soucieux 
de ses dignités extérieures. Car, certain jour, 
ayant salué ce prélat jusqu'à se prosterner, il ne 
reçoit, en échange de sa révérence, aucun signe 
de politesse. 11 en conçoit un vif dépit et pense 
qu^il y va de l'honneur de la nation. La première 
fois donc qu'il croise de nouveau ce Scaglia malo- 
tru, il enfonce son chapeau et le regarde effron- 
tément entre les deux yeux. Furieux, l'autre lance 
ses estafiers à ses trousses. Boisrobert preste- 
ment se réfugie dans une église. Mais cela ne le 
sauve point. Il faut parlementer et, à la fin, se 
soumettre. 11 en est quitte pour saluer, dans la 
suite, fort humblement \ 

Et cette aventure contribue à le détourner des 
amitiés italiennes. C'est pourquoi, et ne fut-ce que 
pour retrouver sous sa plume la belle langue fran- 
çaise qu'il manie avec tant de dextérité, il entre- 
prend des correspondances. A Mgr Gaspard de 
Daillon, évéque d'Agen, frère de ce comte de 



1. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, 1, 245, A M. Vévesque 
d'Ar/en. Boisrobert écrit: « MM. les cardinaux Barbcrin et 
Bentivoglio qui m'ont fait l'iionneurde me parler devons. » Ce 
prélat est assez connu pour que nous nous dispensions de don- 
ner sur lui une bibliographie. 11 a laissé une correspondance po- 
litique fort curieuse. Plus tard Boisrobert fut aussi en relation 
avec son neveu Jean Bentivoglio, abbé de Saint- Valéry, au dio- 
cèse d'Amiens. V. Les Epislres, 1647, Autres œuvres, p. 42. 

2. Tallemant : II, 385-386. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 139 

Pontgibault dont il pleura si amèrement la mort 
prématurée, jeune, de mine avantageuse et trans- 
formant volontiers en maîtresses ses pénitentes 
pour le triomphe de la foi, il manifeste son regret 
de ne l'avoir pas rencontré à Rome. 11 lui rap- 
pelle ses relations avec la famille du Lude où la 
galanterie prend une forme traditionnelle et lui 
rapporte les louanges dont les éininences vatica- 
nes entourent son nom \ 

Puis il se souvient qu'un homme entre tous 
délectable végète à Venise dont il administre 
l'ambassade et qu'il faut, à tout prix, en avoir des 
nouvelles. Il signale donc sa présence au comte 
d'Avaux.N'en recevant point de réponse, il réitère 
ses instances ne pouvant se croire oublié de cet 
esprit délicat qui s'apparente au sien par mille 
côtés de frivolité. Bientôt, en effet, ce compagnon 
de Voiture dont la vie se départage entre un 
culte passionné des femmes, une pratique per- 
pétuelle des concettis épistolaires, un entraîne- 
ment irréfléchi au luxe et un grave souci des 
négociations diplomatiques, sort de son silence 
involontaire. Il assure Boisrobert de son amitié 
toujours vivante et qui se fut déjà manifestée 
sans une irréguLirité incompréhensible de la 
poste. Le poète aussitôt forme le projet de lui 
aller rendre visite. Mais une épidémie ravage la 
ville romanesque penchée sur ses canaux. Il ne 



1. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, I, 245, A. M. l'évesque 
d'Agen. SurG.de Daillon, sacré évéque d'Agenle24 août 1631, 

V. Rapin: Mémoires, édit. Aubineau, 1865, III, 380 ; Tallemant, 

VI, 185 et s. 



140 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

risquera donc pas d'entamer sa santé précieuse 
pour satisfaire sou goût de conversations étince- 
lantes '. 

Mais il fait, en revanche, un voyage à Naples 
dont il veut, avant de regagner la France, admi- 
rer la belle rade azurée, les palais luxueux, les 
ruelles où s'agite un peuple bigarré ^ Et c'est au 
retour de cette périgrination que le pape Urbain 
décide de conférer au léger poète le bénéfice qui 
le force à s'attarder si longtemps loin du car- 
dinal de Richelieu. Sans doute, dès ce moment, 
Boisrobert promet de rebâtir son existence sur 
des bases plus chrétiennes et même d'endosser 
une soutane qui conviendra davantage qu'un 
justaucorps à son tempérament pacifique. En 
récompense de ces promesses, le prieuré de Saint- 
Saturnin de Nozay. sis en Bretagne, proche de 
de Châteaubriant, lui est concédé, à charge d'y 

1. Recueil de lettres nouvelles, U3i, I, 248,252, A if. d'^jiauj, 
ambassadeur de Venise. Sur Claude de Mesme, comle d'Avaux, 
frère du Président de M-smc, V. en outre des mémoires, Sara- 
sin : La pompe funèbre de Voiture, I6i9, p. 16 GoUetet : Epi- 
grammps, 1653, p. 145 ; La muse naissante duPetit deBeauchas- 
teau. 1657, l" part. p. 110 ; Pinchesna; Poésies héroïques, 1670, 
p. 80, lb'k;Loret: Muze hist. des 17,24 septembre et 26 novem- 
bre 1650; Voiture: Œuvres, 1656 passim ; Tallemant: passim 
et surtout IV, 413 et s. ; Chapelain : op. cit., passim ; Costar : 
Lettres. 1659, II, 479, 502 ; Rang^ouze: Le/<res pane'gryiqrues ai/a; 
ministres d'Estat, 1650, p. 1; Balzac: OEuvres, 1665, 1,138,373, 
604 ; II, 2' part. p. 6; Arnauld d'AndiUy : /.ei^res, 1676, p. 341, 
346 ; d' waux -.Lettres à Voiture... édit. Houx, 1858; Corres- 
pondance inédite du comte d'Avaux avec son père, édit.Boppe. 
1887, etc.. V. également, Dihl.de l'Institut, coÛeclion Godefroy, 
Portef 217, f" 147, Le Jeu du piquet de la cour ; D'Avaux est 
Didas. 2» du nom dans L'Amour eschapé, 1669, de M"« Petit. 

2. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, I, 252. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 



141 



maintenir la discipline et d'y introniser la vertu. 
Boisrobert, dès lors, n'entretient plus que Tidée 
de retourner à sa servitude parisienne. Durant 
toute son absence, il s'est évertué à maintenir, 
à l'aide de sa plume, son souvenir dans l'esprit 
de Richelieu. Bautru, comte de Nogent, farceur, 
revêtu de dignités solennelles, lui a servi d'inter- 
médiaire zélé. 11 l'en remercie ardemment et lui 
annonce, avec une joie voilée, la générosité du 
souverain pontife : 

Vous me permettrez de vous dire que depuis deux 
jours que le Pape m'a fait prieur en Bretagne, il me 
semble que je suis devenu plus grave et plus sérieux 
et que je ne doy plus user des libertés que je me 
suis autrefois permises. A moins que de mesurer des 
paroles sur les airs du plus juste Roy qui fut jamais 
en toutes sortes d'actions *, je renonce au mestier 
de poète à l'avenir, tant pour ce qu'il est ingrat à son 
maistre que pour ce qu'il semble n'estre pas bien 
séant à ma profession, sinon en tant que pour des 
chansons je feray des hymmes et des cantiques *... 

Très probablement des incidents graves le doi- 
vent peu après déterminer à quitter précipitam- 
ment Rome, car le loisir lui manque pour saluer 
le cardinal Barberin. Il charge de ce devoir le 

1. Allusion au rôle de Boisrobert écrivant des vers sur la 
musique de Louis XUI. Nous avons plus haut rapporté le fait 
sur la foi de Tallemant toujours admirablement informé. 

2. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, I, 259, .4 M. le comte de 
Nogent. V. aussi, sur ce prieuré, Les Épistres, 1659, p. 15 et s. 
Boisrobert, peu après, lafferma 170 livres et se délivra ainsi du 
souci de Tadministrcr. 



142 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

comte de Ghasteauvilain ^ et, cette fois, solitaire- 
ment, Bouthilier ayant depuis longtemps repris la 
direction de son secrétariat d'Etat, il rejoint la 
cour à étapes forcées. 

Assurément son exil volontaire lui vaut, pour 
l'avenir, un bien plus solide que des pensions 
sujettes à n'être pas payées. Mais la fréquentation 
de trop d'ecclésiastiques galants et de gentils- 
hommes raffinés a fortifié en lui cette inversion 
sexuelle dont les prémisses se manifestèrent à 
Blois. L'Italie mérite à cette époque la malédic- 
tion de Sodome et Rome, où la femme est théolo- 
giquement honnie pour ses tentations malsaines, 
en assume la responsabihté *. 



1. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, II, 444. 

2. Cela est prouvé par mille documents et notamment par le 
fameux pamphlet : La, France devenue italienne... Nous trou- 
vons un témoignage assez inattendu du passage de Boisrobert 
à Rome dans l'ouvrage suivant de Léon AUatius : Léonis Alla- 
iii Apes urbanœ sive de viris illustribus qui, ab anno 1630 
per totum 1632 Romse ad fuerunt... 1633, p 258. L'Amateur 
d'autorjraphes, 1863, p. 60, mentionne trois lettres inédites de 
Boisrobert à d'iiozier qui appartiennent à cette époque. Nous 
les avons connues trop tard pour les utiliser. Par la troisième, 
notre héros charge le généalogiste de remettre à M"° de Hau- 
tefort une missive que nous publions p. 175 et que nous 
avions datée de 1634 sur la foi du Recueil de Lettres nouvelles. 
Nous nous servons de ce bas de page pour corriger cette 
erreur, ne pouvant, à la dernière heure, opérer un remanie 
ment de notre volume. 



CHAPITRE V 



Dès le matin, le cardinal de Richelieu encore 
au lit, dans sa grande chambre revêtue de pein- 
tures admirables, reçoit le P. Joseph et l'écoute. 
Le doux moine, en quelques mots, lui résume les 
instructions et les dépêches dictées par lui au 
P. Ange de Mortagne. 11 approuve, discute, donne 
des avis et la conférence se termine en une 
entente réciproque. En cela évidemment ne se 
borne pas sa besogne. Les correspondances diplo- 
matiques ou personnelles absorbent beaucoup de 
son temps. En outre, les secrétaires d'Etat ren- 
dent compte des affaires de leurs départements 
cependant que le directeur des postes, le lieute- 
nant civil et le gouverneur de la Rastille appor- 
tent les résultats de leurs investigations. 

Vers onze heures, la messe entendue, le minis- 
tre se promène dans ses jardins et donne les 
audiences que sollicitent les poètes. Puis, ayant 
déjeuné, il passe l'après-midi à régler les litiges 
politiques. Et le soir venu, au cours d'une nou- 
velle promenade, il supporte de nouvelles impor- 
tunités. Après quoi, réfugié parmi ses familiers 
et domestiques, il se livre tout entier aux récréa- 



114 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

tions de la musique et de la littérature. Couché 
de bonne heure, il se réveille chaque nuit pour 
résoudre les problèmes qui n'eurent point de so- 
lution immédiate. 

Mais si les événements n'offrent point de gra- 
vité particulière, il s'allège le plus possible sur 
ses collaborateurs; Bouthilier, Chavigny, Servien, 
Bullion du soin de conduire sainement la politi- 
que. Car, étant hoinQe,il n'apprécie la vie qu'in- 
tensément vécue '. 

Considéré dans l'intimité, il perd gravement 
de cette gravité distante popularisée par Philippe 
de Champagne, son peintre, et les mémorialistes 
à sa solde. Inquiet, impatient, chagrin, brutal, 
autoritaire, c'est, dit Gui Patin, un atrabilaire qui 
veut régner *. 11 possède le don incomparable de 
rire ou de pleurer à son caprice ^ L'orgueil, 
l'ambition, l'égoïsme dont il est pétri dirigent en 
lui des amitiés condescendantes ou des haines 
sans limites. Il bat ses secrétaires d'Etat et se 
débarrasse aisément des gratitudes encombran- 
tes *. Protecteur-né des policiers et des espions, 
qu'il gage et dout il se décharge par la potence, 
il n'utilise pour étouffer les inimitiés qui l'envi- 
ronnent ou les puissances qui l'offusquent que 
trois procédés efficaces .-l'échafaud, l'exil ou l'as- 

1. Bihl. nat., F' F'" mss n' 20635, f» 50 ; Recueil de Diverses 
pièces pour servir à l'histoire, 1649, p. 30 ; Aubery : Histoire 
du cardinul de Richelieu, lôiiO, p. 595. V. aussi, Guslave Fa- 
gniez:Le jjère Joseph et le cardinal de Richelieu, 1894, 11,387. 

2. Gui Patin : Lettres, édit, Reveillé-Parise, III, 357. 

3. Tallemant : [I, 13, 

4. Ibid., II, 43. 



LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 145 

sassinat '. Il est un mécanisme gouvernemental. 
Qu'on lui enlève cette fonction : le voici perdu 
et nullement bon à autre cliose. Il montre, en 
son évêché, surtout des qualités administratives. 
La religion tourmeate modérément son âme. Ses 
ouvrages théologiques, si pénétrés soient-ils de 
saines doctrines et utiles à la perfectibilité chré- 
tienne, sont généralement écrits pour détourner 
des attentions intéressées à considérer ses actes*. 
Il dit, parfois, des messes ostentatrices et sur- 
tout lorsqu'il voyage, pour émotionner la pro- 
vince ^ Dans la séquelle de favoris qui l'accom- 
pagne, prêtres et docteurs gagnent le chapeau en 
bouffonnant '*. 



1. Quarante-sept condamnations signalent à l'histoire son 
passage sinistre. A tort ou à raison on lui atlribu- le coup de 
mousquet qui détruisit Soissons, prince qui obstruait à la fois 
ses voies politiques et amoureuses (V. Chavagnac : Mémoi- 
res, S. D. p. 31 ; Isaac Claude : Le comte de Soissons, 1699, 
nouvelle publiée à nouveau en 1739 sous le titre : Les amour:s 
de M"'" d'Elbeaf ..)■ On lui attribue également le poison dont 
mourut, en Italie, le cardinal de la Valette. V. Gui Patin : op. 
cit., m, 82. 

2. Il est facile de le constater quoi qu'en disent MM. Hanu- 
taux et l'abbé Lacroix : Bichelieu à Luçon, 1890. 

3. Bihl. nat. F' F-'' mss n" 20633, î" 335, V» ; 20634, i° 54. 

4. Mathieu de Morgues : op. cit., Charitable remonstrance... 
p. 44 (Sur l'aumônier Mulot); Gui Patin : II, 297 ; III, 78. Au 
sieur Mulot, son confesseur, il apprend un jour que pour tirer 
une âme du purgatoire il faut autant de messes qu'on met- 
trait de pelotes de neige en un four pour le chauffer. V. aussi, 
Amelot de la Houssaye : Mémoires, 17 12, 11,93 et s. ; Richard 
Simon : Lettres choisies, 1700, p 1 et s. Un autre jour, il four- 
nit à Abra de Raconis, casuiste à la farce qui, dans la suite, 
commit maints ouvrages redondants, des textes burlesques sur 
lesquels il l'invite à prêcher devant lui en ridicule. Plus tard 
il lui donne le chapeau. V. également, Tallemant : V. 130. Des- 



146 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Le caractère de ce politicien subtil se dépar- 
tage en aspects vraiment comiques. Les peintres 
à ses gages le représentant sous des apparences 
souvent inattendues. Car nul ne goûte plus que 
lui la variété et la splendeur des costumes, tan- 
tôt enveloppé en des robes de magnifique incar- 
nat et tantôt vêtu comme un coquet, à Fespagnole. 
Lorsque Malherbe écrit à Racan : « Je vous jure 
qu'il y a en cet homme quelque chose qui excède 
Ihumanité »S il juge, semble-t-il, avec autant de 
précision de ses penchants intimes que de ses 
méthodes politiques. Richelieu se veut, en effet, 
comme les seigneurs de la Renaissance, enve- 
loppé de majesté. Ses châteaux et ses palais su- 
rabondent d'un luxe pour lequel aucun sacrifice 
ne lui paraît superflu. Il pensionne des nains, des 
musiciens, des danseurs. Il épand chez les argen- 
tiers fournisseurs d'accessoires de ballets, les épi- 
ciers vendeurs de confitures, les brodeurs orne- 
manistes de satins et de velours, une pluie d'or 
perpétuelle. Ue toutes parts les chiens de race et 
les oiseaux rares lui arrivent avec de pesantes 
notes de transport et de nourriture *. 

La sensualité chez lui remplace l'affectivité. 

raiu, pour avoir prêché de même sorte, obtient un prieuré de 
800 écus de rente. V. encore, Tallemant : IV, 149. Il envoie 
cherclier pour le divertir .T. -P. Le Camus, évêque de Belley, 
doué de qualités plaisantes. 

1. Recueil Je Lettres nouvelles, 16i0, I, 4'J, datée du 10 sept. 
1&25. 

2. Mathieu de Morgues: op. cit., Très humble, très véritable 
et très importante remonstrance... p. 49 ; Brièle : Collection de 
(locumenls inédits pour servir à l'histoire des hôpitaux de 
Paris, 1SS7, IV, 291 et s. 



LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 147 

Parfois il la met au service de ses ambitions. 
Ainsi frôla-t-il plus que de raison la Galigaï, 
cajola-t-il humblement xMarie de Médicis' et ten- 
ta-t-il de s'acquérir par le viol la duchesse de 
Ghevreuse \ 

Mais le plus souvent il l'abandonne au gré des 
inclinations. Il reçoit au lit Marie de Gonzague 
dont la grâce le révolutionne et lui offre faveurs 
en échange de faveurs ^ Pour plaire à Anne d'Au- 
triche qu'il convoite, il se déguise en baladin, 
pantalons de velours vert, jarretières à sonnettes 
d'argent et, castagnettes en mains, danse la sara- 
lande *. D'ailleurs il ne recueille partout que 

1. Mathieu de Morgues : op. cit., Très humble, très véritable 
et très importante remonstrance, p. IS; Tallemant : II, 8. Pour 
Marie de Médicis, tous les documents du temps prouvent 
qu'il lui accorda davantage qu'une admiration de serviteur. V. 
Durand : Histoire des amours de Grégoire VII, du cardinal 
de Richelieu, de la princesse de Condé et de la marquise 
d'Urfé, 1700, p. 61 et s. Le chapitre de ce petit volume, con- 
sacré aux amours de Richelieu, a été reproduit dans les Sou- 
venirs de M. le comte de Caylus, 1805, p. 240 et s., comme lui 
appartenant. On le retrouve, plus tard, publié comme inédit 
par Chardon de la Rochette sous le titre : Histoire secrète du 
cardinal de Richelieu ou ses amours avec Marie de Médicis et 
jl/™« de Combalet, depuis duchesse d'Aii/uillon, 1808. Enfin 
M. H. Forneron, très mal renseigné, a cru devoir le considé- 
rer comme l'une de ses plus riches trouvailles et le publier 
sous le titre nouveau : Les amours du cardinal de Richelieu. 
Roman inédit de l'hôtel de Rambouillet, 1870. 

2. Mathieu de Morgues: Conversation de M' Guillaume avec 
la Princesse de Conty dans les Champs-Elysées, 1611; V. aussi 
Cousin : iU™° de Chevreuse, 1868, p. 91, qui, ignorant les affir- 
mations du pamphlétaire, atténue la conduite de Richelieu à 
l'égard de son héroïne, 

3. Tallemant : II, 42. 

4. Brienne : Mémoires, édit. Barrière, I, 274 et s.; Tallemant: 
I, 415; Retz; I, 15. Motteville : I, 28 ne confirme pas cette 



148 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

rebuffades. Sans doute faut-il attribuer ces insuc- 
cès notoires à sa manière pédante de galantiser\ 
On le prend si peu au sérieux qu'il en est réduit 
à se contenter de liaisons médiocres. M"" Boutlii- 
lier, dit ou, calma ses ardeurs d'adolescent^. Il 
visite, la nuit, en liabit de cavalier, M"' de Fruges, 
femme blette traînant dans les cabinets l'orgueil 
morose d'avoir servi de « paillasse » à Buckin- 
gham'. A M""" delà Meilleraye,il apprend de quelle 
façon savoureuse et profitable se peuvent resser- 
rer les relations de famille \ Plus tard il disputera 
au comte de Soissons l'attention de la ducbesse 
d'Elbeuf ^ et s'abandonnera à des faiblesses 
sexuelles dont sa dignité de prince de l'Eglise eût 
dû à jamais le préserver. 

Et malgré son ingéniosité constante à agrémen- 
ter l'existence, il ne parvient pas à gagner la 
sérénité d'esprit. Les complots, toutes les machi- 
nations qui l'enveloppent le surexcitent souvent 
jusqu'à la démence. Tel jour, après quelque vic- 
toire chèrement achetée par les embastillements 
et la pendaison, il parcourt les salles de son palais 
hennissant comme un cheval. 11 lance des ruades 
à ses domestiques et s'installe, comme devant une 



anecdote mais ne nie point l'amour de Richelieu pour la reine. 
V. aussi. Les Amours dWnne d'Autriche, épouse de Louis XIII, 
avec M le C D. R., le véritable père de Louis XIV, roi de 
France, 1693. 

1. Tallemant : I, 175; Retz : I, 33. 

2. Tallemant : H, 283, 

3. Rjtz : I, 19. 

4. Retz : I, 33. 

5. Isaac Claude : Le comte de Soissons, 1699. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 149 

mangeoire, devant son billard. Cela jusqu'à épui- 
sement de ses forces. Ensuite il s'endort, trans- 
pire ab )ndamment et perd le souvenir de sa méta- 
morpliose '. 

Il se sait affreusement détesté, si détesté qu'il 
ne sort point sans cotte de mailles et sans se faire 
accompagner d'hommes populaires, comme le 
maréchal de la Force. Des gardes particuliers 
l'environnent. En outre un suisse, Hense, et un 
huissier ^"igantesque, La Folaine, le protègent con- 
tre les attentats. Car s'il se défie des seigneurs qui 
garnissent son antichambre, il appréhende plus 
encore la fureur des bourgeois lésés par lui dans 
leurs intérêts et qui le viennent menacer jusqu'en 
son cabinet". 

Des apologistes lui sont nécessaires depuis ceux 
qui écrive it sa vie jusqu'à ceux qui encensent ses 
actes. B ilzac perd sa sollicitude pour ne lui avoir 
pas en temps voulu ménagé suffisamment de ces 
hyperboles dont il couronne jusqu'aux valets. Les 
thuriféraires lui adoucissent les remords. Il ima- 
gine que leurs louanges atténueront, devant le 
jugement futur, les rancunes des mémorialistes et 
les injures des pamphlétaires \ 



1. Duchesse cl"Orléans : Correspondance, 18ô3, t. I, p. 240," 
Isaac Glaudo : op. cit., p. 35 

2. Gui Patin: oi. cil., I, 51 ; Montchal : Mémoires, 1718, I, 
8et9; M.illiieu de Morgues:op. cit., La vérité de fendue.. .,\> 46. 

3. Nou> avons sous les yeux plus de deux cents dédicaces 
de volumes et de poésies dont nous ne pouvons faire état, 
Richelieu notant, en somme, dans ce volume, qu'un person- 
nage de siîcoiid plan. Les pam[)hlets qui l'intéressent sont 
encore plu- nombreux et les chansons fourmillent. 



150 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Une telle mélancolie l'afflige qu'il y cherche 
sans cesse des dérivatifs. Tout homme qu'il utilise 
doit, sous peine de défaveur, l'amuser. Lorsque 
ses amuseurs ordinaires le fatiguent ou lui man- 
quent, il en envoie quérir par la ville. Il les trouve 
parfois mal disposés. M"" Pilou, laide et barbue à 
donner le frisson, refuse de le satisfaire. M^^® de 
Puisieux, plus maligne, lui chante, pour s'en rail- 
ler, un air irrévérencieux dont les laquais se 
réjouissent : 

J'ai grand mal au vistanvoire 
J'ai grand mal au doigt'. 

Dès lors, on conçoit quel empire Boisrobert, le 
plus divertissant des hommes, doit nécessairement 
prendre sur ce ministre morose. A son retour de 
Rome il retrouve instantanément les privilèges 
qu'il craignait d'avoir perdus. Plus que jamais le 
cardinal se calfeutre parmi ses familiers et qué- 
mande des bons mots. Son cabinet est l'endroit 
du monde où l'on raille avec le plus d'âpreté les 
ridicules du temps. Pour notre poète la nécessité 
s'impose, afin d'être mieux écouté, de surpasser 
en gentillesse les badins qui s'y rencontrent. Gela 
n'est pas une tâche facile. Des êtres comme Bau- 
tru se laissent malaisément distancer sur le ter- 
rain des quolibets. 11 les débite comme une cas- 
cade coule, intarissablement. Mais on se lasse 

1. Tallemant : I, 422, 471. Sur la mélancolie de Richelieu, 
V. Mathieu de Morgues: op. ci7. , passini et Charitable remons 
trance..., p. 58. 



LE PLAISANT ABBE D£ BOISROBERT 151 

davantage des traits d'esprit que des contes. Bau- 
tru voile à peine sa brutalité. Boisrobert, au con- 
traire, s'efforce d'échapper à la vulgarité. Par là 
il obtient une attention plus soutenue. 

Néanmoins sachant qu'entre eux les familiers 
se détestent et qu'avec ténacité ils se disputent 
l'intérêt du cardinal, il adopte à leur égard une 
attitude toute d'aménité. Evitant de les desservir, 
du moins ostensiblement, il les oblige à une bien- 
veillance semblable et, de cette sorte, prévient 
des disgrâces toujours possibles. L'abbé de Beau- 
mont, maître de la chambre, les sieurs Le Masle 
des Roches et de la Freselière ne manifestent à son 
endroit que prévenances et sollicitude \ Le méde- 
cin François Citois dont Richelieu, toujours malade, 
goûte le commerce savant, lui voue, même aux 
heures infortunées, une affection désintéressée'. 
Antoine Rossignol, secrétaire du chiffre, lui offre, 
pour apaiser son ardeur à boire et à babiller, sa 
maison où règne une femme charmante. Rossignol 
parait même attirer plus particulièrement que les 
autres employés du cardinal l'amitié de Boisro- 
bert. C'est un albigeois madré qui montre à démê- 
ler le mystère des lettres chiffrées une sagacité 
merveilleuse. Par de patientes études, il arrive à 
élucider leur langage et à découvrir les vœux 

1. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, II, 43s. 

2. Boisrobert: Les Épistres, autres œuvres, 164", p. 47; 1659, 
p. 72 Sur ce médecin, V. Xeufgermain:o/). cit., 2' part., p. 139; 
Gui Patin: op. cit., I, 62, 308, 345; Chapelain : op. cit., 1, 460; 
Balzac : OEuvres, 1665, l, 338; Menagiana, 1715, 111, 81. On 
trouve des vers de lui en tête du Jardin du cabinet poétique 
de Paul Contant, 1628. 



152 LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 

passionnés que voile leur impassibilité mathé- 
matique. Cette science permit à sa roture d'attein- 
dre à la noblesse et à sa pauvreté de s'enrichir. 
Richelieu l'apprécie comme une sorte de mage 
initié aux rites d'une nouvelle kabale. Boisrobert 
le considère ainsi qu'un être d'étrange té, venu 
d'une région démoniaque où il aurait étudié sous 
des maîtres infer laux un art incompréhensible 
à de médiocres intelligences. Il l'encense avec un 
senti ne nt de terreur admirative. Mais il préfère 
en lui riiomme simple qui l'invite à partager ses 
agapes. 

Cai' Rossignol, au sortir des grimoires, démon- 
tre que son cœur non plus que ses sens ne furent 
asséchés par la pratique constante des chiffres. 
11 manifeste à son épouse, grosse de ses œuvres, 
une tendresse jamais lasse de mignotteries et bai- 
sotteries. Soit dans l'histoire, soit dans la légende 
oncqiies ne vit couple plus folâtre. Il est vrai, 
iM"" Rossignol synthétise toute la grâce féminine 
et Boisrobert déclare son amitié « plus douce que 
sucre à la crème ». Elle préside aux repas excel- 
lents arrosés de vins nombreux que maintes cir- 
constances propices suscitent en sa maison. Bois- 
robert s'y conjoint, le verre en mains, avec des 
assoiffés capables de lui tenir tête, le baron de 
la Baume, provençal qui porte en son cerveau et 
sur ses lèvres le soleil de sa région natale *, Gi- 
neste et l'abbé de Jassinte, Faret et Vaugelas *. 

1 Boisrobert: Les Epislres, 1647, p. 145 ; Talleniant : VI [, 
S29. 
2. Sur Rossignol et son groupe, V. Boisrobert: o/3.C(7., 1647, 



LE PLAISANT ABBE DE BOISUOBERT 153 

Nul différend, à travers les années, n'amoindrit 
le sentiment que notre poète professe pour le 
ménage Rossignol. Cette constance affectueuse 
vient évidemment de ce fait que le secrétaire du 
cliiffre ne le jalouse point et ne cherche pas à lui 
nuire. Eu outre, il ne prête nullement au ridicule. 
Aussi la raillerie de Boisrobert Tépargne-t-elle. 
Elle trouve autour d'elle d'autres sujets sur les- 
quels s'exercer dignement. Isaac de Laffemas, per- 
sonnage louche que l'on accuse d'avoir rempli, au 
temps de sa trouble jeunesse, parmi les troupes 
ambulantes de comédiens, des rôles de fai-iné et 
qui autour de Richelieu, dépense en épigrammes 
un esprit cinglant, en est parfois victime. Car, 
1 ayant aidé à conquérir quelque charge, Boisro- 
bert s'ar-oge le droit de stigmatiser son manque 
de scrupules et cet instinct sanguinaire qui, 
plus tard, lui procurera une renommée de bour- 
reau ». 

p. 44, 31, 150, 163 ; Tallema.it : H, 32, 33, 93, 94; IH, 308-309 • 
i^an^onze: Lettres panégyriques aux minisires d'Eslat, 165o', 

';es, 'l69:^'700,T57;-' '''' ''' ' "^^"'"'^^ ^" "''"'"''' '""^- 
J. Tallemanl : V. 67 ad nolam: « Boisrobert disoit que quand 
Laffemas voyoït une belle journée, il s'écrioit : Ah ! qu'il 
jeroit beau pendi-e aujourd'huy ! * Sur ce Laff .mas, V. Tal- 
leniant : passim et surtout V. 65 et suivants ; Garasse : op cit 
p. 90, 176. ITft, 181, 183 ; Colletel : Epigrammes, \QoZ, p. lis'- 
ULuvres rwéliques de Beys, 1G52, p. 187 ; Rnngouze : Lettres 
oanegyriqws au chancelier..., J650, p. 29; Théophile de Viau • 
Lettres, 1641, p. 149 ; Loret : Muze d.s 26 septembre 1653 et 
2. mars 1657 ; Retz: op. cit., II, 388 ; MotteviUe : op. cit , I 
>^ et s., 6/. etc.. Renaudot : Gazette de 1637, p. 715, enre- 
îjstre la nomination de Laffemas comme lieutenant civil 
ît dit que le cardinal de Richelieu lui fait des cadeaux pour 



154 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Tous les passants, tous les domestiques du vaste 
hôtel de Richelieu dont notre poète ne craint pas 
les représailles doivent ainsi se soumettre à sa 
narquoiserie. Avec quelques plaisants de son 
espèce, il poursuit d'une persécution conti- 
nuelle le malheureux abbé Maugars qui, dans les 
concerts organisés pour Richelieu, tient avec 
avantage les parties de viole et, dans les affaires, 
la place enviée d'interprète pour la langue an- 
glaise. Il est vrai ce Maugars, par une morgue 
intraitable, soutenue d'un grain de folie, prête 
l'aile aux malices de ses tourmenteurs. Toujours 
leurs meutes ricanantes pourchassent son petit 
collet et le cardinal lui-même leur offre volon- 
tiers assistance. Roisrobert organise les complots 
que ses compères, Citois, l'abbé de Reaumont, 
Rautru, exécutent. 

Un jour, contemplant le faciès grotesque au 
frontal déprimé du mince tripoteur de notes, il 
imagine de bafouer à la fois son amour du gain 
et son physique déplorable. Tout d'abord il s'ef- 
force d'endormir si méfiance et lui promet din- 
téresser l'Eminentissime à son sort. .Maugars 
exulte et attend avec anxiété le résultat d'une 
démarche dont on lui affirme l'efficacité. Effecti- 
vement Boisrobert, en confidence, l'avertit bien- 
tôt que son maître le tient en haute estime. 11 
rengage à demander sur-le-champ l'abbaye de 
Grauétroit vacante par la mort de son titulaire. 

qu'il puisse paraître dignement devant le peuple de Paris. A 
partir de ce moment, ladite Gazelle mentionne toutes les pen- 
daisons auxquelles se livre ce brave homme. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 155 

— S'il vous raccorde, lui dit-il, vous irez aus- 
sitôt chez M. Charpentier vous informer de Ten- 
droit où se trouve cette abbaye. 

Maugars s'époumonne à remercier le bon mes- 
sager et jure sa vie de garder le souvenir de Tof- 
fice rendu. Puis, d'un pas délibéré, il court chez 
le cardinal et formule sa requête. Richelieu se 
doute immédiatement d'où vient la supercherie. 
Avec un sourire où Tautre ne discerne que de la 
bienveillance : 

— Mais oui, monsieur l'abbé, je vous accorde 
Fabbaye de Cranétroit et je ne doute point que 
vous ne la conserviez le reste de vos jours. 

Nouveaux remerciements et nouvelles protes- 
tations de dévouement du pauvre homme qui, 
toujours courant, pénètre en le cabinet de Char- 
pentier. En quelques mots essoufflés, il explique 
les motifs de son entrée intempestive. Mais le se- 
crétaire du cardinnl n'a guère le loisir de partie 
ciper à ces farces. Il pense qu'on se veut moquer 
de lui et considérant avec mépris le fol qui Fin- 
terroge sur la situation de son bénéfice fantôme : 

— Que me venez-vous lanterner, lui crie-t-il, 
avec votre abbaye de Cranétroit ? Apprenez, mon- 
sieur le visionnaire, que cette abbaye n'existe que 
sur votre front'. 



1. Carpenlariana, 1724, p. 313 et s. ; Tallemant, II, 329. 
Toute YHisloriette de Maugars est remplie des bons tours 
que lui jouent Boisrobert et ses acolytes. Nous ne rapportons 
pas les autres anecdotes qui présentent un moindre intérêt. 
Parfois notre poète choisissait des personnages plus considé- 
rables pour l'exercice de sa verve caustique : « Un jour, dit 
Tallemant (II, 188), Richelieu fît mettre à sa table Tubeuf 



156 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Consterné, Maugars s'enfuit, gonflé de haine 
d'avoir été joué. Néanmoins Boisrobert et ses 
complices ne supporteront point les conséquen- 
ces de sa colère. 11 ne peut rien contre eux. 11 
avalera cent autres couleuvres et les marmitons 
de cuisine, témoins de ses disgrâces, lui feront, 
sans qu'il en tire vengeance, des charivaris. 
Personne ne le plaint ni ne le défend II est ridi- 
cule. 

Ainsi, à parfaire ces facéties, Boisrobert répond 
au « Resjouissez-moy, si vous en avez le secret » 
que sans cesse le cardinal de Richelieu lui adresse, 
tantôt comme une prière et tantôt comme un 
ordre '. Toujours il réussit à lui rendre un peu 
de la sérénité qu'il souhaite pour se replonger 
dans les affaires. Et c'est pourquoi lEmiaentis- 
sime le chérit comme son serviteur de prédilec- 
tioa. De telle sorte cpie le poète gagne peu à peu 
une puissance capable de contrebalancer celle 
des secrétaires d Etat. Chapelain, correspondant 
avec Balzac, écrit: « 11 s'eslève en faveur et pour- 



(président au Parlement) qui en fust si surpris, à ce que dit 
Boisrobert, que tout hors de luy, il mettoit les morceaux dans 
ses yeux au lieu de les mettre dans sa bouche. » 

1. Tallemant : I, 46 ad notam, V. aussi, II, 19 ad notant : 
« Pour monstrer la grande puissance du cardinal, dit le chro- 
niqueur, on faisoit un conte dont Bi)isrobert divertit S. E. Le 
colonelHailbrun,escossois, homme quiestoit considéré, passant 
achevai dans la rue Tictonnc, se sentit pressé II entre dans la 
maison d'un bourgeois et descharge son paquet dans l'allée. Le 
bourgeois se trouve là et fait du bruit. Ce bonliDmme estoit 
bien empesché Son valet dit au boui'geois ; « Mon maistre 
est à M. le cardinal. — Ah ! monsieur, dit le bourgeois, vous 
pouvez chier partout puisque vous estes à S. E. ! » 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 157 

roit prendre, avec le temps, les mœurs que 
donne la fortune '. » 

Mais Chapelain se montre mauvais prophète, 
car, à la vérité, si Boisrobert, grisé par son extra- 
ordinaire réussite, s'abandonne parfois à des 
crises d'orgueil saugrenu, il ne tarde pas à recou- 
vrer sa véritable nature où la simpliciié et 
la modestie se confortent d'une inépuisable obli- 
geance. Il pourrait, à la manière des autres favo- 
ris, afficher une morgne insolente, se corrompre 
à la contagion de f ituité sotte dont la cour est 
imprégnée. Une suite de flatteurs partout l'accom- 
pagne et, à son lever, les plus grands seigneurs ne 
dédiignent pas de se mêler au menu fretin des 
solliciteurs -. De toutes les provinces et particu- 
lièrement de Normandie, des lourdauds en mas- 
ses compactes lui arrivent, muais de recomman- 
dations, et le fatiguent, et le harcèlent. On l'honore 
d'appellations superbes. On lui tire le chapeau 
jusqu'à terre. On l'adore ainsi qu'une divinité. On 
paye d'Hozier, le généalogiste, pour qu'il étende 
jusqu'à tous les normands sa pR.renté précieuse. 
Des nobles d'une naissance illustre se vantent de 
lui appartenir. Et son carrosse parcourt les rues 
flanqué d'une escorte de cavaliers avides de l'en- 
tretenir'. 

Cette multitude de fâcheux sait que Boisrobert 

1. Chapelain: op. cit., I, 29, .4. M. de Balzac, datée de mars 
1633. 

2. Boisrobert : Les Epistres, 1639, p. 17, A M. le comte de 
Noailles. 

3. Ihid., p. 1 et s. .4 Mgr le Cardinal Mazarin). Sur la faveur 
de Boisrobert, V, Scarron: OEiivres, 1786, I, 160 ; VII, 181. 



158 LE PLAISANT AIÎBli DE BOISROBERT 

résiste malaisément à une requête et que son âme, 
accessible à la pitié, trouve un remède aux bles- 
sures les plus cuisantes de la misère. Mille indif- 
férents par lui gagnent des emplois supérieurs à 
leur mérite et ses amis les obtiennent sans avoir 
— tant est grande sa bonté naturelle — la peine 
de les quémander. Cependant notre poète n'ignore 
pas l'art de distribuer Feau bénite et tous les sub- 
terfuges par lesquels on se débarrasse des impor- 
tuns. Sur les derrières de sa maison, il a dû, pour 
fuir leur incommodité, faire pratiquer une porte 
de sortie \ Ce stratagème lui procure, durant quel- 
ques jourSjla facilité de circuler sans cortège. Mais 
bientôt la porte flairée est découverte et le favori 
enrage d'en être pour ses frais d'imagination. 

Dès lors, il n'essaie plus de se soustraire à la 
clientèle qui l'accable et le ronge comme un vol de 
sauterelles ronge un pré. 11 est le porte-parole 
de tous les dénuements et sa véhémence à les sou- 
lager va jusqu'à lui procurer des rebuffades et des 
disgrâces. Balzac lui écrit : 

Monsieur, j'ay pitié de vostre bonne fortune. La 
cour qu'on vous fait me seroiL un honneur insuppor- 
table et je ne donnerois pas mes matinées pour tous 
les compliments de Paris. C'est la fleur et la pureté 
du jour que l'on vous ravit et le temps de la médita- 
tion et de la prière que la complaisance vous usurpe. 
Il n'y a point de créancier, ni de sergent dont vous 
n'eussiez meilleur marché que de ces fâcheux amis. 



1. Balzac : Œuvres, 1665, I, 246, A M. de Boisrnbert, datée 
du 1" déc. 1634. 



LE l'LAISANT ABBE DE BOISROBEUT 1 j'J 

Vous estes malheureux d'estre si aimé et un homme 
nécessaire à tant de gens est de nul usage pour soi- 
mesme. Il vaut encore mieux passer pour rustique 
que de se prostituer par civilité et ne point sacrifier 
aux Grasses que d'estre la victime de ce sacrifice. Vous 
voudriez bien vous en desdire, mais il n'est plus 
temps. Il faut que vous soyez tousjours le médiateur 
entre Apollon et les poètes; que vous ayez tousjours 
mille affaires en prose et en vers; que vostre cham- 
bre soit tousjours le passage de l'Université à la 
Cour^ 

Et néanmoins Balzac, malgré ses grandes pro- 
testations, utilise à toute heure, pour toutes sor- 
tes de motifs et toutes sortes de gens, le crédit de 
Boisrobert ".Et Chapelain, nonmoins intéressé, l'ob- 
sède de placets perpétuels. Tout d'abord, il faut que 
notre poète le délivre de l'obligation de suivre à 
Rome, comme secrétaire, l'ambassade du comte de 
Noailles % puis qu'il transmette au cardinal une 
interminable dissertation historique *, enfin qu'il 
trouve pour une ode dont Chapelain veut régaler 
l'Eminenceson ancien talent d'avocat habile à per- 
suader. Effectivement toutes causes sont gagnées. 
L'ode revient munie des corrections augustes". On 

1. Balzac: OEuvres. 1665, I, 246, datée du 1°' déc. 1634. 

2. Cliapelaiii : op. cit., I, 29. V. également Balzac: op. cit., 
1663, I, 234, 435, A M. de Boisrohert.'Sous verrons par la suite 
quels services Boisrobort lui rendit. 

3. Chapelain- I, 33, datée du 1" mai 1633. V. aussi, I, 37. 
La grâce, par l'entremise de Boisrobert, est accordée. 

4. Ihid., l, 3.Î. 

5. Ihid .,],i'. V. aussi, 1,39,40, Boisrobert présente ensuite 
au cardinal l'ode imprimée; I, 40. Boisrobert offre au B. P. Jo- 
seph un e.vemplaire de l'ode susdite. T. de Larroque, éditeur 



160 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

l'imprime. Et voici qu'à force de sollicitations, 
Boisrobert impatiente son maître qui le jette bru- 
talement à la porte. Il tombe dans un désespoir 
aflfrenx et, durant de longues journées, erre, dans 
les jardins de Ruel, comme ombre lamentable. 
Puis, n'y pouvant plus tenir, il reg-agne avec 
appréhension Tantichambreoù il a coutume d'at- 
tendre les ordres du cardinal. Or, ce dernier, las de 
Tentretien d'un personnage comme lui mélancoli- 
que, appelle de toute son àme un divertissement. 

— Citois, deniande-t-il, qui est là-dedans? 

— Il n'y a. Monseigneur, que le pauvre Bois- 
robert. Je l'ay trouvé tantost dans le parc qui alloit 
se jetter dans Feau si je ne l'en eusse empêché. 

— Faites-le venir. 

Boisrobert entre. Le cardinal aussitôt voit bien 
qu'il ne saurait se passer de cet admirable satel- 
lite. Caria joie avec lui illumine la pièce. En quel- 
ques minutes, il a débité cent contes et formulé 
cent nouvelles d^ml le prélat douloureux et glacé 
s'éch lutïe et se désopile. Les colères sont oubliées 
et les distances. Il ne demeure plus, entre les 
grands panneaux illustrés par Philippe de Cham- 
pagne, que deux collégiens optimistes ^ 

Et Boisrobert en profite pour reprendre, en 

des lettres de Chapelain, ignora qu'il existe à la Bibl. nat. deux 
exemplaires de l'ode en question: Paris, J.Camusat, 1633, in-f« 
de l:s p (Ye 144 et Z. 755). On trouve également cette ode 
dans les Xouvelles Muses des Sieurs Godeau, Chapelain, etc., 
1633, p 21. Elle eut deux autres éditions: Paris, 1637, in-4o et 
1660. m-4°. 

1. Tallumant : II, 3i2, 3'?3 ; Chapelain : op. cit , I, 41, ad 
notain signale la disgrâce de Boisrobert causée par lui. V. aussi, 
même page, une lettre de la même époque. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISBOBERT 161 

faveur de Chapelain, la conversation à l'endroit 
où il l'avait si malencontreusement laissée. Car 
le béj luiie gité en la rue des Cinq Diamants veut 
que sans cesse Richelieu entende à ses oreilles 
résonner son nom roturier. 11 se défend de dési- 
rer quoique ce soit et même la plus maigre pen- 
sion. Mais, à la vérité, il ne pense guère à autre 
chose, et int plus encore que de gloire, affamé de 
biens. 11 commence, à cette heure, la mémorable 
Pucelle qui le fera le plus houspillé des hommes 
et cherche à l'enrichir de la vertu dont la maison 
de Richelieu brille incomparablement '. Boisro- 
bert accepte la mission qu'il lui demande de rem- 
plir, [l clame son nom en toutes circonstances. 11 
le signale même à Pierre Seguier qui vient d'ob- 
tenir le sceau de France et marque quelques 
hypocrites velléités d'encourager les gens de let- 
tres. Et, à la fin Chapelain, avec son obséquiosité 
coutumière, le remercie de la pension inévitable 
dont les princes de 1 Eglise, comme les autres, 
récompensent en ce monde la bassesse et la cour- 
tisanerie ". 



1. Chapelain : op. cÀl., I, 41. Nous ne pouvons rapporter 
les termes des lettres de Chapelain. On ne saurait imaj^iner à 
quelles louanges écœurantes se livre ce personnage dont la 
critique, à défaut de la poésie, mérite qu'on s'y intéresse. 

2. Chapelain : op cit., 1, 59 et 69. V. aussi. I, 45, 52, 55. 
V. égal -iTijnt, sur les relations de Boisrobort avec Chapelain, 
Tallemmt : III, 237, 2i38, 273, ad notani. Chapelain : 1, 12, fait 
sadéclarationde principe, à l'égard des grands, en ces termes; 
« Leur grandeur les occupe et les remplit, ils ne voyent rien 
hors d'eux-mêmes et dorment continuell ment pour autruy; il 
faut les réveiller sans cesse si l'on en veut tirer quelque faveur 
ou si l'on veut les faire acquitter de leurs dettes. » 



162 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

On croirait désormais ce pleutre satisfait de 
son sort et Boisrobert pour long-temps délivré de 
ses doléances. Mais, n'osant de quelque temps 
parler pour lui-même, il parle pour ses amis. Or 
ses amis sont innombrables comme les fourmis 
d'une fourmilière et pauvres à rivaliser avec Job 
sur son fumier. Boisrobert n'a guère à s'en féli- 
citer. 11 montre un jour à l'un d'eux, Ogier de 
Gombauld, des vers de sa façon. L'autre les hume 
et parce qu'il est de l'ancienne cour, farci de prin- 
cipes surannés, il ne les goûte point. Il ne for- 
mule pas, à la vérité, toute sa pensée, mais son 
jugement s'exprime par une phrase, qui, chez lui, 
indique la désapprobation; 

— Je n'y suis pas accoustumé, dit-il. 

Gela stupéfie Boisrobert qui considère avec 
quelque fierté ses œuvres. Néanmoins il contient 
son ressentiment. 

— Hé, mon cher, répond-il en se mettant à 
genoux, je vous prie, accoustumez-vous-y pour 
l'amour de moi ' I 

Puis bientôt, talonné par Chapelain 2, il se rési- 
gne à présenter au cardinal un Panégyrique dont 
Gombauld attend merveille. Richelieu, sur ses 
instances, l'accepte, le place auprès de son lit et 
dit : 

— Je m'esveilleray cette nuit et je me le feray 
lire ! 

Or Boisrobert ne veut point qu'un garçon apo- 



1. Tallemant : III, 243. 

2. Chapelain : op. cit., I, 52. 



LE l'LAISANT ABBÉ DE BÛISKOBERT 163 

thicaire, couchant dans la chambre de Son Emi- 
nence, écorche cette pièce. Adroitement il la sub- 
tilise. La nuit venue, Richelieu s'éveille et ne 
trouve pas le Panégyrique. Il envoie voir si Bois- 
robert est couché. On lui répond négativement. 
Notre poète descend, avoue son larcin et qu'in- 
tentionnellement il ne s'est point reposé. Puis, 
avec cet art qui lui permet de surpasser, au comi- 
que comme au tragique, les meilleurs histrions du 
royaume,il lit, de façon à leur gagner l'estime, les 
vers rugueux dont il adoucit les rencontres néfas- 
tes de consonances \ 

Et que Richelieu apprécie cette production ne 
lui suffit point. 11 veut qu'une récompense s'en- 
suive. Car Gombauld gémit d'une pauvreté mor- 
telle. Une pension que la reine mère lui servait 
pour le remercier de lui remémorer l'aspect phy- 
sique d'un amant florentin, lui doit être rétablie 
sur des prétextes plus honorables. Boisrobert s'y 
emploie et le panégyriste le glorifie de la réus- 
site en le parant du titre « dardent solliciteur 
des Muses incommodées - ». 

Ce titre d'ailleurs lui agrée, au-dessus de tous 
les autres. 11 l'engage à se dévouer davantage à 

1. Tallemant : II, 389. Le Panégyrique de Gombauld fut 
écrit à l'occasion de rélévation de Richelieu à la dignité de 
chevalier de l'ordre. V. aussi, III, 2i5, une autre circonstance 
où Boisrobert essaie, sans y parvenir, de rendre service à 
Gombauld. 

2. Boisrobert : Les Epistres, 1647, p. 12; 1659, Advis ; Tal- 
lemant : III, 243 Cette pension fut rétablie en partie seule- 
ment. V. Lettres de Gombauld, 1647, p. 243 où il exprime sa 
gratitude et spécifie le rôle bienfaisant de Boisrobert à l'égard 
d«s gens de lettres. 



164 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

ses confrères les poètes calamiteux. Godeau qui 
n'est point encore évêque de Vence, mais un sim- 
ple papillon de l'hôtel de Rambouillet, éprouve 
la douceur de ses bienfaits '. Baudoin ^, Porchè- 
res d'Arbaud \ Silhon \ Serisay '", successive- 
ment et bien qu'il ne les aime guère, ne réussis- 
sent à toucher le cardinal que par ses incessantes 
prières. Guillaume Colletet dont les maquerella- 
ges l'écœurent et qui lui vient sottement un jour 
demander raison d'un pauvre mot lancé sur ses 
complaisances de mari, obtient, malgré sa stupi- 
dité, une gratification inattendue" Racan, en train 
de se faire, par dénuement, le scribe poétique d'on 
ne sait quel commisde province, est par lui délivré 
de ce servage déshonorant '. 

Roisrobert réussit, en outre, à intéresser le chan- 
celier Séguier à la gent littéraire tout entière et 
reçoit de lui, avec Chapelain, mission de désigner 
quelles pénuries méritent un secours immédiat ^ 
Dès lors, il devient, dans le royaume, un être 

1. Peiresc: op. cit., II, 501. 

2. Chapelain: op. cit., 1, 52.55. 

3. Ibid., I, 55. 

4. Ibid., I, 55. 

5. Tallemant : IH, 245. 

6. Tallemant: III, 268; VII, 112; Chapelain: op. cil., I, 55. 

7. Tallemant; II, 334 ad nolam. Boisrobert lui prête les 
200 livres que le commis lui avait promises V. aussi sur las 
relations de Boisrobert avec Racan: Rec. de Lettres nouvelles, 
1634, [1,448. Il le félicite d hériter de la duchesse de Bellegarde, 
sa parente. Celte lettre est reproduite dans Louis Arnould: 
Honorai de Biieil, seiçfneur de Racan, 1901, p. 343. 

8. Chapelain: op. cit., I. 52; Balzac : op. cit., I, 445. La let- 
tre de Balzac déborde de reconnaissance et marque très nette- 
ment le rôle de Mécène que Boisrobert assume dès ce moment. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 165 

d'élection vers lequel la reconnaissance monte, 
en vers et en prose, comme un encens embaumé. 
Une ivresse très douce le pénètre. Il ne connaît 
point, dans sa vie, de félicité plus pure. C'est 
pourquoi, malgré qu'il souffre de leur importu- 
nité, loin de chasser ses soUiciteurs il prévient 
leurs re {uêtes. 11 se souvient, par exemple, que 
M"° de Gournay végète tristement, entre sa dame 
de compagnie et sa chatte prolitique. La vieille fée 
ne songe guère, absorbée p ir sa religion pour 
Montaigne, ({ue quelque pension rendrait plus sa- 
voureuse sa marmite. Boisrobert la va dénicher 
de son bouge et, de force, la présente à Rictielieu. 
Le cardinal, pour le plaisir de railler, lui fait un 
compliment tout de vieux mots tirés de son Ombre. 
Gomme, malgré ses manies, elle ne manque pas 
d'intelligence, elle perçoit l'ironie: 

— Vous riez de la pauvre vieille, dit-elle. Mais 
riez, grand génie, riez puis fu il faut que tout le 
monde contribue à votre divertissement. 

Surpris de cette présence d'esprit. Richelieu, 
confus, demande pardon et, s'adressant à Bois- 
robert : 

— Il faut faire quelque chose pour M"* de Gour- 
nay, dit-il. Je luy donne deux cents escus de 
pension. 

— Mais elle a des domestiques, répond le poète. 

— Et quels ? reprend le cjirdinal. 

— M"° Jamin, bastarde d'Amadis Jamin, page 
de Ronsard. 

— Je luy donne cinquante livres par an. 

— Il y a encore ma mie Piaillon; c'est sa chatte. 



166 LE PLAISANT ABBE De. BOISROBERT 

— Je luy donne vingt livres de pensionna con- 
dition qu'elle aura des trippes. 

— Mais, Monseigneur, elle a chatonné. 

Le cardinal ajoute encore une pistoUe pour les 
chattons ^M^'° de Gournay, radieuse, pourra dé- 
sormais suffire aux dépenses que lui occasionnent 
ses recherches alchimiques. Elle ne tarit plus 
sur Tadorable nature de son ami Boisrobert et 
lui exprime sa gratitude en des vers épouvanta- 
bles \ 

Mais Boisrobert se soustrait vitement aux ef- 
fusions de la vieille fille. Le cœur content, il 
accompagne pour la première fois de sa vie le 
cardinal à la guerre. Nous le retrouvons, en effet, 
à cette époque, en la ville de Nancy que les trou- 
pes royales viennent d'enlever au duc Charles IV 
de Lorraine \ A la vérité, le siège, les hauts faits 
des maréchaux, la bravoure de Louis XIII, la 
santé chancelante même de Richelieu le passion- 
nent à peine. Personnellement il ne se découvre 
point de griefs contre le Lorrain et sa femme 
Nicole. Il surmonte même aisément son animosité 
patriotique dès quil les entrevoit. Car le duc, 
comme tous les princes lorrains, appartient à 
cette race de fols, romanesques et hâbleurs, dont 



1. Tallemant: 11,345. V. aussi. Les Advis et présens de laDa- 
moiselle de Gournay, 1634, p. 821-822, Pour Mgr le cardinal 
de Richelieu. 

2. Ml" de Gournay: Les Advis et présens... 1634, p. 829, .1 
M. l'abbé de Bois-Robert. 

3.1633, V . Correspondance de Richelieu, l. IV, p. 480 et s. ; 
Renaudot : Gazelle de 1633, p. 395. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 167 

il recherche la compagnie ' et la duchesse, ga- 
lante selon Toccasion, favorisant les intrigues de 
son entourage montre une propension très vive à 
la littérature \ Lâchement il fréquente les deux 
partis et ne dédaigne pas d'ambitionner, pour 
quelques rimes éparses, l'argent ennemi. 

Au milieu du bruit que font les gens de guerre 
et malgré la préoccupation que lui donne le carac- 
tère irritable de Richelieu gravement malade, il 
poursuit un dessein qui depuis longtemps tour- 
mente son esprit. Parsemer à tous les vents des 
vers de circonstance, vendre aux uns et aux autres 
de l'immortalité, se mêler aux bateleurs de poé- 
sie qui encombrent les antichambres, les vaincre 
en délicatesse, en esprit, en puissance même ne 
le satisfait plus. 11 veut, à son tour, demeurer 
dans la mémoire des hommes par quelques œu- 
vres originales et profondes. Et c'est pourquoi le 
théâtre, plus que le roman où le succès trompa 
ses espérances, tente sa verve primesautière. En 
quelques heures, il échafaude le sujet de Pyran- 
dre et Lisimène ou l'Heureuse tro?nperie,ira.gi-cO' 



1. Tallcmant : I, i06; IV, 234; Conrart : Mémoires, édit. Mi- 
cliaud et Puujoulat p. 556 et s.; Mémoires du Marquis de Beau- 
venu, 1691, passim ; Loret : Muze hist. passini; Motteville, 
Montpensier, Retz, GourvLlle, Rapin et tous les mémoires i^ela- 
tifs à la Fronde; Chapelain : op. cit., passim; Bibl. na.t. N. 
acq. mss n" 330, Poésies de M. de la Luzerne, p. 192; Segrais: 
OEuvres, 1753, II, 80, 90, etc. 

2. Tallemant: V. 323 et s., VI, 73; Loret: op. cil., passim; 
Chevreau: Lellres nouvelles, 1642, p. 309 ; Neufgermain : op. 
cit., 2' part., p. 43 ; Rangouze: Lettres panégyriques aux plus 
grandes règnes du monde, 1650, p. 27, etc. 



168 LE PLAISANT ABBÉ DE BOIROBERT 

médie dont il imagine que Paris applaudira Theu- 
reuse iavention et la versification aisée ^ 

A Nancy, sous les yeux de M"" Nicole, duchesse 
de Lorraine, il achève le quatrième acte lequel, à 
cause de cette auguste présence, emporte sa pré- 
dilection. Et lorsque la pièce est tout à fait ter- 
minée, il abandonne brusquement la Lorraine, et 
Richelieu, et la politique, n^ayant plus au monde 
d'autre désir que s'aboucher avec des comédiens ^ 
11 hésite un instant entre les diverses troupes qui 
se partagent le soin de distraire la capitale. Puis 
il décide de s'adresser à celle qui détient le plus 
bel auditoire ayant le roi pour protecteur. Elle 
dresse ses tréteaux à l'hôtel de Bourgogne, au 
coin des rues Françoise et Mauconseil. Bellerose 
la dirige avec emphase. 

Cet histrion, comme tous ses confrères, est 
persuadé que la première pièce d'un auteur ne 
peut être que méchante \ Néanmoins, plein de dis- 

1. Pyrândre et Lisiinène ou iheiireuse tromperie, {ras;i-comc- 
die par le sieur de Boisrobert, Paris T. Quinet, 1633, in-4''. 
Cette pièce porte dilTcrents titres: Pyrândre ou l'heureuse 
tromperie ; L'heureuse tromperie, e\e. Elle eut en 1642 une 
2° édition s )us le litre: La belle Lisiméne. On la trouve repro- 
duite dans Recueil des meilleures pièces dramatiques faites en 
Frunce depuis Rolrou jusqu'à nos jours, 1780-1784, IV^, 142. V. 
aussi, De Beauchamps : Recherches sur les théâtres d" France, 
1735, II, 13î; Fr. Parfaict : Hisl. du Théùtre françois, 1747, 
V. 8 et s ; Duc de la Vallière: Bibl. du théâtre françois, 1768, 
II, 382; De Mouhy : Abrégé de Ihist. du théàl. françois, 17t>0, 
I, 378. 

2. Balzac : op. cit., I, 342, dit que Boisrobert se contenta 
d'aller jeter sa malédiction en Lorraine. 

3. C'est l'opinion que Boursault : Lettres nouvelles, 1738, II, 
260 et s attribue à la plupart des comédiens. Nous devons l'ea 
croire. Etant auteur dramatique, il parle d'après expérience. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 169 

cernement, il réserve à Boisrobert. poète ordinaire 
de Richelieu, un accueil différent de celui qu'il 
eût réservé à tout écrivassier sans renommée. 
Quelques jours plus tard, notre héros g igne son 
approbation et celle de la troupe assemblée que 
captivèrent les merveilles de sa lecture. A la vé- 
rité il tint avec une éclatante supériorité chacun 
des rôles assignés à ces perroquets bavards. Si 
bien que, discutant par la suite les conditions 
pécuniaires en échange desquelles il leur aban- 
donnera son manuscrit, il obtient à forfait une 
somme importante de leur générosité char- 
mée *. 

Pyrandre et Lisimhie mise aussitôt en répéti- 
tion, Boisrobert s'occupe de lui organiser une 
publicité. Il rédige en vers des placards farcis de 
menteries. Il dresse le mémoire des personn ges 
qui lui promettent d'assister à la représentation. 
De porte en porte il quémande des spectateurs, 
invitant les godelureaux à offrir à leurs maîtresses 
l'exemple de ses scènes amoureuses. Il suscite, 
contre les pièces à ce moment jouées au Marais 
et dont le succès pourrait contre-balancer sa pro- 
pre réussite, des cabales protestataires. Enfin, 
assemblant en sa maison des Trois-Pucellos quel- 
ques amis dévoués à sa cause, il leur appi-end 
les passages pathétiques qu'ils devront applau- 
dir et louer à haute voix -. 



1. Chappuzeau : Le Ihéùlre françois. 167 i, p. 80 et s. 

2. Donneau de Visé: Nouvelles nouvelles, 1663, III, 194 et s. 
C'est de celte sorte qu'au xvii' siècle on assurait un triomphe 
aux plus mauvaises productions. 

10 



170 LE PLAISANT AB15É DE BOISROBliRT 

Ainsi, prémuni contre toutes éventualités fâ- 
cheuses, il est bientôt, avec ravissement, son pro- 
pre spectateur ^ A la vérité le sujet n^offre guère 
de complications. 11 est basé sur la substitution, 
à un rendez-vous d'amour, d'un amant à un au- 
tre. L'intrigue se terminant par des mariages et 
du bonheur, de là l'Heureuse tromperie -. 



1. Nous ne donnons pas le compte rendu de cette pièce pour 
la bonne raison qu'onle trouve dans l'argument qui la précède. 
Nous avons dit qu'elle n'était que la transposition au théâtre 
d'un épisode de VHistoire indienne d' Anaxandre et d'Orazie, 
1629, p. 181 et s., roman précédemment publié par Boisrobert. 
Le 1"' acte est franchement mauvais. Les autres intéressent 
sans passionner. Nous préférons de beaucoup l'épisode roma- 
nesque. Les héroïnes de notre poète ont, nous l'avons dit, dans 
l'amour un ton et des manières qu'on n'est point accoutumé 
à rencontrer dans le théâtre de l'époque. L'inspiration de Bois- 
robert lui vient de lectures d'ouvrages du xvi" siècle. Certains 
personnages, et notamment le geôlier qui apparaît à deux re- 
prises, sont fort amusants. En résumé, Pyrandre et Lisimène 
est une pièce passable, souvent spirituelle et généralement 
bien versifiée. 

2. Bihl na.t. F* F'" mss n" 24330, Mémoire de plusieurs déco- 
rations qui serve aux pièces contenues en ce présent livre. 
Commencé par Laurent Mathelot et continué par Michel Lau- 
rent, en l'année 1673, f° i'i.L Heureuse tromperie de M. de Bois- 
Robert. 

« Au milieu du théâtre il faut un beau palais et à un côté 
du théâtre une chambre et une tour avec une fenestrc. Pour 
descendre et monter, il faut une eschellc de corde. Au bas de 
la dite chambre, deux ou trois portiques en jardinage et palis- 
sades, fleurs et fruits. Ladictc chambre doit estre à jour de 
ballustre et la tour aussy doit estre ronde soit en peinture ou 
ronds. De l'autre costé du théâtre, il faut deux prisons, une 
porte qui tient des prisons, un siège où se sied le geôlier. Il 
faut un trousseau de clefs, deux flambeaux d'argent ou d'étain 
garnis de chandelles. Un flambeau de cire pour un page, deux 
poignards, une lanterne sourde et une bougie. Une nuict au 
commencement du 2» acte et dure jusques au 3" acte. Une Ici- 





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LE PLAISANT AUBE DE BOISROBERT 171 

A la vérité Pyrandre et Lùimène, malgré la sa- 
vante cabale organisée par son auteur, enregis- 
tre un médiocre succès et les libraires, pour en 
écouler les exemplaires imprimés, sont obligés de 
se livrer à maintes supercheries dont la moindre 
consiste à des changements de titres. Néanmoins 
la duchesse Nicole, par l'intermédiaire de l'abbé 
de Ghanvallon, en sollicite l'envoi que Boisrobert 
accompagne d'une épître laudative'. Il espère que 
cette épître ajoutée aux gentillesses qu'il prodi- 
gua en Lorraine, lui vaudront, en retour, quelcpies 
pistoles reconnaissantes. JNIais soit que la pièce 
ait produit un effet contraire à l'admiration, soit 
que la duchesse, comme on l'affirme, manque de 
générosité, l'espoir de notre auteur est déçu. 11 
conçoit, de cette déception, une violente colère 
dont Citois, le médecin, reçoit la confidence rimée : 

J'ay trop bien dit, j'ay trop bien deviné 
Que je serois enfin mal assiné ^ 
Sur ce Lorrain et son chien de domaine. 
Qui ne s'attend qu'à l'argent de Lorraine, 
Mon cher Citoys, doit estre mal disné; 
Si j'ay perdu ce que tu m'as donné 

tre fermée. Une belle soutane et une robe de damas. Une 
chaire pour un Roy au cinquiesme acte. » 

Cette nomenclature des objets nécessaires aux acteurs pour 
l'interprétation de la pièce, est accompagnée (f- 51) d'un des- 
sin du décor, le meilleur que contienne le volume de Mahelot. 
Nous le reproduisons ci-contre. 

1. Recueil de Lettres nouvelles, 1634, I, 241, A J/°" la du- 
chesse de Lorraine. 

2. Pour assigné, on disait alors « être assigné sur tel revenu 
de prince ». 



172 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Tu ne m'as pas, au moins, abandonné. 
Si j'ay ton cœur, je ne suis pas en peine, 

J'ay trop. 
Quelque autre iroit se noyer dans la Seyne, 
Mais moy je voy mon espérance vaine 
Sans murmurer et sans estre estonné. 
J • suis content, Citoys, je suis borné 
Non toutesfois jusqu'à dire à la Reyne 
J'ay trop ^ 

Le cardinal de Richelieu, revenu de la cam- 
pagne de Lorraine, eût pu se formaliser de ce que 
Boisrobert ne lui dédiât pas la première de ses 
tragi-comédies ^ 11 n'y pensa point. Il se montra 
charmé de la nouvelle forme que son favori don- 
nait à son talent. Voulut-il l'en récompenser 
ayant, en matière de théâtre, des desseins parti- 
culiers que notre poète servirait avec zèle? Vou- 
lut-il. tout simplement, lui faire oublier l'absence 
de courtoisie de M"' Nicole ? Nul ne le pourrait 
dire avec certitude. Mais voici que Boisrobert, 
soudainement, reçoit de lui un canonicat et se 
métimorphose en l'un de ces chanoines du cha- 
pitre rouennais qui a, sur tous les chapitres du 
monde, l'avantage d'avoir fourni à l'Eglise les 
princes en myriades et maints vicaires du Christ. 

Sans doute, après le don, par le pape Urbain VIII, 



1. Boisrobert : Les Epistres, 1647, Autres œuvres, p. 47. A 
M. Citnys, rondeau. 

2. Pyrandri- et Lisimène est, en effet, dédiée à M. de Cahu- 
sac, lieutenant de la compagnie des chevau-lé^ers du cardi- 
nal, dont il est assez souvent question dans Correspondance de 
liichetieii . 



LE PLAISANT ABBE DE BOISllOBERT 173 

(lu prieuré de Nozay, Boisrobert abandonna-t-il 
Tépée pour la robe. Il parle, en un endroit de ses 
Epistres^de la soutane « en trois mois endossée »'. 
Nous ignorons quel évècjue prit la responsabilité 
de l'ordonner '. 11 doit, à cette heure encore, por- 
ter en enfer la peine de cet acte inconsidéré. Car 
si Boisrobert envisage avec satisfaction l'impor- 
tance de la prébende qui lui advient sans avoir 
fait preuve de la moindre vertu théolog-ale, il ne 
se montre pas disposé à changer d'existence. La 
contrition n'est chez lui qu'à fleur d'âme et le re- 
pentir lui semble un mot admirable dont on sou- 
haite à autrui une compréhension plus exacte. 

Balzac qui connaît à fond son ami prend pré- 
texte de cette ordination subite pour lui adres- 
ser quelques lignes ironiques: 

En attendant que j'aye le bien de vous voir, trou- 
vez bon que je vous face un compliment qui ne sera 
pas long et que je me réjouisse avecque vous du re- 
couvrement de vostre santé. Dieu a maintenant quel- 
que inlécest à vous la conserver puisque vous la lui 
avez consacrée et que vostre vie doit estre à l'avenir 

1. Boisrobert: Les Epistres, 1659, p. 13 et s., .-1 Mr/r le prince 
de Conty . 

2. Bibl. de Châlons-sur-Marne, mss n" 482, Notice biogra- 
phique et litlèraire sur Boisrobert et ses oiivraç/es lue à la 
Société académique de Châlons-sur-Marne le 5 mars 1.954, par 
J. Garinet. Cet auteur dont la notice est demeurée manuscrite 
prétend, que Boisrobert aurait été ordonné par Abra de Raco- 
nis, évéque de Lavaur. Il commet une grave erreur, car Abra 
de Raconis fut sacré évéque de Lavaur le 22 mai 1639, c"est-à- 
dire neuf ans après l'obtention par notre poète de son pre- 
mier bénéfice ecclésiastique et cinq ans après l'obtention de 
son canonicat, 

10. 



174 Lli PLAISANT AU13É DE BÛISKOBKRT 

une perpétuelle méditation de ses mystères. Je ne doute 
point qu'il ne bénisse ce saint désir et qu'à mon re- 
tour je ne trouve un grand prédicateur sous vostro 
soutane. Vous me montrerez autant d'homélies que 
vous m'avez autrefois monstre de sonnets et, au lieu 
de Parnasse et de Permesse, vous ne parlerez plus 
que de Sion et de Siloé. Modérez-vous pourtant un 
peu au commencement et soyez retenu en pays es- 
trange. Je ne vous conseille pas de vous enfoncer 
dans les abysmes de la prédestination qui sont fameux 
par les naufrages de tant de pilotes ou, pour parler 
plus vulgairement, par les hérésies de tant de Doc- 
teurs. Si vous me croyez, vous laisserez battre les 
Jésuites et les Jacobins sur la question de Auxiliis 
sans vous mesler de leur différens ni les aller sépa- 
rer. Le fréquent usage des sillogismes est très dan- 
gereux à la sauté, il n'y a rien qui eschauffe plus le 
sang que la dispute. Outre qu'après vous estre en- 
roué pour la vérité, vous ne la ferez pas admettre à 
vostre adversaire ni ne pourrez le prendre tant qu'il 
pourra fuir par une distinction. Surtout, monsieur, 
que l'amour de la théologie ne vous face pas oublier 
les affaires temporelles et le soin de vostre fortune. 
Car autrement il vaudroit mieux que j'estudiasse à 
moitié et que vous fissiez la cour pour vous et pour 
moy. Gomme je m'en acquitte extrêmement mal, vous 
y réussissez en perfection et je ne désespère pas de 
vous donner un de ces jours de la seigneurie révé- 
reudissime '. 



1. Balzac : Œuvres, 1665. I, 245, V. aussi, de la même épo- 
que (1633) une autre lettre de Balzac à Boisrobert dans laquelle 
il est dit que ce dernier brutalisa son ami pour secouer sa pa- 
resse à être aimable et à solliciter des avantages. Cette der- 
nière lettre est reproduite dans mss Connirl, l.Ylll, in-f°,p. 221 
{Ars, no 5-417) qui la complète. Elle mentionne un incident eu- 



LE l'LAlSANT ABBÉ DE BOISBOBERT 175 

Nous n'avons pas découvert la réponse de Bois- 
robert à cette lettre narquoise. Mais nous pouvons 
imaeiner quels en furent les termes d'après la 
missive par laquelle il annonce à M''^ de Haute- 
fort et à ses compagnes, les filles de la reine, son 
renoncement aux vanités de ce monde : 

Mademoiselle, Avant que je prenne tout à fait 
congé du monde dont vous estes la plus belle et la 
plus agréable partie et que je suive les bons mouve- 
mens que Dieu m'a donnez, permettez que je jette 
encore une fois les yeux sur vous pour bien considé- 
rer ce que j'abandonne ; et que vous regardant pure- 
ment à l'avenir, comme un parfait ouvrage de Dieu, 
vostre beauté ne me serve plus qu'à méditer sur ses 
merveilles. Il est vray, mademoiselle, que n'ayant 
pas eu les raesmes sentimens autrefois, je ne vous 
ay pas tousjours regardée des mesmes yeux. Aussy 
je vous confesse ingénuement, aujourd'huy que je 
vous ayme du seul esprit et de la mesme sorte que 
l'on ayme les choses célestes, que je ne vous trouvay 
jamais si belle. 11 y a plus d'innocence dans mon ami- 
tié qu'il n'en paroist sur vostre visage et vous figu- 
rant à moy telle que vous estes sans aucune émo- 
tion, j'ay plus de satisfaction de mon mérite que vous 
n'en avez de vostie beauté. 

Je me sépare donc tout à fait du nombre de vos 
adorateurs, avec protestation de n'avoir plus rien de 
commun avec eux que le respect qu'ils vous portent. 
Je renonce bien aux vanitez, mais je ne renonce pas 
à la bienséance et comme je croirois vous offencer, 

rieux. Coisrobert aurait violemment tarabusté chez Balzac où 
il se rend le plus souvent qu'il le peut, en présence du prési- 
dent de Bernières, un visiteur qui l'aurait contrecarré au cours 
d'une conversation. 



176 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

je m'offencerois aussy moy-mesme si je ne conti- 
nuois à vous honorer. Je sçay que quelquefois, après 
plusieuis aulres, vous m'avez accusé d'estre volage ; 
mais je m'assure qu'à ce coup vous louerez mon chan- 
gement et approuverez sans doute le vœu solennel 
que j ay fait de n'aymer et de ne servir plus qu'une 
beauté qui est la source de toutes les autaes. Ce n'est 
pas à vous seule, Mademoiselle, que je fais cette dé- 
claration ; je la fais aussi à vos belles compagnes et 
aux autres beautez, pour la considération desquelles 
je confesse que j'aimay trop le monde autrefois. Con- 
tez-leur, s'il vous plaist, à toutes ma sainte méta- 
morphose et préparez-vous comme elles à me voir, 
à mon retour en tout et pour tout changé '... 

Boisrobert écrit de Rouen ces phrases hypocri- 
tes -. Il est allé lui-même prendre possession de 
son canonicat. Son sentiment ancien sur la ville 
normande ne paraît guère avoir varié, mais il s'y 
plaît davantage parce que, dès maintenant, il a 
réalisé son rêve d'y revenir en carrosse doré. 

L^autorité qu'on lui reconnnît fait qu'à cette 
heure on s'informe de ses visites prochaines et 
que les seigneurs, les princes, les présidents aux 
parlements s'empressent de l'aller complimenter. 
Sur son passage se multiplient les révérences 
de gens qui jadis méprisaient le petit avocat sans 
renommée ^. 



1. Recueil de Lettres nouvelles, \6Zi, II, 434, A Af^" de Ilau- 
teforl. 

2. Une lettre de Balzac : Œuvres, 1665, I, 444, nous indique 
que Boisrobert est à Rouen on mai 1634. 

3. Boisrobert : Les Epis très, 1659, p. 3. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 177 

Il accomplit hâtivement les formalités prescri- 
tes par la règle pour la prise de possession de 
son canonicat. Le chapitre de Rouen, nous l'avons 
dit, compte parmi les plus illustres et les plus 
riches du royaume. Il se compose de cinquante 
chanoines et d'une foule d'ecclésiastiques infé- 
rieurs. Un costume lui est imposé. Mais depuis 
long-temps des tolérances ont fait tomber en dé- 
suétude les prescriptions à cet égard. Boisrobert 
omet donc de livrer sa tête au rasoir d'un barbieT 
et la soutane violette lui semble un suffisant in- 
signe de sa nouvelle profession sans y ajouter la 
chape, le lourd camail de fourrure et Taumusse 
grise portée sur le bras gauche '. 

Les chanoines ses confrères lui assurent une 
grasse prébende pour laquelle il montre une évi- 
dente inquiétude. 11 ne rencontre parmi eux qu'a- 
ménité et douceur. Us comptent sur son influence 
à la cour. Bientôt, en effet, Boisrobert, par des 
démarches multipliées, augmente leurs rentes et 
obtient, en échange, d'être exempté en partie de 
la rigoureuse résidence -. 

1. R. P. Pommeraye : Hist.de l'éçfUse cathédrale de Rouen, 
Î686, p. 185 et s. V. aussi, même chapitre, les formalités de 
réception des chanoines. Sur l'importance du chapitre de 
Rouen, V. J. Gomboust: Description des antiqiiitezet sincfiiîa- 
ritez de la ville de Ronen, 1655. Il nous aurait été facile de 
retrouv^er la composition e:tacte du chapitre, à cette époque, 
mais nous n'avons pas cru devoir nous livrer à des recherches 
dont It' résultat eût été sans intérêt pour la biographie de 
Boisrobert. 

2. Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 35 et s. N^ous résu- 
mons en cet endroit plusieurs années de la vie de Boisrobert 
pour n'avoir point à revenir trop souvent sur son canonicat 
de Rouen. 



178 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 



Néanmoins les quelques obligations dont on ne 
peut le délivrer, le fatiguent et l'ennuient. Le 
séjour loin de la cour, malgré les louanges dont 
on Tenvironne, ne saurait lui plaire longtemps. 
Il ne goûte aucun plaisir à railler le marquis de 
Beuvron et son frère qui le promènent au travers 
de leurs champs d'avoine et de foin*. Il le dis- 
trait à peine, oubliant déjà ses fortes résolutions, 
d'écrire des lettres galantes aux pecques provin- 
ciales qui le harcèlent d'œillades ^ Un instant 
même, il songe à résigner, malgré son impor- 
tance, un bénéfice qui lui causera, chaque année, 
des dérangements et des amertumes d'exil. Il 
communique à Chapelain ses intentions. Mais 
l'illustre avare aussitôt le met en garde contre 
cette imprudente conduite : 

... Pour vos dames, je ne m'eslonne pas de la 
chasse qu'elles vous donnent et du plaisir qu'elles 
prennent en vostre compagnie.il seroit bien estrange 
qu'un courtisan raffiné comme vous ne fust pas 
extresmement couru par des provinciales et que celuy 
qui a donné de l'amour aux plus belles du siècle ne 
piquast que légèrement celles qui ne s'estiment 
qu'autant qu'elles les peuvent imiter. Mais prenez 
garde à vous, car je ne vous tiens encore si guari 
ni si confirmé en grâce qu'avec ces objets devant les 
yeux vous ne fussiez capable d'oublier vostre condi- 
tion présente et de chanter autre chose que des 

1. Tallemant : II, 36", ad nolam. ; Bibl. nat., F-** X. acq., 
mss n" 4529, p. 1. Beuvron appartenait à une famille normande 
et fut longtemps gouverneur du vieux château de Rouen. 

2. Recueil de Lettres nouvelles, lô'M, I, 263. 



LIi PLAISANT A15BÉ DE ROISROBERT 179 

pseaumes et des leçons. Je vous connois si tendre et 
si fragile qu'à naoins de vous bien préparer et de 
prendre une résolution bien ferme, il se pourroit 
rencontrer telle personne qui vous feroit pleurer 
autre chose que vos péchés. 

Raillerie à part, j'approuve que vous eslablissiez 
une excellente réputation aux: lieux où vous estes 
né' et où dans la suitte des temps vous pourrez faire 
vostre retraitte. Il n'y a point de vray plaisir ni devray 
repos sans l'estime, laquelle je mets, après la vertu, 
au rang des premiers biens. Je vous conseille d'ache- 
ver vostre résidence et de ne rien gaster dans vostre 
aftaire par vostre précipitation. Vous sçavés ce que 
nous avons dit de la manière dont vous aviés à vous 
conduire en cecy avec Monseigneur = afin de ne luy 
laisser pas oublier ce que vous luy estes. Ce que 
vous avez à faire maintenant à mon advis, est d'es- 
crire soit à luy, soit à vos amis d'auprès de sa per- 
sonne, avec un tel tempérament qu'il reconnoisse 
vostre impatience et ne vous commettez point de 
laisser perdre un bien qu'il vous a procuré ^ 

1 CecL semblerait indiquer que, contrairement aux assertions 
de Iluet, ilalley, etc, Boisrobert serait né à Rouen. 

2. Le cardinal de Richelieu. 

3. Chapelain: op. cit., I, 71. Dans la suite de la lettre, Cha- 
pelain annonce à Boisrobert la complète défaite duducCharles 
de Lorraine par les troupes royales et lui donne des nouvelles 
de Racan, Godeau, Balzac, etc... De ce dernier: Ofaures, 1665, 
I, 248, 444 datent de cette époque deux lettres. En Tune et en 
Tautrc, l'épistolier fait allusion à de nouveaux bienfaits reçus 
de son ami. Il se déclare prêt, pour lui plaire, à tous les sacri- 
fices et même à supprimer de ses lettres ses chères hj'perboles. 
Sur le canonicat de Rouen, il dit: « Si je ne me resjouissois 
extrêmement du canonicat qui vous a esté donné, je ne me sou- 
viendrois pas combien cette dij,'nité est au-dessous de vostre 
mérite. Il suffit que je vous tesmoigne de n'en estre pasfasché 
et que je la considère en foule parmi les autres bénéfices que 
vous aurez. » 



180 LE PLAISANT ABBE PE BOISROBERT 

Boisrobevt comprend la sagesse de ces conseils 
et se décide amèrement à garder son caiionicat. 
Du moins, pour attéuuer la mélancolie qui l'as- 
saille et pour oublier le retour de cette goutte 
importune qui, tous les ans, lui impose des 
séjours à la station thermale de Forges \ il occupe 
les loisu's que lui laissent ses nouvelles fouctions 
à visiter des familles sympathiques. Les prési- 
dents au Parlement de Faucon du Ris et de Der- 
nières l'aide Qt à tuer le temps en conversations 
plaisantes. M "' Anne de Souvré, abbesse de Saint- 
Amand, et sa nièce Eiéonor, adolesceute qui 
s'élance d'un cœur véhément vers la foi. lui ou- 
vrent les arcaues de leur monastère béuédictin 
semblable, au dehors, à quelque maison bour- 
geoise bien tenue, et constellé au ded ms d'inef- 
fables sculptures -. Pénétrant en celle coite et 
silencieuse demeure, il lui semble toujours péné- 
trer en Tàme même de ces nonnes, cachant ses 
fioritures de vertu derrière l'austérité du cos- 
tume . 

Mais un logis, entre tous, séduit Boisrobert. C'est 
Gaillon, palais archiépiscopal de Mgr de Harlay. 

1. Les Epislres sont pleines do ses plaintes de malade. Nous 
n'avons pas cherché à établir à quelles époques évades il suit 
le traitement de Forges Depuis son arrivée auprès de Riche- 
lieu jusqu'à sa mort on rencontre trace de ses séjours en la 
ville thermale à la mode dont Mn» de Montpensier donne la 
physionomie curieuse et surlaquelle un petit volume: Les di- 
vertissements de Forjes, 1663, renseiirnc minutieusement. 

2. R. P. Pommeraye : Hist. de l abbaye de Saint-\mand de 
Rouen, 1662, p. 64 et s ; Bibl nat., Département des Estampes 
Va 3j!4, l'eue de l'abbaye de Saint-Amand de Rouen de l'ordre 
de saint Benoit, 1702. 



1-E PLAI3A5T ABBÉ DE EOISBOBEBT l8l 

L archevêque de Roaen vit en cet endroit une 
existence qui serait tonte de doocenr si les trou- 
bles de soa diocèse et Topposition de son chapi- 
tre ne lui procuraient de perpétuelles inquiéta- 
des. Unfî barbe admirable^ auréolant son visag^c, 
l'assimile à ces Ûgiralions de Dien le père qui 
orneut si îMthédrale. Cette barbe suffit à l'illus- 
trer. On en parle avec enthousiasme ou avec 
acrimonie autant que de celle dont se félicitent 
Mathieu Mole ou Paul Scarron, président et con- 
seiller au Parlement de Paris. On fait sur elle des 
épigramines. On oublie irrévérencieusement quelle 
figure sacrée elle agrémente et dore. 

Boisrobert, bien venu du personnage qu'elle 
illumine, n'en rallie point. Au\ côtés de l'arehe- 
vêque, il parcourt le merveilleux palais aux gale- 
ries sculptées et peintes par des maîtres, son 
parc, ses jardins vallonnés, ses promenoirs semés 

irbres gigantesques et admire, parmi les curieux 
;Vets diseiuî canalisées, la splendeur des sta- 
tues groupées artistement '■. 

Mgr de Hirlay grossit cette caste d'originaux 
dénués de cervelle que Boisrobert loue de ne res- 
sembler point au commun des mortels. Avec lui, 
il ne trouve guère le temps de songer à ses ennuis^ 
soit qu'il le conduise à son imprimerie d'où sor- 



I. Boisrobert : Les Epialres. 1&4T, p. 71; 1659, p. 84 et s, V. 
aussi, Le Mercure de Gaillon, édit. Nicolas Perianx, 18T6 pas- 
sim; Floquct: Diaire on Journal du voyage du chancelier Sé- 
guieren Normandie, 1842, p. 14 et s. ; J. Gomboast: Descrip- 
tion des aniiqaUez et sinrjnlaritez de la cille de Rouen, 1655 ; 
Dalibray : Œuvres poétiques, 1653. 3* part., p. 57, etc. 



k 



il 



18"2 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

tent ses œuvres baroques, soit qu'il Fentretienne 
en un galimatias étrange de mille sujets où la 
politique garde une place émineute. En l'esprit de 
Mgr de Harlay les connaissances se sont brouil- 
lées comme se brouilleraient les livres d'une 
bibliotiièque renversée. 

Il a coutume de prétendre qu'à la garde-robe 
un bredouillement de grec purge à l'exemple du 
séné et qu'un bredouillement de latin constipe à 
perdre l'usage du fondement. Les deux langues, 
dans la vie, lui procurent des désagréments intel- 
lectuels identiques. On craint ses discours comme 
des calamités. Néanmoins il ne laisse pas d'être 
bon homme. Son tort principal consiste à se 
croire des aptitudes démesurées. Lorsque Boisro- 
bert lui vante la dextérité politique de son maître, 
il s'insurge aussitôt contre l'opinion du chanoine 
et bouillant de colère : 

— Yous connoissez, crie-t-il, de plus grands 
politiques que luy.Vous en voyez. 

L'autre, malicieusement, feint de ne pas com- 
prendre qu'il souhaite l'entendre dire : 

— Eh! qui donc, Monseigneur ? Vous? 
Au contraire, pour l'exciter, il répond: 

— Mais, que blasmez-vous donc à sa politique ? 
Alors le prélat, bougonnant, s'exclame : 

— Baillez-le-moy mort, baillez-le-moy mort, 
et je vous le diray ^ !... 



1. Sur François de Harlay, V. Tallemant : I, 290, 433 ; IV, 
'8 et s. ; Rapin : op. cit., I, 317 ; Loret: Muze hist. du 29 mars 
1603 ; Chapelain : op. cit., I, 170 ; Correspondance de Richelieu, 
passim ; Poésies et Lettres de M. Dassoucy, 1653, p. 49 ; Col- 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 183 

Cependant il n'ose point aller jusqu'à exprimer 
sa désapprobation à Richelieu lui-même, sachant 
qu'il lui en cuirait. Le ministre ignore probable- 
ment ou feint d'ignorer comment le solitaire de 
(îaillon le juge. Une seule question s'agite entre 
eux: celle de mettre l'ordre parmi le troupeau tur- 
bulent qui prétend imposer une loi à son pasteur. 
Boisrobert sert volontiers d'intermédiaire, porte 
les plaintes passionnées que rédige et même 
qu'imprime le prélat normand \ 

Et c'est chargé de ses doléances qu'il quitte 
sans regret Rouen et ses fastes -. Le cardinal le 
revoit avec plaisir, mais Boisrobert trouve déso- 
lément tout changé autour de son maître. Une 
fureur dramatique tourmente en effet le ministre. 
Les poètes affluent en son antichambre. Ils sont 
une cohorte barbouillant du papier sous ses or- 
dres. Le palais tout entier bouillonne de poésie et 



letet : Les Epiifrâmmes, 1653, p. 15, et les ouvrages précités 
relatifs à la cathédrale de Rouen. 

1. Le Mercure de Gaillon précité contient une Lettre de 
l'Eminentissiine cardinal duc de Richelieu au religiosissime 
archevesqiie de Rouen, datée du 31 janvier 1634 qui débute 
ainsi :« Ayant sceu parle sieur de Boisrobert, etc..» Plustard^ 
en 1638, une lettre de Harlayà Richelieu contient ce post-scrip- 
tum : « Vostre Emmiuence me permettra de luy dire que 
M. l'abbé de Chastillon (Boisrobert i luy portera une pleine 
instruction de l'affaire, pour nous délivrer (sauf l'honneur des 
bons religieux) d'une deuxiesrae Rochelle où, sans foy, sans 
loy, sans ordre, sans droict et contre nos concordats, on secoue 
le joufç et le respect deu à l'Église et sous le nom du Protec- 
teur de l'Eglise. » La première de ces lettres est publiée dans 
(Correspondance de Richelieu, t. VIII, p. lOû. 

2. Au retour de Rouen, Boisrobert fit une saison à Forges 
comme l'indique une lettre de Balzac: Œuvres, 1663, I, 444. 



iSi LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

l'huissier La Folaine lui-même se tue à construire 
des alexandrins '. 

L'Eminentissiine traite tout ce monde avec civi- 
lité. Boisrobert, un moment, se croit supplanté 
dans ses attributions littéraireset suppose quel'ab- 
sence une fois encore lui a été fatale. Le car- 
dinal, tout d"" abord, lui apprend qu'il faut en hâte 
déloger de sa maison des Trois-Pucelles. Il veut 
cette maison pour l'agrandissement de son Palais. 
Comme le propriétaire refuse de la lui céder, il 
use contre lui de violence ^ Boisrobert ne fait au- 
cune difficulté pour quitter le domicile où il 
enfanta tant de rimes. Il sait les volontés du mi- 
nistre formelles. Et c'est pourquoi, réunissant son 
bagage, il va bientôt « fonder sa cuisine » 

Sous le doux toit de Mélusine 

hôtel spacieux, proche du Palais Cardinal \ 
Sans tarder ensuite Richelieu lui confie ses pro- 

1. On possède, en effet, quelques poésies de ce personnage. 
V. Lachèvre : op. cit., II 316. 

2. Sur l'emplacement de celte maison des Trois-Pucelles, V, 
Robert Hénard : L.1 rue Saint-Honoré, 1908, p. 2i31. V. aussi, 
sur la violence du cardinal, Tallcmaut: II, 27. Nous ne pouvons 
dire exactement à quelle date Boisrobert quitta cette maison. 
Probablement à la fin de 1635. L'acte que nous avons précédem- 
ment cité I Archives de la Haute-Marne) et que nous publions 
en appendice lui donne encore ce domicile le 20 décembre 
1635. 

3. Boisrobert : Les Epistres, 1647, p. 44, A. M. Rossignol. 
L'Hôtel de Mélusine qui fut, on le sait, un des berceaux de 
l'Académie, était situé sur l'emplacement actuel de la rue de 
Valois, Y. Bulletin de la société de Vhisloire de Paris, 18!S0, 
t. VII, p. 150 et s. 



I-E PLAISANT ABBÉ DE BDISROBERT 185 

jets dramatiques. Et le chanoine s'explique pour- 
quoi tant de nouvelles figures environnent l'Emi- 
nence. A la vérité, il ne craint point l'influence 
de Lestoile, extravagante marionnette, efflanquée 
et pâle, au faciès difforme que les femmes ber- 
nent et dont les hommes raillent le caractère fan- 
tasque. Son physique lui nuit et ses rimes ba- 
dines ne risquent point de révolutionner le 
théâtre '. Corneille lui inspirerait plus de cr;iinte. 
Paris déjà fête ses succès. II manie la matière 
dramatique avec ingéniosité et son vers se plie à 
toutes les nécessités de la gontillesse et de la 
passion. Mais il porte sur ses épaules le poids de 
ses hérédités bourgeoises, il est malendurant 
et bourru. Son embarras d allures, la négli- 
gence de son vêtement l'assimilent à quelque 
marchand dévoyé dans la judicature. Sans cette 
lourdauderie d'apparence, Boisrobert aimerait sa 
physionomie expressive où le rêve empreint dans 
les yeux atténue la rudesse du nez volontaire et 

1. Sur Claude de l'Estoilc.un des cinq auteurs, V. Tallcmant: 
V, 88 et s. ; Vil, 53S ; Pellisson : Histoire de l'Académie, édit. 
Livet, 1858, t. I et II passim et surtout I. 245 251 ; Recueil 
Barbin, \Q'i2. 111,10: L'art delà Poésie par le sieur de la Croix, 
1694, p. 379 ;BailIet :.yi7f/ernen< des Sçavans, 1722, V. 217; Nice- 
ron: Hommes illustres, 17 41, t. XLII.p. 363 et s.; Goujet: op. cit., 
t. XVI, p. 150 et s. ; De Monléon : LAmphitrite, 1631, Dédi- 
cace .•OEHurf'.s- du sieur Gaillard, iS^i, p. 41 ; Saint-Evrcmond : 
Les Académistes, S. D. ; Saint-Amand : Œuvres, édit. Livet, 
II, 462 ; Colletet : Epigrammes, 1653, p. 167 ; Gucret : Guerre 
des autheurs, 1661, p. 98. Et pour ses poésies, F. Lachèvre : 
op. cit., I, 223 ; II, 336. 11 dédia à Richelieu : une pièce dans le 
Rec. des plus hx vers, 1627 ; une pièce dans le Sacrifice des 
Muses. 1635 ; une pièce dans les Nouvelles Muses des sieurs 
Godeau... 1633. 



186 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

de la bouche sensuelle. Il ne se défend point d'une 
sympathie. Les normands entre eux se soutiennent 
à une époque où la Normandie tient la capitale 
sous sa férule intellectuelle '. Puis notre chanoine 
se souvient que, jadis, au Parlement de Rouen, 
il fut le collègue du vieux Pierre Corneille dont 
le banc d'avocat avoisinait le sien. 

C'est aussi d'une affection de Normand qu'il 
entoure Rotrou, brave homme, très fin et très 
doux, dont il eut, aux cabarets et aux tripots, le 
loisir d'apprécier les qualités '.Rotrou, appelé par 
Richelieu, qui, quelques années auparavant, fit 
représenter en son Palais ses Occasions perdues ^, 
abandonne, sous cette tutelle auguste, les «jours 
criminels et les sales voluptés ». N'ayant plus à 
satisfaire aux exigences de l'hôtel de Rourgogne 
dont il fut longtemps le poète salarié, il perfec- 
tionnera sa manière dramatique. Le cardinal aura 
en lui un auxiliaire expérimenté par une habi- 
tude constante de la scène et Roisrobert peut le 
redouter *. Mais il se rassure bientôt, car ce n'est 

1. Cela est connu. Un poète dramatique, le sieur de la Pine- 
lière : Hippolile. 1(533, Pré face, le spécifie et, parmi les normands 
en faveur, cite Boisrobert, Scudéry, Corneille, Rotrou, Saint- 
Amant. Benserade. Nous ne croyons pas devoir donner une 
bibliographie sur Corneille. La Bibliographie cornélienne la 
fournit en abondance. 

2. La Muse coquette, 1659, p. lôO, Poème coqiietde la bouteille 
(parCarneau) mentionne UotrouparmiTescouade des bons bibe- 
rons do mèma que Colletet dont nous allons parler, escouade 
dont Boisrobert, nous l'avons vu, fut une des composantes les 
plus dignes. 

3. Dom Liron : Sincfularités historiques et littéraires, 1734, 
I, 329,330. 

■i. Henri Chardon : La Vie de Rotrou mieux connue, 1884. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 



187 



pas vainement que Fou a fraternisé, les pots en 
mains, à la Croix de Lorraine. De ces merveil- 
leuses solidarités du vin il demeure on ne sait 
quelles douces obligations dont l'intérêt n'exempte 
pas. 

Et Guillaume Golletet le sait bien qui complète 
le quintuor d'auteurs dont le cardinal se propose 
d'exploiter la facilité versificatrice. Mais de celui- 
ci Boisrobert n'a cure. Il l'assujettira toujours à 
l'aide des quelques écus dont il satisfait ses luxu- 
res et son ivrognerie ^ 

Un seul parmi tant de regrattiers de lettres et 
de poètes à la douzaine l'offusque et lui porte om- 
brage, un seul que Richelieu tient en une étrange 
estime. C'est Desmarets de Saint-Sorlin, homme 
à tout faire et dont la plume se plie à mille beso- 
gnes obscures ■. Constamment l'Eniinence s'en- 



1. Il est bizarro qu'il n'existe pas de travail d'ensemble sur 
Colletct. Cela nous oblige à fournir une importante bibliographie. 
V. Tallemant: passim et surtout VII, 104 et s.; Saint-Evrcmond: 
Les Académistes, S.D.; Noiiv. rec. des bons vers de ce temps, 
1646, p. 150; Nouveau rec. des plus belles poésies, 1654. p. 112, 
159,365; Somaize : La Pompe funèbre de M. Scarron, 1660, p. 50; 
Dictionnaire des Précieuses, 1661; Les lettres du président 
Maynard, 1653, passim; Marolles : Mémoires, 1656, I, 176, et 
Portraits en quatrains: Kuretière : Nouvelle allé(jnrique, 165S, 
p. 58;Costar: Lettres, 1639,11, 400,662; Balzac: OEuvres, 1665, 
I, 654, 681; Les délices de la poésie galante, 1666, 2° part., 
p. 157; A-!gidii Menagii poemata, 1668, p. 250; Valesiana, 1694, 
p. 78; Chevrœana, 1697, p. 29; Menagiana, 1715, II, 88,288; 
Lorct : Muzehist.,l, 308,329, 497; III, 20; Baillct : op. cit., III, 
300; Garpentariana, 1724, p, 215; Goujetrop. cit., t. XVI, p. 259 
et s.; Pellisson : op. cit. , passim : Saint-Amant : OEuvres, édit. 
Livet, II, 462 ; Carncau : La Slimmimachie, 1656, p. 105, 117, 
118, 119; La Gharnays: Ouvrages poétiques, 1626, passim, etc. 

2. Tallemant: II, 48. Desmarets retape les harangues de 



188 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

ferme avec lui pour des conspirations politiques, 
dirait-on, mais en réalité pour des complots de 
réjouissances. 

Boisrobert l'exècre. Par des procédés quelque- 
fois indélicats, il cherche à le rendre odieux à son 
maître et impopulaire aux domestiques du Palais \ 
11 en veut à Bautru de le soutenir. Il appréhende 
« l'esprit universel et plein d'inventions » de ce 
concurrent de la faveur qui semble la mieux 
atteindre que lui. Mais si Desmarets f içonne aisé- 
ment le vers de circonstance, il ne peut lui dis- 
puter cette supériorité de gouaillerie qui gagne 
les rieurs à sa cause ^ Desmarets n'est autre 
chose qu'un trésorier des menus plaisirs cardina- 
lices. Richelieu sait qu'il pourra lui demander de 
satisfaire à tous ses vœux biscornus. 

Et parce que le grand homme croit trouver 
dans le théâtre une diversion à ses préoccupations 
politiques, il a fait construire, en sou Palais de la 
rue Saiut-Honoré et en son château de Ruel, deux 
petites salles de spectacle. Cela lui permet de 

Richelieu; 49,1a Perfection du chrestien : IV, 323, écrit le bal- 
let dansé au mariage du duc d'Enghien; Vil, 174, aligne des 
vers pour aider au mariage du musicien Lambert, etc .. 

1. Tallemaîit : II, 393-394, raconte deux anecdotes où éclate 
la haine de Boisrobert contre Desmarets. 

2. Sur Desmarets, V. René Kerviler -.Jean Dexniarelz, 1879. 
Les dédicaces de Desmarets à Richelieu sont les suivantes : 
Nouvelles Muses des sieurs Godeau, 1633, 1 pièci^ ; Le Sacrifice 
des Muses, 16^5, 1 pièce: Becueil de poésies chrestiennes et 
diverses, 1671, t lll, 2 pièces; Le lahleau du gouvernement 
des cardinaux Richelieu et Mazarin, 1693, 1 pièce. V. aussi, 
OEuvres poétiques du sieur Des Marets, 1641, Dédicaces de 
Scipion, 1639; de Roxane, 1640; V. aussi passim, 4 autres poé- 
sies. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEUT 189 

juger, sans aucun dérangement, les pièces que 
tour à tour le Marais et l'hôtel de Bourgogne 
représentent. De tout temps d'ailleurs il manifesta 
des goûts analogues. Il s'institua volontiers l'arbi- 
tre des querelles entre les bandes rivales de comé- 
diens. On le vit intervenir pour marier la fdle du 
cabaret du Bel-Air au musicien Lambert qui s'ef- 
forçait de la berner'. On le vit appeler en sa 
chambre Gaultier-Garguille et ses acolytes, rire 
de leurs facéties et leur donner gain de cause con- 
tre l'hôtel de Bourgogne*. Son initiative remet la 
comédie en honneur à une époque où les dames 
n'osent point exposer leur dignité aux risées du 
populaire qui hante les jeux de paume'. L'abbé 
Cotin qui présenta toujours l'étofTe d'un plumet 
plutôt que celle d'un prédicateur, soutient, à la 
chaire, pour se signaler à lui, les avantages mo- 
raux de la comédie*. Les abbés d'Aubignac et de 
Marolles rôdent dans ses antichambres, espérant y 
démontrer, l'un sa compétence en matière de trois 
imités % l'autre la sienne en matière de ballets'*. 

1. Tallemant : VI, 197. 

2. Gaston Sansrefus : Gaultier-Gargnille, 1908, p. 100 et s. 
Sous toutes réserves, car ce volume, dénué de références, con- 
tient de nombreuses erreurs. 

3. Tallemant: VII, 171. V. aussi, abl^é do Marolles: Mémoi- 
res, 1656, I, 124-125. V, encore, M'î' de Scudéry: Clèlie, 
t. VIII, 1658, 4° part., p. 861 et s. 

4. Tallemant : VII, 33. 

5. Sur l'abbé d'Aubignac à l'hôtel le Richelieu. V. Arnaud : 
Etudes sur la vie et les œuvres de l'abbé d'Aubignac, 1888, 
p. 177 et s. L'abbé se permit quelques critiques de la Roxane 
de Desmare ts et cela lui aliéna le cardinal. V. Chapelain: np.cit., 
I, 664. 

6. Marolles : Mémoires, i. 11,1657, p. 167 ets., donne toute une 

11. 



190 LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 

Mais Richelieu n'attache pas grande importance 
aux dires de ces personnalités indécises. Chaque 
année la guerre le retient, durant le printemps 
et l'été, sur les frontières où se meuvent les trou- 
pes espagnoles ou bien devant les places que sei- 
gneurs et protestants veulent soustraire à son 
autorité. Dès lors, il oublie le théâtre et ses magni- 
ficences. Mais invariablement l'hiver, en le rame- 
nant à Paris, le rend à son entourage de comé- 
diens et d'auteurs. Tout d'abord, il semble ne 
vouloir être qu'un auditeur amusé. Puis l'ambi- 
tion lui vient de participer aux fictions de la 
scène. Vraisemblablement il collabora aux pièces 
de Desmarets qui inaugurèrent, avec quelques 
autres, son théâtre de la rue Saint-Honoré ^ Mais 
il montre un goût déplorable et favorise presque 
toujours des productions sans valeur. 

Successivement, parce qu'il décide d'y consa- 
crer un temps précieux et d"y dilapider, en décors 
et en pensions, des fortunes énormes, les tragé- 
dies, les comédies françaises et italiennes, les bal- 
lets conduits à leurs destins par les histrions de 
l'hôtel et du Marais, atteignent à des splendeurs 
inusitées. Abbés, évêques et archevêques y pro- 
diguent leurs soins aux dépens de la religion 
qu'ils délaissent. Une démence agite toutes les 



technique des ballets. V. aussi, t. I, 1636, p. 127, où il fait la 
critique du ballet des Prospérités de la France, dansé chez le 
cardinal. 

J. Aspasie v fut jouée. Segrais : OEuvres, 1755, II, 13i, dit 
que Richelieu donna à Desmarets le dessein des Visionnaires. 
Pour les autres pièces, V. Kerviler : op. cil., p. 38 et s. 



LE IM.AISANT ABBE DE BOISROBERT 191 

cervelles et le père Joseph seul murmure contre 
cette frivolité '. 

Parmi les cinq auteurs, Boisrobert accomplit 
une tâche qu'aucun document certain ne permet 
de définir. La Comédie des Thuilleries voit le jour 
nantie d'un acte de sa façon dont Bautru, tou- 
jours narquois, raille l'insuffisance de pensée et 
de rime ^. Sans enthousiasme sinon sans orgueil, 
il collabore également à l'Aveugle de Smyrne. 
Puis son rôle, croyons-nous, à partir de ce mo- 
ment, se borne à servir d'intermédiaire entre 
Chapelain qui confectionne des règles théâtrales 
et le cardinal qui les veut imposer à ses contem- 
porains '. Nous le voyons organiser avec des en- 
fants, dont Jacqueline Pascal, une représentation 



1. Nous écrirons ailleurs l'histoire du théâtre de Richelieu 
sur lequel nou^ avons assemblé de nombreux documents. C'est 
pourquoi nous ne donnerons ici qu'une bibliographie succincte. 
Nous avons relevé, dans le théâtre de cette époque, un cer- 
tain nombre de dédicaces de pièces à Richelieu. Les voici, par 
ordre chronolof^ique : 1632, Nicolas de Grouchy, sieur de la 
Cour : I.a. Béatitude ; 1636, Benserade : La. Cléopàire ; Ro- 
trou : Hercule mourant ; Scudéry : La. mort de César ; 1637, 
Guérin de Bouscal : La mort de Brute et de Porcie ; 1638, Ch. 
Chaumer : La, mort de Trompée ; De Chapoton : Le véritable 
Coriolan ; 1639, Thimothce de Chillac : L'ombre du comte de 
Gormas ; Desmarets : Scipion ; La Calprenède : La mort des 
enfants d'Hérode ; Ré^^nault : Marie Sluart ; 1640, Desmarets : 
Roxane ; 1641, Corneille ; Horace ; 1642, Colletet : Cyminde 
ou les deux victimes. 

2. Tallemant : II, 320. Nous ne pouvons dire quel est cet 
acte. 

3. Chapelain : Lettres, I, 00. V. en outre, I, 84, 89,384. Let- 
tres de Chapelain à Boisrobert qui traitent de différents sujets 
se rapportant au théâtre du cardinal : Comédie des Tuileries, 
publication d'une pièce italienne, etc. 



192 I.E PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

du Prince déguisé de Scudéry ^ et s'essayer, sur 
les instances de M"" d'Aiguillon et du maréchal 
de la Meilleraye, à circonscrire l'emportement 
funeste de Richelieu vers le théâtre ^ 

Mais s'il arrive à détourner son maître de quel- 
ques desseins qui le ridiculiseraient en provoquant 
les railleries de seigneurs acharnés à sa perte, il 
se garde bien d'éteindre une passion parvenue 
au p iroxysme. Il a d'ailleurs tout intérêt à l'en- 
tretenir. Car l'Eininentissime, soucieux de faire 
triompher la règle des trois unités, demande à 
ses satellites des pièces assujetties à ses obliga- 
tions sévères. Or Boisrobert, après entente avec 
l'abbé d'AubigQac qui lui fournit un sujet, versifie 
Palène, tragi-comédie inspirée de l'antique dont 
l'action se déroule sur un même lieu en moins 
de vingt-quatre heures. 

Aussitôt Richelieu, transporté d'aise, convie ses 
comédiens à apprendre les piètres scènes dont les 
vers agréablement frappés édulcorent la mono- 
tonie. 

Bientôt Louis XIII et Anne d'Autrifhe,en l'hô- 
tel de la rue Saint-Honoré, en soulignent d'ap- 
probations discrètes les passages heureux ^ Bois- 



1. Tallemant: IV, 119 ; Cousin: Jacqueline PascaZ, 18i4,in-12, 
p. 58 et 76. Boisrobert était dans les meilleurs termes avec 
Georges de Scudéry. On trouve des vers de lui en tète du 
Tromneur puny do ce dernier (1635). 

2. Tallemant : II, 49, 53 ad nolain. 

3. Palène, tragi-comédie de M. de Boisrobert, abbé de 
ChastiUou, dédiée à Mgr de Cinq-Mars par le sieur de Bonair, 
Paris, A. de Sommaville et T. Quinct, 1640 in-4j Un argument 
la précède qui en donne le sujet. Chapelain : op. cj7.,I, 538 nous 



r.E PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 193 

robert exulte. Et comme il veut que devant la 
postérité ses mérites soient dûment signalés, ne 
le pouvant décemment faire de sa propre plume, 
il a recours à un jeune gentilhomme que le mi- 
nistre Servien vient de céder au cardinal. Le 
sieur de Bonair prend donc la responsabilité de 
dédier Palène à Cinq-Mars et de formuler les 
gloires réciproques de cette dédicace ^ 

Et le chanoine Boisrobert, induit au péché par 
cette nouvelle faveur du cardinal, s'enfonce tout 
à fait dans la féerie théâtrale. On ne sait au juste 



apprend, sans la nommer, qu'elle fut jouée en 1639, devant 
S. E. — Tamizcy de Larroque. éditeur de Chapelain, n'a pas su 
dire quelle était cette pièce. Pourtant deux autres lettres du 
même. 1,500 et 550 lui eussent aisément découvert cette éniscmc- 
Il prétend également que l'abbé d'Auljignac n'a pas revendi- 
qué, commj le dit Chapelain, la responsabilité du plan de cette 
pièce. Pour se convaincre de la véracité de Chapelain à cet 
égard, il suffisait cependant de lire : La. Pratique du. théâtre, 
1657, p. 120 et s , où l'abbé d'Aubignac étale avec complai-^ance 
ses mérites et dit : J'ai eu quelque part au sujet et à la dispo- 
sition de cette pièce. Sur Pa/ène, V. de Beauchamps : op. cit., 
II, 133 ; Fr. Parfaict ; op. cil., VI, 110 ; Duc de la Vallière : 
op. cit., II, 389. 

l.Sur le sieur de Bonair. on consultera avec profit une liasse 
de manuscrits que possèdent les Archives nationales, K 556- 
On y trouve un ouvrage inédit de lui sur l'afTaire des princes 
légitimés qui contient en outre, p. 29, V", Portrait de l'auteur; 
p. 30, Anoloçfie de l'auteur ; p. 30, V" un travail sur la géogra- 
phie dédié à Richelieu et daté de 1636; p. 32, l'épître dédicatoire 
manuscrite de Palène V. également, Chapelain: op. cit., pas- 
sim ; Balzac : Œuvres, 1665, I, 403, 477 et Lettres de Balzac 
Coll. des Doc. inédits, édit. T. de Larroque, t. I, passimi ; J. 
.T. Bouchard: Lettres inédites, édit. T. de Larroque, 1881, p. 18, 
27,60,61; Correspondance de Peiresc, passim, Bonair a écrit un 
volume intitulé : La politique de la maison d'.Autriche, 1658, 
(in-12. Il a été l'éditeur d'une autre tragi-comédie de Boisro- 
bert :Z,es deux Alcandres, 1840 in-^". 



194 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

quelles relations il entretient avec Bellerose, ciiet 
de la bande comédienne de l'hôtel de Bourgogne, 
bien qu'il lui abandonne les deux pièces qu'il 
écrit successivement avec une hâte fébrile ^ Mais 
ce théâtre lui devient comme un deuxième domi- 
cile. Il y passe tout le temps que lui laisse son 
service auprès de Richelieu. Il en connaît les 
recoins secrets et nul, dans la chambre des comé- 
diennes, ne suscite tant de bruit et de rires. 

Balzac lui reproche d*y amener, par son exemple, 
« autant de soutanes que de manteaux courts » * 
et l'abbé de la Victoire, Du Val de Goupeauville, 
qui place à tort et à travers ses mots à l'em- 
porte-pièce, lui joue le mauvais tour de lui don- 
ner un surnom. 

Car, entre l'abbé de la Victoire et le chanoine 
Boisrobert une amitié est née de se sentir sem- 
blables en légèreté et en gaillardise. Tous deux, 
par le monde, promènent une égale humeur de 
causticité. Et lorsque le hasard les met en pré- 
sence, comme des duellistes cherchent dans le 



1. Les Rivaux amis, tragi-comédie, Paris A. Gourlaé, 1639, 
in-4°, dédiée, par J. Baudouin qui l'édita, au comte d'Aunan. 
Selon l'avis au lecteur, cette pièce «ne manqua pas d'approba- 
teurs ». Elle fut jouée en 1638 (Privilège du 28 mai). V. de 
Beauchamps : op. cit., II, 133 ; Fr. Parfaict : op. cit., V. 421 
qui en donne le sujet ; Duc de la "S'allière : op. cit., II, 386. 
Les deux .\lcandres, tragi-comédie de M. de Boisrobert, abbé 
de Chastillon, dédiée à M. de Palleteau par le sieur de Bonair. 
Paris, A. de Sommaville et T. Quinet, 1640, in-i". Cette pièce 
eut une 2"> édit en 1642 sous le titre : Les deux semblables. 
V. de Beauchamps ; op. cit., II, 133 : Fr. Parfaict: op. cit., VI, 
100; Duc de la Vallière: op. cit.. H, 387. 

2. Balzac : (Euvres, 1665, I, 392. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISUOBEUT 195 

tourbillon des feintes un point vulnérable, ils se 
harcèlent péciproquement de propos aigres-doux. 
Pour l'abbé de la Victoire, la prêtrise, en la per- 
sonne de Boisrobert, est comme la farine aux bouf- 
fons : elle sert à les faire trouver plus plaisants. 
Mais le normand ne s'illusionne pas davantage sur 
le caractère religieux de son compère et sait que, 
lorsque les congrégations quêteuses viennent lui 
demander son obole, il a coutume, pour se débar- 
rasser de leur importunité, de crier que la petite 
vérole sévit en sa maison. Il en répand le conte 
avec beaucoup d'autres dont l'abbé porte devant 
Dieu la responsabilité. 

Si Boisrobert fréquente exagérément le théâtre, 
l'abbé de la Victoire n'y trouve pas moins de 
satisfaction. Et c'est pourquoi ils se rencontrent 
un jour devant sa porte. Le chanoine se dispose 
à regagner à pied son domicile. 

— Qu'avez-vous fait de votre carrosse? lui 
demande l'abbé. 

— On me l'a saisi et enlevé pendant que j'estois 
à la comédie. 

— Quoy ! Monsieur, à la porte de vostre cathé- 
drale 1 Ah ! l'affront n'est pas supportable M... 

Boisrobert sourit et ne répond point. Il lui 
revaudra, pense-t-il, cette malice. ]Mais les cir- 
constances ne le lui permettent pas et l'abbé 
trouve le moyen de prendre sur lui un nouvel 
avantage de langue. Car notre poète, selon la 
mode, va, tous les dimanches, entendre la messe 

1. Menarfiana, 1713, III, 79. 



196 LE PLAISANT ABBE OE BOISROBERT 

aux Minimes de la Place Royale où se conjoignent 
plumets et coquettes. Il s'agenouille ostensible- 
ment devant un immense bréuiaire et feint une 
contrition capable de gagner à la religion des 
prosélytes. Or, frappé d'abord de sa bonne mine 
et ensuite de son détachement des humaines con- 
tingences, quelqu'un demande à l'abbé de la Vic- 
toire : 

— Quel est donc ce religieux qui, là-bas, entre 
ces deux dames, lit avec tant d'édification son 
bréviaire ? 

— C'est, répond l'autre, l'abbé Mondory. Il 
prescliera tantost à l'hostel de Bourgogne '. 

Dès ce moment le surnom lui reste. 11 est pour 
beaucoup l'abbé Mondory et pour Balzac, l'abbé 
comique. Il ne s'en formalise pas. Il s'appelle lui- 
même le Trivelin de longue robe -. Il le séduit 
d'unir en sa personnalité frétillante les symboles 
de la religion et de l'art dramatique. D'ailleurs 



1. Menagiana, 1715, III, 79: Tallcmant : II, 412-413 rapporte 
la même anecdote d'une autre manière. Sur les relations de 
Boisrubert avec l'abbé de la Victoire, V. Les Epislres, 1659, 
p. 72 Sur cet abbé, V'. Bibl. nat., N. acq. mss n" 4529, p. 1, 
7, 21, .31 ; Tallemant : II. 406 ad notam ; III, 16, 159 et s.; V. 
133, 223; 'VI, 176 ; Menagiana, 1715, II, 1 ; III, 79; Hapin : op. 
cit., I, 175; II, 336; III, 93 ; M. de Marolles : Mémoires, t. I, 
1656, p. 172 ; Balzac, Œuvres, 1665, I, 252, 279, 617 ; Saint- 
Ussans Billets en vers, 168S, p. 18. 

2. Tdllemant : II, 413. Pour le surnom que lui donne Balzac 
et aussi Chapelain, 'V, leurs correspondances. Boi^robert ren- 
dit à l'abbé de la Victoire la monnaie du la pièce, v. Tallcmant: 
III, l.'îj. Curpentnriana. 1724, p. 37 prétend que Bnisrubert dut 
cgaKîment à Ménage le surnom d aumônier de l'hôtel de Bour- 
gogne. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 197 

cette dénomination d'abbé Mondory, il la doit 
davantage à l'affection qu'il affiche pour le célèbre 
comédien du Marais, Guillaume desGilberts. sieur 
de Mondory, qu'à sa perpétuelle présence à l'hô- 
tel de Bourgogne. Mondory, venu d'Auvergne, afin 
d'apprendre la procédure et de perpétuer la race 
des procureurs provinciaux dont il tint l'existence, 
versa, par la connivence des événements, dans la 
honte du théâtre. Il apparut, astre nouveau, au 
zénith artificiel de la tragédie à Tépoque où Bei- 
lerose en détenait Tunique clarté ^ Par la véhé- 
mence, par la passion, par l'étude constante, par 
sa participation aux causeries des gens de let- 
tres, il atteignit rapidement à l'art suj)rême. L'iiô- 
tel de Rambouillet lui ouvrit ses portes et il fut 
riiistrion favori des duchesses qui s'entr'offr dont 
des réjouissances. Jamais on ne le vit grossir les 
escouades crapuleuses de ses confrères et si le vin 
exalta son cerveau, ce fut pour la gloire de l'in- 
gurgiter en -compagnie de Saint- Amant. D'une 
plume sensible à la beauté, il traça quelques stro- 
phes légères que des livres obscurs nous conser- 
vent pour témoigner de son mérite ^ 

Cependant l'histoire l'aurait aisément oublié si 
Boisrobert ne l'eût introduit à l'hôtel de Richelieu. 
Dès lors sa fortune monte à des hauteurs impré- 
vues. Le cardinal aussitôt sent l'avantage de pos- 

1. Un passage de la Gazette de Renaudotde 1635 fixe à jan- 
vier lo35 la date d'ouverture du théâtre de Mondory au Marais. 

2. Doux épi^^rammes en tête du Trompeur puni de Scudéry, 
lô3j;une ode, dédiée à Richelieu, dans Le Sacrifice des Muses, 
1635. 



198 LE l'LAISANT AIÎbÉ DE BOISROBERT 

séder un tel auxiliaire. Il le pensionne ; il lui confie, 
au détriment même de Bellerose, comédien royal, 
les rôles où « des entrailles » sont nécessaires et 
un verbe capable, par sa seule sonorité, de sou- 
lever l'émotion. Mondory devient une sorte de 
régisseur général, le personnage culminant des 
pièces représentées. Il n'est plus de solennités 
sans sa présence. Et lorsque la Marianne de Tris- 
tan aura à demi paralysé ses nerfs éperdus de 
vibration, on lui assurera l'aisance ; on considé- 
rera sa disparition comme une calamité publique ^ 
Et néanmoins, à l'hôtel de Richelieu même, 
existe un comédien plus expert que Mondory, 
plus expert que tous les comédiens du monde, 
excellant à provoquer les larmes comme à déso- 
piler les rates, sans que personne ait songé à exal- 
ter son génie. Qu'on n'en cherche point le nom 
dans les annales du théâtre. 11 n'est pas monté 



1. Mss Conrart,t. XIV, in-4», p. 1029,1037, 1041;TaUcmant: 
VII, 70 et s., 389; Scudéry: La comédie des comédiens, 1635, 
p. 2 ; Apologie du théâtre, 1639, p. 89 ; Les œuvres de May- 
nard, 1646, p. 194; Tristan Lhermite : Panthée, 1639, Préface; 
Marolles : op. cit., 1656, I, 124, et s. ; Abbé d'Aubignac : La, 
pratique du théâtre, 1657, passim ; Balzac : OEuvres, 1665, I, 
395, 419 ; ^Egidii Menagii poemata, 1668, p. 25 ;Menagiana, 1715, 
I, 23; II, 404 ; Chappuzeau : op. cit., p. 279; R. P. Rapin : 
Réflexions sur la poétique... 1674, p. 181 ; Gueret : Le Par- 
nasse réformé. 1716, p. 41 ; Scarron : OEuvres, 1786, VII, 31; 
Mercure de France, mars 1733 ; Fr. Parfaict: op. cit., V. 96, 
103, 196 ; Revue de Paris, 1838, t 59, p. 346 ; Bouquet : Cor- 
neille et l'acteur Mondory, 1869 ; Revue des sociétés savantes, 
1878, 2» partie, p. 136 ; Jal ; Dictionnaire, art. Mondory; La- 
chèvre: op. cit., I, 259. Une lettre de Mondory publiée par 
Montmerqué dans Tallemant : VII, 187 dit que le fameu.x 
acteur et Boisrobcrt, dans la suite, se brouillèrent. 



LE PLAISANT ABHK DE BOISROBEUT 199 

sur les planches. Il a dédaigné rapplaudissement 
des foules. Son art s^est exercé dans l'intimité 
de quelques personnages susceptibles d'apprécier 
sa méttiode raffinée. 

Ce comédien, c'est Boisrobert. On peut, sans 
crainte, lui confronter tous les hommes habiles 
qui, de son temps, chaussèrent le cothurne. Aucun 
ne pourra avec lui lutter une minute puisque, 
dans son propre métier, il a vaincu Mondory. Il 
est, et s'en vante, un merveilleux dupeur d'oreil- 
les '. Comme un luthiste marque la cadence et 
l'harmonie des phrases musicales, il sait mar- 
quer la cadence et l'harmonie des vers qui portent 
en eux une âme sonore. Il connaît, sans en rien 
excepter, le mystère de la physiognomonie et, 
tour à tour, représente, avec une vérité saisissante, 
la joie ou la plus sombre désespérance. Il peut, 
à lui seul, tenir les rôles multiples d'une tragé- 
die et varier les tonalités de sa voix comme les 
expressions de son visage. 

Mais c'est à Richelieu et à Mondory seulement 
qu'il révèle cette science. Encore faut-il, pour 
qu'il y consente, que les circonstances l'y déter- 
minent. Un jour, le cardinal convie le comédien à 
étaler devant lui, dans sa chambre, les états d'âme 
d'on ne sait quel personnage tragique. L'autre, 
tout aussitôt, « pousse cette passion » avec une 
si grande véhémence qu'il tire des larmes à son 
auditeur. Boisrobert entre sur ces entrefaites. II 
écoute les tirades en silence. Et lorsqu'elles sont 

1. Boisrobert: Les Épisires, 1647, p. 177, 190. 



200 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

terminées^ à ses compliments il mêle quelques 
critiques. Le cardinal l'en raille. Alors notre cha- 
noine piqué prétend perfectionner ce que son 
maître vient d entendre. On l'en défie. C'en est 
assez pour qu'il commence. Du haut de sa sou- 
tane, enflant la voix et agitant les bras, il ouvre 
au cardinal et au comédien de telles perspectives 
de beauté que le souffle même de la traerédie sem- 
ble passer dans la chambre ducale. Une angoisse 
indi ible les étreint. Ils sont suspendus à ce verbe 
qui les domine et les emporte. Ils sanglotent et 
ils applaudissent. Boisrobert achève dans un sou- 
rire cette admirable métamorphose *. 

Et c'est pour avoir tant ému le cardinal, pour 
l'avoir aussi tant diverti, pour l'avoir servi dans 
la vie matérielle comme dans la vie fictive du 
théâtre qu'il en obtient un nombre incalculaMe 
de béuéfices. Les biens dont le lieutenant civil 
LafTenias cpii fournit de maintes « pendiloches » 
les potences de la capitale, dépouille les ennemis 
du roi, entrent dans la poche de Boisrobert qui les 
accepte sans vergogne ^ Et les titres ecclésiastiques 
viennent à lui comme les fleurs vont à la lumière. 
Quatre prieurés nouveaux dont un, fort important. 



1. ïallemant : II, 3P3 : Menaginna. 1715, I, 23. 

2. Archives nationales, P. 2380, f" 138. Du samedi 9 août 1636. 
De Methel. « Don à François de Melhel, sieur du Bois-Robert 
des biens de Daniel Caron a acquis de Sa Majesté pnr jugement 
du sieur de LafTemas vériffîé pour quatre mille livres les char- 
ges et dettes préalablement acquittées à prendre par les mains 
du Receveur du Domaine. M. Bourbon, rapporteur. » CeUe 
pièce inédite a été évidemment mal copiée par un scribe inat- 
tentif. 



LE PLAISANT ARBÉ DE BOISROBERT 201 

situé à la Ferté-sur-Aube, s'ajoutent à celui qu'il 
possède en Bretagne \ Un canonicat au chapitre 
du Mans lui donne le droit, étant doublement 
ciianoine, de porter double bedaine °. Avec 1 ob- 
tention d une cominendesurTabbaye deChàtillon, 
il réalise son rêve de coiffer la mitre et de bran- 
dir la crosse à l'exemple des évèques \ Et cette 
fortune, dont les rentes montent à plus de dix 
mille livres, s'accroit encore d'une pension sous- 
crite par les caisses royales *. 

1. La possession du prieuré de la Ferté-sur-Aube nous est 
révélée par un acte inédit du 20 déc. 1635 que nous puljlions, 
en appendice. Boisrobert ne paraît y avoir eu que des ennuis, 
comme en témoignent ledit acte et les Epislres, 1647, p 51, 60- 
185. Chapelain : Lettres, I. 124 ad notam, A M. de Boisrobert, 
(9 nov. 1636); 1, 125(26 nov. 1636) nous annonce également le 
don à Boisrobert de deux prieurés nouveaux, l'un de 500 àôOOli- 
vres, l'autre de 1.500. V. enlin, pour le quatrième, Corres/jonc/ance 
de BicheLeii : VII, 184 (8 février 1638). Richelieu réclame en 
laveur de Boisrobert un bénéfice du roi. Nous nous sommes 
reporté, aux Archives des Aff. élrang., au volume cité par 
Avenel, afin de savoir— la lettre de Richelieu étant résumée — 
de quel bénéfice il s'agit. Malheureusement nous n'avons pas 
retrouvé l'autographe du cardinal. Une erreur a dû se glisser 
dans le travail d'Avencl, actuellement décédé. 

2. Henry Chardon : Scarron inconnu, 1904,1.313et s. raconte 
toute l'histoire de ce canonicat^ obtenu par induit du 1°' déc, 
1637 et dont il ne prit réellement possession que le 10 déc. 1640, 
comme le constate Chapelain : I. 675, 678. 

3. Chapelain : I, 205 ^21 février 1638); 214 (19 mars 1638) ; 
231 (30 avril 1638) annonce à Balzac et à Godeau la bonne nou- 
velle. D après lui, cette abbaye de Chàtillon-sur-Seinc rapporte 
4.000 livres de rente et Boisrobert possède plus de 10.000 livres 
de rente seulement en bénéfices ecclésiastiques. Écrivant à 
Godeau, il ajoute :« L'abbé comique est maintenant plus riche 
que vous en prélature; s'il continue, vous n'aurez que l'ancien- 
neté sur lui.» Nous parlerons, plus loin, d'après des documents 
inédits, de cette abbaye de Châtillon. 

4. Chapelain : op. cit., 1, 211, A M. de Grasse, 10 mars 163S, 



202 LE PLAISANT ABBÉ DE DOISROBEUT 

Néanmoins Boisrobert se plaint encore. 11 se 
plaint même avec tant d'énergie que son ami May- 
nard, enseveli en province oîi il dirige une juri- 
diction, ne peut se défendre de modérer son avi- 
dité : 

Quel bonheur as-tu désiré 
Qui n'ait accompagné ta vie 
> Et quel homme si modéré 

Te peut regarder sans envie ? 
Aymé du ministre et du roy, 
Bois-Robert, je ne scay pourquoi 
Ton cœur est plein d'inquiétude. 
Calme ce désordre intestin 
Et ne force pas le destin 
A t'accuser d'ino-ratitude !.. '. 



Et d'autres, moins affectueux ou plus jaloux que 
Maynard, Claude de Malleville par exemple, que 
Boisrobert ne servit point auprès de TEminentis- 
sime, lui manifestent crûment leur mépris : 

Coiffé d'un froc bien raffiné 
Et revestu d'un Doyenné 
Qui lui rapporte de quoy frire, 
Frère René devient Messire 
Et vit comme un déterminé. 
Un prélat riche et fortuné 
Sous un bonnet enluminé 
En est, s'il le faut ainsi dire, 
Coiffé. 

1. Les œuvres de Maynard, lG4G,p. 156. 



LE PLAISANT ABfsÉ DE BOISROBERT 203^ 

Ce n'est pas que Frère René 
D'aucun mérite soit orné 
Qu'il soit docte ou qu'il sçache escrire, 
N'y qu'il dise le mot pour rire, 
Mais c'est seulement qu'il est né 
GoilTé '. 

Mais notre poète accoutumé à ces basses jalou- 
sies qui s'expriment par des strophes anonymes, 
répond avec le dédain qu'elles comportent : 

Petit autheur qui me provoques, 
Petit poète de Bibus 
Qui, dedans certaines bicoques, 
Parmy des sabots et des toques, 
Passe pour un p^tit Phuebus, 
Débite ailleurs tes équivoques. 
Tes quolibets et tes rébus, 
Car, pour les vers, tu les escroques, . 
Petit autheur. 

Je croy parbieu ! que tu te moques 
Lorsque, jasant du ton de Roques, 
Tu sèmes icy tes abus. 
Il n'est pas jusqu'à Turnebus 
Qui ne dise que tu le choques 
Petit autheur -. 

i'^videmment, cela est visible, Mallevillc n'am- 



1. Recueil de divers ro /i(/eaH.r, 1639, p. 100: Nouveau recueil 
de divers rondeaux, 1600, l, Hl : Diverses poésies de l' Actidémie... 
par M. de Malleville, 1664, p. 276. 

2, Recueil de divers rondeaux, 1639, p. 69 ; Nouveau recueil 
de divers rondeaux, 1650, I, 67. 



201 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

bitionne que de remplacer Boisrobert auprès de 
Richelieu. Pour Maynard, il ignore qu'en récla- 
mant beaucoup on obtient peu. 11 n'a pas l'habi- 
tude de la cour où Flotte, son aini, se tue à pro- 
pager son nom et ses œuvres. Aussi notre chanoine 
ne tient-il pas compte des avis du président loin- 
tain qui le morigène. Et voici que les honneurs 
se joignent aux bénéfices pour qu'il ne lui reste 
plus rien à désirer. Louis XIll l'admet en effet 
parmi la phalange bizarre de ses aumôniers ordi- 
naires, chargés de diriger sa conscience et qui 
sont tous, plus ou moins, des abbés de comédie ^ 
On croirait dès lors Boisrobert satisfait de son 
sort, n'ayant plus d'autre rêve que se retirer du 
monde et vivre paisiblement dans la méditation. 
Or, à la vérité, il pense encore à acquérir du roi 
une grâce plus enviable que toutes celles dont 
il est comblé. Chaque année^ sans doute pour 
accomplir ses devoirs de chanoine au chapitre 
de Rouen, il fait un rapide voyage en cette ville ^ 



1. Archives de la Hante-Marne, Acte notarié du 10 décembre 
J635;Bibl. nat.. Cabinet dHozier,n° 251, Lettres de noblesse 
de Boisrobert. Ces deux pièces publiées à l'appeadice. le qua- 
lifiL-nl d'aumônier du roi, en 1635 et 1636. Nous n'avons pas 
rencontré, aux Archives nationales, dans les Registres de la 
maison du roi, le nom de Boisrobert parmi les aumôniers. Il y 
a, il est vrai, de fortes lacunes dans ces registr -s. En 1648, le 
cardinal de Lyon, Alphonse de Richelieu, est grand aumônier 
de France. Nous relevons sous la direction de ce fol les noms 
des al)bés de Franquetot, François Tailemant. Laurent de Bri- 
zacier, Coupeauville, abbé de la Victoire, François Bertault, 
Charles Colin, Michel de Pure, etc., tous bons vivants, (rous- 
seurs de cottes, piliers de ruelles ou de cabarets. 

2. Cela est attesté par cent mentions de son œuvre. En 1639, 
nous le voyons à Rouen demandant au chancelier Séguier, 



LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 205 

Tout naturellement il revoit sa famille, son père 
plus courbé par 1 âge, sa mère plus enragée de 
noblesse. Il souffre d'assister aux mêmes que- 
relles qui attristèrent son adolescence. 

Connaissant son caractère léger, on ne le soup- 
çonnerait pas d'entretenir la moindre piété fi- 
liale. Et cependant voici qu'il veut éviter à Jéré- 
mie Le Motel que ses origines rustaudes lui soient 
éterneliemeut reprochées. Pour y parvenir, il 
faut que Louis XIII consente à parer d'un blason 
le vieux normand qu'épuisa la procédure. Sans 
doute supplie-t-il Richelieu d'exaucer son vœu légi- 
time. Le cardinal prend en pitié les misères que 
son favori lui étale. Il obtient pour lui des lettres 
royales, mais le chancelier voudra-t-il y apposer 
le sceau de France ? Or Séguier aurait mauvaise 
grâce à refuser ce service à Boisrobert dont il 
reçoit souvent des avis utiles. Il est « l'homme 
du monde qui mange le plus malproprement et 
qui a les mains les plus sales. Il fait, à table, une 
sorte de capilotade où il entre toutes sortes de 
drogues et en la faisant, il se lave les maias 
tout à son aise dans la sausse ; il deschire la 
viande: enfin tout cela donne le haut-le-cœur...» 
Richelieu l'invite quelquefois. Or, un jour, parta- 
geant son repas, il se cure les dents avec un cou- 
teau. Le ministre s'en apercevant, fait à Boisro 
bort un sigae d'intelligence. Ensuite il commande 



envoyé par Richelieu pour réprimer la révolte des Xu-Pieds, 
l'exemption du logement des soldats pour trente de ses amis. 
V. Diaire ou Journal du voyage du chancelier Séguier en 
Normandie, édil. Floquet, 18 i2, p. 39-40. 

12 



iÛ6 LE ILAISANT ABliÉ DE BOISRCiUERT 

au maître d'hôtel d'épointer les couteaux. Notre 
poète ne veut pas que ce chancelier favorable 
sombre dans le ridicule. Doucement il l'avertit 
de la malice qu'on lui prépare. Le même jour 
Séguier achète un cure-dents d'or et ensuite se 
pavane chez le cardinal en faisant parade de son 
acquisition. L'Eminentissime comprend aussitôt 
qu'on l'a joué. 

— ■ Le Bois, s'écrie-t-il, furieux, je gage que 
vous l'avez dit à M. le Chancelier ? 

— Ouy, Monseigneur. 

— L'impudent poète que vous estes ' !... 
Richelieu, pour un temps qui ne se prolongera 

pas, fait grise mine à Boisrobert. Mais Séguier 
lui rend grâce de sa confidence. Il est pour lui 
tout miel. Il met à sa disposition son hôtel où 
vivent maints écrivains parasites. Et lorsque notre 
homme lui apporte les lettres royales qui anoblis- 
sent le nom de Métel, il les scelle d'un cœur re- 
connaissant ^. 

Boisrobert se réjouit d'éviter désormais à son 
père les injustes reproches de sa mère. Puis peu 
à peu, oubliant les raisons mêmes et la fraîche 
date de sa noblesse, on le surprend en posture 
de se créer une généalogie. Les seigneurs les 
plus purement nobles de la cour se félicitent de 
descendre de quelques paladins dont les hauts 
faits sont encensés par les chansons de gestes. 



1. Tallemant : III, 392. 

2. Nous donnons à l'appendice ces Lettres de noblesse inédi- 
tes. Elles sont datées de 1636 et accordées à Jéi'émie Le Métel 
pour lui et sa lignée directe. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 207 

S'attribuer des origines semblables ne le contente 
pas. Le trouble moyen âge lui semble trop rap- 
proché. Il recule encore Tancienneté de sa race. 
Et parce que cela ne lui coûte guère à dire, il se 
prétend désormais issu en droite ligne du consul 
Metellus, vainqueur des Carthaginois '. 

On comprend que dès lors il ne trouve plus au- 
tour de lui de personnages dignes de sa considé- 
ration. Les ministres sont de petites gens. 11 les 
sollicite par condescendance et, s'il n'en tire rien, 
les traite comme des valets. Il tourne en grotes- 
que le gros Bullion qui pisse partout, même dans 
les clavecins du cardinal et déshonore de ses dé- 
voiements le parc de Ruel ^ Et c'est lui qui dé- 
noue la conspiration dont Chavigny, le cardinal de 
La Valette et le P.Joseph encerclent le secrétaire 
d'Etat Abel Servien. 

De longue date il demandait à ce dernier d'exemp- 
ter son prieuré de la Ferté-sur-Aube du loge- 
ment des soldats qui en saccageaient les terres et 
le dévalisaient. Servien faisait la sourde oreille, 
et, à la fin, fermait sa porte sans autre excuse. 
C'est pourquoi Boisrobert fatigué de le requérir 
vainement j ure sa perte. Il commence par répan- 
dre sur lui des contes dont toute la société 
s'ébaudit. Et comme cela n'a point d'effet, il l'at- 
tacjue dans ses mœurs déplorables. Devant témoins 
qui le lui vont sur-le-champ répéter, il insinue 

1. Tallemant : II, 411 ad noiam. Balzac: Œvvres, 1665, I, 
586, lui écrit, sans doule en le raillant : « Le prélat vaut bien 
le consul. » 

2. Tallemant : IV, 405, ad noiam. 



208 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

qu'à la vérité Servien lui accorderait tout si 
M"' Vincent, gangourdine qu'il entre lient, se char- 
geait de ses intérêts. 

Bientôt, au Palais cardinal, les deux hommes se 
rencontrent. Le secrétaire d'Etat, abordant Bois- 
robert, lui dit : 

— Ecoutez, Monsieur de Boisrobert, on vous 
appelle Le Bois ; on vous eu fera taster !... 

Le chanoine riposte aussitôt : 

— Vostre maistre et le mien le sçaura. 

Et tandis que Servien gagne la table ronde du 
Palais où son dîner l'attend, Boisrobert se rend 
immédiatement chez le cardinal. 

— Qu'avez-vous, Le Bois, lui dit celui-ci, vous 
estes bien triste? 

— Monseigneur, ne m'appelez plus ainsy ; ce 
nom vient d'estre profané ; on me menace. 

Cependant Saint-Georges, capitaine des gardes 
du cardinal, ami de Servien, assistant à la scène, 
se hâte d'avertir le secrétaire d'Etat. Durant le 
temps que celui-ci achève de dhier, l'Eminentis- 
sime interroge son favori : 

— Avez-vous des tesmoins ? 

— Tous vos domestiques, mais ils ne voudront 
rien dire. Il y a encore Chalusset, lieutenant du 
chasteau de Nantes. 

Gomme Boisrobert finit de renseigner son maî- 
tre, Servien arrive, balbutiant des excuses. Mais 
le cardinal l'accueille avec un visage de pierre et 
sans l'entendre : 

— Sortez, lui dit-il. 

De ce moment, c'en est fait du borgne ministre 



LE Pf.AISANT ABBl'; DE BOISROBERT 209 

coupable surtout de s'être attiré, par son assiduité 
au travail, les haines de ses collègues. On lui si- 
gnifie son exil. Il traînera une existence de débau- 
che en la ville d'Angers qu'on lui désigne comme 
lieu de retraite. Boisrobert triomphe '.Son intérêt 
prévaut sur celui de la France, 



1. El cela lui rapporte, en outre, deux mille livres que Bul- 
lion lui donne pour l'avoir débarrassé d'une influence ijênante. 
V. Tallemant : IV, 404 et s. ; Journal mss d'Hanlin. conseiller 
au Chùtelet (Bibl. Méjanes), cité par Fagnicz: Le Père Joseph 
et le cardinal de Richelieu, 1894, II, 283, ad nolam. Le récit 
d'Hanlin confirme point par point c?lui de Tallemant Chape- 
lain: op. cil , I, 109-110 parle de la disgrâce do Servien, Dans 
diverses épîtres, Boisrobert fait allusion à son affaire avec Ser- 
vien. V. entre autres, Les Epllres, 1659, p. 151 et s Plus tard 
nous verrons que notre héros se repentira de ses méfaits à 
l'égard de ce seci'étaire d'Etat. L'n recueil d'anecdoles prove- 
nant des papiers de Gaigniéres (Bibl. nat., mss n" 4529, N. a. 
f" 58| présente l'afTaire sous un jour particulier: « Feu M. Ser- 
vient estant fort mécontent de Boisrobert envoya la Frète d 
autres pour lui donner des coups de baslon. En estant adverty, 
il barricada sa p irte et, lorsqu'ils vinrent, il leur dit par la 
fenestre: Messieurs, vous pouvez vous en retourner et dire que 
je les tiens pour receus. » Une lettre de Chapelain, en partie 
inédite lUhl. nat. N. acq., mss n° 18&5, f" 186), montre la puis- 
sance do Boisrobert à ce moment. « Vous n'ignorés pas, dit 
l'épistoUer à M de la Trousse, que la posture en laquelle se 
trouve aujourd'huy ledit abbé le met en pouvoir de maintenir 
ce qui le touche et qu'il n'y a homme de condition à la cour 
qui ne cherche son amitié et ne craigne de le faire son 
ennemy. » 

12. 



CHAPITRE VI 



Lorsqu'il arrive de Bresse où il végétait en un 
maigre présidial, Nicolas Faretappréiiende.à con- 
templer leur sévérité, que les hôtels parisiens ne 
s'ouvrent malaisément à sa gueuserie. Il porte en 
ses poches des lettres à l'aide desquelles il espère 
fléchir quelques âmes charitables. L'une d'elles 
l'adresse à M. de Vaugelas, grammairien qu'il 
trouve plongé en une misère pire que la sienne. 
Le spectacle que lui offre l'illustre malheureux 
l'invite à se garder comme d'un crime d'expurger 
de ses scories la langue française. Et, tristement 
impressionné, il se rend à la maison de M. de 
Boisrobert. 

Or, dès qu'il a seulement entrevu -M. de Bois- 
robert, Nicolas Faret sent le besoin impérieux 
d'adresser un los à la Destinée. Il touche au port 
de Fortune sans que le moindre écueil ait acci- 
denté son voyage. Peu de temps après, en effet, 
le puissant favorite place chez Henry de Lorraine, 
comte d'Harcourt, dont il deviendra parallèlement 
le secrétaire et l'ami '. 



1. Pellisson : Histoire de ('Académie française, édit. Livet? 
1838, I, 189 et s. En ce chapitre où interviendra quasiment 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 211 

Sa besogne principale consiste tout d'abord à 
accompagner ce dernier aux tripots de la capitale. 
Là, il connaît Saint-Amant et retrouve Boisrobert. 
Entre les deux poètes et le comte, il passe de 
joyeuses années à boire et à fournir une rime 
facile à cabaret. Mais, à la longue, cette existence 
sans objet lui devenant pénible, il s'efforce de ti- 
rer son patron de la débauche et de le diriger 
vers une tâche plus digne de ses origines. Peu à 
peu le circonvenant, il l'induit au dessein d'em- 
brasser une carrière et de s'offrir au cardinal de 
Richelieu. 

Boisrobert, pressé par lui, se décide à parler au 
ministre de cette recrue possible. .Mais le fait d'en- 
gager à sa suite un prince lorrain apparaît à ce- 
lui-ci comme une bouffonnerie. 

— Le comte d'Harcourt, 

Le Bois, a l'esprit bien court 

répond-il en riant. 

Gepen bmt Boisrobert, encouragé par cette re- 
partie poétique, revient à la charge. Alors le car- 
dinal : 

— Est-ce tout de bon ? Parlez-vous sérieuse- 
ment? 

toute la littérature de l'époque, il nous est impossible de four- 
nir une bibliographie sur chaque individu sous peine de g'arnir 
nos pages de notes exagérées. Nous nous en dispenserons donc, 
supposant que nos ouvrages précédents témoignent assez de la 
sûreté de nos références. Nous nous bornerons à mentionner 
ce qui concerne les faits académiques et la biographie de Bois- 
robert. 



212 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

— Ouy, Monseigneur, le comte d'Harcourt est 
un homme de grand cœur. Il sera absolument à 
vous. 11 a, comme vous savez, battu Bouteville et 
vous pouvez vous fier à sa parole. 

C'est de cette sorte que Boisrobert acquiert à 
la France un admirable commandant de « l'ar- 
mée navale » '. En échange de ce service. Nico- 
las Farel consent à devenir l'un de ces rensei- 
gneurs qui lui rapportent les nouvelles de la ville 
et lui fournissent ainsi une matière susceptible 
d'alimenter ses causeries avec le cardinal *. 

Or, depuis quelque temps, Faret fréquente un 
groupe d'écrivains qui. chaque semaine, se réunit 
rue des Vieilles Etuves, chez Valentin Gonrart. 
Cela le repose des orgies. On y disserte sur mille 
sujets et son Ho?ineste Homme qu'il présente au 
monde comme un bréviaire de politesse, y sus- 
cita maintes « fredaines de parleries ». Boisro- 
bert apprend de sa bouche l'existence de cette 
académie de bavards. On ne sait pour quel motif 
il y veut pénétrer, sans doute pour s'en railler 
ou encore pour y surprendre l'ébauche de quel- 
que complot. Pourtant la plupart de ses membres 

1. Tallemant: V. 10 ; Pellisson : I. 190. 

2. Nous avons vu, en efTcl, au témoignage du Menagiana,que 
Boisroberl entretenait Richelieu des nouvelles de la ville. V. 
aussi, Retz : Mémoires, 1. 472. Parlant de sa Conjuration de 
F/es(/ue,le cardinal dj Retz dit :« Ayant échappé, en ce temps- 
là, des mains de Lauzièrcs à qui je l'avois confiée seulement 
pour la lire, et ayant esté portée à M. le cardinal d^ Riche- 
lieu par Boisrobert, il dit tout haut ea présence du maroschal 
d'Iistrée et de Sinuetjrre ; Voilà un dangereux espiit ! » V. 
aussi, d'Argeiison: Essais dans le (foiil de ceux de Monlaigne, 
1785, p. 75 où cette anecdote est autrement contée. 



LE PLAISANT ABBlî: DE BOISROBERT 213 

comptent parmi ses familiers. Faret l'y conduit 
donc avec la crainte que son indiscrétion ne lui 
soit reprochée. 

C'est au Marais, en une chambre obscure où 
plane du mystère. Comme les deux hommes en 
cherchent, à tâtons, la porte, ils se heurtent à M. de 
GombauLl qui, dans l'ombre, et sans distinguer 
leurs visages, leur fait, selon sa coutume, des ré- 
vérences à triple étage. Us entrent après cent, con- 
torsions de courtoisie et Boisrobert salue l'aréo- 
page qui le considère avec surprise. Le premier 
contact ne le séduit que médiocrement. Parmi les 
personnes assemblées, à peine quelques-unes s'é- 
lèvent-elles au-dessus du fretin littéraire. Conrart 
débute avec un air austère ; Godeaun'a d'autre mé- 
rite que celui de doubler Voiture sur le terrain 
des facéties, à l'hôtel de Rambouillet ; Giry. Ha- 
bert,rabbé des Roches ', Serizay nagent, en quête 
d'emplois, dans l'inconnu. Pour Malleville, c'est 
un faiseur de bibus qui frétille autour des jupes. 
Boisrobert n'a guère à s'en louer non plus que de 
Desmarets dont il combat quotidiennement l'in- 
fluence auprès de Richelieu. Seul Chapelain mon- 
tre quelque velléité détalent que des œuvres n'ont 
point affermie. 

Celantnéanmoins sa déception, Boisrobert com- 
plimente chacun et reçoit dignement les homma- 
ges que l'on accorde à sa personnalité de favori 
autant qu'à sa personnalité d'auteur. Et, les poli- 
tesses échangées, voici que la conversation naît 

1. Plus connu sous le nom d'abbé de Cerisy. 



214 LE PLAISANT ABBlî DE BOI?ROBERT 

d'un titre d'ouvrae-e lancé par hasard. Elle de- 
meure tout d'abord craintive, gênée^, réticente ; 
puis elle s'anime, elle eaene en ampleur ; elle 
abonde en lumières latines, elle éclate en mous- 
queteries de mots légers. Le rire en découle par- 
fois. La critique y prend toutes les formes verba- 
les et, pour s'imposer, s'appuie sur la science. 
Mais elle s'efforce visiblement d'éviter le pédan- 
tisme. Et par là elle plaît à Boisrobert qui, dans 
le concert des voix, jette sa note plaisante. Peu 
à peu son impression première se transforme. La 
« contestation » lui apparaît pleine de charme. 11 
approuve que onze jeunes hommes abandonnent, 
une fois la semaine, leurs occupations et même 
leurs maîtresses pour s'ériger en juges de la lit- 
térature et purifier leur propre langage \ 

11 quitte, enchanté, la compagnie. Et le soir 
même, dans la stricte intimité où l'admet Riche- 
lieu, il conte les merveilles de cette assemblée 
discrète. Le cardinal fronce le sourcil. Il n'aime 
pas ces conciliabules. On n'y fait, à son sens, ja- 
mais autre chose que des besognes préjudiciables 
à l'Etat. N'était qu'on ne peut, sans motif, ravir 
leur liberté aux sujets du royaume, il fermerait 
toutes les officines d'esprit où la conspiration, le 
plus souvent, se masque de littérature ou de ga- 
lanterie. Il se méfia à juste titre du salon de 
M"° des Loges. L'hôtel de Rambouillet lui ins- 
pire une crainte perpétuelle. Qu'est-ce encore que 



1. Les académiciens sont neuf à l'origine. Mais Farel et Des- 
marets se joignent à leur troupe. 



Llî l'LAIàANT ABBÉ Dli BOISROBERT 215 

celte nouvelle boutique de vers ? Le grenier de 
M"° de Gournay ou le bureau d'adresses du gaze- 
tier Renaucjot ne suffisent-ils pas à ces débiteurs 
de fadaises^? 

Mais Boisrobert calme, par des arguments, les 
appréhensions de son maître. Il lui fait entrevoir 
quel merveilleux instrument constituerait, pour 
sa gloire, une académie semblable, composée d'une 
sélection d'écrivains dévoués dont il dirigerait les 
pensées et les gestes. Et le cardinal réfléchit lon- 
guement. Présentée sous cet aspect, la proposi- 
tion lui sourit. Il possède bien, autour de lui. 
en meute toujours grossissante, des gens de let- 
tres auxquels parfois il jette en pâture bénéfices 
et pensions. Mais leur dévouement ne lui est pas 
assuré. Ils le trahissent au risque de la potence. 
Nul d'entre eux n'est capable de répondre, avec 
une virulence équivalente, aux pamphlets que 
des anonymes lui décochent ou encore ce Ma- 
thieu de Morgues qui, du fond de la Flandre, lui 
couvre le visage d'une boue indélébile ^ 

Et c'est pourquoi, avec son confident Boisro- 
bert, il décide de tenter une expérience. Le poète 
portera à l'Académie embryonnaire son projet 
de lui donner, par lettres-patentes, une existence 



1. Cest là le véritable sentiment dans lequel le cardinal 
écoute, au prime abord, la confidence de Boisrobert. 

2. Boisrobert ; Les Epistres, 1659, p. 119, A M, le marquis 
de Lenville, dit: 

Et j'eus encore fortune assez amie 
Quand je formay l'illustre Académie 
Djs beaux esprits. J'en fus le Promoteur 
Et fis qu'Armand s'en fit le Protecteur. 



216 Lli PLAISANT ABBÉ DE BOlSROBliRT 

publi jue et des privilèges sans préjudice des pen- 
sions à prévoir. Gelai-ci s'acquitte aussitôt de sa 
mission. Il croit être un messager de bonheur. 
En réalité il trouble la sérénité du groupe jus- 
qu'alors sans ambition. Car ses membres ont à 
sauvegarder des iutérèls qui se mésaccordent 
avec ceux du cardinal. De longues querelles les 
divisent. Ils se méfient d'une bienveillance non 
sollicitée. Us redoutent des embûches. 11 faut un 
chaleureux plaidoyer de Chapelain pour disperser 
les préventions. Encore regrettent-iis Tindépen- 
dance des amitiés et des propos anciens. 

Cependant Boisrobert rapporte bientôt à l'Emi- 
nentissime riiumble remerciement de l' Acadé mie ' . 
Celui-ci montre sa satisfaction, bien qu'en fait il 
ne doute pas que ses désirs ne soient considé- 
rés comme des ordres. Néanmoins il ne veut pas 
paraître imposer une sujétion à des esprits dont 
il attend, au fond de lui-même, une servitude ab- 
solue. Boisrobert habilement leur dorera les jougs 
qu'il offre avec une mansuétude simulée". 

1. Tallemant: III, 389, ad notani dit : « Boisrobert dit qu'il 
avoit proposé de faire le chancelier (Séguier) protecteur (de 
rAcadémic)et de se contonter, luy (Richelieu», d'avoir soing de 
l'Académie et que le cardinal qui prenoit le chancelier pour un 
grand faquin receut cela si mal qu'il pensa chasser Boisrobert.» 

2 Pour ces débuts de l'Académie, V. Pellisson : I, passim ; 
Abbé Fabre : Chapelain et nos deux premières académies, 1890. 
passim ; Krrviler : Essai d'une bibliographie de l'Académie 
française, ISll. Ce dernier ouvrage est tout à fait incomplet. 
Un autre, paru récemment, R. Bonnet : Isor/raphie de l'Aca- 
démie française, 1907, donne, sur Boisrobert, des renseigne- 
ments fauv en partie. Nous ne voulons pas refaire ici l'his- 
toire, devenue banale, de l'Académie mais simplement com- 
pléter de documents nouveau.x les volumes de Pellisson, Fabre, 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 217 

Peu à peu, et toujours aiguillonnée par notre 
abbé, l'Académie s'organise. Le ministre pres- 

Kerviler et surtout rendre à Boisrobert la part éminenfe qui 
lui est due dans sa fondation. Par une inconcevable in-ustice 
le rôle de notre héros est constamment lai&sé dans l'ombre au 
profil de ceux; joués par Gonrart et Chapelain. On sait cepen- 
dant com'jien pju pesaient dans la confiance du cardinal ces 
deux personnages Toute la littérature contemporaine doit, au 
contraire, à Buisrob^rt, d'avoir vécu et môme d"avoir triomphé. 

L'état d'espiit de Richelieu dont nous traçons la peinture 
en cet endroit, nous parait être le Sful véridique et même log;i- 
que. C'est dans un but intéressé, et personnellement intéressé 
qu'il présida à la fondation de l'Académie. Mathieu de Mor- 
gues l'indique dans lo fameux passage où, reprochant au mi- 
nistre de n'etro jamais loué que par des regrattiers de lettres, 
il l'accuse de n'ouvrir l'Académie que pour se relev r de sa 
disette de savants écrivains : « Là, ajoute-t-il, s'assemble un 
grand nombre de pauvres ardens qui apprennent à composer 
des fard-* p(jur plasti er des laides actions et à faire des onguens 
pour mettre sur les plaies du public et du cardinal. Il promet 
quelque advaucement et donne des petites assistances à cette 
canaille qui combat la vérité pour du pain » {Recueil de pièces 
pour la défense de la lîeyne mère, 1643, Jurjement sur la Pré- 
face... p. 2). 

Comme on pourrait soupçonner Mathieu de Morgues de par- 
tialité — et il serait pourtant aisé de démontrer qu'il frappait 
souvent avec justice — nous citerons encore une phrase de 
Chapelain : I, 2i6, ad nolam passée inaperçue et qui en dit 
long sur les objectifs du cardinal : « S' m Eminence, écrit il, par 
un ordre particulier, a voulu estre consulté sur tous les pré- 
tendans afin de fermer la porte à toute brigue et ne souffrir 
dans son assemblée que des gens quil connaisse ses servi- 
teurs. •» Or nous voyons qu'un des premiers écrivains évincés 
de l'Académie est l'abbé d'Aubignac. Pourquoi celte exclusion 
d'un homme de mérite ? Uni'^uement parce que l'abbé d'Au- 
bignac eommit l'imprudence de railler la Roxane de Desma- 
rets, pièce à laquelle Richelieu avait travaillé. V. Chapelain: 
I, 664, 698 703; Correspondance de Richelieu, Vf, 727. Nous 
montrerons par d'autres faits que, comme nous le disons pré- 
cédemment, le ministre, en posant les bases delà nouvelle ins- 
titution, eut pour but d'avoir sous la main des écrivains gagés 
dont il put à loisir utiliser les talents, 

13 



218 LE l'LAISANT ABBE DE BOISROBERT 

crit d'augmenter le nombre de ses membres et, 
tandis que les statuts s'édifient, il se débat con- 
tre l'obstruction du Parlement qui refuse d'enre- 
gistrer les lettres-patentes ^ Or le parlement re- 
flète l'opinion des gens de lettres et du public. Les 
intentions de Richelieu, quoi qu'il fasse pour les 
dissimuler,ne laissent pas de doute. On ne souhaite 
guère la création de ce corps nouveau. Balzac, 
à qui Boisrobert l'annonce, s'en gausse et ne con- 
sent à s'y agréger que par force, comme il con- 
sentirait à aller au gibets Jamais, dans la suite, 
il ne cesse de le brocarder ^ Godeau le prend à 
peine au sérieux bien qu'étant un de ses plus 
fermes soutiens '". M"" de Gournay, férue de lin- 
guistique, épand sur lui sa bile d'antique pucelle 
que l'on dédaigna de consulter'. Saint-xVmant 
lui accorde son suffrage pourvu qu'il conserve à 
la langue les mots bachiques sans quoi, à son 
avis, elle ne saurait subsister ^ M aynard, du fond 
de l'Auvergne, le harcèle de ses épigrammes'. Les 
bourgeois de Paris équivoquent sur son nom dont 

l On trouvera dans les ouvrages précités toute l'histoire des 
lettres-patentes. Y. aussi, Mathieu Mo\é: Mémoires, Soc. hist. 
de Fr., II, 317; IV, 164; Correspondance de Richelien, V, 957; 
Gazette de Renaiidot de 1637, p. 420. 

2. Chapelain:!, 66, 83; Balzac: OEuvres, 1665,1, 727, 728, 982, 
984 ; Pellisson : I, 149. 

3. Mèlancjes historiques. Choix de docnmenls, Lettres inédi- 
tes de J.-L. Guez de Balzac, 1873, I, 650. 

4. Chapelain : I, 361. 

b.Ibid., I, 197, 498. Elle l'appelle « l'escorchcuse Académie». 

6. Saint-Amant: Œuvres, édit.Livet, I. 331. V. aussi, I, 59. 

7. Les Lettres du président Maynard, 1653, p. 58, 90, 99, 114, 
143, 159, 203. 296. 300, 303, 358,421, 449, 476, 582, 691, 700, 714, 
725, 780. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 219 

la signification leur échappe '. Louis XIII lui- 
même le considère avec une inquiétude non voi- 
lée-. Enfin la vicomtesse d'Auchy, pour contre- 
carrer à la fois Boisrobert et son maître, bâtit sa 
propre académie dont les séances s'appareillent 
aux représentations du théâtre des marionnettes'. 
Et c'est pis encore lorsque Boisrobert ayant 
présenté à la correction du cardinal les statuts 
de la Compagnie, on procède à la nomination de 
ses membres *. Au dire de Balzac, la plupart de 
ceux-ci sont d'extravagants niquedouilles. « Ils 
peuvent, ajoute-t-il, estre de l'Académie, mais en 
qualité de bedeaux ^ »Scarron, forçant cette note 
pessimiste, leur destine des fonctions plus merce- 
naires encore. Aucuns d'eux, s'écrie-t-il, 

ne sont bons qu'à moucher les chandeHes, 
Balayer, éclairer, donner des escabelles, 
Estre portiers, enfin estre frères serrans '. 

1. Pellisson : I, 42 et s. 

2. Chapelain : I. 3ôl, exprime cette inquiétude du roi qui, 
comme toujours, n'osa pas refuser à son ministre les lettres- 
patentes demandées. 

Pa- 
I. 




. pai 

Gerisy, membre, dès l'origine, de l'Académie française. 

i. Auhery: Histoire du Cardinal de Richelieu, 1660, p. 6(*9els.^ 
qui complète. Pellisson, en cet endroit, dit que lorsque Boisro- 
bert et les trois officiers délégués par l'Académie présentèrent 
à Richelieu le projet des statuts, celui-ci improvisa un remar- 
quable discours. V. aussi, Tallemant : II, 51, qui note la satis- 
faction du cardinal chaque fois que TAcadémie lui soumet la 
solution de quelque difficulté. Nous ne détaillons pas ici les 
actes de Boisrobert : on les trouvera rapportés par Pellisson : 
I, 21, 24, 26, 35, 37, 40. 

5. Balzac : I, 72S. 

6. Scarron : Épistre chaffrine à .!/'•« de Scudéry, 1656. Bien 



•220 LE PLAISANT ABBE DE BOISRODliRT 

Gommuaément, on les appelle les « enfants de 
la pi lié (le Boisrobert » \ Car Boisrobert devient 
le grand dispensateur des sièges à pourvoir. Il 
prése ite à Riclielieu les requêtes de cent passe- 
volants qui veulent, à tout prix, tàter des hon- 
neurs. Il ne regarde pas au mérite. Le plus sou- 
vent le fait d'être poète et besoigneux l'invite 
mieux qu un lourd faix d'ouvrages à protéger les 
candidatures. 



que la critique de Scarron soit postérieure, nous avons cru 
devoir la rapprocher, en ce chapitre synthétique et non chro- 
nologique, de c lie de Balzac dont 'lie fait état. Un autre fait 
postéri ur : le refus d'Arnauid d'Andilly d appartenir à l'Aca- 
démie, priiuve encore que les gens de lettres en désappi-ou- 
vaienll établissement iScgrais; Œuvres, 1755,11, 132, 133). V. 
aussi, mss Conrart, t XllI, in-f ,p. 799, Lettre Un personnage 
de Paris détourne un de ses amis de province de venir s'ins- 
taller eu la capitale pour y briguer une place à l'Académie. Il 
ajoute: « Je considère le dessein de vous mettre de l'Académie 
comme un obstacle à vos intentions et comme un embarras 
qui vous feront perdre du temps ; car, pour quelques honnes- 
tes gens que vous y trouverez, le reste n'est composé que de 
sophistes de termes, de chicaneurs de paroles, de critiques impi- 
toyables et de faibles panégyristes ; outre que vous ne pour- 
riez vous accoustumei' à passer des journées entières à donner 
de l'encens aux ouvrages de cette cabale qui. le plus souvent, 
ne valent rien, car l'employ ordinaire de ces gens-là consiste à 
traiter d » Héros leurs mauvais Poètes et leurs orateurs médio- 
cres Quand vous serez icy, vous les connoistrez mieux et vous 
verrez que plusieurs d'entre eux ne surpassent en rien les 
autres h )mmos qu'en b aucoup de vanité .. etc.. » Cette lettre, 
dont nous n^ donnons qu'un extrait paraît être inédite. V. 
également Bibl. nat. F"' mss., X. acq , n» 4529, p. 100. « Feu 
Monsieur (Gaston d'Orléans) demanda un jour à l'Académie 
françoise, assemblée en corps, pourquoy on disoit : « Jean 
Foutre » et non pas : « Pierre Foutre ». 

1. Tallemant: II. 390, V. aussi. Vil, 104. Il range Colletet 
parmi eux. V. également, Pellisson : I, 149, 153. Il propose les 
candidatures de Balzac, Gi'anier, Giry. 



LE PLAISANT ARBL DE BOISKOBERT 



221 



Dès qu'ils ont conscience, en effet, que l'Aca- 
démie nest pas un leurre, qu'au contraire elle 
prend solidement racine, les écrivains lentourent 
en multitude. Ils sont trop. On est obligé de s'en 
défendre. Maynard, oubliant sa causticité, devient 
tout d'un coup papelard et servile '. Bouchard, 
depuis Rome, sollicite, avec d'immondes flatte- 
ries, son admission \ Un Allemand même logé à 
Hambourg, imagine qu'on va frustrer, pour lui 
agréer, quelque doctissime de France ^ A ce fol, 
on se contente de ne point répondre. Mais voici 
que les pédants, à leur tour, donnent l'assaut. Ils 
forment une république redoutable, cuirassée de 
latin, et frappent durement quiconque leur résiste. 
Pour . les adoucir, la compagnie s'adjoint l'un 
d'eux, Nicolas Bourbon, et, de cette sorte, pré- 
vient leur soulèvement *. 

Pour éviter l'embarras de tant de fâcheux, 
Richelieu se retranche dans sa majesté. A peine 
consent-il à les écouter durant la demi-heure de 



1. Chapolain : I, 74, 75. 

2. Ihid., I, 236 ad nolam. 

3. Ihid., I, 170. 

4. Ibid., I, 170 : Tallemanf : VII, 521. Nicolas Bourbon fait, 
chaque année des vers latins en l'honneur de Richelieu II les 
présente à Toccasion des étrennes et appelle cela son « tribut 
annuel ». Eu échange, le cardinal le pensionne. V. Chapelain: 
1, 327, .367. Richelieu est, à ce moment, littéralement assailli 
par les poêles Chapelain : I, 236 ad notam, parle avec origina- 
lité de leur bande affamée. Aubery : op. cil., p. 611 cite les 
noms de vingt-six écrivains pensionnés par lui. Encore oublie- 
t-il Auvray, La Mesuardière, Balzac Segrais : op cil . I, 114 
dit que le ministre consacre, à cetle dépense particulière, 
40.000 livres par an V. aussi, Madeleine de Scudéry : Clélie, 
t. VIIl, 1658, 4» part., p. 861 et s, ; Chapelain : II, 824. 



222 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

promenade qu'il effectue, matin et soir, dans ses 
jardins *. L'Académie, de son côté, objecte la 
rigueur de ses statuts. Seul Boisrobert perd le 
repos -. Chapelain qu'il continue à gorger de 
bienfaits s'évertue davantage encore à l'étouffer 
de parasites *. 11 lui expédie les courtisans qui 
souhaitent audiences ou emplois * et les savantas- 
ses qui traînent vainement leurs grègues dans les 
antichambres. Par la seule complaisance de Bois- 
robert, Silhon. Porchères d'Arbaud, Vaugelas, 
Mairet arrivent à manger ^ et Balzac à soutenir sa 
superbe ^ Boisrobert apaise les démêlés de l'abbé 

1. Aubery : op. cit., p. 595. 

2. Chapelain : I, 334 dit : « Les importuns l'accablent, et 
bien souvent, à force d'affaires, il ne se souvient pas mesme 
de ceux qu'il voit et qui luy parlent, » 

3. V. ses lettres à Boisrobert. Elles sont innombrables et 
contiennent ti3utes des requêtes. 

4. Le marquis de Portes, le duc de Longueville, le sieur de 
Jonquières. V. I, 129, 265, 298. ad notam. Boisrobert sollicite 
aussi en faveur du duc de Marsillac.plus tard duc de la Roche- 
foucaud, le fameux auteur des Maximes, coupable d'avoir, par 
galanterie, transmis à la duchesse de Chevreuse, internée à Tours» 
des renseignements confidentiels. V. Balzac : op. cit., 1, 657, 
716. 

5. Pour Silhon et Porchères d Wrbaud, V. Chapelain : 1, 129 ; 
Pellisson : I, 182. Pour Vaugelas, V. Chapelain : I, 377, 388 ad 
notam: Tallemant : H, 51 ad notam. Pour Mairet, V. Chape- 
lain : 1, 186. 32S ; Tallemant : II, 390 qui mentionne une anec- 
dote amusante où Boisrobert joue un rôle fort honorable. 

6. Nous avons, à plusieurs reprises, signalé la bonté de Bois- 
robert pour Balzac. Nous ne pouvons revenir continuellement 
sur cette question. On trouvera, dans les références suivantes, 
la collection complète des requêtes de notre héros en faveur 
du solitaire d'Angoulême. Balzac; OEuvres, 1665, I, 342, 395, 
403, 443, 467, 474, 475, 586, 657. (Cette dernière lettre est insé- 
rée, presque en totalité inédite dans mss Conrart,l. XIV in-4°, 
p. 1013. Nous en détachons ces phrases caractéristiques : 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 223 

d'Aubignac et de Ménage luttant d'impertinences 
pour assurer la suprématie de leur réciproque 
pédantisme'. Il procure à Louis Aubery, historien 
et écrivain politique, un secrétariat d'ambas- 
sade '. 11 réclame un cvêché pour Jean-Jacques 
Bouchard que Ton considère comme le saltim- 
banque des lettres '. Il trouble de sa générosité 
François de Maynard dont il admire le lyrisme 
bachique*. Il recommande les dissertations bar- 
bares de Gabriel Naudé " ainsi que les versifica- 

« Vous estes particulièrement nécessaire au monde sçavant et 
à la république des lettres. Sans vous les orateurs crieroient 
sans cesse, dans leurs harang'ues. contre le temps et contre les 
mœurs, et les poètes ne feroient autre chose dans leurs vers 
que maudire les muses et Apollon. Les bons soins que vous 
prenez de leur fortune et les bons offices que vous leur rendez 
auprès de son Imminence adoucissent leur mauvaise humeur et 
leur donnent des pensées moins violentes. De telle sorte qu'à 
prendre les choses dans leur principe, il ne se fait ny panégyri- 
que ny ode dont vous ne soyez le premier autheur et la Pos- 
térité vous sera obligée de tout le latin et de tout le françois 
de nostre siècle), 713, 716, 717. V. aussi, Lettres familières de 
M. de Balzac à M. Chapelain, 1656, p. 110 ;Joannis Ludovici 
Guezii Balzacii carminum, 1650, p. 110 (publiée d'abord dans 
le Barbon, 1648, p. 155 et s. et à laquelle Boisrobert répond 
dans Les Épistres, 1647, p. 27), p. 262. Boisrobert, en outre, 
édita le Discours sur une tragédie de M. Heinsius intitulée 
Herodes infanticida, 1636, et le fit précéder d'une épître dédi- 
catoire au chancelier Séguier où Balzac est porté aux nues. V. 
encore. Chapelain: I, 151,208,331, 357, 421,424, 430, 565, etc. 

1. Chapelain : I, 652 

2. Ihid., I, 618. 

3. Et diverses autres faveurs que l'on trouve énumérées dans 
Chapelain : I, 67, 228, 295, 465, 482. V. aussi, T. de Larroque : 
Les Correspondants de Peiresc, J.-J. Bouchard, 18S1, passim. 

4. Les lettres du Président Maynard, 1653, p. 100 ; Les œu- 
vres de Maynard, 1646, p. 156 ; Boisrobert : Les Épistres, 1647, 
Pièces liminaires et p. 177. 

5. Chapelain : I, 228. 



224 LE PLAISANT AlilsÉ DU BOISROBLRT 

tions galantes de Gombauld * et du marquis de 
Montplaisir Ml chaperonne, comme un subalterne 
insigne, le menuisier de Nevers,miître Adam Bil- 
laut qui troque délibérément la varlope pour la 
lyre ^ Il exalte le génie du poète italien Brac- 
ciolini, le récompensant ainsi de Famour qu'il 
porte à la France \ Et tandis qu'il travaille à 
sortir de sa crapule Guillaume Golletet, celui-ci, 
tranquillement occupé, au fond d'une cave, à 
engloutir les pots de Coindrieux et de Baune, 
comme on offre à Dieu ses déboires, lui offre de 
cette manière ses toasts hoquetants : 

Au grand Armand je vous invite à boire ! 
Trinquer pour luy, c'est œuvre méritoire. 
G est le support du Parnasse t'rançois; 
C'est l'AppoUon qui verse quelquefois 
Ses rayons d'or jusque dans nostre armoire. 

Si sa vertu veut qu'on chante sa gloire, 
Sa santé vent qu'on en fasse mémoire 
Et que l'on crie, à table, à haute voix: 

Au grand Armand I 
N'y boire pas, c'est avoir l'âme noire. 
Donc, pour blanchir la nostre comm • yvoire, 
R )ys des esprits, beuvez comme des Roys 1 
Bacchus viendra couronner vos exploits 
Et Boisrobert en contera l'histoire 

Au grand Armand ^ 1 

1. Gombauld ; Lettres, 1647, p. 2P8. Cette lettre, très impor- 
tante, complète tout ce qui a été déjà dit sur la sei-viabilité de 
Boisrobert 

2. Chapelain : I, 163. 

3. Lex chevilles de M' .\dam, 16 4 i, p. 65. 

4. Chapelain : I, 631. Sur ce poète, V. aussi, Les lettres du 
Président Maynnrd, 1633, p. 273. 

5. Recueil de divers rondeaux, 1639, p. 162. 



LE TLAISANT ABUÉ DC B( ilSUOULUT 223 

Or Boisrobert se porte tort à force de transmet- 
tre les toasts de Goiletet et les prières de ses aco- 
lytes. Le secrétaire d Etat Bullion redoute sa 
venue et aussi le Père Joseph '. Ses poches, débor- 
dantes de placets, finissent par lui donner l'allure 
rustaude. Il se ruine à avancer des pensions qu'en- 
suite il récupère au Trésor avec toutes les peines 
du monde. Et Richelieu qu'il énerve lui iiiipose, 
une fois encore, une cruelle « quarantaine » du- 
rant laquelle le chagrin l'emporte à maudire sa 
générosité *. 

Et c'est au cours de cette quarantaine qu'ayant 
du temps pour réfléchir^ il croit avoir trouvé le 
moyen de se débarrasser des importuns qui l'exas- 
pèrent. 11 décide, en effet, d'unir en deux ouvrages 
mémorables leurs voix poétiques et d'offrir l'un 
au roi, l'autre au cardinal. Ensuite, ayant ainsi 
transmis d'un seul coup leurs multiples requêtes, 
il se considérera comme libéré et fermera l'oreille 
aux revendications. Confiant donc en ce strata- 
gème, il se munit des privilèges nécessaires et 
appelle à lui les porteurs de lyres malcontents de 
la vie. Les pédmts participeront même, en tou- 
tes les langues qu'ils voudront, à cette orgie de 
louanges. Le Parnasse /?oyrt/ paraît bientôt après, 
chargé de sa contribution personnelle, et lui sus- 
cite en le Père Le Moyne un ennemi mortel '. 

1. Tallemant: II, 51 ad nolam : Chapelain: I, 129. 

2. Tallemant: II, S^O ; Chapelain: I, 129, reporte cotte qua- 
rantaine à décembre 1635. Mais Boisrobert souffre presque 
annuellement des sautes d'humeur du cardinal. 

3. Le Parnasse Royal où les immortelles aclions du très chres- 
tien et très victorieux monarque Louis XIII sont publiées par 

13. 



•226 LE PLAISANT ABHli: DE BOISROBIÎRT 

Mais il se rit de ces haines jésuitiques. A la vérité 
il publie, par devoir, le Parnasse Royal et pour 
ne s'attirer point la colère de Louis X!II jaloux de 
l'hommage qu'il prépare au cardinal. Car ses 
soins particuliers vont au Sacrifice des Muses à 
laide duquel il espère regagner le cœur de Riche- 
lieu. Et les poètes savent aussi que ce recueil seul 
importe, quil faut absolument y placer, ne fût- 
ce qu'un madrigal. L'Eminentissime, pensent-ils 
avec raison, l'examinera minutieusement et ché- 
rira d'une affection plus vive quiconque y aura 
collaboré. C'est pourquoi le volume menace de 
grossir démesurément. Boisrobert est obligé de 
refréner la fécondité de ses confrères, de leur fixer 
des limites et des dates. Tristan Lhermite seul 

les plus célèbres esprits de ce temps, Paris. S. Gramoisy, 1635, 
in-i". Ce recueil collectif, dédié au roi par Boisroberl, contient 
une 2° parti.^ : Palmx regix inviclissimo Ludovico XIII, rei/i 
christianissimo a prœcipuis noslri levi poetis in trophœuni 
erectœ, Parisiis, S. Gramoisy, 1634, in-4°, qui paraît avoir été 
publiée d'abord. M, Frédéric Lachèvre a donné le détail de la 
première partie dans sa Bibliographie des Recueils collectifs 
de poésies, t. I, p. 89 et s. Sur les quatre pièces non signées 
dont il n'a pas découvert les auteurs, deux appartiennent au 
P. Le Moyne (p. 100 à 118). V. R. P. Le Moyne : La France 
guérie..., 1631, in f°, et Hymne de la sagesse divine et de 
l'amour divin avec un discours de la poésie, 1641 in-f°. En ce 
dernier ouvrage, ledit P. Le Moyne (p. 37) reproche amèrement 
à Boisrobert d'avoir publié ses vers sans signature. Notre 
héros donna cinq pièces au Parnasse Rogal. L'une date d'une 
époque antérieure et nous en a\ons fait mention. Quatre autres 
(p. 23, 31. 52, 99), adressées à la reine et à Louis XIII, sont sans 
intérêt. Sur le Parnasse Royal, V. Correspondance de Peiresc, 
t. III, p. 391. 451, qui semble (p. 35) ne guère goûter la poésie 
de Boisrobert. Les Palmœ regite curent surtout pour collabora- 
teurs les écrivains de la Compagnie de Jésus et quelques aca- 
démiciens comme Habert, Sirmond, Bourbon, etc., spécialisés 
à la langue latine. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERÏ 227 

bénéficie, pour la remise de son manuscrit, de 
quelque indulgence \ 

Effectivement cette dédicace unanime ne laisse 
pas Richelieu insensible. Le panégyrique lui sem- 
ble être l'unique façon, de la part de simples 
mortels, de s'adresser à un homme qui, comme 
lui, dépasse les héros et s'attribue volontiers une 
demi-divinité ^ Boisrobert le retrouve plein d'amé- 
nité à son endroit et désireux qu'il oublie ses 
impatiences. 

Et naturellement ils se reprennent à causer de 
cette Académie fameuse dont on a fini par recru- 
ter les quarante membres que les précieuses, plus 
tard, appelleront les « quarante barons » '. Bien 
des inutilités composent cette cohorte. Boisrobert, 
sans aucune peine, les classifîerait, selon leurs 
propensions, en ivrognes, badins, faméliques, 
galimathias, lunatiques, décoratifs et bouche- 
trous ^ Mais il préfère n'en rien faire, se sentant 

1. Le sacrifice des Muses au grand cardinal de Richelieu, Pa- 
ris, S. Cramoisy, 1635, in-4'>. Epilre dédicatoire de Boisrobert. 
Ce recueil également analysé par M. F. Lachèvre: op. cit., t. I, 
p. 88, contient aussi une deuxième partie latine : Epinicia Mu» 
sarum eminentissimo Cardinali duci de Richelieu, Parisiis, S. 
Cramoisy, 1634, in-4">. Mêmes observations pour cette deuxième 
partie que pour celle de louvraj^e précédent. Boisrobert par- 
ticipe à la première partie pour 14 pièces dont 9 ont été utili- 
sées précédemment. Sur les 5 autres (p 2S, 5î, 165, 1"5, 182), 
trois sont relatives à Ictat de santé de Richelieu, une à sa 
harangue du 18 janvier 1634 devant le Parlement, une autre le 
remercie d'une faveur que nous n'avons pu connaître. A pro- 
pos duSacrifice des Muscs, V. La Lyre du sieur Tristan, 1641, 
p. 23, .1. M. de Boisrobert. 

2. Tallemant: 11, 52. 

3. Somaize : Dictionnaire des Prétienses, édit. Livet, passim. 
i. lvroçjnes:FsLvei, Maynard, Colletet, Saint-Amant. Badms: 



228 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

le premier coupable de leur union hétéroclite. Les 
bouffons y coudoient les évoques et les traîneurs 
de guenilles les secrétaires d'Etat. Qu'adviendra-t- 
il de cette confusion? On le peut aisément prévoira 

Chapelain etConrart montrent un zèle louable. 
Ils ont la foi. Soit rue des Vieilles-Etuves, soit à 
l'hôtel Pellevé, ou encore rue des Cinq-Diamants, 
partout où la vagabonde compagnie colporte ses 
registres, ils accourent pour doctement remettre 
des béquilles à la langue. Mais des désillusions 
les attendent. L'Académie languit ! L'Académie 
perd le temps '.L'Académie ne fait même plus 
exercice de lettres ; on la devrait nommer l'Aca- 
démie des Fainéants, écrit à ses correspondants 
le fougueux Chapelain-. 

Voiture n'y viendra que sommé par le cardi- 
nal ' et Faret que privé de toute autre occupa- 



Godeau, G. Habert. Malleville, Desmarets, Bautru, Voiture, 
Lestoile. Faméliques : Gombauld, Sirmond, Vaii^elas, Silhon, 
Pochères d'Arbaud. Galimalhias : Chapelain, Gomberville, Bal- 
zac. Lunatique : Baudouin. Décoratifs : Séguier, Servien. Bou- 
che-trous :Ph. Habert, Serizay, elc , elc ..Nous n'irons pas jus- 
qu'au bout de cette classification cependant absolument basée 
sur des faits. Des études à tendances classificatnces ont été fai- 
tes en grand nombre sur l'Académie. On les trouvera énumé- 
rées dans Kervilor. La dernière en date est celle d- Mgr de Mou- 
chero : Le clergé îi l'Académie, 190S Elle ne s -mble guère, 
au point de vue documentaire, mériter de crédit. La notice 
concernant Boisrobert est dénuée de tout intérêt historique. 
V. aussi, Bibl. de l'Ars , mss n" 6545, f° 22, Sur les prélats de 
l'Académie, 1695, épigramme qui parait être inédite. 

1. Gomliauld: Lettres, 1647, p. 291, donne l'opinion person- 
nelle de Boisrobert. Celte opinion n'est pas favorable à la 
composition de l'Académie. 

2. Chapelain : 1, 74, 77, 92, 154, 291, 29S ad nolam, 342. 

3. Chapelain : 1, 357, 613, 622, 623, 644 ad nolam. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBIÎRT 2"2!) 

tion '. L'abbé de S^risay la déserte sous les pré- 
textes les plus futiles^. Gombauld y clierclie un 
asile pour tranquille tient composer ses épistoles' 
et Daniel Hay, abbé de Ghambon, pour parfaire 
ses pont-bretons *. 

De temps à autre pourtant, souffle un bizarre 
vent de labîur. On se réunit en plus grand nom- 
lire. On lit les lettres complim intenses des mem- 
bres éloi,£:nés par des fortunes diverses \ Et l'on 
entre dans l'ère des discours prescrits par !es sta- 
tuts ^ Successivem3nt Paul Hay, sieur du Cbas- 



1. Chapelain: I, 77. 

2. Ibid., l, SQL 

3. Gomhsiuld: Lettres, 1647, p. 496. 

4. Chapelain:!, 361. 

5. Ibid , I, 75, 92, ,-ir 6 ,63, 150, 171; PelHsson: 1,79. 

6. Nous croyons devoir publier, à cet égard, une liste des dis- 
cours qui diffère presque totalement de celle donnée par Pel- 
lisson. Elle parait inédite. On la trouve à la Bibl. nat., dans 
Cinq cents Colbert, t. IV, f» 346. Beaucoup des discours indi- 
qués n'ont pas été prononcés : M. du Chastelet : lundy 5 fé- 
vrier (1635) ; De Bourzayile lundy 12 février jGodeau : le jeudy 
22 février à cause du lundy gras ; De Boisrobert : le lundy 

26 février ; L'abbé de Montmor :1e lundy 5 mars; De Gom- 
bauld : le lundy 12 mars ; De la Chambre : le lundy 1 ' mars ; 
De Gomberville : le lundy 26 mars ; Maynard ; le mercredy 
11 avril à cause des Festes de Pasques ; De Saint-Amand : le 
lundy 16 avril ; Servicn le lundy 23 avril ; Do Lcstoile : le 
lundy 30 avril; De Porchères :1e lundy 7 may;Bardin :1e lundy 

14 may ; Dj Sirmond : le lundy 21 may ; Habcrt, abbé de la 
Roche :1e lundy 4 juin jDosmarels :1e mardy 12 juin à cause de 
la Feste de Saint- Barnabe ; De Porchères d'.Arbaud : le lundy 

15 juin ; De Racan : le lundy 23 juin ; De Balzac : le lundy 
2 juillet ; Chapelain : le lundy 9 juillet ; De Sali. s(?): le lundy 

16 juillet ; 'aret : le lundy 23 juillet ; De Bautru : le lundy 
30 juillet ; De Colomby : le lundy 6 aoust ; De Voiture: le lundy 
13 aoust ; De Meziriac : le lundy 20 aoust ; CoUetel : le lundy 

27 aoust ; De Mallevillc :1e lundy 3 septembre; Baro :1e lundy 



230 



LE l'LAlSANT ABBli DE BOISROBERT 



tellet, Tabbé de Bourzeis et Gfodeau prononcent 
des harangues pompeuses. Puis c'est le tour de 
Boisrobert. 

On s'attendrait à ce que notre homme, revêtu 
de la soutane, développât quelque sainte homé- 
lie. Point du tout. Il entreprend la, Défense du 
Théâtre K De nombreuses raisons l'y déterminent. 
Il souffre de l'insuccès de ses pièces. Il l'attribue 
à ce fait que seule l'antiquité et ses drames pas- 
sionne ses contemporains. 11 souhaite détruire ce 
préjugé. Son discours se transforme en un réqui- 
sitoire contre la Grèce et l'Italie dont les auteurs, 
affirme-t-il, furent parfois «inspirés par le génie, 
mais toujours abandonnés par le goût et par les 
grâces ». 

Et Homère supporte tout le poids de la colé- 
reuse diatribe, Homère qui ne fut, à son dire, 
qu'un vil chanteur de carrefour, débitant ses vers 
à la canaille pour en tirer les drachmes utiles à 
sa subsistance. 

Préludant à la querelle des anciens et des mo- 
dernes, Boisrobert devait s'attendre à la répro- 
bation générale. Il y eut bataille de langues et 
seul Desmarets soutint les conclusions du discou- 
reur '. 

Notre héros excelle ainsi à secouer l'apathie 

JO septembre ; Baudouin : le lundy 1" septembre ; De Bois- 
saf : le lundy 24 septembre ; Silhon : le lundy l"' octobre ; De 
Vaugelas : le lundy 8 octobre ; Conrart : le lundy 16 octobre. 

1. Pellisson : I, 75 ; Chapelain : I, 92. 

2. Gueret : La guerre des autheurs anciens el modernes, 16' i, 
p. iO, 108, 170 ; Abbé Irai] : V"ere//es lilténtires, 1761, 11,291, 
292 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 231 

do ses confrères. Depuis quelques mois il offre à 
leur troupe errante un asile spacieux dans sa nou- 
velle demeure, l'hôtel de Mélusine'. C'est là qu'il 
entreprend de faire rendre gorge à Vaugelasque 
le dénuement conduit à accepter des combinai- 
sons malhonnêtes. Vaugelas s'est établi délateur 
public. Il vit avec peine de cette bizarre indus- 
trie. Il ne s'en croit pas déshonoré, suivant en 
cela l'exemple de seigneurs sans scrupules et de 
princes jamais rassasiés d'argent. En outre, la 
besogne ne coûte guère de fatigue. Avec un peu 
de flair, on arrive aisément à découvrir tel débi- 
teur de l'Etat ou tel homme frappé d'amende 
qui se cache pour ne point payer. On le dénonce 
et l'on a droit à quelque pécune sur les sommes 
que le Trésor recouvre par ce moyen détourné. 
Boisrobert n'incrimine pas Vaugelas de se li- 
vrer à cette sinistre police. Mais voici que le mal- 
heureux académiste s'avise d'ôter de cette sorte 
ses biens à un normand. C'en est assez pour que 
notre abbé s'émeuve. Il porte l'affaire devant la 
Compagnie. Une dispute s'ensuit, Vaugelas, pré- 
tendant reconnaître un fieffé coquin en sa victime 
et Boisrobert un homme digne du respect uni- 
versel. Les deux hommes se jettent les démentis 
à la face en les accompagnant des formules les 
plus ineffables de la civilité. Si bien qu'opiniâtres 
à soutenir la légitimité de leur cause respective, 
ils paraissent en même temps s'entregalantiser. 



1. Chapelain : I, 361 : PcUisson: I. 67 ; Bulletin delaSociélè 
de l'histoire de Paris, t. Vil, 1S80, p. 150 et s. 



232 LE PLAISANT AHBli DE BOISKOKERT 

L^Âcadémie cependant se garde d'intervenir. 
Elle écoute avec ravissement ; elle se délecte. Ja- 
mais, au dire de Chapelain, ses séances ne produi- 
sirent semblable jovialité '. Par malheur, ces 
amusettes ne se prolongent pas. Bientôt repren- 
nent les sessions vides d'intérêt où l'on disserte 
sur de maigres mots \ Boisrobert participe à la 
querelle de la conjonction car provoquée par 
Gomberville \ 11 désapprouve la rage que Ton 
met à censurer quelques menus ouvrages \ Et 
lorsque Chapelain lance la question du Diction- 
7îaire,i\ se range, avec les trois quarts de sescol- 
lèg nés, du parti de Voiture qu'écœure cette tache 
indigeste. C'est d'ailleurs une dérobade géné- 
rale. A peine Saint-Amant qui, pour des rai- 



1. Chapelain : I, 298, 303 ; Balzac : Œuvres, 1665, I, 768 ; 
Abbé Fabre : Les ennemis de Chapelain, 1888, p. 51. 

2. Chapelain : I, 189, 38-2, 497, 498 ; Balzac : op. cit., I, 757 ; 
Mélanyes historiques. Choix de documents. Lettres inédiles de 
J. L. Guez de Balzac, 1873, [,603; La Mothe Le Vay-îP : Œuvres, 
1756, III, 258, 259 ; Dictionnaire de Trévoux, art. Muscadin. 

3. Boisrobert : Les Epislres, lt)59, p. 294 ; Pellisson : 1, 115, 
et s., 505 et s. ; Voiture : Œuvres, 1637, p. 135 et s., etc. C'est 
à la même époquequo Boisrobert sollicite Richelieu en faveur 
de la veuve Gamusat qui, à la mort de son mari, demandait à 
garder son privilège dé libraire auprès de rAcadémic. V. Cha- 
pelain : 1, 454 et s , 460 et s., 4S5, 468 ; Pellisson ; 1, 129 et s.; 
Paul Delalain : Les libraires et imprimeurs de V Académie 
française, 1907, p. 17 et s. contient une notice fort incomplète 
sur Camusat. 

4. (jombauld : Lettres, 1647, p. 291, se plaint amèrement à 
Boisrobert des critiques vcnim uises auxquelles l'Académie s'est 
livrée sur son Ode au cardinal de Richelieu. V aussi, Pellis- 
son : I, 115 et s. qui signale l'élal desprit de Boisrobert ;Tal- 
lemant: III, 243 et surtout : Boisrobert : Les Ëpistres, 1647, 
p. 27. 



LE PLAISANT ABBlî DE KOISROBEnT 233 

sons obscures, se dispense des discours obliga- 
toires et de tout surmenage académique, déclare- 
t-il hautement se charger de la partie burlesque 
de ^œu^Te. Mais le bon apôtre sait fort bien que, 
par crainte d'offenser la morale, les termes qu'uti- 
lise ordinairement sa muse verveuse en seront 
écartés '. 

Pour que l'article des statuts concernant cette 
entreprise héroïque ait quelque chance d'être 
observé, on en est réduit à la proposer, comme 
compensation, à Vaugelas. Le bonhomme vient, en 
effet, de perdre les bénéfices qu'il escomptait de 
sa délation. Le normand dont il convoit lit la 
richesse s'est soudain métamorphosé en un citoyen 
de vertu inattaquable. Boisrobert triomphe sans 
gloire. Mais ne voulant pas que son adversaire 
abandonne l'espérance de manger et redoutant 
aussi qu'il ne se récuse devant l'énormité du 1 ibeur 
auquel on l'assujettit, il se hâte d'obtenir pour 
lui une pension ^ Désormais Vaugelas, enfermé 
dans cette obligation d'endosser le travail com- 
mun, se démène au milieu des substantifs et des 



1. Pellisson : I, 79. 

2. Chapelain : 1, 358, 445; Pellisson : I, 106,107,; Tallemant: 
II, 51; Aubery : op. cit., p. 610. L'an^'cdote fameuse d'après 
laquelle Richelieu demanda à Vaug^'las s'il oublierait, dans le 
Dictionnaire, le mol Pension et d'après laquelle aussi il répon- 
dit : Non, monseign'-ur, pas plus que le mot Reconnaissance, 
est d'autant plus ridicule que, comme nous le disons ci-dessus, 
le malheureux ne fut que très rarement payé par les fiianciers 
immondes de l'époque Sur les éditions du Dictionnaire, V. 
Courtat : Monographie du Dictionnaire de l'Académie française, 
1880 ; Bulletin du Bibliophile, 1901, p. 52;). Lorsque le Dic- 
tionnaire fut publié, en 1694, les railleurs s'exercèrent contre 



234 LE PLAISANT AHBÉ DE lîOISUOBERT 

verbes, largement raillé et, presque chaque année, 
frustré de ses écus par le gros secrétaire d'Etat 
Bullion qui exècre les g-ens de lettres. 

Et, lorsqu'il présente aux séances les résultats 
fie ses enquêtes philologiques, il n'y recueille 
guère qu'absurdités. Le Père Nicolas Bourbon 
donne les avis bourrus que lui inspire sa tendresse 
unique pour le latin et Guillaume CoUetet opine 
naïvement du bonnet: 

— Je ne connois point ce mot-là, dit-il, mais je le 
trouve bon puisque ces messieurs le connoissent'. 

Si bien que La Serre, sortant avec Baudoin de 
l'une de ces séances sans lustre, éprouve le 
besoin de manifester un sentiment que Vauge- 
las ne désavouerait pas : 

— Ah ! bonhomme, s'écrie-t-il, que vous et moy 
avons bien débité de galimathias M... 

Et Boisrobert partage si bien ce sentiment qu'à 
la fin, n'y tenant plus, à Balzac qui implore des 
nouvelles, il écrit : 

Or, commençons par nostre Académie 
... Elle ne va qu'à pas lents et comptez 
Dans les dessins qu'elle avoit projettez. 

lui. Voici une épigramme amusante qui le concerne {Dibl. Ars. 
mss n» 3128, f» 135 v») : 

11 court un bruit fâcheux du grand Dictionnaire 
Qui, malgré tant d'auteurs et leurs soins importants, 

A fort étonné le libraire. 
On dit que pour le vendre il faudra plus de temps 

Qu'il n'en a fallu pour le faire. 

l.Tallemant: VII, 104, 521. 
2. Ihid., VI, 242. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 235 

... C'est là qu'on voit tous ces rares esprits 
Qui, du beau stile, ont emporté le prix. 
Séparément, ce sont autant d'oracles. 
Tous leurs escris sont de petits miracles. 
Leur belle prose avecque leurs beaux vers 
Portent leurs noms au bout de l'Univers. 
Pour dire tout enfin, dans cette Epistre, 
L'Académie est comme un vrai chapistre. 
Chacun à part promet d'y faire bien 
Mais tous ensemble ils ne tiennent plus rien, 
Mais tous ensemble ils ne font rien qui vaille. 
Depuis six ans dessus l'F on travaille 
Et le destin m'auroit fort obligé 
S il m'avoit dit : Tu vivras jusqu'au G. 

Et, ajoute-t-il, cette indolence académique, à 
l'égard du Dictionnaire, ne l'étonné pas. Il faut 
Pattribuer au fait qu'à un surcroît de besogne ne 
correspond pas une distribution supplémentaire 
d'écus.Que,dès demain,l'état des pensions englobe 
la Compagnie entière et Pon constatera avec admi- 
ration de quelles merveilles, bien sustentée, elle 
est capable, 

Car l'artisan employé sans argent 
Dans son travail nest jamais diligent. 

Par contre, si le Dictionnaire chôme, si Voiture 
préfère à ses délices linguistiques celles que lui 
réserve l'hôtel de Rambouillet, du moins se dis- 
trait-on en badinâges agréables ; 

Là, chaque autheur sa marchandise estalle. 



233 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEKT 

Tour à tour MaynarcI débite ses fines épigram- 
meset Chapelain les chants pesants de sa lamen- 
table Pucelle. Voilà comment, termine Boisro- 
bert : 

Nous nous divertissons <- 
En beaux discours, en sonnets, en chansons. 
Et la nuit vient qu'à peine on a sceu faire 
Le tiers d'un mot pour le vocabulaire, 
.l'eu ay veu tels aux advents commencez 
Qui, vers les Roys, n estoient guère advancez ^ 

Or, sa paresse mise à part, l'Académie se pré- 
vaut de bonnes raisons pour se désintéresser du 
Dictioniiaire . C'est qu'à la vérité Richelieu, réa- 
lisant ses intentions primitives, l'utilise à son 
profit II ne supporte quotidiennement d'intermina- 
bles lectures de toutes sortes d'écrits et ne consent 
à corriger les chants de la Pucelle^ susdite pré- 
sentés par Boisrobert que pour tenir davantage à 
sa merci, par cette aménité, des personnages dont 
il espère une aide efficace 2. Godeau, Chapelain, 
Gombauld, en effet ", retapent sous ses yeux ses 
harangues auparavant qu'on les imprime. Elles en 
ont, dit-on, fort besoin. Et d'autres remanient 



1. Boisrobert : Les Epistres, 1647, p. 27, A M de Balzac. 
Cette épître répond à une lettre latine de Balzac publiée dans 
Le Barbon, 1648, p. 155, puis dans Joannis Ludovici Guezii Bal- 
zacii carminum. 1650, p. 110. V. aussi, même sujet, Les Epis- 
tres, 1647, p. 154. A. M Ginesle. 

2.Tallemant : II, 53; Chapelain : I, 135. 

3. Et aussi Guyet. Mais celui-ci n'appartient pas à l'Acadé- 
mie. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 237 

ses ouvrages chrétiens '. De-ci, de-là, il commande, 
par le can il de Boisrobert, que l'on célèbre en 
vers les victoires royales -. 

Mais surtout 1 important pour lui, nous l'avons 
<lit, est de disposer de quelques salariés suscep- 
tibles d'écraser l'inferaal Mathieu de Morgues. 
Car Mathieu de Morgues, abbé de Saint-Germain, 
d'abord domestique de Richelieu et privé par lui 
de bénéfices convoités, s'est institué défenseur 
de la reine mère Marie de Médicis, réfugiée à 
Bruxelles '. De cette ville, il déverse sur l'Emi- 
nentissime un flot bourbeux de calomnies. Ses 
pamphlets glissés en cachette à la frontière et 
vendus à Paris sous le manteau surpassent en 
insolence tout ce que l'imagination peut conce- 
voir. On les recherche. On se les dispute. Ils ali- 
mentent la haine dont le ministre est environné. 
Us ridiculisent à l'exemple d'une caricature. 

1. Desmarets et un ecclésiastique : Lescot. Sur tout ce pas- 
sage, V. Tallemant : II, 3'), 48 et s. ; Montchal : Mémoires, 
1718, I, 51 La Sorbonne l'aide également à se défendre con- 
tre les libelles des théologiens. 

2. Chapelain : I, 675, 680, 682. Particulièrement pour la prise 
d'Arras. 

3. Sur Mathieu de Morgues, V. Essai sur la vie et les œuvres 
de Mathieu de Morgues, par M. Perroud dans Annales de la 
Société d'agriculture, sciences, arts et commerce du Puy, 
1863, t. XXVI, p. 205 et s. ; Mathieu de Morgues et le procès 
de Richelieu, par G. Fagniez dans Revue des Deux Mondes du 
l"" décembre 1900. Une partie des pamphlets de Mathieu de 
Morgues est antérieure à la fondation de l'Académie, mais les 
personnages qui y répondirent appartinrent tous, sauf Dupleix, 
à cette institution. Mathieu de Morgues : Recueil de laèces 
pour la défense de la Reyne mère... 1643, Charitable remons- 
trance de Caton chrestien au Roy, signale, autour d". Riche- 
lieu, la présence de ces c parasites et sicophantes » dès 1631. 



238 LE l'LAISA.NT AliliÉ DE DOISROliERT 

C'est donc à l'Académie que Richelieu deman- 
dera de le défendre \ Paul Hay, sieur du Ghas- 
telet, adversaire vaincu d'avance ; Balzac, trop 
occupé à polir ses périodes ; Sirmond « botté 
comme un solliciteur de procès, crotté comme un 
attacheur de placards, vestu de quelque habit de 
la fripperie comme un basteleur » ; Faret qu'at- 
triste toujours la perspective de quitter la bou- 
teille se joignent à Scipion Dupleix, historiographe 
de France, afin de pourfendre le redresseur de 
torts qu'abritent les Flandres 2. La lutte s'engage. 
On se traite d'âne, goinfre, simoniaque, enragé, 
opérateur du Pont-Neuf, escroqueur, palefrenier, 
galopin de cuisine, trémie de moulin. On se re- 
proche réciproquement de n'employer «queparo- 
les puantes ». 

Et, malgré leurs efforts, les académiciens et 
l'historiographe mordent la poussière. Us sont à 
cent coudées au-dessous de leur adversaire. Bal- 
zac, entre tous, reçoit un horion susceptible d'é- 



1. Au dire de Mathieu de Morgues : Recueil de pièces, 1643, 
Jugement sur la Préface... l'Académie publia, dans ce but, le 
Recueil de diverses pièces pour servir à l'histoire, 1635, 1640 et 
1649 qui est tout à la louange du cardinal. 

2. Sirmond paraît être celui de tous qui a le plus écrit en 
faveur de Richelieu. V.sur Hay du Chasteîet : Recueil de piè- 
ces précité, La vérité deffendue, etc.. ; Jugement sur la pré- 
face, etc.... Sur Balzac : Recueil de pièces, Response à la 
deuxième lettre que Ra.lzac a fait imprimer avec son Prince. 
Sur Sirmond -.Recueil de pièces, Vrais et bons avis du François 
fidèle, etc.. ; Adverlissement de Nicocléon à Cléonville,elc... ; 
Lettre de change protestée, etc.. Sur Scipion Duplcix: Recueil 
de pièces. Lumières pour l'histoire de France, etc.. La colla- 
boration de Faret à la défense de Richelieu nous est signalée 
par Chapelain : I, 97. 



LE PLAISANT ABIiÉ DE HOISUOIiKUT 239 

teindre, pour le reste de sa vie, toute velléité 
belliqueuse '. Perclus de coups, les polémistes 
du cardinal se résignent au silence. Et le Parle- 
ment, pour les venger, rend un arrêt par lequel 
Mathieu de ^lorg-ues sera « roué en effigie pour 
crime de lèze-Majesté divine et humaine » -. 

Après cet insuccès notoire sur le terrain poli- 
tique, Richelieu eût dû se tenir coi et abandonner 
l'Académie à sa tranquille oisiveté. Mais il ne 
comprit pas cette sagesse et lança la misérable 
institution en cette ridicule querelle du Cid. Là, 
Boisrobert joue un rôle éminent. Son sentiment 
personnel se clarifie à la lumière des documents : 
il partage la répugnance de ses collègues '. En 
outre, nous l'avons dit, ses origines normandes 
et une amitié ancienne le lient à Corneille. Ses 
vers splendissent parmi les pièces liminaires qui 
recommandent La Veuve au public *. 11 ne repro- 



1. Mathieu de Morgues : Recueil de pièces, Response à la se- 
conde lettre, précité. Nous voudrions, mais la place nous man- 
que, pouvoir reproduire le passage de ce pamphlet (p. 2), où 
Balzac est si merveilleusement étrillé. Jamais, croyons-nous, 
et en des termes plus agréables, ce pédant ne fut si justement 
remis à sa place dans la littérature du xvii^ siècle. 

2. Renaudot : Gazette de 1635, p. 442. 

3. Il faut on croire Gombauld : Lettres, 1647, p. 308 qui confie 
à Boisrobsrt, en des pages attristées, sa propre répugnance et 
se sait compris de lui, Sur la querelle du Cid, V. Pellisson : I, 
S6 et s., qui la résume ; Chapelain : I, 156, 159, 16S, 163, 165, 
175, i:><, 183, L3i, 135, 189, 193-194, 203, 230, 367 qui en tient 
la gazette quotidienne; Bibliographie cornélienne ; Pièces rela- 
tives ii la querelle du « Cid » publiées sous la direction d'Ar- 
mand Gasté par la Société des Bibliophiles normands, etc. 

4. P. Corneille : La Veuve, 1633, Pièces liminaires, A M.Cor- 
neille. 



'2iO LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

che guère au poète tragique que sa gaucherie et 
sa diction déplorable. Celui-ci, en effet, l'accu- 
sant un jour, étant installé sur le tiiéàtre, d'avoir 
mal [)arlé de ses œuvres : 

— Gomment pourrois-je avoir mal parlé de 
vos vers sur le théâtre, lui répond-il brusque- 
ment, les ayant trouvez admirables dans le temps 
que vous les barbouilliez en ma présence ' ? 

Assurément Boisrobert, même jaloux, n'entre- 
prendrait pis de vilipender Corneille. Mais la 
contmuation de sa fortune dépend de son obéis- 
sance aux ordres du cardinal. C'est donc Boisro- 
bert qui obtiendra de son coiipatriote son assen- 
time:it à une critique du Ciel afin que l'article 45 
des statuts académiques ne soit pas tout à fait 
violé. C'est lui qui apportera à l'Euiinentissime 
les tripot iges de Chapelain et les remettra à 
celui-ci augmentés des stupides annotations de 
l'autre. Il écrira cent missives pour diriger cette 
sotte machination. Il fera pis encore. Pour que 
son maître ne soupçonne pas sa désapprobation 
intime, il organisera, au Palais Cardinal, à l'aide 
de valets et de marmitons, une parodie burles- 
que de la tragi-comédie incriminée \ 

1. Menagiana, 1715, II, 162. 

2. Tallomant ; 11, 395. C'est à Boisrobert que nos écoliers 
doivent la fameuse absurdité qu'ils répètent pour se conjouir-, 
à l'épo (u-^ où 1 Université les initie aux délices de la contrefa- 
çon espagnole de Corneille : 

Rodrigue as tu du cœur ! — Je n'ay que du carreau ! 

Il ne faut pas blâmer Boisrobert de cette facétie. Sait-on, et 
Victor Cousin sut-il que la duchesse de Chcvreuse, étant à 



LE l'LAISANT AI5BÉ DE BOISROBEKT 241 

Mais, à l'heure où, de tous les côtés de la 
France, pleuvront les immondices de plume ; à 
l'heure où, fatie-ués de s entre-picoter, les pam- 
phlétaires décideront d'en arriver aux soufflets, 
Boisrobert, avec une joie ardente, sur l'ordre du 
cardinal, commandera de désarmer. Sa Lettre à 
Mairet arrêtera brusquement les aniniosités com- 
plaisantes ^ Excitateur involontaire de l'échauf- 
fourée, il en sera le pacificateur. 11 lui restera à 
panser les plaies d'amour propre de Corneille. 
Nous sommes assurés qu'il ne faillira pas à cette 
tâche -. 

Ainsi se termine, ou à peu près, son entremise 
entre la Compagnie et Richelieu. Mais ses pro- 
pres déboires académiques sont loin d'être termi- 
nés. Du vivant même du cardinal, il entre, avec 
ses défauts amplement découverts au monde en 
cette Comédie des Académistes que Saint-Evre- 
mond confia à la publicité des ruelles. Il y appa- 



BruxcUes, fit aussi représenter le Cid par ses domestiques ? 
V. Blbl. nil., mis iv 20633, f" 173 V». Peut-être, mais nous 
en doutons, faut-il entendre dans le sens du xvn' siècle le 
mot domestique. M"" de Chevreuse devait partager, sur Cor- 
neille, l'opinion de M'°' de Longaeville qui lui préférait Voi- 
ture. 

1. Lettre de M. l'ahbé de Boisrobert à M. Mairet (5 octobre 
1637), Rouen, Cagnard, 1894, in-8° carré do 6 p., extraite de 
Abbé Granet : Recueil de dissertations sur plusieurs tragé- 
dies de Corneille et de Racine 1740, t. 1, p. 114. 

2. Il resta, en effot, en relations amicales avec Corneille, V. 
Œuvres de Corneille, édit. des Grands Écriv. ,t. X,p.481, 484; 
Corneille: Sophonisbe, tragédie. 1662, Au lecteur. En outre, le 
poète tragique publia, en tête des Épistres, 1647, de Boisro- 
bert, des vers agréables qui louent le charme, la couleur, 
l'éclat de son génie. 

14 



^42 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

raît dans sa grâce de conteur frivole. On l'y voit 
recueillir ironiquement les dents que dissémine 
le râtelier branlant de M"' de Gournay. Il s'y 
accuse de ne posséder pas l'ampleur de génie suf- 
fisante à l'élaboration d'une ode parfaite. Il y dis- 
cute sur l'opportunité de conserver ou de suppri- 
mer les mots : or, parfois, pour ce que, d'autant 
et y propose d'enlever aux coquettes l'expression 
< à ravir » dont elles abusent. Saint-Evremond 
n'a pas voulu, cela est %-isible, dauber trop cruel- 
lement un personnage avec lequel il se sent d'étroi- 
tes affinités \ Plus tard Boisrobert souffrira de 
critiques infiniment plus mordantes. Seul Fure- 
tière l'exceptera du persiflage de la Nouvelle allé- 
fjorique ' . 

1. Saint-Evremond ; La comédie des Académisles, S. D. Elle 
fut mise en circulation vers 1637 comme le laisse présumer 
Chapelain : I, 230, 257, 258, 486 ad notam. Elle eut un succès 
considérable. On en trouve des copies innombrables dans les 
manuscrits de l'époque. Le mss Conrart, t. V, in-f», p. 1033, 
contient la dédicace orisrinale : Aux aulheurs qui se meslent de 
réformer le langage excepté Gomherville. Le nom de Boisro- 
bert paraît dans : Acte I, se. I; acte II, se. U et III; acte III. 
se. I. 

2. II est étrange que personne n'ait cité la Xonvelle allégo- 
rique ou histoire des derniers troubles arrivez au royaume 
d'éloquence, Paris, G. de Luyne, 1658, in-8°, parmi les pam- 
phlets contre l'Académie. Furetière eut pourtant, dans la 
suite, des démêlés avec cette compagnie. Cet ouvrage est le 
premier coup qu'il porte à l'institution. Certains académiciens 
y sont arrangés de belle façon et rien n'est plus agréable à 
lire que cette claire et caustique allégorie. Il y est raconté le 
combat de la sérénissime Princesse Rhétorique dont le Con- 
seil, composé de quarante barons, réside à Académie, contre 
le capitaine Galimathias. Une carte amusante la précède. Les 
troupes adverses, composées de figures de grammaire et de 
genres littéraires, sont en présence. Dans le coin droit s'élève,. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 243 

Dès maintenant il siège avec autorité au sein 
du docte cénacle dont on le considère comme le 
père et comme le nourricier. Il y représente la 
courtoisie, l'élégance, la finesse. En face du pé- 
dantisme éclatant en phrases sonores et éphé" 
mères, il se dresse comme le symbole de la sim- 
plicité. 



entourée de bastions, la forteresse Académie. Drujon : Les 
livres à clef, 1888, II. 851, prétend que Boisrobert seraitdési- 
gné par Furetière, dans \c Roman Bourgeois, '666, sous le nom 
d'un « mauvais poète de l'ancienne cour ». Rien n'est moins 
assuré. La, Boscorobertine précitée contient un passag-e fort 
haineux sur Boisrobert académicien. Cliapelain : op. cit., II, 
239, dit que Segrais remplaça Boisrobert à l'Académie. Les 
successeurs de Segrais au fauteuil de Boisrobert furent : Cani- 
piston, Destouches, Boissy, Sainte- Palaye, Chamfort, Andrieux, 
Thiers, etc. 



CHAPITRE VII 



Glorieux de sa jeune noblesse et de sa majesté 
d'abbé porteur de crosse, Boisrobert. comme il 
s'était découvert une pompeuse généalogie, in- 
vente, pour en parer sa maison et son carrosse, 
des armes parlantes. Il n'a besoin ni de d^Hozier, 
ni d'aucun autre savant en art héraldique. Son 
imagination supplée à la science \ 

Puis il songe à étonner la province de son luxe 
et de ses dignités. Il ira plus tard prendre pos- 
session de son canonicat manceauetde ses prieu- 
rés. Mais il tient à ne retarder pas la jouissance 
pécuniaire qu'il attend de l'abbaye Notre-Dame 
de Ghàtillon. C'est pourquoi, profitant de la belle 
saison et de ce que le cardinal de Richelieu guer- 
roie à la frontière, il lance son carrosse sur les 
routes de Bourgogne*. 



1. La. Boscorohertine... publiée en appendice. Ces armes ne 
nous ont pas été conservées. Le pamphlet qui en fait mention 
ne les décrit pas. 

2. Chapelain . I, 292 ad notam, dit, à la date du 9 septembre 
1638 : « L'abbé comique est près de son maistrc sur la fron- 
tière après avoir fait un voyage en son nouv^eau bénéfice et en 
avoir pris possession. » 



LE PLAISANT ABISlî Dli BOISROBKRT '2i^ 

A la hâte, il franchit les longues distances ver- 
tes que le soleil endort, traverse villes et villages, 
s'arrête à peine, le temps d'un somme ou d'un 
repas, aux auberges vautrées aux carrefours des 
chemins. Bientôt Ghàtillon-sur-Seine apparaît, 
toute grise de ses toitures d'ardoises et de ses 
remparts agriffés aux forteresses. Il y pénètre 
avec fracas et, de suite, sent peser sur ses épau- 
les la morue tristesse de ses maisons basses. De-ci 
de-là, cependant, il remarque, au passage, quel- 
ques édifices gracieux, l'hôtel de ville, pareil à un 
bourgeois assis au milieu de sa progéniture, le 
pavillon de l'Arquebuse tendant, comme pour en 
offrir Texcmpie, la gaie image d'Henri IV. Des 
promenades et des jardins, divisant les pâtés jau- 
nis des maisons, en adoucissent la morosité de 
leurs cabinets et parterres verdoyants. Mais sur- 
tout Boisrobert s'amuse de rencontrer, échelonnés 
au long des voies étroites, une prodigieuse mul- 
titude d'éelises et de couvents. N'était l'exiernïté 
et le silence rébarbatif des choses, il se croirait 
retourné à Rome, par magie. 

Cependant le carrosse rentre bientôt dans la 
campagne et se dirige vers l'abbaye de Chat illon 
dont on aperçoit, au loin, la flèche ecclésiale ^ 
Devant lui s'ouvre, ordonnancé en allées rectili- 
gnes, un cours immense, il en suit longtemps 
les voûtes ombreuses et enfin débouche dans la 



1. R. P. E. Le Grand : L'Histoire saincle de la ville de Chn- 
tillon-sur-Seine au duché de Bourgogne, 1é5I, p. 62, dit que 
l'abbayo était bâtie, au faubourg de Gourcelles, en une vaste 
campagne. 

14. 



246 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

vaste cour précédant les bâtiments conventuels. 

Au prime abord Boisrobert, frappé par lavas- 
titude et l'air austère des constructions, s'épanouit 
de contentement. Quelques chanoines, vêtus de 
robes blanches et coiiïés de bonnets carrés, lui 
souhaitent la bienvenue ^ Il trouve, pour les con- 
quérir, mille paroles gracieuses à dire tandis qu'il 
se repose, au réfectoire, devant un plantureux 
repas. Il voudrait, n'ayant pas le loisir de séjour- 
ner longtemps parmi eux, tenter d'en faire les 
serviteurs zélés de sa fortune abbatiale. Il n'ignore 
pas, cependant, que le clergé régulier souffre avec 
impatience l'ingérence, dans ses affaires, d'abbés 
commendataires qu'il accuse de le ruiner et de 
lui imposer un très dur esclavage". Il n'ignore 
pas non plus que les chanoines de la Congréga- 
tion de France ne travaillent avec assiduité que 
pour la prospérité de leur ordre. Il essaie sur eux 
sa séduction verbale. Mais il constate qu'il dépense 
inutilement son éloquence. 

A vrai dire les visages de ces religieux ne lui 
reviennent guère. Claude Esprit, avec son faciès 
d'austérité farouche ; le père Adam qui Aoile 
sous une benoîterie affectée un tempérament 
agressif et procédurier ; Michel Gauthier abon- 
dant en phrases chattemites et en gestes bénis- 

1 Figures des différents liabils des chanoines réguliers en 
ce siècle, avec un discours sur les habits anciens et modernes 
des chanoines tant séculiers que réguliers, par le P. C. du 
Molinet, 16ôt>; Abbé Féret : L'abbaye de Sainte-Geneviève et la 
Congrégation de France, 1886, I, 203. 

2. Dom Delfau : L'abbé commendataire et Vinjustice des 
commendes..., 1663 et 1673. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 



247 



seurs, lui inspirent une étrange méfiance. A 
les contempler, soumis maintenant à la réforme 
que le cardinal de la Rochefoucault et le Père 
Faure leur imposèrent avec vigueur et ténacité, 
il se souvient de leurs actes anciens et la crainte 
le pénètre. Claude Esprit excepté, qui faillit être 
victime de. sa foi véhémente et de ses prêches 
enflammés, les chanoines de Saint-Augustin, dis- 
séminés sur le territoire de France, accueillir en 
la perspective de rentrer dans la discipline avec 
injures et violences. Ils vivaient largement répan- 
dus dans les villes, abandonnant jusqu'aux appa- 
rences de leur mission évangélique. Ils se révol- 
tèrent à la pensée de reprendre, au fil des jours, 
des occupations vulgaires sans qu'aucune jouis- 
sance matérielle les en récompensât. A Chàtillon 
même on les vit séquestrer, sans autre forme de 
procès, les délégués de la commission réforma- 
trice et menacer de mort ses prédicateurs \ 

1. Gustave Laperouse : L'histoire de Chàtillon, 1837, p. 430 
et s. Pour les passages qui vont suivre, nous utilisons les 
innombrables act;îs, pièces orig-inales et papiers de toutes sor- 
tes que possèdent (série H. Fonds non classé) les Archives 
de la Côle-d'Or. Ces papiers sont rangées en dos liasses portant 
les titres suivants : Droits honorifiques des ahhés. Concordai 
entre Vahhé et ses chanoines. Préséances, Pensions, Bâtiments 
conventuels. Églises, bénéfices et cures. Baux généraux. Plans 
et Atlas. Inventaires, Procédures diverses, etc.. Nous avons 
extrait de cet amas énorme quelques actes capables d'indiquer 
les relations de notre héros avec ses chanoines. Malheureuse- 
ment plusieurs d'entre euv sont d'un mince intérêt et nous ne 
les publierons pas. Il est fort regrettable que les Registres 
capitulaires ne remontent pas au delà de 1642 et les Procès- 
verbaux de visite au delà de 1651. Gela nous empêche d'éluci- 
der d'une façon claire les démêlés de notre abbé avec ses reli- 
gieux. Les documents des .4 rchives de la Côte-d'Or sont complétés 



2 iS LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Leur aménité actuelle cache encore bien des 
bouillonnements de colère. Et c'est pourquoi 
Boisrobert appréhende le réveil de leurs âmes 
combatives. Il ne doit guère avoir avec eux que 
des relations d'intérêts. Mais ce sont, à son avis, les 
plus importantes. S'ils ne peuvent exercer aucun 
sévice sur un homme n'appartenant pas à leur 
ordre, du moins, peuvent- ils lui subtiliser ses reve- 
nus. Aussi notre abbé, considérant leurs figures 
de carême, se promet de prévenir ces velléités 
de soustraction par de valables concordats. 

Suivi de leur cohorte blanche, il visite, dès 
maintenant, l'abbaye. Or si, à la vérité, celle-ci 
fut, dans les temps anciens, bâtie pour le con- 
fort et l'aise de chanoines que les pi isirs tem- 
porels divertirent des conquêtes pirituelles, elle 
déchoit singulièrement de sa destination primi- 
tive. Les cloîtres tombent en ruines; le logis abba- 
tial n'est plus qu'un habitacle ouvert à tous les, 
vents. Le cimetière offre l'aspect d'un fourré. En 
l'église, le Saint-Sacrement n'est pas assuré d'un 
abri contre les profanations K 



par une collection particulière que conserve la Bibliothèque 
Sninfe-Geneviève et qui vient de l'ancienne abb^iye Sainte- 
Geneviève, maison principale de la Cona^régation de France. 

1. Pour la physionomie générale de 1 abbaye, V. lo Plan que 
nous publions en Appendice. Nouslavons extrait des Archives 
de la Côted'Or, série préf^itée. Dossier plans el atlas. V. aussi 
R. P. K. Le Grand : Histoire saincte de la ville de Chatillon- 
sur-Seine au duché de Bourgogne. \6^)\.Tp 61, et s , De la situa- 
tion et beauté de l'abbaye de Chàtillon et de son église. Dans 
le même ovivrage (p. 82) lauteur dit : « Le roy nomma celu3- 
qui suyt à la recommandation de M le cardinal de Richelieu, 
M. de Boisrobert qui n'a pas besoin d'autre recommandation 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBIÎRT 



249 



Boisrobert déplore cette misère d'autant plus 
qu'il va lui falloir participer, en grande partie, 
à la reconstruction de ces décombres. A mesure 
que les chanoines lui découvrent la richesse des 
cultures, la splendeur des jardins, les perspecti- 
ves riantes des forêts et des canaux, ils se hâtent 
de luiénumérer à quelles dépenses personnelles 
ils se livrèrent '. L'abbé comprend à demi-mot 
ce que cela veut dire. Il se s;iit astreint à certaines 
obligations, comme de garantir, dans l'abbaye, 
la décence des « lieux réguliers » et celle de sou 
domicile propre. Mais il n'entend pas assumer 
d'autres responsabilités. 

C'est pourquoi, au retour de sa visite, c'est 
l'homme d'affaires cohabitant en lui avec le poète 
que les chanoines trouvent attentif à leurs réclama- 
tions. Or l'homme d'affaires n'accepte pas aisément 
de payer des dettes qu'il n'a pas contractées. De 
suite, la discussion prend une tournure imperti- 
nente. Les formules juridiques remplacent les for- 
mules de courtoisie. Et l'on ne parvient pas, malgré 
tout, à s'entendre. 

Néanmoins, au milieu de ces tourments, Bois- 
robert trouve le temps de voir la ville de Ghà- 
tillon, de l'aimer, d'en apprendre les nouvelles '. 

que celle de ses ouvrages. La pointe et la netteté de son 
esprit le mettent au-dessus de toutes les louanges que ma 
plume luv pourroit donner. » V. aussi, sur l'abîiaye, Bibl. Sainte. 
Geneviève, mss n" 203.T, Description de Chàlillon (en latin). 

1. Boisrobert : Les Épistres, 1647, p. 110, 115 eut également 
des désagréments avec certains habitants de Châtillon. Ces 
deux poésies sont trop obscures pour que nous ayons pu éta- 
blir la nature de ces désagréments. 

2. Boisrobert : Les Épistres, 1647, p. 186 dit qu'il est aimé 



250 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

On le rencontre parmi les dames, aux jardins de 
l'Arquebuse. Il hante tour à tour la partie guer- 
rière et la partie ecclésiale de cette cité où, de 
temps immémoriaux, lépée et la croix se dispu- 
tent la prééminence. 11 obtient pour elle diver- 
ses g-ràces royales, diminution de taille, déchar- 
gement de garnison, exemption de logements 
militaires en reconnaissance de quoi le maire et 
la population s^unissent pour lui offrir tel jour 
75 aunes de tapisserie brodée de ses armoiries 
et tel autre un merveilleux service de vaisselle 
d'argent K 

Si Ghâtillon lui réserve des chagrins dont 
s'attristera son existence abbatiale, il y récolte 
aussi de joyeuses anecdotes qui les lui font ou- 
blier*. Ces anecdotes, d'ordinaire il les va cher- 
cher parmi le monde pullulant des ecclésiastiques. 
Car aucune ^dlle de France, nous l'avons dit, ne 
donne asile à une telle fourmilière d'ordres reli- 
gieux. Capucins, cordeliers, feuillants, bénédic- 
tins, minimes, voisinent avec ursulines, carmélites 
et bénédictines. Leurs couvents, leurs monastè- 

à Ghâtillon, qii on l'y considère comme le premier de la ville 
et qu'il ne soulTrirait pas d'y être exilé. 

1. En 1639 et 1640. Registres de la Chambre de ville, cités 
par Laperous.; qui donne p. iV2 et s. une notice sur Boisroberl 
d'après la Biographie universelle . 

2. Il correspond également, pour dissiper son ennui, avec 
ses amis de Paris. V. Les Epistres, 1647, p. 154, .4 M. Ginestc. 
Il lui raconte avoir vu Somaize en Bourgogne et lui demande 
des nouvelles du Palais et de la Place Royale. Il le supplie 
de s'entendre avec Renaudot pour lui fournir une gazette, il 
s'informe de l'.Académie, de l'iiôtel de Bourgogne et du Marais. 
Il souhaite savoir ce que deviennent Faret. Rossignol et sa 
femme, etc.. 



Li: PLAISANT ABBl': DE I50ISR0BERT 251 

res, leurs églises composent des quartiers où reten- 
tissent leurs chants diurnes et leurs psalmodies 
nocturnes. A considérer ces quartiers sévères où 
s'effilent vers le ciel les flèches dentelées des 
chapelles, on croirait la quiétude et la vertu fixées 
en leurs méandres obscurs par la prière et la 
mortification. Mais les pierres des bâtisses n'ont 
pris cet air farouche que pour mieux celer le 
murmure voluptuaire qu'elles enveloppent et 
écarter l'indiscrétion. 

Boisrobert n'<i qu'une question à poser pour 
qu'on le renseigne sur l'hypocrite austérité de 
ces murailles. Et c'est d'un cœur réjoui qu'il 
écoute les confidences verveuses des Ghâtillon- 
nais. Il apprend que partout, l'observance des 
saintes pratiques étant tombée en désuétude, moi- 
nes et religieuses, avec outrecuidance, instau- 
rent, sur terre, un paradis anticipé. Et l'histoire 
de Rose Le Bourgeois, abbesse du Puit d'Orbes, 
lui procure une hilarité intérieure dont s'offense- 
raient fort ses interlocuteurs, s'ils la pouvaient 
surprendre. François de Sales vint jadis morigé- 
ner cette abbesse adolescente qui, établie en les 
bois de Verdonnet, transformait en bordel son 
monastère bénédictin. Il l'obligea à installer en 
ville le troupeau dont elle conduisait si délibéré- 
ment les destmées. Mais le doux apôtre mourut 
sans avoir triomphé du démon dont la benoîte 
dame se sentait délicieusement possédée. 

A cette heure, Boisrobert peut, de ses yeux, 
contempler le scandale qu'elle donne pour la 
satisfaction de qpielques instincts méprisables. 



:Jj2 le plaisant ABBE DE BOISROBERT 

Car, lui apprend-on, il ne lui suffit plus d'avoir 
« débord secret » avec les brebis confiées à sa 
sauvegarde. Elle les « bazarde » et prostitue afin 
de posséder, aux régions infernales, quelques 
compagnes gangrenées de vices comme elle. Les 
festins succèdent aux bals en sa maison et. par le 
moyen de souterrains mystérieux, les hommes 
capables d'éteindre son ardeur atteignent à son 
alcôve. Les séculiers d'ailleurs peuvent à leur 
gré, s'ils en sentent quebjue envie, pénétrer par 
toutes les issues et même franchir d'un pied allègre 
les fenêtres débarrassées de grillages. Aux gail- 
lardes religieuses tjui trouvent une saveur à forni- 
quer, Rose Le Bourgeois témoigne une douceur 
approbative. Par contre. aidée d'une servante « de 
vie très sale et très mmvaise », elle injurie, bat, 
emprisonne et affame celles qui persistent à s'afîa- 
dir aux pieds d'un Christ désespérément immobile. 
Vainement Mgr Sébastien Zamet essaya-t-il 
de purifier cette abbesse empoisonnée d'une per- 
versité démoniaque. Elle lui défendit sa porte 
non sans l'avoir cruellement outragé. L'interdit 
aussi bien que l'anathème glissèrent sur elle 
comme une onde glisse sur une surface polie. Dès 
maintenant, enfermée entre ses murs maudits, il 
semble qu'elle n'ait plus à redouter la vindicte 
ecclésiastique. Elle étale paisiblement ses stupres, 
payant l'amour qui se détourne d'elle et déver- 
gondant les dernières ouailles que la crainte rete- 
nait aux limites du péché *. 

1. Loperouse : op. cil., p 489 et s. Ce couvent fut plus tard 
(1643) péniblement ramené à la règle. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 253 

Assurément Boisrobert, en prévenant son maî- 
tre, pourrait remédier à ces égarements comme 
il remédia jadis aux égarements du clergé rouen- 
nais. Mais personne ne l'en charge et ses affaires 
personnelles le préoccupent davantage. Bientôt, en 
effet, désireux d'accommoder son différend avec 
ses chanoines, il rejoint à la frontière le cardinal 
de Richelieu et regagne Paris en sa compagnie ^ 

Etjdès l'arrivée en la capitale, il se rend au cœur 
même de la Congrégation de France, en cette 
abbaye Sainte-Geneviève qui dresse, au mitan du 
royaume, comme un tabernacle de sainteté. Le 
Père Faure et le Père Boulart, sous la gouverne 
du cardinal de la Rochefoucault, en assurent, 
alternant leurs généralats triennaux, avec sagesse 
et édification, la durable prospérité. Tous deux, 
revêtus de la blanche robe à haut col, portent 
une égale certitude de leur foi. Le Père Faure 
présente à la vie un visage ascétique couvert 
d'une barbe courte qu'accidente la ligne pure du 
nez et qu'é -lairent des yeux graves. Une physio- 
nomie de sacristain aux prunelles fuyantes dépa- 
rerait un peu le Père Boulart s'il ne rattrapait 
cette disgrâce physique par l'énergie et la véhé- 
mence dont témoignent ses gestes ^ 



1. Chapelain : I, 292 ad notam. 

2. La Bbl. Sainte-Geneviève possède leurs portraits par 
Rousselet. P<>ur leurs vies, V. La vie du R. H. Charles Faure, 
1698, in-i° ; Bibl Sainle-Gcnevièvejnss ii^^nas, 654, 6bb et s. et, 
en général, V. le Catalogue des manuscrits de la Bibliolhèqae 
Sainte-Geneviève par Charles Kohler, 1896, qui renvoie à un 
grand nombre de manuscrits. Les dates de leurs généralats 
sont indiquées dans Abbé Feret : op. cit., passim. 

15 



254 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Boisrobert les connaît de longue date et les 
admire. Souventes fois il eut et aura l'occasion de 
présenter à Richelieu leurs requêtes, soit qu'ils 
souhaitent des audiences, soit qu'ils sollicitent 
en faveur de leurs innombrables procès \ Il croit 
donc leur pouvoir soumettre son différend de 
Ghàtillon avec l'espoir qu'ils l'accommoderont. 
Mais les religieux lointains ont sans doute déjà 
donné leur sentiment. Il trouve des personnages 
prévenus, réticents, qui promettent sans s'enga- 
ger, parlent avec emphase des droits de la com- 
munauté. Cette attitude inattendue le déferre un 
peu. Il se retire sans conclure. Et brusquement, 
au sortir de l'abbaye, sans réfléchir qu'il se lance 
en une voie périlleuse, il invoque l'arbitrage du 
conseil royal qui, pense-t-il, réduira à de justes 
proportions les exigences de son troupeau indo- 




SlGNATURE OFFICIELLE DE BûISROBERT 

1. Bibl. Sainle-Geneviève, mss n" 327 5, fol. 426, 428, 430, 434» 
438, 442. Lettres autographes inédites de Boisrobert aux R. P- 
Faure et Boulart. Il y est question dun procès que la Congre, 
gation soutient au Parlement, contre les jésuites. Boisrobert 
intercède auprès du cardinal à plusieurs reprises. Nous pu- 
blions ces lettres à Tappendice. 



Llî PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 'lOJ 

cile. Dès iops, de part et d'autre, les requêtes à 
Louis XIII, aux évoques de Langres et d'Auxerre, 
Sébastien Zamet et Pierre de Broc, se succèdent 
sans interruption. Des accalmies suivent les sen- 
tences et les arrêts, mais les promesses non tenues 
suscitent nouvelles requêtes et nouveaux appels 
à toutes juridictions compétentes. Enfin, après 
des années de procédures dispendieuses et vai- 
nes, des amitiés réciproques s'entremettant, on 
aboutit à un concordat à l'amiable, lequel fixe les 
obligations de chaque partie et rend à la sérénité 
les âmes surchargées de colère '. 

Tout en conduisant avec àpreté cette affaire à 
son dénouement avantageux, Boisrobert ne laisse 
pas de s'intéresser à bien d'autres. Il suit dans 
ses déplacements le cardinal qui lui abandonne 
la correspondance littéraire ". A peine dispose- 
t-il de quelques semaines pour un repos bien ga- 
gné à Balzac \ Encore Richelieu le rappelle-t-il 
bientôt sentant désolément l'étreindre la solitude 
en son absence. Ce n'est point qu'il ne sache se 

1. Archives de la, Côte-dOr, série précitée ; Bibliothèque 
Sainte-Geneviève, mss n" 629, f" 284, 293, 294; mss n° 630,f°292; 
mss n" 635, f° 30s ; et mss n° 3275, fol. 446. Toutes les pièces du 
procès sont analysées par nous à l'appendice. Il n'est donc 
pas nécessaire que nous en donnions ici une énumération 
fastidieuse. Le concordat dont nous parlons est daté du 6 août 
1640. 

2. Nous le voyons, en effet, écrire d'Amiens aux R. P. Bou- 
lart et Faure. Quelques-unes de ses lettres sont également da- 
tées de Ghauae. Balzac : op. cit., I, 463, nous signale sa pré- 
sence en Picardie pendant la guerre. 

3. Lettres de M. de Balzac à M. Chapelain, 1656, p. 368. Ce 
voyage eut lieu en 1639. V. aussi Balzac: Œuvres, 1665, I, 246 
qui, dès 1634, souhaite sa présence en son château. 



256 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

distraire, utilisant à cela les ressources d'une ima- 
gination gamine, raillant son entourage et inven- 
tant, pour la félicité de rire, d'étonnants tabari- 
nages ^ Mais l'astuce de Boisrobert le divertit 
davantage que les meilleurs tours des bateleurs 
du Pont-Neuf. 

Boisrobert sait que son maître n'admet, parmi 
ses pnges, que fils de hauts seigneurs, qu'il les 
instruit, les façonne et les destine aux charges 
importantes du royaume ^. Or, un président au 
Parlement de Dijon souhaite introduire sa pro- 
géniture en cette phalange raftinée. Notre poète 
entretient inutilement de ce souhait Richelieu. 
Néanmoins il ne se rebute pas. « Envoyez ce gar- 
çon, écrit- il au président, le plus brave que vous 
pourrez. » Et lorsque l'adolescent se présente, 
Boisrobert effrontément dit à 1 Eminentissime : 

— Monseigneur, le page que vous m avez pro- 
mis de prendre est arrivé I 

— Moy ? 

— Ouy, monseigneur ! 

— Je n'y ay pas songé. 

— Hé ! monseigneur, parlez bas, il est là ; s'il 
vous entendoit, vous le désespéreriez. 

— Moi, je vous l'ai promis ? 

— Ouy, monseigneur. Ne vous souvient-il pas 
que ce fut un jour que M. le prince vous vint 
faire la révérence ? 

1. Tallemant : II, 44 et s., 187, 450 et s, ; V. 94 et s., 176, 319,- 
Furetieriana, 1696, p. 328 et s . 335. Quelques-unes des anecdotes 
rapportées par ces chroniqueurs sont véritablement d'un haut 
comique. 

2. Aubery : op. cit., p. 612-613 ; Tallemant : II, 393. 



LE PLAIDANT ABBH DE BOISIIOBERT 2jJ 

Richelieu stupéfié ne sait plus qu'ajouter. Une 
telle assurance le désarme et il finit par croire 
que réellement, par inadvertance, il fit cette pro- 
messe. Et le page, de cette manière imposé, gros- 
sit sa domesticité ^ 

Et ce n'est pas la seule occurrence en laquelle 
Boisrobei-t force le cardinal à l'écouter malgré sa 
volonté contraire. Pour avoir brutalement bâ- 
tonné Mgr de Sourdis, archevêque de Bordeaux, 
le maréchal de Vitry, celui-là même qui procéda 
à l'exécution du maréchal d'Ancre, tàte de la Bas- 
tille *. Le régime semble un peu sévère à un 
homme qui, se targuant d'avoir délivré le royaume 
de ses parasites, s imagine désormais intangible 
et comme revêtu d'une dignité sacrée '.Mais Ri- 
chelieu l'accuse de conspirer contre lui et cette 
bastonnade s'offre à souhait pour exercer sa ven- 
geance. En outre, il ne souffre pas que l'on tou- 
che aux prélats qui, autour de lui, bouffonnent 
pour son agrément. 

Vitry donc se morfond à la Bastille et cherche 
le moyen d'en sortir. Que faire? Il prie Boisrobert 
à dîner et, connaissant sa gourmandise, le gorge 
de mets rares et de vins exquis. Le poète s'atten- 
drit toujours devant une bonne taljle. Ce jour- 
là le bourgogne lui enlève toute présence d'es- 
prit. Il en arrive à déplorer l'embastille ment de 
son hôte et quasiment à accuser son maître de 

1. Tallemant : H. 393. 

2. Laporte : Mémoires. l^Sô, p. i94et s. ; Tallemant: 11,338 ad 
notam ; Gazette de Renaudot de 1637, p. 700. 

3. Retz : op. cit., I, 51. 



258 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

cruauté. C'est le moment que le maréchal choisit 
pour le circonvenir. Boisrobert, sur sa prière, 
plaidera sa cause auprès du cardinal. Il lui en 
arrache la promesse solennelle. 

Et voici notre homme, au sortir de la Bastille, 
fort embarrassé. Néanmoins, le soir venu, il entre 
dans la chambre de l'Eminentissime. 

— Ah ! voylà Le Bois, voylà Le Bois, s'exclame 
celui-ci. Eh 1 bien, Le Bois, quelles nouvelles ? 

— Monseigneur, je vous diray premièrement 
que jay fait aujourd'huy la plus grande chère du 
monde. Vous ne devineriez pas où: à la Bastille;, 
dans la chambre de Al. de Vitry ! 

— Ouy, dit le cardinal. 

— Monseigneur, vous ne seauriez croire qu'il 
est devenu sçavant. Il m'a voulu prouver par des 
passages des Pères que frapper un évesque n'est 
pas un crime. 

— Ah ! Le Bois, vous estes donc censeur du 
roy ? Le roy a blasmé son action et veut qu'il 
soit puny ! Ah ! vraiment, vous faittes le petit 
ministre ; je vous trouve bien insolent. 

— Vous avez raison, monseigneur, punissez- 
moy ; ordonnez tout ce qu'il vous plaira contre 
moy si je parle plus d'affaires d'Estat. 

Un instant silencieux, il attend son châtiment. 
Puis il reprend : 

— Monseigneur, vous m'aviez donné commis- 
sion de voir messieurs de l'Académie. Je l'ai fait 
comme vous souhaitiez. 

Et il rend compte exactement de son mandat. 
Puis : 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT ^59 

— Mais., monseigneur, on m'a chargé encore 
de vous dire... 

— Est -ce affaire d'Estat? interrompt le cardinal. 

— Non, cen'est point affaires d'Estat... que M. le 
mareschalde Vitry donnera deux cent mille livres 
à sa fille en mariage et que vous luy fassiez l'hon- 
neur de luy donner qui vous voudrez pour mary. 

— Tout beau. Le Bois... 

— Monseigneur, ajoute Boisrobert pour rom- 
pre les chiens, j'ai communiqué votre ordre à 
M. le chancelier. Il m'a dit qu'il serait fait selon 
vos désirs. Je suis allé ensuite commander les 
confitures pour le ballet... 

Successivement il énumère les diverses com- 
missions qu'il effectua durant la semaine. Et, de 
nouveau : 

— Attendez, monseigneur, j'ay encore charge 
de vous dire que M. de Vitry a un grand garçon 
bien fait, bien nourry, qu'il vous offre ; ordonnez 
de luy comme vous voudrez. 

— Ah ! Le Bois... 

— Monseigneur, ma dernière commission es- 
toit... 

Et la comédie continue jusqu'à ce que Boisro- 
bert, arrêtant chaque fois les protestations du 
cardinal, ait achevé de dire sa râtelée en faveur 
du maréchal de Vitry. Si bien que le prélat, forcé 
d'entendre, s'écrie, moitié colère et moitié riant: 

— Ce vilain me dira tout sans que je m'en 
puisse fascher ' ! 

1. Tallemant : H. 391-392. 



2t>0 LE PLAISANT ABBL DE B3ISR0BERT 

Or si Boisrobert exerce sur son maître une in- 
fluence à ce point audacieuse, c'est qu il lui rend, 
en outre des services officiels, des services ina- 
voués '. Car le ministre, en endossant la robe, n'a 
pas renoncé aux vanités de ce monde. Les pam- 
phlets qui incriminent ses mœurs voisinent avec 
ceux qui incriminent sa politique. Nous avons dit 
que les femmes exécraient son pédantisme en ga- 
lanterie. Néanmoins, et quelque secours qu'il de- 
mande à la religion contre sa nature sensuelle, il 
ne se peut empêcher de les rechercher. Ceux, dit 
ïine épigramme, 

qui flattent Son Eminence 
De la vertu de continence 
Prennent, je crois, leur fondement 
Sur cette maxime qu'à Rome 
Un prélat passe pour saint homme 
Qui fait l'amour secrètement \ 

Unanimement les contemporains, et iM™" de 
Motteville elle-même, proclament sa tendresse 
persécutrice pour la reine Anne d'Autriche '. 
Mais de cette reine non plus que des hautes 

i. A cette époque la famille du cardinal n'essaie plus de dé- 
truire cette influence. D'ailleurs Boisrobert la captive de main- 
tes flatteries. V. Ch^ipelain : I, 450,461. Boisro'jcrl célèbre, en 
im sonnet qui ne nous est pas resté, l'élévation au maréchalat 
du duc de la Meilleraye. 

2. Letablt-au de la vie "t du Gouvernement de MM. les cardi. 
naux Richelieu et Mazarin, 1694, p. 73. 

3. Motloville : I, 2.S ; Tallemant : I, 402; Les amours d'Anne 
'l'Autriche épouse de Louis Xfll avec M. le G D. R..le vérita- 
ble père de Louis XIV, aujounlhui roi de France, 1693, etc.. 
Nous avons déjà donné nos sources. 



LE PLAISANT ABBE DE B0ISR013ERT 261 

dames qu'il harcela, il n'obtint e-uère que raille- 
ries. Force lui fut donc de solliciter des volontés 
moins inaccessibles. A l'heure de sa vie qui nous 
occupe, tr<-)is femmes se départagent ses loisirs 
voluptueux: Marion deLorme, les duchesses d Ai- 
guillon et de Chaune \ 

Pour Marion de Lorme d'indiscutables témoi- 
gnages subsistent de ses relations avec le cardi- 
nal. Celui-ci en souhaite les faveurs au moment 
même où le poète Vallée des Barreaux les détient 
quasiment sans partag-e-. Cinq-Mars suscite ce dé- 
sir en dépeignant avec éloquence les attraits de la 
succulente pécore. Et Boisrobert, aussitôt, sur Tor- 
dre de son maître, manigance le maquerellage *. 

Au dire d'un faiseur de romanceros galants, 
c'est par rentreuiise de Ninon de Lenclos, son 
amie, que notre abbé parvient jusqu à Marion de 
Lorme et lui manifeste le vœu cardinalice. La 
jeune femme accepte de se rendre à Ruel, avec 
une arrière -pensée de raillerie. Boisrobert endosse 
la responsabilité de la collation magnifique et 
des concerts qu'on lui offre tandis que Richelieu? 
caché, apprécie si le morceau vaut réellement 
qu'il s'en préoccupe. 

1. Gui Patin : op. cit., I, 494. V. aussi, BibL nat., mss 
n-' 2036, suppl. P p 44. Segrais : OEavres. 1755, II, 133 ajoute 
aussi Ninon Je Lenclos, mais les preuves de cette liaison ne 
sont pas concluanles 

2. Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes tant en 
prose qu'en vers, 1667, i[.-2\A,Slances sur ce que l'auteur iDes 
Barreaux) estait mieux auprès de sa mai>tresse (Marion) que 
M. le cardinal de Richelieu qui estait son rival. 

a.Tallemaiit : II, 42 dit que le maquercUage fut fait par Des 
Bournais, son valet de chambre. 

15. 



262 LE PLAISANT ABlîÉ DE BOISROBERT 

Or le sens ravi de la vue fomente chez lui 
celui du toucher. Bientôt, en habit de satin gris 
de lin, brodé d'or et d'argent, bottes et chapeau 
à plumes, comme un muguet, il attend dans sa 
chambre la jeune femme. Elle y vient, toute fré- 
tillante et prête au sacrifice. Mais cette barbe 
en pointe, ces cheveux embroussaillés autour 
des oreilles, la gêne réciproque la détournent 
de toute sincérité dans l'action et aussi, il faut 
le dire, l'avarice du prélat qui lui dispense quel- 
ques maigres écus et une paire de chenets d'ar- 
gent. Elle ne sent aucune envie de renouveler 
l'expérience. 

Richelieu de son côté ne peut croire que cette 
courtisane le dédaigne. Il attribue sa tiédeur à 
l'amour qu'elle porte à Des Barreaux. Sa jalou- 
sie se déchaîne. Il lance un ultimatum au poète, 
lui proposant la fortune en échange de sa maî- 
tresse. Or Des Barreaux, bien qu'il se moque 
intérieurement de toutes les femmes du monde, 
affecte de ne point céder et de prendre pour une 
facétie l'ultimatum du ministre. C'en est assez 
pour qu'à jamais il soit écarté des honneurs. 
Peu après, il est obligé de quitter Paris, à son 
dire « pour écrémer les délices de la France », 
mais en réalité parce qu'il redoute de finir ses 
jours à la Bastille. 

Et néanmoins la liaison du cardinal s'achève 
burlesquement comme elle avait commencé. Car 
Marionde Lorme dispose de son corps à sa fantai- 
sie et trouverait excessif qu'un prince de l'Eglise 
voulût diriger en elle autre chose que son âme. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 263 

Elle répand partout l'histoire des chenets d'ar- 
gent. Le ministre ridiculisé n'a plus qu'une res- 
source pour arrêter les racontars : enfermer la 
jeune femme aux Madelonnettes, Mais il n'ose en 
arriver là de crainte d'avouer sa défaillance ^ 

Heureusement deux autres femmes le consolent 
de ses mécomptes et lui prodiguent les adoucis- 
sements que nécessite son ardeur. L'une, M"' d'Ai- 
guillon, lui est attachée par des liens de parenté 
étroits. Fille de Françoise de Richelieu et nièce 
conséquemment du cardinal, elle descendit, en 
même temps que la sainte famille, du bocage ven- 
déen, à l'époque où le prélat prenait en mains 
l'administration du royaume. On la vit longtemps 
dévote et souhaitant l'oubli édifiant du Carmel. 
Elle affecta d'être violentée pour rentrer dans le 
monde et dès qu'elle y fut intronisée s'y comporta 
comme ses pareilles. Elle eut seulement, au con- 
traire de celles-ci, deux faces caractéristiques : 
benoîte d'une part, se tuant en pieuses fondations, 
coquette de l'autre, lançant des modes, fréquen- 
tant en habits extravagants les Tuileries, le 
Cours, le Louvre, donnant bals et festins, courant 
la comédie ^. 



l.Tallemant : II, 42; IV, 62 et s. ; Retz: op. cit., I, 18; Gui 
Patin : op. cit., I, 49 i ; Gaspard de Chavagnac : Mémoires, S. 
D., p. 49 ; Vanel : Intrigues galantes de la Cour de France, 
1695, II, p. 187 et s. : Frédéric Lachèvre : Jacques Vallée Des 
Barreaux, sa vie et ses poésies, 1907, p. 61 et s. V. aussi, Bihl. 
nat. F*" niss a° 4529, p. 39 qui contient une anecdote d'après 
laquelle Richelieu et Des Barreaux auraient vécu dans une 
familiarité surprenante. 

2. Mathieu de Morgues : Recueil de pièces précité, La vérité 



2G4 LE PLAISANT ABBE DE BOISKOBERT 

Elle feignit, devenue veuve du lourdaud Comba- 
let, la cruauté à l'égard de ses soupirants *. On 
lui prêta des ambitions vers les lys de France^ et 
aussi des inclinations hors nature '. Nulle femme 
ne connut davantage qu'elle les louanges et la 
réprobation. Il apparaît très nettement, dans Tinex- 
tricable monceau de paperasses qui la concerne, 
imprimés et manuscrits, que sa beauté miracu- 
leuse, toute la saveur de son corps harmonieux 
et potelé, fut, dès Forigine, dédiée par elle au car- 
dinal de Richelieu. D'oncle à nièce, il n'y eut tout 
d'abord que rapports normaux, qui peu à peu 
s'adoucirent en familiarité plus tendre. Un vo- 
lume ne suffir lit point à souligner les étapes de 
cette passion. Toujours est-il que la jeune femme 
renonce volontiers aux époux que sa jeunesse et sa 
splendeur physique multiplient devant elle. Elle 
se consacre sans restriction au ministre jusqu'à 
devenir sa majordome, s'occupant de son linge et 
vendant son vin *. Elle adopte ses penchants lit- 

'léfendue, etc., p. 23. Sur les fêtes et comédies qu'elle donne, 

V. Bib nat . mss n"^ "îi^ô^^, p. 245 v° et s, ; 20334, p. 322 v°. 

1. Bibl. nat., mss n» 12491, Les roquenlins de la Cour en 16î4. 



3. Ibid : 



Combalet, je te conjure 
D'aymerune créature. 



Combalet l'impératrice 
A de grands maux de matrice 
La puissante herbo de lys 
Les auroit bientôt ^aris. 



.■1. Avec M™» du Vigean. 

i. Brièle : op. cit., p. 300; Bibl. nal., mas n" 20831, f° 28S. 



LE PLAISANT ALIBL DE BOISROUEUT "2bj 

téraires bien que ses goûts, plutôt bourgeois, la 
détournent de toute littérature. On la voit récom- 
penser les poètes '■ et protéger les auteurs drama- 
tiques ^ uniquement parce que le prélat apprécie 
leur commerce. Elle ne se montre à lui que tou- 
jours « sous les armes », parée de bouquets et la 
gorge découverte '. 

Si bien que la calomnie s'en mêle. Lorsque 
Marie de Médicis chasse de son entourage M"^ d^Ai- 

Montauron achète à M""» d'Aiguillon 100 muids du vin de Ruel 
au prix de 100 Uvi-cs le muld. 

1. Voici quelques dédicaces de poètes et épistoliers :Poesîes 
de M.Aldimary, 1630, p. 13; OEiirres poétiques du sieur Desma.- 
rels, 1641, p. 67, 68; La Lyre du sieur Tristan, 1641, p. 87 ; 
lucres poésies de M. Colletet, 1642, p. 28; Nouveau recueil des 
bons vers de ce temps, 1646, p. 18; Le cabinet de M. de Scu- 
déry, 1646, p. 102 ; Les /.oésies de J. Pilet de la Mesnardière, 
1656, p. 55 ; La muse naissante du Pet t de i5eauc/ias<eai/, 1657, 
2» part., p. 36'; Sai it-GHbrlel : Le mérite des Dames, 1657, 
p. 296 ; Ran^ouze : Lettres panéfiyriques aux plus grandes 
reynes du mo«c/e, 1650, p. 71 ; D'AndlUy : Lettres, 1676, p 212; 
Godcau : Lettres, 1713, p. 247. \I"= d'.A.iguillon est Damoxède 
dans Somaize. Pour sa biographe; générale, V. comte de Bonneau 
Avenant : La duchesse d'Aiguillon, 18S2 Ce volume est très 
incomplot. Il ne porto pas la plupart des références que nous 
donnons et une multitude d'autres que nous ne donnerons pas 
pour ne pas allonger inutilement la biblio,:;raphle d'un person- 
nage secondaire de notre œuvre. Il est écrit dans un esprit es- 
sentiellomoiit co fesslonnel et, nalurLlloment, tout ce qui 
amoindrirait le caractère de la duchesse en est soigneusement 
éliminé. Inutllr; donc d'ajouter que les faits ci-dessus ne paru- 
rent point, à M. de Bonneau-Avenant, dignes, s'il les connut, 
de retenir son attention. 

2. Parmi les pièces qui lui sont dédiées, citons : Scudéry : 
Le trompeurpuny.l6S3 ; L'Amour tyrannique, 1639; Corneille : 
Le Cid, 1637 ; Rotrou : Agesilan de Colchos, 1637 ; Mairet : 
L'illustre Corsaire, 1640 ; Du Ryer : Alcionée, 1640 ; Gilbert : 
Marguerite de France, 1641 ; Puget de la Serre : Thomas Mo- 
rus, 1642. 

3. Tallemant : II, 163 et s. 



'26ij Ll. ILAISANT ABBÉ DD BUISROBERT 

guillon ou attribue cet acte à la jalousie '. Et tou- 
tes les plumes, au cours des années, commentent, 
parfois avec des outrages, l'intimité de l'oncle avec 
la nièce et l'élévation progressive de celle-ci aux 
plus hautes dignités ^ 

Boisrobert sert-il à lune et à Tautre dans cette 
intrigue? On l'a prétendu sans aucune preuve cer- 
taine ^ Pour nous l'abbé demeure en cette aven- 
ture un spectateur réjoui. D'ailleurs la duchesse 
ne le peut supporter et cela mieux que tout indi- 
que qu^elle ne l'a point choisi comme confident 
de ses affaires de cœur. Davantage nous penche- 
rions pour ringérence de Boisrobert dans les ma- 
nœuvres de la duchesse de Ghaune. Nous le ren- 
controns, en effet, au château de celle-ci à l'époque 
où elle y traite magnifiquement Richelieu *. Mais 

1. Histoire secrète du cardinal de Richelieu, ou ses amours 
avec Mariede Médicis et M"" de Comhalet depuis duchesse d'Ai- 
qnillon, 1808. 

2. Tallemant : II, 161 et s.; Le tableau de la vie et du gou- 
vernement de MM. les cardinaux Richelieu..., 1694, p. 25, 53, 
61, 62, 67, 68, 69, 74, 78, 105, 132, 133, 134,135, 136. M. Roca : 
Le règne de Richelieu, 1906, p. 25 et s. s'est bénévolement 
imaginé qu'il apportait force inédit sur cette question. La plu- 
part des épigrammes citées par lui se trouvent déjà imprimées 
dans Le tableau. On les retrouve, en outre, dans les chanson- 
nières manuscrits, des BiLZiof/iègzies nationale, de l'Arsenal, Maza- 
rine,Saint-Fargeau, etc.. Nous ne donnerons pas ces épigram- 
mes dont quelquas-unes sont furieusement haineuses. 

3. Bibl. de Chùlons-sur-Marne, mss n» 482, Xotice biogra- 
phique et littéraire sur Boisrobert, par J. Garinet. Cette no- 
tice, demeurée inédite, contient un passage relatif au rôle de 
Boisrobert. L'auteur prétend que notre poêle aurait écrit les 
vers qu'échangeaient le cardinal et sa nièce. Malheureusement 
ces vers, tirés de l'Histoire secrète du cardinal de Richelieu 
précitée, n'ont aucun caractère d'authenticité. 

A. Bibl. Sainte-Geneviève, mss n" 3275, î" ii2. Lettre au R. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT '267 

nous ne possédons pas d'éléments qui nous per- 
mettent d'affirmer cette ingérence. D'ailleurs le 
cardinal est plutôt recherché par la duchesse qu'il 
ne la recherche lui-même. Elle fait tout au monde 
pour qu'on la croie favorisée. Sans doute ne 
s "y efîorce-t-elle pas vainement, car les duchesses 
ne pullulent guère dans l'alcôve du ministre. Les 
dons somptueux qu'elle reçoit tendent à établir 
une certitude. Mais parce que la dame touche à 
la maturité et que Louis XIII aiguise ses maligni- 
tés, Richelieu ne tient pas à s'enorgueillir de 
cette conquête. A Bautru qui en parie avec trop 
de liberté, il promet une sévère bastonnade. 

Et voici qu'un étrange incident se produit c|ui 
vient davantage encore lui conseiller la prudence. 
M""" de Chaune, un jour de printemps, se pro- 
mène en carrosse sur le chemin de Saint-Denis. 
C'est au plus beau moment de sa faveur. Dis- 
traite, elle sourit aux promesses de l'avenir. 
Soudain cinq cavaliers masqués arrêtent son atte- 
lage. Elle croit à une attaque de détrousseurs. 
Point du tout. On n'en veut point à sa bourse. 
Avant qu'elle ait eu le temps de se défendre, elle 
reçoit au visage le contenu d'un flacon d'eau- 
forte. Par bonheur, son bras, levé instinctivement, 
la préserve. Elle est à peine atteinte. Le coup 
est manqué. 

Mais elle réfléchit et se demande qui donc peut 
avoir intérêt à la défigurer. Elle découvre aisé- 

P. Boulard, datée de Chaune 14 (oct. 1640). Boisrobert est, 
dans tous les cas, en relations certaines avec la duchesse, V. 
Les Epislres, 1659, p. 21. 



268 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

ment la coupable, et, bien qu'elle se garde de 
porter plainte, les médisants arrivent comme 
elle à accuser de cet attentat la duchesse d'Ai- 
guillon *. Personne d'ailleurs n'ose murmurer 
contre cette vilenie. L'infante aux yeux de per- 
venche, cachée derrière le cardinal, est inacces- 
sible aux représailles. 

Du moins son acte la condamne t-il. Elle est 
jalouse : donc elle aime. Et, en vérité, elle aime. 
De quelle sorte d'amour bizarre, cupi le, ambi- 
tieux ? Nul ne le saurait dire. 11 lui inspire cependant 
parfois des démarches judicieuses. Car Richelieu 
dont la lucidité politique attire 1 admiration, ne 
parvient pas à se débarrasser, malgré les insuccès 
et les quolibets, de sa manie théâtrale. M'"' d'Ai- 
guillon le voudrait désillusionner et ainsi pré- 
server du ridicule. Justement il s'épuise, à ce 
moment, à bâtir le sujet et à écrire les vers de la 
Grande Pastorale. 11 n'aperçoit point Mutour de 
lui cette sollicitude en éveil. 11 appelle Boisrobert 
et le charge de présenter ce travail à la censure 
de l'Académie. La jeune femme, surmontant les 
répugnances que lui inspire l'abbé, le supplie de 
subtiliser ce manuscrit grotesque. Chose malai- 
sée. Boisrobert préfère tenter de ramener son 

1. Tallemant: II, loi et s. ; Bassompicrre : Mémoires, t. IV, 
p. *298 et s.; Gazelle de BeiumJot do 1639, p. 264. Sur la du- 
chesse de Cliaune, V. Tallemant : II, 42; 111,151; IV, 358; Les 
vers héroïques du sieur Tristan Lhennile, 1648. p. 293 ; Les 
Idiles du sieur de Rampalle, 1648, Dédicace du volume; Poé- 
sies et Lettres de M. Dassoury. 1653, p. 154; Rangouze : Lettres 
panéçft/riqucs aux plus c/randes reynes du monde, 1650, p. 73; 
Le Temple de l'honneur, 1654, s. p. • 



LE PLAISANT ABBE DE BOISKOBEKT lllï'J 

maître à la raison. Mais celui-ci comprend le 
manège et dit : 

— Apportez une chaise à Du Bois, il veut près- 
cher!... 

Et c'en est fait de la bonne résolution. Boisro- 
bert doit se résoudre à aller vers les quarante 
chargé de cette rimaille. Parmi eux, il choisit Cha- 
pelain comme étant le plus qualifié par sa dex- 
térité en matière de flatterie, pour critiquer avec 
ménageinent. Néanmoins il rapporte à l'Eminen- 
tissime son papier couvert de remarques déso- 
bligeantes. Un emportement furieux le récom- 
pense, avec une nouvelle disgrâce, de sa délica- 
tesse '. 

Heureusement Richelieu reconnaît bientôt son 
injustice. Les circonstances lui permettent même 
de ]a réparer plaisamment. Car Boisrobert, sans 
doute parce que son amitié pour le ministre l'in- 
duit à souffrir de ses peines comme il se réjouit 
de ses joies, gémit, à son exemple, d'une poi- 
gnante affection au fondement. Des liémorroïdes 
réciproques les unissent en la fraternité de la 
douleur ^ Tandis que Juif, chirurgien, spécia- 
liste de ces extirpations, taille dans sa chair vive. 



1. Pellisson: 1, 83; Tallemant: I!, 49 et 63 ad notam. 

2. 11 est constamment question daus les pamphlets du temps, 
du « ministre au cul pourry ». V. Le Tableau de la vie et du 
(fouvernemenl. . 1694, p. 10, 16, 29, 34, 42, 68 On apporta 
même de la ville de Meaux les reliques de saint Fiacre, cura- 
teur de ces maladies, pour la guérison de Richelieu. V aussi. 
Gui Patin. On. cit., I. 19,21,33; Briele : op. cit., p. 301, qui 
donne le compte des clystères et purgations; Fagniez : Le 
P. Joseph, précité, II, 239 ad notam. 



2~Ù LE PLAISANT ABBE DE BOISRÛBERT 

le cardinal, en une lettre latine, tout à la fois le 
nargue et le console '. 

C'est pourquoi Boisrobert boitillant réapparaît 
bientôt à Ruel. Il se remet lentement de cette 
maladie si grave qu'elle a failli l'emporter. Et dès 
que Richelieu le retrouve tout à fait valide, il 
l'emploie à l'organisation de la nouvelle pièce 
avec laquelle on inaugurera la grande salle de 
spectacle du Palais Cardinal. Mirame, dans l'es- 
prit du ministre, effacera, en splendeur, tout ce 
que le théâtre présenta jamais à l'admiration des 
foules. Conjointement avec Desmarets, il épuisa 
son imagination à parfaire des alexandrins auprès 
desquels, à son avis, sonnent faux ceux cpi'en- 
fanta la faible muse cornélienne sur les rivages 
de Normandie. En outre, il espère y satisfaire 
une vengeance. Car, malgré le temps, il ne par- 
donne pas à la reine Anne d'Autriche d'avoir ba- 
foué son amour. A la présenter toute palpitante 
sous l'anonymat allégorique en face de Bucking- 
ham ressuscité, il répondra aux dédains par l'in- 
jure publique. 

A poignées il sème l'or, appelant aux décora- 
tions diverses les peintres les plus renommés. Et 
bientôt on arrête la date des répétitions. Dès la 
première, il recommande à Boisrobert d'évincer 
quiconque n'est pas comédien ou auteur. Or, 

1. Chapelain: I. 58i. Cette maladie n'empêche pas Boisro- 
bert, tout saignant, de se traîner à Ruel, à Royaumontet chez 
le surintendant des finances pour obtenir le paiement des pen- 
sions de Chapelain. Balzac, Vaugelas et autres. V. Chapelain: 
I, 576, 587, 594, 601, 605 ad notam., 608, 611, 621; Balzac: 
Œuvres, 1665,1,657, 846, 851, Soi. 



LE PLAISANT ABI;L DE BOISKOIJERT 271 

celui-ci, vivement sollicité par la petite Saiiit- 
Aiiiour-Frerelot, mignonne qu'il rencontra au 
Marais, dans la troupe de Mondory, l'introduit 
à titre de comédienne. 

A peine a-t-on commencé la répétition, que 
Gaston d'Orléans, forçant les consignes, entre 
à son tour. « Cette petite gourgandine ne se peut 
tenir ; elle lève sa coiffe et fait tant que le prince 
l'aperçoit. » Il ne dit mot cependant. 

Quelques jours plus tard, la représentation de 
Mirame est donnée. Boisrobert et le chevalier des 
Roches ont ordre de convier les dames. Plusieurs 
femmes, non conviées, et parmi elles bien des 
on ne sait qui, pénètrent sous les noms de M'^* la 
marquise celle-cy. M"" la comtesse celle-là. Deux 
gentilshommes qui les reçoivent à la porte, voyant 
ces noms sur le mémoire et qu'elles sont conve- 
nablement accompagnées, les livrent à deux 
autres. Ceux-ci, à leur tour, les mènent au pré- 
sident Vigne et à Valençay, évêque de Chartres, 
chargés de les placer. 

Et voici qu'un indiscret conte à Louis XIII de 
quel bizarre entourage on enveloppe Sa Majesté, 
au Palais Cardinal, lorsque des réjouissances so- 
lennelles y sont offertes. Loin de s'en formaliser, 
il sourit, ravi de « pincer » son ministre. Au 
conseil suivant la représentation, en présence de 
Gaston d'Orléans, réjoui de l'aubaine, il lui dit : 

— Il y avoit bien du gibier, l'autre jour, à vos- 
tre comédie ! 

— Hé ! comment n'y en auroit-il point eu, 
ajoute Gaston, puisque dans la petite salle où 



272 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

j'eus tant de peine à entrer moy-mesme, la petite 
Saint-Amour qui est une des plus grandes gour- 
gandines de Paris y estoit !... 

Le cardinal interdit et blême de rage, s'écrie : 

— Voylà comme je suis bien servy !... 
Puis, rentré à son palais : 

— Gavoye, dit il à son capitaine des gardes, 
la petite Saint-Amour estoit l'autre jour à la ré- 
pétition ! 

— Monseigneur, elle n'est point entrée par la 
porte que je gardais ! 

Or Appellevoisin gentilhomme de Touraine, 
qui déteste Boisrobert, entendant cela, dit sur 
l'heure au cardinal : 

— iVIonseigneur, elle est entrée par la porte où 
j'estois, mais ça esté M. de Boisrobert qui Ta fait 
entrer. 

Boisrobert, ignorant cette dénonciition, ren- 
contre sur ces entrefaites le chancelier Séguier: 

— M. le cardinal est fort en colère contre vous, 
lui confie celui-ci, ne vous présentez pas devant 

luy- 

Mais l'avertissement vient trop tard. Au même 
moment, Richelieu fait appeler le poète : 

— Boisrobert, lui dit-il, devant la duchesse 
d'Aiguillon et Chavigny, de quoy vous estes-vous 
avisé de faire entrer une petite garce à la répé- 
tition, l'autre jour ? 

— Monseigneur, je ne la connois que pour co- 
médienne. Je ne l'ay jamais veue que sur le théâ- 
tre où vostre h]minence l'a fait monter. Fait-on 
information de vie et de mœurs pour estre corné- 



LE PLAISANT AEiiÉ DE lîOISROBEr.T 2 73 

dienne ? Je les tiens toutes garces et ne croy pas 
qu'il y en ayt jamais eu d'autres. 

— S il n'y a que cela, dit le cardinal à sa nièce, 
je ne voy pas qu'il y ayt de crime. 

Néanmoins, les paroles royales lui tenant furieu- 
sement au cœur, il garde son air renfrogné. Les 
pleurs, l'^s protestations de Boisrobert le laissent 
insensiblf^. A la fin, il s'écrie : 

— Vous ivcz scandalisé le roy, retirez-vous. 
Cette injonction brutale effare le poète. Revenu 

en sa m ison il n'a plus que li force de se cou- 
cher. U e lièvre intense l'assaille. Bien que, 
comme ii lis, toute la cour et même la famille du 
cardinul détilent dans sa chambre, il ne retrouve 
pas le cdme. Le maréchal de Grammont qui se 
montre un de ses visiteurs empressés parvient 
cepei.d iiit à lui redonner l'espoir : 

— Si vous pouvez vous taire, lui murmure-t-il, 
je vous dray un secret. Di naiiche vous serez 
restably M. le cardinal doit voir le roy samedy. 
U vous justifiera. 

Boisrobert, sur la foi de ces paroles, attend 
impatiemment le jour dit. Vers le soir, l'abbé de 
Beaumont, maître de chambre du cardinal, entre 
dans sou ikôve. Le poète tout joyeux s'exclame : 

— Me voylà restably !... 

Mais l'abbé, sanglotant, grimiçant, suant l'hy- 
pocrisie, le détrompe aussitôt. Louis XIII n'a pas 
voulu écouter son Eminence. 

— Boisi'dbert déshonore vostre maison, a-t-il 
répondu à ses justifications. 

Le poète désespéré comprend que sa faveur 



2/1 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

est à jamais terminée. Bientôt, en effet, l'ordre 
lui parvient de se retirer en ses bénéfices. II pré- 
fère au séjour morne de l'abbaye bourguignonne 
celui du canonicat normand. 11 empile ses paquets 
dans son carrosse et, en larmes, quitte la capi- 
tale '. 

Désormais, durant de longs mois, il méditera 
amèrement sur les vicissitudes de la fortune -. 11 
est la victime d'une cabale. Cinq-Mars dont il 
refusa de servir la conjuration débutante ; Saint- 
Georges et Appellevoisin, capitaine et enseigne 
desgardes cardinalices, dont il dévoila les malhon- 
nêtes tripotages, unissant leurs rancunes, provo- 
quèrentson exil en exploitant, auprès de Louis Xlll, 
les turpitudes de ses mœurs ^ 

Reclus en sa cité normande, Boisrobert de- 
meure plongé en une sorte d'hébétement. Il ne 
peut ajouter foi à la réalité de cette disgrâce 
si baroque et inattendue. Il passe à se traîner 
solitairement des semaines douloureuses, consta- 
tant déjà partout l'indifférence et l'abandon de 



1. Tallemant : II, 395 et s.;D'01ivet : Hiat. de V Académie 
française, 1730, p. 64 et s. V. aussi Bibl. nat., mss n" 20633, 
f» 226, V. Mercredy 23 janvier 1641, « M. le cardinal a chassé 
Boisrobert », f" 22d, v°. Mercredy 30 janvier 1641, « Boisrobert 
eut hier commandement qui luy fust porté par M. de Beau- 
mont de s'en aller en Normandie ou à son abbaye. Le Roy en 
a dict des choses horribles. » V. également, Boisrobert : Les 
Epislres, 1647, p. 22 et Autres œuvres, p. 16, qui confirme 
les deux précédentes références. 

2. Sa disgrâce dura vingt mois, du 23 janvier 1641 au 16 no- 
vembre 1642. 

3. Tallemant; II, 398 et s. raconte les circonstances de leurs 
manœuvres. 



LE l'L.VISAN'T ABBE DE BOISROBEKT '2/D 

ces rouemiais odieux qui, autrefois, s'aplatirent 
devant son influence. Puis, graduellement, par un 
effort de volonté, il surmonte son chagrin. 

Dès lors il partage sa vie en deux occupations 
distinctes, suivant sagement les offices du cha- 
pitre cathédral et s'en divertissant à écrire. Suc- 
cessivement naissent, pour que l'hôtel de Bour- 
gogne les donne aux jours espérés de son 
rétablissement, Le Couron?ie)7îenl de Daine ' et La 
vraie Didon -. Et lorsque le gagne la lassitude 
de cette versification éperdue, il correspond avec 
les innombrables amis parisiens qui s'inquiètent 
de sa destinée. Gombauld paraît être, parmi ces 
cœurs charitables, celui dont les lettres édulco- 
rent le mieux sa tristesse. 11 se plaît à considérer 

1. Le Couronnement de Darie. Tragi-comédie, Paris. T. Qui- 
net, 1642, in-4''. Dédiée à Mgr le comte de Guiche, maresclial 
de France. Jouée en 164 [.Privilège du 23 décembre 1641. Achevé 
du 31 janvier 1642. Cette pièce eut plusieurs éditions notam- 
ment sous le titre : Le Couronnement du roy Darius, Paris. T. 
Quinet, 1647,in-4°;et sous le premier titre: Amsterdam, J. Les- 
caille, 1666, in-8°. Elle eut, en outre, les honneurs d'une tra- 
duction hollandaise par Piéter Dubbels, Amsterdam, L. Spillc- 
bout, 1631, in-4°. Sur cette pièce, V. Fr. Parfaict : op. cff., 1747, 
VJ, 162; Duc de la Vallière : op. cit., 1768, II, 392 qui en don- 
nent le compte rendu. Le sujet en est pour nous d'un intérêt 
médiocre, mais les vers, avec quelques défaillances, sont géné- 
ralement faciles et agréables. 

2. La vraye Didon ou la Didon c/ias<e, Tragédie. Paris, T. Qui- 
net, 1643, in-4<'. Dédiée à M™° la comtesse de Harcourt. Jouée en 
1642. Privilège du 21 juillet 1642. Achevé du 10 décembre 1642. 
Le sujet en aurait été fourni à Boisrobert par labbé d'Aubi- 
gna.c. Y. La pratique du théâtre, 1637 ; Corneille : Sop/iosn/Ae, 
J663, Au lecteur. Sur cette pièce, V. Fr. Parfaict: op. cit., 1747, 
VI, 203 ; Duc de la Vallière: op. cit., 1768, II, 393. Boisrobert y 
proclame, en termes élégants mais sans véhémence, contre 
l'opinion de Virgile, la vertu de la fameuse reine carthaginoise. 



'216 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

que cet homme, cent fois obligé par lui, ne l'en 
récompense pas par de l'ingratitude. Go ubauld 
l'entretient surtout de l'Académie, non sans avoir 
auparavant vitupéré la violence et la barbarie de 
ses calomniateurs. 

« Que vous diray-je, lui écrit-il, de l'Académie? 
Sinon que, depuis vostre éloignement, elle croit 
avoir perdu son bon Ange qui ne luy annonçait 
jamais que de bonnes nouvelles et dont elle n'estdit 
pas moins touchée que s'il les eust ai)poi'tées du 
Ciel ? La joye de nos cœurs se lisoit dans nos 
visages et le vostre nous sembloit encore tout 
esclattant de cette lumière qui venoit de vous 
esclairer '. C'est par vous qu'elle nous esloit com- 
muniquée et que nous avions quelque sorte de 
commerce avec ce qu'il y a de plus grand au 
monde. Faites que ces faveurs nous soient bientost 
renouvelées et rendez-vous où vostre satisfaction 
et la nostre vous appellent-... » 

C'est parGombauld que Boisrobert apprend l'in- 
quiétude constante à son égard du cardinal de 
Richelieu ^ La nouvelle lui est agréable comme 
le viatique à un moribond. Bientôt d'ailleurs les 
faits lui démontrent qu'elle n'est point controu- 
vée et uniquement écrite pour son soulagement. 



1. La lumière répandue par le cardinal de Richcleu. 

2. Gombault : Lettres, 1647, p. 271. V. aussi, p. 276 où Gom- 
bauld se plaint de T Académie ; p. 493. Boisrobert corr.ispnnd éga- 
lement avec Charpentier, secrétaire du cardinal de Richelieu. 
V. Bulletin du bouquiniste, 1872, p. 21. A .1/ Cliurpentier : 
L'Amateur d' autographes, 1863, p 60, A M. Charpentier. Cette 
dernière lettre, datée de Méniéres, est inédite. 

3. Gombault . op. cit., p. 276. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEBT 277 

Car il voit un jour arriver chez lui le maréchal 
de Grammont, parent du ministre, qui la lui con- 
firme. Auparavant que d'aller prendre possession 
de sa lieutenance royale en Normandie, ce maré- 
chal s'enquit auprès de l'Eninentissime s'il trou- 
verait mauvais qu^il vît Boisrobert. Et celui-ci, 
souriant et doux, répondit : 

— Vous me ferez plaisir. 

Boisrobert entend ces choses avec ravissement. 
Au fond de lui-même il ne doute point de la 
bonne volonté de son maître et comprend que les 
circonstances seules lui dictèrent son attitude. Et 
c'est pourquoi il offre au messager de félicité un 
festin capable de le dégoûter de toute autre cui- 
sine dans l'avenir. Et comme tous deux se con- 
viennent par une étrange communauté d'esprit et 
de vices, ils commercent assidûment au cours 
de ces mois d'exil mélancoIi(fue. Le jeu qu'ils 
affectionnent d'une égale ard'ur les réunit force- 
nément autour des tables et il leur semble par- 
fois que le murmure de Rouen montant aux fenê- 
tres est réellement celui de Paris '.Et Boisrobert, 
reconnaissant au maréchal do l'avoir aidé à sup- 
porter l'infortune, lui offre la dédicace de ce Cou- 
ronnement de Darie qui porte en lui la maussa- 
derie de n'avoir point reçu l'approbation de 
Richelieu ^ 

1. Tallemant : 11,400. Sur le maréchal de Grammoiit, V. III, 
579 et s., et le commeataire. 

2. L'Épître dédicatoire au maréchal qui le précède contient 
toute la désolation de Boisrobert et sa colère d avoir été basse- 
ment calomnié. Plus tard Boisrobert dédiera d'autres poésies à 
ce maréchal. V. Les Épislres, 1659, p. 200, 257. 

16 



278 LE PLAISANT ABBE DE BOIiaOBERT 

D'ailleurs l'affabilité de Graiiiniont ne touche à 
ce point notre poète que par contraste. 11 est à 
un tournant de sa vie où tout témoignage de sym- 
pathie lui devient plus précieux que les paillettes 
d'or du Pactole. Or voici que, comme pour accroî- 
tre ses tourments, les religieux de Ghâtillon, mal- 
gré le concordat signé, reprennent contre lui l'of- 
fensive. Les articles de ce concordat ont été, de 
part et d'autre, à moitié observés et le plus sou- 
vent violés. Le Père Adam, prieur de l'abbaye, juge 
le moment propice à l'ouverture de nouvelles 
procédures. Un exilé ne trouve pas grand crédit 
auprès d'un Parlement accessible aux influences 
et aux épices. On peut aisément avoir raison de 
lui et, par suite, en obtenir des concessions plus 
fortes. 

Mais le Père Adam ignore que l'abbé de Bois- 
robert conserve, malgré réloignement,un contact 
profitable avec Paris. Il le lui prouve aussitôt, 
commençant tout d'abord à se plaindre, en ter- 
mes adoucis, aux R. P. Boulard et Faure, de la 
lâcheté du procédé, puis menaçant de faire valoir 
ses droits, enfin lançant requêtes et assignations ». 

1. Bibliothèque Sainle-Geneviève, mss n" 32T5, f" 440, 422, 
424, 432, 436, 444. Nous donnons cette pagination d'après l'or- 
dre des dates que nous sommes parvenus à établir. On trouvera 
ces diverses lettres inédites de Boisrobert à l'appendice. Le 
R. P. Esprit, procureur de l'abbaj'e, parait avoir été niêlé à la 
querelle. Son nom apparaît sous la plume de Boisrobert et dans 
les actes notariés publiés par nous. Une lettre inédite de Bois- 
robert (V. l'appendice) lui est adressée personnellement. De la 
même époque date un Accowmodemenl de notre héros avec 
ses religieux au sujet du service de la cure de Ghâtillon. V. 
l'Appendice. Enfin les Archives île la Cùte-d Or, série précitée, 



LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 279 

Cependant malgré sa volonté conciliante, la 
querelle s'éternise, abondant en arguments spé- 
cieux. A Châtillon, comme à Paris, on compte sur 
sa lassitude et sur son impuissance. Mais il ne veut 
point démordre et lâcher la moindre parcelle de 
ses intérêts bien que l'énervent ces questions de 
coupes de bois et de logis à reconstruire'. 

Il songe d'autant moins à un accommodement 
que Richelieu lui laisse déjà entrevoir une possi- 
bilité dé retour. L'Académie vient, en efTet, de 
députer vers lui, le suppliant de lui rendre un 
homme sans doute coupable mais dont le châti- 
ment ne doit pas excéder la faute. La compagnie 
s'apitoie beaucoup plus sur elle-même que sur 
rintéressant exilé. Car Boisrobert parti, elle a 
perdu son contact avec le cardinal et les pen- 
sions, durant son absence, courent le risque de 
n'être plus payées. La faim tenaille la plupart de 
ses membres et la cupidité le reste. Peut-être le 
ministre saisit-il le sens intime de cette démar- 
che: 

— Vous méritez, dit-il à ses députés, d'avoir 
un confrère moins étourdi que M. de Boisrobert. 
L'heure du pardon n'a pas encore sonné, mais 
elle pourra sonner -. 

Réconforté par ces paroles qui lui sont fîdèle- 

contiennent tout un complément de la procédure, que nous ne 
croyons pas utile de mettre au jour. 

1. Le caractère processif des chanoines de Châtillon est indé- 
niable. Les Archives de la Côte-d'Or possèdent, par exemple, 
une liasse relative à leurs querelles avec le maire de la ville. 

2. Abbé dOlivet: Histoire de l'Académie française, édit. Li- 
vet, II, 00. 



2S0 LE PLAISA.NT AUUÉ DE BÛISROBERT 

ment rapportées, Boisrobert, dès lors, suit avec 
une émotion grandissante cette conquête du Rous- 
sillon que conduisent, un pied dans le tombeau, 
Louis XIII et Richelieu. La Gazette de Renaudot 
et quelques correspondances particulières lui en 
communiquent les nouvelles. Il sait son maître 
malade d'un apostuine au bras qui lui procure 
des alternatives de souffrance et de calme. Il 
souhaite ardemment qu'il l'appelle, ne fiit-ce que 
pour lui faire oublier, de ses contes frivoles, les 
misères de l'heure présente. Mais cet appel at- 
tendu viendra trop tard, alors que le mai empê- 
chera de se complaire aux racontars facétieux. 

Citois cependant n'abandonne pas son ami Bois- 
robert. Au début même de la campagne, lorsque 
le cardinal le supplie de trouver un remède effi- 
cace aux abcès successifs qu'il perce d'une lame 
expérimentée, il dit, comme désillusionné de la 
guérison: 

— Recipe Boisrobert. 
Ou encore : 

— Je n'ay plus rien à vous ordonner, Monsei- 
gneur, que deux drachmes de Boisrobert après le 
repas. 

— Hélas! répond le cardinal, le temps n'est 
pas encore venu. Vous savez mieux que personne. 
Monsieur Citois, que xM. de Boisrobert n'est point 
dans ma disgrâce t. 

Et bientôt le cardinal, n'ayant plus confiance 



1. Boisrobert : Les Epislres, 1647, Advis ; Tallcmant ; II, 
400,401 ; Menagiana, 1715, III, 81. 



LE l'LAIiANT \V>B^ DE K01SR0I3ERT 28 1 

en Citois qui ne peut rien contre la mort enva- 
hissante, appelle à son clievet le chirurgien Juif 
dont il espère un secours plus effectif. Celui-ci, 
en effet, le soulage eu l'aff liblissant. Dételle sorte 
que se croyant à même d'exhaler l'àme, il com- 
munie avec une contrition éperdue. La vertu du 
sacrement contribue sans doute mieux que les 
médecins et les ponctions à le rétablir. Son bras 
où l'on craignait lemprise de la gangrène recon- 
quiert une telle apparence de santé que les médi- 
sants de Paris prétendent feinte celte maladie. 

Richelieu profite du mieux sensible pour se 
transporter, d'étape en étape, à Garcassonne, Xar- 
bonne, Béziers, Saint-Privat, Tarascon. Dès lors, 
au seuil de la tombe, il va accomplir sa tâche de 
justicier. Traînant, sur le Rhône, la prison flot- 
tante où se morfond de Thou, il s'achemine vers 
Lyon^ Là, Cinq-Mars le rejoindra. Deux jeunes et 
charmantes têtes tomberont pour le venger de la 



1. Bibliothèque nalionale, mss n" 20634, {"' 462, v» et s. Pour 
la maladie de Richelieu nous suivons les indications de ce 
manuscfil et du suivaiit20i535 qui en indiquent tous les stades 
On trouvei'a aussi des renseignoniiints dans Tallcmant: IJ, 257 
ad notam et dans tous les mémoi es de 1 époque. V. aussi, 
Bihl. nat.. mss n" 1890 N. acq. iOEiivres inédites de Chape- 
lain) f" 119. Mathieu de Morgues: o/j. cit., passim, considère 
les maladies de Richelieu comme des châtiments divins. Dans 
Vrais et bons advis de François fidèle, p 40. il dénombre la 
somme d ses saignées et de ses lavements. Dans Le génie dé- 
masqué, p. 13, il écrit: < La justice divine luy pourrit et rol- 
tlit le bras droict qu il avoit roiJy souvent contre le ciel j et 
après luy sécha la main qui avoit signé beaucoup de guerres 
et d'injustices. » 

2. Bibl. nat., mss n^ 20635, f°s i et s. Les historiens de la 
conspiration de Cinq-Mars, M^'" Basserie : La conjuration de 

16, 



282 LE PLAISANT ABBE DE BOISUOBERT 

terreur iiulicible que lui procurèrent leurs com- 
plots. Unéchafaud encore sauvera le royaume en 
satisfaisant ses haines personnelles. 

Mais tandis qu'il se promène, solitaire et mo- 
rose, dans la chambre de son bateau, entre Vil- 
leneuve et Valence, une pensée heureuse naît 
dans son esprit. Il se souvient soudainement que 
Boisrobert, comme lui, agonise de tristesse. 11 
considère que, pour ce serviteur très aimé, la 
peine a suffisamment duré. Vingt mois d'expia- 
tion pour une erreur légère valent une large mi- 
séricorde. Il autorise donc ses secrétaires à lui 
signifier la fm de son exil \ 

Le cardinal Mazarin, de son côté, écrit à Bois- 
robert; « Vous pouvez aller à Paris si vous y avez 
affaire. » Or Boisrobert a toujours des affaires 
importantes lorsqu'il s'agit de quitter Bouen et son 
canonicat. En hâte, son carrosse le tire de la ville 
drapière et le ramène à l'hôtel de Melusine. 11 
n'ose pas se présenter à ce Palais Cardinal où il 
pense vivre encore, non sans quelques autres dis- 
grâces,de longues années heureuses. Pour tuer le 

Cinq-Mars, 1896 ; Louis d'IIaucoiir : Conspiration de Cinq- 
Mars, 1902, n'ont pas utilisé les renscisj^ncmentsde ce manuscrit 
Ils sont cependant curieux en ce qu'ils témoignent des soucis 
publics relatifs à cette affaire. 

1. Bihl. nat , mss n" 2063 5, f" 65 v», Lettre dn 24 noust 164S. 
« Boisrobert a permission de voir M. le cardinal.» Bihl. Sainte- 
Geneviève, mss n" 3273, f» 432. Dès le 25 juin(1642i, Boisrobert 
écrit au R. P. Faure : « A ce changement d'affaire, j'espère 
mon restablissemcnt plus que jamais puisque ccluy qui m'avoit 
perdu auprès du Roy est maintenant dans l'accablement où il 
m'avoit mis par sa calomnie... » Il s'agit ïh, évidemment, de 
Cinq-Mars qui, comme nous l'avons vu, avait provoqué sa dis- 
grâce. 



LE PLAISANT ABBE DE BÛISRÛBLRT 283 

tomps, tandis que son maître, à Bourbon-Lancy, 
station thermale à la mode, soumet son bras au 
traitement par les boues, il écrit une épigramme 
célébrant ses hauts faits en Roussiilon' et visite 
Mazarin dont la bienveillance à son égard ne s'est 
jamais démentie. Puis ayant montré un peu par- 
tout son visage de revenant sympathique, ne 
sachant plus de quelle façon distrayante emplir 
son oisiveté, il s'acagnarde en les tripots de la 
Place Royale où des filous lui raflent, en quel- 
ques heures, vingt-deux mille livres rapportées 
de Rouen'. 

Cela détourne un peu son impatience et sa fiè- 
vre, d'autant qu'il est fort mauvais joueur. Et sur 
ces entrefaites, le cardinal de Richelieu arrive, 
exténué, à Fontainebleau, attendu par la cour 
tout entière et par le roi qui lui montre une sol- 
licitude inaccoutumée. De cette ville jusqu'au 
Palais Cardinal, il ne fait plus qu'une traite do- 
lente, porté sur son lit, à travers la capitale net- 
toyée et pavoisée en son honneur. 

Boisrobert attend encore un ordre de paraître. 
Enfin Mazarin, de Ruel où l'on a transporté 
l'Eminentissime, lui écrit de nouveau: « Venez 
me demander et fussé-je dans la chambre de Son 
Eminence, venez me trouver. » Une émotion 
profonde trouble dès lors le poète. Bientôt après, 
entrant dans l'alcôve de Richelieu, il l'aperçoit 
si maigre et si pâle, si défiguré que le saisissement, 



1. Boisrobert : Les Epixlres, 164", Autres œuvres, p. 38, 

2, Tallemanl: II, 404. 



284 



LE PLAISANT ABIÎi: DE nOISROBEllT 



pour la première fois de sa vie, lui coupe la pa- 
role. Cependant le ministre, l'attirant à lui, l'em- 
brasse en sanglotant. Mais Boisrobert, suffoqué, 
ne répond pas à ces embrassements. Alors 
Mazarin : 

— Voyez, ce pauvre homme, il estouffe.; il est 
si saisi qu'il ne sçauroit pleurer. Un chirurgien, 
viste!... * 

On saigne Boisrobert. Il retrouve le sentiment. 
Une joie profonde l'anime, joie nuancée pourtant 
de mélancolie. Car si, de tous côtés, avec la fa- 
veur, lui reviennent les amitiés, il co^uprend nette- 
ment que son uiaître atteint aux limites de sa vie. 
Effectivement la santé de Richelieu décline de 
jour en jour. 1 ne peut assister à la représen- 
tation à Europe, comédie héroïque dont il con- 
certa avep Desmarets, avant son voyage, les déve- 
loppemeuts allégoriques ^ Il n'est plus qu'une 

l.Blbl. nat.,mss n" 20ii3j,f'' 165, Lettre du 16 novembre l6-'r2. 
« Boisrubert a esté reçu à faire ses souljmissions à M. le Car- 
dinal. 11 sû pourra p3ul-eslre rétablir. M. Cilois en estoit 
d'advis, à cause qu'il rlivertit extresmjment son Éminence. » 
Bihl. Sainte-Geneviève, mss n" 3275 f° 436, Lettre de Boisrobert 
au R. P. Boulard. Cette lettre datée de Kuel le 12 novembre 
(16i'î| indique que notre héros, dès ce mument, avait repris 
ses fonctions auprès du Cardinal. Il y dit. en effet en post- 
scriptum: « Je croy qu'un de mes amis vous aura donné advis 
que Monseigneur m''a dit que vous seriez le bien-venu quand 
il vous plairoitvoir son Éminence. » V. aussi, Boispobert : Les 
Épistres, 1647, Advis et p. 22 et s. Tallcmant : II 401 qui rap- 
porte la scène sus-mentionnée, envisage comme feinte l'altitude 
de Boisrobert. Mais il nous paraît bien impossible que notre 
poète ait revu son maître sans émotion. Menagiana, 1715, I, 
25, raconte, sur la rentrée en grâce de Boisrobert, une anec- 
dote qui paraît erronée. 

2. BibL nat., mss u» 2063 5, f"^ 166, v", 168; Tallcmant: II, 



t 



I.K PLAISANT ABIll'; DE BOISROBERT 285 

âme attristée et plaintive, et qui appréhende les 
châtiments de lextra-monde. Entre les crises de 
souffrance et le bien-être des médecines ingurgi- 
tées, il s'essaie à simiiler le courage. Il s'accuse 
d'indignité ; il souhaite le pardon de ses fautes ; 
il s'épand en recommandations et en prières. Le 
viatique et l'extrême onction lui rendent une foi 
démesurée. Et parmi les cris pitoyab'es et les 
pâmoisons de ses domestiques, il s'éteint en un 
hoquet sinistre dont Boisrobert garde à jamais 
la mémoire '. 

Parmi la multitude qui envahit la chambre 
mortuaire du cardinal, seul peut-être il montre 
un visnge de réelle et indicible désolation. Car 
l'auguste défunt emporte avec lui ses rêves de 
fortune et ses appétits de gloire. Comme une 
épave il flottera désormais au caprice de rocéan 
humain. Péniblement, en deuil jusqu'au fond de 
l'àme, il assiste aux cérémonies funèbres '. Trois 

71,73; Chapelain: 1,341; Mathieu de Mor<^ues: op. cit.. Le fjénie 
démasrfué,p. 14 ; Valdory: Anecdotes du ministère du cardinal 
de Richelieu, 1717, 11,273; Le Tuhleau du gouvernement, pré- 
cité, p. 100. 

1. Bihl nal., mss n» 20635 f°' 180 et s. ; Mssn" 1800, N. acq. 
f" 153. (OEurres inédiles de Chapelain); Tallemant: II, 75; Ga- 
zette de Ranaudot, de I6î2, p. 1155 et s. ; Journal véritable de 
ce qui s'est fait et passé à la maladie et à la mort de feu Mgr 
V Êminentissime cardinal duc de Richelieu... S. D. : Gui Patin: 
op. cit., I, 98,307,308; Retz: op. cit., l, 77; Motteville: op. cit., 
I, 88 et s ; Mo 'tpensi ^r: op. cit., I, 58. V, aussi, Bihl. nat., 
(Jatalogue de l'histoire de France, t. I, p. 618 et s II existe un 
opuscule représentant: Le portraicl de Mgr le cardinal de Ri- 
chelieu sur son lit de parade avec son Épilaphe, 1642, fort 
curieux par la naïveté du dessin. Une épitaphe en prose de 
Scudéry l'accompagne. 

2, Sur ces cérémonies, V. Bibl. nat., mss n" 20635, f»' 183 et 



286 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

épitaphes de sa main proclisuent au ministre les 
hommages que la France, un moment incertaine 
de son opinion, rendra plus tard à sa politique K 
Et le souvenir de l'homme qui lui fut entre tous 
bienveillant , Faccompag-nera, d'une incomparable 
douceur à travers les années et les désillusions. 



s.; Archives nationales, K, 114, Ce qui s'est passé en la pompe 
funèbre de dejjunt M. le cardinal duc de Richelieu le vingtiesme 
janvier mil six cent quarante-trois ; Journal d'Olivier Lefebvre 
d'Ormesson, édit. Cheruel, I, p. 18 et s. 

1. Boisrobert: Les Épistres, IQi', Autres œuvres, p. 44 : 
1659, p. 235 et 293. La mort de Richelieu déchaîna la haine des 
pamphlétaires, autorisée par l'attitude joyeuse de Louis XIII. 
Nous pourrions, à cet égard, fournir une bibliographie consi- 
dérable. Contentons-nous de citer le Tableau de la vie et du 
Gouvernement de Messieurs les Cardinaux de Richelieu et Ma- 
zarin, 1693 et 1694, qui contient plutôt des épitaphes imperti- 
nentes. On trouve cet ouvrage en germe dans les opuscules 
suivants: ISouvelles de l'autre monde touchant le cardinal de 
Richelieu. Avec un Recueil des Epitaphes latines et françoises, 
faictes en sa mémoire, 1643 ; Le thrésor des Epitaphes pour 
et contre le cardinal-duc, S. D. Le Testament du cardinal, 
publié par Aubery: op. cit., p. 619 et s. ne mentionne aucun 
legs à Boisrobert. Sans doute fut-il écrit durant la disgrâce 
de notre abbé. Cela expliquerait cet oubli, car tous les offi- 
ciers et domestiques reçurent leur part de la fortune laissée. 



CHAPITRE VIII 



D'ordinaire^ le chagrin dirige Boisrobert vers 
la dévotion, du moins vers une dévotion particu: 
lière. Dans la foule béatifiée des élus et des saints 
dont les livres pieux célèbrent la félicité et dont 
les peintres représentent les cortèges illuminés, 
il ne s'accoutume pas à chercher un patronage. La 
Trinité lui semble également trop impondérable et 
surnaturelle pour qu'il en implore un secours. C'est 
à Marie, infiniment chaste et calmement mater- 
nelle, qu'il adresse ses oraisons. Elle seule, à son 
sens, doit trouver une excuse à ses vices et, avec 
mansuétude, les absoudre. Par une revanche 
logique son àme, au delà du monde, requiert les 
effusions de la femme que son corps, attaché à 
la. terre, dédaigne et bafoue. Ainsi, réfugié en 
une retraite farouche, après la mort de Richelieu, 
clame-t-il vers Marie son espoir de consolatino- 

Enfin je vous reacontre à mes vœux favorable. 
Je vous possède enfin. Vierge et Mère adorable, 
Dans cette solitude où vous m'avez reclus 
Vous faites tous les biens où mon espoir se fonde. 
Ceux qui me travailloient sont demeurez au monde, 
Je ne les connois plus. 



'2S6 Lli PLAISANT ABUli DE BOISXiOBEUT 

Par le divin secours qu'icy j'ay senti naistre, 
De mes sens déréglez je me suis rendu maistre, 
Roy de mes passions, arbitre de mon sort ; 
V^ous réglez mes désirs, vous bornez mon envie, 
Vous me donnez la force, en négligeant la vie, 
De mespriser la mort. 



... D'un repos assuré ma retraitte est suivie. 
Il n'est point de jaloux qui veille sur ma vie 
Dans ces lieux de silence et de paix amoureux. 
Si qu Ique vent soupire ou si quelque eau murmure 
Ce n'est point par envie: ils suivent leur nature 
Et me soufFrent heureux. 



... Considérant d'icy la cour et ses caprices, 
Son sucre empoisonné, son fard, ses artifices, 
Son bonheur incertain et son mal asseuré, 
O Vierge, m'escriay-je et mère sans esgale. 
De quel estrange abisme et périlleux Dédale 
M'avez- vous retiré ! 



Par vous, de cette mer j'évite les orages, 
De ce port plein d'escueils et fameux en naufrages, 
Vous m'avez fait trouver un azile en ce lieu ; 
Trop heureux si jamais dans ma saincte retraite 
Je pouvois oublier la perte que j'ay faite 
En perdant Richelieu. 



Cet esprit sans pareil, ce grand et digne maistre 
M'a donné tout l'éclat où l'on m'a veu pareslre. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 28J 

Il m'a d'heur et de gloire ici-bas couronné ; 
G'esLoieiiL biens passagers et sujets à l'envie, 
Mais quand il m'a donné l'exemple de sa vie 
M'a-t-il pas tout donné ? ^ 

A lire ces stances émues, on imagijaerait Boisro- 
bert à jamais éloigné du monde, décidé, l'âge 
venant, à. vivre dans la quiétude de ses bénéfices, 
se préparant à la mort par des pratiques de piété. 
C'est, à la vérité, le mal connaître. La fatigue, la 
maladie, le découragement causent celte crise de 
renoni-ement apparent. Mais il tente tout au 
monde pour réagir. En guérissant son corps, il 
sait que son âme sera bientôt guérie. Il se rend 
donc à la station thermale de Forges. Et de là, 
écrivant à M"' Rossignol dont le mari vient de 
passer au service de Mazarin, il dit : 

Un buveur d'eau qui fait pitié 

.. Avec sa face de caresme 

Peut-il, sans commettre un blasphesme 

Et sans redouter 1 anatème, 

Vous dire en ryme qu'il vous ayme 

Et qu'estant l'aimable moitié 

D'un qui fut un autre soy-mesme 

Il prétend d'une ardeur extresme 

Un bon tiers dans vostre amitié 

Plus douce que sucre à la cresme * ? 

1. Boisrobert : Slances à la Vierge, Paris veuve Camusat, 
164"3, 111-4° de 7 p. publié également dans Les Epislres, 1647, 
Autres œuvres, p. 1. V. aussi, sur cette dévolioa à la Vierge : 
Les E .islres, 1659, p. 307. 

2. Boisrobert : Les Epistres, 16*7, p. 163. 



290 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERÏ 

Le ton poétique change déjà. On sent la volonté 
de Boisrobert chancelante et que la vie érémiti- 
que lui pèse d'un poids intolérable. Et voici que, 
tout d'un coup, il cesse de faire profession de so- 
litaire irréductible. A l'abbé Auvry, compagnon 
de sa gloire ancienne, qui coiiïe la mitre avec 
l'évêché de Saint-Flour, tout en vantant sa li- 
berté, il la déclare « basse, obscure et languis- 
sante ». Sa plume trace, sans qu'il s'en aperçoive 
l'apologie du maître qui fait, en une heure^ d'un 
homme un demi-dieu. Le collier qu'il a involon- 
tairement déposé, lui manque comme le pain man- 
querait à la nutrition de sa chair : 

Un mal de cour invétéré 
Qui dans l'esprit m'est demeuré 
Me fait voir de l'or dans tes cheines 
Et des douceurs parmi tes peines 
Qui font que, tout bien compensé, 
Je ne sçaurois estre lassé. 
Je crois que tu me verras faire 
Comme l'Esclave volontaire 
Qui, dans sa chaisne accoustumé, 
E]n est à la fin si charmé 
Qu'il espouse par habitude 
Une éternelle servitude \ 

Et brusquement se révèlent à ses yeux les 
causes véritables de son état physique. Son mal 
s'appelle la « lâcheté de la cour ». On n'a pas, 
durant vingt années, présidé aux destinées de tout 

1. Boisrol)ert : Les Epistres, ]6i", p. 38. 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 291 

un monde et subi ses flatteries sans éprouver le 
regret de cette grandeur morte. Boisrobert souffre 
davantage de son impersonnalité soudaine que 
de la perte de son maître. Et c'est pourquoi il 
veut tenter encore de reconquérir son influence 
éteinte. 

Abandonnant donc Forges et toutes les pro- 
vinces semblables à de verts mausolées, il réap- 
paraît en la capitale. La famille du cardinal jouit 
encore d'une haute puissance. Peut-être trouvera- 
t-il chez elle une domesticité profitable. Peut-être 
aussi arrivera-t-il à gagner le cœur de Mazarin. 

Le maréchal de la Meilleraye le reçoit comme, 
au temps de l'Ecriture, son père reçut l'enfant 
prodigue. Et, de la part de ce fol assiégeur de 
villes, de ce Don Quixotte fanfaron, brutal et ty- 
ranneau, cela étonne tellement Boisrobert qu'il 
éprouve le besoin de manifester en vers sa sur- 
prise ; 

Ah I que je suis charmé de cet accueil ! 
Je préteiidois seulement un coup d'œil. 
Un doux sousris eût passé mon attente. 
Mais je connois, et sans le mériter, 
Que vous voulez encore me traiter 
En Boisrobert de l'an six cens quarante *. 

Mais, en échange de son assiduité, notre abbé 
n'amasse que paroles. Sentant qu'il ne tirera rien 



t. Becueil Sercy, 1653 et 1654, 2' part, p. 297. Sur La Meille- 
raye. V. Tallcmant: II, 216 et s. 



292 LE PL VISANT ABBE DE BOISKOBEKT 

de ce côté, il prend le parti, quittant l'Arsenal 
où loge ce bizarre maréchal, de se rendre tantôt 
à Ruel, tantôt au Petit-Luxembourg-, endroits où 
M"' d'Aiguillon, enclôt, au dire des pamphlétai- 
res, sa double peine de nièce et de veuve. A Ruel, 
lorsque la duchesse se dérobe, il se promène en 
compignie de MAl.de Richelieu. 11 leur parleavec 
attendrissement de leur grand oncle dont il évo- 
que. le visage paré de son enchantement d'outre- 
tombe. Les larmes ruissellent de ses yeux et seule 
le console la perspective de retrouver plus tard, 
en ces trois jeunes hommes, les vertus inexpri- 
mables du ministre défunt '. 

Et ces promenades, malgré la douleur qu'elles 
lui causent, lui plaisent davantage que d'attendre 
M°" d'x\iguillon en son palais du Petit-Luxem- 
bourg. Car là, d'ordinaire, M""" Sauvoy, bigote 
qui remplit les fonctions d'intendante, le fatigue 
de ses récriminations. Un jour même, il se résout, 
impatienté, à l'écarter de son chemin. Sémillante, 
dès qu'elle Taperçoit, elle vient au-devant de lui 
avec de grands gestes : 

— Ah! vrayment, M. de Boisrobert, j'ay des 
réprimandes à vous faire. 

1. Boisrobert; Les Epislres, 1659, p, 31, 191. Tallemant : II, 
414 ad nolam dit :« En 165^», quand le roy alla à Lyon,il(Bois- 
roberl) presta généreusement trois cens pislollesau marquis de 
Richelieu qui n'avoit pas un teston pour faire le voyage. Con- 
tre son attente, il en fut ensuitte payé. Le grand maislre (La 
Meilleraye, duc de Mazarin, fils du maréchal dont il est plus 
haut question) sçachant qu'il a%'oit donné cet argent, se moc- 
qua de luy, — Je fais, \uy respoudit-il. ce que vous devriez 
faire ; pour moy je me souviendray toujours qu'il est le neveu 
du cardinal de Richelieu. » 



LE l'LAISANT AliBlî DE BOISKOIÎERT 293 

Uabbé, pour se moquer d'elle^, s'agenouille 
incontinent. 

— Vous passez partout, lui dit-elle, pour un 
impie, pour un athée!... 

— Ahl madame, répond-il, il ne faut pas croire 
tout ce qu'on dit. On m'a bien assuré, à moy,que 
vous estiez la plus grande garce du monde! 

— Ah ! monsieur, s'écrie-t-elle, Tinterrompant, 
que dites-vous là ? 

— Madame, ajoute-t-il, je vous proteste que je 
n'en ay rien cru ' ! 

Toute la maisonnée assiste, avec allégresse, à 
la mortification de la stupide commère. Mais 
M"° d'Aiguillon désapprouve la conduite de Bois- 
robert. Par des reparties de ce genre, il contri- 
bua surtout à se l'aliéner. Longtemps elle évite 
de l'admettre en sa présence. Enfin, ayant épuisé 
toutes les raisons plausibles de le fuir, elle con- 
sent à lui accorder une audience. 

— Je n'auroy pas moins de zèle pour vous, 
madame, lui dit-il, que je nen eus pour monsei- 
gneur vostre oncle. 

— J'attendois cela de vostre fidélité et je vous 
remercie, répond-elle. Vous ne serez pas long- 
temps sans recevoir les marques de l'afîection que 
je vous porte. Mon neveu, M. de Richelieu, pos- 
sède des abbayes dont dépendent de bons prieu- 
rés; je me souviendray de vous ^ 



1. Tallemant: U, 405. 

2. Notamment l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen. V. !♦ P. 
Pommeraye : Ilist. de l'ahbaye royale de Saint-Ouen de Rouen 
1662, p. 337. 



291 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Ces promesses ravissent Boisrobert de la part 
d'une dame qui ne sembla jamais le goûter et 
qui, à cette heure, se débat contre les cupidités 
ameutées des héritiers du cardinal*. 11 s'inquiète 
donc de savoir quelles morts laissent vacants les 
bénéfices du jeune homme dont M°" d'Aiguillon 
surveille les intérêts ^ Mais chaque fois qu'il 
l'avise de ces morts, par une fatalité étrange, 
lesdits bénéfices se trouvent de la veille pourvus 
de nouveaux titulaires. Si bien qu'à la fin il 
soupçonne quelque fourberie et jure de s'en 
éclaircir. Muni d'une feinte lettre d'avis, il se 
présente un jour chez la duchesse pour réclamer 
le prieuré de Kermassonnet. 

— Ah ! mon pauvre monsieur de Boisrobert, 
s'écrie celle-ci, que je suis malheureuse ! Si vous 
fussiez venu deux heures plus tost, vous l'auriez 
eu ! 

— Je n'en serais pas mieux, madame, car vous 
pouvez disposer de ce prieuré-là comme de la 
lune ! 

— Hé 1 pourquoi ? 

— C'est qu'il n'y en a jamais eu de ce nom -là- 

1. Les procès qui suivirent rouverturc de la succession du 
cardinal montrèrent quelle union existait entre les divers 
membres de sa famille. On en trouvera toutes les phases 
dans Bibl. nat., mss 20635 f" 188 et s., et surtout dans Archi- 
ves nationales, MM, 756 qui contient un inventaire des pièces 
de procédure. 

2. M"« d'Aiguillon avait été, en effet, chargée de gérer la for- 
tune de ses neveux de Pont-Courlay. Nous la voyons interve- 
nii^ en qualité de tutrice, dans un procès. V. Archives nationa- 
les. X' A 5708, Registres dii Parlement, à la date des J8 février 
et 31 août 1653. 



LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 295 

Je VOUS rends grâces de vostre bonne volonté. 
Me voylà plus convaincu que jamais de vostre 
sincérité ' ! 

Et Boisrobert, assuré que le temps est révolu 
où couvents et monastèfes, mollement étendus 
en leurs grasses cultures, rêvaient de lui apparte- 
nir, s'arrange du moins pour conserver ceux que 
son habileté lui acquit dans le passé. Un nou- 
veau concordat, signé avec ses chanoines de Ghâ- 
tillon, marque une trêve cordiale dans le com- 
bat acharné qu'ils livrent pour la glorification 
du seigneur et leur personnel bien-être ". 

Rasséréné de ce côté, notre abbé reprend sa 
promenade aux hôtels d'où lui peut, pour une 
boutade lancée avec à-propos, surgir un patron. 
Il se souvient d'avoir autrefois chanté et, par 
suite, excusé la tendresse de la princesse de 
Condé pour le cardinal de la Valette. On lui en 
fut reconnaissant. 11 doit donc s'efforcer d'obte- 
nir la récompense de ces rimes anciennes. Mais, 
en cette maison, son nom rappelle trop peut-être 
celui de Richelieu. Le duc d'Enghien désolé 
d'avoir, en place de M"' du Vigean, épousé 
M"' de Brezé, nièce du cardinal, cherche à tirer 
de cette union mal assortie au moins tous les 
avantages pécuniaires qu'elle comporte ^ Dans 
le procès que soutient la duchesse d'Aiguillon, il 



1. Tallemant : II, 402 ad notam. 

2. Archives de la, Côte-d'Or, série précitée, Concordat du 
3 mai 1643. V. l'appendice. 

3. Clémence de Maillé-Brezé était fille du maréchal de Brezé 
qui avait épousé Nicole, sœur de Richelieu. 



296 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEKT 

est l'une des plus féroces parties. Dès lors, que 
Boisrobert célèbre la guérison de ses maladies 
ou ses victoires ^, ou la bravoure qu'il suscite 
parmi son entourage de muguets-hommes de 
guerre ^, ou les grâces de sa femme éternelle- 
ment mélancolique et délaissée ^, ou la naissance 
de ses enfants % ou même ses amours adulté- 
rines % tant d'efforts ne lui vaudront pas im tes- 
ton. M"° la Princesse demeurera pareillement 
indifférente '. Seule Clémence de Brezé remerciera 
d'un pâle sourire le poète lassé de son labeur 
inutile *. 

La maison de Gondé ne brille pas dans l'his- 
toire par la vertu de générosité. Boisrobert en 
témoignerait par l'expérience précédente. C'est 
pourquoi il juge superflu de s'attarder longtemps 
en un milieu qui, fêtant en lui le marchand d'im- 

1. Boisrobert : Les Épislres, 1647, p. 11. 

2. Boisrobert : A Mcjr le Prince sur la victoire de Mgr le 
duc d'Enghien son ftls, S. L. N. D., in-f" de 1 f. iBibl. nat., 
Ye 120) reproduit dans Les Épistres, 1647, p. 129 et Autres 
œuvres, p. 7. V. aussi Ihid., p. 13 ; Ihid., 1659, p. 251. 

3. Boisrobert : Les Éinstres, 1647, p. 124, A M. de la Roc- 
que, capitaine des gardes de Mgr le Duc. 

4. Ihid., \Qil, Autres œuvres, p. iZ,^b;Recueil des plus heau:v 
vers qui ont esté mis en chant 1661, 3" part., p. 419 ; Airs et 
vaudevilles de cour, 1665, I, 117. 

5. Boisrobert : Les Epistres, 1647, Autres œuvres, p. 9 

6. Reçue l Sercy, 1533 et 1654, 2» part , p. 120. Il s'agit très 
probablement en cettJ pièce des amours du grand Gondé 
avec M"» de Ghàtillon, déj^ célébrée, sous son nom de Boute- 
ville, par Boisrobert (Les /?pis<res, 1647, Autres œuvres, p. 25). 

7. Boisrobjrt Les Epistres, 1653, p 295. 

8. Recueil Sercy. 1633, 2» édit., 1" part., p. 211 ; 1655, 4' édit., 
1" part., p. 164 ; 1660, 1'° part., p. 208. Nous regrettons de 
ne pouvoir donner les stances gentilles qu il lui adresse. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROIiliRT "J'jT 

mortalité, souhaite gratuitement sa marchandise. 
Et il pense que, sans doute, lui sera plus secoura- 
ble le nouveau ministre que, sur les indications 
de Richelieu, la France s'est choisi. Car, depuis 
l'époque lointaine où il s'acquérait le suffrage 
des dames en leur rapportant d'Italie des coffres 
de parfums et cent mignardises galantes. Boisro- 
bert connaît le cardinal Mazarin '.Aucun nuage 
ne troubla jamais leur amitié. Astucieux et fins 
tous deux, ils se comprirent au premier abord et 
réciproquement se donnèrent des avis profitables. 

A cette heure, bien que le monde, ses obligés 
même, se détourne de lui, Boisrobert croit donc 
pouvoir, avec assurance, approcher l'Italien madré 
qui administre le royaume. Mais la décence qui 
l'écarta momentanément de la cour et l'incita à 
cacher dans la solitude son désespoir lui nuisit 
autant que Jadis la calomnie. Il eut le tort de ne 
point immédiatement faire sa cour au successeur 
de Richelieu. L'oubli est tombé sur lui. Rien ne 
subsiste de sa grandeur passée. 

Ignorant jusqu'aux jours d'audience de Mazarin, 
il s'en informe auprès de la valetaille. Dès lors, 
le lundi et le jeudi, planté comme un terme dans 
les antichambres ou au coin des avenues, il attend 
le maître nouveau auquel il veut ardemment s'at- 
tacher. Mais soit que les domestiques s'ingénient 
par espièglerie à le mal placer, soit que la mal- 
chance le poursuive, jamais il ne parvient à en- 
trevoir le ministre. Tantôt quelque retard le prive 

1. Rcnaudot : Gazelle de 1632, p. 268. 

17. 



298 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

de cette rencontre auguste et tantôt quelque 
importun opiniâtre à embarrasser le passage. 
Si bien qu'il en arive à souhaiter l'invisibilité ou 
encore l'ubiquité. Il envie la gloire, le mérite, la 
richesse des grands que l'on n'ose arrêter aux 
portes des antichambres et aussi la taille gigan- 
tesque de Fontenay-^lareuil ou des princes lor- 
rains toujours certains de ne point échapper à 
l'œil cardinalice. 

Seul pourtant Boisrobert parmi la foule des 
courtisans se prétend sans ambition, ne quéman- 
dant ni don, ni charge, ni pension, ni bénéfice. 
Ah I Si Mazarin connaissait ce désintéressement 
comme il lui ouvrirait largement les portes ! Mais 
qui donc l'en avertirait ? Et le poète, dépité de 
se constater, berné, sans protecteur, réduit à 
croquer le marmot en un endroit où s'étala jadis 
sa superbe, regagne la province, où du moins il 
peut, en toute liberté, se rassasier de voir le vi- 
sage du ministre puisqu'il emporte son portrait '. 

Mais jamais il n'y demeure longtemps. Du 
moins, aussi brièvement qu'il y séjourne y cueille- 
t-il des observations amères. Car, depuis la perte 
de sa faveur, nul ne paraît l'y connaître. On mé- 
dit de lui, on le jalouse, on insinue des choses 
horribles sur sa fortune. Ses obligés attribuent 
leurs obligations à des seigneurs actuellement en 
place. On le persécute sans songer qu'il jouit 
encore de quelque crédit. Car Mazarin parfois le 



1. Boisrobert: Les Épistres, lôil p. 8,34,66,82. V. aussi, Les 
Épistres, J659, Advis et p. 223, 232, 



LE PLAISANT ABBE DE BOISBOBERT 299 

gratifie d'un signe d'amitié. Et lorsque quelques 
normands surprennent ce signe d'amitié, immé- 
diatement ils viennent lui faire la révérence. Le 
bruit s'en répand jusqu'à Rouen où, à son pre- 
mier voyage, on le régale de compliments. 

Et Boisrobert supplie Mazarin de l'aider à per- 
sifler cette engeance de province. Si tu voulais, lui 
dit-il, 

m'estre un peu complaisant, 
Nous leur ferions un tour assez plaisant, 
Car que t'importe, ô grand et sage prince. 
Que nous duppions des hommes de province ? 
Quand près de toy je me pourray couler 
Fay quelquefois semblant de me parler. 
En important, je presteray l'oreille 
A cette feinte et tu verras merveille. 
Si nos Normands, dans ce prochain hyver, 
Après cela ne sont à mon lever, 
Si mes jaloux, trompez par l'apparence, 
N'ont à mes yeux encore l'impudence 
De protester que ce sont purs effets 
De ma vertu comme de leurs souhaits, 
Si mes ingrats, dans le mois de décembre, 
Ne viennent tous me jurer dans ma chambre 
Qu'à mes bontez ils doivent tous leurs biens, 
Reproche-moy que je n'y connois rien *. 

A croupir dans les antichambres, Boisrobert, 
s'amuse parfois d'une comédie qu'il n'avait jamais 

1. Boisrobert : Les Épistres, 1659, p. I, A Mgr le Cardinal, 
reproduite dans Recueil Barbin, 1692, III, 17 5 ; 1752, III, 
223 ; Bibliothèque poétique, 1745, I, 171. 



300 LE PLAISANT AI515É DE BOISROBERT 

soupçonnée. Car les valets goguenards se vengent 
de la brutalité des grands en les laissant s'enrhu- 
mer inutilement entre les portes ouvertes. Des 
rivalités atroces jettent les uns contre les autres 
les courtisans avides de cajoler son Eminence. 
Un seul regard de celle-ci constitue une gloire 
dont on fait parade ; une parole entre-bàilie le 
ciel ; un entretien transforme en demi-dieu. Mais 
il faut pouvoir provoquer ce regard, attirer cette 
parole, ravir cet entretien. 

Bientôt notre poète que Mazarin, obsédé d'im- 
pudents, découvre rarement dans la presse, subit 
à son tour les rebuffades des domestiques. X la 
vérité Hense, ancien huissier de Richelieu, l'in- 
troduit toujours volontiers, mais ses compagnons 
le maltraitent sans pitié, l'obligent à attendre ex- 
posé aux intempéries, se rient de ses requêtes et 
de ses colères. Boisrobert,à la vérité ne peut plus 
endurer une déchéance que lui rend plus cuisante 
l'attitude dédaigneuse de solliciteurs dont il re- 
cevait autrefois avec affabilité les prières. 11 in- 
voque l'amitié de Bautru qui, plus habile, a su 
conserver auprès de Mazarin l'emploi que lui 
dispensa Richelieu : 

Bautra, vivois-je ainsi, quand sans empêchement, 
Tu me voyois passer au cabinet d'Armand ? 
Ne m'as tu pas veu faire office à tout le monde ? 
N'ay-je pas, imitant ta bonté sans seconde. 
Passé dans ton esprit pour homme généreux 
En changeant le destin de tant de malheureux ? 
Mes disgrâces par toy tant de fois terminées, 
De ma seule bonté n'estoient-elles pas nées ? 



LE PLAISANT ABlîÉ Dlî BOISROBERT 301 

Admire cependant comme je suis trailté 
Puisqu'un suisse tout seul me fait civilité ^. 

Les nouveaux favoris, tous les hauts domesti- 
ques de Mazarin cependant lui montrent quelque 
estime. A l'abbé Paleau, maître de chambre, il 
apprend, en une épître, comment on occupe avec 
avantage cette fonction, les stratagèmes a l'aide 
desquels on se débarrasse des fâcheux et le moyen 
de discerner les courtisans dignes d'intérêt parmi 
lesquels il se place au premier rang '. Au comte 
de Noailles qui détient l'emploi de capitaine des 
gardes, il confie, comme au précédent, son sort, 
ne demandant qu'à voir le ministre, même de 
loin, alors que, dans son oratoire, désintéressé 
des affaires, il s'occupe de Dieu. En outre, il fé- 
licite ce comte de son attitude bénigne dans la 
faveur, s'étonnant que la modestie subsiste en 
lui, et la modération. 

La faveur en tout temps, comme au siècle où nous 

[sommes 
A tousjours desguisé les visag-es des hommes; 
De ce venin subtil on est soudain g-asté : 
J'en parle en homme expert, comte, j'en ay tasté. 
Tu sçais que ma faveur aux Provinces connue 
A fait q lelque embarras autrefois dans ma rue ; 
Je ne fay que partir d'où tu viens d arriver, 
J'ay veu, comme tu vois, des grands à mon lever; 
Plusieurs de tes suivans ont mesme esté des nostres 
Et je pense avoir fait le fat comme les autres, 

î. Boisrobert : Les Épistres, 1647, p. 12, A M.deBautru. 
2. Ibid., 1647, p. 89, A M. l'abbé Paleau. 



302 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

Je n'ay pu me sauver d'un air contagieux 

Qui corrompt les esprits en aveuglant des yeux. 

Si je t'avois veu lors tel que je te contemple, 

Je me serois changé peut-estre à ton exemple. 

La faveur, je l'avoue, a de puissans appas, 

Mais quand on la possède on ne se connoît pas. 

Le meilleur naturel et la meilleure grâce 

Dégénère en faiblesse et se tourne en grimace, 

On prend un certain air farouche et sérieux; 

On ne voit quasi rien quoy qu'on ouvre les yeux; 

On fait de l'empesché quand on n'a rien à faire. 

Et d'une bagatelle on compose un mistère. 

Je sens ce que j'ay fait, je me mire en autruy 

Et croy m'estre connu seulement d'aujourd'huy. 

J'en connois qui sortans de la chambre du Maistre 

Semblent avoir chaque œil plus grand qu'une fenestre ; 

Ils regardent sans voir en hommes effarez, 

Parmy leurs amis mesme ils semblent esgarez. 

Ils ont l'esprit ailleurs lorsqu'on brigue leur grâce; 

Tout leur nuit, tout les choque et tout les embarrasse. 

Mais, comte, je ne puis les condamner ici, 

Car je pense, après tout, que je faisois ainsi '. 

Peu à peu les familiers de Richelieu ont dis- 
paru. Citoys, le médecin, a suivi son maître dans 
l'a mort ^. Seul Rossignol demeure. Mazarin en a 
fait un maître de la chambre des comptes. Bois- 
robert sentant qu'il n'a plus « un visage à la 
mode » craint de l'importuner. Il s'y décide ce- 
pendant avec timidité. Car si Rossignol se sou- 

1. Boisrobert : Les Épisires. 1647, p. 17, A M. le comte de 
Noailles. 

2. Gui Patin : op. cit., I, 308 à la date du 11 déc. 1643 dit : 
« Citois se meurt d'une iièvrc continue. » 



LE PLAISANT ABB12 DE BOISROBEKT 303 

vient, dans les délices de Paris et l'amour de son 
épouse savoureuse d'un « pauvre homme de cam- 
pagne », il l'aidera à librement avoir accès au 
Palais Mazarin. Il lui conte, en termes pathéti- 
ques, quel calvaire il monte et comment il meurt 
de son obscurité. Il le supplie, en partant pour 
Forges où cent pintes d'eau rétabliront sa santé, 
d'efFectuer des démarches qui lui permettent, à 
son retour, de réécrire avec enthousiasme ce qu'il 
écrivit naguère avec mélancolie : 



Je m'en vais encore à la cour 

Faire le badin tout le jour 

Sur le coffre d'une antichambre '. 



Or Rossignol n'oublie pas le pauvre homme de 
campagne. Spontanément, il présente à Mazarin 
l'épître à lui adressée. A la vérité, le ministre ne 
comprend goutte à ce verbiage. 11 est fermé aux 
émotions littéraires, mais il prend en pitié le 
favori noyé dans les ténèbres. Il promet de lui 
être miséricordieux. Le rencontrant, par hasard, 
au cours d'une promenade, il lui crie : 

— Je suis vostre serviteur, M. de Boisrobert ! 

L'exclamation paraît à celui-ci un peu exces- 
sive, mais elle le remplit d'aise. 11 faut que cette 
aise, bientôt débordante, s'extériorise. Mon ser- 
viteur ! dit-il. 



1. Boisrobert : Les F.pislres, 1617, p. 44. A M. Rossignol. 



soi LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

me criez-vous, 
Vous qu'un sort juste et favorable 
Fit si ofrand, si considérable ! 
Ce mot fut entendu de tous. 
Vous rêviez, homme incomparable, 
Mais pourtant ce mot agréable 
En passant me fit des jaloux. 
SoulTrez, Prince, que je vous croye ; 
Pour fonder ma gloire et ma joye, 
Parlez plus ju^te une autre fois 
Et quand vous me verrez parestre, 
Poussant aussi loin vostre voix, 
Criez que vous estes mon maistre '. 

Mais Mazariii ne prendra pas de tels engage- 
ments. Tout simplement, à l'audience suivante, 
démêlant Boisrobert dans la foule, il le caresse 
de sa chaude voix italique et loue les termes de 
son épître à Rossignol. Cela suffit pour qu'aussitôt 
l'entourage lui marque une déférence obséquieuse. 
Il exulte. Il croit revenue la gloire de 1640. Il re- 
gagne sa maison riche, lui semble-t-il, et con- 
tent comme un monarque. Sa bile et sa chaleur 
de foie disparaissent. Un mot de la bouche au- 
guste, mieux que les eaux thermales, les décoc- 
tions, les juleps rend la vaillance à son corps tri- 
butaire de son esprit. 

Et voici qu'advenu en sa maison cette liesse 
s'évapore soudain. Une lettre de son fermier de 
Champagne lui annonce que son prieuré de la 
Farté, par la faute du vent, subit un désastre 

1. Boisrobert: Les Épislres, 1659, p. 254, A Mgr le cardinal 
sur ce qu'il luy cria, dans la rue qu'il esloii son serviteur, ma- 
drigal. 



LE PLAISANT ABBÉ 1)1-: lîOlSROB'cRT 303 

épouvantable. Les pressoirs, les moulins, les éclu- 
ses se sont effondrés. Il faut, sans rémission, par- 
tir, sinon c'est la ruine. Son fermier et sfs moines 
s'entendront pour tout vendre et lâchement le 
trahir. Ah ! comme il regrette, à cette heure, que 
le jeu ait tellement diminué son revenu qu'il ne 
puisse supporter cette calamité. Hâtivement, il 
adjure Rossignol de voir Mazarin et de lui expli- 
quer les raisons de son voyage précipité '. 

Mais il ne s'illusionne guère. Le petit avantage 
si péniblement gagné s'évanouit sans retour. La 
colère gronde en son âme. Et c'est avec une tris- 
tesse horrible qu'il pénètre en son prieuré. U 
lui semble entrer en village exhumé de terre par 
la pioche des chercheurs de trésors. Il chemine 
au milieu des décombres. Les artisans qu'il con- 
voque affichent, en outre, d'intolérables exigen- 
ces. Pour la reconstruction de son four on lui 
demande plus que ne lui donne sa prébende 
rouennaise ; pour celle de son moulin plus que 
ne vaut tout entier le prieuré; et la réfection de 
l'écluse nécessiterait l'engagement total de son 
revenu bourguignon. Avec cela, impossibilité 
matérielle de découvrir le moindre pécune en ce 
chien de pays où les financiers parisiens les plus 
lardés d'or ne trouveraient pas crédit d'un naveau. 
Et Boisrobert, désespéré, portraiture ainsi le lieu 
où le sort l'oblige à vivre durant une année : 

Colomb n'a jamais découvert 
Lieu plus sauvage et plus désert. 

1. Boisrobert : Les Epislres, 1647, p. 51, A M. Rossir/nol. 



306 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Tout me déplaist et tout me choque 

Dans cette maudite bicocque ; 

Nos plus honnestes officiers 

Portent des clous à leurs souliers 

Et ces coquins pleins de misère 

Ont pourtant un M. le maire 

Avec cinq ou six eschevins 

Aussi gueux que des quinze-vingts. 

Chaque moment me dure une heure 

Dans cette importune demeure; 

Je ne voy, pour me consoler, 

Pas un seul homme à qui parler. 

Mes moines sont cinq pauvres diables, 

Portraits d'animaux raisonnables. 

Mais qui n'ont pas plus de raison 

Qu'en pourroit avoir un oison. 

Ils ont courte et maigre pitance 

Mais ils ont grosse et large pance 

Et par leur ventre je connoy 

Qu'ils ont moins de souci que moy. 

Sans livre, il chantent, par routine, 

Un jargon qu'à peine on devine ; 

On connoist moins dans leur canton 

Le latin que le bas-breton, 

Mais ils boivent, comme il me semble, 

]\lieux que tous les cantons ensemble. 

J'oy braire icy, matin et soir, 

Ces cinq paysans vestus de noir 

Et de ces ignorantes bestes 

Je n'ay que pleintes et requestes. 

Voilà mes divertissemens 

Ne sont-ils pas doux et charmans ' ? 



1. Boisrobert : Les Épislres, IQi' , p. 60, A M. Ciloys; p. 186, 
A M. de Caradas. 



I-E PLAISANT ABBÉ DE BOISKOBERT 307 

Néanmoins des emprunts lui facilitent la tâche 
de recoastraction et dès qa'il trouve, avec une 
difficulté inouïe, acheteur de ses récoltes, il re- 
gagne 

Ce doux Paris, ce Paris adorable, 

Le seul séjour de l'homme raisonnable '-. 

Il y cherche aussitôt quelques moyens de réta- 
blir son train en déconfiture. Citois, premier com- 
mis à la surintendance des finances, fils du méde- 
cin de Richelieu, lui paraît capable de lui obtenir 
le paiement d'une certaine ordonnance qu'il 
croyait périmée. Il lui rappelle quelles relations 
afïectueuses il entretint avec son père. Citois 
jouit, en effet, d'un pouvoir certain sur M. Le 
Bailleul, surintendant bouffon dont les chiffres 
achèvent de désorienter la pensée *. Il s'emploie 
généreusement à ravitailler d'écus Boisrobert, 
aidé dans cette oeuvre pie, par la fille même de 
M. Le Bailleul, cette marquise de Saint- Germain- 
Beaupré que son mari s'efTorça d'accoutumer 
aux mœars italiennes et en qui notre poète dis- 
cerne, pour la circonstance, de singulières grâces 
et vertus ^ 



1. Tallemant : I, 413, dit qu'il s'était fait bâtir une maison 
à la Porte de Richelieu, c'est-à-dire proche de la rue Saint- 
Augustin. 

2. Boisrobert: Len Épistres, 1647, p. 57, 60, 66 et Autres 
œuvres, p. 47, A. M. Citoys. 

3. Ibid., 1647, p. 165 et Autres œuvres, p. 36 (reproduit 
par Recueil des plus beaux vers qui ont esté mis en chant, 
1661, 1" part , p. 80i, A M°" la marquise de Sainct-Germain, 



308 Lli PLAISANT ABBii DE liOISROBERT 

M. Le Baillcul n'a pas l'hiinieur ordinaire des 
surintendants et autres financiers. La littérature, 
loin de lui répugner, le captive surtout lorsqu'elle 
se consacre à sa louange. Il ne résiste pas aux 
phrases patelines de Boisrobert, 11 ouvre sa 
caisse. Et notre poète y puise largement. 

Dès lors, les soucis écartés, celui-ci considère 
qu'on le doit revoir à la cour en galant équipage. 
Il se présente au Louvre pour reprendre sa place 
au cercle de la reine. Mais voici que l'huissier 
La Volière, le plus capricieux animal du monde, 
pris d aversion pour notre abbé, lui refuse la 
porte. 

— J'entrerai en dépit de vous, dit Boisrobert 
en colère. 

Apercevant M. le Prince qui se dispose à aller 
saluer Anne d'Autriche : 

— Prenez-moy par la main, Monseigneur, sup- 
plie-t-il. 

Et de cette sorte il brave l'interdiction du sot 
personnage. Il bavarde un instant parmi les ju- 
pes, désireux seulement de se montrer. Puis ii s'en 
va et dévisageant son ennemi : 

— Nargue, dit-il, M. de la Volière ^ 

Et M. de la Volière n'ose plus désormais fer- 
mer la porte de la reine au poète, car nous re- 
trouvons celui-ci partout où séjourne la cour. A 
Fontainebleau, s'extasiant sur les merveilles natu- 
relles, vantant les forêts enchantées, les allées 
ombreuses, les jardins symétriquement ordonnés, 

1. Tallemant : II, 409-410. 



LE l'LAI>ANT ABBt DE UOISlîOliliRT SU'J 

les eaux fusantes ou canalisées, les rocailles et 
les grottes artificielles, il se réjouit surtout de se 
constater toujours agréable '. Le jeune roi est 
Tobjet de ses soins pressants ^. Mais surtout il 
aime à s'environner de Tessaim des demoiselles 
aux visages de fleurs. Il les attire par les com- 
pliments comme on attire par le sucre les abeil- 
les. Du Lude adolescente ' ; Mortemar, fière, 
grave et comme descendue d'une frise antique * ; 
Toussy assez belle pour arrêter le désir vaga- 
bond de Gondé ' ; Tourville vivant, comme une 
déesse, enveloppée de son charme muet \ simul- 
tanément se glorifient de ses stances admir.itives. 
Et lorsqu'il annonce aux dames les départs de 
Beuvron, en ces termes malicieux ; 

Iris s'en va, vous serez les plus belles, 

lune d'elles piquée, dit à M*°° de Brégy : 

— Sijele tenoiSjje luy arracherois les yeux!... 
A quoi l'autre, s'imaginant plus directement 

offensée, répond avec fureur : 

1. Boisrobert: Les Épistres, lôiT, p. 71, A. M. l'abbé de Chan- 
valon. 

•2. Ibid., 1647, p, 22, A. M. Vabhé de Beaumont ; 1659, p. 223, 
A. M. de Lyonne ; 1639, p 272, Vers chantez devant le roy, 
etc.. ; V. aussi L'Eslite des bouts rimez de ce temps, 1649, 
p. 39 ; mss Conrart, t XXIV, m-4", p. 655. 

3. Recueil Sercy, 1653 et 1654, 2* part., p. 301. 

4. Boisrobert : Les Épistres, 1647, Autres œuvres, p. 32. 

5. Boisrobert : Les Épistres, 1647, Autres œuvres, p. 17, 27. 

6. Boisrobert : Les Épistres, 1647, p. 129 et Autres œuvres 
p. 35. 



310 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

— Ah! madame, que dites-vous là! 11 faudroit 
donc que je rétranglasse ' ! 

Boisrobert, d'une plume maligne, s'ingénie à 
provoquer ces jalousies. Ensuite il en fait des 
gorges chaudes parmi les grenouillards dont il 
partage les orgies. C'est tantôt chez Guille, Berné 
ou Martin, traiteurs dont les poêles fricottent de 
suaves épaules de moutons ou d'âpres sauces 
poivrées et dont les caves ne s'épuisent jamais 
de vins inspirateurs - ; tantôt en la chambre par- 
fumée au umsc et à l'ambre de Lambert le finan- 
cier ; tantôt chez Campagnol, neveu de Balzac. 
Les nez énormes et pustuleux s'éclairent réci- 
proquement autour des tables, nez de l'abbé 
Tallemant gouailleur et frétillant, nez caustique 
de Maynard, nez romanesque de Gomberville, 
nez goguenard d'Esselin, nez triomphal, monar- 
que des nez de l'immortel ivrogne Flotte ^. Bois- 
robert, en ce cénacle, apportant son propre nez 
musqué, débite les nouvelles de la cour. On le 
raille de s'attarder encore à babiller parmi les 
filles de la reine alors que des bouteilles restent 



1. Boisrobert: Les Epistres, 1647, Autres œuvres, p. 27,31. 
V. aussi, Recueil Sercy, 1653 et 1654, 2* part., p. 300; Recueil 
des plus beaux vers qui ont esté mis en chant, 1661, V part., 
p. 285. V. également, Tallemant: VI, 495. Des épitaphes da- 
tent aussi de cette époque. V. Les Epistres, 1647, Autres 
œuvres, 45, 46, Pour M. le marquis de Gesvres; p. 46, Pour 
M. du Plessis de Qhivré. 

2. Boisrobert : Les Epistres, 1647, p. 129, A. Celidamant. 

3. Ihid., p. 119, A. M. de Campagno. V. aussi, p. 27, sur 
Flotte. L'art de la poésie, par le sieur de la Croix, 1694, 
p. 286, art. La Débauche donne des vers de Boisrobert qui 
peuvent se rapporter à cette époque et une notice sans intérêt. 



^E PLAISANT ABBÉ DE BOISIÎOBERT 311 

à vider et que les journées passent si doucement 
à cuver le vin des nuits. 

Mais s'il consent, pour se venger de boire par 
force trop d'eau de Forges, à lutter de conte- 
nance avec ces bons biberons, nul ne saurait le 
détourner de la cour qui est par excellence son 
élément. 11 y conserve des amitiés très tendres, 
celle par exemple de la douce M""" de Motteville. 
A cette demi-normande que Richelieu exila, il 
doit assurément d'être souffert de la reine Anne 
d'Autriche qui exècre quiconque lui rappelle le 
souvenir du cardinal. Il est, en face d'elle, respec- 
tueux presque sans ironie. Il voudrait la rencon- 
trer plus souvent en dehors du cercle royal pour 
goûter sans en être distrait le charme de son 
esprit. Il la sait froide, peu encline à galantiser, 
tout occupée de considérer les événements pour 
les consigner en les mémoires qu'elle écrit en 
secret. Souventes fois, mais vainement, il la con- 
vie à grossir un groupe de bien-disants que l'ocu- 
liste Thévenin réunit en son jardin du quartier 
Saint-Honoré. Elle en serait la parure et la 
lumière, et Paget, maître des requêtes, Rossi- 
gnol, Renserade, Ruhy la veuve, la marquise 
de la Roulaye, M"* de Reuvron, vingt dames 
agréables écouteraient ses avis comme des ora- 
cles. Mais M""' de Motteville préfère demeurer en 
l'alcôve de la reine ou promener à Fontaine- 
bleau sa rêverie ^ Elle délègue sa sœur l'aus- 

1. Boisi'obert : Les Épislres, 1647, p. 181, A iM'"' de Motte- 
ville. V. aussi, Balzac : Œuvres, 1665, I, 717 qui indique les 
relations de Boisrobert avec cette dame. 



312 LE l'LAISANT AUBE DK BOISUOBEUT 

tère Socratine et son. frère Bertaut l'incommode. 
Les deux jeunes gens chérissent Boisrobeit d'uue 
affection où se mêle la reconnaissance. Car le 
poète ai la grandement à leur fortune. Il les embau- 
cha jadis parmi cette troupe d enfants qui jouè- 
rent d jvant le cardinal Richelieu le Prince 
déguisé de Scudéry et le Pastor Fido de Guarini. 
Il souligna leur gentillesse au point d obliger son 
maîlre à pensionner Socratine et à entretenir 
Bertaut jusqu à la fin de ses études au collège de 
Navarre '. Maintenant même et tandis que ce 
dernier se prépare à accompagner le secrétaire 
d'Etat Abel Servien au Congrès de Munster où 
s'ébiuche la paix de Westphalie, il s'occupe, 
auprès de la Congrégation de France qui en dis- 
pose, de lui conserver le prieuré du Mont-aux- 
Malades proche de Rouen qui lui vaut, sans endos- 
ser la soutane, cinq mille livres de rente annuelle\ 
D'ailleurs, travaillant k maintenir le jeune 
homme à la tête de ce prieuré, c'est également 
pour son divertissement qu'il travaille. Bertaut 
en effet compte, malgré son surnom, parmi les 
badins qui lui facilitent d'endurer la vie sans 
honneurs. Durant les exils périodiques que néces- 
site son canonicat normand, il se désennuie à le 
retrouver, reluisant de santé, juché sur son Mont- 
aux-Malades. 



1. T lleramt: IV, 119 ; 128, et s., signale tous ces faits sans 
les attri.juer à Boisi'obert. Mais celui-ci les revendique en une 
lettre au H. P. Faure (Bihl. Sainte-Geneviève,mss 3275, f<> 419), 
que nous publions à l'appendice. 

2. Mss 3275, f° 419 précité; TaJIemaut : IV, 129. 



LC l'LAISA.M AUlii; DE liOISKOliEliT 313 

Car, nous l'avons souvent dit, Boisrobert 
n'éprouve de bien-être intellectuel que dans les 
conipaguies plaisantes. Si, parfois, on le rencontre 
fraternisant avec les doctes comme ce Pierre- 
Antoine de Mascaron, frère du sermonnaire, dont 
il préconise la Rome délivrée ', c'est uniquement 
pour se donner quelque apparence de sérieux. 

Rapidement il les abandonne à leur latin, leur 
préférant d'autres compagnons, ainsi que lui 
imprégnés d'humanités, mais se gardant d'en 
faire parade. Monteclair caustique, faraud, raf- 
finé - ; Gharleval, coquet, parfumé, frêle, sensitif, 
tendre comme unefemme^; Sarasin souple, gra- 
cieux, moqueur et tous ceux qui, à leur exemple, 
sèment, sans en attendre la gloire, les versicu- 
lets bâtis de vocables dorés, sourient à sa muse 
et à son cœur *. 

Souventes fois, à cause de cette propension à 
la gaieté, Boisrobert, bien qu'il le rencontre tous 
les lundis à l'Académie, rejoint en sa maison 
Jacques Esprit. Linot que les bocages langue- 
dociens nourrirent de soleil et de chansons, celui- 
ci percha sur divers perchoirs sans jamais y pou- 

1. Mascaron: Rome délivrée ou la. Relraile de Caius Martius 
Coriolanus avec son apologie, 1646, 10-4°. Dédié à Mazarin. En 
tète se trouve, parmi des vers de Scudéry et de Maynard, une 
Epistre de Boisrobert à M. Mascaron non reproduite dans les 
Epistres. Plus tard Mascaron, en retour, écrira la Préface aux 
dites Épislres de notre héros. 

2. Boisrobert: Les Epistres, 1647, p. 79, .1 M. lechevalier de 
Monteclair. 

3. Ihid., 1647, p.o9,Epigr. pour M"' Marlel à M.deCharleval ; 
p, 94, A M. de Charleval; 1659, p. 252, .1 M. de Charleval. 

4. Ibid., 1647, p. 1 et 94. 

18 



31 i LE ILAISANT Alllili DE nOISROBERT 

voir demeurer. On le vit dans la clientèle de 
Ségiiier, puis s'essayaut à devenir prédicateur 
de l'Oratoire, puis à la cour pourléchant les bot- 
tes seigneuriales. A cette heure, le froc à jamais 
rejeté, se tuant à élaborer des guerriers à la 
France, il distrait les songeries amoureuses de la 
duchesse de Longue ville. 

Or, comme la duchesse de Longueville souhaite 
traîner au Congrès de Munster où l'appelle son 
mari, ce traducteur essoufflé de psaumes, ce fai- 
seur de pathos galant, Boisrobert proteste et se 
fâche. N'est-ce point assez que Bertaut déjà mani- 
gance, au fond de la barbare Allemagne, des 
traités auxquels il ne comprend goutte ? Faut-il 
encore qu'Esprit coopère à cette absurde beso- 
gne? Que deviendra Paris si brusquement on lui 
enlève tous ceux par qui il arrive à imposer sa 
suprématie intellectuelle au monde ^ ? 

Jacques Esprit répondrait sagement à Boisro- 
bert s'il lui confiait qu'à s'exiler en Allemagne il 
œuvre pour sa fortune. Mais il préfère lui faire 
une réponse plus originale. Certain matin, il 
l'introduit en la chambre de M"' de Longueville, 
non sans avoir dûment averti cette dernière. Notre 
poète s'attend à trouver la duchesse gracieuse 
selon sa coutume et prête à entendre avec com- 
plaisance un homme dont elle admire le talent. 
Mais précisément parce que Boisrobert doit, après 
la mort, ressusciter parmi les muses qui chemi- 
nent à demi nues dans l'atmosphère clémente 

1. Boisrobert : Les Éptstres, 1647, p. 171, A M. Esprit. 



LE PLAISANT ABBE JIE BOISROBERT 



313 



de rHellade,elle veut, par anticipation/ l'admet- 
tre aux délices visuelles du Mont-Parnasse. 

D'ineffables parfums montent aux narines du 
nouvel élu et, comme il lève le front qu'il tenait 
baissé par respect, ce n'est plus, entre les cour- 
tines de brocard de son lit armorié. M"' de Lon- 
gueville qui lui apparaît, mais la poésie elle- 
même. Car, toute rafraîchie et sortant du bain, 
souriante, parée de ses cheveux comme d'une 
auréole, les bras, les épaules, la gorge sans voi- 
les, elle le contemple avec des yeux saphirins où 
flotte le mystère de son âme. 

Et Boisrobert se sent enlevé de terre, trans- 
porté hors la vie, émerveillé devant la Beauté 
enfin vivante et qui rejette la pudeur comme un 
manteau insupportable. Et il comprend pour 
quelle raison inexprimable Jacques Esprit quitte 
la France, quitterait le monde si cette forme, à la 
fois adolescente et épanouie, consentait à être 
pour lui autrement qu'intangible et sacrée '. 

Mais notre abbé s'apaise vite d'une exaltation à 
laquelle ses sens n'ont point participé. Il n'achè- 
terait pas, en effet, d'une rime l'orgueil de pos- 
séder le trésor de ces chairs veloutées alors que 
jadis chèrement lui coûta la douceur de rire aux 
lèvres des pages '. Tout entier il est physique- 

1. Boisrobert: Les Épistres, 1647, p. 11, A M. Esprit. V. 
aussi, Cousin : La jeunesse de M""' de Longueville.lSl'I, in-18, 
p. 274 et s. 

2. Tallemant : II, 400 ad notam, raconte, en donnant comme 
suspecte son anecdote, que Jean d'Apremont, sieur de Vandy, 
livra un jour à Boisrobert son camarade Nanteuil pour dix- 
liuit livres d'or. 



3 16 LU PLAISANT AUIJii DE BOISROBERT 

ment détourné de la femme par mie répugnance 
invincible. Quels sont les êtres auxr[uels s'adresse 
son désir d'inverti ? Enquête impossible à efîec- 
tuer à une époque où la dévotion s'efforce d'effa- 
cer jusqu'aux vestiges écrits de ces impuretés. 
Nous inclinons à croire que, l'âge venu, Boisro- 
bert chante ses messes noires en sa maison avec 
ses laquais et quelques adolescents volontaires. 
Car l'un de ces laquais ayant un jour reçu du 
portier de Bautru maints coups de pied au cul 
pour une impertinence, notre poète manifeste une 
fureur supérieure à l'injure. Et desgpus s'écrient: 

— lia raison ! Cela est bien plus offensant pour 
luy que pour un autre. C'est la partie noble de 
ces messieurs là \ 

Ninon de Lenclos dont Boisrobert hante, pour 
l'esprit indépendant qui y règne, l'alcôve achalan- 
dée, n'ignore rien de ses intimes manèges. Lors- 
que les dévotes de la cour, scandalisées qu'elle 
leur enlève sins vergogne leurs amants, obtien- 
nent sa claustration au couvent de Lagny, elle lui 
écrit en manière de b^dinage et pour lui montrer 
quel traitement affable lui réservent les nonnes 
étourdies de sa célébrité • « Je pense qu'à vostre 
imitation, je commenceray à aymer mon sexe \ » 

Boisrobert naturellement visite,dans l'exil, celle 
qu'avec préciosité il nomme « sa divine ». Udes- 

1. Tallemant : II, 413. V. aussi, II, 405 ad notam. « Une fois 
M'i» Maison, fille d'esprit, le desferra. Il luy contoit qu"il avoit 
peur qu'un de ses laquais ne fust pendu.— Voire, luy dit-elle, 
les laquais de Boisrobert ne sont pas faits pour la potence ; ils 
n'ont c[ue le feu à craindre. » 

2. Ihid., II. 413, 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBITRT 317 

cend, dans la ville, à YEspée Royale. Un laquais 
chaque fois l'accompagne. Un jour, après son 
départ, la servante de l auberge, étonnée de ne 
jamais préparer qu'une chambre pour deux hôtes, 
demande au voyageur qui lui succède : 

— Monsieur, ne fera-t-on qu'un lit pour vous 
et vostre laquais, comme à M. l'abbé de Boisro- 
bert? 

Ninon apprend la réflexion de cette fille. Dans 
la suite, revoyant le poète, elle dit : 

— Au moins je ne voudrois point des laquais! 

— Vous ne vous y entendez pas, répond effron- 
tément l'autre, la livrée c'est le ragoût '. 

Ninon, au contraire de certaines coquettes, n'en 
veut nullement à Boisrobert de demeurer indiffé- 
rent à son charme. Elle le contemple, surprise et 
séduite, comme on l'est devant un phénomène. 
Elle éprouve seulement un goût très vif de le 
harpigiier. Car toujours, tandis qu'il l'entretient, 
à son retour du couvent, un même éphèbe alan- 
gui le relance chez elle avec une mine boudeuse : 

— Ce petit vilain, lui dit-elle, vous vient tou- 
jours retrouver. 

— Ouy, répond-il, j'ay beau le mettre en mes- 
tier, cela ne sert de rien. 

— C'est, repart-elle, qu'on ne luy fait nulle 
part ce que vous luy faites -. 

Ces insinuations ne démontent pas l'abbé. 11 
finit même par ne plus cacher à Ninon ses 
« petites complexions ». Elle sait que des gens 

1. Tallemant : VI, 11 ad notam. V. aussi. Vf, 8. 

2. Ibid., II, 405 ad notam. 

18. 



318 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

malendurants le persécutent et ne s'étonne point 
de le voir un matin s'introduire, bouleversé, chez 
eUe. 

— ^la divine, s'écrie-t-il, je m'en vais me met- 
tre au noviciat des Jésuites. Je ne sçay plus que 
ce moyen-là de faire taire la calomnie. J'y vais 
demeurer trois semaines au bout desquelles je 
sortiray sans qu'on le sçache, et on m'y croira 
encore. 

Puis, réfléchissant : 

— Ce qui me fasche, c'est que ces bougres-là 
me donneront de la viande lardée de lard rance et 
pour tous petits piez quelque lapin de grenier. 
Je ne m'y sçaurois résoudre. 

Ninon s'attend donc à ne plus revoir de long- 
temps son ami. Mais, le lendemain, nouvelle 
visite de Boisrobert. 

— J'y ay pensé. C'est assez de trois jours ; cela 
fera le mesme effet. 

Or, l'abbé, loin de se rendre au noviciat de la 
rue du Pot-de-Fer et de quémander une cellule, 
visite les Jésuites de la rue Saint- Antoine, gens 
qui, d'un mot, peuvent clarifier sa réputation. 
Usant de toutes les ressources de son imagina- 
tion, il les amuse, gagne leur complicité, s'assure 
qu'ils s'évertueront à détourner de sa personna- 
lité les curiosités indiscrètes et malveillantes. 
Puis il revient chez Ninon : 

— Ma divine, j'ay trouvé à propos d'aller chez 
les Jésuites. Je les ay assemblez. Je leur ay fait 
mon apologie. Nous sommes le mieux du monde 
ensemble. Je leur plais fort, et, en sortant, un 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBBRT 319 

petit père m'a tiré par ma robe et m'a dit : 
« Venez nous voir quelquefois ; il n'y a personne 
<|ui réjouisse tant les Pères que vous '.» 

Néanmoins, malgré cette paradoxale habileté, 
Boisrobert ne peut empêcher que son vice ne 
provocjue un scandale en pleine Académie. Le 
coup lui vient, à propos du Dictioiuiaire , de Gilles 
Ménage, pédant pour lequel il fut toujours secou- 
rable ou, tout au moins, amical. Il ne s'explique 
pas les motifs de cette perfidie ^ 

C'est cju^en l'âme de notre poète le pédan- 
tisme ne trouve pas, pour se loger, le plus petit 
recoin. Par suite Boisrobert ignore les voluptés 
spéciales auxquelles sont induits les hommes 
atteints de cette tare intellectuelle ; qu'ils pré- 
tendent à la supériorité de l'érudition et à la 
royauté de l'esprit ; que leurs affections dispa- 
raissent devant la perspective de placer un bon 
mot ; c|ue leur gratitude s'efface devant celle 
d'accréditer une étymologie. Si Boisrobert eût 
entendu ces simples choses, l'attitude de Ménage 
lui eût semblé naturelle. Il eût également déduit 
de cette attitude que ce grammairien regrettait 
de n'appartenir pas à l'Académie pour l'émotion- 
ner de son docte verbiage. Dès lors, sa Requeste 
des Dictionnaires lui fût apparue comme une tur- 
lupinade à laquelle il se fût gardé d'attribuer 
une importance. 

1. Tallemant : II, 405 acf notam. 

2. Menasse et Boisrobert étaient en effet en relations d'ami- 
tié, comme en témoigne un distique latin du premier, placé en 
(été des Épistres, 1647, et reproduit dans .Eyidii Menagii poe- 
mata, 1668, p. 73. 



3'20 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

En réalité Menasse attaque la Compagnie en- 
tière dans sa tâche linguistique et, accusant l'aca- 
démiste Serisay de la monomanie de féminiser 
tous les mots, reproche à Boisrobert, « ami du 
genre masculin », de ne s'opposer pas avec véhé- 
mence à cet « efféminé langage » '. Le mot à 
double sens court aussitôt les ruelles. On s'en 
gausse. On le murmure devant la victime elle- 
même. 

C'est pourquoi Boisrobert, prompt à la colère, 
dès la première séance académique, se manifeste 
parmi les mécontents qui veulent une vengeance. 
En somme est-il le plus cruellement offensé. On 
ne sait s'il reçoit, selon la prescription des sta- 
tuts, mission de revancher l'assemblée. Toujours 
est-il que bientôt paraît, sous la signature collec- 
tive de cette dernière, une violente réponse que 
termine une menace de bastonnade: 

Voilà quel sera ton Destin, 
Voilà quelle sera ta gloire. 
Dasormais, si tu veux m'en croire, 
Retranche-toy dans ton latin 
Et ne fais plus en nostre langue 
Poème, reqiieste ny harangue 
Si tu ne veux estre frotté. 
Ainsj, respond l'Académie 



1. La Requesle des Diclionnaires commença à circuler manus- 
crite sous eu titre eu mars 1646 comme l'indique une lettre de 
Balzac -.Mélanç/es historiques, choix de documents. Lettres iné- 
dites de J. -Louis Guez de Balzac, 1873, I, p. "52. Elle fut 
publiée sous le titre nouveau : Le Parnasse alarmé. A Paris, 
1649, in-4" de 16 p. 



LE PLAISANT ABBE DK BOISUOBERT 321 

Au pédant qui, par vanité, 
Cherche à lavoir pourennemie^ 

Ménage, parcourant ces lignes énergiques, sent 
que l'jifTaire se gâte et craint pour ses épaules. 
Sachant Tire de Boisrobert féconde en épilogues 
de bâton, il se hâte de porter des excuses. La 
Requeste, prétend-il, ne fut pour lui qu'un passe- 
temps. 11 eut le tort de la communiquer à Girault. 
« son apprentif ». Montreuil, poète écervelé, la 
lui escroqua et l'imprima subrepticement. Ainsi 
dégage-t-il sa responsabilité. 

Boisrobert admet ces excuses et décide de n'en 
plus parler. Mais voici que Ménage excite à nou- 
veau son irritation. Heureux du bruit fait autour 
de son nom, il ne résiste pas. publiant ses Mis- 
cellanea,a.u plaisir d'y introduire son brocard mal 
rimé. Dès lors notre abbé ne croit plus nécessaire 
de reprendre la plume. Il envoie tout simplement 
un de ses neveux, sacripant dont il ne sait com- 
ment occuper le vagabondage, attendre, muni 
d'une latte, le pamphlétaire récalcitrant. Trois 



1. Boisrobert: Tîesponse au Parnasse alarmé. Par l'Académie 
françoise. S. L. Iô4^, 111-4° de 6 p. Le Parnasse et la Response 
sont des pièces rarissimes. Seule la Bibliothèque Mazarine les 
possède (M. 11742 et 1183ô). On peut apprécier le succès du 
pamphlet de Ménage d'après le nombre considérable de copies 
qui en subsistent dans les manuscrits de l'époque Nous n'avoTs 
rencontré, au contraire, qu'une seule copie de la Response 
{Archives nationales, M. 791). Balzac ; Mélanges historiques 
précités, [. 7 52,754, parle à Chapelain de la quoiell ■ Boisrobert- 
Ménage V. aussi : Menagiana, 1715, III, 81 ; Tallomant : V. 
219 ; Pellisson : I, 51. On en trouve également un écho loin- 
tain dans Colin : Œuvres galantes, 1665, II, 446. 



322 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

heures durant, le bastonneur croque le marmot 
devant le cloître Notre-Dame. Mais tandis cpi'il se 
morfond à une porte, Mcnage sort par l'autre. 
Ainsi tout espoir de vengeance échappe-t-il à 
Boisrobert. Et, dans la suite, la rage apaisée, il 
simule le pardon que lui commande son état ec- 
clésiastique'. 

Et, sans doute pour effacer le mauvais effet que 
produisit, pour la renommée de Boisrobert, cette 
querelle singulière, ses amis le pressent de publier 
en volume les épîtres plaisantes qu'il disperse li- 
béralement, inspiré par les circonstances. Sara- 
sin, entre tous, le conjure d'offrir cet hommage 
aux Lettres françaises. Mais notre abbé rechigne 
et se défend d'intéresser personne. Que t'ai-je fait, 
écrit-il au secrétaire du prince de Conti, 

et que t"a fait ma rime? 
Quoy. Sarrazin, tu veux que l'on m'imprime 
Et qu'au Palais chacun ait droit d'aller 
Pour un teston mon esprit controUer? 
Quoy, tout de bon, ton amitié m'impose 
Cette loy dure? Elle veut que j'expose 
Aux yeux malins des injustes censeurs 
Les nuditez de mes neuf pauvres sœurs? 

Il craint que son style ne passe pour fade et que, 
faisant pour lui ce que Ton fît pour d'autres au- 
teurs vantés, on oublie de démêler son agrément 
de ses défaillances, 

1. Tallemant : V, 219 ; Menaguma, 1715, III, 81. 



LU PLAISANT ABBl'i DE lîOISBOBEUT 323 

J'earag-erois si parfois ua ivrogne 

En ma présence arrivoit chez Besongne 

Et s'eschappoit dans sa mauvaise humeur 

Contre la rime et contre le rimeur. 

Je pourray plaire à tel autre bizarre, 

P'rais arrivé des confins de Navarre, 

Qui me louera peut-estre injustement. 

...Soit qu'on me face enfin honneur ou honte 

Esgalement il faudra qu'on m'atîronte. 

Les jeunes gens à qui la rime plaist 

Diversement y prendront intérest; 

Les advocats sans cause et sans pratique 

Viendront comme eux fondre dans la boutique. 

L'un sousrira parfois en me lisant 

Et pourra dire : il est assez plaisant. 

L'autre dira, s'il voit que je brocarde : 

Pour un abbé sa muse est bien gaillarde. 

L'un me mettra dans le rang des polis 

Et soustiendra que mes vers sont jolis, 

L'autre expliquant gravement sa pensée 

Dira que là telle rime est forcée 

Et que tel vers, s'il estoit rajusté, 

En tel endroit feroit grâce et beauté. 

Les seatences sottes pleuvront sur sa maigre 
besogne et aussi les marques de colère de gens 
absurdes voulant, à toute force, s'appliquer les 
astérisques des satires. Enfin Boisrobert souffrira 
d'entendre, d'un bout à l'autre du Palais, reten- 
tir son nom. 



Que deviendray-je, oyant trente libraires 
Me clabauder et crier de concert ; 
Deçà, Messieurs, acheptez Boisrobert ! 



32Î: LE.l'LAISANT ABBÉ DE BOISROBEIT 

Quov, Sarrazin, J3 me verray vendu 
A tel coquin qui fera l'entendu; 
Jj souiTi-iray, devenu marchandise, 
Q l'un vil pédant à mon nez me mesprise? 
Je passeray, pour vingt ou trente sols, 
Entre les mains des brutaux et des fols ? 
Chacun pourra m'enlever sous l'aisselle 
Et me porter ainsi qu'une vaisselle 
Dans le bordel ou dans le cabaret 
Pour m'entermer comme un haren soret? 
Je serviray d'enveloppe aux beurrières, 
Ou, s'il esch t, à plus villes matières, 
Car tel pendart, tel fat ou tel cocu 
Fera de moy, s'il veut, son torchecu ? 

Ainsi Boisrobert, avant d'abandonner son ma- 
nuscrit à l'impression, pèse quels bénéficesou quels 
méchets en peuvent découler. Lamitié corrompt 
et aveugle Sarasin. Que ce dernier lui gagne les 
sufîras:es de srens moins enthousiastes! Alors il 
ne résistera plus à son invite ". 

Or Sarasin lui gagne le suffrage de Conrart 
qui concrète, en 1 1 sienne, toutes les sagesses. Notre 
abbé proteste fiiblement encore, mais le secré- 
taire de l'Académie triomphe de cette protesta- 
tion et lui signe un privilège ^ Dès lors Bois- 
robert s'abandonne à la critique publique. Le 
cardinal Mazarin, à son dire, lui ordonne de lui 
dédier un ouvrage qu'une préface de Mascaron, 
des poésies liminaires de Ménage, Scarron, Gom- 

1. Boisi-obort: Les Epistres, 1647, p. 1, .4 M. Sarrazin. 

2. Boisrobert: Les Epistres, p. 190, A. M. Conrart; p. 10 i, 
Réponse de M. Conrart, 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEUT o20 

bauld, Maynard et Corneille entraînent inévita- 
blement vers le succès '. 

Et les E/Jw^re*^ paraissent, fomentant les louan- 
ges de la cour et de la littérature *. Seule la voix 
de Balzac se fait entendre pour rabaisser ignomi- 
nieusement un être qui lui fut dévoué jusqu'à la 
mort'. Bienheureusement Boisrobert ignore quel 
jugement odieux prononce dans l'ombre le soli- 

1. Les E/iislrex du Seur de Bois-Robert-Meiel.abhé de Chas, 
tillon, dédiées k Mgr l'Eniinentissime Cardinal Mazarin. Paris. 
Gardin-Besongn !, 1647, in-4"'. Cet ouvrage dut avoir un pre- 
mier tirage, à petit nombre, et aujourd'hui perdu, dès 1646. 
car Balzac: Mélanges historiques précités, l,p 778, en parle en 
une lettre du '2i septembre 1646. V. aussi, Bibl. de Caen, mss., 
n" 35, Athenœ Xorniannorum qui donne, comme date de pre- 
mière publication, 1646 et même indique, mais ce doit être 
une erreur, une autre édition de 1650. L'achevéd'imprimer est 
du 21 juillet 1646. Boisrobert, dans les Ejjistres, 1659, Dédi- 
cace à Fou(/ue<, prétend que Mazarin lui avait donné l'ordre de 
lui dédier son premier volume et que ce volume eut un im- 
mense succès. V. aussi, Advis. 

2. Loret . Muze historique du 4 janvier 1653 déclare les vers 
de Boisrobert « nets et justes ». François Cnllelet : Juvenal 
burlesque I6ôl, Epistre au Lecteur, et p. 3, écrit: «Les Epislres 
de M de B nsrobert sont capables de dérider le front des 
Gâtons les plus mélancoliques et les plus sévères. » Pierre Ri- 
chelet : Dictionnaire, 1738, art. Epîlre, dit : « Les épitres de 
Boisrobert en vers français sont un peu languissantes, mais il y 
a de plaisa;is endroits. » 

3. Mélan^jes historiques précités, I, 7 78 Balzac écrit à Cha- 
pelain ; « Je vous diraj', monsieur, qu'il faut que je me sois 
très mal expliqué sur le sujet du nouveau livre de l'abbé comi- 
que. Je le trouve absolument mauvais .. En effet comme son 
esprit est d'un poète vulgaire de la vieilli' cour, son âme est 
d'un esclave confirmé de celle-cy ». L'attitude de Balzac, à 
l'égard de Boisrobert, après la mort de Richelieu, est tout à 
fait indigne. Ce pleutre qui, de même, abandonna lâchement 
Théophile dans le malheur, ne trouve plus pour lui qu'expres- 
sion de mépris et de haine V p. 511, 546, 616, 618, 624, 625, 
718, 732, 742, 777, 779, 780, 812. V. aussi. Œuvres, 1665, I, 717. 

19 



326 LE PLAISANT ABHÉ DE H0ISR015ERT 

taire d'Angoulème pour lequel, à Theure même, 
il essaie d'obtenir l'attention de Mazarin et de la 
reine \ Son ingratitude l'eût désespéré. 

Or les sujets de désespérance ne manquent pas 
dans sa vie de vieux courtisan qui, comme un 
homme de guerre se vante de ses campagnes, 
s'enorgueillit de ses quarante ans de cour. A 
peine, en effet, la dédicace des Epistres a-t-elle 
incliné Mazarin à servir le poète que la Fronde 
éclate sur Paris. Ce ne sont d'abord que prodro- 
mes de rinsurrection qui va désoler le pays. 
Boisrobert n'y accorde pas grande importance 
bien que chez le cardinal de Retz où il cherche 
à s'établir, il sente une effervescence inusitée'. 

Bientôt cependant les événements lui font com- 
prendre la gravité du désordre et qu'il faut pren- 
dre une attitude favorable ou hostile au minis- 
tre. Or Boisrobert ne saurait en aucune Jiianière 
donner sa voix aux multitudes passionnées qui 
parcourent les rues, conduites par des seigneurs 
brouillons et un Parlement révolté. Aux faiseurs 
de mazarinades injurieuses que répandent d'un 

1. Mélanges historiques précités, I, 655, 666. 

2. Menagiana, 1715, I, 23, contient une amusante anecdote 
sur les relations de Boisrobert avec le cardinal de Retz. «Bois- 
robert. dit-il, mangeoit quelquefois chez le cardinal de Retz 
qui tenoit table ouverte. Un jour, pour y avoir une place com- 
mode, il se tint en bas; et, à mesure qu'il voyait arriver quel- 
qu'un pour dîner, il disoit : Et seize... voulant faire connoitre 
par là qu"il y avait déjà quinze personnes et que oeluy qui ar- 
rivoit étoit le seizième. Ce fut de cette manière qu'il éloigna 
tous ceux qui se pi'ésentèrent. M. le cardinal, venant pour so 
mettre à table, fut fort étonné de voir si peu d'hôtes. Alors 
M. de Boisrobert lui raconta de quelle manière il s'y étoit pris 
pour les chasser afin d'avoir place et la chose passa en plai- 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 327 

verbe tonitruant les crieurs publics, il répond par 
ce sonnet vengeur: 



Craignez-vous point la foudre, esprits pernicieux, 
Peuple ingrat que transporte une aveugle licence, 
Qui, contre une si douce et si juste régence. 
Semez insolemment des vers séditieux. 

Jule est visiblement favorisé des Cieux. 
Non content d'assurer le repos de la France, 
Il fait briller si loin sa gloire et sa puissance 
Que jusqu'au bout du monde elle a des envieux 

Nous voyons tous les jours nouveaux fruitsdeses veilles- 

Ses grandes actions sont autant de merveilles 

Qui font que comme un Dieu je regarde mon Roy. 

Cependant, peuple ingrat, qui seul luy fais obstacle, 

Tu déchires sa gloire et tu n'as plus de foy 

S'il manque un seul moment à produire un miracle '. 

Loin de reprocher à Mazarin d'entretenir des 
relations coupables avec la reine Anne d'Autriche, 
il l'adjure de continuer auprès d'elle le rôle d'hé- 
roïque défenseur qu'il lui attribue -. Gela n'est 
pas d'ailleurs sans lui attirer quelques nasardes. 
Le cardinal de Retz lit son invective aux Fron- 



santerie. » V. aussi, Balzac : Mélanges historiques précités, qui 
raille la« passion violente /> de Boisrobert« pour entrer dans la 
maison de M. le coadjuteur ». 

1. Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 2-i9, Contre les Fron- 
deurs. 

2. Ihid., 1647, Autres œuvres, p. 6, A la Rei/ne et ù Mgr le 
Cardinal. 



3i8 LE PLAISANT ABBE DE BÛISROBERT 

deurs. Et la première fois que le poète se pré- 
sente à son hôlel pour dîner : 

— Monsieur de Boisrobert,s'écrie-t-il,vousme 
direz ces vers. 

— Bien, monsieur. 

11 se mouche, il crache et, s'approchant de la 
fenêtre, suppute quelle hauteur le sépare du sol. 
Puis : 

— Ma foi, monsieur, je n'en feray rien. Vostre 
fenestre est trop haute*. 

Bientôt, de tous côtés, lui viennent les avanies. 
On le menace. Sa vie n'est plus en sûreté. Il appré- 
hende qu'au cours d'une échaufîourée son cada- 
vre ne grossisse les hécatombes qu'édifie la haine 
contre Mazarin. Il prend donc, en toute hâte, le 
parti de la fuite'. 

1. Tallemant : II, 406 ; Bihl. nat., N. acq. Mss n» 4529, p. 100, 
dit que la réponse de Boisrobert aurait été adressée au prince 
de Cundé. 

2. Boisrobert: Les Epistres, 1659, p. 159, 195, 230, 253, spé- 
cifie son altitude et s -s craintes. V. aussi, p 80 et s. A la même 
époque, Boisrobert r vendique auprès du prince de Conli son 
prieuré de Xozay en Bretagne qui lui fut ravi en des circons- 
tances bizarres. A peine eut-il obtenu ce prieuré du pape Ur- 
bain VIII qu'il l'atTerma 170 livres. Durant dix ans il jouit 
sans encombres de ce fermage. Puis il résigna le bénéfice à un 
certain Bot lequel mourut avant d'avoir reçu une ratification 
de Rome. Boisrobert eût donc repris son bénéfice si sa dis- 
<vrâce de 1640 ne 1 en eût empêché. Lorsque Richelieu le rap- 
pela il oublia de faire valoir ses droits et le prince de Condé, 
suzerain de Nozay, n'ayant pas reçu foi et hommage, s"empara 
du prieuré. A ce moment, Boisrobert exliiba ses titres de pro- 
priété et le prince lui promit de lui rendre son bien. Mais ar- 
1,'iva la mort de Richelieu. Le poète, désormais sans protec- 
teur, perdit tout recours contre son suzerain lequel mourut à 
son tour. A cette heure, il supplie donc Gonti, second fils du 
prince de Condé, de ne pas persévérer dans l'injustice de son 



LE PLAISANT ABP.É DE BOISROBERT 329 

Réfugié en province, probablement àChàtillon, 
il peut librement, et sans redouter les représailles, 
formuler ses avis. Il chante le retour à Paris de 
Louis XIV après son exil de Saint-Germain \ 
Puis comme il tient, malgré tout, à ne s'aliéner 
point les chefs de partis adverses dont les cir- 
constances pourraient les troubles apaisés, l'in- 
duire à solliciter l'appui, il se réjouit, avec Gas- 
ton d'Orléans, de ce que Marguerite de Vaude- 
mont, sa seconde femme, offre à la France 
un prince né de ses œuvres ^ Et, dans le même 
esprit, il félicite le prince de Condé de sortir en 
triomphateur du donjon de Vincennes où l'avait 
enfermé, par crainte de son ambition, Anne 



père. Un si grand personnage ne voudrait pas abuser de sa 
misère. On lui a, au contraire, assuré qu'en lui rendant Saint- 
Saturnin-de-Nozay, il lui olTrira, en compensation, quelque au- 
tre prieuré. Conti, à son tour, promet de se rendre à ses bon- 
nes raisons Mais, embarqué dans la Fronde, il oublie bientôt 
ses engagements. Boisrobert les lui rappelle en des termes par- 
ticulièrement amusants et, à la lin, réussit, par une persévérance 
obsédante et des vers savoureux, à recouvrer un bien qu'il 
croyait à jamais dérobé. V. Les Epistres, 1659, p. 15 et s., 255, 
256. V. aussi, p 68 

1. Boisrobert : Les Epistrex, 1659, p. 296. 

2. Boisrobert : Sonnets sur la, naissance de Mgr le Prince 
présentez il Madame, A Paris, 1650, in-l" de 20 p. {Bibl. nat., 
Ye 4458). Moreau: Bibliographie des Maznrinades, n° o692, cite 
cette pièce comme publiée par .lean Paslé ; en fait, sans motif 
plausible, une mazarinade et l'attribue à un domestique de la 
duchesse d'Orléans. Pour l'attribuer, à notre tour, à Boisro! 
bert, nous nous référons au mss 4411, f°' 484 et s de la Biblio- 
thèque Mazarine qui, reproduisant cette pièce intégralement, 
porte à la fin la note suivante : « L'aulheur est l'abbé de bois- 
robert.» Il s'agit de la naissance du prince de Valois, mort deux 
ans après, au dire de M"° de Montpensier. 



330 LE PLAISANT ABBE DE BOISROliERT 

d'Autriche gênée dans ses amours adultères '. 

Entre temps, il songe que s'occuper de ses 
propres affaires présente un intérêt tout autre 
que politiquer au péril de sa vie pour le compte 
d'autrui. Depuis quelques années il ambitionne 
d'allonger la liste de ses titres honorifiques d'mi 
brevet de conseiller d'Etat. Le chancelier Séguier 
le lui promit à l'époque heureuse où, dans sa 
maison, aidé du médecin-philosophe iMarin Gureau 
de la Chambre -, il l'amusait de contes et de poé- 
sies. Mais la Fronde emporta le prometteur dans 
sa tourmente et avec lui les espérances du poète. 
Boisrobert tenta vainement auprès de Ghateau- 
neuf, remplaçant momentané de Séguier, d'obte- 
nir le scel de son parchemin ^ Or voici que 
Séguier, deux fois de suite et la deuxième défini- 
tivement, récupère son office. Notre abbé revient 
donc à la charge et avec de si subtils arguments 
lyriques que l'autre consent à accroître d'une 
nouvelle dignité la gloire de son thuriféraire *. 

Dès lors ce chancelier bienfaisant ne prononce 
plus une harangue sans en trouver un écho dans 



1. Boisrobert : A Mgr le prince, sur son glorieux retour. 
Stances, S L. X. D., in-4° de 4 p. 

2. Les relations de Boisrobert avec Marin Cureau de la Cham- 
bre furent des plus cordiales. V. Les Épislres, 1647, p. 13!) ; 
1659, p. 39, A M. de la Chambre. Y. aussi, Recueil des Épis- 
lres, Lettres et Préfaces de M. de la Chambre, 1664, p. 162, 
A M. Vahbé de Boisrobert. 

3. Boisrobert : Les Épislres, 1659, p. 118, A M. le marquis 
de Leuville. Ce Leuville est le neveu de Chateauneuf. Boisro- 
bert le charge de la démarche sus-mentionnée. 

4. Boisrobert : Les Épislres, 1659, p. 80, 173, A Mgr le Chan- 
celier. 



LE PLAIs.A>;T abbé de BOISROBtRT 331 

l'œuvre poétique de Boisrobert \ Il est vrai ce 
dernier n'écrit guère de louanges inutiles ou du 
moins ne persiste pas à en écrire s'il les constate 
inutiles. Il faut que chacune lui rapporte un 
avantage matériel. Donc s'il l'encense, c'est qu'il 
a besoin de Séguier. On vient, en effet, de pro- 
mulguer un Edit par lequel les nouveaux enno- 
blis devront payer une taxe au Trésor. Cet Edit 
paraît un peu ironique à Boisrobert dont les let- 
tres d'ennoblissement portent exonération de 
toute charge pécuniaire. Immédiatement il décide 
de ne s'y point soumettre et de porter ses do- 
léances au chancelier. Sous sa direction, le sceau 
l'exempta jadis des redevances que d'ordinaire 
soldent les personnages nantis d'offices royaux -. 
11 serait étrange que cette exemption ne lui fût 
pas continuée. Ecrivant sur-le-champ au grand 
dispensateur de cires et de cachets, il lui offre 
de lui rendre immédiatement son titre de no- 
blesse si, ce titre, il est contraint de l'acheter. 11 



1. Boisrobert: Les Épislres, 1^47, Autres OEuvres, p. 14,Sur 
la harangue faite par Mgr le chancelier Séguier dans le cabi- 
net de la règne, Sonnet. Ce sonnet, Boisrobert le fait présen- 
ter à Stjguicr parle sieur Godefroy son ami. Les mss Godefroyt 
Portefeuille 217, f° 207 {Bihl. de l'Institut) en contiennent 
l'original de la main de Boisrobert, accompagné de la lettre 
inédite suivante : « Monsieur, si vous trouvez ce petit sonnet 
digne de parestre aux yeux de vostre illustre maistre,je vous 
supplie de luy faire voir par ce témoignage que je rends à 
sa vertu la juste vénération que j"ay pour elle. J'avois fait îa 
conclusion plus forte; mais par prudence je l'ai supprimée, de 
peur quonn'en tirastdes conséquences qui eussent pu déplaire 
à sa modestie. Vostre très humble et très passionné serviteur, 
Boisrobert, Abbé de Chastillon. » 

2. Boisrobert : Les Épistres, 1659, p. 120. 



332 I.E PLAISANT ABBÉ DE BOISROBtTRT 

préfère, à gaspiller ses écus, se satisfaire de sa 
noblesse de sentiments. J'apprends, dit- il, 



que l'illustre Corneille 
Souffre une disg'râce pareille 
Penses-tu que les bons autheurs 
Soient un gibier à collecteurs ? 
Distinjîue-noas de la canaille ^. 



D'ailleurs, ajoute-t-il, cette distinction n'a servi, 
dans sa famille, qu'à créer d'incommensurables 
ennuis. Si, à la vérité, Jérémie Le Metel, son 
père, a pu, grâce à elle, mettre fin aux éternels 
reproches de M°" Le Metel, du moins n'a-t-elle 
pas enrichi Antoine Le Metel d'Ouville son frère. 
En outre elle a fait de son neveu Le prince un 
triste casseur d'assiettes, un fol capable de tous 
les héroïsmes, mais aussi de toutes les sottises. 

Et Boisrobert, avant même d'obtenir sur ce 
point satisfaction de Séguier, intercède pour cette 
lamentable famille qui l'assassine de requêtes 
et s'ingénie à le déshonorer. Nous avons dit que 
la destinée le dota d'une sœur, Charlotte Le 
Metel laquelle, mariée à Zacharie Leprince, mit 
au monde deux enfants. L'un, Pierre Leprince 
inclina vers les ordres. L'autre embrassa la car- 
rière des armes. La Gazette maintes fois enre- 
gistra les hauts faits de ce dernier. Successive- 
ment il occupa à la cour diverses charges sans 

1. Boisrobert: Les Epistres, p. 113 et s. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 333 

jamais les pouvoir conserver i. Boisrobert l'uti- 
lisa nous l'avons vu, au châtiment de Ménage. A 
cette heure, il plaide afin de le tirer des mains 
JQsticières qui le tiennent enchaîné en Norman- 
die pour l'assassinat d'un brave. Il supplie Sé- 
guier de l'aider à sortir de cette affaire pitoyable. 
Pour mes péchés, lui explique-t-il : 

Dieu m'a donné des frères 
Et des neveux dont je suis accablé. 
Sans ton appuy j'aurois l'esprit troublé, 
Car, tous les jours, ces bourreaux domestiques 
Auprès de toy me donnent cent pratiques 
Et ta bonté pour leurs fols intérests 
Prodigue en vain sa cire et ses arrests. 
De jour en jour ces légères cerv. Iles 
Par le courrier font demandes nouvelles. 
S'ils estoient morts je vivrois trop heureux 
Car je n'ay peine au monde que pour eux. 
Mais ne crains pas que le Ciel m'en délivre 1 
Pour mes péchez il veut les laisser vivre 
Ils n'ont chagrm, ny bile, ni soucy... 
... Melchissédec esloit un homme heureux 



1. Boisrobert. Les ^pts/res, 1639, p 115. V. aussi p. 6 et s.; 167 
et s. Boisrobert se dit en possession detroisneveux. Tallomant; 
II, 408 dit : « Ces neveux n'estaient pas fils de Douville, son 
frère ». Nous avons déjà dit qu'il nous avait été impossible de 
réunir autre chose que d -s documents approximatil's sur la 
famille de Boisrobert. Balzac : Œuvres, 1665, I, 657, nous 
donne cependant quelquesdetails.il écrit à Boisrobert: «Mais 
à propos de doctrine, ma sœur vient de me mander que vous 
avez une cousine qui fail des livres et qu'elle en a receu un 
de sa façon. A ce compte-là tout est sçavant en vostre race 
et tant les femelles que les masles. » Nous ne savons pas de 
quelle cousine parle le « grand Epistolier de France ». 

19. 



33 i LE PLAISANT AIÎBE DE BOISROBERT 

Et son bonheur est l'objet de mes vœux 
Car il n'avoit ny frères ni neveux. 
Ceux qu'on croit miens ont esté, par malice, 
Ou supposez ou chang-ezen nourrice *■. 

Mais bien que Boisrobert l'accuse d'avoir, en 
l'ennoblissant, « srasté sa maison » car il y a sus- 
cité, de cette sorte, des guerriers sanguinaires ,^ 
Séguier ne semble pas s'intéresser au sort du 
jeune Leprince. Notre poète se plaint, en effets 
d'assécher sa bourse à payer des dommages- 
intérêts à la partie lésée '\ Et néanmoins ce 
neveu turbulent n'a pas épuisé sa bonté. Par des 
influences, il l'introduit, dans la suite, au gobe- 
let du Roi. Il le loge, lui, son train, ses chevaux 
et ses faméliques valets. Et comme ce « Versa- 
boire » souffre d'une indescriptible misère, il 
conjure Janin de Castille, trésorier de l'Epargne, 
de lui avancer les termes de ses ordonnances ^ 

Et lorsque enfin il est parvenu à assurer sur des 
bases plus solides cette existence précaire, il lui 
faut s'occuper de son frère Antoine Le Metel, 
sieur d'Ouville. Celui-ci, en effet, est tombé dans 
une pénurie voisine de la mendicité. On sait peu 

1. BoisrolDert : L'Homme sicilien parlant an chancelier. Ca- 
price, S. L., 1649, in-4° de 7 p.{Bihl. nat. Ye, 3070), reproduit 
dans Les pistres, 16r>9, p. 6; Mss Conrart, t. XXIV, in-4°, 
p. 660 ; Recueil Sercy, 1653, l"-« édit,, V «art., p. 30."); 1655, 

.4" édit., l" part., p. 212; 1660, 1" part., p. 265; Recueil Bar- 
hin, 1692, Ilf, iSO; 1752, III, 228. 

2. Boisrobert: Les Épistres, 1659, p. 1S8 et s., A. M. de 
Maisons. 

3. Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 167 et s., A. M. Janin 
de Caslille. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 335 

(le chose de cet homme. Les chroniqueurs n'en 
parlent point et les biographes, féconds sur son 
œuvre, passent sous silence sa vie. Nous le ren- 
controns, dès 1633, familier de Corneille ' et de la 
plupart des écrivains célèbres contemporains'. 
Il est gai, boute en train ', débauché '*. Les talents 
abondent en lui. Il construit, en treize jours, une 
comédie et sait, mieux qu'un écrivain public, la 
calligraphiera II compose, pour la joie des com- 
pagnies galantes, des contes traduits ou inspirés 
de l'espagnol ^ Cette langue d'ailleurs lui est fa- 
milière et il contribue à en vulgariser les chefs- 



1. Corneille: La Veuve, 1633, contient, dans ses liminaires, 
une pièce de Douvillc. 

2. Colletet: Les Épigrammes, 1653, p. 46, Sur la comédie des 
trahisons d'Arhiran, Au sieur Douville. 

3. Colletet le fils: Juvenal burlesque, 1657, p. 3. 

4. Balznc : OEuvres, 1665, I, 657, dit de lui à Boisrobert : 
« Il ne faut pas mesme que mon estime s'arrête à vostre cher 
frère, cet illustre débausché, ce citoyen de je ne sçay combien 
de royaumes et d(^ républiques ; ce grand mareschal des logis 
d'Alexandre, de César et des autres conquérans, comme le 
nommoit le bonhomme M. de Malherbe. » 

5. Tallemant : II, 408. On a de lui un assez grand nombre de 
pièces que Tallemant dit avoir été remaniées par Boisrobert. 
Citons : L'esprit follet. 1642; Les fausses véritez, 1643; Jodelet 
astrologue, 1646; La Coiffeuse à la mode, 1647; Les soupçons 
sur les apparences, 1650, etc.. Plusieurs de ces pièces eurent 
des éditions successives. Sur son théâtre, V. Chappuzeau : Le 
théâtre français, 1674, p. 114; Fr. Parfaict. De Beauchamps. 
Duc de la Vallière : op. cit., passim. Les dédicaces de ces piè- 
ces, les vers liminaires qu'elles contiennent indiquent ses re- 
lations dans la société. 

6. Son premier recueil de contes parut en 1641 sous le titre: 
Contes aux heures perdues du sieur d'Ouville, Il eut de nom- 
breuses éditions. V. celles publiées en 1876 el 1883 par Ris- 
telhuber et Brunet qui en donnent la Bibliographie. V. aussi, 
Tallemant: I, 154; II, 409 ad notam; IV, 473, 542; V. 16. 



336 LE PLAISANT ABBE DE BOISKOBERT 

d'œuvres erotiques. 11 est, en outre, merveilleu- 
sement docte en géographie. Boisrobert dit de 
lui: ^ 

Le pauvre Douville est mon frère... 
Il porte titre d'Ydroprafe 
D'Ingénieur, de Géographe, 
Mais avec ces trois qualitez 
Il est s^ueux de tous les costez*. 



Balzac prétend que sa science géographique 
s'étend jusqu'à connaître les enseignes d'hôtelle- 
rie persanes et les plus minces buissons de Mon- 
golie ". Elle ne lui sert guère dans la vie. 11 voya- 
gea follement, séjourna en Espagne, s'y maria, 
brisa ce mariige, revint en France démuni de 
tout argent. Boisrobert alors l'insinua dans la 
domesticité du maréchal comte Foucault de Do- 
gnon. Mais il en sortit, après sept ans de service, 
sans un sol, ayant prêté à son patron, qui ne les 
lui rendit point, les deux derniers écus vaguant 
dans sa bourse '. 

Voici comment Boisrobert supporte la charge 
de ce frère inconsidéré. Péniblement, il parvient 
à le faire inscrire sur Tétat des pensions. Mais 
être inscrit ne veut jamais dire, au xyii" siècle, 
être payé. 11 livre donc un véritable combat, mul- 
tipliant les épîtres en vers, pour obtenir ce paie- 

1. Boisrobert: Les Épistres, lô59, p. 131. V. aussi, Talle- 
niant : II, 408, note 2. 

2. Balzac : op. cit., I, 657. 

3. Tallemant : II, i08. 



LE PLAISANT AHBÉ DE BOISROBERT 337 

nient et par suite alléger la dépense que lui cause 
le vagabond ingénieur *. Les financiers, fatigués 
de cette poursuite, vont le satisf;iire lorsque, brus- 
quement et sans motif plausible, Phélippeaux, 
sieur de la Vrillière, secrétaire d'Etat, supprime 
la pension. Désolé, Boisrobert dépêche une mul- 
titude en le cabinet de ce butor. Bientôt ses amis 
lui disent : 

— Nous l'avons un peu esbranlé. Voyez-le. 
11 s'y rend. 

— Mordieu, monsieur, lui crie La Vrillière, vous 
vous passeriez bien de me faire accabler par tout 
le monde pour vostre frère, pour un homme de 
nul mérite. 

Interloqué un instant, Boisrobert que ce secré- 
taire d'Etat cajola au temps de sa faveur, entre en 
une colère furieuse : 

— Ah ! monsieur, crie-t-il à son tour, je ne 
croyais pas que les ministres d'Estat jurassent 
comme vous faites. En vérité cette mordieu sié- 
roit bien autant à un charretier qu à vous. Allez, 
monsieur, mon frère sera remis sur lestât, mal- 
gré vous et vos dents!... 

Et de ce pas il court chez le cardinal Mazarin, 
force les portes, lui déclare ne prétendre rien de 
lui que cela mais qu'il y va de son honneur. Le 
ministre, ému d'une telle chaleur, promet. Non con- 
tent de cette promesse, Boisrobert, assoiffé de ven- 
geance, étrille La Vrillière en une satire. Le Saint- 
Esprit, dit-il, 

1. Boisrobert : Les Épislres, 1659, p. 128. A M. l'abbé 
Fouqiiet; 133, A M, le conseiller Foiicquet ; 160, A M. Angot. 



338 LE PLAISANT ABBE DE BOISROB ERT 

honteux d'estre sur ses espaules 
Pour trois sots comme luy s'envoleroit des Gaules. 

Le pamphlet lancé dans les ruelles soulève un 
immense éclat de rire. La Vrillière apprend par un 
flatteur de quelle façon charmante on respecte sa 
dignité. 11 confie à Chavigny, autre secrétaire 
d'Etat, son intention de se plaindre à Mazarin. U 
tombe mal. Chavigny et Boisrobert sont deux 
amis d'ancienne date et qui se servent récipro- 
quement. L'un avertit l'autre du méchef qui l'at- 
tend. Notre poète aussitôt prend les devants. 
Accompagné du maréchal de Grammont, il rejoint 
le cardinal et lui conte l'aventure de telle sorte 
que celui-ci en crève de gaieté. 

— Monseigneur, proteste Boisrobert, ce n'est 
point contre M. de la Vrillière que j'ay fait ces 
vers. J'ay lu les Caractères de Théophraste et, à 
son imitation, j'ay fait le caractère d'un ministre 
ridicule. 

— Vous voyez l'injustice, ajoute le maréchal. 
Le pauvre Boisrobert 1 L'aller accuser d'une telle 
calomnie ! 

Gomme Boisrobert, sur la demande du cardinal, 
achève de réciter sa satire, la VrilMère se pré- 
sente : 

— Monseigneur, dit-il, il m'a vitupéré. Il m'a 
jeté une bouteille d'encre sur le visage. 

— Monsou de la Vrillière, ce n'est point vous, 
répond le cardinal, ce sont les Carattères de Théo- 
phraste. 

L'affaire, dès lors, paraît apaisée. Mais La Vril- 



LE PLAISANT ABUÉ DE BOISROBERT 339 

lière, rancunier, ne remet pas d'Omdlle sur l'état. 
Enfin le cardinal l'oblige à le remettre, obsédé par 
Boisrobert qui tous les jours l'attend dans sa 
garde-robe, répétant : 

— Monseigneur, M. de la Vrillière dit qu'il no 
le fera pas quand la reyne le luy commanderoit- 
Il faut donc qu'il monte sur le trosne après cela'! 

Durant trois ans, d'Ouville touche assez régu- 
lièrement ses appointements. Puis, à nouveau, La 
Vrillière les lui veut supprimer. Mais Boisrobert, 
insolemment, lui mande qu'il va faire imprimer 
sa satire. L'autre, craignant le ridicule, cède. 

— Ce ii'est qu'un coquin, s'écrie notre poète, 
ildevoit me faire assommer de coups debastonM... 

Cependant d'Ouville,pour ajouter quelques écus 
à sa pension insuffisante, écrit des comédies que 
Boisrobert colloque à Ihôtel de Bourgogne ^ Car 
si Boisrobert perd graduellement de son influence 
à la cour, sur le théâtre, au contrah'e, grandit sa 
considération. Bellerose aspire à interpréter ses 
œuvres, sachant qu'elles lui amèneront un public 
nombreux et galant. 

L'abbé, en effet, soigne le mieux du monde ses 

1. Tallemant : II, 404, dit : « Dm-anl ce désordre, feu 
M. d'Esmery, par malice, fit disner Boisrobert chez luy vis-à- 
vis de la Vrillière et guignoit pour voir la grimace de son gen- 
dre. » Boisrobert, une fois son frère remis sur I état, eut toutes 
les peines du monde à faire payer sa pension par les commis 
de la Vrillière et n'obtint ce paiement que par des subterfuges 
fort drôles dont il amusa, par la suite, le cardinal Mazarin, 
disant : — Enfin mon impudence fut plus forte que la leur. 

2. Boisrobert : Les Epistres, 1647, p. 41 ; Talleraant : II, 404. 
V. aussi, Menacfiana, 1715, III, 78. 

3. Ibid., II, 408. 



3i0 LE PLAFSANT ABUÉ DE BOISROBERT 

représentations. Il y apparaît en collet luisant, 
bas fièrement plissé, souliers de maroquin ombra- 
gés de larges roses, parfumé de civette, ajusté 
comme un coquet. Sa place est d'avance gardée. 
Les spectateurs le savent présent et prêt à toutes 
les ripostes. 11 surveille le parterre toujours 
bruyant. De temps à autre, lorsqu'il le sent inat- 
tentif et perçoit son murmure : 

— Paix là! crie-t-il, taisez-vous donc, silence ! 
Voyez la beauté de ces vers M... 

Le jeu des comédiens ne lui échappe pas davan- 
tage que le bruit de l'auditoire. S'il arrive que 
l'un d^'eux estropie ses alexandrins : 

— Ah 1 s'écrie-t-il, ces marauds me feront chas- 
ser de l'Académie M 

Parfois cependant des spectateurs se permettent 
de formuler des remarques à haute voix. Pour 
n'être pas rabroués, il faut que leur puissance inti- 
mide Boisrobert. Mais, du moins, s'arroge-t-il le 
droit de les gouailler. 

— Monsieur de Boisrobert, la meschante pièce ! 
lui clame un jour le prince de Conty. 

— Monseigneur, vous me confondez de me louer 
comme cela en ma présence^!... 

Ces interruptions lui causent un dépit très vif. 
Car, s'il cherche au théâtre une source de bénéfi- 
ces, il y cherche également la perpétuité de l'illus- 



1. Bihl. nat., F^ mss no 15214, f° 265 et s.; Bibl. Ars. mss 
n° 6544, f°^295 et s., La Boscorohertine on Lettre de Florimond 
à la belle Iris sur VAhhè ridicule. 

2. Tallemant : II. 406. 

3. Tallemant : II, 410, 411 ad notam. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBICRT 



3 41 



tration. Quiconque donc ne le louange pas est un 
ennemi Ses sorties de Thôtei de Bourgoerne, après 
la représentation de ses pièces, s^appareiJlent à des 
triomphes. Il en descend d'un pas solennel les 
marches, montré du doigt et, sans en avoir l'air, 
guettant les propos environnants 11 se pourléche 
des éloges et fronce le sourcil aux critiques. Cent 
galefretiers raccompagnent jusqu'à sa porte 
comme jadis les licteurs accompagnaient les con- 
suls romains'. 

11 est vrai, à ce moment, sa production théâ- 
trale s'intensifie d'une manière prodigieuse. Par- 
venu à la maîtrise de son talent poétique, em- 
pruntant parfois ses sujets au fonds espagnol, 
mais, le plus souvent, à la vie courante, il édifie 
des comédies curieuses, séduisantes, spirituelles, 
capables de soutenir toutes les comparaisons . 
Sans peine, on en extrairait un nombre respec- 
table d'actes parfaits, de scènes vives, d'inven- 
tions originales, de tirades harmonieuses, des 
traits de moeurs soigneusement observés, ingé- 
nieusement rendus et surtout une peinture exacte 
de la courtisanerie contemporaine. Tout cela 
se présente léger, miroitant, tendre, gracieux, 
sans pédantisme. Une comédie de Boisrobert en- 
ferme davantage de réalité que toute l'œuvre de 
Corneille. 

1. La Boscorohertine précitée. 

2. On s'est montré généralement fort injuste à l'égarddu théâ- 
tre de Boisrobert. Souvent les spécialistes qui en traitèrent, éta- 
blirent des jugements sans lectures préalables, témoin le che- 
valier de Mouhy qui, appréciant VAmant ridicule, fait de cet 
acte, intercalé dans un ballet, une comédie en 3 actes en vers. 



3i2 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

La Jalouse d'elle-mesme vaut très souvent le 
Menteur *. Moins rapide, moins joyeusement dia- 
loguée, un peu traînante même, la Folle gageure 
divertit principalement par la singularité de sa 
trame *.Et, au cours de ces années fécondes, suc- 

1. Comédie en 5 actes en vers. Paris, Aug. Courbé, 1650, in-4"' 
Dédiée au marquis de Richelieu, Privilège du 7 avril 1650. 
Achevé du 16 mai 1650. Autre édition: Amsterdam, 1718, in-12. 
'Fr. Parfaict : op. cit.. VII, 252 lui reproche stupidement de 
n'observer pas la règle dos trois unités. Le sujet, très simple, 
emprunté à Lope de Véga, consiste en ceci : Léandre vient 
à Paris pour épouser, sans la connaître, Angélique. Il la ren- 
contre, par hasard, masquée, en se rendant chez elle. Il Taborde, 
séduit par la délicatesse de sa main, et lui déclare ardemment 
son amour. Arrivé ensuite dans sa maison, ignorant sa bévue, 
il lui manifeste, à titre de fiancé, une passion beaucoup moins 
véhémente. Désormais Angélique, aimée sous le masque, qua- 
siment dédaignée dès qu'elle le quitte, devient jalouse de sa 
personnalité fictive. Elle est Jalouse d elle-même. Sur cette 
pièce. V. de Beauchamps : op. cit., II, 133 ; Duc de la Vallière : 
op. cit., II, 398. A propos de la /a/ouse d'e/ie-mesme, Tatlem'ant : 
II, 409, raconte Tanecdote suivante: « Kn une comédie, il avoit 
mis uae comtesse d'Ortie, croyant qu"il n'y avoit personne de 
ce nom-là : cependant, un beau matin, il voit entrer chez luy 
un brave qui luy dit avec un accent gascon: « Monsieur, je me 
nomm.î d'Ortie. » Cela estonna Boisrobert. — « Vous avez mis 
une comtesse d'Ortie dans vostre pièce. » — « Monsieur, dit 
l'abbé, je ne l'ay pas fait pour vous offenser. » — « Tant s'en 
faut, dit l'autre, que je vous en veuille mai, qu'au contraire je 
vous en suis obligé ; vous m'avez fait faire ma cour toutes leS 
fois qu'on a joué votre pièce ; le roy ma fait appeler et i' 
connoist bien plus mon visage qu'il ne faisoil. » C'estoit un 
lieutenant aux gardes : il est, à cette heure, capitaine. Boisro- 
bert a dit depuis .• « Si j'eusse cru cela, j'eusse mis la marquise 
de la Ronce.» On luy dit : « Il y a une marquise de la Ronce- 
c'eust été bien pis. »Le nom de cette marquise d'Ortie apparai* 
iM'acte III. Se. II, p. 59 de la Jalouse d'elle-mesme. 

2. Ou les divertissemens de la comtesse de Pembroc . Comédie 
en 5 actes en vers. Paris, Aug. Courbé, 1653, in-4'*. Privilège du 
2S avril 1653. Achevé du 24 juillet 1633. Dédiée à Mgr frèredu 
Uoy. Autre édition: Paris, A. Courbé, 1653, in-12. Reproduite dans 



LE PLAISANT ABBE DE BOISKOBERT 343 

cessivement paraissent Les trois Orontes qui met- 
tent en œuvre, en un décor de pastorale, le conte 
des trois Racans ' ; Cassandre où s'éploie la ga- 
lanterie la plus fine et la plus maniérée ^ ; Uln- 

Thénlre français ou Recueil des meilleures pièces rie théâtre des 
anciens auteurs, 1705, t, 1 ; Théâtre français ou Recueil des meil- 
leures pièces de théâtre, 1737, VI, 93 et s. Le sujet, également tiré 
tle Lope de Véga, est le suivant: Lidamant et Télame, réunis chez 
la comtesse de Fembroc, précieuse cralante, prétendent l'un 
qu'une femme amoureuse ne saurait, en aucune façon et par au- 
cune sentinelle vigilante, être empêchée de correspondre avec 
son amant ; l'autre, le contraire. Ils gagent mille jacobus de 
prouver leur assertion. Lidamant devra donc, pour gagner la 
gageure, s'introduire auprès de Diane, sœur de Téiame, malgré 
la garde attentionnée de celui-ci. Toute la pièce roule sur les 
stratagèmes qu'emploient, pour se rencontrer, Diane et Lida- 
mant, aidés du valet Philippin, Sur cette pièce, V. Chappuzeau : 
Le Théâtre français, 1674, p. 112 ; Fr. Parfaict : VII, 313, qui 
se montre à l'égard de Boisroberl, d'une partialité révoltante ; 
De Beauchamps : II. 133 ; Duc de la Vallière : II, 390. 

1. Comédie en 5 actes en vers. Paris, Aug. Courbé, 1653, in-4'*. 
Privilège du 28 avril 1653. Achevé du 15 may 1653. Dédiée à 
M'i» Martinossy. Reproduite dans : Théâtre français précité, 
1705, t. III ; Théâtre français précité : 1737, II, 221 et s. Nous 
avons précédemment raconté (chap, IV), ce conte des trois Ra- 
cans. Mahelot (Bibl. nat., mssn" 24.330 f"^ 38, v et 39) donneun 
dessin du décor de cette comédie. II indique en outre, quels 
objets elle nécessite pour la jouer. « Il faut, dit-il, que le théâ- 
tre soit en pastoralle à la discrétion de l'auteur. II faut trois 
habits, trois pattins semblables, des amplaslres, deux barbes et 
deux béguins, de la farine, une ceinture fort longue remplie de 
chiffons, navets, racines, oignons, cibonlles, aux, pastez, gas- 
teau, tarte, bourse de jettons, et une lettre de papier fort large 
et salle au bout do la ceinture. Plus, des dards, des houlettes 
pour les bergers et les bergères avec les trois chappeaux «em- 
blables qui sont davecque les habits. » V. en outre, sur cette 
pièce, Fr. Parfaict : VII, 361 ; De Beauchamps: II, 134 ; Duc 
de la Vallière : II, 400. 

2. Cassandre, comtesse de Barcelonne, tragi-comédie en 5 ac- 
tes, en vers. Pans, Courbé, 1654.in-4'>. Privilège du 12 mars 1654- 
Achevé du 15 mars 1654 . Dédiée à Mgr le duc de Nemours, arche- 



3 i4 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

connue dont la dédicace récompense Mazmn de 
son heureuse entremise au département des Fi- 
nances '. 

Louis XIV tout entier absorbé par la danse et 
l'amour, écoute avec ravissement ces pièces d'un 
poète perpétuellement en humeur de le louer *. 
Et lorsqu il organise, pour démontrer sa supé- 
riorité aux exercices chorégraphiques le Ballet 
des Plaisirs, Boisrobert, sur sa prière, y intercale 
U Amant ridicule, fantaisie qui se ressent d'une 
trop rapide élaboration '. 

Mais le jeune roi ne possède guère la compé- 
tence voulue pour apprécier cette rimaille. U lui 
suffit d'avoir été satisfait aussitôt son désir mani- 



vêque de Reims. Autre édition : Amsterdam, R. Smith, 1654, 
in-S". Reproduite dans: T/iéà/re /"ranço/s précité, 1737, VI, 477 ; 
Recueil des meilleures pièces dramatiques faites en France de- 
puis Rotroa jusqu'à nos jours, 17S0-1784, VII, 192 et s. Tal- 
lemant : II, 40P, dit : « Sa Cassandre est la meilleure pièce de 
théâtre qu'il ait faille. » Lorel : Muze hist dos 8 novembre 
1653 et 6 décembrs 1659 en parle comme d'une merveille. Fr. 
Parfaicl : VII, 441 et s. en donne le sujet tiré de Villegas. 
V. aussi, De Beauchamps : II. 134 ; Duc de la Vallière : II, 401. 

1. Comédie en 5 actes en vers. Paris, G. de Luyne, 1655.in-12' 
Privilégie du 16 féviier 1655. Achevé du 15 avril 1655. Dédiée 
au cardinal Mazarin. Sur c^tle pièce dont le sujet est tiré de 
Galderon et que Th. Corneille, au dire de Xiccron : Hommes 
illustres, 1736, XXXV, p. 53 et s., fut accusé d'avoir pillée, 
V. Chappuzeau : op. ci7., p. 112;Fr. Parfaict : VII,72; De Beau- 
champs : II, 134 ; Duc de la Vallière : II, 402. 

2. Boisrobert le dit dans la Dédicace de VInconnue. V. Sur 
les louanges de Boisrobi^rt à Louis XIV. Les Epistres, 1659, 
p. 25, 269, 271; Recueil Sercy, 1653 et 1654, 2' partie, p. 299, 

3. C om jdie eu 1 acte en vers Paris, G. de Luyne. 1655,in-12. 
Privilège du 16 février 1655. Achevé au 9 avril 1655. Sur cette 
pièce, V. Fr. Parfaict : VIII, 115 et s. ; Doc de la Vallière : 
II, 419. 



LE PLAISANT A13BÉ DE liOISROUERT 315 

festé. Boisrobert éprouve, de suite, les effets de 
cette s itisfaîtion. Un nouveau bénéfice lui échoit 
en effet au chapitre du Mans où déjà, nous lavons 
vu, un canonicat lui avait été concédé par Riche- 
lieu. 

Et cette munificence royale tombe merveilleu- 
sement à propos. Elle va lui permettre de rassa- 
sier certaines avidités familiales et d'assurer une 
retraite décente à son frère décidément incapa- 
ble de vivre dans l'ordre. 

Bientôt, en effet, traînant d'Ouville à sa suite, 
il se dirige vers le Mans où il retrouve, végétant 
sous l'habit ecclésiastique, son autre neveu Pierre 
Leprince qui attend également de lui le salut. 
Par acte notarié, il lui résigne ses deux bénéfi- 
ces à la condition de se charger de l'épave qu'il 
amène '. 

Puis, ayant de cette sorte, arrangé ses affaires 
au mieux de ses intérêts, il visite son évêque 
Mgr de Lavardin et les chanoines sympathiques, 
Gostar, Pauquet, de Leslée, personnages asservis 
à leur ventre". En leur compagnie il devise quel- 

1. On trouvera loute l'iiistoire des bénéfices manceaux de 
Boisrobert dans Chardon : Scarron inconnu, i904, p. 310 et s. 

2. Tallemarit: [[,412 ad nolam dit: « Il lit une satyre contre 
d'Oionnc, SHblé-Bois-Dauphin et Saint-Evremund que l'on ap- 
pelait les Cosleaux. Cola vient de ce qu'un Jour M. du Mans 
(Lavardin' qui tient table, se plaignit fort de la délicatesse 
de ces tr is messieurs et dit qu'en France il n'y avoit pas qua- 
tre Gosteaux dont ils approuvassent le vin. Le nom de Cos- 
teaux 1 -ur d meura, et mesme on nomme ainsy ceux qui sont 
trop délicats et qui se piquent de raffiner la bonne chère. Il y 
avoit le plaisantes choses dans cette pièce, entre autr(!S que, 
pour les b 'autez, ils consentoient qu'elles fussent lournaliéres, 
mais point les cuisiniers. Il en mordoit d'.^ux assez fort, c'est- 



3i6 LU l'LAISANT ABBE DE lîOISRÛBERT 

ques jours autour des tables garnies de chapons 
dorés et de vins exquis. Plus particulièrement il 
s'entretient avec Costar auquel il rendit d'innom- 
brables services >■ et qui, parmi ces goinfres dis- 
traits du seigneur, s'évertue à prendre figure de 
savant. Comme les lettres qu'ils échangent né 
leur permettent de se connaître que superficiel- 
lement, ils entrent dans la voie des confidences. 
Costar, en train de se battre contre Girac pour la 
défense de Voiture, raconte qu'il va publier un 
nouvel in-quarto gonflé de latin afin de sauver 
des profanations les concettis du poète que l'hô- 
tel de Rambouillet déifia. Boisrobert, de son côté, 
rappelle avec mélancolie le temps de sa faveur. 
Et comme, à cette heure, le théâtre lui procure 
des agréments nombreux, il lui confie en quel- 
les circonstances l'abbé de la Victoire le para du 
surnom d'abbé Mondory. 

Et, ces choses dites, n'ayant plus d'occupations 
qui le retiennent au Mans, il reprend le chemin 
de la capitale. On le revoit à la cour. Durant 

à-dire Sablé et Saint-E%'remond, comme des gens qui ne trou- 
voient rien de bon et qui de leur vie n'avoient donné un verre 
d'eau à personne. Avec le temps, ils le cajollèrent et luy firent 
jetter sa pièce au feu. J'oubliois que la principale maxime des 
Costeaux, c'est de ne jamais manger de cochon de laict ». Cette 
satire n'est, en effet, pas parvenue jusqu'à nous. Nous la trou- 
vons mentionnée dans le mss du R. P. Martin : Athenœ Xor- 
ma,nnoriiin {Bihl.de Cae/i, n" 3ô) « Sati/ram inscriptam GallUe 
les Costeaux, Colles. »Sans doute Da Villiers s'en est-il inspiré 
dans la suite en sa pièce .Les Costeaux ou les marquis frians, 
1663, qui contient d'agréables vers sur les coutumes de ces 
gourmets. 

1. Costar : Lettres, I, 1658, p. 838, .1 .1/. de Boisroherl, le 
spécifie nettement. V. aussi, p. S33. 



LE PLAISANT AbBL DE HijISROliERT 3 17 

quelques mois, il vit d'une existence enfin tran- 
quillisée, débarrassé de ses neveux et de son frère 
qui contribuaient à lui enlever son optimisme. 
Rien ne paraît plus devoir troubler son avenir. 
Il entre dans la soixantaine avec un estomac peut- 
être délabré par la débauche de gueule, mais 
non sans vigueur malgré tout. Il a reconquis sa 
place à la cour. On l'y souffre à cause de sa 
iDonne humeur. Il y pourra peut-être encore aug- 
menter son revenu. 

Or brusquement, et par une inconcevable légè- 
reté, il détruit ces avantages. Il ne peut se tenir 
de railler le R. P. Annat, confesseur du roi, 
grand pourfendeur de jansénistes, dont il con- 
trefait les manières onctueuses et le verbe pate- 
lin ^ 

Le jésuite apprend la conduite de Boisrobert. 
Déjà il n'éprouve pas à son égard des sentiments 
d'une charité parfaite. Cette raillerie conforte sa 
rancune. Néanmoins il se tait, attendant, pour 
satisfaire sa vengeance, une occasion propice. Or 
Boisrobert fournit toujours des facilités de lui 
nuire à quiconque le souhaite. 

Nous avons dit que le jeu comptait fortement 
parmi les vices dont sa nature était pourvue, qu'il 
gagnait avec transport et qu'il perdait avec res- 
sentiment'. Un soir, les demoiselles Mancini, 

1. Gui Patia : II, 179. Sur ce P. Annat, V. surtout : Rapin: 
Mémoires précités, passim. 

2. Tallemant le dit en maint endroit. V. aussi, La, Boscoro. 
berline. Boisrobert ne se cache nullement d'ailleurs de devoir 

• en partie sa misère à ce vice. 



348 l.E PLAISANT ABliÉ DE BOlsUOlSEKT 

nièces de Mazarin, l'admettent à leur table, sachant 
qu'entre les coups subtils du hoc, inventé par 
leur oncle, il place, pour exciter le rire, des anec- 
dotes épicées. Il joue doQc en leur compagnie. 11 
perd. 11 perd même avec tant de continuité que 
la rage obscurcit son jugement. 11 oublie que ses 
partenaires appartieanent à ce sexe qu'il courtise 
sans le désirer, qu elles sont belles à damner^ pa- 
rentes d'une Eminenee, couvées par la convoi- 
tise des plus hauts seigneurs. Son énerve ment se 
manifeste tout d'abord par de petits jurons fami- 
liers, puis brusquement, et à voix tonuante, ses 
lèvres blaspLièmeat le nom de Dieu. Un silence 
glacé tombe sur l'assistance. On se regarde. On 
frémit. Nul n'ignore, en effet, quels châtiments 
affreux punissent ces attentats par paroles à la 
majesté du Seigneur ^ 

Boisrobert comprend immédiatement quelle 
sottise il vient d'accomplir et que ses ennemis la 
vont exploiter. Il essaie d'en pallier l'énormité, 
s'excuse, supplie. A la vérité Mazarin et les de- 
moiselles Mancini pencheraient pour le pardon. 
Mais le R.P. Annat veille sur la respectabilité de 

1. Ronaudot : Gazette do 1635, p. 314. On punissait les blas- 
phémateurs du nom de Dieu : les quatre premières fois de 
l'amende, la ci:iquiéme fois du pilori oL du carcan, la sixième 
fois de l'ablation au fer chaud de la lèvre supérieure, la sep- 
tième fois de l'ablalion au fer chaud de la lèvre inférieure, la 
huitième fois de l'aûlalion de la langue. Un passage de la Bos- 
corohertine sembler lit faire entendre que Boisrobert, pour 
ce sacrement, fut déféré aux tribunaux mais gracié. Nous ne 
savons que penser de cette allusion obscure que ne conflrme 
pas Gui Patin . Il, 179 en rapportant ces événements, V. aussi, 
Tallemant : II, 410, 111. 



LE l'LAISANT Alîlilî DE BOISROHEBT 349 

la cour. Il dénonce le blasphémateur. Le roi, en 
partant pour Chantilly, où il se propose de séjour- 
ner quelques semaines, intime l'ordre à Boisro- 
bert de quitter sans retard Paris '. 



1. Juin 1655. La disgrâce de BoisrolDert dura trois ans. Mais 
on dut en atténuer larigueur.En réalité, il fut exclu de la cour* 
ipais eut la faculté de revenir à Paris. 

20 



CHAPITRE IX 



A faire intervenir des rancunes personnelles 
pour chasser Boisrobert de la cour, le R. P. An- 
nat perd le mérite d'une pieuse action. Bien avant 
d'avoir été raillé, il eût pu exercer contre notre 
poète une censure légitime. Car, de tout temps, 
celui-ci entendit autour de lui Tengeance dévote 
désapprouver ses attitudes. 

Les infractions à la loi catholique pullulent 
dans sa vie. II jure ; il n'observe point le carême. 
S'il lit la Bible, c'est avec l'idée préconçue de la 
mettre en guéridons'. Lorsqu'il assiste des ago- 
nisants, il les invite à dire, par une regrettable 
distraction, le Benedicite en place du Confiteor. 
Plus souvent qu'il ne porte la soutane, on le ren- 
contre, la barbe et les cheveux longs, en habit 
gris, courant vers des agapes. Il répand, dans la 
société, des maximes impies, soutenant qu'un 
homme sert Dieu davantage à la ville qu'au cou- 
vent ^ L'irrévérence, en matière religieuse, lui 
est coutumière et jamais la méditation. Ses moi- 
nes se plaignent de ses éternelles absences et 

l.Tallemant: II, 385 ad notam, 411. 

2. Recueil des plusheaux vers de MM. Malherbe. ..1621, p. 2'k9. 



Li: PLAISANT AHHÉ DE lîOISIiOliEHT 351 

qu'il ne songe nullement à les sermonner. On 
le prétend, malgré son titre d'aumônier et de 
prédicateur ordinaire du roi, parfaitement inca- 
pable de discuter sur un verset de l'Ecriture. 

Il feroit plustost les louanges 
Des concubines que des an^jes... 
... Les bons cabarets sont l'Eglise 
Où cet apostre évangélise 
Et ne fait jamais de sermons 
Que sur ce texte seul : Aimons i. 

Gonrart que l'on interroge sur sa piété, répond : 
— Je le croy de l'humeur de ce bon prélat 
dont parle Tassoni qui, au lieu de lire son bré- 
viaire, jouoit des bénéfices au tric-trac -. 

Et l'avis de Gonrart prend une forme tellement 
unanime que les vaudevillistes murmurent ironi- 
quement dans leurs Contrrvéritez: 

On dit que Boisrobert commente saint Ambroise^ 

Boisrobert d'ailleurs se moque de ces attaques. 
Au Palais, où il fréquente, avec Corneille, le pilier 
des normands, il dit à un jeune conseiller ; 

1. La Boscoroherline. Les Registres cnpitutnires de l'abbaye 
de Châtillon {Archives de la. Côle-dOr) le portent toujours 
absent, lors des décisions à prendre, 

2. Carpentariana, 1724. p. 182. V. aussi, Menaçjiana, 1715, 
— II, 81 ; Tallemant : II, 411 ad notam. Lorsque Boisrobert, se 
créant une généalogie, se découvre une ascendance dans le 
consul Metellus. 

— Ce ne sera donc pas, lui dit-on, de Metellus Pius que 
TOUS descendrez. 

3. Bihl. nat. F^, mss n" 12740, p. 405, Chansonnier Cléram- 
bault, Portraits de la cour en contrevéritez. 



352 LE PLAISANT ABBlî DE BOISROBERT 

— Je suis ravy quand je voy la France si bien 
conseillée. 

— Je suis ravy, répond l'autre, quand je voy 
l'Eglise si bien servie '. 

Cette renommée de prêtre entièrement détourné 
de ses devoirs ecclésiastiques ne nuit pas à Bois- 
robert tant qu'il séjourne en la capitale où, nous 
l'avoQS dit, le cortège des aumôniers royaux 
semble choisi sur son modèle. Mais lorsque, dis- 
gracié, il arrive à Rouen pour y accomplir son 
office de chanoine, il s'aperçoit vilement que la 
province n'admet pas ces émancipations. Le cha- 
pitre cathédral, oubliant que jadis il lui procura 
maintes licences et augmenta son revenu, le force 
à effectuer strictement son service et ne lui per- 
met plus aucune indépendance. Ce sont, dit-il, 
parlant de ses collègues, 

bizarres créatures 
Aussi brutes sous leurs fourrures 
Que jadis d'autres animaux 
L'ont esté sous les mesmes peaux. 

Leur vert a principale ne consiste pas en la 
reconnaissance. Le sachant pauvre, privé momen- 
tanément de ses pensions, ils l'obligent à gagner 
amèrement ses mereaux^. 

1. Tallemant : TI, 414 ad notam. V. aussi, Bibl nat., mss 
n» 4529, N. acq.,f» 44 Biisrobert a des conversalions très peu 
édifiantes avec la mère Matier, générale de la congrégation du 
Verbe incarné. 

2. Bibl. nat. F'^^ N. acq. mss, n" 895 f» 123, v°, 127. D'après 
ce m^s, Boisrobert louche, en 1654 et 1655, 1500 livres pour 
ses appointements de conseiller d'Etat. En 165G, il parait ne 



LE PLAISANT AlilîÉ DE BOISK013EKT 353 

Il faut leur caprice endurer 
Et résider sans murmurer. 
Car je ne gagne pas la maille 
Si dans le chœur je ne travaille. 
... Et pourtant jamais je ne dis 
Libéra ni De Profanais ; 
S il faut parfois que je soustienne, 
Ou le respons, ou l'antienne, 
Je n'en sçaurois venir à bout; 
Je mets le désordre partout 
Et, par un ton plaisant et rare, 
Je leur suis brutal et barbare *. 

Il les déteste de tout son cœur, trouvant parmi 
eux à peine un ou deux interlocuteurs intelli- 
gents \ Il ne s'explique pas d'en être molesté 
pour quelque mince beuverie ou pour quelque 
participation aux comédies que des familles orga- 
nisent ^ Des railleries déjà lui valurent de faire 
d'humiliintes amendes honorables. Mais cela ne 
l'a point guéri de son humeur caustiqtie. Et voici 
qu'une nouvelle affaire lui aliène le chapitre tout 
entier. 

Toussy, cette belle qu'il encensa jadis, au cercle 

rien toucher. En 1657, les mêmes registres de l'Epargne 
(f° 132 mentionnent encore son nom. Fuis nous ne trouvons 
jilus trace d'aucune pension. V. également, X. acq. mss., 
n" J70,f^ 407. 

1. Boisrobert: Les Epistres, 1659, p. 35, A M. du Pin Sur ce 
Du Pin, trésorier des menus plaisirs royaux, ami également de 
Scarron, V. aussi Les Epistres, 1647, p. 137. Boisrobert regrette 
de ne pouvoir l'aller retrouver à Forges parmi les belles com. 
pagnies. 

2. Tallemant: II, 404-405 ad notam, raconte que l'un d'eux, 
l'abbé de Turseville le gourma cruellement. 

3. Ihid., II, 385. 

20. 



354 I-E PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

de la reine, séjourne à l'abbaye de Saint- Amant, 
proche de la cathédrale, chez sa tante l'abbesse. 
D'une complexion délicate, elle tombe malade à 
l'époque où les seize cloches de Notre-Dame, diri- 
geant éperdument les carillons des églises et des 
couvents, annoncent l'Assomption de la Vierge. 
Elle supplie Boisrobert de lui éditer au moins 
d'entendre Rigaut, Marie d'Estouteville et surtout 
Georges d'Amboise, bourdon tonitruant. L'abbé 
fait, auprès du chapitre, une démarche naturel- 
lement inutile. On trouve même son astuce exces- 
sive. La galanterie de la cour échappe à cette 
canaille. Mais Boisrobert se charge de lui rappe- 
ler que les demoiselles charmantes ont droit, 
même parmi des chanoines bourrus, à quelques 
privilèges. 11 leur adresse, à cet effet, une Requeste 
poétique. Toussy, à son dire, excédée d'admira- 
teurs, est venue à Rouen chercher le repos. Et 
voici que, ce repos, d'insupportables cloches le 
troublent, indisposant ce que le climat normand 

A jamais eu de plus charmant. 

Evidemment Toussy se soumet aux lois du cha- 
pitre. Mais que celui-ci n'en abuse pas. Qu'il se 
montre, au contraire, plein d'équité en rendant 
l'arrêt que Boisrobert lui propose: 

On n'entendra plus dans la ville 
Georges d'Amboise^ Est(juteville 
Et Rigaut qui nous étourdit, 
Que tout l'office ne soit dit, 
Puisque leur son fasche et réveille 
Cette incomparable merveille. 



LE PLAISANT AHBÉ DE BOISROBERT 355 

Et voici pour quelle raison cet arrêt doit être 
rendu. Gomme Toussy,Beuvron captive, à la cour, 
l'admiration unanime. Jusqu'à Tlieure, personne 
n'a pu avec impartialité dire laquelle des deux 
jeunes filles l'euiporte en beauté sur l'autre. Or, 
alors que Toussy loge à deux pas de la cathédrale 
et soufTre du tintamarre des cloches, Beuvron, 
fille du gouverneur du Vieux Palais, gîte près de 
la Seine, indifférente à ce tintamarre, tranquille, 
sereine, sans souci. L'une va donc, par la cause 
du chapitre, dépérir et perdre r-on agrément. 

Car si ces cloches dont le bruit 

Afflige Toussy jour et nuit 

Troublent son repos davantage, 

Adieu l'éclat de son visage ! 

Comme son teint en pâlira 

Son embonpoint diminuera. 

Cependant cette autre merveille 

Qui, bien loin des cloches sommeille, 

Beuvron qui dort en seureté 

Dedans son Palais enchanté, 

Se lèvera sans amertume 

Aussi belle que de coustume. 

Et lors je crains avec raison 

Si l'on fait la comparaison, 

Que le plus sain des deux visages 

N'ait de visibles avantages *. 

Posant au chapitre ce troublant cas de cons- 
cience, Boisrobert imagine qu'il obtiendra gain 

1. Boisrobert : Les Epislres, 1659, p. 59 et s. 



356 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

de cause. Malheureusement sa requête, immédia- 
temeut répandue, amuse toute la ville et provo- 
que un scandale. Sottement les chanoines, au 
lieu d'en rire, interdisent leur collègue. Une pro- 
cédure s'ensuit, notre abbé n'acceptant pas cette 
interdiction. Des amis s'entremettent. Us démon- 
trent au chapitre qu'à maintenir sa décision il se 
couvrirait de ridicule. Il lève donc à regret son 
interdiction '. 

Et l'affiire apaisée, Boisrobert observe une 
grande sagesse, occupant ses journées en prome- 
nades à Gaillon où Mgr de Harlay, neveu de l'ar- 
chevêque à la barbe d'or dont nous parlâmes pré- 
cédemment, lui offre une gaillarde hospitalité. 
Il visite, non sans émotion, la duchesse de Lon- 
guevilie dont il conte à son frère le prince de 
Gonty ]es agréables divertissements ^ Il écrit au 
marquis de Richelieu \ Il nargue le médecin 
Bourdelot qui lui distribue sans clairvoyance les 
éloges *. Il fait, dans ses propriétés familiales, 
des plantations d'arbres nains qui ne réussissent 
pas '. 11 se plaint du climat et des gens. Il philo- 
sophe sur la brièveté de la vie. 

1. Tallemant: 11,384,385; Boisrobert: Les 2?pts<res,1659,p.65, 
A M°" de Cavoye 

2. Boisrobei-t : Les Epistres, 1659, p. 109, A Mgr le Prince 
(le Conty. 

3. Ihid., p. 84, A M. le marquis de Richelieu. 

4. Ihid , p. 43, A M Bourdelot. La lettre de Boisrobert ré- 
pond à quatre vers latins que le fameux médecin de la reine 
Christine et des Condé lui adressa et qui furent ensuite placés 
en léte des Epistres, 1659. Le Nouveau recueil de /jlusieurs et 
diverses pièces galantes de ce temps, 1666, p. 41, contient éga- 
lement un distique latin de Bourdelot à Boisrobert. 

5. Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 100, A M. de \'illènesj 



LE TLAISANÏ Alibli DE BOlbROBERT 



357 



Et, son temps de rigoureuse résidence terminé, 
il vagabonde à travers la Normandie. A Charle- 
val, chez le président de Faucon du Ris. il élabore 
la Belle Plaideuse, comédie que l'on ne pourra 
jouer dans la suite pour n'offenser pas le prési- 
dent de Bersy, M""" Paget maîtresse des requêtes, 
Clinchamp et Ninon de Lenclos dont elle enre- 
gistre les aventures burlesques '. 

Puis, à petites étapes, il se rapproche de la 
capitale, car la présidente de Thoré l'invite à lui 
adoucir l'esclavage où la tient son mari, homme 
extravagant que l'on s'étonne de ne voir point 
compagnonner, aux Petites-Maisons, avec le fou 
Le Herti. Boisrobert s'ennuierait rapidement en 
cette terre de Tanlay bien qu'il en admire les 
belles prairies, les promenoirs embaumés, le 
canal limpide s'il n'y construisait deux nouvelles 
comédies: Les apparences trompeuses *, La belle 



p. 104. Besponse de M. de Villènes; p. 47, A M. le comte de 
Cezy. 

1. Cinq actes en vers. Paris, G. de Luyne, 1655.in-12. Privi- 
lège du 12 mars 1654. Achevé du 15 août 1655. Dédiée à M""" de 
Ris, première présidente au Parlement de Normandie La dédi- 
cace indique qu'elle fut composée àCharleval. Sur les aventu- 
res du Président de Bersy et autres qu'elle contient, V. Talle- 
mant : [[, 406 et s.; VI, 7 et s., 115 et s. L'acte \, se. VIII de 
cette pièce fournit à Molière une situation semblable à celle de 
lacté II, se. II, de V Avare. De même l'acte W , se. II, procura 
au dit Molière la pensée de l'inventaire que contient V Avare, 
acte II, se I. V. Chappuzeau : op. cit., p. 112; Fr. Parfai'^t : 
VIII. 66 et s. De Beauchamps: II, 134 ; Duc de la Vallière : 
11,404; Molière: Œuvres, édit des Grands Ecriv., XI, 150. 

2. Cinq actes en vers Paris, G. de Luyne, 1656, in-12 Privi- 
lège du 8 mai 1656. Achevé du l"' juin 1656. Dédiée à M"« la 
présidente de Thoré. La dédicace indique le séjour de Boisro- 



358 LE PLAISANT ABIîÉ DE BOISROBERT 

invisih/e ^ et une tragi-comédie Les coups (f Amour 
et de Fortune \ On ne sait poar quel motif 
M"" de Thoré le retient au point d'en faire son 
alcoviste de prédilection. Sans doute parce qu'elle 
le comble de présents ^ Sans doute aussi parce 
que la démence de son époux lui procure de dou- 
ces heures d'hilarité. Avec Gilles Boileau dont 
l'humeur satirique lui agrée et qui se donne, 
dans la maison, l'air de concubiner avec la 
bonne dame, il complote de perpétuelles malices 
contre le président *. 

bert à Tanlay. Reproduite dans Théâtre français précito, 
1737, VI, 337 et s. Sur cette pièce, V. Chappuzeau : op. cit., 
p. 112; Fr. Parfaict : VIII, p. 111 et s.; De Beauchamps : II, 
134; Duc de la ^'allière : 11, 415. Le sujet, de l'aveu de notre 
héros, est tiré de l'espagnol. Parfaict prétend que Boisrobert 
Ta tiré des Innocens coupables, 16S5, par Brosse. 

1. La belle invisible ou la constance esprouvée, comédie en 
cinq actes en vers. Paris, G. de Luyne, 1656, in-12. Privilège 
du 8 mai 1656. Achevé du 1" juin 1656._ Dédiée à Mgr de Bel- 
lièvre, premier président. Autre édition : Anvers, Nicolas 
RalUot, 1660, in-8°. Reproduite dans V. Fournel : Les contem- 
porains de Molière, 1863, I, 61 et. s. Sur cette pièce, V. Chap- 
puzeau : op. cit., p. 112; Fr. Parfaict: VIII, 161 et s. ; De 
Beauchamps: II, 134; Duc de la Vallière: II, 409. 

2. Les coups d'Amour et de Fortune ou l'Heureux infortuné. 
Tragi-comédie en cinq actes en vers. Paris, G. de Luyne, 1656, 
in-12. Privilège du 8 mai 1656. Achevé du 1«' .juin 1656. Dé- 
diée à M. de Mancini. Sur cette pièce, tirée de l'espagnol, V. 
Fr. Parfaict : VIII, p. 152 et s. ; De Beauchamps: II, 134; Duc 
de la Vallière: II, 411. Ne pas la confondre avec celle de Qui- 
nault qui porte le même titre et parut à la même date. 

3. Il lui dédie, nous l'avons vu, les Apparences trompeuses. 
En outre il lui adresse maintes poésies. V. Les Epistres, 1659^ 
p. SOô; Recueil Sercy, 1653 et 1654, 2« part., p. 298. Somaize : 
Dictionnaire des Prétieuses, édit. Livet, art. Timaréde fait le 
portrait de cette dame et déclare que Barsamon (Boisrobert) 
cl Bracamon (Gilles Boileau) sont ses alcovistes ordinaires. 

4. Tallcmant : IV, 32 et s., raconte dans le détail les rela- 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 359 

Néanmoins, après Fachèvement de ses trois 
pièces, Boisrobert quitte ce logis de désordre et 
de disputes, avide de se retremper dans l'atmo- 
sphère parisienne. Depuis que des disgrâces pour 
ainsi dire périodiques l'en éloignent, il a vendu à 
l'abbé de Villarceaux, badin de son espèce, une 
maison qu'il s'était fait bâtir, proche la porte de 
Richelieu, à condition d'y conserver un apparte- 
ment sa vie durant '. 

C'est l<à qu'il se réfugie et attend que des occur- 
rences favorables lui permettent de rentrer à la 
cour. Or, dès l'arrivée, il trouve sur sa table de 
travail la Défense de Voiture dont Gostar lui 
parla au Mans et dont il lui annonçait l'envoi 
par l'intermédiaire du chanoine de Leslée '. Il 
parcourt sans grand attrait cet ouvrage, certain 
d'y rencontrer plus de latin que de raison, lors- 
qu'à la ])age 195, il aperçoit un passage qui le con- 
cerne. Intrigué, pensant que le pédant manceau 
le gorge, comme à l'ordinaire, d'excessives louan- 
ges, il poursuit sa lecture. Mais brusquement il 
se lève en proie à la plus violente des colères. Car, 
tout au long, il vient de voir imprimé ce surnom 
(Vabbé Mondory que lui donna jadis l'abbé de la 
Victoire et qu'il eut la sottise de citer à Gostar 
au cours de leurs causeries ^ 

En tout autre temps il supporterait le brocard 

lions de Boisrobert avec le président de Thoré et sa femme, 
V. aussi, mss Conrart, t. X, in-f», p. 993. 

1. Tallemant : II, 413. 

2. Gostar: Lettres, t. I, 1658, p. 840. 

3. Gostar : Suite de la défense des Œuvres de M. de Voiture, 
1655, p. 195-196. 



360 Lli PLAISANT ABBE DE BUiSROBEaï 

avec patience. Mais à ce moment, il lui porte un 
tort considérable en renouvelant à la cour le 
souvenir de son impiété. Il ne peut impunément 
laisser passer cet abus de confiance. 

Gomme vous estes consommé dans la connoissance 
des galanteries grecques et latines, écril-il à Gostar, 
continaez de les imiter, cela vous va si bien. Raffinez 
sur les bons mots des Anciens ; commentez leurs 
apopiiteg'mes, vous le pouvez faire de bonne grâce. 
Mais pour les railleries fines et délicates qui échap- 
pent quelquefois à vos amis, éloignez, cruyez-moy, 
ce n'est pas vostre jeu. Abstenez-vous donc d y tou- 
cher à l'avenir et surtout de les conter dans vos 
livres, à moins que de venir vous-même à la cour les 
puiser daus leur propre source J ose vous dire 
encore une fois que c'est une chose plus difficile que 
vous ne pensez et que cela passe de bien loin l'ob- 
servation des virgules, des points et des parenthèses. 
Il faut connoistre tout particulièrement le pourquoy, 
le temps et le heu où ces railleries ont esté dites. Il 
n'en iaii. pas ignorer une seule circonstance, il n'en 
faut pas seulement perdre une syllabe. Et je main- 
tiens que l'esprit se peut quelquefois aussi bien em- 
poisonner que le corps par un quiproquo de galan- 
terie. Grâce à Dieu, ceux qui ont tasté de celuy que 
vous voulez me faire avaler n'en ont paru jusqu'icy 
que dégoûtez. Je ne croy pas que le mal devienne 
plus grand , ils trouveront assez de sel et de ragoust 
dans la suite de vostre ouvrage pour les remettre en 
appétit et pour leur faire mesme digérer avec plai 
sir le peu qu'ils y auront trouvé d'amertume K 

1. Mss. Conrart, t. XXI, in-f", p. 285, datée du 10 décembre 
1655. Nous aurions voulu donner tout entière cette très belle 



LE PLAISANT ABBjÉ DE BOISROBERT 361 

Gostar reccvaat cette épistole comprend son 
tort d'avoir hasardé « une amitié de trente années 
pour ne pas perdre une assez mauvaise turlupi- 
nade ». li essaie aussitôt de se justifisr. Mais 
Boisrobert accueille mal cette justitication. Il 
montre sa lettre à l'Académie et couvre de ridi- 
cule le lourdaud épaissi par la bonne chère. Enfin, 
à la longue, les flagorneries persistantes de Gos- 
tar le calment et il consent à considérer comme 
une étoui'derie son offense '. 

D'ailleurs, au même moment, d'autres querelles 
le détournent de cede-ci, querelles issues de riva- 
lités théâtrales. Scarron, cette fois, se dresse devant 
lui en adversaire avec infiniment plus d'esprit 
que Gostar. Les premières relations des deux poè- 
tes dénotent d'un^ estime réciproque. Ils se connu- 
rent prob iblement au cabaret, à l'époque où le 
cul-de-jatte, muni de deux jambes allègres, y célé- 
brait la plastique de ses maîtresses ^ Us se re- 
trouvère it chanoines du Mans avec un identique 
penchant à déserter les offices. Kn tête de leurs 
œuvres respectives, ils placèrent ' d'élogieuses 
poésies liminaires ^ Plus tard, ils correspondirent 

lettre. Oa la trouvera intégralement publiée dans Chardon : 
op. cit., I, 342 et s., qui, avec une inlassable patience, grossit 
ses volumes dj pièces n'ayant aucun rapport avec leur sujet. 

1. Gostar: Lettres, t. I, 1658, p 841,846 V. aussi, Tallomant: 
II, 4)2,413; V. 160. 161; Menagiana. 1715, 111,80 

2. tr. Coll.jtot: La Muse coquette, 16j9,p. 150, Poème coquet 
de la Bouteille [par Canieaui. 

3. Boisrobort : Les Euistres, 1647, Pièces liminaires L'une 
d'elles signée S... doit être de Scarron. V. aussi. Le Virgile 
travesty en vers burlesques de M. Scarron, 1648, A M. l'abbé 
Scarron (par Boisrobert], reproduit dans Les Epislres, 1659, 
p. 292. 

21 



362 LE PLAISANT ABBK DE BOISROBERT 

en termes affectueux et galants i.Sans cesse Scar- 
ron affamé vanta l'habilité de son ami à cumuler 
des bénéfices ^ Boisrobert fut, avec le marquis de 
Villarceaux dont il chanta discrètement l'amour 
pour j\l°" Scarron, un familier de l'hôtel de l'Im- 
pécuniosité \ 

Puis brusquement les relations cessent et le 
langage change de note. Une question d'intérêt 
en un instant interrompt une sympathie conso- 
lidée par les années. Les deux poètes, en effet, 
exploitant ensemble, pour le théâtre, le fonds es- 
pagnol achèvent simultanément deux pièces déro- 
bées à Don Francisco de Rojas. Boisrobert pré- 
sente aux comédiens Les généreux ennemis ' et 

1. Scarron : Œuvres, 1786, VII, 102, Epistre à M^i' de Neuil- 
lan ; Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 87, A M. Scarron, 
Response pour M^^" de Neuillan. 

2. Scarron : OEuvr-es, 1786, 1, 160; VU, 181, 314. 

3. Boisrobert est en relations amicales avec ce marquis 
depuis qu'il haliile chez son frère l'abbé de Villarceaux. V. Tal- 
lemant : VI, 10. V. aussi, Les Epistres, 1659, p. 136. A M. le 
marquis de Villarceaux. Boisrobert lui parle de ses amours 
et bien qu'il n'en nomme pas l'objet, il est facile de discerner 
qu'il s'agit de M"' Scarron. Il dit notamment : 

Je découvre plus de trésors 
Qu'elle n"en vit jamais parestre 
Dans le climat qui l'a veu naistre. 

Or on sait que M""' Scarron, bien que née à Niort, était connue 
sous le nom de la belle Indienne pour avoir passé en Amérique 
ses primes années. V. aussi notre volume, Scarron et son 
milieu, 1905, p. 305 et s., 333 et s. 

4. Comédie en 5 actes en vers. Paris, G. de Luyncs, 1655,in-12. 
Privilège du 29 décembre 1654. Achevé du 22 janvier 1653. 
Dédiée à M™» la comtesse de Brancas. Sur cette pièce, V. Fr. 
Parfaict : VIII, 92 et s.; De Beauchamps : II, 134 ; Duc de la 
Vallicre ; II, 408. 



LE PLAISANT AliBli DE BOISR<JBLKT 303 

Scarron UEscolier de Salamanque. Ces comédiens 
émettent la prétention de jouer tout d'abord l'œu- 
vre du cul-de-jatte dont ils attendent plus de 
succès. Boisrobert se fàclie. Mais, comme il ne 
peut les contraindre, de sa propre initiative, à 
travailler contre leur profit, il intéresse à son 
affaire la comtesse de Brancas, bonne dame qui, 
par le monde, s'ingénie à trouver des ciialands à 
sa marchandise de chair. Par elle, il gagne l'appui 
du prince d'Harcourt dont elle est, à ce moment, 
la concubine éhontée. Les comédiens n'ont rien 
à refuser à ce prince qui les protège et leur 
procure, en leur ouvrant les hôtels du Marais, 
des bénéfices inattendus. Ils résistent cependant 
à sa prière. Dès lors, c'est un ordre qu'il donne. 
Il les va relancer en leur jeu de paume et promet 
une bastonnade générale si l'on fait à Boisrobert 
l'affront de le mépriser. 

— Ma foi, dit notre abbé, le prince d'Harcourt 
a pris cela héroï-comiquement. 

Effectivement les histrions, aiguillonnés de cette 
sorte, représentent de suite Les généreux enne- 
mis. Scarron, cloué sur sa chaise, enrage de son 
impuissance. Désormais, entre Boisrobert et lui, 
c'est une guerre sans merci. Dans ses poésies, 
dans ses lettres et jusque dans son testament il 
houspille son rival, applaudi par les uns, dés- 
approuvé par les autres, satisfait d'exercer sa 
vengeance \ Rien ne subsiste de ce conflit dans 

1. Scarron : QBuures, 1786, I, 201, 212, 23-4, 237, 269 ; VII. 143, 
173 ; Le testament de M. Scarron, son épitaphe et son portrait 
envers burlesques, 1630. La querelle de Scarron avec Boisro- 



3t>4 LE PLAISAM" ABBÉ DE BOISROBERT 

les œuvres de notre abbé. Sans doute abandonne- 
t-il à Gilles Boileau, également en lutte contre le 
cul-de-jatte, le soin de répondre pour deux i. Sim- 
plement il se contente d'insérer dans Les nouvelles: 
héroïques et amoureuses qu'il publie à ce moment, 
des traductions de contes espagnols identiques à 
ceux dont son antagoniste attend la subsistance ^ 

bert se complique d'une autre avec Douville, rapportée par 
Chnrdon : op. cit., I, 323 et s. V. aussi, Tallemant: II, 410; Me- 
naffiana,, 1715, III, 292 Boisrobert, en reconnaissance de son 
entremise, dédia Les yénéreiix ennemis à M""» de Brancas dont 
on trouvera, dans Les amours de 3/"' de Brancas, trace de ses 
relations avec le prince d'Harcourt. 

1. Boisrobert prit fait et cause pour Gilles Boileau dans la 
querelle odieuse que celui ci chercha au cul-de-jatte. V. Scar- 
Ton-.OEuvres, 1786, I. ".69 ; Recueil de quelques pièces nouvelles 
et galantes tant en prose qu'en vers. 1663, p. 173; 1667, I, 171; 
1684, I, 169 ; Mss Conrarl, t. X, in-f=, p. 993. 

2. Les nouvelles héroïques et amoureuses de M. l'abbé de 
Boisrobert, Paris, Pierre Lamy, 1657, iu-8''. Privilégie du ... février 
1657. Achevé du 12 mai 1657. Dédié à Mgr Fouquet, surin- 
tendant des Finances. Traduit en italien sous le titre : Acci- 
denti heroichi et amorosi dell'ahbate Bois- obert, li porto dal 
francese il Bisaccioni. In Venetia, F. S >rti, 1659, in-12 Talle- 
mant : 11, 414. au sujet de ces nouvelles dont l'une: Plus d'ef- 
fets que de paroles, fut également traduite par Scarron. raconte 
l'anecdote suivante: « Lj comte d'Estréjs, voyant que Boisrobert 
parloit de ces nouv.dl -s comme de quelque belle chose, s'avisa 
plaisamment de luy escrire une grande lettre où il l'avertit, sans 
se nommer, de tout ce qu'on y trouve à redire. Boisrobert crut 
que c'estoit Saint-Evremont, auteur de la comédie de l'Aca- 
demie, et respondil d'une façon fort aigre. Saint-Evremont 
riposte qu'il ne vouloit point debrouillerie avec luy : « Non pas 
à cause, luy dit-'il,quc vous faites d'assez meschantes pièces de 
théâtre et dassez meschantes nouvelles, mais à cause de cette 
inconsidération perpétuelle dont Dieu vous a doué et qui fait 
dire à l'abbé de la Victoire qu'il vous faut toujours juger sur 
le pié de huit ans. » Depiis Boisrobert descouvrit la vérité et 
on les accommoda, le comte et luy. — Il a bien fait, dit Bois- 
robert : sans cela je l'eusse honny. » 



LE PLAISANT ABBE 3a BOISROBERT 



365 



Heureusement pour Scarron que, tandis qu'il 
cisèle en gémissant ses satires, un écrivain plus 
valide se charge, sans le vouloir, de le revan- 
cher. On ne sait, en effet, pour quel motif le 
sieur Bandeau de Somaize, bourguignon que 
Boisrobert fréquenta au cours de ses voyages à 
Châtillon \ s'érige subitement en censeur de sa 
tragi-comédie Théodore en représentation à l'hô- 
tel '. Adolescent frais émoulu de province, sou- 
liaitant se signaler par un coup d'éclat, il pense 
qu'à accabler un homme célèbre, il récoltera 
({uelque gloire. Probablement aussi jalouse-t-il 
le courtisan valétudinaire auquel les « héroïnes » 
des ruelles accordent davantage qu'à lui de défé- 
rence. 

Quelque raison qui le dirige, il organise con- 
tre notre abbé une Adolente cabale. Tout d'abord, 
Boisrobert ne prête pas d'attention à ces manœu- 
vres. Mais comme elles menacent de faire tom- 

1. Larroumet : Baudeau de Somaize in Revue des Deux- 
Mondes du !'"■ juilli't 1S92 écrivit l'arlicie le plus complet qui 
existe sur ce contempteur de la société précieuse II déclare 
ignorer le lieu de son origine et, d'après son style, en fait un 
gascon. Mais nous cruyons ne pas nous tromper en affirmant 
qu'il est bourguignon. Boisrobert : Les Epistres, 1647, p. 154, 
A M. Ginesle, dit en effet, qu'il lui communique, étant en 
Bourgogne, les épîtres qu'il reçoit de son ami Gineste. Il le 
nomme Sjmmèze,mais l'orthographe du nom n'a, à ce moment, 
aucune importance et nous avons la c rtitude qu'il ne s'agit 
pas, en cet endroit, de Claude dj Saumaisequi habitait Leyde. 

2. Théodore, Reyne de Hongrie, tragi-comédie en 5 actes en 
vers. Paris, Pierre Lamy, 1658, in-l2. Privilège du... février 
1657. Achevé du 15 novembre 1657. UJdiée à M""» la Procu- 
reuse générale (M™° Fouquct). Sur cette pièce, V. Bihl nat., 
mss de Mahelot n° 24330 p 5, V»; Fr. Parfaict : VIII, 195 
et s.; De Beauchamps : II, 134 ; Duc de la Vallière : II, 417. 



366 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

ber sa pièce, il s'emporte, parle de bastonnade, 
s'assure même, dans cette perspective, de com- 
pagnons déterminés. Cette attitude énergique 
refroidit brusquement l'ardeur de Somaize. Il 
sait que rien ni personne n'empêcherait son dos 
d'être frotté. Il décide donc de remplacer le 
bruit au parterre de l'hôtel par quelque bonne 
diatribe que les médisants s'arracheront aux bou- 
tiques du Palais. Mais il n'est pas de taille à 
mener à bonne fin cette tâche. Ses Remarques 
sur la Théodore, commencées avec vigueur, rap- 
pelant à Boisrobert les propres bastonnades que 
lui prodigua certain prince fâché de ses raille- 
ries, sombrent bientôt dans un pathos indigeste 
où l'abbé d'Aubignac, Scaliger, Horace, Aristote 
malaisément lui apportent quelques lumières *. 
Notre abbé, rappelé à Rouen par le soin de sa 
prébende, cesse de "s'en occuper. Et lorsqu'il 
revient, toujours chargé de haine contre le cha- 
pitre qui l'enlève à ses distractions parisiennes, 
le destin, décidément acharné à troubler ses 



1. Baudeau de Somaize : Remarques sur la Théodore de 
l'autheur de Cassandre. Dédiées à M. de Bois-Rohert-Metel, 
Ahhé de Chastiilon, S. D. (1657). Boisrobert ne répondit pas 
à notre connaissance ; mais Somaize fait allusion à un livre 
qu'un de ses amis aurait écrit en sa faveur. La Dédicace de 
Théodore contient la phrase suivante : Si ma Théodore qui a 
esté accusée fort injustement n'avoit esté pleinement justi- 
fiée, etc.. » Dans la suite Somaize continue à railler Boisro- 
bert : V. La pompe funèbre de M. Scarron, 1660, p. 10 et s.. 
55 et s., à laquelle répond : Le Songe du resveur, 1660, p. 13, 
V. aussi, Somaize : Les véritables Prétieuses, 1660, p. 45 ; Le 
Dictionnaire des Prétieuses, édit. Livet, art. Barsamon ; Le 
Procès des Prétieuses, 1660, acte I, se. XI. 



LE PLAISANT ABBE nÉ BOISROBKRT 367 

dernières années, ne lui ménage pas les diver- 
sions à ces contestations mesquines. Il doit encore 
réprimer un nouveau soulèvement de ses cha- 
noines de Ghâtillon > et obtenir, pour une autre 
affaire, la revision d'un arrêt du Parlement rendu 
par un groupe de conseillers endormis *. 

Il espère que le président Pomponne de Bel- 
lièvre l'aidera à sortir de cet imbroglio de pro- 
cédures. Gilles Boileau, qui exerce en sa maison 
une manière d'office d'introducteur des gens de 
lettres, lui en a facilité l'accès. Il lui écrit donc 
sur le mode que les grands de ce monde préfè- 
rent : 

Avec cela vous estes magnifique 
Très bonne table, excellente musique ; 
Vous estes bon, affable, officieux, 
Vostre Palais est tout délicieux. 

1. Archives de la. Côle-d'Or, série précitée, Registres capitu- 
laires de Vahhaye de Châtillon, à la date du 14 août 1659. 
V. l'appendice. Les choses d'ailleurs s'arrangèrent prompte- 
ment car, à la date du 7 juillet 1660, la grêle ayant ravagé les 
récoltes de Châtillon, les moines demandent diverses grâces à 
Boisrobert et sollicitent son appui auprès de lévêque de Lan- 
gres. Tallemant: II, 415 dit que Boisrobert vendit son abbaye à 
Lenet. Mais cela doit être une erreur. Une commendc s'obte- 
nait du roi et ne s'achetait pas. Lenet en prend possession à 
la date du l'r novembre 1662 d'après une pièce de sa propre 
main. Il ne s'agit pas, comme on l'a dit et répété, de Pierre 
Lenet, auteur des Mémoires sur la Fronde en Guyenne, mais 
de Henry Lenet, bachelier en théologie de la Faculté de Paris. 

2. Boisrobert : Les Episires, 1659, p. 9.3, 98, 102, 105. Ces 
poésies sont assez amusantes mais nous n'avons pu inférer de 
leur contenu pour quel motif il adresse des requêtes à M. de 
Prieuzac, conseiller d'Etat; à M. de Villayer, maître des requê- 
tes; à M. Sevin, avocat ; à M. Bignon, avocat général. V. aussi 
sur cette affaire, La Boscoroherline et Bibl. IVat ,'S.acq., mss 
n° 4529, p. 1. 



368 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Chez vous tout rit, tout brille, et tout abonde, 

V^ous vous devez enfin à tout le monde 

Mais, grâce à Dieu, vous sçavez discerner 

Qui plaist. qui plaide et qui cherche à disner. 

Vostre œil me trompe ou vous me laissez croire 

Que je puis estre utile à vostre gloire, 

Que, pour le moins, vous sentez le talent 

Que j'ay de plaire et que, d'un air galant, 

Je puis servir parfois à vostre joye. 

.., J ay, ce dit-on, un charme singulier 

Dans l'entretien qui m'est particulier; 

Je sçay ranger les choses en leur place, 

Je raille et conte avec certaine grâce 

Qui fait qu'on n'ose, après moy, répéter 

Ce que j'ay dit de peur de le gaster. 

Une beauté qui n'est pas des plus sottes 

A dit de moy, quand on mettroit des nottes 

A double gamme aux contes que je fais, 

Qu'on ne pourroit les retrouver jamais. 

Si, des bons mots on me fait donc l'arbitre, 

Vous me pouvez souffrir à quelque titre : 

En ce cas-là j'ay payé mon escot 

Mieux que n'a fait tel plaideur ou tel sot. 

Tel sage mesme avec tout son mérite 

Peut mieux que moy passer pour parasite ^ 

Evidemment siPompomie de Bellièvre eût été 
en état de lire cette réjouissante épître, prédisr 
posé déjà à la bienveillance par d^autres dédica- 
ces % il eût d'un cœur fervent incliné la justice 
à contenter Boisrobert. Mais, étendu sur son lit 



1. Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 177. 

2. Dédicace de la Belle invisible, 1656. V. aussi. Les Épislres, 
1659, p. 300,307. 



LIi PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 369 

(le parade, il s'en allait à son tour rendre des 
comptes à une justice plus haute que la sienne. 
Notre abbé, déplorant cette miiechance, ne put 
que s'affliger avec Gilles Boileau et grossir d'une 
épitaphe le « tombeau » que celui-ci préparait 
désolé ment i. 

Et puisque cette protection lui échappait, il 
résolut de retourner, avec plus de persévérance^ 
vers celle qui, étant omnipotente, est la meil- 
leure, vers la protection royale. Il entrait dans 
la troisième année de sa disgrâce Peu à peu il 
assemblait des témoignages autorisés à répon- 
dre de sa foi religieuse et à chasser le souvenir de 
ses sacrements malencontreux. Vingt évèques 
pressentis consentaient à lui prêter leur attesta- 
tion \ 

Les dames, d'autre part, déplorant la dispari- 
tion de leur amuseur favori, travaillaient, dans 
le cercle de la reine à purifier son passé. Parmi 
elles, Enemonde Servien, marquise de Saint- Ange, 
nièce d'Abel Servien, surintendant des finances, 
montrait un zèle incomparable. C'était une pécore 
sans grande beauté,un peu chimérique et faisant, 
en matière de poésie, fort l'entendue. On la voyait 
de temps à autre, dans les ruelles, déclamer avec 
cet air galant que s'efforçait de lui communiquer, 
au cours de leçons burlesques, la comédienne 

1. Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 147. 280; Les Délices 
de Upoésie ^aian/e, 1633, p. 262; 1666, V^ part., p. 192 ; OEu- 
vres posthumes de défunt M. B... (Gilles Boileau), 1670 et 1672, 
p. 113 et s. Sur le président de Bellièvre, V. notre volume 
yi-ne jg ViUedieu, 1907. p. 99 et s. 

2. Mss Conrarl, t. XXI, p. 285, Lettre de Boisrobert à Costar. 

21. 



370 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Beauchasteaii. Sa mauie principale consistait en 
une propreté maladive. Pour rien au monde on 
ne l'eût contrainte à toucher le bord de sa jupe 
et encore moins un pot de chambre. Onla devait, 
comme un enfant, inviter à pisser. Flanquée d'un 
mari paillard qui troussait ses servantes, elle ac- 
cueillait, à titre de vengeances, les hommages. 
Quelques amants déjà ornaient sa mémoire 
sexuelle. Mais, sachant Boisrobert détourné de 
ces liesses par l'âge d'abord et ensuite par ses 
penchants particuliers, elle n'en attendait que le 
rire nécessaire à sa nature. Il eut, en outre, 
l'adresse de lui offrir quelques menues dédicaces 
et cela la lui conquit définitivement. Il la chargea 
d'exprimer à la reine quelle gratitude elle devait 
à un homme qui, durant la Fronde, lui garda 
intacte, sa fidélité '. Elle transmit, avec éloquence, 
le message. 

Et d'autres dames, nous l'avons dit, compati- 
rent à son infortune. M""" de Mancini, mère des 
jouvencelles dont il offensa les oreilles cependant 
sans chasteté, avant que de mourir, implora son 
pardon *. Les princes du sang à leur tour, M. le 
comte de Soissons, considérant sans gaieté la 
cour privée de Boisrobert, entreprirent de l'y 

1. Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 217, 264. 299, A M^" là 
Marquise de Saint-Ange. Sur cette dame, V. Tallemant : VII, 
63 et s. 

2. Boisrobert -.Les Epistres. I6ô9, p. 195, A M"' de Mancini. 
V. aussi, p. 291, une autre personne qui n'est pas nommée, 
intervient en sa faveur, Tallemant : II, 411 dit que rentré en 
grâce, Boisrobert prétendit que M"" de Mancini n'avait fait sa 
paix « que pour estre payée de M pistolles qu'il luy devoit du 
jeu ». 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 



371 



ramener '. 11 ne manquait plus à notre abbé que 
le secours de Mazarin. Les circonstances lui faci- 
litèrent le moyeii de Tacquérir. Car le jeune Al- 
phonse Mancini, berné par ses camarades du col- 
lège des Jésuites, tomba, par malheur, de la 
couverture d'où ils l'envoyaient refaire le voyage 
aérien de Voiture et mourut de cette chute. Bois- 
robert, saisissant Toccasion, adressa au cardinal 
un sonnet consolateur '. Or rien ne pouvait être 
plus sensible à ce dernier qui regrettait amère- 
ment la perte d'un adolescent en qui il fondait 
de hautes espérances. Immédiatement le poète 
oublié lui redevient sympathique. 11 prépare la 
reine à le recevoir. Il l'appelle auprès de lui et 
devant toute la cour réunie lui fait entendre sa 
grâce de la bouche même d'Anne d'Autriche \ 

Mais cette rentrée en grâce solennelle ne tou- 
che guère le cœur de Boisrobert, cœur raccorni 
par le temps et par les tribulations. Désormais 
la gloire ne l'importune plus : 



J'ayme le solide et j'y vise, 



dit-il 



Le doux païs des ordonnances 
Est le seul endroict de la Cour 
Où je cherche à faire séjour, 

1. Boisrobert : Les Epistres, 1659. p. 287. A Mgr le comte de 
Soissons. 

I.Ibid., p. 270, A Mgr le cardinal sur la mort d'Alfonce Man- 
cini. Le jeune homme mourut en janvier 1658. 

3. Ibid., p. 276, 302; Loret : Muze historique du 23 février 
1658. 



372 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Les « beaux louis parfumez ». les caisses d'or 
accumulées font, à ses yeux.de la surintendance 
une région féerique, un paradis comme en révè- 
rent les pèlerins des Indes équinoxiales. Il vou- 
drait pousser sa barque vers ces rives chatoyantes. 
Mais Abel Servien règne sur cet Eldorado. 

Boisrobert oublie aisément qu'au temps de 
Richelieu il provoqua la disgrâce de ce suriuten- 
dant. Mais l'autre se souvient avec fureur des sept 
années passées en province, éloigné des affaires, 
à gourgandiner, sans gloire, parmi des gaupes. 
Rappelé par Mazarin, son premier acte consista 
à supprimer la peusion de Tabbé. Il est donc 
fort mal disposé à écouter les confidences de sa 
misère. Or Boisrobert ayant, au dire de Tallemant, 
à peu près tout fricassé de son opulence, tient à 
des ordonnances qui lui permettent de figurer 
honnêtement à la cour. 

Arrivera-t-il à transformer le sentiment de Ser- 
vien? Ua autre y renoncerait. MaisTopiniâtreté et 
la bassesse n'écœurent pas un courtisan à une 
époque où tout homme supérieur les exige de ses 
subalternes. Il se défend d'abord d'avoir jamais 
été l'ennemi du surintendant. Il ne fut que l'ins- 
trument docile d'une cabale. Nul ne regretta 
plus que lui la rigueur de Richelieu. 

Ces propos rapportés à Servien ne semblent 
guère l'influencer. Boisrobert députe alors vers 
lui les financiers qu'il gagne à sa cause, Janin de 
Castille, Paget, de Maraudé, LaBazinière,Tubeuf ; 
SI bien que tant de démarches lui valent une 
audience. Il apparaît tout contrit devant le bon- 



LE PLMSANT ABBE DE BOISROBERT 373 

homme qui le fixe de son œil unique. Il s'expli- 
que ; il obtient des promesses. Mais les promes- 
ses de Servien n'impliquent pas leur réalisation. 
Il s'en aperçoit bientôt. Les commis de la surin- 
tendance ne possèdent, en effet, jamais l'autorisa- 
tion de le payer. 

Dès lors Boisrobert ne sait plus quelle attitude 
prendre. La rage l'étoufîe. Invité à dîner chez le 
président Mole, il lâche, à table, d'affreuses im- 
précations. Imprudence inconcevable de la part 
d'un homme par expérience assuré que les murs 
ont des oreilles. Les caisses du trésor entre-bâil- 
lées se referment aussitôt. En vain invoque-t-il 
l'autorité de Mazarin qui peut outrepasser les 
volontés malveillantes et lui rappelle-t-il quelles 
souffrances il endura pour lui peiidant la Fronde. 
Le ministre frappé de surdi-mutité demeure inac- 
cessible à son appel. Dans la famille de Servien, la 
marquise de Siint-Ange, le comte de Saint-Ai- 
gnandontlepère fut autrefois son ami, parviennent 
cependant à le justifier de son bavardage incon- 
sidéré. Et Hugues de Lyonne, secrétaire d'Etat, 
achève, par des prières incessantes, sa réconci- 
liation. Mais cette paix n'est en somme qu'une 
« paix fourrée ». Boisrobert ne voit réellement 
qu'à la mort de Servien son veto levé aux Finan- 
ces *. 

1. Sur cette affaire V. Les Epistres, 1659, p. 151. 185, 217, 
•223, 235, 253, 278, 2-9, 281, 283, 284, 288. V. aussi, p 141, A 
M"" la comtesse de Chalais, qui s'occupa des ordonnances 
de Boisrobert. V. également Menagiana, 1715, II, 358 ; Talle- 
mant : 414-415. La rancune de Boisroljert persista jusqu'après 
la mort de Servien. Servien mourut en 1659. 



37-4 LE l'LAISAXT ABBE DE BOISRÛBEllT 

Et pourtant les Finances vivent sous la direc- 
tion de deux surintendants. Le sort a voulu que 
Ser\den fût aux dépenses et Foucquet aux recettes. 
Si Tordre de leurs fonctions eût été interverti, 
Boisrobert, malgré ses impertinences, eût joui de 
ses pensions. Car il compta jadis au nombre de 
ses familiers François Foucquet, père de ces gar- 
çons habiles qui se distribuent les hauts emplois 
du royaume et connut enfants Nicolas, Basile, 
Yves '.Cette amitié ancienne lui sert, aujourd'hui, 
il est vrai, avec les offrandes de rimes, à s'intro- 
niser dans leur maison. Comme partout où il 
ambitionne de s'installer, il manifeste le seul désir 
de louer et de distraire. Lorsque après avoir long- 
temps rôdé dans ses antichambres, il parvient à 
accaparer le surintendant, il l'ensorcelle de ses 
contes, l'enlève aux soucis de son administration, 
lui refait une âme joviale. Et ses dédicaces, en 
outre, possèdent le don de délier les cordons de 
son escarcelle ". 

M°" Foucquetpartage son admiration intéressée. 
C'est une femme douce et charmante. Elle com- 
prend la tristesse des poètes de n'être, dans l'Etat, 

1. Et ne les perdit pas de vue, car labbé Basile et le conseil- 
ler Yves aidèrent le malheureux d'Ouville à toucher ses ordon- 
nances. V. Les Epistres, 1659, p. 128, 185,-4 M. l'abbé Fouc- 
quet : p. 133, A M. le conseiller Foucquet. D'Ouville mourut 
au Mans vers 1656, au dire de Tallemant. Boisrobert ne sem- 
ble pas l'avoir regretté. 11 ne parle nulle part de cette mort. 

2. Il lui dédie: Les nouvelles héroïques et amoureuses, 165" ; 
Les Epistres, 1639. V. aussi, dans ces dernières, passim et sur- 
tout p. 260. V. également, Scarron : Les dernières œuvres, 
1663, I, 176, qui constate que Boisrobert vient d'être régalé par 
Foucquet. 



LE PLAISANT ABlîK DE BOISROBERT 375 

que des cigales chantant au soleil. Elle les attire 
autour d'elle avec les peintres qui ajoutent la 
couleur à leur verbe. Des uns et des autres, elle 
apprend comment on formule la sensation intime 
et comment on cristallise la vision extérieure. A 
Boisrobert qui glorifie ses progrès picturaux sous 
la direction de Le Brun, elle marque un attache- 
ment délicat '.S'il gagne, aux blanques somptueu- 
ses qu'elle organise, quelque lot sans importance, 
elle le lui échange pour un autre qui joint la 
valeur inestimable à la beauté ^ 

A Saint-Mandé, dans la demeure quiète où le 
surintendant resserre son intimité ; à Vaux où 
s'étalent, parmi les devises vaniteuses, les mani- 
festations d'un luxe indicible, Boisrobert se mé- 
nage des auxiliaires et des complices experts à 
souligner ses actes. Pellisson, dont l'âme béné- 
volente sourit aux lèvres et aux yeux d'un visage 
disgracié, lui multiplie les facilités de se signaler. 
Intendant intellectuel du financier, il est le dis- 
tributeur de ses charités poétiques. C'est lui qui 
renseigne Boisrobert sur les heures où, fatigué 
de compulser ses registres, Foucquet réclame les 
distractions verbales \ C'est lui qui, accompagné 
de Le Nôtre, lui découvre, bien avant que La 
Fontaine songe à les chanter, les merveilles jar- 

1. Boisrobert: Les Epistres, 1659, p. 274. 

2. Ihid., p. 263. Boisrobert lui dédie, en outre, Théodore, 
1657. 

3. Boisrobert; Les Epistres, 1659, p. 205, 289, A. M. Pellis- 
son. V. aussi p. 273. Cette dernière poésie a été publiée incon- 
sidérément comme inédite par E, de Barthélémy dans Bulletin 
du Bibliophile et du Bibliothécaire, 1872, p. 497. 



376 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

dinières de Vaux. C'est lui qui. Boisrobert les 
ayant décrites, lui répond pour Le Nôtre, lui re- 
prochant — ce dont notre abbé accuse son im- 
puissance — de ne leur avoir pas manifesté une 
suffisante adoration i. 

Mais bientôt, Servien disparu, il suffit à notre 
abbé que Foucquet, devenu seul surintendant, ne 
mette pas d obstruction au paiement de ses an- 
nuités. Il ne le fatigue plus de ses requêtes. Joyeux 
et indépendant, il se livre tout entier à son opti- 
misme. Il observe cependant davantage les obli- 
gations de son caractère ecclésiastique. Les dévots 
de la cour exigent qu'il dise quelquefois la messe. 
Il la dit. La facétieuse M"" Gornuel, qui suit les 
offices avec autant de conscience qu'il en met à 
les présider, eiitendant, une nuit de Noël, une 
voix connue prononcer le Dominus vobiscimi, lève 
les yeux et voit Boisrobert à 1 autel. 

— Voylà toute ma dévotion esvanouie ! s'écrie- 
t-elle. 

Le lendemain, comme on la veut entraîner au 
sermon: 

— Je n'iray point, répond-elle. Après avoir 
trouvé Boisrobert disant la messe, je trouverois 
sans doute Trivelin en chaire. Je croy que sa 
chasuble estoit faitte d'une Juppé de Niùon! 

1. BibliothèQue de la Bochelle, mss n° 673, f» 84, Réponse de 
M. Le Nostre à M. l'abbé de Boisrobert (signée Pcllisson) ; 
1" 88, Réplique de M de Boisrobert. Ces deux pièces inédites 
sont reproduites à l'appendice. Châtelain : Le surintendant 
Foucquet protecteur des lettres, des arts et des sciences, 1905, 
p. 371 en a seulement donné l'analyse Malheureusement nous 
n'avons pas retrouvé l'épitrc de Boisrobert qui les provoqua. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 377 

Boisrobert apprend ce propos. 11 sait qu'il se 
faut méfier de cette fine langue. D'un simple son- 
net où, jouant sur le mot Gornuel, il publie les 
aventures de la dame, il arrête instantanément 
ses médisances '. 

Puis ils se réconcilient, car si Boisrobert trouve 
toujours la repartie utile, jamais Ja rancune ne 
persiste en lui. Son humeur légère ne le prédis- 
pose pas à la bouderie. Bien que les ans lui aient 
arrondi la bedaine et blanchi la barbe, nul ne 
supposerait, à Tentendre, qu'il ait dépassé l'ado- 
lescence. Davantage qu'autrefois, il sème autour 
de lui l'allégresse. Les contes et les bons mots 
coulent de ses lèvres sans que la source s'en 
épuise. Les compagnies le recherchent avec ému- 
lation. Les maîtresses de maison allèchent leurs 
invités de cette phrase magique : 

— Je vous donneray Boisrobert \ 

Il est le « grand prestre des ruelles »,le « direc- 
teur du royaume de coquetterie ». Il s'érige en 
philosophe et en éducateur galant. Il frétille, au 
Cours, aux Tuileries, à l'Arsenal, partout où se 
conjoignent les troupes de nouvellistes et de mu- 
guets'. Les femmes l'entourent d'un cercle atten- 
tif et émerveillé. Les jeunes filles écoutent ses 
argumentations amoureuses et reçoivent ses le- 

1. Talleraant : II, 411 Nous n'avons pas retrouvé ce sonnet, 
non publié dans les œuvres de Boisrobert. Vers la même épu- 
que Boisrobert so gausse du sieur Picard, trésorier des parties 
casuelles. V. Tallemaut : II, 410 ad notam. 

2. Tdllemant : II, 406. V. aussi, Somaize:Le procès des Pré- 
tieiises, 1660, acie I. se AI. 

3. La Boscorobertine précitée. 



378 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

çons comme aux temps dorés de l'Hellade ses 
disciples recevaient les leçons de Socrate i. 

Il chante des chansons écrites de la veille ; il 
fait des impromptus ; il propose des énigmes ;il 
s'exténue sur des bouts-rimés. Toutes les menues 
occupations des précieux sont les siennes. Nulle 
coiffe où il n'insinue sa barbe grise et ne glisse 
quelque douceur. Les femmes en arrivent à re- 
gretter qu'uae eau de Jouvence ne ragaillardisse 
pas ce sexagénaire en lui enlevant toutefois cette 
détestable manie de préférer des laquais au dé- 
duit. Mais il les console, et de son âge, et de son 
inversion sexuelle, en les traînant dans son car- 
rosse jusqu'à Auteuil et Ghaillot où il les grise 
de collations friandes ^ 

Car il lui faut, partout et toujours, auditoire 
nombreux, du bruit, des frisselis de soie, des par- 
fums. Dès lors, il se prodigue, il se multiplie, 
il est un étincelle ment. 11 crée la solidarité admi- 
rable du rire ^ 

L^austère M"'' de Vandy sent, devant lui, sa 
pruderie chanceler *. Heureux, écrit-il, à M"* de 
Villeroy, 

1. La Boscorohertine . V. aussi, Titon du Tillet -.Parnasse 
français, l-,32, p. 280. 

2. La Boscorohertine précitée. 

3. Somaize: Dictionnaire des Prétieuses, cdit. Livet, art. Bar- 
samon ; Menagiana, 17 15, I, 22; Carpentariana, 1724, p. 37. 
V. surtout, sur Boisrobert précieux, abbé de Pure : La Pré- 
tieiise ou le mystère des ruelles, t. I, 1656, p. 364 et s , qui 
fait un portrait extrêmement élogieux de Boisrobert. 

4. Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 21. 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 379 

Qai vous admire ! 

Bienheureux qui vous ose en secret adorer! 

Plus heureux qui pour vous ouvertement soupire, 
Mais très heureux qui pourroit dire : 
C'est moy qui vous fais soupirer I 

Hélas 1 la chose est impossible. 
Avec trop de plaisirs vous voyez nos tourmens, 
Inhumaine Daphné, vostre cœur insensible 

Est un rocher inaccessible ! 

J'y voy périr tous les amans * ! 

Il pindarise pour M^'° de la Louppe * et pour 
M"" de Guerchy '. Il s'essouffle à conter l'heu- 
reuse destinée d'une perle que la gorge de la 
maréchale de l'Hospital sertit dans sa nacre rose*. 
Il déplore, en madrigaux précieux, les maladies 
de la gaillarde comtesse d'Olonne qui l'entretient 
de succulentes licpieurs \ On le voit dans l'inti- 
mité glorieuse et maniérée de la princesse de 
Montpensier * et, plié en révérences, parmi les 
salons fleuris de tulipes, jonquilles, anémones de 
la duchesse de Ghaune '. Place Royale, il accom- 
pagne d'un murmure de tendresse les rêveries de 

1. Boisrobert : Les Épislres, 1659, p. 259. 

2. Ihid., p. 262. V. aussi, Recueil des plus beaux vers qui 
ont esté mis en chant, 1661, 1" part., p. 292. 

3. Ibid., p. 286. 

4. Jbid., p. 282. V. aussi, p. 272. 

5. Ibid., p. 123. Les madrigaux ne nous sont pas parvenus. 
V. mss Conrart,t. XllI, in-folio, p. 165 et s.; Œuures de Patru, 
nas, II, 389 et s. 

6. Boisrobert : Les Epislres, 1659, p. 55. 

7. Ibid., p. 21j V. aussi, p. 163 et 298, deux poésies où il 
célèbre les marquises de la Boulaye et de Gouveruet. 



380 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

la comtesse de laSuze '. Vieille rue du Temple, il 
aide M"" de Scudéry à situer des villes sentimen- 
tales sur la carte de Tendre ^ Il participe à la 
débauche de rimes que suscite, en mourant, le 
perroquet de M""' du Plessis-Bellière ^ comme il 
participa jadis à la querelle de Job et d'Uranie*. 
Il est l'alcoviste de la dame Paget ^ et celui de la 
comtesse de Brancas ^ 

Et de même que les ruelles le requièrent de 
babiller, les tables le requièrent de se sustenter 
gratuitement. 11 le faut, pour l'hospitaliser avec 
certitude, retenir une semaine à Tavance '.Animé 
par les vins exquis et les plats épicés, il bouillonne 
d'une verve telle qu'un rocher s'épanouirait à 
l'entendre. Ainsi le petit de Beauchasteau nous 
le représente t-il, chez Le Clerc de Lesseville, 

1. Ibid., p. 210. V. aussi, p. 301. V. également notre volume, 
3/mo (jg i^ Suze et la société précieuse. 1908, p. 126, 215. 

2. Lettre de M"' de Scudéry à M. Pellisson, dans Rathery et 
Boutron : M^'" de Scudéry, 1873, p 279 et s. 

3. Recueil Sercy, 1656 et 1658, 3» part., p. 399. 

4. Bibl. nat 1"'- mss, 12680, folio 102. V. Pièce inédite. Nous 
la donnons en Appendice. 

5. Somaize: op. cit., art. Polenie ; Boisrobert : Les Epistres, 
1659, p. 303. 

6. Somaize : op. cit., art. Belinde, V. aussi Loret : Muze 
hist. du 13 février 1655. V. également, datant de la même 
époque ou approximativement : Recueil Sercy, 1653, 1'* part., 
2» édit., p. 86, 197, 369 ; 20 part. p. 264. 299 ; Boisrobert : Les 
Epistres, 1659, p. 261, 265 ; Les doux entretiens du Parnasse, 
1661, p. ii; Annales poéticfues, 1781, t. XVin,p 12. Toutes ces 
poésies sont indéfiniment reproduites par les recueils du 
temps. 

7. La Boscorohertine précitée. Il apprécie d'ailleurs forte- 
ment, nous l'avons dit, les repas plantureux. V. Bibl. nat. 
F"K N. acq. mss n" 4529, p 69. Il dit de l'abbé Testu : « C'est 
un bon garçon ; il me fit manger hier au soir un bon gigot ! » 



LE PLAISANT ABBÉ DE BOIbROBEUT 381 

évêque de Coutaaces, secouant la gravité de ces 
deux augures, le cardinal Antoine Barberin et le 
chancelier Séguier '. 

Et jusqu'en l'Académie il importe son rayon- 
nement. La comp ignie ambitionnerait qu'il sui- 
vît avec assiduité ses travaux. Mais il ne s'y mon- 
tre que modéré nent. Beaucoup de ces écrivains 
falots que sa générosité y intronisa sont entrés 
dans le royaume des ombres. Conrart et Chape- 
lain persistent cependant à survivre ^ Ils sont, 
avec Boisrobert, les épaves de cette fondation. 

A la fameuse séance où l'assemblée accepte 
définitivement ce prix d'éloquence, proposé par 
Balzac, et dont la postérité corrompit si étrange- 
ment le caractère, Boisrobert donne son appro- 
bation narquoise. Il lui paraît, sans doute, curieux 
de considérer en posture de largesse un fat pour 
adoucir la misère duquel il gouriua jusqu'aux 
surintendants des finances ^ 

1. La muse naissante du Petit de Beauchaslean. 1651 , l" part., 
p. 242; V. aussi, !'• part., p. 134 Boisrobiirt adressa égale- 
ment une épigra.Ti ne au jeune phénomène. Elle figure en tête 
du volume de B,;auchasleau. 

2. Les relations de Boisrobert avec Chapelain se refroidissent 
après la mirt de Richelieu. Du moins nnus n'avons plus que 
de vagues témoignag-s dj leur existence. Sans doute faut-il at- 
tribuer ce r jlroidissem -nt au fait que Boisrobert ne fut pas 
ravi en extase p^r la Pucelle Le chevalier de Lignières : Let- 
tre d'Eraste à Philis sur le poème de la Pucelle, 16.j6, p. 8. 
écrit : < Je n agit -ray point icy cette question, sçavoir si une 
femme peut estre l'objet d'un poème héroïque et je n'allégue- 
ray point les raisons du P. Mambrun, jésuite, ny celles de 
M. de Boisrobert, cet agréable poète qui soutient galamment 
que M Ch(apelain) devoit choisir un héros jeune et beau plus- 
tost qu'une héroïne. » 

3. Jal -.Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, 1872, 



382 LE PLAISANT ABBE DE BOISJIOBERT 

Plus tard il soutient, contre la cabale de Ménage, 
la candidature de Gilles Boileau^ Et c'est lui qui, 
un beau matin, apporte de la cour la nouvelle 
que Christine de Suède désire se conjoindre avec 
la Compagnie. On sait quelle figure curieuse pré- 
sente dans l'histoire cette reine dont Daret laissa 
l'image coiffée d'une salade militaire. Elle va, 
par le monde, assumant avec hauteur la respon- 
sabilité de ses scandales. Elle n'a cure que ses 

art. Académie française ; Tallemant : IV, 107 ; D'Olivet : His- 
toire de r Académie française, édit. Livet, II, 12. Primitivement 
ce prix fut un prix de dévotion fondé « pour exciter les per- 
sonnes de lettres à consacrer à Dieu les lumières de leur esprit 
et composer de temps en temps des traités de piété pour sa 
gloire ». On le distribuait sous forme de chapelets ou autres 
objets de piété. Boisrobert, selon les actes publiés par .Tal, as- 
siste à la séance du 1" janvier 1656 où l'on accepte la somme 
de 2 000 livres laissée par Balzac. Le prix ne fut distribué qu'à 
partir de 1671. Le mss Conrarl, t. XIII, in-f», p. 229, contient, 
à ce sujet, un Advis de M. Desmarets, de l'Académie françoise, 
touchant le prix de la fondation de M. de Balzac qui parait 
être inédit et qui ne lui est pas favorable : « Je crains, mes- 
sieurs, dit-il, que nous ne fassions plus de mal que de bien à 
celuy à qui nous donnerons le Prix, c'est-à-dire que nous ne 
luy donnions plus de vanité qu'il ne recevra de profit dans la 
valeur du Prix. Car il n'y a guère d'homme qui, ayant reçeu un 
prix de l'Académie, ou pour l'éloquence, ou pour les vers, ne 
se croye ou le plus éloquent, ou le plus grand poète de France. 
Cependant nous avons bien veu qu'il n'y en a pas un seul de 
ceux qui ont fait présenter icy leurs ouvrages qui ne soit loin 
de la perfection. Nous en avons esté réduits pour la prose à en 
choisir deux qui tous deux ne laissent pas d'avoir de grands 
défauts. » Passant ensuite à l'examen des œuvres concurren- 
tes, il critique vivement celle de Charpentier, plus tard aca- 
démicien. Il ajoute, et nous ne pouvons encore que souscrire à 
ce desideratum : « Quiconque veut remporter le Prix d'éloquence 
doit dire des choses nouvelles. » 

1. Bulletin du Bibliophile, 1850, p. 106 et s. Sur l'élection de 
Boileau. V. Chapelain : op. cit., H, 25, 27, 28, 29, 33, 34, 3j, 
36, 39, 43. 



LE PLAISANT ABBlî DE BOISRÛBEEÏ 383 

mœurs lui suscitent des détracteurs ayant, pour 
compenser la calomnie, les louanges unanimes 
de la science. Ardemment, souhaitant concentrer 
en son esprit l'universalité des connaissances, 
elle s'efforce de tout comprendre et la politique 
de son royaume ne la détourne point de l'étude. 
Philosophes, poètes, sermonnaires, philologues, 
mathématiciens, vivent de ses largesses. 

Boisrobert lui-même, par l'entremise de Lacger, 
gascon réfugié en Suède pour rapiner des écus, 
a vu ses Epistres goûtées comme elles ne le 
furent pas en France *. S'il l'eût voulu, on lui 
eût, à Stockolm, rendu les douceurs que Richelieu 
lui prodigua. C'est pourquoi, lorsque Christine 
lui manifeste, au Louvre, le vœu de connaître 
l'institution bizarre où des hommes pauvres d'ar- 
gent se tuent à enrichir leur langage de vocables 
nouveaux, il s'emploie avec empressement à la 
satisfaire. Les vers qu'il débite devant elle, à la 
séance ridicule qu'elle préside solennellement, 
émanant d'une muse essoufflée, lui parurent indi- 
gnes d'être conservés à la postérité -. 

On ne les rencontre pas, en effet, dans le 
deuxième volume d'Epistres qu'il publie bientôt, 
en s'accordant lui-même les éloges que lui sem- 

1. Boisrobert : Les Epistres, 1659, p. 50. A M. Lacger. 

2. Ces vers, relatifs à une maladie de la comtesse d'Olonne, 
ne nous sont pas parvenus. Sur cette séance que nous avons 
racontée dans La Revue hebdomadaire du 22 mai 1909. V. mss 
Conrart, t. Xfll, in-folio, p. 163 et s. ; Patru : OEuvres diver- 
ses, 1735, II, 389 et s.; Gui Patin : op. cit., II, 362; Lacombe: 
Histoire de Christine, reine de Suède, 1762, p. 172 et s.; xVoh- 
veau recueil de Harangues..., 1665, p. 25 et s. ; DOlivet : op. 
cit., II, 8. 



384 L12 PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

ble mériter son génie ^ Or ce deuxième volume 
est quasiment la dernière manifestation de sa per- 
sonnalité littéraire. Des envieux disent bien que, 
chassé de l'hôtel de Bourgogne où ses pièces ne pro- 
duisent plus un teston, il s'associe à la troupe es- 
pagnole et hollandaise que dirige, à la foire Saint- 
Germain, le bouffon Gille-le-Ni lis '. Mais nous ne 
le croyons pas susceptible de se faire le poète sti- 



1. Les Epistres en vers et autres œuvres poétiques de M. de 
Bois-Robert-Metei, Conseiller d'Estat ordinaire, Abbé de Chas- 
tillon. Pdds, Aug. Courbé, 1659, in 8". Dédié à Mgr Fouc- 
quet, suriiilendanl dus Finances Privilège du 4 février 1657. 
Achevé du 10 mai 1659. Le comto de Montrésor, ancien favori 
de Gaston d'Orléans, qui joua un rôle important dans les trou- 
bles suscités par ce prince et dont on a des Mémoires, deman- 
dait I une après Taulre à Boisrobert siis épîtres avant leur im- 
pression. V. Les Epistres, 1659. p. 277. Lorsqu'elles furent 
imprimées, Gilles Boileau lui adressa le quatrain suivant(QEii- 
vres posthumes de défunt M. B..., 1670 et 1672, p. 168) : 

Abbé, .i'aime tant ton ouvrage, 
J'y voy tant de charmes divers 
Que j'aimj mesme dans tes vers 
Jusques à Gostar et Ménage. 

Tallemant : VI, 521. dit d'autre part : « D'Hozier (généa- 
logiste) pria Boisrobert de changer un endroit d une épistre 
(A Mgr le Cardinal, p. 3) où il y a, en parlant de ceux de Nor- 
mandie, 

et les plus apparents 
Payoient d Hozier pour eslre mes parents. 

Il vouloit qu'on mît prioient ; mais payoient est tout autre- 
ment joiy et est diin.s la vérité, car d'Hozicr se fait bien payer. » 
Sur les éloges que Boisrobert se fait à soi-même, V. Advis. 

2. La Boscoroberline précitée V. aussi, E. Fournier : Le 
Théâtre français au XVI' et au XVII" siècles, S. D., t. II, 
p. 580 et s. 



LE PLAISANT AliHK DE B0I6KOBEUT 



385 



pendié de vulgaires bateleurs. Nous adoptons, 
plus volontiers 1 affirmation ironique de Somaize 
annonçant qu'il se retire du théâtre, par généro- 
sité, craignant que ses comédies n'étoufï'ent cel- 
les d'auteurs nouveaux '. 

Au fur et à mesure que Boisrobert avance vers 
sa fin, les documents se raréfient. Nous savons 
qu'il joue encore et que le jeu ennuage sa joie 
naturelle-. Des pertes énormes et successives le 
forcent à solliciter, d'ailleurs vainement, après 
l'emprisonnement de Foucquet, un secours de l'im- 
passible Golbert^ Les affaires politiques arrêtent 
un instant son attention dispersée. Sans doute 
pour plaire aux princesses d'Angleterre, il célè- 
bre le rétablissement de Charles il et 1 acte su- 
blime du général Monk qui aide à ce rét iblisse- 
ment *. La mort de Mazarin l'émeut à peine. Il 
ne la mentionne, en une épigramme pénible, que 



1. Somiize: Les véritables prélieases, 1650, p. 45. 

2. Tallemant : II, 415. Il perd de fortes sommes, chez Pagjt, 
maître des requêtes. Menaffiana, 1715, I, 25 II perd dix mille 
écus en jouasit avec le duc de Roquclaure. Les deux anecdotes 
sont amusantes. V. aussi, La Boscoroherline précitée. 

3. Bibliothèque de l'Arsenal, mss Conrart, t. Xill, in-f% 
p. 1267 ; Bibliothèque de la Rochp.lle, mss n" 432, {•" 151 et 
231, Placet (inédit) de M. labhé de Boisrobert à M. Colbert La 
Bibl. de la Rochelle, même mss f" 151, v°, contient une Res- 
pofise (inédite) au placet de Boisrobert. Nous donn ^ns ces deux 
pièces à l'appendice. A cette époque, Tallemnnt écrit : « Bois- 
robert a aahoté uni maison aux champs et la Providence a 
voulu qui ce fust un3 maison qui s'appelle Ville-l'oisoa.Il dit, 
luy, que c'est pour la substituer àses nepveux qui sont de vrays 
oysons ; m.'is, sur ma foy, elle ne convient pas mal à leur 
oncle » La Boscorobertine fait allusion à cet achat. 

4. Recueil Sercy, 1660, 5« part., p. 281. 

22 



386 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

pour démontrer à la France quelle félicité lui 
advient d'hériter Louis XIV ^ 

Peu après, la goutte qui le tourmente depuis la 
jeunesse fonda nouveau sur lui. Il se croit déjà 
aux portes de Tenfer, n'ayant en la médecine 
qu'une confiance limitée. Jadis, raconte-t-il à 
l'abbé de la Victoire, de Lorme et Gitois le soi- 
gnèrent, gratuitement, en amis. L'un examinant 
sa langue ulcérée, le prétendit atteint de la vérole 
et, souriant d'un air entendu à ses protestations, 
lui imposa les sueurs. 

Par une eau fort chaude, en six pots, 

Il fit bouillir jusqu'à mes os ; 

Ma cervelle en fut desséchée, 

Ma luette en fut relaschée, 

Ma bile a tel point s'alluma 

Que mon humeur s'en consuma, 

Et si l'autre, cru plus habile, 

Ne m'eust rafraîchi promptement, 

J'allois en poste au monument. 

C'est pourquoi, renseigné sur l'efficacité des 
médecines par cette expérience, il se convainc que 
Bourdelot qui le soigne maintenant le mène à 
grands pas au tombeau. Il prie Tabbé de la Vic- 
toire d'intercéder le Seigneur pour lui et se de- 
mande si quelqu'un au monde le regrettera. Il en 
doute. Richelieu fut à peine regretté trois jours. 
Puis les choses reprirent leur train. Il pense donc 

1. Bihl. de la Rochelle, mss n» 673, f" 97; Tableau de la vie 
du gouvernement de MM. les cardinaux Richelieu... 1694, 
p. J59. 



LE PLAISANT ABBK DE BOISROBERT 387 

que pour lui tout de Profundis se résumera en 
un indifférent : c'est dommage ! et qu'il passera, 
comme une fumée, dans la mémoire des hommes. 
Pourtant Bourdelot, qu'il soupçonne d'igno- 
rance, ne manque point de dévouement. 11 quitte 
toute autre occupation pour rétablir sa santé. 
Ayant consulté cent confrères et feuilleté cent 
manuscrits, il le purge d'une drogue subtile 
qu'Hippocrate, Averroés, Galiien 

Auroient payé de tout leur bien ^ 

Rétabli par miracle, Boisrobert trouve assez 
de forces pour entreprendre des voyages. Bien- 
tôt même on perd sa trace. Chapelain, pour lui 
faire parvenir des paquets, est obligé de se livrer 
à de véritables enquêtes ^ Sa destinée devient 
si mystérieuse que des légendes prennent nais- 
sance. Un homme, venu de Nancy pour plaider, 
dit aux nouvellistes du Palais : 

— Je vous prie, messieurs, dittes-moy si ce 
qu'on nous a mandé à Nancy est véritable, que 
Boisrobert s'est fait Turc et que le Grand Seigneur 
luy a donné de grands revenus avec de beaux 
petits garçons pour se réjouir et que, de là, il a 
escrit aux libertins de la Cour : « Vous autres, 
messieurs, vous vous amusez à renier Dieu cent 
fois le jour ; je suis plus fin que vous ; je ne l'ay 
renié qu'une fois et je m'en trouve fort bien'. » 

1. Boisrobert: Les Espitres, 1659, p. 72. 

2. Chapelain: op. cit., II, 150, non cité à la table. 

3. Tallemant: I[, 415. 



388 LE PLAISANT ABBL DE BOISROBERT 

Mais Boisrobert reparait et dissipe ces racon- 
tars. Prévenu par des malaises successifs que son 
heure dernière approclie,il veut, au sein même de 
ce Paris qui salua sa gloire, rendre Pâme avec élé- 
gance. Les dames qu'il divertit sans lassitude 
accourent à son chevet. M""' de Châtillon, sa voi- 
sine au faubourg Saint-Germain, honteuse peut- 
être de sa propre vie, l'invite, pour que le Sei- 
gneur lui en tienne compte, à s'aller avec dévotion 
perdre dans Pinconnu. Un confesseur, procuré à 
la hâte, prodigne à son oreille les consolations 
mélancoliques : 

— Dieu, lui dit-il, a pardonné à de plus grands 
pécheurs que vous. 

— Oay, mon père, répond-il. il y en a de plus 
grands. L'abbé de Villarceaux, mon hoste (il luy 
en vouloit pour avoir perdu soa argent contre 
luy) est sans doute plus grand pécheur que moy ; 
cependant je ne désespère pas que Dieu ne luy 
fasse misérirorde. 

Gomme M"" de Thoré, fort affligée, lui vante 
les merveilles de la contrition : 

— Eh ! madame, lui dit-il, je vous la souhaite 
de tout mon cœur!... 

Ge pendant, la crainte s'insinuant en son âme, 
il murmure aux assistants: 

— Oubliez Boisrobert vivant et ne considérez 
que Boisrobert mourant. 

Mais, cette crainte dissipée, il reprend aussitôt : 

— Je me contenterois d'estre aussy bien avec 
Nostre Seigneur que j'ay esté avec le cardinal 
de Richelieu. 



LE PLAISANT AIîbÉ DE BOISROBEKT 389 

Peu à peu ses yeux lumineux s'éteignent. On 
lui tend le crucifix.il le baise. Il implore son par- 
don. Puis, brusquement: 

— Ah ! s'écrie-t-il, au diable soit ce vilain 
potage que jay mangé chez d'Olonne. Il y avait 
de l'oignon : c^est ce qui m'a fait mal! 

Et enfin, agonisant, la tête appesantie sur les 
carreaux de fine toile armoriée, en un souffle, il 
balbutie : 

— Le cardinal de Richelieu m'a gasté ; il ne 
valloit rien; c'est luy qui m'a perverty '. 

Ainsi s'évanouit cette intelligence déliée et 
subtile. Le rire perd son apôtre, la galanterie son 
arbitre. Point de larmes sur la tombe de ce bien 
disant! Loret le gazetier y inscrit une épitaphe 
de légèreté et de grâce *. De-ci, de-là, des malap- 
pris, ignorant que l'on doit aux morts joyeux 
même respect qu'aux autres, y lancent quelques 
injures avec tranquillité \ La crainte ne les arrête 



1. Tallemant: II, 413-416; Valesiana.. 1694, p. 103; Corres- 
pondance comnlète de .1/"" la. duchesse d'Orléans, 1863, I, 460. 
Boisrobert mourut le 30 mars 1662 et non le 31 comm^ le dit 
Labitte: Etudes Vitéraires, 1846, i,p. 420. V. aussi, Bibliothèque 
de Caen,mss n° 33, Aihenœ Normannorum,par le R. P.Martin. 
D'après ce manuscrit Boisrobert aurait fait une fin chrétienne. 

2. Loret: Muze historique du 8 avril 1662. Chapelain: 
op. cit., II, 239, à la date du 26 juin 1662, se borne à annoncer 
à Huet, sans un mot de regret, que l'Académie remplace Bois- 
robert par Si'grais. 

3. Bihl. nat., F''\ mss w 13244, f° 343 ; Bibl. de la Ro- 
chelle, mss ïi" 432, fo 117; Bibl. d Amiens, mss n° 362, f" 380, 
L'ombre de Boisrobert, V. à l'appendice cette poésie inédite. 
Une autre Ombre de Boisrobert a paru dans un volume que 
nous n'avons pu découvrir: OEuvres de M. D. S. H., t. II, 
p. 136. On en trouve un extrait dans Recueil des meilleures 



390 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

plus. La bouche qui, jadis, les écrasait d'un mot 
sous le ridicule, se tait maintenant, inerte et gla- 
cée, condamnée à Téternel silence... 

Or, si cette bouche pouvait, par miracle, 
recouvrer la parole, elle protesterait contre le 
jugement de la postérité. Car la postérité, nous 
l'avons dit, transforma en misérable bouffon un 
courtisan orné de toutes les séductions intellec- 
tuelles et physiques. Elle l'assimila aux nains et 

pièces dr'amatiques faites en France depuis Rotrou jusqu'à nos 
jours ou le Théâtre français, 1780-1784, t. VII, p. 189; Lapé- 
rouse: L'Histoire de Chàtitlon. précitée, p. 435 ad notam. 
Diverses notices ont été écrites sur Boisrobert. La plupart ne 
présentent aucune valeur historique. Nous citerons les princi- 
pales par ordre chronologique: Chappuzeau : Le théâtre fran- 
çais, 1674, p. 278 et s. ; L'arf de la poésie, par le sieur de la 
Croix, 1694, p. 381 ; Huet : Les oriçfines de Caen, 1706, p. 379; 
Baillet : Jugement des sçavans, 1722, V, 255 et s. ; Titon du 
Tillet : Le Parnasse français, 1732, p 278 et s. ; Nicéron : 
Mém. pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la ré- 
publique des lettres, 1736, XXXV, p. 53 et s. ; Goujet: Bihl. 
française, 1741-1756, XVII, p. 68 et s. ; Le Fort de la Mori- 
nière : Bihl. poétique, 1745, 1, 367 et s. ; Fr. Parfaict ; Hist. 
du théâtre français, 1747, V, 10 et s. ; Catalogue des livres 
composant la bibliothèque de M. Viollet le Duc, 1843, I, 
510; Gh. Labitte : Etudes littéraires, 1846, I, 383 et s.; 
Livet : Boisrobert, 1852 ; Hippeau : Notice sur François Le 
Métel de Boisrobert de Caen, 1852 ; Th. Lebreton : Biographie 
normande, 1857, 1, 170 et s. ; Pellisson et d"01ivet: Hist. de 
l'Académie française, édit, Livet, 1858, I et II ; Colombey : 
Ruelles, Salons et Cabarets, 1858, p. 5 et s. ; Crepel : Les 
poètes français, 1861, II, 458 et s. ; Fournel : Les contempo- 
rains de Molière, 1863, I, 61 et s. ; etc . etc.. V. aussi, les 
Dictionnaires de Richelet, Moreri, Lalanne, etc..., les travaux 
spéciaux sur l'Académie française, etc... Seules les notices de 
Goujet, Nicéron, Parfaict, Livet, Labitte et Hippeau valent la 
peine d'être prises en considération. Encore les trois dernières 
sont-elles presque uniquement bâties sur les anecdotes de 
Tallemant. 



LE l'LAISANT ARBK DE BOISROBERT 391 

aux danseurs que Richelieu employait à son 
divertissement, oubliant que ce ministre utilisait 
d'une manière identique les prélats de son en- 
tourage. 

A la vérité — et nous croyons l'avoir démontré 
— Richelieu considéra toujours Boisrobert comme 
un ami un peu frivole sans doute mais d'une fidélité 
incorruptible. Il lui confia la tache de veiller, 
dans le royaume, au sort de la littérature. Le 
poète devint une sorte de dieu tutélaire des lettres. 
Par lui la phrase écrite ne fut plus envisagée 
comme une marchandise vaine. L'immense bonté 
qui l'animait l'induisit à soulager toutesles infor- 
tunes. 11 pensa davantage à emplir les poches d'au- 
trui que les siennes. La joie naturelle qui le des- 
servit devant le tribunal des siècles, lui permit 
de rendre plus efficace son rôle de bienfaiteur 
public. Elle lui acquit, en outre, des amitiés illus- 
tres parmi lesquelles s'épanouit celle de Corneille. 

Et lorsqu'il eut obligé, parfois à son détriment, 
parfois aussi récompensé par de l'ingratitude, 
la foule innombrable des solliciteurs, il songea 
à fonder une institution où devaient, à son avis, 
se concentrer les lumières de l'esprit français. 
Car si Richelieu la réalisa non sans la combattre 
auparavant, Boisrobert conçut l'idée de l'i^cadé- 
mie. En assurant à une élite la possibilité d'œu- 
vrer en pleine sérénité, il lui conquérait égale- 
ment le respect d'un monde enclin à mépriser 
l'intelligence pauvre. Par son initiative, un 
homme de lettres, délivré du rôle de domestique 
ou d'amuseur, égala un gentihomme. Or Conrart 



392 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBliRT 

et Chapelain bénéficièrent injustement de la col- 
laboration du ministre et du favori, l'un pour 
avoir offert son domicile aux réunions de la 
compagnie naissante, l'autre pour avoir, avec 
zèle, travaillé à son organisation. Il est temps 
de rendre à Boisrobert ce qui lui appartient. 

Son libertinage lui nuisit de même que sa 
bonne humeur. Les dévots honnirent cet abbé 
que les tripots et le théâtre sollicitaient davantage 
que l'église. Ils attendirent patiemment, pour 
l'écraser, l'heure propice. Quand Boisrobert ne 
représenti plus, à la cour, que le souvenir d'un 
ministre barbare, il connut l'amertume de leur 
haine triomphante. Son tort principal consista à 
ne pas trouver la force de quitter une société où 
la faveur lui refusait son sourire. 

Du moins si, pareil aux courtisans de tous les 
temps, il afficha une attitude lamentable, cela ne 
l'empêcha pas de parachever son œuvre person- 
nelle. Il ne faut point, en celle-ci, chercher autre 
chose qu'une bonhomie aisée, une malice gra- 
cieuse, une goguenardise volontaire. Boisrobert 
se défend avec àpreté du genre ennuyeux. Il 
admire les personnages doctes, il ne les envie 
pas. Il ne sent nullement en lui bouillonner les 
flammes ardentes du génie. Il se contente d'être, 
avec moins de brutale originalité que Saint- 
Amant et de fine narquoiserie que Scarron. « l'hu- 
moriste » du xvn' siècle. Auteur dramatique, il 
introduit au théâtre le ton de galanterie, les 
manières raffinées,, l'esprit primesautier de la 
cour. Utilisant heureusement des anecdotes ou 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 393 

des aventures contemporaines, et, de cette sorte, 
ébauchant consciemment la querelle des anciens 
et des modernes, il fournit, en outre, à Molière 
plusieurs de ses meilleures scènes comiques. 
Romancier, il effleure, sans qu'on s'en puisse 
choquer, la gaillardise. Poète, aux côtés de Sara- 
sin, Voiture ou Montreuil, il construit, sur des 
bases de joliesse gracile, l'épigramme ou le ma- 
drigal. Epistolier, il constitue, en face de Balzac, 
exténué de recherches précieuses, une contre- 
partie d'élégmte facilité. Il est un moment de la 
gaieté, de la franchise et de la générosité fran- 
çaises... 

26 février 1909. 



APPENDICE 



POESIES INÉDITES DE BOISROBERT 

Stances ' 
(Sur la querelle de Job et d'Uranie). 

Beauté dont nous éprouvons tous 
La rigueur et la tyrannie, 
Dittes-moy, pour qui tenez-vous 
Ou pour Job ou pour Uranie ? 

On attend vostre jugement 
Soit qu'à l'un il soit favorable 
Ou bien à l'autre, assurément 
Vous tiendrez pour un misérable. 

Comme l'oracle de la cour 
Vous pouviez décider la chose, 
Mais sur les tendresses d'amour 
Amaranthe a la bouche close 

Vous sentez que par vostre arrest 
Vostre rigueur seroit jugée, 
Parce que j'y prends intérest 
Vous laissez la cour partagée, 

1. Bibliothèque nationale, Fonds F^ mss n" 126>>0, f" 102 V». 
Ce manuscrit contient une grande quantité de pièces inédites 
sur la fameuse querelle. Il complète le Recueil Sercy et les 
Mémoires de Sallengre. Boisrobert est nommé encore à la 
p. 151 V°. 



396 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISUOBERT 

Vous estes seule sur ce point 
Muette et non incertaine. 
Si vous ne vous expliquez point 
C'est de peur d'alléger ma peine. 

Ame ingrate et sans amitié, 
Vous vous seriez trop efforcée 
De montrer un Irait de pitié 
En découvrant vostre pensée. 

Couplet * 

Le cardinal pleuroit en sortant ' e Bouyllon 
Et comme on le pressoit pour en savoir la cause : 
Je ne me plains, dit-il, que d'une seule chose 
C'est de n'avoir rien fait pour le pauvre Goulon. 

Epigramme * 
An Cardinal qui n'avoit point fait de cas d'un sonnet. 

Vil esclave de l'intérest 

Qui vendroit Christ et ses apostres, 

Puisque l'éloge te déplaisl, 

Je mesdiray, comme les autres. 

Responce de m. Le Nostre a M. l'abbé de Boisrobert 

Fameux abbé dont l'esprit singulier 
Vaut bien tout S2ul le plus nom'jreux chapistre. 
Puisqu'il me faut respondre à vostre épistre, 
Mauvais poète, assez bon jardinier, 

1. Bibliothèque de la Rochelle, mss n" 673, Recueil de piè- 
ces, œuvres de Gédéon Taliemant des Réaux ou recueillies par 
lui, f" 57 Note marginale : « Le Cardinal a, dit-on, dit que le 
plus grand déplaisir qu'il eust, c'est de n'avoir point connu 
les honnestes gens. » 

2. Bibliothèque de la Rochelle, même manuscrit, f° 72. 

3. Biblioihique de la Rochelle, mss 673 précité, f» 84. Ces 
vers sont signés Pellisson, cj qui indiquerait que ledit Pellis- 
son prêta sa plume au jardinier Le Noslre Ils échappèrent à 
M. Marcou, biographe de l'historien de l'Académie. Ils répon- 
dent à une épître perdue de Boisrobert décrivant la magniii- 
cencc de Vaux, propriété du surintendant Nicolas Foucquet. 



APPENDICE 397 

Permettez-moy le style familier 
Et le vers irrésulier. 



Dans vos pompeux discours, je me trouve tout autre, 
M')iiis le Nostre que le vostre 
Car vos mains tout à loisir 
M'ont fait, suivant leur désir, 
Comme un fort grand personnage 
Pour mieux parer voslre ouvrage. 

Pour moy, sans estre flatteur, 

Je suis voslre admirateur, 

Et, puisqu'il vous faut tout dire, 

Nostrc puissant protecteur 
Qui de vos vers luy-mesme fut porteur, 

Luy quo l'univers admire. 

Que les siècles à venir 

D'un éternel souvenir 
Admireront un jour aussi bien que le Nostre, 

Vous admire comme un autre. 



Les maistres, les escoliers, 

Les docteurs, les cavaliers 

Et les beautcz triomphantes 
Trouvent icy vos rimes fort galantes 
Et, du plus bas jusqu'au plus haut degré, 
Chacun à Vaux vous en sçait fort bon gré. 

Mesme le porteur proteste 
Que, quelque jour, il vous dira le reste. 

Moy seul que vous vantez tant 
J'en suis un peu moins content : 
C'est bien faire l'important, 
Voicy ma raison pourtant. 

Une muse si fertile, 
Une muse si noble à qui tout est facile. 
Qui pour un de nos vers en pourroil faire mille, 

Sur ce grand enchantement 
A passé, ce me semble, un peu légèrement. 

23 



398 LE PLAISANT ABBK DE BOISKOBERT 

Oublier tout d'un coup toute l'architecture 
Ainsi qu'au Valentin lit autrefois Voiture, 
Passer en un seul mot et peinture, et sculpture. 

Vous semble-t-il que c"est en bien user ? 

Vous me direz : Il me faut excuser. 



L'autre grave et sérieux, 

Presque les larmes aux yeux, 

Disait d'un triste langage : 
Qui n'en a qu'un en a bien davantage. 

Un autre aussi languissant : 
Vaux en a quatre et Philippe en a cent. 
Un autre enfin d'une ardeur insensée : 
Petitz amours, où l'avez-vous laissée ? 
Mais je m'esgare et je fais des Romants 
Serois-je point aussi du nombre des amants ? 



Je reviens donc à vous, cher abbé, qu'on admire. 
En bonne foy, vous devoit-il suffire 
D'avoir nommé dans vos vers les plus beaux 

Ce que vous pouviez descrire 
Et que je sçay mieux ordonner que dire. 
Nos bois, nos prez, nos sources, nos canaux, 
Nos grands vergers, nos longues palissades, 
Nos larges mers, nos torrents, nos cascades ? 
Non, il falloit, d'un plus hardy dessein, 
Sur chaque endroit porter cent fois la main, 
Ronger ses doigts, s'eschauffer la cervelle 
Pour peindre au vif une chose si belle. 
Tel que Le Brun, quand son docte pinceau 
Trompe nos sens par quelque objet nouveau, ' 
Quand sur sa toille on trouve des montagnes, 
Des bois, des prez, des jardins, des campagnes. 

Quand il fait croire à nos yeux 

Qu'Hercule tout glorieux, 
Ravy des premiers traits d'un surprenant ouvrage. 
Est revenu luy-mesme animer son Image 

Et d'un vol plus audacieux 
Une seconde fois s'eslever dans les cieux. 

D'un art pareil, avec la mesme adresse, 
Si vostre Muse eust eu moins de paresse, 



APPENDICE 399 

Elle cust fait voir dans son riche tableau 
Nostre montagne en Vésuve nouveau, 
Grosse partout de sources vagabondes, 
Lancer en l'air, non des feux, mais des ondes, 
Charmer, surprendre et donner justement 
Moins de terreur, non moins d'estonnement; 
Elle eust fait voir nos fontaines errantes 
Comme Protée en formes différentes. 
Je me hastois de vous préconiser... 
Mais venant au jardinage 
Et combien pouviés-vous en dire davantage ! 



Où sont, dans vos beaux vers, mes buis et mes gasons 
Taillés en tant de façons? 
Que vous a fait ma superbe couronne 
Qui prétend sans façonner 
Bien mériter qu'on se donne 
Le soin de la couronner? 
Où sont les fières couleuvres. 
Inimitables chefs-d'œuvres. 
Qu'on veut et qu'on n'ose approcher ? 
Aviés-vous peur d'y toucher ? 



Où sont ces petites boulettes 
Qui, comme petites coquettes. 
Disputent aux grandes beautez 
L'empire de nos libertez? 



Enfin qui le pourroit croire 
Qu'un grand autheur en célébrant ma gloire 
Oubiiast dans son discours 
Mes quatre petits amours ? 



Ces quatre Amours qui, pour peu qu'on les voye. 
Font naistre au cœur, et l'Amour, et la joye, 
Quand sans soucy de traits ny de Flambeau, 
D'un nouveau soin devenus porteurs d'eau. 
Ils nous font voir, courbez sous le fardeau, 
Comme leurs mains, leurs âmes attentives 
A retenir les ondes fugitives. 



400 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Mais les longs flots argentez 

S'escoulent de tous costez. 
Trompant l'Amour et ses fatigues vaines 
Gomme l'amour ceux qu'il tient dans ses chaisnes. 

Combien ay-je veu d'amants 

Ainsi que des Allemands, 

Attachez aux traits charmants 

De ces aimables figures, 
Leur demander raison de leurs cruels tourments, 
Leur dire des douceurs, leur dire des injures, 

Leur conter leurs aventures 
Et leur parler chacun suivant ses sentiments! 
L'un, tout coquet, leur disoit, ce me semble : 
Ouy, quatre Amours font assez bien ensemble. 

Lyon, Dragon et Taureau, 

Fleurs, Etangs, Torrent, Ruisseau 

Mais tousjours ravissantes 

Pures, claires, transparentes, 

Dormir, couler, et Jaillir, et sauter 

Et puis se rompre et se précipiter. 
Ah! croyez-moy, tant de rares merveilles 
Plus d'une fois sont dignes de vos veilles 
Et, pour mieux faire, un .jour, vostre devoir, 
On vous condamne à les revenir voir. 

Sisrné : Pellisson. 



RÉPLIQUE DE M. DE BoiSROBERT ' 

Ouy, Le Nostre, je le confesse, 
J'ay manqué, non point par paresse 
Et ta m'en accuses à tort 
Car ma musa a fait son effort. 
J'ay manqué par pure impuissance 
Quand j'ay voulu te donner connoissance 

De mes ressentimens, 
Et quand, pour mes remerciemens, 
J'ay pris en vers quelque licence. 
Je n'en voulois qu'à tes civilitez 
Pour m'avoir promené dans des lieux enchantez 
Dont tu m'avois marqué les diverses beautez. 

1. Bibliothèque de l<i Rochelle, mss n" 673 précité, f° 88. 



APPENDICE 



401 



Je ne voulois pas les descrire, 
Mille autres Tauroient fait avec succès divers. 
En tuute langue, en prose, en vers. 
Je voulois seulement te dire : 

J'admire, 
Je suis tout hors de moy, 
Je me perds dans ce que je voy. 
Car si j'avois voulu parler en meilleurs termes, 
De ces cascades, de ces thermes, 
D.' ce gros torrent jaillissant 
Dont j'ay dit un mut en passant, 
De ces trois parcs, de ces longues allées 
Qui par un Dieu sont si souvent foulées, 
Du beau verger qu'il planta dans ce lieu, 

Avant qu'il fust devenu Dieu, 
De ce palais d'éternelle >truclure, 
De sa superbe architecture, 
Dj ses rares ameublemens, 
Et surtout ses grandissemens, 
De sa merveilleuse peinture. 
De ses jets dont la nuit ne borne point le cours. 

De ces quatre petits Amours 
Qui sous des voûtes d'eau font des jeux admirables, 
Enfin de mille objets divins incomparables, 
Qui sont miracles évidens, 
Soit au dehors, soit au dedans, 
Aux esprits inconcevables, 
Oui, si j'eusse eu dessein d'en peindre la beauté, 
Sçache qu'avecque soin, je t'eusse consulté 
Ou, pour mieux dire, 
Comme toy, j'aurois emprunté 
Avec l'archet et la lyre 
De la muse qui t'inspire, 
La plume qui t'a fait si galamment escrire. 
Et qui seule, en un mot, peut parler à propos 

Des desseins de nostre héros. 
Cap, ch;rami, je veux bien que tu sçaches 
Que je n'ay point la cervelle à l'envers. 
Que j'ay coanu, dez les six premiers vers 
La vérité que tu me caches. 
Je t'estime un rare inventeur, 
Un grand original aux desseins que tu traces. 
Un admirable exécuteur 
Inimitable, en son art, en ses grâces. 



i02 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Mais je n'avois pas sceu que tu fusses autheur. 

Tu veux pourtant me faire accroire 
Que, quoique poète neuf et poète irrégulier. 

Tu sçays assez en ce mestier 
Pour me ravir d'abord si peu que j'ay de gloire. 
C'est trop, Le Nostre, en vérité 
Cette grande inhumanité 
Dont j'avois soupçonné quelque autre 
Ne peut venir du bon Monsieur Le Nostre. 
Et ce quelque autre toutefois 
De qui iaddresse est infinie 
Ce rare, ce divin génie 
Qui sur le double mont nous peut donner des loys 

Ne l'a point fait par tyranie. 
De l'honneur de son Maistre il est un peu jaloux 
Luy seul en peut parler. Et nous 
Qui sçavons bien qu'il le contente 
Sur matière plus importante, 
Nous pouvons quelquefois, quand il l'occupe ailleurs, 
Ramasser dans son parterre 
Quelques-unes de ses fleurs 
Qu il laisse tomber à terre ; 
Mais quand il a le temps d'invoquer les neuf sœurs 
Et quand sa Muse à son héros veut plaire. 
Si lost qu'il parle il faut se taire. 
Il a tort, sans mentir, de m'avoir condamné 
Et tort encor de s'estre imaginé 
Que j'ay négligé par paresse 
Et, si je l'ose dire encore, par foiblesse, 
Des objets merveilleux dont je ne voulois pas 
Descrire les appas. 
S'il m'est permis toutefois de le croire, 
J'en ay dit assez pour ma gloire. 
Compte-t-il pour rien mes transports. 
Lorsque j'ay dit qu'à la honte dss morts 
Cet heureux poète a sceu produire un homme 
Qui peut braver la vieille et la nouvelle Rome, 
Quand j'ay d t que l'esprit ne pouvoit concevoir 
Les beautez que tu m'as fait voir, 
Que, ces beautez inconcevables 
Qui passoient les beautez des Romains et des fables 

Estoicnt pourtant visibles et palpables? 
Ouy, j'en ai dit assez, non en stile d'autheur, 
Mais en stile d'admirateur. 



APPENDICE 403 

S'il reste quelque chose à dire 
C'est au seul Pélisson qu il appartient d'escrire 
Et le mérite, et les nobles travaux 
De son héros que tout le monde admire 
Mieux qu'on ne fait ses miracles de Vaux. 

Placet dh m. l'abbé de Boisrobert a M. Colbert' 

Plaise à Colbert d'un grand Roy le commis 
Qui conte seul entre ses bons amis 
Les bons Français, et qui ne veut connestre 
Que le service et l'honneur de son maistre, 
Considérer un vieux pilier de cour 
Qui pour son Roy brûla toujours d'amour, 
Qui ne fît onc de requeste importune 
Et qui bornoit désormais sa fortune 
A son petit mais joly revenu 
Si sans déchet il fust toujours venu. 
Mais comme il perd par une banqueroute 
Huit mil escus qui l'ont mis en déroute 
Il sent encor un déchet de pudeur 
Qui, malgré luy, l'érigé en demandeur. 
Il faut pourtant qu'il règle sa demande 
S'il fait parler une muse quémande 
Qui fut discrette et dont les délicats 
D'un heureux siècle autrefois ont fait cas. 
J'ay sur TEstat, dès six cent vingt et quatre, 
Deux mille francs dont, si l'on veut r'abattre 
Un des quartiers, restent quinze cents francs 
Qui me feroient grand bien sur mes vieux ans, 
Remplaceroient cette perte notable 
Et fourniroient ce qui manque à ma table. 
Ce veu, Colbert, et tout considéré. 
Si le bienfait m'est par toy procuré 
Dedans trois ans au plus je t'en délivre. 
J'offre donner caution de ne vivre 
Que jusques-là, si ce n'est que mon Roy 
Montrast encor quelque estime pour moy, 
Car le servir est mon unique envie 
. Et sans cela je renonce à la vie. 

1. Bibliothèque de l'Arsenal, mss Conrart, t. XIII, in-f», 
p. 1267 {n° 5422) ; Bibliothèque de la Rochelle, mss n» 432, 
f<" 151 et 231, 



404 LE PLAISANT ABBE DE HOISROBEIIT 



Response au placet de Boisrodert ' 

Cher Boisrobert, je plains ton infortune 

Elle nous est avec toi si commune 

Que Tellement (?) emportant nostre bien 

Nous réduira peut-estre à n'avoir rien. 

Je plains encor cette inutile peine 

Que ton malheur a fait prendre à ta veine. 

Outre ton bien, je t'aprens que tu pers 

Une requeste, une plainte et dos vers. 

Golbert est froid. Tes muses caressantes 

Luy paroistront foibles et languissantes 

Bien qu'en effect ton placet p:racieux 

Soit composé d'un art ingénieux, 

Depuis la fin de la surintendance, 

Il veille fort au soin de la finance 

Et, sur ce point, faut-il faire plaisir ? 

Il n'en a pas le soin ny le désir. 

Veux- tu, chez luy, passer pour galant homme ? 

A luy parlant, contrefaits THconome, 

Demande-luy quelque plausible employ 

Pour augmenter les revenus du Roy ; 

Car luy parler de muse et de musettes 

Autant vaudroit luy conter des sornettes. 

Autrement loin de te donner un sou 

Il te feroit passer pour un vieux fou. 

Roy d'une Muse en lumière féconde 

Pers-tu l'esprit de connoistre le monde ? 

As-tu blanchy parmi ses changemens 

Pour te mesprendre en tes discernemens ? 

Ton Richelieu dont l'âme fut si grande 

De ses amis prévenoit la demande, 

Quand il savoit ce qu'on vouloit de luy. 

Mais on en use autrement aujourd"huy. * 

On faict point cas de la prose el des vers. 

Ne vois-tu pas qu'icy les plus habiles 

Sont regardés C(jmme gens inutiles 

Et que se mettre entre les beaux espris 

1. Bibliothèque de la, Rochelle, mss n" 432, £"151, v». 

2. Nous supprimons, en cet endroit, sept vers incompréhen- 
sibles. 



AVPENDICE 403 

C'est se commettre au danger du mespris? 

Je sçay qu'il faut avoir l'humeur ingratte 

Pour bien parer ta botte délicatte, 

Mais ce commis avec sa dureté 

Romp la mesure à ta dextérité. 

Tout fait ombrage à l'ardeur de son zèle ; 

Il se croiroit un prodigue infidolle 

Si, près du Roy, ton discours obligeant 

T''. procuroit une somme d'argent. 

Puisqu'aussy bien ta fidolle requeste 

Ne choqufi en rien le juste ny l'honneste, 

Présente-la discrètement au Roy : 

II fera cas d'un tel h )mme que toy ; 

De son esprit la grandeur infinie 

Fait tout briller à son vaste génie ; 

Il sait fort bien distinguer les tallens 

Qui f'int les sots et les honnêtes gens; 

Son cœur est grand autant comme il est sage 

De Roy qu'il est, il fait le personnage. 

De son enfance, il a quitté l'erreur 

De bien vouloir signer par procureur 

Et dans cet art sa science profonde 

Pourroit suffire à gouverner le monde. 

Luy-mesme il rend justice à ses subjects. 

II est Tautheur des illustres projets 

El tous les jours il donne quelques marques 

Qu'il est en tout le plus grand des mon irques. 

Sans qu'autre part tu prophanes dos vœux, 

Mets les aux pieds de ton Roy généreux ; 

Cours hardiment luy demander justice 

D'un vol que fait la fraude et l'avarice. 

Dis que souffrir au cœur de son Estât 

Impunément un pareil attentat 

C'est disposer son pi'uple à ces déroutes 

Qui font toujours les grandes banqueroutes. 

Après cela dis que ta pension 

Est nécessaire en ton affliction 

Et qu'il est temps de ne plus rien rabattre 

Sur le bienfait de six cens vingt et quatre. 

Tu me diras qucstre vieux à la Cour 

C est un deffaut aussi bien qu' n amour; 

Que tu te sens devenu trop timide : 

Mais pense bien qu'il y va du solide, 

Que nostre cœur n'ayant plus de parrain, 

23 



406 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Sans biaiseï', il faut aller son ti-ain 

Et que soy-mesme on donne sa requeste 

Si l'on ne veut passer pour une bestc. 

Qui ne sait pas ton nom et ton humeur, 

Ton beau tallent d"agréable rimeur, 

Que, quand tu veux, tu parois en ruelle 

Plus enjoué que n'estoit feu Briquelle, 

Que ton esprit flexible à tes désirs 

A les amis donne mille plaisirs ? 

Qui ne sait pas que ta charmante veine 

A ce secret d'embellir une scène 

Et que l'esprit qui brille en tes bons mots 

T'a fait l'autheur des plus joyeux propos? 

Peux-tu douter avec tant de mérite ? 

Est-il besoin que je te sollicite ? 

Résous-toy donc, cher frère en Apollon, 

De retourner dans ce sacré vallon 

Et de puiser dans sa source éloquente 

L'expression grande, pure, brillante, 

Pour faire voir à la France une fois 

Que tu sçais bien comme on escrit aux Roys. 



POÉSIES INÉDITES SUR BOISROBERT 

LA MESME CHOSE A nOlSROBERT SUR LA PRIERE QU'iL FAIT A LA 
FONTAINE DE CASTALIE I>E DESCENDRE DANS LIMOURS * 



Petit avorton du Parnasse, 
Tu vas en des lieux trop hantez 
Où tes vers manquant de beautez 
Manqueront d'honneur et de grâce. 

1. Bibliothèque de l'Arsenal. Mss Conrart, t. V,in-f°, p. 1037 
(no 5414). Cette pièce est précédée d'une autre portant le titre 
suivant: A L'Esloile, Les Stances qu'il a faites pour le comte 
de Moret tournées à son désavantage, les mesmes rymes gar- 
dées partout. Co pathos nous fait fortement l'effet de sortir 
de la lyre essouflée de Neufgermain. 11 répond à une pièce de 
Boisrobert : A la Fontaine Castalie, ode, publiée dans Recueil des 
plusbeaux vers de MM. Malherbe... 1627, p. 460; 1630-1638, p. 531. 



APPENDICE 

Previen nostre grand Richelieu 
Qui te va chasser de ce lieu ; 
C'est fait, il te faudra descendre. 
Fuy. maraut, d'un rapide cours 
Et ne vien plus jamais répandre 
Tes sottises dedans Limours. 



O pauvre trouppe abandonnée ! 
On a receu Ihommage vain 
D'un petit coquin d'Escrivain, 
Chère trouppe on t'a profanée. 
En vain, Favoris des neuf sœurs, 
Avez-vous eu tant de douceurs, 
Boisrobert s'en moque et s'en joue ; 
"Vos vers si beaux, si fleurissans, 
Ont-ils pas esté dans la boue 
Souillez par les pieds des passans ? 



Gentil port, esponge des muses, 
Il faut pour jamais nous quitter, 
Ne revien plus nous visiter. 
Si tu le prétens, tu t'amuses. 
Limours, digne des plus grands Roys, 
A des prez, des monts et des bois 
Dont rien n'interrompt le silence 
Que les voix, les luts et les vers : 
Tu le rendrois par ta présence 
Le plus sot lieu de l'Univers. 



Je n'y connois rien que de rare. 
Les poètes y sont adorez. 
Laisse les cabinets dorez 
Dont nostre Apollon te sépare ; 
Si tu viens, contre son désir, 
L'affliger de ce déplaisir 
Qui, plus que tout autre le touche, 
Tes vers, au jardin de Limours 
Ne sortiront que par la bouche 
Des chantres de nos carrefours. 



■407 



408 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 



L'ombre de Boisrobert ' 

Mon nom est François Boisrobert, 

Je fais des vers et de la prose, 
Au.jourd'huy po ir Fouquet et demain pour Colbert. 
Qu'on ne s'en fâche pas, ma foy, c'est peu de chose. 

Ne me prenez pas pour un fat 

En tous ces divers personnaj^es: 
Suis-je pas, de tout temps, grand conseiller d'Estat 
Et que ne fait-on pas pour en toucher les gages ? 

L'histoire des surintendans 

Se verra dans mes p opérasses. 
Leurs ayeuls, leurs amis, leurs commis, leurs pédans. 
Leurs portiers, tout enfin, excepté leurs disgrâces. 

La sotte générosité 

En désespère, en gronde, en fronde, 
Qu'importe toutes fois si ma dextérité 
Peut excroquer le Roy le plus sage du monde ? 

Je me moque des malcontens, 

Que ce soit raison ou caprice. 
Enfin la poésie est libre de tout temps 
Et Parnasse n'a point de chambre de justice. 



LA BOSCOROBERTINE 

ou Lettre de Florimond a la belle Iris 
SUR l'Abbé ridicule - 



Je n'ay perdu, belle Iris, le souvenir de vos char- 
mantes conversations, car vos entretiens ont faict une 

i. Bibliothèque nationale, Fonds F%mss n» 15244, f° 343; BiftiiO- 
thèque de la. Rochelle, mss n''432, f" 117 ; Bibliothèque d'Amiensy 
mss n» 562, f» 380. 

2. Bibliothèque nationale, Fonds F^,mss n" 15244, f" 265 et s.; 



APPENDICE 409 

telle impression dans mon esprit qu'il ne m'en est pas 
eschapé la moindre parole. Et puisqu'elles sont ^^ravées 
dans mon cœur, je serois prest de vous les répéter tout- 
tes de suitle avec la mesme fidélité que si l'on les 
avoit escrites sur le papier au sortir de vostre bouche. 
Pour vous doner une marque asseurée que je ne vous 
oublie pas, je me suis souvenu du moins important 
de vos commandemens. Et le Ion;; espace de quatre 
mois que j'ay esté privé de l'honeur de vous voir n'a 
pas osté de ma mémoire Tordre que vous me douâtes 
la dernière fois que je passay par chez vous pouraler 
à Fontainebleau de m'enquérir d'un certain barbon qui, 
depuis huict jours, avoit achepté une maisonette pro- 
che de vostre agréable solitude, qui vous estoit desjà 
venu rendre visite, 

Dont le visage basané 

Se couvre d'une barbe grise 

Et dont le corps ensoutané 

Faict voir qu'il est homme d'Eglise. 

Parce que j'estois de Paris vous creustes que je vous 
en donnerois des nouvelles plus tost qu'un autre. Il 
est vray que je le connaissois et que le mesme jour que 
vous m'en parlâtes, je me douté bien de qui vousdési- 
ries sçavoir des particularitez. Je vous l'eusse nommé 
et vous en aurois dict quelque chose sur l'heure, mais 
la crainte de me mesprendre et l'incertitude où j'estois 
m'empeschèrent d^ vous dire ma pensée. Et le désir 
que j'avois que cet homma-là n'eust point t'aict d'acqui- 

Bihliolhèque de V Arsenal, mss n» 6544, f" 295 et s. Ce pamphlet, 
daté « ce qumze aoust 1677 », est en réalité, au plus tara, de 
1660 Boisrobert vit encore et il y est p.irlé du 2" volum • des 
Epistres, 1659. Bien que notre héros soit singulièrement inju- 
rié dans cette prose, nous croyons devoir la publier. Elle est 
curieuse, souvent spirituelle, supérieure à la plupart des dia- 
tribes de cette époque. Nous la croyons inédite. 



410 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 



sition en vos quartiers, m'obligeoit de croire qu'il n'es- 
toit pas vostre voisin. Et ce qui me confirma dans mon 
doubte, c'est que vous me dittes qu'il estoit testu 
comme un ecclésiastique. 

Iris, c'est donc au champ que porte sa soutanne 
Ce dos voûté plus propre à porter coups de cane, 
Car, au lieu de soutane, il se couvre à Paris 

D'un bon manteau doublé de panne 

Et bien souvent d'un habit gris. 

Gela n'empesche pas qu'il ne soit d'Eglise et cet habit 
long qu'il ne porte que les quatre bonnes festes de 
l'année en est la seule marque, car ses cheveux qui ne 
debvroient pas passer les oreilles servent à les lui ca- 
cher touttes entières. Je crois que sa teste iroit en piè- 
ces si ses moustaches n'empeschoient le vent d'y 
entrer, car elle en e^^t desjàsi plaine qu'on en joueroit 
aisément au balon si elle estoit séparée de son corps. 
Mais entre nous deux je vous diray la véritable raison 
qui faict qu'il mesprise si fort de se mettre dans l'ha- 
bit que les conciles demendent à un prestre comme 
luy: c'est qu'il a de bons bénéfices. Mais, Iris, 

Ce jour ne fut point équitable 
Le cardinal de Richelieu 
Lorsqu'il donna le bien de Dieu 
A cet homme pire qu'un diable. 

Il est vray que ce grand cardinal, de son naturel fort 
mélancolique, treuvant dans nostre personnage une 
certaine humeur boulfone capable de le faire rire dans 
sa plus grande tristesse, fut obligé, plus par compas- 
sion que par récompence, de luy donner quelque petit 
bénéfice pour l'entretenir et pour le rendre encor plus 
jovial qu'il n'avoit esté en luy faisant quelque faveur 
pour luy assurer le revenu d'un office de batteleur qu'il 
exerçoit depuis vingt ans auprez de sa personne et 



APPENDICE 



411 



pour le rendre plus hardy dans son principal emploi 
de railler en pleine assemblée un homme de mérite et 
de condition lorsque ce grand politique le vouloit es- 
loigner. Voilà roftîce qu'il a exercée à la cour lorsque, 
dans touttes les pages de ses œuvres, il se vante de 
l'avoir fréquentée quarante-deux ans entiers. Mais il 
n'y perdit pas ses peines puisque, pour des paroles en 
l'air, qu'à tous raomens il proféroit, il a pris au gobet 
une bonne abbaye, récompeuce peu proportionnée aux 
services qu'il avoit rendus à son bien-facteur puisqu'il 
n'est rien de plus ridicule que de voir ce batteleur, au 
lieu de contrepoids, avoir la crosse à la main, et, au 
lieu du capot de Jean Farine, la mistre sur la teste. Il 
suffît de le voir une fois pour en juger. Je m'estonne 
que vous ne l'avez reconnu pour un grand boulfon dès 
la première visite qu'il vous a rendue ou bien il s'est 
contrefaict d'une estrange manière. 

Seroit-il bien possible. Iris, 
Que ce facétieux personnage 
Fit le sérieux dans son vilage 
Lorsqu'il fait le fou dans Paris? 

Non, il n'est pas assez maistre de ses actions pour 
ne vous donner pas des marques de ce qu'il sçait faire. 
Et je ne doute poinct qu'il ne vous ayt longtemps entre- 
tenu surses œuvres, car l'on remarque que son ordinaire 
entretien est de dire qu'il est un homme rare, après 
avoir faict une longue énumération de ses histoires, 
sonnets, madrigaux et comédies; je crois que. pour la 
première fois, il ne vous a point parlé que de tous les 
escrivains il estoit le plus satirique et qu'il a soing de 
faire un gros recueil des pièces les plus infâmes qui 
ayentesté faittes depuis qu'il est au monde. Car je suis 
assuré qu'il n'y seroit pas retourné la seconde fois car 
j"ay sur mes tablettes sa condemnation. 



412 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

C'est do vostre bouche galante 
Avec grand plaisir que j'appris 
Que vous aimiez les beaux esprits 
Tant que l'impiété s'en absente. 

Vous ferez bientost froide mine à cet impie puis- 
qu'il ne sçauroit proférer aucune parolle qui ne soit 
coupable et ne faict jamais d'actions qu'il ne commette 
en mesme temps un crime. Je sçavois bien qu'il estoit 
athée, mais je ne sçavois pas qu'il fût troublé du cer- 
veau. Je me treuve l'autre jour au quartier Saint-Paul, 

Où des femmes assez galantes 

Donnent souvent des rendez-vous, 

De qui l'entretien est fort doux 

Puisqu'elles sont touttes sçavantes, 

En chapitrant tous nos docteurs 

Logèrent selon leur mérite 

De ce siècle tous les auteurs, 
Selon le sentiment de la b lie Carile. 
Touttes, d'un mesme avis, pour de bonnes raisons. 
Placèrent Bertrobois aux petites maisons. 

Tout autre que moy se fut scandalisé du mauvais 
traittement quelles luy firent, car enfin on parla de sa 
personne plus de deux heures entières sans considérer 
que tout Paris luy es toit obligé du zèle avec lequel il s'em- 
ploye à divertir les compagnies et quoy qu'on dise que 
c'est son intérêt, et qu'il ne faict rien et ne dictrien sur 
les théâtres, les tables et les ruelles qu'il ni trouve son 
compte. Il est pourtant certain que les coquettes per- 
droient beaucoup s'il faloit que nostre abbé changeast 
de vie, car il est leur grand Prestre; c'est luy qui a le 
soin de les dresser toutes petites et de les eslever en 
prétieuses. Vous le voyez dans leurs ruelles où il tient 
son throsne s'ériger en philosophe galand Onle voit qui 
dogmatise dans les fauteuils. Il argumente sans cesse 
sur l'amour quoy qu'il nayt rien en luy que de con- 
traire et que ses cheveux blancs lui doibvent mettre 



APPENDICE 



413 



d'autres discours à la bouche et que la conclusion de 
ses argumens est trop foible pour tomber dans des opi- 
nions que des gens plus jeunes et mieux faits que luy 
persuaderoient d'abord. 

Voilà, belle Iris, quelque chose de ce qu'il futdict dans 
la maison de vostre charmante cousine. Mais s'il eust 
esté présent, peut-estre qu'elles eussent esté plus res- 
pectueuses de ce bon Père, 

Car il a la riposte prompte; 
Il possède lart de choquer 
Et faict souvent tomber la honte 
Sur celuy qui l'ose attaquer. 

Il n'y a pas pourtant trouvé son compte, car la rail- 
rie où il prétend exceler mieux qu'homme du monde 
luy a rendu plusieurs mauvais offices, car pour quel- 
ques discours peu respectueux qu'il tint à une per- 
sonne à qui il devoit tout honneur. 

Un Prince lui dict une fois 

Qu'il feroit charger ses espaules 
Par ses palefreniers de rudes coups de f^aules. 

Quoy qu'il eût faict. Iris, je crois 
Qu'il n'auroit entassé que du bois sur du bois. 

Mais pour vous dire le vray,les affronts, les menaces, 
les coups, les bannissemens n'ont jamais pu rien faire 
sur luy. Il ne laisse pas d'en agir avec les mesmes des- 
gagemens et sa liberté ordinaire; bien davantage ce qui 
debvroit l'abaisser, lui semble estre un degré favorable 
pour s'avancer, car depuis les plus grandes disgrâces, 
il a faict acquisition d'une maison en vos quartiers parce 
que Paris n'est pas assez grand pour luy donner tout le 
divertissement qu'il pourroit souhaitter. Mais respon- 
dez à ce que je vais vous dire là-dessus. 

Puisqu'il avoit pris pour partage 
De l'Eglise un bon héritage 



-il4 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

Quelle ostoit son intention 
Lorsqu'il prit party dans l'I^glise 
Ou bien d'embrasser la prestrise, 
Ou d'aydcr son ambition ? 
Au lieu de faire au bénéfice 
Exactement le saint office, 
Debvoit-il avoir le soucy 
De venir demeurer icy ? 
Trouvez-vous qu'il fit bien de faire, 
Sur le portail de sa maison, 
Placer un superbe escusson 
Comme une piesce nécessaire ? 
La mytre n'estoit pas ornement assez beau 
Pour couronner son alliance 
Et cette fleur de lis de France 
Luy debvoit promettre un chapeau 
Pour mieux couvrir son impudence. 
Est-ce à un prestre d'employer 
Le revenu d'un bénéfice 
Pour ses plaisirs, et d'en payer 
Aux champs un logis de délice? 
Debvroit-il avoir des maisons 
Autant qu'il y a de saisons ? 
S'il croit que loger chez des moines 
Ce soit vivre avec grand ennuy 
Et qu'il soit au-dessoubs de luy 
De demeurer chez des chanoines, 
11 debvroit estre plus honteux 
Tous les ans d'en prendre la rente 
Puisque le bien dont il se vante 
Est le bien des nécessiteux. 

Il est constant que l'intention des fondateurs de ces 
bénéfices, en privant leurs héritiers de leur succession 
pour enrichir les Eglises, n'estoit pas pourles donnera 
un goinfre pour les dissiper et pour l'entretenir dans ses 
desbauches mais c'estoit pour l'entretien de quelque pau- 
vre religieux à qui nostre abbé est si rude et cruel que 

Pour contenter son avarice, 
Il a retranché, ce dit-on, 
La moitié de la pension 
Aux moines de son bénéfice. 



APPENDICE l 1 5 

C'est le désir qu'il a d'estre aimé de ses religieux 
qui luy a donné ce bon mouvement, car comme il est 
fort esclairé dans le spirituel, il sçait que la bonne chère 
e=t deffendue à ceux qui font vœu d'abstinence et que 
si ses moines estoient aussi gros et g'ras que luv, ils 
seroient peut-estre sujets aux mesmes vices que leur 
abbé; mais sa vie n'est pas imitable à ceux qui debvroient 
la prendre comme modèle de touttes leurs actions. Je 
crois qu'ils en sont pour cela plus honnestes gens, car 
je vous assure que ce seroit un estrange corps si tous 
les membre- ressembloient au chef, mais parce que la 
teste peut estre malade lorsque les autres parties sont 
en as?ez bon estât, ain=i je me veux persuader que ses 
religieux sont plus sains que luy puisque leur abbé est 
assez éloigné d'eux pour ne leur pas communiquer son 
mauvais air parce qu'il n'y va jamais. Mais s'il n'y va 
point cette abbaye debvroit estre en grand désordre si 
Dieu n'y mettoit la main, car il ne sçauroit sçavoir an 
vray Testât des consciences de ses enféuis puisque, dans 
les lettres qu'ils lui escrivent, ils ne mandent pas à 
quels vices ils sont subjects, s'ils ont eu des tentations 
et s'ils y ont résistez. Mais jay oui dire que les bons 
Pères n'estoient guère contens de cette négligence. 
D'autres personnes, voulant l'excuser, disent qu'il n'y 
va point parce qu'il seroit obligé d'y prescher et que 
n'estant pas capable de faire des exhortations à ses 
moines qui en sçavent plus que luy, il n'ambitionne pas 
d'y aller. 

Ils ea jasent mieux que personne 
Et leur raison paroit fort bonne. 
Car le bon homme est trop âgé 
Pour s'eatre jamais engagé 
De monter sis ou douze noarches 
Pour faire le prédicateur ; 
n aime mieux faire l'actear 
Sur le fort théâtre des vaches : 



416 LE PLAISANT ABBlî DR BOISROBEKT 

Il préfère une chaire à bras 

Pour s'entretenir gros et gras 

Et pour cacqueler avec Lise 

Qu'une chaire à prescher d'Eglise. 

Naturellement goguenard, 

Tout ce qu'il dict est si gaillard 

Qu'il feroit plus tost les louanges 

Des concubines que des anges 

Et prescheroit avec froideur 

Nostre plus auguste mistère 

Quoy que selon son ministère 

Il le deubt faire avec ardeur. 

Mais il feroit tort à la bible 

S'il leur annonçait l'Evangille 

Parce qu'il se plaist beaucoup mieux 

Au ridicule qu'au sérieux. 

Les bons cabarets sont l'Église 

Où cet apostre évangélise 

Et ne fait jamais de sermons 

Que sur ce texte seul: «Aimons. » 

Iris, je l'en estime davantage en ce qu'il n'est poinct 
hypocrite, car s'il joignoit ce vice à tous les autres 
auxquels il est sujet, il seroit beaucoup plus dangereux. 
Ainsi il ne veut prescher devant ses moines, 

Crainte de faire le contraire 

De ce qu'il persuaderoit de faire. 

S'il foulle aux pieds la chasteté, 

Leur deffendroit-il la luxure ? 

Empcscheroit il qu'on ne jure 

Lui qui jure avec gravité ? 

S'il est remply de vanité 

Diroit il à son auditoire 

Qu'il faut banir la vaine gloire? 

Quoy donc ? Cet illustre Normand 

Dc'ffenlroit la friponnerie, 

Détesteroit Tivrognerie, 

Lui des hommes le plus gourmand? 

Peut-estre, belle Iris, que vous vous estonnerez qu'il 
ne s'est pas faict valoir autant par des prédications que 



APPENDICE 417 

par des comédies, veu que tous les abbés galands pres- 
chent quelquefois. 

Iris, il pouvoit bien s'acquérir de la gloire 

Célébrant d'un saint la mémoire, 
Mais ce genre d'cscrire est peu propre aux bouffons. 
Celuy qui n'a pour but que de nous faire rire 

Ne nous peut, quoy qu'il puisse dire, 
Faire verser des pleurs dans ses dévots sermons. 

Ce n'est pourtant pas là le seul empeschement qu'il 
treuve de ce costé-là. La chaire de l'Eglise est plus 
difficile à occuper que le fauteuil d'une ruelle. Pour 
emplir celle-cy, il suffit de sçavoir de certains termes, 
de certains tours de parler et celuy qui a J'esprit un peu 
creux ne s'en acquite pas le plus mal. Mais pour digne- 
ment occuper l'autre, il fault estre sçavant et sage. Ces 
perfections-là ne luy conviennent pas. Paris et toutte la 
France sçait qu'il y en a aux petites maisons qui ne sont 
pas d'esprit si esgaré que lui, et pour ce qui est de la 
science, ce n'est pas de quoy il se vante, surtout dans 
les choses sainctes et je ne vous en parlerois pa-;si deux 
de ses moines avec qui je m'entretins l'esté passé ne 
m'en eussent apris plus que je leur en demandois. 

Jamais, disoient-ils, ils n'a leii 

Un seul chapitre de la bible; 

Ce sainct livre lui a dépieu 

Parce qu'il n'estoit pas risible. 

Les Roys, le Nouveau Testament, 

La Genèse comme l'Exode 

N'estant pas livres à la mode, 

Ne peuvent pas bien dignement 

Luv dérober un seul moment 

Et la lecture d'un concile : 

Luy seroit par trop difficile. 

Outre qu'il ne veut pas sçavoir 

Ce qui concerne son debvoir. 

Il y trouveroit la pratique 

D'un véritable ecclésiastique. 



418 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Que s'il n'a leu pas un auteur 
D'entre tous ceux dont la sagesse 
Relève beaucoup la bassesse 
Du discours d'un prédicateur, 
Il feroit un beau personnage 
S'il ne citoit point de passage 
Ou s'il les citoit en menteur. 

Quoique je n'eusse pas dessein de rien répliquer aux 
parolles de ces moines, néanmoins, autant pour passer 
le temps que pour leur montrer que je connoissois le 
pellerin aussy bien qu'eux, je ne pus m'empescher de 
leur répondre en riant : 

S'enyvrer puis se bien coucher 
Aux despens de son bénéfice, 
Luy paroit estre un exercice 
Plus doux que celuy de prescher. 

Un gentilhomme de Normandie qui conaoissoit nos- 
tre abbé tant parce qu'il estoit de son pays que parce 
qu'il l'avoit veuà Rouan recevoir dans Nostre-Dame les 
méréaux, voulut l'excuser : 

Il a, dit-il, bonne raison, 
De n'aller poinct à son église, 
Ne portant poinct dans sa valise 
Ny de sermon, ny d'oraison. 

Il y a encore une autre raison, dit le moine, compa- 
gnon de celui qui venoit de parler : 

Il ne va point à son convent, 
Connoissant assez bien ses humeurs vicieuses. 
Si son cloistre enfermoit quelques religieuses 

On l'y verroit assez souvent. 

Suivant le rapport que ces moines en font, un de mes 
divertissemens seroit de le voir disputer contre les 
hérétiques. 



APPIÎNDICE 4 11) 

Je voudrois un peu par plaisir 

L'envoyer à la controverse ; 

Il en auroit tout le loisir 

S'il quittoit l'employ qu'il exerce. 

Je crois que tous les huguenots 

Se trouveroient assez penos 

Et sans doute perdroient courage, 

De leur nature assez peureux, 

Appercevant venir contre eux 

Un si redouté personage ; 

Qu'il auroit de bons argumens 

Pour soutenir ses conjectures 

Et que ses forts raisonnemens 

Appuyeroient les Escritures. 

II citeroit les Augustins, 

Les Ambroises et les Prospères, 

Les Grégoires et les Justins 

Avec tous les autres saincts Pères. 

Mais disputant dans un repas 

Il y treuveroit plus de gloire 

Que de leur vouloir faire accroire 

Ce que luy-mesme ne croit pas 



Si VOUS estiez de la religion, je le ferois prier de 
vous entretenir quelquefois sur votre croiance pour 
tascher par ses beaux discours de vous ramener au 
bon chemin ; vous me tromperiez si vous le preniez 
d'un sens contraire à celuy que je pense, car vous avez 
pu voir, si vous lavez tant soit peu souffert auprès de 
vous, que ses entretiens sont bien différens de ceux des 
controversistes. Car comme la religion est la chose la 
plus esloignée de sa pensée, il n'en parle jamais à ceux 
qu'il fréquente quoyque les entretiens d'une personne de 
son aag-e et de sa condition ne doivent poinct estre 
esloignez de la piété pour convertir ou, du moins, per- 
fectionner dans la vertu tous ceux avec qui il con- 
verse. Mais pensez-vous Iris que ce soit là son office? 



420 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Il a d'autres choses à faire ; 

Une telle occupai ion 

Ne peut plainement satisfaire 

A son oysive passion. 

Il f«ult que toute la journée, 

Comme une pauvre âme damnée, 

Il souffre des tourmens divers 

Qui le mettent tout hors d'haleine ; 

Car, de polir ses rudes vc s, 

N'est pas sa plus petite peine ; 

Il s'occupe tout le matin, 

Vestu de mesme qu'un lutin, 

A travailler dans son estude 

Des vers avec la lime rude, 

Enfonçant cent fois son bonnet 

Pour construire un méchant sonet 

Ou faire une salle épif^ramme 

Pour bien déclarer son amour ; 

Pour ensuitte monstrer au jour 

Que son cœur n'est jamais sans flàme. 

Il ne peut dans un gros cahier 

Achever un sixain entier. 

Si stéril est ce pauvre cancre, 

Que, pour faire un pauvre sonet, 

Il emplit trois fois son cornet 

Qui tient plus d'une pinte d'ancre. 

La rage luy fait plusieurs fois 

Ronger les ongles de ses doits 

Si son vers n'a pas la mesure. 

Si rude en paroist la césure 

Et si sa rime ne vient poinct 

Comme il le souhailroit à poinct. 

Sa colère aussitost s'allume. 

Il jette et foule aux pieds sa plume, 

Du coude il verse son cornet. 

De la fenestre il casse un verre 

Et met, en jetant tout par terre, 

S^ns sus dessouhs son cabinet. 

Ainsi l'humeur de ce poète 

A tant de fureur si sujette 

Vous dépeint assez le tourment 

Qu'il souffre peu patiemment. 



APPENDICE 42 1 

C'est là, belle Iris, l'occupation ordinaire de sa mati- 
née. Avouez qu'il y auroit plaisir d'avoir une chambre 
auprès de la sienne pour voir touttes les postures oià il 
se met lorsqu'il se laisse transporter à la fureur poéti- 
que ; mais il fault que je vous achève le reste de sa 
journée. 

Il ne faut pas trouver estrange 
Si chez luy jamais il ne mange. 
Car quiconque le veut avoir, 
Huict jours durant luy fait sçavoir 
De ne manquer à la huictaine 
De venir emplir sa bedaine 
En un lieu où se trouveront 
Des gens qui son escot payront 
Pourveu qu'il prépare sa lyre 
Et qu'il ait le bon mot pour rire. 

Pour vous dire la vérité, s'il sçait quelque maison 
où l'on faict meilleure chère que dans celle où il est 
convié, il ne faict point de difficulté d'y aller sansy estre 
appelle ; mais parce que tout Paris connoit Ihumeur 
bouffone du personnage, on le reçoit à bras ouverts et 
c'est là qu'il ne s'oublie pas, car tout autre que luy 
seroit content pour sa nourriture de huit jours entiers 
de ce qu'il prend en un seul disné. 



Lorsqu'il est sorty du repas, 
Il sçait bien conduire ses pas. 
Il se trouve l'apresdinée 
A quelque coquet rendez-vous 
Et c'est là le temps le plus doux 
Qu'il trouve dedans la journée. 
En esté l'on le voit toujours 
Entre les plus galans au Cours ; 
On a veu ce beau porte-crosse 
A Chaliot souvent mener 
Des donselles en son carrosse 



422 LE PLAISANT ABBE DE liOISROBERT 

Pour n'y pas seul se promener. 

Iris, vous me direz peut-estre 

Que ces rendez-vous concertez 

Et ces petites libertez 

Ne sont pas bonnes pour un presfre. 

Sçachez qu'il est trop innocent 

Et que jamais il ne consent 

Qu'on prenne en sa digne présence 

La moindre petite licence. 

Seulement dans les prés d'Auteuil 

11 mangre avec sa troupe alerte 

Une salade de scrfeuil 

Et luy donne la cotte verte. 

Il y a encore un autre divertissement qui occupe une 
bonne partie du temps de nostre abbé. Car, après la 
promenade et les entretiens g^alans rien ne luy plaist 
comme le jeu; mais si, dans toutes autres occasions, il 
donne quelque satisfaction à ceux qui sont avec luy, 
je vous asseure qu'il est insupportable dans celle-cy 
en toutte manière. 

S'il gagne une demye pistoUe, 
Il devient insolent du gain ; 
On voit enfler sa teste folle 
Qui ne porta jamais beguain. 
Il tasche en vain de faire rire 
Celu}- qui dans son cœur souspire ; 
Son mot pour rire est outrageant 
A celuy qui perd son argent. 
S'il arrive que la fortune 
Se rende à luy contraire un jour, 
Pour l'argent il a trop d'amour 
Pour souffrir raillerie aucune. 
On le void d'abord sérieux. 
Puis on void sortir de ses yeux 
Des estincelles de colère 
Qui menacent son adversaire, 
Les blasphèmes contre les cieux. 
Tout ce qu'un sage désespère 
Luy fait gagner en furieux. 
Il ne peut jouer s'il ne jure j 



APPENDICE 423 

Gain ou perte sont la mesure 

De ses infâmes juremens . 

Iris pourveu que l'on endure 

Ses exécrables reniemens 

Et qu'on luy permette l'injure, 

On peut luy gajçner en un soir 

Le revenu d'un bénéfice. 

Jugez quel fut son désespoir 

Lorsque, dans le mesme exercice, 

En trois ou quatre coupe-cus, 

Il perdit ses dix mil escus. 

Jugez quelle fut la rancune 

De nostre poète crotté, 

Qui, sans doubte, avoit bien trotté 

Pour attraper cette pécune. 

Mais je vous puis bien assurer 

Qu'il n'oublia pas de jurer, 

Mais de jurer de telle sorte 

Qu'il fallut le mettre à la porte. 

Ce n'est pas une nouvelle que je vous dis. Tout le 
inonde a sceu ce qui se passa le jour où il perdit ses 
dix mil escus. Le Parlement en prit connoissance. Et 
chacun dict qu'il ne falloit pas laisser eschàper l'occa- 
sion de punir cet impie, une fois pour touttes; que sa 
vie crioit vengeance contre le ciel et que de luy per- 
mettre de vivre plus longtemps, c'estoit luy permettre 
de faire de nouveaux crimes. Mais, Iris, ce juste Sénat 
que ce criminel accuse, sans respect, d'avoir jugé sa 
cause tout d'un somme, dans un procès qu'il a eu 
depuis cela, 

Ce fut ce jour qu'il s'endormit, 

Quand loing d'en donner un exemple 

A la postérité bien ample. 

Toute la peine luy remit 

Sans avoir fait d'autre poursuitte, 

Car le scélérat en fut quitte 

Pour aller voir à son couvent 

De quel costé venoit le vent. 



424 LE PLAISANT ABBI£ DE BOISROBERT 

Je pouvois ne me point estendre si au long sur ce 
chapitre, affin de vous entretenir un peu sur celuy de 
la comédie où il prend un très grand plaisir parce que 
c'est en ce lieu où l'on !uy faict le plus d'honeur, tant 
à cause qu'il meine toujours beaucoup de gens qu'à 
cause qu'il leur donne souvent de ses farces à repré- 
senter. 

Mais si grande est sa maladie 
Que s'il fait quelque comédie 
Sans l'avoir vendue aux acteurs, 
Quantité de ses sectateurs 
Qui sont ses chiens de renomée, 
Font par Paris courir le bruict 
Que cette pièce est mieux rimée 
Et que le tout est mieux conduîcl 
Que dans les pièces nom pareilles 
Des sages messieurs de Corneilles. 
Il a par trop d'ambition 
Et trop d'humeur acariâtre 
Pour n'estre pas sur le théâtre 
A sa représentation. 
Ce jour notre illustre poète 
A le bas fièrement plissé ; 
Son collet luyt d'estre lissé 
Et mesme il a la barbe faitte. 
Ses souliers sont de maroquin 
Ombragez d'une large rose 
Et sur ses bas unys repose 
Négligemment un brodequin. 

Voylà à peu près comme il s'ajuste quand il va à la 
comédie. On luy garde sa place en un certain endroict 
oui! se faict craindre d'en bas. Quand on récite sa comé- 
die, les spectateurs n'oseroient dire un mot. 

Il voit le parquet de travers ; 
Il crie avec grande impudence : 
Paix là ! taisez-vous donc, silence ! 
Voiez la beauté de ces vers ! 



APPENDICE 425 

Dans lentr'acte, il sort de sa place, 

N'estant jamais sans action, 

Demandant de mauvaise grâce 

Qu'on prette plus d'attention. 

Il souhaite que l'on l'admire; 

Il fait le grave président, 

Exerçant sur tous un Empire 

Mais un Empire de pédant. 

Le plaisir de la Comédie 

N'approche pas, quoy qu'on en die, 

Au divertissement qu'on prend 
En le voyant sortir de l'hostel de Bourgogne. 

Il descend d'un pas viste et grand 
De dessus le théâtre en refroignant sa trogne ; 

Cent galfretiers autour de luy 

L'accompagnent jusqu'à la rue; 

Mesme un d'entre eux luy sert d'appuy 

Quand, allongeant son col de grue, 

On voict qu'il prette attention 

Et tient aux aguets ses oreilles, 

En flattant son ambition 

Qu'on dira qu'il a fait des merveilles. 

A moins, belle Iris, de le voir 

Vous aurez peine à concevoir 

Combien il faict d'impertinences. 

Quand il est chez luv de retour 

Et combien le reste du jour 
Il divertit ses gens par ses extravagances 

Si l'on luy dict en s'en allant 

Que sa poésie est coulante 

Et qu'une pièce si galante 
D'entre tous les abbez le rend le plus galand, 

Le vent entrant dedans sa teste 
Lui fait voir qu'il ne fut jamais à telle feste. 

G'esten eiïect le moien de le mettre en bonne humeur 
que de luy donner des louantes et un certain marquis ^ 
(à qui il sert de bouffon) advoue que c'est là l'unique 
moien de le mettre en bonne humeur C'est aussy la 
seule invention que les prétieuses ont jamais treuvée 
pour luy f lire conter une histoire gaillarde, dire debons 

1. Probablement le marquis de Villarceaux. 

24. 



426 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBÉRT 

mots, chanter une chanson et goguenarder sur toutte 
sorte de sujets où certes il prend de si grands plai- 
sirs qu'il passera une après-dînée toute entière dans un 
fauteuil avec des coquettes. 

Ouy, belle Iris, il fait des vers 
Et mesme ses chansons il chante 
Chez une femme assez charmante. 
Dessoubs des rideaux entr'ouverts, 
Je lui vis battre la musique, 
Déclamant en comédien 
Et chantant en musicien 
L'interrogat et la réplique. 
J'avois pourtant pitié de luy 
Et ne pouvois voir sans ennuy 
La délicate main de Lise 
S'appuyer sur sa barbe grise, 
Luy donnant des petits soufflets 
Pour mieux distinguer les couplets 
D'une chanson assez gaillarde, 
Sur l'air plaisant de la guimbarde. 
Trop grand en estoit le mépris. 
Quoy qu'il fut venu dans Paris 
Sans avoir espérance aucune 
Qu'en la faveur de la fortune, 
Encor bien qu'il fut franc Normand, 
Que malgré sa basse naissance 
Il ayt assez eu d'impudence 
Pour s'approcher du grand Armand, 
Je considérois que l'outrage 
Qu'on faisoit à sa gravité 
Choquoit cette divinité, 
Dont il estoit déjà l'image. 
Je ne pouvois pas treuver bon 
Qu'une personne dont l'office 
Est de faire le sacrifice 
Servît aux autres de bouffon. 
Si vous voulez une peinture 
De la ridicule posture 
Où je vis ce religieux, 
Vous ne le pouvez pas voir mieux 
Que dans une certaine image 
Où cet ivrogne personnage 



APPENDICE 427 

En Cyllène est représenté 
Boire à quelqu'un une santé 
Où, devenu comme une beste. 
Pour avoir du vin dans la teste, 
Souffre que de petits enfans 
Facent des cordes de sa barbe 
Et que, cueillant de la rubarbe. 
Ils en frottent ses noires dents. 

Vous appliquerez, s'il vous plaist, cette comparaison 
qui vous sera d'autant plus facile que vous en avez le 
tableau tous les jours devant les yeux. 

Quand il a passé le reste de la journée avec la com- 
pagnie et qu'il est bien tard, il a assez d'esprit pour 
voir quil fault se retirer, qu'il demeure dans un quar- 
tier esloigné et que les filous qui rodent autour de sa 
maison ne se contenteroient pas d'une chanson ni d'un 
madrigal et que s'il avoitdeux ou trois pistoUes dans le 
gousset, qu'il en seroitplutost dépouillé que de touttes 
les comédies et pièces qu'il ayt jamais faittes et qu'on 
aime mieux le solide que le plaisant. Il se retire tout 
doucement. 

Mais quand il a pris le divertissement entier de la 
journée, qu'il a secondé un bon disner d'une meilleure 
colation, ce seroit peine perdue de l'envoier quérir 
pour souper. On a beau luy mander pour la seconde 
fois qu'il y a bonne compagnie, il est impossible de 
l'avoir ; si pourtant il n'estoit pas plein jusqu'au trei- 
siesme boutton, il ne se feroit pas prier longtemps, mais 
parce qu'il ne veut poinct que ses pas soient inutiles et 
comme il sçait qu'on ne le demande que quand on ne 
peut avoir Scaramouche ny Gille le Niais, il a assez 
de prudence pour demander excuse s'il n'y va pas. La 
raison est 

Qu'encor bien qu'il soit yvre, il connoist bien son mal. 
Qu'il n'est pas en estât de faire de bons contes, 
Qu'au lieu de poinctilleu.v dans ses répliques promtes 
Il paroistroit ce soir un stupide animal. 



428 



LE PLAISANT ABB-K DE BOISROBEUT 



Et bien, Iris, n'est-ce pas là une journée bienemploiée? 
Sardanapale estoit-il oisif de meilleure grâce? Luy, du 
moins, il n'avoitpasl'addreshe de divertir une compagnie 
comme faict nostre barbon. Jusqu'à présentie Pantalon, 
le seigneur Horacio, le D''Trivelin, Brigueille, Jodelet, 
Philipin et les autres farceurs n'ont dict que des badi- 
neries au prix de lui. Et pour les postures, il en faisoit 
en sa jeunesse de bien plus subtilles que celles de ces 
batteleurs ; mais la vieillesse lui ayant roidy les mem- 
bres, ne luy permet plus de faire les tours de passe où 
il excelloit. Depuis ce temps-là, en recompence, il 
s'est perfectionnédanslesbons mots.Jene vous asseure 
pas pourtant qu'il y réussisse fort bien ; seulement l'ay- 
je ouy dire, car pour moy je ne me suis treuvé auprès 
de luy que dans le temps qu'il disoit les plus grandes 
impertinences du monde. 



On dict qu'il raconte assez bien. 
Iris, pour moy je n'en sçay rien, 
Quelques lascives advanlures, 
Des histoires les plus impures 
Et qu'il faict mesme des poulets. 
Je ne sçay rien de ce chapitre 
Mais je sçay que ce porte-mytre 
Ne faict que des contes violets. 



Je ne sçay pas si c'est la raison pour laquelle il a 
esté receu dans cette illustre assemblée, arbitre des 
ditïérens de nostre langue ovi. pour en juger dignement, 
l'illustre fondateur avoit choisi quarante présidens, tous 
gens d'esprit, de bonnes mœurs et d estude. Je ne crois 
pas que cet abbé mérite, pour sa stupidité, ignorance 
et impiété, d'en estre du nombre et certe si son talent 
est de faire le bouffon, c'est une perfection qui n'est à 
estimer que sur le théastre. Néanmoins il est de l'Acca- 
démie françoise. Vostre cousin qui, dans sa jeunesse, 



APPENDICE 



429 



surpassa tous ces barbons en galanterie, me dict une fois, 
en examinant tous ces messieurs de l'Académie, en par- 
lant de nostre abbé : 

Qu'il est honteux assurément 
Qu'il soit membre d'un corps dont on fait tant d'estime 

Et que Séguier, âme sublime, 
Anime dignement. 
Cette troupe sçavante 
N'estoit pas comme elle est à présent florissante 
Dans le commencement de l'institution. 
N'estant pas comme elle est dans son aage virille. 
Nostre alibé, quoi qu'il eut lame fort puérille, 
Ne laissoit pas d'avoir beaucoup d'ambition; 
Sur le terroir sçavant voulant faire conqueste 
Présenta humblement à la troupe requeste. 
Ces messieurs, l'ayant leu, résolurent entre eux 
Qut», pour un si beau corps, trop sale esloit ce membre. 
Beau corps, s'écria-t-il, du bout de l'antichambre, 
Tu ne te peux passer d'avoir un membre honteux! 

Celui qui me contoit cette o^alanterie ajouta que sans 
doubte il avoit peur que le corps de l'Académie ne fut 
eunuqueet qu'il s'estoit présenté avec l'asseurancequ'on 
n'en pourroit trouver un plus honteux que luy et, parce 
qu'il en est les parties honteuses, il s'imagine qu'il luy 
est permis de proférer touttes sortes de paroles infâmes, 
de faire grand nombre de saletés et que, s'il y a quelque 
impertinence à dire, il n'y a que pour luy à parler, 
adjoutant à ces paroles des actions si licentieuses qu'il 
est maintenant la honte de sa profession, le scandale 
de l'Église et i'oprobre de tous les gens de bien *■. 

Il comm nçoit à s'eschaufer et le plaisir qu'il prenoit 
de mesdire de nostre abbé, quoyque plusieurs fois je luy 
eusse fait changer de discours, me fit connoistre qu'il 

1. Ce paragraphe sufTirait, croyons-nous, à montrer le carac- 
tère haineux de ce pamphlet qui ne reconnaît même pas à 
Boisrobert le mérite de son œuvre la plus importante. 



430 LE PLAISANT .\BBÉ DE BOISROBERT 

estoit un peu passionné et il y en avoit bien de l'apa- 
rence, car la seule faveur de M. le Cardinal le fît rece- 
voir sans aucune récusation pour complaire à celuy 
duquel ils' prétendoient quelques privilèg'es et j'ai sceu 
du depuis que nostre barbon avoit raillé vostre cousin 
dans une assez bonne compagnie. 

Vous sçavez, Iris, que je suis désintéressé et si je ne 
l'estois pas, vous ne m'eussiez pas demandé des nou- 
velles de cet homme qui m'accable de civilités touttes 
les fois qu'il me rencontre. 11 est certain que votre 
cousin a raison quand il blasme ses ouvrages, car, dans 
la vérité, ils n'ont pas le style assez relevé pour estre 
approuvez de cette illustre Accadémie et c'estoit bien 
se moquer de vous lorsqu'il vouloit vous persuader 

Qu'il achevoit un bel ouvrage, 
Qu'il composoit des impromptus 
Et qu'il faisoit des vers poiutus 
Autant qu'écrivain de son aage; 
Que les sonnets, les madrigaux, 
N'estoient pour luy que bagatelle ; 
Qu'en France il n'avoit poinct d'égaux 
Pour bien conter une nouvelle 
Et que s'il réussit jamais 
C'est au poème dramatique, 
Qu'il en fournit, quand il s'applique, 
Bourbon, l'hostel et le Marais. 

Il vous en a bien donné à garder. Il ne faict rien de 
tout cela et ne réussit pas mieux dans tout ce qu'il 
entreprend qu'un escolier sorty fraischement des estu- 
des. Mais ce n'est pas d'aujourd'huy qu'il sçait donner 
des colles et vous n'estes pas la seule à qui il a menty. 

De mentir c'est tant sa coutume 
Que je n'en suis jamais surpris. 
Iris, il est vray que sa plume 
Dépeint le feu qui le consume 

1. Les académiciens. 



APPENDICE 



431 



Sans crainte d"en estre repris. 
Mais las ! il doibt sa poésie 
Au souffle des mauvais esprits 
Et non pas à sa fantaisie. 

Quand cet homme vous dict qu'il faisoit un ouvrage, 
je vous asseure je ne sçay de quel ouvrage il prétend 
parler, car il n'est pas capable d'entreprendre aucune 
pièce de longue haleine. 

Je ne puis m'cmpescher de rire 
Quand je songe qu'il eut l'hardiesse de vous dire 

Qu'il faisoit de beaux impromtus 
Et que les jeux de vers de sa charmante lyre 

En estoient les moindres vertus. 

Si vous sçaviez ce qu'il appelle impromtus, vous en 
ririez aussi bien que moy. Car ces pièces sur le champ 
sont à peu près comme celles que faict le marquis de 
Mascarille dans la farce des prétieuses, c'est-à-dire que 
deux jours après que l'occasion s'est présentée il en 
fait retomber la rencontre une autre fois. Et comme 
nostre abbé triomphe parmi les coquettes, il emploie 
toute son industrie à treuver quelque nouveau moien 
de les divertir, ce qu'il faict assez heureusement et parce 
que le pauvre homme employé toutte la journée à 
cacquetter avec elles, elles l'admirent le lendemain 
lorsqu'il leur résoud les difficultez qu'on luy avoit pro- 
posées le soir précédent, ne songeant pas que le pauvre 
barbon ne se couche pas qu'il ne soit deux ou trois 
heures après minuict, afin de songer à ce qu'il doibt 
dire, d'où dépend toutte sa réputation; moy qui le con- 
nois assez pour sçavoir ce qu'il sçait faire, tout ce que 
je puis dire en sa faveur, c'est qu'il a dans sa teste cer- 
tains lieux communs qu'il faict servir à touttes sortes 
de matières et il a toujours douze vers d'un sonnet 
qui sont si généraux qu'ils se peuvent adapter à touttes 
sortes de sujets. 



432 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Croyez tout le contraire. Iris, 

De ce qu'il vous l'aisoit acroire 

Que les comédiens de Paris 

N'ont jamais tant receu de gloire 

Qu en récitant ses beaux escrits 

Dont les vers sont autant de crimes. 

L'autre jour, me dict Fioridor, 

Que pour ses ennuyeuses rimes 

Il recevoit d'eux de bon or; 

Qu'à présent la troupe Ro^-alle, 

Voyant que ce poèie crotté 

Luy vendoit bien cher rien qui vaille 

L'avoit assez déconforté 

Par un: dittes-luy qu'il s'en aille. 

Il a mis au jour quelques petites nouvelles en espèce 
de romans dans lesquelles il ne met que de rares advan- 
tures. Je vous puis asseurer que s'il faict imprimer son 
histoire, comme je luy conseilL-, qu'elle ne sera pas 
des plus communes, car pourriez-vous bien deviner ce 
qu'il est devenu quand Thostel de Bourgogne a bannj 
ses comédies de son theastre'? 

Falut faire Jacques desloge, 
Chassé par les comédiens 
Dont il a receu tant de biens 
Hors de son ordinaire loge. 

Cet affront debvoit l'avoir rebutté et luy debvoit 
moyenner cette retraite dont il nous menace tous les 
jours. Car il estennuyé maintenant de la cour, et depuis 
que son cher maistre est mort, il n'y reste qu'à regret. 
Mais il est nécessaire encore à Paris et je crois que 
c'est pour cela qu'ayant perdu la pratique des comé- 
diens il va chercher ailleurs fortune. 

Puisque chez eux il a perdu touttes raisons 
Il a pris le quartier djs petites maison3. 

Car comme c'est fort l'ordinaire 

A ce noble bénéficier 



APPENDICE 433 

Do négliger son caractère. 
Il est allé s'associer 
Avec cet homme incomparable 
Gille le Niais Tinimitable. 

Le voylà donc associé avec une trouppe espagnolle et 
hollandoise arrivée depuis peu pour le divertissement 
de la foire Sdinl-Germain, mais je suis asseuré qu'ils 
débourseront plus qu'ils ne gaigneront pour entretenir 
nostre poète, car si Ton ne luy fait bonne chère il est 
stupide. Mais aussi, s'ils l'entretiennent gros et gras, 
quand il se met dans le ridicule, il y a bien des batte- 
leurs en Italie, qui ne le valent pas. 

Lorsqu'il a pris assez de vin 
Pour n'eslre pas tout à fait yvre, 
S'il se treuvoit un escrivain 
De qui la promte main sa langue voulut suivre, 
11 s'en treuveroit un gros livre. 
Sur-le-champ il compdsera 
Des chansons et les chantera. 
Tant que dureront les bouteilles, 
Il contera mille merveilles. 
Mais quand il ne peut s'enyvrer, 
Et quand il ne peut s'empifrer 
Parce qu'il n'a rien de quoy frire 
11 a perdu le mot pour rire. 
Le cabaret où plus souvent 
Il se trouve qu'à son convent 

AQnde se donner carrière 

Et la liberté toutle entière, 

La fait changer d'ajustement. 
La débauche- est son élément 
Et la rente du bénéfice 

Luy sert icy d'un bon office. 

Afiectionné serviieur 

De la maison d'un bon traitteur 

Il branle sa docte mâchoire 

Poussant une chanson à boire 

Et ne sort point de sa maison 

Sans avoir perdu la raison. 

•23 



434 



LE PLAISANT ABBi: DE BOISROBERT 



Iris, c'est-à-dire que vous estes maintenant le cama- 
rade d'un certain excroqueur de repas qui, ce dittes- 
vous, ne manque jamais sans estre prié^ de se treuver 
à touttes vos assemblées où il y doibt avoir colation. 
Vous n'aurez que faire de prier celui-cy, il ne se fera 
aucun disné où vous ne le voyez arriver une heure de- 
vant les autres. 



Ce petit advertissement 
Pourra vous estre proftable 
Et vous fera plus sobrement 
Aporter devant luy la table. 
Si vous voulez pour quatre mois 
Vous esloigner ce parasite, 
Faittes-le jeusner une fois 
Le jour qu'il vous rendra visite. 



Ce sera le plus grand dépit que vous luy pourrez 
faire,car je vous assure que c'est le plus grand goinfre 
que vous ayez jamais connu. 

Il est vray que la gourmandise est le plus bas de tous 
les vices et que rarement la noblesse y ept sujette. Mais 
ce n'est pas d'estre noble que nostre abbé se vante 
quoy que ce soit une chose bien glorieuse pour luy, car 
je vous apprens qu'il est noble et que ses lettres 
sckit touttes neuves. 

11 met la roture en oubly 
A présent qu'il est aiinobly 
Non pas des titres d'office, 
Non pas pour avoir fait quelque belle action, 
O la nouvelle invention ! 
11 est annobly pour ses vices ! 

Il se treuve souvent des personnes qui ne laissent 
pas d'avoir des sentimens généreux et selon la vérita- 
ble noblesse bien qu'elles ne soient pas nobles ; nostre 



APPENDICE 435 

poète est de ces gens-là; car il sçait bien que ce n'est 
pas la lettre qui rend recommendable un homme lors- 
qu'il a donné d'ailleurs des preuves de sa vertu. 

Estant assez heureux 
Pour obtenir du Roy ses lettres de noblesse, 
Pour montrer qu'il avoit le cœur ibrt généreux 

Qui ne soutîroit point de bassesse. 

Gomme on le pressoit dassez prés 
Ou d'en payer les droicts ou de se compromettre : 

Sergent qu'on m'exempte des frais ! 

Je vais, dit-il, rendre ma lettre 1 

Iris, ce sont là les sentimens de nostre abbé qui ne 
se peut démentir et qui aimeroit mieux un bon divertis- 
sement que toutes les lettres du monde les plus glorieu- 
ses et sa divise est: Poinct d'honneur sans biens. Gela 
n'empescha pas qu'aussitost qu'il fut annobly, il choisit 
des armes parlantes pour faire sçavoir à tous sa no- 
blesse et les fit mettre en grand volume sur la porte 
de sa maison. 

Ce petit favory du pasteur de Luçon 

Est bien plus glorieux que cet espy de gerbes 

Qu'il a mis dans son escusson 
Qui, d'un grain de métail et qui de tendres herbes, 
Sont enfin devenus des chalumeaux superbes. 

Je tomberay d'accord avec vous qu'il n'a pas subject 
de faire le glorieux. 

De fort basse condition. 

D'une âme mille fois plus basse, 

De basse composition 

Et qui toujours ses lecteurs lasse. 

Et dans ses contes, quoy qu'il fasse, 

D'une plus basse invention. 

Enfin chez lui tout est bassesse 

Jusqu'à ses lettres de noblesse. 



436 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Ce n'est pas la science qui le doit rendre orgueil- 
leux, car il est si ignorant que comme il est desjà sur 
le bord de sa fosse, les moines ont résolu de prendre 
l'ancienne épitaphe pour la mettre sur sa tombe : 



Passant, icy gist un abbé 
Qui ne sçavoit ni A, ni B. 

ïouttes fois nostre abbé ne s'estime pas ignorant et 
ne croit pas estre inutile au Royaume de coqueterie 
dont il est le directeur. Il croit avoir beaucoup de crédit 
sur le Parnasse et s'imagine approcher de bien près 
Virgile et Cicéron. Car j'appris hyer que c'estoit luy- 
mesme qui avoit composé la chanson qui couroit les 
années passées et qu'il l'avoit publiée sous le nom d'un 
de ses amis ; 



Et je m'escrime 
En prose, en rime, 
Presqu'aussi bien que l'abbé, etc.. '■ 

Vous sçavez le reste de cette chanson ; c'est pour- 
quoy je ne vous en dit que cette strophe adjoutant que 
c'est un trait de la dernière impudence. 

Iris, il est si glorieux 

Qu'il s'imagine que sa rime 

Est faille d'un air si sublime , 

Qu'on ne sçauroit en faire mieux. 

Lorsqu'au causant on luy vient dire 

Que quelqu'un se mesle d'escrire, 

On luy donne un grand crève-cœur. 

Le désir qu'il a de parestre 



1. Presqu'aussi bien que l'abbé Boisrobert. Ces vers sont de 
Scarron. 



APPIÎNDICE 



43^ 



Des rimeurs du temps le grand maistre 
Luy faict craindre au fond de son cœur 
Que quelqu'un n'emporte l'estime 
)u"il croit qu'on doit avoir pour ses sçavantes rimes. 



Prenez la peine de lire le dernier tome de ses 
Epistres en vers, vous verrez s'il est novice dans l'art 
de se louer. Cette arlificieuse préface vous apprendra 
(si vous en doublez) que sa prose est coulanteet qu'elle 
charme les lecteurs les moins entendus et que les vers 
qui luy eschapent dans son cabinet sont si naturels 
au goust de tout le monde queluy-m^'sme s'enestonne 
dans cinquante pages assez grandes. Il ne dict que de 
semblables impertinences. Je sçay que vous me blas- 
merez de vous en conseiller la lecture et vous me direz 
que s'il donnoit ses ouvrages avec l'obligation de les 
lire, qu'on les achepteroit encore trop cher. C'est bien 
autre chose qu'au lieu qu'ils devroient servir pour em- 
pacqueter du beurre que son libraire les vendre tant 
d'argent. C'est, belle Iris, qu'il en retire ses deniers 
qu'il a donnez à l'auteur pour en avoir l'original: 



Au Palais on le void courir, 

Aller de boutique en boutique 

Afin qu'un libraire se pique 

Par d'issus l'autre d'enchérir. 

De trouver jamais un avare 

Luy ressemblant de poinct en poinct, 

Belle Iris, à n'en mentir point, 

La chose seroit assez rare. 

Mesme cet avare rimeur 

N'a point au Palais de libraire 

Qui soit son libraire ordinaire 

Non plus qu'ordinaire imprimeur. 

Celuy qui donne davantage 

Est le marchand de son ouvrage 

Il feroit bien mieux l'employer 

Que d'en acquitter son loyer 



438 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

D'un logis où il n'a que faire, 
Où il se coule en habit gris 
De crainte qu'il ne soit surpris. 
Dans sa licentieuse vie. 
Car alors qu'il va chez Silvie, 
Tant il est grand homme de bien 
Il ne voudroit pas qu'on le voye 
Aller chez sa femme de joye, 
Accompagné de son ruffian. 
Et néanmoins quelques railleurs 
Soutinrent à une marquise 
Qu'il alloit autre part qu'ailleurs 
Mesme avec son habit d'Eglise. 



Mais ce n'est pas là son plus ^rand crime. Mon- 
sieur... dont vous avez ouy louer les escris luy dit en 
trois mots ce que je ne vous diray pas. Vous estes 
trop aimable pour sçavoir quelque chose au désadvan- 
tage de vostre sexe. Il suffit que je vous die qu'encore 
bien qu'il soit presque toujours avec vous autres, qu'il 
ne vous ayme point touttes en général, mais parce qu'il 
sçait par expérience que la réputation d'un homme dé- 
pend entièrement de vostre sexe, il vous cajolle et faict 
semblant de vous adorer lorsque, dans son cœur, il faict 
une satyre contre vous. 

S'il falloit que toutes les femmes descouvrissent ce 
que je veux taire, je crois que son sort ne luy seroit 
pas plus favorable que celuy d'Orphée. Et ses vers ne 
vous empescheroient pas de le maltraitter puisque les 
chansons de ce grand poète ne peuvent empescher les 
Ménades de descharger leur colère contre luy. 

Après tout ce que je viens de vous dire, je gaige que 
vous tenez dans vostre cœur cet homme pour le plus 
heureux du monde. Il est vray que je vous l'ay dépeint 
ea Roger bon temps. En effet, il est vray qu'il est dans 
un estât où il pourroit vivre contant, mais quoy qu'il 
paroisse guay et gaillard, néanmoins il a dans l'âme des 



APPENDICE 



439 



remords de consciance si furieux que bien souvent il 
fait des extravagances que tout le monde attribue à son 
esprit un peu troublé. L'envie n'est pas le moindre 
tourment qui luy rong-e le cœur. 



Vous sçavez quil n'est pas du nombre 
De ces beaux et galans esprits 
Qui, pour leurs excellens escris, 
Sont tousjours suivis de cette ombre. 
Cette rage le fait crever. 
Jamais rien tant ne l'importune 
Que quand il se met à rêver 
Qu'un tel va faire sa fortune. 
Il n'a pas de plus grand ennuy 
Que de voir quelqu'un comme luy 
Escroquer de bons bénéfices 
Pour servir d'estage et d'appuy 
Aux bastimens de ses délices. 
Mais si, dévotement, il disoit son office 
Au lieu de proférer nombre de saletez 
Et au lieu que d'emplir son cœur d'impuretez ; 
S'il faisoit le saint sacrifice 
Au lieu de lire des romans; 
S'il lisoit les Saints Testamens, 
S'il quittoit l'IIostel de Bourgongne, 
S'il vouloit cesser d'estre ivrongne, 
Au lieu de chanter des chansons 
S'il composoit des oraisons, 
S'il ne voyoit point d'autre monde 
Que ses pères religieux 
Et desquels il faudra qu'aux cieux 
Nécessairement il réponde, 
S'il portoit ses cheveux plus ras, 
S'il ne se louoit point luy-mesme, 
Si, dans le saint temps de Caresmc, 
Il ne vouloit point manger gras, 
Enfin s'il faisoit le contraire 
De ce qu'il fait présentement 
Il ne feroit que justement 
Ce qu'il est obligé de faire. 
Mais las ! le vice est aujourd'huy 
Enraciné si fort en luy 



440 LE PLAISANT ABBÉ DE BOIS ROBERT 

Depuis que la fainéantise, 

Ainsi qu'une douce liqueur, 

A pris sa place dans son cœur. 

Son menton porte barbe grise 

G'est-à-dire, si je ne mens, 

Qu'il y a plus de soixante ans 

Que de sun âme la paresse 

Falot voir qu'elle en est la maistresse 

Et ne quittera point son corps 

Qu'il ne soit mis au rang des morts. 

Je voudrois bien que l'on me die 

Ce qu'il fait depuis cinquante ans, 

Osté de voir la comédie 

Et de faire quelques romans, 

Quelqu -s petites chansonnettes, 

Des complimens et des fleurettes. 

Ce n'est pas l'occupation 

D'un directeur de conscience 

Que de n'avoir de la science 

Que pour descouvrir sa passion. 



Mais, Iris, c'est peine perdue et ce n'est plus charité 
que de l'advertir de ses désordres. L'oisiveté a jette des 
racines si profondes dans son âme qu'il est impossible 
de faire mourir cette mauvaise plante si l'on n'y use 
d'une violence qui ne se pratique plus et certes c'est 
dans le seul defTaut d'estre paresseux qu'il est excusa- 
ble, car il est si vieux qu'il ne sçauroit plus faire au- 
cun exercice et n'a plus guère de tous ses membres que 
la langue libre ? Aussi l'a-t-il encore bien affilée et 
cause-t-il encore comme une pie borgne et fait des 
merveilles quand il s'agit de médire de quelqu'un, soit 
de vive voix, soit par escrit. 



Pour cinq sols, tant il est taquin. 
Il vous feroit une satyre 
Ou le plus mesdisant pasquin 
Que l'on ait jamais pu escrire. 



APl'ENDICE 



441 



Ne vous estonnez pas si je dis que pour cinq sols il 
vous fera des critiques. Je vous parle de toutes sortes 
de pièces, 

Car si fort est son entregent 
Qu'il ne fit jamais vers ny prose 
Sans en espérer de l'argent 
Ou espérer quelqu'autre chose. 

Passe pour tout cela, si au lieu d'estre paisible et 
sans bruit comme un bon vieux barbon, il n'estoit 
point colère et vindicatif de sorte que ; 

Eu esgard à son haut mérite, 
Il ne fait pas bon sans mentir 
Près de luy lorsque l'on l'irrite, 
Car il sçait fair repentir 
De l'offense la plus petite. 
Ce luy seroit un crève-cœur 
Si l'on disoit qu'il est sans cœur, 
Quand, par faute d'intelligence, 
Il est tardif à la vengeance. 
Mais, à la lin, par trahison, 
11 sçait bien en tirer raison. 
Sur l'heure il feroit bosse et playe 
Avec la crosse de l'Abbaye. 
Quand il ne peut frapper du poing, 
II court d'abord à la satire 
Comme une arme qui porte loing 
Et lorsqu'il ne peut faire pire 
Le pauvre barbon en soupire. 
Donnez -vous bien garde, Iris, 

De luy faire voir cette lettre. 
Comme je demeure à Paris 

En peine il pourroit bien me mettre, 

Car il dispose entièrement 

Pour seconder sa perfidie 

D'un assez puissant régiment, 

Car celuy qui, fidèlement, 

Critiqua sur sa comédie 

En fut menacé hautement '. 

1. Soraaize critiqua la Théodore. C'est à cela qu'il est fait 
allusion. 



442 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

De sorte qu'il ne me menaceroit peut-estre pas, mais 
qu'il feroit son coup sans faire de bruit. Et s'il conce- 
voit une fois de la haine contre moy, il me verroit 
périr et n'auroit pas la charité de me vouloir confesser 
tant il est vindicatif ou, s'il me vouloit confesser, 
ce seroit afin de publier mes fautes après ma mort pour_ 
donner un tesmoignage évident qu'il ne pardonne ja- 
mais. Vous sçavez que ce que je viens de vous escrire 
est plus tost pour vous faire voir que je suis résolu de 
vous obéir en tout ce que vous me commanderez que 
de faire rien qui choquast et me rendit ennemy un 
homme qui ne m'en a jamais donné de subject.Et d'ail- 
leurs, si je sçavois que vous deussiez faire voir ce que 
je vous mande à d'autres personnes, je le déchirerois 
et vous escrirois que je ne le connois pas. Je vous 
prie de le tenir secret et, d'un autre costé,je vous prie 
encore davantage de croire que si jamais j'avois eu bien 
des choses à vous mander que je ne vous eusse pas 
entretenue si longtemps de ces fadaises. 

Que peut-on dire sur un sujet si bas qui ne soit in- 
digne de vous estre mandé. Quand je suis sur une ma- 
tière, je suis bien aise d'expédier promptement. Et si 
je vous en ay tant dit, c'est afin que vous n'en parliez 
plus quand je vous iray voir. 

Au reste, ne croyez pas que j'en aye dit tout ce qui 
peut se dire. Pensez-vous que je puisse vous escrire en 
si peu de temps toutes les actions infâmes et ridicules 
que cet homme a fait depuis qu'il est monde ? Si j'entre- 
prenois de tout mettre, croyez, belle Iris, que je serois 
soixante et tant d'années pour vous faire le journal de 
toutes ses mommeries et impertinences. J'eraploieraj 
bien mon temps s'il falloit que je fusse historiographe 
de ce beau parasite et vous estes trop juste pour me 
condemner à vous escrire seulement ce qu'il fait en un 
jour, puisqu'il fait plus d'extravagances en une après- 



APPENDICE 



443 



dinée que je n'en pourrois escrire en un mois. Jugez 
combien je ferois de volumes in-folios si je voulois 
faire l'abrégé de sa vie. II n'est pas besoin que je vous 
conseille de ne le point hanter. Car touttes les remons- 
trances que vous pourriez luy faire seroientinutilespuis- 
qu'il n'est pas dans le dessein de changer de conduite. 
Car, pensez-vous qu'en luy conseillant de lire son bré- 
viaire avec plus de dévotion qu'il le fît plus exacte- 
ment ? 



Luy dont on fait courir le bruit 
Qu'il ne le dit point que la nuit 
Gravement près de sa fenestre. 
Le vent retourne son feuillet 
Cependant qu'il fait un poulet. 
O l'invention d'un saint prestre l 
O Dieu! le grand avancement, 
Lorsque, dans six heures latines, 
Il dit compile auparavant 
Que d'avoir achevé matines! 

Voicy, belle Iris, tout ce que je vous escriray pour 
cet ordinaire. Si vous souhaitez en sçavoir davantage, 
je fais tant d'estat de tous vos commandemens que 
dans deux jours je vous en instruiray plus particuliè- 
rement. Et selon la responce que j'attens de vous je 
me tairay ou je prendray encore quatre escrivains 
avec moy pour vous satisfaire et jusqu'à nouvel ordre 
je m'enquesteray de ses actions pour vous en donner 
horreur. 



444 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

ACTE NOTARIÉ INÉDIT 

DU 20 DÉCEMBRE 1635^ 

Furent présens en leurs personnes Messire François 
de Metel, sieur de Boisrobert, conseiller et aulmosnier 
du roy, prieur des prieurés de La Ferté-sur-Aube et de 
Saint-Salurnin-de-Nozay et chanoine en Tég-lise cathé- 
drale de Rouen, demeurant en cette ville de Paris en 
la maison des Trois-Pucelles, parroisse Saint-Eustache 
d'une part, et frère Philibert de Corns, religieux sacris- 
tain dudit prieuré de La Ferté-sur-Aube, estant de 
présent en ceste ville de Paris, logé rue et proche la 
porte Saint-Michel, parroisse Saint-Cosme, d'autre, 
lesquelles partyes,pour terminer le proceds et différend 
qui est entre eux qui naguères estoit pendant et indécis 
par devant messieurs les maistres des requestes ordi- 
naires de l'hostel et à présent par appel au Parlement, 
sur ce que ledit de Corns prétendoit luy devoir estre 
payé par chacun an la somme de soixante-quinze livres 
pour les gaiges prétenduz à lui deubz à cause de la qua- 
lité de soubz-prieur dudit prieuré de la Ferté sur-Aube, 
ce dont il auroit fait cy-devant demande à Symon Du- 
four leurs receveur et admodiateur du revenu temporel 
dudit prieuré de la Ferté par devant le sieur bailly de 
Chaumont duquel il auroit obtenu sentence du vingt- 
sixiesme novembre mil six cens trente-deux par laquelle 
ledit Dufour audit nom auroit esté condamné à payer 
audit de Corns laditesomme de soixante et quinze livres, 
laquelle sentence ledit de Corns auroit depuis voullu 
faire déclarer exécutoire contre M^ Zacarye Gaucherot 

1, Archives de la Ilaule-Marne, série H, Fonds non classé. 



APPENDICE 



415 



aussi cy-devant receveur et admodiateur du revenu 
temporel dudit prieuré et pour ce l'ayant fait assi^^ner 
par devant ledit sieur bailly de Chaumont ou son lieu- 
tenant, ledit sieur de Bois-Robert seroit intervenu de 
ladite sentence eti.celle etlesdites partyes fais renvoyer 
en vertu de ses lettres de committimus par devant 
nos dits sieurs maistres des requestes au préjudice du- 
quel renvoy ledit de Corns n'auroit délaissé de faire 
exécuter la sentence qu'il avoit obtenu de faire vendre 
le vin qu'il avoit fait saisir sur ledit Gaucherot et tou- 
ché la somme de deux cens vingt-cinq livres pour trois 
années desdits prétendus gaiges, lesquelles sentences 
dudit sieur bailly de Chaumont auroient esté cassées 
par deux diverses sentences de nos dits sieurs les mais- 
tres des requestes ordinaires de l'hostel et ensuitte,sur 
le principal, les partyes ayant esté réglées à écrire et 
produire et ayant respectivement escript et produict 
seroit intervenu sentence desdits sieurs maistres des 
requestes le... jour de... ' dernier par laquelle le dit 
sieur de Boisrobert auroit esté renvoyé absoubz des 
demandes dudit de Corns, seroit par luy rendu et res- 
titué, de laquelle dernière sentence ledit Corns se seroit 
porté pour appelant en ladite Cour. Sur qaoy lesdites 
partyes estoient en voye de continuer leursdits diffé- 
rens pour lesquelz assoupir et terminer ont faict et 
accordé entre eux ce qui s'ensuit. C'est à sçavoir que 
ledit de Corns s'est volontairement désisté et désiste par 
les présentes de l'appel de ladite sentence dudit... jour 
de... - dernier consentant et accordant que la dite sen- 
tence demeure en sa force et vertu, etc., qu'elle soit 
exécutée de point en point selon sa forme et sa teneur 
et pour ladite somme de deux cens vingt-cinq livres 
que ledit de Corns est comme dit est receue desdits 

1. En blanc dans le texte. 

2. Ibid. 



446 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Dufour et Gaucherot, ^çavoir dudit Dufour cent cin- 
quante livres et dudit Gaucherot soixante-quinze livres 
qu'il est condamné à rendre par la susdite dernière 
sentence, icelluy de Corns promet et s'oblige de ren- 
dre, bailler et payer ladite somme de deux cens vingt 
cinq livres audit sieur de Boisrobert ou au porteur en 
ceste ville de Paris dans le jour et festede Pasques pro- 
chai venant, pour plus grande assurance du payement 
de ladite somme de deux cens vingt-cinq livres ledit 
de Corns promet et s'oblige de bailler et fournir audit 
sieur de Boisrobert dans quinze jours prochains bonne? 
suffisante et solvable caution demeurant audit lieu de 
La Ferté-sur-Aube qui s'obligera avec luy solidairement 
et soubs les renonciations à ce requises et nécessaires 
de bailler et payer audit sieur de Boisrobert laditte 
somme dans ledit jour et festes de Pasques prochain 
venant à la charge aussy que ledit sieur de Boisrobert 
sera tenu comme ii promet et s'oblige envers ledit de 
Corns de l'acquitter et indemniser du paiement de la- 
dite somme envers lesdits du Four et Gaucherot et 
faire en sorte qu'il n'en sera par eux ny autres inquietté 
ny poursuivyen façon que ce soit, sans préjudice néant- 
moins audit sieur de Boisrobert de ladite somme à luy 
deue par ledit de Corns dont il luy a ce jourd'huy 
passé obligation par devant les notaires soubzsignés 
qui demeurera en sa force et vertu, le tout réciproque- 
ment à peine, etc. ; car ainsy le tout a esté convenu 
et accordé entre lesdites partyes, lesquelles, pour l'exé- 
cution des présentes, circonstances et dépendances 
d'icelles.ont esleu leurs domiciles irrévocables en ceste 
dite ville de Paris, sçavoir ledit sieur de Boisrobert en 
la maison des Trois-Pucelles où il est logé susdéclaré 
et ledit de Corns en la maison de M® Pierre Hubert, 
procureur en Parlement, seize, au parvis Nostre-Dame, 
parroisse Saint Christophe auxquelslieux, etc.. nonobs- 



AI'I'EMJICI-: 



tant etc.. promet, etc. renoncer, etc. de part et 
d'autres, etc.. Fait et passé à Paris en la maison des 
Trois-Pucelles. Fut déclarée l'an mil six cens trente- 
cinq du vingtiesme jour de décembre avant midy et 
ont signé ainsi. Signé : de Corns, de Métel, Morel et 
Véron. 

L'an mil six cens cinquante-six, le cinquiesme jour 
d'avril, collation de la présente coppie a esté faicte à 
la minute originalle par les notaires garde-nottes du 
roi du Ghastellet de Paris soubzsignés, ladite minutte 
estant en l'une des liasses de la praticque de deffunct 
M" François Véron, vivant notaire audit Ghastellet, de 
présent en la possession dudit Le Vasseur l'un des 
notaires soubzsignés comme subrogé à la praticque du- 
dit deffunct Véron. 

Signé : Duchesme. 
Le Vasselr. 



LETTRES DE NOBLESSE DE LA FAMILLE 
LE METEL ' 

Louis par la grâce de Dieu, roy de France et de 
Navarre, A tous présens et à venir, salut. Gomme nous 
avons tousjours creu que la vertu est la plus illustre 
cause et le plus solide fondement de la vraye noblesse, 
Nous en avons aussi tousjours volontiers donné les 
marques à ceux qui n'ayant pas reçeucet advantage de 
la nature l'ont toutesfois mérité par leurs actions ver- 

1. Archives de la Seine-Inférieure. Mémoriaux de la Gourdes 
Aides, t. XXIX, f"^ 115 et s. ; Bibliothèque nationale. Cabinet 
d'Hozier, n" 237, 



4iS LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

tueuses. Et quoy que nous aions faict depuis peu un 
règlement fort exact sur ce sujet pour oster à tous ceux 
qui ne seroient pas dignes de cette grâce l'espérance de 
l'obtenir d^^ Nous ou d'en jouir après l'avoiroblenuë par 
surprise, Nous n'avons pas néantmoins entendu d'en 
exclure noz bons sujetz et anciens serviteurs qui la peu- 
vent justement espérer de nostre bonté pourrécompense 
de leurs services et afin que leur postérité soit d'autant 
plus obligéeàimiterleur fidélité et leur zèle envers leur 
Prince et envers leur Patrie. Entrelesquelz nostre cher 
etbienamé JérémieLe Metel, sieur D'ouville, Advocat 
en nostre Parlement de Normandie, a^^anl tousjours fait 
profession d'une haute vertu, rendu aux feus Roys nos 
prédécesseurs et à Nous, des services signalez eu plu- 
sieurs occasions importantes et s'estant allié en une 
noble et ancienne famille de ladite province de Nor- 
mandie par son mariage avec Damoiselle Jeanne Delion 
duquel mariage sontyssusplusieursenffantzà l'éducation 
et instruction desquelz il a pris beaucoup de soin et de 
peine pour les rendre dignes de s'approcher de nostre 
personne et d'estre emploiezen noz affaires. Ce qui luy 
a si heureusement réussy que depuis plus de quinze ans, 
l'aisné de ses filz a esté continuellement occuppé pour 
nostre service et nostre cher et bien amé François Le 
Metel, sieur de Boisrobert son autre fils, estant venu 
en nostre cour dés ses jeunes années y a receu plu- 
sieurs tesmoignages de nostre bienveillance, estant 
mesme à présent l'un de noz conseillers et aumosniers 
ordinaires. Nous avons estimé que nous ne pouvions 
mieux reconnoistre le mérite et les services tant du 
père que des enfans qu'en 1 .s honnorant du tiltre de 
noblesse dont leur vertu les a rendus dignes. A ces 
causes et pour aultres grandes considérations à ce Nous 
mouvans, Nous avons de noz grâce spécialle, pleine 
puissance et authorithé Royale anobly et anoblissons 



AIM'ENUlCli: 



44) 



par ces présentes signées de nostre main ledit Jérémie 
Le Metel, sieur D'Ouville et tous ses enffans tant masles 
que femelles, nays et à naistre en légitime mariage et 
leur postérité et l'avons avec sesdits eiifans et descsn- 
dans décoré et honnoré, décorons et honnoroas du titre 
de noblesse. Voulons et nous plaist qu'ilz soyent en 
tous leurs faicts et actes cy après tenuz, censez et répu- 
tez comme nous les tenons, censons et réputons nobles 
comme si ledit Le Metel père estoit né de noble race; 
qu'ilz jouissent pleinement, paisiblement et perpétuel- 
lement en tous lieux tant en jugement que dehors 
de tous les- honneurs, privilèges, franchises, préroga- 
tives et prééminences dont les anciens nobles de nos- 
tre Royaume ont accoustumé de jouir ; qu'ilz puissent 
parvenir à tous droictz de chevalerie et de nostre 
gendarmerie et acquérir en tous temps toutes sortes 
de terres, possessions, héritages, fiefs nobles, de quel- 
que qualité et condition et en quelques lieux quilz 
soyent ; qu'ilz jouissent et usent tant de ci ux qu'ilz 
ont desjà acquis que de ceux qu'ilz pourront acquérir, 
qui leur sont escheuz ou qui leur escherront cy-aprèz 
par succession, donnation, mariages ou auitres moyens 
tout ainsy que s'ilz estoyent de tout ancienneté nays 
et extraitz de nostre lignée, sans que ledit Le Metel 
ses dits enfFantz et descendans puissent estre con- 
traintz de les quitter, alliéner ou mettre hors de leurs 
mains de quelque sorte et manière que soit dont 
nous les avons déchargez et deschargeons par ces 
présentes, et sans aussy que ledit Jérémie Le Metel, 
lequel, comme ses prédécesseurs, a tousjours fait son 
actuelle résidence de nostre ville de Rouen, soit tenu 
ni ses dits enfTantz ou autres de leur postérité, de 
nous payer ni à nos successeurs Roys, aucune chose 
pour les droictz de francs-ficfs et nouveaux acquetz 
que nous doivent les Roturiers et non nobles qui tien- 



450 



LE PLAISANT A«BE DE BOISROBERT 



nent des fiefs et héritages nobles en ce Royaume dont 
nous affranchissons, quittons et exemptons ledit Le 
Metel Père, ses enfants et leur postérité à tousjours 
de nostre mesme puissance et authorité Royalle. Et 
leur accordons, permettons qu'ils puissent désormais 
porter partout où bon leur semblera les armoiries tym- 
brées que nous leur donnons par ces présentes et telles 
qu'elles y sont peintes et blasonnées, les mettre et 
apposer en toutes leurs seigneuries, maisons, places etr 
autres endroits tout ainsi et en la mesme manière que 
lesdits autres nobles de nostre Royaume ont accous- 
tumé de faire, sans que, pour raison de nostre présente 
grâce, concession et permission, ils soyent tenus de 
nous payer, ni à nos successeurs Roys aucunes finan- 
ces ny indemnité, de laquelle, à quelque somme qu'elle 
se puisse monter. Nous avons fait et faisons par ces 
présentes don audit Le Metel en considération de ses 
services et de ceux de ses dits enffantz. Sy donnons en 
mandement à noz amez et féaux conseillers les Genz 
de nostre cour des Aydes en Normandie, presidens, 
trésoriers généraux de France et généraux de noz 
finances à Rouen, baillif dudit lieu, ses lieutenans et 
tous aultres de nos justiciers et officiers qu'il appar- 
tiendra qu'ilz facent jouir et user pleinement, paisi- 
blement et à tousjours de nostre présente grâce d'ano- 
blissement, don et quittance de finance, permission, 
concession et de tout le contenu cy-dessus ledit Le 
Metel père, ses enffantz nays et à naistre et leur 
postérité et lignée tant qu'ilz vivront noblement, fai- 
sans cesser tous troubles et empeschemens qui leur 
pourroient estre donnez, contraignans et faisans con- 
traindre d'y obéyr tous ceux qu'il appartiendra par 
touttes voyes deuës et raisonnables. Et rapportant 
par nos receveurs coppie des présentes collationnées 
pour une fois seulement. Nous voulons qu'ilz soyent 



Al'I'ENDICE i5l 

tenus quittes et deschargez de la somme à laquelle 
pourroit monter la finance dudit anoblissement nonobs- 
tant qu'elle ne soit icy déclarée ny aultrement spéci- 
fiée et que tels dons ne deussent estre faicts que pour 
la moitié ou le tiers seulement comme il est porté en 
nos ordonnances ausquelles et à tous édicts, déclara- 
tions, règlements, arrests et autres lettres nous avons 
dérogé et dérogeons et aux dérogations des dérogatoires 
y contenues à l'effet des présentes, par lesquelles nous 
mandons et enjoignons aussi à nos dits amez et féaux 
conseillers les gens de nos comptes en Normandie et sans 
avoir égard à nos édicts faits sur les anoblissemens et 
règlemens de nos tailles, déclarations faites de consé- 
quence, mesme à nostre Edit du mois de janvier mil six 
cens trente-quatre et autres faits ou à faire, ils facent 
régistrer ces présentes sans attendre de nous aultre plus 
exprez commandement ; Imposans sur ce silence per- 
pétuel à noz procureurs généraux, leurs substitudz pré- 
sens et à venir et à tous autres. Car tel est nostre 
plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à tous- 
jours, Nous avons faict mettre nostre scel à ces dites 
présentes sauf en aultre chose nostre droict, l'autruy 
en toutte. Donné à Fontainebleau au mois de juin l'an 
de grâce mil six cens trente-six et de nostre règne le 
vingt-septiesme. Signé : Louis... 



DOCUMENTS INÉDITS RELATIFS A L'ABBAYE 
NOTRE-DAME DE CHATILLON -SUR-SEINE 

Archives de la Côte-D'Or. Lettre H. Fonds de 
l'Abbaye des Genovéfains de N. -D.de Chatillon. — Ad- 
vertissement et inventaire que mettent et produisent par 
devant le Roy et Nos Seigneurs de Son Conseil les 



•lO'i LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

Religieux chanoines réguliers de Sainf-Aug^ustin de la 
Congrégation de Sainte Geneviève, estahlie en l'ahhaye 
Nostre-Dame-deChastillon, defjendeurs . — Contre 
messire François Metel, conseiller et aumosnier de Sa 
Majesté, sieur de Boisrohert etahhé commandataire de 
ladite ahhaye, demandeur en requeste du vingt-cin- 
quiesmejour de novembre mil six cens trente huict. A 
ce qu'il plaise au Conseil déhoutter ledit sieur de Bois- 
rohert des fins de la requeste. 

Celte pièce répond à une requête au Conseil du Roi 
du "25 novembre 1638, introduite par Boisrobert et que 
nous n'.tvons pas retrouvée. Elle démontre que notre 
héros, deux mois après sa prise de possession de l'ab- 
baye, entra en lutte avec ses chanoines. Ces derniers 
lui demandent une indemnité annuelle de huit cents 
livres, les bois nécessaires à la réfection des lieux régu- 
lier:*, la restitution de leur cartulaire. etc.. Loin de 
s'apaiser, la querelle s'envenime. Elle est bientôt por- 
tée par devant Pierre de Broc, évêque d'Auxerre, qui 
rend la sentence conservée dans : 

Bibliothèque Sainte-Geneviève, mss n° 635, f° 308, 
Sentence de Mgr Vévéque d'Auxerre nommé par Mgr le 
cardinal de la Rochefoucault pour terminer un diffé- 
rent d'entre le /?. P. Faure, supérieur général, et 
M. Vahhé de N. -D.de Châtillon. Du 17 décembre 1639. 
Cette sentence prescrit aux deux parties de « bailler 
chacune un Estât au vray du revenu et des charges de 
l'abbaye ». A peine est-elle rendue que Boisrobert(jan- 
vier 1640) écrit à Pierre de Broc la lettre suivante : 

A Monseigneur VEresque dWuxerre. Supplie très 
humblement François de Metel, sieur de Boisrobert, 
abbé de Nostre-Dame de ChastilIon-sur-Seine, deman- 
deur en règlement et exécution des Arrestsdu Conseil; 
contre ses religieux réformez de Sainte Geneviève-des- 
Monts introduit/, en sa dite Abbaye deffendeurs. Et 



AI'PENDICE 



453 



vous remonstre que le dit principal subject du rè^^le- 
ment par luy demandé provient du désordre arrivé en 
ladite Abbaye par la cessation du service divin, anéan- 
tissement des antiennes, fondations, abolition desaumos- 
nes, mauvais exemple et scandale publicq survenu à 
cause des abus et malversations qui s'y commettent 
journellement par lesdites parties qui jouissent encore 
de beaucoup plus de bien qu'il ne leur appartient, en 
usurpent sur le revenu dudit sieurabbé,luy détiennent 
sa maison abbatiale, dégradent et coupent ses bois sans 
sa permission ny aulcune authorité de justice : ce qui 
se justifiera par sa présente confession et reconnaissance 
des parties ; oultre ce qui en apparoist par la teneur 
des pièces dont dépend le mérite de la cause dudit sieur 
ab])é de Boisrobert. 

Ce considéré, Monseigneur, et que ses parties se peu- 
vent faire ouyr et examiner sur faictz et articles perti- 
nents en quelque estât que sa cause soit suyvant l'ordon- 
nance et que lesdits religieux ont faict desjà ouyr par 
devant vous, ledit sieur abbé de Boisrobert quoyque sur 
iaicts calomnieux par eux controuvez en désespoir de 
cause, Il vous plaise. Monseigneur, ordonner que lesdits 
religieux ouys et interrogez respectifvement sur lesdits 
faicts et articles pertinents cy-attachez, pour leur inter- 
rogatoire par vous veu et examiné et joint au procez, 
estre faict droit aux parties ainsi que de raison et vous 
l'aire justice '. 

A la suite de cette lettre, l'évêque d'Auxerre rend, à 
la date du 15 février 1640, une nouvelle sentence pres- 
crivant les conditions d'une entente qui aboutit bientôt 
au concordat ci-dessous : 

Bibliothèque Sainte-Geneviève, mss n° 629, f" 284 ets. 
Concordat passé entre le B. P. Faure, supérieur général 

l. Ex tneis. 



loi LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

de la Congrégation de France, et messire François de 
Mélel,abbé commendataire de V abbaye N.-D. de Châ- 
tillon-siir-Seine, contenant ce que les religieux doivent 
avoir pour leur lot des revenus de ladite abbaye. Du 
6 août 1610. 

Ce concordat, passé à Paris par R. P. Faure au nom 
des religieux de Ghâtillon, est ensuite ratifié par eux 
comme en témoigne le papier suivant : 

Bibliothèque Sainte-Geneviève, mss n» 629, f<'* 29^ 
ET s. Ratification du concordat cy-dessus. Par les 
Prieur, religieux et couvent de N.-D. de Chastillon-sur- 
Seyne. Du 21 aoust 1640. 

Boisrobert ratifie lui-même cette ratificatioQ par des 
lignes antographes contenues dans : 

Bibliothèque Sainte-Geneviève, mss n° 3275, f" 446. 

Puis il signifie au R. P. Boulard, successeur du R.P. 

Faure au généralat de la Congrégation de France, la 

ratification des chanoines de Chàtillon et la sienne 

propre par l'acte ci-dessous : 

Bibliothèque Sainte-Geneviève, mss, n" 629, f° 294. 
Signification au R. P. Boulard, supérieur général de 
la Congrégation à la requeste du sieur Mélel, abbé 
commendataire, etc.. Du 17 décembre 1642 (Celte 
date, portée par le mss de Sainte-Geneviève, doit être 
erronée. C'est 1640 qu'il faut lire) '. 

Durant quelques mois, à la faveur de son concordat, 
Boisrobert jouit d'une tranquillité complète. Mais bien- 
tôt, Richelieu l'ayant exilé pour les faits racontés précé- 
demment, les chanoines de Chàtillon profitent de sa 

1. Entre temps, Boisrobert passe, pour des affaires subsidiai- 
res, divers contrats avec le R. P. Boulard et ses chanoines. On 
les trouve aux Archives de la Côle-d'Or. V. aussi, Bibl. Sainte- 
Geneviève, mss n" 630, f° 292, Accommodement d^écriture pri- 
vée entre le R. P. Boulard et le sieur Mélel pour conserver 
CO livres de pension viagère sur la Cure de Chàtillon pendant 
([ue ledit sieur Mélel en sera abbé. Du 25 mars 1642. 



API'ENDICE tôO 

disgrâce pour ne point tenir leurs engagements. Dès 
lors s'échange entre notre héros (son bannissement se 
prolonge du 23 janvier 1641 au 16 novembre 1642) et 
les R. P. Boulard et Faure une active correspondance 
dont malheureusement une partie est perdue. Voici les 
lettres de Boisrobert, toutes inédites : 

BiBLiOTuikQUE Sainte -GENEVIÈ^E, mss n° 3275, f" 440. 
Au R. P. Boulard, 

A Rouen, le 24 avril (1641), Mon très Révérend Père, 
Estant obligé d'envoier ce lacquay à Paris pour mes 
aitaires, je n'ai pas voulu manquer à vous asseurer par 
luy de la continuation de mon très humble service. Je 
l'aurois fait plustost si j'avois eu l'esprit plus tranquille 
mais j'ay esté si estourdi de mon malheur et de la chutte 
que j'ay faite qu'en ce misérable estât je n'eusse osé 
vous aborder '. Je croy, mon Révérend Père, que le 
Père Esprit vous aura témoigné comment, pour entre- 
tenir la paix qu'il vous a plu mettre dans ma petite 
abaye, voyant que j'avois à faire à vos mauvais payeurs 
qui ne cherche (sic) qu'à me chicaner, j'ay emprunté 
de l'argent en cette ville à gros intérests de peur que 
les marchez que vos religieux ont fait pour leurs lieux 
réguliers ne manquassent d'estre effectuez. Je vous 
proteste que les premiers mil livres que j'ay avancez 
de mon argent me sont encore deubs aussi bien que 
l'argent que j'ay despensé pour la délivrance des bois 
et pour les frais de mon voyage. Nonobstant cela, si 
les dits lieux réguliers estoient achevez et que les dits 
religieux fussent en estât de me donner les matériaux 
de mon ancien logis, j'emprunterois encore de l'argent 
pour commencer dès cette année le logis que je suis 
obligé de construire du costé de la sacristie pour vous 
descharger à l'endroit de mes successeurs; au pis aller, 

1. Ceci témoigne de l'esprit de Boisrobert durant sa dis- 
grâce. 



456 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

ce sera pour l'année qui vient et vous promets bien que 
je n'auray point de joye que je ne sois quitte envers 
vous de to ites mes promesses. J'espère que, de vostre 
costé, vo is donnerez les ordres nécessaires pour entre- 
tenir li paix que nous avons jurée en présence du bon 
Père Faure et que vous aurez assez de charité l'un et 
l'autre pour aimer encore dans sa mauvaise fortune 
celuy qui doit estre tout le reste de sa vie, etc... 

Mss n° 3^70, fo 422. Au fi. P. Boulard. 

A Rouen, ce 26 décembre (1641). — Mon très Révé- 
rend Père, vous trouverez bon, s'il vous plaist, que je 
vous die que je ne me puis assez estonner du procédé 
de vos reli^neux de Ghaslillon qui, au préjudice de l'ac- 
cord si solennellement passé entre nous et contre la 
foy de la parole que vous et le R. P. Faure m'avez si 
religieusement donnée, et de vive voixet par escrit,que 
je ne serois jamais plus troublé n'y inquiété par eux, 
ont renouvelle leurs chicaneries en voulant empescher 
la couppe de mes bois de V'illothe après avoir touché 
mes mil livres et tiré les meilleurs arbres qui fussent 
dans lesdits bois pour la construction de leurs basti- 
mens. Je veux croire que cela se fait sans vous et sans 
ledit R.P. Faure. C'est pourquoy je ne m'en pleins qu'à 
vous deux et vous supplie bien humblement de me 
faire t-çavoir de vos nouvelles dans dimanche après 
lequel temps passé, vous ne trouverez pas mauvais si 
je m'en pleins ailleurs et autre lieu et vous en rece- 
vrez sans doute du déplaisir et de la honte. Si vos dits 
religieux n'ont autre fondement que celuy de ma dis- 
grâce et prétendent prendre ce temps-là pour m'acca- 
bler lâchement, je leur feray voir, avec l'aide de Dieu, 
qu'ils sont bien loin de leur conte et qu'outre mes 
anciens amis et protecteurs qui me demeurent, j'ay des 



Al'PENDICE iO/ 

pièc3S authentiques pour les convaincre, quoy que je ne 
deusse pas estre en peine pour les produire après les 
protestations que vous m'aviez faittes de me laisser en 
repos. 

Or, pour vous monstrer que je me tiens encore aux 
voves de douceur, je vous diray franchement que ces 
pauvres gens s'abusent de croire que je ne me suis pas 
tenu aux termes de 1 arrest du Grand Conseil. Qu'ils 
voyent 1 adjudicataire et il leur monstrera qu'il u'a ja- 
mais voulu donner un teston que nous ne fussions con- 
venus d'un bourgeois notable. J'ay nomé M. Courtin 
qui est riche de plus de cinq cens mil escus et qui est 
responsable des deniers dont je doy justifier l'employ 
et si vous pensez que les mil escus par vous touchez 
ne doivent pas entrer en conte, je vous montreray bien 
le contraire sans me servir mesme des escritsdu P. Es- 
prit que je garde et qui monstrent que lesdits mil es- 
cus ont été pris sur la vente desdits bois. Je vous prie 
de demander à ces bous pères pourquoy lorsqu'ils ont 
esté apellez à la délivrance des dits bois ils ne s'y sont 
point opposez, mais je respondray pour eux qu'ils n'a- 
voient point eu leurs mil escus ny leurs arbres de la 
plus forte raison, c'est que j'estois encore en prospé- 
rité. Je vous prie de peser toutes ces choses avec le 
R. P. Faure et de luy dire encor qu'ayant innocem- 
ment, à la prière du procureur du Roy de Chastillon, 
donné mon adjonction à son frère touchant la cure de 
Poirlon (?) où je ne croiois pas que vos religieux pris- 
sent interest, le Père Adam dit tout haut que je m'en 
repentirois et je voy bien que c'est icy l'eifet de ses 
menaces; mais prenez garde, s'il vous plaist, qu'il ne 
se repente luy-mesme de son indeue vexation qui vous 
blesse plus que moy. Si je ne fay pas voir jusqu'à un 
sols l'employ de l'argent qui a esté donné par l'adjudi- 
cataire, non seulement vous vous en pouvez prendre 

26 



458 I.E PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

à moy mais encore à M. Gourtin. Pour celuy qui reste 
à payer, vous verrez par le contract que j'ay faict avec 
le marchand que je ne veux pas qu'il passe par mes 
mains, mais dans celles du bourgeois notable à qui 
je le vay faire consigner pour la construction de mon 
logis abatial, mais je voy bien que si vous soustenez 
l'injuste procédé de vos religieux, je ne seray point en 
peine de le bastir. Je reprendray l'ancien que je feray 
réparer à ma volonté et quand vous m'aurez rendu mes 
mil escus, je verray ce que nous aurons à faire pour 
vos lieux réguliers et resveillerons tous nos différens 
passez que Monseigneur croioit avoir assoupis par sa 
prudence et par les soins de Mgr d'Auxerre. Mais j'es- 
père que si vous voulez meurement peser l'affaire avec 
le très R. P. Faure, nous n'en viendrons pas là ; vous 
tiendrez vostre parole et souffrirez que je devienne... etc. 
J'oubliois à vous dire que le P. Adam m'a non seu- 
lement tesmoigné sa mauvaise volonté par ses mena- 
ces, mais il intimide encore et rebute... '.Si je n'ay de 
vos nouvelles dans dimanche, vous me verrez bientôt 
à Paris pour me deffendre. 

Mss n» 3275, f' 424. Au R. P. Boulard. 

A Rouen, ce 12 janvier (1642). — Mon très' Révérend 
Père, les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de 
m'escrire, dattées toutes deux du 29 de décembre, avec 
celle que le P. Esprit vous aécritte,ne m'ont été ren- 
dues que d'hyer au soir et ne scay par quel malheur 
elles ont été gardées si longtemps. Pour response, je 
vous diray que si vos religieux de Chastillon estoient 
en doute de quelque chose et s'ils craignoient que l'ad- 
judicataire de mes bois de Villotte ne fust pas connu, 
ils sçavoient aussi bien que vous et le P. Esprit que 

1. Mots coupés par la reliure. 



APl'ENDICE iÔU 

je n'estois pas aux Indes et n'avoient qu'à s'esclaircir 
avec moy qui, à l'amiable, leur eusse fait voir que 
quoy que le sieur Michel n'ait pas voulu parestre l'ad- 
judicataire pour la crainte qu'il a d'eux, il ne laisse 
pas de l'estre et qu'il n'a jamais voulu donner un tes- 
ton sur les 3.000 livres qui m'ont esté demandées par 
six lettres du P. Esprit que je ne luy eusse trouvé un 
bourgeois notable dans Paris pour caution. J'ai esté 
refusé de plusieurs et enfin j'ay trouvé M.Gourtin qui 
est riche de plus de cinq cens mil escus et qui vaut bien 
le bourgeois que je n'ay pas pu trouver dans Chastil- 
lon,non pas mesme mon propre fermier tant ils appré- 
hendent tous l'humeur processive du P. Adam qui a, 
fort- à contre-temps, fait esclatter sa vengeance contre 
un homme en disgrâce et qui ne l'a point offencé. 
Tant y a que n'ayant point de vos nouvelles et voyant 
que le marchand prétendoit de grands intérests con- 
tre moy pour l'empeschement qui estoit fait à la 
couppe, j'ay laissé faire mes advocats qui m'ont def- 
fendu et sans l'asseurance que vous avez donnée à 
M. de Poix que vous me vouliez tenir la parole que 
vous m'avez si souvent donnée, et de vive voix, et par 
escrit, je croy que Monseigneur sçauroit desjà l'injus- 
tice qui m'a esté faitte par vos religieux qui, cependant 
que vous les excusez par vos lettres, disent, avec une 
hardiesse qui estonne tout Chastillon, qu'ils ne pré- 
tendent pas me tenir conte desdits 3.000 livres qu'ils 
ont touchez sur la couppe des dits bois dont vous sça- 
vez que j'avance une partie dès le lendemain de nos- 
tre accord. Jugez, s'il vous plaist, si je n'ay pas eu 
juste sujet de m'esmouvoir et si, par notre dit accord, 
estant.quitte à vostre esgard et ailleurs de touttes sor- 
tes de réparations généralement quelconques moien- 
nant lesdits 3.000 livres, ce n'est pas une espèce de 
mauvaise foy de me chicaner sur cette matière en l'es- 



4G0 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBEBT 

tatou je suis. Mais Dieu ne permettra pas qu'on m'op- 
prime. Il y a de la justice parmy les hommes et si vous 
n'arrestez le cours de ce procez qui ne devait point 
avoir esté entrepris sans vous consulter, prenez garde 
qu'avec toute leur finesse, ils ne soient condamnez à 
tous mes interests et despens. J'attends une response, 
s'il vous plaist avant que de pousser l'affaire jusques 
au bout au Grand Conseil et ne croyez pas qu'au privé 
conseil on vous escoutte à mon préjudice quand j'au- 
ray le bon droit comme je l'ay de mon costé avec vos 
escris et vos promesses. Que si la bonté qui vous est 
habituelle a pleine liberté d'ag-ir et qu'elle veuille que 
nous demeurions dans les termes de douceur et de re- 
pos, prescrivez-moy ce que vous désirez que je fasse 
pour la seureté de vos Pères et sçachez d'eux quand ils 
veulent que je commence mon logis abatial. J'ay mon 
plan tout prest et, dès ce caresme, je feray travailler 
si vous l'ordonnez à celui qui désire estre toute sa 
vie, etc.. 

Mss n" 327 5, f" 432. Au R. P. Faure. 

A Paris, ce 25 juin (1642). — Mon révérend Père, 
ayant appris du R. P. Boulard que vous estiez sur le 
point d'aller faire un petit voyage à Chastillon, j'ay 
creu e^tre obligé de vousrenouveller par cette lettre les 
asseurances de mon très humble service, bien marry 
de ne pouvoir vous aller tesmoignerde bouche, avec la 
passion que j'ay de vous servir, le désir que j'ay de 
terminer avec vous le reste de nos petits différens.Mais 
comme, à ce changement d'affaire, j'espère mon resta- 
blissement plus que jamais puisque celuy qui m'a 
perdu' auprès du Roy est maintenant dans l'accable- 
ment oîi il m'avoit mis par sa calomnie et que j'attends 

1. Cinq-Mars. 



APPENDICE 461 

des nouvelles de la cour qui ne me permettront pis 
de me pouvoir esloigner de douze ou quinze jours, je 
vous supplie très humblement, mon Révérend Père, 
de trouver bon que je vous die que j'ay grande passion 
de faire travailler à la construction du logis abbati.il 
suivant nostre concordat, mais comme je ne le puis 
faire que je n'aye les matériaux de la vieille maison, je 
vous prie de me mander quand vos religieux pourront 
estre en estât de se passer de ladite maison. Je sçay 
qu'ils sont obligez de loger les anciens religieux, mais 
quand leurs dortoirs seront achevez, outre que l'infir- 
merie leur sera inutile, ils pourront loger le reste dans 
ma maison et leur faire, pendant qu'on la bastira, oc- 
cuper ce qu'il y a desjà de bastimens dans la sacris- 
tie. J'aime mieux leur donner encore quelque cho^e 
de ma bourse pour l'achèvement de leurs dits dortoirs 
pourveu qu'à l'avenir ils veuillent bien vivre avec moy 
et qu'ils me sçachent gré de ma bonne volonté. 

Au reste, je vous diray pour nouvelles que le Roy 
partit le 18 de Lunel pour venir à Montrein et que le 
20 ou 21 il devoit voir son Eminence qui, grâces à Dieu, 
se porte très bien. M. le comte de Harcourt écrit à 
M® d'Aiguillon qu'un prisonnier qu'ila pris depuis qua- 
tre jours l'a asseuré que Jean de Vert a esté défait par 
M. de Guébriant avec 7.000 hommes, qu'il menoit à 
Don Francisco de Melo. Cette nouvelle est confirmée 
par un billet envoie de Galet à M'"^ de Guébriant et 
que Jean de Vert est blessé à mort. C'est tout ce que 
A'ous peut dire pour le présent, etc. 

Mss n° 3275, f- 436. Au R. P. Boulard. 

A Ruel, ce 12 novembre (1642). — Mon très Révé- 
rend Père, Ayant reçeu par l'ordinaire qui arriva hyer 
cette lettre de mon fermier et sçachant bien que les 
nouvelles chicaneries que le P. Esprit et le P. Adam 

26. 



462 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

me veulent faire ne me viennent point par vostre ordre, 
je vous supplie très humblement de me mander comme 
il vous plaist que je me gouverne en cette affaire. Le 
R. P. Faure sçait aussi bien que vous en quels termes 
nous sommes demeurez. Si vous souffrez qu'on y con- 
trevienne, il faut, à mon grand regret que nous replé- 
dions tout de nouveau pour procéder à nouveau par- 
tage, puisque vous ayant laissé celuy que vous aviez, 
vos religieux se prétendent exemptez des décimes et de 
l'oblat dont ils ont toujours payé le tiers sur ledit 
partage. Je croiois certainement que, selon la parole 
que vous, mon très Révérend Père et le R. P. Faure, 
m'aviez donnée, on advertiroit les P. P. de Ghastillon 
de ne me plus tourmenter et cependant... ' a exécuté 
mes fermiers. Le meilleur que j'y voye et que nostre 
concordat n'est point encore émologué au Grand Con- 
seil et qu'en me rendant les mil livres que je vous ay 
paiez par aucuns (?) de mes deniers, j'en seray quitte 
pour obtenir un nouvel arrest. Toutesfois, je me veux 
me flatter encore de quelque espérance que vous ny le 
très R. P. Faure n'avez aucune part à ce que l'on fait 
pas delà. Si cela est, je vous supplie d'y donner ordre 
promptement et de me faire response affin que je voye 
ce que j'auray à faire avant que le messager parte 
demain, etc. 

Je croy qu'un de mes amis vous aura donné advis 
que Monseigneur m'a dit que vous seriez le bien-venu 
quand il vous plairoit voir Son Eminence. Si le P. Es- 
prit demeure dans mon Abaye, je prouveray avec dou- 
leur que nous ne serons jamais en paix. 

Mss n° 3275, f" 444. An R. P. Boulard. 

A Paris, ce 22 décembre (1642). — Mon très Révé- 
rend Père, vous vous souviendrez, s'il vous plaist, que 

1. Mot pris dans la reliure. 



APPENDICE 



463 



vous m'avez prié de surçoir nostre nouveau compromis 
pour la maladie de P. Esprit. Depuis, j'ay envoie deux 
fois chez vous pour vous dire que je partois ce matin 
pour aller à la campagne pour un ou deux jours et le 
P. Gautier a justement attendu ce temps de mon dé- 
part pour me venir dire que puisque je m'en allois et 
que ne pouvois difTérer, il entendoit avoir raison par 
la justice, ce qui m'a obligé de le traitter en chicaneur. 
Je m'en suis pleint à M. Le Roux qui,cemesme temps, 
est entré chez moi et je vous fay ce mot en partant pour 
vous dire que mon procédé passera tousiours pour 
franc et celuy de vos religieux pour captieux et... '. 
Enfin je vous déclare que je ne les crains ny d'une fa- 
[çon ny d'autre et que s'il leur en arrive du mal, vous 
ne vous en devrez pas prendre à moy qui suis, nonobs- 
tant vos surprises, etc. 

Les lettres précédentes indiquent à quel point les 
relations étaient tendues entre Boisrobert et ses cha- 
noines. Les procédures au Grand Conseil recommen- 
cèrent. Mais des amis communs s'interposèrent, démon- 
trant qu'ils se ruineraient en chicanes de toute sorte 
et que mieux valait s'entendre à l'amiable. Suivant ce 
sage conseil, les deux parties établirent, par devant 
notaires, un nouveau concordat que conservent les : 

Archives de la Cote-d'Or, lettre H. Fonds de l'ab- 
baye DES Genevéfains de N.-D. de Ghatillon. Procès- 
verbaux DE visite F" 77 et dossier : Réforme de l'abbaye. 
Concordat du 5 mai 16i3. 

Ce concordat apaise le conflit pour de longues an- 
nées. Néanmoins en 1659, Boisrobert et ses religieux 
se brouillent à nouveau et toujours pour des questions 

1. Mot pris dans la reliure. 



46 i 



LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 



d'intérêt. Nous trouvons trace de cette brouille dans : 
Archives de la Gote-d'Or, Ihid., Registres capilu- 

laires, à la date du 14 août 1659. 

La dispute, d'ailleurs, ne se prolonge pas au delà 

d'une année, hes Registres capitiiLiires, dès la délibé- 




Plan inédit de l'abbaye de N.-D. de Chatillon 



ration suivante, du 7 juillet 1660, témoignent qu'une 
paix durable est intervenue entre les belligérants. Car, 
la grêle ayant ravagé les récoltes da l'abbaye, les cha- 
noines déclarent ne pouvoir solder les revenus de 
leur abbé et néanmoins lui demandent diverses grâces 



APPENDICE 465 

comme celle de les appuyer auprès de Tévêque de 
Langres. Notre héros, sans rancune même contre le 
P. Esprit qu'il accusait précédemment de révolution- 
ner son bénéfice, lui écrit dès maintenant avec cordia- 
lité '. 



LETTRES INÉDITES DE BOISROBERT 
SUR DIVERS SUJETS 

Bibliothèque Sainte-Genevikve, Mss n" o275, f" 42S^ 
Au R. P.Faure. 

A Amiens, ce 13 aoust(16i0) ^ — Mon très Rjvé- 
rend Père, Je leus hyer de bout en bout à Monsei- 
gneur * la lettre que vous m'avez fait Ihonneur de 
m'escrire et sceus de Son Eminence qu'elle avoit 
recommandé en justice à M. le Chancelier l'affaire de 
vos parties en considération d'une gentillesse parue de 
M. de Valenx qui est à présent Augustin réformé et 
qui a esté autrefois domestique de Son Eminence, mais 
que si vostre droit estoit le meilleur, M. le Chancelier 
ne manqueroit pas de le considérer, estant juste comme 
il est et que son intention n'avoit esté que de recom- 
mander la justice. Si nous retournons vers Paris, comme 
il y a beaucoup d'apparence, regardez ce qu'il vous 

1. Bihl SRinte-Geneviève, mss n" 3-275 f" 417. Au R.P Esprit, 
prieur de Gravelle. Cette lettre nous a paru trop insigniliante 
pour mériter d'être reproduite. 

2. Boisrobert accompagne Richelieu qui séjourne à Amiens 
du 20 juin au 8 septembre 1640 V. Correspondance de Richelieu. 
t. VI, p. 703, note 2. Il faut donc dater de 1640 cette lettre et 
les suivantes, d'autant mieux que la seconde annonce la pro- 
chaine ratification du Concordat précité, ratification effectuée 
parles religieux de Chastillon à la date du 21 août 1640. 



466 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

plaist que je face pour vous tesmoig-ner que je suis 
véritablement, etc. 

Mss no 3.275, f° 430, Au R. P. Faure. 

A Amiens, ce 18 aoust (1640). — Mon très Révérend 
Père, Depuis la lettre que je me suis donné l'honneur 
de vous escrire l'autre jour, j'ay pris rnon temps à 
propos pour faire connoistre à Monseigneur les justes 
prétentions que vous avez sur l'abbaye de Clairfontaine 
et ayant reçeu un factum de M. l'abbé, je l'ay fait voir 
à Son Éminence qui a esté tellement estonnée qu'elle a 
tout à fait changé de sentiment en vostre faveur et je 
m'asseure que vous en verrez bientost des preuves. Je 
vous supplie très humblement de ne pas faire connois- 
tre que je me suis mis de cette affaire, car le P. de 
l'Isle qui est celuy qui vous a fait du mal, m'est venu 
prier chez moy de ne pas nuire à ceux de son ordre et 
de ne pas dire à Monseigneur les accusations contenues 
audit factum qu'il prétend estre calomnieuses. Je les 
ay cependant non seulement révélées, mais qui plus est, 
j'ay dit qu'on m'avoit prié de ne le pas faire. J'ay creu, 
mon Révérend Père, que je devois cela à la justice de 
vostre cause et à la confiance qu'il vous a pieu possé- 
der en moy, outre que je vous advoue franchement que 
je hay leurs mauvais moines. Au reste, aussitost que 
vos religieux de Chastillon auront ratifié nostre con- 
cordat, je vous feray donner les mil livres ou les feray 
paier sur les lieux comme vous l'ordonnerez désirant 
vous témoigner, etc.. 

Mss n» 3275, f'' 442, An R. P. Boulard. 

A Chaulne, ce 14 octobre (1640) i. — Mon Révérend 

1. Correspondance de Richelieu, VI, 728 et s. Richelieu esta 
Chaune à partir du 25 septembre 1640. 



APPENDICE 467 

Père, je vous rends mille grâces de vostre souvenir et 
de la continuation de l'honneur de vostre amitié. Je 
suis bien aise d'apprendre par vostre lettre, que 
MM. les religieux de Ghastillon ayent ratifié nostre 
concordat. Je vous supplie de dire au R. P. général 
que je parlé hyer icy à Monseigneur de l'affaire de 
Clerfontaine et que Son Éminence m'asseura qu'elle 
n'avoit point escrit à M. le Chancelier, qu'elle sçavoit 
à présent, par .M. Lescot et par moy, la vérité de cette 
affaire et qu'elle n'avoit garde d'en empescher la jus- 
tice. Si mon dit M. le Chancelier a esté prié par quel- 
que autre personne, mandez-moy ce qu'il faudra faire, 
afïîn que je vous tesmoigne en ce petit rencontre comme 
partout ailleurs où vous me ferez la faveur de m'en- 
ployer, etc.. 

Mss 11° 3273, /•» 434, Au B. P. Boulard. 

A Paris, ce 23 novembre (1640). — Mon très Révérend 
Père, Je pensois vous aller voir dès hyer après midi 
pour vous rendre conte de l'affaire que vous m'aviez 
recommandée *■ et dont j'entretins assez long-temps 
Monseigneur pendant son disner, mais j'en fus empes- 
ché par les affaires qui me survindrent et qui m'enga- 
gèrent ailleurs. Je suppler^y donc à ma visite par cette 
lettre pour vous asseurer que Son Éminence ne prend 
aucune part à l'affaire des Pères Jésuites et me dit, en 
présence de M. de Noyers qui le put entendre, qu'elle ne 
se voulait mesler de ce différent en façon quelconque 
et que vous pouviez hardiment poursuivre vos préten- 
tions en justice. Je suis bien trompé si sa dite Émi- 
nence n'a esté sollicitée par lesdits Pères Jésuites, car 
je sentis bien qu'on luy avoit desjà parlé de l'affaire 

1. En note : Touchant le prieuré de Saint-Maurice. 



ioS LE PLAISANT ABBE DE BOISROBEKT 

m lis je croy csrtainement qu'ils ont eu pareille res- 
ponse que celle que je vous fais. Si vous me jugez 
diL,'^na d'estre vostre solliciteur, emploiez-moy, etc. 

Quand nous serons à Ruel, je vous promets que je 
prendray mon temps pour faire voir vostre mémoire à 
.Monseigneur afTin de l'engager d'autant plus à abaudon- 
uer vos parties s'il est vray qu'il les ait escoutées. 

Mss n° 327 jj<^ 438, Au B. P. Boulard. 

A Ruel, ce 12 de décembre (I6i0). — iMon très Ré- 
vérend Père, J'ai fait voira Monseigneur vostre mémoire 
louchant le prioré de Saint-Maurice de Senlis et parce 
que les P.P. Jésuites se sont vantez de la protection de 
Son Emiiience, je luy ay dit que non seulement vous 
mettiez à ses pieds les justes intérests que vous aviez 
en ce lieu-là, mais que vous lui abandonneriez encore 
Sainte-Geneviève selon que vous me laviez tesmoigné. 
Sar quoy, sa dite Éminence m'a dit qu'elle ne se vou- 
loit mesier de cette affaire en façon quelconque et vous 
poursuivissiez vostre bon droit. Je n'ay pas voulu 
manquer de vous en donner aussitost advis afin que 
voas faciez vos poursuittes comme vous adviserez qu'il 
e;i est le mieux et vous supplie de croire que je tiendray 
à honneur de vous servir dans toutes vos affaires, etc.. 

Mss n" 3275, (''419, Au R. P. Faure. 

A Paris, le 22 mars (1645) *. — Mon très Révérend 
P>-'re,Si j'ay différé jusques à ce jour à faire response à 
] i lettre qu'il vous a pieu me faire l'honneur de m'es- 
c ire devant hyer, c'est que je ne pus voir qu'hyer 
. I "^^ de Motteville avec laquelle j'eus une longue con- 
1-rence. Je luy dis qu elle n'avoit que deux moienspour 

1. Uu passade relatif au congrès de Munster date celte Icltre. 



APPENDICG 469 

conserver le prioré du Mont-aux-Malades à M. son 
frère. L'un de prendre les abits de relig-ieux dans Tan 
et l'autre de permulter ce bénéfice contre un autre, qui 
ne seroit point régulier. Et luy conseille de s'accom- 
moder avec vous, à quoy je la trouvé fort portée en 
cas que vous eussiez en mains quelque autre prieuré 
qui ne fust de guère moindre valleur, car celle-cy est 
fort à sa bienséance et on luy en offrit hyer, en ma 
présence, quatre mille livres touttes charges faittes. 
Voyez donc, s'il vous plaist, mon Révérend Père, ce 
que vous désirez que je luy die. En cas qu'elle ne 
trouve point d autre bénéfice, elle se résout, mais pour- 
tant avec beaucoup de peine à faire prendre les abits 
à son frère II ne sçait pas encore que ce bonheur 
imparfait luy soit arrivé, car il est avec M. Servien sur 
le chemin de Munster. Vous sçavez qu'il est fort de 
mes amis et que, sans vanité il m'a l'obligation de 
toutes S'is estudes, ayant obligé feu Monseigneur de 
l'entretenir neuf ou dix ans au collège de Navarre, pour 
l'honneur de feu M. l'evesque de S^ez dont San Emi- 
nence aimoit la mémoire. S'il estoit icy, je luy ferois 
faire une partie de ce que je voudrois. Regardez s'il 
vous pldist qae je luy escrive et ce que vous désirez que 
je face pour vous tesmoigner en cette occasion, etc...'. 



NOTICES INÉDITES SUR BOISROBERT 



I. — Bibliothèque de Caen, mss n" 35, Athense Nor- 
mannoram, par le R P. Martin. 

Ce manuscrit contient une notice en latin sur Bois- 

1. V. aussi, Mss n" 3275, f' 426, Au R. P.Boulard. Lettre sans 
aucun intérêt. 

27 



470 LE PLAISANT ABBE DE BOIS ROBERT 

robert. Nous en avons pris une copie, mais nous ne 
la jugeons pas suffisamment intéressante pour la pu- 
blier. Les quelques détails inédits qu'elle fournit sont 
utilisés par nous au courant de notre étude. 

II. — Bibliothèque de Chalons-sur-Marne, mss n"482, 
Notice biographique et littéraire sur Boisroherl et 
ses ouvrages. Lue à la Société académique de Châlons- 
sur-Marne le 5 mars 1854, par J. Garinet, in-4° 
de 48 p. 

Cette notice fut écrite par J. Garinet, après la lecture 
de l'étude de Livet sur Boisrobert parue, en premier 
lieu, dans les Annales de la Société académique de 
Nantes. Elle n'apporte aucun détail nouveau et, par 
contre, enferme quelques erreurs. Elle est entièrement 
basée sur la chronique scandaleuse et sans références. 



ŒUVRES DE BOISROBERT 

Poésie 
Recueils particuliers. 

I. — Les Epistres du sieur de Bois-Robert-Mét^l, 

ABBÉ DB ChASTILLON, DÉDIÉES A MgR l'EmINENTISSIME CAR- 
DINAL Mazàrin. Paris, Gardin-Besongne, l647,in-4°. 

II. — Les Epistres en vers et autres oeuvres poéti- 
ques de m. de Bois-Robert-Métel, conseiller d'estat 
ORDINAIRE, abbé DE Ghastillon-sur-Seine. Paris, Augus- 
tin Courbé, 1659, in-8". 



APPENDICE 471 



Recueils collectifs. 

I. — Palme regi.e invictissimo Ludovico XIII, régi 

CHRISTIANISSIMO, A PR.EGIPUIS NOSTRI ^EVI POETIS IN TRO- 

PH.EUM ERECT.E. Parisiïs, Apud Sebastianum Cramoisy, 
1634, 111-4°. 

II. — Epinicia Musarum eminentissimo Gardin.\li duci 
DE Richelieu. Parisiis, Apud Sebastianum Cramoisy, 
1634, in-4°. 

III. — Le Parnasse rovaloules immortelles actions 

DU TRÈS CIIRESTIEN ET TRÈS VICTORIEUX MONARQUE LoUIS XIII 
SONT PUBLIÉES PAR LES PLUS CÉLÈBRES ESPRITS DE CE TEMPS. 

Paris, Sébaslien Cramoisy, 1635, in-4°. 

IV. — Le sacrifice des Muses au grand cardinal de 
Richelieu. Paris, Sébastien Cramoisy, 1635, in-4''- 

Poésies publiées à part *. 

I. — Le Paradis d'Amour. Dédié au Ciel. S. L. N. D. 
in-4<» de 4 p. (Attribué par Fr. Lachèvre qui nous l'a 
communiqué). 

II. — Ode a la Reine Mère sur la Victoire du Rot 
SON Fils. S. L. N. D., in-4'' de 4 p. Signé: Bois-Robert. 

1. Le catalogue Pothier, t. II, p. 160 mentionne comme signée 
par le P. Le Moyne en collaboration avec Boisrobert la pièce 
suivante: Sonnets sur la naissance de Mgr le Dauphin, Paris, 
Cramoisy, 1638, in-l". Mais c'est une erreur. Nous avons véri- 
fié ces poésies que possède la Bibl. nat. La signature du P. 
Le Moyne seule y ligure. D'après le R. P. Martin : mss, pré- 
cité, Boisrobert aurait publié in-S» la Satire : Les Costeaux 
dont parle Tallemant et aussi des vers français adressés au 
duc de Brezé Sur la manière de vivre, Rouen, in-4°. Ces deux 
opuscules sont aujourd'hui perdus, de même que la traduction 
du Paslor Fido, de Guarini, Paris, in-S" dont nous avons fait 
précédemment mention et que cite Léon Ailatius. 



4/2 LE l'LAISANT ABBi: DE 130ISRÛBERT 

III. — Le songe de Boisrobert a Monseigneur le 
CARDINAL DE RicHELiEU. Ode. S. L. N. D. in-4° de 20 p. 
(Biol. de GrenobL). 

IV. — A Monseigneur le Prince sur la victoire de 
Monseigneur le duc d'Enghien, son fils, Sonnet. S. L. 
N. D. (16i3), in-f» de 1 f. (Nat. Ye 120). 

V. — L'homme sicilien parlant au chancelier. Ca- 
price. S. L., 16i9, in-4° de 7 p. (Nat. Ye 3070). 

VI. — Response au Parnasse alarmé. Par l'Académie 
FRANÇOISE, s. L., 161), in-4° de 6 p. (Bibl Mazarine. 
M. 11835). 

VIL — Sonnets sur la naissance de Monseigneur le 
prince, présentez a Madame Paris, 1650, in-4'^ de 20 p. 
(Bibl. nat., Ye 4 158. Attribué à Boisrobert parle ms 
n» 4411, fo^ 48t et s., Bibl. Mazarine). 

VIII. — A Monseigneur le Prince, sur son glorieux 
RETOUR. Stances. S. L. N. D. (1651), in-4° de 4 p.Maza- 
rinade. 

Poésies chrétiennes. 

L — Par.\phrase SUR les sept Pseaumes de la Péni- 
tence DE David. Dédiée a l.v Reyne Mère du Roy par 
le sieur DE Boisrobert. Paris, Toussaint du Bray, 1627,. 
in- 12. 

IL — Stances a la Vierge. Paris, Veuve Camusat, 
1642, in-4'* de 7 p. (Bibl. de Grenoble et d'Amiens), 

Ballets. 

L — Le grand balet de la revne dancé au Louvre 
LE 5 mars de l'.\n 1623. Paris, R. Giffart, 1623, in-8» 
de 14 p. 

II. — Le même. Paris, R. Giffart, 1623, in-8» de 16 p. 



Al'IMîNDICE 



473 



III. — Vers pour le ballet des Bacchanales. De l'In- 
primerie du Roy, 1623, in-4'^ de 28 p. 

IV, — Les_ nymphes bocagères de la forest sacrée, 
ballet dancé par la reyne en la salle du Louvre. 
Paris, M. Hénault, in-8" de 1 i p. 



Prose. 

I. — Histoire indienne d'Anaxandre et d'Orazie ou 
sont entre meslées les avantures d'Alcidaris, de Cam- 
baye et les amours de Pyroxène, Par le sieur de Bois- 
ROBERT. Dédié à M''° d'Effiat. Paris, F. Pomeray, 1629, 
in-8^ 

II. — Le même, Paris, Cardin-Be'songne, 1636, in-8''. 

III. — The Indian history of Anaxander and Ora- 
ziA... written in French by Monsieur de Boys-Robert, 
and translated into Englisch by W. g. Esy... London 
printed by S, G for J, Kirton... 1657, in-8» (Biblio- 
thèque de l'Université dOxford). Traduction en anglais 
de l'ouvrage précédent. 

IV. — Discours sur une tragédie de M. Heinsius 
intitulée : Herodes infantigida. Paris, Pierre Rocolet, 
1636, in-8°. Edition par Boisrobert d'un discours de 
Balzac. 

V. — Lettre de M. l'abbé de Boisrobert a M. Mai- 
RET (5 octobre 1637). Rouen. Impr. de Cagnard, 1894, 
in-8'' carré de 6 p. Relative à la querelle du Cid. Ex- 
traite de Abbé Granet: Recueil de dissertations sur 
plusieurs tragédies de Corneille et de Racine, 1740, 
1, 114. 

VI. — Les nouvelles héroïques et amoureuses de 
Monsieur l'abbé de Boisrobert. Dédié à Mgr Fouc- 
quet. Paris, Pierre Lamy, 1657, in-8''. 

VII. — Accidenti heroiciii et amorosi dell'abbate 



474 LE PLAISANT ABBÉ DE BOISROBERT 

BOISROBERT, Ll PORTO DAL FRANCESE IL BiSACCIOM. In 

L b Venetia, par F.Sbrti, 1659, in-r2. Traduction en italien 
de rouvrag"e précédent. 

Théâtre. 

I. — Pyrandre ou l'heureuse tromperie. Trage- 
comédie par le sieur de Boisrobert. Dédié à M. de 
Cahusac. Paris, Toussaint Quinet, 1633, in-4°. La même 
pièce porte successivement les titres suivants: Pyran- 
dre et Lisimène.La belle Lisimène. V Heureuse trom- 
perie. 

II. — Le même. Paris, Toussaint Quinet, 1633, in-.S\ 

III. — Le même. Paris, 1634 (Chevalier de Mouhy). 

IV. — Le même. Paris, Toussaint, Quinet, 1642, in-4''. 
A\ — Les Rivaux amis. Tragi-comédie, publiée par 

J. Baudouin. Dédiée au comte d'Annan. Paris, Aug. 
Courbé, 1639, in-4*' (Chevalier de Mouhy signale une 
édition publiée en 1638). 

VI. — Les deux Alcaxdres. Tragi-comédie de M. de 
Bois-Robert, abbé de Chastillon. Dédiée à M. de Pal- 
leteau par le sieur de Bonair. Paris, A. de Sommaville 
et Toussaint Quinet, 1640, in-4» 

VII. — Le même. Sous le titre: Les deux semblables , 
comédie. Paris, T. Quinet, 1642, in-4». 

VIII. — Palène. Tragi-comédie de M. de Boisrobert, 
Abbé de Chastillon. Dédiée à Mgr de Cinq-Mars par 
le sieur de Bonair. Paris, A. de Sommaville et Tous- 
saint Quinet, 1640, in-4°. 

IX. — Le couronnement de Darie. Tragi-comédie. Dé- 
diée à Mgr le comte de Guiche. Paris, T. Quinet, 1642, 
in-4". 

X. — Le même. Sous le titre : Le couronnement du 
roy Darius. Tragi-comédie. Paris, T. Quinet. 1647, 
in-4'^. 



APPENDICE 



475 



XI. — Le même. Amsterdam, J.Lescailh, 1666, in-8°. 

XII. — Le même. Traduction en hollandais: De Kro- 
ning van Darius, treurspel (ferijiml {naar het fransch 
van Boisrohert) door Pieter Dubbels. Amsterdam, 
L. Spillebout, 1651, in-i". 

XIII. — La vraye DmoN ou la Didon chaste. Tragé- 
die. Dédiée à M"^® la comtesse de Marcourt. Paris, Tous- 
saint Quinet, 1643, in-4''. 

XIV. — La jalouse d'elle-mesme. Comédie. Dédiée à 
M. le marquis de Richelieu. Paris, Aug. Courbé, 1650, 
in-4". 

XV. — Le même. Suivant la copie imprimée à Paris, 
1662, in-12 (Amsterdam, A. Wolfgang). 

XVI. — Le même. Amsterdam, 1718, in-12. 

XVII. — La Folle gageure ou les Divertissemens de 
la contesse de Pembroc. Dédiée à S. A. R. Mgr frère 
unique du Roy. Paris, Augf. Courbé, 1653, in-4^. 

XVIII. — Le même. Paris, Aug-. Courbé, 1654, in-12. 

XIX. — Les trois Orontes. Comédie (ou Les Trois 
Semblables). Dédiée à M''^ Martinossy. Paris, Aug. 
Courbé, 1653, in-4''. 

XX. — Cassandre, comtesse de Barcelone. Trage- 
Comédie. Dédiée à Mgr le duc de Nemours, archeves- 
que de Reims. Paris. Aug. Courbé, 1654, in-4''. 

XXI. — Le même. Amsterdam, R. Smith, 1654, in-S". 

XXII. — L'Amant ridicule, comédie représentée dans 
LE Balbt du Roy. Paris, Guillaume de Luine, 1655, 
in-12. 

XXIII. — La belle Plaideuse. Comédie. Dédiée à 
j\jme (jg Ris, Première présidente au Parlement de Nor- 
mandie. Paris, G. de Luyne, 1655, in-12. 

XXIV. — Les généreux ennemis. Dédiée à M™« la 
comtesse de Brancas. Paris, G. de Luyne, 1655, in-12. 

XXV. — L'Inconnue. Comédie. Dédiée à Mgr le car- 
dinal Mazarin. Paris, G. Deluyne, 1655, in-12. 



476 LE PLAISANT ABBli DE BOISROBERT 

XXVI. — Les apparences trompeuses. Comédie. Par 
LE SIEUR DE BoisROBERT, Abbé DE Ghastillon. Dédiée à 
M™^ la Présideate de Thoré. Paris, G. deLuyne, 1656. 
in-12. 

XXVII. La belle INVISIBLE ou LA CONSTANCE ESPROU- 

vÉE. Dédiée à Mgr de Bellièvre, Premier Président. 
Paris, G. de Luyne, 1656, in-r2. 

XXVIII. — Le même. Anvers, Nicolas Ralliot, 1660, 
in-S". 

XXIX. — Les Coups d'Amour et de Fortune ou 
l'Heureux infortuné. Tragi-comédie. Dédiée à M. de 
Mancini. Paris, G. de Luyne, 1656, in 12. 

XXX. — Théodore Reyne de Hongrie. Par M. de 
Boisrobert. Abbé de Chastillon. Tragi-comédie. Dédiée 
à M™* la Procureuse générale (M™» Foucquet). Paris, 
Pierre L'Amy, 1657, in-Ti. 

XXXI. — Le MÊME. Paris, P. Lamy, 1658, in-12. 

En collaboration avec les cinq auteurs. 

I. — La comédie des Tuilleries, par les cinq autheurs. 
Publiée par J. Baudouin. Paris, A. Courbé, 1638, in-4". 

II. — L'aveugle de Smyrne. tragi-comédie, par les 
cinq autheurs. Publiée par J. Baudouin, Paris, A. 
Courbé, 1638, in-4°. 

Nous ne croyons pas utile d'indiquer les éditions 
postérieures de ces deux pièces. Un volume de la Bi- 
bliothèque nationale intitulé : Théâtre de Boisrobert 
(4° Yf 156) et dont toutes les pièces sont de Boisro- 
bert, contient : Les Frères, tragi-comédie qui sera re- 
présentée sur le théâtre du Collège des Grassins par 
les quatriesmes. Le jeudy 24 de février 1656 à une heure 
précise. S.L. 1656, in-4''de8 p. Nous n'avons pu déter- 
miner si cette pièce appartient à notre héros. En outre 
Somaize : Remarques sur la Théodore, 1657, cite, 



APPENDICE 



477 



comme de Boisrobert : Aminte, pièce qui n'aurait pas 
eu de succès et Le marij par force. Ghap 'uzeau et 
De Beauchamps lui donnent également Alphèdre ou 
Alphrède. tragédie; Periandre, tragédie et Labitte : 
op. cil. : Les Affections d'Amour. Le R. P. Martin : 
mss précité, mentionne les OEuvres complètes de Bois- 
robert, Paris. I65t, in-4". Ce volume n'existe dans 
aucune bibliothèque publique de France dont nous 
avons dépouillé tous les catalogues. 

Table des poésies de Boisrobert non comprises dans les 
Épistres *. 

1616. VL'ranoplée ou navigation du lict de mort au 
port de la vie. utile pour assister les mala- 
des. Rouen, 1616. Vers parmi les pièces limi- 
naires. 

1619. Le cabinet des Muses ou nouveau recueil des 
plus beaux vers de ce temps, 1619, p. 496, 
498, 500, 502, 504, 506, 507, 509,511, 513, 
514, 5 17, 5-22, 581, 533. 

1621. Les œuvres du sieur Théophile, 1621, Stances 

parmi les pièces liminaires. 

1622. Le temple d'honneur où sont compris les plus 

beaux et héroïques vers des plus renommez 
poètes de ce temps, 1622, p. 19, 48. 

1627. Recueil des plus beaux vers de MM. Malherbe, 
Bacan, 1627, 95 pièces dont on trouvera le 
détail dans F. Lachèvre : Bibliographie des 
recueils collectifs précitée. 

1630, 1638, 16i2. Même titre, 4i pièces, détaillées 
dans Frédéric Lachèvre : op. cit. 

1. Les pièces publiées à part ne sont pas comprises dans cette 
table non plus que les poésies inédites. 



478 LE PLAISANT ABBE DE BOISROBERT 

1633. Corneille : La Veuve, 1633. Vers parmi les pièces. 

liminaires. 
1635. Le Parnasse royal précité, p. 23,31, 52, 99 '. 
1635. Le sacrifice des Muses précité, p. 28, 55, 84, 

165, 175, 182. 
1635; Scudéry; Le trompeur puny, 1635. Vers parmi 

les pièces liminaires. 
1639. Recueil de divers rondeaux, 1639, p. 69. 
1644. Les Chevilles de M^ Adam Billaut, 1644, p. 8. 
1646. Œuvres poétiques de Maynard, 1646. Vers parmi 

les pièces liminaires. 
1646. Borne délivrée ou la retraite de Caius Martius 

Coriolanus, par Mascaron, 1646. Vers parmi 

les pièces liminaires. 
1649. VEslite des bouts rimez de ce temps, 1649, p. 39. 
1653. Recueil Sercy, 1653, P^ part., 2'=édit., p. 86, 

196,197,211,369. 
1653. Recueil Sercy, 1653, 2» part., p. 120, 264, 290, 

297, 298, 299, 300, 301 (2 pièces). 

1656. Recueil Sercy, 1656, 3« part., p. 399. 

1657. La lyre du jeune Apollon ou la Muse naissante 

du petit de Beauchasteau, 1657. Vers parmi 
les pièces liminaires. 

1660. Recueil Sercy, 1660, 5" part., p. 281. 
— Le Songe du resveur, 1660, p. 13. 

1661 . Recueil des plus beaux vers qui ont esté mis en 

chant, 1661, 3« part., p. 336, 419. 

1667. Les deux entretiens du Parnasse, 1667, p. 43. 

1668. Recueil des plus beaux vers qui ont esté mis en 

chant, 1668, 2^ part., p. 126. 
1693. Le tableau de la vie et du gouvernement de 

1. Quelques pièces de ce recueil et des suivants, appartenant 
h Boisrobert, mais ayant été insérées dans des recueils précé- 
dents ne seront pas indiquées par nous. Nous donnons ici seu- 
lement la mention de leur publication originale. 



APPENDICE 



479 



MM. les cardinaux Richelieu et Mazarin, 1693, 

p. 235. 
1694. L'art de la poésie par le sieur de la Croix, 1694, 

p. 286. 
1732. Titon du Tillet : Le Parnasse François, 1732, 

p. 280. ■ 
1781. Annales poétiques, 1781, t. XVIIl, p. 12. 
1872. Bulletin du bouquiniste, 1872, p. 29. 

Correspondance imprimée de Boisrobert 

I. — Recueil de Lettres nouvelles, 1627, T. I, p. 193, 
198, 202, 204, 207, 212, 217, 220, 225, 230, 235, 239, 
243, 247, 250, 254, 256, 259, 261, 264, 267, 270 =z 
22 lettres. 

II. — .¥eme^i'fre,1634,T.I,p.24l,245,248, 252,256, 
259, 263, 265, 270, 274, 276, 279, 284, 289, 292, 297, 
303, 307, 31 1, 315, 319, 322, 326, 329, 332, 334, 337, 
340, 343. — T. II, p. 429, 434, 438, 440, 442, 444, 
448 = 36 lettres. 

Wl.—Méme titre, 1640, T. I, p. 171, 175, 178, 180, 
186, 190, 193, 197, 201, 205, 208, 212, 215, 217, 220, 
222, 225, 227, 230, 232, 235 = 21 lettres. 

En outre de ces lettres imprimées, nous devons en 
citer deux autres, inédites, signalées par V Amateur 
d'autographes, 1863, p. 60. L'une, sans date, est adres- 
sée à M. de Rodes ; l'autre, du 4 février 1646, à 
M. Ridel. 



Fin. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS 
PROPRES 



Abbé comique, surnom de 

Boisrobert, passim. 
Académie française (L'), 215 

et s., 250. 25S, 268 276, 278, 

313, 319 et s., 340, 361, 381, 

382, 391, 428 et s. 
Adam (R. P.), 246, 278, 457 

et s. 
Adjacetti (Famille), 137. 
Aix (Ville d). 130. 
Allemagne (Royaume d"). 314. 
Amadis (Voyasre d'), 55. 
Amiens (Ville d'j, 83, 255. 
Angers (Ville d'), 209. 
Angleterre i Royaume d'). 8, 

68, 72, 78, 85, 86, 90, 128, 
Angleterre (Chrirles I",roid'), 

78, 79. 82, 87, 89. 
Angleterre (Charles II, roi d'), 

385. 
Angleterre (IIcnriette-Marie 

de France, reine d'), 78, 79, 

80, 81, 83, 84, 85, 88, 90,385 
Angleterre (Henriette d'), fille 

de Charles I"", 385. 
Angoulême (Ville d'), 53, 54, 

56, 57, 73, 326. 
Annat (R. P. François), 347, 

348, 350. 
Anne d'Autriche, 82, 84, 112, 



122, 127, 147, 192, 260, 270, 

311, 327, 330, 371. 
Arbre-Sec (rue de 1'), 117. 
Arquebuse (Pavillon et jardins 

de 1'), 245, 250. 
Arsenal (Palais et jardins de 

r , 292, 377. 
Aubery (Louis), sieur du Mau- 

rier, 223 
Auteuil (Village d'), 378. 
Auvergne (Province d'), 197, 

218. 
Auvry (Abbé^, plus tard évê- 

que de Saint-Flour, 290. 
Avignon (Ville d'), 47, 130. 



Bac (Porte du), à Rouen, 18. 

Bagnolet (Village de), 35. 

Bailleul (M. de), prévôt des 
marchands, 83. 

Balzac (ChAteau de), 54, 255. 

Balzac (Guez, père de), 53. 

Balzac (François-Guez, sieur 
de), 53. 

Balzac (Jean-Louis-Guez, sieur 
de), 53, 54, 55, 56, 73, 74, 75, 
91,92, 112, 113, 149, 156,158, 
159, 164, 173, 174, 175, 194, 
196, 218, 219, 220, 222, 223, 



482 



INDEX ALPHABliTIQL'E IjES NOMS PROPRES 



234, 238, 270, 310, 325, 326, 
333. 336, 381, 382, 393. 

Barberin (Palais), 133, 136. 

Barberin (Antoine, cardinal), 
135, 133. 137, 138, 141, 381. 

Barbin (Surintendant), 42, 48. 

Bary (Gilles ou Melchisse- 
dech), opérateur, 11, 12, 
13. 14. 

Bassompierre (François de 
Bestein, maréchal de), 41. 

Bastille (Forteresse de la), 42, 
257. 

Baudouin (.Teani, 164, 194. 234. 

Bautru (Nicolas de), comte de 
Noiicnt. 141. 

Bautru (Guillaume de), comte 
de Serrant. 36, 100, 101, 150, 
151, 154. 191, 267, 300, 316. 

Béarn (Province de), 125. 

Beauchasteau (François-Ma- 
thieu Chastellet, dit le petit 
de), 370. 380. 

Beaumanoir - Lavardin (Phi- 
lippe-Emmanuel de),évêque 
du Mans, 345. 

Beaumont (Harbouin de Péré- 
fîxe, abbé de^, 130, 154. 273. 

Bel-Air (Cabaret du), 189. 

Belg:entier (Domaine de). 131. 

Bellerose (Pierre Le Messier. 
dit), 168, 194, 197, 339. 

Bellièvre (Président Pom- 
ponne de). 338, 367, 368. 

Belvédère (.lardin du), 134. 

Benserade (Isaac de), 311. 

Bentivoglio (Abbé Jean» 138. 

Bentivosrlio (Guy, cardinal), 
137, 138. 

Berné, traiteur. 310. 

Bernières (Charles Maig:nart, 
président de), 32, 173, 180. 

Bcrnin (Le cavalier). V. Ber- 
nini (J.-L.). 



Bcrnini (J. Laurent), dit le 

Cavalier Bernin, 136. 
Beroalde (François'», sieur d 

Verville, 130. 
Bersy (Charles Maslon. prési- 
dent de). 337. 
Bertaut (François), 312, 314. 

469. 
Bertaut (Magdeleine-Eugénie), 

dite Socratine, 312. 
Berulle (Pierre, cardinal de). 

37. 
Besong-ne (Cardin), libraire, 

323. " 
Béthune (Philippe de), 57. 
Beuvron (Catlierine-Henriette 

d"Harcourt, demoiselle de). 

309, 311, 355. 
Beuvron ( P'rançois d' Harcourt , 

marquis de), 178. 
Béziers (Ville de), 281 
Blanche (Victoire). V. Girard, 
Bignon (.Térôme). 367. 
Billaut (M* Adam), 221. 
Binet, avocat, 28. 
Blois (Ville et château de , 43, 

47, 48. 49, 50. 52, 68. 
Blot (César), baron de Chau- 

vigny. 69. 100. 109. 
Boileau (Gillesi. 358. 364, 367, 

369. 382. 384. 
Boisrobert (Terre de), 7. 
Boisrobert. V. Le Metel (Fran- 
çois). 
Boissat (Pierre de), 68, 114. 
Bonair (M. de), 192, 193, 194. 
Bonnes - Nouvelles (Prieuré 

de), 9. 
Bonzi (Pierre, cardinal de), 46. 
Bordier (Bené), 72. 
Borromini (François), 136. 
Bot (le sieur). 328. 
Bouchard (.lean-Jacques), 137, 

221 223. 



INDEX ALPHABKTIQUE DES NOMS PROPRES 



483 



Houillon (Frédéric-Maurice de 

la Tour d'Auvergne, duc 

de), 36. 
Boulart (R. P.), 233. 251, 255, 

278, 284, 454 et s. 
Boulogne (Ville de'i, 84. 
Bourbon (R. P. Nicolas), 221. 

234. 
Bourbon-Lancy (Station ther- 
male de), 282. 
Bourdelot (Pierre - Michon. 

abbé), médecin, 356, 337, 

386, 387. 
Bourgogne (Hôtel de), 51, 60, 

168, 186, 189, 190, 194, 196, 

273, 339, 341. 365, 366, 384, 

425, 432, 439. 
Bourgogne (Province de), 243. 

250. 
Bourzcis (Amable de), abbé 

de Saint-Martin de Gores, 

230. 
Boute ville (François de Mont- 
morency, comte de), 212. 
Bouteville M'"» dei. V. Chatil- 

lon (Isabelle-Angélique de 

Montmorency, duchesse de). 
Bouthilier (Claudel, 101, 128. 

129, 130. 132. 133, 142, 144. 
Bouthilier (Léon', comte de 

Chavigny. 101, 107, 144, 207, 

272, 338^. 
Bouthilier(Mariede Bragelon- 

gne, femme de Claude), 107, 

148. 
Bracciolini (François), 224. 
Brancas (Suzanne Garnier, 

comtesse de). 362, 363, 380. 
Bregy (Charlotte de Saumaise 

de Chazan, comtesse de), 309 
Bresse (Pays de), 210. 
Bressieux (M. de), 44. 
Bretagne ( Province de ), 7, 140, 

141, 328. 



Brezé (Claire-Clémence de 

Maillé). V. Condé (Princesse 

de). 
Brezé(Jean-Armandde Maillé), 

102. 
Brezé (Urbain de Maillé, ma- 
réchal de). 102. 
Brion( François-Christophe de 

Lcvis-Ventadour, comte de), 

109. 
Brissac (Paix de), 37. 
Broc (Pierre de), évéque 

d'Auxerre, 255, 452 et s. 
Brulart (Nicolas), sieur du 

Boulay, 109. 
Brun (Antoine), 68. 
Buckingham (Georges, duc de), 

81, 82, 83. 84, 88, 89, 122, 

270. 
Bueil (Claude, chevalier de), 

117, 118. 
Buhy (M""»), 311. 
Bullion (Claude de), 101, 144, 

207, 209, 225. 



Caen (Université de), 23. 

Caen (Ville de», 7. 

Cahusac (M. de). 172. 

Calende (Place de la), 10. 

Campagnol (Bernard Patras 
de), 310. 

Campagnol! Anne Gucz, femme 
de François Patras de), 53. 

Camusat (Denise de Courbe, 
femme de Jean', 232. 

Camusat (Jean), imprimeur de 
l'Académie française, 232. 

Candalle. V.dEpernon (Louis- 
Charles- Gaston, marquis de 
la Valette, duc). 

Caradas (M. dei, 306. 

Carcassonne (Ville de), 281. 



48 i 



INDEX ALPHABETIQUE DES NOMS PROl'RES 



Carlisle (James-Hay, comte 

de), 78, 86, 87, 88'. 89 
Carme I (Couvent du), 263. 
Carmeline( Antoine), bateleur, 

88. 
Carmes (Rue des), 24. 
Caron (Daniel), 200. 
Castille (Nicolas Janin de), 

334, 372. 
Catherine femme de chambre 

do Marie de Médicis, 44. 
Caumarlin (François Lefèvre 

de), évêque d'Amiens, 81. 
Cavali leggieri i Porta dii, 132. 
Cave aux Miracles, cabaret de 

Rouen, 22. 
Cavoye (François Oger, sieur 

de), 272. 
Cavoye (Marie de l'Or, femme 

de François Oger, sieur de), 

256. 
Cerisy (Abbé de). V. Habert 

(Germain). 
Cezy (Pliilippe de Harlay, 

comte de), 337. 
Chaillot (Village de), 378. 
Chalais (Charlotte de Castille, 

comtesse de), 92, 373. 
Chalais ( Henry de Talleyrand, 

comte de), 68, 93, 112. 
Chalusset (Jean -François de 

Bonnin, marquis de), 208. 
Champagne (Philippe de), 144, 

160. 
Champagne (Province de), 304. 
Chantilly (Château de), 349. 
Chanvallon (Abbé de), secré- 
taire du duc de L >rrainc, 171. 
Chapelain (Jean), 1 56, l.'>7, 139, 

161, 162, 164, 178, 179, 191, 

213, 216, 217, 222, 228, 232, 

236, 240, 269, 270, 381, 387. 

3B9, 392. 
Charente (Rivière La), 54. 



Charleval (Châtoau de), 357 . 

Charleval. V. Du Ris (Charles 
Faucon). 

Charpentier, secrétaire du car- 
dinal de Richelieu, 40, 97, 
122, 135, 2"6. 

Chastcauvilain (S. Aquaviva 
d'Atri, comte de), 137, 142. 

Chàteaubriant (Ville de), 7, 
140. 

Chateauneuf (Charles de l'Au- 
bespine, marquis de), 124, 
330. 

Chatillon (Abbave Notre-Dame 
de), 20], 244, 243, 246, 248, 
249, 230, 234, 278, 279, 293, 
329, 351, 367, 414 et S., 431 
et s. 

Chatillon (Isabelle-Angélique 
de Montmorency, duchesse 
de), 52, 388. 

Chatillon-sur-Seine (Ville de), 
244, 247, 249, 251, 363. 

Chaudebonne (Claude d'Urre 
du Puy Saint-Martin, sieur 
de), 109. 

Chaune (ChAteau de), 255, 266. 

Ghaune (Charlotte - Eugénie 
d'Ailly de Picquigny, du- 
chesse de), 261, 266, 267,268, 
379. 

Chaune(Henry-Louisd' Albert, 
duc de , 83. 

Chavigny. V. Bouthilier(Léon). 

Chemerault i Françoise de Bar- 
bezières, demoiselle dei, 126. 

Chevreuse Hôtel de), 78, 82. 

Chevreuse(C]audede Lorraine, 
d'abord prince de Joinville, 
puis duc de), 41, 79, 80, 81. 

Chevreuse i Marie de Rohan, 
d'abord duchesse de Luynes, 
puis duchesse de>,77,78, 82, 
8 j, 87, 89 147, 222. 



INDEX ALPHABETIQUE DES NOMS PROPRES 



4S5 



Chrétien, avocat, 28. 
Christine, reine de Suède, 

382. 3S3. 
Cinq Diamants (Rue des), 161, 

228. 
Cinq-Mars (Henry Coiffier. 

marquis de), 192, 193, 261, 

274, 281. 
Citois (François*, médecin, 

95, 151, 154, 160, 171, 172, 

280, 281, 284, 302, 386. 
Citois, commis à la Surinten- 
dance des Finances, 307. 
Civita-Vccchia {\'i\\e de), 132. 
Clairfontaine fAbbaye de), 

466, 467. 
Claquedent (Maisons de), 8. 
Claquedent ( Près del, 10. 
Clermont-Lodève (Alexandre 

de Castelnau, comte de ',68. 
Clinchamp (Bernardin de Bou- 

queville, baron de), 357. 
Codoni, apothicaire de Marie 

de Médicis, 46. 
Colbert (Jean-Baptiste), 383, 

403 et s., 40S. 
Colisée (Le), 136. 
Colletet (François), 325. 
CoUetet (Guillaume), 69, 116, 

164, 187, 224, 225, 234. 
Combalet (Antoine du Roure, 

sieur dei, 261 
Combalet (M-°' de). V. d'Ai- 
guillon (Duchesse). 
CGncini (Concinol, maréchal 

d'Ancre, .'^6, 39, 40. 
Concini (Leonora Galigaï, 

femme de Concino), 39, 40, 

44, 147, 
Condé (Maison de), 296. 
Condé (r.harlotte-Marp:uerite 

de Montmorency, princesse 

de), 103, 295, 296. 
Condé (Claire -Clémence de 



Maillé Brczé, princesse de), 

295, 206. 
Condé (Henry II de Bourbon, 

prince do). 7, 36, 328. 
Condé (Louis de Bourbon, 

prince de), 293, 296,308, 309, 

329. 
Conrart (Valentin), 212, 213, 

217, 22S, 324, 331, 381, 391. 
Gonti (F'rançi)is de Bourbon, 

prince de), 36. 
Conti (Armand de Bourbon, 

prince de), 322, 328,329, 340, 

356. 
Corneille (Pierre), avocat, 28, 

31, 186. 
Corneille (Pierre), poète tra- 
gique, 185, 186, 339, 240, 241^ 

325, 332, 335. 341, 351, 391, 

424. 
Corneille (Thomas), 424. 
Corns (Philibert de), 444 et s. 
Cornuol (Anne Bigot, dame), 

376, 377. 
Cortone (Pierre de), 136. 
Costar (Pierre), 345, 346, 359, 

360, 361. 
Cotin (Abbé Charles). 189. 
Coulon (M. de , 396. 
Cours la Reine (Promenade 

du), 265, 377. 
Courtin M.». 457 et s. 
Couserant CSV" de), 95. 
Coussay Prieuré de), 47. 
Couzières (Entrevue de), 57. 

D'Aiguillon (Marie-Madeleine 
de V'ignerot, dame de Com- 
balet, puis duchesse). 102, 
103, 192, 261, 26'^, 264, 263, 
266, 268, 272, 273, 292, 293, 
295, 461 

Daillon (Gaspard de), évéque 
d'Agen, 138, 139. 



186 



INDEX ALPHABETIQUE DES NOMS PROPRES 



D'Alais (Louise-Henriette de 
la Chaslre. comtesse), 92. 

Dalibiay (Charles de Vion, 
sieur de', 69. 

D'Amboise (Georges», cloche 
de la cathédrale de Rouen. 
8, 354. 

D'Annan (Corcte\ 194. 

D'Appelvoisin (Antoine), 272. 
274. 

D'Arbaud (François), sieur de 
Porchères. 71, 164, 222. 

Daret. graveur, 382. 

D'Attichy. V. Maure (Com- 
tesse de). 

DAubignac (Abbé). V. Hede- 
lin (François). 

D Auchy (Charlotte des Ur- 
sins, Aicomtesse), 219. 

D'Avaux (Claude de Mesmcs, 
comte). 139. 

D"Avaux (Henry de Mesmes, 
comte 1. 112. 

DEffîat(Antoine Coiffier, mar- 
quis), 102. 

D'Eflîat i,Maric de Fourcy, 
femme d'Antoine Coiffier, 
marquis), 112. 

D'Eflîat (Marie Coiffier, de- 
moiselle), 112. 

D'Elbeuf (Catherine - Hen - 
riette. duchesse», 148. 

Delgade. poète. 36. 

D'Emery (Michel Particelli, 
sieur), 339. 

D'Enghien (Duc). V. Condé 
Louis de Bourbon (prince 
de). 

D'Epernon (Jean-Louis de No- 
garet de la Valette, duc), 
52, 54. 

D'Epernon (Louis- Charles - 
Gaston, marquis de La Va- 
lette, duc), 59. 



Des Barreaux(Jacques- Vallée, 
sieur). 68. 261. 262. 263. 

Des Hameaux (Président), 32. 
33. 

Des Hameaux! Présidente),121. 

Deslandes-Payen. V. Payen 
(Pierre). 

Des Loges (Marie-Bruneau. 
dame). 113, 114, 115, 214. 

Desmarets (Jean), sieur de 
Saint-Sorlin. 187, 188, 190, 
213, 214. 230. 237, 270, 284. 

Des Noyers (François Sublet, 
sieur), 467. 

Desrain (Abbé), 146. 

Des Roches (Abbé). V. Ha- 
bert (Germaini. 

Des Roches (Chevalier), 27 1. 

Des Roches (Michel Le Masle. 
prieur), 97. 151. 

D'Estouteville i Marie), cloche 
de la cathédrale de Rouen. 
354. 

DEstrée (Jean, comte), 364. 

Des Yveteaux (Nicolas Vau- 
quelin, sieur), 21, 69. 

D'Harcourt (Henri de Lor- 
raine. comte .210,211,212,461. 

D'Harcourt (Comtesse), 275. 

D'Harcourt (Charles de Lor- 
raine, prince), 363. 

DHozier (Pierre), 142, 157, 
244. 3S4. 

Dijon (Ville de1, 256. 

D'Interville (M.i, 114. 

Dognon(LouisFoucault, comte 
de), 337. 

D'Olonne (Catherine - Hen- 
riette d'Angennes de la 
Louppe, comtesse), 379, 383. 

D'Olonne (Louis de la Tré- 
mouille, comte), 345, 389. 

D'Ornano (Jean-Baptiste, ma- 
réchal), J07, 110, 111. 



INDEX ALPHABETIQUE DES NOMS PROrRES 



487 



D'Ortie (Comte), lieutenant 
aux gardes, 3Î2. 

D'Ouville (Terre), 7. 

D'Ouville (Antoine Le Metel, 
sieur). V. Le Metel. 

Douvres (Ville de\ 84. 

Du Bray (Toussaint), libraire, 
96. 

Ducée (Le sieur), 68. 

Du Lude (Famille), 139. 

Du Lude (Françoise de Dail- 
lon, demoiselle), 309, 

Du Perron (.Jacques Davj', 
cardinal), 34, 33. 

Du Petit Val (David), éditeur 
normand, 56. 

Du Pin, trésorier dés menus 
plaisirs, 353. 

Dupleix (Scipion). 238. 

Du Plessis-Bellière (Suzanne 
de Bruc, dame). 380. 

Du Plcssis-Chivray (M.), 310. 

Du Plessis-Liancourt, V. La 
Rochc-Guyon (Roger de). 

Du Puy (Christophe, Jacques 
et Pierre), 131. 

Durand (Etienne), 112. 

Du Ris (Charles de Faucon), 
sieur de Charleval, 32, 313. 

Du Ris (Jean-Louis de Fau- 
con), premier président au 
Parlement de Normandie, 
25, 32, 180, 3j7. 

Du Ris (Présidente de Fau- 
con^, 357. 

Du Vigean (Marthe Fors, de- 
moiselle), 295. 

Du Vivier(Lc sieur), poète. 72. 

Flbeuf (Ville d'), 9. 
Epicerie (Rue de 1'), 18. 
Espagne (Royaume d"), 336. 
Espée Royale (Auberge de 
1'), 317. 



Esprit (R. P. Claude), 246, 247, 

278. 455 et s. 
Esprit (Jacques), 313, 314, 315. 
Esselin (Le sieur), 310. 



Faret (Nicolas), 69, 132, 210, 

211, 212. 213, 214, 228, 238, 

250. 
Faure (R. P. Charles), 247, 253, 

254, 255, 278, 282, 312, 433 

et s". 
Felton (Jean\ 122. 
Fierté (Procession de la), 

9, 17. 
Flandre (La), 215, 238. 
Flotte (Le sieur). 69. 204,310. 
Fontainebleau (Château de), 

308, 311. 
Fontainebleau (Ville de), 283, 

409. 
Fontenay - Marouil (François 

du Val, marquis de), 298. 
Forges (Station thermale de), 

94, 180, 289, 29J, 311, 353. 
Foucquet (Basile', 374. 
Foucquet (François^ 374. ' 

Foucquet (Marie-Madeleine de 

Castille-Vilicmareuil, femme 

do Nicolas), 365, 374, 373. 
Foucquet (Nicolas), 364, 374, 

375, 376, 385, 396, 400 et s., 

408. 
Foucquet (Yves), 374. 
Fourcy (Marie de). V. D"Ef- 

iiat. 
France (Congrégation de), 246, 

253. 
Françoise (Rue), 168. 
Frangipani (Pompéo), 75. 
Frican (Baron de), 71. 
Froiderue (Paroisse de), 7. 
Fruges (M-"» de), 148. 
Furetière (Antoine), 242, 243. 



488 



INDEX ALPHABETIQUE DES NOMS PROPRES 



Gaillard Boiteux (Le), bate- 
leur, 10. 

Caillou (Palais de). 180, 183, 
356, 

Gr.ssendi (Pierre), 131, 

Gaultier - Garguille (Hugues 
Guéru, dit), 14, 17, 48, 50, 
51, 189. 

Gauthier (R. P. Michel), 246, 
463. 

Geromini ( Polidoro ), chapelain 
de Marie de Médicis, 46. 

Gesvres (François Potier, mar- 
quis de), 310. 

Gillot (Le sieur), 69. 

Gilles le Niais, bouffon, -384. 
427. 

Gineste <M.), 152, 250, 363, 

Girac < Paul -Thomas, sieur 
dei, 346. 

Girard (Antoine), dit Tabarin, 
30, 49, 50, 51, 88. 

Girard (Victoire Bianche, dite 
Francisquine, femme d'An- 
toine , 31. 

Girard (Oaude), officiai d'An- 
goulême, 54. 

Girard (Guillaume^, secrétaire 
du duc d'Epernon, 54. 

Girard (Philippe), dit Philippe 
de Mondor, 49, 50, 51. 

Giry i Louis) 213, 220. 

Godeau (Antoine), 114, 164, 
213, 218. 230, 236 

Godefroy (Denis II i, 331. 

Gombauld (Jfan Ogier, sieur 
de), 44. 114, 163, 224, 229, 
■232, 236, 275, 276, 325. 

GomberviUe (Marin Le Roy, 
sieur du Parc et de), 232, 
310. 

Gonzaguc (Marie del, 147, 

Gournay (.Marie de Jars, de- 
moiselle de), 115, 116, 117, 



119, 120, 165, 166, 213, 218, 
242, 

Gouvernet (Marquise de), 379. 

Grammont (Antoine de Gui- 
che, maréchal dci, 273, 275, 
277, 278, 338. 

Granier (Auger de Mauléon, 
sieur de», 2J0, 

Gros-Guillaume (Robert Gué- 
rin, dit La Fleur, dit), 48, 
49, 88. 

Guarini (Jean-Baptiste), poète 
italien, 51, 312 

Guébriant (Jean-Baptiste Ra- 
des, maréchal de), 461. 

Guébriant (Renée du Rec, ma- 
réchale de , 461. 

Guercheville t Antoinette de 
Pons, marquise de), 44, 32, 
68, 

Guerchy (Marguerite du Ré- 
gnier, demoiselle de), 379. 

Guille, traiteur, 310. 

Habert (Germain l, abbé des 
Roches, puis de Cerisy, 213. 

Habert Philipp-), 116, 213. 

Hailbrun (Colonel Jean), 156. 

Ilampton-Court (Palais d'),86. 

Harlay (François de), arche- 
vêque de Rouen, 19, 20, 21, 
180, 181, ls2, 183. 

Harlay (François de, arche- 
vêque de Rouen, puis de 
Paris. 356. 

Ilautefontaine (Durand, sieur 
de., 113. 

Hautefort (Marie de), 123,124, 
123, 126, 142, 175, 176. 

Hay (Daniel), abbé de Cham- 
bon, 229. 

Hay (Paul), sieur du Chastc- 
let, 229, 2 i8. 

Hedelin (François), abbédAu- 



INDEX ALPHABETIQLK DES NOMS PaOPRES 



iS9 



biguac et do Mcimac, 139, 

192, 193, 217. 223, 275, 366. 
Henri IV, 34, 44, 245. 
Hense, suisse du cardinal de 

Richelieu, 14', 300. 
JHolland (Henri Rich, lord 

Kensinglhom, comte de), 

78 82, 86, 87, 89. 
Hollande i Royaume de), 8. 
Huart (Charles , médecin, 44. 

Italie (Royaume d'). 98, 129, 
142. 

Jamin ( Amadis), 115, 165. 
Jamin(Mii«), Hj, 117, 118, 119, 

165. 
Jassinte ou Jacinte (abbé de), 

152. 
Join ville Prince de). V. Che» 

vreuse (Claude de Lorraine, 

duc de). 
Jonquières (M. de , 222. 
Joseph (François Le Clerc du 

Tremblay, en relijjiouR. P.), 

101, 143, 1 •!, 207, 225. 
.lubert Présidout), 32. 
Juif (Jean , chirurgien, 269. 
Juifs (Rue auxi, 24. 

La Baume 'Baron de), 152. 
La Bazinière Macé Bertrand, 

sieur de), 372. 
La Bouille Cocho de), 9. 
LaBoulayo Lt)uisedelaMarck, 

marquise de , 311, 379. 
La Cal^jri'nède (Gaucher do 

Goste, sieur de , 52. 
Lacger vHeicule de), seigneur 

de Massuguiei, 383. 
La C hambrc ^ Marin Cureau de\ 

330. 
LalTemas (Isaac de), 101, 153, 

200. 



La Ferté-sur-Aube (Prieuré 
de), 201, 304, 305, 306, 4*i 
et s. 
La Folaine (De), huissier du 
cardinal de Richelieu, 149, 
184. 
La Fontaine (Jean de). 375. 
La Force (Jacques Nompar de 
Caumout, maréchal-duc de), 
149. 
La Freselière (M. de), 151. 
La Gabelle, à Rouen, 8. 
Lagny (Couvent de), 316. 
La Louppo ( Magdeleine d'An- 

gennes dC', 379. 
Lambert (Michel), musicien, 

189. 
Lambert (Nicolas), sieur de 

Thorigny, 310. 

La MeUloraye (Charles de la 

Porte, maréchal-duc dc\ 

102. 103. 192. 260, l9l. 292. 

La Meilleraye (M"" de), 148. 

La Mothe Le Vayer (François 

de), 116 
La Moucque (Ile de), 8. 
La Pigeonnière( Le sieurde).68. 
La Porto lAmadordo), grand 

prieur de France, 102. 
La Rivière (Louis Barbier, 

abbé de), 108. 
La Rochefoucauld (François, 

cardinal do). 81, 247, 253. 
La Hoche- Guy on (François de 

Silly, comte de), 68. 
La Rocho-Guyon (Roger du 
Plessis-Liancourt, duc de), 
68. 
La Rochelle (siège de), 121, 

122 
La Roque (Jean de), 296. 
Lartigue, peintre, 60. 
La Serre i Jean du Puget, sieur 
de), 234. 



i'JO 



l.NDEX ALPllAEETIljUE DES NuMS l'IlOPKES 



La Suze i Henriette de Coligny, 
comtesse de), 380. 

La Trousse (Du Fay de), 209. 
Laval-Boisdauphin(Guy dc),69. 

La Valette (Louis deNogaret, 
cardinal de), 72, 101, 102, 
128, 207, 295. 

Lavardin (Mgr de). V. Bcau- 
manoir-Lavardin. 

La Victoire (Claude du Val de 
Coupeauville, abbé de), 194, 
195, 196, 346, 359, 386. 

La Volière (M. dei, huissier, 
308. 

La Vrillièro (Louis Philip- 
peaux, marquis, puis duc de ), 
337, 338, 339. 

Le Bailleul (Michel), 307, 308. 

Le Blond, peintre, 78. 

Le Bois ou du Bois, surnom 
de Boisrobert, passim. 

Le Boulay-Brulart. V. Brulart 
(Xicolasj. 

Le Bourgeois (Rose), 251, 252. 

Le Brun (Charles), 375, 399. 

Le Camus (Jean- Pierre), évê- 
que de Belley, 146. 

Le Clerc de Lesseville (Eus- 
tache). 380. 

Le Herti (Le fou), 357. 

Le Mans (Ville), 201, 345, 346, 
359, 361. 

Le Motel (Famille), 447 et s. 

Lj Metel (Antoine), sieur 
d'Ouville, 25, 332, 333, 334, 
335, 336, 337, 339, 345, 364, 
374. 

Le Metel (Charles), 25. 

Le Metel (Charlotte). V. Le- 
prince (Zacharie). 

Le Metel (François), sieur de 
Boisrobert, passim. 

Le Metel (Jérémie), 23, 25, 27, 
28, 205, 206, 332. 



Le Metel (Jeanne Delion, 
femme de Jérémie), 25, 205, 

206, 332. 
Le Moync (R. P. Pierre), 225, 

226 
Lenclos (Anne, dite Ninon de), 

261, 316, 317, 318, 357, 376. 
Lenct (Henry), 367. 
Le rs'otre (André), 375, 376, 

396 et s., 400 et s. 
Le Pailleur (Le sieur), 69. 
Leprince (Pierre), 332, 345. 
Leprince (Zacharie), 332. 
Leprince (Charlotte Le Metel, 

femme de Zacharie), 25, 

332. 
Leprince (Les sieurs), neveux 

de Boisrobert, 332, 333, 334. 
Le Roux (M.), 463. 
Lescale (Chevalier de), 71. 
Lescot (Jacques), 237. 
Leslée (Michel de), chanoino 

du Mans, 345, 359. 
Lestoile (Claude de), 116, 185. 
Leu ville (René-Olivier, mar- 
quis de), 330. 
Lhermite (Tristan), sieur du 

Solier, 69, 109, 198, 226, 227. 
L'Homme de Paille (Hugues 

Gueru dit), 17. 
L'Hospital (Mi'° de La Haye, 

maréchale de), 379. 
Limours (Château de), 104, 

406 et s. 
Linas (Ville de), 43. 
LTsle (R. P. de), 466. 
Loire (Rivière de), 130. 
Londres (Ville de), 85. 
Longueville (Anne-Geneviève 

de Bourbon, duchesse de), 

314, 315, 356. 
Longueville (Henri d'Orléans, 

duc de), 36, 72, 222. 
Loret (Jean», 389. 



INDEX ALl'lIABETIQL'E DES NOMS PROPRES 



491 



Lorme (Jean de), médecin, 44, 
48," 386. 

Lorme (Marie de Lou, demoi- 
selle de), 261, 262, 263. 

Lorraine (Duché de|, 166 et s. 

Lorraine (Charles IV, duc de), 
166, 171, 179. 

Lorraine (Nicole, duchesse 
de), 166, 168, 171, 172. 

L'Orvietan (Christophe Con- 
lugi, dit), 88. 

Louis XIII, 36, 39, 41, 42, 57, 
58, 69, 72, 76, 83, 107, 110, 
111, 123, 124, 125, 127, 128, 
166, 192, 204, 205, 219, 226, 
255, 267, 271, 273, 274, 280. 

Louis XIV, 329, 344, 386. 

Louvencourt (M. de). 83. 

Louvre (Palais du). 33, 82, 90, 
124, 136, 265, 308, 3S3. 

Luxembourg (Palais du Pe- 
tit-), 292. 

Luynes (Charles d'Albert, duc 
de), 36, 39, 41, 42, 43,47,57, 
58, 67, 68, 76, 77. 

Lyon (Ville de), 127, 281. 

Lyonne (Hugues de), 373. 

Madelonnettes (Couvent des), 

265. 
Mahelot (Laurent), comédien, 

170, 343. 
Maigny (Mme de), 37. 
Maillet (xMarc de), 88, 115. 
Maine (Province du), 102. 
Mairet (Jean de), 68, 222, 241. 
Maisons (René de Longueil, 

président dci, 334. 
Malherbe (François de), 113, 

119, 146. 
Malleville (Claude de), 69, 116, 

202, 203, 213. 
Malmaison ^Avocat), 28. 
Mancmi (Alphonse), 371. 



Mancini (Laure, Marie, Hor- 

tense et Marie-Anne, 347, 

348. 
Mancina (Hyeronima), 370. 
Mancini (Philippe), 358. 
Marais (Quartier du), 213, 363. 
Marais (Théâtre du), 69, 189, 

190, 250, 271. 
Marandé (M. de), 372. 
Marché-Neuf (Place du), 24. 
Marolles (Michel de), abbé de 

Villeloin, 99, 116, 118, 189. 
Marsillac (François, Prince 

de), plus tard duc de la Ro- 
chefoucauld, 222. 
Martin, traiteur, 310. 
Montinossy (M"=). V. Marti- 

nozzy. 
Martinozzi (Anne-Marie), 343. 
Martinvillc (Faubourg de), 11. 
Martinville (Guillemottc-Ma- 

deleine, demoiselle de), 72. 
Martinville (M"« de), 72. 
Mascaron (Antoine de), 313, 

324. 
Matier (R. M.), générale de la 

Congrégation du Verbe in- 
carné, 353. 
Mauconscil (Rue), 168. 
Maugars (Abbé), 154, 155,156. 
Maure (Anne Doni d'Attichy, 

comtesse de), 93, 94, 137. 
Mauvaises Paroles (Rue des), 

40. 
Mayenne (Henry de Lorraine, 

duc de), 36. 
Maynard ( François de), 69, 202, 

204, 218, 221, 223, 236, 310, 

325. 
Mazarin (Palais), 303. 
Mazarin (Armand-Charles de 

la Porte, duc de la Milleraye, 

puis duc de), 292. 
Mazarin (Cardinal Jules), 282 



492 



INDEX ALPHABETIQUE DES NOMS PROPRES 



283, 284, 291, 297, 298, 299, 

300, 301, 302, 303, 304, 305, 

324, 325, 326, 327, 328, 337, 

338, 339, 344, 348, 371, 372, 

373, 385. 
Mazoycr (Philippe), 44 
Médicis (Catherine de, 34. 
Médicis (Marie de), 33, 36, 38, 

39, 40, 41, 42, 4:<, 44, 49, 52, 

53, 56, 57, 58, 73, 94, 95, 96, 

127, 147, 265. 
Melo (Don Francisco de), 461. 
Melson (Charlotte), MQ. 
Melusine (Hôtel de), 184, 231, 

282, 
Ménage (Gilles», 114, 223, 

319, 320, 321, 322, 324, 333, 

382. 
Menard, chirurgien, 44. 
Meziriac (Gaspard Baschet, 

sieur do), 69. 
Michel .Le sieur), 459 et s. 
Minimes (Couvent des), 196. 
Mole (Président Mathieu), ISI, 

372. 
Molière (J.-B. Poquelia, dit), 

357, 393. 
Molière d'Essertines (Fran- 

çois-Hugues de), 69. 
Monck ( Georges I, 385. 
Mondor (Philippe de). V. Gi- 
rard (Philippe). 
Mondury (Abbé), surnom de 

Boisrobcrl, passim. 
Mondory (Guillaume des Gil- 

berts, sieur de), 197, 198, 

199, 200, 271. 
Montaigne (Michel de), 115, 

165. 
Montargis (Ville de), 130. 
Mont aux Malades (Prieuré 

du), 312, 469. 
Monteclair iChevalier de), 313. 
Montpensier (Catherine-Marie 



de Lorraine, duchesse de\ 

110, 111. 
Montpensier (Marie - Louise 

d'Orléans, duchesse de), 379. 
Montplaisir (René de Bruc 

marquis de , 224. 
Moutrésor (Claude de Bour- 

deille, comte de), 384. 
Moutreuil (Mathieu de), 321, 

393. 
Montserraf (Pèlerinage de X.- 

D. de>, 75. 
Moret (Antoine de Bourbon, 

comte de), i08. 
Morgues (Mathieu de), 2l5, 

217, 237, 238, 239. 
Mortagne (R, P. Ange de), 

143. 
Mortemar (Françoise -Athé- 

naïs de Rochechouard, de- 
moiselle dei, 309. 
Motteville (Frauçois-Bcrtaut, 

présidente de , 260,311, 46S, 
Moulins (Ville de), 130. 
Mulot (Jean), • onfesseur du 

cao'dinal de Richelieu, 47, 

101, 145. 
Munster (Congrèsde), 312, 314. 

Nancy (Ville det, 166, 168, 387, 
Nanteuil iM. d -i, 315. 
Naplcs (Ville de), 140. 
Narbonne (Ville de), 281. 
Narni i R. P. Jérôme Martini 

de), 132, 133, 134. 
Naudé (Gabriel), 223. 
Navarre (Collège de), 312,460, 
Navarre (Royaume de), 323. 
Nemnurs Hjnry de Savoie, 

archevêque de Reims, puis 

duc de), 343. 
Neufgcrmain (Louis de), 104, 

105, 109, 110, 406. 
Neuve (Porte), 7, 



INDEX ALPlIABliTIQUÏÏ DES NOMS PUOPRE; 



493 



Nevcrs (Ville de), 130, 224. 
Xoailles (Antoine, comte de), 

301. 
Normandie (Province de), 1", 

22, 124, 157, 270, 27", 333, 

557, 418. 
Notre Dame (Cloître), 322. 
Notre Dame de Paris (Eglise), 

80. 
Notre-Dame (Eglise), à Rouen, 

8. 
Nozay (Ville de), 328, 
Nu-Pieds (Les), 205. 

Ogier (Charles), 116. 
Ogier (Françoisi, 116. 
Orléans (Ville d'), 43. 
Orléans (Gaston de France, 

duc d'), 58, 84, 100, 107, 

108, 110, 111, 112, 114, 127, 

271, 329, 342. 
Orléans (Marguerite de Vau- 

demont, duchesse d') 329. 
Orléans (M. de Valois, duc 

d'), fils de Gaston d'Orléans, 

329. 
Ortellius (Abraham Œrtel, 

dit), géographe, 59. 

Paget (Anne Gelée, dame), 

357, 380. 
Paget (Jacques), 311, 372,383. 
Palais Cardinal. V. Kichelieu 

(Hôtel de). 
Paleau (Abbé), 301. 
Palleteau (M. de), 194. 
Panthéon (Le., 135. 
Paris (Ville de), 23, 33, 34, 47, 

48, 51, 53, 58, 130, 185, 2ls, 

253, 277, 278, 279, 282, 307, 

314, 326, 349. 
Pascal (Jacqueline), 191. 
Patin (Gui), 144 
Patris (Pierre), 108. 



Pauquet (Louis), 345. 
Pajen 'Pierre;, sieur des Lan- 
des, 69, 70, 96. 
Peiresc (Claude-Fabri, sieur 

de), 130, 131, 132, 226. 
Pellevé (Hôtel), 228. 
Pellisson Paul), 375, 376, 396 

et s., 400 et s. 
Petit, prêtre de Saint-Paul, 51. 
Picard Louis», 377. 
Picardie (Province de), 83, 

255. 
Pilou ( Anne Baudesson,dame), 

151. 
Pinot, bateleur, 10. 
Pinotte (La), femme de Pi- 
not, 10. 
Poitou (Province du), 102. 
Poix (M. de), 439. 
Pomme de Pin (Cabaret de 

lai, 68. 
Pontcourlay (Famille de Vi- 

gnerot de), 102. 
Pontcourlay (Françoise du 

Plessis de Richelieu, femme 

de René de Vignerod, sieur 

de), 263. 
Ponlgibault (Roger de Dail- 

lon, comte de), 75, 76, 92, 

93, 139. 
Pont -Neuf (Le), 43, 30, 69, 

238, 236. 
Ponts de Ce (Bataille des), 57, 

67. 
Portes (Marquis de), 522. 
Pot de Fer (Rue dui, 318. 
Poussin (Nicolas), l.'^ô. 
Pré (Foire du), 9 et s., 16 et s. 
Presle iLouis-Nicolay, sieur 

de), 44. 
Priezac (Daniel de), 367. 
Provence Province Ici, 71, 130. 
Puisieux (Charlotte Brulart, 

demoiselle de) 150. 



28 



49: 



INDEX AI.-'!IAB1;TIQUE DiiS NOMS PltOl'KliS 



Poils d'Orbes (Abbaye du), 

251. 
Pure (Michel de), 3 78. 
Pu ylaurens ( Antoine de Laage, 

sieur de), 109. 

Querelle (Mlle de), 126. 
Quincampoix (Rue), 33. 
Quirinal (Le), 136. 

Kacan (Honorât de Bueil, sieur 

de), 114, 117, 118, 119, 120, 

121, 146, 164, 343. 
Raconis (Charles - François 

d'Abra de), évcque de La- 

vaur. 101, 145, 173. 
Rambouillet (Hôtel de), 114, 

164, 197, 213, 214, 235, 346. 
Rambouillet (Catherine de Vi- 

vonne, marquise de), 122, 

123. 
Raphaël. V. Sanzio. 
Ravaillac (François^ 53. 
Rcnaudot (Théophraste), 215, 

280. 
Retz (Paul de Gondi, cardinal 

de), 212, 326, 327, 328. 
Revoi (Louis de), 116. 
Rhône (Fleuve Le), 130, 281. 
llichelet (Pierre), 325. 
Richelieu (Hôtel de), 197, 198, 

20S, 240, 271, 282, 283. 
Richelieu (Porte de), 307, 359. 
Richelieu (Alphonse du Pies- 
sis), archevêque d'Aix, puis 

de Lyon, 103. 
Richelicu( Armand du Plessis, 

cardinal duc do), passim. 
Richelieu (Armand- Jean de 

Vignerod, duc de), 292,293. 
Richelieu (Emmanuel-Joseph 

de Vignerod, dit l'abbé de), 

292. 
Richelieu ( Jean-Baptiste- Ama- 



dor de Vignerod, marquis 

de), 292, 342, 356. 
Richmond (Palais de), S6. 
Ridel (Le Sieur), 479. 
Rigaut, cloche de la cathé- 
drale de Rouen, 354. 
Roanne (Ville de), 130. 
Rodes (M. de), 479. 
Roger, valet de chambre de 

Marie de Médicis, 44. 
RojasiDon Francisco de), 362." 
Roquelaure (Gaston, duc de), 

385. 
Rome (Ville de), 45, 129, 130, 

132, 133, 136, 137, 139, 141, 

142, 150, 221, 245. 260. 
Rossignol (Antoine), 151, 152, 

153, 250, 289, 302, 303, 304, 

305, 311. 
Rossignol (Catherine Quantin, 

femme d'Antoine), 151, 152, 

250, 2S9. 
Rotrou (Jean de), 186. 
Rouen (Chapitre de), 177, 204, 

35.' et s. 
Rouen (Ville de), 7. 8, 17, 26, 

32, 33, 176, 183. 186, 204. 

274, 277, 282, 283, 299, 312, 

352, 354, 366, 41S. 
Roussillon (Province du), 280, 

283. 
Royale (Place), 33, 196, 250, 

283, 379. 
Rucellai (Abbé Horacio), 45, 

52, 57. 
Ruel (Château de), 96, 160, 

188, 207, 270, 283. 292. 
Sablé-Boisdauphin (Urbain de 

Laval, marquis de). 345,346. 
Saint -Aignan (François de 

Beauvillicrs, comte, puis duc 

de), 373. 
Saint - Aignan (Honorât de 

Beauvilliei's, comte de), 70. 



INDEX ALPIIAlîETIQLE UES NOMS PROPRES 



495 



Saint- Amand (Abbaye de), 

180, 35 i. 
Saint-Amant (Marc-Antoine 

de Gérard, sieur de), lo, 63, 

69, 72, 88, 197,211, 218, 232, 

392. 
Saint-Amour-Frcrclot iMllc), 

comédienne, 271, 272. 
3aint-Ange (Château), 134. 
Saint- Ange (Enemonde Ser- 

vien, marquise de), 369, 370, 

373. 
Saint-Antoine (Rue\ 318, 
Saint-Augustin (Chanoines de 

l'Ordre de), 24". 
Saint-Augustin (Rue), 307. 
Saint-Barthélémy (Paroisse), 

51. 
Sainte-Geneviève (Abbaye), 

253. 
' Saint-Kvremond (Charles de 

Marquetel de Sainf-Denys, 

sieur de>, 241, 2*2, 345, 346, 

364. 
Saint-Georges (Jean de Lon- 

lay, sieur de), 208, 274. 
Saint-Germain (Château de), 

329. 
Saint-Germaini Faubourg), 388. 
Saint-Germain(Foire), 69. 384, 

433. 
Saint-Germain-Bcaupré 

(Agnès Le Bailleul, femme 

du marquis de). 307. 
Saint-Honoré (quartier), 311. 
Saint-Honoré (Rue), 33, 188, 

190. 192. 
Saint-Laurent (Foire), 69. 
Saint - Mandé (Château de), 

375. 
Saint - Maurice de Senlis 

(Prieuré de). 468. 
Saint-Ouen (Place), 22. 
Saint-Paul (Eglise), 51, 



Saint-Paul (Paroisse!, à An- 

rrouléme, 53. 
Saint-Pavin (Denis Sanguin 

de), 68. 
Saint-Privat (Ville de), 281, 
Saint-Romain, 20. 
Saint-Romain (Chapelle de^ 

J8. 
Saint-Romain (Chasse de), 20, 

21. 
Saint-Romain (Privilège de , 

17. 
Saint - Saturnin de Nozay 

(Prieuré de), 7, 140, 141, 173, 

328, 329. 
Saint - Sever (Faubourg), à 

Rouen, 8, 9. 
Saint-Thomas du Louvre(Ruc), 

SI. 
Saint-Victor (Porte), 130, 
Sales (François de), 231. 
Salomon (Aliéner ), 51. 
Salomon (.Team, sieur do Fré- 

ty, marchand. 51. 
Sanguin (Charles), 68. 
Sanzio (Raphaël), dit RaphaiM, 

136, 
Sarasin (Jean-François), 313, 

322, 323, 324, 393. 
Sauvage, 109. 
Sauvoy (M»m, 292, 293. 
Scaglia (Cardinal). 138. 
Scarron ( Françoise d'Aubigné, 

femme de Paul), 362. 
Scarron (Paul), conseiller au 

Parlement, 181. 
Scarron (Paul), 219. 324, 361, 

362, 363, 364. 365, 392, 436. 
Scudéry(Georgesde), 192, 312. 
Scudéry (Madeleine de), 380. 
Séguier (Chancelier Pierre), 

23, 161, 164, 204, 205, 206, 

216. 259, 272, 314, 330, 331, 

332, 334, 381, 429, 465, 467. 



496 



INDEX ALPHABETIQUE UES NOMS PROPRES 



Seine (Rivière de), 7, 16, 23, 

172, 355. 
Senneterre (Magdeleine de), 

129, 132. 
Serisay (Jacques de), 116, 164, 

213, 229, 320. 
Servien (Abel), 144, 207, 208, 

209, 312, 369, 372, 373, 374, 

376, 469. 
Sévin, avocat, 367. 
Silhoii (Jean), 164, 222. 
Sirmond 'R. P. Jacques), 238, 
Soissons (Hôtel dei, 129. 
Soissoiis (Anne de Montafié, 

dame de Bonnétable et de 

Lucé, comtesse del, 70. 
Soissons (Ku<^ène-Maunce de 

Savoie, comte de|, 370. 
Soissons (Louis de Rourbon, 

comte de), 36, 148. 
Somaize (Antoine Reaudeau 

de), 250, 365, 366. 385, 441. 
Sorel (Charles), sieur de Sou- 

viscny, 72. 
Sottoville (Faubourg de), 9. 
Sourdis (Charles d'Escoubleau, 

marquis de), 93. 
Sourdis (François d'Escou- 
bleau, cardinal de), 101,257. 
Souvré (Anne del, abbesse de 

Sainl-Amand, 180. 
Souvré (Élconor de), 180. 
Slockolm (Ville dei, 383. 

Tabarin. V. Girard (Antoine). 
Tallemant (Abbé François), 

310. 
Tallemantdes Réaux(Gédéon), 

passitn 
Tanlav (Terre de), 357. 
Tantucci'Le sieur), 46, 57. 
Tapissiers (Rue des), 18. 
Tarascon (Ville de), 281. 
Tostu (Abbé Jacques), 380. 



Themines (Charles, sieur de 
Lauziére et marquis de), 44. 

Thévenin. oculiste, 311. 

Thoré (Geneviève Le Coi- 
gneux, présidente de), 357,. 
358, 388. 

Thoré (Michel Particelli, pré- 
sident de), 357, 358. 

Thou (François-Auguste de), 
281. 

Tiquetonne (Rue), 156. 

Torvéon (M. de), conseiller au 
Présitiial de Lyon, 130. 

Toulon (Ville de\ 132. 

Tour ville (M^^ de), 309. 

Toussy (Louise de Prie, de- 
moiselle de), 309, 353, 354,355. 

Touvre (Rivière La), 54. 

Trois Pucelles (Maison des), 
33, 169, 184. 

Tub(3uf (Président Jacques), 
155, 156, 372. 

Tuileries (Promenade des), 
265, 357. 

Turlupin (Henri Legrand, dit), 
comédien, 48. 

Turseville (Abbé de), 353. 

Tuyau (Nicolas), musicien, 11. 

Urbain VHI (Maffeo Barbe- 
rini, pape), 129, 133, 134, 135, 
136, 140, 172, 328. 

Valençay (Achille, cardinal 

de), 101. 
Valençay (Eléonord'Estampes 

de), archevêque de Reims, 

101, 271. 
Valence (Ville de), 282. 
Valenx (M. de), 465. 
Vandy (Catherine dAspre- 

mont, demoiselle de), 378. 
Vandy (Jean d'Asprcmonl, 

sieur de), 315. 



INDEX ALPHABETIQUE DES NOMS PROPRES 



497 



Vatican (Palais du), 133, 135. 
Vaugelas (Claude Favre, sieur 

de), 114. 152, 210, 222, 231, 

233, 270. 
Vaultier (Fi'ançois), médecin, 

95. 
Vaux (Château de), 375, 376, 

396 et s., 400 et s. 
Vendôme (Alexandre de Bour- 
bon), grand prieur de France, 

95, 
Vendôme (César de Bourbon, 

duc de), 36, 81. 
Venise (Ville de\ 139. 
Verderonne (Claude de TAu- 

bespine, sieur de', 46. 
Verdonnet (Bois de), 251. 
Vert (Jean de), 461. 
Viau (Théophile de), 67, 68, 72. 
Yieilles-Étuves (Rue des), 212, 

228. 
Vieille-Tour (Place de la), 18. 
Vieux Palais (Le), à Rouen, 

355. 
Vigne (Président), 271. 
Villaine (Nicolas Rourdin, 

marquis de), 356, 357. 
Villarceaux (Louis de Mornay, 

marquis de), 352, 425. 
Villarceaux (René de Mornay, 



dit l'abbé de), 359, 362, 388, 
Villayer (Jean-Jacques Re- 

nouard, comte de), 367. 
Villeneuve (Ville de), 282. 
Villeroy (Françoise de Neuf- 
ville, demoiselle de), 378, 

379. 
Villesavin (Jean Phélippeaux, 

sieur de), 44. 
Villothe (Bois de), 456 et s. 
Vincennes (Donjon de), 329. 
Vincent (M'i»), chanteuse, 208. 
Vitry (Nicolas de l'Hospital, 

maréchal de), 41, 44, 257, 258, 

259. 
Voiture (Vincent), 113, 139, 

213, 228, 232, 235, 346, 359, 

371, 393, 398. 

Westphalie (Paix de), 312 
Wetsminster Abbaye de), 83. 
Windsor (Palais de), 86. 
Withe-Hall (Palais de), 85. 

Yvrande, 117, 118. 

Zamet (Sébastien), évêque de 
Langres, 252, 255, 465. 

Zocolli, tailleur de Marie de 
Médicis, 46. 



TABLE DES MATIERES 



Pages 

Chapitre 1 7 

Chapitre II 27 

Chapitre III 58 

Chapitre IV 98 

Chapitre V 143 

Chapitre VI 210 

Chapitre VII . 2U 

Chapitre VIII 287 

Chapitre IX 350 

APPENDICE 

I. — Poésies inédites de Boisrobert . . . 395 

II. — Poésies inédites sur Boisrobert . . . 406 

III. — La Roscorobertine ou Lettre de Flori- 
mond à la belle Iris sur l'abbé ridicule. . 408 

IV. — Acte notarié inédit relatif au prieuré de 

La Ferté-sur-Aube. Du 20 décemlDre 1635 . 444 
V. — Lettres de noblesse de la famille Le 

Metel, 1636 447 

YI. — Documents inédits (Actes et Lettres) 

relatifs à l'abbaye de Chàtillon 451 

VII. — Lettres inédites de Boisrobert sur divers 

sujets 465 

VIII. — Notices inédites du R. P. Martin et de 

J. Garinet sur Roisrobert 469 

IX. — ()Euvres de Boisrobert 470 

X. — Index alphabétique des noms propres . 481 



ACHEVÉ D'IMPRIMER 
le vingt septembre mil neuf ceat neuf 

PAR 

Ch. colin 

à Mayenne 

pour le 
MERGVRE 



FRANCE 







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112U 
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Magne, ti?±l^j^ 

Le plaisant abbé de 
Boisrobert 






PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SllPS FROM THIS POCKET 



UNIVERSUY OF TORONTO UBRARY 



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