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Full text of "Le poilu tel qu'il se parle; dictionnaire des termes populaires récentes et neufs employés aux armées en 1914-1918, étudiés dans leur étymologie, leur développement et leur usage"

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BINBTO LIST JUL 1 5 192t 



LE POILU TEL QU'IL SE PARLE 



N 



Copyright by, gaston esnault, 1919 




LE POILU 



TEL 

I QU'IL SE PARLE 

^ DICTIONNAIRE DES TERMES POPULAIRES 

^ RÉCENTS ET NEUFS 

^ EMPLOYÉS AUX ARMEES EN 1914-I918 

^ ÉTUDIÉS DANS LEUR ÉTYMOLOGIE, LEUR DEVELOPPEMENT 

^ ET LEUR USAGE 



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ÉDITIONS BOSSARD 2-' Ê 

43, RUE MADAME. 43 , ri ^^ J^ , ^ 

ni 



PA.RIS 



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'b^ 



PRÉFACE 



Si mon poilu est bien tel que tu le parles^ 
tu le liras deux fois et tu t\apercevras de ses 
exactitudes et de ses manques. Je ne crois 
utile de formuler ce que fai voulu faire que 
pour f aider à faire, par adhésion, de même, 
et, par contradiction, mieux. 

Ce livre désire être un tableau des jeux de 
la langue et de la pensée, des « sématismes » 
en usage chez le combattant de la guerre^ 
actuelle. 

y ai donné le pas à ce que f entendais sur 
ce qui m'était témoigné, à Voral sur V écrit, 
aux lettres du front sur les récits imprimés, 

- 7 — 



aux bonhommes sur les lettrés, à Vusage de 
1 914- 191 8 sur Vusage ancien témoigné par 
des lexiques. Après quoi, naturellement, fai 
de mon mieux expliqué le présent par le passé, 
rectifié les erreurs par la raison, préféré Vusage 
constant aux coups de langue de hasard, 
renié parfois mon expérience limitée en faveur 
de témoignages probants. 

Je série les sens distincts d^un mot sous des 
chiffres quand fai pu tirer le sens 3 du sens 2, 
le sens 2 de celui qui était premier dans V es- 
prit vers la date de la mobilisation. Je les 
répartis sous des lettres quand ils m^ont paru 
sortir de Vusage antérieur par des voies sé- 
parées. Ainsi A, B, C ne signifie que faisceau, 
cousinage ; i, 2, 3, déduction, filiation. 

Des exemples pas un n'est de ma composi- 
tion ; je cite d'abord des phrases entendues, 
avec ou sans guillemets suivant leur caractère 
plus ou moins personnel, quelques-unes ex- 
traites de lettres de soldats ; \ puis les exemples 
utiles cueillis dans des textes imprimés ; || puis 
Vusage antérieur ou extérieur à la guerre ; — 
vient enfin Vétymologie,Vétymologie prochaine. 



Pour concentrer Vattentiony fai groupé, 
sous certains mots typiques, d'autres mots, — 
poilus, — ou indépendants de la guerre 
actuelle, — où le tour d'esprit est analogue 
à celui de leur chef de file : les syssémantiques. 
Un index permet de repérer ceux de ces mots 
qui auraient figuré à juste titre à une place 
alphabétique. 

Les lacunes quantitatives de mon travail 
sautent aux yeux : 

D' abord V usage est inépuisable, soit qu'on 
veuille le mettre, océan, dans une coque de 
noix, soit parce que la guerre n^est pas ter- 
minée et qu'à son devenir correspond une ge- 
nèse de langage incessante. Et puis, combat- 
tant pendant trente-huit mois, je me suis 
trouvé pendant ce temps à peu près borné à 
mon secteur ; j'ai écouté, les oreilles grand ou- 
vertes, dès les premiers jours daoût 14 ; 
mais deux oreilles suffisent mal à tout ce qui 
se dit de Belfort à VYser et dOuessant aux 
Dardanelles. En revanche je réclame la 
confiance du lecteur pour les faits qui dé- 

— 9 — 



passent ses observations propres : autre chose 
est la légitime défiance à V égard d'une assertion 
d'homme ivre, autre chose un patriotisme 
d'escouade analogue à ce patriotisme de 
clocher des patoisants qui déclarent mal parlé 
et même irréel ce qu'on dit au bourg voisin. 

Les dates et les lieux ou milieux allégués 
pour l'usage oral, et ceux qui sont prouvés 
par l'usage écrit, ne sont pas, sauf mention 
expresse, des limites ; ces précisions ne de- 
mandent qu'à être complétées par des témoi- 
gnages que je recevrai avec une extrême gra- 
titude. La plupart des dates n'offrent qu'un 
minimum de recul dans le temps ; aucun mot 
n'a été vieilli par induction, même pour plus 
de ressemblance avec le vrai. 

Il eût été logique de publier la carence de 
chaque mot dans tous les milieux et à toutes 
les dates où il a été noté inconnu ; ces tables 
d'absence sont fort utiles, pour cerner l'éty- 
mologie du mot, pour respirer son atmosphère 
morale, pour tracer la courbe de sa propaga- 
tion ; la lecture en serait fastidieuse^ et je les 
garde par devers moi. 



10 



Logique aussi, donnant la préférence aux 
mots de gueule sur les mots d'encrier, de 
nommer tous les camarades à qui je dois la 
connaissance d'un fait. Les écrivains que je 
cite ne m'en voudront pas si le traitement 
contraire, qui les nomme et éclipse les ano- 
nymes au langage spontané, ne vient pas tant, 
— ici — , d'avoir apprécié leur style, que 
d'avoir voulu livrer aux chercheurs des dates 
indiscutables. 

J'intitule ce dictionnaire : le poilu tel qu'il 
se parle ; et je donne de nombreux exemples 
du poilu tel qu'il s'écrit. Je livre au public 
plus de faits qu'il n'en demande. J'entends 
bien : il veut des faits vrais ; aussi je ne me 
prive pas d'éliminer les textes absurdes et de 
censurer les textes faux. On a vu des roman- 
ciers employer un lexique dangereux. Mais 
plusieurs critiques de l'arrière qui se sont 
défiés des mots poilus un peu baroques, fan- 
taisistes, et obscurs, et qui ont eu peur d'être 
dupes des littérateurs, l'ont été doublement ; 
ils ont lu des protestations de journaux du 

• — 11 — 



front : que les poilus ne parlent pas tant que 
ça argot, que ce mot-ci ne se dit guère, que 
celui-là est unforgeage de lettré ; ne se sont-ils 
pas avisés que ces protestations étaient encore 
de la littérature, et qu'après qu'ils avaient 
marché positivement, on les faisait, au néga- 
tif, galoper? 

L'idée, qui a été émise, de refuser en lexico- 
graphie poilue tout emploi des sources im- 
primées, est sensée ; on pourrait la pousser 
jusqu'à récuser toute information manuscrite, 
toute lettre qu'un filleul vous écrit, surtout 
si ce poilu se trouve être un Scaliger organisé 
et un conscient Vaugelas, et n'accorder de 
confiance qu'aux éructations des sots avérés? 
Ce purisme est sensé, dis- je ; il l'est pour tout 
curieux; il est pratique pour un civil et un 
homme de l'arrière, chez qui le devoir de 
méfiance est impérieux. Mais l'expérience 
réelle et immédiate d'un combattant qui se 
trouve être un lexicographe est une autre af- 
faire ; comme combattant y il n'a qu'à entendre, 
comme lexicographe^ qu'à noter. Si, plus tard, 
il a le loisir de lire des journaux, que constate- 

— 12 — 



t-il? Que la réalité de son information dépasse 
incomparablement Vimagination verbipare des 
écrivains. Que c'est une mode, trop facile, de 
se plaindre de prétendues inventions des 
chroniqueurs en fait de langue poilue. Que, le 
plus souvent, il y a sous cette rouspétance 
amère la même jalousie qui meut les journaux 
à s^ accuser mutuellement de bourrer le crâne 
au public. . 

Les soldats ne sont pas tous des gavroches 
parlant de la main gauche à jet continu ; et, 
comme le rire est le signe de la domination de 
l'esprit sur les choses, il est très vrai aussi que 
Vhomme des tranchées sous le marmitage ne 
rit pas sempiternellement. Mais si un roman- 
cier force un peu le dosage des mots pitto- 
resques, c'est par une nécessité de condensation 
artistique. — En tout cas, il serait maladroit, 
quand on veut constituer un dictionnaire 
poilu, de vider son calepin de tous les mots 
dont la première connaissance se trouve due à 
une lecture. Il n'y a de vraie langue humaine 
que ce qui tombe de la langue que nous avons 
dans la bouche; mais un vieux tranchéien a le 

— 13 — 



droit de témoigner de la sincérité générale des 
écrivains. J'ai été trop heureux de rencontrer 
dans mes lectures des termes savoureux vers 
lesquels je portais ensuite mon enquête^ et 
qui Vun après Vautre comme à plaisir sont 
tombés dans mon observation auditive. 

Moins deux : mac? ou et macavoué. Celui- 
ci n'est, je crois, que le mauvais prononcé d'un 
mot patois réel, et ce n'est pas un crime d'exer- 
cer les philologues en toute innocence. Quant à 
macaou, qui signifierait Chat, (mais je n'ai 
l'honneur de le connaître que par M. le Doc- 
teur Sainéan), il a été puisé dans /'Argot 
des tranchées, — où il était chargé seulement 
d'expliquer macavoué — -, par le D. m. p. 
publié chez Larousse, — oit il compte parmi 
les mots du front (^) — , et a passé de là dans 
le Feu, p. 203. D'une façon générale, je ne 
sais pas de mot dont je puisse dire qu'un jour- 
naliste de l'arrière, l'ayant créé, ait voulu le 
faire passer pour frontard. 



(*) Des chats, en première ligne, il s'en rencontre, 
mais peu. 

— 14 — 



Il y a une preuve de la véracité globale des 
chroniqueurs de la guerre. Les lectures de 
1916-1918 n'ojfrent presque plus de nouveau- 
tés verbales populaires. Si les soldats de 
feuilleton n'ont pas créé depuis trois années 
un lexique égal même à la cinquantième partie 
du bloc qu'on a appelé langue poilue au début 
de igi^, c'est qu'ils n'avaient pas non plus 
créé un vocabulaire neuf dans le premier se- 
mestre de la campagne ; mais les journalistes 
et le public s'aperçurent en 1914, 1915, d'une 
certaine avance qu'avait prise sur eux à leur 
insu le langage du peuple^ et on ne les voit pas 
aujourd'hui, malgré leur désir toujours aussi 
vif d'être au courant de l'actualité, créer des 
mots inobservables pour alimenter en trompe- 
l'oreille ce riche débit de 191 5 qui provenait 
surtout d'une sorte de citerne verbale amassée 
dans le populaire et mal soupçonnée des lin- 
guistes. 

Cette remarque s'entend des mots comme 
zigouiller, chérer, boulot, qui existaient dès 
le temps fabuleux de la paix. Naturellement, 
des mots dûs à la pratique de la guerre la 

— 15 -- 



source demeure toujours égale à elle-même^ à 
r esprit français et aux nouveautés techniques. 

Un mot est poilu ou par sa destination ou 
par son emploi intensif ; poilus^ les mots créés 
par le troupier pour exprimer le combat ; mais 
poilus aussi, certains synonymes de Manger, 
Boire, Jeûner, Mourir, Quereller, Peiner, 
parce que ce sont des idées éminentes chez le 
combattant. J'ai rassemblé ici, avec ce qui 
était caractéristique de la guerre, de quoi 
énoncer à peu près tous les actes de la vie cou- 
rante, pourvu que cela ne traînât pas dans 
les dictionnaires connue, 

y ai rejeté nombre de mots de troupiers et 
de marins non notés antérieurement y mais qui 
étaient des mots de caserne ou, — ceux-ci 
surtout sont peu connus^ — des mots de 
bord ; nombre de mots de bas-langage ou-- 
vrier donnés comme poilus dans d'autres 
ouvrages ; enfin nombre de mots provinr- 
ciaux usuels çà et là aux armées : ca- 
landot, Cheval, usuel en Brie, à Provins, 
apporté au 130® inf par un capitaine ancien 

— 16 — 



cavalier; charte, tout Véhicule, général 
au 130® inf., répandu par les conducteurs 
presque tous mayennais ; ébeiller, Ëventrer 
à la baïonnette, usuel au 48® chass. à pied, 
avr. 16, apporté par des Nantais et Vendéens, 
{de beuille, Ventre, mot vendéen) ; hôche- 
cagner, Marteler, Ébranler en frappant, 
usuel au 40® art., -18, apporté par des Ar- 
dennais et des Meusiens ;, sabater, Courir 
toute la nuit à travers le secteur, recueilli au 
81® ^., -17 ; piquoiser, Houspiller en frappant 
et piquant : « il ne faut pas les brusquer [les 
prisonnier s\, on ne va pas les piquoiser avec 
une baïonnette », un m^ d^ équipage, ex- Terre- 
neuvier, fév. 18, {de piquois. Pieu ferré ser- 
vant aux moruyers à harponner le poisson) ;etc. 
Cette exclusion de mots qui n'ont que le tort 
d'être populaires depuis trop longtemps est 
d'autant plus pénible qu'on ignore si le plus 
beau sort ne leur est pas réservé à la suite de 
l'amalgame de parlers spéciaux qui se fait 
aux armées. 

Car, si la guerre prend de la glèbe, de 
l'établi^ du trimard et du ruisseau, elle donne 



— 17 — 

■•MAU&T 



à la littérature (*). Bondir et tonner dans un 
cercles d'hommes, c'esty comme un obusy écla- 
ter : Rabiel « hurlant^ s'élance et, si l'on peut 
dire, éclate au milieu d'eux. Les hommes le 
considèrent, ahuris », lafage, Journ., 24-5- 
16. — ' Découvrir quelqu'un qui se cache, c'est 
le repérer ; « la découverte et le châtiment du 
coupable subalterne importent moins que le 
repérage de ses complices, de ses protecteurs 
plus haut placés, — qui demeurent dans 
l'ombre », gohier, Journ., 9-2-16. — Ruiner 
un homme, le couler, c'est le torpiller : « le 
comte Romanonès a été attaqué et a torpillé », 
BAiNViLLE, A. fr., 21-4-17; « daignez se- 
courir un moral que la solitude et le cafard 
ont torpillé », requête d'un marin^Yio Par., 
23-3-18, p. ayo, c, 2. ~ Décocher une suite 
de remarques mordantes, c'est en lâcher une 
bande ; « dirigeons sur lui la mitrailleuse du 
sens critique, et « lâchons-lui en une bande » 
vivement », ib., 18-5-18, p. 429. — Observa' 



(^) Sur ce sujet, exoellent artiolo de M, Prévqt, Ht^ue 



— 18 — 



toire secret, Situation d^espioUy devient poste 
d'écoute ; « Uimportant est qu^ après la guerre 
les Allemands ne reviennent pas occuper à 
nouveau chez nous leurs postes d'écoute et 
de combat économique )), DAUDET, A. fr., lo- 
4-16. — Empoisonné, délétère, pathogène, 
{cf, « microber nos vierges énergies révolu- 
tionnaires », BOURGET, Etape, 155, propos 
d'un révolutionnaire néologiste),sont remplacés 
par asphyxiant : « atmosphère de germano- 
philie qui commença à se répandre, comme un 
gaz asphyxiant de V intelligence, au lendemain 
de nos désastres [de 70] », l. daudet, A. fr., 
27-6-16 ; « diseurs de paroles asphyxiantes », 
DONNAT, Impr., 132. — Préparer les esprits 
avant d'agir, c'est pilonner le terrain ; a Sus 
aux embusqués ! M. Clemenceau annonce 
qu'il organise contre eux une formidable of- 
fensive.,. Elle est même déjà commencée : la 
loi Mourier est un- essai de pilonnage », Rire, 
14-4-17, p. 4. — Agir de haut est rafraîchi 
par prendre une hauteur, se donner un 
plafond ; « Que le chef du gouvernement 
prenne, comme disent les aviateurs, une hau- 

^19 — 



teur supérieure à celle de nos ennemis du de- 
dans et du dehors ; quHl se donne, selon le 
même ingénieux vocabulaire, un a plafond » 
supérieur de quelques milliers de mètres au 
niveau où s'agitent les <...> », maurras, 
A. fr. ,31-5-17 ; (différent de planer qui n'est 
que contemplatif) — Toto, Pou, renouvelle 
parasite ; « nous débarrasser des intermédiaires 
louches, des trafiquants, des totos de toute 
sorte qui dévorent le soldat »,' descaves, 
Journ., 30-12-16. — Tank désignera une 
entreprise capable de tout bouleverser : Le 
journal d'Almereyda « était tout indiqué pour 
servir de tank <...> jeter le trouble dans la 
Capitale, le désordre dans les esprits, puis 
dans la rue », L. daudet, A. fr., 26-4-17. — 
Une bande de nuées au ciel? une tranchée ; 
(( le soleil pourpre s'enfonçait derrière une 
gigantesque tranchée violette », n., N. Contes 
vér., 148. 

// est d'ordinaire facile de pénétrer si une 
image est lettrée ou populaire, quant à son ex- 
pression. En leur fond les images ne com- 
portent guère d'autre échelle que celle de la 



20 



précision objective. Les syssémantiques que 
fournit une même métaphore sont parfois ses 
diverses réfractions à travers des milieux so- 
ciaux différents. Quelquefois on peut déter- 
miner V époque et Faire, et le sous-sol nour- 
ricier, d^un sématisme ; mais son père et sa 
mère c'est toujours et partout la Chose et 
V Esprit humain. Cela explique avec quelle 
aisance les mots d'apaches deviennent aux 
armées des mots d'excellents citoyens. 

Je ne suis que le secrétaire des vivacités 
de langage d'un vaste bureau d'esprit. A ce 
qu'elles pourraient avoir de mordant, je 
n'attache donc que peu dé foi réelle. Je le dis 
notamment pour les femmes héroïques de la 
Croix-Rouge et pour les savants inventeurs 
de types d'avions. De même il faudrait n'avoir 
pas entendu parler le peuple pour se choquer 
de ^oir ici, sous la noble étiquette de poilu, des 
grossièretés qui ont du poil partout et des lo" 
cutions qui ne semblent qu'à première vue 
indiquer de méchantes habitudes. Que le nombre 
de mes lecteurs s'égale ou non à l'effectif de nos 
armées, autant de Français auront vécu dans 



— 21 



la boue et la gloire^ dans la sanie et la 
sainteté, dans Vordure et Vhonneur, autant 
fautai de témoins pour certifier que mes 
mots vilains sont en nombre notablement in- 
férieur à la surproduction orale. Ce que les 
Latins nommaient podex, les poilue en parlent 
mille fois plus qu'ils n'y réflléchissent, et ce 
que les Grecs nomment crxâxa, Us n'en font 
usage que comme de couleur en sémantique. 

Il me reste à exprimer ma gratitude à tous 
ceux qui de près ou de loin ont collaboré cons- 
ciemment à mes recherches, notamment à 
MM. Arnoux, Barbusse et Benjamin, peintres 
excellents de la vie poilue, sgt Aynaud 
(xxxx© /«/.), sgt A. Blanc (95^ inf.), /* de 
la Blanchardière (46® inf., 63^ art., 40® s^^ 
I jzfixeD. C. A.), F. But av and, le linguiste, 
G. Charpentier, sgt P, Charpentier (4© zouaves, 
2® mixte y 13® tirailleurs algériens), /* avia- 
teur Delrieu, sgt J. Demeure (8^ génie), 
pilote-aviateur R.Dupret{esc. S-152), aide- 
major Fassind, colonel et pilote- aviateur 
y, -P. Faure (207^ art.), sgt G. Ferrand 

— 22 — 



(130® inf.)^ R.-A. Fleury, le poète et T ami, 
H. Grelat (5© génie), L. Itnbert (sons sani- 
taires 45 et 85), F. de Keralio (40® art.), 
sgt 1. Lâchai (2® c^^), m^-f^^ E. Leclerc 
{marine), adjudant A, Leconte {inf),l^ G. 
Maréchal (6®, 246®, 289^ inf), H. Pinel 
(av^^), cap. L. Pottecher (81® art. /.), 
G. Prévôt, mon collègue, M. Protat (360® 
^^f')y ^^ ^' Richet {1^6^ inf.), l^ Samhardier 
(16^, 20® chass.), M. Sieltzer (66^ chass.), 
l^ Tahesse {av^^), /* P. Théry (94® inf., 
4^ mixte), /* R. Théry (270^ art.), caporal 
G. Turpin (serv. géogr.), L. Villat, secrétaire 
d'E.-M.; presque tous sont dans les remous 
de la bataille ; ils ont retranché de leurs 
minutes de repos pour notre correspondance 
assidue ; tous ont été des émules de complai- 
sance, de précision, de pénétration ; 

A la direction du Mercure de France, et 
à celle de /'Auto, qui ont facilité mon enquête; 

Aux camarades qui, tout en causant, m'ont 
signalé des faits de langage ; i^) 

(^) « Il est savoureux de discuter philologie et gram- 
maire sous les bombes », Vie Par. 23-2-18, p. 177, c. 1. 

_ 23 — 



A tous ceux aussi qui ont parlé devant moi 
sans réfléchir au danger de lancer une phrase 
immortalisahle ; 

Particulièrement à ceux qui sont morts ; 

Et aux chères mains qui du front pendant 
longtemps recevaient chaque jour mes notes 
linguistiques. 

Octobre 1918. 

Le lecteur qui voudra bien compléter ou 
rectifier mon enquête est assuré par avance 
de son utilité et de ma reconnaissance. Une 
simple liste de tel et tel des mots que nous 
allons étudier, si on les situe à une date et 
dans un milieu, est une œuvre utile pour la 
connaissance de l'esprit humain. {Gaston 
Esnaulty 2, rue Prémion, Nantes). 






— 24 — 



DÉFINITIONS 



Sémantique, Partie de la science grammati- 
cale qui traite des effets de la sensibilité, du 
jugement et de la raison sur le langage. 

Sématisme, 1, Ressort en jeu dans l'esprit au 
moment historique où .il crée une expression 
neuve ; 2, Contenu concret de l'esprit qui jouit 
consciemment d'une expression. 

Syssémantique, Locution qui offre le même 
ressort sémantique qu'une autre, ou une ana- 
logie du contenu sémantique. 

Synonyme, Locution qui peut servir à en 
remplacer une autre pour désigner le même 
objet. 

Dérivation synonymique, Substitution d'un 

— 25 — 



mot à un autre à cause d'un© convenance lexi- 
cographique qui ne répond pas à une conve- 
nance objective. 

Synecdoque, Désignation d'une chose par le 
genre dont elle est l'espèce ou l'espèce dont 
elle est le genre, opérée d'ordinaire dans une 
locution composée par ellipse de la partie dé- 
terminante ou de la partie déterminée. 

Métonymie, Désignation d'une chose par une 
autre qui lui est unie, de la cause par l'effet, 
du contenu par le contenant, etc. 

Ironie, Raillerie disant le contraire de ce 
qu'on veut faire entendre. 

Queue romantique, Adjonction volontairement 
insensée d'un mot à un autre. 

Apocope, Section brutale d'un mot sans 
égard pour sa constitution normale. 

Substitution de suffixe. Ce phénomène, cou- 
rant en français classique, (cf. hdt. Traité, 
§ 62), doit souvent s'entendre plus librement 
dans l'usage moderne populaire et semi-argo- 
tique ; par suite de l'ignorance — naturelle — 
de l'endroit du mot où se termine le radical et 
commence le suffixe, le peuple ne saurait avoir 
le double respect de cette cloison théorique. 

Chevauchement, Croisement de deux mots 

— 26 — 



qui empiètent Pun sur Pautre en une forme 
totale hybride. 

Apax, Mot recueilli une seule fois. 

Monax, Mot usuel à un seul parlant. 



ABREVIATIONS 

BIBLIOGRAPHIQUES, MILITAIRES 
ET GRAMMATICALES 



A [ction] fr [ançaise] . 

AnnUdes] p[olitiques et] littéraires], 

B[uUetin] des A[rmées de la République]. 

Cri de P[aris]. 

Echo de P[aris]. 

Gu[erre Aér[ienné]. 

Int[ermédiaire] des Ch[ercheurs et Curieux]. 

Journ[al]. 

M[ercure] de Fr[ancé]. 

Pet[it] Par[isien]. 

Vie Par[isienné]. 

LiTTRÉ, Dictionnaire... 

HDT : Hatzfeld, Darmesteter et Thomas, Dictionnaire 

général... précédé d'un Traité de la formation de la 

langue. 

— 27 — 



MISTRAL, Lou Trésor... 

Cartouche : Granval, Cartouche ou le Vice puni (éd. 1827), 

viDOCQ, Les Voleurs (1837). 

MICHEL, Etudes de philologie sur V argot (1856). 

DELVAU, Dictionnaire de la langue inerte (1866, 1883). 

FusTiER, Supplément, à la suite de delvau. 

RiG. : Rigaud, Dictionnaire d'argot moderne (1881). 

MERLIN, La langue inerte du troupier (1886). 

LARCHEY, Dictionnaire historique d'argot (11® éd., 1888). 

DLLE : Delesalle, Dictionnaire argot- français et français- 
argot (1896) ; DLLE, F.- A. : la partie français-argot. 

ROSS. : Rossignol, Dictionnaire d'argot (1901). 

BRUANT, Dictionnaire Français- Argot (1901). 

NOTER : R. de Noter, Dictionnaire français-argot et des 
locutions comiques (1901). 

SAIN., Sources : Sainéan, Les Sources de l'Argot ancien 
(1912, 2 vol.). 

LAMBERT, Le langage des poilus, Petit Dictionnaire des 
tranchées par Claude Lambert, ex- brancardier sur le 
front (Bordeaux, 1915, in-16, 32 p.) [sain., p. 129, le 
déclare « iiisignijQant » et sans « donnée utile » ; c'est 

* pour ne l'avoir pas vu]. 

sain. : Sainéan, L'Argot des tranchées d'après les Lettres 
des Poilus et les Journaux du Front (1915, in-16, 
166 p.) . [commode par les textes cités, pas toujours 
reproduits exactement]. 

GAUTHioT ^ comptes-rendus de sain. ; Bulletin de la So- 

coiiEN ) ciété de Linguistique, t. XX (1916). 

D. m. p. : Dictionnaire des termes militaires et de l'argot 
poilu, (s. d., chez Larousse, in-16, 320 p.) [compila- 
tion ; a démarqué, imprudemment, sain., (surtout à 



partir du mot français) ; quelques faits utiles]. 

V. du p. : Vocabulaire du Poilu et Locutions du Front. — 
Poilu-Français et Français-Poilu (Paris, chez Hanne- 
quin, 1917, in-16, 20 p.). 

FAGUS, Quelques remarques sur l'Argot militaire pendant 
la guerre ; (M. de Fr., 1-8-17). 

DAUZAT, 16-4-17 : L'argot militaire pendant la guerre ; 
(M. de Fr.). — 1-1-18 : Les argots militaires de la 
guerre à l'étranger [Suisse française, Suisse aléma- 
nique, Allemagne, Angleterre, Italie) ; (ib.). — 28-3-17 ; 
16-5-17 ; 27-6-17 : Une enquête sur l'argot militaire ; 
L'argot militaire ; Quelques mots de l'argot militaire ; 
[B. des A.). — mai 17 : Le Langage et la Guerre ; [Revue 
pédagogique). 

D. : Dauzat, L'argot de la guerre. D'après une enquête 
auprès des Officiers et Soldats (1918, in-16, 295 p.) 
[condense sous les meilleures disciplines linguistiques 
les résultats d'une enquête aux méthodes parfaites]. 

DÉGH. : Déchelettc, L'Argot des Poilus, Dictionnaire 
humoristique et philologique du langage des soldats de 
la grande guerre de 1914... (1918, in-16, xi-258 p.) 
[vécu]. 

G. E., 1-4-18 et 16-4-18 : Esnault, Le français de la tran- 
chée ; [M. de Fr.). — Colibri ; [Reuue de philologie 
française et de littérature, t. xxvi (1912). — Lois de 
l'argot ; [ib., t. xxvii et xxvm (1913, 1914). — Cf. 
l'Auto, 4 et 25-5-18, 12-6-18, 6-7-18. 

Schw. Sold. : Aus Leben und Sprache des Schweizer Sol- 
daten (Bâle, 1916, 78 p.), articles de L. Granger sur 
les soldats romands et de H. Mercier sur les soldats 
genevois. 

_ 29 — 



DELcouRT, Expressions d'Argot Allemand et Autrichien 

(1917). 
Morning : Soldier slangs quaint new words invented hy 

soldiers of three great allied armies, [anglais, français, 

américains] ; {Morning (édition anglaise hebdomadaire 

du Matin), fév. 18). 
HENRiOTj Supplément au dictionriaire de V Académie ; 

[Baïonnette, 26-8-15) [page de dessins à légendes]. 
CHAPELLE, Le Vocabulaire poilu ; [Journ., 10-8-16.) — 

autres articles, autres dates. 
ROCHER, L'Argot du poilu ; [Progrès de la Somme, 25-8-16). 
MONTGEORGE, L'argot dcs aviateurs ; [Courrier du Centre, 

27-4-18). 

Philibert : Lorrain, La maison Philibert (1904). 

Echalote : hsindre, Echalote et ses amants (1908), éd. Mignot. 

Nênesse : Casanova, Le Journal à Nénesse (1911). 

Bicar'd : La Fouchardière, Bicard dit le Bouif. 

Gaspard : Benjamin, Les soldats de la guerre, Gaspard. 

DONNAY, Jmpr[omptu du Paquetage] ; première repré- 
sentation le 28-6-15. 

Feu : Barbusse, Le Feu, journal d'une escouade ; [pour 
les passages supprimés dans le volume, références au 
feuilleton paru dans l'Œw^re]. 

Contes i^ér[idiques des Tranchées 1914-1915 par un groupe 
de poilus]. — Nloui^eaux] Contes iJér[idiques des Tran- 
chées 1914-1916 par un groupe de poilus]. — reparus 
sous le titre Sous les obus. 

Pépères : Valmy-Baysse, Les Pépères La Victoire. 

Bourru : Jean des Vignes Rouges, Bourru, soldat de 
Vauquoia. 

— 80 ^ 



Mousqu. : Nadaud, Les Derniers Mousquetaires, Roman 

de la guerre aérienne. 
AGATHA [= R. Layus et M© Latour, sergents au 309® inf., 

Vosges, -15], Le vocabulaire de la guerre ; {Echo des 

Marmites, 1915.) 
poiLULOGUE, Une France inconnue. Quelques jours chez 

les sauvages ; [Rigolhoche, août 15, Argonne). 
PANTRUCHARD : Lettre d'un ParUruchard au front ; {Ri" 

golboche, 1915.) 
FARAUD, lettres écrites du front en -14 ; {Figaro, janv.- 

mars 15). 
Ces quatre dernières sourjces sont reproduites par sain. ; 

la page est indiquée quand le Lexique-index de sain. 

est muet. Les trois premières sont humoristiques. Les 

lettres signées Paraud, supposées ou non, sont pleines 

d'authentiques parisianismes. 
Trois jours [avec ceux de Thiaumont] ; {Matin, 13,1 Qat 

19-7-16.) 
p'tit gars : Le p'tit gars de la Maubert, La Soupe ; 

{Echo des Marmites, in le Front, 25-10-16.) 
MusiDORA, Pigeon vole /... ; {Fantasio, 1-8-16). 
icART : Louis Icart, pilote-aviateur. Comment on fait un 

as ; {Fantasio, 15-9-16.) 
JUTEUX : Le Vieux Juteux, Conseils aux jeunes aviateurs 

nouvellement venus à la 5® arme ; {Fantasio, 1-11-16.) 
THAVET, L'Ecole; {Gu. Aér,, 29-3-17). 
Cabaret : Arnoux, Le Cabaret ; [M. de Fr., 1-4-18). 

inf[anterie] ; t. : infanterie territoriale ; c*^ : infanterie 

coloniale. 
art[illerie de campagne] ; art, l[ourde]. 



81 



av®"* : aviation ; esc. : escadrille. 
cliass[eurs à pied]. 

R[éserve] G[énérale] Aé[ronautique]. 
A[rtillerie] S[péciale] : chars d'assaut. 
D. C. A. : défense contre avions. 
C. O. A. : commis et ouvriers d'administration. 
S. A. P.-X : service automobile de place n^ 10. 
s^"*, b<>°, D°" : section, bataillon, division. 
2^-m® P^ : second-maître fourrier. 

cap[itaine] ; col[onel] ; gén[éral] ; 1* : lieutenant ; sgt: 
sergent. 

dér[ivé], dér[ivation]. 

syn[onyme], syn[onymique]. 

tr[ansitif] ; intr[ansitijr|. 

sy ssém [antique] . 

[ ] indique addition ; «<;...>> suppression. 

in = dans, quand un texte est reproduit dans un autre. 

* forme hypothétique. 

-< — , — >, indiquent le devenir d'une forme grammaticale. 

-19 = 1819 ; -18 = 1918 ; 19-18 = 1819-1918. 

ib. =a même milieu ; ib. même imprimé. 






— 32 



t:T:2T:sTaaT:sTa>T«;Ts;TS>Ts>TS»T<>TS«Ti 



abeille, f., A, Petit éclat d'obus : « Hier, en 
mangeant la soupe, une abeille, à dix centi- 
mètres ; avant-hier, à un créneau, un frelon, à 
n... », LOBBÉ, instituteur, lettre du 4-3-15, in 
Recrue de Paris, 1-1-16, 195 ; V. du p. — 
B, Balle ; V. du p. ; — d'où boîte à mouches, 
f.. Revolver ; d. — Syssém., et syn. au sens A : 
frelon, m. ; 246^ et 289® inf., 16-18 ; — mouche 
à miel, f. ; D. m. p. ; — mouche, f. ; 360^ inf., 
14-15 : les vaches de mouches I ; 246® et 289® inf., 
16-18 ; — au sens B : mouche à guêpe, f., 
40® art., -18 ; — mouche à merde, f.,ib. ; — 
en allemand bienen, (abeilles). Balles, del- 
couRT (^) — Cf. cigale. 

abeilles russes, f., Poux; 81® t., hiver 15-16, 
peu usité mais populairement. — Cf. die rus- 



(^) Onomatopée des balles : « bsi... bsii... bsiii... ou., 
ou., ou.. », FONSON, Fantasio, 1-11-15. 



— 33 

ESNAULT 



sische Biene [Pabeille russe], le t*ou, delcourt, 
(et aussi die Biene et kleine Russen [petits 
Russes], ib.), ce qui donne à penser, le pou 
piquant comme l'abeille, mais la saleté russe 
n'étant pas notoire chez nos troupiers métro- 
politains, que l'expression est venue au 81® t. 
par des journaux traduisant de l'allemand. — 
Gf. hûvurois. 

Ékbîïnèr, 1^ Ci'itiquèr, Traitet injûrifeUëeitlfeht 
par uti procédé tJâHcatttral ; « abîhlér litl bb- 
pain », FAGus, 564. — Sysséin. : la salir. — 
2, Se moquer en usant d'exagéî*ations : k II 
abîtiië tin peu », 340® ihf., juill. 16. — Syssêm. : 
boUscUler. 

accroc, m.. Blessure : « J'ai qufel(jues àcCi'DC^, 
mais j'en ai tué beaucoup [de Bdches] », siÂtiR- 
RAS, A. fr., 27-8-17, p. 1, c. 1. 

acctOChè- cœurs, m., Décoratioilfe ; V. du p. 

à cheval, th., Chasseur à cheval : « les à 
cheval », Fèu, 104. 

additionné (en un). Immédiatement : « des 
tiroirs dUveHs et fermés en uil addititJtiiié », 
Fèu, 21^8-16. 

affûter le dahu. Guetter le Boche dans la 
tranchée : « On a affûté le dahu pendant quatre 
heures », 95® inf., 14-18, tifêâ ùèuel éti -16, côiii- 

-34- 



mence à vieillir eh aVr. IB ; se dit quand oh 
rentre dû poste d'écouté sans avoir rien vu. — 
affûter, Guetter à l'affût ; cf. irbu d'affût, 
Meurtrière ou Créneau de tranchée, Bicard, li, 
9 ; ie dahu. Bête ihiàgihaire (oiseàiî, quadru- 
pède où reptile ?) : faire affûter le dahu à qqn, 
dans le Berry, c^ëst, jouant de sa naïveté, le 
Mettre à l'affût, la huit, à un carrefour, à iih 
trou de haie, en _lui disant qu'on via rabattre 
le dahu, qui ne manquera pas de passer par 
là ; après quoi, le laissant, on va fcoire chopihé, 
ayant choisi une hiiit fcieh glaciale ; là haême 
mystification est ëh Loire- Ini. là chasse au 
darain ; à Saint-Ëfieiic, et à Càrtèret (Màrichë), 
la chasse au homard de genêt. Là Coquille sàiht- 
Jacquës s'àppelaht dàraih à Painipol, -lO, et 
le fticàrdeàu daàin à Sàiht-Quày-Portriéùx, 
-18, peùt-ôn y voir les intermédiaires phôhé- 
tiquës du darain àù dahu et l'intermédiaire 
sémantique du darain au homard d'è genêt r — • 
Veiller té Boche, Guetter le Boclie, 95® inf., 14-18. 
âir (ptëiidté 1'), Sortir en avion : « plusieurs 
appareils français avaient pris l'air avec ihis- 
sioh de détruire tout ballon rencontré », Maiifi, 
5-7-16, p. 2, c. 3 ; « il ëét souverainement im- 
prudent dé « prendre l'air » » quand il y a un 

— â5 — 



crochet d'orage, moreux, Gu. Aér., 25-10-17. 

— Décalqué du terme nautique prendre la mer. 
air (en jouer un), Partir ; 81^ t., 16-17 ; 

270^ art., 26 0^1, -18, usuel un peu partout ; [ • 
FeUy 30, 116 ; — chevauchement de se donner 
de Vair et jouer la Fille de Vair. — en faire un 
air. Partir ; 81^ t., -16 ; — chevauchement du 
précédent et de se faire la paire ou faire Vahja. 

— Syn. : prendre la fille de Vair, Echalote, xviii, 
62, = jouer la Fille de Vair + prendre la 
poudre d^ escampette. — Cf. en jouer et Rip. 

alboche, adj. et s.. Allemand ; usuel et connu 
de tous ; dominé de beaucoup par le succès de 
son apocope boche ; \\ larchey (1889) ; usité 
par un professeur, lycée de Tours, -68 ; par 
des hommes de la Commune et d'autres Fran- 
çais, 70-71 ; à Nancy, prononcé albeuche, avec 
le dér. albeucher, Parler alboche, peu après 
-71 ; Int. des Ch., -14, -15, -17 ; usuel parmi 
les élèves âgés de dix à douze ans de l'institu- 
tion Richer, Arcis-s-Aube, mai 86 - janv. 89, 
A. FLEURY ; « Avec celui-là les Alboches sont 
foutus ! », un sabotier de Saulgond (près Confo- 
lens) venant d'achever son service aux chas- 
seurs à cheval à Limoges, 26 ans, 1887 ou 88, 
MARNET ; usuel parmi les élèves âgés de douze 

— 3^-< 



à seize ans du collège de TArc, Dôle, janv. 89- 
janv. 93, a. fleury. — Libre suffixation de 
allemand, comme rigolboche de rigolo en 1860 
(larchey, 1872), dégueulboche de dégueulasse 
(ri G.), ramolboche de ramolli, Int, des Ch., 
Lxxv, 31, et Italboche de Italien, « qui a été 
presque aussi populaire autrefois que Angliche 
et Alboche )), camescasse, VHumanité, 31-8-15. 
Italboche, datable -89, suffit à prouver que le 
suffixe dans alboche n'est pas -oche, (comme 
dans rasoche ou sardoche), mais -boche, sans 
aucune intention de rappeler tête de boche, 
Homme obtus, et que ce suffixe ne signifie ni 
Germanité, ni Monstruosité naéchante. — L'ori- 
gine du suffixe -boche est obscure ; on peut 
l'attribuer à des mots usuels, comme caboche, 
ou argotiques, comme saboche, Imbécile (de 
sabot), comme liboche, Forçat libéré, Nouméa, 
10-12 ; mais c'est déjà une explication provi- 
soirement suffisante de le rattacher à d'autres 
suffixes qui offrent la même consonne d'ap- 
pui, -broque dans albroque de allumette, -bif 
dans dégueulbif de dégueulasse, -bi dans Arbi 
de Arabe, -baque dans morbaque de morpion, 
-bard dans rigolbard de rigolo, et surtout à 
ceux qui offrent, sous la même structure de 

— 37 — 



pqnspnnes q|ie -boche, la muance des diverses 
voyelles : -bêche dans ccibèche, Tête, hrobèche, 
|ji^fd, (de hroquille), -biche et -bige dans ci- 
bicJ^e et çibige, Cigarette, chocolhiche. Chocolat, 
-bâche dajis sqlfaçhe^ Ipibépile, -bûche dans 
tyabuches, DifficiiJ^és (d'^sparpès, Demi- Solde, 
xvij). — Deux observateurs ont signalé un 
AJleniQche, Alléfla^nd, en usage à Neijpliâtel 
et dans la Meuse, p. 

aller : Çp. ira-t-il ?, Ça va bjpn ?, Bonjour 1 ; 
81^ t., 14-17 ; usage général. 

alloc, f., Allocation (aux fempries et parents 
de mobilisés) ; divers soldats ; | P. m. p, 

aipocher, 1, Blesser ; 2, Battre en ruine ; 
très usuel et très général ; ?i'a fii^i de pénétrer 
à fond le 81^ t. que dans l'été 15 ; |1 Rip. et 
i^Qss. ne cpnnaissent le niot qu'à propos de 
coups die pied pt de poing. 
♦ amurer un coup de poing à qqn, Lui décocher 
un coiip de Pping 5 marins, -18. — On amure 
du côté du vent • sous \p yent, on borde ; on 
amure avec une amure, on borde avec une 
écoute ; l'amure étant plus raide que l'écoute, 
amurer convient pour une idée dé force. — 
Amurer dans }a phrase suivante « j 'préfère 
beaucoup mieux l'amurer [mon quart] à ma 



38 



bretelle de suspension avec un crophet », Feu^ 
190, m'a été confirmé par l'auteur copime si- 
gnifiant Amarrer. Cette synQ^ymi^ ^e ^a^pait 
être qu'une confusion chez un poilu peu marj^. 

anse de panier, f., Pelote de fil barbelé ser- 
vant de défense ; 95^ inf., avr. 18. r^rrr Sy^. 
oursifi. 

antidérai)ant^ ra,, Vin ; V. du p. ; || usi^ej à 
Paris, -18, et, croit-on? ^Y^nt -14. — Il est 
vrai qu'une certaine dose de vin, qi;j met iin 
bon vent dans les voiles, assure 1^ im^y^he, 
tout au moins la démarche. 

appel de bouc, m., Yif avancement^ du n^en- 
ton que donne le clairon de chasseurs à pied 
au moment d'emboucher son instrun^entj 
16^ chass., -18. — Le sens d^appel est 1^ mênie 
que dans appel du pied, terme d'esp^inie, Vif 
mouvement du pied sur la planche ; kouç r^ste 
du temps où les chasseurs portaient barbiche 
obligatoire. — On trouve le sen§ généralisé à 
l'effort du menton lancé en avant par le Pplda* 
qui veut défiler crânenient : « Et les I^TOnpiers, 
donc ! <...>> ils bombent la poitrine, le tp^'se 
arqué en arrière, à force de vouloir être droits, 
se redressant encore à chaque nouvelle bordée 
d^ hourras, 4'nn intrépide coup de menton? — 



39 



le légendaire « appel de boue» des chasseurs», 
SEM, Journ., 10-7-16. 

apprenti- cadavre, m., Ambitieux ; 81® art. 1., 
mai 18. — Qui veut monter en grade ou grim- 
per aux honneurs risque sa peau. — Syssém. : 
la course à la mort, f., la Médaille Militaire ; 
D. ; — élèves-morts, m.. Elèves chefs-de-sec- 
tion, VIII® corps, 14-15 ; secteur des Eparges, 
-15. — Cf. apprenti- martyr et élève-martyr, 
Elève-caporal. — Voir élève-mort. 

arbalète, f.. Fusil Lebel ; 360® inf., 14-15 ; 
81® t., -16 ; assez général ; | agatha ; Feu, 
186. — DAUZAt; 1-1-18, 59, le signalant en 
Suisse (d'après Schw. Sold.), parmi les méta- 
phores locales, dit « Le fusil ne pouvait man- 
quer de devenir Varhalète dans la patrie de 
Guillaume Tell. » Le vrai sématisme est la dé- 
préciation d'une arme moderne par un nom 
d'arme de musées, ou, mieux, d'un tue-Boche 
excellent par un nom de jouet d'étrennes. Cf. 
pétoire. 

arcassines, f.. A, Jambes : « de longues arcas- 
sines » ; — B, Pieds :*Tu vas te faire monter sur 
les arcassines ! ; — 40® art., juin-sept. 18 ; y 
semble introduit par des Champenois et Briards. 
— en avoir plein les arcassines, Etre excédé ; 

^ 40 — 



ib., — syn. et syssém. de en ayoir plein les ba- 
guettes, 360^ inf., 14-15, — les gambettes, 
20^ chass., -18, — les fumerons, ib., — • les 
jambes, coureurs cyclistes. Auto, 3-4-18, p. 2, 
c. 6, — les panards, 20^ chass., -18, — les rigo- 
berts, (Mollets), gosset. Le nouveau langage 
(1915). — La marine a dit arcasse, Charpente 
-de poupe, oublié aujourd'hui des marins char- 
pentiers. viDOCQ donne arcassineur et arcassien, 
Détenu qui écrit des lettres pou^ escroquer, et 
LARCHEY, d'après le Figaro de -77, arcasineur, 
Mendiant à domicile ; le picard a arcassier, 
Trompeur, Malin ; selon vidocq la lettre du 
détenu escroqueur est un montage d'arcat 
(syssém. de bateau?) — Si on supposait une 
filière *pied — >► pied de cochon — >- marcassin, 
*marcassine, f., serait à jambe comme rnarcassin, 
m., à pied ; ce qui, malgré la difficulté du m 
disparu, corrobore cette hypothèse, c'est le 
juron de colère la marcassine !, signalé aux 
Balkans, d., qui me semble un syssém. de 
la jambe I — Les Jambes sont dites aussi les 
misérables : joueurs de misérables, m.. Fuyards ; 
74e inf., D. 

aréo, m. et f., Avion ; 81® t., 14-17 et usage 
général. — Prononcé des illettrés et de bien 

— 41 — 



d'autre? pour aéra ; apocqpe à^aéroplane j cf. 
1^5 jrigQ^ géoy lacrymq, météo, métro, vci4io. ; 
2^, ç'éto. — A^ioi^ gagi^e du terrain ; par ex., 
quand il s'agit d'appareils en grand nombre, 
Oïl dira plutôt avioïi : « 35 ayions abattus », 
« 25.000 ^yÎQn? ^uiériçaifts, )> parpe que cee 
chiffres, Qnt \\n^ prigine iiuprimée. 

Arnia^nd f^lljèFÇ^ (l'), m.jl'H^rtUiann^Tyeiler- 
kppf : « le faifteu^s^ H^rtru^UUsweiJpr est devenu, 
dans la bquQ^e des soldats qui l'pnt conquis 
et défendu, V Axrnçind Fç^ïlièrp^, Notre uio- 
derne Polybe [Théodore R^iu^^ch], qui trouva 
l'appellatiou jolie, mais un peu fan^ilière, en 
fit le Vieil Armand », dauzat, 16-4-17, 660. — 
Type d'étymologie populaire. 

armoire, f., Havresac ; Feu, 195 ; -^ armoire 
à glace, f., fïavresap ; xxxx^ inf., 14-15 ; 16^, 

20e ch£iss, pt 246e inf., 17-18 ; | lambert ; 
AG4THA ; Il u^Uel aus^i eu Suisse, — Armoire, 
le fantassin y serre ses effets, ces chiffons, ces 
biffes, qui lui pnt valu le surnqm de hiffin^ de 
Chiffonnier ■ à glaçe^ par queue romantique. 

arriérés, m., Qeu? de l'Arrière;, Mot inventé 
dans Echo des Guitounes, in Front, 16-3-17. — 
Ça!em}3our. 

9,rrQ§oiF, tu., 1, Çaupu ; Qbusier j Mi- 



^2- 



k 



trailleuse ; D. jn, p. ; — 2, Avion de bombar- 
dement : « et je criais aux camarades l'alarme 
bien connue : « P^ix, paix, v'ià les arrosoirs 
boches ! » Les arrosoirs, composés de deux 
escadrilles au moijis, passèrent sur nous, en 
nous dédaignant, piquant droit sur Paris », 
récit publie dans Ip Temps ; in Quest- Eclair, 
15-4-18, p. 2, c. 1. — arroseur, m.. Artilleur ; 
D. m. p. -^ Arroser, Bombarder ipéthodique- 
ment, arrosage, Bombardement jnéthodique, 
sont termes reçus en style technique. 

artillerie de musette (1')^ f., les Obus Viven- 
Bes^ières ; ^es Parisiens, 289^ inf., 15-5-18, 
(Oise). 

as (passey ou courir à 1'), Ne pas toucher sa 
p^rtj sa paye : « Ce pauvre type 1^ a passé à 
l'as ; il est bien de la compagnie, mais il est 
détaphé, on l'a oublié », 81® t., -17 ; « Si je 
trouve trois cents fra^ncs et que j'apprenne 
que c'est un millionnaire qi;i les a perdus, il 
peut courir à l'as, \\ ne les reverra pas », un 
2d-me, -18. — tomber à l'as, EJtre perdu de 
vue: « ça a tpmbé à l'as». Il n'a plus été ques- 
tion de ça, un 2d-m®, -18 ; |1 Etre à as. Etre 
sans argent, pab4§se ; « Si d^ps une affaire ou 
partage on n'a rien pour soi, on pqs^e à Vas », 

— 43 — 



Moss. ; passer à Vas, Disparaître ou Ne pas 
être, Echalote, xvii, 57. — larchey le tire 
de as (des cartes), symbole de petite valeur, 
et suppose que le sens premier est « n'avoir 
qu'un sou ». Je le tire de s'astiquer, Se brosser, 
et suppose une forme première * passer à Vastic 
ou *à V astiquage, syssém. de se brosser le i^entre, 
de se gratter, (et de se V arrondir). 

as, m., A, Cavalier du l®f peloton (dans un 
dépôt de dragons), e. h., Temps, 24-5-15. — 
B, 1, Soldat excellent dans son arme ou sa spé- 
cialité ; usage général, 17-18 ; se dit des avia- 
teurs : Journ., 19-1-16, p. 2, c. 4 ; Pet. Par., 
14-5-16, p. 2, c. 3 ; Matin, 28-7-16, p. 1, c. 6 ; 
icART ; Journ., 10-10-16 ; des artilleurs : (c les 
artieurs c'est tout bon ou tout mauvais. Ou 
c'est des as ou c'est de la roustissure », Feu, 
234 ; des fantassins, Echo de P., 18-1-16 ; le 
succès de ce mot au 1^^ de marche zouaves 
choque le colonel, qui rappelle que pour dési- 
gner un soldat brave « on doit dire un zouave », 
décision, 12-11-16 ; on surnomme « division 
des as » la ..® d'inf. (et chacun de ses quatre 
régiments adopte pour insigne l'un des as du 
jeu de cartes), Echo de P., 30-7-17, p. 1, c. 5 ; 
bref, se dit de tout soldat brave : « le jeune 

— 44 — 



chef de char [tank] entouré de tous ses « as » », 
Journ., 24-6-17 ; et des aviateurs hors de page : 
« décoller en as », Quitter le sol par une ma- 
nœuvre hardie, punch, Fantasio, 15-8-16. — 
2, spécialement, Aviateur heureux dans ses 
duels avec l'ennemi : as à six Boches, ayant 
abattu six avions boches. Le pilote qui avait 
abattu cinq Boches était déclaré « as » jusqu'à 
la fin de -17, où le commandement décida de 
réserver ce nom aux « chasseurs » qui auraient 
dix pièces à leur actif. « En aviation, être as 
c'est avoir un grade », gén. matton, lettre, in 
Gu. Aér., 3-1-18, p. 122, c. 2, qui propose de 
dire « capitaine as Guynemer » et d'instituer 
ainsi « une nouvelle noblesse ». — C, au succès 
proprement militaire du mot peut être attri- 
bué son application à un soldat cuisinier dé- 
brouillard « à la hauteur pour dégoter du bois », 
Feu, 32 ; à un soldat comédien excellent sur 
la scène, « Voilà Bistoquet, un as», chapelle, 
Journ., 2-8-16 ; à des femmes ouvrières d'usine 
expertes, london, Journ., 3-11-16. — Mais as 
était usuel avant de devenir militaire, et c'est 
au langage des sports que le prit Daucourt, 
moniteur à l'école d'av^^^ de 1 au pour désigne i 
ses meilleurs élèves. Sur les hippodromes pari- 

— 45 — 



siens, «s, quelque temps avant -14, était syn. 
de CfacK, cheval lavori. En canotage, « de 
tout temps )) selon E. Lblgnon, champiori de 
France de -78 à -83, « depuis aii moins cin- 
quante ans » d'ajprès un autre témoin sérieux, 
as désignait le Rameur le meilleur ; car, en 
raison de son exfcellence, le rameur d'élite avait 
« le n" 1 » des équipes à 2, 4, 6, 8 avirons, et 
était en outre rtiomme des courses « en as » 
(à un rameur par canot) ; cf. tht. des Ck., 
Lxxiv, 322, 376, Lxxv, 165 ; il était donc soit 
seul, soit n^ 1, et c'est là le seiië du mot as. Les 
sports ne l'ont pas créé : tapé à Vas, Réussi de 
première, est dans bouvîèr, Auguste Mdhette, ih 
RiG. ; dans les cafés et restaurants « ùii bock a 
l'as ! », «tun potage à l'as ! », crie le garçon tjui 
commande uii bock, un potage, pour là table, le 
cabinet qui porte le n^ 1, rig.; dllé ; jane sirîon, 
Journal d^une « remplaçante » dans Je sais tout,i6- 
9-16. Le cavalier du peloton n^l est un as sans que 
ce nom préjuge une valeur équestre supérieure au 
peloton n^ 2. Ainsi, en dépit de Topiriion de 
DAÇAY, Journ., 10-10-16,, que Tas d^àviatiôh 
eèt un « terme de tripot » adopté par la giièrre, 
ou de plaisanteries comme « Leur jeu d*èscâ- 
driliefe [des Ëochës] est un jeu qui ii'â qii'uh 

— 4ë — 



as ))j un seul champion sans émuleSj Matin^ 
28-7-1(3, ou comme « On ne trouve plus que 
des jeux de 28 cartes, tous les as sont dèins 
l'aviation », notre métaphore n'est pas issue 
des jeux de cartes où l'as est de valeur très 
variable, mais du jeu de dés où il vaut toujours 
l'unité ; c'est l'idée de numérotation qui est 
essentielle, la métaphore est une métaphore 
d'ordre, et dlle traduit très bien tapé à Vas, 
« Réussi au n^ 1, on ne peut mieux réussi ))i — 
Je ne t'oubliais pas, dit un commandant à Un 
simple soldat, en lui tendant sa boîte de bon- 
bons, « j'en offrais d'abord au général, parce 
que dans la hiérarchie, il vient avant toi. — 
Ce n'est pas vrai, clame le général, le simple 
poilu, voilà le numéro un parmi les chics 
types », Bourru, 224. L'as est en tête de la 
liste des bons, comme en anglais soigner le 
n^ 1, c'est Se soigner^ charité bien ordonnée 
commençant par soi-même (^). 



(1) « Le prince de Beauvau pense que les as de la 
grammaire (je parle comme le roi de Prusse, lui, parla 
dés as des batailles) iné venaifeht assez souvent voir... », 
GARAT, lettré à Jouy, ll-ë-28, stir le projet de rappel des 
acâdêiiiiciëiis expulses en 18Î5 ; l'ancien conventionnel 

-47- 



Dér. : superas, m., Aviateur plus fort qu'un 
as : « Les 29 victoires du « superas » Bail », 
Pet. Par., 20-11-16; cf. « Immelmann, le « su- 
perfaucon » que vantent les journaux enthou- 
siastes d'outre-Rhin », B. des A., 17-5-16, p. 7, 
c. 1 ; autres néologies militaires : supercanon, 
supercroix de fer, super dirigeable, supermatériel, 
supermufle, superpréparation, superpuissance, 
supersous-marin, supersubmersible, supertank, 
superzeppelin. 

asphyxier, A, Etonner à l'extrême; 289^ inf,, 
-17 ; I « et quand on raconte une histoire 
intéressante, l'on n'épate plus quelqu'un, mais 
on « l'asphyxie » », Echo des Marmites, in Ann. 
p. L, 5-11-16, p. 485, c. 3 ; expression signalée 
« nouvelle » dans le Crocodile, in B. des A-, 
28-2-17 ; — dér. : asphyxiant, Epatant, Chic : 
« une femme asphyxiante », « une marraine 
asphyxiante », Verdun, -16 ; — syssém. : 
ypériter, même sens, 289® inf., 17-18 ; — suffo- 
quer, pétrifier, tuer, que renouvelle une image 



rappelle ses relations d'avant la Révolution avec d'aris- 
tocratiques philologues, (qu'il flatte ainsi du titre de 
princes de la philologie) ; il souligne le mot as ; son 
« roi de Prusse », Frédéric II, parlait un fort hon français, 

— 48 — 



prise des gaz de guerre asphyxiants et vé-. 
sicants ; — et, plus lointain, étrangler. — B, 
Prendre sans payer ; d. ; — syssém. : étouffer, 
étrangler. 

aspi, m., Aspirant (grade entre adjudant et 
sous-lieutenant) ; 94® inf., 17-18; | dieudonné, 
UAspi, Matin, 19-9-16. 

atterrissage, m., Chute d'un homme de son 
haut ; fantassins, mai 18. 

auge, f.. Gamelle ; 81® t., -16 ; | agatha ; 
« Remplissez vos auges, faites passer la porce- 
laine étamée », p'tit gars. — Syn. : jatte, f. ; d. 

aussi sec !, D'un bloc et d'une haleine, sans 
peur et sans hésitation : « il s'est jeté à l'eau 
aussi sec ! », « il a cru ça, aussi sec ! », marins 
d'un centre de captifs, -18. Soit créé par Belz, 
2d-m^, Lorientais, ou lancé par lui, le mot a 
autour de lui un grand succès. — Cf. (?) 
« — <...> Veux-tu un peu de gnolle ? Il di- 
sait toujours oui, allumait sa cigarette, buvait 
d'un « cul sec » vigoureux le quart de verre de 
« gnolle » du colonel et repartait », decoin, 
Gu. Aér., 1-2-17, p. 190. 

autobus, m., « morceau de viande que la 
meilleure des mâchoires se refuse à entamer », 
AGATHA. — L'idée n'est pas Viande apportée 

— 49 — 

■SNAULT 4 



au ravitaillement par les autobus (comme le 
pense sain.) mais Viande à consistance de 
pneumatique d'autobus. C'est une synecdoque 
de *pneu d'autobus, non une métonymie du 
contenant pour le contenu. — Syssém. et syn. : 
rognure de taxis, f. ; agatha ; — viande blindée, 
f., D. ; — « Du bifteck de bœuf, ça ? Du bifteck 
de bicyclette, oui, plutôt », Feu, 22 ; — ber- 
gougnan, m., d. ; — michelin, m., 20® chass., 
-16 ; — bibendum, m., ib. ; — allusions au 
pneu Bergougnan, au Michelin dont l'élasticité 
« boit » l'obstacle, et à l'allégorique Bibendum, 
(voir pagéol) ; — élastique, m., 16® chass., -18. 
— Cf. tire-fiacre, Viande coriace, rabasse ; 
RiG. ; avec son superlatif bout de brancard, m., 
360® inf., 14-15, — dont l'idée est que le rata 
a été fait avec du cheval, voiture com- 
prise. 

autobus, m., A, Gros obus au moment de son 
arrivée ; cycliste (du 65® t.) à la Sous-Int^e de la 
22® Don inf., Berry-au-Bac, -16 (Parisien). — 
L'autobus qui stoppe fait exactement le même 
« dzimm » que le gros obus vers son point de 
chute. — Syssém. : madeleine- bastille, m., même 
sens ; 65® t., Berry-au-Bac, -16. — B, Gros obus 
sur sa trajectoire : « l'autobus de Vauquois qui 

— 50 — 



s'en va chez les Boches », Bourru, 189. — Cf. 
rapide d^Asie. 

auxi, m., Auxiliaire (soldat) : « Les braves 
auxis », Œu9re, 4-10-16, p. 2, c. 2 ; « Les « auxis » 
aux usines », titre. Phare de la Loire, 16-11-16, 
p. 2, c. 4. — Selon fagus, 563, le procédé de 
l'abréviation « rétracte l'auxiliaire en occis (au 
prix d'un savoureux calembour)» ; il y a apo- 
cope, sans calembour avec un mot peu popu- 
laire et justement opposé à l'idée d'Auxiliaire. 

aviateur, m., Voleur, Larron ; agatha. — 
Calembour sur çol. 

ax, m.. Auxiliaire (soldat) : « Ax, c'est la 
dernière création », l. d., France Militaire, 
26 et 27-8-17. — De la marque AX, lettres de 
drap rouge cousues à la manche droite du 
soldat auxiliaire. Cf. ex. 

babouin, m.. Mannequin que les Boches 
agitent dans leur tranchée pour illusionner nos 
tireurs ; 81^ t., -14. — Babouin, Figure gro- 
tesque, a été un terme militaire, hdt. 

bacante, f., Moustache ; Parisiens, 15-17 : 
« mes bacantes sont bien ? », Ma mioustache 
fait joli ? — Bacchante, Barbe, Favoris, dans 
LARCHEY, ainsi écrit par un hellénisme sans 
raison, (cf. palace), qui a fait, sans autre raison, 

— 51 — 



suspecter le mot (par sain., Sources, ii, 63), 
est sans doute une altération d'un *hécantey 
Parure naturelle du « bec », analogue à ha- 
quettes -< — béquettes, que signale hdt. — son- 
ner aux bacantes, Embêter ; « Ah ! ils nous 
sonnent aux bacchantes », Ils nous bombardent 
de façon embêtante, Cri de P., vers juill. 16 ; 
sonner, c'est d'ordinaire Heurter une tête qu'on 
a saisie par les cheveux ; ici il s'agit de tirer 
sur les moustaches ; cf. « Le général Gustave 
Hervé ayant ces temps derniers tiraillé quelque 
peu les moustaches du Tigre [Clemenceau] », 
A. fr., 31-1-17, p. 2, c. 4. 

bafouille, f., Lettre ; 81^ t., -17, mais rare ; | 
CHAPELLE ; Progrès de la iSomme,. 25-8-16. — 
Sur le modèle de habille, Lettre, usité aux 
360® inf., -14, 8® génie, -18, etc., ou apocope 
d^ un* bafouillar de parallèle à babillarde, Lettre. 

bagoter. Marcher, Errer : « des cuistots qui 
bagotaient dans les rues en tous sens, en chia- 
lant parce qu'ils n'avaient pas d'bois ni d'char- 
bon », Feu, 32. — se bagoter, même sens : 
« Est-ce que c'est pas pus prop' d'a'oir le pain 
sur une étagère, comme ça, que d' l'a'oir à 
s'bagoter sur un' tab' ? », un 2(j-m®, -18. — 
Bagoter, c'est Courir comme fait le hagotier qui 

— 52 — 



ahane à côté de la voiture des voyageurs, du 
domicile à la gare ou inversement, pour dé- 
charger les bag (Bagages) ; c'est par suite faire 
du pas gymnastique ; gauthiot, 79 ; de là idée 
secondaire de Fatigue et de Peine escortant 
ridée de Marche. — La forme pronominale 
se bagoter, rare, est due à urt chevauchement 
des verbes se trotter, se faire la paire, etc. ; la 
même remarque s'applique à se baguenauder, 
Se promener, {Feu, S9); se caleter; se mettre les 
voiles, (acker, Classe, 62, c. 1) ; se pister ; se 
trisser ; se mettre les cannes ; se radiner ; on dit 
se barrer et aussi barrer, (texte ici figne). S'en 
aller. 

baguettes (mettre les), S'enfuir ; xxxx® inf., 
14-15 ; — sématisme, voir bâtons. — D'où 
avoir les baguettes, Manquer de courage. Avoir 
peur ; 23^ inf., -17 ; 8® génie et 156e inf. (Pari- 
siens), mai 18 ; — il n'y a pas lieu de sous- 
entendre, *a9oir les baguettes de tambour. Fla- 
geoler des jambes aussi vivement que des ba- 
guettes de tambour en plein jeu. On met les 
jambes à son cou par un effet de la peur. Le 
verbe açoir, vide d'image, est ici par un che- 
vauchement de avoir les foies (ou d'une autre 
locution similaire) + mettre les baguettes. — 

— 53 -^ 



Baguettes^ Jambes, Entrefesson, est usuel dans 
le bas-peuple : se faire taper dans les baguettes, 
Se faire baiser, Brest, 08-18, syn. de se faire 
taper dans les pattes que donne Ross. (S'il était 
mieux de voir dans les baguettes de cette autre 
locution une altération de baguettes, Tenailles 
pour tirer le métal qu'on passe à la filière, cette 
altération qu — >- gu pourrait être une étymo- 
logie populaire cherchant, à défaut d'image, 
un mot mieux connu ; mais elle pourrait être 
aussi un traitement phonétique analogue à celui 
de béquettes, Pinces (hdt) en béguettes. Pinces 
(littré) ; et de toute façon ces baguettes se- 
raient encore un syssém. de pinces, et désigne- 
raient encore ainsi les Jambes). 

baigneur, m., Sot : « Enfin, si vous voulez 
être du|dernier bateau, ne dites pas à un co- 
pain qui veut vous bourrer le crânô : passe la 
main, à la gare, ou tu bouscules le pot de fleurs, 
mais « tu me prends pour un baigneur », Ex- 
pressions à la mode, Ver- Luisant, in Front, 
16-2-17, (v. ici poisse) ; V, du p. - — Semble en 
relation avec envoyer au bain, Envoyer pro- 
mener : « Mon capiston, depuis cette affaire-là, 
je l'envoyais au bain toutes les fois que j'avais 
affaire à lui », 48® t., -16 ; cf.: « Mince de mince ! 

^ 54 -^ 



<...>> Si après ce coup là nous ne sommes pas 
bombardés dans l'ordre de la Jarretière, je 
veux bien aller au « bain )) )), propos d'un mé- 
cano aviateur, h. delaronce, Croquesel, 3, in 
France Militaire, 12-10-16 (avec calembour sur 
l'Ordre du Bain) ; — être en plonge. Etre de 
service surabondamment, collège de Meaux, 
-05, semble à rattacher à l'anglais plunge, 
Difficulté. 

P|balancé, Fait, Bien fait ; très usuel, soldats 
et marins : « Voilà qui est balancé, c'est foutu )), 
dit un fourrier admirant un état nominatif 
calligraphié, 81® t., août 16 ; « Q'est-ce que 
t'as ? T'as l'air bien balancé ! », Quelle est ta 
maladie ? Tu a^ l'air sohde, 81® t., sept. 17 ; 
— mal balancé, Disgracié de la nature ; aga- 
THA, 112, (avec le syn. mal éclos, ib.) — Syn., 
ballotté, foutu, jeté, ont le même emploi : « c'est 
un rien, mais c'est jeté » ; || être bien jeté par 
les pinces, Avoir de jolies jambes, Schw. Sold., 
79) ; — « y a pas à chiner, c'est foutu », Bien 
agencé, en parlant d'une machine. Bien peint, 
d'un tableau ; — « T'es bien ballotté ; qu'est-cç 
t'attends pour aller faire risette aux Boches ? », 
Gaspard, 183. Les articles ci-dessous confirment 
cette série syssémantique. 

— 55 — 



balancer, Jeter : A, Rejeter (peu importe où) 
qqch. ou qqn dont on se veut débarrasser : 
« les déséquilibrés qui ont encore des illusions 
antialcooliques ou qui n'ont pu admettre la 
suppression du Pernod « balancent leur gnôle » », 
Echo des Marmites, in B. des A., 8-11-16. — 
Syn., laisser tomber, laisser glisser, déposer, 
semer, servir, signifient aussi le même geste de 
colère, de soulagement et de dédain ; « l'impé- 
ratif « Laisse tomber ! » équivaut à « Ne dis 
rien, reste tranquille » », j. l., Temps, 21-10-16 ; 
laisser tomber un ami, c'est le Rejeter, le livrer 
à son triste sort animal, à son poids brut indi- 
viduel, le désocialiser : « son chef devait le 
couvrir, il l'a laissé tomber », S. A. P.-X, juill.l6 ; 
cf. Feu, 123, 217 ; — « Si le poilu sait qu'il aura 
à employer contre les Boches le procédé de 
combat qu'on lui montre à l'arrière, il aura à 
cœur — l'amour-propre s'en mêlant — de le 
bien connaître. Mais s'il doit, champion de sa 
spécialité à Tarrière, se mettre à l'école d'une 
autre à l'avant, il haussera les épaules et lais- 
sera tout « glisser »... », a. l., Journ., 3-9-17 ; 
— « L'on ne plaque plus un raseur, on le « dé- 
pose » ou on le « laisse » tomber », Echo des Mar- 
mites, in Ann. p. L, 1-11-16, p. 485. — Même 



50 



se laisser tomber, Etre tué : « Il s'est laissé tom- 
ber à Dixmude », un 2d-m«, fév; 18, s'explique 
immédiatement par s'expédier par terre, Tom- 
ber ; — et être servi signifie Etre jeté à terre 
par son appareil ; aviateurs ; | l'infortuné « se 
trouve « servi » [dans un « cheval- de-bois »] 
sans même avoir eu le temps d'y rien com- 
prendre », R. w., Gu. Aér., 15-2-17. 

B, Jeter (à qqn qqch., pour qu'il le reçoive) ; 
Parisiens au 81® t., 14-17 ; usuel notamment 
et général à propos de grenades ; | « la bar- 
baque qu'on nous a balancée hier », Feu, 22 ; 
« en leur balançant entre les côtes des centaines 
de pastilles à la minute », e. c. Pet. Journ., 
8-4-16, propos d'un mitrailleur ; « On a été 
tous deux jusqu'à la carrière. On a balancé des 
grenades ; les Boches sont sortis », propos d'un 
chasseur alpin. Illustration, 14-10-16, p. 348, 
c. 3. — Outre un cadeau ou un projectile, on 
peut, figurément, balancer des paroles : « Re- 
garde un peu ce qu'il nous balançait l'autre 
jour : », suit la phrase ridicule du camarade 
désigné par « il » ; | « J'vas lui balancer un 
perco de ma façon, à c'syphilo-là », Feu, 
21-8-16. — Syn. envoyer, servir, passer, lais- 
ser tomber, jeter, ont les mêmes emplois : 

— 57 — 



envoyer une chanson, la Chanter ; em^oyer un 
boniment, Dire qqch! qui a quelque style ; 
— sentir un bobard, Enoncer une * opinion 
ahurissante ; sentir des gnons. Donner des 
coups de poing ; " — « qu'est-ce qu'il va nous 
passer [comme engueulade] ? », benjamin, 
Journ., 17-6-16 ; « Au cours d'une préparation 
d'artillerie française le poilu a le sourire <<...>> 
« Qu'est-ce qu'on leur passe ! » crie-t-il en se 
frottant les mains », Poilu du 6-9, in B. des A., 
15-11-16 ; — « Mince d'arrosage ! Qu'est-ce 
qu'y nous ont laissé tomber ! », a. a., Contes 
ver., 242 ; « on s'est laissé tomber à pleins go- 
dets, dans l'iampion, du réglisse qui se posait 
un peu là, du bouché », Feu, 21-8-16 ; — en 
jeter un coup, En fiche un coup, Travailler, 
Feu, 146 ; — d'où : ça en jette un coup, C'est 
du beau travail, Mousqu., 181. — Il est évi- 
dent que cette série de syn. procède du geste 
par lequel un ouvrier,pour fournir un outil ou des 
matériaux à un camarade, les sert et les passe 
en les jetant ou balançant ou laissant tomber. 

Le sens A se trouve dès -81, rig. : « balancer 
son personnel, sa môme » ; B semble plus ré- 
cent ; « j"ui ai balancé un rencard », Je lui ai 
donné un rendez-vous. 

— 58 — 



balancer (s'en), ^e faire de qqch. nul cas ; 
fm'en balance, Parisiens au 81® t., août 14 ; 
360® inf., -14 ; parisianisme en vogue crois- 
sante ; I Gaspard, 252 ; « J'm*en balance, des 
aristos, moi », boulanger, Est- Républicain, 
20-8-16, réponse d'un poilu invité, ironiquement 
d'ailleurs, à dire comme dans « l'monde rupin » 
19 heures pour 7 heures du soir. — Syn. et 
remplaçants : foutre, coller, flanquer, tous verbes 
signifiant Donner brutalement : il s'en fout ; — 
je TPien colle, Peu m'importe ; lycéens Brest, 
-90 ; — « tu te flanques des signes », Tu te 
moques des louis, Philibert, 237. 

balaneetictuer, Renvoyer ; « I' faut baianc'ti- 
quer tous ces mecs-là », 81® t., -17 ; \\ balansti- 
quer, dlle. — Suffixation libre de balancer ; 
cf. ramastiquer, Ramasser, pastiquer, Passer, 
chanstiquer. Changer. Cf. chalausticer (?), Men- 
tir, Grossir les choses, d. 

balayeuse, f., Dernier train de nuit ramenant 
les permissionnaires au front, fagus, 563. — 
Syssém. : balai. Omnibus qui, partant le der- 
nier de la soirée, ramasse sur la chaussée des 
gens attardés, Paris, -84 et avant ; — raclette. 
Ronde de police, larciïéy. 

baldingue, m., Equipement du cavalier ; 



59 



HENRioT. — Suffixation libre sur ballot. Voir 
i^aldingue, 

ballot, 1, Homme sot ; usuel, surtout aux 
Parisiens, et général ; Il ross. ; « c'est un ballot, 
c'tte môme-là ! », carco, Innocents, 101. — 
ai^oir tout du ballot. Etre un parfait sot. ■ — Mé- 
taphore de fonction, en ce que la fonction d'un 
ballot est purement négative. — Syssém. : la 
pochetée; le colis, (par ex., j. des vignes rouges, 
Journ., 31-12-16, à propos d'un aspirant jeunot 
qui semble plus encombrant que dirigeant) ; le 
paquet, (« que j'suis assez paquet », Feu, 21-8-16); 
la malle (« .Que malle, ce Russien-là ! », boyer- 
rebiab, 24 'Heures, 111) ; le sac {ib., 111 ; Ber- 
trand, Pépète, 64, 120) ; le baluchard, agatha ; 
V. du p., — suffixation libre de baluchon ■ — ; 
autre syssém., occasionnel au moins : le sac à 
terre : « Dites donc, fourrier ? Parmi vos 
aïeux ? Est-ce que vous n'auriez pas un sac à 
terre ? », un adjudant, 81® t., sept. 17. — Sur 
ballot se greffe la queue anecdotique à la gare ! 
ou au bout du quai !, ou à la gare au bout du 
quai I, qui s'accompagne dé la main agitée la 
paume en arrière devant l'épaule et qui signifie 
Tu m'embêtes ou II m'embête. Elle semble 
avoir éclos en -13 ; agatha la donne ; quoi<^ue 

— 60 — 



Connue des parisianisants, je n*ai commencé 
à l'entendre au 81® t. qu'en mars 16 ; donnay, 
Impr., 75, la suppose encore ignorée d'une 
dame patronesse. — 2, Sot : « C'qu'y a d'ballot 
c'est que c'est toujours nous qui faisons les 
corvées et l'aut' compagnie n'en fout pas une 
rame », 81® t., -15 ; | dauzat, 16-4-17. — Sub- 
stantif pris adjectivement ; cf. boulot, 

balocher, 1, Etre ballotté : « Le vin balochait 
autour de lui et glougloutait dans le fer-blanc 
[des bidons qu'il portait] », arnoux, Matins 
3-4-18 ; — se balocher comme un arbre^à prunes, 
Faire des courbettes répétées (pour saluer), 
patois d'Armentières, -18 ; — 2, Arriver en 
flânant : Voilà les artilleurs « qui balochent au 
mitan du couloir », Cabaret, 468 ; la torpille 
aérienne « baloche juste sur notre tête », ib., 
459 ; (I balocher, Flâner en rigolant ; ri g., 
DLLE, ROSS. — C'est au verbe baller, Danser, 
Marcher à pas mesurés, hdt, quelque désuet 
qu'il soit, que balocher se rattache le mieux par 
la forme et par le sens. Cf. rasoche. 

bamboula, m.. Tirailleur sénégalais ; D. m. p. 
— Bamboula, Nègre ; usage général. Cf. ma- 
labar. 

banane, f., Décoration de la Médaille Mih- 

— 61 — 



taire ; 52® c^^, août 18 ; | aviateurs, Mousqu., 
254; — similitude des couleurs, jaune et vert 
clairs, du fruit colonial et du ruban de la mé- 
daille. — Cf.: tomate, f.. Décoration de la Légion 
d'Honneur ; officiers de marine, mai 18 ; — 
omelette aux fines herbes, f., Fourragère aux 
couleurs de la Médaille Militaire, franconi, 
Un tel, 142 (qui attribue la métaphore à un 
Parigot de Charonne) ; — oignon. 

baoulier, m., Homme de corvée pour aller 
chercher le repas aux cuisines ; fantassins, sec- 
teurs de l'Aisne, mai 18. — • baoule, f.. Marmite, 
Chaudron ; ib. — Originaire de la région de 
Dinan et Pleurtuit, Le Bars, jeune fantassin 
témoin de ce mot, voit en baoule du patois de 
l'Aisne ; mais son régiment comptait nombre 
de Vendéens ; or, au Croisic, 12-14, la baoule, 
est le Panier que porte à dos le pêcheur de cre- 
vettes ; en espagnol baoul, m.. Colis. Plus 
lointain est bouille, boille. Récipient pour 
transporter le lait à la ville, en Jura suisse. 

baptisé, m.. Aviateur qui a fait son premier 
vol (avec défense de rien toucher aux com- 
mandes) en compagnie d'un moniteur : « Le 
« baptisé » descend un peu pâle », thavet. 

barbaque ! (à la), A la viande !, commande- 

— 62 — 



ment (du troupier) pour aller à l'assaut ; d. — 
barbasse, f., Viande ; 81^ t., cet. 14, un 
voyou nantais ; 2^ c^^, oct. 18. — Substitution 
de suffixe : barbaque. Viande, usuel à l'école 
J.-B. Say, Paris, 1900-01, donné par ross., 
tandis que ri g., vingt ans auparavant, donne 
barbèque, a pour vraisemblable étymologie le 
roumain berbec, Mouton, et daterait de -55 ; 
nos soldats, occupant la Dobroudja, y mangè- 
rent le mouton d'Orient au goût fort ; le même 
traitement de -bec en -bac se retrouve dans 
morbaqucy Morpion, pour lequel rig. ne con- 
naît que morbec. — Cf. malabar, 

barbelé, m.. Fil de fer barbelé: général; | 
« les boîtes de singe qu'on avait accrochées 
aux barbelés », saint- cassin, Temps Buté, in 
FTbnt, 1-9-16. — D'où barbouillé, m., même 
sens ; 81^ t., nov. 16 ; fantassins dans l'Aisne, 
2^ c^l, -18 ; I « planter sur la plaine <...> des 
fils de fer, du « barbouillé » », l'autre sergent, 
Œuçre, 4-11-16. — - Déformation consciente 
comportant allusion au méli-mélo embar- 
bouillant de ces fils. 

barda, m.. Fourniment, ensemble des objets 
affectés à un fantassin, et dont la pièce de 
résistance est le havresac ; usage général : 

— 63 — 



« tout mon barda » ; || « l*activité silencieuse 
des tribus -<...>> rangeant le harda », p. et v. 
MARGUERiTTE, Braves Gens, 35. — Mot dû aux 
zouaves, ross. ; aux soldats d'Afrique, D. m. p.; 
« Le « barda » est le sac du tirailleur ; il est 
formé par la toile de tente dans laquelle sont 
roulés les effets ; les quatre coins de cette toile, 
noués, forment deux bretelles où passent les 
bras », baratier, Epopées africaines, 80. Cette 
définition, supprimant l'image du havresac 
rigide, a l'avantage de nous rapprocher de 
l'origine du mot, savoir l'italien harda. Cou- 
verture de cheval. — Cf. malabar. — Bazar, 
au lieu d'exprimer le Fourniment par son en- 
veloppe, considère la multiplicité des articles. 
' — bardin, m., même sens ; inf., secteur 174, 
'18 ; HENRIOT ; LAMBERT ; D. — Dér. de barda ; 
le suffixe est peut-être dû à bardin, m., Tout 
ce qu'un fleuve laisse sur les rives après la 
crue, Loire -Inf, 

barder, Etre ou Devenir intense, dur ; 81® t., 
14-17 ; marins, 17-18 ; usage général : « Ça 
barde pour ma pomme », Il m' arrive une affaire 
épineuse ; | « Celui qui n'a pas vécu en hiver 
dans une tranchée où ça barde ne sait pas com- 
bien la vie peut être une chose simple », apol- 

— 64 — 



LiNAiRE, M, de Fr,, 16-2-16 ; « il y a des coups 
que ça bardait », donnay, Impr,, 64; || mot 
usuel au 19® inf. (Brest), -94 ; chez les soldats à 
Nantes, -12 ; et m'est attesté usuel à Rouen, 
-90 ; Rennes, -95 ; l'Ecole Normale Supé- 
rieure, -99 ; Dol, -01 ; Caen, -08 ; Constan- 
tine (chasseurs d' Afrique) ; -09 ; il est dans 
ROSS. ; « D'après ses prévisions, le combat 
durerait longtemps. « Ça bardait ». », charly, 
dans V Indiscret, dernier trimestre -05 ou 
l®r trim. -06 ; « Merde ! ça allait rien bar- 
der ! », PERGAUD, Guerre des boutons, 72 ; ib. 
270 ; « Tu parles si ça va barder », m argueritte, 
Fabrecé, I, i ; « faisons-nous des progrès au con- 
cert ? — Ça pige, ça barde, ça boulotte », Echa- 
lote, XVII, 58. — Sens et emploi intransitif 
développés de barder, Transporter avec un 
bard, (des pierres, par ex.) ; on disait fort bien, 
au 19® inf., -95, « Je vais vous faire barder » ; 
de là bardée. Charge : « avoir une bardée », 
Avoir le plein de l'estomac, à propos de buve- 
ries, ouvriers nantais, -15 ; « être bardé », Etre 
ivre, un Nantais, -18 ; bardée. Excès de boisson, 
est angevin, verrier et onillon ; puis barder, 
Etre lourd : « des colis qui bardaient », ross. ; 
et barder, transitif. Traiter durement : « m*ame 

— 65 — 

ïtSNAULT ^ 5 



Bèzômajou trouve quèque chose de nouveau 
pour nous « barder « », Contes de Bibi-Tapin, 
Le Colonel Briquemol, 5. — Il peut y avoir eu 
influence de bardot^ 1, Petit mulet, 2, Souffre- 
douleur, vTête de Turc ; alors barder intransitif 
serait syssém. de muter, turquer, Peiner. L'an- 
glais a drudge, Esclave, Bardot, et to drudge, 
Travailler péniblement. — La traduction Etre 
entrebâillé, pour une poche qui « barde », In- 
térieur des prisons (1846), n^est peut-être duo 
qu'à une attention excessive accordée à un 
emploi particulier du mot. 

barre ! (zéro la), Rien ! ; marins, 16-18, très 
usuel: « je suis rendu a mon bâton de maréchal 
et suis bien heureux car au moins je n*ais pas à 
me manger le sang pour tacher de gagner avec 
des supérieurs qui ce fiche de toi quand il te 
voyent à moitier crevé par le boulot qu'ils te 
font faire [;] pour moi rien à faire [;] que l'on 
me donne du monde et je fais travailler [;] au 
cas contraire zéro la barre ! », un 2d-m® mé- 
canicien, 7-9-16. — La barre du gouvernail est 
actionnée, au moyen d'engrenages et d'un 
moteur, par la commande qui est aux mains 
de l'homme de barre ; cette commande est 
d'ordinaire une roue à poignées ; devant cette 

— 66 — 



foue Thomme de burre voit l*axiomètre, où 
l'aiguille marque zéro quaud elle est perpen- 
diculaire au plan de la roue et parallèle à l'axe 
du bâtiment. Le cadran de l'axiomètre porte 
70 divisions, 35 à gauche du 0, autant à droite ; 
l'officier de quart commande « 5 à droite ! )), 
« zéro, la barre ! », « 8 à gauche !» — 'Le com- 
mandement « zéro la barre » ayant une valeur 
réelle et un effet positif, la barre dans notre 
locution argotique n'est qu'une queue roman- 
tique sur zéro, Pas de.... Rien, ex, : « Pourquoi 
aussi qu'on n'a rien de rien ? Faut faire la 
soupe, zéro bois, zéro charbon », Feu, 33, usuel 
avant -14, dû à l'influence des documents 
écrits, notamment des états administratifs, (et 
qui se range ainsi parmi les produits de l'in- 
fluence grandissante et abusive de l'écriture 
sur la langue, 1^, avec un point c^est tout qui 
sévit dans le style oral depuis au moins 1902 ; 
2^, avec bâton, rat, érème, le six-sept, le sys- 
tème D ; 3^, avec domp-ter, som-met, ga-geu-re 
et autres prononcés barbares). 

barré, Ivre; mécanos d'avo», p^u^ mars 18. 

barreaux de la chaise (les), les Minuties : 

« à la guerre, il ne faut pas s'embarrasser 

dan» les barreaux de la chaise », Chercher 

— 67 - 



la petite bête, Etre difficile, j^aràud, ?1. 

bastos, f., Cartouche de fusil ; légion étran- 
gère ; D. ; — métaphore de forme ; en outre, les 
bastos sont des cigarettes à bon marché, comme, 
parmi les projectiles, les cartouches ; une car- 
touche est un obus réduit ; bastos, Cartouche, 
est le diminutif de cigare, Obus. — Syssém. : 
bigarrette, f., Cartouche ; d. ; — apparenté à 
pégarre, f., Cigarette, mécanos d'avon Pau, -18. 

bastringue, m.. Fourniment : « se mettre le 
bastringue sur le dos », 2^ c^^, -18. — Ici comme 
aux autres sens, Lieu public de danse et de 
buverie. Tapage, Etui à outils pour malfai- 
teur, bastringue répond à autant d'acceptions 
de bazar et s'avère suffixation libre de bazar ; 
bordel a aussi les quatre mêmes sens. 

barriau (sauter le). Escalader le parapet pour 
attaquer ; 95^ inf. (Berrichons), 14 (Bois-Brûlé, 
forêt d'Apremont), -18. - — Barriau (prononcé 
berrichon ou nivernais de barreau, désigne 
dans le Centre la palissade ou la barricade mo- 
bile, sorte de Porte entre deux enclos. Fin -14, 
début -15, de petites échelles de bois étaient 
dressées de place à autre contre le parapet de 
la tranchée, au Bois-Brûlé, pour parer à tout 
imprévu, les attaques locales étant fréquentes. 



Barriau fut, d'abord, soit l'échelle, soit le 
parapet, et en tout cas, Téchelle disparue et 
le mot conservé, le parapet. 
. bataille de confettis, f.. Chargement de char- 
bon à bord ; marins, 16-18 : « Demain y a ba- 
taille de confettis ». — La poussière de charbon 
vole à la figure. 

bâton, m.. Bataillon ; usage général ; | Caba- 
ret, 465. — A cause de l'abrégé « bat^^ », dont 
se sert le fourrier et le peintre sur voiture. De 
même dans la marine lieu de çaUj Lieutenant 
de vaisseau, à cause de l'abrégé « lieu, de v^^ ». 
Cf. déesse, chasse-patte, -ou, cuir, cama. — D'où 
père-bâton, m.. Chef de bataillon ; 40® art., -18. 

bâtons (mettre les). S'en aller, Se sauver ; 
8le t., mars 16 ; S. A. P.-X, oct. 16 ; 46® inf., 
16e, 20e chass., -17 ; 40®, 53® art., 17-18 ; ma- 
rins, 18. - — Où me^on les bâtons, c.-à-d. les 
Jambes, pour se sauver ? on les. prend à son cou. 
Le fantassin se plaint d'avoir les jambes raides 
« comme du bois », comme des bâtons de chaise 
(rig.), des quilles, des poteaux, des échasses, des 
badines (rig.), des baguettes. Cette étymologie 
semble adéquate, et celles qu'on m'a proposées, 
de voir dans les bâtons soit des timons de voi- 
tures, soit des leviers de direction d'avion, je 

— 6» — 



ne puis que les remettre jusqu'à preuve d'ori- 
gine aviatrice ou trainglote ; le pluriel les 
bâtons, qui les contredit, est constant. — Sys- 
sém. : mettre les bouts de bois, Partir ; 46® art., 
46 ; 46^ inf., -17 ; 53^ art., 130e inf., 2^ cal, 
-18 • « J'ai pris mon violoncelle et j'ai mis les 
bouts de bois dans le salon )). un brigadier 
violoncelliste ; « V'ià l'train qui met les bouts 
de bois », divers soldats ; || mettre les bouts de 
bois était usuel à Lille avant -14, témoignage 
d'un jeune Lillois ; — mettre les bois, Se sau- 
ver ; 98e i^f.^ .17 . 95e inf., 40e art., -18 ; — 
mettre les bouts, Se sauver : «Le coup de main 
était loupé, on s'est mis les bouts, dans le 
boyau », 66e chass., mai 18 ; — mettre les 
cannes, Partir ; 46e inf., -17 ; 40e, 53e .^rt., 
13e tir. alg., matins, -18 ; « maitre les cannes », 
Quitter le secteur, un soldat du 1er étranger, 
lettre, sept. 16 ; [ « On m'appelle à la cuis- 
tànce. Je mets les cannes », chapelle ; « à se 
mettre les cannes, c'est-à-dire à prendre les 
jambes à son cou », rocher (cf. bagoter) ; — 
mettre les triques, Partir ; sain. ; — mettre les 
flûtes. Partir ; 40e ^pt., -18 ; — mettre les ba- 
guettes ; — • cf. paturons et flubes. — Le soldat 
«uiede dit mettre les tubès, Sûhw. Sold., 69, 71, 72. 



70 



— Un pronom remplace ces noms ; on dit : 
les mettre, Partir ; 46^ inf., -15 ; très général 
et très usuel : « la loco les met » ; | « On les 
met », « Mettons-les », « il faut même qu'ils 
[les Boches] les mettent, un jour ou l'autre », 
Feu, 30, (cf. 167, 208, 218). — Et, le soldat 
simplifiant encore : « Dans les rangs l'un dit 
. à l'autre : « Mets donc par quatre, eh ! ballot I », 
Marche donc par quatre, luc platt, marin 
fusilier, carnet, in PeU Par., 20-5-16 ; de cette 
dernière construction je n'ai que cet exemple, 
et elle est inconnue de plusieurs bons témoins, 
fantassins, artilleurs et marins. 

baveux, m., A, Journal ; 360^ inf., 14-15 ; H 
Paris, avant -14 ; — haçeux, Médisant, dlle. 
— B, Savon ; marins, -18 ; | « le système ba- 
veux », le Lavabo (d'un café), Feu, 324. 

béard (laisser), Laisser (qqch.) tranquille ; 
Un poilu a demandé où était le bouthéon, on 
lui a répondu ironiquement, (c'est une des 
scies du jour,) « derrière toi !» ; le bouthéon 
est sale, il demande où il y a de l'eau, le chœur 
lui répond « derrière toi ! » ; alors l'homme 
exaspéré : « Ah ! Laissez ça « béard » », p'^pit 
GARS. — Béard, Tranquille, dlle. 

béoane, f., Mitrailleuse ; un commerçant 

— 71 — 



aux halles de Paris, 81® t., août 14 ; un Nan- 
tais, 8le t., -16 ; un 1* mitrailleur, 156® inf., 
avr. 18 ; 289® inf., mai 18. — Bécane désigne 
toute Machine ; l'application la plus ancienne 
connue est Locomotive, ri g. ; (cf. bécasse, 
Machine à vapeur, poulot. Le sublime, in lar- 
CHEY, 1888), puis Bicyclette, IJondeuse méca- 
nique (le deuxième clairon « m'a pas rasé, i' m*a 
« simpement » comme qui dirait tondu avec 
sa bécane », boyer-rebiab, 24 Heures, 29), 
Machine à écrire, etc. — Géane, féminin patois 
(H*- Maine, par ex.) de géant, ornemaniste dé- 
rivé de ornement, plafonner, de plafond, prin- 
tanier, de printemps, autorisent à voir en bé- 
cane le féminin du bécant. Oiseau, de Targot 
faubourien. L'oiseau chante, crie ; l'outil, la 
mécanique, le véhicule, crie, grince, guiore ; 
aussi la Fausse clé du cambrioleur est un 
oiseau, grison, Gil Blas, 21-4-85, et un rossi- 
gnol ; la Voiture est une chignole, c.-à-d. une 
pleureuse, et une guimbarde, c.-à-d. une mu- 
sique ; la Locomotive, le Tank, l'Avion, le Di- 
rigeable, la Mitrailleuse, des bousines, bousins 
et zinzins, Toute Machine de fer est donc une 
oiselle, une bécane, — Gf. tacot, 
béqneter, tr. et intr., 1, Manger ; général, 



plus usuel aux Parisiens et Parisianisés ; | 
AGATHA ; PANTRucHARD ; |1 l'image est an- 
cienne : « Nos oiseaux de proie [deux sou- 
peuses galantes] recommencent à becqueter », 
LESAGE, Diable boiteux (éd. Bibl. Nat., I, 138). 
— 2, Manger (au figuré), Dépenser : « J'ai bé- 
queté pus de vingt francs », artilleur nazairien, 
-17 ; jl béqueter une thune, ross. — Dér. : bé- 
auetance, f., Repas; 13® tir. alg., -18; | becque- 
tance, pantruchard ; poilulogue ; bectance, 
Feu, 23 ; — becauette, f., Fourchette : « On 
pose son godet, son couteau, sa pelle et sa 
becquette », Feu, 21-8-16 Nous laissons (sur la 
table) verre, couteau, cuiller et fourchette ; 
M. Barbusse l'a entendu « une fois ; il était 
peut-être improvisé» par le parlant; le suffixe 
-ette est pris à fourchette, le syn. prochain^ par 
ce parasitisme morphologique, qui est, (cf. 
pép'ère), une loi d'argot. 

berlingot, m., A, i, Automobile ;S. A. P.-X, 
nov. 16 ; I texte sous chaufferette ; — 2, Avion, 
« Suis le berlingot qui monte en chandelle », 
musidora. — Berlingot, voiture désuète 
(du XVIII® siècle) ; d'où Véhicule avec va- 
leur dépréciative ; cf. tacot. — B, Comman- 
dant du camp d'av^^^ de Pau et de tout 

^ 73 -- 



camp d'avoii ; mécanos d'aven, Pau, mars 18. 

berniquette, f., Eau-de-vie ; 95^ inf., 7^ c^^, 
très en vogue depuis mai 18. . 

bertillette, f., Eau-de-vie ; 95^ inf., 7^ c^^, 
très en vogue depuis mai 18. 

bessonneaux (faire des), Rebondir au sol ; 
aviateurs, Miramas, mai 18. ■ — Image prise de 
l'aspect ondoyant d'une série de hangars 
d'aviation Bessonneau vus d'enfilade et quant 
à leut toit voûté. — Syn. : atterrir au ricochet^ 
ib. 

biblosco, m.. Projectile (quelconque) ; usuel 
aux crapouilloteurs du 177® art., août 18 ; — - 
suffixation de bibelot. 

bicot, m., 1, 1^, Soldat de couleur de l'Afrique 
nord, Arabe, Berbère, Marocain ; usage géné- 
ral ; même, 2^ parfois. Sénégalais; 1| se date au 
moins de -02, où se rendit fameux un « Bicot 
de Montparno » ; on eut aussi un « Bicot de 
Montmartre », Journ.j 5-4-03 ; « Hein ! dit un 
Breton, on leur a fait la pige aux mocots et 
aux bicots ! )), Dépêche de Brestj 27-7-06. — • 
Apocope de Arbicot, suffixation de Arbi^ libre 
suffixation de Arabe. — 2, Marin chauffeur 
(matelot, qu^^-m® ou sous-off., et non pas seu- 
lement quartier-maître comme dit d. ; marins, 

— 74 — 



14-18 ; Il dès -98. — Son métier le fait bronzé, 
en fait un Noir. 

bicyclette, f., A, Pince-nez : « T'as ta bicyclette 
sur ton nez ? )), 81® t^, mars 16. — Métaphore 
sur la forme du pince-nez aux cercles jumeaux. 
-^ D'où, plaisamment, bicycliste, m., Homme 
porteur de lunettes ; agatha ; — et non pas 
dérivé de besicles, comme dit sain. ; — et, syn., 
cycliste de bataillon, m. ; 2® c^l, 15-18. — B, Seau 
liygiénique ; d. — Métaphore, non de forme, 
mais d'attitude : on l'enfourche comme uiio 
bicyclette. 

bidou, m., Simple soldat quelconque; inf., 
secteur 174, avr. 18 ; | « vulgaire bidou )^, 
BRiNGER, M. le Vicomte^ 53. 

biff, m., Fantassin de ligne : « Hé ! les biffs 
de la 6® du ...® », Pépères, 17 ; — apocope de 
biffin. 

bigor, m., Artilleur de marine : « Ces cadres 
admirables, officiers et sous-officiers de nos 
marsouins, de nos bigors et de nos divisions 
algériennes, tunisiennes et marocaines », z, 
Armée de 1917, 245 ; H usuel à Brest dès >85. — 
Apocope de bigorneau, même sens. Le bigor- 
neau est un mollusque qui s'attache aux roches 
côtières ; l'artilleur de marine en fait autant. 

~ 7^ — 



RiG., LARCHEY, DLLE traduisent bigorneau. 
Soldat d'infanterie de marine ; c'est un contre- 
sens ; le fantassin de marine navigue, c'est un 
marsouin ; ross. le traduit « soldat de la ligne 
appelé ainsi par les zouaves » ; chapelle 
écrit, dans une version poilu-français, « un 
bigorneau comme moi «<•.•> Le bigorneaUy 
c'est le fantassin »; et on a signalé des Balkans, 
à D., ce sens que je n'ai pas observé. — D'où 
bigorre, £., Artillerie de marine ; D. m. p. ; — 
cf. marsouille, 

bigorner, 1, Démolir par capotage : « se bi- 
gorner », Capoter à l'atterrissage ; aviateurs, Mi- 
ramas, mai 18; | « le « coucou » est « rectifié », 
« bouzillé », « bigorné » et le « corbillard » 
l'emmène au « cimetière » <...> Par exemple, 
pour l'atterrissage il jfaut avoir l'œil afin de 
ne rien « bigorner » ! », thavet ; « de bigor- 
ner Fritz », de Détruire l'avion boche, mont- 
GEORGE. — 2, Tuer : se faire bigorner, Aller à 
la mort ; 13® tir. alg., -18 ; en vogue générale ; 

— se bigorner, Aller à l'assaut ; 18® chass., -18. 

— bigorné, m., Cadavre ; Parisiens, -18 ; — 
bigorne, f., Trépas ; 9® zouaves, d'où il passe 
au 13® tir. alg., juill. 18 : aller ou monter à la 
bigorne, Aller se faire tuer. 

— 76 — 



billard, m., A, Terrain d'exercices ; brosser le 
billard, Faire des exercices de guerre en ter- 
rain varié : « Demain les poilus au repos [au 
cantonnement] devront se contraindre, comme 
ils disent, à « brosser le billard )> — entendez à 
subir les trois appels et l'exercice en campagne 
matin et soir. Après le « travail » de là-bas [des 
tranchées], cette servitude leur paraîtra humi- 
liante, comme une rétrogradation », Trois jours, 
16-7-16 ;- — l'idée est qu'on frotte le terrain 
à le faire reluire. De même briquer, Frotter, 
(a briquer le pont du navire »), d'où briqueviïle, 
Portefaix, (de qui les courses astiquent les 
rues), et briquer la mer (« Depuis deux ans qu'il 
« briquait » la Méditerranée orientale, se lais- 
sant drosser à droite, à gauche, <...> », 
MILLE, Les pêcheurs de monstres, Jourrh., 8-8-17) ; 
de même, gratter les paires. Etre misérable, 
RiG. ; polir le bitume, Se promener pour cher- 
cher pratique, Jargon (1849).- — B, Terrain 
de combat : « F..., est cultivateur. <;...>» H 
sait ce que pourrait produire le a billard », tout 
ce terrain inculte — fécond seulement en 
moissons de lauriers ! — », Bochofage, in B. des 
A,, 14-3-17 ; — monter sur le billard, Sortir de 
la tranchée pour l'assaut ; 81® t., -15 ; — sys- 

— 77 — 



sém. : tapis, m., même sens ; monter sur le 
tapis, Sortir de la trancliée pour l'assaut, 
81® t., -15 ; se battre sur le tapis, Combattre 
sans tranchées, 289® inf., -18. — C, Table 
d'opération chirurgicale ; ambulance de la 
Maison-Blanche près le Bourget, janv. 16; | 
Le blessé opéré sept fois s'insurge quand on 
lui parle d'une huitième intervention, « et, 
selon l'expression consacrée, déclare qu'il ne 
veut plus « monter sur le billard » », e. de 
FEUQuiÈRES, Pet. Par., 26-6-16. 

L'idée comporte deux images: un espace plat 
et un jeu, J'entends aussi monter sur le billard, 
Se mettre au lit pour les jeux d'amour, un Pa- 
risien, -15 ; cf. caramboler une femme ; ici et 
dans l'emploi C la scène est vraiment un pla- 
teau ; si dans l'emploi G l'acteur risque sa 
peau, si dans les emplois A et B le plateau est 
raboteux, l'idéô n'en est pas moins que le 
secteur de « no man's land » à conquérir est un 
champ-clos où se joue un jeu aux règles ma- 
thématiques. Les filles nomment tremplin leur 
endroit de racolage, dlle. — Le secteur de 
l'assaut est aussi nommé la plaine, 2® c*^, 
-18 ; — • le plateau : monter sur le plateau, Don- 
ner l'assaut, ib. ; — il est schématisé en sur- 

— 78 — 



face plane. Balayer les . planches. Jouer dans 
un lever de rideau, rig., rappelle brosser le 
billard d'autant mieux que les planches théâ- 
trales sont nonamées le plateau et le tremplin. 
Les matches de boxe où deux champions 
montent sur un plateau limité ont pu nourrir 
dans l'imagination populaire les termes de 
billard et de tapis : « Grassi se relève <<.,.> 
Griqui le renvoie au tapis par un upper eut «, 
Auto, 4-4-18, p. 2, c. 4. {Monter ^ur la plancïw, 
Comparaître devant un tribunal, boss., offre 
une image d'escrime). 

biniou, na.,1, Clairon, 2, Soldat ou Matelot 
clairon ; 81^ t. et marins, 14-17 ; 109^ inf., 
16-17; 130^ inf., 2e 0^^, -18; n marins, 19^ 
et 47® inf., 95-96. — Du breton biniou, Cor- 
nemuse: 

biquet, m., Soldat de la classe 18 ; 18® inf.; 
-17 ; I proposé par descaves, Journ., 20-3-17 ; 
Marche des Biquets, chanson de courtois, à la 
suite du Doute impie, pièce jouée en nov. 17 
au 3® centre d'instruction de la IV® Armée. 

birouie, f., A, Ballon captif d'observation ; 
2® mixte, -18 ; — de biroute, Membre viril, mot 
populaire (surtout dans le nord) ; la longueur 
du ballon, et la rondeur de ses bourrelets sta- 

— 79 — 



bilîsàteurs, impose cette image, et les illustrés 
gais ne se sont pas interdit d'en jouer ; • — dér. : 
birontier, m., Equipier d'aérostation ; 2® mixte, 
-18. — B, Manche à air, suspendue à un mât, 
un pylône^du camp d'aviation ; gonflée par le 
vent, elle en montre la direction et la force ; 
diverses escadrilles, 17-18 ; Miramas, mai 18 ; 

— pendante par temps calme, horizontale par 
vent fort. — Syssém. : bitte, f., Ballon captif 
d'observation ; 81® t., mai 15 ; général ; ■ — 
couille, f., même sens ; divers soldats, -17 ; — 
rêve de vierge, m., même sens ; « un B. C. A. 
(lisez : ballon captif allongé), d'aucuns l'ont 
encore appelé « Rêi^e de Vierge » », micro még as, 
B. des A., 28-11-17. 

biscotte, f.. Rengagé ; 40® art., -18 ; — d'où, 
par libre suffixation, biscaille, f., même sens, 
ib. ; — remplaçants syn. de biscuit, m., usuel et 
général : « Qu'est-ce que c'est que ce capitaine A.? 

— C'est un biscuit. — Ho, alors ! », S. A. P.-X, 
►16 ; Il avant -14. — L'Engagé est nommé une 
boule : il s'est « vendu » pour une houle de pain 
par jour ; (dans la marine et l'inf. c^^® il est 
nommé fayol ; faire fayol, Se rengager dans la 
marine, — pour pouvoir manger des fayols) ; 
l'Engagé étant une boule, le Rengagé est une 

-- 80 — 



boule recuite, un pain puissance 2, un biscuit 

— D'où lulu, m., Rengagé ; 40® art., sept. 18 ; 

— du biscuit Lefèi^re- Utile dit lu, puis lulu. — 
Biscuit, Engagé volontaire, d., est un sens 
abusif. 

bistouille, f.. Eau-de-vie ; 81® t., 14-17 ; et 
autres corps ayant passé par le Pas-de-Calais. 

— bistouille, f., Café additionné d'eau-de-vie, 
Pas-de-Calais. 

bistric, m., Fourniment, Fourbi : « je trim- 
balle tout un bistric , 112® inf. ou 304® inf., 
A. ARNoux. — Dér. : bistriquette et bistri- 
caillon, créés pour un plaisir de sonorité, mo- 
nax recueillis par a. arnoux ; | « Moi, je suis 
soldat de deuxième classe et je distingue trois 
choses à la guerre : le bistric, la bistriquette et 
le bistricaillon. Pour le reste, toc et toc.... Vous 
avez compris, Monsieur ? », réponse narquoise 
d'un soldat interrogé sur la guerre par un civil 
indigne d'une réponse. Cabaret, 459. 

bitord, m., Saucisson ; 3® chass. à' cheval, 
D. — Pris à la marine : bitord, 1, Cordage de 
marine à torsades ; 2, chez les marins, Sau- 
cisson de tabac à chiquer. 

blairer (ne pas), Ne pas aimer, Ne pas ad- 
mettre volontiers dans sa société ou dans son 

— 81 — 

■tMAU&V ^ 



esthétique ; Parisiens et parisianisés, 16-17 ; « je 
ne les blaire pas beaucoup », un marin, -18 ; | 
« un mec que je ne peux pas blairer )>, pantru- 
CHARD ; Les ordonnances d'officiers, « je les 
blaire pas, je les considère pas comme des 
hommes libres )>, Cabaret, 464, — ■ Blairer^ dér. 
de hlair, Nez,, organe fait pour sentir, ne s'em- 
ploie, comme, au même sens, son synonyme 
pouvoir sentir, qu'en tournure négative ; c'egt 
pourquoi on ne peut pas poser blairer = Aimer. 
Mais en traduisant blairer = « détester », sain. 
£| eu la même distraction que l'auteur de V In- 
térieur de^ prisor^s (1846) écrivant « Piffer, 
détester » et « Naser, détester, abhorrer ». 

Wanquet, m., Vin blanc ; assez usuel au 
112® ou 304® inf. et au génie, a. arnoux; | 
« Une chopine de bl^nquet »j Cabaret, 468. — 
Syn. : l)lançhouillard, m., d. 

Weô, m., 1, Rase campagne, Terrain (inha- 
bité) entre les lignes, ou (en tant qu'inhabité) 
sur la ligne de feu ; 130®, 156® inf., 17-18 ; 
2e (.al^ _^g . JQ-ncer dq,ns le bled, Attaquer, (on y 
dit aussi foncer dans la brousse) ; 40® art., -18 : 
« prendre position dans le bled p, Mettre en 
pQsition sans abri de pièce ; n'est employé au 
§!• t, que par les anciens Africains ; | « vous 



faire jcigouiller en faisant les zouave? «U8 l'Wed. 
<„,> On grimpe pus Tparapet et nons weilh 
sus l'bled », sAiNT-cAssm, Temps Buté, in Front, 
1-9-16 ; « ep panne dang le bled, QÎiki^T avia- 
teur, <,M>, au front », FJ6 Par., 9-9-16, p. 688, 
0, 2, — 2, Front : « Yqus saisirez <..,>le prâ 
qu'un poilu attache à qptte nii^e au point ayant 
de regagner le « bled » », e. mer;.e, lettre ftux 
journaux. Matin, 10-5-18, p, 2, ç, 4. — 3, En- 
droit (quelconque, même yilJage), CftRtQn^e- 
meAt ; 156® inf., mai 18, où ce sens rare est 
réel mais nouveau ; | « un chic fcled » fiù qn res- 
tera « quinze jours », où « deux colis m'atten- 
dent au bureau du chef », m^ç orlaî^, Journ^^ 
1-9-17. — Algérien bled, nï,,Terrain, Campagîie, 
Cf. çkouya, 

blet, Ivre ; 22® C, 0. A., mai 18, -^ Sysgéni. : 
mur, Ivre ; 81® t., 14-17 ; \\ Brest, -95 ; | ?îpss.; 

— d'où muraille, Ivre ; 109® jnf., -1? ; 8® génie, 
avr, 18 ; | Cabaret^ 458 ; -^ suffixation Jifcre ; 

— d'où muraillée, f.^ Partie d'ivrpgnerie : 
« une muraillée générale », 81® t., -14, 

[;^^ bleus aille, f., 1, goldat de la plus jeune classç, 
par ex, un soldat de la classe 11 yerpé pa^nii 
des territoriaux ; 18® inf., rl4 ; 81® t„ -15 ; -r- 
2, Soldat nouveau-arrivé au çprps, mêniç §'i} 



-93--^ 



k 



a fait campagne antérieurement : « d'ia bleu- 
saille ! », Gaspard, 268, cri de soldats du front 
à l'adresse d'un renfort du dépôt ; « t'es encore 
une « bleusaille » », ih., 241, encore Naïf. — 
Syn. au sens 1, blenvasse, m. :« Sale bleu- 
vasse ! », 81® t., -16 ; j] acker. Soldat Bernard, 
110 ; — bleuçasson, ib,, 63 ; cf. pétasson. 

Blentinet, m., nom d'un journal du front, 
mai 16. — Dér. de bleu, Jeune soldat. Le -t- 
qui amorce le suffixe se retrouve dans bleuté. 
Teinté de bleu, et le suffixe -inet dans rouginet, 
m., Vin rouge, d. 

bobard, m., 1, Blague, Récit suspect : « lancer 
des bobards », Lancer des faux-bruits ; Pari- 
siens et Bretons parisianisés, 81® t., -15 ; | 
Feu, 43, 227 ; || « ces bobards-là », curnonsky, 
Matin, 29-3-12, à propos de maximes morales 
aventureuses ; — 2, Méprise : « faire des bo- 
bards », Se méprendre ; Parisiens et voyous 
nantais, 81® t., -14. — Bobant, Forfanterie, 
Roman de la Rose, vers 9429, est trop lointain 
de date'^et de sens. On expliquera mieux bo- 
bard, 1, par une suffixation libre sur boniment, 
et mieux encore bobard, 1 et 2, par bobèche, 
Hête, pris au sens de Coup de tête et d'Imagi- 
nation ; cf. monter le bobard. Illusionner, où 

— 84 — 



hobard est syn. de hourrickon. Tête. Le pas- 
sage du sens 1 au sens 2 se retrouve sous perco. 
bobosse, m., Fantassin ; assez général, moins 
dans l'inf. que dans les autres armes ; | 
« Quand les Bobosses ont mis les voiles des 
tranchées avec tout leur bardin, on a pris le 
« Saurer » des Galeries- Lafayette et sommes à 
c't' heure au repos », pantruchard, c.-à-d. 
Quand nous avons (nous autres, fantassins), 
quitté le secteur (par notre relève) avec tout 
notre bagage, nous avons pris l'omnibus des 
tranchées (les camions autos)..., (et non pas : 
Quand les « Boches » « se sont sauvés », traduc- 
tion absurde donnée par sain., p. 54) ; hirsch, 
Journ., 7-2-16 ; m. l., N. Contes vér,^ 192 ; || 
usuel dès -96 ; et aux hussards, Alençon, -09. 

— Apocope à redoublement de fantabosse. — 
Je n'ai pas recueilli, depuis -14, dachebosse, 
m., Fantassin, qui m'a été certifié en -13 usuel 
dans i*est et chez les Polytechniciens issus de 
l'est, et qui semble le chevauchement de jan- 
tabosse et de Dache (perruquier des zouaves); 

— ni chabosse, m.. Fantassin, que donne d. 
bocco, m., Boche ; usuel au 289® inf., juin 18 ; 

G. MARÉCHAL ; « si Ics Boccos me le permet- 
tent », c.-à-d. si je réchappe, lettre d'un 1* du 

— 85 — 



289®, juill. 18. — Le mot semtle spécial à ce 
corps. Il y est conçu comme dérivant de boche 
et sans parenté avec hossu, Boche, qui y est 
inconnu. 

boche, A, m., 1, Allemand ; — 2, Belligérant 
progetmain ; — B, adj. m. et f., 1, Allemand ; 
— 2, Progermain ; — â, En convenance avec 
la pensée, le caractère germanique ; — pre- 
mière audition en campagne, de Parisiens du 
69^ inf., combattant entre Hem et Curlu avec 
ma son de mitrailleurs du Bl® t., 23-9-14, (pro- 
noncé bheuche) ; le mot ne s'est vulgarisé au 
81^ t. que l^hiver suivant (par les journaux ? 
par les éléments d'activé en liaison ?) A Paris, 
eii oct. 15, quand M^le A. D. put revenir d'un 
couvent d*Ucle-les-Bruxelles, elle qui avait 
toujours parlé pur parigot, sa stupéfaction à 
entendre parler de Boches n^eut d'égale que la 
stupéfaction de ses parents devant tant d'igno- 
rance ; I « Voici la forêt de Moyen\ al <<•••>► 
Les boches y fourmillent )), aviateur david, 
carnet, 23-B-14, in Gu. Aér., 11-1-17, p. 135, 
c. 2, et ih., c. 3. Dès -15 l'Intendance distribue 
au front « l'Anti-Boche », papier à cigarette. 
Boche se trouve dans la « citation » de Jacquet, 
assassiné à Lille, patue au Journal Officiel peu 



86 



avftnt le 29-5-16. Une note de k Vlîl^ Ai'ïnêe, 
14-1-17 l'interdit en style officiel, parce que 
(( la coi'tection du style honore celui qui en est 
Tauteut. » (!) Mais une autre, datée G. Q. G., 
6-6-17 et signée pétain, Remploie deux fois. 
— - L'anglais, dès -14, Ta emprunté : bôsh ; 
A. fr., 13-12-14, p. 2, c. 4. \\ Boche, Allemand, 
est dans noteîi, bruant et ross. ;- Sui' sa vie 
modeste de -01 à -14 je pourrais joindre des 
faits à ceux qu*on a cités ; à dire qu' « Aucun 
témoignage n'a pu le relater avant 1900 », d., 
il y a erreur : il est en toutes lettres dans 
tJÈ BERCY, {Lettres argotiques. Lanterne de 
Bruant, 1896, n» 65, p. 5) ; dans dlle (1896) ; 
dans viRMAÎTRE, Dict. d^argot (1894) ; dans 
VERLAINE dès -89, (« Kant, Schopenhauer, 
Hegel et autres Boches », in huret. Enquête 
(1891), et Art et Critique, 15-6-89) ; « Bal des 
Boches » est le nom d'un bastringue, boule- 
bard de la Gare, Paris, -86, et « n'importe quel 
habitant du quartier vous dira que Boche est 
synonyme d'Allemand », Courrier Français^ 
6-6-86 ; on affirme l'avoir entendu en -70, 
Int. des Ch., LXXI, 29. Tête de hoche, qui n'est 
pas attesté plus anciennement, ne dit rien 
d'autre que Tête d'Allemand ; et les Boches 



87 



étant têtus et lourds, on l*a employé à l'adresse 
des lourdauds entêtés ; de même « tes raisons 
de boche », hirsch, Le Tigre, 255, répond à 
querelles d'Allemand (^). Naturellement boche ser- 
vait pour tout ce qui parle germanique ; d'où 
Boche, nom pour concierge alsacien, zola. 
Assommoir (1877), et sobriquet pour ouvrier 
luxembourgeois, Int. des Ch., LXXII, 126. — 
C'est l'apocope d'alboche. (Le même procédé, 
appliqué sans doute à rigolhoche, a donné 
boche, m., Mauvais sujet aimé des petites 
dames, delvau, 1866). 

Dér. : Bochie, f., Germanie ; très usuel au 
8le t., mai 16 ; au 2^ c^l, août 18 ; | liou- 
VILLE, lettre à Capus, Figaro, fév. 16, in A. fr.. 



(1) SAIN, cite : « Tête de boche. Ce terme est spéciale- 
ment appliqué... aux Allemands, parce qu'ils compren- 
nent assez difficilement -<...>> », boutmy. Langue iferie 
typographique, 1874. — Mon exemplaire de boutmy, 
1874, second tirage portant trois additions, ne souffle 
mot de cette locution. De « spécialement » d. a fait 
« plus spécialement » ; c'est corrompre le témoignage. 
Le « parce que » de boutmy ne suffit pas à inverser l'éty- 
mologie. 

— 88 — 



19-2-16 ; — suffixe comme Turquie; — Boche- 
nie, L, Germanie ; 81®t., -15, apax ; — d'après 

Germanie, ou Bosnie? ; — bo chérie, f., A, Acte 
boche ; très usuel, 2^ c^^, août 18 ; — B, Objet 
boche : « vous rapporter quelques bocheries », 
BARON (4® spahis), lettre, 11-6-15, à ses sœurs 
qui demandaient s'il avait rapporté des tro- 
phées ; — C, Pays et Société boche : « en Bo- 
cherie », 40® art., -18 ; | m. l., iV. Contes vér,y 
195 ; — suffixe comme turquerie ; — bochon- 
nerie, f., Acte sale d'un Boche ; 40® art., -18 ; 

I DONNAT, Figaro, 3-4-15 ; — chevauchement 
de hoche -j- cochonnerie ; — bochetçn, m.. Re- 
jeton de Boches : « Mort à toute cette salle race 
de boches et de bochetons et leur chef 
Guillaume fusillé sans retard. Un poilu de la 
classe 1893 », crayonnage, poste de guetteur, 
81® t., Wailly, fév. 16 ; | « demi-Bochetons », 
L. n»AUDET, Vermine du monde, A, fr., 26-5-16 ; 
— suffixe comme moineton. Petit moine ; — 
bochaillon, m., même sens ; très usuel, 2® c^^, 
août 18 ; — suffixe comme embuscaillon ; — 
bochemar, m., Boche ; assez usuel, 40® art., 
sept. 18 ; I Bochemar, titre de roman, sazie, 
Journ., juin 16 ; — suffixe chez sazie d'après 
Zigomar ; — bochard. Boche ; 40® art., sept. 18 ; 

— 89 — 



I « prunes bochardes », BËiNGtÈR, M, le Vi- 
comte, 63. 

Composé : îraiico-boché, m., Ëoyàu « qui 
s'organise toujours au point le plus avancé où 
vient expirer le mouvement offensif », 1* i»., 
Matin, 20-6-16. 

Les dérivés et composés populaires sont cer- 
tainement plus nombreux, (voir rince- Boches), 
en dépit de d., qui, sauf b'ochèrie, les nie. Une 
soixantaine d'autres, à ma connaissance, se 
trouvent chez les écrivaïtis. 

bôîtê (mettre en), Berner, Tourne^ en dérision ; 
22e c.O. A., 14-16 ; 40e art., -18; | V.dup.— 
Emboîter qqn, V « Engager à faiïe quelque 
chose en votre faveut, — dans le jargon du 
régiment », rig., ce qui équivaut, la complai- 
sance n^étant pas Tâme normale du troupier, 
à Traiter le camarade en dupe. C'est le sens 
fort, dont être emboîté, Recevoir dés reproches, 
ROSS., et emboîter un acteur, le Siffler, dlle, 
offrent le sens faible. — Syssém. : mettre en 
caisse. Berner ; 22^ C. 0. A., usuel aux Parisiens, 
-17 ; — mettre dedans ; attraper ; ramasser ; 
ayant, tous, les mêmes sens fort et faible. — 
L4mage est celle d'un homme qu'on çisse, à 
qui l'on nVe le chu, qu'on traite en colis. De 

— 90 — 



même les Yanks disent io kan the Kaiser^ {kan 
pour can par germanisme), Mettre le Kaiser 
en boîte de conserve, Emboîter Guillaume. 
Voir Coups de gueule, p. 569. 

boîte à asticots, f.. Boîte à masque contre les 
gaz ; Pépères, 69, 223; fagus, 562. — Méta- 
phore prise de la forme et du métal. 

boîte à fromage, f.. A, Avion (de type quel- 
conque) aux formes peu élégantes ; R. G. Aé., 
juin 18. — B, Avion d'observation biplan ; 
156^ inf., mai 18 ; — à cause des plans pa- 
rallèles. — Syssém. et syn. de B : caisse à sa- 
von, f. ; aviateurs ; d. ; || dès -09 ; — caisse à 
biscuits, f. ; D ; — caisse d'emballage, f. ; d. 
— cf. table de nuit. 

boîte à poux, f.. Calot, Bonnet de police : 
« une boîte à poux assez grande pour que ma 
tête puisse y contenir », Feu, 169. — Cf. étui à 
puces. 

boîte de singe, f., 1, Récipient quelconque, 
notamment et à l'origine Boîte de viande de 
conserve vidée, bouteille vide, etc., qu*on em- 
plit d'une quelconque cheddite, munit d*une 
mèche et lance aux Boches ; 46^ inf., oct. 14, 
Argonne ; | « Nos hommes sont arrosés de 
« boîtes de singe » qui font heureusement plus 



91 



de bruit que de mal », péricard, Face à face, 
314, souvenirs du 95^ inf., mars 15, Bois-Brûlé ; 
— d'où, syssém. : boîte à conserves Amieux, f., 
Grenade boche ; 66® chass., mai 18 ; ■ — dans 
l'hiver 14-15 les grenades réglementaires man- 
quaient ; les Boches tirèrent parti comme nous 
de leurs boîtes de fer-blanc, Amieux ou pas à 
mieux. — • 2, Projectile d'engin de tranchée ; 
7® génie ; d. — -3, Obus ; lambert ; ou Obus 
de 77 ; galopin, Poilus de la 9®, 14 et 17. — 
On peut trouver vraisemblable que la même 
provection qui fit nommer boîtes de singe des 
Bouteilles explosives ait été poussée jusqu'au 
sens d'Obus explosif. Mais en -18 tel des 
meilleurs témoins que j'aie consultés s'inscrit 
en faux contre le sens 3. L'important est 
de ne voir dans ces emplois que des extensions 
du sens et de les bien séparer de boîte de con- 
sentes, cité sous marmite et expliqué comme 
marmite par une métonymie du contenant par 
le contenu. 

bombette, f.. A, Petite bombe boche, sphé- 
rique, lancée à l'arbalète ; portée : 50 mètres ; 
départ silencieux ; deux bruits ^'dans^le trajet : 
tch... huit ! ; éclatement bruyant ; 80® t., -16, 
Boesinghe ; — B, Œil : « c'que j*ai vu avec c'te 

— 92 — 



paire de bombettes-là ! », Feu, 8-8-16. — 
B peut se tirer de A, ou directement des autres 
noms des yeux : billes ; calots, (Noix, Billes à 
jouer) ; boules de loto. 

bon comme la romaine {être), Ne pas pouvoir 
l'éviter, (le désagrément, la corvée) : « Je suis 
bon comme la romaine », 81® t., mai 16, c.-à-d. 
Malgré la circulaire qui rappelle les P. T. T. 
(R. A. T.), je ne serai pas rappelé, étant au 
front ; | « On est bon comme la romaine », 
Gaspard, 42, signifie Le combat est inévitable, 
et ib., 111, Nous allons avoir à charger à la 
baïonnette ; « je pouvais être bon comme la 
romaine », e. c. Pet. Journ., 8-4-16, propos 
d'un blessé, Je pouvais être tué. — Syssém. : 
bon jusqu'au trognon, même sens ; Feu, 259 ; 
« bon de tout et de partout, comme la romaine, 
<;...^ Et jusqu'au trognon encore », Pépères, 45. 
— Je suis bon jusqu^au trognon équivaut à 
07» tire de moi comme d^un jambon ; il se déve- 
loppe en bon comme la romaine, par précision 
et par excellence. Mais trognon ne développe 
bon que par queue romantique ; bon. Attrapé, 
Victime, Réglé, est d'argot général ; les Pari- 
siens disent : « je ne suis pas bon », N'insiste pas, 
tu ne m" « auras » pas ; bon, syn. de pris, 

— 93 — 



semble provenir de T administration militaire : 
hon pour le service^ c'est Pris au service. — Dér, 
syn. : gras pour la corvée, même sens 5 d. ; — 
l'animal gras est bon pour l'abattoir. 

bonhomme, (pluriel bonhommes), m,. Soldat, 
— par opposition à Gradé, ex. « Six bonhommes, 
pour la corvée ! », — ou quand le grade n'im- 
porte pas, ex. « Pas de tabac, pas de bon- 
homme ! », « Y a eu des bonhommes de tués ? » ; 
81® t., 14-17 : Bonhomme, sobriquet du cap, G., 
tiré de son vocatif familier « Eh bien, bon- 
homme ? » ; usuel à tous les corps de l'ouest, 
(anonyme. Matin, 1-3-15 ; e. h., Temps^ 
24-5-15 ; COHEN, 74), et même au 109® inf. 
(Lyonnais), 16-17, où c'est le mot des paysans, 
poilu étant celui des citadins ; | ancien, niais 
peut-être pas antérieur aux lois qui ont fait 
soldat tout paysan. — Bonhomme, Roturier, 
au Moyen- Age ; d'où Quidam, Homme (de 
rang social inférieur), dans tout l'ouest, Pluriel 
bonhommes, comme des Bourgeois- Gentil- 
hommes et non des Bourgeois- Gentilles- 
Gens. 

bonne, sans place {la), la Cavalerie, quand 
elle « se morfondait à l'arrière », Cri de P., 
vers juill. 16. — la bonne à tout faire, la Cava- 

— 94 — 



lerie, « maintenîtnt qu'elle est dans les tran- 
chées », ib. 

bossant, Comique, à faire mourir de rire : 

« L'plus ]Dossant,, c'est <..,>> », Gaspard, 290 ; 

I boBsand, lambert. — Syssém. : gondolant ; 

baleinant, Qui fait gondoler (l'auditeur) comme 

une baleine en parturition ; torsif. 

bossu, Frustré, Mal partagé, Dupe : « Le 
général en prend à son aise, là-bas, et nous, ici, 
nous sommes bossus », 81® t., -15. — Un bossu 
est un bombé et se bomber de portion, c'est JLn 
être frustré ; dér. syn. — Quanta se bomber, 
c'est Jltre frustré, parce que faire la tortue, 
c'est Jeûner, riq,, et que la tortue a le dos 
bombé, 

bossu, m,, Boche : les Bossus ; 130® ijif., 
août 18 ; G. fe;rrand, 

bouchei^ uoir, ni., Artilleur français ; marcel, 
Journ., 21-6-15 ; je n'ai pas recueilli dans 
l'usage ce terme que dauzat, 27-6-17, note peu 
répandu ; — semble le mot-à-mot de schwarz 
Metzger, que les Boches auraient appliqué à 
l'artilleur français au début de la guerre ; chez 
nous cette façon d'exprimer uniforme sombre 
et capacité pour tuer semble aussi terne qu'hos- 
tile ; SAîN,, p. 50, la juge plaisante. — Cf. sau- 

— 95 — 



terelles bleues, f., « nom prononcé par les Boches 
contre les chasseurs à pied », m. sieltzer, 
66® chass., mai 18. — demoiselles au pompon 
rouge, f., Fusiliers de la brigade navale : Nous 
inspirons aux Boches « une terreur sans pareille. 
Aussi nous ont-ils surnommés « les oiseaux 
noirs », les « tirailleurs bleus» et puis« les de- 
moiselles au pompon rouge ! », lettre du fusilier 
A. C, de Belle- Isle, in le goffic, Dixmude, I, i, 
{Rev. des Deux-Mondes, 1-3-15, 173 ; — demoi- 
selles à cause du décolletage. — Nous nommons 
grosse Bertha, d'après Targot boche, le 420 
boche, et aussi, depuis mars 18, le 240 bom- 
bardant Paris. — Cf. capout, œuf de Pâques, 
pélot (?), ploum, russe (?), C'est la guerre (?). 

bouchon (ramasser un), 1, Etre engueulé ; 
81® t., -15; I « Puis, comme étudiant en mé- 
decine qui découchait régulièrement, <;.-.> 
j'ai conclu une sorte d'entente avec les sous- 
officiers <^...^, les faisant reconnaître malades 
quand ils avaient la flemme, à condition qu'ils 
ne me fissent pas ramasser de bouchons dans 
leurs appels, contre-appels, <....> », z. Armée 
de 1917, 108. — ■ Bouchon se tire, par image 
interne, de^bouchonner. Donner des coups de 
poing, DLLE, Etriller, image de cavalerie. — 

— 96 — 



Syssém. : foin, m., Admonestation ; passer un 
foin, LAMBERT ; II d'où faire du foin, Crier pour 
faire scandale, dlle ; — étriller, Engueuler ; 
— et plus généralement : laç'er la tête, passer 
un suif (marins), un savon, un shampoing. — • 
2, Faire une chute (de bicyclette, par ex.) ; 
81® t., -14. • — C'est une façon de s'étriller la 
peau, comme ramasser une gaufre, même sens, 
c'est se mettre la face en gaufre. — Cf. gadiche. 

boudin (aller au), Partir pour le front ; dé- 
pôt du 81® t., Nantes, juin 16. — C.-à-d. aller 
faire du boudin, aller Verser le sang, rig. - — • 
Syssém. : à la barbaque I 

boueux, m.. Soldat originaire de la Marne ; 
40® art., sept. 18. — Marnais —>- marneux 
(usuel, ib.) — >- boueux. 

bougnoul, m.. Troupier en tant que cor- 
véable ; marins, -18. H Brest, -90; 19® inf. et 
2® et 6® coloniaux (Brest), -98. — Les Bou- 
gnoul sont, au témoignage de certains marins 
et coloniaux, tous les Sauvages : aller chez les 
Bougnoul, Aller aux colonies à Sauvages ; 
selon d'autres, ce sont seulement une tribu 
de l'Afrique nord-ouest ; un marin me spécifie 
que ce sont les Kroumanes du cap des Palmes, 
mais déclare que ce nom, tout en leur étant 

— 97 — 

ESNAULT 7 



appliqué, a une extension naturelle plus grande ; 
un Martiniquais nie dit que la population civile 
de la Martinique nomme Bougnoul les noirs, 
les métis, les « hommes du pays ». — Etym. : 
en wolof, (Sénégal), bou-gnoul, le Noir, khalèl 
fcoM- gnou/, Négrillon ; «pour l'indigène frotté de 
français c'est une injure proche de sale nègre», 
CH. MONTEiL. L'idée Indigène à tête plus 
ou moins sotte engendre celle d'Imbécile cor- 
véable, parce que de tout temps le colon traite 
l'indigène de Turc à More ; le mot bougnoul 
contient si bien ce dernier sentiment qu'on 
appelle à Brest, -11, train bougnoul le chemin 
de fer départemental qui court dans les douves 
de la ville, parce qu'il sert surtout aux paysans 
de l'arrondissement, ces indigènes. 

bouillasse, f.. Boue ; 70© inf., 14-15 ; — suf- 
fixation libre de bouillie, Boue, usuel, et qu'on 
lit dans paraud, 90. — bouasse, f., Boue ; Pé- 
pèreSj 8 ; — suffixation de boue. 

bouillote, f., Trompette; 40^ art., -18; 
chass. d'Afrique, Balkans ; d. 

bonine (monosyllabe), f., Tambour ; « ma 
bouine », Mercy, (tambour), 81® t., -15 ; « La 
Bouine », sobriquet de ce Mercy, 81^ t., 10® c*®, 
d'un tambour du 6® bon ^^ 289® inf., avant 

— 98 — 



juin 18, et do tous les tambours du 95® inf., 
14-18 ; Il 95e inf., avant -14. — Cî.bouhine, f., 
Petite maison ; H*-Maine, montesson ; idée 
commune, Caisse, caisse lui-même signifiant 
Tambour. — Cf. caberlot. — d. signale gouine, 
f.. Tambour ; 146® inf. ; — cf. inversement 
g — > b, sous grignolet. 

boule (se mettre en), Capoter à l'atterrissage ; 
Miramas, mai 18. — tomber en boule, Tomber 
verticalement ; aviateurs ; je « me laisse tom- 
ber en boule sur sa carlingue », sem, Journ.y 
27-5-16. 

boulette, f., Grenade ; D. m. p. ; « « S'ils sont 
sortis, les Boches, ils ont dû prendre quéque' 
chose ! » Tiens, écoute, là-bas, les boulettes 
qui r'biffent ? T'entends ? )>, Feu, 242. 

boulonner, Travailler (à organiser un sec- 
teur) ; général; | « Les troupes qui organisent 
n'attaquent jamais où elles ont boulonné ; on 
connaît trop le danger, on n'y va que d'une 
fesse », Cabaret, 464. — Boulonner, Travailler, 
DLLE, terme d'ouvriers ; cf. chantier ; rappels 
de la vie civile. Le syssém. immédiat est gou- 
piller, Travailler, attesté en -27 dans l'argot ; 
un peu plus lointain buriner. Travailler, dlle ; 
en -59 montesson définit boulonner « Courber 

— 99 — 



le dos par suite de lassitude «, ce qui n'est que 
son étymologie personnelle. 

boulot, 1, m., 1^, Travail ; usuel et général; 
Il daté de -90 dans sain. ; mais on trouve 
« Y i^a y açoir du bouleau, on va se battre », jar- 
gon de voyous, dès -81, rig., et c'est très vrai- 
semblablement le même mot ; — 2^, Combat ; 
divers soldats, 16-18 ; — Combat se tire de 
Travail, — cf. chantier — , sans qu'il soit utile 
de rappeler le bouleau, Rixe, des voyous. — 
2, Zélé au travail, au combat, au service : 
« mec boulot », Homme zélé. — Cf. « Je suis 
service », J'aime à faire du service, S. A. P.-X, 
-16 ; • — « La sixième, c'est la compagnie règle- 
ment », ... A cheval sur le règlement ; — « une 
toilette très guerre » ; — « une barbe synthé- 
tique, union-sacrée [,] noire, blanche, grise, 
jaune, châtain, carotte », lafage, Journ., 
31-7-16 ; — être deuil ; être business ; être 
flemme ; être ficelle ; être Régence ; être Moyen- 
Age ; être bout-de-bois ; être bec d^ ombrelle. 

L'explication de boulot est à trouver ; on 
en a aisément de plus vraisemblables que de 
le tirer, avec sain., du bois de bouleau et de la 
menuiserie en tant que le bois de 'bouleau est 
impropre à la menuiserie ; fil à retordre signifie 

— 100 — 



Difficulté du travail, et cependant on n*en- 
tend pas dans les ateliers de couture * Allons, 
mesdemoiselles, au barbelé ! sous prétexte que le 
fil barbelé est impropre à la couture. Boulot 
ne signifie pas Difficultés au travail, mais Tra- 
vail en quantité. — Paris mange du pain rond 
qu'il nomme du boulot ; de l'équation boulot = 
Pain se tirent bien, 1^, du boulot, des Coups de 
poing, (des pains) ; 2®, il y a du boulot [sur la 
planche], Il y a beaucoup de travail [à faire] ; 
(ne pas confondre la locution il y a du pain sur 
la planche avec l'autre, de sens opposé, fai du 
pain cuit sur la planche, que donne hdt) ; — 
cf. il y aura du biscuit, Il y aura beaucoup à 
faire ; D. m. p. ; \\ il y aura du bicuit ( = 6^5- 
cuit). Légion Etrangère, -80 ; m. protat, — 
qu'on peut interpréter, non seulement comme 
un symbole de l'idée de Dureté, mais par le 
pain boulot : le boulot sera dur ; cf. biscuit, 
Militaire rengagé, qui est une « boule » recuite. 
— • Toutefois, pour admettre ferme cette étymo- 
logie de boulot, il faudra pouvoir écarter et le 
provençal boulau, Quantité plus ou moins 
grande, un bon boulau, une Bonne quantité, 
MISTRAL, et le verbe boulonner. Travailler, escorté 
de barrer le boulon, Ne pas travailler, dlle. 

— IM — 



bourguignotte, f., Casque du combattant ; 
15-18. — Connu de ceux qui lisent, ce mot re- 
pris au Moyen- Age n'a pas passé dans la con- 
versation courante, à plus forte raison dans les 
ordres oraux ; — hour gui guette, même sens, 
dans une pièce de vers, g. Bertrand, in V. du p., 
est à la rime, pour une rime. 

bourrage, m., Amplification d'un rhéteur 
optimiste et idéologue ; usuel et général ; | 
MAURRAS, A. fr.y 21-2-17 ; « les espions se pro- 
mènent en lisant le communiqué : « Bourrage ! » 
<<...> Patrie ? « Bourrage ! )> Honneur ? 
« Bourrage ! » », guitounet, B. des A., 18-7-17 ; 
jj Compiègne, -09; — entendez bourrage de 
crâne ou de mou. — bourrer le crâne. Tromper 
par de trop belles paroles ; 81^ t., -15 ; usuel 
et général ; || Paris, -07, dauzat, mai 17, 481 ; 
Bordeaux, 08-09. — Syn. et syssém. : bourrer 
la caisse ; 40^ art., -18, et Paris, -18 ; — en 
mettre plein le citron ; ib. — Le crâne est le 
caisson de la nourriture intellectuelle ; y nxettre 
de la bourre, c'est lui faire un plein en trompe- 
l'œil. Les journaux, en se vantant à l'envi de 
suralimenter leur abonné, ont contribué au 
succès de cette locution : « Nous ne savons à 
quel canard peut bien faire allusion V Humanité 

— 102 — 



pour bourrer le crâne de son malheUtetiX pu* 
blic », MAURRAs, A. fr., 28-2-16 ; « Maurice 
Barrés <...;> n'a su que bourrer d'étoupe le 
journal dans lequel il écrit », « imbottir di 
stoppa le pagine del giornale », Messagero de 
Rome, in VŒuvre, 5-8-16, p. 2, qui ajoute : 
« En français cela se traduit assez exactement 
par « bourrer le crâne » ». Le général verraux 
invente le type de « Crâne-Bourré », Œuvre^ 
30-9-16. — Cf. « to stufï my head », de me Bour- 
rer la tête (de mauvaises nouvelles), Shakes- 
peare, Le roi Jean, vu. — Retravaillée, la 
métaphore a donné aux lettrés : « Le pro- 
fane lui-même <!.••!> aura confusément [en 
lisant le Feu] l'idée d'un bourrage de nerfs, 
d'ailleurs involontaire », le biffin, A. fr., 
31-3-17 ; — « en nous efforçant de débourrer 
les crânes », maurras, A. fr., 21-2-17 ; — 
et videur de crânes, Rhéteur aux idées pessi- 
mistes : « ces « videurs de crânes », agents évi- 
dents d'un ennemi intéressé à fomenter chez 
nous des troubles politiques », A, fr., 28-5-17, 
p. 2, c. 2 ; cf. G. E., 1-4-18, 435. — Le sens, 
quoique voisin, est autre, dans « J'ai assez pour 
vivre avec ma pension ; je n'ai pas besoin de 
me bourrer le crâne à apprendre un métier »,... 

— 103 — 



de me Farcir la cervelle, brieux, Ann, p. /., 
30-7-16. — bourrer le mou, même sens ; 81® t., 
juin 16 ; marins, juin 18 ; | «on ne se raconte 
[entre poilus] que des histoires vraies : il n'y a 
qu'au civil qu'on peut « bourrer le mou » », lug 
PLATT, carnet, 31-10-15, in Pet. Par., 28-5-16 ; 
Gaspard, 37, 163 ; joint à fiche les grolles, Feu, 
21-8-16. — Syn. et syssém. : gonîler le mou ; 
D. ; — d'où gonfleur, m., Hâbleur ; d. — ^ Le mou, 
c'est le Poumon, donc le Cœur, (« Plutôt que 
d'causer sur cett* petite affaire, j'aimerais 
mieux, pour sûr, me bouffer le mou », me man- 
ger le Cœur, bringer, M. le Vicomte, 187^. 
C'est le coffre aux sentiments ; le bourrer 
c*est le nourrir d'émotions creuses. — Sy.^- 
sém. : fressure, aloyau, foie : « De ma fres- 
sure Dame Luxure Jà s'emparait », la fon- 
taine, Janot et Catin ; — • flogner Valoyau à 
qqn, Caresser, Courtiser qqn, nisard. Quel- 
ques parisianismes ; — avoir les foies blancs. 
— Par une métonymie (de la partie pour 
le tout), greffée sur cette péjoration (d'un 
viscère animal pour notre plus noble viscère), 
mou devient syn. de Corps : se grouiller le mou, 
Se dépêcher ; 81® t. ,-15 ; 1 « entrer dans le mou » 
à qqn, lui Donner des coups, Cabaret, 473 ; || 

— 104 — 



I 



enfler le mou à une femme, l'Enceinter. — * 
(Cette explication vaut mieux que* de| traduire 
mou par Cerveau, contenu du crâne à.bo.urrer, 
sous couleur qu'on trouve « le fromage blanc 
qui me sert de cervelle », paraud, 92, et « avoir 
du mou de veau pour cervelle », hirsch, Journ., 
10-7-16). 

bourre-crâne, m.. Blague, Mensonge : « C'est 
des bourre-crânes pour les naïfs », un Nantais, 
8le t., -15, apax. 

bourrin, m., 1, Cheval; 40® art., 14-18; 
toute la 88© D^n t. (Loire- Inf. et Vendée), 14-17 ; 
I tout le IX® c. d'armée, cohen, 75; agatha; 
Gaspard, 43 ; « bourin », Feu, 100 ; || Mulet, 
puis Mauvais cheval, terme de caserne, surtout 
de cavaliers et artilleurs, 95-99, dauzat, 
27-6-17 ; « Marche ! ou tu sauras comment 
j'attige les bourins », rosny, Marthe Baraquin, 
Vil ; — de bourrin. Ane ; Char.-Inf., Vendée, 
Nantes, Lorient, Anjou, Loches, Mantes ; cf. 
inversement rosse, vocatif à l'adresse d'un Ane, 
MERLIN COCCAIE, XXIII (éd. 1859, p. 408 ); — 
d'où bourdon, m., Cheval ; 40® art., 14-18 ; | 
dépôt de dragons dans l'ouest, e. h., Temps, 
24-5-15 ; HENRioT ; Il terme de cochers et 
charretiers, ross. ; — libre suffixation de 

— 105 — 



bourrin, soit calembour, ou pour rappeler le 
verhe bourder^ Achopper, usuel en Loire- Inf. — 
2, Moteur à explosion ; un 2<i-ni® mécanicien, 
(instruit dans l'aéronautique à S*-Cyr, -17) et 
autres marins, -18 ; — on mesure la force des 
moteurs en chevaux-vapeurs ; et les Chevaux, 
eux, étaient déjà traités de moteurs à crottin^ 
ce qui est, comme dit ce 2<i-m®, « la même chose 
renversée ». Cf. fokker. 

bourriguotier, m., Anier : « Le soldat Vin- 
cent de la 10® c^® employé comme bourriquo- 
tier, restera attaché à ce service », note de 
service, 81® t., 9-4-17. 

boasculer, Se montrer excessif, en actes, pa- 
roles, ou raisonnement ; Parisiens et parisia- 
nisés, 16-18 : « Tu bouscules ! », Tu exagères ; 
un chauffeur, S. A. P.-X, oct. 16. — bousculer 
du porte- pipe. Vomir : « Je pensais bien qu'il 
bousculerait du porte-pipe », micromégas, 
B. des A., 28-11-17, à propos d'un observateur 
mal endurci aux tangage et roulis de la sau- 
cisse et dont les lèvres ont été indiscrètes à 
l'égard de la nacelle. — Sous-entendu dans 
tu bouscules, Tu exagères, l'objet bousculé par 
l'indiscret, le fanfaron, le surhomme, est pré- 
cisé, un peu ad libitum, dans l'usage courant : 

— 106 — 



Le capitaine m'a dit que je lui paraissais tirer 
au flanc « et que si je voulais passer premier- jus, 
fallait pas trop bousculer le moulin à rata », 
...je ne devais pas Exagérer ma flemme, cha- 
pelle, 10-8-16 ; — bousculer le pot-de- 
fleurs, Paris, mai 15 ; | Fantasio, 15-8-16, 
p. 99 ; J. L., Temps, 21-10-16 ; — ce pot-de- 
fleurs n'est, très vraisemblablement, que le 
poty c.-à-d. le Cul, comme le bas-relief de la 
locution vieillie chahutez pas le bas-relief, Lais- 
sez-moi tranquille ; — bousculer la voiturette, 
130e inf,^ c. M.-2, -17 (un peu démodé, sept. 
18) ; — la voiturette qui véhicule la mitrailleuse. 
Syssém. : charrier, 1, Malmener en paroles, 
Rudoyer logiquement et illogiquement ; — 2, 
intr., Blaguer ; — général ; assez usuel même 
aux paysans, 81^ t. ,16-17 ; \ D. m, p. ; fagus, 
564 ; Il Philibert, 61, 254 ; — la série des sens de 
charrier est celle-ci ; 1, Transporter en char ; 
2, Transporter : charrier sa bidoche, se charrier, 
Se promener ; 3, Pousser en bousculant : 
« Notre omnibus était bien sage, elle allait au 
pas, elle était tranquille, quand elle a été char- 
riée de biais par une voiture de tonneaux, 
monsieur, qui nous a culbutés et qui a bien 
échappé de nous tuer », lavedan, Leur beau 

— 107 — 



physique^ 83, propos d'un valet de chambre ; 

4, 1^, Mener loin par des questions indiscrètes ; 
2^, intr., Chercher à savoir, rabasse ; d'où 
charrieury Curieux, charriage. Curiosité, ri g. ; 

5, 1^, Mystifier, Escroquer, vidocq ; 2®, intr., 
Tricher, ri g. ; — autres syssém. : brouetter. 
Tromper ; 81^ t., -16 : « Est-ce que vous allez 
longtemps me brouetter comme ça ? » ; — 
faire aller ; — faire marcher ; — et aller fort, 
Exagérer ; — chambouler,!, .Bouleverser : «des 
crapouillots pour chambouler la cagnat », pan- 
TRUCHARD ; « ça m'a chamboulé », Ça m'a 
bouleversé moralement. Feu, 175 ; — 2, Exa- 
gérer, Vouloir rire : « Tu chamboules », Fan- 
tasio, 15-9-16, p. 167, c. 2 ; — chambouler la 
mappemonde. Exagérer ; d. ; — la mappe- 
monde, la Tête ; cf. secouer la tronche^ Railler, 
Nénesse, 84. 

Dérivés de charrier : charriage ; — par apo- 
cope de charriage, sans charr, Sans exagérer ; 
— et, par chevauchement avec en faire un plat, 
en faire un charr, Parisiens, 81^ t., -17 ; — par 
suffixation libre, charrette, Mensonge, Leurre, 
terme d'ouvriers, Dépêche de Brest, 16-4-07, 
Conseil municipal ; — par queue romantique, 
charrier dans le mastic, Exagérer l'affaire ; — 

— 108 — 



et, par confusion calembourique avec un autre 
verbe, charibotter dans le mastic, 6® c^^, 
janv. 18 ; — charibotter dans le boudin, Feu, 
20-8-16 ; — charibotter dans les bégonias, Paris, 
juin 16 ; ces bégonias sont simplement, à l'ori- 
gine, les tiges, les Jambes, de l'interlocuteur 
qu'on bouscule. — Cf. chatouiller, miner ^ pié- 
tiner, abîmer, flubard. 

bouse {atterrir comme une), Atterrir en épa- 
tant lourdement l'appareil ; esc. S-152,juin 18. 

— Image prise directement de la bouse qu'une 
vache flaque à terre, — (et non de bouse, Non- 
valeur, ex. Echalote, 46, syn. de galette, Mala- 
droit). 

bousiller, 1, Démolir ; 81® t., -16 ; très gé- 
néral ; I Mousqu., 254 ; — 2, Tuer ; usuel, 
360® in., -14 ; 246® inf., 2® c^\ 40® art., -18 ; 
mais non au 81® t.; | agatha ;« le com- 
mandant a été bouzillé par un méchant 77 
qui l'a coupé en deux)), m. l., N. Contes vér,, 
196 ; « ça t'démolit l'épaule et ça t* fout par 
terre, mais ça t' bousille pas )), Feu, 226 ; 
(cf. 172.) — Je n'ai pas observé un bousiller, 
« S'enfuir, se débiner )), que donne D. m. p. 

— Le sens 1 était usuel aux ouvriers pari- 
siens dès 10-14 : (( J'ai donné mon zinc 



[Bicyclette] à rebecter, Tmécano m' l'a bou- 
sillé ». Il sort du sens Mal faire (un travail), 
aussi usuel chez les bourgeois de Brest, et les 
paysans du H*-Maine (1859), qu'à propos de la 
pièce de soie, chez les canuts lyonnais. Le 
sens 2 date d'au moins -97, dauzat, 16-4-17, 
667 ; « Il sortit son revolver, — Si tu ne marches 
pas, cria-t-il, on va te « bousiller » ! », Matin, 
28-6-13 ; « Ça devient une manie. D'un bout 
de la journée à l'autre, on n'entend plus con- 
juguer à Y Anarchie que le verbe « bouziller » 
<C...>> Bouziller est un verbe très simple qui, 
en langue anarchiste, signifie : loger une balle 
de browning dans la peau de quelqu'un », 
RiRETTE-MAiTREJEAN, Matin, 25-8-13 ; ces 
textes montrent comment les milieux ouvriers 
où on ne travaille pas ont conduit le mot de 
Gâcher à Saboter puis à Tuer. — Dér. : bou- 
sillage, m.. Bris : « c'est le « bouzillage » ef- 
froyable » de l'avion sur le sol, icart. — ■ Sys- 
sém. : déglinguer, Mettre en charpie : « F s'est 
p'têt' bien fait déglinguer sur leurs fils de fer », 
Feu, 252 ; — déglinguer. Chiffonner, dlle. 
Déchirer, ross. ; déclinquer, Démolir, à Brest, 
80-08. 

bousillé, Ivre ; 81© t., -16. ~ Idée d'un 

— 110 — 



brouillamini cérébral. Une mimique usuelle 
accompagne le mot ; on se tourne le poing de- 
vant le museau, comme pour le barbouiller ; 
(cf. noir). — Syssém. : en désordre ; retourné. 

bousin, m., A, Désordre ; 95® inf., -18 : 
Quel bousin !, quand on reçoit ordres et contre- 
ordres ; — de bousin, Bordel ; — B, Mitrailleuse ; 
66® chass., mai 18 ; — cf. zinzin. — bousine, 
f., A, Mitrailleuse ; mitrailleurs du 130® inf. et 
d'autres corps, 17-18 ; — B, 1, Locomotive ; 
DUR, Est- Républicain, 3-9-16, p. 2, c. 1 ; — 
2, Cuisine roulante ; inf., -15, Lorraine, ay- 
NAUD ; — idée commune : Machine bruyante ; 
cf. zinzin, et plus (généralement l'application à 
diverses machines des mots bécane, tacot, tank, 
zinc. — bousiner ; voir zinzin. 

bout de bois (tirer le), Lancer l'hélice ; 
esc. S-152 ; juin 18. 

bout de bois, 1, m., Etat d'ébriéto : « J'avais 
pas le bout de bois, mais je me sentais troublé )>, 
« Tu avais ramassé un bout de bois, hier ! », 
« Y en avait des bouts de bois, au Centre, le 
premier janvier ! » ; marins et soldats. Diri- 
geables et Captifs, 17-18 ; \\ usuel aux marins, 
Brest, -08.^ — Est-ce parce que l'homme ivre 
a quelque chose dans le nez et que les sauvages 

— 111 -^ 



se mettent dans le nez un bout de bois ? — 
L'espagnol, qui a taco, Cheville, a aussi taco, 
« coups de vin bus Tun sur l'autre », quintana ; 
le français, qui a tacot, Bout de bois, (en Gâti- 
nais, par ex. ; voir ici tacot,) a aussi tacot, Petit 
verre d'alcool, (de Brest à Noirmoutiers) ; d'où 
la substitution de bout de bois à tacot dans 
*avoir un tacot dans le nez ? -^^ 2, Ivre : « Je 
suis bout de bois » ; marins, centre de captifs, 
fév. 18. — De même, de ai^oir bu du gaz dérive 
être gaz. Etre ivre ; mécanos d'aven Pau, et 
2^ mixte, -18 ; — de a^oir son grain, être grain : 
« Avant la guerre, je ne buvais jamais, mainte- 
nant je suis toujours à moitié grain », un ma- 
rin, Captifs, fév. 18. — Cette explication 
semble meilleure que de supposer qu^ être bout 
de bois soit Etre raide (Ivre) comme un bout 
de bois et d'en tirer l'emploi 1. 

bouteille, f., 1, Torpille aérienne française ; 
10^ et 27^ inf., -15. — Syssém. : bidon, m., 
même sens, surtout pour les gros calibres ; 
95^ inf., avr. 16, Eparges, (mais en mai 18, 
dans ce corps, n*est plus usuel qu'aux anciens) ; 
— 2, « Tuyau de poêle» boche ; 95® inf., nov. 14 
au Bois-Brûlé, forêt d'Apremont, « nom assez 
impropre, qui est demeuré cependant au 95® » 

~ 112 — 



jiisqu*en mars 18, a. blanc ; — 3, Pétard a 
manche ; d. — Le sens 1 est dû à la forme de 
la torpille ; 2 et 3 sont abusifs. — bouteille de 
Champagne, f.,Obus de 88 autrichien ; 20^ chass., 
août 18 ; — créé sans doute dans quelque sec- 
teur champenois où pleuvait la bouteille ; sous 
Verdun, -16, le soldat mitraillé parle de dragées 
de Verdun, par allusion double à celles qu'il y 
reçoit et à celles que Verdun fabriquait. — Cf. 
marmite. 

bouteille de Champagne (la), f., l'Hôpital 
Brezin à Garches ; d^ c. sahuc ; ■ — parce qu'il 
a reçu les évacués de la grande offensive de 
Champagne de -15 ; cf. dauzat, 16-4-17, 660. 

bouteillon, m., 1, Marmite de campement indi- 
viduelle, portée par le fantassin ; usage général ; 
au 81® t., surtout en -14 ; | « Et les bouthéons 
(prononcez houteillons) )), p'tit gars ; « j'en- 
voyai une corvée avec Ses bouttions », e. r.^ 
Journ., 21-9-17. — L'objet a été inventé par 
un intendant, M. Bouthéon ; bouteillon est une 
étymologie populaire, antérieure d'ailleurs à 
-14. A Montendre (Char.-Inf.) bouteillon, (là 
encore on prononce aussi bouttion ; cf. artilleur 
■— >- artieur), Panier à une anse et à couvercle 
bilobé pour faire le marché. — 2, Torpille 

— 113 — 

S8NAULT B 



aérienne : houtéon, d. — Sématisme, cf. mat- 
mite. 

boutrole, f., Casque 1915 ; d. — Métaphore 
de fonction (ou de forme et de matière) sur 
bouterolle, Garniture de fer au bout du four- 
reau d'épée. 

boyauter, 1, Cheminer dans les boyaux, aux 
tranchées ; 81® t., avr. 15 ; — 2, Vivre aux 
tranchées : « la Chéchia, journal boyautant du 
1®^ zouaves )), mars 16, titre calembourisant 
avec se boyauter, Se tordre de rire. — Dér. : 
boyauteur, m., Grand creuseur de tranchées et 
boyaux ; 81® t., -15. 

branco, m., Brancardier ; Feu^ 59. •^- Syn. ; 
brancardot, m., et braquignol, m., d, — Cf. veto. 

braq[uer, Faire un virage (en avion) ; mont- 
GEORGE. — Terme de charretier : braquer 
l'avant-train, le Mettre dans une position 
oblique par rapport à i'axe de la voiture. 

bras-cassés, m., A, Homme paresseux ; V. du 
p. ; D. m. p. S'emploie à l'adresse des brancar- 
diers, 81® t., 15-17 ; des sergents-fourriers et 
caporaux d'ordinaire, D. m. p. aux mots sac 
et saindoux. — ■ Cf. retourné. — B, Marin en 
mauvaise posture pour l'avancement par suite 
de mauvaises notes ; marins, 14-18 ; on dit 



114 



I, 



aussi de lui « il a eu les bras coupés ». — bras- 
mort, m., Serre-frein de train ; 5® génie, sept. 
18 ; ( — on l'appelle aussi croquemort). 

brêl, m., Mulet ; 13^ tir. alg., août 18 ; des 
brêl traînent les voiturettes de mitrailleuses. ■ — 
Arabe hgKèl ; r français faux-équivalent de la 
gutturale aspirée. Cf. chouya. 

breler, Punir ; génie, avant mai 18. — De 
breller, terme de pontonnier, syn. d'Attacher ? 
Serait en ce cas syssém. du mot des marins 
souquer, 1, Raidir (une amarre), 2, Tenir sévè- 
rement sous un régime de punitions ; — san- 
gler, Réprimander ; — ceinturer, hisser, Arrêter. 
bride (se mettre la), Jeûner ; 81^ t., -16. — 
Syssém. : se mettre la corde, 1, Jeûner ; 81^ t., 
-15 ; — 2, par extension, Ne rien avoir : « si 
tu laisses tomber une vis [dans la paille de 
couchage], tu peux t'mettre la corde pour la 
retrouver », Feu, 146. — Ce sont de simples 
remplacements syn. de se mettre la ceinture, 
Jeûner ; 81® t., 14-17 ; général ; || date d'au 
moins -94, dauzat, 16-4-17, 667 ; se mettre la 
ceinture de qqch., en Etre frustré ; 81® t., 
14-17 ; général ; | « on s'met la ceinture d'élec- 
trique », Feu, 203 ; « on se met la ceinture pour 
le pinard », Pépères, 256 ; « la ceinture ! », Je n'ai 

— 115 — 



rien eu, Tu n*en auras pas, Il n'en aurait pas, 
toute la conjugaison ; — , s'accompagne, chez 
ceux qui parlent bien, du geste approprié au 
serrage d'une ceinture à ardillon pour moins 
souffrir du jeûne ; — de là les crans, symbole 
de Privation ; ( « Et deux crans, pour le pèze », 
Pas d'argent, cargo, Innocents, 97) ; toutefois, 
cran, Jour de punition, mot de caserne qui 
semble se dater d'entre 85-95, ne vient pas de 
ce que la consigne est une « privation » de 
sortie, (cela, c'est du style de collège), mais de 
ce que le consigné est « bouclé » au quartier, 
(d'où l'idée de ceinturon à crans) ; — se mettre 
la tringle. Jeûner ; 270^ art.,2e c^l, -18 ; | «Tu 
m'as pas ar'gardé. Tu peux t'mettre la tringle », 
Feu, 42 ; |] se mettre une tringle, même sens ; sol- 
dats suisses, 6'c/i«'. Sold.,12 ; — tringle, Rien, 
usuel aux ouvriers parisiens, au moins dès -96. 
briques (bouffer des), Jeûner ; 81® t., 14-17 ; 
général ; |1 s'enfiler des briques, rig., manger 
des briques, noter, et se caler des briques, sauce 
cailloux, ROSS., même sens. — Syssém. : bec- 
queter du bois, Jeûner ; Feu, 39 ; — manger 
des clarinettes, Jeûner ; 270^ art., mai 18 ; | 
becqueter des clarinettes. Jeûner ; Feu, 253 ; — 
jouer du fifre ; noter. — Ces divers menus 






— 116 — 



I 



d'inanition s'expliquent suffisamment de soi, 
puisqu'on ne profite guère à téter sa clari- 
nette, ni à mordre du bois, ni à lécher les murs ; 
briques cependant n'est pas aussi limpide que 
cailloux : à travers les patois briques signifie 
Fragments, Miettes ; on peut croire aussi que 
briques est un remplaçant syn. de pavés, dans 
manger du pavé, Chercher en vain de l'ouvrage, 
RI G., avec disparition de l'image première de 
promenade famélique ; enfin prie s'emploie ac- 
tuellement comme syn. de Rien : « je n'en- 
trave que prie », mécanos d'av^^ parisiens, Pau 
mars 18, et en gascon brigo est Rien du tout : 
« Avèt sucré ? — Nou n'èy pas brigo ! » — On 
se demande donc si ce brigo, ou ce prie, ou tout 
au moins ces briques, Fragments, ne sont pas 
l'origine de la série sysséman tique. — Autre lo- 
cution syn. : béqueter, s'enfoncer, se taper, ou 
s'envoyer des clopes ; Parisiens, avr. 18 ; Il 
s'envoyer des cloques, bruant ; — les clopes ce 
sont les Mégots de cigarettes ; je ne sais s'ils 
sont symbole de jeûne forcé parce qu'ils sont 
des cigarettes de pauvre, ou parce qu'on fume 
pour tromper la faim. 

brouillard (foncer dans le). Monter à l'assaut ; 
2e 0^1, août 18. 

— 117 — 



brûler, A, Tuer (qqn), d'un coup de feu ; usuel 
aux ouvriers des villes, 14-18 ; | « J'en ai brûlé 
un grand roux [un Boche] au dernier coup de 
main », Cabaret, 457 ; || usuel aux apaches mo 
dernes dès -03 au moins, ce raccourci de brûler 
la cervelle, ou la gueule, à qqn, est encore bien 
plus ancien : « Lâche le cheval, ou je te brûle ! », 
STENDHAL, Ckartreuse de Parme (Iggg), m, 
(éd. Fayard, I, 55). — B, 1, Astiquer ; d. ; — 
un mauvais astiquage brûle le cuir ; — Atta- 
quer avec acharnement ; d. ; — astiquer, c'est 
Rosser. 

buffet, m., 1, Estomac (du cardia au pylore) 
s-en mettre plein le buffet, 40® art., -18 ; | 
LAMBERT ; « J'tc dis qu'si j'ai rien dans l'buffet, 
j'marche pas ! », la Saucisse, in B. des A., 25- 
7-17 ; — syssém. : magasin, m., même sens ; 
D. m. p. ; — allusion au magasin, du fusil 86 ; 
— caisse ; — baraque : « se taper sur la caisse 
ou sur la baraque », Jeûner par force, rig. ; — 
2, par extension. Estomac (Poitrine) ; divers 
soldats, 16-17 ; voir ici casserole et en a^oir 
sous hf la, les ; | « Partie supérieure du corps », 
D. m. p. ; ■ — • ou Tronc, y compris le ventre i 
« Quand j'ai reçu ma ferraille, j'ai dit : « Aux 
abatis, ça va. Rien dans l'buffet, ça colle », 



118 



Gaspard, 150. — Syssém. : garde- manger, m., 
Poitrine, Ventre : « quatre balles dans le garde- 
manger », d'esparbès, Journ'., 10-11-16 ; il est 
naturel de préciser par une image alimentaire 
l'espèce du coffre Estomac-Poitrine ; — en 
voici une autre : armoire, f., Poitrine, Feu, 
21-8-16, est précisé par armoire à linge, f., 
Poitrine ou Ventre, Feu, 36, — soit par queue 
romantique, soit pour évoquer une chemise 
plastronneuse. 

busot,m.,Obus; d. — busoter, Bombarder ; d. 

cabane, f., Chevron de blessure : Les nou- 
veaux gardiens de la paix recrutés au front 
« sont facilement reconnaissables, car tous 
portent les quatre brisques sur la manche 
gauche et quelquefois aussi une ou deux « ca- 
banes )) sur la manche droite », A. fr., 13-7-17, 
p. 3, c. 5. — La répartition des deux sens Che- 
vron de blessure et Chevron d'ancienneté entre 
cabane et baraque n'empêche pas l'unité de 
leur sématisme ; voir pied. 

cabèche, f.. Tête ; ne paraît vraiment usuel 
que dans la locution de sabir couper cabèche, 
Couper la tête d'un ennemi tué, usuelle aux 
Bicots ; I PARAUD. — Cabane, dans attiger la 
cabane, Se moquer, semble une libre suffixa- 

^ 119 ^ 



tion, calembourique, de cahèche ou cahoche ; 
attiger c'est Se payer la tête. Un marchand 
forain bon argotier^au 81® t., -16, ne prononce 
que attiger la cabale. 

caberlot, m., Tête ; 231® inf., 14-16; | « une 
idée fixe au milieu du caberlot », Feu, 20-8-16 ; 
Il Paris, avant -14. — Cabernot, Petit cabinet 
noir, à Vertou (Loire- Inf.), 80-85, et à S^-Na- 
zaire, -18. Le sématisme est Caisson. — Cf. 
bouine. 

cab-four, m.. Caporal-fourrier ; D. m. p. — 
brig'four, Brigadier-fourrier ; cavalerie, rig. 

cafard, m., Prise de regard mentale qui res- 
treint le champ intellectuel, rend esclave des 
impressions tristes et ne suggère au malade 
d'autre guérison qu'une absence géographique, 
de sorte que le cafard devient l'excuse, facile, 
des déserteurs ; usuel et général : coup de ca- 
fard, Acte sot causé par le spleen ; il courant 
dans les corps africains et coloniaux, généralisé 
par la guerre ; — les hommes atteints du ca- 
fard, du cafard noir (voir noir), ou du cafard 
vert (celui-ci est le plus terrible, comme la 
manille verte est la Manille la plus forte, celle 
d'atout), distillent le « sirop de cafard » et l'in- 
fusent à qui les écoute ; cf. veson. — Séma- 

_ 120 — 



tisme : Insecte rongeur ; voir grelots, - — Dér. : 
hypercafard, Cafard renforcé ; — cafardisé, en- 
cafardé, Atteint du cafard ; — décafardé, dé- 
sencafardé. Guéri du cafard. 

cafouille, f., 1, Fouillis ; 2, Boue ; 154^ inf., 
-18. — Cf. pasdss. — Dér. : cafouiller, Mal 
fonctionner ; automobilistes, S. A. P.-X, -16 ; 
aviateurs, 16-18 ; Etre maladroit ; télépho- 
nistes, 8® génie, -18 ; | « Ça cafouille )),L'appareil 
est secoué par le mauvais régime d'une hélice, 
PUNCH, Fantasio, 15-8-16, p. 96; I| très usuel 
dans les sports, notamment au foot-ball, au 
sens Mal jouer ; cafouiller, « Chercher », dlle, 
plus exactement Mettre du désordre en cher- 
chant. ■_ — cafouilleux, Maladroit ; aviateurs, 
téléphonistes, 16-18 ; | musidora ; |I Bête, 

DLLE. 

cage à poules, f.. A, Avion à empennages 
M. Farman, Voisin et peut-être G-4 (Caudron 
ancien) ; 15-18 ; ] « de paisibles « cages à 
poules » — nous étions en 1915 — reposaient 
sous les Bessonneaux », Vincent, Gu, Aér., 
17-1-18 ; — l'hélice de ces types était à l'ar- 
rière, dans un bâtis qui tenait lieu du fuselage 
des types plus récents. — B, Bâtis carré de 
bois se fixant sur le coffre du caisson d'ar- 

— 121 — 



tillerie, pour transporte!" le surplus de matériel 
et d'effets divers des servants ; mot apparu 
au 40® art., fin oct. 17 dans la Somme, usuel 
trois semaines après et en juin 18 ; — Taspect 
« rappelle tout à fait les cages que les mar- 
chands de « poussines )> et de pigeons emploient 
dans l'est », f. de keralio ; — syssém. : boîte 
à cochons, f., même sens ; — comparaison 
avec les boîtes servant aux unités des diverses 
armes à transporter leurs cochons nourris des 
déchets de l'ordinaire ; — syn. : boîton, m. ; — 
ces deux noms boîte à cochons et boîton ont été 
essayés, au 40® art., 17-18, mais n'ont pas pris ; 
— autre syn. : cage à douilles, f., moins usuel 
que cage à poules, 40® art., 5.® b*®, juin 18. 

cagna, f., 1, Abri léger aux tranchées, soit 
niche dans la terre, soit cabane de boisage ; 
très usuel et, dès -15, très général ; 81® t., 
Artois, et xxxx® inf.. Lorraine, dès oct. 14, 
infiniment plus usuel que gourbi et guitoune ; 
« les cagnas individuelles sont interdites «, 
81® t., -15 ; I « Voici des « cagnats » admira- 
blement installées. Des escaliers descendent 
sous terre et Ton aperçoit de la paille fraîche. 
Des matelas épais de rondins et de tôle on- 
dulée mettent ces abris à l'épreuve des 

— 122 -^ 



bombes les plus puissantes », Matin, 17- 
8-15. — Annamite cai-nhà, Maison en paillotte 
ou bambou tressé ; (ex. ; léra, Tonkinoiseries 
(1896), 14) ; d*où cagna, f., Chambre (de ca- 
serne), usuel dès longtemps aux coloniaux dans 
leurs dépôts en France ; (ex. : « Qui est-ce qui 
est de caï-nhà là-dedans ? », Quel est l'homme 
de chambre ?, B. des A., 12-7-16, p. 12) ; — 
2, Maison (civile), Chez-soi : « — Ah ! la cagna ! 
R'voir sa cagna !... C'est propre ici, c'est mi- 
gnon », Gaspard, 244, propos de Gaspard per- 
missionnaire; 11 usuel à Brest, -01 ; — syssém. : 
guitoune, Chez^soi, ross. ; — un ex-officier 
appelle son chez-soi sa tente, d'esparbês, 
Demi- Solde, xvi. — On lit « la cague », l'Abri 
(aux tranchées), dans une lettre de A. Paraud, 
Figaro, 5-5-15, (texte ici tue-boches), coquille 
pour cagna ; (sain, l'a transcrit « cagne », sans 
prévenir, et a voulu en faire une forme « fran- 
cisée », — que personne ne connaît. — Une 
étymologie proposée de cagna par cagnard. 
Abri sur le pont d'un navire, Abri sous les ponts 
de Paris, (cf. « si un enfant <;...>>, il faudrait 
l'étouffer ou le jeter aux cagnards », diderot. 
Neveu de Rameau), n est condamnable ni en 
sémantique, ni parce que cagnard est désuet. 



123 



ni phonétiquement, (cf. prélart — > prélat, Toile 
goudronnée, cagnard • — ^ cagnat, Goéland, en 
Côtes-du-Nord); mais, outre le témoignage des 
coloniaux, la morphologie s'y oppose : on dit 
un cagnard et une cagna. Quant à la Cagne, 
l'Ecole Normale Supérieure, c'est bien moins 
vite une importation d'Annam pour dire Mai- 
son par excellence, que l'ensemble des Cagneux 
(Normaliens) ; cf. marsouille. — Autres mots 
annamites usuels à nos marins : nyoc, f., Eau. 
— tyoutyou, m., Riz ; 2© c^l, -18 ; — d'où 
tyoutyouter, Manger ; marins, -18. 

caïffa, m.. Chasseur d'Afrique ; d. — Ils 
vivent sous le même tropique que le café du 
Planteur de Caïffa. 

caille (être à la), Etre en rouspétance ; Pari- 
siens et parisianisés, 17-18 ; « Ils s'étaient payé 
des fringues et on avait tout embarqué ! Ils 
n'avaient plus rien. Tu parles qu'ils étaient à 
la caille ! », un 2^-m®, Paimbœuf, -17 ; — 
l'avoir à la caille, « Etre embêté avec souvent 
aussi l'idée de ne pas être rassuré », p. char- 
pentier, 13® tir. alg., -18 ; — d'où avoir qqn 
à la caille. Etre irrité contre qqn ; | « où j'ies 
ai à la caille [les embusqués et demi-em- 
busqués], c'est quand i' crânent », Feu^ 136 ; 

— ■ 124 — 



(( je les avais plutôt à la caille [les touristes et 
métèques] )), J'avais une dent contre eux, ib.^ 
20-8-16 ; Il « Je faisais faire cercle aux gens ; 
y en avait un à qui j'avais dû laisser tomber 
ma crosse sur le pied plusieurs fois ; à la fin il 
commençait à m'avoir à la caille », un fantassin 
de ligne, Parisien, -10, à propos d'un service 
d'ordre en pays espagnol. — Si on invoque 
*rouscaille, f., substantif verbal de rouscailler, 
Rouspéter, qui se trouve dès 1628 dans le Jar- 
gon au sens de Parler, lessyssém. seront aller 
au râle, Rouspéter : « On lui a chipé son bidon, 
tu parles s'il va aller au râle » ; soldats, Pari- 
siens surtout, -18 ; H usuel avant 14 ; — de 
râler ; — aller au cri. Rouspéter : « Quinze 
jours de grosse [de Prison] pour une plombe 
[Heure] de retard, y a de quoi aller au cri ! » ; 
soldats, Parisiens, -18 ; || usuel avant -14 ; — 
de crier. Si on rapproche se cailler le sang, Se 
faire de la bile, usuel dès -01, la tournure Valoir, 
où r représentera le sang, sera crue antérieure 
à la tournure être, et le syssém. sera tout mon 
sang dans mes freines se glace. Si on invoque 
mouscaille, f., Gadoue, V sera encore le sang, 
mais les syssém. seront l'avoir à la merde, 
l'avoir à la crotte, Paris et 13® tir. alg., -18, et 

^ 125 — 



3e faire un sang de peste. La .1^^ hypothèse 
explique mieux ai^oir qqn à la caille, la 2® Fa^^oir 
à la caille, la 3^ être à la caille. 

caisseur, m., Discoureur prolixe ; 22^ C. O. A., 
14-16 ; — caissard, m., même sens ; ib. — 
Homme qui en fait une caisse. — Cf. hisser 
et déculottée. 

calabousse, f., Prison ; marins, 15-18. ~ Un 
marin en -15 me dit : « C'est le nom de la prison 
à San- Francisco.» Le mot est usuel aux marins 
des Etats-Unis, mars 18 ; ils l'écrivent « cala- 
bouss » et l'estiment connu à travers tous les 
Etats-Unis, au sens Prison, ou tout au moins 
Violon (prison provisoire). 

calebasse, f., Abri aux tranchées : chercher 
« une calebasse pour planquer ses os », Feu, 
234 ; « une calebasse où des Boches s'étaient 
planqués », ib., 287. — Supposé que l'image 
première, d'un toit bombé en fruit de courge, 
convienne moins pour le second texte, qui 
suppose une architecture presque vitruvienne, 
le sens avait déjà été étendu jusqu'à Apparte- 
ment civil : « Quand j'avais loué cette grande 
calebasse d'appartement, — comme disait élé- 
gamment le lieutenant Louis de Meung, qui 
ne poétisait pas les choses, — », d'aurevilly, 

— 126 — 



Diaboliques, Rideau cramoisi. — Syssém. t 
bocal, Logement ; — bidon de zinc. Sous- ma- 
rin. 

calendrier, m., Petite boîte d'explosif, fixée 
sur raquette de bois, qui, tenue par le manche, 
se lance, ou s'assène sur l'adversaire ; engin 
français ; 95® inf., janv. 15 ; 46® inf., 14-16 ; 
mot ignoré au 81® t., 14-17, et au 14® chass., 
nov. 16; désuet d'ailleurs, comme la chose, 
avant mars 18; | D, m. p. ; a Grenade à main », 
V. du p. — Le texte suivant, où est censé parler 
un soldat français, « recevoir sur ma cloche des 
calendriers, des guitares, des raxjuettes et des 
crapouillots », chapelle, pourrait faire penser 
à tort que ces noms désignent des engins 
boches. 

caler les dominos (se), Manger ; 8® inf., -17. 
■ — • Les dominos sont les Dents. • — Syn. : se 
caler les joues, les amygdales, les soupapes, ri g. ; 
se caler les foies, Nantes, -13. 

calot, m.. Bonnet de police ; 81® t., 14-17 ; 
usuel et général; jj seul nom usuel au troupier 
au 19® inf., -95. — Mot que beaucoup ignoraient 
avant -14, dauzat, 16-4-17, 666 ; désignait 
jadis le Fond du shako, dauzat, ib. ; k Saint- 
Cyr, le Képi, rig. 

— 127 — 



ôàlûa, m., Centre d'approvisionnement de 
matériel automobile ; lafage, Les bagnoles au 
Cama, Journ.^ 22-6-16. — Mot fait des initiales 
c, a, m, a ; cf. crip, rat, ex, érème, bâton,deux- 
quarante- quatre. — La langue anglo-saxonne 
aime ces formules algébriques ; les Anglais ont 
anzac, Australian and New-Zealand Army Corps, 
qu'on trouve en français, m. sing., Secteur 
occupé par l'Anzac aux Dardanelles ; — nos 
alliés des Etats-Unis amex, American Expedi- 
tionary Force, qu'on trouve, m. pi., Soldats 
des Etats-Unis, dans nos textes imprimés : 
Matin, 25-8-17, p. 1, c. 1 ; Phare de la 
Loire, 13-4-18, p. 1, c. 2 ; Vie Par., 18-5-18, 
429. 

camarade syndiqué. Mon ami ; vocatif, usuel ; 
81® t., 14-16 ; I Gaspard, 10 ; — camarade syn- 
diqué de la Palliée, même sens ; 81® t., 14-16 ; 
- — La Pallice étant proche de la Vendée, 
quelque événement syndicaliste doit être l'ori- 
gine du succès de cette queue anecdotique 
dans la 88® D°^ t. — Cf., autres traces de la 
lutte des classes, faire des manières bour- 
geoises. Faire des manières, (Viser à la délica- 
tesse,) 81® t., -17 ; marins, -18 ; — et, aux 
Confusions, amnistie. 



128 



camembert, m., Képi d'officier : « ton ca- 
membert », groupe de médecins militaires, Pa- 
ris, avr. -17. — Image prise de la forme basse 
et très cylindrique du képi d'officier à la mode. 
— boîte à singe, f.. Képi haut (d'un colonel) ; 
D. — C.-à-d. boîte à viande de conserve, cylin- 
drique. 

camigôotte, f.. Abri aux tranchées ; Feu, 20- 
8-16, et p. 216. 

camoufle, f,. Camouflage ; faire une ca- 
moufle, Maquiller ; D. m. p. 

camoufler, Chaparder ; 13^ tir. alg., 40^ art., 
-18 ; I « Quel est encore l'animal qui m'a 
« camouflé » mon paquet de tabac ? », Echo 
des Marmites, in Ann. p. L, 5-11-16, 485, 
démarqué par le Crocodile, in B. des A., 28- 
2-17. — Camoufler un engin d'attaque, un 
travail de défense, c'est le soustraire (aux re- 
gards) ; cf. embusquer et repérer. Mieux, ca- 
moufler l'ennemi, c'est le souffler, le subtiliser^ 
en faisant exploser un camouflet souterrain, 
(« ce furent les Boches qui furent camouflés », 
Bourru, 264). 

canadien, m.. Engagé de la classe 18, dur à ins- 
truire ; 82e j^rt. L, -17 ; D. —L'artillerie fut dotée 
en 15-17 de chevaux canadiens rétif s au trait. 

— 129 — 

ESNAULT 9 



cantoche, f., Cantine, (salle du cantinier) ; 
81® t., rare ; | Gaspard, 231 ; « Y fera soif, ce 
soir, à la cantocke », marcel, Journ., 21-6-15 ; 
(ce dernier texte mal transcrit donne à sain. 
un mot cantache, que gauthiot ensuite dit 
« de vieux argot militaire », et que je n'ai 
jamais entendu. — Cf. sardoche. 

caoutchouc, m., Café : « L'caoutchouc a fait 
l'mur )), Plus de café. Feu, 203 ; — suffixation- 
calembour sur caoudji. — caoua, m.. Café ; 
gagne du terrain, propagé par les coloniaux ; 
— arabe, kahwa, Café ; cf. chouya. — caoudji, 
m., Café ; même remarque ; — arabe kah- 
wadji, Cafetier ; bistro a de même deux sens. 
Marchand de vin, « chez le bistro », Débit de 
vin, « aller au bistro ». 

cap-horn, m., 1, Coiffure de cuir pour les 
navigateurs : « son front [d'un matelot], où 
les cheveux bouclaient sous le « cap Horn », — 
la rude coiffure de cuir, — », mille, Journ., 
8-8-17 ; — 2, Bonnet de vol, en cuir, doublé de 
drap, pour observateurs de captifs et pilotes 
de dirigeables, Paimbœuf et S^-Nazaire, 17-18. 

capi, m., Capitaine ; D, m. p. — Syn. : 
capit', D. — pitaine, m., Chef d'escadrille ; 
Mousqu., 125. — Cf. terri. 

— 130 — 



caporal- patates, m., Caporal d'ordinaire ; 
8le t., 14-17 ; 78e t., 14-17 ; — caporal-sain- 
doux, m., même sens (et non Caporal-fourrier, 
comme dit rocher, 25-8-16) ; 81® t., 15-16, 
130^ inf., -18; — cabot- graillon, m., même sens ; 
Télé-Mail, in Front, 1-9-16 ; — cabo-rata, m., 
même sens ; 3® s^^ autom. de munitions pour 
l'art. 1., Salonique et Assanova, 14-17 ; — 
caporal- mulets, m., Caporal mitrailleur mule- 
tier; 81^ t., -14 ; — caporal- bourrin, m., même 
sens ; 81^ t., -14 ; — brigadier- marcassin, m.,(?) 
Brigadier soignant les porcs de la section, 
14® son. d'auto-canons 75, 30® art., adresse 
d'une carte-postale envoyée de Courbevoie, 
17-10-16 ; — sergent- ballot, m., Sergent vague- 
mestre affecté aux colis et qui les va chercher 
avec une petite voiture ; dépôt du 65® inf., 
Nantes, 14-18 ; — caporal- tubes, m., Caporal 
chargé des tubes flexibles (pour gonflement de 
« saucisse » à l'hydrogène) : « le zèle du caporal- 
tubes et des hommes- flexibles », micromégas, 
B. des A,y 28-11-17. — Ces déterminants ajoutés 
à caporal et sergent indiquent les diverses causes 
finales de leur emploi; cf. homme et copahu, — 
De là Patate, sobriquet de Bégos, cabo d*or- 
din*, 10® c**, 81® t., 14-15, (ses successeurs n'en 

— 131 — 



curent pas la survivance,) et d'un autre, 78^ t., 
14-17 ; — boîte à graisse, f., Marchis mécani- 
cien ; D. ; — soit par synecdoque en sous- 
entendant le grade, ou directement par méto- 
nymie parce qu'ils prononçaient souvent ces 
mots. 

capote, f.. Paillasson à bouteille de vin ; 
coopérative du 81® t., -17. — Vêtement confor- 
table pour la route et la cave-abri. 

capout ! (moi, pas), Grâce I, (soit au sens 
Ne m'engueule pas, soit au sens Tu me rases, 
Lâche-moi le coude) ; 81® t., -17 ; divers sol- 
dats, 17-18 ; — sabir franco-germanique signi- 
fiant Ne me tuez pas, (l'allemand /capui. Ruiné, 
Cassé, Mort, est pris du français capot, Rati- 
boisé), usuel aux Boches faits prisonniers. — 
Syssém. : camarade !, mêmes sens ; — autre cri 
du Boche qui demande grâce. — Cf. boucher 
noir. 

capsaille, et capseille (faire). Chavirer, Ca- 
poter ; marins, -18 : « L'embarcation a fait 
capseille » ; « L'avion fera capseille »; |1 usuel, 
à Brest, à Dinan, en basse-Loire, « depuis tou- 
jours », au témoignage des mêmes marins. — 
Suffixation libre sur capoter ? 

carafe, f., Panne de moteur ; aviateurs : « Si 



132 



le moteur « ne gaze » pas, c'est la « carafe » », 
THAVET. — En carafe. Abandonné, Inutilisé, 
usuel à Paris, dès -03 ; — très probablement de 
l'argot care, Cachette, {mettre à la care, Mettre 
de côté), par suffixe-calembour. 

carapace (faire). A, Lécher le derrière ; 
81® t., août, sept. 14 ; — B, Etre serrés les uns 
contre les autres, de façon à présenter vers le 
ciel une surface continue quoique composite : 
Le village « fait la carapace autour de l'église, 
qui est assise au milieu des maisons », Cabaret, 
454. — A, extension de sens ; B, métaphore ; 
tirées toutes deux du mouvement de service 
en campagne nommé carapace, par ex. aux 
81® t., août 14, 2® cal, .18, consistant à se 
jeter, ayant fait à gauche par quatre, tous à 
genoux, la tête dans l'entrefesson de l'homme 
de devant, sacs contre sacs, préservation mu- 
tuelle contre une rafale d'obus ; autre part 
le commandement d'exécution était « Ra- 
fale ! ». 

carrosserie {atterrir sur la), Atterrir par la 
carlingue au lieu des roues ; esc. S-152, -18. 

cartouche, f.. Cartouchière ; Nantais, 81® t., 
14-17 ; usage constant ; « cartouches a réparé », 
carnet d'un sergent. 



casque à pointe, m., Obus cylindro-coniquc 
du mortier de tranchées ; 80® t., fév. 16, Boe- 
singhe ; 154® inf., juill. 16, Mort- Homme. — 
Pointe désigne-t'il le cône, et casque pas grand 
chose ? Il y a sans doute eu déduction syno- 
nymique sur un autre nom de coiffure militaire ; 
cf. pot- de- fleur s. 

casse-gueule. A, Téméraire, Culotté, Coura- 
geux : « un type casse-gueule », 289® inf., 
avr. 18. — Syssém. ; casse-cou. — Cf. ,apprenti- 
cadai^re. — B, m., Témérité ; Mousqu.^ 39. 

casse-pattes, m.. Eau-de-vie ; 156® inf., 16® 
chass., 5® génie, 17-18 ; | agatha ; « se met- 
tre un cintième de casse-pattes dans Tcornet», 
Feu, 121 ; Il usuel aux contingents du nord 
dès 1900. — Encore plus usuel aux contin- 
gents du nord dès 1900, casse- pattes, Vin 
blanc : « Apportez un litre de casse-pattes ». 
— Syssém. : roule- par-terre. 

casse- pipe, m.. Affaire (militaire) pénible, soit 
attaque ou défensive ; 156® inf., mai 18. — La 
pipe est la Tête, dite fréquemment tête de pipe, 
et par synecdoque pipe ; casser sa pipe, qu'on 
traduit et qu'on emploie équivalent de Mourir, 
est exactement Mourir d'accident ; on trouve 
aussi cassage de tête. Bataille : « préférer une 

^184 — 



position un peu en arrière au cassage de têtes 
de la première ligne », z, Armée de 1917, 78. 
Mais au succès de casse-pipe a pu contribuer 
le souvenir des tirs forains sur pipes à bon 
marché. — casse-croûte, m., Attaque ; d. ; — 
libre suffixation du précédent. 

casser du bois, Briser son appareil ; aviateurs, 
16-18 ; — îaire du bois, même sens, Dirigeal)les, 
mai 18. — Métonymie de l'objet par sa matière 
ou une de ses matières ; cf. fer, zinc. 

casserole, f.. A, Calotte hémisphérique adap- 
tée à l'avant de l'avion, (devant l'hélice et tour- 
nant avec l'hélice,) de façon à prolonger le fuse- 
lage pisciforme au lieu de l'arrêter par un méplat; 
aviateurs ; — sématisme. Cuve métallique. — 
B, Automobile ; 48^ t., -16 ; — sématisme, 
Ustensile aux stridences métalliques, — syssém.: 
tarare, — ou Ustensile contenant du feu, — 
syssém. : chaufferette, Automobile ; — bouille, 
f., Locomotive ; 5^ génie, -18 ; — apocope de 
bouilloire ou de bouillotte. — C, Tête : « Je m'fous 
d'êt' blessé, pourvu qu'ce n'soit ni au buffet 
ni à la casserole », fantassin, fév. 16 ; — séma- 
tisme : Récipient où se produit une ébuUition ; 
— syssém. : bouillotte^ cafetière, Tête ; avoir la 
tête en feu, le cerveau en ébuUition, faire de la 

— 135 — 



çapeur ; (d'où, par dér. syn. sur fumée, fumer 
sans tabac, Etre irrité, et tête de pipe, au sens 
particulier de Homme prompt à s'irriter.) 

cassis (du), des Morts et des Blessés et de la 
Casse de matériel : « Toujours dans le même 
secteur, avec un peu de cassis de temps en 
temps )), lettre du 211^ t., sept. 16. — Syssém. : 
copeau : rei>enir en copeaux, Etre rapporté dé- 
chiqueté, TouNY-LERYs, M. dc Fv., 16-5-17, 
p. 375 ; Il les anciens « qui avaient déjà fait du 
copeau dans les rangs anglais de 1813 à 1815 », 
d'esparbès, Demi-Solde, v. 

cercueil volant, m., 1, Méchant appareil de 
vol ; aviateurs, -17 ; « C'est un vrai cercueil, 
ce dirigeable-là », un adjudant de dirigeables, 
déc. 17. — 2, Avion monoplan parasol Morane- 
Saulnier, avr. 18. • — Cf. cercueils d'acier, appli- 
qué aux Sous-marins, lors de la perte du Far- 
fadet, du Lutin, du Pluçiôse. 

chaleureux. Peureux ; 40^ art., sept. 18. — 
Euphémisme pour ch{iasseux) ; cf. Ah ! cha- 
leur !, cri de dépit et de refus, pour chiasse !, 
chierie ! 

chameau (équipe-), f., Equipe de porteurs de 
madriers et poutrelles dans un travail de 
pontage ; génie, avant mai 18. 



136 



chandelle, f., Ascension verticale ou presque 
verticale ; aviateurs, 16-17 ; Miramas, mai 18 ; 
I « faire une chandelle », dorme, lettre, 22-7-15, 
in Gu. Aér., 17-1-18 ; « — On décolle comme 
les as ! — Une vraie chandelle », nadaud, Li- 
berté, 10-12-16 ; avion qui « monte en chan- 
delle )), MusiDORA ; « parti en chandelle, il a 
une légère défaillance ; il se cabre trop, il a 
manqué la seconde où il lui était permis de 
redresser son appareil » et tombe, dortet, 
Illustration, 28-10-16 ; — d'où piqué chandelle, 
m., Erection de l'avion perpendiculairement 
au sol : Arrivé au-dessous de l'avion boche, 
« je commençais à le tirer dans un « piqué chan- 
delle ». Le mitrailleur ne ripostait même pas, 
le Boche piquait en hâte <....'> J'effectue 
alors une série de « piqués chandelles » au cours 
desquels j'envoie plusieurs salves », récits de 
R. Montrion, aviateur, in Gu. Aér., 27-12-17, 
p. 110, c. 1; Il « au moment où l'appareil a 
commencé à se mettre « en chandelle » », Matin, 
16-4-13. — Emplois non aviateurs : faire une 
chandelle. Lancer une balle bien verticalement, 
FUSTiER ; « Tout à l'heure, du haut de la 
barque, il plongerait en chandelle », margue- 
RiTTE, Fabrecé, III, i. — J'entends dire droit 

— 137 — 



comme une bougie, à propos de qqch. qui se 
guindé rapidement jusqu'à la verticale. — 
En chandelle est une image de charpentiers : 
chandelle, Pièce de bois verticale, hdt. 

chantier, m., Secteur, Poste ; divers soldats, 
-17 ; I « Pour moi le chantier se tenait à Cu- 
mières, entre Regnéville et Chattancourt », 
E. c, Pet. Journ,, 8-4-16, propos d'un mi- 
trailleur. — Rappel de la vie civile ; — cf. 
« Je veux le ramener [l'avion boche qui me 
poursuit] dans nos propriétés »,... au-dessus de 
nos Lignes, montgeorge ; — « Je passe au- 
dessus du fossé )),... au-dessus de la Tranchée 
ennemie, ib. ; — une Fusée éclairante est dite 
bougie et chandelle ; la Gagna la carrée ; cf. 
1®, boulonner, boulot, chapeau, facétie, facteur ; 
2®, pétoire. 

chapeau, m.. Casque ; 8^ génie, -18. — D'où 
blindé, m., (sous-entendu chapeau) ; d. — Syn. : 
toque, et à peu près tous les syn. populaires de 
chapeau. — « Le soldat appelle son casque un 
chapeau, ses brodequins des bottines, sa capote 
un pardessus ; il essaie de plaisanter », j. de- 
meure ; ces plaisanteries sont des rappels de 
la vie civile, tentant d'améliorer l'objet par 
une litote ironique ; cf. chantier. 



138 



Charles- humbert, m., « Obus français de 280 » ; 
V. du p. — M. Charles Humbert menait cam- 
pagne pour la multiplication de l'artillerie 
lourde. 

Charlotte, f., le Canon de 75 ; dauzat, 16-4- 
17, 664. Cf. Joséphine. 

charretier, m., A, Conducteur d'artillerie ; 
40® art., 15-16. — B, Automobiliste employé 
à un service de convoi de matériel, aux ca- 
mions-bazars, aux camionne^ttes ; S.A.P.-X, 
-16. — Antonyme, chien de luxe ; cf. chenaux 
de lucce. 

chassbi, m., Chasseur : A, Avion de chasse 
(dit chasseur) ; aviateurs ; — B, surtout, Chas- 
seur alpin, Chasseur à pied ; les chasseurs 
eux-mêmes ; « Emile M <... > au 120 Chasbi 
au Canon de 37, secteur 160 », adresse de lettre, 
août 16; I Le Chahi, journal du front, cité 
Journ,, 18-7-16, p. 4, c. 3 ; « S.-lieut. de Chas- 
bis », Vie Par., 23-3-18, p. 269, c. 3 ; chassebi, 
DAUZAT, 16-4-17, 666 ; — C, Chasseur à che- 
val ; D. ; — D, Chasseur d'Afrique ; d., — 
sens suspect. — Selon d. chassebif, usité au 
sens B au 23® alpins, offrirait la forme pre- 
mière et serait fait de chass{eur) -\- biff(in) ; 
mais -bif et -bi sont deux suffixes également 

^ 139 — 



solides dans l'usage ; et les vitriers se sont-ils 
jamais voulu appeler des Chasseurs-Chiffon- 
niers, les fantassins de marine des *mar-biff ? 
J'ai entendu affirmer que le sens premier 
était Chasseur d'Afrique ; — était-ce pour 
insinuer que l'étymologie est *chasseur- 
bicot ? — -bi n'est que le même suffixe 
qu'on a dans Arbi (de Arabe), frisbi (de 
{frisquet), dégueulbi (de dégueulasse), Tochbi (de 
Dochbi -< — Dodoch -< — Mardoch -< — Mardochée, 
sobriquet de M. Amand, professeur, Alençon, 
lycée, -10), fourbi, m., Fourrier, D. m. p., (de 
fourrier), et qui les fait rimer avec fourbi (Chose), 
gourbi (Cabane), biribi (Loto), toubi (-< — toubib), 
et autres mots populaires. — chasse- pattes, m., 
Chasseurs à pied, dauzat, 16-4-17, 666 ; — 
substitution de patte à pied dans une forme 
*chass-pied due aux abréviations sur registres ; 
cf. bâton ; — de chasse-patte a été extrait un 
suffixe -patte ; d'où VOSgepatte, m., Vosgien ; 
xxxx® inf., Lorraine, 14-15, aynaud ; « | Co- 
lasson, dit Vosgepatte, était à la fois rede- 
vable de son surnom à sa contrée d'origine, les 
Vosges, et au Journaliste, qui renfermait men- 
talement dans cette appellation générique tous 
ses congénères, et la lui avait appliquée, à lui 

-. 140 — 



tout spécialement, parce qu'à ses yeux Co- 
lasson synthétisait la race », a. a.. Contes vér., 
23 ; ce Journaliste est de vrai un Parisien 
grand lecteur de quotidiens. 

châsses (être aux), 1, Se tenir sur ses gardes ; 
— 2, Etre avisé ; lambert. — Syssém. : être sur 
Vœil, même sens ; « un gars sur l'œil ». La 
même construction de être exprime de nom- 
breux états et l'idée d'Avoir (ex. être au sac, 
Avoir le sac. Etre riche), de nombreuses actions 
et l'idée de Faire (ex. être à renaud, Renauder). 

châtaigne (aller à la), Attaquer ; 130^ inf., 
17-18. — On échange des châtaignes, des mar- 
rons, des Coups. 

château (panne de), f.. Panne préméditée, 
dans un endroit d'élection et de dilection ; 
aviateurs, Miramas, mai 18. — Tout châtelain 
fait gracieuse chère à un aviateur en dé- 
tresse. 

chatouiller la torpille. Exagérer, Agir ou 
Parler inconsidérément ; 270® art., oct. 18 ; | 
« dernière trouvaille venue du front, où on 
nous garantit l'avoir entendue », Vie Par., 
18-5-18, p. 429. — Cf. bousculer. 

chaufferette, f.. Automobile : « L'instrument 
qui sert à jouer s'appelle très ordinairement, 



141 



Berlingoty Tarare, ou Chaufferette')), Alexandre, 
Le jeu de Vauto, in Front, 16-10-16. — Le chauf- 
feur qui a les pieds sur les pédales sent aux 
jambes la chaleur du moteur à travers un 
tablier métallique ; cette chaufferette désigne 
par métonymie toute la voiture ; cf. casserole. 

chaussette (comme une), sert de superlatif à 
retourner, Mettre à l'envers ; retourner qqn 
comme une vieille chaussette, lui Faire faire des 
déclarations successives blanc et noir, marins 
fourriers, -18; | « ces effroyables bombarde- 
ments qui retournent les tranchées « comme 
des chaussettes » », galtier-boissière. Ré- 
flexions sur le courage, dans Revue franco- 
macédonienne, in B. des A., 13-12-16.0 

chef de gare, m.. Sergent qui est de jour 
paur toutes les escadrilles, à la R. G. Aé., 
DORME, mémoires, 22-7-15, in Gu. Aér., 17-1-18, 
p. 164, c. 2. — Métaphore de fonction. 

chemin de fer, m.. Liseré de rengagé ; 
40® art., -18 ; — d'où, par bredouillement 
simulé, le syn. chien de îer ; ib. ; — et, sans 
doute, chien vert ; 334® inf., signalé à d. sans 
traduction. 

cheminée (en), en Spirale ; aviateurs : « des- 
cente en cheminée »,musidora ; X « est épatant 

— 142 _ 



■ 



pour monter en cheminée », Brise d'entonnoirs^ 
in B. des A., 28-3-17; | « L'appareil s'est mis 
« en cheminée » ; il a piqué du nez sans que la 
surface sustentatrice ait pu intervenir pour 
ralentir la chute », Matin, 8-5-09, p. 2. 

chenille, f., Engin d'invention boche contre 
avions, chapelet de ballonnets incandescents 
qui brise l'hélice prise à ses liens de fer et 
incendie les plans ; Gu. Aér., 5-7-17, p. 532 ; 
Mousqu., 180. 

chérer, 1, Outrepasser ; usage général, Pari- 
siens et parisianisants : « il chère », Il fait des 
acrobaties sportives, à propos d'un aviateur, mé- 
canos, Pau, 48, (cf. Mousqu.y 82, 139). — 
2, Railler ; même usage. — On retrouve ces 
deux sens sous bousculer et charrier. 

Cherrer, (car cette graphie est plus fréquente 
que chérer,) « paraît être le doublet provincial 
du parisien charrier quelqu'un, s'en moquer 
(en wallon, on dit cherri pour charrier) », sain. 
— Il me plairait au moins autant de tirer, avec 
ROSS., chérer de l'adjectif cher, aussi facile à 
employer adverbialement comme fort, sec, 
lourd, dur, {aller fort ; péter sec ; rigoler lourd, 
{Feu, 360) ; croire dur). Cher, adverbe, 1, Beau- 
coup ; RI G. ; « Pour quatre sous de brie tu es 

— 143 — 



mal servi : il n'y en a pas cher », ross. ; la ques- 
tion argent offre un sématisme simple et 
peuple ; — 2, Difficilement ; dlle ; — 3, Fort, 
Dur ; s^enlei^er cher, Avoir le ventre vide, rig. 
(parce qu'à force de faire ballon, de Jeûner, 
on a chance d'acquérir une force ascension- 
nelle); « un des trois types m'avait m(ordu cher 
des châsses et du coude »,... m'avait regardé et 
m'avait fait le coude avec Insistance, Philibert, 
176 ; « il aurait écopé cher »,... été condamné au 
Maxinium, ib., 328 ; — 4, En grand nombre, 
En grande quantité. Vite ; pas si cher. Pas si 
vite. Pas tant, ross. ; « y passe par [lire : pas] 
lerch [loucherbèm, pour cher] de treppe, 
...Beaucoup de monde, hayard, Dict. (T ar- 
got, 8. 

De là, A, en conservant à cher son sens gé- 
néral. Qui coûte beaucoup d'argent, on tire 
chérer, Forcer la dépense, (p. ex. dans du bou- 
din ou du camembert) ; d'où chérer. Railler, et, 
traduction d'un bon argotier « Chiner en mettant 
les pieds dans le plat », 81^ t., mars 16 ; car 
Railler qqn se dit Vacheter et le chiner ; chérer 
c'est Y mettre le prix, Ne pas regarder *à la 
dépense d'esprit en achetant et chinant ; d'où, 
par allusions culinaires, cherrer dans le boudin, 

— 144 — 



Se moquer, art. du Poilu, 6-2-15, in sain.; 
GAUTHiOT, p. 80 ; cherrer dans le camembert, 
Exagérer, Fantasio, 15-9-16, p. 167, c. 2 ; — 
l'antonyme naturel sera économiser, Se mo- 
dérer dans la moquerie : « On murmure : 
— Oui, oui, ça va... C'est pas la peine de nous 
la faire. Economise », Feu, 342 ; — et, repre- 
nant au sens propre, mais par plaisanterie, les 
produits culinaires, on aura : « Car, vraiment, 
entre nous, nous avons un peu « cherré » avec 
les camemberts, les babas au rlium, les fiçe 
o'clock teas », prax. Œuvre, 27-11-16, c.-à-d. 
Nous ne nous en sommes pas privés. 

B, en développant le sens second cher. Fort, 
on a chérer, Y aller carrément, sans regarder 
à l'effort : « Cherre pas trop, pour éviter les 
cahots », Ne force pas de vitesse, recommanda- 
tion à un chauffeur de taxi, Œuvre, 4-11-16, 
p. 1, c. 3 ; « tu trouves pas que les « cuistots » 
ont un peu « cherré » dans le beurre ? »,... ont 
Mis trop de beurre dans la soupe, p'tit gars ; 
Chairez !, Hardi ! Courage !, a. humbert, Mon 
bagne, in fustier ; d'où chérer, 1, Exagérer : 
« Dites donc les Boches, je crois que vous cherrez 
un peu ! »,... vous Outrepassez le temps con- 
venu (pour puiser de l'eau), Poilu, 6-2-15, in 



■ 



— 145 — 

10 



SAIN* ; « 3etet-Vo\is cftri'émeftt dans la mêlée et 
allez-y en cherrant le plus possible. Cherrez, 
mes amis, cherrez, sous peine de passer poul" 
des nouilles », c.-à-d. Blaguez en argot d'avia- 
tion sur des questions techniques où vos audi- 
teurs rie comprennent tien, vieux juteux ; 
sans chérer^ SariS exagérer, 231^ inf., -16 ; — 
2, tr.j chérer^ Patiner indiscrètement, Bous- 
culer, et même Rosser -: « les types qui sont 
rétamés [Ivfes] ou qui chèrent de trop près les 
fumellefe pigeift de la grosse », PANtHUCHARD, 
c.-à-d. Les hommes ivres ou trop peloteurs dfe 
femmes attrapent de la prison et de la vérole ; 
(sAifT. n'a pas vu dans ce texte le dotible sehs 
de grosse ; en revanche il en a sorti uîx verbe 
« Ghéher, faire la noce, c'est-à-dire boillxe 
chère » !) ; en Loire- Inf., -05, un coureur cy- 
cliste est dit chérer, sur la piste, quand il force 
un concurrent à se rapprocher de la cofde et le 
gêne ; cherrer. Frapper fort, ross* ; « Chère-le, 
<C*.^> il aime ça, qu'on le chère* Les baffes, 
ça l'excite », Philibert^ 219 ; -^ d'où chérèr 
dans le mastic, Exagérer l'affaire ; 270® art. 
mai 18, j — et, par allusion aux déménageurs 
bousculeurs, cherrer dans la console, Ejcagérer^ 
s. GUITRY, Jean Illf acte 2 ; — pincer le 

— 146 — 



marbre, Exagérer ; 270^ art., mai 18 ; 95^ inf., 
-18 ; — syssém. du vieux chahuter le bas- 
relief ; — et, par précision sur les membres 
heurtés, chérer dans les bégonias. Exagérer ; 
8le t., -16 ; I Paris, mai 16, InL des Ch., 
LXXIV, 135 ; GAUTHioT, 80 ; « Il cherre un 
peu dans les bégonias, le comité d'organisa- 
tion )), Il monte son style jusqu'au galimatias, 
Fantasio, 15-6-16, p. 924, c. 2 ; — ■■ les bégonias 
sont les Jambes, V. du p, ; — dans les tuli- 
piers, Vie Par., 19-8-16, p. 167, c. 2 ; — dans 
les tulipes ; bringer, M. le Vicomte, 185 ; — 
dans les pétunias ; i6., 60, 106 ; — dans les 
violettes ; un matelot, sept. 18 ; — défriser la 
chicorée ; bringer, ib., 109 ; Mousqu., 21. ^ 
Toute cette sémantique qui tire Exagérer 
de Mettre cher est à rapprocher de celle qui 
tire Exagérer d'Aller fort, étudiée sous bous- 
culer, et qui a contaminé ses jeux de boudins 
et de bégonias avec ceux de chérer. — Plus 
généralement, sont encore syssém. : charger, 
Se moquer. Exagérer ; — en remettre, Exagérer^ 
Ajouter au programme ; au texte, en parlant 
F de Mounet-Sully, l. daudet, A. fr., 6-3-16 ; 
au protocole de la civilité, en parlant d'une 
femme, bourget, Le mensonge du père, iv ; — 

— 147 — 



la même idée se retrouve dans Pas tant I, mot 
de mode en nov. 16, Vie Par,, 4-11-16, p. 829, 
c. 2, qui sert de réducteur à une vantardise ou 
à une lamentation. 

cheval (mauvais), Méchant ; divers soldats et 
marins, 16-18 ; « Le colon n'est pas mauvais 
cheval, il cause avec nous », 81^ t., -16. — 
Syssém. : rosse, — Cf. carcagnat, m., Cheval ; d. ; 
— dér. de carcan, Cheval (porteur d'un collier); 
c'est, changé de suffixe ou mal lu, le carcagno, 
Usurier^ de vidocq, mais en son sens premier ; 
les usuriers sont des rosses. 

chevaux- de- bois (manger, bouffer avec les), 
Jeûner (par force) ; 81^ t., 4*5-17 ; 63^ art., 
1^7-18 ; 8^ génie, avr. 18 ; | « On « briffe » avec 
les « chevaux de bois », p'tit gars. — Les che- 
vaux-de-hois sont très sobres. 

chevaux- de- bois [du), des Evolutions circu- 
laires (en avion) ; centre de dirigeables, 17-18 ; 
I « y z'en ont fait du ch'vaux d'bois,en l'ait », 
RICHARD, Pet, Par., 14-5-16. — Syssém. : faire 
le cirque. Se promener en rond (autour d'un 
pâté de maisons, en parlant de gardiens de la 
paix), BRUANT, Captii^e, I, xxii. — D'où, au 
singulier, cheval de bois, même sens, sauf qu'il 
est restreint à une mésaventure et non plus 

— 148 — 



aux prouesses de vol, Pivotage tête à queue sur 
le sol, produite par le moteur, dont le pilote 
n'est pas maître ; usuel aux aviateurs ; Mira- 
mas, mai 18 ; | « l'appareil mal tenu fait brus- 
quement dèmi-tour, avec un petit frisson, il 
[le pilote] sent la queue qui se soulève, et 
coupe : un « cheval de bois... » On le remet face 
au vent, il repart, autre « cheval de bois ! », 

THAVET. 

chevaux de luxe, m.. Militaires faisant un 
service agréable, avec loisir d'être bien nourris 
et bien habillés ; en particulier Militaires de la 
S.A.P.-X, Toul, -16. — C'est les considérer 
comme embusqués. Cf. : « vous n'avez pas des 
manières de chevaux de luxe, mes gas, mais 
des façons de bourrins, de sales bourrins qui 
ruent », Cabaret, 472. ■ — • Syssém. : cheval de 
box, m.. Sous-officier ; d. (graphie boxe) ; — • 
bœufs, m.. Officiers-mariniers ; marins ; || dès 
-08 ; — l'équipage nomme leur salle à manger 
parc aux bœufs et les juge à l'engrais. — Trans- 
posés peuple de l'idée d'officiers de salon. 

cheveux creux (avoir les). N'être pas brave ; 
81^ t., -16 : « Toi t'as les cheveux creux ; tu 
parles que quand t'es saoul » ; | Pépères, 45, 
161. — Cf. genoux-creux. 

— 149 -^ 



chicane, f., Vagin ; 81® t., mai 16. — C'est le 
pertuis praticable à travers un réseau de bar- 
belés ; — syn. : tranchée. — Cf. chevaux de frise, 
m., Sourcils, moustaches hérisses ; d. 

ohichiard. Faiseur de manières ; 231® inf., 
apax, témoignage de h. barbusse; | Feu^ 106. 
— Chichi, Grimace, Complication dans les ma- 
nières ; Paris, -95 ; Brest, -98. 

chien de luxe, m.. Automobiliste employé à 
un service chic, conducteur de coupés d'offi- 
ciers, d'omnibus d'officiers ; S.A.P.rX, -16. — 
Antonyme : charretier. 

chien- chien- gomme, m.. Membre viril ; ma- 
rins, S*-Nazaire, sept. 18. — Au sens premier, 
c*est le nom, francisé à S^-Nazaire, d'un bonbon 
dont raffolent les Yanks, lanière caoutchou- 
teuse et menthée qu'on mâche longuement 
sans la dissoudre, le chewing-gum ; (to chew, 
Ruminer). 

chier (celui qui nous fait), m., le Cuisinier ; 
marins, avr. 18. 

chignole, f., 1, Voiture à bras, une, deux, 
trois, ou quatre roues ; sur l'essieu un plancher,, 
une caisse ou une baignoire ; parfois voiture 
d'enfant ; un chien, des fois, aide le pousseur ; 
sert aux cuistos ; 81® t. ; usage très général; [ 

— 450 — 



Echo des Marmite^, in B. des A., 8-11-16; (| 
usuel à Paris, rû5. - — 2, Automobile ; France 
et armée d'Orient, 14-16; || usuel avant -14. — 
3, Avion î « Ma chignole va rester en carafe », 
MONTGEORGE. — Se rattache à chignole (pro- 
noncé aussi suivant les régions signole, souaî- 
nole, Ï.ITTÏIÉ), Dévidoir ; Manivelle ; Boucle 
pour tirer sur le tuyau à gaz allumé dans les 
débits de tabac, Paris, -01 ■ Vilebrequin por- 
tatif, Mousqu.y 253 ; etc. — dér. de chigner, 
Pleurer ; une chignole est une Grinçante ; cf. 
bécane^ taxi ; gnole. 

Chinoique, m., Olybrius : « s'pèce de chi- 
noique )), Feu, 39. — De chinois, même sens ; 
le suffixe rappelle la terminaison de amoiqué, 
Emu, (uuYSMANS, Sœurs Vatard, v), et de 
quelpoique, Rien, vidocq. 

cbiotte, f., 1, Canot Wbite ; un 2^-m^ méca- 
nicien, -18 ; ' — le militaire a pour faisoirs des 
baquets et bailles ; et une méchante barque 
s'appelle une baille ; on a ainsi un ^ématisme 
aller et retour ; cf. fokker. — 2, Dirigeable de 
petites dimensions i a Ce matin, mon copain 
Lagadec a passé dans sa chiotte »,... nous a 
survolés dans le dirigeable où il est mécanicien ; 
le même 2^-m^, -18 ; — le canot White est une 



i 



151 



vedette, et les marins appellent aussi çedette 
un dirigeable de petites dimensions. — Syssém. : 
tinette, f., Automobile ; d. 

chipèstèr, m., Eau-de-vie ; dépôt du 57® art. 
(Toulouse), (le témoin écrit « chippester »), 
avr.-mai 15 ; 97® t. (Parisiens), fin -16 à Laître- 
sous-Amance ; 144® inf., juill. 17 ; usuel aux 
6® et 12® inf. (fort contingent du sud-ouest) ; 
au camp de Ger (Basses-Pyr.), 6®, 12®, 18®, 34®, 
49®, 123®, 144® inf., févr. à mai 17, (avant 
*-v. 17 on disait gnole et fil-de-fer) ; 289® inf. 
(Parisiens), où l'on parle de « chipèstèr trois 
(toiles », Eau-de-vie extra, avr. 18, Oise; |1 
assez répandu en Charentes avant -14, témoi- 
f^nage d'un artilleur en avr. 18. — Inconnu aux 
^•0®, 81® t., 95® inf., inusité au 40® art., sept. 18, 
£ iuf de deux Gascons venus de Toulouse en -16, 
C3 mot, qui sonne espagnol, ne semble pas es- 
] agnol à des hispanisants, ni anglais, ni marin, 
ifi lorrain, ni breton, ni berrichon. — chipes- 
iarnic, m.. Eau-de-vie extra ; d.; — chevau- 
ciaement de chipèstèr + chnic. 

chocolat, 1, m., Marocain, Sénégalais ; D. m. 
p.; II Noir; usuel aux étudiants, Paris, -96. — 
2, Ivre ; un Parisien, 81® t., -16 ; marins, 17- 
18 ; — le sens 2 se tire du sens 1, sur ce que 

— 152 — 



Ivre se dit noir. — Syssém. : sénégalais, Ivre ; 
usuel à la s^ii sanitaire automobile 45, 16-17 : 
« Tu étais sénégalais hier soir » ; 2® c^^, -18; — 
d'où le Sénégal, l'Ensemble des ivrognes de la 
s°^ sanit. autom. 45, 16-17 ; cf. marsouille ; — 
les troupes noires, les Soldats saouls ; 289® inf., 
13® cl®, -18. 

chocolat, Trompé dans son espoir. Dupe ; 
109® inf., -17 ; 8® génie, 40® s^n D. C. A.,81® art. 
1., mai 18 ; « J'ai été chocolat » dit celui qui n'a 
pas trouvé ce qu'on l'avait envoyé chercher ; 
« On a fait des combinaisons savantes, on a 
manœuvré habilement, on a fait de rudes 
efforts, et puis... chocolats !» ; « Jp suis cho- 
colat dans la combine »; H «j'ai passé dix ans 
de ma vie de policier affublé du surnom de 
« Chocolat », plutôt désobligeant pour un 
homme dont la profession est justement de ne 
pas l'être « chocolat » », jaume. Matin, 4-8-08. 
— Mal expliqué dans g. e., 16-4-18, 653, au 
détriment de l'étymologie que j'avais notée plus 
anciennement : chocolat, usuel aux filous du jeu 
de bonneteau dès -86, a été tiré, par synec- 
doque, de *crème au chocolat, queue roman- 
tique sur crème ; crèmeYsi le même sens que 
chocolat : être fait crème, Etre dupé par son 

^ 153 — 



complice, dlle ; « Tu me fais pas crème, va ! », 
Tu ne m'illusionnes pas, kirsch, Le Tigre, 213. 
— De ce crème a été tiré aussi ^crème au moka, 
puis, par synecdoque, moka, syn. de chocolat : 
« Oui, et l'autre s'est rebecqueté la cerise, mais 
cela ne l'a pas empêché d'être moka. Ce qui 
veut dire en vieux français <C.-.!> l'adver- 
saire [du boxeur Sam Mac Vea] a repris des 
forces, mais il a été tout de même vaincu », 
vAUTpL, Matin, 10-2-09. 

De savoir quel était le sématisme de crème, 
c'est une autre affaire. Les soldats suisses 
disent on est chocolat, On est éreinté, Schw. Sold., 
73. C'est à peu près au même sens qu'on trouve 
l'image de crème dans nos provinces : des gars 
tout creumés. Qui manquent d'énergie. Mous 
comme de la crème, duine, Patois de Dol, 
Annales de Bretagne, XII, 592 ; « Vers le soir, 
je commençai à penser où je me retirerais pour 
la nuit. En face de moi <<...>* un village était 
campé <C...>» Mais d'aller y demander l'abri, 
c'était comme pour le manger, ça me faisait 
crème », Je me trouvais sans courage, le roy, 
Jacquou, 150. Cî. rester comme deux ronds de 
flan. Rester ébahi. Toutefois la mollesse des 
crèmes n'explique pas bien tous les emplois de 



154 



la Jûpution faire crème ; leur couleur jaune a 
pu coopérer : passer au jaune c'est Tromper. 

chQCQtes} (avoir les), Avoir peur ; 21 e cJja^S. 
(un ténioin parisien), P? ; |1 choquoUe, Os gr^s ; 
chiffonniers, mo. ; cf. c^st d^ la choquoUef C'est 
bon, DÏ.LE ; chocaillon, Chiffonnière, Ivro- 
gnesse, DEI.VAU ; c( Oui, ma chocotte ; oui, niQ|i 
rat en sucre )), dit une fpmme à son mari, pu- 
vERNois, Nounette, 44 ; — chocote^ c'g^t, A, Ce 
qui pue, (par ex., un OS de poubelle), B, une 
Crotte, d'où ma chocote / = ma crotte /, et 
aç'QÏr les cliQcoteSy sysséna, à^a^oir les colomhins ; 
— dér, ; chûcoterj Puer, [ça chocote, ça cocote), 
usuel aux Parigots ; — clipcotièrç, f ., Cuisine 
roulante ; Parisiens, d. ; — c.-à-d, yoiture à 
ordures puantes ; syssém. de torpilleur, 

Ohôî !, Vois !, Regarde ! ; 13^ tir. alg., 48. — 
Mût arabe, usuel au5f Français d'Alger. 

choueîlle, (monosyllabe), m., Yerrée ; Bel?, 
2^Tm® (Lorientais), -18, mona^ç, sauf qu'on le 
répète autour de lui ; — en jeter un cJjouaiHe, 
Travailler dur ; d. — Selon Belz, qui a vécu 
dans le Nord, c'est un mot lorientais ; le té- 
moin de D. a passé par l'Artois. Les deux 
emplois se ramènent sous le syu. commun 
coup, {coup 4 hoire, en jeter un coup) ; cf, gnole. 



155 



chouya, m., Petite quantité : « Un chouia de 
tabac ? )), Feu, 217. — Arabe chouyat, Petite 
chose. — Nos soldats d'Afrique emploient dès 
longtemps chouya- chouya, Tout doucement, rig.; 
— de l'arabe chouya- chouya. Peu à peu. — Cf. 
adruper, brêl, chôf, chuchemahure, class, clebs, 
fissa, gourbi, guitoune, kaddour, kébir, lobé ?, 
maouss ?, niquer, nouba, ramdam, sidi, souasoua, 
toubi, zob ; malabar. 

Chtimi, m., Français du Pas-de-Calais, du 
Nord, Picard, Wallon ; 46^ inf., 14-16 ; 40^ art., 
14-18; 11 usuel avant -14, a fait fortune par la 
guerre. — Ch', Ce, ti. Toi, mi. Moi, mots du 
Nord juxtaposés. Au 81® t., où chtimi est in- 
connu, on appelle les Français du nord les 
gars de cK nord, à cause de leur habitude de 
remplacer l'article le par un article ce pro- 
noncé cK . — Cf. sidi, mon- bon, ya-ya ; boueux, 
grelu, gros-lard, mahaut, pigouil. ^ 

cîcasse, f., Eau-de-vie ; Parisiens au 96® inf., 
-17 ; 154® inf. (Meusiens) et marins,-18 ;, | « Ah ! 
ce sacré caoua... en campagne, il nous semble 
délicieux, surtout quand on peut mettre dedans 
un peu de cicasse... », galopin. Poilus de la 9®, 
21 ; Le cuisto « arrose ce breuvage [le café] d'une 
liqueur que les littérateurs de l'arrière pour 

— 156 — 



paraître informés, appellent sicine ou sicasse », 
VArgonnaute, in B.des A., 2-5-17 ; | lambert. 
— Il est difficile de ne pas rattacher ce mot à 
cicico, cicico boër, Boisson hygiénique sucrée 
des ménages ouvriers brestois, créée et vendue 
deux sous, même un sou, le litre, en -04 et plus 
tard par M. Rouzaut, rue de la Fontaine, et 
en -08 par M. Barbier, rue Navarin ; M. Rou- 
zaut a beau m' affirmer, en -12, que ce mot fut 
sa « pure invention », cicico semble apparenté 
à chicUf f.. Boisson indienne sur l'Orénoque, 
DIDEROT, Richardson, Breuvage de maïs au 
Chili, texte de -76 in littré, par l'intermé- 
diaire de cici, m., Boisson de maïs ou de fruits 
fermentes usuelle au Chili, larousse ; — séma- 
tisme de cicasse ainsi compris : Liquide humble, 
économique et trompe-le-goût ; cf. tamar. — 
SAIN, n'a pas hésité à tirer cicasse de chicorée et 
à croire que la chicorée est l'un des vivres de 
l'ordinaire ! — Je commets peut-être une 
imprudence analogue en supposant dans sicine 
un dérivé (savant) du latin siccus (Sec) ou du 
latin sitis (Soif). 

cigale, f., Eclat d'obus ; 246^, 289^ inf., 16- 
18 ; secteur 174, sept. 18 ; « Un 240 éclate-t-il 
au bord du parados ? — Une paille, murmure 



157 



le poilu éclaboussé par les cigales », Cri de P., 
vcts juin. 16 ; « Mêlée [la pluie] aux « cigales « 
(aux éclats d'obus), on dirait comme du plomb 
foildu qui vous gi*iffe la charnUre )>, Trois jours^ 
19-746. • — Syssém. : abeilles. 

Cigare, m., A, Obus ; D. m. p. ■ « le 270 
aux longs cigafes qui Voyagent lentement tfès 
haut )), A. F., N. Contes vêr., 84 ;« Il est d'usage 
maintenant de calibrer les cigares au milli- 
mètre ; les plus en vogue sont les 75 ; quand 
on veut désigner des 120, on se sert du mot- 
pipe », agatsa, 107 ; légion étrangère^ t). 
— « Le nom de cigare fut donné au 75 poui* 
êtte utilisé dans les conversations télépho- 
niques qu'on craint de voir interceptées par 
l'ennemi. Je ne sais s'il serait possible de loca- 
liser dans le temps et l'espace [cette conven- 
tion sur] les expressions cigate et pipe. Je les 
ai entendues en Woëvre en 1917 ; mais elles 
étaient certainement en usage depuis long- 
temps ; dans la même artillerie on usitait aussi, 
pour les mêmes désignations de petit et de gros 
calitre, respectivement les expressions flûte et 
clarinette, comme langage conventionnel télé- 
phonique )), j.-P. FAuttfe, avr. 18 ; le fait histo- 
rique ainsi allégué serait d*ûutant plus Utile à 

— 158 — 



établir en lieu et date qu'il repose sur une 
convention, négation même de la sémantique 
objective ; agatha, notons-le, n'a sans doute 
pas donné, dans le journal du 309® d'inf., l'argot 
téléphonique actuel du secteur ; il y aurait eu 
une pointe de trahison ; il faut au moins cons- 
tater que le mot, s'il a été adopté pour le télé- 
phone et seulement à temps, a su plaire dura- 
blement (15-17) ; cette grâce qu'on lui a faite, 
parmi tant d'autres mots insignificatifs des 
codes secrets temporaires, peut s'expliquer par 
une convenance sémantique réelle. Comme 
les ZeppelinSj les Obus sont des cigares par 
leur forme cylindro-conique. — Cf. pipe, f., 
Obus de 120 ; agatita ; D. m. p. ; V. du p, — 
J'ai cru à une métaphore prise de la propor- 
tion du diamètre à la longueur, mais je me 
rallie à cette autre idée qu' « employant cigare 
pour 75, on a tout naturellement pris pipe pour 
le 120, parce que c'est le « numéro au-dessus » 
en matière d'articles de fu^meur )), j.-p. faure ; 
cette déduction du moins ne repose pas sur une 
convention ; dans les codes téléphoniques il est 
d'usage de donner des noms de même catégorie 
à des objets analogues ; par ex. ce sont des 
noms de baptême, Marie, Pauline, etc., qui 

— 159 — 



désigneront tous les ouvrages d*un secteur. 
Suite logique du sématisme de pipe et cigare ici 
sous bastos ; — cf. mirliton. 

B, Figure : Il « va prendre la faction à un 
poste de grenades pour en mettre plein le cigare 
à Friedrick, s'il voulait venir nous souhaiter le 
bonjour )),... pour assommer le Boche, s'il nous 
attaquait à l'aube, paraud. — Métaphore de 
couleur sur le teint de certains visages ; ou 
simple dérivation synonymique sur pipe, Tête ; 
cf. casse-pipe. 

cinéma, m., A, 1, Bataille ; 156^ inf., mai 18. — 
2, Séjour aux tranchées, ib. — 3, Front (des 
armées), ib. — Syn. de comédie et de pièce, qui 
sont d'excellent style pour le même objet, 
(mais de pièce éminemment remuante, « mo- 
Loria » disaient les Romains), ce mot, tout amer 
qu'il est dans la bouche du poilu, n'en égale 
pus moins notre petit peuple à la noblesse des 
Ballades d'Hugo : « Nous qui sommes Gen- 
tilshommes De haut lieu. Il faut faire Bruit sur 
terre Et la guerre N'est qu'un jeu )). Vers le 
9-5-15, devant Arras, au 360^ inf., ,« un de 
mes bons amis vit le bataillon voisin du sien 
sortir ; il vit la course jusqu'aux fils, puis le 
résultat des tirs des mitrailleuses ennemies : 

— 160 — 



ses compagnons pour la plupart se tordaient de 
voir les cabrioles des assaillants atteints par 
des balles, sans éprouver rien des sentiments 
qu'un simple récit provoque, — on se serait 
cru au ciné », m. protat. — Cf. facétie, tango ; 
cf. aussi entendre le bédouin, Entendre le ca- 
non au loin, d., (bédouin, Prêtre, d.), c.-à-d. 
la bataille comparée à la messe ? 

B, Bordel ; d. — Cf. l'emploi galant de billard. 

C, Chiqué, Tape-à-l'œil : c^est du cinéma, 
C'est une démonstration bien réglée de ehamp- 
de-manœuvre, plutôt que de la vraie guerre 
utile ; 13® tir. alg., -18. — Syssém. de théâtre, 
de pas-çécu. 

cinq-frères, m.. Projectile boche, faisceau de 
cinq tuyaux à explosions successives ; d. — 
Image prise des arbres à troncs multiples 
nommés deux-frères, etc. 

cirage, m.. A, Vin ; 246® inf., -15 ou -17, mais 
désuet en -18 ; 156® inf., -18 ; | « un litre 
de cirage à seize ronds », m. l., N. Contes vér., 
196 ; — corvée de cirage, f., Saoulo graphie en 
commun : « Le soir [au cantonnement] quel- 
ques-uns vont à la corvée de cirage et les types 
qui sont rétamés <<...> », pantruchard, 117 ; 
' — le vin rend noir, Ivre. — Syssém. : cassis, 

— 161 — 

ESNAULT 11 



m., Vin ; 156® inf., -18, non fréquent ; | « se 
débarbouiller avec du cassis », S'enivrer, 
Expressions à la mode, Ver-Luisant, in Front, 
16-2-17 ; — le cassis est une liqueur noire, d'où 
l'idée qu'on peut s'en barbouiller, outre le cer- 
veau, le museau, comme de mûres, de haie. — 
réglisse, m.. Vin ; 156® inf., -18, non fréquent ; 
I « on s'est laissé tomber à pleins godets, dans 
riampion, du réglisse qui s'posait un peu là, 
du bouché », Feu, 21-8-16 ; — le jus de réglisse 
en bâton est d'un beau noir qui barbouille le 
museau des gosses ; (toutefois il se peut qu'on 
ait sous ce dernier mot la même litote que sous 
tamar et cicasse, l'assimilation d'une liqueur 
précieuse à une liqueur vulgaire, savoir à l'eau 
de bois de réglisse, qui n'enchante pas les 
adultes ; mais dans cette vue on attendrait 
plutôt coco, nom bien connu de cette infusion, 
et qui désigne l'Eau-de-vie et même le Vin, 
dans RiG.). — coaltar, m.. Vin ; d. — B, Sou- 
danais ; D. ; — d'où lions noirs, m.. Sénégalais ; 
D. ; — à cause de la célèbre marque de cirage ; 
— boîte de cirage, f., Artilleur français ; d. ; — 
sur l'ancien uniforme noir. 

cisaille, f., Veste ; 250® art. -, d. — Image 
exagérant celle de corset, m., Vareuse ; 23® al- 

— 162 - 



plus, D. : la taille est si serrée, par chic, que la 
hanche droite (gauche) prolonge le flanc gauche 
(droit). 

clapoter, Faire son bruit de fonctionnement, 
en parlant du moteur (d'avion) : « mon moulin 
donne des ralentis <;...>> Je me demande si 
j'ai fait mon plein de sauce avant le démarrage, 
lorsque le moulin se remet à clapoter », mont- 
GEORGE. — Clapoter) Manger ; rig. ; usuel à 
Brest, 98-18 ; [claper. Manger, d.). Métaphore 
prise d'une mastication bruyante. 

claque des genoux, m.. Homme sujet à la 
peur ; 246^ inf., 17-18. 

claque- merde, m., Bouche ; assez général : 
« Ferme ton claque-merde et le bec de gaz ! », 
Tais-toi .et éteins la bougie ; « J'ai pris la 
mouche, et, d'un pain, je lui ai eiifoncé son 
claque- merde en lui cassant deux dents », 
Sous-Intce de la 22^ D»», -16 ; | « Verrouille ton 
claque-merde, il fait courant d'air », Cabaret, 
471. — Claquer, Manger. Comparaison avec la 
cuvette à clapet des cabinets d'aisances ; — 
syssém. : Ferme ton égoût, ton clapet. 

olass (c'est), C'est réglé, Il n'y a plus à y 
revenir : « C'est class, le ballon ne sortira 
pas », centre de dirigeables, nov. 17, à l'occa- 

— 163 — 



sion d'une brume trop intense; \\ « c*est classe, 
mon chien », Il faut obéir, Nénesse, 198. — 
Arabe, khelas /, Assez !, du verbe khalUs, il a 
Fini. — Le chevauchement de c^est class + ^n 
avoir mare a donné c'est mare, d., et en avoir 
class, Etre fatigué de qqch., 40^ art., août 18. 

classard, m.. Militaire qui a suivi le sort de 
sa classe d'appel, par opposition à Engagé : 
« Les sous-offs de Descaves sont réels, mais ce 
sont les rengagés qui ont ces mœurs-là, pas les 
classards », un sergent, 340^ inf., août 16. — 
Cf. frontard. 

clé anglaise, f.. Bombe d'avion ; usuel au 
1676 inf.^ .18. 

cléber, A, Jeûner ; m. protat ; — B, Man- 
ger ; 4® mixte, oct. 18 ; | d. 

clebs, m., Caporal ; 81® t., août 14 ; 2^ c^l, 
-17 ; 95e, 289e inf. ; 40^ art., -18 ; « mon clebs », 
Mon caporal d'escouade ; — Caporal se dit 
caho ; or cabot signifie Chien ; or Chien se 
dit clebs ; donc clebs signifiera Caporal ; il y a 
dér. syn. sur cabo, qui, appliqué au caporal, 
n'exprime nullement l'idée de Chien ; de plus 
il y a sématisme aller et retour ; cf. fokker. — 
Arabe kelb, Chien ; pour le 5, cf. rabs. Cf. chouya. 

Clemenceau, m.. Vin remboursable des coopé- 

— 164 — 



ratives de régiment ; g. turpin. — M. Cle- 
menceau, selon le poilu, a fait mettre ce vin à 
1 franc le litre. — Syn. : remboursable, m., 
assez général, -18 ; — et par apocope, rembour, 
m., 40^ art., sept. 18. 

cloche, f.. A, Casque ; 2^ c^l, -18 ; | V. du p.; 
CHAPELLE ; Il cloche. Chapeau melon, avant -14. 
— B, 1, Hèle ; d'où « vieille cloche », vocatif 
amical. Feu, 32, 118 ; — 2, a, Homme forte- 
tête : « Y a pas à dire, y a des cloches dans le 
Centre [des Captifs] », un 2^-m®, -18 ; — b. 
Homme rigoleur : « On dit ces conneries-là 
quand on est une bande de cloches ensemble », 
marin, -18 ; — c. Sot, Ballot : « T'es une 
cloche ! », 270® art., -18 ; — syssém. : crâne, 
Hardi, Fou, Tapageur, daté 1787 par hdt. 

clou, m.. Etoile de croix de guerre ; esc. Br.- 
219 ; marins ; -18 ; | « une croix de guerre 
avec un « clou » », mortane, Gu. Aér., 17-1-18, 
p. 155. 

clous à mougère (faire des). Trembler, et, 
peut-être, plus exactement, claquer des dents, 
par le froid ; marins lorientais, mai 18. — La 
maugère (et non mougère) est une garniture en 
cuivre de vergue et de dalot ; mais le clou à 
maugère (et non clou à mangère comme l'im- 

— 165 — 



prime le Bulletin Officiel de la Marine, 1915, 
partie principale, 2^ sem., p. 575), est un clou à 
tête large. A bord, le clou à maugère sert à 
clouer les panneaux ; panneau, Bouche, est 
usuel aux marins ; faut-il comprendre que les 
dents que le froid entrechoque sont comparées 
à des clous avec lesquels on veut fermer un 
panneau ? Mieux vaut expliquer la locution 
par un remplacement syn., en style marin, de 
pisser des clous de sabot, Souffrir en urinant, 
par suite d'une maladie de vessie, ou d'une 
maladie vénérienne, (rig.) ; un froid doulou- 
reux serre les coudes aux reins et constreint 
l'anus tout comme cette miction poignante et 
tranchante dont parle rig. ; l'idée, ainsi, est 
Souffrir comme si on faisait, c.-à-d. pissait, des 
clous à large tête. 

cobaye, m.. Elève-observateur d'av^^^; esc. 
Br.-219, août 18. — Parce que les physiolo- 
gistes ont des cobayes pour élèçes ? Ou parce 
qu'ils les tiennent en observation ? 

COCO, m., 1, Essence de pétrole : « C'est de l'es- 
sence qu'on met dans le moteur [d'avion] ? — 
Non, c'est du coco », musidora ; Mousqu., 253. 
— - Je doute, malgré l'opinion de d., p. 202, 
que ce soit une métaphore de couleur prise du 

— 166 — 



jaune pâle du coco, Infusion de bois de réglisse 
au citron ; j'y vois une plus énergique méta- 
phore de fonction, prise du sens second de coco, 
Eau-de-vie, (voir ici sous cirage) ; en effet, si 
l'Essence de pétrole est dite coco, inversement 
est dite pétrole l'Eau-de-vie (et non pas l'Infu- 
sion de réglisse) ; ce sématisme mutuel, cf. 
fokker^ invite à décider qu'en sémantique l'es- 
sence est au moteur ce que l'alcool est à l'esto- 
1 omac, une eau de vie. — 2, Aviateur ; d. ; — 
métonymie ; cf. copahu. 

coiffer. Survoler de près (un autre avion) : 
« je cabre mon coucou et me laisse tomber en 
boule sur sa carlingue. Je le coiffe, et à dix 
mètres, je lui lâche ma bande [de mitrailleuse] », 
SEM, Journ., 27-5-16. — Dans un des commu- 
niqués officiels de -14 coiffer sert à exprimer la 
manœuvre, tentée par le Boche, de Rompre 
notre front de bataille en gagnant de vitesse 
vers le nord le meilleur de nos armées, manœuvre 
appelée depuis la course à la mer. — Un voi- 
lier se coiffe quand il Reçoit soudain le vent 
par le nez. 

coiffton, m.. Coiffeur de compagnie ; 109^ inf., 
9^ c*^, -16. ■ — Le suffixe -ton, tiré de mots 
comme chaton, Petit chat, où le t est du radical, 

— 167 — 



se retrouve dans mesieuton, m., Petit monsieur, 
Bteau fils ne faisant pas de corvées, un paysan 
vendéen, 81^ t., -14 ; mecton, Petit mec, Indi- 
vidu ; fromton, Fromage, etc. 

colimaçon, m.. Tête : « Tu rentrerais ton 
calimaçon », Tu baisserais la tête dans les 
épaules et au-dessous de la tranchée, un 
ouvrier nantais, 81^ t., -14, apax. — Ca- pour 
co- ; c'est aussi le prononcé à Dinan (C.-du-N.). 

— Syssém. : se COQUeter : «Naturellement, faut 
t'coqter tout d'même [quoique le casque te 
protège la tête]. Avise-toi pas de l'ver la 
trompe en l'air [pendant que l'obus arrive] », 
Feu, 226 ; trompe rappelle assez les cornes du 
limas. L'anglais a de même to shrug, Ren- 
trer en sa coque, Lever les épaules. Cf. ga- 
bian. 

colis- postal franco de port et d'emballage, m., 
Obus ; 2® c^l, -18 ; | « Malgré l'abondance 
regrettable des « 105 », que nous appelions des 
colis-postaux », mac orlan, Journ., 31-12-16 ; 

— colis à domicile, m.. Gros obus i « a large 
bombshell is called « un colis à domicile », lite- 
rally a C. 0. D. [Collect On Delivery] parcel », 
Morning, fév. 18. — Syssém. : italien pacco 
postale (à la lettre Colis-postal), Gros obus 

— 168 — 



métaphore de cette guerre, dauzat, 1-1-18. 

colle, f., Riz (cuit) ; agatha ; D. m. p. ; 
V. du p. 

collet {s^en fiche plein le), S'empiffrer ; Feu^ 
20-8-16. — Syssém. : manger à plein pourpoint, 
usuel au Mans. 

colombin, m., 1, Gros excrément humain ; 
divers soldats, -15 : les colombins f, Je refuse ; 
c.-à-d. la merde ! ; — a, hors du moule : 
« J'suis de colombins )),... de corvée dans le 
cantonnement pour les enlever, Feu, 83 ; | 
ROSS. ; — b, dans le moule : « J'ai un colombin 
qui presse », 2® groupe d'av^^^, avr. 18 ; — d'où 
avoir les colombins, Avoir peur. Etre peureux ; 
81^ t., avr. 16 ; 4© zouaves, 16-17 ; 2^ groupe 
d'avon -17 ; 40e art., 2e c^l, 2© mixte, -18 ; | 
« S'agit pas de s' dir' patriotes. Et puis d'avoir les 
colombins », montéhus, Lacroix de guerre ; « j'ai 
les colombins », Feu, 232 ; — un colombin est 
une Fiente de colombe ; hdt en ce sens donne 
colombine, f. Dans un autre emploi, colombin, 
Petit boudin de pâte argileuse que l'on étend à 
la main pour unifier à l'œil les diverses parties 
d'un pot d'argile, B. des A., 6-9-16, p. 8, c. 2, 
se comporte encore comme syssém. de boudin. 
Ai^oir les colombins, c'est sentir ce besoin que 

— 169 — 



la peur met aux entrailles ; il est peut-être 
utile de sous-entendre un complément, omis 
dans l'usage, déterminant colomhins ; cf. groh 
les (?) ; — syssém. : açoir la chiasse, la trouille, 
la frousse (cf. g. e., Dançez Geriadur, heoz), les 
grolles (?), être foireux ; — d'où mettre les COlom- 
bins, S'enfuir par peur ; divers soldats, dont un 
territorial, sept. 17, un zouave au 2® mixte, 
mai 18 ; g. charpentier ; — chevauchement de 
mettre les cannes + ai>oir les colomhins. — 
2, A, les colomhins, les Feuillées : « il revient 
des colomhins », 2^ mixte, mai 18 ; — B, Homme 
lâche, indifférent à ce qui devrait l'intéresser : 
Nos artilleurs, vers qui nous tirions des fusées, 
« les regardaient seulement pas, ces colom- 
hins ! », propos d'un fantassin, Caharet, 470 ; 
— syssém. : merde t « T'es un homme ou une 
vache ? Une vache ou une machine ? Une 
machine ou une merde ? », ib., 458 ; — * 
C, Ohus • 2® cal, sept. 18. — Dér. : colombitier, 
Chier ; d. 

combine, f.. A, Plan hahile ; 81® t., 14^17 ; 
très usuel aux parisianisants ; marcher dans la 
comhine, Etre du complot, de l'association ; 
être chocolat dans la combine; \ usuel à Paris et 
NanteSj 11-13. — B, Costume de vol, vêtant 

— 170 — 



les bras et les jambes d'une seule tenue, Diri- 
geables et Captifs, 17-18. — Chacun de ces 
deux sens sort du sens correspondant de 
combinaison. — binaise, f., Plan habile ; D. m. 
p., est Tapocope de combinaise, apocope de 
combinaison. — Cf. terri. . 

comme ac, comme aco. Autant que ça, Aussi 
grand que ça, Tout à fait bien. Tout ce qu'il 
y a d-e bon ; se répand de plus en plus : « un 
travail comme ac » ; « il en a fait comme ac », 
ouvriers nantais, 81^ t., -17 ; faire un repas, en 
écraser comme aco, 13® tir. alg., -18 ; — d'où : 
manger et dormir comme ce çieil Aco lui-même, 
monax, ib., -18 ; | comaco, Feu, 21-8-16. — 
Provençal, comme aco, Comme ça. 

compteur à gaz, m., Havresac ; inf.. Lor- 
raine, 14-15. 

concierge de tranchées, m.. Homme de la 
tranchée qui conçoit son rôle comme contem- 
platif, passif et déterminé, pas assez comme 
critique, protéique et offensif : « Quand les 
« concierges de tranchées » [ennemis] seront tout 
tremblants à leur poste, les mitrailleuses et les 
fusils se tairont », anon., B. des A., 10-5-16, 
p. 7, c. 3. ■ — Cf. guichet et -poteau-fron- 
tière. 

— 171 — 



conditionné, A, Ivre : « Il a été bien condi- 
tionné », 16^ chass., 14-17 ; usuel aussi à Paris, 
14-18 ; — syssém. : fait, refait, Ivre ; 360^ inf., 
14-15; 40^ art., -18 ; — réussi. — B, Blessé ; 
16^ chass., 14-17; usuel aussi à Paris, 14-18. — 
Syssém. : fade ; bien servi ; complet ; qui a son 
compte ; de même en anglais to get a dose, Avoir 
une dose de boisson et Encaisser un mauvais 
coup. — Cf. lapin. 

confetti, m.. Petite rondelle de drap à coudre 
au col de la veste et de la capote, une à droite, 
une à gauche, à côté du numéro du régiment, 
bleues au 1^^ bato^^, rouges au 2®, jaunes au 3®, 
exclusivement dans la zone des armées ; 81® t., 
déc. 16 - oct. 17. — Syn. pastille. 

convalo, f.. Convalescence ; Feu, 61, 118 ; 
Mousqu., 34; — cf. çéto. 

copahu, m.. Infirmier ; 46® inf., 14-16 ; 
81e t., 16-17 ; centre de dirigeables, -17 ; 
63® art., -18; || nom du chien d'un étudiant en 
médecine, -02. — Sobriquet par l'occupation 
fréquente, ou prétendue fréquente, et autant 
que possible génito-urinaire. — Cf. péca, 
m., A, Médecin ; marins, 17-18 ; — B, In- 
firmier, Pharmacien ; d. ; — prononcé vul- 
gaire de ipéca ; — coco, 2 ; — caporal- patates. 

— 172 — 



COpé, f., COpette, f., Coopérative du régi- 
ment ; 81® t., -17. — 00 — >- o, comme dans 
alcool. 

copeaux (avoir les), Avoir peur ; très usuel 
aux 95e, 156e, 289^ inf., 40®, 207® art., juin- 
oct. 18. — « De cette tradition des caricatu- 
ristes de représenter par des spirales les jambes 
des personnages terrifiés (?) », j.-p. faure ; cf. 
(?) avoir les jambes en dentelle, les panards 
en malines, les avoir Fatigués. Ces copeaux 
semblent plutôt être des crachats ; copeau, 
Crachat, larchey ; — ce serait un syssém. 
de açoir la flemme, puisque flemme semble 
le même mot que le français flegme, m., 1, 
vieux nom de la Lymphe ; 2, Crachat. Le 
flemmard est bien un lymphatique ; le genre 
seul fait difficulté. En outre, à flegme les 
patois répondent par flume, Crachat, açoir des 
flumes, S'engorger (dlle) ; et on trouve flube. 
Peur, qui ne semble pas autre chose qu'une 
altération de flume. — Flube est de genre m. 
dans a^oir le flub, Avoir peur, bruant, Cap- 
twe, I, XXII (Pet. Par., 20-11-16) ; f., dans dlle, 
flube. Peur ; douteux dans avoir les îlubes, 
Avoir peur, 156® inf., 40eart., -18 ; | V.du p. ; 
— mettre les îlubes, même sens ; 40® art., -18 ; 

— 173 -- 



— chevauchement de mettre les bois + avoir 
les flubes. — Voir flubard. 

corbillard, m., 1, Voiture d'ambulance ; 
16^ chass., -17 ; — 2, Camion qui emporte un 
avion bTisé ; H. G. Aé., -17. 

cornes du diable, f.. Antennes au nombre de 
quatre, qui surmontent le récipient sphérique 
de la torpille automatique marine ; terme de 
chalutiers dragueurs de mines et d'observa- 
teurs de captifs, -15 - mars 18; | s. basset, PeL 
Par,, 2-4-16. — Du diable parce que, choquées, 
elles font tout sauter. 

COrniflot, m.. Eau-de-vie ; 246^ inf., 17^ c^^, 
17-18 ; 20e chass., -17 ; 156^ inf., août 18. — 
Semble suffixe comme f-iflot de fantassin, 
gourd-if lot de gourd^, (cf. artif-lot de artif- 
icier ?), — ce qui laisse hésiter, pour le radical, 
entre des mots parmi lesquels je n'ai pas trouvé 
de sens sûrement convenable ; la corne ou cor- 
nouille est un fruit aigrelet ; la méchante 
eau-de-vie pue et Puer c'est corner ; enfin, un 
Coup de poing est une cornanche, (d.) et l'Al- 
cool est un coup, (voir gnole). 

corvaille, f,, Corvée ; 109® inf., -17 ; 8^ génie, 
-18 ; — ■ suffixe comme tranchaille, Tranchée ; 
journaille, Journée {Philibert, 282 ; Nénesse, 

— 174 — 



245) ; cf. hleusaille, muraille. — corvasse, f., 
Corvée : « les longues rêveries de la faction, les 
distractions et joies de la « corvasse » », Echo 
des Guitounes, in Matin, 26-9-15, p. 4 ; — suf- 
fixe comme godasse, Godillot ; barbasse, Bar- 
Baque ; cf. bleu^asse, 

corvée d'enîant de troupe, f., Service manuel 
d'agrément qui fatigue surtout celui qui le.reçoit : 
« Tu vois comme tu es [Tu as un fichu carac- 
tère] ! Et puis, après, tu reviendras auprès de 
moi pour la corvée d'enfant de troupe ! )), un 
maçon nantais, 81® t., -16. — Contée, Travail 
professionnel, dans le jargon des filles de mai- 
son ; RI G. ; Philibert, 195 ; enfant de troupe, 
Sperme mis au vent, est le retour du sématisme 
dont l'aller est fausse-couche,foutriquet,et échappé 
de capotey Homme mal foutu, Avorton. : — corvée 
de viande, f., Rapports sexuels : aller à la corvée 
de viande ; 46® inf., 9® b^^, déc. 16 ; 2® groupe 
d'av®^, avr. 18. — Le même emploi comique 
de corvée donne encore corvée de cirage ; cf. 
exercice de paupières. 

coton, m., A, Substance des nuages, avia- 
teurs, -16 ; I MusiDORA ; adjudant cartault. 
Feuillets de carnpagne^ 11-9-16, in Gu. Aér., 
27-9-17, p. 734, c. 2. — Gf. balles de coton. 



175 



Cumulus ; terme marin. — B, Brume ; météo- 
rologues, Rosnay, -17; | « l'épouvantable « co- 
ton )), alias la brumasse )), eynac, Gu. Aér.^ 
3-5-17, p. 388, c. 3. 

couche (prendre la), Perdre une ancienne 
mentalité par l'acquisition mécanique d'une 
nouvelle : « Que veux-tu, mon vieux, dit Cho- 
pin, tu es comme moi : tu as pris la couche ! ». 
MILLE, Journ., 12-7-16, propos consolatif, à 
l'adresse d'un sergent, curé « dans le civil », 
qui s'aperçoit un lundi d'avoir oublié sa messe 
la veille. — Syssém. : se rouiller. 

COUCOU, m.. A, 1, Avion ; aviateurs, 15-18; | 
« Les mécaniciens préparaient les « coucous » », 
anon., souvenirs du 24-12-14, in Lectures pour 
tous, août 15, p. 148 ; — 2, Dirigeable ; aéro- 
nautes, -17 ; — syssém. pour A^, A* : tacot, zinc, 
taxi ; — B, Canon de 75 ; 40^ art., 5^ h^^, mai 18 ; 
— syssém. pour B : rossignol, m., Canon, ib., 
sept. 18 ; — zinc, tacot ; — C, Eclat d'obus : 
« Entends-tu le coucou ? », un ouvrier nantais, 
à propos d'un éclat d'obus antiaérien qui re- 
tombe en chantant ('), 81^ t., sept. 17, apax ; 



( 1) Onomatopée de la chute de ces cafïuts : « cha- 
chuchechéchi », pawlowski, Signaux, 9. 

— 176 — 



I « On l'a eu, r filon, d's^eshigner des coucous ! », 
On en a eu, de la chance, d'échapper aux éclats, 
MARCEL, Journ., 21-6-15, propos immédiate- 
ment consécutif à l'éclatement d'un obus, (la 
traduction « obus » dans sain, fausse le sens). 
— Un coucou est quelque chose qui chante ; 
syssém. : oiseau, moineau, Obus ; — plus spé- 
cialement c'est une mécanique qui chante, par 
ex. une Méchante voiture, boiste. Dictionnaire 
(1843), un Petit train départemental, pays de 
Retz, -16, d'où les sens A et B, où coucou a pour 
syssém. oiseau, Fausse clé, — rossignol, toute 
Vieille ferraille grinçante. Fausse clé, — bécane. 

couînard, m.. Téléphone ; couineur, m., Appel 
téléphonique vibré ; 40^ art., -18. — De couiner. 
Geindre, en parlant d'enfants, de meubles, 
usuel dans l'ouest. 

coup de coude, m.. Coup de vin ; 112® ou 
304® inf., -17; | « « Un coup-de-coude pour tor- 
cher le cafard ». Ah ! les doux et jolis noms que 
les hommes ont trouvés pour le vin », Cabaret, 
468. — Queue romantique sur coup, Verre (de 
vin) ; cf. gnole. 

coup de tabac, m.. Rafale aérienne ; avia- 
teurs, Miramas, mai 18; | « Pris dans d'inces- 
sants remous, secoué, ballotté par les « coups 

— 177 — 

BSNAUI.T 12 



de tabac », l'appareil tanguait », eynac, Gu. 
Aér., 3-5-17, p. 387, c. 3; || usuel dès longtemps 
dans la marine. — Dér. : tabasser, Subir un 
coup de vent violent ; aviateurs, Miramas, 
mai 18 ; — se tabasser, Se battre. Se passer à 
tahac ; 13® tir. alg., -18 ; — suffixe comme aço- 
casser, se prélasser. 

coup de trompette, m., 1, Engueulade par un 
chef ; marins, -18 ; — 2, Affaire désagréable 
et embrouillée ; marins, -18. — Le passage de 
1 à 2 est une métonymie exprimant la cause 
par l'effet ; la trompette est la gueule du chef 
et un sale coup est un coup fécond en gueulées 
et en engueulades. — Syssém. : coup de gueule, 
1, Engueulade ; — 2, Affaire (militaire). Mê- 
lée : « Il y a eu cependant dans la forêt un sacré 
coup de gueule, la deuxième fois : avant-hier, 
les Boches se sont avisés de nous charger la 
nuit à la baïonnette », paraud, 77. — ■ Le pas- 
sage, du sens Quelque chose qu'on dit, au sens 
Quelque chose qu'on fait, se retrouve sous perco. 

coup dur, m., Aventure périlleuse ; aviateurs, 
fantassins et marins : « Il a eu le coup dur deux 
fois », un pilote de dirigeables, parlant d'un 
pilote aviateur tombé deux fois, nov. 17 ; 
« Dans les Astra, si t'attrapes le coup dur, t'as 

— 178 — 



1 



pas à t'en faire )>, autre pilote ; « V*là Tcoup dur 
maintenant », un marin jouant au damier, 
fév. 18; I « leur « cran » de jadis, un peu dé- 
primé à la suite de « coups durs » », mortane, 
Gu. Aér., 19-4-17, p. 354 ; « Pour qu'il pleure... 
un homme comme lui !... faut que ça soye un 
coup dur qui le tape ! », hirsch. Chacun son 
déchoir, i, propos de soldat; |1 coup dur, Evéne- 
ment imprévu et fâcheux, rig. — L'existence 
de cette alliance de mots dès -81, le fait que 
coup y a sensiblement le même sens que dans 
tenir le coup, Faire tête aux difficultés, sem- 
blent en contradiction avec la vogue neuve 
dont jouit coup dur. Au 2® mixte, mai 18, on 
entend « Le coup est dur ! » cent fois le jour, 
pour exprimer le désappointement d'une re- 
lève contremandée, ou une angoisse au sujet 
d'un manillon sec. On peut croire que la locution 
coup dur, toute existante qu'elle fût, a été revi- 
vifiée par la mode de la boxe ; cf. : « Les pro- 
fessionnels de la boxe connaissent bien ce 
fléchissement qui les attend vers le troisième 
ou le quatrième round. C'est là que le cœur 
doit aider les poings <...>» Il en est de même 
du vrai chasseur [aviateur de chasse] qui en- 
caisse les coups durs, qui guette sa chance, qui 



t 



179 



la saisit au bond », h. c, Gu. Aér., 29-11-17. 

courant d'air, m.. Nouvelle : « Aussi est-on 
aux aguets pour deviner l'instant de la relève... 
Depuis quelques jours déjà les « courants d'air » 
circulent : )), Bourru, 191. — Métaphore expri- 
mant une course subreptice, insaisissable. 

courants d'air (manger, croûter, béqueter des), 
Jeûner ; 360^ inf., 14-15 ; 13^ tir. alg., 270^ art., 
-18. — toucher des boîtes de courants d'air, Ne 
pas percevoir de vivres ; 13^ tir. alg., -18. — 
Cf. un homme « Mince comme un courant 
d'air », Mousqu., 62. 

courber une aile (se faire). Etre blessé ; 
5^ génie, -18. 

coustible, m., Couteau ; mécanos d'av^^, Pau, 
mars 18. — Un suffixe argotique -ible apparaît 
dans encible, Ensemble, Mémoires d'un forban 
philosophe (1829). 

cra, m., 1, Explosif fusant ou instantané ; d. 
— 2, Eau-de-vie ; f. de keralio ; — cf. rapide. 

crabe (marche en), f.. Dérive dans l'air sous 
l'action du vent ; aviateurs, Miramas, mai 18 ; 
marins, S*-Nazaire, mai 18 ; à propos d'avions 
et de dirigeables ; | « le zeph me fait faire le 
crabe, puis les montagnes russes », Je dérive, 
puis je tangue, montgeorge. 



180 



cran, m., Disposition à agir avec énergie, 
Courage, Mordant ; usuel, mais peut-être moins 
que les journaux le feraient croire ; inusité au 
81® t., 14-17 ; « Vous manquez de cran », Vous 
hésitez, gén. Joffre à M. Viviani, 31-7-14, Int, 
des Ch., LXXII,270 ; | « Pour avoir de l'ascen- 
dant sur les hommes, du « cran », comme l'on dit 
là-bas [aux tranchées], il faut leur montrer que 
l'on n'a pas peur », lettre d'un officier blessé, 
dans Dépêche de Toulouse, in Journ., 14-6-15, 
p. 3, c. 5 ; Les Boches n'ont « pas le même cran 
que nous )),RiCHARD,Pe^Par., 14-5-16 ; « des offi- 
ciers de « cran », de maizière. Pet. Par., 12-4-16 ; 
« il grogne, le « jas » [le soldat belge] ; mais au 
feu, il est plein de cran », Montaigne, Journ., 
29-10-16 ; — à cran. En dispositions éner- 
giques : « de petits groupes [de soldats alle- 
mands] un peu plus « à cran » que les autres, se 
ressaisissent et tentent d'organiser la résis- 
tance », Journ., 6-11-16, p. 1, c. 5; — |1 le mot 
se trouve sous ces deux constructions bien 
avant 14, mais cran signifiait surtout Colère, et 
à cran Exaspéré : aç^oir son cran. Etre en 
colère, boutmy, Typographes, (1874) ; Ta 
femme te cherche à travers le bal, « elle est à 
cran, va ! », Philibert, 247. — Métaphore prise 

— 181 — 



à un mécanisme plus ou moins capable (inacti- 
vité suivant tel ou tel cran, et spécialement, 
semble-t-il au cran de départ d'une arme à feu ; 
(cf. « « Ouvrons l'œil, que je m'dis, et les deux 
oreilles », et je me couche en chien de fusil, 
l'attention au cran d'arrêt », Philibertj 26). 
La détente agit sur le chien pour le mettre au 
cran de départ; aussi a-t-on dit ai^oir de la 
détente, « Avoir de l'énergie », merlin, et anté- 
rieurement aç^oir du chien, Avoir de l'entrain, 
DELVAu. En somme être à cran, c'est être Prêt 
à « éclater », notion voisine de Prêt à agir chez 
le peuple, qui confond volontiers colère et acti- 
vité. — Et comme le chien d'un fusil a aussi le 
cran d'abattu, on trouve aussi à cran, Sans 
énergie. Abattu : « Le pneu est crevé et je suis 
à cran, le pif sur le pavé », Nénesse, 152. — 
(Cette explication tient pour non avenue l'idée 
que le cran est l'Ascendant, comme le prétend 
un des textes cités). 

crâne- de- piaffe, m., A, Homme vaniteux ; 
40^ art., -18 ;au vocatif, un Parisien, 81^ t., -15 ; 
— peut s'expliquer soit par piaffe, f.. Orgueil, 
Embarras, hdt et vidocq, soit par piaffe, m., 
Moineau, (et aussi Serin), usuel aux ouvriers 
parisiens, (dès avant -14), qui donnerait plutôt 

— 182 — 



ici le sens de Crâne léger, Tête éventée. — 
B, certain Avion : « vTel avion s'appelle Crâne 
de Piaffe <;...>- un piaffe étant un moineau )>, 
FAGus, 562 ; — si « tel avion )> signifie tel « type » 
d'avion, ce type est peut-être le Moineau ? Voir 
cuisine- roulante. 

crapaud (faire le), A, Se tapir contre le sol : 
« je suis enlevé de terre et je retombe dans un 
trou d'obus, sur le dos de l'aspirant, qui « fai- 
sait le crapaud » dans ce trou, pour laisser 
passer l'orage », anon.. Pet. Par., 9-7-16, p. 2, 
c. 2 ; — B, Progresser par bonds au ras du sol ; 
« Il faut bondir à tout instant d'un entonnoir à 
l'autre, « faire les crapauds », comme ils disent ; 
s'agripper des pieds, des ongles à la terre glis- 
sante », Trois jours, 13-7-16 ; — cf. lézard, 
image de reptation plus rapide : « les moulins 
à café ont tourné ; l'autre s'est planqué ventre 
à terre, et il est revenu comme un lézard [du 
bled où il était à découvert] », Cabaret, 463. 

crapaud, m., A, Diskushandgranate, grenade 
boche, à forme de coquille hémisphérique ou 
lenticulaire, portant six petits tubes saillants, 
dont quatre sont des détonateurs ; (deux types, 
différant par la grosseur) ; 95^ inf., mars, avr. 
15, forêt d'Apremont ; le nom était aussi usuel 

— 183 — 



que le proj ectile abondant ; | « Grenades dites 
« crapauds )), légende d'une photographie de ma- 
tériel allemand pris au sud de la Somme, Illus- 
tration, 29-7-16, p. 104 ; — traduit du boche 
frœsche (crapaud), delcourt ; — • sématisme : 
les sauts désordonnés que fait assez fréquem- 
ment cette grenade en roulant, avant d'éclater, 
A. BLANC ; (annuler ce que j'ai dit, g. e., 1-4-18, 
423). — Syn. : montre, f., déch. ; — métaphore 
de forme. — Une grenade boche très voisine, 
sinon la même, est dite schildkrœte, (écaille, 
tortue), DELCOURT, ce qui est bien vu, — et 
pour la forme (de carapace), et pour le nombre 
des tubes saillants; (une tête, une queue et 
quatre pattes) ; d'où en français tortue, f. ; 
Bourru, 82, 141, 172 ; « Grenade lenticulaire 
(Tortue) », décrite avec dessin. Les Grenades 
actuellement en usage dans Varmée allemande, 
Impr. Nat., mai 17. Un article très confus, 
Temps, 15-9-15, ayant signalé tortue, sorte de 
grenade boche « hérissée » (1) de percuteurs, et 
devant son nom à sa ressemblance avec le 
crabe « tourteau » (!), sain., qui a jugé cet 
article « curieux », a retenu la description et 
l'étymologie ; le D. m. p. l'a suivi. — B, « Tuyau 
de poêle » ; fantassins, secteurs de l'Aisne, 

— 184 — 



mai 18 ; — même sématisme : sauts désor- 
donnés que fait ce projectile. 

crapouillot, m., 1, 1°, Petit mortier de tran- 
chées, portée variant de 30 à 300 mètres ; 
usuel et général depuis l'été -15; | auparavant 
ceux qui apprirent alors le mot y saisirent une 
injure autant qu'un concept : « Ils ont une 
drôle de forme, ils sont d'un poids immaniable, 
jamais on ne pourra se servir de pareils cra- 
pouillots, disions-nous alors dédaigneusement », 
H. o., N. Contes vér., 217 ; Miroir, 16-5-15, 
p. 15 ; « une batterie de crapouillauds avec ses 
artilleurs, baptisés du nom barbare de « cra- 
pouilleurs » », lè., 1-8-15, p. 14; H crapouillot, 
Petit mortier de bronze, à âme lisse ; mot usuel, 
me dit-on de divers côtés, sous le Second 
Empire, et qu'on retrouverait, sans doute, 
dans les récits du siège de Sébastopol ; en -85 
aux écoles à feu de Pontarlier, h. gauthier- 
viLLARS, Temps, 31-3-15, pour un calibre de 
15cm ; pour des calibres de 15, 22, 27, 32, Int. 
des Ch., LXXI, 158 ; en -90 à l'école d'applica- 
tion d'art, de Fontainebleau, j.-p. faure ; — 
2^, par métonymie, Servant d'une batterie des- 
dits mortiers, 81® t., -15 ; | Vie Par.,k la ru- 
brique Petite Correspondance, 24-6-16, p. 480, 

— 185 — 



c. 3, et ultérieurement ; — 2, 1°, Projectile de 
ce mortier de tranchées ; 81^ t., -16 ; | « Là 
[sur la ligne de feu] s'abattent la grenade à 
fusil, les crapouillots les plus divers », lieute- 
nant p., Matin^ 20-6-16 ; — extension du 
sens 1, 1^ ; — 2^, a, Obus de 77 ; d. ; — abus 
du sens 2, 1^ ; — b, Bidon agrandi en y tirant 
une cartouche ; d. ; — métaphore sur le sens 2, 
1^, qui se retrouve, exagérée, sous quatre cent 
^ingt, et inversée, (cf. fokker), dans bidoUy Pro- 
jectile de crapouillot. — A la fin de -14, comme 
l'armée ne disposait d'aucun engin de tranchée, 
on utilisa provisoirement les petits mortiers 
des vieux forts et dès arsenaux, qui avaient 
tout à fait la silhouette du crapaud ; le nom 
est. resté aux engins perfectionnés qui leur 
succédèrent et qui gardent du crapaud d'être 
obèses, béants et de se guinder sur un affût 
court et gros, pareils d'attitude à la grenouille 
qui avale les palets au jeu de tonneau. L'his- 
toire du mot depuis -14 n'offre pas d'autre diffi- 
culté ; mais son sématisme initial n'est pas 
nettement débrouillé. L'image du crapaud 
s'imposait pour l'objet, et elle était tradition- 
nelle : crapaud f Affût de mortier, hdt ; cra- 
paudeaUy Canon court et gros, 15® siècle, co- 

— Ig6 — 



IJEPROY. D'autre part la petitesse de l'engin 
comparé aux vrais canons fait impression sur 
le servant, et crapouillot est, comme crapoussin, 
un synonyme d'Enfant ; ainsi que des Bottes 
de paille très petites sont dites des enfants de 
bottes, nos mortiers ont été conçus comme des 
Enfants de canons. Ainsi le radical crap- offre 
une métaphore de schéma, le suffixe -ouillot 
offre une idée de petitesse ; si on constate 
qu'une grenade, objet plus petit encore, a été 
nompiée crapaud sans diminutif, on y trouvera 
une nouvelle raison de penser que crapouillot, 
qui nous est arrivé tout fait, eut au contraire 
pour sématisme dans l'esprit de nos pères, 
l'idée diminutive de son suffixe. 

Dér. : crapouilloter, 1, Bombarder par cra- 
pouillots ; divers soldats, -16; | « De tranchée 
à tranchée <...> on se « crapouillotte » », lettre 
d'un officier de l'Argonne, B. des A., 2-4 sept. 15, 
p. 1 ; « crapouilloté », lambert ; « bombar- 
dés, crapouillotés, fusillés », z. Armée de 1917, 
30 ; — -2, Pleuvoir, en parlant des bombes 
d'obusiers : « il crapouillotte )), Poilu, 6-2-15, 
in SAIN. ; « ça crapouilloté bien de temps en 
temps », propos d'un soldat, B. des A., fin 
avr. 15, in Illustration, 1-5-15, p. 448 ; « Et ça 



187 



crapouillotait, fallait voir ! », Bourru, 141 ; — 
de là crapouilloteur, m., Servant d'un cra- 
pouillot, PARAUD ; Vie Par., 2-9-16, p. 670, 
G. 3 ; z, Armée de 1917, 194, 306 ; — semble 
plutôt avoir pris son suffixe à artilleur qu'à 
l'idée du verbe crapouilloter ; — crapouillotage, 
m.. Bombardement par crapouillot ; d. — 
crapouiller, A, Bombarder : « il fut crapouillé à 
outrance », dorme, lettre du 2-7-16, in Gu. 
Aér., 23-8-17, p. 653 ; — B, Pleuvoir, en par- 
lant des bombes d'obusiers : « Quand ça s'est 
mis à crapouiller », « ça crapouillait », 14^ chass., 
nov. 16 ; — de là crapouilleur, m., cité ci- 
dessus, mais qui semble inusuel, mai 18 ; — cra- 
pouillage, m.. Bombardement par fusants ; 
Mousqu., 99. — La même conjugaison imper- 
sonnelle a donné aussi ça bombe, Il pleut des 
bombes, thénault, instituteur à Reims, jour- 
nal, 22-2-15, in Lectures pour tous, 15-7-16, 
p. 1528 ; — ça bille. Les bombes courent comme 
billes ; inf.. Lorraine, 14-15 ; 13® tir. alg., -18. 

crécelle, f.. Mitrailleuse ; D. m. p. — Séma- 
tisme, cf. moulin à café. 

crèche, f.. A, Endroit, Coin de grange, où 
Ton couche ; inf., Lorraine, 14-15 ; plumer 
dans la crèche, un soldat d'Agen, -18 ; — B, Abri 

T- 188 — 



aux tranchées ; agatha ; Feu, 21-8-16. — 
De crèche, 1, Etable, Bergerie, en Basse-Bre- 
tagne, 2, Chambre sale, en Bretagne et à Paris. 

crème de menthe, f., Tank : « Sur cinq crèmes 
de menthe il n'en est rentré que deux ; les trois 
autres, foutues », 48® t., nov. 16 ; « Je suis 
employé dans les caterpillars qui sont ana- 
logues aux crèmes de menthe des Anglais », 
lettre d'un soldat, nov. 16 ; — mot-à-mot du 
nom d'un tank anglais, Mint-cream, qui s'illus- 
tra, étendu à tous les tanks, ce nom n'est pas 
encore oublié, oct. 18, non plus que caterpillar ; 
mais ils n'ont pas prévalu ; — tortue, proposé 
par un narrateur officiel de la bataille du 
15-9-16, cf. Pet. Par., 29-9-16, 3® éd., p. 1, c. 4, 
n'a pas du tout réussi. — Je n'ai pas observé 
un autre sens, « Celui qui donne du courage à 
ses voisins de tranchée ou d'assaut », V. du p. ; 
— vraie analyse du sématisme anglais de 
mint-cream, Stimulant ; mais précisément sus- 
pect d'être peu populaire par tant de science 
de l'anglais. — faire une crème de menthe. 
Monter sur un camarade couché et lui bourrer 
le ventre de coups de poings et de genoux ; 
130e inf., C. M.-2, août 18. 

crêpe, f.. Mauvais pilote aviateur ; centre de 

— 189 — 



dirigeables, 17-18 ; R. G. Aé., avr. 18. — Sys- 
sém. : galette, Maladroit, usuel dès -37 (vi- 
docq) ; tourte ; tarte. — Une crêpe a été imprimé 
un crêpé dans musidora, « Ce coucou-là est 
conduit par un crêpé... )). 

crêpe (se retourner la), Capoter à l'atterris- 
sage ; aviateurs, Miramas, mai 18. — Crêpe, 
Cul ; cf. se retourner les pinceaux. 

creuse (avoir la), Avoir faim ; un Nantais, 
81® t., -15. — Le Jargon (1836) nomme la 
Gorge la creuse, mais a^oir cette creuse-\k ne 
se dirait bien que de la soif en sous-entendant 
sèche. La dent creuse n'a fourni de sématisme 
usuel que pour l'idée de Petite quantité d'ali- 
ment ; elle ne se confond pas avec la dent 
longue, à laquelle fait allusion a^oir la dent, 
Avoir faim ; et surtout * a^oir la dent creuse se 
fût condensé en *Va<^oir creuse. Dans notre 
locution creuse semble donc une vision con- 
crète qui allégorise directement la Faim. — 
Cf. lourde. 

creuser, 1, Faire vite de la route : « Je me 
suis vu en retard, je creusais, mais j'ai été 
arrêté par un encombrement de voitures » ; 
« C't avion-là fait du 220 à l'heure ; tu parles 
qu*i* creuse ! » ; « Je fais le sturdgeon [sorte de 

— 190 — 



nage], tu parles que j* creuse !» ; — 2, Avoir 
de ravancement : « Tous les autres creusent, 
les torpilleurs tanguent sur leur bosse », Toutes 
les autres spécialités ont de l'avancenient, les 
torpilleurs point ; — marins, -18. — Syssém. : 
tailler de Vacant, tailler, même sens ; image prise 
du navire qui creuse sa route en taillant la mer. 

creux (être dans le). Etre bien en main : 
« Attention, v'ià le Général I Galvanisés par ce 
cri, les serre-files et les caporaux enveloppè- 
rent leurs hommes d'un rapide regard d'ins- 
pection, tandis que ceux-ci relevant la tête 
tiraient sur l'arme, tendaient les jarrets et 
l'échiné. La petite troupe était dans « Fcreux » ; 
elle franchit, à une allure de 14 Juillet, l'inter- 
valle qui la séparait du rassemblement », 
anon., Tête-gauche I, le 120 Court, 25-10-16, 
p. 1, c. 3. — Entendez dans le creux de la main 
de son chef. Apte à obéir parfaitement ; — 
syssém. : empaumé, enganté, Enthousiasmé, 
Asservi de cœur. 

crime (avoir du), Etre audacieux ; 13« tir. 
alg., -18. — Cf. a^foir du çice, Etre ingénieux. 

crinchon, m.. Eau; 81^ t., 10^ c^e, janv. 16: 
« baptiser le pinard avec du crinchon ». — Le 
Crinchon, affluent de la Scarpe, court de Rivière 

— 191 — 



à Arras, arrosant le secteur qui fut celui du ré- 
giment pendant seize mois. 

crip, m., Militaire au Cours Régional d'Ins- 
truction Physique ; Mont-de-Marsan et toute 
la 18® région, nov. 17 : « Etes-vous un crip ? » 
— Des initiales, c, r, i, p ; cf. cama. 

crocodile, m.. Suite de tuyaux raccordés, 
chargés d'explosifs, destinés à rompre un ré- 
seau de fils de fer ; 81® t., mai 17 ; antérieure- 
ment en d'autres corps; | Le Crocodile^ journal 
du front, cité B. des A., 31-1-17. — Image de 
longueur serpentine ; juxtaposées aux tuyaux, 
des grenades font peut-être figure de pattes. 

croix- de- bois (une, la), la Mort au champ 
d'honneur ; 81® t., 15-17 ; usage général, 15-18 ; 
gagner la croix- de- hois,F,tre tué à la guerre; | 
SAIN. — Allusion à la croix- de- guerre, dans des 
réflexions où on établit laquelle est plus facile 
à recevoir ; mais la croix-de-guerre a été insti- 
tuée parjune loi du 8-4-15 ; notre locution 
n'est-elle pas antérieure ? 

croix- rouge, f.. Dame de la Croix- Rouge : 
« une petite Croix-Rouge très gentille )>, e. r., 
Journ., 20-6-16 ; — voir pé-cé-èr. — Cf. tabor, 
m., 1, Soldat indigène aux Tirailleurs Maro- 
cains : (( Des tabors. Ils défilent avec leurs 

— 192 — 



faces bises, jaunes ou marron », Feu, 48 ; — 
de tabor, m,, Troupe de soldats marocains 
commandés par un chef marocain ; — 2, par 
métaphore sur la hardiesse primesautière des 
Marocains, Poilu patrouilleur de « corps franc »; 
246^ inf., août 18. — royau, m.. Soldat du 
train ; d. ; — c.-à-d.un des Royaux-Cambouis. — 
bataillon d'Afrique, m., . Bataillonnaire : « un 
ancien bataillon d'Afrique comme lui », Phi- 
libert, 99. 

crottes (lâcher ses), Laisser tomber ses 
bombes, en parlant d'un avion, d'un aviateur ; 
81® t., juin 16; I « Puis nous sommes repassés 
sur le cantonnement où j'ai lâché mes... crottes, 
de deux ou trois kilos chacune », dorme, mé- 
moires, 22-7-15, in Gu. Aér,, 17-1-18, p. 164, 
c. 2, et 27-9-15, ib., p. 165, c. 2 ; benjamin, 
Journ.,21-5-16. — berlingot, m., Bombe d'avion: 
« L'oiseau blessé <<...>> lâchait ses « berlin- 
gots », destinés aux femmes et aux enfants de 
Paris », récit publié par le Temps, in Ouest- 
Eclair, 15-4-18, p. 2, c. 2 ; — syn. de crotte, 
en est-ce le syssém., par l'idée de Bonbon, de 
Dragée, et le mot crotte de chocolat ? Il semble 
plutôt que l'image de Fiente est déduite de 
celle d'Oiseau. — Voir pêche et pruneau. 

— 193 — 

ES^AULT 13 



croûte, f., Repas ; usuel et général aux con- 
tingents parisianisés ; | chapelle ; Feu, 20, 
'130, 138, 221, 253; H usuel à Paris, -90, 
Brest, -07 ; — ■ substantif verbal de oroûter, 
Manger. — CFOUStaille, f., Rep^s ; Gaspard, 101 ; 
^— et eroustauoe, f., Repas ; desgranges, 
V Auto, in Œui^re, 20-8-16, p. 2, c. 5 ; — sont 
tous deux des suffixations libres de croustille, 
Repas léger, hdt. 

-eu, -Cumulus, dans les composés eirro-cu, 
m.,Xirro-cumulus, et altp-CU, m.. Alto-cumulus, 
sortes de nuages ; météorologues, 17-18. — 
Abrégés usuels sur les registres, passant de là 
dans la conversation ; cf. bâton. 

eube, m., Paquet, Colis-postal ; D. m. p. — 
Cube de tabac est ancien et civil. 

cuillerée (faire une), Faire une cueillette 
d'épaves (dans des tranchées boches aban- 
données), artilleur (naguère du 39^ art.), 
175^ crapouillot, août 18. — De cueillir ? Dp 
cuiller, Main ? 

cuir, m.. Cuirassier ; cuirassiers, train, art. ; 
« 2® cuir. », Deuxième régiment de cuirassiers, 
BENJAMIN, Journ., 21-5-16 ; dauzat, 16-4-17, 
666. — Cette apocope sans adjonction du sufr 
fixe -0 est dup à « cuir. », abrégé usuel sur les 



194 



registres, et au jeu de mots qu'il fournit. 

cuirassier coupé en deux, m.. Fantassin de 
toute petite taille ; 81^ t., -17. — Syssém. : 
demi-boule, f.. Soldat auxiliaire ; d. ; — o.-à-d. 
Malingre ; — demi- portion, demi-siphon, bout- 
de-cigare, Homme de petite taiile. 

cuisine- roulante, f.. Avion Moineau, mono 
moteur bihélice, type sorti en -16, qui a peu 
vécu ; sobriquet encore usuel en juin 18, R. G. 
Aé. ; I MONTGBORGE. — De la fumée ahpn^ 
dante que le moteur produisait surtout au 
départ. Cf. piano sous* feur crématoire, et usine 
à gaz. — Voir erâne- de- piaffe. 

CUiso, m.. Cuisinier ; 81® t., 10^ c^^, déc. 14, 
rare, non recueilli ensuite ; | n. ; — OUisto, Cuisi- 
nier ; 81^ t., diverses c^^^, août 14-oct. 17 ; très 
usuel et très général; || créé vers -94, dau^at, 
16-4-17. — Cuisto dérive de euistancier, cuiso 
de cuisinier. Cuistancier est à cuistanee comTîie 
cuisinier à cuisine, Cuistanee^ dérivé libre de 
cuisine, est suffixe comme ses syn. béquetance et 
croustance ; cf. galetanee et roustance. 

cuite, f., Nourriture : « Mon premier prépare 

la cuite (1) des Germains <...> (1) Crous^ 

tance, cuistanee ou cuisine poijr les arriépé^ 

|fc (gens de l'arpière). », Echo des Guitounes, in 

I 



195 



Front, 16-3-17 ; (ce « premier » est «con», parce 
que « confédération germanique »). — Terme 
d'ouvriers, cuite, Quantité de matière qu'on 
cuit d'un coup. 

cul- de-singe, m.. Cavalier ; inf., très usuel ; 
Il antérieur à -14 ; — son fond de pantalon a 
une luisance épilée, sa fesse une rougeur écor- 
chée. 

cul-de-zinc, m., Servant d'artillerie de cam- 
pagne divisionnaire ; 40® art., juin 18 ; |1 an- 
térieur à -14 ; — il s'asseoit sur le zinc du 
« caisson )>. — Syn. usuel : court- à- pattes. 

culottés (section des), « Groupe franc » qui 
n'a pour service en lignes que les coups de 
main ; 66® chass., mai 18. — Culot, Audace, 
semble s'être établi entre -81 et -90 ; (rig. ne 
l'a pas, mais il a se culotter, Commencer à con- 
naître la vie, le monde ; dlle, F. -A. a culotter, 
Aguerrir). 

cygne (faire le cou de). Baisser la tête en 
vitesse : « Cache-toi, cache-toi, Bedin, fais le 
cou de cygne ! », un paysan nantais, 81® t., -15. 
— Ce mouvement de crainte sous les obus fut 
jadis le même sous les flèches, et la locution 
faire la cane peut dater des batailles des plus 
hauts ternps ; il s'agit de la souplesse des ca- 



nards et cygnes à baisser le col et non pas des 
plongeons que fait sous l'eau le canard. — 
L'anglais a duck, 1, Cane ; 2, Courbette, Mou- 
vement de tête. — Syn. : saluer, Baisser la tête 
(en entendant siffler les balles) : « le comman- 
dant se promenait debout, sans baisser la tête, 
sans saluer », Cabaret, 461. 

cylindre, m.. Galons circulaires aux manches ; 
79e, 102e et 231^ inf., 15-18 ; — est dû sans 
doute aux premiers permissionnaires parisiens 
venus en permission après que le képi bleu et 
les galons diminués eurent été institués pour 
le front. — D'où cylindrique, m., Officier de 
l'intérieur : « J'ai rencontré un cylindrique sur 
le boulevard. Laissez tomber ! [Je ne l'ai pas 
salué.] Ah ! mon pote, si tu l'avais vu aller aux 
oiseaux... i' gueulait, i' gueulait », avr. 18 ; — 
cylindrique comporte mépris et sous-entend 
(Officier) embusqué. — Cf. roule- cerceaux, 
self, 

dal ! (un). Mince ! ; 2^ c^l, 13^ tir. alg., -18 : 
« Cent mille prisonniers ! Un dal ! » — Syssém. 
de une paille /, un rien /, èe rattache à ne voir, 
ne piger, que dal, ou d^al,... Rien ; — dal, mas- 
culin ou dépourvu de genre, est, malgré l'avis 
de D., sans parenté vraisemblable avec une dalle. 

— 197 — 



dé, Aj m.j Débrduillatd : « C'est un dé », 
marins, -18 ; — apocoipej dejdébrouillardi ou 
midiix de démefdeUr^ démêrdard^ même sens. = — 
Bj Dêbrouillardisme : « le système dé » ; « il 
s'est procuré ça^ système dé »,... en le volant, 
(tout ftu moiils à un voleur) ; — apocope de 
débrouille, ou mieux de démerde^ substantifs 
verbaux de se débrouiller ^ se démerder ; système 
au sens de Façon et A la façon de, est dans 
hiOjj mais système dé semble postérieur à -01. — 
Il est difficile de décider si l'apocope est pho- 
nétique et conserve dé comme première syllabe 
du niot, ou graphique et cite pour ainsi dire 
entre guillemets la lettre initiale d comme une 
sorte d'étiquette ; — cf., en faveur de cette 
dernièfe explication, eûc^ 

débleuir, Rendre vieux soldat : « Je me suis 
engagé : habillé, le lendemain parti pour Ma- 
dago i j'étais vite débleui ! », marin, août IB. 
— Cf. bleuet, m.. Soldat de la plus jeune classe, 
appelé avant l'âge de vingt-et-un ans, à l'oc- 
casion de la guerre ; mot proposé par des- 
gaves, Journ., 5-1-16 ; adopté... sous bénéfice 
d'inventaire, pat les combattants ; — méta- 
phore greffée sur le vieux mot bleu^ Nouveau 
recruté. Cf. bleuets^ Hommes des bataillons de 

— 1»8 — 



voloritàirys, ■ — portant uniforme bleuj pois- 
son, U armée et la garde nationale, II, 75. — 
DESCAVES proposa aussi regain, m., Homme 
récupéré aptes ajournement, ^ — c.-à-d* seconde 
coupe opérée sur une classe militaire. — 
JourUi^ 27-8-16. — Plus outre descaves a ris- 
qué bleuettë, Femme débutant dans une car- 
rière^ par ex. dans l'enseignement primaire, 
Journ., 29-5-17. — Sur bleuet^ d'esparbès^ 
Joufn.^ 10-li-lG, a risqué coquelicot, Jeune 
homme, pour signifier Joue à la rougeur agréable 
en même temps que Fleur ; depuis on a dé- 
crété : « Les coquelicots, ce sont nos valeu- 
reuses recrues de la classe 19 ; la classe 18 avait 
été baptisée : les pâquerettes ; la classe 17, les 
bleuets. Nos trois couleurs sont ainsi représen^ 
tées », Avenir (de Bagnères-de-Bigotre), 21-4-18, 
p» 1, c. 4 ; selon bergerat^ Journ., 22-4-18, 
coquelicot = 19,18 = bleuet, 17 = pâquerettes 
— Mais quand on a voulu nommer la classe 20 
les boutons d'or^ elle a protesté, sur la fâcheuse 
couleur et la mince utilité de cette herbe, 
Liberté^ in Ouest- Eclair, 26-8-18, p. 1, c. 8 ; 
cf. tigre. — L. DÈSCAVE6 m'écrit que coquelicots^ 
pâquerette et bouton d'or semblent sortis de 
V Intransigeant. 



199 



décoller (se), être décollé, Maigrir, Péricliter : 
« A Champigneulles, triste résidence, Où l'on 
m'exila un beau jour, Le cafard me tient per- 
manence Et je m'décolle tous les jours )), chan- 
son entendue au front, -16 ; « J'étais en sub- 
sistance chez les Anglais. Leur alimentation, 
c'est pas des repas, ça ne nous semble que des 
casse-croûtes. Au bout de huit jours de ce 
régime-là, j'étais décollé », 8^ génie, -17; | se 
faire décoller , Etre tué : Si... « et qu'il se fasse 
décoller », g. de wissant, Contes vér., 61 ; 1| 
« cela te ferait trop de peine de me voir décollé 
comme je le serai [quand je serai en prison] », 
DAVID, bandit de la Drôme, lettre, in Pet. Par., 
21-9-09. — Syssém. : se dégommer, S'user, Se 
flétrir, rig. ; — se décartonner. Maigrir; 8® gé- 
nie, -17; Il S'affaiblir, boutmy (1874) ; ~ air 
gondolé, Mauvaise mine, rig. — Ne pas con- 
fondre avec décoller, Sortir de sa place, ou 
de son rang, ou de sa sustentation,par ex. Sortir 
en parlant d'un visiteur, [Le Boche décolle, ex- 
pression usuelle, 130^ inf., etc., sept.-oct. 18), 
Lâcher un concurrent en parlant d'un cou- 
reur. Prendre l'essor en parlant d'un avion, 
d'où à l'occasion Mourir (dlle, F.- A). 

décor, m.. Paysage qui entoure l'aviateur en 



200 



vol : chérer dans le décor ; — rentrer dans le 
décor, Atterrir « en pylône » ; — aviateurs, Mi- 
ramas, mai 18, et avant. 

décrocher (se), Tomber, en parlant d'avions, 
d'aviateurs ; « Je crains un moment de me 
décrocher [« de perdre l'équilibre ))] et d'aller 
casser du bois », montgeorge. 

déculottée, f., Abondance, Grand nombre : 
« Le curé était un espion, tu te rappelles ; il 
avait ouvert son parapluie, et aussitôt les 
Boches nous envoyaient une déculottée d'obus », 
un Parisien, déc. 16. — Syssém. : débourdi- 
naille, f.. Chute abondante et chaotique : « Le 
crâne est pilonné comme le terrain pendant 
des heures par la « débourdinaille » des mar- 
mites », Trois jours, 19-7-16 ; — dérivé de 
boudin, Intestin, avec un r intensif, peut-être 
avec chevauchement de débourrer, Chier ; à 
Pleurtuit (C.-du-N.) bourdine, Bousine, Vessie 
de porc ; or Trois jours contient plusieurs mots 
de l'ouest : mulon, castilles, bonjourer ; ■ — chiée, 
Quantité : « chiée d'enfants », « chiée de temps » ; 

— suée, Quantité, Nénesse, 221, 227 ; — bran- 
lée, 1, Quantité ; 2, Douzaine, 81^ t., -14 ; 

— en combinant l'idée stercoraire avec celle 
de récipient, tinée, f., Grand nombre : « Prends 

— 201 ~ 



donc des huîtres ! — J'en ai mangé une tinée ! », 
itlârinsj déc. 17 ; | « Y en a| une tinée 
[d'hommes] », Feu, 45 ; « des tinées », ib., 124 ; 
— tinette, f ;, même sens : « en faire une tinette », 
Exagérer une chose par son récit ;2®c^^-18; | 
Fëu, 89 ; Il une tine^ Beaucoup, flose. ; -^en se 
contentant de Timage de la plénitude d'Un réci- 
pient quelconc(Ue, en faire un platj Exagérer 
VerbeUsement ; Parisiens, 81^ t., 15-^17: «Tu ne 
vas pas nous en faire Un plat ?» ; | « Oh, ça va, 
dit Mof ëau, nous en fais pas un plat. Quand t'au- 
ras vu c'que c'est [la guerre], », Gaspard^ 223 ; 
Il il en fait un plat^ Il fait grand chaud ; prendre 
un plat [de chaleur] , Avoir chaud ; [de crêpes ?] , 
Rouscailler ; tioss. ; — en faire un saladier, 
niême seûs, 81^ t;, mai 17; | « Et il toussait et 
en faisait Ufl saladier là-dessus », FeUf 20-8-16 ; 
~ en faire une gamelle, même sens : « N'en fais 
donc pas Une g&melle I », un 2d-m^, déc. 17; — 
en faire une caisse, même sens ; 22^ C. 0. A., 
14-16 ; « N'en fais pas une caisse 1 », Parisiens, 
août 17 ; cf. caisseur et visser une caisse, — 
L'expression d'uUè abondance de pensée et de 
pâi'ole par la quantité d'une excrétion dont le 
cÔî*ps se soulage se retrouve dans tousser, voir 
ci-dessUs saladier \ ' — cracher les glaires et gla- 

— 202 — 



vioîter^ Parler ; — uvoir de sales retn^ois^ Etre 
fécond en boniments aigres ; — vomir., dégorger, 
débéqueter, dégueuler (ce qu'on avait sur le 
cœur) ; 40^ art., -18 ; — déborder, Parler, Rous- 
péter : « Il frappait les hommes des fois, alors 
y en avait qui débordaient », 19® inf.^ -15 ; | 
« tout le monde se met à déborder et à parler 
à la fois », Feu, 129 ; || Vomir, dlle ]■ — dé- 
bourrer, débloquer, 1, Chier ; 2, Parlet* sotte- 
ment. ■ — Enfin l'idée de Quantité de parole 
s'exprime aussi par une image de quantité 
pesée : en conter pour deux sous ; 13® tir* alg., 
-18 ; I « et i' t'en f'sait par dessus le marché 
quinze grammes devant tout le monde », Il 
t'engueulait... en sus de la punition qu'il por- 
tait, Feu^ 259 ; « Je lui en ai collé pour deux 
ronds au colo [au colonel] »^ dubreuil, Journ., 
21-9-16; 

déesse, f.. Direction des Etapes et Services 
de FEtat-Major ; Toul, -16; | D. m, p. -^ Jeu 
de mot, presque obligé d'ailleurs phonéti- 
quement, sur les initiales D; E. S. -^^ Cf. bâ- 
ton. 

dégonfler (se)j A, 1, Se décourager ; camps 
d'aviation, 17-18 ; | Mousqu., 254; — 2, Ne 
pas oser tenir le coup après avoir promis, Dé- 

_ a08 — 



clarer forfait ; 300®, 315® inf., 10^ et 55© D^^^s 
inf., 14-18 ; || Paris, 13-18 ; — dégonflé, Décou- 
ragé ; Miramas, mai 18 ; — B, « Se mouchar- 
der », 20^ chass., août 18, l. sambardier ; — 
serait peut-être mieux traduit Se dénoncer 
mutuellement (parce que le coupable qui se 
dégonfle, au sens A, avoue et dénonce) ? — 
se regonfler. Reprendre courage ; Miramas, 
mai 18. — Image d'aéronautique ? Plutôt 
image de cyclisme, de pneumatique dégonflé 
qui ne marche plus. 

déguster, 1, Subir (qqch. de désagréable) ; 
Mousqu., 136, à propos de tangage en avion ; 
— 2, Recevoir (des obus) : « Qu'est-ce qu'on 
déguste ! », Nous sommes bombardés intensi- 
vement, MAC ORLAN, Joum., 8-2-16 ; « Etre 
bombardé c'est « déguster » », Expressions à la 
mode, Ver-Luisant, in Front, 16-2-17 ; Mousqu., 
86. — Cf. remettre ça. 

déhotter, Faire sortir : « Les 420 les ont 
débottés de leurs abris », un Lorrain, 10® art. L, 
janv. 17; |1 déhotter, « Débarrasser le pavé », 
soldats romands, Schw. Sold., 69, 71. — Mal 
expliqué par oranger, à la fois par « Partir 
sans prendre sa hotte », et par « Partir avec sa 
hotte » ; c'est Sortir ou Etre expulsé d'un abri 

— 204 — 



comparable à une hotte, la hotte étant pro- 
bablement ici syn. de ruche et de nid ; — sys- 
sém. : dénicher, Faire sortir. — Syn. *. décam- 
buter, Sortir d'un abri : « notre capitaine crie : 
« En avant ! » et la compagnie décambute de 
la tranchée », d'esparbès, Journ., 10-11-16 ; — 
dérivé de cambuse ? cf. se cambuser, Se cou- 
cher ; D. 

demi-poil. Ni bleu ni R. A. T. : « Nous avons 
tous les âges. <C...> Dans la demi-section, il 
y a des R. A. T., des bleus et des demi-poils », 
Feu, 17. — Cf. poilu. Le demi-poil n'est ni un 
duvetier ni un vieux bougre velu. 

démontable en deux pièces, Constitué de 
deux noms joints par un trait d'union, en par- 
lant d'un patronyme : « le poilu au nom dé- 
montable en deux pièces » ; usuel aux 246® et 
289® inf., avr. 18 et avant. — Image prise des 
revues d'armes. — Cf. noms à courants d^air, 
Noms à particules, bourget, V Emigré, i. 

déplumer (se). Sortir de son couchage ; Feu, 
21 ; — dér. de plum, m., Couchage, apocope 
de plumard, 1, Lit de plume, 2, Couchage quel- 
conque. — Cf. s'empailler, Se mettre au lit ; 
Feu, 21-8-16 ;Ils « s'empaillent dans la plume », 
Ils couchent dans des lits mollets, ib., 121. — 

— 205 — 



Calembours avec les verbes anciennement tirés 
des mêmes radicaux. 

descendez, on vous demande !, Votre (ou 
Ton, Son, Leur) atterrissage est brusque ; avia- 
teurs, Miramas, mai 18; | Moussu., 101, 105. 
— Formule issue de quelque atelier construit 
en bâton de perroquet. 

détraciueter, Détraquer : « détraqueter la mi- 
trailleuse » ; « un cheval détraqueté » ; 81^ t., 
août 14-oct. 17. — J'entends aussi, chez des 
Nantais, hriffeter, Manger, à côté de briffer. 

deux (en moins de), Rapidement : Il sort de 
la chambre « en moins de deux », Feu, 21-8-16 ; 
« 3 Vais ouvrir une boîte de singe en moins de 
deux », ifc., 253 ; « il faudrait voir à c* que vous 
vous fassiez la paire d'ici en moins de deux », 
ib.^ 113 ; V. du p. — En moins de deux temps 
et trois mouvements. 

deux-eoups, m., Pantalon de fantassin ou de 
civil : « Passe-moi mon deuxrcoups », Bl^ t. et 
4^ zouaves, -17 ; || mot usuel suptout aux 
zouaves, dès -97. — Le zouave distingue ainsi, 
du pantalon d'infanterie, étroit, et qui s'enfile 
en deux mouvements rapides, la large culotte 
qui lui est spéciale. 

deux- quarante- quatre, m., Torpille aérienne 

— 266 — 



du calibre 244"^"^ ; artilleurs sous Verdun, 
H. BARBUSSE, uov. 16 ; | « Et rien que des 
maous : des 380, des 420, des deux 44 », Feu, 
232 ; ces torpilles sont plus souvent cotées 245 ; 
« mines allemandes de 245 », lieutenant p.. 
Matin, 20-6-16 ; bello, mine- torpille de 
'24cm^ 5, DELCouRT. — De même un sept-oinq, 
un Obus de 75, du sept-sept, du Ganon de 77 ; 
156^ inf., juin 18, 40^ art., -18 ; quinze-cinq, 
m., Pièce de ISS"*'» ; 40® art., -18 ; ceci, il est 
vrai, peut s'expliquer par Phabitude qui s'in- 
troduit de compter, comme dans la marine, 
par centimètres : du i^ingt-et-un, du 210, 
(40e art., sept. 18). 

Cf. la désignation d'un régiment, dans l'usage 
de ce régiment même et de ses camarades, par 
les chiffres de son numéro ou par des nombres 
extraits de son numéro, au lieu du nombre que 
le numéro traduit : le quatre-sept (dès -93 à 
S*-Malo) ; le cinq-sept ; le cinq-neuf ; le six- 
deux ; le six-quatre ; le six-cinq (Nantes, 
10-18) ; le six-six ; le six^neuf ; le sept-neuf ; le 
neuf-quatre (dès -13 à Bar-le-Duc) ; le neuf- 
cinq, (ceci rectifie ce que j'ai dit, g. e., 16-4-18, 
644) ; le treize-quatre ; le quatorze-six ; le quinze-un ; 
le quinze-deux ; le quinze-trois ; le quinze-quatre 

~ 207 ~ 



(dès -13 à Lérouville) ; le quinze-cinq (dès -13 
à Commercy) ; le quinze-six ; le quinze-huit ; 
le seize-un ; le seize-quatre ; le seize-cinq ; le 
deux-huit-neuf ; les 47^,... 134e,... 289^ d'inf., 
avr.-oct. 18. (Je n'ai pas entendu *le huit- 
deux, ni *le six-zéro ; ni ne se dit *le dix-trois 
à Alençon.) On dit le cent-six-trois ; le cent-six- 
six ; le cent-six-sept ; le trois- cent- six- six ; les 
163e,... 366e d'inf., janv. 16 - oct. 18. (On dit 
le cinquante— et-un ; le cinquante- deux ; le quatre- 
vingt-un de Nantes ; le quatre-vingt-seize ; le 
cent-dix-huit ; le cent-trente ; le cent-trente- deux ; 
le cent- quarante- sept ; le deux-cent-dix ; le deux- 
cent- vingt- sept ; le deux- cent-tr ente- quatre ; le 
deux- cent- cinquante- et-un ; et même on dit le 
cinquante-huitième ; le cent- cinquante- deuxième). 
Le procédé semble limité à l'inf. de ligne. La 
série simplifiée ne commence pas au-dessous 
de 40, parce que l'énoncé trente-neuf, vingt-huit, 
dix-sept ne comporte pas plus de syllabes que 
* trois-neuf, * deux-huit, * un-sept. — A la six- 
quatre-deux, nom du journal du 246^ inf.,fait 
double allusion : à une locution connue et au 
numéro du corps. — Cf., autres énoncés abré- 
viatifs, cama, ex. 

développer (se), Circuler, S'en aller à droite 

— 208 — 



et à gauche ; divers soldats, 15-17; | Il faut 
voir « comment ^dans les cantonnements les 
frères se développent, pour chercher d'abord 
où bien loger et bien manger », Feu, 125; || 
« A présent, développez-vous dans les grands 
prix, mes chers enfants », lavedan, Leur beau 
physique, Chez le coiffeur. — Syssém. : « Je m* 
disperse », Je m'en vais. Je te quitte, Brest, -06. 
diable bleu, m., 1, Chasseur alpin ; D. m. p. ; 
— 2, Chasseur à pied ; 20® chass., -18 ; | 
« Jeune mitrailleur, diable bleu <•••> », Vie 
Par,, 19-8-16, p. 632, c. 1. — diable noir, m., 
Soldat africain ; D. m. p. — Activité de diable 
au combat ici sous peau noire, là sous uniforme 
bleu. — tigre bleu, m., A, Fantassin colonial ; 
B, Alpin ; -14 ; d. 

^dimension (à la), Comme-il-faut, Parfaite- 
ment ou Parfait : « — Toujours gaillards, les 
enfants ? — C'est à la dimension, mon capi- 
taine. — Alors, bonne chance et bon cou- 
rage ! », Matin, 29-7-15, p. 1, c. 2. — Image de 
technique manufacturière ; — syssém. : passer 
au gabarit. Perdre au jeu, rig. ; ■ — dér. syn. 
sur être fait, même sens, le gabarit servant à 
vérifier les dimensions de la facture. — Syn. : 
à la rondelle. Parfaitement ; 81 ^ t., -14 : 

— 209 — 

BSNAULT 14 



«Oi^ les a faits trente-quatre [à la manille], 
ah ! mais, à la rondelle » ; — dér. syn. de être à 
la roulette, Etre dans le mouvement, au courant, 
lequel est sensiblement syn. de être à la coule. 

dingue, f.. Fièvre paludéenne ; 2^ c^ViS ; | 
Balkans, -18, Intransigeant, 14-8-18, p. 2 ; — 
syn. : dingue- dingue, f. ; inf. c^le^ Intr., 9-7-18, 
p. 2, G. 4 ; ij dingue, Fièvre paludéenne d' Indo- 
Chine et de Birmanie ; marins, coloniaux, dès 
-95 au moins ; — ■ autre prononcé de dengue, 
Fièvre rhumatismale des tropiques, qui, au- 
jourd'hui désuet, servit de syn. à influenza, 
France, -89. — Dér. : dinguer, Avoir la fièvre ; 
Bçilkans, -18, Intr., 14-8-18 ; — dinguot, 
( — >- dingu*), Fou. 

distrib, f., Distribution ; 81^ t., -17, rare; | 
distribe, pantruchard ; poilulogue ; chapelle. 

doigts dans le nez (les). Sans s'occuper de 
rien : « Nous sommes arrivés à Brest les doigts 
dans le nez », un pilote de dirigeables, déc. 17 ; 

I On a pris Douaumont « les doigts dans le 
nez et l'arme à la bretelle », Pépères, 101 ; 

II c'est, je crois, un terme de courses cyclistes. 
— Syssém. : les mains dans les poches ; dans un 
fauteuil ; en se promenant ; usuels aussi en style 
de courses. 

— 210 — 



donne ! (ça se), Le bombardement est intense, 
(Nous bombardons, ou Nous sommes bombar- 
dés) ; 81® t., 15-17 ; et sans doute général ; — 
la phrase signifie On se montre généreux (pour 
nous, pour eux), il n'y a qu'à prendre ; elle peut 
évoquer des distributions populaires où quel- 
qu'un qui sort les mains pleines peut engager les 
passants à se mettre dans la file ; — cf. sous 
remettre une autre construction du verbe don- 
ner. — Syssém. : cadeau, m., Projectile : « Les 
Boches nous envoient des cadeaux », 289® inf., 
-18 ; — distribution, f., Bombardement ; — 
ravitaillement, m.. Bombardement subi ; — in- 
tendance, f.. Bombardement subi ; — ces trois 
derniers se trouvent dans le V.du p., définis dis- 
tribution « Obus de 75 )), ravitaillement « Obus 
de 210 allemand », intendance « Obus de 210 al- 
lemand » ; je n'ai d'usage oral témoigné que 
pour ravitaillement, 207® art., -18 ; — tout en 
suspectant les spécifications de calibres d'étri- 
quer le sens, je crus d'abord, g. e., 1-4-18, 
429, que la voiture d'intendance et le train 
de ravitaillement étaient ici en cause, par des 
métaphores auditives ; nous avons, de vrai, 
affaire à des métaphores de fonction, prises de 
la vie de guerre : le bombardement subi est up 

— 211 — 



ravitaillement en munitions, mais « arrivant du 
mauvais côté, malheureusement », j.-p. faure ; 
cf. être relevés par les Boches ; intendance, qui 
parle au troupier de nourriture et non' de mu- 
nitions, offre cette ironie que le poilu bombardé 
est d'autant plus mal ravitaillé par son inten- 
dance qu'il l'est davantage en munitions enne- 
mies ; ce qu'on peut dire en faveur de la préci- 
sion de 75 pour distribution, c'est que les ra- 
pides rafales que ce calibre comporte sont 
comparables aux distributions d'un caporal 
expéditif, et que, de ce calibre-là, il y en a pour 
tout le monde. 

doré, m., Officier ; 130^ inf., -18 ; — galonné 
d'or. 

doublure, f.. Tranchée « de doublement )> qui 
renforce la ligne de feu : « dix sapeurs, chargés 
comme des mulets, s'en vont vers les réseaux 
<C...>> — Changeons d'épaule, ça m'rentre 
dans la barbaque. — Nous voilà dans la dou- 
blure. — Silence, silence, bon sang ! on arrive », 
Crocodile, in B. des A., 9-5-17. 

douce (en), 1, Sans effort : (( on progressait 
l'arme à la bretelle, sans penser à la guerre ; 
les Boches ne tiraient plus «<...>» ; ça nous 
faisait plaisir de leur montrer qu'on les possé- 



212 



dait en douce ; comme on ne perdait presque 
personne, on ne se sentait pas de méchanceté », 
Cabaret, ^bl \ \\ Tranquillement, dlle ; — l'idée 
est celle du clinamen épicurique ; cf. pépère ; 
aussi se rattache-t-elle à celle d'ataraxie qu'on 
trouve dans ce texte-ci : « Offrez-lui une cro- 
quignole sur le bout du nez, et il la recevra en 
douceur », diderot, Neveu de Rameau, éd. 
Fayard, 38. — 2, Sournoisement, En cachette : 
« On ne devrait pas laisser tant de civelots se 
baguenauder sur le front, en douce poil-poil », 
Feu, 89, à propos d'espions ; — plus usuel que 
le sens 1, ce sens 2 est très usuel et très général ; 
c'est celui que rig. donne à la locution en dou- 
ceur; — usuelles aussi les formes loucherbèmes 
en loucedoc : « en lousdoc », En secret. Feu, 183 ; 
et, davantage, en loucedé. 

Dudule, sobriquet du guetteur boche aux 
tranchées, xxxx^ inf., Lorraine, 14-15. 

dur à servir. Qui n'a jamais assez : « dans 
mon escouade j'en ai des durs à servir, vous 
savez », un caporal, 81® t., -17. 

dure, f.. Viande ; Parisiens au 231 ^ inf.; | 
« de la dure, bouillie », Feu, 24 ; ib., 215 et 
21-8-16. — dure, Soupe, d., sort d'un faux-sens. 

duvetier, m.. Poilu qui n'a encore aux mâ- 

-- 213 — 



choires que du duvet ; B. « pourrait être le 
père de Biquet, qui est un duvetier de la 
classe 13 », Feu, 17 ; M. Barbusse tient ce mot 
d'un témoignage sur l'usage oral. — Le suffixe 
'ier, qui indique une personne agissant sur la 
chose que désigne le radical, offre ici la même 
idée plaisante que dans soupier, saucier, Ama- 
teur de (ou comme on dit familièrement Mar- 
chand de) soupe, sauces. — Cependant l*an- 
glais a un shaker, 1, Barbier, 2, Blanc-bec, — 
comme qui nommerait raseur aussi bien celui 
qui est rasé, que celui qui rase. 

échappés de cimetière, m.. Vieux officiers des 
services d'arrière ; 81^ art. 1., mai 18. — Cf. 
rupture. 

écoute (faire 1'), Ecouter si l'ennemi tra- 
vaille, terme de sapes- souterraines ; Bourru, 
259. — Cf. écoute, f., Galerie d'où l'on peut 
entendre si le mineur ennemi travaille, hdt ; 
écoute, Action d'écouter, semblait vieilli. 

écouvillon, m., Eau-de-vie : « La nourriture 
de ce Poilu [le canonnier de 37] est la même 
que celle des autres ; cependant il l'affuble lui- 
même de noms différents <...!> là gnole s'ap- 
pelle 1' « écouvillon » parce que « ça gratte le 
tube » », Diable au cor, in B. des A., 30-5-17. — 

— 214 — 



Uécoui^illon est le balai de l'âme du canon ; les épi- 
nards sont le balai de V estomac ; — l'eau-dë-vie 
nettoie les yeux [eau pour les yeux ; chasse- 
brouillard) et les boyaux [tripoli) ; si à sa vertu 
détergente vous ajoutez l'impression de râpe 
qu*elle donne au gosier, vous obtenez l'image 
de Vécoui^illon ; — syssém. : îil de fer, m., 1, 
Vin : « Ce vin est bien mauvais, c'est du vrai 
fil de fer )), 81^ t., -15 ; — 2, Eau-de-vie ; camp 
de Ger, 16-17. — d'où barbelé, m., Al- 



cool ; D. 



I 



écraser de la paille. Dormir ; « Ha, on en 
écrase, de la paille, en vingt-quatre heures ! », un 
paysan de Châlons-sur-Saône,81®t., juinl6 ; [ 
« C'est alors qu'on en écrase... de la paille sur 
le pajo », CHAPELLE ; • — un résultat du cpu- 
cher est censé sa cause finale et le sommeil est 
comparé aune corvée; la même idée adonné: 
exercice de paupières, m., Sommeil ; marins, 
14-18 ; 81® t., juill. 15 ; — marche de flanc, 
Repos sur le lit de camp, rig. ; — faire des 
heures. Dormir ; d. ; — sous-entendu : supplé- 
mentaires ; — et en boche klappendienst (ser- 
vice de trappe), Corvée de portefeuille, del- 
couRT ; — cf. cori>ée. — Dér. : écraseur, m., 
Grand dormeur : « il n'y a pas pire écraseur 

— 215 — 



que lui à la compagnie », 81® t., -15. — Voir en 
écraser sous le. 

écrémeuse, f., Mitrailleuse ; divers soldats, 
14-17, faisant en même temps le geste de tour- 
ner une manivelle ; « je les ai déjà tatée [les 
Boches] voilà 10 jours et je n'est pas à me 
plaindre à part quelques pauvres malheureux 
qui ce sont laissée prendre par Tecrémeuse, je 
suis parti du d. d. [Dépôt Divisionnaire] comme 
vous voyez et je les tate un peu pour voir ce 
qu'il on dans la peau », un docker nantais, 
65® inf., lettre 11-4-17. — Le sématisme qu'in- 
dique le geste traditionnel de tourner une ma- 
nivelle se rattache à celui de moulin à café, 
(Un caporal du 81® t., qui emploie écrémeuse, 
ne sait pas l'expliquer autrement que par un 
geste de faucheur ; la mitrailleuse, dit-il, 
« cueille les meilleurs ».) 

égratigner le Jésus, Exagérer dans l'action, 
le discours ou le raisonnement ; 340® inf., 
janv. 16 ; ... le jasus ; 95® inf., -18. — Syn. et 
syssém. : écorcher ; d. — Egratigner, écorcher, 
c'est un remplacement de bousculer. Quant 
au Jésus, c'est la figure. L'idée de Figure 
humaine est exprimée multiplement par les 
façons que l'art a trouvées de la reproduire : 

— 216 — 



h 



portrait, ri g. ; — d'où se bousculer le portrait. 
Se mettre le cerveau à l'envers, bringer, M. le 
Vicomte, 188 ; — gouache, rig. ; — médaillon, 
Nénesse, 204 ; — photographie : « Non mais 
pige-moi la photographie de ce p'tit bas du 
cul », Feu, 47 ; — ou tout simplement miroir : 
({ recevoir un obus dans le miroir », D. m. p. 
Et toute figure devient un Jésus, parce que 
l'image du Seigneur est l'image éminente, digne 
de longue contemplation ; — de même certains 
paysans nomment tous les livres des Heures. 
— Cf. la salir. 

élève-mort, m., A, Malade, ou Blessé ; 81® t., 
juin 17 ; se dit en particulier, plaisamment, à 
propos de l'homme qui exagère son mal, qui 
veut avoir une maladie de première-classe; 1| 
porté sur la liste des élèves-morts. Porté malade, 
au régiment, rig. — Syssém. : pâle, Mort ; 
être pâle des jambes, a, Etre mort de fatigue ; 
b, Avoir des jambes de squelette ; marins, -18 ; 
(cf. pâlir qqn, le Tuer) ; — raide. Mort ; [raidir. 
Mourir, Intérieur des prisons (1846) ; raidir 
Vergot, Mourir, dlle ; raidir des quatre pattes 
et de la queue. Mourir, en parlant d'hommes, de 
fleurs ; marins, -18) ; — gelé. Mort ; — pile. 
Mort ; — ces quatre adjectifs se tirent de la 

— 217 — 



pâleur des trépassés, àe la raideur des cadavres 
et de leur froideur glaciale, et de ce qu'un 
homme étendu sur le ventre, ne montrant pas 
sa face, est pile, et que c'est une attitude plus 
usuelle aux morts qu'à ceux qui respirent ; 
(pourtant se faite tuer, c'est aussi i^irer le i^entre 
pour voir passer les aéros, t).) ; ainsi pile équivaut 
pratiquement à Bousillé : « on roule un peu... 
puistoc... l'avion s'at-rête pile... Les roues avant 
viennent de heurter un talus )), chevalier, 
Gu. Aér., 28-6-17, p. 525; c. 3 ; « Aïe ! il faut 
descendre, comment ? Atterrir... « pile ou 
face ! »... », THAVET ; — de là se faire porter 
pâle, Se faite inscrire sur le cahier de visite ; 
8® génie, -18 ; ] Gaspard, 71 ; chapelle ; — 
ou raide ; 8® génie, -18 ; | Vous avez du toupet 
« de vous faire porter « raides » pour des petits 
machins de rien du tout », chapelle, Jourrt., 
17-3-17 ; — ou gelé ; d. ; — ou pile, 81® t., 
14-17 ; Il 19® inf., 96-01 ; — qui signifient exac- 
tement se faire porter mort, et ne font pas allu- 
sion, comme on l'a dit, à des pâleurs symptô- 
ma tiques, aune raideut de paralysie, à une froi- 
deur désagréable, à une pronation paresseuse. 

B, 1, Soldat qui va au combat ; Mousqu., 
51, à propos d'un aviateur ; — 2, voir appretiti. 

— 218 •— 



embusquer (s'), Se trouver un emploi (mili- 
taire) doux et caché, Se mettre (pendant la 
guerre) à l'écart des dangers du feu et des 
fatigues des armes ; usuel et universel, 14-18 ; 
Il E. « briguait la place du soldat libérable 
embusqué à la presse régimentaire », des- 
caves, Sous-offs, III, I ; embusqué s'étendait 
déjà avant -14 à des emplois civils ; à propos 
de civils exempts des périls de guerre, texte 
de -05, in Int. des Ch., LXXVI, 133 ; d'uni- 
versitaires postés hors cadre à Patis pour le 
mieux de leur avancement, ih., LXXI, 442 ; de 
P. T. T. jouissant d'un régime de faveur. 
Temps, 7-7-09, p. 3 ; — l'idée première fut 
qu'on se poste pour guetter l'occasion de 
l'avancement et des honneurs ; c'est une méta- 
phore d'officiers plus que de troupiers ; cette 
idée de finalité a disparu ensuite ; l'embusqué 
se coîitente de s'être soustrait aux devoirs du 
commun. — D'où embusquer, 1, Mettre dans 
un emploi (militaire) doux, caché, préservé ; 
usuel et universel, 14-18; || avant -14 (?) ;• — 2, a. 
Mettre dans une situation douce (non mili- 
taire) : (( Quand il a été mort, on a embusqué 
sa femme comme bonne de curé », 81^ t., -16 ; 
— b. Chaparder : « Des paires de souliers ? Y a 



219 



qu'à aller à l'ordinaire. Le jour où j'en aurai 
besoin, j'irai à midi quand y a personne, et j'en 
embusquerai une », 81® t., -16 ; — parce que 
chaparder c'est détourner et mettre en sûreté, 
eux idées qui pourfEpicure n'en font qu'une. 

— Enfin embusqué^ en pleine vogue, est em- 
ployé métaphoriquement par des écrivains, 
comme syn. de Fainéant, Lâche et Inutilisé ; 
voir G. E., 1-4-18, 444. 

Dér. : embusque, f., Emploi d'embusqué ; 
3® chass. d'Afrique, juin 18; | Cabaret, 478 ; 

— apocope à.^ embuscade, ou, mieux, substantif 
verbal de s'embusquer ; — embuscade, f., Em- 
ploi d'embusqué ; — sans aucune idée de 
chasse, le gibier étant déjà possédé ; usage 
plaisent d'un mot déjà formé ; — embusqueur, 
m., Celui qui embusque ; D. m. p. — débus- 
quer. Retirer d'une embusque ; D. m. p. ; 
B. des A., 22-3-16, p. 14 ; — débusqueur, m.. 
Celui qui débusque ; Œu{^re, 10-10-16, p. 2, 
c. 2 ; — désembusquer. Débusquer ; sénateur 
DEBiERRE, Joum., 20-12-16 ; — désembus- 
cage, m.. Action de désembusquer ; poussin, 
A. fr., 27-11-16 ; — embuscadin, Embusqué 
petit-maître, rime avec muscadin dans une 
ballade parue dans le Poilu, in Humanité, 

~ 220 — 



17-3-16; — chevauchement, embusqué -f- mus- 
cadin ; (^) — embuscomanie, f.,A, Manie consis- 
tant à préjuger embusqué tout civil ou soldat 
non frontard : « Les méfaits de V « embusco- 
manie » », le Briard, 18-10-16, p. 2, c. 5 ; — 
B, Régime de la recommandation : poussin, 
A. fr., 27-11-16 ; — embuscaillon, m.. Homme 
sans valeur employé au bureau de la compa- 
gnie, (dans Tespèce, vocatif à l'adresse d'un 
malingre) ; 81® t., juin 17, apax ; — embrisqué, 
m., Soldat porteur, de nombreuses brisques : 
« Les Embrisqués de la iZone Désarmée -<...>► 
Embrisqué. Appellation heureuse due à notre 
verveux confrère « Le Pépère » », 120 Court, 
10-10-16 ; — chevauchement d*embusqué et de 
brisque, signifiant que les soldats du demi- 
arrière, moins exposés, ont le temps de vieillir 
sous une addition de chevrons. 

emmancher (s'), Se faire, Se produire ; 81® t., 
14-17 : « V'ià une affaire qui s'emmanche mal »; 
« Gomment qu'ça s'emmanche ?» ; — syssém. : 
Comment qu\a s' goupille ? — Cf. sous manche, 
un emmanchement qui semble distinct. 

encaisser. Admettre volontiers dans son 



(^) Cf. Cagnadin, type de poilu, Horizon, sept. 18* 
~ 221 — 



esthétique ; usuel et général ; « deux sortes de 
types que je peux pas encaisser : les coiffeurs 
et les garçons de café », un marin, -18 ; — dér. : 
encaisseur, Facile à séduire : « il était mille 
fois moins encaisseur encore que moi touchant 
la chose de l'espionnage », Il acceptait encore 
moins que moi qu'il y eût des espions en liberté, 
Feu, 20-8-16. — Métaphore de physiologie ; 
l'Estornac est une caisse ; encaisser est syssém. 
de gober, aç^aler, digérer. Agréer, de çomir, dé- 
héqueter, Ne pas agréer ; mais il s'y est greffé 
l'influence de encaisser, Recevoir etSne pas 
rendre (un coup), dont les matches^de boxe 
ont décuplé le succès, dlle ne cite qu'un em- 
ploi de ce verbe : encaisser unlsoufflet, ce qui 
est lâcheté ; depuis, encaisser des ' gnons est 
devenu un métier honorable ; un encaisseur est 
un Lutteur dont l'endurance aux coups reçus 
est une sorte de capacité ; de là « Le troupier 
français est devenu le premier « encaisseur » du 
monde », z, Œuvre, 20-10-16. — Cf. prendre. 
encarabiner, Embêter : « Pourquoi qu'il nous 
faut à nous [pour nous mener à l'abreuvoir] un 
brigadier, tonnerre de sort !... Un brigadier qui 
nous encarabine », Cabaret, 469. — Carabine 
ou Fusil étant seringue et clarinette, l'esprit des 



222 



mots enfifrer et canuler, Embêter, a pu glisser 
dn^fifre par la clarmette,|oulde la canule par 
la seringue, jusqu'à la carabine. Mais il est plus 
vraisemblable que encarabiner est une libre 
« suffixation )> modifiant un verbe connu 
qui commence par enc-. 

enfant de quatre pères et veuf de trois, m., 
Père de quatre enfants ou veuf père de trois ; 
81® t., janv. 17. — Simulation plaisante d'une 
méprise amenée par le raccourci qu'impose la 
fréquence de la formule ; les circulaires offrent 
des situations moins exposées aux militaires 
ayant ces charges de famille. 

enfants de chœur à Poincaré, m., A, Chas- 
seurs à pied; 289® inf.,-18; — ^c.-à-d. cadets et 
chéris de M. Poincaré, qui fut chasseur. — B, 
Gendarmes ; fantassins, 15-16 ; 2® c^^, 17-18 ; 
— c.-à-d. Gardes-du-corps de l'Exécutif. — 
C, Annamites ; 2® c^^, -17 ; — le bruit courut 
que le Président avait une garde annamite (!). 

enfifreur de culasses, m.. Artilleur : « Ça 
t'apprendra, l'enfifreur de culasses, à <...> », 
Cabaret, 470 ; — rudes amours. 

enfile-boche, m., Baïonnette ; 81® t., avr. 16. 

engazé. Intoxiqué par les gaz asphyxiants ; 
une femme de mobilisé, nov. 17 ; adj. leconte, 

— ?23 — 



I 



-18. ~ Syn. : gazîfié ; 289^ inf., août 18. — 
gazé ; 13^ tir. alg., août 18, tant en style poilu 
qu'en style médico- officiel ; — même suffixe 
simple dans grenade, Dépeuplé de poisson à 
coups de grenade, d. 

envoyer, Sonner (au clairon) ; marins, 17-18 ; 
« Est-ce que la soupe a été envoyée ?» ; « En- 
voie-nous les permissionnaires [le rappel à la 
bordée de terre] ! )) ; || usuel avant -14. — Se 
tire de envoyer un boniment, une chanson, Re- 
partir, Chanter ; cf. « Qu'est-ce qu'il envoie 
comme parfum ! », Il est parfumé excessive- 
ment. 

épauler, 1, Coucher en joue : « Le Belge vou- 
lait passer vers le navire, il ne comprenait pas 
ce que lui disait l'Américain ; celui-ci Ta épaulé 
et l'a tué », un marin, -18 ; — 2, Châtier, Punir, 
Traiter de rigueur par vengeance : « C'est alors 
qu'il l'aurait épaulé », 81^ t., -17 ; « Il va se 
faire épauler de quinze jours », Il va empaumer 
quinze crans de boîte ; marins, -18; — sys- 
sém. : avoir à Vœil, Surveiller sévèrement ; — 
viser, même sens. 

épicier, m.. Militaire employé à la manuten- 
tion des caisses d'essence d'une escadrille : 
« Derrière une pile de caisses d'essence un des 

— 224 — 



« épiciers » de l*escadrille «<•..>► », pol, Gu. 
Aér,, 22-3-17, p. 304, c. 2. 

épingle à chapeau, f., A, Grenade à fusil ; 
lOe inf., -15; | dauzat, 16-4-17, 664. -— 
B, Baïonnette ; 340® inf., mai 16 ; | chapelle ; 
— syssém. : aiguille à tricoter, f., Baïonnette ; 
LAMBERT ; D. || Epéc ; DLLE. — Au sens A la 
métaphore se tire de la pointe piquante et de 
la longueur agressive des épingles des chapeaux 
de femmes vers 09-11 ; au sens B, de la tête à 
peu près cylindrique adaptée à une tige mince, 
style d'épingles à la mode. 

équipe volante, f.. Groupe de soldats liés 
par le tempérament, toujours prêts à quelque 
expédition extérieure au service, et notam- 
ment à la maraude ; 81® t., août-oct. 14. — 
Cf. (?) « Une séquelle, une isolante : une sec- 
tion », soldats genevois, Schw. Sold., 72. 

èrème, m.. Vaguemestre : « A notre batterie 
nous appelons notre sympathique vaguemestre 
V Erème, de R. M., abréviation de Ravitaille- 
ment Moral. Vous devinez aisément pourquoi », 
B. des A., 30-8-16, p. 13, c. 1; — ci.cama,'^' 
Syssém. : « un poilu — du secteur 161 . — pro- 
pose de lui attribuer [au vaguemestre] le sur» 
nom de chasse-cafard, car « le vaguemestre, 

— 225 — 

ESNAULT 15 



dit-il, contribue au maintien de rexcellent 
moral chez nos braves et héroïques soldats. » », 
B. des A., 26-7-16, p. 12, c. 3. — sourire, m., 
Vaguemestre, d. 

escalier {monter en), S'élever par à-coups ; 
R. G. Aé., 17-18. 

essence, f., Ce qui fait marcher une machine : 
Ceux des soldats qui sont près de la locomotive 
stoppée « lancent au mécanicien ; — R'colles-y 
de l'essence», benjamin, Jouri}., 1-5-16. — 
Extension de sens plaisante et sans doute pas- 
sagère, de style, non de lexique ; cf., plus vrai- 
ment métaphorique, oriflamme, f.. Energie : 
« r t' faudrait un' 'tite 'oiture pour porter tout 
ça. — Oui, mais qui c' qui la traînerait ? — 
Toi ! en guise de moteur à crottin. — Et qui 
c' qui m' mettra d' l'oriflamme dans les mol- 
lets ? », un cuisto, 81® t., -17 ; — et, entrés 
dans le lexique, sauce, jus, coco, Essence de 
pétrole, (boisson nourricière des moteurs), pé- 
trole, Eau-de-vie, (fluide générateur de kilo- 
grammètres humains). 

estanco, m.. A, Cagna, Abri aux tranchées ; 
assez usuel, Nantais, 81® t., -15 ; 2® c^\ -18; — 
B, Camion-bazar ; monax, 81® t., juin 16; \\ 
à Vestanco, en Prison, à la Salle de police ; 

— 226 — 



65® inf. (Nantes), -92 ; estanco, nom, et ensei- 
gne, d'un petit café-concert, à Ancenis, -97. — 
De l'espagnol estanco, 1, Mise de denrées en 
régie ; 2, Débit de tabac ; usuel à Gabès, -97, 
au sens de Cabaret ; usuel à Kati (Maroc), -08 : 
« l'estanco du père Pérez, l'Espagnol, cette 
vieille crapule qui nous louait des femmes bom- 
barras et qui nous vendait des œufs presque 
toujours couvés )), m. l., N. Contes vér., 190. 
Le sens B peut sortir tout droit du sens espa- 
gnol 1, et, sans pour cela lui voir engendrer 
l'autre sens, je l'aurais noté A, s'il eût été plus 
fréquent. — Cf. malabar. 

estomac (la faire à 1'), Crâner, Payer d'au- 
dace : « On ne vous donnera pas de billet au 
guichet, puisqu'il ne doit pas y avoir de per- 
missionnaires. Vous croyez que vous en aurez 
un ? Vous comptez la faire à l'estomac ? », 
marin, avr. 18 ; | r. w., Gu. Aér., 15-2-17, 
p. 214, c. 3; Il estomac, Intrépidité à jouer, 
veine ou non, dès -68 ; rig. 

étamage, m., Etat-Major : « l'état-mage 
boche )), « scribouillard de l'état-mage », paw- 
LowsKi, Signaux, 66, 72 ; — apocope-calem- 
bour. — Syn. : état- mâchoire, m., déch. ; — 
libre suffixation, (cf. çétérinoir), offrant l'idée 

— 227 — 



qu*on y mange bien, (cf. cheçaux de luxe). 

étrangler, Epater, Epoustoufler ; 289^ inf., 
-18 ; — étrangleur, m., Monteur de coups. 
Estampeur ; un forain au 81^ t., -16. — Sys- 
sém. : cravateur, Bluffeur ; d. ; — d'où coups 
de gueule, ici p. 569. — Cf. asphyxier. 

étui, m.. Gorge ou Estomac : « tu parles aussi 
d'un quart à trous ! C'est à ne pa* y croire c* 
qi's' laisse tomber de kilos dans l'étui, dans 
l'espace seulement d'une journée », Feu, 22. — 
Gorge, Etui, Jargon (1836), terme de malfai- 
teurs, offre le sématisme inverse ; cf. fokker. 

étui à puces, m., Pantalon ; Feu, 204. — 
Etui, Caleçon de dessous ; lavedan. Leur beau 
physique, Les dessous. — Cf. fourreau, m., Pan- 
talon ; D. m. p. Et quant au pessimisme, trop 
légitime en certains domiciles, cf. boîte à poux. 

Eugène, m., les Feuillées : « le poste d'écoute 
qu'est au bout d'Ugène », saint-cassin. Temps 
Buté, in Front, 1-9-16. — Cf. Jules et Eudoxie, 
Tinette militaire, rig. ; — madame Durand, 
Cabinets, Brest, -98. 

Eusèbe, m., la Paye ; adj. leconte, 18 ; | 
« palper Eusèbe », Feu, 20-8-16. — Cf. Domi- 
nique, la Paye de l'équipage ; marins ; — Ro- 
salie. 

— 228 — 



ex, Exempt de service : « le toubib m'a mis 
ex deux jours », chapelle ; rocher. — Se tire 
de l'abrégé « ex » mis en regard du nom du 
malade, plus exactement « ex. serv. », « ex, exer- 
cice », « ex. corvée », suivant la thérapeutique du 
major et la discipline du bataillon. — Cf. ax^ 
dé, fe-fCf pé-cé ; cama. 

excès de zèle, m., Adjudant ; d. — Cf. ca- 
fard, m.. Adjudant ; d. ; — aboyeur, m., Sous- 
officier ; D. — Ils cafardent (mouchardent), ou 
gueulent, par excès de zèle. 

expliquer (s'), Causer (en parlant du canon) : 
« N'était le grondement ininterrompu des 
grosses pièces, qui, comme disent les hommes, 
« s'expliquent » de ligne à ligne », ch. l., Jourrh., 
1-8-15. — S^expliquer, Discuter, Se disputer, 
est usuel populairement. Il est usuel aussi dans 
la prostitution, dans la plus basse, au sens de 
Se prostituer: « aujourd'hui je ne m'explique 
pas », « je m'explique tous les soirs au Châtelet 
[sur la place du Châtelet] », Paris, -04, exacte- 
ment Débattre le prix de ses faveurs. Toute 
platonicienne, l'origine psychologique de l'em- 
ploi galant de s'expliquer est saisissable dans 
ce texte-ci, où parle un amoureux animé des 
sentiments les plus délicats : « il me restait tant 



de choses à lui expliquer », J'avais tant d'im- 
pressions complexes à peindre devant elle, 
NODIER, Thérèse Aubert, éd. Fayard, 29. — 
Syssém. : causer, qui se dit des canons, (cf. 
faire parler la poudre, et la devise Ultima ratio 
regum), dans les conversations orageuses {Cau- 
sons maintenant !) et en langage de galanterie 
(causer, Faire l'amour, et causeuse, Femme 
chaude, Dict. erotique moderne) ; — rouscailler, 
1, Parler, Jargon (1628) ; 2, Coïter, rig. ; — 
grec ancien oiclU-^o^-ji, 1, Causer ; 2, Coïter, 
(et par le sématisme inverse ôapi^to, 1, Vivre en 
intimité ; 2, Causer), bailly, Dict. grec. — 
Jactance teutonne, f., Bombardement boche ; 
D. ; — alliance d'un substantif argotique à un 
adjectif savant ; exactement Langage ostro- 
goth. — Voir passer, et, aux Notes, jus. 

facétie, f., Coup de main (français ou boche), 
et même Attaque ; 156^ inf., avr. 18, où l'on 
estime que cette expression n'a été relevée 
« dans aucun autre régiment ». — Que ce soit, 
en plus intense, le même tour d'esprit de pu- 
deur et d'euphémisme qui fait appeler l'As- 
saut fantaisie sur fil de fer ; d. ; — la Bataille 
bagarre, 360^ inf., 14-15, 109^ inf., -17, 8^ gé- 
nie, -18 ; — et une Victoire échauîfourée, « Je 

— 230 — 



sors de la grande échauffourée de Laneuville- 
Sire-Bernard [offensive française du 8-8-18 
entre Somme et Avre] », i. lâchât, 12-8-18, 
telle est l'impression actuelle du combattant 
sur le mot facétie ; cette impression ne vaut- 
elle pas une étymologie ? Et elle peut être 
l'étymologie, et le mot serait syssém. de 
cinéma, du même régiment. Toutefois il est 
plus prudent d'y soupçonner un souvenir 
de S^-Cyr, que des officiers auraient propagé, 
avec adaptation du sens ; « Dans l'argot de 
Saint-Cyr, on appelle « facéties » les marches 
militaires )), note à une pièce de vers, le « Caso », 
(« Ou bien passant gaîment les jours de « fa- 
cétie )) Le fusil sur l'épaule et le sac sur le dos »), 
citée par sérieyx, Eclair, 1-7-08. — Cf.c/ian- 
tier. 

facteur, m., Vaguemestre ; 81® t., -15 ; sec- 
teurs 93, 101 et 146, B. des A., 26-7-16, p. 12. 
— Cf. chantier. 

fainéant, m., Havresac ; d. — Il se fait 
porter ; — cf. sac à lest. 

faire. Faire prisonnier ; 40® art., -18 ; assez 
général: « nous, les avons faits », « pour les 
faire » ; — être fait, Etre arrêté, faire aux pattes, 
Voler, termes de malfaiteurs, usuels aux trou- 



231 



piers. — Syssém. : travailler, Chaparder ; 13^ 
tir. alg.,-18. 

faire canne, chaussettes, etc., Faire des effets 
de canne, *de chaussettes, etc., ou tout simple- 
ment Avoir une canne (pour assurer sa marche 
dans la boue, sur les routes), des chaussettes, etc., 
81® t., 14-17; Il faire faux-col. Laisser passer le 
col de sa chemise, rig. ; faire fantaisie, Porter 
des effets non réglementaires, usuel dès long- 
temps. — faire ceinture. Jeûner par force, 
81® t., 15-17 ; — non par un chevauchement de 
faire fine taille + serrer sa ceinture, mais par 
condensation de Faire-comme-qui-se-met-la- 
ceinture. — faire îissa, Se dépêcher ; 2® mixte, 
très usuel, 17-18 ; — non par décalque de faire 
vite, qui est plus industriel que militaire, mais 
par condensation de Faire-comme-qui-court- 
vite. — faire pâle, ou raide, Se porter élève- 
mort ; D. 

faisandé. Ivre ; 40® art., -18 ; — combine les 
idées des syn. mort et mûr, cuit, mais n'est à 
l'origine qu'une simple queue romantique sur 
fait, même sens. 

faisander, Choper : A, Chaparder ; 13® tir. 
alg., -18 ; — B, Faire prisonnier ; d. — Queue 
romantique sur faire, (par le participe passé : 

— 232 — 



fait — >" faisandé), peut-être avec allusion au 
système D, {fait en dé). 

falot (passer au), Passer au conseil de guerre ; 
130e inf., 2e c^l, -18 ; \\ 18^ inf., -Oâ. — Idée : 
être regardé de près, étant suspect. — Dér. : 
faloter, même sens ; d. — Voir tournant. 

fauche- pattes, m,, Obus à fusée sensible, 
dont les éclats rasent le sol et fauchent les 
jambes des hommes non abrités, « bibelosco 
dont les Boches sont peu chiches depuis que 
nous nous battons sur le tapis », g. maréchal ; 
289e inf., mars-juillet 18. 

fe-fe, m., Avion Farman frères ; aviateurs, 
avr. 18; | Feufeu, Gu. Aér., 29-3-17, p. 310. 
— Des deux initiales (prononcées suivant une 
mode scolaire moderne) de Farman Frères. La 
marque est une F. Cf. me-fe ; ex. — Les météos 
nomment be-ce-me, m., le télégramme d'obser- 
vations qu'envoie le Bureau Central Météoro- 
logique ; mais ils disent plus souvent le bé- 
cé-èm. 

fer {du), m., des Obus ; un comm* d'art., 
oct. 14. — ferraille, f., Obus : « Donc journelle- 
ment nous arrivait une ration de ferraille », 
H. o. (5e art. à pied), N. Contes vér., 222 ; 
« Quand j'ai reçu ma ferraille », Gaspard, 150. 

— 233 — 



— Cf. métaux, zinc, casser du bois. — enclume, 
f., Gros obus, D., est moins une métaphore 
qu'une métonymie spécifiant le fer par un 
objet en fer, la substance par la forme. 

fer à repasser (comme un), En tendant lour- 
dement vers le centre de la Terre : « Moi, dans 
la baille [la Mer] ! Je nage comme un fer à 
repasser )), un pilote de dirigeables, déc. 17; || 
« Le temps est passé où celui qui volait bien 
se faisait remarquer, maintenant c'est le règne 
des aviateurs évoluant « comme des fers à 
repasser ! )) A eux les galons et les décorations, 
aux virtuoses les punitions et le conseil de 
guerre peut-être ! », chevilliard, article de la 
Vie au grand air, quelques mois avant la guerre 
in Gu. Aér. ,S-2-17, p. 197. — De là fer à re- 
passer, m.. A, Cuirassé lourd et dur à manœu- 
vrer ; marins, -18 ; — B, Avion mauvais pla- 
neur, (quel qu'en soit le type) ; aviateurs, 
R. G. Aé. et Miramas, avr., mai 18. — Le fer 
à repasser ainsi visé n'est peut-être que le Sou- 
lier, cet emploi du mot est dans dlle, F.- A., 
et les pêcheurs savent trop que le soulier est 
un poisson de fond. 

feuille morte {tomber en). Tomber en oscillant 
par les effets de l'air sur les plans de l'appareil ; 



234 



aviateurs ; 1 « L'appareil se mit en vrille et telle 
une feuille morle. descendit de 2 000 à 800 mè- 
tres », Matin, 26-4-16, p. 2, c. 3 ; « Moi, je 
dégringole en feuille morte », sem, Journ., 
27-5-16. 

feuille de timbres- poste, f., Aspect que prend 
un terrain soumis à un bombardement métho- 
dique : « Représentez-vous, tombant méthodi- 
c{uement de quarante en cinquante mètres [sic] 
tout d'abord, puis, la ligne tracée, dans l'inter- 
valle, des projectiles de gros calibre, creusant 
leur entonnoir, forant le sol, comme un crible, 
par quatre ou cinq à la minute. Et ainsi, le 
jour, la nuit, à jet continu, sans répit... Nos 
poilus, dans leur argot pittoresque, ont baptisé 
ce marmitage intensif : « la feuille aux timbres- 
poste ». Ils mettent toute leur attention à 
« suivre le pointillé » », Trois jours, 13-7-16. 

ficelle, A, f., Galon d'officier ; 130^, 300^ inf., 
15-18 ; I (( une ou deux ficelles au képeçon », 
RICHARD, Pet. Par., 14-5-16 ; « le nombre de 
mes ficelles », Cabaret, 467 ; || Liseré de sous- 
officier rengagé ; g. turpin. — Ficelle rouge. 
Soldat de 1^^ classe, dlle, offre une image 
moins juste pour un galon plus large. Cf. (?) 
vermicel, Premier lieutenant, soldats genevois, 

— 235 — 



Schw. Sold., 72. — Cf. jarretière, f., Galon de 
tambour et clairon ; 98^ inf . ; déch. ; — il est 
riolépiolé à la mode d'une sorte courante de 
jarretières élastiques. 

B, Fil téléphonique ; 5® génie, -18. 

fièvre de Bercy, f., Ivresse ; V. du p. — Bercy 
a de quoi donner des visions internes à plus 
qu'une équipe. 

fifrer, Exagérer, Mentir ; sans fifrer, 231® inf., 
-16, H. BARBUSSE; non confirmé d'autres corps; | 
« tu n'as pas fini de fifrer ! », D. m. p. ; « On 
n'a rien, sans fifrer, on n'a rien », Feu, 203. — . 
Syssém. : faire de la fanfare, A, Causer du 
scandale ; D. m. p. ; — B, Se vanter, D. m. p. ; 
— faire de Vharmonie, Faire du tapage, Car- 
touche ; faire de la remone, Faire le rodomont, 
RiG. ; — peut-être même, Qar un bon mendiant 
est un bon menteur, aller en musique, Aller 
mendier. Chauffeurs de l'an VIII ; — dans ces 
rapprochements musicaux, fifrer semble un peu 
maigre, surtout à côté de battre la grosse caisse, 
Parler de soi, Faire de la réclame, rig. ; mais 
précisément, fifres et tambours jouant souvent 
de concert, fifrer peut être présumé synecdoque 
de fifrer et tambouriner. 

fignard, m.. Tabac ; d. — Dérivation homo- 

— 236 — 



nymique : Tabac — trèfle ; or trèfle = Fignard 
(Anus) ; donc fignard = Tabac. 

figne (au), Par derrière : « avoir quinze mètres 
au figne », Avoir vent arrière, vitesse 15°^^ à la 
seconde, aviateurs et aéronautçs, 17-18 ; — 
figne, Cul ; — syssém. : avoir « le vent en plein 
cul », PUNCH, Fantasio, 15-8-16, p. 96, c. 1 ; 
— « On est fin prêt pour barrer. Même qu'on a 
le zef aux fesses », ib. — Cul, Arrière, était déjà 
de style nautique. 

f Hocher, 1, S'esquiver, Se débrouiller pour es- 
quiver du service ; divers soldats ; | « Quand tu 
filoches devant une corvée <^...>>, c'est les 
autres qui écopent », Feu, 34 ; « qu'un bigor- 
neau comme moi <;...]>, ça ne devait pas filo- 
cher comme je faisais », chapelle ; — on a 
franc-fileur, « celui qui, pour échapper au siège, 
c.vait quitté Paris pendant la guerre de 1870. 
Par opposition à franc-tireur », rig., généralisé 
ensuite, franc-fileur, « individu qui file à l'étran- 
ger pour échapper au service militaire », dlle ; 
filocber, a, Filer, (Donner) ; b, Filer (Courir) ; d.; 
mais il semble que filocher peut signifier aussi 
bien Se débrouiller dans le service que Se dé- 
brouiller pour n'en pas faire, et d'une manière 
générale Profiter, (voir ci-après) ; cela s'expli- 

— 237 — 



quera bien en tirant filocher de filon, ou tout 
au moins en admettant que filon transparaît, 
par chevauchement sémantique, sous le radical 
de filer, et que filocher remplace filonner ; (cf. 
sardoche) ; filon signifie toute Affaire, aussi 
bien ce qu'on fait parce qu'on doit le faire, que 
ce qu'on fait pour ne pas faire son devoir ; — 
2, Mettre à profit : filocher le secteur, Tirer 
parti de toute bonne occasion, a. arnoux; ] 
Une des dames infirmières, en me frottant le 
ventre chaque jour, me « répétait toujours que 
son mari n'était propre à rien. J'ai compris 
l'allusion. Alors j'ai filoché le secteur.... Oh ! là ! 
là !... Elle m'a donné des cheveux quand je 
suis parti )), Cabaret, 459 ; — le sens premier de 
cette locution n'est-il pas Organiser le secteur 
de combat de façon débrouillarde ? Cf. secteur. 
— Dér. : îilocheur, Débrouillard ; chapelle. 

îilon, m., 1, Chance, Bon métier : ai^oir le 
filon ; cest pas le filon ; 81^ t., 14-17 ; très 
usuel et général ; | « on tient Tfilon », Gaspard, 
150 ; « J'ai le filon )), ib., 221 ; la « blessure filon », 
Bourru, 97, envoie à l'arrière ; \\ usuel aux ma- 
rins de l'Etat, -07 ; trouver le bon filon. Avoir 
de la chance. Trouver une heureuse combinai- 
son ; soldats genevois, Schw. Sold., 72 ; — le 

— 23ô — 



filon, c'est la direction féconde, la route heu- 
reuse, la ligne d'or de la conduite ; image issue 
des mines : « Il s'égare <;...>» ; vingt fois il 
croit tenir le droit filon ; vingt fois <i-'-'> ^S 
M. c, N. Contes çér., 135 ; « le turf devint le 
filon-mère de la confrérie », mandelstamm, 
Jim Blackwood, jockey, 27 ; — dér. : filonner, 
S'embusquer : « qu'i's filonnent, bon, c'est 
humain, mais qu'après, i' viennent pas dire : 
« J'ai été un guerrier » », Feu, 136 ; — filo- 
neur, m., Embusqué ; Feu, 129 ; — 2, Affaire, 
Chose (jusque dans les emplois les plus vagues), 
Métier, Pièce d'une machine, Papier d'iden- 
tité, etc. : ça s'rait pas dans V filon, Faut pas 
faire ça ; cf. fricot ; — par une marche inverse, 
affaire, sans qualification, s'emploie pour Bonne 
affaire : « Cette fois j'ai le filon, le fin filon; 
"<...}> Cabot à l'équipe de fil de fer, c'est une 
affaire », Cabaret, 458. — Je n'ai pas entendu 
açoir le bon filin que donne Z). m. p. 

fine, f., Blessure-filon ; 20^ chass., -18 ; — 
ce que les Tommies nomment blighty wound ; 
— fin, Bon, en français populaire. 

finish !, Il n'y en vait plus, Tu n'en auras 
pas, toute la conjugaison de ne pas avoir : 
« L'Anglais avait une flotte ; mais une armée. 



239 



finish 1 », 2ds.m®s, -18. — La vogue du mot 
vient des matches de boxe, (cf. encaisser) ; 
« résolus à conduire cette guerre jusqu'au 
finish », DEKOBRA, Journ., 4-8-16 ; « l'Alle- 
magne décida qu'il fallait un finish avec l'An- 
gleterre », interview de Lloyd George, in Œuvre, 
30-9-16, p. 4, c. 2 ; de Victoire on a tiré Sup- 
pression, et de Suppression Carence. 

Autres anglicismes ; (cf. sévère, vaseux, vic- 
time ; strafer, tank, tommy) : 

Cf. afnaf, 1, Mi-parti : « j'suis content d'un 
côté, d'un autre sens, j'suis pas content ; c'est 
afnaf comme on dit », donnay, Impr., 71 ; — 
half and half, Mélange par moitié de pale-ale et 
de stout ; usuel avant -14, aux demoiselles de 
perdition, aux chauffeurs, à ce monde qui va 
et vient de Chantilly au quartier Bréda. — 
2, Ereinté, Rendu : « J'en ai mare, je suis tout 
à fait af-naf », dragon e. h., Int. des Ch,, 
LXXIII, 551. 

Cf. bizness, m.. Travail compliqué ; « Tu parles 
d'un bizness ! », « Ah ! quel bizness ! », cris 
quotidiens, 95^ inf., mai 18 ; (inusuel au 81® t.) ; 
I « Tu parles d'un business », i^eu, 15,100; || 
« Plutôt mourir que travailler Allons nos 
femmes, vite au bisnises », crayonnage sous le 

— 240 -- 



■ 



Cours-la- Reine, Paris, -03 ; « Ça va les « bu- 
siness ? )) », Echalote, 51 ; ■ — business, Affaires ; 
(« La femme nouvelle, <••.> Elle sera, sans 
doute, plus forte, plus agissante, plus busi- 
ness », PROVINS, Journ., 29-7-17) ; importé 
jusque dans la basse galanterie. 

Cf. olrède, Parfait ; divers soldats et marins, 
17-18; I « j'ai un fusil qu'est olrède », Feu, 
196 ; « Caporal Olred », signataire d'une ques- 
tion. Œuvre, 17-11-16, à la rubriq-ue Réponses ; 
— ail right (prononcé olrèyt). 

Cf. pouleuper, 1, Galoper ; mot de cavaliers, 
-17 ; — employé à propos d'un ballon-sonde 
que prend un vent fort : « Ça pouleupe là- 
haut », météos, 17-18 ; | pouloper -, d. (qui le 
croit une onomatopée) ; || Pouleupe !, De la 
vitesse !, se dit aux chevaux attelés, dès -98 
au moins ; — to pull up, Tirer, Traîner, vive- 
ment. — 2, unipersonnel, Aller fort et raide : 
« ça ne pulluppait pas assez », donnay, Impr., 
I, 14, Les journées (à l'Etat-Major) n'étaient 
pas assez énergiques. — Cf. adruper, Se sau- 
ver ; aux Balkans ; d. ; — du sabir adrop !, 
Allume !, (arabe dWeb !, Frappe !), usuel au 
13e tir. alg., -18. 

Cf. rider. Chic, Elégant ; 231^ inf., h. bar- 

— 241 — 

■SNAU&T 16 



BUSSE ; divers soldats, 17-18 ; | «On s'est en- 
foncé un poulet ridder », Feu, 21-8-16 ; — rider 
(prononcé à la française d'après la graphie, au 
lieu du prononcé anglais r^ydœr), Cavalier ; le 
composé gentleman-rider, Ecuyer amateur, a été 
compris Parfait gentilhomme ; « c'est du riflot, 
des vrais gentleman-rider qui dècheront sans 
dire ouf à cause des mistonnes », Philibert, 237. 

fissa !, Vite', ; quelques hommes du 81® t., 
-17 ; I « Roule, mon vieux et fissa ! », propos 
d'un officier à un ancien soldat des corps de 
Kabylie, m. l., Contes çér., 84 ; — arabe fis saâ, 
Tout de suite ; voir faire ; — cf. chouya. 

flambeau, m., Bonne affaire ; 81® t., -15 ; 
« Tufparles d'un flambeau ! », ne se dit que par 
ironie; |I Affaire, Métier, Invention, dlle. — 
Le sens Bonne affaire est premier si le mot est 
extrait de affaire flambante ou flamboyante, 
très Chic. Cf. filon. 

flanches, (f.?), Jambes ; usuel au 2® c^l, 
15-18. — Apocope de *flancheuses Poltronnes ? 

îlanquement (jeter un coup d'œil de), Re- 
garder de travers ; 289® inf., sept. 18 ; — syn. : 
regarder en biseau, en chanfrein, ib. 

flaût, {t sonore), m., 1, Flamand ; marins, 
14-18 ; "JPmot usuel à Armentières, Dunkerque, 

— «4S — 



Douai, dès -01, aux Flamands eux-mêmes ; 
cf. flaoust, Flamand, ross., ignoré do mes 
témoins lillois. — 2, Boche (?) dans ce texte : 
Nous donnons l'assaut, « Je plaque le bardin 
en douce et on fait la patatro sur les flahuts, 
ils en étaient comme deux ronds de flan ! », 
GossET, Le nouçeau langage (1915). — Pour le 
son ail, cf. -taii ? 

fléchette, f.. Bombe de l'obusier de tranchée : 

selon les secteurs youyou, fléchette ou queue 
de rat », Apollinaire, M. de Fr., 16-2-16. — 
De fléchette, Petit rouleau de papier plié en V 
qui sert de projectile aux éc^liers en classe ; 
cf. pétoire. 

fleur {atterrir comme une). Atterrir très 
doucement ; Miramas, mai 18. — Quand cette 
douceur n'est que relative : atterrir comme une 
petite fleur mais avec le pot ; esc. S-152, juill. 18 ; 
— comme un merlan dans un cent de clous, Pau, 
-18 ; — quand elle est parfaite : comme une 
fleur sur des œufs, R. G. Aé., -18. 

flic, m., Gendarme ;. 95® inf., 16-18 ; marins, 
-18 (et avant) ; || Agent de police, rig. (« Com- 
missaire de police »), dlle, ross., noter ; 
c'est le sens ordinaire (et c'est celui qu'on a 
dans benjamin, Journ,, 13-3-15, et non Gen- 

— 243 — 



darme, comme traduit sain.). — Dér. fliquer, 
Arrêter pour mettre en prison : « deux cognes 
[deux Gendarmes] qui vient l'fliquer », Feu, 
21-8-16; I être fliqué, Etre arrêté par les gen- 
darmes ; D. m. p. ; — fliquerie, f., Gendar- 
merie ; D. m. p. 

îlubard, m., Téléphone portatif Timimoun ; 
artilleurs, -18; | Fantasio, 15-7-18, p. 40, c. 2. 

— D'où « tu fais sonner le flubard )>, Tu es ex- 
cessif ; artilleurs, ib. — De açoir les flubes, 
Avoir peur, (voir copeaux), parce qu'on ap- 
pelle certaines sonneries électriques des trem- 
bleurs ? ou de flube, parce que le son crachote ? 

— flubard, m.. Froussard, et aç^oir les flubards, 
Avoir peur, sont usuels à Paris, dès avant -14, 

foies blancs (avoir les), et très fréquemment, 
par synecdoque, avoir les foies. Avoir peur. 
Hésiter, Etre lâche ; très usuel, surtout dans 
les corps jeunes et parisianisés. — L'anglais a 
de même pale-hearted [au cœur pâle]. Pusilla- 
nime. — Une synecdoque analogue suppri- 
mant un déterminant nécessaire à l'image se 
trouve dans la locution de sens voisin se faire 
du sang, S'inquiéter, rig., entendez se faire 
du sang de peste. — rougir les foies. Donner 
du cœur ; « Quand la lourde pilonne, tu te sens 

— 244 ^ 



i 



gaillard, ça rougit les foies à ceux qui les ont 
blancs », Cabaret, 460. — Blancs signifie Ex- 
sangues, et équivaut à Froids. (Le visage d'un 
homme effrayé devenant bleu, vert, jaune, blanc, 
de-toutes-les- couleurs, on dit aussi aç>oir les foies 
verts, tricolores, Avoir peur). L'antonyme est 
joies chauds. Ardeur (amoureuse), Nénesse, 192, 
244. Avoir du sang [dans les veines] , c'est Etre 
brave. Foie signifie Organe où le sang est actif, 
et équivaut à cœur, Courage, et à mou. Poumon, 
Courage : se tracasser le joie. Se biler, d'espar- 
BÈs, Demi- Solde, viii ; « Ils avaient les foies 
[les sangs] complètement retournés », Ils 
étaient fous de peur, j. des vignes rouges, 
Journ., 1-6-16 ; se biler le mou, Se tracasser, 
Paris, -01. Foie a pourtant sa précision : 
l'homme « le plus résistant », « lorsque, dans 
la rue ou dans le métropolitain, il enregistre, 
malgré qu'il en ait, une rumeur inquiétante », 
ressent un coup « du côté du foie », et Paul- 
Emile, à son départ pour la Macédoine, disait 
aux Romains : Les percos, y a personne qui 
les laisse tomber assez pour ne jamais blanchir 
du foie et se faire de la bile, « nemo tam famae 
contemptor est eu jus non debilitari animus 
possit », LABORDE-MiLAA, La continuité clas- 

— 245 — 



siquôy Revue hebdomadaire, 30-9-16, p. 616. 

foin, m., Tabac ; 20^ chass., -18 ; | Gaspard, 
64. — • Syn. et syssém. : trèfle, usuel dès -27 ; 
{treffoin dans vidocq) ; — varech, m., d. 

foire, f.. Pillage, par nos officiers et soldats, 
d'un village évacué de ses habitants ; glaces 
biseautées pour . cagnas, assiettes pour po- 
potes, etc. ; la foire de <...>> ; 81^ t., oct. 14- 
fév. 16. 

îokker, m.. Gendarme ; aviateurs, mai 18. — 
Syssém. : aviatiks, m., Gendarmes : « en 
raison de leurs nombreux raids », Mousqu., 71, 
73. — Une fois le Fokker appelé gendarme, l'avia- 
teur a, d'un saut rebroussé, appelé fokker le 
Gendarme qui venait, sur une route terrestre,lui 
demander ses papiers. Fokker constitue avec 
gendarme un jeu sémantique d'aller et retour 
(cf. G. E., Lois, II, 3), dans lequel, si le jeu est 
bien mené, le retour est naturellement, — 
moyennant initiation préalable, — deux fois 
plus amusant que l'aller. — De même si un 
lettré nomme tranchées les Rides du front d'un 
poilu, Feu, 287, un autre dit « dans les rides 
du front », Dans les tranchées, titre de livre. — 
Maréchal des logis s'abrège en logis, usage cou- 
rant ; or logis, Logement, devient, par un 

— 246 — 



suffixe libre, logeteau, Nénesse, 195, 206, 236 ; 
d'où logeteau, Maréchal des logis ; merlin. — 
Avion, c'est oiseau ; et aux Balkans on dit d'un 
corbeau que c'est un aéro grec ; d. — -Le cy- 
cliste est à cheval ; et le cavalier démonté a 
lâché les pédales. — Tel corps nomme les High- 
landers, qui sont écossais, petits pois, et les 
Petits pois, qui sont écossés, highlanders, d. 
Même jeu encore dans bourrin, chiotte, clebs, 
coco, (corvée d') enfant de troupe, crapouillot 
(2, 2^, h), étui, nourrice, passer à tabac, pélot, 
pompier, pou gris, quatre- cent- i^ingt, rasemottes, 
réadmis, seringue, tréteau, vosgien. 

fort (aller), 1, Exagérer ; assez usuel et gé- 
néral; I Gaspard, 51 ; Feu^ 16 ; j. l., Temps, 
21-10-16 ; « Michelet va peut-être « un peu 
fort », comme tous les grands poètes », téry, 
Œuvre, 12-9-16, p. 1, c. 3 ; — 2, Etre exagéré : 
« trente sous <;..•>> pour quarante-cinq feuilles 
en zinc [un artichaut], ça va fort ! », chapelx.e, 
Journ,f 6-9-16, propos d'un soldat. — Séma- 
tisme, cf. bousculer. 

fouet, sert à exprimer le bruit du canon : 
« Lorsque le canon [boche] fait un bruit in- 
fernal, le guetteur gouaille : — Tiens ! Fritz a 
mis une mèche neuve à son fouet ; sûrement il 

— 247 — 



va mener le corbillard au kronprinz ! », Cri 
de P., vers juill. 16. 

fouifoui, m., Membre viril : « Je pars en 
perm, tu parles que je vais me faire péter le 
fouifoui )), ... m'imposer une rude besogne 
d'amour; 340^ inf., -16. — Fouifoui -< — fifi, 
(cf. fouichu -< — fichu ; « TArmorique est « foui- 
chue » », TAiLHADE, AcùoTi, 24-1-04) ; fifi, syn. 
populaire de Petit oiseau ; de nombreux noms 
d'oiseaux conviennent au susdit objet : san- 
sonnet (ri G.), merle, zizi, chouart, rossignol, 
bribri (Brest, -06), coucou, oiseau. Servent de 
même les noms de poissons ou simili-poissons, 
ex. : anguille, sangsue, d'où : « Il est en perm ; 
il dégorge son pimpeneau », dégorger par allu- 
sion à sangsue, et pimpeneau, prononcé nantais 
de pimperneau, Anguille des étangs saumâ- 
tres. 

fouilleur, m.. Obus russe utilisé contre nous 
par les Boches, dont la chute rejette en arrière 
une grande quantité de terre ; 39® art., mai 18 ; 
I « le 210, dit « fouilleur », qui explose profon- 
dément en terre, fracassant les abris souter- 
rains », ASTRuc, Vie Par., 22-6-18. — Cf. 
fouilleur. Charrue pour ameublir le sol sans 
creuser de sillons, hdt. — Syn. : fouillard, m., 

— 248 — 



D. — Syssém. : terrassier, m., Obus à fusée à 
retard ; 289^ inf., août 18 ; 40^ art., oct. 18. 

four crématoire, m., Avion Voisin à moteur 
140 H. P. Canton- Unné; aviateurs, 15-18; | 
Fantasio, 1-11-16, p. 234, c. 2-; Gu. Aér., 29-3- 
17, p. 310, c. 1. — Le mot fut créé en -15 à la 
suite de quelques accidents où le feu, ayant 
pris à l'appareil, carbonisa le pilote ; des jalou- 
sies n'étaient pas étrangères à la fortune du 
sobriquet ; je n'enregistre ici que des viva- 
cités de langue, sans peser les réalités ; (cette 
remarque s'étend à plusieurs traits de mœurs, 
dont l'expression seule m'intéresse, secrétaire 
des poilus et non leur juge de paix) ; — quoique 
l'expression ait pu désigner presque simulta- 
nément le moteur de l'avion en question et 
l'ensemble de l'avion, il vaut mieux renoncer 
au sens Moteur que j'ai signalé, g. e., 1-4-18, 
447, et par suite à la métonymie du tout 
par la partie. — Syssém. : marmite norvé- 
gienne, f., 1, Avion Renault, marque A. R., 
sorti en -16 ; aviateurs, -16- juill. 18 ; — aux 
débuts de ce type, le pilote, soumis aux va- 
peurs de radiateurs surchauffés, se plaignait 
d'être cuit à l'étouffée ; or le type se trouvait 
sortir au moment de la campagne de presse, 

— 249 — 



menée par exemple par M. Louis Forest, en 
faveur de la marmite norvégienne comme 
moyen de cuisine économique ; demeuré en 
service, il a été amélioré quant au refroidisse- 
ment. — 2, Tout appareil dont le moteur 
chauffe beaucoup ; R. G. Aé., -18. — Même 
correspondance syn. dans ce texte : « ce fut 
un four [théâtral] auprès duquel le plus haut 
four du Creusot est réduit à des proportions 
de marmite norvégienne », anon., Vie Pur., 
25-5-18, p. 465, c. 1. — Cf. piano, apax : « As-tu 
vu le piano, comme il a dégringolé ? », à propos 
d'un avion boche tombant en flammes ; le ser- 
gent qui parlait ainsi, 81® t., mai 16, était sans 
lumières spéciales sur l'aviation ; c'était un 
bistro de Nantes ; piano, Fourneau, Cuisinière, 
donné dans ross., est usuel aux cuisiniers à 
Nantes comme à Paris. — Cf. cuisine roulante. 
fourbitage, m., Fourbi, Affaire compliquée : 
« Quel fourbitage ! », Sale métier !, 81® t., -16, 
apax d'un Nantais. — Je ne note ici ce mot 
que pour souligner l'emploi populaire de -t- 
pour former des dérivés commodes : maque- 
reautage, Métier de maquereau ; garouter, Cou- 
rir le garou ; bistrote. Débitante de vin ; cuterie, 
Histoire de cul ; sursitaire, Mis en sursis ; etc. 

— 250 — 



fourchette, f., 1, Baïonnette ; 360^ inf., 14 
-16 ; 80e t., 81e t., -16 ; divers soldats ; ] aga- 
THA ; A. F. (46® inf.), N. Contes vêr.^ 88 ; l. b., i6., 
292 ; « C'est là que les Allemands ont été cueillis 
« à la fourchette » suivant le mot d'un soldat, 
comme des escargots dans leur coque », anon.. 
Matin, 15-11-16, p. 1, c. 6; |I rig. ; — 2, Assaut 
d'une tranchée : « Le capitaine commanda : 
— Tout le monde sur le talus ! Allez-y à la 
fourchette ! <...> La fourchette ? Vous savez 
ce que c'est ? Non. Vous croyez que c'est la 
baïonnette. C'est un peu ça d'abord, mais c'est 
surtout la crosse, la matraque, les poings, les 
dents, la griffe, l'étranglement et la morsure, 
la saignée et l'assommade », m. b.. Contes per., 
171; il « A la fourchette !», langage d'un ancien 
combattant de Sébastopol, dauzat, 16-4-17, 
668. — fourchette à escargots, f., Baïonnette, 
FAGus, 565. — ■ Avec escargots l'image est plus 
complète, ou la seule complète et première. Cf. 
tire-houchon. 

fraise, f., 1, Figure : « la sale fraise qu'il avait, 
carrée du bas comme ces boîtes de singe an- 
glais )), Feu, 20-8-16 ; — 2, Tête : « tant que 
l'on n'a pas pris l'obus « en fraise » », Expres- 
sions à la mode, Ver- Luisant, in Front, 16-2-17 ; 

— 251 — 



• — 3, Tout le corps : « Faut s'manier la fraise », 
... Se hâter, Feu, 229. — La face est rouge par 
pudeur, par santé, par ivrognerie ; syssém. : 
pêche, cerise, tomate. La forme de la tête et ses 
autres couleurs lui valent les noms de patate, 
betteraçe, courge, pastèque, olwe, cassis, grume 
(Dijon, -99 ; c.-à-d. Grain de raisin), citron, noix, 
pomme, poire (^) ; « Il a pris le quart d'eau en 
pleine poire », -18 ; Attraper un éclat d'obus 
« en poire », Feu, 234. — Le passage du sens 2 
au sens 3 se retrouve sous tomate : se manier la 
tomate. Se hâter, 19^ inf., -95 ; sous poire : Au 
repos « on ne prend pas de pruneaux en poire », 
PANTRUCHARD, 116 ; SOUS gucule i sc faire casser 
la gueule, Etre tué. 

franco (passer), Ne pas saluer un chef au 
passage ; marins, -18. — Franco, Sans payer, 
appuyé par la locution cest franc, Il n'y a pas 
à se gêner. 

frère, m.. Individu ; 81^ t., 15-17 ; très gé- 
néral ; « Ce qu'il prend, le frère J », Il se fait 
amocher ; « tous ces frères-là » ; « l'autre frère » ; 
« le vieux frère »; |1 « ces frères-là », Echalote, 



(^) Et probablement jadis * sorbe, d'où, par calem- 
bour, sor bonne. 

— 252 — 



54 ; frère a le même sens vague dans gros- 
frères, Cavaliers de réserve, dlle. — frère Mi- 
roton, m., même sens ; 81^ t., 15-16; | Feu, 
15 ; Il frère Mironton, Nénesse, 55, 73, lOl, 117, 
246, 255. — S'emploient volontiers, et surtout, 
à propos de ce qui ne se conduit pas du tout 
fraternellement, un égoïste, un démerdeur, un 
cadavre, un Boche, un porte-monnaie vide. 

fricot, m., 1, Métier de sybarite : « nous voila 
revenu dans les tranché et tu parle la boue ce 
n'est pas le fricot )), un soldat, 41^ t., lettre, 
13-11-16; Il « Polochon rayonne. // a un fricot, 
un vrai fricot, un fricot d'homme de la classe, 
comme P<...> l'armurier, comme ?<••.> le 
cuisinier ; il a presque un fricot comme celui 
de B<;...>, le garçon de cantine », pawlowski. 
Polochon, 5 ; — 2, Travail, Service, tout Ce 
qu'on fait : « Tous les jours, je fais mon petit 
fricot : c'est de soigner les deux canassons de 
tête de ma pièce », lettre d'artilleur, M. de Fr., 
16-3-16, p. 377 ; cf. « Qu'est-ce que j'ai donc 
fait au fricot, ce soir ? », Je|n'ai pas de jeu, un 
boucher parisien, jouant aux cartes, mai 16. — 
Substantif verbal de fricoter, i. Cuisiner, (ex. : 
« on avait tout chauffé [pris], sans y en laisser... 
à lui»., lui qu'avait fricoté [qui avait fait la 

— 253 — 



cuistance] )), Gaspard, 71 ; ,d'où Nocer, Avoir 

un bon emploi ; 2, Faire, d'où l'idée de Travail. 

— Le passage du sens 1 au sens 2 rappelle la 

provection de sens de filon. 

frigo, m., 1, Viande frigorifiée ; 81 ^ t., -15 ; 
I CHAJPËLLE ; — 2, sobriquet d'un majot" aux 

manières glacées ; 81^ t., -17 ; — apocope de 

frigorifié. — D'où déguisé en frigo, Gelant de 

froid, Pépères, 241. 

frigorifié. Gelé : A, Souffrant du froid ; 

81^ t., -15 ; marins, -18 ; — B, Ivre ; D. ; — 
gelé, Ivre, à Brest, -99. 

Frigolin, m., sobriquet du soldat boche ; 
289e inf., juin 18 ; en vogue, 130^ inf., oct. 18. 
— Fritz, m., même sens ; à peu près général 
en -17, sauf aux territoriaux ; | paraud ; poi- 
LULOGUE ; — Friedrick, m., même sens ; fa- 
raud ; — Otto ; Ernest ; Michel ; d. — Pré- 
noms boches fréquents. 

îrigousse (en avoir). En être rassasié : M. 
« en avait « frigousse » » de faire l'exercice, 
ERLANDE/ Eu Campagne avec la légion étran- 
gère, 46 ; — en avoir figous, En avoir assez ; 
D. — De frigousser, Cuisiner, delvau. Manger, 
RiG. : *en avoir frigousse = en avoir soUpé ? 
froc, m., Pantalon ; Parisiens, 81® t., 15-16 : 

— 364 — 



« Il chie dans son froc », Il a peur ; 40® art, -18 ; 
I agatha; Feu, 16, 113, 116, 188. — Forme 
en muance avec frac, Habit de ville et de 
soirée. 

frontard. Militaire au front : « je suis per- 
suadé que vous devez aussi bien vous plaire 
[à l'Arrière] sinon mieux que d'être frontard », 
un caporal, 81® t., lettre, 20-1-18; | « trois 
offic. frontards », Vie Par., 19-8-16, p. 632, 
c. 2. — Cf. classard, couinard, flubard, fouillard, 
fuséard, groupard, popotard, téléphonard, trouil- 
lard, tunard, çachard, vasouillard, zonard. 

froufrou, m.. Obus pneumatique de 74 boche ; 
Bourru, 172 ; — de son bruit : « frou... frou... », 
ib., 174. 

fuchsia, m., Vin : On a « bu le fuchsia », Feu, 

58. — Le soldat, aimant à ronchonner, discerne 

volontiers teinte de fuchsine dans son vin ; de 

fuchsine, il déduit fuchsia ; c'est une dérivation 

par Tobjet interne. Il est vrai que c'est en 

l'honneur d*un Fuchs, Bavarois, qu'un arbuste 

a été nommé fuchsia, et en l'honneur d'un 

^^ tienard, Lyonnais, (traduit en allemand Fuchs), 

HL que la fuchsine a reçu son nom ; mais tant d'his- 

^B toire n'est pas à la portée de tous ; il n'y a 

^H donc pas, à confondre ces deux Fuchs, un ca- 



— Sftfi — 



lembour, mais simplement une étymologie po- 
pulaire. — Syssém. : coloro, m., Vin ; d. ; — 
libre suffixation de coloré. 

fumantes, f., Chaussettes ; 16^ chass., oct. 16 ; 
mécanos d'av^n^ Pau, mars 18 ; 156® inf., 
août 18. — Syssém. : puantes, f., Chaussettes ; 
16® chass., oct. 16 ; — reniflantes, Chaussures, 
DELVAU ; — fumerons, Pieds, (Jambes maigres, 
selon DELVAu). — Toutes images olfactives ; 
(cf. gruyère, m.. Pied ; d.) 

fuséard, m.^ Soldat lanceur de fusées ; D. m. 
p, — fuséen, m., même sens ; D. m. p. — Même 
suffixe -ard dans binoclard, m., Homme por- 
teur de binocle : « Cocon, le binoclard », Feu, 
19 ; I D. m. p.; — cf. frontard. 

fuselage (sur le). Sur le dos, terme de com- 
bats aériens : « se mettre deux adversaires « sur 
le fuselage » », aviateur viallet, Gu. Aér., 
10-1-18, p. 141, c. 1. — On dit au même sens, 
sur le casaquin ; sur le paletot ; sur la mercerie^; 
et, syn. plus récent, voler dans le bénard à qqn, 
lui Sauter dessus, 289® inf., juin 18, le bénard 
étant le Pantalon. Le fuselage est comme la 
carapace du pilote. 

fusil (du), m., du Courage : « Il en aMu fusil, 
le gars ! », Feu, 142. — Fusil = Estomac, 

— 256 — 



(Colle-toi ça dans le fusil /) ; or estomac = Cou- 
rage ; donc fusil = Courage. 

fusil de rempart, m., Pièce d'artillerie lourde ; 
D. m. p. 

fusil fou, m.. Fusil- mitrailleur ; 2® c^^, fin 16- 
18 ; — son tir, 20 cartouches à la file, ou par 
saccades, fait penser à un fusil « devenu subi- 
tement fou », I. LACHAT. 

fusiller. Démolir, Esquinter ; à propos 
d'avions, Miramas, Pau, -18 ; « fusiller un 
camion [automobile] », un conducteur, avr. 18 ; 
I « Vous allez m'fusiller ma bagnole ! », Feu, 
106; Mousqu., 254; || « les caniveaux sont 
propres à « fusiller » les cadres [de bicyclette] », 
CATENOY, Fantasio, 1-9-11 ; — syssém. : tuer, 
même emploi ; rapprocher aussi fusiller son 
pèse, Dépenser son argent, rig. ; fusiller de 
la marchandise volée, la Vendre à vil prix, 
Matin, 7-6-08. — Syn. : nettoyer. 

gabion, m., 1, Képi ; Ver- Luisant, in B. des 
A., .12-4-16 ; — métaphore sur la forme en 
tronc de cône du képi du troupier. Syn. : pot- 
de-fleurs, qui offre le même schéma. — 2, Ma- 
caroni gros et court : « On nous donne égale- 
ment beaucoup trop de gros et courts macaronis, 
appelés a gabions » par les troupiers », z, Armée 

— - 257 — 
rnssiAULT 17 



de La guerre, l'^3, article éciit vers juill. 15 ; — 
métaphore|sur la forme du macaroni ; un ga- 
bion est àfpeu près un cylindre et il est percé 
aux deux bouts. — 3, Gros homme mal habillé : 
« Cet adjudant aussi gros que court <;... ne se 
doute pas que...>> dans sa capote il est ficelé 
comme un gabion ^ », h. o. (5® art. à pied), 
N. Contes i^ér., 219 ; — le fait est que beaucoup 
de gabions obstruant l'angle de deux barbettes 
rappellent le Balzac de Rodin, en mieux. 

gâche, f ., Chance, Bonheur, Métier de sybarite ; 
6®, 18®, 34® inf. et autres corps du sud-ouest ; 
( « Au 81® d'infanterie pour exprimer qu'un 
homme est embusqué, on dit qu'il a la gâche », 
z. Armée de 1917, 315 ; « Les S. E. M. des sec- 
tions, les R. A. T., les conducteurs d'autos, 
les C. 0. A. ont la gâche, la gâche de lézard par 
rapport à tout le monde. Les cavaliers par rap- 
port aux artilleurs lourds, les lourds par rap- 
port aux canonniers de campagne, l'artilleur 
de 75 par rapport aux fantassins ont la gâche. 
Le cavalier dont le corps n'a pas été aux tran- 
chées par rapport à celui dont le corps y a été, 
le cavalier de tranchée par rapport aux che- 
vaux de frise ont une gâche. <•••> la gâche, 
la fine gâche... <<...> ; tous ceux-là par rap- 

-- 258 — - 



port aux « divisions de for », celles-ci par rap- 
port aux aviateurs n'ont que des gâches I 
<C...> la vraie gâche », Poil et plume, (du 
81® inf.), mai 16 ; « au fond ce serait le vrai 
filon, la bonne gâche, n'étaient le soleil et 
l'adjudant », lafage, Journ., 22-6-16. — Mot 
usuel à Pau, Saintes, (dépôts du 18® et du 
6® inf.), etc. 

gadiche (ramasser une), Choir ; 81® t., -15 : 
« avec les snow-boots on ne tient pas debout, 
le sergent en a ramassé des gadiches ! », un 
adjudant, normand ; — libre suffixation de 
gadin. — ramasser un gadin, Choir ; fantas- 
sins, mai 18; | « si j' n'avais pas agrafé la 
rampe, je ramassais un beau gadin », Feu, 21- 
8-16; II ROSS. — faire gadin- gadouille, Tomber 
de cheval, henriot. — On dit ramasser un bou- 
chorit même sens, et gadin est traduit Bouchon 
par RASASSE et rig. ; mais ils ont pu l'extraire 
de la synonymie même ramasser un gadin «= ra- 
masser un bouchon (?). Gadin n'est pas de vieil 
argot. — Quant à gadouille^ cf. : « Si vous êtes 
vêtus comme un provincial frais émoulu de sa 
cambrousse, on vous laissera à perpétuité, 
comme une pauvre gadouille, moisir sur la 
vieille cage à poules », juteux, 234 ; rappro- 



— 259 — 



■ 



cher (?) gatouille, k faire disparaître des ca- 
bines de luxe les effets du mal de mer, l. Dau- 
det, A, fr,f 14-11-16, — sorte de bouchon ? 

gaîfe (prononcé gâfe)^ f., Garde : monter la 
gaffe ; 246® et 289® inf., 17-18, Parisiens ; — 
gaffer^ Faire faction, est dans l'argot dès vi- 
DOCQ ; gaffre^ Sergent de police, dès 1455. 

gaffer, Regarder : « Gaffe la belle gâcheuse ! », 
carte postale, sept. -16, dont Tavers présente 
une femme nue ; | se faire gaffer. Se laisser 
apercevoir par imprudence ; D. m. p. ; || « Bille 
de Bertillon, mets tes lunettes et gâfe ! », 
BONNOT, Tapache, billet à M. Bertillon, -13 ; — 
gaffer, Guetter, vidocq ; Guette I, Regarde ! est 
usuel en Bretagne, Normandie, Berry, et l'était 
à Paris au 17^ siècle ; se faire voir ou zyeuter 
signifie Etre aperçu, et par suite Se faire 
prendre, rig. — Dér. : gaffouiller. Regarder, 
Etre de guette ; 13® tir. alg., août 18. 

Galeries Lafayettes, ; apax: « on a pris le 
« Saurer » des Galeries Lafayette et sommes à 
c't' heure au repos », pantruchard, 115 ; il 
s'agit de troupes relevées des tranchées. — 
Saurer, nom d'une des marques de camions 
automobiles servant aux transports de troupes ; 
si ce camion ramène des Galeries (Lafayette, 

— 260 — 



par queue romantique), et y conduit, ces gale- 
ries ne sont-elles pas les Tranchées, avec leurs 
couloirs et rayons, leurs sous-sols, leur bric-à- 
brac et leur confort ? 

galetouse, f.. Gamelle ; 81® t., 14-17 ; ma- 
rins, -18 ; c'est la seule forme que j'aie enten- 
due ; I galetouse ; agatha ; D. m. p. ; — gal- 
tose ; COHEN, 72 ; — galtosse et galtousse, inf., 
Loraine, 14-15 ; galetos, 120 Court, in B. des 
A., 31-5-16 ; caltosse, 95® inf., -18; |1 galetosse, 
soldats genevois, Schw. Sold., 72 ; galtos. Ga- 
melle des marins, rig. — J'y vois une forme 
vieille substituée à galettière, Plat à galette ; 
le suffixe -ouse était fort aimé de l'ancien argot. 

— galetance, f.. Gamelle ; d. ; — suffixe 
d'après béquetance. 

gamelle (ramasser une), A, Tomber en rou- 
lant (de bicyclette, par ex.). S'étaler par terre 
avec de l'élan ; 81® t., -14 ; divers soldats, 17-18 ; 
Il usuel aux écoliers, Châtillon-s-Seine, -08. 

— Syssém. : faire caisse, Tomber de cheval ; 
HENRioT ; on retrouve ce syssématisme de 
gamelle et caisse dans en faire une gamelle, ou 
une caisse, voir ici déculottée. — B, Subir 
un échec (militaire) ; soldats, -18. — Voir 
ici, manche, des syn. comportant le verbe 

— 161 — 



ramasser. L'idée de gamelle semble dérivée de 
tremper une soupe, Donner des coups, rig. 

gars (prononcé ga), m., 1, comme sujet ou 
complément, Homme : « les gars de la 8® » ; 
usuel et universel ; — 2, au vocatif. Cama- 
rade :« mon gars ! », « Eh ! le gars !» ; — « p'tit 
gars !», Mon cher !, assez usuel au 81^ t., 14-17, 
même entre territoriaux, même de la ville de 
Nantes et de classe aisée. — Remplacé dans 
les contingents parisiens, emploi 1, par mec, 
« les mecs de l'aviation », emploi 2, par pote, 
« mon pote ! », « Eh ! les potes ! », apocope de 
poteau. 

gaspard, m., Rat : « La tribu des Gaspards », 
ALBIN, Bêtes nuisibles, in B. des A., 6-9 fév. 16 ; 
CHAPELLE ; V. du p. ; Il RIG. l'a déjà, en le 
notant jargon de chiffonniers. — Gaspard, rat 
apprivoisé légendaire à la prison municipale 
de Lyon : passer la nuit açec Gaspard ; de 
VISA^, in d. Gaspard I, cri d'un paysan qui, 
la nuit, voulait faire croire au diable par un 
tintamarre préparé, Issoudun, -76, Int. des 
CL, LXXIV, 186. C'est à Dijon que fut élevé 
L. Bertrand, (1807-1841), l'auteur de Gaspard 
de la Nuit. 

gaspiller, Amocher, Tuer : « Soudain, dési- 

— 262 — 



gnant d*un geste large l'espace en avantf^de 
son poste, où devaient se trouver, selon lui, les 
Boches, il dit : — Ah ! mon vieux ! on va les 
gaspiller ! )), VALMY-BAYSSE, Joum., 12-11-16. 
— Idée de Mettre en miettes comme pain gas- 
pillé. — gaspillage, m., Amochage ; Pépères,B9. 

gaufre (ramasser une), Choir ; henriot. — 
En effet on se relève la figure mâchée, compar- 
timentée de crevasses imprimées ; cf. moule à 
gaufres, Visage troué de petite vérole. 

gautier, m., Pou : « Si chaque homme aurait 
un hamac, on n'aurait pas de gantiers », 81® t. 
-15, apax ; 2^ c^^, oct. 17 ; la famille Gautier 
les Poux ; 2® c^', -18. — Suffixation libre, ca 
lembourisant avec un nom d*homme, sur gaut 
Pou,cjui est ancien, (mal orthographié, parfois 
go : « les gos », Feu, 9). 

gaz (boîte à), f., Boîte à cagoule ; d. — Par 
ellipse du mot déterminé : gaz, m., même 
sens : le gaz ; mes gaz ; d. 

gazer. A, Fumer ; 81® t., -16, rare; | « Pour 
Gazer », c.-à-d. Chapitre tabac, poilulogue ; 
D. m. p, ; Il usuel à Paris et à Nantes, -94 : 
« Il passe son temps à gazer » ; gazer une sèche, 
Fumer une cigarette ; • — locution simplifiant 
l'idée de faire des gaz, de la fumée ; — B, 1, Aller 

— 263 — 



vite et bien, en parlant d'une machine à mo- 
teur à explosion : « une bagnole qui gaze », une 
« gazeuse », une Bonne auto, marce'l, Journ., 
21-6-15 ; « Une demi-heure plus tard nous 
gazions de nouveau sur la route », ib. ; « Et 
quand il est dans l'zeph, ça gaze ! », musidora ; 
— mettre, ou lâcher les gaz, Forcer de vitesse 
(en auto) ; — 2, Aller bien : « Ça gaze ? », Ça 
marche bien ?, un chauffeur parlant d'un feu 
de bois mort, déc. 16 ; « Le chef de gare a mis 
sur ma perm le tampon du six au lieu du tam- 
pon du cinq, ça gaze ! », un artilleur nazairien, 
nov. 17; I « Ça gaze ! », celval et charley, 
titre de revue jouée à Ba-Ta-Clan, sept. 16 ; 
« La voilà... mon idée <C---Z> H n'y a qu'à 
prendre l'avion-canon. J'ai appris le manie- 
ment du joujou à l'Ecole de tir aérien... le 
quartier-maître Plobanalec, son pointeur, est 
en permission... Ça gaze !... Dis-en un mot au 
capitaine », nadaud. Liberté, 10-12-16 ; « Allô ! 
nacelle. Comment va là-haut ? Ça gaze ? », 
MicROMÉGAS, B. des A., 28-11-17, dialogue du 
sol avec l'observateur d'un captif ; — 3, Aller 
fort. Etre dangereux ; soldats, -17; | « ça gaze 
toujours un peu dans le secteur <;...>> Et si le 
cuistot vous dit : « Ça va gazer », c'est que ça 

— 264 — 



va barder », chapelle ; « le pastis, c'est l'en- 
droit où ça chauffe, où ça gaze », rocher ; 
« Ca gaze, ça barde. — Quand il y a du travail 
ou du danger », V. du p. ; — on peut voir dans 
ce sens 3 une influence des verbes syn. ça 
chauffe, y a de la pression, ça prend feu ; mais 
une simple extension du sens 2 a suffi ; — à 
preuve le syssém. : il y a de rallure, du Dan- 
ger, D. ^ 

gazouiller. Bien marcher, en parlant^d'un 
moteur : « C'était une bonne auto, elle ga- 
zouillait », un 2d-m® électricien, nov. 17 ; | 
d'un projet : « pour que ça gazouille », Mousqu., 
20. — Deux explications possibles : A, Dérivé de 
ça gaze ; le suffixe -ouille se retrouve en cent 
dérivés de la ipême acabie,p. ex. « Le ballonnet 
vasouille, est vasouillard », Le ballon-sonde est 
« vaseux », va et vient sans marquer de "vent 
bien établi, météorologues, -17, propos de son- 
dages aériens ; dans ça gazouille la dérivation 
est fantaisiste en ce qu'elle évoque un verbe 
de sens étranger au sujet ; cette explication est 
très Satisfaisante, car, parallèlement, à côté de 
ça gaze. Ça pue (notamment à propos de merde), 
46® inf. et 63® art., 17-18, on entend aussi 
ça gazouille, Ça pue, 46® inf. et 63® art., 17-18, 

— 265 — 



usuel dès -81, rig. (avec texte de Zola) ; dans 
ce second couple le sématisme de Puanteur est 
sans doute extrait du gaz d'éclairage comme le 
croit RIG. ; la|fantaisie calembourique est la 
même dans les deux cas, avec cette grâce, dans 
le second, de souligner le contraste entre une 
puanteur morne et un chant ailé ; — B, Ça 
gazouille se disant, c'est un fait, d'un bom- 
bardement intense par obus de calibre moyen 
qui vous passe par dessus la tête, soit obus 
boches cherchant nos batteries, soit 75 arro- 
sant la ligne boche, aurait pour syssém. : mur- 
murer. Mener grand bruit : a Ça murmure. — 
Ils en mettent, les saL..!y),Cri de P,, vers juill. 16 ; 
« Ca murmure. — Quand on pressent le dan- 
ger », V. du p. ; — ronfler, même sens : « Il est 
venu ronfler )),... Faire de la rouspétance, un 
artilleur, 10® art. 1., -17 ; « Le vin ronflait »,... 
Coulait à flots et échauffait les têtes, 81^ t., -17. 
gendarme, m., Fokker, avion boche de 
chasse ; aviateurs, mai 18; | montgeorge. — 
Le militaire qui circule en auto dans les .zones 
limitrophes du secteur de chaque armée voit, 
presque à tout carrefour, surgir un gendarme 
qui demande les papiers d'identité ; de même 
l'aviateur qui veut franchir les lignes voit sur- 

— 266 — 



I 



gir un, plusieurs fokkers, pour lui barrer la 
route j plus précisément, peut-être, Taviateur 
de chasse étant un chasseur, terme reçu, l'en- 
nemi qui le traite en braconnier est son gen- 
darme ; cf. fokker. — Syssém. : CUrieux, m., 
1, Eclaireur ; et 2, Avion en reconnaissance ; 
LAMBERT ; D. 171. f. ; — 3, Obscrvatcur dans 
la tranchée 5 DÉcn. ; — pas plus que gen- 
darme^ ce nom n'est un plat éloge de leur vigi- 
lance, puisque le curieux est pour les meçs dé- 
brouillards le nom du Juge d'instruction. 

général, m., Vin : « Mais les poilus, les vrais, 
un peu dégoûtés de voir que les civils leur ont 
chipé ce mot de pinard, viennent de donner un 
nouveau^ nom à leur compagnon fidèle... et 
liquide, qui chaque jour les réconforte et les 
réchauffe. Le pinard, ils l'appellent mainte- 
nant : le général », Vie Par., 21»4-H7, p. 349, 
c. 2. — Le vin est le moral ; être dispensateur 
de moral est le rôle légitime d'un chef. 

genoux- creux, m., Fainéant ; agatha ; « les 
genoux-creux (les embusqués) », rocher. — Le 
craquement des genoux, (cf. craquer des ge- 
nouXf S'agenouiller, Nénesse, 91), empêche de 
marcher, et c'est le symptôme des genoux- 
creux ; — cf. cheveux creux, et poilus (pieds). 

— J67 — 



gentillesse, f., Courtoisie élégante : « Vous 
savez, ajoute Barrés, le grand mot qu'un soldat 
de Verdun a dit. Il l'a dit à un Suisse, à Ben- 
jamin Valloton, esprit sérieux et noble, digne 
de recueillir une telle déclaration. Ce simple 
soldat a dit : « Nous croulons qu'il y ait encore 
de la gentillesse dans le monde. » Gentillesse, 
c'est un vieux mot qui désigne les qualités 
courtoises et nobles qui font que la vie vaut la 
peine d'être vécue », A. fr., 31-3-17, p. 2, c. 5. 

géo, m., Service géographique de l'armée ; 
20® son Je secrétaires d'Etat-Major, 22^ C.O.A., 
avr. 18; Il usité avant -14. — On ne dit pas le 
S. G. A. 

gercer la tomate, Amocher la figure ; zouaves, 
avr. 18 ; « se faire gercer la tomate », Etre tou- 
ché à la tête, zouaves. — Syssém. -.faire saigner 
la pastèque, Frapper à la figure ; V. du p. 

giclée, ï.. Décharge d'une mitrailleuse. Mi- 
traillade : « Sitôt qu'un boche traîne son ventre 
à mille mètres en dessous, descente verticale, 
et en arrière, à bout portant, tu lui déverses 
une « giclée » », daçay, Journ., 10-10-16 ; « je 
lui envoyais une « giclée » dans son moteur », 
DORME, lettre, 14-7-16, in Gu. Aér., 23-8-17 
p. 653. 

— 268 — 



glinglin, m., Obus, surtout de gros calibre : 
« Quand les gros glinglins nous tombaient des- 
sus », adj. Steininger, Nancéien, arrivant du 
41^ t. au 81^ t., juin 17. — Glinglin, Timbré, 
Tapé, Marteau, Un peu fou, « être glinglin » usuel 
à Paris, dès -08, me disent des témoins (qui 
ignorent le sens d'Obus) ; — glinglin, m., Indi- 
vidu lent au travail, Pleurtuit (C.-du-N.), dès 
1900 ; — à la saint Glinglin, Jamais ; 81^ t., 
14-17 ; « Penses-tu qu'on aura la paix ? — Oui, 
mon gars, à la saint Glinglin » ; — jusqu'à la 
saint Glinglin, Indéfiniment, A perpétuité ; 
locution « de vieil argot faubourien de Paris », 
me dit un Parisien ; usuelle à Dinan (C.-du-N.) 
dès -90, sinon -85 ; très usuelle au 81^ t., 14-17 ; 
se lit dans Philibert, 277 ; Gaspard, 290 ; — 
à Couéron (Loire- Inf.), -05, on prononce saint 
clinclin ; — le 19^ inf., -95, parlait de la saint 
trou du cul comme on vient de voir parler de 
la saint glinglin, qu'il ne semblait pas con- 
naître ; — on parle aussi de la saint- saucisson : 
« r nous jamberait avec ça jusqu'à la Saint- 
Saucisson », Feu, 133. — Tout cela donne à 
penser qu'un gros obus, qui chemine lentement, 
mérite le nom de glinglin, qui signifie Lenteur ; 
et que ce nom, signifiant aussi Sottise, a pour 

— 269 — 



syssém. trou du cul. Reste à trouver un mot, 
(terminé en -glin et donnant glinglin par apo- 
cope à redoublement ?), dont le sens convienne 
aux divers sens de son dérivé. 

gnole (o bref, ouvert ou peu fermé : corps du 
nord-ouest, 81^ t. par ex. ; long, ouvert : sol- 
dats de langue d*oc ; long, fermé: Dauphinois, 
Lyonnais, et la majorité, non l'unanimité, des 
Parisiens et parisianisés ; long et bref concur- 
remment en Chatentes avant -14), f.. Eau-de- 
vie ; apparu au 81^ t. entre janv. et juin 15 ; 
universalisé dès -16, d'autant plus aisément 
que Talcool est en campagne une « distribu- 
tion » ; I « gniole », Petit Echo (18^ t.), 28-2-15 ; 
« guyole )), HENRioT ; « gniaule », Journ., 12- 
1-17, p. 2 ,c. 1 ; z. Armée de 1917, 238 ; « gnole », 
Cabaret, 458 ; « gnolle », bringer, M. le Vi- 
comte, 112 ; Il avant -14,inconnu dans la ma- 
rine, témoins marins 17-18 ; usuel à l'inf. c^^% 
témoin un ex-colonial adjudant de carrière en 
oct, 14 ; connu en Normandie, d. ; en Cha- 
rentes ; introduit au 160^ inf. (Lorraine, Cham- 
pagne, Paris), entre -09 et -1^, m. protat ; 
connu « depuis très longtemps » de f. buta- 
VAND comme' usuel en Champagne et à Lyon ; 

ancien à Grenoble, plusieurs témoins ; fréquent 

« 

— 270 — 



dans les pièces du guignol à Lyon, l. sambar- 
DiER ; usuel au lycée de Bourg, -94, d» ; au 
lOe inf. (à Auxonne), -86, InL des CL, LXXIII, 
274. 

Sens figuré de gnole, Taloche^ (« gnolle » 
RiG. ; « gnole », larchey avec texte du 18® s.), 
apocope de torgnole. (Cf. gnole, Chapeau de 
femme, noter, apocope de bagnole). De nom- 
breux noms du Horion passent au sens Coup 
à boire : en français classique, coup ; — ici, 
coup de coude ; — taloche sous le nez, voir ici 
ruche ; — - pichenette, Eau-de-vie, à Nantes, 
Hennebont, 11-18 ; pichenet, Vin ; rig. ; — 
uppercut, m., Eau-de-vie ; d. ; (du terme de 
boxe) ; — jecte, f., Coup à boire ; 2® c^Vl8 ; 
(du brestois jecte. Coup, en tous sens du mot 
coup) ; — choueille, étudié ici ; — re^oher, Vin, 
dans sauce re^oher, Sauce au vin. 

Ce sématisme national engage à expliquer 
corniflot par cornanche ; zigzorniffe par mor- 
nifîe, Coup au visage, chevauchant zigzag, 
Ivre ; pichte gorge par * pichenette- à- gor ge. 

On passe de * boire une gnole à boire de la 
gnolê aussi aisément que de boire Une goutte à 
boire de la goutte. — Les Parisiens et les Lyon- 
nais passent de gnole bref à gnôle long, aussi 

— 271 — 



aisément que de vélodrome, économe, atome, 
pote (Camarade), gaffe (Guette), à i^élodrôme, 
économe, atome, pôle, gâfe ; cf. knop = que- 
naupe (^). 

gobi, m., Camarade (au vocatif seulement ?); 
(( Un noir rencontre un blanc ou réciproque- 
ment : ils se disent Bonjour Gobi, ce qui si- 
gnifie Bonjour camarade », i. lâchât, août 18 ; 
I « le noir à qui l'appelle Gobi » répond ami- 
calement, à qui l'appelle Nègre il répond avec 
sa matraque, fagus, 564. — Arabe qebiK 
(prononcé q{g)obi). Méchant, Mauvais, Inso- 
lent ; apporté au front par les Noirs. 

godasse, f.. Chaussure de cuir ; 81® t., 14-17 ; 
très usuel et très général : « R'biffe pas : j'te 



(^) L'eau-de-vie est un jus rebouilli, (cf. ra^ignole. 
Récidive), et concentré, (cf. espagnole, Jus concentré, 
LiTTRÉ) ; elle enivre, (cf. gavignolle. Ivresse ; H^-Maine) ; 
elle fait chanter, [cî.rossignoler, Chanter) ; elle assomme, 
(cf. égnoier. Assommer) ; elle achève un repas, (cf. fignoler, 
Parfaire) ; elle rend niais, mou, {gnole) ; elle embrume 
la tête, (cf. niôle, Brouillard, à Lyon, en Jura ; — mais 
l'alcool est, dès longtemps, du chasse- brouillard, de Veau 
pour les yeux, et on n'a pas signalé de phrase où l'ivrognt 
fût *dans la gnole). Toutes ces associations d'idées sont 
relativement peu satisfaisantes. 

— 272 .— 



fous ma godasse su' la gueule ! »; | paraud ; 
AGATHA ; PoiLULOGUE ; « Ics godasses vernies », 
Bicard, ii, 17; || usuel à un étudiant ancien 
élève des Arts-et-Métiers, Meaux -06 ; aux 
élèves du lycée, « ma godasse droite et mon cro- 
quenot gauche », Reims, -06 ; aux 106^ inf., 
25e art. et E. N. T., Mourmelon, -07 ; aux 
Arts-et-Métiers, Angers, 10-14; || syn. de Sou- 
liers « le plus récent et le plus spécifiquement 
militaire », soldats romands, Schw. Sold., 68 ; 
— avoir les godasses à bascules, Etre ivre ; 
FAGUS, 564 ; avoir pris ses souliers à bascule, 
5® génie, -18 ; — litote qui excuse l'homme ivre 
de ne pouvoir tenir debout, (cf. « les Allemandes 
ont les talons ronds », On les fait aisément tom- 
ber sur le dos, Paris, 1900). — Libre suffixation 
de godillot, Soulier du troupier ; (et non de godet, 
comme croit sain.) ; le genre est changé par 
l'effet du suffixe; cf. cicico, m. — >► cicasse, f.; 
trac, m. — > traquette, f., Peur. — Autre suf- 
fixe : godaille, f., Soulier ; d. 

De là godasses, m. ou f.. Gothas, avions de 
bombardement boches ; se répand dans Belle- 
ville, entre le 2 et le 11 mars 18 ; usuel dans 
Paris, fin mars ; à la R. G. Aé., juin; | enre- 
gistré entre guillemets par hervé. Victoire, 

-. 273 — 

KSNAULT 18 



10-3-18 ; « Où n*est plus tué par les Gothas ; 
on est mort dans un accident de godasses », 
MARCusE, Pays, 24-3-18 ; — chevauchement 
de gotha et godasse à unique fin de calembour. 

godet, m., Verre à boire : « à pleins godets », 
Feu, 21-8-16. 

godiche, f.. Fièvre ; divers coloniaux, -18 ; | 
DAUZAT, mai 17, 486 ; \\ Fièvre paludéenne ; 
légion étrangère, Maroc, -12 ; usuel à la vieille 
inf. de marine, Intransigeant, 12-7-18, p. 2, 
c. 3, 14-8-18, p. 2. 

goéland, m., Affamé ; marins, 2^ c^^, -18. — 
Syssém. : gabian, m.. Gosier ; coloniaux mar- 
seillais, -17 ; D. ; — gabian, autre nom du 
Goéland ; — dans n. la traduction est Cou, et 
Fétymologie tirée de la grosseur du cou du 
goéland. On a bien ici une métonymie nom- 
mant une partie de l'homme par l'animal où 
cette partie est caractéristique ; mais le propre 
du goéland est d'être un gosier affamé. Cf. 
tarin, Nez, parce que l'oiseau tarin a le bec 
conique et fort ; colimaçon, Tête, en tant que 
rétractile. 

gorge (pour la), A boire (et du bon) : « Pour 
la gorge », c.-à.-d. Chapitre boissons, poilu- 
LOGUE ; « vous n'auriez rien pour la gorge ? », 

— 274 — 



1 



Feu, 58. — Cf. (eau) pour les yeux, Eau-dc-vie. 

gorgeronet, m., Petit coup de vin ; soldats 
de Seine-et-Marne au 246^ inf., 17^ c^e, avr. 18. 
— gorgillon, m., même sens ; 130^ inf., -18. 

got, m., Gendarme ; fagus, 563 ; je ne con- 
nais pas ce mot autrement. — Apocope de 
sergot, et extension du sens Sergent de ville 
comme sous flic. — (Il est insoutenable que 
gant, Pou, soit « une abréviation de sergot 
(sergent de ville) », comme le dit fagus, ib., 
ni de pégot. Pou, que donne ross., ni de espingo, 
Espagnol ; gaut apparaît en France dès 1628 
et se rattache au fourbesque italien gualdo, daté 
1472). 

goudronneuse, f.. Cuisine-roulante ; d. — 
Syn. et syssém. : bitumeuse, f., d. — Méta- 
phore prise de la forme et de l'allure de ces 
engins urbains. Image voisine : torpilleur. 

gourbi, m., Abri sommaire aux tranchées ; 
peu usité au 81^ t., 14-17. — Extension du 
sens Baraquement, qui est officiel ; « Si les 
ressources locales en cantonnement sont insuf- 
fisantes, elles [les troupes en campagne séjour- 
nant assez longtemps en certains endroits] 
auront quelquefois à construire par leurs 
propres moyens des abris plus confortables que 

— 275 — 



les abris de bivouacs, [à savoir des] gourbis ou 
baraques », Instruction sur les travaux de cam- 
pagne, approuvée le 21 décembre 1915, 204 ; 
suivent les §§ 406-411 sur les gourbis, 411-414 
sur les baraques. — Pris de l'arabe ; cf. chouya. 

gradient (avoir un ballonnet dans le), Etre 
timbré, en parlant d'un météorologue ; mé- 
téos, fév. 18. — Sous le couvercle des cieux, 
analogue à un crâne, le gradient, quotient de 
la distance géographique de deux stations par 
la différence de leurs pressions atmosphériques, 
exprime la pente aérienne des surfaces iso- 
bares ; le ballonnet en question est le ballon- 
sonde de caoutchouc qui sert aux sondages 
aérologiques ; — syssém. : avoir un hanneton 
dans le plafond. 

grainetier, m., Météorologue affecté à un 
« poste de grains », c.-à-d. à une petite station 
de météo surveillant les « grains » atmosphé- 
riques ; école de météo, avril-juill. 18. 

graisse de chevaux de bois (à la), Qui ne 
vaut pas cher : « des boniments à la graisse de 
chevaux de bois », ...Idiots, 46® inf., 63® art., 
17-18. — C'est une graisse purement illusoire, 
et le sématisme vient de là. — Illusoires aussi 
la graisse de parapluie et d^ombrelle : « des 

— 276 — 



phrases à la graisse de parapluie », du Bourrage 
de crâne, journalistes, Paris, -03 ; « toutes 
sortes de pépins à la graisse d'ombrelle », même 
sens. Cabaret, 459 ; — et même celles de héris- 
son, (voir mords) et de hareng saur : « un fourbi 
à la graisse d'hareng saur »,... Ridicule, 63® art., 
mars 18. — Par un jeu exagéré de succédanés, 
on arrive même à employer au même sens la 
graisse d'oie, « un perco à la graisse d'oie », 
PANTRUCHARD, 117 ; — et aussi la peau de 
toutou, « nous la faire à la peau de toutou », 
Gaspard, 157. 

graisseux, m., A, Cuisinier de compagnie ; 
très usuel au 231® inf., 14-16 ; | Feu,2i. — 
B, Armurier de mitrailleuse ; déch. 

grand mère, f.. Canon de 400 : « nos 400, 
ceux que nous avons baptisés les grand'mères », 
Journ., 29-9-16 (3® éd.), p. 1, c. 6. — Idée de 
Grosseur respectable. Cf. quatre cent-vingt. 

grand père, m.. Vieux ; usité au vocatif, par 
ceux de l'active, à l'adresse d'un de la territo- 
riale, 14-18. — Le Capitaine de la compagnie 
étant couramment nommé le vieux, et le Colonel 
étant le père du régiment, le père de tous ces 
vieux, le généralissime, Joffre dans l'espèce, a 
pu s'appeler le grand-père, au témoignage de 

— 277 — 



D. m. p. et des journaux de -15 ; mais il faut 
observer que mon çieux, l'Officier dont je suis 
l'ordonnance, signifie en réalité mon Patron, 
est du style de valet de chambre, et cesse de 
signifier l'âge ; c'est l'histoire de mon seigneur. 

gratouillette, f., Démangeaison (produite par 
les poux ou la gale), henriot. — Gratouille, 
Gale, DLLE ; suffixe -ette, cf. traquette, f., Trac, 
(Peur), LEFRANC, Pet. Journ., 2-8-15. 

gravelle, f.. Corvée (?) ; apax : « Le temp 
passe plus vite qu'a la section et il n'y as pas de 
gravelle », texte, complet, d'une carte postale 
adressée de Courbevoie, 17-10-16, à un « bri- 
gadier-marcassin )) ; — terme inconnu dans les 
divers corps où j'ai enquêté ; « Corvée », tra- 
duit G. TURPiN ; (( entendu rarement », ajoute-t-il. 

Grêle- à- Mort, f., Mitrailleuse ; ou sobriquet 
individuel d'une mitrailleuse ? apax : « Et y 
[ce pilote] se sert de mam'zelle Grêle- à- Mort.,, 
pas comme d'une seringue... Mam'zelle Grêle- 
à-Mort ? quoi c'est ? Faut-il que vous soyez 
tourte !... C'est sa mitrailleuse, pardi !.., C'est 
un p'titTnom d'amitié que j'iui donne comme 
ça », RICHARD, Deux « as » de r A. A, 0. [... de 
l'Aviation de P Armée d'Orient], Pet. Par., 
14-5-16 ; propos de soldat aviateur. 

— 278 — 



grêllère, f., Mitrailleuse ; apax : « Je Tap 
pelle aussi « Balle-aux-Boches », la « Grêlière » 
« Moulin-à-poivre » », suite du texte ci-dessus 
— L'image de Grêle s'adapte assez topique 
ment à celle d'une mitrailleuse nubicole ; -ière 
suffixe de machine ; cf. gré/ier, 1, (vi^ux fran 
çais), Qui a rapport à la grêle ; 2, (en 1752), m. 
« Pièce d'artillerie qu'on charge à mitraille » 

HPT, 

grelots (avoir les), 1, Avoir un accès de foHe 
scène de manille : « Allez, joue. — Trèfle... — 
Dis, t'as pas les grelots ? J'en ai cinq en main.. 
et elle passe », boulanger, Les Crapouilloteurs. 
Est- Républicain^ 20-8-16, c.-à-d. que le joueur 
a hasardé une manille, sixième avec les trèfles 
de son partenaire, et qui ne réussit que par 
extravagance ; — • de là grelotter, Aller un train 
de fièvre et de déraison ; « N. m'a dit que... ; 
je lui ai répondu que... ; M., alors m'a répliqué 
que... ;'^quand je suis parti, ça continuait en- 
core àjgr^^^**®^ ^^ •"-•a discussion continuait 
encore, passionnée et confuse, un sergent, 
Nantais, mais voyageur de commerce, contant 
une scène orageuse entre ses escouades, 81® t., 
-15. — 2, Avoir un accès de peur ; 81® t., -16 ; 
109® inf., 16-17 ;40® art. ,-18 ; | « La première 



■ 



— 279 



fois qu'on va au feu, il est permis d'avoir les 
grelots, mais jamais d'en jouer un air », agatha ; 
« Dis donc, ça descend bougrement, vous ne 
trouvez pas ? fait Blaire. — T'en fais pas, 
vieux panneau, raille Pépin. Mais si t'as les 
grelots, tu peux nous laisser tomber », Feu, 
217 ; selon un soldat, açoir les grelots, c'est 
« grelotter de la bouche », Int. des Ch., LXXIV, 
134 ; Il Paris, avant -14. — Cf. açoir les grêlons, 
les grolots, sous grolles. 

« Dans plusieurs des villages du pays de 
Montbéliard et dans ceux, limitrophes de notre 
territoire de Belfort, <...> on dit couram- 
ment : Il a les grulottes, ou plus exactement : 
El ait les grulattes, pour « il tremble, il a des 
frissons », soit de peur, soit de froid, soit de 
fièvre », j. l., Temps, 4-11-16. Oui, ai^oir les 
grelots équivaut à grelotter, mais entendu que 
grelotter signifie Avoir en tête les grelots de la 
fièvre, qui ne sont autres que des Grillons. 
Formes diverses selon les temps et les régions, 
grelot, grilot, grillet et grésillon, tous syn. de 
Sonnette, grésillon, grillet, grelet et grillon, tous 
noms du même Insecte sonore, font un seul 
radical ; d'où grelot = Fièvre ; ex. : « quemands 
[Mendiants] et belistres [Gueux] -<...> se sal- 

— 280 — 



I 



paudrant [poudrant de drogues] les jambes 
pour mieux trembler le grelot », Nouvelles de 
la lune, (à la suite de la Satire Ménippée, éd. 
Labitte (1883), 345) ; et grillon = 1, Idée 
fiévreuse (d'amour), des périers. Nouvelles, 
cxxvii ; — 2, Petit camarade pour qui on 
ressent une amitié spéciale ; collège de Lan- 
gonnet, -90 ; cette véridique équation du Grillon 
et de la Fièvre, un habile observateur Ta aussi 
notée : Gaw, blessé, balbutia : « Les yeux de 
Gaw sont obscurs, ses oreilles sifflent comme 
des grillons ! », rosny. Guerre du feu, 171. 
Bref, - avoir les grelots n'est pas premièrement 
Avoir peur, comme définit le V. du p., mais 
Etre affolé. — Syssém., autres noms d'insectes 
bruyants : avoir le bourdon. Etre ennuyé ; 
V. du p. ; — hanneton. Idée fixe morbide ; — 
veson. 

J'avais indiqué cette étymologie, g. e., 
1-4-18, 428 ; j'ai reçu de deux combattants 
la même protestation : les grelots qu'on a se- 
raient des Gringu'enaudes séchées à l'entre- 
fesson du poilu et attestant qu'il a eu la chiasse. 
Sans m'attarder à chipoter cette image vi- 
suelle, elle nécessite que le poilu « ait eu » la 
chiasse et ne V « ait » plus, ce qui contredit le 

— 281 — 



sens même, le plus usuel des deux sens, d'apoir 
les grelots, et n'explique pas l'autre. 

Dans l'usage moderne général grelot ne s'en- 
tend qu'au sens de Sonnette. L'image de son- 
nette aussi sert, directement, à exprimer la 
peur : battre la drelingue, Trembler, Etre vio- 
lemment ému j LAMBERT ; D. m. p. ; — drelin- 
guer, Avoir peur à force de désirer fiévreuse- 
ment ; D. m. p. ; « j' drelinguais qu' a veule 
pas )), Je tremblais qu'elle ne consentît pas, 
FeUj 77 ; — drelin est l'onomatopée du son 
d'une sonnette : « les drelins d'une sonnette », 
HDT ; le suffixe -ingue, cf. çaldingue, s'est 
substitué à la terminaison naturelle de dreliner ; 
quant à battre, c'est le verbe du pouls qui hat la 
fièvre. 

Un chapitre voisin, dans cette entomologie 
poétique, est celui des insectes non bruyants 
qui expriment eux aussi la Folie, mais par 
l'image de piqûre et de rongement, le bigot ; 
— le hredin ; — V araignée ; — le cafard ; — 
V asticot (qu'on a dans la noisette, dans la Tête, 
ROSS.) ; — le cosson, qui est, selon les provinces, 
le Rongeur, ou du blé, ou du bois de chêne, 
ou des pois et lentilles, et de qui dérive la COSSe, 
f., Flemme, Paresse, nom usuel, général, nou- 



282 



veau, mais antérieur à -14, d'une maladie vieille 
comme l'homme, celle d'être piqué du cerveau 
comme un bois cossouné ; — le malade est dit 
cossard, Fainéant, Flemmard, terme très usuel 
et à la mode depuis au moins -05. — Cf. mar- 
gouillat, Cafard dans le plafond du colonial en 
Cochinchine ; marins, -18 ; — le lézard mar- 
gouillat court aux plafonds des cases. 

grelu, m.. Troupier haut-alpin : « Le Grelu, 
Organe du 159® d'infanterie, régiment haut 
alpin », titre du n° 14, 30-5-16 ; « Les bérets 
noirs de nos Grelus », ib., p. 4, c. 1 ; « Le Boche 
à l'assaut de Verdun, Lance ses troupes de 
plus belle. Mais pour rompre l'effortFdu Hun, 
C'est le Grelu que l'on appelle <•..> Tant que 
les Grelus sont de garde, Tu n'auras pas le fort 
de Vaux », ib., p. 5. — Mot de la région lyon- 
naise : Des traîne-grolles qui n'ont sur eux 
que pilliaudres et pattes, « sont ladres, et grelus, 
et mal appris, et ne font que chapoter, et faire 
du tapage sans rime ni raison », e. t,, Nouveaux 
péchés, 66 ; sobriquet, syn. de Rustaud, accepté 
et glorifié par les Hauts- Alpins. Grelu est tra- 
duit par Médiocre dans dlle, F.- A. ; cf. un 
grollu, un Officier supérieur, Schw. Sold., 69. 

grenade, f., Bouteille de vin ; artilleurs, p. 

— 283 — 



— Grenades et vin de luxe se doivent -porter 
comme le bon-dieu. 

grignolet, m., Pain ; 231® inf., -15 ; | Feu, 
117 ; — brignolet, m., Pain ; fantassins pari- 
siens, 14-15 ; Il brignolet, Pain ; rig., avec un 
texte. — Dér., parisien sans doute, de grigne, 
usuel à Paris dès 1718, 1, Fente dans la croûte 
du pain bien cuit, 2, Couleur dorée de cette 
croûte, ou de grignon, Morceau de pain cro- 
quant, Morceau de biscuit ; suffixe -olet, cf. 
guignolet. — gringue, m., Pain ; 231® inf., -15 ; 
40e art., -18 ; | Feu, 21-8-16 ; « ou qu'est 
r « gringue » ? », p'tit gars ; || rig. ; • — suf- 
fixation libre ne gardant de grigne que le 
radical gr- ; cf. çaldingue. 

griller, 1, Devancer : « — Commençons [pour 
trouver des civils qui veuillent bien nous rece- 
voir à faire popote] par là-bas tout de suite 
[par l'autre bout du village où nous entrons] ; 
sans ça, nous [qui arrivons derniers] s'rons 
grillés ! )), Feu, 71 ; — 2, Surpasser : « Moi, j'ai 
bien chapardé quèqu' petits machins par-ci 
par-là, -mais qu'est-ce que c'est qu'ça ? Les 
sapeurs, i' m'ont toujours grillé pour la chose 
du fauchage, alors quoi ? — On a beau faire 
c* qu'on peut, on est toujours grillé par quel- 

— 284 — 



qu*un », ih,, 192. — D'où faire la grille a qqn 
sur qqch., le Surpasser : « Mon petit cousin 
Pierret me faisait la grille là-d'ssus [quant aux 
soupçons d'espionnage], Feu, 20-8-16. — Sys- 
sém. : brûler. Cf. nettoyer. 

grimace (barbaque à la), f.. Bœuf de con- 
serve : L'homme de soupe annonce « à la façon 
(Tun camelot » : « Potage chinois, barbaque à la 
grimace, et primeurs d'Italie ! ou si vous préfé- 
rez, en bon français à l'usage des « péquenots » : 
Riz à l'eau, singe à l'eau, macaroni à l'eau » ; 
le tout se mange dans de la « porcelaine éta- 
mée », p'tit gars. — boîte à grimaces, f.. Boîte 
d'endaubage ; d. — La porcelaine étamée est 
la vaisselle de fer. — Le riz, accusé de paraître 
trop souvent, est déguisé d'un nom plus con- 
forme aux goûts français. — La culture maraî- 
chère du macaroni en Italie est notoire. — 
Cf. langouste de caillou. Bœuf en conserve ; d. 
— Par une ironie analogue, nos prisonniers, au 
camp de Gœttingen, nomment légume bien 
tendre le Hareng ; le hareng-saur est en cui- 
sine l'antipode des petits pois de primeur, qui 
sont « un légume bien tendre », chanson con- 
nue ; D. regrette trop gravement de n'avoir pu 
« identifier » le « légume » nommé « hareng ». — 



285 



Quant à cette viande grimacière jusque dans 
la boîte où l'industrie la comprime, c'est le 
singe ; Etre de méchante humeur et ne pas 
tenir en place se dit a^oir mangé du singe, Ross.; 
de même Mercy, quand il est de soupe, ne 
manque pas à crier « Bê, bê ! », s'il rapporte du 
moution ; cf. « les valeurs à turban », les Fonds 
turcs, coppÉE, Longues et brèches, p. 40, C. 2. — 
singe, m., 1, Bœuf de conserve ; universel; || dès 
-95 au bas mot; || jusqu'en Suisse ; Schw. Sold., 
68 ; — les indigènes du Grand-Bassam man- 
geaient dujsinge boucané ; nos troupiers, sous 
Faidherbe, usèrent de cette ressource locale, 
Cri de P., 25-7-15 ; du jeune singe est « la base 
de tout vrai foutou [plat national du Baoulé] », 
BARATiER, Epopées africaines, 63 ; le sématisme 
de ce mot importé par l'infanterie de marine 
est que la viande de conserve, vivres de réserve 
en principe, est sèche comme du boucan et 
n'est qu'un pis-aller ; — 2, Porc de conserve en 
boîte ; 81« t., -16. — D'où, syn. : gorille, m., d. 
grippe-sous, m.. Sergent ; 2^ c^^, depuis 
mai 18 ; — « le sergent seulement », i. lâchât ; 
malgré cette spécialité du sens, c'est sans doute 
la solde mensuelle des sous-officiers qui a fait 
envie au troupier. 

— 286 — 



\ 



grise, î., Spleen ; « Quand il était dans ses 
grises, on le voyait bien », un marin, mai 18 ; | 
ai>oir la grise ; lambert. — Humeur presque 
noire ; cafard moins sombre que le noir ; voir 
ici, pas mûre, un autre emploi de la même nuance. 
groin, m., Masque A. R. S., contre les gaz ; 
inf., secteur 174, sept. 18 ; | coiffer le groin, 
Mettre le masque. Cabaret, 462 ; — métaphore 
inévitable sur l'aspect de ce préservatif. — 
Syssém. : museau de cochon, m., Masque 
A. R. S. ; 95^ inf., juill. 18. — faux-nez, m.. 
Masque contre les gaz ; d. ; — se tire directe- 
ment de masque pal" l'idée Mardi-Gras. 

groUes, f.. Souliers ; trèâ usuel à certains 
corps, 109^ inf., 16-17 ; 359® inf., -17 ; 40^ art., 
-18 ; et aux Parisiens; inusité aux recrues de 
Touest; I « les chaussures {les grolles) », hen- 
RiOT ; PANTRUCHARD ; « On claque les grolles 
l'une contre l*autre, des heures entières dans la 
neige », c. gr., 120 Court, in B. des A., 3-5 fév. 
16. — Grolle, Savate, à Lyon, en Savoie, en 
Suisse romande ; la Suisse a aussi grollons, 
même sens, Sckw. Sold., 68 ; traîner la groule^ 
Traîner la misère, rig. sous savate. 

grolles (avoir les). Avoir peur ; un Chartrain 
parisianisé, 81^ t., -16, (mais inusuel dans ce 



287 



corps) ; marins, mars 18 ; si usuel aux Lyon- 
nais du 109^ inf., 16-17, qu'un témoin, de ce 
corps, eût volontiers écrit, et croit avoir en- 
tendu prononcer grolots dans la locution syn. 
açoir les grelots-, \ « On lui bourrera l'mou et 
on lui fich'ra les grolles avec c't affaire-là », 
Feu, 21-8-16 ; « Pour n'avoir pas les grolles, 
i' n'a point les grolles ! », ib., 142 ; « Y s'agit 
pas d'faire le mariolle Dans les rues d'gueuler : 
A Berlin ! Et puis en route avoir les grolles. 
Et foirer aux port' de Pantin », montéhus, La 
croix de guerre. — H y a mieux que d'y sup- 
poser une déformation de grelots, (c'est l'ex- 
plication proposée par d., qui affecte les grolles 
de la peur au genre masculin, mais j'ignore sur 
quel indice), — ou un substantif verbal de 
groller, Démarrer, Vibrer, Remuer, dans le 
H*-Maine, qui est le français grouiller. — Dans 
nos grolles je vois, soit *crolle, substantif .verbal 
de croller, vieille forme de crouler (Secouer, 
Tomber), conservée en fauconnerie au sens de 
Fienter ; le faucon crolle ; aç^oir les *crolles, 
( — >- grolles par phonétique, ou par influence 
de grolle, Soulier), est ainsi, par son image, et 
par son pluriel, le syssém. précis de a^oir les 
colombins, et se rattache comme expression 

— 288 — 



de la. Peur à une physiologie courante; — ou, 
plus simplement encore, le même mot que 
grolles, Chaussures, par ellipse d'une locution 
(lyonnaise ?) plus complexe, comme serait 
*avoir les grolles à bascule, Avoir les souliers 
ronds et ne pas pouvoir tenir debout, (cf. go- 
dasse), dont le déterminant serait tombé ; — 
rapprochez avoir mis son pantalon de tremble, 
Avoir peur, 5^ génie, -18. 

Chez des fantassins, secteur 174, sept. 18, on 
dit mettre les grolles. Avoir peur, adj. le- 
coNTE ; ce fait ne décide pas de l'étymologie, 
car il peut n'offrir qu'un chevauchement ana- 
logue à mettre les colombins et mettre les flubes. 
Mais le 2^ c^^, où açoir les grelots est inusité, 
I. LACHAT, emploie avoir les grêlons. Avoir peur, 
sept. 18 ; et grêlons, Chaussures, (autre forme 
de grollons), est employé, (d.), dans certaines 
unités. 

gros, m., A, Obus de gros calibre ; gérerai et 
usuel : « Et puis, tu sais, rien que des gros ! », 
81^ t., 15-17 ; I « il tombe « du gros )»), Echo de P,, 
fin avr. ou 1-5-16, récit de guerre ; — ellipse 
du substantif obus. — gros vert, m.. Gros obus 
dégageant une fumée verte ; un soldat des 
tranchées de Luxembourg, sain. ; — d'où, syn. : 

— 289 -- 

ESNAULT 19 



pernod ; d. ; — vert absinthe. — gros noir, 
m., Gros obus dégageant une fumée noire ; 
8le t., 14-17 ; 10e ii^f.^ à Morhange, -l4 ; 40^ art., 
-18 ; Obus de 210 ; inf., Lorraine, 14-15 : « Oh ! 
ceux-là, c'est pas les vrais gros noirs )), un soldat 
désignant un éclatement un peu verdâtre, 
46^ inf., fév. 15; | cohen, 74 ; V. du p., qui 
définit trop spécialement « Obus de 150 » ; — 
ce nom n'a aucun besoin d'avoir été traduit de 
l'anglais big black, même sens ; et tel qu'il se 
date, les Anglais au contraire ont pu le traduire. 
— gros lourd, m., Obus de gros calibre ; « Il y 
a de tout là dedans : du 75, du 80 de montagne, 
des torpillesj du « gros lourd ». Une musique 
endiablée », A. fr., 16-4-16, p. 3, c. 2. — Dans 
ces trois noms composés, gros, qui sous-entend 
obuSf e^t substantif. — ^ B, Tabac de troupe ; 
usuel et universel : « du gros » ; « le gros est 
bon pour la pipe » ; — ce tabac étant, plus ordi- 
nairement encore, et sans conscience de pitto- 
resque, nommé le gros-cul, je ne vois pas dans 
gros l'abrégé de gros- cul, mais de gros tabac, 

gros- cul, m., Bidon militaire de deux litres ; 
81^ t., déc. 16, monax. — L'idée de gros vient 
de la comparaison avec le bidon d'un litre, de 
l'ancien règlement, mais qui subsista ; cul 

— 290 — 



exprime sans doute la base du bidon, large à 
proportion. — Ce mot est précieux sémantiquc- 
mentj en ce qu'il invite «à penser que le parlant, 
Retailleau, paysan vendéen fixé à Nantes, 
compare ce bidon à quelque chose comnae une 
culasse de farine, et que cette image risque 
d'expliquer, en ligne collatérale, gros-cul, Ta- 
bac de troupe (^). — Et toutefois, la grossièreté 
et la lourdeur s'exprimant par le oui, le paysan 
étant un cul-terreux^ le saunier un cul-salé^ etc., 
et le simple soldat étant un lourdaud à dé- 
grossir, le tabac *de gros-cul n'est-il pas fort 
simplement du tabac de soldat, par opposition 
au tabac de caporal^ qui est déjà plus affiné ? 
grosse-julie, f., Avion d'école Nieuport ; Mi- 
ramas, mai 18. — Cet appareil a 28 mètres de 
surface portante, d'où l'idée d'évoquer l'hé- 
roïne d'une chanson, populaire à Paris dès -95, 
« ma gross' Juli-i-i-i-e » ; sa grosseur en fait 
d'ailleurs l'antithèse naturelle du petit Nieu- 
port monoplace que son constructeur a nommé 
Bébé. ■ — A leurs petits monoplaces les Anglais 



(1) Ce gros cul, traité par d. de « nouvel arrivant 3), 
était àîchi-établi dès -§5 au 19® îiif. — Dattâ p-Ois ml, 
Gfos tëbat, b., ail h'esl-il pas simpleini^tit cHl éterit fi6- 
gligcmment pM le <^&rrefepotidaiit de M. Dauaat ? 



— 2«1 



ont donné le nom de « tabloïd », les assimilant 
aux comprimés comestibles pharmaceutiques de 
ce nom. — Cf. bébé, Canon de 75 et Petit che- 
min de fer ; d1 

grosse-noire, f.. Gros obus noir : « les « grosses 
noires » et les 105 fusants », Matin, 6-7-17, p. 2, 
c. 3 ; — ellipse du substantif marmite. 

groupard, m.. Soldat des Groupes Spéciau^c 
(formés de la réunion des anciens joyeux et 
des hommes qui ont subi, depuis leur temps de 
service,des condamnations de droit commun) ; 
z. Armée de la Guerre, 199. — Cf. frontard. 

grouper. Saisir, Prendre, d'où, 1, Chaparder ; 
usuel aux 231®, 360^ inf., 14-15 ; j ma toile de 
tente « qu'un de ces fumiers-là parlait de m' grou- 
per », Feu, 9 ; « Quel est l'enfaût d'voleur qui 
m'a groupé ma gamelle ? », Crocodile, in B. des 
A., 28-2-17 ; — 2, Surprendre, Arrêter (poli- 
cièrement) ; se faire grouper. Etre pris (pour 
être puni) ; 231® inf., -15; — || grouper. Saisir, 
MICHEL. — On a signalé à d. rouper, Chapar- 
der ; D. le rattache à un roupiner plus ancien, 
que je ne connais pas. 

guéguerre, f.. Guerre : « alors je vais faire un 
tout petit peu « la guéguerre » et j'irai voir Gui- 
guet avant le dîner », paroles de Dorme partant 

— 292 — 



au combat aérien qui fut son dernier, vitalis, 
Gu. Aér., 23-8-17. 

guerriculteur, m., Celui qui désire l'exten- 
sion de la guerre, parce qu'il y profite ; 81® t., 
mai 17. — Le mot, et l'idée du mot, sont d'or- 
dinaire en situation dans la bouche, et l'esprit, 
de ceux qui, en temps de paix, seraient grévi- 
culteurs. 

gueulard, m.. Canon ; D. m. p. — gueularde, 
f., Artillerie lourde ; D. m. p. — Syssém. : 
râleur, m., aboyeur, m., et roquet, m.. Canon de 
75 ; 40® art., -18 ; — en boche, chien de garde, 75. 

guichet, m., Créneau de tranchée ; 95® inf. : 
monter aux guichets, Monter en première ligne ; 
envoyer un homme au guichet, l'Envoyer au 
créneau ; — date de -17 dans ce corps. — Cf. 
concierge, curieux. 

guitare, f.. Sorte de grenade à main, fran- 
çaise, désuète depuis -15 ; 289® inf., -18 ; mot 
ignoré au 81® t., 14-17; | V. du p. ; voir calen- 
drier. — mandoline, f., Grenade à manche ; 
D. — De la forme. 

guitoune, f., Abri aux tranchées ; 81® t., 
printemps 15 en Artois ; | « Dans les guitounes 
de Carency », mac orlan, Journ., 17-7-15 ; 
divers secteurs du front français, notamment 

— 293 — 



en Artois, 14-15, et corps expéditionnaipe dei 
Dardanelles, mai 15, dauzat, 16^447, 663 ; 
« un gourbi, une guitourne, un cagibi ; c'est la 
chambre à coucher du poilu », rochçh; |1 usité 
dès longtemps par nos troupiers; ex. : marque» 
RiTTE, Braç^es Gens, i\, (Revue de P., 1-1^05, 129). 
— Pris à l'arabe kito\în, Tepte, -^ cf. cfiouya — , 
ce mot s'est répandu sur le front, non pour des 
raisons de secteur, mais selon le nombre et 
Pinfluençe morale, dans une compagnie des 
individus, dans une armée des régiments, qui 
avaient servi en Afrique, et surtout ailon les 
synonymes qui avaient déjà possession de 
l'usage ; au 81^ t., en oct. 17, guitoune n'avait 
nullement réussi à devenir populaire, sana que 
je puisse dire comment l'annamite cagna s'était 
imposé. — La forme « guitourne », apax, rap^ 
pelle une amusante erreur accompagnée d'une 
étymologie trop ingénieuse ; « Allumer la quir 
tourne, -^ argot de filles, — c'est mettre la 
lampe allumée, le soir, derrière le rideau de 
la fenêtre. Qui tourne, fenêtre, est tout neuf », 
G. GRisoN, Figaro, 23«11-81. Allumer Jia gui- 
toune, c'était simplement Eclairer la chambre 
(de façon à appeler le client). 
habillé comme une truie avec deux rangées 



304 



de tétons, Vêtu d'une veste ou capote croisée à 
deux rangées de boutons ; un qu^'-m^, fév. 18. 
— Cf. veston de singe, m.. Petite veste du soldat 
(jusqu'en -15), et Ancienne, veste du marin, 
courte et ronde par en bas, qui, laissant pendre 
les bras très au-dessous de sa chute, donnait 
aux bras et à l'homme un aspect simiesque ; 
un m^-fe», mai 18. — corset de singe, m., Bau- 
drier anglais qu*ont adopté par fantaisie force 
officiers français ; 17® alpins, -17. 

hanneton, m., Avion ; d. • — syssém. et syn.: 
bruant, m. ; d. ; — ^ de bruant, Hanneton, 
dans le nord ; — frelon, m. ; d. 

hauts-de-vase, m., Conducteurs, mécaniciens 
et menuisiers du génie, qui restent à Parrière 
et font peu de travail ; 8® génie, d. — Aucun 
électricien n'a pu me dire un sens technique de 
ce mot, qui, selon d., a été altéré en Hovas, 
usuel, ib. L'altération n'a-t-elle pas été in- 
verse ? Les Hovas sont l'aristocratie conqué- 
rante, donc les fainéants, de Madagascar.^ 

herbe ! (douoement sur 1'), Par un atterris- 
sage heureux et agréable i « Est-il [lo poilu 
sous un bombardement] bousculé par le souffle 
[de l'obus] ? Il ajoute : — Doucement sur 
V herbe ou dans les roses », Cri de P., vers juill. 16. 

— 295 — 



— image prise de l'aviation : atterrir en cares- 
sant la marguerite, Atterrir avec une douceur 
idéale ; esc. S-152, juill. 18 ; | « il effleure la 
marguerite », musidora. Herbe, roses et mar- 
guerites, sont espèces du genre accident de 
terrain, mais du sous-genre doux accident. 

hirondelle, f., Eclat d'obus ; inf., Lorraine, 
14-15 ; 289® inf., -18. — Cf. coucou, tourterelle. 

hirondelle de cimetière, f., Eclat d'obus de 
retour ; 246® inf., Apremont, avr. 17. — Sys- 
sém. : papillon de corbillard, m., même sens ; 
246® inf., environs de Chauny, 24-3-18 ; ce mot 
et le précédent s'emploient d'ordinaire au plu- 
riel, et pour cause. — Le peuple nomme en 
règle générale hirondelle, papillon (de ceci ou 
cela), l'homme ou la chose qui hante de prédi- 
lection (ceci ou cela) : hirondelles de la mort, 
Croquemorts et Gendarmes de service à une 
exécution capitale ; papillons d'auberge. Coups 
de poing ; ici le complément indique le lieu où 
on est conduit, par l'hirondelle et le papillon, 
comme dans fleurs de cimetière, Taches qui 
viennent au vieillard sur la peau. 

homme- flexibles, m.. Soldat de service aux 
tubes flexibles pour le gonflement d'un diri- 
geable ou d'un captif ; texte ici caporal-tubes ; 

— 296 — 



— par la même métonymie mulet, m., et bour- 
rin, m., Mitrailleur muletier ; 81® t., -14 ; — 
homme- lettres, m.. Vaguemestre ; Feu, 41 ; doit 
sans doute se prononcer comme omelette ; — • 
homme- perco, m., voir perco. 

horizon (bleu), m.. Bleu clair de Tuniforme 
adopté pour l'infanterie en nov. 14; | « ses 
yeux bleu horizon », Feu, 158. — Autre couleur 
de guerre : moutarde. Jaune d'ocre : « sa va- 
reuse, sa culotte, ses bandes molletières, uni- 
formément « moutarde » », hirsch, Journ., 
23-10-16. 

hosteau, m.. Hôpital ; général, mais sentant 
l'argot; I Gaspard, 168; |1 hosto. Hôpital, Phi- 
libert, 282, 300. — Le latin hospitale est devenu 
en France oustau dans le midi, hôtel dans le 
nord ; le bas-langage du nord-ouest, en repre- 
nant oustau à la langue d'oc, comme en témoigne 
Vs de hosteau, lui a donné un autre suffixe, 
-eau, en patois - iau, dont témoigne la variante 
ostio ; hosteau, et ses variantes, en argot de 
malfaiteurs au' début du 19® s., signifient Pri- 
son ;les notions Hôpital et Prison se confondent, 
soit parce que la même maison qui soigne les 
gueux les détient, soit parce que le détenu est 
compté pour malade dans la conversation des 



i 



— 297 — 



malfaiteurs. — Dans eoinc'to, m., Recoin, Coin, 
très usuel, (dès -05, Paris), -to peut être dû à 
une synonymie, large, avec hosteau, logeteau ; 
-c- au verbe coincer, Serrer (dans un espace 
étroit, comme par des coins) ou au diminutif 
coinçon. 

hurler. Faire son bruit très fort, en parlant 
d'un moteur ; « Le moteur tourne régulièrement 
à ses 1.220 — 1.240 tours, ma grosse hélice 
tant décriée fait merveille et je plains les cama- 
rades dont les moteurs « hurlent » à 1.350 tours 
pour gagner quelques chevaux », l'étoile 
BLEUE, Gu. Aér., 31-5-17, p. 452, c. 2. 

inapter. Déclarer inapte : « Le major veut 
que tout le monde se présente à la visite en 
vue de la vaccination antiparatyphoïdique ; à 
lui d'inapter ceux qu'il jugera convenable », 
un sergent, (lettré), 81^ t., mai 16. -— Cf. per- 
missionner, Gratifier d'une permission ; D. m. p.; 
— le sens précis n*est-il pas Porter sur les états 
de permissionnaires ? 

influence (la faire à 1'), Paire des épates. 
Faire l'important ; 120® chass., juill. 16 ; avia- 
teurs et marins, 17-18; | « c'est toujours les 
plus foireux qui le font à Pinfluence, chez les 
bistrots », Cabaret, 465. — Dans cet usage, il 

— 298 — 



\ 



no s'agit p£^s de se prépeater comme influent ; 
mais dans une certaine France, politique, l'épa- 
teur travaille surtout à pe faire croire influent, 
instfillçr, Se faire valoir, Se vanter ; lam»- 
BEPT ; « D'un copain prétentieuat qui fait va- 
loir geg patrouilles, on dit qu'il installe )), Cri 
de P,, vers juilL 16. — Comparaison avec oes 
revues d'installage où le troupier, par un dia^ 
positif 6oigneu3ç, met en valeur, étalés sur aon 
lit, des riens ; de cette même image dérive, en 
parlant de la bêtise d'un homme, « Ce que tu 
en a^ uftQ couche 1 Tu pourraisi installer, tu 

sais », COURTEÏ.JNE. 

jardin gur l@ nombril (un petit), une Tombe 
au cimetière, ou au bord d'une route ; 81^ t., 
14-1.7 ? « Que la guerre durera deux ans ? Alors 
nous aurons tous un petit jardin sur le nom- 
bril » ; — P^tit jardin sur le ventïô, m„ même 
sens ; sons g^nit, autom, 45 et 85, 16-18 ; | 
à petit cimetière <C,,,> où dormaient, «pec un 
ïpetit jardin sur le centre, comme disent les sol- 
lats, tous ceux qui, jamais plus, ne seraient 
•élevés du secteur », arnoux. Matin, 3-4-18. — 
^Çf, parc- aux- os. 

Jean h ifouin, sobriquet du matelot de la 
larine nationale ; très usuel aui' marins : 



« C n'est pas des permissions, ce n'est pas de 
i'amour, Ce qu'il faut à Jean 1* gouin, c'est 
trois doubles [de vin] par jour ! », fin de cou- 
plet sur l'air de la Madelon, S*-Nazaire, -18 ; || 
semble aux marins s'être établi entre -02 et -04 ; 
mais gouin est déjà dans dlle, F.- A,, et dans 
RiCHEPiN, à propos de mariniers : « Arrive 
enfin le tas des gueux, comme une troupe De 
canards éclopés qui poussent des couincouins 
Ce sont les vieux pouillards, les gouines et les 
gouins », La Mer, les Haleurs. — Jean le ma- 
rin — >- maringouin, par queue romantique, 
(ex. « les maringouins d'eau douce ! », propos 
de matelot, leturque, Tire-Lire, 127), — >► 
g'owm, par apocope. — (Comment évoquer, avec 
D., un « ancien uniforme » blanc des marins ? 
en breton guen, Blanc, et le patronyme Le 
Guen, sont prononcés par u consonne (comme 
Guise) ; quelques horsains prononcent comme 
gain, personne comme gouin (^) . 



(^) Les notes de d. sur Targot des marins sont faibles : 
la Normandie n'est pour rien dans « consignes noroua » ; 
lascar et dominique sont des mots ancestraux ; le castor 
n'est pas tant un « jeune marin » qu'un Ex-mousse ; la 
bataille de confettis n'est pas un «.charbonnier » ; le six- 

— 300 — 



jetons (avoit les), Avoir peur ; 2^ c^^, août 18. 

jeunot, m., Soldat jeune ; divers soldats et 
marins, 17-18; | D. m, p. ; « dans l'escouade 
il y a quatre ou cinq « jeunots » », je an des 
VIGNES ROUGES, Joum., 2-7-16 ; Il a Le jardi- 
nier qui est jeunot, on peut le faire engayer par 
une môme », Philibert, 238 ; — on dit aussi 
jeunet, ex. Cabaret, 457. | 

jockey, m.. Conducteur d'artillerie ; 40^ art., 
fin 17-mai 18 ; — a remplacé charretier. 

jockey (régime), m.. Alimentation peu abon- 
dante ; au front avant mai 18 ; — être au ré- 
gime jockey. Jeûner par force ; 8® génie, 13^ tir. 
alg., avr. 18 ; — les jockeys se privent pour con- 
server leur légèreté. — Syssém. : ration de La 



pieds est le Mécanicien principal [cipal — >- six-pieds), 
non l'officier mécanicien ; Canonnier se dit bousoux, non 
houson ; hosco, Maître de manœuvre, n'est pas le fran- 
çais bossu mais l'anglais bossman ou notre vieux bosseman 
avec suffixe plaisant ; le bico n'a rien à voir avec le bur- 
lous blanc du Bédouin ; le cuisinier ne s'appelle pas 
>M, mais la Corvée de vivres poste aux choux. — Au 
Î26 art. 1., descendre à terre, Aller à l'arrière, d., (té^ 
loin breton), est dans le vrai un fait de marine : aller à 
zrre, pour un marin, c'e&t Etre permissionnaire, même 
'il est « embarqué » dans un poste à terre, même s'il 
it au « dépôt ». — Voir goéland, *matali matau. 

— 301 — 



Ramée^ Nourriture de prisoû, Jargon (1849) ; 

— La Ramée^ nom typique du soldat» 
jo££rej m.^ Pièce d'or de vingt francs ; D. m. 

p.^ S0U6 monnaie ; ■'^ a le ciel bleu j offre », Bieu^ 
horizon, sbm> Joum., 18-9'lB, présente la même 
allusion reconnaissante à Iti suprématie du 
généraUen^ohef. 

Joséphine, f., A, la Baïonnette ;inf. c^^*^, Let^ 
tns héroïques (1916)^44; — B, la Pipe; ^Aetjs, 
565 ; — G, Pièce de 75 ; dauzat, 16-4-17, 664. 

— Joséphine étant un nom d'excellentes Fran- 
çaiseS) il est naturel que le soldat le donne à 
ses plus fidèleè compagnes, — notamment au 
76 que le colonial nomme «usai par excellence 
le petit Français^ Lettres héroïques ^ 44 ; et 
d'autres, Gugusse, Julot, d. 

journal (lire le), 1) Ne pas avoir à manger ; 
81® t.j 14-15) soldats et grades, ex-coloniôux et 
parisiens ) \\ « Mon père me disait : Tu n'as pas 
donné à manger aux chevaux, ils lisent le 
journal, dans l'écurie », souvenir d'enfance 
d'un homme de Pleurtuit (d-du-N.) âgé de 
32 ans, -18. -^ Remplaçant syn* de lire la 
^atette, Jeûner, (archaïque), bruant ; prendre un 
plat d'affiches, « Ne pas avoir de quoi déjeuner, 

— dans le jargon des ouvriers. A Theure du' 

— 303 — 



déjeuner, celui qui n*a ni argent, ni crédit, 
flâne comme une âme en peine et fait des sta- 
tions devant les affiches des théâtres », rig. 
Plus anciennement, jeûneur malgré soi, on 
allait devant un restaurant manger son pain à 
la fumée du rôt ; mais aujourd'hui tout le 
monde sait lire et ventre affamé a un cerveau. 
jubéol, m.. Café ; 40® art., -18 ; — jubol 
suffixe d'après globéol, (reconstituant)i ou che- 
vauchement de jus + globéol ; — d'où, syn. : 
béol, m., ib. ; — apocope ; — gyraldose, f., 
ib. ; — gyraldose Y oisiiiG avec jubol et globéol 
parmi les réclames ; — spermatol, m., ib. ; — 
tonique imaginaire. 

jubol, m., A, Vin ; b^^ sanit. autom. 85, juin 
18 ; — le jubol est un purgatif qui illustre les 
journaux d'ingénieux dessins allégoriques ; le 
vin, potion souveraine, nettoie, remède héroïque, 
les intestins des héros ; — syssémi : tripoli, 
Eau-de-vie, rig. ; Rhum, d'esparbès, Demi- 
Soldey X ; — quiconque, après une diètcj a bu 
un coup d'alcool, s'est vu, le gosier au moins, 
fourbi et éclairé ; cf. écouçillon. — B, Nettoyeur 
de tranchées, soldat qui lutte corps à corps 
avec l'ennemi, grenade à la main, couteau aux 
dents j V. du p. \ — « Nettoyeur de boyaux ))^ 

— 303 — 



dit le F. du p. : c*est l'étymologie, comme pour 
le sens A ; — cf. pagéol. 

juge de paix, m., Mortier de 220 ; artilleurs, 
60e Don 1546 ; — « il était d'usage, lorsqu'on 
était bombardé par du gros calibre boche, de 
faire répondre coup par coup par du 220, ce 
qui ne tardait pas à mettre un terme à cette 
sorte de discussion », j.-p. faure. 

jumelles, f., Gros yeux proéminents ; sol- 
dats, G. TURPiN, avr. 18 ; — les jumelles affec- 
tées aux officiers et sous-officiers dans la pré- 
sente guerre peuvent être la cause occasion- 
nelle de cette image, qui souligne, non sans 
exagération, la métaphore des syssém. sui- 
vants : — carreau, m., Œil ; paraud ; « Jamais 
je n'arriverai à rien avec les « carreaux cas- 
sés » »,... étant Aveugle, b ri eux, Ann. p. L, 
30-7-16, p. 136 ; 11 RiG.; — vitre, f., Œil : Il 
« écarquille les vitres », Feu, 21-8-16 ; (cf. yeux 
dépolis, Yeux vitreux, Feu, 308) ; — vasistas, 
m. Œil : « Faudrait pas encore recevoir ça [un 
éclat d'obus comme celui-ci] dans l'vasistas », 
Feu, 231. — Cf. périscope. 

jus, m.. A, Café ; très usuel et universel : 
« Au jus, là dedans ! », cri traditionnel de 
l'homme qui apporte le café matinal, dans la 

— 304 — 



chambrée autrefois, dans l'abri de tranchée 
aujourd'hui ; — synecdoque de jus de chique, 
usuel aux marins dès -86, ou de jus de chapeau, 
(exactement Sueur mêlée de poussière), usuel 
aux civils dès -86 ; cf. rig. ; l'ellipse est in- 
consciente, et jus ne comporte plus aucune 
défaveur. 

B, 1, Huile, d'où Energie : — a, mettre, jeter 
du jus, en mettre, Travailler énergiquement ; 
usuel et général ; en mettre un jus, Se dépê- 
cher ; 2® c^l, -18 ; — parce qu'on dit mettre de 
V huile de coude, même sens ; — b, avec jUS, avec 
Energie ; 81^ t., -16 \ y aller a^ec jus, Mettre 
de l'entrain ; — c, jeter un jus. Briller ; Pari- 
siens ; I « Ça jette un jus ! y a plein d'dorures 
et ça r'iuit », machard, Guerre des mômes. Fan- 
tasio, 15-10-16, p. 199, — parce qu'on dit jeter 
de rhuile, Briller, l'huilç donnant du brillant, 
(rig. donne jus. Elégance) ; — d'où juteux, m.. 
Adjudant ; usuel et général; || antérieur à -14 ; 
— syn. de gommeux, (rig. donne juteuse, 
Femme élégante), parce qu'il est le mieux 
habillé des sous-officiers (?), c'est l'explication 
de SAIN., — à moins qu'il soit ainsi appelé, 
lui qui n'a tout de même pas le chic officier, 
et qui, en temps de paix, est souvent trop 

— 305 — 

BSNAULT 20 



chargé de famille ppur faire f^^taisie, en raison 
du jus, de l'Energie, qu'il met à faire respecter 
la discipline et à organiser le service dont il 
est protagoniste ; — d, valoir le jus, Valoir 
l'argent dépensé, Etre remarquable : ça vaut 
le jus, C'est une chose à aller voir, C'est impa- 
yable ; « Oui, tu vaux l'jus, mon vieux [pour 
ta taille gigantesque] ! », Feu, 47 ; — parce 
que Vhuile c'est l'Argent, (dès 1694, micrel), 
et cette explication se confirme par la location 
analogue ça vaut Vos, Ça vaut l'argent dépensé, 
— à iTioins qu'il faille comprendre Ça vaut la 
peine (de le fairp, de se dérfinger), avec jus syji. 
de Peine, de Travail ; — e, aller au ji;g, « aller 
à l'assaut d^ la tranchée ennemie », sain. ; — 
parce qup le jus c'est le Travail et le travail 
le Combat ; SAm., seule autorité que j'aie 
po^r cptte ^oc^tion, et qui n'en déclare pas la 
sourcp, l'explique autrement : ce sériait P aller 
an café », s'pxposer ^\i^ « moulins à café » 4c 
l'ennpmi ; mais, d'abord, la mitrailleuse à subir 
n'est pas tout le cpmhat ; ensuite, elle est un 
moulin à café, nop pas un filtre à pafé, les pr^- 
np^^:^ qu'elle Iftl^ce n'pnt pas de jus autqur ; 
enfin, aller au jus est l'expression consacrée 
pour 4Ucr chercher le c£^fé (pour les cama- 



rades), et non jamais pour le Boire ; — f, 
court-jus, m., Court-circuit ; 8^ génie, c^^ D-4, 
sept. 18 ; — le circuit électrique étant une 
Energie. — 2, Sauce, d'où Essence de moteur à 
explosion ; mettre le jus, Mettre l'essence ; mé- 
canos d'av^^, Pau, mars 18 ; cf. sauce. 

juteuse, f., Pipe; inf., secteur 174, -18; | 

CHAPELLE. 

kaddour, m., Chef de bataillon ; 13^ tir. alg., 
-18. — Arabe kaddour, Grand. 

kébir, m., 1, Colonel ; 13^ tir. alg., -18; H 
Chef de corps ; dlle. — Arabe kbir, kébir. 
Grand. — 2, cabir^ Capitaine ; 98^ inf., -17 ; 
|d. 

kébour, m., Képi ; mécanos d'av»", Pau, 
mars 18; | agatha ; imprimé « kibour » dans 
HENRioT ; — suffixe peut-être d'après chebour, 
Eperon. — Syn. : képlard, m. ; agatha ; — 
suffixe comme paplard, Papier. — képçon, m.; 
« képeçon », ici ficelle ; — suffixe comme pa- 
quçon, Paquet. — képroque, m. ; pantru- 
CHARD, 116 ; — suffixe comme labatrock, Ta- 
bac, (loucherbèm de tabac). — kébroo, m. ; 
AGATHA ; D. m. p. ; Feu, 121 ; « kébrocq », 
B. des A., 12-4-16 ; — suffixe comme albroque, 
Allumette, et pébroque, Pépin, (Parapluie). — 

— 307 — 



Tous ces noms du képi sont inusités au 81^ t., 
14-17. 

khaki, m., Etoffe de fantaisie : « un uniforme 
de khaki bleu », 81^ t., -16. — Khaki, 1, Terre, 
Poussière ; 2, Couleur brun jaune du sol de la 
jungle ; 3, Tissu de coton de couleur brun 
jaune ; 4, Tissu de coton, bleu à l'occa- 
sion ; extension de sens aussi légitime que 
celles qu'on trouve dans ai^oir le blanc de 
Vœil bleu, à chei^al sur un âne, lumière obs- 
cure. 

knop, f., Pipe ; « quelques-uns disent aussi 
quenauque », dauzat, 27-6-17 ; knop est usuel 
à la sous-int*^*^ de la 22® D^^^, -16, (prononcé 
o fermé bref, sauf, chez un Parisien, o fermé 
long) ; au camp de Ger (Basses-Pyr.), 6®, 12®, 
18®, 34e, 49e, 123®, 144® inf., 16-17 ; aux 246® 
et 289® inf., (recrutement parisien), 17-18 ; 
aux Parisiens du 40® art., (prononcé fermé 
long), -18 ; ignoré d'une foule de témoins di- 
vers de mai 16 à mai 18 ; « assez peu répandu », 
DAUZAT, 27-6-17 ; « très usité aux armées et 
en usage avant 1914 », g. maréchal; | « que- 
naupe » ; agatha ; V, du p. — dauzat lui 
suppose une origine alsacienne et propose que 
ce soit l'alsacien knop, Etroit, en allemand 

-— 308 — 



knapp ; le sématisme ainsi obtenu ne parais- 
sant pas péremptoire, citons, à tout hasard, 
quelques!^mots de forme voisine : cône, f., Pipe, 
qui serait vieux d'au moins vingt ans et usuel 
à Dinan (C.-du-N.), prononcé patois répondant 
au français corne ; cônet, m., Grosse pipe, usuel 
à Dol (I.-et-V.) ; mais -ope comme suffixe m'est 
inconnu ; — dope, m., Mégot de cigarette ; 
usuel à Paris ; — knoh-kerri, m.. Massue an- 
glaise, B. des A., 29-3-16, p. 10 ; — citons aussi 
pour sa ressemblance phonétique méknep, à 
couper, très probablement, mes knep, que j'ai 
recueilli en deux emplois qui se corroborent, 
a, Mes knep, sobriquet, tout Homme grotesque, 
(ouvriers parisiens, 19® inf., -95) ; b, mes knep, 
Mes couilles (un marchand forain, 81® t., -16) ; 
(bruant, Dict. (1901), donne kénep, Ivrogne). 
— Dérivé : quenaupier, m., A, Fumieur de pipe ; 
D. m. p. ; — B, Marchand de tabac, D. m. p. ; 
« quénaupier », Débitant (de tabac et de vin. 
Feu, 204, dont M. Barbusse m'écrit qu'il l'avait 
« bien ouï une fois ou deux ». 

lâchage, m., Séance de vol où l'élève avia- 
teur est pour la première fois livré à ses seuls 
moyens, thavet. 

lacrymo, m., Obus lacrymogène : « leurs sa- 

— 309 — 



loperies de lacrymos », Crapouillot, in Fronts 
16-3-17 ; — cf. aréo. 

lance- pierres, m., Fusil ; agatha ; poilu- 
LOGUE ; Feu, 90. — De lance- pierres. Morceau 
de cuir monté sur fourche de bois avec un 
élastique, servant aux enfants à tirer les oi- 
seaux ; cf. pétoire. 

Lanterne- arrière, sobriquet d'Homme à la 
figure rubiconde de vin ; S. A. P.-X, -16 ; — 
la lanterne- arrière des voitures est rouge. — 
Syssém. : lanterne de claque, Nez rouge ; Ca- 
baret, 467 ; — lanterne de bureau de tabac. Nez 
rouge, et lampion, même sens, Paris, -11 ; — 
falot, m., Nez d'ivrogne : Le capitaine engueu- 
lait M., son ordonnance, « On se disait : « Ça 
barde pour le falot de M<C...>> » », Bourru, 
104 ; — pour son nez = pour lui, et le nez de 
M., qui a bu le rhum du capitaine, est uii nez 
d'ivrogne ; — anglais, dangeroUs signal (signal 
de danger), même sens, -18; — ■ Cf. phare, ici 
surface. 

lapin (tourner en). Devenir lapin à force de 
vivre sous terre : « je tournerai en lapin », pro- 
pos d'un soldat qui répugne à descendre dans 
le boyau où il serait à l'abri du tir ennemi, 
ARNoux, Matin, 3-4-18i 

— 310 — 



lÉk^in (gagner le), 1, Recevoir une forte puni- 
tion ; matins, mars 18 ; — 2, Commettre une 
tnalôdresse, (par ex. renverser du vin)^ qui 
mériterait Une punitioij ; marinB, niai 18 5 — 
un lapin vivant est souvent le gros lot dans Ifes 
loteries foraines. — Syssém. : gagner le coque- 
tier, Etre blessé ou tué ; usuel dans les milieux 
ouvriers, par ex. chez les mécanos, R. G. Aé., 
-17; I « Et pour exprimer qu'ils avaient bien 
cru leur dernière heure Venue le pilote — un as 
du bombardement — jeta aux échos du camp 
d'aviation le fameux et cottsact-é : « Nous avons 
failli gagner le coquetier » », eynac, (>u. Aér., 
3-5-17 ; (( on l'a déCrOdhê le cocotier... ^ Pé- 
pèrês, 46 ; — -il s'agit du « joli cocotier dans la 
rangée supérieure », t, A. fr., 1-6-17, qu'on 
gagne aux loteries foraines et qui symbolise la 
blessure capitale qu'on peut recevoir à l'assaut. 
— Cf., pour l'ironie, gros lot^ Vérole^ — • fade, 
(Bien partagé). Grièvement blessé ; ^ — et pour 
le sématisme tiré des jeux forains, « « Pan, sur 
la tête du gosse ! » disent volontiers nos ar- 
tilleurs, devant un coup bien pointé », daudet, 
A. fr., 20-5-16, allusion au jeu de massacre ; — 
cf. tonneau. 

larqué, m., A, Quart de litre : « un demi-lar- 

— Ôll — 



que de pinard », 2® mixte, -18 ; ■ — B, Quart 
pour boire ; 2^ mixte, -18. — larqubèm, m., 
mêmes sens ; 2^ mixte, -18. — Déformations du 
mot quart, types larantequé -< — quarante, lou- 
cherbèm -< — boucher ; le procédé est nommé 
« loucherbèm » ; bruant, Dict.,ejk expose le mé- 
canisme. — Notons le succès de lougué ■< — 
coup, Gorgée, chez les téléphonistes du 109^ inf., 
16-17, « Viens prendre un louké », « un cin- 
quième de louké », lancé par un Lyonnais ; 
c'est le louque. Verre à boire, de d. • — Autres : 
lacsé ■< — sac, 40^ art, -18; la3opèm-< — pajot ; 
cf. latsipume,[linarpèm, loumpé. 

latsipume, m., monax : « Le Latsipume », 
nom d'un journalfdu front, cité Journ., 18-7-16, 
p. 4, c. 3. — Je n'ai pu pénétrer le sens du mot, 
— qui semble du loucherbèm, pour *patsi (?), 
pastiss, paquci ?..., — ni savoir en quel corps 
ce journal se publiait. 

laver les yeux (se), Regarder au périscope ; 
D. — Plus exactement se rincer Vœil, Regarder 
de jolies choses, des spectacles suaves, en 
prendre plein les carreaux. Regarder longue- 
ment. 

le, la, les, en, y, un, une, ça, quelque chose, 
pronoms remplaçant les noms les plus divers, 

— 312 — 



■ 



et qui servent éminemment au langage par 
allusion aimé du peuple : 

le faire, [le Coup, le Boniment], Tromper : 
On ne me le fait plus ; | « On nous Ta trop 
fait. Attends avant de croire », Feu, 43. 

l'avoir à la caille ; voir caille. 

l'avoir" dans le pot ; voir pot. 
h< l'avoir sec, [le Manillon], Etre très ennuyé ; 
Tu parles si je Vai sec !, usuel aux Parisianisés ; 
Il « j'ai *<••.!> tapé deux mois de tôle sans 
sursis et ensuite je me suis vu diriger sur le 
79® de ligne à Nancy. Je te jure que je Valais 
sec )), lettre d'un récidiviste, in Matin, 22-9-09. 

— Avoir le manillon sec. Avoir un embête- 
ment ; usuel à Reims, -06. — Sématisme pris 
du jeu de cartes le plus en vogue. 

l'avoir sec, [le Gosier], Avoir soif ; V. du p.; 

— je ne l'ai pas recueilli dans l'usage et crains 
que ce ne soit qu'une étymologie fausse du 
précédent. 

l'arrondir (se), [le Mât de cocagne]. Etre 
privé de qqch. ; 81® t., -15 ; — syssém. : se 
taper [la colonne] ; — image erotique prise de 
la privation de femme. 

la sonner (se), [la Tête], Bien manger ; voir 
ruche. 

— 313 — 



la raliietièr, [la GuêUle], Ronchonner ; tjsuel 
aux Parisiens ; || dès -08. — Usuels aussi 
rdméfiet- Sa gUeUle^ fûmetiet' sa science, rûtnener. 

l'avdit mauvaise, \y Humeur, ou mieux la 
Gueulé, en prenant gueule soit au sens de 
Figure, ou de Conversation, et celui-ei se com- 
prenant soit par la violence d'uû boniment 
aigre, ou mieux pat* le désagrément d'une 
bouche mdUçdise], Etre de méchante humeur ; 
81^ t., 14-17 ; I « je commencerai à la voir mau- 
vaise bien sisse^ tôt lorsqu'on ildus ramènera 
aux tranchées », paraIjd, 92, graphie inspirée 
peut-être de la trouver mauvaise, mais qui ne 
se soutient pas, puisqu'on conjugue il Vavait, 
il Vaurait rnaUç^aise, etc. 

la sauter, [la Générale], Demander la vole à 
là manille aux enchères ; Bourg, hôpital, 
sept. 18. — La locution consacrée est ; je prends 
la générale ; si k la [levée) générale je Substitue 
[Madame) la Générale, et que je la prenne, il 
est galamment logique de la sauter. 

la sauter, [la Perche ? la Ligne ? la Danse 
devant le buffet ? la Polka des gencives ?], Etre 
privé de manger à l'heure attendue ; 360^ inf., 
-15 ; matins, déc. 17 - mai 18 ; 8^ génie, mai 
18 ; 2® c^^, -18 ; la sauter à pieds joints, ma- 

— 814 ~ 



ritis, -18; I « Vous « là sautez» quand un ... 
accident survient aux cuisines et nous risquons 
de la sauter quand reviendront les beaux jours 
de la guerre de mouvement )), Poil et plume 
(8le inf.), in A, fr., 4-7-16, p. 2, c. 6 ; « on la 
saute depuis ce matin », p. b. (58® art.), Contes 
vér.^ 69 ; « je vous annonce qu'on « la saute » 
aujourd'hui. Le rata est raté », a. cAf, Fatita- 
sio, 15-10-16. — Je rapprochai d'abord cette 
locution de sauter à la perche, Etre misérable, 
Mourir de faim, dllë ; être à la perche^ Grever 
la faim, rig. Mais j'entends un marin, mai 18, 
faire observer à un commensal « Tu as sauté 
une ligne », Tu as oublié de prendre du second 
plat, avant de prendre du troisième ; ce serait 
une image prise de la lecture du journal, plutôt 
que de l'art du typographe ; elle surprendra 
moins si on se rappelle le succès énorme et 
général de la locution être, nêtre pas à la page, 
Etre bien au fait, Etre distrait. Enfin, et bien 
mieux, on parle de la polka des genciçes, et je 
crois avoir recueilli *la danser, Jeûner ; on peut 
donc voir dans la sauter son remplaçant syn. 
où la représenterait cette danse rageuse qu'on 
sautille devant le buffet quand on ins*- 
pecte ses rayons déserts, ceux du haut, ceux 

— 315 — 



du bas, et encore le dessus du meuble vide. 

la péter, [la Faim], Jeûner par force ; 360^ inf., 
-15 ; usuel, 8^ génie, 156^ inf., 13^ tir. alg., 
mai 18 ; — dér. syn. de la crever, {la faim), 
même sens, péter étant syn. de crever (avec 
bruif) ; cf. péter au point, Perdre faute d'un 
point, RiG, c.-à-d. Crever au point. 

la faire, [la Chose, (l'Entreprise)], à V estomac, 
à r influence ; voir estomac, influence. 

raccrocher (se 1'), [\slJ Ceinture], Etre privé 
de qqch. : « Quelquefois du pinard, mais le plus 
souvent on se l'accroche », pantruchard ; cf. 
« tu t'accroches trois belles ceintures l'une sur 
l'autre », Feu, 191 ; — syn. : se la mettre ; — 
voir bride ; — fort mal expliqué dans sain. 
par « littéralement mettre son envie au croc ». 

la serrer, [la Main], Donner une poignée de 
main : « ton frangin qui te la serre », lettre de 
soldat, -16. 

la piler, [V Asphalte ? la Brique ?], N'avoir 
pas à manger ; 2^ c^^, -18 ; | « On la « pile » 
salement », p'tit gars. — bruant a piler d^ or- 
gane. Jeûner ; dlle, F.- A,, sl piler, Manger, (cf. 
piloche. Dent) ; la piler serait * piler la brique 
(sous les dents) ? Je crois plus heureux de rap- 
procher la piler. Etre exténué de fatigue au 

— 316 — 



COUTS d'une marche, Schw. Sold., 69, que je 
comprends piler la route avec peine ; * piler 
Fasphalte, ce serait, comme le polir, Aller et 
venir cherchant sa vie ; (le genre d'asphalte ne 
fait pas difficulté, le mot commençant par une 
voyelle). 

la mener belle, [V Existence], Vivre agréable- 
ment ; divers soldats et marins, 14-18 ; | Phi- 
libert, 103 ; — syn. : la mener douce et joyeuse, 
DLLE ; — se la couler douce. 

l'ouvrir, [la Bouche], Parler : « si tu n'es pas 
content et qu' tu l'ouvres trop )),...que tu Rous- 
pètes, Feu, 80 ; « J'sais c' que j'dis quand je 
l'ouvre )), ib., 89 ; « tu n'entendras jamais deux 
poilus l'ouvrir pendant une minute sans qu' 
<...> », ib., 183 ; « j' l'ai ouverte », ib., 11-8-16. 
la boucler, [ la Bouche], Se taire : « Paraît 
que... Mais mieux vaut la boucler », chapelle. 
la salir, [la Photo, la Gouache, V Image, — 
ou la Cabane ?], Exagérer ; marins, 17-18. — 
Voir, sous égratigner, les syssém. de Jésus, 
Figure, et, sous cabèche, cabane, syn. de 
Tête. 

les mettre ; voir bâtons ; « Je les ai mis », 
CARGO, Innocents, 204 ; (dit-on aussi * Je les ai 
mises ?) ; — fort mal expliqué dans Schw. 



317 



Sold., 72 : « Jjes meUre {c.-à-d. les pantalons) : 
s'en aller )) (!) 

les rouler (se), [les Pelotes ; « une dans le son, 
l'autre dans la farine », ajoute-t-on parfois, 
81^ t., -16], Fainéanter. — Syssém. : « Quand 
nous n'aurons rien à faire, faudra-t-il aussi 
aller se sécher les çaiiettes soua le hangar ? », 
centre de dirigeables, -17. 

les avoir à la retourne ; voir retournés. 

les avoir, [les Foies, ou un syn., voir copeaux, 
flubes, grelots, grolles, jetons] ^ Avoir peur ; 
R. G. Aé., juin. 18. 

en avoir, [du Plomb dans Vaile], Etre atteint 
(d'un projectile) : « J'en ai », dernierg mots d'un 
sergent mitrailleur, licencié en lettres, à Douau- 
mont, -16 ; | « T'en as, toi ? », benjamin, 
Jour?*., 21-5-16 ; « j' (( en avais » dans le bras », 
DAÇAY, Gu. Aér., 30-8-17 ; « le Bqche [l'avion 
boche] en a... Regarde?, il fume...! », fiqué- 
MONT, Gu. Aér., 10-1-18. — Syn. : en prendre 
un coup dans le portrait ; 360^ inf., 14-15. 

en avoir d^-ns Iç buffet, [du Cç^ur], Avoir du 
cœur au ventre, Etre courageux ; un cra- 
pouillot,janv. 16 ; 8^ génie, 40^ art., -18 5 | «JQ'est 
presque une bonne chose que d'avoir à|^se 
battre pour chasser son cafard, et ceux qui 

— 318 — 



résistent à ce cafard-là en ont dans le « buffet » 
(sont des braves éprouvés) )), Troi^ jours, 19-7- 
16. — Syssém. : avoir de V estomac, du fusil. — 
Syn. et syssém. : dans le coffre, 2^ c^\ -18 ; — 
dans le tube, ib. ; — • tuhe, Tenants et aboutis- 
sants de l'estomac ; — dans le Ijide, dans l'es- 
tomac, 40e art., -18. 

en avoir, [des Couilles au cul], Ne pas ^voir 
froid ^ux yeux, Etre hardi : « ]plsca4rillps de 
monoplaces réservées à nos as pt ai;af vievj:?^ 
pilotes ayant montré « qu'ils en ^v^ient » )>j 
s. -11^ viALLET, Gu. Aér., 10-1-18, p. 142, c. 2. 

en avoir plein les mirettes, [du Sahle], Etre 
fatigué ; D. 

en avoir plein le pot, les ronfles, le^ arcas- 

sines, voir pot, ronfles, arcassines. 

en avoir ses pleines culottesi, [d'un Emmerd^- 
ment]. Etre submergé d'ennuis ; divers soldats, 
17-18. ' ff^ 

en être, [de la Classe], Voir venir la fin 4e la 
guerre : Ha f on n'en est pas I, se dit h tqute 
distribution de nouveautés d'habillement et 
d'équipement ; 8i^ t., 15-17 ; | « Un qui vou- 
drait bien en être », ^igiiaturo, p., p. 238. 

en faire un plat, [de Hie^s] ; voir décu- 
lottée. 

— 3td -. 



en faire (s'), [de la Bile, — très probable- 
ment, — mais avec concours des syn. : du 
Souci, de la Mousse, des Cheçeux, du Nerf 
pour la Chine], Etre rongé de tracas ; très usuel 
et général; | Faut pas s^en faire est le thème 
des célèbres Alternati^^es du poilu (in B. des 
A,, 21-23oct. 15) ;((on en écrase sans s'en faire 
une miette », pantruchard ; « L' bourin, il s'en 
fait pas ! », à propos d'un cheval éclopé qui 
passe dans une voiture, benjamin, Journ., 
15-5-16; Il date d'au moins -97 ; dauzat ; — 
cf. « je ne me fais pas de bile pour un sou », 

PARAUD, 77. 

en foutre à qqn plein les yeux, ou les châsses, 
ou les mirettes, [de la Poudre- aux-y eux], En 
faire accroire à qqn ; 81^ t., 15-17 ; | « nous 
en foutre plein la vue », Feu, 326 ; « leur en 
jeter dans la vue », donnay, Revue hebdoma- 
daire, 25-3-16, p. 473. 

en jouer un air ; voir air. 

en jouer, [des Jambes], S'enfuir, Partir ; 
360e inf., -15. 

en gratter, [du Jambonneau, (de la Mando- 
line)], hpôur qqn ou qqch.. Aimer qqn ou 
qqch. ; divers soldats ; I| Nénesse, 195, 244. — 
Syssém. : en pincer, [de la Guitare], pour... — 

— 320 — 



L'idée exacte est Rabâcher l'expression de son 
amour. 

en écraser, [de la Paille ? un Air d^orgue de 
Barbarie ?], Dormir ; 81^ t., 15-17 ; usuel et 
général ; | de losques, lettre, 23-6-15, in Mi- 
roir, 29-8-15, p. 14 ; Il Belfort, -10 ; d. — Le com- 
plément représenté par en est généralement 
sorti du champ de la conscience ; j'ai intéressé 
la plupart de mes camarades en leur deman- 
dant ce qu'ils écrasent ; une fois éveillés à la 
philologie plusieurs ont voulu que ce fussent 
des puces ou des poux ; mais le dormeur foule 
réellement sa paille, et réellement ses parasites 
restent inécrasés. — Malgré les faits cités ici 
sous écraser, l'explication de en écraser par la 
paillereste douteuse. Selon p. guiton, M. de Fr., 
16-1-18, p. 381, « on dit en écraser un », et cet 
italianisant invoque schiacciare un sonnellino, 
Ecraser un somme, en argot florentin schiac- 
ciare un pisolino ; mais le fait est qu'*en écraser 
un est généralement inconnu. — Mieux : on dit 
le ronflement de l'orgue ; d'où, en retour, le nez 
devient un orgue (^) : jouer de V orgue, Ronfler, 
DLLE ; — en souffler. Dormir ; 40® art., -18 ; 



{^) Argot : mon orgue = mon nez = Moi. 
— 321 — 



i 



21 



— et d'autre part, on dit moudre un air, Jouer 
de l'orgue de Barbarie, (à cause de la rotation 
de main du joueur) ;. d'où en moudre, 1, Ron- 
fler ; 2, Dormir; 20^ chass., -18 ; H Paris, -18; 

— de là les syn. : en mettre en poudre ; 360^ inf., 
14-15 ; 2Ôe chass., -18; H Paris, -18; — en 
casser ; déch. ; — ^ en écrabouiller ; d. ; — et en 
écraser. 

en sentir, ou ressentir, (s'), [du Goût],pour qqch., 
Désirer ; usuel, surtout aux ouvriers, 16-18, 
d'où aux aviateurs ; 13^ tir. alg,, -18; | « Y 
en a un, en tous cas, dans l'escouade, qui 
s'en r'ssent salement pour elle )),... Est épris 
de cette femme. Feu, 62 ; « j' m'en ressens pas 
pour encore becqueter des clarinettes )), ib., 
253 ; « Tu crois qu' i's s'en ressentent pour 
l'assaut, ceux-là ? », ib., 284 ; — et, sans com- 
plément, (de même qu'on dit populairement, 
sans complément, aç>oir du goût, Se sentir de 
l'entrain), « aux rares hésitants qui s^en res- 
sentent moins que les autres [pour les dangers 
de l'aviation] », estève, Gu. Aér., 12-4-17 ; 
Le public « confond trop fï^cilement le vrai 
pilote ayant le feu sacré, «avec celui qui selon 
l'argot d'aérodrome, ne « s'en sent pas » et est 
complètement « dégonflé » », mortane, Gu. Aér., 

— 322 — 



26-4-17, p. 370 ; « Le bougre s'en « ressentait », 
je te l'ai dit », Il en voulait, Il voulait un duel, 
propos de Dorme, daçay, Gu. Aér., 30-8-17 ; 
« Je me reprends à m'en ressentir », « Je me 
reprends à désirer le combat », montgeorge. 

en serrer cinq, [des Sardines, (des Doigts)], 
Serrer la main : « Mon vieux poteau, je te 
quitte en t'en serrant cinq. Ton copain M<C...> 
E », un chasseur (120^ bon), lettre à un zouave, 
août 16. 

en mettre, [du Jus], Travailler énergiqùe- 
ment ; usuel et général ; « Vous allez en 
mettre ? », à l'adresse d'un soldat qui ôte sa 
veste pour aller aux feuillées ; \\ usuel dès -06 ; 
— d'où, spécialement, en mettre, Faire de la 
vitesse ; les automobilistes ; — en mettre un 
coup, Exécuter un tir ; les artilleurs ; | M. de 
Fr.y 16-3-16, p. 377 ; — en fourrer un coup, un 
bon coup, des coups. Combattre, paraud, 64, 
81, 88 ; ■ — en jeter un coup, Besogner active- 
ment ; 13^ tir. alg., -18. — Voir jus. 

en avez- vous, [de VEau]- pour- les- yeux ?, 
Avez-vous de l'eau-de-vie ?, façon discrète de 
demander à un bistro, devant des gens dont 
on n*est pas sûr, s'il peut satisfaire « la gorge ». 
• — Cf. tu as du ?, Tu as du tabac ?, usuel aux 



323 



mousses de PAusterlitz pour esquiver le nom 
de la denrée interdite. — La gnole matinière 
déblaye la vue. 

y faire, [à la Chose], Manœuvrer, Mettre à 
profit, Jouer ; très usuel et général ; savoir y 
faire, Connaître le procédé convenable; | 
(( Crois-tu que les Boches peuvent y faire main- 
tenant du côté russe ? », paraud, 90 ; « J* veux 
pas y faire avec toi »,... Jouer avec toi. Feu, 
7-10-16 ; — cf. « Quelle occasion que cette 
guerre pour le rationalisme, s'il sait y faire ! », 
anon.. Feuillets, M. de Fr., 16-2-16, p. 624, 
c.-à-d. que le peuple de France s'étant battu 
admirablement sans mysticisme, les philo- 
sophes devront souligner la valeur de la raison 
toute nue dans l'action. 

y en mettre, [à V Adversaire], [des Coups de 
poing], Rosser qqn : « Mets-y-en ! » 

un, [Enfant], dans la locution // ne fen fera 
pas un dans le dos, Il ne te mangera pas ; 
8® génie, -18 ; || Brest, -04; — Il ne c'eut pas 
m^en faire un dans les épaules qui trottent. Il 
n'est pas si terrible qu'on le croit, ou qu'il en a 
l'air, Il ne fera pas l'impossible, marins, -18. 

un (sans), [Sou], Complètement dénué d'ar- 
gent ; divers soldats argotisants, 14-18. 

— 324 — 



une (en casser), [Croûte], Manger ; Pépères^ 
237. 

une (en chanter), [Gamme], Engueuler : 
« Non I... mais I... tu ne vas pas m'en, chanter 
une... )), VALMY-BAYSSE, Joum., 12-11-16. 

une (en pincer), [Romance], Dormir ; Pé- 
pères, 20. 

une (ne bander que d'), [Couille], Ne pas se 
sentir d'audace ; S. A. P.-X, -16 ; marins, -18 ; 
Il et avant -14; — cf. en boche, ich werde Sie 
hewegen bis Ihnen der Schwanz nach hinten 
steht !, Je vais vous secouer jusqu'à ce que vous 
bandiez en arrière, menace de gradé à la ma- 
nœuvre, DELcouRT ; — cf. « OU conuait trop le 
danger, on n'y va [à l'assaut] que d'une fesse », 
Cabaret, 464. 

ça (remettre) ; voir remettre. 

quelque chose (se taper), [de la Mangeaille], 
Bien manger : « se taper quèque chose », benja- 
min, Journ., 23-2-16, sous-entendu dans le cou, 
dans la lampe. — Dans la locution, très usuelle, 

t prendre quelque chose, Etre amplement rossé, 
quelque chose, sous-entendu comme purge ou 
pour son rhume, est énoncé emphatiquement, 
parle de quantité, et n'a pas le sens purement 
pronominal ici en question. 
I 



325 



limoger, Mettre en disgrâcej en disponibi- 
lité : « Kouropatkine vient d'être limogé », 
340® inf., août 16 ; un officier payeur, Bu- 
reau 160, août 16; I « A la tête de l'aviation, 
nous avons maintenant des compétences. Que 
leurs ordres Soient exécutés, que les bras agis- 
sent, ou bien qu'ils soient « limogés » », mor- 
TANE, Gu. Aér., 28-6-17, p. 515. — Des offi- 
ciers supérieurs et généraux, deux douzaines, 
dit-on, ont été envoyés en disponibilité à Li- 
moges, en sept. 14, (par le train de 9^,43, InU 
des CL, LXXVII, 267). — Cet emploi d'uh nom 
de ville rappelle se faire shanghaïer, Devenir la 
> proie d'une agence de désertion, comme il en 
est à Shanghaï, à San-Francisco,..., qui saoule 
le marin, le retient au moment de la partance, 
et, une fois déserteur, l'engage pour une cam- 
pagne de pêche à la baleine, mot en usage chez 
nos longs-courriers et dans la marine de l'Etat. 

lobé (être). Se trouver déconcerté, dupé, 
Avoir le dessous ; 2® mixte, canon de 37, mai 18. 
— Le vieux français disait lobeur, Trompeur ; 
le H*-Maine, en -59, alober, Tromper, mon- 
TESSON ; l'Ille-et- Vilaine, lober, Laisser sortir la 
langue hors de la bouche, (ce n'est pas signe 
d'un esprit qui domine les circonstances), et 

— g26 -^ 



lobardy Imbécile, orain, Glossaire ; — cf. aba- 
lobé, Etonn, Ebahi, dlle, et un lobe bée que 
TiMMERMANs, (mincc autorité), donne comme 
de l'argot signifiant Bouche bée ; — l'arabe a 
lâabj Se jouer de qqn. 

losange, m., Conjonction des deux insignes, 
l'un en V, appelé Mange, signifiant évacua- 
tion sur l'arrière, l'autre en V renversé, signi- 
fiant blessure de guerre : « Ceux qui portent 
conjointement ces deux brisques ont le lo- 
sange », Cri de P., 7-5-16, p. 7, c. 2. 

lot, m., Femme, en tant que compagne 
souhaitable ; 40^ art., -18 ; — du sens Bonne 
Affaire, que donne d. — Mais « la classification 
générale des femmes s'établit ainsi : i le lot, 
II le numéro, m le petit-beurre (le nec le 4" 
ultra) )), F. DE KERALio, Sept. 18. 

louis- Philippe, m., Mortier de tranchée ; 
95^ inf., mars 15, péricard. Face à face, 316 ; 
— c.-à-d. Suranné. 

loumpé, f.. Femme ; 66^ chass., mai 18, 
M. siELTZER. — louml, f.. Femme ; un docker 
nantais, 81® t., -16. • — Formes loucherbèmes 
de roumie, Femme ; « roumie chipotasse », 
Femme dégoûtante, Nénesse, 243 ; d'autant 
plus que la définition de M. Sieltzer est « terme 



i 



employé par les poilus contre les femmes à l'ar- 
rière du front ». Quant à roumie, est-ce le même 
que roumie, « Croûte de pain, — dans le jargon 
des chiffonniers », rig. ? ou bien est-ce roulure, 
rouleuse, Fille qui roule çà et là, ou roublarde, 
Femme rusée ou Femme riche, ou rouchie, 
Vaurienne, ou roupie, Punaise, (une Femme 
galante étant usuellement dite une punaise, 
parce qu'elle a les lits pour habitat), et le 
suffixe substitué a-t-il pour but de rappeler 
aux Algériens roumi, Européen ? — Syn. : 
loulepé, f., usuel à Paris, loucherbèm de poule. 

loupiot, m.. Soldat de la classe 16 (en 1916) ; 
ROCHER ; — loupiau, Jeune (voleur), rig. 

loupiote, f.. Fillette : d'où, 1, Petite lampe 
éclairant mal ; Mousqu., 55 ; — 2, par ironie. 
Fusée éclairante ; d. 

lourd, A,m., Canon d'artillerie lourde : « mal- 
gré la canonnade du « lourd » voisin qui fatigue 
nos tympans », médecin-major oudiette, B. des 
A., 21-11-17. — B, De l'artillerie lourde : « les 
artilleurs lourds », Feu, 135. — lourde, f.. Ar- 
tillerie lourde : « la lourde », mang, Fantasio, 
1-5-16 ; — de même : légère, f.. Artillerie lé- 
gère ; M. de Fr., 16-3-16, p. 377 ; — et même : 
campagne, f., Artillerie de campagne division- 

— 328 — 



naire ; 40® art., -18 : « un artilleur de la cam- 
pagne )). 

lourde (avoir la), Avoir sommeil ; D. m. p. ; 
« J'ai la lourde ! », Feu, 284. — Avoir la pau- 
pière lourde se fût condensé en *Vavoir lourde. 
On a, ici, la chose nommée tout droit par sa 
qualité maîtresse ; cf. la lourde, la Porte ; la 
longue, l'Année ; préparé par être lourd de som- 
meil, la lourde est le Sommeil, comme, préparé 
par a^^oir V estomac creux, la creuse est la Faim. 

luisante, f., Baïonnette ; d. 

lumineuse, f., Fusée éclairante : « les salauds 
d'en face envoient une lumineuse », saint- 
CASSiN, Temps Buté, in Front, 1-9-16. 

lunettes en peau de saucisson (avoir les), Être 
gris ; FAGus, 564. — Y voir trouble. 

macab, m., Cadavre ; Parisiens, 81® t., 
mai 16; | « macchab », Feu, 15, 248, 340. — 
Apocope de macabé, même sens, écrit souvent 
macchabée, (ex. Feu, 213, 282, 291), par un 
souvenir d'histoire sainte peu motivé ; (cf. 
palace). 

macavoué, m., Obus, ou Torpille aérienne : 
« Macavoué, argot d'Artois, 1915. Disparu », 
L. POTTECHER, avr. 18 ; | « Trois fois nous y 
avons été en quatre jours, une fois le temps 



329 



d*y passer la nuit ; mais le lendemain matin, 
oh ! sainte Brigitte I des gros macai^oués (comme 
dit le capitaine) nous tombèrent sur le dos », 
Lettres héroïques, (1915), 28 ; h. barbusse l'a 
employé , Feu, 24-8-16 (= p. 59), mais il 
m'écrit en oct. 16 que le mot lui fut communi- 
qué ; cf. préface, p. 14 ; sain, l'a pris dans 
Lettres héroïques ; D. m. p. et déch, le donnent 
sans référence, et ont pratiqué sain. ; M, Potte- 
cher est le seul témoin que j'aie trouvé de ce 
mot. — Lorrain hacaoué, Têtard de grenouille, 
à Dombasle, Rigny S*-Martin, S*-Mihiel, Com- 
mercy, bocaoué à Pont-S*- Vincent, déformé par 
l'auteur de la lettre héioïque : m est la nasale 
de & ; ç^ est inséré, (cf. caoua — >- cavoua, Café). 
Le projectile de crapouillot ressemble au tê- 
tard par son corps cylindrique et sa queue ; 
cf. queue de rat, saucisson. 

machine à broder les pans de capote, f., Mi- 
trailleuse ; 13® tir. alg., -18 ; ~ elle les brode 
à jours, festons et dentelles. — D'où ensuite, 
syn. : machine à coudre les pans de capote, f., 
ib., juin. 18 ; — par chevauchement avec le 
suivant. 

machine à coudre, f., Mitrailleuse ; lambert ; 
« Quand nos mitrailleuses sont en actions, le 

— 330 — 



Boche en sa guitoune déclare : — Voilà Franz- 
man à sa machine à coudre », dekobra, B. des 
A., 14-11-17. — D'où machine à découdre, même 
sens; 156einf., C.M.-3, -18 ; | agatha ;« Tu t' 
goures. <;...>- C'est pas la machine à décou- 
dre : c'est une motocyclette qui radine sur le 
chemin », Feu, 227 ; — contamination de l'idée 
que la mitrailleuse découd beaucoup d'enne- 
mis avec l'image auditive de son « tac tac » 
de cloueuse de tôles. 

machine à couper l'appétit, f., Cuisine-rou- 
lante ; 40^ art., -18. 

machine à dépeupler, f., Mitrailleuse ; d. 

machine à ramer le paletot, f., Mitrailleuse ; 
D. — Elle étend la capote, et l'homm^e dedans^ 
«^ur le « biUard » ; ramer une pièce de drap, 
l'Etendre sur un châssis dit rame, 

machine à secouer le paletot, f.. Mitrailleuse ; 
expression rapportée su 130^ inf. par tm gradé 
qui la cueillit en juin 16 ; à Ja mode aux 2^ c^^, 
109e inf., nov. 17 ; au 246^ inf., à Chauny, fin 
mars 18 ; aux 13^ tir. alg., 8^ génie et 40^ art., 
mai 18. — Syn. : secoue-paletot, m. ; d. ; — 
machine à épousseter les paletots, f.; RALF,in 
M. de Fr., 16-3-18, p. 319 ; — métaphore sur 
le bruit rageur de son « tapotement ». 

— 331 — 



magogniau, m., Obus (de 150 et au-dessus) ; 
40^ art., -18. — Cf. mangonneau, Baliste du 
Moyen-Age. 

mahaud, m., Bas-Breton (parlant la langue 
bretonne) ; usuel dans les corps du nord-ouest ; 
40e art., s^n sanit. 85, -18 ; — d'où, syn. : 
mahoudi, m., 40® art., -18. — Mahou, mahaud, 
très antérieur à la guerre. Niais, Nigaud, 
Lourd, désagréable et bête, en Anjou, ver- 
rier et ONILLON ; cette injure est appliquée 
aux Bas-Bretons dans le nord de la VendéC; 
à Redon, à Rennes, dans la Mayenne ; on peut 
éclairer ce mot, et même aussi expliquer di- 
rectement notre sens par le mot, du Ht-Maine, 
mahon, Qui parle d'une façon inintelligible, 
MONTESSON ; le Bas-Breton « mahonne » en 
ce qu'il parle une langue nationale. 

malabar, 1, Malin : « Les types de Panam, c'est 
des types malabars, <••.>• », un soldat, non 
parisien, nov. 16. — Malabars, catégorie de 
Mercantis qui pullulent dans les ports francs, 
(Beyrout, Tunisie, Gibraltar, Portugal, Co- 
rée,...), vendant des plumes d'autruche, des 
bijoux, des soieries, du tussort,... ; habillés à 
l'européenne, ils ne sont pas obligés d'être nés 
sur la côte du Malabar. A Corée on leur achète 

— 332 — 



des objets de luxe qu'on paierait 60 0/0 plus 
cher à Dakar, si Ton est plus disposé à les rouler 
qu'à les écouter. La propagation du mot est 
due à nos marins. — Syssém. : arabe, juif, Mer- 
canti retors. — 2, Gros et joli :'« un canon ma- 
labar )), 2® c^l, -18. — Autres mots de sabir médi- 
terranéen : bamboula, barda, barbaque, estanco. 
Autres exotismes : chouya ; bougnoul ; toumané ; 
cagna ; zigzig ; finish ; boucher noir. 

manche (tomber sur un), Subir un échec, 
Rater son offensive, Avoir une désillusion ; 
81^ t., août 14-oct. 17, généralisé par les Pari- 
siens ; très usuel et très général. — Je lis : 
« La défaite autrichienne, d'après une estampe 
populaire russe qui s'est inspirée de cette locu- 
tion en usage chez nos alliés : « Ils sont tombés 
sur la fourche », locution qui a presque mot 
pour mot son équivalent en français », légende 
d'un dessin, Pet. Par., 9-6-16, présentant une 
paysanne russe, robuste, rieuse et géante, qui 
k cueille du bout de sa fourche un soldat autri- 
h: chien. Il est cependant fort peu vraisemblable 
^t que nous ayons affaire, avec manche, à une 
^H métaphore native, et beaucoup plus à plusieurs 
^B syssémantiques et synonymes enchevêtrés et 
^H entremordus. D'une part, un mot comme 

I 



— 333 — 



emmanchement, Etat de Thomme qui se voit 
dupé, (un Nantais illettré, -15), donne à penser 
que le manche en question se trouve dans le 
verbe passif se faire emmancher, Etre dupé, 
dont l'image rappelle le supplice du pal. 
D'autre part, une pelle a un manche et on dit 
ramasser une pelle. Subir un échec. — Mais je 
connais aussi les manches des parapluies, des 
parapluies dits pépins ; or on nomme usuelle- 
ment, surtout dans la marine, pépin un Acci- 
dent de machine, une Situation embarrassante : 
avoir, attraper, ramasser un pépin ; l'origine 
en est-elle glisser sur une peau d'orange, tomber 
sur un pépin, comme pour le ramasser ? On a 
pu passer de pelle à pépin ou de pépin à pelle. 
— De parapluie à ombrelle le pont sémantique 
est court, et aussi d'ombrelle à bec, soit parce 
que le bec de la canne de l'ombrelle est au bout 
du manche, soit parce qu'on a croisé *ramasser 
une ombrelle avec se trou<^er le bec dans Veau ; 
ainsi s'expliqueraient tomber sur un bec, (81® t., 
-15), et être, se trouver bec d* ombrelle, (paraud) ; 
duquel bec serait issu tomber sur un bec de gaz, 
même sens toujours, 81® t., 14-17, connu en 
-18 de tout le monde. — La seule chose cer- 
taine en ces diverses locutions, c'est que les 

— 334 — 



verbes succédanés avoir, être, se trouver, ra- 
masser, tomber sur ne fournissent pas d'image 
précise et ne servent qu'à introduire librement 
le substantif comique. Et dans un tel imbroglio, 
l'hypothèse de plusieurs affluents sémantique.' 
est pour l'étymologiste, jusqu'à plus ample 
informé, une dépense nécessaire. 

manche à gigot, m., Pétard allemand, une 
boîte de mitraille sur un menche ; 46®, 246® inf 
16-17. 

manche à poils, m.. Imbécile : « Il a tout du 
choléra, c' p'tit manche à poils î), Feu, 21-8-1 f^ , 
« c' vieux manche à poils ! », ib., 211. ■ — Syssém. 
et syn. : manche à burnes ; 19® inf., -95 ; — 
manche à bastos ; ross. ; — et, sans complé- 
ment, manche; 81® t., 15-17; | Feu, 130; || 
19® inf., -95, — que le poil recomplète à nou- 
veau. 

manche à balai, m., Levier de profondeur de 
l'avion ; usuel aux aviateurs, le mot a passé 
dans le style quasi officiel ; à la R. G. Aé., 
oct. 17, un avis placardé, signé d'officier, 
recommande de mettre « le manche à balai» à 
telle position après l'attr.rrissage ; | Journ., 
8-5-16, p. 2, c. 4 ; « aux as du manche à balai », 
aux Aviateurs hors ligne, Fantasio, l-li-16, 

~ 335 — 



p. 235, c. 1. — Métaphore prise du calibre et 
de la longueur d'un manche de balai. 

mandoline, f.. Vase pour le malade alité; 
hôpitaux,Bourges, Chantilly, -18 ; | R.M.H.,5'oi- 
même, 15-4-18. — Syssém. : violon, m., même 
sens, (et non Urinai, définition de dauzat, 
16-4-17) ; 81^ art. 1., mai 18. 

manut', f., Manutention mihtaire ; 81^ t., 
-16 ; I Feu, 6-9-16 ; fagus, 563. 

maouss, adjectif, parfois substantif par sy- 
necdoque ; s'est répandu considérablement de- 
puis -14 ; — n'est connu au 81® t., mars 16- 
oct. 17 que des plus parigotisants et des meilleurs 
argotiers ; H est connu aux sens Gros, Fort,Bon, 
sur les chantiers parisiens et chez les troupiers, 
depuis une vingtaine d'années, témoignages 
d'un ancien terrassier' et d'un ancien zouave 
en -16 ; usuel à Brest et S^-Brieuc dès -95 : 
un vent maouss, un plongeon maouss, un rivet 
maouss ; — A, 1, Gros : « Et rien que des 
maous : des 380, des 420, des deux 44 », Feu, 
233, à propos de la canonnade à Verdun ; — 
syn. de gros. Gros obus ; — 2, De grandes di- 
mensions : Les éclatements d'obus « ont creusé 
des trous... des trous « maouses » )), friedberg, 
Fantasio, 1-9-16 ; « Et un espion pas ordinaire, 

— 336 — 



un espion maous, un espion comaco », FeU^ 
21-8-16 ; — d'où moralement, en parlant de 
ces hommes qui portent leur atmosphère avec 
eux, « Les types de Panam, c'est <C...> des 
mecs maouss », un soldat, non parisien, nov. 16, 
(voir malabar) ; — B, Bon, Epatant, (par son 
chic, sa saveur,...) : un secteur maouss, un 
secteur Pépère, Tranquille ; « On est maouss 
maintenant, on voyage en lanterne magique », 
On est des rupins, notre wagon a une lanterne 
magique, le même soldat susdit, à propos d'une 
lanterne préhistorique suspendue aux crocs à 
bagages; | « Le médecin chef est un charmant 
homme et je suis dans ses papiers. Mais quand 
pïion épaule me laissera faire le salut militaire 
à la hauteur, je lui décocherai un mahous » et 
je retournerai à mon poste au front, e. c, 
Pet, Journ., 8-4-16 ; « Il fait claquer sa langue 
et sacre « maous » le pinard », arnac, Fantasio, 
1-4-17. — SAIN, rapproche le picard mahousse, 
Grosse femme. Truie ; dauzat, 27-6-17, Tan- 
gevin mahaud, mahou, Lourd, désagréable et 
bête. L'un et l'autre rapprochement laissent 
deux hiatus, de sens et de milieu social. En 
admettant que notre maouss soit parfois syn. 
de Lourd, il ne Test jamais de Lourdaud, il 

— 337 — 

ESNAULT 22 



n*est jamais péjoratif : « Adjectif admiratif 
généralement suivi [mieux : souvent suivi ou 
précédé] de pépère, soi-soi ou poi-poil », dit 
poiLULOGUE. Le mot semble avoir été couvé 
aux chantiers et aux camps (algériens ?) et 
non pas aux champs ; il est vrai qu'un trans- 
fert social a pu justement produire une saute 
de sers. L'arabe mâoueudj) {eu bref), Arqué, 
En érection, d'où Gros, Grand, Imposant, 
Puissant, Excellent, semble en posture d'ex- 
pliquer maouss. — Cf. « homme maûs », cargo. 
Innocents, 94. 

maouss- pépère, pépère- maouss, Gros, Co- 
pieux, Confortable, Respectable et bien fait. 
Beau ;plus usuels dans les corps d'activé que 
de territoriale ; inusités au 81^ t., 14-17 ; pé- 
père- maouss,au:K. 40^ art., 130® inf.,-18, plus usuel 
que maouss- pépère; | Si un obus « ronfle fort : 
c'est un pépère maous ! dit-on », un poilu des 
tranchées de Luxembourg, sain. ; « de la 
becquetance maous pépère », pantruchard ; 
« « Chouette turne ! » s'exclame le caporal. — 
« On va être bath », approuve un poilu. — « C'est 
pépère maousse », conclut une troisième voix. 
Et de suite l'on s'installe. La cave servira de 
chambre à coucher », Canard du boyau, ijx 

— 338 — 



B. des A., 27-5-16 ; « QUINZE grammeg, sa- 
peur complètement retourné, mais fantaisiste, 
C*^ 9 /l du 6^ génie, par B. C. M., Paris, demande 
marraine maous pép. », c.-à-d. Maigriot, il me 
faut une marraine dodue. Vie Par., 19-8-16, 
p. 632, c. 2. 

maouss poilpoil. Très énergique : « MAOUS 
POILPOIL, cl. 17 de Panam, une brisque déjà, 
très sport., <;...]> dem. corr. avec gent. marr. 
Paris., gaie, sentim. », Vie Par., 19-8-16, p. 632, 
c. 2 ; — maouss poilu ; sain. ; cf. poipoil. — 
Il y a couleur à rapprocher maouss poilpoil des 
qualités du poilu, c.-à-d. du combattant, et 
maouss pépère plus spécialement de celles du 
combattant territorial ; mais n'écrivez pas, 
comme M. Sainéan, p. 151, que leur emploi se 
répartit « suivant qu'il s'agit du territorial ou 
du troupier », l'adverbe disjonctif « ou » est 
une impertinence involontaire. 

maouss- soi- soi. Copieux et délicat : « une 
marraine tout ce qu'il y a de pépère et qui en- 
voie des paxons maous soi-soi », c'est « une 
dame de l'arrière, pleine de cœur et de gen- 
tillesse, qui envoie des colis remplis de bonnes 
choses », CHAPELLE ; « maous soie soie », Pé- 
pères, 7. — Voir souasoua. 

— 339 — 



maquillé, Blessé : « Quant au pilote s'il est 
« maquillé » il va àwl'hosto » )),thavet. — Ma- 
quiller, syn. populaire de Faire ; d'où maquiller 
qqn, le faire, lui Régler son compte, le régler, 
ex. Philibert, 159. 

marabout, Abstème ; 2^ c^^, -18 : être mara- 
bout, Ne pas boire de vin ; — « mot venant des 
Sénégalais », i. lâchât. 

marchand de baisers, m., Vaguemestre ; sec- 
teur 93, B. des A., 26-7-16, p. 12. 

marche en zig-zag, (f. ou m. ?), Eau-de-vie ; 
156^ irf., avr. 18. — L'anglais a to do zig-zag, 
Etre ivre, zig-zag, Homme ivre, elwall. En 
H*^-Bretagne, -03, zigzaguette, Certain degré 
d'ivresse ; à Plérm (C.-du-N.), -le, zig. Ivre. 
Aux 40^ art., août 18, s^n sanit. 85, oct. 18, 
zigzag. Ivre, est du sabir tout récent dû aux 
Yanks en voisinage. — Syssém. : dérive, f., 
Eau-de-vie ; D. m. p. — Cette liqueur met 
d'abord du vent dans les voilc^ ; mais redoublée 
de dose elle drosse le bâtiment humain comme 
le vent, le courant, ou la mer, et au terme de sa 
course le navigateur terrestre se trouve sou- 
vent dépalé de son but. 

marie-louise, m.. Conscrit de la classe 1915 ; 
Int. des Ch., LXX, 180 ; « nos petits Marie-Louise 

— 340 — 



I 



<...> des classes 1914, 1915 et 1916 », e. h.. 
Temps, 24-5-15 ; « les Marie- Louise, les jeunes 
de la classe 15 », marcel, Journ., 26-6-15. — 
Nom donné en 1814 aux conscrits convoqués 
sous le seing de Marie-Louise régente ; B. des 
A., 20-9-16, p. 13, c. 1. 

marmanche, f.. A, Marmite de campement ; 
p'tit gars. — B, Marmite (obus) ; 2® c^^, -18. 
marmite (grosse), f., 1, Gros obus boche; 
8le t., fin sept, 14-janv. 15 ; 125^ inf., déc. 14 ; 
I « aux explosions des grosses marmites », Bi- 
card, I, 7 ; — 2, Gros obus ; 81® t., -15, rare- 
ment : « du 75 ou des grosses marmites ? ». — 
marmite, f., 1, Gros obus boche ; 81® t., -15 ; 
125® inf. et autres corps ; universel et usuel 
jusqu'à être quasi technique ; académique, et, 
comme tel, usé, 40® art., sept. 18 ; postérieur à 
grosse marmite ; — plus rarement, au lieu de 
sous-entendre ainsi grosse, on dit une grosse 
noire, en sous entendant marmite ; — 2, Gros 
obus ; 81® t., 15-17, rarement : « nous allons 
leur envoyer des marmites, paraît-il ». 

Le pot-au-feu est un vase où se cuisinent des 
éléments multiples, le culot d*obus un vase 
d'explosifs chimiques et de débris métalliques 
hétéroclites ; le sématisme est Contenu fort 

— 341 — 



chaud d'une marmite de ménage. C'est ce qui 
fait que l'image a convenu primitivement aux 
obus boches, parce que l'imagination les saisit 
à leur explosion qui met à jour leur contenu, et 
non à leur départ ; ce sématisme est corroboré 
par la définition que donne un poète suffisam- 
ment populaire : « Qu'est-ce qu'une Marmite ? 
<...> C'est un hideux bolide inventé par l'En- 
fer Qui contient des pruneaux confits chez 
Krupp-le-Boche, Des petits pains K. K... en 
cuivre ou bien en fer <C...> C'est le jouet teu- 
ton, la surprise fragile Qui vous apporte de 
tout : du plomb, du zinc, des clous )), a. sOriac, 
Poilu au 277® rég. d^inf., sonnet sur carte pos- 
tale, en vente en juill. 16. — L'image serait 
exprimée encore plus exactement par le dérivé 
marmitée ; ce mot est attesté : « Marmitée, 
Eclats d'obus », D. m. p. ; M. Barbusse l'a 
employé : « Le type <;...> avait l'air pas ras- 
suré et s'en r'ssentait pas pour la marmitée », 
Feu, 58, encore que dans cette phrase marmi- 
tage semblerait convenir aussi bien. — Selon 
p. MILLE, marmite « date des exploits anar- 
chistes », Fantasio, 1-5-15, p. 142, c.-à-d. d'en- 
viron -93 ; il serait naturel que, les anarchistes 
ayant lancé des bombes de propagande par le 

— 342 — 



I 



fait, les bombes de bombardement aient reçu, 
par dér. syn.,le même sobriquet qui fut donné 
à celles-là ; il sera relativement facile d'établir 
si quelque anarchiste se servit d'une marmite 
réelle pour quelque attentat fameux ; si on ne 
retrouve pas ce fait,il sera mieux d'admettre que 
le sématisme, dès -93, fut pris du contenu 
hétérogène de l'engin explosif. — Il est amu- 
sant, mais insignifiant, de signaler qu'on 
trouve en 1758 « des bombes appelées en mar- 
mites, parce qu'elles en ont la figure, et des 
bombes oblongues que quelques-uns appellent 
à melons », la chesnaye des bois, Dictionnaire 
militaire, I, 236 ; ce texte exhumé, dans sain., 
a incité à supposer que le mot marmite aurait 
été conservé par « la tradition des écoles d'ar- 
tillerie et de Polytechnique », dauzat, 16-4-17, 
666 ; on sait au contraire que notre marmite 
est populaire, que les balisticiens n'ont pas 
tenté de l'expliquer, et qu'il fut d'abord appli- 
qué et reste propre aux obus ennemis. 

Dér. : marmiter, 1, Bombarder par gros obus ; 
usuel et général ; « nous avons été marmites » ; 
— 2, Pleuvoir (en parlant d'obus) ; 109® inf. 
et 8® génie, 17-18; | « Ça marmite ici ? », mac 
oRLAN, Journ.y 8-2-16 ; — marmitage, m., 



343 



Bombardement par gros obus ; usuel ; | « avant 
ou pendant les « marmitages » », A. fr., 15-3-16, 
p. 4, c. 1 ; « ce marmitage intensif », Matiriy 
13-7-16, p. 1, c. 5 ; — d'où, littérairement. 
Action réalisée par surprise brutale : « M. Be- 
douce a déclaré que toute discussion a été 
rendue impossible par le fait que le projet a 
été, au début de l'après-midi, devant une salle 
vide, « adopté par un véritable marmitage » », 
Echo de P., 8-3-18, p. 2, c. 2, compte-rendu de 
la Chambre ; — marmitable, Bombardable ; 
D. ; — marmiteux, Fécond en marmites ; d. ; 

— marmitant, Ecrasant d'inouïsme ; 81^ t., 
10® c*®, avr. 15 ; — syssém. : renversant, suffo- 
cant ; — marmite, Stupéfait : « j'en suis mar- 
mitée », provins. Vie Par., 11-11-16, p. 851, 
c. 2. 

Syssém. immédiats : bouteillon, Torpille, — 
le bouthéon étant une marmite réduite indivi- 
duelle. — pignate, f., Gros obus ; Balkans, d. ; 

— pignate, Chaudière, (de l'italien pignatta, 
Marmite), est usuel dès longtemps dans la ma- 
rine à vapeur ; tel corps l'emploie au sens 
Cuisine-roulante, d. 

Autres syssém. : œuf de Pâques, m.. Projectile 
explosible lancé à la main ou par un canon de 

— 344 — 



bois, fabriqué expéditîvement d'une grosse 
douille ou d'une boîte de singe, usage du début 
des tranchées ; 10® et 27^ inf., S^-Mihiel et 
Woëvre, -14, N.-D. de Lorette, -15; | « Les 
« œufs de Pâques » -<..•> radinaientsur nous, 
en vitesse », j. des vignes rouges, Journ., 
1-6-16 ; — l'œuf de Pâques est une boîte à 
surprises ; plein de bonnes choses, il offre ici 
une ironie qu'on retrouve dans {ça se) donne ; 
le mot se retrouve en boche : osterei [œuf de 
Pâques], Obus, delcourt ; cf. boucher noir. 
— boîte de conserves, f.. Mortier de tranchée, 
Crapouillot : « puis, périodiquement, armés de 
boîtes de conserves qu'ils nomment crapouillots 
et de queues qu'ils coupent aux rats (à quoi 
cela peut-il bien leur servir ?) ils [les Poilus] 
partent chasser un animal nommé Boche », 
POiLULOGUE, — entendez Armés de Cra- 
pouillots qu'ils nomment boîtes de conserves et 
de Projectiles qu'ils nomment queues de rats ; 
le texte est ironique et se doit lire à l'envers; 
M. Sainéan l'a lu à l'endroit — ; (ne pas con- 
fondre cette boite de conserves avec le sens 
étendu de boîte de singe). — tonneau de chou- 
croute, m., même sens ; d. — fût-de-bière, m., 
même sens ; inf.. Lorraine, 14-15, aynaud ; — 

— 345 — • 



noms de cuisine germanique, réservés sans 
doute aux projectiles boches, (avec allusion à 
la force du calibre). — seau hygiénique, m., 
Torpille de 245 ; d. ; — vase de déchets mêlés 
et malodorants. — cf. bouteille. — Syssém. plus 
lointain, où ne se trouve plus l'idée de contenu : 
chaudron, m., Obus : « un quartier de chau- 
dron qui nous tombe sur la tête à huit kilo- 
mètres de distance », a. daudet, Les francs- 
tireurSy (1871), (à la suite de Robert Helmont, 
in-8^, p. 46, c. 2) ; — le culot étant un vase 
métallique comme le chaudron. 

maroc, m., Pain ; certaines unités du Midi ; 
DAuzAT, 1-1-18, 69. — Emprunté aux soldats 
piémontais ? chez eux maroc, Pain, est usuel ; 

DAUZAT, ib. 

marouille, (f. ?), Mitrailleuse ; 29® dragons ; d. 

marraine, f.. Maîtresse qui commence le 
commerce galant par échange de lettres : « MA- 
RIN voudrait marraine <...> », Vie Par., 
11-11-16, p. 865, c. 3 ; autres textes anté- 
rieurs, ib. — Déviation du sens Femme qui de 
l'arrière protège un poilu, apparu en -15. 

marsouille {la), f., l'Infanterie coloniale ; 
52e çal Qi divers Parisiens, (inusuel au 2® c^^), 
-18 ; I PAUL FiOLLE, La Marsouille, titre ; — 

— 346 — 



ensemble des marsouins, Fantassins coloniaux, 
anciennement Fantassins de Marine. — Cf. la 
biffe, l'Infanterie de ligne ; 81^ t.,14-17 ; | Ca- 
baret, 457, 466 ; Il 19e inf., -95 ; — ensemble des 
biffins, Fantassins de ligne, comme c'est aussi 
l'Ensemble et le Métier des biffins, Chiffonniers, 
(rig.) ; — cf. la gouape, la Boulange, l'En- 
semble des gouapeurs, des Boulangistes ; et 
ici bigorre, mitraille, séné gai. 

massier, m.. Vaguemestre ; secteur 194 ; 
B. des A., 11-10-16, p. 13, c. 1. — « Ce mot 
simple à prononcer a l'avantage de rappeler la 
masse que parfois le poilu reçoit pour acheter 
du pinard », ib. ; masse, Argent : « Aboule la 
masse ! », hirsch, Le Tigre, 299 ; ai^oir masse 
complète. Avoir la bourse bien garnie, merlin. 

matau, matot, m.. Matelot ; 23^ alpins, d. — 
D. y voit l'apocope de matelot. Mais matao, 
(2 syllabes, semi-voyelle), c'est Mathurin, en 
Loire- Inf. et Vendée, et un mathurin c'est un 
Marin. Le singulier matai, (d.), quoique plai- 
sant, plaide pour la forme matau. 

matériel de secteur, m., Militaire qui reste 
dans un même secteur, pris en subsistance par 
les unités qui s'y succèdent ; se dit bien des 
gardes de matériel, des observateurs de corps, 

— 347 — 



des téléphonistes, d*un puni de « prison » que 
sa compagnie laisse en première ligne à la 
relève, et, par extension, des agents de liaison 
et chefs de section qui restent quelques jours 
après la relève pour passer les consignes ; 
109e inf., 16-17 ; 289e inf., -18 ; « j'ai été déta- 
ché dans un service où je faisais matériel de 
secteur », a. arnoux, lettre, avr. 18 ; — com- 
paraison avec les outils, effets, et munitions 
qui doivent rester en secteur et sont transmis en 
charge aux relèves. — Syssém. : accessoire de 
coque, m.. Marin ancien à bord ; marins, 16-18 ; 
I jB. des A., 18-7-17; — un accessoire de 
coque est d'ordinaire une grosse pièce de ma- 
tériel fixe, riçée à bord. 

maternelle (/a), .Salle, sise près du corps-de- 
garde, puis, à partir de l'été -17, Baraque de 
quatre salles, deux grandes, deux petites, cons- 
truite de neuf, — servant à l'instruction des 
météorologues, à la R. G. Aé., sept. 17-mai 18. 
— L'idée est Ecole maternelle, d'autant plus 
naturelle que les membres de l'enseignement 
étaient en majorité parmi les météos. Une sorte 
de respect attaché au mot interdit de le chan- 
ger ; ainsi pouponnière, couveuse, sont mal reçus, 
mayonnaise (faire la), Agiter le manche à 

— - 348 — 



balai circulairement dans tous les sens ; avia- 
teurs ; Miramas, mai 18. 

mec en blouse, m., « Chose belle, ou grosse, 
ou qui fait du bruit » ; légion étrangère, a. ar- 
Noux ; I Une torpille arrive sur nous, et n'éclata 
pas ; un Alsacien, ancien légionnaire, essaie 
alors de blaguer : « Le Sanct Petrus a pas voulu 
qne j'aurais été bousillé par le gros mec en 
blouse qui ratatine... », Cabaret, 459 ; — rata- 
tine, pour radine, mauvais français individuel 
de l'Alsacien de qui l'écrivain recueillit ce pro- 
pos ; mec en blouse, « expression de la légion 
étrangère, (surtout de l'ancienne légion), signifie 
originairement un homme riche, par extension 
tout individu à la hauteur, et, par extension 
encore, [définition ci-dessus] », a. arnoux. — 
Syssém. : pépère. Gros. 

mèche à briquet, f., Fourragère honorifique ; 
usuel au 81^ art. 1. dès fin -16 ou janv. 17; | 
expression à la mode, Ver-Luisant, in Front, 
16-2-17. — Est-ce bien, comme je l'ai cru, 
G. E., 1-4-18, 426, et comme tendrait à le 
faire croire le rapprochement avec mèches, 
Galons, soldats genevois, Schw. Sold., 72, une 
métaphore visuelle pu tactile prise de la forme 
et de la consistance du cordon ? La fourragère 



1 



— 349 — 



sert, sans confortable, mais réellement, de 
mèche au briquet ; i. lâchât, l. pottecher. 
Dans un régiment décoré de la fourragère, de- 
mandez du feu à un soldat qui ne la porte pas... 
Ce serait ainsi une simple métonymie de l'objet 
par sa destination. En tout cas, dans le premier 
semestre de -17 la seule fourragère existante 
était aux couleurs de la croix de guerre, vert et 
rouge ; la fourragère aux couleurs de la mé- 
daille militaire, jaune et vert, accordée pour la 
première fois le 14-7-17, (au 1^^ rég* de marche 
de la légion étrangère), n'est donc pas spéciale- 
ment visée en raison de son jaune par le nom 
de mèche à briquet,, comme l'a cru g. rozet, 
Œuvre, 25-7-17. — Syssém. : amadou, m., 
Fourragère : mériter Vamadou, 2^ c^^, août 18 ; 
— amadou, Mèche de coton pour briquet à 
silex, en Bretagne, Charcutes, Béarn, par sur- 
vivance. 

me-îe, m.. Avion Maurice Farman ; avia- 
teurs, -17 ; I Mousqu., 146. — Des deux ini- 
tiales, M. F., marque de ce type ; cf. fe-fe. 

mélangé. Ivre ; g. turpin, -18; | Le Piège, 
de soupe, ne revient pas ; « Pourvu que Le 
Piège ne soit pas « mélangé » avec ses « mar- 
n^anches » ? », p'tit gars. — Syssém. : en dé- 



350 



Sordre, Ivre : « Ah ! laisse-moi, bégaya-t-il, 
tout en titubant légèrement : je suis un peu en 
désordre », valmy-baysse. Mots de poilus, 
Journ., 12-11-16. — Le désordre, le mélange, 
en question, est celui du cerveau ; il ne s'agit 
pas de l'ivresse qui jette par terre, par quoi 
l'homme est mort, retourné, et raide, mais de 
celle qui laisse constater le désordre des atlas 
cérébraux, bousillés, et noircis, au bibliothé- 
caire même de ces atlas. 

menteur, m., Journal ; très usuel au 81^ art. 1., 
mai 18. — Menteuse, Affiche, dlle. Cf. bour- 
rage. 

merde, f.. Temps bouché, qui empêche de 
voler ; R. G. Aé., -17. — Syssém. : crasse, f., 
1, 1*^, Brume qui gêne pour voler :« la « crasse » 
salissait l'horizon », eynac, Gu. Aer., 3-5-17, 
p. 387, c. 3 ; — crasse ou merde, ce sont des 
« temps à ne pas mettre une direction dehors », 
Matin et Journ., 5-7-16, syn. aviateur de temps 
à ne pas mettre un chien dehors ; — 2^, Nuage 
noir : Allons « visiter ce petit paquet de crasse», 
Mousqu., 138 ; — 2, Dépression avec pluie 
et vent, visible sur la carte du tenips ; météo- 
rologues, 17-18. 

merde (dire). Rater : « L'engin n'a pas éclaté. 



351 



I 



' — C'est un obus qui dit merde », Feu, 234. — 
Cf. œil qui dit merde à Vautre, œil Louche, et 
surtout foirer, Faire long feu, hdt. 

messager d'amour, m., Vaguemestre ; à la 
3/63 génie, B. des A,, 30-8-16, p. 13. — N'est-il 
lettre que de marraine ? 

métaux, m.. Obus : « J'allais sans cesse de 
Cumières au poste de commandement sous une 
dégringolade de métaux », e. c. Pet. Journ., 
8-4-16. — Cf. fer. 

métallurgie, f.. Fabrication des bagues, croix, 
calvaires, cœurs, porteplumes, en aluminium, 
dans la tranchée ; 81® t., 10^ c^e, -16. — C'est 
une métallurgie qui ne renvoie pas en sursis à 
l'arrière. 

météo. A, m., Météorologue ; — B, f.. Météo- 
rologie. — Cf. aréo. 

métro, m.. Abri souterrain pour section, avec 
Jjurtie à chaque bout ; d. — Moins vaste est le 
guignol, m., Cagna à un seul habitant. -^ L'abri 
le plus sommaire, mais naturel, ce sont les 
épaules ; voir colimaçon. 

miaule, m.. Mulet : « les miaules sont de pré- 
cieux auxiliaires pour les grelus », x..., Le 
« miaule », sorte de physiologie du mulet, dans 
le Grelu (159^ inf., régt ht-alpin), 30-5-16 ; « les 

-- 352 — 



braves « miaules » au pied sûr, dandinant leurs 
lourdes têtes coiffées d^oreilles brinqueba- 
lantes », Diable au Cor, in Front, 25-10-16 ; 
E. R., Journ., 24-10-16, p. 2, c. 4 ; art. du 
120 Court, in B. des A., 25-4-17. — Mot de 
Savoie, et en usage aussi, me dit-on, à Chablis 
(Bourgogne) dès -70. — Dér. : miôliste, m., 
Muletier ; d. 

miaulant, m., Obus de 77 ; inf., adj. le- 
coNTE. — miaule, m.. Obus, de 77 boche, et" 
de 75 français ; 81® art. 1., mai 18 ; | Obus de 
77 boche ; V. du p, ; — apocope de miaulant^ 
exprimant l'obus par son cri ; « Quelques obus 
passent en miaulant )), pawlowsky. Signaux, 
184 ; — cf. youyou, Torpille aérienne, — et 
gueulard (^). 



(^) Onomatopées du 75 : « — Ça fait csss... ping !... 
— Non, dit l'adjudant... Ça fait tss... frac !... — Ça ne 
fait pas ... frac, dit Dufîau, musicien à ses heures. Je 
traduirais l'éclatement par « vrr... cragh... ph... » », r. l., 
N. Contes ^ér., 112. — Cf. « le bruit de leur trajectoire 
[des 77] ressemblait à une longue inspiration suivie d'une 
profonde expiration d'éclatement », p. c, ib., 7 ; « les 
petits obus [de 75] vibraient dans l'air, comme s'ils cou- 
raient en se poussant le long d'un même fil métallique », 
GÉFREY, Contes i'ér., 232. 



i 



— 353 — 

ESNAULT 23 



mie de pain mécaniaue, f., 1, Puce ; D. m. p. ; 

— si vous voulez chasser avec le dessous du 
doigt des miettes de pain de dessus un tapis de 
reps, vous les verrez sauter comme puces, 
aussi haut et aussi imprévisiblement. — 2, Pou ; 
Feu, 9 ; D. m, p. ; • — ce sens 2 semble moins 
heureux, du moins pour ce qui est du ressort 
mécanique ; mais des mies de pain sèches dans 
un lit ou dans la culotte font dfe quoi se gratter. 

— Mie de pain, Vermine ; dlle. 
mille-pattes, m., Applique de brisques nom- 
breuses ; 289^ inf., août 18. — Cf. moustique. 

minèn, m., Minenwerfer ; 81® t., oct. 15-17, 
les officiers et les lettrés ; 156® inf., avr. 18, un 
lieutenant ; | « Quelques minen, des « saucis- 
sons )) éclatent », l'autre sergent, Œuvre, 
4-11-16 ; « un éclatement de minen », z., Armée 
de la guerre, 163 ; cf. ih., 204, et z, Armée de 
1917, 195 ; — une prétendue francisation en 
« minène », signalée par cohen, 74, est une 
simple graphie, sans intérêt si le substantif 
coupé reste masculin comme je l'ai toujours 
entendu. — Lance-mines, m., proposé pour 
Minenwerfer, n'a pas pénétré au 81® t. 

miner, m., Minenwerfer. Cette forme s'insinue 
au 81® t. depuis sept. 15, devient assez usuelle 

— 354 — 



au premier de Pan et unique dans Pusage po^ 
pulaire vers le 20-1-16 ; le caporal Guihard, 
qui parle une bonne langue et a l'oreille fine, 
semble le seul primaire disant minèn le 30-1-16 ; 
I « marmitage effroyable, 150, 210, miners, 
torpilles, rien ne manque », lieutenant b., 
Gu. Aér., 9-8-17, p. 622, c. 1, (coquille pour 
minen ou minens ?) ; — plus brutal que minèn, 
ce raccourcissement est une véritable hernie 
réséquée. 

miner le, pylône, Exagérer grossièrement : 
« Le secteur [la banlieue nord-est de Paris] 
n'est pas des plus calmes. Les Boches, selon la 
nouvelle expression à la mode ici « minent le 
pylône » (lisez cherrent unpeutrop)», h. pinel, 
lettre écrite de la R. G. Aé., 9-6-18. — Cf. bous- 
culer. 

mirliton, m.. Canon (de 75) : « mener de mon 
mieux notre brave mirliton », lettre d'artilleur, 
M. de Fr., 16-3-16, p. 377. — A rapprocher de 
flûte et clarinette signalés, sous cigare^ comme 
termes conventionnels de communications té- 
léphoniques. 

mitraille {là), f., l'Ensemble des mitrailleurs 
d'un régiment ; 81^ t., août 14. * — Cf. mar- 
souille* 

— 366 — 



mitrailleuse à gosses, f., Femme prolifique : 
« Elle pondait un enfant tous les ans. Réglé, 
recta : une vraie mitrailleuse à gosses ! », Feu, 
175. — Métaphore de rythme. 

mitrailleuse à pissenlits, f., Sabre série Z ; 
D. — Double rafraîchissement des syn. coupe- 
choux, tranche-fromage ; d. y voit une allusion 
aux malades qui pissent au lit ; mais si les 
infirmiers, à qui ce sabre n'est pas spécial, 
adoptent cette explication, c'est par un séma- 
tisme adventif. 

mitre, f., Obus de 210 allemand ; V. du p. 
— Cf. pot'de-fleur, 

mobilisé, Employé à l'arrière par mobilisa- 
tion industrielle ; usuel et général au front 
aussi bien qu'à l'arrière, 15-18 ; — d'où se mo- 
biliser. Se cacher ; d. ; — cf. embusquer, 2. 

mobilo, f., Mobilisation : « à la mobilo », au 
Moment de la mobilisation d'août 14 ; un sol- 
dat, -16. — Cf. çéto. 

mochtévo, Moche, Laid, Sale : « Mon quart 
est mochtévo », ouvrier parisien, mai 17. — 
Moche, suffixe d'après le russe nitchévo ? 

modiste, f., Zouave ; d. — Syssém. : blan- 
chisseuse, f., Zouave ; d. — De sa culotte bouf- 
fante. 

— 356 — 



mon-bon {les), m., les Français du midi ; 
40^ art., -18 ; — de leur vocatif usuel ; — syn. : 
marins, m. ;ib. ; — de leur prénom fréquent ; 

— macarelle, m. ; ib. ; — d'un de leurs jurons ; 
■ — cf. hildepute, m., Béarnais et Landais ; d. ; 

— de leur juron familier ; — chtimi. 
montagnes russes (faire les), Tanguer en 

avion : « le zeph me fait faire le crabe, puis les 
montagnes russes », montgeorge. 

monter, Aller occuper les tranchées ; inf. ; 
Se rapprocher de la ligne de feu ; art. ; usuel et 
universel. — Antonyme : descendre. Quitter la 
ligne de feu pour une ligne de soutien, ou les 
lignes pour le cantonnement ; usuel et univer- 
sel. — « Un journal du front pose respectueu- 
sement une question à ce qui nous reste de 
l'Académie française : Doit-on continuer à 
dire, pour une troupe qui relève : « Monter en 
ligne )) ou « monter aux tranchées » ? ce qui 
équivaut exactement à l'expression : « monter 
dans un trou. » )>, Œuvre, 30-3-17, p. 2, c. 3 ; 
l'Académie, même sans consultation de ses 
deux maréchaux, répondra que c'est un souve- 
nir des locutions de service des places garde 
montante, descendre de garde. — On dit là-haut. 
Sur le front, par opposition à l'arrière, mais 

— 357 — 



c'est plutôt parce que le front se trouve dans le 
nord de la France, plus haut en latitude. De 
là redescendre, Evacuer le pays devant l'en- 
nemi, en parlant de la population civile : Les 
habitants, entre Amiens et Noyon fuient de- 
vant le Barbare : « — Ça recommence [C'est 
comme en 1914] !... On redescend ! », anon., 
Matin, 3-4-18, p. 1, c. 5. — On dit volontiers 
descendre à la caisse, Aller à la prison [de la 
caserne], où que soit la prison. 

moral, m., Vin ; divers soldats, juill. IG- 
nov. 16 ; 81e t., 246e inf.. -17 ; en juill. 16 le 
mot arrive aussi à l'armée des Balkans : « « Pi- 
nard » sera-t-il détrôné ? Un autre mot vient 
de surgir. Où naquit-il ? Sur le front français, 
c'est certain ? Mais sur quel point du front 
français ? Je ne sais pas. Toujours nous est-il 
arrivé et lui avons-nous fait un excellent ac- 
cueil. Appeler le vin le « moral » nous a paru 
drôle et très juste )), m. -a. g.. Croquis balka- 
nique, daté « A l'armée d'Orient, Juillet 1916 », 
in Phare de la Loire, 9-8-16. — Le vin soutient 
le moral, le courage ; cf. général. — Syssém. : 
« Force morale », étiquette sur bouteille de co- 
gnac, Bourru, 104. — remonte- moi- le- moral, 
m.. Eau-de-vie ; d. — surmoral, m., Eau-de- 

— 358 — 



vie ; 246e ou 289^ inf., -18 ; (— cf. surpoilu). 
— relève- moral, m., Eau-de-vie, (jamais Vin) ; 
156e inf., mai 18. 

mords-moi-le-jus {un zigoto à la), « un Rien- 
du-tout ; par extension, un Epateur », a. ar- 
Noux ; 40e ^Yi^ .j^g . «C'est malheureux, tout 
de même, d'avoir affaire à des zigotos à la 
mords-moi-le-jus qui ne comprennent rien et 
rebiffent à la bagatelle », Cabaret, 469. — Cf. 
un zigoto à la mords- moi- le- nœud, un Fanfa- 
ron ; un marin de Plérin (C.-du-N.), avr. 18 ; 
156e inf., 40e ^^^t ^ 4g . _ f^ire qqch. à la 
mords- moi-le-nœud, le Mal faire ; deux Di- 
nanais, avr. 18 ; — à la bouffe- moi-le-nœud, 
même sens ; un Nantais, avr. 18 ; — une idée 
à la mords -moi-le-doigt, une idée Stupide ; 
Parisiens, -18 ; | « C't' une idée à la graisse d'hé- 
risson et à la mormoelle d'oie, ni plus ni moins », 
Feu, 190. — Il y a un verbe mordre, Regarder, 
(voir chérer), mais il est inconnu de ceux de qui 
j'ai entendu ces locutions, dont les dernières, et 
aussi la définition de a. ARNOux,ne mettent pas 
Fanfaronnade en posture de sens premier ; 
sans quoi j'aurais traduit mords-moi le jus, 
Regarde ce chic (que j'ai en faisant telle chose) ; 
il est vrai que bouffer peut ne se trouver ci- 



— 359 — 



i 



dessus que par dér. syn., c.-à-d. avec déviation 
du sens de mordre. 

mort- subite, f., Avion Morane-Saulnier ; avia- 
teurs, 17-18 ; — simplement à cause de sa 
marque M. S. — Le même jeu de contresens 
benoît donne nombre de « corrigés» de thèmes 
français-poilus ; ex. : les anciens maquereaux 
bien conservés,traduction perverse de A. M. B.C., 
(Armement militaire des bateaux de commerce); 

— consigné nord-ouest (prononcé noroît), Con- 
signé jusqu'à nouvel ordre ; marine, 14-18; |1 
04-14 ; — en face du nom de l'homme consigné 
jusqu'à « nouvel ordre )), le fourrier met les ini- 
tiales n. o., qui étaient aussi, naguère, le sym- 
bole du « nord-ouest », (aujourd'hui remplacées 
par n. w.) ; — pieds et chaussettes, lecture plai- 
sante de P. C. qui signifie Ponts et Chaussées ; 
marins ; — grand bordel divisionnaire, G. B. D., 
(Groupe des brancardiers divisionnaires) ; 
2e c^i, -18 ; — chauffeur- mécanicien {être), ou 
conseiller municipal, ou caporal mitrailleur, 
avoir C. M., (Consultation motivée) à la visite ; 
ib. ; — merde. Mise en route des éclopés ; T^bul, 
-16 ; 130® inf., -18 ; — ça va assez doucement, 
C. V. A. D. (Convoi administratif) ; Pépères, 54. 

— Cf. pé-cé-èr. 

— 360 --- 



mouchard, m., A, Manomètre enregistreur ; 
B, Baromètre enregistreur marins, centres de 
Dirigeables et de Captifs, nov. 17-juill. 18; || 
mouchard, A, Contrôleur des rondes, consistant 
en un cadran qui tourne sous une plaque de 
laiton percée d*un trou ; par ce trou le rondier 
poinçonne un papier au carbone plaqué sur le 
cadran mobile ; d'où vérification ultérieure de 
l'heure de sa ronde ; arsenal de Brest, janv. 14 
et avant ; — B, Compteur-enregistreur des 
tours de la machine, à bord des vaisseaux ; 
marins. — L'instrument enregistreur par ses 
points ou sa courbe, qui restent, témoigne des 
manquements du rondier, et des inattentions 
que peut avoir l'homme de veille à la pression 
de la vapeur ou à la pression atmosphérique, 
et qu'il masquerait ensuite,n'était le mouchard, 
par des manœuvres trop brusques. L'enregis- 
treur les trahit donc autant qu'il les sert. — 
On a déjà mouchard, «Tableau », dans l'argot, 
en -36, Jargon ; — (peut-être ce tableau 
affiché, pendant la Révolution, sur chaque 
maiso-n et donnant la liste des locataires, pour 
aider la police ?) — Le même sématisme a 
donné renard, Tableau indicateur, dans la ma- 
rine ; — et, en style d'ouvriers, jaune, Ouvrier 

— 361 — 



i 



traître à la corporation, — le Renard étant une 
bête jaune. 

moulin, m., 1, Moteur d'avion : « le « moulin 
gaz[e] bien » et tourne 850 tours », « le moulin 
ne veut rien savoir », danziger, B. des A., 
3-1-17 ; « Un moteur, se dit « moulin » », tha- 
VET ; « si le moulin ne nous plaque pas », 
ESTÈvE, Gu. Aér., 26-4-17 ; — 2, n'importe 
quel Moteur ; marins et soldats d'un centre de 
Dirigeables, 17-18. — J'ai compté ce mot pour 
une métaphore auditive, g. e., 1-4-18, 429; 
à tort. M. le col. faure y voit une image vi- 
suelle : moulin, m'écrit-il, ne s'appliquait, tout 
au moins vers -09, qu'aux moteurs rotatifs, qui 
présentent une certaine analogie avec un mas- 
sif moulin à 7 ou 9 ailes ; « il est possible », 
ajoute-t-il, « que, par suite de la seule analogie 
de l'hélice, le mot ait passé à tous les moteurs. 
Il ferait mieux image appliqué aux avions 
britanniques, la plupart de leurs hélices ayant 
4 pales au lieu de 2 que possèdent les hélices 
françaises », 1-5-18 ; cette explication a le dé- 
faut de négliger la rotation du moulin, qui lui 
est encore plus essentielle que l'aspect des ailes. 
Le vrai sématisme est visuel et cinématique ; 
des mécanos me disent : « un moteur est un 

— 362 — 



moulin parce qu'il tourne » ; et voyez sous tour- 
niquet l'équation des idées Moulin et Tourner. 
D'où : bi- moulin, m., Avion bi-moteur ; 

THAVET. 

moulin à café, m., 1, Mitrailleuse ; 81^ t., 
sept. 14 ; usuel et universel ; en employant ce 
mot les troupiers font très ordinairement le 
geste de tourner une manivelle ; | « les mou- 
lins à café ont tourné », Cabaret, 463 ; || lar- 

CHEY ; MERLIN ; USUcl dès -70, GAUTHIOT, 81 ; 

— de même chez les Boches die Kaffeemilhle ; 

— syssém. : écrémeuse. — 2, Moteur d'avion (?); 
apax : « Et tout d'abord, que l'argot des camps 
d'aviation n'ait plus de secrets pour vous. 
<<...>> Parlez sans relâche des « moulins à café 
qui gazent bien )) )), juteux. 

Le sématisme est généralement ignoré, tant 
des mitrailleurs que des profanes. — Les mi- 
trailleurs sont pour la plupart agacés du geste 
de manœuvrer un moulin à café que font les pro- 
fanes. Avec raison, si les profanes croient qu'une 
naanivelle détermine le tir de la mitrailleuse. Il 
y avait une manivelle à la mitrailleuse de -70 ; 
un tour complet déterminait le départ des 
25 coups qui composaient toute la charge ; 
c'est aussi avec une manivelle que, plus tard, 

— 363 — 



on actionnait le premier canon-revolver de 
37mm La mitrailleuse de la guerre actuelle 
n'en comporte pas. Il y a une poignée au petit 
volant vertical affecté au pointage en hauteur, 
qui déplace lentement le canon, et qui intéresse 
beaucoup trop l'œil du profane. La vitesse du 
tir et le fauchage, vrais intérêts de l'engin; 
s'obtiennent, l'une par le va-et-vient d'un 
ressort automatique, l'autre par l'impulsion 
que la main du tireur donne de droite ou de 
gauche à la culasse. 

Le tir crépitant de la mitrailleuse ressemble 
par son bruit spécial et sa régularité à la mou- 
ture de grains de café ; on ne peut pas dire que 
café ne soit ici, comme dans tel emploi aphrodi- 
siaque du mot moulin à café, que par queue 
romantique sur moulin ; il est plutôt une addi- 
tion heureuse à l'image primitive, qui était 
toute dans moulin. Moulin traduit, avec sim- 
plicité et justesse, quelque chose d'essentiel à 
la mitrailleuse, le mécanisme de « répétition » 
par lequel les balles s'engagent automatique- 
ment dans le canon. Cette présentation méca- 
nique, successive et décisive, des objets à 
« moudre » st fait employer l'image de moulin 
et même le terme de moulin à café pour le 

— 364 — 



défilé des prévenus devant le juge, (voir tour- 
nait). — A bord, le moulin à café, c'est le Ca- 
bestan. — Je me suis sans doute trompé 
quand j'ai rangé, — g. e., 1-4-18, 428 — , 
moulin à café, Mitrailleuse, parmi les méta- 
phores auditives, non pas en ce que j'ai négligé 
la manivelle de -70, ni surtout pour avoir, avec 
tout mitrailleur, constaté qu'il n'y a rien à tirer 
de la rotation du volant de pointage, mais 
parce que j'ai méprisé le geste circulaire des 
troupiers, qui peut fort bien être traditionnel 
depuis -70. Le nombre des gens qui avaient 
quelque science de la mitrailleuse ayant été 
fort restreint de -71 à -14, il serait suspect que 
le geste eût été conservé par simple fidélité 
filiale à un geste des combattants de -70 tra- 
duisant la manivelle de leurs mitrailleuses. Mais 
il est naturel que ce geste ait été conservé en 
tant qu'il traduit l'idée de moulin à café ; et 
ce mot était juste en tant qu'il exprime l'es- 
sentiel d'un engin à répétition. — Un revolver 
à barillet serait bien un moulin,si le nombre de 
ses balles avait quelque rapport avec ce qu'on 
moud communément de grains de café, de 
poivre, ou de blé, quand on met en train un 
moulin. — C'est par une juste poésie qu'un mi- 

— 365 — 



trailleur dit : « Avec mon moulin à café entre les 
jambes » il faut « opérer tranquillement, comme 
si on tournait des films à la revue de Long- 
champ )), et « j'irai tourner mon appareil )), 
E. c, Pet. Journ., 8-4-16. — Sur la conserva- 
tion du nom de moulin à café malgré les trans- 
formations de l'engin, cf. crapouillot. 

moulin à mitraille, m., Mitrailleuse : « Les 
mitrailleurs pointent leurs moulins à mitraille », 
A. A. (21® chass.), Contes vér,y 126. 

moulin à poivre, m., Mitrailleuse ; lambert ; 
D. m. p. ; voir grêlière. — La mitrailleuse pique, 
sale, poivre la chair. — Syn. : poivrière, f. ; 
nombreux fantassins de ligne, i. lâchât, -18. 

moulin à rata, m., Mitrailleuse ; 81® t., -15; 
quelques soldats çàet là, 15-17 ; 2® c^l, -18. 
— Le mitrailleur se plaint des fréquents ratés 
de sa pièce. Le pilote aviateur parle aussi des 
ratés de son moulin : « — Mon compte-tours 
baisse, n'entends-tu rien de suspect au moulin ? 
J'écoute un moment : le moteur trépide un peu, 
mais je ne perçois pas de ratés », estève, Gu. 
Aér.y 26-4-17, p. 371, c. 2. Rata pour raté, Coup 
manqué, est une substitution de suffixe à fin 
de calembour ; rata pour rateur, Homme qui 
fait faux bond, Vaurien, est ancien dans la 

— 366 — 



marine ; un rata fini ; « un « rata » comme toi, 
qui ne trouverait pas de l'eau à la mer », 
ciGNEROL, Notes (Tun Bordachien, 147. — Sys- 
sém. : turlutine, f., Mitrailleuse ; g. turpin, 
-18 ; I HENRioT ; — de turlutine. Sorte de pa- 
nade pour les marins, de la landelle, Quarts 
de nuit, 147 ; Biscuit pilé avec du riz et du 
lard, nourriture du soldat en campagne, cler 
(1856), in LARCHEY ; Soupe mitonnée, à Pleur- 
tuit, -18 ; d'où on aura tiré * moulin à turlutine, 
équivalant à moulin à rata, et par synecdoque tur- 
lutine en sous-entendantle substantif déterminé. 

moustiaue, m., Insigne de TEtat-Major : 
« ceux-là ... qu'ont des moustiques sur le col, 
c*est pas des militaires ... », propos d'un tran- 
chéien, marchand, Fantasio, 1-6-17. — L'in- 
signe est un bâtonnet pourvu de trois paires de 
foudres en guise de pattes, et d'une paire d'ailes. 

multiple, m., Multiplicateur de téléphonie : 
Le téléphoniste est « devant son multiple », 
Boum voilà /, in B. des A., 30-8-16. 

mur (avoir fait le). Manquer : «Le pinard a 
fait le mur », D. m. p. ; « L' caoutchouc a fait 
l'mur », Feu, 203 ; — faire le mur, usuel dès 
-12 au moins, c'est Sauter le mur du quartier, 
Découcher, donc Manquer (à l'appel). 

— 367 — 



muraille, Ivre ; 8® génie, 17-18 ; | Cabaret, 
458. — Suffixation libre sur mûr, Ivre, dont le 
sématisme est qu'Etre complet, Avoir son 
saoul, c'est être à point. (Il ne sied pas d'expli- 
quer qu'un homme ivre est *mûr parce que le 
noir est éminent dans les mûres noires à matu- 
rité ; voir noir). — Dérivé : muraillée,f.. Ivresse ; 
81^ t., 14 : (( une muraillée générale ». 

nager (savoir), 1, Etre débrouillard ; Télé- 
Mail, in B. des A., 8-11-16. — 2, Se réserver 
les filons et les honneurs ; 246% 289^ inf., -18 ; 
<i implique un peu de mépris », g. maréchal. 

navet, m., Torpille ; inf., Lorraine, 14-15 ; | 
« les crapouillots les plus divers, depuis les 
énormes mines allemandes de 245 jusqu'aux 
vulgaires « navets » en passant par toutes les 
espèces de « tuyaux de poêle », p.. Matin, 20-6- 
16. — Syssém. : betterave, f., Obus ; « Qu'est-ce 
qu'ils plantent comme betteraves !... », Rigol- 
boche, in B. des A., 20-9-16. — Métaphore de 
forme.; ces deux légumes sont des cylindres à 
queue, comme le têtard ; cf. macaçoué. Il s'y 
ajoute une litote consistant à ramasser le séma- 
tisme parmi le minable décor des tranchées, à 
simuler que le soldat est réduit à des armes 
d'homme préhistorique ; cf. parpaing. 

-— 368 — 



neige, Propre, Reluisant, Pareil à du nickelé ; 
employé couramment au 40® art., 15-16, mais 
exclusivement par les conducteurs de la Marne 
et de la Meuse ;quasi oublié en juin 18. 

néma, et niéma, Non, Il n'y en a plus ; armée 
d'Orient ; dauzat, 1-1-18, 67. — Négation 
serbe, qui a eu la même vogue chez les trou- 
piers français dans les Balkans que notre il n^y 
a plus en France chez les troupiers anglais qui 
le prononcent napou. 

nerveux comme un plat de nouilles, Pas ner- 
veux du tout, Refusant de marcher, de partir, 
en parlant d'un moteur d'avion ; R. G. Aé., 
-17 ; — cf. « Où qu'sont vos nerfs ? Y's êtes 
comme des nouilles ? », Gaspard, 242. — Image 
de mollesse flasque. 

nettoyer. Démolir jusqu'à suppression ; usuel ; 
.( L'obus avait nettoyé l'auto », f év. 18 ; || 
nettoyer la monnaie, Manger l'argent de sa 
paye, nettoyer qqn, le Chasser de sa place ; rig. 

— Le nettoyeur de tranchées purge la tranchée 
ennemie de ses combattants, comme le net- 
toyeur de cambrousse, le savonneur de cambuse, 
vide un appartement de ses objets précieux. 

— La provection de sens de nettoyer une place 
(d'un objet) à nettoyer un objet (de sa place) a 



BSNAULT 24 



des analogues : brûler la route, les planches, 
c'est Cheminer, Jouer, vite ; brûler un relai, le 
Franchir ; puis brûler qqn (au relai), l'y De- 
vancer ; cf. griller. — Syn. fusiller, zigouiller. 

nibé, m., Chose, Machine, Truc ; ouvriers 
argotisants, 81® t., -15 ; « ce nibé-là », 27® al- 
pins, -16, à propos d'un fusil- mitrailleur, d., 
(mais non pas syn. de fusil-mitrailleur !) ; \\ très 
usuel aux forains;- — SL^-pscrenté knib de.,.,caiT rien 
a d'abord signifié Chose. — Au même sens passe- 
partout les zouaves emploient chuchemahure, 
m., dér. de l'arabe chichema, Lieux d'aisances. 

niquer, 1, Baiser ; 2® mixte, mai -18 : « nî- 
quer une grognasse » ; — nique nique la coufa !, 
phrase proverbiale de sabir, signifiant Em- 
prosage. On l'adresse aux Bicots, pour les faire 
marronner, tout en tapant de la paume droite 
sur l'orifice plissé que forme le poing gauche 
entre le pouce allongé et les autres doigts ra- 
menés en cylindre ; — cf. malabar. — 2, a. Pu- 
nir : « Deux nègres Américains en train de 
boire une bouteille de Champagne dans la rue 
ont été vus par un gendarme ; tu parles qu'il 
les a niques », marins, fév. 18 ; « Tu vas te 
faire niquer », Tu vas te faire choper, 2® mixte, 
mai 18; — b, Supprimer, Tuer : se faire niquer, 

■— 870 — 



être sTorpillé, Coulé, etc. : « ÏJ Engageante 
vient de se faire niquer par un sous-marin », 
marins, fév. 18. — Syssém. : baiser, très usuel 
aux sens a et b, particulièrement dans tout le 
nord- ouest ; — le mettre, V introduire à qqn. 
Tromper qqn ; — se faire bitter, Etre puni. 
Ecole Polytechnique, -13. — Nique s'emploie 
aussi en un sens affaibli et vague, comme syn. 
de Un peu sot. Qui n'a rien d'épatant : « C'est 
un mec, quoi ! — Ho, un mec un peu nique », 
un ouvrier nantais parisianisé, 81® t., mai 17. 
noir. Ivre ; 81® t., 15-17 ; un sergent, après 
boire, n'arrivjit pas à déchiffrer un ordre cras- 
seux : « Pendant que G<....>> ânonnait, on ne 
savait pas si le chiffon était trop noir pour les 
yeux du sergent, ou le sous-officier trop noir 
pour lire son paplard », 81® t., -16; | « gai, à 
moitié noir, quoi ! », paraud ; agatha ; D. m. 
p. ; « sans être mûrs, on était un peu noirs. On 
avait le nez sale, quoi », Feu, 21-8-16. — Les 
syn. bousillé, et surtout nez sale et débarbouillé 
avec du cassis (voir cirage), montrent bien le 
sématisme de noir ; l'ivresse obnubile le cer- 
veau ; — autres syssém. : attraper une macula- 
ture. Se griser, jargon d'ouvriers pressiers ; rig.; 
— goudronné, Ivre ; 40® art., -18. — Cf. chocolat, 

— 371 — 



noir, m., Tristesse, Spleen ; assez général; | 
Les sales percos « sont très rares et méprisés, 
car ils laissent dans l'esprit un peu de leur 
crasse — autrement dit, ils donnent le noir », 
Rigolboche, in B. des A., 24-5-16 ; |[ « ça 
[l'alfa dans le café] me tape sur le ciboulot et 
ça me donne du noir », Philibert, 234 ; « De 
plus en plus, je prends le noir ! » et ne pense 
qu'à me suicider, mirande et rivoire. Pour 
çiçre heureux, i, 10. — Soit extrait de broyer 
du noir, soit synecdoque de cafard noir ; la 
synonymie de grise fait pencher pour la pre- 
mière explication. 

noix (à la), noix de coco (à la), Qui peut faire 
illusion, mais qui est faux et non valable ; très 
usuel : « Je me fais une fausse permission avec 
une signature à la noix de coco », S. A. P.-X, 
sept. 16 ; I « j'suis pas le dernier à envoyer 
des salades, un coup qu'on m'enverrait des 
boniments à la noix », donnay, Impr., 75 ; 
« une installation à la noix », Feu, 9, à propos 
d'un lit fait d'une mince couche de fumier ; |1 
« Et le gradé [sous-brigadier de paix] ajouta : 
— Vous savez, je ne veux pas d'affaires « à la 
'noix » ni « à la flanc » ! Il signifiait par là qu'il 
était bien décidé à ne pas apporter à Thierry 

— 372 -~ 



[agent de police] un témoignage de complai- 
sance », Matin, 27-8-13. — Se tire de l'idée de 
stupidité exprimée par noix. Tête, chevauchée 
par une image de confiserie à bon marché, coco ; 
au total, du « chiqué ». 

nouba, f., Noce, Fête grossière ; usuel et 
général : « Voilà quinze jours qu'il ne voit pas 
le soleil, [noce la nuit, sommeil le jour], c'est 
la nouba ! », Parisien, 81® t., -14; | agatha ; 
« C'était la vie large et abondante, la « vraie 
nouba » », Gaspard, 40 ; « Tu parles d'une 
louba qu'i s'est envoyée », Feu, 110; (« un » 
louba. Feu, 9-8-16 et p. 31, est une coquille 
pour « une », H. BARBUSSE ; mais h. barbusse 
n'a entendu au 231® inf. que « louba » et non 
« nouba ») ; H usuel dès -97 au moins, dauzat, 
16-4-17, 667. — Une noce ne va pas sans mu- 
sique, l'Algérie sans la nouha, cette musique 
des tirailleurs algériens qui a enchanté les bou- 
levards parisiens en -13. — Cf. chouya. — 
Syssém. : fête arabe, f.. Noce carabinée ; jeunes 
soldats d'inf., oct. 16 ; — il est vrai pourtant 
qu^arabe sert parfois d'équivalent à Intense ou 
Etrange, mais en mauvaise part : « un bour- 
rage-de-crâne arabe », Feu, 123, « un motif [de 
punition] arabe ». 

— 373 — 



nougat, m., Fusil ; 156® inf., -18; | agatha. 
— Sans doute par synecdoque de * bâton de nou- 
gat. Le fusil est un bâton creux, un bâton à feu en 
français d'autrefois. Quant à nougat, j'y vois 
une allusion aux enrayages de magasin qui 
font du lebel un outil « fragile » ; cf. : « La 
chasse ? Il faut marcher ! J'ai des j amibes en 
nougat )), un coiffeur obèse, Le Bourget, nov. 17 ; 
MICHEL donne bâton de cire, Jambe. — Syssém. : 
sucre d'orge, m., Lebel ; 156® inf., -18, apax. 

nourrice, f.. Cuisine-roulante ; 23® son de 
munitions d'art., d. — C'est sans doute bien 
moins une image bucolique qu'une métaphore 
reprise aux nourrices industrielles, à celles de 
captifs et dirigeables par exemple. Cf. fokker. 

nouveau-né, m., Obus non éclaté ; 81® t., 
sept. 15 ; — syn. et syssém. : bébé, m. ; ib. — On 
l'entoure d'un berceau prudent. 

occuper (s'), 1, Se donner du mal ; usuel et 
général : « il a fallu s'occuper pour reprendre 
le village », Bicard, i, 6; || « Vous faites bien 
vos affaires. — Dame ! ça va, ça va, mais aussi 
je m'occupe. Vous ne vous imaginez pas le mal 
que l'on a », Philibert, 3 ; — 2, Se donner du 
souci ; usuel et général; || Brest, -98 ; — c'est 
sur ce sens 2, affaiblissement du sens 1, que 

-- 374 — 



s*appuîent les queues anecdotiques si usuelles : 
Ne inoccupé pas du pot- de- chambre, chie dans 
les draps /, 81® t., -15 ; — T^ occupe pas du cha- 
peau de la gamine, pousse la voiture /, 81® t., 
sept. 14 ; — T^occupe pas du chapeau de la 
gosse /; — Laisse flotter les rubans /; — tous con- 
seils syn. de Vas-y carrément, sans scrupules. 

— Une pure contagion faisant leur succès à ces 
formules, qui servent de phrases passepartout, 
jetées dans la conversation si souvent qu'il 
leur arrive parfois de redevenir spirituelles, on 
peut rapprocher les faits suivants : à la 9® du 
109® d'inf., en -16, un coiffeur de Chaumont 
faisait suivre toutes ses réponses de « Et avec 
ça. Monsieur, un petit coup de fer ? », et un 
boucher de Paris, de « Et avec ça, Madame, un 
petit coup sur l'os ? », si bien qu'il était devenu 
courant de lancer ce dernier boniment au mo- 
ment où éclatait un obus. — Cf. ici -tau et 
Confusions, p. 561. 

œilleton, m.. Créneau de tranchée, Feu, 255 ; 

— de œilleton. Pièce adaptée au télescope vers 
l'oculaire, et percée d'un trou très petit où l'on 
applique l'œil. 

offensive (prendre 1'), Faire la chasse aux 
poux ; 81® t., -15 ; — syssém. : die Laeuse alar- 

— 375 — 



mieren, (donner l'alarme aux poux), Gratter 

ses poux, DELCOURT. 

offic'mar, m.. Officier ; 81^ art. 1., -18 ; — 
cf. hochemar, chassmar, tranch^mar, zigomar. 

oignon, m., Ruban de la croix-de-guerre ; 
esc. Br.-219, -18. — - Cf. banane. 

oiseau, m.. Obus : Lettres héroïques (1915), 
30. — Syssém. : moineau, m.. Obus : « Des 
moineaux fusants de 77 », Journ., 21-6-15 ; ■ — 
les Boches nomment moineau la Balle de fusil, 
SAIN. — Cf.; « Falcquet paist Libicocque de 
bons oiseaux de bois »,... de Coups de bâton, 
Merlin Coccaie, xix, (éd. 1859, p. 327) ; — cf. 
tourterelle, coucou. 

onze, m.. Paire de jambes : « Il faisait frio 
aussi, et on tremblait sur son onze », Feu, 
21-8-16 ; — • synecdoque de train onze, même 
sens ; cf. vingt-deux. 

ordin', m., Ordinaire (de compagnie) : « N*en 
faut un cabot d'ordine, pas ? », valmy-baysse, 
Journ., 12-11-16. 

organe (crever d'), Crever de faim. Avoir 
grand faim ; usité de divers côtés ; un employé 
nantais parisianisé et un négociant bordelais, 
juin 17 ; un m^-f^', fév. 18 ; etc. ; — crever 
Vorgane ; Di ; || organe, Faim, Jargon (1836) ; 

— 376 — 



les dictionnaires d'argot postérieurs ont laissé 
tomber ce mot, sauf bruant, piler (Torgane, 
Jeûner. 

OS à qqn (cavaler sur V), (taper sur [F), l'En- 
nuyer : « A la gare ! Tu commences à m'cavaler 
sur l'os avec ton air d'avoir toujours raison », 
Feu, 8-8-16 ; Les embusqués « commencent à 
m'taper sur l'os », ib., 136 ; — dans certaines 
locutions syn., cavaler est représenté par courir, 
et 1*05 en question, dont la moitié du genre 
humain est dépourvue, nommé par d'autres 
noms équivalents. 

ouistiti, m.. Patron, Officier dont on est 
l'ordonnance : « i' cirait les godasses de son 
ouistiti », Feu, 5-9-16 ; — syssém. : singe, 
Patron, en style de domestiques. 

oursin, m.. Entrelacs de fil barbelé, en forme 
de sphère d'environ l'^ de diamètre, jetés 
dans un boyau, une brèche, pour l'obstruer 
rapidement, ou devant les lignes pour ren- 
forcer les défenses ; 10^ et 27^ inf., 14-15 ; 
95e inf., 15-18 ; 112% 130% 304e inf.^ 16-18 ; 
le Camp des oursins, centre de la fabrication 
desdits engins, 81® t., -16; | Le soldat, dans 
les boyaux « franco-boches », « sent le danger 
immédiat, bien des fois même aucun « oursin » 

— 377 — 



ou cheval de frise ne lui permet d'escompter 
un obstacle possible », p., Matin, 20-6-16. — 
Mal défini dans g. e., 1-4-18, 423. — Méta- 
phore prise des piquants et de la rondeur des 
oursins de mer. — Syn. : araignée, f. ; d. — 
œuf, m. ; D. — anse de panier, 

pagaille, f.. Désordre ; très usuel, et semble 
en voie de généralisation; | « dans une 
pagaïe effroyable », anon.. Pet. Par., 21-3-16, 
p. 2, c. 2 ; « Sans discipline, qu'il jacquetait, 
c'est la pagaye », Cabaret, 458 ; ]] très usuel 
aux marins et à toute la Bretagne à propos de 
tout désordre ; le mot était vendéen aussi ; le 
Centre prononçait pagane, la Provence pagaio. 

pagéol, m,, Météorologue militaire se servant 
pour les sondages aérologiques de ballonnets 
de caoutchouc, blancs ou colorés, gonflés à 
l'hydrogène ; un m^-f^^, fév. 18, monax. — 
Allusion au bouquet de ballons que porte un 
homme en blouse dans le croquis qui sert de 
réclame au pagéol. Produit pharmaceutique 
laveur de la vessie, à voir dans les journaux 
aux réclames. — Cf., pour l'influence linguis- 
tique des quotidiens, tamar ; — bibendum, m.. 
Homme corpulent ; agatha ; — allusion à la 
caricature qui sert de réclame au pneu Miche- 

— 378 — 



lin sur les murs aussi bien que dans les jour- 
naux ; — et spécialement jubol. 

pagnoter (se), Se mettre au lit ; Au 231® inf., 
15-16, « j'ai toujours entendu dire po- beau- 
coup plus que pa- », h. barbusse, d'où se po- 
gnoter, Feu, 123 ; — pagnoter seule forme que 
j'aie entendue 95-18 ; rig., dlle et tous mes 
autres témoins ne connaissent aussi que pa-. 

pain à cacheter, m., Obus : « j'entends nos 
petits canons de montagne et nos 120 longs 
qui leur envoient des pains à cacheter », fa- 
raud. — Litote fantaisiste, peut-être indivi- 
duelle, mais intéressante pour le psychologue : 
un objet circulaire, à deux dimensions, est pris 
pour sématiser un objet dont la base est un 
cercle plat, mais dont la hauteur, ou troisième 
dimension, est laissée de côté ; de même une 
Chambre est dite une carrée, ou une tôle (du 
latin tabula), à cause de son plancher, en né- 
gligeant la hauteur de capacité que détermine 
forcément le quadrilatère de base ; de même 
un Ballot est dit un carré à oreilles, vidocq ; 
de même la Tête humaine confetti, {se taper le 
confetti, Manger), et map pemonde, [y oir chambou- 
ler) ; de même une pastille, qui est un objet plat, 
et pratiquement un simple plan, sématise une 

— 379 ~ 



Balle, projectile dont l^épaisseur est très sen- 
sible dans la chair humaine. Ainsi les figures 
géométriques planes représentent les volumes 
de la géométrie dans l'espace. — L'inverse 
n'est pas vrai, ou, pour être prudent, n'est pas 
aussi vrai. (Si balle signifie Pièce de monnaie, 
ronde et plate, c'est parce que la monnaie 
porte une balle, une Figure d'homme.) La rai- 
son en est que l'oeil ne perçoit pas la profondeur 
ou troisième dimension et que le dessin est plus 
facile que la sculpture. 

pajot, m.. Couche où l'on dort, (quelconque, 
sauf la terre nue) ; usuel et général; | pageot, 

AGATHA ; pajot, POILULOGUE ; pajo, CHAPELLE. 

— Extension de pajot, Lit, usuel aux Pa- 
risiens, quoique inconnu de dlle et de ses 
devanciers, par ex. au 19® inf., -95, ainsi que 
son dérivé pajoter, se pajoter, Coucher, Se cou- 
cher ; — de BERCY, (le collaborateur de Bruant 
pour son Dictionnaire), me disait en -99 que 
pajot vient d'un auvergnat pajet. — Apocope : 
paj, m.. Lit ; 40® art., -18 ; — d'où se pajer. 
Se coucher ; ib. — Dérivé -calembour : pagéol, 
m.. Lit ; ib. 

palace, m., Maison de bel aspect et de tenue 
parfaite ; s'emploie ironiquement : « Dites 

— 380 — 



donc, les artiflots, faudrait voir à ne pas amo- 
cher l'argenterie du palace », Cabaret, 469, pro- 
testation d'un fantassin à l'adresse d'un ar- 
tilleur dont le poing vient de renverser une 
bouteille sur la table du cabaret. — Ce mot, 
pris aux enseignes des grands hôtels anglo- 
saxons est sans doute sans rapport avec pa- 
lasse, Chic, très usuel aussi, et qui apparaît 
dans faire pallas. Faire le grand seigneur, vi- 
DOCQ ; — ce dernier est souvent écrit pallas, (par 
une orthographe savante, mais inutile ? — cf. 
bacante, macabé, et, sous poilus, nickelé). 

Panam, m., Paris ; divers soldats, -16 ; très 
usuel, 17-18 ; I « nom d'amour donné par les 
Parisiens à leur village », Petit Voisognard 
(369^ inf.), 21-3-15,in sain. ; agatha ; « Paris, 
pour les permissionnaires du dépôt, se nomme 
« Panasse » », henriot ; Panasse est une co- 
quille ; la spécification erronée des permis- 
sionnaires montre que le mot était encore peu 
notoire fin juill. 15. — « Panam (Panama ; 
l'Eldorado, quoi, avec sous-entendu ironique ?)», 
FAGus, 564 ; cette étymologie explique suffi- 
samment le but du mot, par son suffixe ; mais 
le radical Pa- conserve la première syllabe de 
Paris. 



381 — 



■ 



panard, m., Pied ; 40® art.,-18 ; | henriot ; 
Feu, 84 ; j] à Bourges, 10-12, un seul soldat, de 
Béziers, appelait les pieds des panards, dauzat, 
27-6-17 ; le terme a conquis du terrain. — En 
provençal panard. Boiteux. On a d'abord appelé 
panard le Cheval dont les pieds sont tournés 
en dehors, puis 1* Homme qui a ce vice anato- 
mique, puis le Pied de ce cheval et de cet 
homme, puis tout Pied humain, par la vision 
enlaidissante qui est un tour d'œil si populaire. 

panier à salade, m.. Casque : « Et si qu'elle 
[une marmite, un obus] tombe sur Pcaberlot, 
Malgré son panier à salade, D'un boche <C ..>• », 
UN MARSOUIN, oct. 16, in B. des A., 18-10-16, 
p. 6. — Le casque français « fuit » par sa ven- 
touse ; le rend-elle pratique au-dessus d'un 
évier ? 

panpan, f.. Voiture automobile Panhard ; 
automobilistes militaires de l'armée d'Orient, 
16-17; Il usuel dès 02-05 à Bordeaux. — Apo- 
cope à redoublement de Panhard (qui se pro- 
nonce par un hiatus juxtaposant an et a). 

papa, m.. Bon outil : « si c avait été notre 
papa de France nommé 75 », on aurait pu 
compter les [Boches qui [auraient réchappé, 
JEAN MALAVAT, (81® înf.), lettre, dans Poil et 

— 382'— 



Plume, mai 16, in z, Armée de 1917, 301. — De 
papa, Brave homme ; par ex. : « Moi je suis 
été le second pour le secourir dont le premier a 
été notre papa de notre régiment le médecin- 
chef de service nommé B<C...> », id., ib., 302. 

papafard, m., A, Grand bouleversement, Ba- 
roufle, Scandale ; connu de marins provençaux 
et de rares soldats parisiens, août 16-déc. 17 ; | 
« et j' savais que quand le vieux i' saurait la 
vérité, i' f'rait un fameux coup d'Etat. Ça 
n'a pas manqué. Tu parles d*un papafard », 
Feu, 11-8-16 ; — B, Grand bruit ; mêmes mi- 
lieux que le sens A ; | « d' dormir et d' faire 
schloff avec un bruit et un papafard pareils 
comme celui qu'y a », Feu, 236; — provençal 
papafard, Paperasse, Ecrit long et ennuyeux, 
Pamphlet, Cancan, Tripotage ; mistral. 

paplard. m.. Papier portant écriture, (Ordre 
écrit. Rapport écrit, Titre de permission) ; 81® t., 
15-17 ; usuel et général ; |1 papelard, Papier, 
Jargon (1836) ; — « Bouffe le paquelar pour 
qui trainne pas », hirscHj Le Tigre, 82 ; — dér. 
libre de papier, par le même suffixe qu'on a 
dans le syn. faflard, Fafiot, (Papier). — Dér. : 
papelarder, Faire des écritures ; Feu, 121. — 
Papyrus, Papier personnel, « Et ici c'est les 



— 383 — 



I 



papyrus. Tu parles d'une bibliothèque », Feu, 
186, propos d'un poilu inventoriant ses poches, 
est moins une extension de sens d'un mot sa- 
vant, que papier suffixe librement, mais par 
un suffixe dû à quelque fourrier lettré. 

paprika, m. : « Bavons dans V Paprika », 
titre d'un journal du front, in B, des A., 
8-8-17, p. 12. — Austro-hongrois, paprika, 
1, Poivre rouge : Wiener Schnitzle mit ou ohm 
Paprika, Côtelettes ou Escalopes de veau au 
poivre rouge ; 2, Livre, Album d'histoires ga- 
lantes, (poivrées) ; 3. grand-carteret. 

paçLUci, m., Paquet de tabac ; sous-intce de 
la 22e Don 16-17 ; — - dér. libre de paquet, par 
un suffixe -ci que je ne retrouve qu'à peu près 
dans paccin. Paquet, Cartouche ; cf. maquecée, 
Maquerelle, vidocq ; cf. latsipume ? — pa(lUÇOii, 
m., 1, Paquet, Colis-postal, tel que le poilu en 
reçoit, de victuailles principalement ; divers 
soldats, 16-17 ; | « on se tape le rapport ous- 
qu'on nous donne les babillardes et les paxons », 
PANTRUCHARD ; poiLULOGUE ; || paxou, Paquct, 
ROSS. ; — 2, Havresac monté et surmonté de 
suppléments : « des paxons bien solides », Feu, 
189 ; — suffixe comme gobeson. Gobelet, vi- 
docq ; boxon, Bocard, (Maison publique) ; kép- 

— 384 — 



I 



çon, Képi ; d'après enfançon, Petit enfant, 
hameçon, Petit haim, etc., coinçon, Petit coin, 
entendu en -18. — paquebust, m., Paquet ; d. ; 
— suffixe comme tambuste, m.. Masque à gaz ; 
D., — déformation de [masque) Tambuté ; — 
et chaffuste, Machine, argot du Borda. 

paquebot, m.. Voiture d'ambulance : « si 
vous recevez un shrapnell dans le buffet ne 
soyez pas étonné qu'on vous signale l'arrivée 
de l'ambulance en disant : voici le paquebot », 
AGATHA ; — spécial au 309^ inf. ?, inconnu dans 
tous les corps que j'ai sondés, sauf au sec- 
teur 174, -18, adj. LECONTE ; — probablement 
métaphore prise des couchettes de la voiture 
d'ambulance superposées comme dans les na- 
vires. 

parc aux os, m.. Cimetière : « l'essentiel, 
c'est de ne pas être resté dans 1' Parc aux Os », 
Crapouillot, in Front, 16-3-17. — Syn. : parc 
des refroidis ; Nénesse, 238 ; — cf. jardin. 

parisîané, Parisianisé : « Je me suis vite pa- 
risiané », un ouvrier ne à Nantes, 40 ans, 
mai 17 ; monax. 

parpaing, m.. Obus (qui arrive et va éclater) ; 
40e, 270^ art., 13® tir. alg. et secteur 174 ; « les par- 
paings radinent »,mai 18 ; | Le Parpairtrg, jour- 

— 385 — 

ESNAULT 25 



nal du front, in B. des A., 1-11-16 ; « Le par- 
paing s'amène, Ulle grosse torpille, sur tiotts », Ca- 
baret, 459. — Parpaing, Grosse pierre de cons- 
truction ; « on dirait que, dans l'air, s'avance 
par saccades une grosse pierte », Bouf'ru, 194 ; 
cf. navet. 

parti avec Itt Iftitie, Mon : « Les lettres de 
chez moi, c'est des boîtes à mensonge : ma sœlir 
avait iaidi des quat' pattes, partie avec la 
lame, (Jue ma femme m'éctivait ettcore Toute 
la fàtnille est en bohne santé », un 2d-ni6, 
tnat's 18. ~ Répondant nautique de étalé sUr 
le parapet. Tué, d. 

pfts-ûiôrt, m.. Militaire qui, i*échappê du 
ebmbat, ou s'étaîit garé, atttape les i'éfcohi- 
penses ; 81^ art. 1., mai 18. 

t)as- mûres (vertes et), f.. Affaires pénibles : 
« Aux Eparges nous en avons vu de vertes et 
de pas-mûres », un soldat, (de Gauville pt"ès 
Aumalè), 288^ inf., lettre, mars 16 ; | « un 
Nîtnois qui ne cessait de nous en racorlter des 
vertes et des pas mûres du matin au soir et 
avait toujours fait plus fort qUé lefe autres », 
R. D., Contes çér., 194. — En voif de dutëë, en 
voir de raides ; la verdeur d'un fruit pas mûr 
sématise sa duteté et sa raideur. On peut aUssi 

— 386 — 



en i^oir de grises et de toutes les couleurs. 

passer qqn à tabac, Se moquet dé lui en 
long et en large ; 81® t., juin 16. — Pdssef aU 
tabac, Donner des coups, rig. ; dé toute locu- 
tion signifiant Raillerie à toute locution signi- 
fiant Tromperie, (cf. bobard, peYco), et niêttie 
Coups, (cf. coup de gueule), il y a,non seuletnent 
passage aisé, niais « allet' et retour », (voit* 
fokket) ; lés mêmes verbes, (voit* dés ex. sous 
balancer), servent dans les déUx eniplois. — Cf. 
discuter le COUj), Se défendre contre l'ennemi ; 
D. ; — sens plus UsUél, Causer de la situation, 
de la guerre, entre camarades ; 40*^ art., -18. 
— Voir expliquer. 

i)àstiiré, f.. A, syn. officiel de confetti (voir 
ce mot). — B, Balle (d*arme â feu) : « en leur 
balançant entte les côtes des centaïUes de pas- 
tilles à la minute [avec ma mitrailleuse] », 
È. c. Pet. Journ., 8-4-16 ; — sématisme, cf. 
pain à cacheter. 

pastiss, m., 1, Boue : « Le génie ayant plus 
particulièrement dû travailler dans la boue (et 
quelle boue !) l'a décorée du nom de pastisse 
(pourquoi ??) qu'il étend à tout fouillis, dé- 
sordre, ou cotnard », fagus, 562 ; ^~ 2, Fouillis 
de nature quelconque, (par ex. celui des vivres 

— 387 ~ 



dans la musette), spécialement les Vivres de 
l'ordinaire sur les voitures ; chapelle ; Les 
véhicules « Chargés d'objets de toutes sortes 
En pêle-mêle confondus : Bagages, vivres et 
liquides, Ballots, pastis et saint s-frusquins... », 
Lapin à plumes, in B. des A., 18-10-16 ; — 
3, Désordre, Imbroglio ; coloniaux, -15 ; 13® tir. 
alg.,-18 ; I CHAPELLE ; « Vénizélos ou Gounaris, 
C'est toujours le même pastis », chansonnette 
connue de nos marins en Orient, -17 ; — 4, Dé- 
sordre du corps-à-corps. Assaut : « le pastis 
c'est l'endroit où ça chauffe, où ça gaze, la 
tranchée de première ligne », rocher ; « Le 
mobilier du poilu, qui n'est pas dans le pastis, 
se compose <;...> », ib. ; — 5, Danger, (Nuit, 
Invisible, Inconnu) ; chapelle ; « Chers co- 
pains. Deux mots pour vous donner de mes 
nouvelles qui sont exellentes et désire qu'il 
en soit de même pour vous. Vous vous êtes 
sortis d'un joli pastis Paul et toi car nous 
allons travailler sur la route de T a l'endroit 
même ou il y a « Attention aux fils » Paul cet 
ou sait », un soldat (de Pézenas), 112® inf., 
lettre, 10-10-16. — Mot de langue d'oc, géné- 
ralement ignoré encore en oct. 17 des régiments 
issus du nord : pastis, 1, Pâté, Bouillie épaisse ; 



ms 



2, Barbouillage, Confusion, Tripotage ; mis- 
tral. — Cf. latsipume ? 

Le passage de Bouillie à Boue est usuel ; cf. 
« cette nuit nous avons pris quelque chose 
comme flotte sur la bobine. Il y en a une 
bouillie », paraud, 90. De Boue à Fouillis le 
passage se retrouve, inversé, (voir fokker), dans 
cafouille. Le passage de Boue aux autres sens 
est syssém. de purée, mélasse^ panade, toutes 
cuisines qui sématisent un Embrouillamini 
laissant peu d'espoir ; et de mouise. Embête- 
ment, Danger : « C'est toujours le deuxième 
bâton qui nous fout dans la mouise. Et on leur 
colle les citations », Cabaret, 465 ; être dan^ la 
mouise, c'est Etre dans une situation difficile, 
particulièrement à cause d'un budget défici- 
taire ; mouise dans dlle, F.- A., mouisse dans 
DLLE est traduit Soupe ; cf. être dans la pa- 
nade ; mais c'est l'alsacien mouess, Bouillie, le 
franc-comtois moisse ou mouesse, Confiture 
grossière, à Montbéliard, sahler. Vieux propos, 
(1917) ; cf. être dans la marmelade. 

patate, f., A, 1, Tête : « L'ordonnance du 
lieutenant H. dit que le commandant P. a dit 
que le général d'A. en a gros sur la patate de 
la 88^ Division »,... en a par dessus la tête, 

— 389 — 



81® t., -14 — cf., à pyopos d*un ivrogne qui 
pleure : « C'est des r'vir'ments du temps passé 
qui lui passent dans la pomme de terre », Paris, 
vers -87 ; — sématisme, cf. fraise. — 2, Imbé- 
cile ; usuel et général ; | « C't un professeur de 
classes à Pî^ntruche, c'est p£ts une patate ni 
un outil )), Gaspard, 222. — Syssém. pour le 
ps^ssage du sens 1 au sens 2 ; truffe, f., Benêt ; 
LAMBERT; Il « j'ai un joli gosse que j'aime et 
j'ai cette truffe-là qui m'entretient », Echalote, 
XVI, 52 ; — truffe, Pomme de terre, est dès 
longtemps archi-usuel dans le H^-Maine, la 
Nièvre et le midi ; — tomate, f., Sot ; Lam- 
bert ; « T'as l'air tomate, toi, t'sais, quand tu 
rigoles », BENJAMIN, Journ., 3-4-16 ; || dlle ; 
« J'en suis comme une tomate », Echalote, xii, 
40 ; — betterave, f.. Homme, et spécialement 
Soldat, peu dégourdi : « l^i betterave, la tomate, 
c'est encore une espèce de ballot », rocher ; 
« inutile et fî^lot, ridicule, empoté, et, pour 
parler comme eux [les poilus], betterave et 
pocheté, propre-à-rien et paquet ! », tardieu. 
Echo de P., avr. 16 ; || « Ces « betteraves », ces 
soldats de hsnieau commandés de piquet pour 
leur ignorance politique [de piquet d'exécution 
de condamnés politiques] », d'esparbès, Demi- 

— 390 — 



Solde, XXII ; — naçet, Imbécile; Mousqu., 43 ; || 
LARCHEY ; Dupe, tt^LE ; — haricot) m,, Soldat 
peu débrouillard ; i). m. p. ; — poil?, f., Imbé- 
cile ; « Je serais la noi^f », la Dupe ; 360^ inf,, 
juin 16 ; I « faudra pus qu' les députés ils 
m' bourrent el crâne, ni qu'ils m' prennent pour 
une noix ! », Gaspard, 208 ; — et tout fruit ou 
légume que cultive le paysan ; aussi il y a con- 
venance particulière à qualifier un paysan de 
ces noins de 1^ tête humaine ; mais la tête d'un 
citadin est aussi bien l'un de ces objets ronds 
et humbles, et c'est la tête qui sématise Ifi 
Sottise. A preuve bille. Sot ; 40^ art,, -18; | 
« C'est bien nous les « billes » », Nous sommes 
dupes, On se fiche de nous, p'tit gars ; et 
tronche : « Pour qui me prends-tu ? pas possible, 
tu me prends pour une tronche », Philibert, 
236. Le même sématisme semble se retrouver 
aux Etats-Unis : gob, 1, Bouche, Gosier ; 2, Ma- 
telot, par opposition à Officier, — comme qui 
dirait grosse- gueule, — marins américains, -18. 
B, Paysan : « Les Anglais, il les appelait des 
« rosbifs ». Les Italiens, il les appelait des « ma- 
caronis ». Les Allemands, il les appelait des 
« choucroutes ». Quant aux autres étrangers nés 
en Bretagne, en Auvergne ou en Franche- 

— 391 — 



Comté, il les appelait des « patates ». )), Bicard, 
I, 1 ; il c'est Bicard, Parisien. — Ce texte 
semble dire que le paysan est patate coname 
bouffeur de patates ; toutefois le sens B peut 
se tirer du sens A^ ; j'ai entendu un soldat 
traiter les paysans de « faces agricoles », (il 
était cégétéiste conscient et ardent). Les vo- 
catifs injurieux pied de chou, pied de vigne, pied 
de pommier, « Quel pied de chou ! », Quel imbé- 
cile !, 81® t., juin 16 ; « En voilà un pied de 
vigne !», ib., juin 16 ; « Pas besoin d'être trois 
pour te coller un marron sur la gueule, eh ! 
pied-de-pommier ! », Cabaret, 465, semblent des 
développements de pied, Imbécile, au moyen 
d'une image agricole et à l'adresse d'agricul- 
teurs, à moins, et ce serait encore plus con- 
forme au syssématisme ici étudié, que pied. 
Imbécile, en soit précisément la synecdoque ; 
— [pied. Imbécile, ne peut se tirer de hête 
comme ses pieds, où le mot est au pluriel). 

patouille, f., Boue liquide ; 70® inf. etSl® t., 
janv. 15 ; | Bicard, u, 4. 

patte de mouche (à la). Très déHcatement ; 
aviateurs à propos d'atterrissages : « Il reste 
encore à atterrir, ce dont Baron s'acquitte à 
la patte de mouche », estève, Gu. Aér., 26-4-17. 

— 392 — 



pattes (prendre des), Etre barboté, Dispa- 
raître; 81^ t., 14-17 : « La bougie a pris des 
pattes )). — Syssém. : faire des classes à pied, 

même sens : « De la même brosse qui piste ou 
chasse ; [ = ,] on peut encore dire quelle fait 
des classes à pied », e. h., Temps^ 24-5-15 ; 
E. H. est dragon, et au dépôt, dans Toucst ; 
classes, Exercices ; — syssém. plus général, 
s'envoler ; etc. 

pattes (trois-), m., 1, Moteur à trois cylindres, 
ou à quatre cylindres dont trois seulement 
fonctionnent ; — 2, Avion ayant pour moteur 
un trois-pattes ; — de même six-pattes, m., 
Moteur et Avion à six cylindres ; — - aviateurs 
et aéronautes, 17-18 ; Miramas, mai 18 ; | 
« un modeste « trois pattes » », icart ; « Mon 
moteur marche sur six pattes (950 à 1.020 tours) 
et l'appareil descend », david, carnet, 23-8-14, 
in Gu. Aér., 11-1-17, p. 135, c. 2 ; voir pingouin. 
— Simple développement libre de l'idée de 
Marcher, (« Maman, les p'tits bateaux qui vont 
sur l'eau, ont-ils des jambes ? »), — comme dans 
prendre des pattes. 

pattes d'acier, m., Cyclistes ; art., d. — 
Semblable métalepse engendra la fable des 
centaures. 

— 393 — 



paturons, m., Pieds ; — d'où. mettre les pa- 
turons, Se sauver ; d. — Syssém. : mettre les 
cales, Partir suhrepticement, Abandonner son 
poste ; 95s 156e inf., 40^ art., 16^ chaas., 
13® tir. alg., 17-18 ; • — cales n'est pas un 
simple remplaçant syn. de bouts de boisi, (ni 
une déformation de cannes) ; les cales, en 
technologie, donnent du pied aux appareils ; 
d'où cale, Pied humain, qui n'a pas été attesté 
jusqu'ici, mais qui a donné caleter, Jouer des 
pieds, dès -44 ; (pour le suffixe -etery cf. détra- 
quêter). — Cf. bâtons. 

pause (ne pas avoir la). Etre en pleine utili- 
sation : « je sort tous les soirs avec des copains 
<C...!> et je te promet que le pinard n'a pas la 
pose », un chasseur (120® bato^^), lettre à un 
zouave, août 16 ; | « Ça va pas être la pause 
pour le bidon ? », phrase stéréotype usuelle 
aux tranchées, z. Armée de la guerre, 235. — 
Métaphore tirée des progressions journalières 
de l'instruction du soldat, qui comportent des 
pauses entre des reprises d'exercice, Par exten- 
sion de ce sens technique on dit aussi C^e^t pas 
la pause, Ça barde, usuel et général ; 46® inf., 
-11. — Autre, analogue, être en permission, 
N'être pas de service r « Il faut croire que la 

— 394 — 



mort était en permission ; telle fut la réflexion 
du sergent mitrailleur R... s'apercevant qu'il 
n'était pas du tout le cadavre qu'il redoutait 
il y a quelques instantp », Gu. Aér-^ 25-1-17, 
p. 164, c. 2. 

peau de bouc, f., Enveloppe du ballon diri- 
geable ; pilotes de dirigeables, -17. — Méta- 
phore de couleur. 

pe^u de citron, peau d'orange, f., Enveloppe 
du ballon libre sphérique ; pilotes de sphé- 
riques, avr. 18. — La toile des sphériques est 
communément couleur jaune, plutôt citron. — 
Cf. pelure d'orange !, Traître ! Faux-frère ! ; 
81^ t., -15 ; — employé notamment par un 
octroyen nantais bon syndicaliste, pe mot est 
un remplaçant syn. de jaune ; voir mouchard. 

pé-cé, m., 1, Niche-abri de troupier, aux 
tranchées ; — 2, Cantonnement d'un troupier ; 
— 246® et 289® inf., et très usuel aussi dans de 
nombreux corps ayant relevé ces deux-là ; 
17-18. — De P. C, inscription des ppstes de 
commandement des officiers, à partir du coni- 
mandant de c^®, étendu par plaisanterie au 
sens de Chez-soi (où l'on est maître), — Cf. 
té-cé-trois, m., Charrette à bras des cuistQS ; 
D. ; — c.-à-d. T. C, (tr^in 4e combat) 



d'un type 3, non prévu par le règle- 
ment. 

pé-cé-èr, f., Dame de la Croix- Rouge ; offi- 
ciers de marine, mai 18. — P est l'initiale d'un 
syn. de dame, pris dans la basse-cour, et dont 
poularde en -80 (rig.), tourterelle et pigeon au- 
jourd'hui, sont les syssémantiques. — Le même 
jeu d'énigme fournit de nombreux sujets de 
versions poilues-françaises ; ex. :les B. C. D. F., 
les Bons couillons du front ; 81^ t., -15 ; — un 
P. C. D. P., un Pauvre cocu de poilu ; 2^ c^^, 
-18. — Cf. mort subite. 

pêche, f., Bombe d'avion ; d. ; — on sait ce 
que c'est que poser une pêche. — Syn. et sys- 
sém. : crotte. — Syssém. : perle, f., Gros obus ; 
D. ; — on sait ce que c'est que lâcher une perle ; 
— colombin, Obus, « quand il s'écrase comme 
une merde », i. lâchât. 

péculier, Ayant pour service, unique ou spé- 
cial, de décompter, au bureau de la compagnie, 
le pécule de guerre des hommes de troupe; 
81^ t., 11^ c^^ juin 17 : « le sergent pécu- 
lier ». 

pedzingo, m.. Danger ; 81^ t., -16, peu usuel : 
« S' y a du pedzingo, j'aurai vite fait d' des- 
cendre », un ouvrier nantais. — Suffixation de 

— 396 — 



petji, Pétard, (Danger), ou, directement, de 
pétard, Danger, avec accommodation du t, (en d, 
de muette en sonore), à la sonore z ; — même 
suffixe dans espingo, m.. Espagnol t « Les 
soutiers et les chauffeurs, y avait moitié 
d'Espingos », un Nantais ex-marin, 81^ t., 
-14. 

pégu'no, m., « Homme peu intéressant, pay- 
san maladroit, qui ne comprend pas les choses, 
qui veut faire l'intéressant et qui est négli- 
geable », Brestois et Nantais parisianisés, 81® t., 
-15. — De péquenot, Homme peu dégourdi, 
AGATHA, usuel aux 2® c^l et aux marins, -18, 
par accommodation du q, (en g, de muette 
en sonore), à la sonore n ; péqu'no, suffixa- 
tion sur péquin, (cf. çéto), Individu non sol- 
dat, dont le sens premier est Chinois ; « Les 
Chinois, et les Pequins se vantent d'estre venus 
d'vn Chien, et d'vne femme Chinoise », Ha- 
rangues bçrlesqi^es par Monsieur Raisonnable 
(1651'), 100 ; d'où Homme ridicule ; d'où Civil, 
vers 1800, et Paysan. — Cette notation du par- 
fait ridicule du Chinois est renouvelée aujour- 
d'hui par le suffixe du nom de Chinetoc que lui 
donnent nos marins, -18 et avant, suffixe rappe- 
lant mastoc et toc-toc. 

— 397 — 



pelle, f., Cuiller ; voir becquette; \\ usuel aux 
fi'&n es- matons ; tttô. 

pélot, m., Obus ; 207^ art., juill. 18 ; « Obus 
qui arrive et va éclater », M. ttiÉRY, 270^ art., 
mai 18 (^). — De pêlot. Pois, (Petit pois et 
Haricot), terme enfatitiil, à Garteret (Mariche). 
Ce mot a aussi passé au sens de Sou, les hati- 
cdts sei'VÉïnt dfe jetons sur la table oû on joue 
et de postillës dans les pistolets d'ehf^nts. Cf. 
puis, Balles : « une Volée de pois », eRlandè, 
En campagHë, m, 1. — Retour du sématisme : 
soriàiiîiéllâ, m., HaHcots ; BP t;, -16 (occasion- 
nellement) ; — mitrailler, Edosset* des hari- 
cots ; D. — Le rapport des sëlis de pétard, 
A, Haricot (vidocq), B, 9du {CaHoUche), 
C, Obus, tle semble pas immédiatement utili- 
sable, cat l'obus et le hàricdt sont de réels 
péteurs, tandis que la moiiilàie pétard a pu 
êti*e influencée pat* la monnaie pûtaf ; pour- 
tant. Voir ici pétard. 

péiiidhe, f.. Avion Ni'euport biplace ; mont- 
GEôRGË. — Cf. taxi. 

péïJêre, A, Grt>s ; usuel, mais surtout dans 



(1) ]Bello, Torpille de 245, argot boche, est igrlôré aux 
207^, 2706 art. 



39â 



l'active ; inusité au 81^ t., 14-17 ; « les Italiens 
ont coulé un cuirassé et avarié iiti autte, ça 
c'est utl pépère boulot », un matelot^ mai 18 ; 
(on notera dans cet eX. là place de l'adjectif, 
qui est établie d'après celle qu'aurait l'adjectif 
gros^ Ce qui montre bien iéi, en fait de syntaXe, 
le parasitisme argotique que je souligne eu fait 
de suffixes daiis becquette, en fait de gettres 
dans tatdne, en fait de synonymies dftns rif et 
à toute page) ; | Feu, 229j à propos d'un obus ; 
ib., 236, à propos d'un rat; |i 46© inf., IG-U ; 
Ménilmontant, premiers mois de -14^ à propos 
d'un paquet, dauéat, 16-4-17, 668 ; « une 
rombière pépère », une Grande-damé (de la 
noblesse), brii^ger, M. le Vicomte, 306. 

B, Calme ; usuel et général ; Si, Calme par 
le stoïqUe accomplissement des devoirs : « Faut 
être pépère pour l'arrivée ! S'agit d'mettre ses 
moustaches su 1' pied d'guerre ! ))j nÈf^JAMi^, 
Journ., 1-5-16 ; « N'oublie pas que tu es un 
héros et qUe tu dois l'être en tout... Sois un 
poilu Repère ! ))^ Sois héroïq[ue en fait de bonne 
tenue j^endant ta permission, conseils aux per- 
missionnaires du front, anon., B. des A., 24-5- 
16, p. 2, c. 3 ; « un combat pépère y>, « où il a 
fallu Se battre comme des lions », h Poiiu^ 

— m — 



20-7-15, in sain. ; « une marraine tout ce qu'il 
y a de pépère, et qui m'envoie des paxons 
maous soi-soi », chapelle ; — b, Calme par 
une judicieuse sélection épicurique de plaisirs : 
« secteur pépère », Secteur tranquille, « endroit 
pépère », Beau cantonnement, « plat de fayots 
pépère », Haricots bons et copieux, le Pépère, 
in B. des A., 28-6-16 ; « c'est pépère », Confor- 
table, BENJAMIN, Journ., 23-2-16 ; « c'est pé- 
père », Il n'y a rien à faire, Gaspard, 232 ; 
(( j'me tiens pépère », Coi, Caché donc heureux, 
BENJAMIN, Journ., 17-2-16 ; Le permission- 
naire du front profite d'un changement de 
train, qui lui fait perdre des heures, pour visi- 
ter la ville ; il s'asseoit à une terrasse de café ; 
« Il est tout à la satisfaction de n'avoir pas 
encore atteint son point d'arrivée et d'être 
ainsi déjà « pépère » avant que sa perme ait 
officiellement commencé »,... d'être Libre de 
tout devoir..., letoubib. Vie Par., 26-8-16, 
p. 644 ; un abri « pépère », « dans lequel on peut 
défier toute marmite », le Poilu, 20-7-15, in 
sain. ; — être pépère, N'avoir rien à craindre ; 
D. m. p. ; « Avec tel capitaine on est pépère », 
le Pépère, in B. des A., 28-6-16. — On retrou- 
vera dans ces textes, a, tout Zenon, la philan- 

— 400 — 



tropie (de la marraine), la volonté bandée (du 
bon soldat) ; b, tout Epicure, le plaisir du 
ventre, la tranquillité obtenue par la retraite 
et la contemplation. — D'ailleurs, la recherche 
épicurique du calme est souvent laborieuse et 
demande de la ruse ; d'où, c, pépère, Rusé : 
un mécano « tout ce qu'il y a de pépère », 
« vieux roublard du « taxi )) », punch, Fantasio, 
15-8-16. — Les trois sens a, b, c, de pépère 
correspondent chacun à chacun à trois sens 
semblables de peinard ; père-peinard fait le 
pont entre les deux mots. 

Les sens A et B se tirent de pépère. Grand 
père, usuel à travers la France ; A développe 
par métaphore, l'idée Ventru, Gros-père ; 
B, par extension de sens, l'idée Calme, soit par 
une Raison purgée de passions, soit par une 
Insouciance rassise, toutes deux qualités 
propres de l'Homme d'âge mûr. 

Le dérivé parigot pépèremuche, 46^ inf., 
14-17, a les mêmes emplois. — Cf. maouss 
et souasoua^ et mec en blouse. 

pépin, m,. Monoplan parasol Morane-Saul- 
nier ; R, G. Aé., -18 ; — parasol pour son mât 
vertical soutenu de haubans ; pépin puisque 
parasol. 

— 401 — 

ESNAULT 26 



perce- brumô, m., î, Captif qui sert, par utie 
ascension préparatoire, à tâter les conditions 
atmosphériques, notamment la visibilité ; aéro- 
nauteSj 17-18 ; ' — 2, Observateur faisant cette 
ascension, d'ordinaire jeune officier ou souS' 
officier, souvent artilleur, candidat élève - ob- 
servateur : (( Bientôt le « perco » descendra. Et 
pendant que le perce-brume, assez pâlot, un 
peu verdâtre, cédera sa place au camarade 
endurci <...> », micromégas, B. des A., 28- 
11-17. — ' C'est à ce mot que je rattache perco, 
m.. Ballon captif monté en observation ; texte 
ci-dessus ; ■ — j'y vois une libre suffixation de 
perce- brume, a.yec cependant, peut-être, le désir 
d'évoquer les Renseignements que donne le 
captif. D'ailleurs perco en tous ses sens, et 
perce-brume aussi, sont ignorés en mai 18 des 
marins observateurs d'un centre de captifs. 

perco, m.,1,1®, Percolateur à café : « — Qu'est- 
ce qui fiche le cuistot ? Il est tombé dans ses 
percos ! », phrase stéréotype usuelle aux tran- 
chées, z. Armée de la guerre, 236 ; - — ce boni- 
ment est né hors de la guerre de tranchées, 
puisque le matériel de campagne ne comporte 
pas de percolateur, et probablement antérieur 
à la guerre, puisqu'on trouve Perco sobriquet 

— 402 — 



d'un cuisinier de caserne, u Perco le cuisinier », 
PAWLowsKi, Polochon^ p. 5, c. 2 et 11, c. 2, et 
sobriquet de tout cuisinier au 27® art,, ^16 ; 
d'où r homme- perco, l'Homme de corvée pour 
aller chercher le café, 27® art., -16. — 2^, Ren- 
seignement (quelconque) qui circule ; galopin, 
Poilus de la 9®, 18 ; « un perco à la graisse 
d'oie », un On-dit sans fondement, pantku- 
CHARD ; « Perco. Tuyau qui sert à faire chauffer 
le jus et à donner les nouvelles des cuistots », 
poiLULOGuE ; « un perco, c'est-à-dire un tuyau », 
CHAPELLE ; — glisser un perco, balancer un 
perco, Livrer un renseignement : « le cuistot, 
en apportant le jus, nous a glissé un perco en 
douce », CHAPELLE ; — réel est en première 
ligne l'intérêt porté aux informations qui 
s'échangent à la cuisine ; mais en vain le 
Temps, 4-9-15, prétend que le « cagibi du per- 
colateur c'est, sur le front, le dernier salon où 
l'on cause » ; cf. donnay, Liberté, 19-9-15 ; 
MAC ORLAN, Joum.^ 28-11-16 ; la cuisine au 
front ne saurait avoir de percolateur ; un perco 
est un tuyau, rien de plus, d'abord ; on a ici 
une simple dérivation synonymique ; et ce 
n'est que postérieurement, quoique tôt après, 
qu'on a observé que les /?ercos-tuyauX les plus 

-^ 403 — 



caractérisés sont ceux de Perco-le-cuisinier. — 
Cf. rapport. — Perco au sens 2^ est loin d'être 
répandu dans l'usage ; je ne l'ai pas trouvé 
dans les différents corps que j'ai sondés ; il 
a été usité aux Dardanelles, cohen, 74 ; il est 
cependant inconnu en mai 18 de plusieurs ma- 
rins ayant couru l'Archipel. — 3^, a, Ballon 
d'observation du perce-brume, voir perce- 
brume ; — b, Blague, Plaisanterie î « C^est une 
[sic] bonne perco )>, lambert ; « on lui a fait 
un sale perco », D. m. p. ; « J'men ressentais 
pas du tout pour un perco de. c' calibre-là », 
Feu, 21-8-16; — pour le passage du sens .2^ au 
sens 3^, b, cf. passer à tabac. 

2, Marmite norvégienne, chacun des six 
vases cylindriques de la Cuisine-roulante ; 
95e inf., juin. 18. 

percutant, m., Objet qui se meut rapide- 
ment : « r passe entre nous deux si vite qu'on 
n'a même pas pu le poisser par un abatis. Tu 
parles d'un percutant ! », Feu, 21-8-16. — 
atterrir percutant. Atterrir brutalement à toute 
allure ; esc. S-152, juill. 18. — Comparaison 
avec un obus ; — en trombe disait-on aupara- 
vant. 

périscope, m., A, Homme de taille à dépasser 

— 404 — 



le parapet de la tranchée ; 81^ t., -16. — Syn. : 
paratonnerre ; Feu, 284 ; — infini ; ib. ; — 
double-mètre ; agatha, 112 ; — gratte-ciel ; ib. ; 

— notés ici pour ce qu'a de topique dans les 
tranchées l'inconvénient d'être grand. — 

B, Membre viril ; marins, -18 : « Le soir, le 
trottoir est plein de gonzesses qui font la veille 
contre les périscopes )),... qui se promènent en 
quête de clients ; — métaphore d'attitude. — 

C, Œil ; 158e inf., 40^ art. -18 ; — métaphore 
de fonction ; cf. jumelles. 

perm, f.. Permission ; 81^ t., 15-17 ; usuel 
et universel ; |1 antérieur à la guerre ; perm, 
Faveur de sortir du lycée quoique interne, 
Brest, 85-93 ; — cf. « permiss' », même sens, 
PAWLOwsKi, Polochon, p. 11, c. 2, 12, c. 1, pro- 
pos de chambrée. 

perroquet, m., « tireur d'élite qui souvent se 
juche sur un arbre pour élargir son champ 
de tir » ; mot communiqué à M. Sainéan ; 

SAIN.; D. 

perte de vitesse (se mettre en), Choir à terre, 
étant ivre ; aviateurs : « J'espère que quand tu 
es en bordée, tu ne te laisses pas mettre en 
perte de vitesse », un 1* aviateur, lettre, mars 18. 

— L'avion qui « plafonne » perd son excédent 



de puissance, et prend un équilibre instable 
dangereux. 

pétard, m., A, Revolver ; 270^ art., 130^ inf., 
mai 18. — B, 1, Canen ; 270^ art., mai 18 ; — 
2, Obus de 120 français ; V. du p. — Cf. pa- 
tard (?), « Oh ! ces gros « patards », comme ils 
sont déplaisants ! Quand on se promène dans 
les bois <...!> ils éclatent soudain à côté de 
vous )), Bourru, 188, ■ — A et B, métaphores 
auditives ; le même nom convenant à un 
engin d'artillerie et à son projectile, on 
passe de B^ à B* par une métonymie ; A, 
B^ et B", litotes auditives et balistiques : le 
pétard est un jouet de fêtes populaires ; cf. 
pétoir. 

pétarer, 1, Pétarader ; usuel au 81^ t., 44 : 
« Le canon va pétarer )) ; ■ — cf, pétarder, F^ire 
du bruit, dlle, — 2, Devenir dur, Barder ; 
81^ t., -14 î « Ça va pétarer », Il va y avoir du 
pétard, du baroufle ; — cf, péter : « C'est la 
meilleure pâte d'homme qui soit, mais quand 
on lui bassine les oreilles, ça pète », un 2^'m^, 
brestois, -18 ; cf. ça chie, Il y a du scandale ; 
cf. « Vingt dieux ! à vot' âge [quand j'étais 
jeune], je n' pétais qu' du feu. On ramassait 
les étincelles h trente pas derrière moi ! », 

— 406 — 



« 



langage du Lieuvin, delarue-mardbus, Journ.^ 
23-11-17. 

pétasse, f., Peur ; ai^oir la pétasse ; 46^ inf. 
ou 63® art. avant avr. 18 ; ■ — dérivé de péter^ 
syn. de Chier, par le suffixe du syn. chiasse. 

pétasson, m., 1, Canon de 37 ; mitrailleurs, 
156® iuf., avr. 18 ; — 2, Canon de 240 bombar- 
dant Paris à 120 kilomètres ; R. G. Aé., juin 18 ; 
I PAWLOWSKI, Journ,, 11-4-18, — Dér. de pé- 
tard ; -asson exprime, 1°, Petitesse de l'objet, 
(bécasson, Petite bécassine), d'où, 2^ Horreur 
du sujet, (tocasson, Laid, Femme laide), et 
Rappetissement de l'objet par mépris, (cf. 
bleuçassoUf vinçisson), 

pète-pète (fusil), m., Fusil mitrailleur ; 246® 
et 287® inf., 17-18. 

péter (faire), Tirer des coups de fusil ; 
156® inf., -16. 

péter les yeux (se faire). Dormir profondé- 
ment ; 81® t., 15-16. — A force de regarder qj\ 
dedans. 

petit brutal, m.. Canon et Obus de 88 autri- 
chien ; 66® chass., mai 18. — « Pour la 
raison qu'aussitôt le départ il éclate sans l'en- 
tendre siffler )), M. siELTZER ; — brutal, Canon 
est ancien. — Cf. Petit Pierre, m., Canon ; 



407 



■ 



usuel au témoignage d'un caporal bon argo- 
tier ; « V'ià P'tit Pierre qui parle », le Canon 
tonne, 81^ t., -16. Antérieurement j'avais en- 
tendu un homme que désassoupissait un écla- 
tement demander ce que c'était, et son voisin 
lui répondre « C'est P'tit Pierre qui s'en va » ; 
j'interprétais que c'était une allusion au bruit 
de porte claquée que fait une arrivée d'obus 
au loin, et que ce poilu tirait parti d'une image 
laissée dans son calepin cérébral personnel par 
la bonne vie familiale et ouvrière. — Cf. José- 
phine ; Rosalie. 

pétoche, f., Peur ; 130^ inf., -18 ; \\ Schw. 
Sold., 73. — Libre suffixation de pétasse. 

pétoche, f., Mitrailleuse ; mitrailleurs, 156® inf., 
avr. 18. — Libre suffixation de pétoire, f., 
ou de péteuse, f.. Mitrailleuse, d. ; cf. sardoche. 

pétoir, m.. Fusil; 95® et 156® inf., -18; | 
« mon pétoir », chapelle. — pétoire, f.. A, Fu- 
sil ; 81® t., avr. 16 ; — B, Canon ; 270® art., 
mai 18 ; — C, Mitrailleuse ; esc. S-152, juill. 18. 
— Métaphore tirée dans les différents corps, 
ici de pétoir, m., là de pétoire, f., noms de la 
Canonnière de sureau ; ce jouet d'enfant est 
une pétoire à Nantes (dépôt du 81® t.). — Cf. 
soufflet à punaises, m., À, Canon de 37 ; 



408 



i 



B, Fusil ; D. ; — pousse- pousse, m., Decau- 

ville ; D. ; — allusion à un jouet mécanique de 
-89 ; — arbalète, fléchette, pirouette, seringue, 
tonneau ; toutes ces litotes simulent que Farme • 
la mieux au courant de l'industrie n'est qu'un 
jouet d'enfant. — Cf. chantier. 

pétrole, m., Eau-de-vie ; 81^ t., -17 ; 95^ inf. 
et 270® art., -18 ; général; 1| « Mauvais vin. 
— Mauvaise eau-de-vie », rig. — Le pétrole 
alimente le moteur à explosion, et dès le temps 
de Rigaud, la lampe d'éclairage ; le vin et 
l'eau-de-vie alimentent le moteur humain ; 
une image très voisine fait dire d'un moribond 
// n'a plus d'huile dans la lampe ; c'est donc 
ici une métaphore de fonction, sans idée péjo- 
rative, et les définitions de rig. faussent le 
sématisme ; cf. essence et oriflamme. — Syssém.: 
gaz, m.. Eau-de-vie ; usuel ; || rig. ; — gaz est 
le nom de l'Essence de pétrole dans le Bas- 
Maine, DOTTiN ; à Brest, gaz Mill ; — d'où 
gazée, f.. Ivresse ; — gazer. Etre allumé par 
l'alcool : Il « commençait à gazer », ... à parler 
et à gesticuler, 81® t., août 17 ; — d'où être 
gaz ; cf. bout de bois ; — as^oir son plein d'es- 
sence, Tnème sens ; — en boche : die Einsprit- 
zung, (l'injection de pétrole dans les robinets de 

— 409 — 



décompression de ravion), la Lampée d'alcool 
absorbée par l'aviateur avant le vol, delcourt ; 
— ■ benzin, Alcool, delcourt. ■ — Voir dans 
tripoli une autre métaphore, de fonction en- 
core, exprimant l'alcool. 

pétroleur, m.. Soldat du génie lançant les 
liquides enflammés ; déch. 

pétroleuse, f., Automobile ; d'o.ù A, Diri- 
geable ; art., d. ; — B, Cuisine-roulante ; inf., 
-15, AYNAuo ; — cf, sous-marin. 

Philibert, m., le Havresac ; secteur 174, -18 ; 
adj. LECONTE ; | « quand j' mont'rai Phili- 
bert )\ Feu, 195 ; -^ cf, Azor, même sens-; 
Rosalie, 

phoniste, m., Téléphoniste ; « Le phoniste 
partage avec le cuistot et le cycliste le mono- 
pole des tuyaux sérieux «, Echo des Guitounes^ 
in B, des A., 25-10-16 ; — cf. télé et terri. 

pichtogorne, m., A, Vin ; 289^ inf., 13^ c^% 
monax, avr. 18 ; 315^ inf. (-17 ?, rarement), 
154^ inf, (Meusiens), juill. 18 ; connu au 
13® tir. alg., -18, de g. pemonchy (du 87^ inf. 
(S^-Quentin) en 14-15) ; || argot parisien, 
M. PROTAT ; « Coup de vin, Verre d'alcool », usuel 
à Amiens, 90-10 et au 72® inf. (Amiens) : 
<( Nous allons prendre un pichtogorne ? », té- 

_ 410 -- 



t 



moin en déc. 17 un Amiénois né en -73 ; pich- 
torgorne,jn., Coup de tout ce qui se boit au 
bistro ; apporté en -12 au 1^^ groupe d'aéros- 
tiers (Maubeuge) par François dit Tintin-des- 
Deux-Moulins, (Moulin-Rouge et Moulin de la 
Galette), le mot se répandit dans tout le monde 
de Taérostation, témoin en déc. 17 un Parisien 
pilote de dirigeables. — B, « Caporal dégourdi, 
dessalé » ; 168^ inf., -16 : « Monsieur F. Marly 
et C^^ Serg. chef des Saligauds et des pichto- 
gornes, 168^ 9^ comp. S. P. 191. Je tiens bon 
à Panam et on les aura. Chariot », carte du 
16-10-16 ; ■ — le destinataire, interrogé, veut 
l'orthographe « pychtogorne », et me donne la 
définition ci-dessus ; le mot était usuel au 
dépôt du 168^. — pichtô, piohtegorge, pichte- 
gomme, m., Vin ; 40© art., 5^ b^^, juin 18 ; la 
dernière forme semble moins usuelle ; elle rime 
avec fromgom, Fromage. — déch. donne piche- 
tagore, m., Vin ; d. les ayn. piohenagorne (dans 
un corps lorrain et parisien), pichegorge (sec- 
teur d'Artois, -15, ou de Champagne, 16-17), 
pichenogorge. — Etymologie (?) * pichenette à 
gorge. Cf. gnole. 

picnel, (m., f. ?), Shrapnell ; d. 

pièce-grasse, f., Cuisinier de compagnie ; 

— 411 — 



i 




81® t., juin 16; Il DLLE. — Sous-entendu ar- 
tilleur de ; cf. artilleur de la pièce humide, Infir- 
mier. 

pied, m., Sergent, (et non pas « sous-off. » 
comme le dit V Echo des Marmites, n^ 2, Sup- 
plément) ; usuel, général ; II dès -95. — De 
pied de banc, Sergent ; merlin ; Almanach du 
Père Peinard, 1894, 40 ; dlle ; pied en est la 
synecdoque, par ellipse du déterminant. Cf. 
pied, Maître d'escrime. Argot de S^-Cyr (1893), 
ce maître étant ou ayant été un sergent ? — 
MERLIN explique « Quatre pieds à un banc, 
quatre sergents dans une compagnie », étymo- 
logie acceptée par sain, et par dauzat, 16-4-17, 
665, et qui ne vaut rien, 1° parce qu'aucun 
poète ne verra quelque lueur à ce que quelque 
esprit saisisse une analogie d'une compagnie à 
un banc, (l'année solaire est-elle un banc parce 
qu'elle roule sur quatre saisons, N.-S. Jésus- 
Christ un banc parce qu'il s'appuie sur quatre 
évangélistes ?), 2^ parce que les sergents ne 
vont pas du tout par 4, il y en a 1 par section, 
16 par bataillon en temps de paix, 8, voire 12, 
par compagnie en campagne, et qu'il est fâ- 
cheux d'exiger que cette image ait eu pour 
berceau une caserne et pour horoscope les 



— 412 — 



conjonctions d'un ciel de paix. — Le galon qui 
signifie Grade de sergent n'est pas partout et 
de tous temps le, simple bâton de biais sur la 
manche. Dans la police, la cavalerie, l'artillerie, 
le train, le génie monté, le galon de marchis 
offrait avant la guerre, et offre encore en -18 
par fantaisie, la figure angulaire, le sommet en 
haut, qui suggère l'image des pieds d'un banc, 
de deux façons, soit en ceci que certains bancs 
ont pour pieds des planches échancrées vers le 
sol de façon à constituer deux doigts dans ce 
pied, ou mieux en ceci que certains bancs, pour 
plus de stabilité, ont des pieds obliques qui 
convergent en haut sous la planche où l'on 
s'asseoit, (un Grec eût dit des pieds de n). Voilà 
l'angle qui, fournissant une métaphore pour le 
galon, a passé, par métonymie, au porteur du 
galon. — Les soldats nomment le sergent-ma- 
jor le double, ce qui prouve, s'il en est besoin, 
que l'imagination militaire s'intéresse à l'as- 
pect des galons. — Syssém. : bancal, Qui a 
une jambe ou les deux jambes de travers ; 
c'est un dérivé de banc, « les pieds d'un banc 
étant ordinairement divergents », hdt ; cela 
prouve que l'œil populaire s'est réellement inté- 
ressé à l'obHquité des pieds d'un banc ; l'armée 

— 413 — 



a inventé bancal, m., Sabre de cavalerie, à 
cause de sa forme cintrée ; — charron, Insigne 
d'ancienneté de services, si^r le haut de la 
manche, angulaire, le sommet en haut, dont 
l'obliquité et la convergence évoque le chevron 
des toitures ; (hdt signale l'emploi analogue 
du chevron en sémantique de blason et de 
mines) ; il n'est pas surprenant que les galons 
en V renversé du bras étant sématisés par une 
image de charpenterie, les galons en V ren- 
versé de l'avant-bras soient sématisés par une 
image de menuiserie. -^ Le Chevron a été sur- 
nommé et baraque, et cabane^ et maison ; {ba- 
raque a été ravigoré par la guerre actuelle ; 
toutefois brisque se dit au moins autant, et au 
81^ t. davantage) ; l'angle de la toiture est 
essentiel dans le schéma de l'habitation hu- 
maine ; voyez les charbonnages les plus rapides 
qu'un enfant peut jeter sur un mur. — Bref 
pied de banc = Galon de sergent, c* q. f. d. La 
citation suivante lève tout scrupule : « Les 
troupiers donnent le nom de pied de banc au 
chevron qui orne la manche d'un soldat ren- 
gagé )), couLABiN, Dict. des locutions popul. de 
Rennes, (1891), notation qui a le double avan- 
tage de dater le mot de plus haut que ce die- 

^ 414 -- 



I 



tionnaire, œuvre lente d'un ancien officier 
octogénaire, et de faire penser que, le passage 
du sens Chevron au sens Galon de grade étant 
une extension de sens, pied de banc ne fut 
d'abord, absolument syn. de cheçron, qu'un 
syssémantique de chevron lui-même. 

piège, m.. Homme barbu ; adj. lecontè, 
-18 ; I « Le Piège, [un barbu, comme son nom 
vous l'a déjà appris », p'tit gars. — Synec- 
doque et métonymie de piège à poux, Barbe. 
— Piège à poux s'emploie aussi aux sens de 
Peigne ; marins, -18 ; de Chemise ; 40® art., -18 ; 
de Gilet de flanelle ; d. 

piétiner l'anthracite, Exagérer, Chérer ; 
270® art., mai 18 ; — • l'anthracite est dou- 
blement précieuse en temps de restrictions 
charbonnières ; — piétiner les bégonias. Exa- 
gérer ; Vie Par., 18-5-18, p. 429 ; — chevau- 
chement de piétiner, Abîmer, avec bégonias. 
Jambes. — Cette image se retrouve sous le 
verbe " marcher ; Frederick Lemaître improvi- 

• sant un autre texte que celui de son rôle, l'au- 
teur de la pièce, Barrière, lui dit « Faites atten- 

^ tion, vous marchez dans, ma prose », rig. au 
mot faire de la toile, — ' Cf. bousculer. • — ■ Syn. : 
cisailler le barbelé ; 95® inf., -18 ; — le pati- 

— 415 — 



nage des réseaux est dangereusement bruyant ; 

— piétiner dans les barbelés, Exagérer ; Vie 
Par., 19-8-16, p. 617. 

pif, m., Vin ; très usuel aux 46^ inf. et 
63^ art., 14-18 ; | henriot; ■ — prononcé ra- 
pide de piçe, Vin, (rig. ; lambert), qui s'en- 
tend au 2^ mixte, -18, apocope de pwois, Vin, 

— d'où se piver. Se griser ; lambert ;• pivé. 
Ivre, ih. ; — la sonore v devenue finale par 
l'apocope se mue en la muette correspondante / ; 
cf. souss -< — • sous-intendance ; rap ■< — râble. 

pigeon ramier, m., Perforeuse de sape ; d. 

— Métaphore ; elle roucoule ; cf. tourte- 
relle. 

pigouil, m.. Troupier de l'est de la Gironde ; 
« Le Poilu Saint- Emilionnais, organe des Pi- 
gouils soldats », titre d'un journal du front, 
-15 ; — ■ du limousin pigolhou, Petit gars. 

piloche, f.. Dent ; 231^ inf., mais peu usuel, 
H. BARBUSSE ; | « uuc sculc pilochc », Feu, 10; 
cf. 87; Il dès 1596, pechon de ruby. — Cf. 
piltoche. Dent ; kirsch. Le Tigre, 228, 234 ; 
Nénesse, 119, 123. 

pilon, m., Pétard à manche : « Grenades à 
manche du modèle courant de l'ennemi, dites 
« pilons » <!...> «, légende d'une photographie 



416 



de matériel allemand pris au sud de la Somme, 
Illustration^ 29-7-16, p. 104. 

pilonner le terrain^ l'Emietter en y creusant 
des trous d'obus jointifs pour en détruire l'or- 
ganisation défensive et offensive ; divers sol- 
dats, -16 ; I journaux du 8 au 15 juin -16 sur 
Verdun ; « vous pilonnez le terrain — pilonner 
est l'expression à la mode ; puis vous lancez 
vos vagues d'assaut », verraux, Œui^re, 10-8-16. 
— Dér. : pilonnage, m., Action de pilonner le 
terrain : « cet amas de ruines, ce déchiquetage, 
cette pulvérisation, ce pilonnage », l. barthou, 
Matin, 12-9-16 ; — syssém. : martèlement, 
même sens : « le martèlement mieux assuré des 
organisations allemandes », de civrieux, Ma- 
tin, 21-8-16. 

pilotaillon, m., Pilote aviateur maladroit ; 
Mousqu., 74. — Cf. bochaillon, embuscaillon. 

piloter le pé-O, Prendre le train de Paris- 
Orléans pour Paris ; école d'aven d'Etampes, 
mai 18 et avant. — C'est un pilotage aussi 
facile, puisqu'on est « sac de lest », qu'agréable 
par le point d'atterrissage. — piloter le bé-O, 
Prendre le tramway Bourget-Opéra ; R. G. Aé, 
oct. 17. — piloter le bessonneau, Ne pas faire 
,de vol ; ib. 

— 417 — 

ESNAULT 27 



pilule, f., Défaite ; usuel et général ; ramasser 
la pilule, Etre battu militairement ; 81® t., 
14-17 ; I « Vengez-nous, les gars !... On a pris 
la pilule ! », Gaspard, 98 ; « Les Boches nous 
ont mis la pilule », g, v., N. Contes vér.^ 263 ; || 
Punition : « Pour su' que ça y va fair' pimenter 
son pilule », boyer-rebiab, 24 Heures de bor- 
dée^ 237. — Défaite ou Punition, sens précisés 
du sens général Désagrément, [avaler une pi- 
lule ); — syssém. : purge, Défaite, Rossée ; 
Ennui ; — prendre une piquette. Etre battu, 
mis en déroute ; marins, 2® c*^, -18; || Né- 
nesse, 245. — L'idée commune est Amertume. 

pinard, m., Vin ; usuel et universel ; inusuel 
ou rare au 81® t., avant l'été 15, complètement 
établi en janvier 16 ; | Petit Echo (18® t.), 
n^ 15, fév. 15 ; AGATHA ; pantruchard ; poi- 
LULOGUE ; devenu presque aussi officiellement 
littéraire que poilu ; « Versez de la flotte dans 
du pinard », edmond perrier. Observations 
scientifiques, B. des A., 8-11-16, p. 7, c. 2; tl 
usuel dès longtemps dans « certains quartiers » 
de Bordeaux ; en -86 au 13® art., d ; « avant 
la guerre » dans les casernes de « Nancy, Vitry- 
le-François, etc. » et dans la marine, dauzat, 
27-6-17 ; introduit au 160® inf. (Paris, Lor- 

— 418 — 



raine), entre oct, 12 et août 14, m. protat ; de- 
puis très longtemps avant la guerre dans la 
marine, au témoignage de marins de 35 ans, 
janv. 18. — Selon un de mes correspondants, 
en mai 18, le pinard serait dans les Charentes 
un vin spécial « mélangé de pine (pomme de 
pin) »; (?) Bien meilleure semble l'étymologie 
ordinairement reçue : suffixation libre de pi- 
neau, (d'où le limousin avait déjà tiré pinaro, 
Vin), 1, Cépage bourguignon dont la grappe 
aux grains serrés rappelle la forme de la pomme 
de pin ; par extension. Cépages blancs de 
Touraine et d'Anjou ; — d'où les enseignes 
« A la pomme de pin » et les branches de pin 
servant d'enseigne ; cf. richepin, Baïonnette, 
14-12-16 ; 2, Vin tiré de ces raisins, sens usuel 
depuis longtemps en Bourgogne, Champagne, 
Lorraine, dauzat, 27-6-17 ; — par extension 
tout Vin. — Même métonymie du genre (Vin) 
par l'espèce (tel Cru) : aramon, m., Vin ; aga- 
THA ; Cabaret, 458 ; - — du cru d' Aramon 
(Gard) ; — loupillon, m., Vin : « saboter le lou- 
pillon )), Renverser le vin, Cabaret, 471 ; — 
du cru du Loupillon, propriété de M. Armand 
Pallieras, ne tenant que de son propriétaire sa 
notoriété grande. — D'ailleurs, le pinard et 



419 



Taramon, c*est le vin qui coule ^ flots ; le 
« cacheté » continue à s'appeler du rm, Guide 
des Visiteurs au Front, dans Rigolboche, in 
B. des A., 20-9-16. 

Dér. : pibus, m., Vin ; d. ; — libre suffixa- 
tion. — linarpèm, m., Vin : « du ninar-pem », 
2e (.al^ .j^g^ j^ LACHAT ; — cf. larqué, 

pinarder, S'occuper à boire ; 81^ t., -16, mo- 
nax. — Syn. : picoler ; très usuel au 231^ inf., 
15-16, H. BARBUSSE ; « y avait plus d'une heure 
qu'on était à picoler », un matelot, fév. 18; | 
« Tu picolais, et t'avais l'vin mauvais », Feu, 
315 ; — piquetonner. — Le piqueton, le picolo 
et le pinard sont intertransvasables ; de même 
croûtef c'est brichetonner, et à peu de chose 
près saucissonner, car on dit très bien des porcs 
qu'ils « croûtent )> les truffes. 

pinceau, m., Pied : « pinceaux gelés », aga- 
THA ; « r m' faut des péniches, <i...^ J'peux 
pourtant pas marcher sur la peau d' mes pin- 
ceaux », Feu, 84; Il coup de pinceau. Coup de 
pied, DLLE. — AGATHA le traduit aussi « Jambe »; 
mais on ne peut' y voir un dérivé de pincettes, 
paire de pincettes, les deux Jambes, puisqu'on 
trouve pinceau au singulier ; c'est un dérivé de 
pince. Partie inférieure du devant du sabot 

— 420 — 



du cheval, EJxtrémité de l'ongle des fauves ; 
sur l'animalisation de l'homme dans le bas- 
langage, cf. panard, auge, béqueter, bouchon, 
chameau, cheç^al, chevaux, chien, colombins, 
crâne, cygne, grolles ?, ouistiti, perroquet, pou, 
veto, habillé ; mais le suffixe -eau, tout fantai- 
siste qu'il est, peut avoir pour but de signi- 
fier des pieds crottés aux souliers boueux 
qui peinturlurent le parquet où ils se posent. 
De là, en tout cas, se retourner les pinceaux, 
— syn. : se retourner les fuseaux, — « Atterrir 
sur le plan supérieur », Capoter à l'atterris- 
sage, de façon que les roues sont en l'air ; 
aviateurs, Miramas, mai i8 ; | « qu'il se « re- 
tourne les pinceaux » ou non, le « coucou » est 
« rectifié », thavet. — C'est seulement avec le 
verbe retourner que pinceaux est usité en ce 
sens ; c'est en effet une locution toute faite que 
d^ avoir les jambes' en Vair, Etre renversé ; ex. : 
« quand il [le cuisto dont un obus a bousillé 
la marmite] a vu son macaroni les jambes en 
l'air », Feu, 34. Malgré l'analogie de l'avion avec 
l'oiseau, il n'y a donc pas à s'attacher à l'image 
des oisillons morts qui ont les pattes en l'air ; 
et on ne peut pas plus traduire pinceau, Roue 
d'avion, que patte, Cylindre d'avion, (voirpa^^es). 

— 421 — 



pingouin, m., 1, Avion d'apprentissage : 
« Ici [à l'école d'avon de ...] pas de rouleurs, pas 
de « pingouins ». Les « trois pattes » et « six 
pattes » sont inconnus », thavet ; « On le voit 
manier avec une rare maîtrise le « Pingouin 
rouleur » appareil redouté des débutants, effec- 
tuer d'impressionnantes lignes droites, déjouer 
les « chevaux de bois », décoller, virer, atterrir », 
X, Les premières ailes [de Guynemer], Gu. Aér., 
18-10-17, p. 772, c. 2; Il date de -09 ou -10, 
dans les centres d'av»" ; — mère pingouin, f., 
même sens, Aéro auquel « on a rogné les ailes 
et qui, avec un bruit de motocyclette enrouée, 
est condamné à ne jamais quitter le sol », 
iCART ; — pingouin à cause des ailes rognées ; 
mère parce que d'apprentissage, (cf. mater- 
nelle). — 2, Aviateur novice, plus ou moins 
maladroit et ridicule ; la Gu. Aér., -17, a 1' « his- 
toire d'un as » nommé Pingouin, en images ; — 
le troupier anglais a aussi ce mot : penguin, 
1, Officer of flying status, but who for some 
reason doesnot fly ; 2, Type of trailing ma- 
chine which does not rise from the ground ; 
Morning. — Cf. castor, Officier de marine qui 
ne navigue pas. 

piquer du nez, Descendre verticalement, 

— 422 -— 



l'avant vers le sol ; aviateurs ; — terme pris 
à la langue nautique, piquer du nez dans la 
plume. — piquer à mort, même sens, avec 
l'idée d'une rapidité de catastrophe ; Miramas, 
mai 18. — Voir piqué chandelle sous chandelle. 

pirouette, f.. Torpille aérienne ; 125^ inf., 
COHEN ; DAUZAT, mai 17. — La torpille, ayant 
une trajectoire .en épingle à cheveux, fait en 
l'air une pirouette visible ; mais il est pro- 
bable qu'on a surtout une allusion- à la pi- 
rouette, nom du jeu de tinet en Basse-Bretagne, 
du toton autre part. Cf. pétoir. . 

pisser dans le paquet d^ tabac de qqn. Se 
montrer désagréable à son égard ; 147^ inf., 
-14 : « En voilà un qui a pissé dans mon pa- 
quet de tabac »; — syssém. : Il a chié dans mon 
panier, dans mes bottes ; dlle. 

pister, se pister, 1, S'enfuir : « Le type s'est 
pisté ; il avait l'air pas rassuré <<...>» « C'est 
22 )), qu'i disait », Feu, 58 ; — 2, Disparaître, 
Se perdre. Etre démoli ; e. h.. Temps, 24-5-15 ; 
— 3, Etre volé : « Brigadier, ma brosse piste ! », 
ib. — C'est une image prise de la piste d'équi- 
tation des cavaliers ; cf. pattes. — Pour la 
forme pronominale, cf. bagoter. 

pistolet, m.. Urinai pour malades alités ; 



423 



81® art. 1., mai 18; | dauzat, 16-4-17, 665. 
— Syn. et syssém. : revolver, mr», d. 

plafond, m., 1, Banc de nuages limitant la 
vue en hauteur ; météorologues et aviateurs, 
17-18; I « Même il pourrait pleuvoir, le « pla- 
fond » est bas et mon cor m' fait mal », punch, 
Fantasio, 15-8-16, propos d'aviateur ; — 
2, Hauteur maximum pour tel avion : « l'avion 
bombardier devant traverser les lignes à une 
altitude qui le mette à l'abri des tirs d'infan- 
terie, c'est-à-dire à 2.000 mètres environ, il 
faut qu'il puisse s'élever assez haut, que son 
altitude maximum, son plafond, comme on dit, 
soit suffisant. Or, chose curieuse, le plafond 
d'un avion est d'autant plus élevé que sa vi- 
tesse est plus faible », nordmann. Matin, 
24-10-16 ; « Pas de surprises d'en haut, puisque 
tu te trouves dans leur « plafond » », daçay, 
Journ., 10-10-16. — Dér. : plafonner. Voler au 
plus haut : « C'est un as qui plafonne. Il est 
au moins à 2000 », musidora ; — par anti- 
phrase : Les pilotes « jugèrent bon de plafonner 
à deux cents mètres pour mieux détruire l'ob- 
jectif », xxx..., Gu. Aér., 3-1-18. — Cf. prendre 
une hauteur, Dominer l'avion adverse. 

plané, m., Vol plané, descente moteur arrêté, 

— 424 — 



par les seules propriétés de sustentation de 
l'avion : Son moteur le plaqua, « malgré tout 
il put revenir en plané jusqu'à nos lignes », 
DORME, lettre, 2-7-16, in Gu. Aér., 23-8-17, 
p. 563, c. 2. — vol plané, 1, Descente à travers 
Fair : « Le lieutenant est descendu de son 
hamac en vol plané », 81® t., -15 ; — 2, Chute à 
travers l'air, d'un corps quelconque, d'un 
homme, abandonné à ses propres moyens, in- 
suffisants pour lui assurer une bonne tenue ; 
207e art., -18 ; Il (( Plouf ! Tu parles d'un vol 
plané ! », DuvERNOis, Nounette, 60, récit d'un 
suicide par la fenêtre ; — en particulier, Chute 
consécutive à l'ascension que produit une ex- 
plosion d'obus : « S'il en arrive un [crapouillot] 
comme ça dans le blair à Fritz, il aura des 
chances d'aller faire un vol plané », paraud, 
103 ; — ou de mine ; Bourru, 181, 183 ; — 
3, Chute d'un homme de son haut ; fantas- 
sins, mai 18. — Syssém., syn. au sens 2 : glis- 
sement sur l'aile ; looping ; virage ; d. 

plouc, m., Rustre ; usuel aux corps bas-bre- 
tons ; signalé au 34einf. (Mt-de-Marsan). -17, 
D. ; Il ancien à Brest, Dinan, Nantes. — Apo- 
cope de Plougastel ou quelque autre des 17 noms 
de communes rurales qui commencent ainsi. 

— 425 -^ 



ploum, Idiot ; 154e inf. (Meusiens), -18, mot 
récent. — De l'allemand plump, Epais, Rustre. 
— Cf. boucher noir. 

pluches ! (aux), A la charge ! ; 360^ inf., 
août 14 ; Il cri inventé au 160^ inf., 8^ c*^, aux 
manœuvres de -11, repris par les réservistes 
(360^) pour les charges réelles ; m. protat. — 
Cf. épluchureSy f., Eclats d'obus ; déch. 

pluie f., Mitraille, Bombes ; D. m. p. 

plumji, m., Lit ; Nantais, 81^ t., -15. — Suf- 
fixe comme trimji^ Trimard ; fromji, Fromage ; 
cognji, Cognac ; pétji, Pétard (Scandale). 

poil (atterrir au), Atterrir parfaitement ; 
Miramas, mai 18. — Quel poil ? On fait le poil 
aux meilleurs champions ? L'atterrissage est 
époilant ? Ou bien on effleure le poil de la 
terre, l'herbe ? 

poiler (se), 1, Se tordre de rire ; 46^ art., 
-16 : « Moi i' me poilais dans mon coin » ; 
81^ t., -17 ; ^narins, -18 ; | lambert; D. m. p. ; 
Il Nénesse, 252 ; poilant, Torsif ; — 2, Se mo- 
quer ; je m! en poile, Je me fiche de ça ; tu te 
poiles de moi, Tu te moques de moi ; D. m. p. 
■ — Du sens 1 au sens 2 le passage est le même 
que de rire à se rire de. Je rn'en bats Vœil, je 
vfCen tamponne le coquillard semblent aussi des 

— 426 — . 



développements intensifs de Ten ris ; on se 
tamponne l'œil pour essuyer les larmes venues 
à force de rire. 

poilu, 1, m., 1^, Homme; usuel et général 
dès août 14, surtout aux troupes d'Afrique, 
aux fantassins coloniaux, et aux Parisiens, 
mais non aux contingents du nord-ouest ; uni- 
versalisé par les journaux et les permissions, 
été 15 ; usuel par ex. au 81^ t. à partir de 
cette date, mais sans éviction du syn. bonhomme -, 
« Mets quat' poilus à ta corvée »; || « Vous 
prendrez trois poilus pour faire la corvée de 
quartier )), 46^ inf., 10-11 ; usuel même à propos 
d'adolescents, ce qui fait du mot l'équivalent 
de quidam ou de type : « trente poilus à mener 
à la promenade », lycée de Reims, -06 ; textes 
d'avant la guerre, in g. e., 1-4-18, 441 ; — c'est 
l'emploi comme substantif de l'adjectif poilu, 
1, Fort ; 2, Brave ; textes d'avant -14, in g. e., 
ib., (y joindre Nénesse, 205, 210, et trois textes 
cités Int. des Ch., LXXI, 67) ; le plus an- 
cien est de BALZAC : « quarante-deux [ponton- 
niers] assez poilus, comme dit Gondrin [ancien 
soldat de la République et de l'Empire], pour 
entreprendre cet ouvrage », Médecin de cam- 
pagne, II, (1834). — Le poil est signe de 

— 427 — 



Thomme fait ; « Dans la demi-section, il y a 
des R. A. T., des bleus et des demi-poils », Feu, 
17 ; par suite signe de l'énergie : « bougres à 
poil » déterminés à vivre libres ou mourir, 
HÉBERT, Père ' Duchêne, n^ 298, (1793). Mais 
tous les Français savent assez que c'est le poil 
du cul qui est l'emblème éminent de la force 
naturelle à un homme adulte, puis de la bra- 
voure : a^oir du poil au cul, Etre brave ; — en 
grec ancien ixzlyixiiù-^oç, Au cul noir, sobriquet 
d'Héraclès ; et en grec moderne [xaXXtapoxwXo;, 
1, Au cul noir de poil, 2, Brave ; — cf. anglais 
nappy, 1, Poilu, 2, Fort, (en parlant de la 
bière) ; — français chenu j 1, Aux cheveux 
blancs, 2, Excellent, hdt, (en parlant du vin, 

— non que le bon vin soit « blanchâtre », 
comme le dit sain.. Sources, mais parce que 
le bon vin est adulte et fort, — et en parlant 
de n'importe quoi) ; — i^elu, Chic ; larchey ; 

— et probablement aussi, moussu. D'attaque 
(soit par richesse, soit par vigueur), dans le 
Mystère de la Passion, (1486) ; Riche, dlle ; 

— un poilu est donc un brave ; et comme tout 
soldat est censé un brave, un poilu est un 
homme, un Troupier, puis tout Homme ; — de 
là mon poilu, A, mon Associé à la corvée, à la 

— 428 — 



faction, au combat, dans la bouche d'un sol- 
dat ; B, mon Fils qui est à la guerre, mon 
Filleul, dans la bouche d'une mère, d'une mar- 
raine de guerre. — 2^, Combattant français de 
la guerre de 14-18 ; usage universel mais qui 
ne date pas nettement d'avant janv. 15 : les 
Poilus et les Boches ; Poilus et Tommies. 

2, adj.. Spécial aux combattants français de 
14-18 ; sens tiré de 1, 2^ ; la langue poilue ; 
peut rester invariable comme les adjectifs de 
couleur : « Il semblait dépaysé, n'être pas dans 
la note « poilu » )), chapelle, Journ., 2-8-16 ; 

— d'où les formes hypocoristiques poipoil et 
poilpoil : « Maous. Adjectif admiratif généra- 
lement suivi de pépère, soi-soi ou poi-poil », 
PoiLULOGUE ; voir maouss et douce. — Dér. : 
*poilusien, monax, dans « La Vie poilusienne », 
titre d'un journal du front ; — suffixe pour 
allusion au journal la Vie Parisienne, le ca- 
lembour étant très reclferché dans les titres de 
journaux du front ; — interpoilu. Qui se fait 
entre les poilus : « questionnaire interpoilu », 
rubrique inaugurée par le B. des A., 10-5-16 ; 

— cf. conférence interalliée ; — demi- poilu, 
Fantasio, 15-10-16, p. 207 ; — surpoilu ; Le 
journal le Bochofage procurera aux neurasthé- 

— 429 — 



niques de l'Arrière des parrains « choisis parmi 
les poilus à l'indomptable moral, les « sur- 
poilus », et il y en a ! », Bochofage, in B. des A., 
25-10-16 ; — d'après le surhomme de Nietz- 
sche ; — plus savant, subpoilu, m.. Soldat pas 
encore éprouvé t « un village bombardé où le 
poilu vit « en père peinard » tandis que le sub- 
poilu se sent des fourmis dans les jambes », 
pï* voivENEL, Ann. p. l, 30-4-16, p. 515, c. 2. — 
D'où, plus recherché, épilé, m., Individu qui 
ne se bat pas. Embusqué : « Tu peux les re- 
garder nos poilus. Va, espèce d'épilé ! », invec- 
tive d'un jeune Parigot, 10-3-15, citée par 
G. OHNET, Figaro, 11-3-15 ; | lambert ; « L'Em- 
busqué ou « Epilé » », CH. LÉO, Le langage des 
tranchées, cartes postales illustrées, n'^ 5 ; — 
on a, de même, pour faire antithèse au front, 
fabriqué la nuque, delorme et carpentier. 
En franchise, revue jouée à Paris, déc. 15, in 
Fantasio, 1-1-16, p. 599, c. 1. 

poilus (avoir les pieds), Se refuser à qqch. ; 
81^ t., -14 : « Je ne marche pas, j'ai les pieds 
poilus ». — C'est une maladie analogue aux 
côtes en long, aux genoux creux, plus analogue 
encore aux bras retournés ou cintrés, aux pieds 
qu'on a palmés comme les c^nards^ et qui se 

— 430 — 



rattache pratiquement en séméiologic aux 
pieds niclés, c.-à-d. aux pieds nattés et noués 
par défaut de croissance ; niclé, mal écrit 
« nickelé » par étym. populaire, est un mot de 
Haute-Bretagne, H*-Maine et Berry ; voir 
G. E., Auto, 25-5-18. — La locution ne pas mar- 
cher, Ne pas consentir, a suggéré l'image rurale 
des pattes rachitiques, et il est certain que du 
poil aux pieds, ainsi que dans la main, est une 
monstruosité, cause d'inaptitude. — On a dit 
aussi ai^oir les pieds attachés^ Etre dans l'im- 
possibilité de faire qqch., dlle, qui se rattache 
sans doute étroitement non pas à l'image d'une 
entrave mise par un étranger, mais à l'idée 
que les rhumatismes sont une entrave ; cf. 
heude, Entrave, à Rennes, coulabin ; heudes, 
Rhumatisme aux jambes, nord de la Loire- 

Inf., A. LEROUX. 

pointu, m., 1, Soldat allemand î « les pointus 
ont dû se rentrer », a. (320^ inf.), N. Contes vér., 
247 ; cf. i&.,248 ; — pointu par le casque ; — 
2, Allemand : « Je viens de rentrer de Uckingen 
où nous avons encore distribué quelque chose 
à ces braves « Pointus )) », cartault, feuillets 
de campagne, 15-9-16, in Gu. Aér., 27-9-17, 
p. 734. 



431 



poirer, Prendre ; 231^ inf., h. barbusse ; — 
A, Faire prisonnier : « j'ai poiré des Boches », 
Feu, 35 ; cf. ib., 59 ; — B, Occuper : « C'est 
épatant, ici [cette maison-ci] et tu sais, ailleurs, 
tout est poiré ! )), Feu, 74. — Soit remplaçant 
syn. de cueillir, parce qu'on cueille une poire à 
l'arbre ; soit dér. syn. de paumer. Appréhender, 
la paume ayant été tenue pour une pomme, et 
la pomme étant une poire, (antonyme, espèce 
de synonyme). 

poisse, A, Grognon, Critique intempérant ; 
marins, mars 18 ; | « « Grinche » c'est [dans le 
vocabulaire des tranchées] un peu plus que 
« ronchon » ; c'est un peu moins que « poisse » », 
DUBREuiL, Journ., 21-9-16 ; — apocope de 
poissant, Ennuyeux. — B, 1, f., Déveine, Em- 
bêtement : « Là-bas y a du beau temps, pen- 
dant qu'ici nous sommes dans la poisse' », un 
1* météorologue, nov. 17; | lambert; D. m. p. ; 
« Soudain, La Seringue arrêta la partie : 
« Y m' reste neuf croques <^...'^ je m'arrête, 
mince de poisse ! » », punch, Fantasio, 15-8-16 ; 
« Quand j' vous 1' disais que c' nom de Fatality 
d'vait nous f... la poisse. Faut et' fou pour 
app'ler un bateau comme ça ! », galopin. Re- 
quin d'acier, Journ., 28-11-17 ; « C'est-il notre 

-— 432 — 



ï 



faute [à nous artilleurs] s'il y a des obus mal 
pesés ? C'est la poisse. — Une poisse qui 
poisse souvent », Cabaret, 470 ; || « La poisse ! », 
cri de rage d'un coureur cycliste Paris- 
Bruxelles, au moment d'une crevaison, Rethel, 
-09 ; — substantif verbal de poisser, Ennuyer ; 
— 2, m.. Déveinard, Celui qui est de corvée 
plus souvent qu'à son tour : Le caporal re- 
quiert Ladé d'aller à la soupe ; « Ladé. — Non, 
mais ça y est ! C'est moi le Chariot, alors ? 
« Poisse le baigneur », c'est toujours « mézigue » 
qui s'y colle. J'étais déjà de « tambouille » 
avant-hier », p'tit gars ; (voir baigneur) ; — 
conime si on appelait quelqu'un La Déveine, 

poisser. Embêter : « Ça va bien. Tu nous 
poisses ! », Gaspard, 164 ; cf. ib., 62, 156. — 
Le sens Appréhender, Attraper, et spécialement 
Faire prisonnier, (rig., dlle), se trouve aussi 
dans Gaspard, 41, 69. 

polka des gencives (faire la), Jeûner par 
force ; 13^ tir. alg., juill. 18 ; inf., adj. le- 
coNTE. — Cf. la sauter. 

polker (faire), Lanterner, Berner ; mécanos 
d'avoi^, Pau, mars 18. — Ces mécanos inter- 
prètent que l'homme à qui on pose un lapin 
piétine du pied et va-et-vient dans un espace 

. _ 433 — 

MNAVI.T 28 



restreint ; le vrai sématisme est Balancer, En- 
voyer promener ; syssém. : faire tourner, Mys- 
tifier, dès -27, Jargon et Cartouche ; — cf, 
balancer, sonner. 

pommes de terre (être dans les), 1, Gésir par 
terre un peu n'importe où, en mauvaise pos- 
ture ; aviateurs, nov. 17, à propos de chutes 
d'avions ; | « sans le chef de l'escadrille <...>> 
j'aurais peut-être, dans une chute magistrale, 
été abîmer quelques plants de pommes de terre 
aux environs de Moislains ou villages avoisi- 
nants », viallet, Gu. Aér., 10-1-18, p. 141, 
cl; — 2, Etre évanoui ; divers soldats pari- 
siens, avr. 18 ; 8^ génie, -18; | Ce garçonnet de 
treize ans que le bataillon avait adopté 
« n'éprouvait aucune gêne devant les blessures 
les plus démoralisantes. Il ne tombait jamais 
« dans les pommes » », mac orlan, Journ., 
28-11-16 ; être dans les pommes, Etre fichu, 
malade, blessé ; V. du p. ; || usuel dans les 
hôpitaux avant -14. — Syssém. : être dans les 
choux. Etre en mauvaise posture, en^danger ; 
divers soldats, 17-18 : a un camion dans les 
choux »,... Abandonné dans un champ après 
accident ; « un avion dans les choux »,... Tombé ; 
j LAMBERT; || chevul dans les choux, Cheval qui 

— 434 — 



tombe et perd la course, terme de turf ; être 
dans les choux, Etre en retard dans son travail, 
terme de typographes, rig. — Cf. : Un avion 
« qui est allé se retourner hier dans les blés », 
DORME, lettre, 27-6-16, in Gu. Aér., 23-8-17, 
p. 653. 

pomper, A, Agiter le manche à balai d'avant 
en arrière ; aviateurs, Miramas, mai 18 ; — 
image prise des manches de pompes usuels 
dans les cours et jardins. — B, Faire monter 
en grade : « Je l'ai vu arriver simple infirmier 
et puis on l'a pompé aide-major, ihajor à deux 
[galons], mais i' m' impose pas », un lignard, 
nov. 16 ; — de pomper, Travailler ferme et 
vite, terme de typographes, boutmy, et d'éco- 
liers, RIG., et de S*-Cyriens, dlle ? — ou de 
pistonner. Faire avancer ? mais cette seconde 
explication suppose plutôt une dér. syn. qu'une 
simple substitution syn., car l'image d'un pis- 
ton qui fait avancer devant lui est tout autre 
que celle d'une pompe, qui épuise, qui aspire, 
qui déverse. 

pompier (faire un). Boire au goulot ; ma- 
rins, 17-18. — Ce dérivé de pomper était, sauf 
erreur, comme boire au goulot, une locution 
réservée. Gf. fokker. 

— 435 — 



popotard, m., Cuisinier d'une popote de sous- 
officiers ou d'officiers ; paysan nantais, 81^ t., 
-16 ; — cf. frontard. — popoteurs, m., Mili- 
taires faisant popote ; de feuquières, Pet, 
Par., 25-3-16. 

porte- brisques, m., Gendarme ; g. maréchal, 
sept. 18. — Même idée de embrisqué. 

portion de bas-ventre (croûter une), Bouffer 
du chat ; 13^ tir. alg., juill. 18. 

posséder, 1, Tenir, Manœuvrer, Régir : Les 
chefs « nous possèdent et nous aut', on est 
qu' des matricules ! », Gasp., 51 ; à propos d'un 
embusqué indébusquable : « On avait essayé de 
tous les moyens pour le posséder, mais c'était 
pas vrai », Feu, 123 ; dans un coup de main : 
« Maintenant qu'on a prouvé aux Boches qu'on 
les possède, si on s'en allait...», j. des vignes 
ROUGES, Journ., 2-7-16 ; — 2, Dompter, Maî- 
triser : « Hier soir, A. et E. ont possédé M. », 
l'ont Vaincu dans l'argumentation, 81® t., 
mai 16; I « Si la « Tank » venait à tomber dans 
quelque fosse à éléphant, les Allemands ne la 
posséderaient pas pour cela. La magicienne 
prendrait des ailes ; elle se volatiliserait dans 
l'air », H. LE ROUX, Ma^'n, 23-9-16 ; — 3, Trom- 
per, Mystifier t « Il a des tas de trucs [d'attrapes 

— 436 — 



faisantes] pour vous posséder », 46® art., -16. 

— Posséder, de nos jours, remplace açoir;ex. : 
« le môme venait de posséder sa quatrième 
dent )), Bicard, i, 6, (comme exister, être ; et 
existence, vie) ; or avoir qqn, c'est le Mener à 
sa fantaisie, le Dominer, en Faire sa chose ; 
ex. : « nous les avons eus [les Boches] à la 
grenade », Cabaret, 462 ; déjà Jeanne d'Arc 
s'exprimait ainsi : « Il ne plaît pas à Mes- 
sire qu'on les combatte [les Anglais] aujour- 
d'hui, dit-elle. Vous les aurez une autre 
fois »; et, le jour de Patay : « En nom Dieu, s'ils 
étaient [quand même les Anglais seraient] 
pendus aux nuées, nous les aurions », Chronique 
de la Pucelle, p. 296, 306. — // est à moi, tenir 
qqn, prendre qqn, etc., expriment aussi Supé- 
riorité par Possession ; attraper, c'est d'abord 
Prendre dans une trappe, puis Mystifier. — 
L'anglais répond à notre avoir par son to get : 
« We '11 get them », On les aura ; Morning. 

pot, m.. Cul ; A, Casser le pot à qqn, le Mettre 
au supplice ; 2® mixte, -18 ; — et quel sup- 
plice ! auquel fait vis-à-vis lui casser les couilles ; 

— B, Vavoir dans le pot, Ne pas avoir réussi ; 
par ex., avoir distribué le pinard et se trouver 
« à la bourre », s'être fait couper un manillon ; 

— 437 — 



2^ mixte, -18 ; — syssém. : se trouver couillonné ; 

— G, en avoir plein le pot, En avoir (de qqch. 
de désagréable) assez et plus qu'assez ; usuel 
et en voie de devenir bourgeois ; — beaucoup 
l'emploient, ainsi qu'en avoir plein le dos, sans 
se douter de l'image première ; le pot en ques- 
tion vient d'ailleurs à équivaloir l'ensemble des 
organes digestifs, à cause de, ses syn. saladier 
et cylindre ; tu fen ferais péter le cylindre. Tu 
t'en ferais mourir d'indigestion, dlle ; tu t^en 
ferais péter le saladier, même sens, Gompiègne, 
-09. — Gf. niquer. 

pot de chambre, m., Gasque du combattant, 
datant de -15 : « Le pot de chambre te protège 
suffisamment l'caberlot contre les billes de 
plomb », Feu, 226. — Syn. : soupière; Feu, 17 ; 

— en boche, suppenpot, delcourt ; — bocal ; 
bol ; casserole ; marmite ; saladier ; d. (^). 

pot de fleurs, m.. A, Obus boche de 77 de 
tranchée ; 95^ inf., forêt d'Apremont, -15, 
(mais désuet dans ce corps en mai 18, malgré 



(^) Le casque a été précédé par une calotte de fer, 
non percée, à glisser dans le képi, (printemps 15), qui 
selon le vœu même d'une notice officielle, servait de 
lavabo et de casserole. 

— 438 — 



Pusage continué de la chose) ; — métaphore de 
forme ; cf. mitre, casque à pointe. — B, 1, Képi 
du troupier français ; 46® inf., 15-16; | Lam- 
bert ; D. m, p. ; Ver-Luisant, m B. des A., 
12-4-16 ; (ce nom, allusion à une forme an- 
cienne, du képi rouge, tombe en désuétude) ; 
métaphore de forme ; cf. gabion. — 2, Casque 
1915 ; divers soldats, -16 ; — (cf. panier à sa- 
lade ?) 

poteau- frontière, m., Sergent rengagé ; très 
usuel à la 11® son c. Q. A., -16; || avant -14 au 
65® inf. et probablement aussi à Soissons. — 
La profession d'un poteau-frontière est de dire 
Ils ne passeront pas, — cf. concierge de tran- 
chées — ; rintérêt de notre mot est dans la 
forte ironie dont on le teinte par en dessous. 

pou gris, m.. Boche : « Les poux gris pré- 
parent une attaque », m. b. (22® t., mai 15), 
Contes çér., 170 ; « Les poux gris sont capables 
d'avoir soulevé [capturé] la patrouille )), m. b. 
(403® inf., juin 15), N. contes ^ér., 76. — Tenace 
comme poux ; gris par sa capote. — Retour 
du sématisme, (cf. fokker) : bavarois, m.. 
Poux ; D. — Envahisseurs, tenaces, et retran- 
chés, comme des Boches. 

poupée, f., Grenade française P-2 ; 85®, 

— 439 — 



95® inf., 15-16. — Métaphore tirée de sa « jupe ». 

— Syn. et syssém. : crinoline, f. ; 246® inf., 
15-16. 

pousse- au- crime, m., A, Vin : « Il y a différentes 
variétés de pinard. Les naturalistes signalent : 
le rouquin, l'aramon, le pousse-au-crime, le 
casse-pattes^ l'électrique, etc. », Poilu du 37, 
in Bl des A., 17-5-16. — B, Eau-de-vie ; 
156® inf., 5® génie, une s^n de T. M., -18 ; — 
sens plus réel et plus vécu. 

praline, f.. Eclat d'obus ; lambert ; D. m. p. 

— Syssém. : dragée, f., 1, Balle de fusil, rig. ; 
2, Eclat d'obus ; D. m. p. ; — ça pleut comme 
aux baptêmes les dragées ; cf. dragée, Menu 
plomb de chasse, hdt. — marron, m.. Balle ; 
marins, -18 ; | lambert ; — pruneau, Balle ; 

— toutes confiseries. 

prendre, Recevoir (un projectile) ; usuel et 
général; | « j'ai pris un éclat d'obus au coude 
gauche », paraud, 79 ; « on ne prend pas de 
pruneaux en poire [au cantonnement] », pan- 
TRUCHARD ; voir fraise ; « prendre un obus sur 
le coin », D. m. p., (sous-entendu : de la gueule) ; 
« Il vient de prendre une balle », e. r., Journ. 
30-10-16 ; Il prendre, Recevoir (des coups) ; 
DAUZAT, Langue franc, d'auj., 36 ; « prendre 

— 440 — 



un gnon », Nénesse, 243 ; « nous avons pris 
quelque chose comme flotte sur la bobine », 
PARAUD, 90. — Syssém. : encaisser. 

puants, m., A, Gaz asphyxiants ; — B, Obus 
asphyxiants ; — D, m. p. — D'où antipuants, 
m., Masque protecteur. 

pylône (en), En piquant du nez et la queue 
se redressant verticalement ; aviateurs, 16-18 ; 

— descente en pylône, Chute verticale qui peut 
suivre un « piquage du nez » ; 207^ art., mai 18 ; 

— atterrir en pylône, se mettre en pylône, Piquer 
du nez dans le sol et rester dans cette position ; 
Miramas, mai 18 ; | «je me pique dans un ter- 
rain à 180 kilomètres à l'heure, en pylône. Un 
retentissant craquement, une forte commotion, 
je régarde : il ne reste plus rien de mon appa- 
reil », récit d'une chute de Guynemer, Matin, 
29-9-16. — Le fuselage vertical, la queue en 
haut, ressemble à un des pylônes en forme 
d'obélisques des champs d'aviation, surtout 
quandjl'appareil s'étant fiché en terre, le fuse- 
lage, resté droit, est seul visible au loin. — 
Antonyme : s'asseoir, Atterrir par la queue au 
lieu du train ; R. G. Aé., -17. 

(luart à trous, m., Ivrogne ; voir étui ; — 
sématisme analogue à panier percé, Dépensier. 

— 441 — 



(luatrô cent vingt, m., A, Bidon individuel de 
2 litres ; 81^ t., oct. 16-oct. 17 ; — par opposi- 
tion avec Tancien d'I litre ; cf. gros-cul. — 

B, Coup de poing herculéen ; 81^ t., mars 16. — 

C, Homme taillé en hercule, et, par ironie, 
Avorton ; ce sens sert de sobriquet ; 81® t., 
-17. — Idée de Grosseur, exprimée par le plus 
fort calibre de canon vulgarisé par la guerre 
actuelle. — Le rapport du sens C au canon de 
420 se retrouve, retourné, (voir fokker)ds.ns le 
style des troupiers anglais : Jack Johnson, 
Gros obus à fumée noire ; Morning ; — du 
nom illustre d'un noir, champion du monde 
pour la boxe vers 08-11, de stature et de thorax 
géants. — D, Cuisine-roulante ; voir sous-ma- 
rin. ■ — Syssém. au sens A : crapouillot, 2, 2^, b. 

«lueue (de). Employé à tourner la queue des 
appareils dont les pilotes, inexpérimentés, ne 
peuvent sans risquer le capotage, se virer tout 
seuls ; iCART î Vélève de queue ; le tourneur de 
queues ; ih. 

queue de rat, f.. A, Grenade boche à tige de 
0°^,40, se lançant au fusil ; 46® inf ., mars-avril 15, 
Argonne ; cuirassiers, 1®^ groupe léger,15-16 ; | 
« Les <;...> « queues de rats )) <..•> radi- 
naient sur nous, en vitesse », j. des vignes 

— 442 — 



I 



noUGËs, Journ., 1-6-16. — B, (Torpille aérienne ; 
textes sous boîte de conserves (à l'article mar- 
mite) et sous fléchette. — Le sens B est nié par 
les témoins du sens A ; mais le sématisme étant 
pareil, Corps cylindrique à longue queue cy- 
lindrique, on peut le retenir jusqu'à ce qu'une 
plus ample information l'ait réduit à rien. 

queurche, m., Tabac ; fantassins, secteur de 
l'Aisne, mai 18 ; témoignage d'un jeune soldat 
qui l'a appris dans FAisne. — Ce soldat croit 
le mot de l'Aisne et interprète qu'on queurche. 
Tire, sur le tabac, en fumant ; en H*-Maine 
quercir et queurcir, Crever, creucher, encrucher, 
Accrocber, Embarrasser. 

rab, m.. Portion (de vivres) qui n'était pas 
dès l'abord au programme de la distribution 
et qui fait l'objet d'une tournée complémen- 
taire ; un bon caporal s'arrange de façon à 
avoir du rab, et sous ce nom agréable répare 
les inégalités de la première tournée, en sorte 
que le rab devient règlement l'objet d'un es- 
poir ; usuel et général ; 81^ t., 14-17 ; du rab 
de rata ; « J'ai pas eu mon rab de gnole » ; | poi- 
LULOGUE ; CHAPELLE ; — rab de rab, Portion 
qui fait l'objet d'une troisième tournée com- 
plémentaire de deux premières ; « superlatif » 

— 443 — 



de rah comme dit poilulogue ; (ce spirituel 
rédacteur au Rigolboche ayant écrit que les 
« indigènes » des tranchées se jettent sur le jus 
en criant « Au rah ! », sain, a cru qu'il n'était 
de rah que de café ; et poilulogue ajoutant 
que rah c'est « merveille », « merveille incon- 
nue », SAIN, a sérieusement enregistré cette 
plaisanterie : « Rah, merveille, chose excel- 
lente » !). — rabs, (altéré parfois en rams), m., 
même sens ; table de 2ds.m^s de la marine, -18. 
— Rah apocope de rahiot ; rahs est dû certai- 
nement à une infiltration des Ecoles des Arts 
et Métiers où sont de mode ces apocopes addi- 
tionnées de s, ex. : des roup' s de Krourn s, des 
roupettes de Kroumirs, des Rognons (en 
sauce) ; cf. cleh — >► cleh's, Chien ; l'altération 
rahs — > rams, est parallèle à krouhs — >- kroums, 
Pain, signalé aux Balkans, (de l'arabe khouhz, 
Pain) ; en physiologie m est h nasalisé. — 
Rahiot se trouve dès -32 : « Mousse, accoste 
ici ! Prends ton bidon et verse-moi mon bou- 
jaron d'eau-de-vie ; mais dans le grand bou- 
jaron, entends-tu, et non pas celui que tu 
as dans ta poche, qui n'est pas de mesure et 
que tu as acheté à terre pour avoir ton rabio 
plus fort », EDOUARD CORBIERE, Coupersation 



444 



politique entre deux matelots en 1815, Journal 
du Ha^re, 14-11-32 ; ce texte montre le sens 
premier qui, ^u lieu d'être Distribution de ce 
qui reste, était Reste que le distributeur s'ad- 
juge indûment, bref. Gratte. Rapioter, Gratter, 
Voler sous couleur d'administration, apparaît 
en 1790 dans le Rat du Châtelet : rapioter le 
détenu, c'est, en parlant des geôliers, le Dé- 
pouiller à son entrée à la prison, de tout ce 
qu'il possède, en prétextant la fouille ; même 
emploi en 1797 dans nougaret. Histoire des 
prisons, III, 57. Le Jargon (1836) a rabiage, 
Rente ; une rente est une manière de supplé- 
ment gracieux, de gratte ? 

Je n'ai pas entendu rab au sens qu'a fré- 
quemment rabiot, Suj^plément anormal à un 
programme de travail, à la durée d'un service ; 
ex. « trois kilom.ètres de rab », Pépères, 165. — 
Le puni de prison fait du rabiot en ceci que 
demeurant au corps après ses camarades de 
classe, il touche, mieux servi, un supplément 
de journées de service; | Guynemer tombe de 
3000 mètres et en réchappe, il « vit du rabiot 
maintenant », Matin, 29-9-16, p. 1, c. 5. — 
D'où rabioteur, m.. Puni de prison ; agatha ; 
(nullement parce qu'il « mange et boit des 

— 445 — 



restes », comme le croit sain.) ; — on emploie 
aussi rabioteur^ m., Distributeur malhonnête 
qui s'adjuge ce qui reste d'une distribution ; 
19e inf., -95 ; 8ie t., -17 ; — cf. rogneur, m., 
Caporal d'ordinaire ; rocher; || Fourrier ; 
DLLE ; — distributeur accusé de rogner sur la 
portion réglementaire. 

rab, m., Dos ; usuel et assez général ; — 
tourner le rah, 1, S'enfuir ; 2, Refuser de causer 
davantage ; D. m. p. ; — recevoir qqch. sur le 
rab, Recevoir des projectiles ; lambert. — 
Prononcé rapide de râble, Dos, que donne hdt ; 
dans CH. léo. Le langage des tranchées, cartes 
postales illustrées, n^ 3, planche anatomique, 
rab désigne le dos vers les omoplates. — rig. 
donne râpe, Dos, sans indication du genre, et 
ROSS, rap, Dos ; on voit mal que le dos soit 
une râpe comme l'ont interprété rig. puis 
DLLE ; — cf. pif. 

radia, m., Radiateur ; mécanos ; Mousqu., 
253. 

radiner, Arriver, en parlant de projectiles ; 
Parisiens et parisianisés ; | « Les gros noirs 
radinaient », Cabaret, 461 ; voir mec, sac à 
terre. — Le rade c'est la Promonade, le Trot- 
toir, {faire le radin, Racoler sur le trottoir, 

— 446 — . 



radeuse et radassè, Prostituée), d'où radiner, 
Trotter. 

radio, m., A, Radiotélégramme ; 81^ t., -15 : 
« c'est arrivé par radio )) ; — B, Radiotélégra- 
phiste : « TROIS jeunes radio <C.--> », Vie 
Par., 3-3-17, p. 209, c. 1; ib.y c, 2. — Cf. aréo. 

raide, m., Fusil ; d. 

raide. Mort ; — d'où deux emplois : A, se 
faire porter raide, Se faire porter malade ; cf. 
élève-mort ; — B, raide, Sans le sou : « La Se- 
ringue comprit [que Balsamo était dépourvu 
d'argent] : — T'es raide ? )) Le pilote [Balsamo] 
eut un geste vague. — Tu parles. Il me reste 
vingt sous )) », PUNCH, Fantasio, 15-8-16 j — 
syssém. : mort (à certains jeux), fauché. — 
Raide, Ivre, (d'où raide comme la justice. Ivre), 
usuel dès longtemps, (rig., etc.), quoiqu'il 
puisse être syssém. de mort, qui se dit pour 
Ivre, ne parle pas dans l'usage actuel du degré 
d'ivresse d'un homme ivre-mort, mais de celui 
où il marche raide comme balle. 

ramasser un aviateur avec la cuiller à café 
et le papier buvard, après une chute, Recueillir 
les lambeaux mortels de l'aviateur ; R, G. Aé., 
juin 18 ; I « on l'a ramassé au papier buvard », 
'Mousqu., 82. 

_ 447 — 



ramdam, m., 1, Jeûne forcé ; — faire ram- 
dam, Jeûner malgré soi ; marins, Mocos et 
Bretons, 17-18 et avant; 1| légion étrangère et 
zouaves, 94-98 ; cf. aller au ramdam, "Ne rien 
toucher à l'ordinaire de la compagnie ; légion 
étrangère et zouaves, 94-98 ; — 2, P, Tapage ; 
faire du ramdam, Chahuter ; soldats, janv. 16 ; 
marins, 2® c^^, -18 ; faire ramdam, Chahuter, 
un adjudant d'art., Parisien, déc. 17; | « avec 
un crapouillot de 90, j'ai mis le feu à une gui- 
toune, ça a flambé pendant au moins une demi- 
heure. Ils devaient en faire un ramdam ! », 
paraud; Il faire du ramdam, usuel dès -9C au 
moins, témoignage d'un Nantais ; faire du 
rame-dame. Se fâcher dru, soldats suisses, 
Schw. Sold., 69 ; — 2^, Plaisirs de Vénus ; aller 
au ramdam, Aller faire l'amour ; un Nantais 
parisianisé, bon argotier, 81® t., -15. 

Ramdam est, en toute conscience chez les 
soldats d'Afrique et les marins, le ramadan, 
Grand jeûne, des Mahométans ; les Algérois 
prononcent ramdane ; le mot a fait un stage 
en Provence et Languedoc, où il se dit du 
Hurlement des loups dans la montagne, du 
Bruit des cigales, du Sabbat des chats, aussi 
bien que du Carême des Mahométans. Le sens 

— 448 — 



2,1° sort du sens l,parce que le ramadan s'ac- 
compagne de bruyantes manifestations de 
gaieté, la nuit, et que tout peuple qui pratique 
un jeûne rituel a hâte de le rompre. Le sens 2, 2° 
sort du sens 2, 1°, soit à cause que les chats qui 
font du sabbat sont en amour, soit par la pro- 
vection générale du sens Bruit d'une réunion, 
d'une foule, au sens Proxénétisme, qui se re- 
trouve dans faire la nouha^ faire la noce, faire 
la foire (celui-ci usuel dans les garnisons de l'est, 
-05, et au camp de Châlons, -07). — Cf. chouya. 

ramdamdam (à la), A grand orchestre : 
« C'est le capitaine qui a voulu faire lui-même 
le rapport : ha, faut voir comme il a écrit ça : 
des mots va comme je te pousse, des phrases 
à la ramdamdam, une éloquence à coups de 
poing », un caporal fourrier (qui a voyagé 
dans le midi), 81^ t., -17. — Issu de ramdam, 
par développement autogène, ou par chevau- 
chement de tamtam ; cf. « truc à la radadame », 
Affaire compliquée et terrible, Nénesse, 235 ; 
« du radada dans le bourrichon », du Tinta- 
marre dans la tête, ife.,218 ; ramatata. Tapage, 
en Languedoc, mistral. 

rame (ne pas en foutre une, ou la), Fai- 
néanter; 81^ t., -17, (un négociant bordelais, un 

— 449 — 

F.SNAULT 29 



adjudant ex-colonial) ; 109^ inf., 16-17 ; 8^ gé- 
nie, -18; semble général; — ne pas en fouti'e 
une ramée, même sens ; 109^ inf., 16-17 ; ma- 
rins de diverses spécialités, -18 ; 8® génie, -18, 

rampant, m.. Militaire du personnel de 
l'aviation, mais qui ne vole pas ; aviateurs, 
Miramas, mai 18; | rampant, Quiconque n'est 
pas aviateur t « en 1915, à une époque <...^ 
où les « rampants » qui étaient au courant de 
la vie quotidienne des aviateurs, en tiraient 
volontiers une espèce de fierté » ; vjncent, 
Gu. Aér., 17-1-18. 

rapide, m.. Vin qui saoule rapidement : « un 
kilo de ce rapide là et j'étais retourné », 81^ t., 
juin. 16. — Syssém. : électrique, m., Vin ; 
AGATHA ; D. m. p. ; voir pousse- au- crime ; 
Il Toul, -08 ; Paris, avant -14 ; —brutal, m., 
Vin ; AGATHA ; — cf. « Il est bon, le mus- 
cadet ? — Pas mauvais, mais brutal », ré- 
ponse d'un marin normand, mai 18, — Je ne 
crois pas que du vin soit appelé du brutal parce 
qu'il rend brutal, quoique cette métonymie 
nommant la cause par l'effet se trouve dans 
loufoque, Vin (qui rend loufoque le buveur), et 
peut-être dans gnole ; je ne crois pas non plus 
que le vin soit dit électrique quand il est épa- 



450 



tant, quoique on me dise qu'électrique a été 
usuel comme syn. d* Epatant, dans Parmée, 
surtout dans la cavalerie, avant la guerre. Une 
« compagnie électrique », à la légion étrangère, 
ERLANDE, Eu Campagne, 76, est celle où Pen- 
traînement sportif est le plus intensif. Le 
Canon est le brutal, parce que l'obus est prompt ; 
j'ai entendu en -10 nommer le Train-express 
le brutal ; le fait qu'un train « rapide », « élec- 
trique )) parfois, est dit « brutal » invite à voir 
dans les mômes adjectifs appliqués au vin la 
môme idée. Promptitude ; ce n'est pas une 
image concrète qui mène PeSrprit du Vin au 
Train, mais cette idée que le boire est le Véhi- 
cule (Je la raison vers la déraison ; de là train 
direct, 1, Litre de vin, chez les bouchers de 
la Villette, rig. i 2, Verre d*absinthe, (dont les 
catégories sont la grande vitesse pour Cha- 
renton, la petite {>itesse, la correspondance), rig. « 
et wagon, Grand verre de vin, rig. — Cf. pi- 
crate, m., Vin; 40^ art., -18; — c.-à-d. picolo à 
force explosive instantanée ; — et cra. 

rapide d'Asie, m., Obus de gros calibre que 
tire sur Sedul-Bahr une pièce établie à Koum- 
Kaleh ; marins, Dardanelles, mai 15. — Sys- 
sém. : sud- express, m., Gros obus pendant sa 

— 451 — 



trajectoire ; 65® t., Berry-au-Bac, -16. — Idée : 
Rapidité du voyage de l'obus, (cf. brutal, Ca- 
non, sous rapide), et Sonorités complexes de 
sa course, d'où une double analogie avec le 
train de chemin de fer ; cf. train de plai- 
sir. 

rapport des cuistos, m., Nouvelles que 
l'homme de service à la tranchée apprend des 
cuisiniers de la compagnie ; 81® t., 14-17 ; — 
syssém. : décision de la roulante, f., même sens ; 
81® t., 15-17 ; — décision est le nom officiel de 
la pièce rédigée quotidiennement par le colonel 
pour être lue au rapport dans les compagnies ; 

— rapport du sous- marin, m., même sens ; 
A. ARNoux; I « Tuyaux de roulante, rapport 
de sous-marin », Cabaret, 464 ; — rapport des 
chiottes, m.. Nouvelles qu'on apprend aux 
feuillées en voisinant et en lisant le journal, 
tout en téléphonant ; 81® t., 15-17. 

raquette, f.. A, Grenade à main F-2 pourvue 
d'un manche,française ; 10®, 27®, 246® inf., 15- 
16 ; I V. du p. ', — B, Pétard à manche ; 15- 
16, l*-grenadier morande ; — syn. : calendrier. 

— Syssém. : battoir, m., Raquette à lancer les 
grenades ; D. m. p. ; — brosse à dents, f., 
Grenade à manche ; d. ; — brosse à cheveux, 

— 452 — 



f., Grenade boche à manche ; 246® inf., 15-16 ; 
— métaphores de forme. 

rase- mottes, m., 1, Vol à très faible hauteur ; 
ESTÈVE, Gu. Aér., 26-4-17 ; — plus métapho- 
rique est le casse- mottes, Navire caboteur qui 
tangue fort ; terme de marins ; — 2, Personne 
myope ; mécanos d'av»"*, Pau, mars 18 : « Elle 
est bien, cette gonzesse-là ! — Oh, la la ! un 
rase-mottes !» ; — l'avion étant l'œil de l'ar- 
mée, c'est une image réciproque et excellente 
que l'œil qui rase l'objet soit un rase-mottes ; 
cf. fokker. 

rasoche. Ras ; « Et les douilles, à la ton- 
deuse, rasoche ! », Feu, 42 ; L'obus éclate dans 
la tranchée « rasoche du talus », ib., 234. — 
Même suffixe : ralocher. Râler, (Grogner) : 
« c'est qu'i' raloche, c' débris », ib., 47 ; — par- 
locher. Parler ; ib., 115 ; — coUocher, Coller, 
(Etre convenable, faisable) ; ib., 15, 261 ; — 
balocher ; pétoche. — D'autres mots, suffixes de 
même, offrent une altération du radical, voir 
sardoche ; cf. alboche. 

rat, m., Homme de la Réserve de l'Armée 
Territoriale ; 81® t., fév. 17. — Des initiales 
R. A. T., qui ne se sont d'abord prononcées que 
èr-a-té, m., même sens, 81® t., 14-17 ; le ca- 

— 453 — 



lembouï* rat n*a d'ailleurs, à ma connaissance, 
qu'un succès d'estime. — Autres à-peu-près : 
râleur, m., Homme des Régiments d'Artillerie 
Lourde ; — des initiales officielles R. A. L. — 
Le son malodorant de C. M. R. - 2, Compagnie 
de Mitrailleuses Régimentaire n^ 2, a tellement 
plu, qu'au 130e ini, sept. 18, la C. M.-2 s'ap- 
pelle encore ainsi, quoique R soit superflu de- 
puis la suppression en juillet 16 des C. M. de 
brigade» — Cf. cama. 

rayon, m., Grand route : filer sur le grand 
rayon, Faire une étape ; 5^ cuir., d. - — De 
rayoUf Sillon tracé au cordeau. 

réadmis, m., Haricots ; à bord de V Aventu- 
rier, 16-17 ; — les réadmis étant les Marins- 
rengagés, et les Rengagés étant surnommés les 
fayots ; cf. fokker. 

réaliser son zinc. Démolir son appareil ; di- 
vers aviateurs, -17 ; semble en juill. 18, R. G. 
Aé., encore plus usuel que bousiller', \ Le Boche 
« se houzille en réalisant son zingue )), S'écrase 
(au sol)..., MONTGEORGE. — Dc même que des 
valeurs financières, ou une maison, sont dites 
réalisées quand on s'en défait contre argent, de 
même un zinc bousillé est réalisé en ce qu'il 
n'est plus bon qu'à vendre comme matériel de 

— 454 — 



réforme. Une autre idée, la même ironie qui 
appelle gibus un haut de forme sinistré en 
accordéon, consisterait à supposer que la chute 
de l'aviateur a été Une expérience réalisant un 
type nouveau ; mais elle déterminerait à dire 
qu'il a réalisé un zitic, plutôt que son zinc ; 
toutefois les deux idées peuvent confluer, 
comme celles de Réaliser une valeur et de 
Boire du liquide quand on dit nous a^^ons 
liquidé, nous avons Bu ; cf. rectifié. 

recamouîler, Retaper, Rafistoler : « Voilà 
encore une nouvelle note au sujet des perm. 
Il va falloir recamoufler toute la liste de la 
compagnie », un sergent, 22^ colonial, août 17. 
- — L'image précise est celle de tapons collés 
sur la liste, comme un camouflage fait de ra- 
fistolages. 

rectifié. Amoché; aviateurs, 1748; | « Le 
train d'atterrissage est légèrement « rectifié » 
mais pas de bobo pour l'équipage », cheva- 
lier, Gu. Aér., 28-6-17 ; voir bigorner. — Rem- 
plaçant syn. de réglé, terme de lutte et del)oxe ; 
régler l'adversaire, c'est le Vaincre, donc le 
Mettre à mal ; une punition est une Dégelée de 
coups ; corriger, Battre. — Cf. rétamer. 

refouler. Rudoyer en paroles ; soldats, juill. 



455 



16 : « Le capitaine est un chic type ; il ne re- 
foule personne )) ; — refouler, Se refuser à, 
refouler au trai^ail, Chômer, rig. 

relevés par les Boches (être), Perdre ses posi- 
tions ; 289^ inf., juin 18. — Même ironie amère 
dans ra<^itaillement ; — dans en jouer sur une 
toile de tente, et être évacué sur une toile de 
tente, Etre tué ; d. ; — dans grande permis- 
sion, f.. Mort ; 81^ t., -16 ; — d'où machine à 
signer les permissions, f., Mitrailleuse ; d. 

remettre qqch., S'en occuper de nouveau : 
« Est-ce que j'aurai à remettre les sondages ? »,... 
à M'occuper encore des sondages (aériens) ? ; 
un matelot, mai 18. 

Plus fréquemment, remettre ça, 1, Engager 
une contre-offensive, Proposer une reprise de 
duel, Recommencer l'offensive ; général, usuel 
surtout aux contingents des grandes villes ; | 
« Reposez-vous, les petits gars, dit l'adjudant 
Ligeois. Demain on remettra ça, et vous cou- 
cherez le soir à Vauquois, allongés sur des 
tripes de Boches ! », a. f. (46^ inf.), N. Contes 
vér., 80; Il « remettre, au sens de « redonner » 
(des coups) ou « répéter » (des propos désa- 
gréables) )) est usuel dès -07 au moins, dauzat, 
16-4-17, 667 ; « ils furent bousculés par un trio 

— 456 — 



de mauvais aloi. — Vous ne pourriez pas faire 
attention, leur dit M. W<...>. Alors l'un 
des flâneurs : — Viens donc t'expliquer dans 
un coin... Et tout en disant ces mots il allongea 
son poing dans la direction de M. W-<...>- ; 
mais celui-ci para le coup. A ce moment, des 
agents apparurent. Les apaches se disper- 
sèrent. Un peu plus loin MM. <...> se trou- 
vèrent, encore une fois, en présence des 
apaches ; mais cette fois, ces « messieurs » 
avaient sorti leurs revolvers et leurs couteaux. 
L'un d'eux s'approcha de M. M<C.-->. — 
Est-ce qu'on « remet » ça, tous les deux ? lui 
dit-il », Matin, 13-8-13, p. 2. — 2, Recom- 
mencer ce qu'on n'a pas achevé du premier 
coup 1 « Nous avons forcé un avion à atterrir. 
Il venait nous bombarder, il retournait faire 
son plein ; cinq fois qu'il a remis ça ! », un 
artilleur, nov. 17; | « T'as donc pas compris 
qu'il faut en finir avec la guerre ? Si on doit 
remettre ça un jour, tout c' qui a été fait ne 
sert à rien », Feu, 366 ; « A la fin [d'un dépla- 
cement par chemin de fer] on arrive, c'est-à- 
dire qu'on n'est pas arrivé du tout ; on dé- 
barque les roulantes <...>> ; et pour terminer 
dignement ce beau jour on « remet ça », autre- 

— 457 — 



ment dit^ <...> on prend son fusil d'une 
main) son courage de l'autre et ses jambes à 
êon cou pour se rendre à un cantonnement qui 
s'obstine à être toujours un kilomètre plus 
loin )), la Roulante^ in B. des A., 15-11-16. — 
3j 1^, Recommencer (verbe iûtransitif) : « de 
« remettre ça ))», de vous Donner une seconde 
série de renseignements, un officier, (40^ s^n 
D. G» A.), marins, avr. 18 ; « si je tombais 
[de mft bicyclette], je remettais* ça ))j un ar- 
tilleur, déc. 17 ; Un moteur a un pépin, on 
l'arrange, « deux mois après il remet ça », un 
2d-m^ mécanicien, déc. 17; | « Si les Boches 
insistent et « remettent ça » (comme on dit 
fréquemment à la section téléphonique), une 
voix lance dans l'obscurité de la sape : « C'est 
un arrosage systématique ! », Poilu du 6-9, in 
B. des A., 15-11-16 ; « Ah ! la barbe ! Ça fait 
au moins cent fois que j' la dis, mon histoire. 
Enfin, puisque ça t' fait plaisir, <...> je 
r'metB ça, encore une fois », g. v., N. Contes 
^ér., 261 ; « Sept heures de vol hier, quatre 
aujourd'hui, et demain à 4 heures je « remets 
ça » », DORME, lettre, 2-7-16, in Gu. Aér., 23- 
8-17 ; — spécialement, Repartir au front : 
«Pour moi, ça va. Je vais sans doute remettre 

— 468 — 



ça bientôt, caf je suis dans lefe ptemiers à partir. 
Je ne tn'en fais pas pour cela », un sergent 
(155e inf.), lettre, 20-9-16; | « Il a déjà été à 
la chasse, comprends-tu, *<•..> Il en a r'çu ; 
il sait c'que c'est et il tient pas autrement à 
r'mettre ça », Gaspard, 223. — 2", Recom- 
mencer (verbe unipersontiel) : « Ça va r*mett' 
ça un beau jour », l'accident Se reproduira ; 
un 2'i-me mécanicien, fév. IB. 

Si l'on n'avait afftiire qu'au verbe remettre 
qqch., S'en occuper de nouveau, on l'explique- 
rait bien par une locution d'ouvrier et en sous- 
entendant le remettre sur V établi. Cette expli- 
cation ne convient pas pour remettre ça. Des 
consommateurs dans un café se demandent 
« Qu'eSt-ce qu'on prend ? », et prendre signifie 
Boire ; des soldats sous les obus se disent 
« Qu'est-ce qu'on -prend ! », et prendre signifie 
Recevoir ; en violentait ces deux Verbes 
prendre et donnant au second un syn. qui ne 
convient qu'au premier^ on obtient « Qu'est-ce 
qu'on déguste ! » ; déjà plus anciennement, 
trinquer^ c*était Recevoir des coups. Remettre 
ça retravaille l.e même ordre d'idées ; chez le 
bistro, c'est, après avoir été l'invité. Dire au 
garçon « Remettes ça » et payer à son tour, de 

— 469 — 



façon que le payant ne soit pas toujours le 
même :« Le garçon invita M. G <[•••> à prendre 
quelque chose, ce qui fut accepté avec em- 
pressement. — Remettez-nous ça ! déclara 
M. G<...>, qui ne voulait pas rester sur une 
invitation. Nouveau verre au comptoir », Ma- 
tin, 2-8-13 ; « — On va remettre ça, c'est ma 
tournée ! », bringer, M. le Vicomte, 112 ; 
c'est donc, Rendant la politesse, offrir une 
tournée ; or Rosser quelqu'un se dit lui fiche 
une tournée, (le faire valser), et par calem- 
bour lui payer une tournée. La définition re- 
mettre ça, (( Recommencer à se battre » donnée 
par AGATHA ne convient qu'à propos de deux 
combattants dont aucun n'a été battu et qui 
font une reprise après une trêve-Dieu ou un 
empêchement majeur ; or, au sens primitif, 
celui des bistros, désire remettre ça quelqu'un 
qui se considère en état d'infériorité chevale- 
resque ; d'où le sens Ayant été battu, recom- 
mencer à se battre. Désirer une nouvelle re- 
prise pour obtenir un avantage définitif et une 
décision heureuse. — L'extension du sens jus- 
qu'à Recommencer est postérieure. 

Dans le texte « De temps à autre on s'mettait 
ça avec les gens d'en face, histoire de s' mon- 

— 460 — 



trer qu'on était là », g. v., N. Contes vér.^ 264, 
il n'est pas évident qu'il faille corriger 5' met- 
tait en remettait ; je lis dans une lettre d'un 
Landais (3^ chass. d'Afrique) « je suis toujours 
en trien [train] de me donner ça avec les 
Boches », juin 18. 

renfort, m., Mandat-poste ; 7^ génie, d. ; || 
des renforts d'argent est du meilleur français, 
(du Corneille, in hdt). — On ne saurait trop 
préciser les sématismes populaires ; on peut 
supposer qu'il s'agit de * soldats de renfort, (les 
soldats étant les Sous), ou de ^chevaux de ren- 
fort ; cette dernière hypothèse, due à d., a 
l'avantage d'expliquer le mot cheval, Mandat, 
mieux que ne le font les mots argotiques hidet 
et postillon, Correspondance entre prisonniers. 
Il faut remarquer pourtant qu'il y a ressem- 
blance d'une lettre à un mandat : une lettre 
étant un poulet, on en a tiré pigeon. Avance 
d'argent, (delvau, rig.). Mandat, (déch.) — 
De cheval. Mandat, (usuel aux soldats, 14-18 ; 
aux lycéens, Poitiers, -94 ; aux fantassins, 
Orléans, -97), sont issus poney, Billet de 
500 francs ; rig. ; — ours, m.. Mandat ; aga- 
THA ; D. ; — lapin, m., Mandat ; d. ; — sur ours 
et lapin au sens Cheval, voir p. 566. 



461 



repasser, Passer en revue et mettre en état J 
« Vous allez, sans désemparer, « repasser » l'ap- 
pareil [l'avion], de la première à la dernière 
pièce «, DEÏ.ARQNCE, Croquesel, m, in France 
Militaire, 12-10-16. 

repérer, 1, Voir, Apercevoir ; usuel et gé- 
néral *. « Prends garde de te faire repérer I », 
81^ t., 14-17 ; — d'où se faire repérer^ Etre 
pris en faute, parce que c'est aussi le sens de 
se fq^ire s^oir ; — 2, Trouver ; usuel et général ; 
I « j'ai repéré un coiQsteau "^^Petit Echo (18® t,), 
28-2-15 ; « Mme Bicard, ainsi dirigée, sut re- 
pérer [dans le journal] la glorieuse citation à 
l'ordre du jour », Bicard, ii, 1 ; — 3, Discer- 
ner; I « On y [lui] demande comment que 
c'est qu'il a repéré les Turcs »,.., comment il a 
Reconnu que c'étaient des Turcs qui occupaient 
la tranchée, i6., ii, 9 ; — repérer le miaule, aux 
Balkans, c'est Prévoir qu'on va être évacué et 
par quel mulet ; (dans le civil le malade est 
au contraire visé par les croquemoris) \ — 
4, Choisir (qqn) à demeure pour les sales cor- 
vées et tri&tes postes : « Je l'ai à l'œil, je l'ai 
repéré et photographié », 40® art,, -18. — Ce 
terme d'artillerie, familiarisé aux emplois les 
moins techniques, s'est d'autant plus aisément 



4G2 



étendu que Tartillerie est devenue prépondé- 
rante ; mais on le trouve dès -81, déguisé en 
repérir, (bien incapable d'être décalqué di; 
latin reperire, et qui offre une confusion prove- 
nant de l'écriture), Guetter, Observer, dans le 
jargon des voyous, rig., et en -89, repérer. 
Regarder, macé, Mes lundis en prison, 264. 

replier (se), Fuir à toutei jambes, (même 
en parlant d'un animal, d'un civil) ; usuel et 
général, 14-18; | Bicard, ii, 11; — euphé- 
misme, — imité, dit le poilu, des communi- 
qués officiels, (de l'ennemi, s'entend). 

requin, m., Avion bimoteur Caudron R^4 ; 
aviateurs, -18; [ montgeorge. — Les uns y 
voient une métaphore visuelle frappante sur 
cet appareil comme pisciforme, les autres ne 
découvrent aucune ressemblance ; comme cet 
avion sert aux bombardements, je pense qu'e^ 
effet il a été jugé assez carnassier pour déve- 
lopper en requin le R de sa marque ; cf. mort- 
subite. 

il^îréauisitionner. Voler ; 81® t., 14-17 et pro- 
bablement général. — • Réquisitionner c'est 
prendre s^ns payer ostensiblement ; — le 
même euphémisme est usuel en Allemagne, 
Vorvi^aerts, in B. des A., 16-18 mars 16, p. 3, 

— 463 — 



— Syssém. : acheter, Chiper ; 81^ t., 14-17, — 
qui, sauf l'intention d'amorcer une devinette, 
ne s'emploie qu'avec un signe d'ironie, un clin 
d'oeil, un sourire, un quart de silence, ou, en 
écrivant, une soulignure, (cf. Cabaret, 458). 

resquiller. S'accorder un supplément. A, d'ab- 
sence ; marii^s \ « J'ai resquillé un quart 
d'heure », mars 18 ; | resquiller, S'esquiver du 
bord, B. des A., 16-5-17, p. 7, traduction sus- 
pecte ; — B, de bon temps : « Je resquille, on 
m'a oublié », On oublie de me réembarquer 
après mon année de terre, marins, -18 ; — 
C, de boisson : « Il avait resquillé tout le reste 
du litre », ib. — Syn. au sens A : charger, S'oc- 
troyer un supplément de permission ; d. ; — 
de charger, Exagérer. 

rétamer un appareil, Briser un avion ; — 
se rétamer, Se tuer ; — aviateurs, -17 ; 1 
Mousqu., 20, 82. — On dit d'un perroquet qui 
chipote un bouchon de liège qu'il « s'entend à 
faire des bouchons neufs » ; rétamer, c'est 
Remettre à neuf. — Cf. rectifié. 

retour de campagne (nœud de). Muscle viril, 
que le défaut d'exercice n'a pas atrophié ; ma- 
rins, -18. — Syssém. : « j'ai eu mon «oucher 
du jeudi. — Ton crampon des contributions ? 

— 464 — • 



— Ah ! ne m'en parle pas ! j'aimerais mieux 
un retour d'escadre ! Quel enragé ! », propos 
d'une fille de maison, Philibert, 80. — Cf. « Il 
se tenait là comme un vit de noce »,... Raide, 
Gourmé, Plein de soi ; un marin, déc. 17. 

retour de flammes (à la), Extravagant (en 
parlant d'accoutrements) : « des aviateurs et 
des grues habillés à la retour de flammes », un 
matelot, mai 18. — Développé de flambard, 
flambant, même emploi, mais qui a un sens moins 
risible. 

retourné, A, Fou ; 81® t., -16 : « Quelquefois 

le commandant est vraiment retourné et dingo »; 

I Les services de l'arrière, il y en a tant que 

c'est « à en devenir r'tourné », Feu, 120 ; voir 

maouss-pépère ; — syssém. : chaviré ; marins. 

— B, Saoul ; 81® t., juin 16 : « Hier soir, j'étais 
retourné » ; 40® art., -18 ; | agatha ; — ému, 
c'est Ivre à un certain degré ; être retourné, 
c'est Etre vivement ému, hdt ; cette explica- 
tion vaut mieux que de rapprocher « Il avait 
les yeux retournés », Il était saoul, un Nantais, 
-16, qui rappelle davantage le breton mezo^ 
dall, Saoul à en être aveugle. 

retournés (les bras). Incapacité de travail 
(prétendue) : « il a les bras retournés », Il est 

— 465 — 

ESNAULT 30 



paresseux ; 81^ t., 15-17 ; « il est né les bras 
retournés », Il est paresseux de naissance, un 
Parisien, -16 ; — d'où, syn., Jes avoir retournés, 
[les Bras], 40^ art., -18 ; — et syssém. : les 
avoir cintrés, [les Bras], 40^ art., -18 ; les avoir 
en vrille, déch. ; avoir les bras, ou les avoir, à 
la retourne, Ne pas avoir le caractère ouvrier, 
mécanos d'avo^^, Pau, mars 18 ; au 13^ tir. alg., 
juilL 18, on souligne, d'un expressif « comm' 
ça I » en arrondissant les bras ballants, le pouce 
sur la couture du pantalon ; | « Pour le turbin, 
je les ai à la retourne », Toussaint, Vie Par., 
26-8-16, p. 647 ; cf. « un gentil petit gars, tout 
franc et dessalé, qui ne r'tournait pas les mains 
devant l'ouvrage », Feu, 20-8-16 ; — mes méca- 
nos m'expliquent qu'ayant toujours les mains 
huileuses, ils les mettent sur la hanche par le 
revers quand ils n'ont pas affaire à la machine, 
et que dans cette posture les bras sont retour- 
nés ; cette image explique bien le texte du Feu, 
suffisamment la locution a^oir les bras à la 
retourne, mais point celle de naître les bras 
retournés, qui parle d'une incapacité congéni- 
tale dont le sématisme est donné ici sous poilus 
(pieds). 
revue (être de la), A, Ne pas avoir à manger ; 

— 466 — 



i 



8le t., 14 (les Parisiens) -17 ; — B, Etre frus- 
tré de sa légitime, Ne pas participer à une 
faveur ; divers soldats, surtout les parisia- 
nisés, 14-17 : « Encore une perm qui m'échappe, 
i'suis toujours d' la r'vue » ; | D. m. p.; || 
« Il n'y a que les pantes qui ont une couche de 
veine... Je suis de la revue jusqu'à la gauche », 
Nénesse, 248. — On ne tire bien cette locution 
ni des revues inilitaiFes quoique on se brosse et 
qu'on aille à V astiquage avant de les passer, 
ni d'aller ^oir défiler les dragons, Jeûner par 
force, (rig.), ni de quelque phrase comme Je 
n'ai rien pour vous aujourd'hui, mais nous 
sommes de revue. Revue (de théâtre) semble le 
substitut de comédie ; être à la comédie, A, Chô- 
mer ; RIG. ; B, Etre sans le sou ; hogier-grison, 
Le monde où Von vole (1887) ; envoyer à la co- 
médie, Congédier ; dlle ; ce rapprochement, 
sans indiquer le sématisme, recule la difficulté, 
ricain, m.. Soldat yank ; 95^ inf., depuis le 
contact avec les Yanks, avr. 18 ; « Les filles 
n'en ont plus que pour les Ricains », lettre d'un 
soldat du 95^ en permission, sept. 18. — Apo- 
cope analogue : talien, m., Italien ; d. 

rifle, m., Combat : « Tu viens au rif ?», un 
permissionnaire retournant au front à un soldat 

^ 467 — 



de l'arrière, pour le traiter d'embusqué, nov. 17 ; 
2e c^l^ -18 ; — rifle, Feu, argot ; e'est un 
vrai calembour pour journaux amusants de 
comparer un soldat qui a longtemps été au feu 
à une argile réfractaire ; il faut de la déduction 
pour retrouver dans ce feu image de combus- 
tion ; l'accommodation du mot rifle à un sens 
aussi spécial et technique ne se fait que chez 
quelqu'un qui pense au mot feu et par parasi- 
tisme ; cf. pépère ; — de même jaffe. Soupe, 
mot d'argot, usuel au 66^ chass., -18, s'en- 
tend de soi-même, mais être de jaffe, Etre de 
corvée pour aller chercher la soupe, p'tit gars, 
n'est possible que par référence à la locution 
technique être de soupe. 

rigolo, m., Fantaisiste : « combien se sont 
tués et ont tué en voulant émerveiller la galerie, 
« en faisant les rigolos », selon l'argot d'aéro- 
drome », MORTANE, Gu. Aér., 12-7-17, p. 546. 
— Idée de Clown aérien. 

rimailho, m., 1, Viande roulée en cylindre, 
en gros boudin enrobé d'une gaze ; on le 
nomme aussi « saucisson d'Australie, viande 
protégée », c'est intermédiaire entre le « singe » 
et la viande fraîche ; fiolle, La Marsouille, 
243 ; — cylindre, donc candh, donc rimailho, 



468 



Canon établi par M. Rimailho, célèbre auprès 
des troupiers dès sept. 14. ■ — 2, Embusqué ; 
« Et comme tout s'enchaîne, un troisième Ri- 
mailho est en train de naître, qui n'est ni un 
canon, ni un saucisson d'Australie : lorsque, 
parmi les pauvres bougres crasseux qui re- 
viennent des tranchées, passe un automobiliste 
fringant, un mot fuse parfois : « Tiens ! un 
Rimailho !... une viande protégée !... », ib. — 
Syssém. : viande protégée, f., Embusqué : 
« « Indispensable » — c'est <<...> la porte 
ouverte par où passent les « viandes protégées » 
à travers les lois les plus étroites et les instruc- 
tions les mieux cadenassées », p. c. Pays, 3-4-18. 
rince- Boches, m., Baïonnette ; dauzat, 16- 
4-17, 660 ; — calembour sur rince-bouche. — 
Syn. : vide-Boches, m. ; ib. ; — calembour sur 
vide-poches. — tourne- Bôche, m.; sain. ; « Le 
Tourne- Boche », nom d'un journal du front ; 

D. m. p., 233; — calembour sur tourne- broche. 
— tire-Boche, m. ; apax, 81® t., mars 16; | 

E. H., Temps, 24-5-15 ; — calembour sur tire- 
bouchon. — Cf. embocher, Tuer le Boche avec 
sa propre baïonnette ; d. ; — calembour sur 
embrocher. 

Rip (jouer), S'en aller. Fuir ; 17® chass., 



469 



juin. 18, L. SAMBARDiER. — Galemhour sur 
riper, dériper, mcnxe sens, usuels aux Pari- 
siens ; théâtral comme jouer la Fille de Vair, 
il le renouvelle. — Syssém. de riper : glisser, 
Partir au repos ou en permission ; d. 

rocobille, m., Eau-de-vie ; 48^ t., (Champe- 
nois en majorité), hiver 16-17; « du rococo, du 
rocobille )), un adjudant, ancien colonial, de 
Nancy, juill. 17 ; — le mot est peu répandu (^) ; 
cf. crocomolle, Eau-de-vie, rig. ; croquomolle, 
Eau-de-vie de cidre, richepin. Brades gens, i, 
12, (éd. Lafitte). 

ronflant, m.. Nez : « un coup de poing sur le 
ronflant », Feu, 21-8-16. — Syn. : reniflant, m., 
Nez ; Cabaret, 466 ; || rig. 

ronfles (en avoir plein les). En avoir assez et 
plus qu'assez (d'une chose désagréable) ; mé- 



(^) Je n'ai que deux faits : lo second, de l'adj. Stei- 
ninger, récemment venu du 41 <^ t. au 81^ t. ; l'autre, 
dû au témoignage de M'"^ Kiefïer, Laître-sous-Amance, 
entre 24-1-17 et 2-2-17, chez qui le 48^ t. avait eu une 
popote. — A. MAZERY, mou sergent-major, présent à ce 
témoignage, présent peut-être aussi à l'autre fait, a 
transmis, à d., j'ignore pourquoi, une forme rocabi. — 
De soldats du 81^ t. je n'ai jamais recueilli ni colifi, ni 
glinglin, ni Rosalie, transmis à d. par a. mazery. 



470 



canos û'ry^^, Pau, mars 18 ; 156^ inf. (Pari- 
siens), juin 18. — Ces mécanos s'étonnaient 
qu'une femme eût employé cette locution ï 
faire ronfler le bourrelet, Chier, (rig.), permet 
de supposer un mot ^ronflantes. Fesses, dont 
ronfles serait l'apocope. Il est plus vraisem- 
blable que les ronfles sont les narines. — prendre 
une ronflée, Se saouler ; 13^ tir. alg., -18 ; — 
c.-à-d. s'en mettre plein les trous de nez ? 

Rosalie, f., la Baïonnette ; usuel au 80^ t., 
-16, à Boesinghe près Ypres ; | botrel, chan- 
son, in B. des A., 4-11-14 ; Echo des Gourbis^ 

3-5-15 ; AGATHA ; LAMBERT ; M. B. (22^ t.), 

Contes vèr., 172 ; f. d., i6., 296 ; a, f., iV. Contes 
9ér., 88 ; G. V., i6, 265, 268 ; après avoir fêté 
ce mot, l'Arrière a été avisé qu'il n'était pas 
fort répandu : « si vous dites « Rosalie » pour 
désigner la baïonnette, il y a des chances pour 
que vous ne soyez pas compris ! », Guide des 
visiteurs au fronts Rigolboche, in B, de^ A., 
20-9-16 ; il est certain au contraire qu'on se 
fera très bien comprendre, pourvu que l'objet 
ainsi nommé soit proche de l'esprit ; — mais on 
déplaira à l'auditeur s'il sait que la vogue litté- 
raire du mot est due à M. Botrel, et s'il est d'un 
autre bord politique que ce poète ; M, Barbusse 

— 471 — 



Ta réservé aux embusqués, Feu, 131 ; M. Er- 
nest Charles, Pays, fin fév. 18, juge que c'est 
une perle, dans fabri, Uart et la manière, de 
dire au poilu « Enfonce-toi bien dans la tête 
que, dans le civil, là baïonnette s'appelle 
« Rosalie )) » ; cet ostracisme, facile, rappelle 
le péché que commettent depuis Jules Le- 
maître, non pas ceux qui lisent du Georges 
Ohnet, mais ceux qui, en lisant, ne l'avouent 
pas. — Tout le monde admet sans peine que 
d'autres noms de baptême aient été accordés 
aux objets familiers, cf. Charlotte, Eugène, 
Eusèbe, Gaspard, Grosse Julie, Joséphine, Petit 
Pierre, Philibert, Victor, etc., et zigomar, sans 
pour cela croire à leur universalité. — Cî.Mlle Le- 
hel, le Fusil 86, barres. Echo de P.,23-12-15. 

rototo, m., Moteur rotatif d'avion ; Miramas, 
mai 18 ; — déformation comique ou assimila- 
tion phonétique involontaire de la deuxième 
syllabe de *rotato, apocope de rotatif ; cf. ç>éto. 

rouffionner, 1, Ronfler : « Tu rouffionnais », 
un sergent ex-marin, 81^ t., 15, (inusité autre- 
ment au 81^ t.) ; — -2, Dormir : « on va pou- 
voir rouffionner un brin [au cantonnement] », 
PARAUD, 96, (mal transcrit « roupionner » dans 

SAIN.) ; LAMBERT. 

^ 472 — 



rouge (gros), m., Vin roùge de basse qualité : 
« Passe vite le gros rouge que j' m'en foute un 
coup dans 1' mirliton )), Crapouillot, in Front, 
16-3-17. — Syn. : bœu, m., Vin couleur sang- 
de-bœuf, Nantais, 81^ t., -15. 

rougeole (boîte à), f., Etui de la cagoule ; d 

roulante, f., Cuisine-roulante ; 11^ inf., avr 
16 ; 81® t., mai 16 ; | « le « jus )) de la rou 
lante », Canard du Boyau, in B. des A., 27-5-16 

roule- cerceaux, m., Voiture automobile lé 
gère et de luxe pour le service des officiers 
automobilistes de l'armée d'Orient, 16-17 
« Eh, va donc, avec ton roule-cerceaux ! », crie 
un « charretier » à un « chien de luxe ». — Les 
cerceaux en question sont les Galons circu- 
laires des officiers, et, par métonymie, les 
Officiers ; — syssém. ; frette, Galon à la cas- 
quette ; marins ; — cf. cylindre ; — self ; — 
deux- segments, m.. Lieutenant ; trois-seg- 
ments, m.. Capitaine ; automobilistes ; | paw- 
LowsKi, Signaux, 119 ; — segment, Anneau de 
fonte douce qui fait l'étanchéité de compres- 
sion entre le piston et la chemise ; sa circonfé- 
rence est rompue d'une fente ; on « tierce » trois 
segments en les superposant de façon que les 
fentes se contrarient d'un tiers de cercle ; d'où 

--- 473 -^ 



métaphore : a J' sais qu* les segments du pis- 
ton [= du capitaine] sont bien tiercés et qu'il 
a de la compression pour m'envoyer rebondir », 
ib, 

roule- par- terre, m., Eau- de- vie ; marins, juin 
18; I AGATHA. — Nos aïcux disaient « vin de 
pie, vin de singe, vin de lion, vin de pourceau », 
pour noter les stades de l'ivresse : si gnole 
signifie Chantante, il répond à vin de pie ; si 
c'est Niaise, à vin de singe ; pousse- au- crime et 
saute- à'ia- crête répondent à vin de lion ; roule- 
par-terre à vin de pourceau. — Syn. : traîne- 
par- terre, m. ; d. ; — roule- tout- debout, m., 
D. ; — ^ le poivrot roule, puis tangue, puis coule 
bas. — L'homme qui a trop bu est éteint^ 
40^ art., -18, — allumé, s'il eût moins bu. 

roupane, f., Tunique ; cavalerie ; d. 

rouski, m., Réclamation bruyante ; 81® t., 
14-17 ; I LAMBERT ', |1 Brest, -07. — Suffixa- 
tion libre de rouspettau, m., Bruit, dlle.'— Du 
même radical, et syn. : rouspétance, f,, usuel 
dès -81 ; RiG. ; — rouscaillure, f. ; D. m. p. ; 
Feu, 126, 203 ; — rouscaille, f. ; usuel aux 
109e inf^ et ge génie. 

rousser, Ronchonner : « J' dis qu' tu rousses 
[contre eux] et qu' pourtant tu voudrais bien 

_ 474 ^ 



êtro à leur place », Feu, 121 ; cf. ib., 11, 125, 
— roussoter, même sens, ib., 12. 

roustance, f.. Cuisine ; d. — Boustissure, suf- 
fixe d'après cuistance. 

ruche (se taper la), Manger à suffisance ; 
359^ inf. (Lyonnais), -16 ; \\ usuel à Lyon, -13. — 
Syssém. : se taper la hotte, Bien manger ; Feu, 
20-8-16 ; PUNCH, Fantasio, 15-8-16 ; — les 
ruches sont souvent der, hottes de paille ; — 
se taper la cloche, Bien manger ; P. ris, -10 ; — • 
la hotte et la ruche ont une hauteur ovalisée 
comme la cloche et toutes trois somatisent par 
là la tête humaine ; — se taper la cerise, Bien 
manger ; Gaspard, 57 ; — la cerise, la Tête ; cf. 
se refaire la crise. Feu, 9-8-16 ; se rebecqueter 
la cerise. Reprendre des forces, style de boxeurs, 
vAUTEL, Matin, 10-2-09 ; — se taper la gueule, 
se taper la tête, Bien manger ; 81^ t., -14 (Pa- 
risiens) ; 270^ art. -18 ; — se cogner la tête, 
Manger ; Feu^ 204 ; — se la sonner, Bien dîner ; 
RiG. — Sonner, cogner et taper, syn. entre- 
substituables ; ainsi, à A, se taper la tête ; 
B, se taper, Ne pas avoir part ; C, taper qqn, lui 
Soutirer de l'argent ; D, taper, Puer, [ça tape, 
Ça pue ; marins, -18 ; usuel aussi à Genève ; 
taper du placard. Avoir l'haleine fétide, 270^ 

— />75 -- 



art., -18), — répondent : A, se cogner la tête ; 
B, se cogner, Ne pas avoir part ; poulbot, 
Journ., 25-12-16 ; ross. ; C, cogner qqn, lui 
Demander de l'argent ; ross. ; D, cogner, Puer, 
Sentir fort, (« Ma voisine est rudement par- 
fumée. — Oui, ça cogne ! », Poilu du 37, in 
B. des A., 31-1-17). 

Se taper, cogner, ou sonner, la tête, signifie que 
le geste de porter l'aliment à la bouche res- 
semble à celui de porter une taloche au mu- 
seau : « Car, au nombre de ses péchés mignons, 
Plumage avait celui de collectionner les « pom- 
pons » et d'entretenir les cuites. Chaque jour 
il se perfectionnait dans ce sport du gosier et 
des taloches sous le nez w, Echalote, m, 11. 
Cette même image peut aussi s'exprimer en 
prenant pour complément d'objet non plus la 
tête qu'on tape de qqch., mais la chose dont 
on tape la tête : « sous les pilliers [des halles] 
où 'tapions simpelment d'misptier de six 
yards », Madame Engueule, (1754), scène 8, 
in NisARD, Quelques parisianismes, 14 ; « Allons- 
nous nous en taper ! »,... Boire, scribe, Uhon- 
neur de ma fille, (1836), in rig. — Cf. gnole. 

rupture (en). Fou : « Qu'est-ce qui t' prend, 
t'es pas en rupture, des fois ? », Feu, 257 ; 



476 



sous-entendu : de cabanon. — Cf. « Grand, et 
si maigre, et si osseux, qu'il semblait en rup- 
ture de cercueil », acker, La classe, 30 ; cf. 
échappés. 

russe, m.. Nouvelle recrue ; au dépôt du 
...^ dragons, dans Touest : « Un bleu, c'est un 
Russe. Si vous demandez pour quelle raison, 
on vous répond : « C'est parce que la Russie 
mobilise ! )) », e. h., Temps, 24-5-15. — L'éty- 
mologie semble autre : le Russe, le Bleu, mot 
de soldats bavarois et wurtembergeois ; et en 
allemand populaire er ist ein Russe, Il a bon 
dos, C'est un lourdaud, delcourt ; on peut 
supposer que le dépôt en question* avait appris 
ce mot de prisonniers boches ; cf. boucher noir. 
— Ce fut sans doute, d'ailleurs, une plaisan- 
terie passagère, analogue à celle d'appeler 
boches les premiers soldats de renfort arrivés 
au front en bleu horizon et qui semblèrent 
odieusement laids, 81^ t., janv. 15 ; — (par 
une rencontre curieuse, ou par propagation de 
France en Suisse, les soldats genevois disent 
aussi Tu as tout du Boche, Tu as la nouvelle 
tenue, Schw. Sold., 72). 

russes, f.. Linges dont on s'enveloppe les 
pieds ; agathaiç — ellipse du mot chaussettes ; 

— 477 — 



i 



chaussettes russes^ même sens, est ancien ; ccjs 
linges sont d'usage norçi 1 chez le paysan russe 
et réglementaires dans l'armée russe ; cf. gau- 
THIOT, 80. 

sabre, m., Mandat ; d. 

sac à terre, m., A, Imbécile ; — voir ballot. 
— B, Obus : Les « « sacs à terre » radinaient 
sur nous, en vitesse », j. des vignes rouges, 
Joum., 1-6-16 ; — syssém. : sac à charbon, 
m., a, Gros obus ; 325® inf. (Poitevins), août- 
sept. 14, en Lorraine ; cohen, 74 ; — b, Obus 
de tranchées ; cuirassiers, 1®^ gr. léger, 15-16 ; — 
Texplosion de Tobus dégage comme un nuage 
livide et noir et pulvérulent de charbon ou de 
terre ; les noms ci-dessus concrétisent la même 
image que note gros noir ; ils visent, comme 
marmite, le contenu de l'obus, mais ils le spé- 
cifient, en donnent une image plus simple, et 
la couleur de l'explosion devient l'essentiel du 
sématisme ; — ne pas confondre avec seau à 
charbon. 

sac à viande, m.. Sac de couchage : deux 
pièces de coton, cousues à un bout, et sur les 
côtés, jusqu'à la hauteur de la poitrine, où 
elles comportent de chaque côté un soufflet ; 
la pièce qui reçoit le dos plus longue que 

— 478 — 



Pautre, de façon à recevoir aussi la nuque ; 
8le t., 16-17 ; 40e art., -18 ; — syn. sac à bi- 
doche, m., 8le t., 16-17 ; 40^ art., -18. — Sac 
à viande, Chemise ; prison de Reims, -50, 

TABBÉ ; MERLIN. 

sac à lest, sac de lest, m., Soldat aviateur 
non pilote, (mitrailleur, bombardier, observa- 
teur) : « En voiture, le lest ! », invitation du 
pilote, 17-18; | « Ignorants des ailes, ils s'em- 
barquent auprès de n'importe quel pilote 
<!...> les sacs à lest, des sacs pensants », 
DAÇAY, Gu. Aér., 15-3-17, p. 286, et ib., 17-1-18, 
p. 158 ; Il le lest, les Fantassins à bord d'un 
transport ; marins. — Syssém. : colis, m., Ob- 
servateur en avion ; aviateurs, août 18. - — 
morpion de carlingue, m., Radiotélégraphiste ; 
ib. ; ■ — parasite du pilote, il se fait porter, (cf. 
fainéant) ; en outre lui-même se plaint cons- 
tamment d'avoir des parasites, c.-à-d. des 
Bruits provenant, dans son appareil, des cou- 
rants telluriques ou météoriques. 

sac à linge, m., Sergent- fourrier ; D. m. p. 
— Idée : il est vêtu de première, du moins 
habillé de première main ; du linge, c'est une 
Femme coquette ; rig. 

saint- honoré, m., Pain (de munition) : « On 

— 479 ■— 



a conservé par prudence <...> un quignon du 
Saint- Honoré », Feu, 58. — Louange sincère ? 

salopette, f., Pantalon de toile, bleu, recou- 
vrant ou remplaçant le pantalon de drap ou 
4e velours ; 81® t., 14-17; || « Large pantalon » 
des ouvriers de Paris, a. daudet. Une éç^asion 
(1871), (à la suite de Robert Helmont, in-8^ 
p. 71). — Protégeant le vrai pantalon, elle 
prend pour elle les saletés pendant le travail. 

sang des autres {le), la Décoration de la Lé- 
gion d'honneur ou de la Croix de guerre, 
quand elle est attrapée par faveur ou atteinte 
à Tancienneté ; 81® art. 1., mai 18. — L'idée 
est celle de la fable de Bertrand et Raton ; 
mais le sématisme, s'il n'a pas été créé par le 
rouge de la Légion et celui que comporte la 
croix de guerre, s'en trouve précisé. Hugo, à 
l'archevêque de Paris, complice selon lui du 
crime de Décembre, disait « Et ce n'est pas 
de vin Que ton ciboire est rouge ». — Syssém. : 
charognard, m., Officier qui obtient avance- 
ment et honneurs à l'arrière ; d. — Il profite 
des cadavres. « Les affaires, c'est l'argent des 
autres. » 

sardoche, f.. Sardine (à l'huile) ; 81® t., 
août-déc. 14 (Nantais). — Libre suffixation 



480 



altérant le radical ; — de même manoche, f., 
Manille, (jeu) ; 81^ t., -15; | « à faire la « ma- 
noche » )), Gaspard, 221 ; — cantoche ; ^er- 
noche ; allemoche ; filocher. — Cf. rasoche. 

sauce, f.. Essence (de moteur) ; aviateurs, 
mars 16- juin 18 : faire son plein de sauce ; — 
mettre la sauce, Mettre l'essence carburée ; 
mettre toute la sauce, pour forcer de vitesse. 

saucisse, f., A, Ballon captif allongé (pour 
l'observation) ; 81® t., avr. 15 ; universel et 
admis en style officiel dès -15. — D'où sau- 
cissemann, m., Observateur en saucisse ; mé- 
téorologues à Rosnay, -17 ; — suffixe germa- 
nique allusif à l'amour des Boches pour les 
saucisses ^ cf. choucroutman, Allemand, dlle, 
F.- A. — Syssém. : boudin, m.. Captif allongé ; 
81® t., 15-16; — boudin cavaleur, m., 1, même 
sens ; — cavaleur parce qu'il se déplace en 
campagne par les moyens d'automobilisme, 
en mer par ceux de navigation, auxquels son 
câble le rattache ; — 2, Femme collante ; d. ; 
— parce qu'elle vous espionne. 

B, Tuyau de poêle, ou Crapouillot ; 81® art. 1., 
mai 18 ; mot « spécial à la région des Vosges », 
me dit un témoin ; | Les Boches lancent « des 
marmites, des saucisses et des tortues », lettre 

— 481 — 

ESNAULT 31 



d'un soldat du front, in sain. — D*où sau- 
cisson, m., même sens : « Quelques minen^ des 
« saucissons » éclatent », l'autre sergent, 
Œuçre, 4-11-16 ; Bourru, 65. 

saucisson d'Australie, m.. Viande roulée en 
cylindre sous une gaze protectrice ; voir ri- 
mailho. 

saute-à-la-crête, m., Eau-de-vie ; 156^ inf., 
avr. 18. — Syn. : saute- parapet, m, ; inf.. Lorraine, 
14-15. — On en donne au troupier pour 
sortir à l'assaut de la crête qu'occupe l'en- 
nemi ; — notons que crête, Ligne faîtière d'une 
hauteur, terme de topographie, est devenu 
tout à fait usuel dès le début de la guerre chez 
une foule de paysans et d'ouvriers qui autant 
dire l'ignoraient, 81® t., sept.-oct. 14. 

sauterelle, f ., A, Fusil mitrailleur ; 289® inf., 
juin 18. — Cette arme est pourvue, pour assurer 
la visée, d'une double béquille de bois; — d'où, 
syssém. plus simple : îusil à pattes, m., même sens; 
66® chass., mai 18. — Ces pattes ne l'empê- 
chent pas de sauter ; d'où son nom de cabri, 
m. ; D. — B, Lance-bombe à ressort, sorte d'ar- 
balète ; -15, j.-p.-FAURE. — Le f.-m. a hérité 
l'emploi tactique de cet engin de tranchées. 

savé (no-). Je ne comprends pas (ce que vous 

— 482 — 



dites), Je ne sais pas (la chose que vous ftie 
demandez) ; marins, janv. 18 et avant. — Les 
Américains, matelots et officiers, conjuguent 
/ saç'^y, he sa^^çies, do yoU sa^vy ? I saççièdy 
et y voient une itnportation mexicaine intro- 
duite par le sud-ouest des Etats-Unis. 

schlass^ A, Ivre ; 81^ t., -16; | Feu, 113 ; 
FAGus, 564; 11 commis de magasin, -10 ; slasse, 
slassique Ivre, dlLe ; — au 81^ t., on prononce 
aussi chass ; — B, Esquinté t « je suis schlass », 
Je suis éreinté ; Nancéiens, mai 18. — dlle le 
tire d'un hypothétique * soûlasse ; sAiN. d'un 
hypothétique *cheulasse ; fAgus de Tallemand 
geschlossen. 

schloff (faire), Dormir ; Feu, 236. — Plus 
anciennement aller au schloff, aller à schloff. 

schraspout, m.. Obus : « — Rentre et ferUne 
la porte encore une fois, on f ra tant qu'on 
finira pas [par] s' faire f... des schraspouts sut 
la gueule », boulanger, Est- Républicain, 20- 
8-16. — Consultation du d^ Abt, l'ophtalmo- 
logue nancéien : Schraspout créé depuis la 
guerre est d'aspect très lorrain ; beaucoup de 
mots, — exprimant des idées de coups et de 
rossée, — reçoivent dans le parler de Nancy le 
suffixe -pout, particulièrement les monosyl- 



483 



labes ; capout est lorrain autant que boche ; 
on entend couramment, et dès avant -14, les 
paysans lorrains dire Je suis craspout, Je suis 
foutu ; un mot comme schlass, Esquinté, de- 
viendra aisément * schlasspout ; la terminaison 
-spout de ces deux mots-là, la ressemblance de 
schlass et de shra-, ont pu influencer particu- 
lièrement shrapnell pour y introduire un s. 

scrapnell, m., Shrapnell ; 81^ t., 15-17 ; un 
2d-m® (qui a fait les Dardanelles), mars 18, 
(mais il rectifie immédiatement après en 
shrapnell). — Prononcé courant de shrapnell ; 
faut-il l'attribuer à la graphie, mal à propos 
germanisée, « schrapnell », (ex. : F. d., Contes 
ver., 19 ; m. b., i6., 165) ? — Un grutier de 
S*-Nazaire prononce léz éscrapnèl, 81^ t., 
avr. 16. — Voir pélot. 

seau à charbon, m., Projectile boche plein de 
grenades qui se répandent à son éclatement ; 
46^ inf., sept. 16, Champagne ; et très em- 
ployé déjà avant; | « Le Sceau à charbon », 
titre de journal, in B. des A., 18-4-17 ; — 
« le premier qui a employé ce nom est sans 
doute le premier qui a vu cet engin ; l'image 
est immédiate. Quand on a reçu des seaux à 
charbon on ne peut pas concevoir que ce mot 

— 484 — 



soit employé à autre chose qu'à les indiquer », 

1* DE LA BLANCHARDIÈRE. En boche koleU- 

kasten,' (caisse à charbon), Obus lourd, del- 
couRT ; en anglais coal box, (boîte à charbon), 
Gros obus « that gives out a lot of black smoke », 
Morning. — Cf. sac à charbon, Obus, qui se 
tire de la poussière noire qu'émet la chute 
d'un sac ; le sac peut ne pas se vider ; l'image 
de seau à charbon est d'un récipient noir rempli 
d'objets noirs, briquettes, boulets ou cassons, 
et qui se décharge(^). 

Il n'y a pas à fixer en article de lexique 
l'image suivante de M. Barbusse : « le 220 qui 
n'est qu'une gueule, un seau à charbon, qui 
crache son obus de bas en haut », par compa- 
raison avec le 120 long, « mince et fin du bec », 
lévrier gris, Feu, 235. 

séchoir (aller au). Aller, en parlant de fan- 
tassins, à l'attaque de positions aux barbelés 
intacts et bien défendus, où les cadavres res- 
teront accrochés comme des loques durant des 



(1) L'appareil français Moisson, boîte à mitraille volu- 
mineuse, aux parois minces, (souvent un baquet de bois), 
munie d'une queue, lancée par crapouillot, en usage en 
14-15, répond à peu près au seau à charbon. 

— 485 — 



jours ; 207® art., juin. 18. — Cette image ma- 
cabre, fort nette, vaut une étymologie. Toute- 
fois séchey sur le fil, qui a le même em.ploi, 
156® inf., août 18, a aussi le sens général Etre 
mort, ih. — Cf. monter à la ripée, Partir à l'at- 
taque ; 130® inf., C. M. -2, août 18 ; — g. fert 
RAND, qui le croit assez général, le tire da 
R. I. P., {Requiescat in pace), inscription tom- 
bale ; on aura (lit d'abord * monter à Vèr-i-pé, 
c.-à-d. aller à son cimetière ? Il est possible 
qn aller au séchoir en soit le simple synonyme, 

— séchoir, Cimetière, ri g., — et préexistât aux 
barbelés. 

secteur, na., 1, Département, Service attribué 
à qqn ; 81® t., -17 : « Les munitions, c'est pas 
mon secteur, je m'occupe de la comptabilité- 
personnel )) ; — extension du sens Portion de 
front où on est de service. — 2, en diverses 
locutions : arroser son secteur, S'arroser le go- 
sier, ARNAC, Fantasio, 1-4-17, par allusion aux 
arrosages d'artillerie ; — filocher le secteur ; 

— queues romantiques amenées par la fré- 
quen«3e du mot secteur dans la conversation 
du combattant ; — comme on dit açoir le go- 
sier pris d'enfilade par un coup de vin^ Boire un 
trait, 289® inf., -18 ; — abattre son deuxième 

— 486 — 



a^ion, Boire son deuxième quart de vin, 
C. M. -2 du 130e inf., juin 18 ; — et mettre sa 
godasse en liaison avec le derche, Donner un 
coup de pied au derrière. 

self, m., Officier supérieur ; 8^ génie, c*^ D-4, 
sept. 18, M. vERDEiL. — Du Schéma analogue 
de ses galons et d'une bobine de self-induction. 
Cf. cylindre. 

seringue, f.. A, Lebel ; 81^ t., -16 ; 95^, 360^ 
inf., 16-18 ; général ; | agatha ; « les magasins 
d' nos seringues », Feu, 59 ; || Vieux fusil ou Mé- 
chant fusil, en Beauce, Lorraine, Provence, etc.. 
Ancien fusil très long des Arabes, chez les troupes 
d'Afrique ; dauzat, 27-6-17 ; en boche spritze, 
(seringue). Fusil ; delcourt. — B, Canon ; 
« des seringues de 37 », employées à bord des 
bateaux contre sous-marins, un l^^-m®, déc. 17 ; 
I une carte postale illustrée, éditée (chez Le 
Deley) avant nov. 16, montre des caricatures 
peintes sur des tentes dans un campement fran- 
çais, dont l'une est un artilleur introduisant à 
un Boche une seringue étiquetée « 75 » ; — 
inversement, (cf. fokker), les Infirmiers sont dits 
artilleurs de la pièce humide. — C, Obus du 
mortier Stokes ; 2^ mixte, 95^ inf., mai 18 ; 
« envoyer une seringue aux Boches » ; — méta- 

— 487 — 



phore de forme : à l'arrière de l'engin la chambre 
d'explosion, à l'avant une fusée ; — les engins 
Stokes, (très transportables et lançant 30 obus 
à la minute), sont rattachés aux pelotons de 
canon de 37. — D, Fusée ; D. m. p. ; — méta- 
phore de forme ; à moins que « fusée » soit une 
simple coquille pour « fusil ». 

Dér. : seringuée, f., A, Bombardement par 
obus Stokes ; 2® mixte, mai 18 : « fiche une 
seringuée aux Boches » ; — B, Décharge d'une 
mitrailleuse ; esc. S-152, juill. 18. 

sévères (pertes), Pertes (militaires) fortes, 
rudes ; expression fréquente dans les commu- 
niqués officiels ; — « séçère n'est qu'une tra- 
duction <C--.>> de l'allemand streng. Elle a 
paru d'abord dans les éditions genevoises des 
communiqués boches, puis a passé dans nos 
traductions officielles des communiqués russes », 
Cri de P., 2-11-16, p. 10, c. 2 ; dauzat, mai 17, 
483, reproduit cette opinion et le reproche qui 
s'en déduit ; mais sévère avait passé, depuis 
longtemps, du sens Sans indulgence, Sans relâ- 
chement, au sens Exagérément dur, dans cer- 
taines alliances de mots comme châtiment 
sévère, climat sévère ; au sens Rude, Difficile à 
croire, dans En voilà une sévère /, rig. ; et l'an- 

— 488 — 



glais, qui dit severe d'un climat, d'un rhume, 
d'un mal de tête, d'une douleur, est accusable 
d'influence plus que l'allemand ; cf. finish. 

Cf. SOUS-évaluer, Apprécier au-dessous de la 
réalité : « Le correspondant du Times à Wa- 
shington télégraphie <...>> Cela n'est pas dû 
au fait que les héroïques exploits des Français 
sont sous-évalués », Matin, 19-9-16, p. 3, c. 2 ; 
est-ce traduit « de l'allemand unter-schaetzeny), 
comme le croit dauzat, mai 17, 483 ? on le 
trouve sous une influence anglaise ; « sous- 
évaluer», elwall, Dict. an glais- français, 13^ éd., 
traduisant to underçalue, terme de commerce ; 
— cf. « sous-estimer Veffort de nos adversaires », 
B. des A., 6-9-16, p. 5, c. 1. 

Cf. tendre une inondation. Inonder un sec- 
teur pour raisons stratégiques : « C'est sans 
doute à la même source [traduction des com- 
muniqués boches] que remonte l'étrange ex- 
pression tendre des inondations, employée dans 
plusieurs communiqués de mars 1917 », dauzat, 
mai 17, 484 ; non point ; cet emploi de tendre 
ne se défend pas seulement par ce texte officiel 
« Les inondations, tendues devant le front d'une 
position, en rendent l'attaque difficile ; mais 
<;...> », Instruction sur les travaux de campagne 

— 489 — 



approuvée le 21 décembre 1915, 89, mais aussi 
par un passage de daru, Venise « autour de 
laquelle une vaste inondation est toujours ten- 
due », Histoire de Venise (1853), II, 68, et par 
ce texte-ci, « Lorsqu'une place sera en état de 
guerre, les inondations qui servent à sa défense 
ne pourront être tendues ou mises à sec sans 
un ordre exprès du Roi », loi du 8-7-1791, 
titre I, art. 36, in M. de Fr., 1-2-16, 573. 

Cf. inchangé, Sans changement : « situation 
inchangée », usuel dans les communiqués offi- 
ciels dès oct. 14, et devenu par eux usuel popu- 
lairement au moins dans cette alliance de 
mots ; DAuzAT estime cette vogue due à une 
influence de l'allemand im^eraendert ; mais 
inchangé est dans littré ; M. Dauzat lui-même 
l'avait employé avant la guerre : «l'orthographe 
restait inchangée». Langue franc, d^auj., 116 ; cf. 
inchangeable, loti, UInde, Vers Bénarès, xi ; 
« des viandes invariées », huysmans. Cathédrale, 
110. 

sidi, m., A, Individu ; 81^ t., -16; | « Des 
journalistes ? — Ben oui, les sidis qui pondent 
les journaux », Feu, 39 ; « ce sidi-là », ib., 8-8- 
16 ; — valeur de dédain. — B, Soldat indigène 
algérien, Bicot ; usuel et général ; | « manger le 

— 490 — 



couscous avec les « sidis » », Bicard, ii, 16 ; — 
et aussi Travailleur colonial, employé à l'Ar- 
rière ; usuel à Rennes, mai 18, Ouest- Eclair , 
12-5-18, p. 3, c. 1. — Du vocatif arabe sidi, 
Monsieur, d'où le sens A, qu'a aussi monsieur, 
et le sens B parce que les hommes de couleur, 
êtres de soumission, ont souvent à dire sidi. — 
Cf. chouya. 

signaleur, m., Lapin ; monax : « il [un lapin] 
a Vair de jouer du télégraphe optique avec ses 
oreilles ; on l'appelle « le signaleur » )), m. b., 
N. Contes çér., 250. — Image juste, mais un 
peu Jules Renard ; je doute qu'elle se fasse 
recevoir comme métaphore usuelle. 

silencieux, m.. Coutelas de combat : « Le 
couteau de tranchées est désigné sous ses an- 
cins patronymes de lame et lingue. Au cours 
d'une patrouille, j'ai entendu un Parisien l'ap- 
peler son silencieux )), g. maréchal, 289^ inf., 
mai 18. — On compte aisément dans le présent 
lexique une cinquantaine d'adjectifs employés 
comme substantifs. 

[^ six- cents- mètres, m., Observateur de captif ; 
usuel à l'équipage d'un bateau tracteur de 
captifs, S*-Nazaire, -18. — Métonymie prise de 
l'altitude où monte fréquemment le captif. 

— 491 — 



six-mille au cul (avoir une), Etre très pis- 
tonné ; 5^ génie, -18 ; h. grelat. —6.000 est le 
chiffre de série d'une très puissante locomotive. 

soldat (jouer au). Se servir d'abord, Prendre 
la plus grosse part î « Tu vois que la quatorze 
[la 14® escouade] a taillé son pain en prenant 
son pain dans les boules de la demi-section, et 
puis après ils viendront prendre encore chacun 
sa demi-boule, et la treize se tapera. Faut pas 
jouer au soldat ! », 81® t., janv. 16. — Au passif 
être fait soldat, Etre privé de sa part ; dlle ; 
ROSS. — On connaît l'adage « Moi d'abord ! en 
bon militaire ». 

soldu, m.. Soldat, en tant que « ramassé 
pour des idéaux dont il n'a cure », et machine 
à agir passivement, f. de keralio, 40® art., 
-18 : « La viande qui pue, la viande qui sent. 
Les asticots qui se balladent dedans. Les 
mouches qui tombent dans le rata, Tout ça 
c'est bon pour le soldu », vieux couplet retouché 
à la rime ; ib. — Suffixe pris à poilu ; ou, si on 
préfère, chevauchement de soldat + poilu. 

sonner, 1, 1^, Atteindre par des armes à feu : 
« les Boches commençaient à nous « sonner » 
pour de bon », m. Toussaint, lettre, in barres. 
Echo de P,, 17-5-15 ; « C'est quand on a été 

— 492 — 



sonné là-bas [à Verdun] qu*on peut dire t 
« J' sais c' que c'est d' et' sonné ! » », Feu, 232 ; 
cf. 360 ; — soit par le canon : « Tu parles 
qu'on le sonne ! Sonne-le donc ! », artilleurs 
contemplant un tir d'artillerie sur avion, 
juin 16; I « les Boches les sonnent terrible- 
ment au 105 », E. R., Journ., 20-6-16 ; — soit 
par la mitrailleuse : « On nous sonne, et de 
très près, se dirent à la fois les deux chasseurs 
[aviateurs], qui avaient reconnu le crépite- 
ment de la mitrailleuse boche », Matin, 28-4- 
16, p. 2, c. 3 ; Tel de nos as « allait en « sonner )> 
un, — c'est le terme trivial et tragique », da- 
ÇAY, Journ., 10-10-16. — Sonner, Cogner, mot 
d'apaches ; voir bacantes et ruche. C'est en ce 
sens général, Cogner, qu'on l'entend aux aéro- 
dromes : « il faut chercher un terrain propice 
et se posera comme une fleur «sans trop « son- 
ner le zinc » ! », thavet ; on y dit, sans com- 
plément, sonner. Prendre un contact brutal avec 
le sol ; Miramas, mai 18. — Dér. : sonnage, m., 
Bombardement : « Tu parles d'un sonnage ! », 
Poilu du 6-9, in B. des A., 15-11-16.— 2^, Anéan- 
tir moralement : « J'ai été sonné par la nouvelle 
de <C...>- », M. PROTAT ; — syssém. : asseoir, 
assommer. 

— 493 — 



2, Engueuler ; conducteurs, s^ satiit. 45, 
mai 17, qui joignent le geste du sonneur de 
cloche ; très usuel, son sanit. 85, 17-18 : « Qu'est- 
ce qu'il m'a sonné ! » ; 95^ inf., -18. 

3, Envoyer promener : « J' vas t' sonner », 
40e son D. C. A., avr. 18 ; « J'ai reçu [à ladite 
son] un canonnier qui employait sonner qqn, 
l'Assommer, comme dans l'argot parisien. En 
quelques jours sonner a fait florès chez des 
hommes qui le comprenaient imparfaitement ; 
on n'entend plus dans la section que /' i^as i' 
sonner, Je vais t'envoyer promener ; exemple 
d'engouement pour un mot », 1* de la blan- 
CHARDiÈRE ; — malgré le champ restreint de 
cette notation, le sématisme n'y est pas aber- 
rant ; envoyer promener qqn, c'est en séman- 
tique exacte lui Coller un coup qui le rejette 
au loin comme pour une promenade, qui le fait 
valser (cf. p.olker) par la salle et rouler sur le 
parquet, cyclone involontaire où le spectateur 
voit méchamment du tourisme ; sonner, ce fut 
d'abord Frapper de haut en bas, mais le mot, 
s'étant généralisé au sens Rosser, peut devenir 
comme envoyer promener, dont le sens premier 
est Rosser, un équivalent de Se débarrasser de 
l'importun. 

— 494 — 



Cf. tirer le cordon, « canonner (en parlant de 
l'ennemi) » ; d. ; la traduction du témain, (un 
fantassin), est inexacte : il s'agit de la corde 
que le servant saque pour tirer le coup ; et ce 
geste chez l'envoyeur n'intéresse pas l'imagi- 
nation du destinataire ; ce cordon semble un 
s mple développement verbal de sonner (une 
sonnette, dans une maison). Quant au sonnage 
apache et artilleur, il se tire de sonner (un pi- 
lotis, en le frappant avec une sonnette). 

sop, m., Avion Sopwith ; Miramas, mai 18. 

— SOP est la marque inscrite sur l'appareil ; 
le règlement y veut les trois premières lettres 
du nom. — Les Anglais nomment leur Sopwith 
le chameau ; Vie Par., 25-5-18, p. 451. 

sorcier, m., Météorologue ; aviateurs, déch. 

— Prophète du temps. 

souasoua, 1, Avec élégance : « des as qui atter- 
rissent soi-soi comme des fleurs », juteux ; — 
2, Raffiné, Elégant : « Il recevait de sa marraine 
tous les quinze jours un colis, et quelque chose 
de souasoua », un ouvrier nantais ancien 
zouave, 81® t., -16 ; | « des paxons maous soi- 
soi », CHAPELLE ; Il connu dès -98, 19®inf.,de 
quelques sergents ; — on dit aussi soinsoin ; 
matelots, mai 18 : « un morceau de savon 

— 495 — 



solnsoin » ; | «un virage sur l'aile tout ce qu'il 
y a de « soinsoin » », Gu. Aér., 25-1-17, p. 166 ; 
— on dit aussi tsointsoin ; centres de Captifs 
et de Dirigeables, -18 ; | « — Ça gaze I — T'soin 
t'soin... », Mousqu., 25 ; ib., 159. — Apocope 
à redoublement de soigné ? ou de soyeux ? 
tel est le doute ordinaire, en France ; (cf. « la 
plus moderne, la plus soie-soie », Mousqu., 13). 
Or, c'est l'arabe souasoua, Egalement, En- 
semble. Ce qui est fait avec symétrie, balance 
et simultanéité est bien fait ; cf. à la hauteur, 
d^équerre, a^ec équilibre, à la dimension. L'em- 
ploi adverbial est donc antérieur à l'emploi 
adjectif. Cf. chouya. 

soufflant, lïi., 1, Revolver ; marins, mai 18 ; 
I « il ne voulait pas se rendre et tirait avec son 
soufflant », Cabaret, ^^1 ; || «_mon soufflant », 
MARODON, Le diamant ^ert, xiv, Journ., 3-2-17 ; 
Pistolet ; viDocQ. — 2, Pistolet automatique ; 
289e inf., mai 18, Oise. 

sous-marin, m., Commandant du camp d'av®^ 
de Pau et de tout camp d'av®^ ; mécanos, Pau, 
mars 18 ; (non confirmé par des témoins 
d'autres centres d'aven et d'aérostation). — 
Peut-être parce qu'il surgit à l'improviste, avec 
l'œil-du-maître pour périscope ? 



496 



sous-marin^ m., A, Cuisine-roulante ; inf., 
Lorraine, -15 ; 130® inf., -18 ; | voir rapport. 

— « A cause de sa forme », a. arnoux ; j'en 
doute. On applique à la roulante des noms de 
mécaniques modernes comme elle, pris aux 
chemins- de-fer : bousine ; — train blindé, m. ; 
D. ; — tortillard, m. ; d. ; — à l'automobilisme : 
pétroleuse ; — tank ; — à l'artillerie : quatre- 
cent-vingt, m. ; d. ; — canon à rata, m. ; d. ; 

— mitrailleuse à haricots, f. ; d. ; — lance- 
bombes, m. ; D. ; — à la marine : torpilleur à 
roulettes, m. ; inf.. Lorraine, -15 ; torpilleur, 
m. ; 2e c^l, -18 ; — six-cent-six, m., 2^ c^l, 
août 18, — c.-à-d. le torpilleur 606, 606 pour 
évoquer Vénus ; — le tout pour dire four- 
naise, véhicule et trépidation ; — son nom de 
marie-salope, f.,D., c.-à-d. Drague, parle d'absorp- 
tion et de vidange ; celui de batteuse, de bruit. 

B, Brodequin ; 81® t., janv. 15. — Naviguait, 
en effet, aux tranchées de Bailleulval, par des 
fonds d'l°^,50 ; syssém., d'ailleurs, de péniche, 
transat[lantique], etc. 

sous- verge, m., Second d'un chef ; d*où, 

A, Sergent-fourrier, et Scribe de bureau, par 
rapport au sergent-major ; 81® t., -17 ; — 

B, Lieutenant en second ; r. dupret ; 40® art., 

— 497— 

ESNAULT 32 



-18 ; — Il commander en sous- çergeyCommsindeT 
en second ; dlle. — Image de cavalerie ; le sous- 
verge est le cheval attelé à celui, dit porteur, 
qui porte le cavalier. Le préfixe sous- a aidé 
l'image à exprimer Sous-ordre, et particuliè- 
rement à traduire sous-lieutenant ; cf. contre- 
coup. Contremaître. — Antonyme : porteur, 
m., Lieutenant en premier ; 40^ art., -18» 

souss, f., Sous-intendance ; fagus, 563. — 
On prononce s ouz- intendance ; devenant final 
le z se mue de sonore en muette ; cf. pif. — A la 
sous-intendance de la 22® D^", la seule apocope 
connue était la souzin. 

Stéphane, m., Avion Nieuport biplace ; R. G. 
Aé., -18 et avant ; — ce type, accusé d'avoir 
un armement défectueux, avait avec un cé- 
lèbre poète du prénom de Stéphane cette res- 
semblance d'être mallarmé. 

straîer. Bombarder, Malmener : « « L'endroit 
est malsain, les Boches nous « strafent » ce 
matin », nous a lancé le chef d'un petit poste », 
MARSiLLAC, Le « Joumal » aux armées britan- 
niques, Journ., 13-8-lG. — AngHcisme tiré de 
l'imprécation boche « Gott strafe England ! », 
Que Dieu châtie l'Angleterre ! 

sucrer. A, Favoriser ; 81® art. 1., mai 18 ; 

— 498 — 



se faire sucrer, Se faire favoriser, Avoir des 
citations : « Le ...^ groupe d'artillerie s'est fait 
sucrer », 81® art. 1., Verdun, -16 ; « Il a été 
sucré », Il a eu le bon filon. Il a eu la bonne 
blessure ; 81® art. 1.; — B, 1, Blesser ; Expres- 
sions à la mode, Ver-Luisant, in Front, 16-2-17 ; 

— 2, Infecter d'un mal vénérien ; 109® inf. et 
8® génie, avr. 18 ; la construction la plus usuelle 
est se faire sucrer, équivialent du passif ; || su- 
crer. Maltraiter ; rig. ; — le sens B est iro- 
nique. — Syssém. : assaisonner, A, Griser : 
« Nous l'avons assaisonné » ; — B, Blesser ; — 
sens tous deux usuels à Paris et au front, 14- 
18. — saler. A, Réprimander ; — B, Blesser ; 
14-18 ; — C, Infecter d'un mal vénérien ; — - 
poivrer. A, Griser ; — B, Infecter de syphilis. 

— Cf. conditionné. 

surface (en), A ciel ouvert, hors d'une cave ; 
marins, mars 18 : « Le bombardement passé, 
on surface !» ; « C'est un poivrot ! Il est som- 
melier ; mais quand il revient en surface, on 
voit mieux son nez, on dirait le phare d'Eck- 
mûhl ! » — Pris de la navigation sous-marine. 

survoler, Dominer en volant ; est entré dans 
l'usage oral populaire sans supplanter voler au- 
dessus de ; 81® t., 16-17 ; H Un monoplan « a sur- 

— 499 — 



volé Pont-à-Mousson », Matin, 8-6-12. — On a 
créé récemment aussi sur- vêtements, Vêtements 
de dessus (et sous- vêtements) ; surtricot, Tricot 
de dessus, Feu, 14 ; attaques surmarines des 
sous-marins ; surcursion de zeppelins à Paris, 
Incursion de zeppelins au-dessus de Paris. 

table de nuit, f.. Avion d'observation, des 
types cages à poules ; quelques aviateurs, 17- 
18 ; — image exprimant, comme hoîte à fro- 
mage, le parallélisme des deux plans d'un bi- 
plan ; les haubans jouent le rôle des quatre 
colonnettes reliant les deux étages de certaines 
tables de nuit. 

tachette, f., Baïonnette ; V. du p. — Langue 
d'oc tacheto, f., Petit clou à tête ronde ; mis- 
tral. — Syssém. : clou. Baïonnette ; rig. 

tacot, m., A, Machine locomotrice : a, Voi- 
ture automobile ; usuel et général, 14-18; || 
01-14 ; — b, Train de ravitaillement à» voie de 
0^,60 ou 0«i,40, derrière les lignes ; 81^ t., 16- 
17 ; 130^ inf., 17-18; | z, Armée de la guerre, 
118 ; Il Train départemental ou à voie étroite; 
avant -14 ; — c. Avion '. « Tu as les papiers du 
« tacot » ? », PUNCH, Fantasio, 15-8-16 ; — 
d, Dirigeable ; pilotes de dirigeables, déc. 17 ; 
— e, Captif ; un commandant de centre de 

^ 500 -^ 



captifs, avr. 18 ; — f, Tank ; un officier du 
500^ A. S., août 18. 

B, Machine à lancer des projectiles : a, Mi- 
trailleuse ; 156® inf., avr. 18 ; — b, Canon de 
75 ; 40e art., 5® b^e, mai 18. 

C, Machine : ton tacot, ta Machine à écrire ; 
fourriers de la marine, mai 18. 

Cette liste des sens ne représente pas leur 
génération ; seul l'emploi A% qui est le plus 
risqué des emplois A, un captif n'ayant pas de 
moteur propre, sort de l'emploi A^, par exten- 
sion ; les autres dérivent du sens premier de tacot. 

Un tacot est un petit tac, un petit Clou ; tac 
et ses dérivés s'appliquent à travers de nom- 
breux parler s spéciaux à divers objets compa- 
rables à un clou (^). 



(^) Le breton a tach, Clou, pris au vieux-français, où 
le mot a donné le verbe attacher. On a signalé à d. du- 
ché, Clou, tape-dache, Cordonnier. L'argot savoisien dit 
« faria » a tac, Bâton ; le français a taquet, Clou de bois 
(qui arrête, soutient, sert pour amarrer, ou, enfoncé en 
terre, donne un alignement, voir hdt) ; tacques, Usten- 
siles de fer fondu, (littré), dont clous, Outils de fer, est 
syssém. ; la langue d'oc a tacheto, Clou ; l'espagnol a 
taco, Cheville, et Lance mousse. (Dans le français parade 
de tac, du tac au tac, tac ne s'expliquerait-il pas mieux 
comme un syn. de pointe, que par l'onomatopée que pro- 

— 501 — 



D'autre part les ouvriers appellent leurs 
outils des clous, rig. et usage général, 98-18 ; 
les malfaiteurs aussi leurs outils (dlle, ross.) ; 
toute machine, une bicyclette (dès -95), une 
montre (ross.), le 75 (40® art., -18), est un clou. 

Tacot == Clou ; or clou = Outil, Machine ; 
donc tacot = Outil, Machine. Les substitutions 
synonymiques sont les syllogismes du peuple. 
— Pour ce qui est des emplois A, tacot, Ma- 
chine locomotrice, on conçoit qu'il est aisé de 
faire passer le mot d'une sorte de locomotion 
à une autre ; on s^embarque dans un wagon ; 
en voiture ! dit le pilote aviateur à son passa- 
ger ; voir coucou, berlingot, taxi. — On trouve 
en outre sous bécane, Machine grinçante, des em- 
plois correspondant aux sens A, B et C de tacot. 



pose HDT ?) — Emplois figurés : tac, Phlegmasie érup- 
tive, (mieux explicable comme syssém. de cZow, Furoncle, 
que par le latin tactus que propose hdt) ; tacot, Tige de 
végétal coupé restée en terre et aiguë, (H*-Maine) ; tac, 
Scorpion et autres reptiles, (centre et centre-ouest, voir 
JAUBERT et l'Atlas linguistique) ; taquet, tacot, tacaud, 
tacon, noms de poissons, Gadus luscus, Callionyme lyre, 
Saumonneau, (sur la Manche, en Bretagne et dans le 
centre-ouest, voir littré), syssém. de nombreux noms 
comparant le poisson à un outil pointu, aiguillette, étiquOi 
coyaUf lançon, alêne, etc. 

— 502 — 



taf (mon), 1, mon Compte ; 6® et 12® înf. 
(usité plutôt par les Parisiens dans ces corps à 
forte proportion d'hommes du sud-ouest), 
-17 ; 95® inf. (recrutement berrichon), avr. 18 : 
« Toi, t'as eu ton taf, va-t'en », propos du ca- 
poral d'ordinaire distribuant le vin, 6® et 
12® inf. ; « en avoir son taf », 95® inf. ; — 2, mon 
Saoul : « Boire son taf de pinard », 95® inf., 
avr. 18; I « D. — Quelles sont ces pensées 
[qui agitent le poilu au moment d'être relevé 
des lignes] ? — R. — <...> ; le poilu pense 
simplement qu'on va en écraser et boire son 
taf de pinard », le Pépère, 1-10-16, p. 2, c. 1. 
— Le mot d'argot fade, signalé depuis -27 et 
toujours vivant, a les mêmes emplois : 1, açoir 
son fade, Avoir sa part dans une distribution, 
2, être fade, Avoir son saoul (d'un agrément ou 
d'un accident), et spécialement fade, Ration de 
boisson, « Les meness's aboulent par douzaines, 
R'nifler leur petit fad' d'eau d'af », Les femmes 
arrivent... boire leur petite dose d'eau-de-vie, 
V Assommoir de Belleçille, chanson, (1850), in 
SAIN., Sources ; mais on ne voit pas pourquoi 
fade eût été chaviré en *dafe et *dafe altéré 
en taf. — L'Anjou et la Bretagne (Nantes, 
Brest, S*-Brieuc) disent un taf pour un Chapeau; 

— 503 — 



les deux taf ne sont pas aussi éloignés qu*il 
paraît d'abord : un Verre et un Chapeau tri- 
corne ont le commun nom de lampion ; un 
Haut de forme est dit un décalitre (et un bois- 
seau) ; le colhack, Coiffure militaire en cône 
tronqué, sert à désigner le Verre de liqueur, 
DLLE, F.-A. 

tamar, m., Café : Un poilu servant le café : 
« Allez, au « tamar », là-dedans <...>► dégustez 
le moka de la roulante, supérieur au bois de 
panama », p'tit gars. — Le « tamar indien », 
« fruit purgatif rafraîchissant », célébré à la 
4® page des quotidiens, se vend dans les phar- 
macies en boîtes de bonbons à 2 fr. 50. 

tambour, m.. A, Caporal-fourrier ; 81^ t., 
-16 ; Brigadier-fourrier ; 81® art. 1., -18; | 
« Le chef et le sergent-fourrier jouent la par- 
lante contre le tambour et le scribe du bu- 
reau », B. des A., 22-3-16, p. 14; 1| usuel aux 
dragons, rig.; courteline, 8 h. 47 (au 22® chass. 
à cheval, Commercy), i, 3 ; — B, Fourrier ; 
D. m. p., qui ajoute « Le tambour pied, sergent 
ou margis fourrier », [pied, Sergent), et, au mot 
sac, tambour, Sergent-fourrier. — Je n'ai guère 
observé dans l*usage que le sens A ; cependant 
tambour seul peut ne signifier que Fourrier et 

— 504 — 



convenir aussi bien aux deux sortes de four- 
riers, — soit qu'on le comprenne comme expri- 
mant l'idée d'Homme lige (du sergent- major), 
cf. sous-verge^ en se reportant par exemple à 
ce texte-ci, « Il y a dix jours, vous m'accusiez 
d'être le « tambour » de MM. La Chapelle et 
Le Bail. Aujourd'hui «<.••>> vous utilisez une 
lettre de M. Lanoir, dans laquelle son auteur 
prétend, cette fois, que je suis à la solde du 
Père Pupey- Girard, « camérier du pape » ?» 
BiÉTRY, Matin, 29-12-06, — soit que, beau- 
coup mieux, on l'explique comme un déve- 
loppement de baguettes^ Galons dorés insigne 
de la fonction de fourrier, qui du biceps con- 
vergent vers le nombril en posture de taper 
sur une peau d'âne. 

tangent, 1, Sujet au détraquement, (en par- 
lant du canon) ; artilleurs, -16 ; — 2, Risqué, 
Hasardé ; 40^ art., 5^ b*% mai 18 : « c'est tan- 
gent ». — Cf. tangents, Sous, parce qu'ils 
prennent aisément la tangente hors des bourses 
les plus rondes. — En aviation on appelle 
techniquement tangent à V impuissance de sus- 
tentation, et plus court tangent, tout appareil 
qui arrive près de son « plafond », sa surcharge 
ou la faiblesse de son moteur faisant qu'il n'a 

— 505 — 



plus que juste la force nécessaire pour se sou- 
tenir ; une valeur péjorative s'attache au mot, 
car Tavion est toujours dangereux quand il 
devient tangent ; certains appareils, surtout 
dans les écoles, ont des moteurs mal réglés pour 
lesquels la tangence commence dès le décollage 
du sol ; d'où les textes suivants : « C'est un 
sale berlingot, il est tangent », Brise d'enton- 
noirSj in B. des A., 28-3-17 ; « « Le « 50 » est 
« tangent )> lui a dit son moniteur, « ne cabre 
pas afin d'éviter les pertes de vitesse » », tha- 
VET, Gu. Aér., 29-3-17 ; sous-entendu tangent 
dès les basses altitudes. 

tango, A, Orange des écussons du col pour 
l'aviation : « écussons tango »,2® groupe d'av^n 
17-18 ; — nuance nommée sans doute pour 
avoir été adoptée lors de la vogue de la danse 
dite tango. L'escadrille des avions boches 
Tangos a pour couleur un rouge sang. — 
B, Tangage volontaire en avion, pour échapper 
à un projecteur ; Mousqu., 47 ; ou par fan- 
taisie ; ib., 87 ; — ^ jeu de mots ; — cf. montagnes 
russes. — C, Bataille ; inf., d. ; — syssém. : 
valse lente !, A l'attaque ! ; d. ; — danse, usuel 
et ancien ; — cf. toboggan, cinéma. 

tank^ m., 1, Auto blindée de combat en usage 

— 506 — 



à partir de la mi-sept. 16. — On a d'abord 

hésité sur le genre : « la tank », voir posséder ; 
« le tank », Vie Par., 4-11-16, p. 841 ; Matin, 
16-11-16, p. 1, c. 2 ; le mot est f. en anglais en 
ce sens de guerre : « she », Elle, comme en par- 
lant de vaisseaux ; • — le mot signifiait Citerne ; 
pendant la construction des premiers tanks les 
autorités anglaises baissèrent croire qu'il s'agis- 
sait de réservoirs à alcool (^). —D'où tank mâle, 
m., Tank boche à deux tourelles mobiles ar- 
mées chacune d'un canon, et, dit-on, à case- 
mate centrale, s'élevant et se rabaissant par 
crémaillère, portant sous sa coupole un troi- 
sième canon, calibre ^7^J^ ; tudesq, Journ., 
26-4-18 ; — mâle parce que cet engin est deux 
fois plus fort et plus rapide (7 à 8 km. à l'heure) 
que les tanks primitifs. — Dér. : tankeur, m., 
Combattant affecté aux tanks : « OFFICIER 
tankeur », Vie Par., 16-2-18, p. 158, c. 1 ; ih., 
16-3-18, p. 246, c. 2 ; (cf. skieur, m.. Homme 
faisant du ski ; — sans qu'il y ait de verbe 
* tanker ni * skier) ; — et avec une forme an- 



(^) Autre origine d'après les Débats, 1 1-8-1 8 : l'inven- 
teur du tracteur à caterpillars serait Thomas Tank Burrel, 
manufacturier. ; que ne l'avait-il crié ? 

— 507 — 



glaise, tanker, m., même sens ; seul usuel au 

500e A. S., août 18 ; I « JEUNES tankers », 
Vie Par., 23-3-18, p. 269, c. 2 ; ib., 11-5-18, 
p. 424, cl. — Syn. de tank : Caterpillar, m. : 
« section de caterpillars )>, tampon adminis- 
tratif apposé sur un pli, nov. 16 ; semble tout 
à fait désuet, dans son emploi militaire, en 
-18 ; — anglais caterpillar (chenille) ; la roue 
Cingoli permet aux tanks de ramper et de 
franchir les obstacles à la mode des chenilles ; 
— char d'assaut, m., imposé dans l'A. S. par 
le gén. directeur ; inusité dans les autres armes, 
août-oct. 18. 

2, A, Cuisine-roulante ; 156® inf., C. M. -3, 
et 130® inf., juin 18 ; — cf. sous-marin. — 
B, Voiture à viande ; d. 

taper, A, Faire son bruit rythmé, (en parlant 
d'une mitrailleuse) ; « Une mitrailleuse proche 
tapa », M. B., Contes çér., 171 ; |1 (en parlant 
d'un moteur d'avion) « Mon moteur « tape » 
bien. Je monte», la batte, Fantasio, 1-9-11 ; — 
cf. « Le tapotement de nos mitrailleuses résonna», 
J. p.. Contes vér., 276 ; — tap-tap, onomatopée 
du tir de mitrailleuse ; a. a., ih., 127, 143 (^). 



(*) Onomatopée plus usuelle de la mitrailleuse : tac J 
« le tac-tac énervant », h. o., N. Contes vér.y 224 ; « tac, 

— 508 — 



— B, unipersonnel, Bombarder : Ça tape ; inf., 
Lorraine, 14-15 ; — syn. : ça buque ; 141^ t., 
D. ; I « Ça buquait », recueilli d'un paysan, 
vers Soissons, par h. barbusse, et mis dans le 
Feu, 34 ; Il de buquer, Taper, sorel, Francion, 
I, (éd. Garnier, 24) ; Agréable conférence (1649), 
p. 4 ; texte de -77, in rig. 

tarare, m.,i, Automobile ; voir chaufferette; \\ 
Automobile usée ; Bordeaux, -07 ; — assimila- 
tion auditive de l'automobile à une certaine 
machine bruyante. La manivelle et l'entonnoir 
d'un tarare n'ont sans doute pas d'importance 
sémantique. — 2, Char d'assaut ; 500^ A. S., 
août 18. — Syssém. : batteuse, f., Cuisine-rou- 
lante ; D. 

. tasser qqch. (se). Manger qqch. : « Quand je 
l'ai vu se tasser une sardine et un bout de pain 
comme ça, ça m'a fait pitié », un artilleur pari- 
sien, nov. 17 ; — sous-entendu : dans le gosier ; 



tac, tac, tac ! », g. v., i6.,268 ; « le « tacata » », enseigne ***, 
Revue de Paris, 1-10-15, 634 ; « le tac-tac », montrion, 
Gu. Aér., 27-12-17 ; « Tac, tac, tac ! », delvert, Quelques 
héros, in Gu. Aér., 3-1-18, p. 136. Et beaucoup moins 
usuelle : « Taratata ! »,e. c, Pet. Journ., 8-4-16 ; « ta-ra- 
ta-ta », Matin, 18-4-16, p. 1, c. 6. 

— 509 — 



syssém., d'ailleurs, de cogner, car on dit tasser 
des gnons à qqn, « c' que j' lui ai tassé ! » 

tatane, f., A, Brodequin militaire, Soulier, 
mécanos d'av^^^ Pau, mars 18 ; (je ne Favais 
pas entendu auparavant) ; 246^ ou 289^ inf. 
avant avr. 18 ; « n'est pas inconnu » à des sol- 
dats ayant passé en -17 par les 6^ et 12^ inf. ; 
« il a touché des tatanes neuves »; | Chaus- 
sure ; V. du p.; Il antérieur à -14 selon un 
fantassin parisien et un chass. alpin niçois qui 
l'emploient usuellement en mai 18 à Jarville 
près Nancy. — Le Parisien susdit croit à une 
onomatopée : la savate claquant sur le parquet 
ferait ta-ta ; ce qui ne l'empêche pas de nier le 
sens Savate et de dire : taîane, « Toute espèce de 
godasse » ; (interrogé sur le genre de tatane : 
« une tatane, quoi, comme une godasse !» ; pour 
cette impression de parasitisme argotique, cf. 
pépère). « J'ai entendu des permissionnaires de 
Paris appeler leurs chaussures des tartanes 
(parfois altéré en tatanes) : métaphore d'origine 
provençale, dont la diffusion a été favorisée 
par le sens argotique analogue [syssématisme] 
de « bateau » (et peut-être aussi, pour la forme, 
par tartine [Soulier] <...>) », dauzat, mai''17, 
485. Je n'ai pu observer la forme tartane ; au- 

— 510 — 



tant il est aisé d'expliquer tatane par * tartane, 
et le Niçois susdit l'explique ainsi, autant il est 
aisé de voir en tartane une déformation de ta- 
tane par étymologie populaire. 

B, Pied ; 246® inf., 17^ ci% mars 18 ; soldats 
parisiens, avr. 18 ; « J'ai mal aux tatanes », 
L. SAMBARDIER ; (scns nié énergiquement par 
le fantassin parisien et l'alpin niçois susdits, 
et inconnu aux 6^ et 12^ inf., -17, 2^ 0»^, -18) ; 
[ tatane, Pied, a été apporté à Ménilmontant 
par (( des soldats venus en permission )),« depuis 
un an à peine », dauzat, 27-6-17 ; cf. 16-5-17 ; 
D. le laisse tomber. 

De A à B, le passage sémantique est aisé ; 
une Marseillaise me disait couramment Quittez 
ç>os pieds, Quittez vos chaussures, 97-05 ; 
c'était une plaisanterie ; mais souvent il est 
inutile de distinguer entre le pied et la chaus- 
sure : « Il a sali le parquet avec ses pieds sales » 
se dira .d'un homme aux souliers crottés. Sur- 
tout, la chaussure épousant le pied, tous deux 
ont une forme analogue ; aussi les nomme-t-on, 
par échange mutuel, le Pied pot à crasse, à 
l'occasion ribouis,\eL Chaussure ripaton,tous deux 
boîte à violon, rig. et trottinet. — N'est-il pas 
remarquable que le mot qui rime le plus riche- 

— 511 — 



ment avec tatane, savoir le mot militaire mata- 
tane, f., Salle de police, fustier et dlle, soit 
un syn. de boîte et de violon ? Ce rapproche- 
ment vaut en sémantique mieux que ne vaut 
en phonétique l'hypothèse, de la chute du r de 
* tartane. — Naturellement, si on observait que 
les chaussures soient nommées argotiquement 
des * tannées ou * tannantes, il y aurait là de 
quoi penser. On signale à d. un cordonnier de 
Châtel-Gérard (Yonne) surnommé dès long- 
temps le tatane. 

-tau, suffixe pour tout nom propre ; 109® inf., 
9® cl®, -16 i un coiffeur de Chaumont et un 
boucher de Paris y lancent la mode de pro- 
noncer en -au tous les noms terminés en -au, 
ex. : hoyaii ; aux noms propres ils ajoutent -taiX, 
ex. : Grolleautaii, Robintau. — La fréquence 
du i à la fin des noms propres français rend 
compte du t de ce suffixe dont le reste s'ex- 
plique par le jeu de supposerjphonétique la 
graphie au. — J'ai écarté de ce recueil les no- 
tations de morphologie ; j'accroche ici celle 
d'un infixe argotique passepartout usité par 
un Parisien, graveur sur métaux,^au 81® t., 
-17, ex. : Ct/mcouille et mes denxno de 
BergecoVLille et mes deuxrac ; — couille de 

— 512 -- 



mes deux, au 2^ c^^, -18 et dès avant août 17. 

taube, m., Avion boche ; 81^ t., -15 ; — ex- 
tension du nom d'une marque d'avion de bom- 
bardement. 

taxi, m., A, Avion ; aviateurs, 14-18; | david, 
carnet, 23-8-14, in Gu. Aér., 11-1-17, p. 135 ; 
MusiDORA. — De taxi, Fiacre à taximètre, Pa- 
ris, -05. — Dans le militaire anglais un avion 
« is usually called a « bus )> », Morning ; il y a 
longtemps que l'anglais emploie hus, Omnibus. 
— Cf. tacot, berlingot, chignole, péniche ; — 
cocher, m., Pilote-aviateur ; Mousqu., 87 ; — 
écurie, f., Hangar d'aven ; ib. — B, Voiture à 
bras ; D. — C, Char d'assaut ; 500^ A. S., 
août 18. 

télé, m., Téléphoniste ; Boum ^oilà /, in 
B. des A., 30-8-16 ; « l'appel d'un télé.j qui se 
meurt d'ennui », Vie Par., 10-3-17, p. 232, 
0. 3 ; — cf. phoniste. 

téléphonard, m.. Téléphoniste ; usuel et gé- 
néral, A. ARNoux ; I Cabaret, 462; ■ — cf. fron- 
tard. — Apocope, syn. : phonard, m. ;1306inf.,-18. 

téléphoner, A, Aspirer à l'aide d'un tuyau 
de caoutchouc le vin d'un tonneau qu'on a 
percé frauduleusement, méfait reproché dans 
les conseils de guerre du front ; 124^ inf., 

— 513 — 

ESNAULT 33 



l^e Qie^ . j^7 ; D. ; — métaphore prise de Tattitude 
du téléphonant et du tuyau conducteur auquel il 
est suspendu. — B, Chier ; très usuel au 109® inf ., 
-16, au 95® inf., depuis fév. 18; || dlle ; — se 
développe naturellement en téléphoner à 
Guillaume {écrire à Bismarck étant coco) ; 
d'autres, selon les antipathies, téléphonent au 
pape, 109® inf., -16. 

temps (heure du), f., Heure vraie astrono- 
mique, par opposition à l'heure officielle dé- 
calée système Honnorat ; un 2d-m®, fév. 18 ; 
— temps, Ciel, comme dans oiseau bleu couleur 
du temps, et le temps tombe par morceaux. 

terri, Territorial ; lambert. — torrial, m., 
même sens ; et torriale, f., Infanterie territo- 
riale ; D. m. p. — Cf. les deux apocopes de 
téléphoniste, de capitaine et de combinaison. 

têtard, m., Cheval ; agatha ; « 1' têtard du 
major », Feu, 106. — De têtard, Têtu ; rig. 

teuf-teuf (fusil), m.. Fusil-mitrailleur ; 2® c^^, 
août 18. — Cf. fusil automobile, m., Fusil auto- 
matique 1917 à chargeurs ; ib., sept. 18. — 
Dans le f.-m. il y a évidemment de l'automa- 
tisme, de V automobilisme par confusion plai- 
sante, mais teuf-teuf a plus de précision que 
d'évoquer les autos : teuf-teuf^ tuf-tuf, tf-tf, est 

— 514 — 



ronomatopée du crachat, g. e., Lois, i, 14 ; or, 
le f.-m., « quand il tire, me disait un cama- 
rade, a l'air de cracher toutes ses dents », 

G. MARÉCHAL, aOÛt 18. 

tigre, m.. Soldat de la classe 19 ; un conscrit 
nantais signe « votre tigre », sept. 18 ; | « Les 
jeunes recrues de Draguignan, de Brignoles et de 
Toulon ont solennellement consacré en de fra- 
ternelles réunions mêlées de chants et d'allo- 
cutions patriotiques le surnom de tigres donné 
aux petits soldats de la classe 1919, en hom- 
mage au premier ministre [Clemenceau] qui 
est l'élu du Var depuis de nombreuses années », 
Matin, 25-4-18, p. 1, c. 3. — Cf, : Tarmée à 
Clemenceau, les Renvoyés des usines en 1918 ; 
40^ art., oct. 18 ; — cf. joffre, charles-humbert. 

tir de barrage (demander le), ou l'artillerie, 
Vomir du vin rouge ; 2^ c^^, nov. 15, usuel en 
mai 17-sept. 18. — Syn. et explicatif : lancer 
des fusées rouges ; ib. — Lancer une fusée, 
Vomir ; dlle. 

tire- bouchon, m.. Baïonnette ; Le poilu fran- 
çais nomme « the old-style bayonet », (la 
baïonnette ancien modèle), « a cabbage-cutter », 
(un coupe-choux), « a cork-screw », (un tire- 
bouchon), Morning. — Coupe-choux convient à 

— 515 — 



la 74, mais tire-bouchon à la 86, et c'est un bon 
syssém. de fourchette, ce qui compense la min- 
ceur d'autorité du Morning. — Cf. tire- Boche 
sous rince- Boches. 

tiser qqch. (se). Prendre (comme nourriture, 
comme corvée), « Se mettre », « S'appuyer » 
qqch. : « Qu'est-ce qu'on va se tiser ! », 13^ tir. 
alg., juill. 18 ; « A l'Yser, on s'est tisé quelque 
chose », un zouave, -18 ; connu de i. lâchât, 
mais non par le 2^ c^^. — De attise. Bois que 
le brasseur met sous la chaudière ? Syssém. 
de s* enfourner qqch. ? 

toboggan, m.. A, Chute rapide d'un avion, 
(par ex. du fait d'un « trou d'air », dépression 
barométrique locale) ; Mousqu., 136 ; — B, Voi- 
ture automobile ; l. imbert. 

toboggan (sauter le). Aller à l'assaut ; 156® inf ., 
mai 18. — L'effet de chute en arc de cercle 
obtenu au bas de la glissade en toboggan est-il 
représenté ici par le franchissement du para- 
pet de l'ennemi, après la course rapide sur le 
« billard » périlleux ? Plus probablement, to- 
boggan développe verbalement l'idée de saut ; 
l'assaut et le toboggan ont pourtant cette res- 
semblance réelle qu'il y faut aller jusqu'au 
bout ; cette idée se retrouve dans Lâchons 

— 516 •— 



tout !, A l'assaut !, d., pris au Lâchez-tout ! des 
aéronautes. — Cf. tango. 

tôlier, m., Homme puni de prison ; agath a ; — 
de taulCf Prison. — Syn. : tôlard, m., 40® art. ,-18. 

tomber sur qqch., le Chaparder ; 81® t., 14-17 ; 
— « J'avais un quart tout à l'heure ; qui est-ce 
qui est tombé faible dessus ? )), 81® t., -16 ; — 
tomber dans qqch., même sens ; e. h., Temps, 
24-5-15. — Syssém. : s'évanouir sur qqch., le 
Chiper, en Prendre indiscrètement ; usuel dès 
-99 ; — se trouver mal sur qqch., le Chiper ; 
RI G. ; — se casser le poignet sur qqch., le Chi- 
per ; 81® t., 14-17; Il 65® inf., -12 ; se fouler le 
poignet sur qqch., le Chiper, Feu, 196 ; — cf. 
« J'ai été condamné cinquante fois, toujours 
pour ivresse ; jamais je ne suis tombé sur les 
mains )), ... jamais je n'ai Volé,un docker nan- 
tais, déc. 14. — L'image est celle d'une chute 
simulée dont le but est de ramasser un objet. 

tommy, pluriel tommies (prononcés tous 
deux tomi), m., Soldat du Royaume-Uni ; 15- 
18 ; I LAMBERT. — Usucl outre-Manchc. (Les 
Anglais ne sont pas sûrs de l'étymologie, ou 
en sont trop sûrs. Certains admettent qu'un 
certain Atkins, Tommy de prénom, se conduisit 
bravement à Waterloo ; B. des A., 4-10-16, 

— 517 — 



p. 10. On dit préférablement qu*un rédacteur 
du ministère de la guerre anglais, dans les pre- 
mières années du 19^ siècle, remplaça le N..., 
symbole de nom d*homme, qui figurait sur les 
modèles de prestation de serment, par un nom 
et un prénom fort communs, et qu'un sobriquet 
en résulta, qui traînait dans les casernes depuis 
longtemps déjà quand Kipling le jeta dans le 
grand public par ses Ballades de la chambrée 
dédiées à Mr T. A. ; viard, Pays de France, 
5-10-16, p. 10). — sammy, pluriel sammies, 
(prononcés sami), m., Soldat des Etats-Unis, 
n'a dans l'usage français qu'un succès beau- 
coup plus maigre que tommy. — Sammy, 
comme qui dirait Enfant de l'Uncle Sam, ne 
va pas sans protestations aux Etats-Unis, dont 
écho dans VŒuçre, 16-5-18, p. 2. — Je n'ai 
jamais entendu teddy, pluriel teddies, syn. de 
sammy, que les journaux ont vo' lu lancer, — 
comme qui dirait Enfant de Teddy Roosevelt, 
sobriquet en vogue nulle aux Etats-Unis, me 
disent les Américains ; — non plus que nicolas, 
Soldat russe, D. m. p., — du nom du tsar Ni- 
colas II. — yank, m., syn. estampillé par le 
gén. March, chef de l'Etat-Major, 14-8-18, est 
lui-même « unsatisfactory », The Gas Valide, 

— S18 — 



(journal des Dirigeables de Paimbœuf), 16-8-18, 
p. 1, c. 3. 

tonneau, m., Acrobatie d'aviation consistant 
à avancer par une vrille horizontale ; aviateurs, 
mai-oct. 17; | « amorce la vrille, un coup de 
tonneau vigoureux et une feuille morte tapée, 
remets la sauce au ras des tranchées boches », 
sTABiLo, Gu. Aér., 7-6-17. 

tonneau (faire un). Lancer une bombe de 
tranchée vers un but précis ; D. m. p. \ \\ même 
sens, Argot de S^-Cyr (1893). — Comparaison 
avec un jeu bien connu ; — cf. pétoir, lapin. 

torpiller, A, a, Mettre à mal : « Porte-mon- 
naie torpillé )), Mousqu., 36 ; — b, Punir ; 
8® génie, c^^ D-4, sept. 18. — B, torpiller qqn, 
lui Injecter de la quinine ; d. ; — image prise 
à la guerre navale, non sans allusion au tor- 
pillage électrique du d^- Vincent, fameux dans 
l'été 16 ; — cf. takata, m.. Médecin du ba- 
taillon ; D. ; — très probablement parce qu'il 
pique et repique, (voir sous taper l'onomatopée 
tacata), antityphoïdiquemcnt et antiparaty- 
phoïdiquement. 

toto, m., Pou ; usuel aux troupiers, hiver 14- 
15, Argonne, et Champagne ; cuir., 1^^" gr. 
léger, Artois, mars 15 ; « totos » légende d'un 

— 519 — 



crayonnage mural représentant un pou, 
Bailleulval (P.-de-C), sept. 15, d'auteur in- 
connu, (mais étranger sans doute au 81^ t. 
où je n'ai pas entendu le mot); | henriot ; 
CHAPELLE ; Il recueilli d'une paysanne nona- 
génaire à Montier-en-Der (Barrois), -03, usuel 
à l'hôpital S*-Louis, -89, d. — Cf. toto, Sein, 
DLLE ; et mon toto, terme d'amitié de mère à 
enfant, fagus, 563, non pour le sématisme mais 
pour leur forme hypocoristique. 

toubi, m., Médecin ; quelques soldats, 15-16 ; 
231^ inf., H. BARBUSSE ; I Feu, 34; dauzat, 
mai 17, 485. — Déformé de l'arabe toubib, 
Médecin, très usuel aux coloniaux, aux marins, 
14-18,. et depuis au moins -79. Cf. chouya. 

toumané, m., Tirailleur sénégalais ; usuel 
aux coloniaux; | D. m. p. ; « nos Sénégalais 

— les Toumanés, pour les appeler de leur sur- 
nom français, cadets noirs de notre Dumanet 
populaire — », guignard, B. des A., 15-11-16. 

— De Toumané, prénom pour le fils aîné, 
fréquent chez les Soninké, (Sénégal) ; / ni 
segué, Toumané, Bonjour mon vieux, en sabir ; 
Toumanéa,{= chez \0oumané), ville de Guinée; 
CH. MONTEiL. Cf. malabar. 

tourlousine (se foutre une). Se battre (avec 

— 520 — 



qqn); 289^ inf., oct. 17-juill. 18; || connu avant 

-14 de p. CHARPENTIER. 

tournant (passer au), Etre condamné par le 
conseil de guerre î Si les ânes « se trottent dans 
les lignes boches, c'est-y eux ou le conducteur 
qui passera au « tournant » ? », valmy-baysse, 
Journ., 9-10-16. — Syn. : passer au tourniquet : 
« J'ai failli passer au tourniquet [pour insultes 
à supérieur] ; le lieutenant a arrangé l'affaire », 
Cabaret, 458; || sens antérieur plus précis,pas5er 
au tourniqu\ Etre envoyé aux c*^^ de discipline, 
19^ inf., 95-96 ; marins, -18 ; tourner, même 
sens, 19® inf., 95-96. — Syssém. : passer (des 
femmes) au moulin à café, Envoyer dans une 
colonie, par mesure de police, (une cargaison 
de femmes que la police vient de rafler), de- 
LATTRE, plaidoirie du 27-1-79, in rig. ; — le 
moulin à café, la Correctionnelle ; dlle ; — les 
prévenus défilent et sont broyés l'un après 
l'autre, mécaniquement, graines avant, pous- 
sière après ; en technologie tourniquet et mou- 
linet sont des syn. ; et un Moulin (à blé) est 
nommé en argot un tourniquet, dès 1628 ; le 
tournant est aussi un mot technique : « Sys- 
tème qui, dans un moulin, fait tourner les deux 
meules », hdt ; — Biribi, les c*®^ de discipline ; 

~ 521 — 



• — le jeu de Tourniquet des foires s'appelle Iç 
biribi ; à ce jeu a été comparé le conseil de 
guerre j puis une extension a porté le mot au 
système pénitentiaire où ce tribunal envoie ses 
condamnés. — Voir moulin à café. 

tourne-broche , m., Baïonnette ; lambert ; 
Le poilu français nomme sa baïonnette « a 
knitting-needle », (une aiguille à tricoter), 
« a roasting-spit », (une broche à rôtir), Morning. 
— Cf. tourne- Boche sous rince- Boches. 

tourniquet, m., A, Estomac : « Ah ! qu'on 
va s'en fout' dans 1' tourniquet ! », Crapouillot, 
in Front, 16-3-17 ; — ■ tourniquet, Moulin ; le 
tube digestif est un moulin. — B, Roulement 
envoyant les soldats au feu avec régularité et 
égalité : « Le langage de la guerre vient de 
s'enrichir d'un nouveau terme qui est celui de 
« rafraîchissement ». L'expression née, dit-on, 
à Verdun, est en train de conquérir droit de 
cité sur la Somme, où l'emploi de la même mé- 
thode qui fit ses preuves dans l'Est, semble 
offrir des résultats également satisfaisants 
-<...>» Ce système fort bien adapté à notre 
caractère national, féru d'égalité, a été baptisé 
par nos troupiers : « le tourniquet » <<...>► Ce 
système donne en effet à chacun l'illusion d'une 

— 522 — 



fin possible de la guerre en ce qui le concerne, 
limite et définit l'effort qu'il doit donner pour 
avoir droit au repos )) ; l'espoir de jouir à brève 
échéance des agréments d'une ville non bom- 
bardée « lui fait aborder le « tourniquet » avec 
joie et presque dédaigner les douceurs relatives 
du « rafraîchissement ». C'est là le grand sujet 
des conversations du front : « Encore un tour 
et puis ça y est... Au repos ! ...- »», Pet. Par., 
12-10-16, p. 1, c. 6. — C, autre emploi, sous 
tournant, offrant à peu près le même sématisme 
que l'emploi B. 

tourterelle, f., 1, Torpille aérienne à ailettes ; 
156^ inf ., avr. 18 ; | En Argonne « i's r'çoivent 
des tourterelles, qu'i's disent. C'est des grandes 
machines lourdes, lancées de près. Ça arrive en 
roucoulant, de vrai », Feu, 234 ; « En Argonne 
on l'appelait encore tourterelle à cause de son 
roucoulement dans l'air, et hirondelle en Artois », 
z, Armée de 1917, 143 ; — 2, Grenade boche à 
fusil : ({ Les tourterelles, c'est les Viven-Bes- 
sière boches », 34^ inf., juill. 17. — Syssém. : 
hirondelle, f., texte ci-dessus. — pigeon, m., 1, 
Petite bombe à ailette : « Petites bombes à 
ailettes que nous appelons « pigeons » », légende 
d'une photographie de matériel allemand pris 

— 523 — 



au sud de la Somme, Illustration, 29-7-16, 
p. 104 ; du côté français se lance par canon 
de 58 ; — 2, Grenade à fusil ; l. sambardier. 
— Les ailettes de ces engins ont pu suffire à 
les faire qualifier d'oiseaux ; (cf. oiseau) ; d'où 
hirondelle ; l'image auditive que comportent 
tourterelle et pigeon serait postérieure ; cf. pi- 
geon ramier ; — sauterelle, f., Grenade à fusil ; 
cuir., l^r gr. léger, 15-16. 

tout du ... (avoir), Etre complètement... ; 
81® t., 15-17 ; marins, 17-18 ; usuel et général ; 
I «T'as tout du cuistancier », Tu es sale sur toi 
comme un cuisto, Feu, 11 ; — aç>oir tout du 
fumier, du choléra, Etre méchant comme une 
peste ; — a^^oir tout de la cache, Se montrer 
trop difficile ; | « Non mais, t'as tout d'ia 
vache ! Tu voudrais-t-il des bécasses ou du 
saumon ? », Gaspard, 77 ; H usuel en Suisse : 
açoir tout de Vemmanché, du dingot. Etre sot, 
fou ; Schw. Sold., 72, 73. — Une locution 
comme II a tout de son père est du français le 
plus anciennement normal ; Ça n^a rien de sale, 
C'est joli, est populaire dès longtemps ; (l'an- 
glais dit : « there was nothing of the sneak in 
Traddles », Traddles n'avait rien du jobard, 
DICKENS, Copperfield, vu) ; nos locutions ci- 

— 524 — 



dessus en dérivent insensiblement, neuves par 
la drôlerie des compléments adaptés à ce tour. 
train de plaisir, m.. Gros obus pendant son 
trajet ; 80^ t., -16 à Boesinghe. — train de per- 
missionnaires, m., Obus de 305 ; V. du p. — 
métro, m., Gros obus ; D. m. p. ; « Les projec- 
tiles se croisent en se vissant dans l'air à 1,000 
et 1,500 mètres de hauteur... Les miens jouent 
de la contrebasse, au moins. Les fantassins 
les ont surnommés le « Métro » », l. d.-a.. Echo 
de P., 9-10-16 ; « Son souffle est lent ; on sent 
un projectile plus bedonnant, plus énorme que 
les autres. On l'entend passer, descendre en 
avant avec une vibration pesante et grandis- 
sante de métro entrant en gare », Feu, 229. — 
train blindé, m., Gros obus ; d. — chemin- de- 
fer, m.. Gros obus ; 360^ inf., 14-15. — wa- 
gonnet, m., Gros obus ; 2^ c^l, sept. 18 ; — 
c.-à-d. Decauville. — train de wagons-lit, m., 
Série de gros obus ; barrés. Echo de P., 23- 
12-15. — corvée d'eau, f., Gros obus de mor- 
tiers ennemis ; 207^ art., -18. — Idée commune 
de ces syssém. : Lenteur (relative) du voyage 
de l'obus de gros calibre, et sonorités com- 
plexes de sa course, le tout comparable à la 
marche d'un train de chemin de fer plutôt 

— 525 — 



lent ; — en boche leiterwagen, (voiture à 
ridelles, guimbarde), Obus lourd ; delcourt ; 
— cf. r « m'Siis un sifflement se fit entendre 
très fort ; l'obus arriva comme un train qui 
déraille, rasa notre maison et éclata à dix 
mètres d'elle et à cent mètres de moi )>, Emile c, 
âgé de 16 ans et demi, récit relatif au 30-8-14, 
in MAUBLANC (de qui est la soulignure), La 
guerre vue par des enfants, Revue de Paris, 15- 
9-15, p. 414. — Sématismes très voisins : auto- 
bus, rapide. — Autre syssém. : tracteur, m., 
Avion de réglage ; art,, n. ; — de sa lenteur 
relativement aux « chasseurs ». 

train blindé, m.. A, Vaguemestre ; secteur 14 : 
« Un vaguemestre s'appelle train blindé, pour 
la rapidité avec laquelle il apporte les lettres 
et se débine de même », B. des A., 30-8-16, 
p. 13. — Cette explication du mot par le té- 
moin est louche ; la rapidité du vaguemestre à 
repartir n'intéresse guère les poilus déjà occu- 
pés de leurs babillardes, et quant à son arrivée, 
on lui reproche communément d'être lent, (cf. 
traînard). Une meilleure explication de train 
blindé est dans wagon. Vaguemestre ; de wagon 
à train synonymie ; blindé, sorte de suffixation 
libre. — B, a, voir sous-marin ; b, voir train. 

— 526 — 



train (oompter au), Compter pour rien, Ne 

rien valoir ; Parisiens, mai 18; 2^ c^^, -18 ; | 
« — Cœur du manillon !... Il est bon. — Et la 
manoche alors, elle compte au train ? », bou- 
langer, Est- Républicain, 20-8-16. — : La seule 
explication que je peux proposer est que comp- 
ter à signifie Etre incorporé ou en suhsiatance 
dans, que ce train soit le Train des équipages, 
et que les soldats du Train étant dits trainglotSy 
leur nom calembourise avec la tringle^ Rien ; à 
ce compte * compter à la Traingleet * compter 
aux Trainglots auraient précédé compter au train. 

train (se manier le), Se hâter ; divers soldats 
et officiers, 17-18 ; — train^ Cul (ellipse pour 
train de derrière), ri g. ; se manier le train est 
sans doute aussi vieux que ses syn. se manier 
le figne, etc. 

traînard, m., Vaguemestre ; secteur 66 : 
« Nous appelons notre sympathique vague- 
mestre le traînard, car il ne va jamais assez vite 
à notre gré pour nous apporter des nouvelles 
de l'intérieur et de la payse », B. des A., 11-10- 
16, p. 13. 

traînard (ramasser un), Faire une chute ; 
360e inf., 14-15 ; l. ïmbert, -18 ; — syn. : 
aller à traîne ; 360^ inf., 14-15. 



527 



« Traîne-patte, surnom donné aux services 
de l'arrière, secrétaires d'Etat major, employés 
au ravitaillement, aux stations sur routes, aux 
magasins, aux gares régulatrices, etc. )>, sain., 
sans référence. — Le mot est-il pris comme un 
syn. de Boiteux et de Malingre, ou comme un 
équivalent de Traînard à l'arrière d'une armée 
en mouvement ? Dans ce second cas le rap- 
port de traînard à traîne-patte offrirait comme 
chasse-pattes un prélude du suffixe qu'on trouve 
dans çosgepatte. — Syssém. : traîne-cul, m., 
Territorial ; d. 

traîne- tranchées, m.. Homme ancien dans le 
service des premières lignes î « Flutte pour le 
Métier jen n'est mare je le rend par les yeux le 
métier de traine tranchée 18 mois de Campagne 
tout a l'heure C'est trop long pour des territo- 
riaux <...> signé un Poilu de la classe 1893 », 
crayonnage dans un abri de guetteur, 81^ t., 
fév. 16, à Wailly, secteur M^. — Un complé- 
ment direct se construit avec beaucoup de 
verbes intransitifs de sens Aller : « courir les 
rues », (( balader les quais », « galoper un mu- 
sée », « promener les bordels », « trimballer les 
colonies » ; de même en anglais, grec, latin. 

tranch' caille, f., Tranchée ; inf., Lorraine, 

-- 528 — 



*14 ; 106^ chass. (recrutement notablement pa- 
risien), oct. 17 ; 8® génie, 289^ inf., 40^ art., 
avr. 18. — Syn. : tranchaille, f. :« Eh ! sergent, 
sur le cahier du Toubib, mettez que Riquet des 
Tranchailles a mal aux « cannes » )), Crapouillot, 
in Front, 16-3-17. — tranchade, f. ; D. m. p. 

— tranch'mar, f. ; d. — Suffixes : -ade, attri- 
buable à la langue d'oc ; -caille, cf. rouscail- 
ler ; -aille, cf. corçaille ; -mar, cf. zigomar. 

tranche de melon, f., Calot ; d. — Image 
précise pour le calot « réglo », non pour le calot 
« fantais' » à forme de caravelle. 

tranchée, f., A, Fente sexuelle de la femme ; 
81^ t., -16 ; — cf. chicane. — B, Femme ; 81^ t., 
-16. D'où la personnification de la tranchée 
du 81^ t. en commère de revue : « La Commère 
(Entrant) : La Tranchée I... la voilà ! », péaud 
et RIVET, C'est Beau... Mais..., prologue, se. 8 ; 

— le sens B a l'avantage de rappeler trancher. 
Baiser : « Il passe son temps à trancher les 
femelles de B<...> », 81^ t., -15. 

tranchéien, m., Soldat des tranchées : « Un 
ancien article paru ici même narrait la bonne 
camaraderie des « tranchéiens » », Carnet de la 
Semaine, 8-7-17, p. 4, c. 1. 

tranchéite, f., Spleen des tranchées i La bouf- 

— 529 — 

ESNAULT 34 



larde « prévient la « tranchéite ». Honneur à la 
pipe du soldat ! », B. des A., n^ 92. — Même 
suffixe médical dans bouite, f., Maladie consis- 
tant à être crotté de pied en cap • « En tout cas 
vous avez une bouite », un major, 81® t., 
août 15 ; — blérancourdite, f.. Désir immodéré 
de faire un tour à l'Arrière, maladie qui se 
gagnait au poste de secours de Blérancourt 
(Oise) ; 289® inf., -18 ; — cutsite, f., — cameli- 
nite, f., même diagnostic, épidémies qui succé- 
dèrent à" la blérancourdite, et dont le foyer était 
Cuts (Oise) et Camelin (Aisne) ; 289® inf., -18 ; 
ces trois mots usuels aux poilus ; — flemmite 
et (par chevauchement avec méningite) flem- 
mingite, Flemme morbide ; — espionnite, Ma- 
ladie mentale de voir des espions partout. 

trente-zob, m., Canon de 37 ; 13® tir. alg., 
oct. 18 ; — libre « suffixation » erotique. 

tréteau, m., Cheval ; agatha ; Feu, 106. — 
Un tréteau est un appareil, analogue à un che- 
valet, pourvu de quatre pieds et servant à 
porter avec stabilité ; un sématisme inverse 
fait du cheval un tréteau ; cf. fokker. 

trimbouelle (ramasser une), Tomber de son 
haut. Rouler par terre ; fantassins, mai 18. — 
• — ? Du radical de trimballage, Transport. 

— 530 ^ 



trisser, se trisser. S'en aller rapidement ; 

« Je m' trisse », « J' vais ni' trisser », usuel aux 
18e t. (Paris et Normandie), 51^ t., 359^ (Lyon), 
106e (Paris), 120^ (Nancy) inf., 16-17 ; 154^ inf. 
(Meuse), 13^ tir. alg., -18 ; (non au 81^ t.) ; 
« L'eau a trissé »,... a giclé du robinet dans 
l'évier, soldat, -17 ; « Tu parles qu'il a envie de 
trisser ! », 2<i-me (provençal), -17, parlant d'un 
ballonnet gonflé d'hydrogène ; | « le Boche avait 
« trissé » et s'était « cavale en vitesse »», chaîne, 
Mémoires d'un Rat, ii, 1 ; — apparenté à trisse, 
Diarrhée, à Montbéliard, sahler, Vieux propos 
(1917), drisse, Diarrhée, dlle, F.-A., (d'où 
dringue, Diarrhée et, dès -87, Peur) ; la Diar- 
rhée est la courante. — Dér. : trisse, f., Action 
de fuir ; 109® inf., 16-17, — notamment dans 
boyau de trisse, Boyau propice à la fuite au 
moment du danger, (inexistant, mais les poilus 
se vantent de le repérer soigneusement dès la 
montée en secteur, et les nouveau-arrivés au 
front croient sur la foi des anciens à sa réalité 
et à son utilité) ; — d'où prendre le boyau Von 
Trissmann, Fuir; 289® inf., juin 18; — cf. : 
« Alphès qui savait tous les chemins hors la 
fuite », HUGO, Les Trois-Cents. 

trois- kilos, m.. Main appliquant itn, coup : 

^ 531 — 



« Un trois kilos te la fermerait vite ! », Feu, 
27 ; — syssém. : demi-lwre. Main : « je vous 
tends ma demi-livre », un apprenti, Paris, -03. 

— Sous-entendu : de viande. 

trois points (atterrissage), Atterrissage suc- 
cessif (au lieu d'être simultané) des deux roues 
et de la béquille de l'avion ; Miramas, mai 18. 

trouillard, Peureux ; usuel et général; | 
(( C'est pas des trouillards », richard. Pet. Par., 
14-5-16 ; Pépères, 35 ; déch. ; jj oublié par les 
lexicographes ; — syn. : trouleux ; Paris, 1900. 

trubulu, m., Chahut, Grosse affaire : 
(( — L'Yser ? La Champagne ? Même Douau- 
mont et Vaux ? Jeux de gosses, à côté de 
Thiaumont. Là, c'est le grand trubulu et la 
grande misère », Trois jours, Matin, 19-7-16. 

— Apparenté à tribulation ? 

tue-boches, m., Fusil : « Alors le môme La- 
raupem décarre de la cague, il se frotte un peu 
le coin des carreaux, prend son tue-boches et 
va prendre la faction », paraud, texte dans 
le Figaro, 5-5-15, (voir pagna) ; — sain. 
traduit tue-boches Baïonnette, sans réfléchir 
qu'en première ligne le soldat dort ceinturon 
au flanc et n'a pas au réveil à chercher sa 
baïonnette. » 

— 532 — 



tuer, A, Démolir, en parlant d'une automo- 
bile : tuer une ^'oiture ; un conducteur, avr. 18 ; 
Il tuer une pièce, l'Abîmer, style de charpen- 
tiers ; RiG. ; — syssém. : assassiner un camion 
(automobile) ; un conducteur, avr. 18 ; — 
« mon camion était mort )),... était Démoli ; un 
conducteur, avr. 18 ; — fusiller ; — zigouiller ; 
— B, Casser, en parlant de la figure : tuer la 
gueule à qqn, la lui Casser, le Tuer ; « V'ià qu'ils 
nous tuent la gueule et qu'ils voudraient, après, 
nous la fermer ! )), Cabaret, 470, c.-à-d. Voici : 
les mêmes artilleurs qui nous tuent (en ligne, 
par leurs tirs mal réglés), voudraient ensuite 
nous empêcher de parler ; (la dans ce texte ne 
renvoie pas à gueule de la proposition précé- 
dente ; la fermer fait corps). 

tunard, m., 1, Pièce de 5 francs : « un tunard 
par jour )), Cabaret, 458; | frère thunard, même 
sens ; dlle ; — 2, Billet de banque de 5 francs ; 
106^ chass., sept. 16 ; — usuel aux pari- 
sianisés ; — dérivé de tune, Pièce de 5 francs ; 
le rapport de tune à tunard se retrouve de flèche 
à fléchard. Sou ; — cf. frontard. 

tuyau de poêle, m., 1, Projectile en tôle, lon- 
gueur 0^^,60 à 0°^,70 ; largeur un tuyau de 
poêle ordinaire ; charge un explosif, (d'ordi- 

— 533 — 



naire, de la cheddite), muni d'une mèche lente 
et quelquefois, en outre, d'un percuteur ; 
portée maximum 150"^ ; roulant après sa chute, 
il peut aller éclater dans un abri-caverne ; 
80e t^ .16 à Boesinghe ; 340^ inf., avant 
juin. 16 ; soldats à Sanzey (M.-et-M.), juill. 16; 
14e chass., nov. 16 ; 95^ inf., avr. 18 ; | 
voir na^et. — 2, Bombe de crapouillot ; 360^ inf. 
et cuir., l^r gr. léger, -15 ; 2^ c^ï, -18. 

usine à gaz, f.. Avion Bréguet ; déch. — Cf. 
cuisine-roulante. 

vachard, 1, Lâche: « si personne ne les sur- 
veille [les hommes des Bataillons d'Afrique], ils 
vont adopter l'attitude vacharde du mulet au 
repos, et ils vont se tourner les pouces ou feront 
la sieste )), z. Armée de 1917, 218 ; — cache, 
Lâche, et vacherie, Saleté, usuels et anciens : 
« ça va être encore de la vacherie », propos 
d'une escouade qui attend le retour des hommes 
de soupe. Feu, 22 ; « si on s' carre à l'abri, la 
dernière vacherie qu'on puisse faire c'est d' 
faire croire qu'on a risqué », ih., 137 ; — cf. 
frontard. — 2, m., a, Rossard, Lâche; b, Rosse, 
Pas tendre ; 40^ art., -18 : un sale vachard. 

vague. Bizarre, Louche ; 81^ t., mars 16 : 
« Je n' sais pas si not' chef de bataillon est mé 



>34 



chant, mais il a quèque chose de vague dans la 
peau ». 

vague, f.. Fraction qui fait tel service de 
telle à telle heure ; 10® art. 1., fév. 17 : « On fait 
ce service là par vagues, j'étais de la troisième 
vague, lui de la seconde ». — • Vagues, Lignes 
d'assaillants, (lignes minces, ou lignes de pe- 
tites colonnes), qui, successives, déferlent contre 
la tranchée ennemie. Manuel du chef de sec- 
tion (1916), 374. 

vainqueurs de la Marne {les), m., les Gen- 
darmes ; 2^ c^^, déc. 17. — Double ironie : pas 
combattants, faciles vainqueurs du pauvre 
soldu. 

valdingue (faire, ramasser un). Tomber de 
son haut. Rouler par terre ; 87^ inf., -15 ; 
156® inf. et divers fantassins, mai-juin 18 ; — 
syn. : aller à la valdingue ; 289® inf., -18 ; — 
ramasser une valdingue ; 2® c^^, -18 ; — aller à 
valdingue ; 360® inf., -15 ; — valdinguer ; 
289® inf., -18 ; — cf. ^aldringue, f.. Etat 
d'ébriété qui amène une chute par terre, en- 
tendu avant mai 18, peut-être à Blain (Loire- 
Inf.) ; — apparentés à vadrouille, Vagabon- 
dage, ou à valdrague. Désordre ? — suffixe 
comme ribouldingue (Vadrouille noceuse), bal- 



535 



dingue, drelingue, dringue (sous trisser), gringue. 
valise, f., A, Projectile d'artillerie lourde ; 
156^ inf., juin 18 ; divers soldats antérieure- 
ment ; comparaison du contenu assorti d'un 
obus aux articles divers d'une valise, (cf. mar- 
mite) ? ou simplement idée de colis balancé en 
vitesse ? — B, Torpille aérienne boche sans 
ailettes ; l. sambardier ; cf. « les calendriers, 
les guitares, les raquettes, les {>alises, c'est toute 
la variété des torpilles et autres engins simi- 
laires », CHAPELLE. 

vaseux, 1, Songeur et irrésolu ; usuel et gé- 
néral; I « j' dev'nais vaseux devant c'te 
porte », Feu, 21-8-16 ; « Il devenait vaseux », 
FABRICE et MARLE, Tribulations d^un Boche, 
22 ; — cf. l'anglais muddy, 1, Vaseux, 2, Lourd, 
Hébété ; mudded et muddied, 1, Bourbeux, 
2, Déconcerté. — 2, Brouillé du cerveau (par 
l'ivresse) ; 81^ t., -16 ; — cf. l'anglais muddied, 
1, (eau) Troublée, 2, (homme) Grisé, (esprit) 
Hébété. — Dér. : vasouiller, Etre irrésolu : 
« Le ballon vasouille », ... Ne sait où aller, (le 
vent ne le drosse pas nettement), -17 ; — va- 
SOUillard, Brouillé du cerveau (par l'ennui) : 
« On commence à être vasouillard », jeune sol- 
dat se plaignant de la monotonie du voyage 



536 



en chemin de fer, -17 ,; — voir gazouiller. 

vendrou, m., Rengagé ; 40^ art., sept. 18. — 
Vendu, Rengagé, suffixe d'après ... ? 

verdure, Réduit à l'impuissance : « Trois 
francs [dans mon portemonnaie] ! Mon vieux, 
faudrait voir à m' remplumer, sans ça, en 
r'descendant [des tranchées, où nous allons 
monter], j' suis verdure », Feu, 191; || mot de 
voyous et apaches : « Tâche d'en sortir [de la 
prison maritime] et surtout ne te bile pas : si 
tvi es verdure, tu peux t'en rapporter à moi 
pour serrer la cuiller [Faire son affaire] à ce 
vieux fayot [à cause de qui, l'ayant assailli et 
volé, tu es en prison] », matelot l, lettre, in 
Dépêche de Brest, 10-2-06. — Tiré de çert, 
même sens, (comme de jaune, Traître, se tire 
jaunisse, Traître) ; — ^ert- pomme- pas- mûre, 
Frustré ; 81^ t., 15-17; | en être çert-pomme,... 
Etonné, Surpris ; lambert. 

verni, Veinard ; 81^ t., 14-17 ; | D. m. p, ; 
« Pendant tout c' temps [retraite de Belgique 
et bataille de la Marne] j'ai été verni. Pas une 
égratignure », g. v., N. Contes ver., 263 ; « les 
gars de la 9^, ils sont vernis ! Une vieille les 
reçoit pour rien », Feu, 80 ; « Il est toujours 
verni, V 5^ Bâton. Jamais i' n' donne comme 

— 537 — 



nous ! )), ib., 265 ; aux cartes, « tu es verni ou 
tu maquilles les brèmes : l'un des deux ! », 
MAC ORLAN, Joum., 31-12-16 ; « Mais si l'avion 
[boche] tombe dans nos lignes, il n'y a plus de 
doute, tel pilote l'a abattu -'— du reste, ce 
« vernis » est vite rentré et raconte le coup aux 
copains », (verni parce que sa victoire sera 
homologuée), v..., Gu. Aér., 19-4-17; j] usuel 
aussi à Genève, Schw. Sold., 72 ; « je ne suis 
pas né vernis », Nénesse, 80 ; — cf. :'(( Il n'y a 
que les pantes qui ont une couche de veine », 
Moi je n'ai pas de chance, ib., 248 ; « Lui-même 
a foi en son étoile et ne cesse de répéter qu'il 
a la « peau vernie » », galopin, Mascotte des 
Poilus, I, XI. — Dér. : vernissé, Veinard ; 81^ t., 
14-17 ; — ■ ç^erni et vernissé s'emploient souvent 

par ironie à propos de déveine, comme jade 

pour signifier Frustré de sa part, — comme cité 
pour signifier Puni, d. — vernoche. Vei- 
nard : « Mais ce serait trop vernoche » si les 
Boches s'en allaient tout d'un coup, pan- 
truchard ; — cf. sardoche. — dlle a déjà 
petit i>ernis, Jeune élégant ridicule. Syssém. : 
reluisant^ brillant, gommeux, qui jette de rhuile^ 
juteux, doré. Le luisant d'une peau en santé 
florissante sématise le Bonheur, d'où la Chance. 

— 538 — 



L'épiderme de toute peau arrive à s'appeler 
le vernis : « Je me suis heurté contre le mur et 
je me suis enlevé le vernis », 81^ t., -16. En un 
autre sens le vernis est l'Ensemble des gens 
chics, des « heureux » : « Je suis plutôt pistonné 
au vernis, comme tu vois... On a des relations 
dans le dessus du panier », Nénesse, 155. 

vésicatoire, m., Havresac ; 246^ inf., juin 17, 
à Moronvillers : « Le vésicatoire me tire sur les 
côtelettes )>. — Métaphore de sensation mus- 
culaire. — Cf. dur, m., Havresac ; inf. c^^^ ; p. 

veson, m., Idée fixe de paresse et de déses- 
poir ; 80e t., -16 ; 81^ t., 15-17 : « J'ai la cosse 
aujourd'hui, c'est plus fort que la flemme, mais 
un peu moins que le veson » ; divers soldats et 
marins, 17-18 ; « avoir le gros veson rouge », 
Avoir la cosse, Miramas, mai 18. Le vesori 
est, disent les uns, « 100.000 fois plus terrible 
que la flemme », les autres « à 40 degrés au- 
dessus du cafard », ou « au-dessous » comme on 
voudra ; le « veson noir » est inguérissable. 

vétérinoir, m., Médecin-major ; 81^ t., août 17. 

— Libre suffixation sur vétérinaire ; — même 
suffixe : désertoir, m., Déserteur ; 81^ t., -16 ; 

— réservoir, Réserviste, qui fait calembour. — 
Cf. état- mâchoire. 



539 



veto, m., Vétérinaire ;87^inf.,-14 ; [ D. m. p.; 
Feu, 106 ; (( Le Veto du manège de chevaux 
de bois », signature, Dernier bateau, in B. des A., 
5-4-16 ; Il à l'école vétérinaire, Toulouse, 99-06. 

Le grand nombre des apocopes arrêtant un 
mot sur un o, (voir aréo), a suggéré depuis une 
quarantaine d'annéfes le procédé de rapocope 
renforcée d'un suffixe -o : ventilo, m.. Ventila- 
teur: « J'embrayais mon ventilo à 600 [tours] )), 
pilotes de dirigeables, déc. 17 ; — ^ stabilo, m., 
Stabilisateur d'avion ; Gu. Aér., 8-12-17, p.206, 
c. 3 ; — carburo, m.. Carburateur ; Mousqu., 
95 ; — mécano, m.. Mécanicien ; — branco, 
coloro, conçalo, cuiso, cuisto, mobilo, vaguo ; 
rototo ; — cyclo, m.. Cycliste ; 40^ art., -18. 

Notons un suffixe -lo dans cwlo, m., Civil, 
(usuel et universel, (i) ; usuel dès-95), — (cf. 
fromlo, Fromage, en Suisse ; viselot, Vice et 
Vicieux, ROSS.) ; — un suffixe -no dans pé- 
gu'no, — (cf. croquenot, Soulier) ; — le vieux 
suffixe -go dans spago, m.. Spahi ; p. théry. 

victime, Dupe, Mal partagé dans une distri- 



(^) On ht souvent ciblot ; M. P. Charpentier l'emploie 
en m'écrivant. Je ne l'ai entendu jamais ; a. blanc non 

plus, ni F. DE KERALIO ; G. FERRAND, G. MARECHAL, L. 

SAMBARDiER, u'oseut pas être aussi négatifs. 
— 540 — 



bution ; 81^ t., 14 .(Parisiens) -17. — Le mot, 
pour cet emploi adjectif et sans complément, a 
pu être influencé par l'anglais to fell a victim 
(ex., DICKENS, Pickwick, éd. New Century, 13), 
Devenir victime, (cf. « they 're the wictims o' 
gammon », Ils sont victimes de la blague, i6., 
390) ; le turf et la galanterie auraient servi de 
pont : « un lieu dit le « Cercle" des Victimes », 
assez nauséeux tripot situé aux environs de la 
porte Dauphine », fréquenté par les jockeys, 
MANDELSTAMM, Jim Blackwood, 40. 

Victor, m., le Fusil Lebel ; D. m. p. — Oscar, 
le Fusil ; d. 

vidange, f., Brisque en forme de V à laquelle 
ont droit les militaires renvoyés à l'arrière 
pour maladie ; Cri de P., 7-5-16, p. 7, c. 2. — 
Vider qqn, le Mettre de côté. Le porteur de cet 
insigne a été çidé, Evacué, du front. 

vider ses poches, Chier ; 81^ t., 14-17. 

village nègre, m., Groupement circulaire de 
cagnas ; 81^ t., -15 (Wailly, cote 105) ; | péri- 
CARD, Face à face, 341. 

villégiature (être en^, Se sentir allongé et 
raidi du bas-ventre : « Depuis ce matin, je sais 
pas si c'est le wagon, mais je suis en villégia- 
ture », jeune permissionnaire, 34^ inf., juill. 17. 

— 541 — 



' — Syssém. et explicatif : « Je pars en voyage, 
i'ai ma canne », le même. 

vinaigre (faire), Se dépêcher ; marins, nov. 
17; I « — C'est par ici !... Par ici !... Eh ! les 
gars, faites vinaigre ! On se précipite sans par- 
ler, à travers le dédale du boyau », Feu, 219 ; 
Il Du vinaigre !, Vite !, dlle. — Cf. donner du 
i^inaigre, Presser le mouvement (en faisant 
sauter à la corde), hdt. 

vinasson, m., Vin ; D. m. p. ', — cf. pétasson. 

vingt-deux, m., A, Moment où il ne sied pas 
dé s'attarder, parce que ça devient dangereux ; 
D. m. p. ; « il avait Tair pas rassuré <!••.> 
c( C'est 22 », qu'i' disait », Feu, 58. — B, Lieute- 
nant du commandant du camp d'av»" de Pau 
et de tout camp d'av^^ ; mécanos, Pau, mars 18. 

— Du i^ingt-deux, çlà les flics ! des apaches, 
(d'où pingtdeuser qqn. Faire le guet pour le pré- 
venir de l'arrivée de la police, Paris, -09), passé 
chez les ouvriers ; çingt-deux I, commandement 
usuel dans des chantiers de construction nan- 
tais pour que les hommes qui portent une 
poutre la jettent à teVre ensemble. Le sens B 
semble confirmer l'étymologie proposée pour 
sous-marin, et assimiler l'officier à un danger. 

— Les flics font leur ronde par couple ; cela 



542 



fait deux paires de jambes, deux fois onze. 

virage de danseuse, m., Virage brusque, cabré 
et suivi d'une descente ; aviateurs, Miramas, 
mai 18. 

viser, usuel et général aux trois sens, 1, Re- 
garder : (( Vise-moi ça [un bureau plein d'em- 
busqués] : ça fait pitié ! », Gaspard, 243 ; « Vise 
le copain », benjamin, Journ., 17-6-16 ; « Mi- 
sérables, ils raillent plus misérables qu'eux. — 
Vise- moi ç'ui-ci », Feu, 46 ; — 2, Voir : « Je 
t'ai visé en train de chercher des têtes d'obus », 
81® t., -15 ; — d'où mal-visé, Peu aimé : « Les 
aviateurs finissent par être mal-visés dans 
Paris », (à cause de leurs fantaisies), un pilote 
de dirigeables, déc. 17 ; — 3, Comprendre : 
« Assez ! visé ! », Suffit, j'ai compris, 2^s.mes^ 
janv. 18 ; — d'où viscope !, C'est bien, d., par 
allusion au vieux et usuel viscope, Visière du 
képi. — Sens sortis des emplois militaires 
ou diversement techniques où on regarde avec 
soin en guidant l'œil sur une mire ; comme,pour 
viser, on n'ouvre d'ordinaire qu'un œil, viser 
est syn. de bigner, guigner, loucher, tous verbes 
que le peuple aime employer pour Voir, parce 
qu'il s*y ajoute une idée de malignité ; mal- visé 
est décalqué de mal-vu ; le sens 3 fait allusion 

^ 543 — 



à la signalisation optique où on envoie « Com- 
pris » pour passer à la suite. 

visser un ours, Ennuyer par de longs dis- 
cours ; transmis à h. barbusse; | « tu n' pou- 
vais pas ouvrir ton bec sans nous visser un 
ours à propos d'elle [de ta femme] », Feu, 109 ; 
— chevauchement de poser un ours, Débiter 
des bavardages insipides, rig., {ours, Bavar- 
dage insupportable, rig.), avec visser une 
caisse. — visser une caisse. Tenir de longs dis- 
cours ; 22^ G. O. A., 14-16 ; — la caisse est une 
quantité, (voir déculottée), Vours un objet, mais 
tous deux se vissent dans la tête de l'écou- 
tant ; cf. se boulonner une idée dans la tête, Se 
l'entrer fortement, forest. Matin, 3-8-17. 

volant, . m.. Artilleur à cheval des 0°"^ de 
cavalerie ; 40^ art., juin 18. 

vomir dans les choux (se), Etre jeté hors de 
son appareil à l'atterrissage ; esc. S-152, juill. 
18 ; — syssém. : être vidé par son appareil ; 
aviateurs, 17-18 ; — syn. : être servi, déposé. 

Von Kliick (pêche à la), f., Pêche à la gre- 
nade, — c.-à-d. à « la manière forte, chère à ce 
général », déch. 

vosgien, m., 1, Lard ; 40® art., -18 ; — 
2, Porc ; ib. — Les Vosgiens sont appelés 

— 544 — 



bouffeurs de lards, m., ib., — gros lards, m., 

inl'., Lorraine, -14 ; — d'où le retour du séma- 
tisme ; cf. fokker. 

vrille (en), En spirale de diamètre dimi- 
nuant, sorte de descente (en avion) ; — d'où 
vrille, f.. Descente en vrille ; — aviateurs, 16-18. 
— vriller, Tomber en vrille ; Mousqu., 59. 

wagon, m.. Vaguemestre ; secteur 146 : 
(( Chez nous, le mot d'argot par lequel on dé- 
signe le vaguemestre, c'est le wagon, ou plus 
communément le facteur )), B. des A., 26-7-16, 
p. 12. — Vag-on, de çag-înestre, suffixe-calem- 
bour. — Syn. : vaguo, m., aux Balkans : « Vive- 
ment le vaguo )), Glorieuse Bretagne des Armées, 
15-8-18, p. 14. 

ya-ya, m.. Boche ; a. arnoux; [ Nos mi- 
trailleuses balayaient le champ « quand les 
ja-ja essayaient de ramper », Cabaret, 462, (ce 
/ est le iott allemand) ; — cf. le « clan des ya », 
les Boches et « embochés », l. daudet, A. fr., 
-17, passim. — De ya, Oui ; sobriquet par la 
parole fréquente et typique. Les Américains à 
S*-Nazaire, -18, et les Boches, nous appellent 
les Oh-là-là, non parce que ce serait la plainte 
des blessés français, comme le dit delcourt, 
mais parce que tous les Français le disent cons- 

— 545 — 

ESNAULT 35 



tamment, pour exprimer moquerie, ironie, stu- 
péfaction amusée. — Cf. chtimi. 

youyou, sans doute m., Bombe d'obusier de 
tranchée : « l'horrible bombe qui naguère ve- 
nait en se lamentant et que les Boches ont 
réussi à rendre muette se nomme selon les sec- 
teurs youyou, fléchette ou queue de rat », 
APOLLINAIRE, M. de Fr., 16-2-16. — Onoma- 
topée de cette lamentation. 

zèbre, m.. Avion rapide ; Mousqu., 44 ; j] 
Cheval ; Argot de S^-Cyr (1893). — Antonyme : 
éléphant, m., Biplan à grande envergure, ap- 
pelé aussi autobus ; Mousqu., 44. 

zébu, m.. Homme des soi^s ^q discipline ; d. 
— Bétail étrange, et, le zébu ayant une bosse, 
un peu chameau. 

zeph, m.. Vent ; usuel dans l'aven et l'aéro- 
nautique ; 16-18; I « dans 1' zeph », musidora ; 
Il RiG. — Apocope de zéphyr. 

zeppelin volant, m., Caudron triplace ; dbch. 
• — Avion, mais colossal. 

zeppelin (peau de). Rien : « on a tout sup- 
primé, tout... c'est nibé, rasibus et peau de 
zeppelin », donnay, Impr., 72, propos d'un 
ouvrier parisien. — Queue calembourique sur 
peau de zébi, même sens ; — zébi, zobi, Membre 

~ 546 — 



viril, sont usuels aux troupes africaines, ^ — 
surtout sous la forme zob, 4<^ zouaves et ma- 
rins, 17-18 ; « mon zob ! », formule de refus. — 
Cf. trente-zob. 

KÎgomar, m., Sabre de cavalerie ; dépôt de 
dragons dans l'ouest, e. h., Temps, 24-5-15 ; 
BENRioT. — La terminaison est due au souve- 
nir du héros d'un roman sanglant paru dans le 
Matin en -10, le Zigomar de sazie ; ce nom de 
bandit se tirait sans doute de zig. Homme, 
zigoto, Individu épateur, {faire son zigoto, dès 
-02 au moins), par le suffixe argotique -mar 
usuel dès 1800, {guich^mar, Guichetier, boss'- 
mar, Bossu, etc. ; cf. offic^mar). Le nom de ce 
meurtrier, quoiqu'il ne fût pas sabreur, a-t-il 
suffi pour faire baptiser le sabre de cavalerie ? 
On peut supposer un syllogisme plus précis. 
Majeure : allusion à la marque Z que porte un 
certain sabre, comique par le suranné de son 
modèle, ce sabre des pompiers et des sergots, 
que portaient aussi, au début de la guerre, les 
infirmiers et brancardiers, le sabre nommé par 
la théorie sabre série Z. Mineure : allusion à ce 
fait, copieusement réitéré dans le roman de 
M. Sazie, que l'assassin en chef Zigomar et la 
bande des Zigomars ses séides ont pour signe 

— 547 — 



de reconnaissance la lettre majuscule Z, soit 
découpée, soit brodée sur des cagoules, ou 
collée aux murailles, ou dessinée d'un geste 
dans l'air, ou tracée du doigt sur une table. 
Conclusion Sabre (série Z, ou autre) = Zigomar. 
Si on ajoute à ce sématisme que le lieu, peut- 
être unique, où le mot a été observé est un 
dépôt de l'ouest, il est vraisemblable que les 
cavaliers avaient déjà nommé leur sabre un 
zigue ou un zigouillard ; ce n'est plus seulement 
une lettre initiale, mais un vrai radical, qui se 
trouvait tout prêt à recevoir la terminaison 
-omar. 

zigouillard, m., Surin, Couteau pour tuer ; 
81® t., -16 : « Il ne serait pas long à jouer du 
zigouillard », un Nantais. • — Saintongeais 
zigue-zigue, m.. Méchant couteau ; nantais 
zague, m., Egoïne. 

zigouiller, 1, Tuer ; usuel et très général; | 
« on va se faire zigouiller comme des lapins », 
Gaspard, 42 ; || en -08 j'avais l'impression de 
connaître ce mot depuis longtemps ; date de 
-97 au moins dans les milieux ouvriers de Paris, 
DAuzAT, 16-4-17, 667 ; « On a « zigouillé » Ro- 
marin » parce qu'il pouvait nous vendre, pro- 
pos de David, bandit de la Drôme, Matin, 

— 548 ~ 



3-11-08 ; ROSNY, Dans les rues, 244, leroux, 
Roi Mystère, II, xviii, {Matin, 22-12-08), 
BRUANT, Loupiote, XI, [Journ., 2-11-09), le 
mettent dans des bouches d*apaches ; adam. 
Ville inconnue, i, [Matin, 10-2-11), de soldats 
coloniaux. — C'est un mot de Pouest : poitevin 
zigouiller. Couper au couteau en déchirant ; 
vendéen sigouiller, Ebranler, Remuer vive- 
ment ; angevin zigâiller et sigâiller. Couper en 
déchiquetant avec un mauvais outil ; nantais 
ziguenailler. Hacher malproprement, Scier lon- 
guement ; sciguenailler, Faire des efforts répétés 
pour arracher quelque chose, a. leroux (1886). 
— 2, Démolir à force de malmener : zigouiller 
une auto, S. A. P.-X, sept. 16 ; — syssém. : tuer. 

zigzig (faire), Coïter ; S*-Nazaire, mars 18 ; 
s^n sanit. 85, oct. 18. — Sabir dû aux Yanks 
en voisinage ; cf. calabousse, sammy, zigzag. 

zigzorniffe, m., Eau-de-vie ; 5® génie, -18. — 
Etymologie (?) sous gnole. 

zim-boum, m., Obus, A, de canoii-revolver ; 
80^ t., -16,'Boesinghe ; — • B, de 88 autrichien ; 
ib. ; — C, de 105 autrichien ; ib. ; | « le « zim- 
boum » de Cheppy », Bourru, 119 ; « Bzim ! 
bdoum ! éclate le 105 », péricard. Face à face, 
22. 

— 649 — 



A, 1, Mitraille : recevoir du zinc, 
envoyer du zinc ; Lambert ; — 2, Obus ; 8® gé- 
nie, téléphonistes, juill. 17, au front ; usuel au 
dépôt de ce corps, 17-18, mais non dans toutes 
ses unités dispersées au front ; — d'où aingUet, 
Pleuvoir, en patlant d'obus : « ça zinguait », 
8^ génie, juill. 17, même remarque ; — sens 1 
et 2, zinc substitution syn. de /er, tout à fait 
extérieure à la chimie. — B, 1, Bicyclette ; 
marins à Rochefort, -18; || Paris, 10-14 ; — 
2, Auto ; usuel, 15-18 ; | pawlowski, Signaux^ 
123 ; — 3, Avion ; usuel aux aviateurs, 16-18 ; 
I « foutu pour foutu, à 160 à l'heure, de toute la 
force de mon Gnome, j'entre dans son î^inc », 
SEM, Journ., 27-5-16 ; — 4, Dirigeable ; pilotes 
de dirigeables (qui ont pour partie fait de l'avia- 
tion), nov. 17 ; — ces sens B ne sont pas dus 
à la même ironie déprédatrice que les sens A ; 
j'y vois plutôt Pimage, très lâche, dfe véhicule 
métallique, exprimée par Récipient de zinc (^) ; 
— cf. bidon de zinc, m., Sous- marin, « On 
n* trouve pas comme ça à profusion des marins 



(^) Cf. poubelle, f., Char d'assaut ; b., — c.-à-d. Boîte 
métallique fort pleine et malodorante ; dépréciation pat- 
io nez, par l'œil, et quant au métal. 

— «50 ~ 



qui consentent à s'embarquer dans les « bidons 
d' zinc » », GALOPIN, Requin (Tacier,,., i, {Journ., 
28-11-17), — qui serait syssém. de bocal et 
calebasse, Logement, l'espace où se meut l'équi- 
page de l'avant à l'arrière ayant forme de 
cylindre, mais qu'ignorent les marins, même 
affectés à cette navigation, que j'ai question- 
nés ; — une étymologie a cours parmi les avia- 
teurs : les ailes des avions furent longtemps 
peintes de gris métallique, et les recrues, règle- 
ment, demandaient en frappant sur l'entoilage 
« c'est du zinc ? » ; outre cette bizarrerie de 
mettre paternement les as à l'école d'argot 
chez les novices, l'explication a le tort grave, 
séparant le sens Avion du sens Bicyclette, de 
renoncer à une filière sémantique qu'on re- 
trouve sous tacot, etc. — • C, Canon ; 40^ art., 
-18. 

Dér. : dézinguer, 1, Démonter, Démolir ; 
8^ génie, mai 18 : dézinguer une machine, la 
Déranger ; ^ 2, Tuer ; 289^ inf., juin 18 : 
dézinguer un Boche* le Descendre ; — se tire 
de zinc, devenu syn. de Machine. 

zingué. Ivre ; 81^ t. (Nantais), juill. 16. — 
Syssém. de rétamé j bljindé. Ivre. 

zinzin. A, 1, Moteur d'avion ; 81^ art. 1., 



— 551 — 



mai 18 ; — 2, Avion ; 81^ art. 1., mai 18 ; — 
3, Dirigeable ; centre de dirigeables, -17. — 
B, a, Voiture légère du train d'av<^ii ; aviateurs, 
L. POTTECHER ; — b, Tracteur lourd d'art. 1. ; 
81^ art. L, mai 18 ; — c, P, nom personnel d'un 
tank : « le « Zin-Zin )> », Journ., 24-6-17 ; — 
2^, Tank ; 500^ A. S., où un officier « range ce 
mot parmi les vieux termes génériques du 
genre voiture, appliqués à l'espèce tank «, 
G. MARÉCHAL, août 18 ; | « le généralissime fit 
connaître aux armées et au public la part prise 
par nos zins-zins (ainsi les poilus nomnient 
leurs tanks), dans l'offensive. <C...> Devant les 
zins-zins, affolés, ils jetaient leurs armes », ano- 
nyme, « Tanks » et « zins-zins », Les chars d^ as- 
saut », Journ., 24-11-17 ; « TANKS. Deux mé- 
canos, perdus dans un zin-zin », Vie Par., 
23-3-18, p. 269, c. 1. — C, Obus ; 360^ inf. et 
autres corps, 14-15, m. protat ; zouaves, 
chasseurs et fantassins depuis -16 seulement, 
témoignages de Parisiens, avr. 18 ; 2® c^^, 
août 18 ; I DAUZAT, 16-5-17 ; — Obus qui 
arrive et va éclater ; 270^ art. et 8^ génie, 
mai 18 ; — d'où zinziner, 1, Bombarder : « la 
route est zinzinée », Poilu du 6-9, in B. des A., 
15-11-16 ; — 2, Pleuvoir, en parlant d'obus : 

— 552 — 



« ça zinzine », 109^ inf. et 8® génie, 17-18. — 
Cf. dzin-dzin, (m. ?), Mitraille ; d. 

Trois étymologies s'offrent : A, l'onomatopée 
zinzin, qui sert en provençal pour le bourdon- 
nement du moustique, (cf. à Nantes le père 
Zim-Zim, sobriquet d'un joueur de vielle), — 
en invoquant l'analogie de youyou, onomatopée 
devenue le nom de la torpille ; — B, l'adjectif 
zinzin, Paresseux, en H*-Maine, montesson, — 
en invoquant la lenteur relative des tanks et 
des gros obus et rappelant, comme syssém., 
glinglin ; d'ailleurs ce mot peut très bien se 
rattacher à l'onomatopée susdite, car les 
insectes bourdonnants servent en sémantique 
populaire à signifier Inutilité, Remuement 
vain, (cf. grelots) ; — G, le substantif bousin. 
Bordel, Boîte à chahut, zinzin par apocope à 
redoublement. Cette étymologie est la meilleure : 
1^, elle rend compte de l'application de zinzin 
non seulement aux véhicules aériens et ter- 
restres, qui sont bien des maisons dansantes et 
bruyantes, mais à d'autres objets bruyants, à 
l'obus fauteur de désordre ; et on n'a pas à 
répartir en mots de radicaux divers tous ces 
zinzins dont la cohérence sémantique est sen- 
sible et analogue à celle qu'on observe sous 

— 553 — 



zinc, tacot, bécane ; 2^, bousin et son doublet 
bousine se recueillent aux sens Locomotive et 
Mitrailleuse, c.-à-d. pour l'idée de Machine 
bruyante, et sont des syssém. de tacot et zinc ; 
3^, lé mot bousiné se recueille comme syn. de 
zinzine : « une route bousinée, Défoncée par les 
obus », 81^ art. 1., mai 18, se tire de * bousin, 
Obus, générateur direct de zinzin, Obus ; 
4^, le mot zinzin m'est d'abord arrivé, au 81® t., 
dans deux emplois non militaires, 1, un zinzin, 
une Maison de vin et d'amour où se tient urî 
bal populaire ; « le zinzin entre Moriville et 
Portieux y), nov. 16, — apocope de bousin, 
Bordel ; — 2, du zinzin, du Bruit : « Les avions 
vont venir ; y aura du zinzin cette nuit », 
juin. 17, — apocope de bousin. Chahut. Les 
mêmes Nantais (ouvriers, dockers) employaient 
ces deux sens, (et ignoraient ceilx qu*on trouve 
ci-dessus). — Ces deux sens sont étroitement 
liés : tout mot signifiant Mauvais lieu signifie 
Bruit scandaleux, (et l'inverse est vrai) ; ex. : 
boucan, sabbat, bazar, bastringue^ chabanais, dé- 
dale, ^n Anjou chutrin, en vieux-français iriga/, 
du latin au français bacchanal, du français au. 
brpton taudion, en italien chiasso et charivari» 
zizi, m.. Moteur Anzani (pour avion) ; Mi- 

— 564 — 



ramas, mai 18. — Onomatopée ? Ou extrait 
du nom Anzani ? 

zonard, m., Soldat de l^e classe; 94^ inf., 
15-16; I D. 

zouavette, f., Soldat venu aux zouaves d'une 
autre arme, (par ex. un boulanger originaire 
des C. 0. A.) ; 4e zoua>ves et 2^ mixte, 17-18. 
— Le genre et le suffixe signifient que c'est un 
zouave d'occasion, à la manque. — Le mot a 
eu aussi un autre sens. 

ZOUaviller, Faire le brave ; transmis à h. Bar- 
busse; I « Mais ç'ui-là, s'il a voulu zouaviller, 
il est tombé sur le manche », Feu, 8-8-16. — 
Syn. : faire le zpuave, même sens ; usuel; | 
« d'aller engueuler les Boches sus 1' parapet et 
d' vous faire zigouiller en faisant les zouaves 
sus F bled », saint- cassin. Temps Buté, in 
Front, 1-9-16; |1 richepin, Brades Gens, x ; 
ACKER, La classe, 63. 



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555 — 



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SUPPLEMENT 



L'objet de ce livre ne comportait ni les ques- 
tions de grammaire autres que de sémantique, 
ni ce qui est de style plutôt que de lexique, ni 
le folk-lore des poilus, ni leur sottisier. Les 
quatre notes ci-après se rapportent à ces ma- 
tières. 

1. GENRE DES SUBSTANTIFS 

Chez les ouvriers et paysans, les substantifs 
commençant par une voyelle (orale ou nasale) 
sont usuellement féminins. J'évalue de 8 à 9 
sur 10, de 16 à 18 sur 20 en tenant compte 
des cas douteux, la fréquence de l'emploi comme 
féminins, des mots (ÎOnt voici des exemples 
entendus au 81^ t., 14-17. 

— 557 —* 



<t une grande abri » ; — « des abus faites poup crier * ; 

— « de la bonne acide » ; — « de la belle acier » ; « de la 
meilleure acier que l'autre » ; — « Où est Vail ? Je ne 
sais pas où elle est » ; — « une alcool plus forte » ; « mon 
alcool est la meilleure » ; — « h' aluminium, je la fonds 
trois fois pour l'avoir bien pure ; celle-ci, qui n'a été 
fondue qu'une fois, est pleine d'antjfiction [antifriction] »; 

— « Voilà de l'amadou qui semble bonne » ; — « Si mon 
anneau serait pas si étroite, elle aurait été à l'annulaire » ; 

— « une petite appareil à acétylène qu'on appelle « bi- 
jou » : j'approche mon allumette, elle vole en éclats » ; 

— « une appel sérieuse » ; « la contre-appel » ; — « h' ap- 
pétit est bonne ?» ; — « une nouvelle apprentissage » ; — 
« une aréo allemande » ; « les aréoplanes nouvelles » ; — 
« ton argent, quand tu la recevras » ; « JJargent n'est pas 
baisante [facile] à lui retirer des mains », Il est avare ; 

— « une atout [aux cartes] aussi grosse » ; — « une grosse 
avantage » ; — « une endroit plus grande, plus spacieuse » ; 
« Le Canada est une endroit moins malsaine » ; — « mon 
écart [à la manille] était trop belle » ; « Toujours la bon- 
Dieu à' écart !» ; — « Ça fait la même effet » ; — « Toutes 
les équipages de ces bategiux-là » ; — « une essai malheu- 
reuse » ; — ' « Ça va te faire une bonne estomac », Ça t'ou- 
vrira l'appétit ; — « lu' Etat peut faire ça, mais elle ne 
peut pas faire <;;...]^ » ; — « pendant toute l'été » ; — 
« L'incendie <^..^'^ ; elle éclairait ! elle flambait! »; — 
« une mauvaise indice » ; — « pendant toute l'hiver » ; 
« une hiver aussi longue » ; — « une ohus, on la voit » ; 

— « l'or autrichienne » ; « toute l'or a été ramassée ; et 



558 



celle qui voyage actuellement <^."^ » ; — « une otage 
affreuse » ; — « Je suis venu chercher des ordres plus pré- 
cises » ; « Vous pouvez proposer mes ordres [mes conseils] 
au général Joffre ; si elles sont acceptées, tant mieux » ; 
— « l'oriflamme est plus coûteuse » ; — « Cette os-là est 
moins forte que celle-là » ; — « une ostacle sérieuse » ; — 
« une jolie hôtel » ; — « l'ouest est brumeuse » ; — « une 
petite outil bien faite » ; — ■ « Que toute l'unii^^rs soit 
couverte d'un milliard (Je bons-Dieux ! » 

« une ache-û-é », un H. O. E, Hôpital d'évacuation > 
s«'^ sanit. 85, -18. 



2. CONFUSIONS DE SENS ET DE FORME 
PAR ÉTYMOLOGIES ET ANALOGIES POPULAIRES 

Outre bouteillon et cartouche (au lexique), ont 
été entendus, employés en toute naïveté : 

accélérer, Mollir, Se ralentir : « Le feu accélère », Le 
feu menace de s'éteindre ; 81® t., mars 17, apax. — Accé- 
lérer n'a guère d'emploi populaire que dans pas accéléré ; 
or ce pas est l'allure normale de la troupe en marche et 
non une allure précipitée ; en outre le commandement 
Pas accéléré 1 ne s'entend que pour quitter le pas gym- 
nastique, lequel est plus rapide, de sorte que prendre le 
pas accéléré c'est Ralentir. 

— 559 — 



adopter, Adapter ; usuel, 81^ t., 15-17 : « adopter utie 
vis ». 

adversité, f., Opposé : « le militarisme, vois-tu, c'est 
l'adversité des choses... parfaitement, le rebrousse-poil 
du bon sens... on ne peut pas mieux dire, l'adversité des 
choses », Cabaret, 461 ; — influence de adversaire sur un 
mot savant. 

amnistie, f., Armistice ; confusion constante, 81^ t., 
14-17 : « Avant la signature de la paix, y aura l'amnistie, 
qui durera longtemps » ; — trace d'une époque plus 
remplie de politique que de guerre et d'un gouvernement 
faible envers certains de ses ennemis ? — en tout cas, 
cette confusion, fort générale, se trouve déjà, selon le 
Cri de P., 13-10-18, dans une lettre adressée au Direc- 
toire en 1797 et signée Bonaparte. 

antiquité, f.. Identité ; plaque d'antiquité, Plaque 
d'identité ; usuel et sincèrement usité par les paysans, 
8ie t., lOe cle, fév. 16-mars 17 ; I30e inf., -18 ; || carte 
d' antiquité. Carte d'identité faisant sauf-conduit ; usuel 
aux femmes du peuple, S^-Nazaire, -18. 

asthmatique (fusil). Fusil automatique ; 289^ inf., 
avr. 18, Oise ; 95^ inf., juin 18 ; — cf. teuf-teuf. 

aviser. Viser ; usuel: « J'aviserai pas votre permission, 
qu'il dit », -17. 

cerisette. Série Z : « leur baïonnette [des brancardiers] 
est remplacée par l'ineffable sabre sériez [lire : série z] 
— cerisette — », laforêt, Le médecin de bataillon, M. de 
Fr., 16-1-16, 234. — Voir zigomar. 



560 



CoUetiner (se), Se battre ; 81^ t., 14-17, où se colleter 
est ignoré des ouvriers et paysans ; \ D. m. p. ; || on 
trouve dans le Rat du Châtelet (1790) et dans Mémoires 
d'un Forçat (1828) in sain.. Sources, l'argot coltiner, 
Arrêter (un malfaiteur), qui est aussi Prendre au collet. 

— Influence du colletiner, Porter, usuel aux portefaix 
qui ont aux épaules un colletin de cuir. 

côte, f.. Cote (d'altitude) ; 81^ t., 14-17 : « la côte 105 », 
le Plateau entre Berneville et Wailly ; — confusion avec 
un mot cru syn. même par de nombreux officiers. 

décimulé, Décimé ; 81^ t., -16 : « le régiment va être dé- 
cimulé.» — Influence de dissimuler (cru syn. d'Anéantir ?) 

évacuissé, Evacué ; d'abord monax de paysan, devenu 
usuel, 81® t., 10^ c*®, 15-16, par moquerie, puis par 
gaieté. — De quelque analogie de conjugaison ou de 
quelque influence de suffixe que je n'ai pas découverte. 

— Sur la puissance propulsive de la moquerie en mor- 
phologie, un correspondant m'écrit : « Je crois que c'est 
pour « charrier » les gens du Nord, venus assez nombreux 
au 109 après Verdun, que l'usage avait été adopté de 
prononcer broulle pour brouille, solel pour soleil, fille 
comme i^ille, etc., etc. Et réciproquement on prononçait 
tranquille comme fille. — Innombrables les « cuirs » que 
l'on tente d'immortaliser : au 109 on n'aurait jamais dit 
la banlieue ni les empirons, mais les abanlieues [la ban- 
lieue — >- Vabanlieue] ; le mot situation était toujours 
suivi de tel qu'il est parce que tel camarade avait commis 
pareille faute, etc. », j. demeure, mai 18. Les queues 

— 561 — 

E8NAULT 36 



romantiques dont situation tel qu'il est est un exemple 

sont dues à la même contagion. 

illucité, f., Lucidité : « j'avais toute mon illucité », 
un 2d-m6, -18. — Influence d'illumination. 

indigeste (tir), Tir indirect (de mitrailleuse) ; 246^ inf., 
janv. 18 ; 289^ inf., C. M.-4, mai 18. 

marmotte, f., Marotte : « Il a la marmotte des permis- 
sions », un témoin au conseil de guerre, 88^ Do» t., -15» 
apax. 

opérer, Repérer ; très usuel, 81® t., 14-17 : « Merde, on 
peut plus aller aux feuillées sans se faire opérer. » 

oreille, f.. Orée :« l'oreille du bois », 81® t., -16, monax. 
récurés, Récupérés (après sursis d'appel) ; descaves, 
Journ., 27-8-16. 

secoaade, f.. Escouade ; 81® t., -14. — Inversement . 
« la machine à escouer le panetot », la Mitrailleuse ; 
40® art., -18. 

stagiaire, Stationnaire : « Avec cette guerre-ci où nous 

sommes stagiaires dans les tranchées », 81® t., -16, monax. 

trépidité, f., Trépidation : « C'est pas un éclat d'obus 

qui a brisé la vitre, c'est la trépidité », 81® t., -16 ; —^ 

influence d'intrépidité. 

ventrilateur, m., Ventriloque : « ç'ui qui faisait le ven- 
trilateur » ; 81® t., -16 ; — influence de ventilateur. 

volcanisé, m., Volcanique : « un terrain volcanisé », 
81® t., 16 ; — influence de vulcanisé ; ou plutôt emploi 
métaphorique de volcanisé, terme d'atelier résultant de 
l'influence de volcan sur vulcanisé. 

— 662 — 



znlan, m., Uhlan ; usuel, 81® t., août 14 : « quat' 
zulans », « un zulan » ; — du prononcé un-n uhlan, des-z 
uhlans. 

Je ne vois pas de raison proprement phonétique au 
traitement poste d'écoute — >- poz d'écou, m., très usuel 
au 8le t., 10® cie, 15-16. — Poste des coups [de main]^? 



3. COUPS DE GUEULE. 

Relèvent du style ( — oral — ) les vocatifs 
injurieux, les calembours conscients, les phrases ♦ 
toutes faites et bien faites qui servent au trou- 
pier à se montrer cuirassé et offensif contre les 
copains et contre le sort. Le soldat est un poète 
dont les deux poings sont les meilleures rimes, 
en même temps que les meilleures raisons ; 
mais la gueule est la troisième main du soldat. 

terribles tauriaux, m., Territoriaux ; 81® t., 14-17 ; | 
GALOPIN, Poilus de la 9®, 20 ; « nos vieux « terribles » », 
lettre d'un sergent de t., in A. fr., 26-3-16, p. 1. — C'est 
un calembour conscient, qui • ne saurait compter au 
lexique. Je n'ai pas entendu le singulier « Terrible-tau- 
rial » que donne D. m. p. 

Aux injures tirées des diverses situations de 
— 563 — 



service militaire, (ex. : bleusaille, bras cassés, 
enfifreur de culasses, traîne- pattes), il faut, pour 
atteindre au ton de la conversation quotidienne 
des troupiers, ajouter les vocatifs atroces em- 
ployés communément de bonne amitié. 
• 

Je n'en puis donner qu'un prospectus. 

Les gros reproches à l'adresse d'un homme sont : 

l'inhabileté et l'inutilité : Sacré pharmacien ! (Mala" 
droit) — Guignol ! — - Bon dieu d'acrobate I — Nour- 
risson ! (Homme qui ne sait pas gagner sa vie et se 
Caisse entretenir) — Enfant de malheur ! 

l'âge : Vieux canard ! — • Vieux cerf ! — Vieux pé- 
tard ! — Vieux nœud ! — ■ Vieux panneau ! — Vieux 
ticket l — Vieux détritus ! — Vieux machin ! — Figure 
de tête de mort ! 

la descendance : Graine d'oie ! — Enfant de veau ! — 
Fils de noble i^ache ! — Dégringolé du cul de Marie- 
Salope I 

la laideur, animale, ou inexpressive : Bec de linge ! — 
Nez d'âne ! — • Tranche de gaille ! (Tête* de cheval) — 
Bec de i^eau I — Tête de cochon mal écumée ! — Tête de 
lard ! — Vieille couenne l — Nez de rat ! — Bec de cane I 

— Bec de moule I — Vieille punaise ! — Bec de puce ! 
— • Crâne de pou I — Peau de mouche ! — Face de ver ! 

— Bec d'asticot ! — Peau de tripe ! (Peau livide) — 
Peau d'hareng saur ! (Peau bistrée) — Peau de crachat ! 

— Glaviot i>ert I — Face de pet ! — Jus de singe 1 — 

— 564 — 



Tite de pied ! — Face de semelle I — Tête de nœud I — 
Figure de peau de couilles ! (Visage ridé) — Doublure 
de peau de con 1 — Peau de fesse l — Face de fesse ! — 
Face de dos ! — Face d'haricot 1 — Face de noioi ! — 
Vieille noix 1 — Vieille cloche ! — Saucisse à pattes l — 
Figure de fromage coulant l 

la saleté : Bande de poux ! (à l'adresse d'un seul 
homme) — Choléra I — Dedans de fumier 1 — Nénuphar 
de pot-de-chambre ! — Raclure de pelle à merde 1 • — Bif- 
teck d' amphithéâtre 1 — Viande inerte ! 

On voit que la plupart de ces gueulées attaquent l'in- 
dividu par la tête, comme des gifles. 

Ont été signalés à M. Dauzat ces synonymes de Che- 
val : bout de bois, saucisson, hareng, pélican. Dans un 
dépôt de dragons, de l'ouest, « Un cheval s'appelle 
rarement un cheval : c'est un bourin, un bourdon, 
un zèbre, une bique, un ours, un cerf, une carne, un 
bestiau, un tréteau, une vache, et s'il ne marche pas, 
un veau », e. h., Temps, 24-5-15. — Est-ce là une vraie 
onomastique ? Ces mots sont surtout des vocatifs, inju- 
rieux sauf cerf et zèbre, d'un cavalier à une monture ; à 
preuve, il faut au parlant, pour être sûr d'être compris, 
ou un cheval au bout de son poing, ou un récit servant 
de contexte à son mot. On se traite de cache entre cama- 
rades : « — Tia ! 1' gars Pinceloup ! Ah ! c'te vieille 
vache ! », Gaspard, 8, propos d'un Normand ; on dit à 
un cheval malade « Ben, mon zèbre, t'as quèque chose ! », 

-^ 665 — 



ÈENjAMiN, Journ., 15-5-16 ; « Vieille bique, ça Ira 
mieux ? », ib. ; « brosser le lapin », balzac, Colonel Cha- 
bert, (éd. Fayard), 36, se comprend Etriller le cheval parce 
qu'on est prévenu par le texte qu'il s'agit de la monture 
d'un officier, [lapin, comme ours, évoque un cheval mal 
tondu) ; « des biquets de quatre sous », mandelstamm, 
Jim Blackwood, jockey, se comprend Chevaux sans va- 
leur parce que l'on est dans un monde de jockeys ; « La 
chèi^re du capistron », Schw. Sold., 72, s'entend d'un che- 
val (maigre) grâce au capitaine qui complète l'image. 
Mais jamais on ne dit « Dans le village évacué il restait 
une vache », sauf en parlant d'une Vache. Le soldat dit 
bien « ma femme » à propos de son Fusil, « ma poule » à 
propos de sa Mitrailleuse, mais ne dit pas * Je suis allé 
voir les femmes au musée des Invalides. 

Un combattant m'écrit : « Le poilu, c*êst le 
langage de gens qui veulent plaisanter, qui se 
hâtent de rire, qui parlent pour ne pas penser. 
Parler et péter n'est-ce pas tout le divertisse- 
ment permis à une demi-douzaine d'hommes 
serrés les uns contre les autres au fond d'un 
mauvais trou pendant un bombardement ? » 

On connaît les multiples emplois du verbe chier : 
Marcher droit et sec : a Quand le capiston rouscaille, ça 
chie » ; Fabriquer : « Brigadier, je n'ai pas eu de sabre ! 

— 566 — 



— Eh bîen, quand on n*a pas de sabre, on en ... un î », 

E. H., Temps, 24-5-15. On ne s'étonnera donc pas de la 
forte dose de coprolalie qui se trouve dans les échan- 
tillons ci-dessous du style proverbial troupier. 

« — Il m'emmerde. — Mets lui ton nez dans le cul 
pour l'étouffer », 81 ^ t., -17. 

A un homme qui vient semer la zizanie : « Tu voyages 
pour la paix ? », 81 e t., -17. 

« Triste patelin ici : les souris montent au grenier les 
larmes aux yeux », Il n'y a plus rien, Berneville (P.-de-C), 
-15. 

Réplique à une repartie désagréable : « Ha bien, tu 
m'en fous de belles ! Tu me la copieras, celle-là ! », 81® t., 
-15 (1). 

« Il répète tout ce que mon cul lui apprend », C'est 
un sot ; un soldat, -16. — C,-à-d. : je pète et il répète. 

Riposte à qui taille une basane : « Retourne-toi, et 
mange-la ! », 81® t., -15. 

Salutation à Marais, docker dans le civil : « Bonjour 
Monsieur Marais ! — Ho, des monsieurs comme moi et 
des cochons comme vous, y en a beaucoup ! », 81® t., -15. 



(^) « Engueule-le donc ; c'est pas ton père ! » Ce boni- 
ment, qui sert à encourager un timide, n'est connu du 
grand public que depuis La dame de chez Maxim (1899). 
C'était la plus quotidienne des phrases d'or de Pierre 
Le Moënner,Quimpérois, ouvrier chandellier,au 19® d'inf., 
à Brest, 94-95. Il y a vingt ans que j'ai le remords de ne 
pa9 réclamer. 

— 567 ■- 



« — T'as chié partout. — Au moins si je t'avais chîé 
dans la gueule, ça te l'aurait bouchée », 81^ t., -14. 

« — Je te pisse au cul ! — Et moi, je te chie sur la 
gueule et je t'embaume d'un seul coup ! », 81^ t., -15. 

« Encore un qui a sucé la Tour Eiffel pour la rendre 
pointue », Encore un fanfaron ; marin, -18. 

« Va te coucher, de peur de perdre du temps ! » ; 
marin, -18. 

« — Bon appétit ! — Merci. — Et que la dernière bou- 
chée t'étrangle ! », marin, -18. 

« Ha la la ! les enfants de nos enfants auront de vilains 
grands-pères », marin, -18. 

Au-revoir à un permissionnaire en partance : « Va-t'en ! 
ça puera moins », marin, -18. 

« Il n'aime pas l'alcool, non ! Il faut lui pincer le nez 
pour le lui faire boire », 81® t., -15. 

« — Mais si on retrouve pas la porte de son gourbi ? 
— ^ Si vous êtes égaré, cherchez-vous !», 81^ t., -15. 

Cantonnement sale : « ... Quand le villagecis rentrera 
ici, il faudra pour le nettoyage qu'il s'y prenne le matin, 
et encore pas un samedi », 81® t., -15. 

« Ceux-ci piocheront, ceux-là pelleteront ; et vous qui 
n'avez pas d'outil, vous leur cracherez dans les mains », 
un officier ex-colonial, 81® t., -14. 

« Il était couché sur sa paille ; s'il n'avait pas été si 
gros, on ^aurait dit l'Enfant Jésus; c't enfant d'pu- 
tain ! », 81 e t., -15. 

« Il dort encore ? Ha, il ferait bien crever un chien à 

— 568 — 



i 



dormir », Il battrait un chien aux concours de sommeil » 
8ie t., -15. 

« Si c'est pas arrivé, ça arrivera ? », Tu blagues ; 81® t. 
-14. 

« C'a été dit à la Cour des Muets... », Tu mens; 81 « t., -14. 

Tu veux me tromper, me mettre en boîte : « Dis donc» 
est-ce que tu as travaillé chez Amieux ?» ; 13® tir. alg., 
juin. 18 ; — syn. : « Non, pour la mise en boîte, c'est pas 
ici I » ; ib. ; — « Non, mon vieux, c'est quai de la Râpée, 
maison Amieux frères » ; ib. 

« Cause à l'autre ! », Je ne suis pas ta dupe ; 130® inf., 
-18, avec le même geste que pour envoyer un ballot à la 
gare. — Syn. : « Cause trois jours !» ; 13® tir. alg., -18 ; 
— dévié de « Cause toujours !» ; — « Poisses-en un 
autre !» ; « Tu connais Dudule ? Eh bien, poisse-le cinq 
minutes » ; « Poisse Dudule ! » ; 204®, 246®, 289® inf., 
juill. 18, {^) ; — « Cause à l'autre trois fois... Marche ! », 
246e, 289®, 321® inf., -18. 

Tu veux m'épater, m' asphyxier : « Desserrez vos cra- 
vates... Marche ! » ; 246®, 289®, 321® inf., août 18. 

Même emploi : « Tout le monde a son pain et son fro- 
mage ?... Marche ! » ; 95® inf., sept. 18 ; ' c.-à-d. Ça va 
bien, Suffit. 



(1) Au 95® inf., sept. 18, Poisse-Dudule est un sobri- 
quet ; (antérieur à Dudule le poisse, héros des Signaux 
de pawlowsky). 

— 569 — - 



Même Théorie, chapitre Visite d'un officier supérieur 
redouté : « Au commandement de Le 9' là /. tout le monde 
fout le camp » ; 289® inf., août 18. 

Au sens de Tu charries, N'exagère pas, V Intransigeante 
9-7-18, p. 2, c. 4, signale comme frontard : « Ne fais pas 
de bruit dans la serrurerie », et comme plus récent et 
donnant « le ton suprême des tranchées de Montdidier » : 
« Chahute pas le postillon I ».Mes témoins ignorent l'un et 
l'autre. 

« Oui, mon con, t'as bonne mine », Tu veux charrier ; 
46«, 246e inf., 14-18 ; 13® tir. alg., 95^ inf., -18. 

Repartie fort psychologique, et qui est au cœur même 
de l'art de la pantomime : « Allez, on les connaît tes boni- 
ments ; t'as qu'à faire les signes ! », 81® t., -14 ; sert à 
rembarrer un rouspéteur invétéré. 

Adieux d'un homme en fureur qui abandonne la place 
et s'en va en « claquant les portes » : « Je ne suis pas pa- 
tron ici, vérole de bon Dieu ; je le serai p'têt' quèque 
part » ; 81® t., -16. 

A un cavalier qui passe : « Ton canasson est malade ? » 
On ajoute ou on sous-entend : « Il a une emplâtre sur le 
dos», 8le t., -14. " 

« Tant qu'y aura de la merde et des côns, tu seras pas 
orphelin », 81^ t., -14. 

« Tant que les cons danseront, tu ne joueras pas de 
la musique » ; 46® inf., 9® b»", nov. 16 ; 246®, 289® inf., 
-17 ; — « Tant que les cons danseront, tu n'auras pas 
froid aux pieds » ; ib. 

— 570 — 



« Tu ne t'envoleras pas ! », Tu es nique ; 46®, 204®, 
24 6e, 2896 in^., 14-18 ; — plus complet : « Avec ce que 
tu as au train, tu ne pourras pas t'envoler ! » ; ib. 

« Quand nos poux auront grossi, nous les mettrons à 
pousser des brouettes », 81^ t., -15. 

« — As- tu chaud ? — Oui, je commence à écumer 
entre les jambes », 81^ t., -15. 

« Un cassecouille et lui, c'est bien le même » ; 81® t., 
-15 ; le même est au neutre ; cf. « Ça et rien, ce sont bien 
les deux sœurs », ib., -15. 

« — Tu as mal au pied ? — Non, à côté ! ? », 81® t., -14. 

« Un demi-quart de vin ! Est-ce que tu m'as jamais 
vu boire un demi-quart de vin? Est-ce qu'y a des demi- 
saints dans le Paradis ? », 81® t., -15. 

« C'est bête de se faire blesser, mais c'est con d'en 
mourir », G. Demonchy, 13® tir. alg., sept. 18. 

Août 17, Chemin des Dames. Des bataillons de noirs 
montent pour l'attaque : « A consommer avant l'hiver ! » ; 
246® inf. 

Bombardement par aéros : « • — C'est la guerre mo- 
derne. — Eh bien, elle est batt, la mode ! », 81® t., -16. 

Les majors ont photographié le tableau d'une chasse 
au rat (107 têtes) : « J'ai dit Pauvre France ! Les rats 
en photographie I », 81® t., -16. 

« J'eminerde la merde et je chie dans mon pantalon 
quand je veux », Je me moque de tout ; monax de 
P. Thébaut, de Quilly, 81® t., 14-17. 

Du même : « Je n'étais pas saoulaud avant ; ma vie a 

~ 571 — 



été trahie par la guerre actuelle », ...Dévastée, Décon- 
certée, -15. 

« C'est pas régulier ! », protestation adressée à qui- 
conque demande du,rab, met sa chéchia de côté, raconte 
UD succès galant, etc. ; le ton sérieux fait l'emploi co- 
mique ; 13® tir. alg., juill. 18. — Même emploi : « T'as 
pas le droit ! » ; 4® zouaves, Milly, -17. 

« — Tu aurais dû faire comme ceci. — Occupe-toi de 
tes fesses ! », 81® t., -15. 

« Va te faire tâter ! », Va te faire lanlaire ; 13® tir. 
alg., juill. 18 ; - — « Va te faire tâter par les Zoaques ! », 
130® inf., C. M.-2, sept. 18 ;'— cf. Chez les Zoaques, de 
Sacha Guitry. 

« Est-ce que je te demande si ta grand mère danse 
bien ? », De quoi te mêles-tu ? ; 268®, 289® inf., oct. 17. 

A un bronchiteux : « Te voilà baisé à ton tour : ton 
cul sent le sapin », 81® t., -15. 

« Deux permissionnaires, deux malades, pas de caporal : 
la seizième escouade va se trouver à cul », ...Réduite à 
impuissance ; 81® t., -16 ; — cf. « C't affaire là est tombée 
le cul dans l'eau », ib., -15, c.-à-d. est tombée dans le 
seau, n'a pas réussi. 

Le soldat qui va essayer des chaussures ne manque 
pas d'annoncer : « Pour moi, un 28-4 fillette » ; 289® inf., 
-18. 

(f — Dis-donc, cuisto, as-tu gardé pour vous autres à 
la cuisine ? — Vous en faites pas î J'en aurai au cul 
avant que vous en ayez à la bouche », marin, -I84 

-, 672 — 



« Quelle cangrène, quelle peste, ce type-là ! si la mort 

ne l'embellit pas, ça fera un sale macabé », un soldat, -18. 

Formule pour refuser un menu service : « Non, mais 

as-tu vu beaucoup de domestiques habillés comme 

moi ? », 8le t., -15. 

« Ça ne va pas mieux a, répète le poilu à toute chose, 
même de mince importance, qui ne va pas selon son 
souhait ; misère infinie, fatalité inexorable ; 130® inf.-, 
sept. 18. 

« Adieu, la valise ! », Tout est fichu ; 13^ tir. alg., 
août 18. 

« Il ne mange pas le (?irage », Il n'est pas si terrible 
qu'on le croit, ou qu'il veut en avoir l'air ; 109^ inf., -17 ; 
8® génie, -18 ; se dit surtout d'un gradé : « Après tout il ne 
mange pas le cirage lui non plus ». — Syssém. : bouffer 
le linge, Faire toute la besogne à soi seul : « Y a pas que 
toi tout d'même pour bouffer le linge, hé, bleusaille de 
la classe 15 », Pépères, 107. 

« Pleure pas ! tu la reverras, ta mère », usuel dès -16. 
— « C'est, malgré sa vulgarité foncière, une parole de 
foi vivace et d'amour », franconi. Un tel, 163 ; vulgaire 
en effet, et impitoyable, si on ne sent pas que cette 
phrase d'un passant à un bébé égaré, ne s'applique que 
par simple queue romantique à des poilus qui risquent, 
avec leurs pleurs, leurs yeux, et leur tout. 

« Vivement demain soir, qu'on se couche ! », Ce sera 
deux jours de moins à souffrir ; franconi, 163, chapitre 
où sont commentés plusieurs autres apophtegmes poilus. 

— 573 -- 



« 103® terrassiers », c'est le 103® inf. ; « 25® terrassiers », 
le 25® chass. ; « 40® terrassiers », le 40® art. ; lisez le Petit 
Voisognard, « organe bi-hebdomadaire du 369® Terras- 
siers », mars 15 ; — qui n'a pas remué sa pincée de terre ? 

Cette terre, souvent, quelle glu ! Le 40® art. se nomme 
« 40® boueux » ; il qualifie ses conducteurs « les boueux », 
les « vaseux » ; le 8® génie s'est dit le « 8® vaseux », (cf. 
hauts-de-vase ?), 

Au début de -17, le 130® inf. était un vrai bougillon : 
« 130® déménageurs », disait-il. 

« C'est la guerre ! », phrase courante, et d'ordinaire stu- 
pide, des soldats, — pour excTiser ébriété, vol, paillar- 
dise ; je désire que ce ne soit qu'une traduction du Der 
ist krieg boche. 

« Jugulaire : jugulaire ! », Je ne transige pas ; marins, 
-18 ; — jugulaire == service. 

Bon ! encore une dispute : « La campagne s'avance : les 
caractères s'aigrissent ! », 81® t., 16-17 ; marins, -18. 

« La bataille de Laisse-ça-là gagnée par le général 
Bourretapanse », les manœuvres ... à pagaille ; 40® art., 
14-15. 

« Y a gagner Saint-Raphaël », Nous méritons la relève, 
le repos, l'intérieur, une fine évacuation ; 40® art., -18 ; 
— les Sénégalais de la Do» (la 40®) vont hiverner à S*- 
Raphaël. 

Locomotive et wagons, au départ, le train chante au 
permissionnaire : « Je t'emmène, je t'emmène » ; et au 
retour : « Je t'emmerde, je t'emmerde »; 40* art.^ -18. 

— 574 — 



« Faut pas essayer de comprendre I », C'est absurde ! 
81^ t., 14-17 ; très usuel et général ; | Gaspard^ 51.— 
Employé par ironie à propos, non seulement des ordres 
chargés de mystère, mais des ordres absurdes qui portent 
leur contre-ordre en croupe. 

« N'allez pas là-bas ! » (suspension entre les deux / ; les 
trois derniers a très fermés), Dangereux est le secteur où 
vous allez, nous l'avons éprouvé, g. ferrand a entendu 
ce cri pour la première fois, montant à gauche de Reims, 
juin 18, d'un régiment de « joyeux » qui descendaient. 
Un écho de V Humour ^ 23-30 août, le déclare né sur la 
route « de Ch...s-le-V...s à Herm...Ue », (Châlons-lo-Ver- 
geur, Hermonville) : un camoufleur le lança et le réitéra 
à deux quidans qui se dirigeaient vers un endroit en vue 
des Boches, et ces deux s'étant trouvés le gén. Mangin 
et M. Clemenceau, son émoi charitable fut, du coup, 
auréolé. Ce fait date de fin mai, d'après un écho de Paris- 
Midi antérieur au 13 août. Au début d'août le mot fait 
fureur sur tout le front. — Au 13^ tir. alg., oct., on ajoute : 
« Prenez le boyau !» ; — (le boyau d'accès, ou le boyau 
de trisae, selon l'idée). 

« On les aura » [lei Boches] ; uBuel et universel dèi -15 ; 
consacré par la plus haute autorité qui fût :« Courage... 
On les aura ! », gén. fétain, ordre du jour de la XI^ ar- 
mée, 10-4-16. — D'où, par amertume : On les auru / 
— les pieds gelés. 

« Debout, les morts ! », appel lancé par l'adjudant Jac» 
ques Péricard, dans sa tranchée envahie par les Boches, 

— 575 — 



95^ inf., Bois-Brûlé, 8-4-15 ; || « Debout, les morts ! », 
DiERX, Les paroles du vaincu (1871), str. 3 ; « A vos 
postes, les morts ! », dumas, Amour sacré (1912) ; 
« Le dragon blessé à la nuque <^...> cria, funèbre, dans 
la cour obscure de la maison : — « Les morts, là-haut, 
descendez prendre l'air. On va faire une salade d'acier 
sur la route ! » Presque aussitôt, sur la plus haute marche 
de l'escalier, apparurent les plus infirmes, <C...>' »i 
d'esparbès, Tumulte^ Le Pont qui chante. — Il n'est 
heureusement pas nécessaire de supposer que M. Péri- 
card se rappela ses auteurs, — ni que le général Galliéni, 
en lançant son « jusqu'au bout », (3-9 -14), se rappela 
l'ordre du jour de Mac-Mahon à l'armée, « J'irai jusqu'au 
bout», (9-7-77). 

On recueille çà et là chez les littérateurs de guerre des 
dictons à images populaires : « tresser du filet pour la 
pêche aux boches », Etablir un réseau de barbelé, Pé- 
pères, 66 ; — « faire les tableaux vivants », Se tenir immo- 
bile pendant l'éclairement d'une fusée, ib., 72 ; — le 
« voile photographique », constitué sur la tête du guetteur 
par la toile qui bouche du côté intérieur la fente du cré- 
neau de tranchée. Bourru, 115 ; — « On va vous poser 
des tapis pour passer », phrase adressée à l'infanterie de 
l'assaut par les porteurs d'échelles du génie, Artois,mai 15, 
ERLANDE, En Campagne, m, 1 ; — « On eût dit qu'ils 
voulaient pulvériser Cumières. On n'osait pas coucher 
dans les granges, car le réveil n'était pas garanti », 
E. c, Pet. Journ., 8-4-16, — calembour d'un réveil 

— 576 — 



affirmé quant à l'avenir avec un réveille-matin garanti 
contre les accidents. 



4. LiTTéRATURE PARIÉTAIRE 

Je ne puis citer un lot de crayonnages re- 
cueillis dans les abris de guetteurs du secteur 
de compagnie M*, devant Wailly en février 16, 
en raison des personnalités et des amertumes 
dont ils étaient nourris ; on peut souhaiter 
qu'il grossira un jour un « Corpus » des ins- 
criptions poilues. 

Voici un relevé des plus notables enseignes de cagnas 
du même secteur de première ligne et de la ligne de 
soutien, dans l'hiver 15-16, dues au 81® t. ou à des prédé- 
cesseurs. 

« Au repos de Jules César », (pour commandant de 
compagnie). — « Cottage de l'espoir », (pour officiers), 
— « Villa des Poilus ». — « Au pôle nord, 15-1-15 ». — 
« La Vigilante », (le parrain, un sergent, n'en donne qu'à 
des amis sûrs le sens caché : vigie lente). — « Villa Joffre ». 
— • « Villa Sani Suffi », (villas de ce nom à S^-Brévin, 
à Pornichet, à S^-Nazaire, 14-18). — « Au Gagne-Petit. 
Portret. Scaer. a. zo. portred. mat. Guitaem quet Hep 
evat eur chopinad. Milin Caour », en langue bretonne,... 
Les gars (Pôtred) de Scaër sont de bons gars. Ne nous 

— 577 — 

KSNAULT 37 



quittohs pas sahà boire une chopihe, (et signature des 
deux auteurs). — « Villa des bons grelotteux ». — « Hôtel 
de la liaison ». — « Villa du gâchis ». — « Terrier du jeune 
Renard ». — « Au petit Bacchus ». — « Consulat de Bre- 
tagne ». — « Kermaria ». — « Kermadelon. 1914 ». — 
« Ker Herbadilla », (parrain, un paysan d'Herbauges 
(Loire-Iiif.) instruit du vieux nom de sa paroisse). — 
« La Maisonneuve ». — « Au Soleil-levant ». — « ÎCer Ja- 
jionais ». — « Hôtei des Poux Volants ». — « Villa des 
ttats ». — - « Fabrique des squelettes ». — « Câstel des 
Sâils ^biici de là 3^ esc. ». — « Villa des Indifférente <. 

Quelques bdykux pbrtaietlt dhé noms officieux cràyoh- 
nés à côté ou à défaut de noms officiels : « Rue d'Alle- 
magne ». — « Rue des Antiboches ». — « Rue des Pieds 
htltfifdes i. — « Rtie du Bain de siège. » — Telles fëuillées : 
« Fabi-ique de chocolat ». 

Du 93^ iiif., oii m'écrit, avril 18, que l'usage des en- 
seignes s'est à peu près perdu ; on déménage trop sbti- 
vent. Toutefois en voici trois de ce régiment : « Villa des 
Totbë )K — a Poilus-Palace ». — « Les Cénobites Tran- 
quilles » (cette dernière ne doit pàë être lue plU8 d'une 
fois..., âUs^i a-t-elle eu un légitime succès à travers les 
secteili-s). 

bu 289* inf. : « Eau et gaz à touà les étages », Juvin- 
cbuH, jâhv. 18 ; boue et gaz asphyxiants. — « Abri 
déi Lduftingues », Vareanes, avr. 18 ; calembour sur le 
bois, Voisin, de Louvetain. — « Ker-Julot », route de 
Mbtilin-§bUâ-Touvent à Attichy, août 18. 

— 578 — 



Au 49^ inf., Argonne, -16 : « Villa Pot'ana », en béar- 
nais... Ça peut aller. — « Il est dangereux de se pencher à 
l'extérieur », écriteau de wagon. 

Au 130® inf., janv.-juin 18, on constituait des « îlots 
de résistance » ; un des îlots s'inscrivit une devise au- 
dessous des consignes de combat affichées ; le colonel 
approuva ; il rendit obligatoire un texte, au choix ; on 
adopta, ici « Le fusil recule, le fantassin français jamais », 
là « Avance si tu l'oses », là « Se défexidre jusqu'à la mort. » 






~ 579 



NOTES TARDIVES 



MOTS USUELS AU 40^ ART., -18, ccttc attes- 
tation confirmant utilement celles données 
d'autre part : 

aramon ; armoire, IJavresac ; artillerie [demander V) ; 
autobus, bergougnan, pneu michelin, rognure de taxi^ 
viande blindée ; baraque, Brisque ; bavarois. Pou ; la 
boite à gaz, le gaz (non les gaz], la Boîte à masque ; bocal^ 
bouterolle, casserole, panier à salade, saladier, soupière. 
Casque ; buque [ça) ; caisse d' emballage, Biplan ; calandot 
(14-18 et avant -14), pélican. Cheval ; cigare, perle, Obus, 
(mots peu usuels) ; course à la mort ; cuiso ; demi-boule^ 
Auxiliaire ; écrabouiller [en) (peu usuel), faire des heures ; 
faloter ; faux-nez ; fouillard ; galeiouse, (non les autfes 
suffixes) ; gelé [se faire porter) ; godaille, grêlon, grollon. 



581 — 



sçMs-rnarin, Mam^ Ct^^ussiife ; gras ppur, JBqii ppuî" ; 
gruyère ; installer, Crâner ; kébir, Colonel (d'Afrique) ; 
kéhour, kébroc ; malabar, Gros ; mitrailleuse à haricots, 
quaire-cent-i>ingt, sous-marin, Roulante ; mouche à miel ; 
pétoire, 75 ; phonard ; picoler ; faire un pompier (au bi- 
don) ; remonie-moi-le-moral ; rouper, Chaparder ; ta- 
basser [se] ; téléphoner , Boire à un tonneau ; torpiller. 
Faire une injection sous-cutanée. 

Préface, p. 17, 1. 16 : 

Mellé, Joli, à la Légion Etrangère, d., est sans doute 
une mauvaise lecture de mello, Joli, si usuel aux Lillois. 
- — Çlciquot, Fromage, connu de f. de keralio, usi^el à 
tel cavalier du 1^^ cuir., et signalé dans p., dérivp sapg 
doute de claque-en-hec, Fromage blanc mou, mot ar- 
dennais en -99, et rémois dès -45 (saubinet). 

agents 4e liaison de la 48^ [D»"] {les), va., 
}es Corbeaux ; p. charpentier, été 18. — Ils 
vont et viennent de cadavre en cadavre. 

alboche. A Neuchâtel (Suisse), albotche, en 
01-07, et sûrement dès -75, sinon dès -70, F. de 

KERALIO. 

arbalète, f., Cheval maigre ; 40^ art., -18. 
arcassines {en aç>oir plein les). Autres sys- 
sém. : en avoir plein les pieds, les arpions, les 

— 582 — 



bottes, 40^ art., -18 ; les trottin^ts, l. sambar- 
DiER ; les pattes, 156^ inf., -18. — En outre, 
en a^oir plein les pieds, les arpions, Ips pan^yds, 
Etre saoul ; 40^ art., -18. 

çis [à V). Bouffer à Va^, Jeûner, PRUANT ; 
c.-à-d. se brosser au lieu (Ip bouffer. 

asphyxier. Très usuel, 130^ inf., 13^ tjr. alg., 
sept. 18. 

Badèn-Badèn, m., la Captivité : aller à 
Badèn- Badén, Etre fait prisonni(2r ; 40^ art., 
-18. — Prison en argot se dit villégiature. 

balancer, B : servir ur\ état (adipinistratif), le 
balancer, le Faire avec soin, Pépères, 210. 

bec-bois, m.. A, Mitrailleuse ; B, Canon-re- 
volver ; typographes lorrains, mercier, Nar\cy 
bombardée, 175-178 ; — du nom lorrg^in de 
l'oiseau Pie, bec-bois, (qui bèque le bois). 

béqaeter, 2, h, Bouffer (au figuré) : béqueier 
des kilomètres ; 13^ tir. alg., oct. 18. 

boche. Etait connu à Spire en -Ql ; dans une 
famille universitaire (le père archéologue, un 
fils docteur en philologie et député au Reich- 
stag, un autre archiviste), on l'expliquait 
ainsi : après 70, les voyageurs, en passant l'ex- 
frontière alsacienne, donnaient leur nom ; un 
douanier, surpris de la fréquence du nom de; 

— 583 — 



Boesch, répandu en Palatinat, se serait écrié : 
« Aile Boesclî ! », Tous Boche ! ; g. ferrand. 

Bochie, Pays des Boches ; très usuel, 1, Ger- 
manie, 2, Pays français occupé par les Ger- 
mains, 130^ inf,, -18. — Bochenie ; « Le soldat 
dit aussi Bochenie, Allemagne », f. de keralio, 
nov. 18, spontanément. — bochiser, Rendre 
germanophile, par contrainte ou persuasion, 
et embocher, Enrôler pour le germanisme, sont 
usuels au 40^ art. dès -14 peut-être, f. de 
KERALIO, annotant d. ; — V Action française a 
largement usé de ces deux dérivés. 

bourrin. — Cf. bourri, m., Mulet, (non Che- 
val, sens donné par d.), 130^ inf., C. M., -18. 

branleur, m., Ordonnance, (mot ancien), est, 
malgré une impression donnée dans d., tout à 
fait usuel au 40^ art., -18. 

bras-cassés, à l'adresse des brancardiers : 
xxxxe inf., 14-15 ; 130^ inf., oct. 18. 

capitaine, lieutenant, (faire), Rebondir au sol 
trois fois, deux fois ; aviateurs, déch. — Voir 
bessonneaux. 

{caporal). — t cabo-cuisto, m., Caporal d'or- 
dinaire ; 40^ art., -18. 

chandelle. De la ballotte à l'avion le pont est 
fait historiquement par le foot-ball : faire 

— 584 — 



chandelle, Lancer le ballon très verticalement, 
Brest, 05-10. 

(chapeau). — Syn. et syssém. de blindé : 
casquette en fer, f., 40^ art., -18 ; | d. 

chassmar, m., Chasseur à pied ; 94^ inf., -17 ; 
4® mixte, -18 ; moins usuel que chassbi ; | 
chassemar, Chasseur à cheval ; déch. — Cf. 
officmar. 

choueille. Cf. « un chweie, un Petit peu ; un 
petit chçeie (les Champenois) ; de l'allemand 
schwein ? », f. de keralio, nov. 18. 

[cirage). — Lion noir. Sénégalais ] 40® art., 
-18; Kaol et Lion-Noir, la D®" Marchand, com- 
posée de coloniaux et de Sénégalais, — ceux- 
ci barbouillés au cirage, ceux-là plus clairs et 
briqués au kaol. 

coup de buis, m.. Grande attaque pour en 
finir ; un artilleur (d'Epernay), sept. 18. — 
Métaphore de cordonnerie, (le buis sert à polir 
le cuir du soulier achevé), analogue à coup de 
torchon, Bataille qui nettoie la situation et l'un 
des adversaires. 

crapouilloteur. On a dit « un tireur de cra- 
pouillot », Artois, mai 15, erlande, En cam- 
pagne, III, 1. 

déculottée ; | Le bon Dieu, assis dans une 

— «85 — 



SQUpis^e, « ji^ge Ips bops cpups ^t poii^tp les 

déculottées », arnoux, Opinion, 31-8-18, p. 162. 

4eU3ç-coups ; H Le fusil 4 deucc coups, le Pan- 
talon drqjt du chasseur d'Afriqv^ej (p^r oppo- 
sition ^ son large « fjptt^r^} ») : « Et surtout 
pas 4^^ fusils à deu3f coups ! «^ or^ire du colonel 
en vue d'une réception qfficipjïe, 5^ c))éiss. 
d'Afrique, -07 ; 1* mulot. — Métaphore de forpie. 

escargot électrique, m., Projecteur élec- 
trique ; 61^ art., p. — Semble une sorte de 
monax ; raps témoiy}S l'ignorpnt, y cqnipris 
ceux 4e? sections df! prpjepteur?. — Cf. esQÇir^ot, 
Çpquilje d'escargot servant de lanapiq^î.. hdt ? 

éteignoir, m., Casque ; 40^ i^rt., -18 ; | ^. 

fuisçLï^der. — Mieux : gur fç{ire, paf le parti- 
cipe présent substantivé faisant^ q^., EJ^croc, 
(tricheur ^u jeu QU yendeur de niarph^n4ises 
achetées ^ crédit) ; êtfe faisandé serait être yic- 
tjff^p d'un faisant. 

Jqlat ; pn dit « Mon vieux, tu risques le f^- 
Ipt », 130^ inf., -18, non pas *les falots. 

fe-fe. — Cf. fe-me, m., Fusil-niitrailleur ; 
94^ inf„ 17-18 j ^u 81P t., -\1, If-èm. 

flukç^rd ; usu^l, « désigne les appareils 4^ 
campagne, particulièrement ceux à ^ppel yi- 
tiré, (vijjfeurs, tren^hleur§), de là l'e^^pressiqu ; 

— m — 



Tapp^reil vibre, tremble, donc il a peur : flu- 
bard )), 8^ génip, c^^ D-1, nov. 18. 

{foin). — varech ; 40^ art., -18 ; 11 d'espar- 
BÈs, Demi- Solde, xiii ; — l'anglais weed a les trois 
sens de varech : R^but, Mauvaise herbe, Tabac. 

franc, Braye ; 95^ inf., 40^ art., -18 ; — fran- 
chise, f., Bravoure : « Sa franchise [de Driant] 
allait jusqu'à la tén^érité », 5Q^ chass., -16 ; 
95e inf., -18. 

Fritz ; (on prononce friss ; f. de keralio). 
Fritz, c'est l'ennemi au moment où il n^est pas 
méchant : Fritz va à la soupe, va se coucher ; 
même généralisé, le sens n'a pas la valeur pé- 
jorative de Boche. 

jrigoussç ou figous. — Etymologie arabe, 
fondée sur le caractère algérien de la locution 
et sur le synonyme en avoir plein Iç pot : fi, 
Dans 4- gouss, Cul, Vagin ; f. ^ijtavand. 

fusil à- patates, m.. Fusil-mitrailleur ; inf. de 
ligne et 2^ c^^, nov. 18. — Appuyé suf un pa- 
rapet, il fusille volontiers à j^aser terre. 

gars ; — suivi de l'emploi, de la spécialité, du 
grade : le gars cuisto ; les gars mitrailleurs ; le 
gaxs, capitaine, ; 130^ inf., -18. 

glinglin, Obus ; | pÉCH. ; ARNoyx, Opinion, 
31-8-18, p. 163. 

— 587 ~ 



gnole. Prononcé o bref par plusieurs Lyon^ 
nais.,., usuel en Auvergne sans doute par suite 
du va-et-vient de petits commerçants auver- 
gnats établis à Lyon..., apocope de guignol qui 
signifie, (et guignolet aussi), Eau-de-vie, à 

Lyon..., F. DÉCHELETTE, UOV. 18. 

(groin). — Le museau de cochon, le Masque 
boche de fin -15 et -16, (analogue à celui que 
nous avons adopté en -17) ; 40^ art., -16. 

gros légumier, m.. Limousine, auto pour 
hauts personnages, pour « grosses légumes » ; 
V Humour, 23-30 août 18. 

khaki, m.. Soldat britannique ; 40^ art., -18 ; 
|o. 

knop. — La forme cloques est à dopes (voir 
l'article briques) comme quenauque est à que- 
naupe. D'autre part pipe est usuel au sens 
Cigarette (à Paris dès 1900). Il semble ainsi 
que, sous la muance de o (bref et long), et mal- 
gré la différence de genres (m. et f.), dope, 
Mégot, et knop, Pipe, peuvent être un même 
mot. 

{V accrocher). — se la mettre ; 94^ inf., -16 ; 
4^ mixte, -18 ; | pawlowsky, Signaux, 61. 

machine à ramer le paletot ; « entendu quel- 
quefois )), p. THÉRY, nov. 18. 



588 



malo, m., Malade ; 40^ art., -18 ; | d. 

maouss ; le Maouss, sobriquet d'homme, si- 
gnifie Gros avec la touche additionnelle Bon- 
enfant ; s^n sanit. 45, -16 ; « un vol maouss 
[en avion] », un vol Epatant. — Superlatif ; 
pépère- maouss- poilpoil ; s^n sanit. 45, -16. 

marraine. Cf. Int. des Ch., LXXIV, 311, 
LXXV, 187, 315. 

matai (?) Cf. boyal, m.. Boyau ; d. ; — bis- 
tral, m.. Bistro ; 40^ art., -18. — Mais matai, 
tout à fait inconnu des marins, n'est-il pas 
une mauvaise lecture de înataf, Matelot, (Mau- 
vais matelot), qui leur est très usuel, depuis 
au moins -08 ? 

mec en blouse, Type, Bonhomme, se distin- 
guant par un air soit cossu, soit campagnard ; 
usuel, 13^ tir. alg., nov. 18. 

métro ; exactement Abri fait de tôles cin- 
trées ; F. DE KERALIO. 

moulin à café. — Syssém. : cinéma, m.. Fusil- 
mitrailleur ; terme inventé par M. Charles Do- 
ridam, le poète chansonnier, au 224^ inf., 
19® 0*^, fit son chemin jusqu'à la D<^" ; — les 
balles se présentent au tir successivement, 
comme les pellicules d'un film. 

paprika. Baver signifie Parler et Parler 



i89 



exagéréiHent, pat* la sémantique notée sous 
déculottée. Etendu au sens Exagérer et che- 
vauchant piétiner dans les barbelés, il a donné 
haçer dans les barbelés. 

(pé-cé). — té-cé-irois, B, Train dfe combat 
du 3e bon . i3oe inf., -18. 

{perco). — Syssém. : jUS, m., Discours oiseux, 
Tartine : en faire un jus, Donner force détails 
qui n'intéressent pas l'auditeur ; d^s jus, des 
Boniments ; 40^ art., -18 ; — de là faire un jus, 
Faire un bruit, un bombardement ; d. ; plus 
exactiement, « S'expliquer )) avec bruit. 

pétard, Ë, 1, 1^, Canon ; se dit souvent du 75 ; 
40^ art., -18 ; — 2^, a, Canonnier servant : 
premier- pétard, Canonnier de 1^^ classe ; ib. ; 
— parce qu'on l'appelle premier- canon, par 
apocope de premier^ canonnier ; — b. Sous-chef 
mécanicien, « en argot d'artillerie », lintier, 
Tube 1233, 249 ; sens inconnu au 40® art. 

piétiner le caillebotis, Exagérer ; 2%^ art., 
nov. 18 ; — bruit dangereux qui fait repérer. 

pingouin. — - 3, Insigne au bras du personnel 
volant, (deux ailes éployèes) ; marins avia- 
teurs, août-nov. 18. 

poilu-, Le Poilu de Montmartre, journal vendu 
en avr. 93 à la porte dU « Concert des Poilus 



590 



de Montmartre )>, Int. des Ch., LXXIV, 
377. 

praline ; — aUtres sy^èéin. : pastille, Bélllè ; 
— berlingot, m., Obus ; des sou§-offë d*ÉlH.^ 
nov. 18 ; — peut-être même bigottlëaii, th., 
Obus ; 40^ art., -18 ; — les berliilgots étant 
des limas doux et les bigorneaux dés limas de 
mer. — La simple roiideur deû ploitlbs de 
shrapnell les fait nommer chiqtièS, f. ; d. ; — 
de chique, Bille à jouer ; — mirftbéllèâ, f., m 
secteur lorrain, -14 ; b. 

[rapport). — !aite une décision, Art-angër les 
événements à son gré, soit discutant avec dfes 
copâinâ, soit bourrant le crâiie à dfes pâsëàilts ; 
40® at-t., -18 ; — sysséirî. de faire des Ibis, Rddà- 
péter avec idéologie, surtout en parlant d'un 
homme pris de vin, usuel aux Nàritais. 

fehi^és. — citation à l'ordre de la Crdi^- 
Rouge, f., Evacuation ; 130® inf., -18. 

réquisitionner. — Syssém. : mobiliser, 1, Em- 
prUhtet" ; 2, Voler ; 40® art., -18. 

ricain. — rital, m., Italien; usuel à quelques 
voyous parisiens, 40® art., ttbv. 18 ; — chevau- 
chement de ricain -\- ital ? 

russe ; « les Russes, les Bleus, 1914-1915 
(les rbussëUtâ ?) », if. de kêRAtlo, noV. 18, 



594 



Saindoux, Constantin, roi de Grèce ; un 
2d-m^, oct. 18. — Calembour. 

tendre une inondation ; autres textes, de 
Napoléon I^^ et de Macdonald, in Int. des Ch., 
LXXI, 341, 441. 

sous-marin, A, Roulante, est le remplaçant 
syn. de torpilleur ; et torpilleur est une méta- 
phore de forme, prise aux torpilleurs, torpilleurs 
à roues, de Toulon, « véhicules du Service d'hy- 
giène, portant un long cylindre horizontal, 
semblable à une chaudière de torpilleur », 
BOYER-REBiAB, 24 Heures, 120 (cf. 128, 129, 
139, 167) ; ces véhicules roulent dès l'aube et, 
stoppant devant les maisons sans lieux d'ai- 
sances, recueillent les excréments des toupines 
(et les tas d'ordures ?) ; un dessin, ib., 137, 
légitime le transfert de cette image à la rou- 
lante. — Syssém. prochains : chocotière, marie- 
salope, goudronneuse, les deux premiers par- 
lant de vidange, le dernier de tonneau couché, 
tous trois bien ingrats aux parfums de la cui- 
sine de guerre. 

B, Brodequin ; on y substitue torpilleur ; 
40^ art. 

(tatane). / — Matatane ; le matatan est un 
gros tambour indien ; le mot s'appliquerait à 

rxQo _^ 



la salle de police, soit comme syn. de çioîon^ 
ou mieux comme syn. de caisf>e, Tambour et 
Prison, (cf. bouine). 

terri. — Cf. tirititi, m., Soldat de la territo- 
riale ; 98® inf., f. déchelette. 

teuf-teuf. — Autre onomatopée : fusil trac 
trac, m.. Fusil-mitrailleur ; usuel, 13® tir. alg., 
nov. 18. 

{train). — métro, Grosse torpille à gaz as- 
phyxiants ; 40® art., -18. 

tricotins (avoir les), Avoir peur ; 4® 
mixte, -18 ; — avoir envie de tricoter des 
jambes. 

tripes au soleil (avoir les). Etre mort ; 40® art., 
-18 ; — syn. et syssém. : avoir la panse à l'air ; 
ib. 

tube, m., Pièce d'artillerie : « Deuxième tube. 
A trois heures moins le quart, prêt à démar- 
rer ! », LiNTiER, Tube 1233, 41. 

valise diplomatique, f.. Gros obus ennemi, 
signalé à d. par un capitaine du 74® inf., « est 
la traduction du terme russe [syn. d'Obus], 
articles Naudeau, je crois », F. de kekalio. 

zeppelin, m., Chariot lourd de la 8® pi^ce ; 
40® art., 5® b^®, 15-18 ; — long et couvert d'une 
bâche, il a un aspect gonflé. 

— 593 — 
esnault 38 



zinzin. Se dit de Pobus, art., -18 ; du télé- 
phone, du fusil, du 75, du barda, de toute chose 
et amas de choses embêtantes, 40® art. ; — 
aller au zinzin, Aller à l'assaut ; p. théry. 

Confusions (cf. p. 559) : 

détonation, f., Dotation ; 130^ inf., -18. 

serouade ; « Plus fréquemment ici :8ecoaée», 130® inf., 
-18. 

métalllllgiste, m,, Météorologiste ; bréauté, Notes 
d'un météorologiste, M. de Fr., 1-11-18, p. 59. 



'»' 



594 — 






INDEX 



(Chercher aussi aux Notes tardives et, p. 559, 
aux Confusions) 

aboyeur 229, 293 accessoire de coque 348 acheter 
144, 464 Aco 171 adruper 241 aéro grec 247 af- 
faire 239 afnaf 240 aiguille à tricoter 225 allure 265 
amadou 350 amex 128 Amieux 92, 569 anciens mja- 
quereaux ... 360 anthracite 415 antiboche 86 anti- 
puants 441 anzac 128 araignée 378 aramon 419 ar- 
mée à Clemenceau 515 armoire 119 arpions 582 ar- 
tillerie 515 asphyxiant 19 assaisonner 499 assassiner 
533 asseoir (s') 441 automobile 514 aviatik 246 
avion 487 avoir 437 

B.G.D.F. 396 babille 52 bacaoué 330 bagarre 230 
baguettes 41 Balle-aux-Boches 279 ballotter 55 Jaa- 



595 



luchard 60 bande (en lâcher une) l8 baraque 414 
barbelé 215, 416 bardin 64 bascules (à) 273 baûcuse 
509 battoir 452 bavarois 439 baver 589 bébé 292, 
374 bec de gaz, d'ombrelle 334 be-cc-me 233 bé- 
douin 161 bégonias 109, 147, 415 bénard (dans le) 
256 béol303 bergougnan 50 berlingot 193, 591 bes- 
tiau 565 betterave 368, 390 bibcndum 50, 378 bicuit 
101 bicyclette (bifteck de) 50 bidon 112 ; de zinc 550 
biffe 347 bigarrette 68 bigorneau 591 bille 391 bil- 
1er 188 bimoulin 363 binaise 171 binoclard 256 
bique 565 Biribi 521 biscuit 101 bistral 589 bitte 80 
bitter 371 bitunieuse 275 bizness 240 

blanchisseuse 356 blérancourdite 530 bleuet 198 
bleuvasse 84 blindé 50, 138 bocal 438 boche 477 
bœu 473 ; bœufs 149 bois (du) 116 ; (les) 70 boîte à 
cochons 122 ; à graisse 132 ; à mouches 33 ; à singe 129 ; 
de cirage 162 ; de conserves 345 boîton 122 bol 438 
bomber 188 bosco 301 bottes 583 bottines 138 
bonasse .98 boudin 481 bouffe-moi ... 359 bouffer le 
cirage, le linge 573 bouffeur de lard 545 bougie 138 
bouille 135 bouine 593 bonite 530 boule 80 bour- 
don 105, 281 bourgeoises (manières) 128 bourrin 297 
bousiné 554 bousoux 301 bout de bois 565 ; de bran- 
card 50 ; bouts de bois 70 bouton d'or 199 boyal 589 
box (cheval de) 149 branlée 201 braquignol 114 
brignolet 284 brisque 414 brosse à cheveux, à dents 
452 brouetter 108 bruant 295 brutal 450 buquer 
509 



596 



cabale 120 cabo 131,584 cabri 482 cadeau 211 
cafard 229 cage à douilles 122 Cagnadin 221 caille- 
botis 590 caisse (une) 202 ; (mettre en) 90 ; (bourrer la) 
102 ; (faire) 261 ; (visser une) 544 ; à savon, à biscuits, 
d'emballage 91 calandot 16 cales (les) 394 caleter 
394 caltosse 261 camarade 132 cambuser (8e)205 
camelinite 530 campagne 328 canettes 318 cannes 
(les) 70 canon à rata 497 caporal mitrailleur 360 car- 
buro 540 carcagnat 148 carne 565 carreau 304 
carrée 138 casquette en fer 585 . casse-croûte 135 cas- 
ser (en) 322 ; le poignet (se) 517 casserole 438 cassis 
161 Caterpillar 508 ça va assez ... 360 ceinture 115, 
232 cerf 565 

chabi 139 chabosse 85 chalausticer 59 chambou- 
ler 108 chandelle 138 char d'assaut 508 charger 464 
charibotter 109 charognard 480 charrier 107, 108 
charte 17 chass 483 chasse-cafard 225 chasse-patte 
140 chaudron 346 chauffeur-mécanicien 360 chemin- 
de-fer 525 cheval 461 ; chevaux de frise 150 chevron 
414 chien de fer, vert 142 chinetoc 397 chiottes (rap- 
port des) 452 chique 591 choux (poste aux) 301 ; 
(dans les) 434 chuchemahure 370 ciblot 540 cinéma 
589 cintrés (bras) 466 cisailler 415 citation 591 ci- 
tron 102 civlo 540 

claquot 582 clarinettes 116 classes à pied 393 
clope 117, 309, 588 coaltar 162 cocher 513 cocotier 
311 cogner 475 coinc'tvo 298 colis 479 collochcr 453 
coloro 256 conseiller municipal 360 copeau 136 cp- 

— 597 ~ 



quelicot 199 coqueter (se) 168 coquetier 311 corde 
115 corset 162 ; de singe 295 corvée d'eau 525 cos- 
sard, cosse 282, 283 couille- 80 ; et mes deux 512 
course à la mort 40 court-jus 307 cran 116 crîT^uer 
des genoux 267 crasse 351 cravatcur 228 crête 482 
cri (au) 125 crinoline 440 crotte 125 cul 237 ; sec 
49 curieux 267 cutsite 530 cycliste 75 cyclo 540 

dache 501 dachebosse 85 dahu 34 déborder 203 
débourdinaille 201 débusquer 220 décafardé 121 dé- 
cambuter 205 décartonner 200 décision 452, 591 dé- 
glinguer 110 dégueuler 203 demi-boule 195 ; -poilu 
429 demoiselle ... 96 déposer 56 dérive 340 derrière 
toi 71 descendre 357 ; à terre 301 désertoir 539 dé- 
sordre (en) 351 détonation 594 dézinguer 551 dis- 
cuter le coup 387 distribution 211 dragée 440 dre- 
lingue 282 Dudule 569 dur 539 dzin-dzin 553 

ébeiller 17 échauffouréc 230 éclater 18 économiser 
145 écorcher 216 écrabouiller (en) 322 écurie 513 
èf-èm 586 élastique 50 électrique 450 éléphant 546 
embocher 469, 584 empailler (s') 205 en ... 318-324 
enclume 234 enfilade (d') 486 envoyer 57 épilé 430 
épluchures 426 èr-a-té 453 Ernest 254 escargot ... 

586 espingo 397 étalé sur ... 386 exercice de pau- 
pières 215 

fait 172 falot 310 fanfare 236 fantaisie sur ... 230 
faux-nez 287 femme 566 fête arabe 373 figous 254, 

587 fil de fer 215 filet 576 flubes 173 flûtes 70 
foin 97 fossé 138 fourbi 140 fourreau 228 franco- 

-- 598 — 



boche 90 frelon 33, 295 Friedrick 254 fumerons 41 
fuseaux 421 fusées rouges 515 fusil à pattes 482 fût 
de bière 345 

gabian 274 gambettes 41 gamelle 202 garde-wian- 
ger 119 gare (à la) 60 gaz 409 ; (être) 112 gazé, gazi- 
fié 224 gelé 217 glissement sur.. .425 glisser 470 gon- 
fler le mou, gonfleur 104 gorille 286 gosse (tête du) 
311 goudronné 371 gouine 99 grain 112 grammes 
(quinze) 203, 339 grand bordel ... 360 gras 94 gre- 
nade 224 gringue 284 gros ail 291 ; lard 545 grosse 
Bertha 96 gruyère 256 gueule (coup de) 178 Gu- 
gusse 302 guignol 352 gyraldose 303 

half and half 240 hareng 565 hauteur 19 heures 
(des) 215 highlander 247 hildepute 357 hirondelle 
523 hôchecagner 17 hotte 475 Hovas 295 hyper- 
cafard 121 inchangé 490 intendance 211 interpoilu 
429 jactance ... 230 jaffe 468 jambes en l'air 421 
jarretière 236 jatte 49 jecte 271 jeter 57 ; un coup 
58 Julot 302 jus (un) 590 Kaol ... 585 kroums 444 

la ... 313-317 lâchons-tout ! 516 lacsé 312 là-haut 
357 laisse flotter ... 375 laisser glisser 56, tomber 56, 
57 lajopèm 312 lance-bombes 497 lance-mines 354 
langouste 285 lapin 461, 566 légère 328 légume bien 
tendre 285 les ... 317, 318 lest 479 lézard 183 liai- 
son (en) 487 lieutenant 584 linarpèm 420 lion noir 
162, 585 logeteau 247 looping 425 louba 373 lou- 
cedoc 213 loulepé 328 loupillon 419 louqué 312 
lulu 81 



599 



macaou 14 macarelle 357 madeleine-bastille 50 
mademoiselle Lebel 472 magasin 118 maison 414 
mandoline 293 manoche 481 mappemonde 108 mar- 
cassin 131 marcassine 41 marche ! 569 mare 164 
niargouillat283 marguerite296 marie-salope 497 mia- 
rius 357 marmite 438 ; norvégienne 249 marron 440 
matatane 512, 592 mec 262 mellé 582 merde 125, 
360 merdeux 454 mère-pingouin 422 merlan 243 
métallurgiste 594 métro 525 mettre ça (se) 460 ; en 
poudre 322 

Michel 254 michelin 50 miôliste 353 mirabelle 591 
miroir 217 misérables 41 mitrailler 398 mitrailleuse 
à ... 497 mobiliser 591 moineau 376 montre 184 
morpion de ... 479. mort 533 mouche 33 moudre (en) 
322 mouise 389 moutarde 297 mulet 297 muraille 
83 murmurer 266 museau ... 287, 588 

navet 391 niclé 431 nicolas 518 noix 391 nord- 
ouest 360 numéro 327 ; (n^* simplifiés, 207) nuque 
430 nyoc 124 œuf 378 ; de Pâques 344 olrède 241 
omelette ... 62 oriflamme 226 Oscar 541 Otto 254 
ours 544, 565 

P.C.D.P. 396 pagéol380 pâle 217, 232 panards 41, 
583 panse à l'air 593 pantalon ... 289 papillon 296 
pâquerette 199 pardessus 138 parlocher453 pas tant! 
148 passer 57 pastèque 268 patard 406 pattes 583 
paxon 384 pécal72 pédales 247 pégarre 68 peinard 
401 pélican 565 pelure ... 395 péquenot 397 père- 
bâton 69 perle 396 permission 394, 456 permission- 

— 600 — 



ner 298 pernod 290 péteuse 408 petit beurre 327 ; 
coup 375 ; Français 302 ; pois 247 phonard513 photo- 
graphie 217 

piano 250 pibus 420 picoler 420 picrate 451 pied 
de ... 392 ; pieds 582 ; et chaussettes 360 pigeon 523 
pignate 344 pile 217 pilonner 19 pincer (en) 320 ; le 
marbre 146 pipe 159, 588 piqué ,«. 137 piquette 418 
piquoiser 17 pitaine 130. piver (se) 416 plafond 19 
plaine 78 plat (un) 202 plateau 78 pognoter 379 
poilpoil, poipoil 429 pointillé 235 poire 252 pois 398 
poivrière 366 porcelaine ... 285 porte-pipe 106 por- 
teur 498 poste d'écoute 19,563 pot de fleurs 107 po- 
tage chinois 285 pote 262 poubelle 550 pouleuper 241 
pousse-pousse 409 prendre (en) 318 prie 117 primeurs 
... 285 propriétés 138 puantes 256 quelque chose 325 
quenaupe 308, 588 

rafraîchissement 522 raide 217, 232 râle (au) 125 
râleur 293, 454 ralocher 453 rams 444 ravitaillement 
211 refait 172 regain 199 règlement 100 . réglisse 162 
regonfler 204 relève-moral 359 rembourl65 remonte- 
moi ... 358 renard 361 reniflant 470 repérer 18 res- 
sentir 322 rêve de vierge 80 revolver 271 ; 424 rico- 
chet 74 ride 246 rider 241 rigoberts 41 ripée 486 
rogneur 446 rognure ... 50 rondelle (à la) 209 ronfler 
266 roquet 293 roses 295 rossignol 176 rouginet 84 
rouper, roupiner, 292 royau 193 

sabater 17 saladier (un) 202 ; 438 saluer 197 sam- 
my 518 saucisson 565 ; (saint) 269 sauterelle 524 : 

— 601 — 



bleue 95 scrapnell 398 seau hygiénique 346 secouée 
594 secoue-paletot 331 segments 4'î'3 semer 56 Sé- 
négal 153 sergent 131 service 100 servir 56, 57, 583 
shanghaïer326 sicinel57 singe 286 six-cent-six 497 ; 
pattes 393 ; -pieds 301 soinsoin, soisoi 495 souffler (en) 
321 soufflet à punaises 408 soupière 438 sourire 226 
sous (pour deux) ^03 sous-évaluer 489 spago 540 
spermatol 303 stabilo 540 subpoilù 430 sucre d'orge 
374 sud-express 451 super... 48 sur... 500 surmoral 
358 surpoilu 429 

tabasser 178 tableaux-vivants 576 tabor 192 tacot 
112 takata 519 talien 467 tambuste 385 tank 20 
taper 475 tapis 78 ; (les) 576 té-cé-trois 395, 590 
teddy 518 tendre 489 terrassier 349 terriblcs-tau- 
riaux 563 tigre bleu 209 tinée 201 tinette 152, 202 
tire-Boche 469 tirer le cordon 495 toile de tente 
456 tomate 62, 252, 390 tonneau de choucroute 345 
toque 138 torpiller 18 torpilleur 497, 592 tor- 
rial 514 tortillard 497 tortue 184,189 toto 20 
tourne-Boche 469 tousser 202 tracteur 526 train 
blindé 497 traînc-par-terre 474 tranchée 20, 246 tra- 
quettc 278 travailler 232 tringle 116 triques (les) 70 
trognon (au) 93 trois-pattes 393 tronche 391 trotti- 
tiets 583 troupes noires 153 truffe 390 tsointsoin 
496 turlutine 367 tyoutyou 124 

un, une*324, 325 uppercut 271 vache 565 vaguo 
545 valse lente 506 varech 246, 587 vasistas 304 
veau 565 veiller le Boche 35 ventilo 540 veston de 

- 602- 



singe 295 viande protégée 469 vide-Boches 469 vidé 
544 videur 103 vieux 277 violettes 147 violon 336 
virage 425 virer le ventre 218 vitre 304 voile photo- 
graphique 576 voiturette (la) 107 vosgepatto 140 
vrille (en) 466 wagonnet 525 y ... 324 yank 518 
ypériter 48 zéro 67 zigzag 340 zob 547. 






603 — 



SAIJNT-AMAND (cIIEr). IMPRIMERIE BUSSIÈRE 



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PC Esnault, Gaston 

yikl Le poilu tel quUl se parle 

S737 



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