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Full text of "Le potager d'un curieux: histoire, culture et usages de 100 plantes ..."

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POTAGER 

D'UN CURIEUX 

HISTOIRE, CULTURE ET USAGES 

DE 

100 FIXANTES COMESTIBLES 

PEU CONNUES OU INCONNUES 



PAR 



A. PAILLIEUX 

Membre' de la Société nationale 
d'Acclimatation 



D. BOIS 

Préparateur au Muséum 
Membre de la Société Botanique de France 



EXTRAIT DU BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D*AGCUHATATION 



PARIS . 

LIBRAIRIE AGRICOLE DE LA MAISON RUSTIQUE 

26, RUE JACOB, 26 



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POTAGER 

D'UN CIRIEUX 



HISTOiaE. CriTClE ET DSACBS 



100 PLAXTES 

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POTAGER D'UN CURIEUX 



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( )\M 20 1886 



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BouRLOTON. - Imprimeries réunies, A rue Mignon, 3, Paris. 



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LE 

POTAGER 

D'UN CURIEUX 

HISTOIRE, CULTURE ET USAGES 

DE 

100 PJLANTES COMESTIBLES 

PEU CONNUES OU INCONNUES 



PAR 



A. ^AILLIEUX 

Membre do la Sociclu nationale 
d'Acclimatation 



D. BOIS 

« 

Préparateur de botanique 

au Muséum 



EXTRAIT DU BULLETIN DE LA SOCIETE NATIONALE D A<:CLI1IATATI0N 



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LIBRAIRIE AGRICOLE DE LA MAISON RUSTIQUE 
2G, nuE JACOB, 26 

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INTRODUCTION 



Depuis tantôt dix ans, nous cultivons un gi^nd nombre de 
plantes comestibles exotiques peu connues ou inconnues. 

Nous considérons comme peu connues celles dont on lit les 
noms dans quelques traités d'horticulture, mais qu'on ne 
rencontre que peu ou point dans les jardins. Nous citerons 
comme exemple, parmi vingt autres, la Bardane^ la BasellBy 
la Glaciale j la Bènincasa^ qui, selon nous, sont des plantes 
peuconnu£s. 

Nous considérons comme inconnues celles qui ne figurent 
que dans les nomenclatures botaniques et qui ne sont culti- 
vées nulle pari. Nous pouvons citer comme telles la Moutarde 
tubéreuse y le Stachys tubéreuXy le Miôga^ le Kudzu^ VA s- 
perge tubéreuse^ etc. 

Il existe bien peu de plantes alimentaires qui soient abso- 
lument inconnues. Chez les peuplades qu'ils ont visitées, les 
explorateurs n'ont eu qu'à ouvrir les yeux pour voir ce qu'elles 
mangeaient. Les sauvages se nourrissent de tous les végétaux 
qui, croissant spontanément, n'exigent aucun soin. 

Chez des peuples d'une civilisation différente de la nôtre, 
mais fort avancée, on cultive tout ce qui rémunère le travail; 
on arrache dans les terrains vagues et dans les bois tout ce 
qui est alimentaire. 

Au Japon, en Chine, les populations sont tellement pauvres, 
qu'aucun végétal mangeable n'est négligé par elles. 

Un de nos correspondants nous disait au sujet du Idlv^m 
tigrinum : € Dans la province que j'habitais, on ne le culti- 



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LE POTAGER D UN CURIEUX. 

Tait pfs pour la table; cependant les pauvres le mangent, 
mais quel légume les Japonais pauvres ne mangent-ils pas f > 

Un autre correspondant, à propos du Momordica charantiay 
nous écrivait : c Les Chinois le mangent aussi ; ils mangent 
tout. // serait plus facile (Ténumérer les choses de provenance 
végétale que les Chinois ne mangent pas que celles qu'ils 
mangent. » 

De ce qui précède, on doit conclure que tous les végétaux 
alimentaires sont connus ; que si Ton peut en rencontrer en- 
core qui n'aient pas été signalés, ce cas sera bien rare ; enfm, 
que nous n'avons pas la prétention d'avoir introduit des 
plantes absolument nouvelles, et qu on ne fera pas, en nous 
lisant, un voyage de découvertes- 

Si nous consultons l'ouvrage de M. A. de Candolle : Lori- 
gine des plantes cultivées^ nous voyons que l'Europe centrale 
et septentrionale était, en des temps plus ou moins reculés, 
extrêmement pauvre en plantes potagères, et que notre sol 
n'en produisait spontanément qu'un très petit nombre. Les 
espèces que nous possédons aujourd'hui, et dont nous avons 
obtenu d'innombrables variétés, nous sont venues successive- 
ment de pays plus chauds que le nôtre. Une seule plante po- 
tagère, d'ailleurs insignifiante, l'Arrochc, nous est venue du 
Nord. 

Héduite à ses seules productions naturelles, la France n'au- 
rait, pour ainsi dire, pas de légumes. Les Fèves, les Pois, les 
Haricots (1), les Oignons, les Salsifis, les Pommes de terre, 
les Melons, les Citrouilles, les Tomates, les Fraisiers à gros 
fruits et trente autres plantes potagères usuelles lui feraient 
défaut; ce qui démontre deux choses : premièrement, qu'on 
ne peut introduire dans nos cultures des plantes potagères 
nouvelles qu'en les demandant à des contrées plus chaudes 
que la nôtre; secondemenl, que ces plantes, entourées de 
soins appropriés à leur nature, peuvent prospérer sous notre 
climat. 

(1) L'origine du Haricot commun iVesl pas connue ; mais il est trop sensible 
au froid pour ôtre né sous notre climat. 



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INTRODUCTION. / 

Après dix années de recherches plus ou moins fructueuses, 
nous croyons le moment venu de rendre compte d'essais dont 
nous ne verrions jamais le terme. La tâche que nous avons 
entreprise est de telle nalure qu'elle ne peut pas être achevée. 

L'expérience nous a prouvé que telle plante qui se montre 
rebelle à la culture sons notre climat, présente quelquefois 
des variétés hâtives qui, n'exigeant pas un aussi long cours 
de végétation que leur type, peuvent prendre place dans nos 
jardins. Il faudra donc découvrir ces variétés. 

Ce n'est d'ailleurs pas à quelques lieues de Paris, dans le 
jardin dont nous disposons, que l'expérimentation des plantes 
potagères exotiques doit se poursuivre. Gomme nous l'avons 
dit, toutes celles dont on peut tenter l'introduction appar- 
tiennent à des climats beaucoup plus chauds que celui des en- 
virons de Paris. Des cultures qui échouent dans notre jardin 
réussiront souvent entre la Loire et la Méditerranée. Ce que 
nous n'obtenons qu'à l'aide des procédés de la culture maraî- 
chère peut, dans le Midi, s'obtenir en plein air et devenir 
l'objet d'un trafic lucratif. Les chemins de fer facilitent un' 
commerce de légumes que les distances rendaient impratica- 
ble autrefois. 

Nous espérons que l'expérimentation des plantes sur les 
quelles nous appelons l'attention se fera sur divers points du 
territoire, dans des conditions plus favorables que celles qui 
nous étaient imposées. En ce moment déjà des efforts mé- 
ritoires sont faits dans nos départements méditerrannéens. 
Nous formons des vœux ardents pour leur succès. 

Nous présentons les résultats, bons ou mauvais, que chaque 
essai nous a donnés. L'expérimentateur avenir pourra donc 
éviter des expériences inutiles, ou du moins choisir les plantes 
qui lui sembleront offrir le plus de chances de succès. Instruit 
par les synonymes que nous avons eu soin d'indiquer, il ne 
sera pas exposé à recevoir sous un nom inconnu, et par con- 
séquent comme plante nouvelle, une espèce qu'il possédera 
peut-être depuis longtemps, et que, quelquefois même, il 
aura rejetée de ses cultures. 



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LE POTAGER D'UN CURIEUX. 



Nous avons pour but l'extension du domaine de rhôrticul- 
ture potagère; s'il arrive que nous ayons aidé à la propaga^ 
lion de plantes utiles, en si petit nombre que ce soit, nous 
nous estimerons très heureux. 



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LE 

POTAGER D'UN CURIEUX 



ACCODB DE STRIE 

GUNDELIA TOURNEFORTII L. 

Fam. des Composées. 

Plante laiteuse comme le Scolyrae. Tige assez forte, ra- 
meuse, atteignant 0",30 à 0'",40 de hauteur. Feuilles radicales 
longues, profondément incisées, à lobes bordés de dents épi- 
neuses. La nervure principale est grosse, blanche et couverte 
de duvet; feuilles caulinaires sessiles, semi-amplexicaules. 
En juin-août, fleurs purpurines, en capitules ovales, ressem- 
blant à ceux de certains panicauts (Eryngium). Involucro 
unisérié, monophylle, plus court que les fleurs, à écailles 
terminées par une pointe épineuse. Corolle régulière, glabre, 
à cinq lobes plus longs que le tube. Étamines 5, non sail- 
lantes. Stigmate bifide. Les quatre fleurons de la circonfé- 
rence sont mâles ou stériles ; celui du centre est hermaphro- 
dite. Fruit (achaine) assez gros, ovale, dépourvu d'aigrette. 

Plante vivace, originaire de l'Asie Mineure, où elle croit 
dans les lieux incultes. Tournefort l'observa dans son voyage 
au Levant et la nomma Gundelia^ du nom de GundeUheimer^ 
son ami, qui l'accompagna dans ce voyage. On la cultiva 
longtemps, au Jardin des plantes de Paris, de graines prove- 
nant de ce voyage; on la perdit ensuite, mais on ne tarda pas 
à se la procurer de nouveau. On y possède aujourd'hui de 
forts pieds de Gundelia, mais ils produisent très peu de 
graines fertiles ; d'autre part, comme chez beaucoup déplantes 



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10 LE POTAGER DUN CURIEUX. 

à racines pivotantes ou lactescentes, la division des touffes 
n*est guère praticable. Le Gundelia est donc d'une multipli- 
cation difQcile. 

Sa culture présente aussi quelque difficulté. Originaire d'un 
pays ou la saison humide et végétative est de courte durée et 
suivie d'une période de sécheresse absolue, il amve que, 
cultivée chez nous, la plante a achevé sa végétation vers le 
milieu de l'été; à partir de ce moment commence pour elle la 
période de repos, qui correspondrait justement, dans son pays 
d'origine, à la saison sèche. Nos automnes étant ordinaire- 
ment pluvieux, il faut donc garantir la plante contre l'humi- 
dité en la couvrant d'uue cloche ou d'uu châssis, sous peine 
de la voir bientôt atteinte par la pourriture. 

Une lettre adressée par M. Blanche, consul de France à 
Tripoli de Syrie, nous a été obligeamment communiquée. 
Elle fait connaître un usage de la plante que nous ne soupçon- 
nions pas : 

c En fait de plantes qui vivent à tous les milieux, je vous 
en envoie une sur laquelle j'appelle toute votre sollicitude : 
c'est le Gundelia Tournefortii L., à grosses racines, épi- 
neuse. Les Arabes l'appellent Accoub, d'où Vaillant avait 
bien sûr formé le genre Hacub. 

f II y a de nombreuses années que j'ai le désir de l'accli- 
mater chez nous; j'ai dû vous en envoyer autrefois; j'en ai 
envoyé à Decaisne et à Palerme, etc., etc., et je n'ai pas réussi; 
je recommence mes essais de naturalisation cette année. C'est 
surtout comme plante potagère qu'elle mérite l'attention. Les 
jeunes pousses dépouillées de leurs épines, et surtout les ca- 
pitules à l'état de boutons naissants, constituent un légume 
extrêmement estimé des Arabes, et qui, à mon avis, vaut l'Ar- 
tichaut. » 

En Syrie, selon Boissier (Flora orientalis)^ on mange les 
jeunes tiges de cette plante après les avoir fait cuire. On la 
connaît sous le nom de Acconb, 

a M. Olivier, dans son voyage en Orient, remarque que les 
racines de cette plante sont plus savoureuses, bien moins fades 
que celles du Salsifis et de la Scorsonère. 11 n'est pas douteux 



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AIL A FLEURS COMESTIBLES. H 

que cette plante ne réussisse très bien dans toute la France 
méridionale, et ne puisse y devenir une de nos meilleures 
plantes potagères. > (Lamark, Encyclopédie, suppl.) 

On voit par ce qui précède que les racines, les tiges, les 
capitules de VAccoub sont également comestibles, en un mot, 
que la plante entière constitue un excellent légume. Il n^avait 
pas été dit, avant que la lettre de M. Blanche nous Tapprlt, 
que les capitules à l'état de boutons naissants fussent particu- 
lièrement recherchés. Nous sommes très portés à accorder 
une foi entière à ce renseignement, et nous regrettons beau- 
coup de ne pouvoir fortifier celte foi par le résultat d'un î 
dégustation; mais nous ne possédons, au moment où nous 
écrivons, que deux ou trois pieds d'Accoub, produits par des 
graines de M. Blanche, semées au printemps, et nous ne 
savons pas comment ils passeront l'hiver. 

Nous appelons toute l'attention des amateurs sur le Gtin- 
délia. Les difficultés que peut présenter sa culture dans les 
environs de Paris n'exisleraient pas dans le .Var, dans les 
Bouches-du-Rhône, etc., où la distribution de l'humidité et 
de la sécheresse est à peu près la même qu'en Syrie. Il est 
très désirable qu'un essai sérieux soit fait et qu'un résultat 
heureux soit le prix du zèle persévérant de notre consul. 



AIL A FLEURS COMESTIBLES 

ÂLL1UM ODORUM L. Alant. 62. A. senescens Miq. Prol. 318. A, uligino- 
$um Don.Houogr. 60. 

Fam. des Liliacées. 

Bulbe tuniquée, brune. Hampe nue; feuilles linéaires, 
planes, canaliculées. Ombelle multitlore. Fleurs blanches, 
dressées, assez grandes, portées sur des pédicelies de 10 à 15 
millimètres; bractées hyalines. Spathe bifide, membraneuse, 
trois ou quatre fois plus courte que l'ombelle. Anthères d'un 



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12 LE POTAGER D'uN CURIEUX. 

lilas fauve. Ovaire à trois loges, vert, surmonté d'un style 
court. 

L'Ail odorant est une plante potagère du Japon, de la Chine 
et delaCochinchine. Nous en avons reçu les graines de Yoko- 
hama et de Saigon. Elle est assez jolie pour être également 
considérée comme ornementale (1). 

VAllium odorum se trouve partout à l'état sauvage dans 
les montagnes de Pékin. On le cultive aussi dans tous les jar- 
dins. Les Chinois mangent la plante entière à l'état cru. Elle 
fleurit au mois d'août, et, à cette époque de l'année, on en 
vend aux marchés les fleurs coupées, qu'ils mangent égale- 
ment (2). 

Les renseignements qui précèdent nous ont suggéré l'idée 
d'un essai qui a réussi. 

Nous avons décoré une salade de chicorée de fleurs d'A llium 
odorum, comme on le pratique avec celles de la Capucine. 
Mêlées à la salade, ces fleurs lui ont communiqué un parfum 
spécial, qui n'est pas sans analogie avec celui que recherchent 
les amateurs lorsqu'ils introduisent dans la salade de chicorée 
ce qu'on appelle communément le chapon. Nos amis, après 
dégustation, ont donné leur approbation à notre tentative, et 
il y a peut-être là un emploi qui ne serait pas à dédaigner. 
On peut, en effet, cueillir les fleurs de l'Ail odorant pendant 
deux mois, du l"" août au l"" octobre, et peut-être plus long- 
temps encore. 

La plante donne en abondance des graines que l'on sème 
au mois d'avril; en procédant ainsi, on n'obtient de fleurs 
que la seconde année ; mais, sur plantation de bulbes, elles 
apparaissent dès le 1"" août. 

VAllium odorum est une plante vivace, absolument rus- 
tique. 



(1) Il ne faut pas la confondre avec TAil odorant, AlUum fragrans Vent. 
Nothoscordium fragrans Kunth. 

(2) Docteur E. Bretschneider 



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ALSTRŒMÈRE LIUTO. 13 

ALSTRŒMËRE LIUTO 

Alstrœmeria Ligtd L. ; A. Ligta Ruiz et Pav. ; Bot. mag.y tab. 125; 
Red., Liliac, tab. 40; DelauQ., Herb. de Vamateur, vol. 2. 

Fam. des Amaryllidées. 

Tiges, les unes stériles, hautes de 7 à 8 pouces, terminées 
par une rosetle de feuilles ; les autres, 3 à 6 flores, hautes de 
1 pied à 1 pied 1/2. Feuilles petites, lancéolées, linéaires; 
celles des rosettes spatulées, oblongues. Fleurs grandes, 
penchées, comme bilabiées, disposées en ombelle simple. 
Pédoncules plus longs que les feuilles florales. Sépales ex- 
ternes blancs, tachetés de rouge. Sépales internes écarlales, 
immaculés. Racines fasciculées, arrondies, épaisses, revê- 
tues d'une écorce brune, un peu noueuse. 

Cette plante croît sur le bord des ruisseaux, au Pérou et au 
Chili. Dans ce dernier pays, elle se nomme Liuto, Elle dra- 
geonne, et, selon M. Ketteler, elle peut, de semis, donner 
des fleurs dans Tannée. 

« VAktrœmère Liuto paraît être celle qui donne le véri- 
table ChunOy fécule que l'on extrait des tubercules des ra- 
cines par le même moyen que l'on extrait la fécule des Pommes 
de terre. Au Chili, on l'emploie fréquemment, surtout pour 
les malades et pour les personnes dont l'estomac est délicat. 
Elle pousse surtout dans les provinces dé Cauquenes et de 
Concepcion. » (Claudio Gay, Flora Cfeiiena, vol. VI, p. 85, 
trad. Verlot.) 

Tout l'intérêt de la présente note est dans les renseigne- 
ments que nous avons recueillis sur la précieuse fécule du 
Liuto. Nous ne changerons pas une syllabe aux réponses qui 
ont été faites aux questions que nous avons posées. 

Le Liuto pousse uniquement dans des terrains sablonneux 
et humides, à température tempérée, semblable à celle du 
département de la Seine. 

Une seule espèce est connue dans le pays (Concepcion). On 
n'y connaît pas le A. pelegrina dont parle Cl. Gay. 



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14 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

Le nom chilien de la plante est Liuto^ le seul connu dans 
le pays de production. 

Le Chmo est dans le commerce px)ur la consommation 
locale. Il s'en fait un grand commerce au Chili. Il s'en exporte 
peu. 

Le Ckuno n'est fabriqué ni dans des usines, ni dans les 
familles. Les pauvres gens arrachent les racines. Les femmes 
s'occupent exclusivement de la fabrication, qui se fait en 
mars et avril, et portent au fur et à mesure sur le marché le 
produit de leur IravaîK 

On pourrait en demander au Chili et en recevoir une cer- 
taine quantité. Il se vend à la mesure : 10 à 12 francs le dé- 
calitre. 

11 se conserve parfaitement. 

Opinion de M. le docteur Thévenot sur la valeur alimen- 
taire du Chuno de Liuto. 

M. le docteur Thévenot a exercé longtemps la médecine au 
Chili, où il jouissait de la plus haute considération. Il habite 
maintenant Paris et nous lui avons été présentés par un de 
nos amis, M. A..., grand propriétaire au Chili. Voici le ré- 
sumé de l'entretien que nous avons eu, au sujet du Chuiio, 
avec l'éminent praticien : « Le Chuno est un excellent ali- 
ment, moins riche peut-être que certaines autres fécules, 
mais léger, de digestion très facile, très utile aux enfants et 
aux convalescents. On en fait des pâtisseries très estimées. » 

M. A... a poussé l'obligeance jusqu'à nous apporter du 
Chili des racines de Liuto et une certaine quantité de Chuno 
qui, à la dégustation, a répondu à l'opinion que nous nous 
en étions faite. 

Nous ne savons pas encore ce qu'il adviendra de la culture 
du plant que nous essayons de faire vivre. 11 est arrivé très 
épuisé. La quantité reçue aurait permis d'en faire 100 pieds ; 
huit ou dix seulement sont vivants au moment où nous écri- 
vons. 

Nous n'avons besoin de rien ajouter à ce qui précède pour 
que l'on apprécie les services que rendrait le Liuto si on 
pouvait en pratiquer la culture. Le climat n'y apporterait 



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AMARANTE OLÉRAGÉE. 15 

vraisemblablement aucun obstacle. On sait que plusieurs 
Alstrœmères se montrent rustiques sous le climat de Paris 
et nous avons depuis plusieurs années une touffe de A. pelé- 
grina qui a résislé, sans abri, aux hivers. 



AMARANTE OLERACËE 

Brcde, Ëpiiiard marroa. 

Amarantus oleraceus L.; Euxoltis oleraceus iMoq.; Albertia 
' oleraceaKunih, 

Fain. des Amarantacées. 

Plante annuelle à tiges dressées ou ascendantes, hautes de 
O^jSO à O^jôO, garnies de feuilles d'un vert pâle, pétiolées, 
ovales, très obtuses, échancrées, un peu rugueuses. En juil- 
let-août, fleurs verdâtres disposées au sommet de la plante, 
ainsi que dans les aisselles supérieures, en épillets plus 
courts que les pétioles des feuilles et formant des épis termi- 
naux, dressés, obtus, denses; calice une fois plus long que 
les bractées. Fruit utricuiaire, ovale, lisse, aigu. Indes orien- 
tales. 

« Celte plante utile et comestible est très commune aux 
Antilles. On la rencontre partout. Les habitants en mangent 
les feuilles assaisonnées, comme celles des Épinards de 
France, auxquels elle ressemble assez par son port. On la fait 
entrer dans le fameux ragoût créole nommé Calalou en lui 
associant des bourgeons de Giraumon, du Pourpier, du 
Gombo, de la Morelle laman, une volaille, un morceau de 
jambon, des crabes, des écrevisses et surtout beaucoup de 
piment. » (Descourtilz, Flore des Antilles,) 

« L'Amarante oléracée et ses variétés sont cultivées sur 
une grande échelle par les indigènes dans l'Inde entière. On 
PU fait usage pendant les pluies. La partie de la plante qui 
se mange est sa tige, qui est tendre et succulente. On la 



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16 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

coupe en petits morceaux et on la prépare comme les Hari- 
cots. A mon goût, c'est un légume très insipide, à peine ac- 
ceptable lorsqu'on ne peut pas se procurer un autre légume 
frais. 

« Le docteur Roxburgh dit qu'il en existe plusieurs variétés 
cultivées comme légumes, parmi lesquelles on doit distinguer 
les suivantes : 

a. viridis. — Vert, ordinaire, très cultivé. 

p. ruber. — Belle variété, à tige rouge clair, brillant. 
Les branches, les pétioles, les nervures, les veines et les 
feuilles elles-mêmes sont plutôt couleur de rouille. 

y. albus. — Toutes les parties qui sont rouges dans le 
précédent sont chez celui-ci d'un blanc clair et brillant. Très 
cultivé dans le Bengale. 

8. gigantem. — Haut de 5 à 8 pieds, avec une tige grosse 
comme le poignet. Les sommités tendres et succulentes de 
ses tiges, ainsi que ses branches, sont quelquefois servies sur 
nos tables comme succédanées de l'Asperge (1). » 

On remarquera qu'aux Antilles on mange, comme Épi- 
nards, les feuilles de l'Amarante, tandis que, dans l'Inde, 
les tiges sont consommées comme les Asperges. En somme, 
les Amarantes potagères sont en usage parmi de nombreuses 
populations, c'est à ce litre qu'elles figurent ici. Nous n'en 
recommandons pas la culture. 



ANGODRIE DES ANTILLES 

Concombre des Aatilles. — C. marron. — C. à épines. — C. sauvage 
C. épineux d'Amérique. 

CUCUMIS ANGURIA L. 

Fam. des Cucurbitacées. 

Plante annuelle. Tiges rampantes, anguleuses, hispides, 
longues de 2 mètres à 2°',50. Feuilles pétiolées, palmées, pro- 

(])A manual ofgardening for Bengal and upper India, by Thomas A. C. Fir- 
ijiîDger, M. A. Ghaplain on thc Bengal establishment. London, 1864. 



1 



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■\ 



. ANGOURIE DES ANTILLES. 17 

fondement sinuées et rudes au toucher. Fleurs jaunes, axil- 
laires, petites comme celles de la Bryone. Les fleurs femelles 
sont remplacées par des fruits ovoïdes, d'un vert blanchâtre, 
hérissés partout de petites pointes spinuliformes. Pédon- 
cule très long. 

Le petit volume du fruit et les épines molles dont il est 
hérissé lui donnent l'apparence d'un marron d'Inde. 

Ce concombre figure depuis longtemps dans les catalogues 
sous le nom de concombre Arada, qui ne lui appartient pas. 
Le concombre Arada, décrit par Descourtilz, tire son nom 
d'une conformation particulière qui le fait ressembler, en un 
certain point, aux femmes de la tribu des nègres Aradas. 
Nous n'avons pas jusqu'ici réussi à nous le procurer. C'est le 
Cucumis compressus de Linné. 

Le concombre Angourie croît partout naturellement aux 
Antilles, et principalement dans les savanes sèches et près 
des rivières dont les bords offrent une riche végétation. On le 
rencontre dans la Nouvelle-Grenade, au Brésil^ près dcBahia, 
dans toute l'Amérique du Sud, principalement dans sa partie 
orientale, où il est fréquemment cultivé dans les potagers. 

La culture de TAngourie ne présente aucune difficulté. 
Cifaq mois s'écoulent entre la date du semis et celle de la ré- 
colte. On sème sous châssis en mars ; on met le plant en pots 
en avril; on le met en place, sous cloche, du 15 au 25 mai; 
on récolte du 10 au 15 août. La fructification est d'une abon- 
dance extraordinaire; on peut compter sur une centaine de 
fruits par pied; mais, si les plantes reçoivent la pluie pen- 
dant plusieurs jours, la récolte est entièrement détruite. On 
n'est assuré de récolter qu'autant qu'on préserve la planta- 
tion de l'eau du ciel au moyen de châssis vitrés. L' Angourie 
n'exige pas de couche neuve ou vieille ; il suffit de la planter 
en poquets garnis d'un peu de fumier consommé. 

Le 10 août 1876, nous avons présenté à la Société centrale 
d'horticulture des Angouries admirablement bien venues 
semées le 16 mars, et chargées d'une multitude de fruits à 
point pour la récolte. Sous le climat de Paris, c'est une 
plante d'amateur que nous avons pris grand plaisir à culti- 

2 



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18 LE POTAGKR U'Vl^ CURIEUX. 

ver. Dans le Midi^ sa culture serait certainement rémunéra- 
trice, comme on en pourra juger par ses usages. 

Les fruits de TAngourie se mangent en salade. A la Basse- 
Terre (Guadeloupe), nos soldats de l'infanterie de marine les 
recueillent dans leurs promenades autour de la ville et lés 
ajoutent à leur ordinaire. On prépare de diverses manières ce 
joli petit concombre, en sauce, en calalou, en conserves au 
vinaigre, notamment dans celles qui portent aux colonies le 
nom d'Acharts. 

Selon Descourtilz {Flore des Antilles)^ pour le préparer, 
on le éoupe par le milieu et on enlève les graines qu'il con- 
tient çn nombre infini, puis on le fait cuire seul, ou avec du 
jambon, ou des crabes,. ou des tomates, ou bien encore avec 
de la morue. Pour le confire au vinaigre, il faut le dépouiller 
de ses graines et ajouter des tiges, des pampres et des fruits 
verts de piment. 

Le docteur Sagot, dans le Bulletin de la Société d'Acclimor 
latioUj 2* série, vol. VI, 1872, p. 550, nous dit que le 
jeune fruit cuit du Cucumis Anguria est tendre et très 
agréable. La plante, dans un bon terrain, fructifie beaucoup. 
C'est le Pepinhôdo mato des colonies portugaises. 

M. Naudin, dans les Annales des sciences naturelles^ a 
publié sur le C. Anguria une note instructive et intéressante 
à laquelle nous renvoyons le lecteur. Selon lui, la plante est 
bien d'origine américaine, ce dont il avait douté d'abord. 
Elle est considérée comme potagère et cultivée comme telle 
dans une grande partie de l'Amérique. Il semble que sous ce 
rapport on en ait tiré quelque parti en Italie, dans le siècle 
dernier, comme nous l'apprennent, dit-il, Gilii -et Xuares, 
dans un opuscule, aujourd'hui fort rare (Osservatione fito- 
logicCy etc.), qui fait partie de la bibliothèque de M. Deles- 
sert et de celle de l'Institut. 

Nous avons conservé dans du vinaigre, préparé avec fleurs 
de sureau, piment, etc., des fruits du C. Anguria^ sans leur 
enlever leurs graines. Nous considérons cette précaution 
comme inutile et nous employons les fruits entiers sans le$ 
couper. 



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APIOS TUBÉREUSE. 19 

Geitfe conserve est très joîie, très bonne. Il ne faut pas 
confondre l'Angourie avec tous ces légumes insipides, véri- 
tables éponges à vinaigre, qu'on a l'habitude d'associer aux 
cornichons. On devra cueillir les fruits avant leur entier dé- 
veloppement ; leur peau durcit assez vite. 

Pour conclure, nous recommandons vivement la culture de 
l'Angourie aux amateurs de la région de Paris et aux horti- 
culteurs ou maraîchers du Midi. La vente de: ses fruils nous 
semble assurée. 



APIOS TUBÉREUSE. 

Glycine Apios L.*; Apios tuberosa Mœnch. 

Fain. des Légumineuses. 

Plante vivace, herbacée, glabre; liges de 2 mètres, grim- 
pantes, naissant d'une racine tubéreuse; feuilles imparipen- 
nées; en août-seplembre, fleurs pourpre foncé, panachées 
de rose-chair, odorantes, en grappes axillaires. 

Vers 1845, le monde agricole fut en proie à une véritable 
panique. La Pommé de terre était tombée malade et malade 
à ce point que l'on pouvait redouter sa disparition complète. 
On se demandait comment on pourrait se passer de la pré- 
cieuse Solanée, comment on pourrait la remplacer. Des po- 
pulations entières, sinon en France, du moins en divers pays, 
étaient menacées des horreurs de la famine. La terreur était 
grande, grande aussi était l'ardeur avec laquelle on expéri- 
mentait la culture des plantes proposées comme succédanées 
du tubercule malade. 

La Pomme de terre n'a pas disparu, la mjiladie non plus ;* 
mais elle ne fait éprouver au cultivateur que des pertes 
accidentelles. Nous pouvons donc, sans trop de tristesse, con- 
stater que les efforts méritoires qui ont été fails pour rem- 
placer la Pomme de terre ont été absolument vains. 



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20 LE POTAGER D*UN CURIEUX. 

L'AiTacacia ne peut pas être cultivé en France. La Pico- 
tiane ne produit rieri; TOUuco, pas davantage ; enfin, l'Apios 
dont nous nous occupons en ce moment est à peine comes- 
tible et son rendement est à peu près nul. Nous aimerions à 
la passer sous silence, mais son nom a fait quelque bruit pen- 
dant les années qui ont suivi l'invasion de la terrible maladie 
et nous lui devons au moins une mention. 

Sous ce titre : Cxilturede TApios tuberosa comparée à celle 
de la Pomme de terre, G. Moretti, professeur à l'Université 
de Pavie, a publié une noie étendue que les curieux pour- 
ront lire dans la Revue horticolcy vol. 1, 1852, p. 84. Nous 
en donnons ici un résumé aussi succinct que possible : 

€ Jacques Cornut, médecin parisien, fit connaître, le pre- 
mier, VApios tuberosa, en 1635. La plante était originaire du 
Canada ; elle se répandit promptement dans tous les jardins 
botaniques de l'Europe et se naturalisa en Italie, en Autriche 
et en Bohème. 

» M. Payen communiqua dans le Compte rendude VAcadc- 
mie des sciences, février 1849, p. 194, l'analyse chimique de? 
tubercules de VApios; 

Madères azotées 4,5 

Substance grasse 0,8 

Fécule amylacée, dextrine, matière sucrée, matière 

analogue, acide pectique, pectine, etc 33,55 

Cellulose, compris Tépiderme 1 ,03 

Matières minérales. .,-. 2,25 

Eau 57,06 

100,00 

î) A la même époque, M. A. Richard communiqua à l'Insti- 
tut de France une note sur les qualités alimentaires de l'Apios 
et proposa même une méthode de culture que le professeur, 
dont nous résumons la note, considère comme impraticable. 

» Dans les premiers jours de mars 1848, MM. Barbieri et 
Moretti avaient planté 2 kilogrammes de tubercules d'Apios 
ils récollèrent 3 kilogrammes le 8 novembre suivant. 

» Un second essai, fait en plantant 1 kilogramme detuber- 



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ARACIHDE. 24 

cules, donna l^'^jISS. Une culture comparative d'Apios et de 
Pomme de terre démontra que celle-ci fournissait six fois 
autant de substance nutritive que celle-là. 

» Une notice de Mérat sur plusieurs tubercules proposés 
pour remplacer la Pomme de terre (Revue horticole^ vol. IV, 
p. 13-14) présente des conclusions absolument défavorables 
àl'Apios. » 

Le Bon jardinier dit que lorsqu'on mange une certaine 
quantité de ces tubercules, ils laissent sur le palais et l'arrière- 
bouche une sorte de happement singulier et désagréable, qui 
est dû à la présence d'un suc laiteux très analogue au caout- 
chouc. 

On peut cultiver TApios par curiosité. Il produit chaque 
année des jets souterrains qui se renfilent de dislance en dis- 
tance, et présentent un chapelet de tubérosités d'un aspect 
fort original. C'est d'ailleurs une plante grimpante propre à 
couvrir des treillages et des tonnelles. 



ARACHIDE. 

Pistache de terre. 



Arachis HYPOGiEA L. Trew., Ehret., tab. 3, fig. 3; Rumph., Amh., 
5, tab. 136; Turpin, Dict, des se. nat. 



Para, des Légumineuses, 

Plante annuelle, à racines fibreuses,, donnant ordinaire- 
ment plusieurs liges hérissées de poils mous ; feuilles alternes, 
pétiolées, à deux paires de folioles obovales, entières, ob- 
tuses; stipules adnées au pétiole; fleurs petites, jaunes, 
axillaires, sessiles, ordinairement géminées. Après la fécon- 
dation, le jeune fruit se recourbe vers la terre, où il s'enfonce 
pour accomplir sa maturité. Ce fruit est une gousse oblongue. 



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22 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

cylindrique étranglée, 2-4 spermes, sillonnée entons sens de 
veines qui la font paraître réticulée. 

On dit la plante originaire de TAmérique éqnatoriale ; on 
la cultive généralement en Chine, au Sénégal et dans le midi 
des Ëtats-Unis. Les plus grands pays de production sont ceux 
de la côte occidentale d'Afrique. 

Dans la Caroline du Nord, on obtient de 80 à 100 hectolitres 
à rHectare. Au Sénégal, le rendement est moindre de moitié. 

Les Pistaches de terre ont la grosseur des noisettes et une 
saveur analogue ; mais ce goût est accompagné d'une certaine 
âcreté qui ne disparaît que par la torréfaction. Ces graines 
sont saturées d'une huile grasse égale en qualité, à la meil- 
leure huile d'olive et se conservent longtemps sans rancir. On 
assure que les Pistaches de terre sont la meilleure des subr 
stances avec lesquelles on ait essayé de remplacer le Cacao 
(ians la fabrication du chocolat (voy. l'article étendu et inté- 
ressant du Dict. des sciences naturelles). 

M. Petit-Radel s'est occupé d'une manière particulière de 
la culture de cette plante. Elle exige, dit-il, un terrain sablon- 
neux, qui se laisse aisément pénétrer par les pédoncules des 
fruits. Elle a produit cent pour un sur le territoire de Rome. 
Il prétend qu'elle pourrait produire jusqu'à deux cents dans 
un terrain plus convenable. 

Le port de Marseille reçoit des chargements considérables 
d*Arachide, soit de 500000 à 600000 quintaux métriques en 
coque, et 50000 à 60000 quintaux métriques d'amandes 
décortiquées. La fabrication de l'huile d!Arachide a pris une 
très grande importance, et le cours de ce produit est réguliè- 
rement coté à la Bourse. 

L'Arachide brute donne 31 pour 100 d'huile et 69 pour 100 
de tourteaux. L'Arachide décortiquée donne 40 pour 400 
d'huile et 60 pour 100 de tourteaux. 

Nous ne devons pas nous étendre davantage sur ce sujet, 
mais nous recommandons aux amateurs de nos départements 
du Midi la culture de la Pistache de terre, qui leur fournira 
une amande d'un goût agréable et le spectacle de la plus 
singulière fructification. 



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ARRACACIA. 23 

Nous avons cultivé la plante dans le dépi[irtement des 
Landes. Nous savions que des essais y avaient été faits pen- 
dant le premier Empire. Le sol et le climat sont, en effet, 
favorables. 

Nous n'avons ensemencé qu'une planche de jardin formée 
d'un sable fin, noirci par des détritus de Bruyère et de Fou- 
gère. La végétation s'y est faite régulièrement, mais sans 
grand développement. Nous avons cependant eu le plaisir de 
faire une petite récolte. 



. ARRACACIA. 

ARRACACIA XANTHORRHIZA Bauer (1). Arvacacha esculenta DG. 
Conium Arracacha Exot. fl.^ tab. 152; BoL mag., tab. 3092. 



Fam. des Ombellifères, 

Racines très charnues; tige de 60 à 90 centimètres, her- 
bacée, peu rameuse, striée, glauque, garnie de quelques 
feuilles plus petites que les radicales. Feuilles radicales lon- 
guement pétiolées,de 0",40 à 0^,50 de longueur, irrégulières, 
bilernatiséquées, à segments ovales irrégulièrement trilobés, 
acuminés, grossièrement incisées-dentelées, glabres et d'un 
vert foncé ; en juillet-octobre fleurs d'un violet foncé ou jau- 
nâtre, disposées en ombelles peu nombreuses, légèrement 
concaves. 

Nous ne croyons pas devoir passer sous silence cette plante 
précieuse, qui jusqu'ici s'est montrée rebelle à toute tentative 
de jculture sous notre climat. Nous n'avons pas été plus heu- 



(1) Dans rAmérique centrale les Arracacia sont célèbres pour leurs racines 
comestibles, principalement celles de VA. XanthorrhiM qui se mangent en Co- 
lombie, bouillies, comme nos Pommes de terre, et servent à Textraclion d'une 
fécule analeptique, comparée à TArrow-root et à la fabrication d'une liqueur 
fermentée qu*on dit stomachique. 

VA.moschata sert aux mêmes usages au Mexique (H. Rail Ion, Histoire des 
Plantes, vol. VU, p. 193). 



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24 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

reux que nos devaneiers dans Fessai auquel nous nous sommes 
livrés. 

Une caisse de tubercules d'Arracacia nous a été apportée du 
Venezuela par un obligeant ami. M. le D' Ernst, professeur 
d'histoire naturelle à Caracas, avait présidé au choix et à l'em- 
ballage des racines. Nous avons partagé avec le Muséum le 
contenu de cette caisse, qui était dans le meilleur état. 

Nous avons planté nos tubercules dans la première quin- 
zaine de juin sur couche et sous châssis aéré. La végétation 
s'en est faite admirablement et les tiges se sont élevées avec 
rapidité. Au mois d'août elles étaient garnies de boutons à 
fleurs, mais ces boutons ne se sont pas ouverts et les liges se 
sont cassées à demi-hauteur. Lorsqu'au mois d'octobre nous 
avons relevé les plantes, leurs tubercules primitifs pourris- 
-saient sans qu'il s'en fût formé de nouveaux. Notre échec était 
complet. ... 

Nous ne nous étendrons pas sur le mérite, d'ailleurs incon- 
testé, d'une plante qui a déjoué tout essai de culture. Nous 
n'avons pas réussi à nous en procurer des graines et bien 
d'autres que nous en ont demandé aux pays d'origine sans en 
obtenir. Le semis aurait-il donné un bon résultat? 11 est per- 
mis d'en douter. Quoi qu'il en soit, les essais qui ont échoué 
jusqu'ici seront sans doute renouvelés et cette prévision nous 
engage à indiquer à nos successeurs les sources auxquelles 
ils pourront puiser tous les renseignements désirables. Nous 
accompagnons de nos vœux leurs futures tentatives. 

Publications à consulter: 

Bulletin de la Société centrale (T horticulture de France^ 
vol. V, p. 251, 1829. 

Annales des sciences physiques et naturelles de la Société 
d'agriculture de Lyon.i. I, p. 206, 1838-39. 

Note sur la racine de VArracacha^ par M. L. Vilmorin. 
Bulletin de la Société centraled^horticultureyyol.XW ,^A6y 
1839. 

Bévue horticole, vol. VII, p. 64, 1845-46. 

Culture de VArracacha et possibilité de Vintroduire en 



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ASPERGE TUBÉREUSE . !25 

Èuropey par M. Boussingault, de l'Académie des sciences. 
Revue horticole, vol. VII, p. 356, 1845-46. 

Note sur VArracacha, essais de culture , par Vilmorin, 
Revue horticole^ vol. XIII, p. 42, 1851. 

Note sur quelques plantes féculentes exotiques, par M. Po- 
sada Arango. Bulletin de la Société botanique de France, 
t. XVIII, p. 372, 1871. 



ASPERGE TUBÉREUSE 

Asparagus lucidus Lindl. Bot, reg, 1844, mise, n» 36; Asa Gray, Bot, 
jap. 403; Miq. ProL 315. En japonais: Tomo Roki; Ten modo, selon 
Miquel ; Ten mon dô, selon X. 

Fatal, des Liliacées. 

Plante grimpante, sarraenteuse, atteignant environ 1",50 
de hauteur; rameaux munis de petites feuilles blanchâtres 
analogues à des écailles, à Faisselle desquelles naissent des 
rameaux fertiles ou des ramuscules verts (cladodes) que Ton 
prend généralement pour les feuilles ; ces ramuscules sont 
solitaires, linéaires, falciformes, d'un vert luisant; pédoncules 
uniflores. 

« Cette plante est voisine de l'A. falcatus, dont elle diffère 
par ses feuilles solitaires plus petites et par ses fleurs qui ne 
forment pas degrappes. » (Lindl., loc. cit.) 

« Dans cet Asparagus, ce sont les racines et non les turions 
qui sonl alimentaires. » (Miquel, loc. cit.) 

L'asperge tubéreuse nous a été signalée, il y a quelques 
années, par M. Eugène Simon, ancien consul de France, qui 
en avait mangé les tubercules et avait envoyé du plant au 
Muséum. 

Après cinq ans d'attente, nous l'avons enfin reçue du 
Japon. 

Elle pousse vigoureusement chez nous; laissée sans prô* 



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26 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

tBCtioB, elle a bien passé Thiver 1882-1883. Nous aurions été 
plus sages cependant en la couvrant d'un peu de litière. Jus- 
qu'^à présent^ elle ne nous a donné que des tubercules très 
petits, de la forme et du volume de l'olive. 

A la dégustation, ces tubercules ne se sont montrés ni fari- 
neux, ni.exerapls d'amertume. 

En même temps que l'espèce précédente, nous avons recju 
du Japon une forme curieuse de Y Asparagus trichophyllus 
Bunge. 

Cette plante est très naine; elle atteint à peine 0'",i5de 
hauteur; elle croît en touffes compactes et donne, comme 
VA. luciduSf des grifies charnues. 

Ces asperges peuvent être considérées comme plantes ali- 
mentaires en Chine et au Japo9 ; mais elles auront probaJ3le- 
ment peu de succès chez nous. 



BARDANE DU JAPON. 

Bardane comestible. — Gobô. 
Lâppâ major Gaertn. var. edulisL.; L. edulis Sieh. 

Fam. des Composées. 

Plante bisannuelle, haute de 2'",i0 à 2'",50. Involucre gla- 
bre, à écailles à peine dentelées à la base, le reste pai^faitcr 
ment lisse; les intérieures muliques, rayonnantes ; capitules 
disposés en corymbes. En juillet-août, fleurs pourpres. Ra- 
cines fusiformes, grises extérieurement, blanches intérieure- 
ment, longues de 40 à 45 centimètres après quatre mois de 
végétation. 

Le Gobô du Japon est considéré, non comme une espèce, 
mais comme une simple variété de la grande Bardane, Lappa 
major, plante commune partout en France, où, selon Du- 
chesne, elle porte selon les lieux, les noms de Bouillon noir, 
GloutteroUyGrippey etc. 



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BARDANE DU JAPON. 27 

Le même auteur dit qu'eu Ecosse oii mange ses racines^ s^$ 
feuilles et ses jeunes pousses. Il est probable que les indigents 
seuls en font usage. 

Voici ce qu*en dit Poiret dans la Flore médicale : « Toutes 
les fois que je goûte la racine de Bardane, je suis étonné de 
ne pas la rencontrer plus souvent dans les cuisines que dans 
les pharmacies. Elle peut s'apprêter de même que celb delà 
Scorsonère^ tandis que les jeunes pousses, cueillies au prin-* 
temps, se mangent comme les artichauts, les cardons et lc3 
asperges. » 

Quoi qu'il en soit, les. Japonais possèdent une variété supé' 
rieure à la Bardane commune et tout à fait digne de noire 
attention. 

Le Gobô est généralement cultivé au Japon et ses graines 
faisaient partie de tous les envois que nous avons reçus de ce 
pays. Dans la dernière collection qui nous est parvenue se 
trouvaient trois sachets de ces graines, l'un étiqueté: Gobô'^ 
tout court, l'autre: Hockate Gobô^ un troisième : Umèda 
Gobô. Ce dernier était donné comme plus grand ou plus grioç 
que les deux autres, et sa culture n'a pas justifié cette indiçar 
tion. Nous devons dire que, sauf la hauteur des tiges, nous 
n'avons reconnu aucune différence entre les trois variétés; 
les tiges du Umeda Gobô se sont élevées moins haut que celllBS 
des autres. 

Nous avons présenté des racines de Bardane du Japon à h 
Société centrale d'horticulture de France le 26 août 1880. 
Ces racines provenaient d'un semis fait le 40 mai précède^ 
et étaient à point pour la consommation; mais nous ne con- 
seil Ions, pas de nous imiter et de semer au printemps. La sécher 
resse de l'été durcit les racines et d'ailleurs cq genre de plante 
potagère est moins utile dans la saison où abondent les lé- 
gumes frais. 

Nous proposons donc de semer le 15 juillet, en lignes disr 
tantes l'une de l'autre de 20 centimètres, et d'éclaircir le 
semis de façon que les plantes jouissent en tous sens de cet 
espacé de 20 centimètres. 

Il est bon de semer dans une terre défoncée à deux fers de 



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28 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

bêche pour que les racines puissent y pénétrer aisément et 
ne se ramifient ps^s trop. Les bifurcations ou ramifications 
nombreuses des racines sont en effet un sérieux inconvénient 
pour la vente sur les marchés. Quelquefois, du collet de la 
plante descend un vrai faisceau de racines trop menues pour 
la venle. On doit donc éviter ce dommage autant que possible 
et les moyens les plus efficaces sont le défoncement du sol, le 
semis tardif et, en temps sec, l'arrosage qui active la végé- 
tation. 

Au bout de cent à cent vingt jours, les racines sont aussi 
grosses et plus longues que les salsifis les mieux venus. L'hiver 
* 'est proche, la végétation s'arrête ; les feuilles encore saines 
sont données aux lapins, qui en sont avides ; la récolte com- 
mence et se poursuit malgré les gelées, si la plantation est 
couverte de litière. 

La préparation duGobô pour la table est la même que pour 
les Salsifis ou les Scorsonères. Il serait bon cependant de faire 
cuire à deux eaux les racines de la plante japonaise pour faire 
disparaître une très légère saveur sauvage que quelques per- 
sonnes leur reprochent; maiscomment obtenir des cuisinières 
qu'elles commencent la cuisson dans une première eau et 
l'achèvent dans une seconde ? Nous doutons fort qu'on y par- 
vienne. 

On ne lira pas sans intérêt deux notes sur la Bardane du 
Japon publiées par M. le D' Sacc et par M. J. Dybowski (1). 
Celui-ci ne présente le Gobô qu'au point de vue de la culture 
potagère, qui est le nôtre. Le D' Sacc le propose aux agricul- 
teurs comme plante fourragère. Nous croyons en effet qu'elle 
pourrait, comme telle, rendre des services, mais il ne nous 
appartient pas de traiter celte question. 

Comme légume, le Gobô nous paraît inférieur aux Salsifis 
et aux Scorsonères ; il n.e peut, à aucun degré, supporter la 
comparaison avec le Scolyme d'Espagne ; mais sa végétation 

(1) Description, culture et usage de la Bardane comestible, Lappa edulis 
Sieb., par M. le D' Sacc (Bull, de la Société d^acclimatation, t. VI, p. 30). 

Note sur la Bardane du Japon, par M. J. Dybowski {Journal de la Soc. nat. et 
crtitr. d'horticulture de France^ 3» série, t. III, p. 770). 



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bâselle blanche. 29 

rapide, la longueur te ses racines qui lui permet de se nour- 
rir sans épuiser le sol, sa résistance au froid et à la sécheresse, 
la date à laquelle on le sème et qui en fait, à quinze jours 
près, une culture dérobée comme celle du Navet, ne per- 
mettent pas de le négliger. 

S'il était connu dans les campagnes, il y serait probablement 
utilisé. 



BASEtiLE BLANCHE. 

Épinard de Chine. 

Basellâ alba L. Spcc.y p. 390, n» 2; Wight îcon., tab. %%\Gandola 
alba Rumph. Herb, Amb., 5, p. 417 ; Plukn. Phyt, t. 63, hg. i. 

Fam. des Chénopodées, 

Plante grimpante, munie de liges et de feuilles très succu- 
lentes, employées comme potagères à la façon des épinards ; 
cultivée par les indigènes et tapissant leurs habitations dans 
toutes les parties de l'Inde, mais à peine admise comme plante 
potagère par les Européens (Thomas A. G. Firminger). 

La Baselle blanche pourrait n'être considérée que comme 
une variété de l'espèce rouge. Ses feuilles et ses tiges sont 
constamment verdâtres et non rouge pourpre comme celles 
du J5. rubra. Nous pensons que, comme culture et usages, 
elle ne diffère en rien de ce dernier. 



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80 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

BASELLE ROUGE* 

Épinarddu Malabar, Brède d'Angola,- Brède Gaiidole. 

Basella RUBRA L. Spec plant, p. 390, n» 1; Gandola rubra Rumph. 
Herb. Amb., hr p. 4-17, 1. 154, fig. 2; Basella rubra Lam. lU., i. 215, 
fig. 1. 

Plante annuelle ou bisannuelle. Tiges grêles, charnues, ra- 
meuses, d'un rouge pourpre, s'élevant à 4 pieds de hauteur 
environ, en se roulant autour des planles qui les avoisinent. 
Ces tiges sont munies de feuilles alternes, ovales, entières, 
légèrement acuminées, épaisses, charnues, d'un rouge pour- 
pre comme les tiges et portées par un pétiole court, et épais. 
Les fleurs sont petites, rougeâtres ou d'une couleur pourpre 
claire et disposées en épis axillaires sur des pédoncules plus 
longs que les feuilles. 

Cette plante est originaire des Indes orientales. Aux Indes 
et en Amérique on la cultive dans les jardins et l'on en mange 
les feuilles cuites (brèdes), assaisonnées de diverses manières 
et surtout épicées et pimentées ; ce qu'on appelle alors Cala- 
lou-Baselle. Chaque pied peut fournir trois bons plats dans le 
cours 'de l'été. Tontes les Baselles, hors la blanche, sont plus 
ou moins rouges, et leurs baies, comme celles du Phytolacca, 
fournissent un suc d'un très beau pourpre, qu'on n'a pas en- 
core pu fixer (Descourtilz, Flore des Antilles). 

Nous n'avoûs cultivé que la Baselle rouge. Nous l'avons 
semée sous châssis, sur couche chaude, et nous l'avons mise 
en place en pleine terre vers la fin de mai. 

Les murs du potager devant être exclusivement consacrés 
à la vigne et aux arbres fruitiers, la Baselle ne peut y être 
appliquée. Nous l'avons dressée sur un treillage grossier, à très 
larges mailles, élevé sur des piquets à l'exposition du midi et, 
dans ces conditions, elle s'est bien développée et a bien mûri 
ses graines. 

La nécessité de palisser la Baselle sur un treillage ne per- 
met pas aux maraîchers de s'en occuper, mais les jardiniers 



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BÉNINGASA GÉRIFÈRË. 31 

peuvent Fadmèttre dans le potager^ C'est un assez bon lé- 
gume. 

On cueille ses feuilles épaisses pendant tout Télé, à partir 
du moment où les Épinards, qu'elle est destinée à remplacer, 
ont à peu près disparu des jardins. 



BASELLE A FEUILLES EN CŒUR. 

Basella cordifoua Lam. Dict., i, p. 382, n<> 3; B. cras- 
sifolia Wight. 



Cette espèce diffère des B. rubra et B. alba par la forme 
de ses feuilles, qui sont grandes, presque arrondies et échan- 
crées en cœur à la base. On la cultive dans les jardins, au 
Malabar. Elle est charnue et succulente, d'une saveur compa- 
rable à celle de la poirée, mais un peu inférieure; elle est 
laxative et nourrit peu. On en mange les feuilles cuites et mê- 
lées avec la Brède (Amarante épineuse), à peu près comme 
nous mangeons nos épinards (Lamk, loc, cit.). 



BÉNINCASA CÉRIFËRE. 

Benincasa CBRiPERA Savi; Cucurbita cerifera Fischer. 

Fam. des Cucurbitacées. 

Plante annuelle, originaire de l'Inde et de la Chine. Tiges 
de 2 mètres environ, feuilles cordiformes à cinq lobes aigus, 
crénelés, vrilles simples ; en mai-juillet, fleurs jaunes, grandes, 
pédonculées, axillaires, solitaires; fruit vert, pendant. 
Inde, 1827. 

Nous avons cultivé souvent le Benincasa et nous n'avons 



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82 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

éprouvé aucun échec ; mais nous Tavons cultivé sôus châssis 
et nous ne l'avons exposé à l'air qu'à la fin de l'été, lorsque 
les fruits étaient déjà gros. Nous croyons qu'il est sage d'agir 
ainsi. 

Le Bénincasa cérifère est un aliment délicat, léger, qui, 
préparé comme le Concombre, lui est, à notre avis, bien pré- 
férable. Les auteurs qui en ont parlé avant nous expriment 
la même opinion. 

M. Naudin, dans les Annales des sciences naturelles ^ 
4* série, t. XII, cahier n* 2, p. 9, nous apprend que le B. ceri- 
fera est un des légumes classiques et les plus estimés de 
l'Asie austro-orientale et particulièrement de la Chine. Il cite 
Loureiro, qui, parmi toutes les Courges, n'en connaît pas de 
plus salubre ni de plus propi*e à servir d'aliment. Son intro- 
duction en Europe, dit encore M. Naudin, remonte à prés 
d'un demi-siècle, etcependant c'est à peine s'il est connu, hors 
de quelques jardins botaniques. Le volume de son fruit, qui 
est celui d'une petite citrouille et quelquefois beaucoup plus 
gros, sa conservation facile pendant plusieurs mois et quel- 
quefois même pendant toute une année, l'excellence de sa 
chair et, enfin, la facilité de sa culture, auraient dû depuis 
longtemps le faire admettre dans les potagers. On s'explique 
difficilement l'oubli dans lequel on l'a laissé. Ce fruit est 
remarquable par l'abondante exsudation cireuse et pulvéru- 
lente donl il se couvre à l'époque de la maturité et qui se con- 
tinue bien longtemps encore après qu'il a été cueilli. 

« Je ne connais jusqu'ici que deux variétés de Bénincasa et 
encore très peu différentes l'une de l'autre. La première, qui 
est celle de nos jardins botaniques, se reconnaît à ses fruits 
cylindriques longs de 0'",25 à 0'",40. Le plus bel échantillon que 
j'en aie vu avait été envoyé d'Alger à l'Exposition universelle 
de 1855; il mesurait près de 0'°,60 de longueur sur 0'",20 
à 0",25 d'épaisseur. La seconde variété, arrivée récemment 
de la Chine, s'en distingue par des fruits simplement ovoïdes, 
plus courts et en même temps plus gros. Peut-être aussi la 
sécrétion en est-elle moins abondante. ]» 

MM. J. Monnier et C^®, dans leur livre intitulé : Les plantes 



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. BÉNINGAS GÉRIFÈR£« 33 

potagères y disent que le BéhiDcasa est resté longtemps dans 
l'oubli, mais qu'introduit de nouveau depuis quelques années 
par la Société d'Acclimatation, il semble avoir repris, sinon 
quelque vogue, du. moins la place qu'il mérite parmi les 
plantes potagères... Il a beaucoup d'analogie avec le Con- 
combre et est préféré à ce dernier par de nombreux amateurs 
à cause de sa chaii'' plus légère et de sa saveur moins prononcée. 

Selon Thomas A. -G. Firminger, le Bénincasa est une très 
grosse et très belle Courge ovoïde (1), qui semble couverte 
d'une fleur cireuse d'un blanc pâle et verdâtre. Il ne sait pas 
si les Européens en mangent beaucoup, mais les indigènes en 
font une grande consommation. Elle est d'un très agréable 
efiet sur les chaumières, où Ton peut souvent la remarquer 
dans la situation la plus exposée et la moins protégée. Lors- 
que j'ai voulu savoir, dit-il, si ses fruits n'étaient pas en 
danger d'être fréquemment dérobés, il m'a été assuré que 
d'autres fruits en pareille situation seraient assez vraisembla- 
blement volés, mais que le Bénincasa jouissait d'un respect 
spécial par certaines considérations religieuses qui lui valaient 
une parfaite sécurité. 

Au Bengale, on sème ses graines pendant les pluies et le 
légume est consommé dans la saison froide. 

Le Bénincasa est, selon nous, digne de l'attention des ama- 
teurs. Le 26 octobre 1882, nous adressant à la Société centrale 
d'horticulture, nous disions (2) : Les fruits du Bénincasa, 
noués sous le verre, sont toujours très beaux, tandis que ceux 
qui- reçoivent la pluie et qui sont soumis aux influences 
atmosphériques sont toujours tachés, déformés. Il n'est donc 
pas douteux que la plante ne doive être cultivée de préférence 
dans les régions du Melon de pleine terre. Et d'ailleurs, ce 
ne pourrait être ici qu'une plante d'amateur. On n'obtient 
sous un panneau que trois fruits, dont la valeur vénale ne 
saurait égaler celle de Cantaloups, qui auraient occupé la 
même place. ^ 



(1) H 8*stgit ici sans doute de la variété chinoise. 

(2) Journ. de la Soc. centrale d'hori. de France, 3* série, 1882, t. IV, p! 720.- 

3 



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34 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

C'^st donc, au delà de la Loire qu'il serait avanlageux 
de' cultiver le Bénîncasa. Ses fruits se conservent aisément 
tout l'hiver, voyagent bien et pourraient se vendre à Paris à 
un prix à la fois modéré et rémunérateur. 



BOnSSINGAULTIE. 

BOUSSINGAULTIA BASELLOIDES Kunth. 

Fam. des Chénopodées. 

Appareil souterrain très développé. Racines peu nom- 
breuses, fibreuses et charnues. Tubercules abondants, agglo- 
mérés et ranieux, de forme allongée, irréguliers et pourvus, 
sur toute leur étendue, d'une quantité de bourgeons souter- 
rains plus ou moins allongés, qui leur donnent une forme irré- 
gulière, et comme hérissés de grosses pointes. Extérieure- 
ment, d'un gris terreux noir. L'intérieur est homogène, d'un 
tissu très blanc, abondant en mucilage épais et filant. Les 
tiges rameuses et longues, atteignant jusqu'àlOmètres d'éten- 
due, déliées, grêles, feuillées, ne se soutenant qu'à l'aide d'un 
support, et, couchées sur terre, s'enracinant facilement; les 
feuilles abondantes et charnues. La plante fleurit et ne fruc- 
tifie pas, quelque bien exposée qu'elle soit. 

La Boussingaullie est originaire du Mexique et du Chili. 

Cette plante peut avoir quelque utilité dans les jardins 
d'agrément ; mais nous n'avons pas à nous en occuper à ce 
point de vue. 

Nous avons dégusté ses feuilles, apprêtées comme les épi- 
nards ; elles sont à peine mangeables. Les tubercules ne valent 
pas mieux. 

D'après Mérat : Leur nature visqueuse et leur saveur désa- 
gréable ne permettent pas d'en faire usage comme aliment (1). 

(1) Notice sur les tubercules proposés pour remplacer la Pomme de terre. 
Librairie agricole de la Maison rustique, rue Jacob, 26. 



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BOUSSINGAULTIE. 35 

D'après Philippar : Ils ont une saveur très fade et sont 
tellement abondants en mucilage, même après la cuisson, 
qu'il est impossible d'en manger (1). 

D'après Louis Tellière : Lors de l'installation du Boussin- 
gaultia baselloides dans notre pays, on avait pensé que l'on 
pouvait manger ses feuilles comme celles des épinards et ses 
tubercules comme les pommes de terre, mais bientôt on 
reconnut que ni les unes ni les autres ne pouvaient servir 
d'aliment, les feuilles étant très sures et grasses, et les tuber 
cules étant mous et gluants. J'ai mangé des feuilles et des 
tubercules et j'avoue que c'est très mauvais (2). 

Ces témoignages prouvent suffisamment que la Boussin- 
gaullie n'a droit à aucune place dans le potager, et, par cette 
raison même, elle nous fournit un sujet de méditation. 

Comment se fait-il que, pour remplacer la Pomme de terre, 
on ait proposé des plantés sans valeur aucune? 

Comment a-t-on pu croire un instant que le Dahlia. l'Apios, 
la Boussingaultie, la Picotiane, l'Olluco, la Poire de terre 
Cochet, pourraient reniplacer la Pomme de terre? 

Parmi ces plantes, les unes se refusent à toute culture, les 
autres âont immangeables. Les chercheurs de plantes nou- 
velles sont-ils donc invinciblement enclins à toutes les illu- 
sions? 

Instruits par leur exemple, novis nous promettons de ne 
pas céder aux mêmes entraînements que nos devanciers. Le 
pourrons-nous ? 

(1) Notice descriptive, culiurale et économique sur deux plantes tuberculeuses 
{Bull, de la Soc. d'agriculture, 2* série, t. IV, p. 425, 1848). 

(2) Boussingauliia baselloides (Revue horticole, 1869, p. 419). 



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86 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 



CAMASSIE COMESTIBLE. 

Gamassia bsculënta hindi; Anthericum esculentum Spr ;Phalangium 
esculentum Nutt; Phalangium Quamash Pursh; Scilla esculenta 
Sims. — Flore des serres, 3, 275; Botanicalregister, t. i486 ; Bot 
mag.y t. U86. 

Fam. des Liliacées. 

Cette plante tire son nom générique du nom américain 
Quamash ou Camashj que porte Tespèce-type dans son pays 
natal. . 

Bulbe moyenne, ovoïde, lisse, brune; feuilles linéaires, 
pliées en gouttière d'un beau vert; hampe de 3 à 5 déci- 
mètres, dressée, portant de nombreuses fleurs disposées en 
grappe allongée, et accompagnées d'une bractée scarieuse; 
fleurs pourpre bleu dans une variété, blanches dans une 
autre. Périanthe à six divisions linéaires lancéolées; sixéla- 
mines insérées à la base des divisions du périanthe ; ovaire 
arrondi Iriquètre, surmonté d'un style plus long que les éta- 
mines, terminé par un stigmate trifide. 

Cette belle plante est digne de figurer dans nos jardins 
comme plante d'ornement; elle rappelle un peu par son port 
le Lis de Saint-Bruno. Elle est originaire du nord-ouèst de 
l'Amérique septentrionale, dans les vallées rocheuses, le long 
de la Colombie, etc. Elle fleurit en Juin-juillet. 

« La Camassie; dont la bulbe est bonne à manger, peut être 
cuUivée en pleine terre sous le climat de Paris. » (Jacques et 
Hérincq,) 

a Les sauvages mangent ses bulbes cuites ; ils les récoltent 
pour l'hiver et en consomment beaucoup. » (Répertoire des 
plantes utiles^ Duchesne.) 

« On dit cette plante parfaitement rustique, même sous le 
climat de Paris et dans les départements plus au nord, où il 
sera cependant plus prudent d'en conserver quelques bulbes 



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CAMASSFE COMESTIBLE. 37 

SOUS châssis ou de garantir celles qu'on a laissées dehors, 
contre les brusques variations de la température et l'excès du 
froid, au moyen d'une couche de feuilles ou de paille. L'hu- 
midité parait être ce que cette plante redoute le plus (1); il 
conviendra donc de la placer de préférence dans une terre 
saine, légère et inclinée au midi. Si le sol était compact et 
humide, il serait nécessaire de l'ameublir et de le drainer au 
besoin. 

» L'époque la plus convenable pour la multiplication de cette 
plante est de juillet en septembre. La floraison a lieu en plein 
air de juin en juillet, et dès le mois de mai pour les bulbes 
tenues sous verre. Dans le pays natal de celte.plante, les indiy 
gènes en mangent les bulbes, qui, paraît-il, sont farineuses et 
assez bonnes cuites sous la cendre à la façon des Pommes de 
terre; mais on prétend qu'il en existe une variété dont les 
bulbes sont vénéneuses. » {Les fleurs de pleine terre, Vilmo- 
rin-Andrieux et G'*.) 

« L'herbe disparaît sous les fleurs du Quamasft dans les 
prairies des environs d'Orégon-Gity. 

» Les indigènes font une énorme consommation des 
bulbes. » {Renseignement donné par un ancien habitant 
d'Oregon-City.) 

La Gamassie nous a fait éprouver la plus lamentable décon- 
venue. 

Après une culture d'essai qui n'avait rien de décourageant, 
après une dégustation très satisfaisante, nous nous sommes 
procuré 1000 à 1200 bulbes de Quamashy que nous avons 
plantées à demeure dans un sol sain, léger, sec, bien exposé 
et suffisamment fumé. 

Nos soins se sont bornés à des binages pratiqués dès qu'il 
en était besoin. Les hivers ne nous ont pas paru nuire aux 
plantes ; le climat de l'Orégon n'est pas moins froid que le nôtre. 

Gependant nosGamassies ont jauni et leurs bulbes ont fondu 

(1) « Cette plante n'est pas cultivée dans rOrégon, du moins dans la partie 
que j'ai habitée. Les Indiens la recueillent dans les prairies un peu humideSf 
où elle croit en assez grande abondance. » (Extrait d'une lettre que nous avons 
reçue d'un ancien habitant de l'Orégon.) 



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38 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

successivement. Nous avons fait notre plantation en 1879, et 
en 1883 il n'en restait plus rien. 

Cet échec nous a été d'autant plus sensible, que nous avions 
conçu la plus favorable idée de l'utilité de la plante. Broyées 
avec un peu de sucre et considérées soit comme aliment, soit 
comme friandise, ses bulbes sont excellentes. En cet état, elles 
ont été dégustées par les professeurs X et X, par M. Henri 
Yilmorin, par nos familles et par nos amis, et il n'y a eu qu'une 
voix pour les déclarer parfaites. 

Elles sont plus grasses que farineuses, mais d'une saveur 
si franche et si pure, d'une blancheur si appétissante, qu'elles 
nous paraissent devoir se prêter à maint emploi culinaire. 

On nous pardonnera de sortir, au sujet de la Camassie, de 
notre réserve, nous allions dire de notre neutralité ordinaire. 
Nous désirons que la déception que nous avons éprouvée 
n'arrête personne et que l'essai se fasse de nouveau. 

Nous avons été évidemment malhabiles et nous savons que, 
dans un pays voisin, la multiplication de la Camassie s'opère 
largement et régulièrement dans un but commercial. 



CANNA DISCOLORE. 
Balisier à deux couleurs. 

Canna discolor Lindl. Bot, reg,, tab. 1^1. 

Para, des Cannacées. 

Rhizome à jets tubéreux ; tiges de 3 à 4 mètres, rougeâtres ; 
feuilles ovales oblongues, colorées en dessous en rouge sang, 
les inférieures lavées de pourpre, les supérieures colorées 
seulement sur les nervures. Grappes dressées, à rachis rouge, 
sortant d'une spathe enroulée couverte d'une poussièi'e 
glauque abondante ; fleur rouge très vif en dehors et jaune 
pâle en dedans. 



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dANNA DISCOLORE. 89 

« Cette espèce est originaire de l'île de la Trinité, où elle 
est cuUivée trèi3 en grand. Elle fournit la fécule appelée Can- 
na-root. » (Heuzé.) 

Elle est moins productive que le Capacho (Canna edulis). 
Sous le climat de Paris cette espèce fleurit rarement. 

Une dégustation comparative, faite avec la plus scrupuleuse 
attention par plusieurs personnes que MM. V. A. et G'" avaient 
convoquées à cet effet, a démontré que le Canna discolor 
était d'une qualité supérieure à celle du Canna edulis. 

Plusieurs variétés de Cannas d'ornement, dégustées à cette 
occasion, ont été déclarées immangeables. 

Nous pensons que, dans les jardins d'amateurs, le Canna 
discolore devra être cultivé de préférence au Capacho. 

On connaît plusieurs Cannas alimentaires que nous n^avons 
pas cultivés. 

Dans la Flore du Pérou^ de Ruiz et Pavon, tous les Cannas 
portent le nom de Achira. 

Le C. paniculata est l'Achira Cimarrona. 

Le C. indica est l'Achira tout court. 

Le C. iridiflora est le Sumac Achira. Son rhizome n'est pas 
tubéreux. 

Selon eux les racines du C. paniculata sont comestibles, 
mais insipides. 

Les Péruviens, disent-ils, mangent les racines du C. indica^ 
préparées de diverses manières. 

a Canna indica. — On le cultive beaucoup en Colombie 
pour extraire la fécule de ses racines, qu'on donne aux ma- 
lades, comme YArrow-root ou A'ïïiidon de Maranta..,,. » 
(Note par M. Posada Arango, Bull. Soc, Bot. de France y 
t. XVIII, 1871, p. 372.) 

« Quatre espèces de Cannas fournissent la fécule de Tolo- 
mane. Ce sont les C, edulis^ coccinea, discolor et glaucd. 
Cette fécule appelée aussi : de tous les mois, nous vient des 
Antilles et a été importée en Angleterre en 4836. Elle est 
remarquable par son éclat satiné et composée de grains tout 
à fait aplatis et d'un volume considérable. » (Pennetier, 
Matières organiques premières, p. 150.) 



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40 LE POTAGER d'UN CURÏÏIUX. 

Liste de Cannas alimentaires^ 

C. edulis Ken Roscoe Scit. 5. Bot. mag.y lab. 2498. Pérou. 

C. discolor hindi. Bot. reg,^ tab. 1231. Trinité*. 

C. indicaUndL Roscoe Scil. 2. Bot, reg.y tab. 776. Indes 
occid. 

C. paniculata Ruiz et Pav. Pérou. 

C. gigantea Desf. Roscoe Scit. 4. Bot. Mag.^ tab. 2316. 
fiof.r^sf., lab. 206. Brésil. 

C. coccinea Ait. Roscoe Scit. H. Ainér. mérid. 

C. glauca Lin. Roscoe Scit. 7. Caroline mérid. 

C. flaccida Dill. Roscoe Scit.- 6; Redouté, Lil. 107. 
Caroline. 

à. AchiraSy Gillies. Bot. reg., tab. 1358. Mendoza. 

Tous fournissent une précieuse fécule et plusieurs se pré- 
parent, comme légume, de diverses façons. Pour ce dernier 
usage, nous pensons qu'ils doivent être récoltés avant leur 
floraison. 



CANNA COMESTIBLE. 

Balisier à fécule, Gapachp, Achira. 

Canna edulis Ker., Roscoe, Monandrian plants of the order 
Scitamineœ, pi. 5; Bot, mag.y lab. 2498. 

Rhizomes tubéreux, volumineux et féculifères; tiges de 3 à 
4 mètres, arrondies et rougeâtres; feuilles grandes, ovales 
lancéolées, à nervures très prononcées; spathe lancéolée 
aiguë, verte, à bords pourpres; corolle à divisions externes 
rouge orangé clair, les internes plus foncées. 

€ Cette espèce est originaire du Pérou, où elle est cultivée 
comme plante aliinentaire. On la nomme souvent Toloman. » 

On extrait de son rhizome une fécule qu'on a appelée; 
fécule de Chouchoutey fécule de Toloman, fécule de ToUmané^ 



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CANNA COMESTIBLE» A^ 

Le C. edulis esl désigné à Tile de la Trinité sous les noms 
de T ouléma ou Tulema (tous les mois). La Pécule qu'on extrait 
esl appelée fécule de Tulema (Heuzé, vol. II, p. 527). 

« Un article vendu dans les boutiques sous le nom de tous 
les moiSy présente une très étroite ressemblance, comme qua- 
lité et comme aspect, avec VArrow-root manufacturé, auquel 
il est considéré comme supérieur pour ralimeiitatioti des 
enfants, parce qu'il est moins constipant. Le docteur Lindley 
suppose qu'il esl le produit du Canna edulis. S'il en est 
ainsi, la plante prospérant parfaitement dans l'Inde, la fabri-: 
cation en serait extrêmement facile, en procédant comme on 
le fait pour VArrow-root. Il en serait de même si, comme 
M. J. M. Jones le dit (1) : « II y a aussi une espèce géante 
A^ Arrow-root {Canna coccinea) dont le produit est connu 
sous le nom de tous les mois. » (Firminger.) 

« Je n'ai trouvé dans les étiquettes d'herbier aucune indi- 
cation sur l'usage alimentaire des racines de Canna et je n'ai 
aucune idée nette de la distinction des espèces dans ce genre 
très difficile où elles se ressemblent toutes, ou il y en a dans 
toutes les parties du monde et où l'horticulture ignore leur 
provenance certaine et a déjà créé des hybrides. 

» Je crois que beaucoup de Cannas, tous peut-être, ont le 
tubercule cuit comestible, au moins la partie nouvelle du tu- 
hercule, bourgeon terminal et bourgeons latéraux. Toutefois, 
il doit y avoir des espèces où le tubercule est un peu* plus 
gros et plus tendre. La culture et le climat doivent influer sur 
la qualité comestible du tubercule. En un sol très fumé, il 
doit être meilleur et plus gros. Je présume que le climat du 
Nord esl aussi favorable à sa qualité. J'ignore si la qualité 
marécageuse du sol a une influence. 

» Tous les Cannas ont ceci de remarquable, que, quoique 
originaires de pays chauds, ils croissent facilement Tété, dans 
nosjardiris, y fleurissent en pleine terre (sauf quelques grandes 
espèces, hautes de 3 mètres, qui ne peuvent fleurir que dans 
le Midi ou en serre) et, pour la plupart (exceptons les C. lilii" 

" d) The naturalist in Bermuda. 



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42 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

flora et iridiflora)^ forment un tubercule facile à conserver 
l'hiver dans une orangerie, une cave, ou une serre froide. 

i> Les petits Cannas ont une élévation de 80 centimètres ou 
1 mètre, les grands 3 mètres dans les pays chauds. Le même 
pays présente souvent plusieurs espèces à la fois. J'en ai vu 
deux à la Guyane et, en herbier, j'en ai un troisième de ce pays : 

y> Ç. indica e parte^ petite espèce, à fleur rouge avec une 
tache jaunâtre. 

» C. coccinea Ait., assez petit, feuille large, fleur d'un rouge 
superbe. 

» C, glauca Lin. j feuille plus étroite, tige de moyenne hau- 
teur ou un peu haute, couleur glauque de l'axe floral. » 

Simmonds cite, parmi les Cannas, dont le tubercule râpé 
fournit de l'amidon : 

C. Achiras Gillies. 

C. glauca Lin. 

C. flaccida Dill. 

C. edulis Ker. 

Le C. edulis a été porté en Australie et s'est répandu du 
Jardin botanique dans les propriétés. 

« Il me semble qu'il faut cuire à part les nouveaux tuber- 
cules en formation, non encore montés à tige, ni pourvus de 
racines; ils sont beaucoup plus tendres et plus délicats. Les 
tubercules plus âgés ont parfois quelques fibres. Le Canna 
edulis n'a pas de goût propre et marqué. C'est une racine 
farineuse, tendre et un peu aqueuse. Les nouveaux bourgeons 
du tubercule forment le tiers au moins de la souche, peut- 
être la moitié. Ils peuvent s'utiliser, soit pour l'homme, soit 
pour les animaux. Il me semble qu'il vaut mieux les utiliser 
à part. » (Extrait de nos correspondances.) 

Au printemps de 1879, un de nos amis nous a apporté de 
Caracas des rhizomes de Capacho (Canna edulis) y que nous 
avons plantés sur vieille couche. Les plantes ont végété vigou- 
reusement et ont atteint une hauteur da 2"*,30 ; elles n'ont 
pas fleuri. 

Nous avons détaché des souches les bourgeons nouveaux et 
nous les avons fait cuire à l'eau de sel; nous en avons enlevé 



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CAPUCINE TUBÉREUSE. âS 

l'enveloppe fibreuse et nous avons obtenu un bon légume, 
tendre, féculent, ressemblant un peu au fond d'artichaut 
comme saveur et comme consistance. 

Nous avons poursuivi pendant quatre ans la culture et la 
dégustation du Capacho et nous pensons que ce Canna peut 
figurer utilement dans nos potagers. La Société d'Acclimata- 
tion a libéralement récompensé nos expériences et MM, Vil- 
morin-Andrieux et C** ont introduit la plante dans leur ca- 
talogue. 

La culture du Capacho est celle de tous les Cannas, soit 
qu'au printemps on le mette en végétation sous châssis, soit 
qu'on le laisse en place pendant l'hiver, sous la protection 
d'un peu de litière. 

Il ne fleurit pas sous le climat de Paris et c'est à cette 
condition qu'il est comestible ; s'il fleurissait, s'il mûrissait 
ses graines, il deviendrait certainement trop fibreux pour 
être utilisé. 

Nos horticulteurs pourront tirer profit de ce légume, qui est 
à la fois très productif et de facile conservation. 



CAPUCINE TUBÉREUSE. 

Trop^eolum tuberosum Ruizet Pav. FLper.y 314; Bot. mag.y tab.37i4, 
FI. des serresy 5, 452. Belg. hort.y 2, 36. 

Fam. des Tropœolées. 

Racines tubéreuses ; tiges nombreuses, rameuses, glabres, 
de 0'",50 à 0^,60. Feuilles cordiformes à la base, à 5 ou 7 lobes 
entiers, échancrés, quelquefois bilobés ; pétioles deux fois plus 
longs que le limbe, tortillés en forme de vrille; pédoncule 
beaucoup plus long que la feuille; calice rouge cramoisi plus 
court que l'éperon; pétales d'un jaune orange, dentés, striés 
de noir sur l'onglet, à peu. près aussi longs que les sépales. 
Fleurit en juillet-octobre. 



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44 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

Tubercule pîriforme, presque sphérique, atténué à la base, 
variant comme grosseur depuis celle d'une châtaigne jusqu'à 
celle d'une poire de moyenne dimension. Il esl d'une couleur 
jaune pâle, bigarrée de taches sanguines. Sa surface est cou- 
verte de mamelons peu saillants. 

« On dit que les tubercules de celte plante sont alimen- 
taires dans l'Amérique méridionale. Ici on n'a pu jusqu'à 
présent en tirer parti. J'ai essayé de les mariner au vinaigre 
comme les cornichons, mais sans avoir été satisfait du ré- 
sultat. Un abonné de la Revue horticole a eu la même idée et 
en a iapprécié autrement le produit... Que faut-il en cour 
clure? C'est encore apparemment qu'il ne faut pas disputer 
des goûts, ou bien que mon terrain ne convenait pas à la 
plante: Notîre abofiné a laissé mariner ses tubercules pendant 
trois mois, n'a ajouté aucun assaisonnement et a trouvé que 
(< ijans cet état, ils offraient une espèce de cornichons beau: 
coup plus agréables au goût que les véritables, o\rtre que le 
vinaigre a acquis un parfum convenable pour servir dans les 
sauces et dans les salades ». 

» La culture ordinaire de la Pomme de terre convient à 
cette plante, que l'on butte légèrement. Les tubercules com- 
mencent seulement à se former en septembre et l'on ne doit 
les récolter qu'au dernier moment où Ton peut le faire pour 
leur éviter l'effet de la gelée. » (Capucine tubéreuse, par 
Neumann. Rev. hort., 1845-46, p. 17.) 
" « La Capucine tubéreuse, Tropœolum tuberosum, ou Ysaiio 
(pron. Ysagno), est regardée par tout le monde en Europe 
comme un légume si détestable qu'il n'y a absolument aucun 
parti à en tirer. En effet, lorsqu'on tire du sol les tubercules 
de V Ysaiio, ils sont d'une âcreté des plus désagréables, âcreté 
qui est accompagnée de l'odeur particulière à toute espèce de 
Capucine. 

» Eh bien, en Bolivie, on a trouvé le moyen de faire dis- 
paraître ces défauts, et on a réussi à faire de YYsano, sinon 
un légume usuel, du moins" un légume très comestible. 

» La coction ne suffit pas pour produire le résultat désiré; 
on y joint la congélation. 



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CAPUCINE TUBÉREUSE. 45 

: ^ » C'est donc cuits et gelés que Ton doit manger les tuber- 
cules du Tropœoluniy et encore faut-il les manger avant qu'ils 
ne dégèlent', c'esl-à-dire croquants. A cet état, je puis affirmer, 
car j'en ai fait l'essai maintes fois, qu'ils constituent un mets 
assez agréable. 

)) Il n'y a guère de jour qu'on ne voie sur le marché de La 
Paz une ou deux rangées de marchandes qui ne vendent autre 
chose que ces Ysaiios gelés, ou Taiachas, comme on les 
appelle, qu'elles protègent contre l'action du soleil en les 
enveloppant d'une étoffe de laine ou de paille. Les femmes 
de La Paz en sont toutes extrêmement friandes et elles ont 
l'habitude de les prendre comme rafraîchissement pendant 
la chaleur du jour, en les trempant dans de la mélasse. )> 
(Note de M. Weddell, Rev. hovL, 1852, p. 148.) 

Que les tubercules de Capucine, gelés et trempés dans la 
mélasse, soient un agréable rafraîchissement pendant les 
chaleurs de l'été, nous n'avons garde de le contester, mais 
nous n'espérons pas que nos Françaises se le fassent jamais 
servir chez Tortoni. 

Nous serions donc encore en présence d'un beau tuber- 
cule, facilement obtenu, mais sans emploi, si Vabonné de lu 
Revue horticole^ que cite plus haut Neumann, ne nous ensei- 
gnait pas Pusage que nous en pouvons faire. 

Il y a quelques années déjà, nous avons confit dans le 
vinaigre les tubercules de la Capucine et le résultat nous a 
pleinement satisfaits. Ils ont été dégustés par noire famille 
et par nos amis, et notre préparation a été unanimement 
approuvée. 

Nous étions loin de croire alors que nous avions été de- 
vancés et que trente ans auparavant Vabonné avait conût ces 
tubercules dans lé vinaigre, sans addition d'aucun condiment 
et avait fait connaître le succès de sa tentative. 

Entre l'opinion défavorable de Neumann. et celte de 
V abonné f nous pouvons donc nous prononcer et iioùs le fai- 
sons sans hésitation ; l'afeo^né a raison, cent fois raison.. 

Nous devons dire que nous avons préparé les tubercules de 
Capucine comme toutes nos conserves au vinaigre, en leur 



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46 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

adjoignant FestragoD, la fleur de sureau et le piment. Ils 
teignent le vinaigre en rose, mais cette coloration ne se main- 
tient pas longtemps. 

La Capucine tubéreuse, confite dans le vinaigre, conserve, 
un peu atténuée, la saveur qui lui est propre, et c'est un avan- 
tage que ne possèdent pas les légumes qu'on associe habituel- 
lement aux cornichons. 

Nous avons proposé (1) une nouvelle composition de Pickles 
dans laquelle entre à juste titre la Capucine tubéreuse, com- 
position qui comprend : 
* La Ciboule de Chine ou Oignon Catawissa ; 

Le Concombre angourie, des Antilles; 

Le Miôga, du Japon ; 

Le Stachys tubéreux, de Chine; 

La Capucine tubéreuse. 

Nous croyons qu'à cette liste on pourra ajouter les jeunes 
fruits, très amers, des Momordica Charantia, M. Balsamina 
et M. muricata; le premier se mange en Chine et en Cochin- 
chine et les deux derniers sont également comestibles. Le M. 
muricata se prépare de diverses façons, à la Réunion, pour 
la table et entre dans la composition des Acharts. 

La culture de la Capucine tubéreuse est des plus simples. 
On plante ses tubercules au commencement du mois du mai, 
en pleine terre, à 0'",50 de distance en tous sens; on bine la 
plantation jusqu'au moment où ses tiges, en s'étendant sur la 
terre, la couvrent entièrement. L'arrachage ne doit se faire 
qu'en novembre après les premières gelées, les tubercules 
, ne se formant que tard et ne craignant pas les effets du froid, 
tant qu'ils sont en terre. 

Publications à consulter : 

Note de M. Boursière (Bull. Soc. centr. (THort.y vol. XXVI, 
1840, p. 160). 

Annales des Se. phys. et nat. de la Soc. d'Agr. de Lyon^ 
t. IV, p. 568. 

(i) Nouvelle composition de Pickles (Bull, de la Soc. nat. d*Accl. de France, 
1883, p. 235). 



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CIIERVIS. 47 



CHERVIS. 

Berle des potagers, Ghirouis, Girole. 
SlUM SISARUM Un.! 

Para, dos Omkellifères.- 

Planle vivace à racines tubéreuses, fusiformes, fasciculées, 
longues d'environ 0'°,20, charnues, roussâtres à l'extérieur, 
blanches intérieurement. Tiges cylindriques haute de 0'°,30, 
rappelant celles du Panais ; feuilles pennaliséquées, celles du 
sommet à 3 segments oblongs-aigus, dentelée ; involucre à 
5 folioles réfléchies ; fleurs petites, blanches, ayant un calice à 
limbe denticulé ou presque nul. Fleurit en juillet-août. 

Jacques et Hérincq assignent à l'introduction de cette plante 
en Europe la date de 4548. Elle serait venue de la Chine. On 
a dit cependant que le Ghervis était une des plantes alimen- 
taires des anciens. M. Edouard Martens est loin de l'afTir- 
mer (1). Poiret ne le met pas en doute : « Pline, dit-il, nous 
apprend que l'empereur Tibère, durant son séjour en Alle- 
magne, trouva les racines de Chervis si délicieuses qu'il en 
exigea chaque année une certaine quantité en forme de 
tribut ; » mais A. Dupuis, après avoir cité Poiret, ajoute : « Il 
paraît que le Ghervis des anciens n'est autre que le Panais. » 
* Dans l'ouvrage qu'il vient de publier (2), M. Alph. de Gan- 
doUe fait une étude approfondie de la question, mais sans la 
résoudre. Nous y renvoyons le lecteur. 

Nous avons essayé, à diverses reprises, la culture du Ghervis 
et nous devons avouer que nous n'avons pas obtenu ces ra- 
cines tendres et délicates qui faisaient les délices de nos pères. 
Nous sommes disposés à croire que nous avons été malhabiles 
et que nous n'avons pas su cultiver le Sium Sisarum. 

(1) Les Plantes alimeniatres des anciens, par Edouard Martens (Rev, de tin" 
traction publique en Belgiquet nouvelle série, t. I). 

(2) Origine des plantes cultivées, par Aiph. de GandoUe. Paris, Germer Baiilière 
etCM883. V 



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48 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Dans notre opuscule intitulé : Nouveaux légumes d'hiver^ 
nous disions : Le Chervis n'est plus guère connu que de nom 
dans la région de Paris et dans le nord de la France. Il était 
autrefois très estimé et généralement cultivé. On s'en est 
déshabitué ; mais les amateurs des jardins lui rendront peut- 
être une place dans le potager, lorsqu'ils apprendront que ses 
racines se prêtent à deux usages trçs différents. Ce sera en- 
core une culture à deux fins. 

En effet, ses pousses étiolées donnent une salade aroma- 
tique, d'une saveur agréable, qiii peut être mangée avec ou 
sans mélange. C'est une acquisition intéressante. On re- 
viendrait aussi à la préparation des racines de Chervis, comme 
la pratiquaient nos pères, et l'on nous permettra de repro- 
duire ici une recette de l'an 1656. 

L'auteur des Délices de la campagne disait : a Celle racine 
est si délicate qu'elle ne veut f)resque qu'entrer dans l'eau 
chaude pour ôler sa peau ; puis on la frit, l'ayant poudrée de 
farine et trempée dans Ja pâte comme la Scorsonère. Le jus 
d'orange est sa vraie sauce. Si, étant cuite et pelée, vous la 
voulez manger au beurre, à la sauce tournée ou d'Allemagne, 
ou bien à l'huile, en salade avecdu cerfeuil d'Espagne, au temps 
qu'il commence à pousser sa feuille, c'est un manger délicat et 
friand. » 

La Carotte, le Panais, le Céleri, ont produit de nombreuses 
variélés ; il n'en est pas de même du Chervis. Il est immuable 
depuis son introduction, c'est-à-dire depuis environ trois cent 
quarante ans. Peut-être a-t-il dégénéré, 

Sa culture était générale autrefois; ses racines figuraient 
sur les meilleures tables, et Linné rapporte que, de son 
temps, ou le cultivait dans presque tous les jardins. Grandeur 
et décadence 1 Quelle peut être la cause de l'oubli dans lequel 
îl est tombé? 

Nous serions mal venus à enseigner la culture du Chervis 
après avoir avoué que nous l'avons sans doute mal faite. Nous 
la décrirons d'après M"* Aglaé Adanson : « Le Chervis de- 
mande une terre franche, douce et profonde. On le sème clair, 
au 1" mars, dans une terre nouvellement bêchée, en planches 



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CIBOULE CATAWISSA, 49 

de cinq rayons, profonds de D'",04', qu'on recouvre au râteau. 
Lorsque le plant est assez fort, on réclaircit à 0'",10 de dis- 
tance ; on le sarcle, on le serfouit et on Tarrose de temps en 
temps. Il est bon à manger depuis novembre jusqu'au mo- 
ment où il monte. Quoiqu'il soit vivace, on fera bien de le 
renouveler chaque année ; il sera beaucoup meilleur. » 

Selon M"" Adanson, sa durée germinative est de quatre ans 
et, selon M. Vilmorin, elle n'est que de trois ans. 

Nous conseillons de cultiver le Chervis ; c'est un légume 
d'une saveur excellente, qu'on obtiendrait, paraît-il, abondant 
et tendre par une culture attentive. 

Publications à consulter: 

Note sur le Chervis, par M. le docteur Sacc {Bull, de la 
Soc. d'Acclimatation y vol. II, 1855, p. 561). 

Le Chervis, par M. Huzard {Bull, de la Soc. centr. d'Hort. 
de France, deuxième série, 1856, vol. Il, p. 147). 

Chervis. Note, par M. A. Dupuis {Bev. horticole, deuxième 
série, 1856, vol. V, p. 302). 



CIBOULE CATAWISSA. 

Oignon Gatawissa. 

Allidm fistulosum L., var. 

Para, des Liliacées. 

Très grande Ciboule, vivace, prolifère, c'est-à-dire produi- 
sant de petites bulbes au lieu de fleurs, à la manière de 
l'oignon Rocambole. Plantées au printemps ou à l'automne, 
car la plante est parfaitement rustique sous le climat de Paris, 
ces bulbilles donnent, la première année, des pieds àdeux ou 
trois tiges surmontées de bulbilles, qui, à peine constituées, 
développent elles-mêmes des tiges nouvelles couronnées de 

4 



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50 LE POTAGER d'uN CURIBLX. 

nouvelles bulbilles, lesquelles donnent très fréquemment 
naissance à un troisième étage de pousses, le tout s'élevant de 
75 à 80 centimètres. 

Après un an ou deux ans, la végétation se modifie. Les 
touffes deviennent très vigoureuses, se composant de vingt à 
trente montants, dont chacun porte dix à vingt bulbilles, mais 
développant beaucoup moins souvent des tiges secondaires. 

Le goût des bulbes et des pousses est à peu près celui de la 
ciboule commune. Les bulbilles peuvent aussi être consom- 
mées, après en avoir cependant enlevé la première enveloppe 
qui est très dure (Vilmorin-Andrieux et C'"). 

L'oignon Gatawissa a été considéré jusqu'ici comme étant 
d'origine américaine, mais tout récemment, en parcourant le 
livre du docteur E. Bretschneider intitulé : Early european 
researches into the Flora of China, nous avons eu la satisfac- 
tion de découvrir sa véritable pairie. 

Un Français, nommé Louis le Comte, se joignit en 1687 aux 
jésuites missionnaires en Chine et publia à Paris, en 1696, un 
ouvrage en deux volumes intitulé : Nouveaux mémoires sur ; 
Vétat de la Chine. 

L'auteur, né en 1655, mourait à Bordeaux, en 1729. 

Le Comte parle (1 ,178) d'un oignon chinois particulier dans 
les termes suivants : « J'y ai vu une espèce d'oignon, qui ne 
vient point de graine comme ceux d'Europe, mais, à la fin de 
la saison, on voit sortir de petits filaments sur la pointe ou 
surla tige des feuilles,au milieu desquelles se forme un oignon 
semblable à celui qui germe dans la terre. Ce petit oignon 
pousse avec le temps des feuilles comme celles qui le sou- 
tiennent, de manière néanmoins que leur grosseur et leur 
hauteur diminuent à mesure qu'ils s'éloignent de la terre. » 

Cette description ne serait sans doute pas suffisamment 
probante, si le docteur Bretschneider n'ajoutait pas ce qui 
suit : « Cet oignon paraît être celui qui avait été décrit sous 
le nom de Lou tz'tsung (oignon poussant en étages), dans le 
Kiu huang pen ts'ao, publié à la fin du quatorzième siècle. On 
trouve aussi une bonne figure. La description porte qu'au 
sommet des feuilles poussent de quatre à cinq petits oignons, 



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CIBOULE CATAWISSA. 51 

et que sur ceux-ci d'autres oignons se produisent encore, for- 
mant ainsi.de trois à quatre étages. Ces oignons ne donnent 
pas de graines... » 

L'oignon Galawissa a été importé d'Amérique par M. A. de 
Lentilhac aîné, et mis en vente par M. Gagnaire fils aîné, hor- 
ticulteur à Bergerac. Nous l'avons cultivé dès qu'il a été intro- 
duit et nous dirons plus loin ce que nous en pensons. M. Ga- 
gnaire s'exprime ainsi dans la Revue horticole, année 1875, 
p. 57 : « Personne n'ignore que l'oignon qui se mange en vert 
au printemps, à Paris comme en province, est, d'un côté, le 
résultat des semis que les jardiniers exécutent dans le courant 
du mois d'août, tandis que de l'autre, et notamment dans 
notre région, l'oignon vert est obtenu en mettant en terre, en 
septembre et octobre, des bulbes impropres à la consomma- 
tion, qui, au printemps, émettent trois ou quatre tiges vertes, 
quelquefois plus, que l'on détache de la souche selon les be- 
soins de la maison ou de la vente. 

» Quels que soient les moyens employés, il n'en reste pas 
moins avéré qu'il faut semer, repiquer et planter annuelle- 
ment à l'automne l'oignon que l'on veut consommer en vert 
au printemps; et si, d'un autre côté, il s'agit d'obtenir au 
jardin du petit oignon pour confire, je n'ai pas à dire les soins 
que ce travail exige, sans compter qu'il n'est pas toujours 
facile d'arriver à des résultats satisfaisants. Or, avec l'oignon 
Catawissa, ces inconvénients disparaissent puisqu'il possède 
la faculté de donner à chaque printemps, et pendant trois ou 
quatre ans, des oignons verts en abondance, en été des bul- 
billes en quantité pour confire, et qu'il ne demande d'autre 
culture que celle que je vais signaler. 

» L'oignon Catawissa est une plante potagère, à souche 
vivace, émettant à la base, au printemps, de vingt à trente 
tiges, grosses comme des poireaux, longues, tendres et excel- 
lentes à manger en vert; plus précoce d'une quinzaine de 
jours ou même d'un mois que les oignons plantés à l'automne. 
On le multiplie de bulbilles que l'on met en place depuis le 
mois d'octobre jusqu en février et que l'on traite de la ma- 
nière suivante : 



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52 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

» Le lerrain destiné à l'oignon Calawissa ayant été travaillé 
et copieusement amendé préalablement à Taide d'une forte 
couche de fumier ou d'engrais, on trace au cordeau plusieurs 
sillofns espacés de 40 à 50 centimètres chacun, dans lesquels 
on place les bulbilles que l'on distance également de 40 à 
50 centimètres les unes des autres. Celle distance, de laquelle 
on peut tirer aisément parti la première année en cultivant 
entre les rangs des chicorées, des laitues, des carottes, etc., 
est indispensable par la suite à cause du développement que 
ne manquent pas de prendre les souches à la deuxième année 
de plantation. Les bulbilles mises en terre d'octobre en fé- 
vrier pousseront vigoureusement au printemps, mais elles ne 
donneront cette première année qu'une seule tige, que l'on 
maintiendra à l'aide d'un petit tuteur. Dans le courant de l'été, 
celte tige produira au sommet un ou deux élages de bulbilles 
que l'on utilisera pour la plantation, ou desquelles on tire 
parti en les confisant au vinaigre à la manière des cornichons. 

» La seconde année est celle de la première récolte. Dès la 
fin de février jusqu'à la fin d'avril, quelquefois même jusqu'en 
mai, à la place des bulbilles que l'on a plantées l'année pré- 
cédente, on Irpuve une touffe d'oignons verts, gros comme 
des poireaux, contenant de vingt à trente tiges d'une saveur 
et d'une qualité qui ne le cèdent en rien aux meilleurs oignons 
cultivés; et comme avec cent touffes d'oignon Catawissa un 
ménage ordinaire ne consommera pas, au printemps, les tiges 
vertes qu'elles fournissent, celles qui restent aux pieds se 
développent, atteignent une hauteur de 0'",80 à i mètre et se 
couronnent au sommet, en été, de un ou deux étages de bul- 
billes que l'on utilisera comme je l'ai indiqué ci-dessus. 

» A partir de ce moment les touffes d'oignon Calawissa 
produiront pendant deux, trois ou même quatre ans, et à 
chaque printemps, des tiges en abondance, en été des bulbilles 
en quantité, et cela sans autres soins que quelques binages 
appliqués pendant le cours de la végétation et un bon labour 
au printemps, un peu av.ant l'apparition des liges... 

» L'oignon Catawissa est d'une rusticité sans égale puisqu'il 
supporte sans altération 20 à 30 degrés au-dessous de zéro. » 



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CLAYTONE PERFOLIÉE. 53 

La note de M. Gagnaire est suivie de quelques observations 
de M. Carrière, qui a reconnu que l'oignon Catawissa est ab- 
solument distinct de Toignon Rocambole : ce qui était con- 
testé. 

Nous n'ajouterons rien à ce qui précède, relativement à la 
culture de Î'O. Catawissa, si ce n'est pour l'approuver. Quant 
à ses usages, il en est dont nous ne pouvons ni reconnaître, 
ni nier l'importance. Nous savons qu'il se consomme une cer- 
taine quantité d'oignon vert, mais nous n'en avons jamais 
mangé et nous n'avons jamais vu personne en manger autour 
de nous. Nou^ n'avons même pas eu la pensée d'employer en 
cet état le Catawissa. Nous ne savons donc pas si ses liges ont 
la saveur de l'oignon commun, mais nous pouvons affirriier 
avec M. Gagnaire que ses souches sont d'une grande fécondité. 

Nous nous bornerons ^à apprécier le mérite et l'utilité de 
ses bulbilles. Le Catawissa s'appelle oignon dans le commerce, 
ciboule en botanique et peut-être échalote en cuisine. Il serait 
plus vrai de dire que l'AWium chinois a une saveur qui lui est 
propre et qui n'est précisément ni celle de l'oignon, ni celle 
de la ciboule, ni celle de l'échalote. C'est ce qui nous en fait 
conseiller la culture. En effet, les bulbilles du Catawissa, con- 
fites dans le vinaigre, sont excellentes et diffèrent de toute 
préparation analogue. 

De plus, la plante est très curieuse. On en trouvera une 
figure, très exacte, accompagnant une note de M. Carrière, 
dans la Revue horticole, année 1875, p. 453. 



CLATTONE PERFOLIÉE. 

Claytonia perfoliata Willd.; C. cubensis Bonpl. 

Fam. des Porlulacées. 

Plante annuelle. Feuilles sans nervures, celles du sommet 
opposées, arrondies, soudées par la base de manière à former 



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54 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

un cornet, les radicales péliolées, ovales rhombées; en mars- 
juin, fleurs blanches, petites, pédicellées, disposées en 
grappes, les inférieures fasciculées; pétales entiers ou légè- 
rement échancrés. 

Nous avons cultivé la Glaytone pour avoir le droit d'expri- 
mer sur son compte une opinion personnelle. L'expérience 
ne lui a pas été défavorable et, cependant, nous ne l'avons 
pas renouvelée, par économie de temps et d'espace. 

La Glaytone est un bon succédané des épinards. Comme la 
plupart des plantes destinées à remplacer ces derniers, elle 
n'a ni vices ni vertus. Elle appartient d'ailleurs, et c'est tout 
dire, à Yinnocente famille des Pourpiers. Le mot souligné 
appartient à la note qu'on va lire (Revue horticole^ 1829-31, 
vol. I, p. 357): « La Glaytone, plante annuelle, haute de 12 ou 
15 pouces, originaire de Guba, a été rapportée par M. de 
Humboldt en 1804 et donnée au Jardin des plantes de Paris, 
où elle s'est presque acclimatée, puisqu'elle y lève toute seule 
dans plusieurs endroits. Elle avait été considérée jusqu'ici 
comme une plante inutile, ou plutôt on avait négligé de l'exa- 
miner, quoique sa succulence et sa tendreté eussent dû la faire 
soupçonner d'être bonne à manger; d'autant plus qu'elle 
appartient à la famille innocente des Pourpiers. Néanmoins, 
depuis vingt-six ans que les botanistes l'avaient vue reparaître 
à chaque printemps, l'idée ne leur est pas venue de la sou- 
mettre à aucune expérience. Il est vrai que l'utilité des plantes 
ne les occupe guère ; leur science se borne à en compter et 
mesurer les parties, rien de plus. 

» Heureusement, il y a aussi quelques hommes qui exa- 
minent les plantes sous d'autres rapports, qui cherchent à les 
appliquer à nos besoins, sans toutefois négliger la science un 
peu aride des botanistes. De ce nombre est M. Madiot, direc- 
teur de la pépinière de naturalisation du département du 
Rhône, à Lyon. Il a expérimenté que la Glaytone à feuilles 
perfoliées est bonne à manger crue en salade, et, cuite, à 
manger comme l'oseille ou les épinards, sous un fricandeau. 
G'est ce qu'il nous marque par l'une de ses lettres, du 4 dé- 
cembre dernier. Il nous dit de plus que la graine de cette 



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CONCOMBRE DU SIKKIM. 55 

plante est mangée avec avidité par les petits, volatiles. 

» La culture de la Glaytone n'offre aucune difficulté. On la 
sème au printemps, très clair, parce qu'elles se ramifie beau- 
coup dès sa base, sur une planche bien ameublie, bien ter- 
reautée, à bonne exposition. On arrose et on sarcle au besoin ; 
elle lève et grandit promptement, se ramifie tellement dès la 
base, si elle est semée clair, que M. Madiot a compté jusqu'à 
63 branches sur un seul pied, susceptibles d'acquérir 15 et 
48 pouces de longueur; mais on les coupe à 2 ou 3 pouces de 
terre avant la floraison complète et il en repousse d'autres 
que l'on peut couper encore deux ou trois fois. Il suffit de 
laisser quelques pieds pour graines. On fait usage des tiges 
qui sont tendres et succulentes et des feuilles qui sont en co- 
quilles ou en oreille, placées à de grandes distances sur les 
tiges. » 

Duchesne dit de la Glaytone : Ce légume aqueux et rafraî- 
chissant est mangé comme le pourpier dans l'Amérique du 
Sud. 

Selon nous, on peut cultiver la Glaytone comme tout autre 
épinard d'été; c'est un aliment acceptable. 



CONCOMBRE DU SIKKIM. 

CucuMis SATivus, var. Sikkimensis J. D. Hooker. 

Fam. des Cucurbitacées. 

Le Goncombre du Sikkim est la variété de concombre le 
plus remarquable par sa taille et par le volume de ses fruits. 
Les feuilles en sont presque aussi grandes que celles des po- 
tirons et montrent assez souvent 5 et même 9 lobes. Les fruits, 
à peu près de la grosseur et de la forme de beaux melons de 
Gavaillon, sont ovoïdes-allongés, très réguliers, à contour 
arrondi et contiennent habituellement cinq placentas au lieu 



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56 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

de trois; la chair en est blanche et très épaisse et la peau finer 
ment marbrée de blanc jaunâtre et de roux. Je ne connais 
celle variété que par un dessin colorié qui est en la possession 
de M. J. Dallon Hooker et par quelques fragments desséchés 
de l'Herbier de Kew. D'après ce savant voyageur, le con- 
combre du Sikkim est cultivé dans toute l'Inde anglaise, mais 
particulièrement dans la province dont il porte ici le nom. 
C'est un excellent légume que les indigènes mangent indiffé- 
remment cuit ou cru. Il serait à désirer qu'on l'introduisît 
dans les potagers de l'Europe (Naudin, Cucurbitacées). 

Nous avons été assez heureux pour réaliser ce vœu, mais 
dix-huit ans s'étaient écoulés depuis qu'il avait été formé. 
M. le docleur Hooker, que nous ne saurions trop remercier 
de sa courtoisie, nous a adressé en mars 1877 des graines du 
Cucumis sikkimensis, qui n'exislait encore que dans les jar- 
dins royaux de Kew dont il est le directeur. Semées sur 
couche et sous châssis, ces graines nous ont donné des piaules 
vigoureuses et des fmits abondants d'excellente qualité. 

Leur volume est celui des plus gros concombres blancs, et 
leur robe, vraiment curieuse, à la maturité, est nettement ré- 
ticulée. Il semble qu'un filet à petites mailles soit étendu sur 
leur fond brun. C'est d'ailleurs leur moindre mérite. Ils sont 
également bons, servis dans le ravier en hors-d'œuvre, ou 
apprêtés comme les concombres ordinaires. 

En cultivant pour la première fois le Cucumis sikhimensis, 
nous avons pris toutes les précautions nécessaires pour assu- 
rer le succès, mais, plus tard, nous en avons laissé plusieurs 
pieds en plein air et nous avons pu constater sa rusticité. 

Le 12 juillet 1877, nous avons présenté à la Société centrale 
d'horticulture de France (Henri Véniat, jardinier) des fruils 
du C. sikkimensis, sur lesquels un rapport a été déposé le 26 
du même mois par MM. Arnould-Baltard et Hédiard, qui ont 
déclaré que, chargés par le comité de culture potagère d'en 
apprécier le mérite alimentaire, ils les avaient reconnus 
excellents^ à chair très fine et beaucoup plus délicate que 
celle du concombre ordinaire. 



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CORETTE POTAGÈRE. 57 

Nous en avons également présenté à l'exposition ouverte 
par la même Société, en octobre 1877. 

Plus récemment, nous avons distribué des graines du con- 
combre du Sikkim aux membres de la section des végétaux, 
dans la Société d'Acclimatation, et nous poursuivrons celte 
œuvre de propagation d'une plante que nous considérons 
comme une heureuse acquisition. 

Nous terminerons en donnant un extrait d'un article du 
Botanical magazine^ janvier 1876, pi. 620t) (/. de la Soc. 
cen^r. d'tfor^., 1876, p. 365): 

« Cette singulière variété de concombre est cultivée com- 
munément dans la partie orientale de la chaîne de l'Himalaya, 
c'est-à-dire dans le Sikkim et le Népaul, où on en obtient et 
consomme le fruit en immense quantité, et où les cultures 
de cette plante s'étendent sur de grandes surfaces de terre 
jusqu'à 1500 mètres d'altitude... Son fruit atteint 0'",38 de 
longueur sur autant de circoijférence... M. D. Hooker dit 
qu'en 1840 il voyait tous les habitants du Sikkim, hommes, 
femmes et enfants mangeant de ces concombres à peu près 
du matin au soir. > , 

Nous espérons que la culture du C. sikkimensis se généra- 
lisera dans notre pays. 



CORETTE POTAGÈRE. 

Mauve potagère, Mauve des Juifs, Mélonkie. 
CoRCHORUS OLiTORius L. vai*. eduUs (1). 

Fam. des Tiliacées. 

Plante annuelle, originaire des Indes et de l'Afrique tropi- 
cale. Tige de 0",50 de hauteur, cylindrique, lisse; feuilles 

(1) Les fibres du Corchorus olitoriw et de plusieurs autres espèces, surtout 
dw C, capfulariSf L., connues dans le commerce sous le nom de hUe^ sont era- 



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98 LE PptAGER d'un CURIEUX. 

alternes, pétiolées, ovales-oMongiieSy dentées, à dentures in- 
férieures souvent terminées par un filet sétaoé; fleurs petites, 
d'un jaune orange, pédonculées; fruit (capsule) siliqvifbine, 
long, glabre, graines anguleuses, verdâtres. 

D'après Poiret {Voyage en Barbarie^ vol. Il, p. 179),. la 
plante est cultivée, tant dans le Levant qu'en Barbarie. On 
l'eniploie dans les cuisines. 

Selon MM. Vilmorin-AndrieuxelC''«,ses feuilles se mangent 
en salade. 

Enfin, le rapport de M. Delchevalerie sur l'exposition égyp- 
tienne de 1878 nous apprend, les jardins n'existant pas en 
Egypte, qu'elle est cultivée dans les champs s^ous le nom de 
Kolbesch et que les Égyptiens mangent ses feuilles comme 
celles des épinards. 

C'est, dit-on, un aliment mucilagineux et fade, comparable 
au Gombo. 

Nous avons cultivé sous châssis, par curiosité, la Corette 
potagère. Nous ne lui avons consacré qu'un panneau et notre 
récolte ne nous a pas permis d'en faire un plat pour notre 
table; nous avouons donc n'avoir dégusté ses feuilles, ni 
comme salade, ni comme épinard. 

Il nous semble certain qu'on ne peut cultiver utilement le 
CoTchoTus olitorius sous le climat de Paris; d'ailleurs le 
nombre des salades et des succédanés del'épinard est si grand, 
que cette plante nous paraîtabsolument dépourvue d'intérêt. 



ployées, mêlées au coton, au chanvre et au lin, à la fabrication d'étoffes et de 
toiles, à bon marché» mais qui n*ont aucune résistance et qui ne supportent pas 
les lessives. Les déchets servent à fabriquer de la pâte de papier. Ces fibres 
sont Tobjet d*un commerce assez actif. L'importation du Jute, en Angleterre, 
était en 1877 de 200000 tonneaux et de 25000 en France. 



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CORNARET JAUNE.. 59 

CORNARBT JAUNE. 

Bicorne jaune, Martynie jaune. 
Martynia lutea Lindl. 

Fam. des Pédalinées, 

Plante annuelle, haute de O^jSO, pubescenle glanduleuse; 
feuilles cordiforraes-orbiculaires, un peu dentées; en août, 
fleurs jaunes, amples, infundibuliformes ; fruit à bec beau- 
coup plus long que le corps. 

Originaire du Brésil. 

Semée à la fin d'avril sur couche et sous châssis, repiquée 
en godets et tenue sous verre, comme les melons, jusqu'à la 
fin de mai ; mise alors en place sur une vieille couche et gé- 
néreusement arrosée, elle acquiert d'énormes proportions. 
Ses branches sont grosses comme des manches de bêche et ses 
fleurs jaunes forment d'abondants épis coniques, auxquels 
succèdent de grands fruits cornus. 

Si curieuse que soit la Marlynie, nous ne nous occuperions 
pas d'elle si ses fruits, cueillis aussitôt après leur formation, 
ne se mettaient pas dans le vinaigre comme les cornichons. 
Elle peut donc être classée parmi les plantes potagères. 

Voici ce que dit William Darlington d'un Martynia^ dans 
son Agricultural Botany {Phihdelfhiej 1847): « Cette plante, 
originaire du Mississipi et des plaines du Mexique, est beau- 
coup cultivée depuis quelque temps pour ses fruits singuliers 
qui, dans leur jeunesse, avant de devenir durs et ligneux, 
sont employés à confectionner le condiment qui porte nom 
de Pickles. » 

Clemenceau, dans I^l Revue horticole (1867, p. 109), donne 
le même renseignement : « ... Les fruits cueillis très jeunes 
et alors qu'ils n'ont que quelques jours, sont confits dans le 
vinaigre et mangés à la façon de nos petits cornichons verts. 
Dans cet état, ces fruits sont fermes, croquants et d'excellente 
qualité. » 



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60 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Alors même que les Afariynia ne seraient pas alimentaires, 
les amateurs les cultiveraient comme plantés ornementales, 
produisant des fruits extrêmement curieux; mais nous re- 
commandons d'éviter de toucher aux feuilles du Martynia 
lutea, le seul que nous ayons cultivé. Elles laissent aux doigts 
une odeur stercoraire, infecte, abominable. 

Duchesne dit que les habitants de Garthagène (Colombie) 
mangent les racines du M. Craniolaria^ Swartz, avec le bœuf, 
ou le confisent au sucre pour le dessert; mais M. Triana nous 
a assuré que les indigents seuls en faisaient usage. 

Duchesne ajoute que dans l'Amérique septentrionale on pré- 
pare avec ces racines une bière amère et rafraîchissante (1). 



COURGE DE SIAM. 

GUCURBITA MELANOSPERMA A. BraUR. 

Fam. des Cucurbitacées. 

Plante vivace, cultivée comme plante annuelle sous le cli- 
mat de Paris. Tiges grêles, longuement rampantes ; feuilles à 
5 lobes, sinués; fruits ovoïdes, arrondis, marbrés de blanc, 
pleins et couverts d'une écorce subligneuse. Chair douce, 
blanche, fibreuse; graines noirâtres ou même très noires. 

Nous empruntons à M. Ch. Naudin les notions historiques 
qui s'offrent à nous dans un mémoire intituté : Nouvelles 
recherches sur les caractères spécifiques et les variétés du 
genre Cucurbita {Annales des sciences naturelles^ 4* série, 
t. IV, 1856) : 

« Le Cucurbita melanosperma avait été annoncé, dès 
l'année 1^24, précisément sous ce nom de melanosperma^ 
par Al. Braun, dans le catalogue des plantes du jardin de 

(1) La maison Vilmorin vend des graines de M, Craniolaria sous le nom de 
M, proboseidea. 



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COURGE DE SIAM. 61 

Carlsruhe; puis, en 1837, par M. P. C. Bouché, de Berlin, 
sous celui de C. ficifolia. Elle est enfin décrite avec détail 
sous son premier nom par M. Al. Braun dans VAppendix 
specierum novarum^ etc., du jardin botanique de Berlin, en 
1853, et, d'après le même auteur, dans le tome P', p. 362, de 
la 4* série des Annales des sciences naturelles^ en 1854-. 

« Cette espèce, beaucoup plus éloignée des trois autres que 
celles-ci ne le sont entre elles, n'est guère connue en Europe 
que depuis le commencement de ce siècle. On ne sait préci- 
sément ni d'où, ni par qui elle y a élé introduite, mais son 
nom vulgaire de Courge de Siam autorise à croire qu'elle 
vient originairement de l'Asie méridionale. 

» Elle n'a encore donné aucune variété en Europe et est telle 
aujourd'hui que le premier jour où elle y a paru. » 

On a donné quelquefois le nom de Courge du Malabar au 
Cucurbita melanosperma; mais nous lui maintenons celui 
de Courge de Siam, sous lequel elle figure dans le Manuel de 
Vamateur des jardins. 

Elle est annuelle dans le nord de la France, où elle gèle 
pendant l'hiver, et vivace dans le Midi, à Hyères, par exemple, 
où ses tiges peuvent passer l'hiver sans être atteintes par le 
froid, s'endurcissent, deviennent un peu ligneuses et durent 
plusieurs années. Dans ces conditions, elles prennent un dé- 
veloppement démesuré, par exemple 30 à 4-0 mètres de lon- 
gueur (1). 

La Courge de Siam est belle. Elle est grosse comme la Pas- 
tèque et lui ressemble un peu! Elle est verte, tachetée de 
blanc, avec des lignes blanches, semblables à des rubans, qui 
partent de l'oifnbilic et courent en se rétrécissant vers le pé- 
doncule. 

Ses graines sont grosses et noires, quelquefois brunes. Sa 
culture est des plus faciles et ne diffère en rien de celle des 
Potirons ou des Courges haSituellemenl cultivés en France; 
Son produit est considérable. En 1877, 20 pieds plantés par 
nous sur un gazon retourné, ont donné 130 fruits, d'un poids 

(I) Manuel de Vamateur des jardins, t. IV, p. 255, 



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62 LK POTAGER d'un CURIEUX. 

total de 670 kilogrammes. En 1878, 4 pieds nous ont donné 
70 fruits, pesant ensemble 370 kilogrammes. 

La Courge de Siam court beaucoup et exige un grand 
espace ; comme elle se marcotte spontanément, Thiver seul 
peut arrêter son développement. A la maturité, ses fruits 
s'enveloppent d'une croûte ligneuse qui en préseiTC long- 
temps le contenu de la pourriture, à tel point qu'on peut les 
conserver intacts pendant un an, deux ans et peut-être plus 
longtemps encore, comme des Coloquintes. C'est ce dont peu- 
vent témoigner les marchands de comestibles et les restaura- 
teurs qui, sans en faire autrement usage, les placent crommo 
ornement dans leur étalage. 

En France, la Courge de Siam est jusqu'ici un simple objet 
de curiosité, mais, en Chine, on l'emploie à la nourriture du 
bétail. On sait que le troupeau d'Yacks envoyé en France par 
M. de Montigny, notre consul général en Chine, en 1854, 
était accompagné d'une provision de Courges mélanosperfties 
destinées à son alimentation. Nous citerons encore à ce sujet 
M. Naudin : « Lors de l'envoi des Yacks de Chine en France, 
par M. de Montigny, en 1854', une grande quantité de Courges 
mélanospermes avaient été embarquées à Shang-Haï pour 
servir de nourriture à ces animaux durant le voyage. A leur 
arrivée au Muséum, où l'on sait que les Yacks séjournèrent 
près d'un an, il restait encore plusieurs tonneaux de ces 
fruits parfaitement conservés. Il semblerait, d'après ce fait, 
que la plante est cultivée en Chine sur une grande échelle. Sa 
semi-rusticité jusque sous la latitude de Paris, sa culture 
facile et la longue durée de ses fruits, en feront peut-être un 
iour une plante économique d'une certaine importance, 
en Europe, pour l'alinientation du bétail, surtout pendant 
l'hiver. » 

D'après ce qui précède, il nous était permis d'espérer que 
le bétail accepterait cette nourriture, mais l'essai que nous 
avons fait à l'Orphelinat de Crosnes nous a désabusés.' Les 
vaches ont refusé obstinément de manger nos Courges. Peut- 
être sont-elles trop bien nourries dans cet établissement et 
moins disposées par conséquent à accepter un aliment inac- 



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COURGE D£ SIAM. 63 

coutume. Il faudrait renouveler cette expérience sur des ani- 
maux moins bien pourvus. 

Cueillies encore jeunes, les Courges de Siam peuvent être 
apprêtées et mangées comme les Concombres, dont elles n'ont 
d'ailleurs pas le goût. Nous en avons fait cet usage et nous 
avons obtenu un mets agréable et délicat. 

Aux Canaries, on cultive la Courge de Siam comme légume 
sous le nom de Pantana (4). 

En Espagne, à Cuba, dans l'Amérique du Sud, on en fait 
des confitures esliraées, qui portent le nom de Cabellos de 
Angel ou Cheveux d'ange; on en trouvera plus loin la recette. 
La pulpe de la Courge à graines noires contient des filaments 
qui ne sont pas détruits par la cuisson; on les retrouve donc 
à la dégustation, et l'impression qu'on ressent est singulière. 
Les Cheveux d'ange n'en sont pas moins une bonne confiture. 
Nous avons dit plus haut que la Courge de Siam n'était encore 
en France qu'un objet de curiosité, et qu'elle servait unique- 
ment à garnir ou à décorer quelques devantures de traiteurs 
ou de marchands de comestibles ; nous nous sommes pro- 
posé de démontrer que cette Courge peut être admise sur 
toutes les tables; que sa longue et facile conservation en fait 
un aliment disponible en tout temps et particulièrement utile 
en hiver; qu'il y a donc lieu d'en.encourager et d'en propager 
la culture. Tout l'intérêt de la présente noie est dans cette 
démonstration. M. J. Mamoz nous en a fourni les moyens. 

Ce praticien habile, toujours animé du désir d'être utile, a 
cherché et trouvé plusieurs modes de préparation de la Courge 
de Siam, qui tendent à prouver qu'elle devrait prendre place 
parmi nos légumes usuels. 

Nous donnons d'abord la recette des confitures, recette 
pratiquée depuis longtemps dans les pays espagnols, mais 
absolument inconnue en France : 



M) De la végétation aux iles Canaries, par le docteur V. Pérez et le docteur 
Paul Sagot. 



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£4 LE POTAGER d'un CURIEUX. 

Confitures de Courge de Siam^ dites Cheveux d'ange 
(Cabellos de Angel). 

On doit faire usage d'une grande bassine afin que le mou- 
vement de rotation soit facile. Lorsque Teau qu'on y a mise 
est bouillante, on y jette les Courges, cassées en morceaux, 
croûte et pulpe, et même les graines. 

Au bout d'une demi-heure, de trois quarts d'heure au plus, 
la pulpe se détache sans trop de difficulté de la croûte, et l'on 
s'assure ainsi qu'elle est cuite à point. On retire du feu et l'on 
jette les morceaux de Courge dans l'eau froide. On les lave 
successivement dans deux ou trois eaux, puis, avec le manche 
d'une cuillère étamée ou d'une cuillère d'argent, on détache 
la pulpe de la croûte, et cette pulpe est de nouveau plongée 
dans l'eau froide. 

On en désagrège les filaments afin que chacun d'eux soit 
isolé. On lave encore. On enlève les graines et tout ce qui 
pourrait altérer la blancheur de la confiture. On presse, à la 
main, dans un linge, ou à l'aide d'un pressoir, pour exprimer 
toute l'eau. On fait bouillir du sucre à 32 degrés, ou au plus 
petit filet, et l'on y jette les 'filaments de la pulpe. On laisse 
bouillir lentement, en remuant le fond avec, une spatule, pen- 
dant un quart d'heure. 

Quand le sirop est au petit filet, on retire du feu. On jette 
dans la confiture l'essence qu'on préfère : citron, orange, 
vanille, etc., et l'on met en pots. La quantité de sucre em- 
ployée doit être suffisante pour que la pulpe s'y baigne aisé- 
ment et trempe entièrement dans le sirop. 

Nous allons donner maintenant les receltes nouvelles pro- 
posées par M. Mamoz. Nous les transcrivons textuellement; 
nous n'avons plus rien à dire; la parole est au praticien. 

Quelle que soit la façon dont on veut préparer la Courge de 
Siam, on doit la faire cuire de la manière suivante : casser ou 
couper une Courge en quartiers, soit en douze ou quinze 
morceaux et les mettre dans une bassine d'eau bouillante. 
Faire cuire à grands bouillons pendant une heure. On recon- 



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..COURGE DE SIAM. 65 

naît que la Courge est assez cuite lorsque la pulpe se détache 
sans ditficulté de la croûte. Alors on retire du feu ; on jette 
les morceaux dans Teau froide ; on détache la pulpe de la 
croûte avec une cuillère; on désagrège cette pulpe qui se 
divise en gros fils blancs. On la presse pour en exprimer l'eau 
qu'elle a gardée. Eh cet état, elle est propre à être accom- 
modée de diverses façons : 

l** Si l'on veut faire un potage gras, il faut couper un peu 
menue cette pulpe et en employer gros comme un œuf de 
pigeon pour autant de potages que l'on aiira à servir. 11 va 
sans dire que le bouillon gras doit être salé et assaisonné 
comme pour tout autre potage ; 

2* Pour potage au lait, mêmes proportions. On coupe les 
fils moins courts, et ce potage ressemble beaucoup à du ver- 
micelle au lait, avec cette différence que les fils sont moins 
fondants à la bouche. Ce potage est, à notre avis, préférable' 
au potage gras ; ' 

3*" Assaisonnée à la sauce poulette, la Courge de Siam 
donne un très bon plat de légume qu'on p^ut comparer, pour 
son goût, à la Carde poirée ou aux Cardons'; 

4° La Courge peut être préparée à la sauce tomate. C'est 
un mets agréable, mais que nous ne plaçons pas au premier 
rang; 

5° Préparée comme le macaroni, c'est-à-dire par couches 
alternantes de fromage râpé et de pulpe, avec beurre, chape- 
lure, etc., notre Courge fournit un plat excellent ; 

6° Les beignets de Courge de Siam sont peut-être ce qu'il 
y a de mieux encore. Dans une pâte à frire, toute préparée, 
on met des filaments bien pressurés et bien divisés qui s'y 
amalgament, et l'on jette une forte poignée de ces filaments 
dans la friture bouillante. Le beignet obtenu est doré, appé 
tissant, très agréable à manger. 

Pour terminer, nous transcrivons une lettre adressée h 
M. Mamoz, qui nous l'a communiquée : 



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66 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

« Colonies agricoles et indaslrielles de MoisscUes et de 
Fouiiléuse^ administration, boulevard de Glicby, n^" 8. 

» Mon cher Monsieur Mamoz, 

» Vous nie demandez si je. disposerai d'un espace plus 
grand, cette année, pour faire une plantation de Courges de 
Siam, 

» Je suis tout disposé, en raison du résultat obtenu la 
première année, à planter une plus grande quantité de ces 
Courges, et je vous serai obligé de vouloir bien me procurer 
les graines nécessaires. 

» J'ai été très satisfait de la récolte dernière, quoique pour 
la première fois nous n'ayons pas agi comme il aurait fallu 
le faire quant à l'époque de la plantation et aux soins à lui 
donner. 

» Relativement à l'emploi dû produit, au nombre des re- 
celtes que vous m'avez indiquées, il en est trois surtout qui 
ont réussi; c'est le gratin, les beignets et les confitures. Il est 
un autre emploi, bien plus général, c^est le potage. Je me 
propose de mettre à profit ces divers moyens avec la récolte 
prochaine et j'espère bien tirer de ce genre de Courges un 
très bon aliment. 

j> Signé : L.'P.BocHET y directeur-fondateur. » 



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GRAMBE TATARIA. 67 



CRAHBÉ DE TARTARIE. 

Crambe Tataria Jacq. MiscelL, H, p. 274. — Jacq. Icônes rariores, 
tàb. 129.— C. Tatarica Willd. Species^ vol. III, p. 419.— C.laciniata 
Laœk. Dict, vol. II, p. 163. 

Fam. des Crucifères* 

LE CRAMBE TATARIA. 

> Dissertation inairgurale médicale soumise à la discussion publique, par 
Alexandre Sebéok de Szent-Niklôs,. noble Hongrois. Vienne, 5 juin 
1779 (1). • 

Crambe tataria foliis mullifidis. 

Tataria ungarica dus. Hist.y p cxci. 

Tataria ungarica edulis, panacis heraclci folio, semîne libanotidis 

' cachryoferœ. Bauh. Hist,, vol. III, part. 2, p. 163. 
Pcinaci Heracleo similis ungarica. Bauh. ptn., 153. 
Gachrys ungarica, panacis folio. Tourn, Inst, 325. 

Le premier, le plus célèbre et le plus infatigable de tous 

(1) Jacquin, Miscellanea austriaca ad botanicam chemiam et historiam natu- 
ralem spectantiaj cum figuriSy vol. II, p. 274. 

Nous devons la traduction de cette intéressante note à M. le D' Ed.Bamberger , 
bibliothécaire-adjoint au Muséum. Nous sommes heureux de pouvoir lui témoi- 
gner ici toute notre reconnaissance. 

« Je dois consigner ici quelques remarques sur la manière dont j'ai traité 
certaines parties de ma traduction. 

» Tout en serrant le texte autant que possible, il m*a fallu recourir à quelques 
périphrases et sacrifier parfois la version rigoureuse ainsi que la correction du 
style pour faire saisir la pensée de Tauteur; j*étais, en eflet, ici en présence 
d*un triple écueil : 1° texte latin rempli de tournures de basse latinité ; 2° pas- 
sage d'une langue ancienne au français toujours périlleux en matière scientifique ; 
3"* travail de critique datant d'une époque scientifiqut» antérieure à la nôtre de 
plus d'un siècle. 

» Aussi ai-je eu soin : !• de citer le texte latin dès qu'il offrait quelque obs- 
curité, pour laisser les hommes compétents libres de critiquer la version choisie;, 
S** de mettre toujours le nom latin à côte du nom français et fort souvent de 
m'en tenir au premier dans les cas où je courais risque d'attribuer à telle plante 
un nom porté de nos jours par une autre: S"* de mettre les noms géographiques 
latins à côté de leur traduction, parfois même de me borner au premier, telle 
région moderne ne concordant pas rigoureusement avec telle région ancienne. 

» Qu'il me soit permis de remercier le vénérable M. Desnoyers, bibliothécaire 
en chef du Muséum, qui a bien voulu m'éclaircr dans l'interprétation de certains 
passages et M. Jobtn qui a revu avec soin mon travail. — - D*^ Ed. Bamberger, 
bibliothécaire -adjoint au Muséum, » 



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68 LE POTAGER D*UN CURIEUX. 

les chercheurs de plantes de Pannonîe et d'Autriche (4), 
Charles Glusius, offrit au monde savant une Notice sur celte 
plante; il n'est pas inopportun de reproduire ici sa descrip- 
tion tout entière. Il s'exprime ainsi : 

« On ne trouve point communément celte plante, dont la 
racine est très épaisse et fort longue; en effet, je me souviens 
d'en avoir reçu de la grosseur d'un bras et de la longueur 
d'une coudée, et quelques-unes plus grandes, de l'illustre 
seigneur Balthasar de Bathyan, qui, en ma faveur, ordonna 
d'en apporter de la Hongrie transdanubienne (2) pour que je 
les importasse dans le jardin de Vienne. Elle émit dçs feuilles 
peu différentes de celles de la Rave (3) par les incisions et les 
découpures, plus courtes cependant, approchant plutôt de la 
forme des feuilles du Panax Heracleum, garnies d'un duvet 
rude et hérissé, tranchant sur la verdure par leur pâleur (4) ; 
d'autres, divisées par des découpures un peu moins profondes, 
également rudes, du milieu desquelles émergeait une tige 
haute d*une coudée ou davantage, d'un pouce d'épaisseur, 
striée, concave et noueuse, rude comme les feuilles; elle est 
embrassée au moyen d'un large pédicule par des feuilles 
pelites, multifides et également rudes grâce au duvet qui les 
recouvre. L'extrémité de la tige se terminait en ombelle, sem- 
blable aux ombelles du Panax Heracleum, dans lesquelles 
les fleurs sont pareilles par la forme et la couleur (5). Aux 
fleurs fanées succédaient des fruits rares (car quelques fleurs 
ne sont pas fécondées), très épais, assez analogues au fruit 
grand et strié du Libanotis cachryfera. 

» J'ai cultivé ces racines pendant deux ans, avant qu'une 
seule produisît une tige, des fleurs et de la semence ; puis 
elles pourrirent et répandirent une odeur tellement fétide 
qu'on les jeta hors du jardin. 



(1) Stirpium pannonicarum auslriarumquc. 

(2) Ungaria transdanubiana. 

(3) Rapi. 

(4) Ex viridi pallentia. 

(5) Summus caulis in umbellam desinebat, Panacis Heraclei umbellis similcm, 
in quibus flores et forma pares et colore. 



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CRAMBE TATARIA. 69 

» Lès Hongrois, voisins d'Erlau (4), de même que ceux qui 
habitent immédiatement au delà des frontières de la Dacie, 
s*en nourrissent dans les années de disette et de misère, à la 
place du pain; cela m'a été assuré non seulement par cet 
homme illustre (2), mais par d'autres hommes distingués qui 
vécurent dans cette province. Il en résulta ceci que je restai 
dans le doute si elle n'était pas identique avec le Baltracan 
qui naît en Tartarie (3), dont se souvient Josaphat Barbarus, 
patricien de Venise, dans une lettre à Pierre Barocci, évêque 
de Padoue, ajoutée à la fin du dernier chapitre de sa narra- 
tion publiée lors de son départ pour la Perse. 

» Les Hongrois furent instruits par hasard de l'usage de 
cette racine par les Tartares, d'où ils donnèrent le nom de 
Tataria; en effet, comme les Allemands, ils nomment com- 
munément Tatars ceux que nous appelons Tartares. » 

Ainsi conclut Clusius; Jean Bauhin le copia dans son 
Histoire des plantes; mais il est à croire que, ni lui, ni aucun 
autre auteur de ceux qu'il a cités, sauf Glusius, n'a vu la Tar- 
tarie hongroise (4). 

Tous, imitant Clusius, la rangèrent à tort parmi les Ombel- 
lifères. 11 faut avouer que, dans le premier mois de la crois- 
sance de la tige, tant que la plante porte encore ses feuilles 
enroulées, pliées (5) et ses fleurs fermées et agglomérées sur 
les ramuscules, elle ressemble, en quelque sorte, à un Hera- 
cleum, de façon à pouvoir en imposer à un botaniste; mais 
elle en diffère beaucoup après son épanouissement, si bien 
que je ne puis assez m'étonner que Glusius, l'homme le plus 
exact d'ailleurs, ait pu confondre une plante Cruciforme (6) 
avec une Ombellifère. 

Ce n'est d*ailleurs que, dans les dernières années qu'il vécut 



(1) Agriœ vicini. 

(2) HerosiUe iUustris? 

(3) An eadem esset cum Baltracan in Tartaria nascente. 

(4) Sed nec hune, nec prœtcr Clusium autorem alium ex citatis ullum Tatariam 
ungaricam vidisse, credibile est. 

(5) Dum planta folia adhucdum sua rugose complicata... gerit. 

(6) Tournefort nommait ainsi les plantes qui composaient la cinquième classe 
de son système. 



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70 LE PQTAGER D*UN CURIEUX. 

à Vienne, qu'elle paraît lui avoir été connue ; en effeV.nou 
n'en trouvons aucune mention dans son Histoire dès Plàntm 
de Pannonie et d'Autriche^ éditée en 1583, et, avant soa 
retour, il mourut à Vienne en 1587, Il s'ensuivit peut-être 
que cette description fut moins bien élaborée par lui; peut- 
être est-ce de mémoire qu'il la confia au papier après la mort 
de la plante ; ce qui semble devoir corroborer cette conjec- 
ture, c'est qu'il n'a pas figuré une plante aussi rare, et que, 
contrairement à son habitude, Clusius n'a riea dit de sa sa- 
veur, de son odeur, ni de l'époque de sa floraison. 

Depuis longtemps déjà, l'illustre professeur de Jacquin 
était possédé du désir de voir et d'examiner la plante qu'il 
connaissait d'api^ Clusius; une occasion se présenta bientôt: 
le célèbre Maximilien Hell, astronome impérial, partait pour 
Agria (l'Erlau des Allemands, TEger des Hongrois), ville du 
comitat de Hevesch (1), en Hongrie; Jacquin lui demanda s'il 
rencontrait la plante appelée Tatana par les habitants, 
d avoir l'obligeance de la lui rapporter à son retour, ou de la 
lui envoyer. 

Cet homme distingué eut soin de ti^ansporter à Vienne deux 
racines qu'il avait fait déterrer, il rapporta lui-même des 
échanlillons desséchés de la plante en fleur, et, pendant le 
i^tour, s'occupa des racines qui, après un voyage de six se- 
maines en été, arrivèi^ent putréfiées et fétides. L'une d'elles 
était longue de quatre pieds et, quoique tronquée, offrait 
presque Tépaisseur de la jambe. Les édiantillons desséchés 
indiquaient^ contre toute attente, une plante cruciforme. 

Le très savant et très adroit chirurgien du régiment de 
Caramellia, H. Engelsdorfer, lui aussi, s'acquitta, et plus heu- 
reusement, de cette mission en i777; il envop au Jardin 
Botanique* 1 la demande de Fillustre professeur, j^usieurs 
racines qull avait pu n^^ueillir plus ce vtes et plus minces; 
elles y n^prin^t fort bien et produisiiwl tous les ans des 
fleurs et des fruits mûrs. 

11 n^pondit à )\usieurs questions ^quoiqu^'il ne pûl satis- 



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LE CRAMBE TATARIA. 71 

faire aux autres à cause de son brusqué départ pour Tarinée 
de Bohême) : 1^ que la plante était aujourd'hui appelée 
Tataria par les habitants; 2** qu'elle poussait dans lés champs 
au milieu des moissons, dans un sol composé d'une terre fer- 
tile, noire, de la profondeur d'un pied, sous laquelle s'étendait 
une couche d'argile jaunâtre de trois pieds: puis enfin, et 
au-dessous, du sable; que la racine de la plante adulte péné- 
trait jusqu'à cette profondeur; qu'en raison de cela, on pou- 
vait difficilement la retirer entière, parce que le trou, dès 
qu'on était arrivé au sable, se remplissait abondamment d'une 
eau jaillissante ; 3** que tous les ans, les racines étaient déchi- 
rées et coupées par la charrue, et que, même ainsi blessées, 
elles repoussaient encore; 4** qu'il ne découvrit nulle part 
autour d'Erlau qu'on en consommât, si ce n'étaient les eur 
fants qui mangeaient la racine cuite à cause de son goût 
sucré (1); 5* qu'il y en avait de rongées et de dévorées par les 
lièvres, très nombreux en cet endroit. 

Elle ne pousse pas seulement autour d'Erlau, mais encore 
dans d'autres endroits de la Hongrie. Le domestique d'un 
très savant professeur, lequel ' domestique était de nation 
hongroise, en ayant vu que l'on avait apportée, la reconnut 
sur-lé-champ, la désigna du mot hongrois : Tatar-Kenyér pu 
Pain de Tar tarie, et déclara en avoir mangé à Debrezin. Sur 
son indication, on fit une salade de la racine fraîche et crue, 
en la pelant, en la coupant en travers en tranches minces et 
en l'assaisonnant d'huile, de vinaigre et de sel; elle plut 
à tous. 

On obtient aussi un mets agréable en faisant cuire la tige 
encore tendre, avant le développement dés fleurs, et en la 
préparant comme le Chou-fleur (2). Son usage n'est cependant 
pas fort commode, si l'on n*a soin d'enlever les fibres de 
l'écorce, nombreuses, résistantes et dlfliciles à mâcher, 

A cette époque, le Révérend Norbert Boccîus, supérieur de 
Tordre de Saint-Jean-de-Dieu, à Feldsperg, infatigable cher*^ 



(1) Ob dulcedinem. 

(2) Brassicœ cauliflorœ adinslar.. 



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72 LE POTAGER D'UN CUllIEUX. 

cheur des plantes de la Moravie, fit aussi connaître cette 
plante découverte par lui et un savant professeur dans ce 
pays. Il la trouva poussant abondamment dans les vignes^, 
dans un sol argileux, près du village de Hurtau^ voisin d'Aus- 
sitz; elle y est connue, dit-il, sous le nom de Hieronymus- 
Wûrzel (1) ou racine de Saint-Jérôme, et on la transporte en 
- Bohême, où les paysans la donnent aux vaches pour augmenter 
leur lait. 

La conjecture de Clusius, que notre plante est identique 
avec le Batracan des Tartares, est détruite par ceci : Josaphat 
Barbarus fendit, au moment de la malùratiofl, l'écorce de la 
tige du Batracan, la sépara de la partie ligneuse (d'où la con- 
clusion que la tige paraît être vivace et frutescente) et ajoute 
que la graine était d'une odeur forte, mais toutefois d'une 
saveur agréable ; rien de tout cela' ne se rappoitê à notre 
plante. 

Je crois bien plus digne d'attention ce que dit Clusius, 
d'après autrui, il est vrai, que dans certaines parties de la 
Hongrie, les habitants- se nourrissent de cette racine aux épo- 
ques de disette et de misère.' En tout cas, la longue durée de 
vie de la racine, son volume à l'état adulte, sa. résistance 
ttiême à des lésions profondes, sa résistance aux froids de nos 
hivers, etc., encouragent à sa culture ou au moins à sa pro- 
pagation en nombre dans nos forêts (2) pour les cas de disette 
imprévue. 1 - 

Son nom hongrois de' Tatoria, que Clusius pensait être 
dérivé des Tartares, préoccupa si bien notre illustre profes- 
seur, qu'il envoya un dessin de la plante au célèbre Pallas, à 
Pétersbourg, en lui demandant s'il l'avait rencontrée dans ses 
voyages. 

Voici la réponse de ce savant : « Le Crambe, dont vous 



(1^ Sic dans le texte : Racine de Saint-Jérôme me paraît devoir être la tra- 
duction; le mot saint est souvent négligé par les Allemands, ils donnent au fruit 
du Caroubier, vulgairement Pain de Saint-Jean, le nom de Johannishrod, (Note 
du traducteur.) 

(2) Les conditions dans lesquelles cette plante croît naturellement et qui ont 
été indiquées plus haut, font supposer qu*ellc préférerait plutôt les lieux dé- 
couverts. ' ' ( 



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CRAMBE TATARIA. 73 

m'^avez soumis le dessin, correspond de tous points avec celui 
qui croît chez nous, dans cette vaste plaine méridionale, qui 
s'étend du Dniepr (1) au Jaïk, le Rymnus des anciens. Nulle 
part elle ne s'étend lau delà du 54" degré dé latitude nord. Il 
aime les terrains secs tout comme les terrains linioneux 
(pourvu qu'ils ne soient pas salés), sablonneux et riches en 
humus. Toutefois il préfère les dépressions qu'on rencontre 
dans les plaines arides, variant quanta la taille, mais n'at^ 
teignant jamais, dans un terrain sec, la taille du dessin qui 
m'est transmis. Il l'atteint dans les terrains succulents, près 
des fleuves où elle se répand aussi ; il produit alors les racines 
les plus grandes et les plus acres au goût. Dans les terrains 
secs, il acquiert le goût du Navet (2); les Cosaques qui habi- 
tent les déserts du Don (3) le mangent avidement cru ou cuit. 
Son nom vulgaire dans ce pays est Katràn, avec Tépithète 
bjeloi ou blanc pour le distinguer d'une sorte de Statice 
croissant dans les mêmes régions, multicaule, très rameux, à 
racines épaisses, que l'on récolle avec abondance à défaut 
d'écorce de chêne pour la préparation des cuirs, parce qu'elle 
est très propre à cet usage; on l'appelle Krasnoi Katràn à 
cause de ses fleurs rouges. J'ai trouvé près de l'Irtrsch (4-) de 
très rares individus de Grambe à feuilles moins laciniées et 
quelques-unes en fleur, de façon à pouvoir juger de leur dif- 
férence. D'ailleurs, on rencontre en abondance sur notre 
Grambe, qui fleurit près du Volga, un Meloë particulier, qui 
se rapporte tout à fait avec le Meloë de Syrie (5) de Linné, 
mais toujours plus petit que le Meloë vésicant(6), et à tête 
noire et non bleue comme le reste du corps. » 

Voici la description de la plante, d'après des échantillons 
vivants du Jardin, et d'autres desséchés provenant des fo- 
rêts (7), ainsi que d'après des esquisses : 

■ (1) ... ABorysthène. " ' *i 

(2) ... Napi... 
(3) ... Tanaensibus in deserlis 

(4) Ad Irtin.*. 

(5) Meloe syriaca. 

(6) Meloe vesieatoria. 

(7) Au lieu de forôtS; il faut entendre toujours, sans doute, l'état de nature. 



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74 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

• Racine vîvaçe, longuement fusiforrae, épaisse comme e 
bras et davantage à l'état adulle, de deux à quatre pieds de 
long, cylindrique, simple ou divisée inférieui^ment en façon 
de membres (1); elle noircit à Tair; fraîche, elle est même 
noire; lavée et desséchée, elle est plutôt grisâtre; elle émet 
peu de fibrilles dans toute son étendue. A l'intérieur, elle est 
nettement charnue, blanchâtre avec une légère teinte jaune 
sale, avec des lignes rayonnées irrégulières; la saveur en est 
douce, sans aucune âcreté réelle. Conservée à l'air elle se 
rétracte peu à peu, devient rugueuse et couverte de saillies, 
durcit, cesse d'être semblable à elle-même (2) et devient sans 
usage. 

Les feuilles radicales qui paraissent d'abord sont souvent 
petites et entières; puis elles-mêmes, ainsi que les feuilles 
caulinaires et celles des rameaux inférieurs (ii) sont diverse- 
ment et irrégulièrement multifides, quelquefois très amples, 
pinnatifides, de forme décomposée ou surdécomposée (4), 
parfois divisées en lanières oblongues, dentées et aiguës, d'un 
vert légèrement glauque, glabres sur les deux faces ; les feuilles 
supérieures de la tige et des rameaux sont simples et oblon- 
gues. Lesi pétioles, anguleux, sont glabres dans les plus 
grandes feuilles, mais les pétioles des plus petites, comme 
aussi les côtes qui sont très épaisses et saillantes, enfin les 
nervures sont hérissés de poils blancs. Cependant cette hispi- 
dité, et la forme des feuilles non seulement varient dans les 
divers pieds, mais encore dans les diverses parties de chaque 
plante, si bien qu'une description qui conviendrait à toutes et 
à chacune, serait en vain applicable ici. 

Les fleurs, très nombreuses, étalées en corymbes rameux 
terminaux, exhalant une odeur miellée forte et agréable, si 
bien que l'on dirait qu'on approche les narines d'un rayon 
d'abeilles; le calice est d'un jaune verdâtre; les pétales d'un 
blanc laiteux, les anthères verdâtres, les ovaires verts, le 



(1) ... Aut inferne in crura divisa. 
2) Fitque sui dissimilis..* 

(3) Et caulina alque ramea inferiora. 

(4) ... D^cpmposite vel supra decomposite pinnatifida. 



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CftAMBE TATARIA. 75 

Stigmate jaune," le fruit de la grosseur d'un pois, consistant 
en une enveloppe ch*arnue d'un vBrt luisant, mais sèche 
ru|;ueuse et peu colorée à la maturité, et en une semence à 
enveloppe noirâtre et à embryon (1) d'un jaune pâle, d'un 
goût légèrement acre et désagréable. 11 commence à fleurir 
vers le milieu d'avril, les fruits mûrissent en juin; peu 
d'entre eux parviennent au développement voulu; la plupart, 
en effet, restent petits et ne mûrissent pas (2). On doit ad- 
mettre comme telles les considérations relatives à la fructifi- 
cation (3). 

Calice létraphylle à folioles oblongues, obtuses, concaves-» 
caualiculées, étalées, caduques. 

Corolle à quatre pétales, à face ovale, très obtus, plans, de 
longueur presque double du calice, insérés sur un onglet 
court et dressé. , 

Étamines. Filets au nombre de six, épais, dressés, dont 
deux opposés, de la longueur du calice et simples; les quatre 
autres plus longs que les premiers et bifurques à leur sommet. 
Tune des branches de cette bifurcation dirigée vers l'ovaire 
et stérile, l'autre légèrement inclinée au dehors et anthéri- 
fère. Anthères incombantes. 

Une glandule verte alterne avec les filets appartenant aux 
grandes étamines. 

Ovaire ovale, style nul, stigmate capité. 

Fruit globuleux, uniloculaire, indéhiscent. 

Semence unique, subarrondie. 

Sur la planche (que l'on n'a pas jointe aux Mélanges^ à 
cause de sa grandeur, mais que l'on peut étudier dans le fas- 
cicule de dessins) (4) sont représentés une des moins grandes 
racines, entière, mais fort réduite; puis la partie supérieure 
de la même, de grandeur naturelle; le sommet offre plusieurs 



(1) •►; Nucleo... 

(2) stériles perstant. 

(3) In fructification e character observatur nunc subjuhgéndus. 

(4) Le fascicule de dessins dont il est question ici n'est autre chose que le 
remarquable ouvrage de Jacquin^ intitulé : Iconeê plantarum rariorum. La 
planche consacrée à notre plante est la eeat vingt-neuvième. Une paittie du 
dessin est coloriée. 



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76 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

jets privés de feuilles comme ils le sont en hiver; à Tun des 
jets, à rencontre de la réalité dans cette saison, sont peintes 
les bases de trois feuilles parfaitement reconnaissables. Au 
sommet du dessin, où commence la partie caulescente, on n'a 
pas figuré de feuilles radicales (4). Puis se trouve un rameau 
florifère, le premier qui naît de la tige. J'en ai vu sortant en 
si grande abondance de la tige dans la plante cultivée, qu'elle 
occupait un espace de quatre pieds de diamètre de ses fleurs 
serrées (5). 

Il s'y trouve aussi la moitié d'une grande feuille, une feuille 
radicale, entière et dentée, d'un jet récent, enfin un rameau 
fructifère, et l'embryon de la graine. 

Contre toute attente, l'analyse de la racine, traitée pai^ dis- 
tillation, a offert des résultats bien diflerents de ceux que l'on 
obtient habituellement avec les plantes cruciformes. Elle a 
donné un mucus aqueux, un esprit (3) acide, une huile em- 
pyreumatique; après avoir obtenu ce qui précède, on la 
traita dans un nouveau récipient et à une plus haute tempé- 
rature; on en retira une faible quantité d'un esprit volatil 
alcalin, comme avec d'autres plantes on obtient abondamment 
un esprit acide. Le résidu fournit par incinération du sel 
alcalin végétal fixe en grande abondance. 

11 est difficile de se procurer les graines du C. Tataria. 
Nous les avons demandées en vain à Peslh et à Vienne; elles 
nous sont enfin venues de Saint-Pétersbourg, grâce à la bien- 
veillante entremise de MM. V.-A. et G'* qui les ont obtenues, 
à notre intention, de M. Regel. 

Mais le savant directeur du Jardin Botanique de Samt-Pé- 
tersbourg n'a pas pu nous fournir les renseignements que 
nous .désirions recevoir sur la culture et les usages de la 
plante. Aux deux questions que lui a posées pour nous M. le 
docteur Bretschneider, avec l'obligeance qu'il ne cesse de 
nous témoigner, M. Regel a répondu : que le Qrambe Tata- 
ria se trouvait à l'état sauvage dans la Russie méridionale; 

Vl) Gaput autem caulescens caret plerumque foliis radicalibus. 

... Ut hœcaream occuparet diametri quatuor pedum densissimam. 
(3) .... Spiritum.... 



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CRAMBE TATARIA 77 

qu'on ne le cultivait nulle part; qu'il n'avait lui-même fait 
aucune expérience concernant cette espèce et sa culture; 
qu'à Saint-Pétersbourg on ne pouvait pas le cultiver du 
tout. 

Les graines que nous avons reçues nous ont donné cinq 
pieds au printemps de 1881.; ils n'ont pas fleuri. En 1882, la 
plçnte a pris un certain développement, mais n'a pas encore 
fleuri. Enfin, en 1883, elle a fleuri et nous a donné une 
quantité extraordinaire de graines, lesquelles, semées immé- 
diatement, c'est-à-dire vers juillet-août, n'ont pas encore^ 
levé. 

On voit que nous sommes bien peu avancés dans la cul- 
ture expérimentale du C. Tataria. Nous doutons fort que ce 
soit jamais un légume à introduire dans nos potagers, mai$ il 
nous intéresse cependant beaucoup et nous allons dire à quel 
point de vue. 

On fait en France peu d'usage de ces fécules légères, de, 
facile digestion, particulièrement propres à l'alimentalion 
des enfants et des convalescents, dont on importe en Angle- 
terre des quantités considérables et qui portent le nom 
à'ArroW'Toot, (Voyez les chapitres concernant le Maranta 
arundinacea et le Canna.) 

Le nom d'Arrow^root est abusivement donné aux fécules 
obtenues de divers Canna^ du Tacca pinnatifida et, selon 
Simmonds, de quelques autres plantes encore. C'est le 
M. arundinacea qui donne le véritable Arrow-rootj mais 
nous ne saurions dire si ce dernier est supérieur aux fécules 
similaires qu'on lui substitue souvent. 

Les Anglais attachent une certaine importance au com- 
merce de ces fécules, et nous avons lu récemment dans une 
Revue que leurs missionnaires prolestaient auprès dû Parle- 
ment contre l'annexion éventuelle des Nouvelles-Hébrides au 
domaine colonial de la France, par la raison que ces îles pou- 
vaient produire une quantité considérable d'Arrou^root de 
Tacca pinnatifida. 

heChuno deLiuto est encore une sovie d'Arrow-7'oot (voyez 
le chapitre concernant VAlstrœmère Ligtu); ce qui porte à 



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78 LE POTAGER d'IUN CURIEUX. 

quatre espèces principales le nombre des plantes dont on 
extrait de bienfaisantes fécules : 

Lé Maranta airundinacea; 

Le Canna (C. eduliSy discolor^ indica^ etc.) ; 
. Le Tacca pinnatifida; 

Le Liùto {Alstrœmeria Liglu). 

Or nous sommes disposés à croire que les racines ^\x 
C. Tataria sont également propres à la production d'un 
Arrow-rootj et^ si nous réussissons à Je cultiver, nous ne 
inanquerons pas d'en extraire la fécule et de soumettre ce 
produit à l'examen de la Société d'Acclimatation. 

Le C. Tataria est classé parmi les plantes alimentaires des 
anciens. 

« Le Cram&^ra^ana Jacq., plante de la Hongrie, paraît 
être le Chara dont les anciens ont nourri les soldats de César 
en Albanie (Caes,, B. C, 3, 48) : les Hongrois en font encore 
du pain en temps de disette (1). » 



CYCLANTHËRE PÉDIAIRE. 

Cyclanthera pedata Schrad. 

Pam. des Cucurhitacées. 

Plante annuelle, à tiges grimpantes, glabres ; vrilles bifides; 
feuilles alternes, pétiolées ; en juillet-septembre, fleurs ver- 
tes, petites, axillaires, les mâles en corymbes longuement 
pédoncules, les femelles solitaires, sossiles, à la base des 
fleurs mâles. 

Le Gyclanthère pédiaire est originaire du Mexique. C'est 
une planta, traînante ou grimpante, d'une fécondité extraor- 
dinaire. Nous ne nous étendrons pas sur sa culture, qui est 
celle des Gourdes. 

1) Les plantes alimentaires des anciens, par Edouard Martens (Rev de Vlnstr, 
publ, en Belgique. Nouvelle série, t. l). 



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CYCLANTHÈRE COMESTIBLE. 79 

Nous avons laissé traîner des tiges qui ont donné pendant 
plusieurs mois des fleurs et des fruits en abondance. Soute- 
nues par un treillage, ces tiges atteignent jusqu'à 4 mètres de 
hauteur. Les feuilles ressemblent à celles de la Vigne vierge 
et garnissent bien. 

Les fruits doivent être cueillis chaque jour. Il ne faut pas, 
si Ton veut les utiliser, qu'ils soient plus gros que des olives ; 
ils deviennent bientôt mous et spongieux. Récoltés à point, 
ils peuvent être confits comme les cornichons. Leur défaut 
est de n'être pas croquants. Ils ont une forte odeur de con- 
combre qu'ils abandonnent pour prendre le goût du vinaigre 
dans lequel ils sont immergés. Il en est de même de presque 
tous les légumes qu'on associe aux cornichons. Les Gyclan- 
thères ne valent ni plus ni moins que d'autres. Ce sont de 
jolies petites éponges à vinaigre, 

La graine est noire et curieuse; La plante est plus rustique 
que le Cornichon de Paris. 



GTGLANTHËRE COMESTIBLE. 

CyCLANTHERA EDULIS NON. 

Pepino de corner des Espagnols de l'Amérique du Sud, qui 
mangent les fruits accommodés de diverses manières. La 
plante ne diffère du C. pedata que par ses dimensions plus 
fortes et par la grosseur du fruit, qui a six à sept fois le 
volume de celui-ci et dont il conserve d'ailleurs la forme tout 
en étant plus lisse. Forte plante annuelle, grimpante, à larges 
feuilles d'un vert clair; fleurs mâles en longs épis inter- 
rompus, d'un blanc verdâtre ; fleurs femelles, ordinairement 
solitaires et subsessiles aux aisselles des feuilles ; chair spon- 
gieuse avant la maturité, exhalant une forte odeur de con- 
combre. Gi'oissance rapide, plante trèsramifère, très féconde 
{Catalogue de Ch. Huber et C'*", horticulteurs à Ilyères). 



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80 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

Le Cyclanthera edulis paraît être originaire de la Colombie, 
et, si notre mémoire est fidèle, M. Triananous a dit qu'on en 
mangeait habituellement les fruits, coupés en deux et farcis 
comme les concombres et les aubergines. Les fruits, ainsi 
préparés, sont donc,, selon toute apparence, beaucoup plus 
gros que ceux du C. pédala, et c'est d'ailleurs ce que dit le 
Catalogue de MM. Huber et G'% cité plus haut; mais c'est un 
fait qu'il ne nous a pas été possible de vérifier. 

Nous avons reçu de ces messieurs les graines portées à leur 
Catalogue el nous en avons donné la moitié à un habile jar- 
dinier de notre voisinage. Nous avons semé sous châssis et 
sur couche et nous avons obtenu des plantes très fortes, sem- 
blables au C. pedata, des fleurs, mais de fruits, point. 

Notre voisin a obtenu des fleurs et des fruits, mais ceux-ci 
n'étaient guère plus gros que ceux du C pédala. 

Voici ce que rapporte M. Naudin au sujet du C. edulis : 
« Nous avons reçu de la Nouvellc^Grenade, sous le nom de 
Pepino de corner, par l'entremise de M. de Geoffroy, consul de 
France à Bogota, les graines d'un Cyclanthera qui, s'il n'est 
pas identique avec le C. pédala, comme je suis tenté de le 
croire, en est extrêmement voisin. Nous l'avons cultivé au 
Muséum en 1 853 ; mais, par suite de divers accidents, les trois 
ou quatre individus vivants que nous avons eus ont été si 
retardés, qu'ils n'ont fleuri qu'à l'arrière-saison el n'ont pas 
noué un seul fruit. Les ovaires étaient parfaitement lisses, et 
c'est à peu près la seule différence que je leur ai trouvée avec 
le C. pédala, où ils sont quelque peu muriqués. 

» D'après ce que nous a dit M. de Geoffroy, les fruits sont 
comestibles avant leur maturité et se mangent cuits. Cette 
espèce est probablement le Momordica pédala pomis strialis 
duP. Feuillée... » 

Journal des observations physiques, mathématiques et 
botaniques, faites par ordre^ du roi, sur les côtes orientales 
de V Amérique méridionale el aux Indes orientales, par le 
R. P. Louis Feuillée. Paris, 4725, vol. IL p. 754 : Momordica 
fmclu striata. « Tous les Péruviens, chez lesquels on trouve 
cette plante, mangent le fruit dans leurs soupes; il est extrê- 



v 



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DAIKON OU RADIS DU JAPON. 81 

mement rafraîchissant et fort nécessaire, par conséquent, 
dans le Pérou, où les chaleurs sont excessives. » 

L'échec éprouvé au Muséum par M. Naudin dans la culture 
du C. edulis, celui que nous avons éprouvé nous-mêmes, 
répoque avancée à laquelle notre voisin a obtenu quelques 
fruits, démontrent suffisamment que la Cyclanthère comes- 
tible diffère de la pédiaire, €elle-ci étant de beaucoup meil- 
leure composition, à la fois trçs hâtive et très productive; 
mais il ne nous est pas prouvé non plus que la plante cata- 
loguée par MM. Huber et G'® soit celle dont nous a parlé 
M. Triana. Il y a là un desideratum qui n'est pas satisfait. 



DAIKON on RADIS DU JAPON. 

Raphanus sativus L. var. 

Fam. des Crucifères. 

Bien que les Daïkons aient été décrits par Henri Rivière 
comme appartenant à une espèce particulière, nous ne 
croyons pas devoir adopter cette manière de voir, ces plantes, 
comme tes variétés de Radis que nous cultivons en France, 
variant à l'infini, tant par la forme de leurs feuilles que par 
celle de leurs racines. Nous pensons qu'elles doivent être 
rattachées au Raphanus sativus de Linné. 

Nous avons fait présenter à la Société nationale d'horticul- 
ture, par le jardinier Henri Véniat, une collection nom- 
breuse de Daïkons. Si nous ne nous trompons, c'était la pre- 
mière fois qu'on présentait à cette Société plusieurs variétés 
dé cette plante, encore peu connue. On s'était jusque-là 
borné à exhiber un spécimen quelconque et à dire : voici le 
Daîkon^ sans considérer que ce légume, comnje tant d'autres, 
présente des propriétés, des qualités, voire même des dé- 
fauts, qui varient à l'infini, selon la variété que Ton a 
cultivée. 



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82 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

Nos Radis sont d'origine chinoise, mais nous en avons 
obtenu des variétés sans nombre qui figurent dans les cata- 
loguée des marchands grainiers. Ronds et courts, longs et 
demi-longs, hâtifs et tardifs, blancs, roses, rouges, violets, 
jaunes, gris, noirs, petits ou énormes ; c'est à s'y perdre. 

Il en est à peu près de même des Daïkons. Il en est qu'on 
sème en printemps, d'autres, plus nombreux, qu'on sème en 
août et dont on fait usage pendant tout l'hiver. Il en est un, 
de végétation très rapide, qu'il faut employer après quelques 
semaines de semis, sous peine, si l'on tarde, de le manger 
creux. 

Les uns sont d'une longueur démesurée et exigent un la- 
bour à deux fers de bêche ; les autres sont courts ou demi- 
longs et n'exigent qu'un labour ordinaire. 

Toutes les variétés que nous possédons sont blanches. Il en 
existe, dit-on, qui sont rouges extérieurement et intérieu- 
rement et qui seraient les meilleures. Nous les avons inuti- 
lement demandées au Japon ; nous n'avons reçu qu'un Radis 
rose d'hiver de Chine, dégénéré. 

En juin 1878, nous avons reçu trois variétés, très estimées 
au pays d'origine : les Sakurashima y Tsuri, Nérima 
Daïkon. 

Nous les avons semées immédiatement; ces plantes ont 
monté à graine si vite qu'elles n'ont pas formé de racines 
utilisables ; mais nous savions dès lors qu'il fallait semer tard. 

En 1881, nous avons reçu de nouvelles graines, que nous 
avons semées le 1*' août. Le résultat a été très satisfaisant et 
les horticulteurs de la Société d'horticulture de Montreuil 
peuvent se souvenir d'une présentation de très belles racines 
qui leur a été faite par Henri Véniat. 

Nous donnons ici les noms des variétés que nous possédons. 
Nous en marquons deux d'un point d'interrogation parce 
qu'ils sont douteux pour nous ; nous considérons les autres 
comme exacts r Sfctnmam nedzumi; Hosone; Mia shige; 
Arkie (?) ; Nedzumi; Maru herima; Ku nichi; Songetti (?) ; 
Nerima; Ninengu. 

Nous avons perdu le Sakurashima et le Tsuri. Nous n'a- 



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DAIKON OU RADIS DU JAPON. 83 

vons pas reçu le San Guwatsu^ qui est cité le premier par 
Tauteur japonais du Japon à VExposition universelle 
deiSlSj et dont le nom signifie Daïkon du troisième mois 
(avril). 

Nous dirons quelques mots de chacune des variétés que 
nous avons cultivées en 1881 et 1882. 



Shirimain nedzumi. 

Ce Daïkon est gros et court. Ses racines ne s'élèvent pas 
hors terre. Il n'exige pas un labour plus profond que celui 
qui se pratique dans les jardins : c'est un mérite qui doit le 
faire rechercher. 

Hosone. 

Ses racines s'élèvent à O^jSO hors terre. Il n'en exige pas 
moins un labour profond. Sa végétation est rapide. Il de- 
vient creux dès les premiers jours d'octobre. 

Mia shige. 

Ses racines font saillie d'environ l^jlO hors terre; il lui 
faut un labour profond. Selon l'auteur japonais déjà cité, le 
Mia shige Daïkon est un produit renommé de la province 
d'Owarî. 

Arkie (?). 

Ce Daïkon exige un labour profond • Ses racines n'ont que 
O^îS à 0™,10 de hauteur hors terre. 

NedzumL 

Il exige un labour profond. Ses feuilles ne ressemblent à 
celles d'aucun autre Daïkon. 



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M LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Maru nérima. 
15 centimètres hors terre. Labour profond. 

Nérima. 
20 centimètres hors terre. Labour profond. 

Ku nichi. 

10 centimètres hors terre. Labour profond. Son nom 
signifie : Daïkon de neuf jours, 

Songetty (?). 
Labour profond. 

Ninengu (1). 
20 centimèlres hors terre. Labour profond. 

Toutes ces variétés se sèment le 1*' août et s'emploient eu 
hiver. Nous en possédons une cependant qui, semée au prin- 
temps, n'est montée à graiae qu'à la fin de l'été, si bien que 
nous avons craint de n'en pas récolter de semence et que 
nous avons dû attendre longtemps avant que les siliques en 
fussent sèches. Cette variété, à laquelle l'auteur japonais cité 
plus haut donne le nom de Natsu Daïkon, c'est-à-dire Daïkon 
d'été, faisait partie d'une collection de quarante-deux sachets 
de graines recueillies par l'intrépide voyageur, M. Cotteau, 
collection qui nous était parvenue par l'obligeante entremise 

(1) MM. Vilmorin-Andrieiix et C" {Les plantes potagères) disent que, pour 
atteindre tout le développement dont il est susceptible, le Ninengo (ou 
Ninengu) doit être semé dès le mois d*avril. Il demande une terre profondé- 
ment travaillée et abondamment fumée. 

Quelques Daïkons, d'après des autorités qui semblent dignes de foi, attein* 
draient le poids fabuleux de 15 à 20 kilogrammes. 



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DAIKON OU RADIS DU JAPON. 85 

de M. le docteur Paul Sagot. Elle renfermait plusieurs autres 
variétés de Daïkon, qui, semées au printemps, sont montées 
à graine sans rien produire d'utile. 

Il est donc bien établi que, à l'exception du ou des Natsu 
Daikon^ on doit semer vers le 1*' août, et plus tard encore 
dans le Midi, sur un labour ordinaire pour Daïkon court ou 
demi-long, et sur un labour à deux fers de bêche pour les 
variétés à longues racines. 

On doit semer en lignes, et, si l'on vent obtenir des plantes 
très développées, éclaircir à 15 centimètres au moins. 

Quant à la fumure, nous citerons, pour en contester cer- 
tains points, ce qu'en a dit M. le comte de Castillon dans le 
volume IV, p. 519, 3* série du Bulletin de la Société d'Accli- 
matation : 

: a Frappé des résultats négatifs obtenus en France dans la 
'î culture du Daïkon, j'ai voulu en rechercher la cause. Pour 
» cela, j'ai cru ne pouvoir mieux faire que de consulter Tou- 
5> vrage japonais intitulé : Sô moku so date gtisa; or voici ce 
'» qu'il dit au sujet du Daïkon, et qui suffirait amplement à 
» montrer les raisons de l'insuccès dont on se plaint généra- 
» lement : au printemps et en été, on défonce profondément 
» le terrain; on y incorpore avec soin un mélange de cendre 
» et de poudrette, et on sème, du premier au dixième jour 
» de l'automne (fin septembre), en lignes et sur billon. Il y 
j> a aussi des Daïkons entièrement rouges, non seulement à 
» l'extérieur, mais encore en dedans ; ils sont très tendres et 
]> ont un goût délicat. 

» La culture japonaise se résume donc dans les trois points 
» suivants : 1* défoncement profond; 2° engrais pulvérulents 
» très actifs et promptement assimilables ; 3° (et c'est un point 
» capital) semis d'automne. Il est évident, en efifet,que, si les 
» Japonais ne sèment pas le Daïkon au printemps, c'est qu'ils 
» ont reconnu que les semis faits à celte époque montaient à 
» graine très facilement (tout comme en France) et sans 
» donner de racines volumineuses. Quelque chose d'analogue 
» nous arrive avec certains végétaux, les Navets par exemple. 
» Il est encore à remarquer que la variété de Daïkon la plus 



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86 LE POTAGER B'm CURIEUX. 

» estimée au Japon, pour ses qualités comestibles, est le 
» Daïkon rouge. C'est donc sur elle que devront porter de 
i> préférence les plus prochains essais. > 

Nous ne doutons pas qu'on n'obtienne un très bon résultat 
en défonçant profondément le sol, en l'amendant avec de la 
cendre, en le fumant avec de la poudrette; mais nous ne 
considérons pas ces pratiques comme nécessaires. Les Daïkon 
sont extrêmement rustiques et végètent admirablement dans 
une bonne terre de jardin. Ils se ressèment spontanément, et 
les graines qui se répandent de côté et d'autre donnent nais- 
sance à de superbes plantes. Nous avouons ne rien comprendre 
aux difficultés que paraissent avoiit rencontrées les premiers 
expérimentateurs. Nous appelons l'attention sur l'opinion 
émise en janvier 1876 par.M. Rivière et consignée dans le J5ui- 
letin de la Société d'Acclimatation y vol. III, p. 39, 8* série : 

< M. Rivière signale les avantages que lui parait devoir 
» offrir la culture du Daïkon ou du Radis du Japon {Rapha- 
)> nus acanthiformis). Il avait reçu quelques graines de ce 
» Radis, provenant d'un envoi de M« Kreutzer, attaché & la 
» légation du Japon, les a fait essayer dans un domaine de 
n M, Talabot, près de Limoges, et en a obtenu une quantité 
» de semence suffisante pour pouvoir propager la plante 
» qu'il croit appelée a beaucoup d'avenir. Ses qualités nutri- 
» tives, précieuses pour les vaches laitières, qui s'en montrent 
]D très friandes, paraissent la placer entre la Carotte à collet 
9 vert et la Betterave. Le Daïkon pourra d'ailleurs, sans doute, 
» jouer un grand rôle comme culture dérobée. Sa végétation 
» est très rapide ; semée dans la seconde quinzaine de juillet, 
^ la plante est bonne à récolter en octobre; elle n'occupe 
^ donc la terre que fort peu de temps et se montre ainsi dou*^ 
» blemént précieuse. » 

L'usage que nous devons faire du Daïkon diffère absolu- 
ment de celui qu'en font les Japonais» Ils en mangent toutes 
les variétés cuites ou salées; ils s'en servent aussi comme 
d'un condiment en le râpant lorsqu'il est frais, ou en le iki- 
sant sécher. Ils en mangent aussi les feuilles préparées comme 
les racines. 



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DAIKON OU RADIS DU JAPON. 87 

On doit chez nous en user tout autrement. Nous mettons 
les racines en jauge au mois de novembre et les y prenons 
fraîches au fur et à mesure de nos besoins. Elles sont tendres, 
pleines d'eau de végétation, moins piquantes que le Radis 
noir et même que le Radis rose d'hiver de Chine. Elles 
plaisent infiniment aux personnes de nos familles et aux mar- 
chands de comestibles auxquels nous les avons fait déguster. 
Cuites, nous les trouvons inférieures aux Navels. 

Il reste à expérimenter leDaïkon comme plante fourragère, 
en culture dérobée. Il ne nous appartient pas de résoudre 
cette importante question. 

Daîkon de Satzouma. 

Cette variété mérite une mention particulière. Pour la faire 
connaître, nous reproduisons une note de M. Louis Sisley, 
publiée dans la Revue horticole y année 1874, p. 4M. 

« Nous extrayons des lettres du docteur Hénon, d'Ikouno 
(Japon), quelques passages ayant rapport au Radis japonais 
dit Daîkon : 

> Les Daïkons, gros Radis blancs, ont à peu près partout 
» remplacé les Blés, les Chanvres, les Pois et les Fèves là où 
» il n'y a pas de rizières. Dans les parties du terrain où l'on 
» n'a pas amené d'eau et où l'on ne peut, par conséquent, 
» cultiver le Riz, on y fait succéder aux céréales des Raves ou, 
» plus généralement, un énorme Radis blanc ou Raifort, dont 
» il se fait une consommation immense, soit frais, soit cru, 
» conservé dans le sol. Il existe partout au Japon et en Chine; 
» mais les graines que je vous envoie appartiennent à une 
» variété particulière, au fameux Daîkon, le. Radis de 
» Satzouma , qui diffère notablement des autres variétés 
» répandues dans le pays, puisqu'il atteint jusqu'à Un pied 
» de diamètre, ce que l'on ne voit jamais ici, ni à Osaka, ni à 
» Kioto, ni à ledo. Je ne crois pas qu'on l'ait importé en 
» France, car nos compatriotes qui sont allés à Satzouma ne 
» sont pas nombreux. ' 

» Ce Radis atteint souvent dans le bon terrain 90 centi- 



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88 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

> mètres de longueur. On le sème en juillet-août et on le 

> récolte en automne et en hiver. Dans les temps fabuleux, il 
» y eut, dit-on, à Sacourasima un Daïkon qui avait une liev£ 
» de tour. Ceux-ci n'en sont que des enfants dégénérés, mais 
» ils sont encore d'une belle grosseur. 

T> Le bétail est très friand des Daïkon et on lui en donne 
» une grande quantité, mais ce sont les hommes surtout qui 
If en font une très grande consommation. On les tnange crus, 
» en salade, coupés par tranches très minces, cuits dans la 
» sauce japonaise appelée shoyUy et surtout crus, après les 
» avoir laissés confire dans le sel pendant un ou plusieurs 
» mois ; ainsi préparés, ils sentent très mauvais, du moins à 
» notre goût; mais, ce n'est pas aussi détestable à manger 
» qu'à sentir. Leô Japonais, du reste, trouvent que le fro- 
» mage sent encore plus mauvais et s'étonnent que nous 

> puissions avaler quelque chose d'aussi infect. 

» Le Duïkon confit dans le sel est l'assaisonnement habituel 
3> du riz bouilli, chez les pauvres comme chez les riches. "^ 



EPIAIRE A CHAPELETS. 

Choro-gi, Japon. 

Stachys apfinis Bnge., JBttwm. Chin,, u« 289; S. Sieboldi Miq., Pfoi* 
FL jap.y p. U, 

Fam. des Labiées. 

Chine boréale. Japon. Plante vivace. Souche émettant' de 
nombreux rhizomes souterrains, tubéreux. Tubercules for- 
més par une succession de nodosités, ressemblant assez aux 
collets de racines renflés de l'Avoine à chapelets {Arrheha- 
therum elatius^ var. bulbosum Gaud. Avena precatoria, 
Thuill.). Tige simple ou rameuse, dressée ou couchée à la 



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ÉPI AIRE Â CHAPELETS. 89 

base, quadrangulaîre, haute de 25 à 40 centimètres, couverte 
sur les angles de poils hispides. Feuilles opposées, pétiolées, 
rugueuses hispides, à base cordée, acuminées, dentées, cré- 
nelées ; les inférieures ovales, les supérieures ovales oblongues, 
graduellement plus petites à mesure qu'elles s'insèrent plus 
haut. Fleurs sessiles, réunies par 6-4 en faux verticilles dis- 
tincts. 

Dans nos cultures, cette plante s'est montrée d'une vigueur 
extraordinaire et nous a donné des tubercules en abondance ; 
par contre, sur plus de 50 pieds adultes, nous n'avons observé 
que quelques fleurs. 

La fleur se compose d'un calice subcampanulé ou infun- 
dibuliforme obconique à dents égales aiguës. Corolle de 10 à 
14 millimètres de longueur, purpurine, à tube exert, ayant 
un anneau de poils à l'intérieur. 

Au printemps de 1882, nous avons reçu de la Société d'Ac- 
climatation une boite contenant des rhizomes de Stachys 
affinisj qui lui étaient envoyés par M. le docteur E. Bret- 
schneider, médecin de la légation russe à Pékin. 

Ces rhizomes, sauf cinq ou six, avaient pourri pendant le 
voyage; mais la puissance de multiplication de la planle est 
telle, que la perte du plus grand nombre ne nous a pas laissé 
de regrets. 

Dès la première année, chaque tubercule, planté sur vieille 
couche, nous a donné une multiplication satisfaisante, et, dès 
la fin de la seconde année, les touffes laissées en place nous 
donnaient deux ou trois cents pour un. C'est ainsi que nous 
avons pu distribuer du plant à la section des végétaux (Société 
d'Acclimatation), et, suivant l'exemple des Japonais, intro- 
duire dans nos pickles une assez grande quantité de tuber- 
cules. Le résultat nous a pleinement satisfaits. 

Depuis cinq ou six ans, nous demandions en vain au Japon 
le Choro-gi. 

Ce Stachys est rustique. Il a bien passé, sans protection, 
l'hiver 1882-83, qui, il est vrai, n'a pas été très rigoureux. Il 
résistera probablement aux hivers les plus froids, car il appar- 
tient à la Chine septentrionale. 



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90 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Les tubercules du Choro-gi se confisent au Japon dans du 
vinaigre de prunes. 

On n'en fait pas le même usage en Chine, mais M. le doc- 
teur Bretschneider, questionné par nous à ce sujet, n'a pu 
nous dire comment on les préparait pour la table. 

Ces tubercules, d'un blanc nacré, de très petit volume et 
d'une jolie forme, n'oiit pas de saveur propre, mais demeurent 
croquants tout en buvant le vinaigre aromatisé dans lequel 
ils sont immergés. Nous les recommandons comme s'asso- 
ciant parfaitement aux Angouries, aux Capucines tubéreuses, 
aux Miôga, etc. 

Il suffit de regarder les jolis petits rhizomes de VEpiaire à 
chapelets pour les destiner aussitôt à la friture; soit dans leur 
état naturel, soit plongés dans la pâte à frire et relevés d'un 
peu de jus de citron ; dans ce dernier mode surtout ils con- 
stituent un melâ agréable dont on peut user tout l'hiver. 

Nous ferons observer, toutefois, que ces tubercules ne 
peuvent pas être conservés hors du sol, ou hors du sable de 
la serre à légumes. Exposés à l'air, ils ne tardent pas à se 
flétrir et à noircir; en peu de jours, ils sont perdus. 



FENOUIL DOUX. 

Fœniculum D13LCE G. Bauh.; Anethum dulce DG. 

Fam. des Ombellifères. 

Tiges un peu comprimées à la base, hautes de 1"',30. Feuil- 
les radicales presque distiques, à segments allongés, capil- 
laires ; ombelles à 6-8 rayons. 

Le Fenouil doux d'Italie est une plante annuelle. On le dit 
originaire de l'Italie. 

Miller, dans son Dictionnaire des jardiniers^ n'affirme 
rien. On croit, dit-il, qu'il a été importé des Açores. Il lui 
donne le nom de Fœniculum azoricum. 



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FENOUIL DOUX. 91 

L'abbé Rozier, dans son Cours complet d'agriculture, se 
borne à dire que le Fenouil doux d'Italie, au rapport des 
voyageursy est beaucoup moins doux que celui des Açores. Il 
cite les côtes d'Afrique parmi' les pays les plus renommés pour 
cette plante. 

On sème le Fenouil doux en février et en mars, en pépi- 
nière, sous châssis ; plus tard, en pleine terre, jusqu'à la fin 
de juillet. En Italie, on en sème encore au mois d'août. 

On met en place, dès que le plant est à point, à 0"',35 en 
tous sens. Cet espace facilite l'opération du buttage, qui se 
pratique une ou deux fois. La partie de la plante qu'il s'agit 
d'obtenir blanche et tendre n'ayant guère plus de 0'",10 de 
hauteur, il est rarement utile de butter plus de deux fois. 

Il laut au Fenouil une terre légère où le terreau domine. 
Nous le cultivons, depuis plusieurs années, sur vieille couche 
et nous obtenons des plantes superbes. 

Il faut biner à propos et arroser abondamment. Grâce à ces 
soins, les pétioles agglomérés au-dessus du collet de la plante 
forment une pomme blanche, épaisse, aplatie, seule en usage 
pour la table, à l'exclusion des tiges et des feuilles (1). Le 
Fenouil monte à graine trop vite en été; la pourriture l'at- 
teint souvent. Il faut le surveiller et l'arracher à temps. Il se 
conserve assez longtemps hors de terre. Mieux vaut d'ailleurs 
avoir des pommes moins belles que de s'exposer à tout per- 
dre. 

Le semis qui se fait à la fin de juillet est le plus important. 
C'est celui qui doit fournir du Fenouil pour la table jusqu'au 
mois de janvier. On le met en place en septembre, sur trois 
rangs, de manière à pouvoir le couvrir de châssis lorsque 
l'hiver approche. Il suffit, pour que la plante continue à végé- 
ter et à se développer, que la température ne tombe pas au- 
dessous de zéro. On place donc, comme il est d'usage en pareil 
cas, de la paille ou des feuilles autour des coffres et des pail- 
lassons sur les châssis et l'on donne de l'air toutes les fois que 
le temps le permet. 

(1) Les Plantes potagères. Vilmorin-Ândrieux et €*•. 



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92 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

Quand le Fenouil a formé sa pomme, on le conserve sous 
châssis, ou bien on l'arrache pour le mettre dans la serre à 
légumes. On atteint aisément le mois de janvier et nous croyons 
qu'il est facile de dépasser cette époque. 

La graine de Fenouil dégénère promplement et tous les 
traités d'horticulture s'accordent sur ce point. Il faut chaque 
année la faire venir d'Italie. 

Nous apprêtons le Fenouil doux de trois manières dont nous 
sommes également satisfaits. Nous l'accommodons à la crème, 
au jus, au Parmesan. Cette dernière recette nous a été fournie 
par le Bon jardinier, année 1873, dont nous reproduisons 
les renseignements. « On consomme une grande quantité de 
Fenouil en Italie. Il se mange cru, comme les artichauts à la 
poivrade, généralement sans assaisonnement. Il est très bon 
pour garniture de ragoûts, soit de volaille, soit de grosse 
viande; à la sauce blanche, au jus, au gratin ou macaroni. 
Pour ces trois dernières manières, on le fait cuire à l'eau 
auparavant. Pour l'apprêter au gratin ou macaroni, on prend 
une casserole, dans laquelle on met du beurre, ensuite un lit 
de Fenouil déjà cuit et égoutlé, coupé par quartiers ; on le sale 
et poivre légèrement; on saupoudre avec du fromage de Parme 
râpé et de petits morceaux de beurre, et on continue jusqu'à 
ce que la casserole soit pleine. On fait cuire à feu modéré, 
couvrant la casserole ou tourtière de son couvercle, sur lequel 
on doit mettre de la braise. M. Audot a recueilli, dans un 
voyage en Italie, de nouveaux renseignements que nous don- 
nons comme complément de ce qui précède. A Naples, sur- 
tout dans les États Romains, et, plus loin encore, du côté de 
Venise, on fait un usage si général du Fenouil, que Tonne 
peut faire un pas dans les villes ni traverser un village sans en 
rencontrer. Nulle table où il n'en soit servi, et cela, depuis 
janvier jusqu'en juin. » 

A notre tour nous citerons M. Audot : « Comme le céleri, on 
sert le Fenouil à la sauce blonde et en salade, ou bien encore 
dans une soupe, à la manière des choux ; mais l'usage le plus 
général est de le servir au dessert avec les fruits, où il décore 
la table, planté dans l'eau d'un bol de verre et élevant comme 



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FENOUIL DOUX, 93 

des panaches son feuillage fin et élégant; on le mange aussi 
sans aucun assaisonnement. Je n'ai pas manqué de commen- 
cer par rire de cet usage, qui me rappelait celui, pratiqué en 
Angleterre, de servir les radis au dessert, et même d'en avoir 
dans sa poche pour manger à la promenade ; mais je n'ai pas 
tardé à m'habituer au Fenouil, dont la saveur douce et le goût 
agréable me plaisaient: seulement je le préférais en hors- 
d'œuvre, comme les radis et les petits artichauts (1). » 

Le Fenouil ne jouit pas chez nous de la même faveur qu'en 
Italie, et c'est en vain que la plupart des traités d'horticulture 
présentent le Fenouil aux amateurs comme un excellent lé- 
gume à introduire dans leurs jardins. Nous pensons qu'il a 
toujours été cultivé en France sans que l'usage pût s'en gé- 
néraliser. 

L'obstacle est assurément dans sa légère saveur d'anis. Ce- 
pendant nous acceptons cette saveur dans l'anisette, dans les 
pains d'épice, dans les croquets, etc. Nous acceptons les grai- 
nes de Fenouil doux converties en menues dragées.Lespommes 
du Fenouil, confites comme l'angélique, sont excellentes. Une 
boîte de Fenouil confit faisait partie du lot exposé par le jar- 
dinier Henri Véniat(Soc. d'hort.) en octobre 1877. Cette pré- 
paration a été très favorablement appréciée par tous ceux qui 
l'ont dégustée. 

Nos pères recherchaient le Cerfeuil d'Espagne, qu'ils fai- 
saient blanchir. Il avait une saveur d'anis très prononcée. 

Les Allemands font un grand usage du cumin, dont le goût 
est très voisin de celui de l'anis ; fis en mettent dans le pain. 

Les Anglais, les Arabes l'emploient comme condiment. 

Les Russes en font la liqueur nommée Kûmmel. 

Les Hollandais en mettent, dit-on, dans leurs fromages. 

Les Italiens ne sauraient se passer de leur Fenouil. Du Fe- 
nouil et du pain ! disent-ils. 

Dans la province de Venise, on en met dans le pain, comme 
on y met du cumin en Allemagne. 

(1) Extrait des notes sur les jardins du sud dé l'Italie, recueillies pendant un 
\oyage en 1839-1848 et lues à la Société royale d'horticulture de Paris, par 
M, Audot, éditeur du Bon jardinier (Revue horticole, vol. V, p. 16). 



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94 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

Les gourmets italiens se servent de la tige tubuleuse du 
Fenouil, comme d'un chalumeau, pour humer le vin, et la 
liqueur acquiert, au passage, un arôme exquis. 

En Espagne, sur la côte d'Afrique, aux Açores, le Fenouil 
n'est pas moins recherché. 

Il nous semble bien. prouvé que la saveur de Tanis, qui est 
commune au cumin et au Fenouil, est tenue pour excellente 
dans toute l'Europe. En France, elle n'est pas encore acceptée 
par tout le monde dans le légume qui nous occupe, légume 
de culture facile et de toute saison : c'est une question d'habi- 
tude, d'éducation du goût. 

L'abbé Rozier, dans son Cours complet d'agriculture (1786), 
nous apprend qu'on cultive le Fenouil doux dans les jardins 
du nord du royaume. Ce qui s'est fait autrefois se fera sans 
doute encore. 

Malgré sa légère saveur d'anis, disons-nous; à cause de 
cette saveur, disent les Italiens, le Fenouil doux est, selon 
nous, un excellent légume. Nous le recommandons aux ajna- 
teurs. 



GLACIALE. 

Herbe à la glace, Ficoïde cristalline. 

MESEMBRYANTHËMUM CRiSTALLiNUM L. De CandoUe, Platites 
grasseSy pi. 128. 

Fam. des Mésembryanthémées. 

Plante annuelle, originaire du Cap, des Canaries, etc., im- 
portée, selon Miller, du cap de Bonne-Espérance ; cultivée 
depuis longtemps au point de vue ornemental. 

Herbe couchée, charnue, couverte sur toutes ses parties de 
vésicules transparentes et pleines d'eau, qui feraient croire 
qu'elle est couverte de glace. En juillet-octobre, fleurs blanches 
insignifiantes. 



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GLACIALE. 95 

D'après Duchesne {Répertoire des plantes utiles)^ on mange 
très souvent les feuilles de la Glaciale, comme légume, à Bour- 
bon. 

MM. Vilmorin-Andrieux et G*% dans les Fleurs de pleine 
terrey disent que cette Ficoïde s'emploie quelquefois en guise 
d'èpinards pendant les chaleurs. 

Culture: semer en mars-avril à bonne exposition, ou, de 
préférence, sur couche. Repiquer en plaie-bande bien ler- 
reaulée dès que le plant a quelques feuilles, à 0'°,60 en tous 
sens ; ne pas négliger les arrosements. La plante prend bien- 
tôt un développement extraordinaire et Ton peut cueillir pen- 
dant toute la belle saison. 

La Glaciale a sa place marquée dans les potagers des cu- 
rieux. Elle est à la fois belle et utile* 11 n'est personne qui n'ait 
admiré, par une belle matinée d'hiver, l'effet merveilleux de 
la lumière du soleil sur les arbres couverts de givre. C'est le 
spectacle que nous offre la Glaciale en plein été. Malheureu- 
sement, elle rampe, elle s'étale sur le sol ; il faut se bais- 
ser pour l'admirer tout à Taise. Ce n'est donc pas précisément 
une plante ornementale et ce n'est d'ailleurs pas à ce titre 
qu'elle aurait sa place dans ce livre. Nous la considérons 
comme une plante potagère très estimable et semblable à la 
Tétragone par sa culture et par son emploi. 

On cueille ses feuilles tendres et l'extrémité de ses tiges. 
Nous les préparons comme les épinards et toutes les person- 
nes auxquelles nous en avons fait faire Fessai ont reconnu que 
la Glaciale était un bon légume, d'une saveur particulière, un 
mets sui generisj très recommandable. 

M""" Henriette Davidis, que nous citons volontiers lorsqu'il 
s'agit de légumes inusités en France, s'exprime ainsi sur cette 
Ficoïde: « La Glaciale est une admirable plante d'ornement 
des jardins et fournit en même temps un délicat légume pen- 
dant l'été. Ses feuilles et ses tiges, tant que celles-ci sont 
tendres, ne devront pas être hachées, mais seulement cuites, 
avec de la chapelure un peu roussie dans du beurre frais, as- 
saisonnées avec du sel, de la muscade ou de la ileur de Mus- 



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96 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

cadier et servies avec des pommes de terre. Durée de la cuisson 
à peine un quart d'heure. » 

Nous donnons cette recette pour ce qu'elle peut valoir, mais, 
en recommandant la Glaciale comme légume, nous nous 
autorisons encore d'une note de M. Siroy qu'on trouvera dans 
le Journal de la Société nationale d'horticulture, deuxième 
série, t. XI, p. 525. 

Nous pensons qu'il faut cultiver, admirer et manger la 
Glaciale. 

Une autre Ficoïde, d'un moindre intérêt, trouvera ici sa 
place. 



Ficoïde à feuilles en cœur (Mesembryanthemimi 
cordifolium L.). - 

Plante originaire du cap de Bonne-Espérance, d'où elle aété 
apportée par M. Bruyère. Quoique vigoureuse, elle est loin 
d'être aussi productive que la précédente. Sa saveur est aussi 
moins agréable. Elle mérite cependant d'être classée parmi 
les succédanés de l'Épinard, ou, pour mieux dire, de la Chi- 
corée, dont une légère amertume la rapproche. 

Multiplication par boutures faites à l'automne, hivernées 
sous châssis et mises en place au printemps, ou par semis faits 
comme nous l'avons indiqué pour la Glaciale. 

La plante est très feuillue. Elle s'étale beaucoup; il faut 
donc lui accorder environ 2 mètres d'espace. Il suffit de 5 ou 
6 pieds, placés au mois de mai en bonne terre et libéralement 
arrosés, pour assurer le service de la table. 



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GOMBO, KETMIE COMESTIBLE. 97 

aOHBO, EETHIE COMESTIBLE. 

Hibiscus EscuLENTUs L. 

Fam. des Malvacées. 

Plante annuelle. Tige de 6-7 décimètres, simple ; feuilles 
cordiformes à 5 lobes obtus, dentés; pétioles plus longs que 
les fleurs ; en juin-juillet fleurs jaune-sôufre, avec le centre 
pourpre, solitoires, axillaires ; capsule pyramidale ou conique; 
calicules de dix folioles décidues ; calice se déchirant longi- 
tudinalement. Amérique méridionale. 

Nous ne nous avançons pas trop en disant que le Gombo est 
l'un des plus précieux légumes qui nous soient connus. Il est 
d'un usage journalier en Egypte, en Syrie, en Grèce, en Tur- 
quie, aux Indes, dans la Louisiane, aux An tilles. et dans toute 
l'Amérique du Sud. Nous ferons connaître plus loin ses di- 
verses applications culinaires ainsi que ses propriétés comme 
succédané du café et du cacao. 

Sa culture est à peinç connue dans la région de Paris, dont 
le climat lui est défavorable. Il faut semer les graines sur 
couche en février, repiquer les jeunes plants également sur 
couche et attendre les derniers jours de mai pour les placer 
à demeure sur une couche neuve, sous un châssis élevé ou 
sur une côlière bien abritée, en terre légère et bien fumée. 
Lorsque l'été est chaud, on peut réussir en plantant le 1*' juin 
sur une vieille couche. La récolte est alors plus tardive. Il est 
nécessaired'arroser abondamment pendant les grandes cha- 
leurs. 

Le Gombo ne sera jamais, sous notre climat, qu'une plante 
d'amateur, peu productive, et les maraîchers ne la cultiveront 
pas. Ses capsules voyagent parfaitement sans s'altérer, et, si 
elles étaient recherchées à Paris, la Provence, qui nous en 
envoie déjà, pourrait en produire et en vendre, à bas prix, en 
quantités égales à la demande. Nous connaissons des Français 
établis dans les colonies qui déclarent le Gombo excellent, 

7 



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98 LE POTAGER D*UN CURIEUX. 

Cependant rien n'annonce pour lui un succès prochain. Les 
étrangers qui résident à Paris sont jusqu'ici seuls à Tacheter 
lorsqu'il est mis en vente. Nous le voyons toutefois occuper 
une place honorable dans une bonne maison, d'une tenue très 
parisienne et très distinguée. Il y figure fréquemment sur la 
table et le Cordon bleu qui le prépare nous a communiqué 
obligeamment sa recette. 

Le Gombo semble n'être qu'un accessoire dans les mets 
dont il fait partie, mais il n'en est rien ; il est essentiel et, sans 
lui, ces mets ne seraient pas. 

On trouvera des renseignements intéressants »ur le Gombo 
dans les publications suivantes : 

Flore des Antilles, par Descourtilz, vol. IV, p. 169. 

Note par M. le D' Sagot (Journal de la Société centrale 
d'hort. de France, â""' série, 4872, vol. VI, p. 545). 

Manuel of gardening for Bengal and upper Itutia, by 
Thomas A. G. Firminger. 

Agricultural botany^ by William Darlington. 

Note par Léon Rattier, \S5i {Revue horticole, p. 171). 

De celte dernière note, très étendue et très instructive, 
nous croyons devoir extraire quelques passages : « Pendant 
mes voyages en Orient, je l'ai presque toujours entendu nom- 
mer par les Grecs Grekika kerata (Cornes grecques), et par 
les Turcs jBawi^ft. Ce dernier nom parait adopté en Egypte, 
d'après M. Bové (Obsei^ations sur les cultures de l'Egypte, 
extraites des Annales de VInst, hort. de Fromont, t. VI, avril 
1834)... Partout où la plante est cultivée, elle offre une im- 
portante ressource à l'alimentation et à la médecine. Aux 
Antilles, les indigènes la mangent cuite à l'eau salée ou crue 
en salade. Elle forme la base du Calalou, très estimé des in- 
digènes et d'un usage populaire. On ne dédaigne pas non plus 
de servir ses diverses préparations sur les tables les plus 
somptueuses, mais alors, presque toujours, on l'associe à. des 
aliments ou à des assaisonnements de haut goût pour relever 
sa saveur un peu fade; elle devient un mets très agréable, 
mais ne possède plus les qualités qui la font rechercher pour 
Tusage médical... 



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GOHBO, KETMiE COMESTIBLE. 99 

^ M. Bové dit qu'en Egypte la Ketmie est un des légumes les 
plus communs du pays ; qu'elle est très estimée dans les di- 
verses contrées- où on la cultive et que les Européens en font 
une grande consommation pendant sept à huit mois de Tan- 
née. 

» La pâte et le sirop denàfé^qixe Ton prépare â Paris avec 
le mucilage de la Ketmie comestible, ont donné de bons ré- 
sultats à la thérapeutique. 

> Enfin, Finfusion des graines torréfiées de la Ketmie a été 
recommandée comme pouvant suppléer le café, et M. Vilmo- 
rin, dans la dernière édition du Bon jardinier , signale cette 
préparation comme une des moins mauvaises parmi celles que 
l'on a voulu substituer au moka. 

» Je doute que M. Vilmorin ait expérimenté par lui-même, 
car, pour ma part, j'ai bu en Orient l'infusion des semences 
de la Ketmie, bien souvent préparée avec plus que de la né- 
gligence, et toujours elle m'a paru une très agréable boisson, 
offrant une supériorité marquée sur les qualités inférieures 
de café et quelquefois égalant presque le moka. Mais, pour 
obtenir ce résultat, il faut employer des semences bien choi- 
sies, arrivées à parfaite maturité et torréfiées avec beaucoup 
de soin. Le procédé qui m'a le mieux réussi consiste à renfer- 
mer les graines dans un brûloir à café et à chauffer pendant 
tout le temps que la crépitation se fait entendre. Dès qu'elle 
cesse, il faut les étendre sur une table de marbre ou sur tout 
autre objet qui puisse les refroidir avec rapidité. On pile et 
Ton passe au filtre. 

» J'ai essayé de ne pousser la torréfaction que jusqu'à un 
degré suffisant pour colorer en noisette-clair l'intérieur de la 
graine ; alors la fécule qu'elle contient demeure soluble. 
Après l'avoir réduite en poudre fine et passée au tamis, on la 
mêle avec du lait ou de l'eau sucrée; si on procède alors 
comme lorsqu'on veut obtenir une bouillie de farine, on ob- 
tient un produit assez semblable au chocolat, très agréable au 
goût, et conservant une bonne partie de Tarome spécial qui 
distingue la graine... d 



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100 XE POTAGER d'UN CURIEUX. 



PRÉPARATION DU CALALOU. 

Voici les recettes que nous nous sommes procurées. Nous les donnons 
telles quelles, sans y changer une syllabe. 

Recette de la Louisiane. 

' Calalou préparé avec le Gombo séché. —Prenez 500 grammes poitrine 
de bœuf, 500 grammes jambon que vous faites rev^enir dans du saindoux 
bien chaud. Quand le bœuf et le jambon sont bien revenus, vous mouil- 
lez avec ce qui suit: Tôtes de crevettes écrasées dans un mortier, dé- 
layées avec de l'eau et passées dans une passoire fine. Ajoutez dans la 
casserole les queues des crevettes, du liomard pu des crabes, piment, 
sel, poivre. 

Mettez le Gombo dans Teau bouillante et faites-le revenir ainsi pen- 
dant une heure. Ajoutez-le en même temps que vous mouillez (note de 
M. H.). On a oublié de dire la quantité de Gombo proportionnée aux 
1000 grammes de viande, mais je pense que 125 grammes de Gombo 
séché doivent suffire. 



Recettes de la Martinique. 

Première. — !250 grammes de jambon que Ton fait cuire. LorsquMl 
est cuit, ajouter dans le bouillon 250 grammes de Gombo'coupé. Remuer 
et cuire quinze minutes. Ajouter 250 grammes épinards; remuer bien et 
cuire encore quinze minutes. Ajouter un peu de beurre si la préparation 
n'est pas assez grasse, du sel, un piment. Faire cuire encore quinze 
minutes. 

On peut manger avec ce mets du riz cuit à l'eau et salé comme un 
gâteau de riz. 

Deuxième. — Prendre et faire cuire des épinards. Lorsqu'ils sont 
presque cuits, ajouter du Gombo coupé en rouelles, du jambon tout 
coupé, des crabes coupés ou des crevettes. Ajouter un peu de beurre, 
sel, piment. Mélanger et broyer le tout ensemble et faire cuire à feu 
doux. On peut manger avec ce plat du riz cuit au beurre, ce qui est très 
bon. Cette recette a été expérimentée à l'Exposition de 1867. 



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PRÉPARATION DU CALALOU. 101 



Recette de la Guadeloupe, donnée par un habitant de là 
. Poinle-à-Pitre. 

On fait cuire ensemble du Gombo haché et des feuilles de Ség^ine(l). 
On y ajoute du lard ou un crabe; puis, quand le tout est très cuit, on 
môle au moyen d'un instrument analogue au moussoir à chocolat. 

D'autre part, on a du riz cuit à Teau et l'on mange l'un avec l'autre. 

Le Riz Galalou est un mets qui se vend, sou à sou, dans les rues de la 
Pointe-à-Pitre, comme les pommes de terre frites à Paris. 

On goûte souvent chez les habitants, à quatre heures, avec deux sous 
de Riz Galalou par personne. 

Recette parisienne. 

Prendre une livre de rumpsteak,' le couper en petits carrés, faire re- 
venir à la casserole avec un peu de beurre ; ajouter un peu de farine, 
mouillée avec du bouillon ou de l'eau. Faire cuire doucement pendant 
quatre heures ; mettre deux fruits de piment et un poulet, cuire avec le 
tout et 250 grammes de saucisson. 

Le Gombo doit cuire deux heures avec le tout. On doit donc le mettre 
au commencement de la troisième heure et servir. 

Pour manger avec cette soupe, au goût de certaines personnes, on sert 
sur une assiette à part une livre de Riz, pas trop cuit. Ghacun s'en sert à 
son goût et à sa volonté. 

Gofnbo filé. 

Prenez poitrine de veau, poulet, jambon, huîtres ou moules, homard. 
Faites cuire à petit feu pendant cinq ou six heures. Ajoutez bomme bouil- 
lon l'eau dans laquelle a cuit le homard et l'eau des huîtres; puis, 
quand le tout est encore sur le feu et bouillant tout doucement, ajoutez 
une cuillerée h bouche, pour six personnes, de Gombo filé. Remuez, 
comme on fait pour le tapioca, jusqu'à ce que cela file* 

(1) Il est très douteux qu'il s'agisse ici des feuilles de l'Arum seguinum qui 
est très vénéneux. On emploie aussi la Madère, aiMire Aroïdée. Séguine et Ma- 
dère sont des noms locaux. 



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Iflâ LE POTAGER d'un CURIEUX. 



HARICOT RADIÉ. 

Phaseolus radiatus Lin. sp.; DC. Prod. il, p. 395; P. minimus 
Rumph. Amb. V, p. 384, tab. 239, fig. 2; P. hirtu$ Retz. ; P. Max. 
Roxb.; P. subvolubUii Ham. ; P. aur^us Ham.; P. vtn^ftsstmtts 
Tenore; P. Aumi/t3 Hassk. 

Fam. des Légumineuses. 

Plante annuelle, haute de 50 à 60 centimètres; tiges cylin- 
driques, velues, rameuses ; feuilles à trois folioles ovales ou 
ovales lancéolées, acuîninées ; stipules géminées, oblongues 
lancéolées ; pétioles longs ; pédoncules axillaires anguleux, 
portant des fleurs ramassées en tête; fleurs jaunâtres dans 
la variété que nous avons cultivée ; gousses cylindriques, 
horizontales, velues, de 5 à 6 centimètres de longueur sur 3 
à 4 millimètres de diamètre, contenant de six à quinze graines 
fort petites, glabres, vertes, blanches, noires, jaunes, rouges, 
suivant les variétés, d'un vert jaunâtre dans celle que nous 
avons observée, ovales, tronquées aux deux extrémités; hile 
linéaire. 

Le Phaseolus radiatus est originaire de la Chine, du Japon, 
de Geylan, de Malabar et de Java; il est généralement cultivé 
dans rinde. 

Ie haricot radié, en chine. 

M. le D' E. Bretschneider nous écrivait récemment : « Je 
crois que le Soja hispida et le Phaseolus radiatus ont un 
grand avenir en Europe. 

» Le Phaseolus à très petits grains qu'on cultive à Pékin 
sous le nom de Lou teou (pois vert), et dont on fabrique le 
vermicelle, est le vrai Phaseolus radiatus. C'est une plante 
très importante pour les Chinois. Ce vermicelle est très bon 
à manger. Je vous en procurerai des échantillons de Pékin, 
mais plus tard... d 

Le docteur nous avait précédemment écrit : « Je suis fâché 



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HARICOT RADIÉ. 103 

que vous n'ayez pas reçu les pâtes fabriquées avec les graines 
du Ph. radiatm (1). Ce sont de longs fils, comme les vermir 
celles. On prépare la pâte avec la farine des graines du Lou 
teoueide l'eau chaude et on fait passer cette pâte semi-liquide 
par un tamis. 

A JAVA. 

A son retour de Java, M. le D' de la Savinière nous signalait 
l'importance de la culture du Ph, radiaius dans le pays el 
nous prenions sous sa dictée des notes intéressantes. 

La plante porte à Java le nom de Katjang heedjah ou hiedr 
joe (pron. Katian idiou). On en fait, entre autres usages, ce- 
lui-ci: on sème très serré sur un fond imperméable; on 
couvre d'un centimètre d'eau. 

Au bout de deux jours, on récolte les pousses qui ont envi- 
ron 0"',07 de longueur et dont la couleur est celle delsi Barbe 
de capucin. Ces pousses, présentées sur le marché en quan- 
tités considérables, y portent le nom de Taugee (pron. 
Tangué). On en fait le Gado-Gado, ainsi préparé : mettre un 
peu d'huile dans la poêle ; y jeter les pousses du Phaseolus 
radiatus; au bout de dix minutes de cuisson, ajouter la sauce 
noire (Ketjap), le jaune d'œuf, le curcuma, etc. 

AU JAPON. 

Le Haricot radié est une des plantes japonaises que nous 
cultivons depuis le plus longtemps. Nous en avons reçu les 
graines de M. le D' H* en juin 1878, accompagnées de cette 
note : « Ce haricot réussit très bien ici (Haute-Savoie) et mû- 
rit jusqu'à sîj dernière gousse. Il faut le semer très espacé, 
au moins 50 ou 60 centimètres, et ne mettre que deux graines 
à la touffe, qui devient très forte. » 

Au mois de novembre suivant le docteur nous écrivait : t Je 
joins à ma lettre une variété d'Adzuki différente de celle que 

(1) Ces pâtes, adressées à la Société d'Acclimatation, ne lui sont pas parve- 
nues. P. B. 



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104 LE- POTAGER d'UN CURIEUX. 

je VOUS ai envoyée. Elle s'appelle AkiAdzukiy c'est-à-dire 
Adzuki d'automne, parce qu'elle se sème en juillet pour se 
récolter en novembre ; celle que je vous ai envoyée aupara- 
vant s'appelle Natsu Adzuki, c'est-à-dire Adzuki d'été, parce 
qu'on la sème en mai pour la récolter fin aqût. Je crois qu'ici 
les deux variétés ont besoin de tout l'été pour mûrir leurs 
graines. » 

Septembre 1879. c Je vous envoie un échantillon de la pâte 
ou confiture qu'on fabrique au Japon, sous le nom de Yo-kan 
avec des Adzuki, du sucre et une sorte de gélatine extraite 
d'algues marines. Cette gélatine, absolument sans goût, est 
connue au Japon sous le nom de Kan-ten. Les Japonais en 
font un grand emploi culinaire et on en exporte A'e grandes 
quantités pour l'Europe. Je crains qu'il ne soit difficile de 
vendre en France de la pâte d'Adzuki à bon marché ; le sucre 
y est trop cher. 

D Voici la recette du Yo-kan telle qu'on la pratique au Japon 
et que je l'ai employée souvent ici : Faire tremper pendant 
vingt-quatre heures les Adzuki dans de l'eau non calcaire ; 
ici je me sers d'eau de pluie ; au Japon, on prend tout sim- 
plement de l'eau de rivière qui ne contient pas trace de 
chaux. Les faire cuire avec de l'eau, puis les passer de ma- 
nière à obtenir une purée un peu épaisse ; ajouter moitié de 
sucre (en poids), puis faire cuire de nouveau et ajouter, à la 
fin de la cuisson, de la gelée obtenue en faisant dissoudre à 
chaud du Kan-ten (colle d'algue marine). Je ne puis pas in- 
diquer la proportion de Kan-ten à employer, car la force du 
Kan-ten varie beaucoup selon les qualités. Un bâton carré de 
Kan-ten, de 0",37 de long sur 0"^,03 de côté, fait, quand il 
est de bonne qualité, prendre en gelée très consistante uii litre 
de liquide quelconque ; j'oubliais de vous dire qu'il faut, pen- 
dant que la dissolution de Kan-ten est chaude, la passer à 
travers un linge pour retenir quelques impuretés ou parties 
non dissoutes. 

> Je n'ai cultivé les Adzuki {Natsu Adzuki), qu'en très 
petite quantité pQur mon usage ; ils viennent assez bien ici ;* 
cependant je crois qu'on serait plus assuré d'avoir une bonne 



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HARICOT RADIÉ. 105 

maturité dans des terrains plus calcaires et moins compacts. 
Ici les touffes deviennent énorme^ et les gousses de l'intérieur 
pourrissent souvent. . . 

> Quoique je n'aie pas beaucoup d'Adzuki à récolter cette 
année, si vous vouliez en faire un essai un peu en grand, je 
pourrais vous en envoyer pour semence, car il n'en faut pas 
beaucoup, les plantes devant être semées très espacées. » 

Avril 4881. « Au Japon, on fait tremper dans l'eau des 
Adzukiy P. radiatusy puis on les fait germer, au chaud et 
dans l'obscurité, dans des vases de terre; puis on les lave à 
grande eau pour emporter les peaux et on mange les plaû- 
tules sous le nom de Moyashi (œil et jambes). Il va sans dire 
qu'on les fait cuire d'abord dans l'eau salée, puis dans le 
Shoyu. C'est assez bon et c'est un moyen facile de se procurer 
un légume frais en hiver. » 

EN FRANCE. 

En 1862, W Guillemin, évêque de Canton, offrait à la 
Société d'Acclimatation une très nombreuse collection de 
graines dans laquelle figurait le Phaseolus radiaiusy ainsi 
désigné : Lou teou^ pois vert dont les Chinois font un vermi- 
celle fm, Lou teou sze, et un vin très estimé^ Lou teou tsieou. 

A la même époque, M. P. Dabry offrait aussi à la Société 
une collection qui comprenait deux espèces ou variétés de 
P. radiatus sous le nom de Tsin teou. 

En juin 1880, M. Eugène Simon envoyait au Muséum une 
collection considérable dans laquelle se trouvait aussi le Lou 
teou. 

A la même époque, M. C. Ford, directeur du jardin bota- 
nique de Hong-Kong, adressait à M. Giquel, qui avait bien 
voulu la lui demander pour nous, une collection dans laquelle 
le Lou teou était compris, avec cette mention : Medicine in 
fever. Syn. Liu teou. 

C'est à cette époque encore que M. Faivre, de Beaune, re- 
cevait de Chine et distribuait des graines de Lou teouy plante 
dont on lui signalait l'importance. 



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106 LE POTAGBR D'UN CORIEUX. 

Nous cultivons depuis 1878 le Phaseolus radiatus en plan- 
ches de jardin et, chaque année, nous en avons récolté des 
fruits mûrs, La maturité en est cependant très tardive et nous 
ne saurions trop recommander de laisser beaucoup d'espace 
entre les pieds et de ne pas semer plus de trois graines dans 
chaque trou. 

Nous avons essayé la culture de quatre ou cinq variétés 
dont les gousses ne sont pas venues â maturité et nous n'avons 
réussi qu'avec l'Adzuki d'été {Natsu Adzuki) dont les graines 
sont relativement grosses et d'un rouge terne. Les touffes en 
sont fortes et le produit égal à celui de nos haricots com- 
muns. 

Nous mentionnerons à part le Yaye nari ou Bundô^ Lou 
teou des,Ghinois, dont le grain vert et extrêmement petit est 
employé à fabriquer des pâtes alimentaires. 

Toutes les fois que nous l'avons semé seul^ ses pousses à 
peine sorties de terre ont fondu et il n'en est rien resté ; mais 
le hasard ayant fait que quelques graines mêlées à celles de 
l'Adzuki fussent semées dans les mêmes trous, nous avons vu 
avec plaisir, et non sans surprise, que, sous la protection de 
ce dernier, VYaye nari végétait passablement et donnait une 
petite récolte. Nous considérons comme un échec un résultat 
ainsi obtenu et nous supposons que, sous un climat un peu 
plus chaud que celui de Crosnes, la culture du Haricot radié 
vert ne présentera aucune difficulté. 

Nous avons fait avec V Adzuki hâtif une purée que nous 
avons trouvée fort bonne. Sa saveur est voisine à la fois de 
celle du haricot et de celle de la lentille ; c'est un bon légume. 

Nous attendons avec un extrême intérêt les échantillons de 
vermicelle de Lou teou queii. le D' Bretschneidera bien voulu 
demander pour nous à Pékin. Si la dégustation leur est favo- 
rable, nous espérons qu'on s'efforcera de gagner le prix offert 
par la Société d'Acclimatation pour la culture du Phaseolus 
radiatus : 

(L Le prix sera accordé à la personne qui aura cultivé avec 
succès le Haricot radié dans un champ d'un demi-hectare au 
moins. 



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liSNAME. 107 

» S'il se préisentait plusieurs concurrents, la préférence 
serait donnée à celui qui produirait les plus beaux spécimens 
de préparations alimentaires obtenues avec les gi^aines du 
Phaseolus radiatus. 

» Concours ouvert jusqu'au 1*' décembre 1890. Prix : 
300 francs. » 



laNAHE. 

ORIGINES. 



Il ne semble pas qu'il existe d'Ignames spontanées dans 
l'Inde. 

A Geylan, M. Thwaites indique six espèces indigènes. 

En Chine, léDioscorea Batatas n'a pas été trouvé à l'état 
sauvage. D'autres espèces ont existé vraisemblablement à l'état 
spontané. M. le D' Bretschneider indique trois Dioscorea 
comme cultivés en Chine et ajoute : a Le Dioscorea est indi- 
gène en Chine, car il est mentionné dans lé plus ancien ou- 
vrage d^ matière médicale, celui de l'empereur Schen nung. » 

Au Japon, le Dioscorea japonica (Thunb.), généralement 
cultivé sous le nom de Naga imOy est probablement indigène 
ainsi que le Z). Batatas y YamaimOy qu'on ne cultive pas et 
qu'on arrache dans les bois. 

Le Dioscorea alata cultivé dans les iles du Pacifique en est 
probablement originaire, sans qu'on l'y ait encore rencontré 
à l'état sauvage. 

En Amérique, le Dioscorea triloba est vraisemblablement 
indigène. On y trouve quelques autres espèces qui ne sont 
que peu ou point cultivées. 

En Afrique, on compte encore moins de Dioscorea spon- 
tanés qu'en Asie et en Amérique. 

En résumé, plusieurs Dioscorea sauvages en Asie, surtout 
dans l'Archipel asiatique, et d'autres, moins nombreux, 
croissant en Amérique et en Afrique, ont été introduits dans 



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408 LE POTAGER D'uN CURIEUX. 

les cultures comme plantes alimentaires à des époques pro- 
bablement moins reculées que beaucoup d'autres espèces (1). 

Nous sommes heureux de présenter au lecteur V étude iné- 
dite qui va suivre et que nous devons au savant professeur^ 
au travailleur infatigahUj M. le docteur Paul Sagot, Il ne 
pouvait nous faire un don auquel nous fussions plu^ sen- 
sibles et nous lui en sommes profondément reconnaissants : 

Du genre botanique DioscoroBi. 

Le genre Dioscorea contient plus de deux cents espèces, 
dont la très grande majorité habite les pays chauds. Un 
nombre assez notable d'espèces croît cependant hors des tro- 
piques, au Chili, au cap de Bonne-Espérance, en Australie, 
en Chine et au Japon, aux États-Unis, une petite espèce sur 
le versant méridional des Pyrénées, où elle a été découverte, 
il y a quinze ou vingt ans, à l'extrême surprise des botanistes. 

Beaucoup d'espèces sont de grandes lianes s'élevant très 
haut sur les arbres ; beaucoup sont de plus modestes propor- 
tions; quelques-unes (particulièrement au Chili) sont de très 
petites plantes de 2 ou 4 décimètres de haut, à tubercule gros 
comme une noisette ou un pois, . 

Presque toutes ont une souche vivace tuberculeuse et les 
tiges quoique élevées ne sont qu'annuelles. 

Le D. villosa des États-Unis à cependant un rhizome li- 
gneux, grêle, allongé, courant sous terre. 

Les botanistes ont varié sur la nature du tubercule : pour 
les uns, c'est un rhizome, c'est-à-dire une tige soùteraine ra- 
diforme parce qu'il émet des bourgeons et a une structure 
qui rappelle celle d'une tige ; pqur d'autres, c'est un organe 
de la nature des racines, se gorgeant de fécule et de sucs nu- 
tritifs accumulés. 

Dans les échantillons d'espèces de médiocre dimension, 
dont on a récolté la racine, il semble qu'un grand nombre 

(i) Voriginedes plianles cultivées, par Alph. de Candolle. 



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IGNAME. 109 

des fibres radicellaires sorte du collet de la plante au-dessus 
du tubercule. 

Le tubercule est tantôt tendre et farineux, tantôt dur et 
coriace, doux au goût et comestible, ou acre et vénéneux, 
simple ou lobule, fascicule, multiple, concentré ou diffus à 
tubercules partiels pédicellés. Il est placé sous terre à une 
profondeur moindre ou plus grande. 

La tige est grimpante, volubile à gauche. Elle est tendre ou 
coriace, de la grosseur d'une plume à écrire, ou un peu plus, 
ou très grêle, inerme ou épineuse, ronde ou anguleuse et 
relevée d'ailes membraneuses. Les feuilles sont le plus sou- 
vent du type cordiforme, acuminées, atténuées au sommet, 
polynerviées ; jamais leur bord ne porte de dents. Elles sont 
fermes-coriaces ou membraneuses -minces, le plus souvent 
glabres, quelquefois un peu tomenteuses ou pubescentes, sur- 
tout par-dessous. Elles varient d'une espèce à l'autre, grandes, 
médiocres ou petites, plus étroites ou plus larges, fortement 
cordées à la base, obtuses ou même arrondies subatténuées. 
Quelques espèce^ ont les feuilles lobées ou même 3, 5 et 
7 foliolées. Les feuilles sont opposées ou alternes, mais 
sur les espèces oppositifoliées on trouve un certain nombre 
de feuilles alternes, surtout sur les petits rameaux terminaux. 

Ces détails, peut-être un peu longs et minutieux, feront 
aisément comprendre que le genre Dioscorea est encore mal 
connu, difficile à étudier et à classer dans les herbiers ; que 
l'on peut très aisément y supposer distincts spécifiquement 
des échantillons de la même espèce (tige principal^ ou ra- 
meaux terminaux, fleurs ou fruit de forme anormale...); que, 
si des sections botaniques ont été établies dans le genre par 
rapport à la graine, au fruit ou aux étamines, beaucoup d'é- 
chantillons sont d'un classement impossible, s'ils n'ont que 
des fleurs mâles, des fleurs femelles sans fruit mûr, de trop 
jeunes fruits... etc.; que, suivant que le botaniste aime à dis- 
tinguer minutieusement beaucoup d'espèceSy ou à réunir 
beaucoup de formes sous un seul nom, il y aura beaucoup 
plus ou beaucoup moins d'espèces admises. 

La dernière monographie des Dioscoréacées est de Kunth 



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no LE POTAGER d'un CURIEUX. 

(en 1 850) : En/ameratio plantarum . ^ ^ Elle comprend cent cin- 
quante-neuf espèces de Dioscorea et trente espèces d'iTeïwia, 
genre que la plupart dfes botanistes réunissent au Dioscorea 
aujourd'hui. ' 

Si j'en juge par quelques espèces cultivées ou américaines 
que j'ai vues vivantes, et que je connais familièrement, je 
crois que Kunth a trop multiplié les espèces. 

D'une autre part, les herbiers ont reçu, postérieurement au 
travail de Kunth, un certain nombre d'espèces nouvelles, 
notamment du Brésil, du Mexique, d'Afrique... 

Diverses Flores locales ont aussi publié des espèces, ou 
réuni en une seule espèce plusieurs espèces antérieures. 

Le chapitre consacré aux Ignames par M. de CandoUe, Ori- 
gine des plantes cultivées, fait entrevoir les nombreuses incer- 
titudes que laisse la connaissance de ce genre très difficile. 

PRINCIPALES ESPÈCES D'iGNAMES CULTIVÉES. 

Dioscorea globosa Roxburg, Excellente espèce, classée au 
premier rang dans l'Inde anglaise ; très estimée des Euro- 
péens. Racines blanches arrondies, souvent très grosses. 
Roxburç n'a vu cette espèce que cultivée. On peut rapprocher 
d'elle, comme variétés, les D. rubella Rôxb. et D, purpurea 
Roxb. Je n'ai pas trouvé ce D. globosa dans l'herbier du Mu- 
séum. Sa description a quelque ressemblance avec le D. alata, 
La tige est ailée, le pétiole aussi est ailé ; la forme de la feuille 
est analogue, mais il y a des différences. Le bas de la tige est 
aculéolé, les feuilles sont alternes ou opposées, le pétiole est 
plus long, les fleurs sont odorantes. 

D. triloba Lam. Excellente espèce américaine. Tubercules 
très tendres et très farineux (M. Paillieux l'a cultivé, reçu de 
Caracas). 

D. alata. Bonne espèce, moins fine cependant comme qua- 
lité que les deux précédentes. Objet d'une culture considé- 
rable en Océanie où elle est (avec le Taro) la plante alimen- 
taire principale. Bien productive quand elle est cultivée avec 
soin, Cultivée à Java, à Maurice... Variétés assez nombreuses. 



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IGNAME. llf 

D. Berteroana. D. Caym«f?nsis. Espèce deTAfrique occi- 
dentale, qui est cultivée en Amérique où elle a été importée. 
Espèce robuste, de grande production, très rustique.. Tuber- 
cule unique, arrondi, discoïde, un peu dur quelquefois. 
Feuilles un peu coriaces, résistant à l'ardeur du soleil. 

D. atropurpurea Roxb. Espèce asiatique, très cultivée à 
Malacca, dans le Péguet dans les îles orientales. Tubercule 
très gros, à chair violacée au moins près de Técorce. Paraît 
être une espèce très productive. La description ressemble un 
peu au D. alata qui a des variétés à racine violacée. 

D. eburnea Loureiro. Sauvage et cultivée en Gochinchinc ; 
grosses racines longues, incurvées, blanches, d'une vague 
ressemblance de forme avec une défense d'éléphant. Point 
d'épines, feuilles alternes, cordées. 

D. aculeata L. Sauvage et cultivé dans l'Inde, l'archipel 
malais et l'Océanie. 

D. pentaphylla. Tubercules très tendres, farineux, de vo- 
lume médiocre, subarrondis, multiples. 

D. saliva L. Espèce incertaine, mal connue, ayant prêté à 
diverses confusions. Feuilles cordiformes alternes, bulbilles 
axillaires, fruit obovale cunéiforme. Linné a reçu la graine de 
l'Amérique et l'a cultivée dans un jardin où le tubercule a per- 
sisté en terre sans que la tige ait fleuri (voy. Hortus cliffor- 
tianm). Les auteurs de Flores : Miquel, Flora Indiœ balavcé; 
Benlham, Flora Hong Kongensis ; Bojer, Hortus mauritia- 
nuSy la mentionnent comme sauvage et cultivée dans l'Inde, :ï 
Maurice, aux Moluques. Linné, qui l'avait élevée de graines 
reçues d'Amérique, assure qu'elle croît aussi dans l'Inde. 
Paraît ressembler beaucoup auD. btUbiferayiie différant que 
par une végétation moins vigoureuse, un tubercule sans 
âcreté, un fruit plus large. 

D. Schimperiana. Récolté sauvage en Abyssinie par Schira- 
per. Racine cuite, comestible d'après l'étiquette de Schimper. 
Jeunes pousses pubérulentes. Ressemble au D. saliva L. 

D. bulbifera L. paraît pousser sauvage dans l'ancien et le 
nouveau continent. La plante américaine (Guyane et' Antilles) 
a été décrite sous le nom de D, lulea Mey. Végétation vigou- 



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H2 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

reuse, floraison abondante, feuilles cordiformeSy grandes» 
d'un vert clair, bulbilles axillaires nombreuses et très 
grosses. Tubercules probablement gros, mais ayant de l'a- 
creté qu'il faut détruire par le lavage à grande eau. 

D. japonica Thunb. et i>. Batatas. Espèces pouvant vé- 
géter dans les -climats tempérés, où cependant les premiers 
froids surprennent leur tige feuillée avant qu'elle ait fourni 
tous ses sucs aux tubercules ; se cultivant cependant aussi 
dans des climats chauds, dans 1^ midi de la Chine, à Java. 
Bulbilles axillaires nombreuses. Tubercules fusiformes, al-* 
longés. Je n'ai pas pu savoir si, à Alger, les liges feuillées du 
D. Batatas jaunissaient et séchaient à l'automne avant la 
récoltades racines, mais j'ai su qu'il y fallait plusieurs années 
pour qu'un pied, élevé de bulbilles, devint un plant vigou- 
reux. 

D. triphylla L., syn. de D. dœmona Roxb., D. dume- 
torum. Espèce croissant sauvage en Asie, dans l'archipel 
malais et l'Afrique orientale, végétation très vigoureuse, tige 
aculéolée, élevée, subligneuse; feuilles grandes trifoliolées; 
inflorescence mâle paniculiforme par la réunion de très nom- 
breux épis floraux, denses, courts, bractéolifères; fruit ovoïde 
oblong, trigone, grand. Tubercule volumineux, discoïde, 
probablement un peu dur, souvent (toujours?) d'un goût nau- 
séeux (Roxburg). 

D. oppositifolia, D. nummularia. Espèce sauvage, crois- 
sant en abondance dans toute l'Asie méridionale, autour de 
laquelle se groupent diverses espèces voisines, qui n'en sont 
peut-être que des variétés, vigueur de végétation moyenne, 
jeunes pousses plus ou moins pubérulentes. Feuilles ovalçs, 
un peuacuminées au sommet, nullement cordées à la base, 
brièvement pétiolées. Floraison abondante. Epis mâles, courts, 
groupés, fascicules sur un axe floral court. Fruit ovoïde ar- 
rondi, trigone, aplati, coriace. 

Racines dures et un peu ligneuses, d'après Roxburg, de 
volume médiocre d'après d'autres auteurs, mangées par les 
les indigènes. 

A. Reynoso dit que certaines Ignames peuvent se multiplier 



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IGNAME. lis 

de bouture ou de marcotte (je suppose qu'il énonce le D. tri- 
loba)^ que je n'ai jamais vu cependant multiplier de bouture 
à la Guyane. 

En général, les tubercules d'ignames coupés et layés dans 
l'eau sont glissants et glutineux, exsudant une gomme par- 
ticulière. 

Ils sont denses eC vont au fond de l'eau. 

On les suppose plus nourrissants que les Patates. 

Les espèces inermes à feuilles tendres pourraient donner . 
de bons fourrages verts. , 

Bulbllles aérleniies abondantes on «e prodnisant an moins 
assez souvent s 

Dioscorea Batatas; D. japonica; /). saliva; D. bulbifera; 
D. crispata Roxb. ; D. toxicaria Bojer, de l'Afrique orien- 
tale; Z>. ate^a. 

Tubercule unique /volumineux ou tubercules en petit 
nombre fascleulés» réunis» ne croissant pas & une profondeur 
qui en rende l'extraction Incommode t 

D. Berleroana; D. alata; D. eburnea; D . atropurpurea ; 
D. aculeata Roxb.; D. fasciculata Roxb.; D. globosa Roxb. 

Tubercules pédlisellés ^ultlples, un peu diffus» mais d'une 
extraction faciles 

D. triloba Lam. ; D. pentaphylla. 

Tubercules Acres à, quelque deg^ré ou même vénéneux t 



D. bulbifera; D. triphylla et sa variété D. dœmona 
(Roxburg dit de ce dernier : terriblement nauséeux, même après 
avoir été mis dans l'eau) ;D. toxicaria Bojer, de la côte 
orientale d'Afrique (Monbaze). 

Vigneron-Jousserandier dit qu'au Brésil une Igname origi* 
naire d'Afrique, à tige épineuse et à gros tubercule unique, 
qui me semble devoir être le D. Berleroana a le tubercule 
quelquefois un peu amer. 



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114 LE POTAGER D'uN CURIEUX. 

Sspècefl smiivages dont le tabereule est bon* on au moluii 
«l'an usage aeccptable en eaa de disette t 

Bon : D. pentaphylla; D. aculeata. 
Assez bon: D. anguina Roxb., Inde. 

— D. oppositifolia, Inde. 

— D, Schimperiana^Abyssinie, 

— D, tomentosa, Geylan (Thwailes, Ftor. Geylan), 

ressemble cependant au D. triphylla. 

— D. intermedia Thwaites. 

— D. spicata Roxb. 

Notes communiquées, à diverses dates, à M. le docteur 
Paul Sagot. 

Enl854, les journaux agricoles des États-Unis préconisaient 
la culture des Ignames dans les États du Sud: D. saliva (?), 
D. alata{l) ; on affirmait qu'elle rapportait beaucoup, 17000 
kilogrammes à l'hectare {Patent Office Reports). 

On a çssayé en France, mais sans succès, l'Igname de la 
Nouvelle-Zélande. C'est M. le professeur Chatin qui a publié 
une brochure sur cette espèce. M. Hardy en avait obtenu de 
beaux tubercules à Alger. Quelle espèce botanique était cette 
Igname de la Nouvelle-Zélande,/), ate^a, var.?? On l'avait 
reçue de Calcutta de M. Piddington (Rapport de M. Hardy, 
Bull. Soc. d'Àccl, vol. V, p. 546, 1858). 

La flore de la Nouvelle-Zélande à l'herbier du Muséum ne 
parle d'aucun Dioscorea. 

M. Hardy, au jardin du Hamma à Alger, a fait beaucoup 
d'observations sur les Ignames. Il en avait exposé une très 
belle collection à l'Exposition universelle de 4867. A l'Expo- 
sition de 1878, il n'y en avait pas. 

En 1877, à la suite de cultures multiples, M. Hardy avait 
publié le tableau de rendements comparés suivant : 



Kil. 

1° Igname ailée blanche 12 380 l'hectare. 

2° Igname cultivée -20960 — 



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IGNAME. 115 

S» Igname violette 23 700 Thectaipe. 

4° Igname de la Nouvelle-Zélande. ... 23 700 — 

5° Igname de Chine 33000 — 

6« Igname de Féléphant 37 040 — 

7*» Igname trifoliée , 46660 — 

8o Igname patte de tortue. 64780 — 

L'Igname étant une calture estivale irriguée peut difficile- 
ment se répandre beaucoup en Algérie, 

On dit que les tubercules blessés pourrissent facilement. 

Dans la multiplication par fragments de tubercules M. Hardy 
expliquait qu'il fallait que le fragment portât de l'écorce 
pour qu'il en sortît une pousse*. 

La plantation d'une bulbille d'Igname de Chine ne donnait 
à Alger la première année qu'une racine grosse comnae le petit 
•doigt; cette racine pouvait servir de plant pour l'année sui- 
vante. 

Les plus grosses racines de l'Igname de Chine, dans les 
premiers essais de culture, avaient pesé 675 grammes. Plus 
tard, on en a obtenu de beaucoup plus grosses. 

Je ne puis deviner quelles espèces botaniques représentent 
les noms vulgaires de M. Hardy, si ce n'est / ailée blanche, 
D. aiato, /de Chine, D. Batatas, I trifoliée, D. triphylla. Je 
n'ai pas su si l'Igname de Chine, à Alger, arrivait à pleine 
maturité, c'est-à-dire jaunissait et séchait. 

Je ne sais si le jardin botanique d'Orotava, Ténériffe (Cana- 
ries) a cultivé des Ignames. Aux Canaries, par abus de mots, 
on appelle Ignames les Colocases, Aroïdées tuberculeuses. La 
même dénomination vicieuse s'emploie parfois au Brésil, où 
les yrmes Ignames s'appellent Caras (Yigneron-Jousseran- 
dier). 

Je ne sache pas qu'on en ait cultivé des collections au 
Jardin d'acclimatation d'Antibes, ni à celui de CoUioure. 

Je crois que c'est au Jardin botanique de Calcutta qu'on en 
a cultivé le plus. Les pluies ne commençant à Calcutta que 
vers mai ou juin, il serait facile de demander du plant pour 
la France en mars ou avril. 

Il y a dans les serres du Muséum un grand pied de D. alata. 



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lié L£ POTAGER O'UN CURIEUX. 

Comme il est tenu dans la serre .la plus chaude et la plus 
humide, sa tige y végète, je crois, d'une manière continue. 

Indications glossologiques sommaires. 

Le mot Igname parait venir du mot américain Namain 
(dictionnaire caraïbe) ou du mot américaiti Inicoma., 

Les auteurs disent qu'on les appelle Yam dans une partie 
de la côte occidentale d'Afrique et que ce mot signifie aussi 
manger. 

Dans l'île de Cuba, on appelle Ajé le D. triloha. Igname 
américaine et Name le jD. Befteroana^ ou Igname apportée 
d'Afrique (A. Reynoso, Agriculturade los indigenas de Cuba 
et Haïti). 

' Il se distingue aussi au Brésil, dans les Ignames que l'on y 
appelle CaraSy tandis qu'on y nomme parfois Inhams une 
Aroïdée à tubercule comestible, une espèce apportée d'A- 
frique, à gros tubercule unique, à tige épineuse, se plaisant 
dans un sol sableux et résistant bien à la sécheresse : D. Ber- 
teroana? 

A Maurice et à la Réunion, les Ignames se nomment Caw- 
bare. 
A Taïti, en Océanie, dans l'Archipel malais Ubi, Oubiy Oebi. 
A Calcutta, Aloo (alou), Kam aloo^ D. alata. 
En Chine, Sain-In, ChoxirYUy Tou-tchou, Chan-yu (de 
Candolle, Origine des plantes cultivées). 

En général, les Ignames sont bien plus cultivées dans les 
pays chauds et humides que dans les pays chauds et secs. En 
Océanie; on désire vivement des pluies suivies aussitôt après 
leur plantation. 

Dans les pays chauds, elles restent ordinairement six ou 
huit mois en végétation avant d'être récoltées. Si le plant est 
fort et si le sol est fertile, la végétation se prolonge plus long- 
temps. Si un plant est faible, on peut attendre deux ans avant 
de la récolter. 



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IGNAME, 117 



RÉSUMÉ. 



L'élude de la culture de Tlgname se complique de ce fait 
que le nombre des bonnes espèces cultivées s'élève à 
quinze ou vingt, et qu'elles sont très différentes les unes des 
autres. L'Amérique intertropicale, l'Afiique, l'Inde, l'Archipel 
malaiSjlaChine, cultivent des espèces particulières, et, quoique 
plusieurs des bonnes espèces aient été portées d'un continent 
à l'autre, il n'est pas possible de les comparer sur place ou 
avec une égale connaissance des unes et des autres. Chaque 
espèce a en outre plusieurs variétés de mérite inégal, et tel 
auteur a pu apprécier une espèce sans connaître ses meil- 
leures variétés et son meilleur mode de culture. Aucun jardin 
botanique des pays chauds n'a encore réuni une collection de 
toutes les Ignames cultivées, et, si un jardin arrivait à le faire? 
il ne pourrait encore y être établi une comparaison complète 
et rigoureuse du mérite relatif des espèces, le climat de la 
localité pouvant à quelque degré favoriser la végétation d'une 
espèce et contrarier celle d'une autre. Sans sortir, en effet, 
des pays chauds, tejle espèce peut demander des pluies plus 
abondantes et plus prolongées, telle autre une saison sèche 
plus accusée et plus longue, telle craindre une trop vive radia- 
tion solaire et telle autre la supporter. 

La culture des Ignames, même dans leur pays natal, est 

. délicate et liiontre de grandes variations de rendement. Rien 

n'est plus incertain qu'une appréciation générale tirée pour 

elles de l'essai partiel d'une espèce et surtout d'une espèce 

étrangère. 

Les cultures dans les serres d'Europe, et même les cultures 
au Jardin botanique d'Alger^ n'ont pas pu fournir beaucoup 
de documents solides. A Alger, le climat est beaucoup trop 
sec l'été, seule saison où la chaleur soit suffisante, et les 
Ignames n'y sont arrivées que de quelques pays, sans déter- 
mination botanique précise, le plus souvent avec de simples 
noms vulgaires locaux. Il est même possible que quelques- 



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118 LE POTAGER d'UW CURIEUX. 

unes des espèces réunies par M. Hardy ne se soient pas con- 
servées dans le jardin. 

Dans les serres, on ne peut donner aux Ignames ni espace 
suffisant, ni sol suffisant, ni chaleur suffisante, ni cette alter- 
nance qui leur est absolument nécessaire de six où huit loaois 
de chaleur humide avec six ou quatre mois de chaleur sèche 
et de repos de végétation. 

Dans les cultures sous châssis, on peut, pour quelques 
espèces, réussir un peu mieux qu'en serre, mais on n'obtiendra 
jamais un résultat général,, s'appliquant à toutes les espèces 
et pouvant conduire à des résultats réellement pratiques ; une 
racine farineuse, si bonne qu'elle soit, ne peut en effet 
espérer un prix de fantaisie comme un fruit exotique. 

Les conditions générales de succès des cultures d'Ignames 
des pays chauds sont : 

— Choix d'une espèce excellente. 

— Plantation de plant robuste. D'un bourgeon grêle et jeune 
ne peut sortir^ sous le meilleur climatet dans le meilleur sol, 
qu'un pied grêle et improductif, qui mettra au minimum 
deux, trois ou cinq ans à se bien former et à arriver à l'état 
de bon plant. 

. — Un sol fertile et très ameubli, un large espacement et 
un système de support pour soutenir les tiges grimpantes et 
les bien exposer à l'air et au soleil. 

— Une chaleur suffisante, soutenue, humide pour la végé- 
tation foliacée qui dure normalement de six à huit mois et 
qui, par une température insuffisante, devrait se prolonger 
davantage pour acquérir son plein développement. 

— Une chaleur sèche de quatre mois au minimum pour la 
formation du tubercule, résorbant les sucs nutritifs des tiges 
feuillées qui doivent jaunir et sécher pendant que le tuber- 
cule grossit et se gorge d'amidon. 



L'étude qu'on vient de lire traite scientifiquement la ques- 
tion des Ignames. Elle ne fait connaître ni le rang que chaque 
variété occupe dans l'estime de ceux qui la cultivent, ni les 



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l'igname. 119 

détails de culture et d'usage, particuliers à chaque pays, 
qu'il ne faut pas ignorer. 

Nous trouvons ces diverses notions dans les écrits des bo- 
tanistes, dans les publications et dans les correspondances des 
voyageurs, des planteurs créoles ou européens, et nous croyons 
utile de les présenter à nos lecteurs. 



L'IGNAME 

EN CHINE ET AD JAPON. 

L'Igname semble n'occuper qu'une place très secondaire 
dans les cultures de la Chine et du Japon, et n'y être repré- 
sentée, à peu d'exceptions près, que parle Dioscorea japonica 
et une ou deux variétés de l'espèce. 

Voici ce que nous écrit à ce sujet M. le D' E. Bretschnei- 
der : « A Pékin, on ne cultive que le D. japonica (je ne 
sais pas si vraiment cette espèce diffère du D. Batatas^ 
comme feu M. Decaisne l'a prétendu)... Les Chinois se 
^plaignent comme vous de la grande difficulté que présente 
l'arrachage des rhizomes fragiles de cette plante. Ils sont 
obligés de défoncer le terrain pour les arracher. A Pékin, on 
ne cultive Tlgname que dans les jardins. Les indigènes l'es- 
timent moins que la Patate {Batatas edulis)^ qu'on cultive 
dans les champs sur une grande échelle. » 

On lit dans le Japon à V Exposition universelle de 1878 : 
« Le TsiLku imo {Dioscorea japonica) se mange cuit. Une de 
ses variétés, nommée Jecheimo (1), a des tubercules aplatis ; 
ses graines, que l'on désigne sous le nom de Nukago^ peu- 
vent se manger (2), 

» Le Jinen jo (Dioscorea japonica^ var.) est une plante 
sauvage dont 1 usage est à peu près le même que le précé- 
dent; il fournit un amidon très estimé. 

(1) Il faut sans doute lire Jeche imo, 

(2) Ne s*agit-il pas ici des bulbilles? 



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120 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

» Le Naga imo^ ou Dioscorea japonica^ sert aux mêmes 
usages que le précédent ; il comprend une variété nommée 
Shisen imo. On peut aussi en faire une espèce de gruau, que 
l'on mange avec une sauce spéciale, si l'on a le soin de le râper 
et de le piler préalablement ; ceci s'applique également aux 
deux précédents. » 

On voit par ce qui précède que le Dioscorea japonica est 
seul cultivé au Japon, et que le Naga imo paraît être le type, 
dont on compte quatre variétés. 

Nous avons reçu le Naga imo (1) et une autre variété à 
longs rhizomes ; nous n'avons trouvé entre ces deux Ignames 
aucune différence appréciable. 

Nous avons reçu aussi une variété à rhizomes arrondis; elle 
végète mal et ses tubercules ne grossissent pas. 

Nous avons reçu de M. le docteur H**, sous le nom de 
Kiri imoy deux petits tubercules d'une Igname cultivée au 
Japon. Le docteur nous écrivait de la Savoie : « Cette Igname 
vient très mal ici. Je l'ai essayée successivement dans de la 
terre argileuse, puis dans de la terre graveleuse, toutes deux 
de bonne qualité, et elle n'a bien poussé ni d'un côté ni de 
l'autre. Au Japon, on la cultive de préférence dans des sables 
gras conservant un peu d'humidité et très fortement fumés, 
ce qui est indispensable pour récolter des Ignames un peu 
grosses. » 

Voici d'autres extraits des lettres du docteur : « Naga imoy 
longue racine tuberculeuse alimentaire, car le mot imo s'ap- 
plique à toutes les racines féculentes alimentaires. C'est le 
•nom qu'on donne à une des variétés cultivées du D. Batalas. 
Le même, à l'état sauvage et plus estimé alors comme aliment, 
s'appelle Yama imo y racine de montagne. Je ne connais ni le 
Tsuku imo ni le Jinen jo. 

» Dans la partie du Japon que j'habitais, on ne cultive pas 
leD. Batatas; on se borne à recueillir ses tubercules, qui sont 
très communs dans les bois, mais très difficiles à arracher. 
Ils sont plus estimés que les Ignames cultivées. Pour les 

(1) NagaimOy longue racine. 



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l'igname. 121 

Kiriimo {D. Decaisneana)^ on se borne, pour les petites 
plantations, à conserver les collets au fur et à mesure de la 
consommation; on les plante en avril et on les arrache en 
hiver. 

) Pour de plus grandes plantations, on recueille les bul- 
billes, on les sème au printemps, et en automne on les ar- 
rache. Elles ont alors un volume variant de celui d'une noix 
à celui d'un petit œuf, et fournissent du plant pour l'année 
suivante. 

» Ici, c'est tout différent ; cette Igrname pousse très peu et 
ne donne point de bulbilles (1); c'est dommage, car elle est 
d'une culture beaucoup plus facile que le D. Batatas. » 



LI6NAHE 

AUX INDES ORIENTALES. 
W. Roxburg, Flora indica, yo\. IH, p. 797 à 808. Extraits, 

Dioscorea globosa R. 
Beng. Choopuree aloo. 

1. Tubercules arrondis, blancs. Je n'ai trouvé cette espèce 
qu'à l'état cultivé. Elle tient la première place parmi les racines 
tubéreuses dont se nourrissent les Hindous de ces contrées, 
et est aussi celle que les Européens estiment le plus. 

D. alata WiUd., IV, 792. 
Beng. Kam-aloo. 

2. Cette espèce est cultivée dans les difl'érentes parties de 
l'Inde. Sur la côte de Coromandel, elle est, je crois, la seule 
qui soit cultivée comme aliment. 

(1) Nous avons récolté des bulbilles, mais en petit nombre. P. 6. 



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122 LE POTAGER B'UN CURIEUX. 

Au Bengale, elle occupe seulement le second rang, le 
D. globosa étant plus estimé. Elle n'en est pas moins très 
cultivée. Elle fleurit à la fin des pluies. 



D. rubella Roxb. 
Beng. Guranya-aloo. 

â. Je n'ai rencontré cette espèce qu'à l'état cultivé. Les 
Hindous la placent immédiatement après le D. purpurea; par 
conséquent, elle ne tient parmi les Dioscorea que la qua- 
trième place dans leur estime. Elle est très cultivée près de 
Calcutta. 

Tubercules oblongs, à peau rouge. 



D. purpurea R. 
Beng. Lal-guranya-aloo. 



4. Tuberc\ile oblong, coloré dans toutes ses, parties en 
pourpre plus ou moins foncé, mais toujours teint profondé- 
ment, et les fermiers et les cultivateurs de cette espèce disent 
que cette couleur est permanente. 

Je n'ai rencontré le D. purpurea qu'à l'état cultivé, et je 
ne sais pas où il existe à l'état sauvage. Sa racine est estimée 
égale à celle du D. alata, et, par conséquent, occupe le troi- 
sième rang parmi les aloos. Cette espèce est très cultivée. 

D. atropurpurea R. 

5. Tubercules sub-arrondis, de couleur pourpre dans 
toutes leurs parties. 

Cette espèce est celle qui est l'objet d'une culture si étendue 
à Malacca, Pegu et dans les îles orientales. Ses tubercules 
sont très gros, de forme irrégulière, lisses, presque ronds et 
poussant si près de la surface du sol que, dans les temps secs, 
ils se laissent voir à travers les fissures qu'ils produisent en 
soulevant la terre. Ce fait et la couleur très foncée des tiges 
font reconnaître aisément l'espèce. 



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l'igname. 1â3 



Z). aculeata Hoxb. 

6. Originaire du Bengale. Ses racines sont ovales, pèsent 
généralement deux livres ou plus, sont d'une blancheur 
agréable, et, pendant la saison froide; s'arracheût dané les 
bois, car la plante n'est pas cultivée, et sont portées àû marché 
de Calcutta, où elles sont connues des indigènes, sôus le nom 
de mo'w-aloo. Extérieurement, cette Igname ressemble beau- 
coup à l'espèce que nous avons nommée D. fasciculata^ 
Soosni-aloo des Hindous, 



Z). fascicfdataR. 
fieng. Soomi^ho» 

7. Cette espèce est cultivée sur une très grande échelle 
dans le voisinage de Calcutta, non seulen^ent comme aliment, 
mais aussi pour extraire l'amidon de ses racines. i 

Ces racines consistent en tubercules nombreux, du yoluin^ 
et de la forme d*un œuf de jeune poule, liés par de grêles 
filaments à la base des tiges... 

La culture et l'usage des racines des différentes espèces 
mentionnées ci-dessus ou ci-après sont trop connus pour 
exiger que je m'étende ici sur ce sujet. Mon but est de dis- 
siper l'obscurité dont les plantes utiles de ce genre ont été 
enveloppées jusqu'ici, non seulement en vue de satisfaire les 
botanistes, mais en vue d'indiquer à ceux qui ne sont pas 
botanistes les signes auxquels ils peuvent distinguer les es- 
pèces ; et les plus sûrs se trouvent généralement dans la forme 
et dans la couleur de la racine. Ces caractères sont perma- 
nents et guident le cultivateur Hindou; mais je crains d'être 
blâmé par les botanistes pour m'être écarté de la règle de 
Linné, qui défend de se fier à la couleur. En ce cas, ils de- 
vront considérer les D. globosa, rubella et purpurea comme 
des variétés d'une même espèce, ce à quoi je consens volon- 
tiers, s'ils trouvent que ce soit une méthode meilleure que 
celle que j'ai suivie. 



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iM LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

D, pulchella R. 

8. Tubercules presque ronds, assez petits. Originaire de 
Ghittagong, et si exactement semblable au D, crispata qui va 
suivre, qu'on ne peut Ten distinguer que par sa peau, parfai- 
tement douce et lisse, et ses branches colonnales, qui ne pré- 
sentent pas la moindre apparence de côtes ou de nervures. 

Il fleurit à la fin de la saison des pluies dans le Jardin 
botanique. 

D. crispata R. 

9. Grande et élégante espèce, originaire de l'intérieur dii 
Bengale, et introduite parle D' Carey, en 1798, dans le Jardin 
botanique, où elle fleurit pendant la saison des pluies. 

Racines tubéreuses, à peu près rondes et petites relative- 
ment aux grandes dimensions de la plante, avec des fils nom* 
breux, rameux, ténus, sortant de toutes les parties du tuber- 
cule... Comme les pommes de terrre, les vieilles racines 
périssent lorsque les nouvelles sont formées... Tubercules 
axillaires, souvent nommés bulbes, et, dans cette espèce, à la 
fois nombreux et gros, et pouvant servir à la reproduction. 

D. anguina R. 
Beng. Kookoor-aloo. 

10. Tubercules cylindriq^ues. J'ai trouvé cette espèce à 
l'état sauvage dans les bois voisins de Calcutta. Elle fleurit à 
la fin des pluies. 

Sa racine n'est pas très estimée, quoique les pauvres gens 
la mangent lorsqu'ils sont pressés par la faim. 

D. nummularia Willd., IV, 792. 
Hlnd. et Beng. Shora-aloo, 

11. J'ai pris d'abord cette espèce pour le D. oppositifolia ; 
mais, en trouvant quelques vieilles plantes ligneuses et ar^ 



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l'igname. 425 

mées de nombreuses et fortes éjpines, j'ai acquis la conviction 
qu'elles appartenaient à une espèce très différente. Elle est 
originaire des bois voisins de Calcutta. Elle fleurit à la fin des 
pluies. 
Sa racine paraît être impropre à l'alimentation. 

D. glabra R. 

12. Tubercules petits, subfusiformes, originaire de Silhet. 

D. heterophylla R. 

13. Originaire de Pulo-Pinang et des Moluques. 

D. oppositifolia Willd., IV, 797. 
Teling. Ava-tenga-tiga. 

14. Spontané dans les terrains secs, parmi les buissons, 
ourla côte de Coromandel. Fleurit pendant la saison des 
pluies. 

Les indigènes mangent ses racines. 

D. tomentosa Kôen. mss. 

15. Racine tubéreuse, vivace, de la forme de l'Igname 
commune ; succulente et exigeant pour sa préparation moins 
de soin que celle du D. triphylla. 

D, doemona Roxb. 

16. Cette espèce, très distincte, est originaire des forêts de 
Goruckpore et aussi des Moluques. Des plantes de ces deux 
origines sont en ce moment sous mes yeux dans le Jardin 
botanique de Calcutta, où elles prospèrent et fleurissent vers 
la fin des pluies. Leurs racines sont horriblement nauséeuses, 
même après avoir été bouillies. 



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426 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

D.pentaphyllaWi\\d,,\y,lS9. 
Beng. Kanta-aloo, 

17. Je n'ai trouvé cette espèce qu'à l'état sauvage, quoique 
sa racine soit grosse, blanche, considérée comme très salubre, 
(Fmuà saveur agréable ei mangée par les indigènes. 



AUX ÎLES FIDtlI. 

Flora vltiensiSt by Berthold SeenMuin. 
Art. Dioscorea^ p. 305. Londres, 1865-73. 

Dans toute a Polynésie, l'aliraentalion de l'homme repose, 
à l'exclusion de tous grains et de tous légumes, sur l'Igname, 
le Taro, le Bananier, l'Arbre à pain et le Cocotier ; mais la plus 
grande part est fournie, dans les différentes îles, par un seul 
de ces végétaux. Dans le groupe Hawaiien, le Taro domine, 
tandis que le fruit du Cocotier est considéré comme un mets 
délicat, dont les femmes étaient autrefois absolument privées. 
Dans quelques-unes des îles de Corail, plus petites, les habi- 
tants se nourrissent presque exclusivement des noix du Coco- 
tier. Les Samoans placent au premier rang les fruits de 
l'Arbre à pain. Les Fidjiens préfèrent l'Igname à tout autre 
aliment, bien que les autres végétaux que nous avons cités 
croissent parfaitement dans leurs îles et y présentent un 
nombre infini de variétés. Une preuve frappante de l'impor- 
tance qu'ils attachent à l'Igname résulte de ce fait, que sa 
culture et la saison où elle mûrit servent de base à leur calen- 
drier, et que le seul des onze mois entre lesquels ils divisent 
l'année, et qui ne porte aucun nom qui se rapporte à l'Igname, 
est celui où la récolte n'exige aucune attention particulière 
ou a été mise à couvert. 

Une version de ce calendrier a été publiée par Wilkes dans 



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l'igname. 427 

The narrative of the united $tates exploring expédition^ 
et est placée en regard de celle qui m'a été dictée par un intel- 
ligent chef Bauan et par rinterprète Hu consulat, M. Charles 
Wise (1). Les noms que j'indique et l'ordre dans lequel je les 
place ne sont pas tout à fait d'accord avec ceux de Wilkes. 
Cette dififérence tient en parlie à ce que Wilkes a écrit sa liste 
d'après le dire d'Européens imparfaitement versés dans le 
Fidjien, et a adopté une orthographe inexacte. Les noms des 
mois peuvent aussi varier dans les différentes parties du 
groupe. Le sujet toutefois réclame une étude ultérieure... 

Calendrier Fidjien^ selon Seemann, 



1 . Vula i tverewere. 

2. ViUa i mkicuki. 

3. Vula i vavakadi. 

A. VulaiBalololailai. 

5. Vula i Balolo levu. 

6. Vula i Nuga lailai. 

7. Vula i Nuga levu. 

8. Vula i Sevu. 



Juin-juillet. Mois de balance. 
Lorsqu'on défriche et nettoie le 
sol. 

Août. Lorsque les champs d'Igna- 
mes sont défoncés et plantés. 

Septembre. Lorsqu'on donne aux 
Ignames des roseaux sur les- 
quels elles puissent grimper. 

Octobre. Lorsque le Balolo {Palolo 
viridisi.'E. Gray), remarquable 
Annélide, fait • en petit nombre 
sa première apparition* 

Novembre. Lorsque les Balolo se 
montrent en grand nombre. Le 
25 novembre est généralement 
le jour où l'on en prend le plus. 

Décembre. Un poisson, nommé 
Nugay paraît en petit nombre. 

Janvier. Le Nuga arrive en grand 
nombre. 

Février. Lorsque les offrandes des 
premières Ignames arrachées 
{ai Sevu) sont faites aux prêtres. 



(1) La version de Seemann nous parait suffire, et nous ne donnons pas celte 
de Wilkes. P.Bi 



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128 LE POTAGER D'UN CURIEUX. . 

9. Vula i kelikeli. Mars. Lorsqu'on arrache les Igna- 

mes et qu'on les place sous des 
abris. 

10. VulaiGasau. A vn'î. Lorsque les roseaux (Gosau) 

recommencent à pousser. 

H. VutaiDd, Mai. Le Doi {Alphitonia zizy- 

phoides A. Gray), arbre des iles 
Fidji, qui donne des fleurs à 
profusion. 

L'Igname principalement cultivée est le Dioscorea alata L., 
qui a une tige grimpante quadrangulaire, sans piquants. Les 
naturels en distinguent de nombreuses variétés, qui sont 
toutes connues sous le nom collectif de uvi. Quelques-unes 
ont de grosses racines, quelques-unes en ont de petites, soit 
blanches, soit tirant plus ou moins sur le pourpre, et diffè- 
rent aussi bien par la forme que par l'époque de leur matu- 
rité. Ces variétés se nomment Dauniniy KeUj Kasokaso ou 
Kasoniy Voliy Sedre^ Lokalokay Moala, Uvi ni gaUy Lava^ 
Namula^ Rausi^ Balebale, etc. A Nuava, dans Vili levu, le 
chef Kuruduadua nous a montré un lot d'Ignames longues 
de six pieds et du poids de 100 livres, qui ne sont nullement 
rares dans le groupe. D'habiles cultivateurs affirment que, 
pour obtenir de grosses et abondantes racines, les plantations 
doivent être faites dans un sol dur et non préparé. Selon eux, 
l'Igname doit rencontrer de la résistance, ou, comme ils le 
disent quelquefois eux-mêmes, s'irriter avant de déployer 
toute sa force. J'ai même entendu parler d'un pari gagné par 
une femme qui avait pratiqué ce mode de culture, et qui 
avait parié qu'elle obtiendrait une racine assez grosse pour 
nourrir vingt personnes, tandis que l'homme qui pariait 
contre elle n'en avait produit qu'une insuffisante pour nourrir 
le tiers de ce nombre, quoiqu'il se fût donné beaucoup de peine 
pour ameublir et préparer la terre destinée à sa plantation. 

Le signal général donné pour la plantation est la floraison 
du Drala (Erythrina indica L.). Aussitôt que ses fleurs 
commencent à paraître, ce qui a lieu vers le mois de juillet 



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l'igname. 129 

ou au commencement d'août, tous les bras s'y emploient. Le 
sol ayant été déjà nettoyé pendant les mois précédents, des 
monticules de deux pieds de hauteur environ, et distants l'un 
de l'autre de quatre ou cinq pieds, sont élevés ; ces monti- 
cules sont connus sous le nom de Buke^ d'où la montagne la 
plus haute de Kadavu, dont M. Pritchard et moi avons fait 
pour la première fois l'ascension le 6 septembre 1860, et dont 
la forme ressemble à celle de ces monticules, tire son nom 
de Buke levu ou grande butte à Ignames. 

Il n'y a pour labourer ni bêche, ni aucun outil en fer. Tout 
se fait avec des perches de manglier et par la seule force des 
bras. Des tronçons de vieillesignames sont plantés au sommet 
des buttes, et, après le court espace de temps (Jue la plante 
met à pousser, moins d'un mois, elle exige des roseaux pour 
y gf imper ; il suffit ensuite de débarrasser le terrain des 
mauvaises herbes. 

• Vers février, les premières Ignames commencent à mûrir 
et servent d'offrandes aux prêtres dans les districts païens. 
En^îiars et avril se fait la principale récolte, qui est emmaga- 
siifée dans des hangars couverts en feuilles de Cocotier. Pen- 
dant la saison, le contenu de ces hangars doit être visité au 
moins une fois par mois ; les racines qui présentent la moindre 
trace de maladie sont retirées, pour éviter qu'elles infectent 
celles qui sont saines. Les Ignames sont mangées cuites au 
four, bouillies ou cuites à la vapeur, et les naturels peuvent 
en consommer de grandes quaqtités. Des cargaisons entières 
ont été quelquefois expédiées à la Nouvelle-Galles du Sud et à 
la Nouvelle-Zélande, et les baleiniers et les navires de com- 
merce ne touchent jamais à Viti sans en faire d'amples pro- 
visions. 

Une autre espèce,le Kawai (D.aculeata L.), est aussi plantée 
sur des monticules artificiels, quoique moins élevés que ceux 
ou l'on plante l'Igname ailée. Ses tiges rampantes sont rondes 
et garnies d'épines, mais on ne les élève pas sur des Roseaux, 
comme celles de l'espèce dont nous avons parlé plus haut. Le 
D. aculeata mûrit vers le mois de juin; le 27 de ce mois, il 

n'avait plus de feuilles. Au dire des naturels, il ne donne 

1) 



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430 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

jamais ni fleurs ni graines, et j'ai cherché en vain dans les 
champs avec l'espoir de les convaincre d'erreur. On le mul- 
tiplie en plantant de petits tubercules qui, comme les vieux, 
sont oblongs, de couleur brunâtre extérieurement et d'un 
blanc pur intérieurement. 

Lorsqu'il est cuit, sa peau se détache comme Vécorce du 
Bouleaiij selon l'expression de Wilkes. Sa racine est très 
féculente, comme celle d'une bonne Pomme de terre fari- 
neuse, mais d'une plus grande blancheur. Son goût rappelle 
celui de l'Arracacha de l'Amérique du Sud. Il possède une 
légère saveur sucrée très agréable au palais ; en somme, le 
Kawai peut être considéré comme la meilleure racine alimen- 
taire qui soit au monde, et je recommande énergiquement sa 
culture à tous les pays tropicaux qui ne la possèdent pas 
encore. 

Plusieurs espèces d'Ignames sauvages, telles que le Tikau, 
le Tivoli et le KailCy sont suspendues en gracieux festons aux 
branches des arbres et des arbustes de presque tous les 
bois. Le Tivoli {D. nummularia Lam.) a une tige épineuse 
comme celle du Kawai cultivé et grimpe très haut. Ses racines 
sont longues, cylindriques et aussi grosses que le bras d'un 
homme. Souvent, lorsqu'ils pénètrent dans les forêts, les 
naturels arrachent ses racines à l'aide d'un bâton, le font 
griller et le mangent sur place. Ils le trouvent excellent. 

Le Kaile (D. saliva L.) a quelque peu l'aspect du Tivoli et 
se rencontre souvent enlacé à ce dernier, mais ses tiges et ses 
branches sont rondes et inermes, et Tâcreté de ses racines 
oblige à les macérer dans l'eau avant de les faire bouillir. Le 
mets préparé avec elles a l'apparence de Pommes de terre, 
assez écrasées pour ne pouvoir être mangées qu'avec les cuil- 
lères que fournissent les feuilles, résistantes comme du cuir, 
de l'arbre à cuillères ou Tatakia (Acacia laurifolia Willd), 
ou toutes autres feuilles suffisamment solides qu'on a sous la 
main. 

Le Kaile^tokatolu (D. pentaphylla L.) est quelquefois cul- 
tivé, selon M. Storck, et son tubercule est un bon aliment. Je 
n'ai pas pu me procurer de spécimens de l'Igname sauvage 



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l'igname. 131 

que les naturels nomment Tikau^ mais il est établi dans le 
Dictionnaire Fidjien (p. 323 et SU) qu'elle diffère du Tivoli 
et que son nom est en usage dans quelques dialectes du 
groupe au lieu du nom générique Uvi. Serait-ce le D. pen- 
taphylla ou bien est-ce une espèce de plus? 
La liste suivante donne la clef des espèces de Viti : 



Caule inermi. 
alato. 
tereti. 

Caule aculeata. 
Foliis oppositis. 

Foliis ahernis j '."'«f^*- 
( digilatis. 


D. alata. 
D. sativa. 

D. nummularia. 
D. aculeata. 
D. pentaphylla. 


LIGNAHE 

DANS LA NOUVELLE-CALÉDONIE (1). 



L'Igname est particulièrement exigeante sous le rapport 
de la légèreté du sol, qu'elle soit naturelle ou acquise. Ce 
n'est que dans des terres légères et profondes que Ton obtient 
des tubercules si gros, qu'il faut parfois deux hommes pour 
les transporter. Quant à la composition qu'elle paraît pré- 
férer, c'est un mélange de sable et de calcaire, tel qu'en 
offrent les sols reposant sur le corail, et fortement mélangés 
de matières organiques en décomposition. 

Une autre qualité essentielle que doit posséder la terre 
destinée aux Ignames, c'est de n'avoir rien à redouter de 
l'humidité. Peu de plantes sont aussi sensibles aux effets dé- 
sastreux de l'eau stagnante et de l'humidité persistante. 

Toutes les variétés viennent généralement dans l'intérieur, 
comme sur le bord de la mer* Il en est cependant qui redou- 
tent l'influence du vent de mer. Telle est la variété nommée 

(1) Lettre de M. V. Perret, ancien directeur du Pénitencier agricole de la 
bumbéa, 20 décembre 1883. 



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132 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Kilira dans le Nord, et Cocodyi dans le Centre, qui ne vient 
pas au bord de la mer. 

En somme, bien que la Nouvelle-Calédonie soit une terre 
essentiellement argileuse, néanmoins Tlgname y vient partout, 
pourvu que la terre ait été suffisamment bien préparée. Celte 
préparation consiste dans Tameublissement et le nettoyage. 
Voici comment opèrent les indigènes, en Nouvelle-Calé- 
donie : quand vient le mois de septembre, qui est l'époque 
de la saison sèche, ils ont choisi l'emplacement de leur plan- 
tation et l'ont marqué par un pieu, au sommet duquel est 
attachée une poignée d'herbe; c'est une prise de possession. 
Quelque temps après, quand le jour est favorable, ils mettent 
le feu aux herbes et, avant l'arrivée des Européens, la Calé- 
donie brûlait ainsi tout entière." Après avoir débarrassé le sol 
des arbustes et autres obstacles que l'outil peut rencontrer, 
l'indigène l'attaque au moyen d'un pieu de 2'",50 à 4 mètres, 
sur 6, 7 ou 8 centimètres de diamètre à la base, aiguisé et 
durci au feu. Les indigènes n'emploient à cet usage que cer- 
tains bois spéciaux, lourds et durs. Ils enfoncent violemment 
cet instrument dans le sol, en le projetant, à plusieurs re- 
prises, de haut en bas, dans le même trou, jusqu'à ce qu'il 
ait pénétré à 0",30 environ. En quelques pesées, une fois les 
premières mottes enlevées, ils culbutent un bloc de terre de 
plusieurs décimètres cubes, quelquefois même plus volumi- 
neux que ne pourraient le faire des ouvriers armés d'outils, 
surtout lorsqu'ils sont trois ou quatre à défoncer ensemble. 
Ces blocs renversés passent aux mains des femmes qui s'avan- 
cent lentement, à genoux, en débitant sur leur passage toutes 
ces mottes, d'abord avec de petits bâtons, puis avec les doigts, 
jusqu'à ce qu'elles soient réduites eu poussière et que toutes 
les racines adventices soient extraites. Quand ce travail 
d'ameublissement est achevé, la couche de terre meuble est 
accrue par son amoncellement. Si la portion cultivée est en 
plaine, les indigènes creusent deux sillons profonds de chaque 
côté et relèvent fortement la terre en dos d'âne. Pour une 
largeur de 6 mètres, je suppose, la différence de niveau peut 
atteindre 1°',50. Les principales vallées de la colonie sont 



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l'igname. 133 

couvertes de ces sillons. Si, au contraire, la culture a été faite 
sur le flanc d'un coteau, la terre est ramenée de toutes les 
extrémités et entassée dans le milieu en forme de planche, ou 
de croissant le plus souvent, à moins qu'elle ne soit dans le 
thalweg dont elle suit alors les sinuosités. 

Ils préparent ensuite leurs plants; ce sont des morceaux 
coupés du volume d'un demi-décimètre cube environ, préfé- 
rablement le sommet de la plante. On les divise plusieurs 
jours d'avance pour laisser sécher les plaies. L'Igname craint 
beaucoup l'humidité et pourrit très facilement ; ils en mettent 
deux morceaux à chaque pied, presque à fleur de terre et les 
recouvrent d'un petit dôme de terre très fine. 

Quand la pousse est sortie, ils fichent de grandes perches 
inclinées à l'opposé du vent régnant et plantées à 0",40 en- 
viron du pied de l'Igname pour ne pas la déranger. 

Aussitôt que la pousse a0'°,30 de long environ, ils fichent 
à sa base une petite baguette de bois ou de bambou qui relie 
le pied de la plante avec la perche voisine, et l'Igname est 
conduite le long de cette baguette inclinée, jusqu'au tuteur 
qui doit lui servir d'appui. 

Là se bornent à peu près les soins que cette plante reçoit; 
trois à six mois après, suivant les espèces, les tubercules sont 
mûrs. Suivant les espèces ou les variétés, il y en a de 1 à 15 
ou 48, et il y en a de toutes les grosseurs. On a vu des Ignames, 
des Nouvelles-Hébrides notamment, venues en terre de corail, 
atteindre plus de 2 mètres de long et excéder la charge d'un 
homme. 

Les indigènes prennent beaucoup de soins pour l'extraction. 
La conservation de l'Igname dépend de son intégrité et, si 
elle a été retirée saine et entière, elle peut se conserver sept 
à huit mois dans un local approprié. 

Cette plante ne fleurit jamais en Nouvelle-Calédonie ; elle 
est certainement importée. Il y en a au moins une trentaine 
de variétés. Toute la surface de la peau de l'Igname est bour- 
geonnante malgré l'absence d'yeux visibles. En voici la liste 
en deux langues de la colonie, dont l'une, la Falaoguite, est 
des plus répandues 



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434 LE POTAGER d'un CURIEUX. 

Noms des principales variétés d'Ignames en Nouvelle-Calédome, 







LAHfiCI D'ATt, 




DÉSIGNATION DES VARIÉTÉS. 


LAMGUE DB VOH. 


FALAMGDITE 
OU BATE. 


QUÀUTÉ. 


Forme et grosseur de la Pomme dé 








terre TiteIotte,8ucrée,parfumée. 


Gundi. 


Ware. 


il 


Violette, longue, grosse 


Ouitoupila. 


Grabon. 


1 


Blanche, longue, grosse 


Fuapendo. 


Fuapendo. 


3 


Blanche, courte, petite 


Cocathi. 


Cocathi. 


3 


Blanche, courte, grosse 


C*h'oun. 


Ndhé. 


1 


Blanche, assez longue, petite... 


Teinha. 


Teinha. 


1 


Parfumée . .*.... 


Aoui. 


Aoui. A Saint- 
Louis : Initua. 


1 


1 -Ot i%Mm^*\^\^ • ••••••••••••••••»«# 


Grosse, loneue 


Hèpè. 
Coubar. 


Hèpè. 
Coubar. 


2 


Blanche, très courte, petite 


1 


Rouge, courte, très petite 


Ghéléalh. 


N'existe pas. 


3 


Rouge, très courte, petite 


Moindah. 


Moindah. 


2 


Longue, grosse, blanche 

Rouge, très longue, assez grosse. 


Bou^aou. 


Bou-aou. 


2 


Dîpoû. 


Dîpoû. 


2 


Rouée, irrossc, lonsrue 


Ti**ôman. 


Ti'-dman . 


2 


Grosse, longue 

Blanche, très longue, grosse. . . 


Cathia. 


Cathia. 


2 


Goin. 


Goin. 


2 


Blanche, longue, grosso 


Hon-da. 


Hon-da. 


2 


Un seul nom pour deux variétés, 








Tune blanche, Tautre violette. 


Ouacoulouta. 


Ouacoulouta. 


3 


Blanche, très petite, courte 


Ghéléhate. 


Ghéléhate. 


3 


Rouge, moyenne, assez courte. . 


Dîla. 


Dila. 


2 


Rouge, moyenne, courte 


Tha-ate. 


Tanneh. 


2 


Blanche, longue de 2 met. , mince. 


Opou-àli. 


Dé-émi. 


2 . 


Rouge, fourchue, aplatie, courte 
(main à 2 ou 3 doigts} 








Pocouta. 


Pocouta. 


2 


Rouge, courte, moyenne 


Dahambou. 


Him-boueh. 


2 


Blanche, assez longue, mince. . 


Matoh. 


Matoh. 


3 


Blanche, assez courte, petite.,. 


Pouan. 


Pouan . 


2 


Rouffe. courte, oetite 


Tikaë. 


Tikaé. 


2 


Blanche, courte, petite 


Konndap. 
Deh-enh . 


Konndap. 
Deh-enh . 


1 


Blanche, longue, grosse 


3 


Blanche, très courte, moyenne. . 


Mouènne. 


Ta-qui-Ouâ. 


2 


Rouge, courte, petite 


Onombitio. 


Onombitio. 


2 


Blanche, très courte, petite. . . . 


Tapouar. 
Dié-Nambué. 


Tapouar. 


2 


Rouge, courte, moyenne 


N*exi8te pas. 


3 


Rouge, longue, mince 


Nakaan. 


Nakaan. 


2 


Rouge, assez longue, grosse. . . . 


Fémafai. 


In-Dioh. 


2 


Courte, moyenne, rouge 

Blanche, aplatie, main a 2, 3, 4, 5 


Boounden. 


Caboul. 


2 






La 


doigts.Grand.d'unegrosse main 


Boutanhénn. 


Goutanham. 


meilleure. 


Blanche, longue, grosse 


Tanoa. 


Tanoa. 


3 


Blanche, courte, assez petite . . . 


LIop. 


Toqui. 


3 


Rouge, longue, moyenne, feuilles 








et tige vertes 


Founambouate. 


Brarou. 


2 


Rouge, courte, moyenne 


Ridétite. 


Diomali. 


2 


Rouge, courte, moyenne 


Coumandioh. 


Coumandioh. 


2 


Blanche, assez longue, grosse.. 


Taquheth. 


Tiagandou. 


2 


Blanche, courte, moyenne 


Toundo-onn. 


Top-Ondou. 


3 



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l'igname. 135 

L'IGNAME 

A LA GUYANE (4). 

Les espèces cultivées à la Guyane sont : 

L'Igname indienne {Diosc. triloba)^ cultivée de toute anti- 
quité par les indigènes d'Amérique. C'est l'espèce dont les 
tubercules sont le plus agréables au goût. 

L'Igname pays-nègre ou Igname de Guinée. Igname épi- 
neuse, Diosc, càyennensis Kth. {D. altissima Lam.). Ses 
tubercules sont très volumineux, mais moins délicats. 

L'Igname franche, appelée souvent mal à propos Igname 
française {Diosc, alata)^ moins répandue que les précé- 
dentes. 

Voici leur courte description : 

L'Igname indienne, D. triloba L. (D. affinis Kth,D. trun- 
cata Miquel, D. trifida Meyer), a la tige sans épines, relevée 
de crêtes membraneuses saillantes. Les feuilles sont larges; 
elles ont, les inférieures 7 ou 5 lobes, les supérieures 3, qui 
ne vont pas jusqu'à moitié de leur longueur. Le feuillage est 
d'un vert jaunâtre clair. Les tubercules sont nombreux, 
ovoïdes ou arrondis, couverts d'une écorce noirâtre et cre- 
vassée. Cette espèce, qui est américaine, est cultivée au Brésil 
et aux Antilles, comme à la Guyane. C'est une excellente 
espèce. 

L'Igname pays-nègre, Diosc. càyennensis Kth {D. altis- 
sima y D. Berteroana Knth), vraisemblablement apportée 
anciennement d'Afrique, a la tige épineuse. Les feuilles sont 
entières, cordiformes, d'un vert foncé, luisantes, assez petites. 
Son tubercule est généralement simple, aplati, plus ou moins 
ovoïde. Il est très volumineux, mais plus dur et moins délicat 
au goût que celui de l'Igname indienne. C'est, d'autre part, 
une espèce plus productive et moins exigeante sur la qualité 
du soU 

(1) Bull. Soc. bot. de France^ 1871, t. XVIlï. D' Paul SogoU 



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136 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

L'Igname franche, Diosc. alatah.^ originaire de l'archipel 
Malais et de l'Océanie, a la lige sans épines, relevée de crêtes 
membraneuses saillantes, les feuilles cordiformes, entières, 
d'un vert jaunâtre. Le tubercule est ovoïde, plus ou moins 
allongé. Cette espèce est moins répandue dans la colonie que 
les deux précédentes. Son tubercule n'est pas aussi délicat 
que celui de l'Igname indienne. 

On cultive encore quelquefois dans la colonie le Diosc. 
pubescens Poir.; mais je n'ai pas eu l'occasion de l'observer. 
On recueille quelquefois les tubercules de Tlgname-bois, 
Z). bulbifera, qui vient sauvage dans les forêts. Les Indiens 
du haut des rivières cultivent, à ce que m'a rapporté M. Le- 
prieur. outre l'Igname indienne, une espèce particulière que 
les colons ne possèdent pas. 



AU VENEZUELA (1). 

Parmi les différentes espèces d'Ignames cultivées dans le 
pays, on en distingue trois principales, vulgairement connues 
sous les noms de Name de Santo-Domingo, Name liso et 
Name de espina. 

Ces trois espèces n'ont pas encore été classées, que je 
sache; toutefois, la première, ou l'Igname dite de Saint- 
Domingue, semblerait répondre au Dioscorea bulbifera. 

C'est une plante à tige sarmenteuse dont la principale pro- 
duction consiste dans les bulbilles ou tubercules qui se déve- 
loppent sur la partie aérienne de la plante, à l'aisselle des 
feuilles; la racine souterraine n'est qu'un produit accessoire; 
aussi y forme-t-on à l'entour une espèce de treillage sur 
lequel elle puisse grimper et étendre ses rameaux. Cette 
Igname est la moins prisée; sa fécule conserve un certain 
goût d'amertume peu agréable, mais qui serait sans doute 
susceptible de correction. 

(1) Plantes alimentaires du Veneiuela, par A. de Tourreil {Bull, Soc, 
d'Accl, vol. VI, 1859, p. 581). 



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l'igname. 137 

L'Igname lisse serait-elle le Dioscorea sativa f Elle donne 
des racines plus ou moins allongées, en forme de massue, à 
tissu charnu, compact, féculent et d'un blanc opalin. Sa 
surface, d'un brun fauve, est unie et offre les organes delà 
génération autour du collet (1). Ses racines pivotent quelque- 
fois jusqu'à une grande profondeur; mais, en général, les 
renflements souterrains qui constituent le produit essentiel 
de la plante, sont presque ronds et d'un arrachage facile. Les 
tiges portent également leurs fruits et l'on a soin d'y placer 
auprès des tuteurs pour soutenir. 

L'Igname épineuse appartient au même genre. Elle diffère 
seulement de la lisse en ce que sa surface offre des yeux 
analogues à ceux de la Patate et des radicelles en forme 
d'épines. Sa fécule est grasse, moelleuse et succulente; ses 
tiges sont aussi grimpantes et parviennent à plusieurs mètres 
d'élévation, mais on ne les pourvoit de tuteurs que pour leur 
servir d'appui ; on ne fait aucun cas des bulbilles qu'elles 
portent* Ces deux espèces ont beaucoup de rapport avec la 
Dioscorée chinoise. 

Il est une autre racine farineuse, connue dans le pays sous 
le nom vulgaire de Mapuey^ dont la forme et la tige sarmen- 
têuse indiquent qu'elle appartient aussi à la famille des 
Dioscorées (2). 

Elle se présente sous deux espèces différentes, l'une de 
couleur violette, l'autre blanche... 

Lé Mapuey violet est préféré ; ses renflements radiciformes 
sont gros et courts; sa fécule est très friable et d'un goût 
savoureux; cuit à l'eau de sel, au four ou sous la cendre, on 
le mange comme du pain. Cest aussi une plante potagère par 
excellence. 

Ces plantes aiment les climats chauds, mais elles s'habituent 
aussi à un climat tempéré. 

Leurs rhizomes mûrissent dans l'espace de dix mois, à 
600 ou 700 mètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer, 
mais à une plus grande altitude, à 1600 ou 1700 mètres, il 

(1) Par organes de la génération il faut entendre les bourgeons. P. B. 

(2) Dioscorea trifida, D' Ernst. P. B. 



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438 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

leur faut quatorze ou quinze mois pour atteindre à leur 
maturité. 

La reproduction de l'Igname se fait ici par tubercules en- 
tiers ou par tronçons de la partie supérieure du rhizome. 
Souvent même cette opération s'exécute sans détruire la 
partie aérienne de la plante ; on en découvre la racine, on 
la coupe à environ un pouce au-dessous du collet, on comble 
de nouveau l'excavation et l'on remet à sa place la portion 
supérieure de la racine, qu'on recouvre de terre végétale. 

L'Igname aime la terre molle et elle s'étend ordinairement 
selon l'espace qu'on lui a préparé; d'un terrain creusé à 
i mètre de profondeur et 1/2 mètre de largeur on a retiré 
des Ignames en proportion de cette grandeur. L'Igname est 
susceptible d'acquérir de très grandes dimensions; on en a 
vu au Venezuela pesant jusqu'à 100 kilogrammes. 

Il arrive souvent que, ne pouvant opérer leur entier déve- 
loppement dans la partie souterraine, soit par faute d'espace, 
soit par la rencontre d'un obstacle quelconque, les rhizomes 
de l'Igname s'élèvent au-dessus du sol à plus d'un quart de 
mètre; on a soin alors de les tenir recouverts de terre, ce 
qui, d'ailleurs, n'offre aucun obstacle à leur production. 

Le rendement de l'Igname est supérieur à celui de la Pomme 
de terre; elle contient presque autant de fécule farineuse que 
celle-ci et elle renferme un principe azoté qui la rendrait 
nutritive. Sa substance est reconnue comme très nourrissante 
et d'une facile digestion; elle sert, au besoin, en qualité de 
pain aux habitants des campagnes et, en général, de plante 
potagère d'un usage journalier. Elle se prête, en outre, sous 
différentes formes, à la composition de divers ragoûts et sa 
cuisson s'obtient en peu de temps, soit à l'eau de sel, soit au 
four ou sous la cendre chaude. 

Les climats chauds sont les plus favorables à l'Igname : 
plus la chaleur est vive et intense, plus sa végétation est 
active et vigoureuse. La température moyenne sous laquelle 
elle végète est d'environ 22 degrés du thermomètre centigrade 
et le maximum de froid de 15 à 16 degrés, tandis qu'elle sup- 
porte très bien un maximum de plus de 29 degrés de chaleur. 



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l'igname. 139 

La rusticité de l'Igname est telle que sa culture a'exige ici 
aucun engrais ; elle croit même sylvestre, et les oiseaux se 
chargent souvent d'en répandre la semence. 



LIGNÂHE 

EN FRANCE. 

L'Igname de Chine, Dioscorea japonicay iniroduile en iSiS 
par M. de Montigny, est la seule dont on se soit sérieusement 
occupé en France. Nous serons muets sur cette Dioscorée, qui 
a été l'objet de cultures expérimentales persévérantes et qui 
est encore cultivée dans les jardins d'amateurs. Nous nous 
bornerons à donner la liste des notes et mémoires qui ont été 
publiés à son sujet et qui sont d'ailleurs résumés dans l'ar- 
ticle que lui consacrent MM. Vilmorin- Andrieux et C'* aux 
pages 283-285 des Plantes potagères. 

Une Igname introduite de Chine au Muséum, en 1862, à 
laquelle M. Carrière a donné le nom de D. Decaisneana et 
qui n'est qu'une variété de l'espèce précédente, nous intéres- 
serait davantage si elle était plus productive. Elle a le mérite 
de ne pas plonger profondément dans le sol et d'être par 
conséquent d'un arrachage facile. Elle est de bonne qualité 
et absolument rustique; malheureusement, le tubercule que 
Ton plante périt et est simplement remplacé par un tubercule 
un peu plus gros; il n'y a donc pas de multiplication. Il faut 
recourir aux bulbes aériennes que fournit la plante en petit 
nombre et dont le volume atteint rarement celui d'une noi- 
sette. On plante ces bulbilles en pépinière et, trois ans après, 
on récolle des tubercules de forme très irrégulière et de mé- 
diocre grosseur. 

M. Doumet-Adanson s'occupe depuis longtemps du D. De- 
caisneana avec tout le succès qu'on peut en attendre. Il en a 
présenté de très beaux spécimens à la Société d'Acclimatation 
et en continue la culture. Nous y avons renoncé, faute d'es- 
pace, tout en reconnaissant que cette Igname est de bonne 



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140 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

qualité, qu'elle occupe peu de place en pépinière et qu'elle 
mérite les soins des amateurs. 

Les essais de culture d'autres espèces qui ont sans doute 
été faits, ont été assurément fort rares; nous ne pourrons 
parler que de nos expériences personnelles. 

Il y a huit ou neuf ans, nous avons tenté sous châssis la 
culture de deux variétés de Dioscorea alata avec un résultat 
absolument négatif. 

Plus tard, et à deux reprises, nous avons planté des tuber- 
cules du Mapuey branco (Z). trifida blanc) et du MapueymO' 
rado (D. trifidawiolei), du Venezuela. Ce dernier n'a pas formé 
de tubercules. Le premier nous a donné des tubercules impar- 
faits, mais laculturesous châssis n'est peut-être pas imprati- 
cable; malheureusement, le Maptiey blanc est beaucoup moins 
estimé que la variété violette. Celle-ci nous a été particulière- 
ment recommandée par M. le docteur Ernst, professeur d'his- 
toire naturelle à Caracaç. On a vu plus haut en quelle estime 
M. le docteur Sagot tient cette espèce (D, triloba, syn,). 

Nous avons dégusté le Mapuey violet et nous déclarons 
qu'on ne saurait trouver une racine meilleure. Sa saveur est 
excellente et elle est farineuse au point de s'effondrer dès 
qu'on y touche, comme ces pâtés de sablé que font les enfants. 
A notre grand regret, nous tenons la culture de celte Igname 
comme impossible sous le climat de Paris. 

Nous avons planté sous châssis plusieurs espèces de la Nou- 
velle-Calédonie, mais nous les avions reçues trop tard et les 
tubercules que quelques-unes nous ont donnés, n'étant pas 
arrivés à maturité, ne se sont pas conservés pendant l'hiver. 

Nous excepterons cependant l'Igname bulbifère sauvage 
qui a mûri ses tubercules et ses bulbilles, succès sérieux en 
ce qu'il permet d'espérer que d'autres espèces, choisies parmi 
les plus hâtives, pourront aussi donner d'heureux résultats. 

La Société d'Acclimatation propose un premier prix de 
600 francs et un second prix de 400 francs pour l'introduc- 
tion et la culture pendant deux années successives d'une 
Igname (Dioscorea) joignant à sa qualité supérieure un arra- 
chage facile. 



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L*IGNAME. 141 

Ces prix seront-ils gagnés? 

Nous en doutons, s'il s'agit de présenter une Igname de 
grande culture; nous n'en doutons pas s'il s'agit d'une Igname 
considérée comme plante potagère et traitée par les procédés 
de la culture maraîchère. Ces procédés suffisent pour obtenir 
parfaitement mûrs et de bonne garde les tubercules et les 
bulbilles du D. bulbifera, Igname originaire des contrées 
les plus chaudes du globe, spontanée aux Indes, à la 
Guyane, etc. 

Cette Igname n est pas particulièrement hâtive et les ren- 
seignements que nous avons recueillis nous ont appris que 
la végétation de plusieurs autres espèces est de moindre 
durée. Il faut donc trouver ces dernières, et nous sommes 
fondés à croire que cela ne tardera pas. 

Nous avons donné plus haut une liste de 42 espèces ou 
variétés d'Ignames cultivées dans la Nouvelle-Calédonie. On 
nous signale une variété bulbifère, très productive^ très 
hâtive, qui n'exigerait dam le pays que trois mois de végé- 
tation ; une autre précoce, dont chaque pied donnerait 10 à 
12 tubercules, courts et de facile conservation; une troisième, 
sucrée et parfumée, légèrement musquée, précoce, produi- 
sant en abondance des tubercules courts, bourgeonnes, se 
conservant mieux en terre que dehors, s'arrachant et se plan- 
tant toute l'année. 

On peut estimer que la Nouvelle-Calédonie ne possède pas 
moins de 50 espèces ou variétés d'Ignames qu'il s'agit de 
cultiver ici expérimentalement, et de comparer entre elles, 
en exceptant cependant celles dont les racines sont très 
grosses. On en trouvera plusieurs qui accepteront la culture 
maraîchère. 

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE. 
Reme horticole. 

Note sur le Dioscorea Batotas, 1854, p. 242 et 443, 

Dioscorea Baiatas, parM. J. Decaisne, 1855, 4'» sér., vol. IV, p. 69. 

Description comparative des D. Batatas et japonica. Analyse chimiquq 

des tubercules. Culture. Multiplication. 



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44-2 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Dioscorea Batatas. Succès et revers de sa culture, par M. Naudin, 
1855, 4» sér., vol. IV, p. W2. 

Dioscorea Batatas, Sa culture, par M. Naudin, i855, 4« sér., vol. IV, 
p. 442. 

Dioscorea Decaisneana, par M. Carrière. Description, origine, cul- 
ture, 1865, p. 1 il, 215, 407. 

Bulletin de la Société Centrale d'Horticulture de France. 

Note sur la culture de Tlgname de Chine, par M. Vuitry, 2^ sér., 
vol.V, p. 110. 

Culture de Tlgname, par M. Lassausse, S"" sér., vol. IV, p. 495, 1870. 

Culture de Tlgname de Chine, par M. Colardeau, 2« sér., vol. IV, 
p. 270, 1870. 

Nature et végétation du tubercule de Tlgname de Chine, par M. Ch. 
Royer, 2«sér., p. 735, 1873. 

Noie sur Tlgname de Chine, par M. Vuitry, 2« sér., vol. VIII, p. 346, 
1874. 

Bulletin de la Société d'Acclimatation. 

Note sur Flgname de Chine, par M. Richard (du Cantal), vol. II> 
p. 271, 1855. 

Indications sur la culture de Tlgname, par M. le baron de Montgaudry, 
vol. II, p. 337, 1855. 

Sur une nouvelle Igname de la Nouvelle-Zélande, par M. Piddington, 
vol. m, p. 156, 1856. 

Note sur l'Igname de la Nouvelle-Zélande, par M. Chatin, vol. III, 
p. 159, 1856. 

Sur la grande culture de Tlgname de Chine entreprise par M. Rémond, 
de Versailles, dans les déparlements de Seine-et-Oise, de la Drômc et 
des Landes, vol. III, p. 571, 1856. 

Acclimatation de Tlgnarae de Chine, par M. Moquin-Tandon, vol. V, 
p. 62, 1858. 

Sur les résultats de la culture de diverses espèces d'Ignames, par 
M» Chatin, vol. V, p. 26, 1858. 

Sur la culture des Ignames en 1S57, à la Pépinière centrale du Gou- 
vernement, à Alger, par M. Hardy, vol. V, p. 546, 1858. 

Note sur divers modes de culture de l'Igname de Chine, par M. Henri 
de Calanjan, vol. V, p. 589, 1858. 

Culture et pain de l'Igname de Chine, suivant le système de M. de 
Monligny, 2» sér., vol. IV, p. 111, 1867. 

Note sur l'Igname, 2« sér., vol. V, p. 347, 1868. 

Dioscorea alata. Rapport sur la culture faite au Jardin d'Acclima- 
tation, par M. Quihou, 2« sér., vol. VI, p. 134, 1869. 

Note sur l'Igname, par M. Vavin^ 3* sér., vol. Vj p. 69, 1878; 



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KËTMIË ACIDE. 143 

Note sur Tlgnarae (multiplication), par M. le docteur Lecler. 3* sér., 
vol. V, p. i88, i878. 

Floi^e des Serres et des Jardina de VEurope, de Van Houtte. 
Vol. IX, p. i67; vol. X, p. 184; ^ol. XI, p. 26; vol.XII, p. 22. 



KETMIE A.CIDE 

Oseille de Guinée. 

HIBISCUS SABDARIFFA L. 

Fam. des Malvacées. 

Plante annuelle. Tige de 7 à 8 décimètres, glabre, rou- 
geâtre, rameuse. Feuilles dentées, les inférieures ovales, les 
supérieures à trois lobes cunéiformes. En juin-septembre, 
fleurs jaunes, à fond pourpre, solitaires, axillaires, presque 
sessiles. Calicule à 12 dents. Indes orientales, 1596. 

Nous avons cultivé TOseille de Guinée sous châssis, et nous 
avons obtenu sans difficulté des fleurs et des graines; mais 
nous ne pouvons nous dissimuler que cette culture ne sera 
jamais profitable dans la région de Paris. Elle peut trouver 
place dans le potager d'un curieux, mais elle n'en sortira pas. 
C'est une plante d'amateur. 

« Après la floraison, le calice s'allonge, devient épais, 
charnu, d'un rouge foncé et d'une saveur acide. Cette acidité 
fait qu'aux Antilles on le substitue à l'Oseille, dont il a d'ail* 
leurs les propriétés. Les cuisiniers et les chefs d'office l'em- 
ploient, d'après la nature de leurs fonctions respectives, en 
lui associant des coulis, du beurre, tirent un bon parti de ses 
calices et des feuilles pour les farces glacées, sur lesquelles 
doivent paraître diff'érentes viandes; les confiseurs réservent 
aux mêmes parties un emploi plus distingué et en font des 
conserves et des confitures d*une acidité agréable et rafraî- 
chissante. 

» La Ketmie acide croît naturellement en Guinée, dans les 
Antilles et dans toute l'Amérique méridionale... » (Descour- 
tilz, Flore des Antilles.) 



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144 LE POTAGER D*UN CURIEUX. 

Nous donnerons encore une iiole tiroe de A Manual of 
Gardening, for Bengal and upper India, by Thomas A. C. 
Firminger : Roselle-lndian Sorrel. 

€ Plante annuelle, originaire des Indes occidentales, mais 
cultivée aujourd'hui dans la plupart des jardins de l'Inde. 

» La partie de la plante dont on fait usage n'esf pas le fruit 
lui-même, mais le calice, dont les sépales larges, épais et 
succulents servent à confectionner des tnrtes'et dps puddings 
délicieux, ainsi qu'une gelée remarquablement belle, qui 
diffère à peine de la gelée de groseille rouge, dont elle est, à 
bien des égards, un excellent succédané. 

» Il y a deux sortes d'Oseille dej'Inde, l'une rouge et l'autre 
blanche, à peu près semblables, si ce n'est que la blanche 
paraît être un peu moins acide... » 

Nous avons acheté chez M. Hédiard des confitures d'Oseille 
de Guinée, que nous avons dégustées et qui nous ont paru 
agréables. La formule nous a été envoyée par un habitant de 
la Pointe-à-Pître : 



Confitures de Groseille-pays. 

(Lettre de M. B**.) 

Quand le fruit a été cueilli, Toa doit d'abord séparer le calice péta- 
loïde rouge du réceptacle vert auquel il adhère. Ici, où Ton redoute 
Tacidité des fruits sous le prétexte qu'ils sont surs, et où, d'un autre côté, 
l'on n'aime pas les fruits mûrs, disant qu'ils sont passés, ici, dis-je, on 
commence par jeter de l'eau bouillante sur ces quasi-fleurs pour leur 
enlever l'excès de leur aigreur, et on n'utilise pas cette première infu- 
sion. C'est dans une seconde opération que l'on fait cuire les calices 
rouges dans l'eau et qu'on y fait fondre le sucre. Les proportions de sucre 
sont au moins celles qui servent à préparer tous les sirops de fruits 
acides, sans tenir compte de la pectine que le suc peut contenir; car il 
arrive quelquefois que les confitures que nous mangeons sont presque 
prises en gelée, et, d'autres fois, qu'elles restent en sirop... Reste à 
savoir s'il convient d'utiliser la première eau que l'on rejette ici à cause 
de son excès d*acidité. N'y a-t-il pas à craindre que cette eau n'entraîne 
tout ou partie de la pecline en même temps que l'acide? Dans l'un et 
l'autre cas, on sacrifie l'un des principes à l'autre. Ce sera donc à vous 
à voir celui que vous préférez conserver. 



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KONIAKU. 145 

Je me Ogure qu'on pourrait peut-être faire uae première infusioa 
concentrée, destinée à préparer la gelée acide, et, avec les mêmes 
fruits, préparer une confiture qui serait encore suffisamment aigrelette... 



KONIAKU 



An ORPHOPHALLus RiviERi. Durieu var.' B. Konjac Engler, Monogra- 
phiœ Phanerogam. DC, vol. II, p. 213. 

Conophallus Konjak Scholt ex Miq., Prolmio flor.jap.y p. ^34. 

Amorphophallus Konjac G. Koch, in BerLAllg, Gartenz,, 1858, 
p. 166. 

Arisœma Conjac Sieb. 

Fam. des Aroidées. 

UAeD' Vidal a publié dans le Bulletin de la Société d'Ac- 
climatation (n'' de juillet 1877) un mémoire du plus haut 
intérêt sur le Konniyakou. Ce mémoire occupe quinze pages, 
et son étendue ne nous permet pas de le reproduire in ex- 
tenso ; mais nous croyons devoir en extraire les parties essen- 
tielles et conseiller aux agriculteurs de recourir- au mémoire 
lui-même, lorsqu'ils entreprendront la culture de la plante. 

Extraits du mémoire de M. le D' J, Vidal. 

« M. le D^ Vidal a été témoin de la grande consommation 
que font les populations japonaises des tubercules du Cono- 
phallus Konjak. Il a pu en étudier le mode de culture et aussi 
le genre de préparation que Ton fait subir à son tubercule 
pour l'employer comme aliment. 

!> Le nom spécifique deRonjak^ qui a été donné à la plante 
par le botaniste Schott^ n'est évidemment qu'une mauvaise 
transcription du mot indigène Konniyakou^ parce que géné- 
ralement r^ est remplacé par le j dans l'orthographe des mots 
japonais adoptée par les Hollandais et les Allemands. 

Description. 
» Le Konniyakou est uneAroïdée vivace à racine tubéreuse. 

10 



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146 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

Sa tige est une hampe d'un vert assez clair, mouchetée de 
taclies brunes et noirâtres, laquelle peut atteindre 1 mètre 
environ de hauteur avec une circonférence de O",? à 0'",8 à 
la base ; elle se termine en donnant naissance à trois grandes 
feuilles qui s'écartent obliquement, en formant entre elles et 
avec Taxe de la lige des angles égaux ; le limbe de ces feuilles 
e^ profondément et un peu irrégulièrement découpé, de sorte 
qu'elles sont presque pennées ; la nervure principale médiane 
est accompagnée de chaque côté d'une bande de limbe, qui 
se continue avec celui qui entoure les nervures secondaires 
des folioles. A trois ou quatre pouces de profondeur sous 
terre, la tige s'implante sur le milieu de la face supérieure 
d'un tubercule plus ou moins développé suivant l'âge du 
sujet; ce tubercule qui est à peu près hémisphérique, repré- 
sente assez exactement la moitié d'une sphère qui aurait été 
divisée en deux parties égales; et c'est au milieu du plan de 
section, légèrement concave, que se forme le collet de la 
plante ; quant à la surface convexe du tubercule, qui est la 
plus grande, elle donne attache à quelques radicelles, et se 
trouve pourvue d'yeux, à la façon des Pommes de terre. » 

Le docteur n'a pas vu les organes de la floraison et de la 
fructification du Konniyakou^ qui, dit-on, ne donne de fleurs 
que tous les deux ans et ne fleurit vraisemblablement pas 
dans les provinces centrales du Japon. Il est donc probable- 
ment originaire des provinces méridionales. D'après les ren- 
seignements qui ont été fournis à l'auteur du mémoire, la 
fleur du Konniyakou a un spadice portant les fleurs mâles en 
haut et les fleurs femelles au-dessous, et entouré par une 
grande spathe de couleur rouge, lancéolée aiguë, qui se re- 
courbe à angle droit par son milieu, de telle sorte que sa 
moitié supérieure, deve^nue horizontale, s'appuie sur l'extré- 
mité du spadice. Les fruits consistent en un grand nombre de 
petites baies rouges implantées sur la partie correspondante 
du spadice, fortement renflée. 

Culture. 
« La culture du Konniyakou est des plus simples et des plus 



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KONIAKU. 147 

-économiques, et voici de quelle manière le docteur Ta vu 
pratiquer dans un des districts où elle réussit le mieux, à une 
trentaine de lieues au nord-ouest de Yedo, dans la province 
4e Jo chiou. 

» Dans ce pays, qui est montagneux, les paysans choisissent 
de préférence, pour établir une plantation de Konniyakou, 
un terrain aride, non irrigable, partant impropre à la culture 
des céréales, et le plus souvent situé sur le versant plus ou 
moins abrupt d'une montagne; la préparation du sol ne 
<;onsiste guère qu'à enlever les grosses pierres et à couper les 
grandes herbes ; on pratique ensuite à la bêche des trous de 
quatre à cinq pouces de profondeur et espacés les uns des 
autres d'environ deux pieds ; on dépose alors dans chaque 
trou un tubercule que l'on se. contente de recouvrir de terre ; 
on n'ajoute jamais le moindre engrais, et l'arrosage en est 
aussi inutile. On met les tubercules en terre au printemps, à 
la fin de mars, ou au commencement d'avril, en prenant la 
précaution de ne faire usage que de tubercules de moyenne 
grosseur, c'est-à-dire provenant de un ou deux ans au plus, 
car il paraît que les gros tubercules réussissent moins bien. 

» Une fois la plantation établie, on ne s'en occupe plus guère, 
■ei les tubercules se multiplient de la manière suivante : Pen- 
dant que la tige sort de terre, il sort des yeux situés sur la 
convexité du tubercule un certain nombre de rameaux ou 
stolons souterrains plus ou moins gros, et, lorsqu'ils ont 
atteint une longueur de quelques pouces, ils se renflent en 
une masse qui est le commencement d'un jeune tubercule ; , 
côlui-ci se développe rapidement, en fournissant à son tour 
des radicelles et en produisant une tige aérienne qui ne tarde 
pas à sortir de terre peu de temps après celle qui provenait 
des premiers tubercules plantés. Chî^cun de ceux-ci donne 
ainsi naissance autour de lui, et dans un rayon d'environ un 
pied, aune quinzaine de nouveaux tubercules. 

» La récolte se fait régulièrement tous les ans, à l'automne, 
dans la dernière quinzaine d'octobre et en novembre. Elle 
consiste simplement à faire l'arrachage des tubercules, exac- 
tement comme s'il s'agissait de Pommes de terre, de Patates 



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148 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

douces, etc. On se contente ensuite de niveler grossièrement 
le terrain, et l'on ne s'occupe plus que d'utiliser le produit de 
la récolte. Si l'on ne doit mettre les tubercules en consomma- 
tion que dans un temps plus ou moins éloigné, il est néces- 
saire de les débarrasser le plus possible de la terre qui peut 
leur adhérer et de les conserver dans un lieu sec, aéré, et sur 
un plancher autant que possible. 

» On pourrait croire qu'après une première récolte de Kon- 
niyakou il est nécessaire de faire, comme habituellement en 
Europe, une nouvelle plantation pourvu obtenir une seconde ; 
mais tel n'est pas le cas, et les Japonais ne se donnent pas 
cette peine ; et, chose qui, pour sembler bizarre, n'en est pas 
moins réelle, ils obtiennent tous les ans, sans nouveaux frais 
comme sans nouveau travail, une récolte aussi importante que 
celle de l'année précédente. Les Japonais expliquent ce fait 
en disant que d'abord il est bien difficile de ne pas laisser en 
terre, au moment de l'arrachage, quelques tubercules qui 
passent inaperçus; qu'ensuite on en néglige volontairement 
un certain nombre de ceux qui paraissent trop petits. Il résul- 
terait de là qu'il reste toujours dans le sol assez de tubercules 
pour produire l'année d'après une récolte normale. 

» Pendant l'hiver, la tige du Konniyakou se flétrit, se des- 
sèche et meurt; elle est remplacée au printemps suivant par 
une nouvelle tige qui sort du collet immédiatement à côté de 
la place occupée par la précédente sur le même tubercule. 

» On voit donc, par ce rapide exposé, que rien n'est plus 
simple et moins dispendieux que la culture de cette Aroïdée ; 
et, à vrai dire, c'est à peine si l'on peut appliquer le nom de 
. culture à des procédés aussi réduits. Ainsi, nul embarras pour 
le choix du terrain, puisque ce sont justement les terrains Ie3 
plus ingrats qui sont choisis de préférence par les Japonais ; 
nulle dépense non plus, tant en fait d'engrais, dont on ne fait 
jamais usage, qu'en fait de main-d'œuvre, celle-ci se rédui- 
sant à une plantation faite une fois pour toutes, et ensuite à 
un simple arrachage. 

» Cependant, de ce que les Japonais ne consacrent à celte 
culture que leurs terrains les moins fertiles et même arides, 



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KOiMAKU. 149 

il ne faudrait pas conclure que ces sortes de terrains sont né- 
cessaires au succès de l'exploitation ; ce serait une erreur, car 
j'ai pu constater que le Konniyakou réussit encore bien mieux 
lorsqu'il se trouve dans de meilleures conditions, lorsque, par 
exemple, il s'en trouve un peu par hasard quelques pieds aux 
environs des fermes, en bonne terre, et qu'ils peuvent béné- 
ficier des engrais et des arrosages distribués aux autres cul- 
tures au milieu desquelles ils ont poussé. Les Japonais m'ont 
d'ailleurs affirmé qu'ils plantent le Konniyakou en mauvaise 
terre uniquement pour utiliser un sol impropre à toute autre 
culture, et c'est ce qui fait qu on ne le cultive guère que dans 
les districts montagHeux ; partout en effet où, dans les plaines 
et dans les vallées, le sol est de meilleure qualité ou irrigable, 
il est toujours consacré à la culture des céréales, et surtout à 
celle du Riz, qui est de beaucoup la plus importante pour les 
'populations japonaises. On voit néanmoins dans les districts 
séricicoles, où les plantations se trouvent souvent disposées 
en bordure autour des champs, des rangées de Konniyakou 
aussi en bordure, à l'abri de ces mêmes mûriers ; et à ce 
propos, il convient de dire que, bien que cette plante soit très 
rustique, il faut éviter, s'il est possible, de l'exposer trop di- 
rectement aux rayons du soleil, au moins dans les pays un 
peu chauds; car il ne faut pas oublier qu'elle appartient à la 
famille des Aroïdées, et que la plupart des plantes de cette 
famille se plaisent dans les lieux humides et ombragés; aussi 
ai-je souvent vu des plantations de Konniyakou dans le voisi- 
nage soit des mûriers, soit des buissons de thé; mais tout 
autre arbre ou arbuste pourrait remplir aussi bien les mêmes 
fonctions de protection, à l'exception toutefois des arbres 
résineux. 

» Il a été déjà dit que chaque tubercule mis en terre donne 
naissance en moyenne à une quinzaine de nouveaux tuber- 
cules dès la première année ; cela suffit pour donner une idée 
du rendement d'une plantation; de plus, comme la plante est 
vivace, on peut laisser les tubercules grossir pendant plu- 
sieurs années ; mais, pour l'usage alimentaire, les Japonais 
ne font leurs préparations qu'avec ceux de la première ou de 



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igle 



150 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

la deuxième année, parce que ceux qui sont plus âgés perdent 
en bonne qualité ce qu'ils ont gagné en grosseur. Le poids et 
le volume des tubercules varient beaucoup suivant leur âge ;. 
ceux de la première année pèsent en moyenne de 75 à 
100 grammes, ayant en moyenne aussi une circonférence de 
0",18 à0",20. J'ai trouvé que le poids d'un tubercule de la 
troisième année était de l^'STOO, avec une circonférence de 
0°',56. Ces tubercules sont recouverts d'une pellicule mince, 
brunâtre ; leur masse est formée d'un parenchyme blanc, ré- 
sistant, qui, à la coupe, rappelle l'aspect du navet ou de la 
rave; ils laissent dégager une odeur forte, caractéristique, 
peu agréable, que ne leur fait pas perdre la cuisson dans 
l'eau; lorsqu'ils sont cuits et simplement divisés avec les 
doigts, ils présentent un aspect grenu et féculent. Leur saveur 
est forte, piquante, acre, et provoque dans la bouche et dans 
Tarrière-gorge un sentiment de picotement et d'ardeur fort 
pénible, qui peut persister plusieurs heures. Par consé- 
quent, soit cru, soit étant cuit à l'eau, le tubercule du Kon- 
niyakou n'est comestible ni pour l'homme ni pour les ani- 
maux ; heureusement il suffit d'un traitement aussi [simple 
que peu coûteux pour le transformer en un aliment sain et 
agréable ; tout le secret de l'opération consiste à lui faire subir 
l'action d'un peu de lait de chaux, au moyen des procédés 
que l'auteur a vu mettre en usage par les Japonais, qui en 
préparent de grandes quantités 

» Les Japonais emploient le tubercule du Kônniyakou 
comme aliment, sous trois formes différentes ; mais la pré- 
paration fondamentale est la même, et il n'y a que les mani- 
pulations qui diffèrent un peu, ainsi que la forme donnée au 
produit fabriqué. Ainsi ils préparent une sorte de vermicelle 
qu'ils appellent CAimia/îe, une galette appelée simplement 
Kônniyakou, et enfin une sorte de gâteau sec connu sous le 
nom de Chiro ko. » 

L'auteur décrit les procédés dont on fait usage pour fabri- 
quer le Chira take. Il donne même deux dessins qui font 
connaître l'appareil employé. Le produit a l'aspect d'un gros 
vermicelle blanc et constitue un aliment sain et d'assez bon 



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KONIAKU. i51 

goût. Le docteur en a fait Tusage qu'on fait en Europe des 
pâtes d'Italie. 

Les galettes qui portent le nom de Konniyakou sont un 
peu inférieures au Chira take. Le mémoire en décrit la fa- 
brication, et aussi celle du Chira ko. Quelle que soit la forme 
que l'on donne à la pâte obtenue de la pulpe du Konniyakou^ 
la base de la préparation est la même, et elle consiste tou- 
jours à ajouter à cette pulpe une petite quantité de lait de 
chaux. 

Une chose bien certaine et démontrée par une expérience 
séculaire des populations japonaises, c'est la parfaite inno- 
cuité et la salubrité des tubercules du Konniyakou préparés 
corr. me l'auteur Ta, exposé. 

Le mémoire dont on vient de lire les extraits était publié 
depuis plusieurs années lorsque nous avons reçu une notice, 
traduite pour la première fois du japonais, que son traduc- 
teur, M. le comte de Castillon, a bien voulu nous commu- 
niquer. 

Cette notice comprend : 1° des notions historiques rela- 
tives au Konniyakou ;^° sa description botanique; 3Mes pro- 
cédés en usage pour sa culture; 4** ceux qui sont employés 
dans la fabrication dés produits alimentaires qu'il fournit; 
S"* enfin elle fait connaître les usages de la plante autres que 
les usages alimentaires. 

Ce document présente un sérieux intérêt. Il confirme en 
divers points les renseignements fournis par M. le D' Vidal, 
mais il ne dit mot de ces récoltes qui, selon lui, se perpétu-e^ 
raient sans plantation nouvelle et sans engrais. Il est donc 
probable que les cultures, si économiques et si simples, dont 
parle l'auteur du mémoire, ne réussissent que dans la pro- 
vince citée par lui. 

On va lire, extraite de la notice traduite par M. le comte de 
Castillon, une description de la culture du Konniyakou, dont. 
la précision et la clarté ne laissent rien à désirer : 

Culture. 
« Après l'équinoxe de printemps, on déterre les tubercules 



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152 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

conservés pour semence, et on les plante en bilîons dont la 
largeur est ordinairement la même que pour la culture du 
Sato imo (Colocasia aniiquorum). Quoique le prix de la 
semence varie suivant les lieux, en général un poids de 
24 kuwan me (90 kilogrammes) vaut environ 2 ye» (tO fr. 50). 
Celte plante, quoique les terres ombragées et sèches au re- 
vers des montagnes soient favorables à sa culture, est cepen- 
dant sujette à la pourriture dans celles qui sont très om* 
breuses. Les endroits sous le couvert des arbres, où le soleil 
ne donne que de dix heures à midi, sont excellents. Pour 
engrais, on emploie la litière de cheval, qui, en se décompo- 
sant, sert de fumure. Elle a en outre pour objet d'intercepter 
pendant la saison chaude les rayons brûlants du soleil. A la 
fin de l'automne, lorsque les tiges sont légèrement flétries 
par les premières gelées blanches, on procède à un arrachage 
général. On détache les petits tubercules qui se sont formés 
autour des racines. Les gros sont convertis en Konniyakou, 
et les petits, destinés à servir de semence l'année suivante, 
sont enterrés, comme s*il s'agissait de conserver des tuber- 
cules de Sato imOy en terrain chaud, dans une fosse couverte 
de planches et ensuite de terre, formant un petit tertre à 
l'opposé du nord et face au midi, où ils seront à l'abri des 
froids, de la pluie et de la rosée. 

» Quoique le produit varie suivant que l'année est plus ou 
moins favorable, dans de bonnes conditions, 1 tan (9 ares 
91 centiares) peut donner 70 tawara (1) de tubercules, tels 
qu'ils sortent de terre, c'est-à-dire non lavés. Les règles de 
culture que nous venons d'exposer varient un peu suivant que 
le sol est froid ou ardent. Dans les terrains chauds, on cul- 
tive en billons dans les hata^ champs en coteaux, et l'on fait 
la récolle dans le courant de la même année. Dans les sols 
froids, on déterre les tubercules et on les ensile. Au prin- 
temps suivant, on les replante en hâta. L'ensilage se pratique 
comme nous l'avons déjà dit. » 

(1) Tawara. Dans la vente en gros des /m9, etc., un tawura représente un 
poids de 16 kuwan me, nets, à Tokio et de 20 kuwan me à Kioto. 1 kuwan me 
= 1000 me, 3^750. 



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KON NIYAKU D'il NUMA. " 153 

Usages autres qiie les usages culinaires. 

« Lorsque les rats commettent des dégâts, on les éloigne en 
répandant par places, dans les endroits ravagés, cette racine 
crue coupée en tranches, comme si Ton voulait en faire un 
emplâtre. * 

» On prépare avec ces tubercules, également crus, une colle 
à papier qui lui donne une telle adhérence qu'il ne peut plus 
être décollé, et qui sert en outre dans la fabrication des 
en-cas. 

» On dit, dans le vulgaire, que la décoction de cette racine 
est bonne contre les vents. » 



KON NITAKU DU NUMA 

« Dans le village d'/i Numa, district d'Umi-Gami^ pro- 
vince de Simosa, on trouve une plante que l'on appelle Kon 
niyaku d'ii Numa ; mais ce n'est pas celle dont nous venons 
de parler, c'est le Tsano mata (Gymnogongrus pinmtlatus), 
qui, une fois bouilli, ressemble par sa 'consistance au vrai 
Kon niyaku y ce qui lui a valu ce nom. On le fait cuire avec 
le Shô yuy ou bien on le mange après l'avoir conservé dans 
le miso. » 

(Meïji, cinquième -année, onzième mois.) 

La lecture du mémoire de M. le docteur Vidal ayant pro- 
duit sur nous une vive impression, nous avons demandé à 
Yokohama des tubercules de Koniaku que nous avons reçus et 
plantés. Nos observations personnelles semblent justifier les 
assertions de l'auteur relativement à la rusticité de cette 
Aroïdée, dont l'importance a singulièrement grandi à nos 
yeux lorsque la notice de M. le comte de Castillon nous a été 
communiquée. 

Le Koniaku n'est pas une plante potagère ; il appartient 
non à l'horticulture, mais à l'agriculture, dont le domaine 



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154 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

n'est pas le nôtre ; mais, lorsque nous rencontrons une plante 
d'un tel intérêt, nous ne pouvons nous résigner à la passer 
sous silence. 



KUDZU (Japon), pron. Koudzou. 
KO (Chine). 

PUERARIA Thunbbrgiana Benth., Journ. of ihe Linnean Society, 
vol. IX, p. 1ÎZ2. 

Packyrrkizuf Thunbergianus Sieb. et Zucc, Fam. nat, F/. ;ap.Jl, 
113. — Neustanthus chinensis Benlh., Flora Hongk., 86. — Doli- 
chos hirsutus, Tliunb,, iii Linn. Tran$act., II, p. 339. 

Fam. At% Légumineuses, 

Plante à tiges grimpantes, tomenteuses. Feuilles ternées à 
folioles latérales médiocrement pédicellées, arrondies, à deux 
lobes mucronés, pâles et réticulées en dessous, légèrement 
velues sur leurs deux faces, longues de trois pouces, la termi- 
nale plus grande, entière. Fleurs purpurines, disposées eu 
grappes longues de six à sept pouces; pédoncules tomenteux, 
longs d'un pouce. Gousses linéaires, comprimées, longues de 
trois pouces, terminées par une pointe recourbée, couvertes 
de longs poils jaunâtres. Celte plante croît au Japon. (Thunb.) 

LE KO EN CHINE. 

Dans son Novus *Atlas sinensis (1655), Martini rapporte 
que dans la ville de Li-ping (prov. Quei-chen) : € Pannes con- 
ficiunt incolœ ex cruda cannabCySeu herbacannabi prorsus 
simili. Ce Sinœ vacant. Ex his vestes pro tempère œstive 
eximiœ plane sunt ac cemmedissimœ. » (P. 1U2.) 

Pueraria Thunbergiana Benlh. {Pachyrrhizus Thunber- 
gianus S. et Z.), Sin, Ke, P, trilebus DC, porte le même 
nom chinois. Il semble que les deux plantes soient textiles (1). 

Dans ses Nouveaux Mémoires sur Vétat de la Chine (1696, 

(1) Bretschneider, Eatiy European Researches, p. 14. Londres, 188j. 



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KUDZU. 155 

Paris, 2 vol.), Louis Le Comte rapporte que, outre le coton, 
les Chinois portent en été des tissus fabriqués avec TOrtie et 
avec une autre espèce qu'ils nomment Ko pou et qu'ils es- 
timent beaucoup. Ces derniers sont fournis dans leFokien par 
une plante nommée KOy arbrisseau rampant, qu'ils laissent 
pousser dans les champs et qui est souvent extrêmement 
long. Il a des feuilles arrondies, plus grandes que celles du 
lieiTe. Elles sont molles, vertes en dessus et couvertes en 
dessous d'un duvet blanc. La tige est grosse comme le doigt. 
Pour obtenir les fibres textiles, on plonge les tiges dans Teau, 
comme nous le faisons pour le lin, et, après les avoir dépouil-^ 
lées de leur écorce extérieure, on se sert des fibres de la 
econde écorce pour fabriquer une toile qui est très belle, 
transparente et fraîche. (I, 242.) 

Puer aria Thunbergiana Benth. Déjà signalé par Martini. 
K^ en chinois (1). > 

Industries anciennes et modernes de V empire chinois, 
par MM. Stanislas Julien et Paul Champion (2). 

Renseignements sur des graines d'une plante textile en- 
voyées de Chine par un missionnaire français : 

« La plante Ko s'appelle aussi Hoang-kin^ Lan-ho et Khi- 
thsi. On la rencontre partout, mais surtout dans les provinces 
de Tche-kiang et de Kiang-nan. Elle vient aussi bien dans les 
lieux incultes que dans les champs cultivés. Elle commence 
à pousser au printemps, et étend sa tige, qui est de couleur 
violette, jusqu'à la longueur de 1 m« 2 tchang (3 à 6 mètres). 
On récolte les tiges, et, après une préparation convenable, 
on en tire des filaments textiles. Sa racine est violette en de- 
hors et blanche à l'intérieur ; elle acquiert la grosseur du bras 
et la longueur de 2 à 3 mètres. Ses feuilles sont trilobées, 
comme celles de l'arbre Fong, mais elles sont plus longues; 
leur surface est verte et leur revers d'une teinte pâle. Dans 
le septième mois, cette plante donne des fleurs rouges et vio- 

(1) Bretschneider, loc. ci^.,p.28. 

(2) Pans, Eugène Lacroix, libraire-éditeur, 1869. 



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156 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

lacées, disposées en grappes. Après les avoir séchées au soleil, 
on peut les cuire dans l'eau et en préparer du bouillon. 

» LesTruits de cette plante ressemblent à de petits haricots 
jaunqs. Il convient de les cueillir dans le septième ou le hui- 
tième mois. 

Récolte. 

» Les liges de la plante Ko sont ordinairement mûres en été ; 
c'est à cette époque qu'on les récolte. On laisse celles qui sont 
encore vertes et courtes. Celles qui ont environ 3 mètres de 
long se récoltent avec la racine, qui, suivant quelques auteurs, 
donne une fécule nourrissante. On les appelle Theou-ko, ou 
tiges de Ko de première qualité. Lorsque les tiges sont d'une 
longueur extraordinaire et qu'on remarque des points blancs 
près de.la racine, elles ne sont bonnes à rien. Quant à celles 
qui ne présentent pas de points blancs, on coupe 2 ou 
3 mètres de chaque tige ; on les appelle eulko^ c'est-à-dire 
tiges de Ko de seconde qualité. 

Préparation. 

» Après avoir recueilli les liges, on les fait bouillir dans l'eau 
devant un feu ardent. On enlève les filaments à l'aide de 
l'ongle; ils sont aussi blancs que ceux du chanvre, mais ils ne 
sont pas adhérents à la partie verte de la plante. Le tillage 
des filaments étant achevé, on les lave dans une eau courante, 
on les bat, et, après les avoir bien nettoyés, on les fait sécher 
au grand air. Leur blancheur s'augmente si on les expose à la 
rosée pendant une ou deux nuits. Après cela, il faut les 
mettre à l'ombra; ils craignent les rayons du soleil. Enfin on 
les file et l'on en fait de la toile. 

Lavage des vêtements de Ko. 

y> Si on lave ces vêtements dans une eau pure où l'on aura 
écrasé des feuilles de Meï {Amygdalus nana^ suivant M. Abel 
de Rémusat; Arbutus, suivant le P. d'Entrecolles), ils reste- 
ront empesés pendant tout l'été. Quelques personnes les lavent 



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KUDZU. 157 

dans un bassin de porcelaine avec de Teau bouillante, où elles 
ont écrasé des feuilles de Met. Il est essentiel de ne pas faire 
usage d'un baquet de bois, autrement les vêtements de Ko 
deviendraient noirs. 

» D'après l'opinion de M. de Jussieu, la planle dont il s'agit 
paraît être une Phaséolée voisine desDolichos et particulière- 
ment du Dolichos bulbosus. » 

LE KUDZU AU JAPON. 

Nous lisons dans le livre intitulé : Le Japon à VExposition 
universelle de 1878 : « Le Kudzu (Puer aria Thunbergiana) 
est une plante sauvage dont les racines donnent de l'amidon. 
Ses feuilles servent à nourrir les bestiaux et ses fibres à faire 
des étoffes. » 

Nous devons à l'obligeance de M. le comte de Castillon 
deux notes qu'il a traduites du japonais, et qui font connaître, 
avec les détails les plus instructifs et les plus complets, l'em- 
ploi que l'on fait au Japon des racines et des fibres du Kudzu. 

Celle de ces notes que Ton va lire décrit le procédé usité 
pour l'extraction de la fécule. L'autre, publiée dans les Mé- 
moires de laSociété des études japonaises y années 1878-1879, 
décrit la fabrication de la toile de Kudzu. On la trouvera, 
ainsi que l'avant-propos qui la précède, à la suite de ce 
chapitre. 

LE KUDZU KO (féculc de Kùdzu) 
(extrait de la Notice sur les plantes à fécule du Japon), 

ft Le Kudzu {Pueraria Thunbergiana) est une plante grim- 
pante qui croît à l'état sauvage dans les montagnes et les 
friches. Au printemps, les jeunes pousses sortent de la vieille 
tige. Chaque pétiole porte trois feuilles semblables à celles 
de VIngen marne {Phaseolus vulgaris) ; feuilles et pétioles 
sont garnis de poils. En automne, sortent de l'aisselle des 
feuilles des grappes de fleurs semblables à celles des marne 
(légumineuses), de couleur violet vineux, et qui produisent 
des gousses. C'est à partir des neuvième et dixième mois et 



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158 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

jusqu'au douzième, époque où les yeux font leur évolution, 
qu'on arrache ces racines avec un pic de fer ou une houe. On 
les lave pour enlever la terre, et on les écrase avec soin sur 
une pierre plate avec un maillet de bois ou de métal. On rem- 
plit d'eau un baquet, dans lequel on les malaxe pour extraire 
les parties solubles. On filtre ; on met la pulpe dans un sac 
de toile de chanvre que l'on soumet à la presse. On jette le 
résidu. Immédiatement après, on filtre au moyen d'un sac de 
toile de coton. On laisse reposer un jour. Ou décante l'eau de 
dessus et l'on fait sécher le dépôt, que Ton divise au moyen 
d'un couperet. On racle et l'onjette la fécule noire qui se trouve 
«lessous. On met une seconde fois dans le sumasi-oke (ba- 
quet à laver) avec une grande quantité d'eau, et l'on remue 
en tournant. Au fur et à mesure que le dépôt se précipite, 
on retire successivement le fausset des. cannelles superpo- 
sées, en commençant par celles du haut, pour soutirer l'eau 
de la partie supérieure. Ce lavage est pratiqué deux ou trois 
fois. Après avoir fait sécher le précipité, on l'enlève avec une 
petite truelle ; on l' étend dans le sara-si (caisse plate) garni 
d'une toile saupoudrée de cendre, et l'on fait sécher au soleil. 
On a alors le Kaï Kudzu {Kudzu cendré, Kiidzu gris), et, pour 
rendre cette fécule parfaitement blanche, on en met dans un 
baquet la proportion convenable et Ton agite circulairement 
dans l'eau comme précédemment. On filtre au moyen d'un 
sac à trame serrée; on laisse reposer un jour, au bout duquel 
on décante; on change une troisième fois l'eau, on laisse se 
précipiter le dépôt, et, en répétant cette opération sept ou 
huit fois, on enlève toutes les parties solubles. Quand la fécule 
est sèche, on la met dans un sara-si tendu de papier épais, 
et, en la mettant tous les jours à sécher au soleil, elle forme 
des grumeaux parfaitement blancs, et l'on a alors le Kudzu ko 
(fécule de Kudzu). » 



En 1879, nous avons semé, <îbntre un niur exposé au midi, 
des graines que nous avions reçues de M. le docteur Hénon. 
Elles ont donné des tiges vigoureuses qui atteignaient bientôt 



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KUDzu. 459 

le chaperon du mur. Elles n'ont pas fleuri, et, l'hiver venu, 
elles ont été gelées. La souche n'a pas soufifert. 

En 4880, les tiges ont été plus fortes que celles que le semis 
avait produites, et 30 degrés de IVoid n'ont gelé que les par- 
ties qui excédaient en hauteur 4",50. Les parties inférieures, 
devenues ligneuses, ont donc résisté au grand hiver; elles 
n'avaient pas fleuri. 

En 4884, les tiges., dans toute leur hauteur, ont bien passé 
l'hiver. La plante n'a pas fleuri. 

Nous avons donc constaté chez le Kudzit une rusticité rela- 
'.ive, une végétation luxuriante, mais en même temps, sous 
le climat de Paris, une complète stérilité, qui ne permet pas 
de multiplier la plante par des semis. 

Au Muséum, où il existe quelques pieds de Kudzu, les 
plantes ont, comme les nôtres, résisté aux hivers; il est vrai 
qu'elles sont placées dans la partie du jardin qu'on appelle 
.es couches, c'est-à-dire dans le lieu le mieux abrité. Elles 
n'ont pas fleuri. On a essayé de faire des boutures ; on a 
échoué. Le couchage des tiges a donné un meilleur résultat ; 
on a obtenu par ce procédé un ou deux pieds nouveaux. 

De notre côté, nous avons obtenu un premier pied par le 
même moyen; puis, la plante mère ayant acquis une vigueur 
et un développement extraordinaires, nous avons pu coucher 
une vingtaine de tiges qui nous ont donné autant de pieds 
nouveaux. La multiplication est donc facile et illimitée. Ce 
point est capital, la plante ne donnant pas de graines sous le 
climat de Paris. 

On a vu que la tige ànKudzutoxxvnii une précieuse fécule, 
et que ses feuilles sont recherchées par le bétail; mais le 
Pueraria Thunbergiana est d'abord et avant tout une plante 
textile. 

Il ne semble pas cependant qu'au Japon il soit cultivé pour 
ses libres aussi généralement qu'en Chine. Récemment ques- 
tionné par nous à ce i^^ujet, M. le docteur Hénon nous a écrit 
le 29 juillet 4883 : « Si je ne vous ai pas parlé des usages du 
Kudzu comme plante textile, c'est que je n'en ai jamais vu 
faire cet emploi. Dans la partie du Japon que j'habitais, le 



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160 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

Kudzu croît partout dans les taillis; il y végète avec une 
grande puissance, pousse des tiges de 8 à 10 mètres de long, 
fleurit très abondamment, et se couvre de gousses, lesquelles, 
à la vérité, contiennent peu de gr»nines. Il n'est pas cultivé; 
mais, en hiver, les pauvres gens en arrachent, non sans 
peine, les racines, et Ton en fabrique un amidon excellent. 
L'empois obtenu par cet amidon est bien meilleur, plus 
résistant, sans être cassant, que celui du.riz ou du blé. On se 
sert quelquefois de cet amidon comme fécule alimentaire et 
on le fait entrer dans des gâteaux. » 

La culture du Kudzu se pratique donc a deux fins : d'une 
part, on extrait de ses racines une excellente fécule, et, d'autre 
part, il fournit la, matière d'une fabrication de tissus dont 
M. Eugène Simon, ancien consul de France, nous signalait, 
il y a quelques années, l'importance industrielle. 

Les tiges du Pueraria Thunbergiana émettent des jets si 
longs, si nombreux, si fibreux, qu'on ne peut douter du profit 
qu'on en tirerait si la plante était naturalisée ou cultivée en 
France. Nous croyons à l'exactitude des renseignements qui 
présentent sa toile comme remarquablement belle. 

On devrait, ce nous semble, faire venir des pays d'origine 
des graines de Kudzu ou Ko, Il est assez rustique pour qu'on , 
puisse le cultiver partout en le laissant ramper sur le sol. Il 
serait en effet impossible de fournir des supports assez éle- 
vés à une plante dont les tiges atteignent 8 à 10 mètres de 
longueur. Il faut donc la laisser ramper, comme le font d'ail- 
leurs les Chinois et les Japonais. 

Dans une lettre, en date du 16 août 1883, M. le comte de 
Castillon nous disait : « Dans le San kaï met San dzu ye, le 
Kudzu est figuré à l'état de plante rampante sur le sol, et le 
dessin représente les paysans japonais en opérant l'extrac- 
tion. Il n'est donc pas nécessaire de le faire grimper. » 

La culture du Kudzu ou Ko se ferait par conséquent en 
laissant ses tiges s'étendre sur le champ, et ses souches don- 
neraient, pendant un temps indéterminé,, d'abondantes ré- 
coltes obtenues à peu de frais. 

Une plante vivace, textile et extraordinairement produc- 



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KUDZU. 161 

live mérite une expérimentation sérieuse et décisive. Quant 
à nous, nous avons cru pouvoir nous autoriser de ses pro- 
priétés alimentaires pour en parler aussi longuement que 
nous venons de le faire. 



LA TOILE DE KUDZU. 

Notice traduite pour lu première fois du japonais par M. le comte de Castillon 
(voy. les Mémoires de la Société des éludes japonaises, 1878-1879). 

Avant-propos. 

Le li\xdiu{Pueraria Thunbergiana) est une plante alimen- 
taire et industrielle d'une très grande valeur. Elle est en 
outre ornementale, et la fougue de sa croissance, jointe à 
l'ampleur de son feuillage, la rend très propre à tapisser les 
murs et les berceaux. Elle possède aussi des propriétés mé- 
dicales qui mériteraient d'être sérieusement étudiées. Ses ra- 
cines, ses fleurs et ses gousses sont employées comme remède 
en Chine et au Japon. Dans ce dernier pays, on utilise ses 
feuilles comme fourrage, et ses rameaux longs, minces et très 
résistants, y servent de ficelle. 

La fécule que fournissent en abondance ses longues et vo- 
lumineuses racines, qui peuvent atteindre une longueur de 
S mètres sur un diamètre deO'",10 à O'",!^, est d'une qualité 
tout à fait hors ligne. Sa finesse, sa blancheur éclatante, sa 
saveur agréable, lui assurent le premier rang parmi les ali- 
ments de ce genre. M. le D' Filliol, le savant chimiste tou- 
lousain (1), a reconnu à cette racine un pouvoir nutritif égal 
à celui de la Pomme de terre. 

Le seul pied de cette plante qui existe, croyons-nous, en 
Europe, a été introduit par nous, il y a trois ans et demi, au 
printemps de 1875 (voy. les Annales de la Société d'horti- 
culture de la Haute-Garonne, 1875). Tout fait présumer que 
ce végétal si précieux s'accommodera parfaitement de notre 
climat. Ajoutons qu'il ne demande aucun soin de culture. 

Enfin, sa tige grimpante fournit une toile douée de pro- 

(1) La science porte son deuil récent, 1883. 

11 



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162 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

priétés particulières, mais fabriquée par des procédés que 
noire industrie trouvera vraisemblablement moyen de sim- 
plifier. C'est ce dont on pourra juger après avoir entendu 
Tauteur japonais, auquel nous laissons la parole : 

« Le Kudzu {Pueraria Thunbergiana), plante vivace de la famille 
des Légumineuses, ressemble beaucoup au Fudzi marne {Dolichos cul- 
tratus Thunb.) et à Vlngen marne {Phmeolus vulgarisL,): mais sa 
tige et ses feuilles sont garnies de poils ; sa tige sarmenteuse est extraor- 
dinairement vigoureuse; ses graines ne sont pas comestibles. t 

» Cette plante croît à l'état spontané dans les diverses provinces sur les 
montagnes ou dans les friches, suivant les lieux. Partout on prépare 
avec ses racines une fécule nommée Kudzu ko et en outre, au relais du 
poste de Kake gava, dans le Yen siu (province de Totoini), on retire de 
sa tige un fil avec lequel on tisse une toile de la plus grande réputation. 
Ce Kudzu provient des montagnes et des friches du village de 
Kura-ma, au nord-est du relais de poste dont nous venons de parler, des 
localités nommées Matsu-ba et Oho-zawa et du village de Tomi-da situé 
au sud de Naka-yama, de Koya, etc. On regarde plus spécialement comme 
étant de qualité supérieure celui qui croit sur les montagnes du village 
de Musi-bu, qui fait face au côlé nord de Mari-matsi, dans le district de 
Sudzi, et sur celles du village de No-be. 

j> Si maintenant nous recherchons depuis combien de temps on a com- 
mencé à exploiter le Kudzu, bien que ce point ne soit pas encore élu- 
cidé, comme nous possédons une chanson composée par son Exe. Ta- 
meaï (1) sur la toile de Kudzu de ce lieu, il y a aujourd'hui quelque 
chose comme plus de 680 ans que Ton doit fabriquer cette étoffe. 

ï> Nous allons maintenant décrire d'une façon générale la fabrication 
de ce tissu. Quant à la fécule de Kudzu, il en sera traité à part, lorsque 
nous parlerons de ce genre d'aliment. 

» Quoique les tiges de Kudzu se trouvent, lorsque arrive l'automne, 
avoir atteint une longueur qui varie de 2 à 3 zyau (3 à 9 mètres) et au 
delà, il faut, pour la fabrication du lil, les couper pendant i^n laps de 
temps de cinquante jours environ à partir de la première quinzaine du 
cinquième mois (5-21 juin). Leur longueur, qui à ce moment n'est que 
de 7 syaku {2"^,10), atteint au milieu de cette période 9 syaku {2™,70), 
pour arriver dans les derniers jours à 1 et 2 zyau (3 à 6 mètres). Mais, 
comme les 3 ou ^ syaku (0'n,90 à 1™,20) au-dessus des racines sont de 
mauvaise qualité, il faut les laisser, ce qui réduit la longueur exploitée 
de 3-4 à 6-7 syaku environ (0™,90-l'«,20 à l«»,80-2m,10). 

* Il faut (car les tiges, une fois coupées, redoutent d'être laissées dans 
cet état), et le jour même de cette opération, les plonger dans une chau- 

(1) Tame-aï, poète, noble de la cour de Kyau-to, au xui* siècle. 



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KUDZU. 163 

(iière pleine d'eau bouillante. On les y agite dans tous les sens pendant 
un temps très court (2 secondes 1/2, 5 de nos secondes européennes). On 
les remet dans l'eau après les avoir ainsi remuées et on les y laisse pen- 
dant le même nombre de secondes, puis on les en retire. 

» On les met ensuite à tremper dans une eau courante où on les laisse 
un jour et une nuit. On étend sur le sol un paillasson sur lequel on les 
entasse; on en étend un autre par-dessus comme couverture et on les 
laisse ainsi enveloppées pendant deux jours et deux nuits, et, lorsqu'on 
les découvre, les tiges en pleine fermentation laissent exhaler des va- 
peurs; on les arrose, ce qui met fin à cette fermentation. C'est ce qu'on 
appelle naha midzu (eau du milieu, deuxième eau). On replace les 
paillassons comme précédemment, et les tiges restent dans cet état un 
jour et une nuit. 

> On les met ensuite à tremper dans une eau courante peu profonde, où 
on les foule avec les pieds ; puis on enlève les écorces et l'on jette le cœur 
de la tige. On égalise la longueur des bandes d'écorce, que l'on met par 
paquets de trente, puis, prenant deux de ces bandes à la fois d'une seule 
main, on les introduit entre les branches d'une petite fourche longue de 
2 tan (O^jOC), que Ton tient de l'autre. 

» On les racle dans l'eau à plusieurs reprises, et, lorsqu'elles sont deve- 
nues blanches, on les suspend à une perche horizontale de bambou pour 
les faire sécher au soleil. Avant que la dessiccation soit complète, on 
les enlève, et, en les secouant vivement, les fibres de l'écorcese séparent 
par'leur frottement réciproque, et Ton obtient ainsi la filasse qu'on laisse 
ensuite sécher complètement avant de la convertir en Kudzu wo (fil de 
Kudzu). 

» Pour faire celui-ci, on choisit ce qu'il y a de meilleur parmi les 
brins de la filasse ; avec le pouce et l'index on les divise par déchirement 
aussi finement que possible ; puis on les ajoute bout à bout en les nouant 
solidement. On coupe ras avec des ciseaux les extrémités des fils qui 
dépassent les nœuds. On donne aux fils dont on a ainsi tondu les nœuds 
le nom de tsuguri. On les enroule dans le wo-oke (boîte à fil, de forme 
ronde et dont le fond est à claire-voie), et, ayant mis celle-ci dans un 
panier de même forme, on plonge le tout dans l'eau ; on retire immédia- 
tement et l'on secoue pour faire égoutter. 

» Ensuite, en entrelaçant les fils en forme de 8 autour du pouce et 
du petit doigt (littéralement : comme dans le jeu que les enfants appellent 
aya, berceau du chat), on en forme de petits écheveaux, et ils sont prêts 
à servir pour la trame. Comme c'est là leur seul usage, il faut néces- 
sairement employer pour la chaîne des fils de soie, de chanvre ou de 
coton. 

> Le métier à tisser ne diffère en rien du métier ordinaire ; seulement 
on mouille avec de l'eau ce fil de trame avant de le mettre dans la na- 
vette, et, lorsqu'il passe devant le peigne, on en soulève les nœuds, que 



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164 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

l'on tond avec des ciseaux quand le tissage est termine. Le tissu est alors 
rincé à Teau propre, séché, puis mouillé de nouveau; on l'enroule sur 
le maki-ginuta (cylindre à foulonner), et on le frappe lentement à petits 
coups, ce qui donne du brillant a l'étoffe, que l'on teint ensuite de diverses 
nuances, après quoi on la tend au moyen du sii-si(i), et Ton passe à 
Tenvers avec une brosse à colle une couche de nori, apprêt composé de 
10 momme (379%50) de Kudzuko (fécule de Kudzu) et de 400 me 
(l''",500) d'eau, et alors la (.pile de Kudzu est terminée. 

> Cette étoffe ne se ramollit point sous l'action de l'eau, et, comme 
une fois mouillée elle sèche rapidement, on remploie pour leskappa (2), 
les hakama (3), etc. Les pièces étant tissées en grande largeur servent 
en outre pour l'entoilage des fusuma (4), et cette fabrication a pris de 
nos jours un grand développement. 

» Le premier fabricant de fil de Kudzu au relais de poste de Kake 
gava est Sudzuki gen pe. Les principaux fabricants de cette étoffe au 
même lieu sont Naru hira Kiu meï, Satô Kuni yosi, Malsu moto yosi 
naga, etc. La principale maison pour la toile de Kudzu est celle de 
Hyo-do, au village de Taka-mura. 

> On fabrique, année commune, dans les lieux dont nous avons parlé, 
et par quantités égales dans les trois sortes, supérieure, moyenne et in- 
férieure, un total de 60 000 tan (le tan vaut 8" ,50) de cette toile 
(500 000 mètres), d'une valeur en or de 49,200 yen (263,809,65). » 

Ère impériale, meï dzi, 5« année. Hiver. 



HÀRANTA ARUNDINACÉ. —HERBE A LA FLÈCHE 

Maranta arundinacea L., Redout. Liliac, I, tab. 57; Bot. Mag.y 
tab. 2307. Maranta indica, Tussac, Flore des Antilles,!, tab. 26. 

Fam. des Cannacées. 
Souche produisant des drageons souterrains, chai*nus, cy- 

(1) Instrument de teinturerie destiné à faire disparaître les plis d'une 
étoffe; il se compose de plusieurs arcs de bambou élastique qui maintiennent 
l'étoffe bien tendue dans sa largeur. Cet instrument se nomme aussi mogari 
(voleur). Le bambou généralement employé pour cet usage est le Ma-daké (B. 
Quilioi), ce qui lui a valu le synonyme de mogari take, 

(2) Manteau pour la pluie ; un des rares mots que les Japonais ont empruntés 
à la langue portugaise. 

(3) Espèces de pantalons très amples. 

(4.) On désigne sous ce nom les portes à coulisse qui séparent les appartements 
japonais; elles sont ordinairement tapissées de papier de^ deux côtés et aussi 
de toile, et notamment de toile de Kudiu, plus large que la toile ordinaire! 



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MARANTA ARUNDINACÉ. 165 

lindriques, écailleux, longs d'environ 1 pied sur 12 à18 lignes 
de diamètre. Tiges hautes d'environ 3 pieds. Feuilles glabres, 
ovales-lancéolées, pétiole engainant. P^nicule lâche ; fleurs 
blanches. 

Cette espèce, au témoignage de M. de Tussac, a élé intro- 
duite de rinde aux Antilles, où on la cultive en grand coinme 
plante alimentaire. C'est de ses drageons charnus qu'on ex- 
trait la fécule connue sous le nom d'arroiv-root. Ces drageons 
se mangent aussi en nature, soit bouillis, soit préparés de 
diverses manières. 

La fécule arrow-root du Maranta arundinacea est nommée 
aussi : A. de la Jamaïque, A. des Antilles, A. des Bermudes, 
A. de Saint-Yincent. Ce produit féculent nous arrive princi- 
palement de l'Amérique; il'est également l'objet d'une cul- 
ture importante dans l'Inde et dans certaines parties de 
l'Afrique, notamment à l'île Bourbon ou de la Réunion. 

Il tire son nom de l'usage qu'en faisaient les indigènes pour 
guérir les blessures produites par les flèches. 

Le M. arundinacea est le Toulola des Caraïbes. Il est cul- 
tivé aux Antilles, à la Jamaïque, dans l'Amérique du Sud, où 
il est appelé Anvert, à la Guadeloupe, à la Réunion, à là 
Guyane et dans les Indes. La fécule que contient son rhizome 
est désignée sous le nom de arrow-root des Indes occiden- 
tales. Cette fécule y existe dans la proportion de 22 pour 400. 

Le Maranta présente deux variétés au Brésil et à la Jamaï- 
que, l'une qui porte le nom d'Anvert blanc et l'autre celui 
d'Anvert rouge : ce dernier est moins estimé. Au Brésil, la 
variété à racine allongée est plus estimée dans la province 
de Para que la variété à rhizomes arrondis. 

A la Guyane, les Caraïbes mangent sa racine après l'avoir 
fait cuire sous la cendre. Ces rhizomes sont acres et rubé- 
fiants, mais la cuisson les rend comestibles. 

Les Maranta demandent un sol profond et toujours frais, 
sans être humide. On les mulliplie à l'aide de leurs racines 
rampantes et vivaces. Les tronçons doivent être plantés sur 
des terrains divisés et défoncés. On les espace les uns des 
autres de 1 mètre à 4™,20. 



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166 LE POTAOER d'un CURIEUX. 

Ces plantes pendant leur croissance n'exigent que des bi- 
nages ; on arrache leurs rhizomes à la fin de la première ou 
de la seconde année. 

Un hectare donne en moyenne 500 à 600 kilogrammes 
d'arrow-root et 1500 à 2000 kilogrammes de couac ou résidu 
pulpeux. 

L'arrow-root est un aliment nutritif et léger. Il convient 
spécialement aux personnes délicates et aux enfants. 

A Cuba, la fécule de Maranta sert à faire d'excellentes 
crèmes qui se conservent longtemps dans les bouteilles. 

En Angleterre, chaque année, on consomme de grandes 
quantités d'arrow-root importées deCeylan, de THindoustan, 
des Antilles, des îles Bermudes, du Nicaragua et de la Méla- 
nésie. 

Le couac, ou farine grossière, est utilisé dans l'alimentation 
des animaux domestiques. 

On lit dans le Botanical Magazine (loc. cit.) : 

« Le Maranta arundinacea est une plante d'un intérêt 
considérable, fournissant pour la table un aliment distingué, 
vendu sous le nom de arrow-root de l'Inde, extrait de ses ra- 
cines, non, comme on l'a dit, en les faisant sécher et en les 
broyant, mais en les faisant macérer dans Teau de la même 
manière qu'on extrait l'amidon du blé, de la pomme de terre 
et d'autres substances farinacées. 

» Dans ces dernières années, Tamidon de Maranta a été 
importé en grande quantité des Indes occidentales en Angle- 
terre, et recommandé comme aliment pour les jeunes enfants 
et comme nourriture légère des malades. 

» La plante est originaire de l'Amérique du Sud et cultivée 
dans toutes les îles des Indes occidentales. Elle doit, chez 
nous, être tenue en serre, où elle donne en juillet et août ses 
rieurs, qui passent très vite. » Introduite par le Z)"* William 
Houston^ avant 1732, — Communiqué par Vhonor. et Rév. 
William Herbert. 

Nous avons tenté sans succès la culture du Maranta arun- 
dinacea. Elle n'est pas possible sous le climat de Paris. 



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MARGOSE A PIQUANTS. 167 



HARGOSE A PIQUANTS 

Pandipane, Gatole, Caïqua du Pérou, Momordique à feuilles de vigne, 
Momordique Papareh, Papareh Herva, Melon de San-Gaêtano. 

MoMORDiCA ClHARANTiA L., Spec. cd. 1, p. 1009; DC. Prodr. III, p. 311 , 
Naud., Ann. se, nat., sér. 4, vol. XII, p. 131 ; Revue hort., 1859, 
p. 629, fig. 134 el 135; Flore des serres, X, p. 193, tab. 1047; the 
Garden, XII, p. 161; Cogniaux, Cucurbit., Monogr, Phanerogam,, 
vol. III, p. 436. 

M. Balsamina Descouri., Fi. des Antilles, \ll, p. 62, tab. 164.— Jlf. oper- 
culata Well., FL flûm., 10, tab. 92 (non Linné). — Cucumis africa- 
nus Lindl., Botanical jR^^is^^r, XII, tab. 980 (non Linné). — Momor- 
dica jagorana C. Koch, Belgique horticole, XI, p. 92. 

Fam. des Cucurbitacées. 

Plante originaire de l'Asie et de l'Afrique, naturalisée dans 
les régions tropicales des deux mondes, annuelle ; à tiges 
grêles, grimpantes, rameuses, poilues, munies de vrilles ordi- 
nairement simples, pouvant atteindre 2 mètres de hauteur. 
Feuilles alternes, profondément 5-7 -lobées, d'un vert foncé 
en dessus, pale en dessous, quelquefois presque glabres, 
excepté aux nervures, plus souvent pubescentes aux deux 
faces; lobes ovales-aigus, dentés. Fleurs jaunâtres, monoïques, 
portées par des pédoncules aussi longs, défléchis; pédoncules 
des fleurs mâles portant une bractée cordiforme, entière, in- 
sérée vers leur milieu ou à la base; pédoncules des fleurs 
femeUes pendants après l'anthèse. Fleurs mâles groupées ou 
solitaires, plus grandes que les femelles ; calice à cinq divi- 
sions moitié plus courtes que celles de la corolle. Fleurs fe- 
melles solitaires, à pédicelle un peu plus court, assez grandes, 
d'un jaune pâle. Fruit pendant, oblong, long de 3 à 5 pouces, 
aminci aux deux extrémités, obscurément trigone, couvert 
de tubercules disposés en lignes régulières ou crêtes entre 
lesquelles se trouvent d'autres lignes de dents plus petites et 
de dimensions inégales. Ce fruit, qui d'abord est vert, devient 
d'un beau jaune orangé à la maturité. Son écorce, épaisse et 
charnue, se déchire en trois lambeaux irréguliers sur lesquels 



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168 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

adhèrent les graines enveloppées d'une tunique pulpeuse qui 
est d'une teinte sanguine éclatante. Les graines sont plates, 
échancrées en écusson aux deux bouts, couvertes sur leurs 
deux faces d'un dessin en relief d'une chinoiserie parfaite. 
C'est cette structure de la graine, qui paraît comme rongée 
et mordue, qui a fait donner au genre le nom de Momordica. 



PETITE HARGOSE A PIQUANTS 

MoMORDiCA Ch ARANTi A L. var . abbreviata, Ser. in DC. Prodr. , III, p. 31 1 . 

M. zeylanica Miller, DicL des jardiniers, n® 3. 

Jf. senegalensis Lamk, Encyclop, méth., IV, p. 239. 

M. muricata Willd., Spec.y iV, p. 602; Belgique hort, XI, p. 93. 

M. Roxburghiana Don, Gen. syst. Gard,,lll, p. 35. 

if. Charantia var. minor Naudin, Ann. se. nat. 

M. Charantia var. muricata Griseb., FL Brit, W. ind. Isl., p. 287» 

Cette plante n'est qu'une simple variété de la précédente^ 
dont elle ne diffère que parce qu'elle est un peu plus petite 
dans toutes ses parties. Elle est originaire des mêmes con- 
trées. 

Le M. Chatantia est une plante potagère cultivée sous di- 
vers noms en Chine, en Cochinchine, au Malabar, au Pérou^ 
à Maurice, à la Réunion, etc. 

Elle est connue à la Réunion sous le nom de Margose^ et 
Ton y cultive principalement la variété, de petit volume, 
nommée par M. Naudin M. Charantia var. minor. 

Sa culture est celle du Melon de châssis, la taille exceptée ; et 
cependant, lorsqu'un très grand nombre de fruits sontiormés, 
il convient de pincer, de couper une partie des feuilles pour 
aérer la plante, et modérer les arrosements pour éviter la pour- 
riture. 

La végétation de la Margose est très active, et sa fructifica- 
tion, jusqu'à la fin de la saison, est d'autant plus abondante 
qu'on ne laisse jamais les fruits mûrir et qu'on les emploie à 
l'état vert. 



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PETITE MARGOSE A PIQUANTS. 16& 

On peut, à la rigueur, après avoir fait lever les graines 
sous châssis, mettre le plant en place, à Fair libre, vers le 
4" juin, près d'un mur exposé au midi; mais les fruits qu'on 
obtient sont souvent courts et difformes. Nous ne pouvons pas 
conseiller la culture en plein air sous le climat de Paris. 

On cultive quelquefois en France le Af . Charantia comme 
plante curieuse. Ses fruits bien mûrs sont d'un beau jaune 
orange, s'ouvrent d'eux-mêmes, et laissent voir des rangées 
de graines enveloppées d'une pulpe rouge-cerise très appé- 
tissante. C'est, sans contredit, ua admirable plat de dessert, 
et l'on suce volontiers ces graines ; malheureusement la 
pulpe qui les couvre est peu abondante et de saveur nulle. 

L'usage que l'on fait des Margoses dans les pays chauds est 
tout autre et beaucoup plus intéressant. Nous ne savons pas 
comment on les prépare pour la table en Chine, au Pérou, etc., 
mais nous devons à l'obligeance de M. Edouard Wilmann, 
membre de la Société des botanistes français, des renseigne- 
ments précis sur l'usage qu'on en fait à la Réunion : 

« Ce fruit, qui atteint une longueur moyenne de 0°*,7 à 
0^,10, se cueille et s'emploie toujours avant maturité. Mûr, il 
ne vaut rien au point de vue culinaire. Quelques-uns l'aiment 
tout tendre, d'autres le préfèrent lorsqu'il a déjà quelque con- 
sistance ; il est en tout cas excellent jusqu'à la maturité. 

Pour la table, on le prépare : 

> En achards: U suffit de retirer les graines et de meUre le fruit, 
fendu en deux sur la longueur, dans la sauce préparée à cet effet : 
vinaigre, huile d'olive, gingembre, ail, piment, sel, etc. On y ajoute 
ordinairement: concombre, choux, carottes, mangues, etc. 

» En rougaille : On coupe par rouelles, toujours après avoir éliminé 
les graines, et Ton assaisonne avec jus de citron, piment, gingembre, etc. 

> En cari : On fait cuire le fruit, partagé en deux, avec du lard frais 
ou salé, du poisson frais ou salé; avec ou sans la poudre de cari, 
mais avec les condiments ordinaires de la cuisine créole. » 

Nous devons dire que nous avons tenté sans succès d'intro- 
duire dans nospickles les fruits de la petite Margose à piquants. 
Leur extrême amertume les rend impropres à cet usage. 



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170 LE POTAGER D'uN CURIEUX. 

HARGOSE 

Pomme de merveille. 

MoMORDiCA Balsamina Un., Spec, edit. d, p. 1009; L'amk, EncycL 
' méth.y IV, p. 237, tab. 794, fig. 1; DicU se, nat., tab. 208, 209; 

Revue hort.y 1857, p. 180, fig. 75; Naudin, in Ann. se. nai,, sér. 4, 

vol. XII, p. 132; série 5, vol. V, p. 20; Cogiiiaux, CocuRB., Mono- 

graphiœ Phanerog,, vol. Ilï, p. 237. 
M. vulgaris Tournef., InsL, p. 103, tab. 29. 
Cucumis agrestis Miller, Dict. des jardin, 
Neurosperma cuspidata Raf.,/oMrn. phys., 1819, p. 101. — Momor- 

dicaCharantia Descourt., FL des Antilles, VIII, p. 335, tab. 594. 

Fam. des Cucurbitacées, 

Cette espèce diffère du Af . Charantia par ses feuilles, qui 
sont glabres et d'un vert luisant ; par la bractée des fleurs 
mâles, qui est dentée et insérée au commet des pédoncules. 
La plante entière est plus petite dans toutes ses parties. Le 
fruit est ovale-arrondi, et ne dépasse jamais la grosseur d'un 
œuf de pigeon. 

« Les fruits du Momordica ont des propriétés balsamiques 
et vulnéraires, qui leur valurent une réputation d'autant 
plus grande, qu'ils venaient de l'Inde, pays des jongleurs et 
des miracles. 

» Ils sont, à la rigueur, comestibles comme les concom- 
bres. » {Dict. se, nai.y t. V, p. 387.) 

Nous n'avons pas de renseignements sur l'usage de la 
Pomme de merveille considérée comme plante potagère. 
Elle pourrait sans doute être employée aux mêmes usages que' 
les autres Margoses. 



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MELON BUDAIM. 171 



MELON DUDAIM 

Melon de la reine Anne, Melon des Canaries, Melon de senteur, 
Citrouille odorante, Pomme de Brahma. 

CucuMis Melo L. var. Dudaim Ndn. (Melo rotundus parvus G. Bauhin, 
C. Dudaim L,,C.sativus Schemmam Forsk.,C. pictusJsLcq., C. peda- 
tifidus et C. Reginœ Schrad., C. Schraderianus Rœm., C. odoratis- 
simus Mœnch). 

Vélins du Muséum, t'. LXl, tab. 24, 25, 26, 28; Morr., Belg. hort, 
t. II, p. 205. 

Fam.- des Cucurbitacées. 

« Les Dudaïmsy si l'on s'en tient à la forme type, constituent 
une des races les mieux caractérisées et les plus stables, dans 
l'espèce du Melon; mais, comme ils se croisent facilement 
avec toutes les autres, ils ne tardent pas à dégénérer et à 
perdre leur caractère lorsqu'on les cultive quelques années 
de suite dans leur voisinage. On voit alors naître des métis 
qui, par leurs variations de forme, de taille et de couleur, 
rappellent toutes les modifications qu'on observe dans les 
autres Melons comeslibles. 

» Le type de cette variété a le fruit sphérique, légèrement 
déprimé d'avant en arrière, jaune orangé plus ou moins vif à 
la maturité, avec des macules ou bariolures longitudinales 
d'un rouge terne, exhalant une odeur de Melon extrêmement 
prononcée. Cette odeur est quelquefois si forte, que certaines 
personnes se trouvent incommodées de la présence d'un ou 
deux fruits de cette variété dans un appartement. Sa taille 
varie du volume d'un petit abricot à celui d'une orange. Il se 
détache du pédoncule dès les premiers symptômes de matu- 
rité. La chair en est peu épaisse, d'un blanc jaunâtre ou lé- 
gèrement rosée, faiblement sucrée et laissant toujours un 
arrière-goût qui suffit pour le rendre immangeable. 

» Cet arrière-goût se retrouve dans tous les métis que le 
Dudaim produit avec les autres Melons, quelque excellente 
que soit la variété^ On devra donc l'éloigner des melonnières 



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172 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

quand on tiendra à conserver aux bonnes races les qualités 
qui les distinguent. 

» Le Dudaïm bien franc mérite, pour la gentillesse de ses 
fruits, qui peuvent servira orner les desserts, de trouver 
place dans quelque coin écarté du jardin, mais il ne saurait 
jamais être pour nous qu'un objet de simple agrément ou de 
curiosité. 

» Probablement, à cause r?c son arôme si développé, le Du- 
daïm est en grand honneur dans la plupart des pays musul- 
mans. Il abonde en Perse, en Egypte et dans tout le nord de 
l'Afrique. Je l'ai même vu vendre sur les marchés de l'Al- 
gérie. Les Espagnols l'ont depuis longtemps porté dans leurs 
colonies d'Amérique, où ils lui donnent le nom de Melonsito 
de olor^ ainsi que nous l'apprennent Gilii et Xwires, On en 
trouve d'assez bonnes figures dans divers auteurs. » (Naudin, 
Espèces et variétés du genre Gucumis, Ann. des sciences na- 
turelles.) 

Nous venons de cultiver pour la seconde fois un Melon 
dont les graines ont été envoyées de Pékin, sans observation 
particulière, par M. le docteur E. Çretschneider. Le docteur 
les avait antérieurement adressées à M. Decaisne, qui les avait 
considérées comme appartenant au Cucumis Dudaïm. 

Nous avons récolté des fruits de la forme et du volume 
d'une grosse orange, à écorce lisse, zébrée de dix raies d'nn 
vert foncé tranchant sur un fond jaune orange et descendant 
du pédoncule à l'ombilic. Hauteur du fruit, environ 0", 8; 
largeur des raies variant de O"",! et 0,1 1/2* à 0™,2; poids 
moyen, 310 grammes. 

Le petit volume du fruit le ferait ranger parmi ces Melons 
portatifs auxquels on a donné le nom de Melon de poche ou 
Melon chasseur, s'il pouvait avoir le même emploi; mais il 
manque de sucre et ne peut être mangé qu'au dessert. 

En Chine, il est bon, sucré et parfumé. 

M. Naudin reconnaît qu'au dessert il peut faire l'ornement 
de la table. Il nous apprend qu'il est en grand honneur dans 
la plupart des pays musulmans; qu'il abonde en Perse, en 
Egypte, dans tout le nord de l'Afrique; qu'il l'a trouvé sur 



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MELON DUDAIM. 173 

les marchés d'Algérie ; qu'il existe depuis longtemps dans les 
colonies espagnoles d'Amérique. 

Il n'est donc pas immangeable. 

Sa chair est blanche, juteuse, paifumée, lorsqu'il est très 
mûr. 

Nous proposons d'en faire l'usage que voici : Pour une 
table de vingt couverts, on étagera en pyramide ou l'on dis- 
posera dans une corbeille douze à quinze fruits, qui forme- 
ront un très beau plat de milieu et qui charmeront les regards 
des convives. 

Au dessert, le maître d'hôtel enlèvera le plat, coupera les 
fruits en deux, remplacera rfipidement les graines par du sucre 
en poudre, et servira à chaque personne un demi-fruit en 
forme de coupe, qui sera mangé à la cuillère comme une 
glace. Ce dessert sera bon et très élégant ; nous nous en som- 
mes assurés. 

Un de nos correspondants nous confirme dans celte appré- 
ciation. Il nous écrit de Setubal (Portugal) : « Hier, je mis la 
main sur un Melon zébré de Chine, que j'avais exposé depuis 
quinze jours sur une étagère; il était devenu à peu près tout 
jaune, même dans sa partie verte, qui avait pris cette teinte : 
il était à point pour ce que j'en voulais faire. Je le partageai, 
j'y goûtai et je lui trouvai un semblant de goût d'ananas; Je 
mangeai ainsi une moitié, tout en me disant qu'on pourrait 
bien en faire autre chose. Poursuivant l'expéripnce, je vidai 
de ses graines l'autre moitié, et dans ce vide je mis du sucre, 
puis d'un vin de liqueur très bon, qu'on appelle ici bastardo. 
Je laissai infuser un quart d'heure, puis, avec une cuillère à 
café, j-'entamai comme on fait d'une glace, et la pâte y res- 
semblait fort. Ce fut délicieux. Je me dis alors qu'on pourrait 
glacer ces moitiés de melons ainsi préparés de diverses façons. 
» Je vous livre mon essai ; c'est par ces moyens tout de 
hasard qu'on arrive aux découvertes. Je suis un converti, et 
je me hâte de vous le confesser. Ne fût-ce que pour manger 
ainsi ce petit melon, je le cultiverai.. ï> 

Le C. Dudaîm ne produit que douze à quinze fruits par 
panneau; son prix serait toujours assez élevé. Nous recon- 



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\lâ' LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

naissons qu'aux environs de Paris il ne pourra être fructueu- 
sement cultivé, et qu'il demeurera ce qu'il a été jusqu'ici, 
une plante d'amateur. 



MELON BLANC DU JAPON 

Shiro URl. 
Cucumis Melo L., var. 

Fam. des Cucurbitacées. 

Pour toute description, nous dirons que ce Melon ressemble, 
à s'y méprendre, au gros Concombre blanc de Paris. 

Nous le cultivons depuis plusieurs années sous châssis. 
Nous ne le taillons pas, de peur d« le déformer en le grossis- 
sant. En effet, sa forme se prête parfaitement à Tusage que 
nous en faisons. 

Nous le cueillons bien mûr; il est alors agréablement par- 
fumé. Il manque malheureusement de sucre, comme tous les 
Melons que nous avons reçus de la Chine et du Japon; mais, 
coupé en rondelles minces, plongé dans la pâte de beignets, 
frit par une main exercée et libéralement saupoudré de sucre, 
il forme un excellent entremets, qui garde un léger goût d'a- 
nanas et est fort bien accueilli par tout le monde. 

Cet emploi du Shiro uri n'est pas le seul qu'on en puisse 
faire. En 4879, à l'exposition d'horticulture de Brie-Comte- 
Robert, le jardinier Veniat présentait ce Melon qu'il cultivait 
depuis deux ans sous châssis de la même manière que le Can- 
taloup, la taille exceptée, et, dans une note relative à cette 
présentation et publiée par le Journal de la Société centrale 
(T horticulture y nous disions : a Chaque pied donne en moyenne 
quatre fruits, dont la forme et la couleur sont celles des Con- 
combres blancs de Paris. Le Shiro uri est un peu plus gro?î 
cependant. Sa peau est mince ; ses graines tiennent peu de 
place, il est tout en chair. 

» Cette chair manque de sucre ; ce n'est donc pas après le 
potage qu'il faut manger ce Melon japonais, mais au dessert, 



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MELON BELLE ANGEVINE. 475 

coupé en rondelles comme l'ananas, avec accompagnement 
de sucre en poudre. 

» Le Shiro ttn confit est très bon. Le confiseur Mamoz en a 
lait, en 1879, un excellent dessert. Plus tard M. Robineau- 
Boissier en a commandé deux cents fruits à M. Millet, horti- 
culteur distingué de Bourg-la-Reine, qui les lui a exactement 
livrés. Le célèbre confiseur en a coupé la chair en dés, Ta 
confite et nous a gracieusement offert une certaine quantité 
de cette friandise, qui a été dégustée avec un sensible plaisir 
par vingt membres de la section des végétaux (Société d'ac- 
climatation). 

» Nous considérons le Shiro uri comme préférable à la plu- 
part des Melons de l'extrême Orient. Il peut rendre des ser- 
vices et être fructueusement cultivé dans le Midi. 

» Comme il exige autant de soins et de frais que les Ganta- 
loups, nous n'espérons pas que sa culture se propage dans les 
environs de Paris. » 



MELON BELLE ANGEVINE 

Cucumis Melo L., var. 

Fam. des Cucurbitacées. 

Fruits piriformes, de couleur verte pointillée de jaune, 
marqués de raies longitudinales d'un vert plus foncé que 
l'écorce. Longueur, 0'",45; circonférence au point le plus dé- 
veloppé, 0",29. 

Ce Melon, dont les graines ont été envoyées de Chine à 
M. A. Geoffroy Saint-Hilaire par M. E. Bretschneider, a la 
forme et la couleur d'une grosse poire. Son écorce est très 
mince ; sa chair est verte, juteuse, fondante et parfumée ; mais 
il a le défaut de tous ses congénères, il manque de sucre. Il 
faut donc le cueillir bien mûr, le servir au dessert, et ne le 
manger que largement saupoudré de sucre. Nous ne répéte- 
rons pas ici ce que nous disons au sujet du Melon chayote. 



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176 LE POTAGER d'un CURIEUX. 

Comme celui-ci, le Melon Belle Angevine est une plante d'a- 
maleiir, inférieure aux variétés que nous cultivons. 



MELON CHATOTE 

Cucumis Melo L., var. 

Fam. des Cucurbitacées. 

Fruit petit, piriforme, à écorce lisse, couleur vert-pomme, 
divisé en dix côtes à peine indiquées par des lignes d'un vert 
plus foncé que Técorce. Longueur, 0",16; circonférence du 
côté du pédoncule, 0'",20; du côté de l'ombilic, 0'",27. Poids, 
370 grammes. Écorce très mince; chair épaisse, blanche, 
parfumée, juteuse et très fondante. 

Ce Melon est l'un des meilleurs que nous ayons reçus de 
l'extrême Orient. Les graines ont été adressées à M. A. Geof- 
froy Saint-Hilaire par M. le D' E. Bretschneider, sans mention 
particulière. Cultivé sous châssis, il nous a donné successive- 
ment une dizaine de fruits, sur lesquels nous ferons con- 
naître notre opinion. 

Ces Melons de la Chine et du Japon ont une saveur spéciale, 
qui ne peut en aucune façon être assimilée à celle des Melons 
cultivés en Europe. On ne les accepterait pas en France, après 
le potage, comme les Cantaloups, les Sucrins, etc. On ne peut, 
selon nous, les manger qu'au dessert. 

Il faut cueillir le Melon chayote très mûr et ne le manger 
que lorsqu'il est un peu amolli par la maturité et cède sous 
la pression du doigt. C'est alors qu'au dessert, après l'avoir 
pelé comme une poire et coupé en deux ou quatre parties, 
on le mange, abondamment saupoudré de sucre. Ainsi pré- 
senté, il paraît bon à beaucoup de personnes; mais on doit le 
considérer comme un fruit à part, oublier qu'il se nomme 
Melon, et ne pas vouloir à tout prix, comme on le fait commu- 
nément, qu'il ressemble à ce que nous possédons déjà. 

Les Melons d'Orient se prêtent à la confiserie mieux que les 



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MELOTHRIE PENDANTE. 177 

noires, qui sont aqueux. Malgré lout, sauf peut-être \eShiro 
uri du Japon, ce sont des plantes d'amateur qui exigent au- 
tant de soins que les plus beaux Cantaloups. Ils ne seront 
donc pas généralement cultivés. 

La singularité de leur forme provoquera peut-être des essais 
d'hybridation. 



MELOTHRIE PENDANTE 

Mëlothiiia pendula L., Pluk., .l/m., lab. 85, (ig. 5. 

Fam. des Cucurbilacées. 

Plante annuelle, grimpante, commune dans la plus grande 
partie de l'Amérique du Nord, signalée même à la Guyane et 
au Brésil par les voyageurs qui ont visité ces pays. Elle existe 
aussi en Chine. M. Fontanier, consul de France à Macao, en 
a fait parvenir des graines au Muséum. 

Celte plante atteint trois à quatre pieds de hauteur ; ses 
feuilles sont cordiformes, quinquélobées ou anguleuses, sca- 
bres. Fleurs fertiles (hermaphrodites), naissant sur des pé- 
doncules simples plus longs que les feuilles, filiformes, pen- 
dants. Fleurs mâles en grappes portées sur des pédoncules 
longs d'environ deux pouces. Dents calicinales subulées. 
Pétales obovales, profondément échancr^s. Fruit vert, glabre, 
ellipsoïde, en forme d'olive. 

Sloane dit que les habitants des contrées où croît cette 
plante font quelquefois mariner ses fruits quand ils sont en- 
core verts. 

Nous avons cultivé la Mélothrie pendante avec un succès 
complet. Nous l'avons semée sur couche et sous châssis, et 
mise en place à la fin de mai. Dressée sur un treillage gros- 
sier, à très larges mailles, elle s'est couverte d'un feuillage 
abondant et d'une multitude de jolis fruits pointillés de blanc, 
de la couleur, de la forme et du volume d'une olive. 

Nous avons mis ces fruits dans le vinaigre, comme des cor- 

PAILLIEUX. 12 



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178 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

nfchons ; mais nous ne saurions les recommander pour cet 
usage. On ne doit faire entrer dans la composition des pickles 
que des fruits plus ou moins croquants. Ceux de la Mélothrie 
sont creux et mous. Ils plaisent par leur jolie forme, leur 
couleur et leur abondance, mais ils sont sans réelle utilité. 
La Mélothrie est une plante d'amateur. 



MIOGA 

ZiNGiBER MiOGA Rosc. — Amomum Mioga Kœnapfer. 

Fam. des Zingibéracées, 

Plante vivace. Rhizomes écailleujc qui s'étendent horizon- 
talement. Tiges aériennes annuelles, hautes de 0",50 à 0",60, 
simples, revêtues par les gaines des feuilles. Feuilles cauli- 
naires alternes, distiques, simples, longues d'environ 0'°,20 et 
larges de O^jô à 0"',6, lancéolées acuminées, d'un vert clair, 
à peine pétiolées, ligulées; de la côte médiane du limbe des 
feuilles partent des nervures latérales. Pédoncule naissant 
de la souche, s'élevant souterrainement, portant une inflo- 
rescence ovoïde, composée de bractées imbriquées pointillées 
de rouge brun, venant épanouir au ras du sol cinq ou six 
fleurs; calice tubuleux, fendu d'un côté et transparent; 
corolle à tube court, formée de trois lobes extérieurs, égaux, 
lancéolés, longs de 0™,3 environ; îabelle trilobé, obovale, 
long de 0",02 1/2. Étamine unique à filet portant une anthèTe 
latérale à deux loges enveloppant le style. Ovaire infère à trois 
loges, renfermant plusieurs ovules, surmonté d'un style grêle 
prolongé au delà de l'anthère en un long bec arqué ; stigmate 
en entonnoir. Fleurit en août-septembre. 

Le Miôga est originaire du Japon. Il a été décrit par 
Kaîmpferdans son ouvrage intitulé : Amœnitatum exotica- 
rum fasciculiy V, p. 826. 

Il a été recueilli par Thunberg, Siebold, Buerger et Moh- 



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MIOGA. 179 

nike (1), près de Nangasaki. Il croît spontanément, mais il 
est généralement cultivé. 

Dans le livre intitulé : Le Japon à V Exposition universelle 
de 1878, nous lisons : « Le Miôga est une plante dont on 
mange les jeunes tiges et les fleurs. Les fibres de ces tiges 
peuvent servir aussi à faire des cordes. » 

M. le D' H*** nous écrivait le 11 avril 1879 : « Je vous en- 
voie une petite racine d'une espèce de Gingembre, appelée au 
Japon Midja, etparThunbergilmomttmJfiogfa. On en mange 
les inflorescences avant l'épanouissement des fleurs; c'est 
assez bon. Bien que toutes les Zingibéracées soient considé- 
rées comme de serre chaude, cette plante passe parfaitement 
les hivers chez moi depuis trois ans, en pleine terre, plantée 
à O^jlO de profondeur et recouverte en hiver d'un peu de 
feuilles sèches. Elle a bien fleuri l'été dernier. Si le morceau 
que je vous envoie est un peu petit, c'est que je ne l'ai encore 
guère multipliée. » 

Le docteur nous écrivait encore le 7 juin de la même 
année : « Mes pieds de Miôga ont parfaitement passé l'hiver 
en pleine terre et poussent de tous côtés. Si le trop po*it pied 
que je vous ai envoyé ne poussait pas, je pourrais vous en 
envoyer autant que vous le désireriez l'hiver prochain. » 

Nous n'avons pas demandé un second envoi à notre obli- 
geant correspondant. Le tronçon qu'il nous avait envoyé avait 
si bien végété, que nous pourrons, au printemps prochain, 
faire une plantation de 400 pieds. 

Notre Miôga, on le voit par la date à laquelle nous l'avons 
reçu, a supporté le grand hiver. 11 était, il faut le dire, pro- 
tégé par une épaisse couverture de neige; mais en 1880-81 et 
1881-82, rien ne le défendait contre le froid. Nous sommes 
donc arrivés sans échec à notre quatrième année de culture. 

Il n'existe pas, croyons-nous, de plante plus rustique que 
le Miôga, ni d'une plus rapide multiplication. Nous ne l'avons 
vu atteint par aucune maladie, attaqué par aucun insecte. 

Nous plantons les tronçons de rhizome dans une planche 

(1) Tliunberg, Flora japonicut p- 24; Miquel, Prolusio florœ japonicœ, p. 304. 



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180 I^E POTAGER d'un CURIEUX. 

de jardin large de l^^SO, sur deux lignes parallèles, distantes 
de 0",50. Il reste donc un espace de 0''*,40 entre les lignes et 
les sentiers, ce qui n'empêche pas les plantes de porter sous 
ceux-ci leurs tiges et leurs inflorescences. 

Il ne se montre dans la planche que fort peu de mauvaises 

her}3es, dont un binage bu deux font justice . Arrosage facultatif. 

Il ne faut pas biner après le 31 juillet ; on risquerait de 

couper des turions et des inflorescences. On peut sarcler à la 

main. 

Vers le 15 août commence la récolte. On surveille la plan- 
tation comme celle de l'Asperge ; comme les turions de l'As- 
perge, on coupe tout près du rhizome, dès que l'inflorescence 
laisse voir sa pointe aiguë à la surface du sol. 

Nous n'avons jamais coupé les turions, sauf quelques-uns 
seulement, pour les déguster, de peur d'amoindrir la multi- 
plication. On les récolte comme les inflorescences, et nous 
n'avons pas trouvé de diff'érence appréciable entre la saveur 
des uns et celle des autres. 

Nous supposons qu'il faut attendre deux ans avant de ré- 
colter lès turions d'une plantation, et ne les couper qu'au 
printemps, bien qu'il s'en produise aussi pendant l'automne. 
On aurait donc régulièrement, ce nous semble, une récolte 
d'inflorescences d'août à septembre, et une récolte de turions 
de la fin d'avril à la fin du mois de mai. Il ne serait sans doute 
pas prudent de prolonger la coupe au delà de ce terme. 

Nous n'insisterons pas sur la rusticité du Miôga et sur sa 
rapide multiplication. Nous parlerons de l'usage qu'on peut 
faire de ses turions et de ses inflorescences. 

•Notre correspondant nous écrivait le 18 août 1880 : « Si 
vous voulez essayer dé goûter ces Miôga, il faut les laver soi- 
gneusement pour ôter la poussière ou la terre qui pourraient 
être restées entre les bractées; les faire blanchir à l'eau bouil- 
lante un peu salée, \eè passer à l'eau froide, puis les faire 
cuire un instant dans une sauce au jus, comme des oignons, 
des poireaux ou des céleris. Gela a un goût très différent de 
ce que nous sommes habitués à manger; mais, à mon avis du 
moins, ce n'est pas mauvais. »' 



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MORELLE DES ANTHROPOPHAGES. 181 

Nous avons dégusté les inflorescences de Miôga préparées 
au gratin coftimale macaroni, en couches alternantes de lé- 
gumes et de Parmesan râpé : c'est assez bon. Nous les avons 
mangées en salade, après les avoir siniplement blanchies à 
l'eau bouillante. Nous les avons trouvées bonnes. Un léger 
goût de résine disparaît à la deuxième ou troisième-bouchée, 
et la saveur légèrement piquante du légume se marie assez 
bien avec celle de l'huile. 

Enfin, nous avons associé, pour faire despickleSy les inflo- 
rescences du Miôga auxAngouries des Antilles, aux bulbes de 
l'Oignon Catawissa et aux Piments doux d'Espagne. Le résultat 
nous a pleinement satisfaits, et nous recommandons tout par- 
ticulièrement cet emploi. 

Nous espérons qu'on essayera avec un peu de persévérance 
diverses préparations culinaires; il reste beaucoup à feire. A 
ceux qui nous demanderont si notre léguine ressemWe à tel 
ou tel autre en usage chez nous, nous répondrons : Noiï; le 
Miôga n'a le goût ni du chou, ni du cardon, ni de l'artichaut, 
ni d'aucun de nos légumes... il a le goût.du Miôga. 



MORELLE DES ANTHROPOPHAGES 

Morelle des cannibales. Borodina. 
Solanum anthropophagorum Seeman. 

Fam. des Solanées, 

La correspondance relative aux îles Fidji, présentée aux 
deux Chambres du parlement anglais par ordre de Sa Majesté, 
en mai 1862, est accompagnée d'un appendice ijitéressant, 
consistant en un rapport du docteur Seeman sur les produc- 
tions et les ressources végétales des îles Viti ou Fidji, dans 
lequel un chapitre, à la page 58, est consacré aux légumes 
mangés avec la chair humaine, rapport dont nous donnons 
l'extrait suivant : 



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182 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

« Puisque, grâce à Tinfluence du commerce, de l'enseigne- 
ment chrétien et à la présence d'un consul britannique, le 
cannibalisme ne survit que dans un petit nombre de loca- 
lités et devient chaque jour, et de plus en plus, un simple 
sujet historique, il peut être important de savoir ceci : la 
chair humaine, des Fidjiens me l'ont maintes fois assuré, est 
extrêmement difficile à digérer, et les hommes les mieux 
portants souffrent pendant deux ou trois jours après en avoir 
mangé. Afin sans doute d'aider à la digestion, le Bokola, nom 
technique donné à la chair de l'homme mort, est toujours 
mangé avec addition de légumes. Il y en a principalement 
trois sortes qui, dans l'opinion des Fidjiens, doivent accom- 
pagner le Bokola : les feuilles du Malawari {Trophis anthro- 
paphagoïum Seem.), le Tudana {Omalànthus pedicellatus 
Benth.) et le Borodina {Solanum anthropophagorum Seem.). 
Les deux premiers végétaux sont des arbres de moyenne taille, 
croissant spontanément dans beaucoup de parties de l'archipel ; 
mais le Borodina est cultivé, et il y en a généralement plu- 
sieurs grosses touffes auprès de chaque Buré (ou maison des 
étrangers), où sont toujours portés les corps des hommes tués 
dans un combat. 

î> Le Borodina est un arbuste touffu, ayant rarement plus de 
six pieds, avec un feuillage sombre et luisant et des baies de 
la forme et de la couleur des tomates. Ce fruit a une légère 
odeur aromatique et est accidentellement préparé comme la 
sauce tomate. Les feuilles de ces trois végétaux sont roulées 
autour du Bokola, comme celles du Taro autour du porc, et 
cuites avec lui sur des pierres chauffées. Le sel n'est pas 
oublié. 

» Tandis que toutes les autres sortes de légumes et de viande 
sont mangées avec les doigts, on ne touche à la nourriture 
des cannibales qu'avec des fourchettes, généralement faites 
avec le bois du Nokonoko {Casuarina equisetifolia) ou du 
Vesi {Afzelia bijuga A. Gray), portant des tioms curieux et 
ayant trois ou quatre longues dents. La raison donnée de 
cette dérogation à la manière habituelle de manger est la 
croyance généralement répandue que les doigts qui ont touché 



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MORELLE DES ANTHROPOPHAGES. 183 

le Bokola peuvent engendrer des maladies cutanées quand ils 
sont en contact avec la peau délicate des enfants, et, comme 
les Fidjiens aiment tendrement leur progéniture, ils font 
scrupuleusement usage de fourchettes dans les occasions in- 
diquées. 

» Le Borodina mentionné ci-dessus est le sujet de notre 
planche de ce jour (i). Nos plantes ont été obtenues de graines 
rapportées par le docteur Seeman, et ont fleuri dans la serre 
des jardins royaux en juillet. Excepté lorsqu'elle porte des 
fruits, cette espèce de Solanum n'a rien qui puisse engager à 
la cultiver. Elle ne présente qu'un intérêt historique, lié à 
une pratique qui, chaque année, tombe de plus en plus en 
désuétude. » 

En 1878, nous avons semé sur couche et sous châssis le 
Solanum anthropophagorum. Le 2 juin, nous l'avons mis en 
place, en plein air, sur vieille couchç. Au commencement de 
septembre, des fruits assez nombreux commençaient à rougir. 
Au mois d'octobre, ces fruits n'étant pas mûrs, nous avons 
enfermé la plante dans une cage vitrée, et, peu de temps 
après, nous avons récolté ses baies. 

Elles étaient sèches, ou tout au moins assez peu juteuses 
pour qu'il fût impossible d'en faire une sauce ressemblant 
à la sauce tomate. Selon nous, on perdrait son temps et ses 
peines en cultivant le S. anthropophagorum sous le climat 
de Paris : mais M. Rantonnet (2), horticulteur à Hyères, a 
reconnu que chez lui il supportait l'hiver en plein air, et il a 
récolté des fruits mûrs au mois de février. A son avis, cette 
nouvelle variété de Tomate pourrait entrer dans la consom- 
mation générale, surtout dans la France méridionale. 



(1) Botanical magazine, S* série, t. XX, p. 5424-. 

(2) Revue horticole, 1867, p. 326. 



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484 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

HORELLE DE BALBIS 

SoLANtîM siSYMBRiiFOLiUM Lamk. îlluslr., n. 2386. 

S.' Balbisii Dunal. Solan., 232, n. 195, t. 3, f. 2; Bot. mag., tab. 2568, 

2828 et 3954. 
S. decurrens Balb'. te. et descript.y fasc. 1, {x. 17, t. 1. 
S. inflatuml\orn, hortr. Jlafn., 1, p. 221. 
S. viscosum DC. ic, pict. facult. se. monsp.; Lag. gen. et sp. 10, 

n. 145. 
.S. brancœfolium Jacq., Eclog., 14, t. 7. 
S. formomm, Cat, Dorp.y p. 145, nec H. B. et Kth. 
S. mauritianum. Vélins du Mus. Paris, t. 21, t. 66. 
S. viscidum Schweigg, Enum, h. Région^ 67. Mart. en H. Erlang., 64 
S. edule Velloz. Flor, Flum., 2, t. 121. 
S. opulifolium Portensch. mss. ia h. Vindob. e Sendtn. 
S Thouini Gmel. Cat, Carlsruhe, 25i. 

Fam. des Solanées. 

Plante annuelle, originaire de l'Amérique méridionale, 
atteignant i mètre de hauteur environ, velue, glanduleuse, 
portant des épines jaunâtres sur toutes ses parties. Tige li- 
gneuse à la base. Feuilles pinnatifides, à cinq ou sept lobes 
irrégulièrement dentées, hérissées de poils rudes, très épi- 
ne lises, décurrentes. Fleurs assez grandes, blanches, lilacées 
ou violettes, suivant les variétés, en cyme terminale ; calice 
à divisions inégales, épineuses; corolle ressemblant beau- 
coup à celle de la Pomme de terre. Étamines à anthères jaunes ; 
style court. Fruit (baie) du volume d'une grosse cerise, re- 
couvert en partie par les divisions du calice, d'un rouge sa- 
frané, à chair sucrée et légèrement acide à la maturité. 

Ce que nous avons à dire de la Morelle de Balbis tiendra 
moins de place que n'en cccupeqt sa description et ses syno- 
nymes. La plante est plus ornementale qu'alimentaire et ne 
doit pas nous retenir longtemps. 

Elle acquiert de grandes proportions dans un sol riche. 
La même graine nous a donné des pieds qui portaient, les 
uns des fleurs bleues, les autres des fleurs blanches, et il nous 



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MORELLE NODJ FLORE. 185 

a semblé que les fruits qui succédaient aux lleurs bleues 
étaient d'un plus beau rouge que ceux des plantes à fleurs 
blanches. 

Nous avons mesuré le diamètre et la circonférence d'un 
pied planté snr vieille couche, et nous regrettons de n'avoir 
pas conservé les chiffres ; les dimensions étaient énormes. 

La culture du S. Balbisii est celle de la Tomate. On sème 
sous châssis et sur couche ; on met en place à la fin de mai, 
et les fruits mûrissent en septembre et octobre. 

La récolte est difficile. La plante est pourvue d'innom- 
brables épines, qui en défendent les approches. On essaye de 
cueillir ses jolies baies rouges, et le plus souvent on y re- 
nonce. 

Nous nous souvenons cependant d'avoir vu, près des serres 
du Muséum, un pied de Morelle de Balbis qui était dépouillé 
de ses fruits par les passants au fur et à mesure de leur ma- 
turation; mais, assurément, cet innocent larcin ne s'accom- 
plissait pas sans qu'il y eût du sang répandu: 

La saveur des baies du S, Balbisii est assez insignifiante. 
On pourrait les confiço au caramel et au fondant, comme 
celles du Physalis peruviana, qui sont beaucoup meilleures; 
ce qu'on peut affirmer, c'est que la plante est fort belle et 
digne de l'attention des amateurs. 



MORELLE NODIFLORE 

SoLANUM NODIFLORUM Jacq. Icones rat\ 2, tab. 326; Dunal, in DC, 
prodr., Xni, 46; S. nigrum, \nr. paUilum Lin. 

Fam. des Solanées. 

Plante très répandue à Maurice et â Rodriguez et cultivée 
dans les potagers. Se trouve partout dans les tropiques. Brède 
malgache. {Flore de Maurice et des Seychelles. Baker.) 

Plante annuelle, atteignant 6 à 7 décimètres de hauteur, à 
tiges sous-frutescentes, rameuses, presque cylindriques. 



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186 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

glabres, à nœuds épaissis; feuilles alternes, pétiolées, ovales- 
aiguës, un peu décurrentes sur les pétioles, entières, glabres 
et vertes sur les deux faces; pédoncule simple à la base, se 
divisant au sommet pour former une sorte d'ombelle com- 
posée de cinq à six fleurs, petites, blanchâtres, à sépales obtus ; 
corolle à divisions profondes, lancéolées, aiguës, très ou- 
verte; baie ronde, petite, noire, luisante ; graines blanches. 
Croît dans toutes les parties tropicales de l'ancien et du nou- 
veau continent. 

Les graines de la Morelle nodiflore nous ont été apportées 
de Nouméa par notre correspondant, M. V. Perret. Semées 
sous châssis et mises en place, en pleine terre, à la mi-mai, 
elles présentent, au moment où nous écrivons, la plus vigou- 
reuse végétation, et portent des fruits mûrs. 

Les sommités de la plante sont comestibles, mais nous 
croyons prudent de n'en pas manger les fruits; plusieurs 
Solanum appartenant à . cette section ont des fruits véné- 
neux (1). 

Le Solanum nodiflorum est-il spontané ou introduit dans 
la Nouvelle-Calédonie? Nous ne saurions le dire; mais on le 
rencontre dans les parties de l'île les plus éloignées des points 
occupés par les Européens. 

La plante est d'un usage général dans les contrées tropi- 
cales, où elle entre notamment dans le Calaloti et dans les 
soupes de légumes. 

Plusieurs espèces de Solanum, le S. oleraceum Dunal, le 
S. nigrum L., ont le même emploi. 

Nous avons dégusté la Morelle nodiflore, hachée et pré- 
parée comme les Épinards. Elle n'a pas eu le don de nous 
plaire ; nous ne lui avons pas trouvé d'autre saveur qu'une 
légère amertume. Nous sommes trop riches en herbes comes- 
tibles, Épinards, Tétragone, Glaciale, etc., pour recom- 
mander une plante, à notre avis, inférieure. 



(1) Les fruits de la Morelle noire {Solanum nigrum) renferment un principe 
alcalin, la Solaniney qui possède des propriétés éminemment délétères. Orfîla 
tua un petit chien en lui administrant 210 grammes d'extrait aqueux des baies 
de cette plante. 



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MORELLE DE WALLIS. 187 

Il nous a semblé cependant qu'une Morelle, universelle- 
ment estimée dans les pays chauds et d'une culture facile sous 
notre climat, avait droit à une place dans le Potager (Tun 
curieux. 

Notre goût ne fait pas loi. 



MORELLE DE WALLIS 

SOLANUM WaLLISII. 

Fam. des Solanées, 

a Plante d'une grande vigueur, buissonneuse, compacte et 
très ramifiée dès sa base, qui devient sous-frutescente ou 
même sub-ligneuse, nigrescente ou mieux noire dans toutes 
ses ramifications; rameaux et ramilles nombreux, légèrement 
anguleux ou sub-ailés. Feuilles très longuement lanciformcs, 
entières, très rarement et légèrement lobées, longues d'en- 
viron 12 centimètres, larges de 4, régulièrement atténuées en 
pointe ; pétioles de 5-7 centimètres de longueur, d'un violet 
noir, ainsi que les nervures. Fleurs réunies en sorte de co- 
rymbe scorpioïde, solitaires, sur un pédicule d'environ 
15-20 millimètres, noir, fortement villeux. Calice à divisions 
courtement ovales, très longtemps persistantes. Corolle étalée, 
large de 25-30 millimètres, d'un violet foncé brillant, à divi- 
sions brusquement rétrécies et acuminées en pointe ; étamines 
incluses, à filets plus courts que les anthères. Fruits allongés, 
cordiformes, atteignant environ 6 centimètres de longueur 
sur 4, parfois plus, de diamètre, réguhèrement atténués au 
sommet, qui est brusquement arrondi, légèi;ement rétréci à 
la base, sur laquelle s'appliquent les divisions du calice ; peau 
lisse et très unie, luisante, d'un très beau violet marbré, pieté, 
souvent çà et là bandelettée ou largement maculée. Chair 
blanc jaunâtre, épaisse, fondante, très juteuse, de saveur lé- 
gèrement piquanle, rappelant un peu celle du Melon, faible- 
ment sucrée, laissant néanmoins un arrière-goût poivré, acre. 



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188 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Graines portées sur une espèce de placçnta central charnu , 
dressé au centre du fruit. » E.-A, Carrière (1). 

Après avoir donné cette description, M. Carrière poursuit : 
(c Les qualités que nous venons de rappeler sont celles que 
nous avons constatées sur des fruits qui ont mûri dans notre 
serre, et qui, par conséquent, n'ont pu atteindre la perfection 
qu'ils devront acquérir dans des climats équatoriaux. A Nice 
déjà les fruits paraissent être d'une qualité supérieure, à en 
juger par les dires de M. Ch. Huber. Ainsi, dans une lettre 
de Nice, datée du 13 janvier (1877), il nous dit : « Je viens 
de manger un autre fruit de Solanum Wallisiiy et je suis 
extrêmement satisfait de son bon goût ; la chair très fondante, 
d'une couleur jaune comme celle d'une Prune Reine-Claude, 
est très douce. Pour que les fruits aient acquis cette qualité, 
il faut attendre qu'ils soient d'une consistance tendre, les 
laisser en repos en évitant de les presser avec la main, ainsi 
qu'on le fait souvent, ce qui alors nuit au bon goût. Les 
plantes que j'ai laissées en pleine terre n'ont pas souffert des 
petits froids du mois de décembre, et elles poussent aussi bien 
que si elles étaient en serre. Pour les pays du Nord, je crois 
qu'une serre froide suffira pour les hiverner... J'en ai aussi 
fait préparer cuits, et j'ai constaté qu'ils forment un mets 
délicieux. » 

La Morelle de Wallis a été introduite en Europe par 
M. Wallis, qui en a acheté les fruits au marché de Guayaquil 
(Equateur), où ils se vendent sous le nom de Gna^avos. Ces 
fruits sont très recherchés par les habitants, qui les mangent 
crus ou cuits. M. Ch. Huber en a reçu les graines de M. Ortgies, 
les a semées le 12 décembre 1875, et, pourvu' de pieds nom- 
breux, a mis la plante dans le commerce. 

Nous en avons alors essayé la culture, et l'un .de nous, 
par une lettre dont nous reproduisons une partie, a fait con- 
naître à M. Carrière les résultats qu'il avait obtenus : « Les 
boutures de la Morelle de Wallis se font en plein air aussi fa- 
cilement que celle des Pelargonium, et la plante en fournit 

(1) Note sur le S. Wallisii, figure coloriée (Revue horticole, 1877, p. 291). 



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MORELLE DE WALLIS. 189 

abondammenl. J'en ai fait un bon nombre au mois d'août 
dernier; elles onl passé l'hiver soiis châssis, côle à côté avec 
les Pelargonium. Le pied-mère seul est mort. 

» Le printemps venu, j'en ai conservé huit, dont quatre 
ont été maintenues en pots. Les quatre autres ont été plantées . 
en pleine terre et fort mal protégées par un châssis, qui n'a 
pas cessé d'être levé à 25 ou 30 centimètres au-desSus du 
coffré. L'air circulait aussi sous ce coffre. Il avait fallu le sou- 
lever pour redresser la plante, qui s'élève peu, mais dont je 
ne voulais pas laisser iraîner les tiges à terre, car elles y au- 
raient^ immédiatetnent pris racine, ce que je désirais éviter. 

» Les plantes ont \êgélé vigoureusement et ont été sans 
cesse ébourgeonnees. 'Crois ou quatre branches seulement 
out été conservées tt se^sont C9ntinuellement couronnées de 
charmants bouquets de. fleurs. Les boutures maintenues en 
pots, placées également sous châssis très aéré, ont donné 
beaucoup de fleurs, mais n'ont pas noué un seul fruit. 

» Sur les quatre pieds mis en pleine terre, un seul a noué 
des fruits au nombre de trois. Deux de ces fruits sont déjà 
beaucoup plus gros que celui dont notre Revue donne la 
figure; le troisième grossit encore et semble devoir acquérir 
le même volume. Ces fruits sont d'une rare beauté. Ils sont 
noués depuis le 1" juillet dernier (1). 

» Les détails dans lesquels je viens d'entrer font voir clai- 
rement par où j'ai péché. La saison ayant été plus froide qu'à 
l'ordinaire, j'aurais dû donner à mes plantes un peu plus de 
chaleur. Je ne l'ai pas fait, et j'ai eu tort. Voyons maintenant 
l'avenir. 

» La Morelle de Wallis est extrêmement rustique, en ce 
sens que ses boutures reprennent en plein air, que sa végé- 
tation est toujours très active, qu'aucune maladie, aucun in- 
secte ne semblent pouvoir en compromettre la culture. 

» Que lui faut-il? Un peu plus de chaleur que je ne lui en 



(l) Un de ces fruits complètement mùr, le 2 septembre, mesurait centiiuc- 
tres de hauteur sur 27 de circonférence. Sa forme rappelait celle d'un cœur de 
bœuf non aplati; sa peau lisse et luisante était marbrée de rose violet; c'était 
en effet d'une rare beauté (Rédaction de la Revue horticole). 



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190 LE POTAGER d'v^ CURIEUX. 

ai donné. Ce n'est une difficulté ni pour les jardiniers, ni 
pour les maraîchers. Faire des boutures en aoflt ; les conserver 
l'hiver sous châssis ; les avancer un peu au printemps sur 
cowbe tiède ; les ébourgeonner avec soin ; supprimer la moitié 
des fleurs de chaque bouquet, tels sontjes conseils que je 
puis donner mîourd'hui. » 

Nous sommes Inem convaincus que la Morelle de Wallis 
peut être cultivée sans dîlfciuUé. Cependant elle exigera tou- 
jours sous notre climat plus ée soins qu'elle n'en mérite. 
Nous avons dégusté les fruits que ftous avons obtenus. Ils 
étaient superbes, parfaitement mûrs, charnus, juteux, appé- 
tissants. Nous étions pleins d'illusions sur le résultat. Les 
curieux comprendront toute l'amertume de nohn» désappoin- 
tement; nos fruits avaient le goût de Concombre et baissaient 
sur la langue un picotement désagréable. Nous les avons mis 
en compote, ils ne valaient pas mieux. 

Pourquoi donc venons-nous d'en parler longuement? C'est 
que ces beaux fruits, certainement fort bons à Guayaquil, 
peuvent être une utile acquisition pour le littoral méditerra- 
néen et pour l'Algérie ; c'est qu'après tout nous n'écrivons 
pas seulement pour les environs de Paris. 



MOTSIJI 



BiDENS PILOSA Lin. ; Ceratocepkalus pilosus Rich. ; Kerneria dubia 
Coss.; Kerneria tetragona Mœnch. 

Fana, des Composées, 

Plante annuelle à tiges dressées, hautes de 0'°,80 à 1 mètrC; 
quadrangulaires, branchues dans leur partie supérieure. 
Feuilles opposées, péliolées, glabrescentes, d'un vert noi- 
râtre, les supérieures triséquées, les inférieures imparipen- 
natiséquées, à segments ovales aigus, dentés sur leurs bords. 
Pétioles ciliés à la base. Fleurs en capitules discoïdes ; invo- 



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MOTSIJI. 191 

lucre à écailles presque égales entre elles, à peu près de la 
longueur des fleurs du disque. Fruit (achaine) linéaire, an- 
guleux, terminé par deux arêtes plus ou moins divergentes, 
s'écartant un peu en mûrissant. 

Cette plante croît dans toutes les parties chaudes du globe. 

Notre correspondant du Transvaal, M. Mingard, agronome 
attaché à la mission vaudoise, nous en a adressé les graines 
et nous extrayons de sa lettre d'envoi le passage suivant : « Je 
prendrai,, dès aujourd'hui, comme vous me le conseillez, 
l'habitude de joindre à chaque lettre quelques graines pour 
en compléter le port; je vous remets donc ci-jointes des 
graines de Mofsiji, plante que je mange jeune et fraîche, 
bouillie comme les Laitues et bâchée comme les Épinards. 
Les naturels la mélangent ordinairemeni à la farine d'Ara- 
chide. » 

Nous avons semé le 20 mars (iSS^) en pot, sous châssis, 
nos graines de Motsiji : elles ont bien levé, et nous avons mis 
les plantes en place le 20 mai, en plein air. Elles ont pris un 
grand développement et nous ont donné des graines mûres au 
commencement de juillet. 

Le 26 mai, nous avons semé le Motsiji en pleine terre, et, 
dès le 12 juillet, nous dégustions les sommités des tiges, 
hachées comme les Épinards; le résultat nous a satisfaits. 
Nous reconnaissons que la plante peut être aisément cultivée 
et fournir un bon légume d'été, sans qu'il y ait lieu de la re- 
commander d'une manière particulière. 



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192 LE POTAGER d'uN CURIEUX, 

MOUSTACHE DE BARBADE 

Topinambour blanc. 

PiiHYNiUM ALLOUYA Roscoc. MonaudriaU plants of the order Scita- 

mineœy pi. 38. 

Maranta allouia XuhleL Histoire des plantes de la Guyane française 

vol. I, p. 3; Jacquin, Fragm,, p. 53, n° J74, t. 21. 

Fam. des Cannacées. 

Plante vivace, à rhizome formant un gros tubercule ver- 
tical, auquel se rattachent plusieurs autres tubercules ovoïdes, 
globuleux, qui sont situés à rextrémité d'assez longs filets ; 
feuilles radicales ovales-lancéolées, inéquilatérales, fortement 
nervées, longuement péliolées; inflorescence presque globu- 
leuse; fleurs d'un blanc pur, naissant deux par deux à Tais- 
selle de bractées imbriquées, membraneuses; corolle tubu- 
leuse, à limbe extérieur divisé en trois petits segments ovales, 
égaux ; à limbe intérieur formé de deux lobes inférieurs ovales 
et d'un lobe supérieur en capuchon. Capsule à trois loges. 

a On extrait des tubercules de cette plante une fécule qui 
ressemble beaucoup à celle de l'Arrow-root ; elle est cultivée 
à la Guadeloupe, où on la connaît sous le nom de Moustache 
de Barbade. » (Roscoe, loc, cit.) 

« Les racines sont garnies de tubercules plus ou moins 
gros, qui sont bons à manger cuits sous la cendre. » (Aublet, 
loc, cit.) 

Nous avons accepté, sur la foi de Roscoe, le nom de Mous- 
tache de Barbade, sous lequel, selon lui, le Phrynium Al- 
louya serait connu à la Guadeloupe ; cependant notre corres- 
pondant de la Pointe-à-Pitre paraît l'ignorer et donne au 
tubercule de la plante le nom de Topinambour blanc. Il nous 
écrit : a Tussac le désigne comme appelé Topinambour blanc 
par les nègres du cap Haïtien, où on le trouve conimuné- 
ment sur le marché. A la Pointe et dans toutes les Antilles 
également, on trouve ce petit tubercule, que les enfants dévo- 



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MOUTARDE TUBÉREUSE. 493 

rent avec avidité, et que les grandes personnes mangent en 
le grignotant pendant qu'elles causent. Topinambour est 
aussi le nom, à la Guadeloupe, de ce légume, qui a la forme 
d'une petite toupie, est recouvert d'une peau d'un blanc 
grisâtre, parcheminée, et, quand il est cuit, a une chair 
transparente comme une Pomme de terre gelée, mais cro- 
quante presque comme la Pomme de terre franche... » 

M"' L..., de la Pointe-à-Pitre, a bien voulu nous dicter ce 
qui suit : « Les Topinambours blancs se mettent sur le 
feu dans l'eau froide ; on les laisse bouillir environ trois 
quarts d'heure; on les goûte pour s'assurer de leur parfaite 
cuisson. 

» On les sort de l'eau, on les égoutte, on les saupoudre de 
sel blanc fin, on les laisse refroidir et on les croque froids au 
dessert; surtout il faut les manger très mûrs, sans cela ils 
sont mauvais ; et les saler, sans cela ils n'ont aucun goût ; 
mais, mangés très mûrs, froids et salés à point, il y a des 
gens qui les aiment. > 

M. L... aime les Topinambours blancs, mais M"* L... ne les 
aime pas, et son dédain se fait sentir dans la note qui précède. 

Nous avons cultivé sous châssis le Phrynium Allouya, et 
nous avons obtenu de belles plantes ; mais elles n'ont pas 
formé de tubercules. Il leur faut, selon Descourtilz, huit mois 
de végétation. La culture maraîchère ne permet pas de les 
leur accorder; il est donc impossible de cultiver cette espèce 
sous le climat de Paris. 



MOUTARDE TUBÉREUSE. 

SlNAPlS JUNCEA L. Sp. 933. 

var. napiformis. 



Fam. des Crucifères. 



Plante bisannuelle, glabre, atteignant i mètreà4™,50 de 
hauteur. Racine renflée, napiforme, ressemblant beaucoup au 

13 



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194 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Panais commun, blanche, mesurant environ 0",1 7 de longueur 
et 0",26 de circonférence. Feuilles inférieures oblongues, 
lancéolées, dentées, quelquefois lyrées ; les supérieures 
étroites, linéaires, lancéolées, entières ou dentées. Fleur jaune 
clair, en grappe terminale. Sépales divergents. Siliques dres- 
sées, bosselées; bec assez long, asperme, un peu com- 
primé ; valves carénées, trinerviées, à nervures latérales si- 
nueuses. 

On peut lire dans le Bulletin de la Société d'Acclimata- 
tion, S' série, t. IX, p. 579, la lettre datée de Pékin, 20 no- 
vembre 1884, par laquelle M. le D' E. Bretschneider, médecin 
de la légation russe, annonçait à cette Société un envoi de 
graines et de tubercules qui ne comprenait pas moins de 
412 plantes, arbustes ou arbres, d'utilité ou d'ornement. 

La Moutarde tubéreuse faisait partie de cette riche collec- 
tion, et ses graines nous ont été remises à fm d'expérimenta- 
tion. Nous avons rendu compte de nos essais dans le Bulletin 
de la Société, S' série, t. X, p. 21. 

Semée au printemps de 1882, la plante est montée à graine 
avec une extrême rapidité et n'a pas formé de racine tubé- 
reuse. 

Semée le 1'" août, elle nous a donné en deux mois et demi 
les racines décrites plus haut. 

Nous avons informé M. le D',Bretschneider du résultat fa- 
vorable que nous avions obtenu, et il nous écrivait, à ce sujet 
de Pékin, en date du 28 février 1883 : « Les Chinois sèment 
cette plante en plein été et en recueillent les racines en hiver. 
Ces racines jouent un rôle très important comme aliment, en 
Chine, et on les cultive beaucoup dans le Nord. Les Chinois 
les mangent salées et confites aux fruits de Zanthoxylon 
Bungei et A'illicium anisalum. Je leur trouve un goût assez 
agréable. » 

La culture de la Moutarde tubéreuse ne diffère en rien de 
celle du Navet. Elle doit être classée, comme celle de ce der- 
nier, parmi les cultures dérobées. 

Ses racines, introduites dans le pot-au-feu, communiquent 
au bouillon un très bon goût; préparées au jus, comme le 



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CÊUFS DE COQ. 195 

Céleri-Rave, elles sont tendres, légèrement piquantes, excel- 
lentes. 

Nous considérons comme précieux le don que nous a fait 
M. le D' E. Bretschneider de cette variété du Sinapis junœaj 
absolument nouvelle pour nous. 



ŒUFS DE COQ 

Hue vos de Gallo. 

Salpichroa rhomboideum Miers in Hook. Lond, journ. of hoUy 1845» 

vol. IV, p. 326. 
Busbeckia radicans Mart. in Cal., Hort. reg. mon., p. 69. 
Planchonia arbutifolia Dunal, ic.pict in vel. fac, se. monsp.yU IX, 

tab. 836. 
Atropa rhomboidea Hook, Bot. Mise, 1, p. 135, t. 37. 
Physalis origanifolia Lam. iJl. 2398 ? 
Atropa origanifolia Desf. Cat., éd. 3, p. 396. 

Farn. des Solanées. 

Plante vivace à tiges grêles, sarmenteuses ou couchées, les 
inférieures radicantes ; feuilles petites, inégales, pétiolées; 
fleurs blanches, solitaires, rarement géminées, pendantes. 
Calice de 2 à 3 millimètres de diamètre, cupuliforme, à cinq 
divisions étroites, qui persistent sur la base du fruit; corolle 
tubuleuse, blanche, de 3 à 3 1/2 millimètres de long sur 2 à 3 
de large, glabre, à divisions linéaires oblongues, ayant leur 
extrémité recourbée ; baie ovale oblongue de 8 à 10 millimè- 
tres de long sur 2 à 3 de large, d'abord verte, puis blanche, 
enfin couleur de rouille près du pédoncule. 

Cette plante se trouve à Magella, dans les pampasde Buenos- 
Ayres, Montevideo, Brésil austral. 

Suivant Dombey, le fruit, qui est aigrelet, se mange. 

La plante existe depuis longtemps au Muséum mais n'y 
fructifie pas. Pour en obtenir des fruits, il faut la palisser 



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496 LE POTAGER D*UN CURIEUX. 

contre un mur au midi; elle se couvre alors de milliers de 
petites baies blanches semblables à des œufs d'Hirondelle. 
Vivace par ses racines, elle repousse à chaque printemps, et 
il est assez difficile d'en débarrasser le sol. 

En août 4877, nous avons présenté des Œufs de Coq à la 
Société d'horticulture, sous le nom de Withania origani" 
folia; en octobre de la même année, nous avons exposé 
(Henri Véniat, jardinier) un pied de Saiîpicferoa chargé d'une 
multitude de ses jolies baies blanches et des confitures faites 
avec ces fruits. 

Voici la recette de ces confitures (Mamoz) : 

« Cuire les fruits dans autant de litres d'eau que de kilo- 
grammes de fruits ; quinze ou vingt minutes d'ébullition suf- 
fisent. 

> Retirer, passer à l'étamine pendant que c'est chaud, peser 
et ajouter poids égal de sucre, mettre au feu. 

» Ajouter de 20 à 50 grammes de colle du Japon, selon le 
degré de consistance que l'on veut donner à la confiture. 

» Cuire le tout jusqu'à ce qu'une goutte mise sur une as-, 
siette s'y tienne à demi ferme. 

» La râpure d'un citron suffit pour cinq livres de fruit; on 
l'obtient en frottant du sucre sur le citron; on broie ensuite 
le sucre, on le dissout dans une cuillerée d'eau, qu'on verse 
sur la confiture au dernier moment. Il importe que le citron 
ne cuise pas.» 

Les Œufs de Coq sont, à nos yeux, une plante plus curieuse 
qu'utile. 



OLLUCG 



(Jlluco, Melloco, Papa lisa. 
(Jllucus tuberosus. Lozano. 

Fam. des Chénopodées. 

Plante vivace. Tubercules arrondis, ne dépassant guère, 
sous notre climat, le volume d'une grosse noix, roses, très 



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OLLUCO. 197 

lisses, à chair jaunâtre, mucilagineuse ou féculente lorsque le 
tubercule atteint sa complète maturité, se développant sur des 
coulants qui prennent naissance à la base des tiges ; celles-ci 
ramifiées et rampantes, prennent racine à chaque point où 
elles touchent la terre ; les feuilles sont alternes, épaisses, 
spatulées, d'un vert vif luisant, munies d'un pétiole assez 
long, rougeâtre. Fleurs petites, verdâtres, axillaires, ne mû- 
rissant pas leurs graines sous notre climat. Originaire des 
Andes. 

C'est à regret que nous consacrons un chapitre de ce livre 
à une plante dont la culture a été expérimentée pendant trois 
ans, avec beaucoup de soin, au Muséum, chez M. Louis Vilmo- 
rin, dans le jardin de la Société nationale d'horticulture, etc., 
et dont les rares tubercules ont été unanimement déclarés 
immangeables. 

Nous ne disposons ni d'assez de temps, ni d'assez d'espace, 
pour nous livrer sciemment à des tentatives vaines ; mais 
l'UUuco appartient à l'histoire des essais d'introduction de 
plantes alimentaires exotiques, et c'est à ce seul titre qu'il 
trouve place ici; nous nous bornerons donc à indiquer les 
sources auxquelles on pourra, si l'envie en prend, puiser tous 
es renseignements possibles sur la Ghénopodée chilienne. 

Publications à consulter : 

Annales des se, phys. et nat, de la Soc, d'agr. de Lyon^ 
t. XI, p. 66. 

1848. Détails sur la culture de VUlluco, par M. E. Masson. 
Bull, de la Soc. centrale d'hort. de France, vol. XXXIX, 
p. 259. 

— Ullucus tuberosus, avec figure par J. Decaisne. Revue 
horticole, vol. X, p. 441. 

— De VUlluco et de sa culture, par E. Masson. Bull, de 
la Soc. centrale d'hort. de France, vol. XXXIX, p. 485. 

— Nouveaux détails sur VUlluco, publiés par M. Pentland. 
Gardener's Chronicle, n° du 30 décembre, p. 862. 

1849. Note de M. L. Vilmorin Revue horticole, vol. II, 
p. 22. 



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198 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

1852. Remarq^ies sur quelques tubercules comestibles y par 
M. Weddel, aide-naturaliste au Muséum. Rev. horticole^ 
1852, p. 148. 



OUDO 



Aralia cordata Thunb. FL jap,, p. 127. 

A. edulis S'ieh. et Zucc. FLjap.y 1, p. 57, lab. 25. 
Nom japonais : Udo ; nom chinois : DotookL 
Doku quatZy vulgo dosjen, item Udo. Kasmpf. amœnit. 

Fam. des Araliacées. 

Racine vivace, longue, charnue, épaisse; tiges nombreuses, 
herbacées, atteignant souvent plus de 1 mètre de hauteur, 
les adultes glabres, les jeunes pubescentes; pétioles engai- 
nants, à base dilatée et creusée en gouttière; feuilles compo- 
sées, à folioles ovales ou en cœur, acuminées, dentées en scie, 
pubescentes; fleurs petites, verdâtres, réunies en ombelles 
globuleuses munies d'un petit involucre oligophylle, lesquelles 
sont disposées en grappe composée. Calice adhérent à l'ovaire, 
à limbe très court, à 5 dents ; corolle à 5 pétales ; 5 étamines ; 
ovaire infère à 5-10 loges; 5 styles divergents; fruit drupacé 
d'un brun noirâtre, couronné par le calice et les styles, à 
5-10 noyaux monospermes. 

« L'Udo fleurit au mois d'août; ses fruits mûrissent au 
mois de novembre. Ses tiges herbacées périssent dès les pre- 
mières gelées de l'hiver. 

» Cette plante est vraisemblablement venue de la Chine, 
où elle s'emploie comme remède sudorifique ; on la cultive 
par tout le Japon, dans les jardins et dans les champs. 

» Elle se cultive essentiellement pour sa racine, qui est 
d'un goût agréable, aromatique et amère, et qu'on mange 
en hiver assaisonnée à la manière de nos Scorsonères. Les 
jeunes tiges servent comme un légume délicieux. 



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ouDO. 199 

» Comme la plante prospère fort bien dans tout le Japon, 
elle s'acclimaterait tout aussi bien dans nos jardins ; c'est^ 
pourquoi il serait à désirer que, cultivée chez nous, elle 
augmentât le nombre de nos vivres végétaux par un mets ' 
agréable, fin et nourrissant. » (Siebold, loc. cit.) 

Notre excellent correspondant, M. le D' H*., nous écrivait 
le 25 avril 1879 : « La seule plante potagère que je regrette 
un peu de n'avoir pas apportée est une Araliacée appelée au 
Japon Oudô, Aralia cordata de Thunberg. On en récolte 
les jeunes pousses au printemps, à l'état sauvage, et on les 
mange cuites comme nous mangeons les Céleris et les Car- 
dons. C'est très fort et très mauvais, comme l'est, du reste, le 
Céleri non blanchi; mais l'Owdô, cultivé et blanchi sous des 
feuilles ou de la litière, est très bon, et il s'en fait au prin- 
temps une assez grande consommation. » 

On remarquera que notre correspondant ne parle pas, 
comme Siebold, de l'emploi en cuisine des racines de VUdo. 
C'est un essai que nous ne manquerons pas de faire dès que 
nous le pourrons. 

Dès 1879, nous avons demandé au Japon du plant à' Aralia 
cordata. Nous avons reçu, non du plant, mais des graines, 
au printemps de 1883; mais, pour obtenir la germination 
des semences d' Aralia, il faut les semer immédiatement 
après la récolte ; les nôtres n'ont donc pas levé. 

Enfin, au moment où nous écrivons ces lignes, nous rece- 
vons, par l'enlremise obligeante de MM. Vilmorin-Andrieux 
et C''% dix pieds en parfait état de la plante japonaise. Nous 
leur donnerons tous les soins qu'ils méritent et nous rendrons 
compte aux Sociétés d'Acclimatation et d'Horticulture des ré-, 
sultats que nous aurons obtenus. 



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200 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

OXALIDE CRÉNELÉE 

OXALIS CRENATA Jacq. 

Fam. des Oxalidées. 

Plante vivace. Racines tubéreuses de la forme et du dia- 
mètre d'une grosse noix ; tiges ascendantes, succulentes, ra- 
meuses ; feuilles trifoliées à folioles obovales, un peu épaisses; 
en mai-septembre fleurs grandes, jaunes, en ombelles plus 
longues que les feuilles ; pétales crénelés. 

L*Oxalide crénelée a été importée, vers 1829, de Lima en 
Angleterre, d'où elle ne tarda guère à passer en France. Elle 
porte au Pérou le nom de Oca, En 1850, M. Boursier, consul 
de France à Quito, a envoyé au Muséum TOca rouge, variété 
qui est considérée au Pérou comme de beaucoup préférable 
à rOca jaune. 

Nous nous souvenons d'avoir cultivé VOxalis crenata dans 
le département des Landes et d'avoir obtenu sans difficulté 
de fort belles récoltes. Nous avons suivi ponctuellement les 
instructtons qui nous étaient fournies par \ai Maison rustique 
et parle Bon jardinier. Nous empruntons à ce dernier les 
procédés de culture qui nous ont réussi : 

« La plante produit, étant bien. cultivée, une quantité de 
petits tubercules jaunes qui atteignent rarement le volume 
d'un œuf de poule, mais dont le nombre est quelquefois 
énorme. On parvient à cette grande multiplication au moyen 
du buttage ou plutôt du marcottage continu, comme nous le 
dirons tout à l'heure. Les tubercules contiennent 10 à 12 
pour 100 de fécule ; mais ils diffèrent essentiellement par leur 
qualité de ceux de la Pomme de terre, à laquelle on avait mal 
à propos comparé l'Oxalis; ils sont d'une cuisson facile et 
fournissent un aliment sain, léger, assez agréable, d'une sa- 
veur un peu acide, que l'on peut leur ôteren les faisant cuire 
aux trois quarts dans une première eau. Les feuilles et les 



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OXALIDE CRÉNELÉE. , 201 

sommités des pousses peuvent remplacer l'Oseille dont elles 
ont la saveur; à Lima on les mange aussi en salade. La cul- 
ture n'est pas difficile; on peut avancer les tubercules sur 
couche en mars, pour mettre en place au commencement de 
mai, ou les planter à demeure vers la mi-avril , ou encore faire 
sa plantation par boutures qui reprennent uvec une grande 
facilité. Une terre douce, légère et bien amendée est la meil- 
leure. La distance entre les plantes doit être d'environ un 
mètre; un seul rang dans une planche de 1",30 sufBt pour 
bien garnir le terrain à la fin de la saison. Il faut, selon 
M. Guesnet, commencer à butter dès que les jets ont 0'",08 à 
O^jlO de longueur ; on butte d'abord au centre, en les écar- 
tant, pour les forcer à prendre une direction horizontale; 
puis, à mesure qu'ils s'allongent, on les recharge modéré- 
ment de nouvelle terre et on continue régulièrement jusqu'en 
septembre, époque où les tubercules commencent à se former. 
On arrache ceux-ci le plus tard possible, lorsque les tiges ont 
été détruites par la gelée; ou bien on peut alors couper les 
fanes et couvrir les touffes de feuilles sèches; les tubercules 
se conservent et profitent même sous cette couverture, ainsi 
que l'a éprouvé M. Redouté. Arrachés, ils se gardent très bien 
pendant l'hiver, tenus en lieu sain et enterrés dans du sable 
très sec. 

» L'Oca rouge, reçu en 1850, par le Muséum, de M. Bour- 
sier, consul de France à Quito, est une variété de VOxalis 
crenata, dont il diffère par la couleur de son tubercule, dont 
la peau est d'un rouge carminé vif, et par ses tiges un peu 
plus grêles, colorées en violet rougeâtre et remarquables par 
leur extrême flexibilité. Ses tubercules ne nous ont semblé 
ici ni plus gros, ni plus abondants que ceux de l'ancienne va- 
riété jaune, bien que, d'après M. Boursier, VOca rouge soit 
considéré au Pérou comme bien supérieur à VOca jaune. » 

Nous avons dit que nous avons cultivé VOxalis crenata 
dans le département des Landes et que nous l'avions fait avec 
un plein succès. Nous devons ajouter que la dégustation ne 
lui avait pas été favorable et que nous avions renoncé à sa 
culture, mais nous l'avions essayée en 1849, et la note de 



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202 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

M. Weddel, qui csl d'un si vil* iiilurcl cl que nous allons re- 
produire, n'avait pas encore paru. Nous réservons donc abso- 
lument notre opinion. 

Note de M, Weddel (1). — « Je me hâte de dire que, à mon 
goût, ce légume est presque l'égal de la Pomme de terre lors- 
qu'il est convenablement préparé. La manière de cultiver 
rOxalis est bien connue ; je vais donc aborder sans préambule 
la question de traitement que nécessitent les tubercules pour 
devenir comestibles. 

» Lorsqu'on arrache les Ocas, ils sont toujours plus ou moins 
acides; cependant leur degré d'acidité diffère avec les varié- 
tés. Ainsi, en thèse générale, les variétés blanches sont beau- 
coup moins acides que les variétés rouges. Quelle que soit, au 
reste, celle à laquelle on a affaire, l'exposition au soleil, suf- 
fisamment prolongée, détermine constamment la disparition 
ou la métamorphose plus ou moins complète de son principe 
acide. Il s'y passe, en un mot, quelque chose de tout à fait 
analogue à ce qui a lieu dans la maturation des fruits. Une 
Oca blanche (Oca bianca) ainsi traitée ne conserve plus au- 
cune trace "d'acidité et ne le cède en rien à une bonne Pomme 
de terre; il y en a de tout aussi farineuses ; celles-ci ont un 
goût de châtaigne qui est des plus agréables. 

» L'exposition au soleil , qui a pour but seulement de détruire 
le principe acide des Ocas, doit durer de six à dix jours, et 
même un peu plus, selon la variété de l'Oca. L'opération se 
fait le mieux dans de grands sacs de laine. Les changements 
qui ont lieu dans le tissu des tubercules paraissent être faci- 
lités par ce moyen, et on peut les retourner plus commodé- 
ment; mais le sac doit contenir assez peu de tubercules pour 
qu'ils ne forment, étant étalés sur le sol, qu'une couche très 
mince sous leur enveloppe. 

» Lorsque l'exposition au soleil est prolongée beaucoup plus 
longtemps, pendant plusieurs mois, par exemple, la matura- 
tion des tubercules va beaucoup plus loin. L'Oca perd alors la 
plus grande partie de ses sucs et prend la consistance d'un 

(1) Remarques sur quelques tubercules comestibles, par M. Weddel, aide-na- 
turaliste au Muséum {Revue hort., 1852j p. 14^). 



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OXALIDE CRÉNELÉE. 203 

pruneau, tout en acquéraot un goût sucré très prononcé ; c'est 
là ce qu'on appelle le Caui, 

j> Je n'ai pas besoin de dire que, dans les deux préparations 
dont il vient d'êlre question, il faut se garder de laisser geler 
les tubercules. 

5 Lageléeest au contraire l'agent principal dans la prépara- 
tion qui porte le nom de Caia^ dont il me reste à parler. 

» La Caia ou chuno de Oca se fait comme le chuno blanc 
des Pommes de terre, avec cette différence qu'après la congé- 
lation des tubercules on ne fait pas macérer ceux-ci dans une 
eau courante, mais dans de l'eau tranquille. Dans ces circon- 
stances, rOca se corrompt en partie et conserve, lorsqu'elle 
est desséchée, une odeur et un goût que je me contenterai de 
comparer à ceux de quelques fromages. Les Indiens font une 
grande consommation de la Cuia^ qu'ils trouvent sans doute 
fort de leur goût. Quant à moi, je ne puis en aucune façon la 
recommander. J'ai dit quelle était mon opinion sur les autres 
formes que l'on donne à l'Oca ; je n'y reviendrai point. Seule- 
ment, je crois utile de rappeler qu'en Bolivie les tubercules 
de cet Oxalis, à leurs qualités intrinsèques enjoignent encore 
une autre qui n'est pas de mince importance : c'est que sa 
multiplication se fait plus abondamment que celle de la 
Pomme de terre elle-même à la Paz ; ils coûtent tout au plus 
la moitié de ce que coûte cette dernière. » 

La note qu'on vient de lire fait naître tout d'abord cette 
réflexion : d'une part, sous le climat de Paris, la récolte de 
V Oxalis crenata ne peut se faire qu'en octobre et ses tuber- 
cules sont d'une acidité désagréable; d'autre part, le seul 
moyen qu'on nous enseigne de faire disparaître cette acidité 
est d'exposer la récolte au soleil pendant six à dix jours au 
moins. 

Gomment pourrions-nous compter en octobre sur une du- 
rée de beau temps et sur une chaleur suffisantes ? Il nous pa- 
raît clair que l'expérimentation aurait dû se faire sur le littoral 
de la Méditerranée et non ailleurs, et qu'à la pratiquer aux 
environs de Paris on a perdu son temps et sa peine. 

Il est vrai qu'en 1835 on avait appris qu'un habile jardinier 



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204 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

anglais, nommé Pringle, avait trouvé un procédé de culture 
qui permettait de récolter l'Oxalis en août, et Poileau, l'émi- 
nent jardinier, botaniste et peintre, ne dissimulant pas la 
jalousie qu'il éprouvait comme horticulteur français, s'écriait: 
« Quant à moi, je ne dormirai plus que je n'aie trouvé le se- 
cret de M. Pringle ou, du moins, obtenu un résultat semblable 
au sien... » 

Qu'est devenue la découverte du jardinier Pringle? Les 
Anglais acceptent-ils l'acidité de l'Oxalis? Le soleil de l'Angle- 
terre, dont la réputation est faite, ne peut certainement pas 
la faire disparaître. 



Publications à consulter. 

1835. Culture de l'Oxalis à feuilles crénelées, par Poiteau. 

Revue horticole^ 1835-1838, p. 13. 

— Analyse chimique des tubercules et des tiges de VOxa- 

lis crenala, par M. Payen. BulL de la Soc. centrale 
d'hort. de France, vol. 16, p. 200. 

1836. Extrait d'une lettre de M. Moreau sur la culture et le 

produit de YOxalis crenala. Rev. horticole, vol. 3, 
p. 493. 

1838. Extrait d'une lettre sur YOxalis crenala. Journal de 

la Soc. centrale d'hort. de France, vol. 22, p. 4-0. 
-^ Notice sur les feuilles de YOxalis crenata considérées 
comme aliment, par MM. Quiclet et Mérat. Ibid., 
vol. 22, p. 41. 

— Résultat d'une culture de YOxalis crenata. Ibid., 

vol.22, p. 77. 

— Note sur YOxalis crenata, par M. Batereau d'Anet. 

Ibid., vol. 22- p. 178. 

— Notice sur la culture de YOxalis crenata, par le vi- 

comte Débonnaire de Gif. Ibid., vol. 22, p. 178. 

1839. Note sur YOxalis crenata, par M. G. Uterhart. Ibid., 

vol. 23, p. 138. 
1846 . Note de M. de Bellemain. Rèv. horticole, vol. 8, p. 336. 



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OXALIDE DE DEPPE. 205 

1848. Note de M. d'Hombres Firmas, correspondant de l'In- 
stitut. Annales des se. phys. et nat. de la Soc. 
d'agriculture de Lyon^ p. 755. 

1852. Remarques sur quelques tubercules comestibles, par 
M. Weddel, aide-naturaliste au Muséum. {Rev. 
/ior^.,1852, p. 148.) 



OXALIDE DE DEPPE 

OxALis DEPPEi Sweet. 

Fam. des Oxalidées. 

Plante vivace. Racines tubéreuses, napiformes, surmontées 
de petits bourgeons bulbiformes; pétioles de 12 à 16 centi- 
mètres, pubescents dans la jeunesse, glabres ensuite, portant 
quatre folioles cunéiformes, obcordées, sessiles, ciliées, gla- 
bres et zonées de pourpre en dessus, pubescentes en dessous; 
de mai à septembre, ombelles de huit à dix fleurs rouge cerise, 
plus hautes que les feuilles; pétales arrondis au sommet. 

L'OxalidedeDeppe est originaire du Mexique. Elle a été ap- 
portée en Angleterre, en 1827, par M. Barclay, et, six ans plus 
tard, vers la fin de 1833, M. Jacquin aîné l'introduisit en 
France et la vit fleurir pour la première fois en 1834. 

Sa culture ne présente pas de difficultés. Elle demande, dit 
\e Bon jardinier j une terre riche et bien ameublie; sa mul- 
tiplication est facile, la plante produisant en grand nombre, 
vers le collet des racines, des bulbilles qui, plantées en avril, 
en terre légère, deviennent autant d'individus nouveaux. 

Nous avons cultivé l'Oxalide de Deppe dans la supposition 
qu'elle pouvait être considérée comme une plante potagère de 
quelque utilité; mais, à ce point de vue, elle nous paraît être 
sans valeur. Les racines sont à peine mangeables. Nous avons 
apprêté les feuilles en guise d'oseille, et, si cette distinction 
estpossible, nous les avons trouvées plutôt sures qu'acides, en 
somme peu agréables; mais on verra par les extraits qu'on va 



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â06 LE POTA-GER d'uN CURIEUX. 

lire d'une lettre de M. Morren, directeur du jardin de l'uni- 
versité de Liège, en date de 40 janvier 1845, à quel point on 
peut différer d'opinion avec nous. 

« Voici huit ans, dit M. Morren, que, sous plus d'une 
forme, FOxalide de Deppe figure avec honneur sur nos ta- 
bles... Voici à quels emplois multipliés nous la faisons ser- 
vir: nous mangeons les feuilles en oseille, les fleurs en sa- 
lade et les racines en asperges. 

» Les feuilles jeunes et prises au centre des touffes forment 
une oseille excellente, d'un goût pur et sans craquement de 
sels calcaires {oxalate de chaux) ; leur emploi en potage, en 
sauce ne peut mériter le blâme du palais le plus gourmet. Les 
fleurs coupées, même avec le bout de leur hampe, constituent, 
mêlées à la laitue, un succédané du vinaigre, dont l'acidité, 
plus exquise et plus franche, est même préférée par une dé- 
gustation délicate; ceci est pour l'usage de la plante pendant 
l'été. 

» Vers la mi-octobre, ou même en novembre, on ôte la plante 
de la terre et l'on trouve à son collet une soixantaine de bul- 
billes qui, mises en réserve, servent à propager l'Oxalide; au- 
dessous de ses bulbilles on découvre deux à quatre grosses 
racines, longues de 10 à 20 centimètres et variant de 2 à 5de 
diamètre. Ces racines, fusiformes comme de jeunes Carottes, 
offrent une certaine transparence qui fait penser au salep des 
Turcs. Je ne puis partager l'avis que ces racines ont de l'ana- 
logie aved les Topinambours et les Scorsonères, mais, dans 
ces matières, il est bien difficile de s'entendre : de gustibus 
non est disputandum. L'Oxalide offre de l'analogie avec l'As- 
perge et la jeune Carotte blanche, mais le goût en est plus 
délicat et, pardonnez-moi l'idée, ce goût est tant soit peu 
oriental. Nous faisons cuire ces racines à l'eau .et au sel et 
nous les mangeons à la hollandaise, c'est-à-dire avec une 
sauce au beurre frais fondu et aux jaunes d'œufs. Des amis 
m'ont assuré que ces racines avaient exercé sur leur orga- 
nisme un effet analogue à celui qu'on éprouve, lorsque à la 
suite de quelque régime débilitant on fait usage du Salep. 
Je puis assurer au reste que je me suis toujours bien trouvé 



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PKRSICAIRE A FEUILLES CUSPIDÉES. 207 

de Vusage à tous mes repas de cette excellente plante. » 

Devant ces affirmations, émises avec tant d'assurance et de 
conviction, on demeure déconcerté et Ton ne peut que répé- 
ter le de gustibus que Fauteur de la lettre oppose d'avance à 
ses contradicteurs. Les amateurs apprécieront. Nous n'hési- 
tons pas à conseiller la culture en bordure de i'Oxalide de 
Deppe. La plante sera tout à fait à sa place dans les jardins 
des curieux . 

Publications à consulter. 

Ox. Deppei. Lodd. Bot. cab. n* 1500 ; par M. Hénon. Ann. 
des se. phys. et naturelles de la Soc. d'agr. de Lyon, 1838- 
1839, vol. I, p. 82. 

Lettre de M. Morren, directeur du jardin de l'université de 
Liège. Revue horticole, 1845, vol. 6, p. 277. 

Note sur VO. Deppei, par M. Rachoux. /. de la Soc. cen- 
trale d'hort. de France, vol. 23, p. 14-1. 

Note de M. le D' Mérat. Id., 1839, vol. 24, p. 90. 



■ -PERSICAIHE A FEULLES CUSPIDÉES 

Renouée de Sieboid. Renouée cuspidée. 

PoLYGONUM cuspiDATUM, Sieb. et Zucc. Fum. naU 731. P. Sieboldii 
Hort. (non Meissn). P. multifloiiiim Buerg. 

Fam. des Polygonées. 

Plante vivace du Japon, d'un vert gai, à souche très tra- 
çante. Tiges hautes de 1 mètre à* 1",50 et plus, d'abord 
simples et droites, puis ramifiées, arquées et étalées horizon- 
talement vers l'extrémité, striées et lavées de rougeâtre ; ra- 
mifications distiques, étalées ou flexueuses, également striées 
oju lavées de rougeâtre, ainsi que les pétioles. Feuilles alter- 
nes, distiques, pétiolées, largement ovales ou ovales-oblon- 
gues, aiguës, tronquées à la base. Fleurs blanches, disposées 
en grappes axillaires, grêles, formant des fascicules paniculés, 



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208 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

dressés, étalés, ou penchés. A ces fleurs succèdent des fruits 
d'un blanc rosé, très élégants, généralement stériles. Fleurit 
de juillet en août. 

Le Polygonum cuspidatum a tenté plusieurs dégustateurs. 
M. J. Weber est le premier qui ait recommandé cette plante 
pour ses usages alimentaires (1). Un pied s'étant par hasard 
trouvé recouvert de feuilles sèches pendant l'hiver, au prin- 
temps, en faisant enlever les feuilles, il découvrit une dou- 
zaine de belles pousses, blanches et de la grosseur du doigt ; 
cela lui parut si appétissant, qu'il eut l'idée de les faire accom- 
moder comme des Asperges, et, dit-il: « Mon espoir ne fut 
nullement déçu; elles étaient douces et d'un goût très agréa- 
ble. Seulement, comme elles sont très tendres, il ne leur faut 
qu'un instant de cuisson ». L. Van Houtte n'a pas été aussi 
satisfait; il écrit dans la Flore des serres, 16, p. 16 : « Disons- 
le bien vite, pour l'acquit de notre conscience, l'essai que 
nous en avons fait a été désastreux. Il nous a fallu, Dieu sait 
quels réactifs, pour nous raboter le palais de la détestable sa- 
veur de cette Renouée fameuse ! » 

Nous avons étiolé les, jeune pousses de la Persicaire à feuil- 
les cuspidées et nous avons obtenu de très jolis et nombreux 
étioïats, en forme d'Asperges, pleins, tendres, d'une saveur 
légèrement acide. Le Polygonum sacchalinense nous ai donné 
un résultat analogue. Nous avons cependant relégué ces 
plantes dans la troisième série de nos expériences d'étiolé- • 
ment (2) et nous ne pensons pas qu'elles puissent avoir des 
prétentions plus hautes. 

(1) Revue horticole, 1873, p. 393. 

(2) Nouveaux légumes (Vhiver, par A. Paillieux et D. Bois. Paris, Librairie 
agricole de la Maison rustique, rue Jacob, n"* 26. 



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PÉ-TSAI. 209 

PÉ-TSAI 

Chou de Chine. 
Brassica chinensis L. 

Fam. des Crucifères. 

Plante annuelle. Feuilles inférieures oblongues, presque 
entièrement obtuses, glabres; les caulinaires lancéolées. Ca- 
lice plus grand que les onglets des pétales. 

En 1840, M. Pépin, jardinier en chef de l'école de bota- 
nique, au Muséum, a publié sur la culture et l'utilisation du 
Pé'tsai un mémoire assez étendu dans lequel il rend compte 
des résultats que lui ont donnés ses semis multipliés et pra- 
tiqués dans des conditions diverses. Il rapporte l'opinion qu'il 
s'est faite de la plante, considérée comme potagère, par des 
dégustations répétées. 

Ce mémoire a été présenté par son auteur à la Société 
d'horticulture et imprimé par L. Bouchard -Huzard, rue de 
l'Éperon, n'' 7. 

Nous y renvoyons le lecteur et n'en reproduisons qu'une 
faible partie : 

« Il y avait une vingtaine d'années, dit M. Pépin, que le 
Pé-tsai était connu sous le nom de Brassica sinensis dans 
les jardins botaniques et était considéré comme une simple 
plante de collection; mais depuis trois ans que M. l'abbé Voi- 
sin, procureur général des missions étrangères, nous a fait 
connaître que cette espèce de Chou était très cultivée et très 
estimée en Chine, sa réputation comme plante culinaire s'est 
réhabilitée en France, et M. Ducros de Sixt, avocat à la cour 
royale de Paris, a été le premier à nous donner quelques 
détails sur le Pé-tsai^ sa culture et ses usages en Chine ». 

Nous pensons qu'il y a là une erreur et que nos mission- 
naires avaient, depuis plus de cent ans, fait connaître l'im- 
portance de la culture du Pé-tsai dans l'empire chinois. 

M. Pépin dit plus loin: « Au printemps de 1838, il s'est 
fait un grand nombre de semis et je sais de beaucoup de per- 

u 



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210 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

sonnes curieuses d'étudier cette nouvelle Crucifère qu'en 
général elles ont été peu satisfaites et que nulle part le Pé- 
tsai n'a pommé, qualité qu'on annonce comme constante en 
Chine. » 

Ici l'erreur est grave, et les résultats obtenus par l'auteur 
du mémoire ont dû le désespérer en l'éclairant. En effet, le 
Pé'tsai ne pomme pas et ne manifeste en ce sens aucune vel- 
léité, soit en Chine, soit en France. 

Dans son ouvrage intitulé : Description de V empire de la 
Chine j publié en 1735, le Père J.-B. du Halde faisait remar- 
quer, comme une particularité propre au Chou chinois, quMl 
ne formait pas de pomme comme le Chou d'Europe. 

M. Pépin dit encore plus loin : « Les semis de printemps 
ne m'ayantpas donné de résultats différents de ceux que j'avais 
déjà obtenus dans les précédents essais de culture du Pé-tsdi, 
j'ai pensé qu'il fallait essayer les semis d'automne ; seule- 
ment, cette première tentative m'avait déjà démontré que le 
Pé'tsai est annuel et non bisannuel, et encore moins vivace^ 
ainsi qu'on le dit être en Chine. » 

Comme on le voit, l'auteur n'avait sur le Pé-tsai que des 
renseignements fort inexacts : ce qui d'ailleurs n'ôte rien au 
mérite de l'expérimentateur.. 

Peu de temps après la publication du mémoire dont nous 
venons de parler, paraissait dans la Revus horticole^ vol. IV, 
1838-44, p. 112, une note, non signée, que nous croyons 
devoir attribuer à Poiteau, alors rédacteur en chef de la Revue. 
Cette note est si complète, si intéressante et si oubliée sans 
doute aujourd'hui, que nous n'hésitons pas à en reproduire 
la plus grande partie : 

« M"' Bréon, épouse de M. Bréon, horticulteur grai- 

nier, qui a habité l'île Bourbon, où l'on cultive le Pé-tsai, 
nous a dit qu'il était une ressource pendant la saison chaude 
et sèche, à laquelle il résistait plus facilement que les autres 
plantes du même usage. Dans le reste de l'année, on se sert 
du Pétsaij non qu'il soit préférable aux autres plantes, mais 
seulement pour changer d'aliment, à degré de qualité même 
inférieure lui; A Bourbon, on n'en voit jamais de pommés. 



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PÉ-TSAI. 211 

> Nous avons fait, au sujet du Chou chinois, des recherches 
et de longues lectures dans les ouvrages sur la Chine ; nous 
allons rapporter ce que nous avons trouvé de plus explicite 
sur ce sujet dans les écrits des missionnaires et des voyageurs. 

» Du Riz, des Choux et un peu d'Ail ou d'Oignon aii lieu de 
viande, avec un breuvage de thé commun, sont souvent tout 
ce qui compose les repas des paysans et des ouvriers chinois. 
Quoique nos Laitues et nos Romaines leur soient connues, ce- 
pendant la préférence est donnée au Pé-tsai^ qui tient un 
rang distingué parmi les plantes potagères de la Chine. 

» Les meilleurs Pé-tsai se trouvent dans la province du 
Nord, où les premiers frimas servent à les rendre fort tendres ; 
l'abondance en est presque incroyable. Dans lé cours des 
mois d'octobre et de novembre, le matin, on a quelquefois de 
la peine à passera travers l'immense quantité de petites char- 
rettes et de brouettes qui en sont chargées et qui encombrent 
les portes de Pékin et de Hang-tchou-fou. L'usage des Chinois 
est de les conserver dans du sel ou de les mariner pour les 
faire cuire avec le Riz, qui est naturellement fort insipide. 

» On distingue ici (1) trois sortes de Pé-tsai : 1* 1q Pé-tsai 
^ à feuilles blanches, fines et très tendres, qui pomment comme 
les Laitues romaines, quand on les aide un peu ; 2° les Nison- 
toUy c'est-à-dire fraise de bœuf, parce que ses feuilles sont 
' crêpées, très grandes, charnues, pleines de suc et assez douces 
3** les violacées, dont les feuilles sont très déliées, lisses, fort 
tendres et d'un goût agréable, mais mêlé d'une petite pointe 
d'amertume, comme quelques espèces de Laitues. Parmi ces 
trois espèces, on distingue encore celles qui ont les feuilles 
allongées en langue de serpent, ou arrondies, découpées ou 
unies, à côtes plates comme les Bettes (Poirées), blondes ou 
à côtes arrondies comme les Laitues, etc. (2). Nous n'insis- 

(1) C'est un missionnaire qui parle. 

(2) Pé veut dire. blanc, tsai veut dire légume; ainsi le Pé-tsai est un légume 
blanc. Des trois espèces de Pé-tsai que cite la notice, il y en a deux qui ne mé- 
ritent pas d'être accueillies. La troisième ne diffère de nos Gardes-Poirées que 
parce que celle de la Chine est plus tendre et moins fade, pins large et plus 
longuo que la nôtre. Cette espèce a réussi en France ; les deux autres y réussi- 
raient de même si elles valaient la peine qu'on essayât de les cultiver. (Ces 
observations ne sont pas de nous, P. B.) 



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212 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

tons pasplus sur les détails de ces diflférences. Nos Choux, nos 
Chicorées et tant d'autres plantes potagères, ont appris il y a 
longtemps à notre Occident que la même plante paraît sous 
un nombre prodigieux de formes, et en change quelquefois à 
être méconnaissable. Il est inévitable que les Pé-lsai étant 
cultivés dans un Empire immense et cultivés si diversement, 
changent d'un endroit à l'autre et prennent différentes formes. 

» Le climat, la saison et la nature du terrain mettent une 
grande différence entre Pé-tsai et Pé-tsai pour le goût, les 
qualités et la grosseur. Il y en a qui ont toujours un goût 
fade et presque insipide, tandis que d'autres en ont un fort 
agréable et une espèce de parfum naturel. Autant quelques- 
uns sont sains et salubres, autant d'autres le sont peu. Il y a 
des endroits où l'on ne peut les manger petits, ou même 
avant les premières gelées, au lieu que dans d'autres on les 
mange en tout temps et selon qu'on veut plus ou moins les 
attendre. La culture la plus soignée les laisse toujours mé- 
diocres dans certains cantons, au lieu qu'ils viennent comme 
d'eux-mêmes dans d'autres. Ils croissent à vue d'œîl et gros- 
sissent jusqu'à peser depuis dix h .douze livres jusqu'à dix- 
huit et vingt. 

» Les Pé'tsai les plus estimés à Pékin sont ceux des envi- 
rons delà petite ville de Ngan-sun; ce sont ceux en effet 
qu'on préfère pour la table de l'Empereur et de toute sa fa- 
mille. Les friands d'Europe voudraient bien des Choux pour 
les cuire et les assaisonner d'une manière qui pût flatter leur 
délicatesse; ceux de Chine, au contraire, soit préjugé, soit 
finesse de goût, raisonnent sur le Pé-tsai comme eux sur la 
venaison et le gibier, prétendant que plus on leur donne 
d'assaisonnement, plus ils perdent de leur propre saveur. 
Nous avouerons candidement notre profonde incapacité et 
ignorance sur ce grave sujet, et nous nous bornerons à ra- 
conter qu'étant de service au palais, nous avons trouvé très 
bons et très délicats des Pé-tsai de Ngan-sun cuits simplement 
au bouillon et sans autre assaisonnement que du sel. Notre 
témoignage ne prouvera rien sans doute, mais nous le don- 
nerons pour ce qu'il vaut. 



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PÉ-TSAI. 213 

»'P^5 'Eui*e>,péens de Canton appellent le Pé-tsai Chou chi- 
nois. Qu?*ib se chargent d'en dire le pourquoi. Pour nous, il 
nous paraît qu'il de'nfiande une terre moins fumée que nos 
Choiix; Quand on cherche plutôt à avoir de bons Pé-tsai que 
de gros Pé-lsaij et à les avoir en leur temps qu'à en pousser 
la crue, il faut leur choisir un terrain découvert, et plutôt 
humide que sec. Les terres basses, qui ne sont pas trop ma- 
récageuses, leur sont très favorables. Dans le choix des en- 
grais, les cendres de différentes herbes et la poudrette sont 
* ce qui leur convient le mieux. 

ï Les Pensai ne donnent leurs graines que l'année d'après 
qu'ils sont plantés. Les Chinois prennent les mêmes pré- 
cautions pour en avoir que nous pour les Choux; ils gardent 
dans la serre ou autre endroit bien abrité quelques pieds 
choisis, et, le printemps venu, ils les replanient dans un coin 
exposé au soleil et les arrosent jusqu'à ce qu'ils soient montés 
en fleur et en graine. La graine est mûre d'ordinaire en juin 
et juillet. Les jardiniers sont partagés ici sur ce qu'il faut 
semer. Les uns veulent que la nouvelle graine donne des 
Pé'tsai plus forts, plus vigoureux et d'une culture plus aisée; 
les autres prétendent que ceux qui viennent de graine de 
l'année précédente, bien conservés à l'air, dans un endroit 
découvert, exposé au nord, donnent des Pé-tsai plus tendres, 
plus délicats et plus aisés à faire pommer (1). 

» Dans les provinces méridionales, on sème des Pé-tsai 
dans toutes les saisons, et ils y viennent bien. Quand on en 
veut avoir à la fin du printemps, en été et tout l'automne, il 
faut leur choisir une terre bien arrosée, et, autant qu'on le 
peut, l'exposition de l'orient. Dans les provinces septentrio- 
nales, comme Chan-tong et le Pé-tché-li, où ils sont incom- 
parablement meilleurs et plus délicats, on les sème sur 
planche à la mi-juillet ou août, comme chez nous les Choux 
cabus. Les chaleurs de la canicule passées, on les transplante 
au cordeau dans des trous qu'on fait avec un gros plantoir, 
afin d'y mettre un peu de poudrette. Ceux qui ne songent 

(1) 11 8*agit sans doute de lier les feuilles, opération assez délicate à cause 
de leur extrême fragilité. P. B. 



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214 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

qu'au profit les plantent en échiquier, à sept ou huit pouces 
l'un de l'autre, parce que les Pé-tsai se mangent à toutes 
leurs périodes d'accroissement. Ils en dédoublent les rangs à 
mesure qu'ils croissent, choisissent ceux qu'ils veulent laisser 
et ne gardent que ceux qu'ils voient bien venant et en voie 
d'atteindre leur plus belle grosseur. Ceux qui ne cherchent 
qu'à avoir de beaux Pé-tsai les plantent, comme nous les 
Choux, à un pied et demi l'un de l'autre. De quelque manière 
qu'on les plante, il faut les arroser aussitôt pour attacher les 
racines et faciliter la reprise, puis les labourer, sarcler et 
chausser jusqu'à ce qu'ils soient en pleine crue et aient at- 
teint des rosées et les nuits fraîches de l'automne. L'automne 
est admirable ici (1) et presque aussi beau que dans notre 
Béarn. Le temps beau et doux est sans doute la principale 
cause delà manière charmante dont lesPé-tsai croissent alors 
comme à vue d'œil ; pour peu que la terre ne soit pas trop 
desséchée, on ne se met^plus en peine de les arroser, et cela 
ne leur nuit point; quelque fanées et flétries qu'elles parais- 
sent dans le grand midi, on trouve le lendemain matin leurs 
feuilles dress.éeSj fraîches et pleines de vigueur, mais elles 
restent vertes ou tout au plus blondes jusqu'au premier 
froid. 

» En revanche, les premiers froids venus, leurs larges côtes 
s'attendrissent, et tout le reste de la feuille devient peu à 
peu d'un blanc parfait. 

> Il y en a qui lient leurs Pé-tsai comme nos Laitues ro- 
maines, pour se procurer une plus grosse pomme et des côtes 
de feuilles plus tendres; mais d'autres les abandonnent à 
eux-mêmes et prétendent que les Pé-tsai perdent par là en 
saveur, en goût, en parfum, ce qu'ils gagnent en blancheur 
et en tendresse. Le vrai, c'est qu'à Ngan-sun et dans les au* 
très endroits où ils sont si bons, si tendres et si excellents, 
on ne les lie point du tout. 

» Quand les Pé-tsai ont toute leur crue, ils ont depuis 
2 pieds jusqu'à 3 de hauteur, et pèsent, comme nous avons 

(1) A Pékin, sans doute. 



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PÉ-TSAI. 215 

dit, depuis 15 jusqu'à 20 livres. On attend que les gelées les 
aient un peu macérés pour en faire la récolte. Leurs premières 
feuilles extérieures en pâtissent un peu, mais l'on ne s'en met 
pas en peine, parce que aussi bien elles doivent rester dans 
le champ pour y former du terreau. 

» Gomme les Chinois sont grands mangeurs d'herbes, les 
Pé-t$ai sont une vraie récolte, surtout pour les provinces du 
Nord ; car, quoique plus méridionales que la Provence, le 
froid y est si rigoureux, que le jardinage y est absolument 
fermé depuis la mi-novembre jusqu'à la mi-février, libre à 
nos physiciens de l'expliquer comme ils l'entendront, bien 
plus fermé que dans les parties les plus septentrionales de la 
France. 

» On a trouvé plusieurs moyens de conserver la récolte du 
Pé-tsai et de la faire durer tout l'hiver; les uns les confisent 
au sel et au vinaigre; les autres les font cuire à demi à la 
vapeur de l'eau bouillante, ou faner à l'air froid du Nord, 
après les avoir effeuillés, puis*passer par l'eau de moutarde 
ou de gingembre en les coupant par Âorceaux. Cependant, 
comme ces inventions d'épargne ou de ménage, qu'on ne con- 
naît peut-être pas assez dans nos campagnes, ôtent toujours 
au Pé'tsai quelque chose de son bon goût, on en conserve 
une grande quantité de frais jusqu'au printemps. 

» Il y a pour cela deux manières : la première consiste à les 
exposer au soleil un peu pour leur ôter un superflu d'humi- 
dité qui les ferait jaunir, puis de les mettre en pile dans une 
resserre ou dans des fossés creusés exprès; la deuxième, à 
les planter en masse dans du sable de rivière humide, au fond 
d'une resserre. Ceux qui ne veulent pas les conserver si long- 
temps les couchent à plat sur une terre ni trop sèche ni trop 
humide, et, après avoir jeté dessus un peu de paille hachée, 
les couvrent d'un pied de terre sèche ; ceux qui ont un endroit 
commode pour cela les suspendent par le pied comme l'on 
suspend les Choux cabus, et le plus près possible les uns des 
autres. Du reste, l'industrie tire si bien parti de toutes ces 
manières de conserver les Pé-tsai^ qu'on en a à Pékin tout 
l'hiver, et à bon compte. La consommation qui s'en fait est si 



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216 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

prodigieuse dans celte ville immense, que nous n'osons pas 
dire à quoi en doit monter la totalité. > 

Nous dirons mamtenanl ce que nous pensons du Pé-isai, 
Nos expériences personnelles ne nous ont pas donné de ré- 
sultats satisfaisants, mais elles ont servi à former notre opi- 
nion. 

Nous écarterons d'abord toute culture estivale. La promp- 
titude avec laquelle la plante monte à graine avant son entier 
développement, l'ardeur du soleil qui s'oppose à ce que ses 
côtes et ses feuilles deviennent tendres et blanches, l'abon- 
dance de légumes frais préférables au Chou chinois, ces di- 
verses causes rendraient infructueuse la culture du Pé-tsai 
pendant l'été. 

Les obstacles sont autres, mais également sérieux, si l'on 
sème dans le courant d'août pour récolter en hiver. Dès la 
fin de septembre, la végétation et le développement de la 
plante se ralentissent et le froid vient bientôt les arrêter tout 
à fait. C/est cependant à la fin de l'été qu'il convient de semer 
le Pé'lsai; mais il fautqu'il puisse végéter longtemps et que 
les gelées ne l'empêchent pas d'atteindre cette ampleur ex- 
traordinaire qu'il acquiert en Chine avant l'hiver. 

Roscoff, Gavaillon, Hyères, se prêtent, ce nous semble, à 
la culture hivernale du Chou de Chine. 

Nous inclinons à croire que Roscoff, et toute la contrée dont 
le Gulf stream attiédit la température, seraient particulière- 
ment favorables. Dans cette région privilégiée, réellement 
tempérée, le cultivateur ne redoute ni les feux du soleil ni 
les rigueurs de l'hiver. Le Pé-tsai s'y développerait lentement 
et largement, et prendrait peut-être à Paris une place impor- 
tante dans la consommation. 

Nos rues sont souvent encombrées par l'immense quantité 
de Choux-fleurs que nous envoie le Finistère ; mais ceux-ci, 
d'une saveur forte et d'une digestion difficile, ne conviennent 
pas à tout le monde, et céderaient souvent le pas aux Pe-tsai, 
plus doux et plus légers. 

Il est désirable que la culture de ce dernier légume soit 
sérieusement expérimentée en Bretagne. 



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PHYSALIS DU PÉROU. 217 

Publications à consulter : 

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ CENTRALE D'HORTICULTURE DE FRANCE. 

Note sur le Pé-tsai, par Pépin, vol. XXHI, 1838, p. 105. 

Note sur le Pé-lsai, par Bossin, vol. XXIII, p. 154. 

Rapport sicr le Pé-lsai, par une Commission spéciale, 
vol. XXIII, p. 156. 

Note sur le Pé-tsai, par le D' Mérat, vol. XXIII, p. 159. 

Salade de Pé-tsai, vol. XXIII, p. 229. 

Note sur la culture du Pé-tsai aux îles Maurice et de 
Bourbon, par M. Bréon, vol.'XXIII, p. 142. 

Mémoire sur la culture du Chou Pé-lsai , par Pépin, 
vol. XXVL 1840, p. 18. 

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D'ACCUMATATION. 

Chou de Schang-ton, 2" série, t. V, p. 755. 

Productions de la Chine, par M. Tabbé David, 2* série, 
t. II, p. 237. Ce mémoire contient, au sujet du Pé-tsai, ce 
qui suit : « Gomme plantes alimentaires, on trouve dans nos 
jardins. . . le Pé-tsai, dont les Chinois consomment une 
énorme quantité, et qui vaut plus que tous les autres légumes 
réunis; les Européens le trouvent aussi fort bon et de meil- 
leure digestion que les divers Choux d'Occident. j> 



PHTSALIS DU PÉROU 

Coqueret du Pérou. 
Physalis peruviana L. Sp. 2, 1670. 

Fam. des Salariées. 

Herbe vivàce, haute de 0'"550 à 0'",70, revêtue d'un duvet 
dense, composé de poils simples; tiges dressées, un peu 
rameuses; feuilles tomenteuses, cordiformes, acuminées, en- 
tières ou sinueuses-dentées ; en avril-octobre, fleurs jaunes, 
maculées de pourpre; anthères violettes; calice accrescent, 



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218 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

vésiculeux, de couleur pâle à peu près uniforme, envelop- 
pant une baie de la grosseur d'une cerise, d'un jaune orange 
à la maturité (1). 

Nous n'avons cultivé que trois espèces ou variétés de Pfty- 
salis : le Physalis peruviana^ le Physalis edulis, enfin le 
Physalis chenopodifoliay encore peu connu. 

Nous considérons le Physalis peruviana comme très supé- 
rieur à tous les autres, et nous en avons poursuivi la propa- 
gation avec tout le zèle possible. Ses graines nous sont venues 
en 1878 de la Nouvelle-Calédonie (2). Notre excellent corres- 
pondant, M. V. Perret, directeur du pénitencier agricole de 
la Dumbéa, ne connaissait pas le nom de la plante et nous la 
désignait simplement comme une Solanée à fruits comesti- 
bles ; mais il paraît qu'elle avait été depuis longtemps intro- 
duite en Océanie. Dans l'intéressante publication qu'il a faite 
en 1875, dans les Mémoires de la Société des sciences na- 
turelles de Cherbourg, t. XIX, et dont il a bien voulu nous 
donner un des exemplaires tirés à part, M. le capitaine Jouan 
cite le Physalis peruviana L. parmi les plantes médicinales. 
Notre Physalis se nomme Konini aux îles Marquises, et, selon 
Jardin, est employée par les naturels en compresses contre 
les maux de tête. 

Mais c'est comme fruits comestibles propres à confectionner 
des taries, des sirops, des confitures et divers articles de con- 
fiserie, qu'on recherche les baies du P, peruviana et qu'on 
cultive au Pérou, au Gap, aux Indes, etc., la plante qui les 
produit. 

Dans un mémoire intitulé : Enumeracion de los generos y 
espèces de plantas, etc., M. Martinet, professeur d'histoire 
naturelle à Lima, dit : « On mange les fruits parfumés du 
Physalis peruviana. » 



(1) Miller, Dictionnaire des jardiniers, 2« édition, vol. V, p. 604, décrit, sous 
le nom de Physalis peruviana, le Nicandra physaloides, qui en est tout à fait 
distinct. C'est une plante annuelle, pouvant atteindre 1 mètre et plus de hau- 
teur, glabre, à fleurs campanulées, bleues et à fruit non charnu. Le Nicandra 
est cultivé pour Tornement des jardins. 

(2) Le Physalis peruviana existait au Muséum, mais rien n'avait appelé notre 
attention sur lui avant l'envoi de M. Perret. 



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PHYSALIS DU PÉROU. 219 

Dans le Manuel de jardinage pour le Bengale, que nous 
citons quelquefois, nous trouvons un chapitre consacré à 
notre plante, que nous reproduisons intégralement. Le P%- 
salis peruviana y porte en anglais les noms de Peruvian 
cherry^ Cape gooseberry. « Plante vivace, dit le Manuel, her- 
bacée, originaire du Pérou, naturalisée au Gap et très géné- 
ralement cultivée dans ce pays-ci. 

B Le fruit, qui ressemble exactement à celui de rÂlkékenge 
des jardins anglais, dont il est assurément le très proche pa- 
rent, est enfermé dans un appendice de feuilles sèches (1). 

» Il est d'une couleur d'ambre claire, du volume et de la 
forme exacts de la cerise, et délicieux et utile autant qu'au- 
cun des produits de la campagne. Il n'est peut-être pas au 
monde de fruit qui fournisse une plus exquise confiture. 

x> Les graines doivent être semées en mai ou juin, et le 
plant est mis en place, en pleine terre, en lignes distantes de 
quatre pieds et à deux pieds de distance l'un de l'autre. 

» Les plantes peuvent prospérer dans une terre ordinaire 
de jardin, mais, de préférence, dans celle qui a reçu un peu 
d'engrais. Lorsqu'elles sont hautes d'environ huit pouces, 
elles doivent être buttées à moitié de leur hauteur. Lorsqu'elles 
fleurissent, il y a avantage à pincer le bout des jets pour qu'ils 
ne s'étendent pas trop, et aussi pour procurer plus de nour- 
riture au fruit. 

» Les baies mûrissent pendant les mois de janvier et de- 
février. Quoique vivace, le Physalis doit être cultivé comme 
plante annuelle, et les vieux pieds, après avoir donné des 
fruitsune fois, doivent être arrachés et jetés. Lorsque la saison 
est venue, on doit semer pour faire une nouvelle plantation. 

» La plante est délicate et ne supporte pas beaucoup de 
froid. J^ai essayé plusieurs fois de la cultiver à Ferozepore, 
mais sans succès. Elle végétait vigoureusement pendant toute 
la saison chaude, mais le froid venait détruire mon abondante 
récolte avant qu'elle fût mûre. » 

Le dernier paragraphe du livre de l'auteur anglais est ap- 

(1) Le calice se développe en même temps que le fruit, le couvre entièrement 
et se dessèche avant la récolte. 



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220 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

plicableaux cultures de Physalis pratiquées sous le climat de 
Paris, et, tout récemment, une plantation qui nous promettait 
de 80 à 100 000 fruits ne nous en a donné que 2000 parfai- 
tement mûrs. Tout le reste a été détruit par une gelée de 
2 degrés. 

C'est dans le Midi que la culture du Physalis sera fruc- 
tueuse. Que les cultivateurs du littoral méditerranéen veuil- 
lent bien s'y livrer, et ils pourront, avec quelques précautions, 
conserver les fruits pendant toute la durée de l'hiver, les ex- 
pédier à Paris en quantité illimitée et en obtenir un prix lar- 
gement rémunérateur. 

Des baies cueillies le 7 mars, à Antibes, ont été adressées à 
un membre de la Société d'Acclimatation, qui nous les a don- 
nées. Leur maturité et leur fraîcheur étaient irréprochables. 

Nous ferons connaître en quelques mots nos procédés de 
culture. On observera qu'ils sont propres au climat des envi- 
rons de Paris, et qu'ils devront être modifiés au nord et au 
sud de cette région. 

Nous semons en mars sur couche et ëous châssis. Lorsque 
le plant est à point, nous le mettons en godets, toujours sur 
couche et sous châssis, un seul pied par godet. Vers la fin de 
mai, nous mettons en place en pleine terre, à 1"',10 de dis- 
tance en tous sens. 

Jusqu'ici nous n'avons pas butté nos plantes. Nous ferons 
usage de ce procédé indiqué dans l'ouvrage cité plus haut. 

La plantation reçoit deux binages pendant la saison. Nous 
supprimons tous les bourgeons inférieurs et ne conservons 
que les rameaux supérieurs. Nous pinçons dès que ces ra- 
meaux sont en fleurs. 

La récolte commence en septembre et se poursuit jusqu'aux 
gelées. Les fruits ne sont mûrs qu'après dessiccation complète 
du calice qui les enveloppe. 

Dans nos départements du Nord, on devra faire des bou- 
tures de Physalis peruviana en même temps que celles des 
Pelargonium, leur faire passer l'hiver à côté de ces derniers 
et les planter en même temps lorsqu'il n'y aura plus de gelées 
à craindre. 



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PHYSALIS DU PÉROU. 221 

Au sud de la Loire, on pourra semer en pépinière en pleine 
terre. Sur le littoral de la Méditerranée, on récoltera tout 
l'hiver en protégeant les plantes contre la gelée. 

Les baies récoltées doivent être placées dans un lieu froid 
et sec. Elles se conservent parfaitement pendant quatre mois. 
Cueillies dans le Midi à la fin d'octobre, elles fourniront donc 
l'aliment d'un commerce très lucratif jusqu'au mois de mars; 
nous disons très lucratif, parce qu'on obtiendra toujours un 
bon prix d'un fruit qui se conserve frais pendant tout l'hiver. 

Le Physalis peruviana est extrêmement productif; nous 
avons vu des pieds chargés de plus de cent fruits. Nous n'exa- 
gérons nullement en estimant à 400 000 le nombre de baies 
que produira l'hectare dans nos départements des Alpes- 
Maritimes, du Var, des Bouches-du-Rhône, de l'Hérault, etc. 

Ces baies voyagent bien et arriveront à Paris en parfait 
état. Les confiseurs et les pâtissiers les achèteront, et lorsque 
la concurrence aura abaissé les prix, la population ouvrière, 
toujours avide de fruits, s'en emparera à son tour. 

Les baies mûres du P. peruvianay mangées dans leur état 
naturel, sont agréables, mais inférieures aux fraises, aux ce- 
rises, etc. 

Elles sont bonnes en compotes; l'industrie du confiseur et 
du pâtissier les rend excellentes. Le confiseur les prépare 
au fondant et au caramel. Il en fait des confitures et un sirop 
exquis. Elles suppléent chez le pâtissier tous les fruits dont il 
fait des flans et des tartelettes. 

La maison T... en a fait des confitures et un sirop qui ne 
le cèdent en rien à ce qu'on connaît de meilleur à Paris. 

La maison B... a vendu, dans l'espace d'une saison, 30000 
baies confites au fondant et au caramel. Les fruits que ces 
maisons ont employés leur avaient été livrés par un de nos 
amis, amateur éclairé d'horticulture, auquel nous avions 
fourni des graines. 

Nous pensons que le Physalis peruviana doit être cultivé 
et propagé. Notre opinion nous semble suffisamment motivée. 



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222 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

PHTSALIS COMESTIBLE 

Petite Tomate du Mexique. 

Physalis PERUViANA, var. B. foliis subintegris Dunal, Prod,y vol. XIII, 

4, p. MO. 
Physalis edulis Sims. Bot. mag., tab. 1068. 

Fana, des Solanées. 

Le Physalis comestible n'est qu'une simple variété du 
P. peruviana. Cependant nous reproduisons ici la descrip- 
tion qu'en a donnée M. Bossin (1). 

Plante annuelle ; tiges vigoureuses, vertes, glabres, un 
peu flexibles et rampantes, hautes de 1 mètre à 1",30, assez 
grosses, cannelées et presque quadrangulaires, très rameuses ; 
feuilles alternes, lisses, ovales, terminées en pointes dentées 
et portées sur un pédoncule de 0'",02 à 0"',03. De chaque 
aisselle, qui est le plus souvent violacée, sort une branche 
nouvelle qui donne naissance à son tour à une infinité d'au-* 
1res ; en même temps que la branche paraît une fleur soli- 
taire, large de 15 à 20 millimètres, en roue, d'un jaune pâle 
et verdâtre, ayant au centre un cercle de couleur lilacée. Les 
étamines sont courtes et ramassées, les anthères lilacées sont 
plus larges que leurs supports. Fruits portés sur des pédi- 
celles minces, violacés, longs de 0'°,02 à 0™,04., flexibles et 
laissant retomber Ja baie le long de la branche ou de la tige. 
Dès que celle-ci gi^ossit, le calice, violacé jusqu'à la moitié 
environ de son développement, la couvre presque entière- 
ment et ne se déchire que lorsqu'elle arrive à maturité. 

Le fruit est d'un jaune pâle et verdâtre, lisse, couvert d'une 
matière un peu visquçuse,. dégageant un peu l'odeur de la 
tomate; il est rond, un peu aplati du côté du pédoncule et 
fortement arrondi du côté de l'ombilic. Il est ordinairement du 
poids de 10 à 15 grammes et mesure de 9 à 12 centimètres 
de circonférence, sur une largeur de 25 à 30 millimètres. La 

(1) Note de M. Bossin BulL de la Soc, d*Accl., 1875, vol. II, p. 69. 



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PHYSAUS COMESTIBLE. 223 

peau qui recouvre le fruit est extrêmement fine -/elle contient 
une partie grasse et mucilagineuse, très serrée, qui contient 
au milieu et au pourtour, parfaitement alignées et rangées, 
de nombreuses semences plates, lisses, jaune pâle, de forme 
lenticulaire, convexes sur les deux faces. Ces semences ont 
environ de 1 à 2 millimètres de largeur. 

Vers 1873-74, M. Balcarce, ministre de la République ar- 
gentine à Paris, remit à la Société d'Acclimatation, pour êlre 
distribuées à ses membres, des graines du Phy salis edulis. 
V 11 présenta la plante sous le nom de petite Tomate du Mexique^ 
mais il fut ultérieurement reconnu qu'elle n'était autre que 
le Physalis edulis. M. Bossin (1) la cultiva à Hannencourt 
et publia sur elle une note que l'on pourrait consulter. 

Nous nous en sommes occupés à notre tour, et nous allons 
dire ce que nous en pensons. 

Le Physalisedulis n'exige pas d'autres soins que la Tomate 
ordinaire. Il est bon de laisser un peu plus d'espace entre les 
pieds, et l'on peut se dispenser de le tailler. Sa fécondité est 
grande ; il donne en abondance des baies petites, rondes, 
sucrées et acidulées, depuis le mois d'août jusqu'aux gelées. 

Nous en avons fait une sauce verte, modérément acide, de 
peu de saveur, assez agréable, mais très inférieure à celle 
que l'on obtient de la Tomate commune. 

Le principal mérite de la plante est dans la facilité avec la- 
quelle on conserve longtemps ses fruits. Cueillis au mois de 
septembre et placés par nous dans des conditions défavora- 
bles, ils étaient encore intacts le 10 décembre suivant. Il n'est 
guère douteux que dans un fruitier sain ils ne puissent se 
conserver un ou deux mois de plus. Les personnes qui ne 
font pas de conserves de Tomates pourront donc, en cultivant 
le Physalis mexicain, se procurer une sauce assez bonne, au 
moins jusqu'au mois de janvier. 

Les Mexicains, paraît-il, en font un excellent sirop, qu'ils 
emploient contre les maladies des voies respiratoires, et dont 
M. Balcarce a do'nné la formule à M. Bossin, après l'avoir ex- 

(1) BulL Soc. (TAccL. 3" série, t. U, 1875, p. 69. 



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224 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

périmentée avec succès. Voici cette formule : on prend en- 
viron vingt fruits que Ton coupe en quatre et que Ton fait 
bouillir dans un litre d'eau jusqu'à ce que le tout soit réduit 
de moitié. On passe alors, en exprimant le jus, à travers un 
linge; on ajoute 500 grammes de sucre; on fait cuire encore 
jusqu'à ce que le liquide ait la consistance de sirop, et la pré- 
paration est terminée. 

Si, comme on le dit, les Mexicains font usage des fruits du 
Physalis edulis pour diverses préparations culinaires, nous 
ne pouvons nous considérer comme suffisamment éclairés, 
après en avoir fait simplement une sauce. 

Le fait est qu'après avoir quelque peu fait parler d'elle, la 
plante nous semble être retombée dans l'oubli et ne se ren- 
contre plus sans doute que dans les jardins de quelques cu- 
rieux. 

Notes à consulter : 

Bull. Soc. d'AccL, S' sér., 1. 1, 1874, p. 50; 3« sér., t. lll, 
p.46;3"sér.,t.lV, 1877, p. 519. 



PHTSALIS VIOLET 

Goqueret à feuilles d'Ansérine. 

Physaus chenopodifolia Willd. Spec. plant. 1, p. 1023, n» 14. P, atri- 
plicifolia Jacq. Fragmenta, p. 85. P. mcgistocarpos Zuccagn. Ob- 
serv. cent. n<^ 56 in Ram. coll. bot. p. 120. P. philadelpkica Laink. 
Dict. 2, p. 101, n° 10; Dunal in DC. Prodr. P. violacea Carr. Rev. 
hort.y 1882. 

Fam. des Solanées. 

Plante annuelle, fleurissant pendant presque tout Tété, 
donnant ses fruits d'octobre à novembre ; glabre sur toutes 
ses parties qui, examinées à la loupe, paraissent cependant 
légèrement pubescentes. Tiges rameuses, anguleuses, dres- 
sées, hautes d'environ 3 pieds, renflées à l'insertion des ra- 



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PHYSALIS VIOLET. 225 

raeaux, purpurines à leur partie inférieure. Feuilles alternes, 
quelquefois opposées sur les rameaux, ovales, pétiolées, à 
peine dentées, sinuées sur leurs bords, ayant ordinairement 
3 pouces de long. Pédoncules uniflores, courts. Fleurs pen- 
dantes, inodores. Calice campanule, quinquélobé, portant 
iO stries, saturé de violet à la base, à divisions ovales termi- 
nées en pointe. Corolle en roue, plissée, ayant deux fois la 
longueur du calice lorsqu'elle est dépliée, jaune, tachetée de 
violet au centre. Étamine à filet court, subûlé, dressé, violet, 
à anthères oblongues, didymes, dressées, obtuses, d'un violet 
brun, avec pollen cendré, déhiscentes longitudinalement sur 
les côtés. Style filiforme, stigmate obtus. Le calice, qui est 
accrescent comme dans tous les autres Physalis, devient à la 
maturité grand, presque sphérique, pendant, d'un vert sale, 
comme vernissé; il porte 10 stries violettes qui vont de la 
base, qui est complètement saturée de violet, au sommet. La 
baie est très développée; elle atteint presque le volume d'une 
Prune de Monsieur (i), emplissant entièrement le calice et 
souvent même le déchirant lorsqu'il ne peut la contenir ; elle 
est presque ronde, glabre, d'un vert noirâtre. Les graines 
sont jaunes. 

. La description qui précède est applicable à la planté que 
nous avons cultivée, que Wildenow a décrite sous le nom de 
JP. chenopodifoliay que Jacquin a figurée sous le nom de 
P. atriplicifoliaj que Zuccagni a nommée megistocarpos^ 
que Dunal a rai tachée au P. philadelphicay et qui récemment 
a été nommée P. violacea par M. E.-A. Carrière. Ce dernier, 
la rencontrant dans le jardin de la Société d'hotticulture d'É- 
tampes, et n'obtenant que de très vagues renseignements sur 
son origine, crut qu'il avait sous les yeux une forme locale, 
issue du P. edulisdix Mexique, devenue sûr place en quelques 
années le Physalis gros et violet qui lui était présenté. 

Induit a celte manière de voir par une lettre de M. Blavet, 
président de la Société d'horticulture d'Étampes, et attri- 



(1) Sur chaque pied , plusieurs fruits sont de la |;r6s8eur d*uoe pomme d*api. 
P. B 

15 



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226 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

"i ' ■ ■ • . ■ 

buant une certaine importance à la plante, M. Carrière a donné 
daiis là Revue horticQle du 16 mai 1882 : 

1° Un extrait de la lettre de M; Blavet ; 

2*^ Une description du P. violacea; 

S" Une figure très exacte de la plante . . 

M. Carrière a indiqué avec beaucoup de précision le mode 
de culture applicable au Physalis violet. « C'est à peu près, 
dit-:il, la culture- de l'Aubergine qui lui convient. Sous le cli- 
ijaat de Paris, il est bon d'avancer les plantes en les élevant 
sur couche et sous châssis. Semées en pleine terre, de bonne 
heure, à bonne exposition, et plantées dans un endroit un; 
peu abrité, elles se développent bien et donnent des fruits 
qui arrivent à maturité. Comme cette espèce est vigoureuse 
et très ramifiée, on se trouvera bien d'enlever çà et là quel- 
ques rameaux, afin d'aérer les parties restantes, qui alors se 
développent et fructifient mieux. Pour hâter la floraison et 
maintenir les plantes plus basses, on pourrait aussi employer 
la taille et le pincement ou ébouquetage. p — 

De ce qu'on vient de lire, nous ne contesterons qu^un point. 
Nous croyons quVn semant en pleine terre Sôus le climat de 
Paris, on ne récoltera rien, si la saison jn'est pas exceptionnel- 
lement chaude. Dans le Midi, au contraire, le rendement 
d'une plantation de Physalis violet serait énorme. " 

11 nous reste à parler de l'usage qu'on peut faire des baies 
de la plante. 

A l'état cru, elles sont légèrement acides et à peu près sans 
saveur propre. Nous les trouvons insignifiantes. 

En beignets, elles sont d'une extrême acidité et désagréa- 
bles. 

En sauce verte, après une cuisson prolongée, elles sont 
acides sans excès, et, comme elles se conservent aisément sur 
la planche jusqu'au mois de janvier, et même bien au delà, 
elles pourraient pendant l'hiver remplacer la Tomate, qu'elles 
sont d'ailleurs loin de valoir. 

Les curieux pourront cultiver le Physalis violet comme 
plante ornementale et essayer toutes les préparations culi- 
naires auxquelles ses fruits semblent se prêter. 



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PHYTOLAQUE A DIX ÉTAlflNES. 227 

PHYTpLAQUE A DIX ÉTAMINES 
Phytolacca decandra L. 

Fafn. des Phytolaccacées. 

Planle vivace, haute de 2 à 3 mètres, à racines épaisses et 
charnues, à liges cylindriques, glabres, sillonnées ; feuilles 
amples, ovales-lancéolées, aiguës, à peine mucronées, molles. 
En août-septembre, fleurs d'abord blanches, puis pourprée% 
disposées. en. grappes assez longuement pédonculées, plus 
longues que les feuilles ; pédicelles deux fois plus longs qu;e 
le calice, qui a 5 divisions profondes ; étamines 10, ovaire 
unique surmonté de 10 styles; fruit charnu, souvent à 
10 côtes; 

< Le moi Phytolacca, donné par Linné à cette plantie, dérive 
d'un mot grec qui signifie plante^ et de lacca, laqué; et en 
effet, toutes les espèces de ce genre ^ont une teinte rougè. 
Leurs feuilles deviennent de cette couleur sur l'arrière-saiéon, 
aussi bien que leurs fruits, alors pleins d'un suc rouge comme 
là laque, et que les teinturiers peuvent fixer jusqu'à un cer^ 
tain point au moyen du sulfate d'alumine et de l'ammoniaque 
liquide. On la cultive en Europe. . . 

i> ... Elle est originaire de l'Amérique septentrionale et se 
trouve particulièrement en Virginie. Elle s'est naturalisée 
dans les contrées , méridionales de l'Europe, et même en 
France^ aux Antilles, dans les colonies de la Martinique et de 
la Guade^upe, à Saint-Domingue (Haïti), etc. 

» On mange, en guise d'épinards, les sommités du Phyta* 
lacca, que les dames créoles recherchent pour leurs calalous* 
Quelques fraudeurs colorent le vin avec le suc de ses taies, 
qui lui donne un goût acerbe et désagréable (1). i» 
: Descourtilz n'est pas le seul qui nous présente le Phyto^ 
lacca comme une plante alimentaire usuelle. William Dar-> 
li.ngton, dans son Agricultural Botany, Philadelphie, 1847, 

(i) heBcouviili, Flore dès Antilles, \oL\ y \). 22, 



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2^8 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

nous dit que les jeunes pousses du Phytolacca sont un bon 
succédané de TAsperge ; que. ses baies mûres ont même été 
employées par les pâtissiers à faire des tartes d'un mérite 
douteux. Il ajoute cependant que la plante est traitée comme 
une mauvaise herbe par les fermiers soigneux. 

Pépin, dans Isl Revue horticole^ 1847, vol. IX, p. 218, pré- 
tend qu'on a pu remarquer pendant les mois de janvier etde 
mars, chez plusieurs marchands de comestibles de Paris, des 
tiges blanchies dix Phytolacca decandra. < Ceâ tiges, assez 
semblables à des Asperges, se vendent, dit-il, en grande 
quantité sur les marchés des États-Unis, où cette plante est 
regardée depuis longtemps comme alimentaire. M. Lakanal, 
qui résida pendant plus de vingt ans au Kentucky, lui a as- 
suré qu'elle y était estimée comme un excellent légume (1). 
, » Plusieurs personnes à Paris en ont fait l'expérience et 
n'ont pas trouvé ce mets de leur goût ; mais il parait que cet 
avis n'est pas général, puisque le Phytolacca est.devenu, mo- 
mentanément du moins, une plante culinaire chez nos prin- 
cipaux restaurateurs. • 

M« Jean Sisley a. publié dans la Revue horticole^ 1868; 
p. 440, une note traduite de V American Agriculturist^ même 
année: « La vue de longues grappes de baies d'un violet noi- 
râtre, que porte cette belle plante, mûrissant en ce moment, 
nous rappelle l'excellence de ses pousses au printemps/ Elles 
sont nombreuses, de la grosseur du doigt et garnies de feuilles 
non développées. Ces pousses, coupées lorsqu'elles sont en- 
core jeunes, et cuites comme des Asperges, sont si délicates, 
que quiconque en a goûté en veut manger encore. 

B Puisque les pousses sont bonnes, prises sur les plantes qui 
croissent au bord des chemins et des haies, sans culture, il 
est probable qu'elles seront meilleures lorsque la plante sera 
cultivée dans les jardins. Nous recommandons donc qu'au 
lieu de la traiter comme une mauvaise herbe, on la cultive 
avec soin, et nous conseillons à ceux qui voudraient en faire 
l'essai de transplanter les racines à l'automne, de diviser les 

' (1) Nuttall, The gênera of North Amer., t. f, p. ^3. Les jeunes pousses du 
PAytofocca» préalablement bouillies, sont alimentaires. 



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PHYTOLAQUE A DIX ÉTA MINES 229 

grosses touffes et de les planter à 1 mètre de dislance dans 
iin soi bien labouré et fumé. 

> Nous savons bien que cette plante est réputée pour ses 
qualités médicinales; mais, quoi qu'il en soit, les jeunes 
pousses perdent par la cuisson leur propriété médicamen- 
teuse, et nous connaissons bon nombre de personnes qui en 
mangent depuis des années sans en avoir éprouvé le moindre 
inconvénient. » 

' La rédaction de la Revue ajoute: « Nous rappelons à nos 
lecteurs, ainsi quenous l'avons -rapporté dans notre Chronique 
(1868J p. 283), que le Phytolacca, g:râce aux recommanda- 
tions dé M. Lacalm, est employé dans certaines parties de TÂvey- 
ron, les feuilles comme Épinards, les tiges comme Asperges. 

> Nous croyons aussi devoir rappeler que, en Chine, on uti- 
lise pour les mêmes usages le Phytolacca edulis, plante 
plus naine, qui parait être originaire de ce pays, 

» M. Braconnot, de Nancy, a fait des expériences sur le 
P. decandra. Il a conclu de ses expériences : 4** que la potasse 
existe en énormes proportions dans ce végétal; 2\que ses 
cendres fondues peuvent entrer dans le commerce comme un 
alcali assez riche ; 3*" que la potasse est saturée dans la plante 
par un acide analogue à l'acide malique, mais qui en diffère 
sous quelques rapports ; 4** que les baies peuvent fournir par 
la fermentation et la distillation certaine quantité d'alcool ; 
5^ que la matière colorante peut être employée comme réactif ; 
6* que l'on peut se servir des feuilles comme aliment; 7** que 
la culture de la Phytolaque peut devenir une branche d'in- 
dustrie pour la production de la potasse. 100 livres de cendre 
ont fourni 66 livres iO onces 5 gros de salin desséché, con- 
tenant 42 livres de potasse pure et caustique. » {Annales 
de chimie^ t. LXlI/p. 71 et suivantes.) 

Après avoir reproduit ce que nos devanciers ont dit du 
P. decandra^ nous parlerons brièvement de nos expériences 
personnelles. La plante est rustique. On la sème en pépinière 
pour la mettre en place lorsque les jeunes pieds sont à point. 
On divise les touffes en automne et l'on plante à 1 mètre de 
distance en tous sens. 



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280 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

Au printemps, lorsque la végétation commence, on place 
des pots renversés sur les plantes, après en avoir aveuglé les 
trous, et l'on récolte les turions dès qu'ils ont atteint cinq à 
six pouces de hauteur. Cuits et servis comme les Aspei^es, 
ils sont charnus, tendres, mais fades. Nous en avons mangé, 
en petite quantité, il est vrai, et nous n'en avons éprouvé 
rien de fâcheux. 

Le suc rouge des baies de la Phytolaque est un pui^atif 
populaire aux États-Unis; mais, employé en très petite quan- 
tité, il est tout à fait inoffensif. 

JDans notre village, on s'en est servi quelquefois pour donner 
au vin une couleur factice. On en fait le même usage en divers 
pays. 

En Allemagne, on en fait un sirop qui se conserve et qui 
sert à colorer différents mets. Voici, d'après M"'Davidis, le 
mode de préparation de ce sirop (1) : « Les grappes de baies 
mûres de la Phytolaque, dont la culture est indiquée dans 
mon Jardin potager et fleuriste (2), au paragraphe des ar- 
bustes d'ornement, contiennent cet admirable jus rouge qu'on 
vend comme une marchandise chère, à Berlin et dans d'autres 
grandes villes, pour colorer les sauces mousseuses, les gelées 
blanches et les plats au lait, et qu'on prépare de la manière 
suivante : à la fm de l'automne, lorsque les grappes ont 
acquis leur maturité et sont devenues d'un noir brillant, 
on les égrène et on les presse. Pour clarifier le jus, on Je 
laisse reposer de six à douze heures dans un vase de porce- 
laine un peu étroit, puis on le tire à 'éclair. Alors ou le met 
dans un pot de terre qui n'ait rien contenu de gras, avec un 
tiers de son poids de sucre concassé, et on lui fait jeter seu- 
lement quelques bouillons, tout en écumant, attendu que par 
une plus longue cuisson sa belle couleur rouge, deviendrait 
brune. Quand il est froid, on le verse dans des bouteilles à 
médicaments, proprement lavées, entièrement séchées et 
soufrées, qu'on bouche avec un bouchon de liège, qu'on ca- 

(1) M"»» Henriette Davidis, Praktisches Kachbuch, p. 536, 21* édition. Biele- 
feld et Leipzig, 1876. 

(2) Ouvrage de M"»* Davidis. 



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PHYTOLAQUE COMESTIBLE. 231 

chète et que l'on conserve dans un endroit frais. Pour colorer 
^un plat, il suffit de quelques gouttes de ce jus. d 



. PHYTOLAQUE COMESTIBLE 

Yama Gobo, Fi to radzuka. Japon. 

Phytolacca acinosa. B. esculenta Maxim. Suppl. àd indicem seminum 

anni 1868» qtiœ hortus batanicm imperiàlis petfopolitanuSy 1869, 
• p. 23; P. esculenta Van Houtte. Flore des serres\ IV, 1848, p. 398 his; 
^ Picurnia esculenta Moq. in Van fioutte, loc. cit., IX, 1854, p. 236; 
. P.pekinensis fiance in Seem. journ. of Bot.^ 1969, p. 166; PhytOr 

lacca Kœmpferi A. Gray. On the bot. ofjap. in Journ. of the Amer. 

Acarf.,'1859, april, p. 404; Miquel, Pro/. fl. jap., p. 125, 301 ; P. oc- 

^anrfra L. fi^pec, p. 631 ;Thunb., F/, jap., p. 189; 

Fam. des Phytolcacacées. 

Plante vivace, haute de i mètre et plus, à' tiges dressées, 
un peu, ligneuses à la base, marquées de lignes yerruqueuses ; 
feuilles brièvement péliolées, lancéolées, aiguës, m ucronées, 
rétrécîes aux deux bouts, décurrentes sur le pétiole ; en juin- 
septembre^ ilaurs hermaphrodites blanc verdâtre, pédicelléés, 
disposées en grappes raccourcies, brièvement pédoncuJées, 
beaucoup plus courtes ou aussi longues, que les feuilles, 
à rachis droits, un peu rudes au toucher; étamines 7-8, 
ovaires 5-7, soudés inférieufement entre eux. 

Persuadés que le Phytolacca esôulénta justifiait soii nom, 
ou que son âcreté naturelle disparaîtrait sous Tinfluence de 
rétiolement, nous en avons fait une belle plantation que nous 
avons traitée comme le Crambe maritime. 

A la fin de février, nous avons butté chaque pied à hauteur 
suffisante et nous avons obtenu de belles pousses, roses, 
pleines, tendres comme* des Asperges , mais il nous a suffi 
d'en manger deux ou trois pour avoir la bouche et la gorge 
en feu. 

Note publiée par Van Houtte dans la Revue horticole 
(1851, vol. XIII, p. 76) : « Depuis quelques années on s'éver- 



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23â LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

tue à Tenvi à trouver des succédanés au vieil Épinard de 
nos jardins, et les plantes proposées ont obtenu plus ou 
moins de succès. En voici venir une qui répond amplement 
aux besoins culinaires et qui remplacera avantageusement 
Tancienne. C'est un Phytolacca dont les graines m'ont été 
envoyées de Tlnde sous le nom de P. esculenta{i). La plante 
s'élève à 1 mètre environ de hauteur ; elle est robuste et très 
ramifiée» Ses feuilles sont amples ; cuites et préparées à la 
manière ordinaire, ces feuilles présentent Tavantage de^ 
fondre deux fois moins que celles des Épinards; leur saveur 
est extrêmement agréable au goût, a quelque chose d'aroma- 
tique,, est plus prononcée et n'a pas besoin d'être relevée par 
des épices. Tel est l'avis de toutes les personnes qui en ont 
mangé chez moi pendant le cours de l'été dernier. 

» Le Phytolacca esculenta est vivace et se multiplie abondam- 
ment. J'en enlève les racines à l'approche des froids et je les 
conserve à l'abri de la gelée pour les replanter en mars. Je 
suis persuadé que, chauffées, elles produiraient abondamment 
en. moins d'un mois. Ce sera de toute manière une excel- 
lente plante légumière dont les maraîchers sauront tirer bon 
profit. » 

Nous possédons un grand nombre de succédanés de l'Épi- 
nard, et la Phytolaque comestible, considérée comme telle, 
nous intéresse médiocrement. Il en eût été autrement si se^ 
pousses nous avaient fourni un légume d'hiver comme celles 
du Crambé maritime. On a vu plus haut qu'à ce point de.vue 
il n'y a rien à en attendre» 

(1) La plante était cultivée à Glascow dès 1836. 



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POIRE DE TERRE COCHET. 233 

POIRE DE TERRE COCHET 

PoLYMNiA EDDUS.Weddell, Ann, se. nat i* sér,, t. VII, p. iH. 
Fam. des Composées, 

Racine tubéreuse; tige robuste, rameuse, cannelée, angu- 
leuse, plus ou moins hérissée de poils à la base; la partie 
supérieure, les rameaux (surtout auprès des nœuds), et les 
pédoncules velus, tomenteux ; feuilles opposées, amples^ 
ovales, faiblement acuminées, à base cunéiforme, inégale- 
ment sinuée-dentée , la face supérieure brièvement hérissée 
et légèrement rude, pube§centes en dessous et d'un vert plus 
pâle; feuilles de Tinvolucre ovales, subacuminées, à base 
plus ou moins connée, ciliées ; paillettes oblongues, de même 
longueur que les fleurs, denticulées au sommet; corolle â 
rayons plus courts que l'involucre ; ligule ovale, à sornmét 
jprofondément tridenté; base et tube courts, très hérissés. 

Notice sur TÀhipa et TAricoma, plantes alimentaires du 
Haut-Pérou^ par A. Weddell (Ann, des se. nat. , loc, cit.). 

<i II est peu de pays qui offrent une aussi grande diversité 
de climats que la Bolivie ou le H^ut-Pérou ; quelques points 
de leur territoire sont même situés d'une manière si spécia^le, 
que les habitants, en. quittant leur ciel tempéré, peuvent 
gagner en quelques heures et à volonté la zone des neiges 
perpétuelles ou celle de la végétation tropicale. Telle est en 
particulier la position de la ville de la Paz, bâtie au fond d'un 
ravin qui la fait communiquer, d'une part, avec les vallées 
tropicales du versant oriental des Andes et, de l'autre, avec 
les glaciers de la grande Cordillère qui se dressent majes- 
tueusement au-dessus d'elle. On comprend les avantages d'une 
situation semblable au pointée vue des produits alimentaires 
végétaux qui doivent presque nécessairement s'y montrer 
bien plus variés que dans des lieux moins favorablement 
placés. C'est en effet ce que l'on remarque; aussi, lorsque 



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234- I,E POTAGER d'un CURIEUX. 

dans mon dernier voyage en Amérique je voulus faire le 
relevé des plantes comestibles qui se trouvaient en vente sur 
le marché de la Paz, ne fus-je pas surpris de voir figurer, 
à côté des fraises, des pommes et des pèches, les bananes, 
les grenadilles et lés ananas ; mais les produits qui attirèrent 
plus particulièrement mon attention furent ceux qui pa- 
raissaient avoir quelque analogie avec la Pomme de terre, 
à laquelle ou cherchait alors un succédané, et je m'intéressai 
d'autant plus à cet examen qu'à côté des tubercules àeVOxalis 
tuberosa^ de YUllucus et du Tropœolum tuberosunij dont on 
parlait beaucoup en Europe, je crus en remarquer deux 
autres qui m'étaient encore inconnus et qui présentaient 
à peu près l'aspect des racines renflées du Dahlia. Mais ce 
n'étaient plus, comme les précédents et comme la Pomme de 
terre, des produits des parties tempérées ou froides des Andes, 
car ils provenaient l'un et l'autre de la zone subtropicale et 
pn les voyait, à ce titre, tenir compagnie dans les étalages des 
marchands aux racines ou tubercules féculents du Manioc,, 
dé VArraeachay du Canna edulis on du Colocasia esculenta. 

i L'un de ces tubercules, long de 10 à 15 centimètres, effilé 
aux' deux bouts et de couleur jaunâtre, porte à la Paz le nom 
d*Ahipa (ou Ajipa) ; l'autre, plus gros, plus trapu et de cou- 
leur plus foncée, y est connu sous ceux de Façon ou Aricoma. 
Tous les deux sont apportés en quantités considérables des 
parties chaudes dii ravin, où ils paraissent être cultivés de- 
puis un. temps immémorial. 

j> Lors de mon passage,. la saison .était malheureusement 
trop ayancée pour que je pusse m^ procurer les matériaux qui 
m'auraient fait reconnaître kur orig[ine botanique ; j'eus donô 
le regret de quitter le pays sans avoir pu satisfaire ma curio- 
sité ; et, malgré de nombreuses démarches, ce n'est que tout 
dernièremenl que j'ai obtenu des échantillons (1) qui me 
permettent d'éclairer la question. 
, »^ Or, ceux que j'ai reçus de la plante qui fournit le premier 

: :"i . : .■ .. :- ■ .' ■ ■ ■' ': ' \' ■ .; :■ '.'^ : "; ;-: ■ 'v 
. (1) Je suis redevable de ce» échantillons ainsi que de .précieux matériaux 
pour ma P'iora dies hautes' Gordillèrés, à rextrémie obligeance de mi)n'^'amiï, 
M. Gilbert ^an(h)n,;qui vient. Refaire en BoKvie un séjour de plusieurs a^nnée». 



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POIRE DE TERRE COCHET, 235 

de ces tubercules, VAhipa^ bien que dépourvus de fleurs et de 
fruits, me permettent cependant d'affirmer qu'elle appartient 
à la famille des Légumineuses et à la tribu des Phaséojiées, et 
j'ai cru tout d'abord que ce devait être une espèce de Dolichos^ 
peut-être le Dolicho& tuberoms Lamk, que Ton prétend (Lmk, 
Encycl., II, 295) avoir été porté de l'Amérique du Sud aux 
Antilles parles Caraïbes. Je dus cependant renoncer bientôt 
à cette idée, car, si je trouvai d'assez grands rapports entre 
les feuilles de VAhipa et celles de la plante représentée par 
Plumier et cultivée au Muséum sous le nom de DoUchos 
tuberosusy je constatai en même temps, entre les parties 
souterraines, des différences qui ne permettaient pas de les 
confondre; la plante bolivienne est, en effets munie le plue 
ordinairement d'un nombre assez considérable de tubercules 
de la nature de ceux que j'ai décrits, chacune de ses racines 
principales en offrant souvant deuxou trois; tandis que dans 
la plante des Antilles, au contraire, non seuleiment on ne 
trouve, en général, qu'un tubercule, mais celui-ci atteint 
parfois des dimensions énorme? (1). 

» Pour comparer ces deux plantes, j'étais parti de l'hypo- 
thèse qu'elles appartenaient au même genre, ce qui n'est pa^ 
encore démontré; j'ajouterai même que M. Bentham, auquel 
j'ai envoyé quelques-unes des feuilles que je venais de rece- 
voir de Bolivie, m'a dit qu'elles pourraient fort bien être 
celles d'une espèce Ae Stenolobium. On m'a suggéré égaler 
ment qu'il se pourrait que ma plante fût une des espèces de 
Rhynchosia qui sont actuellement cultivées dans l'Inde pour 
leurs racines tubéreuses. 

» Mais, s'il est vrai, ainsi que les habitants de la Paz le pré- 
tendent, que la culture de VAhipa remonte au temps des 
Incas (2), nous ne pourrions guère avoir affaire ici qu'à une 

(1) M. Bélanger, directeur du Jardin botanique de Saint-Pierre, à la Martin 
nique, in*a assuré que les tubercules du Dolichos tubérosus acquéraient quelque 
fois le poids énorme de 30 kilogrammes. Leur saveur, m'a-t-il dit, est assèi 
comparable à celle de là Betterave. La plante n'est pas cultivée, mais elle se! 
rencoolre à Fétat sauvage dans la commune des trois Mets, où les nègres 
recherchent quelquefois son tubercule pour le râper «t en mêler la= farine 
brute à celle du Manioc. 

(2) On montre un endroit au pied de l'EUimani où les anciens avaient eu 



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236 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

espèce américaine. Les recherches que j'ai faites dans les 
livres et dans les herbiers, d'après les indications de M. Ben- 
tham, ne m'ont du reste conduit à aucun résultat positif, et 
bien qu'il me semble probable que l'espèce n'a pas encore 
été décrite, j'attendrai. pour l'affirmer de plus amples infor- 
piations(l). 

» Les échantillons de la plante qui produit le second tu- 
bercule, celui qui est connu à la Paz sous le nom de Yacon 
ou Aricomay sont bien plus complets que ceux de VAhipa 
aussi n'ai-je eu aucune peine à y reconnaître une espèce tout 
à fait inédite. J'ai dit que les tubercules étaient en général 
plus volumineux et plus trapus que ceux de la plante précé- 
dente; ils résultent d'ailleurs comme eux et comme ceux du 
Dahlia d'un développement particulier des racines, et on peut 
d'autant mieux les comparer à ces derniers qu'ils sont le pro- 
duit d'une plante de la même famille. Cette plante est une 
espèce du genre Polymnia pour laquelle je propose le nom 
de P, edulis et que je vais décrire comme suit, 

» Elle croît spontanément près de Quitame sur le versant 
oriental des Andes de Bogota, à une altitude de 2000 mètres 
(Triana), Elle est cultivée dans la région subtropicale du 
Pérou et de la Nouvelle-Grenade, ou, au témoignage de 
Trianâ, elle porte les noms de Jiquima et Jiquimilla. 

» Le volume des tubercules que j'ai vus en vente, au mar- 
ché de. la Paz, était, en moyenne, celui du poing, mais on'm'a 
assuré qu'il y en a qui pèsent près de 2 kilogrammes; chaque 
souche en produit qu moyenne 4 ou 5 : il y en a cependant, 
à ce qu'il paraît, qui en fournissent 15 ou 20. 

» Pour compléter ce que j'avais à dire de ces deux légumes, 



la patience d'amener de trois lieues, au moyen d*une rigole, Teaû nécessaire 
pour arroser les gradins de la montagne sur laquelle on cultivait ce légume. 

(1) Pour faciliter les recherches ultérieures, je crois jiéanmoins qu*il est 
utile de donner ici la diagnose de ce Dolichos (ou Sienolobium) Ahipa, telle 
que les matériaux à ma disposition me permettent de , la formuler : Racines 
fusiformes, épaisses, comestibles; tiges et rameaux volubiles, anguleux, à 
duvet serré ; folioles rhombéo>ovales, brièvement acuminées, largement cunéi- 
formes à la base, les latérales pétiolées (la foliole impaire un peu plus longue- 
ment), entières, trinerv^ées, faiblement et brièvement velues sur lei4rs deux 
faces; fleurs... . 



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POlRË DE TERRE COCHET. 237 

il me reste à parler de leurs qualités nutritives et de leur 
saveur. Nous dirons d'abord que l'un et l'autre ôe mangent 
crus comme des pommes et qu'ils sont tenus en aussi grande 
estime que ces fruits par toute la claàse inférieure de la po- 
pulation ; doit-on en conclure que leur saveur est aussi 
agréable ? C'est là, on le comprend, une affaire de goût; 
quant à moi, je me contenterai de dire que VAhipa m'a paru 
avoir quelque analogie de saveur avec le Navet, dont il a 
aiissi la consistance. 

» VAricomaj que je lui préfère, m'a paru ressembler 
davantage, sous ce rapport, à une mauvaise poire. Il ne 
contient d'ailleurs qu'une très petite quantité- de fécule, 
tandis que VAhipa en renferme une proportion assez no- 
table et pourrait se comparer, au point de vue de ses pro- 
priétés nutritives, au tubercule de VUllucus tuberosus, 
tandis que YAricoma serait l'analogue du Topinambour, 
dont il diffère néanmoins par une bien plus forte proportion 
(le sucre. 

» En résumé, ce que j'ai vu de ces deux tubercules m'a con- 
vaincu que, s'il pouvait y avoir quelque avantage à en essayer 
l'introduction dans nos cultures, et je ne doute pas qu'ils ne 
prospéreraient sous le climat de rÀlgérie, ce ne serait pas 
comme végétaux alimentaires pour l'homme, mais plutôt 
comme plante industrielle, destinée à servir soit à la fabrica- 
tion de l'alcool, soit à la nourriture des bestiaux ; et, sous ce 
double rapport, le Polymnia edulis serait bien, sans aucun 
doute, .celle des deux plantes qu'il faudrait préférer, tant 
à cause de la quantité plus considérable de matière saccha- 
rine de ses tubercules qu'à cause de son grand produit. 
J'ajouterai que cette plante, considérée comme succédanée du 
Topinambour, présenterait sur cq dernier un avantage, celui 
de ne pas tmcer et d'être, par conséquent, beaucoup plus 
facile à extirper des terrains où on la cultiverait. Ses parties 
vertes sont d'ailleurs encore plus abondantes et surtout plus 
tendres que celles du Topinambour et seraient sans doute^ 
pour cette raison, plus recherchées des bestiaux. » 

La culture du Polymnia edulis n'a donné aucun résultat 



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238 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

utile el la plante est venue grossir le nombre des lamentables 
échecs que l'on a éprouvés en cherchant à remplacer éven* 
tuell0ment la Pomme de terre. Cependant^ l'histoire d^ la 
iiécoiiverte de deux plantes alimentaires nouvelles n'étant pas 
saQs iàléfêt, et la noté de M. Weddell pouvant aider à la re* 
bherche et & VîntrodUction de celle qui demeure inconnue, 
nous pensons qu'c» ttous approuvera d'avoir reproduit cette 
ïïote in extenso. 

Nous terminons en indiqimil les sources auxquelles on 
pourra puiser des renseignements complémentaires sur la 
Poire de terré Cochet. 
' Polymnià edulis, Bull. Soc. d'Accl., vol. VH>4860, p. 357. 

Sur la, Poire de terre Cochet,^ Polymnià edudis, par 
M. Qùihôu. Bull. Soc. d'Accl., vol. XX, 1863, p. 344. 

Sur la Poire de terré Cochet, par M. Quihou. Bull. Soci 
ffAccl., S-^ sér., vol. 1, 1864, p. 530. 

Floraison de la Poire de terre Cochet, par M. Quihou. 
BulL Soc. (J'Accl., 2"« sér., vol, II, 1865, p. 652. 



POORPIER A GRANDES FLEURS 

FORTOLACA GRANDIFLORA Hook. j5o^. Waflf., T. 2885. 

Faiï);. des Portulacacées. 

« Racine tubéreuse. Tige rameuse de 6 à 8 pouces de long, 
ronde, Usée, charnue, rougeâtré; feuilles assez écartées et 
longues de 1 pouce à 1 pouce et demi, cylindriques, termi* 
minées en pointe, sesçiles,- contractées à la base de façon à 
paraître pétiolées, charnues et d'un vert glauque; aisselles 
seules munies de poils nombreux, longs, enchevêtrés. Fleurs 
terminales sessiles, groupées par trois ou quatre à l'extrémité 
des rariiéaux et. entourées d*un involucre dont ks folioles 
ressemblent aux fenilleis caulinaires et sont entremêlées de 
poils à là base. Calice à deux divisions étalées, ovales, veiies^ 



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POUllPlÈR A GllANDES FLEURS. 23Ô 

scarieuses à rextrémité et velaes au point d'insertion. Corolle 
grande, belle, beaucoup plus longue que le calice, de cou- 
leur orange ou d'un rougé pourpre très vif. Pétales 5, sou- 
dés à leur base et semblant faire corps avec la base du calice 
à son point dMnsertion sur Fovaire. Élamines nombreuses 
réunies à la basé du calice et de la corolle et entre elles à um 
faible degré. Filets d'un pourpre foncé. Anthères rondes, î)i^ 
loculaires, pk)urprées. Pollen d'un jaune brillant. Ovaire 
supère, conique, pluriloculaire ; graines nombreuses. Stylé 
aussi lon^ que les étamines, filiforme. Stigmates de 7 à 9^ 
raisonnants, ténus, pubescents, recourbés à leur extrémité. ^ 
(Hook, loc. cit.) ' 

En juin 1879, nous disions : Cette plante croît sponta-^ 
nément, inconnue ou négligée, au pied des Cordillères' et'nouë 
ne saurions mieux faire que de reproduire ce qui s'yrapporte 
dans les lettres de l'un nos correspondants. 26 janvier 1878 1 
€ J'ai été obligé d'attendre le 26 janvier pour vous envoyer 
une variété de Pourpier tubereux, sauvage près des moà- 
tagnes des Andes. Voici son histoire : Je fus frappé de voir 
un champ couvert d'une fleur violette, très grande pour une 
plante naine. J'en récoltai quelques pieds en 1875 et je les 
plantai comme plantes d'agrément. Quelle, fut ma surprise 
lorsque au mois d'avril je trouvai des tubercules d'une form^ 
allongée, d'une longueur de 0'",6 et de la grosseur du dôigti 
J'e^n coupai un, dont la chair me parut grasse. Je fis cuire deik 
tubercules dans la cendre et je leur trouvai un goût exquis; 
Je cultivai le Pourpier tubereux en 1877 et j'eus la satisfaîci- 
tion d'obtenir des tubercules beaucoup plus gros que les préf 
miers récoltés. •• ' 

» Ce Pourpier végète dans des sables secs et brûlants. Les 
plusmauvais terrains siliceux lui conviennent. » '; 

Le même correspondant, dans une lettre datée d'avril 
1878, ajoute ce qui suit : 

« J'ai obtenu cette année de très beaux tubercules de 
Pourpier. Quelques-uns ont atteint' une longueur de Ô'^,12 
sur 0'",8 de circonférence. J'ai donc une amélioration très 
sensible sur mes cultures, puisque j'ai doublé le volume des 



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240 LE POTAGER DUS CURIEUX. 

tubercules en une seule année. J'en ai fait cuire un quart 
d'heure à Teaii bouillante; je les ai sautés au beurre; c'est 
un plat excellent. J'en fais cuire dans la cendre, que je 
mange seulement avec du sel ; le goût en est exquis. Je vous 
envoie des graines de ma culture et d'autres de la plante 
spontanée. Voici quelques explications : le Pourpier tubé- 
reux croit dans du sable sec. Ainsi je vous recommande d'en 
semer dans du sable pur ou dans une terre très sableuse. Je 
crois que cette plante préfère la mauvaise terre au terreau. 
Dans le terreau, elle végète avec une admirable vigueur, mais 
ses tubercules restent petits. Je vous donne ces détails pris 
sur mes expériences. Les meilleurs résultats sont obtenus 
dans du sable, tenu légèrement frais (1). Exposition au grand 
soleil. Tf 

, Nous avons semé en godjBts, sous châssis, à froid, les 
graines que nous avons reçues. Nous n'avons obtenu qu'un 
petit nombre de plantes que nous avons mises en place, en 
plein air, sur un bout de vieille couche. Nous aurions pu as- 
çuriémenl planter dans du sable, mais nous nous proposions, 
avant tout, d'avoir des plantes vigoureuses et d'en récolter 
les graines, dussent les tubercules être moins développés. 

Nous ne nous en sommes pas tenus au semis et, dès que 
nous avons disposé de plantes assez fortes, nous avons fait 
des boutures qui, toutes, ont repris facilement. On peut donc 
pratiquer le semis et la bouture, la bouture principalement. 
Nous espérions obtenir des tubercules que nous aurions 
plantés et que nous supposions devoir nous donner des 
plantes plus fortes et une récolte plus hâtive et plus abon* 
dante. 

11 n'en a rien été ; après six années consécutives de culture 
attentive, nous ne sommes pas plus avancés que le premier 
jour. Nous n'obtenons que des tubercules insignifiants en 
nombre et en volume. 

La rigueur de nos hivers n'apporte cependant aucun ob- 
stacle à la culture du Pourpier, puisqu'il s'agit d'une cul* 

(i) Notre correspondant avait dit d'abord; dans des sables secs et brûlants. 



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PSORALÉE COMESTIBLE. PICOTIANE. 241 

ture annuelle et estivale; Thabitat de la plante spontanée 
n'est d'ailleurs pas exempt de gelées et le thermomètre y 
descend parfois à 6 ou 7 degrés au-dessous de zéro. 

Exclusivement occupés des plantes potagères, nous n'avons 
rien dit de la fleur du Pourpier qui fait l'objet de ce chapitre. 
Elle est très grande et d'une chaude coloration en rose vif, 
voisin du violet. Les amateurs qui l'ont vue s'accordent à re- 
connaître qu'elle est plus grande que dans aucune autre 
variété du Pourpier à grandes fleurs. 



PSORALÉE COMESTIBLE. PICOTIANE 

Tipsina des Indiens de l'Iowa; Taagu des Osages, diaprés M. Trécul. 

. PSORALEA ESCULENTA Pursh. 

Fam. des Papilionacées. 

Plante vivace, poilue, à racine tubéreuse simple, co- 
mestible ; tige de O^'jSO à O^jSS; feuilles palmées, à 5 folioles 
ovales elliptiques, glabres en dessous; en juin-juillet, fleurs 
bleues, en épis axillaires, pédoncules; corolle de la longueur 
du calice. 

Cette plante, originaire du Missouri, a été introduite en 
1846 par M. Lamare-Picot (1) et a été proposée pour rem- 
placer la Pomme de terre. C'est à ce titre seulement qu'elle 
figure ici, car nous ne l'avons pas cultivée et l'expérimenta- 
tion lui a été absolument défavorable. On sait qu'il en a été 
de même de toutes les plantes qu'on avait imaginé de substi- 
tuer à la Pomme de terre, si celle-ci avait succombé à la ma- 
ladie dont elle était atteinte. 

Il est bon que l'on sache qu'à l'exception des Dioscorea on 
ne possède encore aucune plante qui puisse tenir lieu de la 

(1) Gaudichaud, Rapport sur un mémoire deM. Lamare-Picot relatif à l'in- 
troduction d'une nouvelle plante alimentaire {Comptes rendus de V Académie 
des sciences, 1846, t. XXVI, p. 326; ibid.y 1849, t. XXIX. p. 709; ibid., 1860, 
t. XXX, p. 393). 

16 



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242 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Solanée des Andes, et que, le cas échéant, la place serait vide. 

Il est permis de croire que dans nos départements du Midi 
plusieurs sortes d'Ignames pourraient remplir celte place et 
nous engageons vivement les amis de l'horlicullure à cher- 
cher, parmi les nombreuses variétés qui existent, celles qui 
pourraient prospérer sous notre climat. 

Pour revenir à la Picoliane, voici les conclusions d'un ar- 
ticle du Bon jardinier (1873, p. 649), auquel nous renvoyons 
le lecteur : « On voit que, dans son état actuel, le Psoralea 
esculenta s'éloigne beaucoup des conditions que Ton doit 
rechercher dans une plante agricole. Il n'est pas impossible 
cependant que la culture puisse la modifier plus ou moins 
profondément. Des essais de ce genre sont toujours intéres- 
sants, autant pour eux-mêmes que pour le but auquel ils peu- 
vent conduire; mais ils pourront être suivis longtemps avant 
d'amener un résultat, qui lui-même reste douteux ; de sorte 
qu'ils doivent être plutôt recommandés, dans l'état actuel de 
la question, aux établissements publics d'instruction et aux 
expérimentateurs qu'aux cultivateurs mêmes. » 

La Picotiane n'étant pas une ressource pour l'agriculture 
et moins encore pour la culture potagère, nous ne parlerons 
pas d'elle plus longuement. 



QUINOA BLANC 

Ansérine Quinoa. Petit riz du Pérou. 
Chenopodidm Qdinoa Willd. 

Fam. des Chénopodées. 

Plante annuelle. Tige droite, rameuse, haute de 1™,80; 
feuilles alternes, triangulaires, avec deux prolongements 
sagittés à la base, découpées par des dents très obtuses, d'un 
vert blond, pulvérulentes dans leur jeunesse; fleurs blan- 
châtres, très petites, en grappes resserrées, compactes. Graine 
comprimée, blanc jaunâtre. 



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QUINOA BLANC. 'MS 

On a beaucoup parlé du Quinoa; on l'oublie aujourd'hui. 
Nous connaissons toutes les notes publiées sur cette plante 
que nous avons nous-mêmes cultivée. Elles s'accordent à 
constater l'intérêt qu'on aurait à la cultiver en France comme 
succédanée des Ëpinards. C'est à ce titre qu'elle figure dans 
le Bon jardinier de 1839, où elle est l'objet d'une note de 
M. Vilmorin, assez instructive et assez complète pour que, 
après l'avoir reproduite il ne nous reste rien à dire : t En 4836, 
les essais se sont multipliés; partout le Quinoa a bien réussi. 
La plante est très vigoureuse, presque insensible au froid ; 
elle produit, en bon terrain, une abondance de graines extra- 
ordinaire, mais la graine n'a pu être utilisée jusqu'ici d'une 
manière satisfaisante ; soit qu'elle n'acquière pas en France 
la même qualité qu'en Amérique, ou, plus probablement, que 
nos palais ne soient pas façonnés à sa saveur étrange, peu de 
personnes l'ont trouvée de leur goût. Elle offre l'inconvé- 
nient réel d'une amertume et d'une âcreté assez prononcées 
qu'on ne peut lui enlever que par plusieurs lavages. Avec des 
soins répétés, on en fait chez moi des gâteaux fort bons et 
des potages passables, mais leur préparation est une affaire ; 
la graine, étant très menue et demandant une longue cuisson, 
n'aura pas l'approbation des cuisinières. Quant aux maîtresses 
de maison, quelques-unes peut-être en jugeront comme les 
dames de Lima, pour lesquelles, dit-on, le Quinoa est un 
mets de prédilection ; dans ce cas, il, se classerait en France 
parmi ces produits secondaires dont on veut un peu pour la 
variété, mais non, comme en Amérique, parmi les plantes 
économiques de première utilité. Cela n'arriverait qu'autant 
qu'on trouverait un moyen de préparation de la graine qui en 
rendit l'emploi facile et la saveur agréable au plus grand 
nombre. 

» Gomme plante potagère, l'usage du Quinoa sera plus 
facilement adopté, parce que c'est un bon remplaçant de 
l'Épinard pendant l'été. 

» Sa culture pour l'un et l'autre emploi est simple et peu 
difficile : si l'on veut le récolter en grain, on peut le semer, 
soit sur couche, en mars, ou même sur une plate-bande 



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244 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

abritée pour le mettre en place en avril ou au commencement 
de mai, soit en pleine terre, en lignes, dans le courant d'avril. 
Les plantes devenant très grandes et très fortes, il faut les 
espacer d'environ 50 centimètres. Elles demandent une 
terre fertile, plutôt légère que compacte, et l'exposition au 
plein soleil, quand il s'agit d'une récolte pour la graine. On 
peut sur une plantation semblable couper les rameaux se- 
condaires, qui se développent en fort grand nombre, pour 
en prendre les feuilles; mais, si Ton n'avait en vue que ce der- 
nier produit, il conviendrait de semer en lignes plus rappro- 
chées et de couper la tige lors de la première récolte pour la 
faire ramifier. 

» Une planche de Quinoa ainsi établie fournira pendant tout 
l'été, moyennant des arrosemenls, une succession de produits 
sans cesse renouvelés. » 

Selon nous, le Quinoa supplée passablement l'Épinard. Les 
amateurs feront bien toutefois d'essayer les autres succédanés 
de ce légume qui nous fait défaut pendant l'été, c'est-à-dire 
la Télragone, la Glaytone, la Baselle, la Glaciale, etc. La Gla- 
ciale et la Tétragone ont nos préférences. 

Publications à consulter. 

Journal des observations botaniques faites sur les côtes 
orientales d'Amérique rnéridionale et aux Indes orientales, 
par R. P. Louis Fouillée. 

Revue horticole, vol. IV, 1838-184.1, p. 159. 

Bulletin de la Soc, centrale d'hôrt, de France, vol. XVII, 
1835, p. 197; vol. XXII, 1838, p. 182. 

Bulletin de la Soc, d' Acclimatation , vol. IX, 1862, p. 226. 
Note sur le Quinoa, par Son Excellence le maréchal de Santa 
Gruz, vol. IV, 2* série, 1867, p. iU. 

Les plantes alimentaires^ par Heuzé. 



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RADIS ROSE d'hiver. 245 

RADIS ROSE D*HIVER, DE CHINE 

Raphanus sativds, var. 

Fam. des Crucifères, 

« Racine allongée, cylindrique, renflée à son extrémité infé- 
rieure et terminée brusquement par une queue fine et déliée, 
longue de O"",!! environ sur O^jOS de diamètre; peau assez 
fine, de couleur rouge vif, marquée de lignes, en forme de 
plis plus pâles dans le sens de la circonférence; chair ferme, 
de saveur assez piquante ; feuilles assez amples à pétiole rose 
vif, maturité intermédiaire entre celle du Radis gris d'été et 
celle du Radis noir. » (Vilmorin-Andrieux et G'V) 

« Le Radis rose d'hiver de Chine a été introduit par les 
missionnaires et répandu par les soins de M. l'abbé Voisin. 
Cette variété est excellente et une des plus perfectionnées 
qui nous soient venues de la Chine. > {Le Bon jardinier^ 
année 1873.) 

Nous n'aurons que peu de chose à ajouter à ce qui précède. 
Nous semons dans les premiers jours d'août en lignes dis- 
tantes entre elles de 0",30 et nous éclaircissons le semis de 
façon qu'il y ait 0™,12 à 0'",15 d'espace entres les plantes. . 

L'emploi ordinaire du Radis rose d'hiver de Chine est celui 
de tous les Radis ; mais nou§ connaissons une maîtresse de 
maison qui l'utilise, en guise de Navets, comme garniture. 
Elle trouve que cette racine, par la régularité de sa forme et 
de son volume, se prête mieux qu'aucune autre à cet usage : 
nos lectrices apprécieront. 



RADIS SERPENT 
Raphanus gaudâtus L 



Fam. des Crucifères. 

Herbe annuelle cultivée à Java où elle est sans doute spon- 
tanée et où l'on mange ses siliques confites auxquelles on 



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246 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

donne le nom de Mougri, Racine fusiforme, d'où s'élève une 
tige de la grosseur d'une plume d'oie, haute de 0'",33 à O^jSO, 
peu rameuse, d'abord droile et finissant par se coucher; les 
feuilles alternes, très étalées, munies d'un pétiole court, di- 
visées, jusqu'au delà du milieu, en un petit nombre de lobes 
triangulaires, aigus et dentés en scie, de même que le ter- 
minal qui est plus grand et ovale-lancéolé ; à mesure qu'elles 
s'élèvent sur la plante, leur forme se simplifie, mais même 
la plus haute d'entre elles est plutôt sinuée que simplement 
dentée; fleurs réunies en petit nombre en grappe terminale 
feuillée, chacune d'elles sortant (d'après la figure donnée 
par Linné fils) de l'aisselle d'une feuille florale; pétales 
blancs, au nombre de quatre, avec des veines pourpres et 
limbe en cœur renversé; siliques longues de 4 à 5 pieds, 
i'^ySS à 1™,65, plus épaisses que le pouce dans le bas, se ré- 
trécissant graduellement de la base au sommet, se courbant 
plus ou moins, se colorant en rouge, ayant une section Irans- 
versale à peu près arrondie et contenant dans leur loge 
unique des graines nombreuses, oblongues, de couleur 
pourpre. 

Nous trouvons la description qui précède dans une Note 
de M. P. Duchartre (1859) qu'avait rendue nécessaire la con- 
fusion qui tendait à s'établir entre le Raphanus eaudatus de 
Linné et une plante de l'Inde, dénommée Radis de Madras, 
que M. Courtois-Gérard avait rencontrée dans le jardin bota- 
nique d'Edimbourg et dont il avait apporté des graines en 
France (1). 

Sept ans plus tard, M. Ed. André publiait, avec figures, 
dans la Revue horticole^ une Note étendue, des plus intéres- 
santes, à laquelle nous renvoyons le lecteur (2). 

La culture du Raphanus caudatus est celle de tous les gros 
Radis et n'exige aucune description. Elle est aussi simple 
et aussi facile que possible. 



(1) Note sur une Crucifère à siliques comestibles, récemment introduite en 
France (Journal de la Sac, impériale $t centrale d'horticulture, 185^, vol. V 
p. 57 à 63). 

2) Le Radis serpent (Revue horticole^ 1866, p. 471). 



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RADIS SERPENT. 247 

La plante se distingue de tous les Raiforts que nous possé- 
dons par la dimension extraordinaire de ses siliques. Quoique 
dégénérée, elle en produisait encore dans notre jardin, il y a 
quelques années, qui mesuraient de 40 à 50 centimètres de 
longueur, à côté d'autres plus courtes ;. c'ésl-à-dire que quel- 
ques-unes des siliques étaient plus longues que la plante 
entière, comme Ta fait remarquer Linné, et qu'arrivant à 
terre, elles s'y étalaient en formant des sinuosités à la ma- 
nière d'un serpent. 

Notre culture a été notablement contrariée par les ravages 
qu'y faisaient l'altise et un gros puceron gris. Celui-ci, qui 
n'aurait certainement pas résisté à une aspersion de jus de 
tabac, dévorait nos plantes en peu de jours. 

Les siliques du Radis serpent se mangent crues, à la croque 
au sel, comme nos Radis ordinaires dont elles ont la saveur 
piquante. 

Nous les avons fait cuire et nous les avons mangées, soit 
en salade, soit préparées comme les Haricots verts. Pour cet 
usage, il faut les cueillir très jeunes; elles sont alors très 
acceptables, mais sont loin de valoir les Haricots verts. 

Confites au vinaigre, elles sont bonnes et préférables à la 
plupart des légumes qu'on associe d'ordinaire aux Corni- 
chons. Elles ont le mérite de conserver longtemps leur saveur 
piquante, atténuée, mais sensible encore. 

C'est sans doute lorsqu'elles ont été confites dans le vi- 
naigre qu'elles portent à Java le nom de Mougri. 

M. Ëd. André a entendu dire qu'en Angleterre, cinquante 
ans avant la publication de sa note, et alors que l'on cultivait 
le Raphanus caudatv^ comme plante nouvelle, on en retirait 
le jus par pression et que c'était une sauce excellente, very 
palatable juice. 

La plante est assurément très intéressante et les curieux 
lui feront une petite place dans leurs jardins. 



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248 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

SAFRAN COMESTIBLE 

Crocus cancellatus Herb., var. persicus Chapp. 

Fam* des Iridées. 

Ce Crocus a été recueilli en Perse en 1881 et distribué en 
mars 1882 par M. Pissard, ancien jardinier-chef du shah de 
Perse. 

M. P. Chappellier en a reçu des bulbes en même temps 
que nous et a publié sur cette plante une Note que nous 
sommes autorisés à reproduire intégralement. 

Nous n'attendons rien des bulbes que nous possédons et 
nous devons avouer en toute humilité que nous n'avons aucun 
succès avec les plantes bulbeuses. 

Nous nous estimons donc fort heureux de n'être pas obli- 
gés de passer sous silence une plante intéressante et de pou- 
voir la présenter au lecteur au nom de l'amateur éclairé qui 
a fait, on le sait, une étude spéciale des Crocus. 

Note de M. Chappellier. 

La caisse dans laquelle ces bulbes ont fait le voyage de 
Perse à Paris est restée en route pendant l'automne de 1881 
et l'hiver de 1881-1882 ; elles y sont entrées en végétation et 
y ont fleuri. 

Autant que l'état anormal de ces échantillons m'a permis 
d'en juger, je suis porté à croire que ce Crocus appartient au 
groupe du cancellatus. 

Sous le type : cancellatus^ créé par Herbert, les auteurs 
ont groupé les sous-types suivants, considérés par les uns 
comme espèces, par les autres comme variétés ou syno- 
nymes : 

C. cancellatus Herb. ; 

C Schimperi Gay; syn. C. Spruneri Boiss. et Held. ; 
C. damascenus Herb. ; syn. C. edulis Boiss. et Blanche; 

C. Kotschyanus Herb. ; 

C, cilicicus Rotschy ; 



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SAFRAN COMESTIBLE. 249 

C. PytorttmGay; 

C Mazziaricus Herb. 

Voici les caractères principaux du C. caticellatus que j'ai 
retrouvés dans le Crocus persan : 

Floraison automnale ; . 

Pollen jaune ; 

Style multifide ; 

Feuille synanthée ; 

Pas d'involucre (au scape); 

Bractée bivalve (à l'ovaire) ; 

Tuniques fortement réticulées avec étoile persistante à la 
base, périanlhe du blanc lilacé au violet. 

Il y a toutefois un caractère très important dans lequel j'ai 
remarqué une différence notable : 

Dans le C. cancellatus^ la gorge est blanc jaunâtre ou 
jaune, et dans le Crocus persan elle est blanc lilas ou violette. 

J'ai constaté aussi dans ce dernier un scape démesurément 
long. Je ne pense pas que ces particularités puissent prove- 
nir de la floraison anormale en caisse close et à sec. 

La distribution géographique des divers cancellaius con- 
nus à ce jour s'étend des îles Ioniennes à la Syrie, où croît 
VeduliSy et à l'Arménie. 

Le Crocus de M. Pissard a été recueilli à environ 1300 mètres 
d'altitude, dans les plaines et collines d'une localité appelée 
Sultabatt, province de l'Irath-Férahan, au sud-est d'Ama- 
dan, à 120 kilomètres enyiion de Téhéran. 

On n'avait guère trouvé en Perse jusqu'à présent que le 
C. speciosus. 

Voici les renseignements que M. Pissard donne sur l'utili- 
sation de cette plante. 

L'oignon est comestible ; il a le goût de la châtaigne ; les 
indigènes en font une grande consommation. 

Ces oignons, cuits à l'eau et grillés, ont été présentés en 
juillet 1881 à un dîner officiel chez le ministre des Télé- 
graphes; plusieurs Européens qui assistaient à ce repas les 
ont trouvés exquis, et le shah de Perse en a commandé une 
forte provision pour sa table. 



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250 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

Jusqu'à ce qu'un nouvel apport du lieu d'origine ou une 
floraison normale des bulbes introduites récemment per- 
mette un plus mûr examen, je pense que c'est avec le C. edulis 
Boiss. et Blanche, sous-type du C. cancellatus Herb. que le 
nouveau Crocus persan a le plus d'analogie, et je propose 
de l'annexer au type cancellatus sous le nom de C. persicus. 
(Paris, le 2 avril! 882.) 



SCOLTME D'ESPAGNE 

Vulgairement CardUlo ou Tagarninas. 

SCOLYMUS HISPANICUS L. 

Fam. des Composées. 

Indigène. Bisannuel. Racine blanche, pivotante, assez char- 
nue. Feuilles radicales, oblongues, ordinairement m^irbrées 
de vert pâle sur fond vert foncé, très épineuses, rétrécies à la 
base en forme de pétiole ; tige très rameuse, atteignant envi- 
ron 60 à 80 centimètres de hauteur, garnie de feuilles ses- 
siles, décurrentes, très épineuses; fleurs en capitules sessiles, 
réunies par deux ou trois, à fleurons jaune vif. Graine aplatie 
jaunâtre, entourée d'un appendice scarieux blanchâtre. Un 
gramme en contient environ 200, et le litre pèsel25grammes. 
La durée germinative est de trois années. 

Lorsque nous rencontrons, dans une publication peu con- 
nue et à peu près introuvable pour le plus grand nombre de 
nos lecteurs, un article écrit en parfaite conformité d'opi- 
nion avec nous sur la culture et le mérite de l'une des plantes 
de notre potager, nous n'hésitons pas à le reproduire en en- 
tier. Ainsi ferons-nous pour le Scolyme d'Espagne. 

On lit dans le Bulletin de lu Société d'horticulture de 
rAube, vol. I, p. 217 : 



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SCOLYME d'ESPAGNE. 251 



« Culture du Scolyme d^Espagne. 

» S'il est un légume qui mérite d'être cultivé avec soin et 
qui soit au contraire négligé et presque abandonné dans cer- 
taines localités, c'est certainement le Scolyme. Aucun légume 
ancien ou nouveau ne m'a paru posséder autant de qualités 
que celui-ci. Par la délicatesse du goût, par sa longue garde, 
par sa croissance rapide et l'époque où il paraît sur nos 
tables, il me parait pouvoir lutter sans trop de désavantage 
non pas avec la Scorsonère ou le Salsifis avec lesquels il a 
plus grands rapports, mais avec les Cardons et les Choux- 
fleurs, ces légumes auxquels les jardiniers donnent tous leurs 
soins; mais malheureusement le Scolyme ne réussit pas tou- 
jours lorsqu'il est abandonné à lui-même, et ses graines, soit 
qu'elles aient été mal choisies ou conservées, soit qu'on les 
sème dans des conditions peu favorables, ne lèvent pas tou- 
jours très bien. Je vais indiquer, du mieux que je le pourrai, 
les procédés qui ont paru convenables jusqu'à présent et qui 
ont assez bien réussi. Je ne prétends pas avoir amené la cul- 
ture à une bien grande perfection, mais j'ai la conviction que 
les amateurs qui auront réussi et apprécié une seule fois la 
valeur de ce légube ne l'abandonneront pas, malgré quel- 
ques mécomptes qu'ils pourront éprouver parfois. 

» La graine de Scolyme est petite et se trouve renfermée 
dans une enveloppe membraneuse ou foliacée. Cette enve- 
loppe, qui la cache à l'œil de l'examinateur, fait que celui-ci 
ne peut que bien difficilement en apprécier la qualité à la vue. 

» Elle se sème du 20 juin au 15 juillet ; plus tôt, les plantes 
montent et fleurissent et produisent des racines peut-être un 
peu plus grosses, mais qui n'ont pas les qualités de celles qui 
n'ont pas donné de fleurs. Semée plus tard, le produit pour- 
rait en être faible. Les graines sont mises dans des raies de 
4 à 5 centimètres de profondeur, distantes entre elles d'en- 
viron 20 centimètres. On ne doit pas craindre de semer un 
peu trop épais dans la raie. 



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252 LE POTAGER d'uN CURIEUX. 

» A cette époque de l'année, la terre est habituellement 
sèche, et, travaillée, elle se dessèche rapidement à la profon- 
deur où vont les graines. Les arrosages, à moins d'être exces- 
sivement abondants, ne sont pas toujours un remède au mal. 
Pour remédier à cette sécheresse du sol, lorsque les raies 
qui doivent recevoir les graines sont faites, on les fait arro- 
ser au point d'y faire presque de la boue ; on sème sur ce 
terrain mouillé et on recouvre avec la terre des bords de la 
raie qui, elle aussi, a été mouillée. 

» Celte humidité renfermée dans le sol s'y maintient assez 
bien, et quelques arrosements, si la température est trop 
sèche, suffisent pour faire lever les graines; car avec ce 
procédé de culture, il arrivera rarement que les graines ne 
lèveront pas en quantité suffisants. En général, les semis 
d'été réussissent peu parce que les graines sont peut-être un 
peu desséchées par a haute température de la saison et parce 
que la terre renferme beaucoup moins d'humidité qu'au 
printemps et en automne. Si, à ces différences de conditions 
de germination, l'on ajoute la séparation du sol d'avec la 
graine par l'enveloppe membraneuse qui entoure cette der- 
nière, on comprendra parfaitement pourquoi cette graine 
lève souvent très mal, et c'est, je crois, cet inconvénient qui 
en fait abandonner la culture. 

» Les feuilles de cette plante, à l'exception des séminales, 
lui donnent une grande ressemblance avec un Chardon. 

» Quand toutes les graines sont levées et que les plantes 
ont déjà pris un peu de force (quatre à cinq feuilles, non 
compris les séminales), il faut les éclaircir en laissant entre 
les plantes danâ la raie une dislance d'environ 10 centi- 
mètres. Les plantes que vous avez arrachées avec soin pour- 
ront être replantées à demeure. Je dis arrachées avec soin ; 
il faut autant que possible que l'extrémité de la racine, qui, 
à cette époque, n'est pas longue, ne soit pas cassée, et qu'en 
la replantant on ait soin de ne pas la contourner, ni de la 
froisser. La transplantation faite, il faut tenir le terrain 
mouillé pour aider à la reprise. 

» Le reste du travail pendant Tannée consiste à tenir le 



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scoLYME d'espagne. 253 

terrain propre et à le sarcler une fois ou deux, et surtout à le 
bien arroser si le temps est au sec. Un peu d'eau de fumier, 
non trop forte pour ne pas brûler les feuilles, répandue sur 
ces légumes, leur donnera une croissance rapide et assurera 
un beau et bon produit. 11 arrive très souvent que les Sco- 
lymes ne prennent tout leur accroissement qu'à la fin de sep- 
tembre et dans le courant d'octobre. 

j Les Scolymes sont bons à manger à partir de la fin d'oc^ 
tobre ou du commencement de novembre. La racine est la 
seule partie de ce légume qui, jusqu'à présent, ait été recon- 
nue digne de paraître sur table. Au milieu de chaque racine 
se trouve une partie dure et ligneuse; ce centre, que sa du- 
reté empêche d'être bon à manger, ne se sépare de la partie 
comestible que lorsqu'on les a fait cuire pour les préparer. 
Cette séparation s'opère facilement. Des essais de culture 
n'ont pas encore pu, à ma connaissance, rendre cette partie 
ligneuse moins dure, de manière qu'on puisse s'abstenir 
de l'ôter pour la préparation. Cependant quelques personnes 
pensent que c'est ce résultait que la culture maraîchère pourra 
atteindre. 

» Quand les hivers sont doux, les Scolymes peuvent rester 
au jardin jusqu'au printemps, à l'époque où ils vont pousser ; 
mais, quand on. craint qu'ils ne recommencent leur végéta- 
tion, on les arrache, on coupe la partie supérieure de la 
racine qui tient aux feuilles et on les enterre dans du sable 
à la cave. Ils se conservent ainsi bons jusqu'en juin; mais, en 
général, il serait prudent, quand l'hiver s'approche, d'en ar- 
racher une partie, de la préparer comme je l'ai dit, de la 
descendre à la cave et de couvrir avec de la paille ou des pail- 
jassons les plantes qui sont restées aujardin. Quoique le froid 
ne paraisse faire périr que le sommet de la racine, le mal est 
toujours plus grand qu'il ne paraît, parce que la partie gelée 
entraîne au àégel la pourriture de la partie qui la touche. 
Dans l'arrachage, soit du printemps, soit de l'automne, on 
choisit les plus jolies plantes pour porter de la graine. On les 
place au printemps, à 30 ou 40 centimètres de distance, dans 
un endroit écarté du jardin, mais bon et bien aéré. 



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254 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

i> En juin et juillet, les plantes montent et donnent des 
fleurs jaunes ; mais ces fleurs, qui naissent à Faisselle des 
feuilles, se succèdent sans cesse, et quelques-unes ont déjà 
mûri leurs graines lorsque les autres s'épanouissent. 

» Si les plantes n'étaient pas hérissées de feuilles plus 
piquantes que celles du Houx, on pourrait essayer de ramas- 
ser les graines à mesure qu'elles mûrissent; je ne connais 
pas d'amateur assez zélé pour l'avoir voulu faire. On saisit le 
moment où les plantes paraissent avoir la plus grande quan- 
tité de graines mûres ; on les coupe, on les place sur un linge 
dans une corbeille, dans un lieu bien sec. Après quelques 
jours, on les bat et Ton recueille les graines, qui ont besoin 
d'être vannées afin de séparer celles qui ne seraient pas 
bonnes. Cette opération doit être faite avec soin ; bien des 
graines qui paraissent ne pas pouvoir germer lèvent cepen- 
dant très bien, ce dont j'ai pu m'assurer en les vannant une 
année, au printemps, avant de les semer. Des graines qui 
étaient tombées, comme mauvaises, dans une position peu 
favorable à leur germination, ont cependant bien levé et en 
quantité. » 

La Note qu'on vient de lire enseigne tout ce qu'il est utile 
de savoir lorsqu'on veut cultiver le Scolyme d'Espagne. Elle 
attribue, probablement avec raison, l'abandon dans lequel 
est resté ce légume à l'irrégularité de la germination des 
graines, et elle indique le moyen de lever cette diflQculté. 
Peut-être le motif qu'elle indique n'est-il pas le seul. Un des 
principaux obstacles au succès d'un légume, si bon qu'il soit, 
vient des cuisinières et de leurs habitudes routinières. Elles 
repoussent vraisemblablement le Scolyme parce qu'il leur 
faut, après cuisson à l'e^u de sel, enlever la partie centrale 
des racines, qui est presque toujours ligneuse et immangeable. 
Cependant tous les légumes leur donnent au moins autant de 
peine. Ne faut-il pas enlever le foin des Artichauts, passer les 
les purées, écosser les Fèves, les Pois, les Haricots, hacher 
les Épinards, etc. En quoi l'ablation de la corde du Scolyme 
est-elle plus laborieuse que ces diverses opérations? Nous 
espérons que les maîtresses de maison, après avoir reconnu 



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SCOLYME D'ESPAGNE. 255 

la supéiiorilé des racines du Scolyme sur tous leurs simi- 
laires, parviendront à vaincre la résistance de leurs cordons 
bleus. 

Le Scolyme, une fois levé, est une plante rustique. Il n'oc- 
cupe la terre que trois mois et demi; la saveur de ses racines 
est, selon nous, infiniment plus agréable que celle des Scor- 
sonères et des Salsifis, qui occupent le sol deux et trois fois 
plus longtemps. Nous ne saurions donc en trop recommander 
la cultur^é 

En Espagnç, on emploie le Scolyme autrement qu'en 
France, où l'on ne mange que ses racines. Nous l'ignorions 
avant d'avoir lu «une Note de M. Bourgeau, botaniste-voya- 
geur, insérée dans la Revue horticole j année 1852, p. 60, 
note que nous croyons devoir reproduire : 

«Plante comestible, potagère, spontanée dans la partie 
méridionale de l'Espagne, ce qui fait qu'on ne l'y cultive 
presque pas; mais il n'en est pas de même aux environs de 
Madrid. 

» Ce sont les pétioles et la côte moyenne de la feuille que 
l'on emploie dans les cuisines espagnoles, soit en petits pa- 
quets mis au pot-au-feu, soit préparés de différentes manières 
et réunis à la viande, soit enfin ajoutés aux œufs, aux ome- 
lettes, etc. 

» Vers le 1" janvier, les champs sont presque partout cou- 
verts de rosettes de feuilles que les paysans récoltent à la ma- 
nière du Pissenlit, c'est-à-dire à 1 ou 2 pouces de la racine 
pivotante. On débarrasse le limbe de la feuille en conservant 
seulement toute la longueur de la côte que l'on réunit et' 
que l'on attache comme une Laitue romaine. Chacun pré* 
pare ce légume comme il lui convient, soit qu'on conserve 
un peu de la racine, soit qu'on la supprime tout à fait. En 
janvier et février, dans les marchés, on vend la douzaine 
30 centimes ; en mars et avril, la douzaine ne vaut plus que 
15 centimes. 

> Les marchés en sont couverts pendant cinq' mois de l'an- 
née, et par sa grande consommation dans le pays la plante 
produit chaque année aux habitiints de la campagne une assez 



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256 LE POTAGER D'uN CURIEUX. 

bonne recette. La vente finit en mai; à cette époque, les 
feuilles deviennent trop dures et trop piquantes pour être 
mangées, » 

La racine longue et charnue du Scolyme est usitée comme 
légume en Provence et en Languedoc, où la plante croît abon- 
damment; à Montpellier, on la nomme Cardouille. Elle n'y 
est pas cultivée ; on la ramasse sauvage dans les champs, et, 
comme Taxe central est ordinairement ligneux, on fend la 
racine longitudinalement, on la retranche, et c'est la partie 
corticale, liée par petites bottes, qui se vend (1). 

En terminant, nous renouvelons le conseil de cultiver le 
Scolyme d'Espagne. 



SOnCHET COMESTIBLE 

Souchet Sultan. Amande de terre. 
Cyperus esculentus L. 

Fam. des Cypéracées. 

Plante rampante. Rhizomes produisant des fibres grêles 
terminées chacune par un tubercule ovoïde, marqué d'im- 
pressions circulaires d'un brun jaunâtre au dehors, blanc 
en dedans, dont la saveur est agréable et sucrée. Tige tri- 
quètre, glabre, feuillée dans le bas; feuilles aussi longues 
ou plus longues que la tige, planes-canaliculées et carénées, 
rudes vers leur extrémité sur les bords et la carène. Ombelle 
simple ou composée, à 7-10 rayons inégaux, dont les plus 
longs se ramifient au sommet, munie d'un involucre de 
4-6 feuilles plus longues que l'inflorescence; sur chaque 
rayon s'attachent 11-14 épis lancéolés ou linéaires, compri- 
més, à 10-18 fleurs; écailles elliptiques presque obovales, 

(1) Le Bon Jardinier. 



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SOUCHET COMESTIBLE. 257 

carénées-naviculaires, à 7-9 nervures, d'un brun jaunâtre, 
avec la ligne médiane verte. 

Le Souchet comestible croît spontanément dans le midi de 
l'Europe, en Orient et dans l'Afrique septentrionale. Ses 
rhizomes sont garnis de tubercules de la grosseur d'une noi- 
sette, d'une saveur sucrée et agréable qui rappelle celle de 
la châtaigne. 

Sa culture est facile. On plante le l'" mai, par touffes espa- 
cées de 25 à 30 centimètres, en tous sens, des tubercules 
qu'on a d'abord fait tremper dans l'eau. Une immersion de 
quarante-huit heures est nécessaire. Si la saison est chaude, la 
végétation est très active. Les touffes, à chaume simple, pro- 
duites par cinq ou six tubercules seulement, donnent nais- 
sance à une multitude de pousses nouvelles, s'étendent, se 
rejoignent et la plantation devient une prairie. 

II faut sarcler à la main, si faire se peut, pour ne pas cou- 
per les jeunes pousses; arroser abondamment lorsque le 
temps est chaud et s'abstenir s'il fait froid. On ne compromet 
pas la récolte en n'arrosant pas , mais elle est beaucoup 
moindre. 

En Espagne, on irrigue la plantation dès qu'elle est faite et 
on recommence tous les huit ou dix jours. 

La récolte se fait dans le courant d'octobre. S'il ne gèle 
pas, on peut attendre les premiers jours de novembre. 

Les cultivateurs valenciens coupent les tiges avant la florai- 
son pour favoriser le développement des racines et des tuber- 
cules ; mais, sous le climat de Paris, on n'obtient pas de 
fleurs, et nous nous souvenons d'avoir cultivé le Souchet, non 
sans succès, dans le département des Landes, sans que notre 
plantation ait produit une seule fleur. 

Au surplus, ce n'est pas en semant des graines, mais en 
plantant des tubercules, qu'on cultive le Souchet en Espagne. 
On y procède à la récolte en arrachant les touffes qu'on 
frappe contre une claie de roseaux, au-dessus d'un crible 
d'osier, pour séparer les tubercules des racines. On lave en- 
suite les tubercules avec soin, et, lorsqu'ils sont bien net- 
toyés, on les étend au soleil sur des nattes afin de les dessé- 

17 



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258 LE POTAGER d'uN qURIEUX. 

cher et d'en assurer la conservation. Ils perclçnt, par celte 
.Opération, environ un tiers de leur poids (1). 

Les tubercules séchés conservent leur faculté germinalive 
pendant une année entière. 

C'est avec ceux de la dernière récolte, et non de la récolte 
en cours de végétation, qu'il convient de faire la Chufa^ ra- 
fraîchissement favori des Espagnols, pour lequel ils en em- 
ploient d'énormes quantités. La Chufa est un orgeat qui se 
prête admirablement à la confection de glaces qui sont de 
consommation usuelle à Madrid. Pour en constater le mérite, 
nous en avons. nous-mêmes fait servir à une réunion de vingt 
personnes, qui les ont trouvées fort bonnes. 

Voici la recette de la Chufa : 

Faire tremper pendant quarante-huit heures 250 grammes 
de tubercules ; 

Les broyer ; 

Ajouter i litre d'eau et 150 grammes de sucre ; 

Passer au tamis. 

Sei-vir comme orgeat le liquide ainsi obtenu ou remployer 
à faire des glaces. 

Il ne se conserve pas. 

Nous ne nous en sommes pas tenus à cette recette, et, sa- 
chant que les Israélites d'Oran font des gâteaux de Soudiet, 
nous avons réussi à en faire confectionner qui n'étaient pas 
sensiblement inférieurs en qualité aux gâteaux d'amandes 
ordinaires (2). 

Cependant nous signalerons quelques soins à prendre. On 
enlève aisément la peau de l'Amande ordinaire à l'aide de 
l'eau bouillante ; mais le tubercule du Souchet résiste et il est 
impossible de faire disparaître la pellicule qui l'enveloppe ; 
cette pellicule est si mince, qu'après un broyage fait avec soin 
on n'en retrouverait absolument rien ; mais il existe une sorte 
de durillon au point d'attache du tubercule au rhizome, et, 
pour s'en débarrasser, il faut mettre les amandes broyées dans 

(1) Bulletin de la Société impériale d*Acclimatation, t. X, bM2. Note pré- 
sentée par M. Ch. Barbier, ingénieur civil. 

(2) Journal de la Société centrale d*korticulturef 1877, t. Xf, p. 40* 



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ELÉOGHARIDE COMESTIBLE. 259 

une passoire d'une finesse convenable. Les durillons y restent. 
11 est inutile de donner ici la recette de ces gâteaux. On pro- 
cède comme on le fait pour les gâteaux d'amandes ordinaires. 
On peut, au lieu d'amandes amères, relever le goût de cette 
pâtisserie par un peu de cannelle. 

Le Souchet donne une huile excellente et une bonne eau- 
de-vie ; mais nous sortirions de notre cadre si nous considé- 
rions ici le Souchet comme plante économique. Nous lui 
attribuons cependant à ce point de vue une extrême impor- 
tance et nous recommandons , à ceux de nos lecteurs qui 
s'occupent d'agriculture et de plantes industrielles, la note 
que nous avons publiée dans le Journal de la Société cen- 
traie d'horticulture, 1878, t. XII, ^ série, p. 341. 

Gomme plante potagère d'un usage restreint, le Souchet 
comestible a cependant sa place marquée dans les jardins des 
amateurs. 

C'est ici le lieu de parler de deux Cypéracées, voisines du 
Souchet comestible. A notre grand regret, nous n'avons pas 
jusqu'ici réussi à nous les procurer, et nous ne pouvons, par 
conséquent, leur consacrer un article à part. Nous prions 
instamment les personnes qui recevraient des tubercules de 
ces plantes dé vouloir bien nous en informer. 

Éléogharide comestible 

ELEOCHARis ESCULENTA Vieillard {Eerh. de la Nouvelle-Calédonie , 

w^ 1456). 

Plante herbacée, touffue, stolonifère; stolons munis de 
tubercules farineux, ayant beaucoup de ressemblance avec 
ceux du Cyperus esculentus L. ; tiges dressées, aphylles, de 
40 à 50 centimètres de hauteur ; jonciformes, lisses, de cou- 
leur verte, divisées intérieurement par de nombreux dia- 
phragmes peu apparents sur le frais; gaines pellucides, 
membraneuses, courtes, terminées par une ligule triangu- 
laire aiguë. Fleurs en épis allongés, verdâtres, hermaphro- 
dites, les inférieures stériles; écailles verdâtres, membra- 
neuses, larges concaves, scarieuses sur les bords, striées au 



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260 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

centre, périgone soyeux; soies 8, inégales, blanches el 
scabres; étaminesS; anthères allongées, mucronées, deux 
fois plus longues que les filets; ovaire comprimé, surmonté 
d'un style persistant; graine noire, luisante. 

Cette Cypéracée est très commune dans les endroits inon- 
dés ; ses tubercules sont alimentaires et assez recherchés (1). 

En présence de la description qu'on vient de lire et des 
indications dont elle est accompagnée, il nous semblait qu'il 
serait facile de trouver VEleocharis esculenta. 

Nous avons écrit à diverses reprises à notre correspondant. 
Nous lui avons indiqué les marais des environs de Balade 
comme étant l'habitat certain de la plante ; nous l'avons fati- 
gué de nos demandes réitérées. Il nous a toujours répondu 
que VEleocharis esculenta était introuvable. Nous avouons 
n'y rien comprendre. 

Éléocharide sphacélée 
nom local, Caya, 

sciRPUS SPHACELATus SproDg. Eleochavis plantaginea F. Muell. 

VÉléocharide sphacélée habite les lagunes, les criques, les 
étangs de l'Australie. Chaque plante donne de six à huit tuber- 
cules, petits, presque sphériques. Ces tubercules, cuits et 
fortement broyés entre deux pierres, sont préparés à la façon 
des gâteaux d'amandes. 

Nous avons en vain demandé en Australie (Queensland) 
VÉléocharide sphacélée. Nous n'avons reçu que la brochure 
qui la signale : 

Notes on some ofthe roots, tubers, bulbs and fruits, used 
as vegetable food by the aboriginals ofnorlhern Queensland j 
Australia, by A. Thozet. Rockhampton, 1866. 

(1) Revue maritime et coloniale^ 6 décembre 18B2, 24" livraison, p. 623. 
Essais sur la Nouvelle-Calédonie, par Vieillard, chirurgien de la marine. 



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soYA. 264 



SOYA (1) 

DoLiCHOS Soja L. Soja hispida Mœnch. 
Glycine Soja. 

Fam. des Légumineuses. 

Plante annuelle décrite comme suit par Kœmpfer, qui Je 
premier, ou l'un des premiers, Ta connue et Ta fait con- 
naître. « Cette plante est nommée au JaponDaidsu et surnom- 
mée Mame^ c'est-à-dire graine alimentaire par excellence. 
C'est une sorte de Haricot à gousses velues, à graines arron- 
dies, haut d'environ quatre pieds. Il s'élève sur une tige ra- 
meuse, inégalement ronde, velue. Ses feuilles ressemblent à 
celles du Haricot des jardins, à poils plus rudes sur leur face 
inférieure. II épanouit au mois d'août, à l'aisselle des feuilles, 
des fleurs réunies sur un pédoncule commun, d'un blanc 
bleuâtre, très petites, semblables à celles de la Lentille, avec 
l'étendard et les pétales droits, à peine étalés, auxquelles suc- 
cèdent des gousses nombreuses , longues de deux pouces à 
peine, à poil rude et long, semblables aux gousses du Lupin 
à fleurs jaunes, contenant deux graines, rarement trois; pa- 
reilles de forme, de volume et de saveur au Pois des jardins, 
un peu comprimées cependant, à ombilic brun. » 

Kaempfer paraît n'avoir connu qu'une sorte de SoyUy à 
graines blanches, à ombilic brun; mais nous savons qu'il 
existe au moins une trentaine de variétés dont les graines 
sont de diverses couleurs et dont le bile est blanc chez les 
unes et brun chez les autres. Sous le climat de Paris, on n'en 
peut cultiver qu'un petit nombre. Les sortes tardives trouve- 
ront leur place entre la Loire et le littoral de la Méditerranée. 

(1) Dans cette Note, nous considérons le Soya comme plante potagère. Pour 
bien connaître son importance en agriculture et dans Tindustrie et les diverses 
préparations qu'il reçoit au Japon, en Chine et dans tout Textrême Orient, le 
lecteur pourra consulter le mémoire publié par run de nous : Le Soya, sa corn- 
position chimiquey sa culture et ses usages. — Paris, Librairie agricole de la 
Maison rustique, 26, rue Jacob. 



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262 LE POTAGER D*UN CURIEUX 

Toutes, nous le croyons, pourront être cultivées en France 
avec succès. 

Notre expérimentation a porté jusqu'ici sur quatre varié- 
tés, qui sont : 

V Le Soya de Chine, cultivé en Hongrie, importé par 
MM. Vilmorin-Andrieux et G^*^. Ses graines sont d'un jaune 
pâle et le hile en est brun. Cette variété est la plus hâtive que 
nous connaissions. 

2*' Le Soya d'Étampes. Les graines en ont été distribuées, 
en 4874, par la Société d'Acclimatation. Ces graines sont d'un 
jaune pâle et le hile en est blanc. La plante est belle, très 
forte et très productive, mais un peu tardive. 

3° Le 5oya vert, originaire du Japon, à graines vertes, pres- 
que rondes, à hile brun, moins hâtif que le jaune de Chine 
cité plus haut. 

. 4° Le Soya vert pâle, à hile blanc, à graines un peu apla- 
ties. II nous est venu du Japon et de la Chine. Ses gousses 
mûrissent assez tard. 

Il est probable que d'autres variétés peuvent être cultivées 
sou§ le climat de Paris. MM. Vilmorin viennent d'importer 
une sorte à grains bruns que nous n'avons pas expérimentée, 
mais qu'ils considèrent sans doute comme suffisamment hâ- 
tive.. Avec le temps, on saura quelles sont les variétés qui 
conviennent à chacune de nos régions horticoles. 

La culture du Soya est facile et ne diffère guère de celle 
du Haricot nain. Nous croyons que tous les terrains lui con- 
viennent, sinon également, du moins à un degré suffisant. 
L'espacement des touffes est un point capital; lorsqu'elles 
sont trop rapprochées, la matiiration est retardée et c'est un 
grave inconvénient. 

On sème depuis le 25 avril jusqu'au 10 mai, autant que 
possible après la pluie. Si les graines ne lèvent pas très 
promptement, elles pourrissent. Il faut donc, entre le 25 avril 
et le ÎO mai, choisir le moment le plus favorable, c'est-à-dire 
celui où le temps n'est ni trop froid, ni trop sec. La semence 
ne doit pas être trop couverte. 

Nous croyons que l'on pourra sans inconvénient retarder 



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soYA. 263 

rensemencemenl jusqu'au 15 mai, si le temps qui a précédé 
a été décidément contraire. La variété qui a figuré en 1880 
au catalogue de MM. Vilmorin-Andrieux et C*' se prête, ce 
nous semble, à des semailles tardives. Nous avons semé des 
graines de Soya d'Étampes le 3 mai et des graines de 
MM, Vilmorin le 10 juin. Celles-ci ont rejoint celles-là. 

On sème le Soya comme le Haricot. Deux graines par trou 
suffisent. On accorde à la plante plus ou moins d'espace, se- 
lon la fertilité du sol. Nous laissons au Soya d'Étampes 
50 centimètres d'espace en tous sens; nous n'en accordons 
que 35 centimètres aux autres variétés. 

La levée est capricieuse. Il est prudent de semer quelques 
graines en pépinière afin d'obtenir du plant qu'on puisse re- 
piquer dans les places vides. 

On donne deux binages avant le développement complet 
des plantes. On arrose au besoin. 

Les Chinois sèment le Soya au plantoir dans un sol à peine 
labouré. Us arrosent le semis avec de l'urine saturée de pou- 
drette et renouvellent cet arrosage deux ou trois fois, à un 
mois d'intervalle. 

La récolte commence en septembre pour le Soya de Hon- 
grie, et dans les premiers jours d'octobre pour les autres 
variétés. Lorsqu'à cette dernière date les gousses ne sont pas 
suffisamment sèches, on les étend dans la grange^pour en 
achever la dessiccation, mais on laisse préalablement mûrir 
leurs graines sur le sol. Une gelée de 2 ou 3 degrés ne leur 
nuit nullement. 

Les gousses du Soya, dures et velues, ne peuvent pas se 
manger, comme celles du Haricot, avant la formation des 
graines, encore moins comme les variétés de Haricot qui 
portent le nom de Mange-tout. 

Lorsque les graines du Soya ont atteint leur entier déve- 
loppement, mais sans commencement de dessiccation, on 
cueille les gousses, on les écosse et, de l'avis de bien des gens, 
on obtient un légume supérieur aux flageolets écossés frais. 
Sans aller aussi loin, nous dirons qu'il est leur égal, qu'il est 
de plus facile digestion et qu'il ne présente pas les inconvé- 



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264 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

nients trop connus du Haricot. Son défaut est de s'écosser 
difficilement. 

A l'état sec, les graines du Soya constituent un bon ali- 
ment. Leur saveur est douce et très agréable. Nous les avons 
fait préparer comme le Haricot blanc ordinaire ; mais quels 
que fussent le temps et le soin apportés à leur cuisson, elles 
sont restées non pas dures, mais plus fermes que ce dernier. 

Il convient donc de faire tremper le Soya pendant vingt- 
quatre heures dans de l'eau qui ne soit nullement calcaire, 
c'est-à-dire dans de l'eau distillée, eau de pluie ou de con- 
densation de machine à vapeur. On supplée à l'eau distillée 
en jetant le soir dans l'eau 3 grammes par litre, au maximum, 
de cristaux de soude; l'eau blanchit si elle est calcaire, et 
Ton se débarrasse du précipité en décantant le lendemain. 

Le Soya est sans contredit le meilleur de tous les succéda- 
nés du café. Une foule de ménagères font chaque jour pour 
le déjeuner un mélange de café et de chicorée. Le Soya tor- 
réfié n'exige aucun mélange. H donne un bon café au lait, 
dont l'arôme, bien qu'un peu plus faible, est sensiblement 
celui du Moka. 

Le Soya est cultivé dans le Tyrol et dans l'Istrie sous le 
nom de Fève de caféy et l'on suppose qu'il en est de même 
en Dalmatie et dans le sud de l'Italie. 

M. Heuzé, dans les Plantes alimentaires^ donne au Soya 
le nom de Dolic à caféy et dit qu'on le cultive sur quelques 
points des départements de l'Ariège et de la Haute-Garonne ; 
ce que nous n'avons pu vérifier. Tout récemment, nous avons 
appris par M. Faivre, de Beaune, que le Soya avait été intro- 
duit, il y a une dizaine d'années, à AUerey, commune de 
Saône-et-Loire, par M. l'abbé Crétin, et que ses graines étaient 
employées comme café dans plusieurs familles du pays. 

M. Faivre, propagateur ardent et généreux du Soya, nous 
a envoyé des graines de la plante cultivée à Allerey. Elles sont 
brunes et identiques à celles que MM. Vilmorin ont récem- 
ment importées. 

Enfin l'ingénieur en chef d'un de nos départements nous a 
çcrit qu'il déjeunait tous les jours avec du Soya et qu'il le 



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TALINUM ÉTALÉ. 265 

préférait au iMoka. Il nous recommandait de torréfier légère- 
ment les graines. 

Si les cultivateurs consacraient chaque année, dans leur 
jardin, un petit espace au Soya^ ils obtiendraient, sans bourse 
délier, le café nécessaire au déjeuner de leurs familles et le 
fisc ne pourrait rien prélever sur leur récolte. 

On connaîtrait bien mal l'importance de la culture dix Soya 
si l'on n'avait pas d'autres renseignements que ceux que nous 
venons de présenter. Nous avons dû nous borner à en parler 
au point de vue du potager ; mais il faut qu'on sache que le 
Soya tient dans le monde une place égale à celle qu'occupent 
chez nous le Blé, le Maïs et la Pomme de terre. 

On s'accorde à dire que c'est un excellent fourrage. 

Il contient 18 pour 100 d'huile. Après extraction de l'huile, 
les tourteaux fournissent un puissant engrais. 

Sous diverses formes, ses graines entrent dans l'alimenta- 
tion quotidienne de centaines de millions d'hommes. 

Elles nourrissent le bétail et notamment des millions de 
chevaux et de mulets. 

Elles constituent, comme de nombreuses analyses le dé- 
montrent, l'aliment le plus riche et le plus complet que l'on 
puisse désirer. Nous recommandons au lecteur celle qui a été 
récemment faite avec le plus grand soin par MM. H. Pellet et 
E. Schou (1). 



TALINUH ÉTALÉ 

Talinum patens Willd. Portulaca païens Jacq. 
HorL vindob.y II, tab. 152; D C. PI. grasses, 173. 

Fam. des Portulacées. 

Plante ligneuse, originaire de l'Amérique méridionale. 
Tiges anguleuses; feuilles alternes, lancéolées, obovales, ré- 
trécies en pétiole court. Panicule terminale, allongée, très 

(1) Revm des Industries chimiques et agricoles, 1882. 



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266 LE POTAGER D*UN CURJEUX. 

lâche, composée de cymes multiflores. Fleurs petites, d'un 
rose vif. Étamines plus courtes que les pétales. Capsule glo- 
buleuse, déprimée aux deux bouts, trigone, luisante, bruiie. 

Cette plante est cultivée dans les collections de plantes 
grasses ; elle fleurit pendant toute l'année. Ses feuilles sont 
épaisses et charnues. 

« Les Talins jouissent des mêmes propriétés que les Pour- 
piers. Leurs feuilles peuvent être employées comme assaison- 
nement. Mangées cuites, elles rafraîchissent. » (Lamarck, En- 
cyclopédie.) 

Après dégustation, nous ne pouvons partager les opinions 
exprimées plus haut; le Talinum étalé est trop fade pour 
servir d'assaisonnement. 

Cuit et apprêté comme les Épinards, il donne la sensation 
d'un aliment imbibé d'huile. Il est si gras, si mucilagineux 
qu'ainsi apprêté il est immangeable. 



TALRUDA D'ALGÉRIE 

Carum incrassatum Boiss. — Voy. dans le Midi de VEapagne, 
' t. Il, p. 239. 

Fam. des Ombellifères. 

Plante originaire de l'Espagne australe et de l'Afrique bo- 
réale, à racines tubéreuses. Tubercule ayant le volume et 
l'aspect d'une Truffe de moyenne grosseur, rugueux, mame- 
lonné, d'un brun noirâtre à l'extérieur, blanc à l'intérieur. 
Tige dressée, fistuleuse, striée, rameuse, ayant atteint dans 
nos cultures environ 60 centimètres de hauteur. Feuilles ra- 
dicales triternatiséquées, feuilles caulinaires biternatisé- 
quées, à segments étroits, linéaires, d'un vert foncé. Invo- 
lucre et involucelle ordinairement quinquéphylles. Calice à 
lobes triangulaires aigus; stylopodes coniques surmontés par 
les styles persistants; vallécules à une seule bandelette. 



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TALRUDA D'ALGÉRIE. . 267 

Nous avons reçu de M. Durando, professeur de botanique 
à Alger, des tubercules de Talruda que nous avons plantés 
au commencement de l'hiver et qui n'ont pas souffert du froid. 
Nous les avions prudemment protégés par un peu de paille, 
mais nous croyons cette précaution inutile. 

En effet, M. le docteur Mares nous écrivait de Mustapha le 
5 juin 1881 : « Je ne suis nullement étonné que le Talruda 
ait bien passé l'hiver en France. Les montagnes de 15 à 
1600 mètres, en Algérie, ont souvent de la neige. Celles 
que j'ai devant les fenêtres de ma propriété ont de 15 à 
1700 mètres. Le sommet est couvert de Cèdres. J'ai vu la 
neige commencer en octobre et y rester sans discontinuer 
jusqu'à la fin d'avril. Tous les ans j'y ai vu de la neige et il y 
fait des froids intenses. » 

Aux questions que nous lui avons adressées, M. Durando a 
fait les réponses que nous reproduisons : 

« Le Talruda que vous avez reçu a été récolté sur les mon- 
tagnes de l'Arba. On le trouve sur toutes les montagnes hautes 
d'au moins 1000 mètres, à Blidah, Téniet, etc. 

» Il se plaît dans un sol frais^ ombragé, avec humus; assez 
communément sous les Cèdres. Ceux-ci ne se montrent guère 
qu'à partir de 900 ou 1000 mètres, et, par conséquent, sur 
des montagnes de 14 à 1500 mètres au moins. 

» Les gens du pays mangent les tubercules du Talruda 
crus, bouillis ou torréfiés, ad libitum. » 

Nous avons dégusté ces tubercules et nous les avons trou- 
vés parfaitement comestibles, mais d'une saveur médiocre- 
ment agréable. 

La plante n'a pas prospéré chez nous, le sol dont nous dis- 
posons étant trop sec. 

La récolte ne peut se faire que tous les deux ans ; les tuber- 
cules de première année sont encore trop petits. 

Au surplus, nous considérons comme très incomplète l'ex- 
périmentation à laquelle nbus nous sommes livrés, et nous 
conseillons de la poursuivre en semant le Talruda sur la 
lisière des bois. On utiliserait ainsi deg terres laissées en 
(riche. 



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268 LE POTAGER d'UN CURIEUX. 

Il y aurait profit, si la chose est possible, à naturaliser la 
plante dans les bois du raidi de la France. 



TRICHOSANTHE COULEUVRE 

Serpent végétal, Patole, Angourie à fruits longs, Beloes, Snake gourd. 

Trichosanthes ANGUiNA Un. Spec.f éd. i, p. 1008; Lamk, EncycL, I, 
p. 290; Suppl.,l, p. 385; Illustr., 3, p. 375, tab. 794; Loureiro, 
Flor, coch,, p. 588; Sims in Bot. mo^., tab. 722; Ser. in DC, Prod. 
3, p. 3U ; Roxb., FL Ind., 3, p. 701 ; Miq., FI. Ind. Bat, 1, pars i, 
p. 677; Rev. hort., 1859, p. 593; Naud., Ann. se. nat., sér. 4, 
vol. XVIIl, p. 190; Clarke in Hook., Flor. Brit. India, 2, p. 610; 
Cogn., Monogr. Phanerog.y vol. III, p. 359. 

Cucurbita sinensis, etc. Till. 

Anguina sinensis, etc. Mich. 

Trichosanthes pomis teretibus, etc.. Lin., Hort. Cliffort. 

Petola anguina Ruinph. y Herb, Amb., 5. p. 407, tab. 148. 

Cucumis anguinus L. 

Trichosanthes colubrina Jacq. F. 

Invohicraria anguina Rœm. 

Trichosanthes Turolata Hamilt. 



Fana, des Cucurbitacées. 

Plante annuelle, grimpante, pouvant atteindre 2 mètres 
de hauteur. Feuilles allernes, cordiformes, orbiculaires, 
3-5 lobées, inégalement sinuéolées. Vrilles longues, bifur- 
quées. Fleurs mâles, en grappes ou en cymes, sur des pédon- 
cules longs d'environ 1 décimètre, composées d'un calice à 
sépales réfléchis, d'une corolle blanche, à 5 divisions longue- 
ment et très élégamment frangées sur les bords, et de 5 
étamines. Fleurs femelles sessiles, semblables aux fleurs 
mâles, mais dépourvues d'étamines, par contre, munies 
d'un pistil à ovaire triloculaire et à style trifide. Fruits cylin- 
driques de 50 centimètres à i mètre de longueur sur 4-5 cen- 



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TRICHOSANTE COULEUVRE. 269 

timètres de diamètre, droits ou légèrement contournés, ce 
qui leur donne l'apparence de serpents ; ces fruits mûrissent 
en septembre-octobre ; ils sont d'abord verts jaspés de blanc, 
puis jaunes à la maturité; la graine est allongée et rappelle 
par sa forme celle de la Gourde {Lagenaria vulgaris). Origi- 
naire des Indes orientales. 

« Cette espèce, au rapport de M. du Petit-Thouars, est 
cultivée à rile^de-France. pour ses fruits; on les cueille lors- 
qu'ils sont à demi mûrs ; dans cet état, étant coupés en 
petits morceaux, cuits et assaisonnés convenablement, ils 
forment un légume sain et agréable au goût. » (Lamck, loc. 
cit.) 

a Cette espèce classique, et très connue depuis le temps 
de Linné, est cultivée dans la plupart des jardins botaniques ; 
mais elle a quelque peine à venir sous le climat de Paris. Ses 
fruits, ordinairement doux, sont comestibles dans l'Inde et 
pourraient être employés chez nous, lorsqu'ils sont jeunes, 
aux mêmes usages économiques que ceux du Concombre. » 
(iNaudin, loc. cit.) 

Les graines de la plante que nous avons cultivée nous ont 
été données par un habitant de l'île Maurice sous le nom de 
PatolCj seul usité dans la colonie anglaise et à la Réunion. 

Nous lui avons donné les mêmes soins qu'aux Melons, la 
taille exceptée, et nous avons obtenu un grand nombre de 
fruits, dont quelques-uns seulement sont arrivés à maturité 
à la fin de septembre et au commencement d'octobre. Les au- 
tres étaient peu développés, mais très propres à l'usage q\ie 
nous en voulions faire. 

On doit en effet, pour la table, cueillir les fruits encore très 
jeunes, les couper en petits morceaux moins gros qu'un dé 
à coudre, se bien garder de les peler et les assaisonner comme 
les Flageolets au beurre et aux fines herbes. Ainsi préparés, 
ils forment un légume frais, tendre sans être mou, et ne pré- 
sentant pas le moindre rapport avec le Concombre ou la 
Courge. 

Il va sans dire qu'ils peuvent être accommodés de diverses 
autres manières, au jus, en garniture de ragoûts, etc. Il est 



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270 LE POTAGER D*UN CURIEUX. 

regrettable qu'ils ne puissent^ sans être coupés en plusieurs 
morceaux, être introduits dans les bocaux de Pickles, Ils 
perdraient ainsi leur curieux aspect, et ce serait grand dom- 
mage ; mais, si Ton faisait ce sacrifice, ils seraient tout à fait 
à leur place dans les conserves au vinaigre. 

Nous pensons que le Patole mérite d'être cultivé dans les 
jardins d'amateurs, dans le midi de la France et dans celles 
de nos colonies qui ne le possèdent pas encore. 

Les fruits qui ont mûri chez nous ne mesuraient que 70 cen- 
timètres de longueur, mais étaient très contournés et figu- 
raient merveilleusement des serpents verts, à robe marbrée 
de blanc et de jaune. 



VALERIANE D'ALGER 

Corne d'abondance. 

Fedia coRNiTcopiiE Gaeftn. 

Fam. des Valérianées. 

Plante annuelle. Tige de0'",40, rameuse, glabre; feuilles 
sessiles, ovales-oblongues, presque entières, épaisses, d'un 
vert luisant; fleurs fasciculées, roses, d'un très bel effet.- 
Graine vésiculeuse, oblongue, divisée d'un côté par une dé- 
pression longitudinale, convexe de Tautre, jaunâtre. Sa durée 
germinatîve est de quatre ans. 

La Valériane d'Alger n'est autre chose qu'une grosse Mâche, 
dont la culture ne diffère pas de celle des Mâches ordinaires. 
Gomme celles-ci, elle se ressème d'elle-même et n'exige pas 
plus de peine qu'elle ne vaut. On comprend que notre appré- 
ciation ne s'applique pas à ses fleurs, 

La Valériane d'Alger est une de ces salades neutres dont 
on pourrait dire qu'elles n'ont ni vice, ni vertu. Elles valent 
ce que vaut l'assaisonnement. 



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VALÉRIANE A GROSSES TIGES. 271 

VALERIANE A GROSSES TIGES 

Gentranthus macrosiphon Boîss. 

Fam. des Valérianées. 

Hab. Espagne. Plante annuelle, entièrement glabre. Tige 
épaisse, fistuleuse, ramifiée, de O^jSS à 0*,30 de hauteur. 
Feuilles ovales,. épaisses, d'un vert luisant, les inférieures 
brièvement pétiolées, entières ou dentées, obtuses; les supé- 
rieures sessiles, profondément incisées. Fleurs petites, mais 
très nombreuses, en corymbe. Corolle à tube grêle trois 
fois plus long que le fruit, qui, lui, est trois fois plus long 
que l'éperon de la corolle. 

Plante ornementale. Dans les Fleurs depleine terre ^ MM. Vil- 
morin-Andrieux et C^" enseignent le mode de culture appli- 
cable à la Valériane à grosses tiges. Nous renvoyons le lec- 
teur à cet ouvrage. 

La plante a été recommandée comme une succédanée des 
Mâches. Elle peut en effet les remplacer, mais elle leur est, 
à notre avis, très inférieure. La dégustation à laquelle nous 
nous sommes livrés ne lui a pas été favorable. 

Telle n'est pas l'opinion de M. Gharton, qui, dans la Revue 
horticole y 1872, p. 259, sous le titre de : Une bonne salade 
trop peu connue^ a publié la note que voici : c Nous ne man- 
quons pas de salades; nous en avons. Dieu merci, d'excel- 
lentes, au point que Ton peut dire que l'embarras est dans 
le choix des espèces et variétés ; mais, comme dit le proverbe, 
abondance de biens ne nuitpaSy et nous ne doutons pas que, 
malgré les richesses que nous possédons en ce genre, plus 
d'un lecteur de la Revue horticole sera enchanté de connaître 
celle-ci, qui diffère assez sensiblement de toutes les salades 
cultivées jusqu'à présent, et comme aspect, et l'on peut dire 
aussi comme goût. 

» La plante dont nous voulons parler appartient à la famille 
des Valérianées ; elle est très proche parente des Mâches, 
dont elle a le goût, la douceur un peu grasse, avec une légère 



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272' LE POTAGER D'uN CURIEUX. 

amertume qui la rend un peu moins fade, un peu moins in- 
sipide que les Mâches,^ auxquelles elle sera, pour ces raisons, 
préférée par quelques amateurs. 

» Cette plante est la Valériane macrosiphon, ou Centranihus 
macrosiphouy déjà bien connue dans les jardins, où elle se 
cultive pour ses jolis bouquets de fleurs roses, et regardée, à 
juste titre, comme une des plus jolies piaules ornementales. 

» Pour obtenir un beau développement foliacé et une pro- 
duction successive de septembre jusqu'aux gelées, nous en- 
gageons à en semer les graines sur place, absolument comme 
s'il s'agissait de Mâches, mais en recouvrant un peu moins la 
graine, qui est bien plus fine, et cela depuis juin et pendant 
tout le mois de juillet. 

» Si les lecteurs veulent nous croire, ils ne couperont pas 
la plante trop jeune ; s'ils lui laissent prendre un certain dé- 
veloppement, ils en seront récompensés par une production 
plus abondante, par des feuilles plus amples et plus charnues. 

» Les jeunes tiges sont elles-mêmes très tendres et très 
comestibles, et si, dès la première fourchetée, on est un peu 
surpris par la légère amertume de cette salade, on sera tout 
étonné de la trouver plus agréable à mesure qu'on en man- 
gera davantage, et finalement on sera convaincu que c'est une 
salade excellente en même temps qu'elle est excessivement 
inoffensive, et on pourrait ajouter une des plus saines et des 
plus hygiéniques, puisqu'elle appartient à la famille des Va- 
lérianées. > 



VOANDZOU 

VoANDZEiA suBTERRANEA du Petit-Thouars ; Glycine subterranea 
Linné fils. Décad., tab. 17. 

Fam. des Légumineuses. 

Herbe annuelle à tiges rampantes, divisées en rameaux 
étalés. Feuilles composées de 3 folioles oblongues, obtuses ; 



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VOANDZOU. ^73 

pétiole commuri, long de 3 à 4 pouces; Pédoûculeâ courts j 
iaxiltaires, inclinés, ceux des fleurs hermaphrodites biflores. 
Corolle jaune; ailes oblongues, étalées horizontalement ; 
étendard ovale, strié* Légume arrondi, charnu, monosperme 
par avortement. Pédoncules s'enfonçant en terre comme ceux 
de l'Arachide. 

€ Les plus anciens voyageurs à Madagascar avaient remar- 
que cette Légumineuse annuelle, que les habitants cultivent 
pour en manger le fruit ou les graines, comme des Pois, des 
Haricots, etc. Elle ressemble à l'Arachide, en particulier par 
la circonstance que le support de la fleur se recourbe et en- 
fonce le jçune fruit ou légume dans le sol. La culture eh est 
répandue dans les jardins, surtout de l'Afrique tropicale, et 
moins communément de l'Asie méridionale. II ne semble pas 
qu'on la pratique beaucoup en Amérique^ si ce n'est au 
Brésil, où elle se nomme Mandubi (T Angola. » (A. de Gan- 
DOLLE, Origine des plantes cultivées.) 
- Nous avons reçu d'Elim, Spélouken, en date du 13 juillet 
1882, une lettre de M. E. Creux, chef de la mission vaudoise 
dans le Transvaal, qui contenait les passages suivants : 
« Notre égjise nous envoie un agriculteur, M. Mingard; 
j'espère que vous le verrez à son passage à Paris..... Le Sé- 
same, les Arachides et un excellent Haricot tubercule dont 
je ne connais pas le nom indigène, sont très cultivés par les 
natifs... » 

Nous n'avons pas vu M. Mingard, qui faisait déjà route 
pour l'Afrique lorsque nous parvenait l'avis qu'il passerait 
à Paris; mais nous avons reçu de lui une lettre datée d'Elim 
Waterfall, Spélouken^ l*" février 1883, nous disant : c Je 
vous expédie 400 grammes de nos Tindlohu ou Haricots- 
tubercules, et 100 grammes de nos Tinyawa^ Haricots de 
haies, à rames. 

» La première espèce e^t bonne et eoicrée ; elle donne un 
très bon légume ici. On la sème à raison de un grain par 
creux. Elle doit être buttée comme les Pommes de terre. 

» La seconde est plus médiocre, semblable pour le goût 
aux petites Fèves. Pour la table, les Tinyawa doivent être 

18 



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274 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

bouillis préalablement. Ils croissent ici dans les buissons. > 

Nous avons reçu et semé les graines annoncées. Le Tinyawa 
est un Lablab. Il a végété vigoureusement, mais sans fructifier. 
Nous avons tardivement reconnu que \t Tindlohu était le 
VoandzoUj plante très intéressante, mais rebelle à la culture 
sous le climat de Paris. 

Nous avions semé sous châssis ; les graines avaient bien 
levé ; trois ou quatre feuilles portées sur de longs pétioles 
formaient une petite touffe au centre de laquelle on voyait 
naître plusieurs faibles pousses très grêles... Nous attendions 
pour butter qu'il s'élevât des tiges, lesquelles ne devaient pas 
venir, et, lorsque nous avons butté, il était trop tard. Les 
pousses grêles qui s'étaient montrées, et qui n'étaient sans 
doute pas destinées à végéter à l'air libre, étaient desséchées. 

Le Yoandzou ne nous parait pas encore suffisanunent 
connu. On n'en a appris ni la culture ni les usages. 

On nous dit que ses graines torréfiées sont vendues aux 
nègres, dans les rues de Rio, parmi d'autres friandises gros- 
sières ; mais cet usage n'expliquerait nullement la culture' 
générale qui se fait de ce légume dans plusieurs parties de 
l'Afrique. On en consomme certainement les graines comme 
les Haricots, les Pois et les Fèves. 

Nous avons demandé au Brésil une certaine quantité de 
graines de Voandzou^ que nous ferons analyser et que nous 
dégusterons. 

Il sera assurément impossible de cultiver utilement le 
Voandzou en France, à moins qu'il ne se contente du cli-- 
mat de nos départements méridionaux. On pourra le cul- 
tiver dans nos possessions d'Afrique, à la Guyane, à Pon- 
dichéry, etc. 

La plante est assez curieuse pour que les amateurs essayent 
d'en élever quelques pieds sous châssis. 



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ZÉTOUTT DES ARABES. 275 



ZËTOUTT DES ARABES 

Iris juncea Poir., Desf. FL AtL; Iris lusitmica Ker., ïn Bot. Ma g., 

tab. 679. 

Fam. des Iridées. 

Fleur d'un jaune vif; divisions externes à lame ovale orbi- 
culaire, unicolore, à onglet obliquement dressé; divisions 
internes spatulées, oblongues, pointues, échancrées ; stigmate 
à lame liguliforme ; lamelle bilobée. Bulbe petite, attei^ant 
à peine la grosseur d'une noisette, recouverte d'une tunique 
brunâtre. Tige haute de 4 à 2 pieds, grêle, un peu flexueuse, 
feuillue à la base. Feuilles linéaires, lancéolées, étroites, su- 
bulées au sommet, d'un vert glauque. Spathe herbacée, ordi- 
nairement uniflore. Tube du périanthe très court, campanule. 
Portugal^ Afrique boréale. 

On lit dans le Bulletin de la Société d'Acclimatation^ 
vol. III, 4856, p. 4*56, la lettre suivante adressée à son prési- 
dent par M. A. de Cès-Caupenne : 

« Monsieur le Président, fixé en Algérie où je dirige une 
importante exploitation forestière située dans la province de 
Constantine, vivant en contact avec les Arabes, j'ai remarqué 
qu'au nombre des mets qui composent leur frugale alimenta- 
tion, il en est un fort recherché dans tous les douars que j'ai 
visités et que leur fournit une plante qui croît à l'état sau- 
vage dans les forêts et les terrains humides. Zétoutt est le nom 
que les Arabes donnent à cette plante {Iris juncea). 

» Sa tige ressemble assez à celle du Narcisse sauvage. La 
partie alimentaire se compose d'un Oignon qui ne dépasse 
guère la dimension d'une Noisette. 

« Ce Zétoutt fleurit au printemps, en même temps que les 
Iris et les Jonquilles. Dès qu'il est en fleur, les femmes arabes 
s'empressent de le récolter. Pour le manger, elles dépouillent 
l'oignon de la pellicule qui le recouvre et le font cuire dans 
le beurre ou bien dans l'eau, et le convertissent en pâte 
comme la Pomme de terre pour en faire des gâteaux. 



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276 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

» Celte plante est farineuse et sa fécule a un goût très fin. 
Pendant l'hiver, les sangliers en sont très friands et, de même 
que les fouilles des Porcs servent à la découverte des Truffes, 
les touilles des Sangliers guident les Arabes dans la recherche 
du Zétoutt. 

» Tout porte à croire qu'au moyen d'une culture sarclée, 
on pourra accroître le volume de l'oignon du Zétoutt et arri- 
■ver ainsi à introduire dans l'industrie agricole ou maraîchère 
delà France un produit nouveau, qui, en se vulgarisant, peut 
devenir une ressource précieuse. C'est là une question qui 
mérite peut-être de fixer Tattention de la Société. L'un de ses 
membres, l'honorable M. Tastet, à qui j'en parlais naguère, 
Ta envisagée ainsi, et c'est d'après ses encouragements que 
je me permets. Monsieur le Président, de vous adresser quel- 
ques échantillons de Zétoutt que j'ai recueillis moi-même, il 
.y a quelques jours, dans la forêt de Chênes-liège de la Safia, » 

Un de nos amis, propriétaire en Algérie et directeur d'une 
Société d'exploitation de Chênes-liège, a fait recueillir pour 
nous, dans ses forêts, 12 ou 1500 bulbes de Zétoutt, doat il 
nous a gratifiés. Nous avons bien mal profité de ce précieux 
cadeau. Estimant, à tort peut-être, que leZétoutt ne serait utile 
qu'autant que sa culture serait très économique, et qu'il fallait 
même en tenter la naturalisation sur la lisière des bois, nous 
avons planté nos bulbes à mi-ombre et nous nous sommes 
bornés à sarcler le sol toutes les fois qu'il en était besoin. 

L'expérience a duré quatre ans. Les hivers n'ont pas, 
croyons-nous, contribué à la destruction de notre plantation, 
mais le terrain était trop aride, et le résultat final a été qu'il 
ne nous est à peu près rien resté de nos 12 ou 1500 bulbes. 

Nous n'aurions sans doute pas mieux réussi en procédant 
autrement, car nous avouons que les plantes bulbeuses ne 
nous ont donné aucun résultat satisfaisant. Nous avons perdu 
les Lis comestibles du Japon, le Camassia esculenta, le 
Crocus edulis, comme nous avons perdu le Zétoutt. Des 
amateurs plus habiles et disposant d'un terrain plus favo- 
rable, réussiront peut-être mieux que nous. 



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DERNIÈRES CULTURES 



DOLIC BULBEUX 

Pachyrrhise anguleux, Bangkoang (Javanais), Daun Sabran (Malais), 
. Dan (Annamite mandarin), San ruoang (Annamite vulgaire). 

Pachyrrhisus angulatus Rich., DC. Prod.; Glans terrestris cau»^ 
tensis Rumph., ff^r&ar. Amboin-, 5, p. 372, t. 132; Dolichos bulbosus 
L. Spec, p. 1020; Roxbg. Flor. Ind.y dll, p. 309; Stizolobium bui^ 
bosum Spreng. Syst. 111, 252. 

Fam. des Légumineuses. 

Plante vîvace, volubile. Racine donnant naissance à plusieurs 
tubercules arrondis ou napiformes. Tiges velues lorsqu'elles 
sont jeunes, devenant presque glabres en vieillissant. Feuilles 
composées de trois folioles larges, glabres, la terminale plus 
grande, anguleuse, dentée; les latérales inéquilatérales. 
Fleurs rougeâtres, en grappes courtes, oauciflores; il leur 
succède des gousses oblongues ou cylindriques, pointues^ 
glabrescentes et un peu noueuses. 

Celle plante, selon Ruraphîus, est originaire des Philip- 
pines. On la cultive dans plusieurs parties de ITnde et aux 
Moluques. 

Roxburgh {loc. cit.) suppose qu^elle a été introduite d'Amé- 
rique aux îles Philippines. 

« L'échantillon qui existe dans nos collections a été cueilli 
dans le pays de Galam, près de Bakel, par M. Leprieur, qui ne 
uous apprend pas si elle est cultivée ou si elle est sauvage dans 
ce pays. 

» Son importance, comme plante alimentaire, nous avait 
déterminés à en apporter de Java à Bourbon, àCayenne et au 
Muséum d'histoire naturelle de Paris. Elle était cultivée en 
1824 w jardin de Richard-Tol ; mais nous ignorons si elle y 



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278 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

avait été apportée de Bakel ou de Tlnde orientale. » (Guille- 
min, Perrottel et Richard, Florœ Senegamb. tentamen^ 
vd. I, p. 221.) 

€ Les tubercules des racines du P. angulatus ont la forme 
et le volume de notre Rave; quelquefois ils deviennent beau- 
coup plus gros. On ne les mange guère autrement que cuits; 
en les accommodant avec du beurre, du sucre et des épices, 
on peut en faire un mets très agréable. 

T> Les racines qu'on laisse en terre jusqu'à la maturité des 
fruits perdent toute leur saveur et ne peuvent plus servir 
d'aliment. » (Spach, Végét. phanérog,, vol. I, p. SSi.) 

De Vusage que font les Javanais et les habitants des îles Philippines 
du Dolic bulbeux, appelé vulgairement dans le pays Iguamas, par 
M. PerroUet, botaniste-cultivatear (1). 

(k Le Dolic bulbeux appartient à la Diadelphie décandrie et 
fait partie de la famille des Légumineuses. Il est voisin du 
genre Haricot et pousse, comme lui, des tiges sarmenteuses 
et rampantes ; il produit une racine pivotante, semblable pour 
la forme et la grosseur à la Rave douce d'Europe {Brassica 
napus maxima)^ mais elle est plus nutritive et plus moelleuse 
qu'elle. Les Malais et les habitants des îles Philippines en 
font leurs plus grandes délices ; ils la mangent crue ou bouil- 
lie à la manière des Pommes de terre. On la voit figurer sur 
les meilleures tables, préparée de différentes manières ; elle 
est alors un mets aussi sain que savoureux; le propriétaire 
rural, lorsqu'il en recueille beaucoup, en nourrit ses animaux 
domestiques ; j'ai remarqué qu'ils la mangent avec avidité et 
qu'elle les engraisse en peu de temps, les Porcs surtout. 

y> Il me semble de la plus haute importance de recomman- 
der la culture et la multiplication de cette plante bulbeuse aux 
habitants des colonies françaises, d'autant plus qu'elle peut, 
en tout temps, leur fournir, sans aucune préparation, une 
nourriture saine et abondante. 

» La croissance de cette plante est très rapide ; trois à 

(i) Bibliothèque phynco'économique, Paris, t. X, année 1821, p. 311. 



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DOLIC BULBEUX. 279 

quatre mois suffisent pour que la racine acquière toute sa 
perfection. 

^ Elle ne parait point difficile sur la nature du sol ; elle 
s'accommode de tous les terrains ; cependant elle vient plus 
volumineuse et elle flatte davantage le goût lorsqu'elle pousse 
dans une bonne terre, substantielle et un peu humide. On la 
multiplie facilement par le moyen de ses graines^ qui mû- 
rissent très bien ; mais, pour les obtenir, il convient d'en 
laisser une certaine quantité de pieds en place, car, pour que 
sa racine soit délicate et succulente, il ne faut pas attendre la 
maturité des graines; au contraire, il faut arracher les bulbes 
longtemps avant la floraison, parce qu'alors la racine acquiert 
en vieillissant un« consistance ligneuse qui la rend peu con- 
venable, d'une digestion difficile, et lui fait perdre tout son 
mérite. 

» Je suis persuadé que cette plante peut très bien se natu- 
raliser en France, surtout dans nos départements du Midi ; 
elle est annuelle, il ne lui faut par conséquent que trois à 
quatre mois çle chaleur pour lui faire prendre son volume 
ordinaire. Elleseraitd'autantplus précieuse pour nous, qu'elle 
remplirait le vide que laissent souvent entre elles les Pommes 
de terre de la dernière récolte et les nouvelles. Le Dolichos 
bulbeux a l'avantage de croître plus vite que la Pomme de 
terre, dont les plus précoces ne paraissent ordinairement 
qu'en août, c'est-à-dire huit mois après la plantation, tandis 
que le Dolichos ^ semé en avril, est mangeable dès le moiç de 
juillet. 

d J'en ai répandu des graines dans les colonies françaises 
de l'Afrique et de l'Amérique que je viens de parcourir, et où 
j'ai eu le bonheur d'introduire plusieurs autres plantes utiles 
' sur lesquelles je me réserve de vous entretenir plus tard. Je 
ne finirai point cette note sans vous annoncer qu'à Gayenne 
on en fait celte année une récolte assez remarquable et que 
tout me porte à croire que le Dolichos s'y propagera prompte- 
ment. 

» On m'a dit à Java et à Manille que les semences de cette 
plante étaient vénéneuses; cette propriété, qu'elle partage 



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280 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 

avec tu Pomme de terre, quoique d'une famille très diffé- 
rente, ne peut être un motif pour éloigner de nos cultures 
une plante utile sous tant d'autres rapports. > 

Nous avons reçu de M. Martin, jardinier-chef du gouverne- 
ment à Saigon, des graines et des tubercules de Pachyrrhisus 
angulalusy accompagnées d'une note que nous transcrivons : 

a Cù Sang (Annamite). Cette plante grimpante donne un 
très gros tubercule. On doit la planter sur billon et butter 
fortement en temps utile. Quand la plante a 30 à 40 centi- 
mètres, pincer le bout et les faux-bourgeons, de manière à 
refouler la sève dans le tubercule. 

> On met deux ou trois graines par trou et. quand elles sont 
bien levées, on n'en laisse qu'une et on repique les autres. 
Cette plante appartient à la famille des Légumineuses ; son 
tubercule est très bon cuit et même cru, mais son fruit passe 
pour vénéneux. Les tubercules que je vous envoie ne peuvent 
servir qu'à vous donner des graines pour faire vos semis, car 
chaque graine ne donne qu'un tubercule (1). Il faut semer 
dans le commencement d'avril; l'arrachage se fait en sep- 
tembre. » 

Nous avons semé sous châssis au mois d'avril et n'avons 
conservé que des pieds simples ; nous avons butté (2), pincé 
sans cesse les tiges principales et secondaires, et arrosé fré-r 
quemment. 

Les plantes ont bien végété, et, si elles n'avaient pas été 
pincées, se seraient élevées à 2 ou 3 mètres de hauteur, 
comme celles que les tubercules nous ont données. 

Vers le 15 novembre, nous avons récolté, à chaque pied, 
un, deux ou trois tubercules, un peu moins gros qu'un navet, 
qui, dégustés à l'état cru, nous ont paru tendres, sucrés, 
agréables. 

Les tubercules gros et sensiblemement anguleux, que 
nous avons reçus de Saigon en parfait état et plantés sous 
lîhâssis, ont végété avec une grande vigueur, mais n'ont 

(1) La plante donne habituellement plusieurs tubercules. P. B. 

(2) Les tubercules se formant assez profondément danç le sol, loin du collet 
de la plante, le buttage recompnandé par M. M<'irtin ne nous semble pas utile. P. B. 



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DOLIC BULBEUX. . 281 

montré de disposition à fleurir qu'au commencement d'oc- 
tobre. Nous n'avons finalement obtenu ni fleurs, ni fruits. 

Nous ne voyons donc pas comment nous pourrions, sous 
le climat de Paris, nous procurer des graines pour nos 
semis. 

Nous essayerons, l'an prochain, la multiplication par le 
couchage, mais en doutant beaucoup du succès de ce procédé. 
Il nous faudra donc recevoir encore nos semences du pays 
d'origine, ce qui ne présente d'ailleurs aucune difficulté. 

Il est à peu près certain qu'on obtiendra des graines dans 
le midi de la France et, à plus forte raison, en Algérie. Nous 
ferons même observer que sur nos plantes de semis se sont 
montrées des inflorescences qui ne se sont pas épanouies, 
mais qui donnent l'assurance d'une fructification sous un 
climat plus chaud que celui de Paris. 

M. Perrottet se trompe sans doute lorsqu'il dit que le Dolic 
bulbeux est annuel; mais il semble que dans les pays chauds 
il soit cultivé comme bisannuel, la première année pour 
fournir ses tubercules comestibles et la seconde année, au 
moyen de quelques tubercules conservés ad hocy les graines 
nécessaires à l'ensemencement, ces derniers, comme tant 
d'autres racines, perdant alors leurs propriétés alimen- 
taires. 

Le Pachyrrhisus angulatus est une plante très intéressante 
que les amateurs peuvent cultiver dans les environs de Paris 
et que les horticulteurs du Midi ne devraient pas négliger. 

Qu'ils n'oublient pas que la racine sucrée du Cerfeuil bulr 
beux se vend à Paris à haut prix et que le plus souvent la 
production reste au-dessous de la demande ! 



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382 LE POTAGER D'UTI CURIEUX. 

HABICOT DE BIBU 

Harieot da Tonkin. 

Phaseolcs tununknsis Lonreiro, 
Flùr. Cochinch. toI. U, p. 529; DC .Prodr., toK D, p. 293.- 

Fam. des Légumineuies. 

Plante annuelle, d'environ 3 ou 3 mètres de hauteur; tiges 
volubileSy rameuses; feuilles composées de trois folioles 
épaisses, petites, coniques, planes, glabres sur leurs deux 
faces, fleurs très petites, disposées en grappes courtes ter- 
minales, axillaires; étendard roulé, vert, de même couleur que 
le calice; gousses comprimées, lisses, pendantes, un peu en 
forme de croissant,contenant trois graines petites, ovoïdes, 
d'un blanc terne, rappelant par leur forme et leur couleur le 
Haricot nain commun de Hongrie. 

c Cette plante, originaire du Tonkin, est cultivée en 
Gochinchiiie. Ses graines sont bonnes à manger. > (Loureiro, 
loc. cit.) 

Le Haricot de Baria est cité par divers auteurs comme une 
plante alimentaire très utile et généralement cultivée en 
Cochincbine. 

Loureiro la présente comme annuelle; mais nous avons 
reçu de M. Martin, de Saigon, des semences de deux variétés. 
Tune annuelle, l'autre vivace. Nous ne nous sommes occupés 
que de cette dernière, 

Nous avons semé en avril, sous châssis, en pots et en 
terrines. 

 la fin de mai, nous avons semé en pleine terre. 

A la même date, nous avons placé, à bonne exposition, en 
plein air, les plantes venues en pots et nous avons repiqué, 
également à l'air libre, le plant venu en terrines. 

Les trois modes de culture que nous avons pratiqués nous 
ont donné des résultats à peu près semblables; cependant 
ravanlage est resté aux plantes semées en pots. Nous avons 



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MORELLE DE SALTA. 283 

récolté peu de gousses mûres, mais un assez grand nombre 
de gousses fraîches pour en manger deux fois en famille. 

Accommodé comme le Flageolet, le Haricot de Baria est 
tendre, très sucré, de bonne qualité. 11 ne nous intéresse 
cependant, sous le climat de Paris, que s'il est vivace ; ce dont 
nous doutons fort, nos plantes n'ayant pas accompli, pendant 
la saison exceptionnellement chaude qui vient de finir, tout 
le cours de leur végétation, et présentant encore des fleurs 
lorsque le froid est venu. 

Nous n'avons conservé qu'un petit nombre de souches, que 
nous avons couvertes de débris de liège ; si ces souches ne 
donnent pas de pousses au mois de juin procham, nous 
renoncerons à la culture du Haricot de Baria, ce qui ne veut 
pas dire que nous considérions cette culture comme impos- 
sible dans le Midi et en Algérie ; mais elle nous parait exiger 
six mois d'une température élevée et continue et nous 
sommes loin de pouvoir la pratiquer ici dans ces ccmditions. 



MORELLE DE SALTA 

Petite Tomate de Salta. 

Sous le nom de petite Tomate de Salta^ M. le docteur 
Weber nous a remis des graines d'une variété de la Morelle 
de Balbis. (So/awwm sisymbriifolium). 

La description que nous avons donnée de celte dernière est 
de tous points applicable à la petite Tomate de Salta. Ses fruits 
sont plus petits et moins abondants, mais ses feuilles sont 
plus finement découpées et d'un vert plus brillant. Sa culture 
est facile et son développement est tel que trois pieds suffi- 
sent pour former une vaste corbeille . 

Elle devrait donc être exclusivement cultivée comme plante 
ornementale. A ce point de vue, nous serions disposés à la 
préférer à la Morelle de Balbis ; nous remercions M. le doc- 
teur Weber de nous l'avoir fait connaître. 



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284 LE POTAGER D'UN CURIEUX. 



PHTSALIS DU COSTA-RICA 

Physalis Lafonii. 

Fam. des Solanées. 

Plante annuelle, de 40 à ^ centimètres de hauteur, revê- 
tue sur toutes ses parties d'une pubescence grisâtre formée 
de nombreux poils, simples, courts. Tige dressée, fortement 
anguleuse, rameuse. Feuilles alternes, quelquefois opposées, 
de forme très variable, tantôt largement ovales, à base tron- 
buée ou arrondie, tantôt obovales, plus ou moins longucr 
ment atténuées, entières, irrégulièrement denticulées ou légè- 
rement sinuées sur les bords, celles des rameaux principaux 
variant de 15 à 18 centimètres de longueur sur 10 à 12 de 
largeur, celles des rameaux secondaires plus petites, pétioles 
dé 4 ou 5 centimètres de longueur. 

Pédoncule velu, long d'environ 1/2 centimètre au moment 
de l'anthèse, atteignant 1 centimètre 1/2 lorsque le fruit est 
développé. Calice campanule, velu, & 5 divisions aiguës. 
Corolle très petite, jaune, campanulée, deux fois plus 
longue que le calice, velue extérieurement, de 5 à 7 milli- 
mètres de diamètre. Étamines égales; anthères linéaires, 
violettes, de même longueur que le filet. Stigmate capité. 

Fruit formé d'un calice fructifère ovale, de 5 ou 6 centi- 
mètres de longueur sur 4 de largeur, à 5 angles, légèrement 
pubescent suilout sur les nervures qui le sillonnent, à l'inté- 
rieur duquel se trouve une baie arrondie, verdfttre, de la 
grosseur de celle du P. peruviana. 

Nous devons cette espèce nouvelle à M. de Lafon, sous- 
commissaire de la marine en retraite, qui l'a rapportée du 
Costa-Rica et qui nous en a obligeamment donné des graines 
en même temps que celles de plusieurs plantes alimentaires 
de ce pays. 

Ce Physalis avait déjà été recueilli dans le Nicaragua 
par M. Lévy ; il porte le numéro 244 de sa collection et se 



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PIIVSALIS MIMMA. 285 

trouve à l'Herbier du Muséum d'histoire naturelle de Paris. 
M. Hemsley {BiologiaCentrali'Americana^ Bolany, vol. II, 
p. 419) Ta rattaché au P. villosa Dunal (ProdromuSyWh XII, 
pars 1, p. 445); or, dans cette espèce, la corolle est rota- 
cée , jaune , maculée de brun, beaucoup plus grande, que 
celle de la plante qui nous occupe, laquelle d'ailleurs estcam- 
panulée et immaculée. 

NotvQ Physalis a beaucoup plus d'affinités avec le P. lancei- 
foliaMeslLinnœa, 1831, p. 473), DG. {Prod. 13, 1, p. 447); 
il s'en distingue néanmoins par la forme de ses feuilles et 
par la pubescence dont sont couvertes toutes ses parties. 

Nous avons cultivé le P. Lafonii comme le P. peruviana 
et nous avons tout d'abord admiré sa puissante végétation; 
mais ce premier élan s'est arrêté, la plante s'est couverte de 
fruits si abondants que leur nombre dépassait celui des 
feuilles. Ces fruits ne sont pas venus à maturité et nous ne 
savons pas encore s'il sera possible d'obtenir une récolte à 
l'air libre, sous le climat de Paris; c'est ce que nos essais 
ultérieurs nous apprendront. 



PHTSALIS HINIHA Linné 

M. Martin , de Saigon , nous a envoyé des graines d'un 
Physalis qui n'était autre que le Physalis minima, de Linné. 
Nous avons reconnu que cette plante ne présentait aucun 
intérêt. 



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TABLE DES MATIÈRES 



Accoub de Syrie 9 

Achira 40 

Adzuki 104 

Afzelia bijuga 182 

Ahipa 233 

Ail à fleurs comestibles. . . 49 

Aje • 146 

Ajipa 234 

Albertia oleraeea 15 

Allium fistulosuniy var 49 

— odorum 41 

— senescens 11 

— uliginosum 11 

Aloo 116 

Alstrœmère Linto — 13 

Alstrosmeria Ligta 13 

— Ligtu 13 

Amande de terre 256 

Amarante oléracée 15 

Amarantus okracem 15 

Amomum Mioga 178 

Amorphophallus Konjac. . . 145 
— Rivierif v. 

Konjac 145 

Anethum dulce 90 

Angoui*ie à fruits longs 268 

Angourie des Antilles 16 

Anguina sinensis 268 

Ansérine Quinoa 242 

Anthericum esculentum... 36 

Anvert 165 

Apios tuberosa 19 

Apios tubéreuse 19 

Arachide 21 



Arachis hypogœa 21 

Arada 17 

Aralia cordata 198 

Aralia edulis 198 

Aricoma 233 

Arisœma Canjac 145 

Arracacha esculenta 23 

— moschata 23 

— xanthorrhiza . . 23 

Arracacia 23 

Arrow-rool 164 

Asparagus lucidus ......... 25 

— trichophyllus . . 26 

Asperge tubéreuse 25 

Atropa origanifolia 195 

— rhomboidea 195 



B 

Balisier à deux couleurs 38 

— à fécule 40 

Bangkoang 277 

Bardane comestible 26 

— du Japon 26 

Basellaalba 29 

— cordifolia 31 

— crassifolia 31 

— - rubra 30 

Baselle à feuilles en cœur. 31 

— blanche 29 

— rouge 30 

Beloes.. 268 

Benincasa cérifére 31 

Berle des potagers 47 



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288 



TA6LË DES MATIÈRES. 



Bicorne jaune 59 

Bidens pilosa 190 

Borodina 181 

Boussingaultia baselloides. SA 

BouBsinganltie 34 

Brassica chinensis. ; i 209 

Brède 15 

Brède d'Angola 30 

— Gandole 30 

Bundo 106 

Rusbeckia radicanê 195 



Cabellos de Angel 63 

Caïa 203 

Caïqua du Pérou 167 

Calalou 100 

Camassia esculenta 36 

Gamassie comestible 36 

Cambare 116 

Canna Achiras 40 

— coccinea 39 

— comestible 40 

— . discolor 38 

— • edulis. 40 

— flaccida./. 40 

— gigantea 40 

— glauca 39 

— indica 39 

— paniculata 39 

Canna-root 39 

Gapacho 40 

Cape gooseberry 219 

Capucine tubéreuse 43 

Caras 115 

Cardillo 255 

Cardouille 256 

Carum incrassatum 266 

Casuarina eqtUsetifolia — 182 

batawissa 49 

Caui 203 

Centranthus macrosiphon, 271 

Ceratocephalus pilostis 190 

Chan Yu 116 

Chenopodium Quinoa,. •. . -. . 242 

Ghervis 47 

Cheveux d'Ange. a.,.'- 63 



Chira take 

Chiro Ko 

Cbirouis 

Choro-gi 

Chou de Chine 

Chou You 

Chufa 

Chuno 

— de Liuto 

— de Kca 

Ciboule Gatawissa 

Citrouille odorante 

Glaytone perfoUée 

Claytonia cubensis 

— perfoliata 

Concombre à épines 

— arada 

— des Antilies 

— du Sikkim..... 

— épineux d'Amé- 
rique 

— Marron 



150 
150 

47 



— sauvage 

Confitures de Courges de 

Siam 

Confitures de Groseille-pays 

Conium Arracacha 

Conophallus Konjac 

Coqueret à feuilles d'Ansé- 

rine 

Coqueret du Pérou 

Corchorus olitoruSy var. 

edulis 

Gorette potagère 

Comaret jaune 

Corne d'abondance 

Cornes grecques 

Couac. 

Courge de Malabar 

— de Siam 

Crambe laciniata. . . . . 

— Tataria 

— tatarica 

Crocus cancellatus,ynr. per- 

sicus 

— edulis 

Cucumis africanus 

— agrestis 

— anguinus 



116 

258 
14 
14 

203 
49 

171 
53 
53 
53 
16 
17 
16 
55 

16 
16 
16 

64 
144 

23 
145 

224 
2t7 

57 
57 
59 

270 
98 

166 
61 
60 
67 
67 
67 

248 
248 
167 
170 

268 



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TABLE DES MATIÈRES. 



289 



Cucumis Ang^rta.. . 

— compressus. 

— Dtidaim..,. 

— MelOy var. . 



— — — Dudaim 

— odoratissimus — 

— pedatifidus 

— pictus,.^ 

— reginœ 

— sativus 

— — var. Sikki- 
mensis.... 

— Schraderianus..- 
Cucurbita cerifera 

— ficifolia 

— melanosperma . . 

— sinensis 

CuSâng 

Gyclanthère comestible — 

— pédiaire 

Cyclanthera edulis 

— pedata 

Cyperus esculentm 



16 
17 
17d 
174 
175 
176 
171 
171 
111 
171 
171 
171 

55 

171 

31 

61 

60 

268 

280 

79 

78 

79 

78 

256 



D 

Daidsu 261 

Daïkon.... 81 

Dau 277 

Daun Sabran 277 

Dioscorea aculeata, 111, 123, 129 

— affinn , 135 

— alata, 110, 121, 128, 

UO 

— altimma 135 

— anguina 124 

— atropurpurea,iii, 122 

— Batatas 112 

— Berteroana, 111, 135 

— bulbifera, 111,136,141 

— cayennensis, 111, 135 

— crispata 124 

— Decaisneana 139 

— dcemona^,.. 112,125 

— dumetorum . . . . , 112 

— eburnea 111 



Dioscorea fasciculata — . 123 

— glabra 125 

— globosa.,.. 110,121 

— beterophylla — 125 

— japonica, 1 12, 119, 139 

— lutea 111 

— nummularia, 1 12, 1 24, 

130 

— oppoiilifolia, 112, 125 

— pentaphylla, 111, 126 

— pubescens 136 

— pulchella — ... 124 

— purpurea. . . 110, 122 

— rubella 110,122 

— sativa 111,130 

— Sçhimperiana ... 111 

— tomentosa 125 

— trifida..... 135,140 

— trilobtt 110 

— triphylla 112 

— truncata 135 

Dolicà café 261 

— balbenx 277 

Dolichos bulbosus 277 

— hirsutus 154 

— Soja 261 

Dosjen 198 

Dotooki 198 

E 

Eléocharide comestible. . . . 259 

— sphacéiée 260 

Eleocharis esculenta 259 

— plantaginea. . . . 260 

— sphacelata 260 

Epiaire à chapelets 88 

Epinard de Chine .29 

— de Malabar 30 

— Marron 15 

Eulko P 156 

Euxolm oleraceus 15 



Fécule de tous les mois 39 

Fedia comucopiœ 270 

19 



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290 



TABLE PES MATIÈRES. 



Fenouil doux. 

Fève de café..... 

Ficoîde à feuilles en cœur. 

— crista]line«..««... . 

Fi Ta Radzuka 

Fœniculum azoricum 

— dulcé 



Gado-Gado 

Gandola alba 

— rubra 

Girole 

Glaciale 

Glycine Apios 

— Soja 

— subterranea 

Gobo 

Gombo 

Grekika Kerala 

GundeUa Tourne fortii 

GymnogongrtiB pinnulatus^ 

H 



Haricot de Baria. . . . 

^ duTonkin.. 

>— radié 

Herbe à la flècbe. . . 

— à la glace.... 

Hibiscus esculentus. 

— ' sabdaritfa. 

Hoang Kin 

Hue vos de Gallo.... 



Igname. 



ailée 

bois 

de Guinée 

de la I!>f.-Zélande. . 
de Saint-Domingue. 

de TËléphant 

épineuse .......... 



90 

264 

96 

94 

231 

90 



103 
29 
30 
M 
94 
19 

261 

272 

26 

97 

98 

9 

153 



282 
282 
102 
164 
94 
97 
143 
155 
195 



107 
114 
436 
135 
114 
136 
115 
435 



Igname française 135 

franche 135 

— indiettne...^ 135 

— patte de Tortue 115 

— pays nègre 1 35 

— trifoliée 115 

— violette 115 

Ingen Marne 157 

Involucraria anguina 268 

Iris juncea 275 

— lusitanica. 275 



Jecbeimo 119 

Jinen Jo.. .119 

Jiquima 236 

Jiquimilia 236 

Jute 51 



K 

KaïKudzu 158 

Kan-ten 104 

Katian idiou 103 

Katjang Keedjap 103 

Kemeria dubia 190 

— tetragona 190 

Ketmie acide 443 

— comestible 97 

Khi thsi 155 

Kiri imo 120 

Ko... 154 

Konini 218 

Konniyakou 445 

Koniaka 145 

Konniyakn dli Nama. .... 153 

Ko pou 455 

Kolbesch 58 

Koudzou 154^ 

Kndzn 454 



Lan ho 455 

Lappa edulis. 26 



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TABLE DÉS MATIÈRES. 



291 



happa major y yar. edulis. . 26 

Liuto 13 

Lôuteou.... 402, 105 

— — sze.. 105 

— — tsieou , . . 105 

Lou tz'Isung 50 



M 

Malavvari. 182 

Marne....... 261 

Màndubi d'Angola 273 

Maranta Allouia — 192 

— arundinacea 164 

— indica 16i 

Margose à piquants . 167 

— . (Petite) 168 

Martynia Craniolaria 60 

— lutea, 59 

— proboscidea ..... 60 

— jaune . , . 59 

Mauve des juifs. . 57 

— potagère 57 

Meï 156 

Jttelloco. - . . . , . 196 

Melon Belle Angevine 175 

— blanc dn Japon. .... 174 

— Gliayote 176 

— de la Reine Anne 171 

— de San Gaêtano . . . ' . 167 

— de senteur 171 

— des Canaries 171 

— Dndaûn. ..-> 171 

Melonkie 57 

Melonsito de olor 172 

Melothria pendula 157 

Mesembryanthemum cordi- 

folium 96 

tallinum ,. 94 

Mioga ,.-.. 178 

Momordica Balsamina .... 1 70 

— Ckamntia 167 

— — , var. 
abbreviata 168 

— — var. 
minor 168 



Momordica Charantia, var. 

muricata 168 

— jagorana 167 

— muricata 168 

' — operculata .... 167 

— Roxburghiana . 168 

— seriegalensis. . / 168 

— vulgaris . . , ., . 170 

— zeylanica 168 

Momordiqîie à feuilles de vi- 
gne..... 167 

— . Papareh 167 

Morelle nodiflore 185 

— deBalbis :. 184 

— de Salta. 283 

— de WaUis 187 

— des anthropophages îSi 

— des cannibales 181 

Motsiji 190 

Mougri 246 

Moustache de Q/urbade — 192 

Moutarde tubéreuse. . . . ^ . 193 

Moyashi 105 

N 

Nafé (Pâte et sirop de) 97 

Name 116 

Neurosperma cuspidata. . . 170 

Neusianthm chinensis 154 

Nokonoko 182 



Oca blanc 200 

— rouge 200 

Oebi 116 

Œufs de coq 195 

Oignon Catawissa 49 

Olluco 196 

Omalanthm pedicellatus, . . 182 

Oseille de Guinée 143 

- derinde 143 

Oubi 116 

Ondo 198 

Ozalide x^rénelée 200 

^ de Deppe '305 



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292 



.TABLE DES MATIÈRES. 



Oxalis crenata ^ 200 

— Deppei ......... 205 



Pachyrrhise anguleux 277 

Pachyrrhizm angulatus, . . 277 

— Thunbergia - 
nus: 154 

Pain de Tartarie 70 

Pandipane 167 

Papa Usa 196 

Papareh Herva 167 

Pâte de Nafé 99 

Patole 268 

Pepioo de Gomer 79 

Persicaire à feuilles caspi- 

dées 207 

Peruvian cherry 219 

Petit Riz du Pérou 242 

Petite Tomate du Mexique. . 222 

Petola anguina 26& 

Pe-T9ai 209 

Phalangium esculentum. . . 36 

— Quamash 36 

Phaseolm aureus 102 

— hirtus 402 

— humilis 102 

— Max 102 

— minimus 102 

— radiatus 102 

— subvolubilis — 102 

— tunkinensis 282 

— viridissimus ... 102 

Phi'ynium Allouya 192 

PhyscUis atriplicifolia 224 

— chenopodifolia. . . 224 

— comestible 222 

^ du Costa Rica. . . 284 

— du Pérou 217 

— edulis 222 

— Lafonii 284 

— megistocarpos . , . 224 

— minima 284 

— origanifolia 195 

— - peruviana 217 

— var., /W. »ttô tnte- 



PhyscUis pkiladelphica — 

— violacea , , 

— violet 

Phytolacca acinosa, var. 



gris. 



esculenta. 



— decandra 

— esculenta .... 

— Kœmpferi. . . . 

— octandra 

— pekinensis . . . 
Phytolaque à dix étamines. 

•— comestible — 

Picotiane 

Picumia esculenta 

Pistache de terre 

Planchonia arbutifolia . . • 

Poire de terre Cochet 

Polygonum cuspidatum . . . 

— muUiflorum, . . 

— sacchalinense. . 

— Sieboldii 

Polymnia edulis 

Pomme de Brahma 

— de merveille.... ..V 

Portulaca grandiflora — 

— patens 

Pompier à grandes fleurs. 

— tubéreux 

Psoralea esculenta 

Psoralée comestible 

Pueraria Thunbergiana, . . 



224 
224 

224 

231 
227 
231 
231 
231 
231 
227 
231 
241 
231 
21 
195 
233 
207 
207 
208 
207 
233 
171 
170 
238 
265 
238 
239 
241 
'241 
154 



Q 



Quinoa blanc. 



R 

Radis de Madras 246 

— rose d'hiver de Chine 245 

— serpent 245 

Raphanus acanthifofrms.* 86 

, — caudatus 245 

— sativuSf var 81 

— . — — .... 245 

Renouée cuspidée. 207 

— de Siebold. 207 



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TABLE DES MATIÈRES. 



293 



Riz du Pérou (Petit) 242 

Rossei Indian sorrel 143 



Safran comestible 248 

Sain-In 116 

ScUpichroa rhomboideum.* 195 

Sang ruoang 277 

Sato imo 152 

Scilla esculenta 36 

Scirpus sphacelatus 260 

Scolyme d'Espagne 250 

Scolymus hispanicus 250 

Serpent végétal 268 

ShiroUri -174 

Sinapis junceUy var. napi- 

formis 193 

Sirop deNafé 99 

Sium Sisarum 47 

Snake Gourd 268 

Sojahisvida 261 

Solanum anthropophago- 

rum 181 

— Balbisii 184 

— brancœfolium ... 184 

— decurrens 184 

— edule 184 

— formosum 184 

— inflatum 184 

— mauritianum,.*. 184 
•— nigrum, var. pa- 

tulum 185 

— nodiflorum 185 

— oleraceum 486 

— . opulifolium 184 

— sisymbriifolium. . 184 

— — var. 283 

— Thouini 184 

— viscidum 184 

— viscosum 184 

— Wallisii 187 

Soncliet comestible 256 

— Sultan 256 

Soya 261 

Stachys af finis 88 

— SUboidi 88 

Stizoulobium bulbosum. ... 277 



T 

Taagu 241 

Tagaminas 255 

Taiaehas 45 

Talinum étalé. . ; 265 

— patens 265 

Talrnda d'Algérie 266 

Tatar Kenyer 70 

Taugee 103 

Ten mado 25 

Ten mon dô 25 

Theou ko 156 

Tikau 131 

Tindlohu 273 

Tinyawa 273 

Tipsina 241 

Toniate du Mexique (Petite). 222 

Tomo Roki 25 

Topinambour blanc 192 

Toulema 41 

Toulola 165 

Tou-tchou 116 

Trichosantbe couleuvre 268 

Trichosanthes anguina. . . . 268 

— turolata.,.. 268 

Tropœolum tuberosum. ... 43 
Trophis anthropophago- 

rum 182 

Tsin teou 105 

Tsuku imo 119 

Tsuno mata 153 

Tudana 182 

Tulema 41 

u 

Ubi 116 

Udo 198 

UUuco 196 

Ullucus tuberosus 196 

Ovi 128 



Valériane à grosses tiges . . 271 

-^ d'Alger 270 

Vesi 182 



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mi 



TABLE DE? ^MATIÈRES. 



Voandzeia subterranea... 
VoandzoïK 



272 
272 



TTacon : 234 

Yam 146 

Yàma Gobo 234 



Yaye nari. 
Yo Kan... 
Ysano 



Zétoatt 

Zingiber Mioga. 



106 
44 



275 
178 



FIN DE LA TABLE DES MATIERES. 



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ERRATA 



Page 11 > ligne 4, au lieu de 

- 30, - 3, - 
~ 35, — 4, - 

- 78, - 23, - 



97, 
167. 
178, 
178, 



5, 

9, 

11, 

19, 



- Lamark^ 
se roulant, 
l'installation, 
Le Cyclanthèrc, 
poils hispides, 
calicules, 
aussi longs, 
0'-,5 et 0",6, 
0»,3. 



lisez : Lamarck. 

— s*enroulant. 

— rintroduction. 

— La Cyclanthëre. 

— poils raides. 

— calicule. 

— assez longs. 

— 0™,05 et 0"i06. 

— 0»,03. 



BOURLOTON.— Imprimeries réunies, A, rue Mijrnon, 2, Paris. 



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t 



EXTRAIT T>TJ OATAI/DaUE 



LIBRAIRIE AGRICOLE DE LA MAISON RUSTIQUE 



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nation des familles et des genres et un vocabulaire des termes techniques. 
1 vol. grand in-18 de 940 pages. 9 fr. 

Ouvrage indispensable à tous ceux qui, s'occupant de botanique et de jardinage, 
veulent donner à leurs études une bonne direction. Grâce à ce livre tout 
horticulteur peut déterminer rapidement la famille d'une plante quelconque. 

Traité de la taille des arbres fruitiers, par Hardy, 8« édit. : But, 
époque de la taille, formes à donner aux arbres. Poirier, Pommier, Pêcher, 
Cerisier, Abricotier, Prunier, Vigne dans les jardins. Figuier, Groseillier, 
Frambpisier, Cognassier, Noisetier. — GreflTe, marcottage, bouture. — Récolte 
et conservation des fruits. — Maladies des arbres fruitiers. — Animaux nui- 
sibles. — Nomenclature des principales variétés de fruits. 1 vol. grand in-8'' 
de 436 p^es et 140 figures. 5 fr. 50 

Le Bon Jardinier, par Poiteau, Vilmorin, Baillt, Decaisne, Naudin, 
Carrière, etc., ouvrage couronné par la Société centrale d'horticulture. 1 vol. 
iD-i8 de plus de 1600 pages. 7 fr. 

Nouveaux Légumes dliiver, par Â. Palliedx et B. Bois, expériences 
d'étiolement pratiquées en chambre obscure sur 100 plantes bisannuelles ou 
vivaces, spontanées ou cultivées. 1 vol. inrl8 de 128 pages. 1 fr. 

Le Soya, par A. Pailliedx, sa composition chimique, ses variétés, sa culture, 
ses usages. 1 vol. grand in-S" de 128 pages. . 2 fr. 50 

Revue horticole, fondée en 1829 par les auteurs du Bon Jardinier, Bédac- 
teurs en chef : MM. E.-A. Carrière et Ed. André. 

La Revue horticolet indispensable pour la bonne tenue des jardins et des 
serres, traite spécialement toutes les questions d'horticulture. — Parait le l*' et 
le 16 de chaque mois par livraison grand in-8° de 32 pages à deux colonnes, 
avec une magnifique planche coloriée et des gravures noires, et forme chaque 
année un beau volume grand in-8'' de 576 pages avec 24 planches coloriées et 
de nombreuses gravures. 

Pour la France et l'Union postale : un an-, 20 fr.; — six mois, 10 fr. 50. 
Pour tous les autres pays : un an, 25 fr. 

Un numéro spécimen de la Revue horticole est adressé à toute personne qui 
en fait la demande accompagnée de 50 centimes en timbres-poste. 



BoURLOTON. ^ Imprimeries réunies, ▲, rae Mignon, 3, Paris. 



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