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Presented to the
UERARY ofthe
UNIVERSITY OF TORONTO
by
WALTER GOFFART
ftc^ 5. i /^-^ /f sT
LE
ROYAUME DE PROVENCE
sors LES (:ai;<hjngiens
(' 850-933?)
LE
IlOYALÎME DE PROVENCE
sous LES CAROLINGIENS
(855-933?)
René POUPARDIN
ARCHIVISTE-PALÉOGRAPIIK
KI.I-.VF. DIPLÔMÉ DE L'ÉCOLE DES HALTES-ETl.DE>
PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDUIF.l'H
67, Il TK IiK lîICII KLIEL", W l' lî K M I K II
1901
Tous droits réservés.
BIBLIOTHÈQUE
DE l'École
DES HAUTES ËÏIJDES
PUIU.IKK SI (lis I.F.S ATSIMCFS
DU iMINlSTÈKE DE LINSTKUCTION PUBLIQUE
SCIENCES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES
CENT-TRENTE ET UNIÈME FASCICULE
l.E KOYAUMK nr. PROVKNCK SOL'S l.KS CAHOLINCIENS
PAR RENÉ POUPARDIN
PARIS
LIIUIAIIIIL L.MIL1-: IKH ILLO.X, LDlTEUn
G7, 11 rr. !•!■; r, icii i: i.ii:i , a r ni [■: m ii:i:
11)01
Tons (iroils réaeivéa.
Sur l'avis de M. Arthur Giry, 'directeur adjoint des
conférences dliistoire, et de MM. G. Monod et Ferdinand
Lot, commissaires responsables, le présent mémoire a valu
à M. René Poupardin le titre à' Elève diplômé de là section
d histoire et de phUoloi/ie de V École pratique dex Hautes
Etudes.
Le directeur de la Conférence,
Signé: A. Giry.
Paris, le 5 novembre 1899.
Le Président de la Section,
Signé : G. Monod.
Les Commissaires responsables,
Signé : G. Monod, Ferd. Lot.
A LA MÉMOIHK DK MON MAIinK
M. AnTHiH (URÏ
INTRODUCTION
On a écrit l'histoire du royaume d'Arles au temps où le gou-
vernaient les souverains germaniques et leurs représentants'.
On n'a pas encore étudié d'une manière suffisante l'histoire
des origines de ce royaume, c'est-à-dire l'histoire des deux
États qui l'ont composé, celui que fonda Boson en 879, et
celui qui se constitua en 888 sous l'autorité de Rodolphe l"-.
L'objet du présent travail est de tenter de combler en partie
cette lacune, en donnant une histoire aussi complète que
nous avons pu la faire, du premier de ces deux royaumes.
Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire, pour une étude de
ce genre, de remonter jusqu'à l'époque mérovingienne. Nous
rappellerons seulement- que Lyon et Vienne, après avoir fait
partie du royaume des Burgondes, furent rattachés aux pays
occupés par le « roi de Bourgogne », en même temps que la
plus grande partie du Dauphiné actuel, et les cités d'Arles
et de Toulon. Au contraire, une mince bande de territoires,
avec Avignon, Aix, Cavaillon, Fréjus était unie à l'Auvergne
austrasienne '. La Provence forme déjà jusqu'à un certain
1. P. Foi'RNiER, Le royaianc d'Aiifs el ilc Vienm-. P;iris. 1890. iii-S.
2. Pour ce dernier, il faut cependant signaler la dissertation de
Trog sur Piodolphe 1 et Rodolphe H. où l'on trouve un examen con-
sciencieux de tous ou presque tous les textes relatifs à ces deux
souverains, mais un travail d'ensemble sur le royaume Rodolphien
reste à faire.
3. C'est de cette division que vient la distinction faite entre la Pro-
vincia Arelatcnxix. dont le territoire ne parait pas avoir été beaucoup
plus étendu que celui de la cité d'Arles, et la /'roviiiria .][<is.'iilii'nsis,
qui correspond à la portion de la Provence soumise à Sigebert I d'.Aus-
trasie (Longnon, Géographie de (a daidi' an Vh su'tie, p. IIH).
PouPARDiN. Rnyauine île Provence. a
X INTRODUCTION
point une unité, une circonscription géographique et même
administrative assez étendue ayant à sa tête un patrice* ou
un recteur ^ Mais la réunion sous l'autorité d'un souverain
particulier et indépendant de Vienne, de Lyon et d'Arles'', est
un fait qui ne se produit qu'en 855 à l'avènement de Charles
de Provence. L'histoire du court règne de ce dernier forme
donc le préliminaire presque obligé de celle des règnes de
Boson et de Louis l'Aveugle. D'autre part, Boson, comme
un autre fondateur de dynastie, son contemporain, Eudes de
France, a joué un rôle important dès avant son avènement.
S'il s'est fait à Mantaille proclamer roi de Provence, c'est
qu'il était en réalité dès une époque antérieure maître de ce
pays. Il est donc nécessaire de parler de Boson, comte, avant
de parler de son règne. Louis l'Aveugle et Hugues d'Arles
ont été en outre rois d'Italie. Il a donc fallu esquisser
brièvement l'histoire de leurs expéditions dans ce pays. Une
histoire de ce genre se rattacherait surtout à une étude d'en-
semble sur les événements dont l'Italie du nord fut le théâtre
depuis la mort de l'empereur Louis II. Nous n'avons pu songer
ici à entreprendre cette étude, grâce à laquelle on pourrait
arriver à se rendre compte d'une manière plus complète du
rôle joué, non pas précisément par Louis ou par Hugues, mais
parles principaux seigneurs italiens. C'est donc surtout dans
la mesure où ils pouvaient intéresser l'histoire des souverains
de la Provence que nous avons exposé ces événements.
Ce qui fait la principale difficulté de l'étude de cette his-
toire, c'est la désespérante pauvreté des sources. Les chartes
sont loin d'être abondantes. Elles font absolument défaut pour
la province ecclésiastique d'Embrun, et sont très rares pour
1. CiRÉGon^E DE Tours, Hisl. des Francs. 1. IV, c. 17 et c. 29 men-
tionne trois patrices, Celsus, Agrigota et Auratus, qui semblent bien
s'être .succédé en Provence, mais sans leur donner expressément le
titre de « patricius Provinciae ».
2. (JREdoniE DR Tours, op. cit., 1. IV, c. 'i3 : « Remoto ab lionore
« Jovino rectore Provinciae... » Comme il ne s'agit que des états de Sige-
l)ert, il est ])ossible que le sens du mot Provincia doive être restreint
dans ce passage à la seule Provincia Mas.'iilicnsis.
',\. Ces villes sont souvent réunies siniullanément à un mémo royaume
pendant les partages de l'empire franc, en 768 à celui de Carloman,
en 806 à celui de Louis d'.\<|uitaine, le futur Louis le i'ieux, en 839 à
celui du jeune (Jharles le (Jliauve, en 8'i3 à celui de Lothaire, mais
elles ne forment jamais, par leur réunion, avant 855, un groupe dis-
tinct.
INTRODICTION XI
la province d'Arles, durant la période qui correspond à celle
des invasions sarrasines. Cependant les textes diplomatiques
constituent la source principale, sinon unique, de nos rensei-
gnements. Les sources narratives en effet n'existent pour
ainsi dire pas en ce qui touche l'histoire même du royaume
de Provence. On peut juger de cette pauvreté par un détail :
entre les deux dates de 905 et de 931, pas un annaliste, pas
un chroniqueur, n'a l'occasion de placer dans son récit le nom
de l'empereur Louis l'Aveugle. « Heureux, dit l'un des récents
(( historiens des Carolingiens du Nord, ceux qui étudient
« une époque plus favorisée et qui trouvent, dans des œuvres
« contemporaines d'une réelle valeur, des détails qui leur
'( permettent de suivre pas à pas leur héros' ». Nous dirons
à notre tour : heureux ceux qui ont à leur disposition des
œuvres telles que la Chronique de Réginon et les An?ialesde
Saint-Vaast, ou même des annales plus sèches encore, car
rien n'est plus incertain en même temps que plus aride qu'une
histoire faite avec des chartes et dans laquelle des discussions
doivent trop souvent remplacer le récit.
Malgré cette pénurie de documents, on a, à plus d'une
reprise, tenté d'écrire l'histoire du royaume fondé par Boson.
Honoré Bouche lui consacre de nombreuses pages de son
Histoire générale de Provence, et, bien que cet érudit ait tota-
lement manqué de critique, qu'il n'ait eu qu'une connaissamce
forcément incomplète des documents, c'est lui cependant qui
représente pour ainsi dire l'état de la science sur ce point au
xvii" siècle et au xviii" siècle'. U Histoire de Provence, de
Papon, donne un récit plus sûr, mais moins complet, et ce
sont les deux volumes de Bouche qui restèrent jusqu'au milieu
de notre siècle l'ouvrage fondamental sur la matière.
En 1851 et 1853 l'érudit suisse Gingins-la-Sarra a consacré
à V Histoire dcsroi/aumes de Provence et de Boiirgogne-Jurane
deux volumes, qui constituent le travail le plus complet sur
1. Favre, Eudes, comte de Paris el roi de France, introd., p. xi.
2. Nous ne parlons pas des ouvrages de C. de Nostre-Dame, de
d'Elbène, de Bouis, qui figurent cependant dans notre bibliographie
et que nous citons quelquefois, parce que c'est d'eux que semblent
venir un certain nombre d'affirmations téméraires ou erronées, repro-
duites trop souvent à la suite de Bou'^he par des historiens plus mo-
dernes. — 11 faut également faire, à côté de Bouche, une place à part
à Chorier, dont V/fistoire de Dauphiné a souvent été citée et utilisée.
Xll IMildljlCTIU.N
la question, l'ouvrage en quelque sorte classique que citent
couramment les historiens modernes. Les Bosonides et les
Ilugonides sont le fruit de recherches assez étendues, et les
conclusions de Gingins se trouvent être, sur beaucoup de
points, les mêmes que celles du présent mémoire. Mais son
ouvrage a des défauts assez graves pour qu'un nouvel examen
de la question demeure indispensable. Tout d'abord l'auteur
fait preuve d'un manque absolu de critique ; de là sa prédi-
lection particulière pour les chroniques sans valeur comme
les Annales Metlenses, dont il oppose volontiers Tautorité
à celle des Annales de Saint-Jierlin, et pour les documents
manifestement faux, comme le diplôme de Boson pour l'évèché
de Maurienne. D'autre part, ce qui est encore plus grave, les
textes rapportés par lui sont souvent volontairement alté-
rés, ce qui ne permet d'accepter aucune de ses allégations
sans recourir de nouveau aux documents sur lesquelles il
prétend s'appuyer. — Plus consciencieux est l'ouvrage de
M. de Terrebasse sur VJIistuire de Boso)i. Moins complet,
moins détaillé que le livre de Gingins, interrompu en outre
par la mort de son auteur avant le récit du règne de
Louis l'Aveugle, c'est, peut-on dire, une œuvre de vulga-
risation, dont une bonne part est occupée par la traduction
m extenso des documents les plus intéressants.
C'est surtout au point de vue géographique que se place le
récent historien du second royaume de Bourgogne. M. Philipon.
Le travail de ce dernier, actuellement en cours de pubhcation
dans les Annales de la Société d'émulation de l'Ain, plus
spécialement consacré à l'histoire des Rodolphiens, touche
cependant par bien des points à celle de Charles de Provence,
de Boson et de Louis l'Aveugle. Mais si l'on peut trouver
dans les premiers articles de M. Philipon des renseignements
sur l'étendue et les partages des États carolingiens de la
vallée du Rhône, tout ce qui concerne la généalogie, la diplo-
matique, l'histoire proprement dite des princes de ces régions
reste en dehors du cadre de son étude.
Sur deux périodes enfin de l'histoire que nous étudions il
existe des travaux spéciaux et définitifs. Le mémoire de
M. A. Longnon sur Girard de Roussillon embrasse la plus
grande partie des événements du règne de Charles de Provence.
Pour le règne de Louis l'Aveugle, la thèse de M. de Manteyer
sur la Marche de Provence et ses comtes, très obligeamment
IMIiODl C.TKiN Xlll
rommuniqiiëe en manuscrit par son auteur, a beaucoup abr(''},^é
notre travail. Nous avons eu néanmoins à dire un mot de
certaines questions iraitées par lui, notamment pour ce qui
concerne Hugues d'Arles et son rôle durant les premières
années du x*-' siècle.
Un mot encore sur le plan général de ce volume, destiné
à prendre place dans les Annales de l'histoire de Franre n
r époque cdwlinyienne, entreprises sous l'inspiration et la
direction de notre regretté maitro M. A. Giry. Nous avons
cherché à suivre autant que possible les principes qui ont
guidé les auteurs des premiers volumes de cette collection,
examinant tous les textes, discutant autant que nous le pou-
vions toutes les questions de détail dont la solution pouvait
paraître avoir (piehiuo intérêt. iMais nous n'avons pu, en l'ab-
sence d'annales contemporaines susceptibles de nous fournir
un cadre, et en raison des énormes lacunes qui existent dans
la série des événements, donner rigoureusement à notre tra-
vail la forme àWnnales. C'est ainsi que nous avons réuni en
un chapitre spécial tout ce qui concerne les invasions sarra-
sines dont les dates sont d'ailleurs tellement incertaines qu'il
serait chimérique de chercher à classer ces faits dans des
Annales. D'autre part notre travail, présenté d'abord comme
thèse de sortie à l'École des Chartes, comprenait alors une
étude sur la diplomatique des souverains carolingiens de
Provence, accompagnée d'un catalogue d'actes développé, du
texte et de la critique de divers diplômes. Cette partie diplo-
matique formera l'objet d'une publication ultérieure; nous
nous sommes bornés à reporter dans nos notes ceux des
résultats de cette étude qui nous ont semblé nécessaires pour
justifier certaines conclusions historiques ou chronologiques.
Nous tenons en terminant à remercier tous ceux qui ont
bien voulu nous fournir des renseignements et des indica-
tions. Nous adressons surtout nos remerciements à M. F. Lot,
qui a, sur bien des points, apporté à notre travail de pré-
cieuses rectifications, ainsi qu'à M. (r. Monod, qui a revu
avec M. Lot les épreuves de ce volume.
SOURCES
A. SOURCES NARRATIVES
Tandis que pour Fhistoire du nord de l'ancienne Gaule au i\^ et
au x" siècle nous disposons d'une quantité relativement considérable
de textes narratifs, on sait (jue le Midi est à cet égard d'une pauvreté
at'tligeante. La Provence, le Viennois, le Lyonnais n'ont ni Annales
ni Chroniques. Il faut sans doute chercher la raison, ou du moins
l'une des raisons de ce fait dans l'absence d'un texte analogue aux
Annales royales d'où dérivent, médiatement on immédiatement,
la plus grande partie des textes annalistiques du nord. Ces Annales
royales, sous quelque forme qu'elles se présentent, sont essentielle-
ment consacrées à retracer les actions du souverain. Or, jusqu'à
Charles le Jeune, le souverain ne réside pas en Provence ; le roi méro-
vingien ou carolingien possède le pays et l'administre par l'inter-
médiaire de ses comtes, mais il n'y vient pas lui-même. Ses faits et
gestes, par conséquent, doivent peu intéresser les quelques méridio-
naux qui pourraient avoir le goût ou le talent de les noter pour les
transmettre à la postérité. Dans le Nord, il y a d'autre part des chro-
niques et des histoires monastiques. Mais dans le Midi l'absence de
chroniques s'explique sans doute par colle de toute production an-
nalislique antérieure. Quant aux histoires monasti(|ues, elles sont
composées en général d'après des annales et le chartrier de l'établis-
sement. Or, dans le Midi il n'y a point d'annales et ceux qui ont
accès dans les chartriers se bornent en général à compiler des car-
tulaires, d'un intérêt pratique plus considérable que des œuvres
historiques. Aussi la production inslorifiue est-elle à |)eu près nulle.
Les textes narratifs, tous étrangers par leur composition aux
pays du Rhône et des Alpes, ne fournissent donc guère sur le
royaume de Provence qu'une seule catégorie de renseignements,
ceux qui sont relatifs à sou histoire extérieure. Ce n'est en effet que
lors(|ue ses souverains se trouvent en relations avec ceux des pays
SOURCES W
voisins, que les annalistes et les chroniqueurs de ces derniers
daignent s'intéresser à eux et les mentionner.
Les sources historiciues que nous avons à utiliser sont en général
trop connues pour qu'il soit besoin d'insister sur leur compte. Nous
nous bornerons le plus souvent à les énumérer en indiquant la
nature des renseignements (|u'il est possible de tirer de chacune
d'elles au point de vue du sujet qui nous occupe.
g 1 . GliANDES ANNALES
La seconde partie des Annales dites de Sainl-Berlin, œuvj-e de
l'évèque Prudence de Troyes, est notre source principale pour lliis-
toire du coiu't règne de Charles de Provence et des tentatives laites
par ses oncles pour s'emparer de la part d'héritage à lui laissée par
son père, l'empereur Lothaire. J^a troisième partie de ces mêmes
Annales, œuvre du célèbre llincnuu-', est une source de premier
ordre, tant pour l'histoire du comte Boson que pour celle de la
guerre que ce même Boson, proclamé roi, soutint contre les princes
francs coalisés. Mais Ilincmar, s'il était évidemment bien informé
de ce qui concernait le beau-frère de Charles le Chauve, est partial,
hostile à l'usurpateur contre lequellui-même soutenait avec Hugues
l'Abbé et quelques autres, les droits des héritiers de la famille
carolingienne. Comme Prudence il pèche souvent par prétérilion,
par atténuation, et ces annalistes quasi-officiels du royaume franc
de l'Ouest sont toujours suspects d'avoir passé sous silence ou fait
glisser inaperçu le récit de quelque échec éprouvé par leur maître.
C'est là néanmoins, pour la période qui s'étend jusqu'en 882, ([u'il
est possible de trouver les renseignements les plus abondants
comme les plus sûrs -. 11 faut remarquer cependant (|ue pour l'épociue
de la guerre contre Boson, Ilincmar parait commettre quelques
erreurs et que son récit doit être alors corrigé et complété à l'aide
de celui des Annales Vedasiini. Celles-ci, composées dans le cou-
vent de Saint-Vaast par un auteur inconnu, ont toute l'exactitude
d'annales officielles, tout en étant moins partiales, et pour les évé-
nements des années 880-882 constituent une source de premier
ordre.
i. Ou du moins écrite sous son influence directe et dans son entou-
rage immédiat, à peu près sous sa dictée.
2. La valeur du témoignage d'tlincmara été l'objet d'une dissertation
spéciale de Buecuti.ng, (jlauhiviirdinkeil Ilinbnars von Reims Un .V'"
Theil dersorjeiinnnleii Aiiiialen von S. Berlin. Halle, 1887, in-8. Mais
son travail se réduit souvent un peu tru]) à examiner la conformité dos
Ann. Bertiniani avec les conclusions de Diimmler, ou avec les Annales
de Fulda. source moins sûre.
XVI Sdi ncKs
Los Annales de FuUia jouenl |)oiii- le royaume l'ranc de Test à
peu près le même rôle que les Annales de Sainl-Bertin pour celui
fie Touest. La partie qui peut intéresser l'histoire de Boson est
[■(LMivre d'un certain Meginhard ', lequel faisait partie de Tentourage
de Liull)erl, arclievc<|ue de Mayenee et archichapelain de Louis le
(ierniani(iuc. Mcginliard est extrêmement violent à Fégard de tous
les ennemis de son souverain, notamment de Charles le Chauve et
du comte lioson. Aussi, si son récit peut servir quelquefois à corriger
celui des Ann.i/es de S;iin(-Iierlin, partiales dans le sens opposé,
ne faut-il admettre (juavee réserve ses renseignements et ses appré-
ciations en ce (|ui concerne le caractère des personnages du royaume
de l'ouest et même en ce qui concerne leurs actes, lorsque ceux-ci
se tnnivent en opposition avec les intérêts des souvei-ains germa-
niques.
§ 2. ru•:(il^■o^
Réginon -, ahhé de Priim, de 892 à S'.IU. musicographe et cano-
niste, mort en 915 ahhé de Saint-Martin de Trêves, mais retiré à
Saint-Maximin de la même ville, a laissé une chronique s'étendant
jusqu'à l'année 005 ', indépendante depuis l'année 813 et qu'il dédia
en 908 à révêcpie d'Augshovn-g, Aclalhéron. Il fournit un assez grand
nond)re de renseignements, mais la chronologie très défectueuse
qu'on lui reproche ^ les fait souvent accueillir avec une certaine
méfiance.
Conmie sources écrites il a eu à sa disposition une collection de
documents canoni(|ues relatifs à l'allaire de Theutherge, accessoi-
rement à celle d'Kngellrude% et il parait avoir utilisé pour son
œuvre hislori(|ue certains textes de ce genre employés par lui déjà
1. On a (|uelquefi)is (\V.\tteni3.\cii, lJeuls,'/il(iii(/.s (jesrhichlsquflkti.
5» éd., t. II. p. 215) cru que l'œuvre de Megiiiliard n'allait que de
l'année 862 à l'année 884. M. I\i-rze, le -dernier éditeur des Annales
Fiildcnses (Inlrod., p. vni) considère coninie plus fondée l'opinion qui
conserve au même auteur la partie de 882-87.
2. Cf. \V,\TTEM$.\('.ii, op. cil., ô'^ éd., t. I. }). 2'il. KruzE, préface à
son édition de la chronique dans les Mon. Germ. hi-'it. in nsnm .srhol.
— ScHii/z, Die (Unidnviirdigkeit dur (Ikronik de.s .lô^e.s Hcfjinn von
Priiin. Ilamburg, 1897, in-'». C'omme les vices de la chronologie de
Kéginon rendent (|uç!(iuef(iis injuste à son égard, nous avons cru
devoir insister sin' cet auteur et sur la valeur des renseignements qu'il
peut fournir.
3. Nous ne parlons pas de ses trois contituiations, uni(piement rela-
tives k rAllemagne.
't. Sciin.z, op. cil., p. 2.
5. KruzE. inlrod , p. 8.
SULllCES Wll
dans sa collection canoni(iue '.Il a eu en outre sons les }oii\ des
Annales de Prinn - anjouidhni perdues, mais dont dérivent d'autres
Annales PriimiL'iisc.s^, (|ue nous possédons encore et par les(|uelles
nous pouvons juger que celles dont se servit Héginon étaient extrê-
mement brèves. C'est donc la tradition orale qui, à partir de l'année
813, constitue la source principale de Uéginon, comme il le dit lui-
même * et comme le prouvent d'ailleurs certaines expressions, telles
que « al aiiinl », « ul ferliir » ',qui reviennent de temps en temps sous
sa plume. Le ton même de certains récits, leiu' étendue (|uel(|uefois
peu en rapport avec l'importance des événements qu'ils concernent'',
seraient une preuve indirecte s'il en était besoin. Cette tradition
orale pouvait lui fournir dans ccriains cas de bons renseignements
et souvent il peut arriver (|u'il nous transmette ainsi des récits de
témoins oculaires, ou tout au moins de gens bien informés.
M. Scbulz^ estime que liéginou pouvait avoir environ cintiuante
ans lorsqu'il devint abbé du monastère de Priim en 892, ce qui
reporterait sa naissance à 842 environ, donc il pourrait être consi-
'^léré comme un bon observateur des faits de son temps depuis
l'année 800 ou 862. C'est possible, mais exact seulement à dix ou'
vingt ans près, et ce n'est guère en réalité qu'à partir de l'année 886.
ou environ que nous pouvons considérer sa cbronlipie comme
le témoignage d'un intelligens spectalor, et il est naturellement
surtout bien renseigné sur les événements de la Lorraine, auxquels
il se trouvait mêlé. En outre Réginon semble avoir rédigé sa cbro-
nique en une seule fois, dans un intervalle de temps assez court **
et non au jour le jour à partir d'une année déterminée. II a mis
en œuvre des récits recueillis par lui soit alors, soit à une époque
antérieure. On n'a pas affaire à des notes prises par lui au fur et
à mesure des événements. Or ces récits, lorsqu'il s'agit de faits
éloignés dans l'espace ou dans le temps, comme les affaires de
1. La comparaison des deux ouvrages n'a peut-être pas été faite à
ce point de vue, mais on peut certainement rapprocher : De .v/nod
causis, I. Il, i^ Lxxvn et Chroii., p. 86. — Df sij)i. caus., i. II. ?; cxiii
et Chron., p. 50.
2. ScnL'LZ, loc. cit., Kluze, p. vni.
o. Neues Archiv, t. XII, p. 403, Mon. Gmn., SS.. t. Mil, p. 21H,
ibid.. t. XV. p. 2 et 1289.
4. p. 73. II ne s'agit dans tout ceci bien enlendu que de la partie
postérieure à 813.
5. Cf. p. 113, pour la mort de Charles le Chauve: « e.st autem fania... »
6. Bataille de Ballon (p. 79), mort de Robert le Fort (p. 92), invasion
de sauterelles (p. 105), histoire de Vurfand et do Pascvviten (p. 107),
portrait de Boson (p. 115).
7. (jlaubwi'irditjkeit der Chroiiik Rfginos , j). 1.
8. KuRZE, introd., p. ix. Réginon indicjue parfois qu'il « compose »
sa chronique, en renvoyant à des événements qu'il va raconter, ce c^ui
prouve qu'il n'écrit pas au jour le jour.
WIII SOURCES
Bretagne, d'Aquitaine, de Provence, d'Italie', Réginon ne sait pas
toujours très bien à quoi les rattaclier, ses Annales Prumienses ne
pouvant lui fournir qu'un cadre insuffisant. 11 paraît s'embrouiller
dans les faits, pour employer une expression vulgaire ; il ne les
classe pas à leur date, et on a beau jeu à lui reprocher des fautes
de chronologie -.
En réalité cette chronologie défectueuse provient, en partie au
moins, du caractère oral des renseignements recueillis par Réginon.
Il reçoit pour ainsi dire un « paquet de nouvelles^ » relatives à un
événement déterminé, à Texpédition de Charles le Chauve en Italie
par exemple ; sa situation est bien différente de celle d'un chroni-
(pieur travaillant d'après des annales, des sources écrites, et trou-
vant cha(iue fait isolé classé sous une année déterminée, exacte ou
non, peu importe. Aussi, le plus souvent, à propos d'un fait placé
à vme date approximativement exacte, il raconte toute la série des
faits du même groupe sans d'ailleurs en intervertir trop l'ordre
rehitif, remontant plus haut dans le passé, ou rapportant, à propos
dun fait, tous les événements qui s'y rattachent jusqu'à une date
très postérieure. En d'autres termes, bien qu'il cherche évidemment
à suivre en général Tordre chronologique, il insère fréquemment en
bloc les événements d'une même série, sans insister sur l'intervalle
(W temps qui peut séparer deux d'entre eux. C'est au lecteur à en
tenir compte, à l'historien à remettre chaque détail à la place que
d'autres textes narratifs ou diplomatiques permettent de lui assigner,
à se souvenir en un mot que l'ouvrage de Réginon est une chronique,
non des annales. Si par exemple il raconte sous Tannée 866*
toute l'histoire du comte abbé Htibert, il ne faut pas en conclure
(jue toute cette histoire se soit passée en 866. Réginon a d'ailleurs
soin de prévenir que sa chronologie n'est qu'approximative, et ce
ne sont pas les mots hoc anno, mais des expressions vagues comme
hac tempestate ', his Icmporihiis^, per idem tetnpus'', qui lui ser-
vent à amener un groupe de faits de ce genre.
1. Bien que contemporain de Louis l'Aveugle, il commet des erreurs
en ce qui touche l'expédition do ce prince en Italie.
2. C'est à, cette étude qu'est principalement consacrée la dissertation
de M. Schulz.
3. Nous empruntons cette expression à M. A. Carrière (Annuaire de
r Ecole (les Ilaulcs-Etudex, année 1898, p. 20) à propos d'un passage de
Oégoire de Tours où les faits sont groupés d'une manière analogue.
4. Chron.. p. 91.
5. Iljid., p. 95.
6. Ibid., p. 105, 115, 117.
7. En voici des exemples :
Année 818, p. 73. — A propos de Pépin, généalogie des comtes qui
descendent de ce prince.
Année 853, p. 76. — Histoire de Pépin II d'Aquitaine jusqu'en 864 et
SOURCKS XIX
11 est d'ailleurs bien évident (juil ne faut pas trop étendre la
portée de notre observation. C'est un fait incontestable qu'il y a
dans la chronique de l'abbé de Prùm des erreurs grossières, des
événements inexactement rattachés à certaines années, des inter-
versions dans Tordre des faits, (|ue Réginon s'est souvent trompé,
que les étrangers et les vieillards auprès desquels il cherchait des
informations ont pu et ont dû avoir des défaillances de mémoire,
cela n'empêche pas qu'il faille tenir grand compte de ce que nous
fournit l'œuvre de Réginon, même pour une époque antérieure à
886, quitte à adopter pour le classement des détails un cadre dif-
férent de celui que fournit la chronique elle-même '.
§ 3. SOURCES RELATIVES AUX AFFAIRES d'iTAI.IE
Bien que sa chronologie soit souvent plus défectueuse que celle
de Réginon, il y a beaucoup à prendre dans VAnlopndosis de
l'Italien Liutprand, évê(pie de Crémone (-; 072). Celui-ci n'est pas
précisément un contemporain. Il était jeune encore, par vu las, en
927, c'est-à-dire à l'époque de la mort de Louis l'Aveugle. Mais il a
connu personnellement, et durant longtemps, le roi d'Italie, Hugues,
l'ancien comte de Vienne. Par conséquent il est bien renseigné en
tout ce qui concerne la famille et les actions de cet important per-
sonnage. Pour la première partie du x* siècle il a eu pour source
à peu près unique la tradition orale, souvent même des légendes
populaires. Mais enfin il a connu des contemporains de Louis
l'xVveugle et c'est lui qui, somme toute, fournit le meilleur récit des
deux expéditions de ce prince en Italie. Pour l'époque du roi Hugues,
à ce propos rappel de l'histoire de Pépin I. Schulz. op. cit. p. 2, admet
à tort que Réginon croit que tous ces faits ont eu lieu en 85 J.
Année 860. — Événements de Bretagne, se suivant à peu près dans
l'ordre chronologique à l'exception des renseignements concernant le
comte Gauzbert, réunis en une série spéciale.
Année 864, sqq. — Détails du procès de Waldrade, qui sont mis quel-
quefois à des années fausses, mais se suivent dans Tordre exact.
Année 866, p. 91. — Histoire d'Hubert, qui se déroule en même
temps que celle du procès de sa sœur.
.\nnée 867. — Affaires de firetagne.
Année 868. — Histoire des Bulgares de 864 à 893.
Année 869. — Démêlés relatifs au partage des états de Lothaire.
869-870.
Année 870. — Ensemble de renseignements au sujet dos enfants de
Charles le Chauve.
1. Ajoutons que Ton a été sévère pour Réginon. parce qu'il a pour
cette période servi de source aux Annales Metlfimes dont le caractère
annalistique accentue encore cesfautesde chronologie, cetpu entraine
à des erreurs ceux qui, comme Gingins ou M. l'hilipon, utilisent pour
l'histoire carolingienne ces annales du x" ou du XF siècle.
XX SÛUIK.ES
iiotaninioiit en ce qui concerne les expéditions contre les Sarrasins
(In Frainet, il est bien informé et presque témoin oculaire. Mais,
lorsqu'il est ((uestion de personnages italiens, il faut toujours se
méfier de sa passion politique, de sa partialité, et ne pas considérer
comme autant de vérités les injni-es qu'il aime à prodiguer à ses
adversaires. Ajoutons que comme o'uvre littéraire, VAnLipodosi'.',-
a une très gi-ande valeur et cpie sans parlei- de la langue, un peu
recherchée, mais pittores(|ue et originale, seule parmi leschroni(ines
du x*" siècle elle est « amusante », tant pai- l'expression des senti-
ments personnels de Liutprand que par les anecdotes, loujoius
vivantes, quelquefois même un peu réalistes, dont il aime à éinailler
son récit. « Si cet ouvrage, par son caractèie tout personnel, leipiel
« se montre aussi dans le peu de soin que lautenr prend de la
« chronologie doit être classé comme source histoi'ique après beau-
ce coup d'autres qui ne sont ((ue de sèches annales, il faut dire par
« contre (pTil a beaucoup d'avantages sur ces annales. Il motive
« les faits, il juge généralement bien les relations politiques et il
« otfre des détails d'une grande richesse, ({ui font revivre le passé.
« Considérée comme création littéraire cette histoire... est le plus
« original et le plus important des ouvrages en prose de cette
« période' ».
Un poète anonyme, vivant dans Tltalie du Nord au début du
x" siècle, a écrH en vers le panégyri(|ue historique de l'adversaire
de Louis de Provence, le roi Bérenger-. Ce poème contient natu-
l'cllement (pieUpies détails sur les luttes entre les deux compétiteurs,
pei'mettant de compléter un peu, sur les événements de 900-905. le
lécit de Liutprand. Malheureusement le morceau qui nous intéresse
particulièrement est fort bref et passe même sous silence la pre-
mière campagne de Louis. ¥ai outre le style de l'ouvrage est singu-
lif-remeni obscur, fort peu précis, si bien (|u'un contemporain de
l'auteur a cru devoir y ajouter des gloses explicatives qui ne sont
pas toujours inuliles^. C'est une soui'ce, en somme, assez difficile à
1. LltEisr. Lillrrdlun- latine du inm/rn ni/e en Occklenl. trad. franc,
t. 11, p. 457.
2. Ce poème a été en derniiM" lieu publié ])ar E. Diemmleu (Gesln
/'ereufjan'i imperatoris. Halle. 1871, in-8) avec une étude sur la com-
])ositi()n et la valeur de l'a^iivre, une introduction historique étendue
sur le règne de Bérengei' et de nombi-eux renseignements sur les
j)ersonnages mentionnés dans le texte. Malheureusement, l'absence de
tal)le empêche de tirer facilement de ces al)on(]ants matériaux tout le
])arti qu'ils peuvent fournir.
;;. Sur TauTeur des gloses voy. I)1:hniii;im, J)er (ilosxalnr c/er Ciesia
J!neii(/arii. dans les J'o7-schtin;/en '.. ileulse/ie)i Geschichte. t. .\I\',
]t. i;i8, (|ui établit que ce personnage est distinct de l'auteur, mais
sou contemporain et son compatriote, et énumère les sources litté-
raires auxquelles il a puisé.
SOI lU'.KS XXI
utiliser, iin|»iirl;iiitt' l'cpciulanl ou rahsciicc (riiiilics docuiiu'iits plus
précis.
C/csl ('iiJili'iiK'iit cil ce (lui louche les cxpcdilidiis d'Iliilic (pic l'on
peni Iroiiver des reiiseigncineiils dans le />c ;i(lniini.slr;in<ln
imperio de Coiislaiiliii Porplix royénèle (U(ir)-9r)ll). Leinpereiir lirec
confond |)arrois les dalescl les l'ails. Mais |)oiir le « llièine de i^oiii-
hardie », il parait assez bien ialormé. du moins en ce (|ui concerne
les événenienis dont rilalie elle-inème lui le tlié<àlre, car les f>énéa-
loiiies (pi'il (Miirepreiid de donner roiirinilleni dinexaclitiides. Il \
a cependanl bien dest>rrenrs dans sonrécil, snrloiil pour la |)('riode
antérieure à Texpédilion de Uodolphe II en llalie. les renscii-nenients
(inil foiirnil doixcnl élrc soiunensenii'iil coiiliw'jb's.
v; 1. s(»ri!i.i:s i;i:i.\ii\ i.s \i \ i\\ asions i)i:s s\i;ii\si\s
La discussion de la \aleiir de ces sources se confondent souvent
avec le récit des faits et Thistoire des invasions sarrasines formant
un ensemble à part dans le cadre général de noire travail, nous
avons placé en tète de cette histoire l'étude sur ses sources. Nous
nous bornerons à dire ici que ces sources sont toutes de provenance
occidentale. On pourrait saltendre à trouver dans les cbroniipu's
byzantines (pichpies détails louchant lexpédition entrei)rise contre
le Fraxinet par le roi Hugiies, de concert avec la flotte grec(pie,
mais les historiens du basileus, préoccupés sans doute des luîtes
contre les Russes, sont muets sur les événements d'Occident. Les
ravages exercés par les Sarrasins, (pii furent si terrifiants pour les
populations pro\encales, paraissent ne pas avoir frappé rimagiiia-
tion des historiens musulmans, occupés pour cette période des
événements du Mai-hreb et des invasions dans le Khalifat d'Orient '.
i; .). i.iriTi'iKS i:t soincKS i)i\ i;iisi-:s
A côté lies annales et des clironi(|ues il laiil placer un certain
nombre de textes assez divers (pii ne pemeiil être rangés parmi les
sources narratives.
Les lettres tiennent pai'ini eii\ le |)reiiiier rang: les huiles et
lettres ries papes mois ont fourni (pielt|iies renseignenienls. celles
I. Les seules mentions que nous ayons eu ;i relever dans les chro-
niques arabes sont celles du passage des Danois sur les côtes d'Ksjjagne
en 859. Quant au Fi-ainet, c'est ;ï peine si une allusion à rétablisse-
ment des Maures se rencontre dans un inivrage géographique arabe très
postérieur.
XXir SOURCES
de Nicolas 1" en ce qui touclie la famille malernelle de Boson, celles
de Jean VIII en ce qui concerne ce dernier, dont l'histoire est pen-
dant quelque temps en rapports étroits avec celle du souverain
pontife'. Les lettres les plus intéressantes après celles des papes,
pour Ihisloire du royaume de Provence, sont celles de Farchevêque
(le Reims Ilincmar. Plusieurs d'entre elles intéressent notre sujet
en raison des biens étendus du patrimoine de saint Rémi que
l'église de Reims possédait dans la province d'Arles. Elles ne
nous sont malheureusemenl pour la plupail parvenues que dans les
analyses de r//<s7oire f/e l'cç/lise Je //c/'/n. s composée vers 948 par
Flodoard-, chanoine de cette église, qui a mis à contribution ses
riches archives, mais n'a pas conservé les dates des documents
qu'il utilisait. Il faut donc dater les lettres d'après les mentions qui
y sont contenues et aussi d'après ce fait, mis en lumière par
Schrœrs^ que dans chaque série de lettres adressées à un même
personnage, les analyses de Flodoard se suivent en général dans
l'ordre chronologique.
Il faut mentionner à côté des lettres d'IIincmar un écrit canonique
du même auteur, le De divorlio Lolharii écrit en 860, dans la
seconde |)artic de l'année à l'occasion du divorce de la reine Theut-
berge el (|ui fournit un certain nombre de renseignements sur le duc
Hubert et le comte italien Boson, mari d'Engeltrude.
Les Capitulaires des rois francs, procès-verbaux d'assemblées,
traités de paix, peuvent être utilisés tant au point de vue géogra-
phique, pour les questions de limites et de partages, qu'au point de
vue des mentions, en général bien datées, de tel ou tel person-
nage. Il en est de même des actes des conciles. Mais en étudiant
ces derniers au point de vue géographique il faut se garder d'une
erreur parfois commise, qui est de considérer la souscription d'un
|)rélat à la suite des actes d'un concile tenu dans les États d'un
prince, comme \u\ indice certain (|ue l'autorité de ce prince était
reconnue par le ])rélat et par son diocèse.
1. Les lettres de Jean VIII se trouvent pour la plupart au t. CXXVI
de la Pair, lutine de Mignf.. La découverte et la publication par Lwald,
au t. V (lu Neues Archiv de la collection canonique dite Brilannica. (]ui
contient jjlusicurs lettres de ce Pa])e, a ajouté au recueil plusieurs (io-
cuments intéressants. Sur le registre de Jean MIL cf. A. Lapi'itre,
Jean MIL p. 1-29.
2. Flodoard a éiialement composé des Annales (919-966) aux([uelles
nous avons emprunté (pielques mentions, mais (lue nous avons cvn
inutile d'étudic^r dans cette; introduction. Un texte correct de VJIisl.
Hem. Jù-cl. a été donné par IIki.i.kiî et Waitz au t. XIII des Scriptores,
mais sans notes et sans déterniination de dates.
:{. Illnkniar, Erzhiacliof von Jlcinis, p. r)12 et sniv. 11 a dressé, en
outre, des lettres U'Hincmar un utile regeste, mais où l'on pourrait
préciser quelques dates.
sornr.ES xxiii
B. SOURCES DIPLOMATIQUES
C'est à elles (|ue l'on en es! réduit pour une grande jj.irlie de
l'histoire de la France méridionale an i\'' et au \" sièele. Mais les
chartes ne permettent guère Ihisloire proprement dite, le réeil des
faits. En dehors de la diploniali(|ue et de l'histoire des institutions,
elles ne peuvent guère fournir que des renseignements chronolo-
giques, généalogiques et géographi(|ues. Même dans ce dernier ordre
d'études, leur emploi est souvent hien incertain. Les actes dalés des
ans de règne d'un roi ne ])ortent |)as toujours de date de lieu el la
mention « rec/naule lali» impli(iuant la reconnaissance de l'autorité
de ce prince, peut par conséquent se rapporter, soit au lieu de la
situation des biens, soit à celui par exemple où se trouve l'abbaye
qui reçoit la donation de ces biens ^ En outre Texistenee simulta-
née de plusieurs rois portant le même nom, comme Raoul de France
et Rodolphe II de Bourgogne, est une source d'obscurités. C'est
ainsi encore que le grand nombre de princes ayant entre 8.")0 et 9.50
porté le nom de Louis, peut prêter à des confusions, permettre
l'attribution d'un diplôme de Louis l'Aveugle à Louis II, et a forliori
de considérer comme daté des ans de règne de Louis le Pieux tel
acte (|ui l'est en réalité de celles de Louis de Provence, les
mentions diverses (noms de comtes, d'évèques. etc.) ne foui'nissant
pas toujours d'éléments suffisants d'appréciation et les rédacteurs
d'actes n'ayant pas en général la précaution de spécifier, comme
certains scribes soigneux d'Avignon ou d'Apt, « en telle année du
règne de Louis, fils de Bo.soii - ».
1. Ajoutons que les mots « frontières ». « limites », « autorité re-
connue » désignent des idées peut-être moins précises au ix*-' siècle
qu'au xixe siècle.
2. Cart. S. Victor, n" 1040. Cart. d'Api (Bibl. Nat. ms. lat. 17778)
fol. 51. Remerville, Hif<l. d'Ap((ms), p. 42, 48, 51, 54, 55. Mantever,
p. just. n" XIV. On peut comparer avec le « anno VI régnante domno
nostro Karolo filiuin Judit » d'un acte viennois {Carliil. de SaùH-
Andfé-lo-Iias. éd. Chevalier, p. 217. n" 8*.
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1. Xous n'avons pas cru devoir citer dans la présente biblio.iiraphie
toutes les petites Annales auxquelles nous avons pu emprunter un ren-
seignement isolé. On y trouvera, en revanche, l'indication, d'une part,
de sources bour!i:uignonnes, relatives à Richard le .Justicier, et d'autre
]iart, de quehiues textes très postérieurs utilisés pour l'histoire de
('lirard de IJoussillon.
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PouPARiiiN. Roynione de Provence. à.
XXVIII ItlIiLKlCliAl'lUK
Charles boi(rguignoiiiie.'< i)irdi/cs des IX" et XI" siècles, publ. par J. G.\n-
NIER (Mémoires présentés à rAcailéinle des Inscriptions, 2>- série, t.
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1. Nous citons quehiuefois. au cours du présent travail, les Begesia
Hincmari. qui ternriinent cet ouvrage par Fabréviation ScimujI'Rs. Beg.,
suivie de l'indication du numéro donné par Schrœrs à la lettre que nous
étudions.
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(1863), p. 383-432^.
1. Toutes nos citations de VHist. de Languedoc, sauf indication con-
traire, se rapportent à la nouvelle édition. Lorsqu'il y a lieu, nous
indiquons que le passage cité est une addition des nouveaux éditeurs.
2. i\ous n'avons pas cité, dans la présente bibliographie : 1" les livres
ou articles qui ne nous ont fourni que des indications isolées relatives
à des points spéciaux ; 2" les collections d'un caractère général et d'un
usage courant comme le recueilde Duni Bouijuet et de ses continuateurs
(Hist. de Fr.), les diverses séries des Monumenta Gernianiae, les An-
liquitates Italiae de Muratnri, les Monumenta Historiae palriae, le
Spicilegium de d'.Achery, Y Amplissinia Gollectio de Martcne et
Durand, etc.
LE ROYAUME DE PROVENCE
SOUS LES CAROLINGIENS
CHAPITRE PREMIER
CHARLES DE PROVENCE ET SES FRÈRES
(28 septembre 85o-24 décembre 870).
Le 28 ou le 29 septembre 855, l'empereur Lothaire termi-
nait, dans la célèbre abbaye de Priim où il s'était retiré six
jours auparavant pour j recevoir la tonsure et l'habit monas-
tique, son existence mouvementée'. Il avait profité de ce court
espace de temps pour régler, en présence des grands de son
royaume'-, le partage entre ses deux fils cadets, Lothaire et
Charles, de la part de territoire qu'en 843 le traité de Ver-
dun lui avait accordée au nord des Alpes. Lothaire, dit
l'annaliste Prudence'', reçut la Francie, et son jeune frère,
Charles, reçut la Provence. L'empereur avait un autre fils,
Louis, qui héritait et du titre impérial et de l'Italie, dont il
avait été couronné roi dès l'année 844 \
C'est avec raison qu'on a vu\ dans ce partage, un progrès
marqué dans la dissolution de cet empire carolingien dont le
traité conclu douze ans auparavant entre les trois fils de Louis
le Pieux avait prétendu, théoriquement du moins, conserver
1. Textes réunis et discutés dans Duemmler, Geschichle des oslfnhi-
kùchen Beichs, t. I. p. 391, n. 5, et Bcehmer-Mueiilbaciier, Die lieyes-
ten (Ins Kaiserreichs unlor deu Karolinger, p. 4o7, n<* 11 'lo b.
2. HÉGiN'ON, Chronique, a. 855, p. 77.
:}. Ann. Berlin., a. 855, p. 45 : « Dispositoque inter lilios qui secum
« morabantur regno, ita ut Lotiiarius, coguomen cjus, Franciam, Karlus
« vero Provinciam obtinerent. »
4. Duemmler, Oslfr. Beich, t. I, p. 251.
5. Ibid., t. I, p. 392.
Poui'AHUis. Royaume de Provence. 1
2 PAUTAf-E DES ÉTATS DE LOTIIAIRE I" [855]
l'existence. Désormais la longue bande de territoires que
Lothaire avait gouvernée est fragmentée en trois sections
recueillies par un roi de Lorraine, par un roi de Provence, et,
selon l'expression légèrement dédaigneuse d'PIincmar, par un
empereur d'Italie, ou plus simplement par un <( roi des
Italiens » comme l'avait écrit Prudence quelques années
auparavant »\ Ce dernier va s'absorber dans les affaires de
la péninsule, sans pouvoir émettre la prétention de jouer,
entre ses oncles, le rôle de médiateur. Quant aux deux « tron-
çons )) situés au nord des Alpes, ils vont, à partir de cette
date, vivre d'une vie propre et indépendante.
Celui du Nord, outre la Francie proprement dite", com-
prend une portion méridionale, correspondant à l'ancien pays
des Burgondes, c'est-à-dire à notre Franche-Comté et à une
partie de la Suisse actuelle, qui, après avoir passé entre les
mains d'un assez grand nombre de maîtres, se détachera de
la Francie pour devenir le royaume de Bourgogne jurane. Au
contraire les territoires laissés par Lothaire I à son plus jeune
fils, bien que parfois politiquement séparés pour un temps les
uns des autres par le hasard des partages et des successions,
ne se fractionneront plus en deux royaumes distincts. A par-
tir du règne de Charles il y a entre le Rhône, les Alpes et la
Méditerranée un État, on pourrait presque dire une nation si
le mot n'était trop moderne, dont l'histoire pendant le temps
de son indépendance forme l'objet du présent travail.
Le nom de Provence'^ par lequel la plupart des anna-
listes et beaucoup d'historiens modernes désignent l'ensem-
ble des régions dont l'empereur Lothaire avait formé la part
de territoires par lui laissée à son plus jeune fils étant assez
vague, il est nécessaire avant tout de chercher à fixer avec
un peu plus de précision, ou au moins avec une approxima-
tion plus grande, les limites et l'étendue du nouveau royaume.
Los textes narratifs, parlant du partage fait en 855 par
l'empereur mourant, sont très sobres de détails. Selon les
Annales do Saint-lîertin, Charles aurait reçu la Provence et le
1. .1. DoiZK, Les fils lie Loids Ir Pieux et l'uitité île i Empire, dans le
Moyen âf/e, 1H98, p. 262.
2. Sur rétendue de la /'rtincir au r\'' siècle, cf. Loncxon, Alltis his-
lorif/iie, texte, p. 'i8. I.e sens du mot est ici restreint à la iM'ancie
orientale, à l'Austrasie.
:{. Sur ce nom, cl', i/i/'ra. Appemlirr I.
LA PllOVENCt: 3
duché de Lyon ^ ; selon la Chronique d'Adon de Vienne, il
aurait eu dans son lot la Provence et une partie do la Bour-
gogne". Ce dernier auteur ajoute plus loin un détail prouvant
({ue, selon lui du moins, le royaume de Charles comprenait
une partie de la Bourgogne transjurane"*. C'est le sens de
ces deuK textes qu'il faut tenter d'éclaircir et de préciser
autant que possible.
Le mot Provincia'*, comme l'on sait, ne désigne plus tout à
fait alors la totalité de l'ancienne Province Romaine ; mais après
avoir tendu à se restreindre au pays au sud de la Durance, il a
repris une partie de son extension et désigne le pays entre les
Alpes et le Rhône^ . Cependant il a encore un sens plus res-
treint et dans lequel, semble-t-il, l'emploie Adon de Vienne,
la ]*rovincia est essentiellement le pays d'Arles ^ la région
qui a alors à sa tète le comte Fulcrad. Celui-ci, révolté en
845^ mais bientôt rentré en gràce^ paraît avoir joui en
effet d'une autorité particulière, tout au moins d'une sorte
1. Ann. Berlin., a. 856, p. 47: « Karlo tamen... Provinciam et ducatum
« Lugdunensem juxta paternam dispositionem... » Au contraire, sous
l'année 855, ces mêmes annales ne mentionnent que la Provence. Cf.
p. 1, note 3. Il en est de même de certains autres chroniqueurs, comme
André de Bergame (Hist., c. 7, Script, fh-r. Lang.. p. 226) et Erciiem-
PERT (Ilist. Lang.. c. 19; ibid., p. 241).
2. Adon, Clironique, Mon. Germ. SS., t. II, p. 322. « Lotharius impe-
« rator infirmari se conspiciens regnum inter filios dividit. Carolo mi-
« nori Provinciam et partem Burgundiae, ... consignari jubet. »
3. Adon, (Chronique, ibid., p. 323, dit en parlant de l'empereur Louis
recueillant l'héritage de son jeune frère : « Accepit autem partem
« transjurensis Burgundiae simul et Provinciam. »
4. LoNONON, Allait hi.'itoriqnc. texte, p. 46 et 88.
5. Certains textes mettent Vienne en Provence : Ann. Berlin. ,z. 834,
p. 8; — Cf. PiiiLiPON, Le second royaume de Bourgogne, dans les
Annales de la Socirté d'émulation de VAin, année 1896, p. 366-70.
6. Encore au x'= siècle, Liutprand (Antapod., l. III, c. 16, p. 61) dit:
« Arelatensium seu Provincialium cornes. »
7. Ann. Berlin., a. 845, p. 32 : « Fulcradus comes et ceteri Provin-
« cialesab IllothariodeHciuntsibiquepotestatem totius i'rovinciae usur-
« pant ». Ann. Fuld., a. 845, p. 35. « Illotarius ducem Arclatcnsem et
« reliquos comités illarum partium rebellare molientes in deditioncm
« accepit et prout voluit Provinciam ordinavit. »
8. Sa rentrée en grâce est indiquée par ce fait qu'il figure dès 8'i6
dans une liste des comtes provençaux qui doivent accom])agner l'em-
pereur Lothaire dans son expédition contre les Sarrasins d'Italie (Bo-
retu;s-Krause, Capilularia région Francoruin, dans les Mon. (ierm.
hisl.', in-4o, t. II, p. 65). Il sen'ible évident qu'il s'agit de Provençaux
et de notre comte Fulcrad si l'on compare la liste des comtes énumérés
par ce capitulaire avec la série dé 'ceux qui assistent une dizaine
d'années plus tard au plaid de Sermorens (Baluzk, Capilularia, t. II,
4 LA PROVENCE. - LE DUCHE DE LYON
de prééminence sur les comtes des pays voisins. Les sources
annalistiques semblent en faire un personnage d'une impor-
tance exceptionnelle, non pas seulement un comte d'Arles,
mais une sorte de duc des Provençaux^ de marquis, bien que
ce terme, pour ce pays, ne se rencontre qu'un peu plus tard.
Les documents, il est vrai, sont trop peu nombreux pour qu'il
soit possible de donner des preuves, mais il faut ajouter que
le rang élevé du comte Fulcrad, et sa situation exceptionnelle,
sont également attestés par d'autres faits. C'est ainsi qu'il
figure en deuxième ligne, immédiatement après le régent de
Provence, Girard, dans la liste des comtes assemblés à Sermo-
rens vers les années 858-8G0', qu'il est également mentionné
l'un des premiers dans la liste du capitulaire de 846% et enfin
qu'il paraît comme ambnsciator au lieu du comte Girard dans
l'un des rares diplômes de Charles de Provence relatifs à la
partie méridionale des États de celui-ci qui nous aient été
conservés*. Il semble donc que le mot de Provence ait pu, dès
cette époque, en même temps qu'une région géographique,
désigner une circonscription politique'.
Quant au duché de Lyon, dont parlent les Annales de
Saint-Bertin, nous pouvons en constater non les origines, mais
Texistence dès une époque un peu plus ancienne. En 817 en
effet un nommé Bertmond est mentionné par Nithard avec le
titre de « Préfet de la Province de Lyon » ". Plus tard le
comte Warin, qui joua un certain rôle dans les guerres de
succession entre les fils de Louis le Pieux paraît avoir eu
également dans ces régions un pouvoir très étendu, s'exer-
çant sur Lyon et sur Vienne, en même temps d'ailleurs que
col. 1467). Le ra])procliement cependant n'a été fait ni par MM. Roretius
et Krause ni par >L Wcildemar Lip])ert, qui avait précédemment étudié
ce capitulaire. (Neues Archiv.. t. XII, p. 531-541).
1. Les Ann. Fuld., loc. cil., lui donnent expressément le titre de
duc.
2. B.ALUZE, Capilularia, t. II. col. 1467. Les dates extrêmes sont
fournies par les mentions de Rémi, archevêque de Lyon depuis 858, et
d'Kbbon, évêque do Grenoble, mort en 860.
.■]. Le troisième sur dix.
'». Diplôme pour l'é/j-lise d'Orange, pub. par A. de Mas-Latkie, dans
la JSihl. ilr rEc. des Charles, t. I, p. 495.
5. 11 ne faut ])as bien entendu vouloir trop préciser, mais il semblie
bien qu'il faille tirer une conséquence du titre de duc ])orté ])ar Ful-
crad, et de l'analogie des ex])ressions qui lui sont a]»pli(|uées avec celles
qui le seront plus tard à Hugues d'Arles.
'1. NrriiAKi), llishiiiac, 1. I, c. 2.
LE Di:cm': dk lyon 5
sur d'autres comtés, comme ceux de Màcon et d'Autun',
qu'il est cependant impossible de faire rentrer dans le diiailiis
Lurjdunonsis, car ils ne faisaient certainement point partie
du royaume de Provence gouverné par Charles. Nous igno-
rons d'ailleurs l'époque de la constitution de ce duché, (jui ne
paraît pas dans les textes de la période mérovingienne-, et les
causes qui motivèrent dans ces régions la réunion de plu-
sieurs comtés sous l'autorité d'un duc, à une époque à
laquelle il n'y avait point dans le voisinage do la Bourgogne
de royaume ennemi contre lequel il fût nécessaire d'organiser
une « marche ».
Nous ignorons également quelles étaient les limites du
duché, mais il semble bien proljable que Vienne en faisait
alors partie. Sur le titulaire en effet, lors de l'avènement de
Charles de Provence, il ne saurait y avoir aucun doute :
c'était le célèbre Girard, dit Girard de Roussillon, qui inter-
vient dans deux diplômes relatifs à l'église de Lyon'', l'un
de Charles de Provence*, et l'autre du père de celui-ci,
l'empereur Lothaire^ 11 porte dans ce dernier acte le titre
de marc/iio, qui correspond très vraisemblablement au (/ttca-
/us dont parlent les Annales Bertiniennes. Un autre docu-
ment d'ailleurs'' donne expressément à Girard le titre de duc.
D'autre part nous savons qu'il exerçait son autorité à Vienne
comme à Lyon : il intervient dans les diplômes relatifs à
l'église de Vienne' ; c'est là qu'en 870 il tentera de résister
1. Ilist. (le Languedoc, éd. Privât, t. II, p. 298.
2. Il n'est du moins mentionné ni par Grégoire de Tours ni par Fré-
dégaire.
3. Nous avons, du reste, une autre preuve des relations de Girard
avec Lyon dans la nappe d'autel que sa femme Berthe broda pour l'ar-
chevêque Rémi (MÉNESTRiER, I/ist. de Lyon, p. 238-239), toutes réserves
faites d'ailleurs sur l'âge réel de la nappe que virent dans le trésor de
la cathédrale d'anciens érudits lyonnais, mais qui semble avoir dispai-u
d'assez bonne heure. Cf. note de Steyert, dans De La MriŒ, I/ist. des
ducs de Bourbon et des comtes de Forez, t. I, p. 18. Les vers formant
l'inscription brodée sur la nappe ont été pul)liés en dernier lieu par
Tr.xube. Poetae lalini medii aevi, t. III, p. 687.
i. I/ist. de F/-., t. Vin, p. 396.
5. //ist. de Fr., t. VIII, p. 389, diplôme sans date de Lothaire I
restituant à l'église de Lyon la villa de Lucennay: « Gerardus illustris
comes atque marchio nobis fidelissimus ».
6. Il lui est donné, par une lettre (pie lui adressa le pape Adrien II
(.I.AKFÉ, n" 2923) et dont la Chroni'jue de Hrc.UEs de Fi.avionv (.Mon.
(Jerm., SS., t. VIII, p. 35''i), nous a conservé une analyse étendue.
7. JJisl. de Fr., t. VIII, p. 397; Ciiev.vlier, Description unali/tirjue du
6 LE DUCHÉ DE LYON
à Charles le Chauve ; il était enfin possesseur de bénéfices dans
le Viennois \ Nous inclinerions donc à croire que le ducatus
Lugdiinensk confié à Girard, comprenait en 855, réunies sous
l'autorité du marquis, les cités de Lyon et de Vienne avec leurs
territoires. Le 2)agus de Vienne était alors divisé en deux
comtés" : le siège de l'un étant nécessairement à Vienne, et
l'autre à ToUianuin\ aujourd'hui Tullins dans l'Isère '\ Quant
au Lyonnais proprement dit il parait avoir eu à cette époque une
grande extension, et avoir compris une partie des territoires
situés sur la rive gauche du Rhône, puisqu'un diplôme de
Charles de Provence y place Tournon', et que le lieu de
Macheville^ compris dès 962 dans le Valentinois, avait fait
autrefois partie du pat/us Lugdunrnsis' . Ces pays transrho-
daniens se trouvaient donc tout naturellement, comme dépen-
dances du L,yonnais, compris dans le royaume de Charles de
Provence. Il est même possible qu'il faille rattacher au duché
de Lyon le Vivarais. C'est en eff"et Girard qui intervient pour
faire restituer par le roi Charles à l'église de Viviers et à son
évoque Bernoin une ile du Rhône indûment enlevée à l'évè-
ché au profit du domaine comtal^ D'autre part, dans les par-
Cartulaire de Saint-Maurice de Vienne, p. 56. — Ce qui complique, il est
vrai, la question relativement à Girard, c'est qu'il est, en même temps
que comte de tel ou tel comté, le principal conseiller, le tuteur de
Charles, et qu'il est difficile de savoir en quelle qualité il intervient.
1. Hist. de Fr., t. VIII, p. 397, diplôme cité, pag. précéd.. note 7.
2. « In papo viennensi seu in comitatu tullianensi ». Ibid.
3. Le comté de Tullins disparut au x'' siècle et la ville n'était plus
au xi« que le chef-lieu d'une subdivision du comté de Vienne. Cf.
Mei.i.et, Réponse aux objections sur le préambtile de la charte XVI du
ix" (Àirtul. de saint Hufjues, p. 16-17.
'j. Isère, arr. Saint-Marcellin, chef-lieu de canton.
5. Diplôme de Charles de Provence restituant à l'ég-lise de Lyon :
« Castro seu villa Tornone, quod situm est in page Lugdunensi juxla
« fluvium Rodanum » {Ilist. de Fr., t. VIIl, p. 399 ;Rouciiiek. Ilist. du
Vivarais. p. 607). Il s'agit bien (cf. J. Chevalier, Mémoires pour servir
à r/tistoire des comtés de Valent iuois et de Viois. t. I, p. l'iO) de Tournon
dans l'Ardèche et non du « Tornone Castro » d'une charte de Cluny
(Beiî.nahi) et Bkuel, Charles de Cluny, n" 3) qu'on a voulu identifier
avec un 'l'ournon dans l'Isère. (Cf. BftUEi.. Eludes sur la chronologie des
. rois de France et de liourijogne d'après les chartes de Cluny, j). 3).
Mien qu'une partie du futur Valentinois dépende du Lyonnais, Valence
même se rattache à la Provence, et. suit dans les partages le sort
d'Arles et non celui de Vienne.
6. Ardéche, arr. Tournon, cant. et coni. LaMasIrc.
7. CartulairedeSaint-Cha/fre-ihi-Monaslier, éd.U. Cin- vai.ieiî, p. 115.
Cf. .1. CllEVAI.IEU, loc. rit.
S. Diplôme de Charles de Provence du 22 décembre 862 (Iîœhmer-
ÉTENDUE DU ROYAUME DE PROVENCE 7
tages, Viviers et Uzès suivent le sort de Lyon et de Vienne,
ce qui pourrait faire supposer que ces villes étaient adminis-
trativement rattachées au duché du comte Girard.
Si Ton rapproche du texte de Prudence relatif aux limites
du royaume de Provence celui de la chronique d'Adon de
Vienne, il semble bien que Ton doive identifier co que ce
dernier désigne par l'expression assez vague de pars Hw-f/un-
diac avec le ducntiis Liigdunensù dont parlent les Annales de
Saint-Bertin. Nous savons d'ailleurs, en effet, (juole Lyonnais,
au ix" siècle et au x", faisait partie des pays connus sous le
nom de Burgnndia\ ce qui a pu entraîner Adon à comprendre
dans celle-ci la ville de Vienne, souvent rattachée à la Proviii-
cia. Mais un autre passage de la chronique du même Adon,
déjà relevé plus haut, pourrait faire hésiter au sujet des limites
du royaume de Provence, car il y fait rentrer une partie de
la Bourgogne transjurane. Il faut entendre par là quelques-
uns des comtés qui firent plus tard partie du royaume Rodol-
phien, formés des anciens pays burgondes soumis aux Francs
en 534 et situés à l'Est du Jura, correspondant aux diocèses
de Belley, de Genève, de Sion, et sans doute aussi de Taren-
taise et d'Aoste^ Or on verra plus bas que Charles de Pro-
vence reçut en 858 de son frère Lothaire les deux évêchés de
Tarentaise et de Belley; ces deux diocèses ultrajurans furent
certainement occupés par Louis II en 8613', puisque leurs noms
ne se retrouvent pas dans la liste des comtés du royaume de
Lothaire II partagés, en 870, entre Charles le Chauve et Louis
le Germanique. Cela suffit à expliquer le texte d'Adon, sans
qu'il soit nécessaire d'admettre qu'en 855 Charles reçut de son
père une partie de la Transjurane. Aussi faut-il reconnaître,
MuEHLii., \v> 1297; llist. de Languedoc, t. H, pr., col. 3;>6). Cette resti-
tution d'une terre comtale (sur le sens de ce mot, cf. infra) à la re-
quête de Girard n'empêcherait pas, du reste, d'admettre l'existence à
Viviers d'un comte particulier, subordonné au duc de Lyon. C'est ainsi
que dans la donation à l'église d'Orange d'une terre également com-
tale, le comte d'Arles, Fulcrad, duc de Provence, intervient en même
temps qu'Aldric, qui est vraisemblablement le comie particulier
d'Orange (diplôme de Charles de Provence du 25 août 862 : H(«-:iimer-
MuEHLi?., 11" 1298; Bihl. Ec. des Cit., 1. 1, p. 'i95). 11 semble y avoir eu un
comte de \iviers au temps de Louis le Pieux (flist. de Fr., t. \'l, p. 50o).
1. LoNc.NON-, Allas hlalorique, texte, p. 88.
2. Sur le Trannjurensis pagus, cf. infra. Appendice I.
'S. C'est à l'occasion des événements de cette année qu'Adon parle
de Bourgojjne transjurane.
8 ÉTENDUE UU ROYAUME DE TROVENCE
avec M. Longnon', que les expressions employées par Adon ne
rendent qu'assez inexactement compte des limites du royaume
de Charles. D'autre part les textes diplomatiques, en attes-
tant la souveraineté de ce prince sur les diocèses de Lyon -,
de Vienne ^ de Viviers \ d'Orange", d'ITzès", de Grenoble",
d'Apt^ de Maurienne^ surTarchidiocèse et vraisemblablement
toute la province d'Embrun *", sur le pagus de Sisteron " con-
1. Ciirard de Roussillon dans l'histoire (Revue histor., VIII, p. 258).
2. (Charles de Provence accorde à l'église de Lyon plusieurs diplô-
mes (B(i-:HMER-MUEHLB., n"« 1290, 1298, 1299; kist. de Fr., t. VIII,
p. 396, 399 [n»^ v et vi]; Miltli. des Insf. fier Œslerr. Gcschichlsfors-
chung, t. XV'I, 1895, p. 214), l'archevêque Rémi joue dans le royaume
un rôle important (cf. infra). Charles confirme, en outre, en 859, la
fondation de l'abbaye d'Ainay au diocèse de Lyon (diplôme sans date,
publié par A. Dopscii, MiUJi. des Inst. f. Œ. G F., t. XVH, p. 213 ; fragment
d'un diplôme dont le texte complet vient d'être publié par E.MrEiiLBACiiER
dans le Neues Archiv., t. XXV, p. 648 ; notice dans Guiciienon {Ilist.
de Bresse et de Bugey, pr., p. 228, Charles de Provence donne, le
22 août 861, un précepte confirmant les privilèges d'immunité du mo-
nastère de rile-Harbe, au même diocèse (Boi^iimek-Mueiilb., n" 1294;
liist. de Fr., t. VIll, p. 400). — Nous ne parlons pas du comté de
Belley, mentionné par le premier des diplômes cités dans cette note,
car il ne fut que postérieurement cédé à Charles.
3. Pour les divers diplômes accordés par Charles à l'église de Vienne,
cf. ce que nous disons plus bas, j). 15, de l'archevêque Agilmar.
4. Diplôme du 22 décembre 862 (Bckiimer-Muehlb., n» 1297; Hist. de
Languedoc, t. II, pr., col. 336. Cf. Ilist. de Lang., t. I, p. 1089.
5. Diplôme cité, p. 6, n. 8. Bœhmer-Muehliî., n° 1298.
6. C'est de cette ville qu'est daté le diplôme cité à la note précé-
dente.
7. L'évêque de Grenoble assiste à une assemblée des grands et des
prélats du royaume de Charles, tenue entre 858 et 860 à Sermorens
(Baluze, Capitularia, t. II, col. 1467).
8. Ibid.
9. Ibid.
10. Le métropolitain d'Embrun assiste à cette même assemblée de
Sermorens. 11 est à peu près certain que toute la province d'Embrun
(léj)endait du royaume de Charles et M. Lononon (Atlas histor., pi. VI,
n" 3) n'a pas hésité à la lui accorder. iMais, quoi (|u'en pensent certains
historiens (cf. par ex. Piiilipon, Le second royaume de Bourgogne,
dans Ann. Soc. Fnml. Ain, 1896, p. 257), la possession d'une cité ar-
chiépiscopale n'entraîne pas nécessairement celle de toute la province
ecclésiastique, comme le prouve dans le cas actuel l'exemple de Lyon,
dont le métropolitain était sujet de Charles de Provence, tandis (|ue
ses suii'ragants de Langres, de Chalon, d'Autun, de Màcon dé))cndaient
j)oliti(]uem('nt de Charles le Chauve.
11. Une assemblée d'évêqucs est tenue en 859 à « Saltus » dans le
pagus de Sistei'on, sur l'ordre de Charles de i^rovence, et le procès-
verbal de ses actes est daté des ans du règne de ce prince (M.umllon,
Acta Sanct. ord. S. Ben., saec. IV, ])art. i, ]). 500). Elle est mention-
née dans un précepte de Charles (.)/<7/A. des Inst. f. Œ. GF., t. XVI,
KTENDUE DU ROYAUME DE PROVENCE 9
Arment ce qu'il était permis de conclure de l'interprétation des
textes annalistiqucs, plutôt qu'ils n'apportent des renseigne-
ments nouveaux. Il faut cependant faire une exception en ce
qui concerne le Vivarais et l'Uzège; les chartes permettent de
vérifier que ces deux diocèses, rattachés depuis le v" siècle
cà la Provence par la conquête franque, et attribués par le
partage de 843 à l'empereur Lothaire ', faisaient partie encore
du royaume do Charles, mais c'est là le seul point sur lequel,
les textes narratifs laissant quelque doute, les diplômes
peuvent fournir des renseignements complémentaires ■. En
somme, ce que l'on peut dire de plus général et en même
temps de plus certain, c'est que l'empereur Lothaire, en
réunissant les deux unités territoriales alors existantes et
désignées sous les noms de Provence et de Duché de Lyon
pour en constituer la part de son plus jeune tîls, faisait de
celui-ci le souverain des pays compris entre la mer, les Alpes,
la limite septentrionale des diocèses de Maurienne et de
Vienne, et le Rhône, augmentés de la portion du jkujus Liuj-
dunensis qui s'étendait sur la rive droite du tieuve, et sur cette
même rive du Vivarais et de l'Uzège.
Le souverain qui régnait sur les États dont les limites vien-
nent d'être ainsi déterminées, Charles de Provence, ou Charles
le Jeune, comme l'appellent certains historiens modernes ^ est
certainement, parmi les rois de l'époque carolingienne, la
figure la plus effacée '*. La date de sa naissance est à peu près
inconnue. Le mariage de ses parents, l'empereur Lothaire et
Ermengarde, fille du comte Hugues de Tours, est du mois
p. 213, cité, n. 2). non daté, mais qu'il faut rai)procher de ce procès-
verbal et placer en 859.
1. LoNGNON, Atlas histor., ])[. VI, n" 2, et Parisut, Le roijaume de
Lorraine, p. 16.
2. A moins que l'on ne considère comme certain que le \'ivarais
dépendait du ducalus Lugdunensis.
;j. LoNGNON, Atlaa hisL, texte, p. 74. Ce nom est moderne, semble-
t-il. Au moyen âge, Aunni de 'I'rois-Fontai.nes (Mon. Germ., SS.,
t. XXIIl, p. 738) emploie Texpression de « Carolus junior », mais c'est
pour distinguer Charles de l'rovenc(! de son oncle et homonyme le roi
des Francs occidentaux. Ce n'est donc pas un surnom datant du moyen
âge, a fortiori pas de l'époque carolingienne comme celui de Cliarles
le Chauve.
4. 11 l'est si bien que, dès 880 environ, le continuateur d'L'rchempert
(Mon. Germ., SS., t. II, p. 329) traitant du partage entre les fils de Lo-
thaire I, ignore son existence.
10 CHARLES DE PROVENCE
d'octobre 821 \ mais Ermengarde ne mourut qu'en 851 ^ et le
fait que souvent les rois francs épousèrent de très jeunes
filles empêche de resserrer beaucoup de ce ccjté les limites
entre lesquelles on peut placer la naissance de Charles. On sait
cependant qu'il était le dernier né des trois fils de l'empereur \
et assez jeune pour être encore en 856 qualifié de pue)-'". Sa
jeunesse, en même temps que son état maladif, l'empêchent
d'agir par lui-même, ou du moins jamais l'on ne rencontre de
traces de son activité personnelle. En 856 ce sont ses fidèles
qui l'arrachent à ses frères, alors que ceux-ci cherchent à le
tonsurer; ses sujets le considèrent comme impropre aux fonc-
tions de souverain ^ et, dans son royaume, c'est le comte de
Vienne, le régent Girard, qui gouverne.
Girard, si célèbre dans la légende sous le nom de Girard de
Roussillon ^ a été l'objet de récents travaux ", et sa biographie
1. Bœhmer-Muehlbacher, n" 716 d.
2. A7in. Berlin., a. 853, p. 43, et les textes cités par Duemmi.er, Ofttfr.
Reich, t. I, p. 397, auxquels on peut joindre les Ann. Einsidleuses {Mon.
Germ., SS., t. III, p. 140) et les Ann. Lausannoises {Mon. Gcrm.. SS..
t. XXIV, p. 779).
3. AnON, Chronique, loc. cit. L'on ne peut tirer un renseignement in-
direct de l'âge du frère aîné de Charles, l'empereur Louis II, que son
épitaphe (/lisl. de Fr., t. VII, p. 321) qualifie de puer lors de son avène-
nienten 844. Cette expression, en effet, surtout dans une œuvre poétique,
s'appliquerait même encore au cas où Louis serait né peu après 821.
M. Paiîisot (Le rof/tm/ne de Lorraine, p. 78) a cru pouvoir, d'autre part,
pai' une série de considérations ingénieuses, arriver à la conclusion
que Lotliaire H devait être né vers 837 ou 839. Cela mettrait la naissance
de Charles après 838-840. Si l'on admet, comme M. Parisot, que le
terme àe puer s'applique surtout à ceux qui n'ont point encore atteint
l'âge de majorité, c'est-à-dire 15 ans, selon la loi Ripuaire, (jui était
celle des princes carolingiens, Charles, encore puer en 856 (cf. n. 6),
serait né postérieurement à 840-841. Mais c'est peut-être vouloir pren-
dre trop au pied de la lettre les expressions peu rigoureuses des auteurs
d'ceuvres histoi'itjues ou littérau'es, non d'écrits juridiques.
4. Ann. Berlin., a. 856, p. 47.
5. C'est du moins le prétexte invocjué par les rebelles qui, en 8i)l,
appellent Charles le Chauve.
6. Du nom d'un château que la légende plaçait sur le « MontLas-
sois » ou Mont de Vix. près de Châtillon-sur-Saône, et dont les restes
auraient encore existé au xvn« siècle, au témoignage de Diiciiesne
(Ilisl. de Bnurf/of/ne, t. I, p. 232). S(H(»:i'KI.in (.\lsalia Illuslrala, t. 1,
p. 779) parle aussi de ces ruines, mais seulement, semhle-t-il, d'après
buclicsne. .Vujourd'hui, il n'y a plus là de vestiges du moyen âge, mais
seulement des restes de constructions antiques (P. Mevei{, (lirarl de
Boussillon, introd., p. \.\x).
7. A. Lo.NdNON, Girard de Roussillon dans Vllisloire dans Revue
histor., t. Vlli (1878), p. 2'il-278; P. Mkyeu, La léijende latine de Girart
I>E COMTE GIRARD H
n'est plus à faire. Il sulfit d'en rappeler sommairement les
principaux traits jusqu'au moment où cette histoire devient
celle du royaume de Provence. Son père, le comte alsacien
Leuthard', avait été l'un des fidèles de Louis le Pieux et fut
en 801 créé par ce dernier comte de Fézensac, ce qui pro-
voqua une révolte des Vascons^ Leuthard suivit plus tard
l'empereur dans son expédition d'Espagne'', pour revenir en-
suite finir ses jours dans le Parisis, s'il faut l'identifier, ce qui
paraît bien vraisemblable, avec le comte de même nom qui
figure au 3 janvier dans Tobituaire de Saint-Germain-des-
Prés*. Son fils Girard, possesseur, dès le temps de Louis le
Pieux, de biens étendus sis dans l'Avalonnais'', épousa, à une
date antérieure àSlD*', Bertlie, fille d'un certain Hugues, peut-
être comte de Sens '. Girard, après avoir, semble-t-il, rempli
de Roussillon, dans la Rnmania, t. VII, p. 178 et suiv.; et aussi la préface
de sa traduction, Girart de Roussillon, Paris, 1884, in-8", qui rendent
inutiles les travaux vieillis et trop souvent fantaisistes de MM. de
Terrebasse, Mignard, Clerc, Chérest, etc.
1. Girard nomme son père Leuthard et sa mère Grimilde dans la
charte de fondation du monastère de Vézeiay (Qua.nti.n, Cartul. de
l'Yonne, t. I, p. 80). L'identification avec le comte alsacien, déjà pro-
posée par Sciiœi'FLiN (op. cit.. ibid.), a été acceptée et rendue très
vraisemblable par M. Longnon. Ce Leuthard était peut-être parent,
frère même, du comte Hugues, beau-père de Lothaire 1. Cette parenté
est expressément indiquée dans un diplôme de Lothaire II de 858
(Bœiimer-Muehlb., n° 1252), mais il semble bien que cet acte soit un
taux (cf. Pafusot, Le royaume de Lorraine, p. 75i-762).
2. Vila Iliudovici, c. 13 et c. 16, Mon. Germ.,bb,\.. IL p. 612 et 615.
3. Ermoldus Nigellus, Carmen. 1. 1, v. 271; Lo.nonon. op. cit.,
p. 247.
4. A. Longnon, Soc. Ilisf. France, Not. et doc. p. 45. — Le .tii/nuni
d'un comte Leuthard figure à côté de celui du comte l'itienne. dans la
donation faite par ce dernier à l'église cathédrale de Paris du domaine de
Sucy (Tari)ik, Carton.^ des rois, n° 101) : mais cet acte est malheureu-
sement suspect (H. UE Lastevrie, La charte de donation du domaine
de Sucy. dans la Bibl. de VEc. des Gh.. t. XLIII. p. 60 et suiv.).
5. Carlidaire de Vêzelny, n"* m, v, vi, dans Bandini, Calai, codicum
lalinorum hibliolhecae Mediceae Laurenlianae, t. I, col. 129; P. Mevkr,
Girart de liou.-isillon, introd., p. x-xi. — C'est d'ailleurs dans cette
partie de la liourgogne, dans l'Avalonnais et le Lassois. que la tradition
a conservé le souvenir de Girard.
6. Elle intervient à cette date dans un acte relatif à Girard (Cartul.
de Vézeiay, 1. cit., n" ni).
7. Hugues, père de liertlie, est nommé dans la charte de fondation
des monastères de Pothières et de \'êzelay (Okantin, Cartul. de
VYonne, t. I, p. 80). La ([ualité de coiate de Sons lui est donnée i)ar !a
Légende latine de Girart (éd. Mkyer, .^ 7). 11 faut peut-être lidentilier
avec le « vir inluster Hugo comes », à la requête duquel Louis le
12 LK COMTE GIRARD
quelque temps en Italie les fonctions de ?nissus\ devint comte
de Paris ^ En 837, à la suite du partage d'Aix, qui mettait le
Parisis dans le lot du plus jeune des fils de Louis le Pieux,
le futur Charles le Chauve, le comte prêta à ce dernier le ser-
ment de fidélité en même temps qu'Hilduin, abbé de Saint-
Denise Cela ne l'empêcha pas, d'ailleurs, lorsque s'ouvrit la
succession de l'empereur Louis, de se laisser ramener au parti
de Lothaire par les émissaires de ce prince'', et de s'opposer,
en coulant les barques ou en coupant les ponts, au passage de
la Seine par Charles qui revenait d'une expédition en Aqui-
taine"'. Aussi, lorsque les partisans du fils de Judith eurent
réoccupé le comté de Paris, que le traité de 843 devait faire
tomber définitivement dans le lot de ce prince, Girard dut-il
l'abandonner pour se retirer dans les États de l'empereur
Lothaire, à la souveraineté duquel il demeurait fidèle e
Il paraît avoir été de bonne heure investi d'une certaine
autorité dans la portion méridionale de ces États. En 846 en
effet il figure dans une liste de grands ' qui doivent à l'empe-
reur un service militaire, à la suite d'un certain nombre
d'évôques de la région bourguignonne et provençale, en com-
Pieux accorde un diplôme à l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre
(QUANTIN, op. cit., t. 1, p. oO).
1. SiMSON, Ludirig der Frommc, t. I, p. 183.
2. L'identification du comte de Paris et du futur comte de Vienne,
proposée en 1878 par M. Longnon comme possible, acceptée comme
telle par M. Meyer, a été depuis rendue à peu près certaine par la
publication de l'ancien obituaire de Saint-Germain-des-Prés (Soc. Ilisl.
Fr., Notices et Documeiils, 1884, p. 25) (jui donne pour le comte pari-
sien Girard le même jour de décès (5 mars) que les obituaires bour-
guignons pour le régent de Provence.
3. NiTii.Mti), lliiiloriae, 1. I, c. 6.
\. Sur ces événements, cf. .1. DdizÉ, I.c r/ouvernemcnt confraternel
et Vunilè de V Empire, dans le Motjcn àf/e, 1898, p. '25'i.
5. NiTIlAKD, Jfi.'it., 1. Il, c. 6.
T). Postérieurement au 26 juin 83'.) (B()i:iimej!-Mi:i;iii.iî., n" OC/i). mais
antérieurement au 12 novembre 8'i2 (B(ii';iiMEi!-MnEiiM?., n" 1270,Hevei;.
Mittelrheinisches Urknndcnbucli, t. I, p. 78), il remplit avec le titre de
comte palatin les fonctions d'exécuteur testamentaire d'un comte
Hichard, dont nous reparlerons plus loin. Cf. Longnon, Girard de
fious.si/lon, p. 2'»9.
7. (Inpituldve Lnlnril de e.r/ieditione adversiis Samicenos facienda
(8'iC,). B()i!ETHis-Ki!Ai!SE. t. Il, p. 67. Ni M. Longnon, ni M. Meyer ne
paraissent avoir relevé cette mention du comte Giraul, dont l'identili-
cation i)arait cependant bien probable en raison du caractère méri-
dional des personnages dont les noms accompagnent le sien sur cette
liste.
LE COMTE r.IRARI) 13
pagnie du comte d'Arles Fulcrad\ et du comte d'Oraiif^e
Aldric". Cela ne l'emprchait pas, du reste, do continuer à pos-
séder des biens en A\alonnais\ Un peu plus lard, un le ren-
contre portant déjà le titre de marquis, et Lothaire I, vers
853, restitue à sa requête, à l'église de Lyon, des biens sis
dans les comtés de Lyon et de Vienne \ Il avait également,
avant la mort de Tempereur, reçu de lui en bénéfice des terres
enlevées à l'église de Vienne '. 11 est donc vraisemblable que
Girard, dès cette époque, devait se trouver à la tète du <li(ca-
tus Liigduneiisù. Deux ans plus tard c'est à lui qu'était con-
fié le gouvernement du royaume laissé par Lothaire à son plus
jeune tlls. Son intervention dans un grand nombre de diplômes,
comme les lettres que lui adressait l'archevêque de Reims.
Hincmar^ comme les noms que, dans certains diplômes, il
reçoit de son protégé, Charles de Provence ^ tout témoigne
de l'importance du rôle joué par lui. Il s'agit bien là d'un
1. Sur ce personnage, cf. fiupra, p. 3 et 4.
2. Nous attribuons à Aldric la qualité de comte d'Orange, parce qu'il
intervient dans un diplôme de Charles donnant à l'église de cette ville
une terre « in comitatu Arausicensi » (Diplôme du 25 août 862; Uoeumek-
iMuEHi.B., n" 1294, pub. p. Mas-Latrie, hibl. Ec. des Ch., t. I, p. 495).
3. Charte de 852. Cartul. de Vézday, n° H.
4. BoEiiMEiî-MuEiiLB., n" 1124; Hist. de Fr., t. Vlll, p. 389.
5. Un diplôme de Charles de Provence (sans date, mais antérieur au
6 juin 860. époque de la mort de l'archevêque Agilmar) restitue, à la
requête du comte Girard et de Rémi de Lyon, à l'église de Vienne, les
vUlae de TuUins et de Génissieux (Drôme. arr. Valence, canton Ro-
mans) dont la dernière avait été donnée en bénéfice audit comte
(BoEiiMER-MuEHLB., n" 1293. lli>il. de Fr., t. Vlll, p. 397). — Cette resti-
tution était, en outre, mentionnée par le nécrologe de Saint-Maurice de
Vienne (Chorier, Ilisi. de Dauphiné, t. I, p. 683 ; Longnon, op. cit.,
p. 255).
6. FLODOARn, Hist. Jiem. EccL, 1. III, c. 26, Mon. Germ., ScnRÔRS,
Ber/., n"^ 392-394. Hincmar s'adresse même à Berthe pour la prier
d'intervenir auprès de son époux dans cette affaire qui concernait
les biens de l'église de Reims, sis en Provence (Ib.. c. 27, p. 550;
ScHRORS, lieg., n° 343). Mais il est inexact de donner, en raison de ces
lettres, à Girard, le titre de comte d'Arles, comme le fait .M. Dei.ociie
Saint-Rémi de Provence au Moijen âge, dans Mèm. Acad. Inscr., t.
XXXIV, p. 58-59).
7. « Inlustrissimus comes et parens noster ac nutritor » (Bot-:iiMER-
Muehlbacfier, n" 1290, I/ist. île Fr.. t. Vlll, p. 396); « illustris comes ac
magistcr noster » (BoEiiMER-MiJEin.it., n" 1297, IIist.de. Fr., t. VIII,
p. 401). Lothaire I, dans le diplôme cité plus haut (p. 7, n. 5), le
dit simplement « illustris comes atque marchio ». Dans d'autres actes
(IVkiimer-Mueiilr., n» 1293 et n- 1300; Ilist. de Fr., t. VIII. p. 397 et
401 n" n) il n'a jjas de titre spécial.
14 LES GRANDS DU ROYAUME DE PROVENCE
véritable régent, dont l'autorité s'étendait en fait à tout le
royaume, et non pas seulement d'un duc ou d'un marquis
puissant, mais analogue aux autres fonctionnaires du même
ordre \
En dehors de cet important personnage, on est assez mal
renseigné sur les hommes qui formaient l'entourage de Charles
de Provence et administraient ses comtés. Fulcrad, le comte
d'Arles dont nous avons déjà parlé, qui peut être considéré
dès cette époque comme une sorte de marquis de Provence,
parait avoir renoncé à ses idées de révolte". Les souscrip-
tions de l'assemblée de Sermorens fournissent quelques noms^
mais il est impossible le plus souvent de déterminer le siège
comtal de chacun de ces personnages^. Quant aux ecclésias-
tiques, le seul qui paraisse, d'après les diplômes, avoir exercé
une influence particulière est l'archevêque de Lyon, Rémi''.
1. Cependant, c'est peut-être aller un peu loin que de dire comme
M. LûNGNON (op. cit., p. 254): « La sollicitude du régent s'étendait
même sur les diocèses qui, bien que compris dans le royaume de
Charles le Chauve, relevaient cependant du métropolitain de Lyon, »
en s'appuyant sur une lettre adressée à Girard par ilincmaret relative
à la consécration d'Isaac, évêque élu de Langres (FLOi)0.\ni), ///.s7. Rem.
EccL, 1. 111, c. 26, p. 540; Sciir<krs, Reg., n" 107). Girard, en effet, pou-
vait, comme comte de Lyon, agir sur le métropolitain de cette ville,
qui ne se pressait pas d'ordonner le nouvel élu, et il s'agissait, semble-
t-il, d'un clerc du diocèse de (irenoble (Lettre d'IIincraar à Ebbon, //>.,
c. 21; SCHRŒRS, Reg., n° 106).
2. Cf. supra, p. 3 et 4.
3. Arnulf, Autran, Beier, Ucpold, Barnard, Ingelran, Gérung, noms
dont quelques-uns se retrouvent dans le capitulaire de 846.
4. Aldric semble avoir été comte d'Orange. Wigeric, dont l'acte men-
tionne les démêlés avec Agilmar de Vienne, était peut-être parent de
Girard, s'il faut l'identifier avec un Widericus qui souscrit la charte
de fondation des monastères de Pothières et de Vézelay (Quantin,
Carlul. Yonne, t. I, p. 85). 11 paraît avoir, en 860, assisté à l'entrevue
de (,'oblence (Eccard, Comm. de rehus Franciae Oi-ienlalis, t. II, \). 476).
C'est tout ce que nous savons sur les comtes qui gouvernaient le
royaume de Charles.
5. Il intervient, en effet, non seulement dans les diplômes de Charles
relatifs à Lyon, mais encore dans un acte concernant l'église de Vienne
(lUji'UMER-MuEiiLii., Il" 12D3; Ilis/. de f'r., t. VIII, p. 397). C'est à lui que
s'adresse Ilincmar (Fi.odoard, Jlisl. Rem. EccL, 1. IH, c. 21. p. 515) pour
lui demander de prendre sous sa protection les biens de saint Ivémi en
Provence, lesquels étaient cependant situés dans les archidiocêses de
Vienne et d'Aix(//^., j). 210). Charles lit don à Rémi, à titre personnel,
de divers domaines en Belley (B()i;iiMER-Mui:in.n., n" 1295, Ilisl. de Fr.,
t. VIII, p. 396) ; de plus, à sa reciuête ou à celle de Girard, il accorda
divers diplômes à l'église cathédrale de Lyon (cf. .wpra, p. 8, n. 2)
comme aussi à l'abbaye de Saint iSonoît do Seyssicu ou Cessieu dont
LES nilANDS Dl' ROYAUMP: ItK PI'.OVRNCK 15
Celui-ci avait ou la faveur de l'empereur Lothaire* avant de
jouir (le celle de ses successeurs, et c'est par lui qu'il avait
été investi de la charge d'archichapelain, qu'il conservait
auprès du jiHine Charles-. L'archevèfiue de Vienne, Agilniar'',
ancien archichancelier de LothaireI\ ne paraît avoir joué
aucun rôle apréciable sous le règne de son fils '. 11 en est de
même du successeur d'Agilmar, saint Adon de Vienne, qu'au-
cun texte ne montre en relations avec Charles de Provence.
Celui-ci du reste semble avoir plus volontiers séjourné dans
la partie septentrionale de son royaume. Ceux de ses diplômes
qui nous sont parvenus datés le sont le plus souvent" de
Man taille, près de Vienne'. On le trouve également' dans le
palais rojal carolingien qui, dès l'époque de Louis le Pieux ^
existait à Tramoyes en Lyonnais", tandis qu'un seul de ses
actes atteste sa présence dans la partie méridionale de ses
États, à Uzès". Sans doute ces diplômes sont trop peu nom-
l'archevèque avait été l'un des fondateurs (cf. Ibid.) Rémi intervient
aussi dans le diplôme de Charles pour le monastère de l'Ile-Barbe
(Bœiimer-Mlehlb., n" 129G. J/isl. (le Fr., t. Ylll. p. 400).
1. (ïall. Christ., t. IV, col. 62; cf. diplôme de Lotliaire 11 ; Ilisl. de Fr.
t. VIII, p. 409-410 : « Uti archiepiscopus munere ipsius et favore con-
« stituerat ac idcii'co fiducialius accederet et quodammodo familiarius
« ad mansuetudinem nostram... nos... pro tidelissimo obsequio ipsius
« praedicti archiepiscopi ».
2. Il est dit « summus cappellanus « dans trois diplômes de celui-ci :
Bœiimer-Muhlb., n°- 1295, 1298. 1299; Ifist. <le Fr.. t. Vlll, p. 396. 399,
n°^ V et VI.
3. Sur les dates de l'épiscopat d'Ai^ilmar, cf. i/tfra. Appendice VIII,
p. 347-8.
4. BŒiiMER-MuEiii.n.. introd., p. xcvii.
5. 11 reçoit de lui des biens en Lyonnais (BoEii.\iEH-Mi;r:nLiî., n" 1292,
Gall. Christ., t. XVI, Instr., c. 8) et obtient la conlirm;ition d'une pré-
caire consentie par son église (BŒiiMER-MuEiu.n., n" 1291, Ilist. de Fr.,
t. Vlll, p. 39/) à laquelle comme nous l'avons dit Charles restitua éga-
lement des domaines usur])és par le comte Girard (B(«:ii.mer-.Mi;eiil«.,
n" 1293, Ilist. lie Fr., t. Mil, p. 397); mais .Vgilmar ne reçoit dans ces
diplômes aucune qualification spéciale. Dans le dernier, ce n'est pas
même lui qui joue le rôle d'ambascialor.
6. Dijjlômes du 16 janvier 8.")9, du 14 juillet 8G1, du 22 août 861
(B(JEii.Mi;u-MuEHLn., n-« 1291, 1295, 1296, l/ist. fie Fr., t. VIII, p. 397,
396, 400).
7. Mantaille, lieu détruit, commune Saint-Sorlin, Isère, arrondisse-
ment Vienne, canton Vienne-Sud.
8. Diplôme du 10 octobre 856 (Bœiimer-Mieiilr., n°1290, Ilist.dc Fr..
t. VIII, p. 396).
9. Vita I/ludovici, c. 57, Mon. Ccrm., SS., t. II, p. 642. Cf. GuiiiUE,
Topographie de iAin, p. 402.
10. Tramoyes en lîresse, .\in, arr. et cant. Trévoux.
11. Diplôme du 25 août 862, B(ji:iiMEi!-Mt;EMLi!., n" 1294.
16 MÉCONTENTEMENT DES FRÈRES DE CHARLES [855-856]
breux pour que l'on puisse, surtout en l'absence de tout autre
document, établir l'itinéraire de Charles, mais ils fournissent
néanmoins une indication. On pourrait peut-être, d'ailleurs,
voir dans ce fait une conséquence de la régence exercée par le
duc de Lyon, Girard, désireux de pouvoir conserver son pupille
autant que possible près de lui, en même temps que lui-même
surveillait la frontière la plus menacée par les entreprises de
Charles le Chauve et des frères aînés du roi de Provence.
Que ce dernier en effet fût hors d'état de gouverner
en raison de son jeune âge ou en raison de son état de santé,
son royaume avait grand besoin d'un homme énergique capa-
ble de le protéger contre les convoitises de ses voisins. L'em-
pereur Louis se plaignait de son lot^ et trouvait que, l'Italie
lui ayant été donnée par son aïeul Louis le Pieux", il aurait
eu droit encore à une fraction supplémentaire de l'héritage
paternel ^ Il adressa dans ce sens des réclamations à ses
oncles*, mais ceux-ci, occupés, l'un contre les Slaves^ l'autre
contre les Aquitains et les seigneurs rebelles ^ avaient de bien
autres soucis, qui les empêchaient de répondre à cet appel.
Nous ignorons quelle fut d'autre part l'attitude de Charles de
Provence et de Lothaire II vis-à-vis des réclamations de
l'empereur Louis II, mais les relations de ce dernier avec ses
deux frères semblent n'avoir eu alors rien d'amical, car le
1. A7in. Berlin., a. 856. p. 46.
2. On ignore de quelle donation il s'agit. Louis II ayant été couronné
seulement en 844, il est difficile d'admettre qu'il y ait eu donation
effective. Il y avait cependant eu peut-être une indication de la part
de Louis le Pieux, car, indépendamment du passage cité des Ann.
Berlin., plusieurs textes font allusion à un acte de ce genre, par
exemple : André de Bergame, Ilisloria, c, 6 (Scripl. Rer. Lnng.,
p. 225), et l'épitaphe de Louis II (Ilist. de Fr., t. VU, p. 321) qui e.st
peut-être l'œuvre d'un poète bénéventain (Duemmler, dans Nettes
Archiv.A. IV, p. 327), donc, comme le précédent, un document italien.
Duemmler (Oslfr. lîeich., t. I, p. 249) suppose une disposition arrêtée
lors du partage de Worms. M. Pahisot {Le roy. de Lorraine, p. 88,
n. 3) ne se prononce pas.
3. II aurait eu droit, en effet, à une portion de la Francie, si l'on
avait suivi les principes adoptés à Verdun en 843, en donnant à
chacun des copartageants un tiers de la succession, non compris le
royaume antérieurement possédé par ce copartageant. — M. Parisôt
(loc. cil.) croit (pie Lothaire pouvait se considérer de même comme
ayant droit à un tiers, plus la l'rise antérieurement reçue par lui.
4. .'iwn. Berlin., loc. cil.
5. Ann. Fnld., a. 856, p. 47.
6. Ann. Berlin., a. 856, p. 46.
|8551
MECONTENTEMENT HES FRÈRES DE CHARLES
17
pape Benoit III était obligé (riutervenir pour rétablir entre
eux la paix'. Lolliaire, qui, peut-être pour s'affermir contre
toute entreprise de la part de son frère l'empereur, s'était,
au commencement de l'année, fait sacrer roi par les grands
de la Francie, n'était pas non plus satisfait de son lot et con-
sidérait le partage fait par son père comme un amoindrisse-
ment pour la royauté ^ Des négociations durent être alors
engagées, sans que les textes fournissent de renseignements
à leur sujet. Mais, pour autant qu'il est possible de connaître
les prétentions de Lothaire et de Louis, il ne pouvait guère
être question que du partage des États de Charles, si l'un des
deux aînés ne parvenait auparavant à se les annexer dans leur
entier. Cependant, durant l'été ou Tautorane de la même année,
peut-être dès la fin d'août \ les trois frères se rencontraient à
1. Jaffk, n"2669; Bxnosics, A)int(les Ecclesiaslici, a. 85G, n. 127.
2. Son mécontentement perce encore dans un diplôme du 6 août 858
(BiEHMER-MuEHUî., n" 1250; Ilist. de Fr.. t. VIII, p. 405). — Sur la né-
cessité pour Lothaire d'étendre autant que possible son royaume afin
d'avoir des terres à distribuer à ses fidèles, cf. Parisot, op. cit.. p. 80.
o. Les diplômes de Lothaire II et de Louis II ne permettent pas de
fixer cette date avec beaucoup de précision. Le premier est encore à
Nimègue le 28 juin 856 (Boehmek-Mueiilb., n° 1245); il n'est de retour
aux environs de Metz que le 12 novembre (Bœumeh-Muehlb., n" 1266).
Les dates extrêmes foui'nies par l'itinéraire de Louis II, celles du 19
mai 856 (Ih., n° 1174) et du 1 1 janvier 857 (Ib., n" 1175), sont encore
plus éloignées l'une de l'autre. Les An?i. Berlin, mentionnent l'entrevue
comme l'un des derniers événements de l'année. Gingins {Bosonides,
p. 26) les cite pour établir |^?] la date du 22 septembre. DL'EMMLER(0.s7/'r.
Brick, t. I,p.399) et Muehlbacher, Bef/.Knr., p. 449, se bornent à parler
de l'été. Nous considérons comme plus vraisemblable, quoique bien
incertaine, celle du 23 ou 24 août 856 qui parait être un point de départ
du compte des années de règne de Charles de Provence à la chancel-
lerie de celui-ci. Si l'on suppose a priori, en effet, que ce point de
départ fut pris au jour de la mort de Lothaire I (28-29 septembre 855),
dans aucun des diplômes qui nous sont parvenas datés, la date con-
vertie en années de l'incarnation ne concorde avec l'indiction. C'est
ce que rendra plus sensible le tableau ci-dessous.
.Niim.
An
du règne
An de
Annéi'.
.\n de
de Bulmier-
Date de jour
Indietion
correspondant
1 incarnntion
.Mulilbucber
(du2Ssept.85."i,)
à l'indiction
(de l'aiit. 850
1-290
10 octobre
11
850
\
8.\G
85i;-s:>7
l-'iH
17 juin
II
S57
VI
Slis
8:;s
l'2!»l
10 janvier
IH
8:iS
VI
8r,s
8S;i
1 -29.T
14 juillet
\
son
l\
801
861
1290
22 uoiU
\
S6(l
IX
861
801-802
1297
22 décembre
Vil
861
IX
802
862
1298
25 aoril
vil
802
Vlllf?)
86(1 (?)
852-863
Nous indi(iuons dans la colonne i la correspondance des années de
l'ouPAiiDiN. lioijamne de l'rovenre. 2
Ig ENTREVUE D'ORRE [Août? 856J
Orbe, à quelques kilomètres au sud-ouest du lac de Neufchâ-
tel. Là, les discussions recommencèrent, et peu s'en fallut
qu'on n'en vînt aux mains. Lothaire II surtout convoitait la
part de son jeune frère, et, pour s'en emparer, songeait à faire
tondre Charles et à le laisser finir ses jours dans un monas-
tère. Il eût mis son projet à exécution, si les fidèles du jeune
prince, les seigneurs provençaux, qui vraisemblablement ai-
maient mieux avoir pour chef l'un d'entre eux, le marquis Gi-
rard, sous la souveraineté nominale de Charles, que de se sou-
mettre à l'autorité eff'ective de Lothaire', n'avaient arraché
leur roi des mains de son frère et empêché celui-ci de venir
à bout de son dessein". Soit que cette attitude des seigneurs
présents à l'assemblée fît réfléchir les deux frères aînés, soit
qu'eux-mêmes n'eussent pu se mettre d'accord sur les condi-
tions d'un partage nouveau, ils se décidèrent à rectifier défi-
nitivement la volonté de leur père en reconnaissant à leur
l'incarnation avec les années du règne, en supposant le point de départ
de celles-ci pris au 28 septembre 855, dans la colonne 7 la même corres-
pondance, mais en supposant le point de départ pris en automne 85(3.
Les diplomatistes, en elTet, depuis dom liouquet jusqu'à M. Miililba-
cher, ont supposé que depuis l'entrevue d'Orbe les années de règne
étaient comptées à partir de la date de celle-ci. ce qui est historique-
ment admissible. En ce cas, on obtient pour la majorité des diplômes,
concordance avec l'indiction, en supposant l'emploi d'une indiction de
septembre. Mais il faut admettre, en raison du n" 1296, que le point
de départ est postérieur au 22 août 856 et en raison du w^ 1294 qu'il
est antérieur au 25 du même mois, c'est-à-dire qu'il faut placer la
date de l'entrevue (laquelle peut avoir duré plusieurs jours) dans les
environs du 'l'.i ou du 24 août 856. Cette hypothèse ne repose que sur
les dates de diplômes dont aucun ne nous est parvenu en original.
Et pour le dernier des actes que nous avons cité, M. Miihlbacher a voulu
corriger an7i(j rcgni VU en anno refini IIIl. Mais c'est celle qui permet
de rendre compte du plus grand nombre de ces actes et c'est à ce titre
que nous la croyons admissible. On peut faire, il est vrai, une objec-
tion à cette théorie, c'est que les Aimales de Saint-Bertin parlent de
l'entrevue après le récit du mariage d'l';thehvolf et de Judith, lequel est
du l"^'"' octobre, et c'est ce qu'a déjà remarqué M. Parisot {I.c roj/aituu'
(le Lorraine, p. 90) qui ])lace l'entrevue dans les premiers jours d'oc-
tobre. Mais il faut remarquer (pie Prudence parle parfois des événe-
ments non à leur date réelle, mais à celle à laquelle ils parviennent à
sa connaissance.
1. M. Parisot op. cil. p. 90 suppose que le petit Charles avait été amené
à Orbe par Lothaire qui le retenait auprès de lui. Le texte des Aini.
liertin. ne parait pas appuyer celte conjecture.
2. Parisot (ibid.) suppose qu'ilsôtaient peut-être soutenus })ar Louis.
Eu tout cas, c'est Lothaire seul que les Ann. Berlin, désignent comme
l'auteur de la tentative dirigée contre la personne de Charles.
[857-858] rni.ITIorE DE I.OTHAIRE II 10
cadet la souveraineté de la Pruveuce et du duché de Lyon'.
Charles paraît avoir été de retour dans ce dernier pays au
mois d'octobre de la même année".
La situation changea pour lui lorsque, l'année suivante
Lothaire II, renvoya sa femme légitime Theutberge, sœur de
Hubert, abbé de Saint-Maurice d'Agaune et duc de Transju-
rane, pour revenir à son ancienne concubine Waldrade. C'était
s'engager dans une série d'intrigues et de difficultés qui devaient
peu lui laisser la possibilité do faire des conquêtes au détri-
ment de ses frères, et (jui fournissaient même à ceux-ci un
prétexte facile d'intervenir dans les affaires du roi de Lorraine
en se posant en défenseurs do son épouse délaissée'. Celui-ci
avait donc intérêt à les ménager et à les gagner à sa cause,
de même que son oncle Charles le Chauve. Il s'était rapproché
de ce dernier en 858, en l'assistant dans la campagne diri-
gée durant cette année contre les Normands de la Seine, tout
en observant d'ailleurs une prudente neutralité dans la lutte
entre Charles le Chauve et Louis le Germanique*. C'est sans
doute dans le même but de se créer des alliés"' que Lothaire, au
1. Ann. Berlin., a. 856, p. 47. C'est notre seule source pour le récit
de ces événements. Hincmar, dans sa lettre à Louis le Bègue (Mig.ne,
t. CXXV, col. 986) se borne à mentionner le fait de l'accord intervenu
sans en indiquer ni la date ni les clauses : « Mortuo Lothario, tilii ejus
regnum illius inter se diviserunt. » C'est aussi au traité d'Orbe qu'il
est fait allusion dans les préambules à peu près identiques des deux
privilèges accordés au monastère nouvellement fondé de Saint-Benoit
de Cessieu (Ain, arrondissement Belley, canton Lliuis) par une assem-
blée d'évèques (Maiullon. Acla sanct. ont. S. Ben . saec. IV', part, n,
p. 500) et par Charles de Provence (Mitth. des Inst. /'. Œ. G F., t. XVI,
1895, p. 213) : « Pace jam et divisione regni cum fratribus suis, miserante
« domino, celebrata. » Nous avons dit que la date de l'entrevue parait
avoir été considérée comme assez importantepour (iu"on la prit comme
point de départ du compte des ans du règne de Charles.
2. Diplôme donné le 10 octobre 856 à Tramoyes et confirmant à la
requête du comte Girard l'immunité de \'ille-L'rbane (Rhône, arr.
Lyon, ch.-l. de canton) qui appartenait à l'église cathédrale de Lyon
(Bni:iiMi:iî-Mu£in,i5., n" 1290, Ifist. de Fr., t. Vill, p. 396). Pour pou-
voir admettre l'indiction V, nous serions assez portés à donner à ce
diplôme la date de 856 en admettant que l'acte étant peu po.stérieur à
l'entrevue d'Orbe, les années du règne de Charles y sont encore comp-
tées, comme elles devaient l'être ])rimitivement à sa chancellerie, à
dater du jour de la mort de Lothaire I.
3. Sur ces événements, cf. Dukmmlei;, Oslfr. Hcich.. t. II, p. 5 et
suiv.; Paiîisot, op. cit., p. l'ri et suiv.
'». Ann. Berlin., a. 859, p. 51.
5. Dl'e.m.mli:h (Oslfr. Beich, t. Il, p. 8) croit comme nous (juc Lotliaire
20 CESSION DES DIOCÈSES DE TARENTAISE ET DE RELLEY [SoS]
commencement de la même année 858, se rapproche également
de son plus jeune frère et lui cède les deux évêchés de Tarentaise
et de Belley que le partage effectué en 855 n'avait pas compris
dans le lot de Charles, mais qui se rattachaient géographique-
ment au royaume de Provence. Ce royaume, en revanche,
au cas où son souverain viendrait à mourir sans s'être marié
ou sans avoir eu d'enfants, devait faire retour tout entier à
LothaireS au mépris des droits que Louis 11 avait une pre-
mière fois revendiqués, en 856, sur la portion de l'iiéritage de
son père sise au nord des Alpes.
A la suite de ces événements, Charles de Provence est dé-
finitivement admis, pourrait-on dire, dans le concert caro-
lingien. Non seulement il n'est phis (fuestion de lui enlever
ses États, mais il entre dans l'alliance de Charles le Chauve
et de Lothaire, renouvelée au commencement de l'année 859
contre Louis le Germanique. Au mois de juin, ces deux
princes se rencontraient dans le voisinage de Toul, à Savon-
nières", et ('harlcs de Provence assistait à l'assemblée,
accompagné de son conseiller et archichapelain, Rémi de
Lyon, ainsi (juo de quehiues-uns des autres prélats de son
voulait s'assurer du concours de Cliarles pour ses projets de divorce.
SciiRŒHS, au conti'aire (I/inkmar, p. 18;J), considère en parlant du roi
de Lorraine (|ue « von seinem Bruder Karl von der Provence, der
« einem baldigen Tod entgegensiellite, war weder gutes noch schlimmes
« zu befiii'chten ». C'est vrai peut-être si l'on songe à Charles lui même,
mais il avait des conseillers capables de lui l'aire jouer un rôle en cette
affaire et il ne faut pas ^éparer à ce point de vue son histoire de celle
de ses frères. D'ailleurs, comme le remarque M. Parisot (op. cil.,
p. 120), le royaume de Provence était voisin du duché de Transjurane.
et Lotiiaire pouvait craindre que Hubert ne trouvât un appui auprès
de Girard ou des autres grands.
1. Ann. Berlin., a. 8o<S, p. V.». « Lolharius rex cum fratre suo Karlo,
« Provinciae rege, amicitiam firmat, datis ei duobus episcopatibus ex
« regni sui portionibus, id est Bilisio et Tarentasia ; similiter Karlus
« eidem l'ratri suo Lothario regnum suum ea conditione tradidit, ut si,
« ante(|uam uxoreni acciperet et fiiios genoraret ab hac vita dccederct,
« ei Lotharius jure hereditario succederet ». ("os Annales sont seules à
mentionner cet événement, mais la domination de Charles sur l'un au
moins des territoires indiqués est attestée, un peu plus tard, par un
diplôme du l'i juillet 8(/l, concédant à son archichapelain Kémi, à
titre héréditaire, des biens sis dans le comté de Belley à Coron (Ain,
connnuiie Belley), .\maliana, Rothonod (commune Ciiazay-Bons, Ain,
arrondissement et canton Belley). Mntiano, liludcnnaco. Curie-Metiard,
.Viidort (même arr. et cant.): [{(H'Iimeiî-Mueulb., n" 1295; liisl. de l'r.,
1. Vlll, j). ;i'.)8.
2. Aujourd'hui ferme de la commune do Foug, Meurthe-i>t-Mosclle,
canton 'i'oul-Nord.
[Juin 8:.0| CIIARLKS OF] l'ROVKNCI'; A SAVdNMKliKS 21
royaume, Toutran, archevêque de Tarcntaiso, KI)l)oii de
(Irenohle, Ratbert de Valence et Abbon de Maurieniic'. Il
est menlioiiné h coté de son frère et de son oncle dans la dé-
claration de concorde et d'union contre Louis le Germanique
qui forme le préambule do l'acte rédigé à cette occasion-,
mais nous ignorons quels furent à l'assemblée le rôle et
la situation du jeune roi. Nous savons seulement qu'il
accompagna à Gondreville Lotbaire II et Charles le Chauve,
et y assista au jugement d'une affaire concernant l'archevêque
de Lyon. Ce dernier voulait obtenir l'annulation d'un échange
préjudiciable aux intérêts de son église, conclu au temps de
Lothaire I avec un nommé Witger^ Celui-ci, condamné à
la suite d'une première enquête conduite par le comte Su-
chard, en appelait de cette décision à l'assemblée et aux trois
rois réunis à Gondreville, et leur exposa qu'il possédait un
précepte de l'empereur défunt, ratifiant l'échange et le met-
tant à l'aljri de toute atteinte. Lothaire II, dans les États du-
quel se trouvaient les biens contestés'*, dut ordonner une
nouvelle enquête, dont le soin fut confié à Gondoin, l'un des
fidèles du roi de Lorraine'.
1. Ann. Berlin., a. Hâ'J, p. 52; Iîoretiijs-Kualse, t. II, p. 'j'iT-'iSO.
Les assemblées d'évcques, auxquelles fait allusion le texte cité des
Annales Bertiniennes, sont celles de Langres, en avril 859, et de Metz
en mai ou juin de la même année. Charles de Provence ne parait pas
avoir assisté à la seconde de ces assemblées, dont le procès-verbal
mentionne seulement Charles le Chauve et Lothaire {Mon. (k'rm.,
Lcges. t. I, p. 'i58). Quant à la première, c'est à tort que M. Mueiil-
UACiiER (Rey. Karol., p. 508) y mentionne la présence du roi de Pro-
vence, d'après une mention postérieurement ajoutée au privilège
accordé à l'église d'Autun par les évéques réunis à Langres. Cette
mention, ainsi conçue : « Cartam confirmavil Carolus Ludovic! Augusti
« tilius, Caroli autem augusti nepos », désigne Charles le Chauve seul,
tils de Louis [le Pieuxl et petit/Us de Charle[magne], non Charles le
Chauve et son neveu Charles de Provence.
2. Conv. apud Saponan'as, c. 1-3 ; Boiîeth's-Krause, (or. cit.
3. Diplôme sans date de Lothaire II pour l'église de Lyon (B(*:iimer-
MuEiiLU., n" 1259; Ilisl. de Fr., t. VIII, p. 'lil. Le dij)lome du même
prince pour l'église de Langres (ib., p. 'i07) ne mentionne la présence,
à Gondreville que de Charles le Chauve et Lothaire.
^. En Portois et en Bassigny, ([ui faisaient partie du royaume de
Lothaire 11, cf. Lononon, Atlas hist., pi. VI.
5. Diplôme précité do Lothaire II. Ifist. de Fr.. t. VIII. p. 'ill.Un
rapport (lut être fait par Gondoin à l'assemblée de (.'oblence. au mois de
juillet 8(J0. Mais Witger ayant refusé de se rentlre au tribunal du roi,
devant lequel il avait été cité, ce ne fut que plus tard (|ue l'alTaire reçut
sa solution définitive. M. Pahisot (op. cit., p. 177, n. 1) déploie jjeut-ètre
trop d'ingéniosité pour tenter de })rouver (lue le jugement dut être
22 CESSION DES DIOCÈSES L'LTRAJURANS A LOUIS II [859]
Après la tenue du synode de Savonnières, nous perdons
momentanément la trace de Charles de Provence et nous ne
savons s'il accompagna soit Charles le Chauve, qui se diri-
geait du côté du Rhin', soit Lothaire,qui se rendait en Italie^
C'est là que celui-ci prétendit avoir eu la preuve complète
de l'inceste que la reine Theutberge était accusée d'avoir
commis avec son frère Hubert, abbé de Saint-Maurice,
homme de mœurs assez décriées pour donner à cette accusa-
tion quelque, vraisemblance. Que cette affirmation soit vraie
ou fausse, toujours est-il que Lothaire éprouva à ce moment
le besoin de se concilier aussi son frère ainé^, et peut-être en
même temps le désir de se débarrasser du protecteur naturel
de Theutberge, Hubert. H céda donc à l'empereur les terri-
toires occupés par l'abbé d'Agaune, limitrophes au nord-est
du royaume de Provence, et dont quelques-uns firent plus tard
partie du royaume de Boson; c'est à savoir les trois diocèses
ultrajurans de Genève, de Lausanne et de Sion, en se réser-
vant toutefois une route pour descendre en Italie, celle du
Grand Saint-Bernard*.
rendu en automne (860) à l'assemblée de Tusey, à laquelle Lothaire II
et Rémi ont pu se rencontrer. L'archevêque pourrait se faire repré-
senter au plaid royal, et le diplôme qui nous fournit tous les renseigne-
ments relatifs à cette procédure paraît postérieur à l'époque à laquelle
Lothaire devint souverain du Lyonnais, c'est-à-dire à l'année 863.
1. Ann. Berlin., a. 855, p. 52.
2. Cf. HiNC.MAH, de Divortio Hlotharii, Migne, t. CXXV, col. 636.
8. C'est, en effet, peu après cette cession que Lothaire réunit le
second synode d'Aix pour reviser l'affaire de Theutberge, une première
fois déclarée innocente. Les actes du synode le déclarent tenu « decer-
« nentibus gloriosis regibus Hludovico, /varo/o atque Lothario juniore »
{Mon. Germ., Leges, t. II, p. 'i67). Ce Charles paraît être Charles le
("liauve plutôt que le roi de Provence, car le nom û.e Hluilovicux dé-
signe Louis le Germanique. Un évéque provençal, llilduin d'Avignon,
assiste cependant à rassemblée, comme, du reste, deux prélats du
royaume de l'Ouest, Hildegaire de Meaux et Wenilon de Rouen.
4. Ann. Berlin., a. 85*», p. 53. La cession a été rapprochée par Wenck
et par Dijkmmleiî (O.'ilfr. Beicli. t. H, ]). 10) du voyage de Lothaire
en Italie. Prudence l'indique comme l'un des derniers événements
de l'année. l']lle e<i certainement de la deuxième moitié de 859, car un
diplôme de Lothaire du 17 juin le montre encore en possession du
diocèse de (lenève {Hei/. Cenev... n" .\cn, p. 28). Les éditeurs du Beçi.
(îeiievoiH (il" .\ciil) et M. Piin.il'ON {Ann. Soc. h'mul. Ain, 1897, ]). 260),
contestent à tort la réalité de la cession. Celle-ci fut bien suivie d'effet,
puisque c'est en combattant les troupes impériales que fut tué le comte
Hubert. Aussi M. Philipon est-il ol)ligé de supposer plusieurs rétroces-
sions. Le seul argument sérieux contre la réalité de la cession se tirait
d'une charte du (^artul. de Lausanne {Ment. Snis.sc Itinnande. t. \'I.
[8o9] I,i:S NORMANDS DANS LK IIIIONK 23
Aucun texte ne mentionne la présence du régent Girard ù
coté de son pupille dans le nord de la Gaule. La situation du
royaume de Provence aurait été, du reste, peu favorable à
coite absence de son défenseur. Cette même année 859, des
pirates danois avaient contourné l'Espagne et franchi le dé-
troit de Gibraltar', en pillant sur leur passage les côtes de
la péninsule et celles des Baléares-, malgré la résistance des
chrétiens de Galice^ et celle des musulmans, qui leur intligèrent
plusieurs défaites sur mer'. Ils parvinrent ainsi jusqu'au littoral
de la Gaule et ravagèrent une partie du Bas-Languedoc et du
]vOussillon% notamment le monastère d'Arles en Vallespir^
puis enfin atteignirent la côte de Provence et pénétrèrent dans
le Rhône \ Ils remontèrent le fleuve en dévastant le pays sur
p. 203), datée de la mif année du roi I.othaire, niais il faut vraisem-
blablement la rapporter au règne, de Lothaire I; cf. Pahisot, op. cit.,
p. lo4, n. 5. I.e Pipiucensis romilatus répondit plus tard au comté de
lîartren comme l'ont montré Tiîolmllat (Mon. pour Vliist. de l'évèchc
de Bàle, t. I, p. 112, 120, 134. 152) et, d'après lui, M. Philipon.
1. Ann. Berlin., a. 859, p. 51. Ermentarius, Trnndalio S. FiUberti
(Mon.Germ., SS., t. X\', 302, à tort à Tannée 857) : DrE.MMi.ER, Osifr.
lieich., t. H, p. 29.
2. Chron. Srbnstiani. c. 2() (Eapcuui Sagrada. t. XIII, p. 492 et dans
Kruse, Chvonicon Normrtunnrum Variiigo-Ru.ssonnn, p. 256).
3. Ihid. et Cliron. Albeldcme {Esp. Sagrdda. ihid., p. 454).
4. Ibn-Adiiari, dans Dozv, Bcrherches sur lliisloirc de f Expagne.
2"^ éd., t. II, p. 280 et suiv. Ibn-.\dhari est du mu'' siècle, mais emprunte
à une source plus ancienne; et, les données de son récit que nous pou-
vons contrôler se trouvant a>sez bien vérifiées. le reste acquiert quelque
vraisemblance. Ibn-Adhari place par erreur l'apparition de l'expédi-
tion sur les côtes d"Espagne en l'an de l'hégire 245, c'est-à-dire après le
9 avril 859. Il semble que le fait doive être un peu antérieur à cette
date, car d'après le récit de Prudence dont la chronologie est en gé-
néral assez sûre, l'arrivée des Normands dans le Khôno serait duprin-
temjjs de 859. Du reste, un autre texte arabe, également traduit par
l)of.y {ihid., 281), montre que les paien.s i)assèrent en Espagne déjà
dans le courant de 858. .\l-.Makkari. llist. dex dgnnslies. miisu/inaiies
(l'EaprKjne. tr. angl. de Gayangos. t. II, p. 127, met aussi ces faits en
859. Cf. ihid., p. 245, n. 3*5, le récit d'un autre chroniqueur, .\.nnu-
WAYRi, qui mentionne la prise de Barcelone à cette époque par les
pa'iens. — Sur ces faits et en général sur l'incapacité des Danois en
matière de combat naval, cf. Steenstrlp, Eludes pnHimin. pour...
r/tist. des Nornumds. tr. fr. Caen, 1880. p. 128, qui admet la valeur
du témoignage des chroniqueurs arabes.
5. Ilist. de Languedoc, t I, p. 1081. Les mentions des auteurs es-
pagnols montrent qu'il s'agissait bien (ie .Normands et non de Sarrasins,
comme Mabille le croyait possible (ihid.. n. 2).
6. Maimelon. Acta snnct. ord. S. Ben., saec. III. p. 69.
7. Ann. Berlin.. Inc. rit.
24 RETRAITE DES .NORMANDS [860]
une assez grande étendue de terrain, jusqu'à Nîmes et Arles',
pour s'établir enfin à demeure dans la Camargue selon une
tactique assez habituelle chez eux^ C'est de là, que l'année
suivante, ils sortirent pour piller la contrée jusqu'à Yalence^
peut-être même jusqu'à l'Isère'*, et c'est là qu'ils purent,
semble-t-il, sans être inquiétés, se retirer avec leur butin
(avril-mai 860)"'. Mais il est probable que dans le courant de
la même année, en été ou au commencement de l'automne",
le comte Girard les attaqua et leur infligea une défaite, car à
cette époque on les voit se décider à quitter la Camargue et
à se diriger sur l'Italie, où ils pillèrent Pise et d'autres villes
encore", alors qu'une lettre de Loup de Ferrières adressée au
régent de Provence le félicite des victoires par lui remportées
sur les païens *.
Cette lettre de Loup de Ferrières est relative à une autre
1. Nous rattachons comme Duemmler à ces faits la mention du
Chron. Nemausense, a. <S58 {Mon. Germ., SS., t. IK, 219): « Nornianni
« Nemausum et Arelatem depredaverunt», en adme1tant,en présence du
texte si précis de Prudence, une erreur de date dans cette chronique,
pkitôt que de faire remonter, comme Mabh-LE (Ilisl. de Languedoc,
1. II, p. 3G;]), à l'année 858 l'occupation par les iJanuis du cours infé-
rieur du h'hône. 11 faut également rapprocher de ces événements une
mention très inexactement datée de la Chrûni(iue de Saint-lîéniyne de
Dijon, éd. Bougaud, p. 110.
2. Ann. Berlin., lac. cit. ; Favre, Eudes, Appendice II {Les Nor-
mands), p. 218 et suiv.
3. Ann. Berlin., a. 860, p. 54.
't. Cette année, en effet, le monastère de Saint-Barnard de Romans
l)araît avoir été saccagé et })resque détruit par eux. (Chevalier, An-
nales de la ville de Bomans, ]). 3).
5. Ann. Berlin., loc cil. La date se déduit de la place occupée i)ar
ce récit dans les Annales de Saint-Bertin, avant la mention de faits du
i-- juin 860.
6. Cette date se déduit : 1" de la j)lace occupée par le récit du départ
des Normands dans les Annales de Saint-Bertin; 2" de la date de la lettre,
citée j)lus bas, de Loup de Feiuuères à Girard de Vienne, ([ui indi([ue
la victoii'c sur les Danois comme un fait récent, s'étant passé « nuper ».
Or, la date de cette lettre se phice entre celle de la mort de l'arche-
vêque Agilmar ((> juillet 860) et celle du synode de Tusey (22 octobre
860) auquel assiste Adon.
7. Aun. Berlin., a. 860, p. 54. — ("est tout à fait sans preuves que
M. Lau!, dans la préface de son édition de DrnoN nr Saint-()i"ENT1N,
(('aen, 1865, in-'i", p. 33 et VI) et Dei'PINc; {Ilisl. des e.rpéditions mari-
limes des Normands, t. I, j). 257) veulent rapjjrocher ces faits du récit
de la j)rise de Luna ])ar llastings et Bjorn ( ote-dc-fer, récit très légen-
daire d'ailleurs.
8. Loup ue I-'eiîimÈkks, Lellres n" 122 (éd. Desuevises, n" 125);
Lo.NONo.N, oj). cit.. \). 253.
[860] KLECTION F) ADoN A VIK.N.M': 2.j
affaire importante qui, à la même époque, occupait le comte
Girard. L'archevêque Agilmar de Vienne était mort le G juillet
860 et avait été enseveli, selon la coutume, dans la basilique
du monastère de Saint-Pierre'. Le successeur que lui avaient
choisi le clergé et le peuple, probablement grâce à une active
in-tervention de Rémi, métropolitain de Lyon, était un clerc de
cette dernière ville, Adon, qui fut plus lard saint Adon. Moine
à Ferrières, puis à Priim, il avait fait son éducation dans ces
deux célèbres abbayes ; après avoir ensuite ([U(dfiue temps
voyagé en Italie, il était venu se fixer à Lyon. Il reçut de l'ar-
chevêque de cette ville la cure suburbaine de Saint-Romain,
qu'il occupa pendant quelques années avant cette date de 860,
à laquelle il fut appelé à la dignité de métropolitain de Vienne
en remplacement d'Agilmar.
Mais cette élection avait, parait-il, soulevé quelques diffi-
cultés. Certaines personnes avaient accusé Adon d'être un de
ces moines vagabonds contre lesquelles conciles du ix" siècle
sont contraints de prendre d'incessantes précautions". Le
comte Girard, saisi de l'affaire, s'était adressé aux anciens
supérieurs de l'élu, afin de s'assurer que celui-ci n'avait point
quitté son premier diocèse sans s'être régulièrement muni de
lettres dimissorialesMe son évêque, c'est-à-dire en l'espèce du
métropolitain de Sens, Wénilon, et do l'autorisation de son
abbé, Loup de Ferrières''. Celui-ci adressa donc à Girard une
1. Livre épiscopal de Li^ijor, dans abbé Duciiesne, Fautes épi'sco-
paux de rancienne (iaule, 1. 1, p. 203. — Sur la date de la mort d'Agihnar,
cf. Appendice \11I, p. ;J4S.
2. Textes nombreux dans Boketuis-Krai'se, indiqués à la table. On
peut aussi consulter ceux qu'a réunis HÉ(HNOn, De lù'cles. disciplina,
1. II, S '424 et suiv., dans Mione, Pair, lot., t. CXXXII, col. 274. Une
accusation du même fienre avait été portée l'année précédente au concile
de Savonniéres contre l'évéque de ^'erdun, Hatton (ConiK ap. Sapo-
narias, BoiiETius-KRAi:sE. t. II, p. 448; Pakisot, Le roij. de Lorraine.
p. 131-132.
3. Sur ces lettres, délivrées par l'évéque au clerc qui avait régu-
lièrement quitté son diocèse, cf. Boretius-Krause, 1. 1, p. 210; Zeumeiî,
Furmulae, p. 509, 56o, 56.5, n"^ xn, \v et xxiii. — On dit lilteraeilimis-
soriales ou commendaliciae.
4. Ces « dirnissorialcs », d'après la lettre de Servat f.oup, devaient
se trouver entre les mains d'Kbbon de Grenoble et de \\vm\ de I yon ;
à ce dernier, en effet, incombait le soin de veiller à ce que des clercs
vagabonds ne vinssent point s'établir dans sa circonscription. Cf. Capi-
lu/aireûc 813, c. 23, dans Moretu'S-Kral'se, t. I. p. 174. Ces pièces sont
également mentionnées dans les extraits du Bréviaire de Vienne publiés
])ar Mauili-ON, Acl.sanrt. urd. S. lien., saec. IV, part. 2. p. 263. Cf. aussi
26 CHARLES LE CHAUVE EN BOURGOGNE [861]
lettre souvent citée, pour reconnaître qu'Adon avajt quitté son
monastère après y avoir été autorisé selon les règles canoniques,
quoi qu'en eussent pu dire certaines personnes mal intention-
nées, aux propos desquelles Loup lui-même avait ajouté trop de
foi, ce qui l'avait conduit à parler d'Adon avec une sévérité in-
justifiée. Il terminait en faisant l'éloge des qualités du nouvel
élu, de sa capacité à instruire le peuple, de sa persévérance
dans la piété, et aussi de l'excellente famille dont il était issu.
Rien ne s'opposait donc plus à ce que le métropolitain fût con-
sacré et entrât en possession de son siège archiépiscopal, sur
lequel il était installé au mois d'octobre de cette même année.
La lutte contre les envahisseurs danois était à peine termi-
née qu'un nouveau danger menaçait le royaume de Charles de
Provence. Son oncle, Charles le Chauve, avec lequel il avait
jusque-là vécu en bonne intelligence, venait d'être appelé par
une partie des grands de la Provence, sous prétexte que le
protégé de Girard était incapable de remplir dignement ses
fonctions de roi. Charles le Chauve ([ui, le 20 juillet 861,
était encore à Quierzy *, quitta le Nord du royaume dans le
courant de l'automne ^ Il laissait à son tîls Louis le soin de
diriger la résistance contre les Normands, sous la direction
du comte Adalard, grand-oncle du jeune prince, tandis que
une notice du Cartulaire de Grenoble, éd. Marion, p. 63-6i, qui men-
tionne le rôle de Rémi et d'Ebbon.
1. Diplôme pour Saint-Denis, llist. de Fr., t. VIII. p. 568.
2. Ann. liertiu., a. 861, p. 56. II y a peut-être allusion au rôle de
médiateur entre Charles de Provence et ses oplimates pris par Charles
le Chauve dans les mots « occasione indebitae jjotentiae » de la lettre
de Lothaire et de Louis II au pa})e Nicolas I''' (BoiaiMER-MuEHLB.,
n° 1262). On ne peut avec certitude rattacher à ces événements,
comme Ta fait M. Longnon, la 3^ lettre d'Hincmar au comte Girard
(Flodoard, Ilistoria liem. Ecci, 1. III, c. 26) dans laquelle il est
(juestion de deva.'ilalores qui se sont emparés des biens de l'église
(le Reims situés en Provence. En etTet, 1" Schrœrs a montré que les
lettres adressées par Ilincmar à un même personnage se suivent en
général chronologii|uementdans les analyses de Flodoard, donc la lettre
en question est vraisemblablement postérieure à la seconde lettre au
même comte, laquelle se rattache plus certainement à l'expédition de
860; 2" elle est d'iuie époque où la paix est rétablie, au moins en api)a-
rence, entre Charles le Chauve et Girard ; 3" il est (luestion des alï'airos
privées de réglise de iJeinis, au détriment de laquelle des actes de
brigandage ont été conunis. Si la cami)agne d'ailleurs avait été entre-
prise sous j)rétexte de faits de ce genre, il est à croire (pi'IIincmar, qui
cherche plutôt en général à justifier la conduite de Charles, aurait
mentionné cette circonstance dans ses Annales.
[861] rjiAiii.F:s i.K cii.vrvK i;n lioriicocNi-: 27
lui-m<^me se dirigeait vers la Bourgogne, accompagné de la
reine Ermentnide'. Le 14 septembre il était à Auxerre", et
pénétra de là dans le Maçonnais où nous le trouvons le 1 1
octobre''. Mais les laits (jui se produisirent alors ne nous sont
que très iuiparfaitenient connus. Les annales d'Hincmar sont
peu explicites au sujet de l'expédition : « Les événements,
disent-elles, furent peu à l'avantage de Charles, et celui-ci,
après avoir dévasté le pays, revint à Ponthion*. » Ce sont là
des expressions vagues, avec lesquelles les annalistes de
Charles le ('hauve dissimulent souvent de terribles défaites
essuyées par leur maître. Celui-ci, en effet, avait été forcé
de reculer et de renoncer si bien à ses projets de conquêtes
qu'il dut prétendre n'en avoir jamais eu. Du moins Hincmar
écrivit-il en ce sens au comte Girard ^ à la suite de réclama-
tions que lui avait adressées ce dernier. Il est possible aussi
de former, d'après cette lettre, quelques hypothèses sur la
manière dont les choses se sont passées*. Charles avait tenté
de mettre la main sur les monastères fondés par Girard,
c'est-à-dire ceux de Pothières" et de Vézelay. Il avait sans
doute aussi ravagé les terres que le comte de Vienne
continuait à posséder dans la partie de la Bourgogne qui
dépendait du royaume franc de l'ouest. Charles, en effet, au
1. Ann. Berlin., p. 56. Il est question de la reine qui accompagne
Charles dans le poème de (}iravl de Viaiie (éd. Tahbé, h'eims, 1850,
in-8", p. 71-73), mais cette indication n'est peut-être pas assez caracté-
ristique pour que l'on puisse voir là un souvenir de l'expédition dirigée
en 861 par Cliarles le Ciiauve contre le royaume de Provence.
2. Diplôme confirmant aux moines de Saint-Germain d'.\uxerre
une vigne sise à Valpaissant, daté d'Auxerre, 14 septemi^re 861. (///.s7.
de Fr.,t VIII. p. 569).
3. Diplôme du 11 octobre, daté de Verziaco Castro, sans doute \'erzé,
Saône-et-Loire, arrondissement et canton Màcon (Ql'anti.n, Cartul. de
r Yonne, t. II, p. 75).
4. Ann. Berlin., p. 56: « Ubi, rébus parum prospère gestis et deprae-
« dationibus plurimis jjopulo terrae ingestis, Pontigonem palatium
« rediit. »
5. Seconde lettre d'Hincmar au comte Girard (Flodoari). I/isl. Item.
Eccl., 1. III, c. 26).
6. II résulte du moins de la môme lettre que Girard avait porté contre
Charles cette accusation.
7. Un dii)lômo du 4 décembre i)oui' ré,i,dise de Màcon est donné
« apud Melnam castrum » (l/ist. de l'r.. t. \'1II, p. 570). Or, comme
d'ai)rès les A7in. Bertiniani, Cliarles revint directement de Bourgogne à
Ponthion. il s'agit bien évidemuient ici de lieaune, dans la ('ôte-d'i)r. et
non de Heaune, dans le Loiret, comme le veut Due.mmler, Uslfr. lieirh.,
t. II, p. 21).
28 ClIAllLKS LE CHAUVE EN BOl'HGOGNE [861]
témoignage des Annales de Saint-Bertin, qu'aucun autre texte
narratif ou diplomatique ne vient contredire, ne pénétra qu'en
Bourgogne. Il y demeura assez longtemps, au moins jusqu'au
commencement de décembre'. Il y eut d'autre part, Hincmar
est obligé de l'avouer, des voies de fait que nous croyons être
des pillages exercés sur les vastes domaines de Girard'. Celui-
ci menaça de s'emparer par représailles des terres connues
sous le nom de patrimoine do saint Rémi, des biens que l'église
de Reims possédait en Provence. Hincmar s'efforça de le
détourner de ce procédé violent en affirmant les intentions
pacifiques de son souverain vis-à-vis du royaume de « Gaule
cisalpine'' » et en se déclarant surtout lui-même, avec plus ou
moins de sincérité, étranger au coup de main qui venait néan-
moins d'être tenté par Charles le Chauve '.
Ce qui est moins net, ce sont les motifs qui déterminèrent
ce deriiier à revenir ainsi en arrière et les conjectures que l'on
peut faire à ce sujet ne sont appuyées que par des textes assez
légendaires et très postérieurs aux événements en question.
La tradition veut, comme l'on sait, que Charles ait livré sur
1. Lettre précitée d'IIincmar au comte (lirard. Après avoir, en efTet,
soutenu que les premières réclamations de Girard (que nous pouvons
supposer d'une époque à laquelle les intentions hostiles de Charles le
Chauve ne s'étaient point encore clairement manifestées) étaient sans
fondement, Hincmar est obligé d'ajouter: « Nunc autem certam et
« causam habens et personam. » Il semble donc bien qu'il y ait eu des
faits précis. — M. Parisot, op. cit., p. 190, rapporte, au contraire,
toute la lettre au moment où le régent de Provence ne pouvait invo-
quer contre Charles aucun grief réel, mais seulement des bruits plus
ou moins vagues.
2. Ce sont les « depraedationes » dont parlent les Annales de Saint-
Bertin, ravages qui n'eurent pas lieu dans ce que l'on pourrait appeler
le pays ennemi, c'est-à-dire, en l'espèce, le royaume de Charles de
Provence, puisijue Charles le ('hauve n'y pénétra })as ; de simples pil-
lages en pays ami n'auraient rien d'extraordinaire à cette époque;
mais connue nous avons une lettre attestant des actes d'hostilité vis-à-
vis de Girard, il est plus naturel de rapprocher les deux textes.
3. Lettre })récitée : « Quod Karolus Franciae rex... Karoli Cisalpinae
« Galliae régis regnum sibi vellet subripere, quod ipse donnius Uinc-
« marus nequacpiam tieri asserit. »
4. C'est l'objet ])rincipal dans la lettre. Pour ([u'IIincmar désavouât
ainsi les actes de Charles le Chauve, il fallait qu'il y eût des motifs
sérieux, autres que le souci de la bonne réputation du roi, })ar lequel
Sciii!(ii-;i{s (J/inhnar, p. 525) expli(iue la lettre. Nous savons qu'llincmar
écrivit à ('harles le Chauve une lettre ndative au comte Girard (Flo-
noAun, I/ifit. Hem. EccL, 1. III, c. 18), mais nous ne savons si elle se
raj)i)orte à ces faits connue le conjecture SciiU()i-;iis, op. cit., Heg., n^' 150.
[861] CIIARLRS I,!". CHAUVE KN noiI'.r.Ol^.Ni: 29
les bords de rArsen', au lieu dit Vauboton, une terrible bataille
au comte Girard de Roussilloir, bataille qui resta indécise'',
et la légende d'un combat en ce lieu est encore aujourd'hui
vivante dans le pays'. Mais, il est assez difficile de détermi-
ner l'époque à laquelle eut lieu la lutte qui donna naissance
à la légende.
Un texte très postérieur au ix" siècle, la Chronique univer-
selle d'Aubri de Trois-Funtaines^ rattache la guerre entre
Girard et Charles le Chauve à l'expédition entreprise par ce
dernier en 870 pour se mettre en possession des territoires
que le traité deMeersen lui attribuait dans le partage des États
de son neveu Lothaire 11, expédition qui se termina par la
reddition de Vienne, faiblement défendue par la comtesse
Berthe^ Mais le texte des Annales de Saint-Bertin rend peu
admissible l'hypothèse d'uncombatlivréen cette année, surtout
dans la Bourgogne \ Girard, retiré dans un château pendant
que l'armée royale investissait Vienne, ne parut que pour
effectuer la reddition de la place et « il n'y a aucun point de
comparaison entre les guerres longues et acharnées que raconte
la Chanson et la latte d'un instant qui s'établit en 870 entre
Charles le Chauve et Girard pour finir peu brillamment par le
second, parla capitulation de Vienne'^ ».
Mais il est une autre circonstance dans laquelle Girard et
Charles, ou du moins leurs armées, ont pu se trouver en pré-
sence sur un champ de bataille, ne fût-ce que dans un simple
engagement et cela précisément on Bourgogne. C'est lors de
la tentative faite par Charles le Chauve en 861 au détriment
de son neveu de Provence. Les Annales d'Hincmar no parlent
1. Auj. la Cure, affluent de l'Yonne.
2. « \'aubeton » est mentionné par un ancien terrier de l'hôpital de
Vézelay, sous le nom de Vaubouton, comme étant situé sur la rive
gauche de la Cure, près de Saint-Poi'e-sous-\'ézelay. Cf. L. Mikot, Val-
hetoti dans Girarl de lionssillon, dans la Uumnnin, 1892, p. 57.
3. Girarl de lious.'^ill.ou. trad. l'aul Meyer, l^.^j 126-188.
4. L. MuiOT. loc. cit. iiien entendu, s'il y a eu réellement bataille
entre Charles et Girard elle peut avoir été livrée ailleurs (ju'au lieu
même où la place la légende.
5. Mon. Germ., SS., t. Xlll, p. 739; cf. P. Meveiî, Girart de /{ous-
sillon, introd., j). 110. Duem.mleh, Os//"r. //t'ù7(, 1. 11, p. 311, rapproche
également ce texte des événements de 870.
6. Cf. infra. p. 39-40.
7. Les Annales montrent, en elfet, Charles s'avançant sans obstacle
au moins jusqu'à Lyon.
8. P. Mevem, dans Homnnia. (. \\\, 1878. p. 177.
30 CHARLES LE CHAUVE EN BOURCOGNE [861 1
pas de bataille, mais elles indiquent un échec subi par Charles \
et rien ne s'oppose à ce que cet échec ait été l'un des points
de départ de ces heroicae cantilpnac dont parle Aubri
de Trois-Fontaines, d'après l'historien chàlonnais Gui do
Bazoches. Le texte de ce dernier pourrait même être invoqué
en faveur de Topinion qui placerait en 861 plutôt qu'en 870^
labataille hypothétique dont nous nous occupons. Il se rattache
en effet, pour partie du moins, à un passage de Réginon, par-
lant, à l'année 858, de conllits entre Charles le Chauve et
Lothaire, relativement à la succession de Charles de Pro-
vence ^ Or, le roi de la France occidentale ne joua aucun rôle
lors du partage des États de son neveu, et l'erreur de Réginon
ne s'explique que par une confusion entre les événements de
861 et ceux de 863. Ce serait donc, en dernière analyse, à
l'expédition manquée de 861 que la tradition rattacherait la
bataille dite de Vaubeton. Comme le texte embarrassé d'Hinc-
mar laisse entrevoir une défaite de Charles, comme un succès
de Girard sur ce dernier est indiqué par les sources épiques,
y compris l'ancienne chanson bourguignonne que nous avons
perdue, mais qu'a connue l'auteur de la Vie latine \ il est
vraisemblable que si Charles, dans l'automne de l'année 861,
1. a Rébus parum prospère gestis. » — Prudence (^Ann. Berlin., a. 8'i6,
p. 33) emploie des expressions presque analogues pour mentionner la
terrible défaite de Ballon ^'U Bretagne que nous serions presque obligés
de deviner, si nous n'avions sur ce point les témoignages nombreux
d'antres chi'oniques, témoignages qui font défaut en ce qui concerne
l'année 861 ; mais rien ne prouve que l'échec alors éprouvé par les
troupes royales ait été comparable à la débâcle de Ballon, car on ne
peut évidemment rien conclure, quant aux faits réels, de l'importance
accordée à la bataille de Vaubeton par les textes traditionnels et légen-
daires.
2. Date à laquelle on a l'habitude de rattacher le passage d'Aubri,
sans doute parce qu'il figure à l année 86G dans la Chronique de celui-
ci.
3. RÉGINON, Chronique, a. 858, p. 77. — Il semble bien que le texte
de Gui de Bazoches (Bibl. Nat., .Ms. lat. 4998, fol. 57) dérive sur ce point:
1" de récits traditionnels et épiques ; 2" d'un texte historique relatif
aux événements de 870, car il est question de Louis II occupé à com-
battre les Sarrasins en Italie; 3" du passage cité de Réginon, média-
tement ou immédiatement, car Gui peut avoir utilisé une des nom-
breuses chroniques qui ont eu Réginon pour source principale.
4. La Vie latine de Girard a, en edet, conservé le souvenir d'une
victoire remportée par lui sur le roi Charles (éd. Meyeiî. ijïi 65 s(|q.
liomnnin, t. Vil, p. 188): « Sed divinitus triuini)husGorardo tribuitur,
« regalibustergadantibusrobuslosiiuo ictus cedentium jani toleraro non
v< valentibus, et sic praecipiti fuga ditluglunt. » Le roi est hnalement
[861-862] ATTITUDE DE LOTlIAinK ET DE I.oriS I.E GERMANIQUE 31
s'arrêta à mi-cliemiii dans son expédition, c'est qu'il avait subi,
de la part des hommes du comte Girard, un échec après lequel
il jugea plus sage de ne pas pousser au delà de la Bourgogne
franque sa tentative d'invasion.
L'attitude des autres rois francs n'avait pas été d'ailleurs
de nature à encourager Charles dans ses projets de con(iuète.
Lothaire s'était, l'année précédente, rapproché de son oncle
Louis le Germanique, et, pour le gagner à ses intérêts par son
procéilé ordinaire, lui avait cédé plus ou moins effeclivement
le duché d'Alsace'. L'union entre les deux rois persista durant
le cours de l'année 801 et c'est d'un commun accord qu'ils
envoyèrent en Gaule, à la fin de cette année, une ambassade
composée de l'évéque Advence de Metz et d'un comte
Leuthard, sans doute Alsacien et parent de Girard de Rous-
sillon". Les deux envoyés vinrent trouver Charles le Chauve
à Ponthion, au retour de sa malencontreuse expédition de
Bourgogne et demeurèrent avec lui jusqu'aux fêtes de la
NoëP. Les Annales de Saint-Bertin n'indiquent pas l'objet de
cette mission, mais il est assez naturel de conjecturer qu'elle
concernait la politique de Charles le Chauve vis-à-vis de la
Provence, politique que Lothaire II surtout, en sa qualité d'hé-
ritier présomptif de son frère, ne pouvait voir que de fort
mauvais œil. La conjecture est d'autant plus vraisemblable
que les deux alliés ne tardaient pas à adresser au pape
Nicolas I" un véritable acte d'accusation contre Charles
qui, « poussé par le diable », donnait asile dans ses Etats
aux perturbateurs de la paix et cherchait contre tout droit
à s'emparer du royaume de son voisin".
obligé de se réfugier à Paris. Rien de pareil ne se retrouve dans la
chanson qui nous est parvenue. — 11 est aussi question d'une défaite
éprouvée par Charles en Maçonnais, dans Girarl de Viane, éd.TAiîui:,
p. 72-73.
1 Ann. Berlin., a. 860, p. 5i; Duemmler, O.'ilf?'. Reich.. t. II, p. 1'.»
et 31.
2. Se rattachant comme lui à la famille des comtes Liutirid et Leu-
thard. Cf. LONGNON, op. cil., p. 246.
3. An7i. Berlin., p. 56.
4. Bakoml-s, Annale.'i Ecclesia.'ilici, a. 860, n. 27, t. XIV, p. 529 :
« Carolus major... fidèles nostros hinc indc sollicitât ut sub praelextu et
« occasione potestatis indebitae quaedam non referenda praejudicans iii
« regno alteri a Deo concesso praecipitanter aspiret. » Le jjremier chef
fait allusion au comte rebelle Hubert qui, dès la fin do l'aimée 860,
se trouvait avec sa sœur dans les états de Charles le Chauve, peut-»"-tre
aussi aux trois fils du margrave Hrnest, condamné à la diète de Hatis-
82 MORT DE CIIARLKS DE PROVENCE [25 JANVIER 803)
Ce royaume, du reste, devait être bientôt démembré, et ce
n'est pas sans raison que Lothaire II songeait à sauvegarder
ses droits éventuels. Le 25 janvier 863 en effet, Charles, sans
doute dans Tune de ses crises d'épilepsie, terminait probable-
ment à Lyon sa vie misérable \ C'est en tout cas dans cette
dernière ville, en l'église Saint-Pierre ^ que ses fidèles ense-
velissaient le triste souverain sur lequel nous savons si peu de
choses et qui n'est guère pour nous qu'un nom. Ce n'est pas
à dire cependant que son court règne ait été sans importance
dans l'histoire de la France du sud-est. Si, en effet, il ne s'est
pas formé dans la vallée du Rhône une nationalité, au sens
moderne du mol, en ce sens qu'il n'est pas à supposer que les
populations aient jamais pris nettement conscience de leur
unité et se soient beaucoup intéressées au petit nombre de
chefs étrangers comme l'Alsacien Girard, qu'elles avaient à
leur tète, on s'est néanmoins habitué à considérer comme un
tout l'ensemble constitué par l'union de la Provence et du
duché de Lyon. Les « Provençaux » eux-mêmes et surtout
ceux qui comptent seuls alors dans les événements politiques,
les représentants de l'aristocratie laïque et ecclésiastique, ont
eu le temps de s'accoutumer à vivre indépendants des deux
royaumes de l'Est et de l'Ouest. A partir du règne de Charles
le Jeune il y a un royaume de Provence, dont les deux parties,
séparées en 86:5, pourront cependant conserver au moins un
souvenir de leur ancienne unité.
A la mort de Charles, ses Etats, en vertu du traité conclu
par lui cinq ans auparavant avec Lothaire II, auraient dû
bonne, également réfugiés en Gaule (Ann. Fuh/nises, a. 861). Quant
au second point, l'acte vise évidemment la tentative sur la Provence.
Le document est, du reste, un peu postérieur aux événements que
nous venons d'étudier; c'est, en effet, seulement à l'entrevue de
Mayencc entre Lothaire et Louis le Germanique (lin avril 862) qu'il
parait avoir été préparé. Duemmlek, Oslfr. Hcich, t. IL p. o't et Boicii.mer-
MuKliLUACilER, n" 1262; Pakisot, op. cit., p. 197.
1. Ann. Berlin., a. 863, p. 61 : « Karolus, rex Provinciae, diu epe-
l(>mptica inlirmitate vexatus, nioritur. » Adon, Chroni(]ue, a. 86.'{ (Mon.
Ccirn.. SS., t. Il, p. 322); Ann. Laiihicnses et Ann. Leodienses, a. 863
{ibi(L, t. IV, p. 14); HÉdiNoN, Chronique, a. 858, p. 77.— La date de jour
est donnée par VObiluarimn LiKjdunensia ecclesioe, éd. GiiKai;, p. l'i.
2. .\i)ON, CJironiquc, /oc. cil.; diplôme de Lothaire II du 18 mai 863
])our le monastère de Saint-Pierre de Lyon (Boimimeh-Mmeiilmaciieh,
n" 1265 ; J/isl. de Fr., t. Vlll, p. 408). Le" tombeau et les ossements de
Chai'lcs furent retrouvés au xvu'' siècle (note de Steveiît, dans UE i,a
Mi;i{E, J/int. des ducs de Bourbon, éd. Ciiantei.ai.'ZE, t. I, p. 25).
[803] TR.MTl': RNTIU' LollIAinK H F.T [.(U'IS II 33
faire retour à ce dernier. Mais aussitôt qu'il apprit la mort de
son frère, l'empereur Louis accourut en Provence' et gagna
à sa cause une partie des grands. A cette nouvelle Lotliaire
se liàla d'accourir aussi", pour faire valoir ses droits à la suc-
cession qui venait de s.'ouvrir. Les (( palatins » des deux rois
réussirent à empêcher une lutte qui seml)lait imminente et à
ménager, sans doute dans le courant d'avril, en un lieu indé-
terminé, une entrevue au cours de laquelle fut réglé le par-
tage des États de Charles''. Lothaire, peut-être encore parce
1. Ann. Berlin., lac. cil. — Le mot « vocatus », dans ce passage, ne
doit pas être pris comme signifiant (pie Louis avait été appelé par une
partie des seigneurs provençaux, mais presque comme un écjuivalent
de «soi-disant ». Cf. Ann. liert., a. 86'», p. 67 (« Hiudovicus imperator
Italiae nominatus ») et p. 74.
2. Ann. Berlin., ibid.
3. Ann. Berlin., lor. cit. La chronologie de ces événements est assez
peu nette. Au premier abord, il semblerait, d'après le texte d'ilincmar,
qu'au 1'='' avril Lothaire fût encore sur les bords du i^hin à ct)mbattre les
Danois. Mais ce texte, en réalité, ne permet pas d'atlirmer avec beaucoup
de précision si ce furent Lothaire, son armée ou les païens qui demeu-
rèrent sur le L'hin jusqu'à cette date. Nous possédons, d'autre part
(llist. de fr., t. YlII,p. 'lOl) un diplôme de Charles de Provence, accordé
à la requête du comte Cirard à l'église de Carpentras et daté « XVIII
kl. iipr. annopropitio domino JesuCh/-i.slo domiii... Indicione II. Arliini
Vasione cirilale ». Le nom du roi et l'année de règne ont été arrachés
au diplôme original (Bibl. de Carpentras. ms. n« 537, fol. 1), mais une
copie du XH"^ siècle qui l'accompagne donne « anno XllI ». Or, Charles
de Provence n'a régné que liait ans, et même en adoptant la correc-
tion de « anno XIII » en « antio VIII », indiquée par M. Longno.n
{Girard de Boussi/lon dans Vki.'iloirc, p. 255), on arriverait à la date
du 18 mars 863, et Charles mourut le 25 janvier de cette année. Mais,
ainsi que nous le montrerons plus complètement dans notre étude
diplomatique, si le texte de l'acte est assez correct, rien dans le i)roto-
cole initial et final, ni l'invocation, ni la suscription. ni le monogramme,
ni la souscription de chancellerie, ne convient à l'harles. Ce sont, au
contraire, les formules de la chancellerie de Lothaire II, et jusqu'au
nom de l'un de ses notaires, Grimbland, dans la récognition. Il est
à peu près certain que nous avons là un faux diplônu) de Charles de
Provence, fabriqué avec un acte authentique de Lothaire II dont le
faussaire a conservé tous les élémeiits, se bornant à remplacer le noni
de I.olharius par celui de Karolus. La date doit avoir de même été
reproduite. Or, Lothaire II ne peut, semble-t-il, être venu qu'une fois
à N'aison : c'est lorsqu'il pénétra en Provence pour disputer à l'empe-
reur Louis l'héritage de leur frère Charles, au début de l'année 863
(ayant, il est vrai, pour indiction XI au lieu de 11). Il faut donc peut-
éti-e admettre qu'il était à Vaison le 18 mars. Le 30 avril, il était à
Mantaille en Viennois (CnEV.\i.u:n, Carlul. de Saint- Maurice de Vienne,
app., p. 56), le 18 mai à Lvon (H(«;ii.mi:i!-Mueiilij., n" 1265, Ilist. de Fr.,
t. YIU, p. 408). Le diplôme qu'il donne à cette date en faveur du
monastère de Saint-Pierre suppose le traité déjà intervenu (cf. Paiusot,
roup.\RDiN. Roijaume de Provence. i
34 PARTAGE DES KTATS DE CHARLES [863]
qu'il avait besoin de l'appui de Louis, abandonnait à celui-ci
une portion de l'héritage à la totalité duquel lui-même eût pu
prétendre. Les deux unités territoriales, qu'en 855 Lothaire I"
avait soudées pour en constituer le royaume de son plus
jeune fils, se trouvaient de nouveau sép9,rées pour revenir l'une
à l'empereur, l'autre au roi do Lorraine'. Louis II, selon
Adon", reçut une portion de la Bourgogne transjurane — qui
comprenait, nous le savons par ailleurs, les deux évéchés de
Belley etdeTarentaise — et la Provence, c'est-à-dire les pro-
vinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun, les diocèses de Maurienne
et de Suse et le comté de Grenoble''.
Lothaire II paraît avoir occupé au contraire le pays corres-
pondant à l'ancien duché de Lyon, car les textes le montrent
op. cit., p. 225). Il est possible que celui du 30 avril ait été également
donné au moment où Lothaire était déjà sur le chemin du retour. Tout
ceci concorderait bien avec la présence de Lothaire H à Vaison, le 18
mars, et conduirait à placer le traité entre la fin de mars et la lin
d'avril 86o.
Cependant, un acte d'échange entre deux évèques qui, d'après le
traité, étaient sujets de Louis II, acte qui paraît être du mois de juillet
de cette même année, est encore daté des années du règne de Lothaire
(Albanès, Gall. Christ, novis., t. I, p. 442. Il faut corriger « ind. XV yt
en « ind. A7»). Cela tendrait peut-être à prouver que le traité de par-
tage ne produisit tous ses effets qu'un peu plus tard.
1. Le seul témoignage direct sur ce partage est celui de la Chronique
d'AooN DE Vienne (Mon. Germ., SS., t. I, p. 223) dont nous avons déjà
parlé plus haut. Mais le texte du traité de Meersen en 870 {Ann.
Berlin., p. 111-112) énumère les comtés recueillis par Charles le
Chauve dans l'héritage de Lothaire II. Ceux de ces comtés qui avaient
fait autrefois partie du royaume de Provence sont ceux que Lothaire
reçut en 863. Le partage, que nous considérons comme une séparation
de la Provence et du ducatus Lugdunensis. parait assez conforme
aux habitudes géographiques du ix*-' siècle. Mais il ne faut pas y voir
une question de races ou de nationalité, et c'est une erreur de dire
comme K.\lckstein {Robert der Tapferc, p. 83), d'après F.miriel
(IJisl. de la Coule méridionale, t. IV. j'aris 1836, in-8o, p. 349) que la
frontière coïncide avec la limite linguistique franco-provençale, telle
qu'on peut la tracer pour une époque, postérieure, car cette limite,
d'ailleurs très hypothétique, serait, en réalité, plus au nord.
2. Chronique, toc. cit.,
3. Lediplômede Lothaire 11, du 18 mai, cité plushaut (p. précéd. n. 3)
est une donation, à l'abbaye de Saint-Pierre de Lyon, de biens sis dans
le comté de Maurienne. M. P.vhisot {op. cit., p. 225) en a conclu que le
pagus Maiirianoisis avait été, en 863, attribué à Lothaire. .Mais il re-
connaît que l'on peut conserver des doutes en raison du silence quant
à CA\ pai/ii.s, du traité de Meersen. Cette dernière indication doit même
l'emijorter, selon nous, sur celle du diplôme, caries biens dont il est
question dans celui-ci sont dits expressément « res nostrae proprie-
tatis ». Lothaire en dispose donc, non à titre de souverain, mais à titre
de proi)riétaire.
[8G3] PARTAr.r: i)i:s ktats uk chartes 35
en possession' du Lvonuais, du Viennois, du Sermorons%
auxquels, par la portion du p/tf/tts LugdiiiiPnsis située sur la
rive droite du Rhône, se ratta(diaienl les comtés plus méri-
dionaux de Yivarais etd'Uzège'.
De la domination de Louis II en Provence il est resté peu
de marques. C'est à peine si nous avons conservé la mention
d'un diplôme par lui accordé à l'abbaye de Donzère au dio-
cèse d'Orange'. Occupé de ses luttes contre les Sarrasins et les
ducs de Bénévcnt, l'empereur devait avoir peu le temps de
songer à ses nouveaux Ktats. C'est seulement en 8(>9 qu'on
le voit y intervenir, pour placer sur le siège épiscopal de
(irenoble un clerc du nom do l^nniior, protégé de Lothaire'*
qui, à cette époque, se trouvait auprès de son frère dans
l'Italie méridionale. Celte concession faite par l'empereur de
dignités ecclésiastiques ne fut d'ailleurs pas la seule. Louis,
en effet, se laissa plus ou moins corrompre en même temps
que l'impératrice Engilberge, pour faire don à l'archevêque
Roland d'Arles de l'abbaye de Saint- Césaire*^ dans cette ville.
Quant à Lothaii-e II, il était, après son entrevue avec son
frère en Provence, revenu dans la partie septentrionale des
anciens états de Charles le Jeune. Le 30 avril il se trouvait à
Mantaille, en compagnie de Girard et de l'archevêque Adon',
1. 11 dispose aussi de biens sis au comté de Grenoble (Jlist. de Fr.,
t. VIH, p. 412), mais c'est à titre de propriétaii'e.
2. Sans doute parce que celui-ci était administrativement rattaché
au N'iennois comme comté de Tullins, ce qui concorderait bien avec
riiypothèse de M. Long.non (Allan hial., texte, p. l'M) sur l'identité du
paffus Salmorinct'nsis et du comilatus TuUianensis, et expliquerait en
partie les luttes qui se produisirent au sujet de la possession de ce pagus
entre les églises de Vienne et de Grenoble, et (jui aboutirent en 1077
au partage du territoire contesté.
'i. Cf. LoNGNON, A/las hist., pi. VI.
'». Diplôme perdu mentionné dans une charte de Cbarles le Chauve
du l'''' octobre 875 « [preceptum] Ludovici nepotis nostri : » ce qui ne
laisse aucun doute sur le Louis auquel il convient de l'atti-iljuer (Du-
IIAMF.L. Fraf/))i. d'anciens c((rtulaires de l'évrchii d'Oraïuje. dans Mt'tn.
de VAcad. de Vaucluse. t. XV, p. 'MO, n" vni).
5. Lettres de Louis II (dalL Chr., t. XVI. instr.. c. 7;J ; Boijimku-
MuEiM.»., n" 1208) et de Lothaire II {iliid.. n» 1289) à rarchevèqiu» Adon.
Les archevêques Roland d'Arles et Arpen d'Lmbrun assistèrent à un
concile convoqué à Pavie par l'empereur Louis (llAiiTziu;iM, Cimcil.
German.. t. II, p. 331).
6. Ann. lier tin., a. 869, p. 106.
7. Kestitution au monastère de Saint- Pierre de \'ienne de la villd
Vogoi'ia (CilEVAi.iEl!, Cartid. de Saint-Maurice, p. r)6).
36 MORT DK LOTIIAIRR lî. — TRAITl'; DE MEERSEN [869-870]
qui restait en relations avec lui'. Rémi de Lyon conservait
également auprès du nouveau souverain la faveur dont il avait
joui auprès du père et du frère de celui-ci'. Girard en parti-
culier était resté en possession du comté de Vienne, sans doute
aussi du Lyonnais, et il est très probable que ses fonctions
de duc lui demeurèrent jusqu'à la fin du règne de Lothaire IL'.
Celui-ci, le 8 août 860, mourait à Plaisance sans laisser
d'enfants de sa femme Theutberge''. Charles le Chauve, qui
se trouvait à Senlis lorsqu'il reçut la nouvelle de la mort de
son neveu, se hâta de prendre toutes les dispositions néces-
saires pour mettre la main sur lo royaume devenu vacant.
Il reçut, d'abord à Attigny, puis à Aix, ensuite à Gondreville,
les hommages des seigneurs lorrains, bourguignons et pro-
vençaux'. Mais Louis le Germanique qui, occupé par sa
guerre contre les Slaves, avait d'abord laissé agir son frère,
réclamait aussi sa part et menaçait, si on la lui refusait,
de la prendre de force. Une série de négociations assez péni-
bles occupèrent la fin de l'année 869 et les premiers mois
de 870, pour aboutir enfin, au mois d'atnit 870, au ti-aité de
Meersen''. 11 n'entre pas dans le plan de notre travail d'étu-
dier celui-ci en détail'. Nous nous bornerons à constater que
tous les pays recueillis par Lothaire 11 dans l'héritage de son
frère (;harles de Provence se trouvaieni, à la suite de l'accord
conclu à Meersen, placés dans le lot de Charles le Chauve.
Celui-ci devenait ainsi possesseur du Lyonnais, du A'ionnois
avec lo Sermorens, du A'ivarais et de l'Uzège. La part faite
1. C'est lui que Lothaire clioisit, en 806, pour plaider près du pape
la cause de Waldradc (Ann. /ierlin., p. 8;>).
2. /fisl. (le Fr., t. YIll, }). 408-409, n" ix et n" vni (qui doit être
un ])eu postérieur).
;{. Il olitient des diplômes de Lothaire II {Ilisl. de Fr., t. VllI, p.
410; CiiEVAiJEH, Carliil. de Saint- M(tnrice, p. 56). Adon de ^"ienne, en
envoyant un de ses clercs au pape Nicolas I, le (lualilia de « presbyter
Gerardi coniitis », ce ([ui excita le courroux du souverain pontife
(.Iakfé, n- 2790 ,■ MiGNE, t. CXiX, col. 917).
4. Ann. Berlin., a. 869; cL P.ahisot, op. cil., p. 321.
5. On avait dû prévoir ses idé(>s de conquête, car, dés le T) septem-
bre, lladi'ien II adressait une lettiu' aux grands du royaume de Charles
pour les inviter à détourner leui- roi de ses projets d'invasion (.I.mfé,
n"^ 2917-2918). .
6. Ann. /ierlin.. a. 870, p. 108-110; Pauisot, op. rit., p. 340 et suiv.,
(^t p. 366 et suiv.
7. Il vient d'être (railleurs très coniplélcnient examiné i)ar M. I'a-
HISOT. o/i. rit., p. ;{69-:!78.
[8701 l'.KCLAM.VTIoNS HK l.dl IS II 37
en 863 à l'empereur Louis ne s'augmentait d'aucune acqui-
sition nouvello, alors que cependant il prétendait avoir droit,
comme frère du défunt, à la totalité de l'héritage'. Dès le
mois de noyond)re 869 ses envoyés, accompagnés de ceux du
pape Hadrien 11, étaient venus trouver Chaides le Chauve à
CTondreville, pour l'inviter à s'abstenir de toute tentative sur
le royaume de Lothaire'. Dans le courant de l'année 870 d'au-
tres ambassadeurs du souverain pontife et de l'empereur se
rendirent pour le même objet auprès de Louis le Germanique''.
Celui-ci s'en débarrassa on les renvoyant à son frère Charles,
qui les reçut à Saint-Denis et auquel ils présentèrent les
mêmes remontrances'. Mais Charles, qui se sentait peut-être
appuyé par une partie de l'épiscopat du royaume de Provence",
ne tint pas de ces observations plus de compte que l'année
précédente. 11 choisit au contraire le moment où les députés
se trouvaient auprès do lui pour aller se mettre en possession
du pays que lui concédait le traité de 870, et spécialement du
Viennois, toujours occupé par le comte Girard. La situation
de celui-ci vis-à-vis de Louis II paraît avoir été assez indécise.
D'une part, en effet, il avait reçu flu pape Hadrien l'ordre
d'avoir, comme sujet de l'empereur, à ne tolérer aucune autre
intervention que celle de ce dernier dans les élections épis-
copales'"'. D'autre part ses actes n'indiquoid pas qu'il ait re-
1. La lettre d'Hadrien H aux grands du royaume de Lothaire (Jakfé,
n" 2921 ; MiGNE, t. CXXII, coL 1296) le dit: « regni totius heredem. ».
2. Ann. Berlin., a. 869, p. 107-108.
3. Ibid., a. 870, p. 113.
4. Ibid., p. ll'i. Lettre d'Hadrien II à Charges le Chauve (.J.wvÉ,
n« 2926; Micne, t. CXXII, c. 1297): « Kegnum quundam Lotharii iin-
« peratoris quod spiritali filio nostro domno Ludovico .\ugusto, tilio ejus ;
« juxta divinas et humanas leges... dcbetur». — Hadrien écrit encore
dans le même sens aux évéques et aux grands du royaume de Charles
(.L\FFÉ, n°* 2927, 2928, 2929).
5. Nous adoptons la manière de voir de M. Parisot (op. cit., p. 392)
(jui relève avec raison la présence de Rémi de Lyon et d'.\don de
Vienne, en juin 870, au concile d'Attigny (Mansi, t. XVI, c. 260). —
Adon est favorable à Charles dans sa chronique, mais peut-être est-ce
simple justice, quoi qu"en pense M. Parisot.
6. Nous voulons parler de deux lettres, connues seulement par l'ana-
lyse étendue qu'en donne Hugues de Llavigny (Cliron. Virdioiensi-,
Mou. Germ., .S'.S\, t. VIII, p. 35'»: .Iauké, n"^ 2922 et 2923) et aux-
quelles on adonné parfois une portée trop générale. Dans la seconde de
ces lettres, adressée au comte Girard et au comte Kotfrid, Hadrien II
interdit de consacrer, en Gaule et en I$oiu-gogne, d'autres évê(iues qu»>
ceux qui auront ol)tcnu l'agrénient exprès de reuipereur. (»n a vu
38 ROLE DU COMTE GIRARD [870]
connu sans hésiter, immédiatement après la mort de Lothaire,
la souveraineté impériale, et nulle armée italienne ne vint le
secourir dans sa lutte contre Charles le Chauve, bien que
Louis II lui-même paraisse s'être considéré comme le
légitime souverain du Lyonnais et du Viennoise
là une concession générale, « se . rattachant très probablement aux
efforts que fit l'empereur Louis II pour exercer quelque pouvoir eflectif
sur l'ancien empiredeCharlemagne »(?. Viollet, ///s/, f/es inslituiions
politiques de la France, t. I, p. 415). D'autres, au contraire, comme
M. Imbart de la Tour (Les élections épisropales dans réf/lise de France,
p. 215), ont, avec raison, jugé une telle opinion peu vraisemblable.
NooRUEN {Ilinkmar, p. 250) admet même (pie Hugues de Flavigny n'a
fait que recueillir des traditions inexactes et conclut contre l'autlienti-
cité des deux lettres. Parisot {op. cil.,]). ;J5i) n'(>st pas loin de le suivre
dans cette voie. Le P. Lapôtre (Le pape. Jean VIII, p- 222) admet sans
discussion l'authenticité, mais semble, sans le dire expressément, en
restreindre la portée au royaume de Provence. — C'est cette dernière
opinion qui nous paraît le plus vraisemblable. Il ne faut pas oublier,
en effet, que ces lettres ne sont connues que par l'intermédiaire
de Hugues de Flavigny, lequel vivait à une époque où les mots
Gallia, et surtout Gallia Cisajpina, s'employaient pour désigner la
Provence, ou plus exactement le royaume Rodolphien (cL infra,
Append. I). 11 ne faut pas, semble-t-il, dans le texte en question, leur
donner une extension plus grande, soit (jue Hugues de Flavigny y
ait introduit ces termes, soit peut-être que le pape Hadrien ait
employé l'expression de Gallia Cisalpina (qu'on trouve, on se le
rappelle, dans une lettre d'Hincmar à Girard) et que l'épithète
Cisalpina ait disparu dans l'analyse du C/ironicon Virdunense. Autre-
ment, on ne s'expliquerait guère que le souverain pontife ait nommé
en première ligne le comte Girard, qui n'était pas dans la Gaule lato
sensu un très puissant personnage, et le comte Hotfrid, inconnu d'ail-
leurs, — ni même qu'il se soit adressé à des comtes plutôt qu'au roi
Charles le Chauve en personne. On s'explique, au contraire, qu'il en
ait été ainsi si la lettre s'adressait aux principaux comtes gouvernant
au moins une partie du royaume de Lothaire II après la mort de celui-
ci. Aucune source ne fait allusion à un acte général de ce genre,
qu'Hincmar, par exemple, eût certainement mentionné et contre lequel
il eût énergiquement protesté. Nous croyons donc qu'il ne faut a1tri-
buer à ces lettres qu'une portée restreinte. Hadrien 11 veut empêcher
que les deux oncles du feu roi — ou Girard lui-même, ainsi (jue le
prouve la suite de la lettre — n'agissent au détriment des droits de
l'empereur Louis II, dans un royaume qui devait être réservé à celui-ci.
1. .M. LoNGNON, op. cit., p. 261 et d'après lui M. P. Meyer ((^/rfl/-/ de
Houssillon, Introd., p. v) admettent que Girard cherchait à se rendre
indépendant à la fois de (Charles le Chauve et de Louis. M. Longnon in-
voque à l'appui de cette opinion deux actes, dont l'un semble très pro-
bant, puis(|ue Girard lui-même y figure, et qui sont datés de « l'an 1 après
la mort de Lothaire^ », au lieu de l'êti-e d'après les années de l'empereur
Louis, comnu! ils l'auraient été si celuicn avait été reconnu dans le pays
où les actes ont été rédigés. Mais il faut remarquer (|ue ces deux actes
(Charles deCluny. n"" l'i et 15) sont d'une é|)o<pu' antérieure au traité
de .Meersen et à la (in des négociations entre les souverains, c'est-à-dire
[870| CHARLES LE CMAIVK A VIENNE 'M)
Après avoir accordé aux envoyés de reinpereur et du Saint-
Siège la grâce de son fils Carioman, qui, au commencement
de celte même année, avait été privé de ses abbayes et
interné à Senlis', Charles le Chauve se rendit avec eux à
Reims, où il réunit ses fidèles pour l'expédition, et de là
marcha sur la Provence. Mais, à I.yon, Carioman, auquel son
père avait imposé la condition de l'accompagner, profita de
l'occasion pour s'enfuir pendant la nuit', et pour aller organiser
en Belgi([Uo une petite armée de partisans avec laquelle il vécut
sur le pays '. I]ien que 1res atïligé de cette désertion, Charles,
après avoir mandé à Hincmai- de faire prendre par les
évéques de sa province les précautions nécessaires pour résis-
ter au fugitif", continua sa route et vint mettre le siège
devant Vienne. L'épouse de Girard, la célèbre Berthe, défon-
dait la place pendant que son mari était enfermé dans un
autre château . Il ne parait pas j avoir eu de combat à pro-
prement parler, mais les campagnes qui entouraient la cité
furent horriblement dévastées par l'armée royale''. Quant à
d'une époque à laquelle la souveraineté du pays pouvait être à bon
droit considérée comme indécise. — Sur les motifs qui pouvaient déter-
miner Girard, ancien fidèle de Lothaire I et de deux de ses fils, à sou-
tenir Louis II, cf. Parisot, op. cit., p. 340.
1. Ann. Berlin., p. 109.
2. Ann. Berlin., p. 114.
3. Ibid. et Flodoard, Ili.^t. Rem. EccL, 1. III, c. 18; .s\S\, t. XIII,
p. 508. Comme l'a déjà remarqué M. Longnon (op. cit., p. 362, n. 2),
l'expression « qui a se desciverat » appliquée à Girard n'a qu'une
valeur pour ainsi dire officielle et de convention. Elle n'implique pas
que le comte de Vienne ait jamais effectivement reconnu Charles le
Chauve, mais représente la manière dont ce dernier prince et son
entourage affectaient d'envisager les choses. — Sur l'histoire ultérieure
de la révolte de Carioman, cf. les très nombreuses lettres écrites à ce
sujet par Hincmar. (Schri*:hs, Reg., n"'^ 290 a 294, 'iOo), à divers ccnites
et évéques. C'est, sans doute, parce (ju'il voyait là un obstacle à la
conquête du duché de Lyon par Charles le Chauve ([u'IIadrien II semble
avoir pris en (juelque sorte Carioman sous sa protection, défendant aux
évéques du royaume franc de l'excommunier (.Iafi'É, n°* 2940 et 2941).
4. Ann. Bertin., p. 114; Flijdoard, lac. rit. Cf. note précédente.
5. Ann. Bertin., loc. cit.
6. Ann. Bertin., a. 870, p. 115. Elles indiquent ces faits comme
s'étant passés dans la dernière partie de l'année. 11 est possible (jue l'on
puisse un peu préciser et admettre que('liarles était devant Vienne dèà
la fin de novembre. Ln diplôme pour le prieuré de Gouclot (llisl. df Fr.,
t. Vlil, p. 6;!1) est, en effet, ainsi daté : « Datum VIII kal. decembris,
« indictione II, anno XXVIIl régnante Karolo gloriosissimo rege et in
« successione regni Lotharii anno I, actum \'ienna. » Cette date a déjà
embarrassé les éilifeurs du /i/'c d'-.t //ist. di- l'rnnce. et elle est dou-
teuse. L'an du règne, en effet, corres])ond à 867, date à laciuello Lo-
40 CHARLES LE CFIAUVE A VIENNE [870]
la ville elle-même, Charles n'eut pas besoin d'un assaut'; il se
borna à recourir à des « moyens ingénieux », évidemment
ceux employés dans toutes les guerres de ce temps, c'est-à-
dire des promesses de bénéfices et d' « honneurs »'. Berthe vit
qu'il n'y avait plus qu'à capituler; elle prévint Girard et celui-
ci vint lui-même discuter les conditions du traité et rendre la
place au roi, qui y entra le 24 décembre'. Après avoir exigé
du comte Girard des otages pour garantir la remise des for-
teresses des environs, Charles lui fournit trois bateaux sur
lesquels il s'embarqua avec son épouse^ pour gagner les do-
maines de l'empereur Louis II où une tradition très vraisem-
blable leur faisait terminer leurs jours'. Charles, ayant ainsi
achevé de se mettre en possession de son nouveau royaume,
et rappelé dans le nord par la rébellion de son fils Carloman,
ne tarda pas à reprendre le chemin de la Bourgogne, laissant
le gouvernement du pays conquis à son beau-frère et favori,
le comte Boson^
fhaire vivait encore, l'indiction et l'an de la succession en Lorraine à
869. Mais le 24 novembre 869, Charles était à Gondreville (flisl. deFr.,
t. VllI, p. 621, cf. Ann. Berlin., a. 869, p. 107). Il semble qu'il n'y ait
pas lieu de tenir compte de Fan du règne en France, qui est évidem-
ment inadmissible, peut-être restitué postérieurement dans ce diplôme
qui n'est connu que jiar des éditions. Il faut admettre, en outre, une
erreur dans le chiffre de l'indiction et, chose plus grave, dans le compte
des années du règne en Lorraine. Mais il semble bien difficile de faire
autrement. En outre, l'expression « Actum Vienna », au lieu de « prope
Viennam » ou (juelque autre formule analogue, est un peu surpre-
nante. L'acte n'est, d'ailleurs, pas suspect. Conservons-lui donc la date
du 2'i novembre 870, tout en faisant remarquer ([u'elle est très incer-
taine, et que s'il y a eu des erreurs dans les dates d'années, il peut y
en avoir eu aussi dans la date de jour.
1. M. Longnon et M. Meyer admettent comme nous qu'il n'y eut })as
de combat. M. MuEnLUVCiiEK, Deutsche Gesch. iiiilcr den KaroUnQern,
p. 5'i8, croit à tort à une lutte sérieuse.
2. Ann. Berlin., toc. cil.: « ingeniose cogitans». Le Chron.S. Maxrn-
lii Piclavensis (Ckronif/ue.'i des églises d'Anjou, p. 369) dit assez exac-
tement : « A. DCCCL.XX. fuit Vienna Carolo data. >>
3. Ibid.
4. Ann. Berlin., loc. cil.
5. A Avignon en 873 et 877, .selon les corrections ingénieusement
apportées par M. Lon{;no.n (pp. cil., p. 26'») aux dates inadmissibles four-
nies j)ar le Chron. Vizeliarense (Laimîe, BihI. noiui. niss.. t. I, p. ;)9'»).
6. A lin. Berlin., loc. cil. Un certain nombre de chartes privées du
Viennois rapp(>llent cette succession de Charles au royaume de son
neveu, en datant, par exemple : « Régnante domno nostro Karolo in
regno condam nepotis sui. » (Charles de Cluni/. m" 12: darlul. de
Sainl-André-leBas, w"^ 8*, 106* et 109*).
(^HAPITRE II
LE COMTE BOSO.X
(869-870)
Le personnage auquel Charles le Chauve venait de conlîer
ainsi le comté de Vienne et qui portait le vieux nom germa-
nique de Boson', assez répandu au ix* siècle et même durant
la période mérovingienne, n'appartenait pas, du côté paternel
du moins, à l'une des familles les plus connues de l'aristocratie
franque, et l'on ne possède sur le futur roi de Provence qu'un
nomijre restreint de renseignements. Il n'est cependant pas
sans intérêt do les réunir et de chercher à connaître, autant
(jue possible, qutds ('(aient les personnages à la famille des-
quels se rattachait le comte Boson.
Le père de celui-ci, au témoignage d'Hincmar", était comte
et se nommait Bivin ou Buvin^ II faut certainement l'identi-
fier avec un comte lorrain de ce nom, auquel on donne parfois
le titre de comte d'Ardennes '\ mais sans qu'aucun texte con-
temporain vienne appuyer cette hypothèse. Les premières
mentions que l'on rencontre de lui se trouvent dans des di-
1. Se rattachant au radical bosi = bœse; cf. Fœrstekma.nn, AUileut-
sches Namenbtich, t. I, p. 277.
2. Ann. Berlin., a. 8G9, p. 107.
3. On traduit parfois ce nom par Beuves. qui répond à Bavo-Bovonis.
et les textes du i.\« siècle mentionnent des personna.ircs du nom de
Bovo, alors que tous les documents dorment au père de Boson le nom de
Biiviiiiis ou Bivinus. 11 y eut à Gorze un abbé iJuvinus, ])ère de Boson
(cf. infra), et un peu plus tard un abbé Bovo (Cnrtul. tlf (iorze, n» 70),
primitivement prévôt de la maison (//>., n" 65). Certains auteurs mo-
dernes appellent Buwin, le père de Boson, par ex. Diiemmi.er, Ostfr.
lit'icli., t. II, p. 286, d'après le Buvinus des Aiin. Beitininni. .Nous j)ré-
férons, comme M. Parisot, la forme Bivin, calquée sur la forme Bivîiiuk
des chartes du Cartulaire de Gorze, que nous ne connaissons malheu-
reusement que i)ar des copies du xi« siècle.
4. Cf. infra, Appewl. iv lY. ^\, p. :J08-:ni.
42 LE COJITE UICIIAKD
plômes relatifs ;"i son frère, le comte Richard. Ce dernier,
ostiaire du palais au temps de Louis le Pieux.', avait été grati-
fié par ce prince de la villa deVillance en Ardenne" et il semble
avoir joué un certain rôle à cette époque. Il faut en effet sans
doute le reconnaître, bien que son titre d'ostiaire ne lui soit
point donné, dans le Richard sur le rapport duquel sont accor-
dés deux diplômes de Louis le Pieux de 831 et de 832, pour
l'évêquo de Tongres'' et pour le monastère d'Eichstsedt en
Bavière \ On sait d'ailleurs qu'il devint comte" à une époque
indéterminée^ Il y a, par suite, quelque vraisemblance à l'iden-
tifier avec le comte Richard qui, vers 825, remplissait en
même temps que l'évêque de Langres, Albéric, les fonctions
de misms dans les pays de Tarentaise et de Vienne'. Mais,
partisan de Lothaire, il suivit celui-ci dans sa rébellion de
833, fut disgracié avec lui en 834 et privé de ses biens. Il
dut très probablement accompagner Lothaire dans son exil en
Italie* et, en 839, fut l'un des députés envoyés par lui auprès
de Louis, pour solliciter son pardon et pour obtenir un
nouveau partage de l'empire ^ C'est au commencement de juin
que l'empereur se réconcilia avec son fils rebelle'". Le négo-
1. Diplôme de Louis le Pieux, du 26 juillet 839 (B(»':ii.MEit-MrEHLn.,
n" 964; SiCKEL, Acta A'arol., t. 11, p. 200; Beyeiî. Mitlelrheiîi. Urkun-
(Icnhucli, t. I, Coblenz, 1869, in-B», p. 74): « Richardo tune temporis
ostiario nostro. »
2. Diplôme cité à la note précédente. — Villance, Belgique, prov.
Luxembourg, arr. Neuchateau, canton Saint- Hubert.
;{. SicKEL, Acta Karol., L. 285.
4. Ibid., L. 299.
5. Il est (lit « ((uondam cornes » dans un diplôme de Lothaire 1, du
12 novembre 842 (B(«;ii.mer-Muehlb., n° 1060; \Sv.\E\\, Miltclrh. Urkun-
(lenbucli, t. I, p. 78).
6. On ne peut dire qu'd n'était pas comte au moment où il reçut le
domaine de Villance, ce que semblerait cependant indiquer un diplôme
do Lothaire II (B(ji';iiMEi!-MuEiiM$., nol270)(iui, visant le précepte [perdu]
de donation de Louis le Pieux, parle seulement de « viro illustri Ki-
chardo » sans lui donner le titre de cornes. Mais ce fait ne saurait con-
stituer un argument, car le diplôme ne mentionne pas davantage les
fonctions d'ostiaire dont Richard était certainement investi au moment
où il reçut le domaine de Villance (cf. B(»:ii.MEr.-MiiEiiLiJ., n" 964).
7. ContmemoriUio rnissis data, dans BoriETnjs-KnAUSE, t. I. p. .'JOH.
FAKMiT (doiiDiieutarii de rehus Franciae orientalis, t. 11, p. 273) voit,
au contraire, dans ce missus le père de Richard l'ostiaire.
8. Diplôme précité de Louis le Pieux de 8;!9 (B()I':iimek - MuEin.n.,
ir' '.Hj'j). Il reçut, sans doute, à cette époque de Lothaire, des bénélices
au comté de Reutiio (Boi-iimek-Mtemli!., n" 1029).
9. iNrniAi!!), j/istorifie, L I, c. 7.
10. Atin. Berlin., a. 839, p. 20.
LK COiMTK lilVlN i3
ciateur, le comte Richard, ne s'oublia pas lui-nirmc et fit
aussi sa paix avec Louis le Pieux, qui, le 2(5 juillet do la
même année, lui restituait le domaine de Villance. Uicliard
mourut avant le 12 novembre S42', laissant à ses exécuteurs
testamentaires, c'est-à-dire à son frère Bivin, au comte pa-
lalin Girard et à Basiû Tancrade, le soin de livrer à l'abbaye
le domaine de Villance que lui léguait le feu comte avec
aussi le reste de ses biens-.
Bivin, frère de Richard, est encore connu par d'autres
textes. On ne peut guère douter, en effet, qu'il ne soit le
même que le comte de ce nom qui fut, durant quoique temps,
abbé laïque du monastère de Gorze au diocèse de Metz\ Cotte
abbaye lui avait été donnée, à la mort de l'abbé Haldin, par le
roi Lothaire II, c'est-à-dire à une date postérieure au 28 sep-
tembre 855''. Il est, d'autre part, mentionné dans ces fonctions
dès le 8 juillet 85(5 ^ On le rencontre ensuite dans deux
chartes de 857 ^ portant le double titre de comte et d'abbé
de Gorze. Mais cet administrateur laïque laissait, parait-
il, péricliter les biens de l'abbaye confiée à ses soins,
donnait les biens du monastère en bénéfice à des laïques et
1. Diplôme précité de Louis le Pieux.
2. B()h:HMER-MuEiiLi$., no 1060, page précéd., n. 5.
3. L'identification est d'autant plus vraisemblable qu'en 910 la fille
de Bivin, sœur de Boson, l'impératrice Richilde, veuve de Charles le
Chauve, donne à cette môme abbaye de Gorze des biens sis en Verdu-
nois et eu Chaumontois (Carful. de Gorze, n"'^ 86 et 87).
4. ('harte d'Advence, évèque de Metz, de 863 {Carlul. de Gorze,
n^ 60, et D. Calmet, Hist. de Lorraine, t. Il, pr., col. l.'JT). La date de
la mort d'Haldin est inconnue. — Gorze ne tut pas d'ailleurs la seule
abbaye mise par Lothaire 11 entre des mains laïques, cf. P.arisot, op.
cit., p. ;581 et 713.
5. Carlul. de Gorze, n°s 55 et 56. Cf. de Saulcy, Notice sur le Cart.
de Gorze et table des pièces, dans les Doc. hisl. inéd. extraits des Ar-
chives des déparlements, t. 11, u, p. 127; Pahisoï, op. cit., p. 126-
127, n. 2. — Ce sont les deux actes relatifs à une convention de pré-
caire entre l'abbaye de Gorze d'une part, et Anselomus et sa femme
Erkensenna d'autre part. Bivin n"a pas dansées actes son titre de comte
« Monasterium quod vocatur Gorzia ubi in Dei nomine Bivinus abbas
vel cuncta conpregatio... (n» 55) ; « venerabili Bivino abbati una cum
illis fratribus « (n" 56).
6. Gai-l. de Gorze, n"^ 57 et 58. Ce sont encore lesdeux chartes d'une
précaire consentie par l'abbaye à Fredalous et à sa femme Blitgia. —
« Monasterium quud vocatur (jorzia ubi Bivinus comes at()ue abbas,
necnon et Laudianus prepositus » (n" 57) ; « venerabili in Christo
comiti afque abbati de monasterio sancti Stephani et sancti Pétri vel
sancti (Jorgonii » (n" 58).
44 LA FAMILLE DE lilVlN
tolérait le relâchement de la discipline. Aussi, quelques an-
nées plus tard, en 863, l'évêque de Metz, Advence, obtenait
que l'abbaye fut retirée au comte* pour être confiée à un clerc
du nom de Betton', que l'on trouve en fonctions au mois de
novembre 864 ^ Cette mention do Bivin en. 863 est la dernière
que l'on possède de lui. Il n'était peut-être pas mort en 86o,
quoi qu'en dise Gingins avec son inexactitude habituelle'',
mais l'était certainement en 869, date à laquelle Hincmar
accole à son nom l'épithète de « quondam ' ».
Quant aux ancêtres de Richard et de Bivin, ils sont de-
meurés inconnus. Gingins a voulu faire de ces deux personna-
ges les fils d'un « comte Richard plus ancien, proviseur des
fiscs royaux de Charleraagne vers la fin du viii" siècle® ». Un
Richard remplit en effet ces fonctions à l'époque indiquée''.
Mais tandis que le père et l'oncle de Boson avaient leurs pos-
sessions, semble-t-il, dans la Lorraine actuelle, c'est dans
l'ouest au contraire que s'exerce surtout l'activité du Richard,
« proviseur des villas ». 11 faut en effet très vraisemblable-
ment l'identifier, comme l'a fait Mabillon*, avec le comte Ri-
chard qui en 782 assiste à un plaid royal tenu àQuierzy, pour
juger de la revendication, par l'abbé de Saint-Denis, do biens
sis dans le Talou^ C'est le même encore (j[ui, en 783, remplit
avecWilbert, plus tard archevê(iue de Rouen, les fonctions de
1. Charte d'Advence citée n. 3 : « Expositis privilegiis et cartulis
« ([uibus sacer lociis nitebatur, a potestate illicitae dominationis eruere
« festinavi. » — Un autre Bivin fut abbé de Gor/.e à la fin du i.\^' siècle
{Carlvl. de (iorze, n"^ 77 et 8'j).
2. Sans doute celui qui fut chargé d'une mission auprès de Charles
le Chauve par le même Advence, dans le courant de cette année 86;>
ou en 86'i (Mansi, t. XV, p. 371 ; Jakké, n" 2768). — Cette conjecture
a été également indicjuée par M. Parisot, op. cit., p. 255, n. 1.
■i. Échange entre Ansbald, abbé de Priim, et Belton, abbé de Gorze.
{Carlid. de Gorze, n" 61).
'i. linsonides, p. .'59. Il s'appuie non sur le diplôme de Lothaire 11 de
865, comme il le dit inexactement, mais sur l'acte de tradition de Vil-
lance au monastère de Priim, ([ui figure à la suite des extraits du ('art.
de Priim, publiés par MAKTi;NE et Durand {Atnpl. Co/L. t. 1, p. 175) ;
mais l'épithète de « quondam )> a été rajoutée dans l'acte en (luestion
par Gingins, qui interpole volontiers les textes qu'il cite, et ne figure
pas, en réalité, dans le document publié par les deux bénédictins.
5. Anii. liertiii., loc. cit.
6. liosonideii, p. 'M .
7. Vila Liidovici, c. 6, I/o//. Crrm., SS.. t. Il, p. 610.
8. .1////. Jirncd.. t. Il, j). 2'i6.
9. JIi.s(. de /•'/•.. t. V, p. 7'i6.
LA FAMILLE DE HFVIN 45
77iissiis dans le Maine et dans riliémois ', et quelfiues années
après, à la mort de (lui, abbé laïque de Fontenelle, assiste
Landri, abbé de Jumièges, dans la recension des biens du
monastère'. En somme, l'hypothèse de Gingins ne repose que
sur une similitude de nom, et celui de Richard est trop répandu
pour qu'il soit possible d'identifier avec quelque vraisemblance
le père du comte Bivin et le }?iissi(s du Maine et de l'IIiômois.
Bivin laissa certainement deux fils : Richard, plus tard
comte d'Autun, Boson, dont l'histoire forme l'objet d'une
partie du présent travail, et une fille, Richilde, que Charles
le Chauve épousa en 870''. Le nom de sa femme est
1. Mabillon, op. cit., p. 248.
2. (icsta ahb. Fonlanr//.., c. 15 (Mon. Grrm.. .9.9., t. II, p. 296).
3. Divers autcui's ont, en outre, attribué à Bivin plusieur.s autres
fils. L'attribution n'est en général pas soutenable.
a) Rathert, évèque de Valence. — Il n'y a rien dans la C/iroiiiqiie
des évrques de Valence el de Die (publ. par V. Chevalier, Carlul. de
Saint-Maurice de Vienne, p. 61) qui fasse allusion à cette prétendue
parenté, admise par Columbi (Hpiscopi Valent inenses, p. 13), par H.
'Bouche (Ilist. de Provence, t. I, p. 759), pnr Ciioriek {/list. de Dau-
phiné, t. I, p. 540). L'origine de cette attribution doit être cbeichée
dans les Annales de Boiinjoi/ne (p. 112-113) de Pakadin, qui ap[)uyait
son système d'une charte de Boson pour le monastère de Charlieu.
Rathert d'après cet acte aurait fondé l'abbaye, et son frère, après l'avoir
dévastée, l'aurait rétablie et enrichie; mais la charte est fausse, et fa-
briquée très probablement par Paradin lui-même.
h) Garnier ou \\'arnier, père de Manassés, archevêque d'.\rles. —
Les auteurs de VArl de vérifier les dates (t. II, p. 428) qui proposent ce
système, reconnaissent eux-mêmes que ce Garnier peut n'être qu'un
parent de Boson, et c'est ce que nous savons en effet. Ce personnage
était devenu, par son mariage avec Theutberge, fille de Thibaut, le
beau-frère de Boson, comte d'Arles, et d'Hugues de Vienne; il se trouvait
donc être le cousin, par conséquent, du roi Boson, ainsi que l'on s'en
rendra compte en consultant le tableau joint au présent travail.
c) Bernoin, archevêque de \'ieniie. — Nous avons pour ce dernier
le témoignage exprès de Hugues de Fi.avignv (Chmn. Virdunense,
Mon. (ierm., S S., t. VI 11, p. 356), qui fait de Bernoin le frère de
Boson. Ce chroniqueur est évidemment très postérieur, mais néan-
moins il a connu, en ce qui concerne Boson, une source dont nous no
pouvons déterminer la nature, et (lu'il est seul, parmi les auteurs
d'histoires universelles du moyen âge, à avoir employée. Seul, en
effet, il indique les assemblées de Mantaille et de Valence, en utilisant
leurs actes, ou un texte inconnu qui avait résumé ceux-ci. Il est seul
aussi à qualifier Bernoin de vicaire du pape dans les Gaules, et
l'épitaphe de l'archevêque atteste que celui-ci porta réellement ce titre
(Terreuasse, Insrr. du moyen àqe de Vioine, t. II, p. 126). Le
témoignage de Hugues a donc quelque valeur, et il faut tenir un cer-
tain compte de son affirmation. Mais cependant le (Jhr. Virdunense
n'est pas exempt d'erreurs, et pour admettre complètement le fait, il
46 FAMILLR MATERNELLE DE BOSON
inconnu ', mais nous savons qu'elle était sœur de la femme
deLothaire II, la reine Theutberge^ et du duc Hubert, fille par
conséquent comme eux d'un certain comte Boson '*. Les textes
qui fournissent le nom de ce dernier ne font connaître ni le lieu
dans lequel ses bénéfices étaient situés, ni son pays- d'origine.
Celui-ci doit peut-être être cherché dans l'ancienne Austrasie,
où l'on rencontre également la famille de Bivin, et où l'on
trouve, dès le vu'' et le vin' siècle, divers exemples du nom
de Boson''. Quant à ce comte, que nous appellerons Boson
l'Ancien, il est très probablement" le même qu'un comte ita-
lien de ce nom qui, en 826, reçut de l'empereur Louis le Pieux
faudrait pouvoir le vérifier par ailleurs. Or, c'est ce qui n'a pas lieu.
Le Catalogue épiscopal de Vienne n'indique nulle parenté de l'arche-
vêque Bernoin avec les souverains du pays. Il n'en est pas fait
mention davantage dans les actes du concile de Valence et dans les
diplômes de Louis de Provence. Le fait est d'autant plus à noter que
le prélat joua un rôle important lors de l'élection de Louis, et qu'il
parait, ainsi que nous le dirons plus loin, avoir durant la jeunesse de
ce prince, exercé une sorte de régence en même temps que la reine
Ermengarde. D'autre part, nous suivons, assez régulièrement, dans
cette famille de Boson, la transmission des noms et celui de Bernoin ne
s'y rencontre à aucun degré. 11 y a peut-être eu, de la part de Hugues
de Flavigny, confusion entre ce que les actes de Valence disent de
Richard, oncle du jeune Louis, et ce qu'ils disent de Bernoin; la
parenté ainsi indiquée entre Boson et Bernoin, si elle n'est pas a priori
inadmissible, reste donc cependant fort incertaine.
1. Elle figure sous le nom d'Alda dans le fantaisiste roman de
iîouis {La royale couronne (T Arles, p. 127), et c'est de là, sans doute,
que ce renseignement a passé dans le dictionnaire du comte de Vii.le-
NEUVK (Slatisii(/ue des Bouches-du-lihône, t. 11, p. 113), lequel ne cite
point ses sources. M. Parisot (pp. cil., p. 88) suppose que cette femme
se nommait l{icliilde. ce qui est une hypothèse assez séduisante, mais
il ne faut pas oublier que ce nom peut avoir été transmis à la fille de
Bivin par une ascendante d'un degré plus éloigné.
2. lliNCMAi! {Ann. Berlin., a. 869, p. 107) dit que Tlieutberge était
la tante maternelle « matertera », de Boson.
3. Lettres de Benoit III et de Nicolas! (Jaffé, n"^ 26G9 et 2721).
4. Un comte et duc du pays de Metz, nommé Boson, est mcntit)nné
au temps de Dagobcrt I, par la Vita S. Sercni {IJisl. de l'r.. t. V,
p. 482). Ln autre Boson souscrit un diplôme de Charles Martel, maire
du Palais, en faveur de l'église de Maestricht {llisl. de Fr., t. IV,
]). 6'.»9). Cn troisième porte en 770 le litre de comte, et donne à l'abbaye
de Corze, dont Bivin sera plus tard abbé, la villa de Uuiiicy au terri-
toire de Wavre (Cartul. de dorze, n" 19).
5. C'est l'avis de Due.mmi.em, Oslfr. Heich, t. II, p. 5; de M. Pakisot,
op. cit., p. 83. — Papu.n. //isi. de Provence, t. II, p. 128, et Duciiesne,
I/ist. de Bourf/0(/ne, t. 1, p. 128, avaient déjà reconnu le nom du père
de 'riioutberge, et en font un comte boui'guignon, mais sans citer
leurs autorités.
FAMII.Ll.F. MATKliNKI.LK DP] HOSON 47
des biens sis à TJiello dans le comté de Vercoil ', Il est, la mémo
année, chargé d'une enquête relative à la restitution, à l'église
deGradOjde biens dont le patriarche Fortunat avait indûment
disposé en faveur de son neveu". En 827, il siège comme ?nis-
sKs dans un plaid tenu à Turin, et juge un procès intéressant
les moines de l'abbaye de la Novalaise'*. C'est lui aussi (jui
paraît figurer, quinzième, dans une liste de personnages
a3ant prêté, sans doute vers 828 pu 821), un serment de fidé-
lité''. Il était certainement mort avant 855, date à laquelle
Theutberge avait passé sous la tutelle de son frère Hubert".
Il laissait très probablement, outre ces deux enfants et la
femme de Bivin, un autre fils, nommé Boson comme son
père, et dont les infortunes conjugales préoccupèrent pendant
une dizaine d'années les papes et les conciles''.
Boson, fils de Bivin, se trouvait donc, du coté maternel,
apparenté à une famille importante, et neveu par alliance du
roi Lothaire II. On a parfois ' attribué à cette parenté une in-
fluence sui' les débuts de la carrière du futur roi de Provence,
mais cette influence nous semble assez douteuse en raison
de l'hostilité qui devait exister entre les parents de la reine
Theutberge et leur souverain le roi Lothaire II. Nous n'avons
pas à nous occuper ici des luttes de ce dernier contre son
épouse légitime, mais il est nécessaire de dire quelques mots
du duc Hubert, le plus connu des deux fils de Boson l'Ancien.
Celui-ci fut un assez singulier personnage, un de ces prin-
ces rebelles comme il y en eut quelques-uns an ix" siècle,
1. Diplôme de Louis le Pieux et Lothaire du 10 juillet S'iG (I^oeiimer-
MuEHLB., n° 805. Cf. ibid., u" 802).
2. SiCKEL, Acta Karo/.. t. Il, p. 159.
3. McRVTORi, Aitt. liai., t. 1, col. 481-482; Chron. Novtiliciense,
1. 111, c. 18.
4. Boretius-Krause, t. I, p. 377.
5. « Loco parentum », dit Hincmar (De divorlio Lothnrii ; Micne,
t. CXXV, col. 6.34. Cf. DuEMMl.ER. Oslfr. Reich., t. II, p. 5).— L'identité
entre le nom de l'aïeul et celui du petit-fils a engendré de la part
des chroniqueurs du moyen âge des confusions étranges; cf. .\i lun
DE Trois-Fontai.nes. C/i7'unique, an. 861 (Mon. (li-rm., .S\S., t. XXllI,
p. 367-8J. et la note de l'éditeur, M. Scheffer-lioichorst.
6. Sur ce personnage, cf. infra. Appendice 111, p. 297 et suiv.
7. GiNGiNS La Sarra (liosoniiles, p. 38) suppose (jue Hoson, comme
parent de Theutberge, jouit de la faveur de Lothaire. L'idée est pour
le moins bizarre. Quant à M. lioTROEOis (Le Capihilaire de Kiersi/,
]). 85 et suiv.), c'est surtout à la succession d'Hubert qu'il rattache les
débuts de la fortune de Boson.
48 L'ABBK HUBERT
occupé surtout comme Carloman, fils de Charles le Chauve,
comme Hugues de Lorraine, bâtard de Lothaire II, à se
créer une situation aussi indépendante que possible. A ce
titre, il mérite d'être considéré comme un précurseur de Bo-
son, car s'il eût réussi dans ses entreprises, il se serait proba-
blement constitué, entre les deux royaumes de Lothaire II et
de Louis II, un état à peu près indépendant. C'est d'ailleurs
ce que devait faire plus tard, avec un succès plus complet,
dans les mêmes régions, Rodolphe P'' de Bourgogne, qui suc-
céda précisément à son père Conrad dans le comté enlevé par
ce dernier à l'abbé de Saint-Maurice d'Agaune'.
Hubert, en eff"et, se trouvait, lors de l'avènement de
.Lothaire II, en possession de l'abbaye d'Agaune'", et peut-
être de bénéfices dans les pays environnants ^ Lothaire H,
sous la pression de l'aristocratie*, ou bien aussi pour
s'assurer l'appui d'une famille puissante, épousait au début
de son règne Theulberge, sœur de Hubert ^ et donnait
1. Cf. i)ifra p. 148-149.
2. Il parait avec le titre d'abbé déjà dans un diplôme de Lothaire I
du 7 mai 846 (Bœh.\ier-Mueiii,h., n" 1090). Dès le début de son règne,
Lothaire II lui donne également ce titre dans deux diplômes du 26 oc-
tobre et du 9 novembre 855 (BŒiiMER-lMuEULii., n"=' 1241 et 1242).
M. Paiusot {Le royaume de Lorraine, p. 84) suppose qu'il s'agit de
l'abbaye de Lobbes ; mais c'est contraire au témoignage formel des
Ann. Lauhienaes qui placent vers 864 le séjour d'Hubert à Lobbes.
II est vrai que la présence d'Hubert à cette date dans ce dernier
monastère est assez inexplicable, mais nous connaissons trop mal le
détail des événements du i.\'= siècle pour rejeter, en raison de considé-
rations de ce genre, une date fournie par Tannaliste même du monas-
tère où les faits ont eu lieu. L'hypothèse de M. l'arisot rendrait tt)ut à
fait inexplicable la conduite de Lothaire 11, doimant, au début de son
règne, le duché de Transjurane avec l'abbaye de Saint-Maurice à un
homme qui venait de saccager le monastère de Lobbes. Elle est, en
outre, en désaccord avec le témoignage de diverses sources {Ann. Lau-
/nenseti, a. 868; Mon. Genn., SS., t. IV, p. 14; Geiila ej)isr. Cameracrn-
sium, l. I, c 55 ; .S.S\, t. VII, p. 421 ; cf. DuviviER, lU'vht'rches sur le //ni-
naul ancien, p. 307), qui rapprochent le récit des dévastations commises
par Hubert à Lobbes de celui de sa mort, après laquelle les moines
se bâtent de faire dresser un polyjjtique pour établir le bilan de leurs
jiei'tes. H nous ])araît plus vraisem[)lable d'admettre que Hubert était
avant 855 abbé de Saint-Maurice, et probablement possesseur de do-
maines héréditaires dans les environs de son monastère.
•i. DrEM.Mi.Eiî, Ostfr. /{eich.. t. II, p. 67, croit qu'Hubert était même
déjà maiti'e de tout le duché de Transjurane, et que Lothaire n'épousa
'l'heutberge ([ue jwur acquérir l'alliance du frère de celle-ci.
4. (/est une conjecture (pie M. I'aiîisot {a]), cit.. j). 8()-7) a su rendre
vraisemblable.
5. pAiiisoT, op. cil.. ]). 85.
[855-857] i;.\l!|!l'; IIURKHT 49
à celui-ci le gouvernement du duché de Transjurane'. C'était
le rendre maître d'un territoire important et des passes les
plus fréquentées par les pèlerins; ce pouvait être aussi une
voie pour les armées de ceux qui auraient, un jour ou l'autre,
la tentation de s'approprier la portion de l'empire laissée par
Lothairel à son fils aîné. Le roi de Lorraine devait, du reste,
passer sa vie à se repentir du choix qu'il avait fait. Au point de
vue ecclésiastique, Hubert était un objet de scandale. Il était
clerc et portait le titre d'abbé, il avait la tonsure ^ mais ses
mœurs étaient entièrement séculières '\ et Réginon '' le qualifie
à.\icep]iala% c'est-à-dire d'irrégulier et d'indépendant. Non
1. RÉGiNON, Chron., a. 859, p. 78 : « Lotharius Hucberto abbati du-
« catum inter Jurum et Montem Jovis commisit, eo quod tune fidelissi-
(I mus putaretur, utpote atïinitate conjunctus propter sororem Tbiet-
u birgam ». La date donnée par lîéginon est inadmissible, car dès 857,
Hubert était maître du pays, et en révoUe ouverte contre le roi. La
réalité de la concession faite par Lothaire II à son beau-frère a été con-
testée par DuEMMLER, Oslf'r. Reich., t. II, p. 6. Nous la considérons, au
contraire, avec M. Pari sot (op. cit., p. 83), comme vraisemblable, <à la
condition d'admettre que Hubert se trouvait antérieurement en pos-
session dans le pays d'une certaine influence et peut-être de l'abbaye de
Saint-Maurice. — Nous avons employé l'expression de duché de Trans-
jurane, en rapprochant les termes employés par Héginon à propos
d'Hubert de ceux par lesquels le même auteur {Chron. a. 888, p. 130)
désigne le royaume de Rodolphe !«'■ « provintiam inter Jurum et
Alpes Penninas ». Nous pouvons, d'autre part, conclure d'une lettre de
Benoît III aux évêques du royaume de Charles le Chauve, que
Hubert, comme plus tard les rois Rodolphiens. étendait plus ou moins
régulièrement son autorité sur une partie du diocèse de Hesancon,
puisque d'après cette lettre (Jaffé, n"2669; Hi.^l. r/e /•'/•., t. Vil. p. 38 1),
le turbulent abbé s'était mis en possession de Saint-Pierre de Luxeuil,
monastère sis dans le Portois, c'est-à-dire au nord-ouest du Jura. P(ni
importe qu'il n'en soit pas longtemps demeuré en possession, comme
le remarque M. Parisot, op. cil., p. 85. — Ni ce dernier, ni Diimniler
ne semblent d'ailleurs avoir assez remarqué le rapport territorial qui
parait avoir existé entre le duché d'Hubert et le royaume de lioui'-
gogne.
2. Hubert n'était pas simplement un de ces abbés la'iques comme
il y en avait beaucoup alors ; il était clerc. Hincmar, qui l'avait sans
doute connu à Saint-Martin de Tours, lui donne, dans ses Annales
(a. 862, p. 57), ce titre de clericiis [conjuriatua]. Il en est de même
dans le De divortio Lolharii (.Migne, t. CX.XV, col. 637) et dans la lettre
précitée de Benoît 111. Hincmar, du reste, jugeait sévèrement le ])er-
sonnage, qu'il traite {De Uivorlio Lolh., ihid., col. 630) de « perversus
homo » et il blâme Charles le Chauve (.1/;//. liertin.. toc. cit.) de lui
avoir donné l'abbaye de Saint-.Martin de Tours « non satis consulte ».
3. « Saecularia meditans tantum » (Mime. S. Gennani .Uitssisaiod.
dans Acta Snncf. Bail., Jul., t. Vil, p. 278).
4. Chronique, a. 8G6, p. 91.
5. Cf. DucANGE, sut). v°, qui rap])orte un jjassage d'IsmoRE de Sé-
l'oLi'AïUJiN. noyuinne de Provence. 4
^iO I;aBBK IIUnERT [855-857]
seulement il était marié et avait des enfants ', mais encore il
vivait avec des concubines, qu'il installait dans ses abbayes;
il s'entourait d'hommes d'armes et dissipait les revenus de ses
abbayes à entretenir des chiens, des faucons et des fem-
mes de mauvaise vie". Au point de vue politique, les dernières
années de sa vie sont remplies par ses efforts pour se main-
tenir, contre le gré de son souverain, en possession de son
duché, en même temps que pour soutenir contre Waldrade la
cause de la reine Theutberge. Dès la tîn de Tannée 857, Lo-
thaire, en présence des brigandages de son beau-frère', qui
menaçaient de troubler la paix entre le roi de Lorraine, et l'em-
pereur avait dû sévir contre le nouveau duc\ L'expédition
dirigée contre celui-ci paraît avoir eu peu de résultat\ En 859
VILLE {De Eccles. offlc, 1. II, c 3) : « Duo sunt gênera clericorum, unuiii
« ecclesiasticorum sub episcopali regimine degentium, alterum acefa-
« loruni i(l est sine capite, quam sequantur ignorantium. Ilos neque
« inter laïcos seculariuin officioriim stiulia, neque inter clericos religio
« retentat divina ». Un fragment d'un livi'C pénitentiel de Saint-Arnoul
de Metz, rapporté par M. P. Viollkt (Jlïst. des Institut, polit., t. 1, p.
338), reproduit à peu près ce passage. — Au ix" siècle, on a une ten-
dance à appliquer ce terme au.x clercs errants, à ceux qui peuvent en-
courir les accusations portées contre saint Adon : « Nulla ratione clerici
« aut sacerdotes habendi sunt, qui abnuUius episcopi disciplina et pro-
« videntia gubernantur. Taies enim acefalos,id est sine capite priscae
« ecclesiae consuetudo nuncupavit ». (Capilul. Papiense de 850, dans
BoRETius-KiîAUSE, t. II, p. 121), « Presbiteri absoluti et vagi... acefali. »
{(loll. Britannica, Joh. vni, n" xvn ; Jafeé, n" 2973.)
1. HiNCMAR, Ann. Berlin., lac. cit. ; Folcuin, (icsta abbalum Lohieii-
sium, c. 12; Mon. Germ., »S\S'., t. IV, p. 60: « Eflicitur ad liaec uxorius
« liberos procreans et ad siiae damnationis cumulum, nihil cléricale
« ])raeter tonsuram praeferens. » Il ne faut pas conclure de ce texte,
connue M. Parisot {op. cit., p. 84), qu'Hubert se soit marié durant
son séjour à Lobbes. Il était marié à cette date, mais le fait même du
mariage peut être antérieur, d'après le texte de Folcuin, à l'époque à
laquelle le peu canonique abbé se mit en possession du monastère.
2. Lettre précitée de Benoit 111.
3. La môme lettre fait allusion à des meurtres provoqués par la
« miserriuia cupiditas » d'Hubert, et qui menacent île troubler la ])aix
entre les deux frères. II s'agit très vraisemblablement d'actes de bri-
gandage commis par lui en Italie, comme l'a conjecturé Duemmi.eh,
(tstfr. licich., t. II, p. 9.
'i. Le roi (juitta Aix à la lin du mois de décembre 857, et y était de
retour à la Hn d'avril de l'année suivante (HoiMiMEii-MrEiiLBACiiEi!, no^
12'i8-1249). Sur cette expédition, cf. .l?m. Laubacrnses, Mon. dcn/i.,
SS., t. I, p. 15; Ann. Lnubicnses. Ihid.. t. .\II1, p. 232; Duemmler, Oslfr.
Beich., t. II, p. 9-10; Parisot, op. cit.. ji. 119-120.
5. I{É(;iNoN, (Ihron.. a. SfiG. p. 91, dit qu'llubei't se réfugia (comme
plus tard l^)dolplie b') dans les montagnes et (pic deux autres expédi-
lions furent cncni-e nécossair(>s. Dikmmi.er, loc. cit.. considère ce rensei-
[859-862] I.'AlUil'; HUBERT 51
les trois diocèses ultrajurans de Genève, de Lausanne et de
Sion étaient cédés par Loihaire à Louis II, son frère'. II est
possible que la cession ait été faite par le roi de Lorraine prin-
cipalement dans le but de se concilier l'appui do l'empereur
dans la lutte contre Theutberge, mais peut-être aussi le désir
de se débarrasser d'Hubert y entrait-il pour quelque chose ^
L'abbé de Saint-Maurice fut momentanément forcé de quitter
son duché dcTransjurane et de chercher un refuge dans lesÉtats
de Charles le Chauve ; il s'y trouvait avant la fin de l'année 860,
date à laquelle sa sœur vint le i-ejoindre '. Charles le Chauve
avait là une double occasion do nuire à son frèi-e, en soutenant
contre lui un adversaire qui pouvait devenir dangereux, et
en protégeant Theutberge et ses partisans. Doux ans après,
sans doute à la fin du mois d'avril 862 \ Hubert recevait même
la grande abbaye de Saint-Martin de Tours, qui venait d'être
retirée au fils du roi, Louis, coupable d'avoir favorisé l'en-
lèvement de sa sœur Judith par le comte de Flandre, Bau-
douin Bras-de-Fer^ Pendant quelque temps Hubert dut rester
gnement comme « sagenhaft ». Il est cependant possible que deux
campagnes contre Hul^ert aif?nt encore en lieu après l'année 857.
1. Cf. supra, p. 22.
2. DuEM.MLER, lor. cit.; Parisot, op. cit.. p. I3'i. Ce dernier remarque
avec raison que Lothaire II se réservait une route pour descendre en
Italie, celle du Pipincen.sis comitatus; mais ce n'était pas la plus directe,
qui passait par Orbe et Saint-Maurice. Lothaire II craignait, sans doute,
(lu'IIubert ne lui fermât à son gré cette dernière. De pareilles cessions
ne sont pas, d'ailleurs, sans exemple à l'époque carolingienne: c'est
ainsi qu'.\rnulf fit don du pays qu'il ne pouvait reconquérir sur Ro-
dolphe 1<^''', d'abord à Louis de Provence, puis à Zwcntibold de Lor-
raine. — DuE.MMLER (ihifL) prétend qu'Hubert se maintintà cette époque
en possession de l'abbaye d'Agaune, mais son séjour auprès de Charles
le Chauve indique précisément le contraire.
3. Ann. Berlin., a. 860, p. 54. On sait, en outre, que la présence
d'Hubert auprès de Charles est antérieure à la composition du De
(livdftio Lolharii d'Hincmar (Intcrr. Xll". Muine, t, CXXV, col. 698)
qui se place à la fin de 860; cf. Pmusot, op. cit., p. 179, n. 2.
4. Ann. Bertiii.. a. 862. p. 57. — Dans un diplôme pour Saint-Martin
de Tours, du 2:j avril 862 (Ifi.<it. de Fr., t. Vill. p. 57:i), il n'est pas fait
mention d'abbé. .\u contraire, un diplôme du 26 du mémo mois, dit,
en parlant de la même abbaye, « cui etiam abbatis otiicio pi'aesideredi-
« vina largitione et nostra commissione veuerabilis vir Ilucbertus abba
« cognoscitur « {11)., p. 574; Panctfrlc noire. n'> xi.ui). C"(>st donc sans
doute entre le 23 et le 26 avril 862 ((u'IIubert reçut l'abbaye. Cepen-
dant, comme l'a remarqué M. Parisot (op. rit., p.' 191, n. 2). ilincmai-,
dans ses Annales, mentionne cette donation avant des événements du
mois de janvier 862.
5. Ann. Bertin., a. 862, p. 56.
62 L'ABBK IltlREllt [862-864]
encore auprès de Charles', mais à la fin de cette même
année, on le retrouve dans son ancien duché, à Agaune. Il y
faisait hommag-e aux moines de Saint-Germain d'Auxerre, qui
revenaient de Rome en rapportant les reliques de saint Urbain
et de saint Tiburce, des fragments des corps saints conservés
à Saint-Maurice". Son ancienne abbaye et son duché étaient
donc retombés entre ses mains, sans que l'on sache dans
quelles circonstances. Il faut peut-être rattacher ces faits à
la tentative de réconciliation qui eut lieu cette année entre
Charles le Chauve, Louis le Germanique et Lothaire II, tenta-
tive qui aboutit au commencement de novembre à l'entrevue
de Savonnières. Il est bien possible que le comte Hubert,
craignant les conséquences de cette réconciliation, ait jugé
prudent de faire lui-même sa paix avec l'empereur et de se
reconnaître son fidèle ^
Cette paix ne devait pas être de longue durée car, lorsque,
deux ans plus tard, on retrouve Hubert, il n'est plus à
Agaune, mais à Lobbes au diocèse de CandjraiMl y continue à
mener le même genre de vie^ se mettant de force en posses-
sion de l'abbaye après avoir chassé l'abbé Harbert qui fut
contraint do se réfugier à Corbie", s'emparant des richesses
1. Il est encore mentionné comme abbé de Saint-Martin dans un
diplôme du 10 mai 862 (///.s7. de Fr., t. VIII, p. 576; Pancarte noire,
n" 7.XXIII).
2. HÉRic, Miracidti S. Ger)iiani Aulisaiod., dans les Acia. Sancl.BolL,
.lui. t. VII, p. 278: Mém. Suisse romande, t. XIX, p. 29. — Les moines
étaient de retour à Auxerre le 31 octobre, après avoir passé par Orbe
et par Pontarlicr. Cela permet de placer cette entrevue dans le courant
d'octobre. Il est très vraisemblable qu'elle a eu lieu postérieurement
au séjour d'Hubert dans les états de Charles. Selon Héric, l'abbé
Hubert était « familiarissimus » des moines d'Auxerre qu'il reçut à
Agaune; il est bien probable qu'ils avaient fait sa connaissance en
Gaule. II avait, du reste, d'autres relations dans ce dernier pays, car
c'est à l'évêque de Beauvais, Eudes, qu'il s'adressa pour faire parvenir
des lettres au pape (Lettre de Nicolas I du 2S avril 863; .Iakfé, n° 2729).
3. Nous savons que, à une époque quelcon(iue, Hubert s'était reconnu
le fidèle de Louis H; et avait reçu de ce ])rince des bénéfices (Axnr.É ni-:
lÎEKc.A.Mi;, (Ihron., c. 9; Script. rei\ Lan;/., j). 227). les«bonores » dont
parle llincmar (.ln?î. Berlin., a. 86'i, p. 7')). D'autre i)art, les /!///*. Xnn-
tcn.'^es (Mon. (irrm., SS.. t. II, p. 231) rapportent (juc « Ludewicus
« impiurn liugliai'dum (.'iic) abbatom constituit ». Il faut })eut-ètre rap-
procher ces diverses mentions.
4. FoixuiN, (ie.sla al)li. Lohirns.. c i2, Mon. derm.. SS.. 1. \\ . ]).
60; Fnndatio /.ohiensis nionasierii, ibid.. t. .\1V, p. T)'!.").
5. Fundatio Loi). 7no)iast. (i/tid.) ; Vita I-!rh(ini. .\rln Snncl. Iloll..
Mai., t. VII, ]). 8'i6.
6. i'und. L(d). ntonast. (i/jid.)
[86il DERiNIÈRE RÉVOLTE ET MORT D'IIIIIKHT 53
(kl monastèro pour les disiribuer à des gens do guerre, eu
mèau3 temps que l'argent destiné à la reconstruction de
l'église, et ne laissant aux moines qu'une moitié des revenus
qui leur étaient affectés'.
Mais, bien qu'il paraisse s'être considéré à Lobl)es comme
occupant une situai ion à l'abri de toute atteinte", il n'y était
plus dès la tîn de l'année ; il reparait alors en Transjurane,
sous le C(nip d'une excommunication lancée par cinq évéques'*,
comme si, chassé par Lothaire II du monastère de Lobbes, il
avait tenté de se maintenir dans ses montagnes contre l'em-
pereur Louis \ Celui-ci lui opposa Conrad le Welf ^ nommé,
selon Folcuin", comte de Rhétie et du Jura, c'est-à-dire sans
doute de la région des Alpes où se trouvaient les domaines
d'Hubert, peut-être de l'ensemble des trois pagi ultrajurans
cédés par Lothaire à son frère. A la fin de l'année 864, Hubert
succombait dans un combat livré près d'Orbe aux troupes
impériales, et son vainqueur Conrad prenait possession (lu
duché". L'abbé d'Agaune laissait un fils, Thibaut, dont nous
reparlerons plus loin. Sa sœur Theutberge se mit entièrement
1. Diplôme d'Arnult'du 15 novembre 889 (Boeiimeiî-Mcemli!., n" 17S;{).
— Sur le séjour d"Hubert à Lobbes, cf. Duemmi.eiî, Oxlfr. Reirk., t. II,
p. 109-110; Parisot, op. cit., p. 84. Mais nous n'admettons pas les consi-
dérations qui (font placer par ce dernier auteur l'abi^atiat d'Hubert à
Lobbes à une époque antérieure à 855, cf. supra, p. '18).
2. FoLCUiN, loc. cil.
3. Ann. Xautoises, a. 866, Mon. Genn.. SS.. t. Il, p. 2:!l : « Ihibcrtus
clericus a quinque episcopis excommunicatus. « Les .\nnales de Xantcn
ne sont, il est vrai, pas très bien informées en ce qui concerne la Bourgo-
gne, puisqu'elles placent la mort d'Hubert en 866. Due.mmi.er. Ostfr.
Reich., t. IL p. 109, voit dans ces personnages des évèques bourgui-
gnons, mais il parait plus vraisemblable de voir en eux des prélats
italiens, cela concorderait mieux avec les autres faits.
'1. André de Bergame, Ilislar., c. 9, Script. Hcr. Lan;/., p. 227; Ami.
Bertiii., a. 864, p. 74. Les textes d'André et d'ilincmar sont d'accord
pour prouver que la dernière expédition contre Hubert a été entre-
prise à la suite de la rébellion de Hubert contre Louis II et non contre
Lothaire, comme ou l'a dit quelquefois. En vertu de la cession dont
nous avons parlé, Hubert se trouvait sujet de l'empereur.
5. Sur ce personnage, cf. Dl'emmler, Osl/'r. Bcic/i., t. 111, p. 318 ; Pa-
risot, op. cit., p. 251 et 262.
6. Gc'sla abbot. Lol)icns., c. 12, .I/o//, (icnn.. SS., t. IV, p. 60.
7. André de Bergame, loc. cit. : .1////. Berlin., loc. cit. : Ann. Xantm.'ic.'i,
a. 866; .Mon. Gerni., SS., t. H, P- 2.')1; Réginon, Chron.. a. 866, etd'a})rés
lui. .1////. Metlense.'i, a. 866. l/i.'it. de Fr., t. Vil. p. 194. lue lettre du |)ape
Nicolas P'"", du 25 janvier 867, le mentionne connue mort (.Iakeé, n" 2872;
MiGNE, t. CXIX. col. 1 1 43). — CiiNGiNs (I/tif/(>ni(lcs, p. 6) a encore exagéré
oi RICUILDE, CONCUBINE DE CHARLES LE CHAUVE [869]
SOUS la protection de Charles le Chauve, qui lui donna l'abbaye
d'Avenay au diocèse de Reims' .
Il est extrêmement douteux, comme nous l'avons dit, que la
situation et le rôle d'Hubert et de Theutberge aient eu
quelque influence directe sur lajeunesse deleurneveu Boson^
C'est seulement à l'époque de l'union de Charles le
Chauve avec Richilde que le nom du futur roi de Provence
apparaît pour la première fois dans l'histoire^ . Le 9 octobre
l'erreur de Réginon en mettant la mort d'Hubert en 867, d'après les témoi-
gnages de Réginon et des Annales Metleitscs, qu'il considère comme dis-
tincts et d'après deux diplômes de Lothaire 11 (datés par lui, du reste,
inexactement tous deux de 867), dans MuRATom, Anl. Ital.,t. II, col. \2[-
122. Dans le premier de ces deux diplômes, du 17 janvier 866 (Bcemmeh-
MuEiiLB., n" 1274), le roi donne à Theutberge divers biens en Lyonnais,
'l'ransjurane, etc. Dans le second, du 2\ novembre 868(B()i:iimer-Mueiii.b.,
n"1284), il renouvelle cette donation en y ajoutant celle des biens confis-
qués sur le rebelle Hubert. On en a conclu que celui-ci devait être mort
entre ces deux dates. Mais un certain temps a pu s'écouler entre la mort
d'Hubert, suivie de la mainmise du fisc royal sur ses biens et la donation
faite à Theutberge, il ne semble donc pas que l'induction tirée des dates
de ces deux diplômes soit de nature à prévaloir contre le témoignage for-
meldes Annales Bertiniennes, comme le reconnaît Pxpasot, op. cil., p. 262,
n. 2. D'autre part, Hincmar rattache à la mort d'Hubert la nomination du
diacre Engelwin comme abbé de Saint-Martin de Tours, et il devait être
bien informé de ce qui touchait ainsi la grande abbaye royale. Or, Engel-
win parait déjà comme abbé dans un diplôme pour le monastère de
Cormery, du 20 juin 865 (Ilisl. (Je Fr., t.VHl,p. 596). Cependant, M.Trog,
Hudolf I uiid il, p. 21, se range à l'opinion de Gingins que reprend
également M. Philipon (Ann. Soc. Emul. Ain, 1896, p. 278), avec les
mêmes arguments et en ajoutant que les Ann. Lanhienses {Mon. Germ.,
SS.,t. IV, p. 14) sous l'année 868 rapportent: « occiso Huberto, fit a
.lohaiHie episcopo poleticum nostrum » donc « parlent en 868 de la mort
d'Hubert comme d'un fait récent ». Mais le fait peut être récent de trois
ou quatre ans. Nous savons, d'ailleurs, que c'est bien en vue de constater
ce (lui restait à l'abbaye après les dévastations d'Hubert que fut ré-
digé le polyptique, la xiv'^' année du règne de Lothaire 11 (DuviviEii,
liach. sur le Hninanl ancien, Bruxelles, 1866, in-8", |). 307). Mais au
témoignage du ms. de Lobbes, qui renfermait ce poly])tique, on aiu'ait
peut-être commencé à le dre-sser en 866 : « Antiquitates nostrae dicinit
« polypticum, seu descriptionem villaruni, factam jussu ilicti Lotharii
« arino DCC('I>.W1, villarum scilicet (juac residuae fuerunt post dissipa-
« tionem bonorum factam })er Hucbertuni impium invasorem » (Duvi-
VIER, ibi(L, n. 1).
1. Ann. Berlin., a. 864, p. 74.
2. GiN(iiNs (liosonides, p. 38-9) a prétendu donner une histoire de
sa jeunesse, mais en échafaudant des hypothèses sur cette, hypothèse
inadmissible que Lothaire favorisait Bosun comme parent de Theut-
berge, et en lui aj)])li(iuant des mentions qui se rapjjoi'tent en l'èalitc
au mari d'l']ngeltrude (infra, Apjiendice III. ]). '.iO'.i'.Hi'i) et .M. Bourceois
{(Jajjil. de Kiersi/, p. 87 et suiv.) a trop suivi (iingins dans cette voie.
:j. Ann. liertin., a. 869, p. 107.
[869] RICniLDE, CONCmiNK DE CIIAULKS 1,1-: (.IIAL'VE 55
869, Charles qui se trouvait à Douzy', occupé à mettre la
main sur riiéritage de son neveu Lothaire, apprenait que sa
femme Ermontrude venait de mourir (rois jours auparavant
à l'abbaye de Saint-Denis. A cette nouvelle, <lit Ilincmar,
« Boson, Mis du feu comte liivin, se chargeant de ce message
(( auprès de sa mère et de sa tante Theutbergc, veuve du roi
« Lothaire, Charles se ht amener la sonir dudit lîoson, nom-
« mée Ilichilde, et la prit pour concubine - le 12 octobre ».
Theutberge était depuis quelques années de retour dans les
états de son mari''. C'est donc là que devait se trouver
également Richilde. Quant à Boson, il était à la même date,
d'après le texte d'Hincmar, auprès de Charles le Chauve,
vraisemblablement comme ayant été l'un des premiers, parmi
les anciens fidèles de Lothaire II, à reconnaître le nouveau
souverain. Il est possible qu'il soit venu à Douzy lui faire sa
soumission avant les autres grands lorrains; il est possible
aussi que cette union ait été pour Charles moins le moyen de
satisfaire une passion, que celui de s'assurer l'alliance d'une
famille qui tenait certainement dans le pays conquis une place
importante. Mais ce sont là de pures conjectures. Ce qui est
certain c'est que, durant les quelques mois qui suivirent,
Charles ne se sépara pas de Richilde. 11 se rendit avec elle
d'abord à Aix, puis à Gondreville, où il était, au conmiencc-
ment de novembre, occupé à recevoir l'hommage des grands
de la Bourgogne et de la Provence, mais nous ignorons si Boson
1. Douzy, Ardennos, arr. Sedan, cant. Mouzon.
2. Un diplôme sans date de Charles le Chauve poui' l'église de Lyon
(i)'A(iiERY, Spicilegium, t. III, col. 349-350) place au 12 octobre sa « con-
junctio » avec Richilde. lien est également question dans un diplôme
de 871 pour l'éclise de Paris, et elle y est dite « copulam secundum Dei
voluntatem » (Taiîdik, Cnrlous des Roix. n" 152, mais l'éditeur donne à
tort à l'acte la date de S'iG). — On s'est scandalisé de l'indilî'érence de
Charles à la rnort d'Ermentrude (Maiui.lon, .1///'. Ord. S. Ben., t. III. p.
I5S: Di'KMMLEii.Os//"/-. //e/r/i., t. Il, p. 286). Diimmler voit dans l'ennpresse-
inent de Charles une i)reuve des relations (|uc ce dernier aurait eues
antérieurement avec Richilde. M. de 'i'i-HHEiîASsi; (///.s-/, de Boson, p. 17),
d'autre part, a cru trouver dans le diplôme j)récité pour l'ég'lise de Lyon
la preuve qu'il y avait eu en 8(>!» un véritable maria,w entre Charles le
Chauve et Richilde, mariage que l'hostilité d'Hincmar à l'égard de Hosoii
a seule jiu lui faire (jualiiier de concubinage. Mais étant donné le rôle
important que joue dans la formation du mariage la « copula cariialis »
(Cf. S( iiH()i:iis, Ill)iktn(ii\ p. 214), il n'y a pas lieu de s'étonner de rencon-
trer, même dans les diplômes, des montions de ce genre, et elles ne sont
pas dénature à infirmer le témoignage des Annales I5ertini(Muies.
3. Aun. Dcrtiii.. a. 8G5, ]). 78 ; P.MUSOT, op. cit., p. 350-351.
56 POSSESSIONS DE BOSON
continuait à «e trouver auprès de lui'. De là le roi traversa
l'Alsace pour gagner Aix-la-Chapelle, ensuite Nimègue, où, le
22 janvier 870, il épousa solennellement sa concul)ine-.
Les événements exposés dans l'ordre chronologique mon-
treront assez le pouvoir acquis par Boson, la faveur dont il a
joui auprès de Charles le Chauve, qui le revêtit de dignités
de plus en plus considérables. Mais, outre sa situation
politique, le frère de Richilde s'est trouvé en possession de
nombreux bénéfices, de domaines que les textes narratifs et
diplomatiques mentionnent quelquefois. Un article du capi-
tulaire de Quierzy^ leur était spécialement consacré, ou plutôt
devait l'être, car cet article est resté en blanc'', et ne peut
par suite fournir des renseignements sur la situation des
honores possédés par le comte. D'autre part les textes ne
font point connaître en général les circonstances dans lesquelles
Boson avait acquis tel ou tel bénéfice. Les témoignages directs
relatifs à ces propriétés sont d'ailleurs assez peu noml)rGux.
Il nous paraît donc plus utile de réunir tout ce que les textes
peuvent fournir à ce sujet que de laisser les détails dissémi-
nés dans une histoire chronologique du personnage. Un coup
d'œil de ce genre peut être intéressant pour riiisioire même
du comte Boson, et aussi parce que l'histoire et la situation
de celui-ci sont à ce point de vue, et mutatismulandi^, celles
de tous les grands bénéficiés du temps de Charles le Chauve,
d'Eudes de Paris, de Hugues l'Abbé, de Robert le Fort^
1. Ann. Berlin., a. 869, p. 107.
2. Ann. Berlin., a. 870, p. 108.
3. C'est l'article ;U ; Boretujs-Kkause, t. H, p. 361 ; BornoEOis, Le
Capitulaire de Kiersi/, p. 89 sqq.
4. Il n'en existe que le titre : « De honoribus Bosonis, iîernardi et
« Widonis et aliorum illarum partiuin. » Sur les titres de ce f^enre, cf.
BoiJi'.oEois, L\(ss('mhlêe de Quierzy-.'iur-Oi&e. dans les Eluder d'/iist. du
Muijen Arje dédiées à Gabriel Monod, p. 146.
5. Il faut en passant mettre en garde contre une erreur dans la-
([uelle est tombé Gingins La Sarra et qui l'a conduit souvent à ('"mettre
des conjectures tout à fait inacceptables. 11 prétend donner comme
possédées « en coinmende » ])ar Boson, toutes les abbayes dont les
moines obtiennent par son entremise des préceptes de Charles le
Chauve ou de Louis le Bègue. Telles .sont les abbayes de Tournus, de
Saint-Germain d'Auxerre, de Saint-Bénigne de Dijon, de Saint-Martin
d'Autun. Mais on ne saurait, pour prendre un exemple, s'apjjuyei-
exclusivement sur le faitciue Boson ti'j^nre comme (iiiilxtxrialor dni)^ un
diplôme accordé par Charles le Chauve en 877 à l'abbaye de Sainl-I'.éni-
giie de Dijon (J/isl. de Fr., t. Vlll, p. 647) pour conclure avec Gingins
POSSESSIONS DE BOSON 57
Au momoni où Boson remplit le rôle d'intermédiaire entre
sa sœur et Charles le Chauve, ce dernier lui donna, selon
Hincniar, « l'abbaje de Saint-Maurice et d'autres honneurs' ».
En ral)sence de toute autre indication il est bien certain qu'il
s'agit là de la célèbre abbave d'Agaune-. xMais nous com})re-
nons mal les conditions dans lesquelles fut faite cette donation.
Pour que Charles le Chauve, en effet, pût disposer de cette
abbave, il eût fallu qu'il la possédât ou du moins qu'il pût
prétendre à quelques droits sur elle. Or, depuis 850 le pays
dans lequel elle se trouvait située avait été cédé à l'empereur
Louis 11, et l'expédition au cours de laquelle les troupes impé-
riales mirent à mort Hubert de Transjurane avait précisément
pour but de reprendre au turbulent abbé les territoires dont
il se maintenait de force en possession au préjudice de l'empe-
reur ^ Ni l'abbaye d'Agaune, ni le diocèse de Sion ne figurent
parmi les terres ayant appartenu à Lothaire II que Charles
le Chauve et Louis le Germanique se partagèrent en 870. La
seule hypothèse qui semble vraisemblable c'est que Charles
donna au frère de Richilde des droits à faire valoir sur des
domaines qui, situés dans le royaume de Louis II, pouvaient
cependant faire partie des })ropriétés de Lothaire, — peul-èlre
même une simple autorisation de soutenir ses prétentions sur
(Bosouidrs. p. il) qu'il avait reçu du roi cette abbaye de même que quel-
ques autres. La faveur dont le comte jouissait auprès de son beau-frère,
les hautes fonctions qu'il occupait à la cour, et qui pouvaient même peut-
être faire de lui dans certains cas un intermédiaire obligé (Hincmak,
De online palatii, c. xix, éd. Prou, p- 50). sont un motif sullisant pour
que bien des abbayes aient eu recours à sa protection, lorsqu'il s'agis-
sait de solliciter les faveurs royales. — Ces diplômes ont cependant un
autre intérêt que celui de montrer l'importance du rôle de Boson: ils
fournissent un indice, une présomption, que le personnage avait des
intérêts et des relations dans tel ou tel comté, et le montrent en rap-
ports avec un certain nombre d'abbés riches et par suite influents,
comme ceux de .Moutier-la-Celle, de Saint-Germain d'Auxerre et sur-
tout celui de Tournus, Geilon. (\m plus tard devait obtenir de Boson l'un
de ses premiers diplômes royaux.
1. Ann. Berlin., a. 869, p.* 108 : « Qua de re cidem Bosoni abbatiam
« Sancti Mauricii cum aliis honoribus dédit. «
2. C'est d'ailleurs ce qui a été admis sans contestation par tous les
historiens qui ont eu à mentionner cette concession.
3. Lothaire II lui-même, en 866, dispose en faveur de Theutberge
de biens sis dans le pr'i/ns de Grenoble, dont il n'était pas souverain
(BŒii.MEn-.MuEiii.B., n" 1274, cf. siiprn, p. î^'i). 11 avait aussi disposé on
sa faveur de domaines confisqués sur Ihibert (///., n" 128i), mais nous
ignorons si f|uclf|ues-uns d'entre eux ou même tous se trouvaient
situés dans les états de l'euqicreur Louis II.
58 POSSESSIONS DE BOSON
quelques-uns des bénéfices enlevés à Hubert pour être donnés
à Conrad. Mais il est impossible de savoir si Boson put jamais
faire reconnaître son autorité à Saint-Maurice, ou même
jouir de domaines ayant jadis appartenu d'une manière quel-
conque au monastère ou à ses recteurs. Aucun texte ne permet
d'admettre la possession effective par lui de l'abbave d'Agaune.
non plus que d'aucune autre région de la Transjurane. Au
contraire, en 872, l'impératrice Engilberge, femme de Louis II,
fixe à deux reprises à Charles le Chauve l'abbaj-e de Saint-
Maurice comme lieu de rendez-vous'. Si l'on rapproche de ce
fait un contrat de prestaire, intervenu entre Engilberge et le
comte-abbé Rodolphe, à une époque malheureusement indéter-
minée, mais sans doute voisine de celle-ci", il paraîtra assez
vraisemblable d'admettre que les véritables maîtres de l'abbaye
étaient l'empereur et Rodolphe, non Charles le Chauve et
Boson. La concession faite en 869 à ce dernier ne parait
donc avoir été qu'une simple reconnaissance de ses droits ou
plutôt de ses prétentions, sans que d'ailleurs il parvint jamais à
faire valoir celles- ci \
Il est mieux établi que Boson dut avoir dans la Cham-
pagne des domaines, et jouer dans ce pays un certain nMc.
On lui a attribué^ la donation de l'abbaye de Montiérender^
de terres sises en Pertois sur la Voire '^ dans le voisinage de
1. Ati7iales Berlin., a. 872, p. 119 et 120.
2. MuRATOiu, Ant. Ital., t. III, col. 155-6. VowEL^Regcxle dr la Suisse
romande, p. 25, n" L.wii) place l'acte en 870. Duemmleii (Ostfr. lirirh.,
t. Il, p. o'il) le date de 872 et conclut aus.si d'après lui au peu de durée
de la domination de Boson à Saint-Maurice. M. Parisot. op. cit.. p. ;}52,
])artage cette manière de voir.
;{. '( L'abbaye passa après Hubert à son neveu Hoson, qui est l'ins-
« tigateur de la politique de Charles le Chauve en Italie... ("estde Saint-
« Maurice (pu; partent toutes les expéditions de France en Italie «(Hotut-
c.Edis, fj' Capilidaire (le KierKji, p. 215). Il parait probable que Cliai'les
le Chauve, en se rendant en Italie, a passé par .\gaune, mais la cpies-
tion serait de savoir si c'est Boson ou Rodolphe qui Ta laissé passer,
et cette dernière hypothèse nous semble de beaucoup la plus admis-
sible. Il n'y a })as pour cette période, parmi les documents de l'aiibaye
de Saint-Maurice dont le dépouillement est donné par le Hegeste d'Ilid-
bert, (le charte pouvant fournir un argument dans un sens ou dans
l'autre.
4. U'Aruois de Juit.M.NVU.I.E, ///.s7. den durs el îles eoinles de C/iaïu-
paf/)ie, t. I, ]). 65.
5. Abbaye (lu dioc. de Troyes. .Vujourdhui comuiuiU! du déparl. d<'
r.\ube, arr. Troyes, canton l.usigny.
6. La \'oire, aill. de droite de iWube.
POSSESSIONS DE BOSON 59
la ville actuelle de Saint-Dizier'. Mais un récent travail -
a montré que cette donation devait en réalité dater de
l'épofiuc de Çharlemaj^'Hc et être le fait d'un lîuson plus
ancien, mort comte palatin de Charles le Chauve avant le
24 janvier 858, date à laquelle ce prince confirma la donation
précédente''. L'absence de documents ne permet pas desavoir
avec certitude s'il existait entre ce Boson et le fils de Bivin
un rapport de parenté, bien que la similitude de noms accom-
pagnant la possession de bénéfices dans la même région con-
stitue un argument en faveur de cette hypothèse \ On a d'ailleurs
d'autres preuves des rapports existant entre le futur roi de
Provence et les pagi du diocèse de Troyes. C'est ainsi que
Boson était de bonne heure en relations avec Eudes, comte
de Troyes, et remplit les fonctions d'exécuteur testamentaire
de ce dernier ^ C'est à sa requête également que Charles le
Chauve, le 29 mars 877, donnait au monastère de Moutier-
la-Celle au diocèse de Troyes la forêt dite Drosilonk'^ . Deux
ans plus tard enfin, à la veille de se faire couronner roi, le
comte de Vienne donnait au monastère de Montieramey la
1. Cartulairo île Montiérender, éd. Lai.ore, p. 135. L'acte est men-
tionné dans une charte du comte Herbert II {CavluL de MoiUiéreinler,
ibid., etd'ARBOis, op. cit., p. 454).
2. A. DE Barthélémy, Note skv Irais pe?'so)inages du nom de Boson
meiilioitni's en Chainparjne aux IX'', X^ siècles, dans Cinnjitrs rendus de
IWciid. des inscr. et belles-lettres, 1896, p. 201 203.
3. Cartul. de Moniierdmeij, p. 132. n" .\, inexactement daté par La-
LORE de 856. On ne peut essayer de combattre rargumentation de
M. A. de Barthélémy en supposant dans la date de ce dernier acte une
erreur de copie, X'VIII au lieu de X.XXVIll, par exemple, ce qui
permettrait d'attribuer le précédent à Boson, comte de Vienne, car dans
la confirmation de Charles le Chauve le donateur dit e.st « quondam », et
Boson survécut à son beau-frère. — Les deux actes sont mentionnes
par la C/ironi/juc d'Aii3R[ de Trgis-Fontaines, a. 873 (Mon. Gerni..
SS., t. XXlll, p. 71): « Boso cornes dédit ecclesie Dervensi Sanctuni
« Desiderium, quod Karolus Calvus rex Krancorum conlirmavit. »
4. La i)arenté ne serait pas très rapprochée, en tout cas, car Boson
est le nom de l'aïeul maternel du comte de \'ionne, et l'on peut difli-
cilement identifier ce personnage avec le comte palatin de (,'harles le
Chauve. Mais ce dernier pouvait être cousin du père de la femme de
Biviii.
5. E. Maihlle, Les pérégrinations du corps de saint Martin. ]). jiist.
n" I, dans /y/6, /u-. Chartes, t. XXX. p. 425. Cf. infra. p. 63.
6. Cartid. de Moutier-la-Celle, éd. LAi.oitr, p. IM. Selon Maiui.i.on
(Acta. Sanct. ord. S. Ben., saec. IV. p. 2'i'i), le catalogue des abbés de
ce monastère publié par Cww^yw J*7-om/tli(arinm Trica-^sinuin, fol. 86
V", aurait mentionné en 851 comme abbé un Bo-fo, uuiis en réalité le
texte porte Bodo.
60 POSSESSIONS DE BOSON
villa (le Lanty en Lassois'. D'autre part nous savons encore
qu'en 872, après la mort de Tévêque Erpuin de Senlis, Boson
voulut intervenir d'une manière quelconque dans l'élection de
son successeur Hadebert, et il fallut que l'archevêque de
Reims intervint pour rappeler au comte que la désignation
aux évêchés vacants ne rentrait pas dans ses attributions ".
Il avait en outre des vassaux dans ces régions, car en 876,
Jean VIIl'^ se plaignait des empiétements de l'un de ceux-ci,
Arembert, qui usurpait au détriment du souverain Pontife
la villa de Vendœuvre'*, possession du Saint-Siège depuis
le temps de Louis le Pieux ^ Lui-même possédait, au diocèse
de Reims, un bénéfice mentionné par Hincmar dans une lettre
1. DuGHESNE, Ilisl. de la maison de Veri/y, pr. , p. 12 ; A. Giry, Etudes
Carolingicnucs, dans les Etudes... Monod, p. 129. — Un Boson ligure
encore, ie 25 octobre 877, parmi les témoins d'une charte du comte
Eudes II (n'AiîBOis, op. cit., p. 466), mais il est peu probable, en l'ab-
sence de tout titre, qu'il s'agisse du nôtre.
2. Yhonok\{\^,Hist. Rem. EcrI., I. III, c. 26; Mon. Genn.,SS.. t. XIII,
p. 545 ; Beg. Schrœr.'<, n° 336 : « Bosoni illustri comiti de agenda electione
« Silvanectensis episcopi, ostendens quod non sit sui ministerii specia-
« lem quamcumque designarc personam. » Mais M. Schr(jI':rs {Ilinkumr,
p. 580, n. 124) a contesté qu'il s'agît de Boson, fils de Bivin. La lettre,
en effet, qui suit immédiatement dans l'œuvre de Flodoard, celle que
nous venons de citer, est différente dans son adresse, qui est ainsi
conçue : « Bosoni viro inclito « ; or, dans cette seconde lettre, il s'agit
certainement du comte de Provence. M. Schrœrs croit pouvoir conclure
de cette différence qu'il s'agit de deux personnages distincts, d'autant
plus que les lettres adressées par Hincmar à un même correspondant
se suivent en général, dans les analyses de Flodoard, en ordre cliro-
nologi(pie, on ne peut supposer la seconde antérieure à la première et
à l'époque à latpielle Boson reçut le titre de comte. Mais l'omission du
titre de comte ne prouve pas nécessairement que le personnage n'y
eut pas droit. D'autre part, en même temps que la Provence, Bo>on
avait reçu des titres pompeux, qui ont pu entraîner une modification
dans le protocole des lettres adressées par l'archevêque de Reims à
« l'archiministre du sacré palais ». Ce titre de « vir inclitus » était peut-
être môme quelque chose d'officiel, car Hincmar écrit à Ermcngarde
« uxori Bosonis viri incliti » une lettre qui se rapporte à la même pé-
riode (Floi)o.\ri), op. cit., 1. III, c. 27, p. 550). L'identité du Boson
champenois et du Boson provençal est, en outre, confirmée par la lettre
de Jean VIII que nous citons plus bas.
3. Jaffé, n" 3285, Mionk, t. CXXVI, col. 880-881 : « Xunc autem,
« sicut audivimus, villam nostram Vendoaram al)squ(> nostra consensu
« et voluntate occupatis et uni vestro vassallo nomine Aremberto, in
« beneficium dedistis. » Jean VI II s'adresse aussi aux conites Hugues
et Rodolphe jiour obtenir la restitution de Venda'uvre (Jaffé, n" 3284 ;
MicNE, iliiil., col. 880.
'i. \'cnd(L'uvre-sur-Bars(', Aube, ari'. Bar sur-.\id)e, cb. 1. de canton
5. .\nn. Bn'tin.. a. 8G5. ]). 78.
POSSESSIONS liK IIOSON (51
au roi, oi qui faisait peut-être partie des /lo/iorrs cljiiné en
809 par Charles le Chauve au frère de sa concubine'.
A une date indéterminée il avait également reçu de son
beau-frèrela iv7/rt de Molay en Tonnerrois-, enlevée à Conrad,
comte d'Auxerre, lors de la disgrâce de celui-ci en 8(54-
865, et alors confisquée par Charles le Chauve ^ Mais il ne
devait pas la conserver longtemps, car dès 878 ou 879* il
avait fait don de ce domaine au monastère de Saint-Germain
d'Auxerre, auquel il avait jadis appartenu'', peut-être en partie
dans l'intention de se concilier l'alliance du puissant abhé laïque
de Saint-Germain, Hugues l'Abbé, qui se trouvait à ce moment
1. Lettre d'IIincuiar à Charles le (,'liauve, Ilisi. de Fr.,\. ^'Il,p. 531 :
« Sed et Hoso in nostradioecesi beneficium unurn habet. » Cf. i)".\nrînis
DE JuBAiNViLLE, Op. Cit., p. 64, — Cette lettre, en raison des allusions
qui y sont faites à Ilincmar de Laon, semble peu postérieure à 870, ce
qui ne rend pas invraisemblable notre hypothèse sur l'époque à
laquelle Boson aurait reçu ses biens.
2. Molay, Yonne, arr. Tonnerre, cant. Noyers.
3. « Fuit per bannum in tisco domini régis » (Hist. de Fr.. t. IX, p.
399). Molay avait été acquis en 863 par le comte Conrad des moines de
Saint-Germain d'Auxerre, en échange d'un lieu nommé Hidiononis^llist.
de Fr., t. Vlll, p. 589). Les moines tenaient cette villa de Charles le
Chauve, qui la leur avait donnée en 859 (Quantix, Cartul. de /' Yonne,
t. I, p. 69) et restituée le 11 octobre 862 (//y/W., p. 75). Conrad la donna
comme douaire à sa femme Waldrade, mais la coniiscation opérée par
Charles le Chauve rendit nulle cette donation. Cf. DrE-M-MLEr.. Ostfr.
Beich, t. II, p. 110.
4. D"aprés les expressions employées dans le diplôme situé à la note
suivante, le fait se place entre la mort de Charles le ('hauve et l'avè-
nement de Boson au trône de Provence.
5. Nous connaissons l'histoire de la villa de Molay, par un diplôme
daté du 29 janvier de la première année du Tàii;ne d'un roi Louis, et
attribué par les éditeurs du Recueil dea Hi-floriens de France (t. IX,
p. 399) à Louis II le Bègue et par Quantin {Cartul. de V Yonne, t. II,
p. 9) a Louis IV d'Outre-Mer. M. Lauer, Z,o»/.<î /T, p. 17, n. 4, rejette
cette dernière attribution. Mais l'acte, en tous cas, ne peut pas être de
Louis II, qui, en })arlant de lui-même, n'aurait pas employé la formule:
« Pi'eceptum quod apud dominum Ludovicum impetravit ». N'étant pas
de 878 il ne peut donc servir à ])réciser la date antérieurement à
laquelle Boson aurait donné la villa à l'abbaye. Elle e»t énumérée
parmi les possessions de celle-ci à partir du 14 juin 884 (Qi'a.ntin,
ihiil., t. I, p. 111).
Un Boson avait été également abbé de Saint-Germain d'Auxerre
{Ili^t. de Fr., t. VIII, p. 598), mais cela dès 866. à une date par consé-
quent antérieure à la })remière mention cei-taine de la jjrésence du fils de
Bivin dans les Etats de Charles le Chauve. Ce Boson, d'autre part,
mourut un 20 juillet(SiCKEi., Lettre.... dans la liihL de l'Fc. desCtiurtes.
V^ série, t. III, p. 28) et avant 876 (Gall. C/iri.fl.. t. XII, col. 374). II
faut donc le distinguer du comte, son homonyme.
62 BOSON. — SA SITUATION
avec Boson à la tète des grands du royaume de l'Ouest,
révoltés contre Charles le Chauve.
Nous savons enfin que Boson possédait au comté d'Autun
un certain nombre d'abbayes, qu'il devait en 879 abandonner
à son rival Théoderic en échange de la dignité du comte dans
ce même pagiis^^ et qu'on 872 il avait reçu les « honneurs » atta-
chés au comté de Bourges, dont Charles le Chauve le nomma
titulaire après la déposition de Girard. En somme ces rensei-
gnements un peu épars laissent du moins entrevoir une chose,
c'est que Boson, outre sa situation politique, devait être l'un
des plus riches possesseurs de biens-fonds du royaume de
Charles le Chauve. Ajoutons, pour terminer, que l'importance
de son rôle est attestée non seulement par le nombre des
diplômes accordés à sa sollicitation ou par l'étendue de ses
domaines, mais par ce fait que des lampes brûlent en son
honneur dans l'abbaye de Saint-Denis' comme en celui des
membres de la famille royale. Un banquet anniversaire devait
être célébré dans le même monastère au jour de son obit,
comme pour Charles le Chauve et pour Richilde, et des
prières devaient être dites càson intention en même temps qu'à
celle des souverains dans une partie des monastères du
royaume, notamment à Saint-Martin de Tours et à Saint-Martin
d'Autun \
Boson, ainsi que nous l'avons dit, remplaça àla fin de l'année
870 Girard en qualité de comte de Vienne. Un diplôme en
faveur de l'église de Lyon dans lequel il intervient comme
(imbasciator permet de supposer que son autorité, de même
que celle de son prédécesseur, s'étendait sur le Lyonnais
1. Ann. Berlin., a. 879, p. 148. Nous ignorons quelles étaient ces
al)bayos. Boson obtient en 877 un di})lôme pour Saint-Martin d'Autun
(l'.n.LioT, Ilisl. de Valihaye de Sdinl-Marlin d'Auluii, t. II, p. 8, u" 'i),
mais il ne porte dans l'acte ni le titre d'abbé, ni celui de recteur.
2. Diplonu! de Cliarles le Chauve du 27 mars 870 pour l'abbaye
de Saint-Denis ; Taiîdh", Carions des Rois, n" 20.j : « Eo videlicet
« jure ut septcm luminaria ante altare... ardeant. (Juarum una sit pro
« i)atre nostro sanctae recordationis llludowico augusto, altéra pro geni-
« tricc nostra gloi'iosa Judith impératrice, tertia pro nobis, cpiarta pro
« ilyrmintrude olim conjuge nostra regina, quinta pro har.etiaui con-
« juge nostra Richilde... Sexta pro onnii pi'ole nostra... Septirna ])ro
« Mosone et Vuidone, ac reliciuis familiaribus nostris (juos niaxima iide-
« litatis devotio nobis proi)in(puores etïicit ». Cf. sur cet acte A. (Insv
dans Mrl((nf)es ./. llavel, p. ()8'i-()9:).
3. Diploiiic du !'■• août 877 ; llixl. de Fr., t. Vlll, i). 671.
[870-872] BOSON, COMTE F)K VIF.NNF: 63
aussi bion quo sur le Viennois'. Ce diplnnie est malheureuse-
ment assez postérieur à l'année 870", et d'une époque à laquelle
Boson était devenu un assez puissant personnage pour qu'un
archevé(|ue eut recours à ses hons offices, quand bien même
il n'aurait pas exercé dans la cité métropolitaine les fonctions
comtales. La seule trace, d'ailleurs, que nous possédions de
l'activité de Boson en tant que comte de Vienne est la notice
d'un plaid tenu dans cette ville, en présence de l'archevêque
Adon, assisté du vicomte Erlulf, niissus de lîoson.Un certain
Sigebert y fut condamné à des dommages intérêts envers le
monastère do Saint-Maurice et de Saint-FerréoP. Boson ne
parait pas être resté longtemps dans la cité dont le gouver-
nement lui avait été confié. A la fin de 871 en effet ou au com-
mencement de 872, il se trouvait dans le nord du royaume
et remplissait les fonctions d'exécuteur testamentaire du
comte Eudes de Troyes*. Dans le courant de cette même
année 872, probablement aux environs du mois de mai', il
recevait encore une mission qui implique de sa part une cer-
taine indifférence vis-à-vis de son comté de \'ienne. Charles
qui se trouvait à Servais, choisit son beau-frère pour le donner
comme conseiller, comme bajulus, selon l'expression courante
à cette époque, au jeune prince Louis, roi d'Aquitaine depuis
867. Boson recevait, en même temps que la première place
après le souverain en Aquitaine, les « honneurs » du comte
de Bourges, Girard et les titres de chambricr et do maître
des huissiers ^ Ce dernier titre, comme l'on sait, désignait un
des personnages importants de la hiérarchie carolingienne',
nommé le premier après les grands officiers palatins ^ chargé
1. Diplôme cité, n. 3.
2. Infra, pièces jus l if., n'M.
3. D'AciiEHY, Spicileniiun, t. III, p. 258. — Les dates extrêmes sont
celle du commencement de 871, et celle du lôdoceinbre 875, date de
la mort de l'archevêque .\don, mentionné dans la notice.
4. Maiui.le, Ze.s invasions normandes ((ans In Loire, p. just. n" 1
(Bih. Kc. Cit.. t. XXXI. p. 425). — Sur ce personnage, mort au mois
d'août 871, cf. R. Merlet, L'origine de Roberl le Fort, dans les Mél.
Julien [Idvel , p. 105-lUG.
5. C'est en mai 872 que Charles le Chauve parait s'être trouvé à Ser-
vais, comme on peut le conclure d'un dij)lôme publié ///.s/. '/^' /•';•., t. \'III,
p. 635, où l'an du régne est inexactement donné, mais qui d'après
l'indiction et la mention de Richilde seml)lc de 872.
6. Ann. Berlin., a. 872, p. 119.
7. W.MTZ, Deutsche Verfassunysfjesrhichte, 2"^ éd., t. III, p. 5.37.
8. liiNCM.M;, De ordine palatii, c. xVn.
04 BOSON CIIAMBRIKR ET MAITRE DES HUISSIERS [872]
de diriger le service des huissiers du Palais, d'introduire
auprès du souverain les personnes qui désirent l'approcher',
et auquel sont parfois confiées de hautes missions politiques ^
A cette nomination de Boson comme chambrier se rattache
très vraisemblablement l'éloignement d'un puissant person-
nage, qui, avant lui, avait rempli ces charges, le comte Engel-
ran, dont la disgrâce est formellement attribuée par Hincmar à
l'intluence de Richilde^ Cet Engelran paraît avoir été comte
en Flandre, ou tout au moins dans le voisinage du [tar/us
Fla)idria'\ et c'est à lui que prétendirent plus tard se ratta-
cher les suzerains de ce pays^". Il avait joué un certain rôle
dans les événements des années précédentes, et surtout dans
les négociations de Charles le Chauve avec Louis le Germa-
nique'' et avec le roi breton Salomon\ En 868 il portait les
1. TiiÉODULF, Carmen ad Carolum rcrjem (Ilist. de Fr., t. Y, p. 418).
Il est parfois désigné par le simple titre d'O.stiariiis.
2. Gérung, maître des huissiers de Louis le Pieux, gouverna au nom
du jeune Lotliaire le royaume (Fltalie, de concert avec Walla. Nous
avons déjà parlé de l'ostiaire Richard et de son rôle sous Louis le
Pieux.
o. Ann. Berlin., a. 875, p. 127 : « Engilramno, ((uondamEaroli régis
« camerario et domestico, suasione Richiidis ab honoribus dejecto et a
« sua familiaritate abjecto ».
4. Capilulare Silvacense, c. 9 (Boretius-Krause, t. Il, p. 275). En
858, il figure le second sur une liste de grands laïques ayant prêté à
Charles le Chauve un serment de fidélité (Boretus-Kkause, t. Il,
p. 297).
5. Art de vèrif. les dates, éd. in-fol , t. III, p. 1. — Les Ann. Dlan-
dùiienses, a. 856, Mon. Germ., SS., t. V, p. 23, le font abbé de Saint-
Pierre au Mont-l'landin de Gand (sub Ingelramno comité vel abbate)
et, bien que ce texte soit assez postérieur, il peut fournir sur ce point
des renseignements dignes de foi. S'il faut admettre avec leur chrono-
logie les données de ces mêmes Annales, Engelran aurait conservé
cette abbaye même après sa disgrâce, car les Ann. Blandinienses lui
donnent enclore le titre d'abbé en 875 {ibid., p. 24).
6. En février 863, il est l'un des garants choisis par Louis le Ger-
manique parmi les sujets de Charles le Chauve, pour assurer l'exécu-
tion du traité de paix conclu entre les deux frères {Anit. Fuld., a. 863,
p. 62; DuEMMLER, Ostfr. Beich., t. H, p. 193). Au commencement de
mars 870, il prend pari à l'accord d'Aix-la-Chapelle entre les deux souve-
rains et c'est lui qui ])i'ète au nom de Charles le Chauve le sernuMit
(|ue ce dernier se contentera de la portion de l'héritage de Lotliaire
qui lui sera attribuée par la convention à intervenir {Mon. Gcnn.,
LL., t. I, p. 516; DuEMMLER, op. cit., t. Il, p. 294).
7. En 868, c'est lui (jui e.st chargé de porter les présents de Charles à
Salomon (/Uni. Bert., a. 868, p. 97). — Ajoutons qu'il parait être mort
avant 883, s'il faut l'identilier avec l'Engelran dont la veuve Friderade
avait à cette date épousé un seigneur du nom de Mernier (Réoinon, Chro-
iiitiuc, a. 883. p. 121). Sui' ilngelran, voy. aussi Léon A'andkrkindeue,
I872| DOSON EN AQUITAINi: C5
titres de maître des huissiers, do cliambrier et de conseiller
secret'. Or nous savons que d'une part il était encore comte
et jouissait d'une certaine autorité en 870-871 -, tandis que,
d'autre part, il avait été dépouillé de ses fonctions et de ses
honneurs antérieurement à l'année 875 '. Il n'est donc pas
invraisemblable de supposer que c'est en 872 (jue sa charge
lui fut retirée pour être donnée au nouveau favori, Boson,
alors comte de Vienne, en même temps que le gouvernement
du royaume d'Aquitaine*. A côté de lîoson, Charles envoyait
dans ce royaume le comte d'Auvergne, iJernard II Plante-
velue, fils de Bernard et de Liutgarde% et le marquis de
Septimanie, Bernard, fils de 151ichilde^ c'est-à-dire deux des
plus importants seigneurs du midi. Il importait en effet d'éta-
blir dans ces remuantes provinces une autorité plus stable
que celle des officiers palatins qui, en 867, y avaient accom-
pagné le jeune Louis'. Les trois comtes, d'ailleurs, commencè-
rent par avoir quelque succès, et à la fin de l'année 872, Ber-
nard, fils de Blichilde **, battait et tuait le rebelle fils de Doda,
Bernard le Veau '', (jui se maintenait de force dans le comté
Le copHulaire de Servais, 1897, br. in 8". p. 10-17. (Kxtr. des Bull,
de ta Coin. roy. d'IIisl. de Belf/ù/ue. 5" .série, t. ^'ll). Cet érudit se
refuse, avec raison, à voir dans Engeh'an le père de lîaudouin de
Flandre qui serait bien fils d'Odacre. Il lui attribue comme missus les
comtés de Courtrai, (iand et 'l'ournai, mais non la Flandre propre
(Bruges).
1. A7in. Berlin., a. 868, p. 97.
2. A cette date, Hincmar s'adresse à lui en même temps qu'aux
comtes Goziin et Adalehne pour ors;aniser la résistance contre le re-
belle Carloman (Flodhako, J/isl. Hem. Ece/., III, c. '20 \ Mon. Germ.,
55., t. XIII, p. 543).
:i. Ann. Berlin., a. 875, p. 127.
4. Ce qui empêche l'argument tiré de la coïncidence des dates, des
faits et des cbangements de titres d'être complètement probant, c'est la
phrase assez embarrassée d'Hincmar qui ne permet pas de décider
nettement si Boson reçut en 872 la charge de cliambrier et de maitre
des huissiers pour tout le royaume ou seulement pour celui d'Aqui-
taine. C'est ainsi que M. BoimoEois (Ca;j(7. de Kier.-nj. p. 9») a pu croire
que Boson ne reçut alors que la charge de grand chambellan d'Aqui-
taine. Nous croyons, au contraire, qu'il reçut ces fonctions pour tout le
royaume de Charles.
5. Ilial. de Lanrj., t. II, p. 285.
6. I/isl. de Lan'g., t. II, p. 280.
7. Ann. Berlin., a. 8G7, p. 86 : « Ordinatis illi fLudovico] ministeria-
(f.libus de palatiosuo, Aquitanis regem praefuit. » — Cf. BouitoEUis, Le
(lapilidaire de Kiersij. p. 97.
H. Ilisl. de Languedoc, t. II, ]). 27<).
9. Ann. Berlin., a. 872, p. 121.
l'OLi'AUDiN. Iloîjaiimc de Prurcm-e. 5
6G BOSON DE RETOUR AUPRÈS DE CHARLES [875]
d'Autun, et le vainqueur recevait de Charles le Chauve ce
même comté comme récompense de ses services.
Mais, pas plus en Aquitaine qu'en Viennois, Boson ne pa-
raît avoir fait un séjour de bien longue durée'. Trois ans, en
effet, après son envoi dans le Midi, on le retrouve auprès de
Charles le Chauve, sans qu'il semble après cette date avoir
conservé la moindre relation avec les pays d'outre-Loire. Il
était à Saint-Denis le 19 mars 875- et obtenait de Charles
le Chauve la celle de Saint-Romain en Maçonnais'' pour les
moines de Saint-Philibert, incessamment chassés de leurs
résidences successives par la crainte des invasions normandes,
et que le roi établissait alors à Tournus en Bourgogne".
L'abbé qui se trouvait à cette époque à la tète de la raga
conyi'egatio était le fils d'an comte aquitain, un nommé Gei-
lon% et devait plus tard se retrouver en relations avec Boson.
Louis d'Aquitaine parait avoir également été au commence-
ment de l'année 875 de retour auprès de son père ^
Le 12 août 875 l'empereur Louis II mourait près de Brescia
\. Selon M. E. Bourgeois {loc. cit.), Boson aurait encore été maître
de l'Aquitaine en 876-877 et « les Aquitains, toujours prêts à mécon-
« naître l'autorité de Charles le Chauve, suivirent, au contraire, Boson
« comme un des leurs dans ses intrigues contre l'empereur ». En
réalité, nous n'avons pas de ti'aced'un rôle quelconque joué par Boson
dans les affaires d'Aquitaine en dehors de la mention des Annales
d'ilincmar relative à son envoi dans cette province en 872.
2. Ilisl. de Fr., t. VllI, p. 645. — C'est le diplôme concédant comme
refuge à la congrégation de Saint-Philibert le monastère de Saint-Valé-
rien avec le caslnim Trenorchium, et la villa de Tournus. Mais l'inter-
vention de Boson, dans ce très long diplôme, n'est mentionnée que
dans la disposition particulière relative à la celle de Saint-Romain et à
ses dépendances. — Le texte de l'acte, qui n'est plus connu que par des
éditions ou par des copies modernes, est extrêmement défectueux.
Certaines copies (par exemple celle d'après laquelle a été faite l'édition
(lu Gallia Christ., t. IV, instr., col. 24). au lieu de « pro elemosina
« nostra, ac dulcissimae conjugis. siveejusdem Bosonis » donnent « ac
«dulcissimae conjugis filiae ejusdem Bosonis ». C'est une erreur évi-
(lent(>, mais ce texte altéré a préoccupé certains historiens anciens,
notamment Pierre de Saint-Julien, au point d'amener ce dernier à
dédoubler le })ersonnage de Boson.
'■i. Saint-Koniain-des-lles, Saône-et-Loire, arr. Màcon, canton La
Chapelle-de-(iuincliay.
4. Tournus, Saône-et-Loiro, arr. Màcon, ch.-l. de canton.
5. Cf. la charte publiée par M. Léon Maître, dans la Bi/d. de FEc. def
Ch., 1898, p. 2.Ï7, et Kaviîe, Eudes, p. 257.
6. Qui le chargea peu après de défendre la portion orientale du
royaume.
[875] PI'.riMIKKK EXI'KDITMN DK GMAHI-KS \Ai CHAUVE EN ITALIE 07
en ne laissant qu'une fille, Ermengarde'. Charles apprit la
nouvelle à Douzy', où il se trouvait alors'. Sans tarder il se
rendit à Ponthion', où se tint une première assemblée,
puis à Langres. Là il désigna ceux qui devaient l'accom-
pagner dans son expédition', parmi eux devaient se trouver
Boson et son frère Richard''. Le V septembre il se mettait
en route pour tenter de mettre la main sur l'héritage de son
neveu, en prenant la route ordinaire, celle du Valais et du
Grand Saint-Bernard dont le maître, le comte Rodolphe, son
cousin, le laissa passer sans lui susciter de difficultés ^ Malgré
l'hostilité de Louis le Germanique, qui envahissait la Gaule,
et dont les tils, soutenus par une partie des seigneurs italiens
et notamment par Bérenger de FriouP, tentaient vainement
d'arrêter la marche de Charles en Italie ^ celui-ci était le
29 septembre à Pavie '", un peu plus tard à Rome, où le 25
décembre de cette même année il recevait des mains du pape
Jean VIII la couronne impériale".
Nous ignorons d'ailleurs la part qu'il convient de faire à
l'influence de Boson dans cette première expédition d'Italie.
On a soutenu '- qu'elle devait lui être attribuée en grande
partie, mais en l'absence de tout texte précis on en est réduit
aux conjectures. Or, que Boson ait été ambitieux, c'est ce que
montre la suite de son histoire. Qu'il ait eu intérêt à lancer
son beau-frère dans des aventures au delà des monts alors
que lui-même, possesseur des comtés de Vienne et de Bourges,
jouissait ou pouvait jouir d'une sorte de vice-royauté en Aqui-
taine ou en Provence, c'est au contraire une chose contestable.
Ce qui est certain, c'est que l'expédition une fois commencée,
'i. B(«-:iimek-Ml'ehlb.\cher, p. 476. réunit les textes relatifs à cette
mort.
2. Ardennes, arr. Sedan, cant. Mouzon.
3. Ann. Berlin., a. 879, p. 126.
4. Ponthioii, Marne, arr. Vitry, cant. Thiéblemont.
5. Ann. Berlin., ihid.
6. Mais leur première mention est celle que l'on ti'ouve dans les
actes de l'assemblée de Pavie, au mois de février 876.
7. Ann. Berlin., a. 875, p. 127; Dmemmlek, Ostfr. Reich., t. 11, p. 388.
8. Anuké de Bergame, llisL, c. 19, Script. Rcr. Lan;/., p. 230.
9. Di;i;.\iMLEiî. Uslfr. Reich., t. II, p. 396, et .\nn. Berlin., p 127.
André de BepiGame, ibid.
10. Mcr.ATo.îi, Ann. d'Itnlia, t. V, p. 131.
11. Ann. Berlin., a. 875, p. 127.
12. Bourgeois, Capital, de Kiersy. p. 83.
08 BOSON REÇOIT LA PROVENGE [875]
SOUS l'influence de Boson ou autrement, le comte fut établi à
la tète du pays conquis, comme il l'avait été en 872 en Vien-
nois, en 872 dans l'Aquitaine mal soumise.
La première portion du royaume de Louis II confiée à Boson
dut être la Provence propre, c'est-à-dire l'ensemble des cités
qui après la mort de Charles le Jeune avaient passé entre les
mains de l'empereur, son frère. Le seul texte, il est vrai, qui
mentionne cette donation faite par Charles le Chauve à son
beau-frère, est la Chronique de Réginon ', dont la chronologie
est particulièrement suspecte à cet endroit. Mais les faits
postérieurs ne permettent pas de douter que Boson ait eu le
gouvernement de la Provence ^ et il ne peut y avoir d'hésita-
tion que sur le moment où celui-ci lui a été confié •\ On
peut supposer que cette concession lui fut faite à une
époque un peu postérieure pour le dédommager de la perte
de son missatkiim italien*. Mais nous croyons qu'il vaut
1. YiY.GifiO's^ Chronique, p. 113: « Dédit insiiper Bosoni Provinciam. »
2. DUEMMLKR, Ostfr. RtHch., t. III. p. 78.
3. Un texte parfois cité à ce propos (cf. Duem.mler, ibid.. n. 1) ne
parait pas de nature à jeter une grande lumière sur la question. C'est
une lettre du pape .lean VIII, adressée au comte Boson et relative à
un certain évoque Ogier [Audgarius] (.Iaité, n" 3002). Une autre lettre,
en relation avec celle-ci, nous apprend que cet Ogier dépendait du
métropolitain d'Embrun, Bertmond (Jai fk, n^ 3001). On pourrait donc
croire que la lettre fut adressée à Boson lorsque celui-ci gouvernait la
l'rovence, après la mort de Louis II, et, s"il est possible de dater la
lettre, cbercber à en tirer des conséquences relativement à l'époque à
laquelle Boson reçut la Provence. Mais Ewald {Ncuea Arrhiv., t. V,
p. 319), en publiant la CoJJcrlio firilrmiiica, qui renferme ces deux
textes (.loli-VIIl, n"'- .xxxix et xl, A'enex Arcli., t. V, p. 311) a remarqué
que les lettres pontificales s'y suivaient, autant que nous pouvons en
juger, en ordre à peu près chronologique. Or, le document que nous
venons de citer en précède un autre, qui est certainement du mois de
février 875 (/6. Joh. vni, n" XLV, .Iaffé, n» 3007). Il est donc lui-même
antérieur à cette date et a forliori à celle à laquelle Boson ])ouvait
exercer quelque autorité sur le diocèse d'I'^mbrun. 11 y a donc plus de
vraiseml)lance à admettre que la lettre en question est adressée à un
autre comte de même nom, sujet de Louis II, peut-être au mari d'En-
geltrude, dont nous avons ))récisément encore une mention en 874
(cf. infra, .[ppriidice III. p. 307). (juant à révêtpie Ogier. nous n'avons
pu, noi! plus (pi'Ewald, l'identifier, mais on sait combien les listes épis-
copales sont incomi)lêtes pour ce pays et pour cette éi)0(iue.
'%. ("est riiypotliese de Doi'.N.NUiES, Deutxchc Slanlsr/'f/U. t. I, p. 13G.
Mais il admettait aussi, en s'appuyant sur le texte de Réginon, que
B(json avait été créé roi d'.\rles ])ar Cbarles le Cbauve, ce qui est inad-
missibles, comme l'a déjà recomni Di;EMMi.i-n, Osl/'r. Reir/i., t. III, p. 78,
n. I. De même (jue iiéginon a confondu les deux expéditions de Cbarles,
de même il a confondu la couronne ducale aloi's reçue par Boson, avec
[S7fi| liosoN, un; iriTAi.ii-; ,;.,
mieux admettre que Boson rerut au début de roccupation
par Charles des Etats de Louis II le gouvernement de la
région qui joignait son comté de Vienne aux nouveaux terri-
toires dont le roi projetait la conquête'.
Charles en effet dans le courant du mois de février 876
quittait Rome et revenait vers la Gaule. Mais, avant de fran-
chir les Alpes, il lui fallait confier le gouvernement de sa
nouvelle conquête à un homme capable do la lui conserver.
Boson était tout désigné pour remplir ce rôle. Dans l'assem-
blée générale des Italiens soumis à Charles, tenue à Pavie
durant ce même mois de février, il rerr.l, avec le cercle d'or
qui était l'insigne de sa dignité nouvelle-, le titre de duc,
oublié en Italie depuis le temps do la domination lombarde''.
L'empereur lui concédait en outre le droit de choisir ceux qui
devraient l'assister dans ces fonctions''. Et c'est en cette qualité
de duc que Doson souscrit les actes de l'assemblée ^ A côté de
celle que ce dernier portn plus lard. De la chroiii(iue de Héginon, cette
erreur a j)assé niédiatenient ou iumiédiatemeut dans un certain nombre
de chroniqueurs du moyen âge. comme SRiEUEirr ue Ge.nuii.oux (Mon.
Genn., SS.. t. VI, p. o42); IAnnai.iste Saxon (iOid., p. 58'i); Gri de Ba-
zoches, AuBHi DE TitoisFoNTAiNES (Mou. Gcvm., SS., t. XXlll, p. 71).
— Boson n'a jamais que le titre de duc dans tous les diplômes de Charles
qui le mentionnent, jusques et y compris le dernier, du 12 août 877
{lliat. de Fr., t. \'lll, p. 672), et Uiinni.^es a dû forcer le sens d'un des
passages de la Respimsio Bosoiiia, de 879, pour y ti-ouver un semblant
d'argument en faveur de sa théorie. — L'évidence delà confusion com-
mise par Réginon rend également inutile l'explication trop subtile de
GiNoiNS (Bo.sonidcs. p. 4'i): « Boson domina comme un roi. ul rcQuli [il
« oublie de dire à quel auteur il em])runte sa citation] des deux côtés des
« Alpes )>, ou celle de Vaiun (/> rin/luence des (jucsduns de race .■iu»s les
Karolintjiens, Paris, 1838, ]i. 13, n. 1) que Boson fut créé roi .sous condi-
tion d'hommage au nouvel empire de Charles. Quant à 'l'ERUEitAssE
{llisl. de Boson. p. 56 sq(i.), son opinion est bien hésitante.
1. 11 est inexact, remarquons-le en passant, que la Provence ait été
précédemment gouvernée par le marquis Adalbert, au nom de l'em-
pereur Louis, ainsi que le prétend Ginoins {liosonidea. p. 43). Il
s'agit uniquement, dans la lettre de.lean Vlll (.Iakfé, n" 32.ï'i) citée par
l'historien suisse, de biens personnels possédés en Provence par le
célèbre mar(|uis de 'i'oscane et sa femme Rotlinde.
2. Ann. Berlin., a. 876, p. 128 : « corona ducali ornato. » — Nous
savons par la CJironique de Nfinles (éd. Meiu-ET, p. 36) analysant en
ce passage une lettre du })ape Léon 1\'. (pTini « rirculi(m tntreuin »
était l'insigne habituel des ducs dans l'Iùnpire franc.
3. 11 avait été, sous la domination fi-ampie, remplacé par celui de
comte (DuEMMLEH, Ostfr. Reicli., t. 111. p. 14).
4. Ann. Brriin., loc. cil.
'). BoiiETn's-KiiAi'sE, Capitulavid. t. II. p. It'.MOO: « Signum Bosonis
« ducis et missi Italiac atcjue Palatii airhiministri. — S. Bosonis incliti
70 BOSON, DUC D'ITALIE |876]
ce titre il porte encore celui d'archiministre du sacré Palais
(qui correspond vraisemblablement, dans l'empire, à celui de
chef des huissiers et de chambrier, par lui reçu lorsqu'il ac-
compagnait le prince Louis en Aquitaine, et qu'il porte encore
sous le règne de Louis le Bègue)' — et celui de missus impérial
pour l'Italie, qui semble avoir désigné quelque chose de plus,
au civil, que le dux ou chef militaire, une sorte de vice-roi. "
A la suite de la souscription de Boson, au bas des actes de
l'assemblée de Pavie, figurent celles d'un certain nombre
de comtes, parmi lesquels devaient se trouver les « collè-
gues » désignés par lui pour l'administration de l'Italie.
Ce sont en général, si nous laissons de côté le comte Richard,
qui paraît être Richard, frère de Boson. et l'un des comtes
Bernard, des seigneurs de la région occidentale de la Lora-
bardie, autant que nous pouvons en juger par les souscriptions
épiscopales qui accompagnent celles-ci '\ La partie orientale
du pays restait sans doute soumise à l'ancien adversaire de
Charles le Chauve, Bérenger, fils d'Evrard, marquis de
Frioul*. Mais nous ne pouvons voir d'une manière absolue^,
dans cette absence des comtes et des évèques de la Lombar-
die orientale à l'assemblée de Pavie, la preuve d'une hostilité
persistante de Bérenger et du (( parti allemand )> représenté
« ducis et sacri Palatii archiministri atque imperialis missi.» II a exac-
tement les mêmes tilres dans un diplôme du 8 janvier 877 (Ilist. de
Fr., t. VIII, p. 656).
1. Suppon (sur ce personnage, cf. infi-a, p. 71) porte également le
titre d'arclihnini.ster (Vita Iladn'ani, c. xui dans le Liber Poidifica-
(is, t. Il, p. 181 et DuEMMLEU, Osifr. Reicli., t. II, p. 'lO^). Selon ce
dernier, « die Benennuiig galt weniger einem bestimmter Amte als
« dem vertrautesten Ratgeber des Koniges. » Cela est vrai, mais les
textes de Nitiiakd (Ilist., 1. I. c. 3) et d'Aoou.xRD, cités par \\'.\rrz
(Deutsche Verfassungsr/ese/iir/ite, t. III, p. 356, n. 2) qui permettent de
rapprocher de la désignation vague priinus post ret/em celle de inissiis
imperii et imperatoria permettent d'en rapprocher également celle de
eomrrnriiis, que sous Louis le Pieux portait le comte Bernard.
2. DcKMMLER, loc. cit., i-apjjroche cette situation de celle d'autres
missi comme Nomenoé en Hi-etagiie sous Louis le Pieux ou plus lard
Renier au Long-Col en Lorraire. Mais il confond à tort Hoson. frère de
L'ichilde, avec un inissvs de Louis 11 en fonctions à Milan en 87i (Mu-
itATOHi, Ant. ital., t. V, col. 987), lequel doit être l'oncle du.précédent,
le mari d'Engelti-ude.
3. Parmi les évèques du pays à l'est de l'Adda. un seul, Adalard de
Vérone, était présent. Cf. Lupi, (À)d. dipluin. Ber(jom., t. 1, p. 880.
4. Cf. siijira, ]). 67.
5. DuEM.MLEH, lor. cit.
(.S76| LKS COMTFS ITAMKNS 71
par l'impératrice veuve, Eiigiiberge, à l'égard de Charles le
Chauve et de Boson. D'uue part, en effet, l'évèque de Vérone'
et sans doute aussi le comte de Trente" étaient présents.
D'autre part, la plupart des comtes dont les souscriptions
accompagnent coUe de Boson paraissent avoir été en rela-
tions plus ou moins étroites avec Engilberge et avec le mar-
quis de Frioul : le comte palatin Boderad, Salion d'origine'',
qui sous le règne de Louis II avait joué un rôle important*;
le comte Walfrid de Vérone, qui pendant un an sera à la
tête de la marche de Frioul'' et figure parmi les partisans de
Bérenger dans sa lutte contre Gui de Spolète*, de même que
Bernard \ et le comte de Milan ^ Albéric^; et enfin le comte
Suppon. Celui-ci, fils du comte palatin Maurin'", était père
de Bertila, femme de Bérenger", et cousin de l'impératrice
Engilberge'-. Premier gonfalonier'^et conseiller de l'empereur
Louis Il'\ il avait été momentanément comte de Spolète en
871, puis réduit de nouveau par Charles le Chauve en 875 à
son comté de l'Italie du Nord'', dont le centre paraît avoir été
à Turin, mais qui s'étendait jusqu'à Asti"' et Luna''. La pré-
1. Adalard mentionné de 876 à 905, mort avant 911.
2. Le comte Liutfrid. Cf. A. L.^pôtre, Jean VIII, p. 293, n. 2.
3. Campi, Storid di Piarenza, t. I, p. 478.
4. Il avait été notamment chargé d'une ambassade auprès de Charles
le Chauve en 869 {Ann. Berlin., p. 108); en 880, il est mentionné avec
Suppon et Bérenger (Mon. Hist. Pair., Cliartac, t. I, col. 62). Le nom
d'Evrard porté par un de ses fils peut faire songer à une parente ou
une alliance avec la maison de I-'rioul.
5. Ann. Fnldensfs, a. 896, p. 129. — Il était alors comte de Vérone
(DuE.MMLEH, Gesia Bcrcngarii, p. 25).
6. Gesta Dcrengarii, 1. Il, v. 3: « .Nec mora Walfrcdus III" resumit
« amicos. »
7. Ge.sla Bereng., ibid., v. 86.
8. Dlem.mi,er, Gesla Bereng., p. 27, n. 2.
9. Gi'sla Bereng., ibid., I. \', v. 89.
10. DUE.MMLEK, 0.s7/'r. Rcirh., t. III, p. 21.
11. DuEM.MLER, Geslii Bereng., p. 13 et 25.
12. .\. Lapôtre. Jean Mil, p. 205.
lo. Anastase le Biiu.iOTiiÉCAUîE, Acla Synodi (Jet., Art. X (870) dans
MiGNE, t. CXXIX, col. 148.
14. Donation par Louis II à son conseiller Suppon à la re(iuètc d"En-
gilberge, en 869, de biens au comté de Parme (Boeiimeiî-.Mieiilh., n"
1209). 11 est qualifié de marrhio dans un diplôme de Bérenger de 890
(MuRATOKi, Anl. ital.., t. 1. col. 279-280).
15. MuKATORi, Ant. liai., t. I, col. 281-284.
16. Plaid tenu à Asti le l"'' août 880 par le vicomte- Bateric «vice
« Supponi ». (Mon. Ifi.'tl. Pair.. Charlae. t. 1, col. 60).
17. Lettre de Jean VI 11 au comte Sui)pon, relative à l'élection de
72 BKRENGER ET SES PARTISANS [876]
sence à Pavie du beau-père et d'une partie des partisans de
Bérenger semble indiquer que ce dernier était, sinon récon-
cilié avec Charles, du moins neutre, et ses relations plutôt
amicales avec Boson, vers la même époque, sont en faveur
de cette hypothèse. Son absence à Pavie s'explique comme
celle des autres marquis italiens, ceux de Toscane et de Spo-
lète', en admettant que nous n'avons, à la suite des actes
de Pavie, que les souscriptions des comtes directement sou-
mis au duc d'Italie^ Boson.
Engilberge elle-même paraît s'être rapprochée vers la même
époque de Charles le Chauve et de son l^eau- frère. Immédia-
tement après la mort de son époux, elle avait fait appel con-
curremment aux deux princes qui pouvaient prétendre à la
succession du défunt'. Plus tard elle favorisa sans doute les
fils du Germanique, mais les armées de ceux-ci n'épargnèrent
pas son monastère de Sainte-Julie de Brescia\ et cette cir-
constance contribua peut-être à la rapprocher du parti « fran-
çais ». Une lettre du pape Jean VllI' du printemps de l'année
révêqiie de Luna. (Coll. briiann., Joh. Mil, n" xi.ix, Neucs Archiv,
t. V, p. 298).
1. Remarque déjà faite par le P. Lapôtre, Jean VIII, p. 293, n. 1.
2. En prenant le mot Italie dans un sens restreint et en voyant
dans le duché contié à Boson quehjue chose d'analogue au marquisat
de Toscane, par exemple.
3. Cet appel leur fut adressé par Engilberge et une partie des sei-
gneurs italiens, réunis à Pavie après la mort de l'empereur Louis
(Andhk de Bergame, Ilist., c. 19 ; Sau'pt. ver. Lnnr/., p. 229). Selon les
historiens allemands, comme Duemmler (Ostfr. Iieic/i.,U/.i8S) et Muehl-
BACHER (Re;/. Karol., ]). 476) le vœu de Louis II aurait été d'avoir pour
successeur Carloman de Bavière, et Engilberge s'y serait conformée
en appelant celui-ci. Mais le seul texte cité à l'apjjui de cette opinion
est celui du Liliellus de impernloria poteslale, document postérieur et
tendancieux (cf. .\. Lapôtre, Le lihelle impérialisle de Spolète, dans
Je/iH VII f, cil. V, ]). 170 suiv.), moins bien renseigné qu'.Vndré de
Bergame.
'i. Jaki-é, n" 3084 ; Migne. t. CX.WI, col. 719. La lettre n'est que du
27 mars 877,nnais elle fait allusion à des événements de dix-huit mois
antérieurs, car depuis sa malheureuse ex})édition de 875, Charles de
Souabe ne rentra i)as en Italie. Cf. Duemmler, (j.'<t/'r. Reich., t. III,
p. 48.
5. Jakké, n" 3085; Miom;, t. CX.WI, p. 720. Il ne faut jias, du reste,
exagérer et faire d'Engilberge et de Bérenger deux fervents soutiens
de Chai'les. La lettre même de .Jean VIll montre que l'on. ne conqitait
pas trop sur la fidélité de l'imjjératrice. Celle-ci obtenait de Louis le
(iermanique, le 19 juillet 876. une conlirmation de ses })ossessions
(Boi:iiMER-MrEin,R.\(in:R, n" 1476; Miiratori, AiU. ilal., t. VI, col. 29).
— L'envoi par llnuilberge des deux députés mentionnés dans l'acte,
(ji.-;dbert et Amédrc, i)()ui'rai1 d'ailleurs éti'e antérieur à la date du
[876] MAIIIACK DK ISOSON 73
suivante exhorte riiiipéralrice à rester fidèle à Charles le
Chauve, ce qui prouve qu'il y avaitou une réconciliation; celle-
ci fut plus ou moins sincère peut-être, mais la lettre ne parait
pas écrite en vue de gatiiicr Kngilherge à cette cause; elle
V appartenait donc ou feignait d'y appartenir. Si, d'ailleurs,
au commencement de 876 elle avait été nettement liosiile à
Charles, il est peu vraisemblable que sa lille eût alors épousé
le l)eau-frère de l'empereur, son favori, le duc mis par lui à
la tète de la Lombardie. Il y a là tout un ensemble de faits
dont les textes ne nous permettent pas de connaître le détail,
mais qui doivent être rattachés les uns aux autres et dont le
plus important, au })oint Aq vue qui nous occuj)e, est le ma-
riage du comte Boson avec Ermengarde.
Le nouveau duc, en effet, « poussé par la faction de Béren-
ger », c'est-à-dire sans doute influencé par celui-ci et par les
comtes lombards dont nous avons indiqué la présence à l'as-
semblée de Pavie, prit pour femme la fille du défunt empe-
reur Louis II, Ermengarde, — « iniquoconludio »,dit Hincmar'.
Le passage trop concis des Annales Bertiniennes relatif
à cet événement e^i assez difficile à expliquer, et le rap-
prochement avec les quelques rares renseignements fournis
par les autres sources contemporaines ne fournit que peu de
secours. Ajoutons ([u'on a encombré la question de commen-
taires et d'hypothèses souvent aventureuses, ou même con-
traires aux textes. La date du mariage peut être approxima-
tivement fixée au printem[)s de l'année 876", mais on ' a voulu
rapprochement marqué par les lettres précitées et i)ar le mariage
d'Ermcngarde.
1. Ann. hi'rliniani. a. 876. ]). 128 : « Boso, postqnam imperator ab
« Italia in Fraiiciam rediit, Berengarii. I']vrar(li tllii, factione, iiliam
« Hludovici imperatoris Hyrinengardem, quac apud cum morabatnr.
« iniquo conludio in matrimonium sumpsit. ».\ous ne pouvons traduire
très exactement le mot faclio. D'autre part, il est ditïicile de savoir à
quel nom se rapporte le terme cum. Autrement dit, Krmengarde se
trouvait-elle auprès de Hérenger. son cousin par sa mère, Gisla, femme
d'Evrard, ainsi que le suppose (Ii.nuins (hoxonides, p. 'ili), — ou jjrés
de Boson lui-mi-ine. Le pronom /s, en. ù/, n'a pas un sens très ])récis,
et remploi du démonstratif, dans la langue d'Hincmar. ne parait pas
assujetti à des règles bien fixes.— Die.mmi.ei!, Oslfr. Reirh.,{. II, p. 'iO:{,
et t. III, p. 78. laisse la question dans le vague.
2. D'après le texte des Ann. lierliniani, le fait se place entre W. mo-
ment où Charles quitta l'Italie, et l'ouverture du synode de Ponlliion.
c'est-à-dire entre le mois de février876c1 le21 juin de la nu'>me année.
3. GiNOiNS, Boaonidea, p. 45; Di:i:m.\h.eh, (hlfr. /{eic/i., t. III, }). 403;
Parisot, f.r ro'jdumr de Lorrains, p. 452. — Bi'ECIITI.no, (llan/nrUrdif/licil
74 MARIAGK DE BOSON [876]
la reporter à l'année 877, en alléguant que le testament de
l'ex-impératrice Engilberge' prévoit le cas où sa tille vien-
drait à prendre le voile dans son monastère. On en a conclu qu'à
cette date du mois de mars 877", Ermengarde ne devait point
encore être mariée. Mais en réalité les termes du testament
s'appliquent à la situation de la fille de l'impératrice, entrée,
même mariée, dans un couvent, et établissent des distinctions,
non pour le cas où Ermengarde viendrait à mourir sans être
mariée, mais pour celui où elle ne laisserait point d'enfant '\
Il est d'ailleurs des textes qui prévoient formellement l'hypo-
thèse d'une femme mariée entrant comme religieuse dans un
couvent*. Les considérations tirées du testament d'Engilberge
ne sont donc pas de nature à infirmer la valeur du témoi-
gnage d'Hincmar, qui n'eût pas commis sur un événement de
cette importance, et sur lequel il devait être bien renseigné,
une erreur aussi grave. L'hypothèse, en outre, est contraire
aux faits connus, car Boson était de retour auprès de Charles
le Chauve dès le début de l'année 877 et rien ne permet de
croire que depuis cette époque il ait repassé les Alpes, alors
que toutes les sources sont d'accord pour placer en Italie la
célébration de son mariage ^
IlinkïïKirs von Reims, p. 34, cherche à expliquer cette prétendue erreur
dans la chronologie des Annales Bertiniennes par l'hypothèse de men-
tions rajoutées après coup par l'auteur à son texte.
1. Cod. clip. Lang., col. 452, n" cclxx.
2. Du mois de mars de la seconde année de Charles le Chauve, ce
qui nous met bien en 877 et non en 876, comme le dit inexactement
M. Bourgeois, Capitulaire de Kierxy, p. 87, n. 3, en adoptant, du
reste, le même système que les historiens précédemment indiqués, à
savoir qu'Erm(jngarde n'était pas mariée lorsque hit fait le testament.
3. Cf. \. Lai'Ôtre, Jecui VIII, p. 312.
4. Lettre de Jean Vill, de novembre 879 (.Jafké, n"33l0; Mig.ne,
t. C.\..XVI, col. 891 : « Questa a nobis qiiod viro suo defuncto, velamen
« sil)i sacri habitus ab ejusdem viri sui fratris duntaxat germani vi...
« imposituui fuerit. » Dans une lettre de Nicolas I (Mansi, t. XV, j). 473),
il est (jue.^tion d'une femme qui, dans une intention frauduleuse, prend
le voile après la mort de son mari. Cf. aussi (jipilulare Papiense,
de 856 (lî()UETn;s-KiîAUSi:, t. II, p. 90). 11 est un texte bien plus pro-
bant encore, car il est relatif à Engilberge et Ermengarde ellesnièmes,
et émane de l'empereur Louis 11. Ce derni(>r prévoit l'hypothèse où
sa veuve mourrait sous l'habit religieux, abbesse du monastère de
Saint-Sauveur de Brescia ; dans ce cas, Ermengarde devra succéder
à sa mère : « Si vero no.stra dilectissima conjux, clarissima .Vugusta
« i'ingilberga, ante (iliam nostram llermenganleni divina obierit voca-
« tione, tune, volumus ut ci succ(>(lat ipsa Hlia nostra in eandem potes-
« tatem. « (Diplôme du 2S avril 865; dodcx tfipl. Laiigob., n" cc.XLV.)
5. Selon KÉGiNO.N, Charles le Chauve aurait lui-même donné à Boson,
[87r,| MARIAf.K W. IîOS(»N 7a
Il est plus difficile de savoir ce que fut 1' « iniquiim conlu-
dium », la « collusion » dont parle Hincniar à propos du ma-
riage de Boson'. L'archevêque de Reims a pu désigner ainsi
uniquement les rapports do Boson avec des personnages tels
que Bérenger et Kngilborge, qui, aux yeux de Charles le
Chauve et de ses conseillers, pouvaient passer à bon droit
pour suspects. Il serait donc dangereux de chercher à expli-
quer ces mots un peu ënigmatiques par un rapprochement
en même temps que l;i Pi'ovence et l'Italie, la main d'Ermenganle :
« [Karolus »] ab urbe Hoiiia in Lan^jobardiam reversns Bosoni gennano
« Kicbildis rei;inae Ilimiintrardem liliam Ludowiei imperatorisin ina-
« trimonium jungit. Uies nuptianim tanto a])paratu tantaque ludoruin
« magniticeniia celebratus est, ut hujus celebritatis gaudiamoduni ex-
« cessisse ferantur » {(llirunicon, a. 877, p. 113). Comme ce récit e.st
contraire à celui d'Hincmar, on a.supposé (cf. Dik.mmler, Oslfr. lieich.,
t. III. p. 78) que peut-être, au cours de sa seconde expédition en Italie,
Charles avait Uni par approuver ce mariage et fait célébrer à Pavie
des noces splendides. Cela est inadmissible, car, ainsi que nous le ver-
rons plus loin, lors de cette seconde expédition, Boson ne redescendit
])as en Italie. Les mots « ut... l'erantui- » dans le passage de Héginun
indiquent que sur ce point comme sur d'autres l'auteur emprunte, j)our
partie du moins, son récit à la tradition orale. Or, il ne trouvait peut-
être, dans les Anrtales de Prlim, qu'il avait sous les yeux et (jui lui
fournissaient son cadre chronologique, qu'une seule mention relative
aux expéditions de Charles le Chauve. Du moins, il n'y en a qu'une
dans \e<,Ann((U'.'< Prumienscs, qui nous sont parvenues (jVom. (îerm..SS.,
t.XN'.p. 1291).M.KiRZE(AV»('5.4/v7(j'r., t.XN'.p. :i20) croit, au contraire,
queRéginon a trouvédansces Annales jterdues lamentionducouronne-
ment de Charles à 874 et celle de sa mort à 877. Kn tout cas, cela ne
lui donnait pas le moyen de rattacher à une date précise les détails
qu'il pouvait connaître par des rapports oraux.surle mariage de Boson.
11 a confondu les faits des deux campagnes, c'est-à-dire l'attribution
par Charles le Chauve à son beau-frère d'un pouvoir inusité des deux
côtés des Alpes, le mariage de Boson et la mort de l'empereur. On
s'explique, fort bien d'autre part, qu'il ait pu croire que, si Charles
donnait à son lieutenant une autorité aussi grande, il pouvait tout aussi
bien lui accorder la main d'une princesse de la famille impériale. De
là la réunion des deux faits dans le récit. Quant aiix détails sur la
pompe du mariage (jui j)arvinrent jusqu'à rabi)aye de Priim, il n'est
aucune raison de leur refuser tout au moins un fond de vérité.
1. lY'ut-êti'e {)Ourrait-on proposer de lire « inifjuo con[cJludio », en
supposant (juc llincmar, à tort ou à raison, trouvait celte alliance
« dispropoi'tioimée ». C'est, du reste, relativement à ce mariage, la ma-
nière do voir de Duem.mi.kr, Oatfr. liridi.. t. Il, p. 403, qui juge (|ue
« ungemessen sein Khrgeiz vcirwàrts schweifte ». M. iMceiii-Maciieii.
Deulsc/w Gesrhic/ite imU-r dm Karoliiifjmi, p. 567, porte sur Boson un
jugement à peu prés analogue. 11 ne nous semble pas, au conli'aire,
que le fait ait eu rien d'anormal, la situation i)oliti(|ue de Boson étant
certainement assez élevée pour qu'il put épou.ser une princesse de la
famille impériale.
76 MAR[AGK DE BOSON |876l
avec le texte des Annales de Fulda'. Selon ces dernières, en
effet, Boson, non seulement aurait enlevé Ermengarde, mais
pour être libre d'épouser celle-ci, il se serait débarrassé par le
poison de sa première femme. L'annaliste de Fulda est émi-
'nemment suspect, surtout lorsqu'il s'agit de Boson, l'un des
conseillers de Charles le Chauve, et qui pouvait avoir en 875
contribué à la défaite de Carloman de Bavière, pour les ad-
versaires duquel Méginhard n'a pas assez d'injures. De plus
c'est à propos des événements de 878 qu'il rapporte cette his-
toire d'empoisonnement. Or, à cette dernière date, le duc de
Provence, appelé et soutenu par le pape Jean VIII, retournait
en Italie pour y lutter contre ce même Carloman. On peut
donc, avec une certaine vraisemblance, considérer l'anecdote
comme l'un de ces bruits défavorables aux princes de la
Francie occidentale que Méginhard aime à recueillir dans
son œuvre'". Il serait d'ailleurs bien singulier qu'Hincmar,
nettement hostile à Boson dans cette affaire, ne fit pas même
allusion^ au crime dont Uéginon ne parle pas non plus.
1. GiNGiNS, liosoiiidf's, p. 'i4-'i5, a cru devciir donner à ce ])i'opos des
détails assez circonstanciés sur Texpédilion [yj de Boson à l'révise [?]
où les confidents [!?] de liérenger lui livrèrent la princesse Ermen-
garde. « ce qui passa dans le public pour un enlèvement simulé ». — •
11 est fâcheux que Gingins, qui cite eu note les Annales d'Hincmar,
n'ait pas cru devoir pul)licr les documents auxcjuels il emprunte ses
renseignements complémentaires, que nous citons à titre d'échantillon
de sa manière d'écrire l'histoire. Les Annales de I-'ulda (cf. infra),
disent, il est vrai, en parlant de ce mariage, « \)ev vim rapuerat ».
Mais cette affirmation, (ju'aucun autre texte ne vient appuyer, s'ex-
plique suffisamment par l'hostilité de l'annaliste allemand à l'égard de
Boson, surtout lorscju'il s'agit d'un événement si contraire aux intérêts
des princes germaniques. Cette hostilité, manifestée par un partisan
dévoué de ces derniers princes, ne permet guère d'admettre avec
M. BouHc.EOis (Le Capilulairp de KÙTsy, p. 8(3-87) que « ce mariage
« de Boson fut Ici-uvre du })arti allemand. Les ennemis de Charles le
« Chauve ont exploité l'andiition de son beau-frère ; maître déjà de la
« vallée du Rhône et du Valais. Boson ])ouvait, grâce à cette nouvelle
« alliance, prétendre à la succession de Louis II, la Provence et l'Italie ».
Mais 1" il est plus que douteux que Boson ait été en ])ossessioii du
Valais ; 2'^ c'est d(; par la volonté de Charles le Chauve qu'il était
maître de la Provence et de l'Italie aussi bien que de son comté de
Vienne. Quant à dire qu'il conçut dès ce moment la pensée de se créer
un royaume indépendant italo-bourguignon, c'est ce qu'il est impos-
sible d'affirmer, il y avait là un beau mai'iage à faire, et Boson l'a fait.
2. Comme, par exemple, ce qui concerne les relations de Charles le
Chauve avec Jean VI IL
;{. Nous ne pouvons, en effet, considérer les mots iniquo ronlntlio
comme une allusion de ce irenre.
[STO] MAlilACE l»F. HOSd.N 77
En somme, de tous les textes relatifs à ces événements, les
conclusions qui paraissent se dégager avec le plus de certitude
— s'il y a une certitude quand il s'agit de l'époque carolin-
gienne — sont bien peu nombreuses, et ce qui semble à peu
près acceptable se réduit à fort peu de cboses. Nous pouvons
admettre cependant que Boson épousa Ermengarde entre le
mois de février et le mois de juin 876; — que ce mariage eut
lieu avec le concours et l'appui de IJérenger, duc de Frioul,
vraisemblablement, à l'instigation des comtes italiens qui
entouraient alors Boson, ce qui ne fut pas sans déplaire à
quelques-uns des conseillers de son souverain. Ajoutons qu'il
est possible que les noces du duc de Lombardie aient été très
solennelles et aient vivement frappé l'imagination d'une partie
des contemporains. Il est également admissible (ju'ilait, peu de
temps avant cette époque, perdu une première femme dont
nous ignorons le nom et dont il nous paraît impossible de
démontrer l'existence'.
Ermengarde, que Boson venait ainsi d'épouser, était alors
la seule survivante des deux filles de l'empereur Louis II et
de l'impératrice Engilberge". Son père s'était marié au mois
1. Il est à peu prés inutile de discuter l'ar^iument do Ginoins {Boso-
nides, p. 'j5-'j6) que Boson n"a pas empoisonné sa t'enime. car en ce cas
le pape ne le traiterait pas. comme il le fait, de tils adoptif. Jean VI II
ou Formose devaient régulièrement employer la formule d'usage
« dilectissime fili » en écrivant à un comte même accusé d'un crime
de ce genre.
Sans parler de Bouis (La rni/a/lr cawonnf! des rois d'Arles, p. 128).
qui a écrit à cette occasion tout un petit roman, plusieurs historiens
(les derniers siècles se sont laissés entraîner à admettre la version
des Annales de Fulda, en identifiant lioson avec le mai-i d'Engeltriide,
qui se serait alors défait de sa vagabonde épouse (BorruE. ///.s/, de
Provciict', t. 1, p. 760; (^iiOHircii, I/ist. de I)auphini\ t. I, p. 729). —
Ce qui est possible, mais purement conjectural, c'est que Boson, liuc
de Lombardie, ait eu alors une première femme, morte à peu prés à
cette date, ce qui expliquerait que le bruit recueilli par Kgiuhard
ait couru en Germanie. Eu outre, au mois de juin 878, Boson avait une
fille qu'il fiançait au jeune jjrince Carloman. Le mariage avec Ki-men-
garde datant du printemps de 876, la naissance d'un enfant de celle-ci
serait de la fin de 876 ou du comuiencement de 877, et il faudrait
admettre les fiançailles du fils de Louis le Bègue avec une enfant de
(piin/.e à dix-huit mois, ce qui n'est cependant pas impossible.
2. Le testament dLiigilberge (Cod. dipl. Lang.. n» cci.xx) itarle
d' « Ermengarda unica mea filia », mais nous savons cpie Louis II avait
eu une fille du noin de Gisla, à laquelle, le l.'i janvier 861. il concède
le monastère de Saint-Sauveur de Brescia (Bi»-:ii.mi:u-.Ml:i:uliiaciiek, ii"
1186). VAW. est également mentionnée i)ar le N'écrologe de Brescia
(Mlkatdi;!. Ant. iial.. t. V. col. 761), à côté de ses deux homonymes,
78 ERMENGARDE [876]
d'octobre 851 ' et elle-même avait été fiancée dès une date anté-
rieure à l'année 869 à l'empereur Basile; elle devait donc avoir
à l'époque de son mariage de 17 à 25 ans. Elle avait reçu les
lerons du célèbre Anastase le Bibliothécaire", qui l'avait ins-
truite dans les lettres sacrées. Sa jeunesse avait été assez
agitée. En 869 Basile avait réclamé sa fiancée, gage de l'al-
liance conclue par lui contre les Sarrasins avec 1 empereur
Louis II, mais celui-ci avait trouvé un prétexte pour refuser
de remettre sa fille au patriceNicetas^ chargé de la ramener à
Constantinople en même temps que de conduire contre les
Sarrasins de Bari un secours de quatre cents navires. Blessé
du refus, le patrice se retira à Corinthe, pendant que les
Sarrasins, délivrés de cet adversaire, harcelaient librement
les troupes impériales*. Deux ans après, au mois d'août 871,
Ermengarde était retenue en captivité avec son père et sa
mère par le duc Adalgis de Bénévent qui s'était emparé d'eux
par trahison ^ La captivité de Louis II, et vraisemblablement
celle de sa famille, dura jusqu'au mois de septembre ^ pendant
que le bruit de leur mort se répandait jusqu'en Gaule. Ils
ne furent enfin délivrés que grâce à l'intervention de l'évèque
de Bénévent ^ Depuis cette époque, les textes sont muets au
sujet d'Ermengarde, jusqu'au moment où son mariage avec
Boson vint rattacher celui-ci à la famille des Carolingiens
d'Italie ^
sa tante Gisla. fille de Lotliaire I, et sa cousine Gisla, fille d'Evrard
de Frioul.
1. Bœhmek-Mueiilraciiek, 11° 1148.
2. IIi.NCMAi;, Lflin' à Ertacngardc, dans Flodoard, Hisl. rem. eccl.,
1. III, c. 27; Mon. Genn., SS.. t. Xlll, p. 530: « Quam audierat suffi-
« cienfer litterls sacris inibutam ab Anastasio quondam didascalo. » —
SciiRŒns, lief/csle, n» 447, date avec trop peu de })récision cette lettre
de 875-879, car non seulement Bosoii nepousa Krinen^arde qu'au
printemps de 876, mais encore il est question dans le texte de domai-
nes en Provence, et le duc ne revint en Gaule avec son épouse qu'à
la fin de cette même année 876.
3. Son nom est donné par le chroniqueur byzantin Geokoes Ceore-
Nios, Conipendinm llisloricum, éd. de Bonn, \>. 21'.».
4. Ann. lierlin., a. 869, p. 106.
5. Ann. Berlin., a. 871, p. 148; Erchempekt, ///.s7. Ijinr/. licneven-
lan, c. 34, Script, rer. Lanf/., p. 247 ; Gcsta Episcopor. Ncapolil.,
c. 65 ib., p. 435 ; Cliron. Brixiensc Mon. Genn., SS., t. III, p. 239.
6. B(>:IIMER-MUEHLBACHER, p. 467-468.
7. An)i. Berlin., loc. eil.
8. On en a un indice intéressant dans ce fait (}ue le nom de Boson
L876] BOSON i:.\- ITAl.IK 79
Boson, par le fait de son alliance avec l'impératrice Engil-
berge et sa puissante famille, se trouvait avoir acquis une
autorité plus grande peut-être que celle que Charles lo Chauve
avait entendu lui donner'. Charles, cependant, laissa son
beau-frère encore en Italie pendant la plus grande partie de
l'année 876". Boson, en effet, se trouvait encore à l'avie^ au
commencement de septembre. Il retenait alors auprès de lui
deux légats du pape qui revenaient de Gaule, Léon, apocrisiaire
du Saint-Siège, neveu de Jean VIII, et Pierre, évèque de Fos-
sombrone '' qui avaient eu au contraire à se louer de ses bons
offices lorsqu'ils traversaient une première fois son missaticum
pour se rendre à Ponthion^ ; du moins il mettait si peu d'em-
pressement à faciliter le voyage de ces deux personnages'* que
Jean VIII crut devoir intervenir pour se plaindre de la conduite
du duc de Lombardie'. Mais, en même temps, dans la lettre
qu'il adressait à ce sujet à ce dernier, il le suppliait instam-
ment de venir, en l'absence de l'empereur, porter secours
aux chrétiens contre les Sarrasins qui dévastaient la campagne
romaine ^
figure à côté de celui d'Ermengarde parmi les personnages de la
famille royale dans le nécrologe de Saint-Sauveur de Brescia.(MuRATOHi,
Ant. liai., t. V, col. 760).
1. Ce qui explique que les Annales d'Hincmar sont p.^esque aussi
hostiles à ce mariage que les Ann. de Fulda qui représentent les inté-
rêts du « parti allemand ».
2. Son nom figure au mois de juillet dans les actes du concile de
Ponthion, mais uni(|uement à la suite du procès-verbal de rassemblée
de Pavie, qui fut alors représenté aux grands et aux prélats. (i3oRETn"s-
Kral'sE. t. II. p. 'i8).
3. C'est ce qui semble résulter des deux lettres de Jean \'ni (Jafké.
n»'* 30'»2 et ;}0't7), où il reproche à ses légats de rester trop longtemj)S
à Pavie, combinées avec sa lettre à Boson, dans laquelle il accuse ce
derniei" d"empf'cher les prélats de continuer leur voyage (.Jakke,
n" oOiSj.
4. Ils étaient accompagnés de l'évéque d'Autun, Adalgaire, qui jouait
à cette épo(iue un rôle actif dans les négociations entre Charles le
Chauve et .lean VIII, dont il finit en 877 par obtenir \e /lallinm. 11 était
évidemment en relations avec Boson, abbé laïque de plusieurs abbayes
de son diocèse, mais on ne peut conclure de là qu'il ait dès cette époque
travaillé à son profit en Italie.
5. Lettre de Jean VllI du l""" septembre (Jaffé, n" 30io : Mig.ne,
t. CXXVI, col. 679). — .M. Bourgeois (Oz;;j7M/fl m' de /v«'t'/-.s-//. p. 88) croit
à tort Boson déjà revenu à cette date auprès de Charles.
6. Lettre du 9 septembre, Jaffé, n" 30'i8 ; .Mig.ne, ifjifi.. col. 68'i.
7. Ces demandes de secours sont déjà faites dans la lettre citée n. .'{.
8. Plutôt que le désir supposé par .M. Boirgeois ((^apitidaire île
Kiersij. Inc. rU.) de l'éloigner de Bérenger et d'Kngilberge, auprès des-
80 RETOUR DK BOSON EN GAULE [876-877]
Ce sont sans doute les événements de Gaule qui empêchè-
rent Boson d'accorder à Jean VIII la protection que celui-ci
réclamait. A la mort de Louis le Germanique, en effet (27 août
876), Charles le Chauve avait envahi les états de son frère et
essuyé le 7 octobre, à Andernach, une grave défaite. C'est
très vraisemblablement cette nouvelle guerre qui le décida à
rappeler (Tltalie son beau-frère. On retrouve celui-ci le 7 janvier
877 à Quierzv, près de Charles qui, à sa requête, restituait à
l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon la villa de Longvic' dans
rOscheret". Il l'accompagna ensuite à Compiègne, où il se
trouvait à la fln de mars\ Il v tint sur les fonts baptismaux' le
fils dont Richilde était accouchée durant la retraite préci-
pitée d'Herstall à Anthenay à laquelle elle avait été contrainte,
après la bataille d'Andernach, par l'approche des troupes ger-
maniques''. Boson d'ailleurs, tout en étant de retour en Gaule,
conservait ses titres de duc d'Italie, de tnissus, d'archiministre
du sacré palais". Ce fait, non moins que les nombreux diplômes
qu'il obtenait à cette époque pour Saint-Bénigne', pour Mon-
tier-la-Celle^ pour Montiéramey", })our un certain Odilon '",
quels on vouait de le laisser pendant un an. (Juand Charles a besoin
de Boson, il le « déplace » comme en 872 il l'a fait passer de \'ienne
en Aquitaine et, en 875, d'Aquitaine en Italie.
1. Longvic, Côte-d'Or, arr. et cant. de Dijon.
2. Diplôme de Charles ieChauvedu7janvier877,(///s/.r/t' F/-., t.VllI.
p. 656;.
:j. Diplôme de Charles le Chauve du 29 mars, {Cartul. de Montiir-
la-Cellc, éd. Lm.ohe, p. 199). Cf. d'Ap.iîois de Juijainvhj.e, //«.s-/, des ducs
et comtes de Chaïupagne, t. I, p. 65-6.
4. Ann. Bertin., a. 877, p. 133.
5. Ann. Bertin., a. 876, p. 131.
Cet enfant, qui avait reçu le prénom de Ciiarles, mourut peu après
son baptême.
6. « Boso charissimas nostcr dux et missus Italiae sacrique palalii
« nostri archiminister. '> (I)i])l. du 7 janvier 877, llisl. de l'r.. t. \iii,
p. 656).
« Insignis ducis nostrique ministerialis IJosonis. » (Dipl. cité n. 4.)
« Bosonis comitis ducis Italiae _et sacri ])aiatii nostri archiministri. »
A. Gniv, Éludescarol., dans les Études... dédiées à G. Monod, p. 128.)
« Bosonis carissimi ducis. » (dipl. du 12 octobre 877, Ifist. de Fr.,
t.VlII,p. 672.)
7. Cf. n. 2.
8. Cf. n. 3.
9. Fragment non daté provenant d'un diplôme de Charles le Chauve
pour Montiéramey, pub. par A. (juîy, op. cit. p. 128, et qu'il faut.
seml)l('-t-il, rajjproclier des j)réccdents.
JO. Chartes de Chiinj. u" 21.
[877| IIOLF"] DK HOSlXN EN 877 81
fiflèlo (le Charles, doit faire écarter l'hypothèse d'une dis-
grâce, encourue par lui à la suite de son mariage avec
Ermengarde. Il paraît d'ailleurs avoir eu pour remplaçant
dans son mismticum italien son propre frère, Richard, (ju'ac-
compagnait Hugues l'Abbé.
On perd la trace doBoson dans le courant de l'été de l'année
877 et il n'assista pas au mois de juin à l'assemblée de
Quierzy '. Mais il n'était pas le seul parmi les grands à y faire
défaut. Hugues l'Abbé, peut-être encore retenu en Italie, et
Bernard d'Auvergne étaient également absents'. Ce qui paraît
le plus probable c'est que ce dernier et Boson se trouvaient
dans les pays dont le gouvernement loar était confié, peut-être
pour prendre contre les Normands les mesures dont on s'occu-
pait alors. Charles, d'ailleurs, les désigne l'un et l'autre parmi
ceux dont son fils doit, durant son absence, prendre les
conseils". Ce fait n'indique pas qu'il eût cà ce moment rintcnlion
de les emmener eu Italie; il réserve cependant le cas où il
aurait besoin d'eux, et où par suite son fils devrait se passer
de leur concours \ Une résolution spéciale devait être prise
par l'assemblée au sujet des « honneurs » de Boson, de Bernard
1. «Hugo abbas » et Richard souscrivent, au mois de mars 877, le tes-
tament de l'impératrice p]ngilberge. L'identiiication faite par le P.
LAinJTRE, Jean VIII, p. 311-312, parait vraisemblable, car nous n'avons
pas de mention de Hugues l'Abbé en Gaule après le mois de juillet 876
(Ann. Berlin. .p. 131 ;"diplomedu 13juillet, IIist.de Fr., t. VIII. p. 667 ;
Actes du synode de Ponthion, dans I'>(iretics-Krause, t. Il, p. 350).
Richard parait encore en Gaule dans un diplôme du \ septembre de
cette mômeannée {Hisl. r/e /•>., t. Vlll, p.G5'0. Ce seraitdoncau plus tôt
dans le dernier trimestre de cette année que ces deux persoiuiages
auraient remplacé Boson en Italie, ce ([ui concorde avec la date que
nous avons indiquée pour le rappel de ce dernier. — Ajoutons que
c'est à Hugues l'Abbé qu'Kngilberge s'adressa plus tard pour obtenir
un diplôme du roi Carloman de Gaule le 3 août 883 {.Millheit. des Inst.
Œ. GF., t. V, p. 339, n" xvi), mais nous ne savons si c'est à ce séjour
de HuQ:ues en Italie qu'il est fait allusion dans une lettre que lui adressa
Jean Vlll en 878 (Jafké, n° 31.ÏG; Mic.ne. t. CXXVl, col. 781). 11 était
de retour avant le mois de septembre 877, car à cette date Charles le
Chauve attendait sa nouvelle arrivée en Italie avec des renforts.
2. Hi.NC.MAR, Lettre à Louis le Hègue (Ilist. de Fr., t. IX, p. 25'i):
« Omnes présentes adfuerunt, exceptis Bosone et Hugone abbate et
« Bernardo comité .\rvernico. »
3. Cap. Caris., art. 15.
i. l/iid. : « Quantosaepius pro utilitate nostra potuerint » et Charles
les appela plus tard en Italie. — Cf. .\nn. Vrdn.-it., a. Si: (Wun Cenn.,
SS., t. II, p. 196); « Illudovicum filium suum delc-it in rc-iio st:o cxin
« primoribus relinquendum. »
l'oLi'AHDiN. Royaume de Provence. ti
82 n<»LE \)K HOSON E.N 877 [877]
et d'un certain Gui, comte probablement dans la Bourgogne
dijonnaise, souvent mentionné dans les actes à côté de Boson'.
Cet article est resté en blanc-, mais il est bien vraisemblable
qu'il s'agissait de dispositions linancières, des conditions dans
lesquelles serait ou ne serait pas levé le tribut destiné à pro-
curer la somme moyennant laquelle les Normands abandon-
neraient leurs postes de la Loire et de la Seine'.
1. Il faut distinguer deux comtes Gui, probablement le père et le
fils, contemporains de Charles le Chauve.
P Un comte Gui avait été à une époque antérieure à 865 possesseur
de la villa de Vendœuvre (Ann. Berlin., a. 8G5, p. 78) et mourut un
20 juin, avant 869, dale à laquelle son anniversaire fut institué par
Charles à Saint-Lucien de lieauvais (Mabillon, Aitn. Ben., t. 111,
p. 628):
2" Le comte Gui dont, en 877, le Capilulaire de Quierzy parle comme
d'un personnage dont les h.onore.'i étaient voisins de ceux de Ooson,
est celui pour lequel une lampe devait, depuis 870, brûler perpétuel-
lement dans l'abbaye de Saint-Denis, en même temps que pour l'osun
(f/isl. (le Fr., t. VllI, p. 630). il parait en 882 dans un diplôme de
Charles le Gros relatif au pays de Langres (pub. par Sickkl, Forschungen
z. d. Gesch., t. IX, p. 414) et peut-être dans un diplôme de Cai'loman
relatif au pagiis de Chambly (Tardif, Carions des rois, n° 214). 11 accom-
pagna en Italie Gui de Spolète, dont il était probablement parent et fut
tué à la bataille de la Trébie en 889 (Wukstenkeld, Dif Her:o(je von
Spolelo, dans les Forscli. z. d. Gesch., t. III, p. 429).
Le premier de ces deux Cnii ayant été vassal et fidèle de Charles le
Chauve ne peut guère être identifié avec Gui, comte du Maine, tué en
834, en combattant contre Lambert. 11 est plutôt son fils et l'on pour-
rait, semble-t-il, combler la lacune laissée par Wuestknfeld (op. cil.,
p. 432) entre Gui, comte du Maine, et Gui, tué à la Trébie.
Gui, comte du Maine, f 834.
Gui, mort avant 869.
I
Gui mort en 889.
Gui III laissa peut-être en Bourgogne un fils de même nom que lui
(\m assiste en 890 à l'assemblée de Varennes(//?'.s/. de Fr., t. IX, p. 663)
et plus tard à un plaid tenu par lîichard le Justicier (^'/;ro«. S. Benigni.
éd. 15()i,'(iAi:i), ]). 1 13).
2. Le ca))itulaire n'en donne que le titre : « C. .\.\xi. De honoribus
« Bosonis, Bei'nardi et W'idonis, et aliorum illarum partiurn. »
3. Dans le capitulaire, il vient précisément d'être question du tribut
à payer aux Normands et la fin de l'article, dont le début devait être
consacré aux bénéfices des trois comtes, indique précisément la ma-
nière dont le tribut sera levé sur certaines catégories de particuliers,
les cappi et les marchands juifs et chrétiens. .Malgré rin-cohérence et
le désordit; des articles du capitulaire, il est à croire qu'il ne s'agit pas
dans ce début du n" xxxi d'unie affaire d'une autre nature (|ue les dis-
])nsitioiis (pii le })récèdent etqui le suivent. Vn passage des AnnaU^s de
Saint-B(>rtin (a. 877. p. I.'!5) semble donner a entendre qu'au point
de vue du tribut à ])ay('r. la jjortion de l'héritage de Lothaire 11 recueillie
[877] DÉFECTION DKS GIIANDS 83
Charles cependant, après avoir quitté Quierzy, gagna le nord
do la Bourgogne pour pénétrer en Italie par la voie ordinaire
de Saint-Maurice en Valais'. Le l" août il était en un lieu
nommé MonasterioUun, sur la Saône"; dans le diplôme qu'il
donne alors en faveur de Saint-Martin de Tours ; il ordonne de
prier dans cette abbaye pour Gui et pour Boson'. Ce der-
nier venait rejoindre Tempcreur et, le 12 du même mois, était
avec lui à Besancon*; là Charles le Chauve accordait, à sa
requête, à l'église de Viviers un domaine au comté de Valence,
et l'abbaye de Donzère au comté d'Orange '. Il restituait éga-
lement, toujours à la prière de l'archiministre du Sacré
Palais, divers biens à l'abbaye de Saint-Martin d'Autun'.
A ce moment Boson parait donc avoir été encore en bons
termes avec son beau-frère, mais il ne l'accompagna certaine-
ment pas en Italie. Deux mois plus tard il se trouvait même
avec Hugues l'.Vbbé, avec les deux Bernard, à la tête des
rebelles qui refusaient d'amener à l'empereur les troupes
dont celui-ci, menacé par Carloman, réclamait l'arrivée en Ita-
lie. Les grands, sans doute, désapprouvaient cotte expédition.
par Charles le Chauve subit un traitement spécial, et que les pays gou-
vernés par Boson payèrent une contribution particuhère : « Et quomodo
« tributum de parte regni Franciaequam ante mortem Lotharii habuit.
« sed et de Burr/undia exigeretur »
1. Ann. Berlin., loc. cil. Bien que ces Annales n'indiquent pas l'iti-
néraire de Charles entre CJrbe et V^erceil, on ne peut guère douter qu'il
n'ait passé par Saint-Maurice, mais on ne peut alléguer en faveur de
cette opinion la souscription de son neveu, le comte-abbé Rodolphe, à
un diplôme du 13 août, car ce diplôme est manifestement suspect.
{tlist. de Fr.A. VIII. p. 673).
2. Donation de Mellecey à l'abbaye de Saint-Martin de Tours (//i.s/. </('
Fr., t. YIII, p. 671). On sait, par un autre diplôme de même date (//>.,
p. 670) que ce Monasleriolnm était sur la Saône, dans le voisinage sans
doute du point où la voie romaine par Langres et Besançon, que Charles
devait suivre, coupe la Saône entre Seveux et Membrey. Cf. Longnon,
Atlas histor., pi. II.
3. C'est le premier des deux diplômes cités à la note jjrécédente.
4. Gingins affirme que Boson, d'après la lettre d'Iiincmar à Louis le
Bègue, se serait trouvé en Italie lors de rassemblée de Quierzy et serait
venu au-devant de l'empereur à Besançon, mais il ne l'aflirme qu en
falsifiant un passage de cette lettre. Cf. Bouhgeois, Capilidain- de
Kiersii, p. 86.
5. llist. de Fr., t. VllI, p. 672.
6. BuLLiOT, Hisl. de Valibaye de Saint-Martin d'Autun, t. 11, p. 8,
n" 'i. L'acte n'a pas de date de jour, mais en raison de la date de lieu nous
croyons qu'il faut rapprocher ce di]jlôme du précédent. L'année 1 du
règne en Italie, que l'on trouve dans l'acte, est évidemment fautive,
car elle n'a jamais coïncidé avec l'an .\.\..\VI11 du rè-nc en Fninrin.
84 MORT DE CHARLES I.E CHAUVE [877]
entreprise au moment où la résistance contre les Normands
était le premier besoin du royaume'; Charles avait déjcà été
obligé de s'assurer leur concours par certaines des dispositions
du Capitulairc de Quierzy ; ils avaient donc profité de l'oc-
casion qui s'offrait à eux do contraindre le roi à renoncer à son
projet. Charles, que cette mauvaise volonté mettait hors d'état
de continuer la lutte, se hâta de revenir vers la Gaule. Mais,
tombé malade en traversant les Alpes, il reçut, racontait-on,
des mains de son médecin juif Sédécias un breuvage empoisonné
et mourut près du mont Cenis, à Brios-, le 6 octobre 877 ■\
Louis le Bègue reçut à Orville* la nouvelle de la mort de
1. Ann. Vednst., 877 (Mon. Germ., SS.,i. II, p. 196): « Contra volun-
« tatem denique'suorum cum conjuge iterum Italiam ingressus est ».
L'explication des Aiin. Fuldenses, que les comtes étaient blessés par
l'orgueil de Charles et de ses vêtements empruntés à l'Orient, est assez
puérile (il va sans dire qu'elle est adoptée par Gingins, Bosani(/i's,p. 47).
iM. HomiGEOis (Ca/Àlulaire de Kiersy,p. y7)conjecture plus justement,
d'après le texte des Annales de Saint-Vaast et certains articles du capi-
tulairc, que le mécontentement des grands est en relations avec la né-
cessité de payer le tribut aux Aormands. — Ce n'étaient pas d'ailleurs
seulement les grands qui étaient hostiles à l'expédition, mais aussi les
évoques dont on dépouillait les églises (J/zn. Vcdast., loc. c//.) pour payer
lesiNormands. Hincmar (.t;r/i. Berlin., p. 136) dit expressément que les
évèques soutenaient la cause des rebelles. Lui-même n'a pas un mot de
blâme pour ceux-ci, et, après la mort de Charles le Chauve, se hâte de
recommander à son tils de faire appel au concours des meneurs du
mouvement. A cela, il faut ajouter le mécontentement vis-à-vis de Louis
au sujet des distributions irréguliêres de bénétices. 11 n'est donc pas
besoin de songer, comme M. HoL'nGEOis,(oj(>. cit.]!. 88-98), à une influence
considérable exercée par Loson dans la révolte de 877, à la suite d'intri-
gues des seigneui's italiens auprès de leurs compatriotes de Bourgogne.
M. bourgeois le suppose mécontent et disgracié, ce qui ne peut guère
se concilier avec les nombreux diplômes obtenus par lui. avec les
prières ordonnées pour lui par Charles le Chauve. En outre, de l'article 31
du capitulaire de Quierzy, M. Bourgeois parait conclure que les comtés
de Boson, de Bernard et de Gui étaient le centre de la révolte. Nous
croyons plutôt qu'ils sont là réunis parce qu'ils sont situés dans la
Bun/iiiidia (Bernard était comte d''Autun) et que la Biirgundia paye
un tribut spécial. — 11 y a eu mécontentement général des prùiiores à
Loccasion de la question des bênêlices et de celle du tribut, et Boson
ne ])arait pas avoir eu plus de part que Hugues l'Abbé ou Bernard au
refus d'obéissance qui amena la déroute de Charles le Chauve.
2. La localité n'est pas identitiée. Le dernier auteur qui ait discuté
la question, M. Pini.iPo.N (I.e .second rot/aione de Bourijixjiie. dans les
Ann. Soc. lù/tiil. Ain, IS'.X), p. 634) démontre l'inadmissibilité des
diverses identifications proposées pour Brios, mais à vrai dire n'en
indique pas de nouvelle!.
3. Ann. Berlin., ^11, p. 137 ; Ann. Vedasl., a. 877. Mon. Germ.. SS..
t. il, ]). 196.
4. Oi'ville sur-r.\uthie, i\is-de-Calais, arr. Arras.
[877] LUTTF DKS GRANDS CONTRK I.MUIS lA-. niT.lK 85
son père et, contrairoment à Tun dos on<^agPinonts pris par
l'empereur à (^uierzy\ se hâta de dislrihuer, sans le conconrs
des grands, à ceux de ses partisans ([ui se trouvaient autour de
lui, des « honneurs», comtés, al)bayes <ui simples domaines".
Aussi, lorsqu'il voulut se rendre à Compiègne, ap{>ril-il que
les grands, groupés autour de Boson, de Hugues et des deux
Berna^d^ et soutenus par Richilde, lui refusaient obéissance.
Les rebelles marchèrent d'abord sur Avenay % en ravageant
le pays, puis enfin, après d'assez longs pourparlers, consen-
tirent à avoir avec le roi, à Compiègne, une entrevue prépa-
ratoire ^ Mais, tandis qu'ils se réunissaient à Casmis'^, dans
la forêt de Cuise, d'où ils traitaient avec Louis, Richilde,
réconciliée avec son beau-flls, lui remettait les ornements
royaux et l'acte par lequel son père, avant de mourir, l'avait
désigné pour son héritier". Le jeune roi, sévèrement admo-
nesté par Hincmar ^ accorda aux chefs de l'aristocratie
franque tout ce qu'ils demandaient. Aussi, la réconciliation
semble-t-elle s'être faite facilement' et le couronnement du
nouveau souverain eut lieu solennellement à Compiègne le
8 décembre'". Seul, Bernard, marquis de Gothie, paraît avoir
persisté dans son hostilité". Quant à Boson, il retourna dans
son gouvernement de Provence, où on le retrouve au printemps
de l'année suivante.
1. Capilul. Caris., a. 9.
2. Ann. Berlin., p. 1.37.
:}. Hincmar ne le.s nomme pas en ce passage, mais d'après ce qu'il
en a dit un peu plus haut, il est clair que ce sont ceu.v-là qu'il entend
par primore.'i.
4. Ann. Berlin., loc. cil.
5. Ibid.
6. Lieu d'identification douteuse, peut-être Caisne, Oise, arrondisse-
ment Compiègne, canton Noyon.
7. Ann. Berlin., loc rit.
8. Lettre à Louis le Bègue, Ilisl. de Fr., t. l.X, p. 254.
9. Les Annales d'Hincmar montrent les grands soumis, en appa-
rence du moins, à Louis ; Hugues r.Vhbé, l'un des chefs du mouve-
ment de 877, parait dans plusieurs de ses diplômes.
10. Ami. Berlin., a. 878, p. 137; Ann. Vedasl , a. 878, Mon. Germ.,
5S., t. Il, p. 197.
11. Hincmar (Fi.ono.\r.n, f/i.'il. Bem. EccL, 1. 111. c. 2fi. .S.S., t. \\\\,
p. 536). avertit son oncle C.ozlin des inauvais desseins que trame son
neveu. Dès le commencement de 878, Hnienon, oncle de Bernard, e.st
révolté à Évreux. W fallut, au concilede Troyes, excomuuuuer le mar-
quis de (lutine (.l«'t- VedasL, ibid.) et diriger contre lui une expédition
à la fin de l'année.
86 LE PAPE JEAN VIII EN PROVENCE [878]
Le 11 mai 878, arrivait à Arles, sur trois dromons à lui
prêtés par la cité de Naples et son évêque-duc Athanase, le
pape Jean VIII, que ses démêlés avec le duc de Spolète,
Lambert, et le beau-frère de celui-ci, Adalbert de Toscane,
forçaient à quitter Rome pour venir chercher lui-même en Gaule
l'appui dont il avait besoin contre ses turbulents voisins aussi
bien que contre les Sarrasins \ A peine débarqué, pendant que
la plupart des évoques des provinces voisines se hâtaient d'ac-
courir au-devant de \m'\ il envoyait prévenir de son arrivée
le comte Boson, et avait avec celui-ci une entrevue à laquelle
assistait Ermengarde''. Le duc et son épouse paraissent avoir
produit sur l'esprit du souverain pontife la meilleure impres-
sion. Dans la lettre que Jean VIII adressait peu de temps
après à l'impératrice Engilberge, il abondait sur leur compte
en expressions élogieuses, se déclarant « tout prêt à les élever
à une situation plus considérable et plus haute' ». Quelle que
part qu'il faille faire, dans cette lettre, aux formules de
politesse, la conduite ultérieure de Jean VIII et d'Engilberge
montre qu'ils étaient capables de concevoir pour le mari
d'Ermengarde des visées plus ambitieuses peut-être que
celles de Boson lui-même". En attendant de pouvoir donner
1. Ann. Beflin.. a. 878, ]). 140: « Joliaunos Papa... Huma exiit et
« navigio Arelatum in die sancto l'entecostesappulit...». Cf. Ann. Vedast.,
a. 878; Ann. Fuldcns.es, a. 878, p. 91 ; Duemmleiî, Ostfr. Rcich.. t. III,
p. 77 ; A. Lai'ôtiu: , J('a)t Mil, p. ok'.Wo'i't.
2. Lettre de Jean VIII à Teutran de Tarentaise (.Iaffé, n";Jir)0;
Mic.NE, t. CXXVI,col. 781), dans laciuelie il lui reproche de ne pas être
venu au-devant de lui « more ceterorum venerabilium archiepisco-
porumo).
3. Ann. Berlin., p. 140: « Siiosque nuncios ad Bosonem comitem
« misit. » — Lettre citée ])lus bas, de Jean VIII à Engilberge : « Ecce
(c Arelatcm... intravimus... Illic(jue l'osonom principom goniM'um ves-
« trum communem et liliam donmrui Lrmengardem alioiiuoutes... »
'\. Lettre de Jean VIII à Engilberge, Jaité, n" oWC^ ; .Mione,
t. C.XXVI, col. 774 : « Et pro amore vestro, vestri nuper et })iissimi
« conjiigis, illos tanquam lilios amplectentes, pro eoruin consulto,
« illorum cum honore cuncta facienuis, quoniam ceu per vos, haud
« secus per istos. consolationein et defensionem sanctae Romanae
« ecclesiae quaerimus eosdemque, i)ermissu Dei, ad majores excel-
« sioresque gradus modis ()nniil)us snlvn nostro honore promovere
« nihilominus dcsideramns. (,»u;q)i'()i)UM' monentes horlanuir ut tanto
« labori favoatis. »
5. Selon une autre lettre de Jean \ III (.Iaiii:, u" '^^lï^\) ce n'est qu'à
Troyes (pie le ])ape s'ouvrit de ses projets à Boson, et celui-ci, comuu>
nous le verrons, semble avoir mis ])eu d'empressement à les accueillir.
Engilberge pai'nit s'rtre be.'iucou]) occu))ée de ce (pii jiouvait concei'iu'r
[878] LE PAPK JKAN VIH FN l'HOVENCR S7
à ces projets un commencement d'excn-ution, il s'occupait de
différentes affaires intéressant plus ou moins directement Ni
duc de Provence, s'entremettant pour faire restituer aux cou-
sines de celui-ci. les filles d'Engeltrude, l'héritage qu'on leur
disputait', et renouvelant en faveur de l'archevériue d'Arles,
Rostaing, le vicariat apostolique jadis coniié au métropolitain
de cette ville p:ir le pape Grégoire le Grand'.
A la un de mai '. grâce au concours de Boson et sans doute
accompagné par lui * et par Ermengarde, Jean VIII se dirigeait
vers le nord du royaume franc, traversant Lyon', Chalon^
sa fille et son gendre. Jean \'lll,dans la lettre citée qualifie la t^rovencede
« regni delitiarum vestraniiu » et iJoson de «geiienun vestruni coin-
« munein. » Cf. aussi la lettre de .lean \'II1 à Hoson (/fiai, de /■'/•., t. IX,
p. 680.) Nous rejjarlerons du rôle joué par I-]ngilborge lors de favène-
nient de Boson.
1. Jaffé, n" 3168 et infra. Cette affaire se continua jusfju'à la fin
de l'année 878 (.Iafké. 3211).
2. Lettres de Jean Vlll à Rostaing d'Arles et aux évéques de (laule
(MioNE.t. CXXA'I, col. 775 et 777; Jafké, n"^ 3148-31 j9). Le nom de lîoson
ne ^;gure dans aucune de Ces lettres dont les termes sont empruntés aux
vieux privilèges de Grégoire le Grand (Jaffé, 1374-1375. Cf. Gu.Nnr.ACii.,
Arles iiiul Vienne dans le Neues Arrh., t. XV. p. 257) et il est très
douteux qu'il faille rattacher ce rétablissement de la primatie d'.Arles
à des efforts faits par Boson pour préparer dès cette époque la création
de son royaume de Provence. En effet, il est incertain que Boson ait
eu dès cette époque un tel dessein et s'il l'avait eu, il est bien vraisem-
blable que Jean \'lll ne l'aurait pas soutenu, car il parait avoir été hos-
tile à cette idée d'un royaume démembré des Ktats de Charles le
Chauve (A. Lapôtre, Jean VI/I, p. 249). Même en ce cas, il neùt
))eut-être pas été de l'intérêt de Boson de faire accorder à Rostaing
dWrles une primatie rivale de celle qu'avait reçue du pape Nicolas I
l'archevêque Adon de Vienne, alors que c'est Otran, successeur
d'Adon, qui paraît avoir été l'un des principaux ap})uis de Boson, et
([ui signe le premier à son acte d'élection. Rostaing d'.Arles, au con-
traire, ne semble avoir aucun rôle spécial. Encore au temps de Louis
de Provence, c est le métropolitain de \ienne, non celui d'Arles, qui
tient la première place, et comme l'a remar(|ué Gundiach (Arles und
Vienne, p. 258). cette concession à Rostaing du vicariat apostolique
n'eut pas grand résultat et demeura dans le cours du i.\'' siècle un acte
isolé. Il y avait eu cependant antérieurement des négociations de ce
genre entre l'archevêque Roland d'.Arles et Nicolas I (Jaffé, n" 2757).
3. Jaffé, p. 399-400, w"' 3151 et suiv. Le pape ne doit pas être resté
longtemps à .\rles.
4. Ann. Berlin., p. 140: « Et per ejus [15osonis] auxilium ad Lug-
« duuum venit. » Comme Boson et Ermengarde se trouvaient à Troyes.
au moment du concile, il est bien probable qu'ils avaient accompagné
Jean VIII.
5. Ann. Berlin., loc. cil.
6. /Je .S'.V. Silveslro et .{gricola, dans Pliuiv, //isl. de ('Juthinsur-
Saône, pr., p. 21.
88 BOSON A L'ASSEMBLÉE DE TROYES [878]
Langres \ où primitivement avait été annoncée la réunion d'une
assemblée", et enfin arrivait à TroJes^ C'est là que, lel" sep-
tembre, Louis le Bègue venait le rejoindre* et que se tenait,
malgré l'absence des princes germaniques, une des plus im-
portantes assemblées du ix" siècle. Boson y assista. Toujours
très en faveur auprès de Jean VIII, il obtint du pontife, le
28 septembre, pour l'abbaye de Saint-Géry au diocèse de Cam-
brai, un privilège confirmatif de tous ses droits ou possessions"'.
L'assemblée eut d'ailleurs à régler deux ou trois questions
qui intéressaient assez directement le comte Boson. Une de
ses victimes, Hincmar le jeune, assistait au concile. L'évè-
que de Laon avait été, comme l'on sait, à la suite de longs
démêlés avec son souverain et avec son oncle et métroj:)oli-
tain, Hincmar de Reims, privé de son siège épiscopal. Boson,
peut-être lorsqu'il se trouvait en Aquitaine auprès du jeune
Louis, avait fait crever les yeux au prélat dé posé ^ C'est à Troyes
qu'Hincmar de Laon fut admis', dans une vaine cérémonie,
1. Il s'y trouvait dans les premiers jours de juin (Jaffé, n°*' 3155 et
3156).
2. Albanès, Gallia Chrisliana noviss., p. 40, n. 3.
3. Ann. Berlin., loc. cit.
4. Ibid.
5. Jaffk, n° 3188 ; Duvivieh, Recherches sur le Ilainaul ancien,
p. 318. C'est le seul indice que nous ayons de relations de Boson avec
le Cambrésis. Son nom tigure dans l'adresse de l'acte, mais quoi (ju'en
dise Waiitep.s {Table clironolofiiqne des chartes... concernant l'histoire
de Belgique, t. 1, p. 468), il ne porte pas le titre d'abbé. A cette date
du 28 septembre, il allait repartir avec Jean VIII pour l'Italie ; il se
sera adressé à lui comme à un personnage bien en cour pour obtenir
le privilège. — Au contraire, il n'est pas mentionné dans une bulle
accordée à cette épo(jue au monastère de Montiéramey (pub. par
n'Ap.BOis UK JuBAiN VILLE, dans la Bibl. de l'Ec. des Chartes, t. XV,
1854, p. 281), avec lequel nous savons que Boson était en relations.
6. Ann. Vednst., a. 878: « Hincmarus Lauduneusium episcopus qui ab
Bosone fuerat excaecatus ». Les Annales d'IIincmar disent Hincmarus
caecus, mais sans parler de Boson. En l'absence de toute spécification,
dans les .\nn. Vedast., il est bien jjrobable (ju'elies ))arlent du Boson
le plus connu alors, c'est-à-dire du tils de Bivin, SciiivOioiîs {Hincmar.
p. 424) attribue cet acte de cruauté à lïnstigation de Charles le Chauve.
DiEM.Nn.Ef;. Ostfr. Reich, t. II!,]). 87, l'admet aussi. Hincmar de Laon,
dans son Libellus reclainationis, i)VCi>en\éi\u Concile de Troyes (Migne,
1.CXX1V, col. 1071) dit lui-même: c( post //f/ectransmissussum in exsi-
« lium in (luo per duos annos sanussed ali(iuan1o tenifiore ferrovinctus
« custodilus sum. Duobus annis ferme ])eractis insuper caecntus sum. »
— I/aec désigne la déposition d'Ilincniar de Laon, en 871, au concile
de Douzy. Cela mettrait sun supplice durant la période pendant laquelle
Boson gouvernait l'Aquitaine avec le jeune Louis.
7. Ann. Berlin, p. 144.
1878] nnSON A I.'ASSKMRLI'IF: DK THOYF.S 89
àrGcovoirlopanlon de JoanVIII et des évrqiiés de Gaule, puis
à donner de nouveau sa bénédicliou au peuple assemblé.
D'aulre part, les prélats réunis à Trojes, qui avaient menacé
de l'excommunication les envahisseurs de biens d'Éi^^lise',
s'occupaient en particulier de Bernard, marquis de Gotliie et
comte d'Autun, qui pouvait être rangé parmi eux*, et se trou-
vait, du reste, en état de rébellion ouverte contre l'autorité
de Louis le Bègue''. Convaincu d' «infidélité», condamné par
le concile, il fut déclaré privé de son comté d'Autun et de ses
autres bénéfices'*. Le 11 septembre, Boson invitait à un festin
dans sa demeure le roi Louis et ses principaux conseillers "'.Ce
fut là qu'on régla le partage des dépouilles de Bernard entre
quelques-uns des grands, entre Théoderic le cliambrier, qui
reçut TAutunois pour sa part, Bernard Plantevelue, comte
d'Auvergne, (jui eut le marquisat de Gothie^ et peut-être aussi
Boson '. Celui-ci, à la même fête, se rapprochait encore davan-
tage du roi en fiançant sa fille au jeune Carloraan, fils de Louis
le Bègue ^ 11 continuait donc à être en faveur auprès de ce
dernier et en obtenait deux jours après pour l'archevêque
Aurélien, sans doute l'un de ses partisans", un diplôme géné-
ral de confirmation de biens en faveur de l'église de Lyon '".
C'est peut-être aussi à la même époque qu'il reçut la promesse.
1. Texte rapporté dans les Atin. Berlin., p. 142.
2. Cf. supra, ]). 85.
3. Cf. sujn-n, p. 85, n. 11.
4. Anii. Vednsl., a. 878.
5. Ann. Berlin., a. 878. p. 144 : « In crastina (du 10 septembre, jour
de la « réconciliation » d'Hincmar de Laoïi) iiivitatus a Bosone. ad
« domum illius perrexit cum quibusdam })rimoribus coubiliariis suis
« et pastus ac lionoi'atus ab ilio. sed et ab uxore ipsius ».
6. An)i. Berlin., loc. cit.. Cf. i/j., p. 1»7. un passage qui montre que
c'était bien le comté dWutun qu'avait alors reçu Théoderic.
7. Celui-ci un peuplas tard (Ann. Berlin., a. 879, p. 147) parait
comme possesseur dabbayes dans FAutunois, mais nous ignorons si
c'est au moment de la depossession de Bernard de Gotliie qu'il les
avait reçues.
8. Ann. Berlin., loc. cit. Carloman était encore un enfant: (pia-it à
la tille de Boson, si elle n'était pas issue d'un premier mariage hypo-
thétique, elle devait être encore au berceau.
9. Au moins Aurélien reconnut plus tard Busuu et joua un rùle dans
son élection.
10. Extrait dans //isl. de l'r., t. i.\, p. 412 et ci-ai)rès, Pièces jusUlica-
lives, n" i. — La copie de Baluze, d'après laquelle nous publions ce
texte, donne comme date (par erreur?) ; II Id. dec. mais Severt avait
lu: // Id. sept. Il faut admettre celte derniéi-o date, et une erreur de
date dans la c()[)ie de Baluze ou la source de celle-ci — ou une di>cor-
90 BOSON ACCOMPAGNE JEAN VIII [878]
pour l'abbaye de Saint-Philibert de Tournus et Tabbé Geilon,
du lieu d'Ulchisy '.
Au commencement d'octobre ^ Jean VIII quittait Troyes,
et lui-même, le roi et les seigneurs francs étaient d'accord
pour désigner Boson^ comme devant l'escorter dans son
voyage. Le comte donc, accompagné d'Ermengarde, suivit sur
la route du mont Cenis '' le souverain pontife qui convoquait à
Pavie,pour une assemblée générale, les grands et les évèques
de l'Italie du Nord^ Officiel lement^ Boson paraissait en Italie
comme représentant de Louis le Bègue, qu'une grave maladie,
attribuée parfois autour de lui à l'effet du poison \ empêchait
d'accompagner lui-même le pape en Italie, pour le protéger
contre les entreprises de ses ennemis de la Péninsule, de
Lambert et d'Adalbert^ En soi, la donnée n'avait rien que de
très vraisemblable. Jean VIII avait fait appel aux Carolin-
giens allemands comme au tils de Charles le Chauve ; les pre-
miers ne paraissant pas au rendez-vous, il devait se
dance entre les deux dates de temps et de lieu, car le 12 décembre
877 Louis le Bègue n'était pas à Troyes.
1. Diplôme du 12 décembre S78.'(Hist. de Fr., t. IX, p. 4i;i) Mais
Louis le Bègue renvoie au diplôme de donation d'Ulchisy accordé à la
re(|uête de Boson. Or, dans ce diplôme de même date que celui que
nous citons (Ilisl. de Fr., t. IX, p. 412), il n'est pas question de Boson.
Par conséquent, ou bien l'intervention du comte n'a pas été concomi-
tante à l'obtention du diplôme, ou bien le texte publié en premier lieu
par CiiiFKLiT (Ilisf. de Tourmis, p. 229) était incomplet et supprimait le
nom de VaiNfxincialor. .Mais il est douteux qu'à cette date Boson se boit
trouvé ])rès de Louis le Bègue.
2. 11 se dirigea d'abord vers Chalon où il était le 7 octobre (Jaite,
n» 3200).
:{. Ann. Berlin. ,-ç. \'ik\Ann. Ved((st..(i. 878; Ann. Fuld.,\). '.)I.(|ui
semblent donner au pape le principal rôle dans le choix de son com-
])agnon. Cf. Lettre de Jean Vlll à .\nsbert, archevêque de Milan (Jaffi:,
n" ;}204 ; MiGNE, t. CXXVL col. 807): « Acceptoque commun! consilio
« uti Boso gloriosus princeps cornes esset itineris nostri donec Christo
« favente reverteremur ad urbem. »
4. Ann. Berlin., lac. cit.
5. Lettres de Jean VIII à Ansbert de Milan (Jaffé, n" 320'i), au
comte Supi)on (Ih., n" 3207), à Bérenger de Krioul (//>., n" :!2lu).
(). Lettre précitée de Jean VIII au comte Sujjpon : « Qui fLudovicus]
« hune Bosonem principem virum consultissimum sitiique ex omni
« parte conjunctum dédit ut nos salvos sine impedimento maledicti
« Lamberti in urbem mitteret. cum (]uo pacifiée pro certo venimus. »
7. Ann. Berlin., a. 878, p. 147.
8. Dans sa lettre au comte Bérenger, Jean \'I11 dit 1res netteincMil :
« Ludovicus rex nisi infiruius esset nobiscum vcnirct. jam quia pro
« iidirmitate non potuit. dédit imbis Imni- iîdsnncm principem. » (Mu'.NE,
t. CXXVl, col. 80'.t)-
[878] PROJETS HK .IRAN VI1[ 91
coiitonter de l'appui que pouvait lui offrir le second, et
faute d'un roi à emmener avec lui en Italie, la présenciï
à ses côtés de l'ancien duc de Lombardie pouvait sembler
suffisante.
^lais il est bien prubal)le que Jean VIII a\ait pour Boson de
plus bautes visées encore, et que ce n'était pas sans raison
qu'on préparait à Pavie une a.ssemh\ée jjo/iti<jue-, qu'Ermen-
garde accompagnait son époux à travers les Alpes, que
Jean YIII dans ses lettres faisait grand éloge de son « fils
adoptif »''. C'est à Troyes qu'il s'était ouvert à lui de l'idée
que r<in voit poindre déjà dans la lettre à Engilberge. Bien
que l'entretien dut demeurer secret, « l'objet de cette entente
(( n'est que trop facile à deviner, quoique l(;s événements n'aient
« pas permis aux contractants de le prinluire complètement
« au grand jour*. 11 s'agissait, à n'en pas douter, d'amener les
<( grands dignitaires italiens à faire choix d'un nouveau roi en
« la place de Carloman que la maladie rendait de plus en plus
« incapable ; il s'agissait de disposer les esprits à accepter la
(( candidature de l'ancien duc de Lombardie et, l'Italie une
« fois gagnée à sa cause, de compléter sa fortune par le cou-
(( ronnement impérial" ».
1. Lettre de Jean VIII à Charles le Gros (Ilist. d<' Fr., t. IX, p. 173;
JaffÉ, n° 3205).
2. Ou du moins d'un caractère mixte, Jean VIII y convoquo des com-
tes. Cf. A. Lapôtre, Jean MIL p. 3'i8 et suiv., qui a complètement
étudié la question de la politique de Jean Vlll au moment où lîoson
l'accompagna en Italie. Aussi n'insisterons-nous pas sur ces événements.
3. Lettre à Charles le Gros (cf. n. 1): « Cujus i Ludovic! HalbiJ con ■
« silio atque hortatu Bosonem gloriosum principem per adoptiunis gra-
« tiam filium meum elîeci » (///.s7. de Fr., t. I.X, p. 173). Mais on ne sait au
juste ce que Jean VIII entendait par là. C'est peut-être une pure formule
de politesse : il emploie des expressions analogues en pai'lant d'Kiigil-
berge : « Spiritalis tilia nostra » (///.v/. de Fr., t. IX, p. 180 et l'J'.). In
l)eu plus tard, quand Jean VIII abandonnera Boson pour trouver un
protecteur plus utile, c'est Chai-les le Gros qu'il veut « loco carissimi
« filii retinere » (Jaffé, n" 3321; llixl. de Fr.. t. IX, p. 197). Hadrien
II déjà traite Louis II de « spiritalis filius « (J.\rrÉ, n" 292C)).
'i. "Lettre au comte Boson (Jaffé, n" 3251 ; .Migne, t. CXX\1. c(j1. 835) :
« Secretum quod, Deoauxiliante, vobiscum Trecis exi.stentes habuinius,
« immutilatum ac fixum no.stro apostolico pectore (juasi quoddam tlie-
« saurumreconditumretinemus,ettolisnisibusilIud...alacriteroptainus
« perficere. » — Sur la date de cette lettre, cf. A. Lai'ùtke, Jean VUL
p. 347. Elle doit être assez peu postérieure au retour de Boson à l'é-
poque où Jean Vlll croyait qu'il allait incessamment redescendre en
Italie avec des secours fournis par Louis le Bègue, illusion (ju'il con-
serve encore dans la lettre qu'il adressa à ce dernier.
5. A. Lai'otre, Jean Mil. p. 3'i7 sqij. Si les expressions employées
92 BOSON ET JEAN VIII EN ITALIE [878]
Mais si Jean VIII avait pour son protégé de grandes ambi-
tions, ce dernier semble avoir été peu pressé de profiter des
bonnes dispositions du souverain pontife à son égard. Peut-
être était-il inquiet de ce que faisaient en son absence les
autres chefs de l'aristocratie franque, peu confiant dans leurs
promesses'. Le roi Louis, d'autre part, n'était pas dans le
secret des projets de Jean VIII, mais il est possible qu'il ait
commencé à s'inquiéter de ce qui se passait en Italie ^ car
s'il n'avait pas franchi les Alpes à la suite du pape Jean, il
n'en conservait pas moins des prétentions sur l'héritage de
Louis ir*. En outre, Louis le Bègue avait fourni peu de monde
pour escorter le pape et Boson''; les seigneurs italiens
s'abstenant de répondre aux appels qui leur étaient adressés",
le candidat impérial de Jean VIII eut été incapable de lutter,
soit contre Lambert, soit contre les souverains germaniques.
par le pape, dans sa lettre à Engilberge, ne sont pas de simples for-
mules de politesse, il songeait déjà à faire peut-être de Boson le maitre
de l'Italie, car après les titres que celui-ci avait reçus en 875. il ne
restait plus guère pour l'élever ad majorex (/radns qu'à faire de lui un
roi ou tout au moins l'égal d'un roi. Mais le secret des entretiens de
Troyes devait avoir été bien gardé, car on ne saurait comme Dur;MMLEiî
(Os'tfr. lieich, t. 111, p. 89), voir dans le passage des Annales de Fulda
relatif à ces événements une preuve que leur auteur avait pénétré le
secret de Jean VIII. L'idée de voir l'Italie protégée par un représentant
des rois francs de l'Ouest peut suffire à exciter la colère de Méginard.
Sur cette situation, cf. abbé L. Duciiesne, Les premiers temps de l'Etal
pontifical, p. l'i'i et l'i5.
1 . Lettre de Jean VIII à Théoderic, Bernard et Hugues l'Abbé (flist.de
Fr., t. IX, p. 176)qui nous semble comme à Jaffé devoir être ra])portée
à cette période. L'expression « foedus amicitiae « doit s'entendre de
])romesses assez générales, sans doute faites au moment où Boson allait
l)artir })our l'Italie, non du traité particulier conclu entre lui et Tliéo-
doric au commencement de 879, uniquement relatif au comté d'Autun.
et où Bernard n'eut pas à intervenir. La phrase « omnia sua salva et paci-
« fica.seryr/<e », semble bien impli(iuer l'absence de Boson.
2. (7est ce qui paraît résulter d'une phrase de la lettre citée à la
note précédente « régis animum erga eum immobilem et tranqaiilom
« semper servetis...»
3. Au traité de Fouron, conclu avec son cousin Louis, fils du Germa-
nique, il réserve expressément son droit à intervenir dans un partage
de l'Italie (.!«?;. liertin., a. 878, p. 145).
4. A. L.M'ôTaK, .le<i)i VIII, p. 348. Louis avait bien, il est vrai, donné
ordre à plusieurs évêcpies de suivre Jean VIII et Boson, mais ils s'étaient
gardés de le faire (Lettre de Jean VIII à Louis le Bègue, Jafke, u"
:{208).
5. Il n'est pas besoin de croire j)our cela, comme Dukmmi.ki!, Ostfr.
lii'ick. t. III, p. 91-2, ([u'ils avaieni ])ercé le «secret» de Jean \'lll, mais
ils devaient être nécessairement hostiles à l'oson, du moins ceuxtiui.
comme Ansbert de Milan, étaient des partisans de Carloman.
[878-879] RETOUFl l)K liOSoN KN ('.AI l.K 93
Aussi, après avoir amené le pape jusqu'à Pavie, Roson
le ([uittait dans cette ville', pour regagner la Gaule où l'appe-
lait une affaire plus sûre que le rêve d'Emi)ire caressé par
Jean VIII, le partage des territoires à reconquérir sur Uernard,
fils de Blicliilde. Mais Jean VIII ne renonra pas, semble-1-il,
à ses idées d'alliance avec les Francs de l'Ouest et, dans la
lettre qu'il confiait au com[)agn()n de Boson, l'évèque Agilmar
de Clerniont', pour le roi Louis le Bègue, il continuait à faire
le plus grand éloge de « son cher fils », on suppliant lo prince
de lui fournir des troupes pour une nouvelle expédition ', mais
se « gardant bien de lui dire le fin mot du projet manqué* ».
C'est au commencement de 879 que? l'on retrouve avec cer-
titude Boson en Gaule auprès de Louis le Bègue ^ Celui-ci
était alors à Troyes au début d'une expéilition entreprise pour
mettre à la raison Bernard de Gothie^ Mais arrivé dans cette
ville, la maladie dont il souffrait déjà au commencement de
l'année venant à empirer, il dut remettre le soin de continuer
l'expédition à Boson, assisté de Bernard Plantevelue et de
Théoderic. Ce dernier devait remplacer, dans le comté d'Autun,
le marquis de Gothie. Pendant ce temps, Louis lui-même
gagnait péniblement Compiègne où il mourait le 11 avril.
Il avait envoyé à son fils Louis, par le comte Albuin et
1. Lettre de Jean VI 11 à Louis le Bègue (Jaffé, n" 3208). — Les lettres
lie Jean VIII pour cette période ne permettent pas de dater avec préci-
sion le fait.
2. Ce prélat, mentionné dans lacorrespondatice d'Hincniar(l''i.oi)<).\i!i),
llisi. Rem. EccL, 1. III, c. 24, Mon. Germ., .S'.S\. t. XIII, p. 5:j(i) était
d'origine l)ourgaignonne et possédait dans l'Auious dos domaines patri-
moniaux {Viia S. Vivmtii, dans Acta Sanrt. Bol!., iau., t. I. p. 813).
3. Lettre de Jean Vlil à Louis le Bègue (Ilisl. de Fr., t. IX, p. 175;
Jaffé, n° 3208). Dans sa lettre à Boson, il conserve encore l'espoir de
voir celui-ci revenir (Jaffe, n" 3251), mais il n'y a plus d'allusion de
ce genre dans la lettre qu'il adresse le 3 avril à ce même Boson pour le
prier de prendre sous sa protection les biens (jue l'ex-enneini du Saint-
Siège, Adalbert, et sa femme Kotlinde possédaient en Provence (Jaffé,
.n" 323'.; llist. de Fr., t. IX, p. 180).
4. A. Lai-ôtue, /ea» VIII. p. 348, n. 6.
5. A la fin de l'année 878, le 12 décembre, si l'on admettait que Boson
se trouvait auprès du roi au moment de la donation d'UIcliisy à l'abbaye
de Tournus (cf. sii/jra, p. 90). — Les Ann. lierlin., a. 879, iriit., mention-
nent la présence de Boson à 'l'royes.
(). C'est probablement au (;ours de cette campagne que fut saccagé
le monastère de Saiiit-.Martin d'Autun. Diplôme de Charles le (iros
du 16 juin 885 Boi-iimek-Mueiiuiaciiek, n" 1659). — Biilmot (Fssni
hisl. sio' Saint-. Martin d'Autun. t. I, p. 137), attribue cette destruction
à Boson dans ses luttes conti-o 'riièodcric. ce (pii est plus que douteux.
9i AVÈNEMENT DE Eol'IS 111 ET CARLOMAN [879J
l'évoque Eudes de Beauvais, les insignes royaux, avec mission
pour ceux qui entouraient le jeune prince de le faire sacrer
et couronner. Mais à la nouvelle de la mort de Louis II les
deux messagers se rendaient auprès du chambrier TJiëoderic ;
celui-ci recevait les insignes royaux dont étaient porteurs
Eudes et Albuin, et se donnait en quelque manière les allures
de disposer du sort du royaume. Il prépara une assemblée de
grands à Meaux pour délibérer sur le parti à prendre, c'est-
à-dire sans doute pour régler les difficultés relatives à la suc-
cession de Louis le Bègue. Celui-ci, comme l'on sait, laissait
enceinte sa femme Alpaïde ; mais il avait eu auparavant
d'Ansgarde, que l'on pouvait considérer comme une concubine,
deux enfants, Louis III et Carloman.
C'est probablement pour pouvoir à son gré s'occuper des
affaires générales du royaume et conserver sa haute situation,
que Théoderic, quelque temps après la mort de Louis ', se
décida à traiter avec Boson; il se trouvait en conflit avec ce
dernier dans des conditions que nous ignorons, à propos du
comté d'Autun. En vertu de l'accord intervenu alors, Boson
recevait le comté, mais donnait en échange les abbayes que
lui-même possédait dans cette région ". Le marché avait eu lieu
grâce à l'entremise de Hugues l'Abbé ; il semble bien pro-
bable qu'il ne fait (^ue se rattacher à une ou plusieurs Cf^iven-
tions plus générales conclues entre les grands, ou du moins une
partie d'entre eux'', en vue de se partager les grands bénértces
et le gouvernement du royaume. Une sorte de quatuorvirat,
composé de Boson, de Bernard Plantevelue, de Théoderic et
de Hugues l'Abbé s'était formé et prenait la direction des
1. Sans doute, au mois de février ou de mars: un acte du 25 janvier
879 mentionne encore Théoderic comme comte d'Autun. (Catiid. crAri-
lun, éd. Cn.MiMASSE, n" xni), mais d'autre part, Hincmar parle du traité
])ostéri('ur(Mnent à la mort de Louis le Bègue. Une charte de l'évoque
Adalgaire d'Autun {Ibid., p. 8(i) dit que Hoson succéda « parifi(jue-
moil » au comte Théoderic (jui venait de mourir. Cette affirmation est
coiitreilite ])ar le témoignage des Aniudcsde Saint-Hertin et l'acte, (]ui
confond Hoson comte et Hoson roi, doit avoir été refait à une époque
postéi-ioure.
2. Aiin. /iertin., a. S79, p. 148. — Théoderic parait être mort la
même année, avant le 8 novemhre (Houkgeois, Capilnl. de Kicrsi/,
]). 90, n. 4).
:i. « Hugo et Boso et Theodei'icus et illorum socii », dit Hincmar
(.1?!//. liriiin.. p. 149). — Il y avait des mécontents, comme Conrad,
comte de Pai'is, ([ui ne se trouvait pas assez puissant.
[879] SlITATIdN liK lioSiiN 9;,
affaires. Ce sont ces chefs de l'aristocratie (lui, au mois de
mai. traitent avec Louis de Saxe; celui-ci, appelé par Con-
rad, comte de Paris, et Gozlin, abbé de Saint-Denis, avait
pénétré en Lorraine. Il lalliit. pour (pul cunsciilii à rciiinM-
dans ses états, lui offrir la purlion du rovauuie do Lothaire II
attribuée à Charles le Chauve par le traité de Meersen, c'est-
à-dire une i^rando partie des territoires soumis à Boson. Mais,
quelques semaines plus tard, Conrad et trozlin, encouragés par
l'épouse du roi de Germanie, et se disant soutenus par celui-
ci, recommençaient leur rébellion. Inquiets, Hug-ues l'Abbé et
ses partisans faisaient couronnera Fcrrières, par le métropo-
litain de Sens, Anségise, les deux petits rois, Louis III et
Carloman.
C'est ce moment que Boson choisit pour se révolter à son
tour. Les circonstances pouvaient sembler favorables. La
souveraineté du Lyonnais et du Viennois, par suite de la
cession consentie à Louis de Germanie, était momentanément
assez indécise. La royauté, dans la Francie occidentale, exis-
tait à peine : l'élection de Ferrières avait rencontré des oppo-
sitions" et n'avait pu s'accomplir que grâce à Hugues l'Abbé
et à Théoderic. C'était un triomphe pour ceux-ci. Hincmar fut
même obligé d'écrire à Théoderic pour lui reprocher ses allures
autoritaires''. Boson ne pouvait voir sans jalousie son rivai
prendre ainsi la première place. D'autre part, l'ambitieuse
Ermengarde déclarait à son mari que, tille et fiancée d'empe-
reur, elle ne pouvait vivre si elle n'était au moins l'épouse
d'un roi\ Boson, possesseur depuis 870 du comté de Vienne,
de la Provence depuis 875 sans doute, étendant son autorité
1. Ann. lici'lin., p. 149.
2. HiNCMAii, Lettre à Louis III {Opéra, t. II, p. 197): « Contra pluri-
morum voluntates et minas in electione vestra consens!. » — Cf.
Di:em.mi.eiî, Ostfr. Reich, t. III. p. 121.
;{. Lettre (riliiicmar à Tliéoderic, dans Flodomu), llist. /tcni. Eccl.,
I. III, c. 2G {Mon. Ccnn., SS.. t. XIII, p. 5'»5).
4. Ann. lierUnimii, p. 150 : « Interea Hoso, persuadante uxore sua,
« quae noilc vivere se dicebat si lilia iinperatoris Italiae et desponsata
" iniperatori Greciae maritum suum reji^em non faceret. » — Ce que dit
lliiiciuar est assez rontbrnie à ce que nous savons de l'histoire d'Lr-
mengarde, la digne iille d'Lngilberge, qui furma toujours pour elle des
r ves de grandeur. Hile jouissait d'une certaine inlluence sur son mari
et Hincmar s'adresse à elle pour qu'elle engage Boson à restituer aux
églises des biens dont elles ont été injustement dépouillées (Ki.oDOArtl),
llist. Ih-m. ICrcl.. I. 111, (• 27 : Mon. limn.. .s'S.. t. Mil, p. 5ÔU;.
90 SITUATION DE BOSON [879]
sur Lyon et sur Autun ', se trouvait, quand bien même il paraît
avoir de bonne heure renoncé à ses comtés aquitains, maître
de territoires aussi étendus qu'un royaume". Il était quelque
chose de plus qu'un comte, de plus même que des personnages
comme Bernard ou Théoderic. Il n'était que peu disposé à
reconnaître l'autorité des fils de Louis le Bègue ^ et ses senti-
ments percent dans le titre ambigu qu'il se donne en tète
d'une charte pour Montiéramey : « Moi, Boson, par la grâce de
Dieu, ce que je suis, et... Ermengarde, fille d'empereur*.. »
— Cette charte est du 25 juillet 879, c'est-à-dire des derniers
temps qui précédèrent le couronnement de Boson. Il ne lui
manquait plus qu'un titre, et il n'allait pas tarder à l'acquérir.
1. Mais nous ne croyons pas qu'elle s'étendit au Maçonnais. Il y a
bien un acte du Ccviulnire de Màcon (éd. Ragut, n" cliii, p. 105) qui
parle d'un plaid tenu à Màcon par Boson. au mois de mars : 1° en l'ab-
sence de tout titre royal, il est douteux que ce soit ce Boson, fils de
Divin, roi, qu'il s'agisse. En ce cas, d'ailleurs, la date serait celle du
mois de mars 880. A cette époque, le comte de Màcon était probable-
ment Sirald ou Bernard, non le Guillaume qui est mentionné dans
l'acte ; 2'* nous ne croyons pas qu'il s'agisse de Boson comte. Le per-
sonnage nommé Boson ne porte dans l'acte aucun titre. Cela ne serait
pas une raison sulïisante; mais le document semble bien désigner Guil-
laume comme étant comte de Màcon. Il y a eu à Màcon au x*-" et au xi"
siècles ])lusieurs comtes de ce nom; mais d'après la liste des échevins
indiqués par l'acte, il semble bien qu'il y ait lieu de rapprocher celui-ci
d'une autre charte du même cartulaire, datée du temps du roi Eudes
{ibid., n° CLXXXiv). Celui qui nous occupe doit donc être rapporté aussi
à la fin du ix<= siècle. Or, à cette époque, il n'y a qu'un comte Guillaume
dont l'autorité se soit étendue sur le Maçonnais, c'est Guillaume le
Pieux ; celui-ci ne devint comte de Miîcon qu'après la mort de son
père Bernard Plantevelue, c'est-à-dire après 885, date à laquelle Boson
était roi et à laquelle Charles le Gros régnait en Maçonnais.
2. Nous ne parlons pas des biens que Boson pouvait posséder en
Champagne et qui ne faisaient pas corps avec l'ensemble des territoires
sur lesquels s'étendait son autorité ducale ou comtale. Cependant
Boson possédait encore à cette époque des vassaux dans ces régions.
car c'est à cette époque que se placent les lettres de Jean VIII relatives
aux empiétements de l'un d'eux, Arembert, à Vendcruvre (Jaffé,
n<"* 328'i et 3285, supra, p. 60).
3. DuciiESNE, llist. de la maison de Ver;/y, pr., p. 12. L'acte est de
879, daté non d'après les années du règne de Louis III et Carloman.
mais « anno 1° i)ost obitum IIlu<iovici gjoriosissimi régis. » — Sur cet
acte, cf. A. Girv, Eludes (kirolinfjieirnes, dans lUudes... (h'diées à G.
Monod, p. 128.
4. « Ego Boso Doigratia id (juod sum. necnon et dilecta conjux mea
« Ilirmengardis. pi'oles iinperialis, etc. », dit l'acte cité à la note pré-
« cédente. — Dans les formules finales. Boson ne prend non plus
« aucun titre précis : « Ego Stejjhanus archicancellarius, jubente
« inclito et illustri viro domuo Bosone. »
CHAPITRE III
BOSON ROI DE PROVENCE
(15 octobre 879-7 janvier 887)
Le 15 octobre 879', en effet, les archevêques de Vienne, de
Besançon, de Lyon, de Tarentaiso, d'Aix et d'Arles, accompa-
gnés de vingt et un ëvèques, leurs suffragants, se réunissaient
non loin de Vienne, à Man taille-, ancienne résidence de Charles
le Jeune et sans doute aussi du duc de Provence. Là, ils
décidaient de confier, pour le bien de l'Église et du pays, la
CDuroune au comte Boson, qui avait fait ses preuves comme
conseiller des rois Charles le Chauve et Louis le Bègue.
1. Conventus Manialennis. dans Boretius-Krause, t. Il, p. 365; Ann.
Berlin., a. 87.), p. 150; e]le.s indiquent rassemblée comme l'un des der-
niers événements de l'année. La date tlejour est donnée par les actes
du concile et par Hugues de Flavki.ny, ('Jiron. Virdunense, Mon. Cerm..
SS.,t. \'lll,p.;)56: « .\nno UCCCLXXIX, Indictione xn. suscepit regnum
« Provinciae Boso ad Viennam idibusoctobris. » Il est seul parmi les chro-
niqueurs à fournir ce renseignement : cela pourrait faire supposer
qu'il a eu entre les mains soit les actes de l'assemblée, soit une source
historique perdue les ayant utilisées.
2. On a longtemps identifié ce lieu avec Mante, localité aujourd'hui
disparue, dans le voisinage de Vienne; mais Charvet dont tous les
auteurs plus modernes ont suivi le sentiment, a monti'é qu'il s'agissait
de .Mantaille, dans la vallée dite Vallis Aurea ou Valloire. La localité e^t
ancienne, car elle est mentionnée par la table de l'eutinger. Charles de
Provence en date plusieurs de ses diplômes {llist. ilc Fr., t. VIII, p. 3'.f7,
nos I et n, p. o'.)()j. Elle figure, selon yiu.i.E (//isl. de liouri/oi/nc. t. 111,
p. 15) dans un ancien pouillé sous la forme Matiilti. Ce fut plus tard
un château, résidence des archevêques de \'ienne. l*]n li02, (îuiet.Iean
de 'i'orchefelon ayant refusé de rendre honunage à rarchevé<|ue, Thi-
baut de Rougemont, pour leur château de .Montcarraz. mouvant du fief
de Saint-Chef, et l'archevêque, poui- les punir, ayant détruit ledit châ-
teau, les Torcliefelon, par représailles, détruisirent celui de Mantaille.
(Mermet, I/ist. de la ville de Vienne, t. III, p. 188-189). Le château de
.Mantaille ne se releva jamais de ses ruines, mais au temps de Charvet
(Ilist. de /a Sainte Église de Vienne, p. 220-221), il en restait encore
des vestiges. A la fin de l'ancien régime, ce n'était i)lus ([u'uno annexe
de la paroisse de Saint-Sorlin (Isère, arr. Vienne, canton X'ionnc-Sud).
l'OLPARDiN. Royaume de l'rovence. 7
08 l/ASSKJlIiLKE dp: MANTAILLF. |87!»]
Ces métropolitains et ces évèqucs étaient Otran de
Vienne ', Aurélien de Lyon ", Teutran de Taren taise ^
Robert d'Aix'', Rostaing d'Arles', Tbéoderic de Besançon",
et parmi les prélats de leurs provinces Ratbert de Valence',
Dernier de Grenoble ^ Hélie de Vaison", Hémicon de Die'",
Adalbert de Maurienne", Biracon de Gap'', Eustorge de
Toulon'', Gerbaud de Clialon-sur-Saône '\ Richard d'Apt'",
Guntard de Mâcon'^ Etlierius de Viviers'', Léodoin de Mar-
seille '^ Germard d'Orange '\ Ratfrid d'Avignon"', Walafrid
d'Uzès^', Edold de Riez^'', et enlln un évèque inconnu du nom
1. Sur ce personnage, cf. infra. Append. vni.
2. Son prédécesseur Rémi mourut le 28 octobre 875. Lui-même
mourut le 3 juillet 895.
o. Archevêque depuis raiinée 808 au moins.
4. Mentionné })Our la première fois au concile de Troyes en 878.
5. Son prédécesseur mourut en 869.
6. Mentionné de 875 à 895.
7. Évèque depuis avril 859 au moins.
8. Évèque en 869, mentionné ius(|u'en 882.
9. Cf. abbé Duchesne, Fastes épiseopaiix, t. I, p. 255. C'est la seule
mention que nous ayons du personnage. Ceux qui citent un Hélie de
Vence comme ayant été présent à l'assemblée ])araissent avoir été
induits en erreur ])ar une faute de lecture. Cf. Gall. Christ., t. 111,
col. 1216.
10. Et non liirico, comme écrit par erreur Paradin. Il est mentionné
pour la première fois en 876 au concile de Ponthion.
11. Mentionné de 876 (au concile de Ponthion) à 882.
12. Mentionné en 876, au concile de Ponthion.
13. Seule mention connue.
14. Mentionné de 864 à 885. Cf. GolL Christ., t. IV, col. 76. (|ui raye
de la liste des évoques de Chalun VOrncardns, dont le ms., consulté
par Pierre de Saint-Julien et par Paradin, semble avoir donné le nom
(i)ifra. Appciulire v, ]). 322).
15. Le texte porte Agalhciisis, mais la plupart des éditeurs ont, avec
raison, corrigé en Apteiisis. L'évèque d'Agde, bien que dépendant de
la province de Narbonne, eût pu reconnaître Hoson comme un autre
suffraj^ant du même métropolitain, Walafrid d'I'zès, mais cela est peu
vraisemblable. Le diocèse d'Agde se trouvait séparé du royaume de
Provence par le pagus de Maguelonne et par une partie de celui de
Nimes, et il ne parait avoir jamais reconnu l'autorité de l!oson ou tle
Louis l'Aveugle.
16. Première mention comme. Son pi'édécesseur vivait encore en 878.
17. Mentionné depuis 876.
18. A])pelé Litidinus dnns deux lettres de Jean Vlll (Jaitê, n"'^ 3176
et 3179).
19. Germard II, évèque d'Orange et de Saint-Paul-Trois-Chàteaux.
VA. A. \)V. Mas-Lathu;, dans la liibl. de l'Éc. des Charles, t. 1. p. 394.
20. Mentionné depuis 878.
21. Mentionné (l(q)uis 858.
22. Seule mention connue.
[879] L'ASSKMIU.KK DK MANTAILI.K Ç,Q
de Baidemarus', A côté de ces prélats figurait un ilf'légué do
révèfiiic Adalgairo (rAutun -, Gcilon, sans doute ral)bé de
Tournus \ ([ui fut l'un des premiers à recevoir les faveurs du
nouveau roi '. Leoboin", chorévèque de Lyon, xManno, sans doute
le célèbre prévôt de Saint-Oyan de Joux, ancien directeur de
l'école du Palais® et enfin Jérôme, évè(iueolu de Lausanne, non
encore consacré', assistaient également à l'assemblée.
Il j avait d'ailleurs à Mantaille d'autres personnages (pie
ces évè([ues, bien que ceux-ci soient seuls mentionnés pai- le
préambule de l'acte d'élection et que leurs souscriptions
1. \\ nous a été impossilile de dôtermiiior \c sièi^o do ce personnage.
2. Flvcque en 875, mort en 89'».
3. Cf. p. 56. n. 5.
4. Ili.'it. (le Fr., t. IX. p. G(i9.
5. Cf. OE La Mrp.E, Hisl. cccU's. du iliocrsi' dr Ijjoit. p. 133. Il est
mentionné depuis le concile de Chalon-sur-Saône en 873.
G. Selon Paradin, le Manno (jai souscrit à Mantaille aurait été « prévôt
« de l'église de Vienne», mais ce nom ne se trouve pas dans les chartes
viennoises qui nous sont parvenues, et l'explication peut provenir de
l'imagination de l'auteur des .l//»a/e.s- de Bourf/o'/iir. plutôt que du ms.
(lu'il avait sous les yeux. .Nous préférons voir dans. Manno un personnage
connu du ix" siècle, né vers 8'j3. qui sous Louis le Pieux dirigea l'école
ilu Palais (Watteniîach, Dculschlands Gi'schicfUni/uellen, 5« éd.. t. 1,
p. 276). 11 est mentionné en 870 comme prévôt de Saint-Oyan de Joux
({Jallia C/irisl.. t. IV, col. 246; .Mabillo.n, Ann. Jk'nfd.. t. 111, p. 164)
et enrichit la bibliothèque de son abbaye d'un certain nombre d'ou-
vrages dont nous connaissons quelques-uns (L. i)Ei,i>LE, dans la Bibl.
de. l'Ec. des Chartes, vi" sér., t. IV, p. 218). \ous savons que comme
prévôt de cette abbaye, il fut en relations avec l'église de Vienne et avec
l'arclievè(iue Adon (Mabili.on, Acla sancl. ord. S. Ben., t. IV, p. 270).
11 mourut le 16 août 880 (Watteniîach Ioc. cit.). Cf. aussi Due.m.mleh,
dans le Xeues Ardiiv. t. XIll, p. 3i6-3'i7.
7. Le siège de Lausanne était vacant depuis le 10 juin 878 au moins
(Lettre de Jean VIII à Théoderic de Besançon, Hist. de Fr., t. l.X. p.
165), mais Jérôme ne fut consacré que trois ans plus tard {Reff. de In
Suisse rom., n" 75).
Les souscriptions du concile se suivent sans aucun ordre. Contraire-
ment aux habitudes, tous les métropolitains ne souscrivent pas en tète
de l'acte: les souscriptions de Rostaing d'.Xrles et de Théoderic de
Besançon se trouvent parmi colles des simjjlcs évoques. D'autre part,
maigre l'incertitude de nos listes épiscopales pour ce pays et pour
cette région, il est permis d'affirmer que l'ordre d'ancienneté n'a pas
été suivi comme il l'était à l'épocjue mérovingienne (cf. HiiETiioi.z,
dans le Nettes Archiv, t. XVill, p. 542). ("est ainsi que Rostaing, le
plus ancien des métropolitains présents, souscrit après révèijue de
Lausanne à peine élu, et que l'évèque de Grenoble, Hernier, olu on 869,
se trouve avant Gerbaud de Clialon, déjà mentioimé en 864 au concile
de Pitres. Eiifin, il est superflu d'ajouter (jut; les .souscri])tions ne
sont point disposées par provinces ecclésiasti((ues, co (pii serait contraire
aux liabitudes carolingiennes.
100 LES ACTES DE MANTAILLE
figurent seules à la suite de ce même acte. Un certain nombre
de laïques y assistent également. Ce sont des grands, des
nolnliores^ des jjn?nafes et subjwimates-, qui prennent part
àrélectionaussi bien que les évêques, et dont divers passages^
des actes du concile attestent la présence et le rôle*.
11 est difficile de savoir à quelle pensée obéissaient ces
laïques et ces prélats réunis à Mantaiile. Nous n'avons à ce
sujet que le témoignage d'Hincmar, api)uyé il est vrai par
celui de Réginon, et les Actes mêmes du concile. Mais si le
premier est suspect comme émanant d'un ennemi, ceux-ci
ne le sont pas moins en tant que document officiel. Selon
l'archevêque de Reims, Boson aurait gagné les évêques à ses
projets en usant tour à tour de promesses et de menaces^ et
payé leur consentement du don d'un certain nombre d'abbayes
et de v'illap royales. Bien que les documents soient trop peu
nombreu.^ pour nous permettre de constater si ces donations
ont eu lieu réellement", il est possible, il est même certain
que la délibération de l'assemblée ne fut que le résultat d'une
entente préalable' de Boson et de quelques-uns des « me-
neurs m. A la tète de ceux-ci il faut placer Otran de Vienne qui
parait avoir joué en cette affaire un rôle important et notam-
ment avoir tenté de faire croire aux membres de l'assemblée
que la conduite de Boson était approuvée par son protecteur
et « père spirituel » de l'année précédente, le pape Jean VHP.
1. Elcctio Busonis, Boretius-Krause, t. II, p. 368, I. 15.
2. licsponsio Bosonis, ibid., j). 367, I. 37-38.
3. « Siinul cum nobilioribus », dit V Elfclio. — « Siinul cum primo-
« ribus « répète la Lcjalio et c'est par le «coinrnuni animo pari(|uc voto »
de ces laïques joiiUs au.x évoques qu'a lieu rélectiou, et « obedieiidum
« est inspu'atis a l)eo tain saceidotibus (|uani nostris amicis et tide-
« libus ». Il est aussi question de la « sacerdotalis et laïcalis tidelitas ».
4. On les a ce pendant niés (l)()i';NNiGES,Z)rt.s/>''///.s'f7ie.S7rtfl'is?'er/</,i). 136).
5. Xnn. Berlin., p. 150. « Partini coinininatione constrictis, partini
« cupiditale illectis pro abbatii.s et villis eis promissis et postea datis,
« episcopis illaruui partiuin persuasit ut cum in regein ungerent et co-
« ronarent. » Reginon, CJiron.. p. 114: « l'artiui minis, partini suasio-
« iiibus in societatis foedera coUigit. »
6. Nous avons bien des diplômes de Boson en faveur d'Otran
{Ilhl. de Fr., t. I.X, p. 671) et de Hostaing (I/isl. de Fr.. t. l.X, p. 672)
— la mention, dans des préceptes de Louis l'Aveugle, de diplômes pour
les églises de Valence et de Grenoble (J^artid. de Grenoble, éd. .Marion,
p. 58 et 65), mais il serait chimérique de songer à y voir le pri.x de
rélectlon de Mantaiile.
7. H y est fait, sous une forme officielle — « (pii et si consideratione
laboris renuerit... » — allusion dans les .\ctes.
8. l.'Fleclio Bosonis parle de ces sentiments bienveillants qu'on
CARACTKHF, DK LA nOYAUTK DK IJOSON lui
Quant aux Actes do rassemblée il peut sembler intéressant
d'étudier ces documents au point de vue du droit, de la théorie
de la nouvelle royauté qui se formait. Si en effet nous laissons
de coté les souverains bretons', c'était la première fois, depuis
le temps de Charlemagne, qu'un état se démend)rait de l'Empire
franc, sous un prince choisi en dehors de la famille carolin-
g-ienne-. Lorsque, dix ans plus tard, une « foule de roitelets »
étrangers également à cette famille, se partagèrent les débris
de l'empire de Charles le Gros, aucun principe nouveau ne
fut mis en avant, et, dans les actes officiels, la royauté d'un
parvenu comme Eudes do Paris parait avoir aux yeux des
contemporains à peu près le même caractère que la royauté
d'un Carolingien comme Louis le Bègue, héritier par le sang
de Charlemagne et de Charles le Chauve''. 11 en est, scmble-
t-il, de même pour Boson : les théories sur le pouvoir royal et
les vertus du roi, qui paraissent inspirer Otran et les rédac-
teurs des actes du concile de Mantaille ne sont pas sensible-
ment différentes de celles d'Hincmar ou des autres écrivains
politiques du ix'' siècle \ Par suite les raisons fournies pour
légitimer l'avènement de l'usurpateur sont à peu de chose près
rénumération des vertus que l'on pouvait désirer chez le suc-
cesseur naturel d'un prince carolingien.
Les prélats et les grands réunis à Manlaillo en effet, qu'ils
aient agi spontanément ou sous la pression do Boson, ne se
sont pas beaucoup étendus sur les points qui seraient pour nous
particulièrement intéressants, et notamment sur le motif qui
poussa les grands de la Provence et du Lyonnais à rejeter
l'autorité des princes que le royaume franc de l'Ouest
suppose au pape Jean VIII à l'égard du nouveau roi, mais Jean VIII
accusera plus tard Otran d'avoir abusé de son nom (JArrÉ, n° 3370).
1. Pour lesquels nous n'avons aucun document de ce genre et qui,
par suite de l'indépendance presque continue de l'Armorique. se trou-
vaient dans une situation toute différente.
2. Les actes qui offrent avec ceux de Mantaille le plus d'analogie
sont ceux du couronnement à Metz de Charles le Chauve comme roi
de Lorraine (Ann. Berlin., p. 1U2-105). Mais là encore la situation
était différente, Charles étant déjà roi et issu de Charlemagne. —
.M. McEiiLH.vciiEn, Dciilsr/w Gescli. itnter den Karo/int/i'rn. p. 589,
indique en passant le rapprochement, mais en ne faisant aucune dis-
tinction dans le caractère des deux usurpations.
3. Favre, Eudes, p. '.)o.
4. Sur ces théories, cf. FAvrui, Inc. cil.. s(|<i., et M. Pitou, préface au
De ordine Palatii d'IliNCMAit. p. x.wiii ^<['\.
102 CARACTÈRK HE LA ROVAUÏK DE lîOSON
considérait comme légitimes. L'on ne peut guère faire à ce
sujet que des conjectures. Sans doute les deux petits bâtards
que Hugues l'Abbé venait de faire couronner à Ferrières * ne
leur paraissaient pas des protecteurs suffisants et tout en refu-
sant de se soumettre à Louis de Saxe, auquel k^ traité do 879
avait cédé une partie d'entre eux, peut-être ne reconnaissaient-
ils point à Louis III et à Carloman la qualité de rois.
Pour les rédacteurs des Actes en effet, le roi, c'est-à-dire
Louis le Bègue, est mort et n'a point encore eu de successeur".
Le procès-verbal d'élection débute par l'exposé de la triste
situation de l'Eglise et du peuple, privés de l'appui et de
l'assistance d'un homme qui puisse à la fois les diriger et les
protéger '\ tant pour faire régner dans le royaume l'ordre et
les bonnes mœurs, que pour le défendre contre les païens et
contre les mauvais chrétiens. Aux païens, c'est-à-dire aux
pirates normands et sarrasins, il n'est fait qu'une impercep-
tible allusion \ Quant aux mauvais chrétiens, ce sont ceux
sans doute, comme d:ins nombre de diplômes ^ qui ne respec-
tent pas les commandements de l'Eglise et surtout envahissent
ses biens; mais il faut y voir incontestablement aussi les fau-
1. RÉGiNON, Chron., a. 879, p. 114, dit expressément, en parlant
de Boson : « pro nihilo ducens adulescentes tilios Ludowici et velut
« dégénères despiciens eo quod.. eorum genitrix spreta atque repu-
« diata fuerat. »
2. Ce ne peut être que Louis le Bègue, en effet, dont il s"agit, et
dont les évèques reconnaissent la légitimité. Ils parlent de ses relations
avec Boson comme d"un titre en faveur de ce dernier, tandis qu'il n'y
a pas un mot du rôle de celui-ci sous le règne de Louis 111 et de ('ar-
loman. Nous savons cependant par Hincmar ([u'il continua quchpie
temps à diriger les affaires, notaumient au moment de l'invasion ger-
manique. Cela s'accorde, du reste, avec les diplômes de Boson, (pii se
montre respectueux de la mémoire de Charles le Chauve et de Louis
le Bègue, mais ne parle pas des fils de celui-ci (///.s7. dr l'r., t. IX, p. 671).
— 11. Martin, llixl. de France, 4" éd.. t. 11, p. 473, reconnait aussi ([ue
c'est i)our remplacer Louis le I5ègueque Boson fut élu à Mantaille.
;J. On trouve des considérations de même nature et le même recours
à l'inspiration divine dans le préambule de l'acte de couronnement de
Charles le Chauve à Metz en 860. Ami. Berlin., j). 102. Cf. aussi Elerlio
Widonis, dans Buuin'ius-KKAL'SE, t 11, p. 104.
4. L'expression « visibiles inimicos eiiam ex his quos i})sa Cliristi
l)eperit sancta mater ecclesia » sous-entend pour ainsi dire les païens.
— Ils ne sont cependant pas la pi'incipale in'iuiétude du synode comme
à Valence en 890.
5. L'expression est de slyle. Cf. par exemple un diplôme du comte
Hugues. (///.s7. de Fr.. t. I.\. p. 689) ou un diplôm(> de Charles le Cros
l)oui' SaiutMarlin d'.Vutuu (l!(ii:iiMinî-Mrt;in.it\<"iihi!, iv 1659).
CARACTERI-: HK I.A lliiNAin': lii; ItnSdN 103
(eurs (1(^ guerres civiles et ceux, qui, (•(jiniuc Théudoric et
Hugues l'Abbé, ne se sont pas, dans les {Icrui^res luttes,
rangés du coté du nouvel élu de Dieu, Roson.
C'est de Dieu, enefîet, tout comme un prince carolingien, roi
par la grâce de Dieu, c'est-à dire la miséricorde divine, que le
nouveau souverain tiendra son pouvoir. Il y a bien eu réunion
des grands et élection, mais cette élection procède, en théorie,
de l'inspiration divine ' ; elle n'est aux yeux des prélats « qu'un
moyen choisi par Dieu pour manifester sa volonté" ». Cepen-
dant, contrairement aux habitudes '', les évéques croient devoir
(MitrcM- dans quelques détails, sinon pour justifier leur choix,
(lu moins pour recomnuinder celui (pii en a été l'objet au
peuple qui va se trouver soumis ;ï son autorit('. Les titres de
Ijosou, ce sont les services qu'il a rendus et la faveur dont il
a joui au temps de l'empereur Charles et du roi Louis, son
fils; c'est aussi la confiance qu'a mise en lui \^' pontife de Rome,
r « Apostoile » Jean YIII, (pii a fait l'éloge de son dévoue-
ment et l'a choisi pour son fils adoptif et pour son défenseur
lors de son retour en Italie. Il semble même qu'il y ait eu là
de la part des prélats du concile, non seulement le désir de
faire l'éloge de Boson, mais encore un ingénieux moyen de
compromettre habilement Jean VIII \ en le faisant passer,
aux yeux du public, pour un fauteur de l'audacieuse entreprise.
En somme, s'il y a deux conditions qui font, avec le sacre,
un souverain légitime, la naissance et l'élection', celle-ci
représentant la volonté de Dieu, Boson satisfait à l'une d'entre
elles, car il est l'élu des nobles et des évéques. Il remplace la
naissance**, à laquelle au ix" siècle le clergé semble n'avoir
1. « Deum... exoraverunt... ut rectum daret consilium et evidens
« consilii promeret indicium. I)eiiif|uo cui patet oinne cor et omnis
« Yoluntas loquitur fatigatos majonnu et miiinnim inspiciens aiiinios,
« quoddam clarescere fccit solatiuin et quodaminodo praesentavit suf-
« fi-agiuni. Sane omnibus uniun sapientibus et per divinam visitationem
« idcin indivisibiliter ambientibti.s, cordi fuit exliibitus homo... »
2. Prou, Prof, au Df Ordine Palatii d'/Iincmar, p. xxix.
3. Comme Charlemagne au moment de -son couronnement par
Léon III, comme les papes et les évéques au moment de leur élection,
Boson feignit de résister à la volonté du Concile. .Nous ne voyons rien
d'analogue dans les CaronoUunes des rois cai-olingiens non plus que dans
les actes de Metz en 869. Ceux du couronnement d'Kudos sont perdus.
4. Cf. siiprd. p. 100.
5. Mahujs Sei>et. dans /?ev. Quest. hist.. t. VIII, p. 122, cité i)ar P.
VioM.F.T. /fitt. des Inxiil. polit, de la Frawf, t. II. p. 2:i.
6. Il n'y a aucune allusion à son alliance avec la famille carulin-
104 CARACTÈRE DE LA ROYAUTÉ DE ROSON
jamais beaucoup tenu', par ses qualités et ses vertus person-
nelles. Il ne lui reste plus qu'à prendre l'engagement de rem-
plir ses devoirs de roi, tels que les définissent les grands et
les prélats réunis à Mantaille. C'est là l'objet des deux pièces
additionnelles au procès-verbal d'élection, la Legatio ad Bo-
sonem et la Bosonis responsio.
Ces devoirs du roi sont ceux que nous pouvions nous
attendre à rencontrer exposés dans un document de ce genre.
Ce sont ceux que tous les écrivains du ix" siècle ont tenté de
faire remplir par les rois leurs contemporains. Ils peuvent
se réduire à ces deux formules : pratiquer les vertus chrétiennes
et protéger l'Eglise et le peuple. Mais ce serait une erreur de
voir dans Boson un « Pfaffenkonig - » s'humiliant devant
l'aristocratie ecclésiastique de son royaume. 11 n'y a pas là
une royauté créée uniquement par l'Eglise et pour l'Eglise.
Nous avons déjà relevé la présence à Mantaille de l'élément
laïque, et Boson ne se considère pas comme moins obligé de
satisfaire au vœu de ces laïques qu'à celui des prélats \ S'il
promet « d'exalter l'Eglise de Dieu dans la mesure de ses
forces M, il s'engage aussi et surtout à « faire droit et justice
à tous )) ■', à être accessible à tous ceux qui lui suggéreront
de justes avis^ à « se montrer un juste patrico pour les
petits comme pour les grands w*^, et à procurer à tous « pro-
tection et maimbour ))'. C'est là une chose rare** dans les
gienne, ni à « riinpériale descendance « d'Ermenc;arde, ce qui est à
noter si l'on compare ce texte : \° avec le dernier diplôme de Boson
comte pour Montiéramey ; 2° avec ce que dit Hincmar du rôle d'Er-
mengarde ; 3° avec les actes du Concile de Valence en 890.
1 . Prou, loc. cit.
2. D(«NNiGES, Das Deutsche Staalsvcrhl, p. 136. Cet ouvrage e.st
aujourd'liui vieilli, mais c'est le seul où l'étude du caractère de la
royauté de Boson ait été tentée.
3. « Obediendum inspiratis a Deo tam sacerdotibus quam amicis
« nostris et lidelibus. »
4. « Omnibus, ut monuistis, legem, justitiam et rectum. . . »
5. L'exjiression et l'idée sont à rapprocher du préami)ule de beau-
coup de dii)lômes, même obtenus par des laïtiues. ('"est également le
i)remier des conseils donné dans un avertissement adressé à un Caro-
lingien inconnu, peut-être à l'un des fils de Louis le Bègue, publié par
DiiEM.Ml.Ki! {Nnii':< A7-rhiiK t. Xlll, p. 194).
6. L'expression est dans la Lrf/dtio ad Boso)icm.
7. (c Omnibus... mainbui'gium auxiliante Deo consorvabo et iuipen-
« dere curabo. »
8. Louis le Bègue à Compiègne, en 877, ne ])vomv\ jnslitimn cl rcc-
lu)n que iniicni'/u.c c/iisc<ij)o ri à son église. Cl'. Favki:, iùulcs, p. l*'i,
CAUACTKIIE DK I.A llOYAlTl'; I»l': lloSflN lO.',
p7'0?7iissiones roysdes des couronnements carolingiens, oii VvUi-
ment laïque n'est en génc'ral mentionné qu'à peine et souvent
même ne l'est pas du tout'. Quant aux vertus qu'il s'engage
à mettre en pratique, ce sont celles qui conviennent à tout
chrétien : il se montrera fils respectueux de l'Eglise, humble
vis-à-vis d'elle, écoutera ses sages conseils, et, si l'humaine
fragilité le fait tomber dans le péché, il s'efforcera de se
corriger selon les avis des prélats. Mais si quoiqu'un cepen-
dant, parmi ceux qui sont assemblés à Mantaille, — sans que
le texte distingue enirc hiïques et ecclésiastiques, — se .rend
coupable vis-à-vis du l'oi, celui-ci attendra Ymiendatio du
coupable, avec la patience et la douceur qui conviennent à un
roi chrétien, mais ne l'en attendra pas moins. C'est ainsi que le
souverain et son peuple pourront, confiants l'un dans l'autre,
marcher d'accord dans la bonne voie.
Tels sont, dans leurs traits principaux, les Actes du concile
de Mantaille. On voit que s'ils fournissent des renseignements
assez abondants sur les vertus que les grands et les évèques
désiraient trouver dans leur futur souverain, ils sont moins
précis en ce qui concerne le côté pour ainsi dire matériel de
la roj-auté qui vient de se fonder. Pas une ligne n'est relative
à l'étendue, tout au moins théorique, du nouveau royaume, ou
à ce que l'on appellerait aujourd'hui ses précédents histo-
riques. On ne cherche à se rattacher à aucun souvenir ; il n'est
fait nulle allusion au roj-aume de Provence qui, sous Charles
le Jeune, avait existé dix-sept ans auparavant, ni même à une
étendue territoriale déterminée'. Tout cela est laissé dans le
Charles le Chauve à Metz ne parle pas expressément des laïques, mais
promet de « leges tam ecclesiasticas quam mxndanax conservare. »
— Le c. 5 de V Ëlcvlio W'idonis (Uoretius-Khalse, t. II, p. 105) rentre
dans la catégorie des capitulaires plutôt que dans celle des jinnitis-
sioncs royales.
1. Le rer/num de Roson, la « Gaule cisalpine », sont, au contraire,
rappelés en 890 dans les actes du concile de \'alence.
2. On peut ra})procher ce que nous disons ici de la manièi-e dont
certains clironitjueurs ont envisagé les choses : « Tune de regno Fran-
« ciae varie sentientibus... aliis liosoni adsentientibus » dit Sigeueiît me
Gemuloux, Chronique, Mou. Genn., SS., t. VI, p- ^4- : Cliroit. Turo-
nense. I/ist. de Fr., t. IX. p. 'i6. iNous ne prétendons pas évideniinont
qu'en fait Boson ait pu jamais songer sérieusement à se faire recon-
naître comme roi de la Francie occidentale. Ce que nous voulons bien
faire sentir, c'est (pie d'a])r(''s la rédaction des actes de Mantaille. les
prétentions de IJoson s'étendaient beaucoup plus loin que les frontières
du pays qu'd gouvernail.
106 CARACTKRK DE LA UdVALTK DE BOSOX
vague, à dessein sans doute. On donne ainsi au plus grand
nombre possible de comtes et d'évêques, à tous les mécontents
auxquels ne convient pas la jeune roj-auté de Louis III et de
Carloman, la faculté de reconnaître Boson. En d'autres termes,
on ne cherche pas à rétablir la situation qui avait existé au
temps de Charles de Provence; il n'y a pas, dans le docu-
ment que nous venons d'analyser, l'expression d'un « mouve-
ment séparatiste » de la Gaule cisalpine'. Ce n'est pas à Charles
le Jeune, c'est à Louis le Bègue que succède Boson, et recon-
naît qui veut le nouveau souverain. Celui-ci va chercher à
étendre le plus possible son pouvoir du coté de la Bourgogne
septentrionale, même en des régions sur lesquelles le fils de
Lothaire, et plus tard Boson, fonctionnaire de Charles le
Chauve, n'avaient jamais étendu leur autorité'.
Ce n'est pas à dire cependant qu'en fait il ait pu n'y avoir
aucun lien entre le royaume attribué, en 855, au troisième fils
de l'empereur Lothaire et celui qui se constituait, en S79, à
Mantaille. Le lien n'est peut-être pas très étroit, et surtout il
ne paraît pas avoir existé dans la pensée des contemporains.
Mais néanmoins, il semble bien (ju'il faille en reconnaître la
réalité.
Il ne s'est pas formé entre les Alpes et le Rhône une nation,
parce que ni le mot ni la chose n'existent au ix' siècle. Cepen-
dant, à partir de 855, les trois provinces ecclésiastiques
d'Aix, d'Arles et de Vienne se sont en quelque sorte accou-
tumées à se voir réunies sous une même souveraineté. Elles
ont formé un ou deux groupes de territoires, qui, à maintes
reprises, ont changé de maître, qui ont été annexés aux états
voisins, mais qui n'ont pas pour cela perdu une certaine indi-
vidualité. Celle-ci se manifeste par ce fait que dans les par-
tages le ducatus Lugdiincnsis d'une part, la Provence d'autre
part, ne subissent point de nouvelle division. La Provence
d'ailleurs pouvait à peine être considérée comme ayant jamais,
1. .1 forliari ne doit-on pas attacher (riniportancc à ce fait que
Boson est désigné en un passage du texte, par le vieux titre de « pa-
tricius », porté jadis par les rois burgondes, ainsi que le fait .I.vhn
(Geschichtc dfr liurijondioiifu, t. II, ]). 'i78). Il est difficile de voir là
une « Ueminiscenz ans der Zeit Altbiirgundiens », Burgondie ([ui devait
être alors tomI)ée dans l'oubli le plus profond.
2. Le Maçonnais, le (31ialonnais, et les pniji dépendant de la })ro-
vince ecclésiastique de Besancon.
CAlîACTKUr. Iii; I.A UD^AriK lir. I!(»S(»N 107
depuis la date du traité de Verdun, c'est-à-dire depuis (rente-
six ans, fait partie du royaume de Francic occidentale dont
elle se séparait en 87!)'. C'est en effet en 875 seulement que
Charles le Chauve avait étendu sur elle son autorité et encore,
depuis cette époque, la Provence s'est-elle trouvée placée dans
une situation spéciale, conservant ses relations avec fltaliedu
nord avec laquelle elle était unie sous le gouvernement de
lîosun. Pour Vienne et pour Lyon, la situation, sans être tout
à fait la même, est cependant assez analogue puisque l'in-
corporatimi du dncdlus LiN/duticnsis aux états de Charles le
Chauve no datait que de 869, et que, là encore, c'est à Boson,
semble-t-il, ([n'était échu le pouvoir le plus considérable
dans le pays annexé. En somme, pour les gens du Lyonnais
et du Viennois, Boson tenait la place de leur ancicMi chef, le
duc Girard: pour les Provençaux d'Arles et d'Aix il repré-
sentait le gendre et presque le successeur du souverain qui
avait régné paisiblement sur eux pendant douze années'.
()utre ces considérations pour ainsi dire personnelles à
Boson, il est nécessaire de faire une remarque d'une portée
plus générale. En cette fin du ix° siècle, où commencent à se
former les États de l'Europe occidentale, il n'y a pas encore
d'esprit patriotique, mais il y a déjà, à un certain degré, un
esprit particulariste. 11 n'y a encore ni France ni Allemagne,
mais il commence à y avoir une Lorraine, une Neustrie, une
Aquitaine^ — et aussi une Provence. La question de race ne
paraît pas jouer un rôle bien considérable dans la formation
de ces unités : les comtes aquitains, par exemple, incessam-
ment unis dans une commune révolte contre l'autorité de
Charles le Chauve, sont, tout comme les comtes de la Francie,
les fils ou les petits-fils des leudes austrasiens de Pépin le
Bref et de Charlemagne. En Provence Girard appartenait
à une famille alsacienne, Boson à une famille lorraine; il
est bien vraisemblable qu'il en était de même de la plupart
des comtes dont les origines nous sont demeurées inconnues.
Mais, bien (ju'aucun texte ne le dise expressément, il est dans
la naluro des choses que très vite, après une ou deux généra-
1. Cette considération a dcjù <Mé présentée par M. Mleiilhaciii;!!,
JJcutsi-he Gcsr/i. nntcr den Karoli)igern. p. 589.
2. LoNGNO.N, Allaa histnr., texte, p. 78.
3. I*AriiS()T, Oj). cit.. p. 23-2 j, n. 4.
108 CAI'.ACTÈRE DE LA UOYAUTK DE BOSON
lions les Francs établis en Aquitaine ou en Provence aient
pris certaines habitudes communes et se soient à un certain
degré distingués de leurs compatriotes de Neustrie ou
de Lorraine, comme s'en distinguaient les populations au
milieu desquelles vivaient les sriitorcs^. La communauté
d'origine no faisait pas que ceux-ci entendissent se soumettre
à leurs compatriotes de la Francia, et diverses circonstances
avaient pu favoriser le développement des idées d'indépendance.
Il est bon surtout de noter que les rois carolingiens, dans leurs
luttes intestines, ont du souvent faire appel, contre leurs com-
pétiteurs, à l'aristocratie laïque et ecclésiastique, et que celle-
ci a pu ainsi prendre peu à peu conscience de sa force. En
856" c'est la résistance des seigneurs provençaux qui oblige
Lothaire II et Louis II à renoncer à leurs projets d'usurpa-
tion ^ En 861 c'est sur eux ou du moins sur une partie d'entre
eux que s'appuie Charles le Chauve pour tenter de mettre la
main sur le royaume de son neveu \ En 863, lors de la mort
de Charles de Provence, ses frères se hâtent tous deux de se
faire des partisans parmi ses anciens fidèles'. En 869, une
partie des seigneurs provençaux avaient été à Metz recevoir les
engagements pris par Charles le Chauve vis-à-vis de ses nou-
veaux sujets \ Aussi, après avoir soutenu tel ou tel des divers
Carolingiens qui prétendaient régner sur eux, l'idée pouvait
se présenter à leur esprit d'avoir un roi à eux, capable mieux
qu'un souverain éloigné de défendre les intérêts du groupe
restreint que l'on peut considérer comme une unité. Boson,
entre les mains duquel les circonstances avaient fini par réu-
nir la totalité des pays auparavant soumis à Charles de Pro-
vence, était tout désigné pour jouer ce rôle et pour gouverner
à titre de roi le paj^s qu'il administrait auparavant à titre de
fonctionnaire. D'après le récit d'Hincmar, on ne lui a d'ailleurs
1. MoNoi), Ij' rùlc lie roppu^il ion drs mers el /les nalionn/iti's datix
la (lissolulioit. de rj'Jmpirc (•(iro/iiigieii. dans VAinniairc de /"/'>. des
JJuKles-Iitudes, 1896, p. 13-16.
2. Cf. supra, p. 18.
3. Wenck (I)as l'rdnlùsrhe Ueicli nacJi deiii Verlra;/ von Verdun.
p. 258-259), relève avec raison cette uianit'estatiou de l'esprit sépai'a-
tiste des seigneurs provençaux, qu'il rap})rochc de celui .des seigneurs
afjuitains.
'i. Cf. supra, p. 2()-27.
5. Ann. lierlin.. a. 863, p. 61 : « Illudowicus... Provinciam venit et
quos poluit ipsiiis regni ])rimores sibi conciliavit. » — Cf. supra, p. 33.
6. Anii. iU-rtin., a. 869, p. 107.
ETENDUE ni: R(»VAI Mi: 109
pas offert la couronne, il l'a sollicitée; mais pour qu'il ait pu
créer quelque chose de durable il faut qu'il y ait eu, dans
l'assemblée de Mantaille, autre chose que le résultat dos intri-
gues d'un ambitieux.
Mais, si Boson se faisait reconnaître comme roi par les dio-
cèses sur lesquels il n'avait jusque-là étendu son autorité (juc
comme comte ou comme duc, il cherchait également, comme
nous l'avons déjà dit, et t'omme les chroniqueurs contempo-
rains l'ont Ijien vu ', à s'agrandir hors de lu Prov(!nce en
occupant au détriment de Charles le Chauve; une partie de la
Bourgogne, et notamment la marche éduennc, dans lu([uelle,
au mois d'octobre 879, on reconnaissait le nouveau souverain.
Les souscriptions épiscopales qui terminent le procès-verbal
d'élection peuvent en effet servir à dresser la liste des pcgi
qui venaient de se séparer de l'empire franc et constituent le
document principal pour le début de toute étude géographique
sur les royaumes de Provence et de Bourgogne. Toutefois il
ne faut pas oublier qu'elles nous sont parvenues assez mu-
tilées et que, de plus, l'état de choses qu'elles représentent, au
point de vue territorial, fut de très courte durée.
C'est par elles que l'on peut constater que le nouveau
royaume de Provence — pour lequel, à cette époque de son his-
toire, ce nom est un peu insuffisant — comprenait la totalité"
des provinces ecclésiastiques d'Arles, d'Aix, do Vienne, celle
de Lyon (moins le diocèse do Langres) et très probablement
aussi toute la province de Besançon, dont le métropolitain
Théoderic était présent à l'assemblée, avec l'un de ses suffra-
gants, l'évèque de Lausanne. Il faut ajouter, à la liste des
provinces que nous venons d'énumérer, le diocèse métropoli-
tain de Tarentaise, Cependant les deux évèques d'Aoste et
de Sion n'assistent pas à l'assemblée, sans doute par suite
de l'iiiflnçnce exercée sur eux par l'abbé de Saint-Maurice, le
1. « Boso etiam dux Pruvinciae partem BurguniUae occupât. »(Ann.
Veda.sL, a. 87U). « E Provincia egroditiir totaïuque Burgundiam occu-
« pare nititur » (Héoinon, Chron.. a. 879, p. 114.;
2. La totalité, croyons-nous, quand morne certains suffragants de ces
métropoles n'auraie'nt pas été pré.>ents à l'assemblée comme ceux de
Carpentras, de Cavaillon, de Fréjus et de Cap. C'est ainsi que l'évèque
de Genève, seul parmi les suffragants de Vienne, ne souscrit pas à Man-
taille; mais la domination de i'.oson sur le pngiis Genavcnsis est attestée
par la donation qu'il fit au monastère dcTournusde plusieurs domaines
sis dans ce comté.
110 ETENDUE DU ROYAUiME
comte Rodolphe, partisan de Charles le Gros, et par les marquis
italiens ^ L'Uzège d'autre part, bien que son siège épiscopal
dépendit de la province do Narbonne, suivait les destinées
du Yivarais, comme il l'avait toujours fait depuis l'époque
mérovingienne, et se trouvait rattaché au royaume de Boson,
de mémo qu'il l'avait été à celui de Charles de Provence".
Il est à remarquer' que ni le métropolitain d'Embrun ni
aucun d(^ ses suffragants de Digne, de Senez, de Glandève, de
Vence et de Nice n'assistaient à l'assemblée \ On a cru" que
cette province avait cependant fait partie du royaume de
Boson. Mais s'il est certain que l'autorité du successeur de
celui-ci fut plus tard reconnue par Arnaud, métropolitain
d'Embrun, qui prit en 890 une part active à son élection, on
ne peut inférer de ce fait qu'il en ait déjà été de même en
870 : l'absence de tout évoque de la province à l'assemblée
de Mantaille semblerait plutôt indiquer qu'elle continuait à
être politiquement rattachée aux pays de l'Italie du Nord,
alors placés sous l'autorité de Charles le Gros.
Les sources diplomatiques fournissent relativement peu de
renseignements de nature à compléter ou à contrôler ceux que
l'on peut tirer de l'étude des souscriptions du synode de Man-
taille. Les actes du nouveau souverain attestent son pouvoir
sur les diocèses de Lyon", d'Autun', de Mâcon', de Chalon-
1. L'évéché d'Aoste est d'ailleurs rattaché à.ritalie. L'évèque de cette
ville, Hatbur-ne, souscrit en 876 au concile de Pavie. Cependant le nom
de Boson figure parmi ceux des bienfaiteurs de l'église (F. Savio, (ili
anticlii Vescovi d'Ilalia. Il Picmonli', p. 82).
2. Cf. supra, p. 9.
3. L0N(iN0N, Allas hislor., texte, p. 78, n. ;J.
4. C'est par confusion avec Arnaud sans doute (jue Chorier et d'au-
tres anciens historiens dauphinois ont avancé que rarchevè([ue (rplui-
brun était à Mantaille. (Chohiki!, Estai polil. de Daiiphiné. t. 11, p. S).
5. LoNdNON, lue. cil.
6. Deux diplômes de Boson sont datés de cette ville (B(*:iimeiî-
Muiiiu.iî., n'"- Y'i'i.i et l'i'i4, llisl. de Fr., t. IX, p. 669-670) et l'arche-
vêque remplit un instant aupi'ès du roi les fonctions d'arctiichancelier.
7. A la refiuète d'Adalgaire, ôvêque d'Autun, Boson conlirme les
possessions de l'église de cette ville, et y ajoute la montagne de Semur
(Semur en Auxois, Côte-d'Ur, ch.-l. arr.) avec réglis(> cpuy est élevée.
(Diplôme du 8 novembre 879, Boi'ii.Miiii-Miiiiii.H. n" 14i'i, /lis/, de
Fi:, t. IX, p. 670).
8. Boson donne au monastère do Cliarlieu (Loii'o, ai'i-. Roanne, cli.-I.
de canton) la j)etite abbaye de Saint-Martin au comté de Màcon (B()i-:n-
MEli, n" l'i'iS; IJisl. de Fr., ib).
KTENDUF l>r IIOYAIMK 111
sur-Saône', peut-être de Mauriomie-', de Viviers', sur une
partie de la Savoie actuelle correspondant à la partie méridio-
nale du pagus Genavensis*, sur le couité de Tarentaise^ sans
parler des diocèses de Vienne'', de Grenoble', de Valence^ et
d'Arles' qui se trouvaient certainement déjà compris dans les
1. Donation faite au monastère de Tournus, situé dans in paqn^
Ca/nloiinensis (Hoiciimer, n" U'iS ; I/iKt. de AV.. t. IX, p. (iO^).
2. La donation, faite par lioson à l'église de Maurienno. du château
d'ileruiillon (Ilist. de Fr., t. IX, }). 672) est un faux datant probablement
du \r" siècle. Mais si, comme nous le croyons, cet acte a été en partie
refait pour tenir lieu d'un diplôme authentique perdu, il prouve,
malgré son inauthenticité, que la domination de Boson s'était étendue
sur le diocèse de Maurienne. Celui-ci avait d'ailleurs été compris dans
le royaume de Charles de Provence.
3. Confirmation par Hoson, en faveur du métropolitain Rostaing
d'.\rles, du monastère de Cruas au comté de Viviers, concédé à Roland,
prédécesseur dudit Rostaing, par Lothaire I et Lothaire II {llinL de Fr.,
t. IX, p. 672).
'i. Cf. diplôme cité, n. 1, concédant à l'abbaye de Tournus la celle
de Talloires en Genevois (Haute-Savoie, arr. Annecy, cant. Annecy-
Nord), avec ses dépendances de Doussard (mêmes dèp. et arr., cant.
Faverges), de iMarlens (/rf.), de Verel. d'ilery (mêmes dép. et arr.,
canton .\lby). etc. Ces localités, pour le plus grand nombre du moins,
avaient été données par Lothaire II à la reine Theutberge, le 17 jan-
vier 866 (BoKHMEii-.MrEHi.B., n" 1274; MuRATORi, Ànt. liai., t. U, col.
121). On pourrait donc supposer que Bo.son se trouvait posséder ces
domaines à titre de simple propriétaire, comme héritier de Theutberge,
sa tante maternelle. Mais il n'y a dans Tacte aucune expression équi-
valente à celle de « res proprietatis nostrae », employée dans le di-
plôme précité de Lothaire, et pouvant indiquer que Boson dispose de
ces domaines autrement qu'à titre de souverain.
5. Le diplôme cité à la note précédente ajoute aux biens donnés à
I'abl)aye de Tournus la villa de « Clusia » en Taren'^aise, qui est sans
doute "C/«.sîa, Glaise (comm. Notre-Dame de Briançon. Savoie, arr. et
cant. Moutiers), mentionnée dans un diplôme de Hugues Capet pour le
même monastère (L. Lex, Doeuments originaux des Arch. de Saône-et-
Loire antérieurs à l'an lOUU, p. 260).
6. Bœumer-.Muemlik, n" rii6: Ilist. de Fr.. t. I.\, p. 671.
7. \ln diplôme de Louis de F'rovence du 11 août 894 (Bcf.iimer-
MiEME». n" 1449 : Cari de Grenoble, A. XXVII. éd. Marion, p. 65) et
une notice de 1094 ou 1905 (ihid., A. XXIII, P- ^'^) mentionnent la do-
nation faite par Boson à la cathédrale de Grenoble de l'église de Saint-
Donat (Drômc, arr. Valence, ch.-l. de canton). M. Puudiiom.me {llisl.
de Greiiofj/e, Grenoble, 1888, in-8, p. 61, n. 1) croit que le bénéficiaire
de cette donation fut l'évoque Bernier. Mais les termes du précepte de
Louis ne sont pas assez précis pour permettre d'affirmer rpie la dona-
tion fut faite à Bernier plutôt qu'à son successeur Isaac
8. La donation ou la restitution faite par Boson à l'église de \'alence
du domaine de Villeneuve (lieu détruit entre les communes de Valence
et de Bourg-les-Valence) nous est connue par un Jugement de Louis
lAveuii-le de 912 (Cart. de Grenolde, A. XXIV, éd. M.\RIo.n, p. 95).
9. Cf. p. lUO, n. 6.
112 BOSON A LYON [879]
pays gouvernés par lui antérieurement à 879 comme repré-
sentant dos rois francs. Mais les actes privés ne sont d'aucun
secours, car, si ce n'est pour le Viennois^ le Lyonnais" et le
Diois^ il ne paraît pas s'en être conservé qui soient datés des
années du règne de Boson.
Peu de temps après sa proclamation à Mantaille, celui-ci se
rendait dans le nord de son royaume, à Lyon". Selon Réginon,
dont la plupart des historiens modernes^ ont admis sans dis-
cussion le témoignage, il aurait été sacré dans cette ville par
l'archevêque Aurélien. En réalité, Aurélien fut certainement
du nombre des premiers partisans de Boson ; il avait assisté
à l'assemblée de Mantaille^ et remplit pendant quelque temps
auprès du nouveau roi les fonctions d'archicliancelier' ; mais
le texte do Réginon, si on le rapproche du passage correspon-
dant des Annales d'Hincmar, ne paraît pas suffire à prouver
(ju'il y ait eu à Lyon une cérémonie distincte de ce qui se
passa à Mantaille'', cérémonie ([u'aucun autre document ne
1. Cartul. de Saint-André le Bus, éd. Chevalier, n" 3; Charles de
Cliini/. n"^ 23 et 26.
2. Charles de Cluny. n" 24.
3. Cartnl. de Saini-Cha/fre, éd. Chevalier, p. 52. Donation par le
comte Odilon à l'abbaye de Saint-Cliaffre-le-Monastier de biens sis en
Diois, à Savenna, datée d'un jeudi du mois de mars de laVIIf année du
règne de Boson. ce (jui prouverait que Boson était encore reconnu en
Diois au mois de mars 886. Mais cette date ne concorde ni avec la
mention de l'abbé Dructannus, ni avec l'indiction XII donnée par
l'acte, car en 886 l'indiction était llll et l'abbé de Saint-Chal'fre se
nommait Rostaimus (Chevalier, inlrod., p. xiv — et non Guigue
comme le dit par suite d'un lapsus évident Chevalier, p. 52, n.). 11
faudrait donc pour conserver à l'acte sa date de 886 admettre deux
confusions: 1" entre l'indiction III et l'indiction X1I(?); 2" entre Druc-
tannus et Rostannus. La charte paraît d'ailleurs authentique et est
mentionnée dans un diplôme de Conrad le Pacitt(iuc. (lOid.. p. 108).
4. La présence, peu après le concile de Mantaille, de Boson à Lyon,
est attestée par le diplôme donné dans cette dernière ville, en faveur
de l'église d'Autun, le 8 novembre 879 (I/isl. de /•'/■., t. IX, p. 670).
5. DuEMMLER, Ostfr. Reich, t. III, p. 126.
6. Sa souscription se trouve la seconde parmi celles des ])rélats pré-
sents immédiatement après celle d'Otrau de Vienne. — Aurélien fut
plus tard le précepteur le « didascalus « de Louis, fils de Boson, et
s'occupa activement de son élection.
7. Le premier dii)lôme de Boson (pie nous possédions, du 8 novem-
bre 879, cité n. 1, est souscrit par « l^libcrtus iiotarius ad vicem Aure-
« liani archie])iscopi » ; mais dans le diplôme du 2 décembre de la même
année pour (;harlieu {ilist. de Fr., t. IX, j). 671), la récognition est
déjà faite « ad vicem Adalgarii ».
8. UÉcuNON, Chronique, a. 879, p. 114. Réginon ne dit pas foruielle-
ment (pic le sacre ait eu lieu à Lyon, et l'on pourrait, ce (jui paraîtra
[879] 130S0N A LYON ET DANS Œ LYONNAIS 113
mentionne. Le désir qu'avait Boson d'asseoir solidement son
autorité sur la plus grande partie de la Bourgogne et la
nécessité do mettre eu état do défense sa frontière septen-
trionale suffisent à expliquer sa présence à Lyon et dans le
Maçonnais à la lin de l'année 879 et sans doute aussi durant
les premiers mois de l'année 880'. Boson en effet était à
Charlieu le 2 décembre". De là il paraît s'être rendu une
seconde fois à Lyon. Il se trouvait dans cette ville le 8 du
même mois, donnant à l'abbaye de Saint-Philibert de Tour-
nus, à la requête de l'abbé Geilon, la celle de Talloires en
Genevois avec toutes ses dépendances ',
un peu trop subtil peut-être, interpréter les mots « Lugdunum ingres-
sus » par « étendant son autorité injustement sur Lyon », — comme une
sorte de développement de ce (|u'a dit l'auteur un peu plus haut :
« Provincia egreditur totamque Burgundiam ocrupare nititur. » D'autre
part, Réginon raconte assez exactement les mêmes choses qu'liincraar,
avec certains détails communs, et presque dans les mêmes termes.
« Nonnullos episcopos partim minis, partim suasionibus in societatis
« foedera colligit et Lugdunum ingressus ab Aureiiano... et aliisponti-
« ficibus... in regem... inunguitur. » (Réginon, Clironiquf, /oc. cit.)
« Partim comrainatione constrictis. partim cupiditate illectis, pro ab-
« batiis et villis... episcopis illarum partiiim persuasit ut eum in regem
« ungerent et coronarent. » (À nu. Ik'rlin., a. 879, p. J50).
Or, si l'on admet sans difficulté que la dernière partie du texte
d'Hincmar fait bien allusion à l'assemblée dont nous avons conservé
les actes, et que nous savons par ces actes s'être tenue à Mantaille, il
semble bien qu'il faille l'admettre également pour la portion corres-
pondante du texte de Réginon. Par conséquent: ou les mots « Lugdu-
num ingressus » expriment une erreur de l'abbé de Priim; — ou nous les
interprétons mal en supposant que, d'après Réginon, le coui'onnement
aurait eu lieu à Lyon. Cette dernière hypothèse a, en outre, l'incon-
vénient d'en nécessiter une autre: comme Réginon dit: c^ab Aureiiano
« ejusdem url)is metropolitaet aliis]ponli ficibus \n regem inunguitur»,
il faudrait admettre que les évèques réunis à Mantaille, ou la plus
grande partie d'entre eux. auraient suivi Boson et Aurélien à Lyon.
1. Les Annales de Fulda, racontant la campagne contre Boson, dont
nous reparlerons plus loin, disent que ce dernier passa le Rhône pour
s'enfuir à Vienne. Il se trouvait donc auparavant sur la rive droite
du fleuve.
2. B(>:iiMER, n° 1445; Ilisl. de Fr.. t. I.X, p. 67 L
3. BticiiMEK, n" 1443 ; llisl. de Fr.. t. L\. p. 609. Nous considérons ce
diplôme, dont l'original nous est parvenu, comme authenti(|ue, (pioi
qu'en pense le dernier éditeur de l'acte. M. Léonce Lex (/Jijtloiiies
oviginau.x des Arch. de Saône-ef- Loire antérieurs à Van 1000, dans
les'il/n/i. de la Soc. dliist. et (Vnrchêol. de Chaloiisur-Saôiie, t. \\).
Mais il est daté du 6 des ides d'un mois indéterminé de la jjremière
année du régne de Boson (15 octobre 879-14 octobre 880). Les éditeurs
des Ilist. de Fr. et Bo'hmer veulent le rapprocher d'un autre diplôme du
même roi, aussi daté de Lyon, de la j)remiêre année du règne, et du 6
des ides de novembre. On suppléerait « viid. [nov.] » dans l'acte qui nous
l'oui'ARDiN. Roi/aume de Pi-ovence. 8
114 ALLIANCK entre les unis FRANCS [8801
Cependant les rois francs de l'Est et de l'Ouest avaient senti
la nécessité de se rapprocher les uns des autres. Sans parler
des Normands qui n'interrompaient point la série de leurs
dévastations, pendant que la Gaule du Sud-Est se séparait du
reste du royaume, un tlls naturel de Lothaire II et de Wal-
drade, Hugues, soulevait la Lotharingie \ Une seconde tenta-
tive d'invasion de Louis de Germanie dans le royaume de
ses cousins, au printemps de 880, n'avait abouti qu'à une
nouvelle réconciliation et à un nouvel al)andon, par Louis III
et par son frère, de l'ancien ro^-aume de Lothaire". Par l'en-
tremise d'Hincmar■^ une entrevue entre les rois francs avait
été décidée. Elle eut lieu au mois de juin 880 à Gondreville'' ;
mais Louis de Saxe, retenu dans son royaume par la maladie,
se borna à y envoyer des députés, et son frère, Charles de
Souabe, y représenta seul les souverains de la Germanie''.
Les actes de cette assemblée n'ont point été conservés et
les annalistes ne nous ont point transrais de renseignements à
ce sujet, mais il est bien certain que la nécessité d'une union
contre les ennemis et les rebelles qui menaçaient de divers
côtés les princes francs inspira toute la conduite de ceux-ci".
Chose rare depuis la mort do Louis le Pieux, les Carolin-
giens surent une fois agir de concert contre leurs adver-
occupe. Mais le 8 novembre 879, c'est l'archevêque de Lyon, Aurélien,
qui est chancelier. Au contraire, la récognition du diplôme pour Tour-
nus est donnée, comme dans le diplôme cité n. 2 : <c Ad vicem Adal-
« garii», ainsi qu'on le lit très nettement sur l'original (et non « ad vicem
Radulphi », comme ont lu les premiers éditeurs). L'acte n'est donc pas
de la même date que le diplôme pour Aiitun. Mais il est daté de la XI h'
indiction. Si nous ne supposons pas gratuitement celle-ci erronée,
l'année 879 est la seule du règne de Boson à laquelle elle s'api)lique,
et le diplôme en ce cas ne peut être que du 8 décembre 879.
1. Hugues est mentionné dans un diplôme de Lotbaire 11 en 8Go
(///.s-/, de Fr., t. VIII, p. ^i08). En 8G7, il reçut de son père le duché d'.\lsace
{A}m. licrlin., p. 87). Va\ 878, ses violences contre plusieurs évè(iucs
le font excomirumier au Concile de 'i'royes (ihid., p. 14^i) et. dès 879.
les hostilités ont conunencé entre lui et Louis le Tiermanique (.1m/?.
Fuld., p. 93). — Sur ce personnage, cf. Parisot, Le roydiime de Lor-
raine, p. 44;} et suiv.
2. Ann. Berlin., a. 880, p. 150, et l)i;E.M.\n.Ei!, Ostfr. licir/i., t. III, )).
131-132.
3. C,f. Lettre d'IIincmarà Charles le Gros, 0/3e/"rt^, t. II, p. 18r);Sciin()i;RS,
Ilinkmar, p. 443; l)i;i:MNn.i:ii, Osifr. Ueich, t. III, p. 143, n. \.
4. Condreville, Mcurthe-et-MoselIe, arr. et canton Toul.
5. Ann. liertin., a. 880, p. 151.
6. DcEMMl.Eli. op. rif..\. III, p. 143-144.
[880] ALLIANCE F.NTIU', LKS HOFS FliANCS 11 i
sairns commmis. L'usurpation de Boson lésait d'aillours
los rois (le l'Est aussi bien que ceux, de l'Ouest. Parmi ces
derniers, la nouvelle guerre ne concernait en théoi-ie que le
seul Carl(^nian, auquel un traité conclu au coniniencenicnt
d'avril' avait réservé l'Aquitaine et la Bourgogne avec ses
marches, c'est-à-dire le soin de la résistance contre Boson;
son frère, au contraire, devait s'occuper plus particulièrement
de la lutte contre les Normands". Mais, parmi les princes
francs, les plus directement intéressés, ceux auxquels l'usurpa-
tion de Boson causait le préjudice le plus considérable étaient
les deux fils de Louis le Germani(|ue. Charles le Gros et son
frère, en effet, en vertu du traité de 879, pouvaient prétendre
à la possession du Lyonnais, du Viennois, de l'Uzège et du
Sermorens, comme à celle du diocèse de Besançon \
Les textes relatifs à cette cession de 879 accordent bien
à Louis de Germanie la totalité* des pays compris dans l'hé-
1. A)in. Bcrlinidiii, p. 151.
2. Les Annales de Saint-Vaast (a. 880) indi(iuent Louis seul comme
ayant pris les mesures relatives à la guerre contre les Normands.
3. Les expressions employées par M. Longnon, Atlas hislor.. texte,
p. 79, ne sont peut-être pas tout à fait suffisantes à expliquer l'intérêt
de Charles le Gros dans la guerre contre Boson. L'usurpation de ce
dernier ne le lésait pas seulement parce que le nouveau souverain
avait été reconnu par l'archevètpic de Besançon, mais aussi parce que
Charles perdait ainsi l'éventualité de posséder un jour, après la mort
de son frère Louis, la province de ^'ienne et le diocèse de Lyon.
4. Aun. Berlin , a. 880, p. I'jO : Ann. Fuld., a. 880, p. 9'i : « Ludo-
« wicus... in Galliam profectus filios Hludowici ad se venientes suscepit
« totumque regnum Hlotharii suae ditioni subjugavit. y^^ Ann. Vednst..
a. 879 : « Partem regni Lotharii quam suus [Hludowici] genitor Karolo
« inter se dividende regnum acciperet. « — Réoinon, Chron., a. 880, ]>.
115: « portionem regni Lotharii (piam avus patcrcpie tenuerat intcgro
« illiconcesserunt. » — Cf. Dukmmi.er, Osifr. Reich. 1. 111. p. 132 i:!'i. —
Le seul texte qui ne mentionne la cession (pie d'une portion de l'ancien
royaume de Lothaire, le Sermo de tumulatione S. Qinntini {Mon. Crrni..
•S'.S., t. XV. p. 271) est postérieur et de moindre valeur. M. Paiîisot, au
contraire (Le royaume de Lorraine, p. 139), croit que Besancon. Lyon.
\'ienne, \'iviers, l'zès ne durent jamais avoir ]muv souverain Louis
le Jeune. « Quelle (pie fût l'importance inc()ntestai)le de cette
« contrée, elle était trop éloignée pour ((ue Louis pût y faire sentir
« son autorité... On n'a aucune preuve que ces territoires aient
« appartenu au roi des Francs orientaux. » Ce système nous parait con-
traire aux textes qui donnent très explicitement à Louis le .leune tout
ce (pie Charles le Chauve avait recueilli en 870 dans l'héritage de Lo-
thaire. D'autre part, si, par suite de l'usurpation de Boson. le souvei-ain
germanique s'est trouvé hors d'état de faire valoir ses droits dans le
bassin du Rhône, il est à remanpier que c'est comme héritier de Louis
le .leune, et en vertu ])ar suite du traite de 879-880. (pi(> Chai-les le
116 LES TRAITÉS DK 879 ET DE 880 [S^sQ]
ritage de Lothaire II, et attribués en 870 à Charles le Chauve
par le traité de Meersen, c'est-à-dire en s(3mme le principal
morceau du royaume créé par Boson. Les trois diocèses
d'Autun, de Màcoii et de Chalon-sur-Saône, ainsi que la
totalité des provinces d'Aix et d'Arles, pour lesquelles aucune
convention particulière ne semble être intervenue depuis le
traité de Fouron en 878 pouvaient seuls, lors de l'entrevue
de Gondreville, être considérés comme devant faire légale-
ment retour aux Carolingiens de l'Ouest, si les coalisés
parvenaient à les enlever à l'usurpateur'. A ce moment une
expédition contre Boson pouvait donc sembler faite autant
dans l'intérêt de Charles le Gros" que dans celui de Carloman
et de Louis III. Mais il est possible qu'à cette époque la situa-
tion ait été quelque peu modifiée et qu'il y ait eu, de la part
du souverain germanique, sinon rétrocession de ce qui ne lui
appartenait pas encore, du moins accord avec ses cousins au
sujet de la succession de Louis de Saxe. L'héritage de celui-ci
comprenait, avec la portion de l'ancien royaume de Lothaire II
demeurée aux mains des rois francs, la portion de ce même
royaume qu'il s'agissait présentement de reconquérir sur
Boson. Peut-être un partage fut-il stipulé, mais la conven-
tion, qui intervint certainement^ ne nous est pas connue dans
Gros a pu, du vivant de Louis II [ et de Carloman, exercer son autorité
sur ces territoires. Le système de M. Parisot laisse sans explication ce
fait que ('harles le Gros est souverain de Besancon dès 880 (///s/, de Fr.,
t. IX, p. 190), de Vienne en 883 (Gall. Christ.', t. XVL instr., col. 9),
peut-être du Lyonnais en 881 (Cartul. de Savi;/iiy, t. I, p. •28).
1. En 878, à Fouron. il est stipulé, au sujet du « regnum quod Hliido-
wicus imperator Italiae habuit » distinct de l'Italie; pour laquelle se
trouve plus loin une disposition spéciale, et correspondant par consé-
quent à la Provence: « quicumque illud modo tenet, ita teneat. » .!?/«.
licrlin., a. 878, p. 145.
2. Les auteurs germaniques considèrent Boson comme rebelle à leur
souverain. Ils parlent, en ei'fet, de plusieurs révoltés, de plusieurs
« tyrans ». L'un d'eux est Hugues de Lorraine, l'autre ne peut être
que l'oson. ("est ainsi que le C(»ntinu.\tki;k n'LiiciiEMPEiiT (Mon. Genn..
SS.. t. 11, ]) ;{.'J0), le([ucl écrivait en Al'émainiie vers 881 (Duemmi-ER,
Ostfr. Reich., t. III, p. 171), souhaite à ("harles le (!ros et à Richarde
une postérité « per quod tyranni vel ])otius latrunculi {pii, adhuc vivente
« serenissimo impoi-atoro Karolo et fratre ejus Ludovico rcge, licet
« latitando c;iput levare presumunt, divino adjutorio comprimantur. »
3. A la mort de Louis, fils du (i(Tmanique, les grands de l'ancien
royaume de Lothaire veulent pas.ser en masse à Louis III (de (jaule),
mais celui-ci repousse leurs olï'res en alléguant les conventions conclues
avec (.'harles (/i?m. liertin., a. 882, ]). 152). Au mois d'octobre 882,
Hugues l'Ahhé ;dhiil trouver Chai'les le Gros à NN'orms « ]m) iielitione
[880] JKAN VIII AIÎAMiON.NK RdSON 117
ses détails et nous en sommes, sur ce point, réduits aux con-
jectures.
En même temps que les Carolingiens s'apprêtaient à réunir
leurs armées contre Boson, ils s'occupaient de lui enlever les
appuis sur lesquels il paraissait pouvoir compter, le pape
Jean YIII et l'impératrice Engilberge. 11 ne semble pas
d'ailleurs que le souverain pontife ait accueilli avec plai-
sir la royauté de celui que, ({uplques mois auparavant, il
traitait do fils adoptif et auquel il s'apprêtait à livrer l'Italie.
Le 18 juillet 880, il écrivait à Charh^s le Gros' que rien,
en cette affaire, ne devait lui être imputé, et que Doson
n'aurait jamais à espérer de lui à l'avenir secours ni assis-
tance. Quelques mois plus tard, à la suite, il est vrai,
des premiers revers du nouveau roi, il adressait à l'arche-
vè(iue Otran de Vienne' une lettre pleine de reproches, dans
laquelle il le blâmait sévèrement d'avoir favorisé cet acte de
tyrannie, cette usurpation, en se prétendant à tort, lui Otran,
soutenu par le souverain pontlfe^ Les lettres de Jean VIII ne
font, du reste, pas connaître les motifs qui purent le déterminer
à ce revirement. Ce fut peut-être là un simple abandon d'un ami
devenu malheureux et par suite inutile, peut-être aussi, comme
le croit le P. Lapôtre'% l'effet do la contrariété éprouvée par
« partis regni quam frater suus in locarium acceperat» (ibid., p. 153).
Il y avait donc eu rétrocession au moins partielle, mais il ne semble
pas que la réclamation de Hugues ait été suivie de beaucoup d'efl'et.
Cf. PiJHJi'ON. Le second Roy. de Bourqof/nc. dans Ami. Sdc Jùnul.
Ain, 1896, p. 652.
1. Lettre de Jean VHI à Charles le Gros (Jaité, w 'Sl2l ; J/ixi. de J-'r.,
t. LK, p. 192) : « De Bosone quoque certo vos esse volumus quia
« neque aliquem familiaritatis locum aut receptionis nostrae auxilium
« apud nos habebit neque potuerit invenire... .\am nihil nobis départe
« ipsius pertinere videtur qui talem tyrannideni praesumpsit com-
« mittere. »
2. Lettre de Jean Vlll à l'archevêque Otran (Jaffé, n" 3370 ;
MicNE, t. CXXVl, col. 917) : « Nichilomiims etturbati existimus et quod
« fidelium relatu comperimus, his qui cum bosone praesumptore et
« regni pei-turbatore tyrannidem exercere non cessant, ausu temerario
« favere eorumque malis oporibus communicare praesumas. » Kn même
temps, Jean \'lll écrit à Hugues IWbbé et à Bernard pour les engager
à soutenir tidclement le roi Carloman, c"e.st-à-dire à résister à Bosun
(JaU'É, n" 3373).
3. Lettre précitée de Jean Vlll à Otran (cf. .««/3ra, p. 100 et 103): « Falsa
« o})inione sanctam nostram Romanam infamare non dubitas, quoil ad
« talia perai:(Midum ipsius auctoritateni habei'c te certirices. »
4. Jean Vlll, p. 349. — Jean \lli écrit aux comtes demeurés fidèles
118 MESURES CONTRE LES PARTISANS DE BOSON [880]
Jean VIII lorsque Boson tenta de frustrer les descendants de
Charles le Chauve d'une portion de leur héritage. D'ailleurs,
tout en tenant compte des deux motifs que nous venons de
citer, on peut conjecturer que ce ne fut pas sans mécontente-
ment que Jean VIII dut voir le comte de Provence renoncer
à devenir en Italie et à Rome le protecteur du Saint-Siège
alors plus que jamais menacé par les Sarrasins'. Il paraît, en
effet, avoir à cette époque reporté toutes ses espérances sur
Charles le Gros. Celui-ci venait de descendre en Italie en 879",
et le pape l'y appelait de nouveau en 880, dans l'espoir de trou-
ver auprès de lui cet appui qu'il avait déjà, cherché auprès
de Boson comme auprès de Charles le Chauve.
Engilberge, d'autre part, avait été à tort ou à raison soup-
çonnée de favoriser l'usurpation de son gendre et Charles le
Gros avait cru devoir, par mesure de précaution, la faire
enfermer dans un couvent d'Alémannie '. Jean VIII, toujours
en bons termes avec l'impératrice veuve *, que son époux
Louis II avait, disait-on, recommandée en mourant au Saint-
Siège, intervint pour demander qu'on lui rendit le droit de
rentrer en Italie ^ promettant de la garder si bien à Rome
qu'elle ne pourrait venir en aide à l'usurpateur Boson ^ Ces
lettres suppliantes de Jean VIII datent déjà du mois de mars
aux fils de Louis le Bègue pour les féliciter et les engager à persévérer
dans ces sentiments (Jaffé, n° 3373 ; Migne, t. CXXVl, col. 895
1. Jaffé. n'^« 3325-3326. Cf. Duemmler, Oslfr. Reich., t. III, p. 178.
2. Dés le 3 avril 879, Charles le Gros ayant annoncé l'intention de
descendre en Italie, Jean Vlll lui écrit pour l'exhorter à persévérer
dans ce dessein (Jaffé, no 3321 ; Mione, t. CXXVl, col. 825).
3. Ann. Derlm., p. 153 : « Engilbergam vero, Illudowici Italiae
« régis uxorem, quam imperator in Aiemanniam transduxerat. »
4. Kn octobi'c 879, Jean Vlll écrit à Tévêque Antoine de Hrescia, à
Bérenger de Frioul et à divers autres comtes (Jaffé, n" 3297) pour les
inviter à prendre sous leur protection les biens de l'ex-impératrice,
biens sur les(iuels Charles le (îros et ses partisans commençaient sans
doute, à mettre la main.
5. Lettre de Jean \'lll aux évèquos italiens (Jaffe, n" 33'ii), et lettre
à Louis III, Carloman et Hugues l'Abbé pour les engager à soutenir
sa demande auprès de Charles le (Iros (Jaffé, u" 33i0).
6. Jaffé, n" 33'i0; Migne, t. ("XXVI, col. 92'i : « 'l'anta custodia cir-
« cumspecta nobis crédite ut nec l'osoni nec alii liouiini ad ])crturba-
« tionein imperii sive regni quidlibet adjutorium vol auxilium vei-bis
« aut scriptis praebere(|U()quo modo valeat. » — Au commtMUNMncMit de
882, il écrit encore dan^ le même i)ut à l'impératrice lîiciiarde, fennne
de (Charles le (iros, et au favori de celui-ci, Liutward, évè(iuc de \'er-
ceil (Jaffé, n'^ 3380 ; Mig.ne, t. CXXVl, col. 9'.9\
[880| MESUIIES CONTRE LES TARTISANS DE BOSON hq
881. Ce n'est cependant qu'en octobre 882, c'est-à-dire quand,
après la prise de Vienne, lînsou avait cossr d'être à craindre,
que Charles le Gros accorda la grâce sollicitée et permit enfin
à Engilberge de se rendre de nouveau en Italie, accompagnée
de l'évèque de Verceil, Liutward',
Les autres partisans du nouveau roi de Provence, ceux qui
avaient contribué à son élection, furent frappés de la mémo
manière, autant que le petit nombre de documents dont nous
disposons nous permet d'en juger. Otran, déjà blâmé par
Jean VIII à l'occasion de sa conduite lors de l'élection de
Boson, avait également vu le pape consacrer directement
l'évèque élu de Genève, Optand, à la demande de Charles le
Gros-. L'on ne peut guère attribuer cet empiétement de l'auto-
rité pontificale qu'au désir d'empêcher le partisan du rebelle
de jouir de ses droits de métropolitain, et peut-être aussi à
celui d'installer sur ce siège, malgré Otran, un candidat
hostile à r>oson\ Jérôme, évéque de Lausanne, dont le nom
figure au bas des actes du concile de Mantaille, eut, devant
les résistances de Charles le Gros, qui appnvait, sendjlc-t-il,
un autre compétiteur', quehjue peine à monter sur son siège
épiscopal ; l'intervention du pape fut nécessaire' et, bien que
le prédécesseur de Jérôme fût mort dès l'année 878, que celui-
ci eût été lui-même élu avant le 15 octobre 879, il lui fallut
attendre jusqu'en 881 pour obtenir la consécration ^ Il est
1. Aiin. Berlin., p. 1.53.
2. Lettre de Jean VIII au clerj^é et au peuple de l'éprlise de Genève
(.Jaffé, n" 3357 ; Migne, t. CXXVI. col. 947). Cette lettre est du 11 no-
vembre 881. Otran y répondit en faisant emprisonner Optand et
en lui opposant un autre candidat (Jaffé, n"* 337'i et 3375; .Migne.
t. CXXVI, col. 952). Ces lettres sont dn printemps de l'année 882.
3. Trog, Rudolf I und Rudolf IL p. 17. La lettre citée de Jean \'III
dit expressément que c'est « proj)ter dissensionem Bosonis » que ces
mesures ont été })rises.
4. Lettre de Salomon de Constance à Théoderic de Besançon, dans
les Formuhic Saiifjallcnses, n° .wvi (Zei;.mei!, Fonnulae. p. ill): v Do-
« minus noslor K. comperto recessu fratris no.stri N. Losaniensis epis-
« copi cuidam clerico suo eandem sedem tradere decrevit. »
5. Lettre (!(• Jean VIII à Charles le Gros, du 20 juin 880 (Jaffé,
n« 3315 ; MidNE. t. CXXVI, col. 901). Cf. lettre de m-nie date à l'arche-
vêque Théoderic de Besançon (Jaffe, n" 3317).
6. CoNON n'EsTAVAYEii, (IcirluL de Ijnisdinif (Mém. Suisac Rom.,
t. VI), p. 3'i : « Jeronimus e])iscopus fuit ordinatiis anno ab Inc.
« donnni DCCCLXXXI tertio anno post decessuni llerinianni predc-
« cessoris sui ., »
120 EXPÉDITION CONTRE IIL'GUES DE LORRAINE [880]
possible aussi qu'il faille rattacher à ces faits l'eiivahisscment
des biens de l'église de Besançon par un nommé Hubon, vassal
de Charles le Gros ; ce dernier aurait, pour punir l'arche-
vêque Théoderic d'avoir pris part à l'élection de Mantaille,
toléré ou favorisé cette usurpation, qui nécessita égale-
ment l'intervention de Jean VllI'. Malheureusement les faits
de ce genre sont trop fréquents à cette époque pour que l'on
puisse, avec quelque vraisemblance, voir là autre chose qu'une
de ces usurpations comme les grands laïques s'en permettaient
trop souvent au détriment des biens d'Église".
Le récit de ces événements nous a entraînés au delà de
l'époque de l'entrevue de Gondreville, Pendant qu'ils s'accom-
plissaient, que l'on mettait Engilberge hors d'état de soutenir
son gendre, et que Jean Vlll abandonnait son ancien protégé,
les rois francs agissaient également par les armes. Une armée
germanique, conduite par Adalard, comte du Moselois '\
et le puissant comte Henri d'Alémannie\ venait rejoindre les
troupes de la Francie occidentale et marchait de concert avec
elles contre Hugues de Lorraine. Celui-ci échappa, mais les
forces coalisées livrèrent à son beau-frère, le comte Thibaut,
un sanglant combat" à la suite duquel Thibaut vaincu dut très
1. Jaffé. no 3315 ; IlUt. de Fr., t. IX, p. 190 (cf. Gall. Christ., t. XV,
col. 25). On peut rapprocher de ces mesures de rigueur un passage
de RÉGiNON, Chron., a. 879, p. 115 : « Cum sibi [liosoni] faventes pro-
ie scriptionibus dampnarentur bonisque omnibus privarentur. .. »
2. Il y a cependant peut-ctre là tout au moins une conséquence des
guerres, et de l'incertitude où l'on se trouvait alors quant à la souve-
raineté de la plupart des pays qui avaient fait partie du royaume de
Lothaire. ■ — C'est à ces mêmes causes que l'on pourrait, semble-t- il, rat-
tacher l'acte de violence à main armée commis par Adalbert, évêque
de Maurienne, qui, un matin, à la tête d'une troupe d'hommes de
guerre, surprit l'évèque Dernier célébrant la messe dans son église
cathédrale de Grenoble, le maltraita et l'emmena prisonnier (Lettre
de Jean VIII à Adalbert, du printemps de l'année 882; .Iaffé. n" 3376,
MiGNE, t. C.X.XVI, col. 953). Le différend entre les deux prélats devait
remonter à (juelques années déjà, car, dés l'année 878, Jean Vlll avait
enjoint à l'archevêque de Tarentaise de prendre des mesures pour y
mettre fin (Jaffk, n" 3150; Migne, t. CXXVI. col. 781).
3. Sur ce personnage, cf. Dlîemmleh, Oslfr. Jii'irh., t. 111, j). l'ii.
4. Sur le « triarchos » gerniani(|uc, cf. ihid., p. 1(')9-170.
5. /In?;. Berlin., p. 151. 1/annalisto de Fiilda, p. 95, fait battre Thi-
baut })ar Henri et les ti'oupes saxonnt^s seules, pour leur réserver Ihon-
neur de la victoire. 11 est d'ailleurs mal informé en ce qui touche toute
la chronologie de ces événements, jjuisqu'il place l'entrevue de (!on-
dreville après le mois d'août. Nous devons toutefois faire observei" <|ue
s'il est certain, au témoignage d'ilincnuir, que l'expédition contre
[880] EXPEDITION (Xt.MllK illGEKS KT CONTRE BOSON 121
vraisemblablement se réfugier en Bourgogne, où nous le
retrouverons quelques années plus tard (tin juin-commence-
ment juillet 880). Quant à Hugues, il ne paraît pas avoir beau-
coup souffert de la défaite infligée à son lieutenant, car il
continua à se maintenir en Lorraine'. Cela n'empêcha pas
néanmoins l'année victorieuse de se diriger vers la Bourgogne *,
pendant que Tabbé Gozlin, rentré en grâce, était chargé de
diriger la défense du royaume contre les Normands \
Après avoir battu les troupes de Hugues le bâtard, il fallait
en effet s'occuper de Boson*. Louis III et Carloman, toujours
accompagnés de leurs auxiliaires germaniques', traversèrent
la Champagne, passant par Trojes, qu'ils quittaient au mois
de juillet*^ et pénétrèrent d'abord dans les pays envahis par
Hugues fut menée de concert par tous les princes t'rancs, il est pos-
sible que le combat dans lequel périt le comte Thibaut ait été livré par
Henri seul, car les A7iii. Vednslini (Mon. Germ. SS.. t. II, p. 198),
comme [es Ann. Fuldoisrs, ne parlent que de celui ci à cette occasion:
« In ipso itinere Heinricus Teutbaldum filium Hucberti gravi devicit
« praelio. » C'est à tort que les Ann. Lauhienses (Mon. Germ., SS., t.
1\', p. 15) disent que Thibaut fut tué dans la bataille. Sur les destinées
ultérieures de ce personnage, cf. infra.
1. 11 se trouvait encore en Lorraine au mois de mai de l'année suivante
et fit à cette époque sa soumission h Louis de Saxe, en recevant de lui,
en échange, force comtés et abbayes {Ann. Fuld., a. 881, p. 96). entre
autres celle de Lobbes (Ann. Lnubiens., loc. cit.). Cela ne l'empêcha pas
de se révolter de nouveau. Mais il fut battu et obligé de se réfugier en
Bourgogne, sans que nous sachions si par ce mot il faut entendre la
Bourgogne propre, ou bien le roj'aume de Boson qui jouissait alors d'un
peu de tran(iuillité, Carloman étant en Auvergne et Louis 111 occupé
contre les .Nurmands. Hugues, d'ailleurs, n'y resta pas longtemps, car
en 883 (Ann. FiibL. p. 100), il contractait une alliance avec le Normand
converti Gotfrid, qui avait épousé sa sœur Gisla. Dans Tété de l'année
885 (Ann. Fuld., p. 103), accusé de favoriser la révolte de son beau-
frère-, il eut les yeux crevés et fut enfermé au monastère de Saint-
Boniface de Fuldà, puis à Saint-Gall, enfin à Priim dans les dernières
années du ix« siècle (Keginon, Chrun., p. 125, et Due.mmleh, Ostfr.
neich., t. 111, p. 241).
2. Ann. Berlin., p. 151.
3. Ann. Berlin., loc. rit. ei Ann. Vedanl.. a. 880, .I/o//. Germ. SS.,
t. II, p. 198.
4. La guerre contre Boson fait dans l'ouvi-age de dingiiis l'objet
d'une étude longue et très intéressante, mais i)lus que conjecturale,
l'historien sui.sse, là plus encore que partout ailleurs, inventant les
détails que ne fournissent pas les textes, très pauvres en renseigne-
ments sur ces événements.
5. « Una cum praedicta scara llludowici régis Germaniae » (.Ann.
Berlin., p. 151).
6. « In lîurgundiam versus Bosonem ])er mensem julium a 'i'rccas
« perrexerunt )) (.1/*//. Berlin., loc. cit.). [Uludowicus] et frater ejuscum
122 PRISE DE MAÇON [880]
rusurpateur sur la rivo droite du Rhône. Ils recouvrèrent,
vraisemblablement sans combat', une partie des villes occupées
par Boson dans la Bourgogne éduenne et arrivèrent devant
Màcon, que défendaient les hommes du nouveau roi ayant à leur
tête un certain Bernard"; ils s'en emparèrent sans avoir,
semble-t-il, rencontré grandes difficultés. La ville et le
comté qui en dépendait furent donnés par eux à Bernard
« reliquo exercitu Burgundiam petentes. » (Aim. Vi'dast., a. 880, Mon.
Germ., SS., t. II, p. 198).
1. Aucune des sources annalistiques relatives à la campagne de 880
ne mentionne de combat avant l'arrivée à Màcon. Le « civitates quas
tyrannus inva:-;erat reccperunt », des Ami. Vedaslini, n'indique pas
qu'on ait trouvé beaucoup d'obstacles. — II est bon de rappeler, à l'oc-
casion du récit de cette guerre, qu'un texte hagiographique, les Mira-
cula Sanctae (Jpporlunae (Acta sancl. ord. S. Beii., saec. III, p. n,
p. 234-6). fait pénétrer, au cours de cette campagne, les troupes de
Boson jusqu'à Moussy-le-Neuf en Meldois (Seine-et-.Marne, arr. Meaux,
ch.-I. de canton). Là, un soldat, ayant tenté de se glisser sous l'autel
e.st puni de son impiété. Nous ne trouvons dans aucun texte rien qui
autorise à supposer que les troupes de Boson aient jamais pu s'a-
vancer aussi loin. Cependant le texte, œuvre d'Aldhelm, évèque de
Séez. est contemporain de Charles le Chauve et de ses fils. Ce qui
nous paraît le plus vraisemblable, c'est que vivant en Wenstrie, loin
du théâtre de ces événements, l'auteur aura commis une confusion
entre les diverses guerres dont il entendait parler : le nom de Boson
sera venu remplacer ici celui d'un des souverains germaniques qui
envahirent à plusieurs reprises la Gaule orientale durant la deuxième
partie du ix*-' siècle.
2. Ann. Berlin., a. 880, p. 151: « In quo itinere ejectis de Castro
Matiscano Bosonis hominibus, ipsum castellum ceperunt. » — .4/;//.
Fuldeiises, a. 880, p. 95 : « Madasconam urbem expugnantes, Bern-
«hardum, qui in ea principatum tenebat, in deditionem accipiunt. »
On a cru (DuEMMLER, Osifr. Reich. t. III, p. l'tS) (ju'une confusion avait
été commise par Fannaliste de Fulde entre le nom de ce personnage
et celui de Bernard d'Auvergne, auquel le comté de Màcon fut ensuite
donné. On a supposé, par suite, que le défenseur de la ville était en
réalité le comte Sirald, à la requête duquel Boson donna le 2 décembre
87i), au monastère de C'harlieu, la petite abbaye de Saint-Martin sur la
Saône (Bifjimer, n° 14i5 ; Hist. de Fi\, t. IX, p. 670). Mais 1° ce per-
sonnage pouvait ne pas être comte de Màcon ; 2° (|uand bien même il
l'aurait été, il eût pu ne pas défendre la ville en 880. Les Ann. Fu!-
densc'< peuvent avoir été bien renseignées, car des Allemands avaient
pris part à l'expédition, et Méginhard n'avait, sur ce point ])articulier.
aucun intérêt à altérer la vérité. — On a identifié ce ])ei-sonnage avec
I5ernar(L fils de iJlichilde (cf. I/isl. de fjiiit/itedoc, t. Il, p. 317), Mabille
supi)0se (//>/V/.. et A'o//. d'Ariuit.. p. 53) que l'ancien nuu'(juis de Gothie,
dont l'histoire ])er(l alors la trace, s'était réconcilié avec i?oson, alors
révolté comme lui, et aurait reçu du nouveau roi le comté de Màcon. Mais
en ce cas, il serait l)ien singulier (|ue I(>s Ainialcs d'Ilincmai' ne disent pas
exj)res.sément(iue l'adversaire que les rois francs avaient alorsdevant eux
était un personnage aussi connu f|ue lemartpiisdeGolhie lilsdeBlichilde.
[880] CAMPACNK CONTRE lîOSON 123
Plantevolue, chargé ainsi de (léfoiulro contre les entreprises
de Boson, outre son ancien comté d'Auvergne, une partie des
territoires qui allaient constituer la marche de Bourgogiui'.
Charles le Gros ne parait avoir rejoint ses cousins qu'après
la prise de Màcon", mais en revanche il est possible que le
contingent placé sous les ordres du margrave Henri n'ait pas
pris part à la suite de rex})édition^. Boson d'ailleurs, après
la prise de Màcou, ])arait axoir renoncé à défendre plus long-
temps les pa}s situés sur la rive droite du Rhiuie ; il repassa
sur la rive gauche* et se rendit à Vienne. 11 ])araît avoir séjourné
dans cette ville en même temps que sa femme et sa liile", soit
que celles-ci l'eussent suivi, soit qu'elles se trouvassent déjà
dans la ville. Les rois francs traversèrent le fleuve à sa suite
et marchèrent vers la cité que l'on pouvait dès lors considérer
comme la capitale du nouveau royaume*'.
A partir de ces événements, les divers témoignages
ne s'accordent plus au sujet de la conduite ultérieurement
tenue par Boson. Celui-ci, en effet, selon Hincmar, aurait
quitté Vienne en y laissant sa femme et sa hlle, avec une
notable partie de son armée, tandis que lui-même s'enfuyait
« vers les montagnes '' ». Selon les Annales de Saint-
1. Ann. Berlin. . loc. cit. : « Cum comitatu Becnardo cognomine Plan-
ce tapilosa dederunt. » En présence de ce témoignage formel, il faut donc
identifier le nouveau comte de iMàcon avec le marquis d'Auvergne,
malgré l'avis contraire de Dukmmleh, O-'ilfr. Rric/i. loc. rit. — Cf.
Mabille, Le royaume ci Aquitaine, p. 21.
2. Cela semble bien ressortir du texte d'IIincmar. d"après lequel les
deux rois occidentaux, en quittant Troyes, devaient r()joindre en liour-
gogne Charles le Gros et son armée, d'après lequel aussi la prise de
Màcon aurait eu lieu u in itinere ». dans le trajet fait pour retrouver le
souverain germanique. Le récit des Annales Vedaslini concorde sur ce
point avec celui des Annales de Saint-Bertin.en indiquant la jonction avec
Charles comme postérieure à la réoccupation par les troupes franques
des cités eavaliies par i'oson.
3. Dukmmleh, Ostfr. lieirh. t. III, p. I'i6. 11 n'en est plus parlé i)ar la
suite.
4. Ann. Fuld.. }). 1)5: « Huoso vero fugiens ultra Khodaniun.... »
5. C'est ce qui semble ressortir du texte d'IIincmar.
6. Ann. Berlin., p. 151 : « Pergentes simul Karolus, llhulowious et
« Karlomannus ab obsidendam Viennam... »
7. Ann. Berlin., iln'd. [Vienna] in (pia Boso uxorem suam cum lilia
« etmagnam partem de suis hominibus relinquens, fugam ad moalana
« quaedam arripuit. » Nous ignorons de (luelles montagnes il s'agit.
Gimi:ins. tenant à faire lutter le plus longtemps possible Boson contre
Bernai-d Plantevolue les chorclic dans l'Ouesi de la Provence, et linv-
CiiiEH {Ilinl. du Vivarais, p. 186), d'après lui. suppose que Boson alla
124 CAMPAGNE CONTRE BOSON
Vaast ', au contraire, que vient appuyer jusqu'à un certain point
le texte des Annales de Fulda'', ce serait Boson lui-même que
les armées royales seraient venues assiéger dans Vienne, après
que les coalisés lui eurent adressé d'inutiles propositions de
paix^. D'ordinaire le témoignage d'Hincmar est à peu près
indiscutable et il semblerait qu'on dut en pareil cas admettre
une erreur de la part des deux autres annalistes \ Cependant il
faut remarquer que les Annales Vidastines, toujours très bien
renseignées ^ paraissent l'être spécialement en ce qui concerne
cette guerre, et fournissent même certains détails dont nous
ne retrouvons point l'équivalent dans les Annales Bertiniennes*^.
On peut relever d'autre part dans celles-ci, pour la fin de
cette année 880, quelques erreurs incontestables sur certains
faits, et l'annaliste de Saint- Vaast paraît avoir été mieux in-
formé au sujet d'une partie de ces mêmes faits'. C'est donc
recruter une armée en Vivarais, mais le diplôme qu'il cite (flist. dr
Fr., t. IX, p. 672) n'étant pas daté, ne saurait être invoqué à ce
sujet.
1. An)i. Vedast., K IJosonem in Vienna civitate incluserunt... circum-
« data itaque urbe illi se firuiissime intus munivit. »
2 Aim. Fald., loc. cit. « In urbe Vienna se tutatus est ». Nous disons
qu'elles confirment « jusqu'à un certain point » le téinoignaii'e des Anns
Vedast, parce que l'on pourrait concilier le texte des Ann. Fuldense.
avec celui des .4/;/;. Berliniani, en supposant que Boson, après s'être
fortifié dans la ville, la quitta à l'approche des rois francs.
:{. .1//?;. Vcdasliiii, lue. cit.
'i. ("est ce qu'a fait notamment Dur.MMi.Ei: (Ost/'r. Reich, t. 111,
}). l'iT)), qui a écrit l'histoire la plus critique de cette ;^uerre.
5. Sur l'excellence de ces Annales et la valeur de leur témoignai^e,
cf. Faviîe, Fude.<, introd., p. vni.
6. 1° La mention de projjositions de paix faites à Boson ;
"2" Son excommunication par les évèquesde l'armée assiégeante ;
;j° La mort de Carloman de Bavière au moment où sou frère et
ses cousins guerroyaient contre Boson, fait et date attestés ))ar d'autres
sources, (^f. Dukmmler, Ostfr. Fi/'ich, t. III, p. 133.
4" Le détail de l'incendie du camp de Charles le Gros.
7. 1° Le couronnement de Charles le Gros à Borne, que les Ann.
Berliniani meltent au 25 décembre 880, eut lieu en février 88L 11 est
vi'ai que les Ann. Vedaslini reculent jusque sous l'année 882 la men-
tion de cet événement ;
2» A s'en tenir au témoignage d'ilincniar, les rois francs de l'Ouest
seraient restés sous les murs de Vienne au moins jusfpi'ù la fin de 880.
Or, Carloman avait levé le siège avant la fin de novembre, comme
nous le verrons ])lus loin. Les Ann. Vcdnslini mettent av(;c exactiUide
l'abandon de l'enti-eprisc; avant la fin de l'année ;
3" Il semblerait, d'après la disposition du récit d'IIincmai', (|ue
Louis 111 n'aurait laissé le soin de la guerre à son frère, pour revenir
dans le nord du royaume, (pi'à une date jjostérieure au connnence-
[880] SlKr.K |)K VFKNNK 12:i
peut-Otre au lémoignagc de ce dernier (lu'il conviendrait de
s'en tenir.
La ville d'ailleurs était forte, que le roi la défendît en per-
sonne ou (iu'il eût cuntié à Flrniengarde le soin d'arrêter les
assiégeants\ Ses défenseurs malgré l'excommunication lancée
contre eux par les évêques de l'armée franque" pouvaient
opposer une longue résistance, à cette époque où l'art des
sièges paraît avoir été fort négligé. Vienne, en effet, était
défendue par le Rhône d'une part, et d'autre part par cinq
collines fortifiées^, Crappo'\ Hti?ncdii(m", Quiriacus*', Pom-
ment de 881, c/est-à-dire au 25 décembre 880. Or, nous savons par les
Annales de Saint-Vaast que Louis était déjà à Compiègne le 25 dé-
cembre.
Il est assez ditïicile d'expliquer ces erreurs dans le récit ordinaire-
ment si exact d'Hincmar. Mais l'on peut rernar(|uer combien les men-
tions relatives à la fin de l'année 880 et plus encore à toute l'année 881
sont écourtées. Cette remarque permettrait peut-être de basarder une
hypotbèse, que nous reconnaissons d'ailleurs être un peu avetitureuse.
ifn'est pas certain quHincmar ait rédigé ses .\nnales au jour le jour, et
d'autre part il les a poussées très loin, l'on pourrait presque dire jus-
([u'au récit de ses derniers moments, en tout cas jusqu'à l'époque où il dut
abandonner, devant la crainte inspirée par l'approcbe des Normands,
sa ville métropolitaine. Toute la dernière partie des Aiuiales peut donc
avoir été rapidement rédigée, alors que le vieil arcbevèque, réfugié à
Kpernay, n'avait sous la main ni documents écrits, ni témoins dont
les récits aient pu venir en aide à ses propres souvenirs. Ce serait
donc uniquement d'après ceux-ci, et dans un moment de trouble,
qu'Hincmar aurait complété les Annales dont il conservait avec lui le
précieux manuscrit (cf. Waitz, Uebcr dit' Ueberlieferunf/ (1er Ann.
Berlin., dans les Sitzunrjber. der Kaia.-preus. Akad.. I88:j, n» 5. p. 113-
115). Ainsi s'expliqueraient les erreurs et les morceaux écourtés dont
nous avons relevé la présence.
1. C'est ce que parait indiquer le texte d'Hincmar et ce qu'on admet
en général d'autant plus facilement qu'Krmengarde figure seule dans
le récit de la prise de la ville. Le fait n'aurait rien d'impossible : en
870, Bertbe avait été chargée de résister dans Vienne à Charles le
Chauve ; en 894, Ageltrude défendra Rome contre les troupes d'Arnulf.
2. Ann. Vedast., loc. cit: « L'nde episcopi cum consilio regum et prin-
« cipum cum perpétue damnaverunt anathemate. » Bien qu'elles soient
seules à fournir ce renseignement, nous ne croyons pas, ainsi que
nous l'avons expliqué, qu'il' y ait lieu de le tenir pour suspect.
'S. Sur la situation de Vienne, resserrée entre des collines escarpées
et le Rhône, cf. Tiiéoliulf, Versus adversus judices {l*ocl(ie lut. aevi
carol., t. I, p. 'i97):
Saxosa petimus constructam in valle \'iennam
Ouam scopuli inde artant, bine promit amnis hians.
4. Saint-Just (cf. Gall. Christ., t. XVi, col. 147).
5. Château de Pipet, rasé en 10:j;J. Cf. Mermkt, /fisl. de Vinwe.
t. 111, p. 404-405.
6. Sainte-l'.landine. Cf. Mermet, //isl. de Vienne, t. I, j). 174.
126 SIÈGE DE VIENNE [880]
peiacus^ et Suspolium\ sur chacune desquelles s'élevait un
château ^ Elles étaient réunies entre elles par une muraille
dont les deux extrémités venaient aboutir au fleuve \ Il est
impossible de rien dire sur la situation de l'armée assiégeante,
mais il semljle bien que l'on ait fait des préparatifs pour un
siège de quelque durée ^ Les deux armées de l'Ouest et de
l'Est opéraient de concert et Charles le Gros s'était solennel-
lement engagé à poursuivre le siège jusqu'au bout ■'. 11 est pro-
bable d'ailleurs que ce serment avait été sollicité par Louis III
et par son frère, qui devaient voir avec inquiétude leur cousin
plus occupé de ses projets sur l'Italie que du châtiment de
l'usurpateur. Dès le mois de juillet', en eff'et, il avait été con-
venu, entre le pape Jean VIII et le roi Charles, que ce dernier
ne tarderait pas à revenir dans la péninsule qu'il avait dû
quitter pour se rendre à l'entrevue de Gondreville. Au mois
d'août, Charles, comptant peut-être qu'on en aurait vite fini
avec Boson, annonçait au souverain pontife son arrivée pro-
chaine ^ C'est durant ce même mois d'août ou dans le courant
de septembre que l'on avait entrepris le siège de Vienne. La
ville ne se rendait pas et Jean VIII continuait à implorer l'ar-
1. Mont-Arnaud. Cf. Mermet, loc. cit.
2. La Bâtie. Cf. iMermet, loc. cit.
3. Adon, Vita Sancti Thcuderii, dans Mabu.lon, Acla Snnct. 0. S.
Ben., saec. I, p. 479, qui énumère les cin(| collines.
4. AnON, loc. cit. C'est ainsi que nous interprétons la phrase suivante :
« Ipsaque tota civitas cum suis castris a tluvio usquead ipsum fluvium
K Rodanuni protenso par colles usquc ad plaiium muro cin^itur » ; le
mur part du fleuve pour y revenir après avoir relié entre elles les di-
verses collines.
5. Le « incluserunt » des Ann. Vedaslini, lo « obsidenda » des Ann.
Bei'linimii semblent faire allusion à un projet de blocus. Les « castra »
(jue brûla Charles le Gros étaient peut-être aussi des constructions
destinées à (piclque durée.
(■). Aint. licrtin., a. 880, p. 151 : « Karolus qui se una cum sobrinis
« suis \'iennani obsessurum proniiserat, mox ut quaedam sacramenta
« utrinique inter eos facta fuerunt... »
7. Jaité, n'J 3321.
8. La lettre est perdue, mais nous pouvons juger de son contenu par
la réponse de Jean VllI, du 10 septembre 880 (.Iakké, n» 3324 ; Mione,
t. CXXVI, col. 911), à laquelle elle est aiUérieure. « Quod aut(Mn nobis
« mandastis ut vestrum o{)tatuni praestolaremur advontum. » La suite
de la lettre parait indiipier que Charles le Gros était sur le point de se
inottr(î en marche. — L'abbé L. Dlîchesne. Les premiers temps de
l'h'ti/l pontifical, p. 14.'), admet, au contraire, (lue ("harles le Gros
icnail surtout à secourir ses cousins, et ne se décida à descendre en
Italie (pie devant les instances réj)élées de Jean Vlli.
1880] I.EVKE ])V SIKGK 127
rivée de Charles'. Aussi, une nuit du mois do novembre'',
celui-ci incendiait son camp et se mettait en route pour
l'Italie à l'insu des deux rois occidentaux, laissant ceux-ci
mener seuls à bonne fin, s'ils le pouvaient, renti'pprise com-
mencée en commun \
Le séjour de Louis III et de Carloman sous les murs de
Vienne, après le départ de Charles le Gros, fut de très courte
durée ^. Dans un conseil de guerre qui fut alors tejiu, l'on décida
qu'après le départ des contingents germani(iues il était impos-
sible d'arriver à aucun résultat utile'. Les Normands, d'autrç
part, voyant le roi éloigné, avaient jugé l'occasion bonne pour
envahir de nouveau la portion septentrionale de la Gaule, alors
dégarnie de défenseurs ". L'abbé Gozlin avait été battu sur
l'Escaut et, se sentant incapable de résister aux pirates qui
1. Lettre du 30 octobre 880, Jafké. n" 3327.
2. M. MuEiiLBACiiER {Rerjcula Karolorum. p. 616) croit que ce fut la
lettre citée à la note précédente qui dut arriver à Charles vers la mi-
novembre qui décida définitivement son départ, que le roi devait
d'ailleurs chercher à presser, surtout depuis la mort de son frère Kar-
loman. On ne peut le mettre d'autre part bien avant dans ce mois, car
dans le courant de ce même mois, Charles était déjà à l*avie (LioKiiMEit-
MUEHLBACIIER, n° 1362).
3. Les Annales de Saint-Bertin (ihid.) disent simplement : « .\1) ipsa
« obsidione recessit, et in Italiam perrexit )).Les,4«/<. Veilast. sont plus
détaillées « Karolus vero rex noctu consurgens, ignorantiijus Hludowico
« et Karlomanno, igné castra concremavit atque ita revertitur in sua. »
4. Certains historiens et en dernier lieu Terkeiîasse {Hisl. delioson,
p. 115) admettaient que Louis III et son frère, puis le dernier seul,
continuèrent à bloquer la place après le départ de Charles le Gros, et
supposent même un blocus de deux ans au cours du(|uel Boson serait
resté éloigné de Vienne, défendue seulement par Erniciigarde. Vn di-
plôme de Boson {Hisl. (le Fr., t. IX, p. 671). dont nous re])arlerons
plus loin, rend la chose inadmissible. Dukmmi.er (Os///-. Reich. t. 111,
p. 146-7) a, avec raison, rejeté ce système, que Gingins lui-même
n'avait pas cru soutenable.
5. Ann. Vedast. : « Hi vero qui Viennam obsederant, videntes nil
« inimicis **** posse, accepto consilio. redierc in sua. » Il faut évidem-
ment, après « inimicis », suppléer un mot analogue à « noccre », comme
l'a fait dans son édition l'abbé Deiiaisne (p. 305) sans d'ailleurs prévenir
de la correction qu'il introduisait. Le récit sec et écourté des A)in. de
Salul-Bcrlin ferait à tort rejeter ces événements à la fin de décembre
880 ou au commencement de 881.
6. Plusieurs textes mentionnent expressément cet elfet de l'absence
du roi et des grands sur les progrès des Normands. Cf. Rylhmus tm-
tonicus de la bataille de Saucourt (Ilist. de F)\, t. IX, p. yy) et Sermo
de tumiilatione S. QuinliuiÇMon. Gcnn., SS., t. XV, p. 272) : « Pagani...
« Franciam sine rege et principibus vacuum reperientes. » Le Sermon
paraît avoir été composé au xi'' siècle, mais il utilise les Ann. Vedast.
et d'autres Annales perdues. Cf. lIoi.nEr.-L(;oEi!. pirftirc. iljid.,\). 265.
128 RENTRKE I)K BOSON A VIENNE [880J
envahissaient le pays jusqu'à la Somme, avait licencié son
armée (octobre 880) \ Ce sont sans cloute ces nouvelles qui,
tout autant que la défection de Charles le Gros, décidèrent
les deux rois à abandonner le siège de Vienne. Celui-ci fut donc
levé dans le courant du mois de novembre'. La guerre contre
l'usurpateur n'était cependant pas abandonnée et Carloman
restait chargé de la poursuivre ^ mais il abandonnait Vienne
et même le Viennois. A la fin de novembre il était en Berrj, à
Néronde*, d'où il datait une restitution faite à l'église d'Au-
tun^ en faveur d'un ancien partisan de Boson, l'évéque Adal-
gaire, de la villa de Teigny en Avalonnais''. Quant àLouis III, il
quittait également le sud de ses États pour se porter au-devant
des envahisseurs danois, et arrivait à Compiègne à la fin de
décembre 881 pour célébrer dans cette ville les fêtes de la
Noër. Vienne et son territoire retombaient, libres d'ennemis,
aux mains de Boson. On retrouve celui-ci au commencement
de l'année suivante tout près de sa capitale, à Toisieu^ à 15
kilomètres de Vienne. 11 date de ce lieu une restitution en faveur
du fidèle archevêque Otran, des biens enlevés à l'église cathé-
drale et notamment du monastère de Saint-André- le-Bas'.
La guerre que Carloman était chargé de diriger contre
Boson ne paraît pas avoir été conduite au début par lui avec
beaucoup d'activité; aucune campagne ne fut entreprise ni
1. Ann. Vedast., a. 880, p. 198.
2. Ann. Vedast., ibid. Les Ann. Berlin., comme nous l'avons dit,
passent sous silence cette levée du siège avant la fin de 880.
'^. Ann. Berlin., a, 881, p. 152; Sermo de tumul. S. Quinlini, lor. cil. :
« fratrem in Burgundia reliquit. »
4. Sans doute Nérondes, Cher, arr. Saint-Amand, ch.-l. de canton.
5. Ilisl. de Fr.. t. IX, p. 418.
6. Nièvre, arr. Clamecy, canton Tannay.
7. Ann. Vedasl., 880 ad fin: « Diemcpie nativitatis Domini egit cele-
« brem in Coinpendio palatio. »
Il est iaipossible de supposer, comme Bouche (///.s7. de Provence,
t. I, p. 767) et CiiOKiEi; (Ifisl. de I)auphiné,\. X, c. i.\), que Boson, par
l'intermédiaire de Hugues de Lorraine, beau-frère du roi danois Gottfrid,
appela les Normands pour faire une diversion en sa faveur. Gottfrid
n'épousa Gisla, sd'ur de Hugues, qu'en 88:J {.[nn. Fuldcns., p. 100).
8. Toisieu, Isère, coinm. Saint Prini, arr. Vienne, cant. Roussillon.
Le nom du lieu où ce diplôme a été donné est orthographié souvent
Tanriaro, que nous n'avons pu ich^iitifier. Nous avons adopté la va-
riante 7V<?/.fjV<co correspondant à Toisieu, fournie par l'une des copies
(Bibl. Nat. ms. lat. 5214) du Cartulaire de l'égli.se de Vienne (jui nous a
conservé cet acte.
9. ///.s/, de Fr., t. L\, p. 071.
|882] SIKf.K nr. VIKNNK l'Ali C.MSI.OMAN Ij'j
durant l'année 881, ni pendant les jji-emicr.s mois de 8S:^. P.icii
que les noms de lieux, qui marquent l'itinéraire (Ui)lumali(iiio
de Carloman soient difficiles à identifier', ils paraissent indi-
quer un long séjour dans le Berry et dans l'Auvergne ^ Une
mention plus précise permet de constater avec certitude sa pré-
sence en Anjou, le 14 juin 882^ Dans le courant de ce même
été, cependant, il reprenait la campagne contre Boson et,
accompagné d'un certain nombre de grands, parmi lesquels
l'évèque de Langres, (xcilon, il se trouvait de nouveau, le
8 août 882, sous les murs de Vienne'*. C'est là qu'il reçut la
nouvelle de la mort de son frère, survenue à Saint-Denis le
3 aoùt\ Les grands le sup{)liaient en mémo temps de venir
prendre possession de la partie septentrionale du royaume sur
laquelle s'était exercée l'autorité de son frère ; aussi Carloman,
1. Par exemple, quel est exactement le Pierrefitte qui répond au
J'etraftetn de deux diplômes du mois de mai S81 (///.s7. de l'r., t. IX,
p. 4iy-i20) ? On peut dire avec Mabillon {De re diidomalica. p. 34) :
« Obscura relinquitur ejus loci positio, quem hoc nomine multiplicem
« lego in tabulis geographicis. »
2. C'est ce qu'avaient déjà reconnu les éditeurs des ///.s7. de Franee,
t. IX, p. 320, n. Terreijasse, au contraire {llist. de Hoson, p. 115 et 116),
admet, comme nous l'avons dit. que Carloman, à la tète d'un corps
d'observation, resta deux ans devant Vienne. On peut peut-être pro-
poser, pour quelques-uns des diplômes, les identifications suivantes:
30 novembre 880 (Ilist. de ir., t. IX, p. 418): « Apud Xerondam Vil-
lam ». — iXérondes. Cher, arr. Saint-.Amand, ch.-l. de canton.
12 janvier 881 (Hist. de Fr., ibid.) : « Apud Villam Caciacum ». —
Chassy, com. Blet, cant. Nérondes.
Mai 851 (Hist. de Fr.. t. IX, p. 419) : « Apud \'iilam Petrafictam ».
— Pierrefitte, Allier, arr. Moulins, cant. Dompierre (?).
3. Diplôme du 14 juin 882. en faveur de l'abbaye de Beaulieu, donne
« apu i Lipsiacam villam Andegavensem » (flist. de /•';'., t. IX, p. 422).
Lipsiacum est aujourd'hui Leze, Indre-et-Loire, arr. Chinon, canton
Bourgueil. Cf. C. i^or.T. Dicl. de Maùte-et-Loire, t. II, p. 523.
4. Carloman, à la requête de Geilon, évèque de Langres, confirme
une charte de précaire: « Datum VI. Id. Aug. anno IllI. régnante Kar-
lomanno gloriosissimo rege. Ind. .XV'. Actum apud Viennam » (Musée
Arch. Dép., pL Vlll, n" 10, et A. Roserot, IJi'jj/. (aivuL on)/, des Arcli.
de la Ilaule-Marne, p. 14. Cf. Sickel, dans les Forschungenz. d. Gear/i.,
t. IX, p. 431, n" x.xiv). Il semble bien, d'après les Aiin. lierliniaiti,
qu'il faille traduire « apud \'iennam » par « sous les murs de N'ienne »,
— et il est certain qu'il faut voir ici Vienne en Dauphiné, non Vienne-
la-Ville, sur l'.Visne (.Marne, arr. Sainte-Menehould, canton \'ille-sur-
Tombe), villa royale carolingienne de laquelle sont datés plusieurs
diplômes de Charles le Simple (///.s7. de Fr.. t. L\, p. 471-3).
5. Ann. Berlin., p. 152 : « Ubi [Turonis] infirmatus est corpore et
« lectica deportatus usque ad monastei'iuni S. Dionysii. mense Augusto,
« ibi mortuus est et sepultus. » Les .1/(71. Vedasl., a. 882,doiHient le jour
de la mort. Cf. Dle.mmlek, O.'Ufr. Heich, t. III. p. 105.
l'oL'i'AKDiN. Roi/aume de Provence. 'J
130 lilCIlAUI) l.E ,)rSTir.n:P, devant vienne |882]
laissant à d'autres, dit Hincmar', le soin d'assiéger Vienne,
que Boson paraît cette fois n'avoir plus défendue en personne',
reprit le chemin du nord. C'est très vraisemblablement au
comte d'Autun, c'est-à-dire au propre frère do Boson, Richard,
lils de Bivin, célèbre dans l'iiistoire sous le nom de Richard
le Justicier, qu'il avait confié le commandement do l'armée
cliargée de terminer le siège de Vienne.
Ce Richard, bien que beau-frère aussi de Charles le Chauve,
n'avait point encore su se faire une carrière aussi brillante
(|uo celle de Boson''. Il est possible, comme nous l'avons vu,
qu'il ait remplacé momentanément son frère dans les fonc-
tions de yj/issus en Italie''. Il se trouvait auprès de lui alors
que Boson commençait à prendre vis-à-vis des fils de Louis
le Bègue une attitude hostile, mais il no parait pas l'avoir
soutenu dans sa tentative d'indépendance. Il lui succéda dans
le comté d'Autun, probablement après l'époque de l'élection de
Mantaille (15 octobre 879) et en tout cas avant le 30 novembre
880, date à laquelle il intervenait, en même temps que le comte
Théoderic, auprès de Carloman, pour faire restituer à l'église
d'Autun la vii/a de Teigny ''. Il est très vraisemblable qu'il reçut
le comté, non de son frère % mais des rois francs, auxquels le
diplôme (jue nous venons de citer, comme toute la conduite de
Richard, prouve ([u'il était demeuré fidèle. Il n'y a donc rien
d'ëtounant à ce qu'il ait été appelé, lors du départ de Carloman,
à prendre en main la direction de l'expédition contre Boson et
1. A>in. Ilerliii., p. 152. Cf. .\nn. Vedasl.. Inc. cil.
2. Aucun texte ne le dit positivement, mais il semble qu'on doive le
déduire du passage des Annales de Saint-Vaast, qui montre Roson en
lutte avec un certain Bérard. venant du côté de l'Italie, à l'époque de
laquelle Vienne était assiégée et de ce fait qu'llincmar, en parlant de
la prise de Vienne, parle d'Ermengarde et de sa fille, non de lîoson.
3. Il était probablement plus jeune que lioson, à en juger par l'époque
très postérieure de sa mort. Le premier acte dans lequel il paraisse
avec le titre de comte est un diplôme de Charles le Chauve concédant
au comte {!oin\ul des biens sis dans le pagiis de Sens, le 4 septembre
876: « llildoinus abba et Hicardus cornes ambasciaverunt » (Ilisl. de Fr.,
t. VIII, p. 65'i).
4. Cf. supra, p. 81.
5. Carlul. d'Autun, éd. Charmasse, p. 87, n" n. — C'est le di])lôme
cité ])lus haut, p. 128, n. G.
G. Kn ce sens cependant, voy. le P. LAi'ÔTni:, Jean VIII. p. 29(). —
lui jin'llet 879, liicliard est avec son frère et souscrit la charte ])()ur
l'abbaye de Montiéramoy dont il a été question p. 9G.
[882] PUISE DR VIF.NNK l'AR HICIIARl) Hl
du siège de Vienne. En nKMiie temps un comte italien, Béranl,
envoyé sans doute par Charles le Gros, harcelait IBoson du côté
du sud-est et ne lui permettait pas de s'occuper lui-même de
la défense de sa capitale'. La résistance de celle-ci ne fut
pas longue: dans le courant du mois do septemhre, Richard
s'emi)arait de Vienne", y faisait prisonnière sa l)elle-sœur,
Krmengarde, en même temps que la fille de celle-ci, et les
emmenait captives dans son comté d'Autun. La ville elle-
même paraît avoir été saccagée par le vainqueur ', ses églises
détruites et ses murailles rasées'. C'était un coup terrible pour
Boson et les rois francs purent le croire abattu. Aussi Charles
le Gros choisit-il ce moment pour accorder à Jean VIII la grâce
que celui-ci demandait, et pour mettre en liberté l'impératrice
1. Ami. VedasI.. a. 882, p. 199 : « Berardus quoque ab Italia veniens
« Bosonem tyrannuiii non sinel)at quietuin esse. « Cette indication ex-
plique pourquoi Hiuciiiar n'a pas à mentionner lîoson à propos des
événements de Vienne. Ce Bérard est sans doute le « Berardus Boni-
« faci tilius » auquel Jean VIll écrit en 879-80 en même temps (ju'à
d'autres comtes italiens, pour les prier de prendre sous leur protection
les biens d"Engilberge (Migne, t. CXXVl, col. 898).
2. « Capta Vienna, nxorem Bosonis et tîiiam ejus Hichardus. frater
« ipsius Bosonis, ad suum comitatum Augustodunensem adductam ha-
K bebat. » (Aiin. Bertin., p. 153). Ce texte est la clarté même. C'est
Richard qui a pris Vienne, et ensuite emmené à Autun Ermengarde
et sa fille. Gingi.ns (Boson, p. 101) a jugé sans doute, que cette con-
duite, vis-à-vis d'une belle-sœur et d'une nièce n'était pas à l'éloge de
Richard. 11 a donc soutenu qu'en réalité Vienne avait été prise par
Bernard Plantevelue et que Richard avait joué en cette circonstance
le rôle de sauveur d'Ermengarde. Mais son hypotlièse ne repose que :
l" sur le texte des Grandes Chroniqui's qui n'ont aucune autorité en la
matière; 2" sur un diplôme de (>harles le Gros désignant Bernard Plante-
velue comme le « principal adversaire » de Boson. Mais quand bien
même celui-ci aurait eu à lutter contre le mar([uis d'Auvergne, cela
n'empêche pas Richard le Justicier d'avoir pu prendre Vienne. De
plus, le diplôme lui-même parait suspect à de bons juges. Cf. infra. p.
137.
3. Une charte déjà citée par (^'iiokiem {liist. de Dauphiné, t. I, p .539)
est datée de « l'an II après la destruction de Vienne ». {GalL (llirist.,
t. XVI, instr., col. 9.)
4. Selon les historiens viennois (Mermet, ///.</. de Vienne, p. 229 ;
ChoriePi, Ilist. de Dauphiné, t. I, p. 539) qui, d'ailleurs, n'appuient leur
allégation sur aucun document, Richard aurait fait démolir les ter-
rasses qui divisaient la ville en plusieurs étages superposés de manière
à ensevelir les habitations et fait également détruire les remparts
romains. Mais \'iennc avait déjà été prise auparavant et aucun texte
ne prouve ([u'il faille attribuer précisément à Richar.l le Justicier ces
dévastations dont Mermet croyait de son temps voir encore la trace.
Môme en ce cas, cette destruction n'aurait pas été totale, car une charte
de 946 mentionne encore comme confront le mura antieo de la cité de
Vienne (Chartes de Cliinij. n° 241).
132 CONSEQUENCES DE LA GUERRE |S82|
Eiigilberge, dont la présence en Italie, par suite de la défaite
de son gendre, ne pouvait plus être considérée comme un
danger parles princes carolingiens'.
Quelque temps après ce mois de septembre 882, au cours
duquel l'armée franque avait triomphé du roi de Provence,
Hugues l'Abbé était allé réclamer à rassemblée de Worms, au
nom de Carloman, la part du royaume de Lothaire cédée en
879 à Louis de Saxe. C'eût été l'abandon par Charles le Gros
de la plus grande partie des pays cou(juis au nom des souve-
rains réunis sur Boson. Mais, profitant do l'absence du défen-
seur du royaume, les Normands ravageaient le Nord de la
France, brûlaient Laon et marchaient sur Reims. Le vieil
archevêque, Hincmar, n'avait pas de combattants à. leur
opposer; il dut s'enfuir et se réfugier à Épernay. A cette date
s'arrêtent ses annales, qui avaient jusqu'ici été notre principal
guide, et à partir de cette époque l'histoire du royaume fondé
par Boson n'est plus que trouble, incertitude et obscurité.
Aussi ne savions-nous guère ce qui se passa après la prise
de Vienne, et l'influence qu'eut cet événement dans l'histoire
de Boson". Il n'est pas douteux cependant — , et c'est presque
la seule chose qu'il soit possible d'affirmer, — que les terri-
toires qui, en 879, reconnaissaient la souveraineté du roi de
Provence, ne se soient trouvés fort amoindris par suite des
conquêtes successives faites par les rois francs de 880 et 882,
et en dernier lieu par la prise do Vienne. La portion de la pro-
vince ecclésiasti(juo de Besançon occupée par Boson se trouvait,
en vertu du traité de 879, rattachée aux Etats de Charles le
Gros. Elle avait été sans doute remise à ce prince imnu'>diate-
ment après avoir été occupée par les troupes franques. Dès
1. Jaffé, n" 3:i80 ; Ann. Berlin., p. 153; cf. DuEMMLr:iî, Oslfr.
Reich, t. III, p. 188.
2. En général, les historiens, par suite de ce fait, qu'aucune source
annali.stique n'a raconté la conquête du pays, paraissent admettre que
la prise de \'ieiuie n'a pas empêché Boson de continuer à régner, et
même de rentrer dans Vienne peu de temps après. En réalité, nous
n'en .savons rien. Il est même possible (pie Hoson ne soit jamais
rentré dans Vienne avant sa mort. Dire comme IIoijciueh (Ilist. du
Vivarais, p. 386) : « Deux femmes captives et une ville en cendres.
« tel fut pour ( "arlonrian le triste et strrile résultat de la victoii-e. La prise
« de Vienne n'amena <mrnne dr/'eclion dans h: pai/s... .\insi le nouveau
« royaume de Provence, qui semblait devoir succomber dans une lutte
« tr()|) inégale en soi'tit au fond consolidi'... », c'est vouloir à toute force
savoir (piclque chose d'une situation qui nous sera toujours inconime.
[882-8871 SITUATION lU LYONNAIS 1:^3
le 20 juin 880, en effet, c'esl-à-dire nirme avant la date tlo
l'entrevue de Gondreville, c'est à lui que le pape écrivait
coniuie au souverain de la ville de liesançon, pour faire res-
tituer à l'archevêque Tliéoderic les biens de son église'. La
même lettre montre que Charles était alors aussi reconnu dans
le diocèse de Lausanne, qu'il avait ih'i même occuper un cer-
tain temps auparavant". D'autres textes di[)lomatiques viennent
attester, pour les années suivantes, l'annexion déiinitive de
ces territoires au royaume de Charles le Gros' .
Pour la province de Lyon la situation est moins nette. S'il
est certain, en effet, que les pays qui n'avaient pas fait partie
du royaume de Lothaire comme le Maçonnais, le Chalonnais,
l'Autunois '*, reconnurent l'autorité de Carloman, il est possible
qu'il n'en ait pas été de même du Lyonnais. Une charte de ce
pays au mois de mai 881 indique le règnede l'empereur Charles^
Un autre acte, il est vrai, du mois de juin de la même année"
ferait supposer par le libellé de sa date que les gens du Lyon-
1. Ilisl. de Fr.. t. IX, p. 190; Jaffé. n" ;}315.
2. Jean VIII demande à Cliarles de permettre à Jérôme de prendre
possession de son siège épiscopal. Comme Jérôme était à Maniaille le
15 octobre 879, que la lettre est du 20 juin 880, et qu'il y est dit qu'il
a été à Rome implorer le Pape pour la prise de possession par Charles
du par/us de Lausanne, amenant le conflit avec révoque, doit se placer
à une époque de quelques semaines au moins antérieure à cette date.
3. Charte du 28 février 881, datée du règne de Charles {(Uirlul. de
Lausanne, p. oi2; cf. /?''//. de la Snisse Romande, p. 26. n" 79). Cf. la
donation faite un peu postérieurement par Charles à Wodalgise. vassal
de Rodolphe, de biens sis dans le comté de ^'aud(Mù/.. p. 132).
4. Diplôme précité de Carloman pour l'église d'Autun (J/isl. de Fr.,
t. I.\, p. 418). Le 6 mars 883. il confirme a l'église d'.\utun l'abbaye de
Flavigny (Ilisl. de Fr., t. I.\. p. 430). — Il avait également confirmé
à révoque .\dalgaire le droit de monnayage, et il existe des monnaies
autunoises au nom de Carloman (H. liATAUi.T. Monnaies earfdini/inines
et du moyen âfje, dans Mém. Soc. hi.'it. cl arcltêttl. Chalon-.sur-Saone,
t. VI, p. 332). — Un acte de vente de 881 d(; biens sis en Autunois. est
daté de l'an du règne de Carloman ((Charles de (lluny, n" 2,')).
5. Carlul. de Saviyni/, t. I. p. 28; donation à l'abbaye de Savigny
de biens sis « in pago Lugduncnsi. in agro Tarnatensi. Data die Jovis
« in ascensa domini mense mayo anno II regni Caroli impcratoris. » On
pourrait, il est vrai, dater de 886, en admettant comme point de départ,
dans un acte privé, pour le compte des ans de règne, la date à lacpielle
(-harles succéda h Carloman.
6. Charles de Clnny, n» 24 ; vente de biens en Lyonnais, « (lie Sa-
« bato, mense jugnio, in anno secundo Bosoni rege de lUirgundia et in
« primo anno quando Ludovicus et Karlomannus Hurgundia possidcre
« venerunt post obito genitore illorum Ludovico filio Karlo <iui impe-
« ravit. »
134 SITUATION HE LA l'UOVKNCE [882-887]
nais ne savaient plus trop quel était leur maitre à une époque
à laquelle Boson était en fuite, tandis que Carloman et son
cousin négociaient le partage des territoires conquis par eux.
Boson, d'ailleurs, parait bien ne jamais avoir exercé de nou-
veau d'autorité sur le Lyonnais et rarchevêque Aurélien
reconnut l'empereur Charles, qui, le 20 juin 885, lui restituait
certains domaines et conlirmait en sa faveur les diplômes de
son église ^
La Provence proprement dite semble bien avoir reconnu
l'autorité de Carloman : révè(|ue de Marseille, au commen-
cement de l'année 884, venait trouver celui-ci dans son palais
de Compiègne pour obtenir de lui la restitution en faveur du
monastère de Saint-Victor, du domaine de Sillans' au comté de
Fréjus^ D'autre part il existe des monnaies frappées à Arles
au nom de Carloman, et le frère de Louis III est le seul prince
de ce nom auquel il soit possible d'attribuer les pièces en
question '".
1. I/isl. de Fr.. t. IX, p. 339; CaivIuL de Grenoble, A, n" i\; B(«-;iiMEr!-
MiJEiiLBACiiER, n" 1660. Ce diplôme est postérieur à la mort de Car-
loman et par conséquent ne prouve rien quant à la possession du
Lyonnais par Charles du vivant de son cousin, mais il montre que
Boson, après 881, ne régna plus à Lyon. L'hypotiiôse de Gingins {Bo-
sonidrs, p. 106) que ce diplôme fut accordé à la demande de Bernard,
à l'insu d'Aurélien et presque malgré lui, est inepte et ne repose sur
rien. C'est à tort, bien entendu, que les anciens historiens, comme
Chorier {llist. de Daiiphinê, I, p. 540) voyaient là seulement l'effet
d'un traité à la suite duquel Bo.>,on aurait reconnu la souveraineté de
Charles le Gros.
2. Sillans, Var, arr. Brignoles, canton Tavernes.
3. Cartnl. de Saint- Victor de Marseille, éd. Gi'ÉUAlU), t. 1, j). 9. Ce
diplôme avait déjà été relevé, avec cette conséquence, parPAPoN, Ilist.
de Pvovenre, t. Il, p. 140. Il y a aussi une trace du souvenir de cette con-
quête dans les expressions employées au w" siècle, par l'auteur du
Serina de Inrmilaiioiie S. (Juiiitini (Mon. Gerni., SS.. t. XV, p. '272).
« [lUudovicuset Karlomannusi Bosonem a regiadignitate depresserunt. »
4. Prou, CaUil. des monndiex carolini/iennes de la Ilibl. nationale.
introd., p. 119. Le même auteur cite (n" 862) une monnaie frappée dans
la même ville, portant au droit j Carm's rex entre deux grénetis, au it!
Arki.a civis et le monogranmie de Caroliis avec le C initial. Ùr, le C- et
surtout la facture de la pièce, dont la croix centrale est gravée en biseau,
non en méplat, forcent à rapprocher la pièce des monnaies de Carloman.
11 faut donc admettre que Charles le Gros, roi, a eu des monnaies frappées
à son noui à Arles, ('e fait ne peut guère s'expliquer ([uc })ar deux liypo-
thèses : 1" ou la prise de possession d'Arles par les rois francs est anté-
rieure à l'élévation à l'Lmpire de ('harles le Gros et peut-être au siège
de Vienne en 880. — l'hi ce cas, on peut s'exi)Ii(|uer que des monnaies
aieiitété frajjpéesdans la vill(\ fût ce pendant un temps ti'ês court, nu nom
des deux souverains concurremment; — 2" ou bien cesmomiaies doivent
[882-8811 SITlATln.N HU VIKNNUIS i:i;.
En ce qui CDiicerno A'ienne les ronseignement.s s(jnt moins
abondants encore, s'il est possible. Les derniers actes, relatifs
aux territoires viennois, et datés du règne de Boson, qui nous
soient connus, sont de l'été de Tannée 882 '. Un autre document
pourrait faire croire que Carlonian fut, au moins momentané-
ment, reconnu à Vienne, mais la pièce est incomplète et peut
provenir de la Bourgogne \ Au contraire, une charte, que
nous avons déjà citée, datée de « la deuxième année après la
destruction de Vienne, Charles, empereur régnant'* », implique
la domination de Charles le Gros sur Vienne du vivant même
de Carloman. Ce dernier document joint aux autres textes que
nous venons d'examiner permet de considérer comme très vrai-
semblable le fait que le pa3'S conquis sur Boson fut partagé
conformément au traité de 879, la Provence revenant au roi
franc de l'Ouest, les dépendances de Besançon, de Lvon et de
A'ienne à celui de l'Est.
Quant à Boson lui-même, on ignore les événements qui rem-
plirent les dernières années de sa vie, entre la date de la
prise de Vienne et celle de la mort du roi. Les historiens des
deux derniers siècles admettaient volontiers l'hypothèse d'un
traité par lequel Charles le Gros aurait restitué à Boson une
partie au moins des anciens États de celui-ci'. Cette hypothèse
être attribuées en réalité à Charles le Gros, empereur, et l'on se
sera cependant servi du type cahlvs kex consacré par une longue
habitude.
1. Chartes datées, à Vienne, des années du règne de Boson: «mense
maio, anno 1" régnante Bosoni rege » (Chartes de C/iiny. iv> 23) ;
« mense januario, anno 111 régnante Bosone » (I'hevai.ieh, Cartid. du
chapitre de Saint-Maurice de Vienne, p. 34. n" 13.5 ; Carlul. de
Saint- André-le- Bas, x\°'à*): « mense junio, anno 111'^ régnante Bosone
rege post obitum Ludovico filio Carlo iniperatore » (Chartes de Clunij,
n" 26).
2. Chevalier. Carlul. du chapiire de Saint-Maurice de Vienne,
p. 54. C'est une donation incomplète du début, datée du Vlll des ides
de juin « anno I" regni domino nostro Ilarlanianno vidclicet in Bur-
« gundia. » La mention de l'archevêque Otran empêche de songer à un
autre Carloman qu'au fils de Louis 11. M. Ctievalier date du 6 juin 880 en
supposant le point de départ des ans de règne à la mort de Louis le
Bègue comme à la chancellerie de Carloman. .Mais à cette date. Boson
régnait à Vienne et en Bourgogne. Le point de départ doit être pris à
l'entrée des troupes de Carloman en Bourgogne (ap. juillet 880) ou à
Vienne (septembre 882), et la charte peut être antérieure au règlement
définitif du partage et à la remise du N'ieimois à Charles le Gros.
3. Gall. Christ., t. XVI, instr., col. 9.
'j. « Charles le Gros, appelé par les grands, envoya un sauf-conduit
« à Boson j)our venir le trouver à Metz comme il le souliaittoit. Mais
136 ItKHMKIŒS ANNÉES DE BOSON |S82-887]
ne repose sur aucun texte contemporain. Elle est de plus en
contradiction avec le seul passage d'un historien du ix* siècle
relatif aux dernières années de Boson. Le texte de Réginon,
malheureusement bien peu précis, indique en effet une lutte
acharnée soutenue jusqu'aux derniers jours du roi de Pro-
vence, L'épitaphe de celui-ci, d'autre part, rappelle l'impuis-
sance des rois francs à venir jamais à bout de leur adversaire ',
favorisé sans doute par les embarras que les Normands susci-
taient à Charles dans les autres parties de son royaume". Mais
les détails et les résultats de cette lutte sont complètement
inconnus. Plusieurs prélats de l'ancien royaume de Provence,
les métropolitains de Lyon et de Vienne, le chorévèqueLéoboin,
les deux évoques de Valence et de Belley assistent à un concile
tenu le 18 mai 886 à Saint-Marcel-lès-Chalon^ et dont les actes
sont datés d'après les années de l'empire de Charles le Gros.
« l'.oson ne fit le voyage qu'après que le traité de paix eut esté conclu et
« signé, estant trop judicieux et trop politique pour se mettre luy-mème
« entre les mains de son ennemy, qui n'auroit pas manqué de prétexte
« pour l'arrêter. 11 fit le premier jour de novembre hommage à Charles,
K et ensuite sa femme et sa fille liii furent rendues ». dit gravement
CiioRiER {Ilist. de Dauphiné, t. 1, p. 549). — Fantoni-Castrucci (///s/.
délie cilla di Avùiione, t. 11, p. 17) ou Bouvs (La rot/aile couronne des
roys d'Arles, p. 136), renchérissent encore. D. Vaissète (flist. de Lan-
guedoc, t. 11, p. 36; cf. t. IV, n. i, p. 6) avait reconnu, au contraire,
que « Charles le Gros traita toute sa vie Boson comme un usurpateur. »
Il considérait même Chatoies comme ayant été, durant les dernières
années de la vie de son ennemi, souverain de la Provence, en s'ap-
puyant sur un diplôme daté de 887, et par lequel l'empereur donne à
l'abbaye de Tournus le monastère de Donzère sur le Hhône (Ciiiffi.et,
Hist. 'de Tournus, pr., p. 259). Mais ce diplôme est, en réalité, du mois
de juin (du 17 au 23) de cette même année, ainsi que l'a montré
M. 'MCiilbaciier (Sitzuiif/bericlite der Wiener Akad., histor. pkilos.
niasse, t. XCli, p. 381, n. 3), c'est-à-dire d'une date certainement posté-
rieure à la mort de Boson. .\ cette époque Charles, par suite de cet événe-
ment, se trouvait reconnu dans le royaume de son ancien adversaire,
et la veuve de celui-ci se trouvait précisément avec son fils Louis auprès
de l'empereur, pour implorer son appui.
1. Ilisl. de Fr., t. VllI, p. 50, n. a ; Terrerasse, Insrr. du moijen âge
de Vienne, \\° 343 :
Quamvis hune plures voluisscnt perdere reges
Occidit nuUus....
2. Di.'emmeer {De Arnulfo Francornm regc., p. 5()) a cru que Charles
le Gros, après le siège de Paris, tenta de se débarrasser des Danois en
les envoyant en Bourgogne contre Boson. M. Favre {Eudes, p. 62)
combat (;ette opinion, qui n'est en tout cas qu'une pure conjecture, car
le mot liurguiuliri. dans le texte invoqué, peut fort bien ne désigner
que la Bourgogne proi)re. où en 886 les ."S'ormands allèrent ntta(iuer
Sens.
3. Chron. liesuense. éd. lk)U(iAi;D, p. 271.
(882-88"! |tKlîMi:i;i;s ANNKKS HK ItOSON 137
Ce fait, sans être une preuve absolue, jteut faire supposer que
Boson se trouvait réduit à une faible fraction des lîtats ([u'il
avait antérieurement possédés'.
Un diplôme, il est vrai, par lequel Charles le (iras soumet
à l'église de Nevers l'abbaye d'Iseure et la celle de Saint-
Heverien-, accordé à la requête de Guillauiiie, liU delîernard,
rappelle les services rendus à l'empereur par le marquis
d'Auvergne : celui-ci, dans la guerre contre l'usurpateur IJoson
et ses complices, se fît tuer en combattant pour son souverain
légitime. Cette mention serait fort intéressante, car elle four-
nirait la preuve de luttes soutenues par Boson contre Bernard
Plantevelue, luttes qui se seraient terminées, dans l'été de
l'année 885'', par la mort de ce dernier. Mais les éléments
chronologiques de ce diphnne ne concordent pas, ils sont dis-
posés dans un ordre anormal et l'on rencontre dans l'acte
plusieurs interpolations; aussi a-t-il été considéré comme fort
suspect par M. Miihlbacher*, qui admet cependant' ({ue le
passage relatif à Boson utilise des données contemporaines et
ne manque pas de vraisemblance''. Mais quelle est la nature
de ces données ? Une mention aussi développée paraîtrait plutôt
anormale dans un diplôme authentique, et si l'acte est un
diplôme refait, il n'est pas certain que ce passage ait été, plus
que le préambule, emprunté au teiLte primitif. Les renseigne-
ments qu'il fournit, bien que n'étant pas en contradiction avec
les faits connus, ne peuvent donc être acceptés qu'avec beau-
coup de défiance.
En dehors cependant de l'idée d'un traité avec l'empereur
Charles ou d'une lutte victorieuse contre le marqnîs Bernard,
1. [jn seul acte prive, appartenant à cette période et relatif au Diois,
est daté des ans du règne de Boson {Cartul. de Saint Cha/fre, éd. CiiE-
v.\i,n;r.. p. 52; cf. supra, p. 112, n. 3).
2. Ilist. de Fr., t. IX, p. 349.
3. Kntre le 20 juin 885. date à laquelle il obtient un diplôme pour
l'église de Lyon, et le 18 août, date du diplôme i|ui nous occupe.
M. Miihlbacher admet comme exacte cette date, qu'il fixe à 885, et non
a. 88G comme on l'avait fait ])récédemmcnt.
4. Silzunf]hpric}ile der Wiener Akndemie. hislor. p/tili>s. Klasse,
t. XCII, p. 497-498. Son authenticité avait été déjà mise en doute par
Maiuli.o.v, Diplomalique, p. 554.
5. Loc. cit., p. 498.
0. Et encore Bernard, sujet de Carloman en 884. aurait-il en. jus(jn'a
885, peu de temps pour lutter « permanente lidelitate » en faveur de
Charles le Gros.
138 DERMKUHS A.NNKES L)K IJOSON [882-8871
il est possible d'adinettre que Boson rentra dans Vienne
durant les dernières années de sa vie. Divers arguments plus
ou moins probants ont été mis en avant en faveur de cette
opinion'.
A. Un diplôme dnté de VicntiP et de la VI fP année de
Boson-. — Ce diplôme, qui a permis à Gingins'' de faire,
avec pas mal d'imagination, un tableau de la cour de Boson
dans les dernières années de son règne, et où figure le prince
tenant un plaid à Vienne en compagnie d'Ermengarde et des
évêques de son royaume, est un faux du xi" siècle.
B. Monnaies frappées à Vienne par Boson, après son
reloar. — Les monnaies de ce prince, toutes frappées à
Vienne, portent au droit la légende circulaire boso gratia dei
et dans le champ rex ; au revers le nom de l'atelier monétaire,
1. Nous ne discuterons que ceux qui ont été repris par Duemmleh,
Oslfr. Reich, t. III, p. 242, n.
2. Jlist. de Fr., t. IX, p. 672. Ce diplôme est une donation faite à
l'église de Maurienne, par Boson, « roi des Burgondes et des Ausones ».
eu sa cour de Vienne, et assisté de son épouse Ermengarde, sur la prière
de l'évoque Asmond, et du frère de celui-ci, Léotmann, évèque de Cré-
mone, du château d'Hermillon. Une disposition spéciale est ajoutée à la
fin de l'acte, pour confirmer l'union de la cité de Suse à l'évêché de
Maurienne. Le diplôme est daté au début, de la vm" année du rôjLi'ne. 11
a été généralement utilisé par les historiens, non seulement par Gingins,
mais plus récemment par Duemmlek {Oslfr. Reich, t. III, p. 126, n. 4),
par Hauhéau (Gail. Clirist.A. XVI, par 620), par l'abbé Dliciiesne {Fastes
épiscopnnx, p. 235), par F. Savio (Gli aulichi Vescovi, p. 229), par
Cahutti (// conte Umherlo e il re Arduino, p. 47) et par PinupoN {Le
second royaume de Rourgogne, dans Ami. Soc. Eniul. Ain, 1896, p. 255) ;
ce dernier néanmoins le déclare suspect. Et cependant la fausseté du
document saute pour ainsi dire aux yeux. L'invocation « régnante Deo,
factore omnium », la suscription « ego quippe Boso », la date placée en
tète, le style, les longs développements étymologiques, les menaces spiri-
tuelles, ne sont pas du ix'' siècle. Les deux évè([ues mentionnes sont
d'ailleursinconnus. L'acte atrôsprobablement été fabi'iqué au.xi'' siècle,
lorsque les évèques de Turin disputèrent au siège de Maurienne la
possession de la cité de Suse, réunie à Maurienne depuis l'époque mé-
rovingienne (LoNGNON, Allas hislor., texte, p. 142. et Bileiet, Méui.
sur les premiers évè'jiies de Maurienne, p. 53 et suiv.). Le faux ne
peut être d'ailleurs très postérieur à cette date, car il est connu par
une copie du xr' ou du xii'^ siècle en tète d'un bénédictioimaire de Car-
pentras (cf. Lamiîekt, Calai, des Mss. de Carpenlras, n» 74, et .Mas-Latuie,
dans les Doc. histor. incd., t. I, p. 722). Il est probable (jue l'acte fut
rédigé à cette époque, pour remplacer jx'utètre un diplôme authen-
tique perdu contenant la donation du château d'Hermillon, et certai-
nement pour constituer, au moyen d'une interpolation, un titre en
faveur des prétentions de l'église de Maurienne sur Suse.
){. Rosoiiides, \). 110 et suiv.
1882-887] HKliMKUKS A.N.NI-JKS DK lîitSO.N 130
viENNA ciYis'. Mais il n'y a rion, dans ces pièces', qui i»uisse les
faire attribuer à l'époque à hupicllo Boson était nnitré dans
sa capitale, plutôt qu'à celle à laquelle il n'était i)oint encore
sorti de la ville. On sait du reste ({u'uncnionnaio pouvait conti-
nuer à être frappée au nom d'un souverain dans uucî cité dont
celui-ci n'était plus le maître''.
C. Le fait que Boson fui enseveli à Vienne. — Ce fait est
attesté, et par deux diplômes de Louis l'Aveugle en faveur de
la cathédrale de Vienne « où reposent ensevelis les ossements
de son père et de sa mère'' » et par l'épitaplie du roi. Un
heureux hasard, en effet, nous a conservé de celle-ci quehjues
fragments contemporains ', en même temps (qu'une copie com-
plète sur la pla(jue de marbre qui, au xiii'' siècle, lors du
remaniement de la cathédrale par l'archevêque Jean de Bour-
noin, remplaça dans le cloitre le monument carolingien".
1. Prou, Calai, des monn. carol. de la Bibl. nat., p. \su, et no 846 ;
Garu:l. Monnaies des rois de France de la seconde race, t. H, p. 336
et pi. LXIl. Des monnaies de ce genre ont été déjà figurées par Lkul.anc
(Traité hislor. des monnaies, p. 132) et d"après lui par Kccakt, Com-
ment, de rébus Franciae (Jrientalis, t. II. p. 645.
2. Non plus que dans celle que décrit Mkrmkt, J/ist. de Vienne, t. I,
p. 236, et qui porte au di'oit la tète de Boson [?j. au lieu du mot ri:\.
Cette monnaie, que ne connaissent ni Gariel ni Prou, est assez sus-
pecte.
3. DuEMMLER et GiNoiNS citent, en outre, d'après Mi;r.\ji:t (l/ist. de
Vienne, p. 237) et celui-ci, d'après des Annales inédites de Ciiarvkt,
(publiées depuis par E.-.J. Savigné, Vienne, 1869, in-8", p. 90), une
monnaie inédite — et inconnue — de Boson, portant sur la face la tète
de ce prince, et au k l'inscription Vn:.NNA stat libkra autour d'un mo-
nogramme que Charvet interprète Ri:x Boso. Il est certain que la pièce
n'est pas de ce prince et probable ([u'elle n"est pas de répo(iue carolin-
gienne. La légende Vienna stat i.nn-.RA peut être une mauvaise lecture
de l'érudit Viennois, mauvaise lecture rendue plus facile par l'exiguïté
de la pièce « guère plus large qu'une lentille », c'est-à-dire de dimen-
sions très inférieures à celles du denier carolingien. Il est pos.-ible
aussi que la pièce elle-même soit un faux, comme on en fabriqua
beaucoup au xvr' siècle et au connnencemciit du xvn'\
4. llist. de Fr.,i. VllI, p. 416, et Cart. de Saint-André-le-Iias. (}x\.
Cin:vALn:R, n° 4. La mention se trouve, il e.st vrai, à une place légè-
rement anormale dans le dispositif et non dans l'exposé, mais la clian-
cellerie de Louis ne daraît pas avoir eu de fonnules très constantes.
M le diplôme, ni l'indication que nous vérilions par ailleurs, ne
semblent donc devoir être considérés connne suspects.
5. Ti:RRi:iiASSi;, Inscriptions du moyen t'uje de Vienne, t. Il p. 129.
Allas, n» 343. Cette pierre du ix*^' siècle fiit au xni« niise au i-ebut et
employée dans une construction pour servir de seuil à une mai.son, ce
qui en a fait conserver un tHïment. C'est un beau morceau de marbre
blanc, paraissant provenir d'un sai'copliagc antitiue.
6. C'est cette plaque du xm» siècle qui existe encore aujourdluii, pu-
140 DERMEHES ANNEES DE liOSON [882-887]
Mais le fait même que Boson trouva sa sépulture dans l'église
Saint-Maurice de Vienne ne suffit pas à prouver qu'il soit,
avant sa mort, rentré dans cette ville pour y exercer un pou-
voir effectif, car ses restes peuvent y avoir été apportés après
cette date par sa veuve ou par son fils.
D. — Un argument plus sérieux pourrait peut-être se tirer
de ce que diverses chartes relatives au Viennois sont datées
des années <( après la mort de Boson ' ». Ce fait tendait à prou-
ver qu'au moment de cette mort le souverain était reconnu dans
le pays. Mais, d'autre part, ces actes sont de l'époque troublée
([ui suivit la mort do l'empereur Charles le Gros, durant
laquelle on resta pendant quelque temps, dans divers pays,
indécis quant au prince à reconnaître". Si Boson, comme
le laisse entendre Réginon, lutta jusqu'à sa fin contre les
troupes impériales, sa mort pouvait être considérée comme
un événement assez important pour que les rédacteurs d'actes
privés aient cru devoir y rattacher la date de leurs chartes,
plutôt qu'aux ans de règne d'un souverain incertain. La rentrée
de Boson à Vienne, quoi([ue possible et même vraisemblable,
reste donc toujours un peu problématique.
C'est le 1 1 janvier 887 ''' que la mort vint débarrasser Charles
le Gros de son adversaire. Réginon " résume l'existence de
celui-ci, durant les dernières années de sa vie, en un portrait
célèbre. « Les rois des Francs eurent son nom en horreur et
« en haine, au point d'obliger à son expulsion et à son extermi-
bliée avec facs. dans Mermkt, Ilist. de Vienne, p. 234 et 320 et mieux
dans Terrkbassk, op. cil.. Allas., n" 343. Elle fut transférée dans la clia-
polle de Saint-Apollonie, aujourd'hui celle des fonts baptismaux. Selon
Cii()Kn;K(///.s^ fie Dauphiné, 1. 1, p. S'il), les ossements de Boson auraient
été de nouveau découverts de son temps « et s'il faut juger de sa taille
« i)ar eux, elle passoit la médiocre «. On remit le tout en place, mais
selon certains archéolofA'ues ('1'i;rri:bassi;, loc. cit.), il y aurait eu depuis
des remaniements et de nouvelles véridcations seraient nécessaires
])our savoir si les restes de Boson reposent encore derrière la i)la(iuc
de marbre blanc qui est censée les recouvrir.
1. Cliarles de CÀioiy, n'"- 30 et 37.
, 2. i\()us reparlerons plus bas de ce qui concerne alors les anciens
J'^tats de Boson.
3. La date de jour est donnée par l'épitaphe du roi et par le nécro-
loge de Saint-Maurice de Vienne (CiniTi.KT, llisl. de Touniiis. pr., p.
23.Ô). L'épitajjlie ajoute qu'il mourut dans la \nr" année de son règne
(15 octobre 8H()-15 octobi'c 887). 11 est mcntioniié connut- mort au mois
de juin 887 par les .[un. J''h/iI., \). 1 15.
'i. [{rtiiNo.N, (Ihrini.. p. 115. « Non solum illi Louis III et Carloman]
f882-SS-| • JIT.F.MKNT Sril F'.OSON l'.l
a nation, par promesses et par serments, non seulement leurs
« princes et leurs ducs, mais tous leurs soldats. Boson était
« d'un esprit si avisé, qu'attaqué, comme nous l'avons dit, cons-
c( tamment par les rois et les forces de leurs royaumes, personne
« ne put venir ;'i bout de le prendre ou de le surprendre, d'une
« si grande modération que, l)ien que ses partisans fussent
« proscrits et privés de leurs biens, il ne fut jamais en butte aux
« embûches de ses propres soldats ni trahi par eux, bien que
« ses ennemis l'eussent souvent tenté. » Dans quelle mesure ce
portrait est-il exact, c'est ce qu'il est bien difficile de déter-
miner. Il sembb^ bien que Boson ait été capable de se créer
des partisans dévoués, comme Otran, comme Jean VIII lui-
même pendant quelques mois. En tout cas, que les rois francs
aient ou non essayé de le faire assassiner, il ne sortait pas
moins victorieux de la lutte soutenue contre eux, car il mourait
roi. Non seulement d'ailleurs il avait fondé définitivement le
royaume de Provence, mais il avait donné l'exemple que devait
suivre, quelques années plus tard, dans des circonstances, il
est vrai, bien plus favorables que celles dans lesquelles s'était
trouvé Boson, llodolphe de Haute-Bourgogne.
« verum etiam alii reges Francoriim per succedentia tempora adeo,ii:ra-
« viter nomen ejus tulerunt atque exosum habuerunt. ut iiirecup(>rabili
« eius deiectione et inortis exitio non modo principes et duces, sed etiam
" eorum satellites, sacramentis et execratiotiibusobligarentur. Fuitautein
« tam perspicacis iiifi-enii, ut cum a niultis, ut dictuin est. regibus et
« regnis assidue insectatus sit, a nuUo tameii aut capi, aut circumveniri
« aliquando jjotuerit : tantae moderationis ut cum sil)i faventes ))rGscrip-
« tionibus dampnarentur... numquam insidiis suorum milituni fuerit
« petitus, nefiue fraude proditus, cum utrumque hostes saepe tenip-
« tassent. « On peut rapprocher des expressions employées par liéginon,
celles de l'épitaplie du roi (jue nous avons citées plus haut.
CHAPITRE IV
LOUIS DE PROVENCE JL'SOU'AUX EXPÉUIIIONS DITALIE
(887-900)
A sa mort, Boson laissait un fils et doux filles au moins'
placés sous la protection de leur mère, la reine Ermengarde.
Nous ignorons d'ailleurs et le moment où celle-ci avait pu
quitter le comté d'Autun et celui de la naissance de ses
enfants. Sur ce dernier point l'on peut cependant arriver
peut-être à quelques conjectures.
L'une des filles d'Ermengarde se nommait, comme sa grand'-
mère maternelle, Engilberge, et sa destinée ultérieure est
connue. Elle épousa plus tard, en effet, le duc d'Aquitain(s
Guillaume le Pieux, et est mentionnée dans diverses chartes'.
L'une au moins de ces filles était née avant 880, date à laquelle
la mentionnent les Annales de Saint-Bertin^ Mais nous
ignorons si c'est d'Engilberge qu'il s'agit alors ou de sa sœur.
Le sort de celle-ci, après 887, nous est également inconnu*.
Quant au fils de Boson, le jeune Louis, la date de sa nais-
sance reste de même ignorée. La première mention que l'on
rencontre de ce prince se trouve dans les Anna/es Fuldcnses ;
celles-ci le qualifient de parvulus au moment où il se trouvait.
1. Un diplôme de Charles le Gros mcMitionne ces filles d'Ermengarde
en 887 (l5(g;ii.\n:M-Mui:iii,B., n" 1709 ; Mijhatohi, Ant. ilal.. t. I, eoir'Jl'O
malheureusement sans les nommer et, sans même en dire le nomhre.
2. Cf. M.MnLij-., Le Hoy; dWquitnine, p. 22.
3. Ann. Berlin., a. 880, p. 151.
4. Nos données sur la famille de Boson chronologiquement disposées
se réduisent, en somme, à ceci :
876, printemps. — Mariage avec Ermengarde (.-l«/i. Berlin., p. 128).
878. — Une fille au moins fiancée à Carloman (Ihid., p. I'i4).
880, octobre. — Une fille au moins (fhid.. p. 151).
882. — Une fille au moins (//>/V/., j). 15:!).
887. — Un fils et deux tilles au moins.
[887| I.A l'AMlILK I»r'. liOSON 113
en 887, auprès de Charles le Gros'. La ]'isio K/no/i- le dit, à
une époque voisine de cette date, infantulm, mais hî caractère
particulier de ce texte ne permet pas de prendr." au jiicd de la
lettre les expressions qu'il emploie. Nous savons eu outre (jue
Louis était encore un enfant en 8i)0', d'autre part Ilincmar,
qui, à propos de la guerre contre Boson, parle à doux reprises
de la fille de celui-ci, ne dit rien de son fils. Le silence de
l'annaliste sur ce point ne permet pas de croire que Richard,
lors de la prise de Vienne, ait emmené à Autun le jeune Louis
en même temps que sa mère et sa sœur. 11 reste donc trois
hypothèses également admissibles :
r Au moment de la prise de Vienne, Ermengarde était
enceinte et son fils naquit en Bourgogne, lorsqu'elle s'y trou-
vait auprès de Richard le Justicier'^;
2" Louis naquit entre S83 et 887, en admettant qu'à une
époque quelconque comprise entre ces deux dates le comte
d'Autun laissa sa belle-sœur rejoindre Boson, dans la portion
des anciens Etats de celui ci qui lui obéissait encore;
3" Louis était né avant 882, mais ne se trouvait pas dans
Vienne lors de la prise de la ville.
Mais il ne faut pas, semble-t-il, reculer trop bas vers 887
la date de la naissance de Louis. On appelle, en effet, celui-ci
en Italie en 900 comme un prétendant capable de disputer la
couronne, sans qu'aucun chroniqueur fasse allusion à sa grande
jeunesse. Son fils, d'autre part, avait déjà atteint un certain
âge en 923, puisqu'il intervient à cette date dans un diplôme,
et remplace trois ans plus tard Hugues d'Arles dans le comté
de Vienne. C'est donc vers la troisième des hypothèses
énumérées plus haut que nous inclinerions de préférence.
Ajoutons qu'Hincmar, ne mentionnant qu'une fille en 880 et en
882, il faut peut-être placer la naissance de l'une des filles
de Boson après cette date de 882.
Quoi qu'il en soit, Louis était certainement très jeune
au moment delà mort de Boson, et hors d'état alors de continuer
la lutte soutenue par ce dernier contre les troupes fran((ues.
Pour que dès cette époque -il succédât à son père, il eut fallu
1. Ann. Fuldpnses, p. v, a, 887, p. 115.
2. Sur ce texte, cf. l'appendice que nous lui avons consacré, j). 227
et ss.
;j. Convenlus ValenlinensiK, dans Horktius-K«.\usi:, t. II, p. 370.
'i. HiNOiNs, Bosonides, p. 90, aihnct cotto hypothèse sans discussion.
144 ERMENGARDE ET LOUIS AUPRES DE CHARLES LE GROS [887]
une élection et un couronnement par les évoques et par les
grands du royaume. Mais les seigneurs provençaux se souciaient
vraisemblablement fort peu d'une tentative de ce genre et
d'une continuation de la guerre contre Charles le Gros.
Celui-ci, depuis la mort de son cousin Carloman, surve-
nue en 884, avait ajouté à ses couronnes celle de la Francie
occidentale. Mais il ne semble pas s'être occupé personnel-
lement, depuis cette époque, do rentrer en possession do la
Provence, seule portion de l'empire franc qui échappât encore,
pour partie du moins, à son autorité. L'année 886 avait été
employée par lui d'abord à sa malheureuse campagne contre
les Normands de la Seine, puis à l'apaisement des troubles
que suscitait en Italie l'avidité et l'insolence de son favori,
l'évêque Liutward de Verceil. Lors de la mort de Ijosou il
était de retour en Alémannie. C'est laque venaient le trouver
les rebelles italiens, parmi lesquels le marquis Bérenger de
Frioul, et en môme temps l'un des grands les plus puissants
du royaume de l'Ouest, le comte Eudes, C'est là également
que se rendit Ermengarde, accompagnée de son jeune fils.
A la nouvelle de l'arrivée de sa cousine' Charles, qui se
trouvait à Waiblingen, fit une partie de la route au-devant
d'elle et la rencontra à la fin du mois de mai à Kirchen sur le
Rhin', un peu au nord de Bàle. Là, disent les Annales ^ « il
reçut le jeune Louis à hommage et comme son fils adoptif ».
Ce passage des Annales de Fulda est malheureusement un
peu trop concis et ses termes un peu trop vagues pour ([u'il
soit possible de se rendre un compte exact de la situation du
jeune Louis vis-à-vis de l'empereur. On a rapproché cette
1. Dans ses diplômes, il rappelle sa nièce. En réalité, il n'était que
son oncle, « à la mode de Bretagne ». Le fait qu'il se rendit au-devant
d'elle semble indi(|uei' (ju'il était bien disposé en sa laveur et qu'elle
n'arriva pas à Kirchen absolument en suppliante.
2. Sui' l'identilication du lieu, cf. DuKMMi.Kh", O.'^lfr. lieich, t. 111, p. 277.
La première mention, datée du st^jour de Charles à « Ciri/ieim », est
un diplôme du ;{0 mai (IjOi'.iiMKii-MiiKin.n., n" 1703J. Ce n'est (\ue le
2'i juillet suivant qu'un dij)lôuie indi(|ue que Charles avait quitté Kir-
chen. Mais l'annaliste de Fulde place la rencontre et l'entrevue avant
des événements du mois de juin.
y. Ami. Fu(denses,Y*. 115: « Ad hominem sibi quasi adoptivum lilium
« eum injunxit >■>. — !Sur cette entrevue, cf. 1)ui;mmi,i;i{, Osifr. Reirh, t.
[IL p. 277 et F.WHi;, Eudes, p. IG. — Vaiîin (Influciire des (jhcsUdiis de
race sous In/; Kfiro/itif/iens. j). i:}, n. 1) s'est fait de l'entrevue une idée
assez originale, nutis inexacte, en supposant que Louis y vint « prêter
188'] i.nnis " KihKi.r. . m-; cmahi-Ks 14.')
situation de celle qu'Eudes occujja plus tard vis-à-vis d'Arnulf
et supposé que le comte de Paris et le niaiNjuis de Frioul, qui
assistaient à l'assemblée, avaient trouvé là un exemple et un
modèle pour leur royauté future'. Mais il faut remarquer
qu'Eudes, lorsqu'il se rendit en 888 auprès du souverain ger-
manique, était déjà roi en vertu de sa libre élection par les
hommes de la Francie occidentale. Tout se réduisit alors, en
somme, à la reconnaissance par lui du « séniorat moral «
d'Arnulf, sous la seule condition de conserver avec ce dernier
des relations pacifiques et amicales. Au contraire, lorsque
Louis vint mettre ses mains dans celles de l'empereur Charles
et se recommander à lui, aucune élection ne lui avait encore
conféré la qualité de roi ; si Charles le Gros lui reconnut des
droits éventuels à la succession paternelle, ces droits ne pou-
vaient, semble-t-il, s'exercer effectivement qu'après le décès
de l'empereur. Jusqu'à sa mort, en effet, celui-ci est considéré
comme le souverain de la Provence. Il y fait acte d'autorité
en concédant, à la requête de l'évèque de Langres, Geilon, au
monastère de Saint-Philibert de Tournus, l'abbavedeDonzère^
sur le Rhône, autrefois donnée par l'empereur Lothaire à
l'église de Viviers \ Plusieurs autres chartes attestent que
l'autorité de Charles fut reconnue dans les pays jadis soumis
à Boson, comme si l'empereur s'en était trouvé maitre ipso
facto après la mort de son adversaire*. Les Annales de Fulda,
d'autre part, ne donnent nullement à entendre que le nouveau
fidèle de l'empereur ait été roi dès cette date de 887. En 890,
les prélats et les seigneurs réunis à Valence déclarent que leur
pays est demeuré sans souverain depuis la mort de Charles
à Cfiarles le Gros, couronné empereur, l'hommage qu'avait refusé .son
père ».
1 . F^AVRK, loc. cit. « Une voie nouvelle était ouverte. Eudes et Bérenger
« purent alors comprendre comment il était possible de se tailler dans
« l'empire un royaume sans paraître porter sur l'unité carolingienne une
« main sacrilège. Ils comprirent qu'en contractant un engagement de
« fidélité, acte purement formel et qui n'engageait à rien, il était pos-
« sible d'acquérir sans être un usurpateur une royauté ertective. »
2. Donzère, Drôme, arr. Montélimar, cant. Pierrelatte.
3. Diplôme du 17 juin 887; B(*:ii.\ii:i{-.Ml'kim.ij., n° 1706. Il ne semble
pas avoir, du reste, été suivi de beaucoup d'eflet, car Louis de Pro-
vence eut plus tard à intervenir pour assurer aux moines de Tournus
la paisible possession de Donzère {Hist. de /•>., t. I.\, p. G77).
4. Ch. de Chnnj. n" 30 et. pour l'époque postérieure à la mort de
Cfiarles, C'/t. de Cluny, n°^ 36, 'lO, 41. Cnrl. de S. -André, n° !10*.
PoL'F.xnuiN. liojjaume de Provewe. lU
■146 ADOPTION ])]■] |.(»l IS l'Ai! CIIAIU.KS I.E r.P.dS |8S7|
le Gros ', ce qui implique qu'auparavant ils ne reconnaissaient
que celui-ci. Réginon" enfin ne fait remonter la royauté de
Louis en Provence qu'au mouvement « séparatiste » de 888
et à l'élection, dans les divers royaumes francs, de souverains
nationaux.
Louis lui-même, — ou plutôt ceux qui parlaient alors en
son nom, — ' prétendait tenir sa qualité de roi de cette « adop-
tion » de 887. Or, à cette date, Charles le Gros semble avoir
eu trois héritiers possibles, l'impératrice Richarde ne lui
ayant point donné d'enfant légitime: 1° son bâtard Bernard,
auquel il s'occupait à ce moment d'assurer la majeure partie
de sa succession, mais que repoussaient les grands ; 2° Arnulf,
bâtard de Carloman de Bavière, que sa noble naissance autant
que ses qualités personnelles faisaient au contraire désirer par
la majorité des sujets de Charles'^; 3" enfin Louis de Provence,
le seul Carolingien légitime parmi les prétendants à la suc-
cession de l'empereur, et de plus fils quasi-adoptif de ce der-
nier. Les partisans de Louis semblent avoir mis dès cette
époque en circulation l'idée que l'Empire devait lui revenir.
Du moins la trouve-t-on exprimée dans un texte un peu pos-
térieur cà la date de l'entrevue de Kirchen, la \lsio Karoli''.
L'auteur inconnu de cet écrit, en même temps qu'il insiste sur
la nécessité de la paix entre les rois francs, fait donner, par
l'empereur Louis II, à Charles le Gros descendu en esprit dans
les régions infernales, le conseil d'assurer l'empire au fils
d'Ermengarde, le dernier héritier du sang carolingien.
Ce n'(?st pas à dire cependant que dans la pensée de Charles
cette adoption, sur la nature de laquelle nous ne sommes pas
d'ailleurs nettement fixés, ait eu une portée aussi grande que
sembleraient l'indiquer les prétentions exposées dans la Visio
Karoli. Occupé en ce moment d'assurer le sort de Bernard,
il n'eût pas été se chercher un successeur dans la personne
de Louis. Mais si, par considération pour sa « chère nièce »
Ermengarde il voulait accorder un royaume au fils do colle- ci,
1. Convnitua Valeiilinensis, BonKTius-KRAUSn:, t. II, p. 37().
2. Chrantijur. a. 888.
:i. Cf. llAiiTTUNo, Die Thronfulfje iin dcvlscheii liciche Ina :vr Mille
des A'/"" Jahrhunderls (dans les Forsch. z. deulsc/wn Gesch., t. X\ III.
p. 135).
4. Nous rattachons, comme Diimmlor, la composition de la \isio ka-
rol'iiux (''véncments (le 887-888. Cf. iii/'iti. Aj/pe/idicf 17. p. 32'i et ss.
[88"| ciiAUi.o \.\: r.Hos KT i.ons n7
il fallait que ce fils, arrivô ù l'àye (riiomiiie, eût des droits à
faire valoir. Ces droits, il ne pouvait les tenir de son père que
Charles le Gros considéra toujours comme un usurpateur'.
L'adoption de Kirchen, au contraire, devait mettre Louis dans
la situation qu'occupait par exemple Arnulf de Havière, et lui
permettre de recueillir un jour une fraction de l'héritage de
Charles le Gros". On pourrait dire en somme que celui-ci a
conféré à Louis, non pas précisément le titre de roi, mais
plutôt l'aptitude à le devenir un jour. L'élection, qui devait
nécessairement intervenir, eut été, sans cette adoption impé-
riale, contraire comme celle de Doson lui-même aux règles
de la succession carolingienne. Charles le Gros, en adoptant
le fils d'Ermengarde, ne le créait donc pas roi, mais le rendait
éligible.
Après l'entrevue de Kirchen nous n'avons plus de rensei-
gnements, ni sur Louis ni sur sa mère, jusqu'à l'époque de la
mort de l'empereur. Nous savons seulement qu'Ermengarde
envoya auprès de ce dernier un de ses fidèles, Winigis, pour
solliciter la confirmation de ses biens, selon ce que Charles
lui avait promis à Kirchen, c'est-à-dire sans doute pour hâter
la rédaction de l'acte attestant cette confirmation. Le diplôme
fut accordé par Charles, le 11 août 887 ^ en même temps qu'un
privilège analogue en faveur de la mère d'Ermengarde, l'im-
pératrice Engilberge, qui avait à cet efi'et envoyé auprès de
l'empereur son médecin, l'abbé Gisulf^.
Louis de Provence cependant n'allait pas conserver long-
temps l'appui qu'il avait, on 887, trouvé auprès de l'empereur.
Charles, en effet, débonnaire mais faible, avait mécon-
tenté les grands et, au mois de novembre 887, la révolte
ouverte éclatait, ayant à sa tète Arnulf. Son oncle, abandonné
1. Rien ne prouve d'ailleurs que ce soit précisément le royaume de
Boson que Charles ait voulu conréder à son fils. Les actes du concile
de \'alence se bornent à parier de « rrr/ia dit/iiilas ». 11 n'est pas question
d'un rcgitvm, d'une circonscription territoriale déterminée, qui aurait
été réservée à Louis dans un partage analogue à ceux que préparèrent
entre leurs fils Louis le Pieux ou l'empereur Lothaire.
2. 11 y a un exemple analogue à une époque plus reculée de l'ins-
toire de" la monarchie franque. Au vi" siècle, Goiuran adopta Childe-
bert, son neveu, pour lui assurer sa succession (GaÉu. ni: 'l'oiits, Ilixi.
Franc, livre V, c. rr, éd. Omont, p. 161 ; P. Viollkt, llisl. des Iitslil.
polit., t. I.p. -i'iR).
3. B(i:iiMr.i!-Mi:r.iiMV\rMr,i!. n" 1709.
4. H(*;iiMi;i!-Mri;iii,ii\<;Mi:i!. ii" 1710; Miiîaioiii, .l/i/. j7/j/., t. I. col.5'')5.
lis FORMATION lU: IKlYAr.MR DK liOllUKlCNE |88S]
de tous SCS fidèles, trop peu énergique d'ailleurs pour résister
jusqu'au bout, se bornait à demander quelques terres en Ger-
manie pour y finir ses jours et, six semaines environ après ces
événements, mourait à Neidigen, près de Fïirstenberg, sur le
Danube, le 13 janvier 888'.
Alors, dit Réginon dans un passage célèbre et souvent cité,
(( les royaumes qui avaient été soumis à la domination de
« Charles, se fractionnent en rompant le lien qui les unissait, et
« sans attendre leur seigneur naturel , chacun chercha à se créer
« un roi tiré de ses propres entrailles"' ». Parmi la « foule de roi-
« telets ■* » qui s'élevèrent sur les débris de l'empire de Charles,
Louis de Provence ne paraît pas avoir figuré tout d'abord.
Mais il est nécessaire de dire un mot de Rodolphe 1"'", qui
venait de fonder en Bourgogne jurane un royaume dont l'his-
toire est assez étroitement liée avec celle de la Provence.
Rodolphe n'était pas, comme Boson, un « homme nouveau »,
en ce qui touche du moins ses parents du côté paternel. 11
appartenait à la famille des Welfs. Son aïeul, Conrad l'An-
cien, frère de l'impératrice Judith \ comte et duc en Aléman-
nie^ protecteur" et peut-être abbé laïque" de Saint-Gall,
avait été l'un des plus puissants personnages de son temps, le
« collègue des rois^ ». Oncle de deux, souverains^ et l'un des
conseillers de Lothaire 11 et de Louis, il prit part à de nom-
breuses négociations entre les fils et les petits-fils de Louis le
Pieux. Ce Conrad laissa deux fils: l'un fut le célèbre Hugues
l'Abbé ; l'autre Conrad, comte d'Auxerre, en 858-859 con-
tribua avec son frère à sauver Charles le Chauve lors de
l'invasion de Louis le Germanique en Gaule. Mais tombé,
comme Hugues, en disgrâce vers 861 au moment de la grande
1. Sur tous ces événements, cf. Dukmmleh, Osifr. Reich,i. III, col.
287
2. Chronicon, a. 888, p. 129.
3. Ann. Fuldmses, a. 888, p. 116.
'i. Sur la Kénéalogio fies Wt'lfs, cf. Duf.mmi.kiî, Oslfr. licldi. t. Ilf, p.
318, et TiiOd, Rudolf I uitd II, p. 5 et suiv.
5. 1)ui:m.\ii.!:r, O.'^tfr. lieirh, t. I, p. 12'.t.
6. Wart.mann, Ur/;inidetiln(clt dev Ahlri S. CalL, 1. I, p. 333, t. II. p. 37.
7. Dui:mmi.i;i[, op. cil., p. 181, d'après Waiii,. Stiiauon. dans les Mon.
Germ. Poelae Intini medii aevi, t. II, p. 369.
8. IIkikic, Miracula s. Germaui. 1. II, c. n; Mon. Cenn., SS., t.
-XI II, p. '.01.
9. De Charles le Chauve, fils de Judith, et de Lothaire II, tils d'Er-
mengarde, sœur d'Adélaïde, femme de (.'onrad.
|88S1 Fdl'.MATI'iN lU Ki iVAi M K liK Mol l'.CniiM'; 159
faveur de Robert le Fort', il passa au service des tils de l'em-
pereur Lothaire. Il reçut très vraisemblablement de l'empereur
Louis les territoires qu'il avait enlevés au comte abbé Hubert,
c'est-à-dire le gouvernement des trois diocèses ultrajurans de
Genève, de Lausanne et de Sion, avec l'abbaye de Saint-Mau-
rice d'Ag•aune^ Un chroniqueur' le qualitie de « duc de Rhétie
et des pays jurans ». Il mourut à une date indéterminée et
son fils, Rodolphe, parait lui avoir succédé dans le gouverne-
ment de ses comtés, sans que nous sachions très bien quel rôle
il joua dans les relations politiques entre les divers princes
francs. Rodolphe, abbé de Saint-Maurice*, porte dans les actes
les titres de comte" et de marquis'' et son autorité semble
s'être étendue sur les pays qui constituèrent plus tard son
royaume de Bourgogne transjurane^
C'est de Bourgogne jurane en effet qu'il se fit proclamer
et couronner roi à Saint-Maurice en Valais, au mois de jan-
vier 888*, par une assemblée de grands et d'évèques^ Mais ce
1. Hugues fut à ce moment un instant installé par Lothaire II comme
archevêque de Cologne. Cf. Parisot, Le royaume de Lorraine, p. 250.
2. Sur l'étendue de ces pays confiés à Conrad, cf. Forkl, Reg Suisse
Rom., introd., p. XLVU.
3. FoLCUiN, Gesta Abb. Lobiens.. c. 12. Mon. Germ.. SS., t. IV, p.
60. Par R/iéiie. il faut, sans doute, entendre des pays alpins distincts de
la Rhétie proprement dite, car celle-ci ne fut jamais soumise à l'autorité
de l'empereur Louis II. (Longnon, Allas, pi. YIl.) Le Codex diploma-
ticus Cur Rlw liens, àeMoHR (Coire. 1848-1863,4 vol. in-8), ne mentionne
aucun comte Conrad, mais on rencontre dans ce pays un comte Rodolphe
(DuKMMLKR, Ostfr. Reich. t. II!, p. 343), peut-être son parent.
4. Cf. la prestaire consentie à l'impératrice Engilberge (v. 872 ?)
(MuRATORi, Ant. ital., t. II, col. 156).
5. « Rodulfus comes » souscrit une charte pour l'église de Lau-
sanne {Cartul. de Lausanne, Gall. Christ., t. XVI, instr., col. 126).
L'acte est daté inexactement dans ce dernier recueil : Il est de 885 ou
886. non de 890, date à laquelle le roi régnant à Lausanne était Ro-
dolphe lui-même, non Charles le Gros.
6. Diplôme de Charles le Gros du 15 février 885 (RœHMKR-MuKMi.-
BACHKR, n° 1648) et charte de Rodolphe lui-même du 13 août 886 (Zapf,
Monum. Aiu-cd., I, p. 23).
7. Selon Réoinon (Ioc. cit.), en effet, son usurpation semble avoir sur-
tout consisté à « retenir à titre de roi » (regaliter retinere) ce qu'il
possédait déjà auparavant à un autre titre. ^' i»*
8. Le premier des diplômes de Rodolphe L'"" n'est (|ue du 10 juin 888
(Charles de CJunij, t. I, 39). Mais il fait commencer son règne à une
date indéterminée du mois de janvier, car un acte du 28 janvier 895
place cette date dans la VIII" année du règne de Rodolphe (IMplôme
confirmant à l'église de Lausanne ses droits de libre élection de Tévêque
par le clergé et le peuple ; Carlul. de Lausanne, p. 53; ILdrf.k, He-
gesta, p. 183).
9. RÉGINON, Chron., a. 888, p. 130 : Ann. Fuld., a. 888, p. 116. Les
lôO KdllOLl'IlE I" K.N IJtllliAIM-:
rojaiime no parait pas avoir suffi à l'ambition de Rodolphe I""",
qui chercha à se faire reconnaître dans l'ensemble des anciens
états de Lothaire II. Aussitôt après sa proclamation à
Saint-Maurice, il envoya en Lorraine des émissaires chargés
de gagner à sa cause les grands de ce pays\ Sa tentative fut
couronnée de succès, car dans le courant du printemps de cette
même année ses partisans, réunis à Toul', le faisaient consa-
crer roi par l'évêque de cette ville, Arnaud'. Le nouveau roi
semble même avoir occupé l'Alsace''. Mais sa domination en
Lorraine ne devait pas être de longue durée ^ car Arnulf
n'était pas disposé à soutenir ou à admettre ceux des rois
de nouvelle création qui ne reconnaissaient pas son autorité au
Ann. Anfilo-Saxonici {Mon. Germ., SS., t. XIII, p. 107); les Anii.
Lausanneiises, a. 888 (Ibid., t. III, p. 152) ; les Gesta Berenf]<trii, 1. 1, v.
88, mentionnent également l'avènement de Hodolphe I. Iléginon est
seul à parler du couronnement à Saint-Maurice, que DuKiMMLKH (Osifr.
Reich, t. III, p. 318) révoque en doute en présence de cet unique témoi-
gnage, après ravoir primitivement admis {de Arnul/'o, p. 49). Tro*;
{Rudolf I und IL p. 30)objecte avec raison que le témoignage de Réginon
n'est pas dénué de valeur. Les Ann. Vedaalini, il est vrai, ne parlent pas
de l'assemblée de Saint-Maurice, mais elles ne sont pas aussi bien rensei-
gnées que l'abbé de Priim sur des faits qui intéressent l'iiistoire de la
Lorraine. La phrase « ceux qui habitent entre le Jura et les Alpes se
«réunissent à Toul» indiquede leurpart une confusion. Une réunion d'un
nombre forcément restreint de seigneurs et d'évêques à Saint-Maurice
peut fort bien avoir échappé à l'annaliste de Saint-Vaast. On s'explique
fort bien, en revanche, que Réginon, qui était Lorrain et écrivait moins
de vingt ans après les événements, ait eu des raisons pour ne pas in.•^ister
sur le règne de Rodolphe dans ce pays. Cependant, le fait du couron-
nement de Rodolphe à Toul est confirmé par un diplôme d'Arnulf cité
plus bas, n. 3. En outre, d'après les .4/;/;. Vedaslini, le couronnement
à Toul parait avoir eu lieu en mars, alors que les diplômes de Ro-
dolphe 1 ont pour point de départ du compte des ans de règne une date
de janvier 888, qui ne peut être que celle d'une première proclama-
tion. — Sur tous ces événements, cf. Parisot, op. cit., p. 487 et suiv.
1. RÉGINON, Chron., l. cil. Le fait n'a rien que de vraisemblable.
2. Anîi. Vedastin., a. 888. Elles mentionnent ce fait immédiatement
après la consécration de l'évèquc de Cambrai, Odilon, le 17 mars de
cette année.
3. .\rnaud fut plus tard puni de sa trahison envers la cause d'Arnulf,
et dépouillé d'une partie de s(>s biens (diplôme d'Arnulf du 2 février
893 ; /lisl. de Fr.. t. IX, p. 36G ; B()i';iiMi:R-Mi:i:in,BACiiEU. n" 1833.
4. C'est ce qui ressort des expressions emj)loyées par les Annales de
Fulda (p. 116): « Rex contra Rodulfiun l^lisaciam progreditur ». Cf.
LoNdNON, Allas hisl., p. 80.
5. Dès le !'''• mai 888, l'évoque Arnaud de Toul assiste avec l'arche-
vêque de Trêves et les évoques de Verdun et de Metz à un synode tenu
dans cette dernière ville et dont les actes sont datés « Aimo 1" regni
« Augusti gloriosissirni régis » {llixl. de Fr.. t. 1\. p. 3!'i) — il faut 1res
vraisemblablement corriger .l«yi<s// en Aninl/i.
L88S| CrKlil'.K KNTIU-: AllM l.l' KT K( lliol.l'lll-; 1- loi
moins nominale. Au mois do juin 888, Eudes était venu, .à
Worms, (c s'humilier* » devant le successeur de Charles le
Gros. Arnulf pénétra alors en Alsace et marcha contre le roi
de Bourgogne". Rodolphe paraît s'être alors réfugié dans les
montagnes, peut-être dans le nord do la Suisse actuelle '* et
Arnulf, laissant à une armée d'Alamans le soin de poursuivre
son ennemi, rentra en Bavière en traversant la Francie\ A la
fin d'octobre et au commencement de novembre il était à
Ratisbonne^ C'est là que Rodolphe se décida à venir le trou-
ver, pour conclure avec lui un traité de paix, mais sans pou-
voir se maintenir en Lorraine®. Il ne semble môme pas'
qu' Arnulf ait très nettement reconnu l'existence du nouveau
royaume ^
Ce dernier, tel qu'il se trouvait alors constitué, s'étendait''
sur les cantons suisses actuels de Neuchàtel, de Fribourg,
de Vaud, do Valais, de Genève, comprenait Bàle'°, Aoste et
Besanron, dont le métropolitain Théoderic remplissait auprès
du nouveau roi les fonctions de chancelier". 11 était donc
1. L'expression est de l'annaliste de Fulde, c'est-à dire de lliistorio-
graphe presque officiel d'Arnulf.
2. Aiin. Fuldeiises, p. 116; Réginon. p. 130.
3. Cette retraite de Rodolphe n'est indiquée que par Réginon, qui,
selon son liabitude, introduit ici une digression relative à des événe-
ments postérieurs. Nous ne savons où Rodolphe se retira. Les mots
« inito con^ilio cum primoribus Alamannorum », des Aiiti. Fuldenscs,
pourraient faire croire qu'il se trouvait sur les frontières d'Alémannie,
mais il peut s'agir aussi des chefs de l'armée alémannique envoyée
par Arnulf contre son adversaire.
4. Ann. Fuld., loc. cit.
5. Ann. Fuld., loc. cit. ; Bti^HMKH-MuF.HLBACHER, n^^ 1755-1757.
6. Cf. p. 150, n. 5, et en 889 plusieurs diplômes attestent la souverai-
neté d'Arnulf sur la- Lorraine. Hi>it. de Fr., t. IX. p. 364 sqq.
7. Les Ann. Fuldeiises ne disent rien de ce genre. Hkh.mann di: Rki-
CHKNAU est seul à dire explicitement « favore ejus pervasam impetravit
« Burgundiam. » {HisI . de Fr., t. VIll, p. 247.)
8. La guerre ne tarda pas à recommencer entre Rodolphe I d'une
part, Arnulf et son fils Zwentibold d'autre part, soit que l'on n'eût pu se
mettre d'accord sur la question des frontières (Dukmmlkk, Ostfr. lieic/i,
t. 111, p. 32'i), soit qu'en 888. Arnulf n'eût fait qu'ajourner la lutte, pour
pouvoir librement s'occuper des affaires d'Italie.
9. Les textes relatifs à cette que.stion sont énumérés et analysés dans
Trog, Rudolf I und Rudolf II, p. 27-33. Cf. Long.non, Atlas Hisl.,
texte, p. 80-81.
10. L'évéque de Bàle, Éring, accompagne Rodolphe à la consécration
de l'évéque de Lausanne. Mansi (t. XVIII, p. 158) imprime sous la
forme Trinjus le nom de cet évoque qui assiste en 895 au Concile de
Tribur.
11. Gall. Christ., t. XV. col. 23.
152 SITrATlON DK I.A Pl'.UVKNCK f888-890j
constitué en grande partie par le duché situé entre le mont
Saint-Bernard et le Jura qu'avaient possédé Hubert, puis
Conrad et Rodolphe ^ Mais à ce duché venait en outre s'ajouter
une partie des anciens États de Boson, celle qui ne faisait,
avant 879, partie ni de la Provence ni de la Bourgogne
éduenne.
Les pays entre le Rhône et la mer, qui avaient formé la
plus importante portion du rojaume de Provence, demeu-
rèrent, après la mort de Charles le Gros, quelque temps sans
souverain. Les actes y sont datés, selon une formule habi-
tuelle aux temps d'interrègne, « après la mort de Boson -, après
la mort de Charles^ ». Louis, bien que certains textes parais-
sent faire remonter à 888 le début de son règne'', n'avait cer-
tainement point encore été couronné à cette date. Ce retard
doit sans doute être attribué aux troubles auxquels les actes
du concile de Valence font une allusion assez vague" et (pi'il
faut peut-être rattacher à l'expédition en Gaule de Gui de
Spolète*. Nous ne savons d'ailleurs si celui-ci traversa l'an-
cien royaume de Provence, pour se rendre en Bourgogne,
où se trouvaient ses partisans les plus nombreux. La seule
autorité qui semble s'être exercée alors dans les Etats
qui avaient appartenu à Boson est celle de la reine Ermen-
garde, assistée des grands et des évêques, et soutenue
1. Cf. RÉGINON, Chron., a. 859, p. 78.
2. Charles de Cluny, n"'* 30, 37. On en trouve encore des exemples
même à une époque et dans des lieux où Louis était certainement
reconnu,' par survivance d'une habitude des rédacteurs des actes
(Cnrtul. de Saint- Maurice de Vienne, n"'' 106 et 154 ; Charles de Cluny .
n°^ 49 et 57 ; Gall. Christ., t. XVI, instr., col. 10)..
3. Chartes de Cluny, n"** 36, 40. 41 (Cf. Bruel, Chronologie des rois
de France et de Bourgogne, p. 1 1); Cartiil. de Saint-André, n" 15*, n" 1 10*;
Cartul. de Romans, éd. GniAni), n» 34 (pour ce dernier acte il y a
cependant un léger doute, cf. IfivAZ, Diplomatii/ue de Bourgogne, i.
n" xiv); Chartes de Cluny, n" 61 (la date : « Anno X post obituni Karoli »
a fait croire à tort à M. Bruel que Louis ne fut pas sur le-champ reconnu
en Lyonnais; il vaut mieux admettre la survivance d'une habitude de
notaire).
4. Aiin. Fuldenses, a. 888, p. 110. 1! en est de même jusqu'à un
certain point du texte de HiXiiNoN, cité plus liaut, p. 148.
5. Concentus Valentinensis, BoniiTius-KuAUSi;, t. IL p. 476 : « Valde...
« alîlictaretur, non modo a ])ro])riis incolis (pios iiulla dominationis
« virpa cocrcebat. »
6. Le texte des Ann. F nid., lue cit., parait étublii' un lien entre les
tentatives de Gui de Spolète et celles qui purent être faites alors par
le jeune Louis. — Sur Gui de Spolète, cf. FAViit, Eudes, p. 85-88.
[SflO] IM.AII) DK VaI;K.N.M-.S 1Ô3
par son ancien adversaire, Richard le Justicier. C'est ce
que prouve du moins la notice d'une assemblée alors tenue
en un lieu indéterminé du nom de Varennes'. La présence
de plusieurs évoques provençaux, parmi lesquels le métropo-
litain d'Arles", de divers comtes du même pays comme
Teutbert et Adalelnie, en même temps que de Richard le Jus-
ticier et de seigneurs soumis à son autorité, tels que Gui, comte
de Dijon ou d'Oscheret'', et Rainard, vicomte d'Auxerre*,
paraît devoir faire attribuer à l'assemblée une certaine impor-
tance politique ^ Le début de l'acte semble indiquer tous les
personnages réunis à Varennes, comme des « fidèles « du jeune
Louis", mais celai-ci ne porte pas dans le texte le titre de roi
et, d'après la teneur môme du préambule, c'est la reine qui
paraît avoir présidé le plaid \ C'est également contre un de ses
« vassaux » que fut rendue la sentence qui condamnait celui-
ci, un nommé Bernard, à restituer à l'abbaye de Gigny* et à
l'abbé Bernon " la celle de Baume '" qu'il avait indûment usurpée.
Il faut en même temps conclure de l'acte qu'au début de son
règne, Louis de Provence étendit jusque dans TEscuens son
autorité". L'hypothèse qui semble la plus acceptable consiste
à rattacher ce fait aux relations respectives de Louis et de
Rodolphe P"" avec Arnulf. Le roi de Haute-Bourgogne, alors
en guerre avec le souverain germanique, pouvait être momenta-
nément réduit à la possession des pays montagneux où il
résistait aux armées alémanniques*-. Nous savons au contraire
1. Ilisf. de Fr., t. IX, p. 66.3. — Les localités bourguignonnes du
nom de Varennes sont trop nombreuses pour que l'on puisse identifier
celle-ci avec quelque certitude.
2. C'était alors Rostaing. — Les autres évêques provençaux présents
sont Ardrad de Cavaillon et Lsaac de Grenoble.
3. Cf. supra, p. 82. n. l.
4. Cf. iiifra, p. 343.
5. C'e.st ce qu'a déjà reconnu Tkrrebassk, Hist. de Boson, p. 165 ;
mais l'objet même de la notice, grâce à laquelle l'assemblée nous est
connue, est en lui-même p^ important.
6. « Et cuncti principes Ludovici filii Bosonis. »
7. « Cum convenisset Ermengardis regina et cuncli principes... Et
«tune ipse perjussionem reginae jam dictum locum in praesentia
« werpivit... His ita expletis jussit dominatrix regina. »
8. Jura, arr. Lons-le-Saunier, cant. Saint-.Julien.
9. Bernon, abbé de Gigny (899-910), plus tard fondateur et premier
abbé de Cluny (910-927).
10. Baume-les-Messieurs, .Jura, arr. Lons-le-Saunier, cant. Voiteur.
11. C'est ce que reconnaît Longnon, Allas hislor., texte, p. 81.
12. Cf. supra, p. 151.
loi IM.AII» l)K VAHIvNNKS |S90|
qu'Arnulf favorisa les débuts de son jeune cousin, auquel il
devait même plus tard donner officiellement une partie des
territoires conquis ou à conquérir sur Rodolphe P""'. C'est là
sans doute ce qui explique que, vers 800, Louis ou ses repré-
sentants ait eu à intervenir dans des territoires dépendant de
la province de Besançon".
1. Cf. inf?-n,\). 158.
2. Nous avons adopté pour cette notice la date de 890. Elle demande
quelques explications. L'acte est connu par une copie du xi« siècle
(Bibl. i\at. ms. lat. 14192, fol. i5 v°) et par des copies modernes ou des
éditions dérivant d'une copie perdue venant de Vyon d'Herouval. Il est
dans les deux cas daté « anno incarnacionis Domini DCCCXCVIll,
indict. VIII ». Ces indications ne concordent pas : l'année 898 a pour
indiction I, l'indiction Mil correspondrait à 890 ou à 905. Les conti-
nuateurs de Dom iJouquet ont adopté cette dernière date. Au contraire,
.M. DI-: Tkrrebassk (Hisl. de Bosou. p. 165, et Ilist. des Dauphins de
Viennois, p. 9-10) se prononce pour celle de 889 ou 890.
Au premier abord, il semble que l'argumentation des Bénédictins soit
très solide. La notice de Vare.nnes dit, en effet, fornaellement que les
moines de Gigny revendiquent la celle de Baume « ([uam olim per pre-
« ceptum a Rodulfo re-ze acquisierant ». Or, nous possédons un diplôme
de Rodolphe l(//i.s/.ri'ey''r., t. lX,p.692)qui paraît bien authenticiue et par
lequel ce souverain donne à l'abbé Bernon et aux moines de Gigny, avec
d'autres biens, « dans l'Escuens une celle du nom de Baume à l'endroit
« où la Seille prend sa source. » Ce serait donc là le diplôme visé dans la
notice, et comme il est certainement daté du 10 décembre 903, la not'ce
devrait être rapportée à l'année ayant pour indiction VIII qui suit 90:5,
c'est-à-dire à 905. On ne peut d'ailleurs le considérer comme plus récent,
car Lrmengardemourutuu plus tard en 905 (Ilisl. de Fr.,i. 'VIII, p. 41G).
Mais l'on peut faire à ce système diverses objections et s'il est exa-
géré de dire, comme Tkrkeuassi:(/oc. vil.), qu'il faut corriger la date du
diplôme de Rodolphe I avec celle de la notice, l'érudit Dauphinois nous
paraît cependant avoir raison quant au fond, bien ([ue nous ne consi-
dérions pas comme valables tous ses arguments. 11 faut, en effet, fain^
les remai-ques suivantes : a) Les moines de Gigny possédaient cerlai-
nement la celle de Baume avant bi date de 90;5, car un privilège du
pape Formose de 895 (Jaffé, n» 3499, Hisl. de Fr., t. L\, p. 2Ô;)) la
mentionne parmi les possessions qui font l'objet d'une concession du
souverain pontife. Formose .étant mort en 898, il est impossible de
supposer une erreur de date et de croire le privilège postérieur
au diplôme de Rodolphe I. D'autre i)art, il y a dans ce dernier un
passage « quam ipsi monachi prelibati .ad fundainentum reedifica-
« verunt )) qui prouve de leur part une prise de possession antérieure.
Il y a donc, en ce (jui touche la celle en (piestion, restitution ou Cdu-
firmation plutôt (|ue donation, sans que nous sachions ])Ourquoi la for-
mule de donation a été employée comme s'appli(|uant à Baume au
même titre (ju'aux autres possessions énumérées dans l'acte. —
h) Paléographiquement. l'on s'explique assez bien la confusion entre
DCCC.XC et DCCCXCVIll, en admettant une « dittographie ». L'un
des copistes, peut-être nombreux, par l'intermédiaire desquels l'acte
nous est parvenu, aura répété deux fois le chilfre de l'indiction, et au
lieu de «anno... IJC(JCXC .\'1II. indiclioiie cum convenissent » aura
[889] N'KGOCIATKINS .WKC AliMM.K KT KTIKN.NK V 155
C'est à préparer le couronnement de son fils qu'Krmenganle
employa l'année 889. Au mois de mai elle se rendit à Forcheim
auprès d'Arnulf, chargée d'obtenir de celui-ci une nouvelle
confirmation de biens en faveur d'Engilberge, les domaines de
l'ex-impératrice devant, après sa mort, revenir à sa fille*. Mais
on même temps elle offrit au roi « de riches présents », et,
lorsque celui-ci la renvoya « chez elle » ", ce ne fut sans doute
qu'après lui avoir accordé ce qu'elle demandait, c'est-à-dire
l'assurance de la protection royale pour le jeune Louis. En
échange la reine devait avoir fait la promesse d'un serment de
soumission et d'hommage, analogue à celui que l'année précé-
dente, Eudes était venu prêter à Worms''.
D'autre part, on s'était assuré de l'appui du pape Etienne V.
L'archevêque de Vienne, Bernoin, s'était, dans la première
partie de cette année', rendu auprès du pontife. Il avait obtenu
de lui une circulaire adressée à tous les évêques de la (laule
cisalpine, leur recouimandaut de « constituer roi, sur le
écrit « anno... DCCCXCVIII indictione VIII cum convenissent ». La
confusion entre DCCCV et DCCCXCVIII serait moins admissible; —
c) Louis ne porte pas dans Tacte le titre de roi, ce qui donne lieu de
croire que l'acte est antérieur au couronnement du jeune prince àValence.
En 890. d'autre part, les limites du royaume de Rodolphe I sont assez
variables pour que Louis ait pu momentanément régner sur l'Escuens;
il est, à cette époque, étroitement soutenu par Richard le Justicier.
Au début du x" siècle, au contraire. Louis est non seulement roi, mais
empereur. Richard ne s'occupe plus j^uère que des affaires de France,
et l'Escuens est de nouveau retombé sous la domination du roi de
Haute- Lîourgogne, comme le prouve le diplôme même pour Gigny.
La date de 890 pouvant être maintenue, en raison du texte du précepte
de 903. celle de 898 s'expliquant assez facilement par une erreur de
copiste, celle de 905 s'accordant moins bien avec les faits historiques
coimus que celle de 890, cette dernière nous a paru devoir être défi-
nitivement adoptée. — Le document a peut-être été connu par l'au-
teur du Ca/a/. abbalum S. Eugeii/li Juretisis (Mon. Germ., SS.,t. XIII,
p. 745) qui insère dans la notice relative à Manno cette brève indication
chronologique : « ab incarnatione 898. Indictione vni. Ermengardis
« regina et principes Ludovicifilii Bosonis. Anno I\' post obitum Karoli
« imperatoris ».
1. Cod. iliplom. Long., p. 573: BrEHMr:r.-ML'EMLi$\CHEK, n" 1767.
2. Aim. Fuld., p. 119, ann. 890. Mais en raison du diplôme cité n. 1,
dont l'original s'est conservé et qui a date certaine il faut très vraisem-
blablement, comme l'a reconnu Dle.mmi.kr {Ostfr. Reich, t. III, p. o'i4)
rapporter ce récit à l'année 889. La confusion est d'autant plus admis-
sible qu'il y a en ces deux aimées plaid à Forcheim au mois de mai.
3. Favre, Eudes, p. 110.
4. Il était de retour au mois d'octobre de cette année (^Jrt//. Christ.,
t. XVI, col. 54).
156 ASSKMBLKK I)K VAI.KNCE_ [SOO]
peuple de cette terre, Louis, petit-tilsde l'empereur Louis' ».
A une date indéterminée en automne ou au commencement de
l'hiver de l'année 890-, les métropolitains de Lyon, d'Arles, de
Vienne et d'Embrun, assistés d'un certain nombre d'évêques^
et sans doute de grands \ en présence de deux envoyés d'Ar-
nulf, l'évêque Réoculf et le comte Bertold^ se réunissaient
à Valence pour élire et constituer roi Louis, fils de Boson.
Le procès-verbal de l'assemblée nous est parvenu ^ Les rédac-
teurs rappellent d'abord les démarches de l'un d'eux, Bêrnoin
de Vienne, auprès du souverain pontife et les motifs qui les
poussent à désirer un roi. Le pays en effet est privé de souve-
rain depuis la mort de Charles le Gros, pendant que des troubles
intérieurs l'agitent et que les païens normands ou sarrasins pro-
fitent de cette situation pour piller un royaume dépourvu de
défenseur. Louis paraît tout désigné pour être investi de ces
fonctions de roi, tant par ses qualités, son heureux naturel, son
impériale naissance, que par l'appui que lui prêtent le pape
1. La lettre est perdue, mais est mentionnée dans les actes de
Valence.
2. Louis compte ses ans de règne comme roi très probablement à
partir de son couronnement à Valence. Mais nous ne possédons que
deux diplômes de lui ayant l'an de règne et la date de jour (Cai-lid. de
Grenoble, éd. Marion, p. 65 et 72). Le second montre que la date du
concile est postérieure au 12 août 890. Mais les actes n'ont point de
date de jour et c'est à tort que Pertz (Mon. Germ., LL.. t. I, p. 558)
a cru pouvoir, d'après l'indiction, placer cette date antérieurement au
1«'' ou 24 septembre. Mais certains actes d'assemblées analogues sont
certainement datés d'après l'indiction du 25 décembre, 'i'els sont ceux
de Foron, novembre 878, indiction xi (BoRi-Tn's-KRAiisi:. t. II, p. Ifi'.i);
de Mayence, octobre 852, indiction xv (Jbid., p. 195); de Thionville,
octobre 84'i, indiction vu (ibid., p. 112). — Il semblerait plutôt, d'après
les dates de deux autres diplômes (I/ist. de Fr., t. l.\, p. 678 et 679),
que le point de départ soit postérieur au mois de septembre.
3. Les souscriptions de ces évoques devaient figurer à la suite de
l'acte, dont la dernière plirase semble les annoncer, mais elles n'ont
pas été conservées.
4. Ceux-ci ne sont pas mentionnés dans le procès-verbal de l'assem-
blée, mais il y est fait allusio!i dans la formule de date d'une cliarte du
27 mars 893 « vocato atque electo a magnatis principibus regionis hu-
« jus Ludovico rege « ((larhd. de Saint-Maiirire de Vienne, n" 155). On
trouve une formule analogue dans un autre acte publié dans le Gall.
Christ., t. XVI, instr., col. 11.
5. Ce dernier parait bien être un comte du pays des Mamans
(DuK.MMi.KR, De Arnnifo, ]). 58, et Boretuîs-Khause, p. 377). ("es deux
auteurs identifient aussi Heoculfus avec révè(|ue de Coire, Tliiadulfus.
Les fautes de lecture de Paradin i-endent l'bypolhése possible.
6. Il ne nous est parvenu que par l'interuiédiaire de Paradin. La
dernière édition est celle de Boiurrn's-Kr.AUsE, t. II, p. 376.
[890] ASSr.Mlil.KK HK VAI-ENCK 157
Etienne et le successeur de l'empereur Charles, Arnulf, dont
les envoyés assistent à rassemblée, et qui a donné ou fait
donner à Louis l'investiture par le sceptre '. A la vérité, le prince
est un peu jeune encore pour tenir tète lui-même aux ennemis du
dehors et du dedans, mais avec le secours du duc Richard et de
la reine Ermengarde, grâce aussi aux conseils des prélats, il sera
certaineinent capable de venir à bout de cette tâche difficile.
C'est donc sur lui que les membres de l'assemblée ont porté
leur suffrage. Mais il faut encore remarquer qu'en théorie" et
à leurs yeux ni les avis du pape, ni la concession impériale ne
constituent en faveur de Louis un droit. 11 y a eu élection par
les prélats réunis à Valence, sans que les avantages précédem-
ment énumérés soient une raison absolue pour que Louis par-
vienne au trône; ils sont seulement considérés comme une
garantie en faveur du choix qui vient d'être fait. Si donc Louis
est roi, ce n'est pas parce qu'il est fils de roi% petit-fils
d'empereur, désigné par le suzerain, c'est parce qu'il est l'élu
des grands et des évéques et qu'il va recevoir de ceux-ci
l'onction sainte*.
Le royaume que l'on venait de créer, ou plut(3t de reconsti-
tuer ainsi, était certainement moins étendu que ne l'avait été
1. C'est en ce sens que nous croyons qu'il faut entendre les mots:
« per suum sceptrum... perque legatos... fautor auctorque regni com-
« probatur ».
2. « Ut... Ludovicum... regem constituèrent — ; exploravimus... si
« hune constituere debueremus — ; nuUus melius rex fieri debuisset — ;
« Ludovicum elegimus ». — Tout cela est, sans doute, en partie de la for-
mule, mais est néanmoins intéressant à relever au point de vue de la
théorie du pouvoir royal dans les états qui se créaient des débris de
l'empire. — On peut rapprocher de certains passages des actes les
formules de prières du sacramentaire d'Arles : « ut famulus tuus
« Hludovicus ad peragendura regalis dignitatis officium inveniatur ».
Ce sacramentaire donne à Louis le titre de roi. Il date donc, par consé-
quent, des dix dernières années du ix<^ siècle (L. DELibLE, Mémoire sur
d'anciens sacramenlaires. p. 151-152).
;j. Cette allusion à Boson est intéressante à relever. Elle prouve
qu'on admettait un lien entre les deux royautés.
4. « Ungendum decrevimus » disent les actes. Le sacre n'est men-
tionné par aucun texte narratif, mais il semble bien qu'il y soit fait
allusion dans la date d'un acte de vente de biens sis en Viennois : « Anne
« 1" quo Ludovicus benedictus fuit ad regem » (Chartes de Clunij, n» 42).
Les actes de l'assemblée semblent avoir été, comme ceux de Mantaille,
connus au moins indirectement par Hugues de Flavigny, Chron. Vir-
dun. (Mon. Germ.,SS., t. VIII, p. 356). « Cui [Bosoni] successit Ludo-
« vicus filius ejus anno DCCCXCI adhuc juvenis auctoritate papae
« Stephani sub tutoribus Richarde duce et regina. »
108 AFPAIUKS l»l>: lîOUnr.OdNE [89i]
à ses débuts celui de Boson. La Provence proprement dite et
le Viennois en faisaient certainement partie ; l'autorité de Louis
fut dès le commencement de son règne reconnue à Lyon ' ; mais
il n'en était pas de même dans les 2)agl bourguignons jadis
soumis à Boson. Du coté de la province de Besançon il j avait
également diminution, puisque le métropolitain Théoderic
reconnaissait Rodolphe I''"' de Haute-Bourgogne, Sur ce point,
il est vrai, la frontière semble avoir été quelque temps indé-
cise. Louis, au début de son règne, ou plus exactement sa
mère en son nom, avait étendu son autorité sur la partie méri-
dionale de l'Escuens", en profitant sans doute des luttes de
Rodolphe P'' contre Arnulf. Mais avant les premières années
du x" siècle, ces pays avaient fait de nouveau retour au royaume
de Haute-Bourgogne ^ Un autre démembrement au profit de
Louis avait encore menacé le royaume rodolphien. Les hos-
tilités en 894 recommencèrent entre Rodolphe et Arnulf. Celui-
ci au retour d'une assez malheureuse expédition en Italie avait
trouvé les passes des Alpes défendues par le comte d'Ivrée,
Anscher, l'un des fidèles de Gui de Spolète, assisté de troupes
bourguignonnes*. Il avait dû prendre, pour regagner la Ger-
manie, une autre route (arrivant à Saint-Maurice en contour-
nant les passes du grand Saint-Bernard) qu'il avait falUi se
frayer de force malgré la résistance de Rodolphe ^ Aussi
quand, au mois de juin'', Arnulf fut de retour à Worms, prit-il
des mesures pour se débarrasser de son adversaire. Il paraît
avoir d'abord songé à donner à son bâtard Zwentibold l'inves-
titure de l'ancien royaume de Lothaire II, c'est-à-dire de la
1. LoNGNON, Allas, texte, p. 82. Le premier diplôme de Louis e.4
accordé à l'église de Lyon (Cart. de Grenoble, p. 72).
2. Notice de l'assemblée de Varennes, cf. supra, y>. I5i, note 2. Nous
avons aussi la preuve que dès le début (lu règne de Rodolphe, ("lenève
faisait partie des états de ce prince. C/estàlui, en effet, que s'adressent
le métropolitain de Vienne et ses deux suffragants de Grenoble et de
\'alence pour faire contraindre Dernier, évêque de Genève, à venir à
un synode tenu à Vienne, et auquel ce prélat avait été en vain con-
voqué (Cartul. de Grenoble, p. 257-259; Reyesle Genevois, n°« 112 et
113).
3. Diplôme de Rodolphe I de 90.'}, pour les moines de Clinny (llist.
de Fr., t. IX, p. r,92).
4. « Cum satellitibus Rodulfi régis de Rurgiindia. » (Ann. F nid.,
p. 12'..)
5. Ann. Fuld., p. 121 ; RixiiNON, Clinui . ]). rr2.
6. l'>(KIIMEIi-.Mi;Llll.!î.\cnEI!, n" 1H'|7 Sl|q.
[894| l.liriS A l/ASSKMlil.KK ItK WdllMS 150
Bourgogne jurano en même leiups que de la Lurraine '. Mais
devant la résistance des grands il dut renoncer à son projet et
se borna à envoyer, à la tète d'une armée d'Alamans, son fils
contre Rodolphe P''\ L'expédition, du reste, n'eut aucun succès;
Rodolphe se réfugia encore une fois dans ses montagnes et
Zwentibold, après avoir ravagé le pays entre le Jura et le grand
Saint-ljornard, dut revenir auprès de son père sans avoir rien
fait^
^lais à l'assemblée de Worms avait aussi paru le jeune
Louis de Provence', accompagné de sa mère Ermongarde. Il
venait faire là acte de respect et de soumission, au moment
même où quelques-uns des autres « vassaux^ » d'Arnulf comme
de Gui de Spolète et Rodolphe, se mettaient au contraire en état
de rébellion, et où la conduite du souverain germanique attestait
le désir de faire respecter l'autorité à laquelle il prétendait ^
La fidélité de Louis devait être récompensée, car Arnulf fit
don cà son cousin de plusieurs cités qui se trouvaient au pouvoir
de Rodolphe I" '. La cession, du reste, resta purement nomi-
nale ^ Aucun texte ne mentionne une tentative faite par Louis
pour se mettre en possession dos territoires qui lui avaient
été concédés. L'année suivante, Arnulf oubliait la promesse
faite, pour réaliser son premier dessein et faire reconnaître
Zwentibold c(jmme roi de la Lorraine et de la Bourgogne ^
1. « Lotharii regno », dit Réginon. Or, il emploie la même expression
à Tannée 895, pour parler des territoires soumis à Zwentibold et qui,
en théorie, comprenaient aussi la Bourgogne.
2. Ann. Fuld , ibid. : Réginon, ibid.
3. An)i. Fuldeiises, a. 894, p. 124.
4. Ann.FuldenscsJoc.cil. — RÉGiNON(C/tro».,p. 142) place l'entrevue
à Lorsch. Les deux textes peuvent se concilier si l'on admet que Louis
vint trouver Arnulf à Worms et l'accompagna ensuite à Lorsch où
aurait eu lieu la cession, à la nouvelle de lïnsuccès de Zwentibold.
5. En prenant ce mot dans un sens vague bien entendu.
6. Sur ces prétentions et sur l'attitude d'Arnulf vis-à-vis des rois
francs, cf. Favre. Eudes, p. 110-111.
7. RÉGINON, loc. cit.. — Les Ann. Fuld. ne mentionnent pas la cession.
8. Cf. Trog, Rudolf I und Rudolf II, p. 37-40. Réginon dit expres-
sément « eas nullo modo de potestate Ruodulfi eripere praevaluit ».
Mais nous ne croyons pas qu'on puisse voir là d'allusion à une guerre.
9. Réginon, Chron., a. 895, p. 143; Ann. Fuld., p. r-'6. — Duemmlf.r,
Oslfr. Reich, t. III, p. 350, n'a pas assez insisté sur ce fait que la Bour-
gogne devait être comme la Lorraine soumise à Zwentibold. Celui-ci, du
reste, n'eut pas beaucoup plus de succès que la première fois. Ilneput
expulser Rodoljjhe, réfugié dans ses montagnes, et se borna à lui enlever
la partie septentrionale du diocèse de Besançon, pendant que l'évèc^ue
IGO l'HKMlKHES A.NNKKS \)i liKf.Ni: \)K I.OUIS |S90-900]
Pour songer ù faire des conquêtes et pour administrer son
royaume, Louis était encore bien jeune. Aussi les évêques
réunis à Valence avaient-ils, comme nous l'avons dit, confié
au duc de Bourgogne, Richard le Justicier, et à la reine
Ermengarde une autorité que le premier semble avoir été peu
soucieux d'exercer. Si en effet son fils Hugues vint dix ans
plus tard solliciter pour un de ses fidèles, de la part du roi
Louis, la concession de terres dépendant du comté de Lyon \
aucun document ne mentionne l'intervention de Richard lui-
même dans les affaires du royaume de Provence. Les textes
au contraire ont conservé quelques faits attestant l'activité
d'Ermengarde, qui avait accompagné son fils à Worms^ et
fait concéder par lui divers diplômes '. A côté d'elles, les actes
émanés du jeune souverain indi(|uent encore le rôle du comte
Teutbert, un des anciens fidèles de Boson*, comte d'Avignon^
et d'Apt^ — d'Aurélien, archevêque de Lyon, qui fut, semble-
t-il, chargé de l'instruction de Louis, — de Bernoin" surtout
de Bâle revenait à la souveraineté d'Arnulf. Longnon, Atlas, te.xte, p.
82.
1 . Diplôme de 900 (s. d. de j . , mais antérieur au 1 1 octobre), concédant
à la requête du comte Hugues, fils du comte Richard, à son fidèle
Airaoin des biens dépendant du comté de Lyon et sis à « Cavineas » en
Maçonnais (Chartes de Cluny, n° 79). Nous avons, d'ailleurs, consacré
au rôle de Richard le .Justicier une note spéciale que l'on trouvera
parmi les Appendices du présent travail, p. 333-345.
2. Cf. supra, p. 159.
3. Diplômes du 18 mars 892 pour l'église de I^yon, du 11 août 894,
pour l'église de Grenoble, de 896 pour le monastère de Saint-Chei"
(BoEHMER-MuEHLBACHER, n"** 14'i8, 1449, 1453; Ilist. de Fr., t. IX, p. 674,
675 et 679).
4. Une charte sans date de Teutbert, donnant à l'église de Vienne
la villa de MantuJa (Mantaille?), rappelle que celle-ci avait été donnée
à Teutbert par Boson (u'AciiEnv, Spicilcginm, éd. in-fol.,t. 111, p. 362).
Il en est de même dans la concession au comte, par l'archevêque Ber-
noin, de l'usufruit de la même villa (ihid., p. 363). Nous reparlerons,
d'ailleurs, ])lus loin de Teutbert.
5. Mantkveh, La inarc.he de Provence, Positions de thèses de l'École
des Chartes, 1897, p. 56.
6. .\vant l'expédition de Louis en Italie, Teutbert n'intervient que
dans un diplôme de 896, concédant à l'église d'Apt, ruinée par les païens,
le lieu de .]foiiasleriolH)H([Ui:\i\iEn-UvEi\in.\cuEH,n" i^bO , Ilist. de Fr.,
t. IX, p. 676; Aluanès, Gall. Christ, nov., t. I, p. 128). Les mots
« Teutbertus illustris cornes nostram adiit potestatem, . obsecrans ut
« sedem Attensis ecclesiae, in ipsius scilicet comitatu », semblent bien
in(li(iuer que l'autorité de Teutbert s'étendait sur Apt.
7. Diplôme de 895(s. d. de j.), en faveur du ])rêtre Drogon, accordé à la
requête de l'archevêque Bernoin et du vicomte Bérillon (ci-après, pièces
justif., n» II), et diplôme de 896 })our Saint(Jlicf, cité n. 3.
|89ÔJ DII'I.O.MKS IIK I.OIIS l'OLll SAINT-CIIKK KT POI^R TOURNIS 161
auquel Louis avait déjà eiï grande partie dû son élection, et
qui remplissait auprès do lui les fonctions d'archichancelier'.
Ce fut lui qui s'occupa, avec la reine Ermengarde, d'installer
en Provence les moines de Montiérender'. Ceux-ci, chassés de
leur monastère par les invasions normandes, venaient appor-
tant avec eux le corps de leur patron saint Berchairc'', chercher
un refuge dans des pays en apparence moins menacés, où ils
parvinrent quelque temps avant l'élection de Louis. La reine
et l'archevêque de Vienne, que l'abbé de la communauté fugi-
tive, Adalric, avait accompagné dans son voyage à Rome'\ les
établirent en Viennois à Saint-Teudier, plus tard Saint-Chef\
Quelques années plus tard, grâce à leurs protecteurs, les
moines faisaient confirmer leurs privilèges par le roi Louis ^
Celui-ci, vers la même époque, avait à secourir encore d'autres
victimes des invasions normandes, sans parler de ses propres
sujets, éprouvés par des invasions de pirates probablement
sarrasins '. Les moines de Tournus, en effet, ne se fiant pas,
pour repousser les païens, au château élevé près de leur
iiKmastère^ sollicitaient également un refuge pour les jours
d'invasion. Louis leur donnait pour cet objet l'abbaye de
Donzère, sur le Rh(3ne, dans le voisinage de Viviers '.
1. Ce sont les archevêques de Vienne qui ont toujours rempli auprès
de Louis les fonctions d'archichanceliers. — Le premier acte oh Ber-
noin paraisse en cette qualité est le premier aussi des diplômes de
Louis qui nous soient parvenus, du 18 mars 892 cité pag. précéd., n. 3,
et le dernier un précepte de 897 ou 898 (s. j.) pour l'église d'Avignon
(RœHMER-MuEiiLBACiiER, n" 145'i ; Ilist. de Fr., t. IX, p. 680).
2. Dipl. cité, Ilist. de Fr.. t. IX, p. (579. Cf. pag. précéd. n. 7.
3. Sur ces pérégrinations, cf. Miracula Sancli Berc/iarii ahbatia, dans
Mabu.lon, Acta. Sancl. ord. S. Ben., saec. Il, p. 846. Mais ce texte ne
parle pas du séjour à Saint-Chef.
4. Bulle de Formose du 25 novembre 891 ; Jaffé, n" 3474 ; Ilist. de
Fr., t. IX, p. 202.
5. Saint-Chef, Isère, arr. La Tour-du-Pin, canton Bourgoin.
6. Dipl. cité (Hist. de Fr., t. IX, p. 679). — Les moines de Montié-
render ne devaient pas d'ailleurs demeurer longtemps à Saint-Chef,
car un peu plus tard le roi Raoul les établit sur les bords de la Saône
(Mir. S. Bercharii, loc. cit.).
7. Conv. Valcnlin, dans Bop.etiusKrause, t. Il, p. 376.
8. Ce château est mentionné dans un diplôme d'Eudes (Hist. de Fr.,
t. IX, p. 448).
9. Louis donne aux moines de Tournus et à l'abbé Blitgaire « abba-
« tiam Doseram quameis ad Normannorum rabiem vitandam jamdu-
« dum concesseramus » et confirme les privilèges [perdus] accordés à ce
sujet par le pape Etienne V et par une assemblée d'évèques provençaux
(BoEii.MER-McEiiLBACiiER, n^ 1451; /lisl. de Fr.. t. IX, p. 677). La date
Poui'ARDiN. Rijijatime de Procence. il
-162 MOUT it'r.nMRxr.AP.nr: isofi-8971
Ce sont là à peu près les seuls événements de l'histoire
intérieure du royaume de Provence durant les dernières années
du X® siècle qui nous soient connus, car si les diphjmes de
Louis le montrent parcourant les diverses régions de son
royaume, séjournant à Lyon', à Vienne ^ à Orange '\ à Avi-
gnon^ les actes qu'il date de ces diverses villes sont en
général de bien peu d'intérêt historique ^
C'est cependant encore à cette période de la vie de Louis
que nous croyons devoir rapporter la mort d'Ermengarde,
survenue, peut-être, en 896 ou 897. En 896, comme nous
l'avons dit, elle est encore mentionnée dans un diplôme
de son fils en faveur du monastère de Saint-Chef ^ Mais, le 2
de ce diplôme est un peu incertaine. Il est, en effet, daté du x des
kalendes de juillet (22 juin), de la 12" année du règne de Louis, roi, et
de la 14e indiction. Louis n'ayant été roi que 11 ans. Fan de régne ne
peut être accepté. Si l'on corrige xn en vn, le diplôme serait de 897 ;
mais l'indiction xiv est celle de 896. Aussi les Bénédictins ont-ils cor-
rigé xn en vn, ce qui est paléographiquement moins soutenable que la
correction de xn en vi. Il faudrait peut-être plutôt admettre une erreur
d'une unité sur le chiffre de l'indiction.
L'acte n'est plus connu que par une édition de Juênin (Nouvelle His-
toire de Touriiits, pr., p. 103), faite elle-même d'après un vidimus du
xv siècle d'un cartulaire perdu. L'acte est également mentionné, au
XP siècle, dans le Chronicon Trenorchiense (\e Falcon (Mabillon, Ac(a.
Sanct. ord . S. Ben., saec. IV, p. i, p. 863). « Blitgarius qui a Bosonis tilio
« Ludovico Duseram quam ante ob refugium jam beatodederat Filiberto
« ex toto sibi dari impetravit. » — Donzère (cf. supra, p. 145) avait déjà
été donnée par Charles le Gros aux moines de Tournus, mais ceux-ci,
pour une raison ou pour une autre, peut-être en raison des troubles
dont parlent les actes du concile de Valence, n'étaient pas entrés en
possession de l'abbaye vivaraise.
1. Diplômes du 18 mars 892 (/list. de Fr., t. IX, p. 674) et de 896
(s. d. de j.) {Ihid., p. 679).
2. Diplôme de 900 (s. d. de j.) pour Aimoin {Charles de Cluny, n° 70).
3. Diplôme de 896 (s. d. de j.) restituant, à la requête d'Amelius, évo-
que d'Uzès, divers biens à l'église de ladite ville (Bœii.meh-Muehluaciieh.
n" 1452; Ilisl. de Fr., t. IX, p. 678).
4. Diplôme s. d. de j. de 897 ou 898, concédant, à la requête de Ros-
taing. archevêque d'Arles, au prêtre Raimond, un manse du comté
de Vaison, sis au comté d'Avignon (HoEiiMr.n-MuEULHACMER, n" 1454 ;
llist. de Fr., t. IX, p. 680).
5. Quant à l'histoire extérieure, nous avons parlé des relations de
Louis avec Arnulf. Seul parmi les chroniqueurs Ru:iier (Ilisl., 1. I,
c. 37) parle d'un contingent de guerriers sortis de la Provence, des
cités d'Orange et de Carpentras, qui auraient aidé le roi l'Eudes à rem-
porter sur les Normands la victoire de Mont])ensier en Auvergne. Mais
tout ce passage offre un caractère épique et parait bien n'avoir qu'une
valeur légendaire (cf. Favhe, Eudes, app. iv, p. 232).
6. Ilisl. de Fr., t. IX, p. 679.
(896-897] MoiiT iri:iiMi;.Nr,.Mîitr: I63
juin 897', Louis demande à la fois des prières pour le repos de
l'àme de son père Boson, et do sa mère Ermengarde'. Aucun
texte d'autre part ne fait allusion à un rôle quelconque joué
par la reine lors de l'expédition de son fils en Italie. Il est
donc bien probable que c'est avant la fin du ix* siècle que le
corps d'Ermengarde alla rejoindre celui de son époux dans
la cathédrale do Saint-Maurice de Vienne ^ Elle ne vit donc
pas son fils s'engager au delà des monts dans une série de
tentatives, en somme malheureuses et funestes, pour ressaisir
la couronne impériale qu'avait portée son aïeul.
1. Ilist. de Fr., t. ix, p. 677. La date de ce diplôme est un peu
douteuse. Cf. aupra. p. 16 1, n. 9.
2. Ce n'est })as une preuve absolue, mais il faut rapprocher du
silence de tous les documents relatifs à Ermengarde, à partir de cette
date. Rigoureusement, le seul terminus ad quem est un diplôme du
26 octobre 905 (Bcehmer-Muehlbacher, n° ri74 ; Hisl. de Fr., t. VIII,
p. 416, attribué à tort à Louis 11) dans laquelle il est question de la sépul-
ture d'Ermengarde. — GisGiss (Bosonides, -p. 181) admet qu'Ermengarde
se retira en 890 dans le monastère de sa mère, celui de Saint-Sixte de
Plaisance, et qu'elle y mourut. Il s"appuie sur une donation d'Ermen-
garde, datée de Plaisance et du 30 novembre 891 (Mlratori, Ant. ilal.,
t. I, p. 367). Mais si cette date représente effectivement celle d'un
séjour de la reine de Provence auprès de sa mère (laquelle n'était pas
morte à cette date, quoi qu'en dise Gingins), le diplôme de 892 pour
l'église de Lyon (Ilist. de Fr., t. IX, p. 67 4) prouve qu'Ermengarde
revint peu après auprès de son fils, et que ce ne fut pas seulement son
corps que ce dernier rapporta d'Italie. L'autre diplôme cité par Gingins
(MuRATORi, op. cit., t. Il, col. 205) ne prouve rien. — M. Auvray (Car-
tiilaireset obituaires français du Vatican, dans les Mélanges J. Havet,
p. 409) a cru la reconnaître dans r« Ermengardis regina >>, dont l'obit
est indiqué au 3 des kalendes d'avril par un martyrologe du x" siècle,
conservé au Vatican sous le n" 435 du fonds la reine Christine, mais
il peut être question de la femme de Lothaire I, dont l'obit est
indiqué au xni des kalendes du même mois par le Nécrologe de Saint-
Germain-des-Prés (.Soc. Ilist. France, Not. et doc, p. 23).
3. Hist. de Fr., t. VIII, p. 416, cité à la note précédente.
CHAPITRE V
LES EXPÉDITIONS DE LOUIS DE PROVENCE EN ITALIE
(900-905)
Dès 878, l'évêque Antoine de Brescia déplorait la malheu-
reuse condition de ses compatriotes: « ils sont, disait-il, la proie,
« tantôt des uns, tantôt des autres, et attendent avec impatience
« que l'on se soit rais d'accord sur le point de savoir à qui ap-
« partiendra le pays \ )) Depuis 878 cette situation avait empiré
encore et l'Italie n'avait pas clos, à la fin du ix" siècle, la période
d'incessants changements politiques qui s'ouvre en 875, à la
mort de l'empereur Louis II. Depuis cette date, en effet, sans
parler des luttes entre Charles le Chauve et ses neveux, on avait
vu, jusqu'en 898, « Tltalie gouvernée par quatre rois différents
« dont les trois derniers avaient été en même temps empereurs,
« Carloman, Charles le Gros, Gui et Lambert, sans parler de
« l'empereur Arnulf et du roi Bérenger" ». En 898 dans le cou-
rant de l'automne une chute de cheval, ou peut-être un assassi-
nat, débarrassait Bérenger de son compétiteur, Lambert, et
l'ancien marquis de Frioul, réconcilié avec les principaux parti-
sans de la maison de Spolète, l'impératrice veuve Ageltrude, lo
marquis Anscher d'Ivrée, semblait devoir régner paisiblement.
Mais deux ans ne s'étaient pas écoulés que les grands italiens
mettaient une fois de plus en pratique la règle de leur politique
dont Liutprand'^ devait un peu plus tard donner la formule
célèbre « avoir toujours deux maîtres à la fois pour contenir
1. Lettre à Salomon de Constance, Coll. Sanf/all., n° xxxix, dans
Zkumeiî, p. 421. Même l'époque de Charles le Cliauve est considérée
comme un temps de paix, « quia unuscjuisciue gaudebat de bonis suis «,
à l'extrôrne tin du ix" siècle, par l'auteur du Chronicon Brixiense
(Mon. Germ., SS., t. III. p. 239).
2. A. Lapôtre, Jean Vlfl, p. 198.
'6. Aittapodosis, 1. I, c. 37.
SITLATIO.N liK I.ITAMK UJ5
a l'un par la crainte de l'autre ». Ils opposèrent dune à
Bérenger un nouveau candidat, Louis, fils de Boson, qu'ils
appelaient de Provence.
Du moment que les Italiens souhaitaient un autre maître
que le leur, rien n'était plus naturel (jue d'aller le chercher au
delà des Alpes. C'est à tort qu'on parlerait', pour des Italiens
de cette époque, d'un roi « national ». Il n'y a que les grands,
laïques ou ecclésiastiques qui jouent un rôle, et ces grands,
chaque fois que nous pouvons constater leur origine, sont
des Francs, ayant conservé le souvenir de leur première
patrie qu'ils n'ont pas, en général, quittée depuis bien long-
temps. Des Francs saliens, comme le comte palatin Boderad',
comme le comte de Vérone Anselme^, comme le comte
de Pavie wSamson\ des Alamans comme le comte de Vérone
Ingilfred% ne peuvent voir des étrangers dans les souverains
venus des mêmes pays qu'eux. Jusqu'en plein milieu du
x" siècle, celui que choisissent les Italiens jjour l'opposcn- au
provençal Lothaire et au germain Otton, Bérenger H, raj)pell('
dans ses diplômes son origine salique^ Il en est de la petite
noblesse comme de la grande", et jusque dans l'entourage des
comtes de Spolète, dans l'Italie méridionale, il y a des Francs
de Gaule en grand nombre, qui ont conservé leur langue^
Sans doute, à l'époque de Bérenger, il commençait à se ren-
contrer en Italie des gens qui avaient conscience d'être
Italiens, et c'est sans doute avec intention que l'auteur du
Panégijrique de Bérenger rappelle que le rival de son héros,
le Bourguignon Gui, venait des bords du Rhône'-'. Mais, en
somme, toute l'histoire italienne des dernières années du
1. DuEMMLER, Oslfr. Reicli, t. I, p. M, cherche, au contraire, à déter-
miner le caractère plus ou moins national des maîtres de l'Italie.
2. Campi, Storia di Piacenza, t. I, p. 478.
3. MuRATORi, Ant. Uni., t. II,' col. 247.
4. RoBOLiNi, Nolizie délia sua patria, t. II, p. 102.
5. Ughelli, Italin Sacra, t. V, col. 727. — On pourrait beaucoup
multiplier les exemples.
6. For.schuiigeti z. deulschen Gesch.. t. .\, p. oi;{.
7. DuEMMLER. Oslfr. Rrich, t. Ht, p. 14. — Les témoins de la fonda-
tion du monastère de Saint-Caprais par Adalbert 1 de Toscane (Mura-
TORi, Aiit. Esteiisi, t. I, p. 210) se disent Alamans et Bavarois, etc.
8. \. Lapùtre, Jean VIII. p. 334.
9. r.esla Bercng., 1. II, v. 13 : « Gallicus héros »; 1. II, v. 161 : « Rho-
« danicus ductor ». L'auteur oppose aussi les Galli qui suivent Gui
aux partisans de Bérenger.
166 SITLATK»" DE L'ITALIE
IX* siècle est l'histoire de la lutte entre deux grandes familles
franques pour la possession du vain titre de roi. Gui de Spolète
est parent à la fois des comtes de la marche de Bretagne, de
l'archevêque de Reims Foulque' et des seigneurs de la Bour-
gogne dijonnaise", qui le soutiennent dans sa lutte contre
Bérenger de FriouP. Celui-ci d'ailleurs n'est pas plus un
Italien que Gui. Il est allié aux grandes familles de la Gaule
et notamment à celle des Adalard. Son père, le marquis
Éverard, avait mérité, en arrêtant les invasions slaves, d'é-
pouser la fille de Louis le Pieux, Gisla, et de voir son mar-
quisat devenir héréditaire dans sa famille. 11 avait en effet
pour successeurs, l'un après l'autre, ses deux fils, Unj'och et
Bérenger \ Ce dernier, neveu d'un marquis de Toulouse et d'un
abbé de Saint-Bertin, cousin d'un abbé de Cysoing en Flandre,
est donc un Franc comme son rival. C'est, de plus, un Caro-
lingien qui se glorifie volontiers dans ses diplômes' de sa
parenté avec les rois Francs, parenté dont son panégyriste
tire aussi pour lui vanité ^ Ce dernier en même temps cherche
à justifier la royauté de son héros, non par une expression
(juelconque du sentiment national, mais par une prétendue
donation de l'empereur Charles le Gros".
Louis de Provence, petit-fils du dernier souverain qui eût
régné tranquillement sur la péninsule, n'était donc pas plus
un étranger que Gui ou Bérenger. Arnulf, bâtard d'ailleurs,
et dont les Italiens avaient mal accueilli la domination, était
mort. Charles le Simple était trop loin et hors d'état de
recommencer la tentative de Charles le Chauve. Louis ét;iit
donc le seul Car<>lingien que l'on put opposer à Bérenger \
1. Faviu;, Eudes, p. 81-85. On peut y ajouter (jue le nom de Fouhiuo
figure dans l'obituaire italien de Brescia (Odorici, Slorie Brcsciatio.
t. IV, p. 70).
2. Sur toute la famille de Gui, cf. W'uestenfeld, Die llerzogc von
Spolelo, dans les Forscliiniyen :■. <l. Gesr/i., t. III, p. 38;j et .suiv.
3. DuE.MMLER, Gesla Berrng., \). 15-16.
4. Sur la famille de FJérenger et la marche de Fi-ioul, cf. Duemmlei;,
Oslfr. Rciclu t. III, p. 14; Gesln lirr., p. 15; E. P\\vhe, La fnm il Ir d'Ev-
rard, marquis de Eriou/ . dans les Eludca... dédiées à G. Moiiod.. p. 155.
5. Diplôme du 12 mai 890 (Muhatori. AnI. ital.. t. 1, p. 280) diplôme
sans date pour l'église de Novare (Miltheil des Eisl. f. Œ. GE..
t. II, p. »52), confirmant les précej)tes de Charles le Gros et Carloman
« quorum prosapie nostra coruscat origo ».
6. Gesta lieretKj., 1. I, v. 16 ; 1. III, v. 4; 1. IV, v. 6.
7. Gesia lierenfi., 1. I, v. 30.
8. On y attache une certaine importance (cf. n. 5) et le panégyriste
siTiATKiN m: i.hai.ik le:
Rodolphe 1", en effet, celui de tous le.s souverains voisins qui
se trouvait avec Louis le plus à mèrae de descendre en Italie
était étranger au sang de Charlemagne. Mais nous ignorons
la part qu'il faut faire aux idées de grandeur de Louis lui-
même, à celles qu'avait pu lui inspirer sa mère Ermengarde,
dont les prétentions en sa qualité de fille de Louis II sont
attestées par des textes assez nombreux'. La vieille impéra-
trice Engilberge, à laquelle on pourrait songer à prêter des
vues ambitieuses pour son petit-fils comme elle en avait eu
autrefois pour son gendre, vivait retirée dans son couvent de
Saint-Sixte de Plaisance, où elle ne mourut que quinze ans
plus tard'. 11 est peu vraisemblable en outre qu'elle eût ainsi
trahi son ancien allié Bérenger, dont l'un des premiers actes
avait précisément été de confirmer les diplômes auparavant
obtenus par la veuve de Louis IL'.
En dehors, d'ailleurs, de la facilité générale des Italiens à
changer de maitre et à se soumettre à des souverains venus
d'au delà des Alpes, il y avait peut-être des causes plus par-
ticulières de mécontentement contre Bérenger. Les circons-
tances n'étaient point favorables à celui-ci. Les Hongrois
venaient d'envahir et de piller son royaume, en le battant lui-
même sur les bords de la Brenta*. On était au lendemain de
la guerre contre Gui de Spolète ; malgré la facilité des
Italiens à accepter les changements de souverain, il est bien
probable qu'il restait des partisans de ce dernier, aux yeux
desquels l'origine « bourguignonne » de Louis constituait
de Bérenger lui-même est obligé (1. i V, v. 5) de reconnaître que la nais-
sance constitue un titre en faveur de Louis :
... Sed stirpe legendus
Berengario genesi conjunctus quippe superba.
\H E^iMLEn (Os If'r. Reich, t. III, p. 43'i) considère à tort comme extraordi-
naire que le roi de Provence ait pu avoir la présonqition de chercher
à mettre la main sur l'héritage de son aïeul l'empereur Louis II.
1. Le diplôme de Boson où. elle se dit « proies imperialis », le té-
moignage d'Hincmar (.Inn. Berlin., a. 879), le texte des actes du con-
cile de X'alence, la Visio Karoli.
2. Campi, Sloria di Piacenza. t. I, p. 350.
3. Diplôme du 8 mai 888 (Muratori, Ant. ilal.. t. VI, col. .345).
4. Ann. Fuld.. a. 900: Reoi.non, Cliron., a. 901: .1?*?*. Alemannici,
a. 899 {Mou. Germ., SS., t. I. p. 53). — Bérenger fut battu sur la
Breuta le 24 septembre 899 (Duemmler, Ostfr. Reich, t. lil, p. 507).
Les Hongrois pillèrent l'Italie pendant Tannée suivante. .Vu mois de
juin, révéque Liutward de Verccil fut tué par eux. Cf. DussiEUX,
Essai hislur. sur les invasions des Ilonijrois, p. ■2i-26.
168 SITUATION DE L'ITALIE
im titre en faveur de ce prince, tout autant que sa descendance
carolingienne \ Le comte Gui, l'un des principaux appuis de
son homonyme et cousin le marquis de Spolète durant l'ex-
pédition de 889 ", venait de la Bourgogne. Les textes relatifs
à ce pays le mentionnent à diverses reprises, précisément à
côté de Boson^ Son frère Anscher, qui l'accompagna en
Italie, avait été comte d'Oscheret\ avant de recevoir de (nii
de Spolète le marquisat d'ivrée". C'est le fils de cet Anscher,
Adalbert d'Ivrée, que Liutprand" (notoirement suspect de
partialité, il est vrai"), désigne comme ayant été en Italie le
premier partisan de Louis. 11 reçut en effet à deux reprises
au moins le nouveau souverain dans sa ville de VerceiP et
dont, comme son « très cher fidèle », il obtint des diplômes''.
1. Il faut rapprocher des termes dont le panégyriste de Bérenger se
sert contre Gui de Spolète ceux i[u'il emploie en parlant de Louis:
Sollicitât Rliodani gentem. . .
(Gesfa Ber., 1. IV, v. 4.)
2. Expédition au cours de laquelle fut tué ce comte Gui. Cf. Duemm-
LER, des la Bereng., p. 22.
3. Cf. supra, p. 82, n. 1 et p. 166.
4. DuEMMLER, ibid. Un diplôme de Charles le Gros (^Forsch. :■.
Deutsch. Gcsch., t. IX, p. 422) pai'le des honneurs d'Anscher dans l'Os-
cheret. — Sur le pngus Oscarensis, cf. Longnon, Allas hisl., p. 96.
5. Il paraît avec ce titre dès l'avènement de Gui de Spolète (Duem.m-
LER, Oslfr. Reich, t. III, p. 379; Desimom, Snlle marche d'Ilalia, p. 144),
qui, le jour même de son couronnement comme empereur, le 4 février
891, donne un diplôme à la requête de « Anscherius marchio et consi-
«liarius noster » (Cad. dipl. Lang.,n° cccxLvi). Le titre officiel du per-
sonnage que nous désignons sous le nom de marquis d'Ivrée seml)le
avoir été celui de « marchio in Italia » (Cipolla, Di Audace, p. 2'i2).
et il étendit au début du x'^ siècle son autorité jusque sur Asti et Turin,
peut-être même jusque sur Milan (Deslmoni, op. cil., p. 145-6, et
p. 150).
6. Antapodosis, 1. Il, c. 33.
7. Adalbert d'Ivrée fut le père de Bérenger II, persécuteur de
l'évêque de Crémone. Aussi celui-ci est-il souvent exagéré dans ses
récits relatifs au marquis d"lvrée, comme on le voit par ce qu'il en dit
précisément dans le passage cité.
8. Louis est à Verceil le 23 mars 901 (diplôme en faveur de l'église
de Verceil ; Diiranoi, Bicerche sopra il dirillo piihlico de/ Vcrcellese e
délia Lumbardia, pub. par Rondolino, Misccll. di Slorin ital.. 1. X.W,
p. 23) et le 23 mai de la même année (B(»;ii.\iEiî-iMi:cni,M., n» 1464, Cor/.
dipl. Lang.. n» ccc.xciv). 11 y est de nouveau le 21 avril 902, et y
donne un diplôme en faveur d'Idelger, vassal du vicomte Buddon
(VjiWiMTn., Beq. Com. Sabaudiae. n" l; Mon. llisl. Pair., (Iharlae, t. I.
col. 103).
9. Le second des diplômes cités à la note ])récé(ienle est accordé à
la requête d' « Adalbertus marchio, filius quondam Anscherii ». 11 ne
saurait donc y avoir de doule, c'est bien d'Adalbert d"Ivrée et non
d'AdalbcM't do Toscane qu'il s'agit; cf. i)rEMMi,i;ii. Gcsln Bcreng.. ]>. '■>' .
[000] KXPKornoN hk i.oris i:n itai.ik 169
Quoi qu'il en soit, Louis se trouvait encore à Vienne dans
le courant de l'année 000'. Lorsqu'il eut reçu l'invitation des
seigneurs italiens, il traversa les Alpes, sans doute en fran-
chissant les passes que son allié, le marquis d'Ivrée, était
chargé de défendre. Le 11 octobre il était à Pavie et y faisait
don à la veuve de Gui de Spolète. l'ex-impératrice Ageltrudo.
Adalbert, fils d"Anschpr, date également d'après les années du règne
de Louis un plaid qu'il tient à Verceil en 902 (TuiAiiosciii, Storia di
Nonanlula, t. II, p. 85).
1. Diplôme en faveur d'Aimoin, Charles de Chory, iv> 70 ; cf. aupra,
p. 162, n. 2. Cet acte est ainsi daté : « Actum esthocpreceptnm apud Vien-
« nam civitatem anno incarnationisdominice DCCCC, indict. ii, anno 1
« régnante Ludovico gloriosissimo rege. » L'indiction est celle de H9*J ;
l'an 1 du règne, en 900. ne pourrait être que celui du règne en Italie,
compté à partir du moment auquel Louis reçut l'appel des grands de
ce pays, car son itinéraire s'oppose à ce que l'on considère l'acte
comme postérieur au couronnement de Pavie, ainsi que le fait à tort
Bruel, Chronologie des rois de France et de Bourgogne, p. 6'*. 11 n'est
pas impossible que Ton ait compté de cette manière les années de règne
même dans un diplôme relatif à la Provence, car nous connaissons un
acte bourguignon daté d'après le règne de Louis en Italie (Charles de
Cluny, t. L p. 94). D'autre part, le notaire Arnuif, qui a signé le di-
plôme qui nous occupe, souscrit aussi bien les actes émanés de la
chancellerie italienne que ceux émanés de la chancellerie provençale.
Il serait cependant possible aussi, l'acte n'étant connu que par des
copies de cartulaires, qu'il faille supposer une erreur de copiste,
anno I pour amio X, 900 étant la 10« année du régne de Louis en Pro-
vence. Cependant le ms. le plus ancien qui nous ait conservé ce texte,
le cartulaire C de Cluny (Bibl.Nat., ms. lat. nouvelles acq. 2262, fol. 59.
no 129) donne «?i«o primo en toutes lettres. — Au mois d'août de cette
année, c'était encore Bérenger qu'on reconnaissait dans le voisinage
de Bergame (Cod. dipl. Lang., n° cccLXxxv).
On ne peut guère établir la chronologie (et même une partie des
faits) des expéditions de Louis en Italie, que grâce aux textes diplo-
matiques. L'emploi exclusif des sources narratives avait induit en
erreur quelques-uns des meilleurs érudits des siècles jjassés, notain-
ment Dom Vaissète {Ilist. de Langned.. t. lY. p: 17 sqq ). La Chroni<pic
de Réginon. en effet, place en 896 la première descente de Louis en
Italie, et de là cette date passa dans un certain nombre de chronifiues
universelles, comme celle de Marian Scott {Hist. de Fr., t. IX, p. 271)
ou le Mnnipulus Florum (c. xix) de Gai.vaneus Flamma (Script. Rcr.
liai., t. XI. col. 604). Cette date est en contradiction avec les diplômes de
Louis, très nombreux cette année pour la Provence, et avec ce fait que
l'expédition, au témoignage de Réginon lui-même, n'eut lieu iju'apres
la mort de Lambert (898). Aussi Uom Vaissète veut-il rapporter cette
expédition à 899, en rapprochant cette mention de l'indication de com-
bats en Italie, donnée par le même Réginon sous l'année 898. Nous
possédons trop peu de textes pour pouvoir affirmer avec certitude que
Louis n'ait pas pénétré en Italie en 899; mais l'hypothèse est peu vrai-
semblable. Ni Réginon, ni Liutprand en effet ne parlent de trois expé-
ditions; et il faudrait les admettre, dans ce système, pour expliquer
la présence de Louis à Vienne durant Tannée 900.
170 r.M'KDITln.N DE l.olJIS EN ITALIE |900-'JOI|
d'un (loinaino dit Curtis-ni((jor\ au comté d'Ancia. — C'est
dans cette ville, peut-être seulement le lendemain, dimanche
12 octobre, qu'eut lieu le couronnement de Louis comme roi
d'Italie, au milieu d'un grand concours de nobles et d'évèques".
De Pavie, il paraît s'être sur-le-champ dirigé vers Rome. Le
14 octobre il était à 01onna^ au comté deLodi, où se trouvait
l'une des résidences des souverains italiens \ Le 31 du même
mois% on le trouve à Plaisance, où il confirme à Pierre, évêque
de Reggio, les domaines de son église puis, le 19 janvier 901*^ à
1. L. ScHiAi'ARELLi, Diplotiii îneiUti dei secoii IX e X, dans le BuU.
dcW Ist. star, ital., n» xxi, p. 136.
2. Le préambule d'un diplôme pour Pierre, évoque d'Arezzo, du
l'2octobre(BŒiiMER-MuEiiLii.,nc I^i55: Muiîatoiîi. .1/;^ lUd., t. I, col. 87)
mentionne cette élection : « Venientibus nobis Papiaui in sacro palatio,
(c ibique a electione... in nobis ab omnibus episcopis, marchionibus,
« comitibus, cunctisque item majoris inferiorisque personae ordinibus
« facta, prout opportuni temporis ratio signiHcabatur. » Il faut, bien en-
tendu, faire la part des formules. — Le diplôme ne parle que d'élec-
tion, mais il est bien probable que le couronnement a eu lieu à Pavie.
capitale ordinaire des rois italiens. Constantin Pokphyrogénî;te (^Dc
Adm. Imp., éd. Bekker, p. 116), qui peut avoir eu sur ce point un
renseignement exact, dit que lorsque Louis arriva dans cette ville, il
était encore aaT£;:-co;. Comme le 12 octobre tombe précisément un
dimanche, il est possible que ce soit le jour même de l'élection et du
couronnement. Mais il est bien évident ipie l'on peut admettre fort
bien que la date de temps du diplôme, sous actum, ne s'applique pas
exactement aux faits énoncés dans l'exposé. M. Schiaparelli, en raison
du diplôme pour Ageltrude, cité n. 1, croit l'élection antérieure au
11 octobre. Mais le diplôme en (|uestion peut être antérieur à la céré-
monie, comme le prouve l'acte cité p. 169, n. 1, où Louis compte
les ans de son règne en Italie, avant même d'être entré dans ce pays.
En somme, la mention de l'élection dans un diplôme dont la date de
temps, sous actinn. coïncide avec un dimanche, constitue tout au moins
une présomption en faveur de notre liypothèse (pie la cérémonie de
l'élection et le couronnement ont pu avoir lieu à Pavie le 12 octobro.
3. BcKiiMER-MuEiiLH., n" 1456; Muratori. Ant. ital., t. I, col. 581.
4. Cf. Millh. des I, /'. Œ. G /•'., t. VII, p. 'i44, et le début de la notice
d'un plaid tenu par Uérenger dans cette ville le 9 août 907 (Schiaparelm,
DipL incd., \). 145).
•5. B(J^:ll.\IER-^!^JEMLH., n" 1457 ; U(iiiEi.Li, liai. Sacra, t. II, p. 155.
6. BoiMiMER-MuEin.R., 11'^ 1459: (lod. dipl. Lniuj., n'M)CCCLX.\\l. — Nous
n'avons pas cité un diplôme daté également de Bologne et du 16 jan-
vier 901 (B(F.iiMER-MuEnLR., u" 1458 : (lad. dipl. Lnng.. n° cccL.xxxvni)
(|ui est évidemment un faux (cf. Duemmlep., Gi-sla licreit;/.. p. 168).
(Cependant, les clauses finalas sont assez correctes, si ce n'est la substi-
tution, dans la récognition de chancellerie, du nom d'Ileilbert à celui
de Liutward. Les éléments chronologir|ues de la date concordent. Il
est donc ])ossible (pie le protocole final et en particulier la date aient
été cmi)rMntés à un diplôme au1henti(pic et que Louis se soit trouvé
réellement à Bologne le Ui janvier.
inOIJ COIRONNKMKM liK L(tl IS A IIOMK 171
Bologne, d'où il (lat(3 un diplôme en faveur du monastère de
son aïeule Engilborge, celui de Saint-Sixte de Plaisance. A
la fin de ce même mois ou au début de février il était à Rome,
au milieu d'une nombreuse assistance de comtes et d'évôques.
C'est dans cette ville que, le 15 ou le 22 février 901, sans
doute', il recevait des mains du pape Benoit IV la couronne
impériale".
1. Le couronnement est certainement postérieur au 19 janvier 901,
date à laquelle Louis ne porte encore que le titre de roi (H(*:iimei!-
MuEHLB., n" 1459; Muratori. Ant. Uni.. II, 205; Cod. clip. Lang..
n° cccLXXXi) et antérieur au 28 février 901, date la plus avancée à
laquelle on puisse placer les actes (Bceumer-Mueulb., n" 1460; Mansi,
XVIII, 239) d"une assemblée de grands et d evèques tenue à Rome par
Louis Empereur. 11 serait même certainement antérieur au 24 de ee
mois si l'on admettait la correction faite à la date du diplôme pour
Pierre d'Arezzo, par Lupi (Cod. dip. lierg., t. II, p. 4) et par Dcemmleu
{Gesta Berenij., p. 168). Bœiimer-Mi-eiilb.. n" 1461 ; Muratori, Ant.
liai., t. II, p. 49). Tous deux veulent lire VI kl. mari, au lieu de
VI non. mnrt., en considérant que si Louis était à Rome le 2 mars, il
aurait pu difficilement être à Pavie le 11 du même mois, la distance
entre ces deux villes étant, en effet, d'environ 500 kilomètres. Mais
la question de la rapidité des déplacements au x« siècle n'a pas encore
été suffisamment étudiée pour permettre de nier la possibilité du fait,
et d'autre part, il faut toujours tenir compte d'une discordance pos-
sible entre les dates de temps et de lieu (cf. A. Girv, Manuel de
Diplomatique, p. 583). Donc, bien que le diplôme en question ne soit
connu que par une copie de cartulaire, la correction ne s'impose pas
absolument. — Mais il est bien probable que Louis faisait partir du
jour de son couronnement le compte des années de son empire. Or,
deux diplômes, qui ne sont, il est vrai, connus que par des copies de
cartulaires, considèrent le 12 février 902 comme faisant encore partie
delà première année du règne de Louis (BoKHMER-MrEFU.B, n°* 1467 et
1468; TiRAHOSCHi, Storia di Nonantula. t. Il, p. 84, et Mur.atori,
Ant. ital., t. II, p. 207). La date du premier de ces deux diplômes porte,
il est vrai. ann. inc. uccci. mais c'est par erreur, car en février 901,
Louis était à Rome, non à Pavie. et sa chancellerie comptait ind. IV
et non ind. V. La date du couronnement se place donc entre le 13 et
le 28 février 901. Mais comme il est probable que Louis, selon l'usage
des Carolingiens, suivi en cela par Gui de Spolète et par Lambert
s'est fait couronner un dimanche, le jour du couronnement doit être
fixé au 15 ou au 22. — La date donnée par Bœhmer, au second des
diplômes cités, est erronée, sans quoi le couronnement sera't certai-
nement le 22. Les diplômes provençaux, toujours très mal datés, ne
permettent pas de décider la question. — Nous n'avons pas fait inter-
venir Un diplôme daté du 25 février 902, légèrement suspect d'al-
tération, et (jui ne fournirait d'ailleurs rien de plus. {Mon. Ilist. Pat .
Chartae, t. Il, col. 21-23; sur l'authenticité et la date de ce diplôme,
cf. C. CiPOLLA, dans Miscell. di Storia ital.. \. XXXII, p. 155.)
2 Ni LiuTPRAND, ni Constantin PoRPHYRociÉNÈTE ne parlent de cette
consécration impériale, indiquée, au contraire, par RÉdiNON (Chro-
nique, a. 898. \). l'i'i), et par la notice de rasseuililéc tenue à Rome en
172 LOUIS I-:N ITALIE [901]
Son autorité parait avoir été reconnue à cette date dans la
majeure partie de ce qui constituait le royaume d'Italie, dans
le marquisat d'ivrée', en Lombardie jusqu'à C(3me dont
l'évêqueremplissait auprès du nouveau souverain les fonctions
d'archichancelier'-, dans le marquisat de Toscane ^ à Rome
enfin où le souverain pontife avait couronné Louis et faisait
frapper des monnaies à son nom'\ En revanche, nous n'avons
février 901 (Mansi, t. XVIII, p. 239) qui fournit en même temps les
noms d'un certain nombre de personnages laïques et ecclésiastiques
réunis sans doute à cette occasion. Elle est également mentionnée par
un certain nombre de textes annalistiques : Ann. Alcmannici, a. 900
{Mon. Gcrm., SS., t. I, p. 54) qui distinguent le fait de l'expédition
de 900 de celui du couronnement ; Ann. Eùisidlenses, a. 901 (Mon.
Germ., SS., t. III, p. 140); Ann. Cavenses (Ihid., p. 188); Chron. Cn-
sauricnsc {SS. Rer. Ital., t. II, n, col. 822) ; Galvaneus ¥L.\yn\\{Mani-
piilus Florum. c. XLX, Script. Rir. liai., t. XI, col. 604), qui est très
postérieur, mais semble emprunter à une source ancienne perdue.
Le nom de Louis figure naturellemenf dans un certain nombre de
catalogues impériaux: Cat. Neapolitanus {Scripl. Rer. Lang.^ p. 493);
Cal. Nonanl. Conlin. {Ibid .. p. 503) ; Cat. Pont. Romanorum et im-
perat. saec. XI (Mon. Gcrm., SS., t. XXIV, p. 82); Gilbert, Chron.
Pont, et Imper. Roman. {Ibid., p. 131) ; Chronique dite de Hugues de
Salnt- Victor {Ibid., p. 95) et catalogues qui en dérivent {Ibid., p. 104
et 113); Cat. Cavensis {Mon. Germ., SS., t. III, p. 215). — Louis
porte dans la série des empereurs de même nom le numéro trois.
1. CL supra., p. 168.
2. DuEMMLER. Gesta Rereng., p. 169. — Les diplômes de Louis et
quelques autres actesmontrent, dans ces régions. l'autorité de ce prince
s'exercant sur les diocèses ou les comtés de Verceil {supra, p. 168
note 8), Asti {M. H. P. Chartae, t. I. p. 100; t. Il, p. 21), Alba (F. Savio,
Gli antichi vescovi, p. 53), Bergame {Cod. dipl. Lang., x\°^ cccxciii,
cccxciv, cccxcvii: Mansi, t. XVIII, p. 329), Bologne {Cod. dipl. Imii;;..
n"^ 381), Brescia (Mansi, L cit.), Bredulo, aujourd'hui Breo. près de
Mondovi {M. II. P. Chartae, t. 1, c. 100), Cùme (Ugiielli, liai, sacra,
t. II, col. 255 etV, col. 27 : Muratohi, Ant. ital., t. II, col. 47; .Mitlh.
d. Inst. f. [Œ. G F., t. ,VI1, p. 456; Cod. dipl. Lnnfj., n" 390), Cré-
mone (Corf. dipJ. Lang., n" ccciAXXix), Lodi (Mansi, /. cit.; Cod.
dipl. Lang., n" 387), Novare {Ibid. et Ughei.li. Itcd. sacra, t. VI, co'.
271), sans ])arler de Pavie.
3. Nous parlons un peu plus bas d'Adalbert, manjuis de Toscane, et
de ses relations avec Louis. Les actes montrent Louis reconnu en
Toscane à Lucques (Mansi, /. cit. ; Lgiiei-M, t. I, col. 799 ; Memorie
lucchese, t. V, ii, p. 70), à Arezzo (Mansi. ibid.; Muhatori, Ant. ital..
t. I, col. 87 ; t. II, col. 49), k Cliiusi {Forsch. z. d. Gesch., t. IX, p. 428;
à Fiesole (Mansi, Ibid.).k Florence {fhid.). à Phto'ui {Ihid.),k Volterra
{Ibid.), en Emilie à Parme {Ibid.), k Plaisance {Ibid. et Cod. dipl.
Lang.. n» ccCLXXXi ; Ugiirlm, t. II, col. 255; Miseell.di Sloria ital.,
t. .\XV, p. 23), à Luna (Mansi, ibid.), à Modène (Muratori, AiU. ital.,
t. III, p. 143), à Ueggio (MuuaTORI, Ant. ital., t. I, c^ol. 581 ; t. II, col.
205; Ugiielli, t. 11, col. 255; Cod. dipl. Lang., n" ccclxxxi).
4. Certaines monnaies de ce pape portent au revers le nom de Tempe-
[9011 \AWIS KN ITAI.IK 173
aucune preuve que cette autorité s'étendît également sur la
partie méridionale de l'Italie, comme s'y était étendue plus ou
moins effectivement celle de Gui et de Lambert'. Elle n'était
certainement point reconnue dans les pays situés à l'est de
l'Adige et correspondant à la marche de Frioul". Dans cette
région Bérenger, durant l'automne de l'année 901, régnait
encore à Vérone et à Vicence' et très probablement, par
conséquent, dans les parties de son marquisat plus voisines
des frontières slave et bavaroise*.
Parmi les seigneurs les plus considérables entre ceux qui
s'étaient rangés du coté de Louis il faut placer Adalbert,
marquis de Toscane, et le comte Sigefroi.
Adalbert II, dit le Riche'', avait, entre 884 et 889 '\ succédé
avec les titres de comte ', de duc'' et de marquis^, à son père,
reur Louis (Gariel, Monnaies royales de la 2« race, p. 340, et pi.
LXIII, n"^ 5 et 6).
1. Chartes de 894 et 897 dans Luenig, Cod. diplom. ilal., t. I\', p.
398 et 399. Mais il ne faut pas oublier que Gui et Lambert étaient ducs
de Spolète avant de régner en Italie.
2. Le point le plus rapproché de l'Adige où l'on puisse constater que
Louis était reconnu est seulement Brescia, dont l'évèque assiste à son
couronnement. L'évèque de Concordia cependant intervient en 901
dans un diplôme de Louis (Bœiimer-Muehlb., n" 1459 ; Cod. dipl.
Lang., n° ccclxxxi). C'est à tort que Duemmler, Oslfr. Beich, t. III,
p. 14, croit pouvoir déduire de la présence de comtes particuliers à
Vérone que la marche de Frioul ne s'étendait pas jusqu'à cette ville.
Les marquis de Toscane (cf. infra, p. 174, n. 10) avaient un comte
particulier à Lucques, leur capitale.
3. Deux diplômes du 23 août 901 sont datés de Vérone (Biancolini,
Yescovi di Verona, p. 73, et Muratori, Ant. ilal., t. VI, col. 223). Le
premier est accordé à la requête de Vital, évêque de Vicence, mais il
faut remarquer que le second est en faveur de l'évèque Garibald de
Novare, sujet de Louis, qui en obtint plusieurs diplômes. On peut citer
aussi comme preuve de la continuation du règne de Bérenger à \'érone
la date d"un acte privé rapportée par C. Cipolla, Verzeichn. der Kaise-
rurk. inden Arch. Veroiias dana Mitlh. des Imt. fi'ir Œ. GF.A. 11, p. 94.
4. Sur ces limites, cf. Dcemmler, Ostfr. Beicli, t. III, p. 14.
5.' LmTPRAND, Anlapodosis, 1. I, c. 39 : « ut solus ipse cognomento
diceretur Dives ».
6. C'est Adalbert I qui fonde en 884 le monastère de Saint-Caprais
('SIi:b.ktori. A7itich. Estensi, t. I, p. 218; Duemmler, Osi/"/'. Heirh. t. III,
p. 369). mais c'est Adalbert 11 qui figure dans la guerre entre Bérenger
et Gui en 889.
7. Muratori, Ant. ilal., t. 111, col. 1037.
8. Adalbert 1 porte ce titre en 847 (Fiorentim, Memorie di Malilde,
t. III, p. 17).
9. Adalbert I s'intitule « cames el marchio » dans la charte de Saint-
Caprais, il est ûMmavchio en 847 (Muratori, Anl. ilal., t. III, col. JG7)
Adalbert II ne reçoit de Liutprand (I. I, c. 39; I. 11, c. 35) que ce titre.
•174 ADAl.BKiiT I)l'. TOSCANR
Adalbert V, dans le gouvernement des vastes territoires sou-
mis à l'autorité du « marquis de Toscane », autorité dont les
limites ne paraissent pas avoir été plus nettes que celles des
autres marches de l'empire franc. Dans les premières années
du IX" siècle elle s'était étendue sur la Ligurie et sur la Corse'.
Au début du x% le marquis semble avoir exercé, au delà des
villes toscanes proprement dites, de Lucques, sa capitale ^ de
Florence\ Pise\ Cliiusi^, jusqu'à Parme^etmème à Novare",
sur un certain nombre de g■astalds^ de vicomtes^ et même de
comtes'", sinon un pouvoir bien défini, du moins une cer-
taine suprématie.
Les premiers titulaires de la marche, au temps de Charle-
magne et de Louis le Pieux, furent deux comtes du nom de
Boniface. Le second paraît avoir été disgracié par Lothaire
comme partisan de Judith, et dépouillé momentanément de son
comté de Lucques". C'est néanmoins le fils de Boniface II,
Cf. Ughelli, liai, sacra, t. II, col. 214 ; Mittheil. des I. /'. Œ. G F..
t. II, p. 51.
1. DuEMMLER, Ostfr. Reich, t. III, p. 16. Les Annales rpijni Fraiiconim,
a. 828 (éd. Kurze, p. 166), et la Vita Sergii II Papae (Liber Ponti-
/icalis, éd. Duchesne, t. II, p. 99), disent expressément que le titulaire
du duché de Toscane, le comte Boniface, était chargé de la défense de
la Corse.
2. C'est là qu'on trouve le plus souvent les deux Adalbert et le second
y fut enseveli (cf. son épitaphe dans Liutprand, Opéra, éd. Duemmler.
p. 166). — Lucques- est qualifiée de « curte ducali » (Muratori, Ant.
ital., t. I, col. 503).
3. DrEMMLER, iOid.
4. Son missus y est mentionné en 878 et eu 909 (Muratori, Ant.
ital., t. m. col. 1037 et 1041).
5. Duemmler, loc. cit.. et diplôme de l'empereur Louis III du l'''juin
901 (Forsch. :■. d. Gesch., t. IX, p. 429).
6. Placite de mai 906 (Muratori, Ant. ital., i. II, col. 937).
7. Diplômes de Bérenger de 908 et de 915 pour le monastère de
Saint-Sébastien de Fundaneto (Mitlh. d. Inst. f. Œ . QF., t. II,
p. 451).
8. Videlgrimus, gastald d'.Vdalbert I, est mentionné en 853 (NfuRA-
TORi, Ant. liai., t. III, col. 167).
9. Gariard, « vicomte du marquis Adalbert », est mentionné dans
les deux diplômes de Béreuger cité n. 7. — Liutprand (Anlnpodosis,
l. II, c. 66) donne à ce personnage le titre de comte.
10. Il y avait notamment, semble-t-il, à Lucques même, un comte
distinct du marquis de Toscane. Eu décembre 857, sous Adalbert I,
c'est un comte liildel)raud (pii préside le plaid dans cette ville, assisté
de l'évoque (;t de deux missi impériaux (Muratori, .1///. ital., t. 1,
col 557) et il parait avoir eu sou fils pour successeur dans ses fonctions
(Duemmler, Ostfr. Jicich, t. III, p. 378).
11. Nous avons des rensciirnements sur la famille d'Adalbert dans la
Al>Al.l!i:i',T l»r. TdSCAM-; I7r)
Adalbert I"", que l'on retrouve en 847 à la tête de la marche
de Toscane' et qui est mentionné dans les actes jusqu'en 884\
Nous avons eu déjà l'occasion de parler de ses démêlés avec
le pape Jean YIII, qu'avec l'aide de Lambert de vSpolète, dont
il avait épousé la sœur, l'impudique Uotilde^ il contraignit
à se réfugier en Gaule auprès de Boson et de Louis le Bègue.
'Comme tous les Italiens de son temps, on le voit servir tour
à tour les différents souverains qui établirent pendant une
période plus ou moins longue leur domination sur la ])éninsule,
Louis II, Charles le Chauve et le « parti français » qui parais-
sent l'avoir réconcilié avec Jean VIII \ puis Charles de
Souabe^ Son fils Adalbert II, qui figure en même temps que
son père dans le dernier acte de celui-ci, montre la même
facilité à suivre le parti du plus fort. Dans la lutte de 889
entre Bérenger et Gui, il observe d'abord une sage neutralité,
datant prudemment ses actes de « la mort de l'empereur
Charles* »; ce n'est qu'après le triomphe définitif du duc de
Spolète qu'il se décide à se souvenir que sa mère était la sœur
du vainqueur, et à figurer dans les actes de celui-ci comme son
(c très cher neveu et fidèle conseiller ' ». Sa politique à l'égard
d'Arnulf, lors des deux expéditions de celui-ci en Italie, fut
hésitante ** ; sa parenté avec Gui de Spolète ne l'empêcha pas
de passer au parti de Bérenger contre l'empereur Lambert,
qu'il avait commencé par reconnaître ^ mais dont il essaja
charte de fondation du monastère de Saint-Caprais, citée plus haut.
C'est à elle que prétendait se rattacher la maison d'Esté (Muratori,
Ant. Eatensi, t. I, 440).
1. DUEMMLER, Ostf7\ Bfich, t. III. p. 16.
2. FiORENTiNi, Mcmorie di Matilde, t. III, p. 17.
3. « Una cum moecha sorore Rotilda », dit Jean VIII, dans sa lettre à
Louis le Bègue (Migne. t. CXXVl, c 768).
4. Dtiemmi.er, Oslfr. Reich, t. III, 92 ; JaffÉ, n" 3331.
5. Du moins nous croyons qu'il faut l'identifier avec lo comte Adal-
bert qui, en mars 881, assiste à un plaid tenu à Sienne par Cliarles le
Gros (Muratori, Ant. ilal., t. II, col. 391).
6. Cf. DuEMMLER, Ostfr. Reicfi, t. III, p. 365 et les dates de divers
actes rapportées par lui.
7. Diplôme du 26 mars 890 (Ughelu,//^/. Sacra, II. 214) et un autre
diplôme cité par Duemmler, Ostfr. Reich. t. III, p. 365.
8. En 894, avec son frère Boniface, il est des premiers à lui prêter
hommage (Duemmler, op. cit., t. III, p. 378). Mais, en 896, il a plutôt à
son éfi;ard une attitude hostile (Ibiil., p. 416).
9. Il siège avec son mis,<ius, le comte palatin Amédée, dans un plaid
tenu à Florence, le 4 mars 897 (Muratori, Ant. ital., I, 497). La même
année, à sa requête, l'empereur Lambert confirme les biens du mo-
I7(i ADALlir.l'.T DE TOSCANE
plus tard de s'emparer par trahison. Le coup manqua et
Adalbert, dépouillé de ses « honneurs », dut chercher un
refuge auprès de Bérenger. Il fut plus tard rétabli dans
ses bénéfices \ Lors de l'entrée en Italie de Louis de Pro-
vence, avec lequel il avait d'ailleurs certaines relations de
parenté, ayant épousé la mère de Hugues d'Arles', il semble
s'être de bonne heure joint aux partisans du nouveau sou-
verain. Pour celui-ci, le fait de compter parmi ses adhé-
rents le puissant marquis, qui disposait directement ou indi-
rectement de près d'an tiers du royaume", dut être un
important élément de succès''. Adalbert assistait à l'assemblée
dePavie et à l'élection de Louis, duquel il obtint alors un pri-
vilège en faveur de Pierre, évêque d'Arezzo''. Le 1" juin il
intervient encore auprès de lui pour faire concéder à l'un de
ses propres fidèles un domaine au comté de Chiusi^ C'est
encore lui sans doute qui sollicite, en même temps que le comte
palatin Sigefroi, de l'empereur Louis, des diplômes pour h^
monastère de Santa-Maria Theodata de Pavie ', et pour la
célèbre abbaye de Nonantula^
Sigefroi, qui vient d'être mentionné à côté d'Adalbert,
paraît également dans de nombreux diplômes de Louis de
Provence, roi d'Italie, dans lesquels il porte aussi les titres
divers de duc*, de marquis^", de comte du sacré palais". Il était
nastère de Santa-Croce in Chianti {MiUli. Iiisl. /'. Œ. GF., t. VII,
p. 451).
1. LiUTPRAND, Anlapodosis, 1. II, c. o'.».
2. Berthe, veuve du comte Thibaut, dont nous reparlerons plus luin.
Le mariage paraît avoir eu lieu avant 898.
3. Le marquisat d'ivrée, peu étendu, la Lombardie et le Frioul
échappent seuls à son action. Nous ne parlons pas de l'Italie méridio-
nale dont l'histoire reste en dehors de celle des duttes entre Louis et
Bérenger.
4. Lorsque Louis n'a plus Adalbert avec lui « facile est expulsus ».
dit LuiTPKVNi), Antapodosis, 1. II, c. 35.
5. B(4;nMtK-xVlUËiiLU., n" 1455; MuuvToiu, Aiit. ital.. t. 1, col. 87.
6. Donation à Adalric, vassal d'Atton, fidèle du marquis Adalbert
(Forsch. s. d. Gesch., t. IX, p. i28).
7. Diplôme du 11 mars 901 (Boichmer-Muemlik, n" 14G2; Muuatori,
Ant. ilal.,t. 1, éd. 365).
8. Diplôme du 12 février 902 (Bfi^iiMER-ML'EiiLU., n" 1467 ; TiRVUdSCiil,
Slorin di Nonanlold. t. 11, p. 84.
9. Diplôme cité à la note précédente.
10. Diplôme du 7 décembre 901 (HiiiiELLi, Ital. sacra, t. 'V, col. 271).
11. Diplômes de mar.s-mai 901 {Cod. dipl. Lang., n" ccc.\cvn) et du
23 mai 901 (B(*:h.mer-Ml"ehlh., n" 1464; Uuhelli, lUiL sacra, l. 1\',
col. 422).
LR COMTE SIGEFROI 177
certainement comte de Milan' et con) te de Plaisance-, mais ses
origines et son histoire sont moins connues que celles du
marquis de Toscane. Nous savons seulement que, comme ce
dernier et comme bien d'autres, Sigefroi fut, en un très court
espace de temps, fidèle et amé conseiller d'un assoz grand
nombre de souverains. Il paraît avoir figuré en 889^ parmi les
partisans de Gui de Spolète. En 895 il sollicite pour ses vas-
saux les faveurs de l'empereur Lambert'', mais en 896 reçoit
de Bérenger des faveurs analogues'' et, en 900, à l'époque de
l'assemblée de Pavie, il était du nombre des Italiens qui
reconnaissaient comme souverain Louis de Provence ^
1. Jugement rendu en 901 par « Sigefredus comes palatii et cornes
« comitatus Mediolanensis » {Cad. dipl. /La»^., n" cccxcvi). Sigefroi est
simplement qualifié de comte dans les diplômes de Louis du 12 octobre
900 (B(*':HMER-iMrEiiLn., n" 145.'); MrRVToui, Anl. ilal., t. I, col. 87) et
du 11 mars 901 (BœilMEK-MrEin.u., n" 1102 ; Cod. dipl. Lan;/.,
n° ccc.xci).
2. « Sigefredus comes palatii et comes ipsius comitatus Placentini «
tient à diverses reprises des plaids à Plaisance (Gulini, Memon'e délia
Sloria di Milaiio, t. II, p. 100; Campi, Storia di Piacenza, t. 1,
p. 238). En 89.5, Lambert donne à son fidèle Amalgis un domaine au
comté de Plaisance, « consensu ac consilio Sigefredi comitis nostri fide-
« lissimi. qui tune ipsum comitatum regere videbatur » (Mitth. d. Iiist.
/'. Œ. GF., t. Vil, p. 448) et à Othier, vassal dudit Sigefroi, un do-
maine au même comté (Ibïd., p. 450).
3. DrEMMLER, Usl/'r.Hcich, t. III, p. 324. Selon Desimoni (Sullf Marche
d'Ilah'a, p. 204-205), ce seraient Gui et Lambert qui auraient créé
entre les marches de Frioul et d'Ivrée une sorte de « marche septen-
« trionale », correspondant à une partie de l'ancien duché d'Italie, au-
trefois confié à Boson, et en auraient accordé le gouvernement au comte
Sigefroi.
4. Diplômes cités, supra, n. 2.
5. Diplôme du 29 juillet 896 (TiiUBoscin, Storia di Nonanlula, t. II.
p. 72). Un autre, du même souverain, de 898 (Mill/i. des Itist. /'. (E.GF.,
t VII. p. 453) donne à Sigefroi le titre de chancelier de l'érenger,
ce qui ne peut provenir que d'une altération du texte. En 899, Sigefroi
figure encore comme ambasciator dans un diplôme de Bérenger en
même temps qu'.\molon, évêque de Turin (MnuToiu, AiU. ilal., t. I.
col. 983).
6. Diplôme précité du 12 octobre 900 (MrKAToui, ibid., col. 87).
GuLLM (Memorie ddla storia di Milano, t. II, p. 94), en s'appuyant sur
ce fait qu'en octobre 89G (ibid., p. 472), un comte palatin de Lambert,
Amédée, tient un plaid à Milan, croit à tort que ce fut de I^ouis que
Sigefroi reçut son marquisat. Cette idée a été reprise par Gingins
(Bosonidfs.'j). 158), qui invente, en outre, que cette faveiu- excita la
jalousie d'Adalbert et amena sa défection. Sur ses rapports avec Louis,
cf. aussi diplômes du 14 octobre 900. des 23 mars, 25 mars et 23 mai
901 (Bœumer-Mueiilb., n''« 1456, 1463, 1464; .MrUATdiu. .[>it. ilal., t. 1,
col. 87 et 587; Miscell. di Star, ilal, t. XXV, p. 23; Cod. dipl.
Laiig., n"^ cccxcn, cccxciv).
l'di l'.iRDi.N. Royaume de Provence. 12
178 l.nuis F.N ITAIJK '900-902]
A côté de ces puissants personnages les diplômes de Louis
indiquent encore autour de lui la présence d'un certain nom-
bre de comtes: Adalelme ', sans doute le comte de Valence
ayant accompagné son seigneur en Italie, Liutfrid", peut-être
comte de Crémone^, Rodolphe, comte d'Auriate^ et d'antres
dont l'identification est plus difficile, comme les comtes
Roubaud'', Albéric^ Gotfrid', Arnulf' et Ratier^
Mais s'il est possible, au moyen des diplômes, de connaître
au moins une partie des évoques et des comtes qui reconnais-
saient l'autorité de Louis, il est beaucoup plus difficile de
savoir dans quelles conditions s'opéra cette sorte de conquête
de l'Italie parleroide Provence. D'après letextodeLiutprand'",
il semblerait que tous les comtes italiens, ayant passé au parti
de Louis, son adversaire se trouva ipso facto dépossédé et
incapable de faire la moindre résistance, ce qui est assez
vraisemblable et d'accord avec la manière dont les choses se
passaient le plus souvent lors d'une invasion de quelqu'un
des souverains francs dans le royaume de son voisin, chacun
1. Sur ce personnage, cf. inp'a, p. 203.
2. Diplôme du 12 février et du 21 avril 902 (B(*:HMER-MrEHLB.,
n" 1468; Miiratori, Ant. ital., t. Il, col. 205; Mon. Ilist. Pair.
Charlae, t. 1, p. lOo).
3. Un Litfredus, comte de Crémone, fait en 885 une donation au mo-
nastère de Nonantula (TiR\n(»scni, Sloria iH Noimnlida, t. Il, p. 61).
La souscription d'un comte de ce nom figure également en 905 au bas
d'un acte cl'Aadax, évèque d'Asti {Mon. Ilist. Pair. Charlae, t. I, n"
LXVi). Un autre était bénéficié à Monza {Cad. dipl. Laiig., n" ccc.x.wix).
4. Diplôme du 21 avril 902 (Mon. llisl.Palr. Charlae, \. I,col. 103). Le
comte d'Auriate devait dépendre du marquis (Livrée et suivre le même
parti que lui. Un Rodolphe, fils d"Unroch, assiste aussi à un plaid tenu
en 931, près de Modéne, par le comte Suppon (L.Sciiiaparelli, Diplomi
ined. dei sfcoli IX e X, p. 147).
5. Il assiste jà l'assemblée de Rome (Mansi, t. X\'I11, p. 239).
6. Mitlh. d. Iiist. f. Œ. CF., t. VII, p. 456. Il s'agit sans doute du
comte de Ferme (cf. ihid., p. 451), plutôt que du marquis de Spolète
et de Camerino de ce nom.
7. Il assiste en 901 à l'assemblée de Rome(MANSi, t. XVIIl, p. 239). Un
personnage de ce nom. mais sans désignation de comté, figure on mars
881 à un plaid de Charles le Gros(MrRAT(tRi, .b/^ ilal., t. I, col. 951) et
en 902 à un plaid de Bérenger {Mon. Ifisl. Pair. Charlae. \. 1, n" i.\ui).
8. 11 assiste à l'assemblée de Home (Mansi, /. cil.)
9. i5()i:iiMEH-MiiEiiLR., n" 1456; Miratoui, Anl. ilal.. t. 1, col. 581.
GiNcUNs (//oAvj///(/r?.s-, p. 164) a cru devoir faire de Ratier, d'Adalelme et
de Liutfrid les chefs des troupes ])rovençales qui accompagnèrent
Louis, unirjiiement parce que les dcMix derniers de ces noms se rencon-
trent dans les diplômes de Louis relatifs à son royaume cisalpin.
10. LuTi'Rx.Ni), A/iiapodosis, I. II, c. 32: « Italienscs pêne omnes...
« Illudoicum invitant ».
902] RETOUR DR I.OllS KN PROVKNCR 179
(les deux ennemis en présence cherchant bien plus à débaucher
les « fidèles » de son adversaire qu'à en venir aux mains avec
lui'. Réginon est seul à parler de combats livrés^ Il est pos-
sible que quelques engagements entre troupes des deux partis
aient eu lieu, mais nous ne pouvons rien savoir de leur réalité
et de leur importance.
Si nous connaissons mal les conditions dans lesquelles
s'exerçait en Italie l'autorité de Louis de Provence, nous ne
sommes pas mieux renseignés sur les circonstances dans les-
quelles}' prit fin son éphémère domination. Selon Liutprand^
Bérenger aurait, en employant la tactique dont nous venons de
parler, réussi à regagner, à force de promesses, le plus puissant
des partisans de Louis, Adalbert de Toscane, et marché ensuite
contre son adversaire. D'après cette version, il n'y eut point
de bataille livrée, mais Louis, constatant l'infériorité de ses
forces, consentit à prêter serment de ne plus remettre les
pieds en Italie, quelque promesse qu'on lui fît pour l'y engager,
et obtint à ce prix de rentrer sain et sauf en Provence. Nous
manquons d'éléments pour discuter la valeur de ce récit,
Réginon ne parlant que d'une seule expédition d'Italie. Les
annalistes qui en mentionnent deux ne donnent pas de détails
sur l'insuccès de la première'*. Aucun texte ne vient nous ren-
1. Ce que nous disons des seigneurs laïques surtout doit, bien en-
tendu, s'appliquer aussi aux seigneurs ecclésiastiques. 11 est possible,
au reste, que certains actes violents aient eu lieu. C'est ainsi que Louis
parait avoir établi et maintenu sur le siège d'Asti un certain Eilulf qui
tomba avec son protecteur (Cipolla, di Audace, p. 161 ; F. S.wio, Gli
antichi Vesrovi, p. 127) et amené à Verceil un évêque intrus nommé
Anselbert (F. Savio, op. cit., p. 449).
2. KÉoiNoN, Chron.. a. 898, p. Ii6 : « Dum haec in Francia geruntur,
« inter Ludowicum et Berengarium in Italia plurimae congressiones
« fiunt, multa certaminum discrimina vicissim sibi succedunt. »
3. Anlapodosis, 1. II, c. 35.
4. Le plus explicite de ces documents, le Calalogus Nunanlulanus
{Script. Hcr. Lamj., p. 503) semble parler d'une défaite de Louis, cer-
tainement de sa fuite en Provence, sans faire la moindre allusion à un
serment prêté. Il y a peut-être confusion de la part de l'auteur des
Gi'&la Bcreng., entre ce qui se passa dans les deux expéditions, lorsqu'il
représente Bérenger ayant pitié du jeune âge de Louis et songeant à
le renvoyer en Provence, en se contentant d'une simple promesse :
Et forsan facinus maturis deseret annis,
Testetur pia jura poli et dimissus abito.
Gesla Bereny., 1. IV, v. 54-55.
Mais si l'auteur a connu le fait du serment, il est curieux alors qu'il ne
cherche ])as à en tirer parti jjour justifier l'acte de cruauté commis par
ISO RETOUR DE LOUIS EN PROVENCE [902J
seigner sur le rôle du marquis de Toscane, et si les diplômes
montrent certains comtes, entre autres Sigefroi, qui figure en
901 dans deux diplômes de Bérenger pour Reggio* et pour
Berganie", ralliés après le départ de Louis à son adversaire
victorieux, cela ne suffit pas à permettre des conjectures sur
le rôle do ces personnages lors de la défaite du roi de Pro-
vence.
Le dernier diplôme qui se soit conservé de Louis durant le
premier séjour de celui-ci en Italie est daté du 12 mai 902'
et de Pavie, ville où le nouvel empereur paraît avoir le plus
souvent résidé*, comme les autres souverains du même pays.
A la même époque, son autorité était encore reconnue dans
d'autres villes, à Plaisance'', à Lucques^ Mais le 17 juillet
de cette même année, Bérenger était à son tour de nouveau
maître do Pavie. Il date de cette ville, « la capitale de notre
royaume^ », un diplôme en faveur de Pierre, évêque d'Arezzo,
qui, moins de doux ans auparavant, avait obtenu de Louis de
Provence l'un des premiers diplômes italiens de ce prince ^
C'est sans doute peu avant ce mois de juillet'' que le fils d'Er-
mengarde avait été expulsé de Pavie, mais ce n'est que le 11
novembre 902" que l'on peut constater son retour à Arienne.
son héros à l'égard de Louis à Vérone en 905. — Liutprand commet
une erreur en disant que Liérenger marcha contre Louis très peu de
temps après le couronnement de celui-ci, puisqu'il le laissa régner
un an et demi. Mais cette erreur est peu de choses, surtout de la part
de Liutprand.
1. Ugiielli, Ilalia sacra, t. II, col. 259.
2. Ughelli, Ilalia sacra, t. IV, col. 424-425.
3. Bœ.HMER-MuEHLB., n° 1468; Cod. dipl. Lanrj., n" cccxcix.
4. Nous connaissons 21 diplômes authentiques donnés par Louis
durant son premier séjour en Italie ; 12 d'entre eux sont datés de Pavie
(BoKiiMER-.MuEliLB., n"« 1455, 1462, 1463, 1465, 1466, 1467, 1468, 1469, et
Fitrsch. z. d. Gcsch., t. IX, p. 428; L'ohelu, liai, sacra, t. V, col. 271 ;
Mon. Ilisl. Pair. Charlae, t. II. col. 21; Millh. d. lusl. f. Œ. GF.,
t. VII, p. 456).
5. Gamm, Sloria di Piaccnza. t. i, p. 240.
6. Charte du 19 mai 902; MuiUToiu, Ant. ital., t. V. col. 309.
7. Ibid., t. 1, col. 779.
8. Celui du 31 octobre 900 (ncKiiMEH-WrEiiLi?., n" 1457; Ugiielli,
liai, sacra ,t. II, col. 255).
9. Selon le Calai. Nonanlulanus (Scripl. Hcr. Laiif/., ]).50'A), Louis
« subripuit regnum ann. I et menses X », ce qui en prenant le mois
d'octobre 900 pour point de départ, et en comptant les mois commen-
cés pour des mois entiers, nous met en juillet 902.
10. Diplôme concédant à Hernard et à 'l'eutbert l'abbaye d'Ambierle
CBoi-MiMEU-MniiiL»., n" l'i70, C/iarli-s de Ciuinj, ii" 78). Nous avons, il est
vrai (Carlul. de Sainl-Aiidrc-lc-Bas. éd. Ciievalucr. n" 9), un dijjlôme de
[900] DKUXIKME EXPÉDITION IiK LOlJ.S KN ITAMI' 181
Il n'en continuait pas moins à porter le litre d'empereur, que
Bérenger d'ailleurs ne lui disputait pas encore' et n'avait pas
renoncé à ses ambitieux projets sur l'Italie, dont les habitants
l'appelaient de nouveau trois ans plus tard, en 905.
C'est au marquis de Toscane, Adalbert, et à sa femme, la
bourguignonne Bertho, femme ambitieuse et dont l'inlluence
sur son mari paraît certaine", que semble devoir être attribuée
la responsabilité de ce nouvel appel à l'étranger ^ Adalbert,
brouillé avec Bérenger, excité par sa femme, détermina les
autres princes italiens à inviter une seconde fois Louis à venir
se mettre à leur tête. Le jeune roi, oublieux de ses serments,
accepta leurs propositions et redescendit en Italie, au commen-
cement de l'été* de l'année 905 ', à ce qu'il semble. Les choses,
Louis donné à Alenne et daté : « XV kal. maii, anno dominice incar-
« nationis DCCCCII, anno etiam [....] imperii domni nostri. » L'année
de l'empire, c'est-à-dire l'élément chronoloiiique le plus sur, fait donc
défaut ici. On peut songer à suppléer anno [11"J ; mais au 2 avril 902,
Louis était encore en Italie. Nous préférons donc, comme Duemmler,
qui a publié ce document (Forsch. ::. d. Gesch., t. X, p. 315), lire « anno
[lll"j )) et dater la pièce de 1)03, en admettant une erreur dans le chiffre
des années de l'incarnation. L'acte ne nous est d'ailleurs parvenu que
par des copies dérivant du cartulaire perdu de l'église de V^ienne.
1. Il ne le prit qu'en 915. En 904, le pape Serge III date à Rome
ses actes d'après les années de l'empire de Louis (.1 affé, n" 3533 ;
MiGNE, t. CXXX, col. 972). D'ailleurs, à une date postérieure à la pre-
mière expulsion de Louis, au mois de mai 903, une charte de Ravenne
est encore datée de la même manière (Miiutori,.!//^ ilal., t. VI, p. 407).
2. EpiLaphium Bertaf, dans Liutprand, Opéra, éd. DuE.M.vir.El!,
p. 167: « Consilio docto moderabat regimina multa »; Ln:TinuNi),
Antapodosia, 1. 1, c 39 «cujus instinctutam nefaria cepit ipse [.\dalber-
tus] » facinora», I. IL c. 39' « Berta, ut erat mulier non incallida » ; ib.,
1. U.c. 57: « cum calliditate ... nonnullos sibi tideles effecerat ». Ce
qu'il dit de ses mœurs n'a rien que de vraisemblable, mais Liutprand
aime les anecdotes scabreuses, même lorsqu'elles ont un caractère
léii;endaire. Constantin PoRPiivRoGÉNiiTE {De Admin. Imperii, c. .xxvi,
éd. Bekker, p. ll<i), appelle la femme d'Adalbert -v> \xi^x\r^^/ Bept«v.
3. LirxpRVND. Aiilapodosix. 1. II, c. 36. Son témoignage est conlirmé
par celui des Gesla Bereiir/arii, 1. IV, v. 2 à 4 :
... Iterum solito sublata veneno
Belua Tirrenis fundcns fera sibila ab oris
Sollicitât Rodani gentem.
Et le glossateur commente ainsi : « Beluam vocat dominatricem Tuscie
« que semper hostibus favet ». Cf. iliid., v. 77.
4. En mars 905. Bérenger est encore reconnu à Asti (Mon. Ifisl.
Pair. Charlae. t. I, n" LXvV), mais le 4 juin de la même année Louis
est en Italie {Cod. dipl. Lang., col. 696).
5. La date de 905 est donnée par Réginon, Chrou., p. 150 et confir-
mée par ce fait qu'il mentionne en même temps que les événements
de Vérone l'apparition d'une comète, également indi([uéc à l'année 905
182 LOUIS A VKRONE [905]
d'après le récit de l'évèque de Crémone, ont dû se passer
comme à l'ordinaire. Bérenger, malade d'ailleurs ou feignant
de l'être \ resta momentanément à Olonna pendant que son
adversaire était à Pavie". Puis, n'ayant plus personne autour
de lui, il se retira à Vérone, comme il l'avait déjà fait lors de
la première expédition. Mais cette fois son compétiteur, avec
ceux des Italiens qui soutenaient sa cause, marcha contre lui^
et Bérenger dut abandonner même Vérone, dont l'évèque
Adalard, jadis l'un des fidèles du roi d'Italie, appelait mainte-
nant Louis \ Celui-ci exerça dès lors son autorité dans la ville
comme dans le reste du royaume qu'il venait de reconquérir ^
Immédiatement après le passage relatif à l'occupation de
Vérone, Liutprand intercale un récit qui doit être emprunté
à l'une de ces traditions populaires , si souvent mélangées,
surtout dans cette partie de son œuvre, avec des renseigne-
par les Ami. Floriacenses {Mon. Genn., SS.. t. II, p. 254) et les Annales
tle Corvey (Jaffé, Monum. Corbeieiisia. p. 34) ; cf. Duemmler, Osl/'r.
lieich, t. III, p. 357. — Certains Catalogues impériaux, comme le
Chron. moiiasl. Cnsmiriensis (Mon. Germ.. SS.. t. III, p. 623). la
Chronica Metlensis (Mon. Germ., SS.. t. XXIV, p. 509), ]esAnn. Grivoi-
ses (Mon. Germ., SS., t. III, p. 188), la Chronique dite de HrorES de
Saint-Victor (Mon. Germ., SS., t. XXIV, p. 93) donnent pour l'Empire
de Louis une durée de quatre ans [révolus], ce qui nous met bien en
905. Le Calai, regum Nonanlulanus (lac. cil.) donne, il est vrai, la date
de 904, mais en y ajoutant celle de l'indiction VIII,- qui correspond à
905. On peut faire la même observation au sujet du procès-verbal d'une
assemblée tenue à Plaisance, daté de 904, indiction VIII, v année de
l'Empire de Louis (Campi, Sloria dt Piacenza. i. I, p. 480). Le dernier
diplôme de Louis, daté de Vienne, antérieurement à la seconde ex})é-
dition, est du 31 octobre 904 (B(«-:nMEuMrEiii.[3., n" 1475, llisl. de Fr..
t. VIII, p. 415, avec attribution erronée à l'empereur Louis II). i\ous
n'avons de cette seconde expédition que deux diplômes, tous deux
donnés à Pavie, au mois de juin (Cad. dipl. Lang.. col. 69f), et Millh.
d. Insl. f. Œ. GF., t. 11, p. 450), dont les éléments cbronologiques
concordent pour 905, alors qu'au mois de juin 904, c'était Bérenger
qui se trouvait à Pavie (Wartmann, Urkundeni). dir .\blei St-Gall.
t. 11, p. 337 et UfJiiELLi, liai, sacra, t. II, p. 258).
1. « Uuartanam paciens» disent les Gesia Bereng. (1. I\', v, 23), (pii
ne parlent plus d'aucun combat.
2. Diplôme du 17 juin 905, daté d'Olonna (B()i-:ii.MEU-VrEiii.ii., n" 3333;
MrUAToRi, Ant. ital., t. III, col. 7).
3. Anlapodoxis, 1. II, c. 37. « Hulodoicus vero eum cuni Itnliensibus
persequi non« desistens ».
4. Kegino.n, Chron., lac. cil.
5. Antapodosis, 1. II, c. 37 ad. fin ; Grsla Dcrenr/.. 1. IV, v. 35; Chron.
Farfense, Script, lier. liai., i. Il, p. ii, p. 4I(). Les Ann. Alemannici,
sans parler de la prise do Vérone, placent dans cette ville la catas-
trophe finale, ce qui implique que Louis s'en était emparé.
['JO.'.] l'HKTK.NDI VOVACK |)K I.ol'IS A F.IICQUKS 183
inents réels et historiques'. L'empereur, ayant affermi sa
domination sur le nord de la péninsule, voulut visiter
r « Italie )) et la Toscane. « Dans cette intention il quitta
Pavie et se rendit à Lucques où il fut niagnifi([uement reçu
par le marquis Adalbert et sa femme Berthe, trop magnifique-
ment même, car la vue des hommes de guerre réunis autour
d'Adalbert, du luxe qu'il déployait, excitèrent la jalousie du
souverain. 11 se plaignit à ses familiers de ce que cet homme
fût plus puissant que lui et méritât plus le titre de roi que
celui de marquis. Berthe recueillit ces paroles et dès lors tra-
vailla à détacher du parti de Louis son mari d'abord, puis les
autres grands italiens". » Le fait même d'une brouille entre
Louis et le trop puissant marquis n'a rien que de très possible,
mais il y a dans le récit de Liutprand bien des détails suspects.
Le récit est trop circonstancié avec une phrase en quelque
sorte classique en un pareil sujet'; on sent trop que l'auteur
rapporte là sur Adalbert une tradition populaire reçue toute
faite et qui contraste avec le caractère général de cette partie
de YA?itajJodosis, en somme plutôt brève et écourtée'. Le
voyage même de Louis à Lucques semble un fait peu certain.
Le récit ne se suit pas bien : au moment où il vient d'être
question de l'entrée de Louis à Vérone, il quitte Pavie pour
visiter son nouveau royaume. Les Gesta Berengarii, d'autre
part, assez détaillés en ce qui concerne ces événements, ne
parlent de rien d'analogue et semblent indiquer un séjour
d'une certaine durée de Louis à Vérone avant la prise de la
ville'', qui eut lieu le 21 juillet*. Or, le 24 juin 905, Louis
était encore à Pavie' ; il semble donc assez difficile de placer
1. D.ENDLiKER et MiJELLER, Liufpraiid voii Cremona, p. 57 sq.
2. Aiitapndosis, 1. II, c. 38-39.'
3. « Hic rex potius quam inarchio... >■>.
'i. Ces événements sont de plus de 50 ans antérieurs à l'époque à
laquelle écrivait Liutprand. 11 est vrai que, comme le remarquent
D.KNDi.iKER et MiELLER (o/j. cit.. p. 144 et 163), Liutprand est en géné-
ral assez bien informé sur Berthe. parce qu'il tenait sans doute des
renseignements de son tils le roi Hugues. Mais Bertlie, et Hugues par
conséfiuent, avaient intérêt à faire ou à laisser courir le bruit de la
jalousie menaçante de Louis, qui fournissait le fond sur lequel a tra-
vaillé la légende.
5. L. IV,' V. 35.
6. Cf. infra. p. 187.
7. Diplôme précité, MilUi.. il. Im^l. f. Œ. GF.,t. II. p. 450. Peut-
être y a-t-il confusion en ce qui concerne les relations de Louis et
184 LOUIS A VÉRONE 903]
entre ces deux dates rexpédition contre Vérone, l'occupation
de cette ville, le retour à Pavie, le voyage à Lacques, le retour
à Vérone, suivi d'un séjour dans cette ville. 11 semble plutôt
qu'on doive admettre que Louis marcha de Pavie sur Vérone,
([u'il occupa cette dernière ville, sans doute dans les premiers
jours de juillet, et y séjourna. La scène de Lucques serait donc
une invention populaire destinée à mettre en rapport le roi
et le puissant personnage autour duquel s'était formée la
légende, au lieu même où cette puissance se manifestait avec
le plus d'éclat.
Bérenger, cependant, forcé d'abandonner Vérone, parait
s'être réfugié temporairement en Bavière, dans le voisinage
de la frontière \ en faisant courir le bruit de sa mort", et là
s'être hâté de recruter des auxiliaires ■\
Louis, de son côté, après son entrée à Vérone, s'endormait
dans une trompeuse sécurité, conservant très peu de monde
avec lui^ et s'occupant « à distribuer entre ses compagnons
d'Adalbert, entre les deux expé(lition.s, car la victoire de Bérenger
semble plutôt due à un heureux coup de main de sa part qu'à un aban-
don de Louis par ses partisans.
1. Ll'PI, Cod. Dijil. Bt'rgoin., 1. Il, c. 52; Kœpke, De vila et scriptis
Liudprandi, p. 86 ; Dj;ndliker et Mueller, Liulprand v. Cremona,
p. 57, révoquent en doute ce séjour de Bérenger en Bavière indiqué
par RÉGiNON, p. 150, et que nous considérons avec Duemmi-er (desta
Bereng.. p. 08, n. 1) comme étant au contraire très vraisemblable(mais
de très courte durée), en raison de la proximité de Vérone et de la
frontière. Gincins (Hosuiiiiles. p. 158) confond les deux expéditions de
Louis et croit que ce fut durant la première que Bérenger se réfugia
en Bavière.
2. Fama Berengarium loeti dispendia passum.
Ge,ta Bereng., IV, 1. v. 39.
3. Ceux-ci sont mentionnés par les Ann. Aleniannici et les Ann.
Einnidleiises, Mon. Germ., SS., t. III, p. l'iO). « Nihil moratus, con-
tractis uiidique copiis » (dit Hf.ginon, Chron., a. '.»05, p. 150).
4. Cette tranquillité de Louis est attestée par toutes les sources. « Ivi
quae pacis sunt coepit cogitare ; cum paucis... ingressus », dit
RÉGINON ; « nichihiue mali suspicans « dit Luti-rand.
« Hoste velut necto sj)oliis potiatur opimis...
Nil veritus...
Ge)ita Bereng.. e IV, v 3'i et 38.
Si l'on peut accorder confiance à l'itinéraire déterminé d'après les
diplômes, tous ces événements ont dû se passer en très peu de temps
(dans les trois premières semaines de juillet). Le bruit de la mort de
liérengor nous semble seul pouvoir expliquer les choses. A cette
nouvelle, les partisans de Louis le quittent ; lui-même est surpris
l)ar Bérenger. Le mol e.vuJ a liai ^\e\\ci^\i\on semblerait indi(iuer un long
séjour de Bérenger en Bavière, mais c'est inadmissible.
[i»o:)| RENTRi':!-; im iîkuenger dans vkmonk iso
les champs'... », c'est-à-dire sans doute à mettre ses alliés
italiens en possession des « honneurs » et des bénéfices ({u'il
avait dû leur promettre pour s'assurer leur concours. Cependant,
au lieu de s'installer dans le palais à côté du pont, sur l'Adige-,
il s'établit sur la colline, dans l'église Saint-Pierre '^ comme y
étant plus à l'abri d'un coup de main \
Bérenger cependant, avec ses Bavarois et sans doute aussi
quelques seigneurs Italiens demeurés fidèles à sa cause*, arri-
vait devant Vérone sans que l'empereur eût soupçonné son
approche ^ Ses anciens sujets ^ lui ouvrirent une nuit les portes
de la ville, celles probablement de la rive droite, moins sur-
veillées^ et, traversant le fleuve. Bavarois et Italiens, avant que
Louis eût eu le temps de se mettre en défense, pénétrèrent à
l'improviste dans l'église Saint-Pierre et les bâtiments voisins.
Le prince, fait prisonnier el chargé de liens, eut, selon un
1. « Antiques sociis disterminat agros. >•>
Gest. Bereng., 1. IV, v. ;}7.
2. Le Caslello Veceluo, le palais que représente- à côté du pans
mormoreus l'ancien plan de Vérone publié par Biancouni, Vescovi di.
Vt-rniia. pi. I. Pour la disposition générale, cf. i/nd., p. 5G. Tout cor-
respond bien avec le texte de Liutprand.
3. Le Casti'l di San Pictro (Biancoli.ni, ihid.) détruit en partie par
Napoléon, en partie par les Autrichiens en 1848 (Dcemmler. Gesta
Beroig.. p. 38, n. 1). Un château ((jui n'est pas tiguré sur le plan pub.
par Biancolini, mais dont la situation, ainsi que par conséquent celle
de l'église Saint-Pierre est indiquée par les mots « de summo montis
« castrum prospectât in urbeni «) s'éleva aussi sur cette colline, mais
nous ne savons .s'il en existait déjà quelque chose au temps de Louis.
Liutprand et les Gesta Berenrjnrii sont d'accord pour placer dans l'é-
glise le séjour decelui-ci.
4. Liutprand, Atdapodosis, I. 11, c. iO : « Propter ecclesiae amoeni-
tatem « et loci munitionem. ».
5. Les Ann. Alcmannici ne parlent que des Bavarois, mais les Gc'ila
Bereiif/.. IV, 44, mentionnent des jorc»t*e?TS qui semblent bien être des
Italiens.
6. Les Gesta Bereng. (l.IV,v. 47) in.sèrent un développement oratoire
sur les discussions entre Bérenger et ses partisans au sujet du traite-
ment à faire subir à l'ennemi. Tous les textes, comtne nous l'avons dit,
sont d'accord pour parler de la quiétude de Louis.
7. Sans avoir eu peut-être la complicité de l'évêque .■Kdalard, que
suppose DuEM.MLER. Gestu Berenfjarii. p. 64, n. 1. Selon Liutprand,
ils avaient été « gagnés » par Bérenger; selon Héginon, ils l'auraient
au contraire appelé. Ce qui est certain, c'est qu'il y eut entente à la
suite de laquelle les hommes de Bérenger furent « admissi » (De
adtnin. imperii, c. 26), comme dit simjjlement l'auteur des Grsln.
Co.NSTA.VTiN PoRPiivROOENÈTE met également le fait de la capture de
Louis au compte des habitants, o'. toO' aùroù -/.âaTpou...
8. C'est ce qui résulte du récit de Liutprand.
186 SIJIT'LICE DE LOUIS |.liiilleL 90;i|
usage assez répandu', les yeux arrachés par ordre du vain-
queur^.
Quant à ceux qui entouraient Louis et que les partisans de
Bérengor, s'il faut en croire le panégyriste de ce dernier',
proposaient de mutiler suivant un usage dont on rencontre
des exemples dans l'histoire des guerres italiennes du x'^ siècle \
leur sort est inconnu. Nous savons seulement qu'un certain
prêtre Jean, dit « Braccacurta^ » qui parait avoir été, en 900,
l'un des premiers à reconnaître Louis**, pris au haut de la tour
où il s'était réfugié, fut mis à mort par ordre du roi", et que
celui-ci confisqua les biens du rebelle^
La date de cet événement est, semble-t-il, celle du 21 juillet
905, C'est du moins celle que donne un ancien catalogue des
1. Surtout en Italie. En 860, Adémar, prince de Salerne, a les yeux
crevés par ses sujets {Cliron. Casiuense. Mon. Germ., SS.. III, p. 228;
Ann. Saleruitan.. ib., p. 550). En 896. Lambert fait crever.Ies yeux au
fils et au gendre du comte Mainfroi (DuemmlePi, Gesta Bcrcnr/., p. 25),
sans parler d'exemples plus anciens, comme Bernard ou le pape
Hadrien. On trouve en Gaule quelques exemples analogues: en 874, le
roi breton Salomon a les yeux crevés par des comtes rebelles et meurt
le lendemain (Ami. Berlin., a. 874, p. 126). En 893, il en est de même
dans le royaume de l'Est, du comte Engeschalk (.4/;^;. Fuld. conlin.
Bctispon..' 3. 89o, p. 122 ; Dt'EMMLER, Ostfr. Reich. t. III, p. 360).
2. Tel est du moins le témoignage de Liutprand, de Réginon et du
Calai. No7innlidanu.'i. Seul le panégyriste, auteur des Gesln, prétend
que cet acte de cruauté fut accompli par les hommes de Bérenger à
rinsu de celui-ci. Le fait même de la prise de Louis, suivie du sup-
plice qui lui fut infligé, est rapporté par un certain nombre de textes
annalistiques : Ahn. Einsidlcjises (Mon. Germ., SS.. t. III, p. 140). An)i.
Alemannici (Ibid., t. I, p. 54), Clir. Farfensc (Script. Fier. liai. t. H,
H, p. 416). — Liutprand raconte longuement la découverte de Louis
dans sa cachette par un des soldats de son rival, la ruse de Bérenger,
sa promesse ambiguë de respecter la vie de son rival. Tout ce récit,
qui ne peut se concilier avec celui des Gesla. semble bien être une
tradition populaire mise en œuvre par Liutprand et combinée i)ar lui
avec des réminiscences classiques.
3. Gesla Berengarii, 1. IV, c. 49: «. mcmbra viros sine curtari... »
4. Liurr^RAND, Anlapodvsis, 1. IV, c. 9.
5. La forme vulgaire de son nom est donnée par un diplôme de
Bérenger, du 3 août 905, pour Saint-Zénon de \'érone (Mtu\T(ini, .1?)^
ilal., t. III, col. 763). L'auteur des Ge.sla Beren^jarii (1. \\\ v. 66), y fait
allusion :
Tu ponens etiam curluin feniorale. .k)hannes,
Alta tenes.
6. Diplôme de Louis du 14 octobi'e 900 (MiinToiu, Anl. ilal.. t. I,
p. 581). — L'identitication, adoptée par Diimmler, n'est d'ailleurs (jue
vraisemblable.
7. <]esla Berenriarii. 1. I\', v. 67.
8. Diplôme cité ii. 6 (Miuatoki, .1^/. ilal., t. 111, col. 763).
|.lnillel0051 SlJPI'UCh: DE Ï.OIJIS 187
rois lombards et des empereurs'. Mais cette date s'applique-t-
elle à l'entrée de Louis dans Vérone ou à celle de la prise de
cette ville par Bérenger? La première hypothèse adoptée par
Diimmler- s'accorde mieux avec le te^ite de Réginon, d'après
lequel ce serait au mois d'août que la couronne aurait repassé
des mains de Louis à celles de Bérenger\ Mais il ne faut pas
demander trop de précision chronologique à Réginon. D'ailleurs
du 21 juillet au P'août la différence n'est pas grande ''. Il nous
parait plus conforme à la vraisemblance de fixer au 21 juillet
la rentrée de Bérenger dans Vérone, en invoquant certaines
considérations tirées des diplômes de ce dernier. Dans un
précepte du 3 août 905% il parle déjà de la mort de Jean
« Braceacurta, » laquelle est, d'après le texte des Gesla, con-
temporaine de la suprise de Vérone. 11 faudrait donc placer
celle-ci le P'' ou le 2 août. Mais, d'autre part, leSl juillet 905,
1. Catalor/us regiim Nonanlulanus contin. (Script. Rer. Lang..\). 503) :
« Iterum venit in Italiam et fuit in Homania. Deindevenit in civitatcm
« Veronam Xllkal. Augusti, comprehensusest ibi a Berengarioregeoui
« jussit erui oculos ejus indict. Vil], anno incarn. dom. I)('CC(,'IV. » On
trouve à peu près le même renseignement dans le Mmiipulus F/oriim
de Galvaneus Flamma (Script. Rer. Itul., t. XI, p. 604) : « Ludovicus...
« Veronam pervenit, ubi ninàasecuritate potitus,suurn exercitumlicen-
« tiavit ac deliciis vacare coepit. Quod ut Herengarius dux Aquilogensis
« supradictus audivit, de Bavaria, ul)i exul erat, exivit, et de nocte per
« muros urbis Veronae producitur Xll kalendas Augusti et Ludovicum
« praedictum imperatorem coepit atque oculis privatum in Provinciam
« remisit. » Galvaneus Flamma est du xiv* siècle, mais il emprunte
évidemment à une source plus ancienne, sans doute à un certain
Pau/us qu'il cite quelques lignes plus haut à propos dos mêmes faits.
11 désigne sans doute ainsi des notes annalistiques de provenance
véronaise, peut-être apparentée au (Uitatogus À'onanluhnius et so
présentant comme une suite de Vllistoire des Loin/jnrds de Paul
Diacre. Mais parmi les continuateurs de ce dernier, les Annales vé-
ronaises, signalées par Betiimann (Archiv, t. X. p. 401) et par Waitz
(Script. Rer. Lang., p. 37), dans le ms. de RomeN'at. Palat. w 927, pu-
bliées par BiANCdLiM, Vescovi di Vcrona (1760), p. 3, ne renferment
rien de ce genre. Duemmler, Gesta Berengarii. p. 38, avait admis la
valeur de ce renseignement conservé par le Manipidiix Flormn, et la
publication du Catal. Noimntulamcs est venue lui donner raison.
2. (Jstfr. Rcicli, t. JIl, p. 357. Il avait, au contraire, dans ses Gesta
Berengarii (cf. la note précédente) admis que la date du 21 juillet cor-
respond à celle de la surprise de Louis dans Vérone.
3. RÉGINON, C/iro»., a. 905, p. 150: « et in mense auguste hec mu-
« tatio regni facta est w.
4. Ajoutons que le 21 juillet est compris dans la période des calendes
du mois d'août.
5. Cf. la n. 5 de la page précédente.
188 LOUIS ABANDONNE L'ITALIE [Élu 905J
Bérenger est à Torri, dans le voisinage du lac de Garde ^ et y
donne un diplôme en faveur de son fidèle Ameg•ius^ Il se
trouvait encore dans ce lieu le lendemain 1°'' août et y expé-
diait deux autres diplômes, pour le diacre Audo^ et pour
l'église de Santa-Maria ad orcjanwn'*. Il est bien difficile de
croire qu'il s'agisse là de fidèles de Bérenger, sortis de Vérone
occupée alors par Louis et venant trouver son compétiteur à
la veille d'un coup de main, pour obtenir de lui des faveurs.
Ces actes se rapportent plus probablement à la période qui
suivit immédiatement la rentrée de Bérenger dans Vérone.
Ajoutons que les deux textes de Liutprand et des Gesta Beren-
garii sont d'accord pour attester que Louis ne se doutait de
rien, lorsque son rival pénétra à l'improviste dans la ville. En
aurait-il été ainsi si ce dernier s'était, deux jours auparavant,
trouvé a Torri et y avait donné des diplômes, non seulement
à des particuliers, mais encore à l'une des églises de la cité?
Ce système, enfin, laisserait bien peu de temps au séjour de
Louis à Vérone, qui semble cependant, d'après les Gesta,
avoir en une durée appréciable ^ Nous préférons donc croire
que ce fut le 21 juillet 905 que l'empereur Louis tomba entre
les mains de son rival et subit ce misérable traitement.
On le laissa libre de regagner la Provence ^ où il était de
1. Torri-del-Benaco, auj. dans le district de Bardolino-Verona. —
L'identification de ce lieu, appelé « Tulles » dans les diplômes de
Bérenger, est donnée par Cii'olla, dans les Miltheil. d. Inst. f. Œ.
Gl\, t. 11, p. 102.
2. MniAToRi, Ant. ilal., t. I, col. 787.
3. Miltlteil. d. Itist. f. Œ. GF., t. II, p. 102.
4. MriuToRi, Ant. ilal., t. VI, col. 6;j.
5. On pourrait, il est vrai, supposer, contrairement à l'opinion de
Diimmler lui-même, que le diplôme pour Saint-Zénon, daté delà .wni"
année de Bérenger, est de 906, d'un an par conséquent postérieur à la
mort du prêtre Jean. Cela permettrait de reculer jusqu'à une date in-
déterminée du mois d'août la réoccupation de Vérone par Bérenger.
Mais dans ce cas, la tran(]uillilé de Louis, Bérenger étant dans le voisi-
nage de la ville depuis le Ul juillet au moins et entretenant des rela-
tions avec les habitants, devient de plus en plus inexplicable. Nous
croyons, au contraire, que le séjour de Louis à Vérone doit se placer
entre la fin de juin ou les premiers jours de juillet 905 et le 21 de ce
mois. Tout dépend en somme de savoir si dans le te.xte du Catal.
Noiiniilulniius. on placera la virgule après les mots « .\11 kl. aug. »,
comme le veut G. Waitz, ou avant, comme l'indiquerait la version
transmise par Galvaneus Flamma. C'est à cette dernière hypothèse
que nous nous soiuuies rangé.
6. La cause du vaincu fut naturellement alors abandonnée i)ar tous
[I';té9051 LOUIS ABANDONNE L'ITALIE 189
retour le 26 octobre delà même année', ne rapportant de son
expédition au delà des monts que le vain titre d'empereur et
le surnom de Louis Y Aveugle, sous lequel depuis la deuxième
partie du x" siècle, au moins, il est généralement connu dans
l'histoire -.
les grands Italiens qui l'avaient d'abord soutenue, comme l'indique en
vers fort obscurs l'auteur des Gesta Derengarii, 1. IV, v, 70 et suiv.
1. B(EHMER-MrEHLB., u" 1474; Hist. de Fr.. t. Vlll, p. 'il6. Bœhmer
date à tort de 90 4.
2. 11 lui est donné par Flodoard. qui le nomme « Ludovicus Orbus».
CHAPITRE YI
LES DERNIÈRES ANNÉES DE LOUIS L'AVEUGLE.
HUGUES D'ARLES ET CHARLES-CONSTANTLN
(905-933)
Depuis le moment où l'empereur Louis rentra dans son
royaume de Provence vaincu et privé de la vue, jusqu'à celui
où les rois d'Italie et de Haute-Bourgogne se disputèrent ses
Etats, les sources narratives sont à peu près muettes sur le
compte de ce malheureux prince. Une série de diplômes qui
s'échelonnent entre le 26 octobre 905' et le 25 décembre 027"
permettent de constater qu'il est encore vivant et que, de Vienne,
il règne toujours sur le pays entre le Rhône et les Alpes, mais
ils ne suffisent pas à permettre d'écrire une histoire de son
règne année par année. Ce qu'ils nous donnent, ce sont des
renseignements sur 1 étendue des pays soumis à son autorité,
sur les comtes qui administrent ces territoires et sollicitent
les faveurs du roi pour leurs monastères ou leurs évéchés. Au
milieu d'eux s'élève la famille des marquis de Provence, comtes
de Vienne et d'Arles, dont le chef ne tardera pas à succéder à
Louis l'Aveugle sur le trône d'Italie, en attendant qu'il cherche
à lui succéder également sur le trône de Provence.
Les pays compris dans le royaume de Provence durant les
premières années du x*" siècle sont les mêmes, semble-t-il,
que ceux que Louis avait possédés avant sa funeste expédition.
Il n'y a donc pas lieu à ce point de vue de distinguer ces deux
périodes.
Ses propres diplômes ne le montrent exerçant son pouvoir
1. IÎ()i':iiMER-Mrtiii.it., n" l'iT'i: llisl. de l'r.. t. \lll. p. 416.
2. (Util. Christ.. 1. X\I, col. là.
KTENDt'K nu ROYATME DK PPiOVENCE 191
que sur les diocèses de ^'ie^lle', de Valence'', d'Avignon',
d'Arles*, de Marseille', d"Uzès^ de Viviers ^ de Die^ de
Grenoble^ et sur le Lyonnais'", mais il est à peu près certain
qu'il était reconnu dans toute l'étendue des provinces ecclé-
siastiques de Vienne, d'Arles et d'Aix. Il devait en être de
même dans la province d'iMnbrun, dont le métropolitain avait
assisté au couronnement de Louis " et prenait part'' aux assem-
1. Tous les diplômes datés de Louis, postérieurs à 905, sont, comme
nous le dirons plus loin, donnés à Vienne. En outre, il accorde divers
préceptes à l'église cathédrale de cette ville (///v/. de Fr., t. VIII, p.
415, 416; Carttd. de Saiiit-André-h'-Bns,w' 21*; Gall. Christ., t. XVI.
col. 15) et dispose à maintes rej)rises de biens sis en N'iennois (Ilist. de
Fr., t. IX, p. 679 : Charles de Ciuuy.. n"^ 223 et 237 ; Carlul. de Sainl-
André-le-Iias. n"* 11*, 13* et 16*), sans parler des très nombreux actes
privés relatifs au Viennois et datés des années de son règne.
2. Carlul. de Grenoble, éd. Marion, p. 92 ; llisl. de Fr., t. IX,
p. 685.
3. llisl. de Fr.. t. IX, p. 680, 681, 682, 683, 684, 685; Mantever, La
Marche de Provence, thèse mscr., p. just. n" \v.
4. Le métropolitain d'Arles, Uostaing, intervient comme « ambascia-
tor » dans des diplômes de Louis du 21 avril 904 {Carlul. Saiid- Viclor de
Marseille, iv x) et du 4 avril 912 (flisl. de Fr., t. IX, p. 685). Il en est
de même de son successeur .Manassés, le l'^'" février 921 (Bikhmer-
xMUEiiLB., n" 1481 ; llisl. de Fr.. t. IX, p. 685).
5. Louis donne au monastère de Saint-Victor de Marseille et à l'abbé
Magnus le domaine de Pinus, au comté de Marseille, avec ses dépen-
dances entre la montagne de la Garde et la mer, au lieu dit Paradis
(diplôme du 21 avril 904. cité à la note précédente). Ce fisc de Pimi^^-
ne nous paraît pas devoir être identifié, comme l'ont cru Giérard
(Carlul. deSainl- Victor, index, t. II, p. 891) et M. Longnon (Allas hisl.,
p. 9i) avec Le Pin. commune Albertas, Bouches-du-Rhône, arrondisse-
ment Aix. canton Gardanne. Ce lieu, en effet, très voisin d'.\ix, dépen-
dait certainement du comilatus Aquensis. Il doit falloir songer à un
autre Pinus, plus rapproché des localités marseillaises énuméréesdans
l'acte.
6. B(FJIMI.r-Mueiilb., n" 1452 ; llisl. de Fr.. t. IX, p. 678.
7. Louis en 897 (?) dispose en faveur de l'abbaye de Tournas de l'ab-
baye de Donzère, sise au diocèse de Viviers (llisl. de Fr.. t. IX. p. 677,
cf. supra, p. 161).
8. Louis, empereur, dispose au profit de l'église de Valence de divers
biens sis au comté de Die, entre autres des villac de Soyans (I)rôme,
arrondissement Die, canton Crest-Sud) et de Saon (même situation) et
des trois églises, Saint-.Jean, Notre-Dame et Saint-Tliiers (///.sV. de Fr..
t. I.\, p. 685).
9. Carlul. de Grenoble, A. XXVII, éd. Marion, p. 65.
10. 1/isl. de Fr.. t. IX, p. 674; Chartes de Clunij, n"'^ 70, 78, 237.
2i5, 246.
11. Cf. supra, p. 156.
12. Il assiste en 899 à l'élection de Rainfroi comme archevêque (Cari,
de Grenoble, éd. Mario.n, p. 260-261) et en 912 au jugement rendu en
faveur de Uémégaire de Valence (ibid., p. 58).
192 ÉTENDUE DU ROYAUME DE PROVENCE
blées tenues à Vienne. Il convient également décompter parmi
les sujets do l'empereur Louis les évêques de Maurienne' et
deBellej' qui assistent â ses assemblées et sans doute aussi
celui de Tarentaise''.
Dès le début de son règne il avait, comme nous l'avons dit,
recouvré la possession du Lyonnais, longtemps resté entre les
mains des rois francs à l'époque de Boson. Sa souveraineté
s'y étendait non seulement sur la partie du pagus située à la
gauche de la Saône, mais encore sur celle qui comprenait,
sur la rive droite du fleuve, les deux pagi secondaires de
Roanne et de Forez, avec les petits agri de Solore, du Jarez,
de Goifieu, de la Bebrenne, de Yaugneray, du Mont-d'Or,
d'Anse et de Tarnant*, ainsi que certains territoires transrho-
daniens plus tard rattachés au Valentinois". La souveraineté
de Louis sur tout le Lyonnais est attestée, tant par ses propres
diplômes que par de très nombreux actes privés, relatifs sur-
tout à l'abbaye de Savigny^ ou concernant des biens sis en
Lyonnais'. Quant aux diocèses de la province de Lyon dont
1. Il assiste également à l'élection de Rainfroi.
2. Ibid. — ^ Cf. Cnrtul. de Saint-Ikwnard de Uomans, n" 10 Mr.
3. Pour lui cependant nous n'avons pointde texte, mais nous croyons,
comme M. Longnon (Atlas hisl., pi. VI) que laTarentaise se rattachait
plutôt au royaume de Provence qu'à celui de Bourgogne. — Au con-
traire, révê(}ue de Genève. Francon. qui assiste en 906 à une assem-
blée tenue à Lyon et datée des ans de l'empire de Louis {Cartitl. de Sa-
vigny. n" 30) dépendait certainement néanmoins des rois Rodolphicns.
4. Cf. LoNGNON, Allas hisL. pi. VI ; A. Beunaiu). Iiitrod. au (larlnl.
de Savigny, p. un. et llist. lerviloriale du Lyonnais, dans le Bullel. de
la Diana, t. I, p. 171. — C'est à tort que Gingins {SouveraincU' lerrit.
du Lyonnais, p. 30, et Admin. polit, du Lyonnais, p. i, 8 et 20) a rat-
taché au Lyonnais et au royaume de Provence une partie du Beau-
jolais, en s'appuyant sur quelques mots mal compris du diplôme de
Louis l'Aveugle pour le comte Hugues {Chartes de Cluny. n" 70) et sur
une mauvaise identification du palais de Sti'aniiaciis (Tramoyes en
Bresse) avec Tramayos enSaône-(;t-Loire qui est, en réalité, Tramaiae
(cf. LoNGNox, Atlas llist., texte, p. 205).
5. Cf. stipva, p. G.
6. Plusieurs chartes de l'abbaye de Savigny sont datées du règne
de Louis (Cartul. de Savif/ny, éd. A. Bernard, n"« 0, 20 (ou de son
empire), n"* 5, 6, 7, 8, 10, "il, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 28, 29). - Il faut
corriger les dates données par A. Bernard, qui fait à tort partir de 902
le compte des années de l'empire de Louis.
7. C/tartes de Cluny, n"« 91, 99,83, 191, 218, 212, '211, etc. C'est
tout à fait par erreur que Dom Vaisskte (I/ist. de Languedoc, t. IV, p. 7)
avance (ju'eu 893 Lyon était au pouvoir du roi Kudes. Pour ce qui est
des actes relatifs à des biens en Lyonnais, nous renvoyons à ce qui est
dit plus bas du Maçonnais.
LE LYONNAIS KT LE MAÇONNAIS 193
les évoques avaient un instant, en 879, reconnu l'autorité de
Boson, leur réoccupalion par les princes francs fut définitive.
Nous avons des preuves de la souveraineté d'Eudes sur le
pays de Chalon-sur-Saône *, et les actes du Maçonnais sont
datés des ans de règne des rois de France, d'Eudes-, de
Charles le Simple ^ de Raoul*. On a, il est vrai, affirmé que
l'autorité de Louis s'étendait sur le Maçonnais. Mais les actes
que Gingins'' a cités pour appuyer son opinion ne paraissent
point comporter une pareille conclusion. Un acte du Cartulaire
de Màcon" est daté des ans de règne de Louis et la mention
qui y est faite de l'évêque Giraud (888-028j empêche de voir
dans ce Louis un autre souverain que le fils de Boson. Mais
c'est une donation à l'église de Màcon de biens sis dans le
Lyonnais, dépendant par conséquent du royaume de Provence '.
Il en est à peu près de même d'une charte citée comme étant
du comte Léotaud de Màcon lui-même ; c'est encore une dona-
tion, cette fois à l'abbaye de Ciuny, de biens sis en Lyonnais ^
La mise en possession a été, il est vrai, faite à Màcon, peut-
être très postérieurement', par le comte Léotaud et la copie
1. 11 date de cette ville un diplôme pour labbaye de Cormery {Ilisl.
de Fr., t. IX, p. 461). Tournus. au diocèse de Chalon, faisait partie de
ses Etats (Jbid.. p. 448) et si Louis l'Aveugle accorda un diplôme à cette
abbaye, c'était pour lui concéder Donzère en Provence. Pour le règne
de Charles le Simple à Màcon, cf. Chartes de Cluny, n" 65.
2. Charles de Clumj, n"« 34, 35, 38, 39. 43, 50. 52, 53 (datéde Cluny).
Carlul.de Màcon, n"^' 284, 295, 423. - M. Favre, /fwf/e.';. p. 129, attribue
comme nous le Maçonnais au royaume d'Eudes. Au contraire, M. L. Le.x
(compte rendu de l'ouvrage précédent, dans la Bihl. de VEc. des
Charles. 1894, p. 257-258). admet comme Gingins la Sarra que le Ma-
çonnais faisait partie des Etats de Louis de Provence.
3. Charles de Cluny, n"^100. 195, 200,202, 95 (charte de l'évêque
Giraud de Màcon). etc. Carlid. de Màcon, w^ 298, 305. 337, où la men-
tion de l'évêque Giraud prouve qu'il s'agit de Charles le Simple.
4. Charles de Cluny. n»« 253, 259, 262, 264, etc. ; Carlul. de Màcon,
n"^ 291. 294, 310.
5. Gingins lv Sarra. Essai sur la souveraineté du Lyonnais au x*"
siècle, p. 21 ; L. Lex, loc. cit.
6. Carlul. de Màcon. éd. Ragut. p. 186, n'> 820.
7. C'est ce qu'avait déjà reconnu A. Bernard, Carlul. de Saviyny.
intr., p. Liv. Inversement, nous trouvons, daté des ans de l'empire do
Louis, unéchan2:e de biens sis en yiÀcoimahiCharles de Cluny. n" 2'i9),
mais l'une des'parties contractantes est Alexandre, archevêque de
Vienne, et le rédacteur de l'acte est le notaire Ubold, l'un de ceux qui
souscrivent les diplômes impériaux de Louis l'.Vveugle.
8. Chartes de Cluny, n" 90.
9. L'acte est daté « die sabbato IV non. novombr. annc VII rognante
'< Ludovico imperatore filio Bosonis ». Les éléments no concordent pas.
I'oLi*AKi)iN. lloyaume de l'rovence. 13
^94 LE LYO^'NAIS ET LE MAÇONNAIS
de cartulaire qui nous a conservé l'acte a confondu le tout
sous une date unique.
Louis lui-même, il est vrai, dispose en 900 de biens sis au
comté de Màcon, mais ce sont des biens « du comté de Lyon ' ».
Comme il est expressément dit dans l'acte que ces biens
sont sis au comté de Màcon, on ne peut guère supposer
qu'une partie du pagus MatiscensU~ ait été alors rattachée au
comté de L}■on^ Il faut très vraisemblablement rapprocher
cette expression d'autres analogues, s'appliquant à des biens
qui dépendent du comitatiis, du vicc-comitatus, comme dans
d'autres actes il est question de biens qui appartiennent ad
Jus fisci et prendre le mot comilatus, non au sens du français
comte désignant une circonscription territoriale déterminée,
mais au sens d'ensemble des droits et des biens dont le comte
a la jouissance en cette qualité '*. On peut en ce cas se demander
cependant comment il se fait que Louis ait conservé pour lui
ou pour son représentant à Lyon la jouissance de biens au
pagus de Màcon dont il n'était pas souverain. ]\Iais il ne faut
pas oublier que le Maçonnais et le Lyonnais ont été rattachés
au marquisat de Bernard Plantevelue. Les « honneurs » de ce
dernier ont après sa mort passé à son fils, Guillaume le
En 907, le 2 novembre, tombait un lundi : c'est l'année 905, ayant
pour lettre dominicale F. qui répondrait à cette condition. L'acte n'éma-
nant pas de la chanceilei-ie de Louis, il est difficile de discuter la date,
car on peut avoir compté d'après un autre point de départ que le jour
exact du couronnement. — Léotaud (I). comte de Màcon, n'est connu
que par cette charte, du moins c'est la seule que citent les auteurs de VArt
de vn^ifiey les dates, pour justifier au début du X"-' siècle Texistence à
Màcon d'un comte Léotaud, que ne mentionnent ni les chartes de Cluny
ni celle du cartulaire de Màcon. 11 serait possible que la notice du Cartu-
laire confondit : 1" une donation de biens en Lyonnais en 905 ou 7 ; 2" l'in-
vestiture de ces mômes biens faite par Léotaud au milieu du .v^ siècle.
1. Charles de Clun]/, n» 70.
2. En tant que circonscription géo_i;Taphique.
3. Eu tant que circonscription politique. On (;ite en 898 un comte
particulier de Màroii (Kaoi"T, Carlul. de Saiid-Vincent de Màcon. in-
trod., p. XLix), mais le « h'aculfus comes » qui paraît à cette date en
Chalonnais (Carlul. de Cluny, n" 65) n'est peut-être pas, à propre-
ment parler, comte de Màcon, où l'on rencontre un vicomie porlant
ce nom de L'aculfe en 893 {Chartes de Cliinij. ii" 53). 11 y a cependant
un « Haculfus vocatus comes « qui tient un plaida .Màcon au temjis du
roi Euiloa (Carlid. de Màcon: éd. R.\(;nT, p. I()9, n" cCLXXXiv). ('e (jui
parait ])robable. c'est que ce Raculfe était un fonctionnaire dépendant
du marquis Guillaume, ce qui expli(iuerait les incertitudes au sujet de
son titre.
4. Nous avons consacré une note à l'explication de ces termes,
dans noire Appendice MU.
LE MAÇONNAIS. — LA BOURGOGNE i9u
Pieux. Celui-ci, depuis 898 au moins, était le beau- frère
de Louis de Provence'; il devait relever de lui pour le Lyon-
nais", tandis que pour l'Auvergne et le Maçonnais son senior
était Eudes de France ^ Si donc le Maçonnais ne relevait pas
du royaume de Provence, il était du moins dans certains rap-
ports avec lui, entre les mains d'un allié de l'empereur Louis,
et il y eut, momentanément du moins'', « union personnelle »,
pourrait-on dire, avec le comté provençal de Lyon.
Autun et la Bourgogne se trouvaient alors également placés
sous l'autorité du propre oncle de Louis, le célèbre Ricbard le
Justicier. Celui-ci sendjle avoir continué à être en bons termes
avec son neveu, dont il avait protégé les débuts, et son fils
épousa plus tard une princesse provençale'. Mais il paraît
difficile d'admettre qu'il ait reconnu l'autorité de Louis
sur « certaines parties de son comté qui, en principe, appar-
tenait au royaume franc de l'ouest" ». L'activité de Louis
et de son cousin Hugues se portait du côté de l'Italie et non
1. Cf. p. 278. C'est à la requête de « Vuilelmus inclytus dux et mar-
chio » que le 11 novembre 902 l'empereur Louis concède à ses fidèles
Bernard et Teutbert l'abbaye de Saint-Martin d'Ambierle (Loire, arron-
dissement Roanne, canton Saint-Haon-le-Chatel) dépendant du comté
de Lyon et sise au pagus de Roanne (Chartes de Chinij, n" 78).
2. 11 possédait des biens en Lyonnais, notamment à Saint-André d'Hu-
riat (Bernard, Jnlrod. au Cartul. de Savigny. p. liv) sur la rive gau-
che du Rhône. C'est peut-être lui qui figure dans une charte d'Austerius,
archevêque de Lyon (906-91o), peut-être de 913, dont Par \din (///s/.
de Lgon, p. 111 et 114) n'a donné malheureusement qu'un extrait
incomplet, ('epcndant le titre de comte porté par le Guillaume (|ui
parait dans cet acte pourrait faire supposer ([u'il existait dès lors un
comte particulier de Lyon, distinct de Guillaume le Pieux et qui parait
après la mort de celui-ci dans deux chartes du Cartul. de Savigiig
(n"* 7 et 12). Un « Villelmus marchio » figure au 28 juin dans VObituaire
de Lgon (éd. GuiGUE, p. 56) et il parait bien vraisemblable de l'iden-
tifier avec Guillaume le Pieux, bien que la date soit légèrement diffé-
rente de celle (6 juillet) donnée pour la mort de ce dernier par l'ôbi-
tuaire de Brioude (Baluze, Hist. de la maison d'Auvergne, t. II. App.,
p. 21) et par « les nécrologes » consultés par M\iin.LON (.1/*/;. Bened..
t. III, p. 361).
3. C'est à Eudes seulement que Guillaume, dans ses pieuses fonda-
tions, donne le titre de senior. Louis n'est mentionné que comme I/lu-
dnvicus imperalor (flist. de Fr.. t. I.\, p. 710, 712; Maiui.lon, Acta.
Sancl. ord. S. Ben., saec IV, p. 254).
4. Encore en 926 Guillaume II d'.\uvergne s'intitule coincs M/ilix-
conen.^is (Chartes de Clnny, n" 276).
5. Berthe, nièce de Hugues d'Arles. Cf. Mwtever, La nuirrhe de
Provence, positions, p. 54-55.
6. Favre, Eudes, p. 161. Mais M. Favre n'appuie cette afiirmation
sur aucun texte.
196 I.A FROXTIKRK DU RIIONR
comme celle de Boson, du cùté des pays dépendant de la pro-
vince de Lyon'. D'autre part, Richard paraît ne s'être jamais
occupé avec beaucoup d'ardeur des affaires de son neveu.
Cherchant surtout à étendre son autorité du côté du Nord,
dans l'Auxerrois et dans le Sénonais, il se trouvait naturelle-
ment en relations beaucoup plus constantes avec le royaume
d'Eudes et de Charles le Simple qu'avec la Provence".
A l'ouest, le Rhône ne formait pas la limite des états de
Louis, auxquels étaient rattachés non seulement la portion
transrhodanienne du pagus Liu/dunensis et la partie du dio-
cèse d'Avignon qui fit plus tard partie du Languedoc ^ mais
encore le Vivarais, dépendant de la métropole de Vienne et
rUzège'% qui depuis la période mérovingienne suivait les des-
tinées du Vivarais". En somme, l'on peut dire que les limites
du royaume de Louis coïncident avec celles des États de son
prédécesseur Charles le Jeune.
Quant à la situation intérieure du royaume de Provence, les
rares textes que nous possédons permettent seulement d'apor-
1. Aussi Richard n'a-t-il dû jamais beaucoup avoir à se préoccuper
de se créer une position indépendante du royaume de Provence,
comme le dit Favre. op. cit.. p. 159. — Kai.ckstein, Gesch. d. franz.
Kuitu/thioiis uiUer den ersten Kapelingev)!, p. 83, voit'également à tort,
dans le fait que Louis l'Aveugle confirme à l'église de Lyon des biens
sis en Bourgogne une nreuve que l'autorité du fils de Boson s'étendait
sur cette région.
2. Cf. inp-a, Appemlice VII, p. 333-345.
3. Dom VAissiiTi;, IIi.'<t. de Languedoc, t. 111, p. 82.
4. Parmi les Inens qu'en 921 Louis l'.Aveugle confirme à l'église
d"Arles (B()h:ii.\iEU-.MuEHLi5., n" I'kSI, I/ist. de Fr., t. IX, p. 685), se
trouve l'abbaye d'Aniane; mais il ne faut pas en conclure que ce prince
ait régné sur le diocèse de Maguelonne, et les successeurs de Manassès
n'arrivèrent point à faire reconnaître leur autorité sur l'abbaye qui
leur avait été ainsi concédée (Dom Vaissète, I/i.-<L de Lam/ucdoc.
t. IV, p. 29).
5. LoNGNON, Allas hist., texte, p., 81 ; Lu'i>eut, Konig Rudolf, p. 31.
Nous possédons, il est vrai, une charte de 893, relative au Vivarais, et
datée d'après les années du règne d'Eudes (Uom Vaissète, Ilial. de
Ldugiicdor, t. V, n" 187). Dom Vaissi^te, op. cit., t. III, p. 45-4r), supjjose
d'après ce texte et d'après un passage de (leoffroi de Viterbe, qu'Eudes
était reconnu en Vivarais durant les ])remières années du règne de
Louis. F\vi!E {Eudes, p. 9i, n. 4), cite la charte sans l'expliquer et en
remarquant ieulement qu'elle est en contradiction avec ce que nous
savons par ailleurs. Mais il est ])ossibIe simplcmenl qu'Eudes ait été re-
connu dans 1(( \ivarais dui'ant l'interrègne <iui suivit, en Provence, la
moi't de (jliarles le (iros, et cela suHit peut-èti'c à expliciucr qu'on ait
continiu'; ])ar habitude et cxceptioiniellement à datei- les actes d'après
les ans de son règne. nu"'me;'i une époque à lacjuelle Louis était maître des
P'igi 1ransrho;lani(Mis ([ui avaient fait jadis partie du royaume de Boson.
SITUATION DK I.V IWVAUTK EN PIloVK.NCE 10
cevoir que, l;'i coninio ailleurs dans l'empire franc, il _v a une
royauté faible, et une féodalité laïque et ecclésiastique de plus
en plus puissante. Louis continue jusqu'à sa mort à porterie
vain titre d'empereur', mais il reste continé, autant que nous
pouvons en juger, dans sa ville et son palais de Vienne ^ où
il est investi des fonctions de recteur du monastère de Saint-
André-le-Bas'* et le soin des affaires est par lui confié cà son
cousin Hugues*. Lui-même cependant fait toujours expédier
des diplômes ; encore a-til à peine, semble-t-il, les moyens
d'entretenir une chancellerie particulière. L'archevêque de
Vienne est revêtu du titre pompeux de « chef des notaires du
sacré Palais'' » et remplit les fonctions d'archichancelior^ Mais
Louis, on donnant aux prélats ce titre honorifique, se sert des
notaires qu'il trouve tout prêts dans les bureaux de Farche-
vèque ; ce sont les clercs et les diacres, scribes de la cathé-
1. La suscription des diplômes de Louis pour la Provence, à partir
du diplôme du 11 novembre 902 (Bœiimeu-Ml'Eiilb., n" 1470. CJiarlcs
de Cluni/. n" 78) est sous la forme constante: « Iliudovicus gratia Dei
« imperator Augustus «. La souscription impériale est: « Signuni
« tiludovici serenissimi (ou piissimi) imperatoris (ou augusti).» Xous
renvoyons du reste, pour plus de détails à ce sujet, à notre étude
diplomatique qui paraîtra ultérieurement.
2. On rencontre pour la dernière fois Louis hors de Vienne dans son
royaume de Provence, à Arles, le 21 avril 904 (Bcfjimer-Mukhlis., n"^ 4,
73 ; Cart. dn Saint-Victor de Marseille, n" 10), c'est-à-dire à une date
antérieure à la seconde expédition d'Italie. A partir du 2t] octobre 905
(B(EH.\iER-Mri:HL[5., n" 1474, Ilist. de Fr., t. VllI, p. 416), tous les diplô-
mes portant une date de lieu sont donnés à Vienne. — Nous ignorons, du
reste, quoi qu'en dise Gingins (Bosonides, p. 110) si la ville possédait
déjà le palais royal dit Ad Canalcx, qui fut donné à l'église cathédrale
par Rodolphe 111 (Charvet, Mém. pour l'histoire de Saint-André-lc
Haut. p. XLvni) et devint plus tard une maison de ville, puis entin un
théâtre (CuORrETi, Antiquités de Vinuie, éd. de 1S28. p. ;578).
3. Ce titre lui e.st donné dans une charte du comte Hugues pour ladite
abbaye (Cartitl. de Saint-André-le-Bas, n" 124). Mais le seul acte où il
paraisse en cette qualité (ib., n" 133) n'est pas rédigé en son nom.
C'est un échange entre les chanoines du monastère et un nommé
Girbert. disposé comme les-chart(;s privées ordinaires, mais il est fait
mention de l'ordre donné par l'empereur pour le contrat, et l'aCe ren-
ferme l'indication que «domnus imperator et clerici.绫 de eoauctorita-
« femrecipiunt ». Les rois de Bourgogne héritèrent de cette qualité, et
Conrad le Pacifi(ine])araît comme recteur de la même abbaye («6.. n" 95).
4. Nous parlons plus bas avec })lus do détail de ce personnage.
5. « Sacri palalii nostri notariorum sunnnus » est le litre donné à
Rainfroi dans le préambule de trois diplômes où il intervient cnmine
ainhasciator {Forschun'jeii :. d. (îcsch.. t. .\, ]). 31.'); Ilist. de l'r..
t. \\\\, p. 415 et 416).
6. Bernoin, Hainfroi et Alexandre se succèdent dans ces fonctions
comme sur le siège archiépiscopal de Vienne. Le dernier seul reçoit.
198 SITUATION DES EGLISES
drale, qui rédigent les préceptes royaux à côté des chartes
de l'église*.
Louis d'ailleurs, comme tous les rois carolingiens, est obligé
de s'appauvrir de plus en plus, non seulement en donations à
ses fidèles ^ mais encore en concessions aux églises de terres
ou de droits. Il ne fait du reste que suivre sur ce point les
exemples de Charles de Provence et de Boson. Aussi les arche-
vêques et les évoques provençaux, ou plus exactement les
sièges cathédraux, sont-ils de grands propriétaires. L'église
de Lyon a des biens en Lyonnais, en Viennois, en Sermorens,
en Graisivaudan, sans parler de ceux qu'elle possède en dehors
du royaume de Louis en Autunois, en Beaunois, en Portois, en
Chalonnais, en Bassigny, en Brionnais et dans ^Escuens^
L'église de Vienne est possessionnée en Provence* et en Aqui-
du reste, dans la souscription des diplômes le titre d'archichancelier.
Pour les autres, la formule de récognition porte simplement « ?s'. iXo-
« tarius ad vicem Barnoini (ou Ragamfredi) recognovi et ss. ».
1. Nous savons, par un diplôme de Louis lui-même, que Thion, un
des notaires de Rainfroi et d'Alexandre, était clerc de Téglise de ^'ielme
(Bœiimer-Mueiilu., n'^1474; liisl. de Fr., t. VllI, p. 416) et qu'un autre
de ces notaires, Ubold,qui fut plus tard chanoine de Saint-Maurice (^rt/--
tul. de Saint- Andvé-le- Bas. éd. Chkvalliir. n" 33*) était son neveu.
Tous deux rédigent des chartes de la cathédrale {ib., n"^ 17*, 20*, 21 J ;
il en est de même du notaire Elie, qui, d'ailleurs en général dans la
souscription des diplômes, ne porte q ue son titre ecclésiastique de diacre.
2. Un assez grand nombre de diplômes de Louis l'Aveugle sont des
donations à des particuliers: au comte Adalelme (Carttd. de Sdiul-
Andrè-le-Bas. éd. Ciievalh-r, n" 12*), au vicomte de Vienne, Bérillon
(ihid., n" 11*), à un parent de ce dernier, ¥A\ge\hevi{(]liai lesde ('Aunij,
n"^ 223 et 237) ; aux prêtres Drogoii (j). just., n" II), Raymond {Ilisl.
de Fr., t. IX, p. 680-6.S1), André (Caiiiil. de Saint-. \n'dré-le-Bas. n"
12*); à des « fidèles du roi » ; Aimoin {Chartes de (lluny, r\" 70). Ber-
nard et Teutbert (I/ist. de Fr., t. IX. j). 681). Girard (Cartul. de Saiid-
Andr(''-le-lias. n" 16*), Sterchier(.-l/r//. Vauciuse. G.6.f. 9), Bon (C/;^/7-^'.s-
de Cliiiij/, n"* 242, 245, 246, 247). 'i'outes ces concessions portent natu-
rellement sur des terres du fisc, qui cesseront désormais de faire jjartie
du domaine du i-oi et d'être pour ce dernier une source de revenus.
3. Les pafji où se trouvent à cette épo(jue les domaines de l'église de
Lyon sonténumérés dans les confirmations générales des biens de cette
église accordées en 878 par Louis le Bègue (p. just. n" I) par Louis de
Provence en 81)2 (Boimimeh-Mi'hiii,!!., n"ri'i8); (lurtul. de Grenoble, éd.
Marion, p. 72, 15. \.\i), en DIO par le pape Serge in (Chevalier, Docu-
ments inédits relatifs au Lyonnais, p. 'i, .Il'I'fe, n"35'i5.)
4. Charles de Provence (B()i;iiMi;iî-.Mi'i:iiEB., n" 12;»3 : Ilisl. dr l'r..
t. \'I1I, p. 31)7) et Boson (B()i:ii.\iElî-I\!i;i;!il,iî., n"1446; llist. de l'r.. \. IX,
]). ()71) avaient (léj;'i restitué des biens à celte église, à ia(|uelle Louis
l'Aveugle accorda cin(| diplômes ([!()i;ii.\iEii-Mi;i;iiMi,, n"« 1474 et l'i75 ;
J/isl. de Fr., t. VIII, p. 415 et 416, et Cartul. do Saiid-.\iidrè-le-lias.
n" 21*, Gallia Christ., t. XVI, instr. col. 15; donation mentionnée dans
SITUATION DES ÉGLISKS 199
taiiio'. Le métropolitain d'Arlos obtient de Louis la cunfirina-
tion (le diverses abbayes", en môme temps que d'autre part se
constitue le domaine territorial de l'évêché d'Avignon ^ Ce ne
sont pas d'ailleurs seulement des terres qu'obtiennent les
églises, mais aussi des concessions de droits fiscaux. L'arche-
vêque d'Arles a reçu le droit de percevoir les péages du port
de sa cité et letonlieu, ainsi que le jus mom'tae\ C'est à lui
cfu'appartiennent également les droits que l'on peut lever sur
les Juifs''. Les évoques d'Avignon possèdent par largesse royale
une charte du comte Hugues, (inll. Chr., ib., 14, et contirination g-éné-
rale des biens en faveur de l'arclievôque Alexandre, indiquée dans un
diplôme de Conrad le Pacifique. Cartul. de Saint-André, p. 2V2).
1. Diplôme de Charles le Chauve pour l'archevêque Agllinar (///.s/.
de Fr.. t. YIII, p. 675). — Sur l'attribution de ce diplôme, cf. «///"/-rt. p. o47.
2. B(EHMER-Mui;iiLB.. n" l'i81, Ilisl. de Fr., t. IX, p. (385. Ce .sont les
abbayes de Notre-Dame de Gourdaigne au diocèse d'Uzcs, d'Aniane et
de Cruas. Quant à la réalité des droits sur .Xniane, cf. suprn. p. Hi7.
n" 4. Cruas avait déjà été concédé à Roland [?] d'Arles par Lothaire H
(cf. A. DopscH, dans Millh. des Insl. f. Œ. GF., t. X\'l,p. 219, n'^ i;J)
et confirmé par Boson) llist. de Fr., t. IX, p. 672).
3. B(*:HMER-Mui:HLi?.,n"^^ 1477,1479,1480, flist. deFr.. t. IX, p. 683, 684,
686. Le premier de ces actes est une contirmation générale des pré-
ceptes de l'évêché; le second contient la donation du village de I5édar-
rides (Vaucluse, arrondissement Avignon, chef-lieu de canton). Louis
concéda, en outre, à titre personnel, à Tévêque d'Avignon, Fouquier
(1}(JEIIMER, n" 1478, Hist. de Fr., t. L\, p. 685) divers Ijiens qui par le
testament de cet évéque allèrent grossir le domaine épiscopal ; cf.
Manteyer, La marche de Provence et Vèvèchè d'Avignon, positions,
p. 62. — .Nous n'indiquons ici sur ce sujet que les diplômes royaux, nous
contentant de renvoyer au travail de .M. de Manteyer pour ce qui con-
cerne les générosités des particuliers, dont pour cette époque nous ne
connaissons d'ailleurs qu'une seule, la charte de donation de Landoin,
relative à Saint-Laurent-des-Arbres. Cf. Durano, Me'm. sur Saint-
Laurenl-des-Arbres, dans les Mcm. deVAcad. de Vaucluse, t. XI (1892),
p. 133 et suiv.
4. Diplôme cité n. 2. .\rles était un port important. C'était là, on se
le rappelle, qu'était venu débarquer Jean VIII ; le diplôme de Louis
l'Aveugle mentionne des commen-ants grecs qui viennent y trafiquer.
Des vers de Tuéuuulf (Adversus judices, Poetae lat. medii aevi, t. I,
p. 497) font également allusion à sa prospérité:
nos tandem opulenta recepit
Urbs Arelas...
Urbs .-\relas, aliis quae pluribus urbibus extat
Prima...
Cf. FLonrs, De P,eliquiis Cijpriani (ihid.. t. Il, p. 545):
Arelas opima portu...
5. Diplôme cité, n" 2. — Il est à plusieurs reprises question do ,luifs
dans les diplômes de Louis de Provence (Ilist. de Fr., 1. 1.\, p. 675, Cart.
de Saint-André-le-Das, n" 16*, Chartes de CJuwi, ii" 247). Il est vrai-
semblable qu'ils étaient nombreux dans le royaume de Provence,
comme en général dans le Midi, car eux ou leurs terres sont men-
200 SITUATION I)i:S ÉGLISES
le tiers des droits du port de la cité' et la moitié de ceux
perçus à la descente du Rhône ^ Les évêchés d'Apt '', de
Grenoble*, d'OrangeS d'Uzès^ de Valence'', de Viviers ^ sans
parler des libéralités faites à titre personnel à certains évè-
ques^ ont également reçu, de Louis lui-même, ou de ses pré-
décesseurs, des donations plus ou moins importantes.
Mais l'Église a à défendre ces possessions contre les em-
piétements de la féodalité laïque qui commence à se développer.
Dès l'année 855, un concile tenu à Màcon'", mais auquel assis-
taient les métropolitains de Lyon et de Vienne, prononce des
peines contre les séculiers envahisseurs de domaines ecclésias-
tiques. Cela n'empêcha pas le duc Girard de posséder des béné-
fices de ce genre" et de songer à mettre la main sur les biens
tionnés aussi dans un certain nombre d'actes privés (cf. p. ex. Cariul.
de SaiiH-André-le-Bas, éd. Chevalier, n"'' 5, 49, 91, 99, 100, 110, 105,
129, 23 4, 2*, 4*, 42*) et les noms hébraïques sont assez répandus dans
un pays où l'on rencontre dans les premières années du x*^ siècle, un
Manassé, archevêque d'Arles, un Isaac, évèque de Grenoble. On attri-
buait même à saint Ultraia, archevêque de Vienne au vin^ siècle
une origine hébraïque (Séries Episc. Viemi., Mon. Gcrm., SS.,
t. XXIV, p. 814) ; mais il est impossible d'avoir grande contiance dans
le texte qui nous a transmis ce renseignement.
1. Bœiimer-Muehlp., n" 1477, ///s/. deFr.,%. IX, p. 683; Manteyeu, ibid.
2. B(F,HMEU-Mui:nLB., n" 1478, lIUl. de Fr., ibid.; Mantever, ibid.
3. Diplôme de Louis de Provence de 896 (B(>:HMER-Mui:in.B., n" 1450,
Ilist. de Fr., t. IX. p. 676).
4. Diplôme de 894, confirmant une donation antérieurement faite par
Boson (B(ï-:nMER-MuEiir,n., n" 14'i9; Cartiil. de (h'ennble. A. xxvii, p. 65).
5. Diplôme de Charles de Provence, llist. de Langued., t. II, col. 336.
6. Diplôme de Louis de Provence de 896(B(EH.VER-ML;EiH.ii., n" 1452:
Ilist. de Fr.. t. L\, p. 678). C'est une restitution de biens, mais à
ceux-ci sont ajoutés par l'acte deux domaines dépendant du fisc royal.
7. Diplôme sans date de Louis l'Aveugle (Ifist. de Fr.. t. IX, p. 685).
8. Diplôme de Charles de Provence du 25 août 862 (Bckiimer-
MrEiii.RACMER, n" 1298). — 11 faut joindre à cette liste d'évèchés béné-
liciaires de préceptes de Louis les abbayes de Saint- Victor de Marseille
(cf. p. 191, n. 5), de Saint-Chef en Viennois et de Tournus (cf. .nv/j/v/.
p. 161).
9. Fouquier, évèque d'.\vignon (cf. p. 199, n. 3), Amelius d'L'zès(cf.
p. 204, n. 1), Isaac de (Irenoble, qui dans le diplôme pour son église
cité n. 4 obtient en même temi)s confirmation de ses biens jjersonnels.
10. Concile tenu en 855 à Màcon, publié et étudié i)ar Maassen, Fixf
biirg. Synode vom Jahre 855, dans les Sil:utt;/brrir/ile dcr Wiener
Akddewie, t. XCIl, p. 599 et. suiv. Ce concile re])rit une partie des dis-
positions de celui qui avait été tenu à Valence la même année. — cf. le
C. 1. « Hisqui resecclesiac débitas vol proprias occupaverit, rotin uerit et
« agnilojurc ecclesiae non statim cas restituerit aut pro hoc in judicio
« electoi'um distulerit, quouscpie restituerit ipsas res, communione i)ri-
« vetur. »
11. Cf. supra, p. 13.
SIT['ATION DKS KGIJSKS -JOl
provençaux du patrimoine de saint Rémi'. Boson, alors qu'il
était comte de Provence, suivit les mêmes errements et dis-
tribua à ses vassaux des terres d'Église^ C'est, comme nous
l'avons dit, à des usurpateurs de ce genre que paraissent
faire allusion les actes des assemblées de Mantaille et de
Valence ^ En 892, un concile tenu à Vienne essaye encore
d'empêcher les laïques de disposer des églises sans l'assen-
timent des évoques". Mais ces réclamations n'avaient que
bien peu d'effet, à en juger par le nombre assez élevé des
diplômes destinés à faire rentrer les évèques en possession
des domaines qui leur ont été enlevés pour être réunis au
comitatus. C'est ainsi que le comte Hugues avait usurpé
au détriment de l'église de Valence le domaine de Villeneuve ^
que l'église de Lyon avait perdu toute une série de rillae^, et
que le siège métropolitain de Vienne lui-même n'avait pas été
à l'abri de tentatives de ce genre''.
En ce qui concerne les seigneurs laïques on est mal ren-
seigné sur la géographie politique et, pour ainsi dire, admi-
nistrative des territoires soumis à Louis l'Aveugle. 11 arriva
1. Cf. supra, p. 28.
2. Lettre d'Hincmar au comte Boson (Flodoaiu), Ilisl. Bon. EccL,
1. III, c. 26, p. 5'i5) « quod de ipso periculosum audierat, videlicet
« quod res diversarum ecclesiarum suis hominibus dedisset ». Hiucmar
écrivit de même à Ermengardc pour la prier d'agir en ce sens sur son
époux {Ibitl.. c. 27, p. 550).
3. Cf, supra, p. 102 et p. 106.
4. Co)icilium Viennensc. c. iv: M\Nsi. t. X\'I1, p. 121.
5. Jugement de Louis IWveuglc de 912, ordonnant la restitution à l'é-
glise de Valence de ladite villa (CarluL deGrenohIe, éd. Maiuon, p. ït^).
6. Cela dès le temps de Charles de Provence, dont on a une série de
diplômes restituant à ladite église Tournon (B(»-:ii.\ii:H-MrKMLUACiiEU.
n" 1298, Hisl. de Fr.. t. VIII, p. 399): Livia. Collonges (Uhùne, canton
Limonest. arrondissement Lyon) et Fitilieu (Isère, arrundissement La
Tourdu-Pin. canton Pontde-Beauvoisin, B()I':ii.mek-Mui:mliî.. n- 1299,
llisl.deFr. p. 399). Courlenay (.)/(7</«. des Inst. f. Œ. CF., t. .\VI,
p. 214). Lothaire II dut lui restituer aussi la villa de Chéiieu en
Sermorens (Isère, arr. La Tour-du-Pin, cant. Virieu), que son frère
Charles avait déjà une première fois restituée (B(*:ii.MEU-Mn:iii.u.,
n" 1286; Ilist. de Fr., t. Vlll, p. 409 — le diplôme de Charles de
Provence est perdu).
7. Cf. n. 1, pour le comte Girard. Rn 90.5 (BiKiiMEH-Mui-nuj., n" 1474 ;
Jfisl. de Fr., t. Vlll, ]). 415) Louis restitue à l'église le domaine de
Four (Isère, arrondissement Vienne, canton La Verpillère). Kn 926,
c'est lav/7/«de Cisiriacus, quï avait été « in usus com.itales reilacfa »
(dall. Chri.st.. t. XVI, instr. col. 15). Cf. pour Viviers le diplôme de
Charles de Provence cité p. 6 n. 8. pour .\pt et Uzès les deux di-
plômes de Louis (//!*■/. de i'r.. 1. L\, p. 67(5 et 678).
202 LES SEIGNEURS LAÏQUES
parfois sans doute que « plusieurs cités furent réunies sous
l'autorité d'un seul comte ^ ». Mais il ne faut pas généraliser
sans preuve ce fait constaté par exemple pour le comté d'Avi-
gnon et les pagi voisins, et trop se hâter de croire à la dispa-
rition des comtes particuliers de telle ou telle ville, alors que
la rareté des documents est peut-être la seule cause de l'absence
de toute mention de personnages de ce genre"'. De certains
comtes, en effet, l'on n'a dans les actes de Louis, et même
dans l'ensemble des chartes provençales du début du x° siècle
qu'une mention isolée. Il en est ainsi, au moins dans les
diplômes impériaux, du successeur de Girard de Roussillon
1. Manteyer, La marche de Provence, positions, p. 55. La cité
d'Avignon est placée en même temps (|ue d'autres villes sous l'autorité
d'un comte qui réside peut-être à Vaison et fait exercer à .\vis"non ses
fonctions par son lieutenant, un vicomte, dont la souscription tlgure au
bas de certains actes, mais dont l'existence n'empêche pas le comte
de continuer à exercer certains droits.
2. Il y a dans les actes des personnages auxquels le titre de
comte est donné sans indication de résidence. Il existait donc encore
des comtés dont ces personnages étaient titulaires, bien que nous man-
quions d'indications permettant de répartir entre eux les sièges com-
taux dont les titulaires nous sont inconnus. Nous citerons, par exemple,
un comte Siebod, mentionné en 925 dans un acte viennois (Carliil. de
Sainl- André-le- Bas , éd. Ciievalikr, n" 19*), un comte Guigue. ancêtre
très hypothétique des Guigues d'Albon (cf. TehrebassE; Les dauphins
de Viennois, p. 9 et sniv.: Bellet, lirponse aux objections contre la
charte XVI du second Cartulaire de Sainl-IIugues, p. 4-6, et les justes
observations de M. A. de Barthélémy, Le Carlid. de Saint-/Iu;/ucs,
dans la Rev. des Quest. hist.. t. 111, p. 565). 11 ne faut d'ailleurs pas
nécessairement considérer comme réunis les comtés pour lesquels
nous possédons comme pour ceux de F'réjus et Marseille, des men-
tions du type « des biens dépendant du comté de l\., sis au comté
de M. ». Nous croyons que l'on peut, au contraire, admettre le
plus souvent, sinon toujours, que ces mentions s'appli(|uent à des
biens affectés à l'usage du comte, mais non nécessairement compris dans
la ou les circonscriptions sur lesquelles il exerce son autorité comtale.
Au contraire, M. J. Chevalier (Méin. pour r histoire des comtes de
Valentinois et de Dirns,t. I, p. 12- 13) suppose (iue« après la création du
« royaume de Bourgogne et d'Arles, les nouveaux souverains s'étaient
« appliqués àdiminuer leurpuissance [des comtes] en diminuant l'éten-
« (lue territoriale de leur jui'idiction. Les grands diocèsesou pa(/i majores
« avaient été divisés et le nombre des fonctionnaires s'était accru ».
11 est bien difficile de préciser. Le même auteur pose aussi pour le
royaume de Provence le problème de l'hérédité des fonctions com-
tales. il semble bien difficile de formuler une opinion à ce sujet pour
l'époque de Louis l'Aveugle.' Les comtes que nous connaissons IcMnieux
sont ci;ux de la famille de llugiu;s dWrIes. mais ])ar suite de diverses
circonstances et notamment par suite de leur émigration en 11ali(\ la
transm'ssion des comtes ne s'est pas elTectuée pour eux d'une manière
normale.
LES SEIGNEURS UIQUES 203
dans le comté de Lyon, du marquis Guillaume', d'un comte
Liutfrid', peut-être Italien, ou ayant accompagné Louis en
Italie''. Adalelme, comte de Valence*, est un peu plus connu.
Successivement fidèle de Charles le Chauve, de Boson et de
Louis r Aveugle", il paraît avoir suivi ce dernier dans son
expédition au delà des Alpes et rerut do lui en Provence des
domaines qui lui furent confirmés par l'empereur en \)Q:]\ En
91"i il est assisté de son fils Boson'', titulaire peut-être déjà
à une époque un peu anlérieurc d'un comté non identifié l
Le comte Teutbert parait, d'après le nombre des diplômes
dans lesquels il figure, avoir été un personnage plus important
encore. Il était bénéficié dans les environs de Vienne ^ mais
ce fait à lui seul ne permet pas de le considérer comme comte
de cette ville'". Son intervention dans les affaires des églises
d'Apt", de Marseille'", du comte Adalelme de Valence'^ et
1. Cf. supra, p. 195.
2. Liutfrid intervient en même temps que d'autres comtes dans le
diplôme du 6 juin 903, en faveur d'Adalclme {Cartid. de Sainl-André-
le-Bas, éd. Chevalier, n" 12*).
o. Cf. supra, p. 178, n. 3.
4. Sur ce personnage, cf. J. Chevalier, op. cit., p. 135, et Mantevkr,
La marche de Provence, tlièse mscr., p. 11.
5. Le diplôme de Louis l'Aveugle, cité n. 2, confirme au comte
Adalelme et à sa femme Rotlinde «omnia praecepta que dive memorie
« Karolus seu et piissimus rex genitor noster Boso, sed et nos conces-
« simus ». — Nous supposons qu'il s'agit de Charles le Chauve, mais
nous ne savons s'il faut identifier notre personnage avec l'Adalelmo
qui figure en 870 parmi les témoins des conventions d'Aix-la-Chapelle
(Mon. Germ., LL., t. I, p. 516) ou avec celai dont parle le Capitulaii-c
de Quierzy (c. 12) comme devant assister le jeune Louis, et (c. 33)
s'occuper spécialement des chasses royales.
6. Diplôme cité, Carlid . de Saint-André le-Bas , éd. Chevalier,
n" 12*.
7. Gallia Christ., t. XVI, instr., col. 101.
8. Cartul. de Saint Barnard de Romans, n" 10 bis, où figure un
comte Boson, distinct de Boson, comte d'Arles et qu'il faut peut-être
identifier avec le fils d'Adalelme. Or, cette chai'te parait devoir être
rapportée à l'année 907 ou 908, c'est-àdireà une date antérieure à celle
de l'acte cité à la note précédente. — Boson, fils d'Adalelme, parait, du
reste, avoir succédé à son père (Carlul. de Saint-liarnard, n" 133).
9. Où il avait reçu la villa de « Mantula, » probablement Mantaille
(D'Acherv, Spicileijium, éd. in-fol.. t. III, p. 362). Cf. supra, p. 160.
10. C'est ce qu'a cependant fait Diemmler, Oslfr. Ueii-h. 1. 111, p.2'i2,
d'après GiNGiNS, Bosonides, ]>. 105.
11. Diplôme de 896, (;ité plus haut, p. 160, n. 6.
12. Diplôme du 21 avril 90 1 on favein- du monastère de Saint-Victor de
Mar.-eille (15()i:hmer-Mui;hlr., w Wl'ô; Carlid. de Saint-Victor, iv 10).
13. Diplôme du 6 juin 903. — Kn revanclic, il nous parait douteu.x,
qu'en rabsence du titre de comte il faille identifier avec lui le
204 LES SEIGNEURS LAÏQUES
surtout de Tévôché d'Avignon*, où devait se trouver le siège
principal de son autorité ^ semblent plutôt devoir lui faire
attribuer le rôle d'une sorte de marquis de Provence, sans
qu'aucun texte cependant lui donne expressément ce titre.
Plus important que tous ces personnages un peu effacés est
le célèbre comte Hugues que Flodoard^ appelle Hugues de
Vienne, mais plus connu dans l'histoire sous le nom de
Hugues d'Arles. Son père, Thibaut, fils du comte-abbé Hubert'',
avait épousé Berthe, fille naturelle de Lothaire H et de Wal-
drade'. En 880 il avait été battu à la tête des troupes de son
beau-frère, Hugues de Lorraine , et le bruit de sa mort avait
même couru'. H se trouvait cependant encore en 883 parmi
Teutbert auquel Louis donna en 900 l'abbaye d'^ mbierle en même temps
qu'à un certain Bernard (Bcfjimeu-Mufiilb., n" 1470, Chartes deCluny^
n" 78).
1. Diplômes du 19 octobre 907 et du 16 mai 909 (?) (B(EIIMEr-
Mueulb., n'^« 1477 et 1479; llist. de Fr., t. IX, p. 683 et 684). C'est
également à la requête de Teutbert, en même temps que d'un certain
\Valon,quele 17 septembre 903 Louis donne à un certain évèciue Amé-
lius, de siège non déterminé, le domaine de « Fretus», près de Saint-
Rémi (Bouches-du-Rhône, arrondissement Arles, chef-lieu de canton).
M. Deloche (Snint-fiémi de Provence au moyen âge, p. 100) et ^L de
Manteyer font de cet .^mélius, présenté par Teutbert, un évêque d'Avi-
gnon, dont ce serait là la seule mention connue. Mais l'acte ne paraît
pas exister dans les Archives "de l'évêché d'Avignon. Au contraire, au
rapport de 1). VaissÈte (I/ist. de Lany., t. V, col. III), il se trouvait
encore au xvn^" siècle en original ou en copie, dans celles de l'église
d'Uzès. Il semble donc plus naturel d'identifier cet Amôlius avec un
évêque d'Uzès de même nom, mentionné dans une lettre (Jaffé, w
3459) du pape Etienne V(887-891)et dans diverses chartes, notamment
dans un diplôme de Louis de Provence de 896 (BŒiiMcu-MuEiii.ii., n"
1452, Ilist. de Fr.. t. IX, p. 678) et qui vivait encore en 912 (L.
DuciiESNE, Fasles êpiscopaux. p. 312). L'intervention du comte d'Avi-
gnon s'explique par la situation du domaine concédé. L'église d'Uzès
ne devait pas, du reste, conserver longtemps la jouissance de celui-ci,
car avant 954 il avait été usurpé par le comte d'Arles et d'Avignon,
Boson, et restitué par lui, non à l'église d'Uzès, mais au roi Conrad
le Pacifique (Delociie, op. cit., p. 57).
2. Manteyer, La marche de Provence, positions, p. 51.
3. Annales, f\. 92'i; Mon. Germ., .S'.S'., t. lll, p. 373: a Hugo de Vicnna».
4. Annales Vrdaslini, a. 880 ; Mon. Germ.., SS., t. il, p. 198.
5. Ann. Berlin., a. 880, p. 151 « sororium illius [llugonis Lotliarii
filiij Tlieutbaldum ». Hugues nomme dans ses diplômes son i)èi'e Thibaut
et sa mère Berthe (ScnEn)M's. Oriy. Gueljicae, t. 1, j). 70; Charles de
Cluny, t. I, p. 497). — Sur. la discussion au sujet do la date de la nais-
sance de Berthe, cL Pauisot, Le ro'/anmr de Lorraine, p. 4'i'i, n. 7.
6. Cf. suprn. p. 120 121.
7. C'est ainsi que nous expli(|Uons la mention des Ann. Laninenses
(Mon. Germ., SS., t. IV, }). 15) d'après lesciuelles Hubert périt dans
cette bataille.
LES SEIGNEURS LAÏOUES. — IIIT.UES I)'A1U,ES 205
les comtes (iui soutouaieui la nouvelle rébellion de Hugues'.
Mais, en 885, lors Je la défaite détinitive du bâtard de Lotliaire,
suivie de son emprisonnement et d'actes de représailles exercés
contre ses partisans", Thibaut dut s'enfuir, très vraisembla-
blement dans les Etats de son jjarent Roson. C'est là en effet
qu'on le retrouve, après la mort de Boson, tenant un plaid
dans une localité du nom d\\iiuie-vil/a\ Cette mention est la
dernière que l'on possède de lui et il mourut avant 898*.
Son fils Hugues assista peut-être au plaid de Varennes en
890^ plus certainement en 899 à l'élection et à la consécration
de l'arclievêque de Vienne, Rainfroi". Dès le 7 avril 903', il
paraît comme exerçant son autorité à Vienne et int(;rvient pour
faire concéder au vicomte de cette ville, un nommé Bérillon,
sans doute son parent^ lesî;ï//^/edePonsin^etde Chavannay'".
Il est très douteux qu'il ait accompagné le roi de Provence
dans ses expéditions d'Italie", mais, après la catastrophe de
Vérone, il devient tout-puissant dans les états de l'empereur
aveugle. Il est toujours maitre de Vienne, où il est bénéficié
en même temps que son frère Boson " et dont les archevêques
1. RÉGiNON, Chronique, a. 883, p. 121.
2. Ann. Fuld., a. 885, p. 103, mais nous ne savons si Thibaut se
trouvait parmi les « caeteri qui cum eb erant equis et armis ac vesti-
« bus spoliati vix nudi evaserunt».
3. Charles de CJuny, n" 30. La manière dont l'acte est daté prouve
qu'à cette date Thibaut reconnaissait l'autorité de Charles le Gros.
4. Date à laquelle sa veuve Berthe parait avoir déjà été remariée à
Adalbert de Toscane (Liutprand, Aittapodosis. 1. 1, c. 39).
5. il y a parmi les souscriptions de l'assemblée, colle d'un comte
Hugues, qui signe le troisième sur huit (Ilisl. de Fr.. t. IX, p. 663).
6. Cartul. de Grenoble, éd. Mauion, p. 260.
7. Cartul. de Saint- André-le-Bax, éd. Ciievaliek. n" 11*.
8. Cf. infra, p. 352.
y. Commune Vérin, Loire, arr. Saint-Etienne, cant. Pelussin.
10. Mêmes département, arrondissement et canton.
11. Ni LiuTPRVND ni Constantin PoKi'iiviu)GÉNi:TE, qui tous deux le
connaissent, ne le mentionnent dans le récit des expéditions de Louis.
11 ne parait pas davantage dans les diplômes italiens de ce dernier.
12. .\cte de vente publié i)ar BuÉguioNV, Dociim. histor. inéd.. t. 111,
p. 247 (et attribué à tort par lui au règne de Louis le l'ieux), et par
Brl'kl, Charte.^ de Cluni/. w 241, qui le date correctement, mais ne
parait pas savoir de quel Boson il s'agit. L'acte indique les possessions
de Hugues et de Boson à Vienne — Hugues intervient comme am-
hnscintor dans la plupart des diplômes de Louis relatifs à l'église de
Vienne et au Viennois (///s^ de Fr., t. NTII. p. 416): Cartul. de Saint-
André-lc-Bas, éd. Ciikvai.ieh, n" 13*; Charles de Ciunij. n- 223*). Cepen-
dant, la confirmation générale des biens de l'église de Vienne du 31
octobre 904 (Boi:iimeu, n" 1475; llist. de Fr.. t. VlU. p. 415, avec attri-
206 HUGUES D'ARLES
agissent d'accord avec lui'. Il porte dans les actes les titres
de duc' et de marquis^ et Liutprand, bien informé sur son
compte, le désigne comme « comte des Provençaux^ ». Il a
donc, et cela peut-être même du vivant de Teutbert^ reçu
l'ancien duché de Fulcrad, la marche de Provence ^ Mais il n'y
a plus, comme au temps de Fulcrad, un duc de Lyon qui puisse
en quelque sorte faire contrepoids dans le royaume au marquis
arlésien. Le marquisat jadis confié à Girard a été démembré,
sans doute à la suite de la conquête du Lyonnais par les princes
francs". Le comté de Vienne et le comté de Lyon sont désor-
mais indépendants l'un de l'autre, et le premier de ces deux
gouvernements se trouve réuni entre les mains de Hugues,
avec l'autorité supérieure exercée par le comte d'Arles sur la
Provence. A son pouvoir (( officiel » il ajoute son autorité pour
ainsi dire personnelle, celle qu'il exerce comme régent
de Provence à la place de Louis que son état de cécité em-
pêche de régner par lui-même. C'est à ce titre sans doute qu'il
intervient dans les affaires du Lyonnais ^ malgré l'existence
bution inexacte à l'empereur Louis II) est obtenue directement par
l'archevêque Rainfroi.
1. A sa requête, l'archevêque Alexandre donne à l'un des prêtres de
son diocèse l'église de Saint- Quentin (Carlul. de Saint- André-lc- Bas,
n" 18*) et divers biens aux chanoines de sa cathédrale (B. nat. coll.
Baluze, t. LXXV, fol. ;r.O).
2. IIUl. de F)\, t. IX. p. 685 ; Cariai, df Sainl-Darnnrd de Romans.
n" 35 ; Carlul. de Saint-. Aadn'-le-Bas. éd. Chevalier, n" 18* [dans la
souscription de l'acte].
3. Charles de Clam/, n» 223 ; Gallia Christ., t. XVI, instr. col. 14 ;
Hisl. de Fr.. t. IX, p'. 690; Carlul. de Saint-André, n'>« 13*, 14*, 18*
[dans le texte de l'acte].' Les deux titres sont parfois réunis: Carlul. de
Greuiddc, éd. Mariox, p. 58; liisl. de Fr.. t. IX, p. 685, n» xvn. Cf.
Hisl. de Lan(j., t. III, p. 396.
4. Anlapodosis, 1. Il, c. 16. Il y a une grande analogie, qui n"a pas
encore été relevée, croyons-nous, entre les expressions de ce texte,
et celles que les Ann. Bertiniani et les Ann. Fuldenses appliquent à
Fulcrad.
5. 11 parait à côté de lui dans le diplôme du 6 juin 903 (Carlul. de
Saint- André-le-Bas,èû.. Chevalucu, w 12*), mais ce peut être seulement
en qualité de comte de Vienne.
6. Cf. n. 4.
7. Peut-être même avant, si, contrairement à nos conjectures. Boson
ne reçut pas de Charles le Chauve le gouvernement du Lyonnais, en
même temps que celui du Viennois.
8. FLonoARo, Annales, a. 924, loc. cil. — GiNdiNs (//ur/onides, p. 51)
croit que les mots /Aiydanensis Prnvincia s"appli(piont aux domaines
d(! Saint-i{émi, sis en Provence. C'est étendre arbitrairement le sens
du lermo.
HUGUES D'ARLKS 207
en ce pays d'un comte parliculicr, et dans celle de l'église do Va-
lence', dont l'évèque est dit son « fidôlo »-. Il faut tenir compte
aussi de l'influence dont Hugues a pu Jouir grâce à ses nombreux
parents, qu'il eut soin de bien pourvoir en Provence comme
plus tard en Italie. Les vicomtes de Vienne, les Ratburne et
les Bérillon, sont ses alliés^; l'arc bevr-ipu' d'Arles, Manassès,
est son neveu \ Son frère Boson reçut', sans doute à la mort de
Teutbert, les comtés d'Avignon et de Vaison'' et un texte
curieux, récemment mis au jour, résume bien la situation en
parlant de « l'illustre marquis Hugues, qui administrait l'état
sous l'empereur Louis, entouré d'évêques et de comtes' ».
La famille de Louis lui-même tient dans l'histoire de la
Provence une place beaucoup moins considérable que celle de
son cousin Hugues. La femme de Louis l'Aveugle se nommait
Adélaïde et parait pour la première et la dernière fois dans
1. Il avait usurpé une terre de l'église de Valence (Cartul. (Je Gre-
noble, éd. Marion, p. 58). In diplôme sans date de Louis l'Aveugle
concède à la requête du duc et marquis Hugues, à l'église de \'alence
divers biens sis au comté de Die (Hist. de Fr., t. IX, p. G85).
2. Miracula Saneti ApoUinaris, éd. Chevalier, p. 39.
o. Cf. iiifra, Appendice IX, p. o52 et suiv.
4. Manassès donne à l'abbaye de Cluny (Chartes de Cluny, n" 726)
des biens « que adjacent in comitatu Cabilonensi, que de paterna he-
«reditate mihi obveniunt, quaspater meus Warneritis juredominantis »
et dans l'acte il mentionne également sa mère Teutberge et ses frères
Hugues, et Richard. Sur ces personnages, voy. Mantevkr, Lesoriffines de
la maison de Savoie, dans les Mé/. de l.' Ecole de Home. 1899, p. 'i53
et ss. Teutberge était sœur de Hugues d'.\rles, comme nous le savons
par la charte de la donation faite de labbaye de Saint-André en Camap-
gue à Drogon, évêque de Marseille, par Manassès, à la, requête de
«incliti ac piissimi principis et avunculi nostri » (Cartul. de Saint-
Victor de Marseille, n" 1). Des quatre fils de (iarnier et de Teutberge,
Manassès devint archevêque d'Arles vers 914 et plus tard passaen Italie
où nous le retrouverons. De Richard et de Boson, nous ne connaissons
pas l'iiistoire. Quant à Hugues, il faut très certainement l'identiller avec
le comte de ce nom qui reçut en 936 des rois Hugues et Lothaire le do-
maine d'Eltaveon en Viennois (Saint-Jean d'Octavion ou Chàtillon-Saint-
Jean, Drome. arr. Valence, canton Romans) et qui est dit dans l'acte
neveu du roi Hugues (Forsch. z. d. Gesch., t. X, p. oOl).
5. LiUTi'RAND, Antapodosis. 1. III. c. 47, dit que Boson était frère de
Hugues, « e.x eodem pâtre ». Gingins en a conclu ([uïl était bâtard,
Berthe, mère de Hugues, ayant survécu à Thibaut, et celui-ci ne pou-
vant guère, en raison des dates, avoir eu Boson d'une première femme.
Il vaut mieux admettre que. dans ce passage. Liutprand oppose simple-
ment Boson aux fils de Berthe et d'Adalbert de Toscane : ceux-ci
étaient frères aussi de Hugues, mais n'étaient pas nés du même
père.
6. Ma.ntevek, La marche de Provence, positions, p. 54.
7. Miracula Saneti ApoUinaris, loc. cit.
208 LA FAMILLE DE LOUIS L'AVEUGLE
un diplôme du 18 janvier 915'. Il en eut un fils du nom de
Rodolphe, à peu près ignoré dans l'histoire. L'existence de
ce prince n'est en effet connue que par l'apposition de son
signum au bas de la charte par laquelle Adélaïde, sœur de
Rodolphe ^'^ veuve de Richard le Justicier, soumet à l'abbé
saint Eudes de Cluny le monastère de Romanmoutier ".
Le nom d'Adélaïde ou Adèle est assez répandu au x° siècle
et se rencontre à cette époque dans un certain nombre de
familles seigneuriales \ Mais dans le cas ({ui nous occupe il
faut rapprocher ce nom d'Adélaïde de celui de Rodolphe
porté par un fils de Louis, et du fait que ce prince, après
la mort de son père, paraît s'être retiré dans le royaume
de Bourgogne. Cet ensemble d'indices concordants doit
seml)ler bien de nature à faire rattacher à la famille
rodolphienne l'origine de la femme de Louis l'Aveugle. Dans
la maison welfe, en effet, cà laquelle sont apparentés les sou-
verains du royaume de Transjurane, le nom d'Adélaïde, porté
par la femme de Conrad, comte d'Auxerre, l'est également par
unesœurdeRodolpheP''et par unefîUede Rodolphe IL L'hypo-
thèse qui parait donc la plus vraisemblable est de considérer
comme une sœur de ce dernier la reine Adélaïde, femme de
l'empereur Louis, et mère du Rodolphe mentionné en 929*.
1. A la requête de « dilecta ac bene mérita conjux nostra Adaleida »,
Louis concède à son lîdèle Girard une vipine en Viennois (Carlul. de
Saint-Andrê-le-Bns, éd. Chevalier, n" 16*). 11 semble bien que cet
acte ait été remarqué dans le cartulaire de rép;iise de \'ienne par
Chorier qui (Ilist. du Daiiphinè, I, ]). 522) donna à la femme de Louis
l'Aveugle le nom d'Egine-Adelaïs, tout en croyant ce prince marié
seulement en 923 ou en 924.
2. Charte du 19 mars 929 (Chartes de Cluny, n" 379). « Signum
« Aeleydis comitisse régie matris et abbatisse S. Juditte filii Rodulfi
« régis S. Rodulfi tilii Ludovic! imperatoris. » — Gingins (Boan-
nides, p. 186) va trop loin (juand il jirétend voir la souscription de la
veuve de Louis dans le 5. Juiiitte, sous prétexte que le nom de Judith
ressemble à celui d'Adeleth. La charte d'ailleurs est un témoignage
de bonnes relations entre les deux familles, car Adélaïde demande des
prières pour l'âme de son neveu Louis [l'Aveugle]. Mais on ne peut, de
la parenté ainsi indiquée, tirer argument en faveur du système que
nous exposons plus bas, car Adélaïde, veuve de Richard le Justicier,
était certainement tante par alliance de Louis, fils de iJuson, (|uelleque
fût la fennne de l'empereur.
3. Dans celles des comtes de Poitou, des comtes d'Anjou, des ducs
de Normandie.
4. Cette hypothèse a déjà été émise par Gingins, Dosonides, p". 185.
— On rattaciio souvent, au contraire, la femme de Louis l'Aveugle à
la famille d'I'^dward l'Ancien, roi de Wessex, fils d'Alfred le Grand
LA FAMILLE DE LOUIS L'AVEUGLE 209
Plus connu est un autre fils do Louis l'Aveugle, le conile
Charles-Constantin, doiiljU^ nom que ce personnag'o portait
déjà au x" siècle'. Il parait pnur la [)remièrc fois comme
(i/jihftsciator dans un diplôme du ;> juin 923". Cela sembl(M'ait
indiquer qu'à cette date il était déjà sorti de Tenfance ; l'on
pourrait donc placer sa naissance dans les premières années
du x" siècle *. Mais Richer ajoute que Charles était bâtard*.
Tous les historiens sont d'accord pour rejeter le fait sans
contrôle. Ce renseignement ne se trouve pas, il est vrai, dans
Flodoard; mais Richer ajoute parfois au texte de son prédé-
cesseur des détails qu'il tient de son propre père, Raoul,
chef de bande au service de Louis d'Outremer, et qui ac-
compagnait peut-être celui-ci dans l'expédition d'Aquitaine
au cours de laquelle le roi reçut à Màcon la visite et le
serment d'hommage du comte de Vienne'.
Reste donc à savoir si l'hypothèse de l'illégitimité de
Charles-Constantin s'accorde mieux ou moins bien avec les
faits que celle de sa légitimité.
a. Nous n'avons sur les mœurs de l'empereur qu'un seul
témoignage, suspect à la vérité comme émanant d'un ennemi.
(f927). Nous considérons cette hypothèse comme tout à fait inad-
mi.'^sible (cf. iiifra. Appendice iv, p. 314-319). Nous ne savons s'il faut
étabhr un lien entre l'origine bourguignonne d'Adélaïde et le fait de
l'intervention de Rodolphe II dans les affaires de Provence après la
mort de Louis l'Aveugle, ou l'hostilité de Hugues d'Arles, qui avait en
Italie à lutter contre liodolphe 11, vis-à-vis des fils du souverain défunt.
Ces événements sont si mal connus qu'il serait certainement imprudent
de chercher à en tirer argument.
1. Flodoaru, Annales, a. 931 ; Mon. Genn., SS., t. 1(1, p. 379: « Karlo
Constantino Ludovic! orbi filio » ; — a. 9'il, p. 388: « Ludovicus rex a
Karlo Constantino in Viennarecipitur )> ;— a. 951,p. 'lOO: « KarolusCons-
tantinus, Viennae princeps. . . » Richer, Ilistor., 1. H, c. 98: « Karo-
lus Constantinus Viennae civitatis princeps. » — Richer sur ce point ne
se borne pas à reproduire le texte de Flodoard, auquel il ajoute deux
indications relatives, l'une à l'âge de Charles-Constantin, l'autre à
l'illégitimité de sa naissance.
2. A la requête de « dilectissimus (ilius nostri (sir sur l'original)
Karolus », Louis donne à son fidèle Bon trois serfs en pleine propriété
(Charles de Cliinij, n" 242).
3. Ce qui concorderait justju'à un certain point avec l'indication de
Richer qu'il était « grandaevus » en 951, bien qu'il y ait quelque exa-
gération à appliquer cette épithète à un homme (jui ne devait pas avoir
atteint cinquante ans.
4. RiciiEit, Jlist., 1. II, c. 98. « Concubinali stemniute us(iue ad tri-
tavum sordebat. »
ô. 11 se trouvait dans l'armée de Louis W en U'iS et 9.".i;.
PouPAHDiN. Royaume de Provence. 1 1
2 lu CIlAULKS- CONSTANTIN
c'est celui de l'auteur des Gcsta Berenyarii^ qui ne trouve
que ce seul reproche à adresser à Louis :
cui moribus auctor
Tempnendus Ludovicus erat, sed stirpe legendus.
b. Charles-Constantin étant bâtard, on s'explique que son
exclusion du trône ait fait assez peu de difficultés. Floduard,
en effet, non seulement ne mentionne de sa part aucune ten-
tative pour ressaisir la couronne, mais ne parait pas même
considérer comme anormal qn'il ne l'ait point portée à la mort
de son père.
c. Dans des cas très nombreux de double nom qui, à la vérité,
appartiennent pour la plupart au xi" siècle, il y a un « nom de
naissance » et un « nom de baptême » : « Quand l'enfant reçoit
« un surnom de baptême, ce nom qui au point de vue religieux,
« consacre une renaissance, remplace rapidement le nom de
« naissance. Tandis que le premier, du moins pour l'aîné, vient
« de la ligne paternelle, le second vient de la ligne maternelle' » .
11 s'ensuit de là que des deux noms de Constantin-Charles,
dont le second peut seul appartenir à sa famille paternelle, le
premier doit être un nom de baptême et venir de la ligne
maternelle''. Or, le nom de Constantin ne se trouve pas. dans
la famille rodolphienne. Il se rencontre au contraire assez
fréquemment en Viennois ''. En résumé, l'on peut dire que si la
femme de Louis l'Aveugle n'était pas une rodolphienne on ne
s'explique ni son nom, ni celui de son fils. Si Charles-Cons-
tantin n'était pas bâtard, on ne s'explique point son nom de
naissance.
Il y a d'ailleurs à ce système une difficulté que nous recon-
naissons. Conrad le Pacifique appelle le fils de Louis l'Aveugle
son « cousin' n. Cela s'expliquerait fort bien si Charles avait
été fils d'Adélaïde, tante de Conrad''. Au contraire, dans notre
1. (resta Bcrciif/tirii, 1. 1\', v. 45.
2. Manteveu. loe. cit., p. 57. Ici, peut-être parce que c'est l'un
des premiers exemples le nom de baptême ne s'est pas substitué au
nom de naissance.
'S. (''est d'ailleurs ce (iu'adni(!t1ait M. de Manleyor. mais avec Tliypo-
tbèse de l'origine anglaise, que nous rejetons au contraire.
'i. Cartii/. (le Saiiil-Aii(lré-le-/ias, M. CuEWU.lKW, n"" 123, 255,9*;
Gall. Christ., t. XVI, instr. n" v.
5. Chartes de C/iniy, n" (527.
G. Cf. le tableau généalogi(jue ci-contre.
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:>12 RNTREVUR DE HUGUES D'AULES ET DE RAOUL [Mars 92i]
hypothèse, aucun lien de parenté ne paraît rattacher Charles
à la famille des souverains de la Bourgogne. 11 parait vrai-
semblable, par suite, d'admettre une sorte d'assimilation, à
cette époque oii la bâtardise n'était point vue de mauvais
œil\ entre Charles-Constantin et le fils d'Adélaïde. Conrad
le Pacifique reconnaissait pour ainsi dire au fils naturel de
Louis l'Aveugle la qualité de membre do la famille royale,
comme il lui avait reconnu celle de comte de Vienne ^
Sur l'histoire en quelque sorte extérieure de la Provence
durant la régence du comte Hugues, l'on ne sait à peu près
rien. Louis paraît avoir vécu en bonne intelligence avec ses
voisins, tant avec Richard le Justicier et ses enfants qu'avec
Guillaume le Pieux, fils et successeur de l'ancien adversaire
de Boson, Bernard Plantevelue. Guillaume avait d'ailleurs, à
une date indéterminée, mais sans doute assez peu antérieure
à 898, épousé la sœur de Louis, Engilberge'', qui vivait encore
1. P. Vioi.LET, ///.s7. (les inslilulioiis jwliliqiies, t. I, p. 241 ; Droit
privé, p. 466.
2. GiNGiNS (Boaonides, p. 189-190) a cru devoir donner un troisième
fils à Louis l'Aveugle: Geilin, comte de Valence et de Die au x« siècle.
Le peu que nous savons de ce personnage se réduit à quelques jnen-
tions fournies par un diplôme de Conrad le Pacifique de 956 (Jlisl. de
Fr., t. IX, p. 697); et par des chartes d'une époque voisine de celle-ci
{Cartul. de Saint-Cha/pre, éd. Chevalier, p. 112-115). Ces actes nous
apprennent qu'il avait eu une femme du nom de Gothelina, et une autre
de lîaimodis (cf. J. Cmevalieu, Mémaires pour servir à riiisloire des
comtés de Valentinois et de Dioù. p. 137-140). Un autre Geilin est éga-
lement mentionné à une époque postérieure (Ca/7^//. de Saint-(]li<(IJ're,
p. 116). Geilin I, possesseur du comté de Valence en 956 et 962, date
à la(iuelle il est remplacé par un certain Lambert, est bien un con-
temporain de Charles-Constantin; mais rien dans les chartes que nous
avons citées, non plus que dans le nom porté par le personnage, ne
vient à l'appui de l'opinion de Gingins. Le seul argument que ce der-
nier ait pu produire en faveur de sa thèse est qu'au bas d'un jugement
rendu par Conrad le Pacifique (Charles de (J/uin/, n" 622) figurerait
l'indication suivante : « Geilinus tilius Ludovici presens fuit ». Il cite à
l'appui de ce dire- de prétendues variantes du nom, notamment celle
de « Genrieus » qui serait fournie par les llist. de Fr.. t. I.\, p. 696.
Ces variantes sont une invention de l'érudit suisse. La véritable lec^ture,
celle de P. de Rivaz sur l'original, la seule que signalent MM. Bernard
et Hruel dans leur édition des Charles de Chnii/, es\ Anriciis. Le comte
Geilin de Valence n'a donc rien à voir avec la famille de Boson. Quant
à cet Anricus, qui ne nous* est point connu d'ailleurs, il semble bien
douteux, en l'absence de toute qualification jointe, au mot Ludovici,
qu'il faille en faire un fils de l'empereur Louis l'Aveugle.
3. Klle parait pour la première fois dans une charte de Guillaume
le Pieux, en faveur de Saint-Julien de Brioude, donnée « aniio qun
mortuns est odo rex f'rancoi'uin vol A(|iiitannriim », c'est-à-dire en 898
[Mars 92i] ENTREVUE DE HUGUES D'ARLES ET DE HAOUL 213
en 018'. Les sources narratives no mentionnent d'autre part
aucune tentative des souverains de la Gaule ou de la Bouro-ofrne
Jurane pour s'emparer d'une portion quelconque du royaume
de Louis, au moins du vivant de ce dernier. Leur activité
s'était tournée d'un autre côté, vers la Lorraine, vers les éta-
blissements des Normands, ou vers l'Italie. Leurs Annales
n'indiquent aucun événement qui les mit en relations avec
l'empereur Louis antérieurement à 924. Au commencement
de cette année, après le mois de février-, le roi Haoul avait
en Autunois, sur les bords de la Loire, avec le duc d'Aquitaine,
Guillaume II, comte d'Auvergne ■\ une entrevue ;i laquelle
assistaient un certain nombre de prélats et de grands laïques
appartenant surtout à la Bourgogne''; le comte Hugues de
Vienne prit également part à l'assemblée". Mais la présence
de ce dernier n'implique certainement pas'' de sa part la
reconnaissance d'une suprématie quelconque du roi Raoul; le
désir d'assurer la continuation de la paix qui avait régné
sans interruption, depuis la mort de Charles le Gros, entre
le royaume de Provence et les souverains des royaumes
francs, suffit à expliquer la présence à l'assemblée du puissant
comte de Vienne et d'Arles. Le seul résultat que nous puissions
(Cartul. de Brioude. n" 309). Sa mère n'ayant épousé Boson (ju'en 876,
si Fngilberge ne s'est pas mariée très jeune, elle ne peut avoir épousé
Guillaume beaucoup d'années avant 896 ou 897.
1. Cartul. de Sauxillniif/es, iv l'iô. Elle avait eu de Guillaume un
fils nommé Boson qui mourut jeune.
2. Raoul est à Autun le 29 février 924 et y donne un diplôme pour le
monastère de Saint-Symphorien (I/t'st. de l'r.. t. IX. p. .562 ; Lum'eut.
Kfinitj Ui'idolf von Fra)ikreicli. catal. n" l). L'assemblée eut lieu dans
le pays d'Autun, et au commencement d'avril le roi était de retour à
(Jhalou {lli^t. de Fr., t. IX, p. 563 : Lippeut, op. cil., catal. n" 2). C'est
donc vraisemblablement au mois de mars qu'il faut placer l'entrevue.
3. Qui avait, en 918, succédé à son oncle Guillaume le Pieux
(D. VaissÎdte, Ili.'it. de Languedoc, t. Il, p. 311).
4. Les deux comtes Hugues et les tils de .Manassès de Vergy. Parmi
les évèques se trouvaient .\nsegise de Troyes. Abon de Soissons, Ada-
lard du Puy. Cf. Lipf^ert. Konif/ Rudolf, p. 40-41.
5. P^LoDOARi), Annales, a. 924: Mon. (îerm., SS., t. 111, j). 373 :
« ... ab Hugone de Vienna, qui eidem colluquio intererat. »
6. C'est ce qu'admettent aussi Kalckstein, Gesr/i. dex franz. /v/i/uV/.s'-
tums unler tien emlen (Aipelinf/ern. p. 166 et Lum'EUT, op. cil., p. 'lO.
Au contraire, D. Vaissî^te (///.s7. de fjinr/uedoc. t. IV, p. .")3-.t'i) croyait
à une reconnaissance de Haoul par Hugues, mais en supposant, il est
vrai, Louis l'.Vveugle mort à cette date, et rattachait à ces événements
la soumission de Charles-Constantin à Uaoul, puis à Louis IV d'Outre-
Mer.
214 INVASION HONGROISE [92i]
constater, ce sont qnelqnes marques d'amicales relations entre
les deux princes. Séulf, archevêque de Reims, obtint pour
son église la restitution des biens de saint Rémi sis dans le
Lyonnais, biens dont elle avait perdu la possession depuis
le temps de l'archevêque Foulques'. Raoul, d'autre part,
quelque temps après, confirmait à l'abbaye de Saint-Martin
d'Autun des biens sis en Provence, dans les comtés de Vienne,
de Vaison, de Fréjus, c'est-à-dire dans des pays qui ne ces-
saient point de reconnaître l'autorité de l'empereur Louis
l'Aveugle '.
Hugues ne dut point rester très longtemps en Autunois, car
l'invasion qui menaçait le royaume à lui confié nécessitait,
sans doute dès le commencement d'avriP, sa présence dans
les états de Louis. Les Hongrois, en effet, venaient de franchir
les Alpes. Leurs bandes, sous la conduite du chef Salard, que,
depuis 922'', Bérenger employait dans sa lutte contre Rodolphe
de Bourgogne et ses partisans italiens, s'étaient emparées de
Pavie et avaient saccagé la ville le 12mars924'. L'évôqueJean
avait péri, ainsi que Rainfroi évèque de Verceil, et les rares
habitants échappés au massacre avaient cà grand' peine racheté
les débris sauvés de la fureur dévastatrice des Hongrois. Il
est bien probable que ces ravages n'avaient pas satisfait
Bérenger; d'autre part le désir d'éloigner d'aussi dangereux
alliés, autant que celui d'inquiéter son compétiteur Rodolphe II
dans ses états de Bourgogne jurane où il s'était momentané-
ment retiré ^ dut le déterminer à favoriser le passage des Hon-
grois en Gaule'. Les Magyars franchirent les Alpes, sans
1. Flodo.mu), loc. cil. Il dit, en parlant decette terre, «de qualleri-
(( veus nihil habuerat ». Le prédécesseur d'Hervé, Foulques, fut assassiné
en 900. 11 ne semble pas qu'il y ait de raison pour qu'à cette date
ri'Iglise ait pu être dépouillée de ses biens. La mainmise effectnée sur
eux par les rois de Provence date peut-être de répo(iue troublée qui
suivit la mort de ('liarles le Gros.
2. Jlist. de F)'., t. IX, p. 563; Ln>PERT, op. cit., catal. n" 2.
:{. FLonoAUD dit que la mort de Bérenger (7 avril) eut lieu durant
l'invasion.
'i. DuEMMLEii. (lesta Ilcn-iif/.. ]). 51, n. 1 ; DussiEt'x, Invasious des
J/oiir/7'ois, p. 36.
'>. ÏAurvnKSl), Antapodosis. 1. 111, c. 2, donn(> la date de jour. Ses
indications chronologu^ues paraissent acceptables et concordent avec
celles du CJiron. NinKuilutanxm.
6. Cf. infm, p. 219, n. I.
7. Sur tous ces événements, cf. Fi.odoaiîI), Aiitiales. a. 92'i, Mon.
Germ., SS., III, p. 373-374 ; Lhti'KAM), AiUajxidasis. 1. 111. c. 2 : Chron.
[924] INVASION FIONGIlDlSr; 21 j
(loulo vers le nord de la portion franco-italienne; de la chaîne,
pour déboucher dans les États de Rodolphe II'. Celui-ci unit
ses forces à celles du Royaume de Provence-, dirigées par le
comte Hugues deA'ienne, que cette invasion ne menaçait pas
moins que le roi de lîourgogne, se porta au-devant des Hon-
grois. Les deux princes réunis parvinrent à enfermer les
barbares dans un défilé, dans l'im des contreforts de la
chaîne ^ Mais les païens réussirent à s'échapper e(, traver-
sant le royaume de Louis TAveugle. se dirigèrent vers le
Rhône, poursuivis et harcelés par Hugues et R<)dol[)he, (jui
massacraient ceux d'entre eux sur lesquels ils pouvaient
mettre la main', mais sans en venir à un engagement,
soit parce (jue les chrétiens ne le cherchaient point, soit
parce que les envahisseurs, selon leur tactique habituelle \
se dérobaient devant eux". Arrivés au Rhône, les Hongrois
le franchirent et pénétrèrent dans la Gothie, qu'ils dévas-
Xonantidunum SS. Rer. Lang., p. 572). Liutprand place dans son
récit le sac de Pavie après la mort de Bérenger, mais cet événement,
selon Liutprand lui-même et la Chron. Nonatitulniiuni, est du mois
de mars, alors que Bérenger fut assassiné par Flambert le 7 avril 924.
Le récit de Liutprand relatif à la destruction de Pavie, en dehors de
la date, a une couleur extrêmement légendaire. Xous ne savons quel
avait été le rôle des habitants de Pavie dans la lutte entre IJodolplie et
Bérenger, et si celui-ci pouvait avoir quelque raison de lancer contre
eux ses Hongrois.
1. Les Sarrasins d'ailleurs occupaient dès cette époque une partie des
défilés des Alpes. Fi.odoard {Aimalex, a. 92;?, lac. cil., p. ;]73) les
mentionne à une époque très voisine de celle qui nous occupe.
2. « CoUium .\lpinorum », dit Flodoard. Il ne semble dont pas que
ce soit dans l'un des passages de la chaîne elle-même que les alliés
aient arrêté les Hongrois.
3. C'est ainsi que nous interprétons le « insequentes praeilicti duces
« sternunt ex eis quos reperire potuerunt ». Dom \'aissête croit que les
Hongrois s'enfuirent devant Hugues et Rodolphe et cpie ceux-ci, ne
les rejoignant que sur les bords du fleuve, exterminèrent ceux qui ne
purent passer à temps sur la rive droite.
4. Cf. RÉGINO.N, Chron.. p. 13o.
5. Flodoaud, a. 924, loc. cit. 11 est à peu près notre unique source
pour ces événements. Les autres chroni(iueurs cités par DrssiEi'x
(Invasions ile.s /lonr/rois. p. 37), comme HroiKS UE Flwigny, se bornent
à reproduire ou a parapliraser le textedes .'U;»'//esde Flodoard. — Ho-
dolplie 11 esta Pavie le 18 amit 92 1. (Diplôme pour Saint-.lean-dosDoms,
dans RoBOUNi, Notizie délia sua palria. t. 11. j). 95, où l'an du règne en
Italie, l'an de l'incarnation et l'indiction concordent jjour 92'i). Mais
cette date ne peut être prise ])ouy (rmiintis ail 'jncni du séjour des
Hongrois en Provence, car il est possible que le roi de Bourgogne, à
la nouvelle de la mort de Bérenger. ait abandonné l'expédition avant le
moment où les païens furent rejetés en Gothie,
216 INVASION HONGROISE [92i]
tèrent, saccageant entre autres la ville de Nimes\ et ré-
duisant le pays à l'état de solitude « au point qu'il ne restait
plus en Septimanie un seul prêtre pour faire le service divin '^ ».
Une maladie épidémi(iue qui se mit dans leur armée, les échecs
que leur infligea Raimond-Pons, amenèrent l'anéantissement
à peu près complet des bandes dont Hugues d'Arles et Rodolphe
avaient ainsi laissé à leur voisin, le marquis de Gothie, le soin
de se défaire, pour tourner eux-mêmes leurs efforts du côté
de l'Italie ^ Il n'entrait pas en effet dans la destinée de ce
dernier pays de vivre longtemps tranquille sous le règne d'un
même souverain et il est nécessaire de reprendre son histoire
à quelques années en arrière pour exposer brièvement par
quelle suite de circonstances le comte de Vienne, marquis de
Provence, se trouva amené à séparer son histoire de celle du
royaume de Louis l'Aveugle.
Bérenger avait régné assez paisiblement en Italie durant les
années qui suivirent la défaite de son rival et s'était fait cou-
ronner empereur à Rome au commencement de décembre 915 '.
11 avait, il est vrai, à lutter contre les Hongrois dont les hordes
toujours plus nombreuses ravageaient le nord de l'Italie, mais
avait trouvé moyen de gagner à sa cause quelques-unes de
leurs bandes pour s'en faire au besoin un appui contre les
Italiens toujours versatiles ^ C'est peut-être pour payer leur
1. C/u-oii. Nenmu^cnsc (Mon. Genn., SS., III, p. 219) à Tannée 925,
mais les deux ou trois mentions fournies pour cette période par le
chroniqueur ne sont pas rapportées par lui à leur date exacte.
2: D. Vaisitte, Ilist. de Languedoc, t. III, p. 99-100.
3. « Pêne cuncti interierunt », dit Flodoard,qui range tous ces faits
sous l'année 92'i, ce qui indique qu'il n'y eut pas très longtemps des
Hongrois en Gothie, alors que d'autre part il n'est pas question d'un
retour en Italie qu'ils auraient eflectué en traversant en sens inverse
les états de Louis l'Aveugle. C'est à tort qu'un fragment publié dans les
Jlist. de /•>., t. VllI, p. 319, rattache à l'invasion dont nous venons de
parler la translation à Reims du corps de saint Rémi. Celle-ci eut lieu
deux ans plus tard, à la suite, il est vrai, de l'arrivée de Hongrois, mais
venant de la C.ermanie et non de l'Italie. — Laoov, Pù'ce de plaisir
en bronze au mnn de Uodolphe et de lIiKjues. Bruxelles, 1858. in-8",
attribue à répo(|ue de l'union des deux princes contre les Hongrois une
sorte de jeton en bronze, portant sur une face -[- rionvi.KVS comes et sur
l'autre f i;iîo co.mes, etcpii semble du X'' siècle. ^lais le fait (pie Rodolplie
ne ])i'end ])as le titre de roi (« poui- ne pas chocpier l'égalité enti'c
Hugues et lui », affirme l'auteur), rend raltribution contestable. 11 s'agit
plutôt, quoi (]u'en pense M. Lagoy, des deux lils de Richard le Justicier.
4. DuE.MMLEK, Gesla lier-'nf/arii , }). 166.
5. LnjTi'iiwn, Antapudosis, 1. Il, c. 42.
[022] lUtDttM'IlK If EN ITALIE 217
concours (ju'il dut demander à ses sujets des contributions
inusitées, et c'est à l'occasion (Tune somme indûment extorquée
à l'archevêque de Milan, Lambert, au moment do son introni-
sation, qu'éclata le mécontentement des seig-nours italiens'.
Ceux-ci avaient à leur tête Lambert lui-même, le comte pala-
tin Odelric", Gislebert, comte de lJergame\ et le mar(iui.s
Adalbert d'Ivrée*, qui avait eu pour première femme la tille
de Bérenger, Gisla, mais depuis la mort de celle-ci était re-
marié avec la fille du défont marquis de Toscane, nommée
Ermengardo". Les deux fils d'Adalbert, Gui et Lambert, pa-
raissent être restés neutres". Les rebelles firent, selon l'habi-
tude des Italiens, appel à un souverain d'au delà des monts,
mais cette fois ce fut à Rodolphe II ', qu'aucun lien ne semblait
rattacher à l'Italie ^ et qui se trouvait de plus étranger à
la famille carolingienne. Il entra, dès le début de l'année 922'',
en Italie, où l'appelaient Gislebert et Adalbert, échappés à
la défaite iniligée aux rebelles par Bérenger et ses Hongrois'";
mais c'est seulement le 17 juillet 92o qu'une bataille fut
livrée entre les deux compétiteurs à Fiorenzuola", non loin de
Plaisance. Rodolphe fut vainqueur'-; il semble cependant que
son succès n'ait pas été complet. Peut-être fut-il vaincu dans
une seconde bataille '\ mais en tout cas un accord exprès ou
1. LiUTPn.\Ni), AntapOilosis. 1. II, c. 57.
2. Mentionné pour la jjremière fois le 28 octobre 911 (Tiraooscui,
Slitria (li Xunantula. t. II, p. 96), puis fréquemment dans les diplômes
de Bérenger (Due.mmleu, (ie^ta Bei'eii;/.. p. 27).
3. Il paraît en cette qualité dans un jugement de janvier 92o (Cod.
Dipl. Lang.. w 500).
4. LuTPRAND, Antapodosis. 1. II. c. 5(3.
5. Ibid., I. Il, c. 56.
6. Liutprand ne leur attribue aucun rôle. Ils ne sont pas mentionnés
dans les diplômes.
7. LiUTPHvND. Antapodosis, I. II. c. 60.
8. Sinon que sa sœur Waldrade avait épousé Boniface de Spoléte.
9. Il date de Pavie un diplôme du 4 février de celte année en faveur
de l'évèque .\icard de Parme (Bœh.mep.-Mukiili!., u" 1490; MnuToiu.
Anl. îlal., t. VI, col. 325).
10. LiUTPUANn, Antapodosis. \. II, c. 61.
11. Fiorenzuola d'Arda, au district de Plaisance.
12. FLODoAitn, Annales, a. 923, Mon. Germ.. SS., t. III, p. 373: « .\lter
« Rodulfus Cisalpiiiae Galliae rcx quam Italici, abjecto rege suo Bcren-
« gario, in regnum acceperant, cum ipso Bcrengario contlixit, eumque
« devicit, ubi mille (juingenti homines cecidisse dicuntur. » Cf. Ijit-
PKA.ND, Antapodosis, I. Il, c. 66, qui donne la date de jour, et Const.\n-
Tl.N PoRPiiYKooÉ.NiiTE, De udmin. iinperii, c. 26, p. 116.
13. C'est ce qu'aflirme ('o.vstanti.n PuiU'iivuoc.É.NiiTE. /oc. cit.
218 FlODOLl'IIE II EN ITALIE [923]
tacite semble être intervenu entre lui et Tlérenger, réservant
à chacun une partie de l'Italie'. Il est certain en effet que
durant les premiers temps du règne de Rodolphe en Italie,
Bérenger continuait à être reconnu à Vérone et dans l'ancienne
marche frioulaine'. Le roi de Bourgogne, au contraire, domi-
nait dans la plus grande partie de l'Italie septentrionale. Il
y comptait parmi ses partisans le marquis Adalbert d'Ivrée%
et, après la mort de celui-ci, ses deux fils, Bérenger^ et
Anscher^ ainsi que sa veuve, la comtesse Ermengarde, que
l'on voit intervenir dans les diplômes". Il en est de même du
comte Gislebert^ de Boniface, marquis de Spolète et de Ca-
merino-, bref de tous les instigateurs de la révolte de 922.
En 924, l'assassinat de Bérenger, par son tilleul Elambert,
paraissait assurer définitivement le triomphe de Rodolphe II,
à ce moment occupé à lutter en Provence contre les Hongrois".
Mais l'humeur mobile des Italiens ne leur permettait pas
de rester longtemps fidèles à un même prince, surtout lorsque
celui-ci appartenait à la nation méprisée des P)Ourguignons '".
Un parti hostile à Rodolphe II ne tarda pas à se fermer parmi
les anciens partisans de celui-ci, autour de Lambert de Milan
1. Ibid. Il ajoute « r,v 3; ô I'oSojXso; {>tJ> Tr;v [JouÀr^v xaî Izvj'j-'.y.'t toj
« Bsp'.yyip'. », ce que ne contirme aucune autre source. Le texte de Lnr-
l'RAND, Anlapodo^is^ 1. II, c. 65. fait allusion à un partage d'opinions
plutôt qu'à un partage de territoire, mais l'on peut supposer qu'il s"a[)-
l)li(iue à une époque antérieure à la bataille de Fiorenzuola, celui de
Constantin, au contraire, à une époque postérieure.
2. Il donne en 923 à N'érone un diplôme en faveur de l'évèque de
Bellune (BdEHMEU-Mur.in.B, ii" i;>7l; VùwzLU, liai, xticrit. l. V, col. l'ifi).
3. Il intervient dans des dijjlômes du 'i févri(>r et du S décembre 922
])our l'église de l'arme (B(»';iimeu-Mckiuj5, n"'^ 1490 et ri92; Affu, .s7o/vV«
di Parma. t. 1, p. o27 et 328).
4. Diplôme du 18 août 92'i (RunOMM. Nolizie délia sun palria. t. Il,
p. 195).
5. Diplôme cité à la note précédente.
6. 8 octobre 92'» (B()f':iiMER-MuFiuJ5, n" 1495; IJghelli, Ital. sacra, t. II,
col. 153). Mlle parait avec ses deux fils dans un diplôme du 5 décembre
924 (Mon. Jlisl. Pair., Charlni\ t. I, p. 123).
7. Diplômes du 3 décembre 922 pour l'éirlise do Bergame (i}()i;M\n-n-
Mim;iu,i?. n" 1491, (j)d. dipl. L'iiig., n" coxcix) et de 924 (sans date de
jour) pour IMais:inco (Camim, Storia di Piaccaza, t. I, p. 48'!).
8. DiphMues du 8 octobre {(l)d dipl. La)i(/.. n" dix) et du 12 no-
vembre 924 pour l'abbesse Berthe de Saint-Sixro de Plaisance (Boi::!!-
MEU-Min;ni5i.. n" 1497; MriJATOin, .[ni. ital., t. 11, p. 41).
9. Lnri'iiVNU, .\iila/)odosi.'i. 1. 11, c. <)8.
10. Lu'i'i'lUNU, A)Uapi)do.si.s. 1. Il, c. M: 1. 111, c. 44: 1. \\ c. (>. Les
Italiens les accusent d'être grossiers et bavards. C[. la ulose des Crsla
Bcren;/., I. il. v. 259.
[9261 LES ITALIENS APITM-FNT HUGUES D'ARLES 219
ot d'Ermengardc; on choisit, pour l'opposer au roi do Bour-
gogne, Hugues d'Arles, que certaines relations de parenté
avec la famille ducale de Toscane pouvaient désigner à ce
choix. Hugues n'en était pas, du reste, à sa première tenta-
tive sur l'Italie. A une date inconnue et qu'il est bien difficile
do déterminer, peut-être en 92.">'. accompagné d'un certain
nombre de seigneurs provençaux parmi lesquels son frère
Boson et un certain Hugues « Taliafernus », peu facile à iden-
tifier', il avait tenté de s'emparer do la couronne au détrimont
de Bérenger. Il ne semble pas qu'il y ait eu bataille'; mais
ce fut plutôt une répétition de ce qui s'était passé en 002
avec Louis l'Aveugle. Hugues, incapable de lutter, fut contraint
de jurer qu'il ne remettrait jamais les pieds en Italie'*, du
vivant de Bérenger, etrevinten Provence auprès do Louis TA-
veugle, mais sans renoncer pour cela à ses ambitieux projets.
Ses parents, après la mort de Bérenger, se trouvaient à peu
près maîtres de l'Italie du Nord. Sa mère, la comtesse Berthe,
mourut, il est vrai, en 925", mais depuis la mort d'Adalbert
de Toscane®, le pouvoir de celui-ci avait passé à son fils aîné
Gui", c'est-à-dire au frère utérin de Hugues d'Arles. Gui fut, avec
1. Le texte de LirTPRAM), Antapixlnsis. 1. III. c. 12, ne permet pas de
préciser la date: « Hic enim et [>eren,i;arii jam nominati rciîis tempore
cum « multis in Italiani venerat. >■> C'est doncà une date antérieure au
7 avril 924. Ce n'est pas. d'autre part, tout au commencement de cette
année, puisque alors Hugues était auprès de Raoul en Autunois. Cons-
tantin PoRPiiYROGÉNiiTE, qui est d'accord avec Liutprand sur le détail
du p-rand nombre des compagnons de Hugues (;jLE-:à AaoO ■•/.avoj...) place
ces faits après la première campagne de Hodolplie II en Italie (922-92ii).
Comme d'après son récit les « trois marquis » marchent à la fois contre
Pavie et contre Bérenger, c'est probablement durant l'absence de
Rodolphe (mentionnée par Ijctprand, op. ni.. I. Il, c. 67, et qu'il
faut d'après la suite des diplômes placer en 923-924), que ces événe-
ments ont eu lieu. En 923, en outre, Hugues n'est pas mentionné
dans les diplômes de Louis l'Aveugle. Les Mir. Sancii Ajiollindrix.
p. 39, parlent aussi d'un passage de Hugues en Italie, mais semblent
le rattacher à des événements de l'année 912 ou 913, et ce peut être
un voyage tout pacifique ; il ne paraît donc pas devoir être identifie
avec f'expédition mentionnée par Liutprdud et Constantin.
2. Co.NSTANTiN PoRiMiYROG., op. ciL, C. 26, p. n6-117, parle de trois
marquis(aapxr;'j'.oi) venus de Bourgogne: «rjaav TA où-o'.0'j^'-)y oT 3.\:ci.-çiyjo-j
« zai Bdrojv y.a; Où'yojv ô àosÀ^o: toj Botoy ô -popr/J:!; cÙYSVc'aTaTo; ir',';. »
3. « territus est atque 'fugatus », dit LnTJ'KAND. Consta.nti.n Poh-
l'UvaoGÉNÈTK est plus circonstancié.
4. Constanti.n P(»ri'iiyi{Ogénète, Ioc. cit.
5. Epilaphhim Bcriai'. dans LuTCiiAM). ^>/>'va. éd. Dlemnu.kiî. ]). 167.
6. Un 17 août, probablement en 91.=i(l)rEMMi.EK.C;f's^/ /yc/r//.7, p. 39).
7. LlLTPRANl). .[nlapudosis. 1. III, c. 18 et 43.
220 HUGUES D'ARLES EN ITALIE [926]
son frère cadet Lambert', rua des chefs de la révolte contre
Rodolphe ^ Sa sœur Ermengarde, veuve du marquis d'Ivrée,
jouissait également en Italie, depuis la mort de son mari, d'un
pouvoir qui parait avoir été réeP, quelles que réserves que l'on
doive faire quant aux anecdotes de Liutprand relatives aux
moyens employés par elle pour affermir son autorité''. Hugues
devenu roi mentionne d'ailleurs dans plusieurs de ses diplômes
l'intervention de « la très illustre comtesse Ermengarde, sa
sœur et sa conseillère^ ».
C'est au commencement de l'année 926, que Hugues dut re-
cevoir l'invitation des seigneurs italiens rebelles ^ dirigés par
l'archevêque Lambert et vraisemblablement soutenus par le
1. Oui, en 931 ou 932, succéda à Gui dans le duché paternel (Aiita-
podosis 1. III, c. 43-47).
2. Selon Fijidoard, An)i., a. 926, ils étaient à la tête des révoltés qui
tuèrent Burchard de Souabe, mais Liutprand ne leur attribue aucun
rôle et ils ne figurent pas dans les diplômes.
3. « Totius Italiae principatuui obtinebat » {Antapodusis, I. III, c. 7).
CoNST.ANTiN PoRPiiVROGÉNiiTi:, op. cit., C 26, p. 118, dit aussi : <J.l-.'%
^i^iOL-O') TO'j 'AoaXoiptoy àvopo; ajTf,; ÈoajiXsJTcv. En 927, la notice d'un
plaid tenu à Pavie paraît faire mettre au nombre de ses vassaux deux
comtes (Cor/, ilipl. Lang., n" nx.Mv).
4. A)itapi)(losisA. III. c. 7 et 8. L'évèquc de Crémone est naturellement
hostile à la mère de son ennemi Bérenger II. Il faut faire aussi une
part aux bruits que les ennemis de Rodolphe II avaient intérêt à faire
courir, et qui parvinrent justju'à Flodoard. — Cf. Trog, Rudolf I and
II, p. 61, et D.KNDLiKER et MuKLLER, [Jadprand von Crémone, p. 58.
5. Diplômes du 3 septembre 926 (B(»-;iimer-Muehlb, n^ 1373; MrR.\-
ToRi, Anl. liai, t. I, p. 411), du 2» juillet 929 {Mon. Ilist. Pair. Char-
lae, t. I, p. 135), du 26 septembi-e 930 (B(*:iiMER-]\k:EiiLn, n" 1386;
MuR\TORr. ihid.. t. H, col. 935), du 29 février 932 (B(»-:iimer-Mueiilh,
n" 1387; Aefo, Sloria di Parma. t. Il, p. 338). Cela n'empêcha pas
Hugues, un peu plus tard, de se débarrasser des deux tils d'Mrnien-
garde, Anscher et Gui, devenus gênants. Cf. Ann. Farfenses (i\Ion.
Gerin., SS.,t. XII, p. 588) et K(ï':pke et Due.mmler, Otio d. Grosse, p. 112.
Parmi les anciens partisans de Kodolplie 11, Gislebertfut, semble-t-il,
l'un de ceux qui suivirent Ermengarde dans sa défection, car il figure
dans trois des premiers diplômes du nouveau souverain, du 3 sep-
tembre 926, du 12 et du 28 novembre de la même année (B()i:ii.\ier-
MuEHLB., n"« 1373, 1374, 1375 ; (j)d. dipl. Lanf/.. n" i)\xi ; Mon. Ilisl. Pair.
Chartae, t. I, col. 128; Ca.mpi, Sloria di Piarenza. t. I, p, 483). ("est
peut-être de Hugues d'.\rles qu'il reçut le titre de comte jjalatin; il tient
en cette qualité, le 14 mai 927, un plaid à Pavie {Cad. dipl. Lang.. n"
DCC.X.XIV).
(). Selon LujTi'KAM) (Anlnp(j(h)sis. 1. III, c. 12, cf. Constantin Por-
Piivi!()(iÉNi:rE, Di' adm. ii/ip.. c. 26, p. 1 17), le message est peu antérieur
au départ de Hodol])he II pour la {Bourgogne, suivi dr son l'ctour avec
Burchard et de la mort de celui-ci en avril 926. Si Hugues d'.\rles,
d'autre part, avait été afjpidé longtemps avant cette date, il ne serait
pas arrivé en Italie seulement durant l'été de cette année.
[926] IILC.I'KS n'Alll.KS K.N ITAI.If': 221
pape Jean X'. Rodolphe, à cette nouvelle, se rendit en Bour-
gogne pour y chercher des renforts et redescendit en Italie,
accompagné de son beau-père, Burchard de Souabe-, dont il
avait en 922 épousé la fille Berthe'. Le 28 ou le 2i) avril '\
Burchard sortait de Novare pour marcher contre Ivrée. l'un
des centres de la révolte ' ; il rencontra les troupes de Gui et
de Lambert®, qui lui infligèrent un échec; son cheval tomba
dans un fossé\ et le comte fut massacré sur place par les Ita-
liens, exaspérés des insolentes menaces que le Souabe s'était
permises à leur égard ^ En apprenant cette mort, Rodolphe
qui, sans doute, abandonné par tous les Italiens '\ ne pouvait
plus compter que sur les contingents alamans amenés par son
beau-père, se hâta de regagner, en traversant les Alpes Penni-
nes, son royaume de Bourgogne jurane'". Pendant ce temps,
Hugues s'embarquait en Provence, traversait heureusement
la mer thyrrénienne et arrivait à Pise". Là il rencontrait de
nouveaux députés des seigneurs italiens, venus pour renouveler
leurs assurances de soumission. Un envoyé du pape Jean X se
trouvait également dans la ville pour la réception du nouveau
souverain. De Pise, Hugues se hâta de se rendre à Pavie pour
faire procéder à son élection et y recevoir, le 6 ou 1(^9 juillet, la
1. Il est un des premiers à reconnaître Hugues. Son rôle est indiqué
(avec une erreur d'attribution : Jean XI au lieu de Jean X) par la
Cliron. Mon. Casinensis (Srripl. Rer. liai., t. IV. p. 33'»).
2. LîL'TPRANi), Anlapndosis. 1. III, c. 13. Burchard était encore en
Souabe au commencement de l'année 926. Cf. Ki.onoAiii), AntiaU's,
a. 926 {Mon. Genn , SS., t. 111, p. 376) et Waitz, lleinrich, I, p. 84.
3. Ann. Sangallenses, a. 922, Mon. Germ., SS., t. I, p. 78 ; Waitz,
op. cit., p. 65.
4. Sur la date de jour, cf. Liber confraternilatum Snncti Galli, éd.
Piper, p. 136, et les Nécrologes de Mersebourg et de Reichenau, cités
])ar Waitz, op. cit., p. 84.
5. LiUTPRAND, Antapodosis, 1. III, c. 15.
6. Flodoari), Annales, a. 926, p. 376.
7. LmTPRAN'D, Anltipoilosis, ibid. et Vila Sanrine W'ihorndoe, Mon.
Gcrm., SS., t. IV, p. 454 : « In foveam veluti casui prcpai-atam. »
8. LiUTPRAND, Antapodosis, 1. 111, c 14-15; Floooard, loc.cil.: Ann.
Alemanitici, Mon. Germ., SS.. t. 1, p. 56; Ann. Aiu/ieusi-s, ib., p. 68.
9. Selon Const. Porpiiyroo., la défection des Italiens aurait été gé-
nérale, ô Xao; TT); /'ôpa; oÀr,:.
10. LiUTPRAND, Antapodosis, 1. III, c. 16; Catal. liefj. cl imperat.
Vindoùonensis. Mon. Germ., SS., t. III, p. 218. « Hodulfus vero per
Alpes Penninas fuga lapsus Burgundiam petiit. « Selon Constantin
PoRPiiYROGENÈTE, loc. Cit., MU accord entre Hodolj)!!!- et Hugues serait
intervenu pour assurer cette reti'aite.
11. LuTvnwu, Antapodosis, \. III. c. 16.
'222 COURONNEMENT DE HUGUES, HOI D'ITALIE [926]
couronne d'Italie ', qu'il devait porter sans concurrent pendant
vingt ans, chose sans exemple dans ce pays depuis le temps de
l'empereur Louis II. Hugues, en effet, avait des qualités per-
sonnelles qui devaient assurer son succès. Audacieux et rusé^
libéral envers les pauvres et les églises des trésors qu'il amas-
sait^ ami des lettres, mais énergique et sachant se faire
respecter, au besoin par des actes de cruauté', intelligent et
sensuel, il était fait pour gouverner ce pays". Aussi, lorsqu'il
laissa la couronne à son fils, les écrivains italiens eurent pour
lui des éloges^ Mais à partir de son couronnement, l'histoire
t. LuJTPRAND, Atitapodosis, 1. 111, c. 18; Flodgard, Ami., a. 926,
p. 376; CoNST. PoRPHYROGÉNÈTE, /. cit. Citron. Farfense, SS. RB. Ital.,
Il, II. col. 47; Ann. Farfenses. brèves, a. 927 (// Regesto di Farfa, t. Il,
]). 10); Calai. Ambrosiaiiua {SS. lier. Lanrj., 520, et Cipolla, Monu-
menla Novnliciensia, t. 1, p. 415). Dans le courant du mois de juin
926, Rodolphe est encore reconnu dans l'Italie du Nord {Cad. Dipl.
Lantj., i\° D.xix). L'arrivée de Hugues à Pise doit être de la deuxième
])artie de ce mois. Le Calai. Ambrosianux met la mort de Hugues au
10 avril 947, après un règne de 20 ans 9 mois et 3 jours, ce (jui met-
trait le point de départ de ce règne au 7 juillet 926. Kœhmer adopte la
date du 9 qui est celle du dimanche le plus rapproché du 7. Mais l'élection
et le point de départ des ans de règne pour les catalogues peuvent être
le 7 et le couronnement avoir eu lieu le 9. Nous ne connaissons pas de
diplôme pouvant éclaircir la question. — Le premier acte de Hugues
comme roi d'Italie est daté de Vérone et du 7 août 926 (B(E1Imer-
MuKHLB, n" 1372 ; Muratori, Ant. Ital., t. I, col. 851).
2. LiuTPRAM), Antapodo.'ii,<, 1. III, c. 19. « Non minoris scientiae (juam
« audatiae, nec inhrmioris fortitudinis quam calliditatis. » Grâce à Liut-
prand, Hugues d'Arles est l'un des rares souverains de cette époque
dont nous connaissions un peu le caractère.
3. LiUTPRAND, loc. cil. Nous savons qu'il fit plusieurs donations à l'ab-
baye de Cluny et les Miracula Sancti Columbani (Marii.lon, Aria Saurl.
0. S. Ben., saec. 11, p. 44) vantent aussi ses libéralités à l'égard du mo-
nastère de Robbio. La vie de l'impératrice /\déla'ïde. par Odilox de Ci.tiny
(Bibliolh. Cluniac, c. 354) le qualifie de « rex Italiae ditissimus ».
4. LiUTPRAND, Atdapodosis. 1. III, c. 39: « Neque hune, ut ceteros
« reges flocci pendere, verum etiam modis omnibus honorare. » Do-
Mzo, dans sa Vïla Malhildin {SS. rer. liai., t. V, col. 3'i6) vante aussi
l'administration énergique du roi Hugues :
Ausus erat nullus minimus vi tollero sumptus. . .
5. LurrpRANi) {Anlapodods, 1. III, c. 19) ajoute, en effet: « Etsi tôt
« virtutibus clarebat, mulierum tamen illicebris eas foedabat » et au
1. IV', c. 14, il entre dans des détails circonstanciés sur les uombi'euses
concubines du roi et les enfants qu'elles lui donnèrent.
6. DoNizo {loc. cit.), qui cependant n'aime pas les « Bourguignons»,
dit en ])arlant de Hugues d'Arles :
l']x populo bruto rex optimus extitit Hugo.
Kx Allobi'ogibus patribus fuit ipse creatus,
()uem fecit regem gens Longobarda deccnter,
.\tqu(' i)ie juste regnuin régit i1alicuin(iue.
LES PROVENÇAUX EN ITALIE *223
de Hugues, roi d'Italie, ne se raltaclie plus ([u'indirecteiuont
à celle du royaume de Provence. Le "nouveau souverain restait
cependant en relations avec son pays d'origine où il conser-
vait de vastes domaines et où il devait jouer, à la mort de
l'empereur Louis, un rùle important. Il n'est pas douteux
d'autre part que l'Italie ne soit devenue un vaste champ
d'e.Kploitation pour les transalpins bourguignons et pruvenraux,
et en premier lieu pour les parents mêmes du r(»i Hugues.
Beson, son frère, abandonna ses comtés d'Arles et d'Avignon
pour recevoir la marche de Toscane'. Un cousin de Hugues,
Azzo, qui avait passé avec lui les Alpes, reçut des bénéfices
en Ombrie'-. Un autre, Thibaut, que l'on a voulu sans preuves
rattacher à la famille des vicomtes do Vienne", devint, vers
931, marquis de Spolète et de Camerino'. Il en est de même
pour les charges ecclésiastiques. Un parent du roi, Ililduin,
évèque de Liège, vient le retrouver en Italie et reçoit de lui
l'évèché de Vérone, plus tard l'archevêché de Milan''. Son
neveu, Manassé, archevêque d'Arles, arrivait de môme quelques
années plus tard, et Hugues, dit énergiquement Liulpraïul,
lui donnait >■< en pâture », contre tous les canons, les trois
évèchés de Vérone, de Trente et de Mantoue, auxquels il
ajoutait le commandement de l'ancienne marche de Frioul^
Hugues chassa également Rimon, abbé de Farfa, pour mettre
à sa place un autre de ses neveux, Ratfred'. II en était
à peu près de même des innombrables bâtards de Hugues,
que celui-ci avait soin de bien pourvoir, donnant à l'un,
1. LiUTPRAM), Antipodosis, 1. 111, c. 47; Maxtever, La marche de
Provence, positions, p. .t4. Bo.son parait comme ambaxcifilor dans les
diplômes de Hugues, roi d"ltalie. du 17 octobre iKH (J'orsch. :■. d.
Ge.srh., t. X, p. 301), du l--- juillet 932 (l5(«-;iiMEU-Mii:iiLii. n" 1389;
roiiEi.i.i, Ital. Sacra, t. I,col. 802), du 17 janvier 933 (l5o!;iiMKH-MiEiii,it,
n" 1390; MtRATOUr, Ant. liai., t. V, col. 233) et dans un acte sans
date (ihid., t. III, col. 63).
2. CJiron. Casi7ien.se, Scripl. rer. liai., t. IV, p. 33't.
3. GiNGiNS, Ilugonides. tableau III.
4. LiuTPRAND, AntapodosiA, I. IV, c. 9; Ann. brèves Far fen.ses, a. 931,
dans H Hegeslo di Farfa, t. II, p. 16.
5. LiUTi'RAND, Anlapodosi.'i. 1. III, c. 'i2 ; FolCUIN, Gesta alilxU.
Lobiens., Mon. Germ., SS., t. III, p. 63.
6. LnTi'RWD, Aulapodosis, I. IV. c. 6. Cf. I^atihek de Vérone,
Ephtola r-' (MiGNE, t. CXXXVI, col. 638).
7. Il regesto di Farfa, t. lii, p. 46; Chron. Il agonis Far fensis, Mon.
Germ., SS., t. IX, p. 534. Sur les mesures de ce genre prises par
Hugues, cf. Ju.NG, Libellas de imperaloria poleslale in urbe lioina, dans
les Forach. z. a. Gesch.. t. .\IV, p. 'i23.
224 LES PROVENÇAUX EN ITALIE
Godfrid, la riche abbaje de Nonantola', à un autre, Hubert,
la marche de Toscane après la disparition de Boson ^ instal-
lant un troisième sur le siège archiépiscopal de Milan ^ un
dernier enfin, Boson, dont il fit plus tard son chancelier, dans
l'évêché de Plaisance \ Il maria sa fille naturelle Rotlinde au
comte Élisiard^ Quant à son fils légitime, Lothaire, qu'il
avait eu de son épouse Aude", on sait qu'il l'associa en 931 à
1. Calai. Abb. Nonantal., Script, ver. Lang.. p. 572 ; Tiraboschi.
Sloria di Nonanlula, t. II, p. 6; MrRVTORi, Anl. liai., t. II, col. 575,
2. Lh;tpram), Anlapodosis, I. III, c. 20. — FL0Di)ARi)(.4;(/m/es, a. 9;J6,
p. 383) place en 936 la disgrâce de Boson, à la suite d'un complot
tramé par lui contre le roi Hugues son frère ; mais Hubert parait
déjà avec le titre de marquis dans la notice d'un plaid tenu à Lucques
par les rois Hugues et Lothaire, le 18 septembre 935 (Hcf.hmer-Mueiilr,
11" 1395; MuRATORi, Anl. liai., t. Il, col. 935) Il estqualilié de marquis
et comte palatin dans l'un de ses propres actes (^ibid., t. I, col. 499), et,
en 942, dans trois diplômes de Hugues et Lothaire du 10 juin(TniABOSCHi,
Mfmorie modcne^i, t. I, dipl. p. 106, n" lxxxvli), du 10 aoùt(Co</. dipl.
Lang., n" dlxix) et du 13 du même mois (Ughelli. liai. Sacra, t. 11,
p. 262). Cf. Pierre Damiex, Opusc. LVII. p. n, c. 3 (Migxe, t. CXLV,
col. 828).
3. L\Wï>\\k\{i, Anlapodoais. I. IV, c. 13; Arnulf, Gesla Episcoporum
Medîolaneintiiim, I. I, c. 3, Mon. Germ., SS., t. VIII, p. 7.
4. Campi, Sloria di Piacenza, t. I, p. 487, n" li et p. 962-967. —
Gerlan., qui fut abbé de Bobbio et chancelier du roi Hugues, était
également un Bourguignon amené par la reine Aude {Miracula S. Co-
lumbani. c. 89, dans Maihllon, Acla Sancl. 0. S. Ben., saec. II,
p. 44).
5. Le 29 mars 945, Hugues et Lothaire, rois d'Italie, donnent au
comte Elisiard « atque Rotlindae uxori suae et filiae nostrae », divers
domaines sis au comté de Torfone , (^'O'^- dipl. Lang.. n° dlxxv). II
s'agit évidemment du même comte Elisiard que celui (jui paraît comme
arnbasciator un peu auparavant, dans deux diplômes des mêmes sou-
verains, du 10 juin 942 (ïiUABOScin, Memorie Modene.^i, t. I, dipl.,
}). 106, n" Lxxxvii) et du 11 mars 945 (Cami'I, Sloria di Piacenza. t. I,
p. 488).
6. LiLTi'RAXi), Anlapodoma, 1. IV, c. 2; Mtr. S. Columbam, lac. cil.
— Aude doit être sans doute identifiée avec Vllilda. mentionnée comme
épouse du comte Hugues, dans un diplôme de celui-ci pour le monas-
tère de Saint-Pierre de Vienne (I/isl. de /•'/•., t. IX, p. 689). Elle était,
selon LirTPRAXi) {Anlapodosi.<;. I. III, c. 20) : « Teutonicorum génère »
et est mentionnée dans divers diplômes de son époux et de son fils, du
16 .septembre 930 (Miratori, Anl. liai., t. Il, col. 938). du 28 février 932
(Akfo, Sloria di J'arma, t. 1, p. 328). Elle était certainement morte avant
le 12 décembre 937, date à laquelle Hugues se remaria avec Berthe,
veuve de son ancien adversaire, Rodolphe 11 de Bourgogne (Liit-
PRAXi), .\nlapudosis, 1. IV, c. 3 et h'orscli. z. d. Gcsch., t. X, p. 305).
Hugues avait épousé avant Aude une femme du nom de Wille, men-
tionnée en '.)10 (Garlul. de Sainl-.\ndré-le-/ia.'i, w 14*. qui lui donne, par
suite d'une confusion évidente, le titre de regina) et indicpiéc comme
morte dans le diplôme précité pour Saint-Pierre de Vienne.
[920-927] nilAlU.FS-CONSTANTIN. COMTE DE VfENNK 225
sa royauté d'Italie'. Sa tille, nommée Aude comme sa mère,
fut mariée par lui au patrice Albéric, et do cette union naquit
le futur pape Jean XII ■.
Hugues paraît avoir été remplacé, en Provence, comme
comte de Vienne par le fils même de l'empereur, Charles-
Constantin. C'est en effet à la requête « de son cher fils, le
comte Charles », que Louis, le 25 décembre 927, restituait à
l'église cathédrale de Saint-Maurice, la vi/ia de « Cisiriacus »
en Viennois et l'église de Saint-Aubin ^ Mais cet acte est le
dernier qui se soit conservé de Louis l'Aveugle, et la vie de
ce dernier ne semble pas s'être prolongée bien au delà de la
fin de cette année 927*.
Vers le milieu de l'année 928, en effet, Raoul de France,
accompagné d'Herbert de Vermandois, se rendait en Bour-
gogne \ C'est là qu'en un lieu indéterminé, et à une date éga-
lement indéterminée du mois d'août ou de septembre, vint le
trouver le nouveau roi d'Italie, Hugues ^ Un traité fut conclu
1. Cf. Lupi, Cod. (liplom. Berf/omas. t. Il, p. 187; Bœiimeiî, Hegesln.
p. 130; KcKi'KE, De vita el scriptis Liudprandi, p. 43 ; D.kndlikeh et
Mteller, Lnitprand v. Cremona, p. 142.
2. K(»-:pke et Duemniler, Otlo der. Grouse, p. 272.
3. Diplôme pub. par Duemmler, dans les Forsrh. z. d. Gesch., t. X,
p. 321. Charles porte également le titre de comte dans un autre diplôme
relatif au Viennois ((ï/un'tes de (Uuiit/. n" 247). Cet acte n'est point
daté, mais doit appartenir aux dernières années du règne de Louis,
d'après la mention du fidèle Bon, auquel sont aussi accordés deux
autres diplômes datés de 923 et 924 {Charles de Cluni/, n""" 242 et 245)
et d'après la souscription du notaire Ubolc (cf. Sickel, dans les Forsch.
:. d. Gesrh., t. X, p. 430).
4. La date de la mort de Louis l'Aveugle a été longtemps très incer-
taine. Ne trouvant plus dans les sources narratives mention de lui
après le récit de la catastrophe de Vérone, ses premiers historiens
avaient teniiance à placer sa mort peu de temps après cette époque.
L'étude des chartes amena peu à peu à reculer cette date; BorciiE
(Hist. de Provence, t. i, p. 783) et D. Vaissète (Ilist. de Languedoc,
t. IL p. 532) admirent celle de 924, qui est encore celle proposée par
BiF.iiMEK, liegesla, p. 139. De nouvelles chartes, empruntées princi-
palement au cartulaire de l'église de Vienne, conduisirent à modifier
cette opinion, et quelques auteurs (Pagi, Critique à liaronius, an. 911;
Papon, Ilist. de Provence, t. II, p. 150; (}all. Christ., t. I, p. 542) vou-
lurent môme placer la mort de Louis vers 934. .Nous dirons plus tard
pourquoi les actes sur lesquels ils s'appuyaient ne nous paraissent pas
autoriser cette conclusion.
5. FludoaiîI), Annales, a. 928, Moji. Gcnn.. SS.. t. 111, p. 378.
'j. 11 ne semble pas, d'après le texte de Flodoard, (|ue Raoul ait
pénétré plus loin que la Boui'gogne. Quant à la date de tiMups on peut
rinduire de ce fait (pie l'annaliste intercale au milieu du récit de ces
I'mli'aiuhn. lldiji/i/mc tir Provence. \.)
226 MORT DE LOUIS L'AVEUGLE [928(;0]
entre les deux souverains, aux termes duquel Hugues donnait
au comte Herbert, pour la gouverner au nom de son jeune fils
Eudes, la province de Vienne'. Il est donc bien vraisemblable
que Louis l'Aveugle était mort à cette date", sans quoi l'on
s'expliquerait difficilement la cession faite par Hugues d'Arles
d'une province dont il n'était point souverain et que gouver-
nait jusque-là le comte Charles sous l'autorité de son père.
D'autre part, le roi d'Italie, qui se trouvait encore à Ferrare
le 12 mars 928'', n'avait pas du tarder beaucoup à se rendre en
Gaule à la nouvelle de la mort de son parent'*, ce qui autori-
serait à placer celle-ci durant l'été de l'année 928". Un certain
événements une note relative à l'époque des vendanges « infra men-
« sem augustum ».
1. Flodoard, Annales, loc. cit. — Kalckstein, Gescli. des franz.
Konif/t/uims, p. 178, suppose que Hugues, pour dépouiller Charles-
Constantin, cherchait à gagner l'alliance de Raoul, qui eût pu être
tenté de soutenir son cousin.
2. D'autre part, si Louis l'Aveugle avait été encore vivant à cette
date, Fiodoard, qui n'ignorait pas l'existence de ce prince, puisqu'il
parle de lui à propos de Charles-Constantin, auraitcertainement indiqué
cette circonstance. — Le premier texte, à notre connaissance, dans
lequel Louis soit expressément mentionné comme mort. « divae me-
« moriae », est un précepte de Hugues et Lothaire, rois d'Italie, du
28 avril 932 (Muratoui, Ant. liai., t. II, col. 5), qui vise le diplôme de
Louis de Provence, roi d'Italie, en faveur de l'abbesse Rixinde, du
11 mars 901 (Bœii.mer, n" l'i62 ; Cod. dipl. Lang., n" cccxci).
3. MuRATORi, .1?;/. Uni., t. V. col. 937.
4. Rigoureusement le terminus a quo pour cette mort est le 27 dé-
cembre 927. Glngins (Bosonides, p. 185) a voulu préciser, et d'une charte
du cartulaire de l'église de Vienne, dont il emprunte la mention à
Charvet (cf. Cnrlul. de Saint-Maurice, n" 91, et Cartul. de Saint-
André-le-Bas, n" 7*), charte datée du 7 des kalendes de septembre, .wvnr'
année de l'empire de Louis. Gingins conclut (jue l'empereur était encore
vivant à la date du 25 juillet 928 Mais cette charte n'émane pas de la
chancellerie impériale elle-même, et par conséquent peut être consi-
dérée comme faisant partie de la série des actes privés datés des années
de l'empire de Louis à une date postérieure à la mort de l'enqjereur,
série dont nous parlerons plus loin. ^- C'est également d'après le texte
de cette charte ou d'après Gingins, que M. de »Mantever {Im marche
de Provence, positions, p. 56) place en septembre la date de la mort de
Louis l'Aveugle.
5. Peut-être le 5 juin, s'il faut appli(|uer à ce prince, ce qui est bien
hypothétique, la mention d'un Ludovicits imperalor qui iigure à celte
date dans l'obituaire de Saint-André de Turin : « [.lun.]. Nonis. Depo-
« sitiodoinni Ludovici imp(M"atoris» (CAV(n.L\,Monu)nenta Novaliciensia,
p. 3'i0). Le nécrologe en question dérive j)artiell(>ment de celui de la
.Novalaise, dont la partie relative au mois de juin est malheureusement
perdue {ihid.. ]). 30'»). M. Cipolla croit à une erreur et à une mention
fautive do l'obit de Louis le Pieux, mor't le 20 juin. Mais cela sup})u-
serait une erreur de quinze jours, conq)li(iuée du passage do l'obit de
[928] MORT DE LOUIS L'AVEUGLE 227
nombre de chartes postérieures à 028 coutiiiuent, il est vrai,
ù être daté(?s des années de l'empire de Louis, de la 28"', de
la 29'-, de la 32'' ^ de laiiS*"*. Mais elles n'émanent point de
la chancellerie impériale et l'hypothèse qui semble la plus
rationnelle est d'admettre que l'on continua, faute de souve-
rain, à dater les chartes privées d'après les années de Louis,
même après la mort de celui-ci.
L'on s'explique assez mal les conditions dans lesquelles
intervint le traité de 928 ^ De ses clauses, Flodoard ne rap-
porte qu'une seule, la cession du comté de A'ienne au fils
d'Herbert de Vermandois, cession qui ne parait d'ailleurs avoir
été suivie d'aucun effet. Or, en 928 il y avait deux fils, au
moins, que l'empereur Louis laissait après lui. L'un, Rodolphe,
est à peu près inconnu et peut avoir été alors incapable de
régner, mais Tautre, Charles-Constantin, comte et maître de
Vienne depuis quelques, années, devait avoir atteint Tàge
d'homme. S'il n'avait été bâtard, il eût pu sans doute régner
et succéder à son père^ Mais de toute façon, il était indispen-
la période des kalendes [de juillet] à celle des nones [de juin]. L'em-
pereur Louis II, mort le 15 août, parait hors de cause. Le nécrologe
est malheureusement très concis et bien peu de noms qui y figurent
peuvent être avec quelque certitude rapportés à l'époque carolin-
gienne, de sorte que tout ce que l'on peut dire à ce sujet est très
conjectural. Aucun autre obituaire ne nous a fourni de mention nécro-
logique pouvant s'appliquer à Louis l'Aveugle.
1. Carlul. de Saint- André-le- Bas. n" 131.
2. Carlul. de Savigmj. n" 14. M. Bernard donne à tort à cet acte la
■date de 928, il compte mal les ans de l'empire de Louis; c'est ainsi
que le n" 11, p. 14 de la xvn« année, doit être rapporté à 928 et non
927.
3. Carlul. de Saint-Barnard, n" 147 ; Carlul. de Sainl-André-le-
Bas, n" 132. Cet acte et le n" 131 du même cartulaire, cité n. 1, ont
beaucoup d'intérêt au point de vue de la question qui nous occupe,
parce qu'ils viennent d'un pays où l'on savait compter les ans de l'em-
pire de Louis et où certains actes analogues à ceux-ci sont rédigés par
des notaires de .sa chancellerie.
4. Albanès, Grtll. chrisl. novis., p. 42, n. 2. — Il est impossible
d'admettre, en présence de la série à peu près continue des actes datés
d'après le point de départ 901, que l'on soit parfois arbitrairement revenu
au point de départ 890, comme Gingins le proposait contre la charte
précitée du cartulaine de Savigny.
5. Peut-être est-il en relations 'avec les conférences venues en 924
dans le pays d'Autun, car on voit Haoul s'avancer tout à coup vers
Vienne sans que Flodoard mentionne qu'aucun appel lui eut été adressé
par les grands du pays ou par le roi llugues.
6. Les i);Uards, en principe, ne succèdent pas au trône dans la fa-
mille carolingienne (Divisio imperii de 817, art. 13-18, P. \'i()Llet, lli>it.
228 TRAITÉ ENTIIÉ IIUGLIKS DARLKS ET RAOUL [928]
sable (ju'il y eût élection et consécration, comme cela avait
eu lieu pour Louis lui-même, trente-huit ans auparavant.
Or, Hugues d'Arles semble avoir été alors le seul personnage
assez iniluent pour faire procéder à une cérémonie de ce genre.
Bien que roi d'Italie, il continuait néanmoins à être, par lui-
môme ou par sa nombreuse et remuante famille, tout j)uis-
sant dans le royaume de Provence. Il faut admettre, du reste,
qu'il était entièrement opposé aux intérêts de son cousin
Charles, puisque, non content de ne pas mettre au service de
celui-ci son pouvoir et son autorité, il en usait encore pour lui
enlever même le comté de Vienne. Ce n'est pas d'ailleurs pour
lui-même que Hugues voulait garder le titre de roi, car il ne
paraît jamais l'avoir pris au nord des Alpes '. Les actes relatifs
aux nombreux domaines provençaux dont il dispose en qualité
de propriétaire, et non en qualité de souverain ", émanent de lui
en tant que roi d'Italie. Aucun titre pris par lui ne peut donner
à croire qu'il se considérait comme le successeur de Louis
l'Aveugle dans la possession des pays du bassin du Rhône. Dans
ces pays, d'autre part, nul acte privé ne parle du règne d'un
roi Hugues''. Il parait d'ailleurs être resté peu de temps en
Provence après son entrevue avec Raoul etHer])ert. Au mois
de novembre, il repassait par Vienne^ puis par Valence, où il
faisait une donation au monastère de Saint-Barnard do Ro-
des hiat. polit., t. I. p. 2il-242); mais il y a des exceptions comme
Arnulf de Bavière, et, si Hugues d'Aiies l'avait voulu, il est à croire
que la bâtardise de Charles-Constantin n'eût pas été un obstacle.
1. Les anciens historiens de la Provence, comme Bouche, l'admet-
taient, au contraire, ("e dernier cite des monnaies au nom du l'oi
Hugues, frappées à Vienne. Mais il serait nécessaire de voir ces mon-
naies, aujourd'hui inconnues, pour admettre le fait.
2. Ces actes sont assez nombreux. Nous possédons d"abord les deux
actes de 928 cités |)lus loin, et en outre :
Vn diplôme du 8 mars 'Xi'i; l'Jiarles de ('Auinj. ii" 'j17;
— — — 2'i juin 936; CaviuL de Saini-Aiidré-lc-BaH. n" 22*.
— — — 25 janv. 945; ScilElouis, Ori;/. Guelfirae, t. 1, p. 70.
li. Il faut cependant remarquer (jue, dans tous ses diplômes relatifs
à ses biens provençaux. Hugues })rononce, selon l'usage de tous les
.souverains italiens, contre le violateur de l'acte, une amende qui devra
être payée moitié à la partie lésée, moitié à la caméra du roi Hugues.
Une semblable disposition se coinpreiul mieux dans les actes (Tun
souverain que dans ceux d'un grand proi)riétaire, mais elle tigui'e
aussi dans le diplôme de 945, à une date à laquellt; le souvei-ain du
Viennois était très certainement Conrad le l'aci(i(pie. de sorte que l'on
ne ])eut en tirer argument en faveur d'une autorité royale exercée ])ar
Hugues en Provence.
4. Diplôme du 12 nov. 928, I/isl. de /•'/•., t. \, p. 090.
[928-933] SITUATION AMliKilK DI' liOVAlMi: DK ['lloVKNCR ±20
mans', et, au prinlcmps de l'année 1)29, était do retour en
Italie, dans son palais de Pavie^
Malgré la cession consentie par IIugu(;s, Chai'les parait être
resté en possession de la capitale des anciens Etats de son
père. Du moins y rentra-t-il peu après la date de 928, car on
l'y retrouve trois ans plus tard. liaoul, cependant, devait se
considérer comme ayant ({uclques droits sur la ville. Dans
les premiers mois de l'année 031 ■', en effet, malgré la guerre
entre Hugues et Herbert qui désolait le nord de son royaume*,
il revenait à Vienne pour y recevoir de Charles-Conslantin un
serment de soumission '.
La question de la souveraineté de l'ancien royaume de Pro-
vence durant les années qui suivirent 928 est extrêmement
obscure. Charles-Constantin, au témoignage de Flodoard,
reconnaissait Raoul de France, mais à Vienne les rédacteurs
d'actes privés ne paraissent pas avoir été très fixés sur le
prince auquel ils devaient se considérer comme soumis, datant
leurs actes des ans du règne de l'empereur mort^ ou, selon
une formule habituelle aux temps d'interrègne, « sous le règne
de Dieu, en attendant un roi" «.
1. Diplôme du 28 nov. 928, Cartul. de Saint-Barnard, rv 26.
2. Diplôme du 12 mars 929, Fnrsch. z. d. Gesch., t. X (1870), p.
295; Cad. diplom. Langoh., n" dxxix.
3. Flodovrd, Ann., a. 931, Mon. (îei-in., SS.,{. III, p. 379. Kalckstein,
Gefich. des fran:. Kœni'jlhums,^. 183. C'est le premier événement men-
tionné à l'année 931 par les Annales de Flodoard. Nous savons par ces
mêmes Annales que Raoul en quittant Vienne se rendit à Saint-Martin
de Tours, où il se trouvait le 2i m.d.rs (Ilist. de Fr., t. IX, p. 573;
LippERT, op. cit., catal., n" 13.
'i. Guerre qui fut peut-être une des causes pour lesquelles on ne
s'occupa point de faire reconnaitre les droits du tils d'Herbert, comme
le remarque Lu^peut, op. cit., p. 73.
5. Flodoard, loc. cit.
(3. Cf. supra, p. 228. Il e.\iste, il est vrai, un acte de donation à l'ab-
baye de Conques de biens sis au comté de Gap, dont la date est ainsi
conçue : « Acto Vapricense anno dominicc incarnationis 1, ind. II, kal.
nov.- régnante Rodulfo rege in Galliis» (Ca/7H^. de Conf/ue.'i, éd. Desjar-
dins, p. 315). M. Desjardins date l'acte du 31 octobre 928. A cette date
donc Raoul aurait été reconnu à Gap où l'acte a été passé. Mais la date
n'est fournie que par l'indiction I (ou II si l'on suppose (]ue I tient la
place de l'année de l'incarnation absente) qui convient aussi aux années
1003, 1018 et 1033, dates auxquelles régnait à Gap Rodolphe III le Fai-
néant. Jn GaUii.'i serait l'équivalent de in Gallin cisalpina. Il n'y a
dans l'acte aucvme mention d'abbé qui puisse fournir d'indication.
7. C/iarle.'i de Clnni/, n" 'i76. Bernard et Bruel rapprochent de l'inter-
r^-gno qui suivit la mort de Rudolplie II. M. de Manteyer, avec plus de
230 TRAITE ENTP.E HUGUES UARLES ET RODOLPHE II [933]
Cet état de choses ne devait pas se prolonger très long-
temps. Les Italiens rappelaient Rodolphe II qu'ils avaient
chassé en 926. Le roi Hugues, dont la couronne était ainsi
menacée, eut recours à un arrangement. Il traita avec le roi
de Haute-Bourgogne et, dit Liutprand', « lui céda toute la
terre qu'il avait possédée en Gaule avant son avènement et en
reçut la promesse que ledit Rodolphe n'entrerait jamais en
Italie ».
Ce texte un peu énigmatique ne fait malheureusement con-
naître avec une précision suffisante ni la date ni l'objet du
traité.
Liutprand ne rattache le fait à la série chronologique do
son récit que par ces termes vagues « Jtis fctnporibus »... Les
derniers événements qu'il vient de raconter^ sont relatifs à
l'histoire de la marche de Toscane. Celle-ci avait été enlevée
à Lambert, frère de Gui, et donnée au propre frère de Hugues
d'Arles, l'ancien comte de Provence, Boson. Celui-ci parait
pour la première fois avec le titre de marquis dans un diplôme
du 17 octobre 931 ■'. C'est donc à une époque un peu posté-
rieure à celle-ci que l'on devrait placer la date du traité. Mais
d'autre part Liutprand, qui ne suit pas toujours dans ses récits
un ordre chronologique rigoureux, a consacré les chapitres
précédents du même livre' au récit des relations de Hugues
d'Arles avec Marozie et le patrice Albéric, jusqu'au moment
où une révolte des Romains, fomentée par ce dernier, chassa
de Rome le roi et sa maîtresse Marozie. Ces événements se
placent également en 931 ' et en 932. Au début de l'année 933.
en effet, les envoyés de l'église de Reims à Rome, en rapportant
le pnllium à l'archevêque Artaud, rapportèrent également la
nouvelle que Hugues était expulsé de Rome". C'est de ces
raison, de celui qui suivit '.i28. Il y a. en (^ffct, divers actes où parais-
sent comme dans celui-ci la danic Hiliclt et le notaire Kldebert, dont
l'un est certainement de •)28 {Charles de Cluni/, n" 358; Kldebei't et
Bernard sont deux notaires viennois qui rédigent plusieurs actes des
dernières années de Louis l'Aveugle : Cartul.de Saint-Andrc-le-Bas,
n"^ 127, 129, 13'i, 139).
1. Aniapodosis, 1. III, c. 48.
2. Aniapodosis, I. III, c. 'j7.
3. Forsch. z. d. Gesch., t. X, p. 300.
4. Aniapodosis, I. III, c. 'i4, 45, 40.
5. Après le mois de mars, date à laquelle avait été consacré le pape
Jean XI, bâtard de Marozie et du pa])e Serge III.
G. Fi.DDoAiii). .1////.. a. *.>.'!3, Mo)i. demi.. SS.. t. III, p. 381 : I/is/. /tcin.
[933] DATE DU TRMTI': 231
deux séries de faits qu'est conienipuraiiie la cession consentie
\)-àv Hugues à Rodolphe H. KUe devrait donc être placée en 'Jol
ou on !)3:i, ou au dohut île 933. Il semble (|u'il faille adoptei-
phit(U cette dernière date', car au commencement de cette
année 1)33 c< Vienne fut livrée au roi Raoul ])ar ceux qui la gar-
daient' ». Or, en 93 1, le maître de Vienne, Charles-Constantin,
avait prêté à Raoul un serment de fidélité. Pour (ju'une nouvelle
})risede possession on quelque chose d'analogue ait eu lieu, il
faut vraisemblablement qu'un fait nouveau se soit produit;
ce fait, c'est probablement la cession par Hugues à Rodolphe H
de ses droits sur la Provence et sur la ville de Vienne ^ à la
tin de l'année 932 ou au commencement de l'année 933''.
Les conditions exactes du traité ne sont pas mieux connues
que sa date. Les expressions « omnem terram quam in Gallia
ante rpgnl suscrptionem tenuit », dont se sert Liutprand, sont
assez peu claires, mais aussi elles paraissent correspondre à
un état de choses extrêmement confus. Que « tenait » en effet
Hugues avant la date de 926? Le comté de Vienne et le mar-
quisat de Provence. Mais Vienne avait, du vivant même de
Louis l'Aveugle, passé au prince Charles-Constantin''. Les
ErcL, 1. IV, c. 2'i. Ce récit fait à Reims est indiqué par lui comme l'un
des premiers événements de l'année 9oo.
1. DuKMMLER, Otto der Grosse, p. 110 n., veut peut-être trop préciser
en disant que la suite chronologique des événements dans le texte de
Liutprand indique cette année 933 ; mais il juge avec raison qu'il n'y
a « kein zwingende Grund » pour s'écarter de la date au moins approxi-
mative fournie par ce dernier. Bresslau, Konrad II, t. II, p. 18 et
KoKPKE, De vita et scriplis Liudprandi , p. 102, admettent aussi la date
de 933. Au contraire, Trog, Rudolf I iind II, p. 74-75, propose celle
de 931, en supposant que c'est après la mort de Lambert que les Ita-
liens se décidèretit à rappeler Rodolphe IL
2. Flouoard, Ann., loc. rit. : « Vienna Rodulfo régi, tradentibus eam
« qui eam tenebant, deditur » Le fait est placé par lui après la bataille
de Mersebourg qui est du 15 mars (cf. Waitz, Ileiiirich I, p. 67).
3. Nous ignorons s'il y eut de la part de Rodolphe 11, pour se mettre
en possession de Vienne, une tentative par laquelle Charles-Constantin
aurait répondu en appelant Raoul.
4. C'est à cette date de 932-3 que s'arrête aussi la série des chartes
datées du règne de Louis l'Aveugle. Nous ne connaissons aucun texte
qui permette de préciser la date de la cession. D. VAissf/rE (IJist. de
L'ingurdoc, t. IV, n. xu, p. 54) cite bien une charte qui prouverait selon
lui que Rodolphe II était reconnu en Diois en 932. Mais cette charte
{ih., t. V, col. 158) n'est datée de 932 que par approximation ; il
y a beaucoup d'éléments chronologiques, mais un samedi 1<^'' août,
coïncidant avec la nouvelle lune, ne se rencontre ni sous le règne de
R;ioul ni .sous celui de Rodolplu; 11.
5. C'était bien une terre que Hugues avait tenue avant son avènc-
232 CONDITIONS DU TRAITÉ [9331
mots « 07nnem tcrram quam in Gallia tenuit w semblent donc
s'appliquer surtout à la Provence ou plus exactement à l'espèce
d'autorité supérieure dont Hugues avait été investi sur tous
les comtes de cette région. Son frère Boson ayant, antérieure-
ment à cette époque, abandonné ses comtés d'Arles et d'Avi-
gnon, le principal personnage du pays était alors un autre
Boson, le frère du roi Raoul, le mari de Berthe, nièce du roi
Hugues. Pendant une période d'une quarantaine d'années, à
la suite de la cession, le marquisat demeura vacant \ Il semble
bien qu'il y ait quelque lien entre ces deux événements et ce
que Hugues céda, c'étaient les droits et les pi'érogatives qui
faisaient de lui le « comte des Provençaux ». Il ne faut pas, en
effet, prendre à la lettre les expressions do Liutprand et croire
que Hugues céda « sa terre », à Rodolphe II. Il semble bien
au contraire qu'il ne lui ait cédé que son pouvoir et son auto-
rité, en conservant ses vastes possessions terriennes, du moins
colles qui lui appartenaient en })rupre. Il continue à dispo-
ser librement, du vivant des souverains auxquels il a trans-
mis ses droits, de domaines sis en Lyonnais', en Viennois'',
et dans les pogi plus proprement provençaux de Fréjus, de
Riez, de Gap, de Vaison, d'Apt, d'Orange et de Die\ L'on
pourrait en somme prendre le contre-pied de ce qu'avance
Liutprand et délinir ainsi le traité de 933: Hugues garda ses
terres, mais céda « l'autorité royale vacante depuis 928 et
tous les droits découlant de la souveraineté, notamment le
domaine public, le fisc, la garde des églises, la disposition
des fiefs vacants... et les comtes qui, dans le pays cédé, se
trouvaient en possession d'un comté changèrent de seigneur^ ».
ment, mais en 933 il ne la lenail pas. Il céda cependant des droits on
tout au moins des prétentions sur Vienne. Il avait déjà en 928 disposé
une première fois de la ville au détriment de Cliarles-Constantin. il
pouvait encore le faire en 933, et c'est ce qui explique l'autorité dont
les rois de Bourgogne ont joui à une épocjne un ])eu postérieure sur
Vienne et sur le comte Charles.
1. Manteyek, La marche de Provence, positions, p. 55.
2. Donation à Cluny des domaines de Savigneu et d".\nibrey; C/iarlc.s
de (lluni/, n" 417.
3. Corlul. de Saiiil-Andrr-le Bas. n" 22*; Mn.i.E. I/isl. île noin-goi/iie,
t. m, p. 336.
'i. Ces domaines provençaux passèrent après la mort de Hugues à
sa nièce Herthe et sont énumérés dans le lestanu'nt de celle-ci
(I/ist. de l.cuifiuednr, t. V, n" .\cn).
5. Ma.ntevkiî. 1.(1 iiifirr/u' i/e Provence, Ihèse nisc, p. 8-9.
SITIATIO.N l'(II,ITlnlK Ul' VIVAHAIS KT DK L'CZÈGF: 233
C'est ce changement do seignenr qui marque la fin de This-
toire proprement dite du royaume de Provence.
Il convient maintenant de jeler un coup d'œil sur la situation
politique des divers pays jadis soumis à Louis l'Aveugle,
durant les quelques années (jui suivirent le traité de 933.
Nous n'avons pas de texte qui puisse permettre de supposer
que la prise de possession par Rodolphe II des yvr/^// provençaux
ait souffert quelque difficulté, mais il n'en est peut-être pas de
même de tous les autres territoires qui avaient jadis dépendu
du royaume do Provence. Raoul, en effet, puis Louis IV d'Outre-
mer, semblent avoir cherché à partager avec les Rodolphiens
l'héritage de lîoson. 11 en est ainsi n:iênie du Viennois sur
lequel les rois français pouvaient élever des prétentions tant
en vertu de la cession faite par Hugues au fils d'Herbert de
Yermandois que de la reconnaissance de leur, autorité par
Charles-Constantin.
I. Pays de la kive ORorrE du Rhône. — On a cru que, dès
la mort de Louis l'Aveugle, ou du moins dès le traité conclu
entre Hugues d'Arles et Rodolphe II, le Vivarais et l'Uzège
avaient cessé de faire partie du royaume de Provence pour
passer à la maison de Toulouse « (jui reconnaissait les rois de
France aussi bien ({ue les prélats et les seigneurs du pays* ».
Il est certain que, dès le temps de Louis d'Outremer, le diocèse
d'Uzès faisait partie du royaume du Carolingien français" et
il semble qu'il en ait été de même, momentanément du moins,
du Vivarais'. Mais tandis que l'Uzège, séparé de la Provence
pour la première fois depuis le vi° siècle, continuait à se rat-
tacher au royaume de France, le Vivarais ne devait pas
demeurer bien longtemps soustrait à l'autorité des rois de
Bourgogne. Ceux-ci, dès le temps de Conrad le Pacifique'*,
étaient de nouveau maîtres du pays, sur lequel ils devaient
1. Dom. VaissÎote, Hisl. de Languedoc, t. lil, p. 1)7.
2. Donation à l'abbaye de ("luny de biens sis dans le parjus d'Uzès :
« .\ctum Uzetico civitate. annoXVI reiinante Hludovico rege ». ((Jiarics
df Chiny, ïv> 817). Cf. autre donation à la même abbaye de biens dans le
morne par/us dans Mauillon, Ann. Ord . S. Ben., t. III, ]). 476.
o. ('onstitution en dot de biens sis en Vivarais, « aniio .\III régnante
Ludovico rege « (Charles de (Uuny, n" 725).
4. RouciiiEi!, Illst. du Vivarais. p. 611. p. just. ir' II.
234 SITUATION l'OLITIQUE DU VIENNOIS
plus tard, avec Rodolphe le Fainéant, transmettre leurs droits
aux souverains germaniques'. C'est de ces derniers (|ue les
successeurs d'Ermengaud et de Raimond-Pons, marquis de
Gotliie, tenaient en fief leurs possessions vivaraises".
II. Viennois. — Les quelques années qui suivent la mort de
Louis l'Aveugle sont pour le Viennois une période do trouble
et d'incertitude. De temps en temps''. Vienne ou son comte,
Charles-Constantin, font acte de soumission au roi de France,
^lais les actes datés au nom de celui-ci sont rares et peu
sûrs \ et de bonne heure on reconnaissait dans la ville l'au-
torité de Conrad le Pacifique ^ Dès 943 ^ le comte Charles
lui-même se soumet et la reconnaît dès lors lui aussi, malgré
ses relations avec Louis IV, d'une manière presque ininter-
rompue'.
1. Dom.VAissÈTE, Hist. de Lanf/uedor, t. IV, p. 9, reconnaît lui-même
qu'au xn" siècle les évoques de Viviers sont sujets de l'Empire.
2. Pfister, Éludes sur U- règne de Robert le Pieux, p. 398 ; Longnon,
All((s hist., texte, p. 24'*; K. Pontal. Le Vivarais, Essai sur Vliisloire
politique de ce pcnjs, dans Ecole des Chartes, l'ositioiis des l/ièses
de la promotion 1875, p. 15.
3. En 931, 933, 9il, 951.
4. II semble cependant en être ainsi de deux charîes viennoises
(Chartes de Cluny, n^* 437 et 439) datées « aimo II (et anno 111) régnante
Rodulfo rege Viennense ». M. Bruel rapporte cette indication à Ro-
dolphe Il et à l'année 935. Mais d'après Flodoard (Annales, a. 933),
Vienne s'était soumise à Paoul de France. C'est donc probablement à
ce dernier qu'il faut, comme le croit M. de Manteyer, rapporter la date
de ces deux chartes, en su])posant les années de son règne comptées
à Vienne à partir de la prise de possession de cette ville par lui (928 ?
931? 933 ?J. On échappe ainsi à l'objection adressée à cette hypothèse
par Bruel, Chronolofiie des rois de France et de Bourgogne, p. 71, n. 4,
d'après lequel la 2" année et la 'S" du règne de Raoul de France cor-
l'espondent à 923-24 et 925-26, époque à laquelle le souverain du Vien-
nois était certainement Louis l'Aveugle. — L'objection d'ailleurs serait
non moins valable contre Rodolphe 11, dont la seconde et la troisième
année correspondent à 912-913 et 914-15. 11 faut admettre de toute
façon qu'il ne s'agit que du règne en Viennois.
b. Cartul. de Saint-liarnard de Romans, n" 133 (I""" année du règne
de Conrad) ; Cnrlul. de Saint-Maurice de Vienne, n" 110 (11" année,
938 selon M. Chevalier). — Mais tous ces actes n'ont rien d'absolument
concluant, car les ans de règne pourraient être comptés à jjartir du
])oint de départ de 942.
6. Ifist. de Fr., t. L\, ]). G9(',. — L'abbé Rot ( im:i; (o/j. cit., p. 410)
a cru devoir user du procédé d'altération des textes cher à Gingins ot
attribuer à Flodoard le récit d'une campagne dirigée en 942 par Conrad
le Pacîifique contre Charles-Constantin [!?J.
7. Il fait cependant en 951 acte de soumission au roi Louis IV. Cf.
infra, p. 2'i 1.
SITUATION rOLITIorK IH l>V()N.NAIS 235
III. Lyonnais. — Une série de chartes relatives à ce pays
sont datées des ans de règne des rois de France, Raoul' et
Louis d'Outremer'. Raoul lui-même se trouvait à Anse'', sur
la Saône, en 932*. Il y a donc eu certainement, à un moment
donné, après la mort de Louis ^Aveugle^ souveraineté des Ca-
rolingiens sur ce pays. Il est incontestable, néanmoins, que
le Lyonnais était revenu, durant le cours du x*" siècle, aux
rois de Bourgogne et qu'il passa après eux aux empereurs
allemands. L'on peut même déterminer avec une certaine pré-
cision l'époque à laquelle le par/ns Lugdanensis rentra sous
la souveraineté des rois rodulphiens. Le 21 avril 942, en
effet®, le comte Hugues donnait à l'abbaye de Cluny une serve
et des terres au lieu de Romans en Lyonnais". L'acte est daté
de la vi'' année du roi Louis IV d'Outremer*. Mais au mois
d'avril de l'année suivante, Conrad le Pacifique disposait à la
requête du même comte Hugues, son. cousin, de la terre de
Bouligneux' en faveur de la même abbaye'", à laquelle il fai-
1. Charles de Clinn/. n"^ 239, 255, 257. 258 (où Ie.s dates de jour et
de mois fournissent des indications; les actes sont de 932, non de 926,
comme le dit M. Bruel), 442, 411. Le n" 388 peut être laissé de
côté, les mêmes donateurs ayant des biens situés en Maçonnais (ib.,
n" 403), donc étant sujets du roi de France, comme le remarque
M. Bruel, op. cit., n° 395.
2. Charles de Cluia/, n°^ 463, 482, 491 (an. 938), 518, 531. 544(2 avr.
942), 701. Le n" 509 est une donation de Bouligneux dans l'Ain, faite par
un sujet du royaume de Bourgogne, comme on le voit par le n" 656.
Cf. Carhil. de Saviynij. n'^ 68, que la coïncidence du mardi avec le 3 des
nones de janvier, conduit à bien attribuer à 937, ayant pour lettre
dominicale A ; ibid, n" 33 = n" 100, où tout concorde pour l'an 942.
3. Anse, Rhône, arr. Villefranche.
4. Rodolphe donne à l'abbaye de Cluny divers biens en Maçonnais :
« Actum Ansa Villa, XI kal. jul., ind. 111, anno IX régnante Rodulfo
« rege. » {Chai-tes de Cluny, n" 396). Cf. Hist. de Fr., t. IX, p. 576, un
autre diplôme daté du même lieu. Nous considérons comme exacte
l'année de régne, non l'indiction.
5. Au contraire, Gingins la Sarra, dans le petit opuscule consacré par
lui à la Souiierainelé lerviloriale du Lyonnais au x" siècle, croit à une
souveraineté ininterrompue des rois de Bourgogne.
6. Charles de Cluny, n" 55».
7. Romans, Ain, commune Saint-Trivier-sur-Moignans, arrondisse-
ment Trévoux.
8. Cette \'I« année, comptée à partir du couronnement de Louis en
juillet 936, corres])ond bien à 942, date également indiquée par la
concordance du jeudi et du 21 avril établie dans l'acte.
9. Bouligneux, Ain, arrondissement Trévoux, canton Villars-les-
Dombes.
10. Charles de Cluny, n" 627.
236 souviiiiAi.M:ri-: iii:s cauolingikns français
sait encore don quel(|ues jours plus tard d'une autre terre éga-
lement sise en Lyonnais'. L'on a enfin, à partir d'une date très
voisine, une série de chartes privées relatives au Lyonnais,
datées des ans du règne de Conrad le Pacifique, et cela du
vivant de Louis IV' d'Outremer'.
En somme pour le Lyonnais et, avec moins de précision,
pour le Viennois et peut-être pour le Vivarais il semble hioii
que l'on constate le même fait: domination temporaire des rois
de France suivie d'un retour permanent et d'une annexion
définitive aux états des Rodolpliiens.il n'y a guère qu'une con-
sidération qui puisse expliquer cette situation : après la mort
de Louis l'Aveugle, son royaume restait en quelque sorte aban-
donné au premier occupant, puis(}ue,pour des motifs inconnus,
Hugues d'Arles avait empêché l'avènement de Charles-Constan-
tin. Roi de France et roi de Bourgogne ont donc dû alors cher-
cher à mettre la main sur les territoires le plus à leur portée.
Lorsqu'en 933 Hugues d'Arles céda à ce dernier tous ses
droits de souveraineté, il ne put lui transmettre ce qu'il
n'avait pas lui-même d'une manière bien solide, en dehors de
la Provence propre, et durant quelques années les pays fron-
tières les plus facilement accessibles, le Lyonnais, le Viennois
et les pagi transrhodaniens reconnurent plus ou moins effec-
tivement l'autorité de Raoul de France et de son successeur
Louis IV. Mais vers 942, tout en entretenant do bons rapports
avec Conrad le Pacifique, les Carolingiens français abandonnent
le pays et Charles-Constantin, qui, en 941, avait attendu à
Vienne Louis d'Outremer, paraît en 94)3 comme sujet du roi
de Bourgogne.
On a cru sur la foi de deux chroniques assez postérieures^
1. C/uoics de CAiiny, \\" 628.
2. Carlulaire de Savigii;/, n"^ 'lO, 'ifi, 55, 57, 62, 65. Le n" 45 fait
partir les années du règne de Conrad de 940 (cf. IJkukl, Chronologie,
p. 78), mais rien n'indique qu'il en sait de même dans les autres et
les n"s 443 et 444 du niênio cartulaire prouvent qu'on ne s'est pas
toujours tenu à ce point de départ. Selon celui qu'on adopte, le u" 46
est du mois d'août 942 ou du mois d'août 946. En tous cas, la série est
complète depuis 9i5.
3. (Uiroii. S. liniigni Dirion., éd. Boi'caim). p. 18!i, et HrciEs UE
Fi.wic.NV, CJiron.Virdiin.. Mon (ienn., SS.A-WW^ p.364.« Ilic .Matliil-
dcin sororem suam dcspondit Conrado régi Uurgundiae et in dotem dédit
ei Lugdunum (piae sita est in termine regni 15ui'giuuliae et ei'at tune
tempuris juris regni I-'raucorum. » Cf. lirc.fEs uE FLEriîV, (Hiroiiif/iic,
llist. (le i'r.A. I.\, p. 329: « Hic dcsponsavit sororem suam nomine Ma-
SOUVERAINETÉ DES CAUOMNGIKNS FRANÇAIS 2:i7
que Lothaire, en mariant sa sœur Malhikle à Conrad le Paci-
fique, avait renoncé à tous ses droits sur le Lyonnais. Mais la
souveraineté du roi de Bourgogne sur le Lyonnais date au
moins de 042, tandis que le mariage de Mathilde est postérieur
à i)54; ce qu'elle apportait en dot à son époux ne pouvait plus
guère être qu'une renonciation à des prétentions, et d'autre
part il semble bien qu'il y ait en 012 quelque chose de plus
général.
En l'absence de tout témoignage précis on en est réduit à
des conjectures sur les faits qui ont pu amener ce chan-
gement dans la situation politique de l'ancien duché de Lyon.
Or, cette année 942 est marquée par un événement d'une
certaine importance dans l'histoire du royaume de Bourgogne,
par le retour dans ses États du jeune roi Conrad.
Durant ses vingt-six ans de règne, Rodolphe II parait avoir
vécu en bons termes avec ses voisins de Germanie'. Lorsqu'il
fut mort, le 11 ou le lo juillet 937" et eut été enseveli dans le
monastère de Saint-Maurice d'Agaune\ son fils Conrad était
« thildein Conrado régi dans ei jure dotalicii Lugdunensem Burgundiae
« urbem. » Sur la question, cf. F. Lot, Les derniei-s (ju-olinr/icns, p. 57,
qui résume les diverses opinions émises à ce sujet, et avec lequel
nous sommes d'accord quant au fond, en admettant — tout au moins
comme possible — la renonciation à des prétentions au moment du
mariage de Mathilde et, selon les expressions de M. Lot, « transaction
« entre les prétentions des Carolingiens et l'autorité réellement exercée
« par les Kodolphiens. »
1. 11 avait, il est vrai, au début de son règne, guerroyé contre Bur-
chard de Souabe, et, en 919, essuyé une défaite à Winterthiir (Ann.
Sanf/alleiise.-i majores. Mou. Germ., SS., t. 1, p. 178; Hehmann he
Ueiciienaii, Chroni'jxe. Mon. Germ., SS., t. V, p. 150; Truo, Rudolf I
iind Rudolf II,p. 49). Mais en 922. il se réconcilie avec son ancien adver-
saire et épouse sa tille Bertlie(.l/«/i. Sangall. maj., l. cil.', '\'nyH:,,op. cil.,
p. 51). C'est sans doute à cette occasion qu'il reçut du roi Henri l'""" le
pays entre l'Aar et la Reuss (W \itz, I/einrich /.p. 66; Lo.ngnon, Atlas
hisl. texte, p. 83). Les Ann. S. Rudberli Salislmricnsis, Mon. Germ.,
SS., t. IX, p. 771, placent le fait en 922. Les autres chi'oniqueurs donnent
des dates variables ('vN'aitz. HeinrirJi f. p. 67). — Comme nouvelle UKinpie
d'î bons rappoi'ts entre les royaumes de Bourgogne et de Germanie,
Kodolphe 11 céda encore à Otton l-"' les relicjues de saint Innocent, et
la donation e.-^t mentionnée dans le diplôme de fondation du monastère
de Magdebourg par Otton I'-''" en 9:)7 {Mon. Germ., in-'i", Kuiserur-
kunde, n"^ ri-15; Koi:i'KE et DrEM.\u,Ei{, Otlo der Grossi-, p. 110).
2. La date d'année est donnée par Flouoahd, .Annales, a. 9.'i7 et par
les .\nn. Ijiu.^annenses. La date de jour du 13 juillet est donnée par
le nécrologe de Heiclienau, celle du il par ceux de .Mersebourg et de
Ziirich (Koh;[>KE et DniMMi.ER, loc. cil).
3. IIekmwn I)i: RricnENAr. Chronii/uc, .Mon. Grrui.. SS.. \.\. p. 113,
238 SOUVERAINETÉ DES ROIS DE BOURGOGNE [942]
tout jeune encore'. « 11 succéda à son père », dit un chroniqueur"
postérieur, mais en réalité il semble que ses voisins aient tenté
de profiter de sa jeunesse pour mettre la main sur le roj'aume
des Rodolpbiens. Hugues d'Arles accourait d'Italie. Il était à
Colombières, au nord de Morges, près du lac Léman, le 12
décembre 937 '' et y épousait la veuve du défunt, cinq mois
après la mort de ce dernier. 11 faisait en même temps épouser
à son propre fils, Lothaire, la fille de Rodolphe II, Adélaïde''.
Mais, pou après, (3tton V' entrait à son tour en Bourgogne où,
dit Widukind ', «il reçut en sa puissance le roi et le royaume».
Flodoard'' commente cette phrase un peu ambiguë en affirmant
qu'Otton avait mis « par ruse » la main sur le jeune prince.
Celui-ci, durant les quelques années qui suivirent, séjourna
auprès du souverain germanique, qu'il accompagna notamment
en France lors de la campagne de 940'. Bien qu'il fasse partir,
dans ses diplômes, les années de son règne de l'époque de la
mort de son père, en 937 ^ il y a cependant un intervalle entre
cette dernière date et le moment auquel Conrad fait en Bour-
gogne acte de souveraineté. En 942, vers la fin de l'année,
Otton avait avec Louis d'Outre mer une entrevue en un lieu
mal déterminé de la Lorraine ou de la Champagne*. Là les
deux souverains « se traitant amicalement, font alliance sous
des conditions posées de part et d'autre'" ». Ces conditions,
l'annaliste ne les rapporte pas, mais fort vraisemblable est
1. Klodomu), AiDialc.'i, a. 9o~, Vâppelle pnrvus. Bruel, Chronologie
des 7-ois de Fiance et de Bourgogne, p. 72, admet qu'il devait avoir sept
ou huit ans.
2. Hermanx de Reicfienau, Chronique, loc. cit.
'S. Diplômes de constitution en dot de divers biens pour Berthe
(For.srh. :■. d. (iesch.,t. IX, p. 305) et pour Adélaïde (Cad. dipl. Lang.
n» DLii). Les deux diplômes sont du 12 décembre et portent Tannée de
l'incarnation DCCCXXXVIII, mais les indications des doubles années
de rèf^ne concordent pour 937, et c'est à cette date qu'il convient de
rapporter les deux actes.
't. Lhjtphwi), AnUipodoais.. 1. iV, c. 13: Constantin Poupiivudoe-
nète. De admin. iinperii, c. 26, p. 117.
5. lies ge.stae Saxonicae, I. 11, c. 35, Mon. Germ.,SS., t. 111, p. 447.
6. Annales, a. 940, Mon. demi., SS., t. 111, p. 387: « [Otto] liabens
« secum Conradum tilii liodulphi régis Jurensis quem jamdudum dolo
« captum sibique adductum retinebat «.
7. Flodoari). Annales, a. 940.
8. {{HUEE, Chronologie des rois de France et de liourqoqne, p. 73-74.
9. Lauer, /,o«/s /V', p. 83MSr,.
10. Flodoari), .\nnales. :i. ',t'i2. p. 389.
[9i2 SOUVRRAINKTK DKS ROIS I)K BOURGOGNE 239
riiypotlièse ' qui voit un lien entre le voyage en Gaule d'Otton
et de Conrad, et le fait qu'en cette même année *.)42 ou au
début de 943, le jeune roi de Bourgogne est rétabli dans ses
états. Il règne alors en Lyonnais et Charles-Constantin, qui a
fait en 941 acte de soumission à Louis', reconnaît à partir de
943 Conrad le Pacifique pour son légitime seigneur. En d'autres
termes, il semble bien qu'il y ait une relation entre la rentrée
en Bourgogne de Conrad, protégé par Otton, et le rattache-
ment définitif au royaume rodolphien des territoires du Lyon-
nais, du Viennois, du Vivarais, qui, tout en ayant fait jadis
partie du royaume de Provence, avaient momentanément et
dans une certaine mesure reconnu l'autorité des Carolingiens
français ^
Charles-Constantin continuait à posséder Vienne. Mais c'est
à peine si son histoire se rattache à celle du royaume de Pro-
vence, et son plus grand intérêt vient de la situation équivoque
que ce prince occupait sur la frontière des deux royaumes dont
les souverains se disputaient alors l'héritage de Louis l'Aveugle.
Depuis 942, comme nous l'avons dit, AMenne semble faire
définitivement partie du royaume de Bourgogne. A la fin du
mois de mars 943, Charles-Constantin assistait avec l'arche-
vêque de Vienne, Sobon, celui de Lyon, Gui, l'évéque de Va-
lence, Aimon, et divers comtes parmi lesquels Léotaud, comte
de Màcon et Besançon, à un plaid tenu par le roi Conrad en
un lieu non déterminé. Il s'y voyait obligé de renoncer à toutes
les prétentions qu'il avait pu élever à l'encontre de l'abbaye
de Cluny sur les terres données à ladite abbaye par Engilbert*.
Au mois de mai de l'année 946 Ml était encore auprès de Con-
1. Indiquée par Kalckstein. Gcsch. des franc-. Koniglhurm viiler
den Ka)-o(iii;/eni, p. 236, et par Hukfker, Die Sladt Lyon, p. 21.
2. Flodoard, Annah'n, a. 941. p. 388; Lauer, op. cit., p. 73.
3. Conrad resta d'ailleurs en bons termes avec Otton h'\ Son fils,
Conrad, assiste à un ])laid tenu par l'empereur en 967 à Havenne
(Mon. Germ., in-4", Kaixcnirknnden, n" 3'i0). Plus tard, le roi de Bour-
goi^ne soutint son petit neveu Otton 111 dans la lutte de ce dernier
contre Henri le Querelleur, duc de Bavière {Ann. Qucdlinburgensci,
a. 984, Mon. Germ., SS.. t. III, p. 66).
4. Charles de Cluny, n" 622; CaRUTTI, lier/esta Comilum. Sahaudiae,
col. 4, n" v.
5. Le diplôme, ([ui est conservé en original (Bibl. Nat. coll. Bourg.,
t. LXXM, n" 20), daté de la IX'^ année du régne de Conrad, Test en
même temps de l'an de l'incarnation D(yCCC.\LllI. Néanmoins, nous
croyons qu'il vaut mieux s'en tenirà la IX'' année du règne corresjjon-
daut à 9i!"). (jui se rnp])r()clic plus de 945, ayant pour indiction 111,
240 CHARLES-CONSTANTIN ET RODOLPHE II [942-94G]
radet celui-ci accordait à sa requête à son chapelain Ermen-
thée la petite église de Saint-Genis' « dépendant du comté de
Vienne.)) Ces termes semblent bien indiquer que Charles-Cons-
tantin continuait à gouverner Vienne en qualité de comte, en
jouissant des droits attachés à cette charge". Il ne semble
d'ailleurs jamais avoir porté d'autre titre et exercé d'autre
autorité. Les actes dans lesquels il ligure comme jouissant
d'un certain pouvoir sont tous relatifs au Viennois. Il n'y parait
qu'avec la qualité de comte ^ Cependant, un contemporain
bien renseigné, Flodoard, lui donne le titre de « prince de
Arienne ^ ». Mais sa royale origine, sa situation un peu particu-
lière vis-à-vis des deux rois dont il dépendit tour à tour et le
fait qu'il succédait dans le pays au duc et marfpiis Hugues
suffisent à justifier l'emploi de cette expression. Il était d'ail-
leurs on relations avec les autres comtes ou ducs dépendant
du royaume de Bourgogne. En 944, il assiste à un plaid tenu
par le comte Hugues de Bourgogne, où se traite une aff'aire
relative à des biens sis dans le pagus de Lyon, injustement
détenus par le vicomte de cette ville, Adémar''.
Le fait d'être soumis à Conrad le Pacifique n'empêcha pas
d'ailleurs, en 951, Charles-Constantin de rendre hommage au
dernier élément chronologique dont se compose la date. L'hypothèse
la plus vraisemblable est que l'acte a été recopié en original sur la
minute par un scribe négligent dont l'ignorance ou l'incurie se mani-
feste d'ailleurs en plus d'un passage. 11 distingue mal ci et et, écrit
« reddit » au lieu de « reddidit », « Vienensis » au lieu de « Vien-
« nensi », « ac adiit ipse ac humiliter », avec une anacoluthe dans
la plirase « ut quendam », etc.
1. Saint-Genis, Isère, arr. Grenoble, cant. Mens.
2. Un cei'tain Bosjn tigare dans l'acte comme ayant des droits sur
les terres qui entourent la chapelle. 11 est peu probable qu'il faille y
voir un des comtes provençaux ayant porté ce nom : 15oson, frère de
Hugues, étant mort entre 9;J6 et 940, etHoson, mari de lîerthe, en 9;Jô .
il faudrait alors songer à Boson, père de Guillaume et Houbaud(?)
Le personnage qui figure dans l'acte ne porte pas d'ailleurs le titre de
comte. 11 s'agit plus vraisemblablement du diacre IJoson, qui à la
même époque ])ossédait des biens en Viennois (Chartes de dhoii/,
n"- 1009, iOlfi, 1017).
■'5. Dans le diplôme de Conrad le Pacifique, de 9«:}, il ne porle pas
de titre. 11 est (pialifié de rot/H's dans les autres actes {C/ifirtes de C/imi/,
n"« 65(5, 797, I0'i7, 1084, 1122; Cartul. de Saint-Andrèle-lia^, n" 25*).
4. V.n 9;il, Flodoard ne le mentionne que comme possesseur de fait
de la ville de Vienne, j-ln 941, il ne lui donni; aucun titre. Ln 951, il
rappelle /;r//(C'ey/s Vieniiac. il en est de même de Kiciier, Ilisl.. 1. il,
c. 9b.
5. Charles de Cluinj, n" G5G.
[951] CHARLES-CONSTANTIN ET LOUIS IV o',i
roi (le France. A s'on tenir aux expressions des annalistes',
il y aurait eu de la i)art du comte Charles reconnaissance de la
souveraineté du roi de France, reconnaissance d'autant plus
libre de sa part que Louis IV, malade, s'était arrêté à Màcon
auprès du comte Léotaud ". C'est là que Charles-Constantin
vint le trouver, en même temps que plusieurs autres seigneurs
du midi. Au cours de cette entrevue il ol)tint du roi la contir-
mation de la donation faite par lui-même, dans le courant
du mois de janvier, à l'abbaye de Cluny de biens sis en Vien-
nois, à Communay ^ Cependant, malgré ces marques de
soumission, les chartes de Vienne en général et celles de
Charles-Constantin lui-même montrent que le souverain re-
connu en Viennois continuait à être, même après cette année
951, Conrad le Pacitique. C'est au nom de ce prince que sont
datés les derniers actes de Charles qui nous soient parvenus
et qui s'étendent jusqu'au mois de janvier 962 \ Il faut donc,
semble-t-il, que la soumission de Charles-Constantin au roi de
France, si elle a été autre chose qu'une simple promesse
d'amitié'', ait été de courte durée.
La dernière mention du fils de Louis l'Aveugle est de l'année
962. C'est sa souscription apposée au bas d'un contrat par
1. « Sui efficiuntur », dit Fi,oi)o\hd. Annales, a. 951, Mon. (îerm..
SS., t. 111, p. 400 et RicnER, y//.sV., 1. 11, c. 98, est encore plus expli-
cite : « ejus etïicitur, lidem jure jurando pactus ». M. Lauer admet que
« Louis IV gagna la suzeraineté du \'ieiinois ».
2. Le voyage de Louis en Bourgogne est du début de l'année, d'après
la place occupée par le récit de ces événements dans les Annales de
Fladoard. Le roi est le o février à Pouilly-sur-Loire {Charles de Cluny,
n» 763). Cf. Lauek. Louis IV. p. 2Il-2i;i'.
3. L'acte de donation (Chevalier, Diplomalii/ne de P. de Rivaz,
p. 69) est ainsi daté : « Data in mense januario régnante Ludovico rege
« anno XVI qui de eadem donationepreceptum jussit fieriet sigillo suo
« insigniri. » L'acte n'a pas de date de lieu, mais le« S. Leutaldi comitis »
parait indiquer qu'il a été donné jjendant le séjour de Charles-Constantin
à Màcon. Mais la XVI>^ année de Louis IV, comptée à partir de 937, cor-
respondait à 952. 11 faut donc probablement admettre que le point de
départ des ans de règne est pris au jour de la mort de Raoul (15 jan-
vier 936) comme dans quelques autres chartes du même pays. Cf.
Bhiel, Chronologie des rois de France et de Bonrgof/ne, p 35-36.
4. Ce sont les actes cités, p. 240, n. 3.
5. Comme le croit Huei-fer, Stadl Lyon, p. 21, qui admet plutôt
une promesse d'amitié qu'un hommage (Huldigung). Dom \aissette
{llisl. de Lanynedoc. t. III, p. 160) croyait qu'en 961 Lothaire s'occu-
pait encore de faire valoir ses prétentions sur \'ienne. M. Lot (Les
derniers Carolingiens, p. 37, n. 2) juge avec raison qu'une telle hypo-
thèse ne repose sur rien.
l'oLi'ARDiN. linyaiime de Provence. 16
2i2 CHAULES-CONSTANTIN — SA FAMILLE [951-9G-2|
lequel un nummé Grimard et sa femme Béliarde engagent au
diacre Garnier des biens sis en Viennois, et à partir de cette
date de janvier 962', la trace certaine des « Bosonides »
disparait de l'histoire.
Charles Constantin, cependant, avait été marié. Un acte non
daté, mais qu'il faut placer dans les environs de l'annéo 060',
mentionne sa femme Theutbergo'* et les deux fils Richard et
Hubert qu'il avait ou d'elle. L'un de ceux-ci, Richard, figure
encore dans la charte de 962, mais après cette date il est
impossible de fournir sur eux aucun renseignement certain''
et encore moins de rattacher à la famille de Doson, comme
l'avaient tenté certains généalogistes, les origines de la maison
de Savoie".
1. Charles do (Hii)i[/, iv 1122.
2. Chartes de Cliini/, n" 109i. Les noms des parties qui y figurent
comme celui (ki diacre Sigefroi qui le rédige le rapprochent des (ïhartes
de Clu/it/, n"^ 10'i7, 108'», 1122. — G\SG\ss, Bosonides, p. 227, fait mourir
Charles-Constantin dans la lutte contre les Sarrasins (??)
:{. GiNGi.NS (Bosonides, p. 226) fait de cette Theutberge la veuve d"En-
gilhert, de la famille des vicomtes de Vienne. Ce qui aurait permis k
Charles de contester à Cluny les biens donnés à cette abbaye par ledit
Knji'ilbert. Mais cette contestation eut lieu en 943. date à laquelle En-
gilbert parait avoir été encore vivant (Carlul. de Saint-Maurice, n" 45).
4. Cf. Manïkver, Les origines de l(i maison de Savoie, j). 429.
5. Cf. >L\NTEVER, op. cit., p. 429-4:50.
CHAPITRE VII
LES SARRASINS
F^armi les diverses questions qui se posent dans l'étude des
événements dont le sud-ouest de la Gaule fut le théâtre durant
le ix" et le x' siècle, l'une des plus intéressantes est celle des
invasions des Sarrasins. Mais si elle est curieuse, elle est
aussi extrêmement obscure. L'établissement de pirates maures,
venus d'Espagne, dans la région montagneuse qui a gardé leur
nom, et même, temporairement au moins, dans une partie de
la chaîne des Alpes, est un événement historique dont les
conditions sont et seront toujours mal connues. Son étude
soulève un certain nombre de problèmes dont la solution pour-
rait être plus particulièrement donnée par des érudits dauphi-
nois et provençaux, au courant des détails de l'histoire et de
la géographie locale. Cependant, la réunion des quelques ren-
seignements généraux que peuvent fournira ce sujet les divers
textes narratifs ou hagiographiques forme le complément
naturel de l'histoire des dernières années du règne de Louis
l'Aveugle. Il est même nécessaire de dépasser un peu sur ce
point le cadre chronologique de notre travail, car il est impos-
sible de rapporter la plupart des données que nous possédons,
à une époque certainement antérieure ou postérieure à la date
du traité qui fît passer la Provence sous la domination du roi
de Bourgogne jurane. Nous nous occuperons donc des Sarra-
sins, principalement jusqu'à l'époque de la dernière expédition
dirigée contre eux par Hugues d'Arles, l'histoire de leur
expulsion ayant été racontée ailleurs'. Mais avant d'entre-
prendre cette étude il est nécessaire de dire un mot des sources
qui peuvent être plus spécialement consultées au sujet de ces
invasions, de celles aussi que l'on a voulu parfois employer
sans précaution.
1. Manteyeh. La marche de Provence, p. 5.5-56.
2ii LA CHRONIQUE DE LA NOVALAISE
En dehors, en effet, des mentions fournies par les chartes
et par les sources narratives générales comme les Annales de
Flodoard ou VAnhipodosis de Liutprand, un certain nombre
de textes peuvent fournir pour cette histoire des renseigne-
ments qui sont de valeur très inégale.
La Chronique de la Novalaise * fut composée en diverses
fois, de 1025 à 1050, par un moine de cette abbaj-e, détruite
par les Sarrasins au début du x'' siècle, mais restaurée au
commencement du xi°. L'ouvrage est de grand intérêt parce
qu'il constitue la seule chronique relative à cette région qui
paraisse jamais avoir été composée, et qu'à propos de la des-
truction de sa maison, l'auteur entre dans quelques détails
relatifs aux Sarrasins. Il n'est pas contemporain de leurs
invasions, mais cinquante ans seulement le séparent de l'époque
de l'expulsion. Il peut donc être bien renseigné sur la situation
du Frainet, par exemple ou sur le caractère des invasions
musulmanes. Mais, au point de vue de la forme, la langue est
détestable, obscure à force d'incorrections ; l'auteur a connu,
pour la période ancienne, un assez grand nombre de textes',
même d'auteurs classiques, il s'intéresse tout spécialement à
la riche Idbliothèque do sa maison \ mais il est loin de donner
l'impression d'un homme nourri de bonne latinité et son style
ressemble trop souvent à celui des chartes de son époque. Au
point de vue du fond il rapporte 1)eaucoup de légendes*, et la
chronologie est vicieuse ou, pour mieux dire, absente. Les
événements se suivent un peu au hasard des souvenirs de
l'écrivain, le plus souvent sans date, si ce n'est lorsque le
chroni(iueur a eu sous les yeux des documents qu'il analyse".
1. Va\. 1'e1!TZ-I)1:tiim \nn (Mon. Germ. in us. sc/toL), 18'jG, iii-8".
■2. Hkthmwn, Inirod., j). iv. Cf. 1. I, c. 1, 9. 10; I. il, c. 2, 12, 14,
19; L 111, c. 1, 2, l'i, 17, 19, 2i, 26, 2.7, 30, 31, 31 ; 1. V. c. 2. 3, 7, 29,
32. Vgy. encore sur ce texte, Pio .Ra.in.\, La cronaca délia Xovalem e
Ippopra Carolingia daus la liomania, t. XXIIl, 189i, p. 3*3-61.
3. Chron. Noval., 1. II, c. 3 et 19.
4. Cela non seulement pour l'époque ancienne, mais aussi pour le
x« siècle, par exemple ce qu'il dit de llu<^ues d'Arles, 1. V, c. 3, p. 6'».
5. 11 a utilisé les arcliives de sa maison, mais avec incomparable-
ment moins de talent (lu'un Kolcuin ou un Mariulf, et il cite divers
documents, dont nous po.?sédons encore ([uphiues-uns, p. ex. 1. III,
c. 18, le ju.ii'emeni de IJoson ; 1. 111, c. 25, un diplôme de Charlemagiie,
etc., et il' en a copié à la suite de sa Chronicpio (piil avait oublié d'y
insérer. 11 a transcrit également un fragment annalistique (.ïppend..
c. 3, p. 86-87). — Sur les chartes anciennes de la Novalaise, encore
actuellement conservées ou coiuiues seulement par les analyses de la
I.A VIK Itl-: SAI.NT MAVKl'L 215
D'autre part, l'œuvre ayant été, connue nous l'avons dit, com-
posée on plusieurs fois, le manque d'ordre et de plan n'a fait
(|ue s'en accroître et, de plus, l'auteur a ajouté à la suite du
dernier livre une série (Vaddpuda qu'il est parfois difScile de
rattacher à tel ou tel chapitre du corps de la chronique'.
Il est assez fréquemment question des Sarrasins dans la Vie
de saint Mayeul, abbé de Cluny. Mais la valeur historique de
la vie, ou plutôt des vies de ce saint a été fort discutée en
Allemagne. Nous en possédons trois, œuvre respectivement de
Svrus, moine dé Cluny, de Nalgod, et d'Odilon, successeur de
saint Mayeul. La seconde ' est un texte sans grande importance.
La troisième", d'attril)ution incontestable, contient fjrt peu de
renseignements précis et c'est surtout sur la première qu'ont
porté les polémiques. Nous en avons deux états. L'un, publié
par Mabillon", peut représenter le texte primitif ou du moins
s'en rapproche; mais le texte publié par les Bollandistes^
correspond à un remaniement de l'œuvre de Syrus fait par
deux moines de Cluny, Audebaud et Raimbaud. Ceux-ci ont
modifié le style, ajouté certains épisodes et introduit dans le
texte des morceaux de poésie empruntés surtout ;ï Héric
d'Auxerre ou imités de ses œuvres.
La valeur de la Vie dite de Syrus" a été contestée, princi-
palement par M. Schultze ', qui s'est efforcé de prouver qu'elle
ne représentait elle-même qu'un remaniement; il y a en effet
relevé quelques emprunts à Héric, mais, comme l'ajustement
remarqué M. E. Sackur^ Syrus pouvait déjà s'être inspiré de
chronique, cf. C. Cu'ullv, Moniunmla Novalicirnsid vclusliora, Rome,
1898, in-8°, t. I, qui donne un recueil des chartes anciennes de l'abbaye.
1. Pertzles laisse à la suite en appendice. — Les éditeurs des Mon.IIisl.
Pair. Script. ,i. III, p. 41-128, ont tenté de les fondre dans la Chronique.
2. Acta Sa7ict. BolL, mai, t. II, p. 658.
o. Aria Sanct. BolL, mai, t. II. p. 684.
4. Acla Sancl. Ord. S. Ben., saec. V, p. 786.
5. Acla Sancl. BolL, mai, t. II, p. 668.
6. M. Tu MUiE {Aberinah die Biof/raphierm des MajoliisÇNcucs Archiv.,
t. XVII, 1892, p. 406 7) croit à une œuvre de Syrus perdue, mais
connue par Odilon, auquel cas tous les renseignements que nous tirons
de la V. S. Maioli seraient des additions sans valeur d'Audehaud et de
Raimbaud. L'examen de la Vie dH)dilon, si dénuée de tout fait précis,
sutlit à faire rejeter cette hypothèse comme l'a déjà fait Sackur.
7. Ueher die Biogr. des Majolm (Forsch. :■. d. Gesc/i., t. XXIV,
p. 155-172); Noch ein Worl zu den Biographie des Majulus {Neues
Archiv, t. XIV. p. 547-564).
8. Die Cluniacenser in ihrer... Wirksamkeil, t. II. Halle, 1894, in-8,
p. 338.
246 LA VIE DE SAINT MAYEUL
celui-ci. Eu outre, M. Sclmltze a tenté de prouver que cette
vie fourmillait d'invraisemblances et était contredite par les
textes diplomatiques. Mais ici le débat touche de près à notre
sujet, car l'érudit allemand atRrme notamment que l'on ne
peut accorder aucune confiance aux allégations de la Vie
relatives à la fuite de Mayeul devant les invasions sarrasines
qui dut avoir lieu avant la mort des parents de celui-ci, con-
trairement aux indications de Sjrus. Mais l'acte allégué'
comme prouvant dès 926 la présence de Mayeul en Maçonnais
est la notice d'un plaid tenu par Rodolphe de Haute-Bour-
gogne dans son royaume, et il est plus qu'hj'pothëtique d'iden-
titier le Ma joins cancellariu.'n^m la souscrit avec le futur abbé
de Cluny. Il est hypothétique aussi d'identifier avec le père de
celui-ci le ou les Foucher que l'on rencontre à cette époque
en Maçonnais. Cela l'est d'autant plus ({ue M. Schultze montre
lui-même qu'il existait dans ce pays une famille parente de
celle du saint', où se rencontrent également les noms de Fou-
cher et de Mayeul. Il semble donc, bien que Syrus ait parfois pré-
senté son héros sous un jour un peu légendaire, qu'il failleavec
M. Sackur'^ considérer la Vie comme un document historique
pouvant fournir des indications dignes de foi et sur la chrono-
logie duquel on peut même s'appuyer. Mais il est nécessaire,
à l'occasion de cette chronologie, de faire une observation :
on place communément la naissance do saint Mayeul vers *.)0(3.
Il ne paraît pas y avoir d'autre raison à cette opinion que la
grande importance attribuée à cette date de 906 dans l'histoire
des invasions sarrasines d'après un passage de la chronique
de la Novalaise, passage assez incertain. En réalité, la nais-
sance de Mayeul doit être un peu postérieure à 906. Nous
possédons en effet le contrat de mariage, l'acte de la consti-
tution de (loldUchun faite par Foucher, père du saint, daté
du 3 septembre 909 '*. Cela conduirait à placer la naissance
de Mayeul entre 910 et 915 environ, car il est impossible
de la placer d'autre part à une époque postérieure de })lusieurs
années à 910.
On utilise souvent aussi deux autres vies de saints, celle de
1. Charles de Clnnij, n" 2.")rj; Scihiltze, Neues Archiv., t. Xl\', p. .")50.
2. Klle est d'ailleurs mentioimée dans la Vie.
3. Sackkii, op. cit., p. 3.'i9.
'i. Chartes de Cluny, n" 105.
I,A ME l»K SAINT liii.Ml I.K 247
saint Uoiiiulo et celle de saint Bubon, (|ui C(jntienncnl, la se-
conde surtout, beaucoup de renseignements très intéressants
concernant les Sarrasins. Nous croyons au contraire qu'un bref
examen conduit à rejeter ces deux textes comme étant de
nulle valeur.
Saint Ronmle, d'après les calculs des Bollandistes', fut
évèque de Gènes de .'>25 environ à 340. Sa vie est naturelle-
ment très postérieure, ce qui importe peu. puisque nous ne la
consultons pas au sujet du saint lui-même ou de son époque.
L'auteur raconte que le corps du bienheureux avait été trans-
porté kMatiUiana, localité qui prit plus tard son nom et devint
San-Remo ; il explique comment, cette ville aj-ant été détruite
par les Sarrasins ^ révèque de Gènes, Sabbatinus, alla chercher
les reliques et les ramena en grande pompe dans sa ville
épiscopale^ Ces événements auraient eu lieu, d'après lui,
u modernis temporibus ». Or, Sabbatinus mourut vers 930, ce
qui daterait la vie du milieu du x'' siècle environ. Mais il y a
une difficulté que les Bollandistes ont déjà relevée. L'auteur,
désireux d'expliquer par quel enchaînement de circonstances
la ville de Matutiana a été détruite, a cru devoir introduire
dans son texte, d'ailleurs fort bref, un petit historique des
invasions arabes*: les païens, après avoir pénétré d'Afrique
en Espagne et tué le roi Rodrigue, entrent en Gaule. Là ils
sont arrêtés par les chrétiens, prennent la voie de mer, rava-
gent Arles et le pays environnant, puis s'établissent au Frainet.
De là ils dévastèrent l'Italie pendant deux cents ans.
La forme du récit et cette chronologie montrent que l'au-
teur est postérieur à la date à laquelle il prétend écrire,
puisqu'il conf(jnd les événements du viii" siècle et ceux du x*^.
Il est donc bien difficile d'attribuer à son texte une valeur
historique et la critique des Bollandistes a déjà fait justice
d'un document que l'on continue cependant à citer trop sou-
vent.
Quant à la Vie de saint Boboii\ le Beuves de Noyers de
certains historiens ^ il suffit d'analyser la partie du récit qui
1. Acla Sancl. BolL. oct., t. VI, p. 208.
2. Vila Sanrli Homuli, c. 11.
3. Ilrid.. c. 12.
4. Ibid., c. 9-11.
ri. Aoia Sancl. BoJL. mai. t. V. p. 185.
6. .\bbé Gru-LAiME, Hecherc/ws historiques sur les Hautes- Alpes, p. 126.
248 LA VIE DI<: SAINT BOBO^
concerne les Sarrasins pour voir qu'elle est du domaine do la
légende. Beuves se distingua dans sa jeunesse dans les luttes
contre les Sarrasins et le premier eut l'idée d'élever un fort
pour les arrêter. Les païens étaient retranchés dans la pres-
qu'île du Frainet, qu'un isthme étroit soigneusement fortifié
reliait seul à la terre, et là se trouvaient à ral)ri de toute at-
teinte. Mais leur roi un jour eut la malencontreuse idée de
séduire la femme du portier auquel était confiée la garde de
l'isthme. Le mari outragé, pour se venger, appela Beuves et
lui livra la porte. Les chrétiens pénétrèrent dans la place,
passèrent la garnison au fil de l'épée et contraignirent le roi
à recevoir le baptême. — Un tel document ne peut avoir
d'autre intérêt que de montrer que des légendes se formèrent,
peut-être de bonne heure, autour des faits de l'invasion*.
Les incursions des pirates sarrasins d'Espagne n'ont point
été chose rare dans la seconde moitié du ix* siècle, et les
annalistes mentionnent plusieurs descentes dos païens sur le
littoral méditerranéen de la Gaule. En 842 des Sarrasins re-
montent le Rhône jusque dans le voisinage d'Arles, pillant le
pays sur leur passage et parviennent à se retirer avec leur butin
sans être inquiétés". En 848, ce sont des corsaires grecs qui
les remplacent et qui pillent Marseille "\ En SHO, des Maures
remontent de nouveau le Rhône jusqu'à Arles en dévastant les
rives du tieuve ; mais ils sont cette fois moins heureux; lo
vent contraire les empêche de reprendre la mer et ils sont mis
à mort par les hal)itants ''. Dés une époque voisine de celle-ci
ils paraissent avoir pris l'habitude de s'établir dans la Camar-
gue', ({ui en 859 avait également servi de refuge aux pirates
normands''. L'archevêque d'Arles, Roland, avait entrepris de
furtilier l'ile pour les empêcher d'y débarquer à nouveau,
mais surpris par eux, ayant perdu une partie de son monde,
il tomba entre leurs mains. Les Sarrasins consentirent à le
1. I,a vie ne contient aiu'un fait précis et nous n'en avons pa.s de
ms. ancien. Il est donc difticile de la dater. D'après le style, elle i)arait
appartenir à la fin du \i^ siècle ou au début du xm'".
2. Ann. Berlin., a. 8'.2, p. 28.
3. l/iiiL, a. 8'.8, p. ;;(■).
'.. I/jid., a. S.'iO, )). :{().
5. Ihid., a. 86'.». p. 106 : « Cainaria ubi portum Saraccni haberc so-
« lebant. »
6. Cf. supra, j). 2'i.
KTABLISSEMEM IJKS SARHASINS Al FRAXIWETUM 2i9
relâcher moj^ennant une rançon en argent et en nature; mais,
avant le paiement, lo captif vint à mourir entre leurs mains
(19 septembre 869). Craignant d'être frustrés de leur bénéfice,
ils pressèrent la livraison de l'argent, des armes et des esclaves
qui leur avaient été promis, et mirent à la voile en rendant aux
Arlésicns le cadavre de leur arcliovéque, revêtu de ses habits
pontiticaux, assis sur un siège, de telle sorte que les chrétiens
pussent croire, jusqu'au dernier moment, à la réalité de la
restitution '.
Ces incursions, cependant, n'étaient en quelque sorte que
les préliminaires d'une invasion plus générale et de l'établis-
sement à demeure des Sarrasins dans le royaume de Provence.
Mais si cet événement est extrêmement célèbre, il est cepen-
dant Ijien difficile d'arriver à une détermination tant soit peu
précise des conditions dans lesquelles il se produisit.
Selon Liutprand% une vingtaine de Sarrasins venus d'Es-
pagne, surpris par une tempête ou un vent contraire, furent
jetés sur la côte de Provence en un lieu nommé Fraxinetiim.
Ils massacrèrent les habitants, se fortifièrent sur la montagne
voisine et appelèrent leurs compatriotes à leur secours.
Ceux-ci arrivèrent peu nombreux d'abord, puis reçurent des
renforts, et, favorisés par les divisions et les guerres entre les
seigneurs voisins, s'établirent dans ce Fraxinetimi comme dans
une forteresse inexpugnable.
11 n'v a pas de raison pour mettre en doute, quant au fond,
la vérité de ce récit, bien que certains détails aient pu être
exagérés et embellis, soit par l'auteur lui-même, soit par les
personnages auprès desquels il recueillit ses renseignements,
très vraisemblablement lorsque lui-même se trouvait dans
l'entourage de Hugues de Vienne, roi d'Italie, lequel eut sou-
vent à s'occuper des envahisseurs ■\ Les incursions sur ces
côtes étaient trop fréquentes pour qu'un coup de main de ce
genre n'ait pu avoir lieu''. Il semble bien aussi que les Sarrasins
débarqués durent être assez vite renforcés, sans quoi les for-
1. Ann. Berlin., a. 869, p. 106.
2. Lit'TPRAM), Antnpoilosis. 1. I. c. :!-'i.
3. D.KNDLIKEI! et MiELLEii, lAiilprand von Cremona, p. 101-102.
't. Ce que dit LirTr'Uwn (Antapodosia, 1. 1, c. 3) de.s me.sures prises
pour conserver intacte la forêt qui protégeait les Sarra.sins est fort ad-
missible, mais ne peut s'appliiiuer qu'à une époque où ceux-ci étaient
déjà solidement établis au Frdxinetum.
250 DATE DE L'ÉTABLISSEMENT
tifîcalions naturelles du lieu n'auraient pu suffire à les protéger.
La date de cet établissement est très incertaine. S'il est
exact, comme le dit Liutprand, que l'invasion ait commencé
par le débarquement sur un point de la côte d'une poignée de
musulmans, ce débarquement n'a pas par lui-même assez attiré
l'attention des annalistes pour qu'ils aient du le mentionner à
sa date'. S'il est vraisemblable que les premiers débarqués
durent être vite suivis de nouveaux arrivants, la question se
pose de fixer l'époque approximative de l'installation solide et
durable des Sarrasins au Fraxinetinn et du commencement des
ravages ({u'ils exercèrent dans les pays circonvoisins.
La date de 889, généralement admise ^ ne s'appuie que sur
un passage des actes du concile de Valence où sont mentionnés
« des Sarrasins qui ravagent la Provence et réduisent le pays
à l'état de désert ». 11 est absolument impossible de démontrer
que ces envahisseurs fussent alors établis dans les états de
Louis, plus que ne l'étaient les bandes de Normands dont les
mêmes actes rappellent les dévastations.
Cependant, nous savons que dans les dernières années du
IX'' siècle les dévastations des Sarrasins s'étaient étendues
assez avant dans l'intérieur des terres. Dès une époque anté-
rieure à 89G, la cité d'Apt avait reçu la visite des païens,
Sarrasins ou Normands et à cette date Louis de Provence
faisait don à l'église de cette ville, pour la dédommager des
pertes qu'elle avait alors subies, du lieu \\{ Monaster\olum\ 11
1. Ajoutons (|u'il faudrait que cette date fût antérieure à 882 ou ])0S-
térieure à 917, car, seuls parmi les annalistes francs, llincniar et Flo-
doard parlent des incursions des Sarrasins en Provence.
2. Pagi, CvU. à Banmiun, a. 921, n. m, admet, en raison de l'oj)po-
sition établie par les actes entre la situation des pays ([ui ont un sou-
verain et celle des états qui en sont privés, que l'établissement des
Sarrasins au Frainet, eut lieu entre lajnort de Charles le Gros (888)
et l'élection de Louis (890), c'est-à-dire en 889. Boi'CiiE, I/ist. dr Pro-
vence, t. I, p. 774, reprend cette opinion. Elle passe dans la plupart
des ouvrages généraux (Reinmjd, Invasions des Sarrasiîis, p. 158.
Di'EMMLER. Oslfr. /{l'ic/i, t. 111, p. 317, et en marge de son édition de
Liutpraml, etc.). iXins les ouvrages destinés à renseignement, elle est
donnée comme une date aussi sûre que celle de la mort de Gliarle-
magne ou du couronnement de Charles le Chauve. Mn réalité, tout ce
que nous pouvons dire avec (juelque certitude, c'est ([ue l'établissement
est de la fin du w" siècle ou des premières années du \« siècle.
Mais les Sarrasins du concile de Valence peuvcMit être une de ces
bandes (pii occupaient fré(iueminent la (Camargue.
3. l!iii:iiMi:itMiii.iii.ii. n" ri.")0; I/isl. de A'y., t. IX, p. 670: « [llcclesial
l'RLlMIÈKKS I.NCIIISIONS loi
faut sans doute rapprocher de cette mention celle d'une charte
de Rostaing, archevêque d'Arles, en faveur du monastère de
Saint-Césairo des Aliscamps, d'après laquelle, à la date (h;
897, une partie des domaines de l'abbaye avaient été déjà
désertée par leurs habitants'. Néanmoins, il est impossible
de rattacher le débarquement, ou plutôt les débarquements
successifs au Fraiinclntn, à ces incursions pour lesquelles
nous possédons des numlions datées".
variis ca.sibus quam etiam nequam Christianonim aniiiiiilata. « — Nous
n'avons pu ielentiticr ce lieu dit Monaslcviolum.
t. Publiée par M. Jacquemin, Heviie des Sociélra savantes, IV"^ série,
t. \'II (I8(i8, !«■• semestre), p. 203 : « Oppressione tamen paganoruni
« sevieute. ipsius loci unde Deo sacrate sustentabantur. déserte facte
« sunt sicut et inulte alie ».
2. Aldi:i5\uu {Vila Saïu-li Maioli, 1. 1. c. 3 ; Acla Sand. lioll.. mai. II,
p. 668) rattaclie aux invasions qui précédèrent la naissance de saint
.Mayeul, la dévastation par les Sarrasins de Tile de Saint-Honorat de
Lérins. Le récit a été admis, a;i moins quant au fond, par Sacwr, hic
(lluniacenscr in ilirer... Wirkscunkcil. t. II, p. 339), qui a cru qu'Au-
debaud venait peut-être même de Lérins. Le fait même de la destruc-
tion de Lérins au W" siècle par les Sarrasins est possible. L'abbaye
était florissante sous Charlemajine. Une lettre d'Alcuin (éd. Di'em.mleh,
Mun. Genn.,\n-k. Epistolar,t. IV, p. 363, n° 2 19) est adressée aux moines
de Lérins, et Bernier, frère de Wala, y passa une partie de son exis-
tence {ibid., p. 220, n" 364). Plus tard, elle fut enrichie par les libé-
ralités d'un certain com1e Leibulf (Car/u/. de Lérins, n° cc.XLix), un
des fidèles de Louis le Pieux (Sickel, Acta KaroL, I, 355 ; Bœhmeh-
Mi'EiiLB., n» 769). Puis la série des chartes s'interrompt dans le cartu-
laire jusqu'à rannée 990 (Cartul. de Lérins, n" ccxxn). L'n acte de
1037, considéré comme authentique par les éditeurs de la Nouvelle
Jlist. de Languedoc (t. II, p. n. n" 76), parle expressément des dévas-
tations des Sarrasins, qui ain^aient saccagé le monastère à une date
postérieure à 828. Mais si la charte de Leibulf de 828, rapportée dans
l'acte de 1037, ne parait pas de nature à éveiller les soupçons, le récit
détaillé de sa découverte à Tortose en Espagne est plus suspect. 11 est
également question de la destruction du monastère par les Sarrasins
dans plusieurs actes faux (.Jafi'É, n" 7352, cf. P. Meveiî, dans Romania,
t. \ , p. 250). En outre, Audebaud rattache à ces faits le récit du martyre
de saint Porcaire avec cinq cents moines ses compagnons, mis à mort
par les païens. Ce massacre est, au contraire, attribué au vm^ siècle
par un récit anonyme (.4 t7a .'><'/»r^ Z/o//., août, t. II, p. 737), d'apparence
l)lus légendaire encore que le texte d'Audebaud. La Vie de saint Honorât
en accuse les Vandales de Genseric (P. Meveii, La vie latine de snint
Honorât et Raimond Feraut, dans Romania, t. VIII, p, 505), mais place
le fait sous les successions de Cliarlemagne, ce qui n'a rien que de na-
turel dans un texte où ce dernier prince est présenté counne le con-
temporain de saint Honorât. \.e Gallia Christiana adopte (III, col. 193)
Il date donnée par le Marli/rinni anonyme, tandis que l'abbé PiEit-
nviiVES (La fin de Lérins, i'aris, 1883, in-8) s'efforce de prouver qu'il
n'y a eu qu'un seul Porcarius, contempoi'ain de saint Césaire d'Arles,
et' mis à mortjjar les \'andales. M. Mcver considère la légende (loc.ril..
2:j2 SITL'ATION du FRAXIXETLM
La situation exacte de ce Fra.ruietum, devenu si célèbre,
est également incertaine. Ce nom a, comme l'on sait, donné
en français des formes très diverses; il est trop répandu pour
permettre à lui seul une identification. Les indications fournies
par les textes sur la situation de la forteresse sarrasine sont
très vagues. C'est « un lieu sur le rivage de la mer, du C()té
d'Arles' », une « bourgade sur les confins de l'Italie et de la
Provence" », « une vallée^ », « un château* ». Cette dernière
idée semble avoir été adoptée par les érudits modernes^, en
général d'accord" pour identifier le Fraxinctum, forteresse des
Sarrasins, avec la localité actuellement appelée Garde-Freinet '
dont le nom conserve le souvenir du mot Fraxinctum. Mais
d'une part il semble bien, d'après les textes de Liutprand* et
p. 507) comme « tout à fait apocryphe «, mais il ne paraît pas avoir
fait intervenir dans la discussion le texte d'Audobaud. Uuoi(iu'il en soit
de la mort de saint Porcarius, la manière dont Audebaud en parle in-
dique que c'est un événement déjà légendaire de son temps. 11 est
cependant possible, et même vraisemblable, que le monastère ait eu à
subir de grands mallieurs dans le cours du ix"^ siècle. On s'expliquerait
alors qu'.\udebaudait cru pouvoir rattacher à cet événement déjà ancien
peut-être de son temps de ])lus d'un siècle, l'histoire légendaire de
saint Porcaire.
En somme, nous croyons (|u"il y a lieu de laisser de c»")té ce dernier
élément et. d'admettre une destruction de l'abbaye de Saint- Honorât
par les Sarrasins dans le cours du ix'' siècle, destruction attestée :
1" pai' Audebaud ; 2" par les mentions traditionnelles d'un assez grand
nombre de chai'ies fausses du Cartulaire de Lérins, mentions (|ni peu-
vent correspondre à une réalité historique. Ajoutons (jue du début du
ch. .5 de la Vila S. Maioli, texte remanié, donné par les BoUandistes,
connue du caractère de tout le récit d'Audebaud, on peut conclure que
cette destruction a eu lieu un assez grand nombre d'années avant la
naissance de saint Mayeul, c'est-à-dire avant les premières années du
x« siècle.
1. Chroii. Nova lie. 1. \\\ c. 22.
2. J.M'TPlî \M), Aniapodosis. 1. 1. c. i.
;;. Kkkeiiarl), (Jasus S. Galli, Mon. Gcnn., S.S., 1. 11, p. 110.
'». Skieuert de Gembeoux, Chronir/i(e, éd. Hetii.man.n, Mon. Germ.,
SS., t. VI, p. .'{43. Sigebert se borne du reste à interpréter le texte
de Liutprand.
5. Les éditeurs dos Mon. //isl. Pal., C/iarlar. t. I, col. 1 i2, notes, font
exception : ils placent, d'après MriuTdiu, Sci-ipl., ver. IhiL. t. X,
col. cvi, la forteresse sarrasine au cap Saint-Hospice, près du cap Fer-
rat, non loin de Nice. La topographie de c(^ lieu i-épond bien, il est
vrai, aux indications de la Vita S. Bnhonix, mais nous avons vu qu'il
ne fallait accorder aucune valeur à ce document.
f). LuNdMtN, Allas hist., texte, p. 180. DrEMNU.Eit, (htfr. lii'ich.
t. 111. p. :n7. Ueinm'u, op. cil., p. 161.
7. La (iarde-I''reinet, Var, arr. Draguignan, cant. Grimaud.
8. Antapodosis, 1, I, c. 1-3 . « Mari uno ex latere cingitur. » — 1. 1.
SITUATION Dr FHAXISETl'.)[ 253
du clironiqueur do la Novalaise', que la priucipale forteresse
des musulmans ait été située sur le rivage de la mer. Au
contraire, la' Garde-Freinet se trouve à une certaine dis-
tance dans les terres'. D'autre part, les textes des chartes
ducartulaire de Saint-Victor de Marseille montrent nettement
que le mot Fraxineturu, jus(|u'au début du xi'' siècle, désignait
non un bourg déterminé, mais un territoire, un agt'r du comté
de Fréjus''. Malheureusement ces actes sont seuls à donner
des indications précises sur le Vraxinetum et ces indications
sont peu abondantes. Cependant elles suffisent à montrer que
la portion du comté de Fréjus désignée sous ce nom s'étendait,
dans les environs du château de Grimaud*, sur Cogolin ', La
Moure**, Notre-Dame de Milamas', prés de la Garde-Freinet
et comprenait en même temps le territoire de Saint-Tropez*.
C'est donc bien du côté de la Garde-Freinet qu'il faut chercher
le centre des établissements sarrasins, mais il ne semble
pas du tout prouvé que ce centre ait été à la Garde-Freinet
môme^
c. 3 : « lintre parvula... istuc delati sunt. . . « Cf. 1. V, c. 9, récit
(le la double attaque, par terre et par mer.
1. Clwn. IVuvaliciense, 1. V, c. 22, p. 50 : « Estautem locus ipsesitus
« super ora mari.s. » Le texte arabe emprunté par.\MARi (Bibl. Araho-
Sicula, col. 80, 1, p. 7) au traité de géographie dit 'Al' Islhari semble
bien être dans le même sens, mais manque de précision, comme beau-
coup de textes orientaux.
2. BorcHE, Hist. de Provence, t. I, p. 803, supposait que les Sarrasins
(ce seraient plutôt les chrétiens) avaient transporté ce nom à tous les
lieux fortitiés qui leur servaient de refuge, en souvenir de celui où ils
avaient pour la première fois débarqué. Reinai'I), lavasioiia des
Sarrasins, p. 160. reprend cette opinion, peu vraisemblable du reste.
3. Carlul. de Saint-Victor de Marseille, n"* 18 et 110 : « in comitatu
« Forojuliense, id est in Fraxineto. . . » ; n"** 595, 596, 1055 : « in comi-
« tatu Forojuliensi in territorio Fraxineto » ; n" 1058.' « in ea parte co -
« mitatus Forojuliensis quae vocatur Fraxinetum. » Le nom de Fraxi-
nelum ne figure pas dans le cartulaire de la plus importante des
abbayes de cette région, celle de Saint -Honorât de Lérins.
4. 'Cartul. de Saint-Victor, iv>^ 551, 589, 590, 1085. Grimaud, \ar,
arrondissement Draguignan, chef-lieu de canton.
5. Cartid. de Saint-Victor, n" 591. Cogolin, canton Grimaud.
6. Carlul. de Saint-Victor, w"" 18, 110,111, 551. La Moure, commune
Garde-F'reinet.
7. Carlul. de Sainl-Viclor, n"^ 551, 592. Notre-Dame de Milamas,
commune Garde-Freinet.
8. Carlul. de Saint-Victor, iv" 595, 596. Saint-Tropez, Var, arr.
Draguignan, ch.-l. de canton.
9. Heinal'd, loc. cit., parle de « vestiges de travaux importants »
existant à la Garde-Freinet. Mais il peut y avoir eu là un fort destiné
il arrêter les incursions des pirates musulmans, lesquelles, comme l'on
254 SITUATION DU FRAXINETUM
Écartant les détails relatifs à une presqu'île qui se trouvent
dans la ^'ie de saint Bubon, et qui sont du domaine de la
légende', il ne parait pas que les renseignements fournis par
la chronique de la Novalaisc et p'ar Liutprand suffisent à per-
mettre une identification. Ces textes, sans être absolument
contraires à l'hypothèse d'un canton assez étendu, montagneux,
et boisé, occupé par les envahisseurs, semblent cependant indi-
quer qu'il y avait une sorte de forteresse, de lieu de refuge
auquel ces auteurs restreignent arbitrairement le sens du mot
Fraxinetum et qu'ils désignent sous le nom de castrnm-, de
villa^, à' oppidum*. La principale défense du lieu, d'après eux,
consistait en bois épais, en difficultés d'accès naturelles plutôt
qu'en murailles ou en palissades.
Les Sarrasins se seraient, dès leur arrivée, retranchés sur
cotte montagne naturellement fortifiée", où ils habitaient des
« demeures souterraines" ». Cette description que fait Liut-
prand et qui concorde avec celle de la Chronique de la Nova-
laisc est assez précise ; Liutprand doit parler d'après des rela-
tions de témoins oculaires. Il rappelle à son ami Recemund,
évoque d'Elvire, une chose que celui-ci doit, dit-il, bien
connaître par les récits des sujets du roi Abderrhaman, avec
lesquels sont en rapports fréquents les Sarrasins du Frainet'.
Nous ignorons d'ailleurs la situation exacte de ce Maurus
mom et du lieu de refuge des pirates arabes ^ Tout ce que
sait, durèrent jusqu'à l'époque moderne, aussi bien que des travaux
exécutés par ceux-ci.
1. Cf. supra, p. 248-249.
2. Chron. Noval., 1. V, c. 18, 171, « in Castro Frascenedelio ». Rfa-
naijI), op. cit., p. 181-2, fait de ce castruin un lieu distinct du Fraxiiiet
proprement dit, sans trop justifier son opinion.
3. ]/)id., 1. V, c. 1, p. 6:{ : a Sarraceni ex I^^rasceneto villa. »
4. LiUïPRA.ND, Antapodosis, 1. I, c. 1 : « Opidum vocabulo l'raxine-
tum. »
5. LUJTI'P. \M), l(ir. cil.
6. Chron. Noval., 1. V, c. 22.
7. Antapodosis, 1. 1, c. 2.
8. 11 aurait été, selon la (Jhro)i. de Novalaisc, « prope Arelatem ».
Le FraxinclKtn e.st plus voisin d'.\rles que des Hautes-Alpes, il est vrai,
mais le chroniqueur, en fait de topographie, ne connaît bien que les
vallées qui avuisinent son monastère et son indication sur le point
qui nous occujje ne nous apprend rien. Quant à celle de IJutprand,
(|ue le Maurus mous était « in Italicorinn i'rovincialiunique conlinio »,
étant donnée la pauvreté de nos rcMiseiiiiiements sur la limite nord de
l'Italie à cette épo(|ue, elle pei'inet plulot de déterminer approximative-
siTiATioN i»r rnAXiM-JTi.^î 25:.
nous pouvons dire, c'est qu'il était près de la nier, dans le
Fraxinctum torrilorium, sans doute à l'extrémité de l'une des
ramifications do la chaîne des Maures. Au pied de cette mon-
tagne, difficile d'accès et plus ou moins fortifiée, devait se
trouver un port ou une anse, susceptible d'abriter les barques
des Sarrasins, qui mettaient ceux-ci on communications avec
leurs frères d'Espagne' et qui furent brûlées en 942 grâce aux
navires et au feu grégeois fournis au roi Hugues par son allié,
Romain Lécapène'. Il est d'ailleurs bien évident (pio s'il v
avait là une place d'armes des envahisseurs, nous n'avons
nulle raison d'admettre qu'ils n'aient pas pu avoir des postes,
des établissements temporaires ou durables dans toute la
région environnante. Un de leurs géographes affirme (jue le
pays occupé par eux autour do la montagne était « fertile, bien
arrosé et long de deux journées ■' ». L'archéologie, pour ces
postes hypothétiques, comme pour le castt'um principal lui-
même, ne peut être encore d'un grand secours. Les ■■ murs
sarrasins », « tours sarrasines » sont, ou plutôt ont été,
comme aussi les noms de lieu où l'on croyait retrouver une
trace de l'invasion ', un argument cher aux érudits locaux qui
étudiaient la question ; mais ces dénominations qui, au moyen
âge, désignaient comme l'on sait les monuments païens de
l'antiquité classique, s'appliquent fort bien au xix'' siècle à
ment un point de cette limite d'après la situation du Fraxinelum tcrri-
toriiim que la situation du Maurus mons, d'après celle de la frontière.
1. I^rTPRANU, Antapoilosis, 1. I, c. 2-3.
2. I/jîd., 1. Y, c. y.
;{. Wl'hlhari. 1. 2, dans Am\iu, Bihliolh. arahn-sicula, t. I, p. 7.
Pour ridentification du « Gabal-al-Qualal », cf. ibid., n. 3. 11 ne faut
pas d'ailleurs accorder trop de confiance à ces renseignements puis-
qu'au rapport d'Amari, la carte jointe au texte arabe fait du Gabal-a!-
Oualal une île.
4. Passe encore pour les monts « des Maures », bien (jue le nom de
Maitrus mons, qui se rencontre déjà dans Liutprand. n'ait peut-être pas
été sans Influence. Mais on a été loin dans ce sens. Cf. Homan, Inva-
sions sarrasines, dans le UulU't. de la Soc. d'Etudes des I/aules-Alpes,
t. 1, p. 258. On a trop souvent suivi l'exemple de Bouche, qui jjréten-
dait rattacher aux souvenirs de l'occupation sarrasine jusqu'au nom de
-Maurienne, sans songer que ce nom remonte au moins à l'épotiue mé-
rovingienne, ainsi que le remarque justement M. Hev (La nionlat/ne
du Grand-Sainl-Beriiard sous la doiniiialion sarrasiiie. dans les Mèm.
de la Société des Aiitiq. de France, t. .Wlll, p. 21). Cela n'empêche
pas, du reste, ce dernier érudit de chercher dans les noms comme
Port-Sarrasîn ou même Fresnay, la preuve d'un séjour fait au x'' siècle
par les envahisseurs. Il en est de môme dans le mémoire de .M. \U:\v-
i.iEi:, l)ii séjour des S/irrasius en Savoie (ihid., p. 2;i0 et suivj.
256 CONDITIOiNS DR LA LUTTE CONTRE LES SARRASINS
(les tours romanes*. Il est donc plus sur de rester à cet égard
dans une prudente réserve jusqu'à ce que l'étude des « vestiges
du x" siècle » ou prétendus tels ait été sérieusement faite.
Nous connaissons également mal les conditions de cet éta-
blissement. Si pour les Normands de la Loire et de la Seine
nous pouvons nous faire une idée de la manière de combattre
des païens et des raisons qui assurèrent leur victoire sur les
sujets de Charles le Chauve, il n'en est pas de môme des Sar-
rasins du Fra.nnetujn. Nous n'avons à cet égard que peu ou
point de renseignements, et ceux que nous possédons sont bien
vagues.
Selon Liutprand ", les premiers succès des nuisulmans
auraient été dus aux guerres civiles (jui agitaient alors la Pro-
vence et dans lesquelles les deux partis auraient fait appel aux
envahisseurs. Nous n'avons aucun moj-en de vérifier cette
assertion : rien dans les textes ne semble faire allusion à des
discordes intestines qui auraient, à une époque quelconque,
troublé le royaume du tils de Boson^. Le renseignement fourni
})ar Liutprand s'applique à une époque pour laquelle celui-ci
n'était pas témoin oculaire et a recueilli trop souvent des tra-
ditions sans valeur. Nous ne pouvons que nous borner à men-
tionner ce texte sans avoir de raison suffisante pour l'admettre ou
})our le rejeter. Le fait n'a d'ailleurs rien que de très possible.
Les agresseurs semblent en outre avoir eu cette supériorité
sur leurs adversaires que, la mer étant à eux, ils pouvaient
tirer librement des renforts de leur pays d'origine, la pénin-
sule hispanique. Pas plus, en effet, que leurs voisins, les
Carolingiens français, les rois de Provence ne paraissent
avoir eu de flotte de guerre; lorsqu'en 942 Hugues d'Arles,
roi d'Italie, faisant un grand eflTort, so décida à attaquer le
Frainet par terre et par mer, il dut, pour se procurer des
vaisseaux, s'adresser au basileus d'Orient, Romain Lécapène'.
Los Arabes d'Espagne au contraire avaient, dès le milieu du
1. Roman, Mt'i/i. cit.. \). 257.
2. Anlapodosis. 1. I, c. 4.
.'{. A l'exception d'une piirasc des actes du concile de Valence qui
ne parait, j)as avoir une signification plus étendue que celle de « mau-
« vais chrétiens «'que l'on trouve dans les actes de iMantaille à une
épocpie ou il est à peu près certain qu'il n'y avait pas eu de guei're
civile. — DiiKMMLEit, Dr Arnu/fo, p. 57, a t'ait ce rapprochement, mais
en a conclu à la réalité des dissensions mentionnées par Liutprand.
4. Anlapodosis. I. \', c. 9.
CONDITIONS DE LA LUTTE CONTRE LES SARRASINS 257
ix" siècle, une véritable llolte que nous avons vu en 859 infliger
plusieurs défaites aux pirates normands'. Sur terre, Ekkehard
parle d'une grande aptitude des Sarrasins aux escarmouches
dans les montagnes et, l)ien que certains de ses récits relatifs
aux invasions soient suspects, ce détail peut être exact, les
Sarrasins s'étant avancés jusqu'à Saint-Gall'.
Il ne semble pas d'ailleurs que jusqu'au moment de la cap-
tivité de saint Mayeul l'on se soit beaucoup occupé de résister
aux Maures. Aucun texte narratif ne signale de bataille livrée
contre eux, comme si les chrétiens, frappés de terreur,
n'avaient pas eu le courage de se défendre''. L'on peut cons-
tater par les chartes et par divers textes, à Vienne, à Avignon,
à Arles, la présence de comtes provençaux et d'évêques ; il en
est de même dans le nord de l'Italie, dans le marquisat
d'Ivrée; mais si les choses semblent suivre leur cours normal
dans ces deux pays, la région intermédiaire, celle de la fron-
tière italo-provençale semble absolument abandonnée à la
fureur des envahisseurs par ses habitants épouvantés^. Aucun
texte non plus ne parait impliquer une véritable prise de pos-
session par les Arabes d'une grande étendue de pays. Ils dévas-
tèrent de vastes territoires, les rendant inhabitables aux
chrétiens, mais ne se fixent nulle part de manière à rem-
placer ceux-ci. Chartes et chroniques parlent des ravages
exercés, du pays réduit en désert; aucun passage ne permet
1. Cf. supra, p. 23, n. 4.
2. CasusS. Gain, Mon. Germ.. SS..t. II, p. 137 : « Sarracenos (|Uorum
« naturaest in montibus niultum valere.» KœPKEet DrE.viMLER, Ollodcr
Gro'ise. p. 114, admettent le fait. Les Sarrasins à l'origine n'étaient pas
bien nombreux même si l'on grossit quelque peu le nombre des premiers
débarcjués. fixé à vingt par Liutprand. Mais ils se recrutent toujours par
mer et reçoivent d'Espagne des renforts importants. Ils continuent à
être en relations avec Abderrhaman. khalife de Cordoue, et lui payent
tribut (Aiitapodosis. 1. I, c. 2). Ces relations étaient même assez notoires
dans les pays chrétiens pour qu'en 956 Otton le Grand demandât au
khalife l'évacuation du Frainet, sans succès bien entendu.
3. Le seul Ekkehard (Ca.sv/.s- .S. Galli. /oc. c?7.). parle d'une bande
isolée surjjrise durant son sommeil par l'abbé de Saint-Gall à la tète
d'une troupe de paysans armés de haches et de faux. Une partie
fut exterminée; le reste s'enfuit ou tomba entre les mains de l'abbé.
Celui-ci ne put, du reste, conserver ses prisoimiers ([ui se laissèrent
volontairement mourir de faim.
4. LH;Tr'RAND, AnUip., 1. II, c 4: « Trepidare jam vicinae ceterae
« gentes «, indique cette frayeur des chrétiens, malhourousementavcc
des citations de l'Écriture au lieu de renseignements prét'is.
PoupARiiiN. Roym/mc de Provence. 11
258 CAnACTKI^K DR i;iNV.\SION
de supposer une occupation durable par les infidèles des
régions ainsi dévastées, en dehors du Fra.jinetum\
Les ravages semblent avoir été terribles, pires peut-être
que ceux dont le nord de la France avait eu un peu plus tôt
à souffrir de la part des Danois. Les rares textes qui nous
sont parvenus sont unanimes à décrire « l'excès de ces misères
dont le récit suffirait à former un volume" » ; à dépeindre « le
pays transformé en solitude et des lieux jadis fertiles réduits
à l'état de déserts'' », ce pays « où les Maures exterminent
tout sans rien laisser' » dans leur « cruelle persécution' »,
que l'on affecte parfois, à la fin du x" siècle, de considérer
comme le fouet de la colère divine''. Nous savons du reste que
dès la fin du ix" siècle une messe spéciale était dite dans
l'église d'Arles, « pour la persécution des païens' ».
Ce qui est peut-être non moins significatif que les textes que
nous possédons, c'est l'absence même de textes. La série des
chartes s'interrompt dans les cartulaires de Saint-Victor de
Marseille et de Saint-Honorat de Lérins. Les listes d'évèques
de la province d'Embrun, de la portion orientale de la province
d'Arles présentent toutes une interruption dans la série chro-
nologique des prélats pour la période qui correspond ;ï celle
des invasions.
Cette invasion et les ravages exercés par les Sarrasins
s'étendirent très loin au delà du FraxinetiDii territonum. La
Chronique de la Novalaise** énumère assez vaguement comme
1. A la lin du X'' siècle, une cliai'te du (jirliil. de Saint-Viclor. n» 77,
parle de la terre du comté de Toulon qui, après rexpulsioii des Sarra-
sins, commença « vestiri et a cultoribus coli ».
2. EKKEiivno, Casus S.Galli. Mon. (rerm., SS., t. Il, p. i;J8. L'auteur
appartenait cependant aune région (pii eut relativement peu à souffrir
des invasions sarrasines et où celles-ci ne furent que temporaires.
',i. Svius, Vita S. Maidli, c. 3. Aclà Sanct. BolL, mai. t. 11, p. (J68).
4. LriTPHAM), Anlopoilosifi. 1. I, c. ',i.
5. Charte du comte Hugues pour l'église de Saint- FMerre de \'ienne,
Hisl. de Fr., t. IX, p. fi8'.».
6. C'est l'idée exprimée dans le très long et très prétentieux préam-
bule d'une charte de Pons, évèque de Marseille, en faveur du monas-
tère de Saint-Victor dans cette ville {(larlul. de Saint-Victor, u" 15).
7. KUe se trouve en tête d'un Sacramentaire d'.\rles, contemporain
de Louis l'Aveugle, pour lequel il contient des prières, auj. Hibl. Nat.
ms. latin 2812. Cf. L. Delisi.e, Méin. sur d'awiens snrrame/itaires. p.
15I-ir)2. Louis ne porte dans ces prières ([ue le titre de roi, ce qui con-
duirait à dater ce recueil des dix dernières années du ix« siècle.
K. L. II, c. 2!!, p. r.,S et 1. V, c. 2o, }». 51».
LES SARRASINS DANS LE COMTK !)[•: FIIÉJUS 2ii9
dévastées par eux la Provence arlésienne, la Bourgojçne, la
région de Cimiez et « toute la Gaule cisalpine », ainsi qu'une
partie de Tltalie. Plus complète et plus intéressante serait
l'énuuiération donnée par la Vie de saint Romule, mais il est
bien difficile d'accorder quelque valeur à ce texte du xi^ siècle.
Heureusement, quelques textes narratifs ou diplomatiques
permettent de relever les traces du passage des Sarrasins
sur un certain nombre de points mieux déterminés, tant du
côté d'Arles et de Vienne que de celui des Alpes et de l'Italie.
Ce fut sur le comté de Fréjus que durent tomber les pre-
miers coups des Sarrasins sortis du Frainet et l'on possède
des témoignages de dévastations pour la cité même de Fréjus '
pour le pays de la Cadière", pour le monastère de Saint- Jean
d'Esparnon'', peut-être pour l'église de Saint-Zacharie\ Mais
toutes ces mentions appartiennent à l'époque à laquelle les
chrétiens étaient rentrés en possession du pays. Elles permet-
tent de signaler la présence des envahisseurs, mais sans fournir
de date ou d'indication de nature à permettre la détermi-
nation de celle-ci.
A l'ouest du comté de Fréjus les Sarrasins arrivent égale-
ment dans le premier quart du x" siècle. A une date indéter-
minée, un peu antérieure à 925, l'archievôque d'Aix^ Odalric,
1. Charte de Tévêque Riculf de 975 ou 990 {Gall. Christ., t. I,
instr. col., 82; cf. Papon, Hist. de Provence, t. II, p. 146).
2. Charte de la fin du x« siècle. Cavlul. de Saint- Viclor, n" 77. —
La Cadière, Var, arrondissement Toulon, canton Beaus.set.
3. Cartul. de Saint-Victor, n° 269. Esparnon de Palières, Var, arron-
dissement Brignolles, canton Bayols.
4. Cartul. de Saint-Victor, n" 101. Saint-Zacharie, Var, arrondisse-
ment Brignolles, canton Saint-Maximin. Nous avons déjà parlé de la
destruction de Lérins.
5. On a beaucoup discuté pour savoir si cet Oda/ricns Aqiœn.^is
mentionné par Flodoard était bien archevêque d'Aix et s'il ne fallait
pas plutôt y voir un évèque de Dax en Gascogne. Cette dernière opi-
nion, soutenue par Pa(;i. Critique à Baroniu.f, a. 929, n. m, adoptée par
Dom Bouquet, par Dom Vaissète, ne s'appuie que sur le fait d'une expé-
dition des Sarrasins au Nord des Pyrénées, qui, d'après un fragment de
charte, aurait eu lieu sub era DCCCCLVIII. c'est-à-dire en 920 (ce qui
pour les dates concorderait assez bien) et se serait avancée jusqu'à Tou-
louse, c'est-à-dire du côté de la chaîne opposé à celui de Dax. Mais ii n'est
pas certain que cette expédition se soit portée du côté de la Cascogne
et ait pu forcer certains évoques de ce dernier pays à abandonner jeur
siège. D'autre part, la souscription d'un évè(iue Odalric au bas d'une
charte arlésienne (Aliunès, Gallia Christ, novis.. p. 42, n. 3) semble
bien en faveur de l'opinion qui voit dans l'Odalric de Reims un évèque
d'Aix en Provence. Les détails donnés jjar BoT-ciir;, llist. de Provence.
260 LES SARRASINS DANS LK PAYS D'AULES ET DE MARSEILLE
avait été chassé de son siège par la crainte qu'inspiraient
les envahisseurs. Il fut alors obligé de chercher un refuge
dans le nord de la Gaule, où il remplit à Reims les fonc-
tions de métropolitain pendant la « minorité » do l'arche-
vêque Hugues, un enfant de cinq ans, fils du célèbre comte
Herbert de Vermandois '. Il faut sans doute rapprocher de ces
incursions celles qui, vers la même époque, dévastèrent les
biens appartenant à la mense canoniale de l'église de Mar-
seille et forcèrent même les chanoines à abandonner leur
résidence". Ils reçurent de Tarchevêque d'Arles, Manassès,
comme compensation à ces maux et comme lieu de refuge
l'abbaye de Saint-Gervais-de-Fos dans la Camargue ^ On
peut en conclure qu'à l'époque de cette donation, c'est-à-dire
en 923, les pays situés à l'ouest du diocèse de Marseille
n'étaient point encore habituellement dévastés par les bandes
sarrasines. Celles-ci, un peu plus tard, probablement dans le
second quart du x" siècle^ paraissent être entrées à Marseille
et y avoir détruit le célèbre monastère de Saint-Victor, que
l'évêque Honorât devait plus tard relever de ses ruines'. A
une date voisine de celle-ci elles infestaient tellement le pays
d'Avignon, où se trouvaient les domaines de Foucher de Valen-
t. I, p. 706, et d'après lui par Reinaud, op. cit., p. 166, sur l'invasion
des Sarrasins à Aix et les cruautés commises par eux dans cette ville
sont empruntés au texte apocryphe connu sous le nom de légende de
saint Badilon.
1. FLonoAUi), llisl. Hem. EccL. 1. IV, c. 22, Mon. Germ.. SS.. t. XIII,
p. 579. Cf. Lh'I'ERT. Kiinig Rudolf, p. 65.
2. Charte de Manassé d'Arles du II) juin 923, darlid. de Sainl- \ irlor.
n° 1.
3. Fos ou Foz, Bouches-du-Rliône, arr. Aix, cant. Istres, à l'ouest de
l'étang de Berre.
4. En 923, ce sont seulement les « courses continuelles » des Sarra-
sins qui troublent la sécurité des chanoines. Les expressions dont se
sertie rédacteur de l'acte ne permettent guère de ci'oire (jue la ville
ait été dévastée au moment où il écrivait. D'autre part, l'évêciue do
Marseille Honorât, qui rebâtit le monastère de Saint-Victor, est men-
tionné depuis rannée 948.
5. (iall. Christ., t. I, col. 6'i;!. Le fait de la destruction admis .sans
liésitation ])ar les auteui-s du (idllia. et naturellement par RKiwn).
Invasions des Sarr(/sins. p, 166. n'est cependant pas absolument à
l'abri de toute contestation. 11 semble bien sup])o.sé par h; terme de
rc/iedi/icare qu'emploie l'une des chartes du Carlnl. de Sninl-Virtor
(n" 100), mais les auti'es termes de cette charte peuvent s'appliquer à
la ruine au sens tiguré, à l'anéantissement des ressources du monastère
])ar suite de la dévastation de ses domaines, aussi bien qu'à une des-
truction ell'ective.
LES SARRASINS DANS LE VALENTINOIS ET 1-E VIENNOIS 201
sole, père de saint Mayeul, que ce dernier, à la mort de ses
parents, dut abandonner son pays natal et se réfugier dans
des régions moins troublées, à Màcon et à Lyon \
En ce qui concerne le Dauphiné, selon un texte postérieur,
au moment où Tévèque Rémégaire monta sur le siège de
Valence, les incursions des Sarrasins dans ce diocèse avaient
forcé la population à chercher un abri dans la ville épiscopale
où les réfugiés campaient autour do l'église ^ Un peu plus
tard des ravages sont mentionnés dans le Viennois, ou du
moins dans une partie des domaines de l'église de ^''ienne■^
Mais ni les diplômes de Louis l'Aveugle, ni les chartes des
cartulaires de Vienne ou de Saint-Barnard de Romans ne per-
mettent de croire que le séjour des Sarrasins dans le pays ait
été de quelque durée. Il ne semble même pas que les razzias
des païens y aient eu la fréquence et l'importance de celles qui
avaient lieu dans la région des Alpes à peu près à la même
époque". Est-ce même de Sarrasins qu'il s'agit dans les textes
que nous venons de citer? Les Miracles de saint Apollinaire
1. Sviu's, Viln S. Mnioli, c. 6; M.-\I5ILL(ix, Acld Sancl. Ben , p. 788.
On peut peut être donner une date approximative. Mayeul dut naître
vers 910 ou 912. Or, selon son biograplie, ilciuittason pays natal « de-
cursa pueritia, cum jam sibi vindicaret adulescentia ». Cela mettrait
le fait entre les années 925 et 930 à peu près.
2. Miracula Sanrti Apollinnn's, éd. Chevalier, p. 38. Mais quelle
date convient-il de donner à ce fait? Les Miracula donnent la date de
DCCCCXl. Cependant, Rémégaire souscrit la charte de rétablissement
du monastère de Saint-Barnard de Romans, auquel est préposé l'abbé
David {CarUil. de Sainl-Ba'rnard, n" oO bix). Or, cette charte, émanant
d'Ale.xandre. archevêque de Vienne, est nécessairement postérieure
à la date du 30 avril 907, date de la mort de Rainfroi, prédécesseur
d'Alexandre. Elle est d'autre part antérieure à une charte du Car-
tul. de Saint-Barnard (n" 68) où David paraît comme étant déjà
en fonctions et qui est du mois de novembre 908 (et non 909 comme
le dit à tort Giraud — la VIll'" année de Louis l'Aveugle se termine au
mois de février 909). Donc il faut admettre que l'élection de Rémégaire
est de 907-908 au moins et peut-être faut-il lire DCCCCN'l au lieu de
DCCCCXl. .
3. Charte sans date, mais antérieure à 926, de Hugues d'Arles, pour
le monastère de Saint-Pierre de \'ienne(//<.sV. de Fr.. IX, 689); charte de
Sobon, arcbevèque de Vienne, du 28 septembre 938 (Cartid. de Saint-
André, n" 23*). — CwARVET {Mèm. pour rZ/ixt. de l'abhai/e de Saint-
A)idr('--le-IIaul. pub. par Allert, p. 42) mentionne une destruction du
monastère de Saint-André-le-llaut à Vienne en 938, mais sans dire à
quel texte il emprunte le fait et la date.
4. Kn 912, ce même Rémégaire revendiijue contre le comte Hugues
une terre de son église, sans que dans la notice du i)laid il soit ques-
tion de Sarrasins (Cr//VM/. de (Ircnuble, A. .XXIV) non plus (|ue dans
les cliartcs assez nombreuses que nous possédons pour Vieimc.
262 LES SAHHASINS DANS LE VIENNOIS ET DANS LES ALPES
parlent expressément àWgareni et il est bien douteux qu'il
puisse s'agir de Normands \ Quant aux dévastations dans le
Viennois, il est possible qu'on doive les attribuer aux Hongrois
qui, poursuivis par l'armée chrétienne, traversèrent le pays en
921, bien que ceux-ci, d'après le texte de Flodoard, semblent
plutôt avoir joué en cette circonstance le rôle de fugitifs que
celui de pillards".
Les déprédations des Sarrasins dans les Alpes, d'autre part,
semblent avoir commencé de bonne heure. Un de leurs premiers
exploits, au début du x° siècle, sans doute peu avant l'année
906 ^ fut la destruction de l'abbaye de la Novalaise près de
1. GiUAUi) (Essai histor. sur Sdinl-Darnard , t. I, p. 12) qui ne con-
naissait pas le texte des Mir. S. Apollinaris, a nié les incursions des
Sarrasins dans le Bas-ltauphiné. Il semble que le monastère de Homans,
en effet, n'ait pas été détruit par eux. Mais en présence de certains
détails précis, concordant avec ce que nous savons par ailleurs pour
Hugues d'Arles, il est difticilo de refuser une valeur aux Mir. S. Apol-
linaris. Or, 1° ceux-ci parlent (VAt/areni, nom qui s'applique propre-
ment aux Sarrasins ; 2'^ il est peu vraisemblable que des iNormands
soient venus par le Nord en traversant la marche de Richard le Jus-
ticier, sans qu'aucun texte en fasse mention. Aucun texte, d'autre part,
arabe ou chétien, ne signale au début du x" siècle la présence des
Normands dans la Méditerranée, tandis que nous savons que le littoral
était infesté de Sarrasins. Il y a des chances pour que ce soit à ces
derniers que l'on doive attribuer le ravage du Valentinois.
2. Cf. supra, p. 215-216 et la note précédente. En ce quiconcerne la
charte du comte Hugues, on ne peut songer qu'à l'invasion de 92i. I']n
ce qui concerne celle de Sobon, on peut supposer un passage des Hon-
grois en 935 ou en 937. En 937, l'invasion venait par le Rhin et s'arrêta
en Bourgogne. (I.auer, Louis 1\\ p. 'i2). Pour celle de 935, elle peut
s'être étendue sur le Viennois lorsque les Hongrois passèrent de la
Bourgogne en Italie (cf. Flodoahd, Annales, a. 935), mais nous n'en
savons absolument rien. Les textes sont trop vagues pour ])ermettrc do
})réciser.
Charte de 924 : « Praecipue tamen in Viennensium partibus non
« tanlum saevissima Paganorum persecutione (piantum etiam perfido-
« rum Christianorum inciuissimo cupiditatis instinctu. »
Charte de 938 : « Ecclesiam in jjago \'iennensi, in villa l'omis que
(c fuit ex antiquo lionoriHce fundata sed ad presens ol) inl'cstatione pa-
ie ganorum ad nihilum redacta. »
Si dans le premier de ces actes, écrit en s1yh> assez al;imbi(|ué.
il ne fallait pas faire la part des formules, il s'agirait plutôt d'une « per-
secutio » ayant un caractère durable, habituel, i'^lle devrait donc être
attribuée aux Sarrasins plutôt qu'aux Ilongi'ois.
3. Cette date de 906 a eu une grande fortune en histoire, probable-
ment parce que c'est une des rares dates qu(î 1 "on jiossêde pour l'his-
toire du Sud-Est (le la France au x'' siècle. On y a volontiers lattaché
tous les textes non datés dans lesquels il était (luestion de Sarrasins :
la naissance de saint Mayeul. l;i desiruction de INmIoiu; racontée dans le
fragment du i)seudo-Berardenco {Mon. llisl. Pair.. SS., t. III, c. 6-7).
DKSTRICTIO.N DE LA NOVALMSK 263
Suse. Celle-ci avait été évacuée par les moines qui, avec leur
abbé Donnivert', se réfiii,nèrent à Turin dans le monastère de
Saint-André-hors-les-Murs, auprès de i'évèque Guillaume.
Ils emportaient avec eux leur trésor et leur bibliothèque,
celle-ci très considérable, 6,000 volumes s'il faut en croire à ce
sujet le chroniqueur, do plus d'un siècle postérieur". Deux
moines seulement étaient restés à la frarde du monastère. Les
païens les tirent jjérir sous les coups, pillèrent ce (jne les reli-
gieux n'avaient pu emporter et finirent par mettre le l'eu aux
bâtiments '.
Mais il faut remarquer qu'elle ne représente ni une date importante dans
l'histoire des invasions, ni mrme celle de la destruction de la Nova-
laise. C'est celle seulement de la translation des reliques de saint Second
parl'évêtiue (ïiiillaume pendant le séjourdes moines à Turin, audébut
de ce séjour. On a d'autre partcontostécettedate, songé à la remplacer
par celle de 916, même de 926 (Betmmann, Intro/L, p. r ; incidenmient,
Cu'oi.LA, Di Audace Vescovo di Asti. Mise, di Sln)\ liai., t. XXN'IIi,
p. lo3 et suiv. F. Savio, Gli Anlichi Vi'scovi, p. 326).
En réalité, il ne nous semble pas qu'il y ait lieu de la modifier, car
si l'on ne peut s'appuyer pour la soutenir sur le fragment de Pedone,
on ne peut davantage la combattre en rapprochant les événements des
rava'j;es des Sarrasins dans TEmbrunois. par une identification sans
aucun fondement (cf. inf'ra, p. 265-266). M. CipoUa, dans sa récente
publication des MoniniiPiiln S'ovalicicnsia (p. 9'i), la conserve.
Ees dates extrêmes sont celles de 880. époque à laquelle les moines
sont encore à Novalaise avec leur abbé Ambluif (l/r*;?. \oval.. u" x.wu)
et du 28 février 929, date à laquelle les moines sont à Turin et reçoi-
vent divers domaines du marquis Adalbert (/6., n" xwvi).
D'autre part, bien que la chronologie (si l'on peut pour un pareil
texte parler de chronologie) du Chron. Novaliriense soit plus que dé-
fectueuse, on peut remarquer que selon l'auteur, il paraît s'être écoulé
un intervalle de temps assez considérable qu'il exagère même, entre
le moment où les moines arrivèrent à Turin et celui où ils reçurent
du marcjuis Adalbert le domaine de Brème (Chroii. Novaliriense. I. IV,
c. 30 et 1. V, c. 5). Or. cette donation de Brème est antérieure au
2'i juillet 929, date à laquelle le roi Hugues la confirme (l/o;«. Noval.,
u" wxvu). Il faut donc éviter de rapprocher de cette date de 929 l'ar-
rivée des moines à Turin.
1. La chronologie de ces abbés est incertaine et ne peut fournir
d'élément pour préciser, cf. Cii'olla, Mon. Naval., p. 439.
2. Quelques-uns de ces volumes ont été retrouvés et décrits ])ar
Cipolla. Ses recherches à ce sujet ont été indiquées par lui. Mon.
Noval., p. XIX et résumées, ihid., p. 425-432.
o. Chron. Noval., 1. V, c. 26, p. 59. La Chronique semble diie que
la destruction fut complète, ce qui est peu probable, pour tous les
édifices. La Chronique, en racontant le retour, ne parle pas d'une
reconstruction complète, mais seulement de celle de l'abside de Saint-
André. Cf. ('UM)M,\, Anlichi Inventari... dclla Novatrsa, dans les Mciii.
dclla II. Accad. di Torino. Il-- série, t. XLIV, p. 281. A une épo(|ue ti'ès
j)ostêrieur9, en 1065. une charte de Cunibert, évèque de Turin, eu
faveur de l'abbaye d'Oulx, rappelle les ravages (les Sarrasins dans la
26i LES SARRASINS DANS LES ALPES
A partir de 920 environ, il semble que les bandes sarrasines
aient infesté les Alpes d'une manière en quelque sorte perma-
nente. Sans doute il ne paraît pas y avoir eu là non plus, d'éta-
blissement à proprement parler, mais la région des Alpes de-
vient un pays sur lequel vivent les Sarrasins, pillant ce qu'ils
peuvent, et rançonnant les voyageurs. Les textes se suivent à
intervalles assez rapprocliés pour permettre d'affirmer que cette
situation avait un caractère de continuité. A la fin de 920 ou au
commencement de 921 des pèlerins anglais se rendant à Rome
périssent dans les défilés des Alpes, écrasés par les pierres
que les Maures font pleuvoir sur eux'. A la fin de 923 d'autres
de leurs compatriotes sont égorgés dans les mêmes parages ^
sans doute en se rendant à Rome pour les fêtes de la NoëP.
Il en est de même, sans doute à une époque voisine, de pèle-
rins rhénans se rendant à Rome ou en revenant''. En 929,
d'autres « romieux », devant la menace d'un sort pareil, doivent
rebrousser chemin et renoncer à franchir les Alpes ^ Quelque
temps auparavant le corps de saint Marins ou saint Mary,
devant la crainte qu'inspiraient les envahisseurs, avait dû être
transporté du monastère de Valbodon dans le château de For-
calquier''. Le pays d'Embrun fut dévasté', à une date assez
v.allée de Suse {Vlciensis ecdesiae Charlarium, éd. R. Kivautella et
F. Berta, Turin, 1753, in-fol., p. 26, a" xxiv).
1. Fi.dDoARD, Annales, a. 921,.'l/o/i. Germ.. SS.. t. III. p. 369. Il note
le fait comme l'un Ae<, premiers événements de l'aimée, antérieur à
la mort de Richard le Justicier (!'■■' mars), mais le fait que les autres
mentions de ce genre pour les pèlerins allant à Rome permet de suj)-
poser ((ue Flodoard a noté le fait à la date à laquelle il l'a appris.
2. Yu)V>l■).\m^, A)inah's. a. 923, ibid., p. 373.
3. Sur la grande quantité de pèlerins anglais se rendant à cotte
époque en Italie, cf. Due. m m le a. Ollo dcr (irossr, p. 113.
'i. Ncrrol. S. Maximini Trcver., au jour des kalendes mars, cité ])ar
DiEM.MLER, il)., p. 114, n. 1. Sur la présence des Sarrasins dans les
Alpes, cf. Raoul (iLAHEU, Ilisloircs. 1. I, c. 8-9.
5. Flodoaiu), Annales, a. 929, iliid., p. 378.
6. Livre vei'l de Sisleron, dans Aliîanès, Gnll. Clirisl.. I, 682, n. 2.
7. La dévastation de l'Embrunois parait attestée tant par les chartes
d'Agaune citées par le Gall. Clirisl., t. 111, col. 1067 que par la bulle du
pape Victor II du 7 juillet 1059 en faveur de Viminien, archevêque d'Fm-
briin (.Iakfé. n'^ 1369. Gall. Christ., t. III, instr., col. 177): « Animad-
(( vertiuius Ebredunensum ecclesiam primo (piidem incursione et per-
« vasione Saracenorum, secundo autem receptione et ])ossessione
« transfugarum... » qui concorde à peu près avec ce que nous jjouvoiis
savoir de saint Libéral (cf. note suivante), ("e qui est moins sùi-. c'est le
récit même de la prise de l;i ville jiar les Sarrasins rtdu massacre de l'ar-
clicvécpie saint lîcnoit.réiiété ])ar bcaucouj) d'bistoi'iens d'Kmbrun (les
LES SARRASINS DES ALPES EN ITALIE 265
indéterminée, sans doute antérieure à 936, et l'archevêque
saint Libéral dût s'enfuir avec les reliques de saint Marcellin
jusque dans son pays natal, en Limousin'.
Les invasions, dans ce pays, ne s'arrêtent pas du reste aux
Alpes. Sans parler des Sarrasins qui, sortis des ports d'Es-
pagne ou d'Afrique, ou même du Frainet pouvaient pirater le
long des côtes italiennes ^ des bandes formées parmi ceux qui
s'étaient établis en Provence pénétrèrent dans l'Italie du
nord. La terreur qui s'empara des habitants à l'approche des
païens facilita les progrès de ceux-ci. Ils dévastèrent plusieurs
villes sur leur passage et arrivèrent jusqu'à Acqui sur la Bor-
mida qu'ils détruisirent^ D'après le texte de Liutprand,
cette invasion ne paraît pas avoir été la seule. C'est sans doute
pour échapper aux j)aïens que le corps de saint Dalmace fut, à
une date inconnue, transporté de Pedone à Quargnento par
pkis modernes sont indiqués par l'abbé Guillaume. Eecherches histori-
ques, p. 114). Mais des expressions de la lettre de Victor II, on ne peut
guère tirer plus que le fait de la dévastation de rEmbrunuis. Le récit de
la mort de Benoit donne lieu à des difficultés cln-onologiques déjà rele-
vées par Hauréau (GalL Christ., t. XVI, 620), car onle placeen 906 ou
916, tout en associant au nom de Benoit celui d'Odilard de Maurienne,
encore mentionné en 926 (Labbe, Conc, IX, 582). En réalité, l'histoire
de la prise d'Embrun ne paraît remonter qu'à A. d'EIbène (HAruÉ.M',
ibiil. et Roman, dans Bulletin delà Société des Ilavles- Alpes, t. I, p. 262);
il semble avoir voulu interpréter la bulle de \'ictor II, en y ajoutant
quel(iues circonstances; quant à la date, elle paraît avoir été déterminée
en rapprochant ces événements de ceux que raconte la Chroii. de la
Novalaisi' (cL Gall. Christ., t. III, col. 1067) et, en somme, le massacre
des habitants d'Embrun par les Sarrasins reste très douteux.
1. Gcitl. Christ., t. III, col. 1067. Le fait n'est directement attesté (jue
par des « martyrologes aquitains», cités par le Gallia Christ, ai par un
texte très postérieur, celui de Bernard Gui, De Sanrtis qui dioec. Le-
riwvic. orn(nil,n" \\n (dans Labbe, Bibl. Nova Mss.. t. l,p. 632). «S.Libe-
ralis confessor in eadem villa Brivensi in propria ecclesia veneratur... «
Mais ces témoignages .sont d'accord avec le fait de la translation des
reli(jues de saint l^larceIlin, attestée par la charte de fondation du mo-
nastère de Chanteuges par le prêtre Cunebert en 9o6, charte qui
mentionne la présence du corps « sanctissimi Aebredunensis episcopi
Marcellini » (Mabillon, Aiiu. Bened., t. III. p. 65.5).
2. Vers 935, Gènes fut dévastée par les Maures (Liirpis \Nn, Aiila})u-
do.'iis 1. IV, c. 5). Des ravages exercés par les Sarrasins venus d'Espagne
surles côtes de Ligurie et sur la portion du littoral situé sur leur pas-
sage sont mentionnés par la Glose des Gcsta Brroif/arii, 1. II, v. 101. En
919. le monastère de Farfa fut détruit par eux (// rcaesto di Farfa, 1. 111,
p. 44). 'Al'Islahri, c. 3, dans A.mari, Bibl. arabo-sicula, t. 1, p. 9,
parle même de combats livrés sur mer entre musulmans et chrétiens.
3. Luti'Rand, Antapodosis. II, 'i3 et IV. 4. D'après la place occupée
le texte par le récif de ces événements, il faudrait ])lacer ceux-ci en
935-6 — Les San-asins furent défaits à leur l'ctour.
266 LES SARRASINS DANS LES ALPES
Tévèque d'Asti, Audax'. Un peu plus tard un évèque do cette
même ville, Bruning, prend des précautions pour que le guet
soit fait en prévision d'une attaque des païens ^ et Asti est
assez loin de la mer pour qu'il soit bien vraisemblable que les
Sarrasins dont on redoutait ainsi l'arrivée appartinssent aux
hordes qui continuaient à cette époque à ravager les Alpes.
Si en effet l'expédition dirigée contre le Frainet en 931
et à laquelle prit part la flotte grecque, paraît avoir eu quel-
que succès et rendit même peut-être un peu de tranquil-
lité aux défilés des Alpes, les Sarrasins de cette région
n'étaient pas exterminés, quoi qu'en dise Flodoard. C'est
peut-être à eux qu'il faut attribuer le meurtre de l'arche-
vêque de Tours, Robert, tué dans les Alpes à son retour
d'Italie ^ Deux ans plus tard ils profitaient de l'absence de
Hugues, occupé en Italie à disputer Rome au patrice Albéric,
pour réoccuper les passages des Alpes et ravager les pays
circonvoisins*. En 936, quelques-unes de leurs bandes pénè-
trent jusqu'en Alémannie; en revenant à leurs quartiers des
Alpes elles rencontrent des pèlerins qui sont encore une fois
exterminés ^ L'année 939 est marquée par des massacres ana-
logues". Les Sarrasins occupent le pays correspondant à la
Suisse actuelle et quelques-uns d'entre eux se dirigent vers
Saint-Gall, où leurs flèches viennent troubler la procession
faite par les moines autour de la ville '. L'abbé dirigea du reste
contre eux une tentative de résistance à la tête de paysans
armés et obtint quelques avantages. Ce ne fut pas cependant
1. Cf. CiPoLLA, IH Audace vescovo di Asli, dans Miscelhnien di
slorîa ilaUana, t. XKVIf, p. Ii3. Le fait est atte.sté par une mention
(lu niartyrolofi-e de Saint-Dalmace, de rédaction moderne, mais dont
le fond paraît ancien et par une inscription (pub. i/nd.). Le frag-
ment dit Chronique de Pedone est suspect et ne doit pas être utilisé
(/6/ri., p. 149) et il ne faut admettre qu'avec réserve les renseigne-
ments fournis par les érudit.s qui ont écrit sur l'histoire d'Asti (cf. Caui.o
Vassalo, Sulld falzificalionc délia, storia Asliijùma. dans Arrhivio
ston'co ilaliano, sér. IV, t. XVIII, p. 7.")).
2. Mon. Hist. Pair. Chnvlne, t. 1, n" l.w.wi.
3. Flohoaiu), Annales, a. 931, Mon. Germ., SS.,i. IH, p. 379, qui ne
désigne les meurtriers de Robert et de sa suite que comme des « bri-
gands ».
4. Flouiiaiu), Annales, n. 933, ihitl.. p. .'!(S1.
5. FijiniiAiii), Annfth's, a. 936, ihid.. p. 383.
6. l-'i.iindAl'.n. Aniitth's. a. 9;)9, ihid.. p. 38<).
7. l'AKKiiAiini, (ji.^ns S. (ialli. Mon. (îoin., SS.. t. 11, ]). 137. Li^s
cliarlcs de Saint (lall, pid)liées par Waii'I.mann, (Irlinn'lrnltiich dcr Alilri
St. (Jallni. Zurich. 1863 GO, in-V', ne cunticnnenl l'ien sur les invasions.
LES SARRASINS DANS LES ALPES 267
leur soûle incursion dans ces régions, car en 940 Otlon 1"
accordait à Waldo, évèque de Coiro, les revenus de deux
églises voisines pour l'indemniser des « déprédations conti-
nuelles » fuites par les Sarrasins dans son diocèse'. D'autres
bandes en cette môme année 940 occupaient la vallée du
Rhône'- et brûlaient le cf'dèbre monastère de Saint-Maurice
d'Agaune^ que saint Ulrich de Dillingen, évêque d'Augsbourg,
trouva en ruines lorsqu'il s'y rendit quelque temps après pour
y chercher les reliques à lui promises par le roi de Bourgogne,
Conrad le Pacitique\ En 942, Hugues d'Arles battit une seconde
fois les païens et les bloqua dans leur repaire du Frainet".
Mais le traité qu'il conclut avec eux les remit en possession des
passages des Alpes qu'ils s'engageaient à défendre, au profit
du roi d'Italie, contre toute tentative faite par le compétiteur
de celui-ci, Bérenger d'Ivrée, pour appeler à son aide des
auxiliaires germaniques*^. La conséquence de cette politique fut
naturellement le renouvellement des brigandages. Au prin-
temps de 951, les Maures n'arrêtent pas les Hongrois d'Italie,
qui franchissent de nouveau les Alpes et parviennent jusqu'en
Aquitaine. Mais en revanche on les voit la même année ran-
çonner les voyageurs qui traversent les montagnes'. C'est là
1. Ml mu. Codex diplomaticus Cur-Rœliens. t. I, Coire, 18'i8, in-8",
p. 66, II" 44, et la mention est répétée dans le diplôme contirmatif en
faveur de l'évêque llartbert. Ib., n" 52. Cf. Kœi'KE et DrEMMLEU, Ollo
dev Grosse, p. 1 14.
2. Flodoaru, .In»., a. 940. Mon. Germ., SS., t. 111, p. :}88.
3. Gnll. C/irisL, t. XII, col. 793.
4. Vila Sancii Udalrici (AclaSanct. Ord.S.Ben., saec.V,p.n, p.4'i3).
Cette vie intéressante fut écrite par le prêtre Gérard sous l'épiscopat
d'Henri, successeur d'Ulrich. C'est donc un document à })ou pi'èscontoHi-
porain et qui mérite confiance (Cf. Wvss, (leschicltlc dey IJis/oriographir
in der Schu^ei:, p. 46). — In pou plus tard, Rodolphe, abbé de Saint-
Maurice, s'adressa au roi Louis IV d'Outremer, pour obtenir de lui des
secours (Gnll. Christ., toc. cil.)
5. Nous reparlerons plus bas de cette expédition.
6. Lrri'PRAND, Anlap., 1. V, c. 17.
7. Fludovrd, Annales, a. 951, p. 401. — Ekkehmu) de Saint-CiAi.i.
(Casus S. Gfdli, Mon. Germ., SS., t. 11, p. 137) rapporte, au sujet des
Sarrasins et des Hongrois, une histoire extraordinaire d'après laipielle
Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne-Provence, aurait réussi à faire
s'entre-détruire leurs deux armées, en promettant à chacun des deux
pcujjles son alliance contre l'autre, pour en tin de compte toud)or sur
les débris des deux troupes pa'icnnes et les exterminer, he peu qui en
resta aurait été vendu comme esclaves par le vaincpieur sur les mar-
chés de la ville d'Arles. Ce récit a passé da-ts iJEiNvri» {fiivas. des Sar-
rasins, p. 183), dans DrssiEi'X {Jnvus. des JIon;/ruis. p. 56-57), dans le
268 LES SARRASINS DANS LES ALPES
un système que Flodoard signale un peu comme une nouveauté';
et les Sarrasins le conservèrent sans doute jusqu'à la fin
de leur séjour, car en 983 on les voit agir de la même manière
vis-à-vis de saint Mayeul ; peut-être à la suite de leur défaite
par Hugues ils avaient été réduits à la situation de simples
bandes de pillards, peut-être aussi que l'état du pays, trans-
formé par leurs longues déprédations en désert ne leur per-
mettait-il plus de vivre uniquement de pillages".
De tous ces faits on peut, semble-t-il, tirer la conclusion
que les bandes sarrasines se trouvaient établies presque à
demeure dans les Alpes et que depuis le Frainet, leur centre
d'action principal, elles dévastaient presque continuellement
la « Gaule cisalpine », le pays à l'ouest des Alpes. Elles occu-
paient en outre les défilés de celles-ci, c'est-à-dire surtout les
passages du grand Saint-Bernard, route la plus habituelle, au
début du x" siècle pour les pèlerins se rendant en Italie^ et
le récit de la captivité de saint Mayeul les montre détroussant
les voyageurs, à leur retour, dans la vallée de la Dranse\
On a beaucoup discuté sur la nature de ce séjour, surtout
en ce qui concerne Grenoble. Dans cette ville, dit le préandjule
d'une charte célèbre de saint Hugues, « l'évêque Isarn, après
la destruction des païens, lorsqu'il rétablit l'église de Grenoble,
Callia Christ. {I'Haiheai; (t. .\VI, col. 228); c'est ;i lui sans doulc que
M. Beatlieu {Du srjour des Surrnxina en Savoie, dans les Méiii. de Ui
Sor. des A)ili(j. de France, t. XVIII, p. 210 et suiv.) emprunte la men-
tion d'une bataille qu'il suppose avoir été livrée aux Sarrasins par le
roi Conrad dans les environs des Bauges.
Mais ce récit est invraisemblable par lui-même. Il a un caractère
légendaire, et même épique par certains détails tels que les discours
de Conrad. Plusieurs points sonl en contradiction avec les faits connus.
C'est ainsi que l'expulsion des Sarrasins n'eut pas lieu à la suite d'une
bataille livrée par eux aux Hongrois, mais à la suite d'une expédition
entreprise en 983 par le manjuis de Provence. II ne semble donc ])as
qu'il y ait lieu d'utiliser le récit fantaisiste d'Ekkehard.
1. 1-"L()1)(i.MU), loe. cit.
2. Dans les dernières années du récit de l'Ioiloard, on ne rencontre
plus de ces récits de pèlerins massacrés au passage des Alpes, si tVé-
qucnts dans les années 920 à 940.
3. K(EPKE et DrEMMEEU, Otto der Crosse, j). 11:!.
4. RAdiL Glaijku, llist., 1. I, c. 9, éd. Pikh, ]>. 12; Svius. \ila S.
Maioli (Maiuli.on, Acta. Snnrl.ord. S. lien., s. \', }>. 80U). D'après le
l'esté du récit, le saint et ses com])agnons venaient de franchii' le col,
ils devaient donc se trouver' dans la vallée d(> la Dranse ^'alaisane et
non dans celle du Drac, comme on Ta dit à tort (.\bbé P. CiMLLArME,
/iecherch/'s sur les Hautes- Alpes, p. I2(i).
CVHACTKIIK DKS INVASIONS 209
trouva fort peu d'habitants dans tout le diocèse' ». L'exagéra-
tion de certains érudils qui voulaient adujcttre une occupation
permanente d'une partie du Dauphiné, depuis l'invasion du viii"
siècle jusqu'à l'invasion définitive des Sarrasins du x% a été
de nature à provoquer un mouvement en sens contraire-. Quel-
ques historiens en sont arrivés presque à nier la présence des
Sarrasins dans les Alpes ^ En réalité l'on rencontrfMl'uno part
1. La charte XVI du 2'= Cartulairc de Saint-H ligues, (jui a été robjet
de vives polémiques (analysées dans Bellet, Etude criti'/uc sti)- Ica
invasions des Sarrasins à Grenohle et en iJanphiné, p. 1 à IG). Sur la
charte elle-même, cf. Bva.let, Réponse aux objections... contre la charte
XM. Paris, Picard, 1889, iii-8". Le terme d'authenticité est du reste
impropre, bien qu"on l'ait fait souvent intervenir dans la discussion.
La charte émane bien de celui dont elle prétend émaner, c'est-à-dire
de saint Hugues. La question, peut-être insoluble, est de savoir si
saint Hugues a été. oui ou non, de bonne foi et bien informéence qui
concerne l'existence ou l'absence d'un pouvoir comtal à Grenoble, au
temps des évéques Isarn, Humbei't et Malien. Ce ne sont que les polémi-
(]ues au sujet des comtes (pii ont fini par faire mettre en doute la réalité
(le l'invasion des Sarrasins en Graisivaudan. accessoirement mentionnée
dans l'acte. — On a d'ailleurs souvent joint à ce problème celui du séjour
de l'évoque de Grenoble à Saint-Donat, où les invasions l'auraient con-
traint à chercher un asile en abandonnant sa ville épiscopale. Mais si
les chartes du Cartulaire de Grenoble présentent dans leur suite chro-
nologique des interruptions assez considérables pour que le fait soit
possible, contrairement à l'opinion de Bei.let (Mém. cit., p. 45), le fait
même de l'exil à Saint-Donat n'est attesté que par une inscription en
vers latins. Or, de cette inscription. M. A. de Teuuebasse a péremp-
toirement prouvé la fausseté, en retrouvant le manuscrit de l'auteur
peu scrupuleux qui l'avait fabriquée au xvn'' siècle, manuscrit sur
lequel se voient encore les traces du travail de composition (Examen
critique de l'Inscription de Sai)d-Donat. \'ienne-Paris, 1860, in-8).
2. L'historique des travaux composés à ce sujet durant les trois pre-
miers quarts du xix"^ siècle a été fait par M. Bellet, dans la première
des deux brochures citées à la note précédente, ce (jui nous dispense
de le refaire ici.
3. Quant au préambule lui-même, nous ne prétendons pas (lu'il
faille l'accepter avec toutes les conséquences que l'on a parfois voulu
en tirer, notamment que l'évèque Isarn fut le libérateur de l'église de
Grenoble, à la suite d'une sorte de croisade entreprise par lui (Temhe-
I3ASSE, I]ist. des Dauphins de Viennois, p. 80-87; Ginglns, Bosonides.
p. 227). En outre, la deslructio paganorum ne doit pas être entendue
dans un sens général, puisque l'expulsion générale et délinitive n'eut
lieu qu'en 983. Il ne peut être question (jue d'une expulsion des Sar-
rasins de Grenoble ou du Graisivaudan, laquelle aurait eu lieu, selon
saint Hugues, au temps d'isarn, c'est-à-dire environ de 950 à 976. Le
témoignage de saint Hugues peut être considéré comme prouvant que
l'on croyait au xii« siècle que les Sarrasins avaient dévasté le pays
antérieurement à l'épiscopat d'isarn (cf. Cartul. de (!ren<dile, p. 48, 52).
(■'est un témoignage à peu près de même ordre cpie le serait celui
d'un chroniqueur contemporain de saint Hugues. Le fait même des
270 GARACTKRE DES INVASIONS
(les textes prouvant que les envahisseurs païens ravageaient
sans interruption la région du Dauphiné et des Hautes-Alpes,
et d'autre part des documents attestant que les rois de Pro-
vence-Bourgogne et leurs sujets chrétiens ne cessèrent guère
de disposer de domaines au milieu des territoires où s'exer-
çaient les brigandages des Sarrasins \ Mais ce que nous igno-
rons complètement, c'est la valeur effective que pouvait avoir
par exemple une donation de terres sises dans le pays ravagé.
C'est ainsi qu'en 965 Conrad le Pacifique donna à l'abbaye de
Montmajour d'Arles les prieurés de Monétier-AUemant'^ et
d'Antonaves'^ dans le voisinage de Gap''; — que l'abbaye de
Cluny, à une époque un peu antérieure, avait reru en don des
terres situées sur le plateau de la Matésine entre la Bonne
et la Roisonne". Aucun de ces actes ne suffit à prouver
que le pays de Gap ou la Matésine n'aient pas été infestés à
cette même époque par des bandes plus ou moins nombreuses
d'envahisseurs sarrasins ^ En d'autres termes, dans les polé-
miques auxquelles a donné lieu la question, l'on a eu trop
souvent une tendance à confondre ces deux choses: établis-
sement et fixation dans un pays d'envahisseurs avec dépos-
session des habitants, — et occupation d'une région par des
bandes errantes, vivant sur le pays de pillages et de brigan-
dages. Il semble bien que ce soit cette dernière situation qui
ait été celle de la partie orientale du royaume de Provence
au moment des invasions sarrasines.
Les textes postérieurs d'ailleurs sont d'accord avec les textes
contemporains que nous avons relevés, pour attester l'impres-
invasions dans le pagus de Grenoble, en laissant de côté la question
(lu rôle d'Isarn et môme celle de la date, est vraisemblable, puisque
des invasions sont mentionnées par des textes du x'' siècle comme
ayant lieu dans le Viennois et dans les Alpes. — On a voulu supposer
aussi (Gall . C/wisl., t. XVI. col. 227) qu'lsarn pouvait avoii-, au lieu de
Sarrasins, expulsé des Hongrois. C'est remplacer une affirmation vrai-
semblable de saint Hugues ou de son notaire par une pure conjecture
d'érudit moderne.
1. RoMVN, Les invasions sarrasines, dans le Bullrl. de la Soc d'El.
des 11 ailles- Alpes, t. I, p. 266.
2. Hautes-.Mpes, arr. Gap, cant. Laragne.
:i. Hautes-Alpes, arr. Gap. cant. Ribiers.
4. Roman, Tahleau historique des Haules-Alpos. \t. 2.
5. Chartes de Clnni/. t. I, p. 561.
6. Ce qu'admettent, au contraire, ceux qui ont protesté contre cer-
taines idées exagérées émises au sujet de l'invasion sarrasine. Roman,
lac. rit. et Beli.et, Etude sur les invasions en Dauphiné, p. Vi.
IMPRESSION l'RonriTK 271
sion produite par ces ravages et la persistance de celle-ci. Telles
sont les vies de saint Komule et de saint Bobon, qui peuvent
avoir cet intérêt en quelque sorte traditionnel, si elles n'ont point
de valeur historique. 11 en est de nirnie d'une inscription gén(î-
voisedudébutduxi'siècleattribuanl aux Sarrasins l'incendiedu
bourg Saint-Pierre, non loin de Genève' ei, dans nne certaine
mesure, de divers actes faux". C'est par le souvenir de l'in-
vasion sarrasine que divers évêques ont, à une époque posté-
rieure, prétendu justifier leurs prétentions à la possession de
rautorité civile dans les anciennes circonscriptions comtales
correspondant à leurs diocèses. Saint Hugues, évêque de
Grenoble, l'avait déjà fait au xii'' siècle. Dans des temps plus
modernes, l'archevêque d'Embrun^ et l'évêque de Gap* pour
lesquels nous n'avons à ce sujet que des textes du xv^ siècle,
voulaient appuyer leur autorité sur une prétendue donation
faite par le comte à l'évêque après l'expulsion des païens du
territoire occupé par ceux-ci.
Nous avons une fois ou deux fait allusion à des tentatives
faites pour expulser les Sarrasins de le\u' forteresse du Frai-
net, tentatives que l'on ne parait pas avoir poussées avec
beaucoup de vigueur. La cause de cette inaction (ïoit sans doute
être cherchée dans la situation politique du sud-ouest de la
Gaule. Jusqu'en 928 le roi de Provence, Louis l'Aveugle, vit à
Vienne, sans que son infirmité puisse lui permettre de songer
à se mettre à la tête d'une expédition contrôles pirates. Quant
à son représentant, le marquis Hugues, il est bien plus occupé
des affaires d'Halie que des événements dont les comtés de
Fréjus et de Toulon sont le théâtre. Lorsqu'il eut, en 933,
cédé ses droits au roi de Haute-Bourgogne, celui-ci était éga-
lement occupé ailleurs et trop éloigné pour interveiïir effica-
cement.
C'est cependant à Hugues de Vienne que se rapportent les
deux seules tentatives dont les chroniqueurs du x" siècle aient
1. Ftegestc Genevois, n° 160.
2. Nous citerons comme exemple une cliarte d'Apt refaite au \i«
siècle, d'après un acte authenticiue moins intéressant du début du x'^ et
d'après la tradition de prisonniers chrétiens emmenés en Espagne.
(liEMERvn.LE, Ilist. ms. d'Apt, p. 5'i, et GuossEV, Mrin. hislor. ms. de
la ville d'Api, iv iv).
3. Mention dans le bréviaire de Gap li99 (Romvn, Tablcan hislor.
dc'i II unies- Alpca, p. 2).
'i. HoMAN, ibid.
2'72 KXPKDITIONS CONTI'.K LE FRAINET
conservé le souvenir, soit qu'il agit en raison des droits étendus
qu'il conservait même après la cession par lui faite à Rodolphe
II, soit qu'il agit comme souverain de l'Italie sur la frontière
de laquelle le Frainet était situé et que les Sarrasins ne déso-
laient pas moins que la Provence.
En 931, une première expédition, faite par un corps d'armée
grec qui débarqua au Frainet, rendit queh^ue tranquillité à la
région des Alpes'.
En 941 , une seconde tentative plus sérieuse fut dirigée contre
le Frainet. Dès la fin de l'année 940 ou le début de la suivante",
Hugues envoyait des députés au basileus de Constantinople,
Romain Lécapène, pour obtenir de lui son alliance contre les
Sarrasins. L'empereur en effet pouvait fournir ce qui manquait
aux. Occidentaux, c'est-à-dire une Hotte de guerre capable
d'empêcher l'ennemi de recevoir d'Espagne des vivres et des
renforts. Romain accueillit favorablement la proposition d'une
alliance contre l'adversaire commun, à la condition que Hugues
accorderait la main de l'une de ses tilles au neveu de l'empe-
reur, Constantin, fils de Léon le Philosophe.
Hugues ayant promis d'envoyer àConstantinoplesa tîlleBer-
the (il avait eu celle-ci de l'une de ses nombreuses concubi-
nes^), la flotte grecque se dirigea vers la Provence. Elle était
déjà partie au mois de juin 941'\ mais ce n'est que dans le
courant de l'été 942' qu'eut lieu l'attaque combinée contre le
1. Flodoard, Annales, a. 9M,Mon. Germ., SS., t. III, p. 379. Il ne
mentionne que la présence des Grecs sans dire si ceux-ci étaient appelés
ou soutenus par les Provençaux.
2. LuTPiiAND, Aulapodosîs.. 1. V, c. 9. Ces premières négociations se
datent approximativement si l'on considère le temps nécessaire })()ur
que 1" Romain renvoie sa réponse en posant ses conditions {Aidapodo-
sis., 1. V, c. 14 ; 2" pour que Hu.uues renvoie une nouvelle ambassade
dont faisait partie le père de Liutprand. qui était à Constantinople en
juin (ihùl.).
3. LiT'Ti'UAM), AnUipodosis., 1. \\ c. 20; Consta.ntin Poiu'iivno-
oÉNicTE, De Admin. imperii, c. 26, p. 118. La princesse changea plus tard
son nom en celui d'Eudokia.
4. Ibid., 1. V, c. 15. Homain avait déjà fait partir sa flotte, au moment
où il fut obligé de résister aux Russes avec (pielques vieux navires
restés dans ses arsenaux, et battit leur chef Igor. Or, cette défaite
d'Igor eut lieu le 11 juin 941 (Muiult, Clironoçiraphie hi/zfinline, t. I.
p. 512-513). La lutte durait encore en septembre, mais nous ignorons
l'influence (ju'elle put avoir sur les mouvements de la flotte grcc(|ue.
5. Fl(ii)()\ui), Annales, a. 942, Mon. Cerm., SS., t. III, p. 389. Or. il
parle de ces fait.s avant le récit de l'entrevue entre Louis IV et ses grands
ijui eut lieu au mois de se})tembre.
[942] KXPKItlTInNS CONTIIK I.K KliAINKT -273
Fraxint'lKiii . PiMidant (jue l'escadre byzantine brûlait avec, le
l'eu grégeuis les navires sarrasins, Hugues pénétrait dans la
région montagneuse où les envahisseurs s'étaient retranchés
et blo(iuait ceux-ci sur \o, Maunis nions:. Les chrétiens auraient
eu t'aciienient raison do leurs adversaires si les intérêts parti-
culiers de Hugues ne lui avaient i)uint inspiré de recourir à une
nouvelle tactique, colle il'utilisor les Sarrasins contre son com-
pétiteur Bérengerd'Ivrée. Celui-ci, réfugié en Alémannie depuis
deuK ans environ, s'occupait alors à y recruter une armée.
Hugues traita donc avec les païens et les laissa quitter le
Mduriis nions, à la condition de réoccuper les passes des
Alpes pour empêcher toute descente de Bérenger en Italie'.
La conséquence de cette situation fut le renouvellement des
pillages. Le pays devait encore souffrir quarante années de
leurs dévastations, sans qu'aucun texte fasse connaître de
nouvelles tentatives faites contre eux. Ce n'est qu'en 98:^ que
la capture de saint Mayeul par les Sarrasins devenait le signal
d'un effort général contre eux et, pendant ({ue Guillaume, fils
de Boson d'Arles, battait dans les Alpes un de leurs corps, son
frère Roubaud, aidé d'Ardouin, marquis de Turin, les chassait
définitivement du Frainet".
1. Aiilapodosis., l.V, c. 16 17.
2. Manteyeh, La marche dp Provence, loc. cit., p. 5(J.
PoL'PAsrMN. Royaume de l'rtivenre.
CONCLUSION
On a pu voir, par les pages qui précèdent et dans lesquelles
les discussions ou les hypothèses ont dû trop souvent rempla-
cer le récit des événements, combien nous sommes pauvres
en renseignements sur le royaume de Charles de Provence, de
Boson et de Louis l'Aveugle. C'est à peine s'il est possible de
résumer, en terminant, les conditions dans lesquelles il est né
et il a vécu, et les côtés par lesquels son histoire se rattache
à l'histoire générale des royaumes carolingiens du ix" siècle
et du x°.
Il ne semble pas, tout d'abord, que l'on puisse considérer la
naissance du royaume de Provence comme un fait naturel et
en quelque sorte nécessaire, résultat de l'histoire antérieure
et de la géographie politique de la région dans laquelle il s'est
formé. Il ne correspond pas à une unité territoriale déjà exis-
tante au IX'' siècle, ayant ce que l'on pourrait appeler un passé,
comme le royaume de Bretagne, comme celui d'Aquitaine,
comme celui de Lorraine, l'ancienne Austrasie, comme celui
même de Haute-Bourgogne qui n'est en somme que le vieux
duché de Transjurano grossi de quelques annexes. On trouve
bien, dès l'époque mérovingienne et sous les premiers Carolin-
giens, une Provence organisée en duché. Mais si cette Provence
stricto sf'7isff peut être considéi'ée comme une unité géogra-
phique, elle n'a pas constitué à elle seule tout le royaume
auquel nous appliquons son nom. C'est au hasard des partages
entre les tils de Louis le Pieux que celui-ci a dû sa naissance.
Lorsque Lothaire I"'', en effet, dut diviser entre ses trois fils
la longue bande de territoires que lui avait attribuée le ti'aifé
de Verdun, pour que la part de son plus jeune tils lut à [)eu
près comparable en étendue à celle des deux aines, l'emperinir
fut contraint de réunir <à l'ancien duché de Provence celui de
CON'CLUSION 27r.
Lyon que rien jusque-là no rattachait à l'ensemble des pays
gouvernés par le comte d'Arles. C'est à cet acle de deriii(''re
vol(>nl(' de l'eniperem- Lotliairc» (|u"il i'aul faire; remonter Vnv'i-
gine du royaume de Provence.
Celui-ci, une fois créé, a duré, avec quelques interruptions il
est vrai, pendant soixante-treize ans, grâce à une série de cir-
constances dont quel([ues-unes seulement se rattachent aux
causes générales du démembrement de l'empire carolingien.
Parmi celles-ci nne des premières paraît avoir été la constitu-
tion d'une aristocratie provençale. Les comtes, évidemment
Austrasiensen majorité, établis dans le pays, avaient déjà une
première fois, sous Fulcrad, montré leur esprit d'insoumission.
Ils ont continué à faire preuve des mêmes sentiments en soute-
nant l'un d'entre eux, l'alsacien Girard, pour vivre indépen-
dants sous l'autorité peu effective de l'épi leptique Charles. Sans
doute aucun des oncles ou des frères de celui-ci n'hésiterait
à priver le jeune roi de sa part d'héritage, mais chacun se
heurte aux convoitises de ses voisins et à la résistance des
C(nntes provençaux, ou du moins d'une partie d'entre eux.
C'est à cet ensemble de circonstances que le nouveau royaunnî
doit d'avoir pu subsister de 855 à 8G3, sous un souverain aussi
peu capable de le défendre que l'était Charles de Provence.
Ce dernier mort sans enfant, son héritage devait revenir à
ses frères et pendant quelques années, en effet, le duché de
Lyon se trouva réuni au royaume de Lorraine, celui de Pro-
vence aux états du souverain italien. Mais quand à leur tour les
rois de Lorraine et d'Italie meurent sans laisser de postérité
mâle et légitime, c'est Charles le Chauve qui se trouve en un
de compte recueillir morceau par morceau l'héritage de son
neveu. Les duchés ainsi annexés au royaume de France occi-
dentale sont successivement confiés par Charles à son homme
de confiance, le comte Boson. Ce dernier est un Lorrain, qui
u'a pas plus d'attaches dans le pays que n'en avait eu son
prédécesseur, le régent Girard. Le personnage d'ailleurs,
autant qu'il est possible de juger les hommes du ix' siècle,
paraît être un ambitieux avisé, qui e^t arrivé à réunir
entre ses mains plusieurs charges importantes et qui a épousé
une princesse de la famille impériale. Après la mort de Charles
le Chauve et de Louis le Bègue, quand la souveraineté du pays,
théori(iuonienL partagé entre un prince germanique et deux.
petits bâtards, est indécise, Boson transforme son titre de
276 CONr.LLSION
duc ot comte en titre royal, et comme il est duc et comte des
pays provenant de l'héritage de Charles de Provence, il se
trouve ipso facto régner sur les anciens états de ce dernier,
momentanément augmentés de quelques autres territoires. Sa
royauté nouvelle est appuyée par les évoques qui ont besoin
d'un souverain assez fort et assez rapproché d'eux pour défendre
les domaines de leurs églises contre les convoitises des laïques
et contre les païens. A coté des prélats sont dos comtes que
nous ne connaissons pas, mais dont certainement une
partie se compose des fils des anciens compagnons d'armes de
Girard de Vienne, habitués depuis 843 à vivre sous une
autre souveraineté que celle du roi de Neustrie et d'Aquitaine.
Secondé par eux, Boson affirme l'existence du nouveau
royaume par une lutte de huit années soutenue contre les
efforts combinés dos rois francs. Cependant il semble avoir
échoué dans son œuvre, car, à sa mort, ses États tombent entre
les mains de l'empereur Charles le Gros. A la mort de celui-
ci, quand survient la dislocation de son empire, tout ce qui a
eu autrefois une unité se choisit un chef particulier, car chaque
groupe a plus que jamais besoin d'un protecteur qui le défende
contre les païens sarrasins ou normands. Les sentiments d'in-
dépendance, de particularisme, commencent d'ailleurs à se
faire jour et il est certain qu'en Provence, comme en Neustrie
ou dans les deux Bourgognes, l'aristocratie veut à sa tête un
chef pris dans son sein, qui soit son roi à elle'. La veuve de
Boson réussit à faire couronner son fils dans la portion de
l'ancien royaume paternel jadis soumise à Charles le Jeune.
Chacun a trop à faire de son côté pour que l'empereur, d'ailleurs
favorable au petit roi, ou Eudes de France, aient le loisir de
songer à l'annexion du royaume de Provence. Celui-ci eût
peut-être duré longtemps encore si un nouveau hasard n'avait
entraîné ses maîtres dans une série de funestes aventures.
Louis, fils d'usurpateur, mais Carolingien par sa mère, est
appelé par les Italiens dégoûtés de leur souverain du moment.
Même après qu'une catastrophe l'a mis hors d'état de rèv(M"
jamais pour lui-mémo guerres et conquêtes. Ions les grands
pi'ovencaux tourn(;nt leurs regards du côté d(^ l'Italie. Oi', le
1. et". G. MoNoi), Rôle de rupposi/ion dc.'i racea et fies nalionnlili'.t
dans In dissolnliondr /'/■^nifjirc rarnlinf/ien^dnus VAuimaire dcrh'cole
des I/riul<'s-/-:tmh'x.\i<,\)rK \). I'i-15.
t'.ONCLl SKi.N -27"
maître de la Provence n'est plus le misérable emi)oreur qui
végète à Vienne, c'est le comte de cette ville, le marquis do
Provence, Hugues, un nouveau venu dans le payscommcï Boson,
mais qui remplit de ses parents les charges lucratives, dans
le royaume de Louis d'abord, puis, quand les circonstances le
lui permettent, en Italie où ses alliés émigrent avec lui. Hugues
tient tant à ses possessions au delà des Alpes transal-
pines que pour y conserver une royauté assez précaire
il abandonne la Provence à ses deux voisins, Raoul de France
et Rodolphe 11 de Haute-Bourgogne. Ce dernier, souverain du
royaume qui s'est créé dans le duché de Transjurane autour
de Saint-Maurice d'Agaune. i)rincf' ambiti(Hix d'ailleurs et
remuant, ne semble à première vue désigné par aucun titre
pour recueillir l'héritage de Louis l'Aveugle. Des circonstances
que nous ignorons le tirent triompher. A partir du traité de
933 commence l'histoire du royaume d'Arles dont l'existence
joua un si grand rôle dans la formation territoriale de la
France au moyen âge, surtout après que les successeurs de
Rodolphe II l'eurent à leur tour laissé passer aux souverains
germaniques, et dont la France n'a recueilli qu'au xix'^ siècle
les derniers fragments.
APPENDICES
APPENDICE I
im:s >()Ms i;mi'Lo^ks poi it dkskinkh lk hovm mk dk iîosox
(piiOVENCH, BOLlUiOCM- CIS- El' TllWSJLiaM')
Au cours (lu jiréscul travail nous avons, nous conrormanl (raill(MM's
sur ce point à lexemple de M. Longnon', désigné |)ar l'expression
de royaume de Provence Tensemble des pays sur les(|uels régnè-
rent successivement Charles, fils de Lothairc, Hoson et Louis
l'Aveugle. Mais comme beaucoup d'historiens, îant au xvn'' siècle et
auxvni*^-(iu"au xix' ■'. le (|ualifient de mijanniede Bourgof/ne nous ne
croyons [)as hors (Je propos de consacrer {[uchpies pages à .justifier
la terminologie (|ue nous avons adoptée.
Il y a donc lieu d'examiner brièvement les diverses dénomina-
tions (pii ont été ou auraient |)u être employées pour désigner le
royaume dont nous venons d'étudier l'histoire, celles (|u'on trouve
chez les contemporains, celles (|ui se rencontrent chez les historiens
modernes, pour tenter de montrer (|ue la n(>tre est celle ([ue nous
croyons à la fois la plus rationnelle et la plus conforme à l'usage
du \* siècle.
Nous ne parlerons pas du nom de royaume d'Arles, employé par
quel(]ues historiens du xvn" siècle*, parce qu'il a un sens spécial,
1. Atlas liùt.. texte, p. 7i, 81, 82.
2. Les historiens de la Bourgogne, naturellement : I\\K\niN (Ann.
fie Bnurçiogne. Lyon. 156(), in-fol.) ; A. Dr CHESNb; (Ilist. des roijs. durs
pt comtes de Bourijo;/ne et dWrIes. Paris, 1619, in-4) ; I). Plvncheu
(Ilist. générale et particulière de /iourgor/ne. Dijon. IT."!!). in-fol), con-
sidèrent ces personnages comme des rois de IJourgogne, y compris
Charles. Ceux de la Provence, au contraire, C de Notre-Dame, Bouche.
Papon (I/ist. générale de Provence. Paris, 1777, 3 vol. in-V) disent
« royaume de Provence ». (^uant à l'expression « royaume d'Arles » on la
ren(5ontre aussi quehiuefois. notamment chez (VVAbène (De regno Bur-
gundiae Transjuranae el Arelalis. Lyon, 1602, in-'i) et chez Bonis (La
rogalle couronne des roys d\[rles. Avignon, 16'il, in-'i); Fantoni
CASTiifcci, Ilisl. délia Cilla di Avinione, p. n, parle de la question
comme étant discutée.
3. Parmi les plus récents. Diemmleu, Oslfr. Reicli. 1. 111, Register.
v" « Boso » et « Ludwig ». .\. Ghîv, Annuaire de V Ecole des Ûaules-
Eludes, 1896, p. 55.
'i. M. Beiînmu). Inceriilude de la chronologie au Mogcn âge (dans le
2S-2 .. UOYACMI': I>K l'IlON KNCi: » Kl' ■• l'.DY.UMK DK IJOUUGOGNK "
et s"a|)pliq.uc |)i()preiueiil aii\ paxs provciiaiil de riiéritage de
Rodolphe le l^'ainéanl cl soumis aux empereurs i;ermaiiu|iies. C'est
à eux aussi que eonvieiit seulement le nom de royaume d'Arles et
de Vienne, eonsaeré i)ar le beau livre de M. P. Fournier'. Quant
au terme de Gaule Cisulpine, (|ue Ton trouve empIo\ée pour
désigner soit le royaume de Provence -, soitrétal formé de la réunion
de celui-ei el de la Bourgogne ^ nous ne trouverions aucun avantage
à I enter de ladopler. Il est le plus souvent une réminiscence de
ranti(|uité elassicpu', une expression recherchée de (pielques écri-
vains, et s'il ligure à la lin du ix*^ siècle dans un documeni oriieiel ',
c'est, semble-t-il, avec un sens un peu vague. .Nous ne discuterons
donc (|ue la (piestion (]ui se pose entre les deux e\i)ressions :
rot//iiiine de Provence, et roijaiime Je lioiirtjofjne ou de Boar-
(jixjnc cisjurnne.
I
Il est ceilaiii (pie imus ignorons eomplelemenl le litre (jue prenait
lioson. Nous ne savons même s'il en prenait un, l'usage des sou-
verains carolingiens n'étant pas, comnu^ Ton sait, de spéciti(>r dans
leurs actes le nom du pa\ s sur leipiel ils régneid. l'n «liplonie lui
donne, il est vi-ai, le litre, Iresohscur d'à il leurs, de « roi des Hurgondes
et des Ausounes» ", mais cet acte est un [au \ du \i'' siècle. In di|)lônu'
de Louis l'Aveugle est daté hiuio .serniu/o re</iuinle Liidovico re^e
in Burgundin sen Provincia''. Il laissei'ail donc la (luestion dans le
doute et de plus il est très vraisemhlahle (pie ces mots, cpii ne se
rencontrent dans aucun autre diplôme de Louis, sont une addition
due au scril)(> (pii, sous la direction de saint Hugues, compila au
\i' siècle le carlulaire de l'église de (irenohie. Quant aux acies privés,
(jui portent |);u'fois des désignations ethni(pies ou géogi'aphi(|ucs
Ca/jiitel liisl., t. XII, p. o05) remarque avec raison (juc l'on ne trouve
jamais, dans les documents du moyen Age l'expression /{ex Arelatriisis.
employée pour désif^ner même Conrad le Pacilicpie ôii Uodolplie lit.
1. Le t'oi/ain/ie d'Arles et de Vienne. Paris, 1890, in-8". Le nom de
Hex VVcyme^sî'.s'estquehpiefois appliqué aux deux derniers Rodolpliiens,
mais l'expression de « roi de Vienne» conviendrait aux Bosonides comme
à eux. Cependant, elle n'est pas usitée et nous ne ci'oyons pas ipf il
y ait lieu de chercher à la mettre en usage.
2. Lettre irtlincaiar au comte Cirard ((.'f. supra, p. 26-27).
:>. Four hoilolphe II. cf. Kloooauu, Ann., a. ');J7. Mon. (ierni., SS.,
t. m, ]). 385: jjour Conrad le Pacifique, ihid.. a. •)'»(>, p. 39.'{.
'^. Les actes du concile de Valence (lîouiTiiîs-Kit \iisi-;, Capilidaire,
t. Il, p. :!7(')).
5. Ilhl. lie Fr.. t. IX, ]). ')72 ; cf. siiprn. ]). l'.lS. u" 2.
ù. (Àirtid. (le Cn-Uidde. éd. .Mmuon. p. 72,
.. R(»V.\L'MI': DK l'P.dVKNCI-; .. Kï ,. KdVAlMi; |)|; [IdllUJOCNM „ s-23
accolées au nom des rois iSodolphieiis. ils ne piôsenlenl rien (Tana-
logue pour Charles, pour Hoson ou pour son (ils. Les sources nar-
ratives, au contraire, son! toutes à peu près d accord. lors(|u"elles
mentionnent le fils de Lothaire 11, pour lui donner le litre de rcx
Proi'inci.ic ', ou pour désigner par les expressions Provinci.i, Pro-
rinciae rei/niim, les pays (|ui lui sont soinnis. Il en est ainsi nolani-
ment de Prudence de Troyes *, d'Iliiu-niar '. d'André de Heri,^inie '^
(|ui pouvaient savoir quel était le titre en (pichpie sorle ofiiciel
donné au jeune prince à la cour de son «»n(le Charles le Chauve,
ou de son frère, l'empereur Louis 11. Ilincmar. d'autre piirl. en
s'adressani aux évèques de Charles le.leune pour leur demander de
faire respecter les biens de saint llémi siliiés dans le ro\aiMne de
ce dernier, emploie pour le dési<iner les expressions de Provincia ',
Prorincia Cisidpinn^, alors que nous savons par une autre lettre
(|ue ces biens s'étendaient dans les comtés de Vienne et d'Aix''. Le
litre de rex Barçjundiae est, il est vrai, donné à ce même prince
par deux textes annalisli(|ues de la région du nord \ mais en somme
on peut dire que chez les conlempoj-ains le titre de rcx Proviiuute
appliqué à Charles est à peu prés const;ud. Il en est de juéme en
général chez tous les ehi-oni<nieurs du moyen âge, chez Réginon'-',
(|ui est presque un con[em[>orain, chez Hugues de Flavigny "', chez
Ôtton de Freysingen*', chez Aubri de Trois-Fontaiues'- (pii emploie,
d'après Otton de Freysingen, le t(M'me de Provincia, nuus aussi
(luchiues lignes plus bas celui de Ihinjundiu, en rattrihucuit à Cui
1. Il est d'ailleurs appelé Charles de Pntvoicr par ceux mêmes qui
adoptent en général l'expression de Ii(>;/aumc il e Bon.rfjvfjne.
2. Ann. Berlin., p. 45: « Karlus vero Provinciam optineret. »
'S. Ann. Berlin., a. 863, p. 61 : « Karolus... rex l'rovinciae. . . mo-
« ritur. »
'i. André de Berg., IIi.'<t., c. 7 (Srripl. fier, fan;/., p. 226). Cf.
Erciiempert, Hi.^l. Lanrj.. c. 19, ih., p. 2'iC
5. Lettre à lioland d'Arles. PYoddakd, llial. Hem. EccL, \\\, c. 21
{Mm. Gerni., S.S\, t. XIII, p. 514; Sciidiis, Be<j., n" 227).
6. I^ettre à Rémi de Lyon, ihid., p. 5L5.
7. Ibid., c. 18, p. 510; SCMORS, lieg., n" 352.
8. Les Annales Lohienses et les Annales Leodienscs, du reste appa-
rentées entre elles (Mon. (jcrm., SS., t. IV, p. 14) : « Karolus filius
« Lotharii rex Burgundiae moritur. »
0. Kéoinon, C/iron., p. 77. « Carolus rex qui Provinciam regebat. »
On peut citer aussi un texte non daté provenant d'un ms. de S. W'an-
drille : « Karolus qui Provinciam gubernabat. » (flisl. de Fr.. t. \il,
p. 44).
10. C/iron. Virdun., Mon. Gerni., SS., t. VIII, p. 354 : « et Carolo
regnum Provinciae ». Sur ce point, il ne se borne pas à reproduire
le texte de Ik'-ginon, sa source principale.
11. Chronicon, éd. Wilmans (.I/o», demi, in us. Schul.), p. 251-252.
12. Mon. Germ., SS., t. Xlll. p. 73'J,
2Si « ROYAUME DE l'IloVENCE >> ET « HUVAUME DE liUEHGUGISE ..
(le liazoclies. On trouve cependant chez ce dernier « Carolus... (jui
« regnabal in Provincia' ».
En ce ([ui concerne Boson et Louis lAveugle, on est moins bien
l'enseigné, et il \ a peut-èlre plus d'indécision dans les expressions
eni|)loyées par les chroniqueurs. Pour le premier des deux souve-
rains, on peut cependant, du passage de Réginon^ relatif à la créa-
tion du nouveau royaume, tirer cette conclusion (|ue le mol Pm-
vincia désignait la partie des Étals de Boson (jue ce dernier possédail
à titre de comte avant rassemblée de Mantaille et (jui passa après
lui à Louis son fils. Ce serait en somme la Provence, au sens où
nous avons employé ce mol ; liurgundia^ au contraire, ce sont les
j);tfji éduens et la porlion de la province de Besançon momenta-
nément rattachés au royaume de rusui-pateur. Cependant, au xii"
siècle, Hugues de b'Iavigny désigne ce royainne par Texpression de
rc(/iiiim Ihir(]nn(U;u' \ tandis qu'au \ni'' (iui de Hazoches '' et d'apirs
lui Aubii de Trois-Fontaines " le font s'étendre sur la /iur(/u/K//a
Irnns lihodunuin alque Provincia. Quant à Louis l'Aveugle, les
Annales de Kulda'^ paraissent désigner par Provincia l'ensemble de
ses états. Liutprand, il est vrai\ le considère comme étant « Pur-
(/nndioniim sauffiiiiie », ce (|ui ne |)eut suffire à le faire (inalitier
de roi de liourgogne. Le leslament de Berlhe, nièce de Hugues
d'Arles, d'autre part, place Vn\]us in nu/no J^rarinciae; mais celte
expression un peu vague même avec le mot rc<jniiin piMil s'appli-
quer seuleineni a la partie méridionale des États de Louis \
Il sendile bien en effet (|ue dans la seconde moitié du i\'' siècle
cl au début du x* le mot Provincia continue à avoir le double sens
(pie nous avons relevé en nous occupant de déterminer la part assi-
gnée au jeune Charles dans le partage de 855.
A. — C'est le pays d'Aix et d'Arles, la « marche de Provence » ;
Hugues est « Arelatensium seu Provincialium comes''* », comme
(inatre-vingts ans |)lus {M l'avait été h'ulcrad. Louis l'Aveugle, en
81)i'°, confirme à Isaac, évé(|ue de (irenoble, ses biens « in pago
i. lîibl. liât. ms. lat. 'i998, fol. 57 r, col. 1.
2. (^Iironi'/ur, a. 879, p. ll'i :«' A Provincia egreditur, totainquo
« lUipgiindiam occupare nititur. » Nous devons cependant citer une
(■hart<! lyonnaise qui qualifie Boson de « rex de Ikirgundia ». (Charles
de Cliini), II" 24.)
;}. Clîron. Virdnn., a. 879; 5.S',. t. Vlll, p. :55(;.
1. Hibl. nat. nis. lat. 4998, fol. 57, col. 2.
5. Mon. Gerni., SS., t. XIII, p. 741.
6. Aini.. Fiild. cunliii. /{adshon., a. 888. p. IKi.
7. Anlfipodosis, I. Il, c. 32. Le ternie de Bunjundio est appli(iué aux
l'i'ovencaux arlésiens dans une intention insultante {Ihid., 1. lit, c. 45).
8. Sur cet acte, cf. supra, p. 2:3:).
9. Lu-ppiuM), Anlapodnsis, 1. III, c. K).
H). l'.arlid. (le GrninhU, éd. Mauidn, p. 05. Nous considérons ce
" royaumf; I)K provknck " r-rr ■• l'.dVAi mk hk liniuGocNE .. 28j
« VuMinensi,vel Luiidiiiu'iisi al(|iie in l'rovinciii » i-t'sliciiriiaiil ainsi
lo sons (le (*e dornier mol, (|ni no s'a|)|)ii(|uo pins qn'ii la parlio
nioridionolo du royannio, auginonlôo dn (îraisivandan. C'est ainsi
onooro(|no corlains aolos ' oonsidoronl conimo /hirf/iindi.t les^ \)n\<,,
|)r()Vonanl dr riiorilaii(> (\c Charles de Provence el de Lolliairc II,
(|ni passèrent sons lanlorile de Cliailes le Clian\c en \eilii dn Iraité
<\o 870.
B. — Lato .sensu le nn>l l'rovincia dcsii^no I ancienne l'roDiiivia
Bnmunn, lo pays situé entre la mer, le {{liône, les Alpes et les IVon-
lières du comté de Lyon-, cette dernière ville étant loujoins, a\ec
son territoire, comptée au nombre des cités bourguignonnes, (juand
bien même elle se trouvait rattachée à im royaume « dont la Pro-
vence formait la moyenne partie^ ». Cependant do nombreux écri-
vains, du \\^ au xi" siècle *, considèrent comme l'ontrant dans la
Provence toute la partie des anciens états de Lothaire V^ située au
sud de la portion d'héritage recueillie par Lothaire II, de ce (pii devint
plus tard la Lotharingie, justitiant ainsi le nom par nous donne au
rovaiuiie de Chai'les le Jeune et fie Louis rAveut!:le.
II
Le nom de Bourgogne, Burç/undia, s'emploie également au
x*^ siècle pour désignei' ditîérentes circonscriptions territoriales, ou
plus exactement des régions assez diverses. Il s'applique, au sens
le plus large, à l'ensemble d'un certain nombre de paci formant,
diplôme comme authentique, mais comme ayant peut-être subi au
xi^ siècle quelques retouches lorsqu'il fut transcrit dans le Cartulaire,
ainsi (lue nous l'exposerons dans notre éfude diplomatique.
1. Assemblée à laquelle assistent les archevêques de Lyon et de
Vienne, tenue à S. Laurent de Chalon et datée de « DCCCLXXIII. regni
« domni Karoli III post morteni nepotis sui Lotharii in I3argundia »
(Mwsi, t. XVII, p. 274).
2. Nous avons déjà relevé le terme de Prorinda aj^pliqué aux pays
dans lesquels se trouvait une partie du patrimoine (le saint ttémi et
qui s'étend au pagus vimnensis (supra, p. 4 à 6). Une charte de Conrad
le Pacifique {fiisl. de Fr.. t. IX. p. 700) y fait rentrer \opaf/us de C.ap.
Les Ahh. Vedaslini (Mon. (ienn., .s'.s'., Il'l. p. 196) placent le .Mont-Cenis
dans les Alpe.s Provintiae. Nous avons dit que les Ann. de Saint-Bertin
mettent expressément Vienne en Provence.
3. LoNGNoN, Atlas hist., p. 46 et 88.
4. Adonis Continuât io I"", Mon. (îerm., SS., t. II, p. 2:)4 : Annalrs
Metteuses, Hist. de Fr., t. VU, p. 185; Harh'lf, (Jhron. Cenlidense.
éd. Lot, p. 103. En revanche, au milieu du xi« siècle, la compilation
connue sous le nom de Chronicon S. Vcdasti semble placer Arles et
Marseille en Ihiri/itudia. (Ed. DkuxISNE. à la suite des Ann. de S. Ber-
lin el S. yaiisl [Soc. Hist. de i'r.]. p. :i9'i).
2Sn ,. ROYArME DK PP.OVRNCR .. ET .• ROYAUME DE BOURHOGNE »
(.'oiniiie la \euslrie ou rA([(iilaine, une flos « ])rovinces » de lem-
pire IViinc ; rétenrhie de eelte Ihir(/undi;i a été déiermiiiée par
M. f^ongiiou ' et nous n'avons pas à revenir ici sur cette <|ueslion.
On trouve aussi ce mot employé dans un sens plus restreint pour
désigner une portion de la Bom-gogne lalo aensu-. ÎNous ne nous
occuperons que du lerme de JJuri/undia ou i-egniim Ihirgandiae, ser-
vant à désigner le royaume fondé par Rodolphe P'" ou celui (jui se
constitua sous Rodolphe II de runion de Fancien ro\annu' de Bour-
gogne. jurane avec les états de Louis rAveugle '.
Rodolphe !'■'■ est en efVet (|uali(ié de re.r de lUinjuiidia pai' ui;
texie contemporain, celui du conlinualeur des Annales de l-'idda*.
On Irouvc la même expression ou le terme é(|uivalen! de rc.v linr-
(/iindionnm, appli<iuée à lui ou à ses successeurs par divers autres
clironi(iueurs, noiannnent par Liutprand'', par le contintuileiu' de
Uéginon^ par Adéinar de Chabaunes\ ])ar Thietmar de Merse-
hourg**. llne charte du cartulaire de Savigny'' désigne Ccnu'ad le
Pacifi(|ue par le liti-e de rc.r in Ihinjandin. CependanI une aulre
épilhèle sajoule souvent, comme \un\v préciser, au mot Burcjundin,
ou le roi rodol|)hien lecoit nne autre (pialification. Ces qualilica-
lions sont extrêmement vai'iées. On trouve assez fréquennnent après
l'union des deux royaumes: rex Alcmannorum seu Provinciac (ou
Provincmriiui) '". Mais il est douteux qu'il faille prêter au rédacteur
de telles formules la pensée de distinguer les deux royaumes de
Provence et d'Alémannie, c'est-à-dire de Bourgogne jurane. On
1. AlluK hislor., texte, p. 88, cf. p. 46.
2. Par cxeiniile, la [Bourgogne Sénonaise et l-Àluenne soumise à
Richard le Justicier; cf. Dux id' RnniuwUd, dans un diplnine de 885
{llisl. de Fr., t. IX, p. 337).
o. C'est en ce dernier sens que l'emploie par exemple Gkuijeut
Letlrati, éd. Havkt. n" 138. — Au contraire, le Chron. brève S. Galli
{llist. (le Fr., t. \'I1!, p. 101) désigne par Burgundia le royaume de
Rodolphe l''"' en parhinlde l'exp dition dirigée par Arnuif en 894 contre
ce dernier.
4. Ann. Fuld. ciuilin. Ualiap.. a. 89'i, p 12j.
5. Aniapuilosis, 1. i\', c. 13.
6. A l'année 937.
7. Ckronique, 1. 111, c. 19 et 37, éd. Ciiav\no.\, p. 139 et IGO.
8. Chronique, Mon. Germ., SS., t. III, p. 845 et 863. Cf. aussi Hucu'ks
DE Flwiony. Cliron. Virdunense. SS., t. Vlll, p. 364 ; Ann. Quedlim-
Iturcfcnsex, a. 98i, .S\S'., t. 111. p. 66 ; .\nn. Snnfjalfenses viaj.. a. 993.
N.S'.', t, /, p. 81; Ann. Finsiedlenxe.^. a. lOhs', .S\S., t. 111, p. 144;
Ann. Anf/ii.slam., a. 1032, .S\S'., t. 111, ]). 125, etc.
9. Car lui. de Savif/nij, n" 91.
10. Cariul. de Saint-Victor de .Uarseille, n" 29; Carlul. dWpt (13. nat.
ms. lat. 17. 778), fol. 3 et 11. — Le titre de rex AJeniannornm est
pai'fois employé seul (CnrUd. de la ealhèdrole de Nice, pub. par Cais
de Pierlas. Turin, 1888, in-4", p. 10, 19. 20; — il s'agit dans ces actes
de Rodolphe 111).
" ROYAUMfc] DE PH(l\ KNCI-: - KT » IKlVUMK liK IKil'RC.OGNK ■• 287
rencontre aussi les lilresdc rc.r \'ii-nin'nsis- dnns les ncles viennois ',
re.v Jurensis^ et d'aulrcs |)liis rares comme re.r in (hillin\ re.r in
(h-illiis'^, rex Chili i;irnm\ re.r (n'nnnnniniim''. Ajonlons endn (|ii('
parfois les sources nari'alives emploient, poin- (l('si«'iier le rosaumc
(Je Bourgogne, la future comte, le terme de Ihinjnndiii siiperior' .
Mais celui-ci ne sy applique du reste pas exclusivement"; il ré-
pond à notre expression de liante liouriiogiic cl s"(»pp(»sr ;i l.i Ihir-
(jandia inferior, le futur duclu''.
De ces titres nombreux le plus iidéressanl poui- nous csl celui de
rexJurensis^ — « roi du Jura » traduit M. liruel '", « roi de Bourgogne
jurane », selon une expression souvent adoptée" ci qui sap|)li(pic
avec assez de justesse à ce royaume (pii s'éleiid;iil sur une porlion
de l'ancien territoire burgonde, sur les deux versants du Jura com-
prenant le diocèse de Besniu;on et une partie de la Suisse actuelle.
Mais par suite de l'exlension de la /inri/iin(li;t nu sens large du mot,
par suite aussi de lannexion du royaume de Louis r.\ve\igl(^ à celui
1. Cartiil. de Sainl-André-le-Bas, w^ 102, ll:{. IIG. 120, 121, 122.
2. CarluL de Saint-Andn- le liax, ii'"^ 74 et 75 ; (llitirLes de Cluiu/,
n"' 724 et 1210; Carlul.de Savù/ni/, n"« 38, 101, 104, 123, 125', 181,
135, 167, 191, 203, 260; Fi.ono AHi), Atninle.f, an. 951.
3. Chartes de C/uni/, n" 1494; Cariai, dr Savif/»!/. iP- 174. 261.
4. CarluL de Snvigny, n""* 61, 146, 157.
5. CarluL de Savigny, xv 152.
6. RicilER. Hisl., 1. li, c. 53.
7. Ann. Fuld. Conlin , a. 888.
8. Flouoard, Cliron.. a. 967. Mon. (]i'rm.,SS., t. 111, p. 'lO'i : IIugcks
OE Fleury (/6.. p. 317) rapplique à la Bourgogne de Richard le Justi-
cier.
9. .\i;iuîi ni: Trois-Fontainms. Chron., Mon. Germ.. SS., t. XXIII,
p. 747; Citron. S. Benif/iii, éd. lioroAin, p. 115; IlrorES nE Flwignv.
Citron. Vtrdiin., Mon. Germ., SS., t. VIII, p. 358 d'ap. le précédent.
Ajoutons que Ton trouve inver.-iement les muts ri'ijituiiî Burgumliae
employés pour désigner la Bourgogne en général, ("est ainsi que
Foulques, archevêque de Reims, qualifie Paris de « caput et iiiti-oituni
regnoruin Neustriae atque Burgundiae ». (Fi.oDoARn, llisl. liem. ErcL,
1. I\y c. 5, Mon. Germ., SS., t. Xlll, ]). 563).. Fne formule de la Col-
leclio Flaviniaccnsis (n" 43 ; Zi:r.\iEU, p. 481) place dans le regnum
Burgundiae l'abbaye de Flavi^ny qui ne fit que très temporairement
partie du royaume de Boson (mais c'est une erreur de dire comme
/ei:.\ier, Inlrod., p. 470-471, qu'il n'en fit jamais partie, l'évèque d'Au-
tun ayant reconnu Boson). Une charte de (^luny de 957 place .Màcju in
pago Burgundia (u" 1040). Jean VIII dit Vezelay, in regno Burgun-
diae (IIi.'>l. c/" /•'/•., t. IX, p. 176) et emploie la même expression en par-
lant du monastère de Montiéramey « in territorio 'l'ricassino, in regno
« Burgondionum » (Bulle du 16 septembre 878, publ. i)ar d'ARRnis oe
Ji;5AlNViLLE, /iil)l. Ec. Cil., t. XV, 185'i, p. .281).
10. Chronologie des rois de F rame et de Bourgogite. p. 81.
11. .Notamment par Giugins, qui ordinairemant n'est pas hear*3ux
dans le choix de ses termes, et par .M. Dafour, (jui a étudié le.i divers
titi'os partes par les Rodolphicns.
288 .. R()YA[:MK 1)K PI'.OVENCF .. ET ■• ROYAUME DE BOURGOGNE "
<k' Uodolplie II, on s'est habiliK' h faire rentrer Thistoire du premier
dans celle de la Bourgogne, à le désigner comme son voisin du
nord sous le nom de royaume de Bourgogne. De là, pour les distin-
guer, remploi chez les historiens modernes des expressions de
Bourqo(/ne Iransjuninc et I^oiir(fO(fne cisjiirane.
Le mot de Traiisiurane se rencontre à répocpie carolingienne.
Adon ' remploie pour désigner une portion des territoires que l'em-
pereur Louis II recueillit dans la succession de son frère Charles;
lions avons considéré (pfil s'appliquait dans ce texte aux deux dio-
cèses de Tarentaise et de Belley, mais ce vocable, on celni (VUlIra-
Jureiifis^ est plus ancien ([n'Adou de Vienne. iNous savons qu'il
s'a|)pli(|nait à la lin de l'époque mérovingienne, et encore au temps
de Pépin le Bref, à nn \à<.{e pac/us, comprenant plusieurs comtés-,
et placé sous l'autorité d'un duc ou d'un patrice ^ Les textes ne
mentionnent expressément, comme en faisant partie, que \e p,i<fiis
d'Avenche^, mais il est probable (|u"il en était de même de tous les
pavs bvn-gondes soumis aux Francs au delà du Jura, des diocèses de
Belley, de Genève et de Sion, ainsi que de ceux de Tarentaise et
d'Aoste". A l'époque carolingienne, il semble bien quel'Ultrajurane
ait continué à subsister comme unité politique et administrative et
qu'il faille la recoiuiailre dans le ducnlus iiifer Jiirttm et inonicin
Jovis (pie possédait Hubert l'abbé*^ et (|ui, ])assant ensnite an
1. Ad(i\, Chron., Mon. Gcrm., SS., t. II, p. 222.
2. FRÉoÉGAHiE, Chron., I. IV, c. 2'i(SS. BR. Meroio., t. II, p. 130);
I. IV, c. 43 {ibid., p. 1^2), où il est question de plusieurs comtes du
fuigiifi Ultrajoranus révoltés contre le duc lierpo. Ailleiirs {Fredegarii
Contin., c. 35, i/nd.. p. 183), il n'est question que (ïun comte de l'Ul-
trajurane.
3. Fkedéc AFRE, lor. cit. Le titre de palricius est peut-être cepen-
dant personnel à Protadius.
4. Frédéuaihe, C/ii-on., 1. IV, c. 37, p. 138 et 1. IV, c. 41, p. 141.
5. Du texte du Continualcur de Frrdegairi', c. 35, p. 181, il ressort
que, du temps de Pépin du moins, la Viennoise n'était pas comprise
dans V fJUrajnrensis Burijundia. — 11 est possible qu'Aoste ait continué
à faire partie du duché de 'l'ransjurane jusqu'en 855, mais parait en
avoir été détachée à cette date au plus tard (Piiiliimin, Le deuxième
r.oyaunie de Bourgogne, p. 260).
6. Cf. supra, p. 49 et 149. Nous ne sommes pas, du reste, fixés sur
l'étendue de ce territoire dont le centre politique au temps d'Hubert était
l'abbaye deSaint-Maurice d'Agauae.ll ])arait avoir compris, outre leValais
dont Agaune faisait partie, le diocèse (le Lausanne, où se trouvait la ville
d'Orbe, près de la(|uelle fut tué Hubert lorsque ('oiirad cherchait à
l'cîxpulser « des honneurs qu'il déteiuiit injustement». INous ne voyons
l)as qu'il se soit étendu sur le Bugey, pays ultrajuran, mais une partie
du diocèse de Besançon, pays que sa situation ^-éo^rapliiciue ne permet
pas de considérer comme trtin^jnrcnxis, par rapport au royaume franc,
était sous la domination d'Hubcu't. Ce pouvait être à un autre titre
(ju'à celui de pays faisant parties ^w (hicalii.'i.
. ROYAUME DE PROVENCE ■. ET ■. ROYAUME DE BOURGOGNE • 289
comte Conrad, fut lo centre et le premier noyau du royaume des
Rodoli)liieiis.
Mais en dehors du texte dAdori, l'expression Iransjurensis, si elle
existe, est rai-e à l'époque carolingienne, et il ne semble pas notam-
ment (|u'aucun contemporain l'emploie pour désigner la Bourgogne
de Rodolphe I"'. C'est donc surtout une expression usitée par les
modernes et adoptée par eux pour faire pendant à l'expression de
Bourgogne cisjuraiie », appli<iuée aux états de Boson et de Louis
l'Aveugle. Or, le mot « ('isjinane » ne remonte pas à l'époque caro-
lingienne. Il ne se trouve même pas dans les œuvres des plus anciens
historiens de la Bourgogne et de la Provence, N. Vignier-, Bonis ^
d'KIbène^, (pii connaissent cependant le nom de « transjurane ».
Celui de « cisjurane » paraît avoir été introduit dans l'érudition par
le savant J.-D. Scliœpilin. Celui-ci consacrant en ll'M) un bon mé-
moire ^ à l'étude des partages successifs de l'ancien empire de Lo-
thaire I", oppose fréquemment à la Transjurane la Bourgogne cis-
jurane. Il ne paraît pas, du reste, attacher plus d'importance à
cette distinction qu'à celle qu'il étal)lit souvent entre la Bourgogne
cis el trans Ararim. L'expression a passé depuis dans un certain
nombre d'ouvrages histori(iues.
Si les expressions cis- et transjurane ne correspondent pas à un
usage carolingien, nous n'hésitons pas à dire qu'elles ne sont ni
l'ationnelles ni commodes. Pas rationnelles: d'une part le royaume
de Rodolphe 1" dont les /ja^/i du diocèse de Besançon constituaient
une part importante, n'est pas transjuran dans son entier; il est
jui-an, à cheval sur le Jura ; — d'autre part le royaume de Boson n'a
rien à voir avec le Jura^ il n'est en deçà ou au delà par rapport à
rien. En bonne géographie la Bourgogne cisjurane comprendrait
la Champagne méridionale et le Sénonais, avec une partie de la
Franche-Comté; Boson n'a régné sur aucun de ces pays. Cesdési-
\. On ne la trouve ni dans les Ann. Berlin., ni dans les Ann. Fuld.,
ni dans Réginon, ni dans Liutprand, ni dans I-'lodcard, ni dans Richer,
et nous ne l'avons rencontrée dans aucun texte diplomatique.
2. Burgtindionum Chrunicon, préface non pai^inée, fol. 2 v'% où il
distingue la Bur(jundia Transjurana et la Bunjimdia Arelatensis et
Liif/diinensis.
:i. Bot/aile couronne... d\irles, p. 144. Il parle de « la Bourgogne en
décade la Saosne, de la B. transjuraineou alpine, de la B. de la Saosne
qui s'étend jusqu'à Arles en la mer ».
4. De ref/no Burfj. Traasjur. et Arelalcnus, p. 43. 11 donne à Boson
le titre de Bex Burgandiae, mais ne parle pas de Cisjurane.
5. Di^spi-talio historicd de Burf/umlia cis- et transjurana, quam
praeses J.-D. Schœptlinus et J.-F. Faust in aima Argentoratensium
universitate solcnni doctorum examini exponunt. Argentorati,
MDCCXXX, in-4.
6. Sinon de s'être étendu quehjues mois sur les pays transjurans de
Genève et Lausanne.
l'oui-AiiuiN. lloijuiDiu' de Provence. 19
290 « ROYAUME DE PROVENCE •■ ET « ROYAUME DE ROURGOGNE »
gnations sont incommodes', car elles nécessitent un effort de mé-
moire lorsqu'il est nécessaire de se rappeler à quoi correspondent
ces noms arbitraires. Le royaume de Charles de Piovence et de Louis
l'Aveugle n'a guère de Bourguignon que le Lyonnais, et la domina-
tion de Boson surTAutunois, le Chalonnais et le Maçonnais et le pays
de Besançon a été trop éphémère pour qu'il soit nécessaire d'appeler
« Bourgogne ^ » son royaume et surtout celui de son successeuj'.
Cette expression est, semble-t-il, moins conforme à l'usage contem-
porain que celle de royaume de Provence^ et elle entraîne l'emploi
des expressions de trans- et cisjurane. La première de celles-ci est
à peine carolingienne, la seconde ne lest pas du tout et elles ont
toutes deux le grave défaut d'être parfaitement illogiques et incom-
modes.
1. Ajoutons qu'elles occasionnent des lapsus fréquents.
2. Tout au plus pourrait-on dire pendant quelques mois, pour Boson
seul, Bourgogne-Provence, comme M. de Manteyer {Iji marche de
Provence, loc. cit., p. 54). Mais ce nom conviendrait mieux à l'état formé
par la suite du traité de 933.
3. Bien constatée pour Charles, et que nous pouvons par analogie
appliquer aux souverains qui ont régné sur les mêmes territoires.
APPENDICE II
LES COMTES GIRARD SOLS CHARLES LE CHAUVE
Les textes font connaître un certain nombre de personnages
ayant porté en (laule au ix*" siècle le nom d'origine gei'inanique
latinisé en GerardusK Gomme les anciens ailleurs ont une tendance
à les confondre et notamment à les identifier tous avec le régent
de Provence, il n'est pas inutile dénumérer ceux de ces personnages
qui ont occupé une situation assez élevée pour que la confusion
soit possible, et de grouper les quelques indications que Ton peut
posséder sur leur compte.
§ 1 . Girard, gendre de Pépl\ d'Aquitaine.
§ 2. Girard, comte de Bourges.
§ 3. Mentions indéterminées.
§. 1. Girard comte a Limoges, gendre de Pépin d'Aquitaine*.
Un duc Girard figure parmi les partisans de Louis durant sa
lutte contre ses fils rebelles, et fut envoyé par l'empereur remis en
liberté auprès de Lothaire, alors en fuite devant son père^ Il est
bien probable qu'il faut identifier ce personnage avec le « comte
Girard, gendre du roi Pépin » mentionné en 839 parmi les alliés du
jeune Charles le Chauve parla Vifa Hludooici^ et par IS'ithard',
et qui en 840 commande un corps de troupes à Limoges®.
1. Gairardus, Gerardus, Girardus. Nous adoptons, comme M. Lon-
fi:non, la forme Girard qui se rapproche plus que Gérard de la forme
Girart employée au moyen âge.
2. Sur ce personnage, cf. Mabille, Le royaume d'Aquilaine, p. Ifi,
mais sa notice est inexacte sur plus d"un point, c'est ainsi qu'il attribue
à Girard une mission auprès de Louis le Pieux, dont l'aurait chargé
Louis le Germanique. Mais le texte de Tiiég\n(//js/., c. 47, Mon. Germ.,
SS., t. II, p. 600) auquel renvoie Mabille, parle d'un comte Gebehar-
(his, sans duute comte de Lahngau (Duemmler, Ostfr. Ih'ich, 1. 1, p. 92).
I>'erreur, du reste, est ancienne, car la confusion avait été faite par
Gri DE Bazociies et d'après lui par Aubri de Trois-Fontaines {Mon.
Germ., SS., t. XXIII, p. 731).
3. Thégan, HisL, c. 54 (Mon. Germ., SS., t. II, p. o02). « Imperator
« misit legatos suos post illum [Lothanum...]Gerhardum nobilissimum
« ducem . . »
4. Vita Hludovici, c. 61 {Mon. Germ., SS., t. II, p. 645).
5. ffi.sloria. 1 II, c. 3.
6. Loui' DE Ferrœres, Lettre, 28 (éd. Uesdevises, n" xiv). M. de
292 LES COMTES GIRARD SOUS CHARLES LE CHAUVE
On a dit' que sa femme se nommait Berthe, et Ton reproduit
encore quelquefois ce renseignement-, mais il ne paraît pas exister
de texte ancien qui appuie cette affirmation ^ Celle-ci provient
très vraisemblablement d'une confusion entre le gendre de Pépin et
Girard « de Roussillon ». L'identification des deux personnages,
qui rattacherait le régent de Provence à la maison royale caro-
lingienne, a en effet été proposée par divers érudits des deux der-
niers siècles, notamment par Ménestrier^, lion. Bouche ' et le
P. Anselme ^.
A cette identification on a répondu en objectant que Girard,
gendre de Pépin d'Aquitaine, avait été tué à Fontenoy le '2b juin
841. C'est du moins ce que les érudits affirment depuis Baluze^
en citant les uns après les autres le chapitre 16 du IIP livre de la
Chronique d'Adémar de Chabannes.
En réalité le passage allégué ne parait pas figurer dans le texte
original d'Adémar\ mais on le trouve dans le texte donné par
Labbe'. Or celui-ci a fait son édition d'après un manuscrit rema-
nié'" et de plus il a corrigé son texte par conjecture comme il est
aisé de s'en rendre compte en rapprochant les deux leçons.
Labbe, Bihl. Nova Mss., t. II, B.NaL, Ms. Lat. 5296, f" 1 1 S v\
p. 161 ; Hisl. de Fr., t. VII, p. 25. « Et in supradicto prelio occisis
« In supradicto praelio occisis « Raterio et Girardo quicumque
« Raterio et Girardo qui uterque « erat génère Arvernis extitit
« erat gonerPipini, Arvernis ex- « Willelmus comes Lemovice
« titit Willernus comes Lemo- « vero Raimundus'^ »
« vicae vero Raimundus. »
Lasteyrie, Hist. des comtes et vicomtes de Limoges, p. 22-24, croit que
Girard n'était point comte « de » Limoges ni « de » Clermont, mais y
était à la tête d'une division purement militaire.
1. D. Vaissète, Hist. de Languedoc, t. I, col. 1010.
2. Desdevises du Dézert, note à la lettre citée de Loup de Ferrières,
p. 78.
3. D. Vaissète ne renvoie point à d'autre texte que ceux de la Vita
Hludovici et d'Adémar, qui ne donnent de nom ni l'un ni l'autre.
4. Hist. de Ltjon, p. 238.
5. Hisl. de Provence, t. I, p. 730.
6. Hist. généalogique de la maison de France, t. I (172G), p. 144.
7. LvNGNON, Girard de Boussillon dans r histoire, p. 242; Mabille,
Le royaume d'Aquitaine, p. 17 ; Desdevises du Dézert, l. cit.
8. Au moins tel que le donne (."havanon à la page 133 de son édition.
9. miÀiotheca Nova, Mss , t. II, p. 161.
10. iMs. C. du classement de M. Chavanon {hUrod., p. xx etxxvilt);
M. Lair, Etudes crilit/ues sur divers textes des A'" et XI' siècles, t. 11,
p. 111-112, llistoria d'Adémar de (Ihabanee, considère ce texte comme
émanant d'Adémar lui-même.
11. M. Chavanon n'a pas cru devoir reproduire en note ce passage.
LES COMTKS GIl'.Ani» SOIS CIIAIU.RS I.K CUAIIVK 203
L'on n'a donc, pour Cairo mourir à Fonlonoy un comte (liiard,
qu'un texte très postérieur, celui du remaniement d'Adémar de
Chahannes. L'hypotlièse (|ue ce comte tué en Mil aurai! été leuendre
de l\'pin 1", ne s'appuie que sur la correction conjecturale de I.aithe.
On pourrait à la rigueur considérer celle-ci comme inutile, en in-
terprétant les mots « quiciinque ernt génère » par « (pii l'un et
l'autre étaient de noble race », — ou en suppléant el avant r/j;/-
cun(/ue, avec une ponctuation forte après (/encre.
En outre on a fait de (iii-ard, gendre de Pépin, un comte d'Au-
vergne ou de Clermont, ayant eu pour successeur dans ce comté
son frère Guillaume, lequel aurait été l'aïeul de Bernard Plante-
velue'. Mais le lien de parenté entre ce Guillaume et Girard n'est
également connu (|ue par un passage du remaniement d'Adémai-.
On peut cependant afiirmer que les vraisemldances sont en
faveur de l'opinion (|ui distingue Girard de Limoges el le régent de
Provence.
cl. Le remaniement peut avoir une valeur histori<|ut' cl la con-
jecture de Labbe n'est pas inacceptable ^
h. Si Bertbe, femme de Girard « de Roussillon » avait été de
race royale, son épitapbe et même la légende en auraient sans
doute conservé le souvenir '.
c. Girard de Limoges fut, en 840, partisan de Charles le Chauve.
Son homonyme de Vienne paraît avoir été toujours dévoué h
Lotliaire, et en cette même année 840 combattait, en (pialité de
comte de Paris, le roi (pie soutenait le gendre de Pépin *.
i; 2. GnUlil) COMTI- DE BoLIRtiES.
On est également assez mal renseigné sur sa vie. Mais bien (pie
l'identification avec le comte de Vienne ait été proposée par D. Vais-
sète\ par Schœpflin^, par M. de Terrebasse^, elle semble assez
inadmissible. Eji effet, ainsi que l'a remarqué M. Longnon^ Charles
1. Mabu^le, Roijaume d'Aquitaine, p. 17. La lettre de Loup de Vev-
rières semble cependant contraire à cette hypothèse.
2. Elle est admise par M. de Lastevuie, op. cit., p. 18.
3. La remarque a déjà été faite par M. de Teriieuasse, Ilist. de
Mona. Girard de Roussillon, intr., p. xi.iv.
4. NiTIIARD, Hist., 1. II, c. H.
5. J/ist. de Langited., t. III, p. '-i.
6 Alsalia illustrala, 1. 1, p. 779. f|ui donne cependant de Girard de
Roussillon une bonne généalogie. Il faut ajouter que BorciiE (Ilisl. de
Prorenre, t. I, p. T.'iO, cf. supra, p. 292) le cunlbnd avec le comte de
Limo.tres, identifié lui-mcine avec Girard de Roussillun.
7. Ilist. de Girard de Roussillon, intr., p. xxiv.
8. Girard de Roussillon dans r/iisloire, p. 261.
294 LES COMTES GIRARD SOUS CHARLES LE CHAUVE
le Chauve, à la requête de Girard de Provence, accorda le 7 janvier
868 un diplôme au monastère de Vézelay, au moment même où il
était en marche pour aller châtier le comte de Bourges rebelle'.
Girard avait été investi des fonctions de comte de Bourges anté-
rieurement à Tannée 855, date à laquelle il est mentionné dans un
diplôme de Charles le Chauve *. Il parait, à la même époque, comme
possesseur de biens en Limousin et échange ceux-ci contre des
domaines en Berry appartenant à Tévêque de Limoges Stodilée^
Mais en 867 Charles le Chauve voulut lui retirer son comté pour le
donner à un certain Ecfrid. Ce dernier, abbé de Saint-Ililaire de
Poitiers, jadis comte de Toulouse en 842*, plusieurs fois révolté
contre le roi, avait fini par se réconcilier avec lui en 864 à la suite
de la rébellion de Charles d'Aquitaine ^ En 867 il avait, dit Ilincmar,
corrompu Charles en lui livrant son abbaye et en lui faisant encore
d'autres présents^. Mais Ecfrid ne put se mettre en possession du
comté de Bourges et fut, au commencement de 868, tué par les
hommes de son adversaire (|ui refusait d'abandonner ses « hon-
neurs^ ». Charles, qui s'était, dans la seconde quinzaine du mois de
décembre 867 ^ mis en marche pour soutenir Ecfrid, reçut à Pouill}
la nouvelle de sa mort. Sous prétexte de le venger, il pénétra dans
le Berry et y laissa commettre par son armée d'etfroyables ravages,
sans parvenir cependant à expulser Girard (pii continua de se main-
tenir dans le pays « avec ses cnrniles'-' ». Ses « honneurs » furent,
en 872, donnés au comte Boson '", mais nous ignorons si Girard était
mort à cette date, ou si le nouveau titulaire, envoyé en Aquitaine
comme hajulus du jeune Louis, devait, ainsi qu'Ecfrid en 868,
expulser son prédécesseui- pour se mettre à sa place.
1. Ilisf. de Fr., t. VIII, p. 608. Le diplôme est daté de Paxdiaruw.
c'est-à-dire de Pouilly-sur-Loire (Nièvre, arr. Cosne, ch.-L de canton),
et l'on sait par les Ami. Berlin, que Charles passa par cette ville au
cours de son expédition.
2. Hisl. de Fr., t. VIII, p. r)'i3. C'est une concession au monastère de
Saint-Sulpice de Bourges de biens parmi lesquels « census quod Girardus
« cornes sive quicunque comitum habuerunt de Obunciaco villa. »
3. Lasteyhie, op. cit., p. 99.
4. Hist. de Lang., t. I, p. 1105, n. 3 [E. M.].
5. Md., t. II, p. 299.
6. Ann. Berlin., a. 867, p. 90.
7. Ibid , a. 868.
8. Le départ de Charles se place entre le 13 décembre 867, date à
laquelle il était encore à Corbeny dans l'Aisne (.In//. Berlin., p. 90) et
le 26 du mi'ime mois, où dans sa marche vers le Berry, il se trouvait
à Auxerre. {Ilist. de Fr., t. VIII, p. 507.)
9. Ann. Berlin., loc. cil.
10. V. .'Oipro, p. 6."). Les /In//. Berliniani à l'année 872 n'accolent au
nom du comte de Hourf^es ni l'épithète do quondam ni aucune autre
pouvant faire supposer (ju'il fût inorl à cette tlate.
LKS CUMTKS CIliAlilt SOIS (JIIAlilJlS LK CIIAL'VK
§ 3. Mentions diverses
Il y a enfin nn certain nombre de mentions de comtes Girard
«lu'il est nécessaire d'examiner pour les appli(|uer soit à Tun on
lautre des trois personna<res déjà connus: (iirard de Bourj^es,
(iirard de Limoges, (Iirard de Vienne, soit à un (|uatriéme person-
Majje de même nom.
En 853, l'article 4 du capitulaire de Servais' mentionne un
comllalas Girardi dans lequel sont envoyés comme missi l'évêque
de Thérouanne, P^olcuin, et trois comtes, Engeschalk, Bérenger et
Adalgaire. Il ne peut s'agir du comté de Bourges j)uisque tous les
autres paçji énumérés par les articles voisins du même Capitidaire
appartiennent à la Gaule septentrionale. On peut pour la même
raison écarter le comté de Limoges ou de Clermont, occupé par le
successeur du gendre de Pépin d'Aquitaine, ou par celui-ci lui-
même, s'il n'était par hasard point mort à cette date. D'autre part,
(iirard de Vienne était sujet de l'empereur Lothaire et non de
(Charles le Chauve. Donc ou bien ce (îirard est le futur comte de
Bourges titulaire alors d'un autre comté, ou bien il représente un
individu du même nom distinct des trois précédents.
Mais il est d'ailleurs très vraisemblablement le même qu'un
comte Girard que l'on trouve à Verberie, le "29 octobre 8(ô3, assis-
tant à l'assemblée dans laquelle furent jugées les [)rétentions de
l'abbaye de Saint-Calais-. Ce personnage, le 4 novembre de la même
année, souscrit la confirmation générale des biens de l'église de
Bouen accordée à l'archevêque de cette ville, Wénilon, par Charles
le Chauve ^ Enfin, le 22 juillet 870, Charles le Chauve conclut un
écliange des domaines en Perthois et en Barrois avec un comte
Girard dont il reçoit, en retoiu". des biens sis au p;ujiis de Changy*,
(|ue ledit comte avait précédemment reçus de l'empereur j^ouis
le Pieux ^ Ce (jirard ne parait pas être le comte de Bourges, alors
révolté depuis deux ans, non plus que le comte de Vienne, contre
l(M|uel Charles allait, (pieliiue temps après, diriger une expédition.
11 semble plus naturel de l'identifier avec le comte (jirard du ca|)i-
1. B(iRETirs-KR\rsE, t. Il, p. 275.
2. Mansi, t. XV, p. 67i; Jul. H WET, (Jucslions mèruvi)u/ietines, p. 190.
Ce dernier, non plus que Mansi, ne donne aucune identitication des
personnages laïques signataires de l'acte.
:j. Ilisl. de Fr., t. VIII, p. 5S8-r)89.
'i. Cliangy, Marne, arr. Vitry-lc-P'rançois, cant. Heiltz-le Maurupt
5. A. l?()SERnT, Diplômes (jivoliwj if n'a originaux don Archives de la
Haute Marni'. i). 11.
296 LES COMTES GIRARD SOUS CHARLES LE CHAUVE
tulaire de Servais, bien qu'il soit impossible de faire de ce dernier
un comte soit du pac/us de Changy, soit du Perthois ou du Barrois
pnis(|ue ces trois territoires sont énumérés à l'article 5 du même Ca-
pitulaire et par conséquent distincts du cotnifalus Ginirdi.
D'autre part rien n'indique qu'il faille identifiei" ce Girard avec
le comte du même nom à la requête duquel Charles le Chauve^
à une date indéterminée, fît don à l'abbaye de Saint-Serge d'An-
gers des deux domaines de Champigny-le-Sec ^ et de Menillé '. Ce
comte, (|ui porte dans l'acte le titre de « comte etabbé^ » du monas-
tère de Saint-Serge, avait plus probablement son siège soil en
Anjou, soit dans les pays voisins.
On rencontre enfin, en 877, un comte Girard « fidèle » de Chai'les
le Chauve, auquel ce dernier confia, pendant la seconde expédition
d'Italie, la garde du sceau royal, à défaut (ki comte Adalard chargé
de ce soin". Or, le 1"' juillet, date du capilulaire de Quierzy (pii
renferme cette disposition, Girard de Vienne était très probablement
mort depuis trois mois®, et l'hypothèse — toute gratuite — d'une
réconciliation de l'ex-comte de Bourges avec Charles le Chauve
semble peu vraisemblable. Nous serions plutôt porté à identifier ce
dernier Girard avec celui dont nous trouvons encore mention en
870, ce ([ui donnerait pour la période comprise entre 8iO et 877
cin(| comtes an moins nommés Girard :
1" Girard de Vienne, mentionné de 840 à 877 ;
'2° Girard, gendre de Pépin d'Aquitaine, mentionné en 839-810;
3" (îiraj'd, comte de Bourges, mentionné de 855 à 868 ;
i" (iirard, comte en Anjou ;
5" Girard, ancien fidèle de Louis le Pieux, |)ossessenr de bé-
néfices dans la Champagne actuelle, titulaire d'un comté situé dans
la partie septentrionale du royaume de Charles.
1. llisl. de Fr., t. VIII, 'i86.
2. Commune Souzay, Maine-et-Loire, arr. et cant. Saumur.
3. Maine-et-Loire, arr. Saumur.
4. « Sub ipso G. comité vel abbate ».
5. Capilul. Can'sincense, a. 17 (Boiîetii's-Kuause, t. II. p. o59}.
6. LoNONoN, op. cit., p. 2(j'i.
APPENDICE III
BosoN, MARI d'engeltrude (844-874/878)
Un a parfois confondu Boson, fils de Bivin, avec un comte italien
de même nom, mari d'une certaine Engeltrude, et dont il est assez
souvent question dans les textes du w^ siècle, prinoipalomcnl dans
les documents relatifs au divorce de l.olliaire II. On li-ouvera dans le
vohnne si consciencieux et si complet consaci'é par M. B. Farisof à
riiisloire du royaume de Lorraine sous les Carolingiens, à peu près
tout ce que Ton peut savoir relativement aux longues luttes soute-
nues par Boson pour forcer son épouse fugitive à venir reprendre
sa place au foyer conjugal. Ces luttes sont constamment mêlées
aux efforts faits par Lothaire II pour se séparer de Theuttiergc et
pour régulariser son union avec Waldrade. Tout ce côté politique
de l'affaire d'Engeltrude est exposé par M. Parisot avec un dévelop-
pement au(]uel nous ne saurions prétendre. Cependant, nous
jugeons utile de résumer brièvement ce que Ton peut savoir <\c la
vie du mari d'Engeltrude, ne fût-ce que pour i-éunir les indications
nécessairement un peu éparses dans une histoire générale du règne
de Lothaire II et pour indiquer les principales mentions qui ont été
à tort appliquées au futur roi de Provence que nous considérons
comme le neveu du comte italien.
L'identité des noms, en effet, constitue une première |)résonipfi(>ii
en faveur de l'hypothèse d'une |)arenté entre Boson, père de Thout-
berge, et Boson, mari d'Engeltrude. Nous admettons, avec la plupart
des historiens modernes ', et bien qu'aucun texte ne l'atteste ex|)res-
sément, que le second doit être considéré comme le fils du premier.
Ces deux personnages appartiennent en effet à l'Italie, nous savons
d'autre part (pie Theutherge avait, indépendamment d'Ilubert. ini
on plusieurs autres frères (|ui tenlaieiil d'agir en sa faveur à Home
auprès du pape Nicolas f''-. Ilincniar parle d'Engeltrude comme
1. DvEMMLEn, Ostfr. Bcich. t. Il, p. 17: I{(ii:nMi:i{-MrEi(LU\ciiEH. Itey.
Karol., p. 477; Schrœrs, Hinkmar, p. 206; Pauisot, Le royaume de
Lorraine, p. 83.
2. lîÉGiNoN, Chronique, a. 86'i. p. 82 : « A^ontil)us fralribus Tliiet-
bergae reginae, liaec omnia ad noticiam Nichohii j)ap;io dcfernntur. »
Lettre de Nicolas I à Hubert, J vfké, n" 2729.
298 liOSU.N, MAIU D'ENGELTllUbE [84i]
d'une parente de Lothaire'. Nous serions assez portés à eonsidérer
cette parenté comme une sorte d'alliance résultant de fait du ma-
riage du roi avec la sœur de Boson. Le lien existant entre Theut-
l)erge et Kngeltrude e\pli(|uerait aussi en partie les allégations de
cette dernière qui prétendait avoir quitté son mari sous rintlucnce
de la crainte que lui faisait éprouver Hubert, son beau-frcre dans
notre hypothèse^. Ajoutons ((u'en admettant ce rapport de parenté
entre le mari d'Engeltrude et le comte de Provence, on comprend
mieux pourquoi le pape Jean VIII s'occupait avec une telle acti-
vité des intérêts des fdies du premier, alors ([u'il se trouvait au-
près du second et dans les termes de la plus étroite amitié avec lui \
En 844 un comte Boson, dans lequel nous pouvons, avec
([uelque vraisemblance, reconnaître le nôtre, figure parmi les con-
seillers de l'empereur Louis II, et, le 15 juin, assiste à son couron-
nement à Rome '*. Ce personnage avait, à une date inconnue, épousé"
IJn fils de lioson l'Ancien est mentionné dès 826. Boehmer-Muehl-
BACiiER, n" 802 ; Baltze, Capilularia, t. 1, p. 799, n" vui : « De rébus
quas marchio tradidit filio Bosonis. » Nous ne savons ni quel est ce
marquis, ni s'il s'agit d'Hubert ou d'un autre fils de Boson 1.
1. tliNCMAR, De divortio Lolharii, quaest. V (Migne, t. CXXV, col.
754). On a aussi voulu (cf. Parisot, op. cit., p. 165, n. 5) faire d'Ava,
mère de la femme de Lothaire !«"■, une sœur de Matfrid I, père ou aïeul
d'Engeltrude. Ce système explique mieux (|ue le nôtre le terme de
propinqiia appliqué à f^ngeltrude par rapport à Lothaire II, mais il est
purement hypothétique. Les deux opinions d'ailleurs ne s'excluent à
aucun degré.
2. HiNCMAR,op. cit., Inlerr. xsn(MiGXE, t. CXXV, col. 743) : « Solius
Hucberti persecutionem mori timens declinet. »
3. Cf. .supi'a, p. 87.
4. Vita Sergii II papae, c. xiv {Liber Pontiflcalis, éd. Duchesne,
t. II, p. 80-81). Il s'agit bien d'un comte italien, car ce personnage est
mentionné au milieu d'une série d'évêques et d'autres comtes, tels
qu'Adalgis de Bénévent, appartenant certainement au royaume de
Louis II. — Dmemmi.er (Oslfr. He.ich, t. II, p. 5, n. 2) considère cette
mention comme devant s'applitiuor plutôt au père d'tlubert.
5. L'identification du beau-père de Boson est assez doutea,se. Due.mmler
{Ostff. Heieh. t. Il, p. 17) parle sans préciser d'un Matfrid auquel
Lothaire II donna en 843 l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras. Sciircers
{llinkmnr, p. 206) en fait un conite italien. M. Parisot {op. cit., p. 165,
u. 4 et p. 500, n. 3) se prononce pour Matfrid (11), fils (le Matfrid (I),
comte d'Orléans, dont Kngeltrude serait ainsi la petite-fille.
Le comte d'Orléans, auquel l'évèquede cette ville. Jouas, dédia vei's
825 son livre de Imlilutione Inïcali (n'AcuERV. Spicilegiuin, in-ful.,
t. 1, p. 258), se signala dans les guerres civiles comme l'un des parti-
sans les plus dévoués de Lothaire (Nituaru, liintor.. I. I, c. 3-5 ; Ann.
Jh-rtin., a. 834, p. 9). Il fut en 828 privé de .ses bénéfices à l'assemblée
il'Aix-la-ChapelIe {Vila llludovici. c. 41-42; Mon. (ierm., SS., i. Il,
}). 632; Ann. rer/ni Francorum. éd. Kurze, p. 174; BoRETUis-KRArsi:,
t. Il, p. 10) et niourut en 836 (Tue(;\n, ///.s7., c. 55;'SN.. t. II. p. 602).
Les dates, quoi ipfon en ait dit (cf. Parisut. oji. cil., p. 165, n. 4), ne
BOSON, MAIU U'ENGELTRUUE 209
une femme nommée Eiigellnide, fîllc iliiii comte Malfrid (iiii nous
paraît devoir être identifié avec le comte dOrléans de ce nom.
s'opposent donc pas à ce que ce personnage ait été le père d'Engeltrude.
laquelle commença, en 856 ou 857, ses courses vagabondes. Celle-ci
aurait hérité de son père les domaines sis dans les pays rtiénans, au
sujet desquels Jean VIII écrivait en 878 au roi Louis, fils du Germa-
nique et à l'archevêque Liutbert de Mayence (Jaffé, n"^ 3211 et 3267)
les deux lettres dont nous avons déjà parlé (cf. supra, p. 87).
D'autre part, nous rencontrons un Matfrid comte et possesseur de
grands biens dans les pays de Juliers, de Ziilpich, de l'Kifel. mentionné
dans de nombreux diplômes de 843 à 867 (BcEii.MEH-MrEiii.BAriiEH,
n«^^ 1075. 1079, 1080, 1098, 12'i5, 1253 et 1280), DrEM.Ml.ER (Oslfr.
Beich. t. I, p. 119) et Pauisot {lac. cit.) en ont fait non sans vraisem-
blance le fils du précédent. On peut remanjuer d'ailleurs, en faveur
de Topinion qui le rattache ainsi, par son père, au royaume de l'Ouest,
que plusieurs des diplômes dans lesquels il intervient sont relatifs à
l'abbaye de Saint-Denis. Or, ce fidèle de Lothaire 11, encore vivant en
867, ne peut avoir été le père d'Engeltrude. qui est dit défunt en 863
dans le canon IV des actes du concile de Rome (.ln/^ liei'lin.. a. 863.
p. 63). Il faudrait donc dédoubler le second des comtes Matfrid dont
nous venons de parler, ce à quoi semble s'opposer la série assez con-
tinue des mentions relatives à ce personnage. iS'ous considérons comme
plus vraisemblable d'admettre qu'Engeltrude était fille du comte d'Or-
léans, sœur par conséquent du second comte Matfrid, ayant comme lui
recueilli dans la succession paternelle des biens sis dans les pays
rhénans.
M. Parisot, op. cit., p. 164 et p. 500, n. 3, d'après Khi'ec.ek, Die
Ursprung des Hanses Lolhringcn-IJabsburg, p. 8-10, avait, au con-
traire, fait d'Engeltrude la petite-fille du comte d'Orléans. On peut
résumer son système dans le tableau suivant :
1
? Ava
Matfrid L
ép.
comte d'Orléans
Hugues.
(t 836).
comte de Tours.
1
Matfrid H,
Lothaire I ép. Ermenganle.
1
comte
dans les pays
Lothaire IL
M.
rhénans.
1
1 1
itfiid 111. Engeltrude ép. Boson.
1
deu.x filles.
Nous proposons, au contraire, la généalogie suivante
Boson L Matfrid 1,
comte d'Orléans
(■r s;!(i).
I
III I
Lothaire II ép. Tlientberge. Boson ép. Eng>>|trude. Matfrid II.
I comte
deux filles. dans les pays
rhénans.
I
.Matfrid 111.
300 BOSON, MARI IJ'ENGELTHUDE [S:j7-860]
Mais celle-ci, en 856 ou 857 ', Tabandonna pour courir le monde en
compagnie d'un amant, un de ses vassaux du nom de Wangier^
Elle quitta l'Italie et se rendit très probablement dans les états de
Charles le Chauve, où il semble qu'elle ait séjourné au moins
quehpie femps avant de gagner ceux de Lothaire lï •'. Si en eifct en
859 les évèques, réunis à Savonnières, prés de Toid, s'occupércni
de la fugitive*, si, en février 860, il en fut de même à Aix où les
prélats lorrains s'étaient réunis pour examiner l'affaire d'Engeltrude %
le roi de la France occidentale paraît avoir momentanément aussi
reçu dans son royaume l'épouse infidèle du comte Boson''.
Remarquons que Matfrid II avait également des bénéfices dans le
voisinage de l'Italie, car il avait reçu de l'empereur Lothaire la Valto-
line, enlevée à l'abbaye de Saint-Denis, au cours des guerres civiles
(Tardif, Cartons des Bois, n" 168). Ce fait esta rapprocher du mariage
de sa sœur avec un comte italien, et peut être cité comme une nou-
velle preuve de la diffusion des familles d'origine austrasienne sur tous
les points de l'empire franc. Quant à Matfrid III, nous le considérons
comme étant celui qui disputa plus tard aux filles d'Engeltrude, dont
il était le parent, l'héritage de leur mère (Jaffé, n" 3168 ; Migne,
t. CXXVl, p. 787. Dans ce texte, il est dit proximus d'Engeltrude et
eognatus de ses filles). C'est par une confusion entre les noms Mat-
fridus et Mngnifredus, que M. Baiidi di Vi:sme (/ conti di Fi"rona,dans
le Nnovo Archivio Vetielo. t. XI. p. 267) a voulu rattacher Engeltrude,
dont il donne une histoire fort mcomplète, à la famille des comtes
Mainfroi de Lodi et de Turin.
1. Cette date approximative se déduit des expressions employées en
863 par Nicolas I dans sa lettre aux évèques de Gaule (.Jaffe, n» 2748,
Anii. Berlin., p. 65. Anv. Fiild., p. 59) : « Ecce jam perseptem circiter
« annos bac atque illac vagabunda discurrit. » Cela concorde avec les
indications d'ilincmar (De divortio Lotharii, p. 671), d'après lequel,
à la date de 860, Engeltrude aurait quitté son mari « circiter per trien-
« nium». M.Pauisot, op. cit., p. 170, se prononce pour l'année 857-8r)S.
Dès 858, une sorte de circulaire du pape Benoit III enjoint à l'empereur,
aux rois et aux évèques, de contraindre la fugitive à revenir auprès de
son époux (.Jaffé, n" 2673).
2. Son nom se trouve dans Réginon, Chronique, a. 866, p. 8i. La
lettre de Benoit 111, citée à la note pi'écèdente, dit simplement « cum
« adultero transmigraverit », sans donner de nom. Cf. Mansi, t. XV,
p. 33't.
3. M. SciiH(*:us, liiukitiar. ]). 206 et M. PviusdT, op. cit., p. 165, n. 8,
admettent, au contraire, qu'elle se réfugia sur-le-chani}) dans le royaume
de Lorraine, mais les textes que nous citons plus loin nous semblent
s'opposer à cette manière de voir.
'i. HiNC.MAR, Dedivorlio Lotharii, interr. X.XII, p. 676.
5. Ibid., p. 680.
6. On ne peut, comme l'a remarqué Scniioiiits {loc. cit.), tirer des
mots « hac atque illac « de la lettre synodale de Nicolas I, citée plus
haut (n. 3, Jaffé, n" 2748) un argument en faveur do séjours successifs
d'Engeltrude dans plusieurs des royaumes francs. Mais Hincmau (De
divortio Lotharii. (Jiiaest. V. MiGNiî, t. (' XXV. col. 175'») jiaraît dii'c que
ce n't'st (pi'ajjrès l'entrevue de Coblence, en 860. qu'l']ngcl1i'ude se
[860] UOSON, MAIil ll'K.Nr.l-.I.TiUHK 301
C'est néanmoins anprès de Lolliaire 11 (|n"lùigoltrn(le no de-
vait i)as tarder à trouver un appui plus durable. Celui-ci était son
parent ou tout au moins son allié, et il avait |)our adversaires les
ennemis d'Engeltrude, les frères de Tlieutberge. Dans les deux
causes d'autre part étaient engagés certains principes canoniques
dont la solution pouvait intéresser Lothaire. Ce (|ue demandait en
etl'et Boson, c'était seulement de voir sa Cemme l'eprendre la vie
commune'. Kngellrude, au contraire, parait avoir cherché à
obtenir un jugement épiscopal (|ui la dispensât d'une manière
(|uclcon(|ue de cette obligation. Or, si le droit de prendre une autre
femme, pour ne pas être contraint par la faiblesse de la chair à vivre
dans le concubinage, était reconnu à Boson ^, il y aurait eu hi un
précédent pour justifier les théories de Lothaire II relatives à son
droit d'épouser Waldrade, du vivant de Theulberge. C'est d'ailleurs
auprès des deux principaux conseillers de Lothaire II dans l'alVairedu
divorce, (lunlher de Cologne'' et 'l'hentgaud de Trêves % qu'Kngel-
trude parait avoir trouvé plus particulièrement un appui ". C'étaient
rendit auprès de Lothaire n. D'autre part, Charles le Chauve recon-
naît que des lettres pontificales lui ont été adressées dans lesquelles
« invenimus nos increpatos cur fornicarios in regno nostro iinmorari
(c permittamus et non solum ipsam feminamsed etomnesfaventes faci-
« nori ejus » ÇCoiwentus apud Saponarias, de 862, c. iv ; Bouetujs-
Krause, t. II, p. 160). — C'est peut-être à ce passage ou à ce séjour
d'Engeltrude dans les Etats de Charles le Chauve qu'il faut rattacher la
lettre de Nicolas I aux évèques de Gaule, leur enjoignant d'excommunier
Engeltrude si celle-ci ne rentre pas en Italie (Jaffé, n" 2684). — La
lettre de Benoit III de 858 (Jaffé, n° 2673) dit en parlant des premières
courses d'Engeltrude « ad (iallias transmigraverit », mais ce terme
assez général pourrait s'appliquer au royaume de Lothaire IL
1. 11 ne demandait contre elle, d'après llincmar. aucun châtiment,
et ne l'accusait d'aucun crime, mais seulement d'une grande négli-
gence dans l'accomplissement de ses devoirs d'épouse : « Sicut ipse
« Boso dixit, eidem mulieri.quae carosua est, nullum crimen impingit,
« sed non modicam negligentiam quia ab ejus se substraxit servitioet,
«quantum ex ipsa est, ipsum moechari fecit. » (Responsio ad interr.
Guitlharii, Mione, t. CXXV, col. 156.)
2. Le texte cité à la note précédente montre que Boson accusait
Engeltrude de le mettre pour ainsi dire dans l'obligation de prendre
des' concubines, et l'on peut le rapprocher d'un autre passage d'Hinc-
mar relatif à la même affaire (De divort. Loth., inlerr., X.XII, col. 739):
« Et si non ex consensu propter continentiam sed propter discidium
« aliquod separare voluerint, vel eorum fragilitati, si separati se conti-
« nere nequiverint vel reconciliari voluerint, auctoritate sua posse con-
« sulere. . , sicut Bosonis mulier. . . »
3. Sur ce personnage, cf. Parisot, op. cit., p. 152 etpassim.
4. Sur ce personnage, cf. ibid., p. 154 ei pas.sim.
5. Nous exposons plus bas leur rôle dans cette affaire. CL aussi
la lettre de Nicolas I aux évèques du royaume de Louis le Germanique
(Jaffé, n» 2886 : iMansi, t. XV, c. 336).
302 BOSON, MARI D'ENGELTUUDE [859]
eux (lui donuaient « asile à sa prostitution ' » et c'est au diocèse de
Cologne ^ qu'elle séjournait plus spécialement depuis l'époque à
la(iuelle elle avait cherché nn refuge dans les états de Lothaire II.
Ce fut, semble-t-il, d'abord au pouvoir pontifical (jue s'adressa
Boson pour faire cesser cet état de choses. Dès l'année 859 peut-
être'', un concile, tenu sans doute à Milan et présidé par l'arche-
vêque de cette ville, Tadon, prononça l'anathème contre la fugitive
et ses partisans, sans nul effet d'ailleurs. A Savonnières, la même
année, on attira l'attention des évê(|ues sur la situation*. Mais nous
ne savons s'il y eut quelque discussion, et si les prélats se livrèrent
à ini examen de l'affaire. La question fut, comme nous l'avons dit,
reprise au mois de février de Tannée suivante, au second synode
d'Aix, mais cette fois presque exclusivement par des évêques lor-
rains, qu'assistaient cependant Wénilon, métropolitain de Rouen,
Ilildegaire, évêque de Meaux, et Hilduin, d'Avignon'. Boson fut
cité à comparaître, mais parait avoir refusé de i-econnaitre la com-
pétence de ceux (jui prétendaient le juger et il fit défauts
1. C'est du diocèse de Cologne, en effet, que, selon les violentes
expressions du souverain pontife « tam Waldrada quam Engeltrudis,
(c uxor Bosonis, prostitutionis suae sibi lupanaria praeparaverant ».
.Iaffé, n" 2886 : Migne, t. CXIX, col. 1163.
2. HiNCMAR, Besponsio ad (ïuntharium (Migne, t. CXXV, col. 156):
« Et tu episcopus in cujus parrochia immoratur. » Cf. lettre de Lo-
thaire II à Nicolas I (B(*:hmer-Mueiilbacher, n" 1269 ; M.vnsi, t. XV,
col. 384): « Nos Gunthario quia tune in sua parrochia erat
« [Engeltrudis]. »
3. Les canons de ce concile ne nous sont point parvenus et il ne nous
est connu que par les actes du Concile de Latrau de 863 {Atin. Berlin.,
p. 64 : « Sententiam quam a sede apostolica in Ingiidrudera uxorem
« Bosonis sanctissimus frater noster iMediolanensis archiepiscopus Tado
«et ceteri coepiscopi nostri petiverant emittendam. » Mansi, t. XV, col.
609, se borne à indiquer le concile de Milan vers 860. Nous considérons
comme plus vraisemblables les conclusions de Sni\\LE(K{IIinkmarsr^on
Bciins knnonisl. Gutdiclien..., p. 186) etde M. Parisot (op. cit., p. 166)
(jui reportent l'assemblée à 859 ou aux premiers mois de 860. Le pre-
mier nous semble même devoir être dans le vrai lorsqu'il suppose que
1(^ synode de Milan fut antérieur au congrès de Savonnières. Il est
probable qu'il s'est produit quelque chose, peut-être l'annonce de l'ana-
thème prononcé, pour amener, à la dernière de ces deux réunions. —
(■'est à l'excommunication prononcée à la demande des prélats réunis
à Milan que (Jharles le Chauve, à la seconde assemblée de Savonnières
{.\nn. Berlin. , a. 862, p. 61) paraît avoir fait allusion.
4. HiNCMAR, Df divort. Lolharii. interr., XXII, col. 739 : « Bosonis
« mulier de qua in synodo apud Leucorum civitatem habita fuimus cum
« interpellatione commoniti. »
5. Si/nodus Aijuenxix n, dans Boretius-Krause, t. II, p. 466.
6. IIincmar, Joe. cit., col. 743. — L'archevêque de Reims est égale-
ment opposé à la prétention des évoques lorrains de juger Engeltrude
(Mansi, t. XV, col. 789).
[860] F50S0N. MaHI F)'KNGKI,TIU HK 303
Il so rendit au coiilraire au mois do juin à rcntrevuo (|ui eut
lieu à Coblence entre Charles le Chauve, Louis le (lermaiiique et
Lothaire 11 '. C'est très vraisemhlahleinenl sa sousciiplion (|ui fi-
gure parmi celles des trente-trois laïques (|ui signèrent le traité
alors juré-, plutôt que celle de son neveu, Boson, (ils de Hivin,
comme on l'a dit à tort '. Mais cette réclamation demeura sans effet
auprès du roi de Lorraine et de ses évèques. Les derniers soute-
tenaient que ce prince commettrait un acte inhumain eji livrant une
de ses parentes aux i)ei'sécuteurs de celle-ci, alors surtout qui^n-
geltrude menaçait, si son protecteur rahandonnail, de se réfugier
au milieu des Normands^.
Aussi Boson dut-il se rendre encore une fois^ pour cet objet au-
près de Charles le Chauve^ à Tuse> \ le '2'2 octobre SOO. Il cliill por-
1. HiNCMAR, op. cit., Qiiaesf. V, ibid., col. 691 : « Sed et de Hosonis
« nuiliere, de qua idem tioso apud Confluentesreclamavit. » LesQuaes-
tiones, comme le dit Hincmar lui-même, sont de quelques mois posté-
rieures à la partie principale du traité, qui est elle-même d'une époque
un peu antérieure à celle de l'entrevue de Coblence (cf. SchR(*:rs, Ilink-
mar. p. 189).
2. BoRETn:3-KRAUSE, t. Il, p. 154. — L'identification que nous pro-
posons est aussi celle que M. Muelubacher (Dfutsrhc Geschichte unley
den Kfirolinf/rrn, p. 510) admet, et que M. Parisot (op. cit., p. 137
n. 2) paraît juger la plus vraisemblable. Ce dernier pense, en outre,
que Boson, en cette occasion, représentait peut-être l'empereur, ce qui
nous semble assez conjectural.
3. EccART, Commentarii de rébus Fmnciae orienkdis. t. II, p. 476 ;
GiNGiNS, Bosonides, p. 39, qui n'a pas connu le texte d'Hincmar, ou a
jugé plus sage de le dissimuler. M. Bourgeois, Le Capilulairi' de
Kiersy. p. 83 et 92, a suivi dingins. Dtemmler, Oslfr. Reicli, t. II, p. 5,
n. 2, voit dans ce personnage « der jungere Boso » sans que l'on sache
très exactement ce qu'il entend par là.
4. Hincmar, De divorl. Lotharii. inlerr. XXII, col. 473 et Quae.tt. V,
col. 754. Il dit ailleurségalement que l'archevêquede Cologne alléguait
pour la défense d'Engeltrude que celle-ci avait fui « timoré mortis
perterrita » (Besponsio ad Guntharium, Migne, t. CXXV, col. 156).
5. iM. Parisot, op. cit., p. 178, suppose que dans l'intervalle qui
sépare l'assemblée de Coblence de celle de Tusey, Boson était retourné
auprès du pape pour obtenir de celui-ci les nouvelles lettres avec les-
quelles il revint en Gaule.
6. La présence de Boson à Tusey est indiquée par les actes de l'as-
semblée de Savonnières de 862 (Boretiiis-Kiiause, t. Il, p. 160, c. iv.
Sur cette assemblée, cf. Ann. Bertin., a. 862): « Quando ad Tusiacuni
« veni... adportavit mihi Boso ex parte domni apostolici epistolas. »
D'après ce qui est dit dans le texte de 862 de l'objet de l'assemblée de
Tusey à laquelle assista Boson, il est certain qu'il est fait allusion à
celle"qui se tint en ce lieu en 860 (Mansi, t. XV, col. 357). Cela con-
corde, du reste, avec la présence du mari d'Engeltrude à Coblence
dans le courant de la même année. Cf. au sujet des doutes sans fon-
dements émis sur la réalité de la présence de Boson à Tusey, Parisot,
op. cit.. p. 178, n. 2.
7. Meuse, commune Vaucouleurs, arr. et cant. Commercy.
304 BOSON, MARI D'ENGELTRUDE [860-863]
teur de lettres dans lesquelles le pape Nicolas I" invitait Charles à
refuser à la fugitive un asile dans ses États ', et d'autres missives, de
contenu à peu près semblable, que Charles était chai'gé de transmettre
à son neveu. (Jinginsa cru encore^ qu'il s'agissait du futur comte de
Vienne, qui aurait alors été chai'gé par Lothaire II, son oncle, d'un
« message contidentiel au|)rès de Charles le Chauve^ ». Mais l'his-
torien suisse altère le passage qu'il cite, en prêtant de plus au roi
Charles un langage des plus barbares^. Il suftit de recourir au texte
correct pour constater que ce fut bien Boson, mari d'Engeltrude,
qui assista à l'assemblée deTusey'.
Mais ni les réclamations de Boson, ni les lettres pontificales (|ue
devaient appuyer les elforts de Charles le Chauve ", n'eurent en 860
plus de succès qu'auparavant. En 8(33, Engeltrude se trouvait encore
dans les États de Lothaire'. A cette date fut tenu à Metz un concile
au(|uel assistaient deux légats pontificaux, Radoald, évèque de
Porto, et Jean, évèque de Cervia. L"ol)jet principal de l'assemblée
était de s'occuper de l'union contractée par le roi avec Waldrade,
mais elle fut également amenée à chercher à résoudre, sur linvita-
tion du souverain pontife, la question d'Engeltrude. Nous n'avons
pas ici à entrer dans le détail des actes du concile ^ Qu'il nous suf-
fise de rappeler que les envoyés du Saint-Siège s'étaient laissés
corrompre par les intrigues de Lothaire et de ses partisans. Aussi
semblent-ils n'avoir fait entendre aucune protestation lorsque
Gunther et Theutgaud eurent mutilé et altéré les lettres relatives
à la femme de Boson, et que le concile, trompé par les documents
ainsi falsifiés, donna l'absolution à l'épouse coupable ^ Aussi
1. Jaffé, n. 2685.
2. Bosonides, p. 39.
3. Nous n'avons pas à insister pour montrer combien est peu vrai-
semblable la supposition de Gingins, que lioson, comme parent de
Theutbera;e, devait jouir de la faveur de Lothaire II, alors au plus fort
de sa lutte contre son épouse légitime.
4. « Quando ad Tusiacum veni adportavit mihi Boso ex parte nepoti
« nostro apostolicas epistolas (!l) « {Bosonides, loc. cit.).
b. « Quando altéra vice pro liis quœ dixi tractandis (cf. i/iid.. c. u)
« ad Tusiacum veni, adportavit mihi et episcopisregni nostri Boso ex parte
« doinni apostolici epistoias. . . quasdarn nepoti nostro. . . mittendas. . .
«quasdam autem nobis legendas » (Boretuis-Ivrause, lue. cit.). — La
rédaction de ce texte est même curieuse, car elle prouve que lorsqu'à
cette époque on parlait de Boson. il suflisait de dire « ipsa femina »
pour que l'on sût qu'il s'agissait d'EngcIti'ude.
6. jAFrÉ, n« 21)85.
7. A Savonniéres, en 862, €harles le Chauve rappelle également que
c'est en Lorraine que se trouve Engeltrude, et en fait l'un de ses griefs
contre son neveu (Ann. Berlin., a. 862, p. 60).
8. Cf. Parisot, f>p. cit., p. 229-231.
9. Jaffé. n" 2886 ; MioNE, t. CXIX, col. 1167 ; Vtta Nicolai I Papae,
c. .XLViiiet XLi.x, dans le Liber PoiUificalis. éd. Ditiiesne, t. Il, p. 16U.
[863-865] ROSON, MARI D'KNGKLTRUDE 305
lorsque, la mémo amu'O, Mcolas I" cul cassé les acies du pseudo-
concile et déposé les deux mélro[)olilaiiis coupables, lançait-il une
fois de plus contre Eugeltrude une nouvelle excommunication dont
la coupable ne devait être relevée ([u'au cas où elle se déciderait à
rentrer en Italie, auprès de son époux, et à venir elle-même à Rome
implorer son pardon'.
Cependant c'est seulement eu Sfi.') (|ue Nicolas I" put croire un ins-
tant être arrivé à \ni résultat. A cette époque, im nouveau légat pon-
tical, Arsène, évoque d'Orta, était envoyé en (îaule. Il se rendit
d'abord dans les États de Lothaire II, et c'est là qu'il cita Eugel-
trude à comparaître devant lui. L'accusée se garda de venir au ren-
dez-vous qui lui était assigné '. Aussi, au mois do juillet, le légal, (|ui
se trouvait alors à Attigny ^ en mémo temps (jue Charles le Chauve
ot Lothaire, renouvelait l'anathème, lancé deux ans auparavant au
concile de Rome *, et le faisait confirmer par les évêques présents
à l'entrevue des deux souverains". II est probable qu'Engeltrude
dut comprendre que le rapprochement entre Charles et Lothaire
était do mauvais augure pour elle". En effet le prince, que le légat
devait un peu plus tard décider à reprendre Theutberge, n'eût sans
doute pas continué à soutenir Engeltrude, dont la cause lui tenait
autrement moins à cœur que celle de Waldrade. C'est là sans doute
ce qui fit qu'Arsène, en passant par Worms'' pour regagner l'Italie,
y trouva Engeltrude. Celle-ci se joignit au légat, promettant sous
la foi du serment de rentrer avec lui en Italie et de se réconcilier
avec l'Église ^ Elle se mit en effet en route avec Arsène, mais
au moment de franchir le Danube, sous prétexte de se procurer des
chevaux auprès d'iui de ses parents, elle abandonna son compagnon,
pour chercher cette fois un abri dans le royaume de Louis le Ger-
1. Concilium Lateranenxe, c. iv, dans Ann. Berlin., a. 863, p. 65.
2. Epistola Arxenii, M VNsi, t. XV, p. 327.
3. Attigny, Ardennes, arr. Vouziers, chef-lieu de canton.
4. Ann. Berlin., a. 865, p. 78.
5. RÉGiNON, Chronique, a. 866, p. 84. Cet auteur, grâce à la collec-
tion canonique qu'il avait entre les mains, est généralement bien in-
formé quant à ces événements, et nous ne voyons pas de raison pour
révoquer en doute l'exactitude de son renseif^nement, bien qu'il soit
seul à le fournir.
6. C'est l'opinion de M. Parisot, op. cil., p. 281, qui nous semble
extrêmement vraisemblable.
7. RÉGINON, Chronique, toc. cil.
8. Ihi(L. p. 85. Réginon utilise une lettre d'.\rsène, ce qui est encore
une marque de la connexité qui existait entre les deux affaires d'Engel-
trude et de Waldrade, puisque c'est une collection canonique relative
au divorce do Lothaire II que l'abbé de Priim a eu entre les mains
pour composer sa chronique.
l'ouPARiuN. Royaume de Provenre. 20
306 ROSON, MARI DENGELTRUDE [860-874]
manique ', pendant (jue révèqne déçu lançait contre elle nn nouvel
anathème-.
Quant à son mari, on ne le voit plus agir en cette circonstance
comme il l'avait fait en 860. En 867 une lettre de Nicolas I"
montre qu'il n'avait pas encore pu décider Engeltrude à venir
reprendre sa place auprès de lui^ Il restait d'ailleurs établi en
Italie et y jouait un certain rôle, car il faut très vraisemblablement
l'identitier avec l'un des généraux de l'empereur Louis II men-
tionnés en 871 \ A cette date 20,000 Sarrasins venaient de débar-
quer sur les côtes de Bénévent ; l'empereur envoya contre eux des
troupes franques et lombardes commandées par Unrocb, marquis
de Frioul, par un certain Agefrid, et par Boson. Les cbrétiens rem-
portèrent une victoire complète et la plupart des Sarrasins périrent
sous leurs coups ou dans les eaux du Vulturne^ On perd ensuite
quelque temps de vue le personnage, mais c'est lui sans doute
qu'il faut reconnaître dans le comte Boson, missus impérial, qui
préside avec Ansbert, archevêque de Milan, un plaid tenu dans
cette ville le 28 décembre 874 ^ Il était mort avant 878". Engel-
trude, à cette époque, avait très probablement aussi cessé de
vivre ^ et leurs filles dispvitaient leur héritage aux prétentions
d'un comte Matfrid, leur cousin", et d'un certain bâtard Gotfrid'",
dont la filiation est inconnue.
1. C'est ce qui résulte de la lettre de Nicolas I'^'" citée plus bas. Si
Engeltrude était repoussée par Cliarles le Chauve, si elle craignait de
voir Lothaire II l'abandonner, les Etats de Louis le Germanique étaient
en effet les seuls où elle pût espérer trouver un abri.
2. RÉGiNuN, loc. cil.
3. Lettre à Louis le Germanique du 7 mars 867 (Jakfé, n" 2874 ;
Mansi, t. XV, p. 325) : « Vir ejus innocens videlicet in ejus absentia
« bine inde labore non modico fatigatur quoniam nec ipsi reconciliari
« absenti praevalet, nec alterius. ea vivente, consortium ei conjugale
« conceditur. » Cf. aussi Parisot, op. cit., p. 281, n. 4.
4. L'identification a déjà été proposée parle P. A. Lapôtre, Jean VIII,
p. '292.
5. André de Bergame, Ilistor., c. xv (Script, rer. LaïKj.,-^. 228). —
Sur l'importance de cette défaite, cf. la traduction d'un fragment d'an-
nales arabes dans Amari, Bibliolheca Arabo-Sicula, éd. in-fol., p 71.
6. MuRAToRi, Ant. Uni., t. V, col. 987. — Nous avons déjà relevé
pour cette période une lettre du pape Jean Vlll qui doit avoir été
adressée au mari d'Kngeltrude (supra, p. 68).
7. LettredeJean Vlllau comte Matfrid (Jaffé, n" 3168 ; Mansi, t. XVII,
p. 89, n" cix).
8. Jean VIII ne le dit pas expressément dans la lettre précitée, mais
il y est question A' hcreditcia Mi&cipioida par Matfrid son parent.
9. Sur ce personnage, cf. supra, p. 300. — Les biens constituant cet
héritage étaient situés au diocèse de Mayence, par conséquent dans les
Etats de Louis de Saxe, mais le mariage d'Engcltrudc avec un comte ita-
lien ne l'omprchait pas de conserver la lii)re disposition de ces terres.
10. Lettre de Jean Vlll à Liutbert de Mayence, Jaite, n" 3167.
APPENDICE IV
EXAMF.N DE DIVERSES HYPOTHESES (JENÉAI.OGIQl'ES
§ 1. « BEUVES, COMTE d'aUDEWES ».
§ 2. l'origine éduenne de BOSON.
§ 3. l'origine anglo-saxonne de la femme de louis l'aveugle.
§ 1. « BEUVES, COMTE d'aRDKNNES »
On attribue souvent à Bivin, père de Boson, le titre de comte
(rArdennes^. Cette appellation est en quehjue sorte consacrée" et
paraît d'accord avec le fait que la villa de Villance, à propos de
laquelle plusieurs chartes mentionnent le personnage, était située
(\'d\\%\Q pagus Arduanensis^. L'historien des « Bosonides » en par-
ticulier^, parle sans hésitation de « Beuves, comte d'Ardennes »,
comme si l'attribution de cette qualité au père de Boson était hors
de doute. Elle avait cependant déjà été révoquée en doute, à la fin
du wiii" siècle, par le chanoine Ernst ^, qui remaniue avec raison (jue
« ni les Annales de Saint-Bertiu, qui parlent quelquel'ois de Boson,
ni d'autres anciens ne la lui ont connue" ».
1. 1^. XiG^iiEB., Burf/ondio)wm C/votticon. p. 61 ; Paiudin, Aiin. de
Bourgogne, p. 104; Bouche, lli^l. et Chor. de Provence, t. I, p. 759 ;
i)"ELBi;NE, De regno BurgunitUw, p. 43 ; Bouis, Boyalle couronne
il' Arles, p. 127 ; À. Duchesne, I/isl. île Bourgogne, t. I, p. 188; Dunod,
Hist. du 11^ Boy. de Bourgogne, p. 88 ; Mille, Ilist. de Bourgogne, t.
III, p. 111 ; Terrebasse, ///.s'/, de Boson, p. lô.
2. Ul. Chevalier, Bio-bibliographie, v» Boson.
3. Sur ce pagus, cf. Piot, Les P((gi de la Belgique, p. 136, qui le
distingue du comté. Villance se trouva plu.s tard dans le pagus l'a-
minis, démembrement du pagus Arduanensis.
4. GiNLiiNS, Bosonides, p. 39.
5. Mémoire sur le comté d'Ardennes, 1793, publié en 1858 dans le
Compte rendu de la commission royale d'histoire de Belgique, 2" série,
t. X. II cherche surtout à combattre l'opinion de ceux qui vou-
draient rattacher à la famille de Boson les origines de la maison d'.\r-
dennes.
6. Mém. cit., p. 229.
308 « BKUVES, COMTE D'ARDENiNES .
La source du reusciguement, pour la plupart des liisloriens uio-
dernes, c'est V Histoire de Provence, d'Honoré Bouche. Celui-ci
parait l'avoir emprunté lui-même à un auteur <|u'il combat sojuvent,
César de Nostre-Dame. Nosti-e-Dame, à sou tour ', en ce (|ui concerne
Bivin, qu'il appelle « Bœuf», renvoie à Pierre de Saincl-Julien de
Balleure, et à son traité de VOricjine des Bourcjongiwus. Ce dernier
ne cite pas toujours ses autorités, mais allègue assez souvent celle
de « Bugnonius », auquel il paraît avoir emprunté h peu près tout
ce ([u'il dit du personnage qu'il désigne sous le nom de roi Bœuf^.
Or, le Chronicoii urhi.s Mali-ssanae de « Bugnoiiius », publié à Lyon
en 1559^, est la reproduction d'un texte du début du wi*^ siècle, non
encore imprimé à cette époque, le De orbe et antiquitatihus Maiis-
conensibus Liber de l'avocat Jean Fustaillier *. C'est dans l'œuvre
de l'^istaillier, imprimée seulement en 184(5% mais composée entre
1500 et \'y2\), que l'on trouve à notre connaissance, le plus ancien
texte, donnant à Bivin la qualité de comte d'Ardennes. « Erat
autem », dit-il '^, « Boso tilius comitii^ Ardemiae, cui Boninus nomen
fuit. » Le passage est, bien entendu, textuellement reproduit dans
le Chronivon urbis Malis.sanac' . D'après (|uelques rares citations
et par la comparaison des textes il est possible de voir que cette
partie du récit est à peu près exclusivement empruntée à « Anno-
nius », c'est-à-dire au continuateur d'Aimoin, et, dans Bugnonius
du moins, à Paul-Émile. Or, ce dernier ne donne ni le nom ni le
titre du père de Boson. C'est donc à Aimoin que Fustaillier a
emprunté ou cru emprunter^ la mention du comté d'Ardennes, qui
de là, par l'intermédiaire de Bugnonius, a passé dans Nicolas
Vignier et les autres auteurs dont nous avons cité les principaux®.
Mais Fustaillier, écrivant dans le premier quart du xvi'' siècle, n'a
pu avoir à sa disposition (|ue des manuscrits de la continuation
1. Ilist. et Chron. de Provence, p. 406.
2. De rorigine des Bourgougnons. p. 308.
3. Chronicoii ur/jis Malissntiac. Lyon, 1559, in-4°.
4. QuÉruHD, Les supercheries lilléraires dévoilées, t. I, col. 589.
5. Jo. V\]'èj WLU^ww?,, De urbe et anliqaitatilnis malisconensibus lAher,
pub. par Yemeniz. Lyon, 1846, in-S".
6. P. 17.
7. P. 17.
8. Nous disons cru emprunter, car Fiislaillier, en divers passages
de son livre, fait preuve «l'une certaine imagination.
9. Burgund ionum ( Ihronicon, p. 61. L'ouvrage de 'V^ignier a constitué
une source d'une certaine iinj)oi'tance pour les historiens du xvn«
siècle. Lui-même renvoie à liugnonius, et ne parait avoir. connu pri-
mitivement le texte d'Aimoin que par son intermédiaire, car il ortho-
graphie comme lui Bonini au lieu de Bovini. Le n a d'ailleurs été
corrigé en v par l'auteur lui-même sur l'exemplaire de son (euvre
actiieilement conservé au département des imprimés de la Bibliothèque
Nationale (Lk^ 329).
« lîKUVKS, (MtMTK IfAlUiKN.NKS » 30f)
(l'Aimoin, ou rédilioii /jr/zitc/^yde l.')! i'. (Ir celle-ci doiiiie coirec-
teincnt le texte de la conlimiation enipniiitée aux Amialesde Saiiil-
Bertin-. Cela ii'eiupèche pas certains auteurs'' de renvoyer formel-
lement à son texte pour prouver que Boson était (ils de Beuves,
comte d'Ardennes. L'erreur de Kustaillier est assez sin«;ulière. On
peut supposer qu'il a simplement vonln ajonler un détail inléressanl
à son texte, mais il resterait à expli(iiier pourquoi cet auteur niàcon-
lUiis a été choisir le comté d'Ardennes pour lattrihuer au père d'un
comte d'Autun, duc de Provence*. On pourrait peut-être aussi faire
une autre hypothèse. Ni Fustaillier, ni aucun des auteurs (|ui lui ont
enq)runté son renseignement, ne mentionnent (|u'en 869 Bivin était
<v feu » (^(/uoncLini) ou avait été «jadis » comte. Kn d'autres termes
on n'y retrouve pas ré(piivalent du (/iiondum des Annales de Saint-
Berlin. Il serait donc peut-être possihle de su|)poser (|u"il faut voir
di\ns Ardemiae ou Arcleniiae un mot qui remplace ce r/(/o/(f/,//H, ce
qui graphiquement est admis avec l'orthographe condani, (|ui peut
se confondre avec ardenn. IS'ous ignorons d'ailleurs comment la
confusion s'est pi'odnite. Peut-être, et c'est le plus vraisemhlahlc.
Kustaillier n"a-t-il connu ([ue des mamiscrits d'Aimoin'', peut-être
y a-t-il eu dans ses notes ou sur le manuscrit (prit envoya à l'im-
pression une erreur de lecture, suivie d'une insuflisante correction
des épreuves. En tout cas, il y a dans le Chronicon urbis Malissanae
assez de noms altérés pour permettre une hypothèse de ce genre®.
1. AiMdNU MOWCHi. Be I! nedictini diserti et veridici quorumdamque
aliorum ve :| neraljilium ejusdem professionis patrum de regum li pro-
cerumque Francoram origine gestisque clarissimis î| usque ad Philip-
pum Augustum libri quinque nunc pri || muni impressi cum gratia et
privilégie régis in tergo hujus exprimendo || venumdantur in edibus
Joannis Parvi et Ascensianis. [Paris, 1514, info!.].
2. Fol. cxvii v°. « Carolus in villa Duciaco VII Idu.s octobris certo
« nûtiocom.piësobiissepridie nouas octobris Hirmintridemvxorem suam
" in monasterio Sancti Dyonisii ubi et sepulta ê exequente Bosone filio
« Buvini quondr.m comitis hoc missaticum . . »
3. ViGMEH. loc. cil. ; DrcHKSNK, ///.s7. de BoKi-gor/ne, p. 128 et 208.
CÉs\u DE .\()STHE-D\ME. p. 67, qu'il faut citer en (les questions de ce
geiu'e. Il est vrai qu'il est difficile de déterminer ce que l'on affirme
avoir trouvé dans Aimoin. Les expressions employées par C. de \ostre-
Dame sont telles que l'on pourrait croire que d'après lui le continuateur
d'Aimoin rattache Boson à la famille de Charlemagne.
'». Il ne connaissait i)as les chartes relatives à Villance, publiées
seulement en 1724 dans VAmplissimn Col/erlio de Mautène et Dru wn.
5. .\i dans les manuscrits de Paris du continuateur d'Aimoin que
nous avons pu voir à Paris (l.at. 5'J2.5 H, fol. 105 ; iyti57, fol. 148 : 1504(i.
fol. 269 v": 12712, fol. 165) ni dans celui de Rome, ne se trouve de
l)assage expliquant le texte de Fustaillier.
6. Dans le passage qui nous occupe seulement, on a lioniiius pour
niiviints, f/amit'iiulis au lieu de I/innentnc/is. liarhiblriii pour /»'/-
rliihlcia.
310 L'ORIGINE ÉDUENNE DE BOSON
Le plus sur est donc, en ce qui concerne Bivin, de s'en tenir au
témoignage d'Hincmar et à celui des diplômes et de ne pas lui
attribuer sur la région de TArdenne inie autorité qu'aucun texte
contemporain ne nous autorise à lui donner.
§ 2. LE TESTAMENT DU COMTE EGCARD ET l'ORIGINE ÉDUENNE DE BOSON
Les historiens de Boson ont souvent utilisé un document très
intéressant, le testament par lequel un comte nommé Eccard lègue
à Tabbaye de Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire le domaine de
Perrecy et recommande à ses exécuteurs testamentaires de dis-
tribuer à diverses personnes des bijoux ou des livres. Les relations
de parenté de ces légataires avec le comte Eccard sont souvent
indi(|uées et donnent au document un grand intérêt généalogique.
Eccard, fils de Childebrand et de Duma, est cité pour la première
fois en 838 dans un diplôme de Pépin I" d'Aquitaine, par lequel ce
prince lui accorde en bénéfice le fisc de Perrecy'. Ce domaine lui
fut ensuite confirmé par un diplôme de Louis le Pieux du 29
décembre 839 ^ Il était sans doute parent, — neveu ou cousin ',
— d'un Eccard tué à Angoulème en 844 \ lequel parait avoir été
père d'un fils nommé aussi Eccard -^ Le comte dont nous nous occu-
pons fut sans doute fait prisonnier ^ à la même bataille d'Angouléme.
En 859, il est probable qu'il trahit Charles le Chauve pour passer à
Louis le Germanique, car c'est comme missiis de ce dernier qui!
semble avoir été chargé, en même temps qu'un certain Théoderic,
sans doute son frère, de délivrer à l'archevêque Wénilon le monas-
tère de Sainte-Colombe de Sens''.
Il est possible qu'il ait été, h la suite de ces événements, privé de
ses « honneurs », car le 30 août 860 Charles le Chauve donne à
l'abbaye de Saint-Denis la villa de Marnay en Morvois" (pi'avaient
1. Mabille, Le royaume d'Aquitaine, p. 14. Carlul. de Perreci/,
n" 10.
2. BCKIIMER-MUEHLBACHER, n» 970.
3. Mabille, op. cit., p. 14, donne la parenté comme certaine, non
le degré, et fait de l'Eccard, tué à Angoulème, le cousin d'Kccard du
testament. Mais on peut faire du premier un frère de Childebrand.
4. Ann. Berliniani, p. 81.
5. L' « Kccard fils d'Eccard » du testament.
6. En raison de la manière dont la phrase est conçue, nous ne
croyons pas (pic 1' « item Eokardus » des Ann. /{erlin iennr.t déi>\gne l'un
des deux fils de l'Eccard tué, faits prisonniers dans cette même bataille,
et nou.s appliquons cet « item t]ol\ar(lus » à l'Eccard du testament.
7. [Jbellus proclama/ ioni.'i adi'crsii.'i Weniloneiii. a. 10. dans IJore-
Tius-KiîArsi;, t. IF. p. 4.52.
8. .Mui'iiay, .\ubc. arr. et canton Xogont.
L'ORIGINE KDCK.NNR 1)K lîOSON
:ill
possédée le fou comte Cliil(lol)ran(l ol son fils K(n;anl'. Daiilro pari,
le comté d'Autun est entre les mains de divers personnai^es -, et Ton
ne trouve plus dans l'hisloire de nieidion du comte Kccard jiis(|u"cii
875, (laie à la(|uelle il rédigea son teslamenl'.
C'est ce documeni célèbre qui fournit sur la famille d'Ivcard
(|uelques indications. Le comte avait été marié deux fois, dahord
avec une certaine Albegonde, puis avec uiu* llichilde, (jui, au
moment de la rédaction du leslament, n'avait point encore donné
d'enfaid à son épou.v'. Kccard menlionne également dans l'acte,
parmi ses proches parents, son frère Théoderic, son miln' frère
Bernard % sa sœur Ade, religieuse à Faremoustier, cl sa nièce
Gerberge. Parmi ces personnages le premier est très vraisemblable-
ment le même que le cbambi-ier dont nous avons eu à parler au cours
de cette étude. Le testament menlionne son (ils, Kichard, et nous
savons par ailleurs qu'il avait un autre fils nommé comme lui
Théoderic*. L'acte qui fait connaître ce second comte Théoderic,
mentionne également un Urso, gendre de Théoderic I", qui est peut-
être l'époux de la Gerberge mentionnée dans le testament d'Eccard ' .
En somme, on peut résumer les données relatives à cette famille
dans le tableau ci-dessous'* :
Cliildelirand
ép.
Dunia.
Ade,
religieuse à Fare-
moustier.
Eccard
ép.
V AUH'(jundc. -2° Itirhilde.
Théoileric.
Fîernarrl.
Richard.
Tli(''oderio.
? Gerberge
ép.
Urso.
1. Ilist. de Fr., t. VIII, p. 558.
2. MvBiLi.E, Le roi/ai/ine d' Aquitaine, p. 36-.38.
3. L'acte a été publié d'une manière très défectueuse par PéumîI),
Recueil de pièces pour servir à riiisloire de Bourgogne, p. 25.
4. Le texte imprimé contient entre autres dispositions le legs d'une
épée « Terico aut Ricardo filio meo ». mais il ressort de tout le con-
texte que Eccard n'avait pas d'enfant. Comme nous savons par un
autre passage du même acte que Théoderic avait un fils du nom de
Richard, il faut certainement corriger meo en suo.
5. Celui-ci était proba!)Iement mort alors. Il n'est question de lui
dans l'acte qu'à propos d'objets qui lui avaient autrefois appartenu.
6. Ilisl. de Fr., t. IX, p. 705.
7. Mabiu.e, Le roi/aiime d'.\r/uitniiie, p. l't, fait, au contraire, de
Gerberge, nièce d'Eccard, la fille d'un frère inconnu de ce dernier.
8. On trouvera un tableau plus complet, mais assez conjectural,
dans .Mabili.e. Le roganme d'A'iHitaine. toc. cil., et une étude sur toute
la famille du comte a ét^ récemm-nt p ibliéo par M. E. I'mii.U'un, A'(^;e
312 L'ORIGINE ÉDUENNE DE BOSON
Mais on ne s'en est pas tenu là et les auteurs de ïArl de vérifier
les dates ^ ont édifié sur cette pièce tout un système généalogique
qui se résume, en ce qui nous concerne, à ceci: Eccard a été comte
d'Autun, et de même son frère Théoderic. Or, ce Théoderic avait un
fils, Richard. Ce Richard ne peut être que Richard le Justicier,
également comte d'Autun. Or, Roson était frère de Richard le Justi-
cier, donc Roson était fils de Théoderic. Ce système a passé dans
un certain nombre d'ouvrages d'érudition ^ Mais c'est mettre une
conjecture à la place du témoignage formel d'Hincmar donnant au
père de Roson le nom de Rivin. Il est certain cependant qiie l'arche-
vêque de Reims ne devait pas ignorer le nom du père de la seconde
femme de Charles le Chauve, et de l'un des principaux personnages
du royaume franc de l'ouest ^
Gingins*, pour tout concilier, a inventé un petit roman. La veuve
du comte Rivin, dont elle avait eu Roson, aurait épousé en secondes
noces le comte Théoderic, auquel elle aiu'ait donné Richard.
M. Rourgeois'' a déjà protesté contre ces imaginations. L'hypothèse
vient néanmoins d'être reprise par M. Philipon ^ Nous la consi-
dérons comme inadmissible. Le comte Rivin mourut entre 863'' et
869*. En plaçant sa mort à la première de ces deux dates extrêmes,
sa veuve aurait pu se remarier avec Théoderic en 863-864 et donner
le jour à Richard en 861-865. Richard n'aurait donc eu que douze
ans lorsqu'il remplaça Roson en Lombardie, (|ue dix-sept lorsipi'il
reçut le commandement de l'armée franque devant Vienne. C'est
plus qu'invraisemblable. Cependant, M. Rourgeois lui-même admet
une parenté, ou du moins des alliances entre la famille de Roson
et celle d'Eccard. 11 y a deux faits ([ui semblent militer en faveur
de cette opinion.
a. Roson possède des bénéfices dans la Rourgogne éduenne^.
sur la famille du roi Raoul, dans la Biblioth. de l'Ecole des Charles.
t. LX, 1899, p. 497-509.
1. Ed. in-fol.,t. II, p. 427.
2. Pour ne citer qu'un exemple : d'Arbuis de Juiîainville, Ilisl. des
comtes de Champagne , t. I, p. 64.
:J. Cf. supra, p. 41. Ajoutons que l'on conserve dans ce système
une partie du témoignage d'Hincmar, celle qui est relative au rapport
de parenté entre Richard et Boson.
4. Bosonides, p. 39.
5. Le capiliilaire de Kiersy. p. 93. Au contraire, M. Parisot (/.'•
roj/aume de lorraine, p. 351) considère comme admissible l'opinion de
Gingins. Mais il ne s'occupe pas du rôle de Richard en Italie, et se
borne à reconnaître que le personnage aurait été bien jeune i)our com-
mander l'armée devant Vienne.
6. Op. cit., p. 508.
7. Carlul. de Corze, n° 60.
8. Ann. Bertin., a. 869, p. 107. Cf. supra, p. 44.
9. Ann. Bertin., a. 879, p. 148. C'étaient des abbayes qu'il abandonna
à Théoderic, en échaugc du comté d'Auluu.
L'ORIGINE ÉDUENM-: 1>K BOSON 313
Mais ce sont des abbayes (jirU jxmjI avoir reeiios de Charles le
Chauve, aussi bien que des domaines paliinioniaux. Bernard, hls
de Doda, Bernard, fds de Bliehilde, Bobert le Fort', lurent éga-
lement possessionnés en Aulunois ou maîtres du comté d'Autun,
sans que leurs relations possibles de parenté aient à intervenir.
h. Il y a certains noms: Richard, Theutberye, Biehilde, (|ui se
rencontrent à la fois parmi les persoiuiages nommés dans le testa-
ment d'Eccard et |)armi les membres de la famille de Boson. Celle
simililude de noms indique bien en général parenté ou alliance,
mais il est certain que la plupart des familles comtales carolin-
giennes devaient être parentes entre elles, avoir en Austrasie des
ancêtres communs; et dans le cas (|ui nous occupe la parenté ne
semble pas bien étroite-.
Le nom de liichard donné au IVére de Boson est assez répandu
et vient sans doule de leur oncle paternel, Richard, alors (juc
le nom de Theutberge se rencontre dans la famille maternelle de
Boson.
Theutberge, d'autre part, est considérée par Mabille comme une
nièce d'Eccard, dont le testament contient une disposition en sa fa-
veur, sans indiquer entre elle et le donateur aucune relation de pa-
renté. Mais Mabille ne parait pas avoir connu le nom et l'histoire du
père de la reine de Lorraine. Celui-ci se nommait Boson, nom cpi'on
ne rencontre ni dans la famille d'Eccard ni dans celle de son cousin
Guillaume de Gellonc''. En outre l'hypothèse de Mabille sciait
inconciliable avec le système (|ui verrait dans Biehilde une jjarcnte
rapprochée de Boson*.
Quel peut être en effet le lien de parenté entre Richilde, femme
d'Eccard, et Boson? Ce n'est certainement pas sa sœur, vraisem-
blablement pas sa mère^. Reste à en faire une tante paternelle ou
maternelle. Une tante paternelle, c'est possible, mais il est à remar-
quer (jucn 876 cette Richilde n'est pas très âgée, puis(|ue le comte
Eccard prévoit le cas où elle viendrait à avoir des enfants ; il \ a
donc peu de probabilités pour qu'elle soit une sœur du comte Bi\in
et de Bichard l'Ostiaire, (|ui sont des contemporains de Louis le
1. Robert le Fort fut un moment, en 86'i, titulairedu comté d'Autiin.
mais, dès 855, il possédait des bénéfices dans ce comté d'Autun.
Kalckstein, Robert der Tapfcre, p. 38 et 159.
2. Cf. ce que nous disons un peu plus bas.
3. Généalogie dans Mabille, ftoyaiimc dWfjuilaine, p. 14.
4. Pour une parente éloignée, cousine, etc., il est impossible de
rien démontrer.
5. L'admettre serait retomber dans des hypothèses à la manière de
Gingins. En outre, comme nous le disons, Richilde, femme il'Kccard,
nVst pas très âgée; or. Richilde, mère de Boson. avait eu 87(5 îles tils
ayant atteint Và'se d'homme.
314 L'ORIGINE DE LA FEMME DE LOUIS L'AVEUGLE
Pieux et dont les fils sont des hommes faits, des personnages consi-
dérables à la date de 876. Si nous supposions qu'il s'agit d'une
tante maternelle, alors le système de Mabille serait ruiné, car cette
Ricliilde, sœur de Theutberge, serait en cette hypothèse la cousine
germaine du comte Eccard, c'est-à-dire sa parente à un degré
auquel le droit canonique prohibe le mariage. Comme le nom de
Theutberge se trouve en tète d'une énumération de légataires qui
ne doivent pas être tous des parents du comte Eccard, on peut
sans difticulté renoncer à voir dans la reine de Lorraine une per-
sonne faisant, à un degré quelconciue, partie de la famille d'ililde-
brand. Si Hichilde, femme d'Eccard, était la tante maternelle de
Boson, Theutberge serait au contraire la belle-sœur d'Eccard.
En somme, rien dans le testament d'Eccard ne nous autorise à
rattacher Boson à sa famille. Eccard a épousé une Richilde. Celle-
ci, si elle est parente rapprochée de Boson, ne peut être que sa tante
maternelle. Mais c'est une pure hypothèse que rien ne vient appuyer
et le nom de Hichilde est assez répandu ' pour qu'il ne suffise pas à
lui seul à justifier une hypothèse de ce genre et tout système poiu-
rattacher plus étroitement Boson à la famille autunoise des Théodoric
implique contradiction.
§ 3. l'origine anglo-saxonne de la femme de louis l'aveugle
On donne quelquefois- poiu' femme à Louis l'Aveugle une fille
d'Edward l'Ancien, fils d'Alfred le Crand, roi de Wessex^ Le seul
texte à l'appui de cette opinion est le passage consacré par Guillaume
de Malmesbury, c'est-à-dire par un auteur du début du xii'' siècle,
à l'énuméi'alion des filles d'Edward l'Ancien. Comme il est néces-
saire de discuter ce passage, nous k^ traduisons in extenso.
« Comme le roi avait beaucoup de filles, il donna Edgive à Charles,
« j'oide France *, fils de Louis, fils de Charles le Chauve, dont Ethcl-
« wuif, comme je l'ai déjà dit, avait recula fille à son retour de Rome.
« Et puis(iue l'occasion s'en présente, le lecteur bienveillant ne jugera
« pas hors de pi'opos (pie j'éiiumère les épouses et les enfants du roi.
« Il eut d'une fennnc de noble naissance ' son fils premier né, Elhels-
1. On le trouve notamment dans la famille des comtes de Carcas-
sonne.
2. C'est un système en (juclque sorte classique. Cf. p. ex. Lu'PEN-
BEHG et PuîLi, (iesch. vonEnt/land, tableau C. et Diction, of national
tnography., art. EinVAun (t.XV'Il, p. 5), qui cite cependant ses sources.
3. Lequel régna de 901 à 925.
'(. Charles le Simple, remarié en 918-919, voy. I']ckei,, CharU-x Ir
Siiiijile. ])■ lO'i.
5. C'était une siin))lc concul)inc, nitunnée Egwiinie d'après le
L'OKIGINK DE LA FEM.MK ItK LoiIS L'AVEUCLK 3lo
« tane, et une fille dont je n"ai pas le nom ('cril sous la niaiii ; son
« frère la donna en niariage à Silliric», roi de .Norlliumhrie. Le se-
« cond fils d'Kdward lut Kllielward -, né d'EKlede, fille du conilf
« Éthelni, très instruit dans les lettres, rappelant beaucoup par son
« visage et son caractère son aïeul Alfred, mais enlevé par la mort
« peu de temps après son père. De la même épouse il eut Kdwin ;
« je rapporterai plus tard, non avec assurance, mais avec liésila-
« tion, le bruit (|ui counil au sujel de la mori de ce dernier ^ 11 en
« eut aussi six lilles: Hdllede, Kdi;ive, Ktbelliilde, Étbilde, Kdgitbe,
« Elfgive. La première et la troisième consacrant à Dieu leur célibat,
a Edfiede, sous Fhabit religieux, Éthelbilde, sous l'habit laï(|ue,
« méprisèrent de terrestres époux: elles gisent toutes les deux a
« Winchestei-, ensevelies près de leur mère. |{(lgivp fut donnée |)ar
« son père au roi Charles, comme je lai dil, l'^tliilde par son frère
« Éthelstane à Hugues \ Edgithe et Elfgive furent envoyées par
« leur frère à Henri, roi des Allenumds, qui donna la seconde à
« son fils Otton" et l'autre à un duc du pays des Alpes ^ U engendra
« en outre de sa troisiènu^ femme, nommée Edgive, i\cu\ fils,
« Edmond et Edred, qui régnèrent tous deux après Ëthelstane, et
« deux filles, Edburge et Edgive. Edburge, vierge consacrée au
« Christ, repose à Winchester. Edgive, femme d'une beauté remar-
« (|uable, fut unie par son frère Éthelstane à Louis, prince des
« Aquitains '. »
Lifjer moiiasterii de I/yda, éd. E. Edwards (Rcr. HrU. medii aevi
script., n" 43), p. 111-1 14.
1. En 925, cf. Aiif/h-Sax. Chron., hoc. ann.
2. Il mourut peu de jours après son père (Guillaume dl Malmesiu'ry,
Gesta re(/u)n Anglorum, 1. II, .ij 131, éd. Stubbs, t. I, p. 14t).
3. Ibi'd., ^ 139, p. 15(3-7.
4. Hugues le Grand.
5. Otton l'épousa en 929, cf. Di'EMMLEn, Ollo dcr Grnss:e, p. 10;
Waitz, Hi'inrich. 1, p. 134.
6. Nommé Albéric (Di'emmlek, loc. cit.). Il y a, du reste, un pou de
vague chez les chroniqueurs au sujet de la soeur de la femme d'Otton
le Grand. C'est ainsi que d"a])rès Guillaume de Malmesbury, il sem-
blerait qu'Otton épousa la plus jeune des deux princesses envoyées à
Henri I, alors que nous savons par d'autres témoignages (|ue le sou-
verain germanique épousa l'ainée, Edgithe. Cf. p. ex. HiuiswiTii \.
Ces ta Ottonis. 1. V, v. 112:
Necnon germanam secum transmisit Adivam
Quae fuit aetatis meriti pariter que minoris.
Selon Aethelwaiîd (texte rapporté, dans les .Mnii. Genn., SS., t. X,
p. 460), ce ne serait pas à un duc, mais « euipiam régi » que cette
princesse aurait été donnée en mariage, mais les dates s'opposent à
une identification de ce roi avec Louis l'.Xveugle ; d'ailleurs, ce serait
contraire au texte de Guillaume, point de départ de cette hypothèse du
maria,2:e d'une fille d'Edward avec le roi de Provence.
7. Ge-sla h'e;/. .\nijloruin. 1. Il, ci 126, t. I, p. 136.
316 L'OIUGINE DE LA FEMME DE LOUIS L'AVEUGLE
Ailleurs Cluillaume rappelle encore qu'Éthelstane maria ses quatre
sœurs, dont la dernière épousa « Louis, prince des Aquitains, reste
de la famille de Charlemague ^ ».
Le texte précité de Guillaume de Malmesbury est notre soui'ce
principale en ce cpii concerne la famille crpldward l'Ancien. Florent
de Worcester, (|ui est antérieur à (luillaume, ne donne que peu de
détails * et le Liber de Hi/da ^ emprunte aux Gesla regum en se bor-
nant à ajouter quel<|ues détails relatifs aux sépultures des diverses
princesses. L'IIistoria Croylaiidensis monasferii'', du pseudo-
Ingulphe, n'est également, poin- cette pai'tie, qu'une paraphrase
de Guillaume et il n'y a pas lieu d'invoquer son témoignage.
Dans la longue liste de princesses aux noms saxons donnée par
ce dernier, il n'est pas question de Louis de Provence. C'est seu-
lement parce que l'on a cru reconnaître ce prince dans le « Ludovicus
A(|uitanorum princeps » (|ue l'on a voulu donner à sa femme une
origine saxonne.
Le premier qui semble avoir proposé cette hypothèse, Duchesne ',
ne fournissait à l'appui qu'un argument assez faible : « Louis le
« Bègue investit Boson du comté enlevé à Gérard, comte de Bourges,
« et du gouvernement de la Guienne, ce (jui donna occasion à quel-
ce ques auteurs d'appeler ])rinces de Guyenne les rois et comtes de
« Provence, ses successeurs ^ » Depuis d'autres auteurs, el princi-
palement Chorier'', ajoutèrent des raisons plus sérieuses et l'hypo-
thèse paraissait plausible ^
A cette date, en effet, l'on ne rencontre pas de prince aquitain
appelé Louis et le roi de Provence est seul à porter ce nom parmi
les grands méridionaux. Il remplit en outre la condition d'être un
descendant de Charlemague. L'on voyait encore une preuve de son
mariage avec Edgive dans le fait des amicales relations de Louis IV
d'Outre-Mer avec Charles-Constantin, son cousin dans rhypothése
1. Op. cit., 1. II, § 135, p. 149.
2. Chronico}), a. 901; Mon. hisi . Britan., p. 5G8 : « Kx niuliere iio-
« bilissirna Eoywina filium suum primogenitum Aothielstaïunn, ex
" regina autem sua Kadgiva tilios très, Eadwiuiim. Eadmundum liliain-
« que deo devotissimam virginem P^adburgam, trescjne insuper habuit
« filias. Quarum unam Otto Romanoruin imperator, alteram vero in
« conjugem habuit rex Occidentalium Fran''onnu Karolus. . . tertiam
« autoîm filiani in uxorem habuit rex Nortanhiinbrorum Sibiricus. »
3. Kd. Edwauds. p. 111-113.
4. Texte rapporté, dans les .][i»i. Genn., SS.. t. X, p. i60.
5. Hial. de liowgoyne, 1. II, c. 8, t. I, p. 134-135.
6. II,., c. 7, p. l'29.
7. Ilii^t. de Daiiphine, t. I, p. 716.
8. Elle a ])assé dans les divers bistorious de la Provence, notam-
ment dans bouciiE, //ist. de Provi-nre, t. I. j). 783. D'autres ont mi'Mne
Voulu donner la date exactedu mariage : 9UI (Mlhmet, f/ist. de Yirnnc,
p. 2ô).
L'ORIGINE DE LA FEMME HE LftlIS l.'AVELGLE 317
de Chorier. Ajoulous (|iie ce dei-nior prùtoiidail, d'après certains
textes, que le nom d'Aquitain avait parfois été, au moyen âge,
appliqué à des personnages provençaux.
DomVaissète\ |)uis (iingius-la-SaiTa* ont contesté cette opinion
et se sont etroicés de prouver que Louis l'Aveugle n'avait point
épousé une fille d'Edward. Nous admettons en partie les conclusions
de Gingins, mais non toute son argumentation. Aussi croyons-nous
nécessaire d'examinei" à nouveau les diverses considérations invo-
quées en faveur de l'origine anglaise de la femme de l'empereur
Louis.
a. Les textes allégués par Chorier se réduisent en réalité à un
passage du Chronicon Casinense de Léond'Ostie'. Le terme d'Aqui-
taine, pour un Anglais contemporain des rois Plantagenets devait,
au contraire, avoir une valeur précise.
h. Les relations de Charles-Constantin et de Louis IV peuvent
s'expliquer sans les supposer cousins germains. Ils sont, d'ailleurs,
parents à un certain degré *, et se trouvent être les deux derniers
représentants de la famille carolingienne.
c. L'hypothèse de l'origine saxonne n'expli(|ue ni le nom de
Rodolphe, porté par un fils de l'empereur Louis, ni celui de Charles-
Constantin, si l'on n'admet pas l'illégitimité de ce dernier'.
d. Une charte que ne connaissait pas Duchesne^ ni d'ailleurs
Dom Vaissète, permet d'opposer un argument de texte à celui que
l'on tire des Gesta recjiim. C'est le diplôme de l'empereur Louis
du 18 janvier 915 accordé à la requête de « dilecla ac hene mérita
conjux nostra Adaleida' ». Ce diplôme montre donc l^cjne Louis
était marié dès 915; 2° que sa femme s'appelait Adélaïde.
Il semble que le second fait suffirait à établir que cette femme
de Louis ne s'appelait pas Edgivc. Mais, d'une part, cette princesse
peut avoir eu un double nom et, d'autre part, Adelaïs pourrait être
la forme adoucie d'un nom saxon tel (|u'fithelhilda^ Il est vrai ([ue
cette explication irait moins bien avec le nom d'Edgive, puisque
1. Hist. de Langued., t. II, p. 260.
2. Bosonides, p. 183.
3. Script. Rer. liai., t. IV, p. 334: « Invitavit Ilugonem .Vquitaniae
« ducem. » (Il s'agit de Hugues d'Arles.)
4. Au sixième degré canonique.
5. On rencontre bien, il est vrai, le nom de Constantin dans la
Grande-Bretagne, mais en Ecosse, avec Constantin Mac-Fergus, roi des
Pietés, mort en 920, avec Constantin I, fils de Kenneth Mac-Alpine,
mort en 879, avec Constantin II, de 900 à 952, mais rattacher à ces
personnages la mère de Constantin-Charles serait pure conjecture.
6. Pour Chorier, cf. supra., p. 208 n. i.
7. Forsch. z. deutsche Gesch., t. X, p. 318.
8. Lappenberg et Pauli, Gesch. von England, tableau C, donnent la
forme /Edgyfu.
318 LORIGLNE DE LA FEMME DE LOUIS LAVEL'GLE
la femme de Charles le Simple conserve celui-ci tel quel, simple-
ment pourvu d'une terminaison latine. Cependant, comme Guillaume
de Malmesbury donne le même nom d'Edgive à deux des filles
d'Edward, il est possible qu'un des deux noms soit altéré ; il est
donc toujours possible de supposer que l'on a pu adopter, dans les
pays méridionaux, la forme Adélaïde, ou qu'il y a double nom.
e. 11 y a d'autres raisons pour ne pas croire (pie cette Adélaïde
du diplôme de 915 puisse être identifiée avec la fille d'Edward, femme
de Louis, prince aquitain. Selon les Gesta. regiim, cette dernière
était la fille de la troisième femme du roi; or, en 901, c'est encore
la première épouse d'Edward, Elfiede, qui est mentionnée dans l'un
de ses diplômes '. Il faudrait donc admetti-e ([u'Elfiede ^ mourut très
peu de temps après cette date, que les six enfants de la seconde
reine se succédèrent très rapidement, qu'Edgive épousa tout enfant
l'empereur Louis et que son intervention dans le diplôme de 91.5
est purement conventionnelle. Tout ceci constitue en somme ime
série assez compliquée de suppositions.
D'autre part, il est à remarqtier que Guillaume de Malmesbury,
lorsqu'il parle des filles du roi Edward, insiste souvent sur ce
fait qu'elles ont été mariées par leur frère, le roi Éthelstane,
sans doute parce que le texte qui lui a fourni ces renseignements
était la vie perdue de cet Ethelstane que Guillaume parait avoir
utilisée -. Ce détail semble donc plutôt plus sur que le nom et la
qualité du mari d'Edgive. Or, Éthelstane succéda à son père seule-
ment en 925, c'est-à-dire dix ans après la date à laquelle nous trou-
vons mention de la femme de Louis l'Aveugle dans un diplôme de
ce dernier. Reste, il est vrai, à supposer que la date de ce diplôme
est altérée ou que Louis fut marié deux fois, d'abord avec Adélaïde,
ensuite avec Edgive. Mais si l'on observe que la sœur ainée de celle-
ci n'épousa, très jeune, Otton P'' qu'en 929, c'est-à-dire à une date
il laquelle l'empereur Louis était mort très vraisemblablement, cette
hypothèse devient assez inadmissible.
Quant à faire de la fenuiie de Louis l'Aveugle une liih' de l'un
des premiers mariages d'Edouard ', c'est possible, mais il ne faut pas
oublier que, si l'on suppose Louis de Provence marié avec une
piincesse anglaise, c'est uniquement en raison du texte précité de
(iuillaume de Malmesbiny. Or, l'hypothèse (pie nous venons d'indi-
(juer aurait linconvénienl de rejeter ce qui constitue vraisembla-
1. Kemble, Codex diplomalirus Atiglo-Saxonirux, n" 333.
2. Sxufjns, Introd., p. xx.
3. On ne peut pas « permuter » les deux Edgive du texte de Guil-
laume de Malmesbury,. car les dates s'opposent également à ce que
Charles le Simple se soit remarié pjstérieuremant à l'avènement
d'Mtlielstane.
I.'niUGINF: IiK I.A FKMMF': DK l.ol IS I.'.W KrCLK P,IO
bleiiiciil la portion la plus sùrc de ce lc\le, c'csl- à-dire la réparti-
tion des enfants entre les femmes du roi, le rôle d'I^thelstane dans
le mariage de ses sœurs avec divers princes, pour en sauver la
partie purement conjecturale, c'est-à-dire rideiitidcalioii du « Ludo-
vicus A(niitanorum princeps » avec Louis l'Aveugle.
Va\ somme, il est une chose à peu près certaine, c'est (juaucune
des tilles d'Edward l'Ancien n'a pu épouser Louis l'Aveugle. Quel
fut le prince aquitain qu'épousa la seconde des Edgive? c'est ce que
nous n'avons pu déterminer. Les raisons mises eu avant par Hesly '
et par Dom Yaissèle- en faveur d'Khles Manzer. comte de Poitiers,
ne sont pas convaincantes '\ Mais ce (pie nous voulions seulement
montrer, c'est limpossibilité de ridentilication du Louis, prince des
Aquitains, de Guillaume de Malmesbury, avec le fils de Boson*.
Nous espérons qu'un historien du Languedoc ou de la Guyenne
arrivera à donner la solution définitive du pi'ohlème.
1. Ilist. des comtes de Poiliers, p. 'lO.
2. Ilist. de Languedoc, loc. cil.
3. Quelques auteurs (cf. Dictionanj of iialioiia/ hiograpinj, loc. cit.)
admettent simultanément le mariage d'une fille d'Edward avec Louis
l'Aveugle et d'une autre avec Ebles Manzer. Cela oblige, ou à ad-
mettre une princesse de plus que n'en comporte la liste déjà longue
donnée par Guillaume, ou à identifier Ebles de Poitiers, avec le « duc
du côté des Alpes », auquel Otton accorda la main de sa belle-sœur, ce
qui est bien peu admissible.
4. Etant donné que Guillaume de Malmesbury se figurait ou ima-
ginait qu'Edgive II avait épousé un prince Louis, il n'est pas très
étonnant qu'il ait voulu rattacber celui-ci à la famille de Gharlemagne.
11 n'avait d'ailleurs sur cette dernière que des données assez vagues,
puisqu'il confond Louis l'Aveugle et Louis l'Enfant, mais il savait, par
la Visio Knroli Crassi, que nous étudions plus bas, qu'un Louis avait
été ou s'était donné comme le dernier Carolingien. Cela sufiit peut-
être à expliquer la manière dont il désigne son prince aquitain.
APPENDICE V
LE TEXTE DES ACTES DU CO.NCILE DE MANTAILLE
Les actes du concile de Mantaille ont été puliliés pour la première
fois en 15()0 par un personnage assez suspect au point de vue de la
probité historiques Guillaume Paradin^ qui déclare donner son
texte d'après « un vieux manuscrit », désignation un peu insuffi-
sante. Tous les éditeurs 'S et ils sont nombreux, se sont contentés de
reproduire directement ou indirectement le texte donné par Paradin,
en remettant cependant en latin les souscriptions des évèques assis-
tant au concile, souscriptions que l'annaliste bourguignon s'était
borné à donner en français. Sirmond introduisit de plus dans le
texte un certain nombre de corrections qui passèrent plus tard dans
l'édition de Pertz.
I^e premier qui ait redonné d'après le manuscrit, au moins partiel-
lement, le texte du Convenius Manlalensis est M. Marion. Celui-ci,
dans sa publication des Cartulaires de Grenoble ^, a reproduit le texte
fourni par l'un d'eux''. Malheureusement ce manuscrit contient
seulement une partie des actes, celle que l'on désigne sous le nom
(VEIeclio Bosonis, et de plus, les sousci'iptions épiscopales y sont
extrêmement mutilées. M. Marion s'est trouvé i)ar suite dans To-
1. Il a donné notamment, en ce qui concerne notre sujet, la traduc-
tion d'une prétendue lettre de Rathier, évoque de Vérone, à Louis
l'Aveugle, prisonnier, pour le consoler de son malheur. Cette lettre ne
se retrouve pas dans la correspondance de Rathier et pour cause,
puisque ce personnage ne passa de Liège à Vérone que plusieurs
années après le retour de Louis dans ses états provençaux.
2. Annales de Bourgogne, p. 105.
;L Sirmond, Conciles, t. 111, p. 431 ; Mansi, Conc, t. XVII, c. 529;
I>\»UE, Conc, t. IX, p. 331 ; IIardouin, Conc, t. VI^, 335; Duchesne,
IHkI. de Fr., Script., t. Il, p. 480; BouciiE, Jlixt. de Provence, t. I,
p. 763; Jlisl. de Fr., t. IX, p. 304; Fantoni-Castrucci, Ilist. délia
cilla de Avinione, p. 14. L'édition de Pertz, Mon. Germ., Leges, t. I,
p. 5i7, est encore faite d'après les éditions antérieures.
4. Carlulaires de Grenoble, dils Carlidaires de Sainl-IIugues,
publiés par .1. Marion. l'aris, 1869, in-4"(Cy//. doc inéd.), p. 265.
5. Celui que Marion désigne par la lettre C et qui se trouvait de son
temps à la biblioihè(|ne de l'évéché de Gi-enoble, aujourd'hui restitué
aux Arcliives départementales de l'Isère.
LE TKXTE DES ACTES flE .MANTAll.l.E 321
bliiïation <Io conil)I(M- plusieurs lacunes d'après les éditionsanlérieu-
res, c'ost-à-dire on dôliuilive daprés la Iraductiuii en laliii du texte
français de Paradin, assez défectueux lui-même.
C'est d'après ces deux éditions, celle de l'aradin avec les correc-
tions conjecluralos de Sirmond, et celle de M. Maiion, représentant
le manuscrit de (irenohie, (|ua élé faite la dernière puhlicalioii des
actes du concile, due à MM. Horetius el Krause, dans la collection
in-i" des Monuinenta (iermnniae^ . 11 va sans dire que cette édition
peut être considérée comme définitive, sauf le cas d'une découverte
de manuscrits nouveaux. Nous voulons cependant ajouter (luelques
remar(|ues et indiquer un |)oint sur lequel nous nous séparons de
l'opinion des deux érudits allemands.
Le texte de Paradin et celui du cartulaire de Grenoble doivent
être considérés comme indépendants, car il est à peu près certain
que celui-ci n'a pas été utilisé par l'auteur des Annales de Bour-
gogne. Non seulement, en effet, ce dernier, comme nous l'avons
dit, ne donne pas tout ce que Ion trouve dans l'ouvrage de Paradin,
mais en outi'e il y a des variantes qui s'cxpli(|uont difficilement par
de simples fautes de lecture. Tel est le nom (VOrucardus donné par
Paradin à l'évêque de Chalon, au lieu de celui de Girboldus -. L'ordre
des souscriptions finales des ecclésiastiques non évêques^ assistant
à l'assemblée est de même assez différent. Si Paradin avait eu entre
les mains le manuscrit de Grenoble, il est peu vraisemblable (|u'il
eût changé la succession de ces trois souscriptions tout en conser-
vant pour toutes les autres l'ordre que donne le cartulaire *. D'autre
part, nous savons qu'il existait à Cbalon-sur-Saône un manuscrit
contenant les actes de Mantaille. 11 fut connu de Pierre de Saint-
Julien, auteur d'un Traité de roriffine des Bour(/nn(fiions\ |)euf-être
de Vignier'' et certainement de Severt, (jui y collalionna (luebiues-
1. Capilidaria. t. II, p. 365.
2. La très grande différence des noms permet peut-être de supposer
une confusion dans les deux textes entre un évêquo de Cavaillon et
un évoque de Chalon-sur-Saône, confusion ayant entraîné la (hsparition
de l'un des deux noms. Severt, en effet, a lu également Orucanhia.
La forme Gunlardus pour Conravdus peut s'expliquer, au contraire,
très facilement par une erreur de lecture de Paradin.
3. Pauauin : (jerlo. Leobernus, Manno.
Mauio.n : Manno, Leoboinus, Geilo.
4. Ordre que nous supposons reproduit par le ms. que Paradin avait
sous les yeux. On ne peut guère tirer un argument de la uienlion du
« seigneur de Tournas ». qui hgure dans les Annales de Bourgogne et
qui ]H!ut provenir soit d'une lecture vicieuse du « [ j archidiaconus »
(lu cartulaire, soit d'une interprétation de Paradin. qui trouvait à la
tin de l'acte la souscription de l'abbé de Tournus, Geilo.
5. De Voriçiinc des Boio-goiit/nnns, p. 275.
6. licruiit Burgundiunum dhronicon, p. 65.
i'm l'AiibiN. lioyainne de l'rovence. 21
322 LK TEXTE DES ACTES DE MANTAILLE
uns des noms imprimés par Paradin^ Ce dernier a donc très vrai-
semblablement utilisé pour son édition ce manuscrit connu des
érndits bourguignons du xvi* siècle, mais qui n'est aujourd'hui
signalé nulle part.
Il existe d'autre part dans le premier volume des Preuves de
r Histoire du Dauphiné^, réunies par Fontanieu, une copie des
actes qui se présente comme « extraite des cartulaires de l'evesché
de Grenoble ». Elle comprend, outre VEleclio, la Legatio et la
Responsio ; l'ensemble se tei'mine par une mention de collation
signée, de même (|ue plusieurs autres pièces du même volume, par
le greffier en chef de la Chambre des comptes de Dauphiné, Mar-
jolet. Le seul des trois cartulaires publiés par M. Marion qui con-
tienne les actes est en même temps le seul que Fontanieu ait pu trou-
ver aux archives de l'évêché de Grenoble, le cartulaire C '. On ne
peut cependant supposer que les folios, ajoutés d'ailleurs à la partie
principale du cartidaire^ et renfermant entre autres choses le texte
de V Electio, aient été moins mutilés qu'aujourd'hui à l'époque où
Fontanieu fît effectuer sa copie. VEleclio, en effet, occupe le recto
du folio 3 du cartulaire et au verso se trouve un autre acte de la
même écriture. Ce recueil d'actes n'a, du reste, été fait que dans
l'intention de conserver les noms des évêques de Grenoble, et à ce
point de vue l'acte suivi des souscriptions était seul important'. La
mention de collation que nous avons déjà relevée permet d'autre
part difficilement de supposer que Fontanieu ait comblé une lacune
d»i manuscrit à l'aide des textes imprimés. D'autre part, dans son
Carlnlairc du Dauphiné^', il qualifie ce même acte de « manuscrit
original des archives de l'evesché de Grenoble » et le distingue du
texte donné parParadin et Sirmond^.Il est donc vraisemblable qu'il
a emprunté le document à un recueil manuscrit aujourd'hui perdu,
existant au wW siècle à Grenoble. Sa copie d'ailleurs ne fournit
qu'\m texte médiocre, intéressant seidemeut comme représentant
un manuscrit distinct à la fois du Cartulaire de Grenoble et du
manuscrit vu par Paradin. .
1. J. Severt, Chronologia a)disiilwn... Lugdunoisis archiepiaco-
palus, 2<' éd., t. Il, p. 46: « In olectione Bosonis Burgundiae régis...
« ex veteribus instrumentis ([uae collegimus e privato quidem at ra-
ce cepto manuscripto C'abilonensis ecclesiae. «
2. Bibl. nat. ms. lat. 10949, fol. 'S:.
[\. Les Cartulaires A et B étaient alors en la possession de Chorier.
Celui-ci eut également entre les mains le Cartulaire C, mais il le re-
vendit en 1676 à l'évèque d-e Grenoble (cf. Maiuon, introd., p. xvni).
4. Maiuon, ihid., p. ix-x.
5. Nous devons des renseignements à ce sujet à une obligeante com-
munication de M. A. i^rudliomme.
6. Bibl. nat. ms. lat. 10954, p. 12.
7. Ihid., p. 18.
LE TEXTE DES ACTES DE MANTAIIJ.K 323
Il place cependant les docnments dans le même orrire (|ue ce
dernier, tandis que M. Krause, qni d'ailleurs n'a pas coiuiu le re-
cueil de Fontanieu, a cru devoir changer la disposition tradition-
nelle des actes pour les faire se succéder dans son édition de la
iiianicrc suivante :
1° Leçjiilio R(l Bosonem ;
2° liesponsio Bosonis ;
3° Eleclio Bosonis.
M. Krause s'est en effet inspiré de l'idée que les négociations des
évèques avec Boson ont dû précéder le choix et la désignation de celui-
ci par l'assemblée, que la Leç/atio et la Besponsio représentent en
d'autres termes, et pour employer une expression assez pédantesque,
des stades de l'action antérieurs kV Eleclio. On trouve, d'autre part,
dans cette dernière un passage, concernant le refus d'abord opposé
par Boson aux |)roposilions des prélats, qui semble faire allusion
à un fragment de la Besponsio '. Mais les passages en question ont
le caractère de simples formules de politesse et d'humilité^ ; ils peu-
vent d'ailleurs faire allusion tous deux à des entretiens antérieurs
de Boson avec les prélats. En outre les deux manusci-its de
Paradin et de Fontanieu donnant les textes dans l'ordre traditiormel
c'est une présomption pour qu'il en ait été de même du document
original. Les procès- verbaux de ce genre donnent d'ailleurs en
général la date en tète des documents •'. Or, ici la date se trouve au
début de V Eleclio, tandis qu'au début de la Legalio, le « sacra sy-
nodus Mantalensis » est présenté, au contraire, comme quelque chose
de déjà connu. Les termes de ce dernier document paraissent faire
supposer que la grâce divine avait déjà agi pour amener les membres
de l'assemblée à porter leur choix sur Boson, ainsi qu'il est dit dans
ï Eleclio. Les deux choses sont pour ainsi dire concomitantes. Nous
croyons donc qu'il n'y a pas lieu de changer l'ordre attribué aux
divers textes par les mamiscrits et par les éditions anciennes, et que
la Legalio et la Besponsio doivent être en (|uel(|ue sorte consi-
dérées comme des pièces justificatives, annexées au procès-verbal
d'élection*.
1. Rcspansio : « Ego autem conscius mee conditionis et tigmenti fra-
« gilis, imparem me judicans tanto negotio omni modis abnuissem. »
Eleclio : « Qui [Bosoj etsi consideratione tanti laboris ronuerit et
« abdixerit. »
2. On ne les trouve pas cependant dans les autres actes de couron-
nement.
3. A. GiRV, Manuel de Diplomatique, p. 578.
4. De même en 869 dans les actes de l'assemblée de Met/ (Anu.
Berlin., p. 102) le discours d'Advence, qui correspond à V Eleclio de
Mantaille fait j)ar avance allusion à la Promissio de Charles le Chauve
qui le suivra et qui répond à la /{esponsio de Mantnille.
APPENDICE VI
LA VISIO K ABOLI CRASSI
Le récit de la vision' dans laqnelle Charles le Gros anrait été
averti par révélation divine d'avoir à céder après sa mort l'Empire
au jeune Louis de Provence, se rencontre isolé dans un certain
nombre de manuscrits datant du \^ au vv* siècle. Des manuscrits de
cette espèce sont conservés à Bruxelles-, à Cambridge ^ à Gand^,
à Londres '', à Meik " et à Vienne '' en Autriche, à Munich ^, à Rome",
1. Surcstte vision, cf. Zkrl\t:3EN, dans les Mém. de r Académie des
Inscription'^, ancienne série, t. XXXVI, p. 207-30 1, qui esit encore le
travail le plus complet sur la question ; C. Fritzsche, Die lateinischen
Visionen des Miltelallers his zto' Mille des XII^'^" Jahrhunderts, dans
les Roinanische Forschungen de K. Vollmôller. t. III, p. 3'to ; F. Lot,
introduction k la. Chronique de Saint-Riquier, d'Hariulf (Co//. de textes
pour l'enseignement de V histoire), p. xxvni-xxix.
2. Dans un ms. du xi*' siècle {Archiv, t. VII, p. 1004) et dans un
autre du xv" (ibid., p. 380). Le ms. n» 9178 de la Bibliothèque de
Bruxelles parait également la contenir (L vin, dans la Bihl. de VEc. des
Chartes, t. XXXV, p. 559). — Cf. aussi Catalogue des mss. de la Bi-
bliothèque de Bourgogne, n° 1640.
3. Corpus Christi Collège, n° cxxxix, p. 16 (J. Nvsmitii, Catal.
Hhrorum mss. colleg. Corporis Christi in Academia Cantabrigiensi.
Cambridge, 1777. in-4, p. 211).
4. Bibliothèque de Gand, ms. n" 92 (197), fol. 207. Cf. J. de S\int-
Genois, Catal. des mss. de la bibliothèque de la ville et de l'université
de Gand, p. 38, n" 138. Ce ms., du xiii<" siècle, où le texte de la Visio
est précédé d'une miniature représentant Charles le Chauve sur son
trône, est une compilation de textes très divers et ne paraît pas sans
analogie, à ces deux points de vue, avec le n" 8865 du fonds latin de la
Bibliothè(|ue nationale.
5. Archiv. t. VII, p. 1021, et t. IX, p. 497.
6. Ms. II 87, du xv- siècle (Archiv. t. III, p. 314, et t. X, p. 603).
7. Archiv. t. III. p. 676. Le ms. est du xi' siècle.
8. Bibliothèque royale, n" 6'»2, du \i'' siècle, fol. 26. Cf. Calalogus
codiciim latin. Bibt. reqiac 7nonacensis, t. I. Munich. 1868, in-8, p. 127.
9. Vat. palatin, 617, f''-15 (Archiv. t. XII, p. 3'iO.). Le ms. Vat.
Ottoboni 3064 contient le texte de la Visio (f" 238 v") du xi"" siècle à
la suite d'un autre monceau politique de l'épo(]ue carolingienne, la
(jmquestio domni Liidovici iinperaloris (Mon.. Germ., SS., t. XV, p.
388). La Visio avait été déjà signalée dans ce ms., ancien n» 567 de la
reine Christiiu', ])ar M(t.N'i'i' \i ('(ln, Ribliotheca Ribliotheairum Mss.
LA VISIO KAHOI.I CflASSf 325
à S.iint-Umer', k Troyes- et enfin à l>aris sous les imniéros -i.S-JT \
:)-_MMi B-, 6186». 8865 «, IITÔO', 1-_>71»)« el 11117=* du ('(•n.ls |;ilin
(le la Bibliollièque nationale.
Le réeil. en outre, a été reproduit dans les (euvres d'un assez
grand nombre dhisloriens du moyen âge. Le premier, à notre con-
naissance, chez lequel il se rencontre, est llariulf, lequel, a»i début
du XII'' siècle, l'insère au ni'" livre de sa Chronir/ue de S{iinl-/{i(/tiior '".
llariulf, selon son dernier éditeur, M. l'\M-dinan(l Loi", aurait
emprunté le texte de la \'isio à un manuscrit provenant de labbaye
de Saint-Wandrille et contenant des généalogies de la maison caro-
lingienne, interpolées par les moines de cette abbaye dans le but
de rattacher leur fondateur à la famille d'Ansbert et de sain! Arnoul '-'.
lihrorum; pL 26-27. — Sur le ms. qui contient des textes très divers
cf. Archiv, t. XIL p. 372 et L. Dorez, dans la lievue des Bibh'olhéfjiics,
1892, p. 138. Le ms. A. VII 220, de la Bibliothèque Chigi contient une
Prophetia Caroli Francorum régis, du xv" siècle, sur laquelle la notice
de VArchiv. t. I\'. p. .53'i. ne renseigne pas autrement.
1. Bibliothèque de la ville, ms. n" 76'i (.Xeiics Archiv. t. X, p. 218).
Le ms., qui est du x« siècle, est décrit par Michel.ant et Dlxhet (Cat.
(jênèral des mss. des départements, in-i% t. III, p. 343), mais ils omettent
l'indication de la Visio.
2. Bibliothèque de la ville, n° 1876. Cf. Calai, f/énéral, in-4°, t. II,
p. 777. Le ms. est du xni'-'-xiv siècle et c'est d'après lui que le texte
de la Vision a été imprimé en 1851 dans le Bibliojihile troyen.
3. Fol. 45 ^-48 r". dans un cahier isolé du xii« siècle, contenant la
Vita Srincli Di/onisii (it la Passio du même saint. — Sur ce ms., cf.
datai. Codicum hag. latin.. Bihi. nat., Paris, t. I, p. 211, qui d'ailleurs
ne mentionne pas îa Visio, et Archiv, t. VU, p. 43.
4. Aux fol. 173 ro-175 et non au fol. 175, comme le dit inexactement
la notice de VArchiv, t. XI, p. 268 — Le ms. déjà signalé, Archiv. t. I,
p. 298, est du xni« siècle.
5. Fol. 57 v«-61 v". Le ms., du xni" ou xiv' siècle, contient divers
textes historiques, des chroniques universelles ou des généalogies des
rois de France.
6. Ane. suppl. lat. 102, ^q xui" siècle, au fol. 97 v°. — En tête du
récit, une miniature représentant Charles le Chauve sur son trône.
7. Ancien Saint-Germain lat. 495. du XP siècle, fol. 251 v"-253 r°.
Le ms. contient divers traités théologi(|ues et des vies de saints ; c'est
d'après lui que ZrRLAiBEN, op. cit., p. 213-221. a donné le texte de la
Visio, qui, déjà signalé dans ce ms. par MoNTFAtt on, Bildiotheca Bihl.
Mss., p. 1130 B, l'a été de nouveau dans VArchiv, t. VIII, p. 290.
8. Ane. Saint-Germain lat. 1086 (= 646). du xni« siècle, fol. 1. Cf.
Lair, dans la Bdd. de I^Ec. des Chartes, t. XXXV, p. 54 'i. Le texte qui
nous occupe v avait déjà été signalé par Dom Boiqiet, J/ist. de Fr.,
t. VII, p. 148", n.
9. Ane. Saint-Germain lat. 1417 (= 603), du xv siècle (Colleclanea
de Guillaume Le Maire, moine de Saint-Uenis), fol. 134 v".
10. Chron. Cenlidoi.se, 1. III, c. xxi ; éd. F. Lot (C(dl. de textes pour
l'enseignement de Thistoire), p. 144.
11. introduction, p. xx[i, n. 7 et p. LV, n. 2.
12. Pertz, Mon. Cerm., SS., t. II, p. 305. — Les mss. contenant ce
326 LA VISIO KAIiOLl CRASSI
L'hypothèse paraît d'autant plus vraisemblable que, clans deux au
moins des manuscrits qui nous l'ont conservée ^ la Vision se trouve
intercalée entre la Cominemorafio (jenealorjie Arnulfi episcopi, qui
représente le texte interpolé étudié par Pertz^ et une vie de saint
Wandrille. Le texte donné par llariulf ne difl'ère pas sensiblement
de celui que fournissent les manuscrifs dans lesquels la Visio se
rencontre isolée. Les expressions dont se sert l'auteur pour
l'annoncer semblent du reste bien indiquer qu'il la faisait entrer
dans sa chronique telle qu'il la trouvait dans le manuscrit utilisé
par lui, en lui conservant, pour ainsi dire son individualité ^
C'est peut-être à ce même manuscrit de Fontenelle ou à quelque
autre apparenté à celui-ci que Guillaume de Malmesbury*, grand
amateur de légendes, emprunta le texte delà \'isio^, et c'est par
l'intermédiaire des Gesta Reçjam que ce morceau a passé dans plu-
siem's des chroniques universelles composées au xn" siècle etauxIlI^
Ilélinand'^ et Vincent de Beauvais'' se bornent à reproduire f/jex<e/)so
texte interpolé de la Genealogia domus Karolurum forment la qua-
trième famille du classement de Pertz.
1. Le ms. n" 76'! de Saint-Omer et le ms. lat. 5296 de la Bibl. Nat.
Ces deux mss. n'avaient point été relevés par M. ¥ . Lot, dont ceite
constatation vient appuyer l'hypothèse.
2. Pertz, en revanche, ne signale point l'existence de la Visio dans
le ms. de Londres utilisé par lui pour son édition de la Genealogia
Karolovum.
3. Elle fait d'ailleurs défaut dans certaines copies du C/ironicon Cen-
lulense.
4. Gcsia reguin Anglorum, 1. II, c. 111, éd. Stubbs, t. I, p. 112 sqq.
— Le morceau a été en outre publié isolément au t. X des Scriptores,
p. 458.
5. M. Stubbs paraît admettre un emprunt direct à Hariulf. M. Lot
(intr., p. i.v, n. 2) croit plutôt à une source commune, et nous nous
rangeons à son opinion. Si, en effet, le texte de Guillaume « ne pré-
« sente pas de variante importante à l'exception de (juel(|ues mots omis »
(F. Lot, l. cit.), l'un de ces mots, le nom de Louis, dans la phrase «ad-
« fore in Ytraeseniiarum Illiif/dovicum infantulum ». (Harii'LK. op. cit..
]). I'i8) est d'une certaine importance. En outre, Guillaume de Mal-
MESiU'HY (op. cit., p. 115) donne comme certains mss., tels que les-
n'" 11750 et 12710 du fonds latin, la leçon inintelligible « nisi quis
« quiliis nostrae propaginis... « Cette constatation pi'ouvcrait assez qu'il
ne se borne pas à transcrire le texte intelligible d'IIariulf : « Qui nisi
« reliquias... n Latin du morceau intercalé est égahîment différente dans
les deux textes. Guillaume ajoute : «< Visioneni istam et regnorum par-
te titionem verbis qnibus scriptainveni,hic apposui, » il semble l)ien (|ue
la Refjiiorum partitio soit celle qu'il expose avant le récit de la Vision,
et qui est précisément empruntée à la Chronique de Saint-Wandrille.
6. HÉLiNANi), Chronique, 1. XLVl, a. 888, dans Mic.ne, t. CCXll,
col. 875.
7. Spéculum historiale, I.X.XIV, c. 49-50(éd. de Venise, 15'.»1, in-fol.,
fol. 337 V"). C'est sans doute à Hélinand qu'il emprunte, car il ajoute
comme lui : « Post banc visionem vixduobus annis supcrvixitCarolus».
LA VISIO KAROLl CRASSI :^27
le texte fourni par Guillaume, en citant expressément ce dernier
selon leur habitude. C'est très vraisemblablement à la même source
(pie puisa Thistorien chalonnais, (lui de Ha/.oches ', pour faire eniror
ce récit dans sa Chroiuxjraphi;!, mais en rabréjioant notabicmcni
surtout en ce (pii concerne la description des premières rencontres
faites par l'empereur dans les régions infernales. Un peu plus tard
Aubri de Ïrois-Fontaincs^ déclare reproduire le texte de la Visio
d'après Guillaume de Malmcsbury. Mais après avoir, pendant
(]ueU|ucs phrases, suivi le récit de ce deiMiier, il Tabandonne soudain
pour revenir à sa source ordinaire, Gui de Bazoches, en se bornant
à remettre à la première personne, comme dans la version primi-
tive, ce que Gui racontait à la troisième^. LWnonijnie de Bcthune
Vincent attribue ce renseignement à Sigebert de Gemdloi'x. mais la
Visio ne parait pas avoir passé dans le texte de ce dernier.
1. Bibl. Nat. ms. lat. 41)98, fol. 57 v".
2. Mon. Genn., SS., t. XXllI, p. 746.
.3. I. — Hauiulf et GriLLAUME de Malmesbirv :
« Ego Karolus, gratuite Dei donc, rex Germanorum et patricius Ro-
« manorum atque imperator Francorum. Sacra nocfe dominici diei,
« post celebratum matutinarum horarum divinum officium, dum irem
« repausationis cubitum et vellem carpere dormitionis somnum, venit
« vox ad me terribiliter dicens : « Karole. exiet a te modo spiritus tuus
« et venies et videbis justa Dei judicia et tibi aliqua presagia et tamen
« revertetur ad te spiritus tuus in hora non modica. » Statimque fui
« raptus in spiritu et qui me sustulit in spiritu fuit candidissimus, tê-
te nuitque in manu sua glomerem lineum clarissime emittentem jubar
« luminis, sicut soient facere comète quando apparent, cepitque illum
« dissolvere et dixit mihi : « Accipe filum glomeris micantis et liga ac
« noda firmiter in polUce tue dextere quia per illum duceris in labe-
« rintbeas infernorum penas. » Et hoc dicte precessit me velociter
« distorquens lucifluum giomus duxitque me in profundissimas valles
« et igneas que erant plene puteis ardentibus pice et sulpbure plum-
« boque et cera et adipe, ubi inveni pontifices patris mei et avunculorum
« meorum. »
II. — Gui de Bazoches:
« Interea Karolus imperator una noctium. cum post officium matu-
« tinum lect.o se soporis gratia reddidisset, ab astantc sibi quodam
« aspectu splendido, vultu candido, jussus ut surgeret et iter ageret
« filum lucidissimum quo manu tenebat et quo pollicem ei ligaverat,
« sequendo post eum hospicio carnis eductus et ductus ab eo videre
« loca poenis débita reproborum et gaudiis dedita bonorurn. Intrat
« igitur, pracedente suo ductore, valles apertas in abissum et caligine
« mortis opertas in quibus fornaces ignivomas. puteos bullientes atque
« sulfurées et tartareos... »
II!. — AUBRi DE Trois-Fontaines :
« In nomine Dei summi régis regum. ego Karolus imperator, gratuito
« Dei dono rex, patricius Romanorum ac imperator Francorum, nocte
« sacradieideminicao post celebratum nocturnarum bor;u'um divitmm
« officium dum irem repausnre et vellem somnum capere vonitvox ad
« me tenibiliter dicens : « Karole exiet modo a te spiritus tuus liera
« non modica. » Et mox, ab astante mihi ouodam aspectu splendido
328 ]A VISIO KAIiOU CRASSl
fait également passer dans son œuvre le récit de la Vision, en l'ad-
joignant au texte des Gesla Francorum ad annum MCCXIV^ et
Philippe Mouskès le rime en luie centaine de vers aussi plats que
le reste de son œuvre -. Au xv" siècle encore, Edmond de Dynter
l'insère dans sa Chronique des- ducs de Brahanl ^ et saint Antonin,
archevêque de Florence, fait entrer dans sa vaste compilation d'his-
toire universelle le texte fourni par Vincent de Beauvais, en lahré-
geant légèrement''. La Vision passe également dans l'histoire
pour ainsi dire officielle. Déjà le compilateur du manuscrit latin
12710 l'avait placée en tète de son œuvre ", et les auteurs des Gran-
des Chroniques traduisirent en français le récit où le roi « Kalle
le Chauf parole par première personne » de ce qu'il vit dans l'autre
monde**. Mais les moines de Saint-Denis firent une légèi-e addition:
aux noms de saint Pierre et de saint Rémi par l'intercession des-
quels l'empereur Louis obtint un adoucissement à ses tortures, ils
ajoutèrent le nom du patron de leur maison''.
La forme d'un récit de vision parait, comme l'on sait, avoir été
fort appréciée à l'époque carolingienne pour la rédaction des éci"its
politiques et la Vision de l'empereur Charles n'est pas un récit d'une
autre nature que celles du moine Wettin ou du chorévéque Audrad
le Petil.
Charles raconte <|u'une nuit de dimanche, aprèsl'heure des matines,
au moment où il s'étendait sur son lit, une voix l'appela pour lui
« vultu candide, jussus ut surgerem, et iter agerem, filum lucidis-
« simum quod manu tenebat et ad poUicem meum ligaverat, sequendo
« post eum, hospitio carnis eductus sum et deductus ab eo videre loca
« poenis débita reproborum et gaudiis débita beatorum. Intravi igitur,
« précédente meo duetore, valles opertas in abyssum et caligine mortis
« opertas. hi quibus fornaces ignivomas, puteos buUientes atque sul-
« phureos... »
1. L. Delisle, dans les Notices et extraits des mss., t. XXXIV, 1''"
partie, p. 367.
2. Éd. REiFfENHEiu;. Bruxelles, 1838, in-'j" (Ca//. C.hron. /tcli/cs).
t. II, p. 19-23 ; V. 12574-12r)7'i. Selon Féditeur, ce serait aux Chroniques
de Saint-Denis que Mouskès aurait emprunté le texte qu'il a versifié,
mais il nous parait plutôt en être indépendant, car il ne nomme pas
saint Denis parmi ceux dont l'intervention adoucit le supplice de Thm-
pereur.
3. VA. DE Ram, Bruxelles, 1854, in-'io ((j>ll. Chroii. belges), t. 1,
p. 26'..
4. Diii Antonini arcli. FJorentini... Clironicorum //•' pars. Lyon,
1587, in-fol.. p. 604. — On le trouve même au xvi'' siècle dans les
écrits de i)olérnistes protestants (Zuulauben, Mêm. cit., p. 211).
5. Supra, p. 285.
6. //î.s7. de Fr., t. VII, p. 148 ; éd. P. Paius, t. III, p. 58.
7. Cela n'a pas lieu encore dans le nis. lat. 12710, mais on trouve le
nom d(^ Denis dans le ms. lat. rill7, texte latin fourni par les Collec-
tanca de Guill. Le Maire, moine de Saint-Denis au xv*= s.
F..V Vl.^in KAnni.I CUAy^Sl 320
annoncer (juil allait ponélier en espril dans rautre mondo. Cn
conducteur se présenta à lui sous la forme d'un être dune blanclieui-
«''datante, muni d'un peloton de f