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Full text of "Les bardes bretons; poèmes du VI0 siècle, tr. pour la première fois en français avec le texte en regard revu sur les manuscrits et accompagnós d'un fac-simile"

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LES 

BARDES BRETONS 

POÈMES DU VI' SIÈCLE 

TftÀDUITS POCE LA PEBMIÈRB POIS 
BN PRAlfÇAIS 

AVEC LE TEXTE EN REGARD REVU SUR LES MANUSCRITS 
ET ACC0MPA6NÉ8 D*ON PAG-SIMILE 



PAA LB YICOHTB 

Tfa^Oc:- HERSART^Dfi LA VILLEMARQUË 

HBHBEfi DB L'INSTITUT. 



Nouvelle Édition. 



»»oooo^ 



PARIS 

UBRAIRIE ACAOÉWOUE 

DIDIER ET G» , LIBRAIRES -ÉDITEURS, 

35, QUAI DBS GEAIIDB-AUGUBTIMS. 
1860 

Tons droits réservés. 



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PRÉFACE 



CETTE NOUVELLE ÉDITION. 



Ce livre a trouvé près des amis des études cel- 
tiques le même accueU bienveillant que les pré- 
cédeols ouvrages de Tauteur ; plus d'éloges 
que de critiques lui ont été adressés; si les uns, 
venant de personnes qui m'ont loué sans me con- 
naître , 

Caressent de mon cœur l'onifileillense foiblesse ; 

les autres, inspirées parle seul amourde la science, 
loin d'avoir besoin que je les pardonne^ ont droit 
au contraire à mes remerctments. Je ne sépare 
donc pas, dans ma reconnaissance, ceux dont j'ai 
eu l'approbation entière de ceux qui ne m'ont 
approuvé qu'avec une réserve bien naturelle; et, 
en leur offrant à tous indistinctement l'expression 
publique de mes sentiments, je serais ingrat de ne 
point avouer que je suis peut-être moins redevable 
aux encouragements des premiers, qu'à l'aiguillon 
vif des seconds. 

Le choix des textes réunis dans ce volume , la 
méthode orthographique qu'on leur a appliquée , 
leur interprétation, les commentaires dont ils 
sont l'objet; tout, jusqu'à la question de savoir 
préalablement si un autre qu'un Gallois avait 
qualité pour entreprendre un pareil ouvrage , a 



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I 



été débattu par la critique. Hésiode et Pindare j 
traduits pour la première fois , n'auraient pas été 
plus curieusement examinés que les poèmes des 
bardes bretons et le travail de leur éditeur. 

Pour ce qui esl de la question de compétence 
soulevée par une Revue française, voici la ré- 
ponse trop aimable d'une Revue anglaise impor- 
tante t 

« L^édileur n^est poini du tout uo guide in* 
compâent. U est déjà favorablement connu dans 
oe pays par la publication des Chants breOms. 11 
entreprend aujourd'hui des études sur un terrain 
qui, pour être moins immédiatement le sien, est 
cependant celui d'un peuple frère ; et, quoique 
versé peut-être moins profondément dans la 
science de nos Bretons insulaires qu'un petit 
nombre dliommes spéciaux,... il est au moins 
aussi bien qualifié que la généralité même des 
littérateurs gallois pour formuler une opinion sur 
nos plus anciens poèmes bretons, et beaucoup 
mieux doué qu'eux pour cette œuvre générale 
qui rend le critique capable d'agir en même 
temps comme inteiprète. » ^ 

De son qôté, M. Adolphe Pictet a bien voulu 
croire que Tauteur a eu raison k de ne pas re- 
culer devant ce problème redoutable, pour la 
solution duquel il était, à vrai dire, mieux pré- 
paré que tout autre. » ^ 

Mais pourquoi rappeler une question aban- 

« Th» OutOmiy-RêPiew, Td. xa, n» glxxxh, p. 277. — 1852. 
* Biblioihèqm universelle de Genève , L xxxiv de ia 4« sé- 
rie, n* 93, p. 12. — 1853. 



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3 
donnée d'ailleurs spontanément i dans une nou- 
velle rédaction de son article , ^ par celui-là 
même qui Tavait posée? — Les autres sont plus 
sérieuses. 

£n jetant les yeux sur la table des matières 
contenues dans ce volume, on s^est demandé le 
motif d'un choix aussi restreint parmi tant de 
pièces de divers genres de V Archéologie galloise^ 
Assurément, il ne serait pas difficile au nouvel 
éditeur de donner de bonnes raisons de son 
triage ; on les lira dans Pavant propos ; ici encore 
il aime mieux laisser au bienveillant critique an- 
glais le s(Mn de sa défense : 

« Il a sagement a^, dit la Quaterljr^Rei^iew , 
en limitant le champ de ses présentes opén^iM, 
et en se bornant aux pièces des bardes du Vi* siè- 
cle dont l'authenticité ne peut être contestée 
phis longtemps.... Dans notre opinion, ajoute 
l'auteur, s'il s'est trompé, c'est plutôt par cir- 
conspection que par crédulité. » 

Cette critique^ je l'avoue , m'a plus flatté qu^un 
coni{diment, et je n'ai pas cru devoir élargir le 
cercle que je m'étais tracé pour y introduire des 
pièces d'une antiquité contestable. 

Une controverse bien autrement grave s'est 
élevée au sujet de l'orthographe qui convient 
aux textes des bardes du VP siècle, qui, on le sait, 
ne nous sont point parvenus sous leurs formes 
idiomatiques et orthq^phiques primitives, assez 



> Cf. les Essais de moraU et de critique de M. Renan, p. 429, 
-^ 1869 — et hB0Vue des Dmo-Mondes, tV, p. 496. — 1854. 



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diffërentes de celles qu'on leur a 'imposées au 
moyen-âge dans le pays de Galles. 

Tout en observant que « c'est là ëvidemment 
une question purement galloise, et dont nul étran- 
ger ne saurait se faire juge , » Tëmineixt philologue 
genevois Fa tranchée. N'était-ce pas aller un peu 
vite en besogne? A d^autres philologues non moins 
compétents la question n'a point paru aussi facile 
à résoudre. J^en ai trouvé de fort hésitants ; à plus 
forte raison ai-je hésité moi-même. 

Il n'y avait que trois partis à prendre ; 

Ou extraire de l'ouvrage imprimé de Myvyr les 
textes rajeunis des Bardes, et se borner à en 
donner une nouvelle édition expulsée des fautes 
grossières dont elle fourmille, — travail de copiste 
que le premier venu pouvait entreprendre ; — 

Ou choisir le manuscrit le plus ancien du 
moyen-âge de chacun des grands poètes du Vr 
siècle, et le reproduira fidèlement , en l'éclairant 
à l'aide de variantes fournies par d'autres ma- 
nuscrits. Telle avait été naturellement ma pre- 
mière idée , et j'avais copié dans ce but les poèmes 
contenus dans ce volume. Si j'y ai renoncé, c'est 
qu'à la réflexion il m'a paru que des copies pos- 
térieures de sept, huit et même neuf cents ans 
aux oeuvres originales ; des copies où la vieille 
orthographe et le style primitif ont été plus ou 
moins défigurés par un système arbitraire de l'in- 
vention des Gallois, ne pouvaient former la base 
l^itime d'une édition vraiment historique des 
Bardes. 

Restait une dernière combinaison , consistant à 



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rétablir scientifiquemeDt les textes sous leur forme 
première, d'après les modèles que nous avons 
encore y et à leur rendre ainsi , avec leur couleur 
et leur physionomie propres , la place qui leur 
convient parmi les monuments du premier &ge 
de la langue des anciens Bretons. 

En suivant hardiment cette méthode l(^que , 
je devais trouver des contradicteurs. Je m'y at- 
tendais. Mais, chose très-rèmarquable ^ ils ne 
devaient venir ni des pays celtiques, ni des juges 
naturels. U y a mieux : le présent essai , tout im* 
parfait qu'il est , a eu des imitateurs parmi les 
Gallois eux-mêmes ; je citerai entre autres le 
vénérable et savant archidiacre Williams, dont le 
suffrage m'a été précieux ; il en a eu parmi les 
premiers celtistes d'Allemagne^ et Zeuss n'a pas 
craint, lui aussi, de braver les foudres de l'école 
routinière, en reconstituant, d'après la langue des 
Bretons du Vi* siècle, des textes rajeunis par des 
mains galloises du XIIP. Ajouterai-je que ce qui 
a le plus contribué à me donner confiance dans la 
méthode que j'ai adoptée, c'est l'approbation de 
celui des men^res de l'Académie des Inscriptions 
et Belles-Lettres qui représente avec le plus d'au- 
torité, en Europe, l'étude comparative des lan- 
gues écrites ou pariées dans l'occident de l' Ancien- 
Monde? Mon illustre ami et maître Jacob Grimm 
a trouvé à cette méthode , indépendamment de 
ses mérites scientifiques, l'avantage de faciliter 
aux étrangers l'étude des idiomes celtiques, si 
étrangement écrits pour eux d'ordinaire , et parti- 
culièrement de l'ancien breton , rendu parfois 



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j 



méconnaissable à l'œil sous son traTestisseUient 
gallois. Déjà, précédemment, notre Eugène Bur- 
nouf m'avait exprimé la même opinion ; seule* 
ment , il m'avait suggéré une idée heureuse que 
j'ai exécutée : je lui dois la pensée de mon double 
texte ; le texte courant , avec l'orthographe pri* 
mitive rétablie autant que possible; le texte du 
bas des pag^ , avec celle des manuscrits du 
taK>yen*âge. 

Dôis-je aujourd'hui changer de méthode ? Je 
n'hésiterais pas si je n'avais lieu d'errer que le 
premier et le plus éminent de mes contradicteurs 
a changé lui-même d'avis , après une étude plus 
approfondie des sources , et que la simple vue du 
fac-similé que j'ai publié des anciens manuscrits 
bretons aura porté dans son esprit une lumière 
supérieure à la démonstration la plus convain- 
cante. Il ne dira plus, j'aime à le croire, que j'ai 
eu pour but de ramener au bas-breton moderne 
l'ancien gallois; ^ que « nous ne connaissons pas 
Torthographe employée antérieurement à l'an 
1000, et qu'il est évident que la forme première 
des poèmes du Vr siècle nous reste et nous restera 
probablement toujours inconnue. » Il n'insinuera 
plus qu'ils ne furent point écrits dès le début avec 
l'alphabet romain ; il y regardera de près avant de 
donner sa confiance à l'alphabet prétendu drui- 

< Singnlière méprise 4u savant critique ! comme si j'étais cause 
que le breton de nos jours est, de tous les dialectes celtiques, 
celui qui a le plus de rapports de style et d'orthographe avec 
l'ancien gallois, précisément parce qu'il a été moins cultivé que 
le gallois nouveau ! 



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dîque des poètes GaQoisdu XYl* siècle , au fameux 
Coelbrgn y àeirdd; car le Coetbren a juste le degré 
d^authenticitë de ce Kyvrjmac'h, ou Mystère des 
Bardes, dont il s*est épris bien malheureusement. 

J'ai ëprouTé , je Parvoue ^ on vrai soulagement 
en Toyant un philologue que pei^sonne n^honore 
autimt que moi, traiter plus favorablement ma 
traduction des Bardes. Ici, en dfet, ce n'est pas 
de la forme, c'est du fond même qu'il s'agit, 
c^est^à-dire de la vie ou de la mort du livre. 

3e ne puis résister au plaisir de citer les paroles 
de H. Pictet. Si on les trouve trop flatteuses, 
qu'on y Toie son désir de tempérer par l'indul- 
gence les sévérités de ses critiques : 

« Dans la traduction , dit-il , il y a beaucoup 
plus à louer qu'à critiquer, vu la grande difficulté 
de l'entreprise. Profondément initié par ses tra- 
vaux antérieurs et ses prédilections au génie de la 
poésie celtique , le traducteur a su s'inspirer très- 
heureusement de la rude simplicité des vieux 
Bardes , sans s'abandonner comme les Gallois à 
cet enthousiasme aveugle qui s'efforce de dissi- 
muler par des artifices de traduction les aspérités 
un peu barbares de cette sombre muse, et qui 
cherche des allusions profondes là où il n'y a 
bien souvent que de Tobscurité. Sa version est 
constamment simple, claire, concise, poétique 
aussi , par cela même qu'elle est simple et sans 
prétentions académiques. Elle laisse bien loin 
derrière elle, sous ce rapport^ les traductions 
anglaises qui l'ont précédée. Quant à Pexactitude, 
elle leur est assurément très-supérieure. » 



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Le critique de la Quaterljr^Review veut bien ren- 
dre le même jugement; seulement, il trouve la tra- 
duction encore trop élégante telle qu'elle est. « Le 
traducteur, dit-il, laisse voir peut-être des traces 
d'un certain amour français pour Tél^ance qui 
dépasse parfois la mesure de la simple exactitude ; 
mais, en général , son interprétation , autant que 
nous avons pu la contrôler, nous a paru substan- 
tiellement correcte. » D'autres autorités, soit gal- 
loises, soit anglaises, deux critiques surtout, 
d'autant plus respectables qu^ils se sont eux* 
mêmes attaqués courageusement aux poèmes des 
Bardes , M. Stephens et M. Nash , ont adhéré aux 
sentiments de \^ Bibliothèque unii^erselle de Genèi^e 
et de la QuaterlyReuiew. Mais l'unanimité des 
suffrages ne peut me faire illusion sur les parties 
défectueuses de ma traduction : d^une part, la 
subtilité de l'esprit bardique , de l'autre, l'alté- 
ration des textes , y ont multiplié les obscurités. 
Je sais mieux que personne tout ce qu'elle laisse 
à désirer, et je me joins de grand cœur à M. Pictet 
pour souhaiter aux études celtiques un Jacob 
Grimm qui vienne défricher le champ inculte 
des vieux Bardes , et lui rende toutes ses 
fleurs. 

Ce que je dis de ma traduction , je ne fais nulle 
difficulté pour l'avouer de mes commentaires. Si 
des historiens de la valeur d'Augustin Thierry, 
de Henri Martin et de Beale-Poste; si des cri- 
tiques comme celui du recueil genevois ou de la 
principale Revue anglaise ont admis mes hypo- 
thèses géographiques, chronologiques et histori- 



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ques y et trouvé que j'avais « édairci beaucoup 
d'obscurités de noms d'hommes ^ de lieux , d'é- 
vénements et de dates , » je les remercie sincère- 
ment de leur confiance; mais plusieurs de ces 
hypothèses n'en restent pas moins pour moi ce 
qu'elles sont en réalité ; et contrairement à l'opi- 
nion de M. Pictet , qui trouve « la critique du 
commentateur toujours pleine de mesure et de 
sagacité , » je me range humblement à l'avis de 
mon savant confrère > M. Renan , qui la juge « loin 
d'être à l'abri de tout reproche. » Je n'ai pas la 
prétention qu'on accepte tous mes commentaires 
sans contrôle, et j'admets volontiers que la con- 
fiance absolue avec laquelle on les a cités a pu 
avoir des inconvénients. Il faut se garder d'intro- 
duire dans l'austère domaine de l'histoire des don- 
nées qui pourraient fort bien n'être que des chi- 
mères. Quel tort a fait à la vérité historique et 
philosophique l'adoption pure et simple, quedis- 
je , Tamplification éclatante des commentaires sur 
le Mystère des Bardes, misérable rapsodie moderne 
où il n'y a d'ancien que trois lignes, et qui contient 
les doctrines religieuses, non pas des Druides, mais 
de quelques poètes chrétiens hétérodoxes du pays 
de Galles , des premiers temps de la Réformel 

Pour qu'un commentaire fût adopté par Fhis-f 
toire ou la philosophie , je voudrais le voir dé- 
montré presque mathématiquement ; je voudrais 
que les fouilles de l'archéologue vinssent en aide 
aux assertions du philologue, comme cela est 
précisément arrivé un an après la publication de 
ce livre. Le fait vaut la peine d^être cité; je l'em- 



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pruote à un estimable recueil gallois, VJrch€(h 
hgia Cambreruis (janvier 1851 )• 

Oo lira dans lespoèmesde Liwarc'h*Heon qu^uu 
de ses fils t appelé Gwenn , fut tué par les Ânglo- 
Saxons eu faisant le guet au bord du Morlaz, qu'il 
l'enterra luinnéme non loin de la rivière , sous un 
poirier 9 et que, pendant la cérémonie funèbre, 
sur la plus haute branche de Tarbre , un oiseau 
chantait dopt la voix joyeuse lui brisa le cœur. 

J^avais remarqué dans les environs d'Os westry, 
à peu de distance du Morlaz, un tumulus appelé 
Gorsedd^Gwenn, c'est<4i-dire le Tertre de Gwenn y 
et j'aurais voulu' le voir fouiller , espérant qu'il 
contiendrait les restes du fils de Liwarc'h-Henn. 

Ge désir devait être réalisé ; quelques-uns de 
mes savants confrères de la SodtU cambrienne 
ont fouillé le tumulus, et ils y ont trouvé le sque- 
lette d'un homme de six pieds» a Le nom de 
Gwenn, roaoarque la Quaierl/-Reifiew ^ à propos 
de ce fait intéressant, répond bien à celui du 
fils de Liwarc'h-Henn ; la position géographique 
du tombeau est justement celle qu'on peut dési- 
rer, et la taille du squelette s'accorde avec la 
description que fait le barde de la stature de son 
fils« Jamais peut-être aucun poète jusqu'ici n'avait 
reçu des événements une confirmation plus écla- 
tante de sa véracité. Hé bien ! poursuit le cri- 
tique anglais, avec un grand bonheur de raf^ro- 
chement , nous ne savons si ce témoignage sorti 
de la tombe est plus remarquable que la vie 
extraordinaire qui respire dans les poèmes du 
vieux barde et de ses frères en poésie. Après 



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H 
UD sommeil peu interronqm pendaot des siècles, 
leur voix se &it de nouveau entendre au milieu 
de notre ciyiUsation moderne^ et leurs ouvrages 
ont été jugés dignes du grand jour de la publicité 
dans le Fans de 1850. j> 

Les dix années qui se sont écoulées depuis 
cette époque, et Texamen à froid de mon oeuvre, 
ne m'y ont fait rien remarquer d'assez grave pour 
nécessiter des changeivents notables. La décou- 
verte de manuscrits antérieurs à ceux que nous 
avons m'aurait seuleibrcé de publier une édition 
nouvelle avec un autre texte et, par suitç, une 
traduction plus ou moins modifiée. Jusqu'à cette 
découverte, je crob devoir maintenir en général 
la version que j'ai suivie et mon interprétation. 
Mais , ai-je besoin de dire combien c'est à con- 
tre-cœur, combien je serais heureux de refaire 
mon livre pour l'améliorer I 

J'ai voulu du moins, aujourd'hui, donner une 
idée de ce qu'il serait s'il était tout composé de 
textes archaïques , et l'un d'eux , conservé à 
Cambridge, me l'a permis. Il ne porte aucune 
trace de la grande réforme littéraire accomplie 
dans le pays de Galles, au XIP siècle; nulle com- 
plication, nulle subtilité, nul raffinement dans 
la reproduction du système phonétique par l'é- 
criture; c'est la simplicité même, l'indigence pri- 
mitive , la barbarie , si l'on veut , telle qu'elle a 
persisté chez les peuples littérairement attardés 
du Ck>mwall et de l'Ârmorique ; c'est du vieux 
breton, enfin, du brythonek , conune l'appelait 
dès Tannée f 140 Geoiïroi de Monmouth , pour 



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12 

le distinguer du gallois de son temps, qu'il nom- 
mait et qu'on nonmie encore kymraek. 

Je le place au frontispice de ce livre conmie 
un diamant respecte du ciseiiu, et couvert encore 
de sa poussière vénérable ; à la dernière page , 
je le tradub et le commente après les poésies de 
de Liwarc'h , d^Aneurin et de Taliésin , qu'il 
éclaire et couronne. Puisse-t-il, en montrant 
sous son véritable costume historique un poème 
des anciens Bardes bretons, faire juger du tra- 
vestissement qu'ik ont subi au moyen-àge et jus- 
tifier du même coup l'œuvre de restauration que 
j'ai tentée. De pareils textes, multipliés, l'auraient 
rendue heureusement inutile, et je ne désespère 
pas qu'elle le devienne un jour. 



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AVANT-PROPOS. 



J'ai recueilli et publié, d'après la tradition orale, les chants 
populaires de la Bretagne armoricaine. Encouragé par une 
distinction flatteuse de rAcadémie française , je traduis au- 
jourd'hui les poèmes des bardes bretons insulaires , tels que 
je les trouve dans des recueils déjà qualifiés d'anciens au XII'' 
siècle. ' 

Longtemps enfouis dans la poussière des bibliothèques, et 
connus seulement par le catalogue des documents gallois iné- 
dits que l'antiquaire Lhuyd fit paraître , en 1707, sous le ti- 
tre A^ArcluBologia britannim,^ ces manuscrits semblaient être 
destinés à ne jamais être imprimés, quand une pensée géné- 
reuse résolut de les mettre au jour pour la gloire du pays de 
GaUes. 

On croira peut-être qu'un aussi beau trait de patriotisme 
fut l'œuvre de la famille royale d'Angleterre , dont l'héritier 
présomptif porte le nom de prince de Galles : rien n'eût été 
plus naturel assurément ; les Pisistratides sauvèrent de l'oubli 
les poèmes d'Homère , et Chairlemagne recueillit et copia les 
antiques chants des Germains. Du moins pensera-t-on que 
cette entreprit a été exécutée par quelque descendant des an- 
ciens chefs gallois jaloux de la gloire de ses ancêtres , gloriœ 
tnajorum : par quelque lord , quelque nd)le , quelque gentil- 
homme libéral , quelque membre savant du clergé britanni- 

* Bardi Cambrenses in eorom ubris antiquis et authenticis. 
(Giraldas Cambrensis naïus A. D. 1150. Cambriœ Deicriptio, 6.d. 
de Gale, p. 885.) 

* AfUiqua Britannia lingua seriplorum quœ non imprena suni 

caUdogw; Oxford, in-folio. 

V 1* 



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que , ou enfin par quelque riche bourgeois de Galles. U n'en 
est rien. L'auteur de la publication littéraire qui fait le plus 
d'honneur au pays de [Galles et qui est incontestablement 
l'une des plus importantes des temps modernes , n'était ni 
roi y ni prêtre , ni noble , ni boui^eois^ c'était un paysan. 

n s'appelait Owen Jones , et naquit en 1741 , au comté de 
Denbigh , dans la vallée de Myvyr , dont il prit le nom plus 
tard, suivant une coutume des bardes gallois. 

Tout enfant , en gardant ses vaches, il pouvait voir de loin 
s'élever dans les airs le pic couvert de neiges du Snowdon , 
ce Parnasse celtique où l'on ne s'endort jamais sans se réveil- 
ler inspiré. D le gravit même plus d'une fois , et son heureuse 
inspiration ferait croire qu'il y a dormi. 

Devenu grand , U fut souvent témoin de joutes poétiques sur 
cette montagne , entre les bardes et les joueurs de harpe des 
divers cantons du pays : il fut initié par eux à la poésie , à la 
musique , à toutes les traditions nationales et litt&*aires de la 
race celtique , traditions dont l'amour natt pour amsi dire 
avec la vie dans le cœur de tous les Gallois ; il apprit des bar- 
des quels dépôts , plus fidèles , plus sûrs et plus complets que 
leur mémoire fugitive , recelaient les monuments littéraires 
des anciens Bretons; et, passant au pied des vieux donjons 
possesseurs du trésor poétique de sa race , il conçut le hardi 
projet de le fairQ connaître au monde. 

Par malheur, ces jardins des Hespérides celtiques, si gra- 
cieusement ouverts aiiyourd'hui à quiconque sait toucher aux 
fruits sans les gâter , avaient alors des gardiens non moins fa* 
rouches que les dragons de la fable : l'entrée, plus d'une fois 
promise au savant auteur de YArchcsologia britanniea lui-mô- 
me > lui avait toujours été interdite; ' quelle chance de suc- 
cès pouvait donc avoir un pauvre paysan? 

Comprenant que la fortune seule lui fournirait le rameau 

I Haad semel pollicitus esi possessor; ai posK^a a quilMudam 



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d'or qui coqjure tous les dragons , il dit adieu à son pays par 
amour pour ce pays même : il se rendit à Londres (1 760) , il 
eatm comme employé dans le magasin d'un marchand de 
fourrures de Tames's street , et, après être devenu d*homme 
de peine commis , de commis associé y et enfin chef de réta- 
blissement, à la mort du propriétaire, après avoir, durant 
quarante ans, prélevé, jour par jour, shelling par sheUing, 
sur ses économies , la somme nécessaire pour faire copier, 
puis imprimer les textes des anciens poèmes bretons ; enoou-* 
ragé par quelques amis exilés avec lui du sol de la patrie , 
avec lui pleurant bien souvent au souvenir du pays natal , 
soutenu même et provoqué par les injustes préventions , les 
doutes iiyurieux , et les grossières railleries des étrangers 
contre les bardes, il les publia, en iSOl , sous le titre A'Ar- 
ehéoiogie gaOaise de Mffvyr ou Mtvtrian archaiology of Wa- 

LBS. > 

L'épigraphe du recueil : Toute chose inconnue eêt mm en 
doute, paroles empruntées aux maximes des bardes , fut une 
réponse aux préjugés dont ils étaient l'objet. 

Afin de détruire jusqu'à l'ombre d'un soupçon sur l'exis- 
tence des manusorits originaux , l'éditeur poussa , on peut le 
dire , à l'excès la réserve et le scrupule , en les livrant à l'im- 
pression, n les reproduisit tels quels , sans altération , sans 
changement d'aucune espèce , pi» même pour corriger les er- 
reurs de copie les plus manifestes. Malgré ces précautions 
prescrites en quelque sorte par l'incrédulité régnante , le re- 
cueil des anciens bardes ne reçut point d'abord l'accueil que 
méritaient le désintéressement patriotique , les vues élevées 

magis pseodopolilicis, at opiner, qaam litteratis dissnasas promis- 
sain revocavit. (E. Lhnyd, Àrchœologia 6rttonntca, p. 261 .) 

* Trois Tolnmes de cette collection , qni devait en aToir davan- 
tage , ont seuls pam. (London , 1801-1807, in-8<», édition épntsée.) 
Owen Jones Myvyr s'associa pour Féditer k Edward Williams et 
^ Williams Owen, père du savant tradoctenr des lois galloises. 



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IV 

et le long et aride travail de Téditeur. Au lieu d'examiner 
avec scrupule , comme cela devenait possible , dit M. Fan- 
nel y des productions dont on n'avait pu jusque là raisonner 
que sur parole , on persista à dire , sans les avoir lues , qu'il 
fallait être Gallois pour se faire illusion à leur égard. 

L'opinion ne changea qu'à l'apparition d'un ouvrage de 
M. Turner où l'auteur de YHistoire des An^-Saxons se con- 
stitua le défenseur des Bardes. Sous le titre de Vindxcation of 
genuiness of the ancient hritish bards, continue M. Fauriel , il 
publia sur les poètes bretons du VI® siècle une dissertation des 
plus curieuses par son objet, et qui mérite d'être citée comme 
un modèle de méthode , de raisonnement et de goût : et de- 
puis «qu'elle a paru , des hommes amis de la vérité et d un ju- 
gement difficile n'ont pas hésité à en adopter les conclusions. 

M. Fauriel, en rendant compte du Myvyrian, dans l'article 
des Annales littéraires et philosophiques, auquel j'emprunte ces 
paroles , ajoutait : « Des différents ouvrages publiés dans le 
Myvyrian , il n'en est aucun qui ne soit intéressant sous plus 
d'un rapport , et plusieurs sont faits pour exciter la curiosité 
la plus vive et la plus sérieuse. ' > 

Un autre critique français, H. Ampère, dont l'autorité 
n'est pas moindre que celle de M. Fauriel , ayant eu occasion 
lui-même d'examiner les poèmes des bardes dans le premier 
volume de son excellente histoire littéraire de France, en 
parle de la même manière ; et naguère un de ses collègues de 
l'Institut, H. Charles Hagnin, auquel il appartenait si bien de 
recueillir les voix de la science , et de prononcer en dernier 
ressort, a résumé et clos la discussion. 

Ainsi ont été vengés à la fois les bardes et leur généreux 
éditeur. 

Toutefois , après la publication des textes faite par Hyvyr 
et la dissertation de M. Turner, n'y a-t-il plus rien à faire? 

• 1818, t. 3, p. 88. 



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Ce serait se tromper que de le croire. La mine est ouverte , 
de précieux lingots en ont été extraits ; leur valeur générale 
est constatée ; il s^agit maintenant de les soumettre au creu- 
set de la discussion , de les classer selon leur titre. Voilà où 
en est la question. M. Magnin Ta parfaitement posée en ces 
termes : ^ 

€ La critique , dit-il, est aujourd'hui à peu près unanime : 
il n*y a plus guère de controverse que sur la plus ou moins 
grande pureté des textes. > ' 

Or , envisagés sous ce rapport, les documents les plus im- 
portants contenus dans le Myyyrian, qui sont, comme on 
sait , les poèmes d'Aneurin , de Liwarc'h-Henn , de Taliésin 
et de Merzin , donnent le résultat suivant : 

Les œuvres de Liwarc'h-Henn et d'Aneurin offirent peu 
de traces d'interpolations , et ne paraissent point avoir été 
altérées, au moins à dessein. Leurs imperfections, tout ac- 
cidentelles , sont généralement le fait des copistes. 

Une portion seulement des poésies de Taliésin , et , par 
malheur , la moins considérable , a conservé le cachet origi- 
nel. La majeure partie a été retouchée , remaniée, rajeunie , 
arrangée systématiquement, avant le Xn« siècle , et, quant 
à cette dernière , il ne faut tenir pour certaine que la date 
des manuscrits. 

Ce qui est vrai pour Taliésin , Test encore davantage pour 
Merzin ou Merlin : on ne peut pas citer une seule pièce, une 
seule strophe originale de ce barde : toutes portent des tra- 
ces nombreuses de remaniements. Si j'ai cru le contraire dans 
un temps avec M. Tumer , et fait une exception comme lui , 
je me suis trompé. La raison de ces retouches , ou plutôt de 
ces refontes complètes de toutes les œuvres de Merzin et d'une 
partie de celles de Taliésin est que l'un et l'autre étaient re- 

< Journal des savants, mai 1847, article sur le Bctriaz-Breiz , 
Chants populaires de la Bretagne, recueil couronné par rAcadémie 
française, p. 262. 



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gardés comme prophètes y et l'autorité de leur nom iuYoquée 
pour domier cours à certaines opinions politiques , pour faire 
naître , au gré des parties intéressées , certains événements 
que l'on regardait ensuite comme Taccomplissement de pré- 
dictions bardiques. 

Dès le Xn« siècle , un critique gallois , mentionnant les poè- 
mes de Merlin, se plaignait de ce que les bardes avaient cor« 
rompu , en y mettant beaucoup du leur , les œuvres des an- 
ciens poètes bretons auxquels ils prêtaient, dit-il , des com- 
positions écrites dans l'idiome moderne bien différent de l'an- 
tique, simple et rude langage des ancêtres, i 

La critique moderne ne s'exprimerait pas avec plus de 
mesure et de solidité. 

J'ai donc écarté , sans hésiter , les œuvres apocryphes de 
Meriin, pour ne donner place qu'aux poésies de Liwarc'h- 
Henn, d'Aneurin et de Taliésin; encore me suis-je borné à 
celles dont ils sont le plus incontestablement les auteurs : on 
en peut voir la liste à la table des matières. 

De plus , je ne me suis pas contenté des textes publiés par 
Myvyr : si ce dernier les a imprimés tels que l'exigeait l'état 
de la question et des esprits en 180i , laissant aux judicieux 
et candides philologues , comme il dit, le soin de les purger 
de leurs erreurs de tout genre, ils ne suffiraient plus aujour- 
d'hui : il ne serait plus permis de présenter jointes ensemble 
des pièces qui devaient être séparées , ou séparées celles qui 
devaient être réunies; des variantes comme partie du texte ; 
des stances transposées; des vers boiteux qu'on eût pu re- 
dresser; des mots brisés dont une moitié s'attache à celui qui 
précède, l'autre à cehii qui suit; des expressions identiques 

* Bardoram trs ioYida Dtlaram adallerans ronlta de sois... ad- 
jecit, CQDctis moderoi sermonîs composilioDem redolenlibus... (Gî- 
rtldas Cambrensis, Vetirum epUlolarum hibemiewmm tyUoge. 
Ap«dU88er,p.li7.) 



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orthographiées de plusieurs manières difGirentes, dont au- 
cuae n'est légitime; enfin y des phrases sans ponctuation. Afin 
de remédier autant que possible à tous ces défauts, l'auteur 
de cette édition, chaîné , il y a quelcpies années , d'une mis- 
sion littéraire en An^eterre, a consulté et comparé ensemble 
le plus grand nombre possible de textes manuscrits. 

Les cidlections principales sont celle d'Hengurt, apparte- 
nant à la famille Yaughan, maintenant y*ansportée à Rug, 
près Corwen, dans le Herionethsfah^e; celle du collège de Jésus, 
à Oxford; celle du comte de Hacdesfield, voisin de cette ville, 
qui a hérité des documents gallois réunis par le père du cé- 
lèbre sir WOliams Jones; ceUe des Mostyn de Gloddaith ; des 
Panton de Pias Gwyn, dans Ttle d'Anglesea; de sir Watkin 
William Wynn, de Wynestay ; sans parler de plusieurs au- 
tres moins importantes , telle que ceUe de feu M. Bosanquet 
et du musée britannique de Londres. 

De tous ees manuscrits , dont le nombre s'élève à plusieurs 
centaines de vohimes sur vélm , il en est trois qu'on cite gé- 
néralement pour leur antiquité : Ce sont, l^ le Livre noir 
M Kirvbrzin; 2« le Livre d'Aneurin; ^ le Livre de Ta* 

LOÉSIN. 

Le Livre Nom passe pour avoir été copié par les moines 
d'un prieuré voisin de la ville de Kaermarthen ou Kerverzin. 
Après avoir appartenu au trésor de l'église de Saint-David et 
à l'antiquaire sir John Prys , il passa dans la bibliothèque 
d'Hengurt : c'est un volume in-4^ de cinquante-quatre fo- 
lios : il contient, entre autres morceaux , plusieurs poèmes 
de Liivaro'h-Henn et diverses pièces apocryphes de Taliésin 
et de Menin. 

D'après l'antiquaire Lhuyd , la première moitié de ce vo- 
lume (il aurait dû dire les quarante-cinq premiers folios,) 
semble très^antérieure au XII* siècle; selon le docteur Owen , 
elle serait du IX* siècle; suivant M. Tumer, le recueil aurait 
été commencé au X« siècle , ou à peu près , et terminé dans 



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VIIJ 

le courant du XII''. Ëaiin, si l'on en croit le modeste et sa- 
vant M. Aneurin Owen , juge encore plus compétent, le vo- 
lume serait tout entier de cette dernière époque et de la 
même main. 

La preuve , observe-t-il avec infiniment de raison , c'est 
que dans la première partie , regardée par Lhuyd comme la 
plus ancienne , on trouve une élégie sur la mort d'Howel , 
arrière-petit-fils du Législateur gallois du X« siècle, qui périt 
en Tannée 1104. 

Le Livre d'Aneurin et le Livre de Taliésin , deux vo- 
lumes in-8'' de la collection d'Hengurt , dont les titres indi- 
quent assez le contenu , ont été écrits à la fin du XI" siècle , à 
ce que pense le docteur Owen; au XII<», suivant M. Tumer. 
Malheureusement, le premier qui a été consulté et décrit 
par Lhuyd , a disparu il y a quelques années , et Ton ne sau- 
rait maintenant vérifier rage qu'on lui attribue. Quant aux 
pièces qu'il renfermait, elles ont été transcrites , et nous les 
retrouvons dans différents recueils tant anciens que moder- 
nes ; j'indiquerai , entre autres copies , celle de feu mon ami , 
le révérend Thomas Price de Crickhowel, laquelle semble du 
XIU*' siècle ; celle de H. Théophile Jones , le savant auteur de 
l'histoûre du Brecknockshire , à peu près de la même époque, 
dit-on , mais que je n'ai pas vue; et celle des Panton de Plas 
Gwyn , qu'on croit du XIV" siècle. 

Aux trois recueils d'Hengurt dont nous venons de parler , 
il faut joindre , comme le plus volumineux et le plus complet 
de cette collection , une copie sur vélin des poèmes de li- 
warc'h-Henn , d'Aneurin et de Taliésin , faite seulement du 
temps de Charles I*', mais d'après de très anciens manus- 
crits détruits depuis lors dans un incendie. Ce fut le noble 
propriétaire d'Hengurt lui-même , le savant Robert Vaughan, 
qui le transcrivit de sa propre main. Il est intitulé : Les 
Bardes PRiiirnFS gallois. 
î^ous ne passerons point en revue les autres compilations 



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des poèmes de ces bardes , que le moyen-âge nous a léguées 
et qui se trouvent dans les bibliothèques indiquées plus haut; 
mais il en est une qui mérite une mention spéciale. 

Elle appartient à la bibliothèque du collège de Jésus à Ox- 
ford, et porte le titre de Livre rouge de Herghest : c'est un 
gros volume in-folio vélin , dont la plus grande partie y qui 
est de la fin du XIV» siècle , comme Ta fait justement obser- 
ver Lhuyd, a été copiée sur différents manuscrits beaucoup 
plus anciens. Il contient^ indépendamment d'une foule d'ou- 
vrages en prose et en vers , toutes les œuvres de Liwarc'h- 
Henn, et quelques-uns des poèmes de Taliésin. On peut voir 
un fac-similé de récriture à la tète de Tinappréciable recueil 
des Mabinoghion , traduits pour la première fois , et annbtés 
avec un si rare talent par lady Charlotte Guest. 

Les plus anciens des manuscrits qu'on vient d'énumérer, 
éclairés , rectifiés les uns par les autres , ont servi de base au 
texte de la présente édition. Les variantes placées au bas des 
pages ont été fournies par différentes copies de différentes 
dates, depuis le XIV* siècle. 

Inutile d'ajouter que l'édition du Myvyrian a été aussi con- 
sultée avec fruit, quoique faite en général d'après des ma- 
nuscrits modernes , au grand regret du patriotique éditeur , 
impuissant, disait-il, à vaincre certaines résistances systéma- 
tiques. 

Après le travail ]de collation , il restait à reproduire les 
textes avec l'orthographe convenable ; mais laquelle suivre ? 
celle des manuscrits? elle est on ne peut plus variable , toute 
remplie de contradictions, et relativement moderne. Celle 
des lexicographes gallois? Ils ne sont pas d'accord entre eux : 
Jean Davies a écrit d'une façon; Edv^ard Lhuyd d'une autre; 
le docteur Oveen de deux manières; et, si j'en juge par les 
très savantes et très judicieuses Remarques du révérend John 
Jones (Tegid) sur Vorthographe galloise, elle. ne serait pas 
encore fixée. Celle des Bretons d'Armorique l'est désormais^ 



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grâce aux travaux de Le Gonidec, le Jhonson de la pénin- 
sule y qui en a puisé les éléments aux diverses sources bre- 
tonnes comparées de Ttle et du continent. > J'ai donc suivi, 
pour le texte, l'orthographe historique , m^hodiquement res- 
taurée par hii, d'après eltes. Quant aux variantes J*ai dû suivre 
les manuscrits gallois, et les ai données d'ordinaire in ex- 
tetuoy presque comme un second texte, afin de satisfiedre 
toutes les exigences de la critique. 

Ainsi, j'aurai mis le lecteur à même non seulement de 
confronter les plus importantes leçons des poèmes , mais en- 
core de comparer l'orthographe relativement moderne des 
manuscrits avec l'orthographe primitive, l'une pleine de ra* 
fin^nents, de permutations de lettres et d'euphonismes , 
l'autre de rudesse et de simplicité , rudis et plana simpUtitas , 
conune disait Giraud de Barry. > 

Les textes une fois reproduits sous leur couleur natureUe, 
il fallait les traduire. Myvyr et ses coUaborateurs expriment 



« L*exameo de ces éléraeiiu faii le sujet d'ane partie du diicoors 
prélimiiMire que j'ai pUcé k la tète du Dictiornauib rRAiiÇAi84iRB- 
TON de Le Gonidec, complété et publié par moi en 1847. J*ai es- 
sayé d*y foire V histoire de la langue bretonne depuie Ui temp$ les 
plus reculés jusqu'à nos jours, {i vol. îo-4<», à Paris, chez Franck, 
rue Richelieu , 69 ; k Saint-Brieuc , chez Prodbomme.) 

« Avaol le X« siècle, les permutations de lettres avaient lieu seu- 
lement dans la langue parlée. Ce n'est que postérieurement que les 
auteurs bretons ont eu Theureuse idée de reproduire pour les yeux, 
dans la langue écrite, les altérations subies par les consonnes ini- 
tiales, en vertu des lois grammaticales ou euphoniques : les anciens 
écrivains donnaient les mots sous leur forme radicale , laissant au 
lecteur instruit k faire les permutations, s'il lisait tout haut. Quel- 
que bizarre que semble aujourd'hui la méthode de ces derniers , la 
critique historique m'a (ait un devoir de m'y conformer, contraire- 
ment k l'éditeur de V Archéologie galloise. 



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ce vœu dans leur préface, laissant, disent-ils, à ceui qui en 
sont capables, le soin de raccomplir« 

L'ingénieux auteur de Britannta after the Roinans, Ta aussi 
exprimé en 1836 : 

c Le public, obsenre-t-il , n'a que faire d'extraits et de 
spécimoss; il veut une édition critique de ces poèmes cu- 
rieux. Une complète et classique édition des anciens bardes 
avec des variantes, une traduction et des notes, exécutée 
avec le soin qu'on mettrait à publier Pindare ou Eschyle, 
serait un ouvrage très désirable, et il y a longtemps qu'il 
aurait dû être (ait. » 

Enfin, il y a peu d'années, la curiosité du monde savant 
fut éveillée au plus haut point par une annonce ainsi conçue, 
publiée dans les journaux anglais : 

€ Voilà longtemps qu'on regrette vivement que les trésors 
de l'ancienne littérature bretonne, recueillis par H. Owen 
Jones, de la vallée de Myvyr , sous le titre de Myvyrian ar- 
CHAI0L06T, n'aient pas encore été rendus accessibles aux lit^ 
térateurs modernes de l'Europe. 

» Le premier volume, contenant les débris bardiques des 
plus anciens poèmes bretons , présente des matériaux très 
intéressants et de nature à jeter le plus grand jour sur l'his- 
toire, les coutumes, la littérature, la philosophie, et la my- 
thologie des Bretons nos ancêtres. 

» On propose donc de publier par souscription une traduc- 
tion de la portion la plus précieuse de ces anciens monu- 
m^ts du féme celtique» 

€ Le traducteur est le révérend John WiDiams, M. A. F. 
R. S. C. archidiacre de Cardigan et recteur de l'académie 
d'Edimburgh. » 

Certes aucun nom n'était mieux fait pour attirer les sous- 
cripteurs, et cependant l'ouvrage n'a point paru ! 

Personne ne le regrette plus que celui qui écrit ces lignes , 
il le dit du fond de son âme : c'était au respectable M. Wil* 



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xy 

liams , c'était aux Charlotte Guest, aux Pridiard , aux Aiieu- 
rin Owen, aux Tegid, aux Williams Rees, aux Stephens, 
aux Robert Williams , à tant de Gallois si capables, qu*il ap- 
partenait d'interpréter dignement les anciens bardes bretons. 

Quant au présent traducteur, la tâche qu'il s'est imposée a 
failli excéder ses forces et sa patience , et il ne l'aurait jamais 
entreprise , s'il en eût aperçu d'abord toutes les difficultés.. 

Du reste , un Gallois fort instruit du dernier siècle , le ré- 
vérend Evan Evans , faisait le même aveu sur la difficulté de 
traduire les anciens bardes : 

< Plusieurs des poèmes de Taliésin , à cause de leur grande 
antiquité, dit-il, sont très obscurs; il en est de même de 
ceux des poètes ses contemporains. » 

Evans insiste particulièrement , et avec beaucoup de rai- 
son , sur la difficulté de traduire le grand poème d'Aneurin , 
écrit, comme il le remarque, dans le dialecte des Bretons 
septentrionaux , et , pour cela , peu intelligible aux Bretons 
gallois; puis , revenant à Taliésin , il ajoute que « les meil- 
leurs antiquaires et critiques de son temps confessent tous 
qu'ils ne peuvent entendre plus de la moitié d'aucun des 
poèmes de ce barde ou des autres. > 

Un pareil langage aujourd'hui serait un peu exagéré, après 
les nombreux travaux de la philologie contemporaine; cepen- 
dant il suffit d'ouvrir l'histoire du pays de Galles , écrite en 
gallois par le révérend Thomas Price , où l'on trouve le vieux 
texte breton de quelques poèmes des bardes, avec une tra- 
duction galloise de ces poèmes en regard, pour se convaincre 
que la langue des pères n'est pas toujours claire pour les en- 
fants. 

En face de tant de difficultés , je n'ai pas la prétention de 
ne m'étre jamais trompé : de pareilles bonnes fortunes sont 
le privilège des Swedenborg. A la révision de mon travail , il 
m'est arrivé de corriger plusieurs contre-sens; et j'ai hésité 
longtemps sur certains passages dont le sens m'a paru dou- 



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xiij 

teux. Dans ce dernier cas , et en général toutes les fois qucf 
j'ai été embarrassé , le secours des divers dialectes comparés 
de la langue celtique, savoir : le gallois, le comique, Tar- 
moricain , le gaël d'Ecosse et le gaêl d'Irlande , m'a été de la 
plus grande utilité. La connaissance du dialecte gallois est 
sans doute le phare le plus sûr qui puisse guider un traduc- 
teur parmi tant de ténèbres et d'écueils, mais elle ne suffirait 
pas toujours pour Tempècher de sombrer. 

J'ai aussi profité de quelques traductions partielles soit an- 
glaises , soit galloises , d'un petit nombre de poèmes ou frag- 
ments des bardes, entre autresde celles de MM. Sharon Tumer, 
Evans, Owen et Price, dans lesquelles certains passages obscurs 
et difficiles ont été éclaircis avec succès; mais presque toutes 
sont de heUes infidèles, pour parler comme d'Ablanoourt,. té- 
moins celles d'Edward Davies; ou même des infidèles assez 
laides , comme l'essai de M. Probert : l'inadvertance du der- 
nier est d'autant plus étrange qu'il a visé à la fidélité , et que 
sa traduction d'Aneurin est presque mot à mot. 

Toutefois , un mauvais portrait peut servir à en faire un 
bon. 

Celui que j'ai peint des vieux bardes est-il ressemblant ? 
Les connaisseurs en décideront; du moins, j'ose croire qu'à 
défaut d'autre mérite , ils ne lui refuseront pas les traits 
rudes , farouches et sans fard des modèles. 

Qu'on traduise avec élégance les élégants poètes classiques; 
les bardes sont des barbares. 

L'interprétation de la lettre des textes avait besoin d'être 
accompagnée d'expositions, de commentaires, d'éclaircisse- 
ments sur l'esprit de chaque poème , sur leurs obscurités et 
difficultés sans nombre, sur les personnes , les localités, les 
mœurs, les coutumes , les croyances qu'on y trouve, et , 
avant tout , sur leurs dates probables. Une chronologie des 
poèmes des bardes manquait jusqu'à ce jour ; on s'était can- 



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XIV 

tenté de fixer arbitrairement dans la table du Uyvyrian » 
répoque où chacun d*eux vécut : j'ai essayé, dans cette édition, 
de rétablir preuves en main , au moyen de données précises, 
de rapprochements concernant les dates, d'allusions se rap- 
portant aux événements on aux faits contemporains. 

Enfin , j'ai esquissé l'histoire des anciens bardes , de leur 
institution , de leurs ouvrages et de leur siècle ; histoire peu 
connue jusqu'ici et de nature peut-être à éclairer d'un jour 
nouveau l'étude de la civilisation en Europe. 

Les premières recherches que je viens d'indiquer simt 
l'ol^et des arguments et des notes et éclaircissements; les 
autres de l'introduction générale de ce recueil. 

U ne me reste plus qu'à oflBrir mes remerefments aux 
personnes qui , par leurs travaux, m'ont rendu le mien plus 
facile , et à tous ceux qui ont bien voulu me communiquer 
leurs manuscrits, ou les faire transcrire pour moi : 

A lady Charlotte Guest , dont les ouvrages sont des meil- 
leurs qu'ait jamais produits la littérature gaUoise , et la plus 
belle gloire actuelle de cette littérature; 

A H. Sharon Tumer, l'illustre défenseur des bardes; 

A M. Aneurin Owen qui a si bien justifié la confiance de 
l'ancien propriétaire des manuscrits d'Hengurt , et que sa 
traduction des lois anciennes du pays de Galles recommande 
particulièrement à l'estime des vrais savants ; 

A H.Thomas Stephens, l'ingénieux auteur couronné de 
l'ouvrage intitulé : lAterature of the Kymry during the twelfth 
and two tucceeding centuries; 

Au révérend John Jones (Tegid), le docte éditeur des 
poèmes du barde Lewis Glyn Cothy, qui prépare une histoire 
très intéressante des gwerres des deux Roses ; 

Au vénérable docteur Foulques , principal du collège de 
Jésus , à Oxford , dont la bienveillance égale le savoir; 

A la mémoire du colonel Vaughan , ce type de politesse et 



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XV 

de complaisance, si dignement représenté par son fils, sir 
Robert Vaugfaan; 

A la mémoire du révérend Thomas Price de Crickhoveel , 
trop tôt enlevé aux lettres gaUoises et à ses amis; 

A celle de M. Taliésin Williams , fils d'un des éditeurs du 
Myvyrtan ; 

A ceUe de M. Bosanquet , aux neveux duquel je suis heu- 
reux d'offirir aussi l'expression de ma reconnaissance ; 

Enfin à celle des lexicographes gallois , bretons , écossais 
et irlandais, Owen Pughe, Le Gonidec, Amstrong, et O'brien ; 

Hais , par dessus tout , à la mémoire du noble paysan dont 
le nom sera l'étemel honneur de la race celtique , à Owen 
Jones , de Myvyr. 

Dans un cimetière , au bord de la Tamise , on voit une 
pierre noircie par le temps , les vents et la brume, adossée 
contre la muraille : elle n'a rien de remarquable , tandis 
qu'autour d'elle maint somptueux monument semble vouloir 
porter jusqu^au del, comme dit admirablement Bossuet, le 
magnifique témoignage de notre néant ; seulement , elle se tient 
debout, et regarde vers l'Orient. C'est la tombe d'Owen Jones; 
l'attitude de son granit funèbre, dans le cimetière d'Allhallovrs, 
fut la sienne durant toute sa vie. Inébranlable en ses desseins, 
alors même qu'il était pauvre et que le vent de l'adversité 
l'assaillait le plus violemment, il eut toujours les yeux tournés 
vers l'œuvre de lumières et de progrès que l'amour sacré du 
pays faisait briller pour lui, à l'horison, comme le lever d'une 
nouvelle aurore. 



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DISCOURS PRELIMINAIRE. 

LES BARDES 

CHU 

LES ANCIENS BRETONS, 



Les Bardes étaient les poètes de ces peuples , frères de sang 
et de langage , desquels devaient sortir un jour les deux nations 
les plus civilisées du monde : la France et TAngleterre. 

C'est donc, en quelque sorte, un héritage de famille pour 
nous , fils des Gaulois ou des Bretons , que le trésor poétique 
des hommes inspirés dont le génie fut l'interprète harmonieux 
des sentiments de nos ancêtres. 

Méconnue longtemps par une critique frivole , dédaigneuse 
ou prévenue , longtemps exagérée par un patriotisme étroit 
et peu intelligent , la valeur du trésor des bardes celtiques est 
aujourd'hui appréciée. Nul aussi n'en fait plus la propriété 
exclusive d'un pays ou d'un peuple ; il entre dans le domaine 
commun de la littérature européenne et s\joute un diamant 
de plus à sa couronne intellectuelle. Quand difërentes rivières 
ont confondu leurs eaux pour former un grand fleuve , les 
herbes et les fleurs» les rochers, les coteaux, les bois, le 
soleil , tout ce qui ^aie , ombrage , éclaire ou fleurit ses ri- 
vages n'appariient-il pas pour jamais à chacun des courants 
unis? Ainsi de la littérature européenne ; les chants des Scaldes 
Scandinaves , des Hinaésingers allemands , des Troubadours 
du Midi , des Trouvères du Nord et des Bardes celtiques s'y 



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iviij 

croisent et s*y répondent pour ne former qu'un hymne en 
rbonneur de l'esprit humain. 

Interpréter une des strophes les plus obscures de cet hymne» 
mettre en lumière des vérités laissées dans Tombre par l'his- 
toire qui trop souvent néglige les petits , les malheureux, 
les vaincus, pour adorer les grands « les heureux , les vain- 
queurs , proclamer des noms oubliés qui revendiquent leurs 
droits, des noms qui feront battre le cœm* de Thomme aussi 
longtemps que la religion, la justice, la patrie et la liberté 
auront des autels sur la terre , voilà toute mon ambition et 
tout l'objet de ce discours. 

n. 

Un soir d'hiver, il y a deux siècles, un vieillard aveugle était 
assis près du feu dans un manoir du pays de Galles. Sa tète 
blanchie par les années , que couronnaient , comme une au- 
réole , les rayons d'une lampe de fer suspendue au plafond, 
se penchait sur les cordes d'une hai*pe placée entre ses genoux : 
en face de lui, un jeune homme , le cou tendu en avant , 
prêtait avidement l'oreille à d'anciennes poésies avec peme 
obtenues du vieillard qui les chantait de mémoire , d'un air 
mystérieux , en s'accompagnant de la harpe et non sans un 
certain plaisir élégant , tandis que la flamme pétillait dans 
Pâtre et qu'au dehors le vent des montagnes , gémissant de 
concert, faisait tourbillonner les feuilles. Craignant sans doute 
de n'avoir plus jamais peut-être l'occasion d'entendre ces 
chants d'autrefois si religieusement conservés, et rendu au- 
dacieux par l'infirmité du vieillard qui ne le pouvait voir , 
le jeune homme tira Turtivemeut ses tablettes , et, sans que le 
barde s'aperçftt de rindiscrétion , il lui déroba et confia au 
papier plusieurs poèmes alors enfouis dans la poussière des 
bMothèques , et connus seulement de quelques initiés. < 

* ll«vie$ Blea, IntUimUona limgum Cpnmeca, p. 182, éd. de 



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XIX 

Rien ne peint mieux que cette histoire arrivée , dans sa 
jeunesse, au grammairien gallois Davies Rhes, le voile dont 
s'enveloppa toujours la poésie bardique et le^moyens détournés 
qu'on employait pour Técarter : si , à la fin du XVI* siècle il 
était micore aussi épais, qu'était-ce donc primitivement? 
Comme le chantre de Tibur , les anciens bardes haïssaient les 
regards indiscrets du vulgaire , et le tenaient à l'écart. Ils 
aimaient les sentiers couverts, la solitude, les retraites 
ignorées , les forêts profondes ; et l'on ne connaissait guère 
de leur institution que ce qui avait pu transpirer au dehors. i 

Nous savons donc fort peu de chose sur sa nature, sa 
naissance et ses développements : quand les données de- 
viennent plus nombreuses , elle était déjà en décadence , ou , 
si l'on veut, elle se transformait. Toutefois, le peu de rensei- 
gnements que nous offrent , sur son histoire primitive , les 
récits plus ou moins fondés des écri vain3 étrangers ne manquent 
pas d'intérêt , et cet intérêt croit à mesure que la transfor- 
mation s'opère. 

D'après les auteurs grecs et latins , on donnait , en langue 
celtique, le nom de Bardes aux membres de la caste bardiqife, 
qui avaient pour ofiQce, entre autres fonctions , de chanter les 
louanges des guerriers vaillants. * 

Us étaient tellement vénérés qu'on les mettait , avec les 
druides et les augures , au nombre des trois classes les plus 
honorables de la nation gauloise. Mais le respect dont ils 
étaient l'objet ne provenait pas uniquement de l'excellence 
de leur caste et de leur caractère poétique et national : il 
prenait principalement sa source dans les fonctions reU- 



* Docent... ctom... in êpecu.,. aut in abdiUs sailtibus... Unom 
ex lis quae pneeipiuDt m vulgut efHuœit, (Mêla , De $Uu orbis.) 

* Bardas gallice cantor appeUatiur, qui yiroram fortiom laudes 
canit, agentebardorum.iSeiiw Pompeius Feslus» 0to«iar., lib. 5.) 



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XX 

g;ieuses dont les hauts dignitaires de Tordre étai^t hérédi- 
tairement investis. 

Chaque sanctuaire avait son barde , comme chaque cour , 
comme chaque tribu; le barde de td ou tel dieu devenait 
son prêtre , et occupait naturellement la première place dans 
la hiérarchie. C'est ce qu'atteste un écrivain grec antérieur de 
deux siècles et demi à l'ère chrétienne, Hécatée, cité par Dio- 
dore de SicUe. Du temps où U vivait , existait dans une île 
située en face de la Gaule celtique une caste de bardes prêtres 
du soleil» dont les fonctions étaient héréditaires et consistaient 
à chanter sur la harpe les actions glorieuses du dieu, à garder 
son temple et à donner des lois à une viUe voisine de ce 
temple. ' 

Six cents ans plus tard , la Gaule avait encore sa caste sa- 
cerdotale de bardes ministres du soleil. Ausone parle de Tun 
d'eux nommé Phœbitius , qui était , dit-il , barde de Bélen 9 
et sortait de la caste druidique armoricaine. 

Par cette confusion remarquable de la caste des bardes et 
de celle des druides, que d'autres écrivains anciens distinguent, 
tout en les associant, Ausone semble attribuer aux premiers la 
science augurale, prophétique, divinatoire et presque univer- 
selle des seconds : les principaux d'entre eux auraient donc ré- 
uni le caractère de poète , de prêtre , de prophète et de 
savant, et la triade celtique des trois classes les plus vénérées 
de la nation gauloise, citée par Strabon, aurait eu raison de les 
placer avant les druides et les devins. 

Si les degrés supérieurs de la hiérarchie bardique appar- 
tenaient aux prêtres de la caste , les degrés inférieurs étaient 
occupés par des espèces de lévites , qu'on me passe le mot , 
affiliés à l'ordre , mais probablement sans caractère religieux, 
et simples poètes. 

Tandis que les bardes-prêtres chantaient les dieux dans les 

• Diodore de Sicile, édit. Petr. Wess, t. 1 , lib. 2, p. 159. 



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xxj 

temples, ceux-ci célébraient les héros sur les champs de 
bataille , ou dans la cour des chefs ; et leur talent fut assez 
remarquablepour mériter les éloges d'un de ces poètes deRome^ 
habitués à traiter de barbare tout ce qui n'était pas latin , les 
éloges de Lucain qui leur adressa cette belle apostrophe : 

€ Vous dont les panégyriques donnent l'immortalité aux 
ftmes des héros, aux âmes des guerriers tués dans les combats, 
Bardes , pendant longtemps en pleine sécurité , tous avez fait 
entendre des chants nombreux. » 

Après les chantres des dieux et ceux des héros morts pour 
la patrie , Tenaient les poètes attachés à la cour ou à la per-* 
sonne des chefs. Appien qui parait avoir recueilli une triade 
bardique concernant leurs devoirs , observe que leurs chants 
avaient trois thèmes : la généalogie, la richesse et la valeur 
des rois. Pour mieux juger du courage de ces rois , ils les 
accompagnaient à la guerre , les enflammaient pendant le. 
combat , et , vainqueurs ou vaincus , morts ou vivants , leurs 
patrons étaient sûrs d'être exaltés par eux. Toutefois , ils ne 
composaient pas seulement des panégyriques : s'ils étaient pro- 
digues de louanges envers ceux qu'ils aimaient ou envers les 
braves , ils faisaient aussi des satyres contre leurs ennemis 
ou contre les lâches. Diodore de Sicile dit expressément qu'ils 
louaient les uns et raillaient les autres. 

Quant à l'éloge de la race ou des richesses de leurs patrons, 
c'était principalement le siget de leurs chants, dans la paix , 
au milieu des festins , où ils avaient une place privilégiée. 
Hais autant la guerre était favorable à leur art , autant la 
paix lui était funeste ; ils tombaient alors dans une espèce de 
servilité, confondus avec les officiers du palais, ou même avec 
les parasites , et Possidonius , qui leur donne ce nom , nous 
apprend que plusieurs se trouvaient réduits à un état plus 
infime encore. Ceux-ci étaient les bardes gyrovagues qui fai- 
saient métier d*aller chanter dans les banquets pour de l'ar- 
gent, et payaient en compliments exagérés les libéralités de 



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leurs bMes. Selon le philosophe d'Apamée , les chefs gaulois 
avaient coutume d'en rassembler un très grand nombre , et 
nul n'aimait autant à en réunir autour de sa table qu'un cer- 
tain roi des Arvernes appelé Louem, c'est-à-dire le Renard. 
Un jour que ce chef avait donné une fête , il trouva sur la 
route, en s'en retournant , un barde attardé qui se mit à 
courir après son char y en chantant ses louanges et en déplo- 
rant l'infortune du convive qui arrive au banquet quand tout 
le monde est parti. Charmé des vers du poète , Louem prit 
une bourse d'or et la lui jeta. Le barde s'en saisit, et con- 
tinuant à suivre le char , il chantait : c Les roues de ton char 
sur la terre , 6 roi , font germer l'or et les faveurs. » 

L'un des premiers critiques de France qui se soit occupé 
de la littérature bardique, H. Ampère, a observé, avec sa sa- 
gacité ordinaire , que l'attitude de ce barde courant après les 
roues du char de Louem , rappelle celle des mendiants qui 
suivent en chantant une chaise de poste, et qu'elle atteste la 
dégradation où étaient tombés, sinon tous les bardes, au 
moins un certain nombre d'entre eux. 

Ce qui était l'exception et l'état des poètes de la dernière 
classe , lors du voyage du philosophe stoïcien en Gaule, c'est- 
à-dire cinquante ans avant l'ère chrétienne , tendit à devenir 
la règle générale et la condition du plus grand nombre au IV* 
siècle. 

Forcés de se cacher pour éviter le sort de leurs frères , les 
druides; persécutés et mis à mort par les empereurs ro- 
mains , ils virent décimer insensiblement la caste à laquelle 
ils appartenaient : la persécution détachant un à un de leur 
fîront les rayons de l'auréole sacerdotale , ne leur laissa qu'une 
couronne de feuillage , une couronne de feuilles de bouleau , 
arbuste et symbole de l'ordre, et , de ces pontifes du soleil, de 
ces gouverneurs de cités, de ces prophètes, de ces devins, 
il ne resta plus que des poètes. 

Ausone , né vers l'an 310, parie du barde de Bélen , Phoebi- 



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xxiq 
tius^comme du grand-père d'un de ses contemporains; il ajoute 
qu'il mourut pauvre et que le ministère de prêtre du ^leil ne 
l'enrichit point. De son côté , Prudence , opposant harde à 
augure, relègue les augures ou les devins dans le passé parmi 
les aïeux des bardes de son temps. 

D'après ce qu'on vient de lire ,.il y aurait lieu de croire 
qu'il n'y avait plus de sacerdoce bardique, du moins publique- 
ment reconnu , au IV* siècle. Hais si les corps sacerdotaux 
meurent y ils laissent de longs souvenirs après eux ; si les insti- 
tutions s'altèrent, eUes ne disparaissent jamais complète- 
ment. Comme l'ftme survit à la destruction de son enveloppe 
matérielle , les traditions survivent aux castes abolies , et re- 
construisent sur de nouvelles bases quelque chose ^'analogue 
à ce qui exista. 

L'institution bardique y après que les légions romaines eu- 
rent quitté la Grande-Bretagne , se réorganisa donc sur un 
nouveau plan, et de tous ses éléments non détruits compatibles 
avec l'esprit du christianisme, il se forma, chez les Gaëls d'Ir- 
lande et chez les Bretons insulaires, des associations bardiques 
unies par les mêmes lois , les mêmes devoirs et les mêmes 
droits. 

La comparaison des traits communs que nous offriront ces 
associations, en achevant de nous faire connaître un des côtés 
de l'institution primitive , nous permettra de mieux juger de 
ce qu'elle devint une fois transformée. 

L'Iriande ayant été l'tle celtique envahie le moins souvent, 
et la plus fidMe au culte des traditions primitives , fixera d'a- 
bord notre attention. Malheureusement , elle s'est mieux pré- 
servée des incursions étrangères que des invasions de la fausse 
critique , et les érudits de cet infortuné pays ont trop souvent 
eu des prétentions patriotiques insoutenables. Quoi qu'il en 
soit et jusqu'à ce qu'un autre Tumer ou M. O'Donovan vienne 
débrouiller le fil de leurs antiquités nationales , voici ce qui 
en ressort le plus clairement. 



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XXIV 

Aussi haut que l'on peut raisonnablement remonter à 
Taide des traditions gaéliques , on trouve en Irlande des bar- 
des constitués à Tétat d'ordre civil , sinon religieux. Les 
princes de Tordre figurent non plus comme ministres des 
dieux dans les temples , mais dans les cours des rois y à côté 
du prêtre et du conseiller , parmi les trois premiers officiers : 
ils y exercent une certaine magistrature qui rappelle leurs 
antiques fonctions sacerdotales ; ils veillent à la conservation 
et à l'exécution des lois ; ils excitent les hommes par le blâme 
et par la louange ; ils célèbrent les actions vertueuses ou infli- 
gent aux méchants le châtiment mérité ; enfin , et c'est là leur 
occupation habituelle, ils gardent le dépôt des traditions de 
la famille et de la patrie et les souvenirs nationaux. Comme 
tels y ils sont réellement les historiens de la race , et même on 
leur donne un nom généralement réservé en Irlande aux sa- 
vants et aux docteurs , le nom d'otiam. 

Ces difTérentes fonctions étaient relevées par une qualité 
précieuse qui leur imprimait un caractère de durée* et de sta- 
bilité remarquable: l'hérédité. L'office de barde se transmet- 
tait de père en fils avec la harpe, et les nouvelles générations 
de poètes croissaient â l'abri de vieilles générations , comme 
les jeunes chênes â l'ombre de chênes séculaires dont ils sont 
sortis; l'antique esprit de caste n'avait point péri, il survi- 
vait à la ruine du sacerdoce bardique et animait encore de son 

^ souffie l'institution transformée. 

Tout naturellement , elle jouissait de nombreux privilèges ; 

, entre autres droits , la famille de barde royal possédait héré- 
ditairement une certaine portion du territoire : il était vêtu , 
lui et sa femme , par le roi qui leur devait un vêtement d'une 
richesse et d'un prix fort considérables pour le temps , à savoir 
du prix de trois vaches. De plus , sa personne était inviolable : 
n n'est pas d'exemple qu'aucun ait été mis â mort: je me 
trompe, un d'eux périt assassiné; mais l'auteur de ce meurtre 



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XXV 

est resté marqué , dans Thistoire d'Irlande , du stigmate de 
rinflEunie , et son nom est parvenu jusqu'à nous avec le sobri- 
quet de tête déshonorée. 

Après le barde de la cour , venait celui delà tribu ; il occu- 
pait le même rang près du chef de dan que son confrère 
près du roi ; il avait les mêmes devoirs à remplir, dans une 
sphère moins élevée, et jouissait des mêmes prérogatives. 
Le législateur irlandais régla avec une sollicitude égale les at- 
tributions et les privilèges des uns et des autres; il fit pour 
la harpe du barde royal, comme pour celle du barde do- 
mestique , une législation spéciale , en attendant qu'en sou- 
venir des services rendus par elle à la patrie , les rois la pla- 
çassent avec bonheur sur leur bouclier , non pour épouvanter 
l'ennemi , comme la tète de l'antique Méduse, mais pour le 
charmer. ^ 

Comme les bardes irlandais, ceux de la Bretagne préten- 
daient être aussi anciens que le monde , et dataient leur his- 
toire du berceau du genre humain : selon eux , ce furent trois 
de leurs ancêtres appelés Gwizon , Hu-Gadarn etTiden , père 
de la muse , qui inventèrent à la fois la poésie et la musique, 
et jetèrent les fondements du bardisme. Si Tiden était le 
même que Tentâtes, l'inventeur des arts, et si Hu-Gadarn 
ou le Fort n'était autre qu'Hesus, le Mars des Gaulois, l'ins- 
titution bardique se rattacherait par la tradition de son ori- 
gine , à la mythologie celtique , comme Ta pensé H. Ampère. 

Beaucoup plus tard et sous le règne d'un chef breton ap- 
pelé Moelmud , dont l'âge n'est pas encore fixé , trois autres 
personnes auraient achevé l'œuvre commencée à l'origine du 
monde, en fondant un système de discipline et de privilèges, 
et promulguant les premières lois concernant les bardes. On 



< Voyez, sur les bardes irlandais, Walker, Historical memoirs 
of ihe Irisb bords, et miss Brook , Irish poelry. 



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croira ce qu'on voudra de cette législation primitive qui n*a 
d'ailleurs comme texte aucun caractère d'authenticité , et dont 
la langue et le style sont du moyen-âge, mais elle présente 
par moments des traces tellement visibles d'antiquité , quant 
au fond; elle est si souvent confirmée par le témoignage des 
écrivains classiques y et, en la comparant avec un code d*une 
date positive , un code du X* siècle , plus ancien de rédaction, 
dont nous parlerons tout à l'heure , on lui trouve de tels si- 
gnes d'antériorité qu'on doit nécessairement en tenir quelque 
compte. ■ 

Le premier devoir que Moehnud impose aux bardes est de 
garder les traditions historiques, c Le barde, dit-il, conservera 
le souvenir de toute chose digne d'éloges concernant l'indi- 
vidu , la race et les événements contemporains. » « 

n leur défend de porter les armes, interdiction qui les rat- 
tache aux bardes-prêtres des temps primitifs, à ces druides 
étrangers, comme on sait, aux dioses de la guerre, et qui 
montre toute l'estime du législateur pour leur art. Convenait- 
il en effet qu'elles fussent souillées de sang les mains de celui 
qui devait calmer par ses chants les blessures du glaive? L'o- 
bligation où ils étaient primitivement de rester des hommes 
pacifiques, était telle que la tradition nous a conservé le nom 
de trois bardes destitués de leurs fonctions pour s'être faits 
guerriers , et de trois guerriers qui renoncèrent au métier 
des armes pour devenir bardes. 

Historiens et messagers de paix , ils exerçaient de plus une 
fonction hnportante comme docteurs : c'étaient eux qui ins- 
truisaient le peuple : ils devaient , dit la loi , maintenir et ré- 
pandre partout l'instruction avec l'amour de la vertu, de la 

* Parmi ces signes, j'iodiquerai le partage annuel des terres, es- 
pèce de loi agraire en osage chez, les Gaulois, an témoignage de 
César. 

•Myfyrian, t. 3, p. 291 



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sagesse et de l'hospitalité. Ils formaient le corps enseignant ré- 
gulièrement constitué de la nation y et comme tels encore , ils 
r^résentent , sous un rapport , leurs ancêtres les druides y ces 
instituteurs de la jeunesse, et ces anciens bardes qui cfirent 
fleurir en Gaule de louables études,» selon Texpression d'Am- 
mien Harcellin. 

Mais cette belle prérogative appartenait de droit à ceux à 
qui il a été dit : AUez, enseignez toutes les nations. Les bardes 
durent bientôt la partager avec eux ; ils leur cédèrent même 
peu à peu le privilège non moins honorable d'être les seuls de 
tout le peuple dont la loi craignit de profaner le caractère au- 
guste , en les assujétissant au service militaire : du reste , 
quand la guerre était partout, pouvaient-ils s'en préserver? 
quand la patrie était en danger, pouvaient-ils rester neutres 
et ne pas armer du glaive la main qui maniait la harpe? 

Ainsi , les révolutions amenaient et expliquent les transfor- 
mations successives de leur instttujtion: avec le code d'Hoel- 
da , commence sa troisième phase historique. 

Hoel eut pour but de fixer par l'écriture, en les amendant , 
les vieilles lois br^mmes en usage depuis le V« siècle , époque 
de la première invasion saxonne, jusqu'au X«. Cent soixante- 
dix évêqueset huit-cent-trente-six députés laïques de chaque 
canton , du pays de Galles, se réunirent à cet effet , et, après 
avoir ainsi que le roi , jeûné et prié pendant quarante jours , 
ils nommèrent une commission composée de^iouze personnes, 
plus un rapporteur, chargée du recueil des lois nationales : une 
fois achevée, la compilation fut promulguée, et le roi or^ 
donna qu'on en fit une copie pour chacune des trois grandes 
divisions du pays de Galles; puis, il partit pour Rome, suivi d'un 
grand nombre de ses chefs de clan , afin de la soumettre au 
pape Anastase qui l'approuva. > 

' Voyet réditioD et la iraducUoa de ces lois faite par y. Aueuriii 
Oweo , il la requête du roi Guillaume IV. Londres , 1841 . 



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L'institution bardique était trop importante pom* que le 
législateur négligeât de recueillir les statuts qui la régissaient; 
aussi occupent-ils une assez grande place dans le code breton- 
gallois. 

Nous pouvons , diaprés lui , nous faire une idée très nette et 
très précise de la condition, des devoirs et des droits des 
bardes dans la Grande-Bretagne depuis la chute de la domi- 
nation romaine. 

La première chose qui me frappe, est leurs rapports 
entre eux , et les difiërents degrés qu'il leur faut franchir 
pour arriver aux dignités de Tordre. Hs se divisaient réguliè- 
rement en trois classes : les bardes aspirants , les simples bar- 
des , les chefs des bardes. 

Les bardes aspirants étaient les disciples de ces derniers. 
Selon les commentateurs et la tradition , ils formaient diverses 
catégories et subissaient durant plusieurs années divers stages 
ou épreuves devant un chef des bardes qui , d'après leur plus 
ou moins de génie poétique, les admettait dans l'ordre ou les 
repoussait. Les aspirants ayant part aux largesses des chefs, 
et recevant des rétributions en aident , lorsqu'ils chantaient 
dans les banquets ou qu'ils assistaient aux mariages , devaient 
au chef des bardes pour prix de ses leçons, le tiers de leur 
gain. Toutefois, s'ils quittaient leur instituteur, soit par 
manque de capacité et après avoir échoué dans les épreuves , 
soit pour toute autre cause , ils avaient droit à une harpe ; 
la loi leur assurait ainsi leur gagne-pain. 

Au contraire , l'aspirant qui était sorti vainqueur de toutes 
les épreuves , parvenait au second degré de l'ordre , et pre- 
nait place parmi les bardes royaux. Ceux-ci faisaient partie 
de la cour et y occupaient un rang assez élevé. On les voyait 
figurer , aux côtés du roi , avec ses premiers officiers , quand, 
le soir , il était assis à table près du feu , dans la salle de son 
palais de bois à voûte basse et ceintrée, que soutenaient six 



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TOIX 

colonnes feites de troncs de chêne polis a^ec soin , et qu'é- 
clairaient des torches d'arbres résineux. 

Le Imrde royal tenait à la main une harpe , présent du 
prince , et portait au doigt un anneau d'or reçu de la reine le 
jour où il était entré en fonction, et il ne devait jamais à aucun 
prix se dessaisir de ces objets. Si le chef du palais désirait qu'il 
chantât , il devait faire entendre trois chants de trois espèces 
différentes; si c'était la reine qui l'en priait et qu'elle le mandât 
dans sa chambre , il devait se rendre à ses vœux et lui dire 
trois chants d'amour, mais à demi-voix pour ne pas troubler 
la cour. Si un noble lui demandait de chanter , il devait aussi 
chanter trois chants, «mais si un paysan l'en prie, qu'il 
chante jusqu'à l'épuisement, » dit le législateur, voulant 
montrer par là que le barde appartient bien plus au peuple 
qu^auxrois , aux reines et aux nobles. 

Au jour du combat, il devait chanter pendant la bataille 
le chant national de la Domination bretonne, et , lors du par- 
tage des dépouilles , U avait droit à im boeuf, hors part , plus 
à une portion de guerrier. 

Indépendamment de la harpe et de l'anneau d'or , il possé- 
dait cinq acres de terre sans redevance ; il montait un che- 
val des écuries du roi , et logeait chez le préfet du palais. 
Son plus beau privilège, dans un temps où la force brutale 
régnait trop souvent sans partage , était de pouvoir arrêter et 
conduire au roi tout homme qui en insultait un autre, et 
de prot^er quiconque manquait de protecteur : il jouis- 
sait de cette noble prérogative , reste évident des attributions 
du pacifique sacerdoce bardique , depuis son premier chant, 
au lever de l'aurore, jusqu'à son dernier chant du soir, c'est- 
à-dire constamment. 

L'injure qu'on lui faisait à lui-même était punie d'une a- 
mende de sjx vaches et de cent^ vingt blancs ou sols d'ai^ent; 
et sa mort , d'une amende de deux fols cent vingtrsix vaches 
ou de deux cent-cinquante-deux blancs ; prix énorme pour 



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cette époque , car le meurtre dujnédecin du roi , personnage 
important , était évalué moitié moins. Le législateur voulait-il 
donner à entendre que l'homme qui calme de ses chants les 
douleurs de Tesprit , vaut deux fois mieux que celui qui guérit 
de ses drogues les douleui*s du corps? 

Quant à la dignité de chef des bardes , elle ne s'obtenait 
qu'au concours. 

Tous les trois ans , avait lieu en plein air , sur. une mon- 
tagne , une assemblée solennelle des bardes du pays. Leurs 
réunions se rattachaient sans doute par l'origine aux synodes 
bardiques et druidiques , qui se tenaient, dit César, dans un 
lieu consacré , au centre même de la Gaule : les lois de Moel- 
mudles nonunent des congrès privilégiés de fraternité et d'u- 
nion, et il y a lieu de croire qu'elles faisaient primitivement 
partie des institutions religieuses des nations celtiques. La 
chute du druidisme, en les dépouillant de leur caractère 
payen , ne put toutefois leur ôter leur esprit national civil et 
littéraire. Elles continuèrent d'être utiles à la conservation de 
l'art poétique et musical parmi les descendants des bardes pri- 
mitifs, et c'est comme telles qu'elles florissaient à l'époque 
qui nous occupe. On décernait alors, en présence des cheEs du 
pays et d'un immense concours de peuple , le prix de l'inspi- 
ration , faculté que l'ancienne langue bretonne exprime par 
le mot : Awenn. Le vainqueur aux joutes poétiques recevait 
du juge royal l'investiture de la harpe d'argent; on le ceignait 
d'une écharpe bleue, on Tûfistallait sur un siège d'or, et il 
était déclaré chef des bardes du pays et barde intronisé, aux 
accords des harpes celtiques et aux acclamations de la 
foule. 

Le rapport de ces joutes intellectuelles avec les combats lit- 
téraires du même genre , que se livraient des poètes du VI* 
siècle , à Rome, où le sénat décernait au vainqueur un tapis 
de drap d'or pour couvrir son fauteuil académique; leur res- 
semblance avec les fêtes dionysiaques, où l'on couronnait les 
plus belles hymnes en l'honneur de Bacchus , n'est pas ce qui ' 



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me frappe le plus. Le croirait-on? C*est avec les cérémonies 
religieuses de la Samotfarace qu'elles ont le plus de rapport, 
c'est avec les mystères auxquels Orphée et Pythagore allèrent 
se faire initier. Ceint d'une écharpe de pourpre , comme le 
barde d'une écharpe bleue; couronné d'un rameau d'olivier, 
comme le barde peutp^tre d'une branche de bouleau (symbole 
bardique de la victoire), le poète initié était installé sur un 
si^e: tous les autres initiés présents formaient un cercle autour 
de lui, et , se tenant par la main , ils dansaient une ronde , en 
chantant. Cette cérémonie , dit Platon , s'appelait d/»ovc<7fioç 
on ifUronisation, et Tinitié recevait le même nom que le chef 
des bardes bretons : enfin l'un ainsi que l'autre devait gar- 
der pendant toute sa vie l'écharpe initiatrice, i 

Maintenant , si Ton observe que la Samothrace était le 
sanctuah*e de ces initiations, et que le culte cabyrique, reli- 
gion de la Samothrace, se répandit dans le pays des Celtes et 
particulièrement dans les tles britanniques , où les Grecs l'ont 
positivement reconnu, selon le témoignage formel de 
Diodore de Sicile et de Strabon; ^ si l'on se rappelle, d'autre 
part, que les Pythagoriciens passaient pour les mstituteurs 
des bardes et des druides celtiques, ' peut-être pensera-t-on 
que les joutes poétiques des bardes bretons du VI* siècle , 
étaient l'ombre de certaines initiations religieuses d'autrefois. 

Quoi qu'il en soit, à dater du jour de son intronisation, celui 
qui était devenu chef des bardes du pays ne faisait plus partie 
des officiers du roi , au-dessus desquels l'élevait sa nouvelle 
dignité : il avait droit à un présent de nocesde la part des 
filles non seulement des simples bardes , mais de toutes celles 

* Platon Eothydem. p. 405. Voyez anssî l'excelleDle traduction 
de la Symbolique de Greuier , par M. Goigniaut (p. 320) , traduc- 
lion qui a to«t le Boérite d'un original. 

• Scndm» IV, p. 198. Diodore, IV, p. 50. 
' Idm, V. p S09. 



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XXXIJ 

qui se mariaient. Nul barde ne pouvait solliciter aucune 
faveur dans sa juridiction sans son agrément , à moins 
d'être poète d'un pays limitrophe. Si le roi défendait par une 
loi de rien accorder aux sollicitations des bardes dans les 
domaines royaux, pendant une certaine ^oque de Tannée , 
leur dief n'était point assujéti à cette loi; présent conmie ab- 
sent , il avait une part double de tous les honoraires accordés 
aux simples bardes. Il avait droit au logement chez l'héritier 
présomptif, qui était toujours le fils, le frère ou le neveu du 
roi , et à une certaine étendue de terres quittes de redevance. 
S'il était à la cour, personne ne pouvait lui disputer l'hon- 
neur de chanter le premier : dès qu'il paraissait à l'entrée de 
la salle du festin , et que le roi lui faisait signe , il devait en- 
tonner deux chants sur le seuil de la porte , l'un en l'honneur 
de Dieu , l'autre en l'honneur des rais bretons; quand il avait 
fini, le bardç de la cour se levait , et , par une déférence mar- 
quée pour son supérieur , il allait chanter hors de la salle , 
plus bas que le vestibule , dit la loi. 

Ses chants finis, le chef des bardes venait s'asseoir à table, 
à droite de l'héritier présomptif, et sa place était d'autant 
plus honorable qu'après elle , observe le législateur, il n'y en 
avait plus de privilégiée. 

Là, selon une autre observation du même législateur, tandis 
que la plupart des convives étaient astremts à une certaine 
ration légale, appelée tn^srire ennuyeuse, le chef des bardes du 
pays pouvait boire et manger sans ennuis. Cet article du 
code breton , sous sa forme naïve et barbare, achève de ca- 
ractériser la valeur du chef des bardes : à coup sûr , c'était 
un personnage fort important dans l'état que celui qui 
jouissait à table d'une liberté illimitée, et d'une souveraineté 
absolue sur tous les vins et tous les mets ! 

Un privilège plus sérieux était ses fonctions dans la de- 
meure de Théritier du prince. En souvenir d'antiques attri- 
butions perdues et peut-être par respect pour elles , il était. 



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XXXiJj 

chargé d'élever et d'instruire un certain nombre de jeunes 
garçons, appartenant aux familles nobles du pays, qui étaient 
mis , par leurs pères , à l'âge de quatorze ans, à la disposition 
du suzerain y et confiés aux soins deThéritier de la couronne. 

L'influence des bardes sur leurs contemporains , malgré 
toutes les révolutions , commençait donc toujours presque dès 
le berceau , comme du temps de César. 

Après avoir si nettement défini la valeur de ces poètes , la 
loi pouvait-elle oublier l'instrument dont il a été dit : 

» 11 n*e8t ni ange ni homme 

Qai ne pleure quand chante la harpe ? » 

Le prix de celle du chef des bardes est de cent vingt blancs; 
c'est juste aussi cher que le chêne , cet arbre sacré , que la 
harpe , le grenier et le manteau du roi ; c'est deux fois 
autant que le chaudron royal, qui ne valait que soixante blancs; 
cinq fois plus que le bouclier d'or , ou d'argent , ou d'azur 
du guerrier, et que l'épée la plus belle à poignée d'argent; 
c'est trente fois autant que la lance; et, sans pousser plus 
loin cette énumération , onze fois plus que la charrue : le 
noble peuple qui observait ces lois trouvait donc que la parole, 
cette puissance divine dont la harpe du barde était le poétique 
symbole , vaut mieux que la nourriture d'un roi , mieux que 
le pain produit par la charrue , mieux que le bouclier qui 
protège, mieux que la lance ou l'épée qui tue, mieux que la 
force. 

Chaque composition poétique avait aussi son prix , d'après 
la loi ; elle ne l'indiqiJe pas , mais c tout chef des bardes devait 
le connaître, » dit- elle, et la tradition nous apprend que 
chacune des stances d'un poème du temps dont nous parlons 
valait deux blancs. 

« Le barde intronisé , ajoute le législateur , devra de plus 
savoir par cœur les anciens poèmes en l'honneur des princes 

3- 



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xmy 

et rois Slustres de la nation bretonne ^ et particoliër^nent 

ceux des ^ieuz chefs des bardes de Ttle de Bretagne. > > 

Ainsi se maintenait parmi ces poètes une tradition qu'il est 
d'une importance capitale de constater. Soutaiant la chaîne 
et formant le nœud , tout nouvel initié venait joindre son 
anneau d'or à ceux de ses prédécesseurs, et la chaîne, d'anneau 
en anneau, allait remontant jusqu'aux âges les plus lointains. 

Telle était la part de devoirs et d'immunités que faisait au 
poète la législation bretonne; elle est large, comme on le voit, 
et sauf ses prérogatives de l'époque théocratique , on cher- 
cherait en vain , ce semble , ce qui pouvait lui manquer : mais 
possédait-il la liberté, ce bien plus cher que la harpe d'argent 
et l'anneau d'or, le siège d'or , les terres, les rétributions , les 
honoraires , tous les avantages bardiques? Ne l'avait-il point 
perdue avec sa couronne druidique ? 

Nous savons d'abord que les trois byoux d'une race : le 
livre , la harpe et Tépée ne pouvaient être saisis par la justice 
en aucun cas ; il s'ensuit que les œuvres du barde et sa harpe 
étaient libres ; après cela , il serait étrange que sa personne 
ne l'eût pas été. Toutefois, ce ne serait qu'une hypothèse plus 
ou moins probable, dans le silence de la loi, tandis qu'au 
contraire, c'est un fait, car elle dit : L'esclave a trois fils 
libres; le pi'emier est le barde; le second est le clerc; or, 
dès que le fils du serf , igoute-t-elle , a reçu la tonsure cléri- 
cale ou pris ses premiers degrés bardiques , son maître n'a 
plus aucun droit sur lui. La poésie affiranchissait donc comme 
le sacerdoce : mais quel rapprochement hardi! l'ordination 
ecclésiastique et l'ordination bardique assimilées! D fallait 
que l'institution sacerdotale des bardes eût laissé des traces 
bien profondes dans les moeurs bretonnes. 

Après tout , n'eût-il pas été singulier que le rameau de 
hùuleau quiUre le pied de l'entrave, comme dit un de ces poètes, 

* Rbes, ImlUutionei lingum CymraeeŒf p. 146. 



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xxxv 

c'est-à-dire que rhomme inspiré dont les chants étaient la 
sauvegardé de la liberté, ne l'eût pas reçue de la loi? 

Le secret de la force du barde est surtout dans cette puis- 
sante faculté que lui attribuaient si justement les législateurs 
primitifs. Haton chassait les poètes de sa république, après les 
avoir couronnés ; les hommes d'état des âges civilisés les 
traitent encore plus mal , car ils les congédient sans cérémo^ 
nie ; à peine s'ils les regardent comme un ornement de la so- 
ciété , et ils les appellent volontiers amuseurs de fous curieux : 
9 n'en était pas de même dies les anciens peuples jaloux de 
leur indépendance; la poésie leur servait d'auxiliaire contre 
l'ennemi , et si la lyre de Tirtée valut souvent une épée pour 
les Grecs , plus d'une fois la harpe du barde (ut le bouclier 
des Bretons. 

La poésie s'étant trouvée toiyours liée de la sorte à leur vie 
sociale, ayant toiyours été l'organe de leurs intérêts nationaux 
et de leurs sentiments patriotiques, offirant par conséquent un 
dsuractère historique et national , il est essentiel , pour la faire 
bien comprendre , denq[>peler en peu de mots les grands évé- 
nements dont les bardes furent è la fois les témoins et les 
historiens , aux ¥• et VI* siècles. 



III. 



A l'^oque de l'incendie du capitole , sous Vitellius , un 
chant prophétique des druides s'éleva d'un bout des Gaules à 
l'autre , annonçant aux peuples celtiques la chute de la puis- 
sance romaine et leur prochaine prééminence dans les affaires 
du monde. 

Quand les Romains, en 410 , après quatre cents ans de 
domination oppressive, quittèrent l'tle de Bretagne, réalisant 
la prédiction druidique , semblable cri de délivrance retentit 
et se prolongea depuis la pointe de ComouaiUe jusqu'à l'em- 
bouchure delà Clyde. C'était là en efiet , c'était sur cette côte 



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xxxyj 

occidentale de l'Ile que s'échelonnait, au bord d'une mer 
sauvage , parmi les rochers, les montagnes et les forêts , la 
véritsèle race bretonne , avec ses différentes tribus. Souvent 
vaincus , jamais subjugués , aimant mieux vivre libres et mal- 
heuoeux qu'heureux et avilis sous la servitude étrangère , les 
Bretons de la Comouaille et du Dévonshire , ceux de la Cam- 
brie qui , plus 'tard , portèrent le nom de Gallois , ceux du 
Cumberland et du Lancashire , ceux enfin du val de laClyde, 
ou de Strath Clyde , furent les premiers de toute l'tle qui 
saluèrent le réveil de l'indépendance nationale , les premiers 
qui rétablirent leur vieille forme de gouvernement. 

Les anciens chefs de clan succédèrent aux gouverneurs é- 
trangers ; l'édifice administratif fondé par les Romains fut 
renversé de fond en comble; pendant quarante ans les cités 
bretonnes se gouvernèrent d'après leurs propres lois, et revin- 
rent au système de fédération en vigueur chez elles avant l'in- 
vasion romaine. 

Pour achever d'exalter leur enthousiasme , plusieurs suc- 
cès remportés sur de puissants ennemis du dedans, contre 
lesquels les Romains semblaient seuls capables de les proté- 
ger, vinrent signaler leurs premiers combats. 

Ces ennemis étaient les Scots et 1^ Pietés, tribus calédo- 
niennes , qui habitaient, les uns sur les côtes du grand ar- 
chipel du nord-ouest, les autres à l'est sur les bords de 
l'Océan germanique , et qu'un rempart élevé à l'embouchure 
de la Clyde et prolongé jusqu'au golfe du Forth , séparait des 
tribus bretonnes. 

Ainsi animés par ce qu'ils regardaient comme l'accomplis- 
sement de leurs prophéties nationales, enivrés par la liberté 
renaissante, soutenus par des victoires, ouvrant leurs cœurs 
à l'espérance et bercés des plus douces illusions patriotiques , 
les Bretons se trouvèrent tout armés de force morale pour tra- 
verser les temps difficiles que le ciel leur réservait, temps 
mêlés d'abord de succès et de revers , puis où les revers do- 



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miDèrent à la lon^e , entraînant à leur suite les plus épouvan- 
tables malheurs. 

L'épreuve leur vint d'étrangers stipendiés qui , débarqués 
dans leur tle, sous prétexte de les défendre contre les Pietés 
et les Scots , ne songeaient en réalité qu'à les opprimer , dit 
GUdas. 

Conune un troupeau de lionceaux qui s'élancent de l'antre 
de la lionne , leur mère, continue-t-il, les Saxons enfoncèrent 
leurs ongles terribles dans le sol de l'tle de Bretagne, et une 
fois maîtres du terrain, ils ne lâchèrent plus leur proie. 

Non seulement ils voulurent la partager avec les indigènes, 
mais tournant bientôt leurs armes contre eux , il firent al- 
liance avec ceux-là même qu'ils s'étaient engagés à com- 
battre. 

Attaqués par trois ennemis à la fois , au nord , au midi et 
à l'est , les Bretons déployèrent un courage héroïque et oppo- 
sèrent aux forces combinées de leurs adversaires une résis- 
tance opiniâtre : tout ce que l'amour du pays et de la liberté 
peut inspirer de ruses, de stratagèmes, d'eflbrts désespérés fut 
mis en œuvre ; et d'éclatants succès, dont le fameux Artbur 
devait être plus tard la personnification poétique , couronnè- 
rent ces efforts. 

Mais quelle digue assez puissante pour contenir un adver- 
saire immensément supérieur en nombre , dont les flots , 
comme une marée de flammes , selon la belle image de Gildas, 
montaient, montaient toujours, de la mer d'Orient à la mer 
d'Occident, ravageant campagnes et villes? 

Hs ne purent toutefois franchir les remparts de granit, les 
marécages, les vallées profondes, et les écueils derrière les- 
quels les Bretons abritaient leur vie inquiète et retrouvaient, 
consolés , la patrie et la liberté. Toutes les autres peuplades 
de l'tle , au contraire , à l'est et au midi , se soumettaient à la 
servitude étrangère et rompant même les derniers liens de 
l'antique fraternité bretonne, ils devenaient les alliés des 



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uxviy 

Saxons : telles d'abord les tribus des Logriens, ces Bretons dé- 
générés (530), et plus tard , à la fin du VI^" siède , les peuples 
de Déir et de Bemteie conquis par les Angles. 

Les Angles formaient le dernier ban des envahisseurs ger- 
mains : ils débarquèrent en grand nombre entre le golfe do 
Forth et l'embouchure de la Tweed , guidés par Ida et ses 
douce fils. Ce chef s'avança de l'est à l'ouest, exerçant des 
ravages si grands sur son passage que les Bretons lui don- 
nèrent le surnom de Porte4randon : mais sa foreur devait se 
briser ccmtre le génie et le courage du premier prince indi- 
gène qu'il attaqua. Vaincu plusieurs fois par Urien , Ida , 
malgré treize ans d'eiforts constants, ne put faire aucun pro- 
grès à l'ouest; 9 fiait par périr de la main du fils aîné du roi 
breton , au bord de la Clyde , dont les eaux se teignirent du 
sang étranger. (560.) 

Laveuvedel'Anglo-Saxon ne fut pas plus heureuse que 
son mari , et trouva la mort en voulant le venger. 

Agresseurs à leur tour pour la premike fois, sous Urien y 
les Bretons qui jusque là n'avaient guère fait que se défen(hre , 
portèrent le théâtre de la guerre au coeur même des con- 
quêtes anglo-saxonnes, et en enlevèrent une partie; peut^-étre 
eussent-ils pu les reprendre toutes et déraciner de leur soi , 
comme dit S. Gildas , les plantes amères semées par Tétran- 
ger , si le défaut d'union , trop souvent fatal à la race cel-» 
tique n'eût paralysé plusieurs fois les efforts du chef suprême, 
et si la jalousie, cet autre vice de la même rice , n'eût fini 
par le désigner au poignard d'un assassin. 

Avec la chute de ce grand prince, commença la série de 
désastres sans compensation et sans trêve , dont Dieu frappa 
les malheureux Bretons. Au nord-ouest, les Angles sous les 
fils d'Ida, fondèrent les royaumes de Déir et de Bemicie , aidés 
par les Pietés et les Scots; et ces derniers francUrent moins 
difficilement désormais le rempart qui les empêchait de piller 
la Clyde et le Cumberiand. 



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XIXU 

Au midi, par la prise de trois grandes Tilles bretonnes et la 
mort de trois rois bretons (577), les Saxons unis aux Lo- 
griens , refoulant la population indigtoe vers la mer de l'Ouest, 
assignèrent pour borne orientale aux Bretons-Gallois la li- 
mite dans laquelle plus tard un dief saxon les enferma. En 
même temps, ils imposèrent un dur tribut à toutes les peu- 
plades bretonnes isolées de la grande masse encore libre de la 
nation, qui , moinsjieureuses que les clans, presque aussi mi- 
sérables pourtant mais indépendants, de ComouaOle, de 
Powys, du golfe de Solway,des monts du Cumb^land, ou 
des vallées profondes de la Clyde , n'étaient pas fortifiées par 
la nature , et à l'abri des spoliations saxonnes. 

Tels sont les principaux événements politiques de l'histoire 
des Bretons insulaires, depuis l'an 410 Jusqu'à l'an 600 : tel 
estle pauvre coin de terre qui leur servait d'asile, et qu'ils 
défendirent courageusement, les uns jusqu'à la fin du IX« 
siècle, comme les Comouaillais, les autres, jusqu'au X«, 
comme les tribus des cAtes du Lancashire , du Cumberiand , de 
la Clyde et du val d'Annan ; les derniers , beaucoup plus tard, 
comme les Bretons du pays de Galles auxquels nous devons 
principalement de connaître la résistance que leurs frères du 
nord-ouest opposant aux conquérants germains. 

Maintenant , il nous reste à voir qudle part les bardes ont 
prise à cette résistance. 

IV. 

La chute de la domination romaine et l'avènement du gou- 
vernement national réveillèrent le gteie bardique : les vic- 
toires des Bretons sur les Saxons le tinrent en haleine ; leurs 
malheurs, en le nourrissant de regrets et d'espoir, le per- 
pétuèrent. 

Aucuns monuments authentiques ne nous restent de la pre- 
mière époque; la seconde est représentée par Taliésin, 
barde dlJrien; la troisième par Aneurin, dief du val de la 



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xl 

Glyde, et par Liwarc'h-Henn , prince breton de l'Argoeu, ou 
des forêts duCumberland. 

L'un ne célèbre que des succès ; les deux autres que des re- 
vers y et cependant les poèmes de ceux-d n'ont pas été moins 
religieusement conservés : c'est que le peuple garde en son 
cœur, avec le même respect filial, les souvenirs de joie de la 
patrie et les souvenirs de larmes ; c'est qu'à U*avers ces 
larmes des Bretons , un rayon d'espérance vint luire et sou- 
rire toujours. 

Taliésin a laissé plus de U*aces dans la U*adition que dans 
\ l'histoire ; la réalité de sa vie s'est évanouie dans la poésie de 
sa l^ende, aussi riche en faits merveilleux que son histoire 
est pauvre en détails positife. Mais sous des erreurs maté- 
rielles , les légendes cachent souvent de précieuses vérités mo- 
rales, et celle de Taliésin mérite qu'on en tienne compte. 
Elle a été recueillie de la bouche du peuple au XIV* siède 
par un prêtre gallois. > 

Un puissant chef breton avait un fils , pauvre innocent à 
qui rien ne réussissait, qui se nommait Elfin; son père s'en 
affligeait beaucoup , pensant qu'il était né à une heure fatale. 
Or, sur le conseil de ses amis, il lui confia , pour une année, le 
soin d'une pêcherie qu'il possédait au bord de la mer, afin 
de voir si le jeune homme en pourrait tirer avantage. 

La première fois qu'Elfin alla visiter la pêcherie, il n'y 
trouva pas le plus petit poisson , quoique à cette époque de 
l'année on en prit toujours un grand nombre. H s'en revenait 
donc tristement quand il aperçut, échoué sur l'empellement 
de récluse, un objet qui lui sembla une outre, etl'édusier 
lui dit : 

«Vraiment, vous n'avez pas de chance! faut-il que vous 
ayez détruit la vertu de cette pêcherie! tous les ans , au pre- 



t Lady Charlotte Gaest]*a Iradoite. Mabinogkion, i. 5, p. 556. 



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mier mai, elle valait cent livres d'argent, et ce matin elle 
ne contint qu'une outre ! > 

Sur quoi, ils s'approchèrent de l'outre prétendue et voyant 
que c'était un berceau d'osier recouvert de cuir , ils en otèrent 
le couvercle : mais quel fut leur étonnementi Dans le berceau 
dormait un petit enfant beau comme le jour, qui ouvrit les 
yeux , en leur tendant les bras, et leur fit maint doux ris. 

Malgré sa beauté , cet enfant avait été condamné à périr; 
il avait été exposé sur la mer et jeté par elle dans la pêcherie 
du chef breton. 

— Oh ! TAL-KSiN ! TAL-iKsm ! s'écria l'édusier, ce qui veut 
dire en langue bretonne : Quel front rayonnant! 

— Taliésin ! répéta le jeune homme en prenant l'enfant 
dans ses bras; que ce soit donc son nom! 

Et il l'emporta sur son cheval. 

Or , tandis qu'Elfin chevauchait doucement afin de ne point 
Uesserle petit enfant, et qu'il pleurait, voici que l'enfant se 
mit à chanter , et son chant était fait pour consoler Elfin. 

« Cesse de pleurer , cher Elfin , disaitril , le désespoir ne 
sert à rien; sèche tes joues; la tristesse n'est point bonne. 
Quoique petit, je suis merveilleusement doué; de l'abtme des 
mers, du haut des montagnes et di\ fond des fleuves, Dieu 
envoie le bonheur à l'homme. Tu ne seras pas toiyours mal- 
heureux. Tout faible et tout petit que je suis , au jour de 
l'infortune, je te serai plus utile que trois cents saumons. 
Que ta mauvaise fortune ne t'abatte pas! Bien que je sois ainsi 
couché sans force dans mon berceau , ma langue possède une 
vertu ; tant que je te protégerai, tu n'auras pas grand'chose à 
craindre.» 

Elfin cessa donc de pleurer sa mauvaise fortune, et il arriva 
àla maison. 

— Hé bien! qu'as-tu pris , lui dit son père ? 

— Ce qui vaut mieux que du poisson , répondit Elfin. 
-^ Bl qu<n donc , mon fils , demanda le père. 



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— Un barde, répliqua Elfin. 

— Un barde ! hélas ! mon fils y de quel profit peut-il être 
pour toi y dit tristement le dief breton? 

Alors , Taliésin prenant lui-même la parole : 

— D lui sera d'un profit plus grand , dit-il , que jamais n'a 
été pour toi ta pêcherie. 

— Es-tu en état de parler , petit comme tu es , s'écria le 
père étonné. 

— Plus en état de parler que toi de m'intorroger , répliqua 
le barde , et il se mit à chantor : 

c Touto la science du monde habite dans mon sein ; je sais 
tout ce qui a été , tout ce qui arrivera. » 

Or , Elfin donna une tendre nourrice à l'enâmt , et depuis 
le jour ou Taliésin entra dans la demeure de son jeune patron, 
elle prospéra de plus en plus chaque année pendant treize 
ans qu'il y passa. 

Ici s'arrête la première partie delà légende populaire re- 
cueillie par le prêtre gallois , Thomas Ab Einion; le peuple 
y a peint sous les couleurs de la poésie , eette grande figure 
des bardes que l'histoire nous a ofierte précédemment sous 
des traits plus sévères , mais c'est toiqonrs la même image. 

Nous y trouvons oppquées à dessein les deux grandes puis* 
sances du monde; la force matérielle et la force morale. Nous 
voyons, d'une part, un chef riche et heureux à qui tout réussit, 
de l'autre , un pauvre idiot voué au malheur; un berceau, un 
enfant condamné dès sa naissance, tout ce qu'il y a de plus 
dédaigné : mais le front de cet enfant rayonne, il vaut plus 
que la chair de trois cents poissons muets; plus que tout 
l'aident et toutes les richesses du monde ; et si ses membres 
sont délicats, s'ils sont emprisonnés dans des langes, sa langue 
est libre, elle est douée d'une verto magique, il parle, il 
chante, il prophétise , il connaît le passé et l'avenir, il promet 
le bonheur aux déshérités du monde; il le leur apporte , il 
les console ; sa présence ranime la joie dans les cdM^'et 



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tarit les larmes y sous le toit hospitalier qui l'aociieille ; il y 
entre le premier jour du mois de Mai , avec le soleil du prin- 
temps , aTOC les haleines des fleurs : c'est le chef général des 
bardes d'occident. 

De protégé , TaUésin devient protecteur , de libéré j libé- 
rateur. Gomme il arrivait à sa quatorzième année, son patron 
fut invité à une grande fête que donnait, dans le temps de Pâ- 
ques, le roi Maelgoun de Gwfoed, et, parmi les questions^que 
s'adressèrent les uns aux autres les conviés étaient cdles-ci : 

< Y a-^4l au monde un plus grand roi que Maelgoun? ou 
qui ait une reine plus accomplie, des guerriers plus vaillants, 
de plus beaux coursiers, des lévriers plus rapides, des bardes 
plus habiles ou plus sages? » 

Or , dans ce tençs-là , continue la légende , les bardes 
étaient en grande laveur près des grands du royaume , et U y 
en avait vingt-quatre à la fête dans le palais de Maelgoun , et 
leur chef s'appelait le barde Heinin. 

Quand ils eurent cessé de faire l'éloge du roi et de ses 
largesses : 

€ En vérité, dit Elfin, nul autre qu'un roi, ne saurait entrer 
en contestatiMi avec un roi; mats puisqu'aucun roi n'est en 
cause, je dirai que ma femme est aussi vertueuse qu'aucune 
autre dame du royaume , et de plus que j'ai un barde phis 
habile que tous les bardes du roi! » 
Grand émoi dans la cour : 

Ce récit effhnUé 
Avec un grand scandale au prince est rapperté, 

Elfin est jeté en prison et il y restera jusqu'à ce qu'il 
prouve ce qu'il a avancé touchant les qualités supérieures de 
sa femme et la sagesse de scm barde. 

Les vortus de l'^use d'Elfin furent aisément constatées , 
grâce aux enchantements de Taliésîn; elle eût pu du reste fort 
bien s'en passer : tontes les dames étaient vertueuses en ce 
temps-là ; mais tous les bardes n'étaient pas aussi sages que 



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Taliésin. Die fit bien Toir à ceux de Haelgoun, et voici 
comment. 

n se rendit à la cour un jour solennd où le roi recevait les 
hommages des grands , et entrant dans la salle du festin , il se 
blottit dans un coin obscur , près d*un endroit où les bardes 
avaient coutume de passer, quand ils allaient présenter leurs 
hommages au roi. Et au moment où ils passèrent , suivant 
l'usage j le barde enfant leur fit la moue, et posant Tindex 
sur sa lèvre inférieure , il se mit à faire blerom , hlerom, avec 
son doigt. Aucun des bardes n'y prit garde, mais quand ils 
furent debout devant le roi pour lui rendre hommage et chan- 
ter , ils ne purent rien hormis faire la moue au roi et blerom 
blerom avec le doigt sur leurs lèvres, à l'exemple de Taliésin. 
Le roi les crut ivres et leur fit dire par un de ses officiers de 
se taire jusqu'à ce qu'ils eussent rappelé leurs esprits , mais ils 
n'en continuèrent pas moins de fahre blerom blerom : alors , 
il leur donna ordre de sortir , et comme ils hésitaient, il fit 
fustiger leur chef avec une verge de genêt. 

Se relevant et se tratiîant sur les genoux jusqu'aux pieds 
du roi , le barde Heinin lui parla ainsi : 

€ roi , sache votre grftce que ce n'est point par suite 
d'un excès de boisson , que nous nous trouvons empêchés , 
mais par un esprit qui se tient dans le coin de la salle sous la 
figure d'un enfant. » 

Entendant ces paroles, le roi fit venir devant lui Taliésin , 
et lui demanda qui il était et d'où il venait : sur quoi l'enfant 
lui répondit : 

« Je suis le chef des bardes d'Elfin , et ma terre natale est 
le pays des étoiles de l'été ; je suis un être merveilleux dont 
l'origine est inconnue ; je suis capable d'instruire l'univers. » 

Il ajouta qu'il avait subi mille transformations par la mé- 
tempsycose, qu'il existait depuis le commencement du monde, 
qu'il avait assisté à toutes les révolutions du globe , et qu'il 
vivrait jusqu'au jour du jugement dernier. 



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xlv 

Le roi M très émerveîUé de voir un aussi jeune enfant 
s'exprimer de la sorte, et quand i] sut que c'était le barde 
d'Elfin , il fit signe à Heinin y le chef et le plus sage de ses 
bardes, d'entrer en lutte avec lui. 

Mais au moment de commencer, Heinin ne put, comme 
précédemment, faire autre chose sinon blerom hleram sur ses 
lèvres, et Maelgoun ayant ordonné à chacun de ses vingt- 
quatre bardes de chanter , ils ne purent faire autre chose 
aussi. 

— Et que veux-tu donc, enfant, demanda le roi à Ta- 
liésin. 

L'enfant lui répondit : 

« Je veux essayer de disputer le prix du chant h ces misé- 
rables bardes; je veui: réparer les pertes que j'ai faites de- 
puis qu'Elfin, est prisonnier dans le château de D^anwy , je 
veux gagner le siège bardique dans le château de Déganwy : 
soutenu par ma muse , je suis fort; là où je suis, ni pierres 
ni chaînes de fer ne peuvent tenir contre moi ; je veux , moi , 
Taliésin , chef des bardes de l'Ouest, je veux délivrer Elfin 
de ses fers dorés. 

cUn être étrange • vient de la mer; il va punir l'iniquité de 
Maelgoun , roi de Gwéned , dont le visage , les cheveux , les 
imis et les yeux deviendront jaunes comme l'or ; il va lui 
donner la mort... C'est Dieu qui l'a formé entre toutes les 
créatures, de son soufBe terrifiant ^ pour décharger sa colère 
sur Maelgoun, roi de Gwéned! » 

Or , tandis qu'il chantait ainsi près de la porte du palais , 
une trombe de vent si furieuse s'engoufifira dans la salle que 
le roi et ses nobles crurent que le château allait s'écrouler sur 
leurs tètes : et Maelgoun fit sortir en toute hâte Elfin de sa 
prison , et on le conduisit à Taliésin , et le barde aussitôt 

< La peste jaune. 



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xlyj 

dianta un chant si beau que les chaînes d'ESfin tombèrent 

d'elles-mêmes. 

Tel est le récit de la légende. Ne met-elle pas merveilleu- 
sement en relief tout ce que la yieille institution bardique a 
laissé debout dans les hnaginations populaires longtemps après 
sa transformation? 

Ce barde supérieur (dès son jeune âge) A tous les chantres 
de son temps , qui les nargue ^ qui les rend ridicules , qui les 
foit en quelque sorte tomber en enfance et fustiger comme 
des marmots , qui triomphe de leur chef dans une joute poé- 
, tique et le réduit au silence ; qui est né parmi les étoiles , qui 
est presque doué d'immortalité , qui menace les rois sur leur 
trAne , qui les anathématise en leur prophétisant d'épouvan- 
tables malheurs , contre lequel enfin ni les murs des prisons > 
ni les fers de l'esclavage , ni toutes les tyrannies du monde ne 
peuvent prévaloir , et qui semble tenir dans sa main la mort 
et les tempêtes , tout prêt à les lancer contre l'oppresseur des 
petits et des malheureux , ce barde n'est-il pas le légitime 
descendant des prêtres du soleil; ne rappelle-t-il pas ces hom- 
mes dont un ancien i a dit : 

, € Ds vaquent à l'étude de la sagesse , ils prédisent l'avenir ; 
les rois n'osent rien entreprendre sans leur avis et sans leur 
agrément. Ds régnent, et les rois, bien que logés dans des 
palais magnifiques et assis sur des trônes d'or ne sont que 
leurs serviteurs. » 

Mais l'humanité est venue adoucir l'éclat du diadème qui 
couronne k front raymnant. Un sentiment inconnu de l'anti- 
quité , un sentiment né du Christianisme attendrit sa muse ; 
elle se voile sous les traits grftdeux d'un enfant, et si elle 
opère des prodiges, ces prodiges sont obtenus contre la force 
et la violence par l'intelligence et l'amour. 

Rien de phis caractéristique dans les vieilles légendes des 

* DioD de Prusse. 



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xlvij 
bardes que la puissance morale qu'elles leur donnent , à dé- 
faut de puissance matérielle. Merzin , condamné tout enfant 
par les bardes de Voftigem à être ofTertnen sacrifice sur les 
fondements d'une citadelle , confond ces horribles sacrifica- 
teurs, absolument comme Taliésin confond les chanteurs de 
Haelgoun ; il prédit à Yortigem des malheurs épouTantables , 
et il édiappe à la mort. Ce sont deux nersions d'une légende 
identique ; mais dans celle de Taliésin y on sent quelque chose 
de plus pur et de plus fort que la seule autorité de l'eniant 
de génie , yainquau* de chanteurs féroces et stupides , on 
sent battre le cœur de l'homme reconnaissant et dévoué. Mer* 
zm se sauve lui-même ;' Taliésin sauve son patron. 

L'histoire se dégage ici de la légende > ou plutôt la légende 
devient de l'histoire. 

Cette dernière y teUe qu'on en peut juger par les documrats 
gallois et par les poèmes authentiques de Taliésin y est 
toute pleine du dévouement du barde au chrf royal qui 
l'adopta. 

D naquit dans la première moitié du VI* siècle y sans qu'on 
puisse préciser au juste en quelle année : les meilleurs cri- 
tiques g^ois s'accordent à croire qu'il commença de fleurir 
vers l'an 520. Quoique le pays de Galles prétende 4 l'hon- 
neur de lui avoir donné naissance > il y a tout lieu de penser 
qu'il vmt au monde dans le Cumberland. 

Son père s'appelait Henoug ou Honis , selon que l'on s'au 
rapporte aux autorités cambriennes ou aux plus anciens his- 
toriens de la Bretagne-Armorique. 

Mais s'il n'est pas né en Cambrie , il paraît y avoir été 
élevé à l'école de saint Kadok : là , il avait pour condisciple 
Gildas y venu aussi lui du nord dans le midi pour étudier les 
lettres humaines sous le savant abbé de Lankarvan. On rap- 
porte que sept d'entre les écoliers de samt Kadok étaient des- 
tinés à devenir des bardes illustres, et même les sept sages 
de la race bretonne : comme le saint leur adressait un jour 



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xlviy 

cette question : c Quel est rhomme le plus riche? > Gildas 
répondit : c C'est celui qui ne convoite pas le bien d'au- 
trui. > 

— Elle plus pauvre? continua Kadok : -^ « Celui qui n'ose 
pas jouir de son bien, » répliqua Taliésin. 

Ses études finies, Taliésin quitta Lankarvan, et au moment 
de partir étant venu demander sa bénédiction à son mattre , 
le saint abbé , l'ayant embrassé , lui donna ces sages conseils : 

€ Mon fils y avant de parler , considère premièrement , de 
quoi tu parles ; secondement , de quelle manière tu paries ; 
troisièmement , à qui tu parles; quatrièmement , au sujet de 
qui tu parles ; puis , ce qui résultera de ce que tu parles ; en- 
suite s'il y a quelque avantage à ce que tu parles ; enfin quel 
est celui qui peut ^écouter tandis que tu parles. Par dessus 
tout y mets ta parole au bout de ton doigt avant de parler » 
et retourne la sept fois avant de parler y alors aucun malheur 
n'arrivera de ce que tu auras parlé. » 

Ainsi se formait la parole harmonieuse qui devait un jour 
enchanter la patrie bretonne. 

L'Irlande , cette aïeule savante et cette première institu- 
trice de la race celtique , semble en avoir été jalouse y ou 
peut-être devait-elle achever de perfectionner le talent du 
jeqne barde. Quoi qu'il en soit, conmie U pédiait en pleine 
mer , dans une de ces nacelles d'osier recouvertes de cuir , 
dont se servaient et dont se servent toujours les pécheurs 
Cambrions , des pirates irlandais remmenèrent captif. 

Mais sa captivité fut moins longue que celle du grand Pa- 
trice y enlevé lui aussi par des pirates d'Irlande ; étant par- 
venu à tromper la vigilance de ses gardiens et à leur re- 
prendre sa nacelle , il s'enfuit y maniant en guise de rame , 
un bouclier de bois qu'il leur avait dérobé. Ce fut dans ce 
trajet de l'tle au continent voisin , que la mer , après avoir 
emporté son fragile aviron y le jeta dans la pêcherie où Elfin 
le trouva échoué , comme la légende le rapporte. 



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xlix 

Or j Elfin était un des fils d'Urien; son père lui donna Ta- 
liésin pour instituteur avec une certaine portion de terre en 
toute propriété y seule manière dont un chef pût alors ré- 
compenser de pareils services. 

Une fois introduit à la cour du roi suprême des Bretons , 
Taliésin y devint le barde attitré , et, comme tel, il jouit de 
tous les privilèges que la loi accordait aux poètes de premier 
ordre. 

Nous le voyons suivre Urien à la guerre , se plaçant, au 
moment du combat, en avant du front de bataille pour en- 
flammer les guerriers par ses chants , puis un peu à l'écart 
et sur une éminence, pendant Taction, pour mieux voir et 
mieux chanter ensuite le résultat de la bataille. 

Dans toutes les grandes circonstances de la vie dlJrien , 
dans toutes les victoires qu'il remporta sur les Anglo-Saxons, 
nous le trouvons aux côtés du prince. 

A la bataille d'Argoed livrée à Ida , dans la vallée de la 
Clyde, un samedi de Tannée 547 environ, et qui dura depuis 
le lever jusqu'au coucher du soleil , il voit et chante ces guer- 
riers bretons qui firent déborder le sang saxon comme un 
ruisseau, et rougirent le plumage noir des corbeaux , con- 
fondant en un même désastre l'envahisseur et ses auxiliaires. 

De 547 à 560, au siège de Gwenn-Estrad , aujourd'hui 
probablement Strad Quen's ferry , il est témoin d'un nouveau 
désastre de l'ennemi , que ni la plaine ni les bois ne purent 
sauver , quand les hommes libres de la terre bretonne accou- 
rurent , comme des flots qui s'élancent par-dessus la rive. D 
peint le rempart de la citadelle abattue , l'herbe jaunie sous 
les pieds des guerriers , les chefs Anglo-Saxons , au passage 
d'un gué , roulant sous les vagues , en laissant échapper leurs 
armes, les mains en croix, le visage pâle f sous les coups 
d'Urien. 

Au combat de Henao, vers 560 , il aperçoit Ida qui tremble 

4* 



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1 

et frissonne y dont les cheveux blancs sont lavés dans le sang, 
et qu'on emporte enfin sur un brancard. 

U compte une à une les tètes de bétail du butin , les vaches, 
les veaux, les bœufs enlevés à Tennemi , et pousse un cri de 
triomphe en Thonneur d*Urien dont le lieutenant , dit-il , est 
la Mort. 

Si le barde a des chants guerriers pour le défenseur du 
pa;fs, il a aussi des hymnes de fête pour lui. 

Le voici à la table du roi : c'est le soir ou le lendemain 
d'une victoire des Bretons ; un grand festin donné dans le pa- 
lais y réunit une foule immense, le chef a fait d'abondantes lar- 
gesses à tous ; il a semé le cuivre comme du grain , et comblé 
de faveurs les bardes. Taliésin se lève et célèbre la magniH- 
cence de celui qui est la joie , la gloire et la fortune du dis- 
pensateur de l'éloge ; il chante les nobles qualités de ses fils , 
et proteste qu'il cessera de sourire le jour où il cessera de 
chanter Urien. 

Telle est la conclusion et comme le refrain de tous ses 
poèmes ; il mêle quelque chose de touchant et d'affectueux 
à l'expression d'éloges un peu exagérés : ces éloges, du reste, 
changent de caractère, quand on songe qu'ils étaient adressés 
à la patrie elle-même dans la personne de son chef des cheGs 
électif, que la piété bretonne devait mettre au nombre des 
saints , à la patrie sauvée et illustrée par lui, et non à un ty- 
ran superbe. Le poète alors n'est plus le flatteur, c'est Tami. 

La légende nous a déjà représenté Taliésin sous ce rapport; 
toutefois l'idéal qu'elle a voulu peindre ne fait point tort à la 
réalité : les consolations imaginaires du barde à Elfin , ont un 
accent moins attendri que la plainte réelle de l'ami dévoué 
qui s'afflige avec Urien et le console , au moment où le prince, 
dont les vertus et la douceur ont trouvé grâce devant Gildas 
qui n'épargne aucun roi breton, gémit de l'ingratitude de ses 
contemporains. Urien dut sourure en voyant le barde, la tête 
baissée , les larmes aux yeux , s'avancer vers lui timidement , 
comme par un détour, et finir par chanter ainsi : 



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Ij 

€ Le lion est dans la douleur , je ne rirriterai pas » mais je 
in'approeherai d'Urim et je chanterai peur lui*» Il dut se «m- 
tir ému quand le barde ajouta : 

€ Je ne m'adresse pas aux autres rois du nord , peu m'im- 
porte qu'il m'aiment, quand je possède le bien suprême avec 
mon prince , ma lumière. Devant toi mardiera la douleur au 
jour de ta mort; quand die viendra te prendre , elle me me^ 
naeera moi-même : hélas! ce mattre que j'invoque , je n'au- 
rais pu en aimer un meilleur pendant tout le temps que je le 
connus!» 

Le cœur, après treise cents ans , s'attendrit encore à de pa- 
reils accents , et l'émotion augmente à la pensée que la déli- 
cate fiction du poète , parlant au passé et supposant son mal^ 
heur d^à consommé , tarda peu à se réaliser. 

Taliésin devint barde du fils atné d'Urien, du chef Owen , 
à la droite duquel il avait été si longtemps assis à table , 
dans la cour d'Urien , et dont la demeure avait dû être la 
sienne pendant tant d'années. 

Hais le fils ne survécut guère au père; il avait déjà ces- 
sé d'exister en 582 , et Taliésin pleurait sa mort dans une élé- 
gie, où, après avoir recommandé àDieu l'ême deson bien-aimé 
souverain , il rappelle que ce fut d'un coup de lance d'Owen que 
périt le saxon Ida, et qu'Owen surprit dormant; dormant avec 
une torche dans les yeux, répète le barde qui , par cette vive 
image, peint admirablement la guerre acharnée faite par son 
patron aux Germains. On dit qu'après la mort de tous les fils 
d'Urien, Taliésin se retira près d'un lac de Kaemarvon, en 
QaHes, où un chef du pays lui avait donné un champ et une 
cabane sur la rive , et que , se promenant seufsur le bord de 
ce lac , on l'entendait répéter tristement : 

> Hélas I j^ai vu tomber le rameau et les fleurs ! » 

Ou bien encore: 

c Où sont maintenant les trèfles fleurissants, et la rosée des 
gazons , où sont les bardes? » 



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Au X* siècle , les hommes <f Arvon redisaient aussi d*autres 
vers du même poète en l^u* honneur, que le législateur gal- 
lois n'a pas dédaigné de recueillir et de consigner dans son 
code : 

€ Les hommes des épieux à tète noire , remarque-t-il j les 
guerriers' d'Arvon marchèrent à Tavant-garde et ils étaient 
vaillants; c*est ce qu'atteste TaHésin quand il chante : 

c Voyez s'avancer , avec des lames ardentes et guidée par 
Run [fils d'Urien], la plus rouge des armées ; ce sont les 
guerriers d' Arvon aux lances rougies ! > 

Devenu vieux et dépouillé de son pauvre coin de terre de 
Kaemarvon , le barde abandonna le pays de Galles : ce fut, 
selon un très vieil historien armoricain , pour passer la mer 
et venir, pèlerin et exilé, demander un asile , dans la pres- 
qu'île de Rhuys , à son ami d'enfance et condisciple , saint 
Gildas, qui s'était retiré lui-même en Armorique depuis 
plusieurs années , à l'exemple de leur commun maître Ka- 
dok. ' 

Y finit-il doucement ses jours au sein de Dieu et de 
l'amitié ? On ne sait , mais il serait consolant de le 
croire. 



c Taliésin , Aneurin et Liwarc'h, dit un écrivain latin du 
X« siècle, collecteur d'anciens souvenirs bretons , fleurirent 
ensemble , en un même siècle , dans la poésie bretonne. > a 

Ce témoignage est confirmé , par des vers d' Aneurin lui- 
même , en l'honneur de Taliésin , et par des vers de Taliésin 
à la louange d'Aneurin. 

« TaliesioDS bardas, ûlins Onis,... ad proTindam Waroki, ad lo- 
cnm Gildae peregrinus et exul. (logooiar. Barxax^Breix , p. x.) 

* Sîmul une tempera in poemate britaonico daraerunt. f Nennias. 
Gale, XV, vol. 3, p. 116.) 



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«g 

Voici les propres paroles du premier : 

« Nous avons même renom , Aneurin le panégyriste , 
VInspiré, et moi, Taliésin, du bord du lac de Keirionez. » 

L'autre barde dit à son tour : 

c Je sais moi, Aneurin , ce. que sait Taliésin qui est en 
union d'esprit avec moi. > 

Ces poètes partageaient donc en frères leur couronne ; bel 
exemple , mais rare , dit-on , parmi les favoris des muses. 

Aneurin vint au monde un peu plus avant vers le nord que 
son ami : suivant toute probabilité, il vit le jour à Dumbarton, 
capitale des Bretons de la Clydé, située sur la frontière de 
TEcosse. Il était fils d'un de leurs chefs appelé Kaou , désigné 
par d'anciens historiens comme roi d'Albanie , quoiqu'il n'en 
possédât réellement qu'une partie. Son grand-père régnait à 
l'autre extrémité de la côte occidentale, sur les Bretons de 
Comouaille et de Dévon, et périt glorieusement à la bataille 
de Longport, livrée aux Saxons en 501 . Un de ses frères était 
Gildas; peut-être naquirent-ils jumeaux , car on a été jusqu'à 
les confondre : ce qui parait certain c'est qu'ils se suivirent 
de près dans la vie, et l'année de la naissance de l'un doit 
nous donner celle de l'autre approximativement. Or , Gilda$ 
nous apprend qu'il est né le jour du fameux siège de Bath,oû 
les Bretons, dit-il, tantôt vainqueurs et tantôt vaincus jusque 
là,firentéprouver aux envahisseurs unedéfaite terrible, qui fail- 
lit être la demière,et procura aux indigènes environ quarante- 
quatre ans de repos. Malheureusement , les historiens va- 
rient beaucoup sur la date précise de cet événement, les uns 
le plaçant en 494, les autres en 520 , et les Bénédictins eux- 
mêmes sont restés indécis. 

Quoi qu'il en soit, Aneurin, comme Gildas, vit se lever 
sur son berceau l'astre qui éclairait le triomphe de la liberté 
bretonne; et si autrefois le soleil, frappant le marbre de 
Memnon, le fit tressaillir et chanter , un de ses rayons éga- 
rés , glissant , en un jour de victoire , sur le front endormi 



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lit 

du fils d*un des vainqueurs , alluma au cœur de l'enfont une 
flamme de génie qui devait briller à jamais. 

Des bardes, dont plusieurs (Usaient romemeht de la cour 
de Kaou , cultivèrent sans doute ce génie : ils furent chargés , 
on doit le croire , de l'éducation d'Aneurin, comme ils Té- 
taient de celle de son frère, qu'ils instruisirent non seulement 
dans la poésie et la musique , mais dans les sept arts libéraux, 
selon la remarque expresse du plus ancien historien de 6il- 
das, et qu'ils élevèrent jusqu'à l'adolescence , où il quitta le 
pays pour aller en Galles étudier à Lankarvan. ' 

Aneurin ne l'y accompagna pas, car il ne figure point parmi 
les bardes , disciples de S. Kadok : leurs destinées se séparè- 
rent donc au seuil du monastère, et ne se rejoignirent plus 
que dans les souvenirs ecclésiastiques où, substituant leurs 
noms à deux noms consacrés par les plus anciennes traditions 
nationales, comme ceux des derniers législateurs de l'institu- 
tion bardique , le moine LiliusGiraldus cite comme clés trois 
princes des poètes de l'tle : Plenyd , Aneurin et Gildas. > 

Aneurin mérite effectivement ce titre de prince des bardes , 
mais non pour avoir achevé l'œuvre des fondateurs du bar- 
disme : Gildas ne le porta jattiais. 

Nous avons vu que Taliésin, contemporain d'Aneurin, lui 
donne un second titre, celui d'tfMtpii^, en langue bretonne 
awennez;mm l'expression française ne rend qu'à demi le mot 
celtique , et il a besoin de commentaires pour bien préciser 
ridée qui s'y rattachait et celle que nous devons nous faire du 
caractère poétique d'Aneurin. 

€ Parmi les Gambriens, dit un historien gallois du XII* 
siècle , il existe certaines gens qu'on appelle awennizion : ils 
semblent le jouet d'un esprit; quand on les consulte sur 
quelque chose d'obscur , on les voit soudain frémir sous le 

« Siudait smdiosus assidue inter vûie$f in artibus seplem. {Vila 
GUém^ Stevenson, p. 31.) 



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Iv 
sotiflle de l'esprit; ils sont comme ratis hors d'eux-mêmes et 
comme en extase : toutefois , ce n'est pas incontinent qu'ils 
donnent la réponse qu'on leur demande, mais insensible- 
ment, après beaucoup de détours et de circonlocutions, de 
discours oiseux, tains et sans liaison, quoique trës-omés; 
et le questionneur, qui y a bien fait attention, y trouve, dans 
quelque membre de phrase, la réponse qu'il attendait. Ds 
sortent de cette extase comme d'un profond sommeil; il faut 
qu'on les réreille violemment pour les rendre à eux-mêmes. 
C'est en effet une fois endormis et par intuition , qu'ils reçoi- 
vent le plus souvent ces dons de prophétie; il semble à quelques 
uns qu'on leur met dans la boudie du lait ou du miel ; à d'au- 
tres, une cédnle écrite: c'est ce qu'A rapportent publique- 
ment aussitôt éveillés. Pendant leurs vaticinations , ils font des 
invocations au Dieu vivant et à la sainte Trinité , afin que les 
péchés du monde ne les empêchent pas de découvrir la vérité. 
On trouve peu de ces prophètes Che2 d'autres peuples que les 
Bretons. Or , on rapporte que ce fut ain^ que Merlin autrefois 
rendit ses oracles, quand la monarchie bretonne était encore 
debout ; mais comme on ne lit pas grand'chose touchant la sain- 
teté et la dévotion de ce barde , il y a lieu de croire qu'il était 
mspiré plutôt du soufOe des Pythonisses que de celui du Saint- 
Esprit.» 

« De nos jours , poursuit l'écrivain gallois , un de ces hommes 
vivait dans la ville de Kerléon; il se nommait Mêler, et avait 
la science des choses futures et secrètes. » ^ 

Ce Mêler qui nous représente si bien Âneurhi Tinspiré, est 
un barde dont les poèmes sont venus jusqu'à noua. D forme 
le nœud qui rattache la poésie prophétique des Cambriens du 
Jlb siècle à celle du temps de Merzin et de Taliésin qui, lui 
aussi, était prophète. Les scaldes avaient la même préten- 
tion : l'un d'eux nommé Coedmon rêvait en vers et compo- 

• Giraldiis Cambrensis, éd. de Gamden, p. 892 et 537. 



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sait des poèmes en dormant; poésie est songe , dit Chateau- 
briand. On reconnaissait ces inspirés à leur air , ajoute-t-il , 
ils semblaient iirres; leurs regards et leurs gestes étaient dé- 
signés par un mot consacré skaUviengl, c folie pi>étique. > 

C'est précisément le sens du mot celtique atvenn, et nous 
verrons plus tard Âneurin animé du même esprit. 

Gildas, brûlant ce qu'il avait adoré, ce qu'Aneurin adorait 
toujours, et englobant son frère dans un anathême général, 
s'élève avec une grande violence contre les inspirés de son 
temps, et contre les prêtres du Seigneur (jui , au lieu d'aller à 
l'église entendre de saintes mélodies et les louanges de 
Dieu doucement chantées par les clercs, dressent stupidement 
l'oreille aux chants que vocifèrent d'une bouche écumante 
des hommes qu'on prendrait, dit-il, pour des bacchantes, i 
D semble opposer aux poètes bretons de son temps, et par 
conséquent à son frère , l'illustre barde Hélie, comme il l'ap- 
pelle , et ces bardes saints de Judée, lesquels empêchaient le 
mal et encourageaient le bien ; il invoque Samuel, qui était, 
lui , un prophète véridique, un prophète vraiment fameux et 
réellement admirable , par la bouche duquel tonnait l'Esprit- 
Saint; il en appelle jusqu'à quatre-vingts fois en quelques 
pages à l'autorité des prophètes de l'Ancien Testament. 

Quant aux bardes domestiques , il n'a pas assez de mépris 
pour eux et pour leurs auditeurs des cours : il fait revivre 
comme une injure le titre de parasite que leur donnait Possi- 
donius : « Les langues menteuses de vos parasites vous exal- 
tent publiquement, écrit-il à un roi breton, mais c'est du 
bout des lèvres et non du fond du cceur. » ^ 

Puis , s*adressant à d'autres rois : 

f Recevez enfin le salaire de vos bonnes et de vos mauvaises 



I Ed. de Gale, p. 15elâ2. 
1 Ed. de StevensoD, p. 45. 



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Ivij 

actions , non pas celui que vous chantent ou plutôt que vous 
sifflent aux oreilles les bouches! venimeuses de vos parasites 
vénérés. > 

Et il ajoute , par une allusion aux présents dont les rois 
bretons comblaient les bardes qui siégeaient à leur table : 

c La Bretagne a des rois ; non! mais des tyrans! Ils tra- 
quent les brigands dans toute la patrie » et ceux-là qui pren- 
nent place à leur table , ces voleurs , non-seulement il les ai- 
ment, mais il les récompensent! > 

n faut passer quelque chose sans doute à la fureur poétique 
du barde converti, dont le cœur bat toujoiurs, malgré lui, sous 
la peau de chèvre du moine ; toutefois, en faisant la part de 
l'exagération pieuse, on trouve souvent son langage confirmé 
par la tradition des bardes eux-mêmes. N'avons-nous pas en- 
tendu Taliésin tonner contre Haelgoun de Gwéned, un des 
rois bretons que Gildas charge d'anathêmes? La légende bar- 
dique ne nous a-t-elle pas montré ce même chef, faisant sai- 
sir au milieu d'une fête et jeter en prison , au mépris des lois 
de l'hospitalité, le jeune Elfîn, invité à sa cour? N'est-ce pas 
la traduction littérale de cette phrase de Gildas : « Ils tiennent 
dans les fers des captifs qu'ils ont chargés de chahies, plutôt 
par ruse que par droit. » Enfin ces bardes domestiques aux- 
quels le saint reproche leurs flatteries mensongères, n'en 
avons-nous pas vu vmgt-quatre flagellés par Taliésin comme 
de vils adulateurs? 

Mais de cela même que le barde Taliésin se joint à saint 
Gildas pour tonner contre plusieurs de ses confrères dégra- 
dés, il résulte que tous et lui-même ne l'étaient pas, et qu'à 
travers d'épais nuages perçait un rayon d'idéal. 

Aneurin, comme Taliésin, le vit briller et s'y guida. 

On a souvent accusé Gildas d'esprit anti-national; un prêtre 
gallois est même allé jusqu'à dire que le dessein du moine 
avait été très certainement de déprécier les Bretons ; comme 
si le digne ministre méthodiste était moins bon patriote, parce 



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Iviij 

qu'il tonne du haut de la chaire contre les Tîces de ses pa- 
roissiens! A ce compte, Aneurin serait presque aussi coupable 
que son frère, car il laisse planer sur les princes du Nord , 
ses compatriotes, les seuls de tous les rois de Tlie que Gildas 
eût épai^és, le reproche d'avoir, par leur intempérance, 
perdu la patrie bretonne. D y met , il est vrai , plus de formes 
que le saint moine; il découvre d'une main délicate et comme 
en la charmant , h plaie de ses contemporains , dont le reli- 
gieux déchh*e l'appareil et fait crier la douleur; mais en 
somme , le prédicateur qui a composé k Hvre da lametUaHonê 
êur les malheurs de la Bretagne, attribués par lui aux péchés 
du pays , et le moraliste qui a chanté la longue élégie de (ro- 
dodin, sur le désastre de trois cent soixante chefs du Nord- 
Ouest, massacrés par suite du plus grand vice des Bretons, 
l'ivrognerie, sont deux bardes jaloux tous deux de donner au 
monde un grand enseignement , et de garder à leurs conci- 
toyens cette noble chose, plus précieuse, dit saint Gildas lui- 
même, que la fortune, qu'une épouse , des enfants et la vie, 
la liberté ! 

Vers Tan 578 , tous les clans bretons , depuis le golfe de 
Solway jusqu'au lac Lomond, et depuis l'embouchure du 
Forth jusqu'à celle de laClyde, avaient formé une de ces 
vastes confédérations renouvelées dans les grands dangers de 
la patrie , pour s'opposer à une «rmée de Pietés , de Scots , 
de Logriens et d'Anglo-Saxons de Déûr et de Bemicie , qui 
s'avançaient du Nord , une aile à la mer d'Occident, une autre 
à la mer du Midi , prête à franchir le boulevard élevé jadis 
par les Romains de Dumbarton à Edimbourg , pour préserver 
la Bretagne contre les invasions des Calédoniens. 

Dix-huit postes ou châteaux-forts étai^t établis sur toute 
la ligne; quatre escadrons de cavalerie et qvaiorxe cohortes, 
formant un corps de dix mille hommes, pouvaient les occu- 
per ;■ les chefs indigènes, au nombre de trois cent soixante- 

I Nolil. iinp. roman. Paucirol. f. 176. Spart. îd Se?. 321. 



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lix 
trois 9 accoururent pour s'y placer. Parmi eux figurait, au 
premier rang y le barde Aneuriu , devenu chef d'un canton de 
la Clyde appelé Gododi», son ami Owen, fils aîné d'Urien, 
qui avait succédé à ce prince , et Hénésok , roi d'Edimbourg y 
généralissime des confédérés. 

La défense dura sept jours ; elle se concentra particulière* 
ment dans la citadelle de Kaltraez , bAtie près d'un passage 
du même nom , et l'une des positions les plus importantes du 
rempart. Les premiers combats furent favorables aux Bretons; 
le chef des Scots périt; la reine des Anglo-Saxons , la veuve 
d'Ida elle-même, resta étendue morte sur les remparts de la 
citadelle bretonne , en pflture aux corbeaux , et l'ennemi pro- 
posa un accommodement. 

Mais les confédérés jurèrent de se battre tant que l'un d'eux 
serait debout , et le combat se ranima avec plus de fureur que 
jamais. En même temps, les bardes de toutes les tribus indi^ 
gènes, acteurs dans la bataille, et dont les chants , selon l'ex- 
pression d'Aneurin , coulaient comme des torrents d'hydro- 
mel, se ranimèrent. Ses hymnes guerriers à lui-même écla<' 
taient avec le choc de son épée sur l'armure ennemie , pareils, 
aux vieilles imprécations druidiques et aux antiques incanta- 
tions, dévouant l'étranger à la mort, armant, comme d'un 
bouclier , les Bretoas de toutes les vertus magiques , de tou& 
les enchantements que peuvent procurer l'art et la science 
des bardes , et appdant la victoire sur leurs bataillons. 

Elle vint; mais fait prisonnier et jeté au fond d'un cachot 
souterrain , une chaîne autour des genoux , le barde, hélas ! 
ne put répondre à son sourire par un sourire. 

Quand ua fils généreux de Liwarc'h-Henn , peut-être à la 
penéée de son vieux père, ami d'Aneurin, racheta le pri^. 
sonnief au poids de l'ader , de l'or et de l'argent , la victoire 
avait déjà passé du cOté de l'ennemi. 

Présomptueux dans le succès , les Bretons manquèrent de 
vigilance ; vainqueurs le jour, ils passèrent toutes les nuits k 



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Ix 

table, et les torches de leurs bapquets s'allumèrent pour leurs 
funérailles. Une fois énervés par Fintempérance , ils offiirent 
à Tennemi Toccasion d'une facile revanche; car une demeure 
trop remplie de succulente nourriture, comme le remarque 
Aneurin, ne saurait être défendue contre l'attaque des honunes 
de guerre; vieux et jeunes , poursuit le barde, et même les 
plus forts , tous succombèrent, avant que le ciel leur donnât 
le temp^ d'aller dans les églises pour faire pénitence. Des 
trois cent soixante-trois guerriers qui portaient le collier d'or, 
marque de haut commandement , il n'échappa que trois : 
deux, grâce à la force de leurs épées, et Âneurin grâce au 
mérite de ses chants. Or, au souvenir de cet afireux désastre, 
où , parmi tant de frères d'armes , il a vu périr Owen , son 
meilleur ami, le barde s'écrie avec un accent pathétique : 
« J'aurais voulu tomber au premier rang â Kaltraez , et payer 
de mon sang l'hydromel et le vin; j'aurais voulu , plutôt que 
de voir une tache sur mon épée, être tué par le pâle breu- 
vage. Quel malheur pour moi d'avoir survécu aux combat- 
tants, d'avoir un jour à souffrir la mort d'une manière diffé- 
rente ! Ah! jusqu'à ce que la terre recouvre Aneurin , les la-^ 
mentations et Aneurin seront inséparables! > 

Le poème de Gododin , qui doit son titre au canton où 
régnait l'auteur, fut chanté par lui-même, aux funérailles des 
guerriers bretons , et dût l'être tous les ans , à la fête commé- 
morative de leur mort, tant que dura le royaume des Bre- 
tons de la Clyde. 

Il le composa pour perpétuer le souvenir patriotique des 
trois cent soixante défenseurs de la Bretagne, ces rivaux de 
gloire des trois cents compagnons de Léonidas, aux Thermo- 
piles , mais aussi pour faire éternellement éviter et maudire 
la cause de leur désastre. C'était s'appuyer sur le sentiment 
national pour combattre un vice national , c'était louer et 
blâmer en même temps avec adresse : la leçon était de nature 
à faire une impression durable. 



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hj 

Chose bien remarquable! peu d'années avant qu*Aneurin 
donnât cette leçon aux princes , ses contemporains , devenus 
tributaires des Northumbriens , la voix de son frère Gildas, 
sortant du fond du clottre de Rhuys et traversant les mers , 
avait murmuré à Toreille des victimes de Kaltraez ces 
sombres menaces d'Isaîe : 

f Malheur à vous, qui vous levez le matin pour vous eni- 
vrer et pour boire jusqu'à ce que le vin vous échauffe! 
la harpe y et la lyre , et le tambour, et la flûte , et le vin , font 
la joie de vos banquets, et vous ne considérez point l'œuvre de 
Dieu; c'est pourquoi mon peuple a été fait captif et ses nobles 
sont morts de faim. > 

De telles menaces trop promptement réalisées, firent de 
GOdas un prophète dans l'opinion populaire ; Âneurin, sans 
voir ses prédictions s'accomplir comme celles de son frère , 
fut prophète aussi lui, mais non pas de malheur. Pour relever 
le courage de ce peuple devenu captif, de ces nobles mourant 
de faim, il finit ou laissa terminer son poème par un cri de 
délivrance, écho des espérances bretonnes; il annonça un 
libérateur aux opprimés. Hais ce Messie promis ne fut ni 
l'Arthur de la fable , vieille divinité celtique, auquel Aneurin 
fait quelque part allusion , ni celui qui , dans le midi, opposa 
une digne aux premiers flots de l'invasion saxonne , et dont 
les compatriotes attendirent longtemps le retour ; ce fut le 
héros de la bataille de Longport , l'aïeul d'Âneurin lui-même, 
Ghérent, prince de Gornouaille, quoique mort depuis soi- 
xante dix-huit ans , plus célèbre alors que l'étemel sauveur 
de la nation bretonne. A lui , guerrier tempérant , l'honneur 
de venger le désastre de Kaltraez , à lui de purifier la corne 
aux cercles d'or , souillée par l'ivresse et le sang des Bretons. 

Le prophète de leur espérance , leur consolateur et leur 
soutien , ne doit pas avoir survécu longtemps à la ruine de 
sa patrie. Une satyre contre un chef resté lâchement en dehors 
de la grande fédération nationale , atteste le talent du barde 



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Ixij 

pour la poésie railleuse, et peut-être doit-on attribuer sa 
perte à cette arme en tout pays terrible , mais nulle part 
autant que chei la race bretonne , où on Ta vue donner si-- 
multanément la mort et à Thomme qu^elle attaquait et à 
celui qui la maniait. 

Quoiqu'il en soit Âneurin fut assassiné : un guerrier appelé 
Edin lui fendit la tête d'un coup de sa hache de bataille , et 
cette hache , est dérouée , par les annales bretonnes , à l'exé- 
cration de la postérité. 

Ainsi périt ce barde , victime de la fureur des armes qu'un 
des premiers il porta, contrairement aux lois bardiques pri« 
milives. 

f La science , abri et voile de qui la possède , » comme il 
disait, et qui l'avait déjà sauvé une fois, ne déroba pas 
l'Orphée breton au fer d'un assassin : Ia mu$e nepA dé-^ 
fendre son fils : 

.... Nor could the Muse défend 
Her son. ' 

VI. 

Le sort des Bretons du nord-ouest, subissant le joug des 
Anglo-saxons par suite de la mort de leurs cbeis à Kaltraes, 
inspirait cette réflexion à un sage du pays de Galles : 

c Us portent un collier d'esclave, ceux qui sont joyeux 
après boh^. % 

L'hcmune qui pariait de la sorte avait cent ans ; vêtu d'une 
peau de chèvre et soutenant son corps voûté sur une béquille, 
il regardait paître une vache, en gémissant. Hais à la miyesté 
de son visage, qui n'était pas uniquement celle de la vieillesse, 
an aurait pu se demander si son cœur avait toiyours battu 
BOUS le sayon de poil de chèvre , s'il n'avait point porté la 
pourpre. En effet il avait régné : mais à qui l'eût interrogé, 

' Mîlion. Parodiée lo$i. 



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Iliij 

ethii eût dit: Etiez-vous roi? Il aurait répondu peut-être 
comme Lear : c Moi, roi? non; j*étais pèrel ' i 

Vingt-quatre fils formaient sa garde ; on les voyait rangés 
autour de lui dans les batailles , comme des tours , sur leurs 
chevaux. L'enceinte protectrice dont ils environnaient son 
corps y était tombée pièce à pièce, laissant exposée sans dé- 
fense aux coups de Tennemi la nugestueuse citadelle qu'ils 
avaient longtemps protégée : elle-même tombait en ruines , 
démantelée , percée à jour de toutes parts. Hais d'une forte- 
resse assi^ée retentissent parfois les sons d'une musique 
guerrière mêlée à des chants de défi jetés à la mort , jusqu'à 
ce que les ruines croulantes étoulOTent les sons et la voix. Ainsi 
le roi sans couronne et le père sans enfants , au moment de 
mourir, charmait par ses chants sa vieillesse et défiait le mal- 
heur : il était barde , et se nommait Liwarc'h-Henn , c'est*à<^ 
dire Liwarc'h-fe-Fieiu;. 

A l'époque de sa naissance, qui dut suivre de près celle du 
chef Ghérent , né probablement vers l'année 480, Dieu , pour 
me servir de sa belle image , fit ouvrir toutes grandes les 
portes du paradis , comme un roi de la terre qui reçoit les 
princes ses vassaux dans une fête solennelle : il accorda aux 
Bretons toutes les grâces qu'ils demandèrent ; à la Bretagne , 
des jours de bonheur et de gloire. C'était l'âge d'or de l'in- 
d^ndance bretonne personnifiée plus tard dans Arthur. 

Liwarc'h fut élevé dans le Nord , au milieu des forêts de 
l'Argoed , où régnait son père , qui s'appelait Elidir , et où il 
devait régner lui-même. 

Du Nord , il passa jeune encore dans le Midi , et vint à la 
cour d'Erbin, roi de ComouaiUe et de Dévon, ayant été 
pnriMblement recommandé par son père à ce prince , suivant 
l'usage du temps. D'anciennes traditions galloises recueillies 
au Xn* siècle, confirment le fait de son voyage au Midi ; seu- 
lement , elles le font confier au roi Arthur , dans le palais du- 

• Shakespeare. King Lear, 



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Ixiv 

quel il aurait passé sa première jeunesse : postérieurement , 
selon elles , il serait devenu ministre du monarque y et aurait 
fini par se dégoûter de sa cpur , assertion qu'aucun témoi- 
gnage contemporain ne corrobore ni ne dément. Ce qui est 
confirmé par les poèmes de Liwarc'h, c'est qu'Arthur était 
alors à la tète des Bretons du midi confédérés contre les Saxons, 
et que Ghérent, fils d'Erbin , se trouvait sous ses ordres. 

D'après les lois bretonnes, Obèrent , en qualité d'béritier 
présomptif du trône , devait loger cbez lui les jeunes recom- 
mandés; il bébergeait donc notre barde, et quand il partit 
pour aller combattre Porta , débarqué sur la côte de Cor- 
nouaille , il l'y emmena avec lui. 

Telle fut sans doute la première affaire à laquelle Liwarc'h 
assista ; il pouvait avoir dix-sept ans. L'impression qu'elle fit 
sur lui a laissé une vive et profonde empreinte dans un cbant 
qu'il composa pour les funérailles de son jeune patron , 
f tombé dans la bataille en écrasant les Saxons. > 

D a peint sous les couleurs les plus saisissantes, et comme 
s'il l'avait encore devant lui, l'horrible boucherie qu'il a vue, 
de ses propres yeux vue, répète-t-il jusqu'à treize fois. 11 
n'était pas encore accoutumé à voir le sang couler , monter 
jusqu'aux genoux des guerriers , rouler comme un torrent 
dans les vallées , emporter des cadavres. L'effroi des chevaux 
blanchissant leur mors d'écume et bondissants , l'impétuosité 
surtout des coursiers rouges de Ghérent qu'il compare à des 
aigles , frappa aussi beaucoup sa jeune intelligence; et, chose 
assez curieuse , il exprime son étonnement à la manière des 
enfants dans leurs jeux, supposant qu'il existe des aigles, non 
seulement noirs et gris, blancs ou tachetés, mais bleus, 
rouges, de toute couleur; on serait tenté d'en conclure que 
l'auteur était encore plus jeune qu'il n'y a lieu de le supposer. 

Les années l'aguerrirent aux spectacles qui , dans son en- 
fance , lui faisaient horreur : jeune homme , il était déjà si 
familiarisé avec les idées de carnage qu'on ne passait jamais , 



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dii^l, la charrue sur ses terres, sans y verser du sang, comme 
une rosée fécondante. L'étranger, craignant sa colère, le 
respectait et n'osait passer les frontières de l'Argoed ; les ha- 
bitants de ce pays le chérissaient et le servaient avec fidélité; 
sa lance était regardée comme la plus vaillante des lances , 
son javelot comme le mieux poussé , son bras comme le plus 
vigoureux ; vêtu de pourpre , le casque orné d'un panache 
jaune , chaussé d'éperons d'or , il montait des chevaux ra- 
pides ; le coursier gris du Saxon et la fille de l'étranger de- 
venaient facilement sa conquête; pas de montagne, si haute 
qu'elle^ût, qui put l'empêcher d'enlever la vache de l'ennemi, 
n était aimé des jeunes filles , les jeunes femmes vantaient la 
blancheur de ses dents , l'éclat de ses yeux , la beauté de sa 
chevelure, le charme de toute sa personne. Assis près de lui, 
sur le bord de sa couche , selon l'usage de cette époque , les 
guerriers, ses compagnons d'armes, devisaient d'actions glo- 
rieuses ; une fois, il reçut de l'un d'eux , comme un tribut 
d'hommage à sa valeur , un fer de javelot plus aigu que l'é- 
pine , enfermé dans une boite de prix. La jeunesse se jouait 
à sa suite ; son existence était douce, honorée , ses chants or- 
nés et beaux; ils jaillissaient harmonieusement des trois sour- 
ces fécondes de l'inspiration : c le bonheur , les relations so- 
ciales et la louange. > 

De toutes les cours souveraines de Tile, nulle ne lui offrit 
plus d'avantages que celle d'Urien, son parent ; il l'avait pré- 
férée, ce semble , à la cour de Haelgoun de Gwéned , ce roi 
de Galles, supérieur à beaucoup d'autres par sa puissance, dit 
S. Gildas, mais aussi par ses vices. 

Urien ayant fait présent à Liwarc'h, comme dief et comme 
barde , d'une corne de bufDe à sonner et à boire , ornée de 
cercles d'or , en lui disant, comme un autre chef à Roland : i 
< Sonn^ pour m'appeler s'il t'arrive malheur ; > l'avait attiré 
à sa cour et enchaîné à sa personne. 

• Voyez l'admirable poème de M. Â. de Vigny, inUtalé Le Cor. 



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Admis dans cette cour au privilège du lit d'honneur, il avait 
part aux dons de la générosité d*Urien ; il avait place près du 
feu , autour de la chaudière où fumait la venaison , fruit de 
la chasse ou des prises d'Owen , et quand , dans ces banquets 
d'amis , la corne à boire passait de main en main à la lueur 
des torches , quand les guerriers joyeux et les solliciteurs sa- 
tisfaits poussaient leurs acclamations , quand les harpes des 
bardes ravissaient le palais, il mêlait ses chants à leurs chants. 

Mais un jour que du palais incendié , il ne restait plus que 
la froide pierre de l'âtre, parmi les orties et les ronces , on le 
vit assis sur cette pierre et on l'entendit murmurer : c Le 
malheur d'Urien est un malheur pour moi ; silence , souffle 
mspirateur , ils seront rares désormais les chants d'éloges , 
Urien n'est plus ! > 

Compagnon d'armes du malheureux prince à Lindisfame , 
où ils assiégeaient ensemble le chef northumbrien Théodorik, 
de l'an 572 à l'an 579, il avait vu tomber la tète d'Urien sous 
le fer de l'assassin, et fidèle à l'amitié jusqu'au bout, il l'avait 
emportée loin du champ de bataille , suspendue au pommeau 
de sa selle pour la ravir à l'étranger. 

A la mort d'Urien , les guerres civiles, autant que les An- 
glo-Saxons, le forcèrent de renoncer à son petit royaume d'Ar- 
goed , et il vint demander asile , en Galles, à Kendelann, roi 
de Powys , ce paradis des Cambriens , comme il l'appelle , 
ce pays de la poésie et de la renommée , comme s'exprime un 
autre poète. 

Kendelann s'était associé aux hommes parlant la langue na- 
tionale, pour résister aux Anglo-Saxons. Il reçut le barde avec 
tous les égards (pie méritaient l'Âge, le talent et le malheur. 
Liwarc*h nous parle lui-même des honneurs qu'on lui rendit 
dans l'assemblée des hommes de Powys, c ce refuge des exi- 
lés. > Durèrent-ils long-temps? Ce n'est pas l'ordinaire, et 
l'histoire ne nous permet point de croire qu'ils se prolongè- 
rent au-delà de l'année 577, époque où Kendelann périt 
avec deux autres rois bretons, Konmaël et Karanmaêl, dans 



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une grande bataille livrée aux Saxons Kouthwin et Keawlin. 

Le nouvel asile de Liwarc*h-Henn lui manqua donc encore. 
Sauvé par la muse bardique dans le désastre de son protec^- 
ieur et de ses frères d'armes , comme un vieux chêne resté 
seul debout de toute une forêt en proie aux flammes , grâce 
au lierre qui l'enveloppe , ses larmes firent les funérailles de 
toute la famille massacrée de Kendelann. Elles coulèrent toute 
une nuit sur le cercueil du prince, dans cette salle à présent 
déserte y silencieuse et sombre , qu'il charmait par ses chants 
de fête, et qu'épouvantent maintenant par leurs cris féroces des 
aigles avides de chair humaine , que sa présence seule éloigne 
de la bière de Kendelann. Elles arrosèrent, à l'aurore, la 
tombe de toute la famille du prince , et sous les pleurs du 
barde, devaient pousser un jour, au lieu de ces trèfles blancs 
qui naissent, disent les Bretons , sous les pas du bonheur et 
de la beauté , des trèfles rouges , rouges de sang. 

Puis , entendant venir l'ennemi et sentant déjà la lance du 
Saxon s'enfoncer dans sa chair, il se hftta de chercher quelque 
nouvelle retraite parmi les forêts et d'aller y rejoindre ses 
malheureux compatriotes , rendus par la faim semblables aux 
sangliers, et réduits, comme ces animaux, à se nourrir de ra- 
cines sauvages. 

Le ciel jadis ouvert pour les Bretons s'était fermé. 

Désormais, le vieux barde-roi habita sous le chaume , il se 
retira dans une cabane de feuillage au bord de la Dee , près 
de l'abbaye de Lanvor , à peu près aux confins des pays de 
Powys et de Merioneth , où un lieu isolé porte encore son 
nom : c'est là que nous l'avons trouvé sous le sayon de poil 
de dièvre , appuyé siîi; une béquille et devenu berger. Pour 
toute fortune , pour toute compagnie , il avait une vache, une 
vadïhe bien douce , observe-t-il , qui partageait avec lui son 
tott, et dont le lait le nourrissait. De ses vingt^quatre fils , 
aucun ne lui restait peur consoler sa vieillesse , adoucir ses 
douleurs, le soulever sur sa couche. La maladie, le chagrin. 



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Ixviij 

la toux , l'insomnie étaient ses hâtes habituels et le rendaient 
farouche. Pourtant un hôte différent le vint visiter une ibis. 
Comme il déplorait sa destinée y à l'heure longue de minuit , 
accusant la fatalité acharnée à sa perte , et rappelant cet ana- 
théme qui faisait dire à un ancien : Le crime de Phomme est 
d*étre né; Tombre d'une femme vénérable passa devant sa 
face , et une voix connue : « Que ton esprit ne soit point af- 
fligé, dit-elle, si le vent est piquant, si le prmtemps est rude 
pour toi. » 

Se soulevant sur son lit de douleur , à Taccent de cette voix 
qui le fit tressaillir conune un remords , et étendant la main 
comme pour écarter une malédiction : 

— Ah I ne me maudis pas , s'écria-t-il , ma mère, je suis 
ton fils! 

Sous la neige de Tâge couvait toujours le feu du génie ; on 
en sentait la chaleur lorsqu'il disait à sa béquille avec une 
sorte de pitié pour lui-même : c ma béquille , tiens-toi 
droite, toi qu'on nomme le bois fidèle aux pas chancelants; 
je ne suis plus Liwarc'h pour bien longtemps ! » 

Ou quand il s'écriait avec une espèce de rage désespérée : 

« Je suis vieux , je suis seul , je suis difforme et glacé ; je 
suis plié en trois , je suis inconsidéré , je suis intraitable, je 
suis décrépit , je suis vieux. » 

On voyait que s'il avait cent ans, son cœur en avait toujours 
vingt , et que vraiment la jeunesse , comme il disait , lui était 
restée fidèle , qu'elle survivait à son signe détruit. 

Avec un autre solitaire illustre venu dix siècles après lui , 
il eût pu ajouter : t Quand mes douleurs me font tristement 
mesurer la longueur des nuits, que l'agitation de la fièvre 
m'empêche de goûter un seul instant de sommeil , souvent je 
me distrais de mon état présent, en songeant aux divers évé- 
nements de ma vie, et les repentirs, les doux souvenirs , les 
regrets , l'attendrissement se partagent le soin de me faire 
oublier quelques moments mes souffrances, i^ ' 

( Rousseau. 



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Le plus cuisant de ses regrets , était celui que lui faisait 
éprouver la mort de ses vingt-quatre fils, tués dans les ba- 
tailles; il aimait particulièrement Taîné appelé Gwenn. ' 

€ J'ai eu vingt-quatre fils portant le collier d'or et chefs de 
guerre ; le plus vaillant était Gwenn , l'enfant chéri de son 
père; comme il était mon enfant , il ne reculait jamais. j> 

Aussi fut-il la première victime faite par les Logriens dans 
la famOle du barde. Quand on le mit dan$ la tombe , un oiseau 
vint se poser sur un poirier au-dessus de sa tête , et' chanta 
d'une voix si mélancolique et si douce que ses chants percèrent 
le cœtir du malheureux père. 

Ce qui désolait le vieillard était de ne pouvoir venger 
son fils : voyant la mer se briser sur la grève de Lanvor, il 
s'écriait : 

cQue la vague brise avec fracas! Qu'elle couvre le rivage ! 
Malheur à qui est trop vieux, mon fils, poiir te venger! Mal- 
heur à qui t'a perdu , il a trop vécu ! Âh ! malheur! prends- 
moi vile, 6 mort! » 

Un autre père , un autre prince , un autre barde , exilé aussi 
en Galles , dont il apprit et honora la langue par ses poésies , 
Robert de Normandie , le même à qui les croisés ofûrirent la 
couronne de Jérusalem , devait s*inspirer un jour des navrantes 
paroles de Liwarc'h-Henn , en songeant à son fils , pauvre en- 
fant qu'il laissait dans le monde et qu'on lui enlevait pour tou- 
jours: cet enfant se nommait Guillaume et on entendait Ro- 
bert appeler la nuit: Guillaume! Guillaume! Enfermé dans le 
château de KardifT, au bord de la mer dont les flots battaient 
sous ses yeux le promontoire de Pennarz , il disait à un chêne 
qui égayait d'un peu de feuillage la fenêtre de sa prison : 
cO chêne qui domines la forêt du promontoire et qui vois les 
flots de la Saveme lutter contre. la mer, malheur à l'homme 
que la mort oublie! malheur à l'homme qui n'est pas assez 
vieux pour mourir!» 

Si, après la mort de Gwenn, Liwarc'h'Henn rencontrait par 



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lu 

hasard quelque chose qu*eûi aimé son enfant chéri , ses yeux 
se remplissaient de larmes et sa douleur s'exhalait en poésie. 
On rapporte que passant un jour sur un pont où blan- 
chissait la tète décharnée d'un cheval , quelqu'un la hii mon- 
tra ^ disant : «Voici la léte du cheval de Gwenn; » à quoi le 
vieillard répliqua: 

« J'ai vu les beaux jours de ce cheval j il avait des yeux de 
eerf, il frappait fièrement la terre; ah! personne n*eût 
foulé aux pieds sa tôte , tandis qu'il était monté par Gwenn. t 
Le secondais de Uwarc'h s'appelait Peil; on eût bâti une 
salle avec les boucliers mis en pièces par lui, dit le vieillard, 
D lyoute que les bardes du pays breton aimaient tout particu- 
lièrement Peil, qu'ils chantaient souvent ses louanges , et que 
s'il eût vécu plus longtemps » il leur eût dû l'immortalité : le 
vieux barde ne pensait pas que Peil la devrait à l'un des plus 
fameux d'entre eux , à son propre père. 

Gwenn et Peil et leurs vingt-deux frères une fois morts , 
ainsi qu'Urien et ses fib , Kendelann et toute sa famille, la 
t mesure du malheur de Liwarc'h-Henn était comblée, il ne 
lui restait plus rien à faire au monde , et , dans son désespoir, 
tantôt il invoquait la mort , l'accusant d'infidélité, maudissant 
ses lenteurs, comme celle d'une amante oublieuse et légère; 
tantôt, il invoquait l'ombre de quelque ancien héros breton 
qu'il appelait à son secours et qui devait quitter la tombe pour 
venger ses fils , sa race et son pays; tantôt , apercevant de 
l'autre côté de la rivière, le toit du monastère de Lanvor, la 
vue de ce pieux asile dp la paix et de la vertu , les chants reli- 
gieux qui parvenaientàsonoreille,réveillaientdans son àmedes 
idées différentes. Il se demandait s'il n'eût pas été plus avan- 
tageux à ses fils d'éb*e morts et d'avoir été enterrés dans la 
compagnie des hommes gris du monastère que sur le champ 
de bataille : se rappelant le temps de sa jeunesse où il parait 
avoir adoré les astres, il se reprochait de les avoir honorés 
trop longtemps. A ce propos , on observera que si l'astre au- 



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quel il fait aUusioo était la Grande-Ourse ou le Chariot d'Ar- 
thur, ainsi que l'appelaient les anciens Bretons, et non le so- 
leil , la triade qui le dit ministre d'Arthur, puis dégoûté de 
la cour du roi, serait le symbole de son renoncement aux 
vieilles superstitions druidiques. ^ 

A la même époque , S. Gildas accusait un prince breton 
d'être le cocher du char de r Ourse , ' c'est à-dire du dieu Ar- 
thur , car tel est le sens de ce nom , d'après un auteur du X*" 
siède.f 

Quoi qu'il en soit, le barde tournait ses pensées vers le 
ciel; mais un doute afireux le saisit; il a déjà prié Dieu pour 
ses fils et Dieu ne l'a point exaucé. Que fera-t^il donc, le 
malheureux? à quelle branche de saluts'attacher ? Il revien- 
dra à ses superstitions : quand Dieu se tait , le sorcier parle : 
il demandera des consolations à l'oiseau sacré que ses frères 
les Armoricains de l'embouchure de la Loire vénéraient 
aussi, et consultaient anciennement; il invoquera le cor- 
beau. 

Fol espoir! c'est la blanche colombe , et non l'oiseau noir, 
qui porte le rameau sauveur. 

Hais quelle est cette voix qui vient consoler l'infortuné père? 

f vieux Liwarc'h , ne sois point abattu , tu trouveras 
bientôt une douce retraite, sèche tes yeux , tais-toi, ne pleure 
plus. > 

Ce n'est pas l'ombre de sa mère ; c'est un ange sous les 
traits vénérables d*un bon religieux de Lanvor , d'un de ces 
hommes bénis qui , selon les Triades, aimaient à visiter la 
demeure du pauvre , n'acceptant de personne ni honoraire, ni 
nourriture, ni breuvage, et au contraire, distribuant aux in- 
digents , argisnt , nourriture et vêtement. 

* Aurigt cnrriis recepUcnli arsi, Dei contempler. (Slevenson, 
p. 40.) 

* Arthur arsum sonat'. (Neonius.) 



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Izxij 

A ces paroles consoiatrices , le barde répond d'un air fa- 
rouche : 

€ Je suis vieux, je ne te reconnais pas ; le don qui me sied 
est une tombe; je Timplore ; Urien est mort! la douleur pèse 
sur moi ! » 

Le saint religieux poursuit : 

« Pourquoi consulter le corbeau au chant sinistre et criard ? i 

— « Liwarc'h ne croit point le corbeau, réplique le barde, 
il n'en obtiendra pas de protection , il le sait bien , le pâtre 
débile qui a été jadis un homme d'armes voyageur. » 

Alors, montrant du doigt le port au vieux navigateur sans 
étoile , qui s'en éloigne , et s'expose à n'y entrer jamais : 

€ Voici l'église de Lanvor au delà du fleuve , mais je ne 
sais si tu as rien de commun avec elle. > 

Le vieillard en convient, et le religieux profite de cet 
humble aveu pour lui donner d'une manière délicate et dé- 
tournée le conseil de faire un effort sur lui-même , d'imiter 
le fleuve qui s'enfle, se grossit pour surmonter ses bords. 

Le barde se tait, comme accablé sous le poids d'une desti- 
née qui semble le vouer au malheur; il s'éloigne, et dans le 
lointain, ce cri qu'il a déjà fait entendre s'échappe de nou- 
veau de sa poitrine : 

c Ah! quel triste destin fut réservé à Liwarc'h la nuit de 
sa naissance; de longues peines dont il ne sera jamais dé- 
chargé. > 

Mais le souvenir de son fils bien-aimé lui traverse soudain 
l'esprit, et le vieillard incapable, il n'y a qu'un moment, de 
faire le moindre effort pour élever vers Dieu sa tête et son 
cœur languissants , se redresse , père et guerrier , choque son 
bouclier placé sur son flanc droit , et toute usée qu'est son 
armure , tout cassé qu'il est lui-même, il se sent capable de 
veiller au bord du gué où a péri son fils, et de tirer vengeance 
de l'étranger qui l'a tué. 



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Ixxiij 

Serait-ce pour échapper aux pieuses importunités des 
moines de Lanvor, que le barde quitta les bords de la Dee? 
On ne sait , mais toujours est-il qu'il revint dans le Paradis 
des Cambriens et s'établit au fond de la vallée d*Aber-Kiok. 

Le mois de mai s'ouvrait alors, dit Liv«rarc'h-Henn , les 
bois reprenaient leur robe d'été, caressés par la brise; les 
brandies des arbres étaient fleuries ; la cime des chênes était 
pleine de voix joyeuses; les oiseaux chantaient sur le bord de 
leurs nids, et, parmi eux, le gris coucou, cher aux amants, 
faisait retentir dans la vallée, dès l'aurore, ses mélodieux 
appels. Hais que voulait le printemps au vieillard morose? 
Sa vue l'attristait, le zéphir lui semblait piquant, le chant 
des oiseaux fatigant, le coucou babillard; il lui disait : c Ta 
voix affecte désagréablement mon esprit » Il eût presque dit 
au rossignol , comme le marquis de Ximénès : f Te tairas-tu, 
vilaine bête? » Son esprit était troublé par l'angoisse de la 
maladie : assis sur la montagne , il suivait le long cours du 
soleil , moins long que ses ennuis ; ses jours devaient être 
courts désormais; sa demeure était en ruines; tout le monde 
l'abandonnait, car l'exilé semble indifférent, disait-il, avec 
amertume. 

L'exilé est en effet trop souvent l'objet de l'indifiërence de 
l'homme, mais non du Dieu des malheureux; à qui perd 
tout. Dieu reste encore, et il pardonne à ses enfants d'être 
faibles dans l'infortune. 

Le fils de la douleur, comme le barde se nomme lui-même , 
trouva donc pitié près de lui ; c'est en vain qu'il le fuyait : 
il emportait de Lanvor une semence qui têt ou tard devait 
germer et fleurir. 

Ses fruits ne se firent pas attendre Un rayon du ciel 
les mûrit, et, devenu chrétien, le barde centenaire, com- 
prenant enfin la destinée humaine, laissa échapper ces pa- 
roles: 

€ Mes soupirs continuels me disent assez, après tous mes 



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Ixxiv 

réyes de félicilé , que Dieu ne donne point ie bonheur aux 
prévaricateurs ; ils n*ont que tristesse et soucis. » 

Et formant un vœu que le ciel exauça sans doute , il syou- 
tait : 

€ U fut jeune, le fils de la douleur; il fut chef dans la cour 
du roi suprême des Bretons; puisse-t-il voir Dieu, mainte- 
nant qu*il va quitter la terre! » 

De tels sentiments , écho des saintes écritures , prouvent 
que ses relations avec les, moines de Lanvor ne furent point 
passagères. La tradition Tatteste en lui donnant pour sépul* 
ture rég^ise même du monastère, et la découverte de son 
nom sur une pierre du mur de la nef, achève de persuader 
qu'avant d*y reposer à Tombre de Fautel , il y vint plier le 
genou et incliner son front chargé d*un siècle. 

Avec la dépouille mortelle de Liwarc'h-Henn, l-abbaye 
recueillit probablement le manuscrit de ses poésies , et il y a 
lieu de croire que c'est à elle que nous les devons. 

Indépendamment des pièces historiques, à Taide desquelles 
je viens d'esquisser l'histoire de sa vie, il a laissé des poèmes 
gnomiques où l'on trouve sous une forme sententieuse , ses 
idées sur la supériorité intellectuelle et morale. Ds achèveront 
de nous le faire connaître en nous montrant dans lui le sage. 

Plusieurs des sentences du barde sont en parfaite harmonie 
avec les sentiments de son âme , après sa conversion : témoin, 
les beUes maximes suivantes : 

€ Quand chacun dort sur sa couche , Dieu ne dort pas 
lorsqu'il donne assistance. » 

« La miséricorde est le premier devoir de Dieu ; le devoir 
des clercs est d'intercéder près de lui. » 

€ Au grand jour , quand Dieu jugera , le mensonge sera mis 
dans les ténèbres , la vérité dans la lumière. Qu'il soit le 
bonheur du sage , le Dieu qui l'élève ! » 

Et il donne ce conseil aux malheureux comme lui : « Fie- 
toi à Dieu , il ne te trompera pas. » 



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Ixxv 

Pour lui, comme pour tout vieillard , il le dit lui-méiue , 
le bonheur consistait dans le repos, et il le trouvait au sein 
de la religion. 

n employa saps doute les loisirs que Dieu lui faisait, après 
une vie orageuse , à rédiger les maximes qu'on vient de lire , 
qu'il dicta peut-être avec ses autres poèmes à quelque clerc 
de Lanvor. Ses pensées sur des sigets étrangers à la religion , 
ne le peignent pas moins vivement que celles qui ont Dieu 
pour objet. Les dons du ciel les plus appréciaUes , selon lui, 
sont : le savoir qui toujours veut agrandir son cercle ; Tinstruc- 
ction nulle sans le génie; le génie qui n*est autre chose que de 
la ténacité , dit-il, en vrai Celte, comme Chateaubriand; l'in- 
telligence , qu'il définit la plus belle lumière du monde , et à 
laquelle il ne voit rien d'égal , quand elle est unie à la force. 

Les vertus que recommande particulièrement le barde, 
sont : la bonté- , supérieure à la beauté et de même âge que le 
bonheur ; la prudence, qui même quand elle blesse ne fait pas 
de longue blessure ; la discrétion et l'amour du silence , tou- 
jours les bienvenus ; la gaieté , que Dieu loue dans l'homme; 
la loyauté, à laqueUe manque le fou lui seul; la fidélité à sa 
parole, chose sacrée pour un clan ; la générosité envers tout 
le monde, mais surtout envers le barde quand on l'aime (on 
voit qu'il ne s'oubliait pas, Pindare était du même avis) ; la 
civilité, qui est une des qualités les plus aimables , comme la 
grossièreté est le pire des défauts, recommandation ou perce 
un sentiment de civilisation qu'on ne s'attend guère à trouver 
dans des temps barbares ; du reste , il n'y est pas isolé , et 
d'autres pensées du barde le respirent encore davantage : 
telles sont celles-ci sur l'amour et l'amitié : c L'esprit rit à 
qui l'aime. > 

€ Cest le fait de l'homme discret d'aimer loyalement. » 

« Heureux l'homme qui voit son ami! » 

Telle est cette autre réflexion d'une délicatesse et d'une 
profondeur étonnantes : 



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Ixxvj 

€ La femme doit apporter le sommeil à la douleur. > 

Ne dirait-on pas une pensée de Fénélon? Et comme on y 
sent le cœur du pauvre malade qui, sur sa couche de douleur, 
rêvait , à Vheure longue et froide de minuit , à la vue d'un tor- 
rent éclairé des rayons de la lune , et disait : c D'ordinaire 
l'homme heureux dort bien; les soucis d'ordinaire habitent 
avec le vieillard , comme les abeilles dans la solitude. » 

La soufTrance personnelle mêlait ainsi sa pointe aigûe aux 
maximes de la sagesse bardique , et s'y faisait sentir comme 
l'épine à travers un buisson de roses sauvages. 

Mais elle ne le rendit pas mdifTérent aux maux des autres ; 
il a pour le malheur d'autrui des paroles de pitié touchantes, 
et qui font souvenir qu'au temps de sa prospérité il y joignait 
l'action en soignant les pestiférés : U plaint ses frères exilés 
dont les besoins sont bien amers; il s'apitoie sur le sort du 
prisonnier aveugle encore plus malheureux que lui , dont un 
voile couvre l'aurore; entendant les oiseaux chanter, il 
souhaite que ceux qui les écoutent ne soient point malades 
comme lui. Sous la grossière peau de chèvre, son cœur était 
resté le même que sous l'acier ou sous la pourpre. 

Bientôt il cessa de souffrir. Feuille ballottée par le vent , 
vieille , quoique née dans l'année, pour emprunter son image 
sublime , il alla rejoindre en un monde meilleur le feuillage 
épars de sa race : 

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie , 
Le vent du soir se lève et Tarracbe aux vallons; 
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie, 
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons ! ^ 

VIL 

n nous reste à examiner les ouvrages des anciens bardes 
sous le double rapport du fond et de la forme. On a Vu qu'ils 
n'ont guère qu'un thème : les destinées de la patrie , ses vic- 
toires, ses désastres et ses espérances; les joies de la mêlée, 

' Lamartine , première Méditation poétique. 



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Ixxvij 

du carnage et du butin , la domiru^tum bretonne, comme s'ex- 
priment les lois galloises; la haine de l'étranger, la résistance 
à l'ennemi , la glorification des chefe nationaux qui savent le 
vaincre , et surtout de ceux qui ont été victimes de leur dé- 
vouement au pays ; des panégyriques , des incantations ou 
des imprécations poétiques, de nombreuses élégies guer- 
rières, des satyres en très-petit nombre, enfin des poèmes 
gnomiques, tels sont les principaux genres cultivés au W siècle. 
Je ne parle pas du genre religieux dolit malheureusement il 
ne nous reste aucun monument authentique que l'on puisse , 
avec quelque raison , attribuer aux grands bardes de cette 
époque. 

Le caractère général de leur poésie , c'est qu'elle pleure 
presque toujours : de là, le nom de lev ou le, plainte ou 
pleur, qu'on lui donnait au moyen-âge; de là le lai breton, si 
vanté par tous les anciens poètes français et anglo-normands. 
La mélancolie profonde qu'elle respire est accompagnée d'une 
sorte de majesté barbare et de solennité qui rappelle l'Orient 
et fait songer à l'origine asiatique des Kemris-Bretons. 

Aces deux caractères, joignez quelque chose de mysté- 
rieux , de lugubre , de sombre , de farouche, parfois de mys- 
tique, une certaine grandeur sauvage qui étonne, un accent 
qui fait tressaillir, et contraste d'une manière frappante avec 
des sentiments plus doux; tel est, par exemple, ce cri de joie 
féroce d'Aneurin : € Son épée résonna sur la tête des mères 
saxonnes! plus d'une mère en pleura! » Et cette plainte tou- 
chante du même bar^e, où il s'agit des Bretons : c Qu'il m'est 
pénible de rappeler leur immense désastre : ce n'est pas 
leur mère , au lieu de leur naissance , qui leur eût servi ce 
poison! » 

Les images qu'affectionne cette poésie sont à l'avenant ; 
elle associe , par une étrange fantaisie qui trahit un vieux-fond 
payen, les peintures sanglantes et celles de la volupté : le vin 
et l'hydromel coulant d'un côté , le sang de l'autre , on mêlés 



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lixviij 

dans la même coupe; les loups faisant festin avec la chair du 
jeune homme prêt à s'asseoir au banquet nuptial ; Tai^e sui- 
vant le guerrier à la piste, et attendant de lui sa pâture eonmie 
le chien TattiBnd de son maître ; les corbeaux noirs sur des 
poitrines blanches , aux champs de bataille , et mille autres 
non moins sinistres. 

Taliésin est y des trois bardes , celui qui ofifî*e le moins des 
traits sauvages que je cite ; Aneurin , celui qui en présente le 
plus : chez Livirarc'h-Henn , ils sont adoucis par des signes 
multipliés de sensibilité. 

Ces trois poètes sont invoqués par leurs successeurs, comme 
les trois colonnes de l'art bardique au VI« siècle. Si d'autres 
avant eux furent les législateurs et les jurisconsultes de l'état 
littéraire, ils en ont été les soutiens. Le code des anciens 
bardes de l'île de Bretagne , plus ou moins modifié par le 
temps , contient les préceptes suivants : 

€ Trois éléments constituent la poésie en général : le langage, 
rinvention et l'art. 

» Trois choses excellentes distinguent la poésie parfaite : 
lasimplicité du langage, la simplicité du sujet , la simplicité 
d'invention. » 

Horace disait autrement, mais ne disait pas mieux; quant 
au langage lui-même, les bardes mettaient au nombre des 
qualités essentielles qu'il devait avoir: la pureté, la ridiesse , 
la propriété des termes ; — la clarté , l'agrément , l'origina- 
lité des expressions; — le naturel , la variété des tournures 
et l'élégance. Selon eux, l'ordre, la force et l'heureux choix 
des mots étaient les trois soutiens du langage , et il n'y avait 
pas de bon style sans construction correcte , sans expressions 
correctes et sans correcte prononciation; et les trois facultés 
indispensables à l'écrivain devaient être, de bien chanter 
(bien composer) , de bien apprendre et de bien juger. 

Voilà toute une poétique à l'usage des bardes ; nous allons 
voir si leur conduite y r^oudit. 

Sans avoir la perfection du gaël d'Irlande , ce tronc de 



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Ixxix 
Tarbre celtique où la sève orientale circule beaucoup plus 
abondante, leur langue , pour commencer par elle, offre de$ 
qualités précieuses. 

Les voyelles et les consonnes, dont le corps même des 
mots est formé , présentent dés contours et des proportions 
mnarquablas ; les consonnes qui soutiennent les syllabes et 
éutnent au mot sa forme , ont une force très grande qu'elles 
doivent à leur nombre et à leur âolidité : Tétude de Talphabet 
breton en fait voir le système complet, ou chacun des trois 
organes de la voix humaine, les lèvres , la langue et la gorge 
produisent trois articulations douces, fortes et aspirées, 
comme les tombes d'un orgue articulent les sons. Les 
voyelles, élément beaucoup moins essentiel, que je compare- 
rais volontiers aux tuyaux inintelligents du même instrument, 
sont très-riches, et de leur réunion naissent des diphtongues 
singulièrement variées et éclatantes. Elles donnent aux mots 
de la majesté par les longues , de réléganee par les brèves , 
de Tampleur par les désinences dans toute leur plénitude , 
leur étendue et leur sonorité. C'est bien un peuple chez le- 
quel la poésie et la musique étaient aussi intimement unies 
que la parole l'est à la pensée , et dont les bardes étaient 
à la fois poètes et musiciens. Du reste , ces qualités ne sont 
pas particulières au breton: elles sont celles de toutes les 
langues jeunes. M. Ampère l'a dit avec autant de bonheur que 
de justesse : < Elles commencent par être une musique et fi- 
nissent par être une algèbre. » 

Des autres tnnts distinctifs de l'idiome des bardes , le plus 
digne de remarque est la faculté qu'il avait, comme le grec, 
de tirer de lui-même ses ressources par la facilité avec la- 
quelle il pouvait créer , grftce à une multitude de racines sim- 
ples , des dérivés et des composés sans nombre. 

Cette fadlité de néologisme national , qui , en hii permet- 
tant de se passer d'emprunts faits aux langues étrangères , de- 
vait sauvegarder l'originalité de son vocabulaire, ne le mit 
pourtant pas toujours à l'abri de leur influence , et amena à 



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Ixxx 

la longue , sinon dans son essence et sa constnidioQ gram- 
maticale, au moins dans son dictionnaire, des variations 
assez importantes pour que dès le X* siècle, le législateur 
des Bretons-Cambriens crût nécessaire de faire unediffi&rence 
entre Vandenne langue bretonne et la nouveUe. Tel met , ob- 
serve-t-il , se dit de cette manière dans J'idiôme moderne ; 
tel autre, ainsi , dans l'ancien idiome. Et une chose bien sin- 
gulière, c'est que Tun des mots qu'il cite est précisément le 
nom que donnent à une de leurs armes de guerre , les Indiens 
civilisés ou Padoukas, qui passent pour être une colonie cam- 
brienne et avoir découvert TAmérique au XII* siècle; c'est le 
fameux Tomaok, ou casse-tête , qui signifie tout ce qui brise , 
fracture , fracasse , ou fait écl^r , comme la pierre , le fer ou 
la chaleur, et dont la racine parait être le verbe armoricain 
Uma. 

Si ces variations du langage, quelque peu importantes 
qu'on veuille les supposer, existaient au X* siècle, et jetaient 
déjà de l'obscurité sur certaines vieilles expressions bretonnes, 
combien , depuis huit cents ans , n'ont-elles pas dû se multi- 
plier? De là vient la difficulté d'entendre les anciens bardes. 

A la désuétude de plusieurs locutions ou à leurs acceptions 
différentes, comme cause de l'obscurité de leurs poèmes, il 
faut joindre le laconisme exagéré et l'extrême concision de 
leur style. Très souvent les mots sont juxtaposés sans aucun 
lien grammatical; prépositions, adverbes, pronoms possessiCs, 
conjonctions, verbes même, tout cela souvent est sous-en- 
tendu. Entraîné par son inspiration fougueuse, le barde 
bondit , haletant, hors de lui , confondant les personnes, les 
sujets, les temps et les lieux^ roulant, tourbillonnant comme 
le diar celtique , fait du tronc du bouleau, dont rien , ni cuir, 
ni bois , ni fer , ne paraissait lier ensemble l'essieu , le timon 
et les roues, et qui n'emportait pas moins sûrement au but 
l'athlète victorieux. 

Le barde y arrive aussi , lui, mais souvent épuisé par une 



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Ixxxj 
course sans frein, sans règle, sans guide et sans repos; 
course ordinairement monotone, comme un voyage intermi- 
nable à travers des steppes prolongées démesurément. 

Le défaut de plan , d'ordre et de méthode de ces poètes , 
dans la plupart de leurs poèmes , la malheureuse habitude 
qu'ils ont d'épuiser la veine poétique, s'ils la rencontrent, de 
gâter, par des variations infinies, le motif dont ils ont su tirer 
d'abord d'heureux effets , ne saurait trouver grâce aux yeux 
du goût. 

L*écrivain français de notre siècle , qui possède au plus 
haut degré ce sentiment délicat et fm , si rare atyourd'hui ; 
celui dont les ouvrages excellents en offrent le plus parfait 
modèle , a fait, en parlant des poésies barbares , une obser- 
vation très profonde et très juste, qui pourrait s'appliquer à 
quelques poèmes de nos bardes : C'est trop long, a dit M. Vil- 
lemain , parce que ce n'est pas beau. 

Leurs contemporains , moins difficiles en jugeaient autre- 
ment : les longueurs et les redites qui nous choquent, les 
charmaient; l'auditoire auquel elles étaient destinées, aimait 
à entendre reproduire sous toutes les formes , l'idée qui le 
préoccupait et que traduisait le poète. Il aimait qu'on lui 
répétât à satiété le vers qui l'avait le plus frappé, afin de le 
mieux retenir : telle est l'origine du refrain dans les chansons; 
telle est celle des litanies ; c'est la raison qui fait redire vingt 
fois dans la même pièce lyrique, au poète hébreu : « Confiez- 
vous au Seigneur parce qu'il est bon , parce que sa miséri- 
corde est étemelle. » 

Le cœur a ses besoins comme l'esprit. 

L'un et l'autre, à défaut de morceaux d'ensemble achevés, 
trouvent dans les vieux poèmes bretons assez de beautés de 
détails 'pour aimer leurs auteurs, et l'on y peut cueillir au 
moins de quoi faire un bouquet pour fleurir la tombe des 
bardes. 

Toutefois , s'ils offrent quelque charme à l'esprit et au 

6* 



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Ixxxîj 

coeur , c'est à l'oreille qu'ils en présentent le plus : mais 
ne va-t-oni pas sourire , et me dire comme à Walter Scott, 
qui crantait l'agréent du pibroc'h écossais : c II faut être 
Celte ou corbeau, sauf votre grâce, pour goûter les croasse- 
ments. » 

Et dans le fait, un étranger ne peut guère sentir l'harmonie 
de la poésie celtique. S'il est en état de juger que le mètre et 
la rime en forment la base ; s'il voit que chaque espèce de 
vers se compose d'un certain nombre de syUabes , et les 
stances d'un certain nombre de vers, depuis deux, trois, quatre, 
sur une même rime, ou à rimes croisées, de même mesure, ou 
de mesure différente , jusqu'à un nombre beaucoup plus con- 
sidérable ; il est dérouté , quand il trouve , à la Un du premier 
vers d'un tercet régulier , un mot qui parait isolé de l'en- 
semble et ne rime avec aucun autre ; son étonnement redouble, 
quand il voit des rimes, non seulement à la fin du vers, 
mais encore à l'intérieur et répétées coup sur coup : enfin , 
sa surprise est au comble lorsqu'il observe, qu'aux diJDQcultés 
indiquées , vient se joindre une certaine répétition , un certain 
balancement des mêmes consonnes dans un même vers, qu'on 
appelle allitération, et il la repousse comme un assemblage 
bizarre de sons rudes, heurtés , choquants, de pomtes, de 
jeux de mots puérils , de détestables eonceUi ; comme un 
raffinement barbare : c'est de la sorte , en effet , que les cri- 
tiques qualifient , quand ils la rencontrent chez les auteurs 
du moyen-âge , cette forme singulière à laquelle fait allusion 
le saint frère d'Aneurin , qui l'emploie dans sa prose poétique , 
qui la loue , et la nomme complaisamment une suave congon- 
nance. ' 

Le barde ne parait barbare qu'à ceux qui ne le comprennent 
pas ; l'allitération peut entraver l'essor de son génie et nuire, 
par là même , à ses compositions ; mieux vaut certainement 
l'allure franche et vive de la poésie populaire, 

I CoDSonnanlia sua vis. (Ed. de Gale, p. 4.) 



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Ixxxiîj 

Celle fillette preste ' 

Qui taote le buissoD , 

Pied leste , 
En cbantaDt sa chanson ; ' 

Mais la poésie d'art n'en doit pas moins à Taliitération ft 
ne sais quoi de musical et d'accentué, qui s'harmonise admira-* 
biement avec les modulations de la harpe : d'ailleurs , cette 
forme est si naturelle , qu'elle existe dans les ira la h, ira la 
/a, ou les don-daine et don-don insignifiants y refrains obligés 
de tous les chants populaires : les bardes n'ont fait que les ré- 
duire en principe et leur donner une âme. 

J'ajouterai que l'allitération jaillissait d'elle-même au son 
de la harpe, quand le barde rêveur, d'abord, et attentif, se- 
lon l'usage , aux modulations qni naissaient soi|s ses doigts ou 
sous la main capricieuse de l'accompagnateur dont il étudiait 
le ton, prenait enfin son vol, au second ou au troisième temps 
de la mesure. 

Cette union de la poésie et de la musique , chez les anciens 
Bretons, est ce qui fit donner à ces deux arts, un seul père 
par les bardes ; aussi le dernier o£Bre-t-il les mêmes difficultés 
d'exécution et les mêmes rafGnemelQts de rhythme que le pre- 
mier, n n'est pas jusqu'à leurs instruments de musique qui ne 
participassent de la complication de leur poésie : les deux 
principaux, la rhote et la harpe, étaient les plus ingrats qu'on 
pût imaginer : l'un , espèce de viole , de forme à peu près 
carrée et à quatre cordes , n'avait pas d'échancrure pour lais- 
ser passer l'archet; l'autre , comme la harpe des Gallois mo- 
dernes, était sans pédales, et présentait trois rangs de cordes, 
les deux rangs extérieurs montés à l'unisson , celui du milieu 
otBrant les notes bémolisées et diésées. 

C'était sur de tels instruments de musique , et avec une 
pareille prosodie que les bardes composaient leurs chants. 

n y a donc lieu de s'étonner, non pas des défauts qu'on y 
trouve, mais des beautés qu'ils renferment. 

< A. de Musset. 



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Ixxxiv 

Si mille difGcuItés rhythiiiiques n'ont pas empêché Taliésin 
de produire des œuvres d'un mérite réel , où le travail s'allie 
à la simplicité y à la précision, à la netteté du style, où une 
certaine saveur vous excite , où je ne sais quoi d'original , 
d'inattendu, de saisissant vous enlève, où l'inspiration fou- 
gueuse ne détruit point l'ordre naturel; quels poèmes eût- 
il composés, débarrassé de ces liens qu'il a le bon esprit de 
briser plus souvent que les autres bardes? 

Si Liwarc'h-Henn , à force de malheurs , s'élève à une gran- 
deur presque gigantesque; s'il a des pensées profondes, des 
sentiments délicatement rendus ; s'il n'est pas plus diffus , plus 
prolixe et plus bavard, pour me servir de son expression, c'est 
qu'il a lui-même été moins préoccupé des mots , enfants de la 
terre , que des idées, filles du ciel. 

Aneurin , au contraire , qui a été plus curieux de forme et 
d'art qu'aucun de ses contemporains, qui a le style tourmenté, 
obscur, entortillé, rempli de phrases incidentes, de paren- 
thèses , d'inversions laborieuses , de lieux communs , d'inuti- 
lités', de désespérantes longueurs, et absolument tel que ce- 
lui de son frère Gildas; Aneurin dont les vers passaient pour 
être les plus travaillés de toute l'ancienne poésie bretonne, 
dont le poème de Gododin était estimé , par la loi , au prix 
d'un blanc la strophe , et dont les incantations valaient autant , 
dit^on , que les trois cent soixante-trois stances primitives du 
poème entier; Aneurin qui a plus de talent peut-être, qui 
montre plus de finesse d'esprit que Liwarc'h-Henn , autant 
d'art, pour éveiller et soutenir l'attention, queTaliésm, ne 
les égale cependant pas, l'un et l'autre, en génie, quoiqu'il 
ait fréquemment des traits d'un style sombre et grand , et 
qu'il soit, par moment , sublime d'emportement guerrier. 
Pourquoi cela? je l'ai dit, c'est un poète de métier. 

Enfin , est-il besoin de faire observer que non seulement la 
poésie bretonne présentait des difficultés rhytbmiques très- 
embarrassantes , mais encore que ces difficultés devaient être 
enlevées, conuneau vol, par l'improvisation? 



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Ixxxy 

De là y toupies défauts qu'elle oflire, mais aussi toutes les 
raisons qu'ont les bardes d*étre excusés. S'il leur en fallait 
une dernière, ils la trouveraient dans le cœur de l'homme qui 
sent le prix du travail; le prix du dévouement à Fart, au beau, 
à l'idéal ; le prix de la lutte opiniâtre , acharnée contre ce qui 
s'oppose à la conquête du mieux rêvé; mais surtout dans le 
cœur de celui qui aime son pays y et qui sait apprécier des 
chants qui gagnent des batailles , ou consolent dans les revers, 
comme la voix de l'espérance. 
Vffl. 

L'espérance! on ne saurait trop le répéter , les anciens Bre- 
tons ne la perdirent jamais; jamais l'ange de la patrie ne re- 
ploya la bannière de neige développée par les bardes à l'aube 
de la liberté reconquise ; parfois même descendant du ciel , il 
vint soutenir leur courage. 

Un jour, les Saxons avaient envahi le pays de Glamorgan , 
dont le roi, nommé Teudirik, s'était retiré dans la solitude, 
laissant la couronne à son fils, qui était menacé d'être dé- 
pouillé par l'ennemi. Et le vieux roi disait : c Je n'ai jamais 
été vaincu par l'étranger; en voyant ma face dans la bataille, 
U s'enfuyait. » 

Or , l'ange du Seigneur lui apparut en songe et lui parla 
ainsi: c Quitte le cloître demain matin, et va défendre le 
peuple de Dieu contre les ennemis du Christ : que revêtu de 
ton armure , tu te tiennes debout au milieu du champ de ba- 
taille, et, à la vue de ton visage, l'étranger qui le connaît 
bien , prendra fa fuite comme toujours; et pendant trente an- 
nées , il n'osera mettre le pied dans la patrie; mais toi, tu 
mourras!» 

Obéissante la voix de l'ange, comme un soldat sublime à 
l'ordre de son général , le vieux roi , joyeux de mourir pour 
sauver son pays , monta, dès l'aurore, à cheval ; il se mit à la 
tête de l'armée bretonne qui s'avançait , et arrivé sur le champ 
de bataille, il s'y tint debout, tout armé : or, ce qui avait 
été prédit par l'ange des Bretons eut lieu ; la vue du visage 



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Ixxxvj 

du roi mit les étrangers en fuite ; mais lui y atteint, d'un coup 
de javelot , il tomba mort. ' 

Ce fut au prix du même héroïsme que tant de chefs in- 
digènes sauvèrent leur pays : aussi la reconnaissance de leurs 
concitoyens, dont ils sauvegardèrent la religion avec la liberté, 
les mit, comme Urien, comme Ghérent, Teudirik et bien 
d'autres, au nombre des saints nationaux. 

Le patriotisme des Bretons, qui colorait d'une teinte pro- 
phétique Texpression de leurs vœux, put croire un moment 
à la réalisation de ces vœux tant de fois trompés. 

Lorsque la bataille d'Hathfeld, en 633 , donnait la victoire 
aux indigènes commandés parKadwalIon; que le sang d'Edwin, 
de ses deux fils et de toute la famille du chef northumbrien 
lavait la tache de la couronne de Bretagne ; que Tannée du 
roi de Gwéned , passant triomphante du nord au midi , re- 
couvrait une à une les portions du territoire envahi par 
l'étranger, et qu'un barde, imitateur deLiwarc'h-Henn, cé^ 
lébrait avec enthousiasme les quatorze grandes batailles, les 
soixante escarmouches , les campemements divers du chef 
suprême des Bretons sur le territoire de Kent, au bord du 
Don , de la Wye , du Taf , du Teivi , de la Saveme , à l'orient, 
au nord , au midi, au couchant ; alors, une seule voix for- 
mée de cent mille voix indigènes , écho d'un seul cœur , 
répétait avec le poète du nionarque victorieux : 

€ Avant que Kadwallon vint au monde , son Créateur avait 
comblénos vœux! s 1 

Ce ne fut toutefois qu'un éclair, et le flambeau de la liberté 
ne s'y raHuma que pour pftlir bientôt, en projetant une lueur 
sombre sur la tombe de la monarchie bretonne. 

Mais un peupk ne meurt jamaiê, et les grands souvenirs du 
passé , perpétuellement ravivés par la tradition bardique, sur 
l'ordre du législateur qui imposait eq)ressément aux bardes 

I Liber LaodaveDsis. Ed. de M. Rees, p. 155. 

1 Cbaol de mort de Kadwallon. Myvyr, areh., t. f , p. 121. 



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Ixxxvij 

la conaaismiee des «ndenspoàÉMs prophéfiques^^se joigni- 
rent à rinTinciUe espérance pour inspirer de grandes vertus 
aux fils des vieux Bretons. 

Dans leur combat de quinze siècles, ils pensèrent totyours 
à leurs pères et à leurs enfants, et, le cembattfini, ib y 
pensèrent encore : ils marchaient le front haut parmi les au-^ 
1res nations ; € la nature, dit un vieil auteur, leur avait donné 
à tous et même aux plus petits d'entre eux, un langage hardi 
et une r^tîque assurée en présence des graads et des princes 
du monde. ^ Les bardes , en vrais descendants des Taliésin 
et des Gildas , donnaient l'exemple de ce langage fier et digne, 
et après les proscriptions dont la tyrannie les frappa , comme 
des fauteurs de rébellion, après la diûte de h patrie caoH 
hrienne , plus d'un fut encore ^ victîme de son amour pour la 
justice, pour le vrai , pour la liberté de oonsdence. 

Dans le temps op. le fiuatisme rdigieux et l'intolérance 
i'flenri Yin faisaient, parmi les infortunés catholiques de la 
Grande-Bretagne, autant de victimes qu'il y avait de sujets û" 
dèles auDieu de leurs pères , un vieillard aveugle, une harpe 
à la main , parut à la porte du diâteau de AVindsor , et se 
mit à chanter en s'accompagnent de la harpe. Le roi demanda 
quel était cet homme , et apprenant qu'il était barde et qu'il 
venait de quelque endroit du côté de la Weleherie^ il se fit tnh- 
duire les diants de l'aveugle» C'étaient ces versde Taliésin-: 

\ .€ Je veux apprendre à votre roi ce qui doit lui arriver : 
un (être étrange vient de la mer; il va punir l'miquité de 
Maelgoun, roi de Gwéned, dont le visage, les cheveux, les 
dents et les yeux deviendiNmt jaunes comme de l'or; il n 
donner la mort à Madgoun, rm deiGwénedli 

Oes vers vengeurs , on se le rappelle , avaient' brisé les tes 
d'Elan; loin de ron^e les chaînes des coreligionnaires du 
barde, ils lui en donnèrent à lui-même : entraîné violem- 
ment , sur l'heure , et garrotté comme un crmùnel de lèfe- 
majesté, par ordre du roi fiirienx, il fut tiré à quatre dievaux. 
' Ed. de U. AaeiiriD Owea, t. 2, p. 598. 



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Ixxxviq 

Ainsi périt le dernier barde; son nom est resté inconnu ; 
mais sa mémoire sera l'étemel honneur de sa race et de 
rhomme, et il méritait une place dans l'étude que je finis. 

c La muse aime à rappeler le souvenir des grands com- 
bats , » dit Pindare ; le genre dé poésie des bardes rappelle 
naturellement aussi le nom de ce grand poète lyrique. Ce 
n'est pas qu'il y ait grand rapport entre le ciel gris de la 
Bretagne et le beau ciel d'Elide et d'Olympie, entre le bou- 
leau de la Clyde et le lauri^ d'Alphée , entre les morts et 
les vaincus y le plus souvent chantés par les bardes , et les vi- 
vants couronnés , sujets des chants du poète grec , ces athlètes 
devant lesquels tombaient, pour leur livrer passage, les murs 
de leur ville natale; entre les cérémonies funèbres où les uns 
se faisaient entendre , et les banquets olympiques où Pindare 
enivrait la muse dans la coupe de Vallégrme; entre les larmes 
des vieux bardes , et les chants du poète grec en Fhonneur 
d'unAghésias vainqueur à la course des chars, ces chants 
qu'accompagnaient les pas légers du chœur guidé par le 
scytale harmonieux du chorège; mais dussé-je irriter l'ombre 
superbe du poète qui se comparait à l'aigle fondant sur sa 
proie , et traitait de geais ses rivaux ; qui voyait la gloire 
de ses chants s'accroître de siècle en siècle , et les fleurs qu'ils 
répandaient devenir immortelles comme eux ; je dirai qu'il y 
a quelque ressemblance entre son génie et celui des bardes. 
Quoique pense M. Boekh de son prétendu calme, autrement 
jugé par Horace, qui devait un peu s'y connaître; cette im- 
pétuosité, ces mesures, ces pensées et jusqu'à ces mots fré- 
quemment rompus; ces tableaux à demi esquissés , ces pas- 
sages brusques et sans transition apparente; ce vers ner- 
veux, vif et hardi; ces stophes rapides , pressées , véhé- 
mentes; ce style qui roule avec l'idée et se teint de sa cou- 
leur; ces images soudaines comme l'édair , et , comme lui , 
éblouissantes ; cette phrase enfin , à la fois si lyrique et si fi- 
nement travaillée, tout cela n'est-il pas le caractère des 



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poèmes de Taliésin ? Il n'est pas jusqu'aux sentences pressées» 
comme dit Montaigne, aux pieds nombreux de la mesure, 
dont Pindare sème ses ouvrages, qui ne lui donnent avec les 
vieux bardes une analogie sérieuse. 

Le malheur de ceux-ci est d'être nés barbares, de n'avoir 
pas connu la science véritable , c'est-à-dire guidée par le 
goût, qui nourrit et cultive la fleur de la vie, selon Tex- 
pression du gran^ poète grec. 

A défout d'elle, ils ont un genre d'intérêt qui lui manque 
et que nous avons essayé de foire sentir dans ce discours : ils 
ont un charme qui ne tient ni au temps ni aux lieux , et qui a 
ses racines au fond même du coeur de l'homme ; je ne sais si 
je dois l'avouer , mais Pindare me paraît froid avec ses fonda- 
teurs de villes , ses dieux et ses héros , ses mules et ses che- 
vaux vainqueurs dans la lice , quand j'entends gémir Aneurin 
sur les désastres de son pays ; quand Liwarc'h-Henn aux che- 
veux blancs m'émeut par le récit de sa vieillesse et de ses mal- 
heurs; quand l'enthousiasme national dicte à Taliésin ses 
chants patriotiques en l'honneur des héros bretons qui sa- 
vent vaincre et punir l'étranger : homo mm, humant nihil a me 
alienum jmto! Toute terre que les hommes, nos frères, ont trem- 
pée de leur sang, de leurs sueurs et de leurs larmes, est sa- 
crée pour nous : on s'agenouille aux Thermopyles , et devant 
la stade banale où les Amphictions couronnaient les vain- 
queurs à la course des chars , on passe. 

A l'intérêt de sentiment qui s'attache aux poèmes des 
bardes , il faut joindre Tintérêt historique. Si l'on retrouvait 
aujourd'hui le récit des guerres puniques écrit par Annibal , 
de quelle importance il serait pour la vérité ! On pourrait con- 
fronter les relations des écrivains romains avec celle du héros 
cSurthaginois, et rétablir des faits dénaturés peut-être.La décou- 
verte des poèmes des bardes, qu'un éloquent professeur de la 
Sorbonne, M. Ozanam, a appelée, avec M. Fauriel, une des 
plus belles conquêtes de la critique contemporaine, et que 
l'illustre H. Jacob Grinun juge les plus anciens qui existent 



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xc 

dans aucune langue moderne , otite une importance de même 
nature. Nous n'avions guère jusquici, pour édairer l'histoire 
de lintasion des Germains dans la Grande-Bretagne, qu'uùe 
chronique écrite par eux-mêmes ; nous pouvons désormais 
opposer à leur récit celui de leurs adversaires : Aneuriri et 
Liwarc'h-Henn , ces diefs au collier d'or et au front cou- 
ronné d'ambre , ont tracé le tableau de leur résistance à l'en- 
nemi de la même main qui le combattit. Le lion ne pourra 
plus dire : c Ah I si mes confrères savaient peindre 1.. > Il a 
pria lui-même les pinceaux. 

Enfin, les poèmes des bardes offrent un certam intérêt lit- 
téraire et philosophique ; ils comblent une lacune notable 
dans la littérature européenne; ils jettent, pour ainsi dire, un 
pont sur un abtme de plusieurs siècles; ils relient la barba- 
rie féconde à la civilisation sa fille ; le moyen-âge à l'antiquité 
celtique. Tout n'est ni latin ni germain dans notre civilisation; 
les historiens de nos jours commencent à le reconnaître; elle 
ne sort tout entière ni de la décadence romaine ni des in- 
vasions germaniques : les Romains une fois partis , et les 
Germains à peine arrivés , le champ restait libre; c'est dans 
ce champ que semèrent les bardes dont les ouvrages nous 
sont parvenus. 

On rapporte que les solitaires qui défrichèrent les forêts et 
les bruyères de l'Armorique se trouvèrent fort embarrassés, 
après les premiers travaux , n'ayant pas de blé à semer. Or , 
comme ils étaient ainsi dans l'embarras , un petit oiseau vint 
volant , qui se posa près d'eux sur un buisson , tenant un grain 
de froment dans son bec. Tout joyeux de cet heureux présage., 
les solitaires suivirent l'oiseau , et il les mena dans une clai- 
rière de la forêt , où ils trouvèrent des épis , reste d'une riche 
culture depuis longtemps abandonnée. 

Je voudrais , comme cet oiseau , avoir frayé, parmi les hal- 
liers de Bretagne , la route aux explorateurs, vers le champ 
cultivé autrefois par les bardes. 



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POÉSIES DE LIWARC'H-HENN. 



WIHMlrtlF PAKTIE. 



POÈMES HISTORIQUES- 



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CHANT DE MORT 
DE GtiÉRENT, ÏÏLS D'ERBIN, 

PRINCE DB CORNOUAILLB. . 



(501.) 
ARGUMENT. 

U y a^ail sur la côte, à la pointe de la Cornouaille, ua en* 
droit favorable aux descentes des Saxons : C'est là qu'abor- 
dèrent , en 501 , deux vaisseaux germains chargés d'ennemis , 
sous la conduite d'un chef appelé Port, en mémoire duquel 
les étrangers nommèrent ce lieu Portes-Muthe ou le Havre de 
Port. 

D'après un chroniqueur saxon , seul flambeau que Thistoire 
ait admis jusqu'ici pour se guider dans les temps obscurs de 
l'invasion germanique, les indigènes accourus pour repousser 
leurs ennemis auraient vainement cherché à leur disputer le 
rivage , et même ils auraient fait une perte fort importante 
dans la personne d'un de leurs chefs , jeune Breton de trè^-no- 
hle race ^ . 

fl Addo 501 . Hoc anno Porta (Port) alqueduo filîi soi, Bleda et 
Naegli, in BritaDDÎam appaleruat cum duobus navibus, ia eo loco 
qui appellatar Portes-Mulke , ac statim Httas occopabant et ibf ia- 
terfecenint adolescentem quemdam Britonem vimm praeDobilem. 
(Cbroivîque Saxonne, édit. de€ibson, p. 17.) 

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Ce noble Breton , dont la chronique saxonne n'a point pris 
la peine de nous conserver le nom , était , je pense , le jeune 
prince comouaillais Obèrent , ftls d'Erbin , mort en défendant 
son pays : la dénomination du lieu où son panégyriste y le 
barde Liwarc'h-Henn , le Catit combattre et succomber , con- 
iirme mon opinion. Je retrouve dans Longbortb, qui est le nom 
de ce lieu , ou plutôt Longport (comme on Ta primitivement 
•écrit), la traduction exacte de Portes-Muthe : tous les dia- 
lectes celtiques , le breton-gallois , le breton-armoricain , le 
gaêl-irlandais , le gaêl-écossais s'accordent en effet pour don- 
ner au mot long la même signification qu'au mot anglo-saxon 
nwthe ou meulk ' ; et quant au nom du chef germain Port , 
il est bien fadle à reconnaître : si sa lettre initiale a subi , 
dans les moins anciens manuscrits , une légère altération , 
4^'est uniquement en vertu des lois de Teuphonie. 

En identifiant Portsmouth et Longport , je suis d'accord 
avec rahistre historien des Anglo-Saxons , M. Sharon Tur- 
ner t seulement on pourrait douter de cette identité à voir la 
ra^n qu'il eh donne, sur la foi de quelques écrivains gallois : 
< Comme Longborth , dit-il , signifie littéralement le port des 
vauseaux , et était un havre de la côte occidentale , nous pou- 
vons penser qu'il s'agit du combat de Portsmouth , lors du 
<lébarquement de Porta •. » 

Une connaissance plus approfondie de la langue celtique , 
A la confrontation des manuscrits originaux auraient sans 

< Le dictioDDaire gallois d*Owen traduit long par opening a pas- 
sage, qui ouvre un passage (t. S, p. 290); le dictionnaire breton 
de Legonidcc par ovoloir, gouffre (p. 113); le dictionnaire gaêl- 
écossaîs et gacl-irlandais de VHighland Society d'Ecosse, pwgula, 
gueule, orifice oftke gullet, ouverture du goiier; goulet, sinus, 
baie(t. 2,p. 116). 

t History of ihc Anglo-Saxons, t. 1 , p. 284, éd. de 1828. 
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doute conduit réminent critique au même résultat que nous , 
par le même chemin. 

A la bataille de Longport , s'il faut en croire Liwarc'h- 
Henn , les cheCs des petites souverainetés indépendantes du 
sud de rUe de Bretagne auraient été confédérés sous les or- 
dres du fameux Arthur , dont la renommée fabuleuse obscur- 
cit plus tard la gloire historique ; mais l'une ne devait com- 
mencer qu'à la mort du prmce breton , et l'autre , à ce qu'il 
semble , malgré sa longue et mémorable résistance à Kerdic , 
méritait moins à cette époque l'admiration que l'estime de ses 
contemporains, car Liwarc*h-Henn donne plus d'éloges aux' 
guerriers du général en chef, et particuliërement à Ghérent, 
qu'au généralissime lui-même. C'est ce qu'on va voir dans 
l'élégie guerrière qui suit : elle se divise en deux parties , 
l'une consacrée au héros de la pièce , l'autre à ses chevaux 
de bataille. 



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I. 

MARONÂD 
GERENT, MAB ERBIN. 



I. 



Pan ganet Gèrent, oezagoret — pers nev;- 
ftoze Krisl a arc*het ; 
Pred miren Preden, gogoned. l 

Molet pob é niz Gèrent , 
Ài^louiz ; molam menneu Gèrent , 2 
Gelen i Sais, kar i sent. ^ 

Rag Gèrent 9 gelen dic'hrad, 
Gweliz ê roeïrc'h kemruz oc'h kad y 
Ha 9 gouede gwaour, garv poelliad. ^ 



* Pan anet Gereint oed agoret pyrlh nef 
Rhodei Grist a arc'het 
Prjt mirein Prydein ogonet. 

(Le Lhre rouge de Herghal.) 

Le texte de ce poème, imprimé dans le Mtvtrun ârch410logy 

OF Wales» ne diflfëre guères, en général , de celui des manoscrits, 

que par l'orthographe. Yoyez celte précieuse collection , i^ partie, 

Gaiiiadad Llywâbgb Hen, marwnad Geraint ab Erbin, t. i , p. 101 . 



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I- 

CHANT DE MORT 
DE GHERENT, FILS D'ERBIN. 



I. 

Quand Ghérent naquit ^ les portes du ciel s'ou- 
vrirent ; le Christ accorda ce qu^on lui demanda : 
temps heureux y gloire à la Bretagne. 

Que chacun célèbre le rouge Ghérent , le chef 
d'armée; je célèbre moi-même Ghérent , l'enne- 
mi des Saxons 9 Tami des Saints. 

Devant Ghérent ^ impitoyable envers Tennemi^ 
j'ai vu les chevaux [menacés] d'un commun dé- 
sastre- par la bataille y et, après le cri de guerre, 
un rude effort. 

* Molet pawb j md Ereint 
Âr^wyd molaf innaa Errât. {Le Lhre Rxmge.) 

* Ce tloîsième Ten manque dans le Livre rouge de EergheU, 
mais se troii?e dans le lÀûtemir de Kerversin ei dans la plupart 
. des antres manoscrits. 

« Rhag Gereînt glynn dibat 
Gweleis y Tsirch cymmmd ogad 
A gwedy gwawr garu bwylliad. (Le Livre rouffe,) 



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6 
Rag Gèrent, gelen kezruz, 
Gweliz ê meïrc'h tao kemruz , 
Ha, gouede gwaour, garv ac'hluz. ^ 

Rag Gèrent, gelen gormes, 
Gweliz é meïrc'h kan heu krees, 
Ha , gouede gwaour, garv ac'hes. 2 

Enn Longport , gweliz tredar. 
Ha geloraour enn gwear. 
Ha gouir ruz rag ruzr eskar. 5 

Enn Longport , gweliz é gwezent , 
Ha geloraour moui na ment, 
Ha gouir ruz , rag ruzr Gèrent. ^ 

Enn Longport , gweliz gwaedfreu , 
Ha geloraour rag armeu , 
Ha gouir ruz rag ruzr Ankeu. ^ 

Enn Longport , gweliz é gotoeu 

t Rhag Gereint gelyn cythrud 

GwdeU y veîrch tan gymmrud 

 gwedy gwawr gtrw acUod. (Le Livre rouge.) 
s CeUe siropbe manque dant le Limre rouge. 

s Yn Llongborlb gweleis drydar 

Ac elorawr yn ngwiar 

A gwyr rhud rbag rhulhr esgar . ( Ibid. ) 

* Yn Uongborlh gweleis y wyllieinl 

Ac elorawr mwy no meinl 



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7 
Devant Ghéreot, effroi de renuemi^ j'ai vu les 
chevaux sous [le coup d^un] commun dé- 
sastre , et 9 après le cri de guerre , une furieuse 
résistance. 

Devant Ghérent, fléau de Tennemi ^ j^ai vu les 
chevaux blancs d'écume^ et, après le cri de 
guerre, un furieux torrent [de guerriers]. 

A Longport , j'ai vu du tumulte , et des ca- 
davres ^ [nageant] dans le sang, et des hommes 
rouges [de sang] devant Tassant ennemi. 

A Longport, j'ai vu le carnage, et des ca- 
davres en grand nombre , '^ et des hommes rouges 
[de sang] devant Tassant de Ghérent. 

A Longport , j'ai vu le sang couler, et des ca- 
davres devant les armes , et des honmies rouges 
[de sang] devant l'assaut de la Mort. 

A Longport, j'ai vu les éperons d'hommes qui 

A gwyr rhud rhag rhathr Gereint. 

(Msi. de HerghesL) 
'^ Td LloDgborth gweleis waed frau 
Ac elorawr rhag arnau 
A gwyr rud rhag rhatbr angao. (Ibid,) 
* A la lettre : des eereueUs , des bières ou UeHqum^ei plus par- 
ticulièrement cette espèce de brancards sur lesquels on porte les 
morts en terre. 

' Littéralement : plus que beaucoup, , 



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8 
Gouir ne kilient rag oun gwaeu y 
Hag evet gwin oc'h gwezr gloeu. i 

Enn Longport, gweliz é mogedorz, 
Ha gouir eon gozef amborz 
Ha gorvod gouede gorborz. j 

Enn Longport , gweliz ê armeu 
Gouir, ha gwear enn tineu. 
Ha 9 gouede gwaour, garv adneu. ^ 

Enn Longport y gweliz kemminad, 
Gouir enn kren, ha gwaed ar iad , 
Rag Gèrent , maour niab he tad. ^ 

Enn Longport y gweliz trabluz; 
Ar mein braîn ar goluz ; 
Hag y ar gran Kenrann, man ruz. ^ 

Enn Longport , gweliz é briz-red 



> Yn LIoDgborth gweleis y oUew 
Gwyr ni gyllint rbago?D gwaew 
Âc yvet gwio o wydr gloew, (Ibid,) 

* Yn Llongbortb gweleis y vigedorth 
A gwyr yo godde ambortb 
Ha gorvod g wedy gorbor ih . ( Ibid . ) 

* Celle slrophe manque dans le Livre rouge de Hergheit, 



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9 
ne reculaient point devant la peur des lances , et 
qui avaient bu du vin dans des verres brillants. 

A Longport, j'ai vu [s'élever] une épaisse va- 
peur^ et des hommes endurant des privations et 
le manque après l'abondance. 

A Longporty j'ai vu [briller] les armes des 
guerriers^ et [couler] le sang dans les vallées, 
et 9 après le cri de guerre , une terrible confla- 
gration. 

A Longport^ j'ai vu l'engagement, des hom- 
mes en émoi et du sang sur la joue j devant Ghé- 
rent , l'illustre fils de son père. 

A Longport, j'ai vu du tumulte; sur les ro- 
chers les corbeaux faisant festin; et, sur le 
sourcil du général en chef, une tache rouge. 

A Longport, j'ai vu une presse roulante 



4 Yn Llongborth grveleis gyinynat 

Porlhit gnif bob cyniuiat 

Rhag Gereint mawr mab ei dad. 

(Mst. de Hergketi,) 
» Yn LIoDgborlh gweleis drablad 

Er vein breÎD ar golud 

Ac ar gran Cynrao man rhud. (ibid.) 



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10 
Gouir eun ked , ha gwaed ar traed : 
« A bo gouir Gèrent bretiet » ! i 

Enn Longporty gweliz brouedrin 
Gouir enn ked, ha gwaed het deu giin, 
Rag ruzr maour mab Erbin. ^ 

Enn Longport ë laz Gèrent y 
Gour deour ôc'h koet-tir Deuvnent , 
Houint-hoqei enn laz, keda he lazent. ^ 

Enn Longport laz i Âxzur 
Gouir deour kenunenent oc'h dur ; 
Amperoder, leviader lavur. * 

II. 

Oez re redent 
Tan morzoued Gèrent , 
Gar hirion^ greun heiz, 
Ruzr gozaez ar difez menez. ^ 

* Yd LIougborUi gweleis y vrithred 
Gwyr yggryt a gw»et am draet 

A TO gwyr i Ereint brysiet. 

(Mn,deHergh€sL) 

* Yn Llongbortb gweleis y vnvydrio 
Gwyr yggryd a gwaet byd deulin 

Rbag rbathr mawr mab Erbin. (ibid.) 

^ Yn Uongborth y lias Gereint 
Gwr dewr o godir Dyuneint 
Wyntwy yn lad gyd asledeint. , (Ibid.) 

* Yn Llongbortb Uas i Arthur 



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d'hommes réunis /et du sang aux pieds : « Que 
ceux qui sont les guerriers de Ghérent se pressent! » 

k Longport, j*ai vu un conflit tumultueux 
d'hommes réunis , du sang jusqu'aux deux ge- 
noux y devant l'assaut du grand fils d'Erbin. 

k Longport a été tué Ghérent, le vaillant 
guerrier du pays boisé de la Domnonée, ^ les 
tuant j ceux-là qui le tuèrent. 

k Longport furent tu^ à Arthur de vaillants 
soldats qui tranchaient avec l'acier; [à Arthur] 
le généralissime, le conducteur des travaux [de 
la guerre]. 

II. 

ils étaient légers les coursiers sous la cuisse de 
Ghérent, hauts sur jambes [nourris de] grain 
d'orge, impétueux [comme le] feu de broussailles 
sur la montagne déserte. ^ 

Gwyr dewr kymmyDjnt o dur, 
Âmberawdyr UyvUwdyr llavar. ( Ibid. ) 

s Oed re redeîot 
Dan vodwyd Gereint 
Gar hirion grawo hyd 

Rhathr godeith ar dbifeith tynyd. {ibid.) 

* Le Devonsbire actuel. 

' Les lois galloises du X* siècle donnent le nom de goddaelh à 
Topération qui consisuit k briler, sur les collines, le chaume, la 
bruyère et la lande, au mois de mars de chaque année, pour fé- 
conder le sol et améliorer les pâturages. 



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i2 
Oez re redent 
Tan morzoued Gèrent , 
Gar hirion , greun goteu , 
Ruzion y ruzr ereron gleu. l 

Oez re redent 
Tan morzoued Gèrent , 
Gar hirion , greun mehen , 2 
Ruzion, ruzr ereron gwenn. ^ 

Oez re redent 
Tan morzoued Gèrent, 
Gar hirion , greun moloc'h , 
Ruzion, ruzr ereron koc'h. 

Oez re redent , 
Tan morzoued Gèrent, 
Gar htrion ; greun heu boued ; a 
Ruzion, ruzr ereron iloued. 5 

Oez re redent 
Tan morzoued Gèrent, 
Gar hirion, greun azdas, 6 
Ruzion, ruzr ereron glas. 

I Oed re redeînt 

Dao ▼ordwyd Gereint 

Gar birioo grawn odew 

RhadioD rhuihr eryron glew. (Le Livre rouge. ) 
f Garhirion graun wehyn. (Ibid.) 



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<5 
Ils étaient légers les coursiers sous la cuisse 
de Ghérent, hauts sur jambes [nourris de] gros 
grain 9 rouges , impétueux [comme les] aigles 
forts. 

Ils étaient légers les coursiers sous la cuisse de 
Ghérent, hauts sur jambes [nourris de] grain 
gras, rouges, impétueux [comme les] aigles blancs. 

Ils étaient légers les coursiers sous la cuisse 
de Ghérent , hauts sur jambes [nourris de] grain 
vanné, rouges, impétueux [comme les] aigles 
rouges. 

Ils étaient légers les coursier^ sous la cuisse 
de Ghérent, hauts sur jambes; du grain [était] 
leur nourriture; [ils étaient] rouges, impétueux 
[comme les] aigles gris. 

Ils étaient légers les coursiers sous la cuisse 
de Ghérent , hauts sur jambes [ nourris d' ] ex- 
cellent grain, rouges, impétueux [comme les] 
aigles bleus. 

s  partir de ce vers les strophes suivent an antre ordre dans le 
IÀ9T9 nmge de Herghêit, 

«Grawnenbwyd. {Ibid.) 

«Erjronllwyd. (Ibid.) 

•Grawnadbas. (IMtf.) 



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14 
Oez re redent 
Tan morzoued Gèrent y 
Gar hirion y greun magu, i 
Ruzion, ruzr ereron du. 

Oez re redent 
Tan morzoued Gèrent , 
Gar hirion, greun gwiniz, 2 
Ruzion, ruzr ereron briz. 

Oez re redent 
Tan morzoued Gcorent, 
Gar hirion , greun heu c'hoant, 
Blaour; blaen heu reun enn ariant. 

iGraanvagtt. (f^-) 

* Garbirion grtwn gwenid . ( Ibid^J 

s Graiin au chwant. {fbid., et dans un autre manuscrit.) 



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15 
Ils étaient légers les coursiers sous la cuisse c}^ 
Ghérent , hauts sur jambes , nourris de grain , 
rouges, impétueux [comme les] aigles noirs. 

Us étaient légers les coursiers sous la cuisse de 
Ghérent, hauts sur jambes , [nourris de] grain 
de froment, rouges, impétueux [comme les] ai- 
gles tachetés. 

Ils étaient légers les coursiers sous la cuisse de 
Ghérent, hauts sur jambes, [nourris de] grain 
à souhait , gris ; [et ils portaient à] Textrémité de 
leurs crinières [des ornements] en argent. 

* BUwr blaen eu rhaan un yn ariant. 

{Le Livre rouge.) 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



D*après une tradition galloise , le corps de Ghérent aurait 
été transporté à Ker-Faouet , maintenant Hereford , où U au- 
rait reçu les honneurs funèbres ; s*il en est ainsi , il y a lieu 
de croire que Féloge qu'on vient de lire fut composé pour 
cette cérémonie, et chanté sur ces mêmes harpes au son des- 
quelles les Bretons venaient de marcher au combat. Peut-être 
les i^ants de Ghérent lui-même contribuèrent-ils , comme 
son ^ée , à soutenir lôor courage, car il était barde , et un 
de ses confrères du X* siède nous a conservé de ses vers : 

f As-tu entendu , dit-il , ce que chantait Ghérent , fils d'Er- 
bm : [Ghérent] Thomme juste et habile? [Elle est] courte la vie 
de l'ennemi des Saints '. » 

Au lieu où furent déposés les restes du guerrier comouail- 
lais , on bâtit une chapelle qui lui fut dédiée ; car la piété re- 
connaissante de ses compatriotes ne se borna pas à honorer 
dans sa personne un héros^ elle fit un saint du martyr de 
l'mdépendance bretonne et de la religion chrétienne menacées 
l'une et l'autre par les Saxons. Ceux des Bretons qui passè- 
rent en Armorique , peu d'années après sa mort , fuyant de- 
vant les envahisseurs qu'O avait si vaillamment combattus , 
ne l'oublièrent pas davantage ; ils mirent sous son invocation 
plusieurs églises , dont l'une existe encore chez les Bretons de 

t A glevaz-te a gan Gèrent 
Mab Erbin, kewir, kewreol : 
a Ber oedlok desktsok sent. » 

(Myvyrian arehaiotogy^ 1. 1 , p. 172). 



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17 

l'ancien Ckmité nantais; ' et Tintérèt poissant attaché à son nom 
par le sentiment national entretint irivantes au milieu d*eui les 
traditions glorieuses dont il était l'objet, liais insensiblement 
réloignement de la ierre natale les dépouiUa de leur caractère 
historique et national ; elles prirent les fausses couleurs du 
roman; et , ainsi altérées ^ dles se transminent de bouche en 
bouche et de déde en siède jusqu'aux âges chevaleresques , 
qui leur imprimèrent un nouveau cachet. De là vient que le 
Gfaérent des traditions <l'Armmque ressemble asser peu à 
cehii de Tile et des anciens bardes. Cependant elles ont gardé 
quelques traits de sa physionomie , et voici le portrait qu'elles 
nous ont transmis du jeune <^hef bret<m , tel qu'on le trouve 
dans les MMnoghian gallois publiés par lady Charlotte 
Ouest : 

c C'était , dîsent-dies , un jeune homme à l'air noble , aux 
cheveux longs, aux jambes nues; il portait au côté une épée 
à garde d'or; il était vêtu d'une robe et d'un manteau de sa- 
Ifai , chaussé de fins souliers de cuir , et ceint d'une écharpa 
de pourpre bleue , aux deux bouts de laquelle pendaient deux 
pommes d'or. U montait un jeune courtier, d'une haute taille, 
qui mardiait d'un pas relevé , vif et fier. > ^ 

FidMe ou transformé, ce portrait est curieux, et on le rap- 
prodiera avec intérêt du poème de lâwarcli-Henn : il est re- 
marquable que le conteur populaire imite le barde contem- 
porain , en ne séparant pas, dans l'ébge, le cheval de son ca- 
valier. 

Mais les descendants armoricains des compatriotes de Ghé- 

* Près d'ÂDcenis. Dom Lobineaa s'excuse de ne pouvoir retrou* 
ver les traces de ce Saint en Ârmorîqoe; il y a, comme on le 
Toit> de bonnes raisons pour cela. Le Martyrologe romain l'appelle 
GeruiUiui, dit-il. (Catal. des Saints db Bret., éd. de i 724, p. 10.) 

* Contes populaires des anciens Bretons, t. 2, p. 8. 

2 



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48 

rent ne se contentèrent pas de changer son histoire en ro*- 
jnan de chevalerie , ils finirent par s'imaginer qu^il avait ^ 
comme leors ancêtres , traversé la mer ; qu'il avait régné sur 
le continent , comme beaucoup d'autres chefs insulaires y et 
été couronné à Nantes roi de Bretagne-Ârmorique. C'est Chré- 
tien de Troyes, trouvère du XII* siède , qui nous l'apprend. 
€ Son père étant mort, ditril , une députation d'Ânnorique 
vint lui annoncer cette nouvelle, et le chercher pour lui suc- 
céder, n partit donc , aprè» avoir pris congé d'Arthur , son 
seigneur suzerain, qui lui donna Tinvestiliire de ses nouveaux 
états, 

Et dit : aller vous en convimit 

D'ici à Nantes , en Breteigrie , 

Là porterez roiale enseigne , 

Couronne en chef et sceptre au poing. >i 
Sauf la circonstance de l'hommage et de l'investiture , il n'y 
aurait ici rien que de très naturel et dans leà moeurs du temps 
où vivait Ghérent : l'aventure que lui prêtent les traditions 
rapportées par le trouvère arriva de point en point au chef 
comoui^ais Budik, son parent : il reçut un jour une ambas- 
sade qui venait lui offrir le trône de la Comouaille contineii- 
tale , resté vacant par la mort du roi.^ 

Cependant, aucun témoignage contemporain ne nous ap- 
prenant que Ghéreirt ait r^é à k fois sur les Bretons de l'tle 
et sur ceux du continent, et les triades galloises purdant le 
même sQence , nous devons conclure que la tradition n'a pas 

* Le roman d*Erec et d'Enide. Bibliothèqae royale de Paris. 
Ms8. Cangé, n. 73. 

t liissis legatis ad eum, ul sine mora, cain Iota faniUîa sua, et 
auxilio Britannorum , ad recîpiendum regnam Ârmoricae gentis ve- 
nîret: defuncto rege illonim, illam volebant recipere natnm de rc- 
gali progenie. (Liber Landavensîs, p. 123, éd. de Bées, 1840.) 



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19 

de fondement. Les Bretons d'Annorique auront été trompés, 
à la longue , par la similitude de nom de Gbérent et de Ghé- 
rek , chef armoricain du même temps ; mais Terreur où ib 
sont tombés n'est pas indifférente à la gloire du chef insu- 
laire ; die prouve à quel point le peuple tenait à honneur dV 
voir été gouverné par lui , et montre que la voix des bardes 
populaires de TÂrmorique répondait, à travers l'Océan , aux 
fraternelles mélodies de la harpe galloise. 

Aiyourd'hui que ses notes arrivent de nouveau à nos oreil- 
les , non seulement après avoir traversé les mers , mais les 
siècles , elles nous paraissent bien étranges , bien rudes , sur- 
tout celles où, diangeant de rhythme, le barde s'est plu à imi- 
ter le bruit strident des harnais des chevaux de Ghérent; elles 
offrent même quelque chose de puéril , qui tient sans doute 
à Textréme jeunesse de l'auteur, et semble un écho de la 
poésie populaire. 

De plus , toutes ne sont pas égalem^t &dles à saisir. Sans 
répéter ici ce que nous avons remarqué dMis notre introduc- 
tion touchant le laconisme des bardes (caractère général 
de leurs poèmes , qui les fait ressembler à des édifices bA- 
tis à pierres sèches) , la désuétude de cerUûnes locutions 
jette souvent beaucoup d'obscurité sur le sens des phrases. 
Qu'on ne s'étonne donc pas si le docteur Owen , qui en a 
donné des spécimen avec une traduction anglaise , diffère si 
souvent des traducteurs ses compatriotes , et, chose plus ex- 
traordmaire encore , de lui-même; et s'il traduit, dans deux 
ouvrages , les mêmes morceaux de trots manières : à plus 
forte raison ne devra-t-on pas être surpris de me voir en dés- 
accord avec lui sur plusieurs points dans le morceau qu'on 
vient de lire; non certes, que j'aie la prétention de mieux 
savoir l'ancienne langue bretonne que l'auteur du Diction- 
naire gallois-anglais , le plus com|riet qu'on ait encore pu- 
blié, mais parce qu'il a manqué de critique, et négligé de 



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20 

s'édairer des autres dialectes celtiques , sans lesquels il me 
semble difficile de bien saisir toujours le sens des bardes pri- 
imtifs. Pour juger des contradictions de cet écrivain, d'ailleurs 
estimable à beaucoup d'égards, il suffit de comparer sa tra- 
duction de la strophe quatrième de Télégie de Obèrent , dans 
ses Héroic Élégies, de i 792, et dans son Dictionnaire, 
( édition de i832 ) ; d'abord, il traduit ainsi : 

€ Devant Ghérent qui soufflait la terreur sur l'ennemi , j'ai 
vu les chevaux portant les compagnons mutilés de leurs tra- 
vaux , et , après le cri de guerre, une terrible obscurité. » ' 

Oubliant cette première interprétation , il donne cette se- 
conde dans son dictionnaire : 

€ J'ai vu les chevaux épouvantés par les travaux partagés 
de la bataille, et, après le cri de guerre, un terrible ef- 
fort » ^^ 

Enfin, dans un autre endroit du même ouvrage, il rend In 
rotaie strophe de cette troisième manière : 

€ Devant Ghérent, ennemi courroucé, j'ai vu les chevaux 
portant les blessés après la terrible résistance d'un guer- 



I est la version exacte et à laquelle des trois devra se 
tenir le lecteur? 

Cette difficulté m'a fait recourir aux différentes sources 
celtiques, et elles m'ont conduit à traduire comme on Ta vu 

* Before Geraint, tbat breathed terrer on tbe foe, I saw steeds 
bearing tbe maimed sbarers or tbetr toil, and afler tbe sbont of war 
a fearfal obscarity. (P. 5.) 

* Ibeheld sleedê hugged toilh mulual tail from balUe , and after 
$ke ikomt a frigfuful impeUing, ( Welsh mer., i. 2, p. 44i .) 

^ Before Geraint, tbe wtasfnll foe , I bave seen sieeds bearing tbe 
maimed after tbe lerrible opposing oî a warior. 

(I5i4., t. 4,p. 4.) 



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21 

plus haut. J*ai donc rendu les mots gelen kezr-Mz par ef^ de 
l'ennemi; littéralement : sur Vewnem répandant la terreur; 
{m effet, kezr, contraction de kezmir , signifie qui répond; 
et ta ou heuz ^eut dire terreur;) et j'ai traduit le vers 
Gwdiz êmeirch tan kemrfuz, par : 

«J'ai vu les chevaux sous (le coup d'un) commun démêtre^%. 
Si le mot eût été français , j'aurais mis sous un oo-désastre , 
et , si j'avais visé à l'élégance , menacée d*un commun déeaetre; 
ruz ou reuz signifiant désastre , en breton , et la coiycmctioii. 
hem répondant au eum des latins , qui marque concomitance. 

Quant au troisième vers du ternaire, je ne conçois pas 
qu'Owen ait pu le traduire comme il l'a fait, en dernier lieu , 
car rien ne conduisait à cette interprétation : impossible de 
donner aux mots : 

Ha, gouede gwaour, garv ac'hluz, 
d'autre sens que : Et, après (le) cri de guerre, (une) furieuse 
résistance. 

D l'a reconnu lui-même dans S£^ première traduction qui 
ne différait de la nôtre que par le sens à donner à ac'hluz, 
qu'il rend, dans la troisième, par résistance, comme nous. 
Si , toutes les fois que le mot gwaour se présente , il signifie 
guerrier, et non cri de guerre, à la lettre,, cri de malheur, 
(de gwa ou gwae! malheur!) les strophes où il se trouve de- 
viennent inintelligibles. 

J'ai insisté sur ces anomalies, non pour le triste plaisir 
de mettre en désaccord avec lui-^méme un homme hono- 
rable dont les traductions m'ont été utiles quelquefois, 
et le dictionnaire souvent; i^ais parce qu'elles montrent 
combien les poèmes des bardes présentent de difficultés à 
ceux qui sont le plus versés dans l'étude de l'ancienne 
littérature bretonne : en devenant indulgent pour eux, le 
lecteur, le sera, j'ose l'espérer, pour moi-même. Désirant 
toutefois qu'il juge par ses propre^ yeux, non seulement de 



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Vmpni bardique qui s'évapore trop souvent en passant dans 
une langue étrangère, mais de la lettre toute nue, je veux 
joindre à la traduction française que j'ai d^à donnée , une 
traduction littérale en latin : elle aura , en outre , pour ré- 
sultat de faire apprécier le plus ou moins de fidéIRé de mon 
interprétation. 

Voici donc les {premières strophes de l'élégie de GHirent 
latmisées mot à mot. Je demande pardon d'avance en faveur 
de t'idiAme barbare qu'on va lire. 

Quando genitus Gerentius, fuerunt apert» port» coeti; 
Dédit Ghristus quod petitum : 
Tempus faustum Britannias , gloriam. 
Laudet quisque rubrum Gerentium, 
Ducem; laudo egomet Gerentium, 
Hostem Saxonum , amicum sanctorum. 

Ante Gerratium , hostibus indementem , 
Vidi equos coUapsuros in praelio , 
Et, post clamorem, atrocem conatum. 

Ante Gerentium , hostes terrificantem , 
Vidi eqbos sub coUapsu , 
Et, post damorem, atrocem oppositum. 

Ante Gerentium, hostium luem, 
Vidi equos , cand^te eorum spuma , 
Et, post clamorem, atrocem torreotem. 

Longoportœ , vidi tumultum , 
Etferetraincruore, 
Et viros rubros ante impetum inimici. 

Long(^rtid^, vidi stragem , 
Et feretra phisquam multa , 
Et viros rubros ante impetum Gerentii. 



Erant rapidi cursores 
Sub femore Gerentii , 



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23 

Crura longa , granum hordei , 

Impetus ignis dumosi super desertum montem. 

Je me borne à ce spécimen pour ne pas abuser de la pa- 
tience du lecteur. 

Le plus ancien texte de Télégie de Ghérent se trouve dans le 
LIVRE Nom DE Kerverzin et dans le livre rouge de Herghest, 
manuscrits qui a[q[)artiennent, Tun, à la bibliothèque parti- 
culière de la famille Vaughan de Hengurt; l'autre, à celle du 
collège de Jésus, à Oxford. Sans négliger le second, que j*ai 
cité en note , j'ai suivi de préférence le premier qui est du 
xn* siède, comme je l'ai dit ailleurs. Mon texte s'éloigne peu 
de celui du Myvyrian *archaiology of Wales, imprimé d'a- 
près des copies beaucoup plus modernes. J'ai cru devoir, à 
l'exemple des éditeurs de ce recueil, et contrairement aux 
manuscrits , ouvrir par cette pièce la série des poèmes de 
Liwarc'h-Henn. 



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CHANT DE MAENWINN. 



(iM£ 554 A 550.) 



ARGUMENT. 



Maenwinn était intendant de Haelgoun , chef des Bretons 
de Gwéned , province du nord de la Cambrie. Attaqué par les 
étrangers , probablement les Angles , il aima mieux capituler 
que se défendre. Mais cette conduite si peu digne de ses bra- 
ves compatriotes , ea lui laissant la vie » ne le sauva point du 
déshonneur. Quand il fut désarmé , Tennemi le dépouilla de 
ses vêtements , les (oula aux pieds , en signe de mépris , bris«i 
les bornes de ses terres , et se livra , envers lui , à mille ava- 
nies. La lâcheté de Maenvrinn, Tinsulte faite à la patrie com- 
mune et la honte qui en rejaiBissait sur les Bretons , inspi- 
rèrent au barde-roi Liwarc'h les vers énei^iques qu'on va 
lire : il reproche au jeune officier sa c(Miduite , et conseille 
au chef Maelgoun de choisir un antre intendant 

Madgoun ayant été élu roi suprême dA la Cambrie y vers 
Tan 534 , comme nous rapprend Gildas , ^on contemporain y 
qui rappelle Maglocunus, et étant mort vers 550, il faut placer 
entre ces deux époques la composition du chant suivant : 



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II. 



KANMAENWIM. 



Maenwinn , tra boum e'z oed , 
Ne sezret mê lenn-i a troed ; 
Ned erzed meti tir-i heb gwaed. l 

Maenwiiui ^ tra boum e'z erben 9 
Am ieuenkted e'm dtten , ^ 
Ne torre gwas«all men terven. 

BlaeDwinn tra boum e*z erled 
E'm dilen me ieuenkted , 
Ne kare gwas-all men gwezled. 5 

SfeenwioDy tra boumi e turas, 
O dtten diwall galanas , 
Gounaoun gwezred gour, tra bezoun gwas. 4 

* MtenwynD tra fum ilh oet 
Ni setbrit fy lien i a ihrtet 

Nid erdit fy nhir i heb waet. (Mu. de UergkeiL) 

* Am ieoeDclit im dilyn 

Ni thorrei gasseil fyn terfyn. (Ibid. ) 



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II. 



CHANT DE MAENWIM. 



MaenwiDD , quand j'étais à ton âge, on ne fou- 
lait pas mon manteau , à moi , aux pieds ; on ne 
labourait point ma terre, à moi, sans [y ver- 
ser] du sang. 

Maenwinn , quand j'étais dans ta position ^ ma 
jeunesse à ma suite , Tétranger ne brisait point 
ma borne. 

Blaenwinn, quand j'étais dans ta situation , à 
ma suite ma jeunesse, l'étranger n'aimait point 
ma colère. 

Maenwinn , quand j'étais dans ma fleur y sui- 
vant le furieux carnage, je faisais Touvrage d^un 
homme, quoique je fusse jeune. 

'Ni charei gesseil fyn gwjthlid. (M$ê* de Hirgkêil.} 
* M aenwyn tra fum i e vrai 

Oeduli diwai galanas 

Gwaawn weitbred gwr tra bydwn gwas. 

(Mu.de Herghen) 



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28 
Men deuis, ë kefrann ha he gaen — ar- 
n-han^y — 
Enn lemm, megis draen. 
Ned ober gen-i-mem hogi maen 2. 

Ânrek r^eingallad, oc^hdefren Meverniaoun, 
Enn kuz enn keloum , 
Haearn lemm, laez oc*h dourn. 3 

Blaenwinn , mezer te enn gall ; 
Anken keisouet ar gwall !^ 
Keisiet Maelgoun maer arall ! 

Bet bendiget er ankesbel — gwrac*h — 
A diwed oc'h Ireuz he kel : 
a Maenwinn , nag azav té kellel ! > ^ 

* Vyn deais y gyfrao acgaen arnau. ( Ibid. ) 
*Nid over gDytymbogi maen. [Ibid. ) 
' Anrheg rym gall Djffiryn Meiniiâwii 

Yd gud yn nghelwra 

Uaearn llym llaes Dwro. ( ibid. ) 

* llaenwn medyr dt yn gall 

Angen kyssoeil ar wall. ( ibid. ) 

* Boet bendigel yr anghysbell wrach 
A dywawl o drws ai chell 



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29 
Ce que j'aimais [alors] , c'était un fer de lance 
recouvert de sa gaine, [un fer] aigu comme 
l'épine. [Alors] ce n'était pas un travaO pour rtioi 
de soulever le rocher.^ 

[Aussi] en présent m'envoya-t-on, delà vallée 
de Mévernion , enfermé dans une botte , un fer 
aigu qu'on lance de la main.'' 

Maenwinn , juge-toi avec sévérité ; que le re- 
pentir chasse la faute! que Maelgoun cherche 
un autre intendant ! 

Qu'elle soit bénie la vieille [femme] solitaire 
qui avait crié du seuil de sa cabane : « Maenwinn , 
ne rends pas ton poignard ! » ^ 

Maenwyn Dag adav dy gyllell. 

{Mss. de Hergliesl.) 
€ Allusion an nom de Maenwinn qui signifie un homme qui 
soulève dei fnerret, des rochers , h la lettre levier ht rocher (de 
mam, pierre, roc, et du breton- gallois, gwyn y en bretoo ar- 
moricain gwiniy levier.) 
» Un javelot. 

• A la lettre : Ne eonfie pas, n'ettgage pas ion eouieau : ne te 
désarme pas. 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



Le poète finit par invoquer une autorité siqpérieure à la 
sienne. Mais quelle est cette autorité? Pour remporter sur 
celle d'un barde , d'un chef illustre dans les combats , qui se 
donne pour modèle aux jeunes gens, il fallait qu'dle eut une 
bien grande valeur. Aussi, je ne pense pas qu'il veuille parler 
d'une femme ordinaire ; j'ai traduit son nom par vieille fem- 
me , et c'est aujourd'hui le sens qu'il a dans les dialectes bre- 
tons , mais, au moyen-âge , il signifiait sorcière, et à l'époque 
où nous sommes , fl avait déjà sans doute la même significa- 
tion. Je ne suis donc pas éloigné de voir en elle une de ces 
magiciennes jadis affiliées à l'ordre des druides , une com- 
pagne solitaire et sans autels, mais toujours écoutée, de celles 
que Lampride appelle driades ou druidesses. L'empereur 
Alexandre Sévère traversant la Gaule, ee Tan 234, Ait apostn^ 
phé par l'une d'elles, comme l'est Maenwinn dans la pièce de 
Livirarc'h-Henn ^ Une pareille coïncidence ne peut guère être 
l'effet du hasard ; ces femmes , on le sait , prenaient part, avec 
tout l'entraînement de leur sexe, aux affidres publiques , et le 
caractère presque divin que leur prétait le peuple , donnait 
un grand poids à leurs avis. 

Le texte manuscrit du chant de Maenwinn se trouve à la 
fois dans le livre Nom de Kerverzin et dans le livre rodgb 
de Herghest, comme le précédent , et il a été aussi imprimé 
éBûasleMyvyrianarchtMogy, oùonpeutlevoir, àlapagelSO 
du premier volume. La version que je publie n'en difEère guères 
que par l'orthographe et la transposition d'une strophe , la 
septième , qui se trouve placée la cinquième dans le Myvy^ 
rian. 

« Mulier Druias eanti exclainavit gtllîoo sennooe. (Yiu Alexan- 
dri Severi.) 



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CHANT DE MORT 
D'URIËN^ PRINCE DE REGHËD. 



(DE 572 A 579.) 



ARGUMENT. 



Urien, chef des Bretons de Re^ied , ou du Cumberland, 
qui descendaient d'anciens émigrés de la Gaule Armoricaine , 
parait avoir été revêtu de la dignité de roi suprême de toute 
la Bretagne et avoir tenu tête , pendant plusieurs années ^ aux 
conquérants germains. Il remporta sur eux différentes victoi- 
res dont les bardes, et particulièrement Taliésin, nous ont 
conservé le souvenir. Ce fut lui qui, vers l'an 547 , époque 
où les vaisseaux des Angles , venant des rivages de la Mer 
Baltique , abordèrent entre les embouchures du Forth et de la 
Tweed, commandés par Ida et ses douze fik, et alliés aux 
Pietés, poussa le premier cri de guerre : rassemblant les 
hommes des montagnes d'où descend la Clyde , il leur adressa 
ces paroles que Taliésin a retenues et que^nous lui entendrons 
répéter : 

c Hommes de ma famille , ici réunis , levons notre éten- 
dard sur la montagne, et marchons contre les envahisseurs 
de la plaine*, et toumcms nos lances contre la tête des guer- 
riers, et cherchons le forte^nundon * au milieu de son ar- 
mée , et tnims avec faii ses alliés. » 

< Cesl le sorooin que les Bretons donnaient à Ida, 



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7â 

Quand , repoussés du Cumberland , les Angles établis dans 
la terre des Bemiciens firent de nonvelles tentatives , de 572 
à 579 , sous la conduite de Théodorik , un des fils d*Ida , 
pour subjuguer leurs voisins Bretons, tefutenoore Urien qui 
commandait ces derniers. Le chef ennemi fut vaincu ; et , forcé 
de fuir, il se retrancha dans l'Ile de Medcaud, maintenant 
Lindisfame , où les Bretons le poursuivirent et le tinrent as- 
siégé. Malheureusement la division , si souvent fatale aux in- 
digènes, et qui contribua peutrétre plus encore à leur asser- 
vissement que les armes des Germains , se mit parmi eux : 
d'un côté, à ce qu'il paraît, le mélange , sous les mêmes 
drapeaux , de guerriers Gaëls et Bretons , réunis pour la dé- 
fense commune, mais ennemis natm^ls , et dont l'antipathie , 
phis forte que celle de race , remontait sans doute à une con- 
quête primitive; d'autre part, la jalousie des chefs contre leur 
généralissime, détruisirent les résultats de la victoire, et, en 
leur faisant lever le siège , les empêchèrent de profiter de ce 
succès pour en obtenir un définitif. Ds bloquaient Théodorik 
depuis trois jours et trois nuits , lorsqu'Urien périt assassiné 
par un de ses soldats appelé Lovan, homme de race gaële , 
comime l'indiquent son nom et le surnom de Main étran- 
gère ^ que lui donnent les traditions galloises, qui fut poussé, 
dit-on, à ce lâche attentat par Morgant ou Morkan , prince 
de Strath-Clyde.* 

■ Lavo cstrawn ou Iaio eslron. Lao nvro. Myvyr. arch. , l. 4 
p. 78. 

• Deodric centra iUam [Urbgeo] cum filiis dimicabal foriiier. 
in illo aatem tempore aliqoando hostes, noue cives, vincébtfli- 
tur : et ipse conclusit eos tribas diebus et tribus nocfibns in insiila 
Medeaud , et don état in expeditione jugnlatns est, Moroanto 
destinante , pro invidia , qoia in ipso pre omoibas fegibos ik" 
tns maxima erat in insuuratione belli. (Gbnbalogu Saxonuh , 
Nennius, p. 53; Stevenson, édit. Londin, 1838.) 



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53 

Liwarc1i-Henn, compagnon d'armes d'Urien, voulut trans- 
mettre à la postérité le souvenir glorieux du chef breton , et 
composa le chant qu'on va lire. 

On y remarque six parties bien distinctes. 

Dans la première , le barde guerrier , respirant l'ardeur de 
la vengeance , a l'air de poursuivre l'assassin de son général , 
au galop de son cheval , la lance en arrêt, et mêle l'éloge in* 
cohérent du prince à raille cris de guerre. 

La vue de la tête tranchée d'Urien , qu'il a recueillie et 
qu'il emporte avec lui , augmente son exaltation ; et comme 
un honune dont la raison s'égare et qui répète à satiété la 
phrase qui peint sa douleur ou son étonnement, il commence 
quatorze strophes par la même pensée poignante dont il varie 
à peine la monotonie par l'éloge des vertus d'Urien. 

n ne renmice à cette idée que pour une autre non moias 
triste , à laquelle il revient sept fois : les funérailles du prince 
qui, ravi à son afifection , va être emprisonné pour jamais 
sous les pierres de la tombe. 

Alors son propre chagrin le fait songer à celui de Leu , 
frère bien-aimé d'Urien , et à Eurzel , sœur du chef breton : 
il la voit passant ses nuits à pleurer, et , comme tlachèl , ne 
pouvant se consoler parce qu'il n'est pluê! 

Mais les larmes ne conviennent qu'aux femmes , et tandis 
qu'Eurzel se désole , Leu cherche à tirer vengeance du meur- 
trier de son frère que Liwarc'h, dans un langage mystérieux, 
familier aux bardes , nous représente sous la figure d'un ani- 
mal dévastateur. 

Cependant l'armée bretonne , privée de dief , lui semble 
conune un essaim sans ruche; frappé de cette belle image, 
le poète veut la développer , et , rappelant le souvenir d'un 
pr^nt qu'on lui a fait, il en tire une induction allégorique 
en faveur des guerriers bretons auxquels manque celui qui les 
rassemblait comme la ruche réunit les abeilles : s'il insiste à 

3 



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34 

cet égard, son grand âge et son expérience consommée iui 
en domient le droit; d^ailleurs, sa prédilection bien naturelle 
pour le généralissime ne le rend pas kyuste envers les chefs 
subalternes : Dunod ^ surnommé , dans les Annales galloises , 
un des trois piliers de la Bretagne , titre qu'il partageait avec 
Urien i ; Gwallok, chef de la vallée de Shrevi^sbury , que les 
triades mettent, comme Dunod, au nombre des trois guerriers 
bretons les plus habiles en stratégie^; Moi^^ant, quoiqu'il 
fût probablement l'instigateur du meurtre d'Urien , comme le 
dit Nennius ; (hmï , Pasken , et Elfln , fils d'Urien ; Peil , se- 
cond fils de Liwarc'h-Renn, tous jaloux de se surpasser Tuo 
l'autre en actions d'éclat, et enfin le barda hii*-méme, qui 
n'hésite pas à se mettre , quoique le dernier, à leur suite, 
et à faire son propre éloge. Toutefois, c'est uniquenient pour 
ramener le souvenir d'Urien dont la gloire est incomparable : 
c'est po«r crier de nouveau vengeance contre l'assassin qu'il 
désigne aux poignards de ses compatriotes. 

Dans l'épilogue , nous trouvons Liwarc'h-^Henn assis, parmi 
les ruines, sur la pierre de Tàtre de son illustre frère d'ar- 
mes : il se rappelle les joyeux visiteurs réunis jadis autour 
d'elle; les banquets dont die fut si souvent témoin; les splen* 
dides fêtes de nuit , à la lueur des tordies; les chaudières fu- 
mantes, l'hydromel couknt à flots; la corne à boire, passant 
de main en main ; les gais propos des amis ; la munificence du 
prince, les acclamations des gu^riers , les chants des bordes , 
unis au son des harpes; et ne voyant, au lieu de toute cette 
félicité, qu'un sol couvert d'orties, de ronces, d'épines et 
d^oseilles sauvages, brouté parla chèvre du pttre, ou labouré 
par les pourceaux , son inspiration l'abandonne , et il ne peut 
plus que pleurer. 

■ MvvTRiAN Abciuiolocy, i. 3, p. 5. 
, IM,, p. i4. 



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35 

Ce préambule était nécessaire pour bien saisir l'ensemble 
du poème suivant, un des phis obscurs du barde et des plus 
difficiles à traduire. 

L'auteur débute en adreasaM la parole à un de ses com- 
pagnons de guerre , au vieux Unour'h ' , fils d'Esbouez , chef 
breton du Merionethsbire actuel : il baUtait près de la ville 
de Dolgelly , dans un lieu appelé , de son nom , Kerunour'h ; 
ses infortunes lui firent donner le sobriquet d*Unarc*hen, 
c'est-à-dire qui n'a qu'un seul vêtement : les Saxons ne lui 
laissèrent pas autre chose. 

' Voyez Texcelleote édition de« Lois galloises, traduites par 
M. Aneurin Owen, 61s de l'auteur du Dictionnaire , t. II , p. 48. 



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m. 

MARONAD 
URIEN REGED. 



I. 

Demkefarweziady Unhouc'h — diwall! — 
Baran enn kevlouc'h ! 
Gwell ez laz nag ez edolouc'h ! ^ 

Demkerarweziad, Unhouc'h — diwall ! — 
Diwezet enn treuz lec'h : 
« Dunody mab Pabo , ne tec'h. » ^ 

Demkefarweziad y Unhouc'h diwall ! — 
c'houerv — 
Bloung c^hoarzin mor revel — torviozead — 
llrien Reged, greidiol gavael. 5 

Erer gall , Unhouc'h , gleu , hael , 
Revel gozik, budik mael , 

* Dymkywarwjdyat Unhwcb di^-al 
Barau ygkyaloch 

Gwell yd lad nog yd ydoluch. 

(Mis, deHergheU,) 

* Diaedyd yn nrws Uech 



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IIL 

CHANT DE MORT 

D'URIEN DE REGHED. 



I. 

En avant ! terrible Unour'h ! [bonne] conte- 
nance dans la bataille ! mieux vaut tuer que par- 
lementer ! 

£n avant ! terrible Unour'h ! on a crié du seuil 
du Ler'h * : « Dunod , le fils de Pabo , ne recule 
[jamais], ji 

En avant ! terrible Uuour*h ! Il était amer , [il 
était] sombre comme le rire de la mer, le tu* 
multe de la guerre [autour] d'Urien au poignet vi- 
goureux. 

[C'était], Unour'hy un aigle puissant, brave, 
généreux; un poursuivant [toujours] vainqueur, 

Dunawd vab Pabo ni tbech. (JVm. de VLw^\mi^ 
3 Dymkywarwydiat unocb dyif^U chwemr 
BlwDg ebwerthjD mor ryvel donrlodyat 
Urien Reged greidiawl gaoel . ( l\Àà. ) 

^ Grolle. Voyez plus loin les notes et éclaircissements. 



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38 
Urien f greidiol gavael ; ^ 

Erer gall , Unhouc'h , 
Perc'hen enaour , 
Ken leir, ken eber, gwer glaour. ^ 



II. 



Penu a porzam oc^h men lu 
Bou kerc'heniad roug deu lu , 
Mab KeD¥arc*h, balc'h bieuvu. ^ 

Penn a porzam ar men tu , 
Penn Urien lari levie lu : 
Hag ar he bron gwenn , bran du ! ^ 

Penn a porzam enn mé krez 
Penn Urien lari levie lez ;, 
Hag ar he bron gwenn bran a hea. 5 

Penn a porzam em nezer 

* Graidiol er^r gadi Unhwc glen hael rbyfei 
Goddig buddîg fael 

Urien greidiol gafael . ( Mu . de Herghesl. ) 

> Gattel eryr gall Unhwch 
Berdieo eoawr 
Kell llyr kak ebyr gwyr glawr. ( Ibid. ) 

* Penn a bortbaf o unlu 
Bu kyrch yoat rhwng dcolii 



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39 

de combats acharnés , qu'Urien au vigoureux 
poignet ; 

Cétait » Unour'hy un aigle puissant , plein d*in- 
telligence j aussi bien sur le rivage des mers que 
dans les défilés et les vertes plaines. 

II. 

Je porte à mon côté la tête de celui qui com- 
mandait Tattaque entre deux armées , [ la tête ] 
du fils de Kenvarc'h qui vécut magnanime. 

Je porte sur mon côté la tête d^Urien qui dou- 
cement commandait Tarmée : sur sa poitrine 
blanche, un corbeau noir! 

Je porte dans ma tunique la tête d^llrien qui 
doucement commandait la cour ; sur sa poitrine 
blanche le corbeau se gorge. 

Je porte à la main une tête qui n'était jamais 

Mtb Kynvarch baleh bieufo. 

(Ma. de HergheU.) 
* Peoft a borihaf ar vy nhu penn Urien 
Llary Uyw ei lu 

Âe ar ei vroo wenn vran dda. (IM, ) 

' Pen a borihaf mywn vy nghrys pen Urien 
Llary Uywiai liyt 
Âc ar ei vron wen vreio ai bys. (iMi-) 



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40 
Enn er ec'houez oez neg er t 
Teïrn bron treuliad kenniouer. i 

Penn a porzam tu^m morzoued 
Oez eskoued ar he gwlad, oez kolovn enn kad, 
Oez klezev kad kewiad roued. 2 



Peno a porzam ar men klez 
Gwell , e beo , nag ez he mez ; 
Oez dinas i henourez. 5 

Penn a porzam oc'h gorzir Pennok , 4 
Pell henook — he lued ; — 
Urîen geriaok — klod-red. — ^ 

Penn a porzam ar me eskouez 
N'em arvoUe gwaradouez:^ 
Gwae raë lao ! laz më arglouez ! ^ 

Penn a porzam ar mé brec'h 

* PenD a borthaf ym vedeir 
Yr yrechwjd oed Biigeil 
Teyrnvron treulyat genoweir. 

(Msê. de UergheH.) 
' Penn a borlhaf tu mordwyd 

Oed ysgwyd ar ei wlad oed olwyn yn nghad 
Oed cledyf cal ky ulal ruyl. ( Ibid. ) 

Celle slroplie parall aToir éié altérée par les copistes, comme la 
deuxième et la troisième. 



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41 
en repos : la pourriture ronge la poitrine du 
chef. 

Je porte du côté de ma cuisse une tête qui 
était un bouclier pour son pays, une colonne 
dans le combat^ une épée de bataille pour ses 
libres compatriotes. 

Je porte à ma gauche une tête meilleure , de 
son vivant, quen^était son hydromel; [une tête] 
qui était une citadelle pour les vieillards. 

Je porte, depuis le promontoire de Pennok S, 
un chef dont les armées sont célèbres au loin ; 
le chef d'Urien Téloquent [dont] la renommée 
court [à travers le monde]. 

Je porte sur mon épaule une tête qui ne me . 
faisait point honte : malheur à ma main ! mon 
maître est tué ! 

La télé que je porte sur mon bras n'a-t-elle pas 

> PeDD a bortbaf ar vy Dgled 

Gwell ei wyw nog it ei ved 

Oed dînas i henwred. ( Mss. 4e Uergkett. } 

* goUr Penawc . (Ibid.) 

^ Pelljniawc ei Ikiyd 

UrieD geiritwg glodryd. ( Ibid. ) 

• N*iin arIbUai waradwyd. {Ibid,) 

' Gwae vy Uaw iiad vy argloyd. (Ibid.) 

* En (ace de l*tic de Lindiafaroe qa'assiégeaienl les Bretons. 



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42 
N^ez goru^z tir Brenec'h ? 
Gouede gwaour, geloraour meïrc'h. * 

PenD a porzam enn ankad — me lac 
Lari az levie he gwlad ; 2 
Penn post Preden reallad. 

Penn a porzam oc*h du paol , 
Penn Urien, uc'h dragonol. 
Ha keit dei deiz breud , n*em tavor ! ' 



Penn a porzam am porzez ; 
Ned adwen ; na deiV më lez. 
Gwae më lao ! lam'm digonez ! 4 

Penn a porzam oc'h tu riou 
Hag he geneu e gwenriou — gwaed; — 
Gwae Reged oc'h heziou ! ^ 

Ne lervez më brec'h; regarzouez mè aez ; 



< Neus gorig dir Bryneich 

Gwedy gwawr gelorawr veirch . ( Ms$. de Bergk. ) 
« Lary ^à Uywnri wlid. (/6td. ) 

^ Peon Urien ad dragonawl 

A chyd del dydd brawd nini Uwr. (Ibid, ) 

* Neiid adwen d»I yr ty Ues 

Gwae vy Uaw Uyu digones (Ibid.) 

* Penn a bortbaf du riw 



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43 
conquis la terre des Beroîcieiis ? 6 Après le crî 
de guerre, les chevaux [traioent] des corbillards. 

Je porte dans le creux de ma main une tête 
qui commandait doucement son pays, la tête d'un 
puissant pilier de la Bretagne. 

La tête que je porte au bout d'une pique noire 
est la tête d'Urien , le sublime Dragon ''. Âh ! 
jusqu'à ce que le jour du jugement arrive, je ne 
me tairai point ! 

La tête que je porte me porta ; je ne le retrou- 
verai ptuÉ ; il ne viendra plus à mon secours. 
Malheur à ma main ! mon bonheur m'est ravi ! 

La tête que j'emporte du penchant de la mon- 
tagne, a la bouche écumante de sang; malheur à 
Reghed de ce jour! 

Mon bras n'est point affaibli; [mais] mon re- 



Ao ei «aeu «wynrio gmed 
Gwae fteged o beddiw . ( ilnd. ) 

« Ce pays 8*étendait tu-delà de la Tine » jusqu'au détroit d'E- 
cosse, et compreDait le pays moniaeui borné, au midi, par la Iran- 
cbée de Sévère. 

' C'esl-à-dire le chef des cbefe. Gildas donne à Maelgoun de Gwé- 
nedy roi suprême des Bretons, le nom de dragon insulaire, tTifu- 
laris draco. (De excidio Britanni», édit. de Gale, p. 12.) 



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44 
Meo kalon , n'er terrez ? 
Penn a porzam am porzez ! ^ 

III. 

He kelan gwan-gM^enn a goloer heziou 
Adan priz ha mein ; 
Gwae mê lao ! laz tad Owen. * 

He kelan gwan<^gwenn a goloer heziu 
£nn mesk priz ha deru ; ^ 
Gwae mê lao \ laz mê kevenderu ! 

He kelan gwan-gwenn a goloer heno 
Adan mein ha he deouet ; 
Gwae mê lao ! lamm r^em tonket ! 4 

He kelan goan-gwenu a goloer heno 
£nn mesk priz ha teouarc'h : ^ 
Gwae mê lao ! laz mab Kenvarc'h ! 

He kelan gwan-gwenn a goloer heziuo 
Tan gwered hag arwez ; ^ 
Gwae mê lao ! laz mê arglouez. 

• Ni tbyruis vy mnich rhygardwys ^y aïs 
Vy Dgalon neor dores 

Peno a borlhaf am porthes. (Mu. de Hergkesl.) 

* Y gelÎD veinwen a oloir heddiu 
Âdan bridd a mein 

Gwae vy llaw llad lad Owein. (Ibid.) 



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4S 
pos est troublé; mon cœur, ne te brîsea^tu pas? 
La tête que je porte m'a porté! 



ni. 



Son corps délicat et blanc sera couvelrt au- 
jourd'hui de mortier et dp pierres; nwlheiir à 
ma main ! le père d'Owen est tué ! 

Son corps délicat et blanc sera couvert au- 
jourd'hui de mortier et de chêne; malheur à 
ma main! mon cousin-germain est tué! 

Son corps délicat et blanc sera couvert cette 
nuit de pierres choisies ; malheur à ma main ! 
A quelle chute étais-je destiné ! 

Son corps délicat et blanc sera couvefi; cette 
nuit de mortier et d'épais gazon ; malheur à ma 
main! le fils de Kenvarc'h est tué! 

Son corps délicat et blanc sent couvert au- 
jourd'hui de mottes surmontées d'un signe; mal- 
heur à ma main ! mon seigneur est tué ! 

> Ynmhlith prid a deru. (Ibid,) 
^ Adan vein ai dewid 

Gwae vy llaw lamn rym lyogid. (Ibid.) 

» YDmhlilh prid a ihjweircb. (Ibid.) 

'^ Dan weryd ae arwydd. (Ibid.) 



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46 
He keian gwan-gwenn a goloer heziuo 
Adan priz ha tevaod ; 
Gwae më lao ! lamm r^em daeraod ! i 

He kelan gwan-gwenn a goloer heziou 
Adan priz ha lenad : 
Gwae më lao ! lamm r'em gallad ! ^ 

He kelan gwaD^wenn a goloer heziou 
Adan priz ha mein glas; ^ 
Gwae më lao ! lamm r'em gallas ! 

IV. 

Anoez bel ; braod bou enn kennuU , 
Am kern buelen , am truU , 
Rebez miled Reged tull.4 



Anoez bel ; braod bou enn kennouez , 
Am kern buelen amouez, 

* Âdio prid a lh3rw«^(l 

Gwae vy llaw lam rym dearawd. (JUm. de Herghenl. ) 
^ Âdan prid a dynad 

Gwae ry llaw llam rym gallad. ( Ibid.j 

% Âdan bridd a mein glas 

Gwae vy llaw Uam rym gallas. (Ibid.) 

* Annoeth byd brawd boyn kynnull 
Amgyro buelyn am dmll 



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47 
Son corps délicat et blanc sera couvert cette 
nuit de mortier et de gravier; malheur à ma 
main ! Quelle chute m^était réservée! 

Son corps délicat et blanc sera couvert au- 
jourd'hui de mortier et d'orties; malheur à ma 
main ! Quelle chût^ pour m^ puissance! 

Son corps délicat et blanc sera couvert au- 
jourd'hui de mortier et de pierres bteues; malheur 
à ma main ! Quelle chute pour mon pouvoir ! ^ 



IV. 



Ordre en a été [donné] ; ^ le frère ^ s'est mis 
à poursuivre, au son de la cqrne de buffle, [de 
la corne] du festin, la béte sauvage qui a dé- 
vasté Reghed la sombre. 

Ordre en a été [donné]; le frère s'est mis à 
poursuivre au son de la corne retentissante de 

Rebjd Tiki Reged duU. ( lind.) 

^ Cette strophe esl à cette pjboe dm^ le IMs* de-Hergliest ; mais 
dans les antres Mss. elle Tient avaol la précédente. 

* Le docteur Owen donne une antre aigflificatîon an mot anoez 
(et il en a plosienrs, à k vérité); niais le savant Ed. Lbnyd le tra- 
dnit par ordre, injonction ^ eommandemmt egpitèi, dans son dic- 
tionnaire , et nous croyons qv*îl a raison , pgar fe cas présent. 
' Len, frère d*Urien. 



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48 
Rebez miled Regedouez. ^ 

Handid Eurzel avlaouen — henoez — 
A. luosez amgen : 
Enn aber Leu laz Urien* ^ 

Ez trist Eurzel oc'h traillaod — heuo — 
Hag oc'h lamm am daeraod ; 
Enn aber Leu laz he braod. ^ - 

Diou Gwener , gweliz é digwez — maour — 
Àr bezinaour badez , 
Hed heb modridaf er gwez. ^ 

N*em rozez i Run, revelvaour, 
Kaut hied , ha kant eskoued aour ? 
Hag un hed oez gwell pell maour. "> 

N'em rozez i Run , rouev iolez 

* Ânnoelh byd brawl buyn kynn^js 
ÂiDgyrn bueljn amwys 

^ Aebyd vilel regelbwis. (Mis. de fierghnl.) 

' HaDdit Euyrdyï arlawtti henoeth 
A Uaosed amgen 
Ytt aber Lley llad Urien . ( Ibid. ) 

* Ts trist Eardyl or drallawd heno 
Ac or Ilam am daerawd 

Yd aber Lleo lad eti brawd. ( Ibid.) 

* Daw Gwener gwelais y diuyd mawr 



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49 
buffle la béie sauvage qui a dépouillé les hommes 
de R^hed. 

Pour Eurzel , elle est dans la douleur j cette 
nuit, privée qu'elle est du chef d'armée : au 
h&vre de Leu ^ a été tué Urien. 

Elle est triste y cette nuit, Eurzel, par suite des 
tribulations et de la chute qui m^étaient réser- 
vées : au havre de Leu a été tué son frère. 

Vendredi 9 j^ai vu une grande anxiété parmi 
les armées baptisées, semblables à un essaim 
sans ruche. 

N'ai-je pas reçu de Run , 7 le guerrier illustre, 
cent essaims et cent boucliers d'or? Mais un de 
ces essaims valait beaucoup plus [que les autres]. 

N'ai-je pas reçu de Run, le roi célèbre, cent 

Ar vyddiDtwr bedydd 
Heid heb fodrydaf hobyd. 

(Mss. de HergKeiL) 
<* Neum rhodez i Rod ryvedliawr 
Kant held t cbtnt ysgwydawr 
Ac on heid oed well pell oiiwr. (Ihid.) 

• Â l*emboiichore do Fortb, qui portait, dans cet endroit, le nom 
du frère aîné d'Urien, dont les domaines bordaient le fleave. 

* Fils d'Urien, selon Nennius, qoi l'appelle Run mab Urbgen, 
(Ëd. de Stevenson, p. 54.) 

4 



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30 
Kant trev ha kant eizionez j 
Hag un oez gwell nag hez. ^ 

Enn beo Run , r^der dihez , 
Deren anwir enn bezez ; 
Haearn ar meïrc'h aowirez. 2 

Maour eo, gogoun , më anam ; 
Ar Ueo pob un, enn pob ham, 
Ne gœr neb nebaod ar-n-am. 3 



Poelle Dunod , marc'hok gwaen , 
Erec^houez gouneuzur kelen , 
Enn erbenn herruset Owen! * 

Poelle Dunod, uz prezen , ^ 
Erec'houez gouneuzur kadouen , 
Enn erbenn kevresed Pasken ! 6 

Poelle Gwallok, marc'hok trin, 

< Neum rhodes i Run rwjf ydydd kantref 

A cbant eidionyd 

Ac un œd well oogyd. {Msi. de Berghesl.) 

« Yn myw Run rbeawdyr dyhed 

Dyrain enwir eu byded 

Heiyrn ar veirch enwired. (Ibid,) 

> Mor ui gogwn vy anaf 



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51 
\illages et œnt domaines? Mais un d'eux valait 
mieux que tous. 

Quand vivait Run , le coureur infatigable , le 
méchant tombait dans ses pièges; il enchaînait 
les chevaux de Tinjustice. 

Mon génie ) je le sais, est grand; à entendre 
chacun de chaque âge, pa^sonne ne sait rien de 
plus que moi. 



Quels eflbits faisait Dunod , le cavalier rapide , 
impatient de faire des cadavres , en face du bouil- 
lant Owen ! 

Quels eflbrts faisait Dunod , le chef impétueux, 
impatient d'entraver [Tennemi] en face de Pas- 
ken y impétueux comme lui ! 

Quels efforts faisait Gwallok , le cavalier du tti- 

i 

Arglyw pob on yn mbob baf 

Ni wyr neb nebawd arnaf. {Ibid.) 

* Pwyllei DaDawd marcbauc gwain 
Er ccbwyd gwneuthur kelain 

Yn crbyn crysscd Owcin. (Ibid.) 

» Pwyllai Donawd od prescn. (Ibid,) 

* Yd erbyn kyvrysed PasgeD. (Ibid.) 



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52 
Erec'houez gouneuzur tefin , i 
Enn erbenn kevresed Elfin ! 

Poelle Bran , mab Mellern ! 
Bou'n diol e loski oc^h ifem , 
Bleiz a mouge ourz he bern. 2 

Poelle Morgant , he hag he gouîr ! 
Bou'n diol o loski , enn tempir ^ 
Loc'h a krave ourz klegir. ^ 

Poelliz*em , pan laz Elgno ! 
Frouelle laven a reizio 
Peil , a pebel oc'h he bro. * 

Eil gwaez gweliz , gouede gwezien , 
Aour eskoued ar eskouez Urien : 
Bon eil eno Ëlgno*henn. ^ 



« Erecbwyd gwneàlhiir dyvin. (Mu. de Berghcst.) 

* Pwylle vran vab y Mcllyrn 
Fiio diol i losgi a yfTern 

Bleid a uagei wrth ebyrn. (Itnd.) 

* Pwyllei Vorgant ef ai wyr 
Bun diol i losgi yD lyinyr 
Llog a grafai wrth glegyr. 

* Pwellais i pan lad Ëlgoo 
FroueiUei llafyD areidyo 

Pyll a pbebyll oi vro. (Ibid. ) 

g Eilwaith gweleis gwcdy gweitbyeu 
Aor ysgwyd ar ysgwydd Urien 



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55 
multe, impatient d'élever un rempart en face 
d^Elfin j 6 impétueux comme lui ! 

Quels efforts faisait Bran , le fils de Mellern ! 
C^était un démon brûlant de l'enfer ^ un loup qui 
étoufl&it sous son fardeau. 

Quels efforts faisait Morgant , lui et ses guer- 
riers ! C'était , par tempérament , un démon brû- 
lant, un levier attaquant des rocs. '^ 

Quels efforts je faisais moirméme quand fut tué 
Elgno! ^ quand tournoyait la lame rayonnante 
de Peil , 9 cette tente de son pays ! 

Je revis , après l'action , le bouclier d'or sur 
l'épaule d'Urien. II fut là un second Elgno-henn. 



Bu ail yno Elgno ben. (/6ûi.) 

• Od se rappelle qo'ElBn, comme Pasken , Rno etOwen, éuient 
fils d*Urien. 

Nous les voyons ici rivalisant de bravoure avec Dunod , Gwallok , 
Bran et Morgant. Le premier figure dans des actes du VI« siècle. 
(Voy. le It^er Xatukroenm, p. i 70 et 179, poiwm.) 

7 Ce cbef est sans doute le même que le Morkanî de Nennîus ^ 
l'instigateur du meurlre d'Urien. 

• Elgno-Henn, ou le vieux, figure comme témoin dans un acte du 
cartulaire de Landaf, où il est aussi question de Morgant, (Liber 
Landaveosb, p. 193.) 

• Fils de LiwarcVUenn. 



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54 
Àr erec'houez ezeo gwalt 
Oc'h braou marc'hok esgwall ; 
A bez biz Urien arall ? ^ 

Es moelmé arglouez euz he braz — gourz • — 
IN'ez kar kadouir he kas ; 
Liaoz gwledik redruliaz. 2 

Angerz Urien ez agro — gen-em — 
Kerc'henniad enn pob bro, 
Enn gwesk Lovan lao divro ! ^ 

Tavel, avei, te, hegleo! 
Odid a bo moledio , 
Nam Urien ken n'edeo.4 

Laouer ki gelik, hag hebok gwerenik 
A lizived ar ë laour, 
Ken bou Kerleon laouedraour 5 

VI. 

Er aeloued bon a goglud gaour , 

I Ar erechwydd ethyw gwalk 

vraw raarchawg ysgueîll 

A fydd uylh Urien arall. 

(Mss. de Herghesl.) 
s Ys moel yD fy arglwydd yS euras gwrlh 

Nis car cedwyr ei gas 

Lliaws gwledig rhydreulias. ( Ibid.) 

3 ADgerdd Urien ys a gro genyf 

Kyrcbyniad yn mhob bro 



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Les cheveux se hérissaient de firayeur [à la 
vue] du guerrier terrible ; y aura-t-il jamais un 
second Urien? 

Quoique mon seigneur fttt chauve depuis sa 
verte jeunesse , les guerriers n'ahnaient point sa 
colère ; maints souverains furent abattus par lui. 

Le malheur d'Urien est un malheur pour moi. 
Qu'on fasse des recherches en chaque canton, 
pour découvrir Lovan à la main étrangère ! 

Silence à toi, souffle inspirateur ! Ils seront ra- 
res désormais les chants d'âoges, hormis pour 
Urien qui n'est plus ! 

Plus d'un chien de chasse , et plus d^un faucon 
gris ont été attirés par lui sur le champ [de ba- 
taille], 6 avant que [la ville de] Keriéon fût désolée. 

VI. 

Ce foyer où s'attache la chèvre, était plus ac- 

Tn wisk Loatn law difiro. ( IM.) 

* Tawel awel to hirglyw 
Odid a fo mokdyw 

Nim Urien kea ny diw. (Ibid,) 

a Lawer ki geîlig t bebawg wirenig 
 lilhiwyd ar y llawr 

Ryn bu Ertteon llawedrawr. (/did.) 

• G'esl-à-dire qu'il apprêta souvent un repas aux chiens et aux 
oiseaux de proie avec les cadavres < 



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56 
Moui gorzevnase ar he laour 
Mez ha mezvion geriaour. i 

£r aeloued hon n*ez kuz lenad ? 
Tra bou beo he gwarc^hedouad , 2 
Moui gorzevnase erc'hiad. 5 

£r aeloued hon n''ez kuz glazin ? 
£nn beo Owen hag Elfin , 
Bervase he per brezin. * 

Ër aeloued hon n'ez kuz kallaouder loued 
Moui gorzevnase, am he boued, 
Klezeval diwall diarsouet. ^ 

£r aeloued hon n'ez kuz kae bieri? 
Koed keuneudok oez izhi ; 
Gorzevnase reged rozi. ^ 

Er aeloued hon n'ez kuz drein ? 
Moui gorzevnase ë kengren 
Kemmouenaz kewezaz Owen. '^ 

t Yr aelwyd hon ae goglyt gavr 
Mwy gorddyfrasai ar ci lawr, 
Medd a medduoD eiriawl. (Msê. de ^ergheêi.) 

* Tr aelwyd bon neus cod dynad 
Tra vu vyw ei gwarcheidwad. 

' Ce dernier vers manque dans le Mss. de Herghesi. 

* Yr aelwyd hon neus cud glesin 
Yo myw Owein ac Elphin 

Breuasei ei pheir breiddin. (Ibii.) 



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57 
coutume à voir aulour de lui de l'hydromel et des 
buveurs jasant. 

Ce foyer n'est-il pas couvert d'orties? Tant que 
vécut son gardien, il était plus accoutumé aux 
solliciteurs. 

Ce foyer n'est-il pas couvert de gazon ? Tant 
que vécurent Owen et EUin y dans son chaudron 
la venaison bouillait.. 

Ce foyer n'est-il pas couvert de champignons 
moisis? Il était plus accoutumé [à entendre] au- 
tour de la table le bruit de l'épée terrible du [guer- 
rier] sans peur. 

Ce foyer n'est-il pas couvert par une haie de 
ronces? Il était [rempli] de bois de chauffage ; 
il était accoutumé aux dons de la libéralité. 

Ce foyer n'est-il pas couvert d'épines? Il était 
plus accoutumé à la visite des bons compa- 
gnons d'Owen. 

« Yr aelwyd bon ne«s cod eaUtwdjr Hwyd 

Mwy gorddyfoasai aro ei bwyd 

Cleddyfal dywal diarswyd. 

{Ms»^ de Herghesl.) 
" Koed kynneoawg oed iddi 

Gorddyfnasai rcged roddi. [Ibid.) 

7 Neus cud drain 

Mwy gorddyfnasai ei cbyograin 

Ky mm wynas kyweitbas Owei n . ( Ibid . )î 



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58 
Er aeloued hon n'ez kuz meir ? 
Moui gorzevnase babir — gloeou - 
Ha kevezeu kewir. i 

Ër aelouçd hon n'ez kuz tavaoul ? 
Moui e gorzevnase ar he laour 
Mez ha mezvion geriaouri 2 

Er aeloued hon n^ez klaz houc^h ? 
Moui gorzevnase elouc'h 
Gouir> hag amgern kevezouc'h. 3 

Er aeloued hon n'ez klaz keouen ? 
N'ez ezigane anken, 
Enn beo Owen hag Urien ; 4 

Er estavel hon , ha'r hon drao , 
Moui gorzevnase amdanao 
Elouc'h lu y ha loueber anao! 5 

' Neazkyd myr 

Mwy gordyfoasai babyr gioyw 

A chyvedau kywir. {Ms$- de Hergkeil.) 

* Neus kyd uiawl 

Mwy y gorddyfDtsai ar ei iawr 

Med a medaon eiriawl. (/6id.) 

* Mwy gorddyfnasai elwch 

Gwyr ac amgyrn kyfedwch. {Ibid,) 



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Ce foyer n'est-il pas couvert de fourmis? Il était 
plus accoutumé aux torches brillantes et aux 
banquets des amis. 

Ce foyer n*est-il pas couvert d'oseilles sauva- 
ges? Il était plus accoutumé à voir autour de lui 
de rhydromel et des buveurs jasant. 

Ce foyer n*est-il pas labouré par le pourceau ? Il 
était plus accoutumé au cri des guerriers^ et à la 
corne circulant dans le banquet. 

Ce foyer n'est-il pas gratté par le poulet ? Il ne 
souffrait point de la disette ^ quand vivaient Owen 
et Urien ; 

[Alors] cette salle et cette autre étaient plus 
accoutumées aux acclamations de l'armée et aux 
concerts des bardesl ^ 

* Nys eidiganei anghen 
Yd myw Owein ac Urien. (ibid.) 

^ Yr ystwiwl hwn ar hwn drau 
Mwy gorddyfbasai amdaoau 
Elwch lu a iaybyr arnau. ( Ibid,) 

< A la lettre : Aux PàSSàGES du ehanteur ou du génw, le mol 
passage étant pris dans le sens d'ornement musical. 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



Il y a dans ces dernières strophes un sentiment profond de 
tristesse , une grandeur d*images poétiques dont la monoto- 
nie de la forme particulière au barde ne peuvent diminuer 
l'impression. Mais revenons à Thistoire. 

L'assassin d'Urien subit le châtiment de son crime : pour- 
suivi , comme on l'a vu , par le frère du chef breton , et vou- 
lant regagner l'Irlande , son pays y il trouva sa tombe, dit un 
poète presque contemporain, sur les grèves du Menai, (bras 
de mer qui sépare Tile d'Anglesea du Pays de Galles ) , dans 
un endroit du rivage où les vagues se précipitent avec fracas.^ 

Les traditions nationales des Cambriens l'ont mis au nom- 
bre des trois guerriers célèbres par un meurtre impie. * Urien 
fut regardé comme un martyr par ses compatriotes , qui 
firent de lui un saint , et les moines de Bangor composèrent, 
dit-on , un office en son honneur. Du nord , son culte passa 
dans le midi de la Cambrie , dont les hagiographes , peut- 
être par un souvenir des funestes démêlés nationaux qui 
coûtèrent la vie à Urien , ou pour rendre sa mémoire plus 
chère aux méridionaux , prétendirent que leurs ancêtres lui 
devaient l'expulsion d'une colonie gaêle , établie dans le pays 
depuis' le temps des Romains. Une fois honoré des Bretons 
insulaires , il ne pouvait manquer de l'être de ceux d'Armo- 
rique. des derniers mirent trois églises sous son invocation ; 
et aujourd'hui que son culte est aboli au Pays de Galles , on 

« Myvyrian archaiology of WaUs, t. i , p. 78. 
« Ibid., 1.2, p. 13. 



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61 

voit avec un pieux étonnement qu'un grand nombre des Ar- 
moricains, restés plus fidèles que les Gallois à la religion des 
ancêtres , et particulièrement les habitants des paroisses de 
Saint-Urien, deLann-Urien et de Plurien dans Tévêché de 
Quimper , vénèrent comme leur patron le vieux chef des Bre- 
tons du nord. 

Il me reste à donner quelques explications sur deux ou 
trois points obscurs du poème, et à faire différentes remarques 
philologiques. 

Dès le début, cette phrase arrête le lecteur : cOn a crié 
du seuil du Ler'h : Dunod, le fils de Pabo, ne recule jamais! » 

n est facile de voir que le barde rappelle à sa mémoire , 
pour s'encourager lui-même , une parole fameuse adressée 
à un de ses plus illustres compatriotes , surnommé dans les 

^. Annales bretonnes , le Sage , le pilier de bataille de Vile de 

Bretagne , > et qu'il s'en fait l'application. Mais d'où vient ceOe 
parole? 

Qu'est-ce que cette cabane mystérieuse? Qu'est-ce que ce 
ler'k d'où elle sort? c En Basse-Bretagne , dit Dom Le Pel- 
letier, on donne par excellence le nom de 1er* h à certaine^ 
grandes pierres plates , un peu élevées de terre , sous les- 
quelles on peut être à couvert , et qui sont l'objet de fables 
parmi les paysans.^ » 

Quelques personnes, dit un autre lexicographe breton , < 
les désignent sous le nom de Dolmen ou tables de pierres. En 
Galles , elles ont la même signification , ^ ainsi qu'en Irlande 
et en Ecosse. ^ Maintenant , un écrivain gallois , du Xn*" siè- 

« Far... post kad enez Preden. (Myvyr. arch., i. 2, p. 3.) 
fl Dictionnaire de la langue bretonne au mot leeh. 
^ Le Gonidec, dictionnaire breton-français , p. 308. 
^ Owen's Dictionary, t. 2, p. 268. 

» Dictionary of tbe gaelic language, puëlislied under the direction 
of the HighUnd society of Scotland , vol. 1 , p. 226. 



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62 

cle , nous apprend que de son temps , dans son pays , on les 
appelait les pierres qui parlent ou qui rendent de$ oracles , en 
breton ler'h lavar. Une d'elles , dit-il , était jetée connue un 
pont sur une rivière : les pieds des passants lui avaient donné 
le poli et l'édat du marbre ; elle était fendue par le milieu , 
et , cette fente , selon une antique tradition populaire , pro- 
venait de ce qu'on y avait déposé un cadavre dont le contact 
avait fait subitement parler la pierre. On racontait aussi que, 
d'après une prédiction de Merzin , un roi des Anj^es , vain- 
queur des Gaêls d'Iriande , et blessé en ce pays par un hom- 
me à la main rouge , devait mourir sur la pierre qm parle, i 
Un siède auparavant, un conteur populaire breton nous 
n^ontre , au fond d'une forêt , un ler*h sous lequel dort un 
guerrier noir , mystérieux , invincible , enchanté , qui , toutes 
les fois qu'on lui jette un triple défi , se lève, apparaît monté 
sur un squelette de cheval , revêtu d'une armure rouillée , at- 
taque son ennemi , se remet en selle aussi souvent qu'on le 
désarçonne , et finit par disparaître , emmenant le cheval de 
son adversaire. ^ Dans une imitation en vers du conte dont je 
parle , le mot 1er' h est rendu par tombel, ^ et c'est probable- 
ment sa véritable signification ; car on trouve des ossements 
calcinés et des armures sous la plupart de ces monuments , et 
l'on peut conclure de plusieurs passages de poèmes bretons , 
principalement d'un de ceux attribués au barde Merzin, 
que c'étaient des tombeaux. Prophétisant à ses. malheureux 
compatriotes qu'un héros de leur race sortira de la tombe 
pour venir les venger des Saxons , il s'écrie : < Un des six les 

' Sonti tiitem ler'h lavar, lapis loqnax. (Giraldus Cambrensis. 
hinerariom Cambria, p. 778.) 

* G>ntes populaires des anciens Bretons , i. 2 , p. 348. 

s Pereeval'4e'GaUois , par Chrétien de Troyes. Bibliothèque 
royale de Ptfîs , ma. n^ 7525, et Contes populaires, p. 299, t. 2. 



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63 

plus illustres se lèvera de dessous le ler'k où il est enfermé 
depuis longtemps , et il sera vainqueur, i » 

De tous ces témoignages je conclus que c*est la voix de la 
tombe, la voix d*un héros de la patrie, couché sous la pierre 
du sépulcre , qui a jeté le cri belliqueux dont Liwarc'h-Henn 
rappeDe le souvenir encourageant. 

Un autre point du poème auquel le lecteur a pu chercher 
une explication , comme les antiquaires Gallois , et que ces 
derniers n'ont pas éclairci , est la mention faite par le barde 
de la tête d'Urien qu'il emporte. cD semble, dit le docteur 
Owen , que Liwarc'h mit en sûreté la tête de son ami ; s'il le 
fit, quelle fut son intention? Ceci ne fait-il pas allusion à 
quelque coutume particulière ailx Bretons? > 

Effectivement , ils conservaient avec vénération la tète de 
leurs grands hommes. Nous voyons, dans les Triades de l'tle 
de Bretagne , les compagnons d'un prince Breton appelé Bran- 
le-Béni , tué dans un combat contre les Gaêls d'Irlande , em- 
porter du champ de bataille la tète de leur général, et la garder 
religieusement comme un palladium contre les invasions étran- 
gles : tant qu'ik possédèrent ce sacré dépAt, disentles Triades, 
les Saxons ne purent prévaloir contre les Bretons, mais Arthur 
ayant dédaigné un pareil talisman , et ne voulant chercher 
d'appui que dans son propre courage pour défendre sa patrie , 
l'Ue de Bretagne fut envahie. ^ H y a tout lieu de croire que 
la tête d'Urien fut remise aux mains des moines de Bangor , 
et déposée dans le sanctuaire de leur église, parmi les reli- 
ques des autres Saints nationaux : les Apôtres du Christia- 
nisme naissant avaient de bonne heure, on le sait, ' consacré, 



< Myvyr, arck., i. 1 , p. 144. 
1 Triades. Myvyr. orcA., t. 2. 
* Ex tniiqaîs oonstitatioiiibas Ecdesiarum OrienUdiam. G. 62. 



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64 

en le purifiant, l'usage païen d*honorer les restes des objets de 
la vénération populaire. On lit dans les Constitutions de 
l*Eglise d'Orient suivies par les Bretons : c Que les ossements 
des saints martyrs qui ont combattu le bon combat pour le 
Christ et la foi orthodoxe , soient déposés dans les églises ; 
car ils sont les amis de Dieu, et la couronne du peuple chré- 
tien. » 

Or , U ne faut pas oublier , qu'en réalité , Urien mourut en 
défendant, contre la barbarie et les Saxons païens , la cause 
du Christ et de la civilisation. 

J'arrive à l'examen du texte du poème. 

C'est un de ceux qui ont été le plus altérés par les copistes, 
et rendus ainsi des plus obscurs , comme je l'ai déjà fait 
observer. Pour rétablir autant que possible la version primi- 
tive, j'ai comparé et éclairé l'un par l'autre le texte du lÀvre 
noir de Kerverzin et celui du lÀvre rouge d'IIerghest; mais 
tous deux ont évidemment bien souffert. Je me suis aussi 
servi du texte de V Archéologie galloise suivi par Owen ; mal- 
heureusement , ni elle ni lui n'ont pu m'ètre d'aucune uti- 
lité : ce dernier même est moins propre à jeter du jour que 
des ombres sur le sujet , car , selon sa coutume , il traduit 
souvent de plusieurs manières différentes : par exemple , dans 
son Dictionnaire , il rend ainsi le premier vers de la pièce : 
Que le furieux Unhouc'h me guidel > et dans ses Élégies : En 
avant, â toi, lance de frêne meurtrière ! 2 Puis, oubliant 
qu'après avoir pris, avec raison, le mot Unkouc*h pour un 
nom d'homme , il lui a donné ensuite le sens de lance de 
frêne, il le rend par assaut violent, et traduit le premier vers 
de la quatrième strophe : Uaigle du Gaulois de violent assaut , 3 

■ May the furious Unhwcb lead me on. (Vol. 2, p. 549.) 

* Let me be goided onward, Uiou asben spear of dealh. (P. 73.) 

s The eagle of Gai of vident thrn&t. (Dictionary, ?ol. 2, p. 57.) 



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65 

qu'il a interprété précédemment : Comme l'aigle , un ennemi 
avec une lance de frêne ' . Il n'est guère de strophe du poème 
où on ne le trouve ainsi en désaccord avec lui-même , et, ce 
qu'il y a de plus fâcheux , c'est qu'il a induit en erreur le yé- 
nérable Sharon Tumer *. Me sera-t-il donc permis de réda- 
mer pour ma traduction un peu de l'indulgence dont la sienne 
a besoin? 



« Like ihe eagle a foe with an asben spear. (Elégies, p. 23.) 
s History of (he Anglo-Saxons, 1. 1 , p. 305, éd. de 1828. 



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CHANT DE MORT 



KENDELANN, HLS DE KENDROUEN. 



(577.) 

ARGUMENT. 

On lit dans la Chronique Saxonne : 

« En Tan 577 , Kouthwin et Keawlin combattirent les Bre- 
tons et leur tuèrent trois rois : Konmael , Kendelann et Ka- 
renmael , en un lieu appelé Deorham , et leur prirent trois 
villes : Glocester , Cirencester et Bath. > > 

Ce Kendelann que les divers manuscrits gallois appellent 
indifféremment Kynddylan, Kondolen et Kandilen, et les 
auteurs saxons Condidan et Candidan , en altérant son nom , 
est le héros d'une des élégies de Liwarc'h-Henn. Il régnait 
sur les Bretons de Powys, maintenant Montgommery , et suc- 
comba sous les forces combinées des Saxons et des Logriens. 
Karenmael ou Keranmael dont la Chronique Saxonne le fait 
accompagner , et qu'elle nomme improprement Farinmael , 
était le fils de Kendelann , et figure également parmi les plus 
illustres compagnons du prince chanté par le barde. Quant au 
chef Konmael , il ne le mentionne pas , et il est difficile de 
deviner auquel des guerriers dont il parle , ce surnom fort 
commun s'adresse. On chercherait aussi vainement dans le 

> Chnmicon Sax. , édit. de Gibson, p. 22. Oxford, 1692. De- 
orham est mtinteoant Derham dans le Glocestersbire. 



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67 

poème les deax chefe saxons de la Chronique. Selon une ha- 
bitude particulière aux bardes, Tennemi des Bretons s'y 
trc^uVe personnifié sous la figure d'un sanglier , en langue cel- 
tique tourc'k , dénomination où les écrivains gallois moder- 
nes, prenant le Piréepour un homme» ont vu le nom d'un chef 
saxon. 

n B>st guère plus aisé de déterminer d'une manière pré- 
cise la position des lieux honorés par les combats de Km^ 
dèlann : cependant on sait positivement à quels comtés ac^ 
tuels de rile de Bretagne appartiennent ceux qui 8<mt le phia 
souvent cités dans son âégie : ainsi Pengwem est maintenant 
Shrewsbury , viBe du Shropshire ; Trenn est la ville actuelle 
dé Tem, éx même éOnlté , et Bagas celle de Bteing, dans le 
Rampsdire. Du reste , on comprend sans peine cette difficulté 
de retrouver tous les noms celtiques sous les noms saxons im^ 
posés.par les conquérants : dans les pays de frontières , tou- 
jours les premiers envahis , comme Font été ceux dont nous 
pâirtons, et qui, à chaque invasion nouvdle, passent en de nou- 
velles mains , rien n*est plus variable que les dénominations 
géographiques ; et la recherehe des noms prlmitife sur la 
carte est une entreprise oà l'on doit rarement espérer de 
réussir. 

Les noms d'hommes et de lieux sommairement onœtatés , 
je passe à l'exposition des idées développées par notre barde. 

Ce sont d'al)ord les vertus de Kendelann qu'il chante ; sa 
générosiié , son courage , son obstinaâon , sa finesse , son ar- 
deur guerrière égale à celle du limier , du feucon , du san- 
glier , du lion ; ardeur qui enflamme les coeurs et les entraine 
à soi comme à une fête , comme à un assaut. Heureux le 
peuple qui a pour chef un pareil défenseur , car voilà qu'on 
entend le bruit sourd de l'ennemi qui s'avance : il Ciut se 
serrer en faisceau et se fortifier sur les hauts lieux. 

Vains efforts! L'armée étrangère composée d'Angio-Saxons , 



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68 

que le barde appelle Franks , et de Logriens , peuples de 
TAngleterre aciucUe , a triomphé de la résistance des indigè- 
nes; et, après avoir tout détruit, tout pillé, elle s'élc^e 
pour aller porter ailleurs la désolation et la mort. 

L'ennemi parti , la nuit venue , on voit , parmi Içs rujne^ 
qu'il a faites , un cercueil dans une grande salle vide , sonH 
bre , »lencieuse , sans lumière, sans feu , sans toiturcf , ou- 
verte à tous les vents du ciel , et, près de oe cercueS , le. 
barde veillant et pleurant. Tandis qu'il veille ainsi , des crif, 
ptf çants parvi^nent à son oreille , dans le silence de la nwt» 
C'est la voix d'un aigle de la montagne , rouf^ du sang de 
Kendelann, oà il «i -étanché sa soif , et du sang des autres 
guerriers massacrés, où il se plonge avec volupté ; c'est Iq 
voix d'un second aigle , posé sur le fa$te du palais du chef* 
breton , et qui demande sa chair à dévorer. 

De la salle funèbre , le barde accompagne le corps, de. 
Kendelann dans l'église où le prince doit être înhmmé , et- où 
ont été déposés les restes de ses compagnons morts en com* 
battant. 

Parmi ceux-ei, il retrouve plusieurs des habii^yalS' d'une 
ville en construction appelée la VUk blanche , dont les murs , 
sans cesse arrosés du sang des mdigènes , n'ont probablement 
jamais été achevés. 

n reconnaît les sœurs héroïques de Kendelann, qu'il nomme 
ses sœurs ; plusieurs frères du chef breton , qu'il nomme 
aussi ses frères , enfin le héros Keranmael , qu'il célèbre le 
phis après Kendelann. 

Quand il a rempli de la sorte les devoirs de la piété frater- 
nelle, il se donne à lui-même le conseil de fuir dans la soli- 
tude , croyant d^à sentir le froid de la lance du Saxon qui 
viendra tout-à-rhenre pour livi*er aux flammes l'église qui 
sert d'asile aux morts illustres qu'il a chantés. 

Hais le sang de tant de victimes , celui surtout de Kende* 



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69 

iann et de ses sœurs , dont le barde se plaît à répéter avec 
amour les noms , en finissant , n'aura pas été versé en vain : 
un guerrier mystérieux , invincible , ne tardera pas à se pré- 
senter à la tête d'une armée nombreuse , et vengera les Bre- 
tons. 

Tel est le thème de Télégie qu'on va lire. 

L'auteur débute en s'adressant pathétiquement aux jeunes 
filles de l'Ile de Bretagne , qu'il convie au spectacle déchirant 
du palais de Kendelann et de tout le pays en flammes. 



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IV. 

MARONÂD 
KENDELANN, MAB KENDROUEN. 



I. 



Savouc'h ac'hlan , monvenion y ha sel- 
louc'h gweredre — Kendelann ! — 
Lez Pengwern n'ez tande ? 
Gwae ieuenk a eizun brodre ! ^ 

Un prenn ha gwezwid — ar-n-han — 
Oc^h diank ez odid ! 
 menno Diou deruid. ^ 

Kendelann , kalon ien — goam ! — 
 gwan tourc'h troue è penn , 
Ti a rozez-t*kourou Trenn. ^ 

I Sefwch allsn vorwyDion a selluch werydre Kyndylan 
Lys Pengwern nead tande 



Gwae ieuaioc a eidun brotrc. 



(Mss. de Herghest.) 



t Uo preo a gooil arnau 
dianc ys odid 
A vynno duw dervid. {Ibid. ) 



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IV. 
CHANT DE MORT 

DE 

KENDELANN, FILS DE KENDROUEN. 



Levez-vous ^ jeuoes fiUes , et regardez le pays 
de KendelaDO ! Le palais de PeDgwem ^ n'est-il 
pas en feu ? Malheur aux jeunes [persoDues] qui 
d^irent les alliauces ! 

Un arbre de chèvrefeuille couvert échappera 
peut-être; [mais] ce que Dieu voudra arrivera. 



Kendelann^ au cœur [maintenant] froid [com- 
me] l'hiver, le sanglier^ t'a transpercé la tête, 
à toi qui prodiguais la cervoise de Trenn. ^ 

' Kyodylan kaloo iaen gauaf 
A want iwrch trwy ei ben 
Cq a rodeist caruf tren. [Ma- de HergheU.) 

* Shrewsbury , dans IcvSbropshire , capitale da pays de Powys , 
ou de Montgommery , avant que ce fût Matbraval. 

> L'enoenii, le chef saxon Koutbwin, ou son allié KeaMrlio. 

• Tern , dans le Shropsbire , près de Wrekin. 



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72 
Kendelann, kalon gozaez — goaDouen^- 
O kevlouen am keviez , 
Enn amouen Trenn , trev difez. l 



Kendelann , pever post kewlad ; 
Kadouenok , kendeniok kad ; 
Amesker TreDn , trev é tad. 2 



Kendelann y pever pouel oc'h pru, 
Kadouenok y kendeniok lu , 
Âmesker Trenn, hed tra bu. ^ 



Kendelann , kalon milgi , 
Pan diskennei enn kemmelri — kad , — 
Kelanez a lazei. ^ 

Kendelann, kalon hebok, 
Bezeî'r, enn gwir, kendeirtok, 
Keneu Kendrouen kendeniok. 5 

I Kyndylan kalon godaith wanwyn 

gyfloyn amgyuyeilh 

Yo amwyn treo trif difaitb. 

(Mis.deHerghesl.) 
• Kyndylao bever post kywlat 

Kadwyoauc kyndynnyauc cat 

Amucsei iren Iref ei dad. ( Ibid. ) 

^ Ryodylan beuyr buyil o fri 



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73 
Kenddann ! ton cœur était un feu de brous- 
sailles du printemps j quand tu te conjurais avec 
les hommes de la langue commune, quand tu 
défendais Trenn , ville maintenant détruite. 

Kendelann ! [tu étais la] colonne éclatante de 
la commune-patHe; tu portais le collier [d'hon- 
neur]; tu étais le chef [le plus] obstiné dans le 
combat; tu défendis Trenn , la cité de ton père. 

Kendelann! par ta finesse, tu brillais entre 
tous; tu portais le collier [d'honneur]; tu étais 
le chef [le plus] obstiné de l'armée ; tu défendis 
Trenn, tant qu'elle exista. 

Kendelann , cœur de limier ! Quand tu des- 
cendais dans la mêlée, tu entassais les cada- 
vres. 

O Kendelann! cœur de faucon, tu étais, en 
vérité , un chef indomptable , ô enfant de Ken- 
drouen l'obstiné! 

Radwyiiauc kyodynyatte lu 

Amucsei Tren byd tra vu. ( Ibid.) 

* Kyodylan kalon mUgi 

Pan disgyoei ya nghymbelri cat 

Kelanedd a ladeî. ( ibid. ) 

^ Ryodylao kalon hebane 

Buteir ennwir gynndelriauc 

Kenau Kyndrwyn kyndyniaac. {Ibid,) 



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74 
KendelaoQ , kaloD gwezrhoUc'h , 
Pan diskenoei enn prif huc'h — kad, 
Kelanez enn deu trouc'h. ^ 



Kenddann , goul-houc'h Kenniviad 
leou, — 
Bkiz delen dîskeniad ; 
Ned adver tourc'h trev he tad, 2 

Kendelann ^ bed tra attad 
Ez ade ë kalon , mor gwelad ^ 
Gant-han , mal ë tourouf e kad. 

Kendelann 9 Pouis porfor — oez it^ — 
Kel e&bed : beoued ior, 
Keqeu Kendrouen koiienitor ! ^ 

Kendelann , gwenn mab Kendrouen , 
Ne mad gwisk barv am he froen , 
Gour ne bez gwell na morwen. ^ 



* Kyodylan kalon gwlb hwcb 
Pan disgynei ympriffwch cad 
Relanedd yii deo drwcb. 

(Mii.deHerg.) 
> Kyodylan gulhwcb gynniliad Jew 
Blei dilia disgyBÎat 

Nid adfer Iwrch Iref he dad . ( Ibid . ) 

* Ydd adai ei galoo mor wylad 



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75 
O Kendelann ! cceur de saoglier y 6 quand tu 
descendais le premier dans la mêlée du combat , 
de deux coups [tu faisais] des cadavres [de tous 
les ennemis. ] 

Kendelann y sanglier vorace, lion belliqueux , 
le loup suit le guerrier descendu [dans la mêlée] ; 
le sanglier ne rebâtira pas la cité de son père. 

Kendelann j tant que le coeur allait à toi , il 
était en grande fête; [il allait] comme à l'atta- 
que dans le combat. 

Kendelann , ta étais la pourpre de Powys , ^ le 
refuge des exilés : ah! qu'il vive immortel ^ le fils 
de Kendrouen que l'on pleure ! 

Kendelann , blanc fils de Kendrouen y il ne con- 
vient pas qu'il porte [comme toi] de la barbe au- 
tour des narines , l'homme qui n'est pas plus 
brave qu'une fille. 

Gaotâu mal j goraf i gad. (Mu. de Herg. ) 
* Kyodylan Poays borfor wycb yt 
Kel esbyd bywyd Sor 

Keneu Kyndrwyn cwynitor . ( Ibid . ] 

» Ni mad wisg baryf am ei drwyn 
Gwr ni les gwell no roorwyn. {Ibid. ) 

* Liiiôralemeot : cœur de porc iomvage. 
' Le comté actuel de Monlgommery. 



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76 
Kendelann, kemmouiad ouet; 
Ar meized na bedeloued^ 
Am trebouil toul té eskoued. 1 

KendelanD , kae-te er riou : 
Enn hi dai Loegroùiz heziou; 
Anogelez. am un n'ed eou. ^ 

KendelaDD, kae-te té penn: 
Enn hi dai Loegroùiz troue Trenn; 
Ne gel ver koed oc'h un prenn. 5 

II. 

Gan men kalon-i mor dru ; 
Keselti estellod du 
Gwan knod Kendelann^ kenrann kant lu! ^ 

Estavel Kendelmin ez teouel — heno , — 
Heb tan 9 heb gwele : 
Gwelani dru, tavam gouede. ^ 

' Kyodylao kymmwyad wyl 
At roeitbjd na bjdjiwyt 
Am drcbwll Iwll dy ysgwyd. 





(Ms8, de Herghest.) 


Kyodylan kae di y rbiw 




Er ydaa Lloegyrwys beddiw 




Aingeledd am un nid iw. 


f/6id.) 


Ni eluir koed o un pren. 


{Ibid.) 


€aii \y DgbaloD i mor dru 




Kyssylllu yslyllod du 





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77 
Kendelann , tu étais un terrible adversaire ; tu 
ne regardais point à la peine , quand ton bou- 
clier trouait la mêlée. 

Kendelann , fortifie-toi sur le rocher : les Lo- 
griens ^ vont y venir aujourd'hui; [mais] la 
crainte n'est point [faite] pour un [homuàe.] 

Kendelann / fortifie-toi [âar] tes hauteurs; les 
Logriens vont y venir par Treno; [mais] on n'ap- 
pelle point forêt un arbt^e. 7 

n. 

Mon cœur est en proie à.ime grande tristesse ^ 
quand je songe que des planches noires pressent 
la chair de Kendelann , le chef de cent armées. 

La salle de Kendelann est sombre, cette nuit, 
sans feu , sans lit : je pleure amèrement ^ je me 
tais après. 

G wyn gnaud K yndylan ky ngrao kan lu . ( Ibid . ) 

» Ystafd Kyndylaa js tywylt he^o 

Heb dan heb wely 

Wylafwers tawaf wedy. {Ibid,) 

• Les Saxons conquérants el leurs alliés les indigènes du pays 
de Logres on de TÂngleterre orienule, la première envahie par 
les étrangers. 

7 C'est-à-dire : ils ne méritent pas leur réputation , ils ne sont 
pas aussi terribles qu*on le oroit ; comme nous dirions en fran- 
çais : Un arbre ne fait point une forêt. 



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78 
Esiavel Kendelann ez teooel — lieno , — 
Heb tan , heb kabouel : 
NameD Diou , piou a'm direî pbuel ? 

Estavel KendelanD ez teouel *-- heno, — 
Heb tan , heb goleaad ; 
Ëlkl amdav am danad î 

Estavel Kendelann ez teouel — 1^ non , — 
Gouede gwenn kevezez : 
Gwae ne goura da he divez ! i 

Estavel Kendelann n'ed aezoued — heb 
gwez? — 
Mae enn bez fé eskoued : 
' Hed tra bou , ne bou toul kloued ! 2 

Estavel Kendelann ez digariad — ^heno : — 
Gouede er neb piaouad. 
Wi! o ÂnkeUy berr emgad ! ^ 

Estavel Kendelann n'ed esmouez — ^heno, — 
Ar penn karrek Hedouez , 
Heb ner, heb niver, heb ammouez. * 

* Gwedy gwen gyweithydd 

fiwae ni wna da ai djayd. 

(Msi. de HerghmL) 
t Ystâfel Ryndylan neud aethwyd heb wedd 

Uttt jm bed dy yagwyd 

Ryd tra bo ni bo doH glwyd. ( Ibid. ) 

s Gwedy yr neb pienat 



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79 
La salle de Kendelann est sombre, cette nuit , 
sans feu , sans lumière : si ce n'est Dieu / qui me 
donnera du courage? 

O salle de Kendelann ! que tu es sombre, cette 
nuit , sans feu , sans clartë : quel silence règne 
autour de toi! 

La salle de Kendelann a de sombres lambris ; 
plus de compagnies souriantes; malheur à qui 
ne fait pas sa fin bonne ! 

Salle de Kendeltitn, n*es-tu pas privée de ta 
beauté ? C'est que ton boucler est dans le tom- 
beau ; tant qu'il vivait , il n'était pas ouvert ce 
toit ! 

La salle de Kendelann reste délaissée, cette nuit, 
après celui qui la possédait. Ah ! malheur ! ô 
mort , prends-moi vite ! 

La salle de Kendelann n'est pas agréable , cette 
nuit, au sommet du rocher dllédouez, ^ sans 
maftre , sans société , sans fête. 

Wi aogea byr ynogat. (I6id.) 

* Ystafel Kyndj^an nis esnmylh beno 
Ar bênn karec Hydwyth 
Heb ner heb nifer heb anuawylb. (Ibid.) 
* C'est peut-être Berry, qai n*est pas loin de la eoHioe d*Uri- 
cooium, oa Worcester, ville qui appartenait à Kendelann; peut- 
être Hodnet, près de Shrewsbury. 



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80 
Estavel Kendelann ez teouel — heno, — 
Heb tan , heb gwerzeu : 
Degestuz deu-ruz dagreu* * i 

Estavel Kendc^nn ez leouel — heno , — 
H^ tan , heb teulu ; 
Hidel-ma ez genu. 2 

Estavel Kendelann am gwan — he gweled — 
Heb toed, heb tan ; 
Marv mé gleou , beo me uoan ! ^ 

Estayel Kendelann ea pei^iok — heno, — 
.Gouade kadouir bodok : ^ 
Elvan, Kendelann, Kueok. 

Estavel Kendelann ez oergre — heno — 
Gouede ë parc'h am boue; 
Heb gouir, heb gwragez a hi kadoue. ^ 

Estavel Kendelann ez ar tav — heno — 
Gouede kolli he henav. 
Oh ! maour trugarok Diou ! pa gounav? ^ 

* Heb dan heb gcrddau 
Drgysiudd deunidd dagrau. 

(Min. de HergheU.) 
s Hîdyl maa ydgyiiu. (Ibid.) 

* Marw ty Dglyw byw my bunan. {Ibid.) 

* Gwedy kedwyr Todawc. (Ibid,) 
» Ystafel Ryndylan ys oergrai heno 



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81 
La salle de Kendelann est sombre celte nuit^ 
sans feu , sans chansons ; les larmes me creusent 
les deux joues. 

La salle de Kendelann est sombre cette nuit, 
sans feu, sans famille; elle cause mes abondantes 
[larmes]! 

La salle de Kendelann me brise [le cœur] , 
quand je la vois sans toit, sans feu ; mon chef est 
mort , et je vis ! 

La salle de Kendelann reste ouverte cette nuit , 
après avoir été Tasile des guerriers accoutumés : 
El van, 7 Kendelanû, Kuok. « 

La salle de Kendelann est triste cette nuit 
[pour moi], après les honneurs que j'y reçus; 
sans les guerriers , sans les dames qu'elle rece- 
vait. 

La salle de Kendelann se tait cette nuit , après 
la perte de son ancien [maître]. Oh! Dieu très- 
miséricordieux ! que ferai-je? 

Gwedy y parch am buai 

Heb wyr heb wragedd ai kadwai. {Ibid.) 

* Ystafel Kyndylan ys ar af heno 

Gwedi colli ei hynaf 

Y inawr drigawc Daw pa wcaf. ( Ibid. ) 

7 Fils de Readroaen ei frère de Keodelann. 
• Autre frère de Kendelann. 



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82 
Estavel Kendelann ez teouel lie nen y 
Gouede dWa oc'h Lo^ouiz 
Kendelann hag ElvaD Pouiz. 

Estavel Kendelann ez teouel heno 
Oc^h plant Kendrouen : 
Kenan^ ha Gwion, ha Gwenn. 

Estavel Kendelann am erwan — ^pobhaour,— 
Gouede maour emgennerzan 
A gweliz ar té penn-tan. * 

III. 

Erer Eli , ban he lev , - 
Leiz eo gouir lenn j 
Kreu kalon Kendelann gwenn. t 

Erer Eli , gorel vi , — henoz , — 
Enn gwaed gouir gwenn novi ; 
Hef enn koed ; troum hoed i-mi ! 5 

Erer Eli a klevam — heno — 
Kreuled eo; n^ez beiziam, ^ 
Hef enn koed ; troum hoed ar-n-am ^ 

I YsUfel Kyndjlaa aro erwan pob awr 

Gwedj mawr ymgynyrdan 

A weleb ar dj benun. (Ma. de HerghesL 

» Eryr Eli ban ei lef 

LIeisiea gwyr Uyn 

Kraa kaloo Kyndylan wyn. (IM.) 



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83 
La salle de Kendelann a son plafond sombre, 
depuis que les Logriens ont bnilé Kendelann et 
Elvan de Powys. 

La salle de Kendelann est sombre cette nuit , 
à cause des fils de Kendrouen : Kenan , et G^ion , 
et Gwenn. 

O salle de Kendelann , tu redoubles mes cha- 
grins à toute heure 9 depuis [qu'a cesse] le grand 
tumulte que je voyais à ton foyer. 



III. 



L'aigle d'Eli ^ élève la voix, il est humecté du 
sang des hommes , du sang du cœur du blanc 
Kendelann. 

L'aigle d'Eli pousse des cris aigus, cette nuit , il 
nage dans le sang d'hommes blancs : il est dans la 
forêt ; quels regrels cuisants j'éprouve ! 

J'entends l'aigle d'Eli cette nuit ; il est ensan- 
glanté ; je ne le défierai pas , il est dans la foret ; 
quels regrets cuisants j'éprouve ! 

* Yn ngwaed gwyr gwynn novi 
Ef jù ngboed twrwm hoed i mi. 

(Mi$. de Herghesl,) 

* Crewiyd yw nîs beiddiaf. ( Ibid. ) 

* Cesi peut-être la montagne d*Eli , en Irlande , que Nennias 
appelle Krtiac'han Eli, 



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84 
Erer Eli gorzremet , heno^ 
Defrent Mesir raogedok , 
Tir Broc'hmael; liir regozed. 

Erer Eli ec^hedou mir ; 
Ne treuz peskod enn ebir ; 
Gelvet, gwelet oc'h gwaed gouir. * 

Erer Eli goremza — koed , — 
Kevore koania; 
k he laouc'h louezet he traha ! 2 

Erer Pengwem , penn-karn louet , 
Ar-uc'hel he adlez : 
Eizik am kik ^ a kerez. 4 ^ 

Erer Pengwern, penn-karn louet, 
Ar-uc'hel he levan, 5 
Eizik am kik Kendelann. 

Erer Pengwern , penn-karn louet 

* Eryr Eli echeidw myr 
Ni threidd pysgod ya ebyr 

Gelwid gwelit waed gwyr. (Ma. de Herghexl.) 

* Eryr Eli gorymda koed 
Kyfore kinyawa 

Ai lauch Iwyddid et draha. ( Ibid.) 

^ Eryr Pengwern pengam llwyd 
AmclieJ ei atles 
Eiddig am gig. { Ibid. ) 



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85 
L'aigle d'Eli a dévasté , celte iiuit^ la vallée de 
Mesir , 6 la noble , et la terre de Broc'hmaël ; 7 
il Ta opprimée longtemps. 

L'aigle d'Eli garde les mers; les poissons n'en- 
trent point dans les passages ; il appelle y en 
voyant du sang humain. 

L'aigle d'Eli erre dans la fôrét; dès Taurore 
il se repait; que celui qui le gorge réussisse dahs 
ses ruses ! 

L'aigle de Pengwern^ au bec gris^ [pousse] 
ses cris les plus perçants ^ avide de la chair [de 
celui ] que j'aimais. 

L'aigle de Pengwem , au bec gris , pousse ses 
gémissements les plus perçants j avide de la 
chair de Kendelann. 

L^aigle de Pengwem ^ au bec gris , pousse les 



4 Ce mot est omis dans le Mss. de Herghest , le Livre noir de 
Hengart écrit a gereii. 

* Arachel eaan [he baa?]. 

[Mii.deHerghesL) 

« Sceur de Kendelano. 

' Prince de Powys, père de saint Salio. Il commandait» avec 
Kadvan , les Bretons à la célèbre^ baUille de Chester, en 607 » où 
ils Tarent battus par Ethelred, roi du Norlhomberland , et où deux 
cents moines de Bangor forent massacrés. 



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A.r-uc'hel he adam, 
Eizik am kik a karam. i 

Erer Pengwem pell galvet — heno — 
Ar gwaed gouir gwelet : 
Re gelver Trenn trev difed. 2 

Erer Pengwem pell galvet — heno — 
kr gwaed gouir gwelet : 
Re gelver Trenn trev lezret. 



IV. 



Eglouizeu Basa e gorfouiz -^ heno — 
E divez emgennouiz 
Kleder kad , kalon Argoedouiz. 5 

Eglouizeu Basa int faez — henoz — 
Më tavod a heu gounaez ; 
Ruz int houei ; re më hirraez ! ^ 

Eglouizeu Basa int enk — henoz — 

I Arachel ei adaf 

Eiddig am gig a garaf. (Mu. de Herghai.) 
1 Eryr P«Dgwera pell galaaud heno 
Âr waed gwyr gwjlat 

Rby gelwir Tren tref difaud . ( Ibid. ) 

> Eglwjsan Bassa y orffbwys heoo 

Y diwedd ymgjDDwys 
' Kledyr kad kaloD Ârgoedwys. (Ibid.) 



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87 
cris les plus aigus ^ avide de la chair de celui que 
j^aime. 

L'aigle de Pengwem a appelé au loin cette 
nuit ; on le voit dans le sang des hommes. Trenn 
est trop bien nommée la cité déserte. 

L'aigle de Pengwem a appelé au loin cette 
nuit ; on le voit dans le sang des hommes. Trenn 
est trop bien nommée la cité inbendiée. 



IV. 



Les églises de Basa 5 [sont] dans un grand 
deuil cette nuit ^ en recevant les restes du pilier 
de la bataille; du cœur des hommes de TÂr- 
goed. û 

Les églises de Basa sont pleines cette nuit ; ma 
langue les a faites [telles] ^ 7 elles sont rougies 
[de sang]; trop [longue est] mon angoisse ! 

Les églises de Basa sont étroites cette nuit , 

* \y Dhafawd ao gWDaetb 
Rhadd ynt bwy rhwy vy biracth ( Ibid . ) 

* BasÎDg, dans le Hampabire. 

• Du pays boisé ; par oppoaiUon aux cOtes. Les paysans d'Armo- 
rique divisent encore leur pays en Ârvar, le rivage, et en Âr- 
ffoed ou Argoadt le bois, Tintérieur des terres. 

' Le barde veut dire qu'ayant contribué par ses cbants à exciter 
les guerriers au combat , il a été la cause de leur mort. 



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88 
E etivez Kendrouen , 
[Tir] ^ mablann Kendelann gwenn. 

Eglouizeu Basa int tirioD — heno — 
E gwaed heu mellion , ^ 
Ruz int-houei ; re me kalon ! 



Eglouizeu Basa kollasant heu braint, 
Gouede è diva oc'h Loegrouiz 
Kendelann hag Elvan Pouiz. 

Eglouizeu Basa int diva — heno, — 
Ec'hed houînt ne para : 
Goer a goer ha me ama. ^ 

Eglouizeu Basa int barvar — heno — 
Ha menneu oum diar ; 
Ruz houei ; re men galar ! ^ 



E trev gwenn enn brou ê koed, 

■ Ce root n'existe que dans le Livre rmige de Hergbest, je Taî 
rétabli d*aprè8 lui : oo y lit : 

Tir mablan Ryndytan wyu. 
* Y gwuaeth eu meillion. 

(Mu. de HerghiU.) 
^ Eglwysau Bassa jnl difa heno 
Ychetwyr ui phara 
Gwr a wyr a mi yma. [Ibid.) 



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89 
pour les descendants de Kendrouen^ [devenues 
qu'elles sont] la sépulture de famille du blanc 
Kendelann. 

Cette nuit les églises de Basa sont des tertres 
[funèbres] dont les trèfles [croissent] dans le 
sang , et sont rouges ; ^ mon cœur est trop [ na- 
vré!] 

Les églises de Basa ont perdu leurs privilèges, 
depuis que les Logriens ont brûlé Kendelann et 
Elvan de Powys. ^ 

Les églises de Basa sont en flammes cette 
nuit, il n'en reste que peu [de chose] ; c'est ce que 
sait Celui qui sait ce que [je sais] moi-même. ^ 

Les églises de Basa sont silencieuses cette nuit, 
et moi aussi je suis triste ; elles sont rouges [de 
sang]; trop [vive est] ma douleur! 

V. 

La ville blanche au sein du bois , depuis qu'on 

* Ui iniouao wjf dyar 
Rbudd bwj rbwy ry ngalar. (Ibid,) 

^ Liwarc*h-Heon devance ici par la pensée le temps où ces égli- 
ses, rainées par rcnnemi, n*offriront plus à Tœil que des tertres 
de gazon où fleurira le trèfle, ronge du sang des guerriers bre- 
tons. 
• Frère de Kendronen. 
' Dieu, sans doute, k qui le barde se compare ici. 



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90 
Ëz ev eo he ervraz j eirioed 
Ar enep he gwelt é gwaed. ^ 

E trev gwenn^ enn ê tempeir 
He ervraz ^ he glas beveir 
E gwaed adan traed he gouir. ^ 

E trev gwenn enn è defrent 
Laouen e bezer, ourz kevamuk kad; 
He gwerin n'er derint? 3 

E trev gwenn ^ rong Trenn ha Trodouez , 
Oez gnodac'h eskoued ton 
Enn deuod oc^h kad, na ged eic'h enn 
ec'hoez. ^ 

E trev gwenn , rong Trenn ha Traval , 

Oez gnodac^h er gwaed 5 

Ar eneb gwelt , nag aredik braenar. 

Gwan he bed , Freuer , mor eo hent , 
Heno y gouede koUi kevnent ! 
Oc^h ann faot me tavod ez lazent ! <> 

< Y dref wen yn inroD y koed 

Ys ef yw ei hearas eiroed 

Ar nrjnéb ei gweiU y gwaed. 

(Mtt.deHergheil.) 
« Y dref weD ynyt bymyr 

Ei hearas ei glas fyfyr 

Ei goaet adaa draei ei gwyr . ( Ibid, ) 

, Y dref wen yn y dyfrynt 

Lawen y byddair arih gyuannid kad 

£i gwerin neur derynt. (I6ûf.) 



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91 
rélevait y [et] toujours [a vu] sur ses herbes du 
sang. 

La ville blanche , depuis le temps qu'on ré- 
levait, [a vu] sa verte enceinte dans le sang 
sous le pied de ses guerriers. 

La ville blanche de la vallée serait joyeuse , à 
la suite d'un heureux combat; [mais] ses habi- 
tants sont-ils revenus? 

La ville blanche , entre Trenn et Trodouez , 
était plus habituée [à voir] le bouclier brisé re- 
venant du combat , que le bœuf au repos. 

La Ville blanche , entre Trenn et Traval , était 
plus habituée [à voir] du sang sur ses herbes , 
que ses jachères labourées. 

O Freuer ! 7 quel malheur , quelle angoisse , ce 
soir, après la perte des parents! Cest par la 
faute de ma langue qu'ils ont été tués ! ^ 

* Y dref wen rhwog Tren a Tbrodwytb 
Oed gDOUck ysgwyd too 
Yd dyvod gad do gyd ych y echwyd. (ibid. ) 
à 11 manque ici ud root dans tons les Mas. 

* Gwyo ei vyd Freuer nior yw beint 
HeDO gwedy koUi kefoeint 
anfaad ty nhafood yd leseinl. (Ibid. ) 

7 Sceor de Kendelano. 

■ Voilà la seconde fois que le barde s'accuse du meurtre de ses 
compatriotes. 



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92 
Gwan he bed, Freuer^ mor eo gwan, 
.HenOy gouede ankeu El van, 
Hag erer Kendrouen , Kendelann ! ^ 

Ne t' ankeu, Freuer, a'm te 
Heno, amdamborz brodeur' -de : 
Dihunam , gwelam bore. ^ 

Ne t' ankeu , Freuer , a'm gouna hent , ^ 
Oc'h derou noz lied deouent , ^ 
Dihunam , gwelam pelgent ! 

Ne t' ankeu , Freuer, a'm tremen — heno^ 
Â'm gouna grudieu melen , 
A koc'hao dagreu droz erc'houen; ^^ 

Ne t' ankeu, Freuer, a'm ernivam 
Heno , namen me un , me gwan-klan ; 
Me brodeur ha'm temper a gwelam. ^ 

Freuer gwenn , brodeur a'z maez 
Ne ganoezent oc'Ii difaez, 
Gouir ne magent megeliaez. 7 

t Heno gwedy aogaa El van . ( Mtt. de Herg. ) 
' Nid angta Frener ann de 

Heno amdamorth brodyrde 

Dihnnaf wjlaf bore. (Ibid.) 

^ am gwna heint. {Pnd.) 

* Od dechreu nos byd deweinl. {Ibid.) 

* Am gwna grudyeu melyn 



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95 
O Freuer! quel malheur, quel malheur ex- 
trême , ce soir , après la mort d'Elvan , et de 
Taigle de Kendrouen , Kendelann ! 

Ce n'est pas ta mort, ô Freuer ^ qui me dé- 
sole [le plus] cette nuit; c'est le sort fatal de 
nos frères : je m'éveille, je pleure dès Faurore. 

Ce n'est pas ta mort [seule] , 6 Freuer , qui 
cause mon angoisse ; depuis Parrivée de la nuit 
jusqu'à minuit , je m'éveille , je pleure jusqu'au 
jour. 

Ce n'est pas ta mort , 6 Freuer , qui me navre, 
cette nuit , qui rend mes joues jaunes , qui fait 
[couler mes] larmes sur [ma] couche. 

Ce n'est pas ta mort, ô Freuer, qui m'afflige 
cette nuit, ni d'être moi-même faible et malade; 
ce sont mes frères et mes contemporains que je 
pleure ! 

Blanche Freuer, les frères qui te nourrissaient 
n'étaient point nés d'un [tronc] mort; c'étaient 
des hommes qui ne nourrissaient point la peur. 

 cbochau dftgrau dros erchwyn. (Ibid.) 
* Nid aDgau Freuer a aerniwaf 

NaroyD roy h un mi wao glaf 

Vy mrodyr am tymmyr a gwynaf. (Mxs. de Herg,) 
' Freuer wen brodyr alh faeih 

Ni hanoeddynl or difaeib 

Gwyr ni vegynl vygyliaelh. {Ibid, ) 



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94 
Freuer gwenn , brodeur a'z bu , 
Pan klevent kevrenio lu, 
Ne ec'hoeze bod gant-hu. ^ 

Me , ha Freuer , ha Médian , 
Keit bo kad enn pob ban , 
N'en taor ne lazor bon rann. ^ 

E menez, keit a bo uc^houc'h, 
Ne eizigav am dougenn mem buouc^h , 
Er eskenn gan re më kouc^h : 3 

Âmhaval ar af Yemoui, 
Ez aa Tren enn é Tredonoui , 
Hag ez aa Tourc'h enn Marc'hnoui ; 

Amhaval ar Elouizen, 
Ez aa Tredonoui enn Tren , 
Hag ez aa Geirou enn Havren. ^ 

Ken bou men golc'hed kroen 



' Freuer wen brodyr alb fu 
Pan glywyot gjarenin in , 
Ny echyujdei ffyd gtothu. 



{M$$. de Hergluit.) 



* Mi a Freuer a Médian 
Ryt yt 00 cat ymbob mann 
Nyn taor ny ladaor an rann. {Itnd.) 

Y inynydd kyd ad oo nwcb 
Nid eiddigaf af y dwyn tym bnch 



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95 
Blanche Freuer, les frères que tu avais, quand 
ils entendaient le cri de guerre , le repos n*était 
pas avec eux. 

Moi, et Freuer y et Medlann, quand la guerre 
était partout , nous ne nous reposions point que 
notre part [de butin] ne fût tuée. 

La montagne , quelque haute qu'elle fût , ne 
m'empêchait pas d'aller enlever ma vache, 5 de 
monter avec ceux de ma bande : 

[Ainsi,] de compagnie avec la rivière de Ver- 
noui , ^ le Trenn se jette dans le Tredonoui , et 
le Tourc'h se jette dans le Marc'hnoui ; 

[Ainsi,] de compagnie avec l'Ëlouizen, le Tre- 
donoui se jette dans le Trenn , et le Gheirou se 
jette dans la Saverne. ^ 

Avant que ma tunique fut une peau rude de 



Er ysgaao gin rei vy ruch. (Ibid.) 

* Ac ydd aa Geirw yn Alven. {Ibid.) 

* La Tache de renoemî, quand il allait piller les terres des 
Saxons. 

* La rifière de Vyrowy, dans le comté de Montgomery. 

' Le barde veot dire qae ses guerriers se joignaient à lui , pour 
butiner , comme ces différentes petites rivières du Montgoroeryshirc 
s'unissent les unes aux autres, pour ne former, à leur confluent , 
qu*nn seul fleufe avec la Saverne. 



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Gaver kalet , dioaDtok i keleii , 
R'em gorue enn mezo mez Tren. i 

Ken bou men golc'hed kroenen — gaver — 
Kalet 9 kelan kar er gelen , 
R'em gorue enn mezo mez Tren. 2 

Gouede mé brodeur oc'h temper Havren , 
1 am douilann Douiriou ; 
Gwae-me ! Diou ! me bod enn beou ! 5 



Gouede meïrc'h hiwez ha koc'h-wez dilat 
Ha pluaour melen , 
Meîn men koez^ n'em euz dremen ! ^ 

Gwarzek Edernionne bouant — kerzenin^ — 
Ha gan neb ned aezant 
Enn beo Gorvinion , gour oc'h Uc'hnant. ^ 



■ KyoD bu vygkylcbet croen gauyr 
Galet chwannauc i gelein 
Ryin gorue yn uedw ued Bryum. 

(3#M. de UerghesL) 
* Galet kelyogar y Hileo 
Rym gorue y uedw ued Trenn. {iUd.) 

Le Livre noir de Hengort ne contient pas cette siropbe, qui , 
du reste, n*est qu'une répétition du la précédente. Je n*ai pourtant 
pas cru devoir Tomettre. 

» Gwae vi Duw vy mod yn vyw. (Ibid.) 

4 Mein vygkoes nym oes dudedyn. LIbid.) 



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97 
chèvre, [j^étais] avide de carnage, je m^enivrais 
de la cervoise de Treon. 

Avant que ma tunique fut une peau rude de 
chèvre, ami du carnage des étrangers, je m'en- 
ivrais de la cervoise de Trenn. 

Depuis que mes frères des bords de la Saveme 
[sont morts] sur les deux rives du Douiriou, 
malheur à moi ! Mon Dieu ! à moi qui suis en 
vie ! 

Après [avoir eu] des chevaux rapides, et des 
habits d^écarlate , et des panaches jaunes , ma 
cuisse est amaigrie, je n'ai [plus] visage [hu- 
main. ] 

Les troupeaux d'Edernion '^ n'étaient point er- 
rants, et personne ne les enlevait du vivant de 
Gorvinion , ^ Thomme d'Drhnant. ^ 



** Gwartbec Edejrniawa ni baant gerddenin. 
 cherd neb nid aethant 
Ymbttw Gorwjnîamn gwir a Ucbnant. {Ibid.) 

* C'est-à-dire, quand j*étais Tèta de pourpre, quand j*étais roi. 
La peau de cbèvre était , an VI* siècle , le vêtement des pauvres et 
des moines. (Hist. de Bretagne de D. Moriee. Preuves, t. i , 
col. 227. Voyez aussi mon introduction.) 

7 Vallée du Merionethsliire. 

■ Gorvinion était un des fils de Liwarc'h-Henn. 

* Urbnant est probablement Himanê, petite ville du Montgome- 
rysbire. 

1 



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Gwarzek Edeirnioa ne boueUt— kerzenia- 
Ha gan neb ne kerzent 
Enn beo Gorviaion , gour ezvent. * 

Edouen gwarz gwarzegez : 
Gwerz gwil a negez ; 
Ar a deufo tragwarz a he deubez î^ 

Me a gouezoum a oez da : 
Gwaed am egile gourda! . . . . ^ . 



VI. 

Rag gwreg Gourzmoul beze gwan ; 
Heziou beze ban he desgeir 
Hi, gouedé diva he gouir : ^ 

— ccTeouarc'hen Erkal ar diwal 
Gouir oc'h etivez Morial ; 
Ha gouede Rez mae reusional. ^ 

■ à chant neb dî cberddyol 

Yn myw Gorwyniawn gwp eduynt. (MU- de Herg,) 
« Edwyn warth gwarsbogydd 

Gwertb gw^la negyd 

Ar a ddyfo dragwarth ai deabyd. (IM,) 

s Me a m ydd^ a oed da 

Gwaed am eu gilydd gwrda. ( /Wd.) 

Celle slropbe est incomplète dans tons les Hss. 
^ Bei gwraig Gwrtfanwl byddei gwaa 

Heddyw bydde ban ei dysgyr 

Hi gyua diua y gwyr. {Ibid,) 



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99 
Les troupeaux d'Edernion n'étaient point er- 
rants , et personne ne las enlevait du vivant de 
Gorvinion , ce guerrier qui n'est plus. 

Elle est bien connue [la cause de] la mort du 
pasteur : il a refusé le prix de la timidité ; que 
rinfamie vienne sur celui qui Tobtiendra! [ce 
prix. ] 6 

Je sais, moi, ce qui était bon : du sang pour le 
saYig d'un brave! .......* 



VI. 

Devant l'épOusa de GourzmoUl '^ lignait le 
deuil ; ses gémissements étaient perçants aujour- 
d'hui que ses guerriers ont été bràlés : 

— « Le gazon d'Ërkal [, disait-elle,] a recouvert 
les braves guerriers de la race de Morial ; ^ et de- 
puis [la mort de] Rez il y a de terribles attaques. 

* Tywarchen Erkal ar erdywai 
Wyr etiued Mocial ' 

A gwedj Rys maerysmal. (4fM. dé Hergheêt,) 

* Dans le laogige des bardes, cela sigwfie ^iie le héros Gorri- 
nioD avait péri jpar excès d'audace, el ^iie h déshonoeor est le 
partage àm guerriers qui manquent de cœer. 
' Hélec , sosur de Kendelaun. 

■ Ce guerrier breton est célèbre dans les poèniès des bardes , 
comme ayant eoleté un jour aux Saiiona qaioxe oenis bouvillons 
dans une excursion sur )e territoire de l^ouetgœd > mainlenaui 
Lincoln. 



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^00 
» Helez houiedik am gelvir ! 
Oh ! Diou ! pa'd-eo ez rozir 
Meirc'h me bro hag hon tir ? ^ 

9 Helez houiedik am kiveirc^h. 
Oh ! Uiou ! pa^d-eo ez rozir gouroum seîrc'h ^ 
Kendelann hag he peduar-dek meïrch., 

» N'er selliz goligon ar tirion — tir — 
Oc'h gorsez Gorvinion , 
Hir heuil heol , houei men kovion ? ^ 



» N'er selliz oc'h din-le — Vrekon — 
Freuer gweredre; 
Hirraez am tamborz brodeurde? * 

» Laz me brodeur ar un gwez : ^ 
Kenan ^ Kendelann , Kenvrez ^ 
Enn amouen Treim , trev difez. 

» Nesange gwehelezar neiz — Kendelann; — ^ 

' fleledd bwyedic ym gdwir 
Diiw padÎT yth rodif 
Meirch iry mro ac eu tir. ( ibid.) 

* Dqw padyw yth roddir guraniseircii. (Ibid,) 

* Neor sylleîs olygon ar dirion dir 
orsedd Orwynion 

Hir hwyl baol bwy vy nghoyion. {Ibid.) 

* A la SQile de cette strophe , oo troufe , dans le Manuscrit 



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m 

» Je suis bieu nommée Hélez 7 depuis long- 
temps ! Âh ! Dieu ! Pourquoi a-t-on livré [à Tenne- 
mi] les chevaux de mon pays et notre terre? 

» Je suis bien saluée du nom d'Hélez depuis 
longtemps. Ah ! Dieu ! Pourquoi a-t-on livré Far- 
mure noire de Kendelann et ses quatorze che- 
vaux? 

» N'ai-je pas, promenant [mes] regards sur les 
terres de la patrie [du haut] du si^e de Gorvi- 
nion, n'ai-je pas suivi ]e long [cours du] soleil , 
moins long que mes ennuis ? 

» N*ai-je pas regardé du haut de la montagne 
fortifiée d'Urekon ^ les champs de Freuer, en gé^ 
missant sur le sort fatal de la confédération ? 

» Us ont tous été tués en une fois mes frères : 
Kenan, Kendelann, Kenvrez, en défendant Trenn, 
la cité déserte. 

» On ne foulait point impmiément aux pieds le 

de Herghest , une espèce de ftUnce d*^ae inesare dîfTéreDte et sans 
rime , doot le dernier vers est tronqué , le sens, toot-à-fait in- 
saisissable , et qoi parait être nne interpolation. 

* Lias Ty mrodyr ar un waith. (Ibid,) 

• Ni sangei Tehelyth ar nyth Kynddylan. (Ibid.) 

' Le mot HéUx serait assez bien rendu en français par voie d'a- 
mertume^ il signifie à la lettre : réservoir d'eau $aUe, tali$ie. 
* Uriconium, maintenant Weoxeter, dans le Shropshire. 



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lOC 
Ne tec'be troedvez biz ; 
JXe magaz he mamm mab Hz. ^ 

» Brodeur am bou ha ne foll ; 
A deueot Tel gwial kcd ; 
A. un e un edent hoU ! 2 

jo Brodeur am bou a doug Diou rag-oum ; 
(Men anfaot a he gorug) 
Ne gobrenent fam er fug. $ 

» TûDO avel ^ teo tedkent ; 
Ferez er rec'heu; ne parad a heu goreu ; 
Ar' a bou ned edent. ^ 

» A's klevo hs Diou ha den , 
A's klevo j ieuenk ha henn : 
» Mevel barveu, mazeu eheden. » ^ 



* Ni ihethei droedvedd fyib 
Ni Yagas ei vam yab Uyth. 

(Mu. é$ Herghesi) 
a Brodyr ambwytd ne fall 
A dyiiynt val goial coll 
OD i on edpt oll. (Ibid.) 

* Brodyr ambwyad a dug Diiw ragof 
Vy anfowl ai gorug 

Ni olnryDynt faii er fîig. [Ibid.) 

* Teneir awel tew Icdkyiit 



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105 
berceau de Kendelann ; il ûe reculait jamais d'un 
pas ; sa mère n'a pas nourri un fils dégénéré. 

» J'avais des frères et qui n'étaient point des 
étourdis ; ils poussaient comme des gaules de 
coudriers ; un à un ils s'en sont tous allés ! 

» J^avais des frères que Dieu m'a ravis ; ( c'est 
ma destinée fatale qui en est la cause) , ^ [des 
frères] qui n'ont point acquis leur renommée par 
la fuite. 7 

» Le vent est faible, le bruit fort; les sillons 
[que voilà] sont beaux; mais ils ne sont plus 
ceux qui les ont tracés; ceux qui étaient n'exis- 
tent plus. -T r. 

» Qu'ils entendent ceci, et Dieu et l'homme , 
qu'ils entendent ceci , le jeune homme et le vieil- 
lard : 

[C'est faire] outrage aux barbes [des hommes] 
que de pardonner au fuyard. ^ 

Pereidd y rhychau ui pharat au (|preu 
Âr a fa nad ydynt. {Ibid.) 

B As Rlywo a Duw a dyn 
As klywo y eaeine a byn 
Mefyl barfaa maddea hedyn. (/6td.) 

* Le barde suppose qu'Hélez se croit, comme lai, sous l'empire 
de la faulité. 

' Allusion iroDiqae \ quelque chef breton qoi aortit foi dans la 
bataille. 

* A la lettre : à la wAaHile. 



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104 
» Ënn beo y eheden ehediei ; 
Dillad enn araoz gwaed bei ; 
Ha*r glaz bereu nay nouivei. 1 

» Rivezav din klair n'ed eou ! 
Eon holl, kilez kelwez Ideou ! 
Enn gwall, tourc'h torc'hi koao-kneou. ^ 



» Niou nioul a ai moug; 
A ai kedouir enn kevamoug : 
Enn gwerglaoz aer ez ez droug.» — ^ 



VII. 

Andaviz oc'h gwerglaoz aer : eskoued 
Digevink dinas ë Kedem : 
Goreu gour Keranmael ! ^ 



I Yd id^w ehedyn ehediaî 
Dillad yn araws gwaed vai. 



(Mii.deHergheH.) 



« Rfayfedaf din clair nadiw 

Yn oU kilyd kelwyd clyw 

Yd ogwall tyrch tori cnau cnyw. (Ibié.) 

^ Nywy ae Dywl ae mwc 

Ai kedwyr yn kyfamwg 



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106 
» [Tant qu'il sera] en vie , le fuyard fuira ; ^ 
[aussi vrai que] les vêtements [du guerrier] se- 
ront [toujours] avides de sang; et les glaives 
bleus du chef en mouvement [toujours]. 

» La très merveilleuse forteresse , ^ [désormais 
couchée] sur -le sol, n'est {dus! désormais plus 
de refuge [pour nous] que l'asile des bois épais, 
où la faim [rend semblable au] sanglier déterrant 
des racines sauvages. "^ 

»[Mais] la violence du brouillard se dissipera 
comme une fumée; ils marcheront [de nouveau] , 
les guerriers , à la défense commune : dans la 
prairie se prépare un combat terrible. )» — 



VH. 



J'ai entendu le [bruit du] combat livré dans 
la prairie : elle D'à point été opprimée par le 
boucher, la cité des Forts : Keranmael est le plus 
brave des hommes ! 

Yn Dgweirglawd ter yssydd droug. ( !bid.) 

* Edeweis y weirglawd aer ysgwyt 
Digyfyng dioas y gedyrn 

Gorea gwr Garanmael. (Ibid.) 

^ A la lettre : la volatUe voUra. 
* ProbablemeDt la citadelle de Tera. 

' A la lettre : noix de mareatiin, vulgairement terre-mix ; en 
ternie de botanique Inmium. 



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106 
Keranroael, kemmoain ar^n^d! 
Azgwenn té estle oc'h kad ! 
Gnod man ar gran kenniviad ! i 

Kenniv oez ognao lao hael 
Mab Kendelann, klod gavael 
Divezour Kendrouenin , Kemnmad. ^ 

Keraomael oez dihad, 
Hag oez diholedik trev-tad 
À keisouez Keranmael^ enn henad. ^ 



' KeraBinael keraoued ognao , 
Mab Kendelann klod ar lao ; 
Ned henad kemmenad oc'h honao. ^ 

Pau gwiske Keranmael kad-peiz Kendelann 
Ha pererzie he ounen j 
Ne kave Frank trank oc'h he penn. ^ 



* Karanmael kymmwy arnad 
Aiwen dy ysUo o gad 
Gnawd man ar raD kynnifiad. 



{M$$. de Herg.] 



* Kymwed ognaw llaw hael 

Mab Ryndylan dod afael 

Diweddwr kyodrwynin Karanmael. ([bid.) 

^ Oed diheid ac oed diholedic 



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107 
Keranmael , bonheur à toi ! Qu'il soit doux ton 
repos après le combat ! La balafre sied bien à la 
joue de celui qui a combattu ! 

Au combat elle était rapide la main généreuse 
du fils de Kendelann , la glorieuse main du der- 
nier [descendant] de Kendrouen, [la main] de 
Keranmael. 

Keranmael était sans postérité , et il ne s'est 
trouvé personne qui ait réclamé la ville pater- 
nelle que Keranmael chercha [à reconquérir] , 
devenu vieux. 

Keranmael [le guerrier] à Tattaque rapide , le 
fils de Kendelann à la main glorieuse ; ses coups 
n'étaient pas ceux d'un vieillard. 

Lorsque Keranmael avait revêtu l'habit de 
combat de Kendelann , et qu'il brandissait son 
[épieu de] frêne , le Frank ^ n'en obtenait point 
de quartier. 

Tref tat a geissjwys 

Caranmael yn yiiat. (Ibid,) 

* Mab Kyodylân olod arilaw 

Nid ynat kyi mysat o bonaw. (Ibid.) 

* Pan wisgei Garaoïnael gadbeis Kyndylan 
A phyrydyaw y ODoen 

Ni i^afei Franl^ iranc oi bon. (Ibid. ) 

^ Le guerrier germain « TAnglo-Saxon. 



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108 
Amzer e boum braz boued , 
Ne terc'hafoun më morzoued 
Er gour a gwane klanv kornoued. ^ 

Brodeur am boead menneu 
N*ez gwane klenved kornouideu : ^ 
Un Elvan, Kendelann deu. 

Ne mad^gwisk briger neou diber-^our— 
Gour enn dirvaour kevrisez. 
N'ed oez levaour me broder. 5 

Onid rag Ankeu hag he aeleu — maour , — 
Ha gloez glas bereu , 
Ne bezam levaour menneu. * 

Maez Maozen h^ez kuz reo 
O diva da he godeo ? 
Ar bez Erinouez erc'hi teo ? ^ 



> Amser y bum vras vwyd 

Ni ddyrcbafWn fy morddwyd 

Er gwr a gwynei klaf gornwyd. {Mts. de Herghest.) 
' Brodyr ambwyad innaa 

Nîs cwyneî glevyd cornwydau . ( IM. ) 

^ Ni mad wisg briger Dyw disper 

wr yn nirfawr gywryssed 

Nid oed lefawr fy mroder. (Ibid, ) 

4 Onid rag angao ai aelau maur 

A gloes glas verau 

Ni byddaf leaawr innaa. {ifnd.) 



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i09 
Du temps que j avais de la nourriture en alK>n- 
dance, je n'aurais point levé ma cuisse contre 
rtionmie que tourmentait le mal de la peste. ^ 

Les frères que j'avais n'ont point été tourmen- 
tés par les maladies pestilentielles : l'un était El- 
van, '7 l'autre Kendelann. 

Il n'est pas bon qu'il ait sa chevelure ou sa 
selle couvertes d'or , le guerrier au milieu d'un 
grand engagement. ^ Ils n'étaient pas gémissants , 
mes frères. 

Si ce n'est devant la mort [naturelle] et ses 
terribles angoisses et la blessure de ses glaives 
bleus , je ne suis pas gémissant non plus. 

La plaine de Maozen ^ n'iest-elle pas couverte 
d'une gelée qui brûle les produits de sa fécon- 
dité? La tombe d'Erinouez ^0 [n'est-elle pas cou- 
verte] de neige épaisse? 

» Uses liacddyn oevs kodd rbew 
dîfa da ei odew 
Ar Tedd Eirînwedd «ry tew. ( Mt$. ie Herghett, ) 

• Cest-à-dire : /e ne mépritaii pas, je tecoartîs le malhearenx 
alleint de la peste. Voyez les ooCes ei éckûreissemenls. 

' Frèire de Keodelann. 

• Les casqaes et les selles revètns ^*or étaient eo effet an appAt 
pour Tennemiy et metuient d^aiOant plus en péril la vie des chefs 
aniqucls ib appartenaient. 

• Maozen éuk frère de Rendroaen et onde de Kendelann. 
*® Antre frère de Kendrouen. 



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Tom Ek>uezan n'ez gwlec'h gbo i 
Mae Maozen âdan hao , 
Dell be Kenoa To gwento. ^ 

Peduar poun btx>deur am bu , 
Hag hi pob un penteulu : 
Ne goer Trenn perc^hen ezha. 2 

Peduar poon brodeur a'm bouant, 
Hag hi pob gorotiev noiieviant ; 
Ne goer Treun perc'hea keugant. ^ 

Peduar poun terweu hag azgwenn 
Brodeur i*m bouant oc^h Kendrouen : 
N'ed euz i Trenn perc^en ihouen. * 

Gosgo enn kod ; azoed ar-n-od ; 
N'ed oud pelgent kevod ; 
N'em gwan esgour oc'h gotir devod ? 5 



* Tom ElwyddaD n6a8 g^jyeh gwlaw 
Mae Maoddyn y danaw 

Dyiyei Gynon y gwynaw. (IWd. ) 

* Pedwar pwn broder am bu 
Hag bi bob ud penleola 

Ni wyr Tren bercben yda. (im, ) 

' Pedwar pwD broder an boant 
Ac y bob gorwyfDwyfiaot 
Ni wyr Tren perchen kngaDt. (ïb%d. ) 

* Pedwar pwn terwyn o addwyn frodyr 
Am boant o Gyodrwyn 



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il! 
La tombe d^Elouezan ^ u'est-elle pas humide 
de pluie? Au-dessous d'elle est Maozen, [cet] 
homme que Kenon *? pleure. 

J'avais pour compagnons quatre frères , et 
chacun d'eux était chef de famiUe; [et mainte- 
nant] Trenn ne connaît plus de maître. 

J'avais pour compagnons q[uatre frères , et tous 
quatre d'une grande vigueur, [et mainteiyint] 
Trenn ne connaît plus de maftre certain. 

J'avais pour compagnons quatre frères pleins 
de courage et de beauté, [issus] de Kendrouen : 
[et maintenant] Trenn n'a plus de maître chéri. 

Fuis dans les lieux les plus retirés ; là fotalité 
[pèse] sur toi; tu ne te lèveras point avec l'au- 
rore; ne me perce-t*elle pas [déjà] la lance du 
guerrier qui vient ? ^ 



Nid oes i Ur^n btrcbem mifvjFn. 

(Mê8. de Hergkeil.) 
' Gosgo yogod adq4 ar nat 
Nid wyt bjlgi&int gyfo( 

Nenm gwaot jjsgwr o gwr dy got. {Ibid.) 

« Troinème frère de Kendrouen. 
' Frère de Maoïeo. 

• Ueonemi, le Saxon, dont il se figure déjà sentir Tatteinle 
mortelle. Dans les anciennes lois galloises , on appelle gour devod 
(gwr dyvod) on aventorier» an homme qui vient s'emparer d'une 
terre sur laquelle aucun de ses ancêtres ne résida. 



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142 
Go8go-te enn kod j ha tec'h ; 
N'ed oud emadraoz dibec'h ; 
N'ed gwiou klain; az kren e krec'h.^ 



vm. 

Amzer e bouant azgweun j 
E keret merc^hed Kendrouen : 
Helez, Gouladiz, ha Gwenzouen. 

Choarez am bou dizan ; 
Me a heu koUez hoU ac'hlann : 
Freuer , Medouel ^ ha Medlann ! 

Choarez am bou ived; 
Me a heu kollez holl eget : 
Gouleder, Meiser ha Kenvred. 

Laz Kendelann , laz Kenvrez 
Enn amouen Trenn, trev difez : 
Gwa-me ! maour araouz heu lez ! 

Gweliz ar laour maez Togoui 
Bezinaour , ha gwaour kemmoui ; 
Kendelann oez kennerzoui. 

Kelan a sec^h oc*h tu tan 



La pièce 8*arrèie là dans ie Livre nmge de Herghesi. 



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lis 
Fuis dans les lieux les plus retirés; éloigne-toi; 
parler n'est pas sans danger pour toi ; te traîner 
[ainsi] contre terre n'est point prudent, ton 
mouvement la fait résonner [et te trahit.] i 

vni. 

Du temps qu'elles étaient jolies, on aimait les 
fdles de Kendrouen : Helez, Gouladiz et Gwen- 
zouen. 

J'avais des sœurs pour me charmer; je les ai 
toutes perdues à la fois : Freuer, Medouel et 
Medlann. 

J'avais d'autres sœurs encore que j'ai toutes 
perdues ensemble : Gouleder, Meiser et Renvred. 

Kendelann est mort, Kenvrez est mort en dé^ 
fendant Trenn, ville détruite. Malheur à moi! 
Quelle est déplorable, leur perte ! 

J'ai vu sur le sol du champ [de bataille] de 
Togoui des guerriers aux prises, et [j'ai entendu] 
de grands cris; Kendelann était leur soutien. 

[Son] squelette sèche [encore] au coin du feu, 



« Il ne Taat pas perdre de vue qae c'est un vieillard inflrme , in- 

8 



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Pan klevoum godourev godaran 
Lu Lemenik, mab Mahavan, 

Ârbennik leizik lurik 
Enn kehoez aer-çouez gweiz-buzik, 
Flam tafar, lac'har Lemenik. 

capable de marcher, et exposé sans défense aox attaques de Tcd- 
Demi , qai se parle à lui-même. Voyez plus loin son élégie sur sa 
vieillesse, où il peint si bien sa misère et son impuissance. 



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que j'entends [déjà] gronder le tonnerre de Tar- 
mée de Leménik,^ fils de Mahavan, 

[Que j'entends] le chef [qui s'élance de sa] cou- 
che , [revêtu de sa] cuirasse, dans la mêlée fu- 
rieuse [où il est] vainqueur ; cehii qui répand 
des flammes , l'indomptable Léménik ! 

* Voyez sur ce héros fameux les notes ei éclaircissemenls. 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



Les anciens Bretons avaient coutume, on le sait, de con- 
server dans des espèces de châsses ou de coffirets qu'ils pla- 
çaient en évidence au coin du foyer domestique , les ossements 
de leurs parents. Strabon dit qu'ils les embaumaient avec une 
essence qu'il nomme huile de cèdre. 

Aujourd'hui leurs descendants Armoricains les déposent 
dans de petites boîtes sur le devant des reliquaires de leurs 
églises paroissiales. C'est à cet usage, dont nous avons déjà 
dit un mot précédemment , que notre barde fait allusion ; et 
pour montrer avec quelle promptitude ses compatriotes pren- 
dront leur revanche , il leur prédit la venue d'un vengeur 
avant que le squelette de Kendelann soit complètement dessé- 
ché. Le vengeur en question , le héros mystérieux Léménik 
ou Léminok a joui d'une grande réputation poétique. 

Il est le sujet d'un chant prophétique attribué i Taliésin , 
par la tradition , et à Merzin, par un barde que les uns 
croient être Golizan , poète du YII« siècle , les autres un écri- 
vain gallois du moyen-Age. i 

Voici quelques vers du chant dont je parle : bien qu'évi- 
demment rajeuni de style , Q n'en est pas moins très curieux 
de fond et d'idées. 

> Elle [nous] prédit des consolations, l'inspiration poétique , 
une foule de biens , la paix , un vaste empire , et des chefs 
actifs ; mais après la paix , le désordre en chaque tribu ; 

■ Lt première opinion esi celle du vénérable Sharon Tnrner, ei 
de mon ami le Ré?. Th. Priée; la seconde de M. Th. Stepbens. 
( LiUralwrt of lAe Kymry, p. 285. ) 



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147 
jusqu'à la confédération que formera le chef des guerriers , 
Léménik , revenu au monde , qui est un homme désireux de 
dominer Mona, et de détruire Gwéned de fond en comble , 
d'un bout à l'autre bout , et de prendre ses otages 

> D se lèvera comme l'aurore , de sa cachette , il fera 
autour de lui une large tache rouge , et il ordonnera la ba- 
taille; 

> n anéantira les étrangers ; ses armées s'étendront au 
loin ; il sera la joie des Bretons. » ^ 

Golizan commence par les quatre premiers vers de cette 
pièce son ode intitulée La conféêératîm de la Grandes-Breta- 
gne, que j'ai paraphrasée il y a déjà plusieurs années , et 
qu'on peut lire dans YHuUnre de la conquête de V Angleterre 



I Disgogan awen digobrisÎD ^ 
Maniobez a meuei, ha hez genin , 
Ha pennaez ehdaez, ha fraez uobenD , 
Ha, gouede dihez, anbez eon pob uiebcn. 



Edo regesUeoez oc'h pennaez gwesion, 
Redebez Leminok, 
A hez gour c*hoantok 

1 goresken Mon , 
Ha reTÎnia Gwenez , 
Oc*h hi heizat a bi perfez, 
Oc'h hi dec'hreu a hi divez. 

Ha kemred he gwestlon ; 

Deîza? gonr oc'b knz, 
A goana keTamruz , 
Ha kad e genin : 
Aral! a zifez; 
Pellenok he hiez; 
Levenez i Breton. {Myvyr. Arch , t. 1 , p. 71.) 



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118 

par les Normands, i où M. Augustin Thierry m'a fait Thon- 
neur de l'insérer. Après avoir cité la prophétie , le barde 
ajoute : € Voilà longtemps qu'elle a été prédite , la venue de 
ces jours d'empire , de grandeur et de domhiation : telle est 
la prophétie de Merrin : elle s'accomplira. » ^ 

Léménik était donc , pour les Bretons du VI* siècle , ce que 
devait être pour eux, plus tard, le fameux Arthur; ce que 
fut Morvan, pour les Armoricains, au moyen-Age; Marko, 
pour les Servions; Frédéric Baii)eroussey pour les Alle- 
mands; et aujourd'hui même Tamerian, pour les Tartares 
Thibétains. Ils voyaient en lui un libérateur de leur nation , 
caché dans quelque retraite ignorée, mais qui n'en devait 
pas moins certainement revenir pour les venger. 

On a vu plus haut que les ler'h, les dolmen, les tombeaux 
enfin , étaient les cachettes où ils supposaient leurs futurs sau- 
veurs retirés , sur l'autorité de Merzin. La même croyance 
régnait en Bretagne- Armorique, quelques siècles plus tard , 
et l'on remarque avec surprise qu'un chant populaire de ce 
pays relatif à l'héroïque Morvan , surnommé Lez-Breiz , ou le 
soutien de la Bretagne , mort en l'an 818 , se termine par le 
même cri d'espérance que le chant du barde Liwarc'h , par 
le même appel à un vengeur de la race celtique du continent 
tributaire des Franks : 

« Qui est-ce qui dort sous ce tertre? 

— C'est Lez-Breiz qui repose dessous. Tant que durera la 
Bretagne , il sera renommé ; 

»Mais il s'éveillera tout-à-l'heure , en poussant son cri de 



> Édition io-12 de 1846, i. 1 , p. 277. 

* Pell disgoganer amzer debezen 
Teirnez , ba bonez , ha goresken , 
Disgogan- Merzin : kevervez heu. 

(Myvyrian Arch.t i. 1 , p. loO.) 



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il9 

guerre , et il donnera la chasse à ceux du pays Gaulois. » ^ 

Ce rapprochement curieux n*est pas le seul qu'on puisse 
faire entre le poème du vieux barde et les chants des Bretons- 
Armoricains. 

Nous avons entendu l'aigle du mont Eli élever sa voix dans 
la nuit, et effirayer de ses cris féroces le barde qui veillait 
auprès du cadavre de Kendelaim. L'aigle, en effet , joue un 
grand rôle dans la poésie galloise. D'après des traditions po- 
pulaires, transmises jusqu'à nous par un collecteur des fables 
qui couraient parmi les habitants du pays de Galles au XII* 
siècle , le lac Lomond d'Irlande contenait trois cent soixante 
tlots ; et sur chaque îlot il y avait un rocher , et sur chaque 
rocher un aigle , et quand tous les aigles s'assemblaient sur 
un seul rocher, et criaient , c^était le signal de quelque^.grande 
calamité. ^ Un autre écrivain gallois, de la même époque, 
. Giraud de Barry , s'exprime ainsi : € Un aigle merveilleux 
fréquente le soinmet des montagnes du nord de la Cambrie ; 
perché sur un certain rocher funeste , il s'y repatt des cada- 
vres des guerriers morts en combattant, et y attend , dit-on , 
que la guerre lui procure d'autres victimes. A force d'aigui- 
ser et de nettoyer ses serres contre la pierre , il l'a creu- 
sée. » » 

La poésie armoricaine doit pareillement un de ses effets les 
plus saisissants à la même association d'idées et d'images : 
comme Liwarc'h-Henn , le barde Gwenc'hlan fait allusion à 
d'horribles festins nocturnes apprêtés aux aigles par la guerre : 

c Tandis que je dormais doucement , j'entendis l'aigle ap- 
peler dans la nuit ; 

» n appelait ses aiglons et tous les oiseaux du ciel ; 

* Barzaz-Brbiz , ChatUt populaires de la Bretagne, (ouvrage 
couroBDé par rAcadémie française) , 4« édit., i846 , t. i , p 175. 

« Robert's Tym/to/p. U4. 

* Ilinerarium Cambriœ, édil. de Gale, p. 872. 



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120 

» Et il leur disait , en les appelant : Élevez-vous vite sur vos 
detix ailes ; 

> Ce n'est pas de la chair pourrie de chiens ou de brebis , 
c'est de la chair chrétienne qu'i^nous faut! > i 

On voit que la poésie armoricaine n'a ri^ à disputer à sa 
sœur ; elle a même un accent encore pjus sombre , plus my- 
stérieux et pl\is sauvage , qui tient sans doute à l'époque 
payenne où vivait son barde. Celui-d n'aurait pas eu les sen- 
timents humains dont Liwarc-Henn donne souvent des preu- 
ves ; par exemple y il ne se serait pas fait un mérite » comme 
lui, d'avoir eu pitié des pestiférés de son temps et d'être 
venu à leur secours. 

La célèb^ peste en question , d^à passée depuis vingt-sept 
ans , quand le barde gallois composa l'élégie de Kendelann , 
s'était jointe aux Saxons pour décimer la malheureuse nation 
bretonne. 

Elle sévissait dans toute sa rigueur , vers l'année 550. € On 
la nommait la peste jaune, dit le compilateur du lÀvre de Lan- 
daf, parce qu'elle rendait jaunes et d&iles ceux qu'elle atta- 
quait; son apparence était celle d'une colonne d'eau : la tète 
de cette colonne balayait la terre , sa queue se perdait dans 
les airs; elle parcourait le pays à la manière d'une trombe rou- 
lant dans le fond des vallées, et tous les êtres animés qu'elle 
atteignait de son souffle empesté ou mouraient subitement, 
ou tombaient malades et ne tardaient pas à moinrir. » s 

LTimagination populaire se représenta le terriUe fléau , 
tantôt sous la figure d'une mmeme mpère, * tantôt sous oeUe 

* BarxaX'Breiz , 1 , p. 54. 

* la colunina aquosae nabis apparebat hominibus , uDum capul 
verrens per lerram, aliad autem sarsum trahens per aerem el 
discurrcns per lolam regionem ad modum imbris discorrenlis per 
ima coovallium, p. 101. (Édition de 11. Rces, 1840J 

' Ingens vipem apparuit. ( Ibid.) 



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d'un ipectre jaitne ; et comme le roi Maelgoun de Gwéned 
était mort de la pe^ , on racontait que s*étant caché, pour 
la fuir , dans l'élise d'un couvent, il aperçut un jour le pftle 
fantôme dardant sur lui ses yeux caves , à travers une fente 
de la porte , et qu'il tomba foudroyé, i 

n est remarquable qu'aucun de ces souvrairs fabuleux , nés 
pourtant aussitôt après la cessation du fléau , n'ait trouvé 
crédit près de Liwarc'h-Henn , et que la peste ne lui fournisse 
qu'une allusion sérieuse, morale, et toute chrétienne; rien 
ne prouve mieux combien sa pièce est restée à l'abri de toute 
interpolation. 

Mais comme le fait observer l'antiquaire Lhuyd , quiconque 
n'aurait jamais ent^du parler du barde et jugerait de l'au- 
teur du poème par le vers On m'appeUe Hélez, l'attribuerait 
à la sœur de Kendelann. Elle était poète effectivement, et 
tm de ses confrères a dit d'elle : 

c As-tu étendu ce que chante Hélei , fille de Kendrouen , 
dont les richesses sont grandes : 

— Ce n'eit pas de faire raumône qid appauvrit. ^ 

n n'y a pourtant aucune raison de dépouiller Liwarc'h en 
faveur de cette princesse , et il y en aurait beaucoup pour 
laisser au vieux barde l'honneur d'avoir chanté Kendelann ; 
ce qu'on peut dire , avec quelque probabilité , c'est qu'il lui a 
mis dans la bouche des vers composés par elle-même. Plus je 
les étudie , et plus je le crois : 

Le style change ; il s'exalte peu i peu jusqu'au sublime ; il 
devient cà et là d'une obscurité profonde : les symboles et les 
figures , les incohérences abondent ; une femme inspirée , fré- 

'Tyssilio.p. 173. 

* A glevaz-te a gan Helez 
Merc*h Kendrouen, maonr be reavez : 
— • Ned rozi da a gouna diodez. 

{Myvyr. Arch., il) 



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122 

missaote , hors d'elle-même , peut seule avoir parlé ainsi. 
Qu'on juge de la difficulté que présente la traduction de ces 
strophes y en apprenant qu'un Gallois très instruit de mes 
amis la croyait presque impossible et le texte altéré. Le 
docteur Owen , j'ose le dire , n'a pas toujours saisi lui-même 
le sens en cet endroit ; je citerai pour preuve les vers où Hé- 
lez déplore , selon moi , la misère des Bretons , réduits , par 
suite de la ruine de leur citadelle, à cherdier un refuge dans 
les bois et à disputer sa pâture au sanglier. Par une coînci- 
d^ce frappante , un poète latin du XII« siècle qui a décrit , 
d'après des traditions galloises, la vie sauvage d'un malheu- 
reux chef do même pays et de la même époque , le fait se 
nourrir comme ceux dont parle Livrarc'h-Henn et lui fait 
dire : 

€ Si je trouve par hasard des racines au fond de la terre , 
aussitôt accourent les truies avides et les sangliers voraces 
qui m'enlèvent ces racines que j'arrache du gazon; > ^ 

Ce passage curieux ne justiûe-t-il pas mon interprétation? 
Le texte breton , serré du plus près possible , serait donc, en 
latin : 

Mirabilissima arx, humi , non est! 

Jamjam, recessus [nobis] latebrae arborum densœ! 

In defectu, aper evellere bunia [solet]. 

Cependant le docteur Ov^en a traduit : 

€ Je m'étonne qu'il ne soit pas le plus vil des ménestrels 
errants , après avoir été un musicien de mensonges palpables , 
quand , dans le besoin , Tourch casse des noix de terre. » ^ 

■ Inveoio si forte oapos tellure sub ima , 
CoDCu iront avidieque saes aprique Toraces , 
EripiuDtque oapos mihi quos de cespite vello. 

(VilaMerlini, P- ^0 
> 1 wonder that he is not ihc lowest rambling minstrel after be- 
ing a niusician of palpable lies, when in waot Twrc cracks tbe 
earlh-nuls. ( Heroic degies , p. 97. ) 



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123 

L'erreur du traducteur anglais vient de ce qull a iait un 
verbe de rivezav, superlatif de rivez, merveilleux; puis un 
seul mot de dm, forteresse, et de klair qui, en gallois, comme 
en gaêl-irlandais, comme en gaêl-écossais, comme ^ armo- 
ricain , où il s'éorit leur, répond au latin humi, à terre ; de 
ce qu'il a rendu ce mot klair par ménestrel errant; Inlez, re- 
traite, par musicien; kelwez, reAige, asile, cachette des 
bois, par mensonges; confondu le verbe tare'hi, fouir, avec 
Uni, casser; et enfin pris taure'h, sanglier, pour un nom 
d'homme. 

Après tout, on est excusable de se tromper en une matière 
aussi épineuse ; mais où le docteur Oweia ne l'est pas autant , 
c'est quand il se contredit lui-même , comme cela lufest déjà 
arrivé à notre connaissance. Croirait-on qu'en ouvrant son 
dictionnaire, à la page 19 du tome second , on trouve une 
autre version de la strophe qui nous occupe! Renonçant à sa 
première interprétation, il traduit : 
" € Je m'étonne qu'il ne soit point un vrai poétereau , suivant 
un musicien drofetife;ttt(e. > ^ De même, quelques vers aupa- 
ravant, il donne aux mots teo ledktnt le sens de contes de mi- 
sère qui fuient pressés,^ et, dans son dictionnaire, celui de ru- 
meur épaisse, s 

Dans le même ouvrage , au mot esgour (ysgwr), citant le 
vers 

N'em gwan esgour oc'h gour devod? 
qui signifie, ne me blesse-t-eUe pas, ne me peree-t-eUe pas, la 
pointe, la pique, la lance de Vhomme, du guerrier q^A vient; 
il prétend que le barde veut dire : 



' 1 wooder thaï he ts not a meer poeuster, following a musician 
of correct ear. ^ 

« Thickly fly ules of misery. (P. 97.) 
"" Thick tbe rumeur, (t. 11 , p. 272.) 



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424 

« Ne suis-je pi» blessé par une pique du coin de ton dos? i^ t 
taudis qu'il a traduit ce vers dans ses Elégies : 

> Puissé-je n'être pas transpercé par une lance des rangs 
qui viennent! > ^ 

On n'est pas moins surpris de voir Owen se méprendre 
complètement sur le sens parfaitement clair de certaines au- 
tres strophes ; témoins les vers 

A's klevo ha Diou ha den! 
A's klevo ieuenk ha henn ! 
qui ne présentent aucune difficulté , qu'on pourrait rendre 
littéralement en latin par ces mots : 

Quod est audiat et Deus et homo ! 
Quod est audiat juvenis et senex ! 
et qui , selon lui , signifieraient : quand Dieu se sépare de 
l*homme, quand le jeune homme se sépare du vieiUard.^ 

Je pourrais multiplier les citations; mais c'en est déjà 
trop. 

Comme les autres pièces de Liwarc'h , celle-ci est tirée du 
lÀvre noir de Hengurt, confronté avec le livre rouge de Her- 
ghest« Les deux manuscrits, toujours assez d'accord, ne dif- 
fèrent essentiellement que dans trois endroits : , 

1"* A la 19* strophe de la section V de notre poème , qui 
manque dans le premier manuscrit, et que j'ai rétablie d'après 
le second ; 

2"* A la strophe 6* de la section VI , suivie dans le lAvre 
rouge de cette stanoe incomplète , altérée , inintelligible , qui 
n'existe pas dana le Uvre noir, et que je n'ai pas cru devoir 
reproduire , ne sachant quel sens lui donner ; 

I Âm I nol woanded by a spike from the corner of thy back ? 
(l. il, p. 676.) 
* By a shaft of the coroiog rows. ( P. 103. ) 
^ Wbeo God séparâtes from man ; 
When the youDg séparâtes from the old. (P. 97.) 



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125 

Z^ A la dernière strophe de la section VII , el à la section 
VIII , tout entière y reproduites ici d'après le lÀvre noir, que 
le copiste du livre rouge, moins ancien de deux siècles y n'a 
pas recueillies , peut-être à dessein, et pour ne point laisser 
planer sur la mémoire du barde un reproche de paganisme, 
ou du moins de superstition. 



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CHANT 



LIWARC'H-HENN SUR SA VIEILLESSE. 



(DE 578 A r>80.) 



ARGUMENT. 



Dans les poèmes qui précèdent, à Texception d*un seul , le 
barde Liwarc'h-Henn chante les malheurs des chefs bretons , 
ses amis ; dans celui-ci il chante les siens propres ; il y a bien 
fait allusion de temps à autre , mais c'était sans s'y arrêter , 
et , pour ainsi dire , en courant : maintenant sa pensée re- 
tombe tout entière sur lui-niôme, conune si tous les héros 
étaient morts, et qu'il ne lui restât plus que lui-même à 
pleurer. 

La pièce qu'on va lire se divise en deux parties très dis- 
tinctes : l'une relative aux infirmités du barde-roi , l'autre à 
la perte de ses vingt-quatre fils ; elles sont réunies en une 
seule dans les manuscrits ; et ni Owen , ni Hyvyr , en les im- 
primant, n'ont songé à les séparer. H. Sharon Turner a été 
plus clairvoyant ; mais il se trompe évidemment , en disant 
que la première partie ne doit contenir que vingt strophes , 
car elle s'arrête seulement à la stance trente-troisième , où 
finit le morceau sur la vieillesse de Liwarc'h , et où commence 
l'élégie de ses fils. 



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V. 

KAN 
UWARC'H-HEM AR HE HENENT. 



i. 

Ken boum kam baglaok , 
Boum, kevez, geriaok; 
Kenmeger ; ne ères , 
Gouîr Àrgoed erioed a'm porzez. i 

Ken boum kam baglaok , boum hi ; 
A'm kennouesed enn keverdi 
Pouiz , paradouez Kemri. ^ 

Ken boum kam baglaok boum eirian , 
Oez ken gwaev mem par; 
Oez ken-nouer kevn kroum ; 
Oum troum ! oum truan ! ^ 



* Cyn bum cain vaglawg cyfes eiriawg 
Reininjgyr ni ères 

Gwyr Argoed eirioed am porthes. ( Le ÏÀvrt nmge.) 
D'après ce maouscrit , il fandraît lire kain apparaissant , et 
noo kam , boiteux. 

* Cyn bum cain ^aglawg bum hy 
Âm cynnwysid yn nghyvyrdy 

Powys paradwys Kymry. ( Ibid.) 



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V. 
CHANT 

DK 

LIWARC'H-HEM SUR SA VIEILLESSE. 



Avant que je fusse boiteux avec des béquilles , 
j'étais éloquent dans le festin; j'étais honoré, 
et ce n'est pas étonnant, car les hommes de 
TArgoed ^ m'assistèrent toujours. 

Avant que je fusse boiteux avec des béquilles , 
j'étais intrépide ; j'étais reçu dans l'assemblée de 
Powys , ce paradis des Kemris. ^ 

Avant que je fusse boiteux avec des béquilles, 
j'étais beau; ma lance était la première entre 
les lances; mon dos [maintenant] voûté, était 
le premier en vigueur ; je suis lourd ! je suis mi- 
sérable ! 

* Gyn bam cain vaglawg bum eirian 
Oedd cynwayw vym par 
Oedd cynowyr cefyo grwm wyf irwm wyf inian. 

(Ma, de Herghêit.) 
* Le barde avait été leur chef, do temps qu*il habitait le Gam- 
berland. 

■* Les lois galloises du X« siècle doDoent le même surnom à ce 
pays , cher aux Remris-Bretons. 

9 



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130 
II. 

Baglan-prenn , n'ed kenhaoam , 
Ruz raden , melen kakm ? 
N'er digeriz a karam. 1 

Baglan-prenn , n'ed goam hen , 
Ez bez lavar gouir ar len ? 
N*ed diannerc'h me erc'houen ? ^ 

Baglan-prenn y n*ed gwanoueo , 
Red kogeu , goleu eouen ? 
Oum digariâd gan monven. 3 

fiaglan-prenn , n*ed kentevin ? 
N'ed ruz rec'h, n'ed krec'h egin? 
Edlid enn edrec'h az gilvin ! ^ 

Baglan-prenn, kangen bozok 
Kennelec'h henn hiraezok, 
Liwarc'h lèverez nodok ? 5 

* Baglan brea nead cyohaaaf 
Rhodd rhedyn melyn calaf 

Near digérais a gtraf. ( Ibid. ) 

* BagUn bren neud gaoaf byn 
Td fydd llafar gwyr ar lyn 

Nead dianoerch tj erchwyo. (^Ibid.) 

* Baglan bren neud gwanwyn 
Rhydd cogen golen ewyn 



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134 

II. 

O ma béquille! n'est-ce pas Tautomne, [^I^^] 
la fougère [est] rouge , le roseau jaune? N*ai-je 
point haï ce que j'aime ? 

O ma béquille ! n*est«-oe pas rhiver mainte- 
nant y [que] les hommes discourent après boire? 
Le bord de mon lit n'est-il pas délaissé ? ^ 

O ma béquille! n'est-<^ pas le printemps, que 
les coucous parcourent [les airs] , que l'écume 
[des mers] brille? Je ne suis plus aimé de la 
jeune fille. 

O ma béquille ! n'est-ce pas le premier jour de 
mai ? Les sillons ne sont-ils pas rouges ; la se- 
mence ne pousse-t-el)e pas? Ah! je m'irrite à la 
vue de ta crosse ! 

O ma béquille! le rameau [dont tu es fieiite] 
est-il bien aise de servir d'appui à un vieillard 
morose y à Liwarc'h, le grand parleur? 

Wyf digariad gin v«rwjD. ( ATm. éi Hergheit,) 

* Baglan bren nend flyttteviii 
Nedd rbadd rhych nend cryck ^n 

Elryt yn edrich yth ylain. (Ibid. ) 

* Btglan bren gattgea voddawg 
Cyonelych ben biraethtivg 

Lywarcb leferydd uodaoc. (llndj. 

* On s'asseyait sur le bord des ISls pour converser. 



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132 
Baglan-prenn y kangen kaled ^ 
Âm kennouesi; Diou difred; 
Gelver prenn kewir kennered! i 

Bajglan-preDD j bez esteouel j 
Am kennelec'h a bo gwell; 
N'ed oum Liwarc'h laouer pell. 2 

HI. 

E ma henent enn kemoued — a me — 
O'm gwalt i'm daned, 
Ar kloen a kerent er gwraged. ^ 

DergrouD er gwent ; gwenn gne godre - 
gwez; — 
Deour heiz j diwliz bre ; 
Eizil henn ; houer e dere. * 

E delien bon n^ez kenneret — gwent? — 
Gwae bi oc'h bi tonked ! 
Hi benn , elene e ganet. ^ 

. * BigliD bren gangen galed 
Am cyoDwysi Dow difred 



Elwir pren cywir cynoired. 



(Mu.OeHerghctt.) 



I BagUn bren bydd yslywell 

Am cyonelych a fo gwell 

Neud wyf Llywarch kwer pell. ( Ibid.) 

* Y mae heneÎDt ynkymwed a mi 



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133 
O ma béquille ! 6 dur rameau ! supporte-moi ; 
que Dieu te protège j toi qu'on appelle le bois 
fidèle aux [pas] chancelants ! 

O ma béquille! tiens-toi droite, tu me sou- 
tiendras mieux ; je ne suis plus Liwarc'h pour 
bien longtemps ! 



IIl. 



Voici la vieillesse qui se joue de moi , de mes 
cheveux à mes dents , à mes yeux que les fem- 
mes aimaient. 

Le vent murmure ; la ctme des bois est blan- 
che; le cerf est léger ; la montagne sans rosée; dé- 
bile le vieillard ; il se meut avec peine. 

Cette feuille n'est-elle pas ballottée par le vent ? 
Malheur à ce qui en a le destin! Elle est vieille , 
quoiqu'elle soit de Tannée. 



Om gwallt im daint 

Âr cloyn a gerjnt yr ieoeinc . ( ibid . ) 

« Dyr fpvena gwynl gwyn gne godre gwjdd 

Deorhyd dinlyd bre 

Eiddil hoD hwyr y dyre. (/6td.) 

* Y ddeilen bon neos cynnired gwynl 

Gwae bi oi tbynged 

Hi ben eleni y ganed. . (Ibid.) 



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154 
A. kîriz-i, ean gwas^ ez e kas — geu- 
em ; — 
Merc^h estraon ha marc'h glas; 
N'ed nad me heu kevazas. ^ 

Mem peduar pm kas, hed em oed , 
Emkevarvezont enn unoed : 
Paz ha henent, heint ha hoed. 2 

Oum henn, oum unik, oum anelouik — 
oer; — 
Gouede gwele keiDmik y 
Oum truan, oum trideblig. ^ 

Oum trideblig henn; oum anwadal — 
drud; — 
Oum ehud ; oum anwar : 
E seul a'm karaz n'em kar ; 4 

N'em kar rianez. N'em kenneret — neb — 
Ne gallam daremred. 
Wi ! o Ànkeu , n'am digred ! ^ 



A gérais i yn was jssj gH genyf , 
Merch estrawn t mtrch glas 
Neod nad ni eu cyfaddu. 

(Mu.éiHergheêt.) 
* Yiupedwar primas einnoet 
YrogyranTddjnt ya uooed 
Pu a henaint haint e boed. (Ibid.) 

> Wyf hen wyf unig wyf aoelwig oer 



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i35 
Ce que j^aîiQais, étant jeune, m^est odieux : 
la fille de Tétranger et le coursier gris ; je ne leur 
suis plus boQ à ri^i. 

Les quatre choses que j^ai le plus détestées dans 
ma vie fondent sur moi ensemble : la toux et la 
vieillesse , la maladie et le chagrin. 

Je suis vieux , je suis seul ^ je suis difforme et 
glacé ; plus de lit d^honneur ; je suis misérable , 
je suis plié en trois. 

Je suis un vieillard plié en trois ; je suis tout 
chancelant ; je suis inconsidéré ; je suis intraita- 
ble : quiconque m'aima, ne m'aime plus; 

Elles ne m'atment plus y les jeunes filles ! Per- 
sonne ne me soulève [sur ma Qouche]; je ne 
puis remuer. Ah! malheur! à MqoI ! tu ne m'es 
pas favorable ! 

Gwedy gwely keiimiig 

Wyf troan wyf tridyMig. (IM-) 

* Wyf tridyblig ben wyf tnwadal drid 
Wyfehud wyftnwir 

Y sawl tm cmwd niin cir. ( Ibid. ) 

* Nim car rhianied nlm cynnired neb 
Ni albf ddarymred 

Wi a agheu oam dygrei. (Ibid.) 



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136 
N'em digred na hun , na hoen , 
Gouede è laz Laour ha Gwenn ; 
Oum anwar, abar, oum henn! * 

Truan é tonked a tonkouet 
I Liwarc'h , ar è noz e ganet : 
Hir knev , heb esgor luzed ! * 

— « Na gwisk gouede kouein; na bet brouen 
— te pred , 
Lemm avel ha c'houerv gwanoiien. 
— » N'am kihuz, me mamm; mab i't oum! 

Ned azweti ar men awen ; 
Enn hativod kun , ac'hen : 
Tri gwezorik elwîk awen. 3 

Lemm, mem bar, lac'har enn kred; 
Armaam e gwelia e red : 
Kennerzangev, Dieu, kenned! 4 

* Nim dygred na hun na hoen 
Gwedy ylleas Llawr a Gwen 

Wyf anwar abar wyf hen. (Mu. de HergkesL ) 

* Truan o dyn^d a dyngwyd 
I Lywarch ar y nos y ganed 

Hir gnif heb esgor lludded . ( Ibid. ) 
^ Neud adwen ar vyn awen 
Yn hanfod con aclien 

Tri gwyddoric elwic awen. ( Jbid. ) 



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157 
[Rien] ne m'est favorable , ni sommeil , ni bon- 
heur, depuis le meurtre de Laour et de Owenn ; ^ 
je suis farouche j décrépit ; je suis vieux. ! 

Quel triste destin fut destiné à Liwarc'h, la 
nuit où il fut enfanté : de longues peines ^ sans 
délivrance de fardeau! 

IV. 

— «N'orne plus [tes] chants plaintifs; ^ que 
ton esprit ne soit pas affligé, [si] le vent est pi* 
quant et le printemps rude [pour toi.] — » Ah! 
ne me maudis pas, ma mère; je suis ton fils ! 

H n'y a pas d'ornement à mon inspiration ; 
[ c'est] dans une existence douce que Ton chante 
[bien] : elle a trois fondements naturels, l'inspi- 
ration. "^ 

Tu es affilé, mon javelot, tu es impatient de 
combattre ; je suis prêt à veiller au gué de la ri- 
vière : soutien du faible , 6 Dieu , soutenez-moi ! 

4 Llym vy mbar lltchar yn ngryd 
Ârmaaf i wyliaw rhyd 

Kynnyt anghyf duo gennyt. [Mu. de H^'ghesl, ) 
'^ Ils étaient fils da barde. 

« Â la lettre : N'habille plus la plainte; c*est-à-dire cesse de 
cbanter et de gémir. C'est l'ombre de la mère du barde qui vient 
le visiter. 

' Allusion à celte triade des bardes : L'impiralion a trou sou- 
tiem : la prospérité, les relations sociales et la louange. 

{Myvyr. Arch., t. m, p. 195.) 



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138 
Oz diengedy az gwelouD^ev, 
O'z relezir az gweinoun-ev ; 
Na koll gweneb gouir ar knev ! ^ 

Ne kollam tê gweneb, trin gwoseb re': 
Pan gwisk gleou er estre , 
Porzam knev , ken mudam le. ^ 

Redegok ton ar hed traez ; 
£ gadam ; tored arvaez 
Kad akdo : gnod foi ar fraez. 3 

Ezeu d'im* a lavaroum : 
Brieu palader parz e boum : 
Ne lavaram , na foioum. ^ 

Mezal mignez, kaled riou; 
Rag kam kaoun tal glan a briou ; 
Ezevid ni gouneler n^ed eou. ^ 

Gwasgaraot nant am klaoz kaer ! 

I diengyd ath welwif 
Oth rjleddir ath gwynwyf : 
Na coll wyneb gwyr ar gnyf. 

(JVm. de HerghesL) 

• Ni collaf dy wyneb irin wosep wr 
Pan wisg ^ew yr ystre 

Porthaf gnif cyn miidif lie. {Ibid. ) 

* Rhedegawg ton ar hyd iraelK 



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139 
Si tu reculais, [6 ma lance], je pleurerais sur 
toi ; si tu étais brisëe, je gémirais sur toi ; oh ! 
ne perds pas de vue les combattants ! 

Je ne te perds pas de vue aussi , prix incer- 
tain de la bataille : quand le brave a ëquqpë son 
coursier , je porte le. [poids du] combat, avant 
de changer de place. 

Elle court, la vague le long de la grève; je 
me retire ; tout projet de combat avec Fennemi 
est détruit : fuir est l'habitude du bavard. 

Quant à moi, je dis : il y a des tronçons de 
lances aux. lieux que j'habite : je ne suis ni ba- 
vard, ni fuyard. 

La fondrière [est] molle, dure la colline; 
sous le sabot [du cheval] se brise le roseau du 
bord du rivage ; une promesse qu'on n'a point 
tenue n'existe pas. 

Que le torrent s'épande autour des murs de 

Echadaf torid arvaetb kai acado 
\ Gnawd fo ar fraeth . ( Ibid. ] 

* Ysid ym a lefarwyf 
Briau pelydyr parth j bwyf 
Nilefarafnafouyf. (Ibid.) 

* Meddal migaed kalet rbyw 
Rhag cara kann tal glan a friw 

Eddewid ni wneler nydiw. (Ibid.) 



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140 
Ha menneu armaam; 
Eskoued bez briou ken tec'ham ! i 

E kom az rozez ti Urien , 
HaV arwest aour am he gen ; 
C'houez enn-d^ho o'z deu anken. ^ 

Er ergred anken rag angewir Loegrouez, 
Ne legram me maourez ; 
Ne dic'hanam rianez. 



Tra boum enn oed é gwas-draeu 
A gwisk oc'h aour he gotoeu , 
Beze re e ruzroun ë gwaeu.3 

Diheu , diweir te gwas ; 
Te enn beo , ha'z test relas ; 
Ne bou eizil, henn^ enn gwas ! ^ 



I Gwasgarawd naint am glawd kaer 

A minnaa arinaaf 

Ysgwyd bryd briw kyn techaf . 

(Mss. de Uerghesl.) 
* Y kora atb roûdps di Urien 

Ar arwest aur am ei en 

Chwylh ynddo olh dau angeu. (ibid.) 



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i4i 
la forteresse! et moi aussi, je me prépare; mon 
bouclier sera brisé avant que je recule ! 

Urien t'a fait don d'un cor , avec un cercle 
d'or à son ouverture ; souffle dedans, 5 s'il t'ar- 
rive malheur. 

La peur [qu'il ne m'arrive] malheur de la 
part des perfides Logriens ne me fera pas souil- 
ler mon honneur : je ne m'attaque point à des 
femmes ! 

Quand j'étais à Tàge de ce jeune homme qui 
chausse l'or des éperons , c'était vigoureusement 
que je poussais le javdot. 

En vérité , jeunesse , tu m'es restée fidèle ; tu 
vis encore , et ton signe est détruit : ah ! il n'é- 
tait pas débile , celui qui est vieux , quand il 
était jeune ! 

' Tra fam i yn oed y gwas draw 

A wisk aur ei ottoyw 

Byddei re y rhulhrwD y wayw. (Mu, de Herg,) 

* Diheu diweir dy waes 

Ti yn vyw ath dyst rylas 

Ni bu eiddil hen yn was. (Ibid.) 

* Ponr appeler au secours. 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



J'ai déjà insisté dans l'introduction de ce recueil sur le ca- 
ractère pathétique et poignant de ce long cri d'angoisse : je 
n'y reviendrai pas 

Plus simple et plus naturel que la plupart des pièces de 
notre barde , le poème qu'on vient de lire est par là même 
beaucoup moins malaisé à comprendre. Une seule strophe 
présente des difficultés , la seconde de la section IV : 
Pfed azwen ar men awen ; 
Enn hanvod kun, ae'hen : 
Tri gwezorik elwik awen. 
qu'on pourrait rendre ainsi en latin barbare : 

Nen [e$f\ omomentum 9uper fmam tnmam ; 
In eMstentia duld, canU : 
Tria fimdamenta \mn(] pr(^a marne. 
Le docteur Owen, selon son habitude, en pareil cas , donne 
plusieurs traductions de ces vers. Ce peut être un moyen d'ar- 
river juste par hasard; mais la critique moderne n'admet pas 
un tel luxe d'expérimentations. Quoi qu'il en soit , voici les 
sens divers que l'écrivain gallois prête aux vers de Liwarc'h- 
Henn ; on n'aura que l'embarras du choix 
Premier sens : 

€ Est-ce que je ne reconnais point par mon sourire, num 
origine, ma puissance, ma parenté, les trois thèmes de la muse 
harmonieuse? » ' 



I Do 1 Doi recogoize by roy smile , my desceni , sway tnd kin- 
dred, tbree thèmes of the harmooioiu muse? {Elégies, p. 127.) 



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U5 

Second sens : 

€ Est-ce que je ne reconnais pas en ma muse, procédant 
d'une source sublime , les trois rudiments d'une belle ébauche? » ■ 

Troisième sens : ^ 

€ Est-ce qu'ii ne reconnaît pas â ma mine, qui prouve que 
je descends d'un lignage royal, les trois principes du génie 
créateur? > « 

Qu'est-ce qu'un sourire qui se change en muse , puis en 
mine, au gré du traducteur? 

Qu'est-ce qu'une origine, une puissance et une parenté qui 
deviennent le produit d'une source sublime, et ensuite une 
preuve de descendance d'un lignage royal? ' 

Qu'est-ce enfin qu'une muse harmonieuse qui peut être en 
même temps un génie créateur et une belle ébauche? 

Je ne suis pas plus sûr qu'Owen de ma traduction ; mais 
une seule ayant un sens raisonnable et motivé , ne vaut-elle 
pas mieux que trois n'en ayant point et se contredisant? 

Cette pièce ouvre, dans le lÀvre rouge d'Oxford, la série 
des poèmes de Uwarc'h-Henn. Nous lui avons emprunté nos 
variantes, comme notre texte, en général, au Livre noir d'Hen- 
gurt. 

* Do I net recognize in my nfnse proceding from a sublime 
source tbree rudiments of fair delineation. ( Diction. , t. S , 
p. 199.) 

* l)oth he not recognise upon my mien, shewing a descent 
from a royal line , tbe tbree principles of inventive genius ? 
(Diction. , t. 2 , p. 23.) 



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/ 

CHANT DE LIWARC'H-HENN 

SUR LA MORT DE SES FILS. 



(DE 578 A 580.) 



ARGUMENT. 



Comme on Ta dit plus haut, ce poème est la seconde par- 
tie et la suite du morceau précédent ; de là vient que les 
copistes n*ont pas pris la peine de les séparer , et qu'ils en 
ont fait une seule pièce. 

Nous venons d'entendre les gémissements de l'homme qui 
se plaint d'avoir trop vécu ; écoutons maintenant les lamen- 
tations du père qui pleure ses vingt-quatre fils tués sur les 
champs de bataille. '|*ous portaient le collier d'or , marque 
du haut commandement chez les Bretons, mais aucuns n'eurent 
plus droit aux éloges paternels que Gwenn , Peil, Selef , San- 
zef , Madok , Maen , Medel , Kenlug , Heilen, Làour et Liver : 
leurs frères étaient: Gwel, Saouel, Laouer, Lenghédoué, 
Eizar , Ersar , Argad , Lef , Arao , Urien, Duok et Kéneu. Un 
seul , à ce qu'il paratt, fut indigne de son père : il se nom- 
mait Kenzilik. — Après avoir payé un tribut de larmes à 
tous , et particulièrement à Gwenn , son enfant chéri , le barde 
converse avec lui-même, et, tour à tour partagé entre la foi 
et le doute , il semble rester indécis au si^et des choses du 
salut. 



10 



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VI. 

KAN LIWARCH-HENN 

ÀR UkKK HE VEIBION. 



Gwenn ^ ourz Laouen ^ es gweliaz 
Neûiour; Arxur ne tec'haz; 
ket a traoz ar klaoz gorlaz. i 

GwenHyOurzLaoueny ez gweliez — neizouf- 
Hag he eskoued ar he eskouez ; ^ 
Ha y pan bou mab-im^ ^ bou evez. 3 

GweDD , ourz Laouen ^ ez g^eliiz 
Neizour, haV eskoued ar egniz; 
Pan bou mab4m' , ne dienkiz. * 



I Gwen wrlh Lawen yd welas 

Neilhwyr athuc ni thechas 

Aef âdrawd ar glawdd gorlas. {Mu. de Herghetl.) 
t Ar ysgwyd ar ei ysgtvydd. ( ftW. ) 

s k cban bu mab imi bu hywydd. (/6ûi.) 

* Gwen wrth Lauen yd wyliis 

Neithwyr ar ysgwyd ar ygnis 



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VI. 
CHANT DE LIWARC'H-HENN 

SUR LA MORT UE SES FILB» 



I. 



Gwenn a veillé hier an soir au bord du La- 
ouen , S( là où Arthur D*a point lâché pied ; il 
s*est élancé, à travers le carnage , sur la verte 
rive. 

Gwenn veillait hier au soir au bord du Laouen , 
son bouclier sur son épaule , et, comme il était 
mon fils, il fut [plein] de vigilance. 

Gveenn veilla hier au soir au bord du Laouen, 
le bouclier en mouvement ; comme il était mon 
fils , il ne prit point la fuite. 



Kân bu roab i mi ni dicfii. (Mm. de Hirg. ) 

* Lmo m , towi ou leum , selon 1m diféreots mnirnscrits. Pro- 
bablement le Lmenf eo le Lefan , (le«tede Stnik Oyde, tu bord 
duquel, si Ton en croit Neonlos, Ârtbor livn »ax Saxons une 
gnnde bnuiUe. L*autoriié du barde eofttenporiin con6rmerait 
donc Tassertion du chrottiqneor. (Voyez TexceUente édition de 
M. Stetenson, p. 48, note 4.) 



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148 
Gwenn gouged, më pred gorc'haour, 
Të laz ez kasnar maour : 
N'ez kar a'z levaour ? i 

Gwenn , morzoued touU braz , a gweliaz 
Neizôur enn koror red Morlaz ; 
Ha pan bou mab-im', né tec'haz. 2 

Gwenn , gouezoum të eisilid ; 
Ruzr erer enn eber oez-it ; 
Bezoun dedouiz , diankit. 3 

Ton torvet , toet ervid , 
Pan ant kevrein enn govid ; 
Gwenn, gwae re henn o'z edlid ! ^ 

Ton torved , tœt ac'hez , 
Pan ant kevrein enn gnez ; 
Gwenn, gwae re henn r^'z koUez! ^ 



* Gwen gwgyd gochawd rj mryt 

Dy Us ys mawr casaar 

Nyt car ath levawr. (Mu, de Hetfkeit.) 

' Gwen vorddwyd tyll?m a wyUas 

Neithwyr yn ngoror ryd vorlas 

A cban bu mab y mi ni thechas. (Ihid,) . 

^ Gwen gwyddwn dy eiaâltdd 

Rythr eryr yn ebyr oeddit 



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149 
O Gwenn à la vue perçante , tourment de ma 
pensée , ta mort me met en grande colère ; as- 
tu un parent qui n'en gémisse pas? 

Gwenn , la cuisse trouée largement ^ a veillé 
hier au soir sur la rive , au passage de la rivière 
de Morlaz ; 6 et comme il était mon fils ^ il n'a 
pas fui. 

O Gwenn ! je connais ta race ; tu étais Taigle 
qui s'abat à Tembouchure des fleuves ; si j'avais 
été heureux , tu aurais échappé à la mort. 

Que la vague brise avec fracas, qu'elle cou- 
vre le rivage, quand les lances unies combat- 
tent; 6 Gwenn, malheur à qui est trop vieux 
pour te venger ! 

Que la vague brise avec fracas , qu'elle cou* 
vre la plaine, quand les lances unies se préci* 
pitent ; 6 Gwenn , malheur à qui est trop vieux , 
puisqu'il t'a perdu ! 



Belwo ddedwydd dianghut. Ubid.) 

* Ton tyrfyd toid erfyd 
Pan aot kyvrein y govid 

Gwen gwae ry hen oih ediil. {Ibid.) 

* Ton tyrvid loid aches 
Pan aat kyfvrin ygnes 

Gwen gwae ry hen rylbgollcs. [Ibid.) 

^ Hivièro du Cumberland. 



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Oez gour më mab; oez deskeouen , 
Hael, hag oez nei i Urien ; 
Ar red ]Kk>rbiz e lu Gweno. ^ 

Prenial diw^dl gall esgoun 
Gorug al Loeger lu kengroun ; 
Bez G^enn, mab liwarcVHenn, eo houn. ^ 



Tek ez kau'er aderin ar perwez prenn, 
louc^h penn GweDn ^ ken he golo daD teouar- 

cTien; 
Brerae kalc^h Uwarc'h-Heon. 

Peduar mab ar-ugent am bu 
Aourtorc'hok, tiwesok lu; 
Oez Gwenn goreu anezhu. 3 

Peduar mab ar-ugeot am bouead 
Aourtorc'bok , tiwesok kad ; 
Oez Gwenn goreu , mab oc'h he tad. * 

Peduar mab ar-ugent am bouen' 

* Oed gwr vy mtb eadisgwea 
Ac oed nei i Urien 

Al* ryd Torlat y lat Gwea. 

, (Mu.deHfrgheU) 

* Prenial djwal gai ysgwn 

Gorag ar Loegyr in Kyndrwyn. ( Uid) 

^ Peduar roab ar hugeinl am bu 



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154 
C'était un homme que i9on fils; c'était un 
héros, un guerrier généreux ^ et i) était neveu 
d'Urien : Gwenn a été tué au gué du Morlaz. 

Voici la bière qu'a faite à êon fier ennemi 
vaincu, après Favoir environné de toutes parts, 
l'armée des Logriens ; voici la tombe de Gwenn , 
fils du vieux Liwarc'h. 

Doucement chantait un oiseau sur un poirier, 
au-dessus de la tête de Gwenn , avant qu'on le 
couvrit de gazon ; il brisa le cœur du vieux 
Liwarc'h. 5 

J'avais vingt-quatre fils, portant le collier d'or 
et chefs d'weée] Gwyenu était le plus brave 
d'entre eux. 

J'ai eu vingt-quatre fils, portant le collier d'or 
et chefs de guerre ; Gwenn était le plus brave ; 
['à éuk] le fik de «on père. ^ 

J'eus vingt-quatre fils, portant le collier d'or 

Ear dorcbawc tjwysawc lu 
Oed Gwen goreo onaddu. (/6t<i.) 

I JEur dorchawc tywystwc kad 
Oed Gweo goreu mab oi dad. {!bid.) 

<» À la leilro : U bri$a la cuuuçse de Liwarc'k'U-vieux, 
« C*esl-à-dire le iils bienaimé , rcnfanl chéri. CeUe expression 
csi encore en usage parmi les paysans d'Armoriquc. 



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152 
Âourtorc*hok , tiwesok unbenn; 
Oarz Gwenn, gwasionien oezen'. * 

Peduar mab ar-ugent enn keovaent — 
Liwarc'h — 
HoU gouir gleou galouezaent; 
Touel heu devod, klod tra ment. ^ 

Peduar mab ar-ugent a gwesiaent, — raen 
knaod — ^ 
Troue me tavod 4 lazesaent : 
Pa devod men kod koledaent! ^ 



IL 



Pan laz Pel, oez teoel — briou^ — 
Ha gwaed ar gwalt hell ; 
Hag i am douilann Fraou , frouel. 

Dec'honad estavel oc'h eskel -^ eskoiie* 
daour , — 



' Peduar mab ar ngeint am bwyn 

Eurdorchaac lywysaac uoben 

Wrth wen gweisyonein edin. {Mis. de Hergheti.) 
' Peduar mab ar ugeinl ygkenuein Llywarch 

wyr glew galwytbeint 

Twll eu dyvod dod trameint. [Ibid.) 

^ Peduar meib ar ugeint a uciiliyciut vy nglinawd. 

{Ibid.) 



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153 
et chefs suprêmes ; compares à Gwenn , c'étaient 
des enfants. ^ 

Il y avait vingt-quatre fils dans la famille de 
Liwrarc'h, tous gens de cœur, [pleins] de fureur 
guerrière; leurs marches étaient secrètes, leur 
gloire au-delà de [toute] mesure. 

Vingt-quatre fils gardaient mon corps : par 
ma langue ils ont été tués ; ^ la mesure de mon 
malheur est comblée ! 



II. 



Quand Peil mourut , ce fut d'une large bles- 
sure, et [avec du] sang sur sa chevelure en dé- 
sordre , et au fracas des armes , sur les deux ri- 
ves du Fraou. * 

On bâtirait une salle avec les débris de boucliers 



^ Ces trois mots sont omis dans le lÀvre rouge de Herghest. 
** Dt dyvod f y nghod coll edeint. ( Ifnd.) 

« A la lettre : de petits garçons. 

' Le barde se reproche encore ici d'avoir excité ses fils à com- 
battre f et, par là même, causé leur mort. 

* Il y a plusieurs rivières de ce nom en Galles ùi dans le €um- 
berland ; il est difficile de dire au jusle à laquelle le barde fait al- 
lusion. 



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i54 

Tra bezed ean sevel , 

k brioaed ar ankad Peil. i 

Den deviz ar mé meibioii , 
Pan kercliae pob he gallon y 
Peil gwenn , pouel tan troue livou. ^ 

Mad dodez he morzoued troz obel 
He gorvez , ocTi oung hag oc'h pel ^ 
Peil j pouel tan troue saouel ! 3 

Oez lari ! lao aei^e ! — oez aeleu he luez ! 
Oez dinoz ar estre 
Pel gwenn; toed erc*hel hon de! 4 

Pan save enn treuz pebel , 
I ar gorvez erevel , 
Arzeloue oc'h gour gourek Peil. ^ 

Breouet rag Peil penglok fer ! 
Ez odid louver, ez lever 

I DycboDâd ystifell o esgyll ysgwydawi 

Tra ?ydat yo sefyll 

A ?riwit tr aagad PjW. 

(M$$. àe Hcr$.) 
* DjQ dewis ar vy metbioQ 

Pan gyrcbei i>awb ei alon 

Pyll wjn pwyll tan irwy luuon. (Ibid.) 

^ If ad dodes ci vorddwyd dros obcU 



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ISB 
élevés les uns sur les autres , €|ue Peîl a brisés 
de sa main. 

L'homme d'élite entre mes fils, quand chacun 
d'eux assaillait son ennemi , était le beau Peil , 
dont Teffort [était comme] la flamme qui s'é- 
lance par le trou de Pâtre. 

Qu'il posait bien sa cuisse sur la selle de sou 
coursier , de près et de loin , Peil , dont l'effort 
[était comme] la flamme qui s^ élance par le trou 
du toit ! 

Qu'il était beau I que son bras étak terrible 
dans le combat ; que ses soldats étaient riches ! 
C'était une citadelle que le beau Peil sur son 
chevd ; quel toit hideux nous sépare ! 

Quand il paraissait au seuil de sa tente , monté 
sur son coursier gris^ dUe était fièce de son ^ux , 
l'épouse de Peil. 

Que de crânes épais ont été broyés devant 
Peil! Rarement le lâche, le pleureur garde le si- 

Ei orwydd o wiig te o bail 

Pyll pwyll Un trwy Mwel. (ibid, ) 

* Oed llary llaw aergre oe4 aeleu ei byd 

Oeé dioAS ar yslre 

Pyll fyn doet pefcbyll eu de. ( /6td. } 

^ Pan savei ya orws pebyll 

1 ar orwydd erevyll 

Arddelweî o wr wreig Pyll. f Ibid.) 



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>9 



iS6 
Enn tav : eizil heb dim digoner. ^ 

Peil gwenn , pellenik té klod ! 
Handoum nouev er od ! o'z devod , 
Men maby o*z taran adnabod ! ^ 

Goreu tri den edan nev 
Ha gwarc'hedouiz heu hazev : 
Pel , ha Selev ha Sanzev. ^ 

Eskoued a roziz i Peil , 
Ken na he kouski ne boue toi ^ 
Teniao he hazey argol ? * 

Ked delae Kemri hag elev lu — oc'h Loe- 
ger, — 
Ha laouer oc'h pob tu 
Dangosae Peil pouel izhu. ^ 

Na Peil, na Madok ne bezent — ^hiroedlok, — 
Oz devaod , e gelvent : 



{BÊu.deBergkêêt.) 



I Briwyd rag Pyll peoglog fer 
Ys odid llywyr yt lecber 
Yd daw eiddil heb dim digoner. 

^ Pyll wyn peil euoic ci glod 

Handwyf nwyv erod olli dy vod 

Yn vab atharao adnabod . ( Ibid . ) 

' Goreu tri den y dan nef 



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157 
lence ; le faible se contente de rien. 

Beau Peil ! qu'elle s'étend loin , ta renommée ! 
que tu m'as donné de force ! Quand tu es venu 
[au monde], 6 mon fils, j'ai reconnu [en toi] 
la foudre ! 

Les trois hommes sous le ciel qui ont le mieux 
défendu leur demeure : Peil et Selef et Sanzef. 



Le bouclier que je doimai à Peil , avant de 
s'endormir [pour jamais] , ne l'a-l-il pas troué en 
sauvant sa demeure de la ruine ? 

Quand s'avançaient les Kemris contre l'armée 
dévastatrice des Logriens, avec de nombreux 
[auxiliaires] de chaque côté, c^était Peil qui leur 
donnait l'élan. 

Ni Peil, ni Madok n'ont vécu longtemps. Si, 
selon la coutume, on leur criait : 

A warcbedwis ea hâddef 

Pyll a Selyf a Saozef. [Mu. de Hergheil.) 

* Ysgwyd a roddeis i Byll 

Kyn Doi gysgu nea ba doll 

Dimiao y haddef ar wall. {Ilnd.) 

'^ Kyd delei kymni ac elyflu o Lloegyr 

 Uawer o bell tu 

Dangosei Byll bwyll uddu . ( Ilnd. ) 



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158 
« Rozint ? — Na rozmt ! — Ncd kengraer biz 
erc'hent ! i 



Lema mè mab ; o« difoe. — Tringar 
I Beirz\ ez he glod nid elae 
Peil , pe pellâc'h parae. * 

Maen , ha Madok ha Medel , 
Deour gouir , diesik broder , 
Sdev, Heilen, Laour, Liver 

Bez Gwel enn Riou-meleD, 
Bez Saouel enn Langollen ; 
Gwarc'hedou Laouer boulc'h Lorien. 

Bez roz n'ez kuz teouarc'h ? 
N*ez evrez gwered Ammarc'h 
Bez Lengedoue, mab Liwarc^h?s 

Goreu tri gouir enn heu gwlad 



' Na Phwyll na madawc ni byddynl hiroedlawc 

Or dewawt a getwynt 

Rbodyn na roddyn kyngreir vyt uis erchynt. 

{Mss. de Herg,) 
* Llyma y mab oed difai tringar 

I feirdd ys ei glod He nid elei 

Byll pei bellach par ei. (/6t4.) 

^ Bed ras neus kud lywarch 



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159 
« Se rendent-ils [vos hommes]? — Ils ne se 
rendent pas ! — [ répondaient-ils. ] Jamais ils ne 
demandaient quartier! 

Ici [repose] mon fils; il était sans défauts. 
Très chère aux bardes y où la gloire de Peil ne 
serait-elle point parvenue, s*il eût vécu plus 
longtemps ! 

Maen, et Madok et Médel [étaient] des guer- 
riers vaillants y frères intrépides de Selef, Hei- 
len y Laour et Liver. 

La tombe de Gwel est à Riou-Vélen ^; la 
tombe de Saouel à Langollen ; ^ Laouer garde le 
fort du Lorien. 

Cet épais gazon ne oache-t-il pas une tombe 
sanglante ? L*herbe d' Ammarc'h ^ est-elle souillée 
par la tombe de Lenghédoué^ fils de Liwarc'h? 

Les trois hommes de leur pays qui défen- 



Nis eurydd gweryd Âmmarch 
Bed Llyngedwy vab Uywârch. {tM.) 

Après ceU6 strophe, Tordre change dans ce mannscnt; et, au 
lien des yers Gi^reu tri gtmir, on trouve PéU oe'h aman Aber Leou, 
et les trois stances suivantes qui terminent le poème. 
^ Dans le Merionetbshire, près de Bala. 
» Vallée célèbre du comté de Denbigh. 
* Dans le comté de Montgomery. 



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160 
E amzifeDD heu treoad : 
Ëizar, hi^ Ersar hag Ârgad. 

Tri mab Liwarc'b , tri ankemmen — kad ; 
Tri keimiad anlaouen : 
Lev, hag Àrao hag Urien. 

Handid haoz he amc*houeson , 
O'hi adao ar lann avon , 
Eged ha lu oc*h gouir louedion. ^ 

Taro trin , revel adoun , 
Kleder kad j kanouel esgoun , 
Reen nev , re a eudevid houn ! ^ 

E bore gan sav ë dez , 
Pan kerc'houed Moug-maour-trevez , 5 
Ned oes tagod meirc*h Mec'hez. * 

Kevarvan a^m kavall , ^ 
Kelaen ar gwear ar gwall : 
Kevrank Rud haV drud arall. 



< Handid haws i amcbuysion 
Oi adaw ar lan avon 

Y gjd a lia ewyr llwydon. (Mt$. de Plas Gwyn,) 
* Taru trin ryyel adun 
Cledir cad canuill oguuin 
Ren neu ruy a ondeid hun. {ibid.) 

> Après ce vers, dans le Livre noir , on lil en glose, d*une au- 
tre écriture : Brenin y Soeion , c'est-à-dire le prince des Saxom, 



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161 
daient le mieux leur habitation étaient Eizar, et 
Ersar et Argad. 

Les trois fils de Liwarc*h, tous trois indomp- 
tables dans le combat , tristes voyageurs tous 
trois : Lef, et Arao et Urien. 

Il eût mieux valu , pour leur avantage , être 
enterrés sur les bords de la rivière, ^ dans la 
compagnie des hommes gris : '' 

Le taureau du tumulte, le chef de guerre , le 
soutien dans la bataille , le flambeau sublime , 
le régulateur du ciel ^ a été trop écouté ! 

A Taurore , au lever du jour, lorsque s'avança 
le Grand Brûleur de villes , ^ ils ne furent point 
étranglés, les chevaux de Mer'hez. 10 

En face de ma cabane, il y a dans la plaine 
un cadavre dans le sang : c'est par suite de la 
rencontre de Run 1^ et d'un autre brave. 



* Nid oéd vagawd meirch mechit. (Ibid.) 

* Kyaarvan am cafall. (Ibid. ) 

• La Dee, sur les rives de laquelle s*élève l'église de Lanvor. 
' Des moines de Lauvor. 

• L.e Dieu Soleil. 

' Ida, surnommé Par le- brandon. 
*o Peiii-flls de Liwarc*h-Henn. 
** Filsd'Urien. 

H 



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i6^ 
Diaspad a doder eun gwarsav I^pg-^mepez- 
Oziouc^h penn bez Kenlug : 
« Ma kerez, me a lie gorug ! )> * 

Odid erc'ki toet estrad ; 
Devrisient kedouir i kad ; 
Me ned am , ariav n'em gad ! 

Ned oud te eskolaek , ned oud j^laeg ; 
Unbenn n'ez gelver , eon deiz red ; 
Oh ! Kenzilik , na buost' goureg ! ^ 



Pell oc'h aman Aber Leou , 
Pellac^h bon doui kevedliou ; 
Talan , teliz té degr beziou. 3 

Er evez è gwin oc*h kaok , 
Ev a ragwan rag reiniok : 
Eskd gwaouf oezgwaev maour Duok. ^ 



■ Diaspad a dodir ygwarthao lilug vynydd 
Odducb ben bed kyollqg 
Mau gerit me a e goroc. 

{Mi$, de HergfieiL) 

* Ny doid li ysgolbeic nid nid eleic 
Unbcn nilh einir in did reii 

Ocb Kyndilic na buost gureic. (Ibid.) 

* Pell oddyman Aberlyi^- 
Pdlach ein dwy gyvediiw 



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165 
Un cri s'^lèvç du sommet cUi nom Lug, ^ du 
haut de la tombe de Kenlug : « Màn cJkdtimenty 
cest moi qui me Finfligél » 

En vain la vallée est couverte de neige ; les 
guerriers volent au combat : moi, je n'y vais 
point ; la maladie ne me quitte pas. 

Tu n'es pas clerc , toi , [ mon fils ] , tu n'es 
pas ermite ; et [cependant^ tu ne aéras ifBs ap- 
pelé [du nom de] chef,. au jour de la néçessilé; ^ 
oh ! Kenzilik ! que n'as-tu été femme ! 

[Il est] loin d'ici le havre de Leu, 7 plus loin 
encore nM deux dans; ô Talatl !* j^ai mérité tes 
larmes aujourd'hui f 

Depuis que j'ai bu le vin de ma coupe , une 
rencontre a eu lieu entre des hommes armés de 
lances : comme les ailes de l'aurore, brillait la 
grande lance de Duok. 

Talan leleis df àifk^t heà^. ( /6ûi. ) 

^ Er yreis i win e gtwc 
Ef a ngw»o rac rcwftiawo 
Esgyll gwawr oed wft|waiwt Diwg. 

s Probablement y Lug-Vallno», qijâ eal «oe àndene yille du 
CumberlaDd actuel, djêsignée par Ptûiéti4e. 
* Aa jour du jugement. 
' Aber-Leu ; e'est U que péri) Udeft. (Vo|ea son dégie. ) 



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164 
Oes edivar gen-etn pan em ere*hiz , 
Nad gaiit^ho ë deviz ; 
Kenez e be hael hoedel miz. ^ 

Azwen lèverez keni — bran : — 
« Pau diskennei enn keverdi , 
Penn gouir, pan gwin a delei. » ^ 

Méregok marc'hok maez \ 
Tra menouz Douez mê lez , 
Ned ezonm , megiz moc*h , mez ! 

— Liwarc*h4enn , na bez te gwel ; 
Trouezed a kevi-te anouel ; 

Tarn te lagad; tao , na gwel. ^ 

— Henn oum-rae, n'az oziwezam; 
Roz y am kuzul y kouz ; arc*hani : 
Marv llrien ! anken ar-n-am. * 



* Edifar gennyf pao ymerofaeis 
Nat ganln y diewis 

Rynny dy?ei hael hoedl mis. (Mit. de Herghai.) 

* Ataen leveryd kyni fran 
Pftn diagynnei ygkyordy 

Pan gur pan goio a dyly. (Mê$. de PUu fiioyn.) 
La pièce, dans le Livre rouge de Hergbest, finit avec ces yen. 
s Llyuarcb hen na vyà dî wyl 
Trwyddet a gefi di anwyl 



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165 
J'ai eu regret d'avoir . fait une demande [à 
Dieu], puisqu'ils n'ont ps^ obtenu ce qu'ik vou- 
laient, [mes fik] : que leur vie fût généreusement 
augmentée d'un mois. 

Il plait , le langage du corbeau , ^ dans le mal- 
heur : « Quand dans rassemblée [, dit-il,] des- 
cendra le chef des guerriers, ^ il méritera une 
coupe de vin. » 

Que le cavalier [soit] vainqueur [dans la] 
plaine! Tant que Dieu voudra mon bien , je ne 
me nourrirai point , comme le pourceau , de 
glands ! 

— O vieux Uwarc'h , ne sois point abattu ; 
tu trouveras [bientôt] une douce retraite ; sèche 
ton œil ; tais-toi , ne pleure pas. 

— Je suis vieux , je ne te reconnais pas ; le 
don , à mon avis , [qui me sied, est] une 
tombe; je Timplore : Urien est mort! La dou- 
leur [pèse] sur moi! 

Tarn dy lagad tan na gwyl. {Ibid.) 

* Hen wyf fy nitli oddiweddaf 
Roi am gyssat cwdd arohaf 
Marw Urien angen arnaf. (Ibid. ) 

'^ Les corbeaux, selon Strabou, prédisaieol Tavenir aox Bretons. 
• Dnnod » 6U de Pabo. Voyez l'élégie d'Urien, et pins bas. On se 
rappelle qu'il étail un des trois piliers de bataille de File de Bre- 
tagne. Dieu ne Tayant pas exaucé, le barde en appelle à ce héros 
de la patrie et met son espoir en lui. 



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166 
— • Ha e të kuziil kerc'hî brào , 
Kan dioug hag argeiian? 
Marv meibion Urieii ac'hlan. ^ 

— Na kred bran , na kred Dunod , 
Na kae gant beu un fosod, 
Bugel-loe, lavnaour louebrod. ^ 

— Ez ez Lanvor Ira gweilgi 
E gouna mor molud ourz4ii ; 
Lallogan ni goun a hi. ^ 

— Ez ez Lanvor , tra banok , 
Ez aa Kloued enn Klevedok ; 
Hag ni jg;oun a bi lallok. 4 

— Aez Deverdoui enn he terven , 
Oc'h Mieloc*b bed Traweren , 
Bpgel-Loe, lava^ur louebran. ^ — 

* Ai dy gyssul kyrchu bran 
Gan diwc ac argyoan 

Marw meibion Urieo achlao . f ibid. ) 

^ Na chred vran na ebred Dunaud 

Na chai gant bndd yn Fosaud 

Bugeil loi Llanvor llwybraud. (Ibid.) 

> Issydd Lanvor dra gweilgi 

Y gwna mor molad wrthi 

Llallogan ni vrn ai hi. (Ibid.) 

* Yssydd llafnfawr ira bannawc 

Vdd aa €lwyd yghlywedawc 

Âc ni wn ai llallawc. (Ibid} 



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<67 

— Ësl-ce ton avis de consulter le corbeau , au 
chant sinistre et criard ? Ils sont tous morts , les 
fils d'Urien ! 6 

— Il ne croit point le corbeau , il ne croit 
point Dunod; ^ il n'en obtiendra pas de pro- 
tection , le pâtre débile 8 [qui a été jadis] un 
homme d'armes voyageur. 

— Voici [l'église de] Lanvor au-delà de ce 
fleuve dont la mer se fait gloire; [mais] je ne 
sais [si tu as rien] de commun avec elle. 

— [Oui,] voici Lanvor, la majestueuse , où la 
Kloued ^ se joint au Klévédok ; j'ignore en elïet 
si avec elle [j'ai rien de] commun. 

— Le Deverdoui a surmonté ses bords ; *^ [ il a 
roulé ] du Melor'h au Trawéren , 6 pâtre dé- 
bile , jadis homme d'armes voyageant. — 

* Ueis Dyvyrdwy yn ei thervyn 
Veloch byd Traweryn 
Bogeil lloi lafDawr Hwybryn. {Ibid.) 

* C*est une réponse à la confiance superstitieuse que le barde a 
témoignée pour le corbeau, dans sa détresse. (Voyez p. 165.) 

' Voyez plus haut. 

* A la lettre : le patleur de veaux : c*est-^-dire Liwarc*b, devenu 
berger. 

* Clwydf rivîèit} qui parcourt la vallée du même nom, dans le 
comté de Denbigh. Lanvor est dans fc Merionethshire. 

*<* Le barde se donue, de cette manière délicate, le conseil de su 
surmonter lui-même , pour songer sérieusement aux choses de l'é- 
ternité. 



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168 

IV. 

Truan ë tonked a tonkoued 
I Liwarc'h , e noz i gaoed : 
Hir knev , heb esgor luzed ! ^ 

Tano , më eskoued , ar asoue men tu ! 
Ke boum henn , oz gallam , 
Ar rodouez Morlaz gweliam ! ^ 



* Truan o dyoged a dynged 

A dyngwyd i Lywarcb y bos i gaued 

Hir gni? beb esgor Ilndded. [Ilrid.) 

■ Teneu vy ysgwyd ar asswy vy nbu 

Kw bwyf hen as gallaf 



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169 
IV. 



Ah ! quel triste destin fut destiné à Liwarc*h , 
la nuit où il est né : de longues peines sans dé- 
livrance de fardeau ! ' 

Il est bien aniinci , mon bouclier, sur mon 
flanc droit ! Je suis bien vieux ! et cependant , 
si je puis , je veillerai sur les bords du Mor- 
laz U 

Ar roé^dd Torlas gwyliaf . ( I(M. ) 

> Voili la seconde fois qu'il exprime cette pensée dans les mê- 
mes termes. J*ai traduit à dessein : desêm desHnè, 

* Cest \k qœ fut tué Gwenn , Tenfant chéri dn barde , comme 
on Ta TU plus haut. 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



On peut juger, par plusieurs strophes de ce poème pathéti- 
que, du plus ou jçiioin& de fondement des conjectures que J'ai 
faites I dans l'introduction de ce recueil, touchant les luttes 
que la foi et le doute se livrèrent dans Fâme du vieux barde , 
aux demiètes années de sa vie. 

J'ai fait observer combien il est curieux de le voir consul- 
ter le corbeau , après avoir invoqué Dieu ; regretter pour ses 
fils morts la sainte compagnie et les prière» 4e6 nloines , dé- 
goûté du. culte du soleil , ce culte de ses pères , qu'9 aurait 
longtemps pratiqué ; puis s'excitant lui-même & espérer , et 
combattant Tespérance; se demandant s'il doit croire aux 
présages des oiseaux , à la résurrection des héros de la pa- 
trie qui viendraient à son aidé , et répondant non; s'il a rien 
de commun avec Lanvor, c'est-à-dire avec l'église, et répon- 
dant encore par le doute ; enfin , s'encourageant à vaincre 
son propre cœur, comme le fleuve les obstacles que lui oppose 
la nature, et cependant retombant de nouveau, accablé sous 
le poids d'un désespérant fatalisme , et ne trouvant d'énergie 
qu'au souvenir de son fils le plus cher , qu'à l'espérance de 
le venger. 

On peut crohre que son dialogue avec lui-même est un écho 
de quelque colloque du même genre avec les moines de Lan- 
vor. Ces tentatives de l'Église pour convertir les bardes ont 
laissé des traces profondes dans les traditions celtiques ; le 
pays de Galles , l'Armorique et l'Irlande n'ont qu'une voix à 
cet égard : dans un chant populaire breton , le barde Merziu , 
après un pompeux étalage de sa science druidique , s entend 
apostropher ainsi : 



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171 

c Menôn, Meratn , conT^isez-vouB ; tl n'y a dt devin que 
Dieu! » ' 

Ossian , dans un chant irlandais , plus authentique 4pie tous 
ceux de Ibrcpbersen , dispute auisi avec saint Patrice qui tente 
sa contorsion : ia «tnatfon du barde de Hrlande otEre , avec 
la position du barde gallois, une sim3itude frappante. 

Le vieil Ossi$û regrette le tettipe des héros, comme Li- 
warcli*llenn , et ttussi les fêtes aiaqnelles il assistait jadis ; Q 
pleure la mort de son père Fingall, comme LiwarcTh \k mort 
de ses fils; il voudrait veiller aussi hii à la garde des c6tes de 
la patrie ; le saint loi reproché la vanité de ses pensées : 

Patrice. 

« Gesse de te livrer à ces feUes pensées : les héros que ta 
pitures sont morts; peovent^-ils renaître? 6 fils d*un chef de 
guerre puissant ; leur gloire a passé, tu le sais I Crois daiis 
cebii dont b pouvoir suprême domine tous ceux de la terre ; 
courbe devant lui les genoux , et conbacre-hii ta vie. % 

Ossian. 

« Tes pannes soot bien dures à MMite^ et leur sens est 
bien triste ! elles déehir^ mon oreille, «t tourmentent mon 
coeur. Je pleure , mais ce n'est pas pour ton IMeu qse mes 
larmes coulent comme un torreoL, c'est pour iiiaii père et 
mon srignesr .^ui doH mUintenant dans le tdmbeau ; j*en ai 
iMses jUt pour que ton Dieu me soit.propice; j'ai renoncé à 

tous les plaisirs pour demeurer avec les clercs ; pbs de 

manteau de roi , plus de banquet hospitalier , plus de concerts 

ni de joie pour moi : 6 Ynis Failli pourquoi Ossias ne 

veille^t-il plus à la garde de tes côtes? pourquoi ne peut-il 
plus donner la mort à Tétranger qui les profane ! > ^ 

1 ChmU popwiairM de ia Brêtapu, 1. 1 » p. 100; 4« édii. 
* Miss Brooke, ReMeks of Irith potiry , p. 75. 



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172 

C*est au poème de Uwarc'h-Hemi sur ses enfants que se 
rattache le touchant souvenir historique cité dans notre intro- 
duction. 

La strophe huitième : < que b vague iurise avec Anhas , 
qu'elle couvre le rivage! % etc^, ella^suivanlle , ontétè le mo- 
tif dont s'inspira le rojal prisonnter du diMeau de KardiflL 
EHes étaient souvent rappelées à son esprit; par la mer qu'il 
■voyait, des fenêtres de sa prison , br^er au [Hod du promon- 
toire de Pennarz. 

La manière dont le docteur Oweû a traduit la preatnièrede 
ces deux strophes^ dans ses Htrcic ek^^ m'élbnne beau- 
coup; car elle ne me paraissait pas offirir de difficulté : 

€ Que la surface du sol soit retournée , dit-il ; que les as- 
saillanta soient ^couverts , quand des dieb se rendent aux tra- 
vaux de la guerre : Gvi^nn y malheur à celui qui est trop 
vieux ; pour toi il est irrité ! » ' 

n est vrai que, dans son dictionnaire, il traduR plus éaac^ 
tement : « Que la vague bruîsse ; qu'elle couire la côte , quand 
les lames volent ensemble dans le combat ; Gwenn, malheur 
à qui est trop vieux à cause de sa furetir. » 

Biais ici encore , U me semble ne pas avoir compris les der- 
niers mots du texte , et ce cri sublime d*un père désespéré , 
que Fége empêche de venger son fils , 

liattieur à qui est trop vieux pour te venger ! 
est perdu pour les lecteurs du traducteur anglais. 

Je ne ferais point remarquer ces différences, entre la traduc- 
tion du docteur Owen et ia mienne , et je n'insisterais pas sur 
le désaccord où il est si souvent avec hii-méme , si je ne crai- 
gnais qu'en comparant mon interprétation avec la sienne , 6n 



« l^t ihe face of ihe ground be luroed up , let ihe assaillanU be 
covered , iwben chiefs repair to the toil of war : Gwen, woe to him 
that 18 0¥er old ; for tbee he is iodigoanl! (P. i35.) 



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173 

ne (ùi porté naturellement à juger qu'entre lui et moi les pré- 
somptions favorables doivent être de son côté. ' 

Le texte que je donne s'éloigne peu de celui du Myvyrian ; 
j'ai suivi , comme l'éditeur de ce recueil , l'ordre des strophes 
du manuscrit d'Hengurt, qui m'a semblé le meilleur. 

Les stances comprises entre la 16« et la 37« de notre sec- 
tion n , ne se trouvent pas dans le lAvre rouge d'Oxford , elles 
y sont remplacées par la 28* et les trois suivantes de notre 
texte, qui y terminent le poème, en laissant de côté le dia- 
logue important du barde avec lui-même : déjà les copistes 
du lÀvre rouge , en excluant les strophes 20® et 21* , ont passé 
sous silenice les aveux qu'il nous fait touchant sa première vie 
païenne , aveux d'un prix inestimable pour l'histoire, et dont 
j'ai essayé de tirer parti. Quel a été leur but? Évidemment 
de sauver leur auteur , qu'ils savaient mort en bon chrétien , 
et enterré dans l'égUse de Lanvor , du reproche de paganisme , 
ou tout au moins de scepticisme. 

Le même motif, probablement, leur a fait omettre les deux 
dernières strophes de l'élégie de Kendehnn , comme on l'a 
vu plus haut. Ils attachaient donc beaucoup d'importance à 
ces traces de superstitions païennes , puisqu'ils voulaient les 
effiicer ; çà été pour nous une raison de plus de les étudier 
avec soin. 

* Les persoDoes cunenses de coofrooter les diverses trtdacUoDs 
des strophes de la pièce qai dous occupe , peaveot rapprocher les 
pages i35, i37, i39, i45 ei 147 de ses HeroU èUgies, des pi- 
ges 38, 50, 478 da tome second de son dîctioaDaire(éd.de 1832), 
et des pages 407, 327 , 473 et 123 do premier volume. 



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L 



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POÉSIES DE LIWARC'H-HENN. 



nCOÊaHB PAKTIE. 



POÈMES GNOMIQUES. 



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POÈMES GNOMIQUES. 



ARGUMENT. 

Les six morceaux qui suivent , savoir : les Calendes de 
l'hiver , LE Vent, les Rameaux , les Splendeurs, la pièce 
intitulée Soir! et celle qui a pour titre le Chant du coucou, 
forment ce qu'on pourrait appeler le trésor de sages^ de 
LîwarcTi-Henn. Chaque barde avait son trésor de ce genre, 
qu'O se faisait un devoir de partager avec ses contemporains. 
Les Druides enseignaient ainsi la sagesse; et quelques-unes 
de leurs maximes, quelques-uns de leurs proverbes et de 
leurs atomes ont pu arriver jusqu'au temps où vivait Liwarc'h- 
Henn. Ses poèmes gnomiques ont donc une importance réelle : 
leurs strophes ont généralement trois vers, mais d'ordi- 
naire les deux premiers sont là uniquement pour amener le 
dernier , contenant la vérité morale que le sage veut ensei- 
gner, et, sans doute aussi, pour aider la mémoire par une sorte 
de jnnémonique , assez semblable à celle connue dans les 
écoles sous le nom de racines grecques. Plusieurs des maximes 
de notre poète sont remarquablement belles ; mais ce qui leur 
donne surtout un caractère d'originalité, c'est le sentiment 
personnel qu'elles respirent souvent ; c'est qu'on entend le 
cœur de l'homme , le cœur du vieillard infirme et malheu- 
reux gémir par la bouche du sage. 



12 



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I. 

KALAN-GAEAM. 



Kalan-gaeam , kaled greun , 
Deil ar kerc'houein , lennoueii leun , 
E bore ken na monet : 
Gwae a emziried i estren ! i 

Kalan-gaeam, kann kevriii , 
Kevred avel ha drec'hin : 
Gweiz kel louez eo keli rin. 2 

Kalan-gaeam j kul heizod , 
Melen blaen bezou , gwezou havod : 
Gwae a haez mevel e'r bec'hod ! 



Kalan-gaeam , kroum blaen gouresk 
Gnod oc'h penn diried tervesk ; 
Lec'h ne bo don, ne bez desk. 



* Ralaogaeaf kaled grauo 
Deil ar gychwyn llyoowyn laan 
Y bore kyo noi vyned 

Gwae a ymdiiiried î estraun. (Mit. de Herghett.) 
Celte sirophe est altérée dans tous les manuscrits. 

* Kalangaeaf kein gyvriu 



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I. 

LES CALENDES DE L'HIVER. 



Aux calendes d'hiver, ^ grain dur, feuille tom- 
bante; mare pleine dès le matin, avant qu'on 
sorte. Malheur à qui se fie à l'étranger ! 

Aux calendes d'hiver, intérieur brillant; à la 
fois vent et tempête : c'est un travail très lourd 
que de cacher un secret. 

Aux calendes d'hiver, les chevreuils [sont] mai- 
gres ; la tête du bouleau jaunit; la maison d'étés 
[devient] veuve. Malheur à qui fait un reproche 
pour une bagatelle ! 

Aux calendes d'hiver se courbe le bout des 
branches ; le désordre [sort] habituellement de 
la tête du méchant ; là où il n'y a pas de don 
[du génie], il n'y aura pas d'instruction. 

Kyyred awel a drychin 

Gweilh kelwydd yw kelu rhin. (Ibid.) 

^ Â la Toussaint. 

* Noos sayoos de Gildas , contemporain de Liwarc*b-Henn , qii*à 
cette époque les chefs bretons avaient deux habitations , Tune d'hi- 
ver et l'autre d'été. 



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180 
Kalan^aeam , garo hin ; 
Ânhebig i kentevin ; * 

Namen Diou , ned euz devin. 

Kalan-gacam, kann gifreu — adar, — 
Berr deiz , ban kogeu , 
Trugar daffar Diou goreu. l 

Kalan^eam^ kaled, kras; 
Purzu bran , buanoc'h bras ; 
A m gwemp henn, c'hoerzed gwen gwas. ^ 

Kalan-gaeam, kul karoued. 
Gwae gwan, pan ser berr bez bet ! 
Gwir, gwell hegarouc'h na pred. 5 

Kalan-gaeam , loum godaez ; 
Arader enn rec'h, eic'h enn gweiz: 
Oc'h kanty odid kedemmaez. 

< Kftbngaeaf kein gyfreu adar 

Byrrdyd ban cogeu 

Trugar dafiar Daw goreu. ( Ibié.) 

• Ralangaeaf caled cras 

Purddu bran buan o vras 



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181 
Aux calendes d'hiver, rude température; [c'est] 
le contraire au premier mai ; hormis Dieu , il n^y 
a point de devin. 

Aux calendes d'hiver y la plume des oiseaux 
est blanche y le jour court y les coucous gémis- 
sent : la miséricorde est le premier devoir de 
Dieu. 

Aux calendes d'hiver, [il fait] dur, [il fait] 
sec ; le corbeau est noir de jais ; plus rapide [la 
flèche s'élance] de l'arc ; quand le vieillard tombe, 
la lèvre du jeune homme rit. 

Aux calendes d'hiver, les cerfs pâtissent. Mal- 
heur au malade, quand les astres ont fourni une 
courte carrière ! * en vérité , mieux vaut bonté 
que beauté. 

Aux calendes d'hiver , point de feu de brous- 
sailles [sur les monts] ; charrue dans le sillon , 
bœuf à l'ouvrage : sur cent , rarement un ami. 

Am gwyrop hen cbwerddid gwen gwas. (Ibid.) 
s Kalangaeaf col kerwjt 
Gwae waon pan syrr byrr vyd byt 
Gwir gwell begarwch nophryt. (Ibid,) 

« Durant Tbiver. 



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IL 
GWENT. 



Gnod gwent oc'h deheu; gnod adneu 
enn lann; — 
Gnod gour gwan gotaoeu ; 
Gnod i den goven c'houedieu , 
Gnod i mab ar raaez moezeu. i 



Gnod gwent oc'h douiren ; — gnod den 
bronraen balc*h; — 
Gnod mouialc'h emlez draen ; 
Gnod , rag traha , tra-levaen ; 
Gnod, enn gonik, kael kik oc'h braen. ^ 

Gnod gwent oc'h goglez; — gnod rianez- 
c'houek, — 3 
Gnod gour tek , enn Gwenez ; 
Gnod i teïrn arloui gwelez ; 
Gnod, gouede lein, ledvredez. 



I 



Ce vers ne se trouve pas dans le Livre noir de Hengurl, mais 
dans le Livre rouge de Herghest; il peut n^être pas auiheoUquo. 
* Gnawd yn ngwic kâel kig o vrein. ( Mis. de Herghest.) 



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IL 
LE VENT. 



D'ordinaire le vent [souffle] du sud; d'ordi- 
naire les dons [abondent] dans le lieu saint; d'or- 
dinaire rhomme débile [est] très svelte; [il est] 
ordinaire à Thomme de demander des nouvel- 
les, ordinaire à Tenfant à la nourrice [de de- 
mander] des friandises. 

D'ordinaire le vent souffle de l'est; d'ordinaire 
l'homme à la poitrine proéminente est fier; d'or- 
dinaire le merle [chante] parmi les épines; d'ordi- 
naire, devant l'oppression, [s'élève] un grand cri; 
d'ordinaire , dans les recoins , on trouve de la 
chair à corbeaux. 

D'ordinaire le vent [souffle] du nord ; d'ordi- 
naire les dames [sont] douces, d'ordinaire l'hom- 
me est beau, en Gwéned ; d'ordinaire le prince 
préside à la fête ; d'ordinaire , après le repas , la 
torpeur. 

^ Goawd gwynl or gogledd gnawd rhyanedd chwec. 

{Ibid.) 



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i84 
Gnod gwent oc'h mor; gnod degevor — 
' lano; — 
Gnod i bano magi bor ; 
Gnod i moc'h turia kelor. 

Gnod gwent oc'h menez; gnod merez — enn 
bro ; — 
Gnod kael lo enn gweunez ; 
Gnod ar laez maez den krefez; i 
Gnod deil ha gwial e gwez. ^ 
• 

Gnod neiz erer enn blaen dar , 
Hag enn keverdi gouir lavar, 
/ Goloug menud ar a kar. 3 

Gnod deiz a tanlouez enn kenlaez — gaeam — 
Kenreinion ken rouez iez; 
Gnod aeloued difeiz enn difez. ^ 



* Gnawd arlaetb maelh dyn creuyd. 

{M$$. de PUu Gwyn.) 
Ce yen n'est donné que ptr ce manuscrit et par le Livre rouge 
de Hei^best ; s'il n'est pas satyriqne , il ne peat être de Liware'h- 
Henn , l'usage du lait étant interdit aux moines bretons a?ant le 
XI1I« siècle. (Voyez la Vie de saini GUdas, édit. de Stevenson , 
p. 32.) 

> Gnawd dail a gwyail a gwydd. (Mu, de Hergh.) 

* Gnawd nylh eryr yn mlaen dar 



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185 
b^ordinaire le vent [souffle] de la mer; d'or- 
dinaire la vague est orageuse; [il est] ordinaire 
à la laie de se nourrir d^ordures ; ordinaire aux 
pourceaux de déterrer des racines sauvages. ^ 

D'ordinaire le vent [souffle] de la montagne ; 
d'ordinaire [il y a] des flaques d'eau dans le 
pays [plat]; d'ordinaire on trouve du chaume 
dans les marais; d'ordinaire Thonmie de reli- 
gion se nourrit de laitage ; d'ordinaire les arbres 
[ont] des feuilles et des rameaux. 

D'ordinaire y l'aire de l'aigle [est] à la cime du 
chêne, et les hommes jasent à l'assemblée, et 
l'œil de l'amant [est] sur celle qu'il aime. 

D'ordinaire, [tout] le jour, le feu brille pen- 
dant l'humidité de l'hiver, entoure des guerriers 
au langage très libre; d'ordinaire, le foyer du 
félon [se change] en solitude. 

Âc yp Dgbyfyrdy gwyr Uacbar 
Golwg fjnad ar a gar. (Hm. de Pku Gwyn.) 
* Gnawd dydd ag anUwyth ygkynlleith ginav 
Kynreinion kjDrwyddieith 
Gnawd aelwyd ddifydd yn ddifeith, (!bid.) 

* C'est cette mèD»e racine, doot j*ai parlé préeédemment, que 
les bounistes appellent Bunivmt et le peuple naia de terre ^ oa 
terre- noix. 



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m. 

ER GWIAEL. » 



Krin kalam ha liv enn uant. 
Kevneoued Saïz hag ariant ; 
Digun ened mamm gaou-plant. 2 

E delien a treoet — gwent ; — 
Gwae hi oc'h hi tooked ! 
Henn-hi, elene e ganet. ^ 

Ked bez bic'han ^ ez kelfez 
Ez adeil adar enn gorvez — koed : — 
Kevoed bez da ha dedouez. 

Oer, gwleb menez; oer, glas ia; ^ 
Emdiried i Diou; n^ez touelia; 
Ned edeo hirbouel hir pla. 



I D'après le Livre rouge de Hcrghest, les quatre premières stro- 
phes de cette pièce feraient partie de la précédente. 

* Crin kalaf a lliu yn nant 
Kyfoewid sais ac ariant 

Digu eneid mam gau blant. ( Ibid. ) 

* Y ddeilcn a dreuyi gwynt 



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III. 

LES RAMEAUX. 



Le roseau [est] fragile et Finondation [règne] 
dans la vallée. Le Saxon et Taisent sont alliés. 
[C'est une] âme dure [que celle] de la marâtre! 

La feuille tournoie au gré du vent ; malheur 
à ce qui en a le destin! Elle est vieille, [quoi- 
que] née dans Tannée. ^ 

Quoiqu'il soit petit , il a une demeure artiste- 
ment [bâtie], Toiseau, dans le fond des bois : 
de même âge sont bonheur et bonté. 

Froide 9 humide [est] la montagne; froide , hu- 
mide la neige ; fie-toi à Dieu ; il ne te trompera 
pas; trop de prudence ne fait pas de longue 
blessure. ^ 



Gwae hioe ihynged. {Ibid.) 

* Oer wlyb mynydd oerlasia. {Ibid,) 

« Cette strophe, OD s*en soa vient, se trouve déjà dans la pièce 
du barde sur la vieillesse ; il D*y a ici qu^une légère variante. 

• — Trop de prudence ne nuit pas. 



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i88 
Baglok bezin j bagouei on ; ^ 
Houied enn lenn , graenwenD Ion ; 
Trec'h na kant kestuz kalon. 2 



Hir noz, gorziar morva; 
Gnod tervesk en kemanva; 
Ne kevred diriad ha da. 

Hir noz, gorciar menez; 
Goc'houihan gwent ouc'h blaen gwez; 
Ne touel droug-anian dedouez. 

Marc'hgwial bezou brig glas 
À tenn men troed oc'h gwanas : 
Nag azav tê rin i gwas. 3 

Marc'bgwial deru, meoun louen, 
A tenn men troed oc'h kadouen: ^ 
Nag azav rin i morwen. 

Marc'bgwial deru deiliar 
k tenn men troed oc'h kac'har : 
Nag azav rin i lavar. 

■ C'est ptr cette strophe que commence la pièce dans le Livrerouge. 

* Trecb na chani ky$sul calon. (/6id.) 
Le mot où je crois lire kyssul est à demi effacé. 

* Marchweil bedw bridas 
A dynn uyntroet o wanas 

Nac adef dy rin y was. (Mu, de Htrgheil.) 

« Marcliwyeil deru mywn llwyn 
A dynn vyniroet o gadwyn. (Ibid,) 



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189 
Le buis sert de béquille ; le frêne est noueux ; 
les sarcelleis fréquentent le lac; la vague blan- 
chit sur la grève; plus forte que cent [hommes] 
est Taffliction du cœur. 5 

[Pendant] les longues nuits, Tocean est bruyant; 
le tumulte est ordinaire dans le combat : le mal 
et le bien ne font point société. 

Pendant les longues nuits, la montagne est 
bruyante; le vent siffle dans la cime des arbres; 
le bonheur ne charme pas le mauvais naturel. 

Le rameau vigoureux du bouleau à la tête 
verte tire mon pied de Tentrave : ^ ne confie 
point ton secret au jeune homme. 

Le rameau vigoureux du chêne, dans le bois, 
tire mon pied de la chaîne : '^ ne confie pas un 
secret à la jeune fille. 

Le rameau vigoureux du chêne feuillu tire 
mon pied de prison : ne confie point un secret 
au bavard. 

* Celte maxime est attribuée à Avaon , fils de Taliesin, par un 
barde da X« siècle. (Afyvyr. Àrch,^ t- ^ t p* i^S.) 

• C'est-à-dire les chants du barde rendeot la liberté au captif. 
Mare'hgmal signifie proprement rejeUm. Le bouleau était le sym- 
bole du barde. 

' Les chants du druide brisent les fers. Le chêne était Tarbre des 
druides. Je crois les deux premiers vers de chacune de ces deux 
strophes d*une grande antiquité. 



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190 
Marc^hgwial tresi ha mouiar ar-n-hi , 
Ha mouialc'h ar he neiz, 
Ha kelouesok ne tav biz. ^ 

Gwlao allan; gwlec'het raden; ^ 
Gwenn gro mor, goron eouen; 
Tekav kanouél pouel i den. 

Gwlao allan ; enkav gledour, 
Melen eizin, krin evour; 
Diou reen nev, pe pereîst levour! 5 

Gwlao allan; gwlec*het men gwalt; 
Koenvanuz gwan, difouez ait, 
Gwelougan gweilgi , heli hait. ^ ^ 

Gwlao allan ; gwlec'het eikiaoun ; 
Goc'houiban gwent ouc'h blaen kaoun : 
Gwedou pob kamp heb he daoun. ^ 

* A chelwyddawc oi theu vytL. [Mss. de Eerghett.) 

2 Gwlaw allaD gwlycb redyn. [Ihid.) 

^ Dow reen py bereist lyvwr. (Ihid,) 

« Gwynvaous gwan diflwys ait. {Ibid,) 
» Gwlaw allan gwlychyd eigiawn 

Gorchwiban gwyot uch blaen cawn 

Gwedy pawb camp heb y dawn. (/Wrf.) 



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191 
Le rameau vigoureux de la ronce couverte de 
mûres, et le merle sur son nid, et le conteur, 
ne se taisent jamais. 

Il pleut au-dehors! la fougère est mouillée; le 
sable de mer est blanchi; Técume [des flots] 
est gonflée; la plus belle lumière [c'est] Tintel- 
ligence de Thomme. 

Il pleut au-dehors! [Mon] abri [est] très étroit, 
la bruyère jaunissante, le panais maigre. Dieu, 
roi du ciel, pourquoi a&-tu créé un pleureur 
[comme mof?] 

Il pleut au-dehors! mes cheveux sont humi- 
des; le malade est gémissant; la montagne à 
pic; rOcéan sombre; la mer salée. 

Il pleut au-dehors ! il pleut dans Tocéan ; le 
vent siffle dans la cime des roseaux; tout jeu 
sans gain est stérile. 6 

^ A. h lettre : est veuf. La pièce s'arrête ici dans le Lwre nçir 
de Herghest et dans le Livre rouge d*Hengurt. Le mss. de Pku^ 
gwyn, moins ancien, contient d*aotres strophes, mais sans rap- 
port entré elles, et dont plosienrs ne sont que des variantes ou 
des reproductions de stances qui trouvent leur place naturelle dans 
d'autres poèmes de Liwarc'h-Henn. 



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IV. 
GORWENNION. 



Gorwenn blaen on; hir gwenion bezent; 
Pan deuant enn blaen nent ; 
Bron koula, hiraez he hent. ^ 

Gorwenn blaen nent, deouent — hir; — 
Kenmegir pob keourent; 
Deie bun poûez hun i hent. 2 

Gorw^in blaen halek; eilek pesk — enn 

lenn — 5 
Gorc'houiban gwent iouc^h blaen gouresk — 

man — 
Trec'h anian nag azesk. 

Gorwenn blaen eizin, az kevrin — a doez, — 
Hag andoez diskevrin : 4 
Namen Diou, ned euz devin. ^ 



I BroD gwla biraelh ei beint. 

{Mu. de Hergkêst.) 
t Dyly bon pwyth hun i heint. (Ibid.) 



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IV. 

LES SPLENDEURS. 



[Elle est] bien éblouissante, la cime des frênes 
[fleuris] qui sont longtemps blancs quand ils 
croissent dans le torrent : le cœur malade [voit] 
durer longtemps sa douleur. 

[Elle est] bien éblouissante, la surface du tor- 
rent, à rheure longue de minuit : tout homme 
intelligent doit être honoré : la femme doit ap- 
porter le sommeil à la douleur. 

[Elle est] bien éblouissante, la cime du saule 
[en fleurs]; le poisson est joyeux dans le lac; 
le vent siffle dans Textrémité des menues bran- 
ches : la nature remporte sur Tinstruction. 



[Elle est] bien éblouissante, la cime de la 
bruyère [en fleurs]; fie-toi au sage, et défie-toi 
du fou : il n'y a de devin que Dieu. 

* Gorwyn blaen belyc eilic pysc yn Uyn. (Ibid. ) 
^ Ac aonoeth dysgethrin. (Ibid.) 

* Namyn Duw nid oes devin. (Ibid,) 

13 



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194 
Gorwenn blaen mellion ; digalon — le- 
vour — * 
Luzedik eizigion : 
Gnod ar eizil ovalon, 

Gorwenn blaen kaoun, gwez laon — eizik; — 
Ez odid ha he digon : 2 
Gwezred kall eo karou enn iaon. 3 



Gorwenn blaen menezez — rag anhunez 
gaeam^ 
Krin kaoun ; ^ Iroum eo traousez : 
Rag naouen , n'es euz gwelez. 

Gorwenn blaen menezez — heder oervel 
gaeam; — 
Krin kaoun ; krouiber ar mez : 
G'houevris gwall enn alltudez. 

Gorwenn blaen derv , c'houerv brig on ; 
Rag houied gwesgered ton ; 
Peber touel ; pell oval e'm kalon. 



• Gorwyn blaen meillion digalon llyfwr. (M$$. de Herg.) 
» Ta odid ai digaun. (IMd.) 

* Gweithred call yw carn yn iaun. {Ihid,) 



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195 
[Elle est] bieii éblouissante , la tige du trèfle; 
rhomme sans courage est gëmissant ; les envieux 
[sont] exténués : d'ordinaire les soucis [fondent] 
sur rhomme faible. 

[Elle est] bien éblouissante^ la cime du roseau 
[fleuri] : l'envieux [est] plein de colère, rare- 
ment se trouve-t-il [quelqu'un] qui le satisfasse: 
c'est le fait de l'homme discret d'aimer loyale- 
ment. 

[Elle est] bien éblouissante, la crête des mon- 
tagnes pendant l'hiver, ennemi du sommeil : le 
roseau [est] fragile; lourde est l'oppression : 
devant la faim, il n'y a pas de timidité. ^ 

[Elle est] bien éblouissante, la crête des mon- 
tagnes [exposées] au froid violent de l'hiver : 
le roseau est fragile; l'écume couvre l'hydro- 
mel : les besoins sont amers dans l'exil. 

[Elle est] bien éblouissante, la cioie du chêne; 
amer [est] le bourgeon du frêne; devant les ca- 
nards, s'ouvrent les vagues : puissante est la 
tromperie : depuis longtemps les soucis [habi- 
tent] dans mon cœur. 

* MyDjrddedd rag aDbanedd gieaf. ( Ibid.) 

« UawQ cnil cawD. {Ma. de Beng,) 

*^ Ventre affiiDié n*a point d'oreilles. 



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196 
Gorwenn blaen derv , c^houerv brig on ; 
C'houek evour ; c'hoerziniad ton : 
Ni kei gruz kestuz kalon*^ 

Gorwenn blaen egroez; nid moez — ka- 
ledi; — 
Kadvet bob he eirioez ; 
Gwasav anav eo anvoez. 

Gorwenn blaen banadel , kennadel i serc*- 
haoky^ 
Gorvelen kangeu magouiaok ; ^ 
Baz red gnod hevred enn hunaok. 

Gorwenn blaen aval; amgall — pob de- 
douiz; — 
C'houevriz i arall ; 
Ha y gouede karou, kadou gwall. 4 

Gorwenn blaen aval; amgall — pob de- 
douiz ; — 
Hir deîz merez mail ; * 
Kroueber ar gwaour karc'harour dall. ^ 



> Ce proYerbe est attribué, par un barde du X« siècle, à Héles , 
sœur de notre poète, et par un autre, à Avaon, fils de Taliésîn. 
* Gorwyn blaen banedyl kynnadyl i serchawc. (Mm. de Herg.) 
* Gonrelyn cai^au baowyawc. {^M-) 



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197 
[Elle est] bien éblouissante, la cime du chêne; 
amer [est] le bourgeon du frêne , doux le pa* 
nais, rieur le flot : la joue ne cache point le 
trouble du cœur. 

[Elle est] bien éblouissante ^ la tête de Téglan- 
tier [fleuri]; nécessite 7 n'a pas de loi ; que cha- 
cun retrouve son foyer : le pire des défauts , 
c'est l'incivilité. 

[Elle est] bien éblouissante, la tête du genêt 
[fleuri]; l'amoureux converse [longuement]; jaunes 
d'or [sont] les branches bien nourries [du ge- 
nêt] ; le gué [est] peu profond : d'ordinaire 
l'homme heureux dort bien. 

[Elle est] bien éblouissante, la tête du pom- 
mier [fleuri] ; tout homme heureux est bien ac- 
cueilli, [il est] insupportable aux autres, et, 
après l'amour , indiscret. 

[Elle est] bien éblouissante, la tête du pom- 
mier [fleuri] ; tout homme heureux est bien ac- 
cueilli; dans les longs jours, les mares [sont] 
tièdes : un voile [s'étend] sur l'aurore du pri- 
sonnier aveugle. 

* Celte strophe ne se trouve que dans le mss. de Uergbest. 
* Hirddydd merydd mail. ( Ibid.) 

^ Crwybjr aruaur carcharaur dall. {Ibid.) 

' A la lettre : la d%trelé. 



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198 
Gorwenn blaen koU ger Digoll — bre — 
Diael bez pob foll ; i 
Gweizred kadam, kadou arvoll. 

Gorwenn blaen korsez , — gnod merez enn 
droum — 
Ha ieuenk deskedez ; 
Ne tor, namen foll, he feiz. ^ 

Gorwenn blaen elester ; bez menester y pob 
drud; 5 
Ger teulu enn eskoun : 4 
Gnod gan angewir ger toun. ^ 

Gorwenn blaen krug; gnod seuzug ar lou- 
ver ; 
Heder bez douyer ar tal glan : 
Gnod gan kewir ger kevan. ^ 

Gorwenn blaen brouen ; kemmouen biou ; 
Redegok iné dager heziou : ^ 
Amgelez a den ned ediou. 

Gorwenn blaen raden, melen kadavarz; ^ 



* Diaele vyd pob foll. 


[M$$, 


de Hergheêt, 


•NîthjrnamyDfolyfifdd. 




(Ibid.) 


s Bid venestyr pob drud. 




(Jbid.) 


« Geir teulu yn ysgwn. 




(Ibid.) 


» Gnaud gan anghywir eir twn. 




(Ibid.) 



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199 
[Elle est] bien éblouissante, la tête du cou- 
drier [fleurissant] sur le mont Digoll 9 : tout fou est 
irréprochable. C'est l'œuvre d'un héros que d'ob- 
tenir un armistice. 

[Elle est] bien éblouissante , la tête du roseau 
[en fleur]; d'ordinaire les mares [sont] endor- 
mies, et les jeunes gens [occupés] à s'instruire : 
il n'y a que le fou qui rompe sa foi. 

[Elle est] bien éblouissante, l'aigrette de l'iris; 
que tout héros soit un grand buveur; que la pa- 
role de la famille soit sacrée : d'ordinaire le 
menteur manque à sa parole. 

[Elle est] bien éblouissante, la surface de la 
bruyère ; d'ordinaire l'insuccès suit la timidité ; 
l'onde brise avec violence sur la rive; d'ordi- 
naire l'homme véridique tient parole. 

[ EHe est ] bien éblouissante , l'extrémité des 
joncs; elle est douce, ma vache; elles coulent, mes 
larmes aujourd'hui; il n'y a pas de consolation 
pour l'homme. 

[Elle est] bien éblouissante , la crête de la fou- 

^ Gorwyn blaen grug gnaud seutbvg ar Iwvyr 

Hydyr vydd dwfyr ar dal glao 

Gnawd gaa gywir eir kyvan. (Ibid,) 

' Rbedegauc vy neigyr heddiw. (Ibid,) 

* GorwyDii blaen rhedyo melyn cadavarlii. (Ibid.) 
> Dans le comlé de Monlgommery , en Galles. 



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200 
Mor bez diward dallion ; ^ 
Redegoky maDok, meibion. 

Gorwenn blaen keriaval ; — gnod goval ar 
henn; — 
Ha gwenen enn enial ; 
Namen Diou n'ez euz dial. 



Gorwenn blaen dar , didor trec'hin ; 2 
Gwenen enn uc'hel , keuvel krin ; ^ 
Gnod gan reouez re c'hoerzin. -* 

Gorwenn blaen kelli ; gogehed — esouez, — 5 
Ha deil deru digouedet: ^ 
A gwel a kar gwenn he bed. '^ 

Gorwenn blaen deru ; — oer , berv dou ver ; 
Kerc^hed biou blaen bedoueru ! 
Gounelit aez saez i siberu ! 



Gorwenn blaen kelen kalet , hag he deil 
aour agored; ^ 

< Mor vydd boarth deillion. {M$$> de Heng,) 

* GorwyoD blaen dar didor drychin. 

{Ma. de HergheH.) 
' Gwanyn yn uchel geuvel crin, (Ibld.) 

« Goaud gan rewydd rychwerthin. ( Ibid.) 



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201 
gère ; jaune [est] la fleur du souci ; la mer sans 
barrière pour les aveugles; les enfants coureurs^ 
remuants. 

[Elle est] bien éblouissante, la cime du cor* 
mier; d'ordinaire les soucis [habitent avec] le 
vieillard y comme les abeilles dans la solitude : 
[A personne] qu'à Dieu n'appartient la ven- 
geance. 

Elle est] bien éblouissante , la cime du chêne- 
vert ; violente la tempête , fragile la broussaille : 
d'ordinaire le folâtre rit trop. 

[Il est] bien éblouissant , le d6me du bosquet 
de coudrier ; ainsi de la fougeraie. Voici les feuil- 
les poussées aux chênes : quiconque voit ce qu'il 
aime est heureux. 

[Elle est] bien éblouissante, la cime du chêne; 
froides et bouillonnantes sont les eaux : que la 
vache cherche la tige du bouleau ! que la flèche 
fasse une blessure au superbe ! 

[Elle est] bien éblouissante, la cime du houx 
dur, lorsqu'il ouvre ses feuilles dorées. Quand 

" Gorwyn blaen kelli gogybjd y gwyd. 

{Msi.dcUerglust.) 
« A deil deri digayddyd. (Mss. de Heng.) 

' A wyl a gar gwyn ei vyd. (.ffw. de Hergheil. ) 

* Ac ereill aur agoret. (/6td.) 



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202 
Pan kousko pob ar kolc'hed , < 
Ne kousk Diou, pan ro gwared. ^ 

Gorwenu blaen halek , heder , elouik , 
Gorvez hir deîz derliedik , * 
k karo egile n'ez dirmik. ^ 

Gorwenn blaen brouen, brigaok gwez; 
Pan tenner dan obenez ; ^ 
Mezoul serc'hok siberu bez. ^ 

Gorwenn Uaen esbezad ; — heder gweliad 
gorvez ; — 
Gnod serc'hok erienad ; ^ 
Gounelit da dioued kennad ! 

Gorwenn blaen berour; — ^bezinour gorvez, — 
Kan kivreu koed i laour ; 
C'hoerzet pred ourz a karour. 7 

Gorwenn blaen perz ; heouerz gorvez ; ^ 
£z da pouel geda nerz ; 
Gounelit angelvez annerz. 



' P«D gysgo paob ar gylched. {Ma. de Hergke$L) 
t Ni cbwsc Daw pau rydd gwared. (Ibid,) 

* Â garo eu gilydd nis dig. (Mts. de Heng,) 

* Paa dauner dan obenydd. (l/<i. de Oerghest,) 
** Meddwl serchauc sy berw • vydd . ( Ihid . ) 

< Gorwyn blaen ysbyddai bydyr bwylyat 
Gnaud serchauc erlyoiai. ( Ibid. ) 



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205 
chacun dort sur son matelas, Dieu ne dort pas, 
lui, lorsqu^il donne assistance. ^ 

[Elle est] bien éblouissante, la cime d'un saule 
fragile et tendre; le coursier , dans les longs jours 
[d'étë est] mou : qui aime autrui ne le dédaigne 
pas. 

[Elle est] bien éblouissante, la pointe des joncs; 
rames [sont] les arbres : quand il s'est retiré 
sous ses draps, le galant a l'esprit superbe. 

[Elle est] bien éblouissante, la tête de l'aubé- 
pine [en fleur] : hardi est l'œil du coursier : 
d'ordinaire l'amant [est] reconnaissant; bonne 
aventure au messager pressé ! 

[Elle est] bien éblouissante, la feuille du cres- 
son ; le cheval est belliqueux ; le bois est la pa- 
rure du sol ; l'esprit rit à qui l'aime. 

[Elle est] bien éblouissante, la cime du buis- 
son [fleuri]; le cheval est précieux; c'est une 
bonne [chose] que l'intelligence unie à la force : 
que l'incapable soit sans puissance ! 

' KeÎDgyfren coed i lawr 
Chwerdyt bryd wrth a garawr. (Ibid,) 

• Penh hywertb gorwydd. Llbid.) 

» Cet axiome est attribué, par on barde du X* siècle, aa barde- 
roi Riogbed , qui le chanta , dit-on , lorsqu'il eut recouvré son 
royaume avec Taide de Dieu. (Myvyr, arc/i., p. 175.) 



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204 
Gorwenn blaen perzi ; kan kivreu — adar; — 
Hir deiz daoun goieu ; 
Trugar dafar Diou goreu. 

Gorwenn blaen erouen ; hag elaen enn 
louenn , 
Gouec^her gwent gwez migeuein : i 
Eiriaol ne gorol, ne kengaen. ^ 

Gorwenn blaen eskao, hedr anao — unik; — 
Gnod taer i treisiao; 5 
Gwall a doug dafar oc'h lao. 



• Gwycbyr gwynt guyd mîgyein {Mss, de Herg.) ni gywein 
{Mit. de Heng.) 

* Eiryawl ni garawl ny gygfaein. (Mm. de HergheH.) 



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205 
[Elle est] bien éblouissante, la cime des bos- 
quets; les oiseaux sont un bel ornement; le 
long jour est un don du soleil ; la miséricorde 
est le premier devoir de Dieu. ^ 

[Ils sont] bien éblouissants , lessillons, et bien 
harmonieux les bois ; violemment le vent souffle 
[parmi] les arbres : n'intercède pas pour l'hom- 
me endurci, c'est inutile. 

[Elle est] bien éblouissante, la tige du sureau 
[en fleur]; impatient est le chanteur solitaire ; 
d'ordinaire l'homme violent opprime , et le vice 
6te le bien des mains. 

s Gnaut y dreîssic drelssyau 
Gwall a ddwg daffar o llau. (Ibid,} 

* Noos afODS déjii w ce beau vers précédemmeot. 



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V. 
BEZ! 



Bez koc'h klip kiliok, bez anianoi 
He lev, oc'h gwele buzigol : 
LaoueDez den Diou he moL ^ 

Bez laouen moc'hiad ourz uc'heued — 
gwent; — 
Bez tavel enn teled. ^ 
Bez gnod avlouez ar dirîed. 

Bez kehuzok keisiad, bez kniviad — ^goued; — 
Ha bez kennaez dillad : 
A. karo barz bez harz roziad. ' 



Bez gleou unbenn , ha bez aoui ; 
Ha bez bleiz ar bleiz, ar adoui; 
Ni kado gweneb ar na rozoui. ^ 



* Bid coch crib keiliauc bid anianaal 
Eî lef wely boddugaiil 

Uaweojdd dyn Dav ei roaul. {Mit. de Herg,) 

* Bid laweD meicbyeit urt acbeneit gwÎDt 

Bid uwel yn deleit. (tbid.) 

> Bid gubodyat keîsiad bid gniviad gwyd 
A bid gynnwys dillat 



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V. 
SOITl 



Qu'elle soit rouge, la crête du coq; qu^elle 
[s'élève] perçante sa voix de sa coudie triom- 
phale ; la joie de rhomme , Dieu la loue. 

Qu'il soit joyeux, le porcher, quand souflBe le 
vent; ^ que l'ami du silence soit le bienvenu. 
Que toujours le malheur [fonde] sur le méchant. 

Qu'il soit habile à prévenir , le sergent ; qu'il 
soit un tourment, le mal; et qu'ils soient amples 
les vêtements; que celui qui aime le barde soit 
très-généreux. 

Qu'il soit brave, le chef, et qu'il soit libéral; 
et qu'il soit loup contre le loup sur la brèche; 
et qu'il ne tourne son visage vers [personne] à 
qui il n'ait fait un don. 

A garo bardd bid bardd roddiat. (/6t4l. ] 

* Bit awy uDbeDD a bel lew 
A bit vleid ar adwj 

Ni cbeida y wyneb ar ny rodwy. ( Ibid,) 

s Parce que le veDt fait tomber des glands poar ses porcs. L'in- 
tention da poète, dans cette pièce, est de dire qn*il faut que chaque 
chose suive sa loi. 



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208 
Bez buan redent enn ardai — menez; — 
Bez enn keudod gofai , 
Bez anniweir anouadal. 

Bez amlolik marc'hok ; bez gogelok — le- 
der;i 
Touellet goureg golidok; 
Kefel bleiz bugel diok. 

Bez gwir baglok , bez redegok — kelouez ; — 
Bez mab leen enn c'hoaniok , 
Bez anniweir daoueriok. 



Bez gourm biouc'h j bez louet bleiz ; 2 
Ëskut gorvez i ar heîz, 3 
Goesket goan greun enn he kreiz. * 

Bez krom pezar, bez troum kaou; 
Eskut gorvez enn kadaou ; 
Goesket goan greun en he adnaou. 

Bez anouadal, ehud; bez aha bouzar; 
Bez enved emlazgar; 
Dedouiz ar he a gwel he kar. ^ 



* Bit amlwc marchaac bit redegauc gorwyd. 

' [Mis. de HergheH.) 

* Bit gwrm bîw a bit Iwyl bleid. (Ibid.) 
3 EsgQt gorwydd i ar beid. ( Jhid.) 



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209 
Qu'ik soient vifs^ les coursiei^, aus: confins de 
là montagne; que le chagrin [habite] dans mon 
cœur; qu'il soit libertin Tinconstant. 

Qu^il soit dans la lumière , le cavalier; qu'il 
soit dans Tombre, le voleur; elle est [facilement] 
séduite, Tépouse du riche; il est camarade du 
loup, le berger paresseux. 

Qu'elle marche avec des béquilles, la vérité; 
qu'elle courre , Terreur ; que le -fils de la science 
sôit désireux [d'apprendre]; que lé libertin ait 
deux paroles. 

Qu'elle soit brune, la vache; qu'il soit gris, le 
loup; et vif le cheval [nourri] d'orge, [le che- 
val qui a] du grain tendre pressé dans ses flancs. 

Qu'il soit couri)e , le piège ; qu'il soit dur, le 
cachot; [qu'il soit] vif dans les combats, le cheval 
[qui a] du grain tendre pressé dans son coffre. 

Que l'étourdi soit inconstant; que le sourd 
soit incertain ; que le fou soit batailleur : heu- 
reux celui qui voit son ami ! 



* Guescyl guan graun yn y ureid. (Mst. de Heng.) 

* Bit aba byddar bid anwadal chud 
Bit yaayt ymJadgar 

Dedwydd or ai gwyl ai car. (If M. de Hergkeit.) 

14 



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210 
Bez douvn lenn , bez lemm gwaev *maour 
Bez gran klanv gleou ourz gwaour ; 
Bez doez dedouiz, Diou ha he maour. l 



Bez lemm ezio , 
Bez ezein alltud , bez desgezrin — drud , — 
Bez c'hoantok enved e c^hoerzin. 2 

Bez gwleb rec'h ; bez menec'h mac'h ; 
Bez gwen kU^v, bez laouen iac'h ; 
Bez c'houeraiad kolouep , bez gwenouen gw- 
rac'h. ^ 



Bez diaspad aele, bez ae bezin ; 
Bez peskitor dire ; 
Bez drud gleou , ha bez reou bre. 

Bez gwenn gwelan , bez ban ton ; 
Bez hevagel gwear ar on ; * 
Bez louet reou ; bez leou kalon. 



Bez glas luarz , bez diwarz — geriad ; — ^ 

< Bit dfnryn lljn bjt lynn gwaywtwr 

Bit gran claf glea urth awr 

Bit doelh dedwyth Da? ai mawr. (JtfM. de Herghul,) 
1 Bit euein alltut, bit dyagethrin drad 

Bit chwannauc ynvyt y cbwerthin. {Ibid*) 



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214 
Qu'il soit profond , le lac ; qu'elle soit aiguë , 
la grande lance ; que la joue du gueiTier malade 
s'enflamme au cri de guerre ; qu'il soit le bon- 
heur du sage , le Dieu qui l'ëlève ! 

Qu'il soit piquant, Tajonc; qu'il soit erfant, 
l'étranger ; qu'il soit rude , le héros ; que le fou 
aime à rire ! 

Qu'il soit mouillé, le sillon; qu'elles soient 
nombreuses , les cautions ; qu'il soit débUe , le 
malade; qu'il soit joyeux, l'homme bien portant; 
qu'il soit grognon le bichon ; qu'elle soit bour- 
rue, la vieille femme. 

QuUl soit lamentable, le cri [de la douleur] ; 
qu'elle soit mouvante , l'armée ; que le parasite 
soit badin ; que le guerrier soît brave , et qu'elle 
soit [couverte] de gelée, la montagne. 

Qu'il soit blanc, legoélandf qu'elle soit bruyante, 
la vague ; qu'il aime à se cailler, le sang , sur la 
lance [de frêne]; que la gelée soit grise ; que le 
cœur soit un lion. 

Qu'elle soit verdoyante la plaine; qu'il soit 

* Bit chwyrn colwyn , bit wedw^d gwrâch. (Ma. de Heng,) 

* Bit wen gwylâii bit na ton 

Bit byvagyl hwyar ar un. (Jjbfii. dé tierghai.) 

* Bit las luarth bit diwarth eiribyat 

Bit reiniat ygky vartb . ( /6td.) 



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212 
Béz reiniad enii kevarz ; 
Bez goureg droug a he raenec'h gwarz. 

Bez grafaDgog iar, hez tridar — gan leou; — 1 
Bez enved emlazgar ; 
Bez ton kalon gan glac^har. ^ 

Bez hofder laouer a he heirc'h ; 
Bez gwenn tour, bez goroum seirc'h; ^ 
Bez glout c'hoantok; 4 bez rengok Ueirc'h. 

Bez anhegar diriez ; ^ 
Bez henent i delodez; 
Bez azgwenn , enn ankouen , mez. 

Bez c'honerniad kolouen , bez gwenouen 
neider ; 
Bez noviao red, ourz peleder ; 
Ned gwell er otour naV leider. 

Bez gwer gwelgi j bez gora>^en ton ; 
Bez kouein pob glac'haruz ; 
Bez avlaouen henn heinuz. 

* Rit gogor gao iar bit uydar gan lew. (Le Livre noir.) 

* Bit ton kalon gan alar. (Mit. de Herghett.) 

* Bit wynn twr bit orwn seirch 

Bit hoffder llawer ae heirch. (Ibid. ) 



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213 
sans reproche, l'orateur; que la lance repousse la 
lance dans la mêlée ; que la femme méchante 
mérile le blâme. 

Que la potile gratte ; que le lion cause du tu- 
multe; que le fou aime à batailler; qu'il soit 
brisé, le cœur, par la douleur. 

Que la beauté soit convoilée par plusieurs ; 

que la tour soit blanche; qu'il soit noir le har* 

nois ; que le glouton soit avide ; que les clercs 

soient intercesseurs. 

♦ 
Qu'il soit détesté le méchant ; que la vieillesse 

soit indigente ; qu'il soit délicieux , l'hydromel ,* 

dans le banquet. 

Qu'il soit grognon le bichon ; qu^il soit veni- 
meux le serpent ; qu'on passe le gué à la nage , 
malgré les lances : l'adultère ne vaut pas mieux 
que le voleur. ^ 

Que la mer soit verte, que la vague brise avec 
fracas ; qu'il soit gémissant celui qui est dans la 
douleur; qu'il soit triste le vieillard en peine. 

* Bit lyth chuaoDaac. (tbid.) 

1* Cette strophe et les deax soivantes manquent dans le Livre 
rtmge de Herghest. 
* Est aussi coupable que le voleur. L*adultère est un vol. 



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VI. 
KAN ER KOG. 



Goreiste ar bren, aergwen — mem — ^pred; — 
Hag ivez n'em kerc'houen ; 
Berr men deiz, difez men tizen. ^ 



Lemm avel , loum pened er beou ; 
Pan gorwisk koed ham teleou , 
Terriz klanv oum heziou. < 

N'ed oum enn hued, miled — ne kadvam; 
Ne gallam tarempred ; 
Tra bo da , kan kog kanet ! ' 

Kog lavar a kan gan deiz 
Kifreu eic'hiok enn dolez — Kiok: ^ 
« Gwell koraok na kibez. » 

Ënn aber Kiok — ez kanant kogeu — 

> Goreîste arrryn aerwjn vjm brjd 

A beiyd nim kyrchwyn 

Bjr vy nheith difeilh vyn hyddyD. {Mu. de Hergh9$$.) 
* Lem aael Uwm beoedyr byw 

Pan orwîsc coel teglyw haf 

T«rydd glaf wyT baddyw. ( im.) 



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VI. 
LE CHANT DU COUCOU. 



Assis sur la montagne, [je sens] mon esprit 
guerrier abattu ; et aussi ne me pousse-t-il plus 
en avant; mes jours [seront] courts désormais; 
f ma demeure est en ruines. 

Le vent est coupant ; la vie , une lourde pé- 
nitence; quoique le bois reprenne sa robe d'été, 
je suis terriblement malade aujourd'hui. 

Je ne suis point à la chasse , je n'ai point de 
limiers; je ne puis promener : tant qu'il lui con- 
viendra, que le coucou chante son chant! 

Le coucou babillard chante avec le jour ses 
mélodieux appels dans les vallées de Kiok : a mieux 
vaut le riche que le pauvre, [dit-il.] » 

Au havre de Kiok ^ chantent les coucous sur 

» Tra vo da gan gog canet. {Mu, de Hergketl,) 

4 Kyvrea eichiaac yn nolydd tuauc. (/èid.) 

* Aber ÏLkk, (maintenaDt Abercoawg) «st oelte ?allée da comté 
de Mootgooiery, où Liwarc'li-Aftii féeai daM «ne cabane, pen- 
dant les derniers jonrs de sa vie, et o(k probablement il est 
mort. 



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216 
Ar kangeu blodeuok : 
Gwae klanv ha heu kleo , enn bozok ! l 

Enn Âber Kiok kogeu a kanant : 
GaD men pred ez adgwant ; 2 
Ha heu kleo ivez ne'z klanvant ! 

N'ez andeviz er kog ar eiliorok prenn? 
N'ez laesouiz men kelc'houi? 
Edlid a keriz ; a keriz n'ed moui. ^ 

Enn è ban , oziouc'h Ion dar ^ 
£z andeviz-i laïs adar ; 
Kog ban ; kov gan pob a kar. 

Kezlez kazel bozok , hiraezok — té lev ; — 
Taez gozav tiz hebok; 
Kog y breuver enn Aber Kiok! ^ 

Gorziar adar , gwleiz nent , 
Luc'hed loer ; oer deouent ! 
Krai.mem pred rag govit hent ! 



* Coc lavar csoet yrâue. (Mm. de HergheH.) 

* Ys adwaal gan vym bryd. (IM.) 
' Neus edewis i gog ar.eiddionvg breo 

Neus laeswys vyn gylchwy 



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217 
les branches fleuries; malheur au malade qui les 
écoute dans leur joie ! 

Au havre de Kiok les coucous chantent ; leur 
chant affecte désagréablement mon esprit ; que 
ceux qui les entendent ne soient point malades 
aussi ! 

N^ai-je pas entendu le coucou [chanter] sur 
Tarbre entouré de lierre? N^ai-je pas laissé [tom- 
ber] mon bouclier? Ce que j'aimai m^est odieux ; 
ce que j'aimai n'est plus. 

Sur la colline 9 de la cime joyeuse du chêne , 
j'ai entendu [descendre] une voix d^oiseau : [la 
voix du] coucou de la colline, [dont la] pensée 
[est] avec chaque amant. 

Chanteur de chants joyeu];^ y ta voix m'est en- 
nuyeuse! Habitué à errer, à fuir le faucon, 6 
coucou , tu es bien bruyant au havre du Kiok ! 

Qu'ils sont bruyants , les oiseaux ! Les vallées 
sont mouillées; la lune a lui; comme le minuit 
est froid ! comme mon esprit est troublé par 
l'angoisse de la maladie ! 



Edlid a gereisa gercis nend niay. (tbid.) 

« Kethlydd catbylvoddauc biraetliaOc ei* lef 
Teith oddef tnth hebaiic 
Cog vreuer jo aber caaiic. ( Ibid.) 



/" 



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218 
GweDD gwarzav nent ! deouent hir ! 
Kemmeger pob keourent; 
Deliet pouez hun i henent. ^ 

Gorziar adar, gwieb gro ; 
Deil kouezet, divred divro; 
Ne gwadam^ oum klanv heno ! 

Gorziar adar^ gwleb traez ; 
Eglour Douevre, ehelaez — Ion; — 
Gwev kalon rag hiraez ! 

Gorziar adar, gwleb traez; 
Eglour ton , tiz ehelaez ; 
A great em mabolaez 
Karoun , pe kavoun etouaez ? 

Gorziar adar ; ar edred c'houez ; 
Ban lev koun enn difez; 
Gorziar adar eil gwez ! * 

Kentevin > kann pob amhad, 
Pan bresiant kadouir i kad j 
Me ne dam anav n^em gad. 3 

• DylywD pwyth bon i heoenit. {Mu* éê Herghêit.) 

* Gordëytr adar ar edrywyard 
Ban lef cwn yn nyfeilb 

GoHdyar adar cilweiih. (Mit. de Herghetl.) 



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il9 
Comme elle est blanche la surface de la vallée! 
Comme rheure de minuit est longue! On honore 
chaque mérite ; mais il n*a droit à aucun égard, le 
sommeil de la vieillesse. * 

Qu'ils sont bruyants las oiseaux ! Il est humide 
le rivage ; les feuilles sont tombées ; Texilé [semble] 
indifférent ; je ne le cache pas : je suis bien ma- 
lade j cette nuit. 

Qu'ils sont bruyants les oiseaux! Le sable est hu- 
mide, clair le firmament , la vague enflée : comme 
il se flétrit , le cœur , par Tennui ! 

Qu'ils sont bruyants les oiseaux ! [Il est] humide 
le rivage; [il est] brillant le flot ; [sa] course [est] 
rapide; ce que je fis dans ' ma jeunesse , Taimerais^ 
je , si je le trouvais encore ? 

Qu'il sont bruyants las oiseaux! Ils sentent l'o- 
deur de la chair! Qu'elle est retentissante la voix 
des chiens dans le désert? Qu'ils sont bruyants les 
oiseaux de rechef! 

A.U premier mai , [quand] brille toute semence , 
quand les guerriers volent au combat, je n'y vaisi 
point, mes infirmités ne mêle permettent pas. 

> Pan trysiaiit kedwyr i gad 
Mi nid if anaf nim gad. ( /Md.> 

* AllusioD an chanl du coucou qui Tcmpèche de dormir. 



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Kentevin , kanD ar estre ; 
Pan brez kadouir i kadle , 
Me ne dam , anav amde. 



Louet gwarzav menez ; brao blaen on ; 
Oc'h eber dehepger ton; * 
Pever pell c'hoerzin o'm kalon ! 



Ah ! zi-me ! heziou penn ê miz, 
Enn hi gwestva ; n^ez adaviz : 
Krai mem pred ; kred a^m deviz. ^ 

Amloug goloug gweliadour ; 
Gouneled seberoued segour ! 
Krai men pred , klenved am kour ! 

Alavy enn tail mail am mez, 
Ned eizun. Dedouiz , dihez. 
Âmaeroui adnabod , amenez. 



Alav 9 enn tail mail am lad y 
Lizredaour leuren , Ion kaouad , 
Ha douvh red ; berved pred brad . ^ 



I Llwyd gwarthaf mvDjdd brtu blaeo on 
ebyr dybebgyr ton . ( Jbid . ) 

* Assimi hcddyw pcnn y mis 
Ynn> weslfa vdd cdewi» 



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221 
Au premier mai, lorsque brillants sur leurs 
chevaux , les guerriers courent au champ de ba- 
taille, je n'y vais point, les inBrmités m'enve- 
loppent. 

Il est gris, le sommet de la montagne; elle est 
b^le, la cime du frêne. A l'entrée [des fleuves] la 
vague est repoussee ; le doux rire est loin de mon 
cœur! 

Ah! que je souffre! c'est aujourd'hui le bout 
du mois, c'est la fête ; je n'y vais plus : mon esprit 
est trouble; la fièvre est mon partage. 

Il eÉt perçant le regard de la sentinelle ; qu'il 
fasse des fanfaronnades le lâche ! [pour moi] mon 
esprit est trouble , la maladie m'accable. 

O richesse , [vous êtes] semblable au vase 
[d'argile] qui renferme l'hydromel, je ne vous 
désire point. Le bonheur, [c'est] le repos. La clé 
du savoir , [c'est] la ténacité. 

O richesse, [vous êtes] semblable au vase 
[d'argile] qui contient la liqueur, au serpent qui 
disparaît , à l'ondée abondante , et au gué profond. 
[Vous êtes pour] l'esprit un ferment de trahison. 

Crei vym bryd crjd am dewis. ( Afts. de Herghetl.) 
* Alaf yo ail mail am lad 
Uithredawr Uyry lion cawad 
A dirvyn ryd berwyd bryd brad. (Ibid.) 



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Berved bradanvad ober; 
fiezo dc^our , pan purer 
Gwerzi bic'hod er laouer. ^ 

BervWor brad er anwir 1 2 
Pan barao Douez ^ deiz hir, 
Teouel bez gaou , golaou gwir. 

Perigel enn tir divad; kerc'heniad — ka- 
ouîk, — 
Laouengouir oziouc'h lad; 
Krin kalam alav enn teiliad ! ^ 

Keglev ton troum , he taolo , — ban , — 
E rong graean ha gro; 
Krai mem pred rag ledvred, heno. 

Osglokblaen derv, c'houerv cTiouezon, 
C'houek evour, c'hoerziniad ton : 
Neke) gruzkestuz kalon. 

Emong uc'hened a diwed — ar-n-ao, — 
Enn holl men korzevned : 
« Ne kad Diou da î direid. « -* 

' Berwyd brad attnd o ber 
Byddant dolwr pan borer 

Gwertha bychod er llawer. ( Mtt. de Herghat.) 

• Preator preennwir . ( /6td. ) 

* Perygyl yndirthîvat kyrchynyet kewi. (/Wd.) Pirygyl yn bor- 
ibiat. (JTm. deHeng.) 



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"m 

C'est un ferment de trahison qu'une mauvaise 
action ; elle trouvera [son] châtiment j quand se- 
ront purifiés ^ ceux qui vendent cher [des objets 
de] peu [de valeur.] 

Qu'il fomente la trahison , le menteur ! quand 
Dieu jugera y an grand jour, le mensonge sera 
[mis] dans les ténèbres , la vérité dans la lumière. 

[U y a] péril sur [cette] terre mauvaise ; [ils por- 
tent] un collier d'esdave, ceux qui sont joyeux 
après boire; fragile roseau [que] richesse en mon- 
ceau! 

Ecoutez tous la vague pesante; que ses coups 
sont bruyants parmi le gravier et les galets; mon 
esprit est accablé par la torpeur , cette nuit. 

Il est branchu le front du chêne, amer le goût 
[de la feuille] du frêne, doux le panais, rieur le 
flot : la joue ne cache pas l'angoisse du cœur. ^ 

Mes soupirs continuels me disent , après tous 
mes rêves de félicité : « Dieu ne donne point le 
bonheur aux prévaricateurs. » 

4 YmwDg ucheneid a dynet araaw 
In ol TjD gorddy?neit 

Ni ad Dav da i ddirieid. [Mu. HergheiL) 

« Dans les flammes du purgatoire. 
• Ce rers se troute déjà plus haut. 



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224 
Da i diried ni ater , 
Namen tristed ha preder ; 
Ne adouna Diou ar a goupel. 

Oez makoui mab klanv , oez goelin 
Rewran enn lez brenin, 
Poed gwel Diou ourz he edvin ! * 

Oc'h a gouneler hen dere, * 
Estiried her ha he darle : ^ 
Kas den aman , eo kas Diou hre* ^ 



* Oed luacwy mab claf oed goëin. (Ma. Hergke$L) 
* Or a wneler yn dei^. (/6td0 I)ei7D, (livnsftotr.) 

s Ystîrieit yr ae derily. ( Mu. Hirghêsl,) 

* Cas dyn yman ywcas Duv vry. (Ibid.) 



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225 
Le bonheur! aux prévaricateurs il n'est point 
donné; [ils n'ont] que tristesse et souci : Dieu ne 
défait point ce qu'il a fait. 

Il fut jeune , le fils de la douleur ; il fut chef 
dans la cour du prince. ^ Puisse-il voir Dieu 
[maintenant] à son départ! [de la terre.] 

De l'œuvre dépend l'événement : ^ qu'il y réflé- 
chisse bien, celui qui lit ceci :'« [l'objet de] la haine 
de l'homme ici bas, l'est de la haine de Dieu là 
haut. » 

«DUrien... 

• A la lettre : De ce qui ett fait il arrive. 
"* On peut conclure de ce vers que Liwarc*h-Henn écrivait ses 
poèmes. 



15 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



n n'est pas bien sûr que ce dernier morceau soit tout entier 
de Liwarc*h-Henn , ou du moins qu'il n'ait pas été un peu 
modifié et rajeuni. Quant à l'opinion qui en ferait l'œuvre 
d'un barde du XIV* siècle, nommé Mabklaf , ou Mabklanv, fils 
d'un autre Liwarc'h , elle est insoutenable, car la pièce se 
trouve dans le livre fwir d'Hengurt, antérieur de deux siècles 
à l'auteur supposé. Ce qui a donné lieu à la conjecture que je 
combats, ce sont les mots mah klanvy qu'on trouve efiective- 
ment au milieu d'une strophe du poème; mais ils n'ont rien 
d'extraordinaire. Le docteur Owen a pressmiti la vérité lors- 
qu'il dit : cil est possible que ce Soit une épithète prise par 
Liwarc'h-Henn; » i On n'en peut douter; et le traducteur gal- 
lois eût pu l'affirmer sans crainte de se compromettre. 

n a aussi fort bien traduit ce surnom du barde par fils de 
la douleur. ^ 

Si le Chant du coucou a subi , comme je le pense , quelque 
modification , il l'a due à l'influence populaire. Tout ce qui 
passe par la bouche du peuple conserve son empreinte. 

Or, le cachet dont il marque ses œuvres ou celles qu'il s'est 
appropriées , est très-nettement empreint dans la quatrième 
strophe , et dans les cinq suivantes auxquelles la pièce doit 
son titre. De tout les chants populaires celtiques que je con- 
nais, il n'en est guères où , le coucou étant le sijyet, on ne 
trouve le messager du printemps en compagnie d'un jeune 
homme à qui il prédit le bonheur, ou d'un vieillard qu'il im- 

1 There is a doubt wheler tbis in an epilhet for the bard or a 
propername. {EUgies. p. 67.) 

* The son of sickness. {Itnd. ) 



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227 

portune. En voici un tris répandu en Armorique » dont M. 
Emile Souvestre à donné une version , dans son charmant ou- 
vrage intitulé les Demiert Brdonê. i On ne le rapprochera pas 
sans intérêt des six strophes désignées plus haut. 

c Dimanche matin , en me levant , dimanche , premier jour 
de mai, j'allai dans mon verger, dans Tespoir de me pro- 
mener. 

» Or, un coucou chantait à la cime d'un pommier fleuri. 
Hélas! il avait d^n ailes , et moi je n'étais plus agile , ôomme 
du temps de ma jeunesse; hélas ! je n'aurais pu le suivre. 

> Il avait le coBor gai, et j'avais le coBur triste; il chantait 
pour les amoureux , et j'ai passé le temps des amours. 

> — Dites-moi , 6 vieillard , pourquoi soupirex-vousT Avei- 
vous maladie de ccBur ou tourment d'esprit? 

c — Ce n'est point maladie de cœur ou tourment d'esprit 
qui me fait soupirer; mais le souvenir de ma jeunesse qui 
m'a depuis longtemps quitté. 

> — Si elle vous a quitté , vieillard , quitté pour tout de 
bon , quand même vous auriez mes deux ailes , vous ne pour- 
riez l'atteindre; 

c La jeunesse est la plus belle fleur qui soit au monde, 
mais le temps la coupe comme la faux du moissonneur. 

» — Petit coucou , gris coucou, pourquoi m'importuner 
ainsi? va4-en chanter ailleurs , si tu n'a pas dessein de te mo- 
quer de moi. 

«Chante pour les jeunes gens et non pour un vieillard à 
qui tu fais regretter les plaisirs d'mitrefois. 

> Autrefois, quand j'étais jeune homme, je vivats sans 
soucis, j'avais de l'argot , des amis, je fréquentais les hô- 
telleries. 

> Autrefois , j'étais un beau jeune homme , j'étais un beau 

* Edition de 1845, p. 51-52. 



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228 
danseur; maintenant plus de bal sur la fougère ; la vieillesse 
ma démis le pied. 

> Maintenant soucis et chagrins , et un bâton pourm'ap- 
puyer. Adieu ma jeunesse et tous mes plaisirs I > 

La teinte populaire est plus foncée dans ce chant, mais 
elle n'en existe pas moins dans le poème gallois ; quant au 
sentiment, il y est exactement le même. 

Peut-être les quatre dernières strophes du poème de 
Liwarc'h , ont-elles aussi éprouvé quelque modification : 
elles respirent en efiet un esprit chrétien beaucoup plus pro- 
noncé que la fin de la pièce du barde sur ses enfants; je di- 
rais même tout-à-fait chrétien, s'il n'y avait une légère 
nuance entre le nom de prévaricateur, ou d'homme déréglé, 
que se donne le poète , et qui appartient à toutes les langues , 
et celui de pécheur qui n'appartient qu'à la langue chré- 
^enne. 

Dans le cas où il d'y aurait pas ici d'interpolation , la dif- 
férence de ses idées et de son langage actuel pourraient s'ex- 
pliquer par le triomphe définitif de la foi catholique sur ses 
doutes , à une époque un peu postérieure à celle de la com- 
position du poème où on les a vus en lutte , et tout-à-fait à la 
fin de sa vie. 

J'iyouterai que tous les manuscrits s'accordent à donner in 
extenso les douze derniers vers , et les reproduisent presque 
sans autre changement que l'orthographe; il y a donc une 
îorte présomption en faveur de l'opinion consolante suggérée 
par les sentiments chrétiens dont ils sont la poétique et tou- 
chante expression. 

Le chant du coucou de la vallée de Kiok paraît être le 
chant du cygne du vieux barde-roi. 



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POÉSIES 

D'ANEURIN. 



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LE GODODIN. 



(DE S72 A S80.) 



ÀR€UMBNT. 



De tous les anciens poèmes bretons ^ il n'en est aucun <j[iii 
ait été moins expliqué et plus diversement compris que le &h 
dodin d'Aneurin ; les critiques en conviennent unanimement, 
et H. Sharon Turner, avecTautorité de smi nom, Ta con- 
staté f à plusieurs époques , dans sa belle histoire des Anglo- 
Saxons. Depuis la dernière édition de cet ouvrage , où il in- ' 
siste sur l'obscurité du sujet , sur la diffic\(lté de dire d'une 
manière précise à quels événements le poème s'applique , 
quelles localités il concerne^ * la question n'a pas fait un pas : 
j'en juge par l'aveu d'un savant gallois dont la candeur éga- 
lait l'instruction , mon respectable ami , le révérend Tho- 
mas Priée , qui n'a pas hésité à confesser aussi Timpuisçanoe 
où il était de donner au poème une explication suffisante. ^ 
Plus récemment encore y un autre écrivain , non moins es- 
timable du pays de Galles , reproduisant la même opinion, 
ajoutait: «Aucune critique de ce poème où le sqjet ne sera 
pas traité dans son ensemble , ne peut manquer d'être impar- 
faite, j 3 

' If 18 diflleuh t» say lo wbil preoîse event or loeility it aounlly 
s^plies. (T. 1 , p. 309, 5« éd. de 1828.) 

* Ni welais erioed un esponiad boddbad îddo. (Battes Cymru^ 
p. 355, 1838.) 

• Aoy criiicism of this poem, which dîd nol treal the sobject al 

length could not fail to be unsatisfactory. (Tke lUeralure of Uie \ 

Kymry^ by Thomas Siephens, p. 11 , 1849.; 



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232 

Rien de mieux dit assurément; mais si l'avis est excellent, 
l'exécution y répontfra-t-elle ? 

Tentons cependant l'entreprise , quelque téméraire qu'elle 
soit; eiy pour mettre un peu d'ordre en cette matière , ana- 
lysons d'abord le poème. Appelant ensuite à notre aide l'his- 
toire et la géographie, nous verrons de quelles lumières elles 
éclairent le sujet. 

L'éloge de parents, d'amis, de compatriotes , de compa- 
gnons d'armes , chefs au collier d'or , tués dans une bataille : 
voilà le sujet des chants d'Aneurin : les suites funestes de 
rîvrognerie , cause de leur désastre ; telle est la moralité de 
son œuvre : elle ressort de toutes les stances du poème ; èUe 
est jointe au récit même des exploits qu'il célèbre : il loue la 
bravoure des héros , mais il déplore en même temps le pen- 
chant qui les a perdus. 

C'est l'époque d'une fête solennelle appelée Koekcrz , qui 
a lieu tous les ans sur ime grève , aux environs d'une cita- 
delle du pays de Gododin , nommée Kaltraez , et qui dure plu- 
sieurs jours : les guerriers du nord de l'ile de Bretagne 
s'y rendent de tous cêtés , du fort d'Édin , d'Arc'hlud , de 
l'Argoed , du Lenn , du Lechléiku et d'ailleurs ; le barde fait 
partie de ces bandes : il accompagne un puissant chef cou- 
ronné de ses amis, Owen, fils d'Urien, à qui l'auteur s'adresse 
dès le début , et dont l'éloge ouvre le Gododm , tenant Neu de 
l'iiivocation à la Muse et de l'exposition classiques obligées. 

Les bandes qui se rendent à Kaltraez sont bruyantes et 
joyeuses : en partant ou en route , elles se sont égayées par de 
copieuses libations ; l'une d'elles ne tarde pas à être punie de 
Sun intempérance : placés en ^nbuscade , les Déiriens et les 
Bemiciens la surprennent et la massacrent sans bruit. 

Ce premier succès enhardit l'ennemi : il attaque un second 
corps de quatorze cents hommes du dan de Ménézok , autre 
chef de guerre illustre : quoique pris de vin , les guerriers 
bretons font bonne contenance ; ils se défendent vaillamment, 



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233 

tout en battant en retraite , et s*ils succombent , ce n'est pas 
sans avoir tué plus d'un aventurier païen. 

Survient un troisième dan breton , le plus nombreux de 
tous , parti du fort d'Édin , et sous la conduite d*un chef ap- 
pelé Tudvoulr'h-le-Grand. TudvouLr'h se poste au bord 
d'un rempart 9 derrière lequel les Bretons s'abritent» et le 
sang ennemi coule à flots , quand la marée montante aivahit 
la plage et sépare les combattants. 

Rentrés dans la forteresse de Kaltraez , les Bretons passent 
la nuit à boire à la lueur des torches. 

Dès le point du jour , Tudvouhr'h monte au sommet de la 
citadelle pour observer l'ennemi : puis , poussant le cri de 
guerre , il fait une sortie vigoureuse , suivi d'un grand nombre 
des siens qui se battent le long de la tranchée , jusqu'à ce que 
la nouvelle marée les fasse reculer comme kT veille. 

Troisième engagement le lendemain , et plus terrible encore 
dans la tranchée même. Cette fois , le parti des Bretons , grossi 
d'une foule d'auxiliaires successivement arrivés, est extrême- 
ment nombreux ; ils forment trois armées qui ont à leur tète 
trois chefs de peuples , dont l'un spécialement distingué par le 
poète est Kenon , fils de Kledno, d'Édin : les deux autres, 
Kenren et Kenrik , partagent avec lui la gloire de n'avoir ja- 
mais subi le joug des Déiriens. 

Ils font un grand carnage, mais ils en eussent fait un plus 
grand encore , s*ils avaient bu modérément. Eux aussi , et dif- 
férents che£s dont le poète chante les louanges, ne reculent 
que devant les vagues de la mer. 

Moins imprudent que ses compagnons d'armes , Owen , le 
favori du barde , ne cherche point à combattre en état d'i- 
vresse : il reste dans la salle du festin ; les fumées du vin une 
fois dissipées , il combattra mieux. 

Les Logriens, alliés au parti du Dragon blanc, c'estrà-dirc 
aux Saxons de Déir et de Bemicie , et les hommes du pays 
tatoué, autrement dits les Scols ou les Pietés, vont faire l'é- 



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254 

preuve de son épée. On entend un appel aux armes; un long 
cri de mort et de malédiction s'élève contre l'ennemi ; et le 
chef des Scots , le fils d*Héoki , malgré sa lance enchantée ^ 
son impétuosité d'aigle , son ardeur comparable à celle du so- 
leil , est mis en déroute. Percé au coeur de la main d'Owen , 
il tombe ; ses nobles l'abandonnent parmi la rosée ; son ca- 
davre devient la proie des corbeaux. 

Dans cette mémorable afibire , une foule de guerriers bre- 
tons s'illustrent aux côtés d'Owen : les phis dignes d'éloges 
sont Budvan , qui meurt près de la palissade, plutôt que d'a- 
bandonner son poste; Gwennaboui, qui ne grevait pas ses co- 
lons pour ses armements; Marc'hieu, qui a payé préràdemment 
le tribut à l'ennemi, mais qui s'en est libéré, et défend aujour- 
d'hui, comme Budvan, et avec non moins de bravoure , un des 
passages de la même tranchée : Karédik, barde et guerrier , 
qui tombe aussi près d'elle, en gardant son pays; Karadok, 
également victime d'une rencontre avec l'ennemi sur la brè- 
che du rempart; PeU, second fils du barde Liwarc'h-Henn ; 
GwioD , frère de Kendelann ; Gwlighed de Gododin , qui a 
blâmé éloquemmentl'inopportunitédu festin; Ruvon, généreux 
envers les prêtres et les bardes ; Morien , chef étranger fameux, 
vassal de Hénésok , et Kenon lui-même , qui n'abandonne la 
plage qu'en voyant les flots engloutir les cadavres des combat- 
tants. 

Kenon était assis sur s<hi trône, dans une salle magnifique 
et crénelée de la forteresse de Kaltraez , où il traitait somp- 
tueusement les guerriers bretons , quand retentit l'appel aux 
armes : ordonnant aussitôt que l'on cessât de boire , il s*était 
levé précipitamment , il avait couru à la tranchée , et, pareil 
à un feu de bruyère , il avait dévoré la plaine. Cependant ses 
coups ne furent pas aussi bien dirigés qu'à l'ordinaire ; l'efiet 
de l'hydromel rendit son bras moins ferme. 

A la suite du succès remporté par les Bretons , un vieillard 
vient faire, de la part des ennemis, des propositions de paix : 



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235 

mais les Bretons refusent d'entrer en accommodement , et ju- 
rent héroïquement que les guerriers d'Arc*hlud ne seront 
point opprimés ayant que toute leur armée ne soit couchée sur 
le champ de bataille. 

Ds poussent donc de nouveau le cri de guerre , sur l'avis de 
Morien peut-être , et, tandis que le poète entonne en Thonneuf 
de ce chef un bardit d'incantation mêlé d'imprécations terri- 
bles contre une princesse qu'il appelle Bun, la Bdk Tlrot- 
tresse; elle périt avec un de ses généraux les plus fameux; les 
Logriens , ses soldats , s'envolent comme des oiseaux de proie 
devant les hommes d'Arc'hlud, et son corps demeure exposé 
sur les remparts de la citadelle bretonne. 

Mais cette nouvelle journée de gloire devait être fatale au 
poète. Demandant la permission de parier de lui-même , après 
avoir tant parié des autres , et s'adressant au chef Kéneu , 
fils du barde-roi Liwarc'h-Henn y il énumère les vertus du 
chef, vertus parmi lesquelles il place en première ligne sa 
charité envers les captifs et son penchant à les racheter : or , 
Aneurin a été fait prisonnier, à la suite des trop copieuses li- 
bations auxqudles il a pris part; il a été jeté au fond d'un caohot 
souterrain où il composait son chant de Gododin, quand le 
fils généreux du barde Liwarc'h-Henn l'est venu délivrer. 

Après avoir ainsi payé son tribut de reconnabsance, Aneu- 
rin reprend le fil interrompu du récit. 

Quoique les Logriens soient en fuite, tout n'est pas fini : 
voici venir les Bemici^is dont ils sont les alliés ; ils vont sur^ 
prendre les Bretons vainqueurs qui se sont remis à boÉre. 
Hais réchanson du festin , honteux des excès de ses compa- 
gnons d'armes , fait résonner son épée au milieu de l'orgie , 
puis dans la bataille, car la salle du banquet envahie par 
Tennemi , devenue le théfttre même du combat, se remplit de 
chevaux morts, de sang et de harnais poudreux : son épée^ 
sonne comme un glas funèbre sur la tête des Bemidens ; i» 
garnison , sortant comme un torrent , les repousse , et rentre j 



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236 

comme un torrent , dans le fort. L'échanson et ses frères d'ai*- 
mes commandés par Kenon y ce taureau du tumulte y brise le 
firont de bataille ennemi : les étrangers s'enfuient comme des 
daims. Le barde alors entonne un chant de triomphe où il 
rappdle la défaite et la mort du chef des Scots , de ce fils 
d'Héoki qu'il a déjà chanté, auquel il donne ici le surnom de 
Brec'h ou de Tatoné. 

Hais où est Morien? Comment n*a-t-il point pris part au 
nouyeau succès des Bretons , lui si valeureux et si vanté na- 
guère? Quoi! le chef ennemi a pu venir piller les Bretons, la 
Belle Traîtresse a incendié leur pays, et il n*a été vu ni au 
premier ni au dernier rang de ceux qui ont repoussé les 
Saxons? Non ! Morien , à moitié ivre , est étendu dans le cel- 
lier, dévorant un quartier de daim! 

Malheureusement , à la suite du combat , il trouva beau- 
coup d'imitateurs : une orgie générale recommence au cré- 
puscule , en face du champ de bataille , pour finir au crépus- 
cule : aussi les frontières bretonnes sont-elles de nouveau en- 
vahies par des bandes altérées de sang , de pillage et de ven- 
geance. Un petit fils d'Aneurin , appelé Huvelin , se lève pour 
les repousser, avec les guerriers confédérés : digne de son clan 
et de son aïeul, il se fait un piédestal des cadavres du parti 
de Brec*h : Kenon , lui aussi , le barde Eidol, Peil , le fils 
de Liwarc'h-Henn , et beaucoup d'autres officiers illustres du 
clan de Ménézok tuent sept fois autant de guerriers ennemis 
qu'ils sont de combattants. Vain succès ! Courant au secours 
de la tranchée , sans être suivi des siens que l'ivresse assou- 
pit , Owen est tué sur la brèche : le barde et les lamentations 
seront désormais inséparables ! 

Ménézok périt également; posté avec un corps nombreux 
au principal passage de la tranchée, il a défendu héroïque- 
ment les Thermopyles de la Bretagne, et si les ennemis ont 
passé , ce n'est qu'après sa moi*t. 

L'appel aux arme^ et les malédictions des bardes contre 



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237 

eux avaient été inutiles : c'est de même inutilement qu'un 
héroSy neveu d'Aneurin, non content de blâmer l'inoppor- 
tunité du festin, comme Gwlighed , ou de brandir son épée, 
dindignation , dans la salle du banquet , comme l'échan- 
son , renverse les tables des die& et celles des soldats, et 
montre un courage héroïque; c'est vainement encore qu'un 
nouvel appel aux armes et au secours retentit sur le champ 
debataOle : une fois enivrés, les Bretons sont présomptueux: 
la citadelle est prise ; le cellier , la salle du festin deviennent 
le théâtre d'une horrible boudierie : les flots eux-mêmes , con- 
jurés contre les Bretons , montent dans la mêlée , et , de trois 
cent soixante-trois chefs au collier d'or, il n'en échappe 
qu'un sur cent, après sept jours de combat. 

Le barde se nomme parmi les quatre guerriers survivants , 
dontlepremierestKenon, attribuant leur salut à la valeur 
de leurs armes , et le sien au mérite de ses diants : il reste 
pour pleurer les guerriers qu'il a vus se rendre à la fête du 
Koelkerz, qu'il a vus perdus par leurs excès , noyés dans les 
flots et le sang , dépouillés de leurs biens , chargés , en la per- 
sonne de leurs compatriotes , d'un tribut onéreux; qu'il a vus 
tomber avec la patrie bretonne; mais qu'il a vus aussi semer 
le champ de bataille d'ossements étrangers , et donner la tête 
du principal chef ennemi , la tête de Domnal Brec'h a dévorer 
aux corbeaux; il reste pour pleurer solennellement avec tous , 
dans la fête funèbre annuelle , les braves gardiens du rempart , 
qu'avec tous , il a aimés. 

Ainsi finit le Gododin. 

Suit un épilogue habilement soudé au poème , et du reste 
presqu'aussi ancien , mais que je croirais plutôt l'œuvre d'un 
barde du clan d'Aneurin que d'Aneurin lui-même ; (j'en di- 
rai plus tard la raison.) Evidemment , l'auteur a pour but de 
rendre le courage et l'espérance aux Bretons abattus par le 
désastre de Kaltraez : c'est l'éloge du fameux Ghérent, grand- 
père d'Aneurin , tué à la bataille de Longborz. 



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238 

Prédisant à la manière des bardes , quoiqu'il parle au passé, 
ou célébrant une victoire déjà due à l'assistance miraculeuse 
du Saint, l'auteur attribue à Ghérent l'honneur d'avoir vengé 
la patrie bretonne et efiacé la honte du désastreux banquet. 

Les vers par lesquels il finit renferment, sous une forme 
voilée , tout l'enseignement du poème : héros , lui aussi , pen- 
dant sa vie , d'un autre banquet d'hydromel , le saint en bu- 
vant sobrement, avait honoré la coupe. 

Makitenant à quels événements de l'histoire , à quelles lo- 
calités de rtle de Bretagne, le Gododm a-t-il rapport? 

Bien que l'histoire nous apprenne peu de chose sur les an- 
ciens Bretons du nord , elle nous en dit assez pour nous gui- 
der dans nos recherches. 

Du temps où vivait saint Gildas , frère d'Aneurin , on voyait 
un rempart qui commençait à la ville aujourd'hui nommée 
Dumbarton, patrie du Saint, et allait de l'ouest à l'est, 
presque jusqu'à la ville actuelle d'Edinbourg, traversant 
dans toute sa largeur l'isthme resserrée entre l'embouchure 
de la Clyde et celle du Forth. 

> Les Romains, dit Gildas, avaient fait construire ce rempart 
d'une mer à l'autre , pour arrêter l'ennemi et pour mettre 
l'Ile à l'abri des incursions du côté du nord: malheureuse- 
ment, les ouvriers inexpérimentés à qui furent confiés les 
travaux, manquant de guides pour les diriger , y mirent moins 
de pierres que de gazon , et ils ne furent d'aucune utilité, i 

> En effet, conUnue l'historien contemporain , la nation des 
Scots ou des Pietés , ces premiers ennemis que nous ayons 

* [Imperiam romaDum] jussit coostruere, înter dao maria, irans 
insulam, maram, nt esset arcendis hoslibus... ci?ibiisque tuia- 
mini. Qui valgo irrationabili absque rectore factus non tanlam lapi- 
dibus quam cespilibas, non profuit. (Gildas, de exeidio BrUan- 
nt<9, éd. de Gale, p. 4.) 



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239 

eu à combattre , percent souvent le rempart, et massacrant 
les habitants, fauchant, battant, comme une moisson mûre , 
tout ce qu'ils trouvent ; Us passent! ^ > 

De distance en distance , ce rempart était muni de fortes 
tours ^ et de citadelles, faisant face à la mer du midi pour 
pouvoir épier les navires saxons; il était bordé de plusieurs 
villes où il y avait garnison du temps des Romains. > 

A ces détails , Bède en ajoute d'assez importants. Sdon 
lui j le rempart n'était pas un mur , mais une tranchée ; c car 
un mur, observe-t-il , est de pierres, tandis qu'une tranchée 
est de gazon , arrangé en forme de mur. Uue palissade de 
pieux domine celui-ci ; au devant , existe un fossé d'où le ga- 
zon a été tiré : le fossé est très profond et garni de redoutes , 
d'une mer à l'autre : elle devait servir de barrière contre l'en- 
nemi partout où l'eau ne lui en opposait pas une toute natu- 
relle : elle commence à l'est, et , se prolongeant vers l'ouest , 
elle finit à la ville d'Alcluith (Dumbarton. ^ )> 

C'était comme on le voit Un véritable tMiUtfm. 

Quoique postérieur à Gildas de quatre cents ans , et de deux 
cents à Bède , le chroniqueur populaire Nennius mérite que 
nous tenions aussi compte de son témoignage , car , il complète 
les leurs , sans les contredire. 

D'après les traditions nationales dont il s'est fait l'écho , la 
tranchée aurait été défendue par sept châteaux parmi lesquels 

* Gens Scotorum Piciorumve... illi priores ioimici,.. termines 
mmpuDt, csedant omnia, et qoaeqae ob^ia matnram ceu segetem , 
metuDt, calcant, transeunt. f/frtd., p. f$.) 

* Tarres per inlervalla coUoeant ad prospectum maris. (/6ûi., 
ibid,) 

s Urbes coUocatae fuerant in littore ooeani ad meridianam plagam 
qua DaTes eoram [hosliam] habebantur. .. et inde limebantor. {Ibid, , 
Urid.) 

* Beda. HUtor. eccles,, lib. 1 , éd. de Gale. 



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24o 

on voyait un édifice de forme ronde, bftti en pierres t>olies, 
qui était un arc de triomphe. ■ 

Les bornes qu'il donne à la tranchée sont celles assignées 
par Gildas et Bède; * il i\joute seulement que les Bretons la 
nommaient CuMi^ ou Gwaaid, traduction littérale du latin 
Vallum ; ^ et que , depuis une rivière appelée Riminden , jus- 
qu'à une autre rivière appelée Kaldrj elle portait le nom de 
Penltun. ♦ 

A tous ces détails , il faut joindra quelques observatioi» 
très intéressantes faites sur les lieux mêmes par Camden. 
De son temps , on pouvait encore suivre les traces du rem- 
part; il montait ou descendait suivant la nature du terrain; il 
était à pic en rase campagne et bordé , en dehors , du vallum 
ou tranchée profonde (maintenant comblée) dont on vient 
de parler; en dedans , existait une chaussée , interrompue ça 
et là , qui était la voie militaire. Quelques rumesdes villes de 
guerre bâties également à l'intérieur , de mille en mille pas , 
où habitèrent primitivement les {garnisons romaines dites are- 
anorum, se voyaient aussi. L'empire , à son déclin , comme le 
remarque Ammien Marcellin , finit par abandonner la défense 
de ces forts aux indigènes, dont l'intérêt propre était la meil- 
leure sauvegarde pour le pays : c Ne défendaient-ils pas en 
effet leurs terres, leurs fortunes, leurs épouses, leurs enfants, 
leur vie , et un bien plus précieux encore , leur liberté , » se- 
lon la belle observation de Gildas? 

« Septem casiellis inter utraque oslia, domumque rolondam po- 
litis bpidibus... fornicein triurophalem. (Nenniui, p. i9, ad cal- 
cem, éd. de Stevenson.) 

* Âd ostium flaminis Cluth (la Glyde) et Rerpentaloch... mains 
-ille finitor rastico opère. (Ibid.) 

s Vocatnr britannico senuone Guaul. (Ibid,) Gaaul. GwU.Gawil. 
(Ibid.) 

* Penltun dicitur a flumine KMra usque ad Riminden. {ibid,) 



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241 

C'est ce qu'ils faisaient de son temps, c'est ce que firent 
glorieusement les guerriers chantés par son frère; (car on 
a deviné le but d*une aussi longue eiposition: ) les hommes 
du fort d'Arc'hlud ou Alclwyd , maintenant Dumbarton , com- 
patriotes d'Aneurin; ceux du fort d'Edin, la ville actuelle de 
Karidin, si ce n'est Edimbourg, postés, les uns et les autres, 
aux deux extrémités de la tranchée ; ceux du Lenn ou du Len- 
nox; ceux de Gododin, ou de Manau Guôtodin, comme Tap* 
pelle Nennius , ' dont Aneurin était le chef, et dont il a donné 
le nom à son poème , qui peuvent être les Ottadini de Ptolé- 
mée; ceux de Lee'hleiku ou du Linlythquo; ceux de Reghed 
et de TArgoed, ou du Cumberland actuel; enfin tous les guer- 
riers bretons du val de la Clyde et des contrées circonvoi- 
sines, de la mer à la mer, veillaient à la garde de cette 
tranchée qui les défendait, d'un c^té , contre les Pietés et les 
Scots, et de l'autre , contre les Logriens et les Angles établis 
dans le pays des anciens Déiriens et Bemiciens. 

Ce fait constaté , il me reste à trouver sur qud point de la 
tranchée les héros du Gododin combattirent et moururent; en 
d'autres termes, où est situé le champ de bataille de Kaltraez. 

Existe-i-il un lieu ainsi nommé? Jusqu'ici, tous les anti- 
quaires , sans^ exception , ont répondu qu'il n'y en avait point: 
l'assertion est un peu téméraire , et je crois qu'on peut la 
combattre. 

Je ferai d'abord une simple observation : Fusage a prévalu 
d'écrire Kattraez, mais il y a autant d'autorités pour écrire 
Kaltraei : les manusorits orthographient indifiëremment des 
deux manières, comme on peut le voir par celui qu'a suivi 
l'éditeur du Jlfj^vyrian,^ et comme on le verra par nos va- 
riantes. 

* De parte siaistrali , id est de regione qnse vocatur Manau Guo- 

iodin. (Ed. de SteveDSon, p. 53.) 

« P. 5. vers 29, el p. 6, ?ers 21 el 22. 

16 



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242 

Je remarquerai en second lieu que cette localité ne dotait 
pas être trop éloignée de la mer , puisqu'Aneurin parle plu- 
sieurs fois de la grève voisine , et de la marée , sous laquelle , 
dit-il , la grève disparaît. 

Elle était donc située vers une des extrémités de la tranchée^ 
du côté d'Edin ou du côté de Dumbarton , à une distance telle 
que la mer en entrant , soit dans le fleuve du Forth , soit dans 
cêkii de la Glyde, pût faire sentir son flux jusqu'au fond des 
terres. 

Maintenant si nous dirigeons nos recherches selon ces in* 
éications , nous trouvcms à quelques milles de Dumbarton , au 
bord môme de la tranchée qu'elle coupe, et près de Templa- 
eemesoi d'une ancienne citadelle, une rivière dont les eaux 
grossies de celles da grand canal de Cumbemald et de celles 
delaClyde, inondaient la plage aux grandes marées; or, comme 
cette rivière est la Kaidr de Nennius, (aujourd'hui appelée 
Calder ; ) et comme fdage ou grève se rend par Traez , dans tous 
les dialectes celtiques , je ne doute pas que celle-ci n'ait été 
nommée i^aMr-7rae2, oup%»deiraUf par les anciens Bre- 
tons, et qu'elle ne soit conséquemment le lieu célèbre qu'A* 
neurin appelle KaUraez. ' 

Sa positiim, à portée du flux de la mer, était d'ailleurs 
celle de différentes citadelles de la tranchée , et probablement 
avait-on recherché cette seconde barrière contre l'ennemi , 
car Camden remarque, en parlant d'une autre place de guerre 
du voisinage , estimée , dit^il , la plus forte de toute l'Ecosse , 
que sa plaine est très^haurbeuie à cause du fiux de la mer, qui 
la œuvre tout entière. 

* Davies écrit Traelk, selon rorlhographe galloise, elle rend 
par liUus, arena, Owen Paghe, par « skore, sand between higb and 
law water marks. » Dom Le Pelletier, selon l*orthographe bretonne, 
écrit traez f et le traduit par((«a6(«, grève, rivage, qui se découvre 
à mesure que la mer baisse.» Un de nos vieux dictionnaires, dit-il, 
porte arène. Le Gonidec écrit treaz, sable, grève, rivage. 



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243 

A en juger par la description pompeuse qu*Aneurin (ait de 
la salle de Kaltraez , cette place deyaitétre une des plus belles 
forteresses de la tranchée , et dans le genre de celle dontNen- 
nms vante Tare de triomphe et les [nerres polies. La beauté 
et la grandeur de ses pierres , non moins que le vin qu'on y 
but et les étrangers* qui Fenvahirent , ont aussi frappé divers 
bardes postérieurs à Aneurin. c Kaltraez, dit l'un d^eux, si 
eél^re par ses étrangers , et ses pierres , et son royal ban- 
quet. » I 

Développant le témoignage de notre barde, lorsqu'il fait al- 
lusion aux tours de Kaltraez et qu'il nous montre le chef Tud- 
voulr'h à leur sommet, pour épier l'ennemi, un autre poète 
gallois nous en apprend le nombre exact : 

€ L'antique Kaltraec , remarque-t-il ,avaittrois tours.» • C'é- 
tait la tradition du XV< siècle , ^oque où ce poète vivait. On 
se rappelait aussi de son temps, qu'Owen, fils d'Drien, n'a- 
vait pas été étranger aux affaires de cette citadelle : seule- 
ment, on avait perdu le fil de la vérité historique, et Ton se 
figurait qu'il l'avait reprise aux Saxons et détruite, ^ tandis 
qu'au contraire il y avait trouvé la mort. 

La tradition écossaise du moyen-âge avait mieux gardé le 
souvenir, si non de la date , du moins d'un des principaux 
événemoits passés dans ces lieux : d'accord avec Aneurin , qui 
y fait vaincre et tuer le chef des Scots, Domnal Brec'h , par 
le fils dIJrien , un chroniqueur écossais du XIV« siècle , nom- 
mé Jean de Fordun , dit en propres termes : » Domnal Brec'h 
fut vaincu à la bataille de Kaltraez.... il était filsd'Héoki. 4 

■ Kaltraez maour megedok 
Allmer, ha maec , La gwin ioQok. 

(Myvyr, arch., t. 1 , p. 180.) 
9 E tri zour enn Galtraez benn. 

[LewU Glyn Colky, 6d. du Rév. J. Jones, p. 140.) 
> Boarioz Owen ab Urien. (Ibid.) 

* Bellum KalcUras in quo victus est Domnal Brec... Dovenald 



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2U 

Et il ajoute : 

«Il fut tué par OweD , roi des Bretons. » i 

Malheureusement, Jean de Fordun ne nous apprend pas 
Tannée exacte de la mort de Domnal Brec'h; il donne à cet 
événement trois dates différentes » 642 , 678 et 686 , dont au- 
cune ne peut nous convenir , et nous laisse ainsi ignorer l'é- 
poque du désastre deKaltraez. 

Mais peut-être n'est-il pas impossible d'obtenir d'ailleurs 
les renseignements qui nous manquent. 

L'antiquaire Lhuyd place la bataille vers 510; le docteur 
Ov^en Pughe, vers 530; M. Sharon Tumer , sous Ida ou son 
successeur, c'est-à-dûre de 547 à 568. Le révérend Thomas 
Price , de 520 à 570 ; M. Augustin Thierry , après 560. 

Ecartons d'abord comme insoutenables les dates données 
par Lhuyd et Owren Pughe , qui, au surplus, n'allèguent pas 
l'ombre d'une preuve en leur faveur. 

Reste l'opinion des trois autres critiques : je m'attache à la 
plus importante par l'autorité du nom. 

€ Dans une bataille désisive , où figurèrent d'un côté les 
Pietés et les Angles, dit le grand peintre de la conquête de l'An- 
gleterre, de l'autre les hommes du val de la Clyde, les 
honunes du Forth et ceux de Déifr et de Brynidi , c'estrà-dire 
du pays montueux situé au nord de l'Humber , la cause bre- 
tonne fut vaincue. Il y périt un grand nombre de chefs por- 
tant le collier d'or , marque du hautconunandement chez les 
Bretons. Aneurin , l'un des bardes les plus célèbres , y com- 

Varius, Blios Eocbi. (Johan. Fordun. ScoUo-ekromcon, p. 20, 
in-fol., éd. de Goodal. Edimbourg.) FarttM, tatoué, bigarré, est 
la traduction du celtique brec'h; en gaêl brek; en gallois brilh; en 
breton* armoricain, briz el brech. J. Davies écrit brUh, et le tra- 
duit par diversicolor, variegaiui, varius, Owen Pughe écrit aussi 
bryck, vanegated, brindled. 

* Inlerfectus est ab Hoan , rege Brittonum. {Ibid ) 



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245 

battu au premier rang, et survécut à cette grande défaite 
qu'il chanta dans un poènie qui s*est conservé jusqu'à 
nous.» 1 

Selon M. Thierry, cet événement eut lieu après la mort 
d'Ida arrivée vers Tan 560, et l'on ne peut guère douter du 
fait : seulement, ayant pris par mégarde ces hommes de Déifr 
et de Brynich, autrement dits les Déiriens et Berniciens , pour 
les amis des Bretons, tandis qu'Aneurin en fait expressément 
les auxiliaires des Saxons, il semble donner à entendre que 
la bataille de Kaltraez fut livrée avant rétablissement définitif 
des royaumes Anglo-Saxons de Déiret de Bemicie. 

Pour moi, s'il n'y avait pas quelque outrecuidance, en face 
d'une telle autorité, à émettre une autre opinion, je dirais que 
le fameux combat est du temps où les conquérants germains 
s'intitulaient déjà Déiriens et Berniciens ; j'irais même plus 
loin , et , prenant pour point de départ l'an 568 , fixé comme 
dernier terme par M. Turner, je reculerais de plusieurs an- 
nées l'époque probable de la bataille. 

Mes raisons , les voici : 

Owen , le héros favori d'Aneurin , assistait , d'après Li- 
warc'h-Henn , au siège de Medcaud , avec Urien qui y tint 
bloqué Théodorik, monté sur le trône en 572 , mort en 579. 
Plus heureux que son père, assassiné devant le fort , il sur- 
vécut à cette affaire , et Aneurin le fait périr à la bataille de 
Kaltraez ; j'en conclus que la bataille de Kaltraez fut posté- 
rieure au siège de Medcaud. 

Maintenant , Liwarc'h-Henn nous apprend encore dans son 
poème sur la mort de ses fils, dont on ne peut guère reculer 
la date au-delà de 580, qu'à l'époque où il le composa, Owen 
n'existait plus. 

La mort du chef breton , et conséquemment l'affaire de 

* Hisloire de la couquète de TAngleterre par les Normands, 7« 
édit,, t. 1 , p. 4i. 



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246 

Kalbraez , puisqu'il y fîit tué , a ckmc eu lieu de 572 à S8Q. 
Si Tanoée 578 était, par hasard , la date réelle , le cbro^ 
niqueur écossais , Jean de Fordun , qui la met en 678 , ne se 
serait trompé que d*un chiCBre. 

On s*étonnait beaucoup de ne voir figurer dans le Godo- 
din 9 ni Arthur ; ni Maelgoun de Gwéned , ni Redere*h-Ie-Gé- 
néreux , ni Gwall'ok , ni le roi Kaou , père d'Âneurin » ni 
Huél , son frère , ni Kendelann , ni Urien , ces iameux che& 
bretons qui presque tous illustrèrent la première moitié du 
VI« siède. On n'aura plus lieu d'être surpris qu'Aneurin n'ait 
pas fait revivre des morts. 

En revanche , il nous donne une longue liste de leurs amis 
et parents à tous les degrés, frères, fils , petit»*fîls , neveux 
et cousins : c'est le fils de Keidio , c'est celui de Peîzan , c'est 
Nouézon , tous trois petiis-fils de Kaou et neveux du barde : 
c'est Kenzelik d'Aéron , son petit^fils ; c'est Hadok, petit-fils 
d'Urien et neveu d'Owen ; c'est le fils d'une fille de Gwallok, 
nommée Douéoué. Ce sont les chefs Keneu et Peil , fils de Li- 
warc'h-Henn ; c'est Gwennaboui , fils de Gwenn, fils aîné de ce 
barde; c'est Gv^ion , frère de Kenddann , Rei , son ami , 
Kenon , son oncle , qui , tous trois , d'après Liwarc'b-Henn , 
vivaient eocore ft l'époque du siège de Hadcaud. 

Mais pourquoi , dit-on , Aneurin ne nomme-tril par leur 
nom aucun des cheb Saxons Déiriens et Bemidens , aucun 
des fils d'Ida, dont l'un régnait alors? 

S'il ne les nomme pas, il poursuit de ses malédictions teiir 
mère Bun, femme à qui Aneurin donne le sobriquet de <rai- 
treue, en vantant sa beauté funeste. 

Quoique Bretonne , quoique née au bord de la Clyde , et 
même belle-sœur d'Owen, à en croire les Triades galloises 
qui l'appellent une des trois princesses impudiques de 111e de 
Bretagne, ' elle aurait épousé le féroce Ida, et changé son 
nom celtique en celui de Ban ou Bihan, qu'il donna, en 

» Myvyr. arch., l. 2, p. 14. 



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247 

l'honneur d'elle , à l'un des premiers forts saxons bâti sur la 
côte orientale de Ttle. ' 

Au reste , le barde , sans le désigner autrement que par le 
sobriquet de sanglier, fait encore allusion à un chef saxon qui 
pourrait être le Keawlin ou le Kouthwin i.e la Chronique 
saxonne , désigné de la même manière par Liwarc'h-Henn : la 
concordance de 577 , époque à laquelle » selon cette Chroni- 
que historique , les deux cheCs combattirent les Bretons , et 
de 578 , date approximative de la bataille de Kaltraez , don- 
nerait quelque fondement à cette opinion. 

En déterminant d'une manière probable le lieu et l'époque 
du grand désastre pleuré par Aneurin; en constatant histori- 
quement la valeur de son poème , j'ai battu, ce me semble , 
en brèche tous les systèmes auxquels le Gododin a donné 
lieu, y compris une hypothèse que je hasardai moi-même, il 
y a un grand nombre d'années , avant d'avoir assez étudié le 
siyet. M. Sharon Turner avait déjà sans peine victorieusement 
réfuté celui d'Edward Davies , le plus extravagant de tous , re- 
nouvelé par d'autres, qui plaçait à Stone-Uenge , et en 472 , 
la bataille de Kaltraez. Dans l'état actuel de la critique histo- 
rique , de pareilles témérités tombent d'elles-mêmes et ne de- 
vraient pas se reproduire. Je ne m'arrêterai donc pas à dis- 
cuter des assertions de tout point gratuites ; et j'aborde enfin 
le texte et la traduction du Gododin : le lecteur y trouvera , 
j'ose l'espérer , la justification de mes conjectures. 

Soit par un caprice de poète , soit par une lacune dans les 
manuscrits , Aneurin entre brusquement en matière de la ma- 
nière suivante. 

' Bambourg, d'abord appelée Banbarcb ou BebbaDburch. La Gé- 
néalogie saxonne coDvient du même fait : De nomine sum uxoris 
suscepit [Dinguardy] nomen, id est Bebbanburcht dit-elle. Mais 
elle De s'accorde pas avec les Annales bretonnes et avec les aulres 
écrivains saxons, quant au chef que Bun épousa. D'après elle, ce ne 
fut point Ida, ce fut un de ses fils. (Nennius, éd. de Stevenson, 
p. 52.) 



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j 



ER GODODIN. 



I. 

Grezev gour oez , gwas : 
Gourzet enn dias ; 
Marc'h mouz , moung bras, 
Adan morzoued , meger gwas ; ^ 

Eskouet eskavn , ledan , 2 
kr pedrein mein buhatr; 
Kleze maour, glas, glaii; 
Eze, aour a ban. ^ 

Ne be hef ha mi 
Kas ; e roim a ti 
Gwell gouneim ; a ti 
Ha'z mol dé raoli. ^ 

Keut é gwaed é laour 
Nâg it è neizîaour ; ^ 

* Gredyf gwr oed gwas 
Gwrthyl am dias 
Meirch mwlh myngvras 
A dan vordwyl megyrwas. 

{Mss- de CrickhawcL Yoy. ausssi le Myvyr, 
arch.y t. 1 , p. 1. 
« Ysgwyt ysgafo livdan. [Mss. de Plas Gttyn.) 
s Âr bedrein mein viiau 
Kleduawr glas glan 



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LE GODODIN. 



I. 

Tout jeune, il possédait les qualités d^un hom- 
me : [il était] vaillant dans les combats ; un cour- 
sier vif, à longue crinière, [chevauehait] sous sa 
cuisse, tout jeune [et déjà] fameux ; 6 

Un bouclier léger, large, couvrait la croupe 
fine de son rapide [coursier]; son épée [était] 
grande, bleue, étincelante; ses éperons, d'or qui 
brille. 

[O chef! ] ce n'est pas moi qui te donnerai 
[sujet de] mécontentement; je ferai de mon 
mieux pour toi; pour toi et pour chanter tes 
louanges. 

Plus tôt la terre [but] le sang que toi le [vin 
du] banquet; 

Elhy enr a pbiD. {Miê. de CrUkhinoH.) 

* Ny bi ef a vi 
Eas erof a tbi 
Gweil gwneif a ibi 

Âr wawt dy noli. (/6td.) 

' Kjnt y waet elawr 

Nogyl y neitbyawr. (Ibid,) > 

^ Comme oq l'a dit dans rarguoioiil , il s'agit ici d*Oweii , ou 
Evein, fiis d'Urien. 



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250 
Kent ë boued ê breïn 
Nage argevrein. ^ 

Kukefel,Owen! * 
Kouli bot adan brein. ^ 

Marz enn pa bro ^ 
1^7. un mab Marc'ho. ^ 

II. 

Kaeaok kenhaeok , men ez ae, ^ 
DifuD, eDD blaen puD , mez a tallaet; '^ 
Toul tal he rodaour ; enn e klevae ^ 
Gwaour, ne rozae naoz men dilenae; ^ 
Ne kiliae oc'h kamaoun, enn e berae 
Gwaed; mal brouen komene gouir; ne terc'hae. ^û 



« Kynl y vwyt y frein 
Noc y argyarein . ( M$$ . de Crickhawel.) 

* Ko kyaeillt Ewein. (Ibid.) EiMÎn. (Ma de PUu Gwyn.) 
» Kwl y uot a dao vrein. (Affi. de CrickhotoeL) 

* Marlh ym pa vro. [Ibid.) March. {Mu, de Hengurl.) 

» Llad vn mab Marro. {M$8. de CriMi.) Marco. (Mu, de Heng.) 

* Caeawc cyohorawc men y delei. (Mes. de Plas Gwyn.) Gynhaiawc 
men y dehai. (Mu. de Heng.) 

' Diphon ymlaen ban med a dalbei. ^Mu. de PL (i J Le docteur 
Pagbe (dicl. t. 2» p. 470 ,) écrit diffyn et modd, c% qui change le 
sens. 



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Plus tôt les corbeaux eurent la pâture que 
les lances ne furent poussées en aidant. 

Owen ! doux compagnon ! ton corps disparait 
sous les corbeaux. 

La tristesse est au pays où fut tué un fils des 
Marc'ho. «t 



II. 



Ce chef couronné , [partout] où il allait, sans 
mesure, devant son bataillon, il versait Thydro- 
mel; ^2 

Le haut de son bouclier i3 était troué ; quand 
il avait entendu le cri de guerre, il ne faisait 
point de quartier là où il courait ; il ne quittait pas 
le champ de bataille , lorsque le sang coulait ; 
comme des joncs il fauchait les guerriers ; il ne 
reculait [jamais.] 

• Toi tal i rodawr yn y ciywei. ( J/m. de Ploê Gwyn.) 

* Aor ni rodei Daad meint dilyDei. {Ibid, ) 
*o Ny cbiliei o gamhawn yni lerei,w»el 

Mal brwyn gymyiiei gwyniyd edie. {Ibid,) 

*■ Mare'ko est synoDyuie de MHre'kion , oom die la triba à la^ 

quelle Owen apparteDaU. 

I* M. Sharon Tarner a cra qa*U s'agiseait ici d'in autre chef que 

d'Owen , el je Taî cra moi-mâme ; naîa il y a plusieurs raisons de 

penser le contraire, conme on le verra aui notes el éclairasse* 

nenu. 

** A la lettre : le frotU de ea randaeke. 



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252 
N'ez adraoz GododÎD , ar laour mordae , 
Rag pebei Madok, pan atkorae, 
Namen un oc*h kant, enn e deiae. ^ 

III. 

Kaeaok kenneviad, kevlaz hef erouet ; 2 
Ruzer erer enn er leir, pan liziouet ; 5 
He ammod a bou not a karouet ; ^ 
Gwella gounaez he arvaez; ne kiliouet 
Rag bezin Gododin , o terc'houet ; ^ 
Hezer, kemmellae brezel ; banaouet; ^ 
Ne nodi naz eskez nag eskouet ; '^ 
Ne hellir annez re faez bouet 
llag erged kadvanneu kadouet. 8 



IV. 
Kaeaok kenoraok , bleiz he baran , ^ 

■ Nys adraud Gododin ar lawr merdei 
Rac pebyll Madauc pao ateorei 
Namyn an o gant yn y delei. {llÊsi. de Pla$ Gtoyn.) 

• Caeawc cyuni?iad cyulad e rwyt. (Ilrid.) 
' Ruibyr eryr yn ebyr pan lithiwyt. (l(nd.) 
^ Y amot a va nol a gatwyt. (/6ùf.) 
'^ Gwell a wnaeth y araaeth ny giliwyl 

Rag bedin ododin o lechouyt. (Mss. de Criekhùwel.} 

* Hyder gymmell ar vreiihel vanawyt. (Ikid-) 



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Le Gododin ne compte , sur le rivage de la 
mer, devant les tentes de Madok, ^û quand il 
revint , qu'un [guerrier] sur cent de retour, 

iir. 

Ce chef couronné , avec son javelot [toujours] 
prêt , avait Timpëtuosité de Taigle du rivage j 
quand il a été alléché [par une proie] ; sa pro- 
messe était une marque de son amitié ;^1 il exé- 
cuta de son mieux son projet; il ne quitta pas 
l'armée de Gododin , en prenant la fuite ; intré- 
pide , il excitait la guerre ; il y fut exalté ; mais 
ni lance, ni bouclier ne le protégèrent : il n'est 
pas possible qu'une demeure trop [remplie] de 
succulente nourriture soit défendue contre l'at- 
taque des hommes de guerre. ^^ 

IV. 

Ce chef couronné à mine de loup, [portait] de 

7 Ne nodi nao b^sgeib Dtg ysgwyt. ("Jlfit. de Plas Owyn.) 
• Ny ellir anet ry vaetb f wyt 
Rac ergit cadfaonaa catwyt. (Ibid.) 

" Caeauc kphorawc bleid e maran. ( IM4.) 

«0 II était petit-fils d'Urien et nevea d'Oweo. 
* I D'après la versioii du Uaa, de Plas Gwyo , il faudrait traduire : 
Sa promesse était sacrée; U la tenait. 

■* C'est le sens de cette maxime de Cicéron : NU potest venter 
cibo et poiUme completus. 



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j 



254 
Gwevraour godroueaour torc'haour amran' : ^ 
Bou gwevraour gwerz maour , ^ gw6rz maoor gwin 

man. ^ 
Hef gourzodez gouriz gouir diskran 
Ez deue Gwened-a-Goglez, o rann , 
Oc'h kesul mab Eskerann , 
Eskouedour aokefan. ^ 

• o 



Kaeaok kenoraok arvaok eoD gaour , ^ 
Kent lia diw^, gour gourz enn gweâour , ^ 
ILenraim cdd rak gwan ^ rag bezinaour , 
Koueze pemp pemp-pouDt rag he lavnaoar : "2 
Oc'h gouir Deuir ha Brenec'h y dic^hraour , 
Ugent kant e divant enn un haour. ^ 
Kent ë kik ê bleiz nag it ê neiziaour. ^ 



< Guefrtwr godrwyawr torchawr am raD. (J|f««. dt Plas Gtoyn.) 

* Gwefrawr godiw awr. ( Ibid,) 

* Gwenhvawr gwÎDTan {Ma.) gnerlh gwiD vtn. (Wfi. de Heng.) 

* Ef gwrihodes gwrys gwyar discrein 
Kyt diffei wyned a Gogled eî ran 

gyssol mab ysgyraD 

Tsgwydawr angkyfan. {Ma. de Plas Ovfyn.) 

J*indiqvey par ces poinu« les laeenes qii me paraisseoi exis- 
1er dans le llss. 

* Ceeawe kynhorauc amawc ygkawr. ( /M.) 

* RyDodiwygwr gwrd eggwyawr. (Ibid,) 



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Tambre en forme de bandeau tordu autour de 
ses tempes : l'ambre avait coûte cher; cher 
coûta le vin de l'orgie : il dédaigna la fureur 
d'hommes vils venant en Gwéned-au-Nord, ^0 pour 
partager [nos dépouilles] , d'après les conseils du 
fils d'Eskerann^ le guerrier au bouclier brisé. . 



Ce chef couronné, armé en guerre, brave, ar- 
dent au milieu du sang ruisselant, ce chef, avant 
qu'il n'eût été affaibli, avait, au front de bataille, 
fait tomber cinq fois cinq bataillons [ennemis] 
sous les coups de sa lance : des guerriers Déiriens 
et Berniciens, — hommes terribles, — deux mille 
périrent en une heure. Plus tôt loup eut la chair 
que toi le [vin , du] banquet; [6 guerrier.] 

' Kyuran ym raeuan rac bydÎMwr 

Cwydei pym pymant rac j la awr (/6ûi.) ne y ta awr (Wm. de 
Heng.) 

• wyr deifr a Bryneicb dychiawr 

Ugeiotcant en diuant yn in awr. {Êfa. êê Pla$ Owffn.) 

* Rynt y gîg y vleid nog yt e neithiawr. 

*^ On donnait le nom de Gwimd^iU'Nord, ponr le disUngter 
de G^oénêd-^n-OaUêit an petit royaame des Bretons de Strtih- 
Clyde , qn*on nommait aussi royaume de Goglez ou du Nord. (Th. 
Priée, Eanes Cymru, p. 277.) 



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256 
Kent he buz é bran nag it é gelaour ; ^ 
Keût nag ai^evrein ê gwaed é laour , 2 
Gwerz mez , eun kentes^ , gan Uvedaour. ^ 
Kenet hir! erm^ir, tra bo kerzaour ! ^ 



VI. 

Gouir a aez Gododin c'hoerzin' ognao ; ^ 
Chouerven trin, alaen en emzuliao; 6 
Berr blenez enn hez ez int int-hao : '^ 
Mab Bodgad gounaez goueniez gouniz be lao. ^ 
Kentelouentelanueu e penitiao, 9 
Ha henn ha ieuank ha hezer a lao j ^^ 
Dadeldiheu Ankeu enn heu treiziao. ^^ 



' Ryut e vud y vran noi yt alUwr {Mss. de PL G») y elawr (Mst. 
de Heng.) 

> Kynt DOC argyvreio e waet e lawr. (!#««. lie PL €f.) 

Ce ters manque dans le Mss. de Hengurt. 

» Gwerth med ygkynted gan liwedawr {Ms$. de PL 0.) Hwed 
awr. (Msi. de Heng.) 

* Ryfeid hir ermygir tra uo kerdawr {Mes de Pi. G.) kyoeid hir 
ermygir. (Mss. de Heng.) 

Le docteur 0. Paghe a lo Hynetiddhir (dict. t. 2 , p. 287,) vx 
a cra que c*était le nom d'ua chef. Evan Evans est tombé dans la 
même erreur. 

^ Gwyr a aeih Ododin chwerlhîn ogoaw. (Mss. de PL G.) 

* Chwerw yn trin a laio yn ymduiiaw. (Ibid.) 



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257 
Plus tôt le corbeau eut sa proie que toi un cer- 
cueil ; 12 plus tôt que les lances ne furent pous- 
sées en avant, la terre [but] le sang, prix de Thy- 
dromel [verse ,] sous les portiques, ^^ à la foule. 
Ah! sois célébré longtemps! sois glorifié, tant 
qu'existera le chanteur ! 

VI. 

Les guerriers qui partirent pour Gododin riaient 
fort. Le combat [fut] très rude , avec des épées qui 
s'entrechoquaient; les années qu'ils passèrent en 
paix furent courtes; le fik de Bodgad, à la main 
vaillante, en fit des plaintes. Avant qu'ils pussent 
aller dans les églises pour foire pénitence, U et les 
Yieui, et les jeunes^ et les [plus} vigoureux de 
poignet , les traits sûrs de la mort les traneperoè- 
rent[tous.] 

' Byrr vlyned yn ked yà ynt yndaw {Ibid.) udynt yndaw (Hm. âe 

Heng.) 

* Mab Botgat ganaetb guynieth gunith e Itw. {Ma* de PL 6.) 
» Kyt elwynt y lanDeu y benytîaw. (IMd,) M. Sharon Turner a 

cru qa'on devait lire : Kyt elwynt y lawn eu y benytîaw ; mais il 

s'est évidemment trompé. 

*® A hen a ieneinc a bydr allaw. {Ibid,) 

" Dadyl dihea angeu yn en treidiaw. {IMJ) 

'* Eb suivant la version du Mas. de Plas Ghryn, on traduirait : Le 

corbeau eut «a proie plus tôt que l*antel. 

•s A la lettre : à l'enirêe [dé la sdle] ; dam le vestibule. 

** On ne doit pas oublier qu'Aueurii éuit chrétien et frère de 

saint Gildas, le Jérémie breto». 

17 



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258 
VII. 

Gouir a aez Gododin c'hoerzin' gwanar : ^ 
Diskennez enn bezin trin diac'har ; 2 
Houei laze a lavnaour , heb maour tridar , ^ 
Kolovn gleou , reîz , beo ; roze arfar. -* 



VIII. 

Gouir a aez Kaltraez oez fraez ê lu; ^ 
Glas mez, heu ankouen , ha heu gweoouenbu; 6 
Tric'haDt, troue peiriant, ennkadaû; 7 
Ha , gouede elouc'h , tavelouc'h bu : ^ 
Kent elouent e lanneu e penitu , 9 
Dadel diheu Ankeu enn heu treuzu. ^0 



• Gwyr a teth Ododin chweribin wanar. (Mu. di Ploi Oufffn») 
t Digyn aei em bydin Irin dîachar {Ihid,) digynuy ei emm bydin. 

(M$$. de Heng.) 

s Wy ledi a lavnawr eb vawr drydar. {Mu, de Pku Owyn.) 

* Colofo glyw reith ?yw rodi arwar. (Ibid.) 
'( Gwyr a aeih Gallraetb oed'fraeth y lu. (/Md.) 



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259 

VII. \ 

Les guerriers qui partirent pour Gododin riaient 
en marche : [soudain] une descente perfide [jeta] 
le tumulte dans Farmée; [les ennemb] tuèrent à 
coups de lances y sans grand bruit , une colonne 
vaillante , bien rangée , vive ; ils la rendirent 
muette. 



VIII. 

Des guerriers qui partirent pour Kaltraez Tar- 
mëe était bruyante ; le pâle hydromel , leur breu- 
vage , devint leur poison ; trois cents [s'élancèrent,] 
à travers les lances y en combattant; mais, après 
le bruit , ce fut le silence : avant qu'ils pussent 
aller dans les églises pour faire pénitence, les 
traits sûrs de la Mort les transpercèrent . 



* Glâsved eu haocwyn a e gweowyn vu. {Mts. de Criekh&wd.) 
' Trychant trwy bdriant yn caUu. (M», de PL O.) 

• A gwedy elwch tawelwch vn, (Ibid.) 
^ Ryt élwyDt y lanuea y beoytu. 

<« Dadyl dieu augeu yn eu treadu (/Md.) y eu trenda. {Ma* de 
Heng.) 



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IX. 

Gouir aaez Kaltraez, mez maez mezoun\ ^ 
Ferv, frouez laoun ; oez kam na^z kempouelloun; 2 
Eam lavnaour kodi, gormaour, gourmcun,^ 
Doues, dengen ez emlazen' aer-koun. ^ • 
Ha ! V teuhi Brinec'h ! pe ec'h barnasoun , 
Difiou den enn beo n'ez gadaoasoan ! ^ 
Refel a kolliz difleiz oz oun ; 6 
Rugel en emwerzrein ren riadoun ; *? 
Ne mennouez gouraoul gwadaoul c'hou^^roiin , 
Maban ê Kian, oc'h Maen gwenn koun. ^ 



Gouir a aez Kaltraez, gan gwaour^ 

■ Gwyr i telh Gattraez TedYseth vedwa. {M$$..de Criekh.) 

* Phyra fraythlaun oed cam dis cymhoyllwn. {Mss. de PI. 6.) 
' Y am lavnawr cocb gorfawr gwrmwD. (Ibid.) 

* Dwjs dengyn- yd ymledyn aergwD. (Ibid. ) 
» Ar dealu Bryneich be ich baraaaswn 

Diiiw dyD yn vyw nys gadanf w f w . (41m. d$ Criekk.) 

Le doctenv Owen a ici raison eomm Bian Evant, <|» a hi dyUf, 
déloge. 

* Cyueillt a goUeis dipbleis od awn, (Mn. de PI. fi.) 
Owen Pttgbe a cm qo^il fallait lite oediim (j'étaîe); maïs pea 

un seul mannscril, à ma connaissance, ne porte celte fariante, 



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264 
IX. 

Les guerriers qui partirent pour Kaltraez, 
après s'être enivres d'hydromel , [étaient] iné- 
branlables , pleins de vigueur; (ce serait mal, si 
je ne les mentionnais pas) : avec des lames rou- 
ges, immenses, sombres, incessamment, opiniâ- 
trement combattirent ces chiens de guerre. Ah ! 
maison de Bernicie! si vous m'aviez eu pour 
juge, je n'aurais pas laissé en vie [chez vous] 
Pombre d'un homme ! Je perdis un compagnon 
inaccessible à la crainte; il tomba en résistant 
au terrible oppresseur ; il ne demanda point la 
dot [de sa femme] à son beau-père , 9 le brave, 
le fils de Kian , ^^ de la Roche au blanc som- 
met. ^* 



Les guerriers qui partirent pour Kaltraez, avec 

aussi peo naturelle que sa traduction de ce vers. (V. son Dict. 1. 1 , 
p. 447. 
' Ragyl yn ymwertbryn ryn riadwn. (Mu* de Chrick.) 

• Ny mynws gwrawl gwadawl chwegrwn 
liaban y Gian o vaea gwyngwn. ( JIm. de PL 0») 

• C.'à'd. il ne se maria point. 

*<> Ce guerrier est peut-être Kian» sunommé Gwwc'hlan, barde 
du V« siècle. 

il Probablement la ville actuelle de Manchester, dont les Romains 
auraient changé le nom breton M aengwenkoun (par conlncUon Nan* 
koun) en Maneunium, Voy. la carte de Ptolémée. 



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262 
Travodent enn hed enn hovnaouF : i 
Mil kant ha tric'hant a emtavlaour ; 
Gwear leiz a gwenodent gwaev laour ; 
Enn gorzav, enn gouriav, enn gouriaour, 
Rag koskorz Menezok mouenvaour. 2 



XI. 



Gouir a aez Kaltraez , gan gwaour , 
Digemeniz heu hoed, heu ankenaour; ^ 
Mez event melen , melus, maglaour ; 
Bioezen bou leuen ; laouen kerzaour ; 4 
Koc'h heu kleze maour ha plumaour ^ ^ 
Heu lavn gwenn gwalc'h ha pedriolet peunaour, 
Rag koskorz Menezok mouenvaour. ^ 



XII. 
Gouir a aez Kaltraez , gan dez, 

I Gwyr a aelb Gattraeib gao uawr 
TravodyDt eu hed eu hofoawr. {itss. de PL G.) 

• Milcant a trychanl a emdaflawr 
GwyarUyt a gwynodynt waeulawr 
Ef gorsaf eng gwriaf eug gwriawr 

Rac goagord Mynydawc mwyu vawr. (I6td.) 

* Dygymynis ou hoel eu haganawr. ilàid.) 



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263 
l*aurore , se défendirent dans la déroute en bra- 
ves : onze cents et trois cents s'entrechoquèrent ; 
dégoûtante de sang, leur lance traçait un sentier 
sur la terre; [ils moururent] debout , en braves, 
en héros, au premier rai^g de Tarmée de Méné- 
zok, le [guerrier] courtois. 

XI. 

Les guerriers qui partirent pour Kaltraez, avec 
l'aurore , sont respectables par leur malheur , 
par leurs angoisses : ils burent l'hydromel jaune , 
mielleux , enivrant ; leur vie fut un météore ; ils 
réjouirent les chanteurs; ils rougirent [de sang] 
leur grande épée et leurs panaches , leurs lames 
bien fourbies et leurs heaumes à quatre côtés , à 
l'avant-garde de l'armée de Ménézok, le [guer- 
rier] courtois. 

XII. 

Les guerriers qui partirent pour Kaltraez, avec 

* Ifed yvyDl melyn melys miglawr 

Blwydyn ba llewyn lltwer kerdawr. (Ibid,) 

* Goch eu cledyfawr na phlavawr. [Ibid,) 

* E\i Uain gwyngalc'li a phedryolet benawr 
Rac gosgordd mynydawr mwynvawr. 

(Mu, de Oiekhowel.) 



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264 
Ne'z goreu^ o kadaû, kewUez? ^ 
Houei gounaezant enn keugant gelorouez 
A lavnaour y ladun anaaoud hemb bedez I % 
Goreu eo hen ken kesdouo karentez. 5 
Eoeint kreu hag ankeu oc'h henez, 4 
Rag bezin Gododin , pan bou dez ; ^ 
Ne'z goreu, dan poelliad, nerziad gouec'hez? ^ 



XIII. 

Gour a aez Kaltraez , gan dez , 7 
Ne leouez hef mez gwenn be Doezez ? ^ 
Bou truan kenadkan kevlouez; 9 
E neges hef oc'h trac'hourez dringedez. ^^ 
Ne kresiaz Kaltraez 
Maour mor ehelaez 
E arvaezy uc'h arwez ; ** 



' Gwyr a aetb Gattraeth gan dyd 
Neu8 gorea gadea gewilyd. (M$$. de PUu* Gw^.) 

* Wy gwDaetbantyn geugantgelorwyd 

A llafnaar UawD anaawd em bedyd. (/6«d.) 

> Goreu yw byn kyn kysUwB oarennyd. (Mm- de Crick.) 

^ EmeiDtcren ae angeu ce bemnyd. (Mat. PI. 0») 

* Rac bedyn Ododin pan bn dyd. (if es, de Criek.) 

* Ce vers manque dans le manascril de Pbs Gwya. 
' Ce vers manque aussi dans le même manuaoril. 

* Ne lewes ef med gwyn Teinoethyd . ( Ibid.) 
' Bu truan gynatcan gyuluyd. (Ibid.) 



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le jour, ne firent-ils pas, eo combattant, la plus 
belle défense unanime ? Ils firent certes Uen des 
cercueils avec leurs lames ^ [bien des cercueils] 
remplis d'aventuriers sans baptême ! ^^ Gela vaut 
mieux que de former des aUiances : 13 ils rani- 
mèrent leur vie dans le sang et la mort, ^* à 
Tavant-garde de Farmée de Gododin , quand vint 
le jour : n'est-elle pas d^autant plus énei^;ique 
qu'elle est plus comprimée, la vigueur du brave ? 

XIII. 

Un des guerriers ^5 qui partirent pour Kal- 
traez, avec le jour, n'avait-il pas bu [aussi] 
rhydromel brillant qui lui fut fatal? un sort mi- 
sérable lui avait été prédit; mais son occupation 
habituelle était de tout surmonter avec une ardeur 
extrême. Il n'alla point à Kaltraez de chef d'une 
ambition plus vaste, d'un étendard plus haut; 

■<^ Y neges ef dncbwres dringledyd. {Mu. PL 6.) 

Il Ny chryssius Gaitraeth mawr 
M or ebelaetb y anraeih och arwyd. (Ibid.) 

L'éditeur du Myvyrian archoMogy a détniit la mesure de ces 
trois vers eo les publiant ainsi. 

** De Saxons payens. 

'S On se rapelie ce vers de Liwarc*h-Henn : Malheur a^ jeunet 
gens qui rechercherU le$ alliancei! 

^* Littéralement : Le eang et la mort [furent] le baume de leur 
vie, 

''^ Le chef Tudvoulr'h-hir. 



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Ni bou mor kefor, 

Oc'h Eidin eskor , * 

A eskare oswez : * 

Tudvoulc*h-hirl ec'h è tir a he trevez ! 

Hef laze Saezon seizved dez ! ' 
Ferez he goured enn gour reiz , ^ 
Hag he koven gan ugent keveeez. ^ 
Pan deve Tudvoulc*h , tud nerzez, 
Oez gwaed lan gwialvan mab Kilez. ^ 



XIV. 

Gouir a aez Kaltraez^ gan gwaour, 
Gweneb uzen eskorva eskouedaour ; '^ 
Kreu kerc'hent , ken hent treiaour ; 8 
Enn kenvan mal taran tourf aesaour. 9 
Gour gorventy gour ezwent, gour laour 

• Ny bu mor gyfor 
Eidin yscor. (llnd,) 

t Âescarei oswyd (Iffid,) ysgar ei oswys. {Ma- de Heng.) 
% Totfwlchir ech y dir te drevyd 
Ef laddei SaesoD seilhved dyd. (U$s, de PL G.) 
* Perheit ei wrhyd yo wr rhyd. (Ifnd.) 

Owen a In pareU ce qui change le temps de l'action , et un peu 
le sens. 

<* Âe govein gan ugein gyweiihyd. {Ibid.) 
• Pan dy?u Dudfwlch dut nerlbyd 
Oed gwaetlan gwiaUan vab Rilyd. (/6td.) Le manus- 
crit de Heng. écrit mal Eilyd, 



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267 
il n'y eut pas de plus grande armée, venant du 
fort d'Edin, qui dispersa mieux les ravageurs 
que la sienne : Tudvoulr'h-hir ! Une butte de 
terre [est maintenant] sa demeure! qu'il tua de 
Saxons le septième jourl ^^ Son courage le main- 
tint bomme libre, et son souvenir [est gardé] 
par tous ses auxiliaires. H Quand périt Tud- 
voulr'h j ce renfort de sa nation , il fut [changé 
en] un lieu de sang, le poste du fils de Riiez ^^ 
sur la tranchée. ^^ 

XIV. 

Les guerriers qui partirent pour Kaltraez , 
avec l'aurore, ne tentèrent point de se mettre 
à Tabri de leurs écus; ils cherchèrent du sang, 
avant le reflux de la marée ; dans le combat , 
comme le tonnerre , retentissaient leurs bou* 

7 Wyneb udjû ysgor?a ysgwydawr. (Mu. de Criek,) 

. Créa kynhyot cynoullint reiaoar. (3U$, de PI. Q.) 

9 Yn gynyan mal larao twrf aesawr. (M$t. de Crick.) 

*^ Le lundi; on ?erra plus loin qu'on se battit une semaine 

entière. 
it Littéralement : par vingt de ses auxiliaires. M. Edward 

Davies a lu ei ^«tn(ses illustres); mais ici , comme toujours, Tima- 

gination de ce trop ingénieux antiquaire a lu par ses yeux. 

** Le héros Kilbonr*h ou Kilhwc*b , si célèbre plus Urd dans les 

contes populaires gallois. 

" Littéralement : au poste de la palissade. (De gwial, gaule ^ 

pieu, palissade, et de man, lieu, poste.) 



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268 
Hef rouege, a kezre a kezraour. ^ 
Oz uclij le, lazez, a lavDaour, ^ 
Enn kestuz, haeam, dur, arbennaour; 5 
E mordaei estenge a deladaour ; 4 
Rag erze e tec'he bezinaour. 5 



XV. 

Oc'h brezel Kaltraez pan azrodir , ^ 
Maon dec'hourant ; heu hoed bo hir ; "^ 
Edem diedern , ha mogen tir , 
Ha meibion Godebok, gwerin enwir, 
Deporzent gouesaour keloraour hir. ^ 
Bou truan tonkedven , anken kewir ^ 
A tonket i Tudvoulc'h ha Kevoulo'h hir ; 
Keil event mez gloeou , ourz liou pabir ; ^^ 

• Gwr gortyot gwr el^vjnl gwr llawr 
Ef rwegei t chethrei a chethrawr. (Ms*. de Crick.) 

* Od ucb lied lladei y lafoawr. (JlfM. de PI. G.) dduch lie lla- 
des a llafoawr. (JlfM. de Heng.) 

* Tg gystud beyrn dar arbennawr. {U$$. de PL G.) 

* Y mordai ystynget a dyledawr. (Mit, de Crick.) 

* Rac erthei erthycbei vydiDawr. {Mss, de PL 0.) Erlrychei 
vidÎDawr. {Ms*. de Heng.) 

« vreiibell Gatlraeth pan adrotir. {Ma. de Criek.) 



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cliers. Le guerrier léger , le guerrier lâche , un 
guerrier rival le déchirait , et se battait avec un 
combattant [digne de lui. ] De haut en bas , en 
travers 9 avec leurs lames, les chefs coupaient, 
dans le tumulte , le fer et Tacier ; [tant que] le 
rivage de la mer s'abtma sous les vagues ; et 
devant la marée, se retirèrent les [deux] ar- 
inées. 

XV 

Lorsque Ton parlera de la bataille de Kaltraez, 
les peuples pleureront; leur regret sera long; [ils 
pleureront] la souveraineté sans souverain, et 
la terre [natale] assombrie , et les fils de Godébok , 
troupe loyale, que de longs chars funèbres por- 
tèrent à la tombe, il II fut misérable le sort , il se 
vérifia, le destin assigné à Tudvoulr'h et à Ké- 
voulr^h-hir; ensemble ils burent Fhydromel bril- 

'* Maon djchurani en boed b» bir {Ibid.) djcbtriDt. {Mu de 
PL G.) 

• Edyn died^ t B jg]fB dir 

A meibion Godebawc gwefin enwir 

D|phortbjDi gowysawr gdertwr bir. (Mu. 4$ Ortcik.) 

* Bq trnad dyngedven togea gywhr 

A d^Bgtd i Dndvwlcb a ajnrkb bir. (/M.) 
*« Aed jfent vet gloew wrtb Hw bdbir. {ibiê.) Cyt yfen ted. 

{M$$. de Bêng,) 
'■ Littévale«ent : à la emmmpUom. 



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270 
Keit be da he blas , he kas bou hir < ^ 



XVI. 

Blaen, ec'h ec'hong-kaer klaer , e gwgae; * 
Gouir gwerez gwanar a he delenae , ^ 
Blaen, digoUovet buàl, er eouenaour mordae; 4 
Blaeoy gwiraod bragaod hef debezae ; ^ 
Blaen, aour ha porfor kan a he megae; ^ 
Blaen^ he destraour pask ahe gwaredae^ 
Gwarslev , hag heno pred a he derledae ; ^ 
Blaen, e gwere gwaeourbuzvaour, trae; 9 
H'ars enn louroii , bis*houer e tec'hae. ^^ 



XVII. 
Enn haour kenhornan ^^ 

• Cyt vel dt ei vUs ei gas bn hir. (JVm. de Criek.) Cyt Tei dt ei 
vlas j gasba bir. {Mss, de Heng.) 

I Blaen echeching gaer glaer ewgei. [Mti de PL 0,) Blaen ych 
echiniggaer y negei. (Mu. de Heng,) 

sGwyr gweryd gwanar a e dilynm. (Mt$, de Criek.) 

* Ce vers est tronqué dans tous les manuseriis , et je oe réponds 
pas de l'avoir bien rétabli ; on Ut dans le manuscrit de Hengurt : 
Blaen ar y.... dygalonnit vual; dans les autres : Blaen ar y blndue 
dlgoUovit vual er ewyvnawr vordei. 



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271 
lant, à la lueur des torches; ensemble [ils trou- 
vèrent] son goût agréable , [mais] ^n ressentiment 
fut long. 

XVI. 

Le premier , des hauteurs de la belle citadelle 
close ^ [Tudvoulr'h] regarda; suivi de ses guerriers 
en marche parmi la verdure, le premier, [il s'é- 
lança,] bu(Te délié, sur le rivage écumeux ; le pre- 
mier , il avait versé la limpide cervoise ; le pre- 
mier, brillant d'or et de pourpre, il s'illus- 
tra; le premier, les chevaux qu'il avait nour- 
ris le préservèrent de toute injure , et il mérita 
une belle renommée; le premier, il avait poussé 
le cri de guerre qui donne le butin , à la marée 
montante, et, si elle ne l'eut arrêté, jamais il n'eut 
reculé. 

XVII. 
A l'heure où se leva le premier rayon du so- 

^ Blaen gwirawt vragaut ef dybydei. (Mu. de PI, G.) 

• Blaen ear a porphor cein as mygei. {Ibid.) 

' Blaen eddyslraour pasc aegwaredei. {Ilrid.) Blaen eddysUawr. 

{Ma. de Heng,) 
'• Gwarthlef ag evo bryd ai derllydei. {Ibid. ) 

» Blaen erwyre gawr bodvawr drei. {Ibid.) 

«» Ârth yn llwrw byth hwyr y tecbei. (Mss. de Criek.) 

<« Ânawr gynboraan. {Ma. de PL G.)k nawr gynbornan. {Mu. 
Heng.) 



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272 
Huan arweran , i 
Gwledik ged kevkaen , 
Nev enez Preden , * 
Garv red rag ren 
Aes f e lourou buzen ! ^ 

Bual oez arwenn ^ 
£nn kentez Ëiden ; ^ 
Erc'hez reodres é mez mezouod; ^ 
Eve gwiii gwirod; 
Oez erfid fedel ; 
Eve gwin govel , ^ 
Aer bez eûn arfel ; 
Aer geai 'nn fedel, ^ 
Aer adan klaer , ^ 
Keinen, kennet, aer, iO 
Aer sehrcliiaok, 
Aer edenaok. ^^ 

N'ez oez diref eskouet ^2 

< Hmnn trw^inti. (Ifr^. PT. £r.)Hiiàn ar wyfav. (JVra . île tieng.) 

* Gwledig gyd gyfgein 

Nef ynys Brydein. {M$$ de Crick .) 

* Garw ryt rac rhyn 

Aes e Iwrw budyD . ( Ibid.) 

A Boal oed arwyn {Ibid,) an^yn. {Mss. de Heng,) 
■ Tgkented Eidyn. {Uu. de PI. G.) Vgeunted. (Mis.deBeng.) 

• Erc*hyd ryodres e ved medwawd. {l/ss. de PU Cf.) Tribyd 

ryodres eved medaaud. {Mss, de Heng.) 
' Tveî wÎD gwirawt 
Oed er?id fedel 



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275 
leii, ce roi avec ses splendeurs, dans le ciel de 
Tîle de Bretagne , quelle rude course devant Tas- 
saut du bouclier, dans l'intention [de faire] du 
butin ! 



Le buffle ^^ était [là] resplendissant , sous les 
portiques d'Edin; *^il demanda d'un ton d'au- 
torité de l'hydromel enivrant ; il but le vin lim- 
pide, [puis] un engagement eut lieu dans la tran- 
chée; il but le vin transparent; ce fut en signe de 
défi guerrier; le combat prit naissance dans la 
tranchée ; un combat à aile déployée , un brillant, 
un flamboyant combat ; un combat armé de pied 
en cap, un combat ailé. 



H n'y avait point de bouclier immobile devant 



Yvei wingowel. 


(Mw. de PL G.) 


« Aerveid yn arvel 




Aer gennin vedel. 


(ibid.y 


• Aer a dan glaer. [Ibid. ) Adan. 


{M$8. de Ueng.) 


*^ Renyokenit aer. 


(Ms*. de PL G.) 


•» Aer seirchiawc 




Aer edeoawc. 


{ilnd.) 


" Nid oed diryf y ysgwyd. 


(tbid.) 


** Le baffle délié, ttôimiié précédeiniiieiit, 


c.à.d.Tudtoulf'h. 


•« La tffle «tetééflë deCaridlti, ou Edlmboarg même. 



18 



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274 
Gan gwaeaour; plemnoued ^ 
Kouezen' kenwezioo. ^ 

Enn kad plemnoued , ^ 
Diesik ez eaz ; 
Divevelez talaz; 
Hud ez ewiliiaz ^ 
Ken be é laour glas 4 
Bez , goiir gwelink bras! ^ 



XVIII. 

Teizieamgant, 
Tri loure novant , 
Pemp pount ha pemp kant 
Trec'houn , ha tric'hanl ; 6 
Tric'hant kad marc'haok ^ 
Eidin aour uc'haok; ^ 
Tri lulorigaok; 
Tri aour teîrn torc'haok ; ^ 

I Gan ^aeawr plymnwyt. {Mis, de PL fî.) 

^ Cuydyn gyvoedyon. {Ibid.) Cnydyn gynvedyon. (JH$s. de Oeng.) 
^ Ygcal blymowyt. (JVm. de Cri^k.) 

* Diyssic yd ias 

Divevyl as talas 

Hudit ewyllyâs 

Ryn by dawrglas. {Mu. de PL (?.) 

s Bed gwrweling traisc. (Ibid.) BréUk étant évidemffleni pour 
broi^ je n*ai pas hésité, malgré Fantorité de tons les nanuscrits» 
à lire broi , et à le rétablir dans le texte. 



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S7S 
les lances ; dans la mêlée tombaient les combat- 
tants. 

Dans la mélëe dé la bataille, sans faiblir, il 
marcha; sans reproche, il affronta [rennemi]; des 
charmes, il en désira, avant qu'il eut la terre 
verte pour tombe, le héros de la |;rande plaine ! 



xvin; 

Autour [de TudvourPh] s^avançaient, en trois 
torrents impétueux, cinq escadrons et cinq 
cents guerriers, plus trois cents; trois cents ca- 
valiers de bataille brillants de Tor d'Edin; trois ar- 
mées cuirassées; trois chefs portant le collier d'or; 



« Teilhi aroganl 

Tri Hwrj Bovant 

Pymwnt a phnincaiit 

ErchwD a trychaot. (I6ûl.) Trvjchwn a tryehant. (Mê$, de 

Heng.) 
' Tri chaot chad varchawg. {Ihid.) Tri chat varchawc. (Uu, de 

Heng.) 
• Eidjn eorachawc. (iftf««. de PL G.) 

« Tri lu Innigawc 

Tri enrdeyrn dorchawc. ( /6ttf .) 



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276 
Tri marc'haok diwal ; 
Tric'bantkehaval;* 
Tri , kevnet kasnar , * 
CTiouerv gweskent eskar ; 5 
Tri , enn trin , enn troum , 
Gleou lazent ploum : ^ 
Aour ê kad kengron , 
Tri teim maon 
A deue oc'h Breton : 
Kenrik ha Kenon , 
Kenren oc'h Aeron. ^ 

Gogegwerz enn hou 
Deuir diwerogion ! 
Ha deue oc'h Breton 
Gour gwell na Kenon , 
Sarfseri gallon? ^ 

XIX. 

Eviz ë gwin ha mez ë mordae ! 

• Tri iiiarcbawc dywal 

Trichât gyhafal. {Ibid.) Trichant. (JVm. de Heng.) 

• Tri chysDeil cysnar. {Mst, de PLG.) Trithjfheît. (Mn^Heng,) 
» Ckmem flysgyDt eagar. (Uu. diPl G-) Chwerfysgyni. (Ma, 

de Heng.) 

• Tri yn drin yn drwm 

Uew Uedynt flwm. (nm . de PI O.) 

*EurygitgyBgrwn 
Tri theyro mton 
A dyt« Vrython 



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Î77 
trois cavaliers terribles; trois cents [autres] sem- 
blables à eux; [tous] trois , réuuis par la haine , 
pressaient rudement TenDemi; [tous] trois inces- 
semment , lourdement , tuaient raides des braves : 

Couronne d'or de la bataille , ces trois chefs de 
peuple étaient fils de Bretons : [c'étaient] Kenrik 
et Kenonet Kenren d'Aéron. 7 



Louange ^ale à ces [braves] non subjugués par 
lesDéiriens! Naquit-il des Bretons, guerrier plus 
vaiUant que Kenon, ce serpent [redoutable] aux 
insolents étrangers ? 

XIX. 

J'ai bu du vin et de l'hydromel sur la grève !. . 

kyoric t GicBon 

Kynrmn Âeroo. {Usm. de PL G.) 

« Gogy verlh yn hon 

Dsiwyr diverogion 

A dyfu VryihoD 

Wr well DO ChynoD 

Sarph seri aUoD. (Mm. de Crick.) 

' Celte place éiait un de ces fort» bltis de mille pas en mille 
pas, pour défendre le rempart, el conlenanl les garnisons appe- 
lées en latin Àreanorum; de là le nom d'Aèrim. 



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218 

Maour ment é gwaevir , i 
Enn kevarvod, gouir, ^ 

Bouet è erer eresmege 
Pan gresie kediwai kevdouerç; 5 
Gwaeour y gan gwirz gwaoul , ken e dode ; 4 
Âesaour deit am pelt a azave ; 
Pareu renn rouegiad degemmene; ^ 
E kad , blaen bragad brève 
MabSemno , siouedez a he goueze, ^ 
Awerzuz é enet, 7 
Er gweneb gribouillet, 8 
Alavnlivetlaze; ^ 
Lazese hag a grouez hag a pre , ^0 
Er a mod arvod arvaeze. ^* 
Ermege kelanez ^^ 
Oc'h gouir gouec'her , kounnez , 
Enn blaen Gwened gwane.*^ 



* Mawr meînl y veliyr. (Ifw de Pi. G,) 
» Ygkyvarvod gwyr. (Ihid.) 

» Biwyt y eryr erysmygei 
Pangryssieigydywilcyfdwyreei. {Ibid.) 

* Aour gan gwyrd wawl cyn y dodei. {Ibid ) Gwyrd waur. ( Ma- 
de Hengwrt.) 

» Aessawr délit am beli a adawei. (Mu^ de PI. G.) 

* Y gad blaen bragad driwei 

Mab SyvDo syvedyd ai gwydei. [Ihid.) 

' A werthus y eneit. [IM.^ 



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279 



[Elles ëtàient] d'une grande longueur, les lances 
des guerriers, dansje combat. 

Il brûlait de gorger les aigles quand il s'élan- 
çait avec fureur à la charge; il poussa d'abord le 
cri de guerre, du haut du rempart verdoyant; 
sous les boucliers [qu'il mit] en pièces le sol s'ex- 
haussa ; de ses lances il fit de terribles blessures ; 
dans la mêlée, il brisa le front de bataille [ennemi,] 
le fils de Semno , qui était savant en astrologie , 
qui avait une âme non vénale et un visage impo- 
sant ; il tua avec une lame aigûe ; il eut tué avec 
plus d'ardeur encore et de célérité, si la coutume 
ordinaire avait été observée. ^^ Il s'illustra par les 
cadavres des guerriers de vaillance , de haut rang , 
qu'il perça sous les yeux de [l'armée de] Gwéned. 



• Yr wyncb grybwylliel (!bid.) grybwieit. (Mss. de Heng ) 
» A lafa lifeil ladei. (Mss. de PI. G.) 

*^ Ledessit ag athrwys ac affrei. {Mts.dePl. G.) Lledessîe ag a 
cbrwys a phrei. {Mis. de Heng.) 

*• Er a mot aruotaroaetbei. (Mss, de PL 6r.) 

<« Dirmygei gelaDed^ (Ibid,) Ermygei. {Mss. de Hefig.) 

• » wyr gwycbyr gwDoed 

Ym blaenGwyoedgwanei. (Ma- de PI. G ) 

** La coatume de ne pas s'enivrer avanide se baUre. 



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980 
Eviz oc'h gwin ha mez ë mordae ! i 
Kan eviz y diskenniz gan fin manlud^S 
Neb didrac'heved kobn^drud. ^ 
Pan diskenne pob ti diskennud ; ^ 
Ez deupo gwaeaned gwarz, na tec'hiid : s 
Présent adraoz oe% breic'hiaol glud. ^ 

XX. 

Gouir a aez Kaltraez bouant henouok ; 
Gwin ha mez oc'h aour bou heu gwiraod : 7 
Bloezen heu erben urzen devaod. ^ 
Tri gour ha triugentha tric*hant aour torc'haod, 
Oc'h seul a gresiasant , uc'h gormant gwiraod , 
Ne dianke namen tri , ocli gouredri fosaod : ^ 



* Yveis mn a med y mordei. ( M$$> de PL 6.) 

* Çan y veis disgynneis caD ffin ffaut ul. (/6ûf.) Gan fin fanlnt. 

(Mu. Heng.) 
' Nyt didracbyvet colwed drat. (M$$. de PL G.) Gobnet dnid. 

(Ms$. de Heng.) 

* Pan disgynnei paub ti disgynnot. (JVm. de PL G.) 

* Ys deupo gwacanet gwerth na pechot. (Ihid.) Âth uodi gwas 
nym gwartb na lechud (/6td.), et dans le Mu. de Crickhowel à la 
suite du GwARCHAN Maelderw. Voyez aussi le Myvyrian areh. I . 
p. 62, col. 2 et p. 83, col. 2.) 

« Présent adrawt ocd vreicbvawr drud. (Mis. de PL G.) Pré- 
sent ky?adraud oed breychiawl glud. (Ibid. tbid. loeo ettalo^ et 
Myvyr. toc. ct(.) La multitude des variantes rend ces deux vers 
très obscurs : le docteur Owen les a traduits de deux manières 



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281 
J'ai bu du vin et de l^hydromel sur la grève ! 
après avoir bu, je descendis en côtoyant le bord 
des fortifications y non sans ambitionner le ci- 
mier de ce brave. ^^ Quand il descendit [lui- 
même] , chaque maison descendit; et , si les 
vagues ne fussent venues [couvrir] le rivage , il 
n'eût point reculé : le présent [poème] rapporte 
que c'était un chef au bras invincible. 

XX. 

Les guerriers qui partirent pour Kaltraez étaient 
renommés ; le vin et Thydrooid doré avaient été 
leur breuvage : l'époque de Tannée était pour eux 
consacrée par la coutume. ^^ De trois guerriers et 
trois vingt et trois cents portant le collier d'or, 
de tous ceux qui coururent [au combat] , après 

dans soD diclioDoaire (édil. de 1832,) 1. 1 , p. 167, el 1.2, 
p. 138. 

7 Gwjfr » aeth Gatraei buant eowawc 
GwÎD a med o ear tu eu gwirawl. (Mu, de Crick.) 
Med oc eur. (M$$. de PL G.) 
• Blwydyn jn erbyo urdyD deawd (Ibid.) tridyn defawd. ( Ibid.) 
Blwydjn eu erbjn vrdyn deuawt. {Ma. de Crieh.) 

» Tri wyr a tbri ugeint a tri chant eur dorchawc 
Or saw) ylgrysayaaaotuch gormaDt wirawt 
Ni dîeogis Damyn tri o wrbydri fossawt. {Ibid.) Ny di- 
engei. (\M$i. de fleng. ) 
*» C'est-à-dire, la gloire du fils de Semno doM il vieat de 
parler. 

" C'était la fête du Koeiken. 



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282 
Deu kadki Aerou ha Kenon taeraod ^ 
Ha meoneu , o*iii gwaedfreu , gwerz më gwenn* 
gwaod. * 



XXI. 

Men kar, euu gwinbar, ned gogerc'haod 
Oc'h Deb un e be oc'h Gweun Dragon deuod. 
Ne didolet enn kentez oc'h mez gwiraod ; 
Hef gounae arbeizik perzin arvodiaok : ^ 
Hef diskrein enn kad , diskrein enn aelaod. * 
Ned adraoz Gododin , gouede fosaod , 
Pan be no liven lemmac^h nebaod. ^ 



XXII. 

(c — Arv amkennuU ! 

' Deu gatki Aeron a ChenoB dayrawl 
Ha mynheuoiD gwaelfreagwerlh vy gwenowawt. (Mu. 
de Crick,) 
* Vygkar yngwynvar nyn gogyrfaawd 
Deb ony bei o gwyn dragon deueawt. (Ma. de PL G.) 

Deucant. [Mss. de Ueng,) 
^ Ny didolil ygkynted o ved gwiraat 
Ef gwnei arbeilbiDgperzing arnodiauc. (M»i> de PL (r.) 
Es gwnei arceiihing. (M$$. de Heng.) 
* Ef discrein ygkal discrein yn aelawl. (Mu. PL 0.) Es dis- 
crein. (Mu. de Heng.) 

« Panfei no lliuyen Uimmach nebawl. (Mss. de PL G.) Pan vei 
noUwyen. (Mss de Heng.) 



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283 

avoir bu à l'excès, il n'échappa que trois, grâce 
à la vigueur de leurs coups : les deux chiens de 
guerre d'Aëron , ^ et Renon l'intrépide ; et moi- 
même , inondé de moti sang , grâce au mérite 
de mes chants. 

XXI. 

Mon ami 7 ne chercha à combattre , dans la 
fureur de la boisson , aucun de ceux qui étaient 
venus du parti du Dragon-Blanc, g H ne quitta 
pas [alors] les portiques où coulait l'hydromel ; 
[plus tard] il fit des actions d'éclat, comme il ap- 
partient à celui qui en trouve l'occasion; [plus tard] 
il abattit dans le combat, il abattit [bien] des 
membres. Le Gododin ne rapporte point, après 
l'action , s^il y eut une lame plus tranchante. 

XXII. 
<x — Que les armes s'unissent ! ^ que tes rangs 

• Le barde tes Domme Kadleu et KadreiZy dans un aatre 
poème. Voy. les notes et éclaircissemeot. 

' Le chef Owen , auquel le barde s'est adresssé dès le début. 

• Le parti des Saxons : le Dragon Rouge, au contraire, était le 
symbole des Bretons. 

» Une autre pièce attribuée non sans raison à notre barde et in- 
titulée Incantation de Tudvoutr'h, débute par ce Ters; lés treize 
qui suivent me semblent une imprécation contre Tennemi , chan- 
tée par Âneurin sur le champ de bataille: ]*ai cru devoir les guille- 
metter tous. 



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284 
» Amkemaii duU ! 
» Amkesgoget! ^ 
» Trac'heouet! 
» Maour treigleset! 
39 Laouer Loegrouiz kiouet 
» Haïset!^ 

» Aïs e kengor 9 aïs enn kad befeû ! ^ 
» Gorve gouir ludu ! -* 
)) Ha gwragez gwezu 
D Ken nag ankeu ! 
» Greit , mab Heoki , 
» Hagesperi 
» E perî kreu ! ^ — » 

Arour e doug eskouet adan ^ 
He tal brizy hag eil tiz Pridwan. '^ 
Bou tridar enn aervre ; bou tan , ^ 



* Ârf angkyDDuI 
ADgkyman doll 

Agkysgogel. (Ma. de Crick.) 

s Trâ cbiwel 
Mawr treiglyssyt 

Llawer LIoegrwys giwei. (Ibid.) 

Ces six vers n'en font que trois dans Myvyrian, par udc erreur 
évidente. Les deux premiers se trouvent au commencement d*un 
autre poème d*Ânearln, tronqué dans le Myvyr. t. i, p. 21, col. 
4, V. 16. 

' Eis ygkynuor eis ygkat verw. (Mt$. de Crick») 

«Gorue gwyriludu. {Mu, de PI. G.) Gome wyr lludw. {M$$. de 
Heng.) 



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285 
» se foment ! que tout s'ébranle ! de rensemble ! 
)) que le chef soit percé ! que beaucoup de Tar- 
» mée des Logrieos soient abattus ! qu'ils man- 
» quent de conseil , qu'ils manquent de lances , 
» dans la bataille ! 

« Que leurs guerriers soient couchés dans la 
» poussière, et que leurs femmes deviennent veu- 
Dves avant de mourir! qu'il soit brûlé , le fils 
» d^Héokiy ^ avec ses javelots qui firent [couler] 
» le sang ! — » 



Ce chef des chefs [ennemis] portait sur l'épaule 
un bouclier dont le front était peint de diverses 
couleurs, et qui ne le cédait en rapidité qu'à 



» A gwraged gwjdn 
Cyn Doî anj^heu 
Greit vab Hoewgi 
Ac ysperi 
y berî creu. {Mis. âe Crick.) 

* Aroory dwy ysgwyd adao. (Ibid,) 

' Tdalfrilh ac eiltith Orwyden. {Mts. de PL 0.) Ac eltith 
Prwydan. / (Jlfit . de Heng.) 

* Ba trydar yo arvao bu uo. (Knd.) 

* Cest ce fameux chef des Seots oa des Pietés mentionné par 
Jean de Fordan sons le nom de Dominai Bree'h ou Brek, fiUui 
Eochif dont il a été parié dans Targument. 



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286 
Bou hud lie gwaev raaour ; bou huan; ^ 
Bou bouet brein, bou bud ë bran, ^ 
Ha ken edeoui^ he reizon » ' 
Gan g\?liz , erer tiz tirion : 
Hag oc'h tu gwaskar , gwanet lu bron. 
Beirz biz barnant gouir a kalon ! ^ 



xxin. 

Diaberz ë kaez , ë kengir , ^ 
Diva oez enn kevrein gan gouir , ^ 
Ha ken he golo oc*h dan elerc'h, "^ 
Un ez oez goured enn ë eirc'h ; ^ 
Gorgolc^'hez e kreu ê seirc*h, 
Budvan mab Bleizvan dihavarc'h. 
Kam e adaou heb kov kamb ebelaez, 
Ned adave adoui er adouriaez , 

■ Bu but y waawr bu buan. (Ibid,) Bu cbut y waewawr. (Mu- 
de PL G.) 

* Bu bwytbrembu bud y vran. (Ibid,) 

^ Âcbyn edeiwt yn rydou. {Ibid.) Yn rbydion. (Mti» de Heng.) 

* Gan wlilb eryt iirh tirion 

Ac du gwasgar gwanec tu bron 

Beird byd barnant wyr o galon. {Mss. de PL G-) 

* Diebyrih y gerth y gyngbyr. {Mu. de PL G.) Diebyrtb y geith. 

{Msi. de Heng.) 



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287 
Pridwaan : ^c'était le tumulte [en personne] 
dans la bataille ; c'était le feu ; sa gtande lance 
était enchantée; c'était un soleil. Or, il est de- 
venu la pâture des corbeaux, il est devenu le 
butin du corbeau , lui qui, avant que ses soldats 
Tabandonnassent parmi la rosée, avait Timpé- 
tuosité de Taigle superbe : dans la déroute il a 
été atteint du côté du sein. Les bardes rendront 
toujours justice aux guerriers vaillants! 

XXIU. 

Libre de servitude, [libre] d'oppression, il fut tué 
dans le combat par les guerriers [ennemis]; mais 
avant qu'il fut enterré sous un rocher, il était 
parvenu au plus haut point de la vaillance , il 
avait lavé le harnais dans le sang, le brave 
Budvan, le fils de Bleizvan. ^^ Ce serait un tort 
que de délaisser, sans les rappeler, ses actions su- 
blimes, à lui qui ne délaissa pas son passage 

« Diva oed y gynrein gan wyr. (Mm. PL G.) Dîva oed ^ gy- 
frein. {Mss. de Heng.) 

^ ' Achyn i ol o dan deirch. (Hm. de PL G.) 

• Ure yloed wrhyl yn y eirch. {Ibid. ) 

» Bonelier de TÂrthor myihologiqae. La variélé des coaleovs in- 
dique id le chef des Scols ou des Pietés , PicH. 

*<> Ce Badvan est peat-ètre le même que S. Boâvan , palfoo 
d*Abergwyngregyn, dans le Caernarvonshire actuel. 



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388 
Ned edéouis ê lez, les kerzorion Preden* i 



Dieu kalan ionaour, enn he arvaez , 
Ned erzit he tir ke be difez ; * 
Trac'has enn dias, dreik ehelaez, 
Dragon enn gwear gouede gwinmaez, ' 
Gwennaboui, mab G^^enn, kenhen Kaltraez. ^ 



XXIV. 

Bou gwir mal è mez é kazleu ! ^ 
Ne deliis meïrc'h neb Maro'hleu , ^ 
Heesit maenor ë gleu , 
E ar Lemenek loueber deeu. '^ 
Gan be baged , enn bern amporz ^ 

i Nyd edewisy lys les kerdorioa Prydein. (Mit. de Oie!;.) 
9 Dow kalan ionawr yo y arnaeth 

Nyterdii y dir cyyei diffeUb. {àiês. êf Pi, G.) 
s Drtcbas anias dreig ehelaeth 

Dragon ^ggwyar gwedy gwinraeth. (Jlli«. de Cridt.) 

* Gwenabwy vab Gwen gynhen Gakrtelb. (/6td.) Gyoben Gal- 
llrattb. ( JfM. de Heng,) Gynben Gaiiraetb. (Ma. de Crkk.) 

» Bu gwir mal y medd y gatbiea» {Msi> de PI. (7.) Mal y mead. 
(Mu. de Heng.) 

• Ny deliis meirob neb marchleu. {Ifnd,) 
' Heessil maenor y glyw 



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avec lâcheté; ^ qui ne dévissa pas sa oour [si] 
profitable aux chapteurs de Bretagne 



Le jour des calendes de janvier , pour son ar- 
mement, il ne laboura point sa terre jnsqu'à ce 
qu'elle fut dévastée ; ^ il était Teffiioi de la mê- 
lée, le dragon sublime, ^^ le dragon [nageant] 
dans le sang après Torgie , le fils de Gwenn , 
Gwennaboui , à la bataille de Kaltraez. 

XXIV. 

Ils étaient limpides comme l'hydromel , les 
chants [des bardes.] ^^ Aucun cheval ne devança 
celui de Marc'hleu ; le héros lança son clan en 
a^vant , il vint [se poster] à l'entrée du passage 
de Léménik ; ^"^ avec ses troupes , dans ce lieu 

Y ar Uemeoig llwybr dew. (Ilnd.) Ces deux vers raapqneat 

daos le maposcrit iê Pbs Gwyn . 
• Keny vaget am Tyrn ty mamborth (Ibid.) Ceny vacet am «rym 
awborMi. , (Jfn.XÏf i^Hf.) 

» Le passage de la tranchée qoMl était chargé de garder. 
^« C'csfc-à-dijra, U né greva pa$ êfi$ colonie iutQu'é ^ rmvt0r. 
. «• On ^ âéi^ TU qae drt^/on e%ehêf sçm synopyn^, 4^9S Taii- 
cienoe langue bretonne. 
** Qui excitaient le courage des guerriers d^ms le ooo^iiat. 
<«Héroç mythologique célèbre jdoot il a été question daiif Li- 
warc'hHenn. (Voy. p. iU, 146, ii7.) 

19 



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296 
Diwall é klezeval emporz. ^ 
Hiset oun oc'h pedreoled he lac ; * 
E ar meinkel mogedorz, 3 
Ez bane reguz rewin ; ^ 
Ez laze a laven breic'h oc'h eizin , ^ 
Mal pau del medel ar breizin ; 6 
E gouDe Marc'hleu gwaedlin. '^ 

Issak anvonoky oc'h parz deheu ^ ^ 
Tebek mor liant ; he devodeu 
Oc'h gweled ha lariez. ^ 

Hag hen evez mez lo 
Meu ez klaoz ofer; e pouez mazeu; ^^ 
Ni bou hill dihill na henn diheu , ^^ 
Seniesit he kleze enn penn mammeu ; 
Mur kreid oez; molei hef, mab Gwezneu ! iz 



* DywaI y gledjval ymborth. {Ms$. de Heng.) manque dans ce- 
loi de Plas Gwyn. 

• Heessitoon o bedryolU y law. {Mu. de PL G.) bedryolel. 
{Msi. de Heng.) 

» Y ar veDoiell vygedorth, [Mu. de PI, G.) Yar veingel (Mes. 
de Heng.) 

* Yt fan nei vygu ryvin. {Mes. de PL G.) Yt yannoi rygn f7uin. 
[Msi. de Heng.) 

* Yt ladeî a ll^vyn vreich o eithin {Ms$. de PL G.) 

• Mal pan del medel ar yreidin. {IMd.) Vreithin. {Mi$. de 
Heng.) 

1 Y gwnei Varchleu waetlin. (IHd*) 

• Yssac anyonawc o barth dehea . ( Ihid.) 
» Tebyg mor liant y devodeu 



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291 
fortifié de la coUiDe, il supporta bravement Tas- 
saut des épées [ennemies.] be sa main s*élançait 
le [javelot] carré de frêne; à demi-caché dans 
le brouillard ^ il paraissait invisible à plusieurs ; 
il abattait avec sa lame des brassées de bruyère , ^^ 
comme le moissonneur quand vient le beau 
temps ; Marc'hleu faisait ruisseler le sang. 

Envoyé d'Issak^ i^ du côté de Test, [il était] 
semblable à une mer qui monte ; ses manières 
[étaient pleines] de retenue et de douceur. 

Lui aussi avait bu Thydromef [aux bords] du 
rempart inutile; *^ il s'était libéré du tribut; ce ne 
fut pas un père sans enfant , ni un vieillard sans 
renom; son épée résonna sur la tête des mères; 
c'était un grand esprit; qu'il soit loué, le fils de 
Gwezneu ! 



wyled a llaried. (Ibid.) 

*• Achain yvedd medd. {Mu, de PI. G.) chair jved med. (Mu. 
de Heng.) 

« Heu yih glawd offer y bwyth madeu. {Mu, de PL G.) 

«* Ny bahyU dihyll na heodibea. (/6ûi.)Ny bu hil dibil. {Mu. 
de Heng.) 

** SeÎDyessity gledyf ym pen inammeu 
Margreid oed molei ef mab Gwydoea. (M$$, de Crick.) 

<« C'est-à-dire, de guerriers d*uD rang inférieur. 

** La Tille à*Tp$aemn des Romains; VHexam des Ang1o-Sa- 
xons. 

<• Par le grand nombre de brèches qu*il offrait : Non profuit, 
dit Gildas, p. 4. 



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292 
XXV. 

Karedik, karadoui he klod^ 
Ac'hube, gwarc'hadouc nod ; ^ 
Ledwigen ez tavel ken deuod 
Deiz gowec'hed ë gwebod ; * 
£z deupo kar kerz kevnod 
E gwlad uev , azev adnabod. ^ 

Karedik kargdpui kenrann ^ 
KeipUd enn kad gow;»qn, 
Eskouet aoMr gorw<&dr ka41ann , 
Gwaoaour usoued eoD kevaon. 4 

Klez^val diwall, diwahan , 
Stol gour kadouç gwialvan , 
Ken kestuz daear; ken afan, 
Oc'h dafar difenne he man. ^ 
Ez deupo kennouez enn keman 
Gan Trindod, enn undod kevan. 6 



' Garedic caradwy y glol 

Achubei gwarchalwei not. ( ibid . ) 

* Ledvegin is Miwel cyn divol 

Dyd gowychyd y wybot. (Ibid.) 

, Ys deupo car k^ liLyfDol 

Y wlat nef addef adnabol . (Pla$ 6.) 

^ Caredig caradwy ^nran 

Keinyat ygkal gowan 

Ysgwyl aor orwydr cadlan 

Gwaeawr uswyd agkyfan. {Criek,) 



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395 
XXV. 

Karedik; '7 dooi la fenamAiëe m'est chère , 
mérita , garda sft réputation. La larve est §flen« 
cieuse avant Tarrivée du jour où elle s'élance 
joyeuse vers le savoif ;^ ^ ainsi, à TheUre mar- 
quée y Tami de là poésie! arrivera dasB le pays du 
ciel 9 séjour de [loule] science^ 

Karedik, le ctief bien-aimé, le chanteur au 
milieu du combat furieux , [portait] un bouclier 
d'or, [resplendissant comme là] gelée du ma- 
tin j sur le champ de bataille ; il mettait en piè- 
ces les lances. 

A. coups d'épée furieux, indistincts, comme 
un homme il garda son poste sur la tranchée, 9 
avant que la terre pesât sur lui ; avant son ago- 
nie , accomplissant son devoir f il défendit son 
pays. [Aussi, une fois] parfiiit, viendra [Theur^ 
de] son admission par la Trinité f parfaite en 
unité. 

'^ Gleddyfal dywall diwaD 
Mal gwr catwei wyalvao 

dapbar diphyonei y yano. {Mêè. iê Pt. 6.) 

• Ys deupo kynnwys ygkyman 

Gan drindawtyn undawt gyno. (Mis, ée CHti.) 

7 11 éfaîl èàrde et guerrier. 

* AUasion à Tun des trois cercles de fe^AnetiCé, éàtt^ téê tibilles. 
superstition? bretonnes. (Voy. les note».) 

<* Â la lettre: il garda la paUêsade, 



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294 

XXVI. 

Pan kresie Karadok e kad, ^ 
Mal baez koet troc'houn troc'hiad , * 
Taro bezin enn trin komeniad ; 
Hef lizie gwez koun oc'h he ankad ; 
Ez men test Owen mab Eulad, 
Ha Gwrien ha Gwenn ha Gwriad. ^ 
Oc'h Kaltraez oc'h komeniad, 
Oc'b bren hedoun kenkafad, 
Gouede mez gloeou ar ankad , ^ 
Ne gwelez burhun he tad. ^ 

XXVII. 

Gouir a kresiasant bouant kevnet ; 
Hoedel berrion mezouon ucTi mez hidlet, 
Koskorz Menezok henook enn red : 
Gwerz heu gwlez oc'h mez bou heu ened : ^ 
Karadok ha Madok Peil hag leuan 
Gwgan ha Gwion Gwenn ha Kenvan , 

■ Pan gryssie Garadawc y gat. (ibid.) 

* Mab baed coc'h trychwn trycbiat. (Bm§.)Mii baed coet.(Oic&.) 
' Tarw bedio yn trio gomyoyat. 

Ef lithyei wyd gwn oe aogbat 

Ys Ty nbyst euein vab ealat 

Ha Gwrien a Gwyno a Gwriat. ( Crick.) 

* Galllraetb o gomyniat 
vryn bydwo kyn caffat 



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295 

XXVI. 

Lorsque Karadok volait au combat, son choc 
meurtrier était comme celui du sanglier des bois , 
[comme celui] du taureau de bataille dans le tu- 
multe du carnage ; il attirait les chiens sauvages 
par ses captures : j'en ai pour garants Owen j fils 
d'Eulad, Gwrien, et Gwenn et Gwriad. Par suite 
du carnage de Kaltraez , par suite de la rencon- 
tre à la brèche du rempart , après avoir pris le 
limpide hydromel , il ne revit point son père. 



XXVII. 

Les guerriers qui volaient au combat étaient 
confédérés; [une fois] enivrés d'hydromel lim- 
pide, ils eurent des vies courtes, [les officiers 
de] l'armée de Ménézok , renommés dans la 
charge : leur âme fiit le prix de l'hydromel de 
leur banquet. Karadok et Madok, Peil et leuan, 

Gwedy ^ed gloew ar anghat. {Pla$ G.) 

* Ny wdes uran y dat. (Ibid.) Burhun, en breton armoricain 
du dialecte de Yannes, signifie miette, et répond au vieux mot 
français mte» point. 

• Gwyr a gryssiasant buant gytneit 
Hoedlverryon medduon uch med hidleit 
Gosgord vynydawc eurawc yn rheit 

Gwerth eu gwled o ved vu eu heneit. {Heng.) 



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896 
Peredur armeu dir , Gwaourdur hag Aedan , 
Àc'hubiad enn gaour , eskôuedaour eDn keman , 
Ha keit lezesint houei lazasant : 
Neb e beu temper ned atkorasant. i 



XX VIII. 

Gouir a kresiasant bouant kedvaez, 8 
Blouezen , oziouc'h mez maour he garvaez : 
Mor dru eo adraoz bouei ankaol hiraez ! 
G^enouen heu badlam n'euz mamm a heu maez^ 
Edd hoU gouir peber tamper gwînvaez. ^ 
Mor hir heu edlid hag heu edgellaéz ! 
GwUged oc'h Gododin enn erben fraez 
AokoueB Menezok henook e gounaez; 
Ha prid er prenn e brezel Kaltraez. ^ 



XXIX. 

Gouir a aez Kaltraez, enn kad» enn gwaour, 



* Peredur arveu dur gwawr dur ac Aedau 
Âchubiat eggaur ysgwydawr âgkymdn 
Achet lledessyot wy l^daMadt 

Neb y eu tymbyr nyt atcorttàM. (PUti 0.) 

• Gwyi* a grysiasaui buant gfbMilk. (Uenf.) Gyttâélb. {Mai G] 



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297 
G\fgan et Gwioo, Gwenn et iienvan, Peredtir 
aux armes d'acier , Gwnourdur et Aédati^ ces 
soutiens dans la mêlée ^ ces parfaite bondiers^ 
tandis qu'on les tuait ^ tuèrent : aucun d'eux ne 
revint chez lui. 

XXVIII. 

Les guerriers qui volaient [au combat] s'étaient 
fêtés mutuellement, cette année , avec de l'hy- 
dromel d'une grande forcé : qu'il est pénible de 
rappeler leur immense désastre ! Il n'est mère au 
lieu de leur naissance qui leur eût servi ce poi- 
son , ce vin du banquet qui les brûla tous comme 
une torche , ces guerriers vaillants. Que longues 
lurent leur oppression et leur douleur! Gwlî- 
ghedy de Gododin, s'éleva éloquemment contre 
le festin donné par Ménézok , l'illustre ; et il en 
retire de Thonneur de la guerre de Raltraez. 

XXIX. 

Les guerriers qui étaient partis pour Kaltraez en 



s GweDwjD eu hadland nyd mam au maeth. (Ibid») 

* Ce vers manque dans le manuscrit de Plas Gwyn. 
'^ ÂDCwyn Myoydawc enwawc y gwnaeth 
Apbryder prynnu breilhel Galltraelh. (PUu G-^ 



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Nerz meïrc'h ha gwroum seirc'h hag eskouedaour . 

Peleder a kec'houeD* a lemm gwaevaour, 

A. lorikeu klaer a klezevaour. 

Ragore toulle troue bezinaour , i 

Koueze pemp pemp-pouDt rag he lavnaour, i 

Ruvon hir ! he roze aour ê allaour y 

Ha ked ha koelvein kaen i kerzaour. ^ 



XXX. 

Ne gounaezpouet neouaz mor gorc'hemaD j 4 
Mor maour, mor oc'h gwaour è kevlavan. ^ 
Derlidez mezoud Morien taD ; 
Ne tfaeze na gwele Kenon kelan ^ 
Enn seirc'hiaok safoueaok ton ledan. 7 
Senieset ê klezev enn penn garzan 8 
Nok hag Eskik , kerrek maour , e kehed ban ; ^ 



I Gwyr a aetb Galtrteth ygkat ygcawr 

Nerlh meirch a gururoseirch ac ysgwydawr 

Pelydr ar gycbwyn a llym waeawr 

 luniceu claer a cbledyfawr 

Ragorei tjllei trwy vydioawr. {Criek.) 

* Gwydei bum pumwot rag y lafîiawr. {Ibid.) Cym pymwynt. 

' RhutawD hir ef rodeî eur y aUawr 
Achet a choelvein gein y gerdawr. {PUu Cf.) 

^ Nywnaethpwyd neuadd mor orchyman (Ibid.) 



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299 
équipage de combat , en poussant le cri de guerre j 
avaient des chevaux [pleins] de vigueur , et des 
harnais et des boucliers. Leurs lances recherchè- 
rent les lances aiguës, et leurs épees les cuiras- 
ses brillantes. A. leur tête , il fit une trouée à tra- 
vers l'armée [ennemie] , et en fit tomber cinq fois 
cinq escadrons devant sa lame, Ruvon-Hir, qui 
donnait de Tor à l'autel , des présents et des dis- 
tinctions honorifiques aux bardes. *^ 

XXX. 

Il ne fut jamais bâti de salle [de festin] plus 
magnifique , plus grande , plus de la couleur du 
carnage. Morien, le chef [plein] de feu, mérita 
bien l'hydromel ; Kenon ne se retira de la grève 
qu'en voyant des cadavres d'hommes armés de 
la lance, couverts par la vague étendue. 

Que l'épée résonne sur le sommet du promon- 
toire de Nok et d'Eskik , ** ces grands rochers d'é- 

^ Monrawrmor orvawr y gyflavan. (Ibid,) Mor vtyrt mor o vtwr. 
(Heng.) 

* Djrlydod medud Morien tan 

Ny thraethei Da wele Kenon kelain. (Crick.) 

' Tn seirchiawc saphwyîawc son elydan elyduan. {Pku G») Ton 
Uydnan. (Heng.) 

* Seinyessil y giedyf ymhen garehan. {Ifnd.) Gorcban. (Heng,) 
' Noc ac Eskyc carec yyr vawr y cbahydfan. (PL G.) Noc ac Eseye 

carrée vawr y cbyhadvan. {Heng.) 

*<* Ru von éiait un des amis d^Owen, selon les Triades. 
^' Au bord du golfe de la Clyde. 



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300 
N« noui kaikoget out, mab Peizan! i 

XXXI. 

Ne gouDaezpouet neouaz mor anoovok. i 
Os ne be AIoï:îen eil Karadok^ 3 
Ne dienkiz eau troum, e lourou mennok : 4 
Diwall diwallac'h na mab Pedrok y ^ 
Fer i lao fagleu^ Pouis marc'hok, 
Gleou dias, dinas ê lu ovDok^ 
Rak bezin Gododin bou gwaskarok : 6 
He kelc'houi dan è kemmouî bou adenok ; '^ 
Enn deiz gwes, bou estouez; neu^ pouez azfelliokjS 
Derlide mez kem eilt Menezok! ^ 



XXXII. 

Ne gounaezpouet neouaz mor diesik. ^^ 

■ Nid rowy gysgogit uil mab peilbaB. {Ploê. ér.) Mi ww| jfigogit 
vit mab teitbao. (Heng,) 

• Nj ^oaeihpwyd mor anvonawc. (PL 6.) Mor Mmo^tmc. (Beng.) 
> Ony bei Vorien eil Garadauc. (Jfrtd.) 

• Nj diengi» yr eu trwm y Ivra myoAwe. (iMd.) Yi trwro. 
(Heng.) 

» Dywell dywalach do mab Pherawc. (Criêk,) Pk«rfwe« (Um^.) 
Pbedrawc. {PL 6.) 

• Fer i law ffagleu Fowys farcbawc 



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301 
gale hauteur ! [Toi aussi] tu n'ëtais pas plus 
ébranlé qu^eux^ ô fUs de Peizan ! 11 

XXXI. 

Il ne fut jamais bâti de salle plus tumultueuse. 
Si Morien n'eût été un second &aradok« ilpa$e 
fut point tiré de presse y selon ses désirs ; terri- 
ble, plus terrible que le fils de Pédrok, ^^ ee 
cavalier de Powys, à la main [armée] de flaair 
mes dévorantes , c^ héros du tumulte , cette for^ 
teresse pour une armée épouvantée , devant les 
bataillons des Gododiniens il dispersa tout : son 
bouclier dans le carnage avait des ailes de feu ; 
au jour de la colère, c'étidt un courant; certes , 
sur le point de mourir , il mérita bien les cor- 
nes d'hydromel, l'étranger [vassal] de Ménézok! 

XXXII. 

Il ne fut jamais bâti de salle plus solide. Ni 

Glew dias dînas y lu ovoawc 

ftac bedin Ododin b« waacaMwc. (PI. G.) 

' Y sylchwy dan y gymwy bu adeua^g. (/Md.) ▲deaawe. (H£ng,) 
« Yo dyd guych bu ystuylh neu bu buytb at?«i]iawc. LIbié,) 
Dyrlydei ?ed kyro eilU Mynydawc. ( Ibid.) 

10 lliNr diysig. (Bm^§.) 

11 Peixan ou Peilhian , «n kib Peiêon^^ élait sœur d'ànaurin. 
** B«d«««r, écbanson d* Arthur. 



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302 
Na KenoD , lari bron, gleinioD gwledik, ^ 
Ned hef eisteze eDo tal leizik \ 



E neb a gwane ned azgwanit. 

Raklemm he gwaev maour ; 
Kalc'h tree , toulle bezinaour ; 
Rakbuhan be meïrc'h , rakrekiaour. 2 
Enn deiz gwes, azgwez oez he lavnaour , 
Pan kresie, Renon, gan gwirz gwaoul. ^ 



XXXIII. 

Diskensez enn troum , enn kesevin : 
Hef diodez gormes , hef dodez fin. ^ 
Hud efid he goured, he louri Elfin ; 
Erger gwaev rieu revel c'hoerzin; ^ 



> NyCbyDOD lary yron glynoyon wledic. (/6iif.)^Doyon* {PI* G.) 
s T neb a wanei nyt adweinit 

Raglym y wteawr 

Galchdei tyllei yydinawr 

Ragyuan y yeirch rag rygiawr. {Btn§.) 

> Yn dydd gwych alwytb oed y lafnawr. 

Pan gryssei gynon gan wyrd vawi. (/6ûf.) 

4 Disgynsit yn trwm ygkessevÎD 



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303 
Kenon, lui aussi , [le chef] au cœur content, le 
prince des magnificences, ne resta point assis sur 
son trône élevé; 

Quiconque il perça ne fut plus repercé. . . 

Sa grande lance était la plus aiguë; il perforait 
les cuirasses , il trouait les bataillons ; ses che- 
vaux étaient les plus rapides, ils devançaient les 
plus nerveux. Au jour de la colère, sa lance était 
un courant revenant sur soi-même , quand il vo- 
lait, Kenon, au bord de la verte tranchée. 



XXXIII. 

11 était descendu dans la mêlée , avec les pre- 
miers levés : il avait versé le fléau [liquide], il 
y mit une digue. 6 Sa vigueur était celle du cui- 
vre enchanté ; 7 sa vitesse , celle d'Elfin ; 8 l'as- 



Ef diodes gorme^ ef dodesfin. {PUu 6.) 
" Ergyr gwaew rhieu ryvel chwenhin 
Hud ephyt y wrbyd y Iwrw EliBn. (Itnd,) 

* Ceet-à-dire, il avait donné la fête , il y mit fin. Dans un anlre 
endroit le barde dit qu'elle fut donnée par Ménéxok : mais tous deux 
peuvent y avoir contribué. 

' Charmé , ensorcelé par les chants magiques des bardes. 

* Frère d*Owen, et, comme lui , fils d*Urien. 



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304 
Eîzin enn goled, mur kreid, taro trin. ' 



Diskansez enu U'oum , enn kasevia ; 2 
Gwerz mez, enn kentez, ha gwirod gwin 
Haïsez he laynaour, rong diou bezin. ^ 

Eizio enn goled , mur kreîd , taro trin , 
Diftkensez enn troum, rag alavez gwerin : ^ 
Gwere lu laeis eskouedaour , ^ 
Eskouet brecMi rag biou beli bloezœaour, 
Nag , oziouc'h gwear , fin festiniaour. ^ 



Hon deliz ken loued é arkengoraour "^ 
Gorvez gware , briz , mi ez aourtorc'haour , ^ 
Xourc^h, gorug ammot enn blaen estre estrifaour.^ 



■ EithÎD jD oleit mur greid tarw Urin. (Hmg, ) 

* Disginsit yo trwm ygkjssevia. {iHas Q.) 
> Gwerth med ygkyDied a gwirawt gwîn 

Heyessit y lavnawr rhwng dwy vydin. (CrUk.) 

4 EifliiB yo fioleii mur greit tarw trin 

Disgynsit yn trwm rac alanued wyrein. (FUi G.) 

« Wyr« Mu liaws ysgwydawr. (JWd.) Ltes. {Hmg.) • 

• Ysguyt vriw rac biw beli bloedvawr 



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305 
saut de sa laDce, celui des rois de guerre qui 
rient [en combattant.] C'était une bruyère en- 
flammée, un mur crénelé, un taureau du tu- 
multe. 

Il était descendu dans la m^ée , avec les pre- 
miers levés; mais le précieux hydromel et le vin, 
versés sous les portiques, afTaiblirent sa lame, 
entre les deux armées. 

Bruyère enflammée , mur crénelé , taureau du 
tumulte, il était descendu dans la mêlée, avant 
que les siens se fussent levés : il se leva une 
armée innombrable de boucliers , et les boucliers 
[ennemis] furent brisés devant les troupes du 
chef de guerre mugissant , volant , à travers le 
sang, au rempart. 

Alors vint à nous un homme à cheveux gris , 
un sage conseiller [monté] sur un coursier cara- 
colant, tacheté, un des [ennemis] portant le col- 
lier d'or, un Sanglier [de guerre] ^^ qui fit [une 
proposition de] traité entre les combattants im- 
pétueux. 



Nar oddech gwyar ffln fesiiniawr . (Pia$ 6.) 

' An delnt cynllujt yargyngorawr. {Ibid.) 

9 Gorwyd gwarenfritb un ytheardorchawr. {Heh§.) Gware rith 
rin eurdorchawr. [Pioi G.) 

» Twrcfa goruc amot ym laen ystre ystrywawr (idid.) 

«<> Nous afODs déjà yo le barde Lîwarc*li-Heno représeoter Yen- 
nemi soas la figure d'un sanglier; peut-être a-t^i1 yoidn désigner ici 
les chefs Kouthwin ou Keawlin. [Voy. p. 70.] 

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306 
Teilingdez gourziad gwaour : 
« Hon gellouit ê nev I bet ac'hledaour ! 
Â.mit hef ! kraÎDit ê kad gwaevaour I ^ 
KadvanDeu er Arc^hlud^idodvaour, ^ 
N'ec^h enkenoit na be lu ezho laour ! » ^ 



XXXIV. 

ce — A.m trenni , trelaou , trelenn , 
» Âm louez, am difoues teouarc^hen , ^ 
» Am gwezeu gwalt e ar he penn, ^ 
» E am gouir , erer Gwedien ! 6 
» Gwizouk n'ez amouk ha he gwaen , ^ 
» Arduliad , tevelliad he perc'hen ? 
» Amouk Morien , gwenn awen , ^ 
D Murdein ha kevranneu penn ! ^ 
)) Prim e gwerez hag am nerz hag am en ! ^^ 



I Teiliogdeiih gwrihiat gawr 
An gelwit y oef bit achledawr 
Emytefcrennyt y gai waewawr. (Heng.) 

* Cat nanoen yra elud clotvawr. (/6ûf.) Catvannea era cial dot 
yawr. {PUu G.) Tous les manuscrits ont rendu inintelligible ce vers, 
en le tronquant ; je crois Tavoir rétabli dans mon texte. 

' Ny chynhennit na bei llu iddaw llawr. (Heng,) 

* Âm drynni drylaw drylenn 

Âm Iwys am diffwys dywarcben. (PUu G.) 

<* Amgwyddaw gwallt iar e ben. (llnd,) 

* lam wyr eryr Gwydien. (Ibid.) 
' Gwydduc neus amnc ae waeDr^/ètd.) Ae waea. (Beng.) 



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307 
Un noble cri d'opposition [s'éleva] : 
a Que le ciel nous fortifie ! qu'il soit notre re- 
fuge ! qu'il nous protège ! que les lances jonchent 
le champ de bataille ! que les guerriers d'Ar- 
c'hlud, iMa glorieuse , ne soient pas opprimés 
avant que leur armée ne soit par terre ! » 

XXXIV. 

« — Qu'avec ardeur, adresse et art, qu'avec 
» succès , à l'entour du rempart de gazon , ses 
» cheveux flottants autour de sa tête , et ses 
«guerriers autour de lui, l'aigle de Gwédien 
» [s'élance]! ^^ 

y> La science ne défend-elle pas qui l'honore, ^^ 
» [la science] abri et voile de qui la possède? 

» Qu'elle défende Morien , la nmse sacrée , 
y> des ruines et de la pointe des lances poussées 
» en avant ! Qu'il soit le premier sur le champ 

* Arduliat diwylljat ; berchen 

Amuc Morien gwennawt. (Heng.) Gwanwawd. (Plat G) 11 faut 
évidemment lire gwenn awen ; la rime l'indique : do reste ces 
mots sont synonymes. 

' Nurdein a chyvrannea penn. (P{a« G.) Murdeina chyvrannu. 
(Hmg.) 

*® Prif eggweryt ac amnerth acamhan. {PUu G.) Prif egweryd 
ac an nerth ac am hen. (Heng.) 

Il Maintenant Dumbartont patrie d*Anenrin. 

** G*est encore une espèce d'tncanlaiton ; voilà pourquoi j'ai 
encore guillemetté le texte. L'aigle de Gwédien est Morien. 

'^ Le barde lui dut la fie, cx^mme on Ta vu plus haut, p. 283. 



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308 
» Trefierer bod Bun Bradwenn , 
» Deudek Gwennaboui , mab Gwenn ! t 



XXXV. 

Am trenni , trelaou ^ trelenn , 
Gweineziaour , eskouedaour enn gwezen, ^ 
Enn hareal klezeval am penn 
E Loeger ^ troc'hion raktroc^hant uobenn ^ 
A talc'he mouog bleiz heb penn 
Enn he lao. ^ Gnod gwic^hnod enn ë Lenn ! ^ 
O kevrank gwez hag askenn ! ^ 
Trenkiz, ne dienkiz Bradwenn; '^ 



Hag ar mur kaer eskrouediad. ^ 

* Tryoeyrer bot Bun Bratwenn 

Deodec Gweoabwy vab Cweno. (Ihid.) Deheuee. (PUu G.) 

* Gweinydiawr ysgwydawr yiçgweithen. (Ibid.) 

* Yn aryal cledyval am benn 

Yd LIoegr drychioo racdrychaDt un benn. 
« Â dalwymwDg bleid heb benn 
Yd y glaw. {Heng.) Ydo e law. {PUu G.) 

* Gnawd gwycfanawt yn y Lenn . ( Ibid . ) 

* gyvrauggwyth ag asgen. {Ibid.) Gyvrang gwylb. {Heng,) 
' Trengis ni dicngis Bratwenn. (Ibid.) 



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309 
» [de bataille] et par la vigueur et par le cou- 
» rage ! qu'il soit transperce de la lance, le corps 
» de Bun, la Belle Traîtresse, douze [fois] par 
» Gwennaboui , fils de Gwenn ! » ^ — 

XXXV. 

Et avec ardeur , adresse et art , officiers et 
écuyers s'élançant , en brandissant leurs ëpées 
terribles sur la tête des Lc^riens , à grands coups 
coupèrent en morceaux un chef qui tenait [ en 
guise d'étendard] le quartier de devant d'un loup 
sans tête à la main. ^0 La bravoure est ordi- 
naire [aux guerriers] dans le Lennok! a leur 
colère est d'un choc terrible et fatal 1 Elle përit 
[aussi] j elle ne peut échapper à la mort, la Belle- 
Traîtresse; 

Et sur le mur de la citadelle son cadavre de- 



• AcarTurcaerysgrwyditt. (Ihid.) Eop ar vup. {Heng.) Eup ar 
mur caer crisgwîtiat. (PUu 0.) 

• Ces deux deraiers vers sont une imprécation contre Tépouse 
bretonne do chef saxon Ida. 

'<* Ce singulier étendard dont le nom littéralement rendu serait 
%me crinière de loup $an$ tête, est un yesUge évident dinflnence 
romaine. Les Romains eurent pour étendard, des loups, des 
aigles, des chevaux, des dragons. (Lipsius, de re mUiiari. T. 4, 
p. 266.) 

'I Je n*ai pa^B hésité ^ traduire Lenn par Lennok, le Lennox ac- 
tuel , une des limites du pays d'àneurin. 



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310 
Aer kret tena ; taer aeroloziad ; i 
Ëna, rag Ârc'hludir, argadouiad ^ 
Adar brouedriad. 3 



XXXVI. 

Sellovir reen ! n'ez adraoz a bo moui ^ 
Oz damouen ë eilloui ^ 
Oz amlouc'h livanent , ^ 
Edd haour pelgent ? '^ 
Na be kenhaval keneillouent, ^ 
Pan buost e kennevin klod ^ 

^ Aer crei ty na thaer aer olodiat. (Plas G.) Aer cret tyna chaer 

aevlodyat. (Heng.) 
Dair caret na hair airmlodyat. {PUu G.) 
s Yn ara ai leissyr ar gatwyt. (Pto G.) Yn ara ae lyssur argat- 
wyt. Una sara secisiar argoundoit. {Ibid., aux variantes, à la suito 
du Gu>, Mael.) 

* AdarCrwydriar. (Pku G-) Adarbro uual. {Ibid. loc. $up. eil.) 

* Syll yireiin neus adrawdd a vo mwy. (Heng) Pelloidinirein 
Dis adrawd a vob yw (P£a« G. auzTariantes qui suivent le Gto. MaeL) 
Tous les manuscrits ont reproduit ce vers en Faltérant plus ou 
moins; éridemment autun des copistes n*a compris ce qu*il 
écrivait. 

* ddanwynnyeit llwy. {Plas G.) dam gweiniet lui. {Ibid. loc. 
iup. ni.) Ce vers manque dans le manuscrit de Hengurt. 



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311 
meura couché. Le combat s'anime alors; le com- 
bat s^étend furieux; alors , devant les hommes 
d'Arc'hlud, font retraite les oiseaux de bataille. ^ 



XXXVI. 

O roi des Selgoviens, l^ ne sera-t-il pas aussi 
fait mention de ce qui arriva au chanteur du 
golfe où des fleuves coulent; H [de ce qui lui 
arriva] à la première heure du jour? Il n'était point 
de concerts comparables [aux siens] quand tu 
étais [occupé] y dans cette glorieuse querelle, à 

• Od amlwch Uifinat. (PUu 6) dam laD loch livanat. (Ibid. 
Loe, iup, cil.) 

' Yn awr blygeint. (Heng.) Yn llawr bylgeint. {Plas G.) En did 
pleîmier. (Ibid,) 

• Na bei kyohawel kyDheilweing {Ibid.) GyDhafoI cpheilw. 
(Heng.) Na bei. (Ibid,) 

• Les gaerriers eoDemis. 

'<> Les Selgavii de Ptolémôe : en breton , SeUomr ou Selloffwir, 
c'est-à-dire , les gnerriers à fiie perçante, comme Âneorin loi- 
même va nous l'apprendre. Leur chef était Réneu, fils de Liwarc*h- 
Henn, comme je l'ai dit. 

*' Au barde du golfe de la Glyde, à Ânenrin lai*mème. Les 
fleuves dont il parle sont la Clyde et le Leven , an confluent des- 
quels éuit bâtie Arc'Mudt sa ville naule. 



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312 
Enn amouen teouis enn gortirod. ^ 
Os aezot enn gelver edrec'h gouir nod, 2 
Oez tre tor, diac'hor oez tor din tre. ' 



Oez menez ourz goluz a he kerc'he ; ^ 
Oez dinas é bezin a he krete ; 5 
Ne elouit gwinvouet men oa be, ^ 
Keit be kaouaour enn un ti, 
Azdcuen govalon keni, 
Penn ê gouir talbenik a deli. '^ 

XXXVII. 

Ned oum menok , blin ; 
Ne dialam me gorzin ; 
Ne c^hoarzam e c'hoerzin. ^ 

Adan traed ronin ^ 



I Pan TU06t i kyDuyvm clod 
Yo amwyn tiayssen gortirot. (PUu (?.) 

* daeddot yn gelwir edrych gwyr not. {PUu G.) Ce vers manque 
dans le manuscrit de Hengurt. 

* Oed drei dor dîachor oed dor din drei. {PUu G.) haedot dia- 
chor dîndrei. {Heng.) 

* Oed mynydwrtholutae cyrchei. {Heng.) 

N Oed dinas y vydin ae i crelei. {PUu G-) Oed divas. {Heng.) 



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513 
défendre ton pouvoir dans les hautes terres. 
Si tu marchais [au combat] appelant [à toi] ces 
guerriers renommes par leur coup-d'œil, ^ tu 
étais la falaise devant la mer qui monte ; tu étais 
l'insurmontable rempart qui brise le flux de la mer. 



C'était une montagne qui arrêtait ceux qui le 
poursuivaient ; c'était une citadelle pour l'armée 
qu'il animait; la fête n'allait point où il n'était pas. 
Depuis si longtemps que fut un captif dans une 
prison 9 portant l'angoisse des soucis, il devait sa 
rançon à ce chef des guerriers. 

XXX VIL 

[Et moi j] je ne suis plus commandant ; [je suis] 
opprimé; je ne venge point mon échec ; je ne ris 
point en voyant rire. 

[Mais quoique j'aie] sous les pieds un anneau 



* Ni elwyt gwinwytmen na bei. 


{Heng,) 


' Kyl bei cauuawr yn an li. 




Atwen OTalon keny 




Penn y gwyr Ulbeing a dely. 


(Ploi G.) 


• Nyl wyf vynawc blin 




Ni dialaf vy ordin 




Ny chwardaf y chwerlbin. 


{PUu G.) 


" Les Selgoviens. 





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314 
Estenniok men klin , ^ 
Ha buntat e ink ^ 
EtidaeariDy 
Katouen haearnin 
Am penn mé deu-glin , ^ 
Oc'h mez, oc'h buelin , * 
Oc^h Kaltraez gounin ; ^ 
Me ana , me , Aneurin , 
Ez goer Taliesin , 
GoveU kevrennin : ^ 
N'e kenik Gododin , '^ 
Ken gwaour deiz dilin? 

XXX VIII. 

Gourolez goglez gour a he goroug , 
Lari bron , baela doD ne eselloug , ^ 
N'ez emda daear , n'ez e ong mamm doug ; ^ 
Mir eirian kadam , baearn kadouk, 1^ 
Oc'h nerz be kleze , klaer e amouk , 
Oc'b karc'bar anwar daear em doug , ** 

< Adan draed ronin 
Ystyooyawc vygglio. {Plas G.) 

* Â buDdat y yo. (Plas G.) Ce. vers manque ailleurs. 
» Y ty deyerin 

Catuyn heyeruin 

Am benn vy deulin. {Ibid.) 

* Oved TaeliD. {Ibid,) Ce vers manque ailleurs. 

» Galtraez wnin. {Ibid,) 

* Mi a na vi Aneurin 



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315 
qui tend mon coude-pied , [quoique] renfermé à 
rétroit dans cette maison souterraine, avec une 
chaine de fer autour de mes deux genoux , par 
suite de Thydromel, des cornes à boire et du mas- 
sacre de Kaltraez; je sais , moi , Aneurin , ce que 
sait Taliésin , qui est en union d'esprit avec moi : 
mon chant du Gododin n'est-il pas plus beau que 
Tauroredu jour? 



XXXVIII. 

Un héros du nord, auteur de maint exploit, 
joyeux de cœur , tel qu'on n'en vit jamais de plus 
généreux en ses dons, tel qu'il n'en marcha jamais 
sur la terre , tel qu'aucune mère n'en porta jamais 
dans son sein ; un guerrier au radieux visage et au 
fer sombre; par la force de son épée , brillante dan» 

Ys gwyr Taliessin 

OvegCyvrenhin. (Ibid.) 

' Nea cheing e Ododin. (I6ûi.) Neu ehenig Ododin. [Heng») 
' • Goroled gogled gwr ae gorag 
Lary vron hacla don Dy yssylac. (PUu (?•) 

• Nyt ymda dorear nid ymduc mam. (Ibid,) Nytyon dac. (Heng,} 
*^ Mer eirîam gadarn haearn gadac. (Ilnd.) Mor eirian. (PUu (y.) 

* * nerlh y deddyf daer y hamuc 

garchar anwar dacar ym duc. (Pla$ G-^) 



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316 
Oc'h kevle Ankeu y oc'h ankor tud : 
Keneu mab Liwarc'h, dihavarc*h drud. ^ 



XXXIX. 

Ned hef porze. gwarz gorsez, 
Senelt ha he lestri laoun mez : 
Gorzoleve klezev e karez , 2 
Gorzoleve lemen e revel ; ^ 



Deporze kenouesaour, oc'h brec'h, ^ 
Rag bezin Gododin ha Brinec'h. 

Gnod enn ë neouaz bez meirch 
Gwear ha gouroum seirc'h ; 5 
Keîii e el hiriel oc*h he lao 
Hagenn egilez bresiao. ^ 



* gyfle anghea anghar dut 

Kenea vab Uywarch dihafarch drod. (Beng.) 

* Nyf ef borihei gwarth gorsed 
Senyllt ai lestri lawn med 

Gordolei gledy i gared. (PUu G. ) 

* Cordoler lemenei rjvel. {Ibid.) Gordoleyi lemenei y ryfel. 
(Heng.) Les édiieti» dn Myvyrian ont dénaturé ce vers et le 
suivant. 



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517 
la défense y m'a retiré de Thorrible cachot souter- 
rain , du lieu où j'habitais avec la Mort , du mi- 
lieu des ennemis des hommes : [c'est] Kéneu ^ fils 
de Liwarc'h , le héros intrépide. 



XXXIX. 

Il ne put supporter la honte de l'assemblée^ 
TEchanson aux vases pleins d'hydromel : ^ il fit ré- 
sonner son épée au milieu de l'excès; il fit réson- 
ner sa lame dans la bataille; 

Il soutint, de son bras, ses compatriotes, en pré- 
sence de l'armée des Gododiniens et de celle des 
Berniciens. 

[Autour de lui] dans la salle, séjournèrent in- 
cessamment chevaux, sang et harnais noircis; 
d^éblouissants éclairs jaillissaient de sa main et vo- 
laient pressés à l'ennemi. 

«Dypboithei cynwysawr oe frejch. {Plas 6.) Dypborihedeil yn 
iDuyssaar o freycb. (Heng.) 
> Goawd yo y oewad fyth meircb 

Gwyar a gwrwmseirch. (Ploi 0.) 

• KeÎDgyell hyriell oe law. 

Âg yn elyd bryssiaw . ( Ibid.) 

7 Cet échansoD éuit pevt-ètre le barde Eidol dont il va èvte 
question plas loin. Il y a évidemment ici dans le texte une grande 
lacune. 



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318 

Gwen hag emhourzwen bourzbleit , 

Diseirc'h ha seirc'h ar tro. 

Gouir n'ez oezent traed fo 

Heilin ac'hubiad pob bro. 

Lec^hleiku tud gleou douere; l 

Gododin estre; 2 

Estre, ragwor 

Arëankady 5 

Aokadkengor; 

I leuver kad , * 

Kangen kaer-gwes , ^ 

Keue dreilloues 5 ^ 

Temper tempestel , 

Tempestel temper ; -^ 

E péri rester 

Rag riallu ; ^ 

Oc'h din-ti gwes enn devu , 

Gwes enn-z-hi novu. ^ 



* Uech Leiicu tud leu leudwre. (Heng.) LIech Lenlu tud Icud- 

vre. {Plas G.) 
Lecch bead ud tut leuvre. (Crick. à la suite du Gumrchan 

Maelderw.) 
' Gododin stre stre. [Ihid. Ibid.) 

» Ystre raguo ar y angad. (Pla$ G.) Ce vers manque dans le 
manuscrit de Heogurt. 

* Anghat gyngor i leuier cat. (/Wd.) Ancat ancat cyngor cyn- 
gbr. {Crick. lococilaio.) 

^ Cangen gaerwys. (Plat G.) 



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319 



La rage et la fureur transportaient les combat- 
tants 9 désarmés et armes tour à tour; ils n'étaient 
pas gens à fuir d'un pied lâche, [les compagnons] 
de TEchanson , ce pourvoyeur de chaque pays. 

Ceux de Lec'hleiku, iO hommes vaillants, 
s'élançaient ; ceux de Gododin volaient ; ils vo- 
laient , excellant à contenir [l'ennemi] et à tenir 
conseil ; illuminant la bataille , soutenant la gar- 
nison , brisant toute entrave ; à temps tempêtant, 
tempêtant à temps; faisant carnage devant cent 
mille; sortant de la forteresse en torrent, en tor- 
rent y rentrant. 



* Keny daliwys. (Heng.) Keuy drillwys. (Plas G.) 
"i Tyraor tymheslyl 

Tymhestyl dymmor. {PUu G.) Od lit dans des variaotes placées 
k^ la suite da Gododin , dans le même manuscrit : tymyr tymor 
tymestyl. 

• Y beri restp. 

Rhac rhi allu. (Plat G.) Tramerin lestyr tra merîn lu. {Ibid. aux 
variantes : Ruyd rac rhiallu.) 
t dindywyt yn dy vu 
WytyudynoTu. {Plas G.) 

*^ C'est le Lylhquo on LinlUhquo actuel , comme je l'ai déjà 
dit. Tous les manuscrits sont tellement défectueux dans cet endroit 
du poème qu'on ne sait si l'ancien nom de ce comté des frontières 
d'Ecosse éuit Lec'hleucu, Lec'hlenluo}i Leech leiku. 



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320 

XL 

Doues ed boden , * 
Lemm hed gwenen , ^ 
Louer genenlu, 5 
Eskouet r^in , * 
Rag taro trin ^ 
He tal breou bu, ^ . 

Er kren ê gallon , er afar , 
E brouedrin trin trac'houar , 7 
Amgour e man karo. 8 



— » Heïset Brec'h ! brevaet bar ; 9 
» Hemp pouel ; dister , enn distar ; *0 
» Hemp pouel , hemb rod-ri , hemp rec'hoarz. 1^ 

j . . . . 



* Dwys yl uodyn. (Pto (J.) 
•Llymytwenyn. (Oie*.) 

* Llwyrgenyn la. (Ibid.) Meîdlyawii let lin lo. (Crick. Gwarch. 
MaeL Var.; 

* Ysgwyt rygyn. [PUu G.) Ys gwyl pygyn. (Ibid. aux variantes.) 
Scwytgnigyn. (Crick., loco cil,) 

» Rac Urw trin. {PUu fi.) Rac dolou irin. (i6td. aux var.) Y 
raclaryf irun. (Crick., loeo ct(.) 

« Y dal vriw vu. (Pla$ G.) Talorin vu. (Ibid. aux var.) Tal briw 
bu. (Crick. lococU.) 



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321 



XL. 



Serrée [comme les] grains d'un épi, perçante 
[comme un] essaim d'abeilles , l'innombrable ar- 
mée ennemie ) aux boucliers fourbis , eut son 
front de bataille brisé devant le taureau du tu- 
multe. ^2 

Les étrangers dans le tremblement et la dou- 
leur, dans le désordre de la mêlée furieuse, cou- 
rent ça et là à la manière du daim. 



» — Brec'h n'est plus; sa fureur a été brisée, 
» [on Ta vu] sans force , sans bandeau de roi , sans 
sourire. 



Il est presque inutile de faire observer que ces six vers et les 
douze qui les précèdent n'en font que neuf dans le Myvyrian, 
7 Er cryn y alon ar afar 
Y brwydrin trin tracbwar. (Piat G.) 

* Âmgwr y van carw. Ç/Md. ) Cwr y van ceirw. {Ibid.) 

* Hyssed Brych briwawt bar. (Ihid.) Byssed Brych brinant 
barr. (Heng.) 

■^ Am bwyll disteir am distar. {I(nd.) 

*■ \m bwyll am rhodic am rychward. (/6itf.) Am rhod ri. [Beng.) 

** Devant Kenon. 

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322 
n He broez brestreuliaz Rez, ^ 
» HoD riou Drek ; ne bou , ne kavo ke n^es ; 2 
» Ned angou he oc'h man , ne ozigwez. ^ 



» Ne mad manpouet eskouet ^ 
» Ar groumal karnouet ; ^ 
» Ne mad dodez he morzoued 
» Ar bruched mein loued. — » ^ 



XLI. 

— y» Gel , * paladr gel 
» Gelac'h , oc'h pell , 7 
» E mae té gour enn he kel , 
» Enn knoi angel bouc^h ^ 



* Ys broys brys treulyaut Rhys. (Crkk.) 

* Yd rhiw drec ni bu ny gtffè y neges. (Ibiâ.) Yo rbra dr«c ny 
b« Dygftffio. [Hèng,) 

s Nyt anghw y van ny oddiwes. {Ibid.) Nyt anghwy • wa noy 
oddiwes. (P[(U 6.) 

* Ny mat vtnpwyi ysgwyt. (Ihéi.) 

» Ar gyowal carnwyt. {Ibid.) Ar grymal carnayt. {Beng.) 

* Ny mat dodes y vordwyt 



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523 
» En un instant, son pays a été consumé par 
» Rez , 9 notre Dragon du versant de la montagne : 
» il n'a point atteint, il n'atteindra pas son but; il 
» ne s'approchera plus de ce lieu ; il n'y reviendra 
»plus. 

» Ce n'est pas pour son bien ique son bouclier 
a avait été placé sur la croupe de son cheval ; ce 
» n'est pas pour son bien qu'il avait posé sa 
» cuisse sur le poitrail de sa fine [monture] grise! — » 



XLl. 



» — ^ Compagnon languissant du [chef] brun à 
la lance brune, ^^ voilà bien longtemps qu'il est 
dans le cellier , ton maître , à dévorer son jambon 
de daim 



Ar vreicbit mein llwyt. {Ibid,) Ar vreichir. (Eeng.) 
' GeU y balardr gdl 
Gellach y obell. {PUu G.) Gellach o beU. {Heng.) 

• T mae dy wr yn y gell 

Yn cooi aogell bwch. (PUu 6^ 

* Nous avoDS déjà va ce chef figurer parmi les cesopagnons de 
KeDdelaDD , cbantés par Lîwarc'h. 

10 Le chef Morien. 



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324 
» Buz oc'h lao ezhao pouet enn pell. ^ 

» Da e daez adon houei azdouen ; ^ 
ȣma deusez Gwenn beli, Bradweun; ^ 
]» Gounelez, lazez^ loskez; ue, Morien , ^ 
» Ne gwaes gounelit? 5 

x> Ne delez-d nag eizam na kengor ? ^ 
«Eskenn! drem dibennor! '^ 
» Ne gwelez-ti mor c'houez marc'hogioD ? ^ 
»*Ne lazez houei rozint naouz i Saezon ?9 



XLII. 

Gododin , gomenam të pleged, iO 
Te noeu , tra irineion Irin , baïset ^* 
Gwas c'hoant ë ariant ; heb emwed 

* Bad oe law yddaw poel poet ymbell angell. {Itnd.) Badd oe 
lawyddaw poet y abell. (Heng,) Toas les maoascrits sont très dé- 
fectueux en cet endroit. 

* Da e daeth Adonwy atwen. (PUu G')l^9i dyvot AdonwyAdonwy 
am a dawssut. (Ibid.y à la suite du Gtoarch. Mael.) Da dyuot 
Adonny am adaussyt. (Crick, Itnd.) 

* Ym a dawssyt wen heli Bratwen. (Ibii.) Wen beli. (PUu G.) 
4 Gwnelut lladut losgut no Morien. ( I(nd.) A wneli Yintwen 

gwnelut lladut losgut. (Ibid., aux variantes du Gtoareh, Mad.) 

* Ny waeth wndnt. (Ilrid.) Ny naeth wnelnt. (Heng.) 

* Ny delyeist nac eithaf na chyngor. {PUu (j.) Ny chedweist naî 



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325 

» Le profit que sa main rapporte nous fait dé- 
» faut depuis longtemps 

» U est venu leur chef , [aux ennemis,] et il a 
emporté nos biens ; elle est venue ici, la Beauté de 
la dévastation, la belle Traîtresse; elle a fait [du 
B butin ,] massacré, brûlé ; toi , Morien , ne feras- 
tu pas pis? 

» Ne marchera&^tu plus ni à Tarrière-garde , ni 
D au premier rang? Debout! front sans casque! 
» Ne verras-tu plus la grande mer de cavaliers qui 
» s^enfle? Ne tueras-tu plus ceux qui ont donné 
» asile aux Saxons?» — 

XLIL 

O Gododin ! je m'intéresse à toi , à tes rem- 
parts tumultueusement abattus par les bandes 
d'un goujat avide d'argent; [à tes remparts] qui 

eithaf na chynnor. {Ibid.y aux variantes du Gwarch, àiael.) 

' Tsgwo drem dibeonor. {Ibid,) Ysgwo drein. (Him^.). Ysgwn 
tref dy beawel. {Pla» (?., aux variâmes du Gwareh. Mael.) 

* Ny weleîst y morcbnyd mawr marchogion. (Pla$ G.) Ny weleis 
or mor bwyr mor. {Ibid., loe. cit.) 

* Wy nedin wy rodio oawd y Saeson. (Pla$ G.) Ny leddin my 
roddin. {Heng.) 

*^ Gododin gomynaf dy blegyt. (Ibid.) Gomynnaf oth blegyt. 
{Ibid.., aux variantes.) 

<< Tynoeu tra thrumein drum essyth. {Ploi G.) Tyno en dra thri- 
nuein drinnessy. (Heng.) 



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326 
Oc*h kesul mab Doueoue, té goured ! ^ 



Ned o^ kengor gwan. ^ 



Gwael j rag lano gweiin , 3 
Oc'hluc'bour i luc'hour, laaanii») ^ 
Luc'hdor ë porfor peirierin ! 
Laz gDod gwan maous mur trin ! ^ 
Hed pan ai é daear ar Aneurtn , 
Anesgarad bou ê nad hag Aneurin ! ^ 



XUIl. 

Keouerein kedouir kenrennin 
E Kaltraez , gwerin fraez , fesgioliD ; 
Gwerz mez enn kentez ha gwirod gwin 
Halsez ë lavDaour , rong doui bezin , 
Arzerc'hokmarc'hok, rag Gododin, '^ 
Eîzin enn goled, mur kreid, taro trin. ^ 



* Gwas chwiDt y ariant heb ymwyt 

gysnl mab dwywe dy wrhyd. (Ptoi 6.) Mab dwyre. {Eetiç.) 

* Nid ked gynghoman. (P/(u G.jNyoed gyoghor oann. {Heng,) 
' Uael rac UnueUbin. {PUu 6.) Rachn Teitbio. {Heng,) 

« lychwr y lycbwr lolbbin. (IMd) Lwcbbin. (PUu Q.) 

* Lucbdor y borfforberyerÎD. 

Lad goaws gwan maws mur tmi. (CHck) 

« ÀDysgarat ac un y nad ac ÂDeorio. {PUuG.) Anys garât vo yiial 
ac Aneurin. (Hmg,) 

' Kywerein ketwyr cynrennin 



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3Î7 
ne peuvent plu» faire appel aux conseils du fils de 
E>ouéoué; 9 [Je m'intéresse] à ta vaillance! . . 
Ses conseils nMtaienI pas stériles^ 

En face du champ de bataille, à quelle fu- 
neste oi^e, depuis le crépuscule jusqu'au cré- 
puscule , [se livrèrent] des officiers brillant de 
l'éclat de la pourpre! ^Oquel carnage toqt na- 
turel détruisit la joie de leur boulevard belliqueux! 
^ ^ Âh ! jusqu'à ce que la terre recouvre Aneurin , 
les lamentations et Aneurin seront inséparables! 

XLIII. 

Ils se levèrent tous ensemble, les guerriers con- 
fédérés de Kaltraez , — foule bruyante et impé- 
tueuse ; — mais l'hydromel de prix et le vin versé 
sous les portiques aflaihlirent , entre les deux ar- 
mées y devant Gododin , la lame du Cavalier su- 
prême, cette bruyère enflammée , ce mur crénelé, 
ce taureau de bataille. 

Y Gallneth gwerin (raelh fysgiolioii 

Gwerih med ygkynted a gwiraut wio 

Heessit y hvnawr rbwDg dwy fydto 

Ârdderebawe varchawe rao Gododin. (Plë» G-) 

* Eîtbin WD ooleit mur greid tarw trio. (Ilnd.) Eith iuyo volait. 

• DouéoQé on Dwywe, selon Torthographe galloise, éuit feaune 
de Dnnod et fiUe de Gwallok, priacea chantés par Liwarc'h-'Hean. 

•0 De racp. royale. 

** De leur général en chef, de Kenoo. 



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328 
KeouereiD kedouir kenrenuin ; 
Gwlad atwel koc^h livet heu dilÎD ; ^ 
Degoglaoz tonn pever peirieiin ! 2 



Men edint e liosam kelein ^ 
Oc'h pra Brech , ne gwelec'h Huvdin , ^ 
Ne , kemet ha he tud a korzin , ^ 
Ne porz mefel? Morial heu dilin , 
Lavn diraot , paraod é gwaed lin. 6 

Keouerein kedouir y keourennin ; ^ 
Gwlad atwel koc^h Uyet heu dilin. 

Hef lazaoz, ac^h é maon , a lain 

A karnezaour, tra gogehuc'h , gouir trin. 8 



Keouerein kedouir, kevarv^nt 

• Gwlât attal gychljwet ea dilin. {Pla$ G.) Gwht atwel gochly- 
wet eu dilio. {Ibid,) 

1 Dy goglawd ton bevyr peryerin. (IHd.) 

'Nenydynteiliossaf eleÎD. fidûl.) Men ydynt eiliosstf elein. 
{Hfng,) 

^ObreiVrycb ay uelych Uevelin. {Ibid.) brei Vrych ny 
uelych Ueylio. {Fias G.) 

» Ny chemyt hae dud a gordin. {Ibid.) Ny chemyd baedud a 
gorddio. {Heng.) 

• Ny phyrth ineuyl moryal eu dilin 



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329 
lisse levèrent tous ensemble, les guerriers con- 
fédérés ; ils poursuivirent l'envahisseur du pays, et 
tous ceux [qui portaient des habits] de couleur 
rouge. Que la vague ensevelit d'officiers illus- 
tres! 

Là où sont les plus nombreux les cadavres du 
parti de Brec'h , ne voyez-vous pas Huvelin , 9 qui, 
pas plus que les hommes de son clan , ne peut 
supporter un outrage? Morial les accompagne 
avec sa lance acérée, prompte à verser le. sang. iO 

Us se levèrent ensemble , les guerriers confé- 
dérés ; ils poursuivirent Tenvahisseur du pays , 
le chef aux habits de couleur rouge. 

Avec son épée, le chef du peuple massacra, 
entassa, à une hauteur égale à la sienne, les hom- 
mes de guerre [ennemis.] 

Ils se levèrent ensemble, les guerriers^ ils at- 

Lafn darawt barawt y waeth lio. (Pku G») 

' Cywreio cetwyrcywreniiin. {PUu, G*) Ce vers et le saivant 
miDqoent dans le manuscrit de Hengnrt. 

* Ef ladawd a cbymawn a lain 

A charnedawr tra gogyhwe gwyr trin. {PUu G.) Tra gogyhne. 
(Heng.) 

* Hnvelin , ou Uvelwyn , était pelit-flls d*Anearin. * 

10 Le barde Liwarc'h-Uenn , mentionne ce chef dans Télégie de 
RendelanD. 



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330 
Eged, eun ud prcd, ez kerc'hasant; 

Berr heu hoedel, hir heu hoed ar heu karant; 
Seiz kemeut oc'h Loegrouiza lazasant; ^ 
Oc'h kevresez gwragez gouec'h a gounasant ; 
Laouer mamm ha he deger ar he ainrant! ^ 



XLIV. 

Ne gouraez pouetneouaz mor dianam, 
Leou mor hael, baran leou , loueber nouiam 
Ha Kenou , lari bron ^ adon tekam i 
Dinas ë dias ar led , eizam 
Dor angor y bezin buz eliosam ! ^ 

Er seul a gweliz hag a gwelam 
Emet, enn emzouen arev, greidgoured, gou- 

riam, 
Hef laze osouez a lavn lemmam , 
Mal broeo ez kouezeot rag he adam ; 
Mab Kledno klod hir i ti kanam , 

* Kywrein ketwyr cyfarQoant 
Ygyt yn un yryt yt gyrchassant 

Byr en hoedal hir eo hoet aren carant. 

Seilh gyroeint o Loegrwys a ladassant. {PUu G.) 

* Ogyvrysed gwraged gM^ych a unnethant 

Liawer mam ae deigyr ar ei hamrant. (Ibid.) 



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331 
laquèrent leur adversaire ave^ uDaoiinitë , avec 
une même rësolulion. 

Leur vie fut courte , longs les regrets qu'ils 
laissent à ceux qui les aimaient. Ils tuèrent sept 
fois autant de Logriens [qu'ils étaient de guer- 
riers] : au jugement des femmes, ils firent des 
prodiges : plus d'une mère en a eu des larmes 



aux yeux ! 



XLIV. 



Jamais il n'y eut salle plus parfaite ; lion plus 
généreux à face de lion , sur une plus vaste arène , 
que Kenon , au cœur joyeux; [jamais] plus beau 
chef j forteresse de guerre plus spacieuse , plus 
lai^e porte de salut pour une armée; [jamais] 
butin plus abondant ! 

Et de tous ceux que je vis et que je verrai 
[jamais] ensemble porter les armes avec le plus 
d'ardeur , avec la vaillance la plus héroïque , il 
était celui qui tua les ennemis de la lance la mieux 
affilée; comme des joncs, ils tombaient sous sa 
main ; 6 fils de Kiedno ! elle dur^a longtemps y 

^ Nj woaethpwyd neuad mor dianaf 
Lew mor hael baran lew Iwybr mayaf 
 chynoo lary vron adon decaf 
Dioas y dias ar ied eitbaf 
Dor anghor bydin bud ei lyossaf. [Ibid.) Eilyassaf. {Ueng.) 



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532 
Oc*h klod y heb or , heb eizam ! l 

XLV. 
Oc'h gwiavaez ha mezvaez degozolin , ^ 

Goun leiz mamm goureiz Eidol , enn ial. ^ 

Ermege rag bre. 
Rag bron buzigre , 
Breïn douere 
Gwebr eskenaial; ^ 
Kenrein enn kouezao , ^ 
Vel glas hed, am-n-hao , 
Heb kiliao kehaval , ^ 
Senouir, estouir, estemel, 7 
E ar gweilion gwebel , ^ 
Hag arzemel klezfal 
Blaen ankouen anhun ; ^ 
Heziou , enn dihun ^0 
Mamm reizin rouev tredar ! U 

■ Er saal a weleis ac a welaf 

Ymyt yn ymdwyn aryf gryt garyt guryaf 

Ef ladei oswyd a llafn lymmaf 

Mal brwyn y gwyddyot rac y adaf 

Mab clytDO clothir canaf yti 

Or clod heb or heb eithaf. (Plas G.) 

* wiDveith a medveîth dygodolyo. (/6td.) 

> Gwn leith mam hwrreitb Eidol yn ial. {Ibid,) 

* Ermygei rac vre 



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333 
ta gloire que je chante ; ta gloire sera sans li- 
mite , sans fin ! 

XLV. 

Par suite du banquet où coulèrent le vin et 

rhydromel, 

elle est mouillée [de larmes], je le sais, la mère 
du brave Eidol, dans la plaine. 

11 s'illustra sur la colline. Devant son ardeur 
victorieuse , les corbeaux s'élevaient et montaient 
dans les airs; les combattants tombaient, com- 
me un essaim azuré [de moucherons] , autour de 
lui , paraissant incapables de fuir , éblouis , agi- 
tés , épars , la lèvre livide , sous les coups du 
glaive à deux tranchants de ce noble [convive] 
du banquet de la veillée; et aujourd'hui, elle 
est sans sommeil, la mère de ce glorieux roi de 
la bataille ! 



Rac bron badugre 




Breeio dwyre 




Wybr ysgynnyal. 


[Ibid.) 


» Kynreio yn cwydaw. {Ibid.) Yn cynydaw. 


(Hengj 


* Val glas heid aroaw 




Heb gilyaw gybatal. 


(PUu G.) 


» Synwyr ystwyr ystemel. 


(Ibid.) 


• T ar weillion gwebyl. (Ibid.) Yar Deilyoo gwebyl. (Heng.) 


• Ac ardemyl gleddfal 




BlaeD ancwyn aDhom. 


(Heng.) 


«0 Hediw andiboD. {Ibid,) Hediu ar dihoo. 


(Hmg.) 


** Nam reidyn rwyf trydar/ (PUu G.) Mam 


reiddyn. (Heng,) 



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334 

XLVl. 

Oc'h gwinvaez ha mezvaez ez aezant 
E keDgen lorigogion ; ^ 

N'ez goun laz letkent. ^ 

KeD loueret heu laz dezarvu ! 3 
Rag Kaltraez , oez fraez heu lu 
Oc*h koskorz Menezok , maour tru : 
Oc'h tric'hant , namen un gour a devu , 4 



XLVir. 

Oc'h gwinvaez ha mezvaez , ez gresiasant 
Gouir enn red molet, eneit dic'hoant. 
Gloeou duU , ê am truUez , kedvaezant , 
Gwin ha mel ha mal amuesant. ^ 



■ wÎDveith a medfaelh ydd aeibaot 

Tgynhenlarygogyon {Plat G-) 

« Nit gwn lailh ledkynt. (Ikid. ) 

s Kyn Iwydred eu lias djdarfu. (Ilrid.) Cynlwyded eo leas dyd- 
darfu. {Hfng.) 

« Rac Gailraeih oed fraeih eu lu 



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355 
XLVL 

Après le banquet où coulèrent le vin et Thy- 
dromel, ils marchèrent au combat , les [hom- 
mes] cuirassés ; 

Je ne connais pas de récit de carnage [pareil]. . 

Si complet fut leur massacre ! A Kaltraez , ils 
formaient une armée bruyante , les guerriers du 
clan de Ménézok, le grand infortuné : de trois 
cents, rien qu'un homme ne revint. 

XLVIl. 

Après le banquet où coulèrent le vin et l'hy- 
dromel , ils se hâtèrent ces guerriers qu'il faut 
célébrer, [ces guerriers] prodigues de leur vie. 
En bel ordre, autour des liqueurs, ils s'étaient 
fêtés , ils s'étaient enivrés de vin , d'hydromel et 
de joie. 



osgord f ynydawr vawr dru 

trychant Damyn un gwr ny dy fn. {Plas 0.) 

» winveitb a medfeith yt gryssiasant 
Gwyr yu rheit moleit eueit dichwant 
Gloyw dull y am drnlytgytvaethant 
Gwin a mel a mal amwesant. [Plas fi.) 



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336 
Oc*h koskorz Menezok , * 
Adoui azwelioky 2 
 rouev a kolliz a' m gwir karant. ^» 

Oc'h tric'hant ri a lu ez gresiasant Kaltraez, 4 
Tru ! namen un gour ned azkorsaez ^ 

Hu beze enn kevrein prezent mab Peil ; ^ 
• ■•••••••>• .«. 

Ha re hu beze , enn e be atre "^ 

Hud ha moug Gododin oc*h gwin ha mez. ^ 

Enn diedink , enn kestrink estre , 

Hag adan , kadvanneu , koc^h , re 

Meïrc'h marc'hok , godrud ë bore. ^ 



• osgord vynydawc. {Ibid.) 

* Au dwyf adveyllia^c. {Ibid.) Am duy atvyliawr. {Heng,) 

s A rbwyf a golleis am gwir garant. (Ibid,) Rwy e ry golleis y 
om gwir garant. {Ibid. G. Mael.) 

4 drychant rhi a lin yt gryssiasant Gattraeth. ilbid.) Odrichant 
enrdorchawc a gryssyws ( Ibid. Ibid.) 

** Tru namyn un gwr ny alcorsaot. {Ibid.) Tru namen un gwr 
nyt angbassant. {Ibid, Ibid.) Ce temps est une faute grossière et 
manifeste de copiste ; et je n*ai pas hésité à la corriger. 



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337 
Dans Tarmée de Ménëzok , ce suprême gardien 
du passage [de Raltraez]^ j'ai perdu un roi de 



mes vrais amis. ^^ 



De trois cents chefs d'armée qui se pressaient 
à Kaltraez , 6 misère ! rien qu'un homme ne re« 
tourna chez lui! 

• •••>•■••••.•» 

Il fut vaillant dans le présent combat , le fils 
dePeil;** 

mais il eût été extrêmement vaillant, s'il n'eût 
été égayé et fasciné par la fumée du' vin et de 
l'hydromel de Gododin. 

Sans entraves , lancés ensemble dans la car- 
rière, et sous eux , des hommes de guerre , ib cou- 
raient sanglants , les chevaux du cavalier qui fut 
un héros le matin. 



* Ha bydei ygkywrein présent mal pel. {PUu G») 
» Ar J ehu bedei yn y ? ei aire. (IHd.) 

* Hat a mag Ododin o win a med. ^ ilbid.) 

* Yn diedingygkystringystre 
Ac adan catvannaa oocbre 

Veirch marchawc godrud y more. (Criek.y 

*^ Le roi Owen. (Yoy. plus haot les strophes I et V.) 

* * Peil était fils de Liwarc'h-Henn ; le guerrier dont il est ici 
question était petit-fils du barde-roi . 

22 



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338 
XL VIII. 

Anker deour daen; ^ 
Sarf seri graen , ^ 
Sanki gouroum gaen , 3 
Enn blaen bezin ; * 

Arz ai'wenaoul , 
Trusiad treisiaour, ^ 
Sanki gwaevaour ^ 
Enn deiz kadouenaour , '^ 
Enn klaoz gwernin ; ^ 

EUNezikNar, 
N'ex dûug, troue bar, 
Gwlez adar, 
Tredar trm?^ 

Kewir az gelver o'z enwir gweizred, ^^ 

* Ângor deur daen. (Crick,) Angor deor daen. (I6id. G. Mael, 
aux varO ^^^ ^^^îo- [Jàid» Ibié.) 

* Sarph seri raen. (Ibid.) Sarph saphwy graen. (Ibid* G. Mael. 
aux var.) Sarph saffwy grain. {Ibid* Ibid.) 

* Sengi urymgaen. {ibid.) Ânysgogel vaen. {Ibid» Q, Mail, aux 
variantes.) 

* Tmlaeti bydin. {Ibid.) Blaen bedin. (Ibid, loc. mp. cil.) 

>< Agih arnynawl dru68yai dr6Î8&yawr. {Hêng.) Artk arwynawl. 
iPUsQ,) 

* Sengi uaenawr {Heng.) Sengi waywawr< (Plai Cr.) 



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3S8 
XLVIII. 

Brave répandant la terreur; serpent redou» 
table aux barbares , tu foulas aux pieds les noires 
armures, en avant de Tannée; 



Ours furieux, boulevard contre redresseur, 
tu foulas aux pieds les lances au jour de la con» 
fédération , dans la tranchée [pleine] d'aunes ; 



Second NezikNar,^^ ne préparft5-4u p»,6D ta 
fureur, un banquet aux oiseaux cle proie, dans 
le tumulte du combat? 

On te nommait le juste à cause de tes actions 
équitables, 6 chef, 6 guide des combattants sur 



' Y&dyd cadwynawr. (Hmg.) Yn dyddctdiawr. (Pèai 0.) 
^ Tgkkwd gwemio. (ibid.) 
»EilNedicNar | 

NtittB doc^nffVât 
Gwledyâdir 

Drydar drin. (Cftdk.; 

•0 Kiwif ytii etwir enwir weillifCii. (HMif .) Ottieanir weiifared. 
{PUu 6.) EDwir yt elvir oUi gywir wehlrM. (Md. 0. Mâd. mu 
ttriames.) 

*• Nain qai diise «■ rond. [?oy. les notea.] 



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34a 

Ragan , roueviadour mur kadouiled , ^ 
Merin^ mab Madied^ mad ez ganet! ^ 

XLIX. 

Ardeledok kanu keman kafat 3 
Kedouir am Kaltraez a gounaez brezred, * 
Brezhagwear, sazarsanket. ^ 

Sanki uz Gwened ^ bual , hemp talmez ^ 
Ha kelanez keouiringeti "^ 
Ned adraoz kibno ket, 
Pe keman keîn daeret, 
Gouede kefro kad. ^ 



I Rhagan rwyuîadwr mur catailet. [Heng.) Rhagaf rhwy^adwr. 
{PUu (r.) Rettor rwyfyadar mur pob Kiwet. {IMd, 6f. MaeL aux 
variantes.) Rector rbv^yvyadar. (Ifyvyr. Àreh, i. p. 62.) Là va- 
riante r^ltor ou r«c(or , mot puremeat latin, indique qu'il faut 
lire ragan. 

* Merin a Madyen matyth anet. {Heng,) Meryn mab Madyeith. 
(PUu G» G. Mael. aux variantes.) Meruyn mab Madyeith mad ytb 
anet. (Myvyr. 4. p. 62.) 

* Ar dyledawr canu cyman caffat. {PUu G.) Erdiledaf canu ci- 
man cafia. (îhid. G. Mael aux variantes.) 

* Ketuyr am Gattraetb a wnaetb brythret. {PUu G.) Yn oetwir 
am Gatraeth ri guanaid brit rec. {Ibid. (pc. sup. cU») 



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344 
le rempart; 6 Mérin j fils de Madien , si heureu- 
sement ne ! 

XLIX. 

C'est un devoir [pour moi] de chanter tout ce 
qu'acquirent [de gloire] les compagnons qui fi- 
rent la guerre à Kaltraez ; [de chanter] le tumulte 
et le sang débordant, celui qui foulait foulé [à 
son tour] aux pieds; [de te chanter], toi aussi, 
ôchefde Gwéned, ô buffle, qui foulas sans re;- 
làche les cadavres des guerriers ! Mais je ne rap- 
pelle pas la mesure du tribut [et] à combien de 
blancs ^ nous fumes taxés , après le tumulte de 
la bataille .- 



«» Brithwya wyir satbar sanget. (PUu G.) Briih a uyar. {Heng.) 
Britgae ad guiar sathar sanget. [Plas G. G Mael, aux varianteâ.') 

* Sengi uitgwyoed bual am dalmed. (tbid.) Sengit guit guned 
dial am dal med. {Ibid. loco $mp, cU.) ■" 

' Achalaned cynyringet. (/6id[.) gaianed mes riget. (Ibid. 
loeo $up, eii.) 

' Nyt ardrawd cibno ced. {Heng,) 

Nyt adrawd cibno widi cyflGrocad ced. {Plas (i.) 

Nia cibno guedi cyffro cat. 

Kevei cimwyn idau ci?i daeret. {tbid. locotùp. cit.) 

* Espèce de monnaie : en latin toliduê : dans les lois galloises 
da X« siècle, keinok; en breton*armoricain , gwennek. 



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342 



Ardeledok kanu keman oc*h pri , ^ 
Tourv , tan ha taran ha reverzi , 
Goured arzerc'hok marc'hok meski , 
Ruz medel j revel a eizuni ; 
Gouir gouned divuziok dimoungiei 
Edd kad j ocIol ment gwlad éz e klevi ; 2 
Hag he eskouet ar he eskouez, hed a rolei^ 
Laen , mal gwih gloeu oc'h gwezr lestri , 4 
Arîant am é gwez , aour telei , ^ 
Gwinvaez;GwaednerZ) mabLeourî. ^ 



LI. 



Ardeledok kanu klaer gorc*horzon 
Ha f gouede terraez , deleinou avon , '^ 
Digonez lovlen penn ereron 
Louet. Hef gore bouet ê eskiolion , 

' Ardeledawc canu kyoïao o vri. (Hm G) 

* Turf Un a iharao a rbyuerlhi 

Gurbyt ardecbawc marchawc mjsgi 

Rud Tedel rhyfel a eiduni 

Gwr gwoed divodiawc diinjngei 

Ygat ormeÎBtgwlatyt y clywi. (/M.) 

- Ae ysgwyi ar y ysgwjd had arroli. (/M.) Hal a roli. {Heng.j 



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343 



d'est un devoir^ tle chanter tant de gloire , de 
tumulte y de feu, de tonnerre et de tempêtes; [de 
chanter] la vaillance sublime du cavalier de la 
mêlée 9 du sanglant moissonneur avide de com- 
bats; [du cavalier] qui décapita inutilement des 
guerriers de cœur dans la bataille, et dont on 
entendait [parler] dç maint pays; [du cavalier] 
qui, sou bouclier sur son épaule, faisaU couler 
le sang comme le vin brillant [qui coule] du cris- 
tal dans des coupes entourées de cet^cles d'ar- 
gent à l'ouverture, d^or à Tintérieur, pour le 
banquet; [du cavalier] Gwadœrz, fils de LéourL' 



U. 



C'est un devoir de chanter les illustres chefs 
qui, à la suite du combat, firent déborder [de 
sang] le fleuve; qui, de leurs captures, rassasièrent 
le bec des aigles gris. Paraii ceux qui les gçrgè- 

4 Wmb mal gwio gloew o wjdc lattri. (Mot 6.) Uon mû gwis. 
(Heng.) 

* Amm am ytet aur dylyi {Ibid.) Âriaoi an y ved e«r. (Bmg.) 

• Gwinvaelh oed Taetnerlh ^ab Llywiri. {FUt$ ff.) VaeUieilii 
Ljarî. (Hing.) 

' Ardyledawc canadaer orehyrdon 
A gwedy dyrraiil dylekiu afon. ( /èûi.) Dyleîau aaron. (PEoifif.) 



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344 
Oc^h a aez Kaltraez, oc^h aour torc'hogion y 
Âr negez Menezok , menok maon ^ ^ 
Ned oez, enn diwarz, oc'h parz Breton * 
Gododiii, gour bell, gwell na Kenon. 5 



UI. 

Ardeledok kauu keman kigweinit ^ 

Laouen logel , bît^ 
' Bou di (Kc'hoant, ^ 

Ha mennei enn kelc'h bit 7 
Eidol anant ; 
Er aour ha meîrc'b maour ba mez mezveipt. ^ 

Namen un ne delei oc'b bouet bofeint 
Kenzelik Àeron gouir annofeint. ^ 



« DiDcomes lovlen ben eryron 
Luyl ef goreu vuyi y ysgyolyon 
' Or • aeth Gàttraeth aurdorehogion 
Âr neges Mynydauc myoawc maon. (Ibid.) 

• Ny doeth yn dîwarth o bartb vrython. {PUu 6f.) Oed odlt îmit 
barlh Vrython. ( Ibid. loc. sup. cU.) . 

^ OdodiD wr bell w«ll no Cbynon. {PUu ff.) GododUi bell gaell 
no Cbenon (Ibid, Ibid.) 

* Àrdyledawc canu cemann cynreinl. {Ibid,) Ceman kyareiût. 
{Ploê G,) Erdyledam cana y eenon cig uerea. {Ibid, loe, mp, 
cil,) flrdiledaf caon cioian ci guernit. ^Ibid, Ibid,) 



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349 
rent le mieux , parmi les héros qui allèrent à Kal- 
traez, parmi les hommes aux colliers d'or, du 
clan de Ménézok, chef du peuple, il n'y avait 
point, en vérité, du parti des Bretons de Godo- 
din, un homme de guerre supérieur à Kenon. 



IJl. 



C'est un devoir de chanter Thorrible boucherie , 
[qiii eut lieu] dans la saUe joyeuse, les muids cou- 
lants dédaignés, ces muids qu'on faisait circuler 
aux accords d'Eidol ; [déchanter] l'or et les grands 
chevaux et Thyromel enivrant 

Rien qu'un ne revint du trop délicieux ban- 
quet de tous les guerriei^s indomptables de Ken- 
zelikd'AéronJO 



» Llawen llogel byt. (/6i4.) Uawen llogel bit. (/M. \oc. 
sup. eU.) 

* Ba didichwtnt. (/6ût.) Badit did dî. {ExplicU. Ibid, Ibid,) 
' Htt mymieî eDgkylch bit. (Ibid.) 

* Tr aur a meirch maur a mad meddweint. {Ibid,) Peu de pas- 
sageadn Qodoàm oot été plu altérés qoe eeloUci» et je ne ré- 
ponds pas de mon texte, en cet endroit. 

* Namyn yn y delei o nyt hoffeint 

Gyndilic Âeron wyr en o naot. (llnd,) 

•0 Ce chef était petit- fils d*Anearin, selon certains maniiscrîis ; 
selon d'autres, petit-fils de S. Gildas, frère du barde. 



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346 



un. 

Àrdeledok kanu klaer gorc*horzou 
Âr negez Menekok , menok maon , 
Ha merc^h Eudaf-hir , treis gwanao bon , i 
Oez porfor gwiskiadur , tir amtroc^hion ; 2 

Deporzez meiner molud neived. 5 

Baran tan teriz ban keneuet , 4 

Diou Meurz , gwiskiasant beu gouroum tuzed ; ^ 

Diou Merc'ber, perizentbeu kalc^hdoed ; 6 

Diôu leu 9 bou dibeu beu diwed ; 7 

Diou Gwener, kelanez amzouget ; g 

Diou Sadourn, bou divurn beu kedweizred ,9 

Diou Sul, beu lavueu ruz amzouget ; ^^ 

Diou Lun , bed penn glin gwaed lenn gwelet ; i^ 

Ned adraoz Gododin , gouede luzed , i^ 

* Ardjfledawc carnu daer orcbyrdon 
Ar Deges Mynydawc mjnaac maon 

 merch Eadafbir dreit gwanaw hon. (/6fd.) Dieis gwaoâwhoo. 
(Heng,) 

* Oed porpbor gaysgyadur dir amdrychioD. {Ploi Q.) 

* Dyph^rihes neinyr molud nyvei. (Ihià,) 

^ BtraD tan tevyd ban gyneuet. (Uing.) Tebibit Usteryd Irai cûh 
ncoed. (PUu 0. à la saite da G. Mael.) 

* DuQ manrih guisgyasani y gwrym ditdet. {IHd.) GwiacisaaDt 
eu cein dohei. {PUu G* loc. tup. cU.) 

* Duw merchyr peryddeîni eu calchdoet. (/Md.) Diw mercbyr bu 
guero eu cit uoet. (Plas G.) 



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547 



un. 

C'est un devoir de chanter les officiers illustres 
du cfan de Ménézoky chef de peuple et [du clan] 
de la fille d'Eudaf-le-Grand ; *^ celui-ci [mainte- 
nant] ënervë par l'oppression y<|ui jadis était vêtu 
de pourpre et dont la terre est morcelée;. • . . 
du clan de la jeune vierge qui remporta le prix 

de sainteté 

Semblables au feu ardent allumé sur la monta- 
gne , le mardi , ils revêtirent leurs sombres ar- 
mures ; le mercredi , ils fourbirent leurs cuiras- 
ses émaillées ; le jeudi , leur destruction devint 
certaine; le vendredi ^ ils emportèrent des ca- 
davres ; le samedi j leurs travaux de fortifications 
furent ruinés ; le dimanche , ils remportèrent 
leurs lames rougies ; le lundi , on vit une mare 
de sang leur monter jusqu'aux genoux; et le Go- 

' Dyvyieu bu dilMu eo diitoei. (Ibid.) Ceunaideu amodet. (Ploi 
Q. loe, sup, cil.) 

' Daa gw^ner ctlaoed amdjgei. {Itrid.) C^ned a cimvet» 
(Plas 0. loc, sup. eti.) 

9 Oui sffdwro ba divsni eu cytueitbret. (JM.) Bttdidwro en cil 
goeîthret. (PUu 6-) 

*o Dttu w\ en lavoeu rbud amddyget. (Heng.) Dio sql rud a al 
raobei. (Plas G. loe, tup. ctl.) 

** Daa IloD byl ben doa gaaelloD goelet. (Ibid,) Dia Urni byt 
beao clao gKraedkio gueiel. {Plas G.) 

<* Neos adrawd Gododin gwed)ftluddel.(/M'd.) Nys adraud Godo- 
din gwedy lludet. (Plas G.) 

(^ Elle se nommait Hélène. 



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348 
Rag pebel Madok , pan azkoret , i 
Namen un gour oc'h kant j enn e delet. ^ 

LIV. 

Moc'h douereok ébore, ^ 
Kenniv aber rag estre. * 
Bou boulc'h, bou toulc'h tande ! ^' 
Mal tourc'h eteouesezt' bre; 

Bou gwlpuz mounous ! bou le ! ^ 
Bou gwear gweïlc'h gouroumde ! '^ 

Moc'h douereok ê meitin ,8 
A kennin aber rag fin ; ^ 
Oc'h dines tiwes enn dilîn : ^0 
Rag kant hef gwant kesevin. ** 

Oez garv e gouneouc'h c'houi gwaed lio ! 12 

' Rac pebyll Madawc pan atcoryet. (Ihid.) Hir rac pebyll Ma- 
dauc panatcorhet. {PUu G.) 

* NamyD un gwr o gant yn y ddelhet. (Ibid.) Ce vers manque 
dans les variantes da manuscrit. 

3( M oeh dwyreawe ym more. {PUu G.) Mùch aniîreit t more. 
(Ibid. loc. tup, cit,) 

*■ Oynnif aber rac ystre. (Jbid.) Y cinim a pherym ac stre. 
{Ibid, ibid.) 

» Bn bwich bu twtcii tandde. {Ibid,) 

• Bu golut mynut bu le. {Pla$ G.) Bu gootnt mynat bu le. {Ibid. 
aux variantes.) 



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349 
dodin ne compte, après le désastre , devant la 
tente de Madok, quand il revint, qu'un guerrier 
sur cent de retour. 

UV. 

aussitôt le lever de Paurore , les combattants 
affluent dans la carrière. 

Quelle brèche ! quelle montagne de flammes ! 
Comme un sanglier tu laboures la colline ! 

Que de richesses englouties ! quelle multitude! 
que de sang sous les noirs faucons ! 

Aussitôt le lever [de Tastre] du matin ^ les 
combattants affluent devant les remparts , suivant 
de près leur général. Lui, entre cent guerriers, 
il atteint le plus éminent. 

Ce fut rudement que vous fîtes couler le sang ! 

' Bu gwyar gweilch gwrwnde. (Ibid,) Ba guanar gaeilgin gar- 
jmde. (/&ûI.(oc. ctl.) 

• Moch dwyreaucy meiitin. {PUu G.) Toi eilin. '{Heng.) Moeh 
arTireit i meitit. (PUu 0. U>e. sup. cil,) 

* gynra aber rac ùu. {Ibid.) 

" Odiuysynlyoys dylin. (Hêng.)0 dywys tywys yn dylin. (Pta$ 
6.) douis ia towys eo ilin. {Ihid. loeo iup, ciUUo.) 

Il Rac cant ef gwant cessefln. (Ibid.) Rac cant em gwant ces- 
senin. {Ibid. lœ. tup. dl.) 

** Oed gara y gWDewchui waetlin. {ibid.) 



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3B0 
Mal evet mez, troue c'hoamûl ^ 
Oez gleou e lâzouc'h c'houi denin , ^ 
Klezeval, diwall feskiolin ! ^ 

Oez mor diac'hor ez laze ^ 
Eskar gour haval enn e be. ^ 

Diskennouiz enn afoue'z tra penn ; 
Ne deliiz gen-it kevrennin penn ; ^ 
Diskiaour breint bou az laz ar gagen ; '^ 

Kennezev , Owen ^ eskennu ar esire ; ^ 

Estonk ken goror , gore kangen ! ^ 



Diled , deleoum kazleu dilen ^^ 
Levi leviodez , rouec'h hag asken 
AnglaSy bà he souezeu; lovlen ^^ 
Deporzez a he lao; lorik gwehen ; *2 

< Mal ivet med neu win. {JM, loc, iup. dl.) 

* Oedlew y ladeuch cbwi dyuin. (/M.) Dyvio. (Heti§,) Oed nor 
giMBauo idiDin* (PUu G) 

» Cleddyfal dywal flyscjolin. (IM.) 

* Oed mor diachor ytladei. {PUu G») Oed mor diachar yl wanei 
escar. (ihid. loc. tup. cit.) 

* Esgar gwr haval yn ybei. (Ibid.) 

« Dysgyonwys yn apbwys dra pbenn 
Ny deliitgynytcywrenmobeD. (/6ùi.) ' 



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35i 
[Ce fut] comme vous bûtes l'hydromel, [ce fut] 
en riant ! Ce fut vaillamment que vous tuâtes des 
hommes, à coups d'épées, 6 terribles héros ! 

Ce fut très irrésistiblement qu'il tua lui-même 
tout guerrier ennemi qu'il trouva son égal. . . 

Tu descendis précipitamment des hauteurs ; 
[mais] les chefs, tes compagnons , n'allèrent 
point avec toi ; ta mort, sur la brèche , fut la 
ruine de leurs privilèges; 



D'ordinaire, Owen , tu étais monté sur ton 

cheval; 

[et te voilà] abattu devant la tranchée , toi , le 
plus beau rameau [de ta race ! ] 

C'est sans mesure , c'est sans fin que je lui 
dois des chants à ce chef des chefs , sur qui s'é- 
tend et que presse [maintenant], ainsi que ses 
officiers, un tertre vert ; 13 [à ce chef] dont h 

' Diflgîawr breint va e lad ar gagen. (Hêng) 

* Cynnedyf y Eweîn eskynna ar ystre. (IMd). 

* Ystang cyn gorot goreu gangeo. (Ibid.) 

*o Dilyd dyleyn cathleu dilin. {J(nd,) Cathku dilen. {Heng.) 
'< Llyui llivioded niych âc asgen 
ÂDglas asswyden loYlen. (PUu G.) 
** Dyphorthes a e law luiiic wehio* (/frûl.) 

* * Taliésin, pleurant Oweo, dît aussi : « le chef de Reghed est eaché 
soQs un Urlre verl. [Voy. le Chani demœl d'Choen, fils d'Urien.] 



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352 
Demgwaleu gwledik tal oc'h priz prennial. ^ 



LV. 

Eidol adoer kreu; granuaour gwenn; 
piskiaour pan be Bun barn penn , 
Perc'hen meirc'h ha gouroumseîrc'h 
Hag eskouedaour iaen. 
Kevoed .a keverger , eskenn , diskenn , ^ 
Aer tîwes , re tiwes revel , 
Gwlad y korz kare ; gourz medel 
Gourz gwerez gwaed am irwez : ^ 
Sankiad am seïrc'h ; meirc'h sankiad 
Seirc'hiok. Nam gruz ez bez ^ 
AV delou laz drougiaour luzed , 
Peleder enn heis enn dec'hreu kad. 
HeiDt amgoleu , bou godeu peleidriad ; ^ 
Keint am naot ; am divet è kel ^ 



I 



Dymgualau gwledio dal oe brid breanyal. (/6id.) Dymwalaii. 
(Heng.) 

* Eidol adoer creî graoaawr gwyn 
Oysgiawr pan tei Ban barn beon 
Perchen meirch gwrymseircb 

Âc esgwydaur yaen 

Cyvoet a gyvergyr escyn discyn. {PUu G.) 

* Aer dywys ry dywys ry vil 
Cwlat gordd garei gwrd vedel 



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353 
main fit tant de captures ; dont la cuirasse est 
vide [maintenant], et dont Targile et le bois du 
cercueil environnent le front de roi. 



LV. 



Le sang d'Ëidol est glace j son visage est blê- 
me ; la décision de Bun a été la ruine du pays 
de ce chef, si riche en chevaux et en noires 
armures et en boucliers brillants. Avec les 
guerriers de son âge, il attaque, il monte, il 
descend , ce roi de la bataille , ce bouillant roi 
de la guerre qui aimait son pays et son clan ; ce 
moissonneur ardent , ardemment fait jaillir le 
sang autour [de lui] sur Therbe : il foule aux 
pieds à la ronde les harnais ; les chevaux , il les 
foule aux pieds harnachés. Mais autour de lui , 
ils ont sur la joue Timage de la mort [peinte], 
ses malheureux compagnons appesantis y dont les 
lances furent affaiblies dès le commencement de 

Gwrd neryt gwaei am irwed. (Ploê 6») 

* Seingîat am seirch seingiat 

Seirchîawc am gnid yt Yedd. (Beng.) Am y nidd. {Plas G-) 

* Ar delw leilh drygyawr ladet 
Peleîdyr yn eis yn dechrea cat 

Hynt am olen bu godea beleidryat. (Ibid.) 

* Ceint amnad am divad y gell. {Ibid.) Seint amnani am dina dy 
gell. (PUu G.) 

23 



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354 
Hag estavel ez beze derledel 
Mez melus, maglaour, 
Gourez aer ken kles gan gwaour ^ 
Ged lues Loegrouiz liwedaour : ^ 
, Re pened ar hed é attaour ! ^ 



LVI. 

Geillt Gweuez klever he arzerc'hez : 
Gwan am bon bet mez ; ' 
Safoue radaoDOue Gwenez , 
Taro bezin , treis tria teirnez j 
Ken keouez hef daear, ken gorvez ^ 
Bet orfin Gododin bez. ^ 



fieziû gorzevnat enn ageru 
M enok luezok , lao c'houeru ; 
fiou doez ) ha koez , ha seberu , 
Ned oez hef ourz kevoez goc'houeru ; ^ 

* Âc ystaveU yi vydeî dyrlydel 
Med melys maglawr 
Gwrys aer gayuglys gan uawr 

Cet luys Loergrwys liwedar. {Ilnd.) 

* Rhy benyt hyd ydd attawr. (Ibid.) Ar hyt y attawr. {Heng> 
s Eilll wyned clywer y ardercbed 

Gwananhon byt ved. (PUu G.) 

* Safwy rodanwy Gwyned 



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355 
la bataille. D'éclato de lumière environné , le 
retranchement est rayonnant; la guerre enve- 
loppe la vallée; elles enveloppent, elles consu- 
ment le cellier et la salle où coula Thydromel 
mielleux et enivrant, les flammes de la guerre 
allumée dès l'aurore par l'armée de 1& nation 
Logrienne : châtiment excessif suivi de repentir ! 

LVI. 

On entendra les rochers de Gwéned [ procla- 
mer] son renom ! "^ Pour lui aussi fut fatal Thy- 
dromel ; [pour lui qui] de sa bnce comblait de 
dons Gwéned ; pour ce Tauneim d'armée , supé- 
rieur aux rois du tumulte , avant que la terre ne 
l'emprisonnât, avant que les frontières de Gô- 
dodin ne fussent le tombeau où on le coucha. 

[Il avait] une armée accoutumée [à coral)attre] 
dans les brouillards, le chef belliqueux à la main 
rude; il était sage et brave et magnifique; il 
n^était point dur pour les siens; l'argent gagné 

Tarw bydin treis trio teyrned 

Gyj) kyuefi i daear cya gorved. (Plas G.) 

• BytorfTuD Gododin bed. (Ibid.) Byt or6n. (Ueng.) 
Bydin orddyvnat yn a^rtu 

M ynnawc luydawc law chweru 

Bu doeth a choelh a syberw 

Nyl oed ef wrlh gyfed gochweru . (Ploi G.) 

' Le reaom d'Eidol. 



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356 
Buzen keïnion , ar heu helu , ^ 
Ned oez ar les bro pob delu. ^ 

LVII. 

— a Hon gelver ! mor ra kenouer enn plem- 
» Doued ! 
» Emtrefrouet peleder , peleder gogemouet ! 
D Goglesir haearn lemet , lavn enn ased ! 
» Serzir é konin enn tredar 
D Gour frouezkoun, flammdir, rag eskar! ^ 

» Deporzet kad meïrc'h ha kad seirc'h 
» Kreulet aV Kaltraez koc'h re ! 

» Mae blaenouezy bezin dinas ! ^ 

» Aer ki gwec'h gwarz bre! ^ 

» Hon gelver-ni! Ban klaer gwere ^ 

D Ec'hadav eizen : haearn de! » "^ 



I Badyn geioyon ar eu hela. (OteJk.) Mudyn. {Heng,) Gnissint 
gusvilon ar e helo. {PUu 6. aax yar.j 

* Nyt oed arles bro pob delà. (Ihid.) Nit oed ar les bro bot 
ero. (Ibid. toc. mp. cU.) 

* An gelwir mor a cbynnwr ym plymnwyt 
Yntryvruyt peleidyr peleidyr gogymayt 
Goglyssor hayam Hveid lavn yn assed 
Syrchyn ygkomn yD trydar 

Gwr ffrwythlawn flamddar rag ysgar {ibid,) 



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357 

qu'ils possédaient y ne profita pas au pays ta- 
toué. 8 

LVII. 

— (X Appelons ! que la mer [monte] jusque dans 
» la mêlée ! échangeons nos javelots , nos javelots 
» paiement terribles; poussons le fer aigu, la lame 
y> meurtrière! qu'elle tombe dans le tumulte, la 
y> couronne du guerrier replet , à Tacier de flam- 
y> me y [la couronne] du chef ennemi ! - 

D Qu'il ramène ses chevaux de bataille et ses équi- 
» pages de guerre dégoûtant de sang , du sanglant 

» combat de Kaltraez ! 

» Le voilà sur la hauteur, le fort de notre armée ! 

» Le chien de guerre héroïque domine la colline ! 
» Appelons-nous ! levons notre étendard brillant 
» au point culminant du champ de bataille ! pous- 
» sons le fer ! — » 

4 Dyphortbeit cadveirch a cbadseirch 
Grenlet ar Gattraez cochre 
Mae blaenwyd bydÎD dînas. {Pku G-} 

• Aergigwyth gaarth vre. (ibid,) 

• Ad gelwir ni flaw glaer ffwyre. (ibid.) Fanglaer wyre. (Heng.) 
' Echadaf heydyn haearn de. (Ibid,) 

' Littéralemeoi : Le buHn de blancs [de soas] en leur po$$e$tion 
nefulpoiou pro/U du pay$ de toute espèce de figures , c'est-à-dire 
du pays des Scois ou des Pietés, qui se peignaient le corps. 



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358 
LVIIl. 

Menok Gododin , traez e antor , * 
Menok-amrann koueniator, 
Rag eizen arial flamm ned azkor ; ^ 
Hef dodezhef, diles, enn kenhor; ^ 
Hef dodez rag trusi teodor; * 
Enn arial ar trewal diskennouez; ^ 
Gan leouez porzez maour pouez. ^ 
Oc^h koskorz Menezok ne diankouez 
Namen unarev, ainzirurv, amzifouez. '^ 

Oc'h gwlez bore hef ne bon aesaour, 
Deporzen traez , e ennin laoùr ! 
Re dougoc'h he lovlen glas lavnaour; 
Peleder pouez periglen penn periglaour. ^ 
Hefar gorwez erc'hlaSy peûQ-é*>mezaour, ^ 
Trin degouez trouc'h trac'h he lavnaour, ^^ 
Pangorvez; oc'h kad ne bou foaour, ^* 

* Meoawc Gododin traeth e annor. (PUu G») Traeth y anoor. 
, (Heng.) 

* Menawc am rann cwyohyalor 

Rac eidyD arial pblaro nyt atcor. (Plas G ) 
^ Ef dodes ef dilys ygkynhor. {Ibid.) y gephor. {Beng.) 

* Ef dodes ractrisi teudor. (Ploï G.) Raotrasi. (Heng.) 
» Yn aryal ar drywal disgyonwys. (Ibid.) 

« Gan llewes ponhes mawr bwys. {Plas G-) Can lieues porihcs 
mam bwys. (Heng.) 

' osgord Vynydawc ni diang^ys 



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359 

Lvm. 

Le chef de Gododin , i2 au point sans brèche 
du rivage, le général en chef que Ton pleure, 
n'avait point reculé devant la flamme ardente du 
conflit; il s'était placé lui-même, inébranlable, 
au passage principal ; il s'y était placé à la tète 
d'une garde compacte ; avec vigueur il avait fon- 
du sur les [ennemis] dispersés ; avec vaillance il 
avait porté une grande charge. Du clan de Mené- 
z^k , il n'échappa qu'une arme tout informe et 
toute mutilée. 

Quoique, par suite du banquet du matin , il 
n'eût pas de bouclier, il défendit bien le rivage , 
il brilla au champ de bataille! Le glaive bleu de 
sa main porta des coups rapides; le poids de ses 
javelots mit en péril la tête de quiconque l'af- 
fronta. Monté $ur son coursier gris , le chef des 
chefs y il faisait tomber les ennemis sous les coups 

Namyn yn aryf amdyphryf amddilwys. {Plas 0-) 

• Ogoledmoryefoy bu aessawr 
Dyphortbyn Iraetb y eonyo Uawr 
Rhy duc oe lovlen glas lavnaour 

Peleîdyr pwys preiglyn beo penglawr. (Pieu G.) 

* Y ar orwyd erchlas peoweddawr. (Ibid.) Penifedawr {Hmg.) 
*<> Trio digwyd irwcb tracb' y lavoawr. (Ihid.) 

*' Pan orwydd oc cad ni bu ffbawr. (/Wd.) Par orwydd. (Heng.) 
•* Le barde veut saiis doute parler de Méiézoà. 



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360 
HoD derled molet mez melus, maglaour ! i 

LIX. 

Gweliz ê doull , oc'b penn-tir Adoen , 2 

Âberz am Koelkerz , a diskennen' ; 3 

Gweliz oez kennevin ar trev Redegein , * 

Ha gouir Nouezon re kolesen' ; ^ 

Gweliz gouir ddliaour , gan gwaour^ azdeuen\ 6 

Ha penn Deuvnwal-Brec*h , breîn a he knoen' ; 7 

Mad mudik ; eskavn gwenn askora advaon 

Ha he glasok tebedok , tra mordoui gallon. 

Gouraol , amzefrouez , gormaour ê lu, 

Goured bron , gourvan , gwan beu armeu , 

£ kennezev diskenni ragnao riallu , 

Enn gwezgwaed ba gwlad ba gorzevneu 1 ^ 

ft Ad dyrlys molet med melys maglawr. (ibid.) 

* Gweleis y dwll o beno tir Adoen. {Plat G.) benn tir Odren. 
{Heng.) Gweloys y dull o bentir Adoen. (Plas G. aux variantes à la 
suite de Gododin.) 

> Aberth am goefcerlb a dysgynnyn. {Ibid.) Aberlhach goel 
certh a ymddygyn. ( Ibid. Ibid.) 

* Gweleis oedceyuevio ar dref ffledegein. {Heng.) Dref Redegein. 
{Plas G') Gweleis y ddeu ac eu tre ry gwyddyn. (Ibid, ibid.) 

* A gwir Unytbion ry golessyn. (Heng,) Gwyr Nwython. (Plas 
G.) eir NunytboD ry godessyn. {Ibid. Ibid.) 

* Gweleis gwyr dullyawr gan awr addeuyn. {Ibid.) Gweleis ywyr 
tyll vawr gan uawr adsen. {Ibid. Ibid.) 

'A pbeu Dyfnual a breicb brein ae cnoyn. {Ibid,) A phen Dy- 
Tynnal vrych. (Ibid. Ibid.) Dyrynaul Trych. {Heng. aux Tariantes 
du Gododin.) 



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361 
de sa lame y quand il tomba lui-même; mais il ne 
s'enfuit pas du champ de bataille , celui dont on 
doit célébrer Fhydromel doux et enivrant. 

LIX. 

J'ai vu des flots [de guerriers] qui , du promon- 
toire d'Aédon, ^ descendaient pour la fêle du 
Koelkerz; *^ j'ai vu ce qui était d'usage dans la 
cité de Rédeg , et les hommes de Nouézon perdus 
par leurs excès ; ^* j'ai vu des guerriers en ordre 
de bataille , dès l'aurore arriver , et la tête de 
Domnal-Brec'h que des corbeaux dévoraient. [J'ai 
vu] des richesses enlevées^ un monceau blanc d'os- 
sements d'envahisseurs aux bannières azurées, d'é- 
trangers venus d'au-delà de la mer; une grande 
armée vaillante, entourée d'eau, au cœur magna- 
nime, tumultueuse, aux armes affaiblies, résolue 
à tomber devant cent mille hommes, à verser 
son sang pour son pays et ses coutumes ! 

' Mad madic ysgafn uyn asgwrn advaon 
Âe lassauc lebebauc tra mordwy a ion 
Gwrawl amddoyvrwys goruawry 1o 
Guryt vron garvan gwan au arueu 
T gynneddyf disgyoou rac naw rialla 
Tg gwyd gwaed a gulat a gordifoeu. {Plas G-) 

* Plusieurs des forts de la tranchée se nommaient ainsi ; selon 
Camden , à cause des escadrons de cavalerie qui y séjournaient. 
*® Voyez les notes et éclaircissements. 

*' Nouézon était petit-61s de Raou, et par conséquent nevea 
d*Aneurin. 



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362 
Karam të buzik leizik , tra bou anaou , 
Kenzelik Âeron , keneu leou ; ^ 
Karasoun diskenni enn Raltraez kesefin , 
Gwerz mez enn kentez ha gwirod gwin ; 
Karasoun ne kablouez ar laîn , 
Ken bou ë laz oc'h glas ufin ; 
Karasoun eil klod deporzez gwaed lin , 
Hef dodez he klezev enn goezin : 
N'ez adraoz goured rag Gododin ? ^ 
Na be j mab Keidio ^ klod un gour trin ? 3 



LX. 

Truan eogen-em, gouede luzed, 
Gozav gloes anken troue ankevred ! 
Hag eil troum truan gen-em-me gwelet 
Degoueze bon gouir-ni penn-oc'h-traed î 
Hag uc'hened hir, hageilioued 
Enn holl gouir peber , temer tutoued , 
Ruvon ha Gwgan Gwion ha Gwlighed, 

' Caraf dy vuddir leitbic a vu anau 

Cpdilic AeroD cenheu lew. {Ibid.) 

* Carasswn disgynna y Gattraeth gessevin 

Gwerlh med ygkented a gwirawd gwin 

Carasswn neu chablwys ar lain 

Cyn bu y lias ae las upbin 

Carasswn eil clôt dyphortbcs gwaellin 

Cf dodes y gledef y g goethin 



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365 
Je veux [voir] ton trône triomphant , tant que 
mon inspiration durera , 6 Kenzelik d'Aeron , 6 
fils de lion ; 4 j'aurais voulu tomber, au premier 
rang, à Kaltraez, et payer [de ma vie] l'hydro- 
mel des portiques et le vin limpide ; j'aurais vou- 
lu, plutôt qu'une tache sur mon glaive, être tué 
par le pâle breuvage; j'aurais voulu la gloire 
qu'un autre remporta à travers un lac de sang , 
en poussant son épée en brave : sa vaillance ne 
sera-t-elle pas rappelée dans le Gododin ? n'eut-il 
pas la gloire d'un héros , le fils de Keidio ? ^ 

LX. 

Qu'il est malheureux pour moi, d'avoir survé- 
cu aux combattants! d'avoir [un jour] à soufTrir 
Tangoisse de la mort d'une manière différente [de 
la leur!] Qu'il m'est pénible aussi d'avoir vu tous 
nos guerriers tomber , depuis le premier jusqu'au 
dernier ; d'avoir à pleurer depuis si longtemps, et 
à gémir sur le sort de ces hommes vaillants de 

Neus adrawd gwrhyt ne rac Gododin. (Plu G.) 

* Na bei mab Ceidiaw clôt un gwr trin. (Heng.) Ce vers man^ 
que dans Tautre manuscrit. 

* Selon quelques manuscrits , il était petitûls du barde; selon 
d'autres , petit-GIs de saint Gildas , son frère , comme je Tai dit 
précédemment. 

"* Gwendoleu. Ce Keidio était frère d'Aneurin lui-même (** 



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364 
Gouir gorsav ^ gouriav , gwrz enn kaled. i 
Ez deupo heu ened houei , gouede trined , 
Kennouez enn gwlad nev ^ azey aoneued ! 2 



LXL 

Hef gourzodez très , tra gwear lenn ; 3 
Hef laze vel deour duU ne 'tec'hen' , ^ 
Taolae, ag eskez, taoleu gwezrin ^ 
A mez y rag teimez , taoleu bezin. 6 



Mentekengor, 7 
Men na lavareliaos? ^ 
Hag pe annaos, ned edeuez; ^ 
Rag ruzer poelladeuez. ^^ 

* Traan yu gennyf gwedy lladet 
Godef gloes anghea trwy agkyffrct 
Ac eil trwm truan genoyf fy gwelet 
Dygwyddai an gwyr ny pen draet 
Âc ucheneit hir ae eilywet 
Yd ol gwyr pybyr temyr tutwet 
Rhavaon a gwgaiiii gwiann a gwylyget 
Gwyr gorsaf gwriaf gwrdd ygkalet. {Plas ff .) 

* Ys deopo eu heneit wy wedy trinet 

Gynnwys yggwlat nef addef anneuet. {Ibid.) 

* Ef gwrthodes très tra gwyar lyn. ( Ibid,) 

* Efladdeival dewrdnll nad erchyn. (l6td.)Nyterchyn. {Heng.) 



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365 
notre terre natale, sur Ruvon et Gwgan et Gwion 
et Gwlighedy de ces hommes si fermes , si 
courageux 9 morts à la peine. Puisse leur âme, 
après leurs travaux , avoir été reçue dans le ro-r 
yaume des cieux, le séjour du repos! 

LXL 

Celui qui brava les dangers, à travers un lac 
de sang ; ^^ celui qui abattit , comme un b^ros, les 
rangs qui ne reculaient point [devant lui ,] avait 
renversé, à coups de pique, les tables et les verres 
d'hydromel des chefs, comme les tables de 
Farmëe 

Grand dans le conseil, où la multitude ne par- 
lait-elle pas de lui ? Et dans les difficultés, il ne 
fuyait point; à l'assaut, il opposait l'assaut. 



* Taulojeac ysgeth taviei wydrin. (PUu G.) Tauloyu acysgeth 
taolet wydrin. (Heng.) 

* Â med rac teyrned Uvlai vydin. {PUu 6.) 

' Meint y gyoghor. {PUu G») Ce vers manque dans celui de 
Hengurt. 
' Men na lavarei liaws. (Ibid.) 

* Âc vei annaws nyd edewyt. (/6id.) Nyd edeint. (Heng.) , 

10 Rac rulhyr bwyllyadett. (PUu fi.) Rac ruthyr bwyll yaddeo. 
{Hmg,) 

11 Gwendolen, fils de Keidio, nevea d'Anenrin (Toyez la strophe 
LIX, vers 19.) 



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— » A klezevaour liveir! ^ 
D Handit gwelir ^ 
» Lavar leïr ! ^ 
» Porzloez bezio ! 
» Porzloez laïn ! -* 
» Ha lu ragwez ^ 
» Enn ragerwez ! 
» Etin deiz gounez ! 
» Enn kevresez ! ^ » — 

Bouan' gwec'hod ^ 
Gouede me^^; 
Ha mez evet, 
Ne bon gwared. '^ 

Lxn. 

Hon gorwelam^ 
Ened frouez lamm ! ^ 
Pan adraozer 
Torret ergir 

• A dedjvawr lyveit. {Plas G) 
« Handit gwelir. {Ibid.) 
> Uvarleir. (llnd.) Lavar lein. (Heng.) 
« Porthloed vydin 

Porihioed iain. [Ploi Q. 

'^ A Uu rac nedd. {Heng.) Rac ued. (Ueng.) 
« Yo ragyrued 
Yd dyd guoed 



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367 



» — Qu'on aiguise les^aives! voici venir de 
» Tocéan des voix bruyantes I Du secours à Par- 
i> mée I Du secours aux lances I que l'avant-garde 
A' prenne une attitude menaçante ! c'est le jour 
»des suprêmes efforts ; [le jour] de la bataille!» — 



Mais ils furent présomptueux, [nos guerriers] 
après s'être enrvrés ; et l'hydromel bu , il n'y eut 
plus de salut [pour eux.] 



LXII. 

Pleurons solennellement la chute de nt)s âmes 
d'élite! aujourd'hui que Ton rappelle le souvenir 
de l'énergie brisée de leurs chevaux et de leurs 
gens 9 prédestinés à un sort fatal ; aujourd'hui que 

Ygkywryssed (Plat G.) 

7 Boant gwychawd 

Gwedy medawt 

A medyret 

Ni bu waret. {llnd.) 

n Angoroylain. (Plas. G.) An goraylam. (Heng.) 
Enoyd phrwylblam. {Plas G.) 



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368 
Oc'h meïrc'h ha gouir , 
Tonker tonked;^ 
Pan emzewed 
Liaos preder, 
Prederam foun 
Funen ar tek , * 
Ar real, rodek 3 
Ar hent gwelao. ^ 

Kekestuzoum ; ^ 
Kekarasoun, ^ 
Keleïk fao, "^ 
Hag Argoedouiz, 
Gwal gorzevuouiz 8 
Enemduliao. ^ 

< Pan adrodder 

Torret ergyr 

veirch a gwyr 

Tpgyrtyoget. {Uid 

* FfaoeD ar dec. (Ibid.) Ffuo en ar dec. {Beng.) 
» Ar yal rodec. (Plas G.) Aryal. (Heng.) 



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369 
s^ëpanche de toutes parts la douleur de la mul- 
titude, j 'épanche aussi la mienne avec abon- 
dance, au sujet de notre confédération si belle, 
si invincible , au retour de cet anniversaire de 
larmes. 



Avec tous , je les pleure ; avec tous je les aimai , 
ces héros du bocage , et ces hommes de TÂrgoed, 
habitués à se battre sur le rempart. 



« Arhynt wyhw. {Plas, G) 

» Gy cjstodiwD. (Ibid.) Cy cystyio. (Beng.) 

• Ga carasswD. {Plas 6f.) 

' Gelleic fiaw. ( Ihid.) Geieic fau. {Hmg.) 

• Ac argoedwys 

Gwae gordyvnwys. {Plas 0.) Gwal gordyvDwys. {Heng,) 
*T emdolyaw. (PtofG.) 



24 



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310 
DIWEZ. 



Hef dadodez 

Ha'r louez pouez , 

HaV les rieu , ^ 

Ha'r dilion koed ; ^ 

HaV dileou hoed 
Er kevezeu 5 

Kevezouogouet ; 
Hef hon dizoug ha'r tan adloeou , ^ 
Hag ar kroen gwenn gosgroeou , ^ 
Gèrent rag deheu : gwaour azdodez , ^ 
Louc'h gwenn toull ; ar eskouez 

lor espar , lari ior ; 

Molud menez, mor! '^ 

Gogoun hef esilez ; gogefie Gèrent. ^ 
Hael menok oez-out ; 



« Ëf dadodes 
Ar Iwyd pwys 

Arles rieu. [PUuG.) 

s Ar dilion goed. (/frid.) Ar dilyvuD goet. (Heng.) 
3 Ar dilin hoet 

Yr cyveddeu. (Ibid.) 

4 Ef an dyddnc ar dan advoyu. {ibid,) Ar dan adloyw. (Heng.) 
« Ac ar groengwynn gosgroyw. (Ibid.) 



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374 

ÉPILOGUE. 



Celui qui a rétabli et la prospérité du pays et 
les bénéfices des che&, et les édifices de bois, ef- 
façant le regret du festin où Ton festoya ; 

Celui qui nous a ramenés et au feu rallumé [de 
la guerre] et aux peaux blanches parsemées de fi- 
gures; ^ c'est Ghérent, le chef du sud : il a pous- 
sé de nouveau le cri de guerre , au déversoir du 
lac blanchissant 9 ^^ ayant sur l'épaule sa lance 
d'immortel 9 ce bienheureux immortel; qu'on cé- 
lèbre sur la montagne et sur la mer. 



Je connais aussi sa postérité. Ghérent la fit à sa 

ressemblance. 

Oui! tu étais un généreux prince! sans cesse ta 
renommée grandit; tu étais une ancre de salut 
dans le conflit, un aigle indomptable, la sauve- 

« Gèrent ne deben gawr a ddodet. (Ibid.) 
' Llwch gWyn dwll ar ysgwyt 

Yof yspar lary yor 

Molut myoyt mor. (Ibid.) 

• Gogwneif heissylut gugyvei GereiDt. (Heng.) Gogwnei Gereiut. 
(PUu G.) 

» Les Scots ou les Pietés. 

*o Le lac qui a voisinait la ville natale d'Aneurin. 



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372 
Diannod te klod e kludvan ; 
Diac'hor ankor enn kemman , 
Diec'her erer, gouir gwaran, * 
Trin gozev eizav ; oez eirian ; 
Ragore è meirc'h rag buhan 
Eon trin; ledvegiii gwin oc'h pan : 2 
Ken glas bez a glase enn ran , ^ 
Bou gour gwlez uc'h mez, megiroc'hpan! ^ 

* Hael myaawc oeddat 

Diannot y g1ut?an 

Diacbor angor ygkyman 

Diechyr eryr gwyr gowaran . {Ikid.) 

« Trin oddef eiddef oed eirian 



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373 
garde de tes guerriers , leur soutien dans la plus 
grande chaleur de la bataille ; tu étais beau ; tu 
devançais les chevaux les plus rapides dans la car- 
rière ; et tu avais bu sobrement le vin de la coupe : 
oui! avant que la verte tombe verdit sur toi, 
tu avais été le héros d^un banquet d'hydromel; tu 
avais honoré la coupe 1 



Ragotei'teircb rtevoan 

Tb trin ledfegin gwio o Imn. (Ihid.) 

s Gyn glas ved a glassa ea rhan. (Ibid.) Yo rhan. (Heng,) 
* Ba gwr od ach gwledd vaeà mygr oban. (Pla$ G.) Gwr gwledd 
Qcb medd. (Htng*) 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



Pour bien saisir l'esprit de cet épilogue , il faut se rappeler 
qu'effectivement Ghérent avait été le héros d'un banquet donné 
avant la bataille de Longport où ce prince perdit la vie , en 
l'année 501 : il faut se rappeler ces vers du barde Liwarc'h- 
Henn : 

€ A Longport, j'ai vu les éperons d'hommes qui ne recu- 
laient point devant la peur des lances , et qui avaient bu du pin 
dans des verres trUlants t i 

On ne doit pas ouMier aussi que Ghérent , leur chef, était 
déjà au nombre des saints à l'époque où fut composé l'épi- 
logue du Gododin. 

Si les vers relatifs au martyr breton ne sont pas d'Aneu- 
rin dont le poème se termine d'une manière on ne peut 
plus naturelle par les larmes qu'il répand sur la tombe de 
ses compagnons d'armes , dans la funèbre cérémonie commé- 
morative de leur désastre , ils doivent y avoir été lyoutés par 
quelque autre barde de son temps et de son clan. Ce qui me 
porte beaucoup à le croire , c'est que Ghérent était précisé- 
ment le chef du clan ou de la famille d'Aneurin ; qu'il était 
père de Kaou , prince d'Arc'hlud , grand'père du barde , et 
qu'il devait être en aussi grande vénération près des habitants 
de la Clyde qu'en Comouaille même. 

De là, cette assistance miraculeuse obtenue ou sollicitée 
par eux, à la suite de leur désastre. 

Deux fragments de poèmes , qui semblent plutôt d'Aneurin 
que l'épilogue même , et comme les corollaires poétiques du 

• Voyez p. 8 et 9. 



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375 

Gododin , eompiètent les renseignements donnés par le barde 
stn* les héros de Kaltraez. Les manuscrits les intitulent Gar" 
c'haneu, c'est-à-dire IncantatioM , et ils méritent ce nom par 
leor ressemblance avec les efiusions poétiques du même genre 
contenues dans le Godoâin. Malheureusement, ils ont trop 
souffert pour qu'on puasse les citer en entier. 

L'un, consacré au chef TudvouLr'h , et débutant par les 
deui vers de la stance XXII« : 

c Que les armes s'unissent! que les rangs se forment 1 > 
poursuH ainsi : 

€ Que le tumulte commence ! En avant les braves ! en avant 
les grands ! en avant 4es bons ! 

» Voici que Tépieu d'aune est roi; qu'il s'entoure des cors 
arrondis ! qu'il s'entoure des glaives recourbés ! 

> Loué soit le chef des peuples de la plaine ; [le cbef] au 
large front! i» — 

Hais Tudvoulr'h tombe blessé à mort : 
€ Ah ! tu es blessé ! blessé dangereusement, è toi que ché- 
rissaient les dames ! 

> Je t'aimai à peine en vie ; je t^aimais vivant , ô Taureau 
méchamment abattu; je te pleure mort. 

> Tu fus oehii qui partagea, [quand il coula] des cornes 
bleues , l'hydromel au matin ; 

> Tu Ais un homme! [tu fus] un grand prince, vêtu de 
pourpre , le soutien de Tarmée : 

f Tu fu^ une colline , 6 Tudvoulr'h ! [tu avais ] l'apparence 
du sanglier dévastateur. 

* Touref eon agoued ! E am kam kern ! 

Ë rak meuved ! E am kam klez ! 

E rak maovrwed ! E molir ri 

E rak matecd ! Al laour peizi, 

Pan 67. tîem gwero , Peiz liou rakwez ! 

{Mu- de Criekho%oel et de Plas (rloyn.) 



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576 

> La tête [90uinée] de sang et de vin , gorgés d'hydromel , 
[nos guerriers] allèrent se battre , au-delà de leurs puissan- 
tes limites. 

> Les travaux de palissade, faits pour préserver nos eonlu- 
mesy avaient été nivelés [par Tennemi.] 

> Le roi Kenon , venu de Menao pour défendre nos privil^ 
ges , et Tudvoulrli se (rayèrent un passage vars les haitteurs 
des citadelles. 

> Avec Ménézok , elles furent désastreuses , leurs libations : 
cause annuelle de regret touchant ces hommes de Kaltraai 
qui me soutenaient; [cause de regret] pour moi; [de r^fret 
touchant] leurs lames d'acier, leur hydromel» leur fureur 
[de boire] , leurs fers ! 

> Que les armes s'unissent! que les rangs se forment! N'en- 
tends-je pas le tumulte? t < 



• Gwelet ez oaet! 
Gwelet ena rouet» 
Riein karet. 
Kar it breiz-beo , 
Karoan te bec ; 
Kam huniok ttro» 
KoaeÎDam te maro. 
Gour gwelleaz 
Oc'ii korn glas 
Mez meitin; 
Goor, teirn raor, 
Oc*h pliz porfor, 
Porzloed bezin ; 
Bre eic*hy Tudvoulc'b, 
fiaran ret tourc*h. 
Penn gwaed, gwÎDy 
Er mez a maourev 
Ez aezant aerev 



Tros hea haoa fin. 
Gwtalvan gweîz 
E kadou kevreiz 
Bon kdvievin. 
Kenan Kenos 
Teizie oc*h Mod 
Ar breiotgoriiii; 
Tndfoolc'b , ke? OHk'b 
A gore boalc'b 
Ar ban kaereu. 
Gaa Menezok 
Bon adfeiliok 
Ueu gwirodeu; 
Bloezen birraez 
E gouir Kaltraez 
A'm maez, ez roeu. 
Hen la voeu dur i 
Heu mez , heu biir , 



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377 

La mâle Tîgaeor de ee bardît guerrier feit vivement regret- 
ter que son état de détérioration empêche de le traduire com- 
plètement, n oflfire phiâeurs traits remarquables qu'en re- 
trouve dans un chant de guerre armoricain : tel est T^ieu 
d*aune roi [de la mêlée] : le barde du continent s'écrie t 

« glaive ! 6 grand roi du champ de la bataille ! 6 glaive ! 
6 grand roi ! > 

Tel est cet aflBreux mélange de sang et de vin célébré par 
Aneurin : 

€ J'ai bu sang et vin dans la mêlée terrible , dit le poète 
armoricain ; j'ai bu sang et vin. > 

Et il ajoute avec une joie sauvage : 

€ Vin et sang nowrissent qifl en boit ; vin et sang nourris- 
sent! > I 

L'autre poème tronqué d'Aneurin , offirant des allusions à la 
bataille de Kaltraez , se termine par une strophe où le barde 
développe un fait de cette bataille qui n'est qu'indiqué dans le 
Gododin : 

€ De trois cent soixante-trois.guerriers qui allèrent à la ba- 
taflle de Kaltraez, et qui s'y pressèrent autour des ministres 
de l'hydromel , rien que trois ne revinrent : Kenon et Kadreiz , 
et Kadleu de Eadnant , et moi-même [inondé] de mon sang ; 
on prit en pitié le fils [ de la fête] du Koelkerz ; on donna ma 
valeur en or pur, en acier et en argent. * * 

Hea bualeu. AmkeoMin duU! 

Ar? amkenDoll! Toarev D*ez kiglea ! 

(/Md., et dans le BÊyvyr, areh,, p. 2i.) 
I Gwad ha gwin efiz Gwin ha gi^^'ad a ve? 

Er gwall vriz. Neb a ev, 

Gwad ha gwin eviz ! Gwin ha gwad a vev ! 

{Barzat'Breix t Chants populaires de I» 
Breugne, t. 2, p. 79, 4« édition.) 
- * Tri gouir ha tri ugeot ha tric^bant 



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378 

Aneurin, dans le Godèdin, nomme seulèm^it Kenon parmi 
les survivants , et se contente de désigner les deux autres 
comme deux chiens beUiqueuxde gammn. 

Dans le cours de ce petit poème, après avoir maudit les 
Angles , après s'être écrié : 

> Que le torrent de la ftreur [déborde] contre les Angles ! 
il est bon de tuer! il est bon d*empiler les cadavres pour les 
corbeawi. » ' 

Le barde peint avec des traits encore plus vifs que ceux du 
Gododtn le résultat du carnage de la salle du banquet , 

< L'angoisse profonde ; les belles eoupes dorées avec des 
cercles de sang ; le sang cachant l'écume de rkydromel jaune 
et hmllant; le ^ng formant de nouveaux «ardes. > ^ 

Sa conclusion est toujours la même : 

c Prince des hommes de Tbarmonie, mèn partage est de 



E brezel Raltraez ez aezant , 

Oç!h seul e kresiasaot 

Uc'b uioz meneslri , 

Nameu tri 

Ned azkorasani : 

Kenon ha Kadreiz ha Kadieu oc*h Kadnanl 

Ha menneu o'm kreu ; dec'hourant 

Mab Koelkerz ; men gwers a gounaezanl 

Oc*h aour pur, ha dir, bag ariant. 

(Ms8. de Crick, Voy. aussi le Myvyr. arch., t. i, p. 61.) 

* Rouet gwen rag eingl ! iaoun laz ! 

laouD brini enbrenial ! ( Ibid ^ Und.) 

* A galar douvien.. 
E gweuD tased melen 
Ë kreu oc'h kelc*ben ; 
Keledik eouen 

Mez, meger, melcn. ^ 

Eil kreu oc'h kelc'hcn. (/fttrf.) 



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379 

pleurer jusqu'à ce que le jour de [l'éternel] silence arrive. » < 

Ces fragments, par leur liaisoa intime avec le siqet et par 

leur importance ^ m'ont paru valoir la peine d^étre traduits. 

Nous trouvons dans les Triades les plus anciennes, dans 
celles qui sont restées pures des traditions fid>ul«ise8 du 
moyen-âge , quelques renseignements qu'on peut joindre à 
ceux de l'histoire et des bardes contemporains sur les guer- 
riers de Kaltraez les plus illustres. 

Elles mettent l'armée que Ménézok y conduisit au nom- 
bre des trois armées célèbres par la garde de passages dif- 
ficiles ; ^ et des trois armées désintéressées de Tile de Breta- 
gne : « On lui donna ce nom , disent-elles , parce qu'elle se 
rendit à Kaltraez à ses propres frais, sans y être sollicitée , 
et sans demander ni paie ni présent , soit au pays , soit au 
souverain. » ^ 

A répoque où les Triades s'exprimaient ainsi , un prince- 
barde du pays de Galles , nommé O^wen Kévâiok , faisait le 
même éloge du clan de Ménézok : « Écoutez, s'écriait-il , en 
s'adressantà ses nobles , écoutez comment à la suite des liba- 
tions d'hydromel , il partit avec son chef pour Kaltraez , légi- 
time expédition , après avoir aiguisé ses armes , le clan de 
Hénézok ; et comment il y trouva la mort et la renommée , 
ainsi que son intrépide et malheureux général. » ^ 



' Teirn tud anao , 
Ez roeu e gweînao, 
Edd e bez ê deiz Uo. (Ibid.) 

« Myvyr. arch., t. 2, p. 8 el 77. 

^ Ibid., t. 2, p. 69. 

* Kigleu am tal mez mened Dreik Kaltraez, 
Kewir heu arvaez, arvcu livet, 



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380 

D'accord avec le barde Àneurin , les Triades font périr Ru- 
von dans la bataille , et nous apprennent cette particularité 
curieuse , que son corps ayant été racheté au poids de Tor , 
on le surnomma Yun des trois corps d'or de VUe de Bretagne : i 
sa mémoire y comme celle d'Owen , ffls d*Urien , est bénie par 
les méùies annales , et sa tombe est honorée par les bardes 
des XII« et Xin« siècles. 

Morien, qu*elle8 sumonmient le chef à h longue barhe, 
était , selon elles, un prince étranger qui régna dans Tile de 
Bretagne : s le sotMÎquet de guerrier hrun que lui donne Aneu- 
rin ferait croire à une origine mauresque. 

Le clan de Gwendoleu , fils de Keidio , est mis au rang des 
trois dans du nord, les plus fameux par leur patriotisme. 

Si l'on en croit les hagiographes gallois, ce fut saint Iltud qui 
éleva Gwendoleu. Il mérita des bardes, dont il fut le protec- 
teur, le surnom de Colonne de la poésie , 3 et , des guerriers de 
rtle de Bretagne, celui de Taureau de bataiUe ou de tumulte, ^ 
titre honorable qu'Aneurin prodigue dans son poème , et qui 
devait être très ancien , car les chefs bretons le portaient d^ 
du temps des Romains : j'en jugç par plusieurs médailles où 
l'on trouve de face une effigie de prince , et au revers , un 
taureaii dans une attitude menaçante , tète baissée et cornes 
en avant, emblème flatteur du guerrier. 



Kosgorz Menezok ; am beu kousked 
RsTsant, ë adnoK kas blaoz bleinieid. 

(Myvyr. arch., t. i, p. i66.) 
'Ifrtd., t. 2,p. 69. 

* Ibid., t. 2, p. 64. 

' Kotoven kerzeu. Myvyr. arch., t. 1, p. 166. 

* Taro kad* Myvyr. arch., t. 2, p. 4. 



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381 

Certaines traditions galloises font mourir Gwendoleu en 
577 ; d'autres en 593. 

Madok, Gwgan et Gwion, qu'Aneurin semble grouper à 
dessein, sont aussi réunis dans les Triades , sous la même au- 
réole glorieuse : dies nous représentent le second, armé d'une 
épée sanglante , et les dit célèbres tous trois pour avoir com- 
mandé des sentinelles. 

Karadok , dont elles font un prince comouaillais , aurait été 
célèbre comme capitaine de cavalerie. Dans un ternaire 
attribué au fameux Arthur , le chef breton l'appelle un de ses 
trois caoalier» de bataille et la colonne des Kemris, c'esU-à- 
dire de la nation bretonne. ' 

Je ne passerai pas en revue tous les autres chefs chantés 
par. Aneurin , que les Triades mentionnent honorablement : 
cela m'entraînerait trop loin. Hais je ne puis omettre la men- 
tion flatteuse qu'elles font du héros favori du barde. Elles le 
mettent, avec Gwgan, au nombre des trois guerriers bretons 
possesseurs de chevaux enlevés à l'ennemi , et avec Ruvon , 
au nombre des trois princes accomplis de 111e de Bretagne ; 
et qu'on ne croie pas que ce dernier témoignage soit un écho 
des nombreuses fables populaires dont ce chef était le stqet 
au moyen-Age; cent ou cent-cinquante ans après la plus an- 
cienne rédaction des Triades , un barde , fidèle gardien de la 
tradition historique , donnait à Owen le surnom même par 
lequel Aneurin a consacré en quelque sorte son héros , le sur- 
nom de kaéaok kenrann, c'estrà-dire de chef couronné, de 
chef au front ceint d'un bandeau royal, joignant à ce Utre ce- 
lui de pourvoyeur des oiseaux [de proie] , par une allusion 
évidente aux vers du Gododin sur les corbeaux d'Owen. ^ 

* Myvyr. arch. , t. 2 , p. 21 . 

« Àdar gweinidok kteaok kennoD, dmd. {Myvyr, arek., t. 1 , 
p. 298.) Aneurin dit, sUnce cinquième : Kaeaokkeoonak, arraok.,. 
Kenrann cnn rag gwan . 



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382 

Ces corbeaux qu'Aneurin associe au héros breton, dans 
deux endroits au début du poème , lui sont expressément don- 
nés pour compagnons y non seulement par les auteurs des 
Mabinoghion, mais encore par un barde du XIV« siècle qui 
dit , à réloge d'un de ses patrons : c II poussait les oiseaux 
[de proie] sur les combattants [morts] , comme Owen ses 
corbeaux carnassiers avides de pâture. > Chose plus remarqua- 
ble encore , ils figurent aujourd'hui dans le blason d'une il- 
lustre famille y d'origine galloise , qui prétend descendre 
d'Owen. ^ L'association si caractéristique dont je viens de 
parler y et la répétition , à la stance V® , des vers de la pre- 
mière stance , relatifs à la mort du fils d'Urien , ne permet- 
tent pas de supposer qu'Aneurin ait voulu dianter deux hé- 
ros différents , comme je l'ai cru d'abord moi-même avec 
M. Tumer; l'un , qui serait notre Owen , l'autre, un pré- 
tendu guerrier nommé Kaéok , sur lequel on n'aurait aucun 
renseignement , quoiqu'il eût dû être extrêmement célèbre , 
à en juger par la place d'honneur qu'il occupe dans le 60- 
dodin. 

Si , après avoir demandé aux poèmes anciens et authenti- 
ques et aux Triades restées pures d'interpolations , des éclair- 
cissements sur l'œuvre d'Aneurin , nous en demandons aux 
poèmes anonymes et sans date certaine , aux Triades moder- 
nes , aux chroniques et traditions populaires , la fable rem- 
place l'histoire , et nous avons une toute autre explication 
du Gododin. Cependant, comme les fables mêmes ont leurs 
vérités , il ne sera pas sans profit de les examiner. 

La plus ancienne autorité , d'une date positive , qui donne 
un démenti à Aneurin , c'est Nennius. Le chroniqueur du IX* 
siècle semble le propagateur, sinon le père, de la tradition ro- 

1 Gour a wnaez adao adar ar genrein , 
Val kik vrein Oweu awez dafar. (/6td., p. 365.) 
s Les Dyocvor. 



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383 

manesque au styei de Kaltraez , comme le barde du VI* est le 
fondateur de la tradition historique relative au désastre dont 
les Bretons furent les victimes. 

Selon Nennius , ce n*est point par leur propre faute et par 
suite d'extès qu^ils auraient péri; une semblable solution flat- 
tant trop peu Torgueil national de ses compatriotes , il in* 
venta ou propagea la poétique fable que voici : 

€ Les Saxons ne pouvant vaincre les Bretons par la force , 
voulurent les prendre par la ruse : leur ehef Henghist fit donc 
des propositions de paix à Vortigem , roi des indigènes , qui 
les agréa ; et, pour sceller d*une manière durable leur al- 
liance , il rinvita , avec trois cents de ses nobles , à un grand 
banquet, où Saxons et Bretons , désormais amis, se rendraient 
sans armes. Vortigem ayant accepté Toffire , Henghist choisit 
trois cents de ses guerriers, leur communiqua ses projets de 
trahison , et ajouta : — c Que chacun de vous cache son cou- 
» teau dans sa chaussure ; que chacun , placé à côté d'un 
» Breton, enivre adroitement son voisin, et quand je vous 
> crierai, en langue saxonne : Nimith eure saxes, tirez vos 
» couteaux , et frappez les Bretons ! b 

Or, une fois assis au banquet fraternel et enivrés de vin , 
les trois cents nobles Bretons furent massacrés, au signal du 
chef Saxon. ' 

Sur ce fond romanesque , les chroniqueurs populaires gal- 
lois , postérieurs à Nennius, brodèrent diflërents ornements : 
ils localisèrent le banquet dont Nennius ne dit point le lieu , 
le placèrent, à Stone Henge , dans la grande plaine de Salis- 
bury, et le firent coïncider avec le 1^ mai, époque d'une fête 
solennelle dont cette plaine aurait été tous les ans le théâtre. 
Us portèrent aussi, de trois cent à quatre cent-soixante, le 
nombre des chefs bretons égorgés ; et, n'ayant retenu qu'un 
seul nom de tous les convives de Kaltraez, celui d'Eidol , ils 

* Nennins, p. 37, éd. de Stevenson. 



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384 

ie firent échapper seul au prétendu complot des longi cou- 
teaux, comme ils disent , c grâce i un levier qu*il trouva 
sous son pied , et avec lequel il tua soixante-dix Saxons. > > 

Les Triades fabuleuses vont plus loin : à les en croire , Ei- 
dol ne tua pas seulement soixante-dix , mais six cent soixante 
Saxons dans TafEBire des^ Longs Couteaux , sans autre arme 
qu'un rameau de sorbier, et en un seul jour ! ' 

L'auteur inconnu d'un poème attribué mal à propos à un 
barde du Vin« siècle , car il est évidemment du moyen-Age , 
fait aussi l'éloge d'Eidol : il q^pose sa sagesse consommée s 
à la perfidie ordinaire au chîef ennemi; ^ perfidie trompée, 
dit-il , dans son attente à l'égard des Bretons , et ne réussis- 
sant qu'à demi. * Gomme les chroniques populaires , il place à 
Stone Henge, qu'il nomme le Grand Cercle, le théâtre du 
fatal banquet. 

c C'était là, dit-il, qu'avait lieu d'ordinaire , au nombre de 
trois cents [convives] y à l'équinoxe, une assemblée solen- 
nelle pour un banquet : l'hydromel et le vin y étaient distri- 
bués par un chevalier de l'enceinte. > * 

* Hag ni diengis neb o holl dywsogioo yays Brydain namya Ei- 
diol, iarl caerloyw, a dieogis o nerih trosol a gtfas hef dan y droel, 
ac a trosol hwnw bef a las deng gwr a thrygain wyr. {Brui y Bre- 
nined. Myvyr. arch., t. 2, p. 256. 

> Ifnd,, p. 68. 
s Goor oez Eideol 
Oordezol doez. {Myvyr. arch.^ t- i • p- 161.) 

* Gnod bradooriaez. {l(nd.) 
« Gosparz Breton 

Gogenan gweith. {Ibid.) 

« Gnod trîc'banez , 
Gnod kehedez , 
GoFsez mezvez : 
Mez, gwin, kerran 
Marc'hok midlan. (Ilnd.) 



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385 

Puis, le poète peint l'épouvante qui saisit les convives bre- 
tons , les chants interrompus d'Eidol el des autres bardes , 
les cris prolongés , éclatants , la lutte acharnée , corps à corps , 
avec les Saxons , toute cette scène d'horreur , résultat du com- 
plot secrètement tramé par le chef du banquet. 

Le poème inédit intitulé : Le complot des Longs Couteaux, 
oeuvre du moyen-âge encore y quoiqu'attribuée à Taliésin , 
acheva de confondre avec la fable de Stone Henge, agréable 
à l'orgueil breton, les souvenirs beaucoup moins flatteurs de 
Kaltraez. Ceux-ci finirent par être tout-à-fait oubliés, et, au- 
jourd'hui , chose bien étrange , la Nuit des Morts , les paysans 
gallois pleurent, de temps immémorial, non pas les victimes 
du désastre de Kaltraez , mais les guerriers bretons massacrés 
par Henghist, dans le prétendu complot des Lonigs Couteaux! 

Toutefois , l'erreur populaire est concevable et excusable. 
En peut-on dire autant de celle des antiquaires anglais, qui , 
à la suite de Davies, ont fait mentir l'histoire et fait violence 
au texte d'Aneurin, pour ériger en système raisonné une tra- 
dition postiche? Croirait-on qu'ils sont parvenus à trouver 
les noms et l'histoire d'Henghist, de Rowena , de Vortigem ; 
que dis-je? de Vénus, d'Adonis, et de tous les dieux de l'Olympe 
celtique , dans le Gododin; dépassant les conceptions les plus 
folles d'un cerveau malade? 

Les excentricités d'Edouard Davies , et ses données apo- 
cryphes en feit de mythologie , contre l'invasion desquelles on 
ne saurait protester trop énergiquement , nous conduisent à 
examiner le#broyances superstitieuses consignées dans le Go- 
dodin. 

J'en suis bien fliché pour les mythographes anglais , mais 
elles ne sont pas nombreuses , et se bornent à de simples al- 
lusions. 

La première que je signalerai concerne le Koelkerz, cette 
fête avec laquelle coïncida le désastre de Kaltraez : on donne 
indifféremment ce nom , en Galles , aux feux de joie allumés 

25 



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386 

chaque année le i^ mai et le !«• novembre , et c'est précisé- 
ment, réunis autour d'eux, dans la Nuit des Morts, que les pay- 
sans gallois font la commémoration pieuse dont j'ai parié plus 
haut. De sa coïncidence av^ le désastre , il résulte que l'évé- 
nement eut lieu, soit au commencement du printemps , soit 
au commencement de l'hiver : les chroniques populaires gal- 
loises, nous l'avons vu, et le poète anonyme du moyen-âge 
que nous avons cité, le rapportent , les unes, à la fête du 
mois de mai , l'autre , à l'un des équinoxes , sans doute à ce- 
lui du printemps : rien ne contredit ici leur témoignage. 

Des idées superstitieuses, débris du paganisme, s'atta- 
chaient au feu du Koelkerz : un chant breton armoricain , de 
la plus haute antiquité , parie de c huit feux avec un feu prin- 
cipal, aUumiaummdetnai sur la montagne delà guerre: ji i 
l'auteur d'une espèce d'hymne pyrolatrique , qu'on croit être 
le barde Avaon, fils deTaliésin, s'écrie: € Axa équinoxes , 
aux solstices , aux quatre saisons, je te dbanterai , juge de 
feu 1 ' > Enfin, tout le monde sait que les Celtes d'Irlande allu- 
maient sur les montagnes , en l'honneur du soleil , précisé- 
ment au mois de mai , un feu qu'ils nommaient Bd^Tan , ou 
feu du dieu Bel. 

A toutes les preuves de l'origine païenne du Koelkerz , nous 
devons joindre un dernier trait. 

L'afiaire de Kaltraez , on s'en souvient , a duré sept jours , 
et, \ejeitdi, la iesiruction des Bretons devint certaine, dit 
Aneurin. 

I Ëiz ian gaad tan aon tan-tad, 
E mil mae e menei kad. {Barzax-Breix, l. 1 , p. 8, 4« éd ) 

* Ourz pob beuelis , 
Oarz heuelit nonezoo , 
Ourz pedeir avaoi , 
Arzoueream-mi ba barn gwrez! {Hyvyr, arch.j t. 1, p. i3.) 



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587 

Or , d'après les croyances celtiques , le jeudi était un jour 
néfaste y un jour de meurtre , selon Texpression d'un vieux 
barde ; ■ le proverbe gaélic dit de son côté : « Malheur à la 
mère du FUs du Sage, quand le Bel-Tan arrive un jeudi ! » 

Quel rapport frappant entre cette mère du fils du Sage , 
vouée au malheur parce que la fête du Bel*Tan est tombée 
in jeudi , et la mère du sage Eidol , inondée de larmes , parce 
que la fiftte du Koelkrez s'est trouvée le même jour ! 

Outre l'allusion dont je viens de parler, Aneurin en fait 
d'autres qui témoignent de sa croyance à certaines idées su- 
perstitieuses des anciens Bretons y telles que les incantations , 
les armes enchantées, les esprits de la terre ou de Tair , tes 
difiérents cercles de l'eXBtence humaine, la fatalité. 

Par leurs incantations en rfaonneur des chefs qu'ils ai- 
maient , les bardes prétendaient les rendre invincibles : c était 
pndmblonent une des prétenticms des Druides , car les Drui- 
desses s'attribuaient une puissance encore plus grande , s'ima* 
ginant qu'dles pouvaient , de leurs chants, soulever les mers 
et les vents , ^ souvenir qu on retrouve dans un poème armo- 
ricain où une sorcière s'écrie : 

< Je sais une chanson à faire fendre les cieux et tressaillir 
la grande mer et trembler la terre. * » 

Les bardes avaient cela de commun avec les Scaldes , qui 
partageaient aussi l'opinion bretonne que certaines armures , 
et généralement l'airain , le cuivre , le fer , tous les métaux , 
soumis à l'action de quelque parole mystérieuse , acquéraient 
une vertu magique. Tel était ce bouclier merveilleux nommé 
Pridufann auquel Aneurin fait allusion , et que d*antres poètes 



* La/, enn deiz dizieu. (Ibid., ibid., p. 31.) 

* Maria et veotot conciuri carminibas. 

(Mêla, de Situ ortU, lib. 5, c. 6.) 
' Barzak-Breiz, t. 1 , p. 227, 4« éd. 



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388 

et chroniqueurs gallois placeut sur l'épaule de l'Arthur fabu- 
leux, n ne le portait, disent-ils, que lorsqu'il partait pour 
quelqu'expédition périlleuse. 

Deux agents surnaturels seulement de la même mythologie 
sont nommés par Aneurin : l'un appelé Vaigle de Gwéâien , 
l'autre, Nézik nar. Gwédien ou Gwydion , à l'aide duquel il 
compare son héros Morien, était fils d'un génie nommé 
Don, qui présidait à la constellation Cassiopée , appelée en 
gaUois , la cour de Don : génie de l'air lui-même , il a donné 
son nom à la voie lactée ou cercle de Gwédkn, comme disent 
les Gallois ; un poème mythologique lui fait créer, c par ses 
enchantements, une femme, avec des fleurs. > Les Triades le 
mettent au nombre des trois plus illustres pasteurs et des trois 
plus grands astronomes de l'tle de Bretagne. ■ 

Nézik nar , nain qui danse en rond, ou qui tourne, comme 
un fuseau , dont le héros Merin est la parfaite image , selon 
Aneurin , appartient à la famille sublunaire des lutins, go- 
belins , farfadets celtiques , ces pygmées , sorciers , magiciens , 
jongleurs et danseurs , enfants des Corybantes , Courètes , Ca- 
rikines et Cabyres d'Asie , dont le culte importé par les Phé- 
niciens dans rtle de Bretagne , y existait encore , dit Stra- 
bon , au ni« siècle de notre ère. 3 

L'allusion de notre barde aux trois cercles de la vie hu- 
maine , complète les indications du Gododin sur les croyan- 
ces superstitieuses de l'auteur. Ici, toutefois, nous trouvons 
un singulier mélange de réminiscences païennes et de dogmes 
chrétiens. 

D'abord il s'exprime de la sorte , en parlant du héros Ka- 
redik : 

> MjTyr. arch., t. i, p. 45, et t. 2, p. 505. 

> Surabon , t. 4, p. 198. V. aussi Dîodore de Sicile, t. i, p. 
56. y. aussi Fadminble traduction de la Symbolique de Creuur, 
par M. Goigniaut, de rinstUot. 



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389 

c La larve est silencieuse avant Tarrivée du jour où elle 
s'élance joyeuse vers le savoir : de même, à l'heure marquée, 
Karedik, l'ami de la poésie, arriv^^ dans le pays du ciel , 
séjour de toute science, ji 

Rien là que d'assez conforme aux idées païennes consignées 
dans différents autres poèmes anciens , gallois ou armoricains , 
et dans les Triades bardiques. 

Tout homme , selon les poèmes gallois , commence par être 
une larve informe , et , de degrés en degrés , de transforma- 
tion en transformation , parvient à la science universelle. Uns 
précis , un barde populaire armoricain dit qu'il y a < pour 
l'homme, comme pour le chêne, trois commencements et trois 
fins , > 1 et les Triades, qu'il y a trois cercles à parcourir : 

1« Le cercle de l'infini, où il n'y a rien de mort ni de vi- 
vant, si ce n'est Dieu ; 2« le cetde d'épreuve, où tous les êtres 
sont tirés de la mort ; ^ le cercle de la félicité , où tous les 
êtres arrivent à la plénitude de la lumière et de la vie , au 
del ; ce qui se résume pour l'homme en trois nécessités, sa- 
voir : commencer dans le grand abtme ; s'avancer dans le 
cercle d'épreuve ; trouver la plénitude dans le cercle de la 
félicité. ^ Mais un moment après avoir paru adopter la croyance 
aux sphères de l'existence , Aneurin revient sur sa première 
idée, et, au lieu de la doctrine de la déchéance et de la r^a- 
bilitation humaine , présentée sous les couleurs ethcées dont 
les Bretons païens la peignaient , il proclame le dogme ca- 
tholique de la purification après la mort , comme il a pro- 
clamé , en plusieurs endroits du poème , celui de hi pénitence 
pendant la vie. 

c Avant que la terre pesât sur lui , reprend-il , Karedik dé- 
fendit son pays; aussi une fois qu'il sera parfait, viendra 

* Tri derou ba tri divez , 
IVann den ha d'ann denr ivez. {Barzaz-BreiXj t. 1, p. 4, 4« éd.) 
> Owen Pugb«, WeUk. diction., t. 2, p. 214, 2« éd. 



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390 

Ilieure de son admission par la Trinité , parfaite en onité. i 

Quant à la croyance à la fatalité y je ne in*y arrêterai pas ; 
Anenrin la partageait avec tous les bardes , ses contempo- 
rains de rtle et du continent. U subissait ainsi rinfluenee 
d*un Yîeux dogme comnmn à la pfaipart des peuples de Tanti- 
quitéy dont le destin était le Dieu suprême. 

Je passe donc à Texamen des manuscrits de son poème. 

lis sont en bien fàdieux état ; non que l'écriture de plu- 
sieurs soit mauvaise ^ mais la copie primitive sur laqueiie ils 
ont été faits, à différentes époques du OMyen-Age, offluit évi- 
demment quantité de lacunes , et des erreurs de toute na- 
ture. Nous apprenons d'une note placée à la marge d'une des 
copies à qui elle a servi, que le Gododin avait prmaitivemeil 
trois cent sooante-trois stances, une pour chacun des chefe 
de ta bataille de Kaltraez; or, je n'en trouve plus que 
soixante-trois. Afin de remédier aux lacunes dont je parle , 
les copistes ont recueiUi çà et là , et accolé au Gododin quel- 
ques stances dénaturées du poème , plusieurs vers isolés et 
sans aucun lien entre eux , simples variantes altérées de dif- 
férents vers , de difiérentes stances, qu'on a pris plus tard à 
tort pour une continuation de l'ouvrage. — Us ont aussi mis 
à la suite deux fragments attribués à Aneurin , l'un qui peut 
effectivement appartenir au Gododin, mais qu'ils ne savaient 
où placer ; l'autre, d'un genre tout différent, et qui lui est 
sans doute étranger. 

Si nous avions nous-môme trouvé la place du premier frag- 
ment , nous l'aurions inséré dans le texte ; quant au second , 
il doit figurer à part. Ce n'est pas qu'ils offrent rien de bien 
remarquable , mais leur antiquuité leur donne droit à nos 
égards , et je me détermine à les ptdilier ici sous forme d'ap- 
pendice. 

Voici la traduction du plus important des deux : il regarde 
le chef Morien et ses guerriers : 

« Sans rivaux sur aucun champ de bataille, se jouanl de toute 



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391 

» espèce d'entraves j le front de kurs boucliers percé, [ani- 
ji mes] d'une longue haine , qu*ils étaient furieux les défen- 
» seurs du pays des Courants I A la seconde aflbire, ils s'ap- 
» pelèrent en grande hâte ; leurs chevaux de bataille et leurs 
ji harnais étaient ensanglantés. année ! Comme tu étais iné- 
>hranlable dans le combat! Comme Horien rougit le sol, 

> quand on l'insulta t Comme il frappa pesamment de sa 
» lance dans le tumulte! Quel rude fardeau , par suite du 
» combat , il s'était préparé à porter au pcemier du mois ! 
1 Qu'il perça bien Aédan, le fils d'Hervé! Qu'il perça bien 

> Aédan , le sanglier énorme , et la Reine [Bun] , et sa sui- 
» vante , et le chef [ennemi] ! Tout fils que celui-ci fut d'un 
» grand prince, son sang arrosa GYtéueày notre refuge. Avant 
1 que le gazon recouvrit la joue joyeuse du généreux [chef] 
ji qui n'est plus, il fit sagement une moisson de gloire et de 
ji trésors et de renom. N'a-t^il pas sa tombe sur le long pro- 
» montoire du pays des Courants? » ' 

* Diheoez e pob laour laoûed , 
E huai amhavâl airneuet , 
TouU (al beu rodaoar, kas oc'h bir: 
Gwezok Revoniok difrediet. 
Eil gweiz gelvident a uialled ; 
E kadveTrc'h ha sèire'h kreulei. 
Bezin ankeakoget ex ooei kad ! 
MorieQ ooc'hro lan , pan regoxel! 
Troam enn ino a lavn ez laze ! 
Garv rebez, oc'h kad, dizouge, ^ 

Gan kelao a darroerze ! 
Hef gwaniz Âedan inab Hervé! 
Uef gwaniz Âedan , toorc'h trahok , 
Ha*n Rietn , ha inorwen , ha menok ! 
Ha pan oez mab teim leiziok , 
Eiin Gwened gwaedleiz gwaredok. 



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392 

Ce pays des Courants , ou Reveniok, est le comté actuel de 
Denbigh , dans le nord du pays de Galles ; ' si Aneurin est 
l'auteur des vers qu*on vient de lire , il ferait honneur à Mo- 
rien , non plus seulement de la mort du roi des Scots, Dom- 
nal , qu'il lui attribue , comme on l'a vu y mais de celle de la 
reine Bun , ajoutant à ces exploits^ la déconfiture d'Aédan , 
prince de Strath-Clyde, surnommé le TraUre par les Triades^ 
qui le mettent au nombre des trois chefs bretons infidèles à la 
cause nationale et alliés aux Saxons. En tout cas , l'auteur de 
ce fragment semble avoir eu pour but de corriger l'impres- 
sion fâcheuse laissée par la dernière strophe du Gododin qui 
parle de Morien d'une manière peu flatteuse. Quoique l'autre 
fragment soit à la suite des vers qu'on vient de lire, le ton 
change tout à coup et devient burlesque : 

€ C'est Dinogad [le guerrier] à l'habit d'Arlequin, [& 
» l'habit 1 de peau écorchée, à l'habit bigaré; c'est le fin 
» merle [passé mattre] en tour de passe-passe , que je vais 
» chanter , que je chanterais sur huit tons [différents.] 

» — Quand ton père allait à la chasse , l'épieu sur l'é- 
» paule , le javelot à la main , il parlait ainsi à ses chiens 
f bondissants : — Prend»! tiens! piUe! piUe! apporte! ap- 

> porte! n eût tué un poisson mort ^ comme un lion puissant 
» tue en sa fureur ! 

» Quand ton père allait à la montagne, il rapportait une 
1 tète de daim , une tête de sanglier , une tète de cerf, voire 

> une tète de coq de bruyère tacheté ; [il rapportait même] , 

Keo golo gwerei ar graz lari 
Hael ezvenl, digezruz ^ 

Oc'b kiod ba ked eic'hiok : n'eut bes 
Garzoaes hir oc'h tir Revoniok ? 

{Mss. de Hengurl et de PUu Gwyn.) 
* Ryuooioc, oow Deobighland. (Humfrey Lhoyd, Dtscriplùm of 
Cambria, p. 28, éd. de 1584.) 



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393 

» de la montagne, la tête d'un des poissons de la cascade du 
* Derventl ^ 

» De tous les animaux qui venaient d'eux-mêmes à ton père 
» pour se faire percer de sa lance , de tous les sangliers cre* 
» vés et éreintés , il ne manquait aucun ,.- si ce n'est ceux 

> qui pouvaient courir! 

» Quand il revenait sans compagnons de qudque excur- 
» sion y il n'en revenait aucun chef qui fftt plus terrible ; nul 
» qui fût plus intrépide que lui dans une salle à manger; nul 
» qui fût plus débonnaire à la guerre ; son cheval se trouvait 

> au gué du bout de la Clyde , au bout de la rivière ! Comme 
» sa renommée s'étend loin ! Comme sa cuirasse était bien 
» dose ! Oui ! avant que le gazon recouvrit Gweir-le-Grand , 
» [ton père] mérita d'obtenir mainte corne d'hydromel d'un 
» des fils de Mervarc'h. » ^ 

* CbOie d*eau de rYorckshire actuel. 

* Peiz DÎDOgad e breiz-breiz; 
Oc'h kroeD balaol, pan breiz; 
C*houil c'hooal c*bouidogez, 
Goc'hanoum , goc*benouD wciz keiz. 
— ff PaD elae tê tad-te i helia» 
Laz ar eskouez lari eno ê lac, 
Hef gelve koun gogehoug : 
Kip! kafl date! date! dougl daugf 
Hef laze pesk eoD korouk , 
Ma] bar laz leou leoueonk. 
Pan elêe le lad-te i menez, 
Dizouge hef penn ioarc'b , 
Penn gwez-boac*b, penn beiz, 
Penn krug-iar breiz oc*b menez , 
Penn pesk o raeader Dervenez ! 
Oc*b senl a kerc*bade tê tad-te ar kigoueiu 
Oc'b gwez-boac'b a leouin , a lonvein , 
Ne anke boll , . . . ne be oc*b aden ! 



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394 

Le chef que l'auteur de ces y&rs persifle de la sorte se 
nommait Kenan Garwemi , c'est-à-dire ;am6e fine; il semble 
avoir servi de plastron à plusieurs bardes , car on attribue à 
Taliésin une satyre dont il est le styet. > 

Quant à son fils Dinogad y conmie les Triades ne parlent de 
lui qu'avec éloge y et vont même jusqu'à dire qu'il acquit une 
renommée durable , ^ on peut voir en lui un autre Mimneur de 
la Police, victime du caprice d'un autre poète satyrique. 

Sous les noms de gué du bout de la Clyde y et de h&ut de la 
rmère, le barde veut probablement désigner le lieu de la ba- 
taille de Kaltraez. Dans cette hypothèse , il adresserait au 
père de Dinogad d'ironiques éloges pour s'être fait représen- 
ter par son cheval à cette bataille. Le chef Gweir-le-Grand y 
qu'il semble lui opposer, était un des trois guerriers de l'tle 
de Bretagne que rien ne pouvait détourner de leurs projets. 

Dans tous les manuscrits que j'ai pu consulter , le curieux 
fragment relatif à Kenan Garwenn précède immédiatement 
une variante de la stance LIX® commençant par les mots : 
« J'ai vu des flots de guerriers ; » celle-ci est suivie d'une va- 
riante de la LXII« : « Gododin , je m'intéresse à toi , » sui- 
vie elle-même de la stance XXXIX<» , qui se trouve reproduite 

Pan doze hef ankevun , o ankevarc'h , 

Nemb dao nemb doTez a be trimniac*h; 

( 

Ne magouet enn neouaz a be leouac'h 

Nag bef , nag eon kad a be gwasdadac'h ; 

Hag ar red peoD Kluid pennant oez be marc'h. 

Pellenik be klod , peiius be kalc*b. 

Ha ken golo Gweir bir adan teooarc^b , 

Derlede mez kera o'n mab Mervarc'b. 

(Msê. de Hengurt.) 
* Tretugan Kenan ganoen (Myvyr. arcb., l. 2« p. 168.) 
' Dioogad mab KcoaogarweoD... glod agavax bed beziou. (i6ûl., 
1.2, p. 8.) 



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396 
d'une maniëre incomplète , et qu*on a toute dénaturée. En* 
suite vient une seconde leçon du fragment sur Morien , cité 
plus haut : c Sans personne qui le devançât, etc. » Les dix- 
huit vers tronqués et isolés qu*on lit après , et qui sont les 
derniers , appartiennent pour la plupart aux stances XXXIV** 
et XXXV® : « Qu*avec ardeur, adresse et art , etc. » 

S'étant fait un devoir de reproduire intégralement les ma- 
nuscrits y sans y rien corriger , pas même les erreurs de copie 
les plus évidentes , comme je l'ai fait remarquer dans l'avant- 
propos de ce recueil , l'éditeur du Myvyrian a imprimé , à la 
suite du Gododin, toutes les variantes, additions et retoudies 
dont je viens de parler. Un tel excès de réservQ et de scru- 
pule était presque nécessaire alors pour faire tomber les 
doutes répandus sur l'existence de plusieurs des manuscrits : 
mais aujourd'hui que ces doutes sont heureusement dissipés y 
le jour de la critique arrive. 

U y aurait donc lieu de s'étonner en voyant plusieurs écri- 
vains anglais prendbre pour le dénouement du Gododin les 
lambeaux que je viens d'examiner, et les traduire comme 
tels , si ces écrivains avaient entendu le poème ; par bonheur 
pour notre vénérable barde , il n'en est rien. Des deux seuls 
qui y aient eu quelques prétentions, Edouard Davies et 
M. Probert , l'un a été d'une liberté qui va jusqu'à la licence : 
< il s'éloigne tant du sens littéral, > dit M. Tumer, traducteur 
excellent lui-même, comme Evans, d'un trop petit nombre 
de strophes ; c ses Commentaires sont d'une si grande au- 
dace, qu'il faut regarder son essai comme l'illusion d'une 
imagination échauffée. » 

Afin d'éviter le reproche adressé à Davies, M. Probert a 
suivi le mot à mot : mais , selon l'observation de l'honorable 
Herbert , juge très compétent , sa tentative n'a pas été plus 
heureuse : il n'a réussi qu'à être presqu'aussi ininteUigible et 
presque aussi obscur que l'original. Du reste, toutes les fois 
qu'il l'a pu , il a pris pour guide son ami , le docteur Owen , 



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396 
dont nous connaissons le système élastique de traduction ad 
libitum, système illustré, quant au Gododin^ par de trop 
nombreux exemples qu'on trouvera dans son dictionnaire , et 
qui grossissent la liste de ses contradictions philologiques. 

S'ensuit-il que la critique doive être sévère pour eux? Je 
ne le pense pas : tout en constatant leur échec , et en évitant 
dé les prendre pour guides , elle doit leur tenir compte d'ef- 
forts qui ont trouvé , on peut m'en croire , des obstacles sou- 
vent presque insurmontables. Peut-être dira-t-on qu'en plai- 
dant leur cause je plaide aussi la mienne : à la vérité , je 
n'ai pas moins besoin de bienveillance , car J'ai rencontré les 
mêmes difficultés , sans pouvoir espérer , plus qu'eux , de les 
avoir toujours vaincues. 

L'examen de ces difficultés , la justification des textes que 
j'ai adoptés , la manière dont j'ai divisé , groupé ou scandé 
les vers , le sens que j'ai donné à chacun d'eux, demanderait 
un volume d'explications : dans l'impossibilité d'entreprendre 
ici un travail d'une telle étendue , dont j'ai d'ailleurs tous les 
éléments entre les mains, j'affirmerai qu'il n'est pas une 
stance du poème , pas un vers , pas un mot dont je ne puisse 
justifier l'interprétation à l'aide des lumières fournies par 
quelqu'un des dialectes de la langue celtique, et, le plus sou- 
vent , par celui d'Armorique. 

Le texte que j'ai pris pour base de cette édition du Godo- 
din , a été copié sur un manuscrit du X\b siècle , aujourd'hui 
perdu , intitulé : le Livre d'Aneurin , lequel appartenait à 
la bibliothèque particulière de la femille Vau^an d'Hengurt. 
Je dois les variantes à deux manuscrits , l'un du XIII* siècle , 
appartenant à mon ami M. Price , de Krickhowel ; l'autre , du 
XIV« , de la bibliothèque de famille des Panton , de Plas- 
Gwyn , dans l'tle d'Anglesea. 



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POÉSIES 

DE TALÏÉSIN. 



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LA BATAILLE 

D'ARGOED-LOUÉVEN. 

(VERS 547.) 

ARGUMENT. 

Nous avons déjà fait allusion au chant relatif à cette ba- 
taille , dans l'argument de Télégie guerrière composée par 
Liwarc'h-Henn , en l'honneur d'Urien. Elle fut une des pre- 
mières livrées par les 'Bretons du nord aux Anglo-Saxons. 

€ Pour mieux réussir contre les habitants de ces contrées , 
dit l'illustre historien de la conquête des Normands , ils firent 
alliance avec les Pietés ; et ces deux ennemis confédérés s'a- 
vancèrent de Test à l'ouest , frappant les indigènes d'un tel 
effiroi que le roi des An{^ reçut d'eux le surnom d'homme de 
feu. » 

» Malgré sa férocité et sa bravoure, Ida rencontra , au pied 
des montagnes d'où descend la Clyde, une population qui lui 
résista. » ^ 

Urien était à la tète des hommes de Reghed , ses sujets , 
et de ceux de Godeu ou Godo, probablement le pays de Godo- 
din , gouverné par Aneurin ; il avait pour auxiliaires son fils 
Owen,son cousin Kéneu, fils de Koel, et TaIiésin,son barde, 
qui a chanté , comme on va voir , sa victoire sur les Ger- 
mains. 

* A la lellre : porle^flamme ^ porle-brandon . 
•T. 4, p. 40, 7« édition. 



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KAD ARGOED LOUEVEN. 



E bore diou sadorn kad maour a bu y 
Oc'h pan douere heol hed pan kennu. 
Degresouez Flamzouen enn peduar lu 
Godeu ha Reged i emzuUu. ^ 



Dévoue oc*h argoed hed ar menez , 
Ne kefent eirioez hed er un dez. 2 

AtoreWiz Flamzouen maour trebestaod : 
« — A dodent hon gwestlon, haintparaod? » - 
Er attebouez Owen doueren fosaod : 
a — Ne dodent , ned edint , ned ent paraod. » ^ - 
Ha Keneu , mab Koel , beze kemoueaod — leou- 
Ken e taie oc'h gwestl nebaod. 4 



Y bore Dduw SadwrD cad fawr a fu 
Or pan ddwyre haal hyd pan gynoa 
Dygrysowys iOamddwyD yn bedwarllu 
Goddea a Reged i ymdaliu 

(Msi. de Herghest et Myvyr. arch.y t. i» p. 53.) 

Dyfwy Ârgoed byd Ârfynydd 
Ni cbeflynt eiryoes hyd yr andydd. (I6ûl.) 



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I. 

LA BATAILLE DARGOED-LOUÉVEN. 



Samedi matin , un grand combat a eu lieu ; 
[il a duré] depuis le lever du soleil jusqu^à son 
coucher. Le Porte-brandon se précipitait avec 
quatre bataillons j pour combattre Godeu et Re- 
ghed. 

Ils s'étendirent des bois aux montagnes y mais 
ils ne vécurent qu'un jour. 

Le Porte-brapdon criait d'une voix forte : 

— c/ Nous seront-ils livrés, nos otages', sont-ils 
prêts? » — 

Owen répondit, en tirant son épée : 

— ce Ils ne te seront pas livrés , ils ne sont 
pas , ils ne seront jamais prêts. » — 

Kéneu aussi , le fils de Koel , aurait été op- 
primé, le lion, plutôt que de livrer un [seul] 
otage à (Personne. 

^ Aioreiwis fflamddwyn fawr drybestawd 

A ddodynt yn gwysUon a ynt parawd 

Yr attebwys OwaÎD ddwyrain ffossawd 

Nid dodyot nid ydynl nid yol parawd. (/6til.) 

4 A cheneu mab coel byddai cymwyawg llew 

Gyn atulai o wysil nebawd. [Ibid.) 

26 



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402 
Atorelviz Urien , uz er ec'houez : 
<c — O bez enn kevarvod am karentez, 
Derc'hafoun eidoed oziouc'h menez ! * 

Hag emporzoun gweneb oztouc^h emeil ! 

Ha trec'hafoun peledr oziouc'h penn gouir ! * 

Ha kerc'houD Flamzouen enn he luez ! 
Ha lazoun hag hef he kevezez ! — » ^ 

Ha rag gweiz Argoed Loueven 
Bou laouer kelen : * 

Ruze breîn rag revel gwez. ^ 

Ha gwerin a kresouez gan ê nevez ; 

Ha rioam ê bloezen ^ nad bouem kennez. ^ 

Hag enn e fallouem henn ; 
I*m degn Ankeu anken, '^ 
Ne bezim eno dirwen, 
Na molouem Urien. ^ 



s 



Âtoreiwis Urien udd yr ecbwjdd * 

bydd yDghyfarfod am garennydd 
Dyrchaiwo eidoed oddach roynydd. (Ibid.) 

Ac ymporthwD wyneb oddach emyl 
A drychafwn beleidr oddach ben gwyr. {Ibid.) 

A chyrchwn fflamdwyo yn ei laydd 
A laddwn ag ef ai gyweithydd. (Ibid.) 

Bu lawer celaia. (Ibid.) 



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403 

[Alors] Urien, le chef de la plaine cultivée , 
s'écria : 

— « Hommes de ma famille y ici réunis , le- 
vons notre étendard sur la montagne ! 

» Et marchons contre les envahisseurs de la 
plaine! et tournons nos lances contre la tête des 
guerriers ! 

» Et cherchons le Porte-brandon au milieu de 
son armée ! et tuons avec lui ses alliés ! d — 

Or, dans la bataille d'Argoed-Louéven, il y 
eut bien des cadavres. 

Dans les ruisseaux [sanglants] du combat ^ les 
corbeaux rougirent. Et le peuple se hâta de pu* 
blier la nouvelle ; et moi , je célébrerai cette an- 
née jusqu'à ce que je ne gravite plus. ^ 

Oui y jusqu'à ce que je défaille et [devienne] 
vieux ; jusqu^à ce que la rude angoisse de la Mort 
arrivé y je ne sourirai point, si je ne loue pas 
Urien ! 

* Kuddai Irain rhag rhjfel ^wyi. (IM.) 

* A gwerin a gryaswys gtft ei Mwydd 

Axinaf y blwjddyn ad wyf ItjMydd. (IM*) 

7 Ac yo j fallwyf beo 
Ym dygD aogeo aogen. (/6id.) 

* Ces deux derniers vers laaoqueot dans ce mas.^ maia eadstent 
dans celai de Hengart , que j*ai suivi. 

• Allusion aux sphères de Texislence bumainey Voyez les niâtes 
du Gododin. 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



Ida est resté célèbre dans la poésie gaUoise^ sous le sobri- 
quet que lui donne Taliésin : un barde du XII^' siècle ne croit 
pas pouvoir mieux louer son patron , qu'en disant : c D cou- 
rait à l'assaut comme le Porte-hranion incendiaire.^ > Le même 
barde, parlant d'un autre prince , compare sa bravoure à 
celle d'Owen , son homonyme , à la bataille d'Ârgoed : c ainsi 
dit-il , l'héroïque Owen , ce roi de la mêlée , entassait les ca- 
davres au combat d'Argoed Louéven. % D fut Uvré , comme 
le titre l'indique, dans cette partie boisée de la Clyde dont 
Liwarc'h-Henn était le chef. A en juger par le mot Louéven, 
un ormeau s'élevait sur le champ de bataille, auquel il a 
laissé son nom. C'est ainsi que le nom de combat du chêne est 
resté à notre glorieuse affaire de Mi-Yoie , parce qu'on voyait 
un grand chêne dans la plaine où Beaumanoir et ses Bretons 
battirent les Saxons de Bambourch. La victoire de VOrmeau 
d'Argoed fut gagnée un samedi , et ceUe du Chêne de Mi-Yoie 
(je ne puis m'empêcher de signaler cette coïncidence) , un 
samedi aussi. A ce bon samedi, observe le panégyriste de 
Beaumanoir, son contemporain : 

A ce bon samedi , Beaumanoir si jeûna , 
Grand soif eut le baron, à boire demanda : 
— Bois ton sang , Beaumanoir , la soif te passera ! 
Ce jour était donc non moins propice aux Bretons que fatal 
à leurs ennemis : ils le regardaient , et le regardent encore , 
en Armorique , comme un des jours heureux de la semaine. 

* Mtvtr. akch., i. i , p. 255 et 207. 



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LA BATAILLE 

DE GWEM-ESTRAD. 

(DE 547 A 579.) 

ARGUMENT. 

Urien est encore le héros de ce chant de Taliésln. 

La garnison de Kaltraez, qui, plus tard, devait être si cruel- 
lement décimée, marchait sous les ordres du prince de Reghed 
contre les Angles, campés dans une vallée de la Clyde, appe- 
lée Gwenn-Estrad, où s*élevait une forteresse bretonne du 
même nom , dont les ennemis s'étaient emparés. 

La citadelle ne put résister aux Bretons ; les Angles furent 
ensevelis sous les ruines Jde ses remparts, ou noyés dans les 
eaux de la rivière voisine , en voulant la passer à gué. Peu 
d'entre eux échappèrent par la fuite à la mort. 

Témoin du combat, le barde d'Urien chanta la nouvelle 
victoire de son royal patron. 



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IL 
KAD GWENN-ESTRAD. 



Arouere gouir Kaltraez gan dez 
A.m gwledik gweiz buzik gwarzegez 
Urien , houn anaod heneuez j 
Kevadeilad teirnez — a he goven revelgar — 
Rouesk, anouar rouev badez! ^ 



Gouir Preden a deuzent enn luez 
GwenD-Estrad , estadl kad kinnigez. 
Ne dodez na maez na koedez 
Tud ac^hles, diormes pan deuez 
Mal tonnaour tost a gaour troz elvez. ^ 

Gweliz gouir gwec'hr enn luez j 
Ha, gouede bore kad, briou kik; 
Gweliz hi tourv teirvlin trankedik; 

* Arwyre gwyr RaUnez gan dydd 
Am wledig gwaith faddig gwarthegydd 
Urien hwD awawd eineajdd 
Gyfeddeilj teyniedd ai golyn rhyfelgar 
Rwysg anwar rwyf bedydd. 

(Hergheit et le Myvyr. arck., t. 1, p. 52.) 



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IL 
LA BATAILLE DE GWENN-ESTRAD. 



Ils s'étaient levés avec le jour, les guerriers de 
Kaltraez, pour la bataille du prioce, ce victo- 
rieux pasteur [d^hommes], ce vieillard tant 
chanté , ce soutien d^un royaume qui sollicite sa 
puissance belliqueuse, cet indomptable roi bap- 
tisé! 

Les guerriers de Bretagne étaient venus en 
armes à Gwenn-Estrad , et avaient offert le com- 
bat au camp des ennemis. Ni la plaine , ni les 
bois ne purent sauver ces gens, quand les hom- 
mes libres accoururent comme des vagues fu- 
rieuses qui s'élancent par-dessus le rivage. 

J'ai vu en armes les guerriers vaillants, et, après 
le combat du matin, des chairs en lambeaux. Je 
les ai vus dans la mêlée tomber, accablés de fa- 

* Gwjr Prydaia t dwythein yn lluydd 
Gweo ysirad jsudl cad cyoDygydd 
Ni ddodes na mtes na coodydd 
Tud acbles diormes pan ddyfydd 
Mal tonnawr totl ei gawr iroa elfydd. (Ilnd). 



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408 
Gwaed gohoeou govaran gwlec'hit. 

En amouen Gwenn-Estrad e gwelit — go- 
vur — 
Hag angwer laour' luzedik. 

Enn treuz red gweliz é gouir ledruzion 
Eïrv dilong rag hlaour goved tonn. * 
Unent tank gan aezent golluzion, 
Lao enn kroez , gred e gro , granwenion , * 
Kevezouent ê kenren keouen tonn, 
Gwanekaour golec^hent reun è kavon. ^ 



Gweliz é gouir gospeizik gospelad^ 
Ha gwear a magie ar dillad y * 
A duiliao diaflem douez ourz kad; 
Kad gourzo ; ni bou fo pan pouellad. 
Gleou Reged revezai, pan peiziad! ^ 



Gweliz i gran greodik gan Urien 



I 



^ 



In orws rhyd givelats i wyr ledruddion 
Eirf dillwng rhag bltwr gofedon. {Ibid.) 

UoyDt tanc gan aeibant golloddion 
Llaw yoghroes gryd y gro granwynioR. {Ibid.) 

Ryfeddwynt y genrhein kywyn don 



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409 
ligue; [j*ai vu] le sang ruisselant inonder la 
plaine au loin. 

J^ai vu le rempart qui défendait Gwenn-Es- 
trad abattu sur Therbe jaunie. 



J'ai vu, au passage du gué, des guerriers avec 
des taches rouges , livrer leurs armes à la vague 
grise en fureur : au moment où leurs solides 
remparts s'en allaient [emportés] d'assaut , les 
mains en croix j tremblants sur la grève , le vi- 
sage pâle 9 leurs chefs s'en allaient de concert 
[rouler] sous les flots débordés, et les vagues la- 
vaient les crins [sanglants] des envahisseurs. 

J'ai vu nos brillants guerriers presque hors 
d'eux-mêmes , dont le sang souillait les vêtements , 
porter des coups furieux et continuels dans le 
combat ; le combat, ils le soutinrent bien ; la fuite 
ne fut pas possible , grâce à leurs efforts. Le chef 
de Reghed est terrible, quand on l'a bravé! 

J'ai vu la joue d'Urien enflammée par la co- 

Gwaneicawr gollychyol rawD y caffon. {Ibid.) 

* Gweleis i wyr gospeithig gospylad 

A gwyar t oaglei ar ddilad. (Ibid.) 

^ Cad gworiho ni baffo pan bwylled 

Glyw Reged rhyfeddaf pan feiddad. {ibid,} 



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440 
Pap amoueze gallon enn lec'h Gwenn Kales- 

ten,* 
E gweziant oez laveo -*- aesaour gouir; — 
Goberzit ourz Ânken ! 2 

Awez kad a divo Euroooui ! 3 
Hag enn e fallouem-mi — henn — 
l'm degen Ânkeu anken^^ 
Ne bezim eon dirwen, 
Na molouem-mi Urien. 

* Gwdes i nn raodig gan Urieo 

Pam tmwyth ai alon jd llech wen Galystom. (/6td.) 

• Ei wythiant oedd llafii aesawr gwyr 



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4H 
1ère 9 quand il attaquait avec rage les étrangers 
près de la Pierre Blanche de Kalesten; sa lame 
en fureur s'enfonçait dans les boucliers des guer- 
riers ; elle était portée par la Mort ! 

Que Tardeur des combats dévore Euronoui! 
Et moi, jusqu^à ce que je défaille [et devienne] 
vieux, jusqu'à ce que la rude angoisse de la 
Mort arrive, je ne sourirai pas si je ne loue pas 
Urien ! 



Gobenhid wrth Aogen. . (Pnd.) 

^ Âwydd cad a ddiffo Euronwj. (ifnd.) 

4 Iro dygjD aoghea angher. (Ilnd,) 

\ 
\ 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



On s'accorde généralement à croire la victoire de Gwenn- 
Estrad gagnée contre Ida de 547 à 560. Ce qu'il y a de cer- 
tain , c'est qu'elle est antérieure au siège de Medcaud et au 
désastre de Kaltraez. On se souvient en effet qu'Urien périt 
au siège dont je viens de parler, qu'il n'assistait pas à la ba- 
taille de Kaltraesi, et que la garnison de cette citadelle, vic- 
torieuse avec lui, fut égorgée plus tard avec son fils Owen. 
Serait-ce la forteresse de Gwenn-Estrad qu'on appelle au- 
jourd'hui pasMge de Strad Quen, ou Strad Quen's ferry? 
Entre Strad Quen et Gwenn-Estrad, il n'y a d'autre différence 
que le changement de Gwenn en quen, et celui d'Estrad en 
strad. Le premier est une altération manifeste ; le second est 
tout naturel; le gaël-écos$ais strad (vallée) répondant exac- 
tement au breton-gallois estrad (ystrad). Quant à la position 
du mot Gwenn , elle est arbitraire, et l'on a dit indifférem- 
ment Gwenn Estrad et Strad Gwenn. Ajoutons à cette simili- 
tude de nom , l*' que le passage de Strad Quen était l'un des 
points les plus importants de la Grande Tranchée, du côté de 
l'orient ; 2o qu'il était défendu par un fort; S® qu'une rivière, 
où la mer montait, baignait ses remparts; trois caractères 
qui conviennent tout-^-fait aux lieux où les Germains, suivant 
Taliésin , furent engloutis sous les flots, en voulant passer la 
rivière à gué. 

Une connaissance plus approfondie que la mienne de la to- 
pographie de l'Ecosse, fera découvrir sans doute l'autre lieu 
qu'indique Taliésin. Euronoui, dont il enflamme l'ardeur bel- 
liqueuse, était une princesse bretonne, sœur du héros Kenon, 
chanté par Âneurin, et fille de Kledno, d'Edin , citadelle si- 
tuée à quelques milles de Strad Quen's ferry. 



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LE COMBAT DE MENAO. 

(vers 560.) 



ARGUMENT. 

Le remarquable chant auquel nous donnons ce titre , n'en 
porte aucun dans les manuscrits; Téditenr du Myvyrian Ar- 
ehaiohgy of Wales, l'intitule vaguement , a Urien , comme 
les deux pièces qui le précèdent et celle qui le suit : évidem- 
ment, une pareille qualification ne saurait lui sufifire; il en 
méritait une plus précise. 

Taliésin y célèbre une nouvelle victoire de son royal patron 
sur les Angles, victoire dont personne , à notre connaissance, 
n'a encore parlé. Agresseurs cette fois, et portant leurs armes 
sur le territoire ennemi , les Bretons firent un grand carnage 
des Germains , et revinrent chargés de butin. 



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IIL 
KÂD MENAO. 



Ar UD blenez, 
Un enn darwez ^ 
Gwio ha mai ha mez. 
Ha gourhed digasez, 
Hag hef leouez — gorod ; — * 

Ha hed am bereu , 3 
Ha he penn funeu, 
Ha he tek gwezvaeu ; * 
Houei pob oc'h gwez, 
Deuvent enn plemnouez; ^ 

Hag he marc'h edao hao , 
Edd gozev gweiz Menao, 
Ac^hoanek anao. ^ 

Buz am lu amlaou ! 



* Ud yn darwedd. {Myvyr. arch., i- 1 » p- 56.) 

* A gwrhyd digassed 

Ac ei lewjdd gorod . ( Ibid . ) 

' A baid am fereu. (Ibid,) 

* Ai phen fluneu 

Ai leg wyddfrea. (Ibid.) 



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III. 



LE COMBAT DE »IENAO. 



Cette année y un chef prodigue de vin, de 
pièces [d'or] et d'hydromel et de courage sans 
barbarie, a franchi les frontières; 



Et suivi d^uû essaim de lances , et de ses chefs 
unis y et de ses brillants nobles, tous bien dispo- 
sés, il est allé au combat; 



Et monté sur son cheral, il a soutenu le combat 
de Menao, enflammant la muse [bardique]. 

Quel butin abondant pour Tarmée ! Huit [fois] 



Ei bawb oi wyd 
Dyfyni ynblymnwyd. {Ilfid.) 

Ai firch y daoaw 
Yngoddeu gwaith Mjrnaw 
A chwaneg anaw. (Ihid,) 



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416 
Oueiz-ugent un liou 
Oc'h loi ha biou! * 

Biou bliz hag ec^heu 
Ha pob kein amgen. ^ 

Ne be2X>uii laouen 
Pe laz Urien! ^ 

Eski ken iezed 
Saïz kengren , kengred ; ^ 
A briger gwenn golc'het, 
Ar gelor e douget, 
Ha gran gwearlet^ 
Am gwaed gouir gonozet. ^ 

A gour heongr bezik 
A be gwezou he gwreik. ^ 



Am euz gwin felek! 
Am euz gwin menec'h get-houn ! 
Am sorz! am porz! am pem[)! 
Ken na par kevoueren ! 7 



Bodd am li am law 




Wyth ugein unlliw 




loi a biw. 


{Ibid.) 


Bîw blith ag ychen 




A phob cein amgen. 


. (ibid) 


Ni byddwD lawen 




Bei lleas Urien. 


(Ibid.) 


Ys en cyn iethydd 




Sais cyngryn cyngryt. 


(Ibid.) 


A brîger wen olched 





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417 
viDg:t[bétesj d'une seule couleur, veaux et vaches! 

I 

Vaches de lait et bœufs, et des richesses de 
toute es|)èce ! 

Ah ! j'aurais cessé d'être gai si Urien eût péri! 

Il a été haché y le chef aux langages [divers]; 
tremblant, frissonnant, le Saxon a eu ses che- 
veux blancs lavés [dans son sang]; on Ta em- 
porté sur un brancard , le front sanglant , mal 
défendu par le sang des siens ! 

Ce brave et insolent guerrier laisse son épouse 
veuve. 

J'ai du vin de mon chef! J'ai souvent du 
vin, grâce à luil C'est lui qui m'inspire, lui qui 
me soutient , lui qui me guide ! Aucun ne l'^ale 
en grandeur! 



Ar elor ei djnged 




A grskD gwyarlled 






{/Wd.) 


A gwr hewr bythig 




A fei feddw ei wreig. 


[Ibid.) 


Am ys gwin ffeJaig 




Am ys gwin myDych gyllwn. 




Am sonh am porth am pen 




Cyn Da phar cyfwyrein. 


{Ikid.) 




27 



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418 
Kemaran Cïirao! 
Gwas ë treuz, gwrandao! * 

Pe trouz ! hag he daear a kren ? 
Hag he mor a digen, 
Degoueaok kec'bengar ourz é pedez? ^ 

Os ed uc'h cfnn nant, 
N'ed Urien a gwant? ^ 

Os ed uc'h menés, 
N'ed Urten a gorfez? ^ 

Os ed uc'h enn riou, 
N'ed Urien a briou? 

Os ed uc'h enn kaoz, 
Ned Urien a plaoz? 5 

Uc'h henty ucTi as, 
Uc'h enn pob kamas ! ^ 



Nag un tev nadao; 




Ne naoz ê rag hao! '^ 




« KymaraD tarau 




Gwas y drws gwrandaw. 


(Ibid.J 


• Py drwsl ai dayar a gf7n 




Ai mor a ddugyn 




l)y gwyawg ychyogar wrth y pedydd. 


{Ibid.) 


j Ossid uch ym mhaDt 




Nead Urien ai gwanl. 


(/6td.) 



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419 

Mais des ennemis se battent! Oificier de la 
porte, écoute! 

Quel bruit! estH:se la terr« qui tremble? Est- 
ce la mer qui monte, débordant son cercle ha- 
bituel jusqu'aux pieds [des hoaunes?] 

S'il s'élève un gémissement dans la vallée, 
n'est-ce pas Urien qui frappe? 

S'il s'élève un gémissement sur la montagne, 
n'est-ce pas Urien qui triomphe? 

S'il s'élève un gémissement sur le coteau, 
n'est-ce pas Urien qui broie? 

S'il s'élève un gémissement dans l'enceinte for- 
tifiée, n'est-ce pas Urien qui le fait pousser? 

Gémissement dans le chemin, gémissement 
dans la plaine, gémissement dans tous les dé- 
filés! 

Il n'est personne qui fasse taire ses gémisse- 
ments; il n'est point de refuge contre lui. 



4 Ossid ucb ym mynydd 




Neud Urien a orfydd. 


(Ibid.) 


<* Ossid Qch yngbawdd 




iNeol Urien a blawdd. 


{Ibid.) 


Ucb ymbob kamas. 


{Fbid.j 


7 Nag un lew na dau 




Ni nawdd y rageu. 


{Ibid.) 



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420 
Ne beze ar neuen 
A preiziei enn he kelc'hen. * 

Regoriaok, gorlasaok, gorlasar, 
EU Ankeu ez he par , 
Enn laz he eskar! ^ 

Hag enn e fallouem henn^ 
Vm degen Ankeu anken, 
Ne bezîm enn dirwen , 
Na molouem Urien ! 



Ni byddei ar newyn 
A phreiddieu yn ei gylchyn. {ïbid») 



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421 
Il n'est point de famine pour ceux qui pillent 
dans sa compagnie. 

Quand il combat, vêtu de son armure email- 
lée d'azur éblouissant , sa lance azurée est le 
lieutenant de la Mort, dans le carnage de ses 
ennemis. 

Ah! jusqu'à ce que je défaille , en vieillissant, 
et que la rude angoisse du trépas arrive, je ne 
sourirai point si je ne célèbre Urien! 



Gygoriawg gorlassawg gorlassar 
Âil angea oed ei bar 
Yn lladd ei esgar. (Ibid.) 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



Cette pièoe, qui se trowre, comme let^deux précédentes^ 
dans le lÀvre de TaUésin, manuscrit du XII* siècle, n'offire, 
au premier coup-d'œil^ d'importance que par son incontes- 
table mérite littéraire ; mais , en Fexaminant de prés, on lui 
découvre une valeur historique assez grande. Nous avon;s vu, 
dans les notes du Gododin, que Bun, la Belle Traîtresse, 
épouse d'Ida y avait survécu à son mari. Ne serait-ce pas elle 
que Taliésin désigne sous les traits de cette femme qu'un 
chef Saxon laisse veuve? Nous connaîtrions alors les circons- 
tances, ignorées jusqu*ici , de la mort dlda : on savait seule- 
ment, par un autre pièce de Taliésin qu'on lira bientôt, qu'il 
avait péri de la main du fils d'Urien. 

Adda ayant succédé à son père vers l'an 560 , il faudrait 
placer dans la même année l'événement chanté par notre 
barde et la composition de son poème. 

Menao ou Mynaw, pays près des frontières duquel se livra 
la bataille qu'il célèbre, doit être le Manau de Nennius, partie 
limitrophe de l'isthme resserré entre l'embouchure du Forth 
et ceDe de la Clyde où régnait Cunéda, bisaïeul du roi Mael- 
goun. 



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CHANT A URIEN. 



ARGUMENT. 

Urien, après d'abondantes largesses, donnait à ses guer- 
riers un splendide banquet. 

La fête s'était prolongée dans la nuit; le palais rayonnait 
de réclat d'un grand feu allumé dans l'àtre ; réunis autour 
de leur père , les fils du chef breton se faisaient remarquer 
parmi les convives, et plusieurs bardes, Taliésin à leur tête, 
occupaient au festin leur place accoutumée. 

Peui-ôtre une des trois victoires que nous l'avons entendu 
célébrer, avait-elle favorisé, la veille, les armes des Bretons, 
car, élevant la voix, le prince des bardes chanta ainsi : 



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IV. 
KAN I URIEN. 



Urien er ec'houez, 
Haelam den bedez! 
Liaos a rozez 
I denion efez! ^ 

Mal e keoDullouet 
Ed gweskeret! 

Laoun beirz bedez! 
Tra bo të gwec'hez! 2 

Ez moui laouenez 
Gan klodvan klodrez; 

Ez moui gogoniant 
Fod Urien ha he plant ; 

Hag hef enn arbennik 
Enn goruc'hei gwledik. 

Pellenik enn keniad : 
Keuta er Loegrouiz a he koueziad. ^ 

Lliaws a roddydd 
I ddynion elfydd. (HÊyvyr. arch., l. i , p. 55%) Efydd. 
(i6td., p. 51.) 



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IV. 
CHANT A URIEN. 



13 rien, [chef] de la plaine cultivée, 6 le plus 
généreux des humains en tes dons! Combien tu 
as donné de cuivre à tes hommes! 



Ils en ont recueilli, comme [on recueille] du 
blé répandu! 

Les bardes sont comblés de faveurs! Ta vail- 
lance surpasse tout! 

Il est la plus grande joie du dispensateur de 
réloge, le [chef] renommé; 

Elle est sa plus grande gloire, la fortune 
d'Urien et celle de ses fils; 

Sa fortune à lui, surtout, le chef suprême! 



Il commande au loin : les Logriens, les pre- 
miers, sont tombés [sous ses coups]. 

* LlawD beirdd bedydd 
Tra fo du ucbydd. (Ibid,) Dy wychydd. (P. 51.) 
* Gyntau IJoegrwys ai gwyddiad. [Ibid.) Cyntair Uoegrwys ei 
gwyddiead. (P. 51.; 



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426 
Enn dinas pellenik, 
Edd kenîad kentaik. 

Loegrouiz a kouezant. 
Pan emadrozant : 
Ankeu a kavsant 
Ha^méDec'h koziant. ^ 

Loski heu treved. 
Ha dougen heu luzed, 2 
Hag emik koUet , 3 
Ha maour, amkevret , ^ 
Heb kavet gwared ^ 
Rag UrieD Reged! 

Reged difreidiad! 
Klod ior, ankor gwlad, 
Më moz ez ez ar-n-ad ^ 
Oc'h pob erglevad; "^ 
Douez të peledrad 
Pau erglevad kad; ^ 

Kad pan e kerc'hout, ^ 
Gweniez a gounaout. 

Tan enn tai, ken dez, ^^ 
Rag uz er ec^houez , 

* Â mynych goddiaDt. (Idid.) Ce vers et le précédent se trouvent 
le cinquième et le sixième dans Taulre manascrit. 

* Âdwyn eu tudded. {Ibid.) 

* Ac eimwng colled (P. rtîî.) Emmic colhet. (P. 5i .) 

* A mawr amgyffred. (P. 55.) Angbyfrel. (P. 8i.) 



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427 
Sur les citadelles lointaines, il commande en 
souverain. 

Les Logriens sont tombes, qu^ils parlementaient 
[encore] : ils ont trouvé la mort et mille anxiétés. 



Leurs villes ont été brûlées, et leurs armes 
enlevées, et leurs richesses perdues, en grand 
nombre, à la fois, sans qu^ils aient trouvé de 
protection contre Urien de Reghed! 



O défenseur de Reghed! chef glorieux , ancre 
[de salut] du pays, ma muse [bardique] te célèbre, 
toi dont chacun entend [parler au loin] ; [elle cé- 
lèbre] ta lance qui ne cesse de frapper, quand 
elle a entendu le [bruit du] combat; 

Quand tu prends part au combat , faisant dés 
prodiges de valeur. 

Le feu [brille] plus que le jour dans le pa- 
lais, devant le chef de la plaine cultivée; 

,Heb gaffelgwarel. (P. 51.) 

• Fy modd y sydd aniad. (P. 55.) 

' bob erglywat. (lind.) bob herciyiuid. (P. 51 .) 

• Pan erglywat cad. (/6td.) Pan erglywat... (P. 51 .) 
» Cad pan i cyrchud. (I6t4.) Cyrcbynt. {Ibid.) 

*® Tan ynbai cyn dydd. {Ibid.) 



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428 
Er ec'houez tekam , 
Ha he denion haelam. 

Gnod Engl heb gwaesam 
A'm teirn gleouam; 

Gleouam esilez 
Ti-te goreu ez ez. 
Oc'h a bou hag a bez, 
Ned oez kestedlez, * 
Pan dremer ar-n-hao. * 

Ez helaez ë brao. ^ 
Gounaot gwlez amtan-hao ^ 
A*m teirn, gognao,^ 

Amtan-hao gwelez, ^ 
Ha liaos maranez , '^ 
Eurteirn goglez, ^ 
Arbennik teîrnez! ^ 

Hag enn e fallouem henn, 
Vm degn Ankeu ankeu, 
Ne bezim enn dinvenn , 
Na molouem Urien! 

I Ce vers et le précédent maLoq^ent dans la version du Myvyrian 
de la page 51 ; ils sont remplacés par ceux-ci : 

Teccaf ai dynion 

Haelargwawd... 
« Pan dremher amaw. (P. 35.) Pan dremir. (P. 52.) 
* Ys helaeth y braw. (P. 55.) Es helaeth. (P. 52.) 



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429 

De la plaine si belle, [dans le palais] où il a 
réuni ses guerriers. 

Les Angles sont sans homnmge de la part de 
mon brave souverain et de sa brave postérité; 

De ta postérité , la plus brillante qui ait existé 
et qui existera [jamais], à laquelle on n'en 
trouve point de comparable , quand on la con- 
temple. 

La terreur [qu'elle inspire] est grande. [Cette 
nuit] il donne un festin à ceux qui Tentourent, 
mon souverain, selon sa coutume. 

Autour de lui quelle fête! et quelle immense 
multitude environne le roi magnifique du nord y 
le chef des chefs! 



Ah! jusqu'à ce que je défaille [en devenant] 
vieux, et que la rude angoisse de la Mort ar- 
rive, je ne sourirai point, si je ne loue pas Urien! 



• Gwnawd gwledd am dâoaw. (P. 55.) Goawd gwyledd. (P. 52.) 
» Âm deyrH gognawd. (P. 55.) Gognaw. (P. 52.) 

• Âm danaw gwyledd. (P. 55.) Gwyled. (P. 52.) 

' A lliaws teyrnedd. (P. 5i.) Maraobedd. (P. 55.) 

• Eodeyrn gogledd. (P. 55.) Eurdeyrn. (P. 52.) 

• ArbeoDÎg Teyrnedd. (P. 55.) 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



D ne serait pas impossible que cette fête eût été donnée en 
r^ouîssance de la bataille d'Argoed , et Téli^ qu'on vient de 
lire composé pour la même circonstance. La place qu'il oc- 
cupe dans les manuscrits , où il vient immédiatement après 
la bataille en question y pourrait le faire croire. 

J'ai fait remarquer , dans le discours préliminaire , le rap- 
port de ce chant avec un poème dont Possidonius nous a con- 
servé le souvenir. Le barde gaulois à qui le chef Louam jeta 
une bourse pleine , comme Urien à Taliésin , ne fut pas moins 
sobre d'éloges que ce dernier. Du reste , si le poète broton 
montre un peu d'avidité pour le cuivre de sm patron, sa re^ 
connaissance et son dévoûment ne l'excusent-ils pas un peu? 

Le texte de ce poème existe dans la collection des Bardes 
prinûlifs gaUm de la bibliothèque d'Hengurt, et dans plu- 
sieurs autres manuscrits. 



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DÉDOMMAGEMENT A URIEN. 



ARGUMENT. 

On ne connaît point précisément le motif qui fit adresser 
cette pièce à son patron par Taliésin : quelque chef breton 
aurait-il blessé Urien? Les démêlés funestes qui entraînèrent 
sa mort 9 la jalousie dont il devint l'objet commençaient-ils 
déjà à troubler le repos d'une vie toute dévouée à la défense 
de son pays? Pures suppositions, mais tout-à-fait fondées. Un 
mot de Gildas , son proche voisin et son contemporain , eu je 
crois voir une allusion aux vertus d'Urien, raj^roché du pas- 
sage de NenniuSy cité précéd^fnment, ne peut laisser de doute 
en eflet sur les chagrins qui abreuvèrent les derniers jours 
du prince breton. Mennius, on s'en souvient, dit qu'il périt 
victime c de l'envie, parce qu'il possédait des qualités guer- 
rières très éminentes et très supérieures à celles de tous les 
autres rois.» 

Gildas s'exprime ainsi, de son côté, dans son pieux lan- 
gage : « Si quelqu'un de ces rois était plus humain que les 
autres et plus ami de la vérité, c'était vers lui que se diri- 
geaient, comme vers le perturbateur de toute la Bretagne, 
toutes les haînes et tous les traits. ' » 

N'oublions pas que Taliésin parle de la bravoure sans bar- 
barie d'Urien , et que ce prince fut mis au nombre des Saints. 

* Si qois eoram niiiior et veriuti tliqnatenus propior videreiur , 
in huDC BritaDDÎse qnasi sobversorem omnia odia tetaque torque- 
baDtar. (Ed. de Gale, p. 15.) 



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V. 

DADOLOUC'H URIEN. 



Leou bez egasam; 
Me n'hef dirmegam ; 
Urien ez kerc'ham, 
Ezhao ez kanam. ^ 

Pan del men gwacsam, 
Kenoues a kavam ^ 
Oc'h parz goreuam, 
Edan eilasam. ^ 

Ned maour n'im tavam, 
Bez gwehelez a gwelam; * 
Atad hint ned am , 
Gant hint ne bezam ; ^ 



Ne kevarc'ham-me goglez 




Ha he moui teirnezi 




Ken pe am laouerez 




E gweloum kengwestlez; ^ 




* Llea uydd echassaf 




Mi nyw dirmygaf 




Urien yd gyrchaf 




Iddaw yd ganaf. (Ms$. de HergheU.) 


« Pao ddet fyogwaessaf 




Cynwys a gaffaf . 


(ibid.) 


' Y dan eilassaf. 


(Ibid.) 



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V. 
DÉDOMMAGEMENT A URIEN. 



Le lion est très tourmenté; je ne l'irriterai 
point 9 mais je m'approcherai d'Urien et je chan- 
terai pour lui. 

Quand il arrive , celui à qui je rends hom- 
mage f je me trouve admis à la place d'honneur^ 
[et noyé] sous des flots d'harmonie. 

Je ne suis pas grandement interdit^ quelque 
[nobles que] soient les [autres] tribus que je 
vois ; je ne vais point à elles^ je ne suis point avec 
elles; 

Je ne m'adresse point au Nord et à ses rois 
sans nombre 9 de quelque multitude d'otages que 
je les voie entourés; 

• Ned mawr nim dawr 

Byth gweheleilh a welaf. (Ilnd.) 

• Nid af atudynt ganihyu! ni byddaf. (Ilnd.) 

• Ni cbyiarGbaf fi gogledd 
Âr mei teyrnedd , 

Gyn pei am laweredd 

Y gwelwu gyDhwysUedd. (Ilnd.) 

28 



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434 

Ned red em hofez, 
Urien D^em gommez 
Louevenez drez; 
£z meu heu reuvez , 
Ez meu ê gwelez , 
Ez meu ê larez; 

Ez meu ë deliedeu 
Hag ë gorevraseu, i 
Mez oc'h bualeu, 
Ha da divisieu, 
Gan teim goleu, 
Haelam regigleu! ^ 

Teirued pob iez 
It holl edint kaez ; ' 

Rag out ez kweniez 
Enn dez te goleiz; * 

Ked del menasoun ; 
Gwel ë helour henoun 
Ned oez gwell a keroun , 
Hed ez gwibezoun ; ^ 

Nid rhaid ym hoffedd 
Urien oim gpmmedd 
Llwyfenydd diredd 
Ys meu ea rfaenfedd 
Ys meu y gwyledd 
Ys meu y llaredd 
Ys meu y deliedeu 
Ai gorefrassen. (Mi.) 



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435 
H n*est point nécessaire qn'ib m'aiment , tant 
qu^Urien ne me retire point me& terres de Loue- 
yen; et qu'à moi restent leurs produits; à moi 
le repos; à moi le contentement. 



A moi les métaux , à moi toutes les jouissances, 
et les cornes d^hydromel , et le bien suprême , 
avec mon prince de lumière, le plus généreux 
[ roi ] dont certes on entende parler ! 



Les chefs aux langages divers sont tous tes es- 
claves ; 

Devant toi marchera la [douleur] au jour de 
ta mort; 

Quand elle viendra [à toi], elle me menacera 
moi-même. Hélas! ce maitre que j'invoquais, je 
n'aurais pu en aimer de meilleur, pendant tout 
le temps que je le connus ! 



s 



Gan deyni goUu 

Haelafrygiglea. (iMd.) 

^ Teyrnedd pob iaith 

Il oll ydynt gailb. (/Md.) 

* Rhagot yt gwynir ys did dy olailh. (/6td.) 

"» Gydef mpnasswn 

Gwey hdu henwn 

Nid oedd well a gerwn 

Hyd ys gwybyddwn. (IWd.) 



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436 
Gweisian e gwelam 
He ment, na kavam 
Namen ë Diou uc^ham, 
Nîs dioveram. * 

Tè teirn-meiboD , 
Haelam denedon, 
Houei kaoant heu eskeron 
Enn tirez heu gallon. 2 

Hag enn e fallouem henn, 
l'm d^[en Ankeu anken , 
Ni bezim em dirwen, 
Na molouem Urien ! 

* WeilhiaD y gwebf 

Y meint a gafGif 

Namyo j duw uchaf 

NU dioferaf. [Ibid.) 



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437 
Lorsque je considère quelle est sa majesté , je 
ne trouve que Dieu de plus grand que lui , et de 
plus utile [aux humains]. 



Que les princes tes fils, les plus généreux des 
hommes, fassent résonner leurs lances sur les 
terres de leurs ennemis! 



Pour moi, jusqu^à ce que je défaille en vieil- 
lissant , et que la rude angoisse de la Mort m'ar« 
rive, je ne sourirai point si je ne chante pas 
Urien! 

'^ Dy deyro veibon 
Haelaf dynedoo 
Wy eanan eu hysgyron 
Yn nhired eo galon. (Ibid.) 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



Ainsi chantait le barde pour dédommager son souverain 
des injures que lui faisaient subir la haine et Fenvie des au- 
tres rois bretons , et Ton croira sans peine qu'il y réussit. 

Le début de ce petit poème et plusieurs traits qu'on y re- 
marque , offrent une adresse, un art et une chaleur d'âme 
qui feraient honneur à dei poètes d'une époque plus civilisée. 
Les quatre derniers vers sont comme le refrain de toutes les 
pièces de Taliésm en l'honneur d'Urien : ils les marquent 
d'un cachet toudiant : ce n'est pas sans attendrissement qu'on 
voit le serviteur fidèle, ou plutôt l'ami respectueux du prince, 
lu| donner ces preuves répétées d'un attachement qui ne de- 
vait jamais finir. Le Dédommagement à Urien se trouve à la 
fois dans le Uvre de TaHéHn, de la bibliothèque d'Hengurt, 
et dans le lAvre rouge de Herghest : l'éditeur du Myvyrian 
Archaklogg of Wales a suivi une copie du premier; je les ai 
éclairés l'un par l'autre. 



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CHANT DE MORT 
D^OWEN, nus D^UMEN. 

(DE 572 A 580.) 



ARGUMENT. 

D était réservé à Owen d'être cfaaaté , coaune son père y 
par deux princes des bardes du YI* siècle : l'un eut pour pa- 
n^yristes le vieux roi Liwarcli et Taliésin, l'autre, Taliésin 
et le chef Aneurin. 

* On a lu les stances affectueuses et pleines d'énergie que lui 
a consacrées le dernier de ces poètes dans le Gododin; voici en 
quels termes le premier fait son éloge dans un fragment de 
poésie parvenu jusqu'à nous, fragment qui laisse d'autant plus 
de regrets de la perte da reste de la pièce » qu'Q est plus ly- 
rique et plus entraînant. 



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VI. 
MARONAD 

OWEN, MAB URIEN. 



Ened Owen, mab Urien, 
Gobouelled ë Reen 

Oc'h he red ! 
Reged uz a kuz trom glas. 

Ned oez fas 

He kevezed; ^ 

Ëskel kerz klez klodvaour, 
Ëskel gwaev maour 

Livet. 
Kan ne kesir kestedlez 
I uz leouenez , 
Lazret, ^ 

* EDaid Owain ab Urien 
Gobwyllid ei Reo 

Ci Raid 
Reged udd ai cudd tromlas 
Nid oed fas 
Ei gywyddeid. 

(Ma. de Herghest el le Mytyr, arch.y 
l. 1 , p. 59.) 



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VL 

CHANT DE MORT 

D^OWEN, FILS D^URIEN. 



Ame d'Owen, fils d'Urien! Que le Seigneur 
voie ses besoins! 

Le chef de Reghed est caché sous un tertre 
vert! 



Il n'y avait point d'entrave à sa protection ; 
[elle avait] des ailes, son épee rapide et glorieuse; 
des ailes, sa grande lance affilée; 

Qu'on ne cherche point d'égal à ce chef de 
l'ouest, 3 à ce brillant [prince], à ce rude mois- 



* Isgell cerddglyd clodfawr 
Isgyll gwaywawr 

LIi&id 
Gany chessir cjsledlydd 
I Udd UeweDydd 

LIathreid. (Ibid.) 

' L'ouest de la Clyde, par opposition à l*est, qai était au pouvoir 
des Angles ou des Saxons-Logriens. 



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442 
Medd gallon geveliad^ 
Esilez he tad 
Hag he taed. ^ 

Pan lazaoz Owen Flamzouen, 
^ Ned oez fouen : 
Oc'h hef kousked;^ 

Kousked Loegr, ledan niver, 
A leuver 
Enn heu laged! ^ 

Ha re ne foent haeac'h ^ 
A oezent [gwaes] ac*h* 
Na kaed ; ^ 

Owen a heu kosbaz enn drud, 
Mal knud 
Enn emlid deved. '^ 

Gour gwiou , ouc*h amliou seirc'h , 



• Meddel galon gefeiUd 




Eissilnd y Ud 




Aiuid. 


(/Wd.) 


• Pan Uddawdd Owein Fflamddwyo 




Ned oedd fwyn 




Ogefkysgeid. 


(ibid.) 


> YneuUjgaed. 


(Ibid.) 


• A rhai ni fibynt hayacb. 


(I6W.) 



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443 
souneur d'ennemb, 8 à ce [digne] fils de son 
père et de son aieul! 

Quand Owen tua le Porte- brandon , aucun 
obstacle ne s'offrit : il dormait, [Pennemi]; 



Elle dormait, la grande armée des I^griens, 
avec une torche dans les yeux! 



Tous ceux qui ne s'enfuirent point à Finstant 
furent traités pire que des captifs; 



Owen les châtia rudement, comme une bande 
de loups qui traque des moutons. 



L'excellent guerrier, aux harnais de diverses 



* A oeddynt... ach. (ihid.) La moitié du mot est effiicé dans le 
maDuscril de Hengurt, suivi par les éditeurs du Jfyvyrton. Je crois 
qu'il faut lire guxuioc'h. 

• No chaid. (Ilnd.) 

7 Yn ymlid defeid. (Ibid.) 

9 Je me suis trompé dans les notes des Contes popuuires des 
ANCIENS Bretons, en lisant meddal gaUm, et traduisant en consé- 
quence; il est évident qu*il faut lire medel gàUon^ 



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I 



444 
A roze raeïrc'^ 
I erc'hied; * 

Keit ha e ia*one, mal kaled 
Na ranned 
Rag he ened ; ^ 

Ened Owen, mab Urien, 
Gobouelled ë Reen 
Oc'h he red! 

Gwr gwiw uch ei ainliw seirch 
A roddei feîrch 
I eirchiaid. (Ibid.) 



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445 
couleurs 9 fit don de leurs chevaux à ceux qui 
lui en demandèrent; 

Tant qu'il porta couronne , le dur tribut ne 
fut point payé devant son âme; 

Devant l'âme d'Chven, fils d'Urien : Que le 
Seigneur voie ses besoins ! 



• Ryd as cronnaî mal caled 
Ni ranned 
Rhag ei enaîd. {Ibiâ.) 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 

Ce poème, qui figure dans tous les plus anciens manuscrits 
des oeuvres de Taliésin, nous révèle un fait important, c'est 
que le Porte-hrandon Ida périt de la main d'Owen. Nul autre 
monument, il est vrai, n'attribue au fils d'Owen la mort du 
chef northombrien, mais aucun aussi ne contredit le témoi- 
gnage du barde breton , et tout porte au contraire à le croire 
sur parole. Telle est Topinion de H. Sharon Tumer et des 
meilleurs critiques. La belle image des Germains dormant 
avec une torche ou une lumière dans les yeux, est une allu* 
sion saisissante à la guerre acharnée que leur fit Owen. 

D est inutile de répéter ici ce que j'ai dit de lui dans les 
notes relatives à la bataille de Kaltraez, où il périt : j*s\jou- 
terai seulement qu'il devint, après sa mort, sous le nom fran- 
cisé d'Ivain, plus célèbre encore que de son vivant, grftbe 
aux auteurs des Mabinoghion, aux hagiographes gallois^du 
Xn« siècle, et à tous les romanciers européens du moyen-âge. 
Envisagé sous ce dernier point de vue, il a été pour moi l'objet 
d'un examen spécial dans un Essai sur rorigine des épopées 
chevaleresque de la Table-Ronde, placé en tète de ma ti*aduc- 
tion des Contes POPULAmES des angkns Bretons. 

Plusieurs critiques pensent que l'élégie d'Owen fiit un 
des derniers poèmes composés par Taliésin. 

SeraitH^e après la mort de l'héroïque fils d'Urien qu'il se 
retira sur le contment, près de son compatriote saint Gildas, 
conmie le rapporte un écrivain breton du XI* siècle? L'Ar- 
morique, où, selon l'opinion 4M)urante parmi les insulaires, 
« un grand repos régnait alors ; » l'Armorique , cette terre 
de l'hospitalité et du dévoûment, semblait faite , encore plus 
que le pays de Powys , asile de Liwarc'h-Henn, pour abriter 
les cheveux blancs , la harpe et le cœur brisés d'un barde à 
qui les vents apportaient , « des plages armoricaines , d'heu- 
reuses nouvelles, > disait-il, pour le bien-aimé prince qu*il 
ne cessa de célébrer qu'en cessant de sourire. 



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APPENDICE. 



CHANT DTJN GUERRIER 

DANS U DÉTRESSE. 

ARGUMENT. 

La bibliothèque de rnniTersité de Cambridge possède un 
Toluroe en parchemin de couleur jaunâtre , du format in- 
folio f ayant vingt-sept centimètres de long sur vingt de 
large ; il contient cinquante-deux feuillets et porte , avec le 
n« 1232, la marque F. F. IV. 42 ; il n'a point de titre, mais 
il est aisé d'y reconnaître une copie de la paraphrase des 
Evangiles, œuvre du poète latin Juvencus. L'écriture est 
saxonne , et parait , aux juges les plus compétents, notam- 
ment à M. Henri Coxe , antérieure à l'an 700. Au haut des 
pages 48, 49 et 50, on trouve trois lignes en caractères 
irlandais, mais infiniment plus menus que ceux du texte 
latin , et qui semblent de la fin du YIII« siècle ou du com- 
mencement du IX* à l'autorité grave que je viens de citer. 
La première de ces lignes est précédée des deux mots Hen 
vrythonœg, c'est-à-dire c [Ceci est] de Y Ancien breton. > Je 
crois reconnaître dans cette note l'écriture du savant anti- 
quaire gallois Edward Lhuyd, auteur de la découverte 
du texte en question. Il l'a imprimé en 1707 y dans 
son grand ouvrage, VArcluBoïogia britannka, page 221, 
sous le n<* 5 , intitulé Some welih werds amitted in Doctor's 
DaviesMietianary. Mais , comme s'il avait voulu garder sa 
découverte pour ses compatriotes, non-seulement il ne tra- 
duit point le texte en anglais, mais encore il l'accompagne 

de considérations écrites en gallois. Quoiqu'il en soit, voici, 

29 



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448 

pour ceux qui ignorent cette hngae , une traduction des 
paroles du trop mystérieux antiquaire : 

f A la vieille bmgue bretonne du nord de cette Ile, au 
pays où est aujourd'hui le royaume d'Ecosse , appartient le 
texte breton suivant. Je l'ai trouvé en tête d'une page d'un 
ancien livre latin sur vélin écrit il y a environ mille ans 
(c'esUà-direau Vil* siècle), etdontl'écritureestirlandaise... 
C'est le morceau breton le plus vieux et le plus étrange que 
j'aie lu jusqu'ici. Quoiqu'il ne soit pas toujours intelligible, 
il m'a paru digne d'être publié pour donner un peu de joie 
aux hommes instruits dans notre ancien langage kimrique. > 

Après l'avoir reproduit tel qu'il est dans le manus- 
crit, c'est-à-dire comme de la prose, l'antiquaire gallois 
ajoute : c Ainsi l'ai-je trouvé écrit, mais on y reconnaît 
trois couplets d'un genre de poésie usité chez les Cambriens 
d'autrefois, et appelé Triban milur ou chant de guerrier. > 
Et divisant régulièrement les vers , il écrit le texte primitif 
d'après le système d'orthographe employé par les Gallois 
modernes, de manière à reproduire trois strophes, chacune 
de trois vers monorimes, dans le genre des tercets de Dante. 

Un siècle après la mort de Lhuyd , en 1802, à propos des 
variations de l'ortographe cambrienne , le grammairien gal- 
lois Owen Pughes, s'appuyant sur l'autorité du manuscrit de 
Cambridge, réimprimait la première strophe telle que l'a 
citée Lhuyd , avec la forme moderne en regard ; ^ et , en 
1832, la seconde strophe, qu'il rsgeunissait et essayait de 
traduire. ^ 

Dernièrement enlBn, Zeuss a cité le manuscrit de Cam- 
bridge; mais comme il ne l'a point eu entre les mains , et 
que l'ouvrage même de Lhuyd, devenu très-rare, paraît 
ne pas lui avoir passé sous les yeux, il se borne à repro- 

« A weàlh grammar, p. 9. 

• Aiktmary ofthewélih kmgmge, t. l^f.3iQ. 



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449 

doire, d'après Owen, trois vers seulement de la pièce bre- 
tonne en faisant remarquer que c ces trois vers appartien- 
nent , et par l'orthographe et par les formes grammaticales, 
au premier âge de la langne cambrienne , primam tingwB 
cambricœ œtatem scriptime et formé grammatkaUbuiproden' 
tes. i Leur importance ne pouvait lui échapper ; il est 
fâcheux qu'il n'ait pas connu les antres et qu'il ne les ait pas 
tous traduits. Pour en juger par mes propres yeux , je suis 
allé à Cambridge , et gracieusement secondé par le vice- 
chancelier de l'Université , M. Edwin Guest, par le docteur 
Powel, conservateur , et le révérend H. R. Luard , chargé 
du catalogue des bibliothèques de la ville, j'ai pu retrou- 
ver le précieux texte breton. 

La copie qu'en a prise Lhuyd, et sur laquelle on. a im- 
primé , est peu exacte, j'en ai acquis la preuve, et elle 
avait besoin d'être comparée avec l'original; mais il ne s'est 
pas exagéré l'importance de la pièce. C'est bien le chant 
d'un chef de guerre breton : dans l'isolement et l'insomnie, 
ce guerrier barde pleure sa ruine et celle de sa famille. 

< GrammalkaceUka, t. Il, p. 946. 



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450 

TRIBAN MILUR 
IN GUETD). 



Ni guorkosam, n'em heonaur, — henoid; 

Mi telu n'it gurmaur : 

Mi a^m frank; dam an kalaur! 

Ni kanuy ni guardam, ni kusam, — henoid^ 

Kel iben med nouel ; 

Mi a*m frank ; dam an patel ! 

Na mereît i'm nep leguenid , — henoid ; 

Is diszur mi kouedid; 

Don n'am rikeur i^m guetid! ^ 



• |Voici ce yieux texte breton avec l'orthographe galloise mo- 
derne que Lhuyd lui a imposée , et le sens qu'il lui prête. Ses 
prédécesseurs du moyen-âge ont ainsi rajeuni les poèmes des 
bardes en les copiant : 

Ni wyrchyssaf nam'n un awr 
Heno, fy nheulunid gorfawr ; 
11 amFfrank daf an callawr. 

» Ni chanaf, nichwraf, nichwsaf 

Heno , cyhyd ei ben medd Nywell ; 
Bfi am franc daf an padell. 

Na fyred un nèb Ihawenydd , 
Heno ys discin fy nghyhyddydd : 
Dau nam ry ceir y nguadydd. 

{Archœologia brUamica, ^ ^1.) 



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451 

CHANT D'UN GUERRIER 

DANS LÀ DÉTRESSE. 2 



Je ne repose point , je ne m'endormirai point , 
celle nuit ; ma maison n'est plus considérable : ^ 
[plus personne ici que] moi et mon serviteur; 
plus de chaudière ! ^ 

Je ne chante point , je ne ris point, je ne fais 
point Tamour, cette nuit, en buvant Fhydromel 
vivifiant; [plus personne ici que] moi et mon 
serviteur! plus de coupe! 

Il ne me reste aucune joie, cette nuit; il est 
découragé, mon compagnon; personne ne m'as- 
siste dans ma détresse ! 

* J'ai publié et traduit pour la première fois, en 1856, d'a- 
près le manuscrit original, dans mes NoUees des prineipauxUa- 
nuscriti des anciens Bretons, le texte de ce petit poème, accom- 
pagné du faC'SwUle que je reproduis plus haut. 

s Le savant M. Nash , plus heureux d'ordinaire, a été assez 
mal inspiré en corrigeant telu (maison), par telyn (harpe), etn't^ 
(n'est), par U (est). « Cette substitution, dit-il, rend la première 
strophe intelligible , et donne la clé de toute la pièce. > (TaUé- 
sin, p. 79 et 80.) La vérité est que le sens est ainsi complète- 
ment changé , et qu'une première erreur a entrahié le trop in- 
génieux critique dans d'autres erreurs non moins regrettables. 

* Un soldat firançais dirait moins poétiquement : la marmite 
est renversée t 



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452 

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 



Qaelle est la date de ces vers? Â ne tenir pour certaine 
que celle de l'écriture , dont le fae-Hmilé prouve assez 
l^antiquité , ils seraient au moins de la fin du Yin« siècle 
ou du commencement du IX« ; mais il est très-vraisemblable 
que leur rédaction remonte à une date fort antérieure à la 
copie. Doit-on toutefois se borner à dire , avec Zenss , 
qu'ils appartiennent au premier âge de la langue bretonne, 
et n'avons-nous aucun moyen de connaître y soit l'époque où 
ils ont été faits, soit le nom de l'auteur? D y en a un : c'est 
de les rapprocher des poèmes des bardes bretons du VI« siè- 
cle, qui pour nous être parvenus rsgeunis avec des modifi- 
cations d'orthographe regrettables , n'en sont pas moins 
authentiques. Or, parmi ces poèmes , nous en avons trouvé 
un où la situation de l'auteur, ses sentiments , son langage, 
son genre , son style , sa forme rhythmique , tout concorde 
avec ce que vient de nous ofirir le chant de guerrier du Ju- 
vencus. Ruiné aussi lui , seul, sans toit, sans serviteurs, 
sans chaudière , sans sommeU , il passe les nuits à gémir 
au souvenir de sa prospérité passée : 

c La salle de Kendelann n'est pas agréable , cette nuit, 
au sommet du rocher d'Hédouez ; sans mattre , sans so- 
ciété, sans^fête! 

> La salle de Kendelann est sombre, cette nuit; sans 
feu, sans chansons; les larmes me creusent les deux 
joues. 

> La salle de Kendelann est triste, cette nuit, après les 
honneurs que j'y reçus; sans les guerriers, sans les dames 
qu'elle recevait. > i 

* Ystafel Kyndylan nis esmwyth, — heno , 



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453 

Et s'aflaissant tout-à-fait sous le poids de la douleur : 
c Je suis vieux y je suis seul , je suis difforme et glacé ; 

plus de lit d'honneur pour moi I je suis misérable ; je suis 

plié en trois. 

> Les jeunes filles ne m'aiment plus I Personne ne me 
soulève [sur ma couche] ; je ne puis remuer : ah ! malheur ! 
6 mort , tu ne m'es pas favorable ! 

> Rien ne m'est favorable I Plus de sommeil I Plus de bon- 
heur!.... > i 

L'auteur de ces vers nous est connu ; on se le rappelle , 
c'est Liwarc'h, le centenaire , chef du Cumberland, si cé- 
lèbre par ses malheurs comme prince et comme père de 
famille ; Us ont une date bien fixée; ils remontent au temps 
de la mort du roi breton Kendelann y qui périt en l'an 577 , 
comme on le sait positivement par la Chronique saxonne. 
La ressemblance frappante qu'offre avec eux le premier mor 
ceau ne permet-elle pas de conclure qu'il est du même 
barde, et par conséquent du même temps? Si cela était, 
nous posséderions enfin , sous sa forme orthographique pri- 
mitive, et sans aucune altération ni de style ni d'écriture , 
l'œuvre d'un des poètes les plus anciens et les plus fameux 
des Bretons. 

Ar benn karec Hydwyth ; 

Heb ner, heb nifer, heb ammwyth. 

Ystaf el Kyndylan ys tywyl , — heno , 
Heb dan, hebgerddau; 
Dygystudd deurudd dagrau. 

Ystafel Kyndylan ys oergrai , — heno , 

Gwedy y parch am huai : 

Heb wyr , heb wragedd ai kadwai. 

Voyes plus haut, p. 79 et 80. 

> P. iU et 136. 



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TABLE 

DES MATIÈRES CONTENUES 

DAlfS CE VOLUME. 



FÀG-SmiLE d'un manuscrit des Bardes bretons. . . Page 

Pbétage de cette nonvelle édition ' i 

AyANT-PROPOS : . . . j 

Discours préuminaire : Les Bardes chez les an- 
ciens Bretons ; — leor condition dans la Gaule 
et les Des Britanniques; — leur institution; — 
leurs règlements ; — leur époque. — Les plus cé- 
lèbres d'entre eux : — Taliésin, — Aneurin, — 
Liwarc'fa^Henn ;— leur histoire; — leursouTrages 
sous le rapport du fond et de la forme ; de l'in- 
térêt historique» littéraire et philosophique. — 

Conclusion • xvij-xc 

Poésies de Liwarg'h-Hbnn, première partie , poèmes 

historiques. 
Chant de mort de (lièrent, fils d'Erbin, prince de 

Comouaille 1 

Chant de Maenwin 25 

Chant de mort dlJrien, prince de Reghed. ... 21 

Chaiit de mort de Kendelann 66 

Chant de Liwarc'h-Henn sur sa vieillesse. ... 127 

Chant de Liwarc'h-Henn sur la mort de ses fils. . 145 

PoésiES DE Liwarg'h-Henn , seconde [partie , poèmes 
gnomiques. 

Les Calendes de l'hiver. . . . • 178 

Le Vent 182 

Les Rameau 1^ 

Soit! 206 



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456 

Le Chant du Coucou 214 

Poésies d'Ameurin. Le Gododin. 231 

Poésies DE Tauésin. 

La Bataille d'Argoed-LoaéveD. '...... 399 

La Bataille de Gweim-Estrad 405 

Le Combat de Menao 413 

Chant à Urien 423 

Dédommagement à Urien. 431 

Chant de mort d'Owen , fils d'Urien. 439 

Appendice. — Chant d'an gnemer dans la détresse. 447 



FIN. 



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