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Full text of "Les clubs contre-révolutionnaires : cercles, comités, societés, salons, réunions, cafés, restaurants et librairies"

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BiroiN&LISÎJU' '^r- 



LES CLUBS 



CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 



OULLECTION DE DOCUMENTS RELATIFS A L'HISTOIRE DE PARIS 

PENDANT LA nÉVOLDTION FRANÇAISE 

Publiée sous le patronage du Conseil municipal. 



LES CLUBS 

CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

CERCLES, COMITÉS, SOCIÉTÉS, SALONS, RÉUIVMS, 
CAFÉS, RESTAURANTS ET LIRRAÏRIES 



PAR 



AUGUSTIIN CHALLAMEL 

Conservateur honoraire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. 



=\\^ 



PARIS "' ' 



il 



L. CERF I CHARLES NOBLET 

13, RUE DE MÉDICIS I 13, RUE CUJAS 

MAISON QUANTIN 

7, RUE SAINT-BENOIT 
1895 



LES CLUBS 

CONTRE-RÉYOLUTIONNAIRES 



INTRODUCTION 



I 



Les historiens de la Révolution ne se sont guère occupés, 
jusqu'à ce jour, que des clubs révolutionnaires, notamment de 
ceux des Jacobins et des Cordeliers, dont l'influence a été très 
grande sur les événements de l'époque. Ils ont déterminé cette 
influence avec plus ou moins d'impartialité, sans jamais nier 
leur importance, tant à cause des hommes qui les fréquentè- 
rent et devinrent célèbres, que par suite des actes accomplis à 
leur instigation. 

Gomme la Société des Jacobins, en plusieurs circonstances, 
tint pour ainsi dire en échec, et successivement, l'Assemblée 
constituante, l'Assemblée législative et la Convention nationale; 
comme elle a eu de nombreuses affiliations, faisant franche- 
ment et hautement la propagande; comme elle a publié un 
journal de ses séances (I), incomplet mais néanmoins très cu- 
rieux à consulter, beaucoup de gens ont pu se rendre compte, 
jusqu'à un certain point, du rôle qu'elle a joué de 1789 à 1794. 

Quoique moins étudiée et moins connue, la Société des 
Cordeliers, où figurèrent des personnages hors ligne, princi- 
palement Danton et Camille Desmoulins, a laissé de grands 
souvenirs et s'est identifiée avec l'âme ardente des premiers 
partisans de la République. Elle aussi a travaillé publiquement, 
sans redouter les attaques, ni les calomnies, ni les injures. On 
l'a accusée de violence à ses débuts, d'indulgence vers sa fin, 
et longtemps elle a marché d'accord avec les Jacobins, pour 

(1) Voir, dans la Collection des documents relalifo à l'Histoire de Paris 
pendant la Révolution française, la Société des Jacobins, par M. P. A. Aulard. 

1 



2 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

combattre énergiquement toutes les réactions, soit raonarchi- 
ques, soit modérées, contre le républicanisme. 

D'autres clubs suivirent les courants révolutionnaires, émi- 
rent ou soutinrent des doctrines diverses, sans acquérir une 
notoriété comparable à celle des Jacohi7is et des Gordelien. Ils 
se distinguèrent par des excentricités qui leur attirèrent sou- 
vent les plaisanteries des réactionnaires, mais ne les empêchè- 
rent pas de travailler à l'œuvre commune et de commettre, par 
exaltation, des fautes que l'on se plut à imputer à crimes, et 
que les pouvoirs constitués blâmèrent quelquefois vigoureuse- 
ment, quand la mesure leur paraissait comble. Ces clubs pa- 
tronnèrent des utopies aussi généreuses que peu réalisables, 
et, chose étonnante, ils survécurent aux sociétés dont ils étaient 
les satellites; ils furent les précurseurs du socialisme, encore 
sur la brèche aujourd'hui (1). 

Dès avant 1789, les idées nouvelles en philosophie, en htte- 
rature, en sciences, en politique, avaient fait surgir des groupes, 
des sociétés, des salons où l'on discutait pour ou contre le 
mouvement irrésistible qui entraînait les plus hautes mtelli- 
gences. On se combattait avec une égale vivacité. Les uns 
tournaient leurs regards vers l'avenir et se livraient à l'espé- 
rance de voir le triomphe du progrès auquel ils travaillaient; 
les autres ne pouvaient ou ne voulaient se détacher du passe, 
et s'appuyaient sur les vieilles institutions qui croulaient de 
toutes parts, sur les préjugés séculaires dont la foule commen- 
çait à ridiculiser l'existence, en attendant qu'elle en redoutât 

le retour offensif. 

Les théories faisaient place à l'action, surtout dans la poli- 
tique, laquelle, étendant chaque jour davantage son domaine, 
pénétrait dans les hôtels somptueux aussi bien que dans les 
demeures des bourgeois et des paysans à demi émancipés. 
Les réunions les moins politiques en apparence contenaient en 
^erme, celles-ci des opposants aux nouveautés, celles-là des par- 
tisans du progrès continu. Seulement, remarquons-le, chez les 
révolutionnaires l'attaque était plus franche que chez les contre- 
révolutionnaires, usant d'armes cachées et bientôt pixels a 
conspirer contre les pouvoirs pubHcs, au nom de 1 autorité, 

(\ ) Les clubs Monarchique et des Feuillants, et la Société de 1789, ont eu 
b.ln\noLs que ceux ées'jacobins et des Cordeliers, des n.pnmes relatifs 
à leurs délibérations. 



t,t 



INTRODUCTION 3 

des droits de la monarchie, de la toute-puissance royale. Ils 
voulaient faire la contre-révolution par Tintérieur, comme 
d'autres cherchèrent à la faire par l'extérieur. On les appelait, 
dans quelques écrits, des « Jacobins blancs ». 

En 1789, selon Ferrières, les aristocrates, noblesse, haut 
clerg-é, partie du clergé inférieur, parlement, financiers, « s'oc- 
cupaient des moyens de renverser la Révolution par des ma- 
nœuvres sourdes et des attaques indirectes : ils formaient 
des associations, recevaient des signatures, et les bruits qui 
couraient de guerre civile, de projets de contre-révolution, 
n'étaient pas tout à fait dénués de fondement. » Souvent les 
soupçons paraissaient vagues ou sans valeur; plus souvent ils 
appelaient la sérieuse attention des patriotes : ils étaient très 
motivés. 

Des clubs politiques existaient depuis longtemps en Angle- 
terre; chez nous, ils s'ouvrirent dès que les Etats-Généraux 
eurent tenu leur première séance, et les clubistes s'efforcèrent 
d'imiter, de suivre , de contre-balancer les discussions de l'Assem- 
blée nationale. Beaucoup de gens se firent politiciens par pa- 
triotisme ou par amour-propre, devançant les députés pour les 
motions graves et énergiques, blâmant certains décrets, en ap- 
prouvant d'autres, traitant les questions à fond lorsqu'on les 
avait à peine effleurées parmi les représentants de la nation, 
aimant les luttes passionnées qui s'accordaient avec l'état des 
esprits si prompts à s'émouvoir, si justement ombrageux. 
« C'est le peuple éclairé de Paris au milieu de journaux et de 
pamphlets, qui a tout fait », écrit l'agronome et voyageur an- 
glais Arthur Yung. 

Remarquons, tout d'abord, que les clubs modérés n'eurent 
qu'un très faible retentissement dans le public, et que, nonobs- 
tant leur prétention à la sagesse et à Timpartialité, ils es- 
sayaient en vain de calmer les enthousiasmes populaires. La 
plupart des amis de la révolution, d'ailleurs, se défiaient de 
ces sages, de ces impartiaux conseillant au peuple « de n'aller 
pas plus loin », et refusant d'admettre les conséquences logiques 
de l'action révolutionnaire. Beaucoup de patriotes détestaient 
les « enragés de modération. » 

Il parut même un projet d'association patriotique sous le 
nom de Gluhs des Amis de la Patrie et du Roi^ dont l'objet serait 
de former entre les honnêtes gens de toutes les classes et de 
toutes les parties du royaume une correspondance qui aurait 



4 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

pour but de réunir en un point central, pour les répandre de 
toutes parts, les connaissances sur les moyens de réparer les 
pertes et les sacrifices que nous a occasionnés la Révolution ; 
d'assurer de la manière la plus imperturbable les subsistances 
des peuples ; de redonner de l'énergie au commerce, aux ma- 
nufactures et aux différentes branches d'industrie ; de ramener 
enfin l'ordre, la paix, la sûreté et le bonheur en France, par 
le sieur Pawlet, fondateur de l'Ecole gratuite des orphelins 
fils d'anciens militaires de tous les grades (I). 

Ce projet ne reçut pas d'exécution. Les adhérents man- 
quèrent. 

Quiconque s'occupait de politique fréquentait non seulement 
les clubs, mais aussi les cabinets de lecture nés en même 
temps que les clubs; il y trouvait à lire, pour une somme in- 
fime, journaux et brochures dans les petites échoppes où sur 
des tables s'étalaient toutes sortes d'écrits nouvellement parus. 
Bien souvent, au cabinet de lecture, comme au club, comme 
au café, comme au salon ou chez un libraire, des discussions 
graves s'élevaient. On discutait, on s'invectivait, on se battait, 
à propos de tel ou tel fait, pour l'attaque ou la défense de tel 
ou tel personnage en vue. A la lueur d'une lampe fumeuse, 
même d'un simple quinquet, on cherchait là des aliments à la 
passion politique, et l'on sortait préparé à soutenir les luttes 
de la rue. 



II 



En maintes occasions, des publicistes s'élevèrent contre les 
clubs, et, dans les assemblées délibérantes, on les craignit, 
on les regarda comme funestes à la tranquillité du pays. Révo- 
lutionnaires ou non, ils furent l'objet de critiques plus ou 
moins sincères. Afin d'atteindre les premiers, des écrivains, 
royahstes au fond, manifestèrent contre les seconds. Un Jour- 
nal desGluhs parut en 1790-91 (2). 

Le 29 septembre 1791^ l'Assemblée nationale adopta le dé- 



(i) Bibliothèque nationale, Le* 2348, pièce sans date, in-8° de 8 pages. 

(2) Journal des clubs ou sociétés patriotiques, dédié aux Amis de la 
Constitution, membres des différents clubs de Franco, rédigé par les 
citoyens Leroux et Revol, Paris, 1790 et J791. 



INTRODUCTION 5 

cret suivant, proposé par Le Chapelier au nom de l'ancien Co- 
mité de constitution. 

« L'Assemblée nationale, considérant que nulle société, club, 
association de citoyens, ne peut avoir, sous aucune forme, une 
existence politique, ni exercer aucune influence ou inspection 
sur les actes des pouvoirs constitués et des autorités légales, 
que sous aucun prétexte ils ne peuvent paraître sous un nom 
collectif pour former des pétitions ou des députations, pour 
assister à des cérémonies publiques, soit pour tout autre objet, 
décrète ce qui suit : 

« xVrticle premier, — S'il arrivait qu'une société, club ou 
association se permît de demander quelques fonctionnaires 
publics, ou de simples citoyens, ou d'apporter obstacle à l'exé- 
cution d un acte de quelque autorité légale, ceux qui auront 
présidé aux délibérations ou fait quelque acte tendant à leur 
exécution, seront, sur la poursuite du procureur-général-syn- 
dic du département, condamnés par les tribunaux à être rayés 
pendant deux ans du tableau civique, et déclarés inhabiles à 
exercer pendant ce temps aucune fonction publique. 

« Art. 2. — En cas que lesdites sociétés, clubs ou associations 
fassent quelque pétition en nom collectif, quelques députations 
au nom de la société, et généralement tous les actes où elles 
paraîtraient sous les formes de l'existence publique, ceux qui 
auront présidé aux délibérations, porté les pétitions, composé 
ces députations ou pris une part active à l'exécution de ces 
actes, seront condamnés, par la même voie, à être rayés pen- 
dant six mois du tableau civique et suspendus de toutes fonc- 
tions publiques, déclarés inhabiles à être élus à aucune place 
pendant le même tems. 

« Art. 3. — A l'égard des membres qui, n'étant point ins- 
crits sur le tableau des citoyens actifs, commettront les délits 
mentionnés aux articles précédents, ils seront condamnés par 
corps à une amende de 1,200 livres, s'ils sont Français, et de 
3,000 livres, s'ils sont étrangers. 

« Art. 4. — L'Assemblée nationale décrète que le rapport de 
son ancien Comité de constitution sera imprimé et publié, 
comme instruction, avec la présente loi » (1). 

(1) Moniteur universel, année 1791, n" 273. 



6 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Dans une Adresse d'un bon citoyen à ses frères, brochure in-S", 
parue en 1791, nous lisons : 

« CLUBS 

« Je ne serai pas long sur cet article. J'opine pour les anéan- 
tir tous, et avoir leur mémoire en exécration. Je vous prédis, 
mes frères, que cela ne tardera point à être exécuté. C'est bien 
dommage , car, autant ces établissements sont criminels et 
atroces par l'usage que l'on en fait, autant ils seraient néces- 
saires, utiles, agréables, si les hommes avaient en vertu ce 
qu'ils ont en dépravation de mcetirs » (1). 

La presse réactionnaire partageait l'avis « du bon citoyen » ; 
le droit de réunion lui déplaisait, d'autant plus que les Fran- 
çais, surtout les Parisiens, loin de suivre les séances des clubs 
de son opinion, s'efforçaient de les empêcher. 

Dans une brochure de l'époque, nous lisons cette appréciation 
significative : 

« Les clubs furent de tous les temps l'antre de la politique : 
lorsque la sagesse et la décence en ont été les modérateurs, ces 
caractères impérieux fixaient la vénération; mais lorsque des 
projets régicides rassemblent des hommes, lorsque des atten- 
tats parricides et le crime en font la mission, leur proscription 
en est le fruit » (2). 

Dans la même brochure, les membres de l'Assemblée natio- 
nale sont traités de Frontins Ligurgue; le duc d'Orléans est 
appelé Néron, et Barnave, Nèronnet. 

A plus forte raison craignait-on les clubs d'hommes armés. 

Le Journal de Paris annonça, en décembre 1790 : 

« MUNICIPALITÉ DE PARIS 

« Le Corps municipal vient de rendre une proclamation par 
laquelle, conformément au décret de l'Assemblée nationale re- 
latif aux corps armés, il défend aux Vainqueitrs de la Bastille de 
s'assembler et de prendre aucunes déhbérations » (3). 



(1) Bibliothèque de la Chambre des députés, Bf'" 222, t. I d'un recueil 
factice. 

(2) Bibliothèque de la Chambre des députés, Les intrigues dévoilées, ou 
les trente-trois factieux dénoncés ; le duc d\.., les Lameth, substituts du 
ci-devant Mirabeau, Barnave, etc. 

(3) Journal de Paris, numéro du 30 décembre 1790. 



INTRODUCTION 7 

A propos de la presse réactionnaire, il importe de ne pas 
oublier que les journaux royalistes donnèrent, les premiers, 
l'exemple du stjde injurieux et cynique, employé par le père 
Duchesne. C'est vainement que des historiens ont prétendu le 
contraire. 

Il parut, en 1790, une brochure : de l'Imprimerie du sieur 
Motier (La Fayette). Et se trouve chez madame Bailly, rue 
Trousse-Yache. Tout le travail est à l'avenant, rempli d'injures 
grossières, d'ignobles imputations touchant à la vie privée. 



III 



Pour défendre l'aristocratie, pour attaquer la démocratie 
naissante, les journalistes ne manquèrent pas, soldés ou non 
par les opposants. Leur plume traduisit presque constamment 
le dédain qu'ils éprouvaient à propos des hommes et des évé- 
nements de l'époque. Rivarol et Ghamfort avaient des imita- 
teurs, qui comptaient trop sur l'esprit pour avoir raison de la 
vérité palpable, pour amoindrir, dénaturer ou nier les faits les 
plus évidents. 

Le monarchisme, dans la presse, ne cessa de lancer des flè- 
ches sur le peuple, au risque de le blesser, parfois avec l'inten- 
tion de l'irriter et de le porter aux excès. Un mot piquant, une 
expresion ironique, une calomnie dénuée de tout fondem.ent, 
suffisaient à eng-endrer des haines redoutables, entretenaient le 
feu de la discorde, rendaient les émeutes fréquentes, et c'était 
justement que Danton appelait l'abbé Royou « le Marat de la 
monarchie », quand VAmi du Roi^ qui commença de paraître 
le 1" juin 1700, devint tout à fait agressif et violent. On pré- 
tendait que le « pape Royou » se cachait au fond d'une cave, 
en juin 1791, et que son journal se distribuait la nuit. 

Les Actes des Apôtres dataient leur apparition de VAn zéro de 
la liberté. C'était chez la marquise de Chambonas que les ré- 
dacteurs de cette feuille tenaient conseil ; Rivarol, Champcenetz, 
le vicomte de Mirabeau et le Comte de Tilly s'y inspiraient pour 
vilipender les patriotes. Ensuite, ils faisaient ordinairement 
leur journal chez le restaurateur Beauvilliers, ou chez Mafs, 
au Palais-Royal. Dans ces dîners, dits évangéliqu^s, les initiés 
seuls étaient admis, se mettaient à causer entre eux. Les « apô- 



8 LES CLUBS CONÏRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

très » écoutaient attentivement, écrivaient la conversation en 
cours sur un coin de table. 

Ainsi se trouvait rédigé, mystérieusement, le numéro du 
journal les Actes des Apôtres. Ce numéro était laissé sur la 
carte du restaurateur; du restaurateur, il passait aussitôt chez 
un libraire dont la boutique avoisinait l'établissement de Beau- 
villiers, et qui se nommait Gathey (I). 

Nous aurons plus d'une fois, dans ce livre, l'occasion de faire 
des rapprochements entre les menées mystérieuses des roya- 
listes et les critiques imprimées qui paraissaient en même temps, 
et qui étaient publiées sous forme de journaux, de brochures, 
d'affiches, d'estampes avec ou sans texte. 

C'étaient des provocations sur lesquelles comptaient les mo- 
narchistes pour amener des émeutes, dont souvent ils furent 
les victimes involontaires, les battus par imprudence. 

Dans le tome quatrième du Journal de Louis XVI et de son 
peuple., ou le Défenseur de Vaiitel, du trône et de la patrie., un 
rédacteur s'attaquait au côté gauche ou sinistre de l'Assemblée 
constituante. Ce journal, commencé en 1790, vécut jusqu'à la 
fm de ladite Assemblée, soutenant la monarchie avec une âpreté 
excessive, sans se soucier des faits accomplis, des besoins de 
l'époque, des abus passés. 

Les Actes des Apôtres ne tarirent pas en insultes adressées 
aux patriotes, depuis 1789 jusqu'en 1791. Son prospectus por- 
tait pour épigraphe : 

« Qiiid Domini facient, audent cum talia fures. 
« Liberté, g^aieté, démocratie royale. » 

Le l*"" octobre de la même année parut A deux liards, à deux 
liards mon journal (2), dans lequel nous lisons, au début : 

« Je n'emploierai que quelques lig-nes à me mettre au cou- 
rant de la nouvelle Assemblée nationale. Elle a débuté sur le 
théâtre du Manège le 1*' octobre 1791, l'an IIl de la révolte, 
en langage vulgaire l'an 1791, vérifié ses pouvoirs en deux 
jours, juré trois fois, insulté le Roi, la garde nationale, le pu- 
blic, bafoué les ministres, et gagné 150.000 francs. » 



(1) Voir, plus bas, Salons, cafés, redawants , libraires. 
(2; Ce journal eut des imitateurs, qui iio brillèrent pas toujours par 
l'esprit. 



INTRODUCTION 9 

Nous lisons, au premier mois, ii° 11, page 2 : « L'Assemblée 
a renoncé à être honorable et honorée. J'aime à voir qu'elle se 
rend justice. » 

Deuxième mois, n° 30, page 3 : « Nos révolutionnaires sont 
fiers d'avoir réussi à intéresser l'univers entier à les voir pen- 
dus. » 

Les Sahats jacohites [sic), par Marchant, journal publié en 
1791 et en 17.J2, contenait dans son cinquantième numéro les 
phrases suivantes : 

« Parlons des Jacobins. Je vais donner le précis d'une de leurs 
plus belles séances, celle du 28 août de la troisième année de 
la canaillocratie » (1), 

La Chroniqice dxo Manège, du même Marchant, écrite dans bî 
genre des Actes des Apôtres, avait été publiée en 1789. 

Le Babillard, en juillet 1791, parlait du « joug clubinocra- 
tique )) ; il parlait aussi des républicoquins. 

Ce journal « du Palais-Royal et des Tuileries », rédigé par 
Joseph-Alphonse Esménard, du 5 au 30 octobre 1791, eut un 
supplément, le Chant du coq, feuille encore plus ultra-monar- 
chique (2). 

A la veille de la réunion de l'Assemblée législative, le Jour- 
nal dit Soir ou le Petit Page, terminait sa carrière en impri- 
mant : 

« Bulletin de la séance dliier et d'aujourd'hui. 

« Il a été décrété que la liste des gredins qui doivent rempla- 
cer ceux-ci serait imprimée; qu'ils entreraient en pleine et en- 
tière activité le 1" octobre prochain, et qu'ils voleraient, pille- 
raient et égorgeraient, feraient voler, piller et égorger, jusqu'à 
ce qu'il plaise à Dieu d'en ordonner autrement » (3). 

Le journal V Apocalypse^ commencé en janvier 1791, et qui a 
eu cinquante numéros, portait pour épigraphe : Ad majorem 
liegis gloriam. En effet, il sacrifiait tout à la volonté absolue 
de Louis XYL 



(1) Les Sabats jacobites, 2« volume, p. 39o. — La Chronique du Manège, 
in-8", eut 24 numéros. 

(2) Esménard s'enfuiL au 10 août 1792, offrit ses services au conile de 
Provence, à l'étranger, rentra en France en 1797, collabora à Xa Quotidienne, 
et fut banni au 18 fructidor. 

(3) In-S" publié du 22 au 26 septembre 1791 ; numéro du 2G septembie, 
p. o. 



10 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

La Rocamiole des Journaux ou Histoire aristo-capucino-cc- 
mù/ne de la Mévolution, rédigée par Dom Regius antijacobincs 
ET C^ inscrivait au frontispice de son cinquième numéro : 

(( Une Foi^ ime Loi, un Roi. » 

Une feuille qui n'eut que quatre numéros, parus en 1790, 
était intitulée : Affiches de V Aristocratie ^ ou Journal Aristo- 
cratique. 

L Anti-Marat (1/91) était l'œuvre d'une société de gens de 
lettres royalistes. Le Gontre-révolutio7inaire justifiait son titre ; 
le Contre-poison des Jacobins était signé par Moreau et Jardin. 

Du Rosoy, dans sa Gazette de Paris, commencée le 3 no- 
vembre 1789, terminée le 10 août 1792, faisait une guerre 
perpétuelle au nouvel ordre de choses, et, en mai 1792, Royou, 
dans son Ami du Roi, annonçait comme certaine la résurrection 
de l'ancien régime. Les Actes des Apôtres appelaient la guillo- 
tine « la Mirabelle », par allusion au grand orateur. 

Dans le Journal de la Cour et de la Ville (Petit Gauthier), 
Gauthier osait écrire, en 1792 : 

« Qu'attendez-vous ? Faut-il que le sang ruisselle de toutes 
parts? Ne perdez pas de tem[)S, mettez double charge dans 
vos fusils, faites marcher vos canons ! Volez à l'affreux repaire 
des Jacobins, et exterminez-les tous jusqu'au dernier (1)! » 

Bien d'autres organes du monarchisme ont laissé des traces, 
généralement incomplètes, dans les bibliothèques et dans les 
archives, pour l'époque révolutionnaire. Nous n'avons dû indi- 
quer ici que les plus essentiels, afin de ne pas multiplier inu- 
tilement les titres des journaux n'ayant fait que paraître et 
disparaître, les titres de brochures passées inaperçues, dont 
l'énumération sortirait de notre plan. 

Qu'il nous suffise des citations précédentes. Elles caracté- 
risent l'esprit des hommes d'opposition au progrès révolution- 
naire, depuis 1789 jusqu'à la fin de 1792, c'est-à-dire dans la 
première période de réaction, pendant laquelle les Feuillants 
et les modérés de toutes nuances mêlaient souvent leur voix à 
celle des royalistes, en ne voulant pas aller plus loin que la 
Constitution de 171)1, en demeurant simplement Co?25/?^z^- 
tionnels, ou libéraux ayant le Roi à leur tête. 



(1) Le Journal général de la Cour et de la Ville parut du 13 septembre 1789 
au 10 août 1792. 



INTRODUCTION H 

Les royalistes essayèrent de corrompre des clubistes popu- 
laires; mais ce fut sans succès. 

On trouva dans l'armoire de fer une note indiquant que les 
assemblées et clubs coûtaient quatorze mille livres, les intelli- 
gences à conserver dans les clubs onze mille livres, plus quatre 
orateurs dans chaque section à trois cents livres, soit quarante- 
trois mille deux cents livres. Pour une pareille somme, la ma- 
jorité des clubistes ne pouvait être entamée. 

A de rares exceptions près, les réactionna-ires, les partisans 
de la royauté absolue, ne réussirent pas à acheter des cons- 
ciences. Leur plan fut vite deviné par les masses. Le parti de 
la cour était appelé Parti de l'Œil-de-Bmif^ à Versailles, 
comme il le fut à Paris (I). Il agissait beaucoup^ mais sans 
effets réels. Il produisait un courant contraire à ses vues, 
entravait le mouvement, mais ne parvenait pas à l'arrêter. Loin 
de là, il faisait naître l'union temporaire des amis de la Révo- 
lution, lors des grandes journées, — le 14 juillet, le 4 août 1 789, 
la fuite du Roi, le 20 juin et le 10 août 1792, la proclamation 
de la République, et le décret qui déclarait la « Patrie en 
danger ». 



IV 



Telle fut la première période de réaction, allant de 1789 à 
1793, uniquement monarchique, religieuse et nobiliaire, 
repoussée de toutes parts, énergiquement, par les patriotes 
encore unis dans la même pensée d'émancipation. 

Cette période de réaction fut très sérieuse, car elle grossit 
de jour en jour, accrue tantôt par les émigrés, tantôt par les 
prêtres insermentés, tantôt par les insurgés de l'Ouest, tantôt 
enlin par les mécontents que faisait la réussite des partis 
vainqueurs, des Jacobins^ des Cordeliers, des membres de la 
Commune^ des patriotes suivant leur voie malgré l'Europe 
coalisée, déliant les souverains étrangers, résolus à périr ou à 
assurer le triomphe de la démocratie. Période intéressante et 
assez longue. 

A diverses reprises, les émigrés, les prêtres insermentés et 
les insurgés de la Bretagne et de la Vendée s'entendirent, de 

(1) Voir, plus bas, Comiiù autrichien. 



12 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

leur côté, pour enrayer la Révolution; trop souvent les rebelles 
à la loi, par ambition ou entêtement, contribuèrent consciem- 
ment ou inconsciemment à créer des embarras politiques dont 
l'effet principal fut de pousser les gouvernements successifs aux 
violences et à l'arbitraire. Journalistes, clubistes, administra- 
teurs, tous les Français voués à la politique s'engagèrent 
dans une série de luttes où chacun finit par perdre le calme 
nécessaire aux hommes qui dirigent les affaires d'un pays. La 
mêlée faisait présager des années effroyables. 

Le point de départ de la Terreur est, quoi qu'on ait pu dire, 
la première période de réaction, pendant laquelle, déjà, des 
trahisons à l'intérieur et aux armées, des provocations perpé- 
tuelles adressées aux patriotes, des paniques causées par les 
alarmistes rendirent tout accord impossible et firent dévier 
plus d'un caractère honorable. Des gens d'espèces les plus di- 
verses, qui vivaient de leurs relations avec les aristocrates, 
étaient essentiellement contre-révolutionnaires. 



Quand arriva la seconde période, — de 1793 à la moitié de 
l'année I 794, — comprenant la tragique lutte des Girondins avec 
les Montagnards et le triomphe des Robespierristes, jusqu'à la 
réaction thermidorienne, l'opposition des clubs royalistes cessa 
tout d'abord, (^elle des Girondins, tombés du pouvoir, continua 
sourdement à la veille du 31 mai 1793. Puis, sous le nom 
à'IndîUgents, plusieurs révolutionnaires bien connus pour leur 
ardeur et leur audace soutinrent le choc des partisans exclusifs 
de Robespierre, de Couthon et de Saint-Just, — le Tfkmiviral^ 
— qui les accusèrent de tremper dans la réaction, d'être modé- 
rés, ambitieux, hommes d'Etat, même royalistes. 

Donc, réactionnaires furent les hommes de la Gironde en 
face des hommes de la Montagne, puisqu'ils n'adoptaient pas 
la marche suivie par leurs adversaires; réactionnaires furent 
les JDantonistes, puisqu'ils s'arrêtèrent, eux aussi, devant les 
Robespierristes, et devinrent les modérés de la Montagne, 
puisqu'ils voulurent terminer la Révolution par la clémence. 
Mais rien ne prouve qu'ils conspirèrent avec d'Orléans et Du- 
mouriez, qu'ils se vouèrent au fédéralisme, qu'ils eurent la 
pensée de rétablir la monarchie, de détruire la représentation 



INTRODUCTION 13 

nationale et le g-ouvernement républicain ( 1 ). Ils étaient, en 
quelque sorte, des imprudents qui voulaient endiguer un tor- 
rent qu'ils avaient d'abord suivi dans sa course. 

Les Girondins avaient prêté le flanc aux Montagnards, à 
cause du point d'appui qu'ils cherchaient dans les départe- 
ments, on l'a pu croire, pour chercher à organiser de petites 
répubhques fédératives, et à rompre l'unité nationale que la 
Convention en majorité entendait sauvegarder. Après la journée 
du 31 mai, ils avaient formé un gouvernement insurrectionnel 
contre la Convention, sous le titre à'AssemUée des départements 
réunis ; leur petite armée, dans le Calvados et l'Eure, qui était 
commandée par Wimpfen, se composait principalement de 
royalistes. 

Aucun club ne suivit la politique girondine, dont les adeptes 
se réunissaient surtout dans le salon de madame Roland de la 
Platière, dès le moment où le parti qu'illustra Yergniaud 
acquit une puissance redoutée par les Montagnards, 

Puis, quand ceux-ci furent de force à l'emporter, le Comité 
Valazé, d'abord non en vue, presque secret, mais déjà dénoncé 
par Marat, prit la tournure de complot (2) et n'aboutit pas. 

Chez Lucile Desmoulins, on vit nombre de Cordeliers, notam- 
ment Danton, coudoyant Robespierre. Il y eut scission. Robes- 
pierre céda la place, en cette réunion, aux Indulgents^ qui péri- 
rent sur l'échafaud comme les Girondins, noyés dans le torrent. 

Alors, la presse des opposants actifs se tut, ou à peu près. 
Exceptionnellement, certains journaHstes jouèrent leur tète en 
écrivant contre le parti dominant, devenu implacable. Les 
feuilles royalistes ou aristocratiques avaient disparu ; leurs 
rédacteurs s'étaient réfugiés à l'étranger pour attaquer encore 
la Convention et faire chorus avec les émigrés. 



VI 



Lorsque Robespierre eut succombé, une troisième période 
de réaction fiit la conséquence de sa chute. Cette situation, 
toujours troublée, mais surtout confuse, rendit le courage aux 



(1) Voir, plus bas, Comité orléaniste. 

(2) Voir, plus bas, Comité Valazé. 



14 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

monarchistes et aux nobles qui avaient survécu, possédaient des 
adeptes jusque dans la Convention, et s'estimaient heureux 
d'avoir assisté à la Réaction thermidorienne. 

Mais ces g-ens-là, craignant d'être regardés comme suspects, 
n'exposaient plus leurs opinions en public. Secrètement, dans 
les salons, dans les boudoirs, oii ne se rencontraient que des 
amis éprouvés et sûrs, y lisant les journaux, les nouvelles à la 
main, ils espéraient toujours voir un temps meilleur; un suc- 
cesseur de Louis XVI, ramené par les souverains coalisés; la 
France délivrée des révolutionnaires et reprenant le bon ton 
et les plus jolies manières. 

Ils avaient des clubs à huis- clos, des officines de conspirations 
où s'étaient réfugiés les derniers débris de la noblesse et du 
clergé encore debout. Ils guettaient les républicains, s'apprê- 
taient à profiter de leurs fautes, se liguaient, au besoin, avec 
des thermidoriens, recevaient les renégats à bras ouverts, res- 
taient émigrés à l'intérieur, résolus à fraterniser avec les émi- 
grés de l'extérieur qui allaient bientôt rentrer. On pouvait les 
regarder comme des rebelles de clubs, de cercles, de salons, 
poussant aux manifestations plus ou moins inoffensives, prome- 
nant leur politique sur les boulevards, dans les foyeré de 
théâtre, chez le glacier Garchi, dans quelques cafés et restau- 
rants qui s'étaient transformés en petits clubs contre-révolu- 
tionnaires. 

La population parisienne perdait en partie les convictions 
républicaines; l'orientation de la politique variait d'un jour à 
l'autre ; les hommes et les choses changeaient presque à vue 
d'œil. 

Sous le Directoire, succédant à la Convention décimée, res- 
semblant à une monarchie représentative, la troisième période 
de réaction redevint principalement royaliste comme la pre- 
mière, à cause de la faiblesse du gouvernement. Des clubs 
actifs se rouvrirent avec le but avoué de renverser le pouvoir, 
qui se réclamait encore de la République. Les ClicJiyens se pro- 
clamaient (( honnêtes gens », menaçaient les jacobinières et 
couraient sus aux « buveurs de sang, » comme disaient les 
monarchistes unis aux thermidoriens, démocrates équivoques. 
Afficher les opinions royalistes devint une mode; sous prétexte 
de poursuivre les Jacobins, on organisa la propagande en fa- 
veur du comte de Provence (depuis, Louis XVIIl). 

Peu à peu, les émigrés et les prêtres insermentés se mon- 



INTRODUCTION 15 

trèrent, trouvèrent des protecteurs puissants, malgré la loi, et 
purent entrevoir la réalisation de leurs espérances ajournées 
plus tard sous le Consulat et l'Empire, pour reparaître en 1814. 
On parla sans crainte dans les hôtels aristocratiques. 



VII 



Le gouvernement lui-même servit imprudemment la réaction 
royaliste, en se figurant qu'il consolidait ainsi sa puissance, à 
l'aide de ralliés. Trompé par les apparences, il sévit à la fois, 
dans les premiers temps de son existence, contre les réunions 
républicaines ou anti-républicaines, indistinctement. 

Un arrêté du Directoire parut (1), quelques mois après les 
journées de prairial et de vendémiaire, comme pour placer les 
contre-révolutionnaires sur le même pied que les derniers 
Montagnards. Cet arrêté, le public le lut sans trop d'émotion. 
Yoici sa teneur : 

« Le Directoire exécutif arrête ce qui suit : 

« Article premier. — La réunion formée dans le local connu 
sous les noms de Salon des Princes et de Salon des Arts^ bou- 
levard des Italiens ; 

« La réunion formée dans la maison de Sérilly^ vieille rue 
du Temple ; 

« La réunion formée dans le palais Egalité, sous le nom de 
Société des Écliecs ; 

« La réunion formée dans le ci-devant couvent des Génové- 
fains et connu sous le nom de Société du Panthéon ; 

« La réunion dite des Patriotes^ formée rue Traversière, 
numéro 804 ; 

« Sont déclarées illégales et contraires à la tranquillité pu- 
blique. 

« Leurs emplacements respectifs seront fermés dans les 
vingt-quatre heures, et les scellés seront apposés sur les pa- 
piers y existant. 

« Art 2. — Le théâtre dit de la nce Feydeau, et l'édifice connu 
sous le nom à' Église de Saint-André des Arts, seront pareille- 
ment fermés dans les vingt-quatre heures. 

(1) Du 8 ventôse an IV (28 février J796). 



16 LES CLUBS CONTRE- RÉVOLUTIONNAIRES 

({ Le ministre de la police générale est chargé de l'exécution 
du présent arrêté. 

« Signé : Letourneur, président. 

« Lagarde, secrétaire-général . » 

YIII 

Par la journée du 18 fructidor le Directoire fut ébranlé, 
bouleversé. Les insurrections, les complots au profit de la 
royauté le menaçaient très sérieusement. 

Successivement, une commission extraordinaire de police, 
une loi de police contre les émigrés avaient été votées ; en dé- 
cembre 1797, la police prit les mesures les plus énergiques 
contre « les brigands royalistes ». Mais, en dépit du sens vrai- 
ment républicain, le Directoire poursuivit surtout les babou- 
vistes, les ardents révolutionnaires regardés comme étant 
séditieux. La conspiration de Babeuf ou du camp de Grenelle 
le troubla plus encore que celle de la Villeheurnois et con- 
sorts , et il usa envers ceux-ci d'une clémence inutile, car ils 
ne cessèrent pas leurs attaques contre la République. 

La troisième période de réaction devait avoir des consé- 
quences fatales. 

Dans le courant de cette période, aussi bien vers la fin de 
la réaction thermidorienne que sous le Directoire, les réaction- 
naires persévérants ne s'en tinrent pas à la polémique de la 
presse, des clubs et des salons. Profitant des luttes qui divi- 
saient la Convention et des convulsions terribles de l'intérieur; 
exploitant avec habileté les fautes du Directoire, la confusion 
qui existait dans son sein, ils accumulèrent les complots. 

Ils ne manquèrent pas de s'attaquer ouvertement aux con- 
ventionnels, dont la majorité s'acharnait trop sur les derniers 
montagnards; et, par leur fait, l'insurrection ensanglanta Paris. 
Quand Laurent Lecointre dénonça à ses collègues les com- 
plices de Robespierre, ils cherchèrent à prendre leur revanche; 
pendant deux jours, les carrosses se pressèrent à la porte des 
dénonciateurs. Les réactionnaires de toute nuance regardèrent 
la Révolution comme non avenue. Le sabre les vainquit. On 
sait le reste, — comment le Consulat voulut les amadouer, 
comment l'Empire se les attacha en partie, ressuscitant le passé 
au profit de Napoléon Bonaparte. 



INTRODUCTION M 

Après le 9 thermidor, les pamphlets royalistes et contre-ré- 
volutionnaires avaient employé de plus en plus l'injure, la ca- 
lomnie et la menace, à mesure que les événements s'aggra- 
vaient. Un décret de la Convention défaillante avait porté : 

« Quiconque sera convaincu d'avoir composé ou imprimé. des 
ouvrages ou écrits périodiques provoquant la dissolution de la 
représentation nationale, le rétablissement de la royauté... sera 
puni de mort. » 

On s'était plaint beaucoup, sous la Terreur, de la licence et 
du libertinage de la presse, des calomnies, des dénonciations, 
des injures, des menaces que les journalistes répandaient dans 
le public. 

IX 

Quelque temps après, néanmoins, la nouvelle Constitution 
(du 22 août 1795 au 5 fructidor an III) respecta la liberté de 
la presse. 

Elle contient cet article ; 

« Nul ne peut être empêché de dire, écrire, imprimer et pu- 
blier sa pensée. — Les écrits ne peuvent être soumis à aucune 
censure avant leur publication. — Nul ne peut être responsable 
de ce qu'il a écrit ou publié que dans les cas prévus par la 
loi. » 

11 restait à déterminer par des prescriptions législatives jus- 
qu'où irait la liberté de la presse, et s'il n'y aurait pas une 
sorte de censure après la publication des écrits. Ce correctif 
annulait presque le principe. 

Quant aux réunions politiques, elles se bornèrent aux as- 
semblées primaires ou communales. Il n'y en eut plus de per- 
manentes : les oppositions au gouvernement se manifestèrent 
par la plume. 

Aussitôt, les journaux et les pamphlets, principalement les 
feuilles royalistes, redoublent d'audace, de sarcasmes et d'iro- 
nies cruelles, publient les mots lancés dans les salons, ou dans 
certains cafés de la capitale que fréquente la jeunesse dorée. La 
« bourse des Chouans », pour l'agiotage, se tient effrontément^ 
au café de Chartres, de onze heures à trois heures. 

Le Directoire, agissant comme tous les gouvernements t'ai-'' 



18 LES CLUBS CONTUE-RÉVOLUTIONNAIUES 

bles et tiraillés, abuse du droit de se défendre, et veut des me- 
sures répressives. Le coup d'Etat du 18 fructidor (5 sep- 
tembre 1797) suspend, ou plutôt supprime la liberté de la 
presse. 

En effet, le conseil des Cinq-Cents déclare alors : « Les jour- 
naux, les autres feuilles périodiques et les presses qui les im- 
priment sont mis pendant un an sous l'inspection de la police 
qui pourra les prohiber, aux termes de l'art. .353 de l'acte cons- 
titutionnel. y> 

D'après un rapport, les journalistes sont les complices de la 
conspiration royale, auteurs de tous les crimes contre la société 
et les institutions du pays; ils reçoivent des articles à insérer; 
ils acceptent l'arg-ent des conspirateurs et des contre-révolution- 
naires. Il faut les châtier sévèrement et promptement. A cet 
effet, des visites domiciliaires sont ordonnées. La commission 
établie pour frapper la presse propose de déporter les proprié- 
taires, entrepreneurs, auteurs, rédacteurs et collaborateurs de 
soixante-sept journaux, soit à Paris, soit dans les départe- 
ments. Plusieurs députés, même, opinent pour qu'on les dé- 
porte en masse. 

Un vote intervint. Quarante-cinq journalistes furent dépor- 
tés, cinq furent rayés, dix-sept furent renvoyés à nouvel exa- 
men. Dupont de Nemours, philosophe, économiste, rédacteur 
de V Historien^ membre du conseil des Cinq-Cents, ancien dé- 
puté à l'Assemblée constituante, eut son imprimerie détruite. 
Ne voulant pas être ainsi discuté, il donna sa démission de 
membre des Anciens, et s'exila volontairement aux Etats-Unis. 
Barbé-Marbois, l'abbé Sicard, La Harpe, Fontanes, et d'autres 
écrivains furent déportés ou proscrits. « Convaincu de la réa- 
lité de la conspiration, le Directoire décerna des mandats d'ar- 
rêt contre les auteurs du Bulletin des armées coalisées^ la Pari- 
sienne^ la Quotidienne (1), le Courrier de' Paris, le Miroir, le 
Grondeur^ le Démocrate, les Hommes libres, le Défenseur des 
princi2)es, la Feuille du jour^ le Nécessaire, le Défendeur de la 
Patrie (2) ». Les scellés furent apposés sur leurs presses. Le 
Directoire demanda en outre une loi répressive des abus de' la 
presse, ou plutôt contre les polémistes qui le gênaient. 

(1) Parue pour la première fois le 22 seplenibre 1702, Jour où la Hcpu- 
blique avait été proclamée. Cette feuille, souvent supprimée, reparaissait 
Avec un autre titre. 

(2) En vertu de l'article 14i> de la Constitution. 



INTRODUCTION ly 

En 1796, Gracchus Babeuf, rédacteur du Tribun dio Peicple^ 
accusé d'attaques contre le Directoire et les conseils, fut tra- 
duit devant la Haute Cour nationale, siég^eant à Yendôme. Kn 
juillet 1799, les rédacteurs de onze journaux hostiles au Direc- 
toire, surtout à l'abbé Sieyès, furent incarcérés. Le martyro- 
loge de la presse fut presque complet. 

De 1789 à 1799, naquirent près de cinq cents journaux; les 
uns moururent faute d'abonnés, les autres par suppression, 
d'autres, enfin, par la mort de leurs rédacteurs. 

Personne n'ignore que, malgré l'art. 353 de la Constitution 
de 1795, le gouvernement directorial frappa non seulement les 
clubs, qui étaient fermés quand cette constitution parut, mais 
les journaux et les imprimés de toutes sortes, quand ils lui por- 
.taient ombrage. 



X 



Au Directoire exécutif, composé de cinq membres plus ou 
moins d'accord; à un gouvernement transitoire, impuissant et 
très décrié, lequel cherchait incessamment sa voie, succéda 
l'autorité d'un général victorieux, environné du prestige mili- 
taire, ayant une popularité énorme, et prêt à saisir le pouvoir 
pour lui seul, — avec deux assesseurs, absorbés par sa person- 
nalité rayonnante. 

Un gouvernement quasi monarchique se constitua sous forme 
de Consulat, composé de trois hommes dont le maître était un 
militaire, à la fois héros de l'armée d'Italie et du 13 vendé- 
miaire. 

Bonaparte, qui s'était dit républicain, déclara, après le 18 bru- 
maire : « Pour gouverner, il faut des bottes et des éperons. » 
Le Premier Consul renchérit sur le Directoire, dans ses atta- 
ques à la liberté de réunion et à la liberté de la presse. Comme 
Robespierre et le Comité de salut public avaient « ajourné cette 
dernière liberté jusqu'après la guerre », lui, dont la guerre 
était l'élément, s'empara de Tidén en se cachant sous le masque 
de la République. 

Un arrêté parut, ainsi conçu : «Les consuls de la République, 
considérant qu'une partie des journaux qui s'impriment dans 
le département de la Seine sont des instruments dans les 
mains des ennemis de la République, etc., arrêtent : Article 



20 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

piemier : le ministère de la police ne laissera, pendant toute la 
durée de la guerre, imprimer, publier et distribuer que les 
journaux ci-après désignés : Le Mordteur miiversel, le Journal 
des Débats (1), le Journal de Paris, le Bien informé, le Publi- 
cisle, Y Ami des Lois^ la Clef des Cabinets, le Citoyen français^ la 
Gazette de France, le Journal des Hommes libres, le Journal du 
Soir^ le Journal des Défenseurs de la Patrie^ la Décade philoso- 
phique, et les journaux s'occupafiû exclusivement des sciences, * 
arts, littératjire, etc., etc. Le ministre de la police devra pré- 
senter un rapport sur tous les journaux qui s'impriment dans 
les autres départements, et il veillera à ce qu'il ne s'imprime 
aucun nouveau journal. Les propriétaires et rédacteurs devront 
se présenter à la police pour justifier de leur qualité de citoyens 
français, de leur domicile, de leur signature, ei promettre fidé- 
lité à la Constitution. Seront supprimés sur-le-champ tous les 
journaux qui inséreront des articles contraires au respect dû 
au Pacte social (2), à la souveraineté du peuple et à la gloire 
des armées, ou qui publieront des invectives contre les gou- 
vernements et les nations amies ou alliées de la République, 
lors môme que ces articles seraient extraits de feuilles pério- 
diques étrangères (3) ». 

La Constitution du 23 frimaire an Y III ne parla pas de la 
liberté de la presse; le sénatus-consulte organique delà Cons- 
titution du 16 thermidor an X (4 août 1802) n'en parla pas 
davantage; en septembre 1803, la presse fut soumise à la 
censure. 

Il n'y avait pas lieu d'interdire les clubs : le Directoire avait 
fait cette besogne complètement. Bonaparte surveilla les salons, 
royalistes ou autres, qui s'opposaient à sa toute-puissance, ou 
qui se permettaient de gloser sur sa personne. 



XI 



Jamais rien de plus oppressif n'avait été édicté depuis l'As- 
semblée constituante, pour entraver préventivement la discus- 



(1) Kt pointant, Bonaparte accusait )e Journal des Débats d'être vendu 
aux émigrés de Londres. Mais il préférait les loyalistes aux vrais répu- 
Itlicains. 

(2) C'est-à-dire au coup d'Étal du 18 brumaire. 

(3) Arrêté du 27 nivôse an VIIL 



INTRODL'CTION ^>1 

sioii des actes d'un gouvernement. Tout en paraissant prendre 
des mesures d'une égale sévérité contre les ennemis de la 
République, les Directeurs et les Consuls visaient plus direc- 
tement les hommes fidèles aux principes révolutionnaires que 
les partisans du militarisme à outrance. Lorsqu'on examine à 
fond la manière dont les lois furent appliquées, on peut se 
convaincre aisément que les chefs des pouvoirs directorial et 
consulaire montrèrent beaucoup de tolérance à l'égard des 
contre-révolutionnaires, en frappant fort sur les derniers dé- 
mocrates. 

Il convient d'appuyer sur ce point, de montrer aussi que les 
royalistes, amis du trône et de l'autel, profitèrent amplement 
de la position. Ils espéraient trouver dans le Premier Consul 
un Monck français, et, loin de lui faire une opposition déclarée, 
une opposition de journaux et de clubs, ce que, d'ailleurs, il 
n'aurait pas souffert, ces habiles prodiguèrent les louanges au 
restaurateur de la religion, mais ne l'épargnèrent pas dans la 
plupart de leurs salons. 

A peine rouvertes, les sacristies devinrent des foyers latents 
de royalisme. A peine rentrés, les nobles émigrés transformè- 
rent leurs hôtels en lieux de pohtique secrète, où ils se réjouis- 
saient des luttes parfois heureuses de la Vendée, des succès 
de l'étranger. Leur objectif étant la restauration du roi légitime, 
rien ne les arrêtait pour y contribuer; il n'y avait pas eu de 
solution de continuité dans leurs intrigues à l'intérieur et à 
l'extérieur. 

Le Consulat forme la quatrième période de la contre-révo- 
lution. 

A défaut de clubs, de journaux opposants, il y eut des sa- 
lons anticonsulaires, des conciliabules secrets. Une réunion 
de muscadins (I) royaHstes fut un foyer de conspiration. On 
l'appelait « le sénat de Pilnitz. » 

Contre Bonaparte, travaillant pour lui-même et se targuant 
de républicanisme en persécutant les républicains, contre le 
Premier Consul qui n'avait pas accepté le rôle de Monck, l'op- 
position ne ménagea rien, répondit à la force par la ruse, jus- 
qu'à l'époque impériale, pendant laquelle une partie de la 
noblesse et du clergé se contenta de bouder. 

En outre, des salons libéraux, ne succédant aux salons de 

M) Voir, plus bas, Cluh de Clichy. 



•22 LES CLUBS CONTHE-RÉVOLUTIONNATRES 

la révolulioii que sous bénélice d'inventaire, accueillirent 
nombre de personnages tout disposés à reconnaître un roi 
constitutionnel ou à briguer l'honneur de iigurer à la cour de 
Napoléon I". Que de renégats de l'Assemblée constituante, 
de la Convention, delà Terreur, de la réaction thermidorienne, 
du gouvernement directorial et du Consulat! 



XI I 



Résumons-nous. L'histoire des clubs contre-révolutionnaires, 
si intimement liée à celle de la presse, à celle des réunions 
privées et des salons, contribue à jeter de la lumière sur 
l'époque mémorable dont beaucoup de contempteurs ont tiré 
leur bien-être actuel, en la payant d'ingratitude. Elle accuse 
la mauvaise foi de ceux qui croient avoir tout dit en ne par- 
lant que de persécutions et d'holocaustes; die établit l'état 
fanatique de ceux auxquels elle n'a rien appris et qui se sont 
retranchés dans leurs convictions comme dans des forteresses 
inexpugnables, sans tenir compte des événements et du temps, 
des causes qui ont amené la Révolution. 

Qu'on ne s'étonne pas de trouver dans ce livre, à côté des 
détails relatifs aux clubs et aux réunions diverses, des citations 
d'imprimés du temps, satiriques ou autres. Elles expliquent 
bien des craintes, bien des audaces, bien des événements dont 
l'origine semble parfois incompréhensible. 

Pour les partis royaliste et aristocratique, nous pouvons, 
sans faire de procès de tendance, établir que dans leurs réu- 
nions mondaines ils restèrent la plupart du temps prôneurs du 
passé, frondeurs du présent, effrayés de Tavenir, et qu'ils con- 
servèrent soigneusement Tesprit de caste, de manière à attirer 
sur eux l'attention des novateurs, jusqu'au jour où beaucoup 
d'entre eux, surpris par les événements, n'échappèrent pas à 
la suspicion et terminèrent leur vie au-delà des frontières ou 
dans les prisons et sur l'échafaud. Leur obstination fut telle 
que, à l'époque la plus terrible de la Révolution, ils tinrent des 
sortes de clubs au fond des cachots en bravant la mort avec 
courage. Vaincus et vainqueurs, alors, se distinguèrent par la 
virilité de leurs actes, ce qui donne tant de relief à la généra- 



INTRODUCTION j;^ 

tiou qui a paru sur Ja scène politique en France, depuis 1789 
jusqu'à I80i. 

Les variations des esprits opposants ont été si nombreuses, 
quelquefois de si courte durée, qu'on se perd dans la foule des 
expressions en usage pour désigner successivement les factions 
contre-révolutionnaires ou réactionnaires pendant une quin- 
zaine d'années. 

Ce furent les Aristocrates^ les Royalistes^ noms communément 
attribués à tous les réacteurs dès le début de la grande crise ; 

— les Ci- devants, nobles ou anciens foctionnaires de la mo- 
narchie; — les Noirs; — les Alarmistes^ toujours prêts à pro- 
pager les mauvaises nouvelles, et, au besoin, à en inventer; — 
les Apitoyeurs, qui affectaient de plaindre le sort des émigrés, 
des prêtres réfractaires et des contre-révolutionnaires en géné- 
ral ; — la Agents de Pitt oio de Cobourg. ou les Pitlisies, payés 
par l'étranger ; — la Faction de Vétranger^ outre les Salariés de 
Cobourg; — les Hommes de Coblentz et les Emigrés; — les 
Condëens, en relation avec l'armée de Condé ; — les Héros de 
cinq cents livres (chevaliers de Saint-Louis) ; — les Kgor'genrs 
ou Compagnons de Jéliu^ dans le Midi, et les Chifonisles^ 
membres de la Cldfone^ royalistes d'Arles; — les Cheraliers 
du poignard^ auteurs d'une conspiration monarchiste; — les 
membres du Comité autrichien (1); — la Faction des dévotes^ ne 
voyant en toutes choses que les intérêts de la religion ; — les 
Christocoles, de même opinion; — les Calotins, amis du clergé; 

— les Vendéens et les Chouans; — les Corneurs de la Vendée ; 

— les Orléanistes, appartenant au parti du duc d'Orléans (2), 
et les Phllippotins ; — les Robinocrates ou AristG-robino-craleSy 
rêvant l'autorité pour les hommes de robe, magistrats ou avo- 
cats ; — les Accapareurs, spéculant sur la cherté des grains ; 

— les Affameurs, détruisant les objets d'alimentation, pour 
exaspérer le peuple; — les Corrupteurs, ou acheteurs de cons- 
ciences; — les Epauleltïers, officiers de la Garde nationale ; — 
les Endormeurs, conseillant les voies de douceur et travaillant 
pour eux-mêmes; — les Fayettisles; — les Impartiaux (3); — 
les Feuillants (l); — les Modérés ; — les Insouciants, ou indif- 



(1) Voir CoTïtité autrichien. 

(2) Voir Comité orléaniste. 

(3) Voir Club des Impartiaux, 

(4) Voir Club des Feuillants, 



24 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

férénts en matière politique ; — les Péiionistes, partisans du 
maire de Paris; — les Holandins ou Rolanclistes, dévoués au 
ministre Koland et à sa femme; — \q% Fédéralistes^ du groupe 
des Girondins; — les Aboyeurs, ou crieurs de journaux, de ca- 
nards, de pamphlets aussi bien pour les royalistes que pour les 
révolutionnaires. 

Puis, sous la Convention, les noms de réactionnaires va- 
rièrent encore. Ce furent : les Suspects; — les Indulgents, adop- 
tant les idées de clémence émises par Camille Desmoulins; — 
les Hommes d'État^ ou députés de la (lironde et leurs parti- 
sans; — les Intrigants ; — les Dantonisles; — les Crapauds du 
Marais, ou les Marécageux, ou 1^ Ventre, c^est-à-dire les irré- 
solus de l'Assemblée; — les Diffamateurs, sous toutes les 
formes. 

Enfin, après le 9 th^irmidor, ce furent : les Thermidoriens; 

— les Réagisseurs ; — les Victimes^ membres des familles que 
la Révolution avait frappées; — la Jeunesse de Fréron^ ou les 
Fréronhtes, ou les Messieurs à bâton, ou la Jeunesse dorée; — 
les Collets noirs et les Collets verts; — les Muscadins, immolant 
tout au plaisir; — les Agioteurs^ faisant des fortunes scanda- 
leuses à la Bourse, per fas et 7iefas; — les Clichyens (I); — les 
Salmichiens, ou Sahmstes, ou Salmigondis, an club de Salm['ï)\ 

— les Vendémiaristes, sectionnaires qui marchèrent contre la 
Convention; — les Vainqueurs de Germinal, qui mirent Paris 
en état de siège, — et les Constitutionnels, défenseurs de la 
Constitution de l'an III. soupçonnés de conspirer contre le Di- 
rectoire et de vouloir rétablir une monarchie tempérée. 



XIII 



Cette longue énumération prouve les fluctuations de l'opi- 
nion publique pendant quinze années de notre histoire; elle 
montre la nation en travail pour conquérir ses droits, malgré 
de continuelles alarmes, des mauvaises volontés successives; 
elle établit la force des regrets chez les hommes du passé, les 
enthousiames et les impatiences chez les hommes de progrès; 



(1) Voir Club de Clichy. 
2) Voir ("lui) (le Salin. 



INTRODUCTION 25 

elle fait comprendra la rapidité avec laquelle les événements 
modifient les caractères sans principes fixes, agissant avec légè- 
reté ou par ambition. 

Il est fâcheux que le temps ait fait disparaître des docu- 
ments, des traditions, à plus forte raison des actes officiels 
permettant de retracer l'histoire complète des clubs contre-ré- 
voliUionnaires à Paris pendant la Révolution. Les Archives de 
la préfecture de police n'existent plus, et c'est grand dommage; 
elles devaient être précieuses. 

Nous espérons que notre travail, fruit de consciencieuses 
recherches, présentera un intérêt véritable à nos lecteurs. Il 
est bon que Ton connaisse les tentatives de toutes sortes qui 
ont été faites pour entraver les élans du peuple français et le 
ramener à l'ancien régime. Il importe aussi que l'on suive les 
errements des politiques de lutte, tantôt révolutionnaires à ou- 
trance, tantôt modérés, tantôt réactionnaires sans vergogne, et 
que l'on puisse établir une différence entre les hommes convain- 
cus et les ambitieux effrénés de la grande époque, à laquelle 
ils ont donné un dénouement militaire. 

Les dépôts publics, les collections particulières, les journaux 
et les mémoires aident à reconstruire, dans la mesure du pos- 
sible, les différentes réactions qui se sont produites de 1789 à 
1804. La Bibliothèque nationale et celle de la Chambre des 
députés renferment des trésors dans lesquels nous avons large- 
ment puisé, ainsi que dans les Archives nationales. Nous 
n'avons négligé ni les brochures, ni les petites pièces^ ni les af- 
fiches, ni les estampes se rapportant à notre sujet, sans oublier 
que nombre d'historiens ont dédaigné de consulter ces détails, 
sous un prétexte vain, parce que, disent-ils, il faut suspecter 
les témoignages des contemporains. Nous pensons que les faits 
parlent d'eux-mêmes : les passions des acteurs du drame ré- 
volutionnaire ne défigurent pas plus la vérité que les opinions 
de parti pris, que les jugements rendus sans entendre les té- 
moins à charge et à décharge, que les diatribes ou les apolo- 
gies qui surgissent après coup. 

Au reste, ce sont les documents de toute sorte qui nous ont 
passé sous les yeux, quant aux clubs contre-révolutionnaires 
de Paris, que nous exposons ici, et qui, selon nous, tiennent 
une large part dans l'histoire, en indiquant l'état de ]'o|tinion 
publique au jour le jour. 



2fi LKS CLUBS CONTHE RKVOLlJTTONNAlRliS 



XIV 



La division de ce Iravail est toute tracée par l'ordre chronolo- 
gique des événements, — à quelques mois, à quelques années 
près. 

Elle comprend, nous le répétons, trois périodes, pendant les- 
quelles des clubs représentant les réactions successives ont 
agité des questions politiques ou ont fait de la propagande 
contre les hommes qui détenaient le pouvoir ou qui le vou- 
laient ressaisir. 

Certains clubs, de nuances différentes, mais poursuivant le 
même but, ont existé simultanément, ont semblé s'accorder 
entre eux. 

A la première période appartiennent les clubs de Valois, — 
de VHôlel de Massiac^ — des Impartiaux, — Monarchique ou 
des Amis de la Constitution monarchique^ — des Feuillants, — 
du Salon français, — des Fédérés^ — de la Sociélé ou Clnlj 
de 1789, — de la Sainte-Chapelle. 

La deuxième période comprend le Comité Valazé et le Club 
de la Réunion., qui n'ont pas de séances publiques. 

Dans la troisième période se placent les clubs de Clichy, — 
de Salm, — et les Cercles constitutionnels , réunions d'hommes à 
doctrines, plutôt que de partisans décidés à l'action sur l'esprit 
des masses. 

A la suite de ces trois périodes, nous donnons, comme an- 
nexe indispensable, et lorsque nous ne rencontrons plus de 
clubs politiques à Paris, l'historique des comités, sociétés., réu- 
nions diverses, — privés ou publics., — pendant la Révolution, 
tels que le Comité autrichien, avec des dépendances de ce 
comité, — le Comité orléaniste, — les Réunions de Bagatelle 
et de Bellevue], — les Salo?is de la princesse de Latïhballe, — 
d'autres salons notables, des réunions privées, plus ou moins 
politiques, — des Conciliabules intermittents ^ — des lieux de 
rendez-vous^ etc. 

Puis, nous signalons des sociétés, clubs et cercles divers., la 
plupart non politiques, datant d'avant 1789, et dont quelques- 
uns se sont mêlés quelque peu, pendant la Révolution, aux 
mouvements qui se succédaient et auxquels les Parisiens ne 
pouvaient rester indifférents. 



INTRODUCTION 27 

Enfin, nous indiquons des cafés et des restaurants où le pu- 
blic était nonnbreux; où les événements du jour motivaient 
parfois des querelles; où les contre-révolutionnaires, princi- 
palement, alors que l'amour des plaisirs et de l'agiotage régnait 
par dessus tout, se groupaient afin de frapper les républicains 
encore énergiques, et même les partisans du Directoire; où 
les Consuls semblaient coupables de penser aux choses graves 
de la guerre qui ne cessait pas. Nous parlons des libraires et 
des imprimeurs, qui, à toutes les époques, attirèrent l'attention 
publique et tinrent des officines politiques. Nous ne passons 
pas sous silence la part que prirent au mouvement des esprits 
les chambres de lecture et les cabinets littéraires, peu nom- 
breux sous Louis XV[, mais plus importants sous la Révolu- 
tion, quand les masses s'occupèrent des questions qui les 
intéressaient, soit pour critiquer les actes du gouvernement, 
soit pour les approuver et les soutenir. 



XV 



Nous remercions, avant de quitter la plume, toutes les per- 
sonnes qui nous ont prêté leur bienveillant concours, qui nous 
ont aidé dans nos recherches avec une complaisance extrême, 
notamment MM. Thierry-Poux et Blanchet, de la Bibliothèque 
nationale; M. Laurent, l'éminent bibliothécaire de la Chambre 
des députés, et M. Faucon, qui a continué M. Cousin à l'Hôtel 
Carnavalet. Nous avons trouvé partout, dans les dépôts publics 
dans les collections particulières, des facilités pour notre 
travail difficile, dont le sujet n'a pas encore été traité et qui 
ne sera pas indigne, nous l'espérons, de figurer dans la belle 
et importante Collection de Documents relatifs à ridstoire de 
Paris pendant la Révolution française^ publiée sous le patro- 
nage du Conseil municipal. 



I 



PREMIÈRE PÉRIODE 



CLUB DE VALOIS 

Fondé le 11 Févi-ier- 1789 



LeCli(/f de Valois ûtuitsiUié au Palais-Royal, aiTado (il passage de 
Valois, 11° 177. Un des principaux fondateurs élait Tabbé Sieyès, alors 
partisan du duc d'Orléans (1). Ce club, le premier du Palais-Royal, 
leçut du duc, tout naturellement, asile et protection : de là sa répu- 
tation d'orléaniste, quoiqu'il semblât neutre. 

Il s'établit, le 11 février 1780, dans un grand local appartenant aux 
sieurs Frestel et Menneville, lesquels n'en tn-ent pas partie; ils en 
étaient seulement les « entrepreneurs ». 

D'après l'/l/ma^acA du Club de Valois pour 1790(2), celte réunion 
comprenait 616 membres. On y lisait 35 <( papiers publics », ou 
feuilles périodiques, les unes politiques, les autres littéraires et 
financières, plusieurs venant de l'étranger. 

La noblesse d'épée ou de robe, ainsi que la haute bourgeoisie, se 
rencontraient dans ce club, où la politique active ne faisait guère 
ligure, mais où les opinions les plus diverses avaient des représen- 
tants. 

Parmi les membres, un assez grand nomijre, les plus reinar([ués, 
n'ont pas tardé à appartenir au Cluh monarchique , Quelques-uns 
s'inscrivirent sur la liste (les/4)w/s de la Constitution, même desJaco- 
hins; quelques autres se mirent avec les Feuillants. Beaucoup émi- 
grèrent; plusieurs portèrent leur tète sur l'échafaud, ou, tout au 
mmns, furent empi'isonnés, soit comme conspirateurs, soit comme 
suspects. 

Si une foule de gens, dans ce groupe, sont restés obscurs, inconnus, 



1) Mémoires de Malouel, t. I, |). ITJ. 
,ù) Hôtol Carnavalet, Hibli..tho(|iif, cle :>6,'J1.S. 



32 LES CLUBS CUNTRE-RÉVOLUTIONNAIRKS 

oubliés, certains ont acquis, par la suite, une grande célébrité. Citons 
La Fayette, Talleyrand, Sieyès, Biron, Bergasse, Bougainville. 
Chamfort, Condorcet. les Lameth, etc. Sieyès y présenta Montlosier. 
« C'était le seul club peut-être où la similitude des opinions ne fôt 
pas une condition rigoureuse d'admission (1) », selon le chancelier 
Pasquier. 

Assurément, dès son origine, le Club de Valois n'aflicha pas des 
idées rétrogrades, et, parmi les hommes de lettres ou les savants qui 
s'y trouvèrent, on peut dire que la majorité suivit le mouvement phi- 
losophique et scientifique de la iin du dix-huitième siècle. A ce point 
de vue, il forme une sorte de transition entre les sociétés purement 
littéraires et celles qui se livrèrent presque exclusivement à la poli- 
ti(}ue; il prélude aux assemblées militantes. 

Ce club tenait, à la fois, de la simple réunion de personnes qui 
voulaient jouir des plaisirs de la conversatioji, se distraire en com- 
mun, et de la réunion choisie de membres de l'Assemblée nationale, 
en dehors de l'enceinte politique; de députés « ne payant aucune ré- 
tribution », comme membres, ainsi qu'on le veri'a par les détails 
donnés dans V Almanach reproduit ci-dessous. 

Au fond, l'opinion royaliste dominait. « Je passais ma vie au Club 
de Valois, dit le chancelier Pasquier, club composé, en grande partie, 
d'hommes partageant mes opinions et avec lesquels j'échangeais mes 
tristes appréhensions (2) »... « Notre réunion de Valois... a eu cela de 
remarquable que, pendant les quatre années de sa durée, des que- 
relles assez vives ont eu lieu dans son sein, et par suite des proposi- 
tions de duel assez facilement accommodées, mais qu'il n'en est sorti, 
ni pendant, ni après, aucun acte qui ait compromis aucun de ses 
membres. On s'y disputait sur la foi des gentilhommes, et lorsque, 
durant le règne du Comité de sûreté générale, la liste des abonnés 
fut demandée comme très propre à servir d'élément à celle des sws- 
pects, elle se trouva perdue, et ne fut suppléée par la mémoire d'au- 
cun des domestiques de l'établissement (3). » 

L'existence du Club de Valois a été de trois années environ, 1789, 
1790, 1791. Le chancelier Pasquier, seul, lui donne quatre années . 
d'existence. 

Sa disparition ne lit pas de bruit. Les politiques l'avaient négligé 
pour se rendre plus assiduement à d'autres clubs, ce qui le transfor- 



{\) MéDioires du chancelier Pasquier, l. î, p. til), in-S", l'aris, l.SOo. 
{■2) Mémoires du chancelier Past/uier, t. T, p. 12. 
{'•]) Mémoires du chancelier Pasf/uier, t. I, p. 75. 



CLUB DE VALOIS 33 

mait en cabyjet de lecture, en cercle de Valois, comme on en trouvait 
plusieurs dans Paris (1). 

Il nous a paru bon d'annoter beaucoup de noms, d'indiquer soit la 
naissance, soit la position sociale, soit la carrière politique, soit la 
mort de membres qui ont joué un rôle pendant l'époque révolution- 
naire, même sous l'Empire et les deux Restaurations. 

Le Club de Valois touchait certainement à l'aristocratie, lorsque 
s'ouvrirent les États généraux. 

Donnons maintenant des détails complets, puisés à bonne source, 
sur sa formation, ses règlements, avec la liste de ses membres : 

II 
ALMANACH 

du Club de Valois pour l'année 1790, 
passage de Valois, arcade du Palais-Royal, n" 177. 1790 (2). 

« LE CLUB 

« Cette Société n'est pas la première de ce genre qui se soit formée 
à Paris, mais la nouveauté de son établissement, loin de lui nuire, 
doit concourir à sa perfection, en la mettant à portée d'adopter, re- 
jetter [sic) les avantages et les inconvénients de celles qui l'ont pré- 
cédée. 

« Le Club fut fondé par dix personnes, qui en choisirent entre elles 
cent quinze autres. Cette Société, ainsi composée de cent vingt-cinq 
Membres, s'établit, le 11 février 1789, au Palais-Royal, dans le local 
qu'elle occupe, appartenant aux sieurs Frestel et Menneville (3). 

« Dans la première assemblée, on annonça à chacun des Membres 
qu'il avait le droit d'en nommer un nouveau, afin de porter la Société 
à deux cent cinquante Membres. On procéda ensuite, par la voie du 
scrutin, à l'élection de cinq commissaires pour dresser les statuts et 
règlements. 

« Dans la seconde assemblée générale, MM. les Commissaires ren- 
dirent compte de leur travail, firent lecture d'un projet d'engagement 
à souscrire par les sieurs Frestel et Menneville, entrepreneurs du 
Club. 

" Après avoir examiné si le Club s'administrerait lui-même, ou se- 

(1) Voir plus loin, Chambres de lecture et Cabinets littéraires. 

(2) Cet Ahuanach, que nous avons trouvé à l'Hôtel Carnavalet et à la Bibliothè- 
(jue nationale, fournit le seul document dont nous puissions nous servir pour ré- 
tablir l(!s règlements du Club de Valois, et pour donner la liste des membres (lui 
le composaient. (Hôtel Carnavalet, cote 26, 918.) 

(3) Très beau local, ayant une grande façade sur le jardin. 



34 LES CLUBS CONTRE-RÉ VOLUTlONxXAIRES 

rait laissé à Tentreprise, le dernier parti fut adopté à la presque una- 
nimité; et Ton peut dire que le zèle, les soins assidus des entrepre- 
neurs pour rembellissement, la décoration et les commodités du 
local ont justifié la sagesse de cet arrêté. 

« Par une Délibération du 27 février, il fut décidé que le nombre 
des Membres serait augmenté de cent nouveaux; et, pour y procéder, 
on nomma vingt Électeurs parmi lesquels les cinq premiers com- 
missaires se trouvèrent. 

« Cette Délibération fut exécutée, et les noms des nouveaux Mem- 
bres furent proclamés dans la séance du 3 mars suivant. 

« La cinquième assemblée générale, tenue le 15 avril, fut marquée 
par l'adoption unanime du dixième article des Règlemens, concer- 
nant l'admission des Députés à l'Assemblée nationale au Club, sans 
payer de cotisation, et sur la simple présentation d'un Membre de la 
Société (1). 

« Dans cette assemblée, MM. les Commissaires ayant mis sur le bu- 
reau le projet du Règlement dont ils avaient été chargés, avec invita- 
tion à l'assemblée de nommer vingt nouveaux commissaires pour les 
examiner, modifier et rédiger, il a été décidé unanimement que les 
vingt Électeurs seraient chargés de cet examen. Il fut encore arrêté, 
dans cette séance, que les Électeurs seraient autorisés à compléter les 
cent nouveaux Membres qu'ils avaient dû nommer, et à y ajouter tel 
nombre qu'ils jugeraient convenable. 

« Enfin, MM. les Commissaires, ayant fini leur travail sur les rè- 
glemens, M. le Président indiqua l'assemblée générale des Membres 
du Club au 7 novembre 1789. 

« Ce jour, la majeure partie des Membres assemblés, M. le Président 
fit lecture des Règlemens; après quelques amendemens, ils furent 
approuvés dans tout leur contenu, et l'assemblée en ordonna la 
pleine et entière exécution, ainsi qu'il suit : 

RÈGLEMENS DE LA SOCIÉTÉ 
Dans le chapitre 1", il est question de la destination du Club en 
général, etc. On y lit : 

(l) Chapitre V, article X : « Tout citoyen député à FAssemblée nationale n'aura 
besoin, pour être admis dans le club, que d'être présenté par un membre de la 
Société. Tant que l'Assemblée nationale durera, il ne paiera aucune contribution; 
et si, quand elle sera séparée, il veut entrer dans la Société, il ne subira aucun 
ballottage : il n'est personne qui ne doive se trouver heureux de procurer quel - 
ques heures de délassement et de repos à ceux qui seront chargés du grand tra- 
vail de la félicité publique, et c'est une marque de respect due à la Nation que 
de ne pas soumettre à un scrutin particulier ceux que le scrutin des peuples aura 
revêtus de la confiance générale. » 



CLUB DE VALOIS 35 

« L'objet du Club étant de réunir, au milieu d'une Société choisie 
dans les différentes classes des Citoyens, tout ce qui peut concilier.» 
l'instruction avec l'agrément, le loisir avec la dignité, et les commo- 
dités de la vie avec les lois de l'ordre et de la décence, la distribution 
du local sera faite de la manière suivante, et l'on observera dans 
chaque partie l'ordre qui va être prescrit. 

(' ARTICLE PREMIER. 

' A l'une des extrémités de l'appartement du premier, sera un ca- 
binet consacré à la lecture, dans lequel on trouvera les gazettes, jour- 
naux, papiers publics, dictionnaires, enfin, tous les livres dont le Club 
pourra faire l'acquisition. On y trouvera des tables, de l'encre, du 
papier, des plumes, et toute conversation à haute voix sera interdite 
dans cet endroit. _ 

« ARTICLE 2. 

« Les trois pièces qui suivent seront salions d'assemblée et de 
conversation, etc. 

« Tables d'échecs et de dames, billard. » 
Étaient proscrits tous autres jeux que les échecs, les dames, le tric- 
trac, le piquet, le whist, le Iresset, le reversis, le boston et l'ombre. 

On y dînait, soupait, recevait les étrangers. — Boite aux let- 
tres, etc. 

Dans les assemblées générales, les membres qui étaient pour 
l'affirmative disaient tous ensemble, oui; ceux qui étaient pour la 
négative disaient tous ensemble, non. 

En note du règlement, à propos de cet article, une note remar- 
quait : « Cela se pratique ainsi au Parlement d'Angleterre. » 

m 

Liste de MM. les Membres de la Société^ suivant l'ordre alphabétique, 
avec leurs demeures. 

A 

Adelbert de PÉRI60RD (M. le comte). Hôtel de Périgord, rue de l'Uni- 
versité. 

Agoust (M. le marquis d'), rue Chabannois, 3. 

Agoust (M. le comte d'),rue Neuve des Pelils-Champs, 3. A fait partie 
du club de V Hôtel de Massiac. Garde du corps. 

Agoust (M. le vicomte d'), rue de Bourgogne, faubourg Saint-Ger- 
main, 44. A fait partie du club de VHôtel de Massiac A fait partie 
(lu Club monarchique. 



36 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

AiGBEMOiNT (M. le chevalier d'), rue des Champs-Élisées, 5. 
Jl Aiguillon (M. le duc d"), rue de l'Université, 103 (1). Député de la no- 
I blesse d'Agen aux États généraux. Colonel des chevau-légers de 

•« Louis XVI. 

» 

' Alexandre de Neufyermeil (M.), Maître des Requêtes, rue Saint-Sau- 
veur, 57. 

Allarde (M. le baron d'), député de la noblesse de Saint-Pierre le 
Moutier à l'Assemblée nationale, rue Meslée. S'occupait surtout 
de finances. 

Ameil (M.), avocat au Parlement, rue Neuve Saint-Eustache. 

Arblai (M. le chevalier d'), rue de Bourgogne, 44. 

Archambault de Périgord (M. le comte), rue Saint-Dominique, 127 (2). 
Colonel à la suite du régiment de chasseurs d'Alsace. 

Aremberg (M. le duc d'), rue de Richelieu, Hôtel des États généraux. 
Député de la noblesse aux États généraux. 

Aremberg (M. le prince d'), rue et faubourg Saint-Honoré, 61. Membre ' 
correspondant de l'Assemblée constituante. 

Arlet (M. le comte d'),.rue Blanche, chaussée d'Antin. 

Ars (M. le marquis d'), lieutenant des vaisseaux du Roi, rue de Bour- 
bon-Villeneuve. Membre de l'Assemblée des trois ordres, qui 
nomma les députés aux États généraux. 

Artaud (M.), Arcades du Palais-Royal, 59. Censeur royal, écrivain 
royaliste, rédacteur aux Actes des Apôù^es. 

AuDRAS (M.), rue Vivienne, en face de la Caisse d'Escompte. 

AuGEARD (M.), boulevard Montmartre. Fermier général, secrétaire des 
commandements de la Reine. 

Une lettre de Barnave annonçant l'arrestation de M. Augeard, le 
secrétaire des commandements de la Reine, « chez lequel on a trouvé 
un plan de conduite, écrit de sa main, pour rétablir l'ancien ordi-e 
de choses, et mentionnant la convocation extraordinaire du Comité 
des recherches de l'Assemblée qui tient les lîls de plusieurs intrigues 
relatives aux désordres de Paris. » — 27 octobre 1789 (3). 



(1) A fait partie du club des Amis de la Constitution. 11 écrivit au Comité des 
recherches, le 17 janvier '1790, une lettre demandant qu'il fût procédé à une 
instruction « au sujet des calomnies absurdes dont il était excédé. » (A, Tuetey. 
Répertoire général des sources manuscrites de l'Histoire de Paris pendajit la Révo- 
lution française, 1890, gr. in-8*. — Minute signée, S ex., Arch. nat. , DXXIX'SO, 
n" 297.) Emigré en 1792, le duc d'Aiguillon mourut à Hambourg, le 4 mai 1800. 

(2) Arrêté le 22 mai 1791, par la municipalité de Saint-Quentin, avec Alexandre 
de Périgord. (Arch. Nat., DXXIX" 36, n» 376.) 

(3) Autographe (incomplet). A. N., W12, 3« dossier, n" 207 (Tuetey). 



CLUB DE VALOIS 37 

Une information fut faite, au Châtêlet, contre M. Augeard, l'un des 
fermiers généraux du Roi, ses complices et ses adhérents (6 novem- 
bre 1789j (1). 

D après les Mémoires secrets, page 2151, un mémoire anonyme, pré- 
senté au Comité des recherches par l'abbé Fauchet, Augeard était 
accusé d'avoir reçu à Buzancy, dont le château lui appartenait, au 
mois de septembre (1789), le maréchal de Broglie, le prince de Lam- 
l)esc, M. de Besenval, et d'avoir tramé des conspirations contre l'État. 
Sur la production de ce mémoire, « Brunville, le procureur du Roi, 
fut assez inique, assez bas, pour, à l'instigation de l'abbé Fauchet, 
ordonner une addition d'information. » — /i'"'-4 décembre 1789 (2). 

Augeard fut détenu à l'Abbaye. San procès compte parmi les plus 
scandaleux de la Révolution. Le Châtêlet l'acquitta. Les Révolulions 
de Paris^ n" XXXV, page 19, et VAmi du 'peuple, n" CXVI, page 5, 
tirent de sérieuses observations à propos de son acquittement. 
Camille Desmoulins, dans ses Révolulions de France et de Bradant, 
dédia aux juges cette sorte d'adresse : 

Vous qui lavez Broglie, Augeard, 
Qui lavez Bezenval, qui laveriez la peste, 

Vous êtes le papier-brouillard : 
Vous enlevez la tache, et la tache vous reste. 

Dans le Courrier de Versailles à Paris (n" 24, p. 389), Gorsas con- 
sacra un article à Augeard qui, peu après son acquittement, sortit 
de Paris, se retira dans sa propriété de Buzancy, et, 'après la fuite de 
Varennes, redouta tellement des poursuites nouvelles qu'il se réfugia 
à Bruxelles, alla à Coblentz et prit part à toutes les intrigues roya- 
listes. Il rédigea lui-même le manifeste des princes daté de Bruxelles, 
qui protesta contre la Constitution de 1791. Il ne rentra que sous le 
Consulat. 

AuAioNr (M. le duc d'), rue de Caumartin, 36. Favorisa plus tard l'éva- 
sion de Louis XVI, émigra peu après. Membre de l'Assemblée 
générale des Électeurs de Paris. 

AuTiCHAMP (M. le comte d'), le jeune, au Palais-Bourbon. Émigra, 
fut considéré comme conspirateur avec le maréchal de Broglie, en 
1789. 

AuTUN (Mgr l'évêque d'), rue de l'Université. C'était le fameux Talley- 
rand-Périgord, qui semblait alors très fervent pour les idées libé- 
rales. 



(1) Minute slgiR'C, A. iN. DXXIX" 37, n" 384 (Tuetcy). 
[1) Minutes (2 p.), A. N., DXX1X% n» 384 (Tuetey). 



38 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

ÂYEN (M. le duc (V), rue Saint-Honoré, 451. Faisait la partie de whist 
avec Louis XVI. Capitaine des gardes du corps, membre de TAs- 
semblée des trois ordres, pensionné. 

IV 
B 

Barbantane (M. le chevalier de), rue Basse-du-Rempart, au coin de 
celle de Caumartin. 

IUrbantane (M. le marquis de), idem. 

Barbantane (M. le comte de), au Palais-Royal, cour des Fontaines (1). 
Membre de l'Assemblée des trois ordres qui nomma les députés 
aux États généraux, député suppléant. 

Bar (M. le vicomte de), rue des Filles du Calvaire, 16. A fait partie 
du Cluh monarchique. 

Baru (M. de), trésorier de Tordre de Saint-Lazare, rue du Gros-Chenet. 

Barthès (M.), médecin, Chaussée d'Antin. Auteur d'un opuscule, paru 
en 1789 : Libre discours sur la prérorfativc que doit avoir la no- 
blesse dans la Constitution et les Etats généraux de la France. Mo- 
narchiste, médecin de Louis XVI. 

Baselaire (M. le marquis de), place Louis XV. 

Bazoncourt (M. de) (lire Bazancourt). Ofticier aux gardes de Val- 
lonnés, major de la 6' division de la Garde nationale. 

BÉAGUE (M. le comte de), rue Chariot, 40. Maréchal de camp. 

Becdelièvre (M. le vicomte de). Hôtel de Bretagne, rue Ci'oi\-des- 
Petits-Champs. Emprisonné, plus tard, comme émigré. 

Béfort (M.), rue de Richelieu, 148. 

Bélanger (M.), rue Poissonnière, près les Menus-Plaisirs. Architecte, 
. royaliste ardent, construisit Bagatelle pour le comte d'Artois. En 
1795, il dessina le portrait du Dauphin (Louis XVII), prisonnier 
au Temple. 

BÉLANGER (M. de), rue de Touraine, 7. Gentilhomme ordinaire du Roi. 
A fait partie du Club monarchique ? 

Belderbusch (M. le comte de), rue Neuve des Mathurins, 9. Ministre 
de l'Électeur de Cologne. 

Bellerose (M. de). Appartint à l'armée de Condé. 

Belzunce (M. le comte Alexandre de) (2), Marché d'Aguesseau. Major 
en second du régiment de Bourbon, massacré à Caen par ses sol- 
dats, en 179Q. 



(1) A fait partie du club des Amis de ta Conslilulion. 

(2) Faisait la partie de reversi avec, Louis XVL 



CLUB DE VALOIS 39 

Berçasse (M.). Avocat au Parlement, député de Lyon aux États 
généraux, auteur de nombreuses brochures contre-révolution- 
naires. A fait partie du Club monarchiqve. Pensionné par le roi 
Charles X (1). 

Bernièreo (M. le chevalier de), rue de Choiseul, % Capitaine d'infan- 
terie. A fait partie du Club monarchique. 

Bertrand (M. l'abbé), rue des Prouvaires. Conseiller au Grand-Con- 
seil. 

BiRON (M. le duc de) ou duc de Lauzun^ rue de Grenelle, faubourg 
Saint-Germain, 55. Député de la noblesse du Quercy aux États 
généraux. Mort sur l'échafaud en janvier 1794, 

Birousle (M. de), rue de Buffaut, faubourg Montmartre. 

Bissy (M. le comte de), rue et faubourg Saint-Honoré. 

Blaire (M. de), rue de Buffaut, faubourg Montmartre. A fait partie du 
club de VHôiel de Massiac. 

Blome (M. le baron de), rue de Choiseul, près le boulevard. Envoyé 
extraordinaire du roi de Danemark, 

Blosac (M. de), 

BoiNviLLE (M. de), rue Vézelay. Receveur général des finances, 

BoiSGELTN (M. le comte de), rue de Varenne, faubourg Saint-Germain, 
Maréchal de camp et maître de la garde-robe. Guillotiné pendant 
la Terreur (2). 

BoissEULH (M. le comte Jules de), rue de Belle-Chasse. 

BosGARY (M. de), rue Faydeau. Administrateur de la Caisse d'Es- 
compte, 

BouGAiNViLLE (M. de), barrière Blanche, 12. Chef d'escadre, membre 
de rAssem])lée des trois ordres à Paris. 

Boula d'Orvillb (M.), rue Royale, butte Saint-Roch. A fait partie du 
Club monarchique. 

Boullets (M. le marquis des), rue et faubourg Saint-Honoré, vis-à-vis 
l'Hôtel de madame la duchesse de Bourbon. 

BoDLLONGNE DE Magnanville (M. de), au Palais-Royal, 9, 

Bourdon de la Motte (M.), au Luxembourg. Médecin et Intendant du 
cabinet de Monsieur, attaché à Madame Victoire, tante du Roi. 

Bourelter (M. l'abbé), à Belle-Chasse. Grand vicaire. 

Boursag (M. le vicomte de), rue d'Anjou Saint-Honoré, 24. A fait par- 
tie du Club monarchique. 

BouzoLS (M. le marquis de), rue du Sépulcre, .'J3. 



(1) Collaborateur aux Arles des Apôtres. 

(2) A fait partie du Club monarchique. 



40 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

BoYD (M. de), rue d'Amboise, près les Italiens. 

Bozon-Talleyrand (M. le comte de), rue de Bourbon, chez M. larche- 

vêque de Reims, 
Brégy (M. le comte de), rue Sainte-Anne, 5i. 
Brissard (M. l'abbé), Hôtel de madame la princesse de Ghimay, porte 

Saint-Honoré. 
Brisson (M.), rue Sainte-Avoye. 
Broglie (M. le prince de), rue de Varenne, 66. Député de la noblesse 

de Colmar et de Schelestadt aux États de 1789, guillotiné le 

27 juin 1794. 
Broglie (M. le comte Joseph de), rue Saint-Dominique, 42. Favorisé 

par Marie-Antoinette. 
BouRQUENs (M. de), rue Saint-André des Arcs. 
Brousse (M.), rue des Quatre-Fils, au Marais (1). 
Broutin (M.), rue Notre-Dame des Victoires, 8. 
Bruyères (M. le comte de), rue des .Jeûneurs, o, capitaine de vaisseau^, 

emprisonné pendant la Terreur. 
BuLKELEY (M. le comte de), rue des Jeûneurs, 8. 



G 

Cadignan (M. le baron de), rue Notre-Dame des Victoires, 14. Premier 
fauconnier et chef des oiseaux du cabinet de Monsieur. 

Caillebot DE LA Salle (M. le marquis de), rue de Grenelle, faubourg 
Saint-Germain, 247. 

Galonné (M. Tabbé de), rue et faubourg Saint-Honoré, vis-à-vis rHôtel 
Beauveau. Frère du contrôleur-général, émigré, mort au Canada. 

Galvaruso (M. le prince de), au Palais-Royal, 216. 

Gauway (M. le vicomte de), rue de la Michaudière, 8. 

Gapello (M. le chevalier de), porte Saint-Martin, 75. 

Garaman (M. le vicomte de), rue Saint-Dominique, 9. Émigré, fut 
arrêté par le peuple, à Alençon, en octobre 1789, comme aristo- 
crate. 

Garaman (M. le chevalier Maurice de), rue des Fdles Saint-Thomas. 
A fait partie du Club monarchique. 

Carré (M.), rue de Richelieu, 15. 

Gastellane (M. le comte de), rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré (2). 

(1) A fait partie du Club des Feuillants. 

(2) Celui qui, probablement, signa l'arrêté du Comité permanent de l'Hôtel de 
Ville ordonnant la démolition de la Bastille (16 juillet 1789). 



CLUB DE VALOIS 41 

Castellane (M. le comte Joseph de),, rue du Bacq, faubourg Saint-Ger- 
main. A fait partie du Club monarchique. 

Castellane (M. le vicomte de), rue de Grenelle, ^55. Membre de TAs- 
semblée des trois ordres, à Paris. 

Castries (M. le duc de), député à l'Assemblée nationale, rue de Va- 
renne, 42 (1). Député de la noblesse, de la prévôté et vicomte de 
Paris aux États généraux. Émigré. 

Caumartin de Saint-Ange (M. de). Intendant de Besançon, rue Sainte- 
Avoye, 90. 

Caylds (M. le duc de), Hôtel de Castries, rue de Varenne. Protesta, au 
nom des nobles de Saint-Flour, contre toute renonciation aux 
privilèges pécuniaires. 

Chabanon (M. de), de l'Académie française, rue Caumartin, 17. On a 
une lettre de Chabanon, de l'Académie française, à Louis XVI, lui 
indiquant une formule d'acceptation de la Constitution qui puisse 
se concilier avec la protestation du 21 juin. — 28 août 1791 (2). 

Chabot (M. le duc de), rue de Seine, faubourg Saint-Germain, -42. 

Chabot (M. le comte Charles de), idem. 

Champcenetz (M. le marquis de). Fils du gouverneur des Tuileries, un 
des premiers valets de chambre du Roi, collaborateur, avec Riva- 
roi, aux Actes des Apôtres, de Suleau ; exécuté le 23 juillet 1794. 

Champfoht (M. de), au Palais-Royal, 18. Lecteur du comte d'Artois, 
secrétaire du prince de Condé, membre de l'Académie fran- 
çaise (3). 

CiiAMPiGNELLE (M. le marquis de), rue du Foin, au Marais. 

Ciiamplatrel'X (M. le président de), rue Saint-Dominique, faubourg 
Saint-Germain, 55. A fait partie du Club monarchique. 

Chanvrier (M. de), receveur-général des finances, rue Basse du Rem- 
part, 20. 

Charrin (M.), commissaire ordonnateur des guerres, rue Saint.e-Anne, 
60. 

Chartres (Mgr le duc de), au Palais-Royal (4). Depuis, le roi Louis- 
Philippe I". 

Chatelet (M. le marquis du), Hôtel de la Bresse, quai des Théatins. 
A fait partie du Club monarchique. Guillotiné le 23 frimaire an II. 



(1) Connu comme aristocrate, se battit en duel avec Charles de Lameth, en 1790. 
Son iiôtel fut pillé. 

(2) Autographe, A. N., C18o, n» 430 (Tuetey). 

(3) A fait partie du club des Amis de la Constitution, demeura rue de Chaban- 
nois, n» 10. 

(4) A fait partie du club des Amis de ta Constitution. 



42 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Chastenoy (M. le comte de), rue Cadet, 8, 

Chaumont (M. de), chez M. le duc d'Aumont, rue de Caumartin. 

Chauvelin (M. le marquis de), Hôtel d'Ammécourt, rue Boudereau. 
Maître de la garde-robe du Roi en 1789, emprisonné sous la Terreur. 

Cherer (M.), absent. 

Cheret (M.), rue de Cléri. 

CnÉvEhU (M.), rue du Paradis, au Marais, 14. 

Chevilly (M. de), rue de Cléri, 94. 

Choderlos (M. de), Hôtel d'Angleterre, rue des Filles Saint-Thomas. 
Secrétaire des commandements du duc d'Orléans (1). 

Chofseul-Staikville (M. le duc de), rue d'Artois, 1. Colonel du Royal- 
Dragons. Il émigra. On a de lui une lettre écrite à Louis XVI, des 
prisons de Verdun, mettant aux pieds du Roi le renouvellement 
du serment de lidélité qu'il lui a prêté (20 juillet 1791) (2). Il leva 
un régiment de hussards, avec lequel il servit sous le drapeau 
anglais contre la France. 

Un décret de l'Assemblée nationale décida que MM. de Damas et 
Choiseul, colonels-commandants des deux régiments ci-devant Mon- 
sieur et Royal-Dragons, ainsi que les sieurs de Floirac, capitaine, et 
Remy, quartier-maître, détenus dans les prisons de Verdun, « y reste- 
ront en état d'arrestation jusqu'à ce que l'Assemblée ait pris des me- 
sures à l'égard des personnes qui peuvent avoir favorisé la fuite du 
Roi. » — 25 juin 1791 (3). 

Une lettre de M, Catoire, commissaire du Roi près le tribunal de 
Verdun, au ministre de la justice, fit connaître l'arrestation de 
MM. de Choiseul et Damas, « qui ont failli être victimes de la fureur 
du peuple des campagnes », et la saisie, à Montmédy, de deux voi- 
tures chargées d'effets appartenant à M. de Choiseul. — 24-27 juin 
1791 (4). 

Choiseul-d'Aillecourt (M. le comte de), rue de Choiseul. 

Clermont d'Amboise (M. le marquis de), rue de Montholon, barrière 

Sainte-Anne. 
Clermont-Tonnbrre (M. le comte de), au Luxembourg. Député de la 



(1) A fait partie du Club des A7nis de la Constitution. A r^-digé le journal des 
Aynis de la Constitution. 

(2) Original, A. N., C184, n- 246 Ins. 

(3) Minute, A. N., C71, n" 699, et Archives parlementaires, 1" série, t. XXVIl. 
p. 521 (Tuetey). 

(4) Originaux (2 p.), Archives du Ministère de la Justice.' 



. CLUB DE VALOTS 43 

noblesse de Paris aux États généraux (1). Fonda, avec Malouet, le 
Club monarchique. En 1791, on l'accusa d'avoir aidé à la fuite de 
Louis XVI. Massacré par la populace, le 10 août 1792. 

Clonard (M. le comte de), barrière du Roule, 22. 

Clonard (M. le chevalier de), absent. 

CoADE (M.), médecin. 

Coigny(M. le marquis de), rue Saint-Nicaise. Fut premier écuyer de 
Louis XVI, député aux États généraux. Vota avec la minorité 
royaliste de l'Assemblée. Émigra en 1792. Combattit dans l'armée 
de Condé. 

CoLBBRT (M. le comte de), rue du Croissant, 4. A fait partie du Club 
monarchique. 

CoMEVRAS (M. de), avocat au Parlement, rue de Cléri, 73. Auteur d'un 
Mémoire à consulter et consultation pour Louis-Philippe-Joseph 
d'Orléans (Paris, 29 octobre 1790). Mort vers 1798. 

CoMTEVAL (M. de), rue de Richelieu, 79. 

CoNDORGET (M. Ic marquis de), Hôtel delà Monnaie. Secrétaire de l'Aca- 
démie des sciences, membre de l'Académie française. Membre de 
la Société des A^nis des noirs, en 1789. Girondin. Mort le 29 mars 
1794, non le 27. 

CoPE (NL), à l'abbaye de Pentemont, rue de Grenelle, faubourg Saint- 
Germain. 

CoRMERÉ DE Chitenay (M. de), rue de Choiseul, 73. 

CoRMERÉ (M. le baron de), rue Chabanais, 50. A fait partie du Club 
monarchique. Publia un plaidoyer pour le marquis de Favras, son 
frère. 

CoRiNT (M. Étis de), rue de la Chaussée d'Antin, 18. Procureur du roi 
et de la Ville. 

CoswEL (IVL), Hôtel Royal, rue Neuve Saint-Marc. 

CoTTiN (M.), rue et Chaussée d'Antin, 6. Régisseur général des vivres. 
A fait partie du Club monarchique. 

CoTTiN fds, rue de la Chaussée d'Antin, 6, banquier. 

CouRÇAis (M. l'abbé de), rue Colbert. 

CouRNOLs (M. de), rue de l'Éperon, au coin de la rue du Battoir. Avo- 
cat au Parlement. 

Crafort (M. de), rue de Cléri. 

Crénolle (M. le comte de), rue du Bac, 42. 

Créqui (M. le marquis de), rue do Grenelle, faubourg Saint-Germain, 



(l) Voir plus bas, Club monarchique. 



44 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

304. Premier maître d'hôtel de Madame. Fut arrêté et conduit au 
Temple, en messidor an VL 

Ckillon (M. le comte de), grand-bailli d'épée de Beauvaisis, député 
de la noblesse à la Constituante, place Louis XV. 

Croismares (M. le comte de), rue Saint-Florentin, 4. 

Croix (M. le comte de), rue Neuve Saint-Augustin, 11. 

Croix i^M. le comte de), rue idem. Vota, en 1789, pour la délibération 
par ordre. 

Crosby (M. de), rue de Verneuil. 

Crussol (M. le Bailly de), au Temple. Capitaine des gardes du comte 
d'Artois, puis brigadier de cavalerie, puis maréchal de camp, dé- 
puté de la prévôté et vicomte de Paris. Protesta contre la sup- 
pression de la croix de Saint-Louis (1). Ëmigra en 1791. Devint 
lieutenant-général à l'armée des princes. Mort ci Paris, le 17 dé- 
cembre 1815, étant pair de France. 

Ci'STiNES (M. le marquis de), rue et faubourg Saint-Honoré, 10:2. Dé- 
puté de la noblesse de Metz à la Constituante. Proposa « que nul 
ordre émané du pouvoir exécutif ne fût obligatoire pour aucun 
fonctionnaire public, s'il n'était contresigné par les ministres 
actuellement en fonctions » (21 juin 1791) (2). Exécuté le 28 août 
1793. 

D 

Dalrimpl (M. le général). Hôtel et rue de l'Université. 

Damas (M. le comte de), rue et fatibourg Saint-Honoré, 109 (3). Gen- 
tilhomme d'honneur de Monsieur. Émigré. 

Damas-Crux (M. le chevalier Charles de), cOur des Fontaines, au Pa- 
lais-Royal. Colonel du régiment du Vexin. Émigré. 

Damas (M. l'abbé), rue de Grenelle, 211. Membre de l'Assemblée des 
trois ordres à Paris. 

Dangirahd (M.), banquier, rue et Chaussée d'Antin, 71. 

Darjuzon (:\L) fils, rue d'Aguesseau, faubourg Saint-Honoré. 

De Laage de Belle-Faye (M.), rue Neuve Grande-Batelière, au coin du 
boulevard. 

Dernandes (M. l'abbé), Hôtel d'Hambourg, rue Jacob. 

(1) A fait partie du Club monarchique, et a protesté contre la Constitution 
de 1791. 

(2) Minute, Arch. Nat., C71,n<>686, ai Archives parlementaires, l"-" série, t. XXVU, 
p. 372. 11 fit partie du CAub des Feadtanls. 

(3) A fait partie du Club mqnarchicjue. A .été arrêté avec Louis XVI, jï Varennçs. 



CLUB DE VALOIS ^h 

Desanurouins (lM. le vicomte), rue Chantereine. 

Desentelles (M.), aux Menus-Plaisirs, rue Bergère. 

Desmollières (M.), place Louis XV. Administrateur des domaines. A 
été membre des Cinq-Cents. 

Despomelles (M. le chevalier). 

Després (M.), rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain. 

Dewonshire (M. le duc), Hôtel et rue de l'Université. 

Deux-Ponts (M. le prince Maximilien de), Hôtel de la Reine, au Pa- 
lais-Royal. 

Dhiere (M.), rue Jacob, 17. Conseiller à la Cour des Aides. 

DiEi!BA.CH (M. le comte de), rue des Sauvages, ^. 

DiLLON (M. le chevalier Franck), rue Neuve des Mathurins. 

DiLLON (M. le comte Arthur), rue et porte Saint-Honoré, 9. Gentil- 
homme d'honneur du comte d'Artois. Député de la Martinique à 
la Constituante (1). Guillotiné en 1794. 

DiLLON (M. l'abbé de), rue de Miroménil. 

DiLLON (M. le chevalier Théobald), rue de Grenelle, faubourg Saint- 
Germain. 

DoRSET (M. le duc de), faubourg du Roule. Ambassadeur d'Angleterre, 

DouMERE, rue et faubourg Saint-Denys, vis-à-vis Saint-Lazare. Régis- 
seur général. 

Drée (M. le comte de). 

Dubuc-Ddfferet (M.), rue de Cléri, 94. 

Do Couedig (M.), rue des Amandiers, faubourg Saint-Antoine. 

Ducrest (M. le marquis), rue de Richelieu, vis-à-vis celle de Colbert. 
Frère de madame de Genlis, chancelier du duc d'Orléans, avec 
lequel il eut plus tard un procès. Colonel-commandant des grena- 
diers royaux. Émigra. 

Duclos-Ddfresnoy (M.), rue Vivienne (2). Notaire. 

DuLAU (M. le comte Armand), rue Notre-Dame des Champs. Ancien 
colonel du régiment de Champagne. 

DuLAU (M. le marquis),.irfçm. 

DoMAS (M.), rue Thévenot. Soupçonné plus tard, dans YOratèur du 
Peuple, « d'être admis dans la confidence du parti patriote (Bar- 
nave, Lameth, d'Aiguillon) pour mieux le trahir. » 

DuMAY (M. le baron), rue dé l'Université. 

DuPLEix DE Mézi (M.), rue des Petites Écuries du Roi. 



(1) Prit la défense des colons contre les Amis des noirs. 

(2) Député de Paris aux Etats-Généraux. Il fit prêter à Louis XVI, en 1788, par 
la compagnie des notaires, la somme de six millions. Mort sur l'échafaud en 1794. 



46 LES CLUBS CONTRE-hÉVOLUTIONNAlRES 

DuPLEix (M.), rue Poissonnière, S. A fait partie du Club monarcJiique. 

Dltort (M.), rue du Grand Chantier, au Marais (1). Conseiller au Par- 
lement, député de Paris à la Constituante, accusé de royalisme 
après le 10 août 1792, et arrêté à Melun. 

DuPRÉ DK Salnt-Maur (M,), rue Culture Sainte-Catherine. Conseiller 
d'État. A fait partie du Chih monarchique. 

Duras (M. le comte de), rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, 272. 
Connu pour ses opinions aristocratiques. 

DuRFORT (M. le vicomte de), rue du Rempart Saint-Honoré. Attaché à 
la cour depuis sa jeunesse. 

Ddrfort (M. le chevalier de), au Palais-Royal. 

DuTREY (M.), rue Richer. 

E 

Entraigues (M. le marquis d'), rue de Miroménil. Émigré. 

Ermenonville (M. le vicomte d'), rue Sainte-Anne, 34. 

EsGARTS (M. le baron d'), rue d'Artois. Premier maître d'hôtel, en sur- 
vivance. Député de la noblesse de Châtellerault. 

EsPAGNAG (M. l'abbé d'), rue d'Anjou Saint-Honoré, 14 (2). 

EsPiNCHAL (M. le comte d'), rue Neuve des Mathurins, G. A fait partie 
du Club monarchique. 

EsTAiNG (M. le comte d'), rue Sainte-Anne. Guillotiné le 28 avril 
1794 (3). 

VU 

F 

Fargès (M. de). Conseiller d'État, rue de l'Université, 132. 

Farrer (M.), cour des Fontaines, au Palais-Royal. 

Faucher (M. Constantin de), député à l'Assemblée nationale, Hôtel de 
Noailles-Mouchi, rue de l'Université, lOG. 

Faucher (M. César de), député à l'Assemblée nationale. Idem. 

Favernay (M. le comte de), capitaine de cavalerie. Absent. 

Fenoyl (M. le marquis de)^ quai d'Anjou, 23. 

Ferrette (M. le commandeur de). Hôtel de Valois, rue de Richelieu. 

Ferrier (M. de), maréchal de camp, cour des Fontaines, au Palais- 
Royal. Fait lieutenant-général le 7 septembre 1792. Protégé du 
duc d'Orléans. 



(i) A fait partie du Club des Amis de la Consliialion. 

(2) Exécuté en 1794. A fait partie du Club des Amis de la CoiistîLulion. 

(3) Commandant en chef de la garde nationale de Versailles, en 1789, 



CLUB DE VALOIS 47 

Perrière (M. le marquis de), rue Barbette, 4. Député de la noblesse 
de Saumur. S'opposa à la réunion des trois ordres. 

Fbrsen (M. le comte de), rue de Miroménil. Fut colonel du régiment 
de Royal-Suédois. Très attaché à Marie-Antoinette. 

Il existe, en effet, à la date du 22 juin 1791, aux Archives, un 
« Ordre des comités des recherches et des rapports réunis au dépar- 
tement de Paris, à l'effet de faire retenir les lettres qui pourraient 
arriver à l'adresse de la famille royale, de M. de Fersen, de M, Mallet 
du Pan et de toutes personnes attachées à cette famille, actuellement 
absentes (1). » 

F1TZ-GÉRA.LD (M. de), député à l'Assemblée nationale, rue Saint-Domi- 
nique, près celle d'Enfer (2). 

FoissY (M. de), aux Écuries d'Orléans, rue Saint-Thomas du Louvre. 

FoNTBRUNE (M. de). Hôtel de la Reine, rue des Bons-Enfans. 

FoNTENiLLES (M. le marquis de), rue du faubourg Saint-Honoré, chez 
M. le marquis de Clermont. 

FoNTETTE (M. de), Maître des Requêtes, rue et Chaussée d'Antin. A 
fait partie du Club monarchique. 

FoNTETTE (M. le chevalier de), rue de Bourbon, faubourg Saint- 
Germain. 

FoRNiER (M. de), rue des Jeûneurs, 6. 

Fronsag (M. le duc de), rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, 99. 

FouGY (M. Cromot de), Surintendant des finances de Monsieur, au 



Luxembourg. 



G 



Gall (M. le major), rue Basse, porte Saint-Denys, 13. 

Gauthier (M.), rue des Capucines, 21. Garde du corps. A fait partie 
du Club monarchique. 

Genlis (M. le marquis de), rue et porte Montmartre. Familier du duc 
d'Orléans. Il tint, avec le marquis de Sillery, Latouche et Choder- 
los de Laclos, des conciliabules à Montrouge. 

GiAMBONNE (M. de), banquier, rue de Bondy, 26. 

Girard (M.), rue des Bons Enfans, 42. 

GiRARDiN (M. le chevalier de), rue Sainte-Anne, 54. 

GiRARDOT (M. A. L.), Chaussée d'Antin. 

GiRAULT-PousLAViE (M. l'abbé), Plape Maubert. Littérateur, historien. 



(1) Copie conforme, A. N., DXXIX" 35, n» 366. 

(2) A fait partie du club des Amis de la Constitution. 



48 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

GONTAULT (M. le marquis de), rue Louis-le-Grand. 

Gordon (M. le colonel Cosmo), Hôtel et rue de TUniversité. 

GouvERNET (M. le comte de), puis marquis de la Tour-du-Pin, rue 
Grange -Batelière (1). Envoyé en Hollande en 1791, comme mi- 
nistre de France. Plus tard, pair de France. 

Gouy-d'Arsy (M. le marquis de), rue de Provence (2). Condamné à 
mort, comme étant de la faction du duc d'Orléans. Exéeulé le 
3 juillet 1794. 

Grammont (M. le marquis de), Hôtel de Noailles, rue Saint-Honoré, 
451. Beau-frère de La Fayette. 

Grandgour (M. le baron de), rue Poissonnière, 56. 

Granvelle (M. Raillard de), rue Saint-Nicolas, près celle de l'Arcade, 
Chaussée d'Antin. 

Grand (M. le chevalier de), à Saint-Joseph, rue Saint-Dominique. 

Grave (M. le chevalier de), rue Neuve des Mathurins, 1. Premier 
écuyer du duc de Chartres. 

Gréville (M. de), Hôtel de Moscovie, rue des Petits Augustins. 

Greffulhe (M. de), banquier, rue Bergère, 16. 

Grûuchy (M. le comte de), rue d'Anjou Saint-Honoré, 123. 

Grouvelle (M. de), rue Neuve des Petits Champs, 83. 

GuER (M. le chevalier de), Hôtel des Asturies, rue du Sépulcre. Con- 
seiller au parlement de Rennes. Émigré. 

GuiBERT (M. le comte de), rue de Grammont, 16. Maréchal de camp. 

Gdiche (M. le duc de), rue du Regard. Capitaine des gardes du corps, 
en survivance (3). 

GuiLLOTiN (M.), médecin, rue Croix des Petits Champs, 55 (4). 

GuiMPS (M. le chevalier de), rue des Bons-Enfans, 43. A fait partie du 
Cluh monarchique. 

GtiMPS (M. de). Idem. 

GuNiNG (M.), Hôtel de l'Empereur Joseph H, rue do Tournon. 



(1) A été commandant ou second de la garde nationale de Versailles. 

(2) Colonel de cavalerie, député de Saint-Domingue, maréchal de camp en 1791, 
guillotiné à Paris, le 23. juillet 1794. 

(3) 11 existe une lettre, à la date du S octobre 1789, dans laquelle il prie la muni- 
cipalité de Versailles de mettre à sa disposition toutes les forces militaires, et 
particulièrement les gardes du corps. (Original, Bibliothèque de Versailles, auto- 
graphes, no 812.) Il fut, plus tard, un des familiers de la cour du prétendant, 
comte de Provence, à Mittau. 

(4) A été député de Paris à la Constituante. Mort en 1814, après avoir été le fon- 
dateur et le président de l'Académie de médecine. 



CLUB DE VALOIS /.O 

VIII 
H 

Hanneucouht (M. d'), rue de la Ville-rÉvèque. 

Hargenvillier (M. le chevalier d'), lieutenant-colonel du régiment de 
Penthièvre, Hôtel des Notables, rue de la Jussienne. 

IIaymann (M. le général), rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, 5o. 
A été maréchal de camp de M. de Bouille. A la date du 15 juillet 
1791, un décret de l'Assemblée nationale porta « qu'il y a lieu à 
accusation contre le sieur de Bouille, ses complices et adhérents, 
notamment les sieurs d'Heymann, de Klinglin et d'Ophise, maré- 
chaux de camp de son armée ; Goguelas, aide de camp ; Bouille 
Mis, major d'hussards; le duc de Ghoiseul-Stainville, colonel du 
l'"' régiment de dragons; le sieur de Mandell, lieutenant-colonel 
de Royal-Allemand ; le comte de Fersen, colonel de Royal-Suédois ; 
les sieurs de Valory, de iMalledent et de Moustier, gardes du corps, 
prévenus d'avoir favorisé le complot de Bouille, déclarant que 
leur procès sera fait par la Haute Cour d'Orléans, et maintenant 
en état d'arrestation les sieurs de Damas, Remy, Floirac, d'Âu- 
doins, de Lacour, officiers de dragons; de Moracin et Tinlot, 
du régiment Royal- Allemand; de Vellecour, commissaire des 
guerres; Tschoudy, sous-lieutenant au régiment de Castella, et la 
dame de Tourzel, gouvernante des enfants de France (1). » 

Heer (M.), Hôtel et rue de l'Université. 

Hénin (M. le prince d'), rue Royale-Montmartre. Capitaine des gardes 
du corps du comte d'Artois. Exécuté en l'an 11. 

Hérault de Séchelles (M.), Avocat-général, rue Basse du Remparl. 
Parent des Contades et de la duchesse de Polignac. 

Hbsse (M. le prince Georges de). Absent. 

Hesse (M. le prince Charles de), rue Verte. Maréchal de camp. 

HoGGNER (M.), rue Vivienne, chez M. Haller. 

HuREL (M.), payeur des rentes, rue Sainte-Avoye, 20. 

J 
Jarnac (M. le comte de), rue de Monsieur. 
Jaugourt (M. le comte François de), rue de Varenne, 81 (2). 

(1) Minute signée de Muguet de Nanthou, A. .V., (Mi, ^72^. — Archives parle- 
mentaires. Ire série, t. XXVlll, p. 33o. 

(2) A fait partie du club des Amis de la Constitution et des Feuillants, député 
de Seine-et-Marne à la Législative, démissionnaire après le 10 août 1792; émigré; 
appartint à Tannée de Condé, et fut plus tard ministre sans département du pré- 
tendant, romte de Provence, à Mittau. 



50 LES CLUBS CONTRE RKVOLUTIONNAIRES 

.UuGE (M.), banquier, Chaussée d'Antin, 6. Arrêté sous la Terreur 
comme complice de l'étranger. Guillotiné le 29 prairial an II (1). 

JouTts (VL le chevalier de), rue de Provence. 

Jc'MiLiiAC (M. le marquis de), rue Saint Marc. Devint lieutenant-colo- 
nel de la garde constitutionnelle de Louis XVL Émigré. 

K 

Kéary (M.), médecin, Hôtel de Vendôme, rue des P(>tils Auguslins. 
Kek (M.), banquier, rue de Grammont, 9. 
KersaTiNT (M. le comte de), boulevard Italien, 17 (2). 
Kery (le lord), rue des Champs-Elysées. 

IX 

li 

Lardan (M. l'abbé), au Palais-Bourbon. 

La Blache (M. le comte de), député du Dauphiné aux Ëtats gén(''raux. 
Chaussée d'Antin, 51. A fait partie du Clah monarrltùjuc ? 

La Borde de Wéréville (M. de), rue d'Artois, 0. Garde du trésor royal. 
A été membre du Cbib des Feuillants (3). 

La Bourdonnaye (M. le vicomte de). Hôtel d'Orléans, rue des Petits 
Augustins. Émigra en 1792, puis combattit parmi les Vendéens. 

La Bourdonnaye (M. le marquis de), rue Boudereau, Chaussée d'An- 
tin (4). 

La BussiÈRE (M. de), aux Écuries d'Orléans, rue Saint-Thomas du 
Louvre. A fait partie du Club monarchique. 

La Calprenède (M. le chevalier de), rue et Chauss.^e d'Antin, 00. 



(1) Il existe aux Archives, à la date du 2i août 1789, une « Reconnaissance du 
Comité provisoire de l'Hôtel de Ville, portant que le sieur Jauge, banquier, a 
mis à la disposition de la Ville un crédit de 200,000 écus pour la préserver de la 
famine. » (Arch. Nat., copie, W.389.) 11 a fait partie du club des Feuillants. 

(2) A fait partie du club des Amis de la Constitution; a présidé, en 1780, l'as- 
semblée électorale du département de Paris; le 1" janvier 1793, à la Convention, 
il demanda et fit adopter l'établissement d'un Comité de Défense générale. 
Guillotiné le 4 décembre 1793 : les Montagnards ne lui pardonnèrent pas d'avoir 
voté la réclusion de Louis XVI jusqu'à la paix, et d'avoir envoyé sa démission au 
président de la Convention^ le jour de la condamnation du roi. En outre, il se 
montrait partisan des Girondins. 

(3) Il fut député d'Etampes à l'Assemblée nationale. Il existe un Compte rendu 
de l'emploi d'une somme de 30,000 livres offerte par lui à litre de don patriotique, 
pour frais de recherches des crimes de lèse-nation. (Minute, Arch. Nat., D.XXiX''40, 
n» 410,27 septembre 1791.) Fils de Laborde de Méréville, ancien banquier de la 
cour, guillotiné en 179't. 

(4) Un La Bourdonnaie a été accusé d'avoir participé à l'affaire des C/ievaliers 
(ht poignard. 



I 



CLUB DE Valois lii 

La Calprenède (M. de), rue et Chaussée d'Antin , CG. 

La Clos (M. de), Secrétaire des commandements de Mgr le duc d'Or- 
léans, cour des Fontaines, au Palais-Royal. Littérateur. A fait 
partie de la Société des Amis de la Comfitution et en a rédigé le 
journal. Deux fois emprisonné. 

La Colombe (M. de), Hùtel de La Fayette, rue de Bourbon. 

La Coste (M. de), député de Saint-Domingue, rue Neuve Saint-Augus- 
tin, 25. 

La Crételle (M de), avocat au Parlement, rue Feydeau, 38. Député 
suppléant aux États généraux de 1789; député de Paris à l'Assem- 
blée législative. Membre du Club des Feuillants. 

La Croix (M. de), avocat au Parlement, rue des Blancs-Manteaux, 50. 
Guillotiné en 1794. 

La Croix (M. de), rue de la Ville-l'Évèque. A fait partie du Cluh mo- 
narchique? 

Ladebat (M. de). 

La Fayette (M. le marquis de), rue Bourbon, 81. Membre de la So- 
ciété des Amis des noirs, en 1789, Arrêté à Namur en août 1792. 

Laffon (M. l'abbé de), rue Croix des Petits Champs, près la place des 
Victoires. 

La Guiche (M. le marquis de), rue du Regard. 

Lajarre (M. Fabbé), rue et Hôtel Tavannes. 

Lally-Tolendal (M. le comte de), rue Saint-Hyacinthe (1). 

La Marck (M. le comte), rue et faubourg Saint-Honoré. Député de la 
noblesse du Quesnoy. A été un des exécuteurs testamentaires de 
Mirabeau, et membre de la Société de I 789. 

Lambe'itye (M. le comte Emmanuel de), place Vend^imo. A fait partie 
du Club monarchique. Député du Poitou. 



(1) A été député de la noblesse de Pai-is aux Etats-Généraux de 1780. Fils du 
f^onverneur de Pondichéry décapité en place de Grève. 11 fut aidé par Voltaire 
pour obtenir la réhabilitation de son père, et ses démarches eurent un grand 
retentissement. D'abord partisan des idées nouvelles, le 31 août 1789 il fit un 
compte rendu sur la motion que les districts de Paris lui avaient apportée pen- 
dant la nuit, et qui tendait « à renvoyer plusieurs députés, qualifiés d'ignorants. 
de corrompus et de suspects, et à partir sur-le-champ pour Versailles, afin d'arrêter 
l'effervescence aristocratique. » ^Extrait du Journal de l'Assemblée nationale, Arch. 
Nat, KK 662, fol. 470. — Archives parlementaires, 1" série, t. VIII, p. 512.) Après 
les 5 et 6 octobre, il abandonna son poste avec Mounier, et tous deux se reti- 
rèrent à Coppet, en Suisse. Il avait voté pour le veto absolu, et s'était plaint des 
concessions faites par la noblesse le 4 août 1789. H opinait pour l'établissement 
de deux Chambres. En 1792, revenu eu Finance, il essaya d'arrêter la marche de 
la Uévoliilion, de concert avec Moutmorin, Bertrand de Mollcville et Malouet; et 
il passa en Angleterre. Il a publié, en 170"). un Plaicfoi/pr jioiir Louis A'IV. 



B2 ■ LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRliS 

Lameth (M. le chevalier Alexandre de), cul-de-sac de Notre-Dame des 
Champs. Député de la noblesse de Péronne aux États généraux. 
Colonel du régiment d'artillerie Royal-Lorraine, après avoir par- 
ticipé à la guerre d'Amérique (1). 

Lameth (M. le chevalier Théodore de), cul-de-sac de Notre-Dame des 
Champs. Colonel du 7" régiment de cavalerie, président de l'admi- 
nistration du Jura, et député de ce département à la Législa- 
tive (2). 

Lameth (M. le comte Charles de), cul-de-sac de Notre-Dame des 
Champs (3). Colonel de cuirassiers. Député de la noblesse d'Artois 
aux États généraux. 

Lameth (M. le marquis de), cul-de-sac de Notre-Dame des Champs. 

Lanab (M.), Hôtel de la Compagnie des Indes, rue de Grammont. 

Landaborous (M. de), Hôtel de l'Empereur, au Palais-Royal. 

Langeac (M. le chevalier de), rue Poissonnière, au coin du boulevard. 

Langeron (M. le comte de), Hôtel de la Vaupalière. Poète. Secrétaire 
d'ambassade sous Louis XVL Journaliste royaliste, collaborateui* 
aux Actes des Apôtres (4). 

Laplesse (M. de), rue de Touraine, au Marais, 2. 

Larochedumaine (M. le marquis de), rue de Sève (Sèvres), vis-à-vis les 
Incurables. 

La Rochefodcault (M. le duc de), député de la noblesse de Paris aux 
États généraux, rue de Seine, faubourg Saint-Germain (5). 



(1) II s'unit au tiers état, vota rabolitiou des privilèges, combattit le vélo du 
roi; mais, après l'arrestation de Varennes, il se rapprocha de la cour. En 1792, il 
servit sous Lucknèr, puis sous La Fayette, avec lequel il fut arrêté à Nannir 
en août 1792. 

(2) A fait partie du club des Jwu's de la Conslitulion. Célèbre par son duel avec 
Cazalès, qu'il blessa, et surtout par son autre duel avec de Castries, qui l'atteignit 
très grièvement. En juillet 1791, il s'opposa, comme président de l'Assemblée, à 
ce qu'on mît en délibération la question de la déchéance de Louis XVI. Après le 
10 août 1792, étant maréchal de camp, il fut arrêté pendant un mois, mais parvint 
à se réfugier à Hambourg. La découverte du Livre rouge révéla qu'il avait reçu du 
roi une libéralité de 60,000 livres, qu'il s'empressa d'ailleurs de rembourser. 

(3) Constitutionnel et feuillant, il réclama, en septembre 1792, la mise en juge- 
ment des massacreurs de septembre. Sous la Terreur, il se i"éfugia en Suisse. 
En 1797, il tenta de faire du Jura une nouvelle Vendée, et revint en France 
après le 18 brumaire. 

(4) Il a combattu contre la France pendant les guerres de la Révolution et de 
l'Empire. 

(5) Fut un des premiers nobles qui se réunirent au tiers état en juin 1789. Il signa 
l'arrêté du Comité permanent de l'Hôtel de Ville, ordonnant la démolition de la 
Bastille (16 juillet 1789); mais il vota la loi martiale, la motion faite par la droite 
de déclarer nationale la religion catholique, la suspension de Pétion et de .Manuel. 
Devenu impopulaire, il fut massacré à Gisors en 1792. 



CLUB DE VALOIS 53 

La Salle (M. le chevalier del, rue de Grenelle, faubourg Saint-Ger- 
main, Ml. 

La Touche (M. le comte de), rue des Bons Enfants. Député deMontar- 
- gis. Chancelier du duc d'Orléans. Vota, en 1789, pour la délibéra- 
tion par ordre. 

Laumur (M. le chevalier de), rue Thérèse, 1. 

LxiuriAT (M. de), cour des Fontaines, au Palais-Royal. 

Lauraguais (M. le chevalier de), rue de Richelieu, Hôtel des États 
généraux. Littérateur. Amateur des sciences chimiques et de 
l'anatomie. Il donna de nombreux articles de finances aux Actes 
des Apôtres. Il a écrit sur le procès de Louis XVI (1). 

Laussat (M. de), receveur-général des finances, rue de Caumartin, 10. 
Député des Basses-Pyrénées (2). 

Laval (M. le vicomte de), rue Notre-Dame des Champs. Émigra. Il 
jouait ordinairement le billard, le tric-trac et le whist avec 
Louis XVI. 

Laval (M. le marquis Adrien de), rue de Tournon, 12. Monarchiste 
avéré. 

La Vallette (M. le comte de). Hôtel de Gontaut, rue Louis-le- 
Grand (3). 

La Vadp^lière (M. le marquis de), rue du faubourg Saint-Honoré. 
Membre de l'Assemblée des trois ordres, à Paris (4). 

La Vieo ville (M. le chr. de), rue Notre-Dame des Victoires, 13. 

Le CoiGNEix DE Belabbe (M. l'abbé). Conseiller au Parlement, rue 
Basse du Rempart, 2. 

Le Couteulx de la Noraye (M.), rue Montorgueil. Banquier. Trésorier 
de l'Extraordinaire. 

Le Godteulx de Moley (M.), rue Montorgueil. 

Le Couteulx de Cantaleu (sic) (M.), rue des Filles Saint-Thomas. 
Échevin de Rouen, député de cette ville à l'Assemblée nationale. 

Le Doux (M.), architecte, rue Neuve d'Orléans, près la porte Saint- 
Martin (o).- 

Le Gris (M.), rue Royale, l)utte Saint-Roch. 

(1) Bibliothèque Nationale, Bu, L" il/327. 

(2) n'a otô paycur-génôral à l'armée des Pyrinées-Oci!i(lentalï>s, apivs avoir cl»' 
un instant arn'té eu 179;5. 

(3) Protesta contre la journée du 20 juin 1792, et marcha, le 10 août, à la 
défense du château des Tuileries, en tête de sa section. Il dut s'enrôler dans la 
légion des Alpes pour échapper à la proscription. 

(4) A fait partie du Cluf) monarrhique. Il soupait souvent iliez la pi-incesse de 
Lainballe, dit Talleyrand dans ■^c^f. Mémoires. 

''■)) .Mttuarchisle, oinprisonné en 1793. 



54 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

Le Hoc (M.), au château du Coq, barrière Blanche. Inleudanl des 

finances du duc d'Orléans. 
LÉON (M. le prince de), rue de Seine, -42 (1). 
Le Roi de Camilly (M.), payeur de rentes, rue Saint-Marc, 23. 
LESSJiRT (M.), banquier, rue Coq-Héron, 58 (2). 
Lesterpt (M. l'abbé de), rue Férou, 25. 
Létang (M. de), place Louis XV. 

Lévis (M. le marquis de), rue et faubourg Saint-Honoré, 85. Capi- 
taine des gardes du corps de Monsieur. 
Levis (M. le comte Antoine de), rue et faubourg Saint-Honoré, 85. 
Levis (M. le duc de), député de Sentis à l'Assemblée nationale, rue de 

Bourbon, 96 (3). Rentre sous le Consulat. Pair de r'rance en 1814. 
Lezardière (M. le marquis de). 
LiANGODRT (M. le duc de), rue de Varennes, 35. Grand-maître de la 

garde-robe. Député de la noblesse de Clermont en Beauvaisis. 

Voulait la délibération par ordre, en 1789. 
Limon (M. l'abbé de), passage de Valois, au Palais-Royal. 
Limon (M. de), passage de Valois, au Palais-Royal. Contrôleur des 

linances du duc d'Orléans. Émigra (4). 
Lisle (M. l'abbé de), au Collège royal (5). 
Lo.uis (iM.), Architecte, rue de la Michodière. 
Louis (M l'abbé). Conseiller au Parlement, rue Christine. Émigi-a. 
Lucenay (M. le marquis de), rue Taitbout, 8. 
Luxembourg (M. le duc de), aux Champs-Elysées. Capitaine des gardes 

du corps. Député de la noblesse du Poitou aux États généraux (6). 
LuYNES (M. le duc de), rue Saint-Dominique, faubourg Saint-Germain. 

Maréchal de camp, colonel-général des dragons. Député de la no- 



(1) Membre de la société des Amis des Noirs. Député sui>pléant de Paris. 

(2) Etienne Delessert provoqua, en 1782, la création de la première caisse 
d'escompte à Paris, la première compagnie d'assurances contre l'incendie. Em- 
prisonné sous la Terreur. 

{'■i) Emigra après le 10 août 1792, servit dans les armées contre la France et fut 
blessé à Quiberon. Il fit, le 28 décembre 1789, à la Constituante, une motion « de- 
mandant que le Comité des recherches fût chargé de se concerter avec celui de 
la Ville, pour déposer dans le plus bref délai le rapport de l'atfaire de M. de 
Eavras. (Minute, Arch. Nat., C 33, n° 285. — Musée des Archives Nationales. 
p. 696.) 

(4) Ou l'accusa, en 1789, d'être allé en Hollande et en Flandre emprunter de 
l'ai'gent pour soudoyer 30,000 honnnes à enrégimenter dans le parti d'Oi-léans. 

(5) Jacques Delille, professeur de poésie latine au Collège de France, membre 
de l'Académie française. 

(6) Démissioima en août 1789, alla eu Angleterre, puis porta l(>s armes contre 
l4 France, 



CLUB DE VALOIS 55 

blesse de Touraine, il protesta contre la délibération par léte, en 
1789. A fait partie du Club monarchique. 
LuzYGNEM (M. le marquis de), rue de Choiseul. Député de la noblesse 
de Paris. A fait partie du Club monarckiquo. 



Maillé (M. le marquis de), rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain. 

Malartie de FoiNDAT ( M. de ) , Conseiller au Parlement, passage des 
Petits Pères, 7. A fait partie du Club monarchique (1). 

Malboissiêre (M. l'abbé de), rue de Richelieu, 103. 

Mallet (M. Paul-Henry), rue de Richelieu, près le boulevard. Histo- 
rien suisse ; ses liaisons aristocratiques le forcèrent à quitter son 
pays en 1792. 

Mallet (M.), fils aîné, rue Montmartre. 

Malvaur (M. de), rue Poissonnière, 40. 

Mabgengï (M. de), Régisseur-général, rue Verdelet, 21. 

Martin (M.), maison de mademoiseOe Michelon, rue de Miromesnil, 
près la rue Verte. 

Maubec (M. le marquis de), rue des Francs -Bourgeois, 7. Membre de 
l'Assemblée des trois ordres, à Paris. 

Médavy (M. le comte de), rue de Bourbon, faubourg Saint-Gei-niain, 77. 

Meilhan (M. de), rue des Fossoyeurs, 26. 

Meilhan (M. de), fils aîné. Idem. 

Meilhan (M. Gabriel de), fils. Idem. Émigré. 

Melfort (M. le comte de), rue de l'Université, 81. 

Menou (M. le baron de), rue des Filles Saint-Thomas (2). Député de 
la noblesse de Touraine aux États généraux de 1789. Concourut à 
la fondation du Club des Feuillants. 

Men'ou (M. le comte de), rue de Louis XV. 

Menod (M. le chevalier de). Hôtel des Asturies, rue du Sépulcre. 

Menou (M. le comte Victoire de). Hôtel de la Première Présidence, au 
Palais. 

Merkou (M. de), rue de Marivaux. 

Mestre (M. le baron de), rue Saint-Louis, au Marais. 

MiERRE (M. le comte de), maison de M. Tissot, arcades du Palais- 
Royal. 



(l'i A fait partie de la Sorirtr d*'s Amis des Noirs. A rh'- maître dos refiuôlcs 
•Il n89. 
(2) A lait partie du rliib dos Atnis de lu Cunstilidion. 



56 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

MoGKS (M. le comte de), rue et faubourg Saint-Honoré. 

Monaco (M. le prince Joseph de), Hôtel de Monaco, rue deVarenne, 75. 

MoNNOT (M ), rue des Bons Enfans, 36. Intendant des finances du duc 

d'Orléans. 
Montal(M. l'abbé), chanoine de la Sainte-Chapelle, cour du Palais. 
MoNTBAZON (M. le duc de), rue Saint-Augustin, 21. 
MoNTBorssiEK (M. le baron de), rue de Richelieu. Député de Clermont- 

Ferrand. A fait partie du Club monarchique. 11 émigra. 
MoNTBRETOiN (M. de), Receveur-général des finances, place Vendôme. 

A fait partie An Club monarchique. 
MoNTCiEL (M. le marquis de), rue du Bac, 231. 
MoMCLARE (M. le marquis de), rue d'Artois, Chaussée dAntin. 
MoNTESQUioo (M. le marquis de), aux Écuries de Monsieur, rue de 

l'Université. Député de la noblesse de Paris aux États généraux. 

De l'Académie française. Premier écuyer de Monsieur. 
MoNTESQUiou (M. le baron de). Idem. Premier écuyer de Monsieur, en 

survivance. 
MoNTiGNY DU ÏIAIEUR (M.), boulévard Saint-Martin, près l'Opéra. 
Montmorency (M. le comte de', rue du Bac. Capitaine des gardes du 

comte d'Artois, en. survivance. 
MoNTPENSiER (S. A. S. M. le duc de), au Palais-Royal. 
Montz (M. de), banquier, rue Bergère, l(i. 
MoNViLLE (M. de), rue d'Anjou Saint-Honoré, 22. 
MoQDET (M. le chevalier de). 

MoRAiNViLLE (M. le comtc de), rue de la Ferme des Mathuriiis. 
MoRETON-Chabrillan (M. le comte de), rue du Cherche-Midi, 58 (1), 

Ex-colonel du régiment de La Fère. Membre de la Commune de 

Paris, en 1789. 
MoRKis (M.), Gouverneur, IbHel et rue de Richelieu. 
Moi'STiER (M. le comte de), rue du Rochechouart. Garde du corps. 

F" ut chargé d'accompagner Louis XVI dans sa fuite. Il devint colo- 
nel de l'empereur de Russie en 1815. Il a publié une relation du 

voyage royal. 

MULLtR (M.). 

N 

Narbonne (M. le comte Louis de), au Luxembourg. Chevalier d'hon- 
neur de madame Adélaïde de France, et colonel d'un régiment (2). 



(1) A fait partie du rlub des Amis de lu Constilutkm. 

(2) Il fut déprché k Paris par Mesdames, après leur arrestation eu 179t. Après 
le 10 août 1792. il fut décrété d'accusation, mis hors la loi. et il se réfugia en 



I 



CLUB DE VALOIS hl 

NASSAU-SiÉpuEN (M. le prince de). 

Nény (M. de), au Palais-Royal, 100. 

NoAiLLES (M. le vicomte de)j Hôtel de Mouchy, rue de TCniver- 

sité, 106 (1). Grand bailli d'épée et colonel des chasseurs d'Alsace. 
NoGENT (M. le comte de), rue Saint-Honoré, vis-à-vis celle de la Sour- 

dière. 

O 

Oppède (M. le marquis d"), rue Rousselet. 

Oraison (M. le chevalier d'), rue de Grenelle, faubourg Saint-Ger- 

maiq, oo. Bienvenu dans la maison d'Orléans, disent les Crimt's 

de Paris. 
Orléans (S. A. S. M. le duc d"), en son Palais-Royal. Guillotiné le 

6 novembre 1793. 
OssuN (M; le comte d'), rue des Saints-Pères, 4-5. Madame d'Ossun 

était dame d'atours de Marie-Antoinette. 
Tool (M. le comte). Hôtel du Parlement d'Irlande, rue de Beaune. 

XI 
P 

Parabère (M. le comte Alexandre de), quai Malatiuais, 3. A fait paitie 
du Club monarchique. 

Paris-Dilens (M.), rue de Vieilles Audriettes, 10. 

Paris de Treffo.m (M.), Conseiller au Parlement, rue de la Ceri- 
saie, 30. 

PARSEVAL-DESGHiiSNES (M. de), quai des Tournelles, 8. 

PASQUiERlils(M.)," Conseiller au Parlement, rue Bourg-l'Abbé. 56 (:2). 

Payln (M.), Commissaire des guerres de S. M. Catholique, Hôtel d(' 
Marbeuf, rue du faubourg Saint-Honoré, 110. 

Péreau (M.). Absent. 

Pérignon(M.), Avocat au conseil, rue Plâtrière,24. Membre du Comité 
permanent de l'Hôtel de Ville. 

Perregaux (M.), banquier, rue du Sentier, 19 (3). 

PEnaiÉ (M.), Hôtel des Trois Évèchés, rue" des Filles Saint-Tliomas. 



Aiigleterie, d'où il envoya plus tard, lors du procès du roi, une Déclaration en 
faveur de Louis XVL (Bib. Nat.," Lb 41/32L) ' 

(1) Député de la nolslessc de Nemours aux Etats-Généraux de 1789. A fait partie 
du club des Amis de la Constitution. 

(2) Etienne-Denis Pasquicr, emprisonné sous la Terreur, libéré au l» thertnidor. 
ministre sous la Restauration, président de la Chambre des Pairs sous F.ouls- 
Philippe l", puis chancelier et membre rie rAcadémie fran(;aisc. 

(3) -Electeur opposé à la réunion des trois ordres. 



58 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Périer (M.), ancien notaire, rue Boucherai, 13. 

Perhier (M.), de rAcadémie des sciences. Chaussée d'Antin, 72 (1). 

Pestalozzy (M. le comte de), rue Paradis, 4. Colonel du 6" régiment 
de hussards. 

Pëtitval (M. le Roi de), Régisseur-général, passage des Petits 
Pères, 7. 

Pétrie (M.), banquier, Hôtel Royal, rue Neuve Saint-Marc. 

PeyssoiNNel (M. de), Hôtel des Victoires^ rue des Fossés-Moiilmartre. 

PiENNES (M. le duc de), rue Neuve des Capucines, 18. Premier gentil- 
homme de la Chambre. 

Pio (M. le chevalier), Secrétaire d'ambassade de Naples, rue et fau- 
bourg Saint-Honoré, 106 (2). 

Poix (M. le prince de), Hôtel de Mouchy, rue do TUniversité, HU». Ca- 
pitaine des gardes du corps. Député de la noblesse d'Amiens aux 
États généraux de 1789 (3). 

POLLARD (M.). 

Pons (M. le vicomte de), rue Notre-Dame des Champs. 

Pont (M. de). Conseiller au Parlement, rue des Filles Saint -Tho- 
mas, 11. 

PoNTÉGOULANT (M. le comtc de), rue d'Anjou Saint-Honoré, 123. Sous- 
lieutenant aux gardes du corps (4). 

PoTERAT (lM. le marquis de). Hôtel de Valois, rue de Richelieu. 

Praslin (lM. le duc de), rue de Bourbon, faubourg Saiiit-Cerniain. Dé- 
puté aux États généraux de 1789 (5), 

Praslin (M. le comte de), rue du Bac, 97. Député du Maine aux Étals 
généraux de 1789. 

PiiÉDiGANT (M.), rue du Petit Lion Saint-Sauveur. 

Presle (M. de), i*ue du Sentier, 24. 

Provost (M.), rue Baillif, 8. 

PuisiGNEUX (M. le chevalier de), quai d'Orset [sic). 

PuYsÉGUR (M. le chevalier de), rue de Bourbon, 103. Gentilhomme 
d'honneur du comte d'Artois. 

PuYSÉGUR (M. le marquis de), rue de Bourbon, 84 ((>). 



(1) A l'ait partie du club des Aniid de la Cunstitutiun. 

(2) A fait partie du club des Amis de la Constitution. 

(3) Pensionné. Arrêté après le 10 août 1789. 

(4) Membre de la Société des Amis des Noirs en 1789, ot, en 1790, de la Soriélé 
de 1789. 

(îj) Emprisonné comme suspect en 1793. Mort en 1808. 

(6) Un Puységur a été considéré comme conspirateur, avec le maréchal de 
Broglie. Il tenait des propos incendiaires au Palais-lloyal. 



CLUB DE VALOIS 59 

Q 

QuERRiEU (M. le marquis de), rue Jacob, 38. 

XII 
R 

Uebourguil (M, de), rue de Richelieu, 4(i. 

RiiGNiEft (M.), rue du Doyenné. Écrivain royaliste. Rédacteur aux 

Actes des Apôtres? 
Rezy (M. le chevalier de), rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. 
Reul (M. le chevalier de), chez le prince d'Aremberg, rue et faubourg 

Saint-Honoré, 61. 
Revel (M. le prince de), rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain. 
Riauderie (M le marquis de), rue et faubourg Montmartre, 
RiccÉ (M. le comte de), rue d'Aguésseau, 21 (J). Envoyé en Prusse, en 

1791; il refusa, 
RiCHEBOURG (M. de), rue Neuve du Luxembourg. Secrétaire du caidnet 

du Roi. 
RocHAMBBAu (M. le vicomtc de), rue des Vieilles Tuileries, GO. Célèl)re 

par ses cruautés envers toutes les classes d'indigènes à Saint-Do- 
mingue, après la mort du général Leclère (2)i. 
RoLL (M. le chevalier de), rue Basse du Rempart, 
RosLiN (M,), Fermier-général, rue Basse du Rempart, 10. 
RoMANET (M. le vicomte de). 

RoNCHEROLLES (M. le vicomtc de), rue Saint-Dominique, 161. 
RouFFiÈBES (M. de). Hôtel de Marigny, place du Louvre. 
RouvRAY (M. le marquis de), maréchal de camp, rue de Bellechasse. 

Député de Saint Domingue. 
RouvRAY (M. le comte de). Idem. 
RuLHiÈRE (M. le chevalier de), rue du Dauphin, 21, Rédacteur aux 

Actes des Apôti^es? 
RzEWUSKY (M. le comte de), arcades du Palais-Royal, 154. 

S 

Sabattier DE Cabre (M, de), rue de l'Université, Conseiller au Parle- 
ment, Dévoué au duc d'Orléans, Emprisonné sous la Terreur. 

Sabattier (M. l'abbé), rue de la Michodière, 8. « Bas-valet de tous 
les grands », selon Fréron. 



(1) A fait partie du club des Amis de la Constitution. 

(2) Successivement capitaine au régiment dWuvorgne, colonel au réj^Muicnt dt 
Bourbonnais, maréchal de camp. 



60 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Saiffert (M.), premier médecin de S. A. S. Mgr le duc d"Orléans, ar- 
cades du Palais-Royal, 156. 

Saint-Blancard (M. le marquis de), rue Louis-le-Grand, 15. Ëmigré 
en 1792. A fait partie du Club monarchique. 

Sainte-Croix (M, le chevalier de), rue du faubourg Poissonnière, \. 
A fait partie du Club monarchique? Parent de Sémonville. 

Saint-Farre (M. l'abbé de), rue et faubourg Montmartre, 1. Commis- 
saire-rédacteur du cahier da clergé, à Paris. 

Salnte-Foy (M. de), rue Basse-du-Rempart. 

Saint-Firmin (M. de), capitaine de chasseurs, rue Sainte-Anne, 79. 

Saint-Hylaire (M. de), rue de Gléry. 

Saint-Légeii (M. de), colonel. 

Saint-Martin (M. le chevalier de), rue Croix des Petits-Champs, f»-2. 
Lieutenant de maire au département de la Garde nationale. 

Saint-Maurice (M. le prince de), rue et faubourg Saint-Honoré. A fait 
partie du Club monarchique ? 

Saint-Prest (M. de), Maître des requêtes, rue de l'Écharpe, place 
Royale. 

Saint-Prifst (M. le vicomte de), rue et faubourg Saint-Honoré. A fait 
partie du Club monarchique? 

Saint-Sornin (M. de), rue Croix des Petits-Champs, tlùtel de la Ma- 
rine. 

Saint-Vingent (M. de), rue des Mathurins, 8. Conseiller au Parlement. 
Émigré. A fait partie du Club monarchique? 

Saisseval (M, le marquis de), rue de Bourbon, 68. 

Saisseval (M. le comte de), rue Rousselet, barrière de Sève [ùc). 

Salm-Salm (M. le prince Emmanuel de), rue de Bourbon, faubourg 
Saint-Germain. A fait partie de la Société des Amis des Noirs. 

Salmour (M. le comte de), envoyé de Saxe, rue Mallet. 

Sartine (M. de), rue Caumartin, 17. A fait partie du Club monarchi- 
que. Émigra. 

Savallette de Lange (M. dç), rue Sainl-Honoré, li'29. Garde du Trésor 
royal. Membre de l'Assemblée des trois ordres, à Paris. Capitaine 
au bataillon de Saint-Roch. 

Savigny (M. de), rue Royale, butte Sainl-Roch, 11. 

Scheldon (lord). Hôtel de Dillon, rue Saint-Dominique. 

Sciieldon (M.). 

Sfgcr (M. le vicomte de), rue Bcautreillis, 8. Membre (h- l'AssenVbléç 
des trois ordres, à Paris. 

StMONViLLE (M. de), CiOiisciller au Parlerneiil. rue Viviriiiie. Député 
suppléant du comté de Heauharnais aux Etats géiu'raux de 1789. 



GLUn DE VALOIS 01 

Il ne siégea pas. Fils de Huguet de Santaran, secrétaire du Roi et 

du Conseil (1). 
Sengensse (M. de), chirurgien de madame la princesse de Lamballe, 

aux écuries de S. A. S , rue de Richelieu. 
Sérent(M. le vicomte de), rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain, 

107. 
Sérent (M. le comte de). Idem. Député royaliste aux États généraux 

de 1789. Émigré. 
Sérent (M. Jules de), Chaussée d'Antin, 70. Le marquis, puis duc de 

Sérent, a été gouverneur des enfants du comte d'Artois, du duc 

d'Angoulême et du duc de Berry. Sa femme était dame d'honneur 

de madame Elisabeth. 
Servat (M. de), l)oulevard Montmartre. 
Short (M.), chez M. de JafTerson, rue Neuve de Berry. 
SiAU (M.), rue des Capucines, 74. 
Sieyes (M. l'abbé), rue Saint-Honoré, 273. Membre de la Société des 

Amis des Noirs, en 1789. Membre du club des Jacobins, puis de la 

Société de 17S9. Plus tard, sénateur, puis pair de France. Mort 

en 18:îC. 
SiLLERY (M. le marquis de), à la Pologne (2). Intime confident du duc 

d'Orléans et capitaine de ses gardes. 
SOUFLOT (M.). 

SouzA fM. le comte de), rue de Caumartin, 2. 
Spinola (M. de), rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain. 
Staël (M. le baron de], Ambassadeur de Suède, l'ue du Bac, 90. Ti'ès 

protégé par Marie-Antoinette. 
Stuard (milord), arcades du Palais Royal, du côté de la rue Vivieinie. 
SiUART (M.), Hôtel de Luxembourg, rue des Petits Augustins. 
Syaiolin (M. de), rue Basse-du-Rempart. 

XIIl 
T 

Talon (M.), Conseiller au Parlement, rue de Thorigny, 5. Lieutenant 
civil auChâtelet en 1789. Député suppléant à l'Assemblée natio- 
nale. Royaliste ardent. 

Tarente (M. le prince de), rue Saint-Dominique, 131. 

Target (M.), avocat au Parlement, rue Sainte-Croix de la Breton- 



(i) Pair de France sous la Restauration. Mort en 18.3'.). 

(2) A fait partie du club des Amis de la ConslHution. Député du bailliage de 
Reims. Guillotiné le 31 octobre 179.3. 



02 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRKS 

nerie. Avocat consultant de Monsieur, Conseiller du comte d'Ar- 
tois (1). 

Thiard (M. le comte de), au Palais-Royal. Premier écuyer du duc d'Or- 
léans. Condamné à mort. Il avait été blessé en défendant les Tui- 
leries, dans la journée du 10 août 1792. 

TiNSEAU (M. l'abbé), Hôtel et rue de Ventadour. 

TiTON fils (M.), Conseiller au Parlement, rue Poissonnière, 60. A fait 
partie du Club monarchique (2). 

TouLONGEON (M. le vicomte de), député à l'Assemblée nationale, rue du 
Luxembourg, 3(>. Se défendit d'avoir fait partie du Club monar-' 
chique, 

TouRNEHEiM (M. le barou de), rue du Sentier, 3i. 

TouvENET (M. de), rue de Beaune. 

Trémoille (M. l'abbé de la), rue Saint-Dominique. 

TaÉMOiLLE (M. le duc de la), Idem. Émigré. 

Tronchin (M.), Envoyé de Genève, rue d'Antin, 9. 

Trudaine (M.), rue des Francs-Bourgeois. A fait partie du Club mo- 
narchique. 

Trudaine de la Sablière (M.). Idem. Les frères Trudaine étaient amis 
d'André dé Cbénier. 

Truguet(M. le cbevalier de), Major de vaisseaux, Hôtel de Brogiie, 
rue de Varenne, 64. Incarcéré comme suspect sous la Terreur. 
Mort en 1839. 

TuRTOT (M. le comte de), place Vendôme, Kl. 

V 

Vaines (M. de). Receveur général des finances, rue Louis XV, 2o. 

Membre de la Société des Amis des Noirs, en 1789. Emprisonm'' 

pendant la Terreur. Mort en 1803. 
Valence (M. Je marquis de). 
Valence (M. le vicomte de), rue et Chaussée d'Antin, 70. Gendre de 

madame de Genlis. A fait partie du Club monarchique? 
Vauban (M. le comte de), aux écuries de Mgr le duc d'Orléans, rue 

Saint-Thomas du Louvre. Colonel du régiment Orléans-infanterie. 

Émigré. 
Vaudreuil (M. le vicomte de), rue de Varenne. Ami de Chamfort. 

Emigré. A été considéré comme conspirateur, avec le maréchal de 

Brogiie, en 1789. 



(i) Nommé juge du département de Paris; en 1790. 
(2) Guillotiné on l'an III. 



CLUB DE VALOIS G3 

Vérag (M. le vicomte de), rue du Sépulcre, 0. 

Verdîère (M. le marquis de), Maréchal de camp, rue du Clos-Geor- 
geot, 7. 

Vkrgennes (M.), Maître des requêtes, rue Neuve Saint-Eustache, 4 (1). 

Verneuil (M. le marquis de), rue des Filles Saint-Thomas, 10. Pre- 
mier échanson du Roi. 

Vertîlhac (Verteilhac) (M. le marquis de), rue de Verneuil, il. A ap- 
partenu à l'armée de Condé. 

ViNTiMiLLES (M. le prince de), rue de Richelieu, Hôtel de Sicile. 

VisMRs (M. de), rue de Clichy. 

VouiGNY (lM. de), rue Saint-Dominique, 48. 

■w 
Wall (M. le comte de), à Saint-Joseph, rue Saint-Dominique. 
Wall (M. de). Colonel, cul-de-sac de la Corderie. 
Wambaerl (M. le haron de), rue Louis-le-Grand, 5. 
WûESTiNE (M. le marquis de la), rue de Provence. 

XIV 
SUPPLÉMENT 

Election du 13 décembre 1789 : 

CossiGNY (M. de), Hôtel de Strasbourg, rue Neuve Saint-Eustache. 

EsGiiERNY (M. le comte d'), Chambellan de S. M. Prussienne, rue de 
Clichy. 

La TouR-MAUBoaRG (M. le chevaher de), rue Saint-Dominique, 'l'}. 
Député du Puy-en-Velay (2). 

PoMMERY, l'ainé (M. de), rue Basse-du-Rempart. 

PoMMERY, le jeune (M. de). Idem. 

Saint-Remy (M. le chevalier de), Capitaine d'artillerie, Hùtel Noire- 
Dame, rue de Grenelle Saint-Honoré [S), 

Sëgur (M. le comte de), rue Saint-Florentin, .'i. 

Touz\RD d'Olbec (M. de), rue du Sentier, 20. 

Le 20 décembre : 

BREREroN (M.), rue de Caumartin, 3.'). 

Desportes (M.), rue de la Perle, 4. 



(1) Nommé délégué par le district de Saint-^lagioire pour faire partie de In 
députation envoyée au roi par l'Assemblée des Electeurs (lG-18 juillet 1789). 
(Arch. Nat., pièces manuscrites.) 

(2) Latour-.Maubourg fut envoyé par l'Assemblée constituante à Varennes, avec 
Pétion et Barnave, le 22 juin IT.M. 

(li) A fait partie du club des Ain'n de la C iiiMlIliitlon'.' 



(ii LES CLUBS CONTRE RÉVOLUTIONNAIRES 

Fontaine (M. de), Conseiller au Parlement de Rouen 
Lamoignon (M. le marquis de), rue de Grenelle, faubourg Saint-Ger- 
main, 22G. 
Peyrat fils (M.), rue Poissonnière, près le boulevard. 
OaiNSON (M. de), rue d'Artois, près le boulevard. 

XV 

papiers publics qui sk trouvent au club tous les jours 

Journal de Paris (ne parlant guère que de littérature, de nouvelles, 

de spectacles et d'anecdotes). 
Cbronique de Paris (qui parut du 24 août 1789 au Sri août nO.'{ . 
Le Modérateur (1). 

Le Moniteui- universel (encore non ofliciel). 
Gazette universelle (2). 
Affiches et Avis divers. 
Le Point du Jour (par Barèro, paru du 10 juin 1789 au 21 octobre 

1791). 
Le Procès-Verbal de l'Assemblée nationale. 
Le Cours des Effets et du Cbange. 

Lundi, 
Le Courrier du Bas-Rhin (qui parut de 1778 à 1792). 
L'Union, ou le Journal de la Liberté. 

Mardi. 

La Gazette de France (organe de l'ancien régime jusqu'en 1791). 

La Gazette de Leyde (3). 

Le Courrier de Provence. (Principaux rédacteurs : Chamfort, Lamou- 

relte, Clavière, Méjean et Dumont.) 

Mi'rcri'di. 

L'Union, ou le Journal de la Libei'té. 

Ji'iidi. 
La Gazette de Bruxelles. 

Le Courrier de Provence. 

Le Courrier du Bas-Rhin. 

Vendredi. 
La Gazette de France. 



(i) Dont Fontanes était rôdactt'ur; qui nîprésentail l'opinian des .Mounierot ilos 
Lally-Tolendal. 

(2) Ou Papier nouvelles de tous les pays el de tous les Jours. Cerisier, principal 
rédacteur. 

(3) Qui parut en 1762, et fut très en vogue après la guerre d'Amérique. 



CLUB DE VALOIS 65 

LUnioii, ou le Journal de la Libeiié. 

Samedi. 
La Gazette de Leyde. 

Le Journal de la Librairie. 

Le Mercure de France (rempli de poésies, d'historiettes et de récits^ 

Dimanche. 
La Gazette de Bruxelles. 

Le Courrier de Provence. 

Jours indélermini's, deu-c fois la semaine. 

Le Joui-nal Politique-National. 
Le Courrier de l'Europe . 
La Gazette de Francfort. 
La Gazette Espagnole. 

Papiers anglais. 
The London's Magazine. 
The Morning Post and Daily Advertiser. 
The London Chronicle. 
The Morning Herald. 

Tous les mois. 
L'Esprit des Journaux (1 . 
Journal de Physique. 
Journal des Savans. 

iV. /y. — Un Libraire est chargé de donner en lecture, au club, les 
livres nouveaux. 

Une grande partie des membres du Cluf/ de Valois a été mêlée aux 
événements politiques sous les gouvernements qui se sont succédé 
depuis 1789. 

Dans une Liste des aristocrates conjurés, désarmas chez le roi, par la 
garde nationale y parue en 1791, on trouve beaucoup de membres du 
Clud de Valois (2). Nous citerons : 

De Bar, Cormeré, Sabaltier de Cabre, Trudaine, Boula, Champla- 
treux, Sainte Foix, Champcenetz, de Comeyras, de La Vallctte, Ma- 
lartie, de Poix, Sartine, de "Vaudreuil, de Piennes, de Melfort, de 
Lambertye, de Boisgelin, de Maubec, d'Ayen,de LaVieuville, de Puy- 
ségur, de Guimps, d'Ars, de Saint-Vincent, de Caraman. 



(1) Publié à Paris, dès 1782, par le libraire Vaiailo. Uucuoil liistori(|iie et litl/- 
raire. 

(2) Liste (tes aristocrates conjurés, désarmés, chez le roi, par ta garde nationale, 
— et suite. ln-8«, Paris, l'an second de la liberté. Bib. Nat., Lb 39, 4,637 et 9,756. 

5 



66 LES CLUBS ÇpNTHJi-HÉVQLyTlONNAlRES 

Parmi ceux-ci, plusieurs, ainsi qu'on Ta vu pliis haut, ont fait 
partie du Club monarchique. 

Le chancelier Pasquier, dans ^^a^ Mémoires, indique comme memhre 
du Club de Valoir le sieur La Briffe, officier dans le régiment du Hoi, 
g\ qui étajt éiîijgré. 

Au surplus, la liste que nous avons reproduite a dû subir (}uel(|ues 
modifications par suite de l'émigration et des démissionnaires^ ceux- 
ci voulant entrer dans d'autres clubs. 



I 



CLUB DE L'HOTEL DE MASSIAC 

Fondé tli Par-is, le 20 Août 1789. 



Dès 1787, il se rornui à Paris une association, ililc SocuUé des .[mis 
des nairs, pour s'occuper du sort des nègres, et aussi des moyens 
d'abolir la traite qu'on faisait d'eux dans les colonies. 

A rencontre des efforts tentés par les Amis des noeV.v, un cluh des 
Colons blancs s'installa à l'Hôtel de Massiac, à Paris, le 20 aoiU 17HU. 

L'Hôtel de Massiac (ancien Hôtel de Pomponne) était situé sur la 
Place Louis XIV (Place des Victoires), G, au bout de la rue du 
Petit-Reposoirjà l'angle de celle des Fossés-Montmartre (aujourd'hui, 
rue d'Aboukir). Cet hôtel devint plus tard, provisoirement, laBancjue 
de France (en 1806), et ensuite l'habitation du célèbre industriel 
Ternaux. Il était remarquable par le vaste plain-pied des apparte- 
ments construits entre cour et jardin, et avait vue sur la place (1). \\ 
a disparu avec la rue Pagevin, sur laquelle il donnait, lorsque, dans 
ces dernières années, on a percé la rue Etienne-Marcel. 

Le Club de Massiac se proposa pour but de combattre la Société 
des Amis des noirs, fondée par Brissot, et dont faisaient partie des 
philanthropes, notamment l'abbé Grégoire, Condorcet, Mirabeau, de 
Pontécoulant, de Vaines, Sieyès, La Fayette, Barnave, etc. Les mem- 
bres du Club de Massiac, riches colons de Saint-Domingue, attaquè- 
rent, en écrits et en paroles, Brissot et l'abbé Grégoire. Ils dénon- 
cèrent « la perfidie des intentions de Barnave », ils maudirent « la 
secte des Amis des Noirs », ils qualilièrent Brissot, CiOndorcet vi 
l'abbé Grégoire de « Donquichottes (sic) des hommes de couleur ». 

L'ahb« Grégoire, selon eux, « perdant de vue ^ inodpfation «pii 

(1) Il l'ut .1 vudrc 2(M)j)00 livcf's .ui Tiin V {l'etitei-Af/lr/ies d.- fructidor an V). 



G8 LES CLUBS CONTUE-RÉVOLUTIONN AIRES 

(levait le caractériser, salit sa plume par des fureurs qui le déslioiio- 
j-aient, comme législateur, comme ministre des autels, et éiilin 
comme écrivain philosophe ». Ils signalèrent à lanimadversion des 
colons blancs « Barnave, qu'on a presque déifié, poursuivant avec 
un cruel acharnement le projet de bouleverser les Colonies... » Bar- 
nave fut peint dans une caricature très ressemblante, dit Dufresne 
en note, avec un double visage, « simbole (sic) de la duplicité de son 
instruction, tendant par devant une main à un mulâtre et de l'autre 
par derrière à l'Anglettère [sic] qui y versaient de l'or » (1). 

Le Club de Massiac s'appliquait à entraver les bonnes dispositions 
de l'Assemblée nationale à l'égard des noirs. Barbaroux, plus tard, 
parla des « affreux systèmes » de cette société dans ses Mé- 
moires. 

De nombreux écrits, publiés par des hommes de liberté et d'huma- 
nité, en France, en Angleterre, en Danemark et dans presque tous 
les États de l'Europe, occupèrent alors l'opinion publique. L'ouvrage 
de Frossard sur Vesclavage des nègres, sa lettre sur son voyage à 
Wastrom, à la côte de Guinée, et le mémoire de l'abbé Grégoire en 
faveur des hommes de couleur, étaient corroborés par les adresses 
des sociétés de Londres, d'Amérique et d'Angers, réclamant leur 
émancipation. 

Les membres du Club de Massiac opposaient à tout cela leurs 
droits de propriété, soutenus aux colonies par des assemblées qui 
ressemblaient aux assemblées provinciales de France, et par des gou- 
verneurs qui représentaient le pouvoir royal. Ils ne voulaient pas 
plus admettre les prétentions des mulâtres que celles des noirs à 
l'égalité. Par conséquent, leur réunion avait des côtés politiques très 
sérieux, des côtés sociaux et internationaux. 

Ils étaient colons de Saint-Domingue, une des plus importantes 
colonies de la France, contenant 32,050 blancs, 7,055 mulâtres et 
249,098 esclaves nègres (2), et payant 3 millions de livres environ de 
contribution en 1784. 

Plusieurs propriétaires de biens aux colonies approuvaient de 
toutes leurs forces le but du Club de Massiac (3). Bien qu'ils ne s'y 

(1) Considérations politiques sur la révolution des colonies frannaisrs, mais par- 
ticulièrement sur celle de Saint-Dominyue, par G. Th. Dufresne, colou de cette 
Isle. (Bib. Nat., manusc. 1805, fraïu-ais, nouvelles acquisitions, n» 3,472.) 

(2) D'après le rceenseuient de 1779. 

(3) Le comte de Vaudrcuil, par exemple, dont toute la fortune consistait en 
propriétés situées à Saint-Domingue. 1! était grand fauconnier de France, et il 
émigra avec le comte d'Artois. Citons aussi Jacques-François Bégouon, né h 
Saint-Domingue, et manufacturier au Havre, député du bailliage de ('.aux aux 



CLUB DE L HOTEL DE MASSIAC 69 

fussent pas aftiliés, soit à cause de leur éloignement, soit parce que 
leurs fonctions ou leurs affaires les en empêchaient, ils étaient dt» 
cœur et d'àme avec ses membres, et, pour la plupart, ils apparli*- 
naient au parti monarchique, de nuance absolutiste. 

Nul doute que le Club de Massiac fût en relations avec VAsaembléfi 
coloniale de Sainl-Marc, émanation de celle qui avait été fondée ;i 
Saint-Domingue en février 1790. lu Assemblée coloniale de Saint-Marc 
se tenait place Louis XIV. En décembre 1790, la section invita ses 
membres à se retirer; ce qu'ils firent. Les Amis des noirs gagnaient 
du terrain. 

Une Société on Club des Colons, organisée par des Américains, se 
rassemblait au premier étage des bâtiments neufs du Palais-Royal, 
au-dessus du Café de Valois (1). Elle avait ses statuts et des commis- 
saires pour les faire observer... Pour y être admis, il fallait prouver 
que l'on était possesseur d'une habitation aux Iles. 

Là encore, la question de propriété l'emportait sur toute autre 
considération. Les hommes de couleur étaient des choses, des pièces, 
en langage de commerce, dont les blancs devaient pouvoir se servir 
à leur gré, dont ils avaient même le droit d"abuser, malgré les règle- 
ments administratifs, que l'on violait souvent dans les colonies. 

Les propriétaires avaient des intérêts positifs, qu'ils ne voulaient 
pas immoler à ce qu'ils appelaient l'utopie des philanthropes. 

Tout ce qui se rapporta à la position des nègres prit de grandes 
proportions en France et en Europe. Le 13 mai 1791, l'Assemblée 
constituante ayant ordonné « que l'homme, quelle que fiU sa couleur, 
serait libre et jouirait des droits de citoyen actif », la lutte s'envenima 
entre les Amis des noirs et les propriétaires d'esclaves. 

Le Club de VHôtcl de Massiac entretint correspondance avec les 
commerçants et fabricants d'Amiens, de Bordeaux, de Calais, de 
Dunkerque, du Havre, de La Rochelle, de Marseille, de Nantes, de 
Rochefort, de Rouen, de Sens, de Saint-Malo(2). Il reçut fréquem- 
ment des communications, des caisses, des lettres, des adresses de 
Saint-Domingue et des gens qui défendaient les colons blancs contre 
les colons noirs. Il fut en relation suivie avec la Société correspon- 
dante des colons français à Bordeaux. 

Néanmoins, il ne prospéra pas; le nerf de la guerre lui manqua, 
ce qui étonne, quand on songe à la richesse des propriétaires (|ui le 

Kl.its généraux <le 1789. Bégouen a fait des publications Jéfcndaiit l<'.- intéivis 
(Je sa cause. 

(1) Voir plus bas, Cafés. 

(2) Arcli. Nat... pasftini. 



70 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIHES 

fréquentaient ou en profitaient. En novembre 1789, il avait un délieil; 
il faisait appel à ses membres pour qu'ils payassent leur contribu- 
tion. Aussi fut- il question alors de bâtir la salle du théâtre de Mon- 
sieur à FHùtel de Massiac (l). En juin 1791, il arrêta de réduire 
ses dépbrises, considérant « qu'il ne pourrait plus soutenir son exis- 
teiicé ». Le zèle de ses associés ne se manifestait pas par de grandes 
ottrarides. P. Pr. î)idot le jëutie, imprimeur de Moi}f<ioiu\ faisait pour 
le club nombre d'impressions. 

Ce n'était pas par faute d'activitî qu'il périclitait. Les membres 
qui, par intérêt ou conviction, s'opposaient à toute motion de l'As- 
semblée nationale eii faveur des Noirs, gravitaient incessamment 
autour du Club de VHûtel de Mnssiac, et lui envoyaient des ouvrages 
coiiçus selon ses ddctriiiës, ses « affreux systèmes ». 

bu 20 août 1780 âtl 29 septembre de là riiême année, il tint vingt- 
six séances. Cette société, correspondante dé colons français, ne négli- 
gea cluciin moyen de propagande. Elle envoya deux députés, M. le 
comte Dùquëstié et M. biival, «pbur aller à l'assemblée des Colons de 
la Martinique qui se tietit chez M. Dubuc du Ferret, rue du Sentiei', 
pour leur témoigner la satisfactioti qUe l'assemblée a dé les voir se 
réunir à eux, et le désir qu'elle a de profiter de leurs lumières » (21. 



II 



Nous n'avons pu retrouver une liste complète des membres du 
Club de VHôtel de Massiac; mais les Archives nationales nous ont 
fourni assez de documents pour que nous citions les noms des mem- 
bres principaux, signataires de procès-verbaux, qui représentent 
beaucoup de familles nobles françaises : 

Billard, président. 

Belin-Vilieneuve, kôssignol de Grandmoiit, Vicè-Présidehis. 
Comte d'Agotilt. À fait paiHie du Club de Valois. Membre actif du 
Club de Massiac. 
Thenel. 
De Maissemy. 

ïtoherjot, LartigUes (membres très actifs). 
De Chabautl. 
Le marquis de La Roche jaquelin. 



(1) Arch. Nat., ()' 500, folio 626, Lo projet fut abandoiihé. 

(2) Narré tle la séance du 20 août 1789. (Arch. Nat.) 



CLUB DE J.'HOTEL DE MASSIAG 71 

Duval Sanadon (Auteur d'un Précis sur rEsclavàtjo des hi'firos^ 
in-8», 1789). 

Fleuriot de Touchelonge. 

Bérard. 

Contaut de Castelin. 

L'abbé de Paroy. 

Lucas de Blaire. 

De Saint-Julien. 

Gourraud de Belleviie. 

Bigot de Bellemarre. 

Decourt de La Tonnelle (Lieutenant du roi, à Salins) (1). 

Deslandes (membre très actif). 

Simonnette de Maisonneuve (Par une lettré en date dii le ttiài 17^2, 
il n'accepta pas d'être commissaire dans la société (^). 

De Grandmaison. 

Vicomte de Léaumont. 

Comte de Guiton. 

Gaschet de Saint-Léon. 

Duplessis Mauduit. 

Delattre. 

Marquis de Massiac. 

Dutbugerais. 

Lohier. 

L'héritier de Brutelles. 

Thevenin de Melizey. 

Cormier (Avait une grande intluenee dans la Société). 

Marquis Dupuy Montbrun. 

De Soubira. 

De La Garde. 

Libot de la Barossière. 

L'abbé Leclerc de Saint-Etrain. 

Limoges. 

Marrier de Chanteloup. 

Marquis de Gallifet. (En 171)1, le camp le plus sérieux des révoltés 
se tenait sur son habitation au Cap.) 

De La Rochette. 

* 

Marcou Latour. 

Mortot. 



(1) Voir plus bas, p. 74, 13 et 1C. 
<%) Ai'ch. Nat , Club de Massiac. 



72 LES CLUBS CONTRE -RÉVOLUTIONNA 1RES 

De Ghalandray. 

Penin de L'Épine. 

Paschere de L'Estrade. 

De Montarcher. 

De Perigny fds. 

Le Sénéchal de Kercado. 

Charles d'Agoult. A fait partie du Club de Valois ? 

Comte d'Orfeuil. 

Lafosse . 

(iabriel Berard. 

Vinches. 

Vicomte de Butter. 

Barré de Saint-Vennnt. 

L'abbé D'Osmond. 

Dacosta. 

Fournier de Belleviie, laine [i). 

Fourni er de Belleviie, le jeune. 

(Ihancerel. 

Durfort de Duras. 

De Maigrel. 

De Bourbon-Bussel . 

De Paroy. 

De la Prunarède. 

Bacon de la Chevalerie. 

Sejournet. 

Roberjet Du De/.erl. 

De Charmilly. 

Abeille. 

Billion. 

111 

(3n envoyait à la Société des brochures ou des livres pour qu'elle 
les fit distribuer à ses membres. Nous avons trouvé, dans les Archives 
nationales, plusieurs documents qui établissent le lait. Ils expliquent 
la surveillance que la municipalité exerça sur le Club négrophobe et 
sur les réunions diverses poursuivant le même but que lui, mais bien 
moins ostensiblement. Voici ces documents : 



(1) Le 13 juillet 1789, une olfre patriotique fut faite au district de Saint-Martin 
I)ar deux gentilshommes de Saint-Domingue (le marquis de Fournier et le comte 
de IJellevue), de leur personne et de leur fortune pour concourir à la tranquilIKr 
de Paris cl au bien de la nation. fArcli. \at., minutes. 2 pir^ee;;. (". Kit. do;^?. (i ) 



CLUB DE L'HOTEL DE MA8S1AC 73 

« Paris, Hôtel de Massiac, le 1" septembre 1789. 

u M. BoissEL, avocat, rue BaiUif\ n" 12. 

« L'assemblée Coloniale, à qui vous avez adressé, Monsieur, Votre 
ouvrage intitulé Le Catéchisme du Genre humain et plusieurs Exem- 
plaires de votre adresse aux États généraux, Vous prie d'En agréer 
tous ses Remerciemens : Elle se propose De faire de vos Lumières 
L'usage qui pourra Lui Être avantageux. 

« Nous avons L'honneur d'Être bien Sincèrement, 
« Monsieur, 
<< Vos très humbles serviteurs. 

<' J^es membres de la Société correspondante De Colons français. 
" Par Mandement de la société (J \ » 

La question de l'abolition de l'esclavage entrait dans le domaine 
des faits. Des colons blancs publièrent : Réclamations et observations 
dex Colons sur J' abolition de la traite di's \èf/res (2). C'était une ré- 
ponse aux hommes qui avaient pris la défense des noirs, à Barnave, 
à Condorcet, à Brissot, à Mirabeau, à l'abbé Grégoire et à d'autres 
négrophiles; à l'abbé Grégoire parlant « de faire un grand abattis 
dans la forêt des abus. » 

Le Club de l'Hôtel de Massiar devenait suspect à ce point que, dans 
la nuit du 6 au 7 novembre 1789, le baron de Mordant, commandant 
t'ii second de la garde nationale <le Vernon, fut arrêté dans riiùlel, el 
élargi sur sa parole. 

Mais continuons la série des envois au club : 

Un fi (lie t de M. Morean de Saint-Ménj, du 30 décembre 1789, porta : 

« Moreau de Saint-Méry a l'honneur DEnvoier [sic] à Messieurs De 
l'Hôtel de Massiac, Cent exemplaires de ses observations sur le mé- 
moire de M. l'abbé Grégoire pour les Gens de Couleur. » 

Moreau de Saint-Méry avait fait tout i-écemment un voyage à Saint- 
Domingue. Il travaillait sur les lois et constitutions des colonies fran- 
çaises de l'Amérique Sous-le-Venl. 

Dans une lettre écrite de Bordeaux, le 5 janvier 1790, M. David 
Gradis, président, annonça : 

« Nous avons Reçu les Cent exemplaires de l'ouvrage Conire b's 



(1) Arch. N.it., Club de Massiai-. 
2) Hruchiiro in-8". septfnibre llSÎ). 



74 LES CLUBS CONTRE RÉVOLUTIONNAIRES 

amis des Noirs, et nolis allons lès distr'ibuer aux Colons françois Ré- 
sidens à Bordeaux. » 

De Bordeaux, le 16 janvier 1790. Lettre de M. Cradis, où l'on voit 
cotte note en post-scriptum : 

« Ayant appris, par les papiers publics, que les Comédiens de Mon- 
sieur avoient loué l'Hôtel de Massiac, nous vous prions do nous don- 
noi" votre nouvelle adresse. » 

« Paris, le 20 fi^vrier 1790. 

<i M. DE MiLLY, avocat au Parlement, rut> de la Michodière ^ n° 4, 

à Paris. 

« La Société Des Colons français, Monsieur, reçoit avec reconnais- 
sance l'excellent discours dont vous lui avez envoyé grand nombre 
d'exemplaires; la Cause des Colonies ne pouvait être en de meil- 
leures mains; vous ne vous êtes pas contenté de la défendre par 
votre éloquence, votre zèle a été plus loin, et vous avez voulu encore 
aller vous-même la plaider auprès des autres districts: veuillez agréer 
nos Sincères remerciements. 

<( Le Succès a Couronné vos Soins comme défenseur des Colonies, 
vous vous êtes acquis les plus grands droits à la reconnaissance do 
tous les Colons, nous aimons à ajouter à ces Sentiments ceux d'es- 
time et d'attachement dont nous Sommes particulièrement pénétrés 
pour un compatriote dont le zèle et les lumières nous ont été si utiles. 

« Nous avons l'honneur d'être, etc. » 

" M. Deneux a l'honneur d'envoyer à Monsieur Cormier 30 Exehi- 
plaires d'une Lettre (jue M. Payen Boisneuf a fait imprimer et qu'il 
prie Monsieur Côi-miier d'avoir la bonté de faire distribuer ft MM. les 
Membres de la Société de l'Hôtel Massiac. 

« Ce 20 janvifr 1792 (1). » 

IV 

Cette correspondance, cette propagande achevait do discréditer le 
club aux yeux des partisans de la Révolution, même les plus modérés. 

Le 28 février 1791, quand des gentilshommes royalistes pénétrè- 
rent dans le château des Tuileries, Court de la Tonnelle, lieutenant 
du roi à Salins, voulait assassiner le roi, disaient-ils. Ils vonaionl, 

(1) Arch. Nat., Club do Massiiac. 



CLbB DE L'HOTEL DE MASSlAG 75 

par suite, (léremlre Loitis XVI. Courl de la Tonnelle fui arrêté. Le 
Club de Massiac s'assembla. 

<i Elirait des registres des délibérations de la Société coii'espondant^ 
des colons français séante à Paris, Hôtel de Massiac. 

« Séance extraordinaire du lundi 27 féviier 1791, cinq heures du soir. 

« La Société correspondante des colons françois réunis , Paris, 
Hôtel de Massiac, convoquée extraordinairement, délibérant en co- 
mité, vu l'urgence du cas; 

« Sur le bruit qui vient de se répandre de l'arrestation de M. de 
Court de la Tonnelle (1), l'un de ses membres, au château des Tui- 
leries ; 

« Considérant que la cause de cette arrestation paroissant être de 
ce qu'il avoit à sa ceinture un petit couteau-de-chasse à bayonnelte, 
de la forme de ceux dont le roi se sert à la chasse, ou dans les petits 
voyages; 

« A arrêté unanimement qu'il serait sur-le-champ député l'un des 
membres du comité, pour se rendre vei's MM. les députés municipaux, 
;i l'effet : 

« 1° De déclarer qu'il est à la connaissance de la société, qu'il y a 
environ un an que M. de Court de la Tonnelle fut attaqué dans une 
rue de Paris ; que, depuis cette époque, il a été dans l'usage journa- 
lier de porter à sa ceinture le couteau-de-chasse dont il est question; 
que, nombre de fois il a déclaré dans la conversation qu'il porloit 
cette arme pour sa défense, en rentrant chez lui le soir; 

« 2° Que la société, qui, depuis dix-huit mois, voit dans son sein 
M. de Court de la Tonnelle, et qui a reconnu en lui toute la probité 
et la sagesse d'un bon citoyen fidèle à la nation, à la loi et au roi, et 
«l'un honnête père de famille, s'empresse d'offrir une caution jura- 
toire, pour prévenir la détention de son membre, à la charge de le 
représenter toutes et quantes fois il sera requis par la municipaliti' 
ou autres juges. 

« M. Cormier a été nommé comrtiissîiirè pour remplir, au nom de l<i 
société, la mission ci-dessus, et à été ihvitë d'eii tendre cdmpte 
demain matin : en conséquence le coiiiité à été cbhvciqùé pour demain 
midi précis. » 

La réunion eut lieu. 

(1) Chevalier de Saint-Luuis. u Marquis de Court », écrit Marat. 



7fi LES CLUBS CONTHE RÉVOLUTIONNAIRES 

« Séance du mardi l" mars 1791, onze heures du matin. 

« M. le Président a ouvert la séance. M. Cormier, ayant la parole, a 
(lit (|ii'il s'étoit présenté hier soir devantMM. les officiers municipaux ; 
(ju'il avoit rempli la mission dont il avoit été chargé, et en avoit 
requis acte; mais que néanmoins il prévenoit le comité, que le bruit 
public étoit que M. de Court de la Tonnelle avoit été conduit à 
TAbbaye. 

« Sur quoi délibérant, 

« 11 a été arrêté à l'unanimité, que six commissaires seroient de 
nouveau envoyés vers MM. les officiers municipaux, pour réitérer les 
déclarations et faire les offres susdites; et, pour en assurer d'autant 
yjlus les effets à la municipalité, les soussignés composant le comité 
ont offert la caution juratoire, et se sont soumis à la représentation 
«le M. de Court de la Tonnelle, lorsqu'ils en seront requis. 

« Au moyen de tout ce que dessus, la municipalité est suppliée de 
p! ononcer l'élargissement de M. <le Court de la Tonnelle. 

« Les commissaires nommés sont MM. Billion, président, Annibal 
d'Agoult, Deslandes, Thenet, Cormier, Robegot (Roberjot), Tartigue 
(Lartigue) (1). » 

Malgré les réclamations de Malouet et de Cormier, M. de Court de 
la Tonnelle fut conduit à la Conciergerie. Néanmoins, l'affaire ne 
paraît pas avoir eu de suites. 

Ce n'est pas pour cet incident, d'ailleurs, que le Club de Massiai; 
eût encouru l'impopularité. Évidemment, les royalistes avaient 
cherché un faux prétexte à la « Journée des Poignards ». 

Les réunions des colons blancs déplaisaient aux Parisiens, aux 
Français qui réclamaient la liberté pour tous, blancs ou hommes de 
couleur, aux colonies comme dans la métropole, sans se soucier des 
intérêts matériels qui faisaient agir les opposants, dont la ténacil»' 
était extrême. 



Le Club de l'Hôtel de Massiac n'avait pas tardé à être attaqué pai- 
les journaux patriotes, à cause de son influence dans les colonies. 
Lorsque l'insurrection des nègres à Saint-Domingue éclata, le 
2ÎJ août 1701, bien des gens sollicitèrent et obtinrent du club leur 
passage pour aller dans cette île où leurs propriétés avaient été 

(1) Journal des Amis de la Conslilaturi monarchique, t. IF, u' l.i, du samedi 
12 mars 1791. p. 78. 79. 80. 



I 



r 



CLUB DE LHOTICL DE MASSIAC 77 

iiiceiidiëes au Cap. Par suite d'un décret de rAssemblée constituante, 
déclarant que les gens de couleur libres seraient admis dans les 
assemblées coloniales, mais que les non libres n'auraient aucun 
changement d'état sans le vœu préalable des colonies, les nègres se 
révoltèrent. Six cents sucreries et caféieries furent incendiées, les 
maîtres et leurs familles massacrés; la ville de Port-au-Prince fut 
brûlée et ruinée. 

Lorsque l'expédition de Saint-Domingue fut décidée, le Club de 
i tfùtel de Massiac eut une influence plus ou moins directe, mais assez 
puissante, sur les mesures du gouvernement. Il se mit en règle avec 
la municipalité de Paris, à laquelle il avait adressé cette lettre : 

« Paris, le 9 août 1791. 
« Messieurs, 

" La Société Correspondante des Colons français séante à l'Hùlel 
(le Massiac, place Louis Quatorze, au moment de sa formation, le 
^0 août 1789, en informe M. le Maire et M. le Commandant Général 
de la Garde nationale. 

« Depuis cette Époque, Messieurs, la Société des Colons français a 
tenu régulièrement ses séances, sous la protection de la loi, néan- 
moins pour satisfaire au Décret, rendu à l'égard des assemblées par- 
ticulières, elle a l'honneur de vous prévenir qu'elle continue à 
s'occuper des intérêts de la Colonie, toujours sous la même dénomi- 
nation. 

(' Les Membres de la Société Correspondante des Colons fran- 
çais (l). 

« MM. les Officiers municipaux. » 

Le marquis de Gouy d'Arcy, alors volant d'ordinaire avec les amis 
de la liberté, se mit pourtant du côté des opposants à la Constituante. 

Guadet, en 1791, dit, dans l'Assemblée : « Quel trait de lumière 
(en lisant une lettre de M. de Gouy), quel trait de lumière dans ce 
peu de lignes écrites sous les yeux des colons rassemblés à l'Hôtel 
Massiac et en présence de MM. Barnave et Malouet, qui, comme le 
dit encore M. de Gouy (2), étaient venus mêler leur douleur à la 
sienne et gémir sur le sort des infortunés blancs auxquels on faisait 
la dure loi de partager le droit de citoyens avec des hommes libres 
comme eux! » 



(1) Arch. Nat., Cluh de Massiac. 

(2) Le marquis de Gouy d'Arcy, déput'- de Saint-Doiuioguc à la CousUtuaut"'. 
a.fiist'-. plus tard, d'appartenir à la far-tiou d'Orléans. Guillotiné !<• :{ juillet t79l. 



TS LES CfATBS GONTRK-RÉVOLUTIONNAIRES 

Théodore de Laincth interrompit : « J'affirme que M. Baruayc n'a 
jamais été à l'Hôtel de Massiac... » il). 

Selon toute probabilité, Théodore de Lameth avait raison. Cepen- 
dant, il est impossible de contrôler son assertion, et nous ne possé- 
dons aucun procès-verbal de la séance du Cluh de V Hôtel de Massiac 
où il aurait paru. 

Quant à Malouet, n'oublions pas qu'il vota contre la Oéclaralion 
des droits de l'homme, que toute sa carrière politique fut celle d'un 
réactionnaire avéré, et qu'il publia, en i788, un ouvrage intitulé : 
Mémoires sur l'Esclavage des nègres, après avoir passé cinq années à 
Saint-Domingue en qi^alité d prdonpate\ir et de compiissai|:'e (2). 

Il va sans dire que les colons français rejetèrent sur les noirs toute 
la responsabilité des événements. Ils approuvèrent une publication 
de Moreau de Saint-Méry, membre du conseil judiciaire près du 
ministère de la justice : Considérations •présentées aux Vrais Amis du 
repos et du Bonheur de la France, à l'occasion des nouveaux mouve- 
mens de quelques soi-disant Amis des noirs (3). 

Le Patriote français annonça : 

« Les colons de l'Hôtel Massiac ont fait placarder à tous les coins 
de rue de la capitale des nouvelles très alarmantes de Saint- 
Domingue. Le peuple n'est pas la dupe de cette ruse infei-nale, (|ui 
n"a pour but que d'exciter une baisse considérable dans les deiwées 
des colonies (4). » 

Dans ses Annales patriotiques, Carra écrivit : 

« Il existe dans la capitale plusieurs conciliabules d'aristocrates. 
L'un se tient à l'Hôtel de Massiac; il est composé des princes colons 
et d'une foule d'intrigans qui travaillent à faire concourir les désor- 
dres des colonies au plan général de contre-révolution en France (o). » 

Cette feuille ajouta, quatre jours après : 

« Les princes colons et députés extraordinaires de la colonie de 
Saint-Domingue, composans le tripot politique de l'Hôtel de Massiac, 
etfrayés de l'accusation de haute trahison portée, par le citoyen 
Brissot, contre l'assemblée coloniale de cette isle, ont répandu et 



(1) Souvenirs de Malhieu Dumas, t. II, p. 44. 

(2) Voir Club des Impartiaux et Club monarchique. 

(3) Moreau de Saint-Mëri/, 1 vol. in-S", Paris, 1791. 

(4) Patriote français, il" 823, H novembre 17!)!. 
(.5) Annales patrioliffues. n" 794* 5 décembre 1791. 



CLUB U^ h^Om^ I4E MASSIAC 79 

allichû tjes milliers de pjacanls injin'ieuîi: cpiUre cet a^stp^e palriote : 
le public iiidigné a déchire ces placards (1). » 



VI 



De leur cùté, les colons se remuaient. Ils écrivaient au président 
de l'Assemblée nationale : 

.< Paris, It' 7 dccoiubre 171)1. 
« Monsieur le Président de VAsxemhlé*' nationale. 

« Monsieur le Président, 
<< Des colons de Saint-Domingue résidans à Paris ont eu l'honneur 
de se présenter à votre porte ce matin, et n'ont point été assez heu- 
reux pour vous trouver chez vous. 

« Leur mission, Monsieur le Président, était de vous prier de leur 
indiquer l'heure où ils poui-ront demain être admis à la barre (le 
l'Assemblée nationale pour y présenter une pétition qu'il est essep- 
tiel que l'Assemblée veuille bien entendre avant le raport du Comité 
colonial qui doit se faire samedi matin ; ils osent se flatter (jue vous 
voudrez bien leur ï-a\v^ connaître l'intention de l'Assemblée à cet 
égî^rd. 

'< Nous sommes avec Respect. 

« Monsieur le Président. 
" Vos très humbles et très obéissans serviteurs [t). » 

Brissot, dans le Palri.ole français, se lit l'écho du mécontentement 
public, à propos de l'expédition : 

« Ce sont ces messieurs de l'Hôtel Massiac qui ont dicté au ministi'e 
de la marine le choix des officiers chargés de l'expédition de Saint- 
Domingue ; il ne faut donc plus s'étonner que les patriotes de Brest 
aient été scandalisés de ces choix (3). » 

Brissot remarquait encore : 

« Que diront les braves habitants de Brest, (juand ils apprendront 
(jue le ministère, pour expier sa faute d'avoir nommé des réfugiés à 
Goblentz au commandement de l'expédition de Saint-Domingue, va 
la confier au fameux Arthur Dillon et Malouet? Cette nomination 



(1) Annales pal rio tiques, U" 798, 9 décembre 1791. 

(2) Arch. Nat., Club do Massiaci 

(3) Patriote français, a' 830, 8 <léceiiibrc 1791. 



80 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

honorable est due au vertueux patriotisme de IRùtel Massiac, où le 
dernier s'escrime chaque jour dans les ingénieuses compositions dont 
cet hôtel régale l'Assemblée nationale (l). » 

Et Carra, de même, frappait fort sur les membres du club, en 
repoussant énergiquement les choix dont il était question. Nous 
savons ce qu'était Malouet; nous savons aussi que le général Arthur 
Dillon, député de la Martinique à l'Assemblée constituante, défen- 
dait les colons de Saint-Domingue contre les Amis des noi7's. 

« Les princes colons du tripot Massiac sont parvenus, dit-on, à 
faii'c nommer par le roi les sieurs Maloukï et Artiilu Dillon comman- 
dans de lexpédilion (jiii doit rétablir la paix à Saint-Domingue {"1;. » 



VII 



Lesmembi'es du Chih de Massiac^ ne se contentant pas de deniandei' 
une audience au président de l'Assemblée nationale, voulurent pré- 
senter au roi uiu' adresse; du commerce d'Amiens. Il leur fut répondu : 

» Paris. 21 décembre 1791. 

« J'ai rendu compte au lioi. Monsieur, du désir qu'ont MM. les 
Colons réunis à l'HiHel Massiac d'obtenir une audience de Sa Majesté 
pour lui présenter une Adresse du Commerce D'Amiens relative aux 
événemens de Saint-Domingue. 

« Le Roi ayant déjà reçu différentes fois des Députations à cet 
égard, et ayant témoigné de vive voix ses sentimens à MM. les Colons, 
Sa Majesté m'a autorisé à recevoir d'eux l'adresse dont il s'agit, et à 
la mettre sous ses yeux. 

« Le Minisirf de la marine : ïh: Rertrand. 

« M. Cormier (3). » 

Roussel de Blanchelande, commandant pour le roi, gouverneur de 
Saint-Domingue, ennemi des nègres, ami des contre -révolutionnaires, 
et qui avait provoqué en partie les soulèvements par ses mauvaises 
mesures, entretenait correspondance avec la Société de l'Hôtel 
de Massiac. Il était lié avec les principaux meneurs parmi les colons 
blancs. 



(1) l'ulriole f'ruuruis, rii 8134. 12 décembre 1191. 

(2) Annales patriotiques, n° 804, 15 décembre 1791. 
(:]) Areh. Nat., Club de Massiac^ 



CLUB DE L'HOTEL DE MASSIAC «l 

Jilanchelande, maréchal de camp, fut plus tard condamné à mort, 
comme convaincu d'avoir ordonné, à Saint-Domingue, des arresta- 
tions illégales et des déportations arbitraires; d'avoir adhéré à un 
parti dont les intentions étaient d'armer les citoyens les uns contre 
les autres et soufflé le feu de la guerre civile. Il est certain ([u'il 
avait résisté aux ordres de l'Assemblée et conx;u le projet de rétahlir 
l'ancien régime à Saint-Domingue (1). 

Nous reproduisons une lettre qu'il adressait aux membres de la 
Société correspondante des Colons français. Elle montre jusqu'à (|ucl 
point il servait les intérêts des blancs : 

« Au Gap, le 26 avril 1702. 

« Jay Reçu, Messieurs, Il y a peu de Jours, La Lettre cpie vous 
m'avés fait L'honneur de m'Ecrire le 27 Novembre Dernier. 

« Je suis Inhniment tlaté de ce que vous voulés bien me Dire D'obli- 
geant de la part de MM. les Membres de la Société correspondante 
des Colons françois. J'aurais bien souhaité pouvoir Remplir vos Dé- 
sirs d'une manière plus utile, Mais J'ay si constamment Eprouvé des 
Contrariétés et des Entraves que mes Viies, mes Démarches, mes Sa- 
crifices et mes Efforts ont Été Impuissans. 

« Je M'Empresseray, Messieurs, de faire part aux Officiers Généraux, 
Supérieurs et Particuliers, que vous Dénommés dans Votre Lettre, de 
L'article qui les concerne; H est bien vray que ces MM. ont montré 
un Zèle, un Courage et un Dévouement pour la Colonie bien Dignes 
dEloges et de la Reconnoissance (|ue vous manifestés à leur Egard. 

' Jai Llutnneur D'Être, avec un Respectueux attachement, 
'< Messieurs, 
<' Votre ti'ès humble et très Obéissant Serviteur. 

« Rlanchklanuk. 

'- MM. Les membres de la Société correspondante des Cohnis fran- 
çois, à Paris !2\ -> 

Vlll 

A propos des affaires de Saint-Domingue, la presse et les clubs 
|)ali"iotes ne manquèrent pas de mettre en cause le Cluh dn CllùlcÀ de 
Massiac. Les esclaves, ayant été abandonnés par l'Assemblée consti- 
tuante, n'écoutaient plus rien; des luttes épouvantables avaient lieu. 



(1) Exécuté sur la place de la Uéuuiou, k Paris, le 1.'. avril i7!t;{. 
2) Arch. Nat.. r.lnh do .Uassiac (cité tfxtuellement}. 



82 LES CLUBS CONTRE RÉVOLUTIONNAIRES 

Peu s'en éUiit l'allu que l'Assemblée de Saiiil-DoniiMti,ue ne se séparât 
tic la niélropole. Vainement, en France, les législateuj's avaient 
admis tous les habitants libres aux droits politi(jucs : noirs, blancs 
et mulâtres se livraient à d'horribles représailles. La ville de Port-au- 
iVince était brûlée et ruinée. 

Le Patriote français imprima : 

« On a trouvé dans la poche d'un nèf;re, prisonnier, une lettre en 
espagnol, dans laquelle on encourageoit les insurgens, et on leur 
pi'omettoit du secours au nom de l'Espagne. Nous défions rHôtel 
Massiac de nier ce fait (1). » 

On accusait le club d'intrigues anti-françaises, quand les Espagnols 
et les Anglais convoitaient l'Ile. 

Le 3 février 1792, Doppet (François-Amédée) présenta à la Société 
des Jacobins un citoyen de Saint-Domingue, « victime de l'Hôtel de 
Massiac, et qui a été arraché de ses foyers pour avoir voulu, à 
l'exemple de plusieurs paroisses, protéger les gens de couleur ». 
Doppet pria les députés de l'appuyer auprès de l'Assemblée nationale. 

Doppet et Ramond furent nommés commissaires pour entendre des 
éclaircissements sur ce qui se passait dans les colonies (2). 

Mais les Colons blancs ne cessaient de chercher à mettre de leur 
ciHé les pouvoirs publics. 

Ils s'adiiîssaient au ministre de la marine : 

<< Paris, lo 31 juillet \VM. 
« Monsieur, 
« Le Comité de la Société des Colons réunis à l'Hôtel de Massiac 
étant chargé par elle d'avoir l'honneur de vous voir, a arrêté, par 
délilx'ration, qu'il se rendroit auprèsde vous dimanche prochain, 
entre une heure et deux, à moins que vous ne lui fassiez sçavoir (|u'il 
vous seroit impossible de le recevoir. 
« Je suis, avec respect, 

« Monsieur, etc. 

« M. du Bouchage, Ministre de la Marine (."{). >> 



(1) Palriule français, i:» 888, du lu janvier 1192. 

(2) Séance du vendredi 3 février 1792. — Vini' )a Suciété (/es Jat-obiits, par 
-Al. A. Aulard, t. III, p. 3G3. 

(.'!) Arcli. Xat., Club de Massiac. — KrauçoisJusopli Gralet. vicomte Du Boucliape. 
éniigié après le 10 août 1792, rentra eu France sous le Consulat; fut impliqué, 
en 1806, dans une conspiration: recouvra le portefeuille de la marine en ISl.'î. 
et fut nonuiié pair de France en 1817. Moi'l en 1821. 



CLUli DE L'HOTEL DE MASSIAC S3 

.Nous ignorons si le Comité fut reçu par le niiiiislre, mais nous 
n'oublions pas que, à ce moment, Dubouchage conseillait au roi de 
repousser la force par la force contre les hommes du 10 août 179:2. 
Pair de France sous la Restauration, il fit une proposition en faveur 
des colons blancs de Saint-Domingue. En 18:25, une ordonnance 
royale stipula une indemnité pour les Français expropriés. 

Après la journée du 10 août, le Club de rHôtd de Masstac, vu sa 
composition, fut véhémentement accusé, dans le public, non seule- 
ment d'être royaliste, mais encore de conspirer. On lit dans le Journal 
de Carra .• 

« Paris, le 17 août. — On a arrêté MM. Thierrij^ Wittgenstein, 
Vitenkoff, et quelques autres conjurés. On a mis les scellés à THôtel 
MasHiac et au Club Valoh (1). » 

Quelques mois plus tard, les accusations devinrent encore plus 
graves. Prudhomme imprimait : 

« On assure même qu'on engage à THùtel Massiac pour le parti 
royaliste. C'est à l'administration de police à surveiller exacte- 
ment (2). » 

Mais dans le ii" 185 du même recueil parut une réclamation. 

't Réclamai ion. 

<' Le citoyen Lamothc, colonel du huitième régiment de hussards 
de la Républi(iue française, demeurant à ribttel Massiac, place ci- 
devant des Victoires, réclame contre l'article du n" 18;}, page 112, où 
il est dit : On assure qu'on engage à rHôtel Mass'ac pour le parti 
royaliste. Le citoyen Lamothe proteste de son attachement à la Répu- 
blique, qu'il assure être partagé par le corps qu'il commande ; il nous 
prie, en conséquence, de démentir l'assertion du n" 183, et de publier 
qu'il lient son commandement d'un décret de la Convention natio- 
nale, qui a reconnu son patriotisme (3). » 

Tout cela démontre le fond de la politique suivie par la société. 

Si les amis des noirs regardaient les colons comme des réaction- 
naires dangereux, les ardents amis des blancs trouvaient le Club de 
Massiac trop timide, et ils accusaient de faiblesse les députés de 
Saint-Domingue, les(juels n'osaient pas braver l'opinion publique en 
France. Ils s'exclamaient : 

(1) Annales palriotiqiteii, n' 231, 18 août 1792. (Voir Club île Valois.) 
(■2) mvolullons (le Paria, n" 183, du o au 12 janvier 1793. 
(:i) liévolutions de l'aris, n" 18o, du 19 au 26 janvier 1793* 



8^1 LES CLUBS GONTRE-Hl'îVOLUTlONNAlIlES 

<( Et vous, colons indolens, qui perdez des journées précieuses, en 
temporisant à l'Hôtel de Massiac ou en tâchant de vous distraire dans 
les divers spectacles, qu'on ne cesse de multiplier comme des hochets, 
pour vous étourdir sur vos maux passés et présents, que ne retournez- 
vous dans vos îles, rendre à votre gouverneur toute l'autorité qui lui 
l'ut confiée par le Roi; autorité que des êtres également repoussés par 
vous et par vos esclaves, s'efforcent continuellement d'avilir?... (1). » 

Ces récriminations outrepassaient la mesure, car, depuis une année, 
le Comité des affaires étrangères, gagné par les partisans du Club de 
Massiac, avait proposé, sous la Constituante, qu'aucune loi ne fût 
votée sur l'état des personnes, aux colonies, sans avoir été demandée 
par les assemblées coloniales. 

Les événements du Cap et de Port-uu-Princc n'eussent pu être 
empêchés par les cluhistes de Paris. 



Vlll 



Malgré les efforts des colons blancs contre les noirs, le gouverne- 
ment de la République voulut prendre des mesures pour pacifier les 
colonies. La Convention, qui venait de juger Louis XVI, écartait 
toute idée de laisser les choses s'envenimer à Saint-Domingue; elle 
prévoyait d'affreux malheurs, qui, peut-être, profiteraient aux Anglais 
ou aux Espagnols. Les nègres étaient déchaniés. 

Loin de se laisser prendre aux agissements du Chih de VHôlcl de 
Massiac, elle essaya de calmer l'irritation de la population noiie à 
Saint-Domingue, sans adopter des mesures radicales. 

Dans la séance du 17 février 1793, sept heures du soii", au Comité 
de défense nationale, le ministre de la marine proposa d'examiner 
quels étaient les moyens d'apaiser la révolte des nègres et de reiulre 
le calme à nos colonies. 

Ou soumit à la discussion les moyens suivants : 

1" Ouverture des ports; 

iJ° Envoi de compagnies franches de naturels des colonies; 

3" Adoucissement au sort des noirs; 



(1) Cri de Vhonneut' et de la vérité (1792), brochure, par Joseph <h' Barrucl- 
Heauvcrt. Bibliothèque de la Chambre des députés, Bf" 222 (t. XXXIX). 

Le comte de Barruel-Beauvert, écrivain royaliste, était parent de Rivarol et 
collabora aux Actes des Apôtres. Il figura parmi les gens qui, après la fuite de 
Louis XVI, s'offrirent pour être les otages du roi fugitif. Auteur des Carirutures 
politiques. 



CLUB DE LHOTEL DE MASSIAC 85 

4" Envoi de troupes, irim bon commandant, d'un bon comniis- 
>;iire; 

5° Sévérité contre les contre-révolutionnaires. 

L'ouverture des ports fut adoptée; le surplus fut ajourné (1). 

Dans la séance du 22 février, au même comité, il fut décidé qu'un 
projet de décret ferait rassembler le plus grand nombre possible 
<]" hommes libres de Saint-Domingue pour les envoyer dans cette île. 
Quant à la question de l'adoucissement de l'esclavage des noirs, il 
fut convenu qu'on l'agiterait de nouveau, et qu'alors on appellerail 
les colons dignes de confiance qui étaient en ce moment îi Paris (2;. 

Le Conseil exécutif fut autorisé à prendre toutes les mesures néces- 
saires pour la défense des colonies. 

Dans la séance du 23 février 1793, au Comité de Défense générale. 
Page, commissaire de Saint-Domingue (Voir Moniteur^ XVII, 590; 
XTX, 649; XXI, o67, 585; XXII, 442; XXIII, G95; XXV, 4), commu- 
niqua ses réflexions sur Saint-Domingue. « Il existe, dit-il, deux partis 
dans cette île; il faut tâcher de les rapprocher et faire exécuter la loi 
dîins toute sa rigueur, etc. (3). » "~ 

'« COMITl'; niî DKFBNSE UKNKRALK 

(> Dimanche, 3 mars 1793, midi. 

« D'après le rapport que font au Comité trois citoyens venant de 
Saint-Domingue, au 3 janvier, leur départ [sic] de cette île, les nègres 
révoltés manquaient de tout et demandaient à rentrer dans leurs 
ateliers, de manière qu'à moins de nouvelles dissensions, qui n'étaient 
l'as probables, la révolte doit avoir élé ('■Iciiilc dnns lît quinzaine qui 
;) suivi le départ des trois citoyens. 

« D'après le même rapport, les hommes de couleur se sont conduits 
pai'faitement dans toutes hes circonstances et dans celles mêmes où 
ils ont (^té le plus maltraités. 

« Les troupes françaises périssent par l'humidité, les grandes 
chaleurs et l'usage des cannes à sucre, et leur nombre se trouve, à ce 
qu'il paraît, réduit au tiers et peut-être au quart. Cet inconvénient 
rend préférable à tout autre le parti d'employer des naturels du 
pays à la défense des colonies (4). » • 



(1) llecueil des actes du Comité de Salut public, etc., publié pir V. A. Aulard, 
I. 11, p. 15o. Imprimerie nationale (1889), in-S". 

(2) Recueil des actes du Comité de Sahit publie, etc., pnbli<'' par K. A. Aiilanl. 
t. 11, p. 173. 

(3) Idejn, ibid., p. 185 et 186. 
('*) Idem, ibid., p. 24o et 246. 



8(i LES CLUnS CONTRE-llÉVOLUTlONNAlRKS 



IX 



Avec sa réputation bien établie de société contre-révolutionnaire^ 
le Clul) (le Massiac ne cessa pas d'être visé davantage, à mesure (|ue 
les Montagnards de la Convention devinrent plus forts. La loi des 
suspects (17 septembre 1793) atteignait les gens « qui avaient signé 
des pétitions contre-révolutionnaires, ou qui avaient fréquenté des 
clubs et sociétés anti- civiques ». Gouy d'Arsy avait été l'objet d'un 
mandat d'arrêt lancé par le Comité de sûreté générale. Ordre avait 
été donné de le mettre h l'Abbaye et d'apposer les scellés sur ses 
papiers. 

Dans la séance du 19 ventôse an II (9 mars 1794), à la ConvtMilion 
nationale, Gonpilleau (de Montaigu) dit : 

« Citoyens, je dénonce à la Convention une mesure contre-révolu- 
tionnaire imaginée par les colons de Saint-Domingue logés î\ Paris, 
à l'Hôtel de Massiac. Le citoyen Joznet (1), dont vous connaissez le 
civisme, vient d'être nommé par le ministre de la guerre pour com- 
mander les forces que le gouvernement envoie à Saint-Domingue 
pour faire exécuter le décret sur l'abolition de l'esclavage des nègres. 
Eh bien ! au moment où il se disposait à partir, ce citoyen vient 
d'être jeté dans les prisons. Je demande que les députés de Saint- 
Domingue, de concert avec le Comité de sûreté générale, recherchent 
h's auteurs de cette intrigue (2). » 

Diifays (député de Saint-Domingue) dit : 

<* J'ai connu à Saint-Domingue le citoyen .Jozjjet; son pati'iofjsme 
le faisait estimer de tous les bons républicains. J'ignore les motifs de 
sîi détention. » 

Puis, Clauzel (député de l'Ariège) : 

« Un renvoi au Comité de sûreté générale entraînerait des lon- 
gueurs qui empêcheraient la prompte exécution du décret que vous 
avez rendu en faveur des nègres. Je demande que le patriote Joznet 
soit amené à la barre, pour iiish'uire la Convention des motifs de son 
arrestation. » 



Celte proposition est «lécrétée 



(1) Joznel, (lit Lavinletle. 

(i') Cliarlfs-Aiim'- (Joupilloau. nuLaiiv à Montaiçrn, (ir-pul/' ilf la Vionno i"i la 
Conveiilioii. 



CLUB DE L'HOTEL DE MASSIAC S7 

Tfniriot : « Je (lomaiide (iu"en même temps ([u'oii exécutera 1<ï 
ilccret que vous venez de rendre, le Comité de sûreté f<énéralepreini(^ 
des renseignements auprès de la police et des comités de surveil- 
lance sur les motifs de l'arrestation tlu citoyen Joznel. » 

Fai/au (député de la Vendée) : « J'annonce à l'Assemblée qu'il y a 
dans les Sociétés populaires des sections de Paris des hommes qui se 
disent colons, et (jui ne sont connus dans les colonies que par les 
vexations qu'ils y ont exercées. Je demande qu'on les surveille, car 
ils intriguent pour empêcher l'exécution du décret qui rend la liherlé 
aux nègres. » 

f.a proposition de Thminl est adoptée (1). 

A', /y. — A la fin de la séance du 19 ventt'tse, le citoy(in Joznet a 
paru à la barre; il a dit avoir été mis en état d'arrestation par ordre 
de l'administration de police de Paris, sur la demande faite pai' le 
Comité révolutionnaire de Xantes. — Une discussion s'est engagée, à 
la suite de laquelle le décret suivant a été reiulu : 

« La Convention nationale décrète : 

« Article premier. — Tous les colons ([ui ont été membres de l'as- 
semblée de Saint-Marc et de celle connue depuis sous le nom d'assem- 
bli-e coloniale^ les agents de ces assemblées et les membres des Clubs 
de Massiac et des Colonies, aciuellemenf en France, sont nn's en élal 
d'arrestation. 

" IL — Les scellés seront apposés sur les papiers de tous les colons 
résidant à Paris. 

« III. — Les signataires des dénonciations faites au Comité ri'vo- 
lutionnaire de Nantes contre le général Joznet seront mis en état 
d'arrestation et traduits devant le Comité de sûreté gén(''rale de la 
Convention. 

« IV. — j^es dénoiH'ialions et les pièces y relatives (b'posi'es au 
Comité revolutioniuiii'i.' de .Nantes, seront a[)portées au Coinit('' de 
sûreté générale. 

« V. — Les citoyens lioulin et Chaux, meuihi'es du Comité révolu- 
tionnaire de Xantes, se rendront auprès du Comité de sûreté géné- 
l'ale pour y donner les renseignements qui leur seront demandés. 

" VI. — La Convention renvoie au Comité de salut public pour 
prononcer sur la mise en liberté du général Joznet. 

"' Vil. — Le présent (h'crel sera porté pai' un coui'i'iei' exlrnor- 
(I inaire. » 

n Tliuriut était mcnibri' du Cuniilé de Salut puljlic, député do la Manif. 



88 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Après avoir reproduit ce qui précède sur cette partie de la séance, 
le Moniteur universel ajoutait : 

« Le Club Massiac, ainsi appelé de Fhôtel où se tenaient des colons 
de Saint-Domingue, n'était composé que de colons ennemis de l'éman- 
cipation et généralement de toutes les mesures révolutionnaires; ce 
club existait depuis le commencement de la Révolution (1). » 



X 



Les scellés furent apposés, peu après, sur les locaux occupés par 
les membres de la société. 

Nous avons vu, aux Archives, une « Notte des Registres et au- 
tres Papiers, concernant le Club des Colons Blancs, tenant à THôtel 
Massiac, trouvés sous des scellés apposés au dit hôtel; Lesquels 
ont été Remis au Comité de Surveillance du Département de Paris 
J*ar La Division des Émigrés à l'Administration du département de 
Paris (2) ». 

Mais ces registres et papiers n'ont pas été c<mservés. On sait seule- 
ment qu'il y avait une Adresse au roi contre un décret proposé par 
Hrissot. 

«' Signé: Vardon, J.-M. Musset, Ingrand, Michaud, Borda, Archier. > 

Quand le Club de l'Hôtel de Massiac eut cessé de fonctionner. 
riicUel fut occupé par une société financière, après le 9 thermidor. 
I^llc émit des billets de banque. 

On raiiiionca ainsi dans le Journal de Paris. : 

"Il vi(Mit de s'ouvrir une Caisse d'esronipte à la maison Massiac, 
jtlace des Victoires. Elle escompte le pa])ier solide à un modicpie 
intérêt, etc. (3). » 

Le même journal, l'année suivant»», annonça encon^ : 
« Plusieurs journaux ont publié que la Caisse des comptes courants, 
établie Hôtel Massiac, avait été dissoute par le gouvernement. Cet 
établissement, qui jouit dans le public d'un»; ti'ès grande contianc*', 
n'a pas souffert la moindre atteinte (4). » 

Quelques jours après, il imprimait : 

« H vient de s'(''tablir, place des Victoires, un cercb' de ni'gocians. 



(1) Note du Moniteur universel, sigiiôc L. (4. 

(2) Arch. Nat., Club de .Massiac. 
(:t) Journal de Paris, 19 juillet 1796. 
('0 l/fern, numéro du 5 octobre 1797. 



CI.UB DE i; HOTEL DE MA8SIAC 89 

Pour y être a4mis, il faut : 1" être négociant; 2" n'avoir jamais 
manqué à ses engagements (1). « 

C'est donc par un établissement financier que fut remplacé le Club 
de V Hôtel de iMassiac, dont les membres se dispersèrent en France 
ou aux colonies, après avoir vainement cherché à empêcher Taffran- 
chissement des nègres et à conserver les vieilles prérogatives des 
blancs, propriétaires d'esclaves comme de troupeaux et d'habitations. 

On sait que le premier Consul voulut, en 1801, la soumission com- 
plète de Saint-Domingue et la restauration de l'esclavage, comme il 
le fit à la Martinique et à la Guadeloupe; on sait qu'il entreprit une 
expédition malheureuse, et que le général Leclerc s'empara de Tous- 
saint-Louverture, quand celui-ci, ayant mis fin à la guerre civile, 
acceptait la suzeraineté de la France. 

(1) Journal de l'nris, 13 orlobro 1797. 



CLUB DES IMPARTIAUX 

l^'on*!.- î\ PnT-i^^, n ]n Hn do VnuvM-u- 1789. 



1 



Sur l'emplacorruMil, du niai'cli('' de la Vallrc, aujourd'hui disparu, 
st'dovail, depuis le milieu du Ircizièmo siècle, un couveni, de moines 
<lil,s (irnnds-AïKjiistins. Là s'étaienl réunies plusieurs fois, les assem- 
blées du Parlement et des l^lals-(^fén(''raux. sous l'aneienne monar- 
chie. 

Quelques vastes salles des Grands-Auguslins avaient aussi servi de 
lieu de réunion pour le haut clergé tous les dix ans, pour les cheva- 
liers du Saint-Esprit, et pour les assemblées des Comptes, de cinq 
ans en cinq ans. 

Le couvent était situé au bas du Pont-Neuf, sur le quai portani 
encore le nom des religieux, qui étaient dispersés. 

Malouet et quelques-uns de ses amis y réunirent des « modérés », 
des membres du cAté droit de l'Assemblée nationale, pour les opposer 
aux « avancés » du Club Breton, fondé à Versailles, dans le /ir?/)oso/r. 

Aussi, le î) janvier 1700, le journal V Observateur (1) contenait cette 
appréciation : « Il existe à Paris, depuis un mois, deux associations 
libres, dont Tune s'occupe sans relâche du bonheur de la nation, et 
l'autre du bien-être de quelques particuliers. La première, fondée 
par les députés de Bretagne, se rassemble aux Jacobins de la rue 
Saint-lfonoré ; la seconde, formée par des évêques et de gros béni'- 
liciers, se rassemble aux Grands-Augustins. Les bons citoyens ci-ai- 
gnent l'Augustine, les mauvais ont peur de la Jacobine, » 

Cette association de mod('n's se constitua à l'imitation des Jaco- 



(I) IMJhserouleiir, u" 70, par Kcydfl ; journal <|ni (larul du l" août nSO au 
12 octobre 1790. 



9-2 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

hins. Pour ne pas paraître anti-patriotes, ces clubistes laissèrent en 
dehors Maury, d'Éprémesnil et le vicomte de Mirabeau, tout à fait 
opposants, déterminés royalistes. Ils s'attachèrent, à côté deMalouet, 
qui avait voté pour la réunion des trois ordres, le comte de Virieu, 
député du Dauphiné, La Fare, évèque et député de Nancy (1); Fran- 
çois-Louis Hutteau, avocat, lequel, quoique partisan des idées nou- 
velles, votait souvent avec la minorité; le chevalier de Boufllers, 
membre de l'Académie française et député de Nancy, poète de salon : 
Rulhières, qui avait écrit pour l'instruction du dauphin (Louis XVI) 
une Histoire des troubles de la Pologne ; Mallet du Pan, journaliste 
qui, avec Linguet, avait rédigé les Annales politiques et littéraires; et 
peut-être le poète Fontanes, dont VEpilre à Louis XVI sur redit eu 
faveur des non catholiques avait été couronné par l'Académie et avait 
fait quelque bruit parmi les partisans de la tolérance religieuse. 

Les meneurs, en réalité, eurent avec eux, lors de leur première 
réunion, presque tout le côté droit, qu'ils divisèrent. « On fit l'obser- 
vation, dit Bûchez (2), qu'ils s'occupèrent des moyens d'assurer la 
conservation de ce qui resterait des biens ecclésiastiques, après le 
prélèvement des 400 millions ordonné par l'Assemblée nationak*; 
on nota aussi avec plaisir les échecs qu'ils éprouvèrent. Ils avaient 
appelé le cardinal de Rohan : celui-ci se retira en déclarant qu'il ne 
voulait point faire partie d'une réunion instituée dans le but unique 
de faire de l'opposition. » 

Michelet a parfaitement saisi, lui aussi, le principal but des fonda- 
teurs, au début du club. « Ils demandaient, dans leur déclaration, 
écrit-il, qu'on rendit force au roi, et qu'on subordonnât l'alir-nation 
des biens du clergé à la volonté des provinces (.'^). » 

D'ailleurs, ils se targuaient déjà <rimpartialité, bien que leur modé- 
ration fût de l'esprit de parti. 

Tout en assurant que Louis XVI et Madame Adélaïde, fille aînée de 
Louis XV, embrassaient sincèrement la doctrine des Impartiaux, 
Malouet « certifiait que la cour n'avait été pour rien dans la forma- 
tion du club ». 

Comme le couvent des Grands-Augustins était situé sur le territoire 
du district de l'Abbaye Saint-Germain des Prés, le district s'assembla 



(1) Prédicateur de la cour, qui s'était écrié en chaire, le 4 mai 1789 : « Sire, le 
peuple sur lequel vous régnez a donné des preuves non équivoques de sa pa- 
tience... C'est un peuple martyr, à qui la vie semble n avoir été laissée que pour 
le faire souffrir plus longtemps. » 

(2) Hisloire partenienlalre de la Révolution. 

(.'{) J. Michelet, Histoire, de la Révolutiov franmise. t. I, chap. iv, p. 199. 



CLUB DES IMPARTIAUX «j;^ 

et décida que la réunion des modérés ne pouvait être considéi-ée que 
comme un attroupement, qu'elle serait dissipée par la force, à moins 
qu'elle ne consentit à délibérer en présence de quatre commissaires 
nommés par le district. La foule huait les membres de la réunion. 

Bienl«M décriés, des Grands-Augustins les modérés s'en allèrent 
former, à la Chaussée-d'Antin, le Club des Im'pariiaux. Leurs assem- 
blées continuèrent, mais rue de la Michodière, n" 8 (1). Elles protes- 
taient contre les tendances des Jacobins, elles donnaient au peuple 
l'enseignement du côté droit (2). Elles eurent un journal, dit Journal 
des Impartiatu., rédigé par M. Salles de la Salle (3), et portant pour 
épigraphe : Justice, Vérité, Constance. Le premier numéro est pré- 
cédé de deux écrits intitulés, — le premier, Club des Impartiaux; 
exposé des motifs qui ont porté les impartiaux à se réunir, et récit 
des circonstances qui ont précédé cette réunion ; — le deuxième. 
Principes des Impartiaux. 

De droit étaient membres tous les représentants qui signaient la 
déclaration de principes; était reçue membre adjoint, ayant droit de 
proposer des motions, avec voix consultative, toute autre personne 
présentée par un sociétaire, agréée par le Directoire, et qui signait la 
même déclaration. Le Directoire, chargé de l'administration, se com- 
posait du bureau et de sept membres, se renouvelant par moitié tous 
les quinze jours. Une garde, composée d'adjoints désignés par le 
Directoire, était constamment présente au club, assez bien organisé. 

Clermont-Tonnerre présenta aux Impartiaux un discours, l'elali- 
vement à celui ([ue le roi était venu prononcer le 4 février (1790). à 
l'Assemblée nationale. 

« Cette société l'agréa, le lit imprimer. » Elle se montrait ainsi 
royaliste, quand Louis XVI promettait de respecter et de sauvegarder 
la liberté constitutionnelle, de préparer son fils au régime nouveau : 
quand le côté droit était consterné, en voyant la majorité applaudir 
en môme temps que les tribunes, et jurer de maintenir la Constitu- 
tion que les députés décréteraient, que Louis XVI accepterait. 

Cazalès demanda alors, pour cause de troubles, trois mois de dicta- 
ture pour le roi, et ne fut pas écouté, malgré son éloquence. 

Les Jmj/nrtiaux approuvèrent les brochures, les articles de joui- 
naux prêchant la modération, mettant sur le même pied l'Assemblée 



(1) En eflet, le Babillard, dans son numéro du 13 août 1791, parle « d'un duh 
de la rue de la Michodière. » 

(2) Louis Blanc, Histoire de la Révolution, t. V, cliap. v, p. 98. 

(3) ln-8". Parut du i février au 17 avril 1791. -- Jtddi'>f/ra/drir do .M. .Maurice 
Tournoux. 



04 LliS CLUBS CONTHli-UÉVOLUTlONNAlUES 

iiatioiuilc ol 1(! roi, devenu constitutionnel. Ils publièrent des écrits 
({ui tenaient le juste milieu entre la souveraineté royale et les droits 
respectables des représentants de la nation. Donnons un exemple : 

Extraits de V Apologie de l'égoïsme, brochure des Impartiaux : 

« ... L'égoïsme vicieux par excellence est celui des hommes « (lui 
bouleverseraient, s'il le fallait, un empire, pour contenter leur ambi- 
tion démesurée : ils emploient les détours de l'intrigue, les poisons 
de la calomnie pour parvenir à leurs lins; ils masquent leurs vues 
criminelles du voile du bien public ; le patriotisme dont ils font parade 
est sur leurs lèvres et non dans leurs cceurs; ils sont égoïstes, mais 
leur égoïsme destructeur, bien loin de leur être avantageux, iinit 
souvent par les précipiter eux-mêmes dans l'abîme qu'ils avaient 
creusé pour les autres. 

« L'égoïste vertueux n'est d'aucun parti, d'aucune faction, d'aucun 
complot. Les supérieurs le considèrent, ses égaux l'aiment, ses infé- 
rieurs le respectent : il est heureux... 

« ...Je dirai aux artisans et aux agriculteurs : n'abandonnez plus 
vos ateliers, pensez que vous avez une femme et des enfants à nourrir, 
ne confondez pas la liberté naturelle et raisonnable avec la licence 
eiï'rénéc : la véritable liberté consiste à ne pas faire à autrui ce <|ue 
vous ne voudriez pas (lu'oii vous fit. Je loue votre zèle pati-iotique, 
nuiis ne passez pas les bornes (jue la raison et votre intérêt même 
vous prescrivent. 

« Je dirai à tous les Français : Ne troublez plus la tranijuillité, 
l'harmonie et les opérations de l'auguste Assemblée qui s'occupe de 
la nouvelle Constitution (1). » 

L'auteur espérait arrêter les atlaijues des châteaux et les coiillits 
avec les chefs militaires. 

V l'aide de leur journal, les Jmparlîau.r tirent de la |)ropagande 
dans les provinces, comme on le voit par la lettre (}ui suit : 

" LcHr<'. du rrdacienr du Journal des Impartiaux à M. le l'rocurciir 
de la commune d'Uzerchi'. 

« Monsieui'. 
<( Le Club des Impartiaux, en insérant la délibération de la com- 
mune d'Uzerche dans son journal, a remarqué les justes plaintes que 
vous faites de l'infidélité, de la partialité et de l'exagération de la 



(I) Apologie de l'égoïsme, broi^hurc pai'uo en 1700 j piussun, brochure publiée 
«ans d<jute i»ar un Impurlial^ 



C LU B DES 1 M t'A RTJ A U X ' •.. 

plupai'l dos jom-iiaiiv i'(''paiiilus dans votre i)i()viiice. Le sien ayant 
été, depuis son origine, rédigé dans des principes d'une uiodération 
constante, le club a pensé que vous le recevriez avec plaisir. Il me 
charge de vous en adresser les dix premiers numéros (1). » 

Le 27 mai 1790, la municipalité de Poitiers dénonça une adresse 
(les dé'putés « dits du (îluh des Impartiaux », ipii l'excitait à protester 
contre les déci'ets de l'Assemblée nationale. 



II 



l)onc le club, composé de modérés, réclamant sans cesse le caluu'. 
la ti'anquillité, l'ordre public, présentait un type qui s'est perpétué 
pendant et après la Révolution, jusqu'à nos jours. Beaucoup de ses 
membres étaient « enragés de modération ». 

On imprima une curieuse lettre adressée au rédacteur du Journal 
des Impartiaux : 

« Letfrf au rédacteur du Journal des Impartiaux. 

« Paris, lo février 1790. 
" Tous les bons citoyens, Monsu:l'K, ont applaudi à la formation 
d'un club destiné à professer dans toute sa i)ureté la doctrine publiée 
sous le titre de Principes impartiaux. Tous ont vu paraître avec 
platsir un journal portant le même nom, et je m'y suis abonné sans 
perdre un seul moment. Mais, par l'intérêt que je prends à vos 
succès, Monsieur, de grâce, ah! de grâce, n'insérez rien dans votre 
journal qui puisse en démentir le titre, qui puisse faire tort à la 
société qui vous a choisi pour son organe. » 

La lettre est signée : Un Abonné. L'auteur attacjue fort l'adresse 
ré<ligée par l'évêque d'Autun, sous le titre de Y Assemblée nationale 
aux Français. 

Il termine : 

<< Impartial de principes, mais étranger au Club des Impartiaux. 
j'ai cru devoir adresser à leur journaliste les réflexions pénibles qu'a 
fait naître en moi une adresse que je ne croyais destinée à en pro- 
duire que de douces. Il (ui fera l'usage (pie son impartialité lui pres- 
crira. . » 

N. H. — Lm s:''véi-il('' (les principes de M. Salles de la Salle ne lui 
I) .louiiml des li/i/Miiliatix. ii" 10 (mars ll'JO). 



96 LES CLUBS CONTHE-hÉVOLUTlONNAlRES 

ayant pas permis (Linsérer cette lettre dans son journal, l'auteur 

s'est obstiné à la publier pour son propre compte (1). 

Néanmoins, l'abonné au Journal des Impartiaux Taisait l'éloge de 
cette l'euille, en approuvait, en recommandait d'adopter la doctrine. 

Les Itévolutions de Paris « se firent un devoir de prévenir leurs 
concitoyens contre les surprises qu'on aurait pu leur faire par le 
saint mot iVimparlialité ». 

Elles remarquèrent que Malouet « n'avait accepté le titre de ciief 
de la nouvelle coalition que sous la condition que MM. Maury, d'Epré- 
Hjesnil et le vicomte de Mirabeau en seraient exclus; ils auraient trop 
décrié la société. 

« M. de Gazalès (:2i, qu'on y auroit reçu avec plaisir, a généreuse- 
ment refusé; il a préféré passer pour aristocrate, et ne point mentir 
sur ses opinions et ses sentimens. 

« A l'exception de ces quatre membres, tout le parti aristocratique 
l'orme le Club des Impartiaux. Les (quatre commissaires que le district 
patriote de Saint-Germain des Prés se proposoit d'envoyer à leurs 
assemblées, les a effrayés ; ils se sont réfugiés rue de la Michodière, n°H, 
et ils ont envoyé deux députés au district des Filles-Saint-Thomas, 
pour le prévenir de l'existence et du but de leur association; ils 
étoient sCirs d'être accueillis par un comité financier. ' 

« La preuîière opération de cette coalition a été de publier, sous le 
titre de Principes imparlian.r, un symbole en quinze articles, (]u"ils 
ont déjà défendus contre ceux qui les ont attaqués, par cin(| à six 
l)rocliures... » 

« Les impartiaux ont donné une singulière explication dans leurs 
brocliures à l'article 11 (mais on doit prendre tous les tempéramens 
convenables pour concilier, à l'égard des anciens magistrats, ce fpie 
la nécessité commande et ce que l'équité réclame). 

(' Dans l'hypothèse où il n'y auroit pas de ressource pour rem- 
i)ourser les anciens magistrats, leur destruction ne seroit pas prati- 
cable... » 

« Nous ne pouvons finir cet article sans rapporter la teneur d'un 
placard qui fut affiché clandestinement dans la nuit du samedi au 
dimanche, contre les députés patriotes. Nous n'affirmons pas qu'il 
soit l'ouvrage des impartiaux, mais il nous paroit être du même 
caractère que toutes les brochures publiées sous le nom des impar- 
tiaux. 



(1; «il). Nal., Lb ay/2y8u, iu-S" de 10 pages. 

(i) C'.azalès passait alors pour '"Iro luonarchiste-lilnTal. 



CLUB DES IMPARTIAUX UT 

« AVIS AU PUBLIC 

« Changement de domicile. 

« Les ci-(ievanl enragés de rassemblée préviennent Messieurs et 
dames de la nation, qu'ils s'assembleront dorénavant au couvent de« 
Jacobins, à la salle des anciens ligueurs, près la cellule de saint 
Jacques-Clément, leur patron ; et, quittant le nom d'enragés, ils s'ap- 
pelleront désormais Jacobites; ils ne répondront qu'aux adresses 
qui leur parviendront sous ce nom. » 

« Nota. — Le cabinet du président est dans la cellule de feu 
Jacques Clément. » 

« ... Il n'est pas besoin de faire de commentaire sur cette impar- 
tiale plaisanterie, qui paroit avoir été conçue au même moment où 
les aristocrates se transferoient des Grands-Augustins à la rue de la 
Michodière (1). » 

Les Impartiaux publièrent nombre de brochures contre les Jaco- 
bins, qu'ils accusèrent d'avoir des correspondants attitrés dans les 
provinces. Les Jacobins et les amis de la Révolution, à leur tour, 
appelèrent les Impartiaux Malouelistcs^ du nom de leur président, 
Malouetistes ou Malouetins. Ceux-ci formaient un club « que son nom 
seul, dit le marquis de Ferrières, rendait suspect aux aristocrates », 
et qui, « attaqué lui-même comme aristocrate masqué, par les Jaco- 
bins, quoique composé des hommes les plus probes et les plus 
instruits de l'Assemblée, ne put soutenir la concurrence ('2). » 

D'autre part, les Actes des A-pôtres proposèrent un jour de changer 
le nom de la Rue des Deux-Portes en celui de Rue des Impartiaux. 
Et nous lisons, dans un Avis aux aristocrates du côté droit, par un 
Démocrate du côté r/auche (3), les lignes suivantes : 

« Je vous ai abandonné pour me ranger dans le parti des impar- 
tiaux. Je n'y suis pas resté longtemps, parce ({ue j'ai toujours ouï 
dire qu'il falloit être quelque chose, et que je n'ai pas tardé à voir 
qu'ils n'étoient rien. Je me suis ennuyé de n'avoir jamais que des 
avis dictés par les circonstances. » 

Claude Redon, député de Riom à la Constituante, un des fondateurs 
<les Impartiaux., votait généralement avec la droite; il signa notam- 
ment la protestation du Ii2 septembre 1791 contre la Constitution, 

(1) Héoolulions de I-aris, n° 30. 

[1) Mémoires de Ferrières, t. II, liv. viii. 

(:!) Brochure iii-8' (7 i).). lUb. de la Chambre des députés. IJ<"', 222 (t. LV). 

7 



98 LES CLUBÏ5 CUNTUE-UEVOLUTlONxNAlUES 

en jugeant que, dans le cours de sa session, l'Assemblée avait outre- 
passé ses pouvoirs. 

111 

Les Imparilau.r rendirent publics : \'I'Jx]iosi' des motifs fpii les ' 
avait portés à se réunir, — leur Iléijlemenl et leurs Prinàprs. Ces 
trois curieux documents importent à leur histoire. Ils proclament 
linvariabilité de leur conduite politique. 

« Exposé des motifs qui ont porté les Impartiaux à se rôunir, cl rccil 
des circonstances qui ont précédé cette réunion. 

« ... 11 se tient, dans la maison des Jacobins de la rue Saint-llo- 
noré, des assemblées fréquentes qui ont succédé à celles qui se te- 
naient à Versailles, sous le nova àe comité breton. Cette réunion habi- 
tuelle excita un nombre assez considérable de membres du clergé, de 
la noblesse et des communes à s'assembler, de leur côté, aux Grands- 
Augustins. Dans cette assemblée, la seule qui se soit tenue aux Au- 
gustins, on s'occupa des moyens de ramener l'ordre et la tranquillité; 
on nomma quinze commissaires, du nombre desquels fut M. Malouet, 
quoiqu'il n'eut point assisté à cette assemblée. 

« Dès que ce député eut été informé de la mission dont on l'avait 
honoré, il écrivit pour la refuser... 

« Il fut résolu, en conséquence, par le petit nombre de ceux qui 
agissaient d'après les principes de tous les autres, qu'on mettrait la 
plus grande publicité dans toutes les démarches, qu'on ne se rassem- 
blerait en grand nombre qu'après avoir manifesté l'objet et les motifs 
d'une telle assemblée, et que même M. le commandant de la milice 
de Paris en serait le premier instruit. 

■ « M. Malouet se rendit donc chez lui le 29 décembre (1789), et lui 
dit: « L'amour de la patrie et le désir de contribuer au salut de l'i'^lat 
me conduisent ici. Les maux du royaume sont effrayants; la division 
est extrême; l'aigreur des esprits augmente chaque jour; l'exagéra- 
tion des idées en sens contraires multiplie les troubles, accroît et 
propage l'anarchie. Plusieurs membres de l'Assemblée nationale, qui 
n'ont jamais varié dans leur amour pour la liberté et l'ordre public, 
pénétrés du danger de la situation actuelle des affaires, ont résolu 
de faire les derniers efforts pour ramener tous les esprits à des idées 
de modération et de paix. Il n'est pas de meilleurs citoyens en 
France ni d'hommes plus purs dans l'assemblée, que ceux au nom 
desquels j'ai l'honneur de vous parler; ignorés, calomniés et oppri- 



CLUB DES IMPARTIAUX 09 

niés jusqu'à présent, ils onl résolu do ne plus l'être. Une conduite 
franche, des principes patriotiques et des explications loyales, voilà 
les moyens de succès qu'ils comptent employer et sur lesquels ils se 
fondent. » 

'( M. Malouet fit ensuite le récit de ce qui s'était passé dans l'assem- 
blée unique tenue aux Grands-Augustins, puis il ajouta : 

« Nous avons toujours désiré une Constitution libre; nous la vou- 
lions plus paisible, persuadés que la seule force de l'opinion publi- 
(|ue pourrait suffire pour l'opérer. Nous voulions qu'on évitât les vio- 
lences et tous les maux de détail que l'impérieuse nécessité n'exigeait 
pas... 

<( Je vous invite donc, monsieur, à vous mettre à la tète des hommes 
modérés, qui veulent la liberté, la paix et la justice pour tout le 
monde. » 

« M. de La Fayette reçut cette ouverture avec sensibilité ; il annonça 
les mômes sentiments, la même conviction et la nécessité de rétablir 
la paix et la confiance, et de rendre au pouvoir exécutif toute son 
énergie ; il montra le désir de rapprocher tous les esprits par des con- 
férences conciliatoires... Cette perspective de paix dans le royaume, 
de modération dans l'Assemblée, d'une tendance unanime à une heu- 
reuse conciliation, réunit tous les vœux, il fut arrêté qu'on rendrait 
compte respectivement à ses amis, et qu'on se réunirait chez M. le duc 
de La Rochefoucauld. 

« Le même jour, vingt-cinq députés se réunirent et invitèrent à 
leur assemblée MM. de Virieu, l'évêque de Nancy et le chevalier de 
Boufflers, qui marchaient sur la même ligne qu'eux, ainsi que beau- 
coup d'autres. M. Malouet rendit compte de son entrevue avec le 
mar(iuis de La Fayette et annonça la conférence qui avait été con- 
venue et indi([uée. L'assemblée nomma, pour y assister, MM. l'évêque 
de Nancy, le chevalier de Bouffiers, de Yirieu, Redon, La Chèze et 
Malouet. La conférence eut lieu, en efi'et, le IJl, chez M. le duc de La 
Rochefoucauld. MM. le duc de Liancourt et de La Rochefoucauld, le 
maniuis de La Fayette, de La Goste et de la Tour-Maubourg s'y trou- 
vèrent (1). » 

MM. Thouret et de la Tour-Maubourg y furent appelés et désirés. 

Les conférences tenues chez le duc d(! La Rochefoucauld précc'- 
dèrent l'exposé des principes des Imparl'taiw^ que les rédacteurs du 
Mercure « regardaient eux-mêmes comriie ceux de tous les bons 
citoyens ». 

(1) ■loiirnul des l/n/uifliaux, t. 1, p. 1. 



100 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIHES 

IV 

« Rèf/lenienl adopté par les Impartiaux. 

« Los Impartiaux, dont l'objet principal, en se réunissant, a été 
(le professer et publier les principes qu'ils ont adoptés, et que chacun 
d'eux a signés, considérant combien il leur importe que la publicité 
des conventions de leur société éloigne d'elle toute idée d'intrigue et 
de cabale, à laquelle leurs principes et leur esprit se refusent égale- 
ment, se sont promis de propager de tous leurs moyens les senti- 
ments patriotiques qui les animent, de les répandre dans les pro- 
vinces par leurs correspondances, et de rallier partout les bons 
esprits aux vrais principes de la Constitution. 

« Et pour leur organisation intérieure, ils sont convenus des arti- 
cles suivants : 

« Aj'ticle premier. 

« Tous les députés de l'Assemblée nationale (jui adopteront et 

signeront les principes impartiaux inscrits en tète du registre, seront 

membres de la société. 

« Art. IL 

« Toutes autres personnes présentées par un des membres de la 
scjciété, et agréées par le directoire, seront admises en (jualité àad- 
joinls., en se conformant à l'article premier. 

« Art. III. 

« Toutes personnes présentées par un memhre de la société pour- 
ront assister aux assemblées générales. 

« Art. IV. 

« La^ adjoints n'auront pas voix délibérative; mais ils pourj'ont, 
sur leur demande, agréée par le directoire, être admis à proposer 
des motions, et à les discuter. 

« Art. V. 

« Les assistons n'étant par leur nature, ni membres de la société, 
ni adjoints., n'auront de voix dans aucun cas. 

« Art. Vl. 

« La société aura un président, deux vice-présidens, quatre secré- 
taires, un trésorier et sept commissaires, lesquels composeront son 

di?^ec taire. 

« Art. VIL 

« Les ofliciers seront renouvelés par moitié, tous les (piinze Jours. 



CLUB DES IMPARTIAUX 10 1 

Le trésorier ne sera renouvelé que tous les trois mois, et pourra être 
continué. 

.< ArL Vin. 

« Le directoire sera chargé de régler Tordre du travail; il pronon- 
cera sur l'admission à<d'& -adjoints et des motions à proposer par eux. 
Il sera juge provisoire dans tous les autres cas qui intéresseront la 
société, ot sept membres suffiront pour prendre une délibération. 

« Art. IX. 
« Le directoire noxnvcvQY^ tous les jours un membre ou adjoint^ pour 
être de garde au club depuis 11 heures du matin jusqu'à trois, et un 
autre depuis 6 heures du matin jusqu'à 10. 

« Art. X. 
« Tous les membres et adjoints de la société auront le droit de 
demander au commissaire du jour la communication du registre et 
de toutes les propositions faites au directoire et arrêtées par lui. 

« Art. XL 
« Les membres et adjoints de garde seront nommés à tour de rcMe 
sur la liste : ils pourront se faire suppléer, mais en s'assurant que 
leur service sera fait exactement. 

« Art. XII. 
« Il y aura assemblée générale à 6 heures du soir, tous les jours 
que l'Assemblée nationale n'a point adoptés pour ses séances, et à 
11 heures du matin les dimanches et fêtes. 

« Art. XllI. 

« Les Impartiaux observeront la plus grande exactitude aux séances 
de l'Assemblée nationale; ils ne les quitteront pas qu'elles ne soient 
levées par le président; ils donneront toujours l'exemple de l'ordi'e 
et du silence : et si l'un d'eux se permettait de le troubler, il en serait 
averti par le président de la société, à la -séance prochaine; en cas 
de récidive, il en serait fait mention sur le registre. 

« Art. XIV. 
« La conduite des Impartiaux devant être invariable comme leurs 
principes^ tout membre de la société qui s'en écarterait dans les dis- 
cussions intérieures, en attaquant les décrets constitutionnels, auv- 
fjuels tout citoyen doit se soumettre, sera rappelé à l'ordre par le pn'*- 

sident. 

« Art. XV. ■ 

« Toute motion tendante à changer ou altérer quelque ai'licle du 



Î02 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

pi'ésoul règlemoiit, sera pi'éalal)lement discutée, et la délibération ù, 
cet égard ne pourra être prise qu'à la séance suivante (1). » 

La nomination d'un membre ou adjoint ^owc être de garde au club 
pendant un certain nombre d'heures, indique l'activité des membres 
de la société. 

« Après la lecture et l'admission du règlement, un des membres a 
proposé d'établir une correspondance dans les provinces, avec ceux 
cpii, ayant adopté et signé les principes du c/uZ», demanderaient à y 
être associés. 

(^ La motion a été ajournée. 

« La plupart des membres ayant paru désirer la création d'un 
Journal drs Impartiaux^ publié au nom di^ la société, M. le président 
a présenté quelques idées l'tîlalives à cet établissement. Après quel- 
((ues discussions, il a été décidci que le directoire serait cbargé' de 
présenter à ce sujet le résultat de ses opinions [t). » 

Finalement, le journal en question fut créé, comme on l'a vu; de 
même, quant à la correspondance, elle s'établit de fait, soit au moyen 
de lettres adressées par tel ou tel membre à des adversaires, soit par 
les articles insérés dans le Journal des Jmpai'tmua-^ de telle sorte que 
la propagande de ce club fut pendant un temps retentissante. 



V 



« Principes des Impartiaux (li). 

« Nous, membres de l'Assemblée nationale, ennemis de toutes 
mesures violentes et exagérées, séparés de tout intérêt personnel, 
réunis par le patriotisme, et dévoués entièrement à la cause de la 
liberté nationale et du salut public, professons et déclarons les prin- 
cipes suivants : 

« ARTICLE PREMIER 

« Fidèles à notre devoir, et invariablement attacliés auv véritables 
intérêts du Peuple, nous ne cesserons de nous opposer, jusqu'à la 
fin, à tout projet qui tendroit à l'égîirer ou à compromettre ses droits, 



(1) Journal des hnpaiiiaux, t. 1, p. 1^, 

(2) Journal des Impartiaux, t. 1, p. 16. 

(3) Dans la version donnée par le Mercure de France (9 janvior 1790), les para- 
graphes ne sont pas numérotés de la même manière, ce qui importe peu; mais 
des mots, même des phrases, sont changés ou ajoutés. Nous indiquons en 
notes ces variantes. — Ndus re|)roduisons la brochure de 1790, (Bib. Nat.. 
Lb .•(9/3870.) 



I 



CLUB DES IMPARTIAUX 103 

suit en excitant insidieusement sa défiance, et en l'invitant au désordre, 
soit en le portant au mépris de la Constitution et de l'autorité légitime. 

II. 
« Tout Citoyen doit se soumettre à la Constitution (1). Ce qu'elle 
pourroit avoir de défectueux, le temps et l'expérience le manifeste- 
ront à la Nation, qui le changera ou le modifiera k son gré. 

III. 

« 11 est plus que tems de ramener l'ordre, la paix et la sécurité : 
c'est le seul moyen de sauver la Patrie, de garder la foi promise et 
duc aux Créanciers de l'État, de ranimer le commerce et de rétablir 
la perception des revenus publics, sans lesquels on verroit bientôt 
périr la Constitution elle-même et la liberté, 

IV. 

«( Le maintien de la Constitution et de la liberté dépend essentiel- 
lement de l'observation des loix^ et l'observation des loix ne peut 
être garantie que par une puissance active, protectrice de tous les 
droits. Il faut donc se hâter de rendre au Roi l'exercice du pouvoir 
e.vécutif suprême, conformément au vœu solennel de la Nation et aux 
principes monarchiques, reconnus et consaci'és par la Constitution, 

V. 

« Nous défendrons de tout notre pouvoir, sans acception de rang 
ni de personne, les droits de l'homme et du citoyen (i), trop souvent 
violés aujourd'hui avec impunité. 

VI. 

" La Constitution ayant aboli la distinction politique des ordres, 
un même titre doit réunir tous les François, celui de Citoyens. 

Vil. 

« Il est d'une saine politique (3) d'attacher tous les co'urs à la 
Constitution. Si son complément commandoit encore de grandes 
réformes, il est indispensable d'éviter dans l'exécution tous moyens 
violens; ils alarment les Citoyens, aigrissent les esprits, menacent les 
propriétés, multiplient les malheureux, et ne peuvent qu'accroître la 
détresse du Peuple. 



(1) La Constitution doit être maintenue (vorsiou du Mercure, de France). 

(2) Droits sacrés méconnus trop longlomps {version du Mercure de France). 

(:!) Il est d'une saçje politique d'attacher tous les citoyens à la Constitution 
(version du Men-ure île France). 



lOi LES GLURS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

YIII. 

« Nul sans doute ne doitêtre-inquiété pour ses opinions religieuses, 
ni pour le culte rendu en commun à la Divinité; mais Texpérience 
des siècles passés n'a que trop appris combien la tranquillité et l'in- 
térêt même de l'État exigent que la religion catholique continue à 
jouir seule, dans le royaume, à titre de Religion Nationale, de la 
solennité du culte public. 

IX. 

« Pour assurer dans tous les cas et contre tous les événemens la 
dépense du culte public, l'entretien de ses ministres et les secours 
dus aux pauvres, et fondés pour eux, il est essentiel de conserver aux 
Églises une dotation territoriale. En conséquence, jusqu'à ce que la 
dotation nécessaire ait été déterminée et solidement assurée, il ne 
doit pas être fait d'autre aliénation des biens de l'Église que celle 
décrétée le 10 décembre dernier, comme secours extraordinaire (1). 

X. 

« Conformément au Décret du 2 Novembre précédent, aucune dis- 
position relative, soit à l'aliénation, soit à la répartition des biens 
ecclésiastiques, ne doit avoir lieu que (Topros les instrurl ions et sous la 
survflllr/nrr des prorinces respectivement intéressées. 

XI. 

« Une nouvelle constitution veut un autre ordre judiciaire, dans 
lequel les nouveaux Tribunaux soient restreints au seul pouvoir de 
juger. Mais on doit prendre tous les tempéramens convenables pour 
concilier, à l'égard des anciens Magistrats, ce que la nécessité com- 
mande et ce que l'équité réclame (2). 

XII. 

« Chez un peuple libre, et qui veut continuer de l'être, la liberté de 
la presse doit être constamment protégée; mais l'ordre public, l'hon- 
neur et la sûreté de chaque Citoyen demandent que la licence de la 
presse soit réprimée. Rien n'est donc plus instant que de provoquer 
et faire rendre sur cet objet une loi sage et prudemment motivée. 

Xlll. 
« Toute force armée deviendroit redoutable à la liberté publique, 
et seroit le fléau des particuliers, si elle n'étoit contenue par la Cons- 



M) .lui^qu'à ce que la dotation nérossairo ait été (liHerminée (version <hi Mercure 
lie Franre.]. 

(2) La nécessité' avec la justice (version du Mercure de France). 



CLUB DES IMPARTIAUX 105 

tilulioii el toujours dépendante du pouvoir exécutif, conservateur de 
l'ordre (1). Il faut donc que, subordonnément à Tordre établi par les 
principes constitutionnels, l'armée et les Gardes-Nationales soient 
soumises au Monarque, comme le monarque lui-même doit être sou- 
mis à la Loi. 

XIV. 

« Nous réunirons tous nos efîorts pour obtenir la plus prompte 
expédition des atTiiires, accélérer la conclusion si désirable de nos 
travaux, et surtout pour maintenir l'union entre toutes les parties de 
ce vaste Empire dont l'intérêt est si essentiellement de former un 
seul et même corps sous la protection et la dépendance delà Loi et 
du Roi. 

XV. 

« Pour parvenir au but que nous nous proposons, nos moyens 
sont la justice, la vérité, la constance. » 

<-ette déclaration de principes est signée : les Impartiaux. 



VI 



Dans la correspondance relative au club, nous devons reproduire 
la lettre suivante : 

(( Lettre de M. le duc de La Rochefoucauld (2; , Député de Paris, 
à l'Auteur de la Partie Politique du Mercure de France. 

« Le compte que vous avez rendu , Monsieur, dans deux Numéros 
du Mercure du mois de Janvier, de deux conférences qui ont eu lieu 
cbez moi, et de la fondation du Club de^ Impartiaux que vous avez 
paru lier à ces conférences, a été répété dans beaucoup de Journaux, 
commenté par quelques Libellistes, et m'a valu aussi plusieurs 
lettres particulières. Persuadé que l'on doit, le moins possible, occu- 
per le Public de soi, j'ai balancé long-temps à prendre la plume, et 
si je m'y détermine aujourd'hui, c'est que plusieurs de mes amis sont 
intéressés comme moi à établir l'exactitude des faits, et surtout 
parce qu'ayant l'honneur d'être hommes publics, nous devons à nos 
Concitoyens compte de nos opinions et de nos démarches, lorsqu'elles 
ont rapport à nos fonctions. 

« Le premier Numéro d'une Feuille périodique, intitulée Journal 

(1) Si elle n'était contenu<^ par des rt-glemonts sévères et entièretnont subor- 
donnée au pouvoir exécutif suprême, conservateur des droits de tous (version du 
Mercure, de Franre). 

(2) Le duc de Larochefoucauld appartint an Club de Valoix (voir pins liaul). 



106 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

des Impartiaux., a rapporté plus en détail que les autres ces deux con- 
férences, suite d'une visite que fit M. Malouet à M. de La Fayette, le 
29 décembre (1789) : ce dernier, dont on connoit le patriotisme, 
accepta la conversation proposée, parce qu'on semblait l'envisager 
comme un moyen assuré de produire d'heureux effets; il indiqua le 
rendez-vous chez moi pour le 3 janvier (1790), et m'en prévint, ainsi 
que quelques autres de ses amis 

« Nous nous réunîmes donc le 3, MM, de La Fayette, de La Coste, 
de La Tour-Maubourg, de Liancourt (1) et moi; MM. Malouet, de Vi- 
rieu, l'Evêque de Nanci, le chevalier de Bouftlers, La Chèze et Rhe- 
don y arrivèrent, et le premier ouvrit la conversation par un discours 
à-peu- près semblable à celui qu'il avoit tenu le 29 Décembre à M. de 
La Fayette, et que l'on trouve imprimé avec des guillemets dans le 
Journal des Impartiaux. Un de mes amis lui répondit que les situa- 
lions respectives étaient différentes, puisque ces Messieurs s'annon- 
çoient comme chargés d'une mission, tandisque nous n'étions que 
pour notre compte. On observa encore que 'nous ne pouvions pas 
reconnoitre l'existence de deux partis dans l'Assemblée Nationale, 
en avouant pourtant que nous gémissions souvent de la division qui 
s'y manifestoit dans beaucoup d'occasions; que l'établissement d'une 
négociation du genre de celle qui nous étoit proposée nous paraissoit 
impossible, parce que, nous bornant à suivre ce que notre conscience 
et nos lumières nous dictoient, nous n'étions ni chefs ni prosélytes 
d'un partie et que nous ne pouvions nous charger de répondre que de 
nous-mêmes. 

« La conversation roula vaguement sur plusieurs objets; on nous 
proposa de nous revoir le (i, ce que nous acceptâmes, et d'y invitei' 
quelques-uns de nos amis; mais aucun du petit nombre de ceux à 
qui nous en parlâmes, n'ayant désiré s'y trouver, la seconde conver- 
sation fut composée des mêmes personnes que la première. Elle fut 
vague aussi, et quoique ces Messieurs nous parlassent beaucoup de la 
nécessité de rétablir le Pouvoir exécutif, ils ne nous spécifièrent pas 
quels étaient leurs moyens pour y parvenir, et se bornèrent à nous 
dire que c'étoit le dernier objet dont on.devoit s'occuper. 

« On leur répondit, et je me rappelle leur avoir dit, et avoir été 
approuvé par mes amis, que c'étoit bien notre avis, et certainement 
même la volonté générale, de donner au Pouvoir exécutif toute 
l'étendue et toute la force nécessaires au salut d'un grand Empire : 



(1) Le duc de Liancourt faisait partie du Cluh de Valois (voir plus haut), ainsi 
(|ue la Tour-Maubourg et La Fayette. 



CLUB DES IMPARTIAUX 107 

mais que ce ne seroit pas une suite de Décrets faits en peu de joui's 
qui établiroit cette force constitutionnelle; que plusieurs des rela- 
tions du Pouvoir exécutif avec le Corps législatif, les Municipalités et 
les Assemblées administratives étoient déjà déterminées, que l'on 
détermineroit successivement les autres à mesure que Ton formeroit 
les différentes parties de la Constitution, et que la collection des arti- 
cles qui, dans chacun des chapitres, traiteroient du Pouvoir exécutif, 
composeroit celui dans lequel ses fonctions et ses prérogatives seroient 
constitutionnellement fixées ; mais que ce chapitre devoit être le der- 
nier, parce que le Pouvoir exécutif étoit la clef de la voûte, qui ne 
peut être placée que lorsque toutes les autres parties de l'édifice oui 
reçu leur forme et leur disposition. 

« Ces Messieurs nous annoncèrent leur projet de rendre compte 
au Public de ce qui s'étoil passé, d'arrêter et de publier une Déclara- 
tion de principes Impartiaux, et de former un Cbib^ dans lequel 
seroient admis tous ceux qui feroient profession de penser comme 
eux. Nous nous séparâmes, et il n'y eut point d'autre conférence 
indiquée. 

M Voilà, Monsieur, le récit de ces deux conversations aussi exact 
que ma mémoire peut me les rappeler ; car je vous avouerai que je 
n'en ai pas tenu note, ne croyant point être dans le cas de faire 
imprimer. Ce sont les interprétations peu fidèles de divers journaux 
qui m'y engagent; et comme c'est le vôtre qui le premier en a parlé, 
je vous prierai de vouloir bien y insérer ma lettre, qui sera la pre- 
mière et la dernière sur cet objet. 

« Depuis le 6 janvier (1790) nous avons vu paraître les Principes 
impartiaux et le Club se former; mais tout en rendant justice aux 
vues patriotiques des Membres de ce Club^ tout en adoptant plusieurs 
de leurs principes, il y en a quelques-uns sur lesquels nous sommes 
certainement d'avis différent; aussi leur profession de foi politique 
n'a-t-elle été ni adoptée, ni signée par aucun de nous. 

« Le Duc dk la Rûchbfquc.auld (1). » 



Le duc de La Rochefoucauld, après avoir voté l'affranchissement 
des noirs, réclama la liberté de la presse, se prononça contre les 
ordres religieux, et jouit d'une grande popularité; mais il se rallia 
à la droite pour déclarer nationale la religion catholique, puis il 



(1) Gazette nalioïKile, ii" CO. ilu inorcrodi lOmai's 171(0. 



108 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

demanda la suspension de Pétion et de Manuel, et devint très impo- 
pulaire (l'i. 

VII 

Un mouvement pacifique de modérés se produisait partout, dans 
les écrits et dans les paroles. Mais les haines se multipliaient. 

Servan, avocat général du parlement de Grenoble, avait refusé, 
pour cause de santé, le litre de député aux États-Généraux. Il publia, 
en décembre 1789, une brochure (in-S" de 68 pages) intitulée : Adrcs^p 
niix A^nis de la paix, coïncidant avec son Essai sur la formation des 
Asseinhlres nationales, provinciales et municipales. 

Le 2 janvier 1790, parut une Lettre des Impartiaux aux Amis de la 
paix : 

« Chers camarades, vous êtes ce que nous sommes, et nous sommes 
ce que. vous êtes; vous voulez la paix et la liberté; nous voulons la 
liberté et la paix. Mais notre ami, M. Servan, a oublié de nous dire 
par quelle voie raisonnable on y arrivait; et, s'il est impossible de 
rien ajouter à la pureté de ses vues, à la sagesse de ses observations, 
au charme de son style, il est très nécessaire de vous conduire au 
but plus directement, et sans perte de temps. 

<( Il convient d'abord que vous sachiez, amis de la paix, que nous, 
les Impartiaux, qui avons l'honneur de vous écrire, formons la plus 
malheureuse portion de l'Assemblée nationale. — Nous avons débuté 
par être également détestés des démocrates et des aristocrates ; car 
vous n'ignorez pas, amis de la paix, que les hommes passionnés ont 
une singulière aversion pour les hommes modérés; ceux d'entre 
nous qui ont essayé de développer leurs principes ont été sur-le- 
champ dénoncés au peuple comme ses ennemis, aux jolies femmes 
comme des hommes sans moyens, et les beaux esprits n'ont pas 
manqué de nous ranger à une grande distance des temps héroïques 
où nous sommes parvenus. — Les francs aristocrates n'avaient pas 
pour nous moins de mépris; et, si la fortune avait favorisé leurs 
armes, nous aurions été traités comme les Tartares de l'armée 
vaincue. — Messieurs les ministres, et gens de la cour, ne faisaient 
pas plus d'attention à notre modeste bataillon, et nous n'avons eu 
nouvelle de notre importance qu'en nous voyant inscrits dans les 
listes de proscriptions. 

« Il faut cependant vous avouer, amis de la paix, qxu'. sans nous 

(1) Massacré à Gisors en 1792. 



CLUB DES IMPARTIAUX 101) 

lïiclier el sans injurier personne, nous éprouvions alternalivement de 
la pitié et de l'indignation des sottises de la cour, de celles des aris- 
tocrates, et des extravagances philosophiques des métaphysiciens et 
des matérialistes, qui ne nous aiment pas. — Par matérialistes, nous 
n'entendons pas désigner le dogme, mais seulement l'enveloppe : 
car, il faut le dire, il y a eu dans cette afîaire, comme à la création 
du monde, une première impulsion ; et, le mouvement dé rotation 
une fois imprimé, les satellites tournent autour de leur soleil dans 
un même cercle, avec cette différence que les corps célestes exécu- 
tent paisiblement leurs révolutions, au lieu que ces corps sublu- 
naires ont un mouvement bruyant, et de fréquentes explosions. 

« Pour nous, amis de la paix, nous n'avisons que d'aujourd'hui de 
nous déclarer une puissance; mais aussitôt qu'elle sera bien connue, 
elle sera irrésistible ; car c'est celle de la raison et de la justice. 

« Or, voici notre plan d'attaque et de défense, ou plutôt de restau- 
ration ; car tout s'ébranle et se détruit, et nous voulons sauver du 
naufrage la constitution, la royauté, la religion, les mueurs et ce qui 
reste de pi*opriétés intactes 

« Premièrement, nous consentons à laisser à ces messieurs qui 
frappent du pied, battent des mains, et font des lois à la clameur de 
haro, nous leur laisserons tous les honneurs du spectacle qu'ils 
donnent tous les jours gratis aux galeries. — Nous voulons continuer 
à nous faire remarquer par une contenance paisible et impassible, 
(jui finira par être celle du vrai patriotisme. 

« Nous continuerons à écrire dans nos provinces qu'il faut se 
calmer et obéir aux lois, au roi, et n'offenser personne ; de telle sorte, 
([u'au jour du jugement chacun de nous puisse dire : Je suis le 
député du canton où il y a eu le moins de châteaux brûlés et le moins 
de sang répandu; ce qui, dans la compensation des titres et mérites, 
écjuivaudra, au moins, à un éloge de journaliste. 

" Nous ne prétendons aussi faire usage que ce jour-là des lettres 
anonymes, des listes de proscriptions et de toutes les couronnes de 
martyre que nous ont obtenues nos opinions, conformes à celles de 
M. de Mirabeau sur le veto royal et la Constitution, en Assemblée 
nationale, ainsi que notre doctrine sur les deux Chambres. 

« Ces opinions, qui ne sont plus pour nous que des souvenii-s pré- 
cieux de nos devoirs accomplis, sont maintenant subordonnées à 
d'autres principes constitutifs que nous voulons maintenir, pai'ce (jue 
la paix publique y est attachée. 

« Nous ne voulions pas une révolution à feu et à sang, et nous ne 
pensons pas encore qu'elle lïit nécessaire, attendu (pie, lorscpie les 



110 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

représcuLants d'une nation sont assemblés, et qu'ils ont sa conllance, 
ils ont une puissance absolue pour réprimer les abus et rétablir les 
droits du peuple dans toute leur étendue. Or, c'était là notre mission, 
et chacun de nous a tout le courage nécessaire pour la remplir com- 
plètement. 

« Mais la révolution est faite; et ce qu'on appelle une contre-révo- 
lution est une absurdité en spéculation, et serait un malheur affreux 
si (juelque imbécille {sic) osait la tenter. 

« Or, nous vous assurons, amis de la pai\, que nous sommes des 
ij,ens très sensés, et qu'il y en a parmi nous qui savent aussi bien ce 
((lie c'est qu'un gouvernement que ceux qui viennent d'en faire un 
neuf. Il s'agit maintenant de le faire aller, et nous entendons pour 
cela en raffermir le grand rouage, qui est la royauté. 

« Nous voulons que le pouvoir exécutif reprenne toute l'énergie 
dont il est susceptible par la constitution, et que ses agens soient 
responsables de quelque chose; car nous ne concevons pas ce qu'on 
peut leur demander, et ce qu'ils ont à faire dans ce moment-ci. — 
Il est même extraordinaire que l'honorable membre, qui poursuit le 
livre rouge, passe sous silence les appointements des secrétaires 
d'État depuis qu'ils sont en vacance. 

(' Nous voulons que le roi soit plus puissant que le maire de Paris ; 
(juc les municipalités et les gardes nationales lui obéissent, ainsi (juc 
l'armée de terre et celle de mer. 

« Nous réprouvons le gouvernement fédératif et tout ce qui res- 
semblerait à la ligue Âchéenne et Ionienne dont le roi de Macédoine 
vint aisément à bout. 

« Nous empêcherons que le portefeuille des affaires étrangères soit 
mis, comme le Journal de Paris, à la discrétion des tribunes et des 
galeries. 

« Nous voulons ((ue toutes les assemblées administratives soient 
dans la dépendance du roi, et ([u'elles ne puissent rien sans son con- 
sentement. 

« Nous voulons que toute désobéissance à ses ordres, quand les 
ordres du roi ne contrarient point la loi, soit punie comme forfaiture. 

« Nous voulons que la splendeur du trône soit rétablie, et que le 
roi ait toutes les jouissances qui peuvent contribuer à son bonheur 
personnel et au maintien de la dignité de la famille royale; qu'en 
conséquence, il ordonne et règle sa maison militaire, ainsi que bon 
lui semblera, sans qu'aucun district puisse le trouver mauvais. 

« Nous nous opposons à la liberté de lous les cultes publics. — 
P'après les divisions qu'ont produit {sic) parmi nous la diversité 



CLUB DES IMPARTIAUX III 

(ropiiiioiis politiques, celle des religions nous mettrait dans un état de 
gueiTc perpétuelle, et notre amour pour la paix nous fait désirer de 
conserver à la religion de nos pères une grande prépondérance, sauf 
à convertir en mosquées, en synagogues, tous les boudoirs de Paris, 
ce qui nous est indifférent. 

« Nous aurions désiré qu'on eût mis vingt années à détruire tout 
ce qui a été détruit en quelques heures; mais ce qui est fait est fait, 
nous voulons laisser debout ce qui n'est pas encore renversé. — En 
conséquence, nous oserons déplaire aux gazetiers, en mettant une 
circonspection raisonnable dans les dispositions subséquentes au 
décret du 2 novembre sur les biens ecclésiastiques. 

« Notre intention est d'abord d'assurer les frais du culte et la sub- 
sistance des ministres, ainsi que celle des pauvres, tout autrement 
(jue par des calculs hypothétiques. 

« Nous ne croyons ni juste, ni utile de salarier les prêtres en argent; 
de les dépouiller d'une dotation territoriale. 

<( Nous consentirons à toutes les suppressions et réductions raison- 
nables, à l'aliénation de quatre cents millions; mais nous ne dépas- 
serons pas ce terme. 

'< Et cependant, nous ne voulons point d'ordre, ni de résurrection 
d'ordre, aussitôt que l'ordre des avocats sera enterré. 

(' Nous estimons que la suppression des parlements est une opéra- 
tion nécessaire, mais à charge de remboursement. 

« Nous serons fort aises de voir MM. les maitres des requêtes et 
conseillers d'État, employés dans les municipalités, de préférence aux 
avocats et procureurs; mais nous n'avons point d'article arrêté pour 
ce qui les regarde. 

« Nous prenons un intérêt très vif au commerce, à l'agriculture, à 
la navigation, aux colonies ; nous provocjuerons et nous accueillerons 
avec transport toutes les lois (jui encourageront le travail et l'indus- 
ti'ie. 

« Nous désirons un système raisonnable d'imposition et de liiuince; 
et, après l'avoir longtemps attendu, nous prendrons la liberté d'en 
proposer un, si le comité ne se dépêche. 

'< Finalement, nous désirons justice, protection, liberté, sûreté 
jxjur tous, sans en exclure le Pape et son comtat d'Avignon, que 
M. Bouche convoite amoureusement. — Nous nous opposerons à l'in- 
vasion, ainsi qu'à la destruction de l'ordre de Malthe {sic). 

« Quant aux chanoinesses, et à tous les chapitres nobles, nous les 
verrions subsister sans inquiétude, et supprimer sans chagrin, 
moyennant les mesures et les égards convenables pour les titulaires; 



1(2 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTIONNAIHLS 

en général, nous n'aimons point l'impétuosité, la précipitation, la 
colère, dans les fonctions législatives. — Nous sommes plus disposés 
à absoudre qu'à condamner, à concilier qu'à diviser. Le comité des 
recherches, et tous les complots qu'il a imaginés, ou découverts, ou 
poursuivis, nous paraissent d'absurdes et d'iniques moyens de régé- 
nération. Nous travaillerons à faire disparaître cette page de notre 
histoire. 

« Lorsqu'on nous dénoncera une cocarde noire, nous lèverons les 
épaules. 

« Nous ferons établir, aussitôt que nous le pourrons, un poteau à 
carcan pour les libellistes, sans entendre proscrire les plaisanteries 
aimables qu'on pourrait se permettre sur notre compte. — Mais toute 
espèce d'imposture est un poison pour le peuple, et la grossièreté 
une chose dégoûtante pour les honnêtes gens. 

« Du reste, amis de la paix, nous abandonnons le fauteuil et toutes 
les dignités auxquelles on parvient par la combinaison des nombres; 
et notre bataillon sera toujours prêt à s'ouvrir pour recevoir un aris- 
tocrate pénitent ou un enragé converti. 

« Nous ne faisons point serment de nous lever ou de nous asseoir 
au commandement d'un officier-major qui fait faire l'exercice à la 
Prussienne; fidèles à nos principes, s'il plaisait aux parties adverses 
de les adopter, "et aux alliés de les oublier, ou si, dans les articles 
imprévus, nous apercevons tort ou raison dans l'une ou l'autre extré- 
mité de la salle, nous refuserons le salut au tort, et nous ferons la 
révérence à la raison. 

« Apprenez maintenant, amis de la paix, que telle est notre con- 
duite depuis le o mai, sans nous en être écartés un instant, et qu'au- 
paravant, il n'y a pas un de nous, véritables impartiaux, qui eût fléchi 
le genou devant le véritable despotisme ; tandis qu'on assure que 
plusieurs hommes, libres d'hier, faisaient fonctions d'esclaves avant 
hier. 

« Or donc, amis de la paix, laissez là la brochure du jour, même 
celle-ci, qui vaut peut-être mieux qu'une autre; prenez vos cannes et 
vos chapeaux, sans oublier la cocarde, et allez-vous-en de rang en 
rang, de place en place, pour nous chercher d'honnêtes gens; mon- 
trez-leur nos conditions, nos principes, et dites, avec assurance : Là 
l'U la paix, la justice, la vérité ; bonnes gens, ralliez-vous à ces ensei- 
gnes. 

« Dites aux officiers municipaux, aux comités permanens, aux 
gardes nationales, qu'il y aura toujours des sottises, mais qu'il n'y a 
plus de complots redoutables; (pi'il faut que les vaincjueurs et les 



CLUB DES IMPARTIAUX 113 

vaincus se réunissent cordialement, et que c'est à la force qu'il con- 
vient de ne point abuser de la victoire ; qu'il n'y a de révolution utile- 
ment consommée que celle qui met un terme à la violence, aux 
outrages, à la défiance, à l'inimitié ; 

« Qu'aussitôt que la bienveillance et la bonté se manifestent dans 
un tems de trouble, il arrive ce que l'on voit clans les jours orageux, 
lorsqu'un souffle pur chasse les nuages et nous rend le soleil dans 
tout son éclat. 

« Amis de la paix, remettez doucement chacun à sa place, le magis- 
trat sur son siège, le procureur dans son étude, l'ouvrier dans son 
atelier et le soldat dans ses cazernes {sic) ; ils ont assez longtemps 
habité les cafés et les places publiques. 

(' Dites aux gardes nationales qu'ils dépensent un million par jour; 
car la diminution du travail est précisément celle de l'argent, des 
subsistances des denrées et des marchandises ; 

« Qu'ils laissent donc reposer leurs fusils jusqu'à ce que les puis- 
sances ennemies chargent les leurs. 

« Dites aux politiques métaphysiciens que nous avons besoin main- 
tenant de faire un cours de physique expérimentale, et que nous 
reviendrons à eux à la suite de ce cours. 

« Dites aux courtisans que la leçon est dure, mais qu'il faut (pi'ils 
en profitent. 

« Dites aux ministres de prendre une attitude ministérielle, et (jue 
nous les aiderons pour le bien. 

« Dites au clergé, par la voix insinuante de son agent, qu'il faut 
en linir; que nous n'entendons point abandonner au pillage et le 
prêtre et l'autel ; mais qu'il n'y a plus d'ordre et plus d'abbaye pour 
personne. — Du reste, amis de la paix, mettez une grande impor- 
tance à concilier aux ministres de l'Église, qu'on outrage impuné- 
ment, le respect et la confiance des peuples. 

« Dites aux parlemens que leur dernière heure est arrivée; (lu'il 
faut se résigner et faire une belle mort, d'autant que nous aurons 
soin de leurs héritiers, et que nous n'entendons point les supprimer 
sans les rembourser. 

« Dites au peuple, aux citadins, aux districts, que, s'ils continuent 
à se mêler de tout, ils bouleverseront tout : car il y a fort peu 
d'hommes très capables de gouverner les autres. Enfin, amis de la 
paix, n'oubliez rien de ce qu'a oublié M. Servan; et son home ie, 
jointe à la vôtre, sera un ouvrage parfait; comme il est lui-même un 
parfait citoyen et un excellent écrivain, que nous chérissons, ainsi 
que le petit nombre de ceux qui lui ressemblent. 



114 LES CLUBS CONTRE RÉVOLUTIONNAIRES 

, « Sur ce, amis de la paix, nous prions Dieu (ju'il bénisse vos efforts 
et les nôtres ; nous continuerons à être vos plus lidèles coopéraleurs, 

« Lks Impartiaux (1). » 

Mil 

La lettre ci-dessus reproduite ne pouvait contenter les parlemen- 
taires, dont elle faisait bon marché, ni les hommes que les premiers 
actes de la Révolution atteignaient sérieusement dans leurs privilèges 
et leurs intérêts. Aussi, un monarchiste publia une Réponse à In lettre 
des Impartiaux (2), où Ton remarquera, entre autres critiques, ces 
reproches véhéments : 

« ... Vous venez aujourd'hui nous annoncer des sentiments plus 
modérés; mais avez-vous abandonné les principes qui ont dirigé jus- 
(ju'à présent l'Assemblée? Non, vous les professez encore. 

« Avez-vous le projet de revenir sur vos pas, de réparer vos erreurs, 
de rétablir ce que vous avez détruit? Non, vous annoncez, au con- 
traire, de nouveaux projets de destruction : il ne reste plus que les 
Parlemens, et vous voulez les abolir... 

«... Avouez-le, Messieurs, le but que vous vous proposez est de 
vous rallier des partisans pour faire reparoitre votre projet chci'i, 
votre Chambre haute, qui ne seroit autre chose qu'une Cour plénière 
aussi facile à corrompre, et plus dangereuse que celle que Brienne et 
Lamoignon nous avoient proposée... » ~ 

Loménie de Brienne était l'homme de Marie-Antoinette; il s'était, 
lui que Louis XVI appelait le « prêtre athée », rendu impopulaire 
par sa lutte contre les parlements, et il avait dû démissionner en 
août 1788. Lamoignon avait, comme Brienne, voulu faire enregistrer 
les édits du timbre et de la subvention territoriale, et, comme 
Brienne encore, il avait été brûlé en effigie sur le Pont-Neuf. 

Le district de Saint-Jacques l'Hôpital s'émut et prit ini arrêté : 
« DISTRICT DE SAINT -JACQUES -L'HOPITAL 

« ASSEMBLÉE GÉNÉRALl-) 

« Séance du mercredi 3 février 1790. 
u Dénong[at[ON d'un Imprimé, ayant pour titre : 
u' Li:s Impartiaux. 
t< De ta Délibération de ce jour a été extrait littéralement ce qui suit : 
« L'Assemblée générale du District de Saint-Jacques l'Hôpital, sur 

(1) Bib. Nat., Lb 39/27i4. 

(2) Réponse à lu lettre des Impartiaux, brochure sans (lato, trù;? probablement 
.le 1790. Bib. de la Chambre des députés, recueil factice, Bf 222 (t. XXXYII). 



CLUB DES IMPARTIAUX H 5 

la dénonciation qui lui a été faite d'un Imprimé sans nom d'Auteur 
et d'Imprimeur, adressé à son Président, ayant pour titre : Les Impar- 
tiaux, et distribué avec profusion dans les Comités des Districts de 
Paris, et en ayant pris connaissance, estime que l'Auteur de cet 
Ouvrage n'a pu avoir en vue que d'exciter le Peuple à désapprouver 
les décrets de l'Assemblée Nationale, à jetter {sic) une défaveur dan- 
gereuse sur ses opérations et exciter le trouble sous le vain appas de 
l'ordfe de la paix ; que c'est faire un outrage à l'Assemblée Nationale 
que de laisser errer des soupçons sur quelques-uns de ses Membres, 
ainsi qu'a voulu le faire l'Auteur en commençant son ouvrage par ces 
mots : Nous, Membres de rAssevihlée Nationale. 

« Les Citoyens du District étant intimement persuadés qu'il ne 
peut exister dans le sein de cette auguste Diette {sic) des Membres 
assez mal intentionnés pour tendre, sous le voile du mystère, des 
pièges au Peuple, 

« 11 a été, en conséquence, arrêté qu'il serait nommé deux Députés 
pour se retirer par-devant MM. les Représentants de la Commune en 
Assemblée générale, à l'efTet de les prier de s'occuper à rechercher 
les Auteurs de cet imprimé anonyme et dangereux; que cet arrêté 
serait envoyé à M. le Président de l'Assemblée Nationale, en le priant 
de le communiquer à l'Assemblée comme une preuve du respect du 
District de Saint-Jacques l'Hôpital, et qui sera adressé au {sir) 59 Dis- 
tricts le plus promptement possible pour éviter les efl'ets dangereux 
des principes que cet Imprimé renferme. 

<- Efpour porter cet Arrêté, l'Assemblée a député : 

" MM. Sergent, Président; 

« Parquoy, Commissaire du Comité Permanent . 

'< Pour extrait conforme audit Arrêté, délivré par nous Secrétaire 
(ireffier du District, étant sous registre des Délibérations en notre 
possession, ce jourd'hui, i février 1790. 

« BLANC, Secntairc-Grefficr [V). » 

H était évident ({ue le Club des Impartiaux se recrutait parmi les 
membres du centre de l'Assemblée natioiiclle, et le prenait de haut 
vis-à-vis de la majorité ; qu'il aspirait à faire nommer deux chambres^, 
une haute, l'autre basse, selon le système anglais. 

(1) Bil). \at. (inauuscrils). Nouvelles ;ic(|iiisiUoa.s tVaii(;uises, a" 2()i)8i 



MO LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

JX - 

La presse patriote publia des articles sur le club des Impartiaux^ 
à propos duquel Prudhomme imprima une sorte de réquisitoire qui 
lut lu avidement par les masses parisiennes : 

« Dès la première séance, la faction a élu pour président, par accla- 
mation, son altesse éminentissime ^ illustrissime monseigneur Hu- 

teau (vic), avocat, député du tiers état de Paris (1); et la preujière 
matière mise en délibération a été la conservation des biens ecclé- 
siastiques, 

« Il s'est trouvé dans le nombre des assistants quelques honorables 
membres qui n'étoient pas venus pour chercher des moyens de 
mettre des entraves aux opérations de l'Assemblée nationale. M. le 
cardinal de Rohan dit expressément : « Lorsqu'on m'a invité à venir 
ici, on m'a assuré qu'on ne s'occuperoit que d'objets qui auroient 
trait à l'intérêt général, et je vois qu'il s'agit des aflaires particulières 
du clergé. Occupons-nous du bien commun. Cette assemblée ne peut 
avoir d'autre objet sans crime et sans danger. » Sa remontrance ne 
fut point écoutée. Il fut décidé que le parti aristocratique se diviseroit 
en deux branches; que MM. Maury, d'Esprémenil [sic) et le vicomte de 
Mirabeau, avec une trentaine d'autres privilégiés, continueroient à se 
montrer ouvertement les ennemis du peuple, de la révolution et de 
toute sage réforme, pendant que MM. Malouet et Virieu se mettroient 
à la tète du reste de la faction, et prendroient le nom respectable 
d'impartiaux (2). » 

En réponse, dans la Lettre d'un impartial à M. Prudhomme , auteur 
des Révolutions de Paris, on remarque ces explications très dévelop- 
pées : 

« Je suis impartial. Monsieur, et j'ai lu ce que vous dites de notre 
société dans votre 28" n". Vous nous dénoncez comme des aristo- 
crates; vous nous prodiguez les invectives les plus atroces. Je ne ré- 
ponds point à des invectives; et le public jugera bientôt si nous 
sommes des aristocrates : mais vous rappelez nos principes pour les 
combattre, et vous annoncez des faits inexacts. C'est uniquement 
pour défendre nos principes et pour rétablir les faits que, je vous 
écris cette lettre. Vous dites que nous nous assemblons aux Auguslins ; 



{{) Hulteati, quoique partisan des idées nouvelles, vota souvent avec la minorité 
réactionnaire. 
(2) Jiévolulions de Paris, 1790, n» 28, p. il et 12. 



CLUB DES IMPART [AUX 117 

que le district de rabbaye Saint-Germain regarde cette assemblée comme 
ïin attronpement qui doit être dissipé, à moins que les aristocrates 
attroupt's ou conjurés ne reçoivent quatre commissaires pour surveiller 
ce qui se -passera dans rassemblée. Ces quatre lignes sont un tissu 
d'erreurs. Nous nous assemblons rue de la Michodière, n" 8 ; nous 
avons envoyé au district des filles Saint-Thomas deux députés pour 
prévenir ces messieurs de l'existence et du but de notre association, 
leur remettre des exemplaires de nos principes, et inviter à nos 
séances ceux de ses membres à qui il conviendroit d'y assister. Le 
président du district a reçu nos députés avec les égards dus à une 
réunion de bons citoyens ; réunion que la loi approuve, et que vous 
avez tort de calomnier. Voilà les faits auxquels j'ajoute que le cin- 
quième article de notre règlement porte : que toute personne pré- 
sentée par un membre pourra assister à nos séances ; d'où je vous 
somme de conclure que nos intentions sont pures, et que vous-même, 
M. Prudhomme, vous pouvez vous présenter à nos assemblées, et 
que vous nous ferez plaisir. 

« Dans l'analyse de nos principes, vous parodiez quelquefois, et 
vous ne raisonnez pas souvent. 

« Lorsque nous disons que nous renonçons aux opinions par les- 
quelles, dans les discussions, quelques-uns de nous ont pu combattre 
les principes que l'Assemblée nationale a décrétés, vous dites que l'on 
doit nous en savoir gré ; cela n'est ni piquant ni profond. Vous me 
dispenserez d'y répondre. 

« Lorsque nous disons que nous ne voulions pas une révolution à 
feu et à sang, vous dites que nous la voulions à Yea\i rose, comme 
celle de Cro/n?/'e//; cela n'est ni de bon goût ni de bon sens; vous me 
dispenserez dy répondre. 

« Lorsque nous disons que nous voulons que le pouvoir exécutif 
reprenne toute son énergie, vous dites que les patriotes le veulent 
aussi. Dieu veuille que vous ne soyez pas démenti par tous ceux que 
vous appelez patriotes ; et je n'aurai rien à vous répondre. 

« Lorsque nous disons que nous nous opposerons à la liberté de 
tous les cultes publics, vous ne combattez cette assertion que par 
l'exemple de l'Amérique, de Strasbourg et de Bordeaux. — Je vous 
réponds que nous avons expliqué cette phrase dans nos principes 
impartiaux, qu'en accordant le culte commun, nous nous bornons à 
désirer que la solennité du culte soit réservée à la religion catholique, 
(jue l'Assemblée nationale a sans doute reconnue nationale (1), puis- 

(1) '< Ou la roliaion catholiquo est uno associfitinn libro, ou fllo osl \\n (>(abli!*- 



♦ 18 LES Cr.UUS CONTRE-HÉVOLUTIONNAIRES 

qu'elle a déclaré ses biens à la disposition de la nation, comme appar- 
lenans à un établissement public. Enfin, je vous observe que Thu- 
meur qui repiirait en Languedoc ne prouve que trop qu'il faut laisser 
mûrir les nations, et ne pas compromettre la tranquillité publique. 

" Lorsque nous annonçons que nous voulons borner aux 4{K) mil- 
lions décrétés les alithiations des biens du Clerr/é, vous dites... Voilà le 
ffraud mot lâché. 11 n'y a rien à répondre à cette raison. Vous ajoutez 
qu'on ôtera à VAhbè Maury ses huit cents fermes, qu'on lui en laissera 
uner ou deux pour vivre jusqu'à ce qu'il trouve une paroisse qui 
veuille de lui pour vicaire. — A cela je réponds qu'il ne faut voler 
personne, même VAhbé Maury; et que l'homme qui propose de dé- 
pouiller, même un Aristocrate., n'a ni principes, ni probité. 

« Lorsque nous disons que nous soutiendrons l'ordre de Malthe, 
vous nous dites que, ne connaissant pas les raisons de M. Camus, 
nous ne pouvons pas savoir si elles ne seront pas bonnes. Je réponds 
que, du moins, nous connaissons l'ordre de Malthe, ses droits et ses 
propriétés, les raisons qu'il y a pour défendre un établissement qui 
protège notre commerce du Levant, et qui est de la plus grande 
utilité politique; enlln, que nous connaissons M. Camus [i), si nous 
ne connaissons pas ses raisons. 

« Lorsque nous annonçons notre indifférence pour 1(!S chapitres 
nobles, vous dites que ces établissements sont dispendieux et inutiles 
î\ l'état; je réponds que cela est loin d'être prouvé, mais que leur 
inutilité même démontrée ne nous condamne pas, puisque nous 
renonçons à les défendre. 

«' Voilà cependant, Monsieur, ce que vous avez cru devoir atta<iuer; 
et c'est après cette série de raisonnements que vous dites : là est l'as- 
tuce, le mensonge et rhypocrisie. M. Prudhomme, vous n'êtes pas im- 
partial. 

(( J'ai l'honneur d'être, etc. 

« Un Imi'ahtial. » 

X 

I^a polémique des Impartiaux avec les journaux patriotes devenail 
de plus en plus vive. Les modérés se disaient calomniés, faussemeni, 
hypocritement accusés d'aristocratie. Les patriotes s'apercevaient 



sonipnt public ot national ; dans lo premier cas, la nation n'a aucun droit sur ses 
biens; dans le second cas, on ne peut lui contester la faveur et l'existence d'une 
religion nationale; il n'y a pas moyen de soi'tir de ce dilême (sic). >> 
[l) Camus fut avocat du cleroré de Krance avant la Révolution. 



CLUB DES IMPARTIAUX H9 

que les Impartiaux^ en bons termes avec la plupart des représentants 
des pouvoirs publics, se croyaient appelés à peser sur le gouverne- 
ment, à parler sans cesse au nom du roi et de ses droits légitimes. 

Ils répondirent à Camille Desmoulins, qui les attaquait vertement, 
par une nouvelle profession de foi : 

.. LETTRE 

« d'un impartial 
« A M. CAMILLE DESMOULINS, 

'< Anlritr (les /i('-volii lions de Brnlinnt (I;. 

« M 

" .l'hésitois à vous écrire; je me disois : Qu'y a-t-il, que peut-il y 
avoir entre Camille Desmoulins et la société des Impartiaux? Je me 
rappellois ce qu'a dit un de nos membres à Versailles : Il y a loin du 
fer de l'assassin au cœur de l'honnête homme; mais, puisqu'entin 
vous avez franchi l'espace, puisque vos calomnies nous atteignent, il 
faut bien qu'on vous réponde. 

« Il est faux que nous soyons des aristocrates; nos principes ne 
sont et ne seront jamais les leurs; nous obéissons à la constitution 
qu'ils attaquent ; nous reconnaissons (art. II) que la nation seule peut 
la changer ou la modifier. 

« Nous reconnaissons (art. III) qu'il faut garder la foi promise el 
due aux créanciers de l'état. 

« Nous demandons (art. IV) pour le Roi, non pas une autorité illi- 
mitée, mais le pouvoir exécutif suprême, conforme au vœu solennel 
de la nation, et aux principes monarchiques reconnus et consacrés 
par la constitution. 

« Nous jurons (art. Vj de défendre les droits de l'homme et du 
citoyen. 

« Nous reconnaissons (art. XI) qu'une nouvelle constitution veul 
un autre ordre judiciaire, dans lequel les nouveaux tribunaux soient 
restreins au seul pouvoir de juger. 

« Nous voulons (art. XIII) que l'armée et les gai'des-nationales 
soient soumises au monarque, comme le monarque, lui-même, doit 
être soumis aux lois. 

« Voilà, Monsieur, la doctrine de ceux que vous appelez aristo- 
crates. MM. Duv. d'Espr., de Caz...et Mau... la signeront peut-être un 



(1) Révohdlons de France et de Brahmit. Cp journal oui 86 numéros, sous la 
direction de Camille Desmoulins, et obtint un j^rand sum'-s. Il parut depuis le 
28 novembre 1789 jusqu'au 18 juillet 1791. 



lyu LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIUES 

jour; mais, jusqu'à présent, ils ne l'ont pas signée, et nul ne peut 
être (sic) de notre société qu'il n'ait signé ces articles. 

« IVous ne voulons que la paix et l'afFermissement de la constitu- 
tion, et nous croyons fortement que l'une et l'autre ne peuvent 
s'opérer que par un amour constant de la vérité et de la justice. 
Indulgent [sic) pour les erreurs, nous sommes implacables pour les 
cabales; nous haïssons les brigands qui font usage de la lanterne ; 
nous exécrons les ambitieux qui font usage des brigands, et nous 
méprisons les journalistes qui se vouent à louer les ambitieux, les 
brigands et la lanterne. 

« Inébranlables dans nos principes, nous ne craignons pas la 
lumière ; tout honnête homme peut être admis à nos séances, s'il est 
présenté par un membre : si vous ne trouvez personne qui veuille 
vous y présenter, je vous promets une exception, vous pouvez venir 
votre journal à la main, et le président ou un secrétaire vous feront 
donner une place. 

« Je vous ai fait. Monsieur, notre profession de foi; j'y ajoute, pour 
votre instruction, que nous respectons toutes les autorités légitimes, 
que nous regardons, avec l'Assemblée nationale et d'après ses décrets, 
la personne du roi comme inviolable ; que, persuadés que les vertus 
privées sont les garans et les compagnes inséparables des vertus 
publiques, nous respectons dans notre roi les qualités de bon père, 
et de bon mari; que nous nous interdisons soigneusement de 
l'aftliger dans ses affections ; et qu'ainsi, jamais un Impartial ne rira 
de vos indécentes plaisanteries sur le Roi, que vous appelez M. Veto, 
ni sur la reine, que vous appelez avec affectation la femme du roi, à 
qui vous refusez le titre de Majesté, et dont vous regardez le prétendu 
ressent imnit comme un argu lient sans rêpHqije, en faveur de celui 
que vous en croyez l'objet. 

« Je me borne à ce peu de mots, mais je vous promets que si la 
société entreprend jamais l'analyse des libelles qui ont infecté la ca- 
pitale, je me chargerai avec résignation de celle de vos maximes 
anarchiques. 

« J'ai l'honneur d'être, etc. 

« Un Impartial (l). » 

S'attaquer à Camille Desmoulins, plein de verve, d'esprit, d'élo- 
quence passionnée, de violence endiablée, c'était rompre complèle- 
ment avec les hommes d'action. Depuis le mois de juillet 1789, 

(1) Bib. Nat., Lb 39/3042. 



CLUH DES IMPARTIAUX 121 

époque où il avait jeté pour la première fois, dans le Palais-Royal, le 
cri : Aux armes! Camille exerçait une grande influence sur le peuple 
de Paris qui lui faisait cortège dans les rues. 

Le Club des Impartiaux sembla réactionnaire au suprême degré, 
non plus seulement modéré comme il prétendait l'être. Les avancés 
de toute nuance se plurent à dénoncer, chaque jour, avec plus d'in- 
sistance, son attitude aristocratique et monarchique ; il se trouva pris 
entre deux feux, moqué par les royalistes purs, accablé par les (-or- 
deliers et les Jacobins. 

XI 

Le mot même d'impartial souleva une polémique. Un pamphlétaire 
apostropha ainsi les membres du Club des Imparliaax^ incapables de 
résister à tant d'ennemis clairvoyants : 

« Non, Messieurs les Impartiaux, ne l'espérez pas : quelque facile à 
tromper que soit le bon peuple de France, vous ne parviendrez pas 
à le séduire. Votre masque patriotique ne vous servira de rien : on 
vous connoît; vous êtes ces tristes Sénateurs déjoués dans leurs 
projets, qui s'étoient flattés de s'asseoir dans la Chambre haute, et 
d'y devenir les heureuses souches d'une nouvelle race de patriciens. 
Vous êtes les exécuteurs de ce vaste projet enfanté par Brienne, cor- 
rigé, perfectionné depuis son départ. 

«... Vous vous glorifiez d'avoir été inscrits sur les listes de pros- 
cription ; quelques-uns de vous assurent même qu'on a voulu les 
traiter comme les Foulons et les Berlhiers. 

« Messieurs les Impartiaux, vous vous vantez, personne ne vous a 
fait l'honneur de songer à vous pendre ; mais vous aviez peur, on 
s'en apercevoit; et en vous parlant de la lanterne, on s'assuroit de 
vos suffrages. 

« Vous vouliez une révolution ; mais vous eussiez désiré d'employer 
vingt ans éi détruire; vous vouliez savourer ce plaisir délicieux : 
j'avoue de bonne foi que j'aime mieux les Enragés » (1). 

Un autre pamphlétaire les définissait à sa manière : 

« Impartiaux : mot très nouvellement inventé, et très justement 

appliqué à une association de zélés patriotes, qui viennent de se con- 

fédérer pour le bien public qu'ils désirent. Cette association est 

appelée le club des impartiaux; elle est composée des honorables 

(1) Voulez-vous sauver rÉla'.' Ptenez et. lisez. Jîmr'liiire do 42 p.. lu-8". 1790. 



12? LKS CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

membres, déjà célèbres et célébrés sous le nom d'Avgiistlns. Ils ont 
(les principes invariables qu'ils ont exposés dans leurs invariables 
statuts, où ils annoncent qu'il est plus que tems, pour ramener la 
paix et sauver la France, de conserver au clergé un domaine territo- 
rial, et de mettre en vigueur le pouvoir exécutif suprême. M, de 
Malouet, si avantageusement connu par son civisme, est, dit-on, pré- 
sident-né de ce cliib! Ali ! que d'associations qui veulent votre 
bien (1) ! » 

Le Moniteur universel publia, sous la rubrique Variétés, Réflexions 
sur VEspril de parti, un article contenant ce paragraphe : 

« Quant aux Ln/.artianr, je ne leur parlerai point; j'attends qu'ils 
prennent un parti ; car entre o^d et non, je ne vois pas trop de mi- 
lieu, et il y a une différence notable entre ces deux choses, prendre 
vn parti, ou être d'un parti (2). -> 

Dans cet article, le Moniteur lui-même, réputé pour sa modération, 
ou du moins pour ga neutralité habituelle, lançait une flèche à des 
gens qui laissaient à deviner leurs véritables intentions et qui no 
montraient pas franchement leur cocarde, qui louvoyaient entre it 
roi et l'Assemblée nationale. 

Répondant à un article de VOhserimteur, le Journal des Impartiaux 
déclarait : 

« V impartialité consiste, non à ne prendre aucun parti ni pour ni 
contre la révolution, ni pour ni contre l'Assemblée nationale, mais à 
respecter la constitution, à obéir aux lois, à vouloir que tout le 
monde vive en paix sous leur égide, à ne point exciter la défiance du 
peuple, à ne point l'encourager au désordre, à ne point lui répéter 
sans cesse qu'il est juge et souverain. 

« Par exemple, un Impartial Ruro\t remis MM. Foulon, Berthier, 
entre les mains de leurs juges naturels. Un Impartial attendra patiem- 
ment que le Châtelet prononce sur M. de Favras; un Impartial res- 
pectera les décrets de l'Assemblée nationale, même quand ils auroient 
été rendus contre son opinion. — Un Im/artial, iidèle à la nation, à 
la loi et au roi, votera selon sa conscience, s'il est membre du corps 
législatif; il prononcera suivant l'étjuité et la loi, s'il est juge; il 
remplira ses devoirs de citoyen, quelque poste que le hasard ou la 
fortune lui aient assigné. — Dans les élections, un Impartial n'écou- 



(1) Diriionnaire national et anecdotique, et'-., par M. de YEpith'dp, cir. (1790), 
au mot Impartiaux. (Bib. de la Chamhvo des députés, If 264.) 

(2) Moniteur )i>iiversel, nuniéi'o du 21 avril 1790. 



CLUB DES IMPARTIAUX m 

tera que sa conscience, sera inaccessible à la brigue et à la cabale.— 
Dans les moments de crise qui ont amené la révolution, un Impartial 
auroit distingué Ténergie de la violence, et l'insurrection légitime 
des fureurs incendiaires et gratuites. — Maintenant que la révolution 
est faite, un Impartial ne croira point que l'expédition des Invalides 
et de la Bastille puisse être, pour un peuple policé, une règle habi- 
tuelle de conduite. Un Impartial, enfin, pense aujourd'hui 5 février 
1790, et pense, avec satisfaction, que la nouvelle constitution, des- 
tinée à se perfectionner sans cesse, n'a pas besoin, pour se maintenir, 
des libellistes ni des séditieux. 

u L'Observateur qui a occasionné cette courte réponse affecte de 
substituer partout le mot Impartial au mot Aristocrate. D'autres 
journalistes traduisent le mot Impartial par celui à'enragé; cela 
prouve que le mot Impartial, d'après ces différentes traductions, et 
malgré leurs auteurs, ne signifie qu'Impartial (1). » 

Par contre, le public donnait au mot le sens de réactionnaire ou 
d'intrigant. 

Dans une brochure publiée probablement en 1791, contre les clubs, 
nous trouvons ces lignes : 

« Je le demande, non pas aux impartiaux, car ce nom est devenu 
une injure, également prodiguée par les aristocrates et les démo- 
crates, à ceux qui ne sont ni l'un ni l'autre; je le demande, dis-je, 
aux partisans désintéressés de la liberté et de notre constitution, à 
quoi servent ces clubs politiques qui se font aujourd'hui une guerre 
si cruelle? (2) » 

XII 

En réalité, les Impartiaux croyaient posséder à eux seuls la sagesse 
politique, distribuaient çà et là le blâme ou l'éloge, toujours au nom 
de la Constitution que les députés élaboraient. C'étaient des théori- 
ciens en face d'hommes pratiques : affectant le désintéressement, 
niant presque les mouvements de la Révolution, tels que la prise de 
la Bastille et la nuit du 4 août; ne tenant compte ni des entraînements 
de la noblesse et du clergé, ni des enthousiasmes populaires qui se 
terminaient par des excès compréhensibles, sinon excusables. 

Ils n'admettaient pas que Ton pût improuver les refus de sanction 



(1) IJ Observateur, n* 79. — Journal (/es Impartiaux, a" 1. 

(2) Des rliifjs ji'A liqu<'.< et fli's lihelles. (Hib. XaL. Lb .'J9/i29J .) 



124- LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

par Louis XVI, qu'on préférât la loi dans les conflits entre le roi et 
l'Assemblée nationale. 

Dans les Réflexions d'vn Jmpartial sur la séance du 30 janvier 
(1790), nous lisons, pages 4 et o : 

« On a professé, sans réclamations, dans l'Assemblée nationale, 
une doctrine contraire à la constitution. 

« On a fait un reproche au prévôt général de Provence de n'avoir 
point obéi au décret du 8 décembre, non sanctionné par le Roi. Ce 
l'eproche est injuste et contient un principe faux. L'obéissance n'est 
due, en matière de législation, qu'aux décrets sanctionnés par le Roi. 
Ce principe, consacré dans notre constitution, est la sauve-garde de 
l'autorité royale et de la liberté publique. L'erreur contraire à ce 
principe n'auroit pas été professée sans contradiction si l'assemblée 
eùl été plus calme ou plus attentive. 

« Un Impartial (I). » 

Dans la séance du 5 février 1790, le discours que Louis XVI avait 
prononcé la veille ù l'Assemblée nationale fut le premier objet qui 
occupa les Imparliaux. On en fit une lecture raisonnée. Un membre 
le commenta, et son discours fut imprimé et publié dans le Journal 
des impartiaux {'2). 

Cependant, le club végétait. A plusieurs de ses membres il fallait 
une accentuation d'opinion qui n'était pas son fait. Le Mercnrr de 
France constatait : 

« La Société des Impartiaux^ dont nous avons exposé l'origine, la 
formation et les principes, a déjà eu tous les honneurs de la guerre, 
c'est-à-dire qu'elle peut se glorifier de l'animadversion des Partis 
extrêmes. Les Énergumènes qui catéchisent la Nation de Paris, ont 
gagné leur argent en insultant cette Société qui n'insulte personne. 
C'est un scandale de plus que ces brutales hostilités, dont le ton dé- 
cèle des Auteurs bien pervers, ou bien ignorans. Il suffit, en efTet, de 
jeter un coup d'œil sur les principes des fmpartianx, pour se con- 
vaincre que, sous peine de subversion prochaine, il faudra bientôt 
venir se reposer sur ces bases de tout Gouvernement libre; mais 
libre comme peut l'être un Empire de 24 millions d'âmes. On se dou- 
tera bien que si quelques-uns font semblant de croire les Impartiaux 
des sectateurs de la Démocratie, les fameux Apôtres de celle-ci les 
intitulent des Aristoerat<'.<. Des Aristocrates qui consacrent l'égalité 



(1) I5ib. Nat., Lb 39,2868. 

(2) Vuir plus haut. ii. 9.'{. 



CLUB DES IMPARTIAUX 125 

des Droits et des Personnes, l'obéissance à la Constitution, la préro- 
gative inaliénable du Peuple de la réformer, si l'expérience et la rai- 
son nécessitent des changemens! Des Aristocrates qui subordonnent 
les Corps Militaires au seul suprême, inamovible et héréditaire Repré- 
sentant DE LA Souveraineté Nationale, qui demandent pour ce Repré- 
sentant suprême un pouvoir limité, responsable, mais suffisant à 
prévenir l'Aristocratie de cent mille autorités particulières et celle 
des factions! Des Aristocrates, enfin, qui, en soumettant le Roi à la 
Loi, lui confient, comme au seul Pouvoir de l'État capable de l'opérer, 
le maintien de cette Loi qui fonde la liberté et la sûreté de tous! Ah! 
que ce mot d'A7nstocrate a de commodité pour les sots qu'il dispense 
d'avoir des idées, et pour les brigands qui pillent les Châteaux (1)! » 

En mai 1790, le journal de Prudhomme remarquait : 

"... Les im/?ar^iawa: d'aujourd'hui n'osent pas s'intituler l'oyalislcs, 
pai-ce que ce mot trahiroit leur but et leurs desseins. Ce sont des 
hommes qui, perdant peu à l'extinction des aristocraties, et qui, 
ayant plus à espérer des faveurs de la cour que du retour de l'ancien 
régime, dont plusieurs points leur étoient nuisibles, travaillent et tra- 
vailleront chaque jour davantage à agrandir le pouvoir royal ou mi- 
nistériel, parce que plus le pouvoir exécutif aura de pensions, d'am- 
bassades, de grades, de bénéfices, de traitemens à donner, plus ils 
auront à recevoir ('2). « 

Le Club des Impartiaux disparut bientôt, victime de sa propre im- 
puissance. Quelques-uns de ses membres, nettement royalistes, n'at- 
tendirent pas que l'autorité le fermât; ils s'en allèrent dans d'autres 
réunions, par exemple au Club monarchique (3). Le reste cessa de se 
rassembler rue de la Michodière^ en gardant ses "principes^ à peu de 
chose près pareils à ceux des Feuillants ou des membres du Salon 
français et de la Société de 1789 (4). 

Le côté droit de l'Assemblée nationale essayait d'avoir ses cluhs 
dans Paris, malgré les huées et les menaces de la foule. Il n'y avait 
<|u'à choisir, pour les Impartiaux. 



(1) Mercure de France, ir 6, du 6 février 1790. 

(2) Révolutions de Paris, n» 43, du 1" au 8 mai 1790. 

(3) Voir plus bas, Club monarchique. 

(t) -Voir plus bas, Club des Feuillants, Salon français, Société de I7<S'K 



CLUB MONARCHIQUE 



ou 



DES AMIS I)E Ik CONSTITUTION MONARCHIQUE 

ï'ondé eo 1790. 



I 



Lorsque, daiis la salle du Jeu de Paume, à Versailles, le :20 juin 
1789, même avant la fusion complète des trois ordres, les députés 
prononcèrent un serment solennel en déclarant qu'ils se réuniraient 
partout où les circonstances l'exigeraient, qu'ils ne se sépareraient 
pas avant d'avoir établi une Constitution, il n'y eut qu'un seul oppo- 
sant. A dater de ce jour, les représentants des communes devinrent 
peu à peu une majorité puissante, imposèrent leurs volontés aux 
nobles et aux ecclésiastiques. L'absolutisme royal dut disparaître; 
la nation et la loi passèrent avant le roi ; la monarcbie n'exista plus, 
en fait, qu'à l'état de monarcliie constitutionnelle, ce que les fanati- 
([ues du pouvoir absolu ne voulaient pas admettre. 

A la grande joie du peuple français, les députés se mirent à l'œuvre, 
rendirent des décrets constitutionnels, et, enfin, votèrent la Consti- 
tution de 1791, qu'ils tirent accepter par Louis XVL 

Les prérogatives séculaires de la royauté, celles de la noblesse et 
du clergé furent détruites. Roi, nobles et prêtres réagirent plus ou 
moins pour ressusciter l'ancien régime. On combattit, chez les réac^ 
tionnaires comme chez les partisans de la Révolution, par les écrits 
et par la parole. Des clubs s'ouvrirent contre les idées nouvelles, et 
la défense des prétendus droits de Louis XVI y fut présentée sous 
deux aspects. Los uns, invoquant la Constitution, ne s'intitulèrent 
pas absolument monarchiques ou aristocratiques, mais simplement 
constitutionnels, faisant la part du roi en même temps «jue celle de 



128 LES CLUBS CONTRE RÉVOLUTIONNAIRES 

la loi et de la nation. Un autre alla plus loin et prit le titre de Club 
des Amh de la Constitution monarchique^ ne séparant pas la cause 
royale de la -cause constitutionnelle, n'admettant celle-ci que subor- 
donnée à celle-là. 

Le Club dont nous allons retracer les vicissitudes incessantes parut 
et devint, dès ses débuts, le Club monarchique, aux yeux de la foule 
et du gouvernement nouveau, qui devinèrent les arrière pensées de 
ses membres, lui firent la guerre pendant quatre années. Le gouver- 
nement toléra parfois une réunion qui portait défi aux hommes et 
aux actes de la Révolution; mais le peuple la regarda comme une. 
redoutable machine de réaction vers le passé abhorré, et, instinctive- 
ment, ne voulut pas la laisser fonctionner. 

Le Club monarchique fut un organe malheureux de ceux qui conti- 
nuaient à placer le roi sur le premier rang, avant la nation et la loi. 
il convient, pour bien faire comprendre son but, de rappeler les cir- 
constances qui amenèrent sa formation, ainsi que les polémiques 
antirévolutionnaires qui accompagnèrent ses premiers efforts. 

Aussitôt que la convocation des États généraux fut décidée, les 
classes privilégiées pressentirent quelques résultats dangereux pour 
leurs prérogatives; de même Louis XVI redoutait une institution quL 
n'avait pas fonctionné depuis 1614, et dont la réapparition lançait le 
gouvernement royal dans l'inconnu 

Les ecclésiastiques et les nobles cherchèrent à s'entendre pour 
échapper au naufrage auquel « la tempête révolutionnaire », fort 
menaçante, les exposerait peut-être. En mai juin 1789, les ecclésias- 
tiques et les nobles, électeurs de Paris, tenaient des réunions incom- 
plètes, plus ou moins clandestines, tantôt dans un endroit, tantôt 
dans un autre, parfois chez le président Oudet (1), du district de 
Notre-Dame, un des délégués pour faire partie de la députation en- 
voyée au roi par l'assemblée générale des électeurs. 

Tout d'abord, il ne s'éleva guère de discussions sur la question 
royale, sur les privilèges de la noblesse et du clergé. Les cahiers des 
États (février-avril 1789) s'en occupaient suffisamment; d'ailleurs, les 
États généraux ne devaient s'assembler que le 5 mai, n'avaient pas 
encore parlé ni agi, et l'on ne pouvait que se livrer à des conjectures 
sur la conduite des députés des trois ordres. 

En mai 1789, écrit Alexandre de Lameth (2), des nobles et des par- 



(1) Jean-Baptiste Oudet, ancien avocat, notable i'i la Ville. Électeur de 1789, 
demeurant Cloître de Notre-Dame, n" 23. 

(2) Histoire fie VAssemhIce constituante t. I. j». 3.'i. 



CLUB MONARCHIQUE 129 

lemenlaires, qui avaient, depuis deux ans, l'habitude de s'assembler 
pour parler politique, louèrent à Viroflay, au bout de l'avenue de 
Versailles, une maison où ils tinrent une sorte de club qu'on appelait 
Club de Viroflay. Clermont-Tonnerre était l'un d'eux, Clermont-Ton- 
nerre dont il sera beaucoup parlé. 

En 1789, on placarda dans les galeries du Palais-Royal une affiche 
portant que les rois, en France, « ne tenaient leur couronne que de 
Dieu et de leur épée. >» 

Le royalisme s'agita, à mesure que le tiers état prit plus de consis- 
tance. A peine les députés de la Constituante eurent agi au nom de la 
Nation, eurent placé, dans leur devise, la Nation avant la Loi et le 
Roi, répétons-le, que le système réactionnaire commença d'être ap- 
pliqué, que nombre de nobles et de prêtres se réunirent pour prendre 
la défense du trône et de l'autel, soit par conviction, soit par intérêt. 



11 



La réunion des trois ordres fit accentuer la résistance des privi- 
légiés ; la prise de la Bastille les exaspéra. Les uns pensèrent à 
émigrer, les autres à lutter contre les patriotes dans l'intérieur du 
pays, à Paris et en province. Déjà, alors, plus d'un modéré, craignant 
les conséquences de la Révolution qui s'accomplissait, s'efforçait 
d'obtenir avant tout la sécurité publique, et l'Assemblée générale des 
électeurs parisiens recevait des adresses de province pour activer 
son zèle (1). 

Ladite assemblée, le 26 juillet de la même année, 1789, reçut d'un 
sieur de Maille, avocat au Parlement et fils du lieutenant-général de 
Laon, une lettre qu'elle transmit à La Fayette pour l'informer « que 
le parti aristocratique était loin de se croire terrassé et méditait sour- 
dement une seconde trame, non moins odieuse que la première... »(2). 
On parlait d'une tentative des aristocrates contre Paris, machinée 
par le comte d'Artois, 1« prince de Condé, le prince de Lambesc et le 
maréchal de Broglie (3). 

Vingt jours auparavant, Clermont-Tonnerre avait écrit, de Ver- 
sailles, une pièce adressée Aux nobles de Paris^ signée par le duc de 
La Rochefoucauld, le marquis de Montesquiou, le comte de Roche- 



(1) La garde natioualo remplit le rôUî de défenseur de l'ordre et de la tran- 
quillité publique. 

(2) C.h. L. Chassin, Les Élertions et les Cahiers de Paris en I7S.9, t. III, p. 611. 

(3) Andi. Nat., C 134 (dos. 14), indiquée par M. Alexandre Tuetey. 

9 



130 LES CLUBS CONTRE-HËVOLUTIONN AIRES 

chouart, le comte de Lally-Tollendal, du Port, de Lusignan, le pré- 
sident de Saint-Fargeau et le comte de Mirepoix, députés de Paris (1). 
Ces gentilshommes ne cessaient de se considérer comme supérieurs 
aux députés du tiers état, tout en votant parfois avec ceux-ci. Le 
journaliste Peltier, auteur du Domine saliuini fac regem^ remarquait, 
en présence de Montlosier : « On a beau dire, la noblesse a un carac- 
tère particulier. » 

Du 16 au- 19 octobre 1789, Paris fut infecté de libelles. Les agents 
de l'aristocratie y prenaient tous les tons , soutenaient le clergé, 
l'autorité despotique, la noblesse et les parlements, en décriant tous 
les actes de l'Assemblée nationale, en cherchant à ridiculiser les dé- 
putés patriotes, les décrets et la garde nationale. Le peuple voyait 
sans trop de colère ces pamphlets que les libraires étalaient dans 
leurs boutiques ; mais il ne tolérait pas les réunions des aristocrates, 
ni leur apparition en groupes dans Paris; il huait, il menaçait les 
royalistes ou « royalomanes », dont les écrits qualifiaient de « fé- 
roces » les membres de l'Assemblée. 

Il y avait les royalistes tempérés et les royalistes exclusifs. Ceux-ci 
n'admettaient aucune espèce de transaction ; ils affectaient de 
nommer Louis XVI « le premier gentilhomme de France ». A Yer- 
saillcs, des officiers, parmi lesquels le comte d'Autichamp, parlaient 
du plaisir qu'ils auraient de jeter toute cette préliniaille d'états-géné- 
raux par la fenêtre ; ils ajoutaient : « Ils nous en ont bien fait, mais 
cette fois nous avons aiguisé nos couteaux (2). » 

En 1790 parut la brochure : Bon Dieu! qu'ils sont hèles ces Fran- 
çais (3) ! Dans une autre brochure, Rendez vos comptes, l'auteur 
accusa l'Assemblée nationale, en disant : « Pourquoi n'avez-vous 
jamais laissé parler, à votre tribune, que les fous, les intriguants {sic), 
et les factieux? » (4). Une autre, intitulée L'antidote contre le schisme, 
contre les prêtres insermentés, datait de « la seconde année de la 
persécution » (5). Dans les Bienfaits de la liévolulion^ pamphlet ano- 
nyme, sans date, on lisait : « Et comme la nuit ne peut être le jour, 
de même le caractère naturel et la conscience nationale des véritables 
Français ne peuvent être les mêmes que ceux des scélérats, qui por- 
tent en écrit dans leur cœur et sur leur front : Sept cents despotes^ 



(1) Bib. (le la Chambre des députés, W" 222 (l.XXXT). 

(2) Mémoires de Monttosicr, t. I, p. 196. 

(3) Df l'imprimerip d'un royaliste (1790). 

(4) liib. do la Chambre des députés, W'"> 222, t. XI. Broclnire de 1 p. iii-80j 
s. 1. ni d. 

(5) Bib. (le la Chambre des députés, Bf" 222, t. Xll. 



CLUB xMONARGHlQUE 131 

vingl-qualre millions d'enclaves et plus de roi ^^ (1). Dans un imprimé, 
daté de « l'an 2 de la tyrannie », ayant pour titre : Les trois régicides^ 
Jacques Clément, Ravaillac et Damien, au club des Jacobins, l'auteur, 
anonyme, faisait dire à Robespierre : « Vous, MM. les Cartouches, 
les Mandrins, les Desrues, n'étiez que de petits garçons près de 
nous » (2). 

Les royalistes appelaient le club des Jacobins « le Sénat clé- 
mentin », par allusion à Jacques Clément, qui appartenait a l'ordre 
des Jacobins. Leurs pamphlétaires affectaient, pour provoquer les 
patriotes, de dater les opuscules d'une façon grotesque, d'indiquer 
des imprimeries de fantaisie. 

Une brochure : Lettres du marquis de Favras, etc., se terminait 
ainsi : 

« De l'imprimerie du sieur Hi:nri Samson, Exécuteur des Jugements 
criminels, et pensionné du Domaine, rue neuve Saint-Jean (1790). » 

Voici ce que l'on lisait à la lin d'une autre brochure, Grands 
tableaux magiques des fameuses suppressions faites par la très grande 
et très infaillible assemblée prétendue nationale, efc. : 

« A Paris, de l'Imprimerie de Roger Rontemps, l'un des sup- 
primés. 
« L'an deux de l'anéantissement de tout ordre. » 

Un avis de l'éditeur, dans Les Crimes de Paris^ porta : 

« L'auteur de ce poëme n'est point homme de lettres dans l'accep- 
tion ordinaire, et par conséquent n'est pas connu, cependant, si 
quelque zélé patriote venoit à le découvrir, nous le prions, s'il lui 
prenoit une noble envie de le tuer, de faire une réflexion, c'est de 
tuer plutôt la vérité, elle est seule coupable. » 

C'est un poème, dont les \qt's> flétrissent Mirabeau, Rarnave, etc. 

L'adresse aux François de toutes les classes, victimes de la /{évo- 
lution, — Une foi, un roi, une loi, était « le cri de l'ancienne cheva- 
lerie françoise (1790.). » 

On y lisait : « Vingt Ravaillacs et Jacques Cléments n'eussent point 
autant déshonoré, par des forfaits abominables, le trône de nos Rois, 
(ju'il l'a été par les conjurés sanguinaires, trop connus maintenant, 
aux journées effroyables du 5 et 6 octobre dernier (3). » 



(1) Bib. do la Chambre des députés, Bf" 222, t; I; 

(2) Idem, IK'" 222, t. I. Brochure iu-S". 
Çè) Idem, Bf" 222, t; XX et XXIX. 



132 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Un colporteur vendit clandestinement, au Palais-Royal, un pam- 
phlet aristocratique intitulé : Mort et passion de Louis XVL roi des 
Juifs et des Français (1790). 

Un journal annonçait : 

« Les grands comédiens de la salle du Manège donneront aujour- 
d'hui le Roi dépouillé^ pièce ancienne et redemandée (1). » 

« La seconde pièce sera YHonnête criminel, en deux actes et en 
prose d'États-généraux, ce qui vaut bien des vers. Le comte de Mira- 
beau le joue. Son confident sera l'étonnant Barnave^ jeune homme 
de la plus grande espérance (2). » 

Dès le lendemain de la prise de la Bastille, Metz, placée sous 
le commandement de Bouille, fut choisie par les aristocrates pour y 
conduire le roi. Pour favoriser la fuite de Louis XVI, on entreprit de 
lever un corps de troupes, sous le nom de Gardes du roi surnu- 
méraires. L'abbé Douglas et compagnie étaient les recruteurs de cette 
petite armée (3). Des soldats, en 1790, crièrent dans Belfort : Vive le 
roi ! Vive la reine ! Au diable la nation ! 

Les écrivains monarchistes, anonymes ou se servant de pseudo- 
nymes, plaçaient au bas des titres de leurs élucubrations : De l'im- 
primerie d'un royaliste., à Politicopolis, — de Vimprimerie du sujet 
fidèle, à l'enseigne du bon roi, — Sur les bords du Gange, au bureau 
de l Ami du Roi, rue Saint-André des Arcs, n° 37, l'an 2 de la 
tyrannie, etc. 

On voyait, dans le Nouveau dictionnaire françois (4), cette appré- 
ciation de la Constituante, en juin 1790 : 

((Assemblée dite NATIONALE. Tout y est absurde, jusqu'au nom qu'elle 
s'est donnée {sic) contre le vœu de la Nation et contre le sens com- 
mun. C'est un amalgame de brigands, de poltrons et d'imbécilles, 
qui nous coûtent tous les jours beaucoup plus qu'ils ne valent, et 
dont la mauvaise foi, l'insolence et la nullité ne peuvent être compa- 
rées qu'à la honteuse patience et au stupide aveuglement des pro- 
vinces. )) 

Une brochure, parue la même année, avait pour titre : Nullité et 

(1) L'Assemblée nationale avait pris possession, le 9 novembre 1789, de la salle 
du Manège, aux Tuileries. 

(2) Le Spectacle de la Nation, journal qui a commencé de paraître en 1789. 

(3) Voir, en outre, pour les journaux et pamphlets monarchiques, notre Intro- 
duction, p. 6 et suiv. 

(4) Bib. de la Chambre des députés, Uf" 222 (t. XXII). 



CLUB MONARCHIQUE 133 

despotisme de rassemblée prétendue nationale. Une autre était intitulée : 
Les mille et un tyrans. 

h'Horoscope de V Assemblée nationale déclarait : 

« La France est et ne peut être qu'une monarchie. 
« Le roi est votre maître; vous ne devez obéir qu'à lui^ ceux qui 
vous disent le contraire sont des rebelles (1). » 

Usurpation et attentats de l'Assemblée nationale, tel était le titre 
d'une brochure, « de l'imprimerie d'un royaliste », parue en 1790, à 
Genève (2). 

La Corruption de l'Assemblée nationale et les crimes de ses membres.^ 
par un Ami de la Vérité, avait pour épigraphe : 

Le salut de l'État nous a rendus parens , 
Scellons notre union du sang de nos tyrans (3). 

Des caricatures, en outre, représentaient les différentes séances 
de l'Assemblée, avec le portrait-charge des députés, qui en Arlequins, 
qui en Pierrots, qui en portières ; d'autres avec des tètes de cerf, de 
cochon, de boule-dogue, de coq, de taureau. 

Non contents de lancer des attaques par la plume ou les estampes, 
les monarchistes entrèrent dans la discussion politique active, s'in- 
génièrent à fonder une société nouvelle, alors que le club de 1789 et 
celui des Impartiaux (4) faisaient de la réaction modérée. Des débris 
de ces deux clubs ils voulurent former, pour affermir les idées de 
contre-révolution, une Société des Amis de la constitution monarchique, 
qui serait exclusivement dévouée à l'autorité royale, mise en regard 
avec l'autorité des députés. 

Des conférences, tenues chez La Rochefoucauld, avaient préparé, 
on l'a vu, l'existence du Club des Impartiaux. Clermont-Tonnerre 
fut, de même, l'initiateur du Club monarchique. 



III 



Chez Clermont-Tonnerre et chez d'autres nobles royalistes, de mai 
1789 à 1790, on se concerta, on continua à Paris, par fractions, les 
réunions du Club de Virofla]i, près Versailles, que nous avons indi- 



(1) Hib. de la Chambre des députés, B"" 222 (t. XVIII). Brochure do 8 p. in-8°, 
parue en 1790. 

(2) Idem, Bf" 222 (t. XVIII). Brochure de 28 p. in-8 '. 

(3) Idem, Bf" 222 (t. XVIII). Paris, 1790. 

(4) Voir Impartiaux et Société de 1789. 



134 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

quées plus haut. Des salons aristocratiques servirent de lieux de 
rendez-vous. 

Les journalistes patriotes s'émurent à propos de pareils concilia- 
bules. Gorsas imprima, à rencontre des démentis : 

(( Il est pourtant certain, au moins tout concourt à le faire croire, 
qu'il y a eu, ces jours derniers, un concile clandestin au couvent des 
Augustins : ce concile était composé, assure-t-on encore, d'Ecclésias- 
tiques et de quelques Nobles. Quel étoit le motif qui étoit le but de 
cette Assemblée?... Le bien public, sans doute, il faut le croire, par 
amour de la paix (1). » 

Cette nouvelle, lancée par la presse, ne déconcerta pas la réaction. 

Une occasion se présenta, en avril 1790, pour inciter les monar- 
chistes à protester solennellement contre un décret de l'Assemblée 
nationale, déclarant qu'il n'y avait pas lieu de délibérer sur une mo- 
tion de Dom Gerle, relativement à la religion catholique, reconnue 
comme religion de la nation. L'archevêque d'Aix, Cazalès (2), d'Épré- 
mesnil, le vicomte de Mirabeau, Montlosier, irrités, organisèrent des 
conciliabules aux Capucins de la rue Saint-Honoré, entre cette rue et 
le jardin des Tuileries. 

Le côté droit affirmait partout que l'Assemblée nationale voulait 
anéantir le catholicisme. Croyant faire taire ces accusations d'impiété, 
Dom Gerle, le 12 avril 1790, eut l'imprudence de proposer la décla- 
ration que « la religion catholique est et sera toujours la religion de 
la nation. » 

« Dès le soir, dit Camille Desmoulins, assemblée générale des aris- 
tocrates (plus de deux cents députés de la droite), aux Capucins de 
la rue Saint-Honoré, dans le chœur de l'église. On lit le plan d'atta- 
que pour le lendemain, pour faire déclarer la religion catholique 
« religion de l'État »... Tous les Noirs se rendront à la salle (l'Assem- 
blée nationale) à neuf heures... Maury et trois autres parleront 
seuls... S'ils ne réussissent pas, ils déposeront une protestation pré- 
parée et signée .. Ils se rendront chez le roi pour avoir son approba- 
tion, et se répandront dans les rues pour instruire le Peuple du dan- 
ger qui menace la religion... Si le roi refuse de prendre la querelle 
du ciel, on écrira aux provinces pour leur dénoncer la faiblesse du 
prince... — Mais les Capucins dénoncent eux-mêmes à l'instant le 
conciliabule au district, et le lendemain matin, on crie à Paris <* l'as- 



(1) Courrier de Gorsas, numéro du 28 décembre 1789. 

(2) Cazalès, en février 1790, avait eu la hardiesse do demander k l'Assemblée 
nationale trois mois de dictature pour le roi, L'Assemblée ne l'écouta pas. 



CLUB MONARCHIQUE 135 

semblée des qrislocrates aux Capucins! Le nouveau complot décou- 
vert! » 

Au lieu de réunions clandestines, il s'agissait d'assemblées presque 
solennelles, faites au vu et au su de tous les Parisiens. 

Le C(Hé droit ouvrait, aux Capucins, une sorte d'enseignement pu- 
blic. Le peuple, en foule, hua les orateurs, que les journaux rail- 
lèrent en prose et en vers. 

Quelques jours après, les journaux rendirent compte de ces réu- 
nions. Loustalot, Corsas, Carra, racontèrent ainsi les faits : 

« Les aristocrates ecclésiastiques s'assemblèrent lundi soir dans 
l'église des Capucins Saint-Honoré, avec Cazalès, d'Éprémesnil, Vi- 
rieu, Montlausier, Mirabeau le vicomte et autres mauvais citoyens, à 
qui il ne manquoit, pour les mettre de niveau à ce que tous les siècles 
ont produit d'hommes pervers, que de couvrir leurs infâmes projets 
du voile de la religion. 

« Là, Montlausier prononça un discours dans lequel il établit le 
plan qu'on devoit suivre dans la séance du lendemain : demander 
que la religion catholique fût déclarée religion nationale exclusive; 
que les biens du clergé fussent uniquement consacrés à l'entretien de 
cet établissement national, et, dans le cas où ce parti seroit rejeté 
par les patriotes, faire une protestation contre le décret, et la porter 
au roi pour la lui faire sanctionner. 

« Là, Maury osa dire que si le roi avoit la pusillanimilé de ne pas 
sanctionner leur protestàluni, il faudroit la faire imprimer sur-le- 
champ, et la répandre dans les rues, afin de faire connoHre au peuple 
(j^iCii était gouverné par un imbécille de roi qui ne maintenait pas le 
culte de ses pères. 

« Là, les patriotes de l'Assemblée nationale furent traités, par ceux 
môme qui avoient déposé le matin au Châtelet, ou qui dévoient dé- 
poser le lendemain, d'assassins, de régicides, de brigands qui avaient 
voulu tuer la Reine. 

« Là, fut faite et signée la protestation, ou déclaration de foi des 
aristocrates; là, ils prirent la résolution de se rendre à l'assemblée le 
lendemain, armés, et habillés de manière à pouvoir se présenter chez 
le roi, dans le cas où il faudroit faire usage de la protestation » (1). 

Le Courrier de Gorms, du dimanche 18 avril 1790, publia : 
« Résultat du dernier conciliabule tenu aux Capucins par la majo- 
rité du clergé, président (sic) par l'arc/ievéque d'Aix. 

i\) Révolutions de Paris, n» 40, du 12 au 17 avril 1790. 



136 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Il paroit, par un récit publiquement avoué et signé, que la majo- 
rité du clergé, réunie pour la deuxième ou troisième fois aux Capu- 
cins, afin de protester contre le décret rendu par l'Assemblée natio- 
nale, relativement à la motion de Dom Gerle, a présenté le projet de 
déclaration qui suit : 

« La société des amis du peuple (1) ayant fait tous ses efforts et 
épuisé tous les moyens qui étoient en sa puissance, pour obtenir de 
l'Assemblée nationale que la religion catholique, apostolique et ro- 
maine, fût déclarée religion nationale et dominante, seule autorisée à 
professer un culte solennel, vo'u exprimé dans tous les cahiers, se 
croiroit coupable envers Dieu et la Nation, si, gardant un silence cri- 
minel, elle ne dénonçoit à toute la France que l'Assemblée Nationale 
a refusé formellement de prononcer ce décret, et combien elle a 
montré d'indifférence à s'occuper de la religion ; que quoique la reli- 
gion catholique, apostolique et romaine, soit plus tolérante, cela 
n'empêche pas l'Assemblée Nationale de recourir à la calomnie la 
plus séduisante, et de prêter à la pureté des consciences et des inten- 
tions des membres du clergé, les desseins les plus coupables ; qu'en 
conséquence nous croyons qu'il est de notre devoir de faire connoitre 
aux François les dangers qui menacent la religion de leurs pères, qui, 
si elle avoit été déclarée nationale et dominante, n'auroit pu inquiéter 
les opinions religieuses de chaque individu, par le caractère de tolé- 
rance qu'elle porte avec elle. Qu'en conséquence le clergé feroit im- 
primer sa déclaration avec la motion de dom Gerle, et décret de 
l'Assemblée nationale sur cette matière. 

« M. l'abbé Maury prit la parole après la lecture de ce projet de 
déclaration. Il l'a trouvé trop faible pour faire impression sur l'esprit 
des peuples. 

« En vain, MM., a-t-il dit, les ennemis de la religion, V Assemblée 
Nationale, l'accuseront d'intolérance, lorsque nous leur prouverons 
qu'elle est plus tolérante que celle de tous les royaumes qui nous 
avoisinent. Elle n'exclue d'aucunes charges publiques les individus 
de toute secte quelconque, puisque dans les municipalités, dans le 
sein même de l'Assemblée Nationale on trouve des protestans ; tandis 
que les Anglois, les Prussiens et les peuples les plus tolérans du 
nord, privent de ces avantages tous les non-conformistes... La tolé- 
rance publique peut seule être admise ; mais la sainte religion pros- 
crit essentiellement la tolérance religieuse. Tout pasteur a le droit de 
surveiller la conduite de ceux qui sont dans le sein de la religion ca- 

(1) Tel est le nom que se donne cette société. {Note de Gorsas.) 



CLUB MONARCHIQUE 137 

tholique, apostolique et romaine, et de les contraindre à en remplir 
les devoirs; que les mauvais chrétiens, les philosophes du siècle, 
pour se soustraire à ces devoirs, ne rougiroient pas, d'après les prin- 
cipes adoptés par l'Assemblée nationale, de se déclarer protestans 
pour s'y soustraire, et que le protestantisme seroit le sur-tout de 
l'athéisme. » — On peut juger des véritables sentimens de l'honnête 
homme qui, après avoir assisté à cette assemblée clandestine, au lieu 
de soulever les citoyens, les appelle au contraire à l'indulgence : 

<( Soyez en garde, citoyens, contre le piège qu'ils veulent vous 
tendre ; mais plaignez-les, priez même pour eux ; voilà ce que la vraie 
piété vous enseigne. Songez que le pardon des offenses est un des 
plus saints et des plus beaux devoirs d'un chrétien. Si vous n'avez pu 
contenir quelques mouvemens que vous a arraché {sic) un premier 
moment d'indignation, reconnoissez à présent, que loin de leur faire 
outrage, vous devez les protéger contre toute espèce d'insultes. 
Imitez le noble exemple que vous ont donné vos frères de notre garde 
nationale. Ramenez ces hommes égarés, à force de modération et de 
prudence, et montrez-vous le peuple le plus doux, le plus généreux 
et le plus humain, comme vous êtes à présent le plus libre et le plus 
brave. » 

Au dire de Gorsas, on porta aussitôt, à Paris, des cannes à sabre, 
qu'on appelait crosses épiscopales, depuis le conciliabule des Capu- 
cins, auquel plusieurs prélats s'étoient rendus armés de ces cannes. 

Des articles et des brochures plaisantèrent ces « amis du peuple », 
dont la modération ne sautait pas aux yeux de la foule, et qui pour- 
suivaient peut-être, au nom de la religion, un but hostile aux parti- 
sans du mouvement révolutionnaire accepté par la plupart des Pari- 
siens. 



IV 



Cependant, la municipalité craignit une sérieuse émeute. La 
Fayette et Bailly firent doubler tous les postes ; toutes les avenues de 
la salle des séances de l'Assemblée nationale furent couvertes de 
gardes nationaux pour protéger les députés. 

« L'afftuence est prodigieuse, dit Loustalot, composée de bour- 
geois principalement. L'impatience est extrême, le silence profond, 
l'inquiétude universelle. « Ces calotins et ces insolents de nobles », y 
dit-on, n'ont aucun droit d'être à l'Assemblée nationale : ils ne re- 
présentent pas la nation puisqu'elle ne les a pas choisis; ils ne repré- 
sentent pas des ordres, puisqu'il n'y a plus d'ordres. Nous n'aurons 



138 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTlONNAiRES 

pas de paix et l'Assemblée nationale ne pourra pas l'aire sa besogne 
tant qu'on ne les aura pas chassés... Ils ne sont point inviolables I » 

Le 13 avril, les députés de la droite firent tous leurs efforts pour 
obtenir que le catholicisme fût déclaré religion d'État. La liberté de 
conscience et l'égalité des religions, déjà proclamées par la Déclara- 
tion des droits, furent de nouveau consacrées par l'Assemblée natio- 
nale, après un débat solennel, quoique souvent orageux. Au sortir de 
la séance, les membres de la droite furent hués, siffles, menacés. 

Le soir, ils se rassemblèrent encore au couvent des Capucins, mais 
ils renoncèrent à leur projet de protestation, et décidèrent qu'ils 
feraient seulement une déclaration de principes. 

Leur déclaration ne changea rien à l'opinion des députés, et la 
motion de dom Gerle échoua. 

Le 14 avril, l'Assemblée nationale décida que, « conformément au 
décret d'hier », on commencerait sans délai l'ordre du jour. La partie 
droite s'opposa à son exécution. Le tumulte régna presque aussitôt 
parmi les députés. Le président mit cette question aux voix. A la 
première partie, la grande majorité se leva ; à la contre-partie, les 
membres de la droite ne se levèrent pas et dirent « qu'ils ne délibé- 
reraient pas. » 

Voici comment les Annales patriotiques rendirent compte de l'as- 
semblée tenue aux Capucins : 

« En effet, citoyens, écoutez ce qu'ils ont tramé hier, et frémissez. 

« Le clergé, et plusieurs ci-devant nobles, se sont assemblés aux 
Capucins de la rue Saint-Honoré. Montlausier y a lu le projet d'at- 
taque qui doit avoir lieu aujourd'hui. Tous les noirs se rendront à la 
salle, habillés, à neuf heures. Quatre membres seulement, Maury, 
Cazalès, Montlausier, Mirabeau le cadet, prendront la parole ; ils 
tâcheront d'obtenir le décret que la religion catholique est la religion 
nationale, en écartant tous les amendements qu'on pourroit faire, en 
refusant la question préalable. S'ils ne réussissent pas, ils déposeront 
la protestation qu'ils ont tous signée et qu'ils ont juré de soutenir, 
au péril même de leur vie, et se rendront chez le roi pour avoir sa 
sanction : de là ils se répandront dans les rues, dans les places, pour 
instruire le peuple du danger prétendu qui menace la religion, « Si 
le roi refuse de se prêter à nos désirs, a dit l'abbé Maury, nous ferons 
connoitre dans les provinces par quel prince faible nous sommes 
gouvernés (1). » 

(1) Annales patriotiques de Carra, numf'ro du 16 avril 1790. 



CLUB MONARCHIQUE 139 

Il était impossible aux membres de la droite de moins réussir, 
après avoir fait tant de bruit autour de leur réunion. 
Le Courrier de Goi'sas^ du mardi 20 avril 1790, contint cet article : 

<( Quatrième conciliabule avx Capucins Saint-Honorè. 

«... Il avoit été résolu dans des comités particuliers qu'on tiendroit 
dimanche soir une 4" séance. Cette séance devoit être ouverte à tout 
le peuple : on devoit réveiller la motion de dom Gerle. Des discours 
préparés dévoient être prononcés : tout ce que l'éloquence a do plus 
séduisant, tout ce que la religion avoit de plus saint devoit être mis 
en œuvre pour émouvoir le peuple. Des larmes dévoient couler des 
yeux des Coré^ des Dathaii, des Abù'ou; et Maury, ce serpent limo- 
neux, né de la fange dont les eaux du Nil avoient infecté les terres de 
TÉgyple, devoit parler le langage pur de la religion et des mœurs. 

« L'événement n'a pas justifié l'attente de nos Mathan ; en vain les 
Mirabeau, les Cazalès (1) avoient-ils appelé dans cette enceinte une 
foule de spadassins, que quelques-uns de nos cafés aspirent et vomis- 
sent sans cesse : leurs efforts ont été inutiles; leurs menaces n'ont 
pas même soulevé l'indignation; le mépris et le ridicule, voilà les 
seules armes avec lesquelles on a dissipé cette cohorte. En deux 
mots, c'est au bruit des sifflets qu'on a chassé cette phalange (2). 

« Hier, ils ont voulu se réunir de nouveau, mais l'église des Capu- 
cins leur a été fermée, pour éviter une émeute dans le peuple, qui est 
véritablement indigné. » 



Le lendemain, le même journal publia un nouvel article, plus 
développé. 

« Courrier de Gorsns, 1790, n° 16, 21 avril. 

« Récit frauduleux de ce qui s'eut passé dimanche aux- Capucins, 
suivi de quelques questions aux bons François. 

(1) Cazalès avait prononcé à l'Assemblée nationale, le 19 mars 1790, un discours 
en faveur ries religieux qui n'apostasieruient pus. 

(2) '( La foule étoit immense. M. de Virieux est monté dans la chaire, d'abord 
pour demander place et silence ; voyant qu'on n'accordoit ni place ni silence, il 
s'écrie : Peuple! peuple! on vous égare! Des huées ont empêché l'orateur de con- 
tinuer, et un hautbois s'est mis à jouer l'air : Malborough s'en va-t-en guerre. Le 
noir sénat a voulu se réunir dans le cœur {sic) et dans la sacristie, mais bientôt 
il a été obligé de se séparer, et la garde nationale s'est empressée de contenir le 
peuple, au grand regret de ces messieurs; car leur projet seroit que quelqu'un 
d'entre eux fût insulté. On devine la raison. » {Note de Qorsas.) 



140 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

« La minorité de l'Assemblée nationale avoit annoncé qu'elle se 
réuniroit dimanche 18 avril, dans l'église des Capucins, le chœur où 
elle avoit tenu ses premières assemblées ne pouvant contenir le pu- 
blic qui avoit désiré y être admis. 

« Vers six heures, quelques députés s'y sont rendus, et déjà 
l'église étoit pleine, ainsi que la tribune, dont les dispositions 
paroissoient favorables à l'assemblée; car le vicomte de Mirabeau, 
qui arriva un des premiers, fut extrêmement applaudi (1). 

« M. de Virieux monta dans la chaire, et demanda qu'on voulût 
bien laisser une enceinte marquée pour les députés. On eut Vair 
d'accueillir sa proposition. 

« Un quart d'heure après, l'abbé de la Rochefoucauld se présenta à 
la tribune ; les huées et les sifflets l'assaillirent avant qu'il ouvrît la 
bouche, et il lui fut impossible de se faire entendre. 

« Deux partis alors se manifestèrent ouvertement dans l'église : 
l'un pour soutenir l'assemblée, et l'autre pour empêcher qu'elle eût 
lieu. 

« MM. Blin, Cottin, Lacoste, Schmith, Landine et autres députés 
majeurs, qu'on a reconnus, sembloient avoir le département de la 
nef (2), et M. de Saint-Huruge s'étoit, dit-on, chargé de celui de la 
tribune. On distribuoit à la porte des écus pour gager les siffleurs, et 
plusieurs domestiques des prétendus aristocrates ont gagné six livres 
à huer leurs maîtres. 

« M. de Cazalès n'a pu obtenir un moment de silence, et les huées 
qui l'ont accueilli à la chaire ne l'ont abandonné que lorsqu'il est 
descendu et a été rendu au sein du tumulte même. 

« On a renoncé à tenir une assemblée au milieu de ce sabat infer- 
nal, et chacun a regagné ses foyers, étourdi deg cris de vive les assi- 
gnats ou les assassinats (3) ; car il étoit impossible de distinguer les 
cris payés, dont les prétendus aristocrates ont été assourdis. On s'est 
assemblé cependant dans le chœur, et on a délibéré sur les moyens de se 
réunir plus sûrement. 

« On demande, d'après ce simple et fidèle exposé! qui trompe le 
peuple? ou celui qui désire raisonner son opinion en sa présence, qui 
s'en environne, qui appelle à son jugement, de celui d'une majorité 



(1) « Le vicomte de Mirabeau étoit ivre, et il a été applaudi à peu près comme 
les Bacchantes applaudissent à Silène. » (Note de (iorsas.) 

(2) « On demande aux personnes sensées si l'on présume que ces membres se 
sont ainsi compromis. » {Note de Gorsas.) 

(3) » Méprise tout à fait adroite ! » [Note de Gorsas.) 



CLUB MONARCHIQUE 141 

despote, qui ne demande qu'à être entendue, et ne peut l'obtenir, ni 
au sein d'une assemblée prétendue libre, ni au milieu d'un peuple 
qui se dit idolâtre de la liberté. 

« Ou, celui qui paye des émeutes pour empêcher la réunion des ci- 
toyens qui n'ont pas la même opinion que lui, qui met en œuvre les 
moyens les plus bas pour faire insulter ses adversaires, et les traiter 
de manière à provoquer les gens ardens à intimider les gens foibles 
et à amener des scènes d'horreurs. 

« On demande si la liberté d'opinions existe dans une assemblée, 
à la porte de laquelle une populace soldée en demande insolemment 
compte, après l'avoir improuvée dans la salle ; si cette même liberté 
d'opinions étant poursuivie jusque dans une assemblée particulière, 
qui n'est que l'imitation de celle des Jacobins, et où se préparent tous 
les décrets, rendus ensuite par la majorité de l'Assemblée Natio- 
nale (1), on demande, dis-je, si les provinces ne doivent pas être 
allarmées sur leurs intérêts, et sur le sort des députés auxquels elles 
les ont confiés? 

« On demande encore si ces mêmes provinces ne devroient pas 
l'appeler leurs députés, ou du moins déterminer les moyens gui peuvent 
assurer leur sûreté et la liberté de leurs suffrages (2). » 

En Variétés, le Moniteur universel parla ainsi de l'affaire : 

« Tous les papiers publics ont rendu compte de l'assemblée publi- 
que tenue aux Capucins de la rue Saint-Honoré, cette semaine, par 
des membres de l'Assemblée nationale, et du peu d'accueil qu'ils ont 
reçu de la part des assistans. Parmi les ordres que la police avait 
donnés pour éviter tout tumulte, on doit remarquer la consigne de 
ne point laisser entrer les dames dont les tabliers auraient pu cacher 
des pommes cuites. Il y a lieu de croire que les dames des halles 
avaient laissé percer le dessein d'en assaillir ceux des membres 
qu'elles auraient regardés comme de mauvais citoyens; et leur mé- 
prise à cet égard pouvait être fort considérable. 

« On a répandu que, dans les comités préalables de celte Assem- 
blée, il avait été arrêté une déclaration ou protestation contre les 
derniers décrets du Corps législatif, et que cet écrit avait été envoyé 
dans les provinces; mais ces décrets, sanctionnés par S. M., y arri- 
veront aussi-tôt que la protestation; et le zèle national qui s'est ma- 
nifesté par-tout pour l'exécution des décrets, n'éprouvera aucune 

(1) « Cela est vrai; mais dans cette Assemblée si l'on discute la question du 
lendemain, on ne cherche point à anéantir le décret de la veille. « 
(■1) « Voyez la motion de l'abbé Maury. » {Note de Gumun.) 



142 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTlONNAIRES 

altération d'une démarche aussi contraire à l'esprit de paix, en sup- 
posant toutefois qu'elle ait eu lieu (1). » 

A propos du Récit frauduleux reproduit plus haut, MM. Cottin, La- 
coste, Schmith et Landine ne réclamèrent pas; mais le député Blin 
adressa au Courrier la lettre qui suit : 

« M. Blin, député à l'Assemblée Nationale, à l'auteur du Courrier. 

« Paris, 23 avril 1790. 

« Votre journal, Monsieur, annonce, n" XVI, p. 243, que plusieurs 
membres de l'Assemblée Nationale se sont distribués dans les diffé- 
rentes sections de l'église des Capucins, pour interrompre ou faire 
interrompre une assemblée qui devoit s'y tenir. Quoique cet article 
de votre journal porte le nom de récit frauduleux^ et que vous aviez 
mis au bas de la page où je suis nommé une note bien propre à faire 
disparoîlre tout soupçon, vous me rendrez cependant service d'in- 
sérer dans le premier N° de votre journal où il se trouvera un espace 
vide, la déclaration formelle que je fais de n'avoir de ma vie entré 
dans l'église des Capucins de la rue Saint-Honoré. 

<( Je suis, etc. (2). » 



VI 



L'assemblée tenue aux Capucins fit éclore des plaisanteries, rendit 
même les monarchistes ridicules; mais elle affirma l'existence de leur 
société en voie de formation. 

Il parut, en 1790, un journal intitulé : L'Assemblée des aristocrates 
aux Capucins, in-8, 4 numéros, insignifiants (3). 

Parmi les pamphlets qui s'attaquèrent alors aux hommes de la 
droite, citons : 

« Conciliabule de la Société des Amis du peuple, tenu dans le 
chœur des révérends pères capucins, sanglés, déchaussés, décapu- 
chonnés et défroqués, par le frère Saint-Claude, coupe-choux, garde 
marmite, premier secrétaire de la société des Amis du peuple, Paris, 
de l'imprimerie de M. Veto, au Marc d'Argent, galerie du Louvre^ 
n° 54 j et se trouve dans t Arsenal roi/al de Teygat (Gattey), libraire 



(1) Moniteur universel, dii 22 avril 1790. 

(2) Courrier de Gorsas^ w 26, du samedi 1*'' mai 1790i 

(3) Saus date. 



CLUB MONAHGIÎIQ)UE 143 

apostolique iw/al, au Palais-Royal et chez les autres marchands de 
nouveautés (1) ; 

« Le De profuudis de r aristocratie^ etc. De l'imprimerie des révé- 
rends et patriotiques Pères Capucins de la rue Saint-Honoré. » 

L'impromptu suivant circula : 

De nos graves prélats déplorons les destins, 

Et la disf;;râce peu commune : 
Dépouillés de leur or, délaissés des catlns, 

Ils sont forcés d'aller aux Capucins 

Pour y chercher une bonne fortune (2), 

Une pièce parut, sous le titre : Nouvelle assemblée des aristocrates 
aux Capucins^ etc., , présidée par Tarchevêque d'Aix (le do avril 
1700) (3). 

297 députés de la droite avaient violemment protesté contre les 
décisions qui écartaient la religion d'État. L'opinion publique leur 
était si hostile que Louis XVI, à qui ils voulaient présenter leur pro- 
testation, leur fit savoir qu'il ne la recevrait pas. 



VII 



La continuation des conciliabules aux Capucins était à peu près 
impossible, car les Parisiens apprenaient que les agissements de la 
droite excitaient des troubles graves dans le Midi. Les protestataires 
durent se résigner à chercher un autre lieu d'assemblée. 

Une nouvelle série de déboires commença pour eux. Qui voudrait 
leur louer ou leur prêter une salle ? 

« Nouvelle tentative du Clergé. 

« La majorité du Clergé, réunie avec le vicomte de Mirabeau, les 
Cazalès, les d'Eprémesnil, les Montlausier, les Foucaud, etc., a fait 
de nouveaux efforts pour tenir des assemblées nocturnes. Tous ses 
efforts se sont réduits à se réunir en comités particuliers. On assure 
qu'ils se sont présentés à la Sorbonne, pour tenir ce qu'on appelle à 
Paris le sabat des noirs ou des Marates; mais les amis du peuple ont 
affaire à un ingrat qui ne mérite pas les tendres sollicitudes qu'ils 
prennent pour son bonheur. Le maudit district de la Sorbonne ne 



(1) Bib. Nat., Le 2/383, 1790, in-8» de 8 p. — Voir plus bas, Librairies. 

(2) Bib. Nat., pi.Ve 3282 du Catalogue, Lb 39^ 

(3) Bib. Nat., Lb 39/3301. Brochure in-S-» de lb p. 



144 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

s'est-il pas avisé de prier ces MM. de ne pas s'exposer à troubler 
l'ordre public... ? (1) » 

En efTet, le Journal de Paris reçut l'avis suivant : 

« Aux Auteurs du Journal de Paris. 

« Messieurs, 
« Quelques papiers publics ayant annoncé comme fait positif que 
l'Assemblée ci-devant tenue aux Capucins s'étoit transférée en la 
maison de Sorbonne , nous vous prions d'insérer dans votre plus 
prochaine feuille que les districts de Sorbonne et des Mathurins se 
sont informés du fait, et qu'ils ont acquis la certitute absolue que rien 
n'est plus faux. Ils peuvent même assurer le public qu'il n'y a aucune 
proposition faite à cet égard. 

<( Nous avons l'honneur d'être, etc. 

<( JozEAU (2), Président du district des Mathurins ; 

« Renard (3), Commandant du bataillon de Sorbonne. » 

Sur les séances des monarchistes à la Sorbonne, séances prétendues 
véritables, reproduisons cet article curieux du Moniteur universel : 

« Paris, ce 22 avril 1790. 

« Variétés 

« Le gardien des Capucins de la rue Saint-Honoré s'est rangé à la 
majorité des assistans à l'Assemblée particulière des députés, qui 
avoit tenu quelques séances dans l'Église de son Couvent. On sait que 
cette majorité avoit été décidément contre les Membres de l'Assem- 
blée à qui le Peuple avoit obstinément refusé la parole, sous prétexte 
qu'une insurrection quelconque contre les Décrets rendus à la grande 
pluralité de voix dans l'Assemblée Nationale, et sanctionnés par le 
Roi, ne pouvoit avoir qu'un mauvais effet, et troubler l'harmonie né- 
cessaire au complément de la nouvelle Constitution. Ce Peuple, d'ail- 
leurs, ne voyoit pas sans déplaisir qu'une mineure partie des Députés 
s'assemblât exprès pour altérer sa juste confiance envers les Décrets; 
enfin, il soupçonnoit violemment que l'intérêt public n'étoit pas le 
vrai motif des démarches de la minorité, et d'après ces principes, il 
lui avoit ôté la parole ; et le sage gardien des Capucins a compris bien 



(1) Courrier de Gorsas, u» 17, du jeudi 22 avril 1790. 

(2) Jozeau (Mathurin-Pierre), avocat, assesseur du juge de paix de la section 
des Thermes dfe Julien. 

(3) Renard, avocat au Parlement, commandant du 8"= bataillon de la première 
division de la garde nationale. 



CLUB MONARCHIQUE 145 

vite que ce qui n'étoit pas digne d'être écouté par la Nation avec 
faveur, pouvoit fort bien être, au moins, inutile à dire, et il a fermé 
son Église aux Députés et aux auditeurs. 

« Ces Députés, qu'un zèle ardent distingue, ont pris le parti 
d'abandonner le quartier Saint-Honoré, où ils se trouvoient pressés 
entre l'Assemblée nationale et le Club des Jacobins; ils ont passé 
l'eau, et ils sont allés se ranger en Sorbonne, sous l'ombre du célèbre 
Cardinal de Richelieu, qu'on a soupçonné bien à tort d'être an- 
tiché [sic] d'aristocratie, tandis qu'il est de fait qu'il n'a jamais été 
que despote. » 

Un papier public rend compte, en ces termes, de la séance tenue 
cette nuit par la minorité dans une des salles de la Sorbonne. Nous 
sommes obligés d'avertir nos Lecteurs que nous croyons ce procès- 
verbal un peu apocryphe ; quoi qu'il en soit, le voici : 

« Cejourd'hui, 21 avril 1790, à 11 heures du soir, se sont assem- 
blés en la ville de Paris, maison de la Sorbonne, les zélés et 
bons citoyens partisans de la cause juste, restes des infortunés des 
fidèles sujets du Roi et de la Monarchie, qui renouvellent ici leur ser- 
ment de résister jusqu'au dernier soupir aux innovations désas- 
treuses qui tendent au renversement de l'Empire. Protestant contre 
tous les décrets de l'Assemblée nationale, et notamment celui du 
14 du courant, qui spolie le clergé, le regardant comme impie, sacri- 
lège et attentatoire à ses droits sacrés. 

« Après cette profession de foi, le Président, qu'on dit être i'Évêque 
de N..., a dit : « Messieurs, je ne conçois pas comment vous avez pu 
imaginer qu'il fût nécessaire de lire à Paris publiquement vos pro- 
testations déjà rédigées. Envoyez bien vite cette pièce précieuse dans 
les Provinces, et hâtez-vous d'éclairer le Peuple sur l'injustice qui 
nous accable... Ne négligez pas plus longtemps de lui ouvrir les yeux, 
et que dans son indignation il punisse ses instigateurs des fautes 
qu'ils lui ont fait commettre. » 

« Un autre Membre étoit d'avis qu'à la protestation fussentjointes 
des instructions pour tous les Curés et Prêtres du Royaume, avec 
injonction de déployer toute l'autorité de leur ministère pour forcer 
les âmes chrétiennes,.. L'opinant étoit un Archevêque. 

« Un Vicomte a répliqué : Ce que vient de dire le préopinant n'a 
pas le sens commun. — Pardon, Messieurs, vous parlez d'injonction 
lorsque le frein de l'obéissance est rompu, et vous voulez faire 
prêcher les Curés, tandis qu'on brûle les Presbytères ! 

« Je pense comme M. le Vicomte, a dit un autre Membre; il n'est 

10 



146 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

pas encore tems de nous servir de la Religion pour opposer une bar- 
rière au Décret et à l'établissement de la Constitution; vous ne con- 
noissez pas toutes vos forces, Messieurs, ni les moyens de les em- 
ployer à propos. 

« Un Évêque... Une crainte m'afflige, c'est qu'après les insultes 
que nous avons reçues aux Capucins, et que mille pamphlets ont déjà 
rendues publiques, il est bien difficile que l'opinion générale puisse 
jamais nous devenir favorable. 

« Eh! qu'importe l'opinion, s'écrie un homme de loi, sur le Décret 
de l'Assemblée et le Décret lui-même, s'il n'a pas son exécution ! Il 
ne l'aura pas, Messieurs. Les créanciers s'appercevront de l'incer- 
titude du gage qui leur est offert. Opposez aux acheteurs les risques 
qu'ils auront à courir de la part des créanciers hypothécaires du 
Clergé; nous jugerons ces procès, voilà la marche à suivre; le succès 
est certain. 

« Un Éloquent Abbé {i)... Non seulement je suis de l'avis du Préo- 
pinant, mais je demeure fermement persuadé que cette considéra- 
tion retiendra l'avidité de nos ennemis. Joignons nos forces (si, 
comme moi, vous êtes dévorés de l'ambition de triompher), joignons- 
les pour ne pas discontinuer ou contrarier les opérations de l'Assem- 
blée Nationale, de la mettre en contradiction avec elle-même... Vous 
avez été témoins de ma fermeté à braver le Peuple provoqué contre 
nous, et qui m'a poursuivi jusque dans la rue Sainte-Anne ; je cherche 
le même danger pour déclarer que nous ne sommes pas libres, et 
toute mon ambition est plutôt de mourir que de renoncer à mon opi- 
nion et à mes Bénéfices. Oui, je jure 

« Ici, le dénouement a exigé sans doute une fiction ; l'Orateur est 
interrompu par l'apparition du spectre qui tenoit d'une main un 
flambeau et de l'autre un goupillon. En vain un assistant veut l'ar- 
rêter, l'épée à la main; le spectre s'arrête au milieu de l'Assemblée, 
et, d'une voix sépulcrale, il fait une courte conjuration et lance son 
flambeau et son goupillon au milieu de l'Assemblée. L'épouvante 
s'accroît; enfin, on reconnoît que le spectre n'est autre chose qu'un 
Docteur à qui la Révolution a tourné la tête, et on n'en a plus 
peur. 

« Ce procès-verbal, nous le répétons, pourroit bien n'être qu'un 
pamphlet, malgré l'air de vérité qui se montre dans quelques phrases 
des interlocuteurs, et dans l'espèce de leurs principes. Mais le tems 
ne peut manquer de détruire ou de vérifier ce soupçon. Quand la Sa- 

(1) Allusion à l'abbé Maury. 



CLUB MONARCHIQUE 147 

tyre {sic} Ménippée parut, on y remarqua des traits qui passèrent 
alors pour incroyables, et qui n'en étoient pas moins vrais (1). » 

Quoi qu'il en soit, que Ton considère cette lettre comme sérieuse 
ou comme une simple plaisanterie, elle montre l'état des esprits, 
l'impopularité des députés de la droite, nobles et prélats. On n'en 
voulait pas entendre parler, dans le peuple; plus les patriotes les 
ridiculisaient, plus les Parisiens se disposaient à les traiter en enne- 
mis. 

Déjà, des velléités de républicanisme existaient, même chez nombre 
de modérés, ne conservant de respect que pour la personne de 
Louis XVI. 

Gorsas, lui aussi, ne manqua pas de plaisanter : 

« Courrier de Gorsas, 1790, n° 8, mercredi 12 mai. 

« Changement de domicile. 

« Nous avons reçu plusieurs lettres par lesquelles on nous demande 
ce que sont devenus les 297 membres de l'Assemblée nationale qui 
ont essayé de s'assembler plusieurs fois aux Capucins Saint-Honoré? 
Toutes ces lettres nous témoignent les plus grandes inquiétudes à ce 
sujet. Pour satisfaire autant qu'il est en nous les personnes curieuses 
ou intéressées, nous nous empressons de leur répondre collective- 
ment, que Messieurs les 297 auteurs de la déclaration, après avoir 
tenté différens domiciles, se réunissent, depuis samedi, hôtel de la 
Briffe, quai des Théalins (2). » 

Dans le public se répandit une pièce satirique ayant pour ti- 
tre : 

« Le De profundis de l'aristocratie ou Procès-verbal de la séance 
tenue aux Capucins, le dimanche 18 avril. Vendu pour faire dire une 
messe de Requiem pour le repos de l'âme de nos frères les aristo- 
crates, qui sont morts ou qui mourront enragés. Imp. des révérends 
et patriotiques capucins de la rue Saint-Honoré (3). » 



(1) Moniteur universel, numéro du 23 avril 1790. 

(2) «Uu membre de l'Assemblée nationale, M. Dinochau [sic), dont on connoit 
la sévérité des principes, et même du style, vient d'imprimer à ce sujet : Qu'il 
est fait très expresses inhibitions et défenses de troubler cette honorable Assem- 
blée par aucuns sifflets ou cornes à bouquin. » {Note de Gorsas.) — Samuel Dino- 
chaud, avocat, était député de Blois. 

(3) Bib. Nat., Lb 39/3301, in-8» de 15 p., sans date. 



148 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRbiS 

Les patriotes appelèrent la réunion V Harmonica des aristocruches 
ils rirent beaucoup des aristobêies. 

Les Révolutions de Paris publièrent cette épigramme : 

Él'IGRAMME 

Cazalès, Montlauzier, Virieu, Mirabeau (cadetj, 
Et les trois cents, et Bergasse et Foucault, 
Aux Capucins cherchoient, dans leur tête troublée, 
Un moyen sûr qui pût dissoudre l'Assemblée ; 
Tous péroroient, Maury, cet insigne vaurien, 
Pestoit, juroit, sacroit, et ne concluoit rien. 

Impatient, un quidam leur cria : 

Hé! que Las Wous f... 

Pendez-vous tous, elle sera dissoute. 

On dit qu'ils vont suivre cet avis- là (1). 



VIII 



Jusqu'alors, point de collisions dans les rues, point de troubles 
motivant l'intervention de la municipalité. 

Le Club des Amis de la Constitution monarchique n'en était qu'à 
l'état embryonnaire. Son action, très restreinte, n'effrayait pas les 
pouvoirs publics ; à peine égalait-elle celle des Impartiaux en pas- 
sant du centre de l'Assemblée nationale à la droite. 

Cependant, Stanislas, comte de Clermont-Tonnerre, colonel avant 
la Révolution, député de la noblesse de Paris aux États généraux de 
1789, faisait parler de lui (2). Il était membre du Club de Valois (3), 
lorsqu'on le remarqua, à cause de son éloquence, dès les premières 
séances de l'Assemblée nationale (4). Il avait des instincts de 
libéralisme, mais il était, avant tout, dévoué au roi, et figura au 
Club des Ini'parliaux^ qui ne satisfaisait pas entièrement ses aspira- 
tions. 

Clermont-Tonnerre, dont les tergiversations et la mobilité d'esprit 
étaient reconnues, se déclarait partisan de la Constitution anglaise (5). 
11 rassembla bientôt dans son hôtel, rue du Petit Vaugirard, au coin 
de la rue de Bagneux, des amis de la monarchie. 



(1) Révolutions de Paris, n" 47, du 29 mai au S juin 1790. 

(2) Qualifié l'Ombrageux, dans le pamphlet Les Chevaux au Manège. 

(3) Voir Club de Valois. 

(4) Ses Opinions et discours, réunis, ont été publiés en 4 vol. in-8°. Paris, 1791. 

(5) Il a écrit une Analyse raisonnée de la Constitution française. 



CLUB MONARCHIQUE 149 

Les Archives nationales ont conservé une 

« Lettre de M.Bailly à M. Cochon de Lapparent,avec note signalant 
les agissements d'une société contre-révolutionnaire se réunissant 
rue de Vaugirard, sous la présidence de M. de Clermont-Tonnerre. » 

Elle est datée du 3 décembre 1790 (1). 

Clermont-Tonnerre, voulant rester sur le terrain légal, prit alors 
une permission de la municipalité, à l'effet de transformer ses réu- 
nions en club, de transférer les séances des Amis de la monarchie 
aux Grands Jésuites^ rue Saint-Antoine. 

Ces Amis de la monarchie s'y assemblaient le soir du 28 janvier 
1791 (2). Ils devinrent lutteurs décidés, propagandistes. 

« Ce club, dit le marquis de Ferrières, était un tiers parti entre les 
aristocrates et les jacobins, qui, sans admettre en entier le système 
des premiers, voulait un gouvernement basé à peu de choses près 
sur le gouvernement anglais. Clermont résolut non seulement de 
combattre les Jacobins à Paris, mais encore de les combattre dans 
les départements : il établit, sous différents noms, des affiliations de 
son club monarchique... On convint que les associés donneraient, 
en se faisant recevoir, une somme d'argent proportionnée à leurs 
facultés... Clermont-Tonnerre, ne voulant pas qu'on pût lui repro- 
cher, dans l'établissement de son club, la plus légère contravention 
à la loi, alla prendre une permission de la municipalité... Le Club 
monarchique s'ouvrit sous les plus heureux auspices; il eut, dès ses 
premières séances, six cents souscripteurs (3). » 

Tout aussitôt, Jean-René Loyseau, jurisconsulte, membre de la 
Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, publia une 
brochure commençant par cette phrase : « Le Club monarchique est 
une association anti-constitutionnelle. » 

Ainsi, comme l'observe Louis Blanc : vers la fin d'octobre 1790, 
le Club des Impartiaux (4), qu'on avait cru mort, « ressuscita tout à 
coup, et avec une organisation plus complète, avec des moyens plus 
puissants. » 

Ajoutons : avec une couleur de royalisme plus tranchée ; en tout 
cas, avec des allures plus agressives. 

Bientôt, un arrêté de la municipalité, après des désordres, défendit 



(1) Minute (2 p.), D.XXIX' 32, n» 328. 

(2) Journal des Clubs, t. I, p. 345. 

(3) Mémoires de Ferrières, t. Il, liv. 8. 

(4) Voir Club des Impartiaux. 



150 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

aux membres du club de se réunir. Dans ce club se fondit celui des 
Fédérés, dissous par la loi (1). 

Les patriotes ne se trompèrent pas sur les intentions des membres 
du Club monarchique ou des Amis de la Constitution monarchique . On 
le voit bien dans la pièce suivante, intitulée : Liste des aristocrates de 
toutes les couleurs, composant le Club monarchique (2), laquelle courut 
dans le public, laquelle est le seul document sur les membres de 
cette Société. 

Elle contient cette appréciation : 

« Quelle est donc cette secte opiniâtre, qui s'intitule les Amis de la 
Constitution monarchique? Quelle est sa composition?... 

«(Quels sont donc ces hommes qui s'annoncent avec tant de fracas, 
qui font de si pompeuses charités, et qui distribuent des imprimés 
d'une main, et de l'argent de l'autre, et qui alarment enfui les amans 
de la Liberté?... 

« Telles sont les questions que se faisait à lui-même un vçai Pa- 
triote. Tourmenté par ses pensées, il court, il cherche, il questionne, 
pourconnoître ces amis si chauds de la Monarchie, ou plutôt des viles 
douceurs de l'esclavage; mais en vain il s'agite, il ne rencontre que 
des notions vagues et incertaines. Enfin, le hasard et sa bourse le 
conduisent auprès d'un des Agioteurs subalternes de ce Club impor- 
tant : le marché est bientôt conclu, et notre Patriote emporte la liste, 
aussi content qu'un héros de cour qui vient d'acquérir un comman- 
dement avec cent courbettes. Il s'empresse d'en faire part à ses con- 
citoyens. Ils verront que cette honorable assemblée est composée, en 
grande partie, d'aristocrates fieffés et connus pour tels, des hypo- 
crites du Club de 89 (3) , de plusieurs intriguans [sic] , de quelques 
citoyens trompés, et de beaucoup de trompeurs. » 

IX 

Bientôt, on répandit dans le public la liste suivante : 
NOMS DES ARISTOCRATES 

COMPOSANT LE CLUB MONARCHIQUE 

PRÉSIDENT. 
DuBERGiER, Avocat de Rordeaux, ci-devant Membre du Comité miU- 
taire de l'Hôtel-de-Ville; Orateur fallacieux et impératif. 

(1) Voir Club des Fédérés. 11 s'agit d'un (;lub non déniocraUque, naturellement. 

(2) Bib. Nat., Lb 39/3392. Pièce parue en décembre 1790 ou en janvier 1791. 

(3) \o\T Société dç 1789, 



CLUB MONARCHIQUE 



151 



Vice-Président. 

Hamelin, Commandant du Bataillon des Récolets; ancien Volontaire 
de Dragons ; se disant Chevalier ; Membre du défunt Club des Fédé- 
rés; Guerrier fameux par ses Victoires remportées à Paris, dans les 
Tripots et sur le cœur de quelques filles entretenues. Il a été cassé 
par son Bataillon ; mais il ne s'est pas tenu pour battu : il a dit 
hautement à des Volontaires qu'il les commanderoit malgré eux, 
et (il faut l'avouer) il leur tient parole. 

Membres du Directoire. 
D'Hautefort, d'Agier, Rossy, Stanislas de Clermont-Tonnerre, député. 

Secrétaire. 

Armand de Cormier, Commissaire destitué de la Section de la Place 
Vendôme (1). 

Honorables membres. 

Messieurs, 

Montalembert. 

Chapelier (Réclama. V. plus bas, 
p. 219). 

Marguerite, député? 

De Foucaut, député du Péri- 
gord(2)? 

Régnant (Réclama. V. plus bas, 
p. 219). 

De Poix. 

De Beauharnois, l'ahié, député? 

De Mathan. 

Guilhermy. 

Dufraisse. 

Plainville (Réclama. V. plus bas, 
p. 220). 

De Maubourg (Réclama. V. plus 
bas, p. 219). 

Saint-Cyr. 

Delà Galissonnière, député d'An- 
jou. 



Messieurs, 

Malouet, député. 

Du Gluzel. 

Petit. 

Dagrain. 

D'Ambly. Émigra. 

De Vinezac, Major de Division. 

RouUeau (Aide-Major au batail- 
lon des Récollets). 

D'Estourmel (chevalier). 

De Tuzy {sic) (Réclama. V. plus 
bas, p. 219). 

De Macaye. 

De Parabère. 

Desvieux. 

De Bonneval. 

Riollet. 

Mirepoix. 

Belon. 

Bergasse, député de Lyon. 

De Boisgélin. 



(1) N'iJtait-ce pas ce Corniier qui avait une grande iullueiico au Club de l'Hùtel 
de Massiac? (Voir plus haut.) 

(2) Émigra et fit campagne dans l'armée de Condé. 



152 



LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 



Deschamps. 

De Murinais (1). 

Év. de Chartres. 

Év. de Clermonl. 

Saint-Vincent. 

Du Rosoy. 

Mathias. 

Duchâtelet. 

De Fontenay. 

Év. de Châlons. 

Saint-Priest. 

De Lautrec. 

Mondot (Officier du centre au 

bataillon des Récollets). 
De la Châtre. 
Dupont (Réclama. V. plus bas, 

p. 219). 
Routiers, député de Nancy. 
Tourtain. 
De Ségur. 
Év. d'Arles. 
Év. de Saintes. 
De Custine, député de Metz? 
Mailli. 
Filleul. 
Le Moyne (Réclama. V. plus bas, 

p. 218). 
Thyéri. 
Dubuisson. 
Tourteau. 
Daymar (Réclama. V. plus bas, 

p. 219). 
Poissonier (Réclama. V. plus bas, 

p. 220). 



De Forget. 
Dublaisel. 
Abbé Royou (auteur de VAmi du 

Roi). 
De la Croix. 

De Vergennes (Émigra). 
Messemy (Réclama. V. plus bas, 

p. 221). 
Dorvilliers. 
Rover. 
Sinetti. 
De Lusignem (Membre du CluO 

de Valois). 
Buttafoco. 
Év. de Beauvais. 
Tronchet (Réclama. V. plus bas, 

p. 219). 
Desmeuniers (Réclama. V. plus 
bas, p. 219). 
De Folleville. 
De Faucigny (2). 
De Bonnay. 
La Bussière. 
Le Brun. 
Le Tellier. 
De la Queuille. 
Charton (Réclama. V. plus bas, 

p. 221). 
De Montcalm. 
Duval. 

L. Bonnefoy. 
Courtomer. 
De Saint-Simon. 
Longpré. 



(1) Le chevalier de Murinais, maréchal de camp, député du Dauphiiié ù la 
Constituante, protégea les prêtres réfractaires, repoussa la proposition d'accorder 
le droit de cité aux hommes de couleur, et fit la motion de poursuivre les Jaco- 
bins. Mais, lors de la fuite du roi, il prêta le serment de fidélité à l'Assemblée. 

« Plusieurs des membres paraîtront peut-être inconnus au lecteur, parce que, 
par prudence ou autrement, ils ne se sont fait inscrire que par leur nom de fa- 
mille. » (Note de l'auteur de la liste.) 

(2) Faucigny-Fabre, député de ]}ourg-en-Bresse à la Constituante. Émigra. 



CLUB MONARCHIQUE 



153 



De Loras. 

De Brésé (Grand-Maitre des céré- 
monies sous Louis XVI). 

D"Âigalliers. 

De la Blache (Membre du Club 
de Valois). 

Lambertye. 

Millet. 

Év. de Goutances. 

Monbreton. 

Ludieu. 

Rouvenac. 

Lalande. 

Meunier (Réclama. V. plus bas, 
p. 220). 

De Ghampeaux. 

De Saint-Maurice. 

Salle de Ghoux. 

De Gastellane. 

Dagout [sic). 

Dalby. 

De Saint-Albin. 

Mortemar [sic). Émigra. 

Froment. 

De Landine (Littérateur). 

De Gypières. 

Tixedos. 

Le Febvre. 

Grosbois. 

De Caraman. Émigra. 

De Gand. 

Montfort. 

J. le Doulcet. 



Daguesseau (Réclama. V. plus 
bas, p. 221). 

Gampan (Mari de la femme de 
chambre de Marie-Antoinet- 
te). 

Juigné (Archevêque de Paris). 

De Lassigny. 

Deaubonne {sic). 

Le Glerc. 

De Brignon. 

Augeart [sic] (Membre du Club 
de Valois). 

Év. de Bourges. 

Duc de Luynes (député de la no- 
blesse de Touraine). 

De Guimps. 

De Rastignac. 

Montazet. 

Aubert. 

Gh. Herbert. 

Toulongeon (Réclama. V. plus 
bas, p. 219). 

H. de la Boissièrc. 

De Villequier (1). 

Bonnevie. 

Grussol, Pair de France sous la 
Restauration. 

Belbœuf. 

Du Fresne. 

Champion. 

De la Concy. 

Royer. 

De la Luzerne (Émigra). 



Agents aux gages de la Société. 
Arnould, perruquier. 

Hyans, dit MoNTREuiL, ancien Officier de maison. 
WuLMiN, Gabaretier. 



(1) Le duc (le Villequior fut, plus tard, premiei" gentilhomme de la Chambre à 
Mittau, à la cour du prétendaut, comte de Provence, 



154 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

DupiN, Metteur en Œuvre. 

« La totalité des Membres n'étant pas encore parfaitement connue, 
nous donnerons la suite au Numéro prochain. » (Note du publiciste.) 

Fin effet, une deuxième liste a été publiée. Comme dans la pre- 
mière, on va le voir, les membres de la noblesse et du clergé y sont 
très nombreux. Toutefois, des bourgeois, des roturiers y figurent, 
honorés sans doute de se trouver en si bonne compagnie, de passer 
pour aristocrates, pour iidèles sujets de Louis XVL 



Cette liste se composait ainsi : 

N» 2. 

SUITE DE LA LISTE DES ARISTOCRATES 

dl"] toutes les couleurs, 

composant le club monarchique, 

Actuellement rue Saint-Antoine. 

« M. Malouet (1), cet ennemi juré de la liberté de la presse, a osé 
dire et imprimer qu'il ne subiroit point le joug des Jacobins. Certes, 
il faut l'avouer, ce tour oratoire est très-adroit. Aujourd'hui, les 
Aristocrates, pour se rendre intéressans, crient à l'oppression. A qui 
ferez-vous croire, mon cher Monsieur Malouet, que les Amis de la 
Constitution, que des hommes qui n'ont d'autre puissance que la per- 
suasion, d'autre autorité que l'exemple, sont des tyrans? Les Jaco- 
bins ne peuvent ni ne veulent imposer de joug à personne, mais ils 
veulent achever d'anéantir celui de vos pareils... Ils connoissent, 
ainsi que tout le monde, vos principes : ils savent que vous êtes le 
Maréchal-des-Logis en chef de la cabale aristocratique, que vous 
aviez logée d'abord aux Capucins, puis rue Royale, ensuite à la Sor- 
bonne, et que vous colportez aujourd'hui dans tous les coins de 
Paris, sous le titre pompeux des Amis de la Constitution monarchi- 
que. On dit que, partout refusé, éconduit, vous allez vous réfugier 
au Fauxbourg Saint-Antoine, dans l'ancienne maison des Jésuites : 



(1) Malouet écrivait, le 30 janvier 1791, dans une brochure : 
« ... On croira bien que je ne saurois être membre très actif d'aucun club ; 
mais précisément parce qu'il y en a un tout-puissant, je pense qu'il en faut un 
autre qui ait le courage de contrarier cette toute-puissance et d'éclairer l'opinion 
publique sur ses abus... » 



CLUB MONARCHIQUE 15b 

certainement, vous ne pouviez faire un meilleur choix; cette maison 
est digne de vous et de vos Associés. » 

NOMS DES ARISTOCRATES 

COMPOSANT LE CLUB MONARCHIQUE. 



Daguin. 


Romance. 




Debar. 


de Mézières. 




D'Agieu. 


Perrot. 




Dampière (Réclama. V. plus bas, 


THéritier. 




p. 222). 


de Bertemont. 




D'Agoult (I). 


Coubert. 




Albert. 


du Tremblay. 




Arnault. 


de la Bussière (Réclama. V. 


plus 


Dartaignant [sic). 


bas, p. 220). 




Aubarède. 


d'Evry. 




Aubry. 


Vandœuvre (Réclama. V. 


plus 


Auger. 


bas, p. 222). 




Authier. 


de la Vaupalière. 




Azon. 


de Ricé (Réclama. V. plus 


bas, 


de Bassompierre. 


p. 219). 




de Bavière. 


Malartie {sic). 




Beaumarchais (Ne réclama pas, 


de Boursac. 




comme il le fit à propos du 


de Sainte-Croix. 




Club de la Sainte-Chapelle). 


Dufrane. 




de Beaufort. 


le Breton. 




de Beaulieu. 


Piébot. 




de Beaumanoir, 


Belhomme. 




de Beaumont. 


La Viefville. 




de Beaureceuil. 


BouUanger. 




de Beauvais. 


Monfermail. 




Béhague. 


de Valence. 




Colbert. 


Benoit. 




Bélanger. 


de Bérenger. 




de Fresne. 


de Bernières. 




Barras. 


de Berthelot. 




J. Barbier. 


de Béthune. 




de Barmont. 


Davesne. 




de Barzal. 


de Lambert. 




de Bcllegarde. 


de Lange. 





(1) Aide-major des gardcs-du-corps. 



156 



LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 



de Saint-Blancard. 

d'Houdelot {sic). 

de Damas. Émigra. 

de Sorrant. 

d'EspinchaL 

de Gauges. 

de Sartine (Membre du Club de 

Valois). 
Bataille, 
de Santeul. 
Lemoine (Réclama. V. plus bas, 

p. 218). 
Pigeau. 
Lutton. 
Jolimet. 
Berthelot. 
Cottin. 
Guéri n. 
Jarry. 
A. Durand, 
le Vacher. 
Gobin. 
Evrat. 
Crampon. 
Dumelz. 
de Persans. 
Lambert. 
Joinville. 
Ferrand. 

Dupré de Saint-Maur. 
Hocquart. 
Blondel. 
Montboissier. 
Péronneau. 
Robineau. 

de Mouchy (Maréchal de France). 
Bienaimé. 
Duval. 
Jullienne. 
Robin. 
Anquetil. 



de Perpirolle. 

Bernard. 

de Beaudouin. 

Sergent. 

Bourgeois. 

Chambon. 

de Ligneul. 

Mallet (Membre du Club de Va- 
lois). 

le Mercier. 

le Long. 

Jullien. 

le Boullanger. 

de la Guillaumie {sic). 

Richard, 

de Brunville. 

Hérault. 

de Laurencel. 

Vasse. 

Miller. 

Bignon. 

de Romainvilliers. 

Langlard. 

le Couturier. 

de Farouville. 

Champlatreux. 

Card. de la Rochefoucauld. 

Titon (Membre du Club de Va- 
lois). 

Pacquet. 

l'Escalopier. 

de Pomeuse. 

Tandeau. 

Cormeré, 

de Mauperché. 

le Coigneux. 

Foulon. 

de Bandeville. 

Angran. 

de Soisy. 

des Maillis. 



CLUB MONARCHIQUE 



157 



Diet, Officier de la Reine. 




Trudaine (Réclama. V. plus bas, 


Didier. 

d'Anjou. 

Valadon. 








p. 220). 
le Blanc, 
de Beaulieu. 


de Neuville. 








Agard. 


le Bret. 








Boula. 


Gilbert. 








GeofFrois. 


Pinon. 








Rolland. 


de Morangis. 








Chartier. 


BéruUe. 








de Barème. 


Sauveur. 








d'Aligre. Émigra. 


Saint-Vincent. 








Rousseau. 


de Vaudeuil. 








Gauthier. 


de Glatigny. 
de Minière. 
Ghuppin, 
Masson. 








de Fontenay. 

Remy. 

Gigault. 

le Normand. 


Sabatier. 








Clément. 


Barbier. 








de Sèze (1). 


de Boulainvilliers. 








de Bannes. 


Jacquier. 
Boucher d'Argis ( 


Réclama 


. V. 


d'Anthily. 
F. Perrotin. 


plus bas, p. 219). 
de Fontelle. 








Dupleix. 
Mandat (2). 


Bureaux (Réclama, 
p. 220). 


, V 


. plus 


bas, 


de la Roquette, 
le Chanteur. 


Mesnard. 








Salamon. 


Dumont. 








le Rebours. 


Angély (Réclama. 

p. 219). 
de Vouges. 


V. 


plus 


bas. 


Morel. 

Goislard. 

d'Héricourt, 


de la Marre. 








le Roy. 


deCorberon. 








Ferry. 


de Saint-Moris. 








Fournil. 


de Vilmilan. 

Paris. 

Esmangart. 








de Gourgue. 

de Nicolay [sic) (Émigra\ 

Berlin. 



(1) Avocat, qui fit acquitter Bozenval, et plus tard défendit Louis XVI devant 
la Convention. 

(2) Ancien capitaine aux gardes-françaises, qui commanda la garde nationale 
la veille du 10 août 1192. 



158 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Moron. de Solligny. 

Griffon. de Poujaud. 

de Saint-Cyr. Renou. 

Pieffort. d'Assouville. 

de Varenne. de Saint-Vigor. 

Mende-Monpas. Bazin (Réclama. V. plus bas, 

de la Livaudière. p. 220). 

Beaumanoir. le Carpentier. 

de la Source. de la Touche. 

Thibault du Loisir. Wariner. 

du Chemin. d'Harméville (1). 

Bellamourt. 

DE l'imprimerie PATRIOTIQUE 

La seconde liste renferme un nombre de noms supérieur à celui de 
la première. 



XI 



L'emblème du Club monarchique était une balance en équilibre 
parfait, dont l'un des plateaux supportait le bonnet de la liberté et 
l'autre la couronne de France. 

A peine installé, ou plutôt aggloméré ça et là, il imita le club des 
Jacobins, se fit un centre de propagande, et correspondit avec une 
foule de sociétés contre-révolutionnaires. A Perpignan, le 5 dé- 
cembre 1790, une Société des Amis de la paix siégeait à côté de la 
Société des Amis de la Constitution. Le soir, deux coups de fusil 
furent tirés des fenêtres de la première sur des citoyens qui sortaient 
du lieu où se réunissait la seconde. Il y eut deux blessés, et la ville 
fut troublée pendant plusieurs jours. 

Le Club des Amis de la Constitution monarchique distribua des 



(1) « Beaucoup de ces messieurs, quoique absents de Paris, sont affiliés à l'as- 
sociation. » {Note de l'auteur.) 

Ces deux listes, assui-ément non authentiques, se vendaient très bon marché. 
On les avait tirées à un grand nombre d'exemplaires. Beaucoup de personnes 
y désignées crurent devoir se défendre publiquement de faire partie du Ctiih 
monarchique. Les journaux publièrent, à cet égard, des réclamations que nous 
enregistrons plus bas. 

Nous n'avons pas trouvé de liste officielle. On remarquera que bien des noms 
sont mal orthographiés, et plusieurs répétés 



CLUB MONARCHIQUE 159 

pamphlets, parfois gratis, en janvier 1791. Il fonda, partout où cela 
lui fut possible, des clubs des Amis de la paix et des Amis du roi. Il 
s'aboucha avec des Amis de la patrie, des Amis de la paix et de la 
religion, des Défenseurs de la religion, des personnes et des propriétés. 
Ses affiliations en province déterminèrent les Jacobins et leurs 
partisans à soulever le peuple de France contre les divers clubs 
monarchiques, pendant l'année 1791 et dans la première moitié 
de l'année 1792. 

A Paris, principalement, il organisa des distributions de pain, de 
vêtements, même d'argent. On verra ce qu'il en advint. 

Il eut des cartes d'entrée, comme les autres clubs. Gorsas écrivit 
dans son journal : 

« Nous avons une de ces cartes (d'entrée) sous les yeux ; en voici 
la forme : 

« En tête est un écusson ovale aux armes de France; sur le sommet 
de cet écusson repose une balance: dans l'un des plats de cette ba- 
lance est le bonnet de la liberté ; dans l'autre , une couronne. Une 
branche de chêne et de laurier se croisent en bas de l'écusson. Entre 
un double filet qui circonscrit l'écusson, on lit ces deux mots : libres 
ET fidèles; de sorte que le mot libres se trouve du côté de la liberté, 
et fidèles du côté de la couronne. 

« Ce qui est inscrit de plus sur cette carte, est le numéro, le nom 
du récipiendaire, la date de sa réception et la vérification des com- 
missaires de la soirée. Sur le verso de la carte, il n'y a rien de gravé; 
enfin elle est parfaitement conforme aux cartes que nous avons dit 
avoir été envoyées à telles et telles personnes, avec des circulaires ; 
de l'une desquelles circulaires et cartes nous avions déjà reçu com- 
munication (1). » 

La circulaire était envoyée à toutes les personnes supposées d'a- 
voir les mêmes principes que ceux professés par cette Société, à 
laquelle on les invitait de se rendre de la manière la plus pres- 
sante. 

Le Club monarchique ne négligeait, d'ailleurs, aucun moyen de 
propagande anti-révolutionnaire. 

En but à de vigoureuses attaques, il invoquait la loi, et était 
dénoncé par la presse plus ou moins avancée, notamment par les 
Révolutions de Paris (2). 



(1) Courrier de Gorsas, u* 28, du 29 décembre 1790. 

(2) Révolutions de Paris, n' 77, du 25 décembre 1790 au 1" janvier 1791. 



160 LES CLUBS GONTRE-RËVOLUTlONxNAIRES 

« Dénonciation du Club monarchique. 

« Une Société vient de s'élever à Paris, sur les ruines des défunts 
Clubs de 1789., des Fcdénh et des Impartiaux. Elle porte le titre de 
Société des Amis de la Constitution monarchique, 

« Nous l'aurions laissée dans l'oubli, mourir de sa belle mort, si 
elle ne cherchoit pas à égarer, à soulever le peuple de la capitale et 
des départemens sous la couleur mensongère de la bienfaisance et 
de la pureté des principes. On a pu voir, dans notre dernier numéro 
(N° 76), un échantillon de la doctrine des monarchistes , tiré de l'em- 
blème dont ils décorent le frontispice de leurs diplômes et de leurs 
brochures. 

« Les fondateurs sont des aristocrates gangrenés, des frondeurs 
connus des opérations de l'assemblée nationale, des partisans achar- 
nés du veto et de tous les abus du gouvernement anglais: les sieurs 
Stanislas Clermont-Tonnerre et Mulouet. Ils attendent en renfort 
MM. Mounier et Lally-Tolendal, qui ont promis de venir si les choses 
tournent à bien. Pour auxiliaires, ils ont recruté les restes épars du 
club de la rue Royale, tous les spadassins de l'opéra, et les pilliers (sic) 
de tripots du Palais-Royal. La devise de cette nouvelle troupe de sy- 
cophantes est liberté, fidélité. Nous remarquerons, en passant, qu'elle 
est tirée de la brochure : Quintius Capitolinus aux Romains, dont les 
rédacteurs du journal monarchique n'ont fait une critique modérée 
que pour avoir l'air de s'éloigner des principes de M. Tollendal, tan- 
dis qu'ils sont parfaitement d'accord ensemble; a peu près comme 
deux avocats rient après l'audience des injures qu'ils se sont adres- 
sées pour la cause de leurs clients. 

<( Pour première opération, ils ont envoyé un manifeste en forme 
de prospectus, dans les 83 départemens, par lequel ils s'annoncent 
comme les défenseurs des principes abandonnés de la monarchie expi- 
rante; ils déclarent la guerre à la société des Jacobins, qui sera tou- 
jours regardée comme celle des vrais amis de la constitution monar- 
chique, telle qu'elle a été décrétée par l'Assemblée nationale, et non 
telle que voudraient la faire concevoir les monarchistes S'ils sont les 
véritables amis de la constitution française, pourquoi ne se réunis- 
sent-ils pas à la société des Jacobins, qui s'impose un respect si pro- 
fond pour les décrets de l'Assemblée, qu'il n'est plus permis de les 
discuter dans son sein lorsqu'ils sont rendus et sanctionnés? Pour- 
quoi, à l'aurore d'un nouveau culte, d'une religion aussi sainte que 
celle de la liberté, donnent-ils l'exemple d'un schisme dangereux? 
Pourquoi, dans un moment où la nation, fatiguée des convulsions 



CLUB MONARCHIQUE 161 

qu'elle a éprouvées dans le passage de l'ancien au nouveau régime, 
s'érigenl-ils en ambitieux sectaires? Pourquoi s'annoncent-ils comme 
les fauteurs des opinions oubliées de quelques hommes diffamés qui 
ont déserté leur patrie au moment où la chose publique étoit en dan- 
ger, à lïnstant où les dissentions {sic) civiles, qu'ils avoient eux- 
mêmes excitées, étoient sur le point de la ravager? Certes, si comme 
ils osent s'en vanter, leurs intentions sont pures, leur conduite est 
bien imprudente. 

« Comme les missionnaires de toutes les sectes, ils cherchent à sé- 
duire par de petites charités, pompeusement distribuées, le peuple 
qu'ils veulent abuser sur les principes. Ils ont des émissaires dans les 
48 sections de Paris, chargés de se concerter avec les commissaires 
de police, afin de faire distribuer cent livres de pain par semaine aux 
indigens de la section, à un sou la livre (1). C'est ainsi qu'ils essaient 
de persuader au peuple que le pain doit être diminué; c'est ainsi que 
les conspirateurs de Lyon s'y étoient pris pour tâcher de faire sou- 
lever le peuple en faveur des princes; avec les mêmes principes, ils 
mettent en usage les mêmes moyens. Les sections ont vu le piège; 
ils ont senti tout le danger qu'il y avoit à laisser donner le pain à un 
sou chez quelques boulangers, tandis que chez d'autres il se vendroit 
deux sous; elles ont refusé la lihérarité inof'fîcieusp dea monarchistes. 

« Citoyens! défiez-vous de ceux qui, en décriant le patriotisme, 
viennent à vous les mains pleines; défiez- vous des principes despo- 
tiques qu'ils cherchent à étayer par une bienfaisance illusoire et de 
pure ostentation. Les monarchistes vous diront, vous écriront, pour 
se faire valoir, que la société des Jacobins les a attaqués, qu'elle a 
fait des tentatives auprès des sections de Paris pour dissoudre leurs 
assemblées. Cela est faux, et l'atrocité est digne de ceux qui l'ont in- 
ventée. Les Jacobins reconnoissent que tous les citoyens, même ceux 
qui sont ennemis de la constitution, ont le droit de se réunir paisi- 
blement et sans armes. Ils ont arrêté de prémunir leurs sociétés affi- 

(i) « Le sif^ur Cormier, l'un dfs adeptos de la société monarchiste, s'est présenté, 
il y a quelques jours, de la pai't de ses confrères, à la section de la place Ven- 
dôme; après avoir jeté un regard douloureux sur la misère publique, il a vanté 
la bienfaisance des monarchistes ; il a dit qu'il était autorisé de leur part à offrir 
chaque semaine à la section une sonnue réglée pour doiuier le pain à. un sou la 
livre. La section, sur l'avis de M. Le Clerc, a dénoncé cette machination à la 
municipalité. Cependant, un boulanger de la Chaussée d'Antin a distribué quelques 
livres de pain sur les cartes de la société: lorsqu'il a voulu réclamer son payement, 
le sieur Cormier lui a chen^hé chicane; il lui a reproché d'avoir ébruité la muni- 
ficence clandestine de la société; il a fini par lui dire : Allez chercher votre paye- 
ment rue de Vaugirard. Il y est allé, et n'a pas été plus heureux que chez le sieur 
Cormier. » (Voir Clnh de l'Hôtel de Massiac.) 

Il 



162 LES CLUBS GONTRE-BÉVOLUTIONNAIRES 

liées contre les émanations empoisonnées de faux amis de la consti- 
tution monarchique, ils ont dénoncé leurs manœuvres coupables 
pour capter et séduire le peuple ; enfin ils les ont signalés comme des 
ennemis dont il fallait respecter les personnes en détestant leurs 
erreurs. On peut dire avec vérité des monarchistes : Vetiiunl ad vos 
in vesiimentis ovium, intrinsecùs aulem sunt lupi rapaces. Jls viennent 
à vous comme des brebis, et ce ne sont que des loups dévorans. » 

Dénoncé pour avoir donné le pain à un sou, le Club monarchique 
essaya vainement de se justifier. Il apparut comme un « complot mi- 
nistériel et aristocratique contre la constitution », observe le marquis 
de Ferrières, dans ses Mémoires. 



XII 



Les monarchistes trouvèrent un local à leur convenance. 
Voici la profession de foi adressée alors à Bailly et à La Fayette par 
les Amis de la Constitution monarchique : 

« Les citoyens soussignés, tant en leurs noms qu'en celui de plu- 
sieurs autres, réunis à eux sous le nom d'amis do la constitution mo- 
narchique, ont l'honneur de prévenir M. le maire, qu'en conformité de 
l'article de la Déclaration des Droits de l'Homme, qui permet la libre 
manifestation des opinions, et des décrets qui autorisent les citoyens 
à s'assembler, après avoir averti MM. les officiers municipaux, leur 
intention est de se réunir en Société ou Club, sous la dénomination 
d'Amfs de la Constitution Monarchique^ dans l'une des salles de l'édi- 
fice connu sous le nom de Panthéon et situé rue de Chartres; ils pro- 
testent de nouveau de leur soumission aux décrets de l'Assemblée 
nationale, acceptés ou sanctionnés par le Roi; et ils attendront des 
dépositaires de la force publique la surveillance et la protection qui 
sont dues à tous les citoyens paisibles, lorsqu'ils se renferment dans 
la soumission due à la loi. » 

Aussitôt parut une Lettre d'un patriote à un de ses amis, au sujet 
de la dissolution et du rétablissement du Club monarchique (1). Lettre 
assez insignifiante et peu répandue. 

Le Journal des Clubs publia les articles suivants, relatifs au pain à 
bon marché et à trois nouveaux membres du clul) : 

« Depuis quelque tems, il s'est élevé à Paris, au Panthéon (2), rué 

(1) lîib. Nat; (pièce), Lb 39/4309; 

(2) Le Panthéon, ('-tabli dans l'angle irrégulier formé par la rue Saiat-Tlioirias 



CLUB MONARCHIQUE 163 

de Chartres, un club, sous le nom des amis de la constitution monar- 
cfdque. Une épithète donnée à la constitution a causé de l'ombrage, 
a fait naître des soupçons, et l'on a cru voir dans cette alFectation 
une nudité aristocratique, qui cherchoit à se revêtir du manteau 
royal. On a dit : Pourquoi se distinguer? Être ami de la constitution, 
c'est être ami de la monarchie, puisque l'assemblée nationale a dé- 
crété que la France est et resteroit monarchique. A cette première 
inconséquence, ou cette première levée de boucliers, les membres du 
nouveau club en ont ajouté une autre; c'est de procurer à un certain 
nombre d'indigens, à quatre sols, d'autres disent à six sols, les quatre 
livres du pain qui se paient communément neuf sols, ce qui a causé 
une rumeur qu'il étoit facile de prévoir... » (p. 325 et suiv.) 

« La formation et la suspension du club monarchiqui3 ont donné 
lieu à un événement fâcheux. M. Hamelin, commandant du bataillon 
des Récollets (1), M. Mondot, officier du centre, et M. Rouleau, 
aide-major de ce môme bataillon, s'y étoient, dit-on, fait recevoir. 
La défaveur jettée sur ce club retlua sur eux. La section s'assembla, 
ainsi que le bataillon ; on y dénonça et le club et les membres, et 
particulièrement le sieur Hamelin. On trouva fort mauvais qu'un 
commandant de bataillon fût membre d'une association accusée d'a- 
ristocratie ; on le déclara incapable de commander des citoyens 
patriotes, et on procéda à la nomination de son successeur... » 
(p. 385) (2). 

La publication du Journal du Club des Amis de la Constitution mo- 
narchique amena des réclamations plus ou moins fondées. Voici celle 
que le Moniteur universel (3) inséra : 

« Le prospectus d'un journal intitulé les Amis de la Constitution 
monarchique annonce que M. Fontanes doit en être le rédacteur. Cette 
annonce est confirmée par l'annonce du 1" numéro de cette feuille 
périodique. Mais un avis imprimé à la fin du second N", et une lettre 
que M, Fontanes nous a écrite, le disculpent complètement. Nous 
nous hâtons de lui rendre justice, en publiant, comme il le désire, 
qu'il ne rédige pas ce journal » (4). 



du Louvre ot la ruo dn Chartres, entre les numéros li et IG, devait tenir lieu, 
pendant l'hiver, du Wauxhall de la foire Saint-Germain, abattu en 1784. Devint 
le Vaudeville en 1792. A disparu plus tard, quand on déf>agea le Louvre. 

(1) Voir, plus haut, la liste des membres du club, p. 151. 

(2) Journal des Clubs, t. I, p. 32") et suiv., p. .'}85. 

(3) Moniteur universel du 28 décembre 1790, n" 3G2. 

(4) Fontanes, Suard, et d'autres écrivains monarchistes, rédifj;èrerit le Modé- 
rateur, journal qui ne vécut pas. 



164 LES CLUBS CONTHE-REVOLUTIONNAIRES 

Mais si le doute existe à propos de Fontanes, il est certain que ce 
premier numéro contint des articles de Clermont-Tonnerre et de 
Mathieu; que le n" 3 contint un article de M. Hautefort. 

Le 17 décembre 1790, Clermont-Tonnerre prononça dans la So- 
ciété un discours, dont les membres du Club décidèrent l'impression 
dans leur journal (1). Il était le patron actif du club, où son talent de 
parole lui donnait une place tout à fait prépondérante. Son libéra- 
lisme s'évanouissait peu à peu, et le peuple parisien le rendit en 
quelque sorte responsable des incidents qui suivirent. 

Dans sa séance du 18 décembre 1790, le Club monarchique établit 
une caisse à l'effet de pouvoir distribuer aux pauvres, dans les sec- 
tions, du pain à un sou et demi la livre. 

On peut lire encore dans le prospectus du Journal de cette société 
une afhrmation du but qu'elle se proposait : 

« La Société des Amis de la Constitution monarchique a des prin- 
cipes invariables, et ne se découragera pas. 

« Le moment où se sont manifestées des opinions dangereuses 
pour l'autorité légitime du Roi et de la Constitution monarchique 
décrétée par l'Assemblée nationale, a été celui de sa naissance. Des 
efforts constants pour la propagation des bons principes, et l'établis- 
sement d'une correspondance suivie avec un grand nombre de 
citoyens, amis de l'ordre et de la liberté, ont été ses premiers 
travaux, 

« Aussi loin des préjugés de l'ancien régime que des passions des 
novateurs, la devise de ses membres est : lihertr et fidéliir. 

« Ils regardent comme la loi des Français la Constitution par 
laquelle il est établi que : 

« Le Gouvernement français est monarchique ; qu'il n'y a pas en France 
d'autorité supérieure à la loi; que le Roi ne règne que par elle; que ce 
n'est qu'en vertu des lois qu'il peut exiger r obéissance; 

« La Constitution par laquelle 

« L'Assemblée nationale a reconnu et déclaré comme points fonda- 
mentaux de la monarchie, que la personne du Roi est inviolable et sacrée ; 
que le trône est indivisible, ei que la couronne est héréditaire dans la race 
régnante, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, à l'exclusion 
absolue des femmes et de leur descendance. 

« S'il se trouvait des décrets dont les dispositions semblassent 
contraires à l'intérêt public, c'est des seuls moyens légaux et consti- 

(1) Clcriuont-Tonncrrc, Opinions et discouru, t. IV, p. 28 et suiv. 



CLUB MONARCHIQUE 165 

tutiônnels que la société pense qu'il en faut attendre et obtenir la 
réformation. 

« La société voit avec une profonde indignation, et repoussera avec 
une constance imperturbable, les efforts que l'on fait depuis long- 
temps pour anéantir la Monarchie. 

« La société s'attachera à combattre les écrivains incendiaires et 
les hommes plus coupables qu'eux, dont ils sont les instrumens. 

<( Le Journal de la Société parait le samedi de chaque semaine. 

« Le prix de la souscription est de 24 livres pour l'année, franc de 
port par tout le royaume, et de 13 livres 4 sous pour six mois. 

« Le Bureau de souscription est ouvert chez madame Valade, impri- 
meur, rue des Noyers, et chez tous les Directeurs des Postes et les 
principaux Libraires du royaume. » 

Le 17 novembre 1790, le Club monarchique avait ajouté à la publi- 
cité de ses séances la fondation de ce Journal de la Société des Amis 
de la Constitution monarchique^ dont le prospectus reproduisit un 

« Extrait des refjistres de la Société des Amis de la Constitulio)i 
monarchique. 

« ARRÊTÉ DE LA SOCIÉTÉ, DU 17 NOVEMBRE 1790. 

« Un Membre a fait une motion tendante à ce que la société com- 
mençât incessamment à tenir des séances publiques, dans lesquelles 
tous les citoyens pussent juger ses intentions et ses principes, et où 
l'on pût opposer une résistance d'opinions à toutes les tentatives 
dirigées contre l'autorité légitime et constitutionnelle du Roi, et la 
constitution monarchique. 

« La Société a arrêté que la première séance publique seroit encore 
différée, mais que pour faire connoître dès à présent son but et ses 
principes, et combattre d'une manière efficace les opinions dange- 
reuses, il sera publié un Journal avoué par la Société et rédigé par 
M. de Fontanes, l'un de ses membres. A cet effet, la Société a auto- 
risé M. de Fontanes à publier dans les numéros de ce Journal des 
fragmens de la correspondance de la Société, ses principes et son 
règlement. Signés : Decrkcy, Derossy, Stanislas de Clermont-Ton- 
N'ERRE, Cormier, Commissaires (1). 

(l) Joutmal des Amis de la Constitution monarchique, n" 1, du samedi 18 dé- 
combre 1790. Prospectus. Co journal, hebdomadaire, eut 27 numéros. Chaque 
numéro a une pagination distincte, porte le cachot de la société, — les armes de 
France supportant une balance dans un des plateaux de laf4uelle est un bonnet 
de la liberté, et dans l'autre la couronne royale. En exergue : libres et fidèles: 
sur le tout est une ban<leroUe avec le nom do la société; on bas de l'écu, dans 
un médaillun, le millésime : 1790. 



166 LES CLUBS CONTRE -RÉVOLUTIONNAIRES 



XIII 



Lemonnier prononça, dans la séance du 25 décembre 1790, aux 
Jacobins, présidés par Miral)eau l'aîné, un discours dans lequel il 
appréciait ainsi, au début, le nouveau club : 

« Vous savez, Messieurs, que l'aristocratie, désespérée d'avoir vu 
tous ses complots découverts, toutes ses sombres manœuvres mises 
au jour, a cru avoir inventé un moyen infaillible pour anéantir tout 
ce que nos législateurs ont fait pour la stabilité de l'empire français : 
c'est l'établissement d'un club sous le nom de Constitution monar- 
chique. Plaisante dénomination ! Comme si tous les clubs patrio- 
tiques, en particulier celui des Amis de la constitution, n'avaient pas 
le but de fonder une constitution vraiment et essentiellement monar- 
chique, mais une monarchie légale, une monarchie qui aura pour 
base les lois et pour objet le salut de la nation, 

« Ce n'est point pour ridiculiser cette folle institution que j'ai eu 
l'honneur de vous demander la parole, mais pour vous dénoncer les 
premières opérations de cette assemblée vraiment inconstitution- 
nelle : elle a conçu le plan de mettre le trouble dans cette capitale, 
et par la suite dans le royaume entier. Voici le sûr moyen que ces 
hommes fallacieux ont cru devoir employer. Ils ont nommé quarante- 
huit commissaires pour se répandre dans les quarante-huit quartiers 
de Paris; c'est le cheval de bois qui vomit les guerriers grecs pour 
renverser les murs de Troie. Vous verrez que les Grecs se sont 
répandus dans la capitale, et si cette capitale n'a que d'imbéciles 
Troyens pour défendre ses murs... » 

Lemonnier ajouta que Cormier, un des commissaires, s'était pré- 
senté à la section de la place Vendôme, et que d'auti'cs s'étaient pré- 
sentés dans d'autres sections; que Cormier, muni d'une carte signée 
Clermont-Tonnerre (1), avait fait l'offre de distribuer par semaine 
detix cents livres de pain aux pauvres de la section, à un sou la 
livre; que, heureusement, M. Leclerc, ancien commissaire des 
guerres et chevalier de Saint-Louis, avait riposté : « Puisque vous 
voulez obliger les pauvres, donnez en argent à chaque section qui, 
avec notre surveillance, si vous l'exigez, distribuera le pain à ceux 
que la section connaîtra en avoir le plus de besoin. » A quoi l'émis- 

(1) Carte plus grande qu'une carte ordinaire, ayant au nnlicu h; nom du roi, 
et à côté de ce nom une balance, en haut une guirlande avec le titre du club. 



CLUB MONARCHIQUE 167 

saire n'a pas voulu consentir, trouvant « étonnant que des gens pré- 
posés pour procurer les avantages de la section refusassent les 
secours offerts à la mendicité. » 

C(U'mier ajouta que déjà treize sections avaient accepté. Leclerc 
lui demanda de laisser par écrit l'engagement qu'il voulait con- 
tracter, avec toutes les clauses. Cormier donna dans le piège, laissa 
par écrit sa soumission avec la carte, qui furent placées dans le 
bureau du président de la section, puis portées à la police de la 
ville (1). 

Ainsi, le Club monarchique attirait l'attention des Jacobins et 
entrait dans la lutte politique^ non pas seulement par l'énoncé des 
sentiments intimes de ses membres, mais par des moyens actifs. De 
plus, il paraissait disposé à ne pas céder aux menaces populaires, ni 
aux injonctions de l'autorité municipale, à en appeler, s'il le fallait, à 
la justice des représentants de la nation pour continuer d'exposer ses 
vœux en faveur de la royauté, de la noblesse et du clergé. 11 était 
plus franc que les réunions de certains modérés. 

Des difficultés s'étant élevées sur les droits des sociétés monarchi- 
ques correspondantes, au commencement du premier numéro du 
Journal de la Société des Amis de la constitution monarchique^ fut placé 
un 

(■ Extrait du 'procès-verbal de V Assemblée Nationale, du samedi au soir, 
treize novembre mil sept cent quatre-vingt-dix . 

« L'Assemblée Nationale, après avoir entendu son Comité des rap- 
ports, déclare que les Citoyens ont le droit de s'assembler paisible- 
mont, et de former entre eux des sociétés libres, à la charge d'obser- 
ver les loix qui régissent tous les Citoyens; qu'en conséquence, la 
Municipalité de Dax n'a pu troubler la société formée dans cette ville, 
sous le nom de Société des amis de la Constitution; que ladite société 
a le droit de continuer ses séances, et que ses papiers doivent lui être 
rendus. 

« CoUationné à l'original, par nous, Secrétaire de l'Assemblée na- 
tionale. A Paris, le lOjanv. 1791. Armand, La Metuerie, Bion, Latyl, 
Prêtre de l'Oratoire, Secrétaire; Oudot, Curé de Savigny; Cl. An. 
L'Eleu. 



(1) Ce discours, imprimi'' par l'ordro de la société des Amis de la Constitution, 
séante aux Jacobins, se trouve à la Bibliothèque nationale; il forme 7 pages iu-S", 
sans date. 



168 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Nous, Commissaires du Comité des Décrets^ certifions que le décret 
ci-dessus est sanctionné du J9 novembre 1790. 
« Fait au Comité, le i janvier 1791. Bouche. » 

Plus les idées avancées se firent jour, plus la presse patriote se 
montra sévère dans ses appréciations sur la Société, qui devenait 
agressive, qui lui paraissait dangereuse. A Paris et en province, les 
polémiques abondèrent. 

Gorsas écrivit : 

« Le club monarchique, dont nous avons parlé ces jours derniers, 
est ouvert depuis quelque tems ; le but avoué de ce club est de s'op- 
poser à l'esprit de Républicanisme qui germe, disent ses membres, 
dans toutes les têtes (assertion aussi fausse qu'absurde), le but secret 
est de former une scission parmi les citoyens de la Capitale. Les 
cartes d'entrée portent ces mots : Amis de la constitution monarchique ; 
c'est sous ce titre respectable que les membres espèrent exciter une 
diversion dont les suites funestes sont incalculables. » 

« ... L'intention du Club Monarchique est de renverser celui des 
amis de la constitution et toutes les autres sociétés de ce genre... (4) » 

Gorsas ne se méprenait pas sur les intentions véritables des mo- 
narchistes. 

Les Révolutions de Paris (2) interprétèrent la devise du Club monar- 
chique : 

w Emblème du club monarchique. 

« Ce club est un réchauffé de 89 (3), dont nous ne pouvons main- 
tenant citer que le titre et analyser que l'emblème. 

« L'hiéroglyphe de cette société est une balance en équilibre par- 
fait, par la charge des deux bassins, dont l'un porte le bonnet de la 
liberté, c'est-à-dire la Nation, et l'autre la couronne de France, c'est- 
à-dire le Roi; ce qui signifie que la Nation est égale au Roi, et que le 
Roi est égal à la Nation; d'où les sociétaires monarchistes font résulter 
sans doute cette doctrine que, si les droits de la Nation sont impres- 
criptibles, ceux du RoiXo, sont aussi, et que, par conséquent, la Nation 
et le Roi, ou le Roi et la Nation, sont inattaquables l'un par l'autre; 
que l'imprescriptibilité de l'un et de l'autre ne pouvant dériver que du 
même principe, il s'ensuit que la nation étant souveraine de droit na- 
turel, c'est aussi de droit naturel que le Roi est souverain ; que tout 



(1) Courrier de Gomas, u° 20, du lundi 20 dcceuibrc 1790. 

(2) Révoluiions de Paris, n" 76, du 18 au 25 décembre 1790. 
(:i) Voir, plus bas, Société de -1789. 



CLUB MONARCHIQUE 169 

ce que peut la nation de ce côté, le Roi le peut aussi du sien ; que 
l'un pèse autant que l'autre (ce qui, par exemple, est trop fort) ; et 
qu'enfin, en droit originel, en force et en volonté, un est égal à vingt- 
cinq MILLIONS. Voilà le système du veto expliqué, et ses analyses men- 
tales révélées. 

« Cette hérésie politique, que les monarchistes n'osent encore pro- 
fesser qu'en gravures, doit être terrassée par les simples propositions 
de la saine doctrine. 

« La NATION est tout dans la nation, c'est-à-dire, rien n'est au-dessus 
d'elle, tout individuellement, et le Roi, comme les autres, est au- 
dessous d'elle. La nation est le souverain ; le Roi n'est pas le souve- 
rain. La nation fait la loi et l'abroge; le Roi ne peut ni l'un ni l'autre. 
La nation peut abroger la royauté ; le Rot ne peut pas abroger la 
NATION. La NATION cxistc par elle-même; le Roi n'existe que par la 
NATION. La NATION est un corps indépendant qui sort du sein de la 
nature; le Roi est une convenance de la loi faite par la nation. 

« Les monarchistes n'entendent donc rien aux emblèmes. Leur ba- 
lance n'a point de justesse, et s'ils veulent continuer à tenir en équi-' 
potence la nation et le Roi, ils sont ou des ignorans ou des mauvais 
citoyens. » 

Et Carra fit chorus, d'une façon très violente, en prenant à partie 
Clermont-Tonnerre. 

« Il paroît, depuis peu de temps, un Journal des Amis de la Consti- 
tution, qui doit sa naissance à la délibération prise par la société qui 
porte ce nom de publier sa correspondance. Ce journal patriotique a 
donné l'idée aux anti-patriotes de répandre leurs perfides principes 
sous un titre à peu près semblable, celui de Journal des Amis de la 
Constitution monarchique (1). Nous prévenons nos lecteurs que le pre- 
mier de ces journaux est le véritable antidote du Mercure, et que le 
second n'en est qu'un insipide supplément. » Chronique de Paris. 

Voir cet autre article, du même : 

« Une société, sous le titre des Am?'i- de la constitution monarchique, 
vient de se former dans cette capitale. On jugera aisément de ses 
principes et de son but quand on saura qu'elle est fondée par Stanislas 
Clerniont-Tonnetre, et qu'elle est composée de tout ce qu'il y a de 
roués, d'escrocs, de joueurs, d'intrigans et de partisans de l'ancien 
régime à Paris (2). » 



(1) Annales patriotiques, uo 440, du 26 décembre 1790. 

(2) Annales /jalriotigues, ir 431, du 27 déceuibrc 1700. 



170 LES CLUBS COÎsTRE-RÉVOLUTlONNAIRES 

Et cet autre : 

« Supposons que le club des monarchieiis de Paris, et ses corres- 
pondans établis dans tous les postes importans de l'empire, 
veuillent, sous les dehors spécieux de la bienfaisance, soudoyer et 
s'attacher deux millions de citoyens, à un sou par livre de pain, il en 
coûtera aux sociétés monarchiennes deux millions de sous, ou 
100 mille francs par jour, ou 3 millions par mois (1). » 

La bienfaisance avait déjà été pratiquée politiquement eu pro- 
vince. 

Il avait existé, en juin 1790, à Dijon, une Socirté de la lireliro^ dans 
laquelle on prodiguait de l'argent à des citoyens pauvres ou avides 
qui adhéraient à une profession de foi aristocratique. Les patriotes 
dijonnais dispersèrent les membres de cette société. 

Le 30 décembre 1790 (n° 46-4 des Annales), Carra ajoutait : 

<( Remarquez, je vous prie, qu'en même temps que nos ennemis 
projettoient dans dilTérentes villes de l'empire une contre-révolution 
à main armée, ils en méditoient une autre sur les esprits faibles, en 
formant tout-à-coup et partout des sociétés sous différens noms, tels 
que ceux de Club monarchique ,• (VAmis du Roi; A'Amis du Roi et de 
la paix ; AWmi$ du Roi, de la Noblesse et du Clergé; (VAmis de l'ordre 
et du bien, etc., etc.. » 



XIV 



Toujours pour imiter, mais aussi pour combattre la Société des Ja- 
cobins, le Club monarchique faisait une active propagande en 1790; 
il correspondait avec les sociétés des Amis de la paix qui, à Per- 
pignan, à Aix et ailleurs, venaient de soulever la colère du peuple. 
Nous avons donné là-dessus quelques détails (2). 

Il avait recruté, disent les Révolutions de Paris; les restes épars du 
club de la rue Royale, tous les spadassins de VOféra, et piliers de 
tripot du Palais-Roi/al (3). Ajoutons que les dames de la halle, en 
très grande partie, étaient royalistes, et que plusieurs désavouèrent 
les journées des 5 et 6 octobre 1789. Marie-Antoinette les reçut, à 
Paris, mais à distance, et elles s'enorgueillissaient néanmoins de 
cette réception. 



(1) Annales patriolifjues de CaiTa, n" 453, du 29 décembre 1790. 

(2) Voir plus haut, p. 129. 

(3) Révolutions de Paris, n" 77, p. 627. 



CLUB MONARCHIQUE 171 

Eu décembre 1790, il se formait un club d'A^nis de tordre et de la 

paix à Metz, dont les membres portaient sur le cœur des cocardes 

blanches attachées à la doublure de Thabit. Il s'en formait un aussi, 

société des Afnis de la Paix, à Limoges (décembre). 

Un partisan du Club monarchique imprima une circulaire Aux 
Amis de la paix, dans laquelle il disait : « Tenez vous sur vos 
gardes ; défiez-vous de ceux qui se disent Amis de la Constitution; ce 
sont des loups revêtus d'une peau d'agneau, qui se masquent pour 
vous dévorer plus sûrement... (1). » 

La section des Tuileries demanda la dissolution du Club monar- 
chique, dont les réunions amenaient des attroupements qui trou- 
blaient la tranquillité publique. 

« Section des Tuileries 

« Extrait des registres des délibérations de l'assemblée générale 
du ^8 décembre 1790. 

... « L'assemblée, considérant que la dénomination fastueuse des 
amis de la Constitution monarchique que prend cette société, annonce 
un attachement exclusif et de préférence à une seule partie de la 
constitution, et contredit la profession de foi de cette même çociété, 
de sa soumission aux décrets de l'Assemblée nationale, acceptés ou 
sanctionnés par le roi ; 

« Considérant que le principal but de cette société, manifesté dans 
un discours prononcé par un de ses membres, et inséré dans le 
journal de ses séances, est d'opposer une masse de résistance à une 
société composée d'hommes connus par le patriotisme le plus pur et 
le plus éclairé, entièrement dévoués au maintien et à la défense de la 
liberté, et appliqués sans relâche à préparer et à combiner les maté- 
riaux du grand édifice de la constitution ; 

« Considérant que cette société a la folle présomption, ainsi que 
l'annonce ce même discours, de défendre la constitution monar- 
chique, comme si elle étoit attaquée, comme si elle n'étoit pas une 
partie essentielle de la constitution générale, que tous les François 
ont juré de défendre et de maintenir, même au prix de leur sang; 
qu'elle porte le délire jusqu'à vouloir favoriser et appeller de tous ses 
moyens le retour de la paix, le retour de l'ordre public, comme si 
ces précieux avantages pouvoient être l'ouvrage des prétendus amis 
de la constitution monarchique, et n'étoient pas le résultat et l'ac- 

(1) Bib. x\at. (pièce), Lb 39/3191. 



172 LES CLUBS GONTRE-HEVOLUTIONNAIRES 

complissement de la loi à laquelle nous avons tous juré d'être 
fidèles ; 

« Considérant que c'est une charité bien redoutable et bien per- 
fide, que celle qu'avoit commencé à exercer cette société, lorsque, 
sous le voile de la bienfaisance, elle a arrêté une distribution de pain 
à ses frais, à un prix inférieur au prix ordinaire, en faveur des pau- 
vres de la capitale, qu'elle vouloit ainsi soudoyer pour se les atta- 
cher, et qui seroient venus recevoir, dans un morceau de pain, un 
aliment empoisonné ; 

<( Considérant enfin que ce nouveau club est la même société 
chassée d'abord de la maison des Capucins, poursuivie ensuite rue 
Royale, proscrite enfin partout où elle a cherché à s'établir, qui se 
reproduit aujourd'hui sous un nouveau titre; qu'Q peut faire 
craindre les plus grands dangers pour la capitale, et y amener les 
scènes d'horreurs dont gémissent encore la ville d'Aix, celle de Per- 
pignan et autres, où se sont établis de pareils clubs, sous les noms 
(Vamis du roi, d'amis du clergé; que cette dernière considération sol- 
hcite puissamment la surveillance de la section, et qu'elle ne croie 
pas avoir un moment à perdre pour prévenir de semblables 
malheurs : 

(( A arrêté unanimement d'exprimer le vœu le plus formel pour la 
dissolution de la société ou club connu sous la dénomination des 
Amis de la constitution monarchique, qu'il sera en conséquence 
enjoint aux propriétaires ou principaux locataires du Panthéon, rue 
de Chartres, d'empêcher qu'il soit tenu aucune séance de la société 
dont il s'agit dans les dépendances de cet édifice. 

« A arrêté, en outre, que la présente délibération sera imprimée et 
affichée, et envoyée aux quarante-sept autres sections, avec invitation 
expresse d'y adhérer; de veiller à ce que la société ne tienne ses 
assemblées dans aucun lieu de leur arrondissement, et à ce qu'il ne 
se forme aucune association pareille dans leur sein ; 

(( Que la présente délibération... sera notifiée à M. du Bergier, 
comme s'étant annoncé président de la société des prétendus amis de 
la constitution monarchique, et aux propriétaires ou principaux loca- 
taires du Panthéon; et que, pour y donner la plus grande publicité 
possible, elle sera envoyée aux rédacteurs des journaux patriotes, 
pour être insérée dans leurs plus prochains journaux... 

« Signé : Bertemy. » 

Une autre section, celle de l'Observatoire, fit une réclamation ana- 
logue. 



CLUB MONARCHIQUE 173 

Le 28 décembre 1790, « sur la dénonciation faite par la section de 
rObservatoire de quelques faits tendant à troubler la tranquillité 
publique, attribués à la société appelée les Amis de la Coustilulion 
monarchique^ le Corps municipal ordonne que le procureur de la 
Commune prendra les renseignements les plus étendus et les plus 
exacts sur ces faits et rendra compte incessamment de ce qui sera 
parvenu à sa connaissance ; comme aussi, le Corps municipal ordonne 
que, jusqu'à ce qu'il ait statué sur le compte à rendre par le procu- 
reui' de la Commune, l'assemblée dite des Amis de la Constitution 
monarchique discontinuera ses séances; enfin, ordonne que le présent 
arrêté sera notifié demain par le procureur de la Commune à M. Cler- 
mont-Tonnerre, se qualifiant président de ladite société (1). >> 

C'était demander la dissolution du club. Mais ses membres ne ces- 
sèrent pas de s'assembler, ou tout au moins de se concerter. Les 
distributions de pain continuèrent. Les patriotes regardèrent leur 
philanthropie comme étant un moyen politique. On assurait que les 
monarchistes chargeaient des sœurs de distribuer du « pain monar- 
chique ». Le fait déplaisait; ses résultats paraissaient dangereux. 

Le Mercure national imprimait : 

«... Cette assemblée coupable, présidée par Stanislas Clermont (2), 
tient ses séances du côté de la place Vendôme : elle a arrêté de la 
rendre publique et fait serment de poursuivre, en son nom, tous les 
écrivains qui parleraient contre le système monarchique (3). » 

(( Les monarchistes, dit encore le Mercure national (même date), 
font des billets qu'ils distribuent abondamment, et avec lesquels les 
particuliers vont chez les boulangers qui le leur donnent ;le pain) à 
un sou (la livre). Ces billets sont signés Lally-Tolendal. » 

Remarquons ici que le nom de Lally-Tollendal ne se trouve pas sur 
les listes que nous avons transcrites plus haut. Mais il figurait parmi 
les memJires du Club de Valois (4). Ses votes récents le faisaient 
considérer comme monarchiste avant tout. 

Corsas entretint ses lecteurs de ce qui s'était passé aux alentours 
de la salle de la rue de Chartres. 

« La balance du club monarchique avoit perdu l'équilibre avant- 

(1) Procès-verbaux manuscrits, 28 décembre 1790. — Cité par M. Paul Kobiquot, 
dans son ouvrage sur le Personnel municipal de Paris pemiant la Révolution, cic, 
p. 5o3. 

(2) « C'est tout dire. » [Note du rédacteur.) 

(;{) Mercure national, numéro du vendredi 31 décembre 171)0. 
(4) Voir, p. :jt, Cluh de Valois. 



474 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

hier au soir. Le sou de pain mis sans précaution dans le bassin qui 
soutenoit le bonnet de la liberté, a emporté celui où reposoit la cou- 
ronne, — Pour parler sans figure, les membres de ce club ont voulu 
s'assembler avant-hier, suivant leur coutume; mais l'inquiétude 
qu'avoit causé ce rassemblement a provoqué une a|sez énergique 
insurrection dans la rue de Chartres, et MM. du club monarchique se 
sont retirés un peu plus vite qu'ils n'auroient voulu, après avoir 
ce-pendant et au préalable^ jette un coup d'œil du côté d'un certain 
district qui leur avoit promis, en cas de besoin, protection et secours. 
Quelques membres s'étant permis de dire qu'ils reviendroient en 
force, la réserve de l'hôtel de-ville est accourue (1). » 

Devant les attroupements, les monarchistes s'étaient dispersés. 
Corsas annonça aussitôt : 

« La dissolution du Club monarchique a fait avant-hier un éclat 
assez violent pour inquiéter le Roi et sa famille (2), » 

On savait les sympathies de la cour pour cette société; on les exa- 
gérait peut-être. En tout cas, les zélés la compromettaient. Sur feu 
le Club monarchique^ 

Villate écrivit : 

« Le Club monarchique n'a séduit personne, pas même ceux aux- 
quels on promettoit le pain à un sou la livre, » 

Alors, les défections, les plaisanteries accablèrent plus que jamais 
la défunte société. Les affiliations cessèrent. 

Par une lettre du 3 janvier 1791, adressée à M. Robert, rédacteur 
du Mercure National, Hugou (de Rassville), soldat citoyen de la sixième 
division, se défendit d'appartenir au Club monarchique. 

Madame Louise Robert, dans le même journal, à la date du 7 jan- 
vier 1791, écrivit : « Vois à Paris môme ce club monarchique ; quels 
sont les dieux qu'on y encense? le fanatisme et la royauté. » 

Dans le même journal encore, à la date du 1" février 1791, nous 
trouvons : 

« Extrait d'une lettre de Corbeil, en date du 27 janvier. 

« Vous saurez, monsieur, qu'il s'étoit établi un club à Coi^beil^ 
affilié à celui des Jacobins de Paris. M. de Clermonl-Tonnerre a voulu, 
dit-on, qu'il fût affilié à son club monarchique, et sur le refus, il n'a 
pas voulu le laisser subsister, sous prétexte qu'il ne faut pas de club 



(1) Courrier de Gorsas, n" 30, du vendredi 31 décembre 1790; 
(ii) Courrier de Gorsas, w 1, du l'' janvier 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 173 

dans les petites villes. Je vous envoie sa lettre à ce sujet, et des cou- 
plets qui ont été chantés dimanche dernier, à une fête qu'il a 
donné [sic] à cinq cent cinquante hommes de la garde nationale des 
environs, dont il est commandant, dans son château, près Corbeil. Il 
étoit révéré généralement avant son discours, et la ville est partagée 
actuellement pour et contre. Les couplets sont du curé d'Ivry, connu 
pour un grand aristocrate. — Voici un de ces couplets. 

Air : Vive Henri IV. 

Brave Tonnerre, j 

Nous suivrons tes drapeaux. > 6/^. 

Eu paix, en guerre, ) 

Ils seront nos signaux, 

Brave Tonnerre, 
Nous suivrons tes drapeaux, 

« Que l'on me dise encore que Stanislas n'est point un chef de 
conjurés... » 

Clermont-Tonnerre et ses amis perdaient leur prestige. Carra 
s'empressait d'insérer cette phrase dans son journal : 

« Le club des Monarchiens ou des Monarchieux, (jui soulevoit le 
peuple en mettant à un sou la livre de pain, vient d'être dissous, au- 
tant par le mépris que par l'indignation publique... (1). » 

On chansonna beaucoup feu le club monarchique, surtout à propos 
de Clermont-Tonnerre, que l'on surnommait Jean-Farine. 

Bonis rimes remplis par M. de Clermont-Tonnerre., président du 
feu Club monarchique. 

Sur, défunt, le cluô Monar-chique ^ 

Les Annales et la Chronique 

S'évertuant à qui mieux mieux, 

Dans une finale cynique (2) 

Enterrent ce club piloyeux. 

Messieurs, dit d'une voix étique 

Clermont, jadis le Tonnerrrr' ique., 

Efn renversant le pique nique, 

De mes Monar... tant souffreteux, 

Ah! daignez leur laisser le.., chique (3), 



(i) Annales pat riolùj nés, n» 4"i8, du 3 janvier 1791. 

(2) « Les auteurs do la Chronique et des Annales se sont permis impiinémenl 
de changer la finale du mot inoua.rchique, et d'appeler ce club mona.r -cfiien, 
numar-chieux ; or, la réclamation de M. de Clermont-Tonnerre a pour objet ce 
changement. 11 demande avec raison qu'on restitue le chique enlevé à l'épithète 
thérie du club dont il est le président. » {Note de Gonas.) 

(3) Courrier de (iorsas, ïi° 4, du 4 janvier 1791; 



176 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Pendant que Malouet, après avoir présidé le club des Impartiaux^ 
défunt aussi, se déclarait champion de Clermont-Tonnerre, une 
lettre du 24 janvier 1791, signée par de Broglie, -président, Villers, 
G. Bonnecarrère, Alex. Beauharnais, Voydel, secrétaires, adressée 
aux Amis de la Constitution, accusait le Cluh monarchique de cher- 
cher à exciter des troubles. 

Lorsque, le 25 du même mois, une affaire sanglante eut lieu à La 
Chapelle, près Paris, Carra et les Jacobins assurèrent que le Club 
monarchique était fauteur de la bataille qui coûta la vie à plusieurs 
citoyens, et qu'il fut d'accord, sur ce point, avec le Comité autri- 
chien (1). 

Les dénonciations pullulaient. 

Le 23 décembre 1790, Lemonnier (2) prononça, nous venons de le 
dire, un discours aux Jacobins contre le Club monarchique. Le 30, 
la section de Bondy dénonça ses agissements. Le 20 janvier 1791, 
survinrent les dénonciations faites par les sections des Gravilliers, du 
Louvre et de la Halle au blé ; le 28, celles des sections des Lombards 
et du Louvre. Le 31, la section de la rue Beaubourg délibéra et s'éleva 
contre les menées du Cluh des Amis de la Constitution monarchique. 
Six jours avant, la section des Champs Élysées avait inculpé cette 
société, à propos de l'affaire de la Chapelle Saint-Denis, et une pro- 
testation d'un membre monarchiste accusa les Jacobins. 

Le 13 février 1791, il y eut, à la section du faubourg Montmartre, 
une motion d'un nommé Moelle contre les membres du Club monar- 
chique. 

XV 

Dans ces circonstances délicates, les monarchistes ne se tinrent 
pas pour battus. Ils réclamèrent contre la suspension de leurs 
séances, en invoquant la loi et la liberté. 

A la fin de décembre 1790, le président du Club s'adressa au pro- 
cureur-syndic de la Commune. 

« Discours de M. le président de la société des Amis de la constitu- 
tion monarchique, à M. le procureur-syndic de la commune : 

« Monsieur, 
« Le directoire de la société des amis de la constitution monar- 



(1) Annales patriotiques, ii" 480, siippl. du 23 janvier 1791. — Voir Comité 
autric/iien. — Voir Club des Impartiaux. 

(2) Dcmcuraut rue du Bac, n" 244, ou rue Ncuve-Saiiit-Eustache, u" 12. -— Voir 
plus haut, p. 166. 



CLUB MONARCHIQUE 177 

chique a l'honneur de représenter à M. le procureur-syndic de la 
commune qu'il est instant que Tordre arbitraire qui a suspendu ses 
séances soit incessamment révoqué. 

« La liberté est un bien que l'homme ne peut aliéner; il est autant 
de son devoir que de son droit d'être et de demeurer libre. 

« La liberté civile consiste à pouvoir faire tout ce que la loi ne dé- 
fend pas; et personne ne peut contraindre à faire ce que la loi n'or- 
donne pas, ou empêcher de faire ce qu'elle permet. 

« Rappeler ces principes à M. le procureur-syndic de la commune, 
c'est reporter son attention sur les intérêts et les droits des citoyens 
(}ui composent la société des Amis de la constitution monarchique. 

« On nous défend de nous réunir : cette défense est illégale; il 
n'appartenoit qu'à la loi de la prononcer. Nous avons obéi; mais celte 
obéissance est un titre de plus à la justice la plus prompte. Nous 
avons fourni tous les documens qui pouvoient paroitre utiles; nous 
avons fait plus môme que nous ne devions, puisque les papiers qui 
contiennent nos opinions, ces opinions dont la liberté est constitu- 
tionnellement établie, ont été remis par nous à M. le procureur-syn- 
dic de la commune. Nous avons cherché des objections pour y 
répondre; nous avons pleinement éclairci le jugement du corps mu- 
nicipal : nous prions, en conséquence, M. le procureur-syndic de la 
commune de le hâter, et nous lui observons que chaque instant qui 
s'écoule depuis que, par le corps municipal, et non par la loi, notre 
liberté est restreinte, ajoute au délit social contre lequel nous avons 
droit de réclamer (1). » 

Le discours fut publié, comme on le voit. Le Journal des Clubs im- 
prima ces lignes : 

« La Révolution avait eu lieu. Des patriotes se réunissent aux Jaco- 
bins sous le titre d'amw de la constitution ; une autre société, tirée 
presque entièrement du sein de la première, prend le titre de club de 
1789, année de notre liberté ; les sections ont leurs clubs ; les dépar- 
temens imitent la capitale; enfin, il se forme à Paris une dernière 
association, celle des amis de la constilulion monarchique. 

« Ce club paroît sous de sinistres auspices; on lui imprime, dès sa 
naissance, le sceau de la réprobation; il fait une lourde faute qui 
sème l'inquiétude; tout s'arme contre lui, les clubs l'attaquent, les 
sections le dénoncent, les assemblées de café le menacent; les jour- 
naux crient à l'aristocratie, à la contre-rçvolution; le peuple éprouve 

(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution inonarchic/ue, U" 4, du 
30 décciubre 1790. 

12 



& 



178 LES CLUBS GONTRE-Rr<]VOLUtlONNAlHES 

sticcessitement et rapidement la défiance, Id crainte; un pas de plus, 
il se litfoit à la fureur et reribùVelloit petit-être ces scènes affli- 
geantes... 

« Le club monarchique rësiste aiix attaques; la loi est iilvoquée; 
les magistrats du peuple rie voient d'abord que le danger des eitoyens ; 
la suspension du nouveau club est ordonnée (le 29 décettlbre 1790); 
les informations se font; Tœil sévère de la justice s'arrête aux faits 
et ne profonde point jusqu'aux intentions; la municipalité condamne 
une distribution de pain au-dèssoiis du prix courant. 

« Le directoire du club déclare qu'il renonce à ce mode inquiétant 
de distribution; alors, la loi étant formelle sUi* le droit accordé il 
tous citoyens, ne faisant point corporation, de s'assembler paisible- 
ment et sans armes, après en avoir donné avis à la municipalité, le 
corps municipal, par un arrêté du samedi 8 janvier 1791, rend au 
club monarchique la liberté de tenir ses séances (1). » 

« Extrait du Registre des Délibérations du Corps Municipal. 

« Du 8 janvier nSL 

« Le Corps Municipal, ouï le rapport de ses Commissaires, après 
avoir entendu le Substitut-Adjoint du Procureur de la Commuflè, sui* 
les informations ordonnées par l'arrêté du 28 Décembre 1790, et lec- 
ture faite de la déclaration de ladite Société de la Constitution Mottar- 
chique, déclare que rien n'empêche qu'elle reprenne ses séances. 
« Sifjy^é : Bailly, Maire; De Joly, Secrétaire-Greffier. 

« Pour extrait conforme à l'original, signé : De Joly, Secrétaire- 
Greffier {"i). )) 

(( Les papiers publics^ lisons-nous dans le Journal des Clubs, ont 
annoncé la mort de la Société des amis de la constitution monarchi- 
que, et cependant elle n'a cessé d'être en activité depuis le 8 janvier 
(1791) que la municipalité lui permit de reprendre ses séances (3). >> 

Le 6 janvier, une fête donnée le jour des Ëois, près dU caiiip de 
Jalès, était, disait-on, organisée pai* le Club monarchique étaMi en 
cette ville. Après le dtner, distribution de pain, de vin, de viandes et 
d'argent « faite au pauvre peuple ». Le soir, sUr un transparent, Oh 
lisait : Vivons., mourons pournotre roi (i)! Malgré les dénégations du 



(1) Journal des Cliifis, t. I, p. 411, U2 et 413. 

(2) Lettre d'un patriote à un de ses amis, etc. (Bib. Nat., pièce, Lb 39/4509.) 

(3) Journal des Clubs, t. I, p. 609. 

(4) Journal général de France. 



CLUB MONARCHIQUE 179 

Journal de la Société des amis de ta constitution monarchique (1), le 
fait demeura constant pour les ennemis de cette société. 

En octobre 1790, Voidel, membre du Comité dés recherches de 
l'Assemblée nationale, avait dénoncé de nombreux aristocrates (2). 
Bàrnave, en janvier 1791, prononça un discours qui contenait aussi 
une dénonciation contre le club monarchique, à l'Assemblée natio- 
nale. Il s'écria : 

« Tandis que les uns regrettent des abus irréligieux, s'appuient du 
nom sacré de la religion, une autre secte s'élève : elle invoque la 
constitution monarchique; et sous cette astucieuse égide, quelques 
factieux cherchent à nous entourer de divisions, à attirer des citoyens 
dans des pièges, en donnant au peuple un pain empoisonné... Ce 
n'est pas ici le moment de traiter ce qui concerne Cette insidieuse, 
perhde et factieuse association... Sans doute, les magistrats chargés 
de veiller à la tranquillité publique auront pris les précautions 
qu'exige cette tranquillité. Sans doute, le comité des recherches ins- 
truira bientôt l'Assemblée de Ces manœuvres factieuses, de ces dis- 
tributions de pain à moitié prix, destinées à porter le trouble dans le 
peuple et à en armer, et vous dénoncera dénominativement ceux qUi 
ne craignent pas de se montrer et de paraître les auteurs de ces ma- 
nœuvres et les chefs de cette faction... » 

Murinais (3), Malouet, et d'autres membres de la droite s'agitèrent 
fort pour interrompre le discours de Barnave. 

Malouet parla ensuite : « Je demande, dit-il, que la liberté, que la 
sûreté publiques et individuelles ne soient pas impunément outra- 
gées dans cette tribune... Je demande (jue la dénonciation (jui a été 
faite soit consignée dans le procès-verbal... Je demande que l'Assem- 
blée nous indique un tribunal... Je demande que le préopinant dé- 
ploie sa dénonciation sur le bureau... » 

Murinais s'éleva contre le « membre qui a appelé le coutelas des 
assassins sur la tète des hommes honnêtes. » Il dénonça la société 
des Jacobins. Et Malouet, dans le même sens, demanda « comment 
faire cesser les désordres dont gémissent les bons citoyens, tant qu'il 
régnera sur la France un club dominateur »? Il dénonça, lui aussi, le 
club des Jacobins. 



(1) .loufiialulc la Société dcfi Aml.s de la ConslUiUiun munarchique, t. 1, n" 8, 
p. 64. 

(2) Rapport de VoldcI, dU 26 octobre 1790. 

(.3) Nous citons, plus bas, IR sâlou alistocratiqui' de madauic de Murinais. 
(Voir plus bas, Salons, etc.) 



180 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

L'Assemblée ne tint pas compte des amendements de Murinais et 
de Malouet (1). 

Celui-ci inséra, dans le Journal monarchique, une réponse à Bar- 
nave : 

(( J'avois vu des crimes impunis, des hommes avides de pouvoir, 
s'élever par toutes sortes d'intrigues; j'ai connu des princes despotes, 
des ministres absolus; mais la tyrannie dans toute son audace, je ne 
la connoissois pas ; et je ne conçois pas qu'il y ait des hommes assez 
vils pour fléchir devant la tyrannie qui se masque du nom de patrio- 
tisme. Ah! si c'est un droit sacré que celui de résister à l'oppression, 
que tous les hommes généreux brisent, comme moi, le joug qu'on 
leur impose; car ce n'est pas le joug des loix, c'est celui des tyrans, 
des factieux, que je ne subirai jamais. 

« Je ne sais si le tumulte des camps et le bruit des armes présen- 
tèrent jamais plus d'alimens à la discorde que ces scènes affreuses, 
où des représentans du peuple, unissant leurs cris et leurs applau- 
dissemens à ceux des spectateurs, accueillent avec des transports de 
joie, quoi? un acte d'humanité, de justice et de bienfaisance ? non : 
des paroles de sang, des calomnies et des outrages à ceux qu'on op- 
prime! 

« Vous voilà donc, François, obligés de vous affilier tous au club 
des Jacobins, sous peine d'être traités en ennemis de la constitution. 
Et vous, membres de la société monarchique, qui avez osé rivaliser 
avec le club dominateur, et qui, déjà chassés d'un quartier dans un 
autre, interdits par la municipalité, n'avez obtenu votre réhabilita- 
tion qu'en vous soumettant humblement au plus rigoureux examen, 
vous voilà dénoncés par M, Barnave comme des hommes perfides^ 
insidieux^ distribuant aux pauvres un pain empoisonné. 

« Si huit ou neuf cents citoyens, du nombre desquels j'ai l'honneur 
d'être, ainsi traités, à la grande satisfaction des tribunes et de la ma- 
jorité de l'Assemblée nationale, n'obtiennent pas la réparation de 
cette injure, M. Barnave me permettra de lui demander ce qu'il ap- 
pelle la constitution, l'heureuse révolution, et, surtout, la liberté (2). » 

Malouet avait proposé d'organiser une taxe des pauv7'es, selon Mi- 
chelet, des bureaux de secours et de travail, dont les premiers fonds 
seraient faits par les établissements de charité, le reste par un impôt 
sur tous, et par tm emprunt. 

(1) Murinais ne tarda pas à disparaître de la scène politique. 

(2) Hépo?ise de M. Malouet à la dénonciation du Club de la Conslilulion monar- 
chique par M. Bar/iuue.— Journal inonarc/iique, du 22 janvier 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 181 



XVI 



Le Cluh monarchique renonça à distribue)' lui-même des bons de 
pain, et communiqua cette résolution au Corps municipal. Était-ce 
l)ien vrai? On en douta dans le public; à plus forte raison aux Jaco- 
bins. 

Alors, le Club monarchique délibéra^ ainsi que le constatent les do- 
cuments qui suivent : 

« DélibAration du comité de la Société de;; amis de la constitution 
monarchique (24 janvier 1791 ). 

« Les citoyens soussignés, membres du Comité de la Société de? 
Amis de la Constitution monarchique, instruits que les ennemis di. 
repos public répandent que la Société continue à distribuer du pain 
aux indigens à un prix inférieur au taux ordinaire, nonobstant la 
déclaration faite au Corps municipal qu'elle renonce à ces modes de 
distribution, déclarent et attestent, sur leur honneur, à M. le Procu- 
reur-Syndic de la Commune qu'il est faux que le Comité fasse ou ait 
fait, depuis ladite déclaration, aucune distribution de pain à un prix 
inférieur au taux commun. Les susdits citoyens demandent acte à 
M. le Procureur-Syndic de 4a Commune, de la présente déclaration, 
et le préviennent en même tems que le Comité, fatigué des absurdes 
et calomnieuses inculpations qu'on ne cesse de diriger contre la So- 
ciété, s'est décidé à charger ses Commissaires de remettre, demain, à 
M. le Procureur-Syndic de la Commune la somme de onze mille cinq 
cent quarante-neuf liv., montant des contributions volontaires que la 
Société a ramassées, et qu'elle destinoit à des actes de bienfaisance. 
La liste des pauvres inscrits sera en même temps remise à M. le Pro- 
cureur-Syndic; et le Comité s'en rapporte, pour la distribution, aux 
Comités des Sections de Paris, dont le patriotisme pourra s'exercer 
d'une manière moins pénible et plus digne d'elles, que dans la discus- 
sion des nombreuses et odieuses délations dont on les occupe. 

« Le Comité réserve à la Société le droit de prendre, à l'égard des 
actes de bienfaisance qu'elle voudroit faire à l'avenir, le parti qui lui 
semblera convenable, lorsque la tin d'une nouvelle persécution dont 
elle est l'objet lui permettra de reprendre ses séances, 

« DuBERGiER, Président i Hamelin, Vice-Président ; Cormier, dHau- 
tefort, de Rossy, Clermont-Tonnerre et Debar, membres du Comité. » 



182 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

M. le procureur-syndic de la commune a répondu par la pièce sui- 
vante : 

« MUNICIPALITÉ DE PARIS 

« Procureur de la commune. 

« Du 24 ianvier 1791, 10 heures du soir. 

« J'ai reçu de MM. les commissaires de la Société des amis de la 
constitution monarchique une déclaration qu'ils sont disposés à me 
remettre la somme de 11,549 livres, provenant d'une contribution 
volontaire faite par les membres de la Société, pour en faire la distri- 
bution aux pauvres, dont la liste me sei'a donnée ; el j'ai eu l'honneur 
de déclarer à MM. les commissaires que je ne pourrois me char^çer de 
la somme offerte qu'autant que j'y serois autorisé par le corps muni- 
cipal. 

« B. C. Cahier. » 

Le lendemain, deux commissaires ont porté à M. le maire la somme 
de 11,549 livres et la liste des pauvres inscrits, qui se montent à 
2348. 

De plus, le Club monarchique s'adressa à l'Assemblée nationale 
pour protester contre le « pain empoisonné » dont Barnave avait 
parlé. 

Dans la séance du 27 janvier 1791 (matin), M. Leleu de la Ville- 
aux-Bois, secrétaire., fit lecture de la lettre suivante, de la Société des 
amis de la Constitution monarchique : 

« Monsieur le président, 
« Nous avons été outragés, hier, dans le sein de l'Assemblée natio- 
nale; nous demandons aujourd'hui d'y être entendus. 
« Nous sommes, avec respect. Monsieur le président, etc. 

<( Les commissaires de la Société des Amis de la 
Constiiutio)i monarchique. » 

Gaultier-Biauzat dit : « Quand nous donnons du pain, nous le don- 
nons (entièrement gratis ». 

Clermonl-Toiinerre déclara : « On n'a pas disLr'ibué de pain ». 

L'Assemblée passe à l'ordre; du jour (1). 
(I) J. Mavidal et Laurent, Arnliives parlementaires, t. XXÏT, p. 506. 



GÏ.UB MONARCHIQUE 183 

XVII 

Cependant, l^s monarchistes trouvèrent un Iqcal, après avoir long- 
temps cherché, comme ce|a était arrivé précédemment (I). 

Leur Société passa, avec le sieur Mélan, l'acte suivant : 

« Je, soussigné, suis convenu de louer pour l'espace d'un mois, à 
compter de ce jour, à M. Dagieu, commissaire de la Société des amis 
de la constitution monarchique, et stipulant en son nom et pour elle, 
la salle de mon vauxhall d'été et le café qui est au-dessous seulement 
du sallon, les foyers qui ont communication dans la salle; comme 
aussi de fournir les chaises et tahles nécessaires, ainsi que les lustres 
dont ces messieurs pourront se servir, me réservant le jeudi pour 
disposer et jouir de mon établissement, moyennant le prix et somme 
de mille livres, que j'ai présentement reçue de mondit sieur; bien 
entendu qu'il ne se traitera dans lesdites assemblées rien qui ne 
puisse être avoué, et qui puisse être contraire à la loi ni au roi. Car 
ainsi a été convenu. 

« Fait double entre nous, à Paris, ce lî) janvier 1791. 

« Signé : Melan. » 

Le?l, la séance a eu lieu; puis, un des membres du directoire n 
reçu du sieur Melan la lettre suivante : 

« Co 23 janvier 1791. 
« Monsieur, 

(( Je compte devoir vous prévenir d'une opposition que j'ai reçue des 
syndics de mes créanciers à ce que je reçusse davantage votre Société 
chez moi. Ces gens sont malheureusement des entrepreneurs, et les 
mêmes que peux qui ont bâti le Pauthéon^ et qui ont été effrayés lors 
de l'altercation que vous avpz eue avec la municipalité. IVe trouveriez- 
vous poiut prudent, avant cjue yotn* SoPieté soit bien jnstalée (sic) 
chez moi, et lorsque cela n'est pas pncore bien connu du public, de la 
transporter dans un autre local, sous le prétexte du trop grand éloi- 
gnement du mien, et d'éviter par là l'apparence d'une appréhension 
de ma part vis-à-vis du public, lorsque, le mois étant expiré, je ne 
vous renouyellerois point la location de ma salle. J'ai obtenu de ^\ës 
créanciers qu'ils ne vous feraient aucunes signilications juridiques, 
et je leur ai promis de prendre, là-dessus, votre avis, et de vous prier 
de prendre en considération Ips observations que j'ai T^PPueur dp 

(1) Voir plus liant, p. 14-'! et sulv. 



184 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

vous faire. Vous auriez le tems, d'ici à votre prochaine assemblée, de 
prévenir votre président actuel, que je ne connois pas, pour qu'il la 
convoque dans un autre local. Déjà tous les papiers incendiaires 
crient après moi; et peut-être auroit-on évité ces clameurs si l'on 
avoit fait afficher davantage, et surtout sur les murs de mon édifice, 
le placard de la municipalité, qui m'auroit servi du moins de bou- 
clier contre ces espèces de gens toujours disposés à tout envenimer. 
J'attendrai avec confiance votre décision, persuadé que vous pren- 
drez les précautions nécessaires pour me mettre à l'abri du dommage 
que je pourrois éprouver de la part du peuple que l'on se plaît si sou- 
vent à aveugler. 

« J'ai l'honneur d'être, avec respect, 
« Monsieur, 
<( Votre très humble et obéissant serviteur. 

« Signé : Melan, » 

Ce membre du directoire a annoncé qu'il répondroit le lendemain : 
le môme soir, le sieur Melan lui a adressé la lettre suivante : 

« Monsieur, 

(( Dans ce moment encore, je suis assailh par plusieurs personnes 
de mon quartier et du district voisin, qui me préviennent du danger 
que je cours pour mercredi prochain : car on sait déjà que votre as- 
semblée est pour ce jour-là. Je suis prêt à sacrifier ma vie pour tenir 
l'engagement que j'ai pris avec vous, mais je ne dois point risquer 
le gage de mes créanciers, et le bien de mes enfans. La fermentation 
est telle que la garde de mon quartier ne se dérangeroit point pour 
venir à mon secours dans le cas d'une rumeur publique. En consé- 
quence, telle chose qui doive m'arriver, j'ai l'honneur de vous pré- 
venir qu'il m'est impossible de laisser faire l'assemblée mardi pro- 
chain, et que je ferai garder mes portes pour empêcher tout accès. 
Si cependant d'ici à ce tems-là vous voulez bien me promettre que 
l'assemblée sera décommandée, afin de ne point fixer les yeux du 
public sur votre Société, je n'y mettrai point de gardes. Je voudrais 
que tout le monde qui est effrayé de vos assemblées eût assisté à 
celle que vous avez tenue vendredi, il seroit rassuré comme moi ; 
mais dois-je risquer toute ma fortune et celle d'un tas d'honnêtes 
gens auxquels je dois, pour essayer de vaincre l'opinion publique 
dans un quartier surtout aussi isolé de tout secours! Si la personne 
qui a le double de mon marché veut venir (car je ne sais point son 
adresse), je lui remettrai son double du marché et le billet que j'ai 



CLUB MONARCHIQUE 185 

reçu; mais je suis bien décidé, quoi qu'il dût m'en arriver, à ne point 
recevoir l'assemblée, mercredi. 
« J'ai l'honneur d'être, etc. 
« Monsieur, 

« Signé : M élan. » 

Il fut répondu à Melan ; voici dans quel sens : 

« Le directoire a fait au sieur Melan une sommation d'avoir à faire 
jouir la Société des lieux loués à elle par ledit sieur; sur son refus, 
Ta cité devant le juge de paix, à l'effet de le faire condamner à ce que 
provisoirement le bail soit exécuté. 

« Le directoire ne fait aucune réflexion sur la marche que l'on suit 
à son égard : il a invité les membres du club à ne point tenir la 
séance annoncée pour mercredi ; il suivra la marche légale, il espère 
lasser la patience de ses persécuteurs, et annonce que la sienne est 
à toute épreuve. — Il faut qu'enfin il soit décidé en France, si ce que 
la loi nHnterdit pas, peut être empêché jjar quelqu'un. Nous mettrons 
à résoudre ce problème : cette question décidée, nous sommes libres 
ou nous ne le sommes pas. » 

Au club on s'indignait, en invoquant la loi, et le directoire 
déclara : 

« Le lendemain, le sieur Melan, d'après les menaces qu'il dit lui 
avoir été faites, a signifié son refus d'ouvrir notre salle. Cependant, 
ayant pris une permission de la municipalité, le comte de Clermont- 
Tonnerre avait loué et payé d'avance le Wauxhall d'été. » 

Chassés du Wauxhall, ou plutôt cédant devant les instances du 
propriétaire, qui craignait leur réunion, les membres du club monar- 
chique louèrent une autre maison, où ils tinrent leurs séances. C'était 
l'hôtel de Richelieu. 

« Société des Amis de la Constitution MONARCHIQUE 

« Telle est l'inscription qu'on lit au haut d'un placard affiché hier 
à Paris. An-dessous est écrit l'extrait du procès-verbal de l'Assemblée 
Nationale du 13 novembre, qui déclare : « que les citoyens ont droit 
de s'assembler paisiblement, et de former entre eux des sociétés 
libres, à la charge d'observer les lois qui régissent tous les citoyens; 
qu'en conséquence, la municipalité de Dax n'a pas dil troubler la 
société formée dans cette ville sous le nom de société des Amis de la 
Constitution ; que ladite société a le droit de continuer ses séances. » 

« Et encore au-dessous est écrit le jugement municipal, qui déclare 



186 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

quo la Société des amis de la Constitution Monarchique est autorisée 
à reprendre ses séances. » 

... « Ce club, ami de la constitution rnonarchique, au surplus, 
vient, nous mande-t-on, de prendre à loyer l'hôtel de Richelieu (1). 
On ne s'étonneroit pas, ajoute celui qui nous écrit, que le ci-devant 
duc de ce nom eût donné asyle à ses amis monarchiques ; mais ce 
qu'on ne verroit pas sans surprise, ce seroit la section des Filles 
Saint-Thomas, qui depuis 18 mois occupe une partie de cet hôtel, 
habiter sous le même toit avec une congrégation d'hommes que 
l'opinion publique a jugés... » 

« En note, la personne qui a écrit la lettre ajoute, sur l'hôtel de 
Riclioli(ni: « ... C'est à cet hôtel que s'étoit établi, au commencement 
de juillet 1789, le quartier général de l'armée Broglie; c'est de là que 
le chef de cette armée fut éconduit un peu brusquement le lundi 
matin 13 du même mois. Dieu sait, et je devine, et je gage que 
vous devinez ce qui attend dans ce même lieu ses successeurs et ses 
amis, et peut-être ses co-monarchiques (2). » 



XVIII 

Le club n'avait pas épuisé la série des mauvaises cliances. Aussi 
bien à l'hôtel de Richelieu qu'ailleurs, il se sentait menacé; la iVç^n- 
quillité publique, dont répondait le corps municipal, ne semblait pas 
permettre qu'on laissât les monarchistes braver la majorité de l'As- 
semblée nationale. 

C'est ce que Corsas constate en quelques lignes : 

« Le club MONARCHIQUE, pour des raisons qu'on devine, n'occupera 
pas, dit-on, l'hôtel de Richelieu. Il s'étoit présenté au Panthéon, où 
il vouloit tenir sa première séance. Refus. Il s'est présenté dans 
d'autres locals [sic). Refus. Enfin il a tenu sa l'" et sslïis doute sa 
dernière séance au Wauxhall d'été, boulevard du Temple, chez 
Melan, 

« Au club des Amis de la Constitution, M. Melan, architecte, s'est 
justifié « d'avoir profané un seul jour le Wauxhall, en permettant 
que la société Monarchique s'y assemblât ; il en témoigne tous ses 
regrets aux amis de la Constitution (3). » 



(1) Voir aux Lieux de réunions publiques et privées, hôtel de Richelieu. 

(2) Courrier de Gorsas, n" 21, du 21 janvier 1791. 
(IJ) Courrier de Gnrsas, n"22, du 22 janvier 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 187 

Sur le refus de laisser entrer les membres au Panthéon, ceux-ci 
sont allés dans le jeu de paume de la rue de Grenelle Saint-Hono^'é, 
et ils ont suspendu leur séance, sur un ordre du directoire du dépar- 
tement. 

Nouvelles plaintes adressées par le président du Club au Corps 
municipal. Les monarchistes invoquent encore la loi et la liberté; ils 
arguent de leur soumission aux dépositaires de la loi, de leur sépa- 
ration volontaire, tout en annonçant qu'ils useront de leurs droits. 

« DISCOURS prononcé à VHôtel-de-Ville pm- le Président du Club 

Monarchique. 

« A Monsieur le Maire, 

« Monsieur, 

« Président d'une société que la loi autorise et que les factieux 
peuvent redouter, je viens en ce moment, au nom de son directoire, 
vous remettre le récit des faits qui doivent être connus de vous. 

« Hier, M. Clermont-Tonnerre a reçu un paquet à son adresse, 
contenant une lettre signée Cahier, et une expédition d'une délibé- 
ration du corps municipal. 

« Dans la délibération, il est parlé d'une (Jénonciation faite par 
une section de la capitale, mais cette dénonciation n'est pas copiée 
dans la délibération. 

« Cette délibération contient un ordre de discontinuer nos séances. 
M. Clermont-Tonnerre y est qualifié de se disant président du club 
de la constitution monarchique. 

« M. Clermont-Tonnerre, qui n'est, qui ne se qualifie président 
de la société, auroit pu sans doute renvoyer à M. Cahier le paquet 
qui lui a été adressé sous une qualité qui ne lui appartient pas. 

« Cependant, son patriotisme et l'amour de l'ordre l'ont décidé à 
me transmettre sur-le-champ le paquet; je ne l'ai néanmoins reçu 
qu'à quatre heures, et n'ai pu en prévenir que le directoire. 

« Les membres du club, n'ayant pu conséquemment connoitre 
l'avis de la délibération du corps municipal, se sont rendus au Pan- 
théon ; ils en ont trouvé la porte fermée, quoiqu'en leur qualité de 
n^embres de la Société des amis de la constitution monarchique, et 
celle de membres 4u club des étrangers, elle dût leur être ouverte. 
Aucune opposition légale ne leur étpit présentée. Ils ont hésité entre 
le cri de la liberté, que les vexations rendent encore plus impérieux, 
et l'amour éclairé de l'ordre, sentiment qui caractérise notre Société, 
sentiment qui interdit la violence même la plus juste, lorsque la loi 



18S LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

peut être invoquée. — Ils se sont donc enfin décidés à se réunir dans 
une maison voisine, et à envoyer chez un de nous s'informer de ce 
qui pouvoit être arrivé. — Le propriétaire de cette maison a eu des 
inquiétudes, et il faut que vous, Monsieur, qui êtes chargé de veiller 
au nom de la loi, sachiez que des commencemens d'attroupemens 
rendroient les inquiétudes légitimes. Nos membres ne les ont pas par- 
tagées, mais, fidèles à leurs principes de modération et de respect 
pour l'ordre public, ils ont voulu soustraire ce particulier à toute 
espèce de danger. Ils se sont alors transportés dans la rue de Grenelle, 
et là, un jeu de paume leur a paru propre à y continuer leur séance. 
C'est dans cet azyle, dont le nom est déjà glorieusement connu dans 
les fastes de la liberté françoise, que l'avis de la délibération munici- 
pale a été porté à notre Société ; ses membres ont cru devoir provisoi- 
rement lui obéir, ils se sont paisiblement retirés avec la douce satis- 
faction d'avoir donné le témoignage le plus authentique de leur 
soumission aux dépositaires de la loi. 

« Mais, Monsieur, en se séparant d'après votre ordre, l'assemblée 
s'est ressouvenue qu'elle a un président et un directoire chargés du 
dépôt de ses droits, et qui sauront légalement les soutenir. 

« Nous vous prévenons donc, Monsieur, que nous allons remettre 
à M. le procureur général syndic de la commune les renseignemens 
les plus positifs; que nous lui demanderons communication de la dé- 
nonciation qui nous outrage, que nous poursuivrons par tous les 
moyens consacrés par la constitution et la loi, la réparation de tant 
de vexations illégales, la punition de nos calomniateurs, et la révoca- 
tion d'un ordre qui ne peut pas subsister dans un état libre (1). 

« DUBERGIER. » 

Nous allons voir que la question resta longtemps en suspens, que 
les dénonciations ne cessèrent pas, que les sections (quand les 60 dis- 
tricts eurent été remplacés par 48 sections) (2) se montrèrent hostiles, 
non sans raison, au Club monarchique. 



XIX 



Dans la séance du 29 janvier, aux Jacobins, une députation de la 
section de la rue des Lombards apporta un arrêté contre le Club mo- 
narchique et sa dénonciation au Conseil général de la Commune. 



(1) Bib. Nat., Lb 39/4731. 

12) D'après la loi du 21 mai 1790. 



CLUB MONARCHIQUE 189 

Une autre députation, de la section des Arcis, apporta aussi un arrêté 
dénonçant le club au Conseil général de la Commune. 

La municipalité devait pourvoir à Tordre public, tenir compte de 
pareils faits. 

Le directoire du Cluh monarchique, pour hâter la décision de la 
municipalité, a écrit à M. le maire la lettre suivante : 

« Lettre à M. le Maire. 

« Vous ne désapprouverez certainement pas, monsieur, notre im- 
patience d'obtenir une décision de la municipalité, sur l'objet de la 
déclaration que nous avons remise à M. le procureur-syndic de la 
commune, le Vi du courant (janvier 1791). Nous vous prions ins- 
tamment de hâter cette décision, et nous avons l'honneur de vous 
observer que les circonstances la rendent très importante. 

« Dans des tems tranquilles, la pureté de nos intentions et la publi- 
cité de nos moyens suffiroient pour nous rassurer contre les manœu- 
vres et les calomnies de nos ennemis. Mais dans ces momens d'effer- 
vescence préparée, il faut que tous les bons citoyens soient rassurés 
par nous, sur nous et pour nous. 

« Si les commissaires de la Société distribuent chez eux les cartes 
pour des livraisons gratuites de pain, on ne manquera pas de dire 
qu'ils provoquent des attroupemens ; 

« Qu'ils vont chacun chercher l'indulgence (1) dans les greniers 
qui la recèlent; on les accusera de faire des enrôlemens. 

« Lorsque le produit des contributions volontaires qu'ils ont recueil- 
lies pour secourir la misère sera réparti par la municipalité entre les 
sections, et distribué par elles aux malheureux, la méchanceté sera 
réduite à se taire ou à inventer des calomnies si absurdes, qu'elles se 
détruiront d'elles-mêmes. 

« Notre demande est un nouvel hommage du respect de la Société 
pour les loix, de son amour pour Tordre, de sa confiance en ceux qui 
sont chargés de le maintenir; et personne n'est plus fait que vous 
pour l'accueillir et la faire valoir. 

« Nous avons l'honneur d'être, avec autant d'attachement que de 
considération, monsieur, vos, etc. (2). » 

D'autre part, le 22 janvier, le club continuait de s'assembler. 



I) Lisez : l'indif/ence. 

{2) Journal de la Suciélé des Amis de la Conslilulion monurchigue, ïi" 7, du 
samedi 29 janvier 1791. 



190 LES CLUBS G0NTRE-RÉV0LUTI0NNAIRE8 

(( Séance de la Société des amis de la constitution monarchique. 
« Du 22 janvier 1791. 

« La société a ouvert sa séance par le discours suivant, de M. Du- 
bergier, son président 

« Discours du président. 

« Messieurs, 

« Avant de soumettre à votre discussion les divers objets qui doi- 
vent vous occuper dans cette séance, qu'il me soit permis d'arrêter 
un instant vos regards sur les causes qui ont provoqué notre sépara- 
tion, sur les circonstances qui l'ont accompagnée, et sur la marche 
franche et loyale que votre directoire, pénétré de vos principes, a cru 
devoir opposer aux menées sourdes, aux basses intrigues de ses per- 
sécuteurs. 

. « Je ne vous parlerai point des vexations particulières que quel- 
ques-uns de vos membres ont éprouvées : assis au milieu de vous, 
honorés de votre confiance, ils sont assez vengés. Mais il existe des 
faits tellement liés aux intérêts de votre Société, que votre directoire 
a jugé qu'il étoit important de vous en instruire. Une bouche plus 
éloquente s'est chargée du soin de vous les présenter : je ne pourrois, 
en vous en parlant moi-même, qu'affaiblir l'impression qu'il est en 
droit d'en attendre. 

« Une Société dont la loi consacre tous les principes, dont la vertu 
avoue tous les moyens, et dont le but est le rétablissement de l'ordre, 
devoit être un sujet d'effroi pour les factieux. Ennemis de la vertu 
qu'ils outragent, ennemis de la loi qui pourroit les punir, ils ne 
voient, dans le retour de l'ordre, qu'une époque alarmante pour leur 
ambition, tandis que l'anarchie qu'ils favorisent leur présente un 
moyen sûr de prolonger leurs coupables succès. Il étoit juste que de 
pareils hommes s'élevassent contre la Société des amis de la consti- 
tution monarchique; nous nous applaudirons toujours de mériter 
leur haine. 

« Mais la loi, qui pouvoit seule prononcer notre dissolution, leur 
offroit-elle un moyen d'y réussir? Protectrice des droits de l'homme, 
elle avoit établi les nôtres. Nos principes étoient trop purs, trop pu- 
bliquement établis, pour qu'il n'y eût pas quelque danger à les com- 
battre. Il ne leur restoit qu'à calomnier nos intentions : c'est ce qu'ils 
ont fait. La religion de la municipalité a été surprise; l'ordre de 
suspendre nos séances a été prononcé; et cette erreur des déposi- 
taires de la loi a fait présager des triomphes à nos adversaires. 



CLUB MONARCHIQUE 191 

« Mais bette pt'Oscriptiori mdffletltanëe n'enchaîtloit pas votre direc- 
toire, chargé de maintenir vos droits. Il a itivdqué les principes, il a 
détruit les préventiotis, il a dissipé les inquiétudes; et là municipalité 
s'est empressée de retirer son ordre. 

« Fermons les yeux sur le désespoir de ceux qui s'étoieht flattés de 
nous détruire, oublions leurs manœuvres et leurs intrigues, dédai- 
gnons leurs attaques, et suivons avec persévérance le but honorable 
auquel nous tendons tous. La prospérité de la nation, le triomphe de 
la loi, la conservation de la monarchie, seront tout à la fois et le 
terme et le prix de nos efforts. » 

« La Société a arrêté l'impression de ce discours dans son journal ; 
elle a voté des remerciemens à son directoire. 

« Elle a décidé qu'il seroit adressé aux correspondans une lettre dé- 
taillée sur les divers symptômes d'anarchie qui se renouvellent dans 
les départemehs, et sUi' la nécessité d'opposer partout aux factieUx 
l'exemple de l'obéissance à la loi, et le développement des principes 
purs et constitutionnels. 

« Il a été proposé d'envoyer aUx quarante-huit sections les pièces 
justilicatives qui ont été placées sous les yeux du corps municipal 
lors de la suppression de nos séances. Cette proposition n'a point été 
admise, parce qu'il a été représenté que les sections ne sont plus des 
corps délibérans et permanens, puisque, convoquées en assemblées 
primaires, elles ne doivent traiter aucun objet étranger aux élections, 
et que les fractions de la commune ne peuvent se réunir constitution- 
nellement pour délibérer que sur la pétition de cinquante citoyens. 
— La Société, soumise en tout à la loi, a pensé que ses principes 
seroient bientôt sufhsamment connus, et que la révocation de l'ordre 
illégal qu'elle a combattu est une justihcation péremptoire (1). » 

Pour' le pain, la Société publia des 

« Observations sur le mode de bienfaisance quavoit adopté le direc- 
toire àa la Société des amis de la Constitution monarchique. » 

« Le directoire observe qu'il y avoit 2348 pauvres inscrits, que 
plusieurs s'étoient fait inscrire avec des adresses [différentes, que la 
vérification de besoins et de qualités requises n'étoit point faite ; 

« Qu'on peut présumer qu'après cette vérification, il s'en seroit 
trouvé un tiers ou un quart de moins; 

i< Mais qu'en supposant même que la totalité des 2o48 eût été dans le 

(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, n» 1; du 
samedi 29 janvier 1791. 



192 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

cas de profiter de cette bienfaisance, on eût donné pendant plus d'un 
mois une livre de pain à chacun ; 

« Que les 2348 pauvres, à une livre de pain par jour, pendant un 
mois, font 76,440 livres de pain; 

« Et que les 11,549 livres fournissent environ 95,000 livres de pain. 

« Le directoire a, de plus, écrit à MM. les présidons de sections la 
lettre suivante (1) : 

« Nous avons l'honneur de vous prévenir, monsieur, en vous priant 
d'en rendre compte à la section que vous présidez, que la Société des 
amis de la constitution monarchique vient de déposer, chez M. le pro- 
cureur syndic de la commune, la somme de 11,349 livres. 

« Cette somme, à laquelle se monte le total des contributions vo- 
lontaires recueillies jusqu'à ce jour dans ladite Société, étoit desti- 
née à être employée en distributions de pain, totalement gratuites, 
aux indigens déjà inscrits par les commissaires de la Société. Mais 
d'après des réflexions ultérieures, et sur-tout d'après les calomnies 
atroces qui ne cessent de représenter ces distributions comme un 
moyen de préparer des attroupemens dangereux, la Société a pris le 
parti ci-dessus, et la somme qu'elle a déposée sera répartie entre les 
sections pour, par elles, être distribuée aux pauvres inscrits, dont la 
liste a été remise, en même tems que l'argent, à M. le procureur 
syndic. 

<( Nous sommes, 

« Monsieur, etc. (2). » 

« La Société, parce moyen, se trouve forcée de renoncer, du moins 
pour le moment, à la faculté de combiner elle-même le mode de bien- 
faisance qu'elle auroit adopté; elle n'aura pas la satisfaction douce de 
communiquer sans intermédiaire avec les objets de sa sollicitude ; 
cependant, elle doit être contente, les pauvres seront soulagés; des 
fonctionnaires publics estimés veilleront à une répartition exacte du 
foible tribut que de bons citoyens offrent à leurs frères. — La Société 
doit cependant déclarer ici que les perfides insinuations, que les ca- 
lomnies colportées, n'ont pas égaré, n'ont pas animé contre elle ce 
bon peuple de Paris, auquel les factieux qui la craigne (sic) pré- 
tendent faire croire qu'elle a déplu. — Tous les indigens que les 



(1) «L'envoi de cette lettre a été tUH'éré, jusqu'à ce que la Société ait eounais- 
saocede l'arrêté, nou encore rendu, de la municipalité. » (Note du Journal de la 
Société des Amis de la Constitution monarchique.) 

(2) Journal de la Société des Amis de la Constilulion monarchique, n" 7, du 
samedi 29 janvier 1791, p. 13, 14 et 15. 



L 



CLUB MONARCHIQUE 193 

commissaires ont reçus se sont conduits avec modération et dé- 
cence : ils paroissent tous disposés à recevoir, sans bassesse et 
sans insolence, ce qu'on leur offroit sans faiblesse et sans orgueil. 
— Chaque jour a prononcé et prononce que le vœu de Paris, que 
l'esprit de Paris est bien distinct de ce prétendu vœu, de ce pré- 
tendu esprit public que les mêmes hommes vont le matin puiser dans 
une seule maison, et reporter le soir dans tous les cafés de la capitale, 
ou dans les grouppes (sic) de carrefours. » 

Le Club monarchique attaquait indirectement une bonne partie du 
peuple de Paris, parlait de factieux, se montrait froissé de voir ré- 
partir, par des fonctionnaires publics, les secours donnés « par de 
bons citoyens à leurs frères ». 



XX 



En même temps, les monarchistes entrèrent en discussion avec le 
journaliste et député Audoin ou Audouin; un d'eux publia une 

« Réponse aux grandes questions -proposées à la Société des amis de la 
constitution monarchique^ dans le n" 4.26 du journal universel ou révo- 
lutions des royaumes, par P. J. Audoin, du bataillon des Carmes. 

<( Samedi, 22 janvier 1791. 

« Il n'y a, dans toute la France, qu'une constitution, sans épithète; 
mais à Paris il y a une constitution monarchique, ou, du moins, une 
société d'amis de la constitution monarchique, qui s'autorise pour 
s'assembler d'un décret de l'Assemblée nationale, en faveur de la So- 
ciété des amis de la constitution tout court, établie à Dax. Voici les 
questions qu'on peut faire à ces monarchiens. Comme le patriote 
Corsas m'a prévenu, et comme il m'est impossible de ne pas me ren- 
contrer avec lui en interrogeant ces messieurs, j'emprunte tout bon- 
nement ses expressions, qui rendent parfaitement ce que j'avois 
résolu d'écrire. Qu'importe que ce soit lui ou moi qui parle, puisque 
nos idées sont absolument les mêmes sur ce point? « Quels sont les 
membres que cette Société des amis de la constitution monarchique 
a dans son sein? N'en est-il pas qui professent hautement des prin- 
cipes opposés à ceux que la constitution avoue seuls, et qu'il est né- 
cessaire de propager, lors même qu'on pourroit leur supposer un 
vice radical que la prochaine législature saura bien extirper? 

« Comment cette Société interprète-t-elle son amitié pour la consti- 

13 



194 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTIONNAJRES 

lution monarchique? Entend-elle par constitution monarchique la 
constitution telle qu'elle a été décrétée? La nation est-elle libre et 
souveraine? La nation a-t-elle seule le droit de faire les loix auxquelles 
elle entend que son roi soit lui-même soumis, en lui confiant le droit 
de les faire exécuter?... Par constitution monarchique, n'entendroit- 
elle pas une constitution purement monarchique, c'est-à-dire où le 
roi auroit seul le droit de faire les loix, et de régner par les loix, dont 
il seroit en même temps l'auteur et l'arbitre? Voilà les questions sur 
lesquelles il importe que cette Société s'explique clairement et sans 
détours; si elle ne le fait pas, il est du devoir des écrivains patriotes 
de la renverser, de la détruire, etc. » 

« Je demande, avant tout, la permission à M. Audoin de mettre 
dans sa plus grande valeur son propre ouvrage, soin qu'il eût pris 
sans doute lui-même, et avec bien plus de succès que moi, si la qua- 
lité de journaliste, dispensant dans ces productions éphémères de 
toute régularité comme de tout scrupule, ne lui eût fait négliger 
cette utile attention. 

« Je remettrai donc l'article qu'il nous a consacré dans Tordre 
qu'il doit avoir; je ne placerai point l'accessoire avant le principal; 
je ne présenterai point les questions légères avant les questions plus 
importantes, et je donnerai aux demandes et aux réponses la marche 
qu'elles doivent avoir pour que nous soyons toujours, de cette sorte, 
mieux attaqués par M, Audoin, et dans un plus grand embarras de 
nous défendre, si notre cause est mauvaise. 

« Après ce court exorde, je ferai encore, avant d'entrer en matière, 
la motion expresse qu'il soit voté par les amis de la constitution mo- 
narchique et par tous les honnêtes gens de France, des remerciemens 
à M. Audoin pour avoir enfin donné le louable exemple de traiter 
avec nous comme avec des hommes, de n'avoir point préfér<! les poi- 
sons de la noire calomnie, ou les horreurs de la dégoûtante injure, 
aux procédés de l'humanité, à la marche de la raison, au droit des 
gens et à la voix de la justice; des remerciemens encore pour s'être 
ressouvenu, du moins envers nous, du moins dans ce n" 426 de son 
journal, que des accusés sont eux-mêmes respectés par la société 
dont ils sont membres, jusqu'à ce qu'ils soient jugés et condamnés, 
et que pour honorer cette constitution même, que M. Audoin croît 
aimer et défendre mieux que nous, il faut parler de ses frères et à ses 
frères comme à des hommes libres, et non comme à un troupeau 
d'esclaves avilis ou de brutes féroces. 



CLUB MONARCHIQUE 195 

« Gj-andes queslions proposées à la Société des amis de la constilulion 
monarchique par le journal universel de M. Audoin. 

« Lesdites questions remises dans l'ordre qui leur convient et qui 
leur est le plus avantageux. 

« Question première, 

« Comment cette Société interprèfe-t-elle son amitié pour la consti- 
tution moiiarchique? 

« Réponse. 

« Ce n'est certainement pas M. Audoin lui-môme qui nous l'ait 
cette question. 11 a laissé proposer celle-là par son secrétaire ou son 
valet-de-chambre. 11 seroit impossible que M. Audoin voulût avouer 
qu'il s'est érigé en censeur et correcteur des amis de la constitution 
monarchique, sans avoir aucune notion directe et positive de ce qui 
concerne cette Société. Or, ce seroit véritablement n'avoir pas la pre- 
mière notion sur cette Société que d'ignorer l'authentique profession 
de foi contenue dans son prospectus, le développement si clair et si 
étendu de cette profession de foi, présenté dans un discours qui a 
couru Paris sous le nom d'extraits des registres de la Société des 
amis, etc.; l'énoncé rapide et énergique de ses principes dans une 
réponse à M. Gorsas,, et dans un discours de M. Hamelin; ce rappel 
de ces mêmes principes dans le discours de M. le maire, par le prési- 
dent de cette Société; nos mille et une défenses contre les cent une 
mille attaques qu'on nous a déjà faites ; l'exposition si précise de nos 
sentimens et de nos intentions offerte à chaque page de nos jour- 
naux, etc. 

« L'interprétation de notre amitié pour la constitution monarchique 
peut-elle, après tout cela, rester encore équivoque? et n'est-il pas 
évident que cette question ne peut pas nous avoir été proposée par 
M. Audouin lui-même? 

« Question II. 

« Entend' elle par constitution monarchique la constitution telle 
qu'elle a été décrétée? 

<( Réponse. 

« Encore une question qui n'est pas de M. Audoin, et par toutes les 
mêmes raisons que je viens de présenter ci-dessus. 

« Mais j'ajouterai ici, à tout ce que M. Audoin doit si bien savoir, 
pour être convaincu, que ce que nous entendons par constitution mo- 
narchi(}ue est la constitution monarchique telle ([u'ellc a été décrétée : 



196 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

que cette seule régularité sévère de notre part repousse de notre sein 
tous les grands aristocrates ; et que si nous voulions faiblir le moins 
du monde dans le rigorisme des principes que nous nous sommes 
prescrits à cet égard, nous ne suffirions pas à recevoir tous les ci- 
toyens qui viendroient se réunir à nous. 

« Je prie nos savans et vertueux ennemis de remarquer en passant 
combien cette sévérité morale et cette soumission politique seroient 
adroites et naturelles à des contre-révolutionnaires! combien elles 
feroient partie d'un code de brigands, enrôleurs pour contre-révolu- 
tion! Passons à la troisième question. 

« Question III. 

« La nation est-elle libre et souveraine? 

« Réponse. 

« Quelqu'un peut-il opposer le moindre doute à une semblable 
question? Mais les divisions, les distinctions et les développemens en - 
sont si magnifiques et si étendus pour un homme un peu versé dans 
ces matières, que je me garderai bien de me livrer en entier à toutes 
les pensées qu'elle m'inspire. 

« Sans doute qu'une nation est et doit toujours être libre et sou- 
veraine. 

« Une nation est souveraine par son volonté générale, et libre par 
sa sagesse particulière. 

« Elle est toujours libre quand elle est sagement souveraine. 

« Elle est toujours souveraine quand elle est modérément et léga- 
lement libre. 

« Sa liberté fortifie sans cesse sa souveraineté, quand cette liberté 
est environnée des immuables principes de la morale universelle. 

« Sa souveraineté consolide chaque jour sa liberté, lorsque sa sou- 
veraineté est circonscrite dans les maximes de la politique indispen- 
sable. 

« Elle devient souveraine, lorsqu'elle sait par quels principes, par 
quels moyens une nation peut rester ou redevenir souveraine, lors- 
qu'elle n'ignore plus que le despotisme de tous est bien effectivement 
le contraire, mais non pas le remède du despotisme d'un seul. 

« Elle demeure libre lorsqu'elle ne prend point l'état d'anarchie 
pour un état de puissance; lorsqu'elle est convaincue que la liberté 
naturelle est la plus grande ennemie de la liberté politique ; lors- 
qu'elle est parvenue à sentir que de toutes les libertés particulières se 
forme la plus terrible servitude universelle, lorsque ces libertés par- 
ticulières, au lieu d'être concentriques, sont excentriques, lorsqu'elles 



CLUB MONARCHIQUE 197 

isolent au lieu de réunir, lorsqu'elles conduisent chaque individu à 
un but personnel, au lieu de ramener tous les individus à un seul but 
général. 

« Mille pardons à M. Audouin ; j'en resterai là sur cette question, 
s'il veut bien mé le permettre. 

<( Question IV. 

« La nation a-t-eUe seule h droit de faire lea loix auxquelles elle en- 
tend se soumettre^ auxquelles elle entend que son roi lin-même soit 
soumis, en lui confiant le droit de les faille exécuter? 

« Réponse. 

« Autre question à l'occasion de laquelle je sens dans mon cœur 
l'impétuosité d'un torrent, et dans ma tête le possible enfantement , 
d'un in-folio. Mais je tâcherai de préserver mes lecteurs, ainsi que 
moi, et du torrent et de l'enfantement. 

« Une nation libre et souveraine, telle que je viens de là représen- 
ter, une nation agissant par sa pleine et parfaite volonté générale, a 
et doit incontestablement avoir le droit de faire les loix auxquelles 
elle veut se soumettre. Mais je a'entends point du tout le mot seule, 
employé dans cette question : A-telle seule le droit, etc.? S'ew/eveut-il 
dire là sans le secours des peuples voisins? Cela seroit absurde, et on 
ne peut pas présumer une absurdité dans l'auteur auquel nous répon- 
dons. 11 me semble qu'une nation est toujours seule, est essentielle- 
ment seule, lorsqu'elle exerce le droit de faire ses loix. Seule vou- 
droit-il dire, peut-être, sans le secours d'un roi? Mais alors cette 
phrase est encore bien plus inintelligible pour moi : car une nation, ou 
n'a point encore de roi, ou a déjà un roi. Si elle n'a point encore de roi, 
elle est bien assurément seule dans toute la plénitude du sens que 
notre adversaire sémbleroit attacher à ce mot; et celui qui pourra 
devenir roi fait certainement, en attendant, partie de la nation. Si 
elle a déjà un roi, ce roi est bien du moins un citoyen tout comme 
un autre, et fait essentiellement partie de cette même nation. Ainsi, 
le mot seule est incompréhensible pour moi. 

« Loix auxquelles elle entend que son roi lui-même soit soumis? 

« D'après ce que je viens d'établir, cela marche tout seul, et n'est 
susceptible d'aucune contestation. Car, le roi faisant essentiel- 
lement partie de la nation, lorsque la nation se sera donné des loix 
et se sera soumise à ces loix, le roi, comme partie essentielle et inté- 
grante de la nation, s'y sera nécessairement soumis de même. 

« Question V. 
(' Par constitution MOîi\^cmQijK,n'entendroit-elle pas une constitution 



198 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

PUREMENT MONARCHIQUE, c'est-à-dire où le roi auroit seul le droit de faire 
les loix et de régner par les loix, dont il seroit en même tems /'auteur 
et /'arbitre? 

« Iil':PONSE, 

« A cette question je ne répondrai qu'un mot. Ou je suis dans la 
plus profonde ignorance des principes de cette société, tout membre 
de son directoire que j'ai l'honneur d'être, ou j'ose garantir que si, 
par une fatalité imprévue, il renaissoit tout h coup un ordre de 
choses dans lequel un seul homme, et trop souvent un homme vi- 
cieux ou ignorant, dût être le seul instituteur, le seul auteur, le seul 
arbitre des loix, il n'y a point en France de citoyen actif, point de 
démagogue, point de club, point de jacobite, point de district, point 
de département, point de section, point de journaliste, point de 
Prudhomme, point de Martel, point de Marat, qui opposât une plus 
forte, une plus véritable résistance à ce funeste ordre de choses, à ce 
retour d'un despotisme absolu et arbitraire, que la Société des amis 
de la constitution monarchique. 

« Question VI. 

« Quels sont les membres que cette Société des amis de ta constitution 
monarchique a dans son sein? 

« RÉPONSE. 

« Après tout ce que j'ai exposé ci-dessus, ma réponse à cette nou- 
velle question est bien faite assurément; mais nous voulons com- 
plaire en tout à M. Audouin et à ses ayant-cause. Je ferai donc encore 
une réponse particulière à cette demande. Pour la faire avec la par- 
faite franchise et la parfaite loyauté que je me suis imposées pour 
toujours, je répondrai relativement à l'esprit, et non relativement 
à la lettre, parce que la lettre tue et l'esprit vivifie. Je répondrai 
relativement à la règle, et non point relativement à l'exception; rela- 
tivement à la grande majorité, et non point relativement à quelques 
individus. 

<( Les membres qui composent cette Société des amis de la consti- 
tution monarchique sont de bons François, qui ont tous l'espoir mu- 
tuel de n'avoir accueilli dans leur sein que d'honnêtes gens, et la 
certitude positive et invariable d'être ennemis de la république et de 
l'anarchie, 

« Question VU. 

« N'en est-il point qui professent hautement des principes opposés à 
ceux que la constitution avoue seuls^ et qu'il est nécessaire de propager, 



CLUB MONARCHIQUE 199 

lors même quon pourrait leur supposer un vice radical, que la pro- 
haine législature saura bien extirper?... 

« Réponse. 

« Professent hautement ; je l'ignore ou ne me le rappelle en aucune 
manière dans cet instant. Nourrissent en secret; je ne me rendrai 
certainement inquisiteur ou garant ni du pour ni du contre; mais je 
dirai bien affirmativement qu'il ne s'agit ou ne peut s'agir que des 
principes généralement professés et avoués par la Société; et que 
dans l'un ou l'autre cas supposés ci-dessus, elle ne peut et ne doit 
être tenue à aucune responsabilité. J'ai connu des athées à l'académie, 
des libertins aux chartreux, des despotes à la halle, des sages à Cha- 
renton, des impies en Sorbonne, et des républicains au château de 
Versailles. Ces exceptions n'ont point altéré la règle, et il n'est venu 
dans l'esprit de personne de décréter une responsabilité solidaire à 
cet égard. 

<( Et quil est nécessaire de propager., lors même qu'on pourrait leur 
supposer un vice 7'adical., qne la prochaine législature mura bien 
e.Ttirper. 

« Gomment, M. Audouinl comment donc, M. Audouin! c'est vous 
qui parlez de vice radical et d'e.rtirpation à faire dans les principes 
de la constitution par La prochaine législature! Ah! je suis bien ras- 
suré! Et je vois bien que, de vous ou de moi, ce n'est pas moi qu'il 
faudra remettre à l'ordre. 

« De Rossi (1). » 

Rappelons que de Rossi ou Rossy était membre du Comité du club. 
Il parut un 

« MANIFESTE relatif a la Sogiktk des Amis de la Constitution mo- 

NARCIIIQUE, 

« Envoyé à l'Assemblée nationale, à la Municipalité, aux Sections 
et même aux Jacobins, 

" Accompagné d'un Avertissement aux Patriotes Parisibnh, trop sou- 
vent disposés à mépriser la loi il l'autorité publique pour ne suivre que 
leur impétuosité personnelle et leur autorité particulière. 

« Par un Membre du Directoire de ladite Société. 

« Frappe, maïs écoute. 
<' A Paris, sans date. 



(i) Journal fie la Société des Amis fie In Constittition moyiarchique, t. I, n" 7, 
p. 32 et suiv. 



200 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Par de Rossi, accusé de conspiration, « comme un traître à la 
Patrie, comme un ennemi du bien public ». 

Il parle, dans ce Manifeste, de la tyrannie des Jacobites; il déclare 
qu' « un homme de son caractère seroit donc bien peu propre à être 
l'instrument servile d'un Monarchiste, mais bien moins encore, 
pourroit-il jamais devenir l'esclave d'un Jacobin » ; il n'est pas 
l'homme de quelqu'un^ etc. (1). 



XXI 



D'une part, les Amu de la Constitution ow. Jacobins envoyèrent à 
leurs correspondants une Lettre relative à une émeute qui avait eu 
lieu à la Chapelle-Saint-Denis; d'autre part, les Amis de la Constitu- 
tion monarchique envoyèrent aux leurs une réponse. 

Les deux lettres furent publiées, mises en regard l'une de l'autre. 



« Lettre 

De la Société des Amis de la 
Constitution. 

Paris, le 24 janvier 1791. 
Frères et amis. 

On pourrait peut-être égarer les 
citoyens de vos contrées, par le récit 
d'un très petit événement qui s'est 
passé à La Chapelle, banlieue de Pa- 
ris, aujourd'hui lundi 24 de ce mois ; 
on pourroit vous dire que la chose 
publique est en danger : ne le croyez 
pas. Cependant, notre sollicitude 
pour tout ce qui intéresse la patrie 
nous engage à vous écrire afin de 
vous rassurer sur les allarmes qu'on 
cherche à répandre dans l'âme de 
tous les citoyens. 

Quelques chasseurs, préposés à la 
garde des barrières, ont, dans une 
dispute assez vive, tué ou blessé dix 
ou douze personnes, sous prétexte 
d'empêcher la contrebande. On en 
a arrêté plusieurs, et déjà ils ont 



« Lettre 
Aux correspondants de la Société 
des Amis de la Constitution mo- 
narchique. 

Cert (C'est) avec l'indignation 
la plus vive que nous avons lu 
la lettre ci-jointe, rendue pu- 
blique par une Société qui se dit 
Amie de la Constitution, et signée 
par plusieurs de ses membres. 

Xous déplorons l'événement 
malheureux, arrivé à La Cha- 
pelle, et nous ne l'appelons pas 
un très petit événement, parce que 
la mort et les blessures de plu- 
sieurs citoyens et soldats, et 
l'infraction faite à la loi ne sont 
pas un très petit événement aux 
yeux des Amis de la Constitution 
monarchique. 

Nous déclarons à ceux qui 
disent que la société des Amis 
de la Constitution monarchique 



(1) Bib. de la Chambre des députés, B' 241. 



CLUB MONARCHIQUE 
déclaré qu'on les avait payés pour cherche à exciter des 



commettre le crime dont ils se sont 
rendus coupables. Mais nous ne de- 
vons pas nous dissimuler que nous 
sommes aussi menacés des troubles 
que cherche à exciter une société 
connue sous le nom des Amis de la 
Constitution monarchique : nous ne 
les redoutons pas sans doute, mais 
comme il est bon de surveiller les 
ennemis de la Révolution, nous 
avons délibéré que nos séances se 
tiendront tous les jours jusqu'à nou- 
vel 07'dre, et tous nos bi'aves col- 
lègues, dans un mouvement de pa- 
triotisme, aussi prompt que celui 
d'une insurrection inopinée, ont fait 
le serment solemnel de surveiller les 
ennemis de la chose publique, de les 
dénoncer à tous les bons patriotes 
et de se rallier tous, dans un mo- 
ment de calamité, au drapeau de la 
liberté, pour la défendre et pour la 
maintenir. 

Nous sommes, etc.. 

Victor Broglie, président; Yil- 
lars; G. Bonnecarrerc; Alexandre 
Beauharnois; Voydel, secrétaire. » 

« Extrait du procès-verbal de la 
séance du lundi 24 janvier 
1791. 

Après les débats également utiles 
et précieux pour la tranquillité pu- 
blique sur la motion d'un honorable 
membre que tous les Amis de la 
Constitution fissent le serment de 
défendre de leur fortune et de leur 
sang tout citoyen qui aurait le cou- 
rage de se dévouer à la dénonciation 
des traîtres à la patrie et des conspi- 
rateurs contre la liberté, à l'instant 



201 
troubles , 

qu'elle ne s'est réunie que pour 
s'opposer de tout son pouvoir 
à ce que les troubles existassent. 
Nous donnons aux auteurs de 
cette calomnie le démenti le plus 
formel ; nous les défions d'en 
fournir une preuve., ni même un 
indice, et nous les attendons aux 
tribunaux. 

Puisse bientôt quelque déla- 
teur, encouragé par le serment 
q-u'ont fait tous les jacobins de 
le défendre de leur fortune et de 
leur sang, nous attaquer ouver- 
tement devant la loi : nous lui 
devrons le triomphe de la vé- 
rité. 

Nous déclarons qu'amis de la 
Constitution monarchique, dé- 
crétée par l'Assemblée nationale 
et acceptée par le roi, notre seul 
crime, celui que nous avons com- 
mis et que nous commettrons 
constamment, est de ne pas ployer 
la tête sous le joug des jacobins. 
Nous annonçons à tous ceux qui 
ne veulent obéir qu'à la loi, que 
les Amis de la Constitution mo- 
narchique périront tous avant de 
reconnaître une puissance qui 
n'est pas celle de la loi. 

François, demeurez paisibles 
spectateurs de cette lutte entre 
deux clubs dont l'un veut régner 
et l'autre n'être pas esclave. Nous 
vous jurons que les jacobins nous 
laisseront enfin tranquilles, ou 
qu'il sera démontré à toute l'Eu- 
rope que les jacobins régnent sur 
la France, et que nous étions les 



202 LES CLUBS GONTRli-REVOLUTIONNAIRES 

la Société entière a prêté ce nouveav derniers hommes dignes d'une 

serment et a arrêté unanimement véritable liberté, 

qu'il en fût fait mention dans son Bubergier, président; Hamelin, 

procès-verbal. vice-président; Cormier- Haute- 

Victor BroKlie, président; Vil- f^^t; de Rossy; d'Aqier; Stanislas 

lars ; Alexandre Beauharnois ; ^, ^ 

Voydel; G. Bonnecarrere, secré- Clermont- Tonnerre, membres du 

tmre{l). » directoire.» 

Jacobins et monarchiens devenaient de plus en plus acharnés les 
uns contre les autres, soit par paroles ou écrits, soit en actes sérieux. 

Rappelons les faits auxquels se rapportent les lettres reproduites 
ci-dessus. 

Le lundi 24 janvier 1791, il y eut une grave affaire à la Chapelle, 
où des chasseurs soldés se battirent avec des citoyens, en tuèrent et 
blessèrent plusieurs. 

« Le combat de la Chapelle, dit VOratrur du peuple, est une tenta- 
tive de la cour bt du club monarchique. Il faut donc que le sieur 
Stanislas Clermont soit arrêté sur-le-chnmp, pour être jugé comme 
criminel de lèze- nation... » 



XXU 



On a vu précédemment que le Club monarchique, quand il man-^ 
quait de local, ne cessait pourtant pas de s'assembler non publique- 
ment. 

A l'hôtel de Clermont-Tonnerre se trouvait le groupe le plus 
persévérant des monarchistes qui, à défaut de local public, se réunis- 
saient chez le comte, le plus zélé des membres, le plus remarqué 
aussi, avec Dubergier et de Rossi pour compagnons très militants. 

Un arrêté de la section de la Croix-Rouge se joignit à la section de 
rObservatoire (2) pour dénoncer les « attroupements alarmants » 
autour de l'hôtel de Clermont-Tonnerre, et les inscriptions faites 
sous prétexte d'aumônes et de distributions de pain (3). 

Pendant plusieurs jours, il ne fut question dans Paris que des 



(1) Voldel autorisa le rédacteur «lu Journal des Amis de la Constitution motiar- 
r.lùcpie à déclarer que la signature Voidel, apposre au pied de cette lettre, n'était 
pas la sienne, et qu'il signait ordinairement Charles Voidel. 

(2) Voir plus haut, p. n;5 et suiv. 

(3) Extrait conforme, Arch. Nat., 1) XXXIX" :13, n° 331». Du 22 janvier 1791. - 
Voir Journal général de la Cour et de la Ville, n" 26, p. 212. 



CLUB MONARCHIQUE 203 

agissements des amis de Clermont-Tonnerre, nommé président du 
Clul) monarchique le 27 janvier 1791, 

La veille, un arrêté de la section du Roule, relatif aux menées de 
ce club, prétendu patriotique^ s'occupa de ses distributions dans diffé- 
rents quartiers de sommes et de cartes pour avoir du pain au-dessous 
du cours (l). Le journal le Patriote français assura qu'il distribuait, 
outre du pain, des habits et de l'argent. La feuille de Brissot ajou- 
tait : « On présume que ce club avait quelque part aux placards afh- 
chés pour exciter les habitans du faubourg Saint-Antoine, et que le 
cruel combat qui a eu lieu hier pour la contrebande (2) avoit un tout 
autre motif, mais secret (3) ». 

Une pièce, avec date du 23 janvier 1791 (4), s'exprime assez lon- 
guement sur l'agitation produite par les monarchistes, auxquels elle 
est favorable. 

Nous en extrayons les passages suivants, qui se rapportent aux 
distributions de bons de pain : 

« Je passois ce matin dans la rue des Tuilleries, il y avoit des 
groupes de pauvres qui tous marchoient vers l'hôtel de Clermont- 
Tonnerre. Je les suis avec inquiétude; la porte s'ouvre; j'entre dans 
la cour et j'y vois douze cents personnes. — J'interroge, j'écoute et 
voilà ce que j'entends dire : 

(( L'un dit : c'est un aristocrate qui veut faire une révolution, qui 
appelle des pauvres chez lui pour les faire périr : sa cour est minée, 
elle va faire sauter et tuer tous les bons citoyens. Je hausse les 
épaules et je parle à un autre; celui-ci dit : c'est un aristocrate qui 
veut faire une contre-révolution; il nous donne du pain, et c'est avec 
un million qu'il a gagné à l'Assemblée nationale. — Je souris et je 
parle à un autre. 

« Celui-là me dit : Je ne sais pas ce que c'est; on a répandu dans 
toutes les sections qu'il falloit que tous les pauvres vinssent ici, et 
j'y viens; je n'en sais pas davantage. — Je réfléchis et je passe à un 
autre. 

«... Vous voyez. Monsieur, que nous ne dispns rien à ces honnêtes 
gens qui puisse allarmer le patriotisme : vivre libre et ne troubler pas 
l'ordre^ voilà le seul conseil que la Société joigne à ses actes de bien- 
faisance... » 



(1) Arch. Nat., D XXIX' ;J3, n° ;J39. 

(2) Voir l'affaire do la Chapelle, p. 200 et suiv. 

(3) Patriote français, w 536, «lu 26 janvier 1791. 

(4) Pourquoi y a-l-il tant de monde chez M. Clermont-Tonnerre ? Pièce in-8" 
de 3 p. (Bib. Nat., Lb 39/4531.) 



204 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Par contre, les Révolutions de Paris (1) accusaient gravement la 
Société, dans un article intitulé : 

« Le Club monarchique^ ressuscité depuis j 5 jours. 

« Des distributions de pain et d'argent se faisoient dans la rue des 
Vieilles Tuileries. On demandoit à ceux à qui on en donnoit s'ils étoient 
en état de porter les armes. On charge le club des monarchistes de 
toutes ces manœuvres, et avec d'autant plus de raison qu'il renou- 
velle ses distributions de pain à un sou la livre. Le sieur Stanislas 
Clermont-Tonnerre, président de la Société, a déjà fait inscrire dans 
ses registres plus de quinze mille pauvres, auxquels on promet des 
secours pécuniaires, en les endoctrinant des principes aristocrati- 
ques (2). Il n'est pas jusqu'aux femmes qui n'aient semblé vouloir 
prendre part aux intrigues contre-révolutionnaires : il existe une 
société de dévotes qui tient en réserve plusieurs millions pour fournir 
aux frais de la guerre ». 

XXIII 

Le peuple de Paris voyait dans le Club monarchique un complot 
ministériel et aristocratique permanent contre la Constitution, tout 
en invoquant la Constitution elle-même, dont le roi acceptait au fur 
et à mesure les dispositions votées par l'Assemblée nationale (3). 

Le 27 janvier 1791, la multitude attaqua, pour ainsi dire, l'hôtel de 
Clermont-Tonnerre. Une lettre du sieur Dufour, secrétaire de la mai- 
rie, annonça le départ du maire pour protéger la maison et la per- 
sonne de M. de Clermont-Tonnerre (4). Bailly accourut pour empê- 
cher l'émeute. Mais, à son arrivée, cette troupe était dispersée. 

Le lendemain, Clermont-Tonnerre remercia l'Assemblée nationale, 
des précautions qu'elle avait fait prendre pour protéger sa maison. 

Les dénonciations se multiplièrent de plus l)elle. 

Dans la séance du vendredi 28 janvier 1791, au Club des Jacobins, 



(1) Révolutions de Paris, du 22 au 29 jauvior 1791. 

(2) « La société des Amis de la Conslitution a fait un serment, le jeudi 27 janvier, 
d'exclure de son sein tous ceux qui seroient reconnus pour être membres de la 
société des Amis de la Constitution monarchique ; et tous les membres se sont 
engagés de proposer à leurs sections de renvoyer de la garde nationale tous ceux 
qui seroient reconnus pour être monarchistes. » (Note du rédacteur.) 

(3) La Constitution ne fut terminée que le 3 septembre 1791, acceptée par lettre 
de Louis XVI que dix jours après. 

(4) Minute, Arch. Nat., C54, n- 535. — Lettre datée du 27 janvier 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 205 

« plusieurs personnes témoignèrent des inquiétudes sur des appa- 
rences qu'on voudrait enlever le roi; un membre dit que le Club mo- 
narchique étoil assemblé aux Jésuites, rue Saint-Antoine..» Dans la 
môme séance d'autres dénonciations se succédèrent. Une délégation 
de la section de la Bibliothèque présenta un arrêté portant dénoncia- 
tion au procureur de la Commune du Club monarchique. Une dépu- 
tation de la section des Quatre-Nations, et une autre, de la Fontaine 
de Grenelle, dénoncèrent le Club. Elles ne voyaient, « pour les 
pauvres, aucune portion venant de mains aussi impures. » 

Selon VOrateitr du peuple, le Club monarchique « faisait tout ce 
qu'il pouvait pour irriter le peuple. Il achetait chez les boulangers le 
pain à un sol la pièce, pour le distribuer dans la capitale et payait 
en cachets où étaient gravés trois fleurs de lis (1). » 

Un arrêté de la section des Lombards, apporté par une délégation 
aux Jacobins le samedi 29 janvier 1791, était motivé, contre le Club 
monarchique, sur ce que ce club, « prenant seulement et exclusive- 
ment le sens de la constitution au mot monarchique, paroît annon- 
cer qu'il s'attache uniquement à la couronne, sans s'embarrasser 
de la nation et de la toi^ » etc., etc. 

Le 29 janvier 1781, d'après la dénonciation de Barnave (2), le di- 
rectoire du Club monarchique écrivit la lettre suivante au président 
de l'Assemblée nationale : 

« Monsieur le président, 

« Nous avons été outragés hier dans l'Assemblée nationale; nous 
demandons à y être entendus. » 

« Si l'assemblée eût admis le directoire à la barre, il auroit dit : 

« Messieurs, 

« Des citoyens paisibles se sont réunis aux termes de la loi ; les 
calomnies les plus atroces les ont poursuivis. Hier, M. Barnave nous 
a dénoncés comme une collection d'ennemis de la constitution, et le 
comité des recherches a été cité dans la tribune comme devant vous 
Caire incessamment une dénonciation nominative de ceux qu'il ap- 
pelle les chefs et les principaux membres de cette société. 

« Tant que les pei'sécutions dirigées contre les amis de la constitu- 
tion monarchique se sont manifestées hors de l'Assemblée nationale, 
nous n'avons pas cru devoir nous présenter devant le corps législatif, 



(1) L'Orateur du Peuple, t. IV, p. 64. 
(2j A l'Assciublûo nationale. 



206 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

ni solliciter une protection que la constitution que nous avons juré 
de défendre doit à tous les citoyens. Nous avons paru devant les ma- 
gistrats, nous leur avons rendu compte de noire conduite, de nos 
principes, et de ces aumônes tant exagérées par la perversité qui 
leur impute son caractère : nous avons obtenu des magistrats la jus- 
tice qu'ils nous dévoient; et quoiqu'elle ne nous ait pas préservés 
d'une nouvelle attaque, nous n'accusons pas son impuissance. Mais 
un membre de l'Assemblée nationale se fait notre accusateur; le co- 
niité des recherches est annoncé comme devant appuyer cette accu- 
sation. Et nous, messieurs, nous venons vous dénoncer la dénoncia- 
tion calomnieuse de M. Barnave, et demander pour lui et pour nous 
un tribunal qui nous juge, et nous invoquons tout le zèle de votre 
comité des recherches pour éclairer la procédure. 

« DuBERGiER, président. » 

L'Assemblée nationale passa à l'ordre du jour. « Elle est trop juste 
pour refuser d'entendre des hommes qu'elle regarderoit comme accu- 
sés; elle a donc prouvé par sa décision le peu de cas qu'elle fait de 
la dénonciation de M. Barnave (1). » Malgré les réclamations de Ma- 
louet et de Clermont-Tonnerre, l'ordre du jour fut voté (2). Le 28 jan- 
vier, Clermont-Tonnerre voulut rendre compte de ce qui lui était 
arrivé ; mais l'Assemblée passa encore à l'ordre du jour. 

Quoi que fit le Club monarchique pour obtenir une sauvegarde de 
la part des députés, la majorité ne voulait pas le soutenir. Leur der- 
nier vote exaspéra les monarchistes, partisans, membres ou non du 
club. 

Malouet prit la plume et fut très véhément contre Barnave et ses 
amis. 

A la iîn de janvier 1791 parut une Réponse de M. Malouet à la dé- 
nonciation du Club de la Constitution monarchique '})ar M. Barnave. 

« J'avois vu des crimes impunis, des hommes avides de pouvoir, 
s'élever par toutes sortes d'intrigues; j'ai connu des princes despotes, 
des ministres absolus; mais la tyrannie dans toute son audace je ne 
la connoissois pas; et je ne conçois pas qu'il y ait des hommes assez 
vils pour fléchir devant la tyrannie qui se masque du nom de patrio- 
tisme. Ah! si c'est un droit sacré que celui de résister à l'oppression, 
que tous les hommes généreux brisent comme moi le joug qu'on leur 

(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarrhicjue, t. I, n" 7, 
p. 31, 32 et 33. 

(2) Moniteur universel, du 21> janvier 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 207 

impose; car ce n'est pas le joug des loix, c'est celui des tyrans, des 
factieux que je ne subirai jamais. 

« Je ne sais si le tumulte des camps et le bruit des armes présen- 
tèrent jamais |àlus d'alimens à la discorde que ces scènes affreuses, 
où les représentans du peuple, unissant leurs cris et leurs applaudis- 
semens à ceux des spectateurs, accueillent avec des transports de 
joie, quoi? un acte d'humanité, de justice et de bienfaisance? non : 
des paroles de sang, des calomnies et des outrages à ceux qu'on op- 
prime î 

« Vous Voilà donc, François, obligés de vous affilier tous au club 
des Jacobins, sous peine d'être traités en ennemis de la constitution. 
Et vous, membres de la société monarchique, qui avez osé rivaliser 
avec le club dominateur, et qui, déjà chassés d'un quartier dans un 
autre, interdits par la municipalité, n'avez obtenu votre réhabilita- 
tion qu'en vous soumettant humblement au plus rigoureux examen, 
vous voilà dénoncés par M. Barnave comme des hommes perfides, 
insidieux, dish^ibuant m i.r pauvres lui pain empoisonné. 

« Si huit ou neuf cents citoyens, du nombre desquels j'ai l'honneur 
d'être, ainsi traités à la grande satisfaction des tribunes et de la ma- 
jorité de l'Assemblée nationale, n'obtiennent pas la réparation de 
cette injure, M. Barnave me permettra de lui demander ce qu'il ap- 
pelle la constitution, l'heureuse révolution, et surtout la liberté. 

« Il étoit de droit, ou du moins d'usage, que je n'eusse pas le droit 
de lui répliquer; mais il seroit plus difficile de m'empêcher de dire à 
toute la France que si la nation ne peut former qu'un seul club, sous 
la présidence de M. Barnave, en conséquence des droits de l'homme, 
je demande à n'être pas de ce club; si, au contraire, il est permis à la 
nation d'en former deux, je suis de l'autre; et malgré la dénonciation 
et le comité des recherches, que je n'aime point, mais que je ne 
crains pas davantage, j'assisterai à ce club monarchique plus assi- 
duement que par le passé, si on ne nous interdit pas le feu et 
l'eau. 

« Je ne sais ce que signifie cette histoire de pain distribué aux 
pauvres, dont on a fait tant de bruit : s'il en a été question dans une 
séance publique, je n'y étois point; si ce sont les commissaires de la 
Société qui ont fait l'aumône en son nom, je ne suis pas du nombre 
des commissaires; mais comme je connois parfaitement leur honnê- 
teté, et l'esprit de la Société, et sa très modique recette, je déclare 
que c'est une horrible imposture que de soutenir que la Société ait 
fait distribuer du pain à des milliers d'ouvriers : on en porte le nom- 
bre à trente mille. 



208 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Dans quel malheureux tems vivons-nous donc, si, pour distribuer, 
de l'aveu même de la police, le plus faible secours aux misérables, 
on est dénoncé au peuple comme son ennemi? 

« Et que prétendez-vous, messieurs, en multipliant a^nsi, dans toute 
la France, la haine, les soupçons et les ressentimens? Voulez-vous 
vous faire aimer et vous faire craindre? Je réponds que si tout le 
monde est de mon avis, vous n'obtiendrez ni l'un ni l'autre. La na- 
tion ne peut être encore longtemps abusée. Pendant qu'on lui vante 
la douceur de nos loix, ses mœurs deviennent sensiblement atroces ; 
les prisons se remplissent; les victimes sont entassées dans les ca- 
chots; on brûle, on massacre, on intercepte les lettres; d'infâmes 
écrivains ont toujours la hache levée, et professent hautement la 
doctrine des cannibales; ils sont tolérés, protégés; les injures, les 
calomnies sont impunies. On ose dire dans l'Assemblée que cette cou- 
pable licence est utile à la révolution. Enfin, pour mettre le comble 
à tant de violences et d'absurdité politiques, après avoir favorisé 
tous les désordres et tourmenté toutes les classes de citoyens, il suffit 
aujourd'hui d'être attaché à la constitution monarchique pour deve- 
nir un objet de scandale et être dénoncé dans la tribune de l'Assem- 
blée nationale. 

« On se sert, a dit M. Barnave, de ce que les hommes ont de plus 
sacré pour soulever les esprits; c'est au nom de la reUgion que 
nous chérissons tous; c'est en invoquant les droits de la propriété 
que nous respectons, et l'attachement à la monarchie qui est dans le 
cœur de tous les François, qu'on alarme les citoyens, et que les 
ennemis du bien public ourdissent leurs coupables trames d'un bout 
du royaume à l'autre. — Une Société de prétendus amis de la consti- 
tution monarchique ose, dans le sein de la révolution, au milieu de 
la capitale, s'élever contre la constitution même, et distribuer au 
peuple un pain empoisonné... » 

« Je réponds à M. Barnave que je suppose aux loix nouvelles les 

meilleures intentions; je ne leur impute aucun tort, sans me charger 

"toutefois de leur apologie; mais je ne sais ce qu'elles commandent et 

ce qu'elles sont devenues : je ne vois nulle part l'action des loix, je 

vois celle d'un ouragan dévasteur. 

« La loi commande de nouvelles formes pour la discipline ecclé- 
siastique, mais elle ne commande pas la fureur de la sédition dans 
les églises; elle ne commande pas à des hommes féroces de menacer 
leurs pasteurs de la potence, de les arracher de l'autel s'ils ne prêtent 
pas le serment. Ainsi tel homme honnête qui, dans là paix et la liberté 
de sa conscience même, crut pouvoir se soumettre à la loi nouvelle. 



CLUB MONARCHIQUE 2Ôâ 

repousse avec indignation les violences qui s'exercent en son nom. 
« C'est donc au nom sacré de la loi que des brigands, d'un bout 
du royaume à Tautre, commettent d'épouvantables excès contre la 
religion et ses ministres. 

« Saiis doute il étoit permis aux ecclésiastiques et aux nobles dé- 
pouillés d'invoquer eu leur faveur ce qui avoit été considéré jusqu'à 
présent comme droit de propriété. La nouvelle loi, par des définitions 
plus sévères, a circonscrit et limité tous les droits anciens; et si les 
parties intéressées ont fait entendre leurs réclamations, on n'a vu 
nulle part ni résistance active, ni projet de résistance; les délations, 
les accusations se sont multipliées; la plus détestable inquisition 
. s'est exercée contre les nobles et contre les prêtres, et on n'a pu encore 
en faire pendre qu'un seul par la main du bourreau. Mais combien 
de massacres et d'incendies désolent encore ce malheureux royaume ! 
— Il est donc permis d'invoquer le respect dû à la propriété, sans 
offenser la nouvelle loi, qui n'assure encore à personne ni la liberté, 
ni la propriété, ni la sûreté individuelle; et lorsqu'on prostitue le 
titre de patriotes à des brigands, il est naturel que les honnêtes 
gens aient horreur d'un tel patriotisme. 

« Vous dites que les François sont attachés à la monarchie; je le 
crois comme vous; mais c'est par cette raison qu'il est tems d'en 
sauver les débris. Et lorsque vous appeliez ceux qui se disent amis 
de la constitution monarchique des hommes perfides, insidieux, qui 
empoisonnent le peuple, il faut que vous prouviez cette assertion, 
ou bien il nous sera facile d'en prouver l'intention. La voici. 

« Le Club des Jacobins prépare tous les décrets et gouverne toute la 
France par ses correspondans. — Il n'est pas de grande ni de petite 
ville où cette Société n'exerce la plus odieuse aristocratie; car le 
peuple, qui ne connoit pas le sens de ce mot, doit apprendre qu'il 
n'y eut jamais d'autres aristocrates que ceux qui se réunissent et se 
coalisent pour disposer de toute l'autorité, de toutes les élections, de 
toutes les places et des fonctions publiques. Or, il me semble que 
grammatiquement et politiquement, c'est bien là le signalement des 
Jacobins. — Indépendamment de cette influence fédérative, celle sur 
l'opinion publique s'exerce par les écrivains, les pamphlets, les jour- 
naux affiliés, les dénonciations en titre d'office. Cependant vous 
savez qu'upe très grande partie de la nation se lasse de votre joug, 
et que vous ne pouvez le perpétuer qu'en lui montrant toujours 
l'épouvantail d'une contre révolution et en vous présentant toujours 
' comme des sentinelles vigilans {sic) qui avertissent des approches de 
l'ennemi. 

14 



210 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Si, dans de telles circonstances, tous les bons citoyens pouvoient 
convenir enlr eux de leur respect mutuel pour les loix, de leur amour 
pour la liberté, de leur horreur pour le crime et la licence, de leur 
attachement à la constitution monarchique, dès lors votre aristo- 
cratie et le vernis de patriotisme qui la couvre sont en grand danger. 
— Mais votre dénonciation, et le triomphe momentané qu'elle a 
obtenu, ne vous en préserveront pas, car vous voilà forcés ou de 
prouver légalement votre accusation, ou de nous détruire par la 
force, si nous avons la faiblesse de nous laisser attaquer sans nous 
défendre. — Si vous ne voulez pas prouver, nous prouverons; si l'on 
nous attaque, j'espère que nous userons des droits de l'homme. — 
Dans les deux cas, la France entière sera bien avertie des vues paci- 
fiques, patriotiques et monarchiques de votre dénonciation. — Voilà 
donc une imprudence, une impéritie politique qui contrarie tous les 
principes de la théorie d'une révolution : car il ne faut jamais faire 
un pas en avant qui en nécessite deux en arrière. — Cromwell ne se 
laissoit point ainsi entraîner aux applaudissemens des tribunes. Il 
n'attaqua les monarchistes qu'après avoir fait décréter par son par- 
lement que la Grande-Bretagne se constituoit en république. — Il 
falloit donc attendre le succès de la doctrine de M. Robert (1), qui 
nous prouve invinciblement que la France est destinée, par sa nature, 
à former une république. 

«Je ne sais, dans cette grande contestation, quel parti vont prendre 
les brigades du Palais-Royal ; quelles évolutions leur seront comman- 
dées contre notre société dispersée. Mais mon avis est que sa pre- 
mière démarche soit de paroitre à la barre de l'Assemblée nationale, 
et de demander la permission d'y exposer ses principes et de les faire 
juger, sauf à poursuivre ensuite M. Barnave, pour réparation de l'in- 
jure qu'il lui a faite. 

« Mon avis est que la Société continue à s'assembler, même sans 
l'agrément de M. Barnave; et que l'on publie dans tout le royaume 
la tyrannie qu'on exerce dans la capitale contre des citoyens paisi- 
bles qui professent leur attachement à la constitution monarchique 
décrétée par l'assemblée nationale et journellement attaquée par des 
factieux (2). » 

La violence de Malouet, son appel au royaume pour combattre la 
tyrannie dans la capitale, ne firent qu'augmenter le noml)re des 



(1) Voir plus haut, p. 174. 

(2) En raison de l'ardeur avec laquelle Malouet défendait les principes du Club 
monarchique, ou donnait aussi ;ï cette société le nom de « Club Malouetiste. » 



CLUB MONARGHIQnE 211 

membres des Jacobins et des Cordeliers, que décupler les haines 
contre les Amis de la Constitution monar claque. Mais le club renchérit 
sur les avis de Malouet, et il voulut résister aux « factieux », en 
appeler aux « bons citoyens », défier les « infâmes écrivains », déli- 
bérer malgré Barnave, tenir tête aux Jacobins « préparant tous les 
décrets et gouvernant la France par ses correspondans. » 

Le directoire du Club monarchique écrivit à ses adhérents : 

« Paris, le 1"" février 1791. 
« Messieurs, 

« Votre directoire, indigné comme vous des manœuvres aussi 
lâches qu'infâmes que Ton multiplie pour vous empêcher de vous 
rassembler, s'occupe des moyens de vous procurer un local dont la 
loi, qui autorise vos séances, nous assure également la possession. 

« Il doit en même tems réunir tous ses efforts pour éclairer sur les 
principes de votre Société l'opinion publique, que des hommes mé- 
dians égarent, parce qu'ils connoissent trop la pureté de votre 
patriotisme pour ne pas le redouter, mais qui ne sauroit longtems 
errer, parce que le peuple distingue à la fin ses vrais amis à des 
signes certains, l'amour de la paix et de l'union. 

M II doit surtout mettre en garde les bons citoyens contre l'art 
insidieux avec lequel les chefs des Jacobins cherchent à confondre 
leur cause et celle de la révolution, comme si la révolution avoit 
besoin d'eux et de leurs calomnies; comme si les délateurs qu'ils 
encouragent et les haines qu'ils fomentent étoient bien propres à 
cimenter cette douce fraternité qui devroit unir tous les François ! 

« Mais laissons à nos ennemis les armes qu'ils savent si bien em- 
ployer; laissons-les semer le mensonge et l'esprit de discorde, et ne 
leur opposons jamais que l'égide de la loi et le miroir de la vérité, 

« Déjà une proclamation de la municipalité, en date du 27 janvier, 
justifie le démenti formel que nous avons donné aux assertions 
calomnieuses contenues dans la lettre des soi-disant amis de la 
constitution, en date du 24 janvier. 

« Nous espérons que la loi nous vengera bientôt également des 
imputations fausses, des dénonciations absurdes qu'on s'est per- 
mises contre nous dans quelques sections, et dont nous poursuivrons 
les signataires devant les tribunaux. 

« Nous mettrons tout en œuvre pour présenter la vérité dans son 
jour le plus éclatant, et faire triompher le véritable patriotisme, 
celui qui, loin de fomenter les troubles, ne veille que pour les calmer 
ou les prévenir. 



212 - LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Si des hommes pervers cherchent à exciter de tous côtés des 
émeutes, auxquelles il leur imporleroit de vous faire servir de pré- 
texte ou d'instrument, nous nous efforcerons de les démasquer et de 
déjouer leurs projets désastreux. 

« Tels sont les devoirs que nous imposent, et l'esprit qui nous 
anime, et le choix dont vous nous avez honorés, et le désir de bien 
mériter de la patrie. 

« Nous avons l'honneur d'être, etc. 

« DuBERGiER, Président; Armand, Cormier, Hautefort, de Rossy, 
Dagieu, Stanislas Clermont-Tonnerre, membres du Direc- 
toire (1). » 

Il résulte de cette lettre que le directoire du Club cherchait encore 
un local. 

Le même jour, les monarchistes s'adressèrent au procureur-syndic 
de la Commune : 

« Paris, le 1" février 1791. 

« Lettre à M. le 'procureur-syndic de la Commune. 

« Monsieur, " ' 

« Les citoyens, soussignés, informés que, sur les dénonciations ca- 
lomnieuses qui ont été dirigées contre la Société des Amis de la Cons- 
titution monarchique, dénonciations dont elle se réserve de pour- 
suivre légalement les auteurs, le corps municipal vous auroit chargé 
de prendre, à ce sujet, tous les renseignemens convenables, s'adres- 
sent directement à vous, monsieur, pour obtenir la confirmation ou 
la dénégation de ce fait. 

« Dans le cas où cet arrêté auroit été pris, nous vous déclarons, 
monsieur, que fidelle à son principe de modération constante, sûre 
de la pureté de ses vues et de l'innocence de ses démarches, la Société-, 
à qui personne ne peut ôter le droit de se réunir, veut bien suspen- 
dre elle-même et spontanément ses séances, jusqu'à ce que votre 
rapport ait éclairci tous les doutes et provoqué une décision tellement 
notoire, que les hommes trompés nous connoissent, et que les impos- 
teurs se taisent. 

« Nous nous flattons, monsieur, que par cette preuve nouvelle et 
volontaire de notre amour pour la paix, nous écarterons de nous 
tout soupçon, nous démontrerons jusqu'à l'évidence que nous ne 

(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, t. I, n» 8, 
du 5 février 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 213 

voulons être ni la cause, ni le prétexte, ni l'instrument d'un trouble 
quelconque. Pendant que votre sagesse examinera de nouveau les 
principes et les démarches d'une Société à laquelle le corps municipal 
à déjà rendu justice, pendant que vous apprécierez les délations de 
cette autre Société que le corps municipal a déjà déclarée calomnia- 
trice, nous parlerons à l'opinion publique, nous lui dirons la vérité, 
toute la vérité, et rien que la vérité. 

« Nous vous déclarons encore que, sur les refus de quelques sec- 
tions, auxquelles nous avions envoyé des fonds destinés à des au- 
mônes, refus dont quelques-uns ont été accompagnés de circons- 
tances ou d'expressions outrageantes, si le délire pouvoit outrager, 
nous avons offert ces mêmes fonds à la Société philanthropique; et 
que si cette Société ne pouvoit accepter le poids de cette distribution, 
nous suspendrons toutes distributions jusqu'à la reprise de nog 
séances, et que nous rendrons cettç lettre publique , ainsi que toutes 
nos démarches ultérieures. 

« Nous sommes, etc. » 

En vain les Amis de la Constitution monarchique affirmaient qu'ils 
avaient le « désir de bien mériter de la patrie. » 

Dans une lettre, du 31 janvier 1791, la Société des Jacobfns, après 
l'affaire de La Chapelle (24 du même mois), disait : 

« Le club des Amis de la Constitution monarchique, dont les prin- 
cipes seront toujours suspects à quiconque ne croit pas que l'attache- 
ment à la constitution puisse admettre des modifications et des 
réserves, et qui a donné lieu d'attaquer sa conduite par un mode de 
distribution qu'il lui est impossible de justifier, âvoit excité des in- 
quiétudes. L'opinion publique, éclairée, a suffi pour les dissiper. 

a Dénoncé à l'Assemblçe nationale, dénoncé par presque toutes les 
sections de Paris, ce club est connu et surveillé, et, dès lors, il a 
perdu toute son importance... (1) » 

. Jamais, jusqu'alors, une accusation aussi grave que celle dont les 
événements de La Chapelle étaient. la cause n'avait été portée contre 
le Club monarchique. Non seulement, pensait-on, il se -créait des 
adhérents en distribuant du pain; mais il cherchait à' irriter le peu- 
ple, pour profiter des excès qui pourraient être commis. 



(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, t. II, ir 10, 
(lu samedi 19 février 1791. 



214 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 



XXIV 

Dans plusieurs départements, comme à Paris, certaines sections 
manifestèrent en faveur des Jacobins et de leurs principes. Qu'il nous 
suffise de citer quelques exemples entre beaucoup d'autres, prouvant 
l'acuité des reproches adressés au Club monarchique, et combien les 
diverses dénonciations faites par les sections, ou les sociétés pa- 
triotiques, ou les journalistes avancés, rendaient difficile la situation 
des monarchistes, et de leur seul club soutenant la suprématie 
royale. 

La Société des amis de la constitution de Morlaix, « justement indi- 
gnée de la création d'un club, se disant monarchique, qui a osé 
insulter au civisme de celui des Jacobins, s'est portée, dans sa séance 
du 28 janvier 1791, « à prêter le serment solennel de défendre, au 
péril de sa fortune et de son sang, tous et chacun de ses membres, 
affiliés au club des Jacobins, qui se dévoueroient à dénoncer tous les 
traîtres à la patrie et autres ennemis de la constitution... » 

Le 4 février, une députation de la Société des Jeunes amis de la Li- 
berté, établie rue du Bac, prononça, aux Jacobins, un discours dont 
ceux-ci ordonnèrent l'impression. Dans ce discours, elle déclarait se 
réunir aux Amis de la Constitution pour déjouer les projets impies 
des faux patriotes, « combattant pour le despotisme, sous l'égide de 
la liberté », voulant « ressusciter parmi nous l'aristocratie aulique », 
d'une Société w se faisant gloire de rendre le despotisme l'objet de son 
culte religieux (1). » 

Dans la séance du 11 février, au club des Jacobins, un député du 
club de Colmar dénonça le Club monarchique comme « envoyant à 
Strasbourg des feuilles et écrits incendiaires, sans doute pour fomen- 
ter une contre-révolution (2). » 

De divers côtés, les patriotes faisaient des manifestations, et s'éton- 
naient de la longanimité avec laquelle la municipalité en agissait vis- 
à-vis de tels fauteurs de troubles. 

Alors, à Paris, on s'empressa de refuser les offres d'argent faites 
par Clermont-Tonnerre et ses partisans (3). Dès le 26 janvier 1791, une 

(1) Paris, 1791, in-8° de 7 p. 

(2) Le Lendemain, journal contre-révolutionnaire, anonyme. Il parut le 10 oc- 
tobre 1790, et cessa sa publication le lendemain de la fuite du roi à Varennes. 
(N" du 14 février 1791.) 

(3) Voir plus haut, p. 176. 



CLUB MONARCHIQUE 215 

déclaration de la section de la Croix- Rouge porta « que M. de Gler- 
mont-Tonnerre ne lui avait remis aucune somme d'argent pour être 
distribuée à titre de secours aux indigents qui se pressaient autour 
de son hôtel (1). » Le 31 janvier, la section des Quatre-Nations refusa, 
en assemblée générale, « la subvention offerte par le Club monarchi- 
que. » Le 3 février, une députation de la section du Luxembourg aux 
Jacobins exprima son mépris pour une offrande « faite par les sup- 
pôts de l'esclavage », laquelle ne pouvait « convenir à des hommes 
libres. » Elle annonça une contribution volontaire de la section, plus 
forte que la somme proposée. Le 7 février, la section de Notre-Dame 
ou de l'Ile refusa la somme offerte par les monarchistes. Le 22 février, 
l'assemblée générale de la section de la Croix-Rouge agit de même. 
Voici, d'ailleurs, un 

« Extrait du registre des délibérations de l'assemblée générale 
de la section du Luxembourg. 

« L'assemblée, instruite par son Comité de l'envoi fait par la Société 
des Amis de la Constitution monarchique d'une somme de 1027 livres 
3 sous 6 deniers, avec une liste de nécessiteux auxquels cette somme 
était destinée; considérant quelles peuvent être les causes et quels 
seraient les effets de cette fastueuse bienfaisance, a, par un mouve- 
ment unanime, refusé d'y prendre aucune part, et a chargé son Co- 
mité, formé de citoyens qui ont toute son estime et toute sa confiance, 
de renvoyer promptement à la Société des Amis de la Constitution 
monarchique ; la somme qui lui a été remise : a arrêté en outre que 
la présente délibération serait imprimée, affichée, envoyée à la mu- 
nicipalité et à toutes les sections. Lablée, président; Lebois, secré- 
taire. 

« Pour extrait conforme à l'original, Lebois. 

« N. B. — La section du Théâtre Français a pris la même délibéra- 
tion (2). » 

Le Courrier de Gorsas assurait que le Club monarchique « avait of- 
fert son offrande à deux ou trois sociétés philanthropiques, qui 
l'avaient refusée (3). » 

Gorsas remarquait, en outre : 

« La section du Luxembourg, en rejettant l'offre de M. de Cler- 



(1) Extrait conforme, Arch. Nat., D XXIX" 33, n" 339. 

(2) Moniteur universel, du 7 février 1791. 

(3) Courrier de Gorsas, u" IX, du 9 février 1791. 



216 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

mont-Tônnerre, a gardé sa liste. Elle a fait constater par des com- 
missaires l'état de détresse de ceux qui y étoient portés, et de cette 
vérification est résulté, qu'en général, tous les inscrits étoient forts, 
vigoureux et en état de travailler. Il eût été beau à M. de Clermont 
que cette liste. fût composée de boiteux, de culs- de-jattes, de man- 
chots, d'aveugles. Comme cela auroit déjoué les intentions qu'on lui 
prête (1)! » 

Le Patriote français avait imprimé : 

« Le Club monarchique paroît dissous pour la seconde fois. Avant 
de se dissoudre, son président a remis au comité d'une section envi- 
ron 12,000 livres, qui lui restoient pour actes de bienfaisance. Cette 
somme mesquine est un peu éloignée de sept millions qu'on suppo- 
soit dans la caverne de cette. Société ténébreuse (2J. » 

On revint sur la lettre du 24 janvier (3), que nous avons citée en 
même temps que la réponse des monarchistes. 
Corsas écrivit : 

« Le directoire du Club monarchique a tenté auprès des six tribu- 
naux de Paris d'exercer des poursuites contre les amis de la consti- 
tution, à raison de leur lettre du 24. Les six tribunaux ont fort mal 
accueilli les honorables députés dans les formes, et ils les ont renvoyés 
à se pourvoir au fond auprès de la municipalité. 

« Le club monarchique a envoyé aux sections du Luxembourg et 
de la Fontaine de Grenelle, des Quatre-Nations, etc., des sommes 
plus ou moins considérables pour être distribuées aux pauvres, sur 
les cartes et mandats de ces Messieurs. {Refus partout.) L'une de ces 
sections a répondu que cet argent étoit. maudit comme les 30 deniers 
que Judas avoit reçus- des Pharisiens. En général, ces sedtions se sont 
cottisées [sic) pour remplir les sommes projettées {sic), et, si les pau- 
vres sont secourus, ce sera du denier du juste (4). » 

En cette circonstance, la presse patriote approuva la conduite de 
la municipalité et des sections. 

On lut, dans les Révolutions de Paris : 

« Les 48 sections de Paris ont vu la chose autrement; elles ont 
refusé les 12,000 livres que le Club monarchique avoit envoyé {sic) à 
la ville pour être distribuées aux indigens. Il est vrai que le mode de 



(1) Courrier deGorsas, n» V, du S février 1791. 

(2) Le Patriote françois, n° 539, du 29 janvier 1791. 

(3) Voir plus haut, p. 200 et suiv. 

(4) Courrier de Gorsas, u° 4, du 3 février 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 217 

distribution auquel on les astreignoit étoit suspect. Plusieurs sections 
ont arrêté de réaliser entre elles la somme qu'elles n'ont point voulu 
devoir à la munificence du club (1). » 

• Le conseil général de la Commune refusa onze mille livres offertes 
à la municipalité pour les pauvres. 

Les Annales patriotiques prévinrent le public contre les monar- 
chistes ou monarchiens : 

« Les monarchiens font semblant aujourd'hui de vouloir suspendre 
leurs assemblées pour ramener, disent-ils, la paix et la tranquillité 
dans Paris ; mais en même temps ils se préparent à faire bâtir dans 
le faubourg Saint-Honoré une superbe salle, où ils recommenceront 
de plus belle leurs lubies monarchiennes et conspiratrices... (2) » 

Lk même feuille annonça : 

«;La liste des membres du Club des monarchiens ou prétendus Amis 
de la Constitution monarchique paroît ; on y trouve les aristocrates les 
plus forcenés du côté droit, accouplés avec une bande d'escrocs et de 
chevaliers d'industrie (3). » 



XXV 



Plusieurs personnes, dont les noms figuraient dans cette liste, as- 
surèrent qu'elles n'étaient pas membres du Club monarchique. 

Elles s'adressèrent à différents journaux, notamment au Journal 
de Paris et au Moniteur universel. Nous donnons leurs rectifications, 
par ordre chronologique, en observant que ces exceptions et le silence 
des autres personnes nommées dans la liste peuvent faire penser, 
avec juste raison, que les autres indications de membres composant 
le club ont certainement une valeur relative. 

Le Journal de Paris inséra les lettres suivantes : 

« Ce 3 février 1791. 
« Aux Auteurs du Journal. 

« Messieurs, 
« Quelques ennemis de la Constitution, qui, incapables de se pro- 
curer aucune réputation ni aucun crédit par la raison et par la jus- 



(1) Révolutions de Paria, n" 82, du 29 janvier au 5 février 1791. 

(2) Annales patriotiques de Carra, n" 491, du 5 février 1791. 

(.3) Annales patriotiques de Carra, n» 490, du 4 février 1791, — Voir plus haut 
cette liste, non officielle, p. 150 et suiv. 



218 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

tice, cherchent à usurper tous les pouvoirs par la terreur, et dénon- 
cent aux animosités, même aux vengeances tumultuaires, tous les 
hommes honnêtes qui joignent à l'amour de la liberté des travaux 
utiles à son affermissement et le courage de témoigner du dégoût 
pour le meurtre et pour l'incendie, me font l'honneur de me pour- 
suivre avec un acharnement dont je leur sais un gré véritable. Ils 
placèrent, il y a plusieurs mois, mon nom dans une Liste des Mem- 
bres de l'Assemblée nationale qu'ils supposoient avoir quitté sa 
séance pour ne pas dire leur opinion, un jour où j'avois dit la mienne 
que je ne cache jamais, et qu'ils n'approuvoient pas quoiqu'elle eût 
été celle de l'Assemblée. Aujourd'hui ils ont fait imprimer une pré- 
tendue lÂste du Club de la Constitution monarchique^ dans laquelle ils 
ont encore inséré mon nom, parce qu'ils imaginent que c'est un 
moyen de nuire aux personnes qu'ils désignent. Je ne suis pas de ce 
Club, non plus que plusieurs autres membres de l'Assemblée nationale 
dont on a pareillement mis le nom dans cette même Liste, et qui ont 
déjà réclamé par la voie de votre Journal. Je dois, comme eux, vous 
prier de permettre que je l'emploie pour répéter aux faussaires que 
cet usage habituel du mensonge a quelque chose de très bas, et que 
de plus il est très maladroit. Quand on se voue à la méchanceté, il 
ne faut pas qu'elle soit impuissante et stérile. Ces Messieurs faisoient 
mieux autrefois (1). 

« Du Pont, Député de Nemours. » 

Dupont de Nemours s'occupait de questions financières. Il était 
ultra-modéré. Un député de Paris, bien moins connu, écrivit : 

« Mon nom est commun à tant d'individus, qu'il n'est pas impos- 
sible qu'il se trouve dans la prétendue Liste du Club monarchique. 

« Trois Députés de l'Assemblée nationale portent ce nom, et il pa- 
roit que ce Club n'est pas composé des seuls Membres de cette As- 
semblée. 

« La vérité, c'est que ce n'est pas 

« Le Moine, Député de Paris (2). » 

Quiconque réclamait, en niant son affiliation au Club des Amis de 
la Constitution monarchique, se disait calomnié. 
Le Moniteur universel publia : 

« Mon nom, Monsieur, se trouve dans une liste imprimée des mem- 
bres du club qui se dit monarchique. Je félicite les auteurs de ce 

(1) Journal de Paris, iiiiméro du 5 février 1791. 

(2) Journat de Paris, numéro du 5 février ITJl. 



CLUB MONARCHIQUE 219 

libelle; une telle calomnie annonce de grandes combinaisons et des 
calculs bien favorables à la liberté publique. 

« Démeunibr, Député de la ville de Paris. « 

« Note du rédacteur. — MM. Tronchet, Regnauld, député de Saint- 
Jean d'Angély, et Aymar, député de Forcalquier, nous ont adressé la 
même réclamation : ils expriment la même indignation (1), » 

« Quelques-uns de mes collègues, Monsieur, pour lesquels je suis 
plein d'estime, ont pris la peine de repousser la calomnie qui place 
leurs noms sur la prétendue liste du club monarchique. 

« Ils me forcent d'imiter leur exemple, parce que mon silence 
pourrait cette fois paraître avoir une autre cause que le mépris pro- 
fond que j'ai voué aux libellistes, et surtout à ceux qui les inspirent 
ou qui les payent. « Le Chapelier. » 

« Dans une liste. Monsieur, dictée par une lâche malveillance, on 
a imprimé que M. Maubourg (Moubourg) était membre d'un club dit 
de la Constitution monarchique. Il est mon ami, il est absent; cette 
double raison m'oblige à déclarer que cette assertion est aussi fausse 
qu'absurde. 

« M. Maubourg, qui ne fut jamais ambitieux ni courtisan, qui des 
premiers a travaillé pour la révolution, M. Maubourg, ami ardent et 
irréprochable de la Constitution, n'est membre d'aucun club. 

« Lacoste, Député à V Assemblée nationale (2). » 

« Je vous prie de trouver bon. Monsieur, que je me serve de votre 
journal pour me plaindre de ce que mon nom a été inséré dans une 
liste des personnes qui composent le club monarchique; je suis 
membre de la Société des Amis de la Constitution, dont je fais pro- 
fession d'honorer les principes et le patriotisme ». 

<( RiCGÉ (1). » 

« On m'a dit, Monsieur, que mon nom se trouve aussi employé dans 
la liste supposée du Club monarchique. Ce n'est qu'un fait faux, je le 
démens. Et cependant je hais patriotiquement les ambitieux, intri- 
gans, persécuteurs et despotes. 

* « TouLONGEON, Député à V Assemblée nationale. » 

« Note du Rédacteur. — MM. Bureau-Pusy (aîc), député à l'Assem- 

(1) Moniteur universel, du 2 février 1791. 

(2) Moniteur universel, du 3 février 1791. 

(3) Moniteur universel, numéro du 5 février 1791. — Le coiute Se Riccé flgure 
sur la liste des Jacobins publiée par M. l'\ A. Aulard. 



220 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

blée nationale, M. Plainville, adjudant-major général de la garde 
nationale Parisienne, Pierre Poissannier (Poissonnier) et Meutnier 
(Meusnier), nous ont fait parvenir sur le même sujet la même décla- 
ration (1). » 

« Je viens de trouver, Monsieur, mon nom compris dans une liste 
imprimée des aristocrates de toutes les couleurs composant le Club mo- 
narchique; c'est une suite des bontés dont quelques journalistes m'ont 
honoré depuis environ un an. Aidez-moi, en imprimant ma lettre 
dans votre première feuille, à détromper l'auteur et à lui apprendre 
que je ne suis d'aucun club, et que je ne vais à aucune assemblée 
politique, autre que celle de ma section ; c'est la seule que les dpcrets 
de l'Assemblée Nationale m'aient indiquée pour y délibérer Sur les 
affaires publiques. 

« Bougher-Dargis, ci-devant magistrat, et actuellement 
, homme de loi (2). » 

« Dans une prétendue liste du club monarchique, je suis nommé; 
comme membre de cette Société ; en quoi l'auteur de ce libelle a 
menti. « Charles Trudaine. » 

« Je déclare. Monsieur, que je suis très sincère et très zélé par- 
tisan de \di, monarchie, mais que je ne suis pas membre du Club monar'- 
chiquCy et qu'à dater d'aujourd'hui je ne le serai jamais d'aucun. 

« J.-X. Bureaux-Puzy, Député à l'Assemblée nationale. » 

« Note du rédacteur. — MM. Bazin et Pelerin-Labucière, députés du 
département du Loiret à l'Assemblée nationale, nous ont adressé la 
même réclamation (3). » 

« Mon nom se trouve inscrit sur une fausse liste, au nombre des 
membres du Club des Amis de la Constitution monarchique. Je dois 
annoncer hautement que je n'y suis, ni ne veux y être affdié d'aucune 
manière. Mes principes connus, et ceux que j'ai manifestés tout 
récemment en demandant l'exclusion de ceux qui fréquentent cette 
Société de celle dont j'ai l'honneur d'être membre, devaient m 'éviter 
la peine de me disculper; mais, élevé par la confiance de mes con- 
citoyens à la place que j'occupe, je veux écarter de moi toute impres- 
sion défavorable. ' 
« H. -P. Dampierre, Président du département de VAube (4). » 

(1) Moniteur universel, numéro du 5 février 1791. 

(2) Moniteur universel, numéro du 7 février 1791. 

(3) Mofiiieum universel, numéro du 7 février 1791. 

(•i) Moniteur universel, numéro du 9 février 1791. La même. lettre fut envoyée au 



CLUB MONARCHIQUE 221 

Revenons au Journal de Paris. 

« Aux Auteurs du Journal. 

« Messieurs, 
« On m'a porté sur la Liste du Club monarchique. Je vous prie 
d'informer le Public que je ne suis d'aucun Club, et que je ne veux 
être d'aucun. « Queyssat, Capitaine de Chasseurs. » 

« Mon nom se trouve dans un écrit intitulé : Liste des Aristocrates 
de toutes les couleurs composant le Club monarchique . 

« J'ignore quel motif doit porter à démentir ce libelle plutôt que 
les autres ; mais puisque bien des gens estimables l'ont fait, je m'em - 
presse de suivre leur exemple, en déclarant que je ne suis d'aucun 
Club. « Charton, Chef de la première Division. » 

« Note des Rédacteurs. — Le bruit qui s'est répandu que le Clul) 
Monarchique doit tenir ses séances aux Grands Jésuites, est destitué 
de fondement. Nous avons reçu de MM. les Commissaires de la Sec- 
tion une Lettre par laquelle ce fait est démenti , et qui annonce que 
ce bruit a pu être occasionné par des assemblées que tiennent, dans 
une des salles de Saint-Louis la Culture, avec l'agrément de la Muni- 
cipalité, MM. les Employés aux Fermes, pour y délibérer relative- 
ment à des répétitions à faire sur MM. les Fermiers-généraux (I). » 

« Un imprimé. Messieurs, contenant une prétendue Liste d'Aris- 
tocrates composant le: Club monarchique^ "vient de tomber entre mes 
mains. Mon nom s'y trouve inscrit. Est-ce ma personne qu'on a voulu 
désigner? Je l'ignore. En tout cas, je déclare hautement que je no 
suis, ni n'ai jamais été de ce Club. 

« Daguesseau, Conseiller d'Etat. » 

« Je viens de trouver mon nom dans une prétendue Liste imprimée 
des Membres du Club appelle Monarchique. Je déclare que cette liste 
est fausse en ce gui me concerne, et que je ne suis, ni n'ai jamais été 
Membre de ce Club. 

« Poitevin Maissemy, Commandant de la Garde Nationale du 
Canton de Guiscard, Département de l'Oise (2). » 



Courrier de Gorsas, qui l'inséra dans son numéro 13, du 13 février 1791. Ello se 
teriTiinaii par cette phrase : « Veuillez permettre, Monsieur, que votre journal 
reçoive ma profession de foi. » C'était la seule variante. 

(1) Journal de Paris, numéro du 6 février 1191. 

(2) Journal de Paris, numéro du 6 février 1791, 



2'22 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTJONNAIRES 

(( Aux Auteurs du Journal. 

« Messieurs, 
« Mon nom se trouve inscrit sur une Liste fausse, au nombre des 
Membres du Club des Amis de la Constitution monarchique. Je dois 
annoncer hautement que je n'y suis, ni ne veux y être affilié d'aucune 
manière: mes principes connus et ceux que j'ai manifestés tout 
récemment, en demandant l'exclusion de ceux qui fréquentent cette 
Société de celles dont j'ai l'honneur d'être membre, dévoient m'é- 
viter la peine de me disculper; mais élevé par la confiance de mes 
Concitoyens à la place que j'occupe, je veux écarter de moi toute 
impression défavorable. 

« H. -P. Dampierre, Président du Département de l'Aube (1). » 

(( Ce 6 février 1791. 

« Aux Auteurs du Journal. 

« Messieurs, 
(( Je viens de trouver mon nom compris dans une Liste imprimée 
des Aristocrates de toutes les couleurs, composant le Club 7nonar chique ; 
c'est une suite des bontés dont quelques Journalistes m'ont honoré 
depuis environ un an. Aidez-moi, je vous prie, en imprimant ma 
Lettre dans votre premier Numéro, à apprendre à l'Auteur que je ne 
suis d'aucun Club, et que je ne vais à aucune assemblée politique 
autre que celle de ma Section, c'est la seule qu^ les Décrets de l'As- 
semblée Nationale m'ayent indiquée pour y délibérer sur les affaires 
publiques. 

« Boucher d'Argts, ci-devant Magistrat, et actuellement Homme 

de loi (2). » 

« Aux Auteurs du Journal. 

« Messieurs, 
« Mon nom se trouve sur une fausse Liste imprimée des Membres 
du Club monarchique. Je vous prie de permettre que mon désaveu 
soit consigné dans votre Journal. 

« Vandeuvre^ Président de V Administration du District 
de Bar-sur-Aube (3). » 



(1) Journal de Paris, numéro du 7 février 1791. 

(2) Journal de Paris, numéro du 8 février 1791. 

(3) Journal de Paris, numéro du 11 février 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 223 



XXVI 



Une curieuse brochure de Duval d'Eprémesnil, rancien conseiller 
au Parlement, apprécia ainsi le Club monarchique ^ regardé comme 
compromettant, dont tant de gens se défendaient de faire partie et 
de figurer sur une liste qu'ils déclaraient -prétendue, c'est-à-dire 
inexacte : 

« Quant au club monarchique, je n'en suis pas. J'applaudis à son 
courage, ses dangers me conviennent, mais ses principes! non. Ses 
principes, hélas! les a-t-il déclarés? les connoit-il bien lui-même? 
Je rends justice aux intentions de ceux qui le composent : elles sont 
pures, elles sont nobles : mais je crains qu'ils ne soient pas dans le 
secret de leurs destinées. 

« ...Je conjure les amis de la constitution monarchique de 
n'avancer qu'avec précaution sur un terrain qu'ils ne connoissent 
pas, de s'expliquer avec leurs fondateurs, de ne penser que par eux- 
mêmes, et de ne pas chercher le salut de l'État ailleurs que dans les 
vieux principes et les vrais appuis de la monarchie (1). » 

Les zélés du Club monarchique ne désarmaient pas. Faute de pou- 
voir s'assembler régulièrement, ils travaillaient en dessous. 

Le 14 février 1791, au Club des Jacobins, on lut la copie d'une 
lettre du club de Niort au Club monarchique, en réponse à celle que 
le Club monarchique lui avait écrite pour l'engager à se coaliser avec 
lui. C'était un refus, très énergiquement motivé. Un membre des 
Jacobins monta ensuite à la tribune et prévint ses collègues qu'il y 
avait des membres du Club monarchique qui s'étaient fait recevoir à 
celui des Jacobins. Selon lui, il y en avait deux pour lesquels il don- 
nerait les preuves les plus certaines. Il engageait ses collègues à se 
procurer une « liste vraie et fidèle du Club monarchique », où on 
trouverait les noms des individus déjà reçus et ceux des postulants 
pour être au Club des vrais Amis de la Constitution (2). 

Nous ne savons pas si, selon le désir du membre de la Société des 
Jacobins, il existait une liste « vraie et fidèle ». Nous constatons que, 
chez beaucoup de modérés, même royalistes, la désaffection était 
grande, sans doute à cause des menées souterraines du club. 

(1) Déclaration de M. d'Eprémesnil, 13 février 1791. — Bib. de la Chambre 
(les députés, Rf 268. 

(2) Le Lendemain, numéro du 17 février 1791. 



224 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

L'influence occulte du Club monarchique ne gardait plus de mesure, 
ainsi qu'on le doit remarquer. Ses partisans provoquaient les patriotes 
par écrits, par paroles et par actes. 

La Chronique scandaleuse^ feuille royaliste, faisait une rude guerre 
aux hommes de la Révolution ; elle imprimait : 

J'appelle un chat un chat, et Rolet un fripon... 
Et Philippe (d'Orléans) un poltron... 
Et Barnave un gredin... 
Et Champcenetz un drôle, etc.. (1). 

Une brochure : Grand détail des projets de conspiration concernant 
le club monarchique, favorable, malgré son titre, à là Société contre- 
révolutionnaire, contenait ces phrases dialoguées : 

« Madame X... — Mais dites-moi donc ce que c'est que l'entête- 
ment de ces monarchiens^ de vouloir s'assembler? 

« Madame K... — Celui de vouloir que la loi s'exécute pour eux 
comme pour d'autres, ou qu'il soit bien prouvé que les seuls Jacobins 
sont la nation (2). » 

Nos lecteurs peuvent aussi juger, par la lettre suivante, de l'obsti- 
nation des monarchistes. 

« Lettre des commissaires de la Société des Amis de la Constitution 
monarchique, à M. Barnave. 

« Vous nous avez dénoncés à l'Assemblée nationale ; un membre a 
demandé que votre dénonciation fût déposée sur le bureau, et vous 
ne l'y avez pas déposée. 

« Nous avons demandé à répondre à vos assertions calomnieuses; 
et l'Assemblée nationale n'a point admis notre demande; elle a passé 
à l'ordre du jour. 

(( Votre qualité de représentant du Peuple français nous défend de 
vous poursuivre, devant les tribunaux ordinaires, pour des discours 
prononcés dans la tribune. 

« Placés entre les tribunaux qui ne peuvent pas atteindre notre 
calomniateur et le corps législatif, qui refuse de délibérer sur la ca- 
lomnie, nous vous citons au tribunal de l'opinion publique. Si vous 
croyez pouvoir justifier votre dénonciation, prouvez-en la vérité dans 
tous ses détails. Si, au contraire, oubliant votre caractère et votre 
dignité de représentant du Peuple, vous n'avez été, dans cette occa- 

(1) La Chronique scandaleuse, parue en 1791, a eu trente-trois numéros. 

(2) Brochure de 11 p. in-S», parue en 1791. (Bib. Nat., Lb 39/4655.)— Champcenetz 
gouverneur des Tuileries, père du pamphlétaire royaliste. 



CLUB MONARCHIQUE 225 

sion, qu'un jeune homme imprudent (i), dévoué à une secte fanati- 
que , et non suffisamment exercé dans l'art sanguinaire des dénon- 
ciations politiques, hâtez-vous de vous rétracter. 

« DuBERGiER, président; Hautefort, Dagiku, Cormier, De Rossy, 
Armand, Stanislas de Clermont-Tonnerre. » 

Les séances, suspendues, ne reprenaient pas, jusqu'à présent, 
d'une manière fixe. La municipalité différait sa décision. 

« Municipalité de Paris. 

« Sur le rapport fait par les commissaires précédemment nommés, 
des réclamations qui se sont élevées contre la Société des Amis de la 
Constitution monarchique : 

« Le corps municipal, considérant, d'une part, que cette Société 
déclare qu'elle suspendra elle-même ses séances, jusqu'à ce que le 
rapport ait éclairci tous les doutes; 

« Considérant encore que les informations ne sont pas complettes 
(s«c), et que plusieurs sections n'ont pas encore répondu aux diffé- 
rentes demandes qui leur ont été faites ; 

« A arrêté que le comité des recherches, conjointement avec le pro- 
cureur de la Commune, continueront à recueillir les informations re- 
latives à cette affaire, et, néanmoins, ajourne la question jusqu'après 
le rapport du comité des recherches (2). >> 

La municipalité ne cessait pas d'être embarrassée, en présence des 
manifestations de l'opinion publique et par suite des désordres que 
chaque réunion des monarchistes causait dans Paris, où le Club mo- 
narchique était continuellement attaqué par des hommes considé- 
rables, par des journaux, par des sections. En voici une preuve : 

« Les caries OMmonzères de ces messieurs ne sont plus signées d'eux, 
mais par des boulangers affidés. Enfin, ils veulent donner du pain 
aux pauvres : il n'y a pas de mal à cela. Nous avons plusieurs de ces 
cartes sous nos yeux. 

« Nous avons déclaré hier à tout le Monarchisme que nous avions 
imprimé l'ouvrage de M. Loyseau, et M. Loyseau leur a fait signifier 
aujourd'hui, par l'acte suivant, qu'il en étoit l'auteur. Telle est la 
franchise des hommes francs et droits, et la conduite des brigands est 
de faire de plats libelles anonymes. 

« L'an mil sept cent quatre-vingt-onze, et le 17 du mois de février, 
à la requête de Jean-Réné Loyseau, jurisconsulte-citoyen, et membre 



(1) Barnave avait alors trente ans. 

(2) Le Conseil général a adopté cet arrêté le 10 février 1791. 

15 



226 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

de la Société des Amis de la Constitution, rue du Mail, n° 39, paroisse 
Saint -Eustache, Je... {les noms et qualités de V huissier)^ 

« Répondant à la sommation extrajudiciaire qui a été faite, le jour 
d'hier, 16 du présent mois, de la part des sieurs du Bcrgiei\ Hamelin, 
Hautefort et Stanislas Clermont-Tonnerre ^ se disant, tous quatre, 
membres du directoire d'un prétendu club monarchique, à l'efFet de 
savoir s'il est, ou non, l'auteur d'une brochure de 48 pages, impri- 
mée dans l'imprimerie de M. A. J. Corsas, auteur du Courrier de 
Paris dans les 83 départemens , rue Ticquetonne , n° 7 ; ladite bro- 
chure commençant par ces mots : Le Club monarchique est une asso- 
ciation ayiti-constitutionnelle^ et finissant par ceux-ci : les moyens de 
maintenir la tranquillité... Ai déclaré auxdits sieurs du Bergier., Ha- 
melin., Hautefort et Stanislas Clermont-Tonnerre^ qui ont élu domicile 
cliez le sieur Gohier Buplessis, huissier-audiencier, en la Prévôté de 
l'hôtel, rue Saint-Denis, paroisse Saint-Jacques-de-la-Boucherie et des 
Innocens, que le requérant est, en effet, l'auteur de la brochure dont 
il s'agit; qu'il soutient les principes qu'il y a établis; qu'il en avoue 
toutes les conséquences, et qu'il se livre, avec d'autant plus de rési- 
gnation à la poursuite desdits sieu^'s du Bergier., Hamelin, Hautefort 
et Clermont-l'onnen^e {ses moyens de défense réservés au contraire), 
que cette attaque , de leur part , lui paroît une occasion très impor- 
tante de discuter, en présence de la loi, les utiles principes de la 
liberté de la presse. Le requérant les a déjà développés, comme 
écrivain patriote, dans une lettre à M. de Gondorcet, imprimée en 
86 pages, à l'imprimerie du Patriote françois, place du Théâtre ita- 
lien. Il sera fort empressé de les soutenir devant les tribunaux. Ainsi, 
bien loin que le requérant ait à se plaindre des dispostions où sont 
les sus-nommés contre lui, il les en remercie très cordialement, et, 
afin qu'ils n'en ignorent, je, huissier susdit, en parlant à... (1) » 

Le Club monarchique fut visé, en même temps, par la section des 
Thermes de Julien et par celle de Sainte-Geneviève : 

« La section des Thermes de Julien vient d'arrêter, cejourd'hui 17, 
que tout citoyen de ladite section qui sera reconnu pour être du Club 
monarchique., sera suspendu de toutes ses fonctions civiles et militaires, 
jusqu^à ce qu'il ait renoncé audit Club monarchien ; et que ladite déli- 
bération sera communiquée aux quarante-sept autres sections de la 
capitale. Il n'y a nul doute qu'elle sera suivie universellement (2). » 

« La section de Sainte-Geneviève se propose de faire une adresse 

(1) Courrier de Gorsas, n» XVIII, du 18 février 1791. 

(2) Annales patriotiques de Carra, n° 504, du 18 février 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 227 

au peuple, pour le prémunir contre les insinuations de ce club. Gela 
est assez inutile, puisqu'il est tombé dans- une telle flétrissure que la 
dernière classe du peuple en prononce le nom comme le nec plus ultra 
de l'injure. Un décroteur demandoit à son camarade : où prend donc 
ce vilain club l'argent qu'il distribue à, la canaille? Hé! hé! tu ne 
sais donc pas, dit l'autre, qu'il est associé avec les escamoteurs de 
portefeuilles et de chapeaux ronds du coin de la rue Vivienne. Hier, 
ce noble club a fait crier : la grande colère du patriote Gorsas contre 
les colporteurs. Le but de cette bêtise est de soulever contre nous les 
colporteurs, comme si les colporteurs faisoient cause commune avec 
les brigands qui colportent les rapsodies injurieuses de la bande (1). » 

Le Club monarchique se déclara calomnié et répondit aux attaques 
par une sorte d'annexé qu'il plaça dans son journal, 

(( Arrêté du directoire de la Société des Amis de la Constitution 
monarchique, du i 9 février 1791 . 

« Les commissaires de la Société des Amis de la Constitution mo- 
narchique, voulant suppléer autant qu'il est en eux à l'inactivité mo- 
mentanée des travaux de la Société, retardés par la suspension de ses 
séances, et donner une nouvelle preuve de leur amour pour la vérité 
et leur empressement à éclairer l'opinion publique, ont arrêté : 

« Qu'à chaque numéro du journal sera joint un supplément, sous le 
titre de contre-poids à la calomnie^ lequel sera gratuitement envoyé 
aux souscripteurs du journal ; 

« Que toutes les personnes qui se croiront injustement accusées par 
• des clubs ou des libelles, pourront faire parvenir à l'adresse des rédac- 
teurs du journal, chez madame Valade , imprimeur, rue des Noyers, 
toutes les pièces justificatives et documens nécessaires; 

« Que lesdites pièces seront examinées sévèrement, et qu'aucune 
justification ne sera placée dans le journal, .sans que le résultat de 
cet examen ait présenté le caractère de l'évidence, et que les justifi- 
cations admises y seront insérées gratuitement; 

« Que chaque paquet remis sera numéroté, en présence du poi'teur, 
auquel il sera donné une carte portant le numéro semblable à celui 
du paquet, afin que les pièces puissent être rendues au propriétaire 
lorsqu'il rapportera la carte qu'il aura prise (2). » 



(1) Courrier de Gorsas, n- XX, du 20 février 1791. 

(2) Le Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique imprima, 
on e£fct, dans des numéros qui suivirent, le Contre-poids à la calomnie. Nous en 
reproduisons quelques articles. 



228 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Le Club monarchique porta plainte contre M. Victor de Broglie et 
les autres signataires, à propos de la lettre du 24 janvier 1791 (1). 
Cette plainte fut présentée devant plusieurs juges de paix ou com- 
missaires de police. Quelques-uns refusèrent de la recevoir^Un, entre 
autres (2), déclara qu'il ne connaissait pas le club, et ne pouvait, par 
conséquent, recevoir la plainte de ceux qui s'en disaient les membres. 
Ce commissaire de police, nommé Matthieu Chiniac, refusa par écrit, 
le 21 février 1791. 

Le Club publia un 

« Discours prononcé au conseil municipal par les commissaires de la 
Société des Amis de la Constitution monarchique^ le 2i février 
179i. 

« Messieurs, 

« Instruits par l'arrêté du corps municipal, qui ajourne la décision 
relative à la Société des amis de la constitution monarchique, ses 
commissaires viennent invoquer votre justice. 

« Libres par la loi, inattaquables devant la loi, nous pourrions 
sans doute user de la liberté qu'elle nous assure ; mais les véritables 
amis de la liberté, les véritables amis de la loi savent faire des sacri- 
fices à l'ordre public, et demeurer quelque tems en deçà de leurs 
droits. 

« Cependant, messieurs, il est un moment où le sentiment de ses 
droits, où la conscience de ses intentions rend tout à fait insuppor- 
table le poids de la persécution, et où ce seroit abjurer la liberté que 
de céder à l'injustice. 

« Nous ne sommes que calomniés; il n'existe contre nous ni accu- 
sation légale, ni accusateur responsable. Des citoyens prévenus ont 
accueilli des bruits absurdes ; et l'impossibilité de fournir des preuves 
n'est que trop démontrée par la lenteur que l'on met à répondre à 
vos demandes. Cependant, des affiches scandaleusement multipliées 
nous désignent au peuple comme des conspirateurs; et si ces tables 
de proscription, où nous sommes nominativement inscrits, n'ont pas 
encore appelle [sic) sur nos têtes les vengeances populaires, nous le 
devons à la modération du peuple et à l'invraisemblance des calom- 
nies. 

« Nous vous supplions, messieurs, de hâter l'instant qui doit fixer 
l'opinion publique. 



(1) Voir plus haut, p. 200 et suiv. 

(2) Commissaire de police de la section de la Croix-Rouge. 



CLUB MONARCHIQUE 229 

« Vous savez bien que nous n'avons point encore enrôlé quarante 
mille hommes, comme l'ont dit et affiché les citoyens de la section des 
Tuileries. 

« Vous savez bien que nous n'avons pas distribué du pain à bas 
prix depuis notre jugement sur la première vexation que nous avons 
éprouvée, comme l'ont dit et affiché les citoyens de la même section. 

« Vous savez bien que nous n'avons point délibéré sur les moyens 
de dissoudre l'Assemblée nationale, comme l'ont dit et imprimé les 
citoyens de la section de la rue Beaubourg. 

« Vous savez bien que nous n'avons point projette (sic) d'attaquer 
les sections à main armée, comme l'ont dit et imprimé les citoyens 
de la même section. 

« Vous savez bien que nous n'avons point distribué aux pauvres un 
pain empoisonné, comme l'onE publié des affiches, et comme l'ont ré- 
pété des libelles. 

« Vous savez bien, et tout le monde le sait avec vous, combien sont 
absurdes et incroyables les reproches que nos ennemis nous ont 
faits; ils n'en ont prouvé et ils n'en prouveront aucun. 

« Mais ce que nos calomniateurs ne peuvent obtenir par des preuves 
légales, souffrirez-vous qu'ils l'obtiennent par leur lenteur à produire 
leurs inculpations et leurs griefs? Nous exposerez-vous, nous livrerez- 
vous à tous les retards, à tous les délais que la délation emploie 
quand elle ne veut qu'accuser, et qu'elle désespère de convaincre? 

« Poursuivis, outragés, vexés, nous attendons de vous justice; 
nous ne craignons pas qu'elle soit sévère ; mais nous vous rappelions 
{sic), messieurs, qu'au moment où vous serez suffisamment éclairés, 
aucune considération ne doit empêcher qu'elle soit prompte, 

« DuBERGiER, président ; UAM.EUN, vice-président ; ConmER, Dagieu, 
Hautefort, Stanislas Clermont-Tonnerre, membres du Di- 
rectoire. » 

M. le maire, qui présidoit le conseil municipal, a assuré la députa- 
tion de la célérité qui seroit mise à l'examen de cette affaire (1) . 
Hamelin adressa à Gorsas la lettre qui suit : 

« Lettre de M. Hamelin, membre du directoire du Club monarchique, 
à l'auteur du Courrier. 

« Comme nous ne voulons pas que M. Hamelin s'imagine que nous 



[i) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, t. II, n" 11, 
du samedi 26 février 1791, p. 1 à 4. 



230 LES CLUBS GO.NTRE-REVOLUTIONNAIRES 

lui en voulons en aucune manière, à cause de cette petite sommation 
donnée à M. Loyseau et à nous, tant en son nom qu'en celui de 
M. Stanislas de Clermont-Tonnerre, Bergier et autres membres du 
Club monarchique, nous nous empressons de consigner ici sa lettre 
du 17 de ce mois. 

« Si, dans votre n° du 15 de ce mois, Monsieur^ vous vous borniez 
à dire quelques-unes de ces politesses que vous prodiguez à tous les 
ennemis de la faction, je me garderois de vous répondre ; mais vous 
me qualifiez de ci-devani commandant du bataillon des Récolets {sic) : 
cette qualification est une erreur ou une impostiire; je suis encore 
commandant du bataillon; je n'ai pas donné ma démission, et la 
municipalité, dont j'attends le jugement avec la plus vive impatience, 
n'a point encore prononcé sur les vexations dont j'ai été un mo- 
ment l'objet. 

« Je vous prie d'insérer ma lettre dans votre journal, et je vous 
préviens que, sur votre refus, je la rendrai publique en l'adressant à 
des rédacteurs moins partiaux. 

« Je suis, Monsieur, votre très humble serviteur. 

i^ Signé : Hamelin, Commandant du bataillon des Récolets (1). » 

Corsas avança, en répondant à la lettre dans son Courrier, que 
Hamelin était à Caen « pour y jetter [sic) les fondemens d'un club 
monarchique. » Il est certain qu'un club monarchique s'organisa 
dans Cambrai et un autre à Carpentras (2). 

Hamelin fut remplacé dans son grade de commandant. H fut exclu. 

Le journal du Club monarchique imprima : 

« La section de la Croix -Rouge s'est permis le placard ci- 
après : 

« Assemblée générale du 22 février 1791. 

« L'assemblée générale de la section de la Croix-Rouge, légale- 
ment convoquée ; 

« Lecture faite d'un placard déposé sur le bureau, portant en tête : 
Société des Amis de la Constitution monarchique, en date du 18 de ce 
mois; 

« Déclare que si elle n'a pas voulu se charger des secours offerts 
par cette Société, c'est qu'elle a pensé qu'en acceptant ses offres, ce 



(1) Courrier de Gorsas, u" XXII, du 22 février 1791. 

(2) Avis aux François sur les clubs, pamphlet royaliste, sans lieu ui date, in-8<» 
(Je 58 p. (Paru probablement en mars 1791.) 



CLUB MONARCHIQUE 231 

seroit reconnoître un caractère légal à une Société déjà flétrie dans 
l'opinion publique, 

« Déclare en outre qu'elle ne reconnoît pour amis de la Constitu- 
tion, que les citoyens attachés à la constitution décrétée par l'Assem- 
blée nationale et sanctionnée ou acceptée par le roi. 

« Et sera le présent arrêté imprimé en placard et affiché dans tout 
l'arrondissement de la section. 

« Fait et arrêté en l'assemblée générale, ledit jour mardi 22 fé- 
vrier 1791. 

<( Boucher, président; Poupard, secrétaire; Gobau, secrétaire (1). » 

« Nous avons dénoncé cet attentat à la Municipalité par la lettre 

ci-après : 

« 6 mars 1791. 

« Messieurs, 

« Les citoyens soussignés, outrageusement désignés dans l'affiche 
qu'ils remettent sur votre bureau, vous demandent une justice écla- 
tante. 

« La section de la Croix-Rouge n'est point dépositaire de l'hon- 
neur des citoyens. Imprimer, afficher qu'une Société est flétrie, lors- 
qu'aucun jugement ne l'inculpe, est un attentat que les loix doivent 
punir; et ce n'est qu'en réprimant sévèrement de tels excès, que l'on 
peut exiger de l'homme outragé de ne pas désespérer de la loi, et de 
croire à son influence. 

« Nous concluons à ce qu'il vous plaise déclarer nul, illégal et 
attentatoire l'arrêté que nous vous dénonçons, et à ce qu'il nous soit 
permis d'afficher la décision que votre justice prononcera. » 

xxvn 

La lutte entre le Club monarchique et ses ennemis arriva à un haut 
degré d'acuité. 

« On continue dans tous les journaux soi-disant patriotiques à 
insulter et calomnier les Amis de la Constitution monarchique. Avant- 
hier, un afficheur qui appliquoit une affiche faite par cette Société, a 
été grièvement blessé par des brigands qui se sont réclamés des Jaco- 
bins (2). >) 



(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, t. II, n-» 13, 
numéro du 12 mars 1791, p. 3. 

(2) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, t. II, n" 11, 
du samedi 26 février 1791 , p. 45. 



232 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

Ces lignes se trouvaient dans un numéro du journal publié par le 
Club monarchique. Il ne fut pas répondu à cette note. Mais un grand 
mouvement d'opinion contre les monarchistes avait lieu, soit à Paris, 
soit dans les départements. Les Jacobins dénonçaient leurs actes ou 
ceux des personnes qui les soutenaient. 

Gorsas écrivait : 

« Ce club (monarchique) ne parle plus que par des bulletins li- 
belles, et des libelles imprimés., par exemple : Un mot à Voreille des 
honnêtes gens, 4 ou 5 libelles par jour (1). — Les différentes sections, 
principalement celle du Théâtre-Français, ont fait afficher hier leurs 
arrêtés contre le Club monarchique (2). » 

Le même Gorsas annonçait, le 7 février, que M. de Vénézac, major 
de la 3' division, en était membre. 

Puis, en février 1791, le Club monarchique de Toulouse faisait de 
l'agitation. Il y avait des troubles suscités par les royalistes dans le 
midi de la France; leur attitude inquiétait la population parisienne. 

La conspiration des poignards augmenta la haine des patriotes 
contre les membres du Club monarchique. 

Le 28 février 1791, vers dix heures du soir, plusieurs centaines 
d'individus, nobles ou tout au moins contre-révolutionnaires, en 
partie membres du Club monarchique, pénétrèrent dans les apparte- 
ments des Tuileries. Ces gentilshommes répandirent une fausse nou- 
velle, la mort de La Fayette pendant l'insurrection de Vincennes; ils 
prétendirent que le peuple du faubourg Saint-Antoine, en armes, 
allait venir attaquer le château. Ils dirent au roi : « Sire, c'est votre 
noblesse qui accourt auprès de votre personne sacrée pour la dé- 
fendre ». Louis XVI leur répondit : « Votre zèle est indiscret; rendez 
vos armes et retirez-vous; je suis en sijreté au milieu de la garde 
nationale ». D'autre part, La Fayette, bien vivant, arrive aux Tuile- 
ries. « Il reproche aux nobles, en termes peu ménagés, leur coupable 
entreprise, exige qu'ils lui remettent leurs armes. Les nobles résis- 
tent; ils n'étaient pas les plus forts; les grenadiers de la garde 
nationale s'étaient emparés de tous les postes et remplissaient tous 
les appartements. La Fayette s'adresse au roi, lui parle de l'indigna- 
tion de la garde nationale, lui montre les inconvénients d'un refus; 
le roi, intimidé, confirme l'ordre de La Fayette, invite les nobles à 
déposer leurs armes sur deux grandes tables placées dans l'anti- 
chambre. Ils obéissent (3). » 

(1) Courrier de Gorsas, n° IX, du 9 février 1791. 

(2) Courrier de Gorsas, n" VII, du 7 février 1791. 

(3) Mémoires de Ferrières, t. II, p. 239. 



CLUB MONARCHIQUE 233 

Villequier et Duras, gentilshommes de la chambre, avaient intro- 
duit les conspirateurs. On les traita, dans une affiche, de « chefs de 
la domesticité. » 

A propos de Berthier de Souvigny, fils de l'intendant et membre 
du Club monarchique^ le Courrier de Gorsas entretenait le public du 
rôle joué par ce monarchiste (1). Toutefois, le nom de Berthier ne 
figure pas sur les listes reproduites ci-dessus. 

Dans les Révolutions de Paris, on lisait : 

« Voici les noms des plus mutins qui ont été conduits à l'Abbaye : 
les sieurs de La Bourdonnaye, Fauchet, Champine, Godard de Dou- 
ville, Berthier de Souvigny, Dubois de la Motte, Lillers (2). » 

Le bruit courait qu'un grand nombre de « chevaliers du poignard » 
appartenaient au Club monarchique. C'était probable : s'ils n'en fai- 
saient pas partie, ils s'en inspiraient tout au moins, on pouvait le 
croire. 

Mais les royalistes, notamment ceux du Club monarchique^ préten- 
dirent que « l'événement du 28 février 1791 avait été un moyen de 
renouveller {sic) la fermentation, de rendre désormais impossible la 
mesure de se réunir au château, et d'inspirer à la garde nationale 
une défiance dont on avait le projet d'user (3). » 

En mars 1791, à la section des Quatre-Nations, on dénonça des 
conciliabules tenus chez M. de La Roche-Aymon, au palais abbatial 
de Saint-Germain (4). 

Le Club monarchique adressa, sur ces entrefaites, la lettre sui- 
vante à la municipalité : 

« Lettre à MM. les officiers municipaux, du 9 mars i791 . 

« Nous avons reçu avec une respectueuse reconnoissance les assu- 
rances que vous nous avez données d'apporter au jugement que vous 
avez à prononcer toute la célérité que la justice vous demande. Les 
jours s'écoulent; les plus lâches outrages sont accumulés contre 
nous, et la patience avec laquelle nous les dévorons coinmence à 
peser sur notre conscience. 

« Nous vous supplions de nouveau de faire cesser un ajournement 
qui donne de trop grands avantages à nos ennemis. Si nous vous 

(1) Courrier de Gorsas, t. XXII, p. 39. 

(2) Révolutions de Paris, n» 86, p. 368. 

(3) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, t. II, n* 13, 
du 12 mars 1791, p. 32 et 33. 

(4) Le Thermomètre de V opinion publique ou Journal des sections de Paris, in-8°, 
1791. 



234 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

paroissons des conspirateurs, donnez-nous des tribunaux; si vous 
nous trouvez irréprochables, hâtez-vous, messieurs, de le dire au 
peuple, sur la confiance duquel votre zèle et votre patriotisme vous 
ont donné de justes droits. » 
« Nous, etc. (1). » 

Six jours se passèrent sans que le jugement fût prononcé. Les 
membres du Club se résolurent à reprendre sous peu leurs séances. 
Ils en avertirent le maire de Paris, par une lettre qui accuse les 
membres du corps municipal de « partialité cruelle. » 

« Le 15 mars 1791. 

« Lettre du directoire de la Société des Amis de la Constitution 
monarchique^ à M. le maire. 

« Monsieur, 

« Nous attendons depuis un mois la décision du corps municipal. 

« Si nous étions coupables à ses yeux, il nous auroit déjà mis 
entre les mains des tribunaux. Son patriotisme est trop connu pour 
qu'on puisse l'accuser d'insouciance sur de véritables délits. Mais, 
monsieur, si l'on ne peut sans une sorte de complicité retarder la 
punition du crime, on ne peut pas davantage, sans une partialité 
cruelle, retarder la justification de l'innocence. 

« Quoi qu'il en soit, monsieur, nous ne pouvons ni ne voulons 
faire dépendre plus longtems l'exercice d'un droit sacré, de l'attente 
d'une décision que nos demandes réitérées n'ont encore pu nous 
obtenir. La Société peut sans doute se rassembler, sans que pour 
cela les poursuites des sections accusatrices rencontrent le moindre 
obstacle. Aucun de nous n'a le désir de se soustraire à leur effet; et 
vous avez pu voir, monsieur, que depuis les premières attaques nous 
avons mis autant d'empressement à être jugés que nos calomniateurs 
ont mis de lenteur et de faiblesse à provoquer une décision sur 
laquelle la conscience de leur iniquité et de votre justice ne permet 
pas d'être aussi rassurés que nous. 

« Ces considérations nous décident à reprendre nos séances sous 
peu de jours. Fidèles au système de loyauté et d'amour pour l'ordre 
que nous avons toujours suivi, nous avons l'honneur de vous pré- 
venir de notre résolution. Nous vous indiquerons d'une manière 
positive l'époque et le lieu de nos séances, afin que la protection qui 



(1) Journal de ta Société des Amis de la Constitution mo7iarchifjtie, t. 11, n" 13 
du 12 mars 1791, p. 2. 



CLUB MONARCHIQUE 235 

nous est due nous soit accordée, si toutefois elle est encore néces- 
saire, depuis que les lâches excès de nos ennemis et la publicité de 
nos principes et de notre conduite ont éclairé l'opinion. 
« Nous sommes, avec respect, 
« Monsieur, 
« DuBERGiER (1), président; Hautefort, Dagieu, de Rossy, 
Armand, Stanislas de Glermont-Tonnerre, membres du 
directoire. » 

En annonçant qu'il indiquerait d'une manière positive l'époque et 
le lieu de ses séances, le Club monarchique mettait les autorités en 
demeure de se prononcer et se flattait d'avoir éclairé l'opinion 
publique. Ses ennemis ne lâchaient pas prise, car, contrairement à 
ce qu'il assurait, le peuple de Paris voyait toujours en lui une réunion 
contre-révolutionnaire au premier chef. 

Gomme contre-poida à la calomnie., le Journal du Club monarchique 
imprimait, dans son numéro 14, du 19 mars 1791 : 

« C'est avec surprise que nous voyons, dans le numéro 13 du jour- 
nal de la cour et de la ville, la lettre ci-après : 

« Pour faire cesser les propos qu'on tient sur mon compte, relati- 
vement au désir qu'on me suppose d'être évêque de Paris, je vous 
prierai d'annoncer au public qu'on vient de me recevoir au Club mo- 
narchique en qualité d'aumônier. 

« Signé : Claude Fauchet, aumônier du Club monarchique. 

— « Nous certifions que le Club des Amis de la Constitution monar- 
chique n'a point d'aumônier, et nous ne trouvons pas sur la liste de 
nos membres le nom de M. Claude Faucuet (2). » 

On pouvait croire à l'affihation de Fauchet, quand plusieurs Jaco- 
bins étaient suspectés par leur club. Le nom de Fauchet se trouve 
sur la liste que nous avons reproduite. 

Le journal de Brissot contenait cette phrase : 

« Sur une nouvelle secte politique qui s'' élève en France. 
« La secte qu'on dénonce ici, et qui n'est qu'un cran au-dessus des 
Monarchiens ou Clermontistes., existe, et prend des forces dans l'as- 



(1) Dubergier était qualifié, en mai 1791, par un journal jacobin, de « ténébreux 
missionnaire d'iniquité ». Le journal invitait les sociétés affiliées « à veiller à ce 
que le peuple ne se porte à aucun excès sur sa personne ». 

(2) Claude Fauchet, qui avait été d'abord prédicateur du roi, devint un partisan 
de la Révolution, un membre modéré de la Convention. Exécuté le 31 octgbre 1793, 
avec les Girondins. 



236 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

semblée; c'est à elle qu'on est redevable des décrets sur le trésor pu- 
blic et sur l'hérédité de la régence; beaucoup de Jacobins, fervens en 
apparence, lui appartiennent secrètement (1). » 

Le corps municipal délibéra, à propos de la lettre envoyée par le 
directoire du Club monarchique. 

« Corps Municipal. 

« Extrait du registre des, délibérations du corps municipal, du 2 5 mars 
mil sept cent quatre-vingt-onze. 

« M. le maire a fait lecture d'une lettre des président et commis- 
saires de la Société des Amis de la Constitution monarchique, qui 
instruisent le corps municipal que la première séance de cette Société 
se tiendra lundi vingt-huit de ce mois, à six heures du soir, dans le 
lieu appartenant ci-devant à la loge de l'Amitié, rue des Petites-Écu- 
ries du roi. 

(' Le corps municipal, après avoir entendu la lecture de cette lettre, 
a déclaré persister dans son arrêté du dix février dernier, et, cepen- 
dant, a ordonné que le comité des recherches lui feroit incessamment 
le rapport des nouveaux renseignemens qui lui seroient parvenus. 
« Signé : Bailly, maire ; Royer (2) , secrétaire-greffier adjoint. 

« Pour extrait conforme à l'original, 

« Dejoly, secrétaire-greffier (3). » 

Ce nouvel attermoiement, motivé par la crainte de désordres dans 
la rue, n'arrêta pas les monarchistes, qui écrivirent une 

« Lettre du directoire de la Société des Amis de la Constitution 
monarchique à M. le maire. 

« Monsieur, 

« M. Dubergier, président de la Société, a eu l'honneur de vous 
remettre notre lettre du 15 mars, par laquelle nous vous annonçons 
le projet de nous rassembler. 

« Fidèles à l'engagement que nous avons pris avec le corps muni- 
cipal, nous avons l'honneur de vous instruire que notre première 

(1) Patriote français, n» 594, du 23 mars 1791. 

(2) Pierre-Paul Royer-Collard, secrétaire de la première Commune de Paris, 
philosophe et homme politique, fut député de la Marne aux Cinq-Cents, député 
de la Marne sous la Restauration, et chef des Doctrinaires. 

(3) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, t. II, n° 16, 
du samedi 2 avril 1791, p. 1 et 2. 



CLUB MONARCHIQUE 237 

séance se tiendra lundi 28 de ce mois (mars), à six heures du soir, 
dans le lieu appartenant ci-devant à la loge de l'Amitié^ rue des 
Petites-Écuries du roi. 

« Nous sommes avec respect, 
« Monsieur, 
« DuBERGiER, président; Hautefort, Dagieu, Cormier, De Rossy, 
Armand, Stanislas de Clermont-Tonnerre, membres du di- 
rectoire. » 

Le Club monarchique avait trouvé un nouveau local, rue des Petites- 
Écuries du roi, dans le faubourg Saint-Denis. 
A la lettre ci-dessus reproduite, le maire Bailly répondit : 

« Paris, le 26 mars 1791. 

« Lettre de M. le maire au directoire de la Société des Amis 
de la Constitution monarchique. 

« J'ai mis, messie^irs, sous les yeux de la municipalité la lettre que 
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 23 du courant. Le corps 
municipal, après avoir entendu la lecture, a déclaré, par la délibéra- 
tion ci-jointe, qu'il persiste dans son arrêté du 10 février dernier. 

« Le maire de Paris, Bailly. » 

Le Club monarchique ne s'exécuta pas, peut-être parce que la 
missive municipale lui arriva indirectement et trop tard, comme l'as- 
sure la réponse suivante : 

« A M. LE MAIRE, 28 mars i79i. 

« Votre lettre du 26 de ce mois, adressée à M. Dubergier, a été ap- 
portée chez M. de Clermont-Tonnerre, à huit heures du matin, 
aujourd'hui. Le directoire de la Société, voulant donner une nouvelle 
preuve de sa persévérance dans les principes de modération qu'il 
professe, auroit voulu pouvoir avertir, à tems, tous les membres qui 
doivent se rendre à la séance de ce soir; ne le pouvant pas, il se 
borne à envoyer deux personnes à la salle, afin de prévenir les mem- 
bres à mesure qu'ils s'y rendront, et de leur communiquer l'arrêté 
municipal. Nous avons l'honneur de vous prévenir de ce fait, afin 
qu'aucune calomnie ne puisse s'attacher à notre conduite, et que, 
dans votre prudence, vous puissiez pourvoir à tout. 

« Nous sommes, avec respect, etc. 

« Signé .--Armand, Cormier, Stanislas Clermont-Tonnerre. » 



238 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

XXVIII 

Peu à peu, ce qui avait été d'abord attroupement contre la Société 
devint trouble réel, dans Paris, où les esprits se surexcitaient facile- 
ment. 

Le 28 mars 1791, l'émeute assiégea à coups de pierres le Club mo- 
narchique^ et il en chassa les membres. Clermont-Tonnerre fut arrêté 
et dut la vie à un décret de l'Assemblée nationale. 

Les commissaires du Club rendirent compte de l'émeute au corps 
municipal. Nous transcrivons la lettre plus bas. 

Par un coup d'autorité, le corps municipal terminait la lutte exis- 
tante entre lui et le Club monarchique. 

Le 28 mars 1791, en effet, à la suite de cette nouvelle émeute, le 
Club monarchique, qui, par une seconde tentative, s'était reconstitué 
rue des Petites-Écuries, fut définitivement fermé par ordre de l'auto- 
rité municipale (1), en vertu d'une ordonnance de police, et « à cause 
des troubles dont il était l'occasion. » 

Mais la lutte avec les anti-monarchistes ne cessait pas, ainsi que le 
montrait Carra, dans ses Annales patriotiques. Il déclarait : 

« Plusieurs lettres des départemens. annoncent que les monar- 
chiens correspondans de ceux de la capitale ont pullulé en divers 
lieux sous le nom d'Amis du roi, de la paix, de vrais François, etc., et 
qu'ils ne cessent d'y ourdir des trames criminelles contre la Société 
des Amis de la Constitution, et contre la Constitution elle-même. Le 
point central de ces conspirateurs est à Paris... (2). » 

Le Club monarchique ne manqua pas de mettre à profit la journée 
du 28 mars. Après avoir été calomnié, remarquait-il, il était persé- 
cuté. 

« Lettre écrite par les commissaires de la Société des Anns de la Consti- 
tution monarchique au corps municipal (29 mars 1791). 

'( Messieurs, 
« L'événement d'hier nous oblige à vous présenter de nouvelles 
observations, et à vous réitérer la demande d'un jugement qui eût 
prévenu cette nouvelle émeute, qui eût épargné à nos ennemis cette 



(1) Moniteur du 30 mars 1791, n" 90. — Correspondance de Mirabeau, par de 
Bacourt, t. I, p. 251. 

(2) Annales patriotiques de Carra, n° 546. Du 1"' avril 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 239 

indécente et coupable manœuvre, et qui eût enfin fixé l'opinion pu- 
blique, qu'il est de notre devoir de ne pas laisser s'égarer. 

« C'est le 14 mars que nous avons eu l'honneur de vous écrire que 
la Société alloit reprendre ses séances. Nous avons attendu votre ré- 
ponse jusqu'au 24, et votre long silence a dû nous convaincre que 
vous ne voyiez aucun danger dans notre rassemblement. 

« Le 24 mars, nous vous avons annoncé notre première séance 
pour le 28. Trois jours, quatre jours se sont encore écoulés sans avoir 
reçu de réponse. C'est le 28 mars au matin que l'on a apporté à l'un 
de nous la lettre de M. le maire, et l'arrêté du corps municipal. On 
nous explique ce retard par l'ignorance où l'on étoit de l'adresse de 
notre président. Nous observons qu'au moins celles de plusieurs de 
nos membres étoient connues. 

« Celui qui a reçu votre arrêté et la lettre de M. le maire s'est hâté 
d'avertir les deux premières personnes qu'il lui a été possible de ras- 
sembler; tous trois ont examiné ces pièces : nous vous prions, mes- 
sieurs, de vous rappeler ce qu'elles disent. Vous ne nous défendez 
pas de nous réunir; aucune loi ne vous y autorise : vous ne nous 
exhortez pas à ne point nous réunir; cette mesure même vous aura 
paru trop forte. Vous nous rappelez votre arrêté du 10 février; vous 
déclarez y persister : et qu'est-ce que cet arrêté? Un véritable ajour- 
nement, une déclaration que vous avez reçu notre consentement à 
différer nos séances. Quelque indirecte que fût cette manière de vous 
exprimer, quelque inapplicable qu'elle fût à la circonstance présente, 
puisque nous avons retiré, par la lettre du 14 mars, le consentement 
que nous avions donné avant l'arrêté du 10 février, nos commissaires 
cependant ont cru devoir deviner ce que vous ne disiez pas : ils ont 
cru devoir proposer à la Société un nouvel acte de déférence, ils ont 
cru n'être point désavoués en persistant, jusqu'à l'opiniâtreté, dans 
le système d'une modération que notre Société adopte. Ils ont écrit à 
M. le maire et à MM. du département de police les lettres dont nous 
vous envoyons copie (1); ils ont envoyé à leur salle deux commis- 
saires, en conformité de ces lettres, afin de communiquer aux mem- 
bres de la Société les pièces qui indiquoient les intentions munici- 
pales. Les commissaires se sont transportés au lieu de la séance. 
Pendant assez lougtems, tout y a été calme : les personnes, arrivées 
successivement, ont fait lecture des lettres et se sont retirées sans 
murmurer. Ce n'étoit point à ce résultat que vouloient arriver nos 
ennemis. Vers les cinq heures, tout étant parfaitement calme dans 

(1) Nous n'avons pas retrouvé ces lettres. 



240 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

les rues, un homme, revêtu d'une redingote bleue, s'est approché de 
la porte de la salle, y a vu entrer plusieurs de nos membres, est sorti 
de la rue un moment après et revenu avec trois autres personnes, 
auxquelles il a dit : Voilà enfin le repaire de ces monarchiens décou- 
vert! Est-ce que nous ne leur fou,..rons pas une danse? Il a posté là 
ses trois compagnons ; il a apperçu à Tautre extrémité de la rue une 
patrouille vraie ou fausse; il lui a fait (de la main) le signe de ne pas 
encore avancer; elle a retourné sur ses pas. Le même homme est en- 
suite allé chercher un nouveau grouppe, avec lequel il est revenu 
quelque tems après. 

« Voilà, messieurs, le moyen, la source d'un attroupement évidem- 
ment commandé. 

« Des femmes, des enfans se sont bientôt amassés; quelques cris, 
des huées exécutées avec plus de docilité que de chaleur, ont succes- 
sivement accueilli tous ceux des membres qui arrivoient à la salle de 
la Société; aucun d'eux n'a été arrêté par cet obstacle, et tous ont 
obéi à la lecture de votre arrêté. De très nombreuses patrouilles sont 
alors successivement arrivées : on a mandé à la section le portier de 
notre maison; on lui a demandé la communication de vos ordres; 
nos commissaires l'ont chargé de répondre qu'ils ne pouvoient et 
n'étoient chargés de communiquer aucun ordre municipal; que 
toutefois si MM. de la section vouloient connoître votre arrêté, qui 
n'étoit pas un ordre, ils étoient prêts de le montrer à ceux qui se 
présenteroient de leur part. MM. de la section n'ont point insisté; il 
a existé du tumulte jusqu'à 7 heures, malgré les soins de M. le com- 
mandant de bataillon, dont nous devons louer le zèle et l'activité. 
A 7 heures, tous nos membres étoient sortis, et les portes de l'assem- 
blée fermées; il n'y a point eu de séance. C'est surtout en traversant 
les rues adjacentes, pour se retirer, que quelques individus ont été 
outrageusement traités : un ecclésiastique a été frappé, un autre 
membre a reçu un coup de plat de sabre sur la tête ; et aucune pro- 
vocation de leur part ne peut excuser ces excès. 

« On a remarqué, messieurs, qu'aucune personne du quartier n'a 
pris part à l'attroupement; ses auteurs sont venus par grouppes, et 
ils avoient tellement compté sur l'indifférence du peuple, qu'une 
nouvelle troupe de séditieux, précédée de femmes ivres et d'émis- 
saires qui ne l'étoient pas, ont été rencontrées par plusieurs d'entre 
nous; elles s'en sont retournées sur la nouvelle que tout étoit fini. 

« Voilà donc, messieurs, encore une de ces émeutes de commande, 
qui seroit la honte de votre administration, si vous en permettiez le 
retour. Il est impossible qu'en en suivant exactement les circons- 



CLUB MONARCHIQUE 241 

lances, vous ne vous apperceviez pas qu'on a voulu armer le peuple 
contre nous, et nous forcer à la résistance, résistance que l'on eût 
bientôt qualifiée d'assassinat; résistance dans laquelle on auroit 
bientôt vu toute une contre-révolution (1) : le papier coupable et 
calomnieux, que nous déposons sur le bureau, démontre les inten- 
tions de nos ennemis. Le ciel ne l'a pas permis, et nous pouvons sans 
doute ne remercier que lui lorsque tant de fureurs nous environnent 
et que les loix humaines sont si lentes à nous justifier. 

« Nous concluons, messieurs, à ce qu'il vous plaise prononcer 
enfin le jugement dont le retard devient si funeste à la tranquillité 
publique. 

« Nous vous dénonçons les délits dont nous venons de vous 
instruire. Repoussés partout quand nous avons voulu dénoncer les 
jacobins, et ignorant si le cours des informations ne les replacera 
pas encore dans cette affaire, nous nous en rapportons à ce que fera 
M. le procureur de la Commune, et nous appelions contre les cou- 
pables, quels qu'ils soient, toute la sévérité de son ministère. 

« Nous sommes, avec respect, etc., 
« Messieurs. » 

En outre, le président du Club monarchique donna une explication 
sur la journée du 28 mars : 

« Lettre de M. Dubergier à M. Bailly, maire de Paris. 

« Monsieur, 

« Le Directoire de la Société des Amis de la Constitution monar- 
chique a eu l'honneur d'écrire à la municipalité sur les événemens 
du 28 mars, et comme membre du directoire j'ai signé la lettre. 

« Mais, comme président de cette Société, monsieur, je dois à la 
confiance dont elle m'honore de vous demander compte à vous- 
même des causes secrètes d'un événement qui a pu devenir bien 
funeste à plusieurs de ses membres. 

« L'assemblée générale étoit convoquée pour le lundi 28 mars ; le 
directoire avoit eu l'honneur de vous en instruire par sa lettre du 24, 
et la municipalité, à qui vous l'avez communiquée, a pris, le lende- 
main 2.0, un arrêté dont le but sembloit être de nous inviter à sus- 
pendre encore nos séances, avec promesse d'un jugement très pro- 
chain. Cet arrêté, monsieur, est resté trois jours dans vos bureaux, 
et c'est cette négligence coupable que je vous dénonce. 

(1) Note du rédacteur. — Journal de la Société des Amis de la Constilulion 
monai'clùque, t. II, n* 16, du samedi 2 avril 1791, p. 3 à 8. 

16 



2'i2 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Vous ne pouviez pas ignorer qu'en ne me faisant passer votre 
lettre que dans la matinée du 28, il me seroit impossible de satisfaire 
aux vues indiquées par la municipalité; que les distances de la capi- 
tale s'opposoient nécessairement à ce que je pusse prévenir tous les 
membres de la Société; que la plupart d'entre eux se rendroient à 
l'assemblée, et que cette désobéissance apparente les feroit paroître 
coupables aux yeux de la loi. 

« Mais le véritable délit, c'est d'avoir placé des citoyens sans 
défense sous le couteau des assassins, et de n'avoir pris aucune 
mesure efficace pour les soustraire aux fureurs de ces brigands 
soudoyés, dont on met si faussement les forfaits sur le compte du 
peuple. 

« Qu'il me soit permis de vous rappeller, monsieur, que lorsque, 
le 21 août 1790, je votois à la section des Tuileries pour vous confier 
le pouvoir que vous exercez aujourd'hui, je croyois assurer à la tran- 
quillité publique un appui, et à mes concitoyens un protecteur. Le 
désir que vous cpnservez sans doute de justifier mon attente me 
fait croire encore que mes espérances ne seront pas trompées. 

« DuBERGiER, rue Saini-Honoré, n" 67, vis-à-vis les Jacobins. •» 

Un journal spécial rendit compte ainsi de la journée du 28 mars 
1791 : 

<( Le Club monarchique, las de son inaction, avoit informé la 
municipalité qu'il alloit reprendre ses séances. Le jour fut indiqué, 
ensuite remis, à ce qu'on prétend; mais plusieurs membres ignorant 
le contre-ordre, se rendirent le 28 (mars 1791) aux petites écuries du 
roi, faubourg Saint-Denis, lieu du rendez vous. Le peuple s'y rendit 
aussi; il se fâcha, il maltraita ceux qui vouloient se rassembler en 
club ; il fut question de lanterne. La garde nationale sauva ceux que 
l'on menaçoit. Tels sont en substance les faits constatés par le direc- 
toire même du Club monarchique. Il ne manque pas d'ajouter que les 
acteurs étoient des gens soudoyés. Mais nous nous permettons de 
n'ajouter foi à cette inculpation, commune aux deux partis opposés, 
que lorsque nous verrons des preuves certaines (1). » 

En effet, suivant ce Journal des Clubs^ on disait, dans plusieurs 
sections de Paris, que le Club monarchique donnait de l'argent à des 
hommes, chargés d'occuper les tribunes de l'Assemblée nationale, 



(1) Journal des Clubs, t. II, p. 3;{3 et 334» 



CLUB MONARCHIQUIO 243 

« pour influer, autant que faire se peut, sur les délibérations du corps 
législatif (1). » 

Le même journal publia aussitôt les 

« Conclusions des commissaires rapporteurs dans Va/faire du Club 

monarchique. 

« Comme dans toutes les imputations faites au Club monarchique, 
il n'y a que des dénonciations qui peuvent conduire à découvrir de 
grandes vérités, mais pas une preuve qui constate un corps de délit; 
comme il seroit possible que, dans le cas où les preuves seroient ac- 
quises, (elles) ne fissent reconnoître que quelques membres de la So- 
ciété, et non pas toute la Société; comme le Club monarchique déclare 
que de sa propre volonté il suspend ses séances, ce qui doit aussi sus- 
pendre toutes les craintes; comme la municipalité ne doit pas même 
être soupçonnée de blesser en rien les droits et la liberté des citoyens, 
nous concluons à ce que le corps municipal arrête : 

« 1" Que, conformément à la déclaration de la Société des Amis de 
la Constitution monarchique, les séances du Club soient suspendues 
jusqu'à ce que les informations que le corps municipal va prendre 
sur le champ puissent le mettre dans le cas de prononcer; 

« 2° Que les dénonciations des sections soient remises au comité 
des recherches qui, conjointement avec le procureur de la Commune 
et ses substituts, feront, d'après ces dénonciations, toutes les infor- 
mations nécessaires; 

« 3° Que l'affaire soit ajournée jusqu'au moment où le comité des 
recherches et le procureur de la Commune en feront le rapport. » 

« Ces conclusions ont été adoptées par le corps municipal ; le rap- 
port et l'arrêté ont été portés au conseil général de la Commune qui 
a applaudi au premier et confirmé le second (2). » 

Le 28 mars 1791, Voidel dénonçait à la Société fraternelle (3) un 
conciliabule aristocratique rassemblé dans une maison de la Petite 
Pologne attenant à la caserne des chasseurs (41. 



(1) Journal des Clubs, t. II, p. 25. 

(2) Journal des Clubs, t. II, p. 25. 

(3) Dans la section des Enfauts-Rouges, rue Vieille-du-Temple. Club fondé en 
janvier 1791 par Tallien, qui en était le président. 

(4) Les Sabbats jacobites, t. I, p. 197. 



244 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 



XXIX 

Quelques autres journaux apprécièrent aussi la journée du 28 mars 
1791. Le Moniteur universel imprima : 

« Les membres du Club monarchique avaient loué,'rue des Petites 
Écuries du Roi, un local connu sous le nom de loge de l'Amitié ; ils 
- se proposaient d'y tenir leur assemblée, dont l'ouverture avait été 
lixée à lundi 28 de ce mois. Vers six heures du soir, l'arrivée d'un 
grand nombre de voitures fixa l'attention de quelques personnes, 
qui remarquèrent que plusieurs de ceux qui arrivaient portaient une 
cocarde blanche. Cette remarque communiquée augmenta la foule, 
qui murmura contre cet acte d'incivisme. On invita plusieurs de ces 
messieurs à s'en défaire ; ceux-ci résistèrent, alors on la leur arracha, 
et leur résistance a occasionné quelques insultes. La garde nationale 
est arrivée et a rétabli l'ordre. 

« Le Club monarchique voulait reprendre ses séances; on sait 
dans quel esprit. Les chefs ont un langage fier. On a pu, disent-ils, 
mettre un homme ou deux à la lanterne; mais six ou sept cents 
gentilshommes, bons serviteurs du roi, tous bien armés et très dis- 
posés à fondre sur les aggresseurs, ne peuvent pas courir la même 
chance... (1). » 

Stanislas Clermont-Tonnerre réclama, dans une lettre insérée au 
Moniteur le 3 avril. Pas de cocardes blanches, pas d'armes, assura-t-il. 
On ne le crut guère, même parmi les modérés. 
A ce moment, sans doute, parut la brochure intitulée : 

« Grand Détail de l'arrestation de plusieurs membres du Club mo- 
narchique, qui ont été poursuivis hier au soir par le peuple pour 
avoir pris la cocarde blanche, et un d'entre eux aurait été pendu si 
la garde nationale de la section de Saint-Lazare n'en avait empê- 
ché (:2). » 

Le Journal de Paris, avait inséré cette lettre, le 2 avril 1791 : 

« Paris, ce l^^ avril 1791. 
« Variété. 

« Aux Auteurs du Journal. 
((Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien insérer dans votre 

(1) Moniteur universel, (3e Paris, 29 mars 1791. 

(2) Bib. Nat., Lb 39/4747, pièce saus date, in-S-, de 4 p. 



CLUB MONARCHIQUE 24b 

Feuille la lettre ci-jointe que j'ai écrite au Rédacteur du Moniteur. 
« J"ai l'honneur d'être, etc. 

« Stanislas Clermont-Tonnerre. » 

« J'ai lu, Monsieur, l'article inséré dans votre N" 90, sur le Club 
monarchique dont je suis membre. 

« Il est faux qu'aucune des personnes qui se sont rendues à la 
séance du 28 aient porté des cocardes blanches; tous les autres dé- 
tails copiés par vous outragent également la vérité que nous rétabli- 
rons bientôt légalement. Vous dites que nous sommes six à sept cents 
Gentilshommes ; nous sommes plus de mille Citoyens. Vous dites que 
nous sommes armés; notre billet de convocation porte l'invitation 
expresse de ne pas l'être. Vous nous appelez de bons Serviteurs du 
Roi; nous sommes fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi. Vous parlez 
de notre esprit connu; notre esprit est l'amour de la Liberté et le 
mépris des Factieux. Vous dites que nos Chefs sont fiers; nous 
n'avons point de Chefs, mais nous acceptons tous ce reproche : on 
est fier de la haine des méchans, et de la crainte que leurs excès 
mêmes trahissent. 

« Je vous prie. Monsieur, d'insérer ma lettre dans votre Journal. 
Peut-être ceux que votre récit a pu tromper apprendront-ils avec 
quelque intérêt la vérité que je certifie (1). » 

Les Annales patriotiques de Carra lancèrent cette violente apos- 
trophe : 

« Paris, 29 mars. 

« Hier, les monarchiens s'étoient rassemblés mystérieusement dans 
un cul-de-sac détourné, et y tenoient leur sabbat : le peuple s'est 
rassemblé autour de la caverne, et demandoit à grands cris la dis- 
persion de ces cabaleurs aristocrates. Le juge de paix de la section 
s'y est transporté, et a invité l'assemblée monarchienne à vouloir 
bien se dissoudre pour éviter le scandale et le tumulte qu'elle alloit 
occasionner; les monarchieux ont obtempéré. En sortant de leur re- 
paire, ils ont trouvé les citoyens qui se chauffoient à un grand feu de 
joie, alimenté par les journaux, pamphlets, libelles et autres bribes 
aristocratiques que la gueule monarchienne vomit chaque jour par 
milliers contre la Constitution et ses amis. Le grand monarque Sta- 
nislas-Clermont n'a pas été témoin de cette fête donnée à ses fidèles 
sujets..". (2). )) 



(1) Journal de Paris, uuinéro du 2 avril 1791. 

(2) Annales palrioliques de Carra, n° 544, du 30 luars 1791. 



2i6 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Dans les /{évolutions de Paris parut cet article : 

« Déconfiture du Club monarchique. 

« Le Club monarchique a voulu renaître de ses cendres; mais sa 
seconde existence a avorté tout comme la première. 

« Les monarchistes avoient loué, rue des Petites Écuries du Roi, un 
local, connu sous le nom de Loge de l'Amitié; ils se proposoient d'y 
tenir leur première séance le 28 mars, jour périodique de la scène 
des poignards aux Tuileries. Vers les six heures du soir, arrive grand 
nombre de voitures; la longue fde obstruoit la rue, elles attirèrent 
l'attention publique. On remarqua que plusieurs de ceux qui en des- 
cendoient portoient la cocarde blanche. Ce signe de révolte et de sé- 
dition indigne les spectateurs ; on prie très civilement les cocardiers 
de s'en défaire, ils résistent; alors, le peuple se met en devoir de 
l'arracher. Cependant, malgré leur insolence, il n'y a pas eu de sang 
répandu, et ces messieurs en ont été quittes pour quelques horions... 

« Quelques minutes après la bagarre, de jeunes patriotes, qui ont 
voulu s'amuser aux dépens de ceux quisurvenoient sans être au cou- 
rant de la déroute de leurs complices, se sont placés en sentinelle à 
la porte de la salle, et leur demandoient leur carte et leur adresse. 
Plusieurs l'ont donnée tout bonnement, et il s'est trouvé, vérification 
faite, que ces prétendus paladins sont des officiers de bouche, des in- 
tendans de maison, des praticiens et autres gens de pareil acabit... 

«... C'est pour la seconde fois que nous dénonçons le Club monar- 
chique... 

«... Aujourd'hui qu'il est démontré que les monarchistes ont des 
intentions perfides, suivies d'un commencement d'exécution., il y auroit 
de la stupidité à leur permettre de s'assembler... (1) » 

Le 30 mars parut une 

« Lettré à M. Dubergier, président de la Société des Amis de la 
Constitution monarchique. 

« Monsieur, 
« Il se répand, comme à l'ordinaire, des écrits calomnieux sur ce 
qui s'est passé à la réunion du Club monarchique, rue des Petites- 
Écuries du Roi, le 28 de ce mois. Ne sachant rien de cette journée 
que ce qui me concerne, j'en rends compte au public par cette lettre, 
que je vous prie d'insérer dans votre journal. 

(1) Révolutions de Paris, n° 90, du 26 mars au 2 avril ITOL 



CLUB MONARCHIQUE 247 

« Je suis sorti des Thuileries à six heures du soir, pour me rendre 
au Club monarchique; j'ai rencontré dans la rue des Fossés-Mont- 
martre un officier de la garde nationale de ma connoissance, qui m'a 
demandé si j'allois au Club monarchique; sur m'a réponse, il m'a 
prévenu que la municipalité avoit commandé des troupes pour 
assurer notre tranquillité. J'ai continué ma route, et n'ai point ren- 
contré de patrouilles. J'ai trouvé dans la rue des Écuries du Roi quel- 
ques personnes devant les portes, mais je n'ai apperçu aucun mou- 
vement. Je suis arrivé jusqu'à la porte du Club monarchique dans 
une parfaite tranquillité; je me suis présenté pour y entrer; la senti- 
nelle ne m'a pas répondu, mais un homme du peuple m'a crié que la- 
séance étoit levée, et que personne n'avoit afTaire-là [sic). Sans aucune 
réplique de ma part, j'ai cherché à me retirer. Mais dans le même 
instant je me suis trouvé enveloppé et fortement pressé par vingt- 
cinq ou trente gens de toute espèce, parmi lesquels j'ai reconnu 
quatre ou cinq personnes revêtues de l'habit national, ayant le sabre 
dans son fourreau à la main (je suppose que c'est dans ce moment 
que l'on m'a dérobé ma montre); mais j'ai entendu dans le moment 
crier à Faristocrate ! à la lanterne! et j'ai vu dans les yeux de ces 
forcenés le dessein de se procurer ce spectacle. Indigné jusqu'à l'excès, 
n'ayant point d'armes, j'ai rassemblé toute ma force et mon courage 
pour me séparer de cette troupe. J'ai reçu par derrière des coups de 
sabre sur la tête de la part de quelques-uns des gardes nationaux, des 
coups de poing et de bâton de la part de la populace; et m'étant 
débarrassé d'elle, j'ai cherché, par la fuite la plus prompte, à me 
soustraire à ces odieux traitemens. La vitesse de ma course les empê- 
chant de me rejoindre, ils m'ont lancé des pierres, dont une m'a 
atteint à la tête et m'a grièvement blessé. Dans l'intervalle de ma 
course, j'ai reçu des coups de droite et de gauche par ces brigands, 
qui n'avoient d'autre but que de m'assassiner. Je suis tombé deux 
fois; mais, relevé promptement, je n'ai essuyé que quelques coups 
dans ces chutes. J'ai renversé plusieurs de ces gens-là sur mon pas- 
sage, et j'ai eu le bonheur enfin de rencontrer une patrouille de 
gardes nationaux qui m'ont sauvé de la fureur du peuple et m'ont 
conduit chez le commissaire de police, de la part duquel, ainsi que 
de la garde nationale, je n'ai reçu que soins obligeans, honnêtetés et 
intérêt sur les mauvais traitemens dont ils ont bien reconnu que 
j'étois injustement la victime. J'ai pu écrire hier à un de ces mes- 
sieurs, que l'on nomme M. de la Fontaine, et qui est peintre de 
l'académie, pour le remercier, ainsi que ces messieurs, des secours 
qu'ils m'ont donnés et auxquels je dois la vie. 



248 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Je suis loin de penser que ceux qui étoient revêtus du même 
habit et qui ont eu la bassesse de me frapper, soient véritablement 
dans la garde nationale; je suis loin de penser que ce peuple, tout 
enragé qu'il m'a paru l'être, se soit porté de lui-même à de pareils 
excès, s'il n'y a pas été excité. 

« Je borne là, monsieur, le récit de mon aventure, sans aucune 
observation ultérieure; la partie saine du public les saura bien faire. 

« J'ai l'honneur d'être, 
« Monsieur, 
« Votre très humble et très obéissant serviteur, 

(( PiGRAIS. 

« P.-S. — Je ne puis vous écrire de ma main, mon chirurgien 
s'étant apperçu ce matin que j'avois un os de cassé dans la main 
droite (1). » 

Il se vendit un imprimé dans lequel on lisait : 

« (1791)... Hier au soir, les membres du Club monarchique s'étoient 
rassemblés dans un petit jardin dit de l'Amilié, situé rue des Pe- 
tites Écuries, fauxbourg Montmartre. » 



XXX 



Les choses prenaient une tournure très grave; l'irritation des 
monarchistes était comparable à celle du peuple qui leur prêtait des 
projets dangereux, non seulement pour la tranquillité publique, 
mais pour l'avenir de la nation. 

Dans la séance du 3 avril 1791, aux Jacobins, une députation de 
la section du Théâtre-Français et une du Club des Cordeliers, dénon- 
cèrent le Club monarchique. L'orateur annonça qu'il s'y était ourdi 
une conspiration qui devait éclater le 28 mars précédent, que ses 
membres voulaient assaillir les Jacobins, égorger la garde natio- 
nale, etc., que le chef était Clermont-Tonnerre, et que ce monar- 
chiste répandait un argent immense. On engageait les Jacobins « à 
faire périr tous les membres du Club monarchique (2). » 



(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, t. II, n" 16, 
du samedi 2 avril 1791, p. 8 à IL— Le nom de Pigrais ne figure pas sur les listes 
des membres de la Société. 

Ç2) Le Lendemain, 3 et 6 avril 1791, 



CLUB MONARCHIQUE 249 

Voilà ce qui résultait des provocations que les soutiens du trône 
et de Tautel multipliaient, quand leur nombre diminuait de jour en 
jour. 

Le public ne doutait pas de leur entente avec les émigrés et les 
étrangers, qui présentement menaçaient la France. Des deux côtés 
on se livrait aux violences; il semblait que la guerre civile allait 
éclater. 

Le décret relatif à la constitution civile du clergé ajoutait aux 
prétentions de la noblesse une certaine couleur de fanatisme reli- 
gieux. 

Malouet écrivit la lettre suivante, qui ne pouvait amener l'apaise- 
ment : 

« Lettre de M. Malouet à MM. les commissaires du Club 
monarchique. 

« N'ayant pu, messieurs, vous trouver réunis, j'ai l'honneur de 
vous écrire pour vous faire part de mes observations sur la position 
de la Société dont vous êtes commissaires et dont j'ai l'honneur d'être 
membre. 

« M. de Clermont-Tonnerre m'ayant conynuniqué lundi matin 
la lettre de la municipalité, je n'allai point à la séance indiquée, 
mais je n'en ressens pas moins , vivement les outrages et les vio- 
lences exercés ce jour-là contre ceux de nos membres qui, n'étant 
point avertis du contre-ordre, se sont trouvés au rendez-vous. Je ne 
vous dissimulerai point, messieurs, qu'on se plaint de vous, parce 
qu'on ne peut pas se persuader que vous avfez fait toutes les démar- 
ches qui dévoient vous procurer justice et protection de la munici- 
palité. 

« J'ai eu personnellement trop de preuves de votre zèle et de l'in- 
fatigable activité avec laquelle vous avez défendu les droits de la 
Société, pour adopter cette prévention : mais la dernière aventure 
vous impose, si vous me permettez de le dire, d'autres devoirs; car 
il faut qu'on nous ait l'obligation de la solution du problème : 
SOMMES-NOUS Ubres ou dominés par des tijrans? — On nous a calomniés 
de toutes les manières; les plus grossières absurdités ont été 
employées par les jacobins et leurs adhérens; la populace a été- 
excitée contre nous; le comité des recherches s'est mis aussi en 
campagne; et pendant qu'on renouvelle les anecdotes de cocarde 
blanche et de contre-révolution, M. Voidel prépare un rapport où 
vous êtes, dit-on, compromis. On a arrêté des hommes distribuant 
de l'argent et des pamphlets. Mon avis est, messieurs, que' vous accé' 



2o0 LKS CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

lériez le dénouement, en attaquant premièrement la municipalité 
devant le directoire de département, et ensuite devant l'Assemblée 
nationale, car un délit plus certain que tous ceux qui alimentent le 
comité des recherches, est l'injustice atroce que nous éprouvons. — 
On s'avise non seulement de juger, mais de diffamer nos intentions; 
et parce que quelques brigands soudoyés inquiètent une Société, elle 
sera dénuée de protection, livrée à toutes leurs fureurs, et les magis- 
trats qu'ils réclament n'en seront pas responsables ! Mon avis est de 
poursuivre les magistrats jusqu'au déni de justice inclusivement; et 
s'il arrive, je crois que vous devez, messieurs, dresser une pétition à 
l'Assemble nationale, la déposer chez un notaire, et inviter publique- 
ment tous les membres de la Société à venir en prendre connaissance 
et à la signer. — Cette pétition sera la physique expérimentale de la 
Constitution et de la liberté, dont nous ne connoissons encore que la 
métaphysique. — .Si l'on ne vous prouve pas que vous êtes dans un 
état de forfaiture et de révolte contre les loix, si les dissentimens qui 
nous séparent de la doctrine jacobite sont un prétexte suffisant pour 
défendre nos assemblées ou pour ne pas les protéger contre des 
assassins, il nous restera un dernier acte à faire, celui de notre dis- 
solution, et je vous demanderai de m'admettre comme coopérateur 
à la rédaction. Il importe véritablement à la paix publique, que tous 
les jeux cruels de l'intrigue et de la scélératesse soient authentique- 
ment dévoilés, et que l'on sache à quelles conditions il est permis 
maintenant à un citoyen françois de vivre en sûreté dans le lieu de 
son domicile. Cependant, messieurs, si le destin de la France per- 
mettoit, avant notre réunion, la dissolution de tous ces clubs fana- 
tiques et factieux qui la désolent, j'espère bien que vous penserez, 
comme moi, que nous ne devons pas en laisser subsister la trace 
dans notre Société, qui ne me paroît utile que pour constater qu'il 
reste des hommes qui ne veulent connoître d'autres maîtres que les 
loix. 

« J'ai l'honneur d'être, avec un respectueux attachement, 
« Messieurs, 
« Votre très humble et très obéissant serviteur, 

« Malouet (1). » 

La réponse à cette lettre ne calma pas, non plus, les esprits surex- 
cités. 



(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, du samedi 
9 avril 1791, u" 17, t. H, p. 1 à b. 



CLUB MONARCHIQUE 251 

« Réponse des commissaires de la Société des Amis de la Constitution 
monaixhique à M. Malouet. 

« Vous ne devez pas douter, monsieur, de notre empressement à 
justifier la confiance de la Société des Amis de la Constitution monar- 
chique : certes, il faut faire décider si nous sommes libres ou domi- 
nés par des tyrans; et c'est pour obtenir cette décision que nous 
sollicitons, avec autant d'ardeur que de zèle, le jugement de la muni- 
cipalité. Si la loi qui consacre la pureté de nos principes ne nous 
protège pas, alors il sera démontré qu'il n'y a plus, ou, pour mieux 
dire, qu'il n'y a pas encore en France de liberté. Nous sentons, mon- 
sieur, tout le poids des injustices qu'on accumule contre nous; nous 
plaignons bien sincèrement la faiblesse de la municipalité et l'aveu- 
glement de la partie du peuple que l'on peut encore égarer; mais 
nous vous observons que si le moment et la force ont suffi pour briser 
les fers de l'ancien despotisme, le tems seul et l'opinion pourront 
repousser les chaînes que de nouveaux oppresseurs nous présentent, 
parce qu'il est peut-être plus difficile de démasquer les tyrans que de 
les renverser. 

« Quant au comité des recherches, le moment où il s'attaqueroit à 
des hommes aussi courageux qu'irréprochables seroit probablement 
plus dangereux pour lui que pour nous. Il n'appartient ni à M. Voidel, 
ni à aucun des agents du ministère jacobite, de compromettre un 
honnête homme. Nous n'avons rien fait, nous ne ferons jamais rien 
que nous ne puissions avouer , et nous ne craignons ni les dénoncia- 
teurs ni les espions. 

«Vous désirez savoir quelle marche nous proposerons à la Société, 
et comment nous accélérerons le dénouement? 

« Nous n'avons eu, jusqu'ici, qu'une seule arme : voyez comme 
nos ennemis la craignent! Nous avons toujours eu raison, ayons 
toujours raison, et vous verrez que cela finira bien. Nous ne devons, 
nous ne pouvons dénoncer la municipalité que lorsqu'elle aura fait 
un déni de justice entier. Jusqu'ici, elle n'a été que faible; si elle de- 
vient coupable, nous saurons bien l'attaquer; ce ne sera pas, comme 
les clubs privilégiés, par des affiches indécentes et séditieuses, mais 
par des pétitions légales. 

« Vous pensez biQn, monsieur, que l'on ne s'avance pas au point où 
nous sommes lorsqu'on est décidé de reculer. Eh! n'avons-nous pas 
déjà fait des sacrifices? Nous avons affronté la haine de tous les jaco- 
bites, les calomnies de leurs écrivains soudoyés, les outrages des 
hommes qu'ils trompent et des brigands qu'ils payent; nous avons 



252 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

vu le peuple que nous servens, pour lequel nous travaillons, mécon- 
noître nos efforts, et nous regarder comme des factieux ; et cependant, 
nous sommes encore le Directoire de la Société des Amis de la Consti- 
tution monarchique. Chacun de nous s'honore de placer son nom au 
bas de ces papiers dénoncés, comme les bons citoyens s'honoroient, 
sous les triumvirs, de voir leurs noms placés sur les listes de pros- 
cription. Ces principes dirigeront toujours notre conduite. 

« Depuis l'événement du 28 mars, nous ne nous sommes pas ou- 
bliés : nous avons rendu compte au peuple, par un écrit signé de 
nous; nous avons mis sous les yeux de la muaicipalité un pre- 
mier précis des faits que nous avons recueillis. Depuis ce tems, nous 
en avons rassemblé de nouveaux; nous allons les dénoncer tous, et 
demander que l'on informe sur les véritables assassinats qui ont eu 
lieu dans cette journée. 

« C'est d'après la réponse que nous recevrons que nous réglerons 
notre conduite ultérieure. 

« Quant à notre dissolution, l'instant où elle pourroit être volon- 
taire paroît malheureusement très éloigné ; et si nous savons faire 
aux circonstances le sacrifice momentané de l'usage de nos droits, 
nous n'en sommes pas moins déterminés à n'en jamais faire le sacri- 
fice complet à la force. 

« Nous vous remercions, monsieur, de la manière franche et loyale 
dont vous nous avez fait passer votre opinion ; nous désirons que tous 
les membres de la Société veuillent bien contribuer à éclairer notre 
marche et nous communiquer leurs observations; nous nous ferons- 
une loi de leur répondre avec exactitude, et de leur soumettre notre 
conduite. 

« Signé :J)uhergier, p7'ésident ;}\3iïnG\'m, vice-pi'ésident ;D^ k^icu^ 
De Rossy, Cormier, Hautefort, Armand, Stanislas Cler- 
mont-Tonnerre (1). » 

Il convient de reproduire ce document : 

« Pétition des commissaires, de la Société des Amis de la Constitution 
monarchique à MM. les officiers municipaux (2). 

« Messieurs, 
« Les citoyens, soussignés, commissaires et membres de la Société 
des Amis de la Constitution monarchique, voue demandent, pour la 



(1) Journal de la Société des Amis de la Cojisiitution monarchique, t. II, n° 18, 
p. 1 à n, du 16 avril 1791. 

(2) Idem, numéro du samedi 16 avril 1791. 



CLUB MONARGHIQL'E 253 

dernière fois, la justice qu'il est de votre devoir de rendre à tous les 
citoyens. 

« Une simple exposition des faits doit précéder les réflexions que 
nous avons à vous présenter. 

« Veuillez vous souvenir, en nous lisant, que nous sommes des ci- 
toyens, et que nous sommes persécutés, que vous êtes des magistrats, 
et que la France est libre. 

« Nous nous sommes formés en société en vertu de la loi; nous 
vous avons fait connoitre notre existence par une déclaration du 
mois de novembre 1790. 

« Nous avons tenu quelques assemblées sans éprouver aucun 
trouble : dans l'une d'elles, nous arrêtâmes de faire aux pauvres de 
la capitale une distribution de pain. Dans la même séance, nous 
annonçâmes le projet de dénoncer aux dépositaires de l'autorité, et 
de poursuivre devant les tribunaux, les auteurs des libelles infâmes 
qui, outrageant l'Assemblée nationale et le roi, conseilloient au 
peuple de désobéir et d'abolir la royauté. 

« La première de ces résolutions servit de prétexte à la haine que 
la seconde avoit suscitée contre nous; la cabale coupable qui exerce, 
au nom de la liberté, la plus odieuse tyrannie, le Club des Jacobins 
agit sur les sections et fit dénoncer le mode de distribution que nous 
avions adopté. Il ne négligea pas des moyens qui lui sont encore plus 
familiers que les dénonciations légales; on nous menaça du peuple; 
on effraya le propriétaire du Panthéon dont nous avions loué la salle. 
La séance étoit indiquée pour le 29 décembre (1790), à cinq heures 
du soir. Ce fut à peu près vers les deux heures du même jour, que 
l'un de nous reçut un arrêté municipal qui nous défendoit de la tenir. 
Vous savez l'empressement que mit le directoire à communiquer vos 
ordres à la Société; vous vous rappelez aussi que la Société obéit à 
votre ordre, quoiqu'elle eût pu lui résister, personne n'ayant le droit 
d'interdire ce que la loi ne défend pas, et, à plus forte raison, ce que 
la loi autorise expressément. 

« Quoiqu'il en soit, et malgré la rigueur du principe, nous étions 
accusés et nous voulûmes nous justifier. On ne pouvoit attaquer que 
le mode de distribution de pain: après avoir victorieusement prouvé 
qu'il n'étoit susceptible d'aucune inculpation, et qu'employé dans 
plusieurs circonstances antérieures, il avoit obtenu de justes éloges, 
nous vous déclarâmes que nous consentions à l'abandonner, et nous 
vous demandâmes une justice éclatante des calomnies dont nous 
étions environnés. 

« Votre arrêté du 8 janvier (1791) nous permit de reprendre nos 



254 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

séances : la fermentation ne fut point calmée par votre arrêté ; les 
journalistes aux gages de nos ennemis continuèrent à nous attaquer. 
Nous méprisâmes des traits aussi faibles, et nous tînmes une séance 
dans la salle du Vaux-Aal [sic) d'été. Cette séance ne fut point trou- 
blée; il ne s'y passa rien de contraire à Tordre public ni au respect dû 
à la loi; cependant, elle excita de nouvelles alarmes chez nos enne- 
mis. Nous fûmes dénoncés aux Jacobins; nous le fûmes par eux de- 
vant toute la France, nous le fûmes devant l'Assemblée nationale par 
un Jacobin (M. Barnave), nous le fûmes devant vous par quelques 
sections influencées par les Jacobins. 

« Notre marche fut simple : nous méprisâmes la dénonciation faite 
aux Jacobins ; nous opposâmes la vérité et un démenti formel à la 
dénonciation qu'ils avoient envoyée dans tous les départemens; et ce 
rapprochement leur arracha bientôt la plus lâche des rétractations; 
nous opposâmes le même démenti à M. Barnave, avec une offre de 
nous justifier ; et son silence nous en évita la peine ; nous vous adres- 
sâmes toutes les pièces qui établissoient noire défense, et nous vous 
priâmes de vouloir bien, par un jugement authentique et motivé, 
mettre fin à la plus injuste des persécutions et fixer l'opinion publi- 
que. 

« Nous ignorons encore ce qu'ont pu vous dire nos délateurs : 
nous savons que par une lettre du 1 1 février, M. le procureur-syndic 
les pressa de fournir leurs preuves. Vous savez combien nous avons 
désiré et demandé votre jugement. Vous aviez prononcé un véritable 
ajournement, et votre arrêté nous donne acte de la déclaration que 
nousvousavons faite de suspendre nosséances jusqu'au jugement dé- 
finitif. Certes, nous ne devions pas nous attendre que cette déclaration 
pût devenir un moyen de nous priver de l'exercice de nos droits, et de 
rendre indéfini un ajournement qui ne pouvoit être que très prochain. 

« Pendant que nous attendions votre jugement, vous vous rap- 
peliez combien de persécutions furent dirigées contre nous, et sur- 
tout contre l'un de nos commissaires, à l'occasion de la distribution 
du pain dont nous avions changé le mode, sur laquelle nous avions 
consulté votre département de police, de laquelle nous avions prié 
successivement et vous et les sections de vouloir bien se charger. 

« Une affiche insidieuse de la section de la Croix-Rouge excita la 
plus dangereuse fermentation, exposa les propriétés et peut-être la 
personne de ce commissaire; et cet incident n'étoit peut-être pas une 
des moindres raisons dont vous voyiez que l'opinion publique avait 
besoin. 

« Pendant que nous attendions ce jugement avec respect, la section 



GLUn MONARCHIQUE 255 

de la Croix-Rouge s'est permis de le présumer : elle a fait placarder 
une affiche dans laquelle elle déclare flétrie la Société des Amis de la 
Constitution monarchique. Nous vous avons dénoncé ce délit, et nous 
n'avons reçu de vous ni réponse ni justice. 

« Fatigués d'un aussi long délai, nous vous avons écrit le 15 mars 
que nous n'entendions pas suspendre plus longtems nos séances , 
et que nous demandions un jugement. Nous n'avons eu de vous ni 
réponse ni jugement. 

« Le 24 mars, nous vous avons écrit une seconde lettre, pour vous 
annoncer que nous reprendrions nos séances le 28 ; le 27 au soir nous 
n'avions pas encore de réponse ; le 28 au matin, l'un de nous (M. de 
Clermont-Tonnerre) a reçu dans le même paquet et votre réponse à 
notre lettre du l.o, et un arrêté municipal du 25. Le prétexte de ce 
retard fut l'ignorance où l'on étoit de l'adresse de notre président. 

« Quoi qu'il en soit, les membres qui eurent connoissance de votre 
arrêté firent tout ce qui dépendoit d'eux pour en instruire la Société. 

« Le 29, nous nous rendîmes compte des faits; nous vous deman- 
dâmes justice des violences exercées contre quelques-uns de nous, 
et nous vous dénonçâmes les manœuvres qui les avoient préparées. 
Nous sommes au 14 avril, et nous n'avons reçu de vous ni de réponse 
ni de justice. 

« Voilà les faits, messieurs, nous vous les dénonçons à vous- 
mêmes, et nous les dénonçons à toute la France. Est-ce là ce que des 
citoyens doivent attendre de leurs mandataires, des magistrats 
revêtus de la confiance du peuple? Vous ne devez pas laisser diva- 
guer l'opinion, laisser les préventions se grossir, les complots se pré- 
parer et les attentats s'exécuter impunément. Vous êtes responsables 
du mal que vous n'empêchez pas. Tout calcul pusillanime est un 
calcul coupable; la sédition qui suit une sédition non réprimée de- 
vient alors votre ouvrage ; et l'on peut vous dire ce que le sévère 
Montausier disoit à Louis XIV, qui se plaignoit de vingt meurtres 
commis par un scélérat à qui il avoit pardonné le premier : « Sire, 
lui dit Montausier, vous vous trompez ; il n'en a tué qu'un. » « Et qui 
donc a tué les autres? » dit le roi. « Vous, » lui répondit Montausier. 
Nous avons le droit de vous rappeller aux seuls principes qui con- 
viennent aux magistrats d'un peuple libre, impartialité, justice et 
courage. 

« Nous allons vous donner une occasion d'exercer ces trois vertus. 
Nous avons recueilli les faits relatifs à la journée du 28 mars, et nous 
allons vous les dénoncer. 

« Le sieur Pigrais, vieillard respectable, a été enveloppé et assailli 



256 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

par vingt-cinq ou trente personnes, à la porte de la salle; il en a re- 
connu quatre ou cinq, vêtus de l'uniforme national, ayant à la main 
leur sabre dans le fourreau; sa montre lui a été volée; il a été frappé 
par derrière de coups de sabre sur la tête, de coups de poing et de 
bâton par la populace; il a fui et a été poursuivi à coups de pierres, 
dont une Ta grièvement blessé à la tête; il est tombé deux fois sous 
les coups. Il a un os cassé dans la main droite; une patrouille lui a 
sauvé la vie, en le conduisant chez le commissaire de police. Nous 
vous demandons qu'il soit informé contre les assassins du sieur Pi- 
grais; que l'on fasse entendre des témoins, et notamment le sieur 
Delafontaine, cité par M. Pigrais pour l'avoir généreusement secouru 
sans le connoître. 

« Le sieur Daricourt (1), qui n'est arrivé qu'à neuf heures du soir, 
tems où le tumulte étoit passé, a été arrêté en entrant dans la maison 
par un grenadier jeune, de la taille d'environ cinq pieds sept pouces, 
armé seulement d'un sabre, lequel lui a demandé son billet d'entrée. 
Ce même grenadier lui a demandé sa demeure et puis une canne à 
sabre qu'il avoit (2). Ayant remis cette canne, le même grenadier 
voulut en casser la lame, et en fut empêché par d'autres, qui lui di- 
rent qu'il falloit conserver 'précieusement cette preuve. 

« Le sieur Daricourt observa que ces cannes étoient permises; on 
lui répondit que non. Le même grenadier lui dit que s'il remetloil ja- 
mais le pied dans le Club monarchique , et surtout avec une pareille 
canne, il la lui passeroit au travers du corps et seroit son premier bou- 
cher. 

« Plusieurs personnes ont insulté le sieur Daricourt; après une 
longue délibération entre eux, deux volontaires et un chasseur l'ont 
conduit au district de Saint-Lazare. Ces trois hommes n'avoient pas 
de fusil et n'étoient pas conduits par un sous-officier de service. Arrivé 
au corps-de-garde de Saint-Lazare, il a essuyé de nouvelles railleries ; 
on l'a exhorté d'entrer au Club des Jacobins; présenté au commis- 
saire de la section, ses conducteurs l'ont accusé d'être du Club mo- 
narchique. L'officier civil l'a fait mettre en liberté, a ordonné qu'on 
lui remît sa canne, qui ne lui a pas été rendue. 

« Nous vous dénonçons la conduite illégale et coupable du grena- 
dier, qui a insulté et menacé le sieur Daricourt ; son arrestation irré- 



(1) Ce nom ne figure pas sur les listes citées plus haut. 

(2) « Notre premier projet ayant été de nous rassembler le vendredi précédent, on 
avoit joint aux lettres l'indication de ne point porter d'armes, pour se conformer 
à la proclamation de la municipalité. Cette proclamation ayant été retirée, l'invi- 
tation ne fut pas mise aux billets du lundi. » fNote des commissaires.) 



CLUB MONARCHIQUE 257 

gulière par trois hommes qui n'étoient point de service, ou n'en 
avoient point les marques, et le vol de la canne à sabre qui ne lui a 
pas été rendue, 

« M. Guyet-Laprade (1) a été environné par plusieurs hommes mal 
intentionnés; un d'entre eux s'est jette sur lui, il l'a repoussé. Cet 
homme excitait le peuple à se saisir de lui. M. de Montjourdin, com- 
mandant le bataillon de Saint-Lazare, le débarrassa par le courage 
avec lequel il s'est lui-même dévoué ; il a été conduit au corps-de- 
garde de la rue Poissonnière; il a été proposé de le fouiller; il y a été 
détenu pendant cinq heures; on y a dressé un procès-verbal. 

« Nous demandons qu'il soit informé contre ceux qui ont entouré 
et assailli le sieur Laprade, contre celui qui les excitoit, et que vous 
fassiez représenter le procès-verbal qui a été rédigé au corps-de- 
garde de la rue Poissonnière. 

« Une lettre signée par un de nos membres contient encore les faits 
suivans : 

« A six heures du soir, il y avoit assez de monde dans la rue; la 
maison étoit assiégée d'un bon nombre d'hommes, quelques femmes 
et quelques enfans ; une patrouille nombreuse étoit arrêtée dans une 
rue latérale, assez près de la maison. Les premiers membres sortis 
ont été hués : deux ou trois personnes crièrent que les aristocrates 
avoient des cocardes blanches; d'autres remarquèrent qu'elles étoient 
aux trois couleurs; ils ne furent point écoutés, et cette calomnie de- 
vint le prétexte de la fermentation. Deux patrouilles, cependant, se 
croisoient dans la rue et ne dissipoient pas l'attroupement. 11 arriva 
une voiture de place, chargée de quatre personnes. Le peuple l'arrête; 
un gros homme se montre à la portière; aussitôt, plusieurs voix 
s'écrient qu'on le reconnoit, qu'il est des Jacobins, qu'il est du district 
de Saint-Lazare, qu'il est excellent patriote. Cet homme exige du si- 
lence et est obéi. Il fait une sortie contre les aristocrates rnonarchiens, 
approuve la justice qu'on paraissoit disposé à en faire, ajoute qu'elle 
est d'autant plus méritée que ces MM. se sont assemblés malgré la dé- 
fense de la municipalité. Il propose de lire la loi qu'ils ont enfreinte; 
il tire de sa poche une feuille de papier à tellière, il ht cette première 
phrase : « Monsieur, nous avons eu l'honneur de vous prévenir que la 
Société reprendra ses séances le lundi 28 de ce mois ». A ce peu de 
mots, il a reconnu son erreur et a voulu s'interrompre pour chercher 
un autre papier; on le force à continuer. Alors, en balbutiant, il 
achève la lecture du papier, qui étoit notre lettre à M, le maire ; lettre 

(1) Ce nom ne figure pas sur les listes citées plus haut. 

17 



258 LES CLUBS GONTRE-REVOLUTIONNAIRËS 

dans laquelle nous annoncions les mesures prises par le directoire de 
la Société, pour empêcher la tenue de la séance. L'orateur s'est 
esquivé après sa lecture, qui a convaincu de sa mauvaise foi ceux qui 
étoient à portée de l'entendre, mais qui parut aux plus éloignés la loi 
même que cet émissaire nous accusoit d'avoir enfreinte. 

« C'est après cette lecture que le sieur Pigrais a été frappé, comme 
nous l'avons dit précédemment. Quelques-uns de ses assassins ont 
rapporté une cocarde qu'ils disoient avoir prise à son chapeau. Elle 
étoit aux trois couleurs; mais, pour faire croire qu'elle étoil blanche, 
ils la montrèrent du côté de la doublure. 

« L'attroupement étant augmenté, plusieurs personnes témoi- 
gnèrent le regret d'être arrivées si tôt. Si i\ous n'étions venues quà 
huit heures^ dirent-elles^ nous aurions trouvé tous ces gredins réunis, 
et il ne nous en aurait pas échappé un seul. 

« Quelques momens après, un grouppe nombreux, à la tête duquel 
étoit un jeune grenadier, a pénétré dans l'intérieur de la maison ; 
un moment après, M. Bailly a paru à la porte, et un officier a fait en- 
trer une patrouille dans la maison. Plusieurs personnes ont encore 
été maltraitées ou insultées par le peuple; aucune patrouille ne se 
trouvoit dans les rues latérales au moment où se commettoient ces 
excès. Enfin M. Bailly est sorti de la salle, a assuré qu'il n'y avoit 
plus personne que les gens de la maison. Il a dit: J'ai promis de so?'- 
tir le dernier, me voici, je tiens parole; ainsi je pense que nous n'avons 
plus rien de mieux à fœre que de nous en aller chacun chez nous; allons, 
mesdames, engagez ces messieurs à se retirer. Les dames ont refusé 
d'abord de convenir qu'elles eussent du crédit sur l'esprit de ces mes- 
sieurs; cependant, après une assez longue conversation avec M. le 
maire, l'attroupement s'est dissipé. 

<( Sur ce récit, nous demandons qu'il soit informé contre les auteurs 
de l'attroupement et des différentes violences exercées contre les 
auteurs de la calomnie relative à la cocarde blanche; contre le qui- 
dam venu, lui quatrième, dans une voiture de place, et ayant excité 
le peuple contre nous, en nous accusant faussement d'avoir désobéi 
à la loi. Nous demandons, de plus, que M. le maire veuille bien s'ex- 
pliquer avec vous et avec nous, sur la conduite qu'il a tenue dans 
cette journée, et notamment sur la circonstance par laquelle l'homme 
venu dans la voiture de place, et qui excitoit le peuple contre nous, 
s'est trouvé porteur de la lettre ou de la copie de la lettre écrite par 
notre directoire à M. le maire, le matin du 28 mars, et que nous 
n'avions communiquée à personne. 

« Le concierge du bâtiment certifie qu'un grouppe est entré dans 



CLUB MONARCHIQUE 259 

la maison, a cassé le treillage du bout du jardin, que l'on a pris les 
bougies qui étoient dans les lustres, que l'on en a cassé un, que l'on 
a pris, dans une table à lui, une montre, un médaillon et autres ba- 
gatelles de cuivre; qu'enfin la garde restée dans la maison a dit à 
plusieurs membres qui arrivoient successivement, après leur avoir 
demandé leurs cartes, leurs noms et leur demeure, qu'il n'y avoit 
point d'assemblée, que c'étoit pour la troisième fois qu'on leur sau- 
voit la vie, mais qu'à la quatrième on n'en répondoit pas (1). 

« Nous demandons qu'il soit informé contre les auteurs des dégâts 
et des vols ci-dessus mentionnés, et sur la conduite des soldats de 
garde qui ont arbitrairement vexé des citoyens, et ne leur ont pas 
donné les secours qu'ils dévoient en attendre. Nous vous observons 
que vous êtes responsables des dégâts commis, parce que vous n'avez 
pas fait ce qui étoit nécessaire pour les empêcher. 

« Voilà, messieurs, l'ensemble des faits relatifs à la journée du 
28 mars, et que nous vous dénonçons. Nous ne sommes coupables 
d'aucun délit, et nos adversaires sont prévenus de délits graves. A 
peine chez les peuples les plus esclaves trouveroit-on l'exemple d'une 
soumission à la volonté du despote égale à notre constante défé- 
rence aux intentions du corps municipal. Nous avons, pendant des 
mois entiers, fait le sacrifice de nos droits ; nous savions bien que, 
même pour vous, les circonstances étoient difficiles ; mais nous es- 
périons qu'un jour vous en triompheriez. Il ne nous est échappé 
contre vous aucune plainte, aucun reproche; on ne nous a pas vus, 
comme le club des Cordeliers, afficher des placards séditieux et vous 
dénoncer au peuple. Peut-être cette constante modération méritoif- 
elle de votre part au moins une prompte justice; aujourd'hui nous 
vous demandons justice et vengeance. Nous vous dénonçons les dé- 
sordres que vous auriez pu prévenir en nous jugeant, l'émeute que 
vous auriez évitée en nous envoyant deux jours plus tôt la lettre 
qui n'est arrivée que le 28 mars, et les attentats contre la sûreté 
individuelle, que vous auriez •empêchés en montrant la ferme réso- 
lution d'user de la force publique. 



(1) « Un caporal d'un bataillon de la garde nationalo, dont les volontaires de 
cette môme garde avoient pris le nom par subterfuge, lorsqu'il s'était présenté 
pour demander à parler à un membre du Club monarchique, a été dénoncé à 
son bataillon comme membre du Club monarchique; et sur cette dénonciation, 
son bataillon a pris l'arrêté de le dégrader à la tête du corps. L'exécution du 
jugement n'a pas été réalisée, parce que le hasard l'avoit fait se démettre de son 
grade quelques jours avant celui oîi il s'étoit présenté pour demander quelqu'un 
de la Société, rue des Petites- Écuries. » 



260 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

« Nous vous offrons, sur la première réquisition qui nous en sera 
faite, (le répondre à tous les reproches, de confondre tous les déla- 
teurs, de vous donner tous les renseignemens qui peuvent éclairer 
votre décision. Depuis trois mois, notre procès s'instruit dans les 
ténèbres de votre comité des recherches; depuis trois mois nous 
sommes tourmentés et vexés ; nous ne voulons décidément plus l'être. 
Un plus long délai de votre part seroit un véritable déni de justice, 
et alors nous vous prévenons que notre intention est de nous pour- 
voir devant le Directoire du département de Paris. Nous sommes 
décidés à parcourir tous les degrés de la hiérarchie des pouvoirs 
administratifs, nous chercherons la justice jusqu'à ce que nous 
rayions trouvée, et si partout on nous la refuse, il sera démontré à 
toute la France que la liberté n'y existe pas; car il n'y a point de 
liberté partout où il n'y a point de justice. 

« Signés : Dubergier, président; Hamelin, vice-président; 
D'Agieu, de Rossy, Cormier, Hautefort, Armand, Sta- 
nislas Glermont-Tonnerre. » 

XXXI 

Glermont-Tonnerre devenait le point de mire des attaques jaco- 
bines. Une députation de la Société des Amis des Droits de l'homme, 
au faubourg Saint-Antoine, réclama « les honneurs de la lanterne » 
en sa faveur. 11 laissait subsister ses armoiries sur le fronton du 
château de Ghamplâtreux, sur les murs de l'église; il avait établi un 
club monarchique dans une petite ville voisine (1), assurait-on. 

Dans une séance de l'Assemblée nationale, la majorité décida 
qu'Avignon ne serait pas réuni à la France, et Glermont-Tonnerre, 
à la sortie de cette séance, fut malmené. L'affaire fut racontée ainsi 
par un monarchiste : 

« Paris. 

« Lettre aux Rédacteurs du Journal. 

(C Témoin, messieurs, de ce qui est arrivé hier à M. de Glermont- 
Tonnerre en sortant de la séance de l'Assemblée nationale, j'ai cru 
devoir consigner dans un journal, connu par son exactitude à n'ad- 
mettra que des faits vrais, ceux que plusieurs folliculaires vont sans 
doute dénaturer, et qu'il est très important que l'on connoisse. 



(1) Séance du 8 mai 1791, au club des Jacobins. — Le Lendemain, numéro du 
10 mai 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 261 

« A Tissue de la séance d'hier M. de Clermont-Tonnerre est sorti 
par la petite porte qui donne sur la terrasse des Feuillans. Une femme 
lui a dit : « Cela est-il fini? » Il a répondu : « Oui, madame. » Elle 
lui a dit : « Qu'a-t-on décidé? » Il a répondu : « Qu'Avignon ne seroit 
pas réuni à la France. » Et il a continué son chemin sans ajouter un 
seul mot, ni faire un seul geste. Un homme vêtu d'une redingotte 
nationale, que j'ai entendu nommer Saturnin, a dit : « C'est lui qui a 
fait le décret, c'est un scélérat, un gueux, etc., etc., il faut le 
pendre... » Le même cri a été répété par plusieurs autres. M, de 
Clermont n'a rien répondu, ne s'est pas même retourné, et a con- 
tinué son chemin sans doubler le pas. Les cris ont augmenté, on 
disoit : « A la lanterne, pendez-le, au bassin, au chat, etc., etc. » 
Mais la contenance de M. de Clermont-Tonnerre étoit tellement tran- 
quille, il paroissoit même si étranger à ce qui se passoit, que les 
grouppes qui se formulent de part et d'autre auprès de lui se deman- 
doient les uns aux autres : « Où est-il? Montrez-nous le donc? etc. » 
Il étoit auprès d'eux. 

« Il n'y avoit que huit ou dix personnes qui voulussent échauffer 
le grouppe, et notamment une vieille femme et l'homme en redin- 
gotte bleue. Enfin la masse entière s'est ébranlée; on a saisi des 
chaises; d'autres étoient armés de bâtons; tous ont couru sur M. de 
Clermont-Tonnerre; il n'a eu que le temps d'entrer chez le suisse 
qui est à la porte de la cour du Manège. 

« Un officier de la garde nationale et trois ou quatre autres per- 
sonnes l'ont aidé à sortir de chez le suisse et l'ont conduit, à l'aide 
de six cavaliers de la garde nationale, jusqu'à un fiacre qui passoit 
dans la rue de l'Échelle. M. de Clermont y est monté au milieu d'une 
foule très considérable, de laquelle partoit {sic) beaucoup de cris de 
lanterne et des menaces de tous les genres. L'officier de la garde 
nationale et un autre garde national en uniforme que je ne connois 
pas, sont montés dans le fiacre; les six cavaliers l'ont escortés (sic) 
jusqu'à la rue des Vieilles-Tuileries. La foule a suivi le fiacre et s'est 
grossie pendant la route; une demi-heure après, elle a brisé la porte 
de sa maison, s'est précipitée dans l'avenue; plusieurs femmes por- 
toient des cordes; les six cavaliers qui étoient dans la cour ont à eux 
seuls fait rétrograder toute la foule, et ont constamment défendu la 
porj^. Pendant tout l'après-midi la maison a été environnée d'hommes 
attrouppés; les renforts de gardes, qui sont successivement arrivés, 
ont eu la contenance la plus ferme et ont évité tout désordre. M. de 
La Fayette a pris toutes les précautions possibles; M. le Maire s'est 
porté au lieu de l'attroupement. Tous les témoins de cette scène, tous 



262 LES CLUBS GONïRE-RÉVOLUTIONN AIRES 

les amis de l'ordre, doivent rendre justice au zèle et à l'activité de la 
garde nationale. 

« J'observe que c'est pour avoir parlé à la tribune, pour y avoir 
prononcé une opinion que l'Assemblée nationale a adoptée à une 
pluralité de quatre cent quatre-vingt-dix-sept voix contre trois cent 
seize; que c'est deux jours après qu'il a eu parlé, dans la même 
Assemblée, avec beaucoup de force contre ceux qu'il accuse de déna- 
turer et de souiller la révolution, qu'un législateur est insulté, attaqué 
au milieu de la capitale. Certainement il n'y aura de liberté que 
lorsque le peuple de Paris saura respecter les loix et se défendre de 
tous les brigands qui le séduisent. 

« J'ai l'honneur d'être bien sincèrement, 

« Monsieur, 

« Votre très humble et très affectionné serviteur, 

« Petit. 
« A Paris, le 5 mai 1791 (1). » 

Dans une lettre publiée par la même feuille, môme numéro, Cler- 
mont-Tonnerre donne le nom de l'officier : Durocher. Au n" 22, il 
indique le nom du citoyen qui a pris sa défense avec Durocher : c'est 
M. Lecrac, domestique de M. Delfaut, rue de Bourbon Saint-Germain, 
n» 125. Il cite, en outre, un perruquier de la rue Aumaire, nommé 
Devienne, et M. Châtelain, ci-devant grenadier au régiment d'An- 
goulême. 

Selon beaucoup de gens, Clermont-Tonnerre et le Club monar- 
chique projetaient la contre-révolution. Le journal du Club prit sa 
défense, quand on accusait les membres de la Société royaliste de 
chercher à fomenter des troubles. Il imprimait : 

« Contrepoids a la calomnie. 

« On nomme deux des personnes arrêtées commes chefs ou agens 
des chefs d'un projet de contre-révolution. On les dit mis en œuvre 
par le Club monarchique; accusation qui peut être vraie, mais qui 
peut être fausse, comme il y en a eu tant. On nomme aussi pour 
dénonciateur de ce projet un sieur Rutaud, que l'on dit fils du prote 
de M. Langlois, imprimeur. Les sieurs Thévenault et Lacombe lui 
avoient remis quarante mille livres en assignats, afin d'acheter des 
rebelles. Le sieur Rutaud s'est prêté à tout pour tout connoître""; et 
dès qu'il a été au fait du complot, il s'est rendu à la section des 



(1) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarcltique, du samedi 
7 mai 1791, n-ai, t. III, p. là 4. 



CLUB MONARCHIQUE 263 

Carmes, qui a reçu les assignats en dépôt, la déclaration du sieur 
Rutaud, et qui a pris le dernier sous sa garde spéciale, afin de le 
garantir des projets de vengeance qu'il peut avoir à craindre. L'épouse 
de M. Lacombe est gardée à vue. L'indignation qu'excite ce projet est 
générale, et elle est légitime si le projet est avéré. M. de Clermont- 
Tonnerre est fort compromis dans les discours publics. Gardera-t-il 
un silence suspect et même coupable sur des inculpations aussi 
graves que celles dont il est entouré? » 

— « 11 me semble qu'un homme, sans devenir ni suspect ni cou- 
pable, peut se taire sur une calomnie qui n'a ni probabilité ni fonde- 
ment. Je n"ai rien à dire aux auteurs d'une infamie qui certes ne 
croyent pas ce qu'ils publient; mais je réponds volontiers au jour- 
naliste honnête, dont je connois la bonne foi et l'impartialité. Je suis 
totalement étranger à l'affaire à laquelle on attache mon nom. Je n'ai 
jamais donné un denier dont je doive désavouer l'usage. Les seuls 
fonds appartenans à la Société monarchique dont j'aie été momen- 
tanément chargé, sont les onze mille et quelques cents livres em- 
ployées à la distribution de pain faite il y a plus de deux mois. Ceux 
qui me connoissent savent bien que ma fortune, peu considérable il 
y a deux ans, et réduite encore depuis cette époque, ne me permet 
aucune dépense. Telle qu'elle est, je serois encore prêt à la partager 
^vec celui qui viendroit m'apprendre que nous sommes véritablement 
libres sous la loi, et qu'il n'y a plus ni délateurs ni factieux. 

« Stanislas Glermont-Tonnerre. » 

Le Journal de Paris inséra, le 6 mai 1791, une lettre de ce député. 

« 4 mai 1791. 
« Aux Auteurs du Journal. 

« Messieurs, 

« Dans les circonstances où je me suis trouvé aujourd'hui en sor- 
tant de l'Assemblée nationale, accueilli par les outrages et les me- 
naces atroces d'une foule d'hommes que je n'avois pas provoqués, 
j'ai éprouvé un sentiment bien doux et que je m'empresse de mani- 
fester. 

« Au moment où je suis entré chez le suisse des Tuileries pour me 
soustraire à ceux qui me poursuivoient, j'ai vu un jeune Officier de 
la Garde nationale se précipiter dans cette même pièce, me jurer 
qu'il mourroit avant que l'on insultât devant lui un Membre du Corps 
législatif. Mon frère, a-t-il dit, est mort en faisant son devoir et main- 
tenant l'ordre public, je veux imiter son exemple. Cet estimable jeune 



264 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

homme se nomme du Rocher; il ne m'a point quitté qu"il ne m'ait 
reconduit chez moi. 

« Au même moment un autre Citoyen m'a fait une offre semblable, 
s'est de même attaché à mes pas et m'a conduit chez moi : j'ignore 
son nom; il m'a quitté dès que je n'ai plus eu besoin de lui, en me 
disant seulement qu'il étoit domestique chez une personne dont je 
n'ai pas bien entendu le nom. Je désire que cet honnête Citoyen 
veuille bien se faire connoitre à moi. En tout j'ai à rendre à la Garde 
Nationale l'hommage de reconnoissance le plus mérité : six Cava- 
liers ont sauvé ma personne et ma maison de la foule qui, ayant 
brisé ma porte, a pénétré dans ma cour. 

(( J'ai l'honneur d'être, etc. 

« Stanislas Clermont-Tonnerre. » 

Le 21 juin 1791, il annonça à plusieurs de ses collègues de l'As- 
semblée nationale qu'il avait été arrêté par le peuple dans les Tui- 
leries. 

Le journal du Club avait reçu du même cette réclamation : 

« Au Rédacteur. 

« Monsieur, 
« Quelques journaux, et notamment le Journal général de France, 
dans son n° 133, paroissent m'attribuer un ouvrage intitulé : Heureux 
effets de la Révolution et de la Constitution ^ chez Gattey (1). 

« Je ne suis point l'auteur de cet ouvrage, que je n'ai pas même 
lu, et que je ne connois que par la note de ce journal. 
« Je vous prie d'insérer ce désaveu dans votre feuille. 
« Je suis, monsieur, 

« Votre très humble et très obéissant serviteur, 
« Stanislas Clermont-Tonnerre. 

« Ce n mai 1791 (2). >- 



XXXII 

Ajoutons aux événements les écrits pour ou contre la Révolution. 
Dans le cours de l'année 1791, la polémique entre les patriotes et 



(1) Voir plus bas, Librairies. 

(2) Journal de la Société des A7nis de la Constitution monarchique, du sameili 
31 mai 1791, u» 23, t. III, p. 1 et 2. 



CLUB MONARCHIQUE -265 

les monarchistes fut très ardente. Tous les Parisiens s'en occupaient, 
lisaient avidement journaux et brochures de Tun ou l'autre camp, 
ce qui entretenait les animosités. 

Le Tarif des députés à V Assemblée nationale contenait cette phrase : 

« Le Club monarchique vaut tout autant que 4 Champenois (1). » 

Un libelle des plus violents, intitulé : Vie publique et privée de 
Honoré-Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau, était dédié aux Amis 
de la Constitution monarchique (2). 

Une brochure, Y Assemblée des Noirs (3), assiégée hier au soir par le 
peuple, rue Royale, annonçait : 

« Errans depuis la funeste aventure des Capucins, partout repous- 
sés, la constance peu commune des Noirs les avait logés rue Royale,' 
n» 28, Ils s'y sont assemblés en catimini... Il étoit environ sept 
heures. Plusieurs voitures obstruoient la rue Royale (4). » 

Corsas écrivait, en mars 1791, un article satirique sur la réception 
de Riquetti Mardi-Gras au Club monarchique. 

Le journal VAmi de la Constitution, fondé le 1" octobre 1791, se 
déclara monarchiste, d'accord avec la Constitution, menaça de pour- 
suivre « avec une opiniâtreté honorable tous ceux qui seraient tentés 
d'élever leur fortune et leur puissance sur les débris du trône (5). » 

Voilà pour les opposants au Club monarchique; voyons maintenant 
les élucubrations des hommes qui, plus ou moins, marchaient d'ac- 
cord avec lui. Généralement, elles prenaient le ton de l'ironie, s'ins- 
piraient des Actes des Apôtres. 

C'était, en premier lieu : 

« LES CRIMES DU CLUB MONARCHIQUE 

« Le Club monarchique est haï des aristocrates et des jacobins. 
« Qu'est-ce qu'il a fait aux aristocrates? 
« Il leur a dit : Vous êtes des imbécilles et des rebelles. 
« Des rebelles, parce que vous désobéissez à la Constitution que 
tous les François veulent avoir. 



(1) Hatin. 

(2) Brochure datée de 1791 (Paris, hôtel d'Aiguillon). — Bib. de la Chambre 
des députés, Bf 250. 

(3) Rappelons qu'on appelait les Noirs ou les Chevaux noirs les membres vêtus 
de noir qui siégeaient à droite de l'Assemblée nationale. 

(4) Brochure de 7 p. (Bib. Nat., Lb 39/4749.) 

(o) Ce journal disparut le 10 mai 1792, à son 230" numéro, et fut réuni à la 
Correspondance patriotique. 



266 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

« Des imbécilles, parce que vous voulez ressusciter ce qui esl mort, 
et détruire ce qui durera plus que vous. 

« Il n'a pas redemandé les parlemens. 

« 11 n'a pas parlé du clergé. 

« Il ne soutient pas la noblesse. 

:< Il ne regrette et ne réclame aucun abus, 

« Voilà, aux yeux des aristocrates, les crimes du Club monar- 
chique. 

« Qu'est-ce qu'il a fait aux Jacobins? 

« 11 ne les a point adorés. 

« Il a dit qu'il vouloit la monarchie décrétée par l'Assemblée natio- 
nale. 

« Il a dit qu'il vouloit le roi adoré par tous les François. 

« Il a dit que M. Barnave en avoit menti, et l'a prouvé. 

u 11 a dit que M. Broglio (1) avoit menti, et l'a prouvé. 

« 11 a même dit que M. Choderlot {sic) avoit menti, et l'a prouvé. 

« Il a raconté toutes les sottises des petits clubs jacobins de pro- 
vince. 

« Il a dit qu'il n'obéiroit qu'à la loi, et jamais aux Jacobins. 

« Voilà, aux yeux des Jacobins, les crimes du Club monarchique. 

« Mais a-t-il fait quelque chose au peuple? — Oui. 

« Il a nourri deux mille pauvres pendant un mois. 

« Il leur a dit : Ne vous mêlez pas de disputes qui ne vous regar- 
dent point; travaillez,. soyez tranquilles, ne faites point d'émeute, et 
nous vous aiderons de notre mieux. 

« Voilà, les seuls crimes du Club monarchique à l'égard du 
peu])le. 

« Mais a-t-il fait quelque chose contre la Révolution? — Non. 

« Il a dit qu'elle avoit bien fait de détruire tous les abus, mais 
qu'il ne falloit ni tuer, ni vexer, ni insulter ceux qui en jouissoient 
autrefois. 

« Il a dit que l'on pouvoit être libre sans suivre, comme des chiens 
à la piste, une demi-douzaine de faquins qui, n'ayant fait qu'un saut 
de l'antichambre du roi à la tribune de la nation, sont insolens avec 
leur maître depuis qu'il est le plus foible, comme ils étoient insolens 
en son nom quand il étoit le plus fort. 

« Il a dit que si la loi étoit respectée, l'ordre public maintenu, le 
calme renaîtroit bientôt, et que les François libres et tranquilles se- 
roient le premier peuple de la terre. 

(1) Victor de Broglie. (Voir plus haut, p. 200 et suiv.) 



CLUB MONARCHIQUE 267 

« Voilà les seuls crimes du Club monarchique contre la Révolution. 
« François! réfléchissez sur les crimes du Club monarchique (1). « 

C'était la glorification, en tout et pour tout, du club qui avait 
excité les colères des patriotes les plus modérés en plaçant les droits 
de la royauté avant ceux de la souveraineté du peuple. 

Quelquefois, les auteurs s'attaquaient à une personnalité connue, 
ou prêchaient la contre-révolution armée. 

On lit, dans la Réception de Cara (Carra) au Club monarchique : 

« Le Monarcuiste. — Sachez donc que le véritable patriotisme est 
au Club monarchique. 

« Gara. — Allons donc, allons donc, vous vous moquez de moi. 

« Le Monarcuiste. — Voilà mon homme qui n'avait pas de préven- 
tion. 

« Cara. — Un club dont les séances sont mistérieuses [sic] ! 

« Le Monarchiste. — Les vôtres sont-elles publiques? D'ailleurs ce 
reproche est mal fondé : vous n'aviez qu'à ne pas le persécuter, il 
eût depuis longtems tenu ses séances publiquement, et il vous eût 
donné un exemple que vous n'auriez certainement pas suivi. 

« Cara. — Un club qui se qualifie de monarchique! 

« Le Monarchiste. — La monarchie n'est-elle pas décrétée? Est-ce 
agir contre le patriotisme que de soutenir la constitution? 

•« Cara. — Un club où l'on donne du pain ! 

« Le Monarchiste. — L'humanité est-elle anti-patriotique? n'est-ce 
pas un devoir que de soulager ses frères?... 

« Cara. — ... Un club qui vouloit rivaliser avec les Jacobins! 

« Le Monarchiste. — Ah! voilà le grand crime... (2). >> 

Dans une brochure : Tôt ou tard la raison reprend ses droits^ l'au- 
teur imprimait une adresse aux Bretons, où nous lisons : 

« Marchez droit à ce Louvre, dont ils ont fait la prison de la Famille 
Royale; écartez ces misérables geôliers, qui ont osé se revêtir des 
livrées de l'honneur; ne craignez rien d'eux, ils ne sont forts que 
de la faiblesse des autres. Jamais des traîtres ne pourront résister 
à des François qui sauvent leur roi : enlevez ce Prince foible, mais 
bon, qu'ils ont la barbarie de rendre malheureux; cette Reine dont 
les revers ont montré toute l'énergie; cet Enfant qui deviendra le 
vôtre, et qui sourira à vos généreux efforts (3;. » 



(1) Brochure iu-8» de 4 p., s. 1. n. d. (1791?). — (»ib. x\at., Lb :{9/4750.)- 

(2) Dialogue. (Blb. Nat., Lb 39/4617.) 

(.3) Bib. de la Chambre des députés, W" 222, t. 11. 



268 LES CLUBS CONTRE-RÉ VOLUTIONN AIR liS 

Une autre brochure, ayant pour titre : Ah! Parisiens, quavez-vous 
fait? contenait cette affirmation presque aussi provocatrice que la 
précédente : 

« Paris, superbe cité! quels objets vous offrez à nos regards! 
N'êtes vous plus qu'une arène de bêtes féroces qui n'attendent qu'un 
signal pour se dévorer? Quoi! bientôt, peut-être, vous ne serez plus 
qu'un affreux tombeau!... 

«... Peuple inconséquent, irrésolu, lâche, foible, crédule! oui, 
vous reverrez vos princes avec enthousiasme... (1). » 

Nous trouvons dans le Catéchisme des aristocrates : 

« D. — Qu'est-ce que le Club monarchique? 

« R. — C'est une Société d'hommes sages et courageux, formée 
pour s'opposer aux attentats des Jacobins et sauver la Monarchie, 
et que pour cette raison on a cherché à détruire, malgré le mot de 
liberté que leurs ennemis ont sans cesse à la bouche. 

« D. — Cette Société est-elle bien nombreuse? 

« R. — Elle est composée de tout ce qu'ily a de gens sensés, d'hon- 
nêtes et de véritables François dans tout le Royaume. 

« D. — Mais alors, pourquoi a-t-elle si peu d'influence? 

« R. — Eh! que peut le courage^et la raison contre une multitude 
égarée? Mais l'effervescence diminue tous les jours, et le temps ap- 
proche où le Trône des Tyrans Démagogues va crouler et les écraser 
sous ses propres ruines... (2). » 

Citons aussi l'intitulé d'une brochure : Contre les horreurs du jour, 
à tous les vrais François, par un Ami de l'Autel, du Trône et de la 
Patrie, 

« A l'école de la vérité, la troisième année de la tyrannie des cons- 
ciences, des crimes de Lèze-Majesté divine et humaine, de Lèze- 
Patrie, de la licence la plus effrénée, et de la plus cruelle persécu- 
tion (3). » 

Du dehors venaient en France quelques libelles à l'adresse des 
monarchistes. 

Dans la brochure : Adresse des bons Français au Roi, parue à 
Bruxelles le 15 août 1791, on lisait : 

« Votre capitale offre, il est vrai, le spectale le plus déchirant. 



(1) Bib. de la Chambre des députés, fif" 222, t. XXXVII. 

(2) Catéchisme des Aristocrates, etc. (1791). — Bib. Nat., Lb 39/4560. 

(3) Brochure in-8° de 32 p. (1791). (Bib. de la Chambre des députes, B' 268.) 



CLUB MONARCHIQUE 269 

Elle s'est transformée en un volcan qui couvre la France de ses cen- 
dres et qui répand au loin ses vapeurs meurtrières : mais, Sire, ses 
convulsions ne sont pas celles de votre bon peuple de Paris. Comme 
vous, il est dans les fers... (1). » 

Le Journal à deux liards imprimait : « J'ai vu ce David (le peintre) 
si bête, si méchant et si véritablement marqué du sceau de la répro- 
bation. On n'est pas plus hideux et plus diaboliquement laid. S'il 
n'est pas pendu, il ne faut pas croire aux physionomies (2). » 

Lorsque le bonnet rouge apparut, vers le milieu de 1791, le Journal 
de la Cour et de la Ville dit, en parlant de la Nation : 

Elle arbore le bonnet rouge, 
En attendant le bonnet vert. 

Le journal comptait six mille abonnés parmi les vingt mille abon- 
nés des journaux royalistes. 

La cour lui préférait le Journal à deux liards^ qu'elle trouvait 
moins ordurier. L'un et l'autre se valaient, au point de vue de la 
propagande anti-révolutionnaire. 

Enfin, dans le Moniteur universel, Romainvilliers déclara qu'il 
n'était pas du Club monarchique (3) ; Fontenay et Custine réclamè- 
rent contre l'insertion de leurs noms sur la liste du Club monar- 
chique (4). Ils le regardaient comme trop compromettant. Le général 
Custine s'était opposé, néanmoins, aux décrets contre les émigrés, 
ce qui avait mis les patriotes en défiance à son endroit. 

Toutes les réclamations n'empêchaient pas les monarchistes persé- 
vérants de plaider pour leur club. Loin de là, ils tinrent tête aux 
représentants de la nation et aux membres de la municipalité obligée, 
parfois, de s'interposer entre les partis pour éviter les violences. 
Le 23 février, Bailly écrivait à M. de Gouvion, major-général de la 
garde nationale, une lettre l'invitant à défendre de toute insulte 
l'évêque de Nîmes, logé à l'Hôtel d'Uzès (5). 

Tout en invoquant la loi qui était pour eux, les monarchistes 
essayèrent, pubhquement ou secrètement, de faire pression sur les 



(1) Bib. de la Chambre des députés, B"" 222, t. LXIV. 

(2) Les monarchistes ne pardonnaient pas à Jacques-Louis David d'employer 
son pinceau et son crayon à retracer des scènes de la Révolution, à laquelle il 
applaudissait. 

(3) Moniteur universel, numéro du 9 février 1791.— Romainvilliers, placé parmi 
les membres du Club monarchique, réclama, mais approuva les idées du club. 

(4) Moniteur universel, numéro du 10 février 1791. 

(5) Copie, Bib. Nat., Mss, fonds français, 11697. 



270 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

autorités, et ils engagèrent çà et là une polémique vigoureuse contre 
leurs adversaires. On assurait que la Société des Amis de la Constitu- 
tion monarchique s'était assemblée à l'Observatoire (1). 

Quoi qu'il arrivât, les membres du Club monarchique se déclaraient 
toujours calomniés. Ils attaqliaient même le comité des recherches. 
Leur journal annonça ainsi une pièce importante de ce comité, 
rédigée par Sillery, deux fois coupable à leurs yeux, comme orléa- 
niste et comme siégeant sur les bancs de la gauche à l'Assemblée 
nationale : 

« Il paroît enfin chez Baudoin (2), imprimeur de l'Assemblée natio- 
nale, le grand rapport de M. Sillery, au nom du comité des recher- 
ches, relativement au Club monarchique et à l'affaire de MM. Théve- 
nault et Lacombe. Nous invitons tous ceux qui étudient la calomnie 
à se procurer ce rapport; ils verront comme il faut qu'elle ne soit pas 
faite quand on veut qu'elle réussisse (3). » 

Certes, les accusations portées contre le Cluh monarchique n'étaient 
pas toutes fondées, mais on ne pouvait douter du danger auquel il 
exposait le parti patriote et la cour de Louis XVI elle-même par ses 
affiliations au dedans et au dehors. 

Non seulement en France, sous l'inspiration du Cluh monarchique ^ 
s'étaient formés nombre de clubs royalistes^ loyalistes^ monarchistes, 
étrangers, opprimés^ amis de la paix, amis de l'ordre, amis du peuple, 
amis de la religion, amis de la noblesse, club de la résurrection, etc., 
mais les monarchiens entretenaient correspondance avec les émigrés. 

Il se fonda, à Coblentz, une Société des Amis de la monarchie. Les 
gendarmes,, chevau-légers et mousquetaires de la maison du roi y 
furent réorganisés sous le nom de Compagnies rouges, et commandés 
par Montboissier, qui faisait partie du Club monarchique (4). Les 
émigrés appelaient cette ville « la capitale de la France extérieure 5) ; 
le comte de Provence y rétablissait l'ancienne maison militaire 
du roi. 

Le Club se livrait à des intrigues sourdes, aune propagande secrète 



(1) Dans la première quinzaine de février 1791. — Courrier de Gorsas, u» XII, 
(lu 12 février 1791. 

(2) François-Jean Baudouin fut député suppléant de Paris, membre du club des 
Jacobins. Il fut arrêté plus tard. On l'accusait d'avoir touché des fonds provenant 
de la liste civile. 

(3) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, du samedi 
18 juin 1791, n" 27, t. III, p. 2. — Voir plus haut, p. 262 et 263. 

(4) Le baron de Montboissier, député de Glermont-Ferrand, appartint d'abord 
au Club de Valois. — Voir plus haut, p. 56. 



CLUB MONARCHIQUE 27t 

et publique tout à la fois. Beaucoup de généraux étaient abonnés au 
Journal de Paris, à VAmi du Roi, au Journal de la Cour et de la 
Ville. 

Vergniaud ne tarda pas à parler « des preux de la prérogative 
royale », qui s'étaient ralliés à Coblentz. 

La section de l'Observatoire revint même sur la question du pain 
à un sou la livre : 

« Extrait du registre des délibérations de la section de V Observatoire. 

« Séance du mardi 28 décembre 1791. 

« L'assemblée générale, après avoir rempli l'objet de la convoca- 
tion du corps municipal, s'est constituée en assemblée délibérante, 
sur la demande de plus de cinquante citoyens; et après la nomina- 
tion d'un président, elle a, sur la proposition d'un de ses membres, 
pris l'arrêté suivant : 

« Attendu le danger de laisser subsister plus longtems une Société 
se disant des Amis de la Constitution monarchique., dont les principes 
anti-constitutionnels sont consignés dans plusieurs papiers publics, 
que la section s'oblige de représenter au besoin ; 

« Attendu notamment le fait certain que plusieurs membres do 
cette association se sont présentés avec des cartes portant le sceau 
de la Société, chez des boulangers qui, sur le vu de ces cartes, 
donnent le pain à un sou la livre ; manœuvre qui, déguisée sous le 
nom de bienfaisance, n'en est que plus dangereuse ; 

« La municipalité sera requise, dès ce soir, d'employer toute l'au- 
torité dont elle est dépositaire, pour opérer, dès demain, la dissolu- 
tion de cette prétendue Société, dont l'existence alarme tous les bons 
citoyens et pourroit troubler la tranquillité publique. 

« L'assemblée a nommé MM. Bosquillon (1) et Patris (2) pour 
porter sur le champ la présente délibération à la municipalité ou au 
procureur de la Commune. 

« Certifié conforme : 
« Signé : Damajou, secrétaire-greffier (3). » 



(1) Charles-Pierre Bosquillon, avocat, juge de paix de la section de l'Observa- 
toire eu 1790, électeur en 1791, massacré à l'Abbaye le 2 septembre 1792. 

(2) Charles Frobert Patris, instituteur, assesseur du juge de paix de la section 
de l'Observatoire en 1790, électeur en 1789, 1791 et 1792. 

(3) Imprimé dans le Journal de la Société des Amis de la Constitution monar- 
c/tique. 



272 LES CLUBS GONTRE-RICVOLUTIONN AIRES 

XXXIII 

Cela n'empêcha pas les partisans du Club monarchique de pour- 
suivre de leurs sarcasmes les patriotes pendant les premiers mois de 
l'année 1792. Des conciliabules aristocratiques se tenaient à l'Hôtel 
de Marigny. Tout leur servait de sujet pour exhaler leur haine. 

Une brochure était datée ainsi : « Ce 8 février 1792, les assignats 
perdant 62 pour cent. » 

Et on lisait dans le Mercure national : 

« ... Se dire ami de la Constitution monarchique est un crime de 
lèse-nation (1). « 

Un peu plus tard, le baron de Wimpfen proposa d'établir une 
démocratie royale. Le mot réussit, mais non pour longtemps. 

Les chansons de la Révolution étaient répétées dans le camp des 
émigrés. On mettait des paroles royalistes sur le Chant du départ., la 
Marseillaise et la Carmagjiole (2). 

Dans VÉpigamie des Brigands ou la Lairomanie ^ satire apologé- 
tique-antithétique de la rébellion, dite Révolution de France, on 

lisait : 

Dans un débordement de bile, 
Qui fluoit par haut et par bas, 
PI uton dégobilla CamzV/e 
Et chia Brissot et Gorsas (3). 

Le style du Père Duchêne avait passé la frontière. Nous avons dit 
avec raison que les monarchistes, les premiers, commencèrent à 
tremper leurs plumes dans le vinaigre, parfois dans le vitriol. Ils pra- 
tiquèrent la forme ordurière. 

Carra s'émut des agissements, devenus dangereux, des royalistes 
qui, loin de désarmer, prenaient maintenant l'offensive. Il les signala 
d'une façon très nette, comme travaillant à organiser des soulève- 
ments : 

« Les membres du Club monarchique veulent se réunir au nombre 
de plus de deux mille. Leur projet est d'imprimer et d'afficher pla- 
cards., pétitions^ avis et adresses contre V Assemblée nationale., contre 
les Jacobins et les sociétés patriotiqu's en général {A\ » 

(1) Mercure national, numéro du 4 janvier 1792. 

(2) Ma Jeunesse (1814-1830), par le comte d'Haussouville, Paris, 1885, p. 31. 

(3) Coblentz, 1792, 200 p. 10-8°. Cité par la Feuille de correspondance du libraire 
année 1792. (Bib. Nat., Q. n» 5097.) 

(4) Annales patriotiques de Carra, n» 784, du 25 novembre 1791. 



CLUB MONARCHIQUE 273 

V Indicateur ^ iourndX royaliste,dontBaert, député, était un des prin- 
cipaux rédacteurs, était envoyé gratuitement à un grand nombre de 
fonctionnaires, malgré leurs refus et leurs protestations (1). On leur 
forçait la main, pour ainsi dire, la plupart du temps en pure perte. 

Sans arrêter le mouvement révolutionnaire, les monarchistes 
insultaient leurs ennemis. 

Nous trouvons dans 

« Le nouveau Dictionnaire pour servir à l'intelligence des termes mis 
en vogue par la Révolution; 

« Dédié aux amis de la Religion^ du Roi et du sens commun : 

« CLUBS 

« Associations qu'a fait éclore la nouvelle Constitution, qui ne veut 
pas d'associations. 

« Celles-ci sont engendrées partout ; elles réunissent tout le pou- 
voir législatif, tout le pouvoir exécutif, tout le pouvoir administratif, 
tout le pouvoir judiciaire. Les amis des droits de l'homme, de l'es- 
pèce particulière de ceux que l'ancien régime se plaisait à constituer 
ès-lieux vulgairement appelles, tantôt prisons, tantôt cachots, sont 
tous membres de clubs... » 

« PANTHÉON FRANÇOIS 
« Nouveau Montfaucon national. 
« Les premiers qui en ont eu l'honneur sont Mirabeau et Voltaire. » 

« PATRIOTE 
« Animal bipède qui fait peur aux honnêtes gens timides, et qui a 
peur des honnêtes gens courageux. » 

« PHILOSOPHES 

« Souffleurs dans la tragi-atroci-absurdo-comédie-parade appelée 
la révolution. » 

« RÉVOLUTION FRANÇOISE 

« Bouleversement qui s'est opéré en i 789 dans les têtes de France, 
et qui a fait de cette terre un vaste Bedlam... (2). » 

Dans le n" XI du Journal de M. Suleau (1792), l'auteur s'adressait à 
Camille Desmoulins, en imprimant : 

« P. S. — Mille choses gracieuses à ta femme; elle est vraiement 



(1) L'Indicateur, fondé eu 1792, ne parait pas avoir survécu à la journée du 
10 août. 

(2) Uib. de la Chambre des députés. Bf" 222, t. XXXIX. 

18 



274 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

jolie ci très intéressante : ne seroit-ce pas dommage c^ue l'un de ces 
quatre matins elle devint la veuve d'un pendu et la proie d'un pan- 
dour? » 

Il était difficile de lancer une plus forte impertinence, une plus 
cruelle injure. Lucile Desmoulins était sympathique, et ces méchan- 
cetés devaient irriter toutes les personnes qui fréquentaient chez 
elle (1). 

En 1792, le Journal Français osait parler ainsi des Jacobins aux- 
quels Paris était livré : 

« La calomnie est la monnaie courante du pays, l'audace est un sCr 
passeport pour entrer sur cette terre déshonorée, et les menaces 
sont le pouvoir exécutif de cette aggrégation anarchique. 

« La liberté a abandonné aux furieux ce lieu, où jadis elle était 
adorée. 

« Les écrits dictés par la raison ou le patriotisme y sont lacérés et 
brûlés au milieu des vociférations des cannibales abâtardis. Ces sin- 
ges-tigres voudraient nous faire regretter le despotisme, puisqu'ils 
renchérissent à l'envi sur ses monstrueuses conceptions. » 

En 1792, YAlmanach des honnêtes gcns^ composé par un aristocrate, 
et tout rempli de sentiments aristocratiques, faisait des prédictions 
bizarres et des prophéties menaçantes 

Dans le Mercure de France^ de Mallet-Dupan, on pouvait lire : « Les 
Huns, les Hérules, les Vandales et les Goths ne viendront ni du Nord 
ni de la mer Noire : ils sont au milieu de nous (2). » 

Ces écrits eurent du retentissement dans le monde royaliste et 
aristocratique jusqu'au 20 juin et au 10 août 1792. 

En juillet de cette année, l'Assemblée législative apprenait qu'un 
chef contre-révolutionnaire voulait soulever le département de l'Ar- 
dèche avec plusieurs milliers d'hommes armés. Ce chef s'intitulait 
« Lieutenant général de l'armée des princes. » Le 4 de ce même 
mois, un gendarme national faisait, aux Jacobins, cette dénonciation : 
« Il se tient à l'École militaire un club nocturne où se forgent les 
complots que l'on cherche à mettre en exécution le jour. C'est de là 
qu'ont été lâchés les émissaires qui ont cherché à produire des mou- 
vements dimanche dernier (l'^'" juillet). On en envoie d'autres dans 
les départements, où l'on fait courir le bruit que la vie du roi est en 
danger... (3). » 

(1) Voir plus bas, Sociétés, comités, clubs et cercles divers, etc. 

'(2) Numéro du 14 janvier 1792. 

(3) Société des Jacobins, séance du 4 juillet 1792. 



CLUB MONARCHIQUE 273 

Il était question aussi d'envoi de deux députés à Louis XVI par le 
directoire du département de la Somme, lui offrant le secours des 
gardes nationales du département (1); on parlait de la fuite du roi 
sous huit jours; on disait que son sellier travaillait à la voiture qui 
devait lui servir. 

Une entente semblait exister entre les émigrés de l'extérieur et de 
l'intérieur, agissant contre les volontés de la nation. Le Journal de la 
Correspondance politique^ le Journal des émigrés, le Journal ro>/aliste 
paraissaient. 

Mais après le 10 août 1792 et la fin tragique de Clermont-Tonnerre; 
après l'émigration de Malouet et de Cazalès ; après les journées de sep- 
tembre, la proclamation de la République et l'exécution de Louis XYI ; 
après la création du tribunal révolutionnaire et pendant les luttes de 
la Convention, il ne pouvait plus être question de clubs monarchi- 
ques. L'insurrection vendéenne, les troubles sanglants du Midi, l'émi- 
gration et ses représentants à côté des armées coalisées, mettaient 
néanmoins en action la pensée royaliste, dont les fervents propaga- 
teurs attendirent, pour reprendre leur polémique, les époques de la 
réaction thermidorienne, du Directoire exécutif et du Consulat. 

Toutefois, le souvenir du Club monarchique fit suspecter d'autres 
clubs dont nous allons parler, et qui, sous couleur de réunions mo- 
dérées ou constitutionnelles, tendirent parfois à renouer la chaîne 
des temps, à reprendre les traditions du passé, à renier non seule- 
ment 1793, mais encore 1789. 

Étrange la destinée du Club m.onarchique , dont on a tant parlé, 
qui n"a pas eu une existence réelle bien déterminée, mais qui, sur- 
tout à cause de son titre et de ses polémiques, a marqué dans les 
fastes de la Révolution ! Beaucoup de ses membres ont succombé 
pendant les luttes révolutionnaires; d'autres ont échappé à la Ter- 
reur; d'autres, enfin^ ont pactisé avec Bonaparte premier consul, ou 
avec Napoléon empereur. 

(1) Moniteur universel, t. XII, p. 758. 



CLUB DES FEUILLANTS 



Fondé en 1791. 



I 



D'abord Club breton, formé exclusivement de députés de la Breta- 
gne, et installé dans la ville de Versailles, dans le salon de l'opposi- 
tion nobiliaire, disent Bûchez et Roux (t), ou dans le café Amaury, 
situé près de l'Hôtel des Menus, à l'entresol. Les députés de Bretagne 
s'y consultaient avant les séances. Dès le principe, on remarquait 
parmi ses membres Gleizen, avocat au Parlement de Rennes; Le Cha- 
pelier, avocat à Rennes; Lanjuinais, avocat et professeur en droit 
canon dans la même ville^ et Corroller du Moustoir, procureur du roi 
à Hennebont. 

Le Club breton ne resta pas exclusivement composé de députés élus 
par la province de Bretagne. Vinrent bientôt s'y adjoindre le duc d'Ai- 
guillon, Sieyès, Barnave, les Lameth (Charles et Alexandre), Mira- 
beau l'aîné, Pétion, Volney, l'abbé Grégoire, Goupil de Préfeln^ 
Maximilien Robespierre, des députés élus par la province de Franche- 
Comté, La Réveillière-Lépeaux, des députés élus par la province 
d'Anjou, Bouche, avocat, député d'Aix, le marquis de Lacoste, député 
du Charolais, et d'autres encore. 

Gleizen (2) présida probablement les premières séances; le 1" juil- 
let 1789, le duc d'Aiguillon fut président. Furent présidents aussi Le 
Chapelier et Bouche. 

Selon Dubois-Crancé (3), la Cour n'épargna aucun inoyen de cor- 
ruption à l'égard des membres du Club breton, dans lequel s'intro- 



(1) Histoire parlementaire de la Révolution, t. II, p. 36. 

(2) Avocat, député du tiers état de Rennes aux Etats-Généraux. 
(.3) Analyse de la Révolution française, p. 49. 



278 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

duisirent quelques faux frères, pendant que les monarchistes tenaient 
des conciliabules secrets chez la reine, Monsieur, madame de Tessé, 
le duc de Luxembourg, l'archevêque d'Aix et autres. 

Lorsque l'Assemblée nationale fut transférée, en octobre 1789, à 
Paris, le Club breton la suivit, Il choisit et loua la salle de la biblio- 
thèque du couvent des Jacobins, rue Saint-Honoré. En février 1790, 
il prit le nom de Société des Amis de la Constitution (1). Le 21 sep- 
tembre 1792, il décida de s'intituler Société des Jacobins^ amis de la 
liberté et de Végalité. 

Sous la monarchie constitutionnelle, il s'appela 5ocie/^' des Amis de 
la Constitution, séants aux Jacobins, à Paris. Il se glorifiait de ce 
nom de Jacobins, que les ennemis de la Révolution lui donnèrent pai' 
dérision, afin de ridiculiser ses membres, de les faire regarder comme 
une faction. 

Il y eut promptement scission parmi les Amis de la Constitution. 

La Fayette, Bailly, Duport (Adrien), les Lameth (Alexandre et 
Charles), La Rochefoucauld-Liancourt, demeurés royalistes constitu- 
tionnels, fondèrent un club au Palais-Royal, club bientôt transféré 
dans l'ancien couvent, vaste et somptueux , des Feuillants, non loin 
de la salle du Manège, en face de la place Vendôme, près des Tuile- 
ries et du couvent de l'Assomption (2). Dandré, député de la noblesse 
de Provence aux États généraux, Beugnot, ancien lieutenant du pré- 
sidial de Bar, et devenu député à la Législative, Dumas, qui organisa 
la garde nationale avec La Fayette (3), Le Chapelier, Pastoret, qui fut 
procureur syndic du département de la Seine, Vaublanc et Mirabeau 
l'ainé, appartinrent au Club des Feuillants, dont les débris du club 
de 1789 formèrent le noyau (4). Ce fut encore une réunion de modé- 
rés, ne voulant pas aller plus loin que la monarchie constitutionnelle; 
d'Amis de la Constitution, séante aux Feuillants, 

11 faut remarquer, tout d'abord, que, dès le commencement de la 

(1) Voir, pour plus de détails, la Société des Jacobins, Introduction, t. I, ouvrage 
publié par M. F. A. Aulard, dans la CoUecUon de documents relatifs à VHistoire 
de Paris pendant la Révohdion. 

(2) En 1804, la rue de Rivoli a fait disparaître rép,iise et le couvent des Feuillants. 
L'enclos du monastère occupait l'espace compris entre la rue Saint-Honoré et la 
terrasse septentrionale du jardin des Tuileries, dite « terrasse des Feuillants. » Le 
bureau des archives de la Constituante était à la Bibliothèque du couvent des 
Feuillants. Le local des Feuillants était magnifique. Ces clubistes voulaient faire 
abattre le maître-autel de la chapelle du couvent, ou vue de la tenue de leurs 
séances. On ne sait pas s'ils exécutèrent ce projet. (Arch. Nat., 21 septembre 1791, 
2 pièces, F'" 611«.) 

(3) La Fayette, surnommé Gilles-César ou Gilles-le-Grand Tpa.r le duc de Choiseul. 

(4) Voir Société de 1789. . , 



CLUB DES FEUILLANTS 279 

Révolution, le district des Feuillants, auq^uel l'ancien couvent avait 
donné son nom, se montrait favorable aux modérés, notamment à 
Bailly. Le bataillon des Feuillants était formé des gens du quartier qui 
avoisinait la place Vendôme. Lorsque^ le 17 septembre 1789, il y eut 
du bruit chez les boulangers, et lorsque la rumeur publique accusait 
Bailly à ce propos, le district des Feuillants s'arma pour la sûreté du 
maire de Paris. 

Quelques jours auparavant, le 7 septembre, le bataillon des Feuil- 
lants avait fait bénir ses drapeaux à Saint-Roch, et madame Bailly 
avait quêté. Un dîner du bataillon avait eu lieu au pavillon de Flore. 
En avril 1790, il se préoccupa de l'assemblée aristocratique décou- 
verte aux Capucins de la rue Saint-Honoré (1). 

La Fayette et Bailly avaient les mêmes partisans et les mêmes 
ennemis, qui les accouplaient dans tous leurs discours et dans tous 
leurs écrits. On prétendait qu'ils s'entendaient, au fond, avec la cour, 
et on les déclarait responsables de ce qui se faisait, à Paris, contre 
les patriotes d'action, contre les gens qui adoptaient les principes des 
Jacobins ou des Cordeliers. La Fayette et Bailly étaient les héros de 
la bourgeoisie parisienne, commettant à tout instant des actes qui les 
rendaient impopulaires. Les avancés n'oubliaient pas qu'ils avaient 
fondé la Société de 1789 ; ils regardaient comme équivoque leur con- 
duite à l'égard des monarchistes et du Club monarchique. La loi 
martiale, votée le 20 octobre 1789, compromettait les officiers muni- 
cipaux ainsi que les gardes nationales, par conséquent La Fayette et 
Bailly, lors de son exécution en cas de rassemblements et d'émeutes. 

Entraînés par leur enthousiasme commun pour la cause révolu- 
tionnaire, les membres du Club des Amis de la Constitution restèrent 
unis, ou à peu près, jusque vers le milieu de l'année 1791. 

La première question qui divisa les Jacobins fut celle de la rééligi- 
bilité des députés, dont Robespierre, Buzot et Pétion ne voulaient 
pas, et que voulaient Lameth, Barnave et Duport (mai 1791). 

Puis la fuite du roi ajouta aux discordes. Le 15 juillet 1791, le 
schisme éclata. Il y eut, le lendemain, assemblée aux Feuillants. La 
Constituante, ayant pour ainsi dire absous Louis XVI, après l'arres- 
tation à Varennes, une pétition réclama la déchéance du roi et fut 
couverte de signatures. Nombre de Jacobins et de Cordeliers approu- 
vèrent cette pétition, œuvre de l'orléaniste Laclos; d'autres membres 
du Club des Jacobins n'en voulaient pas assumer la responsabilité et 
invoquaient l'inviolabilité de Louis XVI, à l'encontre de la déchéance. 

(l) Voir, plus haut, Club monarchique, p. 126 et suiv. 



280 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Le déploiement du drapeau rouge au Champ de Mars (17 juillet 
1791) combla la mesure. La Fayette, Bailly surtout, perdirent leur 
popularité. 

Aussitôt se forma le Cluh des Feuillants , qui suivit la ligne poli- 
tique des hommes approuvant la loi martiale, malgré le sang versé 
par les gardes nationaux que Marat appelait « les mouchards de La 
Fayette. » Les membres du nouveau club n'admettaient pas que Ton 
pétitionnât pour la déchéance du roi. 

Peu à peu, le Club des Feuillants était devenu le refuge des réac- 
tionnaires. Il demeura presque désert, en déclinant de jour en jour, 
à dater de la mort de Mirabeau, et il s'éteignit après la journée du 
10 août 1792. A une certaine époque, il n'y eut plus que oG députés 
parmi les Feuillants, tandis que, à leur début, ils en comptaient 2Ci. 

Le Feuillant avait donc disparu dès que les premiers mots de ropubli- 
(pie furent prononcés, soit dans les assemblées populaires, soit dans 
la Constituante, soit dans la presse et dans le public. Il se déclara 
essentiellement « constitutionnel », c'est-à-dire résolu à maintenir 
la royauté, le pouvoir exécutif de Louis XVI. Lacretelle fit adopter 
dans son club la devise : « La constitution, toute la constitution, rien 
que la constitution! » Le Feuillant espérait que les hommes de la 
veille et les hommes du lendemain s'accorderaient entre eux. Il tenait 
par bien des côtés, par des affections profondes à l'ancien régime. 
Aussi, presque tous les historiens Tont-ils traité de « Jésuite poli- 
tique. » 

Nous remarquons que l'avocat Bouche, constituant, demeurant à 
l'Hôtel de Valois, rue de Richelieu, a été président des Feuillants, 
après l'avoir été précédemment aux Jacobins. Nous remarquons en- 
core que les Feuillants fréquentaient beaucoup le café de Valois, au 
Palais-Royal, café mal famé au point de vue des idées nouyelles'(l). 

Bouche envoya, le 21 juillet 1791, au Moniteur^ une lettre ainsi 
conçue : 

w Au Itédacleur. 

« Il vient, Monsieur, de me tomber sous la main un imprimé inti- 
tulé : Société des Amis de la Constitution, de Paris, séante aux Jaco- 
bins, rue Saint-Ho7ioré, Paris, I 7 juillet i 79 j , commençant par ces 
mots : Frères et amis, et finissant par ceux-ci : Autorisés j)ar la loi. 
Cet imprimé, qui ne contient qu'une page, au haut de laquelle est un 
fleuron, dans le centre duquel on lit ces mots : Vivre libre ou mourir, 

(1) Voir plus bas, Cafés. 



CLUB DES FEUILLANTS 281 

et à l'entour duquel est cette inscription : Société des Aîm's de la Cons- 
titution, est terminé ainsi : Signé : Bouche, président. 

« Je déclare que je n'ai point assisté à cette prétendue déclaration 
ou lettre du 17 juillet, ni à aucune subséquente; que je n'ai rien 
signé de pareil; que ma signature, apposée comme caution au bas de 
cet imprimé, est un faux des plus révoltans dont je poursuivrai les 
auteurs, si je puis les connaître; que j'ai l'honneur d'être président 
de la Société des Amis de la Constitution, séante aux Feuillants, rue 
Saint-Honoré, et que je ne le suis d'aucune autre. Les vrais amis de 
la Constitution ne sont point des faussaires. Ceux qui ont écrit ou 
fait imprimer mon nom au bas de cette prétendue déclaration ou 
lettre sont des faussaires insolens qu'on doit signaler comme de véri- 
tables ennemis de la Constitution. 

« Je vous prie. Monsieur, d'insérer dans votre journal le désaveu 
de cet imprimé, dans la partie qui me concerne, afin que toutes les 
sociétés des Amis de la Constitution du royaume et les bons citoyens 
sachent qu'on cherche à les surprendre pour les égarer. 

«■ Bouche, membre de V Assemblée nationale et président de la 
Société des Amis de la Constitution séante aux Feuillants (1). 

« Paris, le 21 juillet.» 

Il ne pouvait renier avec plus d'audace sa participation aux actes 
des Jacobins avant de se rendre aux Feuillants. Son exemple était 
suivi par des nobles et des bourgeois fort connus, devenus plus tard 
de pur caméléons politiques, les uns allant à la droite de l'Assemblée 
législative, les autres siégeant sur la montagne, à la Convention, 
quelques-uns formant le centre ou le Marais des assemblées qui se 
succédèrent. 

On est étonné, en effet, de voir Barère et d'autres républicains 
passer aux Feuillants, où, d'ailleurs, ils ne restèrent pas longtemps. 

Il ne fallait pas laisser ignorer la vérité des faits; il fallait confon- 
dre Bouche, et les Jacobins n'y manquèrent pas. 

Le Moniteur et les autres journaux imprimèrent cette réponse : 

« Monsieur, 
« M. Bouche a fait insérer dans votre feuille une réclamation très 
amère à l'occasion de son nom et de celui de MM. Salles et Antoine (2), 



(1) Charles-François Bouche est mort membre du Tribunal de cassation, eu 
août 1793. Il éjtait, eu 1791, avocat du roi, sénéchaussée d'Aix, constituant. 

(2) Probablement François-Paul-Nicolas Anthoine, d'abord constituant, puis 
conventionnel. Secrétaire du Club des Feuillanls eu 1791. 



282 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

qui se trouvent au bas d'un arrêté de la Société, en dale du 17 de 
ce mois. Il s'est cru permis de traiter de faux matériel cet usage de 
son nom, et de qualifier de faussaires insolens ceux qui se le sont 
permis. 

« Il déclare, en même temps, qu'il n'est président d'aucune autre 
société que la Société des Amis' de la Constitution séante aux Feuil- 
lans, dont MM. Salles et Antoine se trouvent secrétaires. 

« Nous devons mettre le public à portée d'apprécier la justesse, la 
véracité, et, surtout, la modération des reproches de M. Bouche. Nous 
ne nous en permettrons aucun contre lui dans le moment où nous 
sommes disposés à faire les plus grands sacrifices pour réunir la So- 
ciété divisée; nous ne dirons que le fait justificatif sans aucune res- 
triction. 

« M. Bouche a été élu, le l*"^ juillet, président de la Société des 
Amis de la Constitution, séante aux Jacobins; MM. Salles et Antoine 
ont été élus secrétaires à la même époque. 
■ « M. Bouche présida le mercredi 13; le vendredi 15, il ne vint point 
à la Société. M. Antoine prit le fauteuil. Le dimanche 17^ MM. Bouche 
et Antoine étant absens, un autre secrétaire les remplaça. 

« L'usage de la Société est de mettre au bas de ses arrêtés le nom 
du président et des secrétaires du mois. Cet usage a été invariable- 
ment observé jusqu'ici. (Il est d'ailleurs consacré par un arrêté de la 
Société pris sous la présidence de M. Voidel.) 

<( Nous étions avertis, il est vrai, qu'une partie des députés de l'As- 
semblée nationale s'étaient réunis aux Feuillans et voulaient y for- 
mer une autre Société des Amis de la Constitution; mais nous ne 
l'étions point que MM. Bouche, Salles et Antoine eussent transféré 
l'exercice de leurs fonctions aux Feuillans. S'ils avaient cru devoir, à 
des frères et à des amis qu'ils abandonnaient, assez d'égards pour les 
prétenir de leur retraite, assurément la Société n'eût pas fait Tin- 
conséquence d'employer leur nom au bas de son arrêté, et elle 
regrette très sincèrement cette méprise, qui méritait d'autant moins 
une sortie aussi vive de la part de M. Bouche, qu'il ne tenait qu'à lui 
de la prévenir, en signifiant sa translation à la nouvelle Société des 
Feuillans. 

« Un fait qui vient encore à l'appui de cette explication est que, le 
17 au matin, date de l'arrêté, M. Bouche a envoyé au trésorier de la 
Société (iVL Deffîeux) 200 cartes signées de lui pour le renouvellement 
du trimestre. 

« L. V. DuFOURNY, président par intérim; 
RÉGNIER, neveu, L. Paroghel, secrétaires. » 



CLUB DES FEUILLANTS 283 



II 



Selon Pétion, parmi les Jacobins affiliés aux Feuillants, « les uns 
en voulaient, disaient-ils, à la Société des A^nis de la constitution, pour 
(les reproches grossiers vomis contre eux dans son sein; les autres 
lui reprochaient le peu de liberté qu'ils y avaient éprouvé plusieurs 
lois d'émettre leur opinion, lorsqu'elle semblait opposée à l'opinion 
f^énérale de la Société. Ils lui reprochaient l'ironie amère de la pro- 
position faite dans la dernière séance de porter à la présidence de 
l'Assemblée nationale un homme dont le nom n'avait jamais été 
prononcé dans cette Société qu'avec dégoût (1). » 

Il importe d'y joindre la démarche des Jacobins pour la pétition 
du Champ de Mars. 

« Le projet des Feuillans était sans doute de rallier autour d'eux 
toutes les sociétés affiliées, dit Pétion, pour les accoutumer, sous le 
voile de la liberté, au système d'oppression qu'ils méditaient de faire 
sur tout l'empire. » 

Pétion prévoyait l'envoi, par les Feuillants, d'adresses aux sociétés 
affiliées, ce qui arriva. Très peu, en somme, adhérèrent aux Feuil- 
lants, disant qu'ils voulaient se borner à préparer, à discuter les tra- 
vaux de l'Assemblée nationale, sans rien voter. 

A la séance du 18 juillet, aux Jacobins, Feydel (2) dit que les dé- 
putés retirés aux Feuillans étant les fondateurs de la Société, il con- 
venait de leur remettre le local et la correspondance. Laclos appuya 
la motion, que Robespierre ne combattit pas. Feydel avait proposé 
d'envoyer une députation à l'assemblée des Feuillants. Robespierre 
faisait adopter une adresse à l'Assemblée nationale, aux constituants 
vraiment patriotes. 

Le journal de la correspondance des Amis de la Constitution fut 
continué par les Feuillants, depuis le n° XXXV jusqu'au n° XLI. 

On annonça : « Ce journal de la première Société des Amis- de la 
Constitution^ séant d'abord aux Jacobins, puis aux Feuillants, con- 



(1) Plusieurs membres de la Société avaient proposé de porter l'abbé Maury k 
la présidence de l'Assemblée nationale; Danton avait demandé qu'on offrît des 
cartes d'entrée à MM. Maury et Cazalès. (Séance du vendredi 15 juillet 1791, aux 
.lacobins.) 

(2) Feydel, avocat du roi k Cahors, membre de l'Assemblée nationale, secrétaire 
des Jacobins en décembre 1790. 



284 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

tient les discours qui ont été prononcés dans le sein de la Société, et 
la correspondance avec les sociétés affiliées. » 

Choderlos de Laclos, l'homme du duc d'Orléans, directeur de ce 
journal, avait cessé toute coopération depuis le n° XXXIV. Des trente 
membres dont se composait le comité de correspondance aux Jaco- 
bins, vingt-sept l'avaient quitté, vingt-cinq étaient venus aux Feuil- 
lants (1). Le Journal de la Société des Amis de la Constitution demeura 
l'organe de la Société scissionnaire. Il cessa de paraître le 20 sep- 
tembre 1791. Le Club des Feuillants ne parait pas avoir eu, depuis, 
d'autre organe accrédité. Le nommé Beaulieu fut l'auteur du Journal 
du soir du Club des Feuillants. 

Choderlos, ci-devant de Laclos, avait donc passé au Journal des 
Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, qu'il fut autorisé à pu- 
blier périodiquement. 

Pendant les premiers mois de son existence, le Club des Feuillants 
tint uniquement des séances privées; il ne les rendit publiques que 
vers la fin de décembre de l'année 1791. Quand même la loi n'eiH 
pas obligé ses membres à ouvrir leur salle au contrôle public et mu- 
nicipal, il dut le faire à cause des bruits qui commençaient à courir 
sur les doctrines que l'on y professait, et qui étaient les idées consti- 
tutionnelles de Jean-Joseph Mounier, député démissionnaire, ayant 
quitté la France après les journées des 5 et 6 octobre 1789 (2). 

Ce qu'il y a de certain, c'est que les Feuillants suivirent Barnave, 
les Lameth, Duport et autres, pour former un parti modéré dont la 
haute bourgeoisie s'arrangeait bien, mais qui semblait contraire aux 
intérêts de la Révolution. Un arrêté des Feuillants décida que les ci- 
toyens actifs seraient seuls admis parmi eux. 

Tout le temps qu'ils se réunirent sans admettre d'étrangers, la 
presse s'en occupa seulement pour manifester des suspicions à leur 
égard; aussitôt qu'ils ouvrirent leurs portes au public, les journaux 
révolutionnaires se mirent à les attaquer vivement, d'autant plus que 
ces scissionnaires du Club des Amis de la Constitution ne tardèrent 
pas à guerroyer contre leurs anciens collègues. 

En quittant ceux-ci, les Feuillants avaient pu prendre copie des 
listes contenant les noms des sociétés correspondantes des Amis de la 



(1) Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution, t. XI, p. 152. 

(2) Par ordre du Club des Feuillants, on imprima les Observations sur l'état passé, 
présent et futur de la ?iation, et de l'influence du publiciste Mably sur la Révolu- 
tion, par M. Mousnier (sicj. (Bib. Nat., in-8», sans date, de 27 p., Lb 40/801.) On 
réclama, en pleine séance, la publicité des séances et l'impression de la liste des 
membres du club. 



CLUB DES FEUILLANTS 285 

Constitution séante aux Jacobins. Ils se servirent de ces listes pour 
annoncer leur fondation, pour leur demander à entretenir des rela- 
tions avec lesdites sociétés. Les Jacobins répondirent par une adresse 
à l'Assemblée nationale. 

La lutte entre les Feuillants et les Jacobins devint bientôt très 
\ive. L'adresse envoyée par les premiers aux sociétés affiliées était 
datée du 17 juillet 1791, jour du massacre du Champ de Mars, — 
signée du nom de Salles, — lancée sous le couvert d'un ministre. 

« On y afTectait (aux Feuillants), observe liOustalot, de se proposer 
les mêmes objets, de débattre les mêmes questions qu'aux Jacobins; 
mais on y ajouta d'autres avantages et agréments, tels que de bons 
dîners, des soirées splendides, un luxe royal. » 

Ils voulaient, disait-on, reviser la Constitution et remplacer l'As- 
semblée par une Convention, « à laquelle ils répondaient de se faire 
élire. » Ils s'élevaient contre les clubs avancés, ce qui faisait dire aux 
rédacteurs de Y Orateur du peuple : « Les feuillantins, qui voudroient 
qu'on égorgeât les sociétés patriotiques... (1) » Ils se croyaient appelés 
à être non des conciliateurs, mais des gouvernants dans toute la 
force du terme, avec le concours de la garde nationale et des autorités 
constituées. 

Les mots feuillants et feuillantisme demeurèrent pour désigner cer- 
taine nuance d'aristocrates ou de modérés, ambitieux avec des façons 
et des paroles mielleuses. 

Le journal les Actes des Apôtres appela La Fayette « le grand gé- 
néral des Feuillants. » Dans les caricatures, on les représenta vêtus 
à landenne mode, rouillarde au côté, canne à la main, boucles aux 
lins souliers, trottinant et disant d'un ton pacifique : « On mattend 
aux Feuillants », tandis que les Jacobins se dépêchaient fiévreuse- 
ment pour aller sans retard à leur Société, et disaient : « J'y vais aux 
Jacobins .. Tout va bien (2). » 

Corsas cite, en juillet 1791, un quatrain imprimé dans le Journal 

de la cour et de la ville : 

Pour arranger les Jacobins, 
Et les Feuillans, autres gredins, 
Messieurs, quels moyens sont les vôtres? — 
Du canon pour les uns, du bâton pour les autres. 

« Les Feuillants ou feuilles mortes », lisons-nous dans Carra. 

On les appela Barnaviens ; on employa l'expression « se feuillan- 

(1,1 Orateur du l^euple, t. XII, n" 12. 

(2) A. Challauiel, Histoire-Musée de la République française, iii-8% 1842, t. I, 
1>. 123 et 12i. 



286 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

tiner >^ ; on tlétrit « l'aristocratie feuillantine >>, les intrigues « autri- 
chio-feuillantines » et les « aristocratico-feui liants » ; on les traita 
d' « Amis de la liste civile ». 

Les Parisiens chantèrent une chanson dont le refrain était : 

Nous irons tous aux Feuillans, 

Car ce sont de bonnes gens : 

La bonne aventure, ô gué! etc.. (1). 

En 1791, les royalistes confondaient, dans leur haine, Jacobins et 
Feuillants. Ils firent courir dans le public une caricature provocante, 
intitulée : Danse qa'ih danseront. Un jacobin et un feuillant étaient 
pendus, et « dansaient un pas de deux. » 

Le prospectus du Tableau général des crimes des répulAlques an- 
ciennes et modernes contient cette phrase : 

« A tout prendre, le système des Jacobitks est infiniment plus con- 
séquent que celui des Feuillans., Monarchistes., Moxjennistes , ou 
Constiiutionnaires ; ces derniers novateurs sont, à notre avis, des 
scélérats plus adroits, et par là même plus dangereux (2). » 



III 



Les Feuillants brillèrent tout d'abord par leur nombre. 

La Premikre listk des Feuillants, datée des IG et 18 juillet 1791 (3), 
contient 365 noms. Elle déclare : 

« Les Membres de l'Assemblée nationale, fondateurs et membres de 
la Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, àl'aris, 
ont arrêté de transporter leurs séances dans un autre lieu, et de les 
continuer dans la maison des Feuillans, rue Saint-Honoré. A Paris, 
le 16 juillet 1791. 

« Signé : BoucuE, président; François-Paul-Nicolas Anthoine, 
Salle (ou Salles), secrétaires. » 

Armand, député. 
Alquier, député. Aubry, député. 

Angô [sic). Audier-Massillon. 

Anson, député. Augier. 

Anthoine, député. 



(1) Cité dans le Journal des Amis de la Constitution, n' 39; 

(2) Bib. de la Chambre des députés, Rf" 222, t. XVIL 

(3) Bib. Nat., Lb 40/3284, in-8». 



CLUB DES FEUILLANTS 



Babey, député. 
Baco, député. 
Baillot, député. 
Barnave, député. 
Barrère-Vieuzac. 
Basquiat, député. 
Bazin. 

Baudouin (imprimeur) (1). 
Baudouin, député. 
Beauharnois (Alexandre) (2), dé- 
puté. 
Besnard, député. 
Benoist, député. 
Beauperrey, député. 
Bialle-Germont, député. 
Biauzat, député. 
Bidault, député. 
Bignan, député. 
Billette, député. 
Bion, député. 
Biron (3). 
Blancard, député. 
Boislandry. 

Boissy-d'Anglas (4), député. 
Bonnet, député. 
Bouche, député. 
Bouche fils. 
Bouchette, député. 
BouUé. 
Bourdon. 
Bouron. 



Boussion, député. 

Boutaric. 

Bouteville. 

Bouvier. 

Bourran. 

Boissy. 

Branche. 

Brevet Beaujour, député. 

Briois-Beaumez. 

Broglie (5). 

Brostaret, député. 

Brunet-la-Tuque. 

Buschey, député. 

Burnequez, député. 



Garondelet, député. 
Castaignède, député. 
Castelanne, député. 
Castellanet, député. 
Chabroud, député (6). 
Chaillon. 

Chambon, député. 
Charon (sic), député. 
Chasset, député. 
Châteauneuf-Randon 
Cherrier. 

Chevalier, député. 
Choiseul-Praslin fils. 
Chombart. 
Christin. 
Claude, député. 



(1) AccuHié d'avoir touché des fonds provenant de la liste civile, il fut arrêté. 
Mort en 1838. 

2) Condamné à mort pour inaction devant Mayence, exécuté le 23 juillet 1794. 

(3) Devenu suspect et exécuté le 1" janvier 1794. 

(4) Déporté le 18 fructidor. 11 habitait rue du Bouloy, n° 33. 
(3) Arrêté comme suspect et exécuté le 27 juin 1794? 

(6) Avocat, auteur d'un rapport sur les 5 et 6 octobre, en faveur du duc d'Or- 
léans. On l'appela Chabroud le blanchisseur. 

(7) Plus tard membre de la Montagne, envoyé en mission à Lyon; commandant 
de -Maycncc sous le Directoire; préfet à Nice après le 18 brumaire, et révoqué. 



288 LES CLUBS CONTRE 

Clerget, député. 

Cochard. 

Cochelet. 

Cochon, député. 

Collaud la Salcelte (1). 

Colonna, député. 

Cottin. 

Coudere, député. 

Couppé, député. 

Creuzé-la-Touche (2). 

Cussy. 



D. R. d'Aiguillon, député. 

D'Aoust (3), député. 

D'Arche, député. 

D'Aubert, député. 

Dauchy ;4). 

D'Avost. 

Decretot, député. 

Defay. 

Defermon (5). 

Delastre, député. 

Delbhecq. 

Dellay (d'Agier), député. 

Delplanque. 

Demandre, député. 

Desmeunier, député. 



-RÉVOLUTIONNAIRES 

Desandrouins, député. 

Des Mazières. 

Despatys, 

Destagniol. 

De Villiers. 

Dillon (curé). 

Dillon (Arthur) (6), député. 

Dinocheau (Jacques-Samuel), dé- 
puté, secrétaire de l'Assemblée 
constituante. 

DOrléans (L. Ph.). 

Dosfant, député. 

Druillon. 

Dubois de Crancé (7). 

Dufau, député. 

Dufaure-Satillieu. 

Du Maire. 

Dumas-Gautier. 

Du Port (8), député. 

Du Pré, député. 

Du Sers. 

Duval Grand-Pré, député. 

E 
Estin. 

F 

Fisson-Jaubert. 
Fouquier. 



(1) Chanoine de Saint-Dié, député à la Constituante, à la Convention et aux 
Cinq-Cents. 

(2) Avocat, député à la Constituante, à la Convention, aux Cinq-Cent? et aux 
Anciens. 

(3) Plus tard, député à la Convention, il rendit compte à l'Assemblée du siège 
et de la défense de Lille. 

(i) Arrêté au 18 fructidor. Membre du Conseil des Cinq-Cents. 

(5) Plaça un fauteuil à la barre de la Convention, dont il fut membre, pour 
Louis XVI y comparant. 

(6) A la Constituante, il prit la défense des colons contre les Amis des Noirs. 

(7) Réclama, dés 1789, le service obligatoire pour tous, et sans dispense. Lors 
de l'épuration de la Société des Jacobins, il voulait qu'on demandât à chaque 
membre épuré « ce qu'il avait fait pour être pendu en cas de contre-révolution ». 
Mort à Rethel eu 1814. Il demeurait rue Gaillon en 179.3. 

(8) Fut accusé de royalisme, au 10 août 1792, et s'enfuit en Suisse. Mort en 1798. 



CLUB DES FEUILLANTS 

François, député. Guillot. 

Francowille {sic), député. Guillotin^ député. 

Fricaud, député. Guinebaud, député. 

Fricot. Guittard. 
Frochot (1), député. H 



289 



Gallot, député. 

Gérard de Bretagne. 

Gérard de Saint-Domingue. 

Gassendy. 

Gautier des Orières [sic). 

Geoffroy (2), député. 

Gerle. 

Gillet de la Jacqueminière. 

Giraud. 

Girerd, député. 

Girot {sic), député. 

Gobel, Év. de Paris. 

Goudard (3), député. 

Gounot. 

Goupilleau, député. 

Goupil Préfelne {sic) (4), député. 

Gouy (5). 

Graffau {sic), député. 

Grégoire, Év. de Blois (6). 

Grenier. 

Grenot, député. 

Guillaume. 



Huguet, député. 
Hébrard (d'Aurillac). 
Hell (7). 
Hernoux. 
Hondelette. 
Huot-Goncourt, député. 

J 

Jac. 

Jarry (8). 
Jeaume, député. 
Joubert, député. 
Julien (l'abbé). 

K 

Kauffmann, député. 
Kervelegan (9), député. 
L 

Laborde Méreville (10). 
La Charmille {sic), député. 
Laclaverie {sic)^ député. 
Lacoste (H). 
La Cour d'Ambésieux. 
La Fayette. 



(1) Ami de Mirabeau, auquel il servit de défenseur officieux, et dont il fut 
l'exécuteur testamentaire. 

(2) Emigré, membre du Conseil des Cinq-Cents. 

(3) S'occupa spécialement de questions d'exportation, de douanes et de finances. 
Se noya dans la Seine en février 1799. 

(4) Tantôt monarchiste, tantôt républicain, il appuya plus tard le 18 brumaire. 

(5) Accusé d'être complice de la faction d'Orléans, il fut exécuté le 3 juillet 1794. 

(6) Michelet l'a appelé Tête de fer. 

(7) Arrêté comme suspect en 1793, et condamné à mort le 3 floréal an II. 

(8) Protesta contre la journée du 31 mai 1793. 

(9) Fut Girondin et membre de la Commission des Douze, décrété d'accusation. 
Membre, plus tard, des Anciens, des Cinq-Cents, du Corps législatif, jusqu'en 1815. 

(10) Fils du comte de Laborde, ancien banquier de la cour. 
(H) Eniigra, fut arrêté en 1795. 

19 



290 LES CLUBS GONTRE- 

Laignier, député. 

Laipaud. 

Lambel, député. 

Lameth (Alexandre), député. 

Lameth (Charles), député. 

La Métherie, député. 

Lancelot, curé, député. 

Lanjuinais (1), député. 

La Poule. 

La Revellière, député. 

La Rochefoucauld, député. 

Lasnon, député. 

La Terrade. 

Latyl (2). 

La Touche. 

Lavie, député. 

Laville le Roux, 

Le Breton (3), député. 

Le Carlier, député. 

Le Chapelier, député. 

Le Dean, député. 

Le Deist Botidoux. 

Lefloch, député. 

Le Gendre. 

Le Guen, député. 

Le Grand, député. 

Le Leu, député. 

Le Maréchal. 

Le Poutre, député. 

Lestert {sic), l'aîné, député. 



RÉVOLUTIONNAIRES 

Lesterpt (Benoist), député. 
Lenglier. 
Livré, député. 
Lofficial (4). 

Lombard-Taradeau, député. 
Lucas Bourgerel. 

M 

Malès, député. 

Marie, député. 

Marquis. 

Martin (5), député. 

Massieu, Évéque au département 

de l'Oise, député. 
Maupassant. 
Mauriet. 

Ménard-Lagroye, député. 
Ménager. 
Menou. 
Merle. 

Merlin, député. 
Meurinne. 
Mévolhon. 
Meynier (6), député. 
Milanet. 

Milet-la-Mambre, député. 
Millanois, député. 
Mollien, député. 
Montmorency (7), député. 
Moreau de Saint-Méry (8), dép. 



(1) S'éleva, à la Coustituaate, contre le décret qui déclarait nationaux les biens 
du clergé. 

(2) Son intolérance religieuse le fit condamner à mort en août 1794. 

(3) Protesta contre le 31 mai 1793, et sortit alors de la Convention. 

(4) Essaya de sauver Louis XVI, en amenant à la Convention son collègue 
Duchâtel, qui se présenta en robe de chambre et en boimet de nuit pour y 
déposer son vote. 

(5) Le seul député du tiers qui ne voulut pas prêter le serment du Jeu de 
Paume. 

(6) Se déclara partisan des Girondins, et fut exécuté le 15 mai 1794. 

(7) Emigra en Suisse, quelque temps après la journée du 10 août 1792. 

(8) Décrété d'accusation après le 10 août 1792. 



CLUB DES FEUILLANTS 



291 



N 



Moriii. 

Mortier, député. 
Moyot, député. 
Muguet, député. 

] 

Nioche, député. 
Noailles. 
NolfF, député. 

C 
Oudot, député. 



Pain, député. 

Palasne. 

Pampelonne. 

Parisot, député. 

Patin. 

Papin, député. 

Payen-Boisneuf. 

Pellerin la Bussière. 

Peloux. 

Pemartin, député. 

Pérès (Médecin), député. 

Pérès, député. 

Périsse du Luc (1). 

PerneL 

Pervinquière, député. 

Petiot. 

Petit. 

Petit-Mangin. 

Pflieger. 

Pilastre. 

Pincepré, député. 



Poncet Delpech, député. 

Populus, député. 

Possin. 

Poncin. 

Pougeard du Limbert, député. 

Poullain (Célestin), député. 

Poulain-Corbion. 

Poutrin, député. 

Prévost, député. 

Prieur, député. 

R 
Rabaut (2). 
Regnauld d'Épercy. 
Regnaud de Saint-Jean d'Angély, 

député. 
Regneault de Nancy. 
Reymond-Grand. 
Renaud d'Agen, député. 
Reubell, député. 
Riberolles, député. 
Ricard de Toulon, député. 
Rocca, député. 
Rodât, député. 
Roger, député. 
Rose. 

Rostaing, député. 
Roussilhou (sic), député. 

S 

Saliceti. 

Salle (3), député. 

Schmits. 

Sieyès, député. 

Sillery (4). 



(1) Imprimeur, prit parti en 1793 pour les insurgés de Lyon contre la Convention, 
et fut condamné à mort après le siège de cette ville. 

(2) A été, en 1793, membre de la Commissmi des Douze. Exécuté en dé- 
cembre 1793. 

(3) II ne voulait pas l'abolition des formes monarchiques et était dévoué à La 
Fayette. Partisan des Girondins, il fut exécuté à Bordeaux le 20 juin 1794. 

(4) Soutenait les droits du duc d'Orléans à la couronne. Exécuté le 31 oc- 
tobre 1793. 



292 LES CLUBS CONTRE 

Simon, député. 
Soustelle, député. 



Talleyrand-Périgord (1). 

Tellier, député. 

Thermes. 

Thibault, député. 

Treilhard. 

Trouillet. 

U 
Ullery. 



-REVOLUTIONNAIRES 

V 

Vadier. 

Varrin. 

Verchères. 

Verguet (2). 

Vernier, député (3). 

Vielliard. 

Viellart. 

Vimal Flouvat. 

VouUand, député. 

VoideL 



Liste des Membres reçus à la séance du i 8 juillet. 



Andrieux. 
Aubert, député. 

B 

Bouchetton. 

Binot. 

Boery. 

C 

Caion de Lat (prêtre). 
Campmas. 
Cavailhès. 
Château-Renaud. 
Grillon (Balbe) (4). 
Grillon, jeune. 

D 

Dandré (5), député. 

Daremberg de la Marque {sic), 

député. 
Darnaudat, député. 



Dauchet. 

Daude. 

Defontenay, député. 

Delavigne, député. 

Deluze-Létang. 

Demarsay. 

Drevon, député. 

Devisme. 

Dupont de Nemours. 

Duquesnoy, député. 

£ 
Emmery. 
Enjubault-la-Roche. 

F 

Flaust. 

G 

Garesché. 

Gidoyn. 

Guyardin. 



(1) Bientôt compromis par suite des papiers trouvés dans l'armoire de fer au 
château des Tuileries. 

(2) Parla en faveur de Montmorin en 1791, et fut accusé d'avoir délivré un 
passeport à Marie-Antoinette, lors de sa fuite. 

(3) Girondin, proscrit, il s'enfuit en Suisse, et fut réintégré dans la Convention 
en 1794. 

(4) Fut accusé de correspondance avec les émigrés en 1792. 

(5) Emigra après le 10 août 1792.^ 



CLUB DES FEUILLANTS 



293 



Herwyn, député. 

J 

Jessé (1). 

L 

Laborde. 

Larade, député. 
Laurendeau. 
Lavenue (2), député. 
Lebrun, de Dourdan. 
Le Couteulx-Canteley (sic) (3). 
Lelay-de-Grantugen, député. 
Lemercier, député. 
Liancourt (4), député. 
Lusignem, député. 

M 

Maillot, député. 
Maupetit, député. 
Melon. 

Monnel, député. 
Morel. 



Mougins-Roquefort. 
Mougins-Roquefort (C). 
Moutier. 

N 

Nau-Belisle, député. 

P 
Perrée (5). 
Pezous. 
Phelines. 
Poippe. 
Pouret, député. 

R 

Rangeard. 
Ratier. 



S 



Salomon, député. 
Schwendt. 

V 
Viard (6). 
Valentin-Bernard. 



DE L'IMPRIMERIE NATIONALE 



IV 



Une seconde liste et une liste supplémentaire parurent en octobre 
1791, à l'époque où ce club modéré était en pleine vigueur, c'est-à- 
dire une année environ après sa formation. 

Seconde liste des Feuillants, sans date, suivie d'une liste supplé- 
mentaire, en date du 4 octobre 1791. Total, 798 noms (7), 



(1) En 1791, il combattit la réclamation relative à la séquestration des biens 
des émigrés. 

(2) Protesta contre le 31 mai, à Bordeaux, et fut exécuté le 2 novembre 1793. 

(3) A été membre du Conseil des Anciens. 

(4) A été un des membres les plus actifs du club. 

(5) A été député de la Manche au Conseil des Anciens, puis membre du Tribunal, 
enfin conseiller à la Cour des comptes, 

(6) Fut accusé, en 1792, d'avoir menacé la garnison de Verdun de la faire 
fusiller, si elle résistait aux Prussiens. 

(7) Bib. Nat., Lb 40/805, in-8°. Le Comité de police et de surveillance trouva la 



294 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Liste des membres composant le Club des Feidllans, dont d'André 

étoit président : 

A 

Angot (Louis-Hector-Amédée), député, rue de Lafayetle. 

Aubry-Dubochet, député, rue Caumartin, 18. 

Allart-Thévenin, entrepreneur de bâtiments, rue d'Argenteuil, 139. 

Aubert, député, rue de l'Université, hôtel de Rome. 

Armand, député, rue Saint-Honoré, 339. 

Alquiert (sic), député, rue de Richelieu, hôtel de la Paix. 

Audinet (Antoine), rue du Roule, 21. 

Allut, député, rue Montmartre, hôtel d'Angleterre. 

Adam, député, hôtel de Picardie, rue de Seine, faubourg Saint-Ger- 
main. 

Adam de Sarguemisnes, député de la Mozelle, rue tie Rohan, 2. 

Allart {sic], député de la Vienne. 

André (Jean-Jacques), hôtel d'Espagne. 

Allart, député, rue Saint-Honoré, café Militaire (1). 

Admirault, négociant, rue Saint-Marc, 15. 

Agasse, employé à l'Assemblée nationale, rue Croix-des-Petits- 
Champs, 51. 

Audinet, ecclésiastique, rue du Roule, 21. 

Arnaud de Corio, hôtel de Valois, rue de Richelieu. 

Abeille, négociant, rue Porte-Foin. 14. 

André de Nisme, hôtel d'Espagne, rue de Richelieu. 

André de Gênes, hôtel des États de Réarn, rue Faydeau. 

Amiot, rue Faubourg-Poissonnier, 17. 



seconde liste dans les papiei's des Feuillants, le 18 août 1792, comme l'indique la 
mention ci-dessous, imprimée à la fin de cette liste : 

« Cejourd'hui, 18 août 1792, l'an 4° de la liberté, le 1" de l'égalité, en vertu des 
ordres qui nous ont été donnés par les citoyens-administrateurs du Comité de police 
et de surveillance, nous nous sommes transpoi'tés chez M. l'Evêque, rue de Cau- 
martin, n" 20, d'après sa déclaration; il nous a remis trois registres et une liasse 
de papiers, qu'il nous a déclaré être chez lui les seuls papiei's appartenant à la 
Société des Feillans (sic). 

« En vertu de quoi nous avons dressé procès-verbal qu'il a signé avec nous. 

K Signé : VÉvêque, Mignard, Bouillon. 

« Certifié conforme à l'original, par nous, administrateurs de police, séant à la 
mairie. 

« Signé : Lenfant, Duffort, Punis, Sergent, Jowdeuil, Deforgues, Pierre-Jacq, 
Dupluin. » 

(1) Professeur de droit, combattit, à la Législative, toutes les propositions ten- 
dant à l'établissement de la République, protesta contre le 10 août 1792, publia 
des écrits royalistes, fut condamné à mort et exécuté en février 1794. 



CLUB DES FEUILLANTS 295 

Ameille, rue Neuve Saint-Eustache, 28. 

Abbema, banquier, rue de Menars, 5. 

AUcaume, notaire, rue Croix-des-Petits-Champs, 56. 

Anfry, homme de loi, rue de la Jussienne, hôtel de Louis-le-Grand. 

B 

Boussion (Pierre), député, cloître Saint-Honoré, maison de l'abbé 
Champeaux (1). 

Besnard-Duchêne, député, hôtel Vendôme, rue des Capucines. 

Bion (Jean-Marie), député, hôtel de Londres, rue de Seine, 15. 

Bignan, député. 

Bouchet de la Getière, ci-devant inspecteur-général des haras, rue 
du Doyenné, 301. 

Billette, député, rue Saint-Honoré, 261. 

Billecocq, électeur du département de Paris, rue de Ventadour, 13 (2). 

Benoist, député, rue et porte Saint-Bernard, café du Garde-Meuble. 

Bouchette, député, rue Neuve des Petits-Champs, 31, 

Biaille-Germon, député, rue Saint-Thomas-du-Louvre, oi. 

Bidault, député, rue Caumartin, 31. 

Burnequez, député, rue Saint-Honoré, 291. 

Boissy-Dauglas (d'Anglas), député, cour du Manège, 571. 

Blancard, député, rue de Richelieu, Bain royal. 

Basquiat, député, rue du Colombier, hôtel d'Angleterre. 

Babey, député, rue Caumartin, 31 (3). 

Biauzat, député, rue de l'Université, 26. 

Bonnet, député, rue Saint-Honoré, 16. 

Beauperrey, député, hôtel de Bouillon, quai des Théatins. 

Beauharnois (Alex.), député, rue des Petits Augustins, 33. 

Baillot, député, rue Plumet, faubourg Saint-Germain. 

Bazantin, chevalier de Saint-Louis, chez M. Charles Lameth. 

Baudoin-Maison-Blanche, député, rue Traversière, hôtel d'Angle- 
terre. 

Bonjour, premier commis de la Marine, rue Royale -place-Louis XV, 17. 

Becherel, député, hôtel des Indes, rue Traversière. 

Buschey-Dersnoës, député, hôtel Charon, rue Saint-Honoré, 343. 

Brevet-Beaujour, hôtel d'Espagne, rue de RicheUeu. 



(1) Né en Suisse, en 1733, mort à Liège, en 1828. 

(2) Suspect pendant la Terreur, proscrit le 13 vendémiaire an IV comme pré- 
sident de la section de Saint-Roch. 

(3) Protesta, à la Convention, contre l'arrestation des Girondins, et dut prendre 
la fuite. 



296 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Besson, employé dans les bureaux des vivres de la Marine, rue Saint- 
Honoré, 291. 

Brostaret, député, rue Saint-Tliomas-du-Louvre, hôtel de l'Union. 

Baco, député, hôtel de France, rue Coqueron {sic) (1). 

Barnier, principal commis de la Marine, grande rue Verte, 1130. 

Bouche, député, rue de Savoie, 6. 

Béraud, ancien mercier, rue Saint-Honoré, près Saint-Roch, 272. 

Beaulieu, homme de lettres, cour des Jacobins Saint-Honoré. 

Boisneuf, garde national, rue Porte-Foin. 

Bertaud, chirurgien-major, rue de Bourgogne, 5. 

Biétrix de Sault, rue Neuve des Capucines, 70. 

Béatrix de Rosières, idem. 

Boinville, rue Saint-Lazare, 8. 

Blanchard, député, rue Saint-Honoré, 313. 

Balluc, député, hôtel de Malthe, rue Saint-Nicaise. 

Boissel fils, rue Guillaume, faubourg Saint-Germain. 

Buob, juge de paix, rue Basse-Porte-Saint-Denis, 7. 

Baigneres, rue des Champs-Elysées, 3. 

Bergon, rue de la Michaudière. 

Bouchett, chevalier de Saint-Louis, rue du Doyenné, 301. 

Breteuil, ancien mousquetaire, rue des Rosiers-au-Marais, 37, 

Bonfils, député, place des Victoires, 3. 

Brulley, député de Sezannes, rue du Petit Carreau, 27. 

Beaupin, homme de loi, hôtel des États-Unis, rue Gaillon. 

Baert, député. 

Boiettard, député, rue de Chartres, 347. 

Brunck, député, hôtel Vendôme, rue Neuve des Capucines, 65. 

Bruley (Prudent), député, hôtel Verneuil, rue des Filles-Saint-Tho- 
mas. 

Béjot, député, hôtel d'Angleterre, vis-à-vis le Palais-Royal. 

Bernier, député. 

Boulogne, Chaussée d'Antin, 18. 

Baumlin, député, rue Saint-Honoré, 291. 

Barnave. 

Bertrand (Louis-Marie), député, grand hôtel des Tuileries, rue Saint- 
Honoré. 

Bayard, hôtel de Loi, rue Saint-Honoré, 374, 



(1) Fut accusé plus tard de fédéralisme, incarcéré à l'Abbaye jusqu'au 9 ther- 
midor, 



CLUB DES FEUILLANTS 297 

Boscary, négociant, rue Feydeau, 14 (1). 

Borie, chef d'escadre de l'Académie des sciences, quai Gonti, 6. 

Brunet, architecte, quai de Grevres (sic), 18. 

Belle, député, rue et vis-à-vis l'hôtel de l'Université, 28. 

Beugnot, député, rue Traversière Saint-Honoré, 19 (2). 

Bergera, député, rue Saint-Victor, 136. 

Bounemese, député. 

Becquet, député, rue de l'Échelle Saint-Honoré, 18. 

Boisrot-la-Gour, député, rue Bourbon Saint-Germain, 37. 

Brunet (Charles- François-Camille-Cantin), vérificateur des droits de 

l'enregistrement, rue Jean- Robert, 22. 
Broglie (Joseph), rue Saint-Dominique, près Saint-Thomas-d'Acquin. 
Bertrand, vieille rue du Temple, 75. 
Bénigne Cœur-de-Moi, rue de l'Arbre-Sec, 82. 
Badin, électeur, rue Croix des Petits-Champs. 
Bocquillon, juge de paix, à l'Estrapade. 

Boyer, rédacteur de la Gazette universelle, rue Saint-Honoré, 317. 
Bart, rue de la Soudière {sic), 36. 

Bresson (Casimir), négociant, rue de Richelieu, hôtel de Chartres, 31 . 
Bayneres, hôtel de la Grande-Bretagne, rue Jacob. 
Brousse Desfaucherets, rue de Paradis au Marais, 7 (3). 
Brouin, rue du Vert-Bois, 60. 
Beaurepaire, rue de Bussy, maison du notaire. 
Berard l'aîné, rue de Grammont, 10. 
Barthélémy, négociant, rue de Chabanois, 3. 
Boissel, député. 
Behic, place Vendôme, 16. 
Bergeras, député, rue Saint- Victor. 
Bailly, membre du tribunal de cassation. 
Bréard, rue et île Saint-Louis, 18. 
Bertinazi, dit Carlin, rue de Mirabeau, 67. 
Bénard, homme de loi, à l'Arsenal. 
Baert, député, rue de Mirabeau, 18. 

Blanchet (Martin), marchand de vin, faubourg Saint-Denis, 47. 
Branthomme, homme de loi, hôtel et rue de Lameth. 



(1) Boscary fut dénoncé comme accapareur au Club des Jacobins, le 24 jan- 
vier 1792. 

(2) Dénonça Marat et sou journal; siégea avec les constitutionnels. 

(3) Littérateur, membre de la municipalité de Paris, etc., quitta la vie politique 
après le 10 août 1792. 



?98 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Bonomé, notaire, rue de Chabanois, 13. 

Bourgueil, rue Feydeau, 16. 

Barrin, rue de Touraine au Marais, 3. 

Bochet, régisseur de l'enregistrement, rue faubourg Montmartre, 19. 

Boulogne, rue de Mirabeau, 18. 

Berthicr, adjudant-général, hôtel de la Guerre, rue Grangue(s/c)-Ba- 
telière (1). 

Balduc, agent de l'administration des domaines, rue Croix des Petits- 
Champs, 35. 

Butot, banquier, rue Feydeau, 28. 

Barre de Saint-Venant, chevalier de Saint-Louis, rue de Bourbon 
Saint-Germain, 32, 

Buffault, rue Chariot au Marais, 13. 

Benard (Pierre-François), orfèvre, rue Saint-Martin, 17. 

Barranon, régisseur de l'enregistrement, place Victoire. 

Bondeville, négociant, ancien officier municipal, liAtel de la Cour de 
France, rue Vivienne, 16. 

Boulland, architecte expert, rue de la Feuillade, 2. 

Bonneau, commis à l'administration de la ville, rue Neuve des Petits- 
Champs, 131. 

G 

Cavailhès, député, hôtel de la Dauphine, rue Cocqhéron. 
Chamseru, médecin, rue du Hasard, 12. 
Château-Renaud, député, rue Gunégaut (sic), 28. 
Carondelet, député, rue de Bourbon, 120. 
Chazot, secrétaire de juge de paix, rue des Lavandières, 38. 
Chevalier, député, rue Caumartin, 31, 
Couppé, député, hôtel d'Angleterre, rue Traversière. 
Chaisnoux de Bagneux, député, hôtel de Suède, rue de l'Université. 
Cochon, député, hôtel de Nisme, rue de Grenelle-Saint-Honoré. 
Castellanet, député, rue Favart, 2. 
Chabroud, député, rue Sainte-Anne, 9. 
Colonna, député, rue Neuve Saint-Eustache. 
Claude, député, rue de Lasourdière {sic)^ 13. 
Chassey, député, rue Saint-Florentin, 2. 
Champas, député, hôtel de Penthièvre. 

Cellier, marchand de couleurs, rue Saint-Honoré, vis-à-vis celle des 
Bons-Enfants. 

(1) Fut ministre de la guerre sous le Consulat et maréchal sous l'Empire. 



CLUB DES FEUILLANTS 299 

Chambon, député, rue Croix-des-Petits-Champs, hùtel du Dauphin. 

Coudere, député, rue de Mirabeau, 64. 

Gluzel, apothicaire, au Palais-Royal, cour des Fontaines. 

Combert, garde-national, rue Saint-Honoré, 344. 

Chavoix, député, rue Mazarine, hôtel Brunswick. 

Castaignède, député, hôtel Necker, rue de Richelieu. 

Grillon, le jeune, député^ place Louis XV. 

Cointreau, de la Bibliothèque nationale, rue Golbert, 280. 

Gombette, bachelier en droit, secrétaire-greffier de la justice de paix 
de la section du Roule, rue Verte, H30. 

Courandin (Aimé), procureur de la commune d'Angers, hôtel d'Es- 
pagne, rue de Richelieu. 

Garné, pâtissier, rue Neuve Saint- Roch, 11. 

Garoillon-Vaudeuil, citoyen, rue de Bourbon, 152. 

Castellane, député, rue d'Anjou-Saint-Honoré. 

Gomps, citoyen de Paris, hôtel de Gharol, faubourg Saint-Honoré. 

Glerget, député, rue Mêlée, 68. 

Gomteval, chevalier de Saint-Louis, rue Vivienne, 30. 

Ghabot, capitaine de cavalerie, hôtel de la Rochefoucault, rue de 
Seine, faubourg Saint-Germain. 

Choisy, citoyen actif, hôtel de Genève, rue Saint-Thomas-du-Louvre. 

Ghâteau-Neuf-Randon, rue Basse-Porte-Saint-Denis, 16. 

Goudere de Lyon. 

Ghouard, chez M. Leboucher, commandant de la garde-nationale du 
Val de la Haie, sur le port, à Rouen. 

Ghesnier (sic) (André), rue du Ghanticr, 24. 

Ghéron, député, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 116 (1). 

Ghéron, fils, homme de loi, idem. 

Gastel, député, rue de la Ville-l'Évêque, 47. 

Gottin, ancien aide-de-camp de Lafayette, rue Mirabeau, 6. 

Goustou, fds, ancien correcteur des comptes, place du Louvre. 

Gannac-Saint-André, faubourg Saint-Martin, 40. 

Gartier-Dovineau, député, rue Louis-le-Grand, 2. 

Grillon (Balbe), rue Ville-l'Évêque, 52. 

Ghatenay-Lanty, ancien député, rue Royale-Louis XV, 18. 

Ghazot, député, rue et hôtel J. J. Rousseau. 

Gomteval, capitaine de dragons, rue Vivienne, 30. 

Gasatix, rue Groix des Petits-Ghamps, hôtel de Bourbon. 



(1) Littôrateur, incarcéré pciulaiit la Terreur jusqu'au 9 thermidor; mort préfet 
lie la Vienue, eu 1807. 



300 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Croichet, député, hôtel et rue Saint-Thomas-du-Louvre. 

Champion, député, hôtel et rue Saint-Thomas-du-Louvre. 

Chasteau, député, rue des Petits-Augustins, hôtel d'Orléans. 

Cinot, négociant, rue de la Verrerie, 37. 

Gottin, chef d'escadron. 

Claye, député, rue d'Argenteuil, 14. 

Chas, homme de lettres, rue Haute-Feuille, 31. 

Collet, député, rue des Fossés Monsieur le Prince, hôtel d'Harcourt. 

Constans, rue de Bourgogne, 21. 

Crottet, chez M. Drugeon, notaire, rue Sainte-Marguerite. 

Cernon, ex-député, hôtel de Hollande, rue de BouUoy. 

Chirat, député, rue des Champs-Elysées, 8. 

Cramail, père, rue de Moulins, 35. 

Chompré, homme de lettres, rue Neuve des Capucins, 18 (1). 

Cerisier, homme de loi, rue Saint-Honoré, 317. 

Chanovrier, rue des Fossés-Montmartre, 29. 

Carteron, négociant, rue des Mauvaises Paroles. 

Chauchard, payeur de rentes, rue du Temple, 45. 

Caille, médecin, rue de Tournon, 6. 

Coubé, député, hôtel de Calais, rue Cocquillière. 

Canap, marchand, rue Saint-Martin, 324. 

Certain, rue Neuve Saint-Eustache, 28. 

Coquebert-Montbret, consul de France, rue de Tournon, 5. 

Cholet, rue Royale, porte Saint-Honoré, 17. 

Charton, capitaine, rue des Saints-Pères, au coin de celle Ver- 

neuil. 
Couecou, médecin, rue Saint-Marc, 14. 
Carteron-Barmond, rue Saint-Thomas-du-Louvre, 51. 
Coffmhal. 
Cheffontaine, capitaine de la deuxième division des chasseurs, rue 

de Mesnil-Montant, 3. 
Casaux, homme de lettres, hôtel de Bourbon, rue Croix-des-Petits- 

Champs. 
Courtin, député, quai de la Mégisserie, 28. 
Chauvin, hôtel Wasingthon, rue du Chantre-Saint-Honoré. 
Cavillon, négociant, rue des Fossés-Saint-Germain-UAuxerrois, 62. 
Cavaignac, greffier des bâtiments, rue de la Planche-Mibray. 
Caron, grenadier-volontaire, rue Saint-Honoré, 112. 



(1) Fils de Pierre Chompré, l'auteur du Dictionnaire de la Fable; il a été consul 
à Malaga en 1793. 



CLUB DKS FEUILLANTS 301 

Ghomel, négociant, place Victoire, 6. 

Choron, ancien notaire, rue Saint-Se vérin, ou rue Saint-Dominique- 
Faubourg-Saint-Germain, 27. 
Carmentraud, homme de loi, rue du Fouare. 
Gain, marchand épicier, rue de la Poterie-Saint-Méry. 
Ghampbelt, étudiant en droit, hôtel du Lycée, rue Saint-Honoré. 
Gouret, imprimeur, rue Christine, 2. 

Carie, ancien commandant du bataillon d'Henri IV, place Dauphine. 
Clermont, député, rue et hôtel Ventadour. 



Daoust, député, rue du Faubourg-Montmartre, 17. 

Dandré, député, rue Royale-Butte-Saint-Roch (1). 

Darembert-de-Lamark, député, hôtel de Gharol, rue du Faubourg- 
Saint-Honoré. 

Dufau, député, rue Neuve Saint-Roch, 48. 

Doraison, député, rue de Grenelle-Saint-Germain, 55. 

Delattre, député, rue de Richelieu, 118. 

Drevon, député, rue de Bourbon-Faubourg-Saint-Germain, 152. 

Duval-Grandpré, député, hôtel de Malthe, rue de Richelieu. 

Desaulnay, garde de la Bibliothèque nationale, à la Bibliothèque. 

Defontenay, député, hôtel de Bouillon, quai de Voltaire. 

Dumesnil, membre du tribunal de Cassation, rue de Seine, 4. 

Daubert, député, hôtel de Béarn, rue de Richelieu, cour Saint-Guil- 
laume. 

Dupré, député, hôtel de la Paix, rue de Richelieu. 

Dosfant, député, rue de l'Arbre-Sec. 

Decretot, député (de Rouen), rue Neuve des Bons-Enfants, 7 (2). 

Desandrouins, député, rue Ghantereine, hôtel Desandrouin. 

Delavigne, député, rue du Plâtre-Saint-Jacques, 12. 

Dumas, chevalier de Saint-Louis, rue Croix-des-Petits-Champs, 26. 

Dedellay, député, rue Grenelle-Saint-Honoré, 35. 

Darche, député, au café du Palais-Royal. 

Darnaudat, député, passage des Petits-Pères, 5. 

Ducouedic, cultivateur, rue Jacob, 21. 

Demeunier, député, rue Sainte-Anne, 87. 

Dillon (Arthur), député, hôtel de Bourbon, rue Jacob. 



(1) Dandré fut dénoncé comme accapareur au Club des Jacobins, en janvier 1792. 

(2) Fut un des premiers commerçants qui oli'rirent de l'argent au Directoire 
pour organiser une descente en Angleterre. 



302 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

Dumangin, médecin, rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois, au 

cul-de-sac. 
Detremouillcs, assesseur du juge de paix de la section du RouUe, rue 

de Valois, faubourg du Roulle. 
Delaporte , sellier-carrossier , rue de l'Anglade , au coin de celle 

l'Évêque. 
Destutt de Tracy, député, rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain, 

Ai (1). 
Desperiers, militaire d'Orbecq, place Louis XV, chez M. Perronnet. 
Ducancel, homme de lov, rue de la Harpe, 20. 
Delarue, garde national, rue Thevenot, 37. 
Degay, ingénieur de la marine, rue Neuve des Petits-Champs, 99. 
Dherbes, vicaire de l'évèque de Paris, à l'hôpital militaire au Gros- 

Gailloù. 
Ducos, rédacteur du Journal des Débats, rue Saint-Thomas du Louvre, 

hôtel de la Réunion. 
Duport, député, ri;e du Grand-Chantier, au Marais. 
Decombis, major de vaisseaux, rue Saint-Pierre-Montmartre, hôtel de 

la Providence. 
Duquesnoy, député. 
Dumesnil fils, rue de Seine, 4. 
Duplanil, médecin, rue de Bourbon, 162. 
Depont, citoyen, rue des Filles-Saint-Thomas, 11. 
Deverey, homme de loi, rue Mazarine, 41. 
Daiguillon [sic], député, rue de l'Université. 
Demandre, député, rue Saint-Honoré, 291. 
Deliancourt [sic), ancien député, rue de Varennes. 
Delalain fils, libraire, rue Saint-Jacques. 
Depange, place de la Nation, 7. 

Domergues de Beauregard, député, rue et hôtel J. J. Rousseau. 
Delon, député, rue du faubourg Saint-Denis, 2, à l'Écu. 
Deuzy, député, rue Saint-Honoré, 313. 
Deraime, ordonnateur de la marine, rue Saint-Florentin, 4. 
Dubois fils, rue des Champs-Elysées. 

Depinay (George), régisseur des douanes nationales, rue Saint-Ho- 
noré, 346. 
David, chevalier de Saint-Louis, rue Saint-Honoré, maison du Notaire, 

vis-à-vis les Feuillans. 



(1) En 1791, il demanda à rAsscmblée de déclarer illégale l'arrestation de 
Mesdames à Arnay-le-Duc, Mort membre de l'Institut, en 1832. 



CLUB DES FEUILLANTS 303 

Debelair, chef de légion de Paris, rue Sainte-Croix delà Brelonnerie. 

Dufresne, agent de change, rue Yivienne, maison du Notaire. 

Dupertuis, député, hôtel d'Angleterre, rue Traversière-Saint-Ho- 
noré . 

Delarue, garde national, rue Thévenot, 37, aide-de-camp. 

Debray, député, rue Mirabeau, 3. 

Dalmas, député, rue des Frondeurs, hôtel Montpensier. 

Dussy, citoyen, rue du Théâtre-Français, 3. 

Demonchanin, liquidateur, place Vendôme. 

Dallot, député, rue de la Sourdière, 8. 

Dumolard, député, rue Saint-Thomas du Louvre, 124 (1). 

Dongois, député, rue Saint-Honoré, 492. 

Dufresne de Saint-Léon, liquidateur, place Vendôme. 

Destrée, député, hôtel d'Auvergne, rue Saint-Honoré, 

Dolomien (Dolomieu), commandeur de Malthe, Jardin du Roi (2). 

Defranc, citoyen, rue de l'Antéchrist. 

Desportes, député, rue de Chartres, hôtel de Nantes. 

Delamardelle, commandant de la garde nationale, rue du Mail, hôtel 
\ des Indes. 

Damarie, rue Neuve N. D. des Victoires, 11. 

Devaisnes fds, rue Royale. 

Delaferté, Chaussée d'Antin, 52. 

Demestre, capitaine de gendarmerie, rue du Colombier. 

Delafleury, lieutenant de grenadiers des Filles-Saint-Thomas, rue de 
Louvois, 1. 

Delarivière, juge de paix, au Palais. 

Dubois (Alex.), rue des Champs-Elysées, 9. 

Duprat, chevalier de Saint-Louis, rue de Bondy. 

Dangirard, administrateur de la Compagnie des Indes, rue de Mira- 
beau, 71. 

Datilly, rue Saint-Antoine, 311. 

Destor, employé à la mairie, rue Montmartre, 262. 

Desenne, ofhcier de garde nationale, rue de Richelieu, 180. 

Dijon, canonnier volontaire. 

Delaroue, négociant, rue Sainte-Anne. 

Dumas-Fulcrand, rue Thévenot. 

Duchanoy, médecin, rue Saint-Marc, 14. 



(1) Voir plus bas, Club de Clichy. 

(2) Tancrède de Gratet-Dolomieu, minéralogiste, membre de l'Institut dès sa 
fondation. 



304 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Deponti, hôtel de Lussan, rue Croix-des-Petits-Champs. 

Deville l'aîné, place Vendôme, 17. 

Desoteux, médecin, rue Colbert. 

Daubignan, cour du Palais, vis-à-vis la Sainte-Chapelle. 

Dewitt, rue de Mirabeau, 75. 

Dutailly, marchand bonnetier, rue Champ-Fleury. 

Dupuis le jeune, rue Saint-Louis, 62. 

Demontmoran, député extraordinaire, présenté par M. Gilles pour 
M. Grillon. 

Desjobert, commissaire à la conservation des forêts, rue du Jardinet. 

Desaulnay (Gard). 

Dechaseaux, négociant, rue Saint-Sauveur, au coin de celle des Deux 
Portes. 

Defranc, citoyen, rue de la Magdelaine, 7. 

Disbarrast, place Vendôme, 16. 

Decourouble^ receveur du droit d'enregistrement, rue du Gros-Che- 
net, 5. 

Destimoville, capitaine de gendarmerie, rue du Faubourg-du-Roulle, 
158. 

Debray, député, rue Mirabeau, 3. 

Delacoste, ex-député, rue du Mont-Parnasse. 

Datais, chevalier de Saint-Louis, hôtel de Bourbon, rue Croix-des- 
Petits-Champs. 

Dupereux, lieutenant de gendarmerie nationale, rue du Faubourg- 
Saint-Martin, 2. 

Drugeon, notaire, rue Sainte-Marguerite, faubourg Saint-Germain. 

Dutaillis, rue Poissonnière, 169. 

E 

Expilly, député, place du Palais-Royal (1). 

Exjubault de la Roche, député, hôtel du Roi au Carrouzel. 

Esmenard, homme de loi, rue Traversière. 

Emmery, ancien député, rue Saint-Honoré, 163. 

Escanye, député, hôtel d'Artois, rue Traversière. 

Esperon, député, hôtel de Calais, rue Coquillière. 

Espolard, chez M. Mautord, rue Vivienne, 30. 

F 

François, député , hôtel de Saxe, rue du Colombier. 

(.1, Accusé de fétléralismc, l'évoque Expilly fut guillotiné en 1794. 



CLUB DES FEUILLANTS 305 

Franconville, député, rue de l'Arbre-Sec, -41. 

Feydel, homme de lettres, rue Saint-Honoré, 262. 

Foniier, citoyen de Paris, rue des Jeûneurs, 6. 

Fulchiron, banquier, rue Sainte-Anne, 105. 

Fermond, député, rue Saint-Nicaise, 302 (1). 

Fricaud, député, rue Feydeau, 21. 

Frochot, député, rue de FUniversité, 19 (2). 

Forest, secrétaire -commis de l'Assemblée nationale, rue Sainte- 
Anne, 37. 

Fontaine (Gaspard), ci-devant administrateur des finances de M. d^Or- 
léans, rue Neuve des Petits-Champs, 83. 

Froidure, secrétaire-commis de l'Assemblée nationale, rue Saint-Ho- 
noré, vis-à-vis Saint-Eustache. 

Fassin, député extraordinaire, hôtel d'Angevilliers, près le Louvre, 15. 

Formey, ancien payeur de rentes, place du Louvre. 

Fâche, député, rue Saint-Honoré, 310, chez M. Moreau, ancien no- 
taire, 

FayoUe, député, rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois, 43. 

Ferri, homme de lettres, rue Saint-Dominique, hôtel d'Aguesseau. 

Froudière, député, quai Gonti, 8, près l'hôtel de la Monnoie. 

Fénis-Saint-Victour père, rue de Ménars, 9. 

Fénis-Saint-Victour lils, idem. 

Fulcran-Dumas, rue Thévenot, 19, 

Formé père, rue de l'Observance, 8. 

Fournier, agent de change, rue Feydeau, 28, 

Fassin, médecin, hôtel Conti, rue d'Angiviller. 

Félix, citoyen, rue Sainte-Anne, 41. 

Fournier, liquidateur, rue des Vieilles -Thuileries, 120. 

Fontenay (Devin) fils, rue et tle Saint-Louis, 89. 

Fourcault, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. 

Ferrers (Pierre-Marie), homme de lettres, rue du Croissant, 4. 

Fleuriel, employé chez le ministre de la justice, à l'abbaye Sainte- 
Geneviève. 

Finguerlin, banquier à Lyon, rue Neuve des Mathurins, 46, 



Gidoin, député, rue d'Argenteuil, 14. 

Gassendy, député, hôtel de Provence, rue Traversière. 



(1) Accusé (le modcrantisiiic, dénoncé par Marat; i: a été comte de l'Empire. 
{■1) A été préfet et cuiute de l'Empire. 

20 



306 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Girerd, député, rue Saint-Martin, 207. 

Gallot, député, hôtel d'Anjou, rue Dauphine. 

Gilles, limonadier, rue du Faubourg-Saint-Honoré. 

Gautherot, professeur de musique, rue de la Vrillière, 11. 

Gorguereau, juge au département de Paris, rue Bar-du-Bec, 7. 

Geoffroy, député, rue Saint-Honoré, vis-à-vis le café des Amis de la 
loi (1). 

Girod (le jeune), député, rue de Clioiseul, 15. 

Grenot, député, rue du Bacq, 18. 

Guincbaud, député, rue des Petiles-Écuries-du-roi, 25. 

Girot, député, rue Saint-Honoré, 30(). 

Graffan, député, rue Neuve Saint-Eustache, 40. 

Goudart, député. 

Greling, député extraordinaire, hùtel de Valois, rue de Richelieu. 

Guillotin, député, rue Croix-des-Petits-Champs. 

Goupilleau, député, hôtel de Nisme, rue Grenelle-Saint-Honoré. 

Grivel, banquier, rue Sainte-Anne, 105. 

Gallois, député extraordinaire, rue Saint-Jacques, 25. 

Guinguené (.sic), homme de lettres, rue Neuve des Petits-Champs, 
83(2). 

Goupil-Préfelne, hôtel de l'Assemblée nationale, rue Saint-Thomas- 
du-Louvre. 

Gougenot, administrateur de la Compagnie des Indes, cul-de-sac 

Saint-Hyacinthe. 
Goetz fils, ci-devant receveur particulier des finances, rue de la Sour- 

dière, 35. 
Guinot, marchand épicier, rue du Faubourg-Saint-Germain, en face 

de la Foire. 
Ginoux, directeur de l'enregistrement, place du Petit Carrouzel. 
Grillon-Deschapelles, payeur de rentes, rue Montmorency, 8. 
Gentil (Louis), député, rue de Richelieu, près le Boulevard, 150. 
Granet de Toulon, député, hôtel Wasington, rue du Chantre. 
Girardot, banquier, rue Mirabeau, 6. 

Goujon, député, rue Traversière-Saint-Honoré, hôtel des 13 Cantons. 
Gouy-d'Arcis [sic], ex-député, rue de Provence. 
Guillion, député, hôtel Vendôme, vis-à-vis les Feuillans. 
Gausseraud, député, cour des Capucins-Saint-Honoré, 426. 
Gressier, hôtel de la Marine, rue Croix-des-Pelits-Champs. 



(1) Émigréj il fut suspenda de ses fonctions de députéi 

(2) Arrêté eu 1793; il a été membre du ïribuuut; 



CLUB DES FEUILLANTS 307 

Guiraudet (Toussaint), rue Royale-place-Louis XV, hôtel de la Ma- 
rine (1). 

Grammont, garde national, hôtel de Noailles, rue Sainl-Honoré, 8. 

Gondonin, citoyen, rue de Cléry, 38. 

Grenier, négociant, rue Saint-Louis-au-Palais, 78. 

Girault, hôtel de Bullion, rue J. J. Rousseau. 

George-d'Épinay, régisseur des douanes nationales, rue Saint-Ho- 
noré, 341. 

Gomhault, liquidateur, rue Hauteville, 397. 

Grenus, négociant, boulevard Montmartre. 

Gauthier, banquier, rue Neuve des Capucines, 21. 

Gendrier, citoyen, colonnades de la place Louis XV, 2. 

Gerin, négociant, rue Neuve Saint-Méry, 30. 

Gobert(Gh. Jos. Bernard), liquidateur, rue projetée Michodière, i. 

Guérin, assesseur du juge de paix, rue Basse-Porte-Saint-Denis, 7. 

Garnier, commissaire du roi, rue Saint-Florentin, 678. 

Guérin, liquidateur, rue Neuve Saint-Martin, 49. 

Gaubert, étudiant en médecine, hôtel de Suède, rue Feydeau. 

Gramagnac, négociant, rue Saint-Honoré, 324, vis-à-vis le petit hôtel 
de Noailles. 

H 

Hugonnenc, négociant, hôtel de la Paix, rue de Richelieu. 

Herwyn, député, hôtel des Trois-Evêchés, rue des Filles-Saint-Tho- 
mas (2). 

Muguet, député, rue de Lafayette, 2. 

Huot-Goncourt, député, rue du Bacq, hôtel de Bourgogne. 

Hautier, employé au garde-meuble de la couronne, rue Saint-Ho- 
noré, 372. 

Hombron (Bernard), citoyen, rue du Petit-Pont, 22. 

Hélais, homme de loi, rue Traversiez, 61, 

Hurel, payeur de rentes, rue Sainte-Avoye, 2(3. 

Huart-Duparc, homme de loi, rue Saint-Benoist, 29. 

Hondelette, secrétaire de l'Assemblée nationale, à F Abbaye-Saint- 
Germain. 

Huet-Froberville, député, rue Saint-Honoré, 213 (3). 

Heyden, patriote hollandais, Palais-Royal, 160. 



(1) Littérateur, mort à Dijon en 1804. Traducteur de Machiavel. 

(2) Agronome, chef de bataillon do la garde nationale, arrêté pendant quelques 
mois en 1793. Il a été sénateur, comte de l'Empire et pair de France* 

(■'{) Écrivain et législateur! 



308 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Houin, peintre de Monsieur, marché des Innocents, 10. 

Hébett, député, rue des Bons-Enfants, 19. 

Hébert-Deprecy, député, rue de Bourbon, 33. 

Hochet, garde national, faubourg Saint-Honoré, 535. 

Huguet, chez M. Alleaume, notaire, rue Croix-des-Petits-Champs. 

Hulin, capitaine de chasseurs, rue des Petites-Écuries-du-Roi, au 

coin de celle de Mertet, 8. 
Hautefeuille, négociant, rue de Beaune, au coin de celle de Verneuil. 
Hautefeuille l'aîné, ancien négociant, rue d'Argenteuil, 27. 



Jaucourt. 

Jourdan, ci-devant président du district des Petits-Augustins, rue 
Taranne, 2. 

Joubert, député, hôtel du Roi, place du Carrouzel. 

Jac, député, hôtel de la Paix, rue de Richelieu. 

Jaume, député, rue Traversière-Saint-Honoré, 21. 

Jacot, architecte, rue de la Madelaine-Faubourg-Saint-Hoiioré. 

Jouve, homme de loi, rue de Richelieu, hôtel des Deux-Siciles. 

Jahan, député, rue de Seine, hôtel de Picardie, faubourg Saint-Ger- 
main. 

Jobert, rue du Four-Saint-Honoré, 10. 

Jounault [sic], député de Thouars, hôtel d'Orléans, rue des Petits- 
Augustins (1). 

Juglar, député, hôtel Wasington, rue du Ghantre-Saint-Honoré. 

Jouffret, député, rue de Chartres, hôtel de Bordeaux, 87. 

Jollivet, député, rue de Bourbon-Saint-Germain, 53 (2). 

Jauge, chaussée d'Antin, 6 (3). 

Jourdan (Charles), député-suppléant, cloître Saint-Méry, 177. 

Jully, régisseur des domaines nationaux, rue de Mirabeau,. 7. 

JeaufFret, auteur de la Gazette des Tribunaux, rue des Mathurins-Sor- 
bonne. 



Kervelegan, député, hôtel de la Marine, rue Gaillon. 
Kauffmann, député, rue de Duras-Faubourg-Saint-Honoré. 



(1) Officier de gendarnici-ic, s'opposa à rarmemeut de piques pour les citoyens. 

(2) Constitutionnel, dénonça les préparatifs d'insurrection du Club des Jacobins, 
à la veille du 10 août 1792. Il fut conseiller d'État après le 18 brumaire. 

(3) A fait partie du Club de Valois. Guillotiné le 29 prairial au II, comme com- 
plice de la conspiration de l'étranger. 



CLUB DES FEUILLANTS 309 



Lehouclier (Michel), libraire, rue Saint-Honoré, près Sainl-Rocli, 278. 

Leleu (Claude-René), député, rue Saint-Honoré, 339. 

Lallemand-Defontenoy, électeur, rue du Vieux-Colombier, 7. 

Larade, député, rue Saint-Thomas-du-Louvre, 23. 

Livré, député, rue Saint-Honoré, 317. 

Lecarlier, député (1). 

Larevellière, député, hôtel de Picardie, butte Saint-Roch. 

Lavalette, citoyen, rue Saint-Honoré, 692. 

Lasnon, député, hôtel de Hollande, rue du Boulloy. 

Lelay, député, rue de Rohan, i20. 

Lavenue, député, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (2). 

Lâchasse, médecin, rue Montmartre, 272. 

Lefloch, député, quai de la Ferraille, 8. 

Lanjuinais, député, rue Saint-Nicaise, 502. 

Larue, directeur de l'enregistrement, rue du Rocher, 487. 

Lametherie, député, rue Saint-Nicaise, 10. 

Lavie, député, rue Caumartin, 29. 

Leleu, négociant de Paris, rue Thévenot, 32. 

Ledéan, député, rue Gaillon, hôtel de la Marine. 

Lucas-Bourgerel, député, hôtel Warvich, rue du Chantre. 

Lepoutre, député, hôtel de la Réunion, rue des Moineaux. 

Lacharmie, député, rue de Seine, 4. 

Lesterp aîné, député, rue de la Limace, 21 (3). 

Lacroix (Théodore), rue de Grammont, 6. 

Lechapelier, député, cul-de-sac de la Corderie, en face de la rue de 
la Sourdière (4). 

Legrand, député, rue du Colombier, 1. 

Lacépède, de l'Académie des sciences, au Jardin des Plantes. 

Lépidor, homme de loi, cul-de-sae Saint-Jacques. 

Laguiante, commis à la trésorerie nationale, passage des Petits- 
Pères, 5. 

Leguen, député, rue Caumartin, 30. 

Lancelot, député, rue la Madelaine-Ville-l'Évêque, 20, 



(1) A été ininistro de la police sous le Directoire. 

(2) Protesta contre les événements du 31 mai. Arrêté comme fédéraliste et exé- 
cuté à Bordeaux, le 2 novembre nO.'L 

(3) Accusé de fédéralisme, fut guillotiné le 31 octobre 1793. 

(4) Condamné à mort comme constitutionnel réactionnaire, exécuté le 3 lloréal 
an TT. 



310 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Liancourt, député, rue de Varennes. 

Lambel, député, 

Lesterpt (Benoîtj, député, rue des Saints-Pères. 12. 

Larochefoucault (La Rochefoucault), député, rue de Seine, faubourg 

Saint-Honoré, -42. 
Lebreton, député, rue et grand hôtel Mirabeau (1). 
Laignier, député, rue des Vieilles-Étuves, hôtel de Lusignan. 
Leroy, de l'Académie des sciences, Galleries du Louvre. 
Lemercier, député, hôtel Montpensier, rue des Frondeurs (2). 
Lecomte (Jean), négociant, passage de Beaujolais et Palais-Royal, 137, 
Lefebvre, notable, rue du Pot-de-Fer. 
Lacretelle, cadet, hôtel de Suède, rue Feydeau (3). 
Lameth (Charles), député, cul-de-sac Notre-Dame-des-Ghamps. 
Lombard-Taradeau, député, rue et hôtel Ventadour. 
Lusignem, député, place Vendôme, 8. 
Lehodey, citoyen, rue des Bons-Enfants, 42, 
Lelegard, rue des Champs-Elysées, 3, 
Lauzeran de Fressac, député, rue et hôtelJ. J. Rousseau. 
Lafont, boulevard de la Magdeleine. 

Lecouteux-Canteleu, commissaire à la caisse de l'extraordinaire. 
Leroy, rue du Bouloy, 29, 
Labaher, ancien négociant, rue de Cléry, 8, 
Lancel (Jean-Antoine), rue Sainte-Appoline, 13. 
Lepayen de Metz, petit hôtel d'Arras, place du Carrouzel. 
Lo])joy, député, rue du Bacq, hôtel de la Correspondance des Arts. 
Laurent le Couteul. 

Larroque-Labécède, député, maison Bidel, rue de la Barillerie. 
Lacretelle, député, hôtel de Suède, rue Feydeau (Constitutionnel). 
Lameth (Alexandre), 

Lavallette, commandant en second du bataillon de l'Oratoire, 
Lecouteux de la Noraye, place Vendôme, 
Leroy de Bayeux, député, hôtel Fleury, rue Sainte-Anne. 
Laureau, député, rue de la Michaudière, 4. 
Laborde-Méreville. 



(1) Protesta contre le 31 mai. Attaché aux Girondins, il dut sortir de la Con- 
vention, où il ne rentra qu'après le 9 thermidor. 

(2) Plus tard, il présida les Anciens et aida Bonaparte, le 18 brumaire. Il fut 
sénateur et comte de l'Empire. 

(.3) Collaborateur au Journal des Débuts, au 13 vendémiaire, combattit la Con- 
vention dans le Précurseur; emprisonné. Membre du bureau de la presse en 1801, 
censeur dramatique. 



CLUB DES FEUILLANTS 311 

Lefrancq. député, rue Saint-Honoré, 377. 

Lucas, député, hôtel des Victoires, rue des Fossés-Montmartre. 

Lefebvre, agent de change, rue Thérèse, 11. 

Levavasseur, député, rue Neuve des-Petits-Champs, 129. 

Lahhaerd, ancien négociant, rue de Cléry, 38. 

Lecoq, citoyen, rue Saint-Honoré, 335. 

Lamardelle, rue des Prouvaires, 54. 

Lesbeaupin, homme de loi, rue Gaillon, hôtel des États-Unis. 

Luce, rue du Doyenné, sous-chef de l'administration des contribu- 
tions publiques. 

Langibon, citoyen, rue du Mail, 41. 

Larochette, député, hôtel d'Auvergne, rue Saint-Honoré. 

Lahousse, ancien mousquetaire, rue des Rosiers au Marais, 37. 

Lucas, négociant, rue Saint-Honoré, 226. 

Lacombe, hôtel d'Aligre, rue Saint-Honoré, 9. 

Lavit, négociant, passage des Petits-Pères, hôtel d'Europe, rue 
Notre-Dame des Victoires. 

Larochefoucault, garde national, rue de Cléry, 9t). 

Lameth (Théodore), député. 

Lagausse, secrétaire de Théodore Lameth. 

Lacoste, régisseur des domaines nationaux, rue Caumartin, 6. 

Labroue, rue Guénégaud, 22. 

Levacher-Duplessis, rue du Temple, vis-à-vis le Temple. 

Lafont, chez M. le Coûteux, place Vendôme. 

Lubin, avoué, rue du Chaume, 4. 

Lebrun, architecte de l 'Hôtel-Dieu, à l'Hôtel-Dieu. 

Lesourd, rue Saint-Honoré, 332. 

Legendre, entrepreneur de la manufacture des cuirs anglais, rue des 
Fossés-Montmartre, 27. 

Leprince, rue Faubourg-Poissonnière, 18. 

Ligier, grenadier volontaire, bataillon des Petits-Pères, rue de la 
Feuillade. 

Lefoin, soldat volontaire de la section de Montmorency, rue Mont- 
martre, 164. 

Leroi-Fontigny, major du bataillon des vétérans, rue Phélipeaux, 13. 
Latané, député, hôtel des Deux-Siciles, rue de Richelieu. 
Lepigeon, député, rue Saint-Thomas du Louvre, à l'hôtel de l'Union. 
Letellier, secrétaire de correspondance au département de la justice, 

rue Caumartin, 31. 
Labrosse, prêtre, ci-devant agent aux Capucins Saint-Honoré, rue 
Saint-Louis au Marais, 1. 



312 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

M 

Mortier, député, rue des Moineaux, hôtel de la Réunion (1). 

Merlin, député, rue Saint-Honoré, 510. 

Maupetit, député, rue Saint-Honoré, 27, ci-devant 420, 

Monnel, député, hôtel de Rome, rue de l'Université. 

MoUien, député, hôtel de Hollande, rue du Boullois. 

Moyot, député, rue Saint-Nicaise, 502. 

Millanois, député de Lyon, rue Saint-Honoré, 343. 

Maugras, de l'académie de chirurgie, rue d'Argenteuil, 57. 

Mousnier, abbé, rue du Hazard, 2. 

Milel-la-Membre, député, rue Saint-Honoré, 4C3. 

Méjean, homme de lettres, rue Neuve Saint-Roch, 18. 

Maillot, député, petite rue Saint-Roch, 4. 

Menard-Lagroye, député, rue Sainte-Anne, 1 (2). 

Maison, médecin, rue du Roule, 5. 

Maret, rédacteur du Moniteur, rue du Dauphin, 597 (3). 

Maies, député, rue des Mauvaises-Paroles, G. 

Montmorency, député. 

Martin, député, rue Saint-Honoré, passage du Grand-Charois, 291. 

Meynier, député, rue des Jeûneurs, 6 (4). 

Massien, député, hôtel de Lameth, rue Notre-Dame des Champs. 

Moreau de Saint-Merry, député, rue Caumartin, 3, 

Muguet, député, rue Saint-Honoré, vis-à-vis les Jacobins (5). 

Merceret, député, rue et hôtel Saint-Thomas du Louvre. 

Menuret, médecin, rue Saint-Honoré, près celle de l'Échelle, 510. 

Miot, commis de la guerre, rue Montmartre, 90. 

Muguet de Morron, rue Bergère, 16. 

Montmirel, rue Croix des Petits-Champs, 15. 

Menard, député, faubourg Saint-Denis. 

Moutard, libraire, hôtel de Cluny, rue des Mathurins. 

Meinvielle, citoyen, rue Thérèse, 13. 

Morel, député, rue du Petit-Carreau, 72. 

Mathieu (Jacques), député du Bas-Rhin, rue Ville-l'Évêque. 

Merveiljeux, député, hôtel d'Orléans, rue des Augustins, 59. 

(1) Père (lu maréchal Mortier. 

(2) Fut conseiller au présidial du Mans. 11 devint président de la cour d'Aufïer?. 

(3) Plus tard secrétaire du Consulat et de Napoléon, et duc de Bassano, acadé- 
micien, ministre, etc. 

(4) Se déclara pour les Girondins, et fut exécuté lo 13 mai 1791. 
(3) Membre du Comité des recherches. 



CLUB DES FEUILLANTS 313 

Maison, médecin. 

Marin, député, au Bain d'Albert, quai d'Orçay. 
Montault des Isles, député, rue Clos-Jourgeot, 3. 
Michon, député, hôtel d'Artois, rue du Coq-Saint-Honoré. 
Morivaux, député, hôtel de Louis XVI, rue de Richelieu. 
Marie, député, hôtel d'Artois, rue Traversière. 
Montesquiou, ex-député, hôtel de Roquefort, rue de Grenelle. 
Mouysset, député, rue de Rohan, 25 (1). 
Michoux, député, rue Saint-Honoré, petit hôtel de Vendôme. 
Masson, capitaine d'infanterie, rue du Mail, 25. 
Menou, ex-député, boulevard, vis-à-vis l'hôtel Montmorency. 
Mouette, citoyen, rue du Temple. 
Marseille, négociant, rue Chabanois. 
Michel, député, rue de Bellefont, 4. 
Metman, homme de lettres, rue de Seine, 112. 
Mourgues, de la Société d'agriculture, rue Grammont, 17. 
Michault, homme de lettres, hôtel de la Réunion, rue des Moi- 
neaux. 
Malleville, président du tribunal de cassation, rue de la Harpe, 54. 
Moulnier, rue du Hazard, 6. 
Minvielle, ancien négociant, rue Thérèse, 13. 
Marialla, rue Neuve Saint-Roch, 40. 
Mejan (Etienne), rue de la Sourdière, 14. 
Meignotte, agent de change, place Victoire, 18. 
Marignier père, place Vendôme, 3. 
Marinier fils, même demeure. 
Morin, électeur de 1791, rue du Colombier, 27. 
Manet, homme de loi, rue du Mail, 28. 
Masson, rue de la Ferme des Mathurins, 13. 
Maraise, rue Mêlée, 31. 
Michel, négociant, rue Aux-Fers, 50. 
Maillet (Antoine), rue Croix-des-Petits-Champs, 62. 
Magnan, rue Neuve des Mathurins, Chaussée d'Antin, 47. 
Maron, ministre protestant, rue Saint-Roch-Poissonnière, 9. 
Musnier-Desclozeaux, rue de Fourcy-Saint-Antoine, 5. 
Monclard, capitaine d'artillerie, grande rue de Chaillot, 178. 
Marsilly, chevalier de Saint-Louis, rue Mirabeau, 54. 
Mautort, notaire, rue Vivienne, 30. 
Maloigne (Jean-René), rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur, 7, 

(1) Ju»e au tribunal de Villenouvp. 



314 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Metman, premier clerc de notaire, chez Etienne, notaire, rue Saint- 
Jacques. 

N 

Naudeville, électeur de 1791, première porte cochère quai de la Mé- 
gisserie, près le Pont-Neuf, 
Nioche, député, rue de l'Échelle, 13 (1). 
Nolf, député, h(Hel de la Réunion, rue des Moineaux. 
Nau-Belisle, député. 

Nadal de Paintrac, député, rue Sainte-Anne, 21. 
Niel, assesseur déjuge de paix, rue de l'Université, 19 (2). 
Nogaret, député, rue de Bourgogne, 421. 
Nicolle, rue du Four-Saint-Germain, 147. 

o 

Oudot, député (3j. 

P 

Pervinquière, député, luHel de Nismes, rue Grenelle-Saint-Honoré. 

Prieur, député, rue Notre-Dame-dcs-Victoires, 20. 

Pain, député, hôtel Vendôme, rue et près les Capucines, 

Pinccpré, député, rue Royale-Louis XV, 17. 

Pères, député, petit hùtel Vauhan, rue de Richelieu. 

Pelfieger, député, hôtel des Indes, rue Traversière. 

Pincemaille, ci-devant sous-directeur du bureau des passeports, ù 
Thôtel des Fermes, rue Saint-Florentin, 2. 

Pémartin, député, rue Saint-Honoré. 235. 

Pignere-de-la-Boulloy, ancien trésorier de France, rue des Tour- 
nelles, 47, 

Pouret, député, rue Saint-Hyacinthe, 4. 

Pomaret père, banquier, hôtel de Chartres, rue de Richelieu, 31 . 

Pourcher, député, rue Croix-des-Petits-Champs, 45. 

Perisse-Duluc, député de Lyon, rue Neuve Saint-Marc, hôtel d'Or- 
léans (4). 

Parisot, député, rue Saint-Honoré, 590(5). 



(1) Refusa, dans la Couveation, de se prononcer comme juge dans le procès 
de Louis XVL 

(2) Désavoua son inscription sur la liste par une lettre adressée, le 16 dé- 
cembre 1792, à la section de la Fontaine-de-Grenelle. 

(3) Était, avant la Révolution, commissaire du roi du tribunal de Beaunc. 

(4) Imprimeur, membre du Comité de Constitution. 

(5) Nommé, en 1792, capitaine de la garde constitutionnelle du roi, qu'il défendit 
au 10 août; il fut blessé dans cette journée. 



CLUB DES FEUILLANTS 31b 

Pougeard-Dulimbert, député, rue Sainte- Anne , hôtel de la Répu- 
blique de Gènes (1). 

Périer, entrepreneur de la manufacture d'armes blanches, rue Neuve 
des Capucines. 

Poutrain, député, hôtel de la Chine, rue Neuve des Petits-Champs. 

Prévost, député, place Vendôme, 8. 

Paris, citoyen, rue Montmartre, 151. 

PouUain (Célestin), député, rue Chariot, 37. 

Poncet-Delpech, député, hôtel Pondichéry, rue Traversière-Saint- 
Honoré. 

Pères, député, hôtel des treize Cantons, rue Traversière-Saint-Honoré. 

Pomaret (Jules), commis de banquier, rue de Richelieu, 31. 

Papin, député, rue Neuve des Petits-Champs, 31. 

Pinchinal, maître des comptes, rue Traversière, 32. 

Pezous, député, rue de la Poterie, 10. 

Ponce, graveur, rue Saint-Jacques, 238. 

Pétrie, député extraordinaire de Tabago, rue Neuve des Capucins, 6. 

Populus, député, rue des Petits-Augustins, 22. 

Pressac-Desplanches, député, hôtel Bourgogne, rue Croix-des-Petits- 
Champs. 

Payen, rue Faubourg-Saint-Honoré, hôtel en face de la rue d'Anjou. 

Pieyre, député, hôtel d'Espagne, rue de Richelieu (2). 

•Pitra, électeur de 1789, rue Croix-des-Petits-Champs, 55. 

Parisot (Marc-Antoine), abbé, place Louis XV, 2. 

Petit, homme de loi, rue des Vieilles-Ëtuves-Saint-Honoré. 

Paigis, député, rue des Grands-Augustins, 31, 

Poitevin, député, hôtel Wasington, rue du Chantre-Saint-Honoré. 

Perroteau-de-la-Nause, négociant, rue Montmartre, 219. 

Praslin, ex-député, rue du Bacq, 469. 

Poncet, rue des Filles-Saint-Thomas, 6. 

Picquais, citoyen, rue Neuve des Petits-Champs, Si. 

Plainville, chevalier de Saint-Louis, rue Montmartre, 243. 

Périer, administrateur du département d'Eure-et-Loir, rue Mirabeau. 

Parent, rue Sainte-Anne, 64. 

Prault-Saint-Martin, imprimeur, hôtel de la Trésorerie, cour de la 
Sainte-Chapelle. 

(1) Avocat, fut, par la suite, préfet de la Chareuto, membre du Tribunat, préfet 
de l'Allier sous l'Empire, député sous la Restauration. 

(2) Poète, auteur dramatique ; siégeait au côté dioit. Après le 9 thermidor, il 
fut procureur-syudic du district de Nîmes, puis préfet de Lot-et-Garoune, et, sous 
l'Empire, préfet du Loiret. 



316 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Puget, rue Saint-Martin, 384. 
Petit, rue Saint-Pierre-Montmartre, 8. 
Pache, rue Bergère, vis-à-vis les Menus. 
Penuchet, maitre perruquier, rue de Richelieu, 139. 
Pilet (sic), rue du Parc-Royal, 3. 
Pecoul, cul de sac du Doyenné, 7. 

Prony, ingénieur des ponts et chaussées, aux Invalides (1). 
Plassan, lihraire, rue du Cimetière-Saint-André, 11. 
Prudhomme, rue Pavée-au-Marais, 13. 
Procter, professeur de langues, rue Basse-du-Rempart, 13. 
Peyre, architecte, et ancien aide-de-camp de Lafayette, rue des Poi- 
tevins, 18. 
Petit-Radel, architecte, rue Bourhon-Villeneuve, 49, 
Pemoret, homme de loi, hùtel d'Angleterre, rue Saint-Honoré. 
Petit, liquidateur, rue Basse du-Rempart-de la-Madelaine, 17, 
Perignon, notaire, rue Saint-Honoré, bâtiment des Feuillans. 



Quesnay, juge de Saumur, rue de Grenelle-Saint-Honoré, hôtel d'Or- 
léans. 
Quéru de Lacoste, député, rue de la Madelaine, 26. 
Quatremère-de-Quincy, député, rue des Fossés-du-Temple, 23 (2). 
Quinquet, vicaire de Notre-Dame-de-Lorette, rue de Provence. 



Rose, huissier à l'Assemblée nationale, rue Basse-du-Rempart, 21. 

Riccé, adjudant-général, rue de Grammont. 

Ricard de Toulon, rue de Guénegaud. 

Roger, député, hùtel de Monsieur, rue du Petit-Bourbon. 

Regneault (Charles), député, hôtel d'Antin, rue Gaillon. 

Régnier, député, rue Feydeau, hôtel des États du Béarn (3). 

Ricard de Castres, député, hôtel de Châtillon, rue du Petit-Bourbon. 

Riberolles, député, rue Saint-Florentin, 2. 

Rewbell, député, rue de la Ville-l'Evéque, au coin de celle d'Anjou, 

faubourg Saint-Honoré. 
Roca, député, rue Neuve Saint-Eustache, hôtel Carignan. 
Rostain, député, rue Bourbon-Villeneuve, 49. 



(1) Cf'ilèbre mathématicien, plus tard membre de l'Institut, 

(2) Soutint la royauté constitutionnelle en 1791. 

(3) Prit part au coup d'État du 18 brumaire, fut nommé Grand-Juge en 1802, 
puis ministre de la justice. 



CLUB DES FEUILLANTS 317 

Ramond, homme de lettres, rue de Clichy, 351. 

Uoussillon, député, hôteV de Béarn, cour Saint-Guillaume, rue de 
Richelieu (1). 

Rousselot, député, rue de TUniversité, hôtel de Rome, 10. 

Renaud de Saint-Jean-d'Angely, député, rue Caumartin, 30. 

Rivet, entrepreneur des bâtiments du roi, rue Neuve et près Saint- 
Roc h. 

Roche, ci-devant agent de change, petite rue Neuve Saint-Roch- 
Poissonnière, 4. 

Renaud d'Agen, député, rue Saint-Honoré, vis-à-vis les Jacobins, 454. 

Rodât, député, hôtel des Etats de Béarn, rue Feydeau. 

Ringard, homme de loi, rue de la Bucherie, 8. 

Rataud, député, place Vendôme, 12. 

Rochoux, député, rue Saint-Honoré, 439. 

Riot. 

Rabusson-Lamothe, député, rue Fromanteau, hôtel du Louvre. 

Rubat, député du département de TAin, rue et faubourg Saint-Ho- 
noré, 17. 

Raffin, député, hôtel de Valois, rue Ventadour. 

Roucher, auteur, rue des Noyers, 24. 

Ruet, député, rue de Chartres, hôtel de Bordeaux. 

Rogniat, député, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 3. 

Ravel (Louis), banquier, rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur, 9. 

Ravel (Antoine), banquier, rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur, 9. 

Rondel, chirurgien-major de la cavalerie, place de Grève, 35. 

Renard, député, quai des Ormes, au grand Balcon. 

Raguet, régisseur-général, rue Ventadour, 9. 

Rilliet (Hubert), rue Montmartre, 145. 

Raguideau, notaire, rue Saint-Honoré, 332. 

Rouiller (François), ancien négociant, rue Montmartre, 319. 

Roullier, ancien négociant, rue Montmartre, 219. 

Rigaud (Jean), grenadier volontaire, place Vendôme, 16. 

Rulhièfe, rue Mêlée (^ic), 29. 

Rogier (Guillaume), homme de loi, rue de la Huchette, 13. 

Rebecour, député, place Vendôme, 8. 

Rillet aine, négociant, rue Montmartre 157. 

Ravart, rue Saint-Denis, maison de M. Quartier, près l'ancien Chà- 

telet. 
Rogeard, négociant, rue Saint-Méry, ou cloitre Saint-Médéric. 

(1) .\ccusaplus tard Robespierre d'entretenir une correspondance avec ["armée. 



318 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Rouille Ducoudray, lieutenant-général des armées françaises, place 
Royale. 

S 

Soustelle, député, rue du Bacq, 8. 

Simon de Troyes, homme de lettres, rue Traversière-Saint-Honoré,68. 

Sclîwend, député, rue Caumartin, 31. 

Salle, député, rue Gaillon, hôtel des États-Unis. 

Salicetti, député, hôtel de Strasbourg, rue Neuve-Saint-Eustache. 

Salomon, député, cloître Notre-Dame, chez M. Chap. 

Six, architecte, rue d'Anjou-Dauphine, 6. 

Simon de Troyes, iils, grenadier volontaire, rue Traversièrc-Sainl- 
Honoré, 68. 

Soubeyran, citoyen actif, rue de Savoye, 2o. 

Simon le jeune, député extraordinaire, rue de Richelieu, hôtel 
Louis XVI. 

Saillant, rue Vivienne, 11 (1). 

Sage, député, rue du Bouloy, 02, vis-à-vis la Douane. 

Sainemard, citoyen de Paris, au Palais-Royal, 100. 

Sian {sic), ancien négociant, rue des Capucines, 74. 

Sancerre, député, cour des Jacobins, chez M. Perchet. 

Serisiat, homme de loi, rue des Saints-Pères, 124. 

Sevene, député, rue de la Croix, 13. 

Sneedorff, professeur d'histoire à Coppenhague, rue de Louvois, hô- 
tel Henri IV. 

Serre de Saint-Romans, capitaine au dixième régiment de cavalerie, 
rue Vivienne, 11. 

Servelle, rue Quincampoix, 23. 

Sinot, négociant, rue de la Verrerie, 37. 

Saint-Tray, capitaine de gendarmerie, rue des.Gravilliers. 

Serson, ci-devant homme de loi, rue Saint-Hyacinthe, 

Saugrain, rue du Jardinet, 9. 

Simonot, bibliothécaire du dépôt de la guerre, rue Thévenot, 37. 

Salvan, rue des Filles-Saint-Thomas, 15. 

T 

Thibault, député, rue de la Michaudière, 7 (2). 

(Ij Ou du Saillant (lo comte), plus tard un des organisateurs du camp de Jalès. 
Tué à Bannes, dans l'Ardèche, avec plusieurs de ses complices. 

(2) Curé de Souppes, donna, on 1793, sa démission d'évêque constitutionnel. 11 
accueillit avec faveur le coup d'État du 18 brumaire, et fut pendant quelque temps 
membre du Tribunat: - 



CLUB DES FEUILLANTS 319 

Thomassin, marchand de draps, rue Saint-Honoré, 665. 

Trchot-Clermont, député, rue Neuve du Luxembourg, 25 

Tellier, député, rue Caumartin, 30. 

Trudaine, commandant de bataillon, colonnade place Louis XV, ;2, 

Tuzin, homme de loi, rue des Bons-Enfants, 42. 

Ternois, contrôleur de l'entreprise des voitures anglaises, rue Neuve 

des Capucines. 
Turrel, homme de loi, rue Neuve-des-Petits-Champs, 110. 
Travanel, président du district de Gonesse, rue de Grammont, à son 

hôtel. 
Thuet, maître charron, rue de Duras, faubourg Saint-Honoré. 
Troubat-Chabert, citoyen, rue de la Sourdière, 11. 
Trudon, administrateur du département, rue Sainte-Anne, 70. 
Thelusson, chaussée d'Antin, chez M. Laferté. 
Trudon (Charles), membre du département, rue Sainte-Anne, 70. 
Thiériot, député. 

Turin, homme de loi, petite rue Saint-Louis, près le Palais-Royal. 
Thorel, payeur des rentes, rue du Gros-Chenet, 11. 
Tastel, rédacteur du Journal des Débats, rue Sains-Tliomas-du- 

Louvre, 237. 
Thévenin, rue J. J. Rousseau, 38. 

Tassin, commandant de bataillon, rue des Petits-Champs. 
Texier, rue et faubourg Poissonnier, 15. 
Trudon (Joseph), officier municipal, rue de TArbre-Sec. 
Thouret, ex-député, hôtel de Bouillon, quai de Voltaire. 
Tassin (Louis), officier municipal, rue Neuve des Petits-Champs. 
Tannevot, membre du tribunal de paix du premier arrondissement, 

rue Neuve du Luxembourg, 23. 
Thion de la Chaume, administrateur du déparlement, rue de Reuilly. 
Thory, agent de change, cloître Saint-Merry, Maison-Neuve. 
Thouret, médecin, commissaire des hôpitaux du département de 

Paris, rue Pavée au Marais, 12. 

V 

Vergnet, député, cloître des Bernardins. 

Varin, député, rue Montorgueil, près le passage du Saumon (1). 
Vouland, député, hôtel Dauphin, rue Croix-des-Petits-Champs. 
Vyaud-Baudreuille, député, rue des Bons-Enfants, 39. 

(1) Avocat de Rennes, il fit décréter qu'il n'y avait pas lieu à accusation contre 
le comte de Toulouse-Lautrec, quij disait-on, avait fait circuler de faux assignats 
.'i tlerlin. 



320 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Villars, homme de lettres, rue Neuve des Petits-Pères, 1. 

Vieillard, député de Coutances, rue Vivienne, hôtel de l'Empire. 

Vernier, député, rue Caumartin, 31. 

Vauchelle, premier commis de la guerre, rue de Miraheau, 10^2. 

Vesset, citoyen, quai de la Mégisserie, 8. 

Vampraet [sic], garde de la Bibliothèque du roi, à la Bibliothèque. 

Vieillard, administrateur du département, rue Traversière, 35. 

Vallart, député. 

Voisin, député, grand hôtel des Thuileries, rue Saint-Honoré. 

Vincent, député, rue des Bons-Enfants, 42 (1). 

Vivier, député, hôtel de l'Amérique, rue de Chartres, 85. 

Vimar, député, rue de Richelieu, 305. 

Vallier, député de l'Isère, rue Neuve-Saint-Augustin, 14. 

Valadier, rue de Paradis, faubourg Poissonnier. 

Vidal, président de l'administration du district de Senar, départe- 
ment de l'Aveiron, rue de Bourgogne, 421. 

Vincent, directeur général de la Caisse d'escompte, rue Sain t-Marc, 15. 

Vieillart, membre du tribunal de cassation, rue des Saints-Pères, 124. 

Vergennes, administrateur au département, rue Neuve-Saint-Eus- 
tache, 4. 

Vasselin, rue Neuve des Mathurins, vis-à-vis le n" 19. 

Viallon, bibliothécaire de Sainte-Geneviève, à Sainte-Geneviève. 

Vandoeuille, administrateur de la Caisse d'escompte, rue de Bourbon, 
faubourg Saint-Germain, 152. 

Il semble presque inutile de faire remarquer que, chez les Feuil- 
lants plus que chez d'autres membres de clubs, nombre d'hommes 
politiques, affdiés ou non à la Société , marchaient avec eux. C'é- 
taient des modérés dans le camp monarchique. Nommons, par exem- 
ple, le comte de Vaublanc qui, en novembre 1791, rédigea et porta à 
Louis XVI le message qui menaçait de la guerre les souverains étran- 
gers. Nous pourrions citer bien d'autres personnages parmi les mo- 
dérés, impartiaux, monarchistes, membres de la Société de 1789, etc. 

Si l'on compare la seconde liste des Feuillants avec la première, on 
se rend compte du nombre de .lacobins qui figurent dans la première, 
mais non dans la seconde, c'est-à-dire qui sont revenus dans la So- 
ciété des Amis de la Constitution séante aux Jacobins. Nous y voyons : 

Barère. — Boissy d'Anglas. — Châteauneuf-Randon. — Cochon. — 



(1) Protesta contre la loi du 31 mai, et l'ut proscrit lui-même. 11 siégea au conseil 
des Anciens. 



CLUB DES FEUILLANTS 321 

Dubois-Crancc. — GobeL — Grégoire. — Le duc d'Orléans. — Prieur 
(de la Marne). — Rabaut Saint-Étienne. — Sieyès. — Talleyrand, etc. 
Rewbel et Salicetti restèrent membres du Club des Feuillants. 

Dans les deux listes, que de noms oubliés ou inconnus! Nous 
avons reproduit ces listes telles quelles, avec les fautes d'orthographe 
dans les noms, sans y rien changer. 

Nous arrivons à la liste supplémentaire. 



IV 



Liste des députés qui, de V Assemblée nationale, réunis dans l'église 
des Feuillans, le dimanche 4 octobre i 791, ont pris la résolution de 
se présenter à la Société des Amis de la Constitution : 

Département de l'Aisne : MM. Fâche. — L'Objoy. — Bei*nier. — Le 
carlier. 

Département de l" Allier : MM. Jouffret. — Ruet. — Destrée. — 
Boisrot-la-Cour. 

Département des Hautes-Alpes : MM. Amat. — Faure. — Dougeois. 

Déparlement des Basses Alpes : Raffîn. — Ghauvet. — Inglad. 

Département de rArdèche : M. Dalmas. 

Département des Ardennes : M. Golzart. 

Département de Vxiriège : M. Cambèze. 

Département de VAveiron : M. Nogaret. 

Département du Calvados : MM. Leroy de Bayeux. — Castel. 

Département du Cantal : M. Henry. 

Département de la Charente- Inférieure : M. Merveilleux. 

Département de la Creuse : M. Voisin. 

Département du Gard : MM. Delon — Menard. — AUut. — Pieyre, 

— Leiris. — Giraudy. 

Département de la Haute Garonne : MM. Cailhasson. — Dorliac. — 
Rouede. — Gonin. — Gazes de Saint-Béat. 
Département de Lindre (sic) : MM. Collet. — Turquet de Mayesne. 

— Crublier. — Dupertuis. — Rochoux. — Vivier. 

Département de Lindre (sic) et Loire : MM. Bruley. — Adam. — 
Jahan. — Cartier Doineau. — Belle. 

Département de Vhère : MM, Rogniat. — Guillioud. — Michoud, — 
Dumoulard. 

Département du Jura : MM. Champion, — Croichet, — Dallaz, — 
Théodore Lameth. — Maurivaux — Clermont. 

21 



322 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Département du Loir en Cher (sic) : M. Savonneau. 

Département delà Loire Inférieure : M. Benoiton. 

Département du Loiret : MM. Genty. — Huet de Proberville. 

Département du Lot : M. Dupuy-Montbrun. 

Département du Lot et Garonne : M, Mouyssen. 

Département de la Lozère : MM. Moiiestier, — Lozuray de Fressac. 

— Ghazot. — Sevène. — Domesgne de Beauregard. 
Département de Maine et Loire : MM. Quesnay. — Bonne-Mère. 
Département de la Manche : MM. Euvreiner. — Letellier. — Lepi- 

geon de Boival. 

Département de la Marne : MM. Morel. — Bruley de Sezanne. — 
Dorizy. 

Département de la Mayene (sic) : MM. Paigis. — Richard de Villiers. 

Département de la Mozelle : MM. Marin. — Adam. 

Département du Vard (sic) : M. Coppens. 

Département de VOise : M. Goujon. 

Département de Paris : MM. Gouvion. — Quatremer de Quincy. — 
Ramont. — Delbry. — Lacrelelle. 

Département du Pas-de-Calais : MM. Wallar. — Legressier. — Le- 
franc. — Deusy. — Baert. — Blanchard. 

Département du Puy de Dôme : M. Robiisson-la-Mothe. 

Département des Hautes-Pyrénées : M. Darneuilh. 

Département du Haut-Rhin : MM. Schirmer. — Baumlin. 

Département du Bas-Rhin : MM. Mathieu. — Brunck. 

Département de Rhône et Ivoire: MM. Sage. — Lemontey. — Miciion. 

Département de la Haute-Saône : M. Creslin. 

Département de Seine et Oise : MM. Hua. — Dumas. — Courtin. — 
Legras. — Cheron. 

Département de la Seine hiftrieure : MM. Ducastel. — Chrislinal. — 
Hochet. — Langlois. — Vimar. — - Letailleur. — Boulenger. — Fron- 
dière. — Levasseur. — Desportes. — Lucas. 

Département de Seine et Marne : MM. Hébert de Précy. — Sédillez. 

— Jaucourt. — Renard Claudin. — JoHvet. — Vaublane. — Rataud. 

— Bejon. 

Département des Deux Sèores : MM. Chasteau. — Jouneau. 

Département de la Somme : MMi Dehaussy-Robecourt. — Massey. — 
t)ebray-Chamont. — Balluc. 

Département du Tarn : MM. Gausserand. — Sancerre. — Goubé. — 
Èsperon. — Larôque-Labécède. 

Département du Var : MM. Muraire. — Phihbert. — Roubeaud. — 
Granen de Toulon. — Poitevin. 



CLUB DES FEUILLANTS 323 

Déparlement de la Vendée : MM. Thierriot. — Giraiul. 

Département de la Vienne : MM. Allard. — Pressac des Planches. — 
Montault. 

Département des Vosges : M. Delpierre. 

Département de l'Yonne : MM. Laureau. — Davigneau. — Bonne- 
rot. — Fayolle. — Malus. 

Département du Finistère : M. Bonestard. 

Département de l'Aube : M. Beugnon. 

Département des Basses-Pyrénées : M. Bergeras. 

Département de V Ain : M. Rubat. 

Département d'Eure et Loire (sic) : M. Claye. 

Département de la Haute-Marne : M. Bequet. 

Département des Pyrénées Orientales : MM. Marie. — Escanye. 

Département de VOrne : M. Beugnon. 

Département de l'Eure : M. Hébert. 

Cette liste, indiquant des députés, avec les noms de leurs départe- 
ments respectifs, parut après la première séance de l'Assemblée 
législative. 

Le grand nombre d'adhérents au Club des Feuillants eut pour 
résultat de rendre les modérés très confiants dans leur réussite à 
venir, d'encourager leurs prétentions à vaincre les Jacobins. 

Nous avons dit plus haut (1) la première cause de la scission dans 
la Société des Amis de la Constitution^ issue de l'ancien Club breton. 
Entrons maintenant dans les détails de la lutte qui suivit cette scis- 
sion, dont les journalistes, d'opinions diverses, se préoccupèrent à 
tout instant, depuis la naissance du schisme établi entre les citoyens 
qui se déclaraient également défenseurs des principes constitution- 
nels, véritables amis de la Constitution sans épithète, séant les uns 
aux Jacobins, les autres aux Feuillants. 

Le 17 juillet 1791, le Club des Feuillants envoya aux sociétés cor- 
respondantes des Jacobins l'adresse suivante, sorte de manifeste hos- 
tile aux membres qui continuaient à siéger dans le couvent des Jaco- 
bins : 

« Adresse de la Société de% Amis de la Constitution, séante aux 
Feuillants, aux sociétés qui lui sont affiliées, 

(t Frères et amis, une circonstance importante, dont nous avons 
jugé nécessaire de vous informer sur-le-champ, nous a obligés de 

(1) Voir plus haut, pi 279; 



324 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

prendre hier (16 juillet) l'arrêté dont vous trouverez ci joint copie. 
Son objet principal est de ramener la Société des Amis de la Consti- 
tution de Paris à sa formation originaire et primitive; de lui assurer 
les avantages que les députés, ses fondateurs, avaient eu en vue en la 
formant; de conserver à cette institution la destination utile de pré- 
parer les travaux de l'Assemblée nationale ; de s'y borner à discuter 
les questions, sans rien arrêter par les suffrages; de propager les 
lumières, de servir de centre commun aux opinions constitution- 
nelles; enfin, de donner dans la capitale l'exemple, si glorieusement 
imité depuis dans toutes les parties de l'empire, de la plus entière 
liberté d'opinion lors de la discussion des projets de loi, mais du 
plus profond, du plus inaltérable respect pour les lois faites. 

« Ces principes ont été religieusement observés aux Jacobins, jus- 
qu'au moment où, étant devenue extrêmement nombreuse par l'ad- 
mission de personnes étrangères, même à l'empire, cédant à des 
influences exagérées, elle a combattu ouvertement les principes 
constitiïtionnels, s'est portée à des actes en opposition directe avec 
des décrets rendus, et s'est, par là, entièrement écartée de l'esprit de 
son institution, 

« Dans ces circonstances pénibles, sans doute, les députés de l'As- 
semblée nationale, fondateurs de cette Société, n'écoutant que leur 
devoir, et fidèles au titre d'Amis de la Constitution, n'ont cru avoir 
d'autre parti à prendre que de se réunir aux Feuillants, auprès de 
l'Assemblée nationale, et de s'y rassembler sous la présidence du 
même député qui avait obtenu les suffrages dans la Société des Amis 
de la Constitution, séante aux Jacobins. 

« Ils ont conservé pour secrétaires et pour membres du comité de 
correspondance, ceux de leurs collègues qui l'étaient aussi dans la 
Société des Jacobins, et les ont chargés de continuer, avec les Sociétés 
des Amis de la Constitution affiliées, les relations fraternelles et 
intimes qui ont existé jusqu'à ce moment, et dont l'interruption, ne 
fût-elle que momentanée, serait, dans les circonstances actuelles, tout 
à la fois contraire au vœu des vrais amis de la Constitution, et nui- 
sible à la chose publique. 

« Nous espérons, frères et amis, que cette communication franche 
de nos démarches, de nos sentiments, que cette déclaration authen- 
tique de notre dévouement inaltérable pour une constitution que 
vous avez si utilement servie, établira entre nous des relations plus 
intimes que jamais, que nous nous ferons un devoir d'entretenir, et 
qui nous assurera de nos droits à votre estime. 

« Signé: Boucue, président; Salle, F.-P.-N. Antoine, secrcf ««■?*,■, 



CLUB DES FEUILLANTS 325 

« p, S. — Vous voudrez bien nous adresser vos lettres à la Société 
des Amis de la Constitution, séante aux Feuillants, rue Saint-Ho- 
noré. » 

L'arrêté dont il est parlé dans cette lettre porte qu'il sera fait un 
scrutin épuratoire pour écarter de la Société les étrangers connus 
pour ne pas professer sa doctrine (1). 

Le journal V Orateur du Peuple écrivait : « Bailly, La Fayette, les 
Lameth, Barnave, Goupil, et toute la clique contre -révolution- 
naire (2). » Il les traitait « d'infâmes coquins vendus au parti autri- 
chien. » Huit ou dix membres des Feuillants étaient soupçonnés 
« d'être en même temps les directeurs du comité autrichien (3). » 

Le Club des Feuillants invoquait la liberté d'opinion, en même 
temps que l'idée des fondateurs de la Société des Amis de la Cons- 
titution. 

La Chronique de Paris, qui avait l)eaucoup de lecteurs, inséra : 

« Presque tous les membres de l'Assemblée nationale qui étaient 
de la Société des Amis de la Constitution se sont retirés et s'assem- 
blent aux Feuillants. On leur a adressé une députation pour leur 
faire connaître la pétition, qui, dit-on, n'est pas contraire aux prin- 
cipes de la Constitution (4). » 

La feuille de Millin et de Noël semblait vouloir rester neutre. 

Le Babillard (supplément du n° du 19 juillet 1791) approuva les 
Feuillants; le Journal de la Révolution (n° 341, mardi 19 juillet 1791) 
les blâma, et espéra une « réconciliation parfaite », ce que nombre 
de Jacobins désiraient, ce que peu de Feuillants pouvaient espérer. 

Pas de réconciliation possible, soit en considération des principes, 
soit en considération des personnes. Dans l'un et l'autre camp, il y 
avait des personnalités rivales; dans l'un et l'autre camp, on parlait 
au nom de principes contraires, en voulant que les uns l'emportas- 
sent sur les autres. 

Les journaux modérés, ou royalistes, inclinaient vers les Feuillants, 
à quelques exceptions près. 

D'autre part, le Patriote françois, journal de Brissot, défendit les 
Jacobins contre les accusations portées par les Feuillants, sans aller 
aussi loin que ï Orateur du peuple, mais non moins vigoureusement. 



(1) Journal des CIu/js, t. III, p. S21 à 527. 

(2) Tome VII, n» 8. 

(1!) Voir plus bas, Comité autrichien. 

(i) Chronique (te faris, numéro du 18 juillet 1701. 



326 LKS CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« A tous les Jacobins, sur le schisme qu'on élève parmi eux. 

« Un schisme scandaleux s'est tout à coup (^péré parmi les Amis 
(le la Constitution de Paris : il faut en dévoiler et les causes et les 
auteurs, 

« On le doit aux intrigues de ces ambitieux qui, désespérés d'avoir 
perdu leur crédit dans la Société, cherchent à s'en venger. 

« Ils accusent la Société d'être tumultueuse et intolérante. L'ont-ils 
quittée, quand elle était intolérante dans leur sens et à leur gré? 

(( Ils accusent les clubs d'être des foyers de sédition, et, dans cette 
accusation, ils enveloppent môme cette Société. Mais avez-vous donc 
cessé un seul momient de respecter et de maintenir la Constitution? 
Un décret a été rendu contre les principes que vous avez défendus. 
Vous avez arrêté d'obéir au décret, mais vous en avez blâmé les 
bases. Obéir est le devoir d'un bon citoyen; juger et censurer un 
droit de l'homme libre : voudroit-on nous enlever le droit de cen- 
sure? Mais vous ne seriez plus libres, vous ne seriez plus que de 
misérables esclaves, forcés de vous agenouiller devant la tyrannie de 
vos représentans. Les Anglois, on le sait, sont loin de la hauteur oti 
nous avons porté la liberté, et cependant ils ont conservé l'inalié- 
nable faculté de censurer les lois du parlement, d'en demander cons- 
tamment la réforme jusqu'à ce qu'elle soit obtenue... 

« Les députés patriotes qui se sont réunis aux Feuillans sont 
dupes ici de l'intrigue de quelques hommes que la soif de dominer 
tourmente. Ils ont longtemps voulu régner sous le nom du peuple : 
alors ils vantoient sa souveraineté; ils veulent aujourd'hui régner 
sous le nom d'un fantôme de roi, qu'ils retiennent prisonnier, après 
l'avoir déclaré inviolable, et ils prêchent son inviolabilité absolue. 
Ils vouloient régner par les clubs et ils vantoient les clubs. Ils les 
dénoncent, ils les persécutent, aujourd'hui qu'ils sont démasqués. 
Lorsqu'ils défendoient la bonne cause, ils prêchoient la réunion entre 
tous les patriotes ; ils excitoient tous les esprits contre une société 
schismatique qui se formoit. Aujourd'hui ils arborent eux-mêmes 
l'étendard du schisme; et pourquoi? Parce que vous n'avez pas 
adopté aveuglément leur opinion, parce que vous avez eu l'audace 
d'en avoir une autre ; dès lors ils vous appellent des hérétiques et des 
factieux. J'avois, depuis longtemps, prévu le dénouement de la co- 
médie qu'ils jouaient. Un patriote, disais-je, qiii sacrifie une seule 
fois la cause de la liberté,- la sacrifiera dans tous les cas où son intérêt 
le lui commandera. Déliez-vous, ajoutai-je, des hommes qui, sous le 
prétexte de raisons d'état, capitulent avec les principes; c'est le ca- 



CLUB DES FEUILLANTS 327 

ractère du faux patriote; le vrai patriote est inflexible, invariable 
dans sa conduite; cette homogénéité de principes et de conduite, 
cette constante probité est son trait distinctif. 

« L'événement a démasqué ces faux patriotes et ne laisse plus à 
découvert que leur ambition de dominer. On vouloit, par vous, com- 
mander l'opinion publique. Cette opinion se déclare contre eux, et 
aussitôt ils veulent briser l'ouvrage même de leurs mains ; ils veulent 
élever autel contre autel... 

«... Vous n'avez donc rien à redouter de ce schisme; il dévoile vos 
adversaires; il prouvera votre force... 

»< Ne redoutez donc rien des manœuvres de la coalition : l'incapa- 
cité, les perfidies, les intérêts opposés de ses chefs les renverseront 
très promptement... 

«... Laissez encore l'intrigue s'agiter au dehors pour tromper, et 
les départemens, et nos sociétés affiliées... 

«... Or, dans cette question, la lumière a été portée au plus haut 
degré : elle l'a été par les journaux dans lesquels les départemens 
ont placé leur confiance; car, et je dois m'en féliciter ici avec tous 
les amis de la liberté, il n'y a qu'un cri sur cette question parmi tous 
les journalistes patriotes; le reste, composé de feuilles infectées par 
l'aristocratie, ou de feuilles sans couleur ou insignifiantes, déshonore 
plus nos adversaires en les louant, »|u'en les blâmant (1). » 

Peu de jours après, le 27 juillet 1791 (2), la même feuille récrimi- 
nait ainsi sur l'envoi d'une adresse des Feuillants aux Sociétés des 
départements : 

« Qui est-ce qui a payé les frais de l'envoi des courriers de la 
Société des Feuillans dans les quatre-vingt-trois départemens? est- 
ce le salaire de la députation? est-ce la liste civile, ou la caisse de 
l'extraordinaire ? Au reste, ces courriers n'ont pas été généralement 
bien reçus. On a suspecté cet empressement. 

« La Gazette universelle a déjà annoncé comme un grand triomphe 
l'affihation d'uNE société de département aux Feuillans. >> 

La Société des Amis de la Constitution séante aux Jacobins ne pou- 
vait manquer d'affirmer, elle aussi, le bien fondé de son attitude et 
de publier les raisons qui militaient en sa faveur. 

Les Jacobins avaient, le 17 juillet 1791, pris un arrêté et rédigé 
une Adresse de leur Club aux patriotes de France, auxquels ils décla- 



(1) Patriote françois, n» 709, 19 juillet 1791. 

(2) Patriote français, n" 717. 27 juillot 1791. 



328 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

raient catégoriquement l'influence de certaines personnalités dans la 
scission, en s'élevant contre les calomnies dont eux-mêmes étaient 
l'objet : 

« La question de la royauté a divisé en deux parties la Société des 
Amis de la Constitution, séante aux Jacobins. Ceux que l'exagération 
outrée de l'esprit de la Société a forcés à se retirer, ont formé une 
seconde Société d'Amis de la Constitution séante aux Feuillans. 
L'ancienne Société ménage peu la nouvelle; suivant elle, MM. Bar- 
nave, Duport, Lamelh^ etc , ont établi un schisme parce qu'ils ne 
pouvoient plus dominer. Sans examiner encore la justesse de ces re- 
proches, après avoir remarqué que la nouvelle Société est en ce mo- 
ment environnée de l'approbation des bons patriotes et vrais amis 
de la Constitution, nous nous bornerons à présenter l'arrêté de l'an- 
cienne Société dans sa séance du 17, avec l'adresse qu'elle envoie aux 
sociétés des départemens, et l'adresse qu'envoie de son cCAô la nou- 
velle Société aux mêmes sociétés des départemens. » 

«■ Arrêté de la Société séante aux Jacobins, du f 7 . 

« La Société des Amis de la Constitution, délibérant sur les cir- 
constances présentes ; considérant que les ennemis du bien public 
ont profité de cette occasion pour redoubler leurs calomnies contre 
des citoyens uniquement et constamment dévoués au salut de la 
chose publique; considérant qu'on a particulièrement répandu avec 
profusion, comme des productions de la Société, plusieurs imprimés, 
ou entièrement faux, ou insidieusement falsifiés : déclare qu'elle dé- 
ment formellement et ces faux bruits et ces faux imprimés. Déclare, 
de plus, que les membres qui composent ladite Société, fidèles à l'en- 
gagement que leur impose le titre qu'ils ont pris d'Amis de la Cons- 
titution, jurent de nouveau de la maintenir de tout leur pouvoir, et 
d'être, ainsi qu'ils l'ont toujours été, soumis aux décrets rendus par 
l'Assemblée nationale. — En conséquence, elle a arrêté, à l'unani- 
mité, d'envoyer la présente déclaration à toutes les sociétés qui lui 
sont affiliées, et de lui donner la plus grande publicité par la voie des 
journaux et par tous les autres moyens autorisés par la loi. » 

« Dans la même séance, il a été arrêté encore qu'il seroit envoyé 
une adresse aux sociétés affiliées. 

« Adresse de la Société des Amis de la Constitution aux Sociétés 

affiliées. 

« Au moment où nous croyions, après avoir vaincu tous les enne- 
mis de la Constitution, voir l'Assemblée nationale toucher au tei'me 



CLUB DES FEUILLANTS 329 

de ses grands travaux, un triste événement vient suspendre notre 
joie et nos espérances. Un schisme se manifeste au sein même de 
cette Société, qui se glorifioit de posséder dans son sein les plus intré- 
pides défenseurs de la Révolution, et de rallier autour d'elle les vœux 
de toutes les sociétés patriotiques de la France. En vous en exposant 
les causes, pardonnez-nous de jeter un voile sur la plupart; il est 
triste pour des amis de la patrie d'accuser ceux qu'ils ont chéris 
comme leurs frères. — Vous avez vu les combats soutenus sur la 
grande question de l'évasion du roi et son inviolabilité absolue. 
L'opinion de la Société vous est connue; elle se glorifie de la parta- 
ger avec presque toutes les Sociétés du royaume. — Constante dans 
la marche loyale et franche qu'elle a toujours suivie dans ses discus- 
sions, elle avoit ouvert une arène libre à toutes les opinions. Le 
parti pour lequel penchoit la Société n'étoit pas celui qui triomphoit 
dans les comités. La plupart de leurs membres se sont abstenus d'y 
paroilre. Le décret a été rendu contre les principes soutenus par la 
Société. — Soumise aux décrets, elle a respecté la décision de l'As- 
semblée nationale. Mais ce succès n'a point découragé les hommes 
qui, désespérés d'avoir perdu dans la Société un ascendant qui n'est 
dû qu'à la raison, ont cherché à se venger en essayant de briser 
l'autel même sur lequel ils avoient tant de fois soutenu la cause de 
la patrie. Se fondant sur une protestation contre les décrets (protes- 
tation qui n'a jamais existé), ils ont effrayé, égaré les esprits des 
membres de l'Assemblée nationale qui étoient restés attachés à cette 
Société, et, dans une séance particulière tenue aux Feuillans, la scis- 
sion a été résolue. Elle nous a affligés, sans nous décourager. Ce 
schisme est le fruit de la surprise, de l'erreur, et l'erreur n'a qu'un 
tems. L'Assemblée nationale renferme dans son sein une masse res- 
pectable de patriotes vertueux qui veulent sincèrement la Constitu- 
tion : or, il est impossible qu'éclairés sur les manœuvres par les- 
quelles ils ont été séduits, entraînés par l'exemple de ces députés 
qui ont toujours été fidèles aux vrais principes, des Pétion, des Ro- 
bespierre, etc., qui nous restent invariablement unis, ces Amis de la 
Constitution se séparent longtemps d'une Société qui peut se glorifier 
d'avoir été son berceau, d'avoir été constamment son boulevard, qui 
persévère et persévérera toujours dans les mêmes principes. Non, 
nos frères ne croiront pas qu'une Société qui a donné des preuves 
aussi frappantes de son patriotisme les efface en un moment et dé- 
chire son propre ouvrage. Nous vous conjurons donc, au nom de la 
patrie, de ne point précipiter votre décision sur ce schisme, d'at- 
tendre les lumières que l'avenir vous fournira, de comparer notre 



330 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

conduite, nos principes, avec ceux de nos adversaires. Nous vous 
conjurons de continuer une correspondance si nécessaire, dans un 
temps où nos divisions peuvent relever les espérances des ennemis 
de la chose publique. Son salut tient à la réunion de tous à la Cons- 
titution. Que ce mot nous serve de ralliement : il ne peut nous égarer. 
Nous avons juré de mourir fidèles à cette Constitution. Vous avez 
prêté le même serment. Des frères qui n'ont que le même objet ne 
peuvent rester longtemps désunis... (1). » 



VI 



La presse révolutionnaire, se mettant de la partie, ne parlait pas 
plus haut de patriotisme que ne le fit la presse contre-révolutionnaire. 
Le Babillard écrivit : 

(( Société des Amis de la Constitution^ séante aux Feuillans. 

« Tous les membres patriotes de l'Assemblée nationale, à l'excep- 
tion de cinq ou six, se sont réunis à cette Société. Les dernières 
séances des Jacobins n'ont pas ou cent personnes : tous les honnêtes 
gens étaient depuis longtemps fatigués de l'empire que les factieux 
avaient usurpé, et tous, avec le plus vif empressement, ont aban- 
donné la place à cette bande effrénée. Les véritables Amis de la 
Constitution s'assemblent aux Feuillans, oîi les sociétés des départc- 
mens vont bientôt reconnaître les seuls affdiés et les seuls correspon- 
dans qu'il leur importe de conserver (2). » 

Cette assertion était absolument contraire à la vérité, ainsi qu'on 
l'a vu plus haut. Le mot de factieux., ceux de hande effrénée trompaient 
le public patriote. 

Dans la séance du 18 juillet 1791, aux Jacobins, Pétion annonça, 
comme « l'opinion particulière de quelques-uns des membres des 
Feuillants, que l'intention de ces messieurs était d'admettre parmi 
eux les membres des Jacobins qui voudraient se soumettre à la for- 
malité d'usage pour la réception (3). » L'objet fut ajourné; personne 
ne prit la parole en faveur de cette opinion. 

Quelques jours après, \e Babillard démasquait ses batteries; il ne 



(1) Adresse de la Société des Amis de la Constitution séante aux Jacobins de 
Paris, aux Sociétés affiliées (17 juillet 1791). — Le Patriote français, du 20 juil- 
let 1791, reproduit cette adresse, avec quelques; variantes dans la rédaction. 

(2) Le Babillard, numéro du 21 juillet 1791. 

(3) Séance du 18 juillet 1791 aux .lacnbins, présidence de M. Bouche. 



CLUB DES FEUILLANTS 331 

pensait qu'aux prérogatives de la royauté, en fait de régime consti- 
tutionnel, et il traçait l'apologie de Le Chapelier dans les phrases 
qui suivent (1): 

« Société des Amis de In Constitution, séante aux Feuillans. Dans la 
séance du 19 du courant, M. Chapelier a fixé l'attention de l'Assem- 
blée sur les mesures à prendre pour assurer la liberté du roi, quand 
on lui présentera l'acte constitutionnel. Il a dit que le comité de cons- 
titution présenterait un projet de décret par lequel l'Assemblée natio- 
nale déclarerait à toute l'Europe que Louis XVI est libre d'accepter 
ou de refuser la charte constitutionnelle du peuple françois; l'As- 
semblée déclarerait encore à Louis XVI qu'il est libre de conserver la 
couronne ou d'y renoncer, de choisir telle ville du royaume qu'il 
jugera convenable pour y examiner l'acte constitutionnel, et de 
prendre pour la sûreté de sa personne telle garde qu'il jugera néces- 
saire. 

« Les Amis de la Constitution, en applaudissant à ces mesures, ont 
montré des inquiétudes sur la liberté qu'on laissait au roi de s'envi- 
ronner d'un nombre infini de gardes qui ne seraient pas désignés. 
MM. Salles et Chassey ont observé que si les aristocrates et les contre- 
révolutionnaires pouvaient entourer Louis XVI, ils dicteraient sa 
réponse et se rendraient maîtres de toutes ses volontés. M. Chapelier 
a répondu que le roi ne devait pas avoir la faculté de choisir ses 
gardes parmi les ennemis de la France qui sont aussi les siens; mais 
seulement parmi les citoyens armés qui composent la force publique. 
Cette explication a dissipé toutes les craintes, et l'opinion de M. Chn- 
pelier est devenue celle de la Société. » 

A moins d'être décidés à se lancer dans la réaction, les dissidents 
devaient regretter parfois leur acte séparatiste. 

Plusieurs Feuillants demandèrent à rentrer dans la Société des 
Amis delà Constitution^ séante aux Jacobins. Sur la motion de Robes- 
pierre, appuyé par le girondin Guadet, la Société vota à l'unanimité 
l'exclusion de ses membres devenus Feuillants. 

11 y eut pourtant des pourparlers entre les deux Sociétés. On espé- 
rait toujours une réconciliation complète ou partielle. 

A la lin de juillet, YOrateur du peuple imprima : « Barnave, La- 
meth, fondateurs du Club des Jacobins, sont parvenus à semer la 
division parmi celte Société. Clermont-Tonnerre, qui a eu à sa solde, 
pendant l'hiver dernier, dix à douze auteurs faméh'ques, à .'JOO li- 

(1) Le Bahlllard, numéro du 2.3 août 1791. 



332 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

vres par mois, est membre de ce nouveau Club monarchique (1). » 

Le 20 juillet 1791, les Jacobins nommèrent une première députa- 
tion pour se rendre aux Feuillants. C'étaient Mendouze (2) et Ker- 
saint (3). Le premier avait formulé et fait adopter cette motion : 
« Que les membres composant la Société séante aux Feuillans soient 
rappelés aux Jacobins, et qu'il soit nommé trente commissaires, dont 
quatorze appartenant à l'Assemblée nationale, pour procéder à la 
réforme du régime intérieur du Club. » Le second partageait l'opi- 
nion de Mendouze, mais sans enthousiasme. 

Cette avance prouvait la bonne volonté des Jacobins, regrettant la 
division, et revenant sur leur décision indiquée plus haut, disposés 
à vivre en bonne intelligence avec les personnes, sans rien céder 
quant aux principes. 

Comment répondit la Société des Feuillants? Par un moyen 
dilatoire imaginé par Goupil de Préfeln, qui avait présidé les Jaco- 
bins en mai 1791, et dont les opinions, pendant toute sa vie, ont 
été tantôt monarchiques, tantôt républicaines; qui, plus tard, 
siégea au Tribunal, après avoir appuyé le coup d'État du 18 bru- 
maire. 

Goupil de Préfeln présidait alors le Club des Feuillants. Il répondit 
que la Société n'était pas assez nombreuse en ce moment pour déli- 
bérer sur un objet si important; qu'elle examinerait, dans sa pro- 
chaine séance, la proposition des Jacobins. 

La députation rendit compte immédiatement de sa mission. C'était 
le mercredi 20 juillet 1791. Les Jacobins virent bien que leurs an- 
ciens collègues, devenus Feuillants, affectaient à leur égard l'indiffé- 
rence et le mépris, que la majorité s'obstinait. 

Le 22 juillet, un membre des Jacobins proposa d'envoyer une se- 
conde députation aux Feuillants. Santerre et plusieurs membres 
représentèrent cette mesure comme indigne de la Société. Bourdon, 
deux jours après, lut un projet d'adresse aux Feuillants. Robespierre 
exposa que l'on devait « décider, avant tout, que la Société avait été 
et serait toujours celle des Amis de la Constitution. » 

Le 24 juillet, aux Jacobins, on comprit que la Société des Feuil- 
lants « se considérait comme la vraie et légitime Société des Amis de 



(1) L'Orateur du Peuple, t. VU, n" 9. — Voir plus haut, Club monarchique. 

(2) Mendouze faisait partie, aux Jacobins, du comité de présentation et de 
vérification. 

(.3) Armand Guy, comte de Kersaint, futur conventionnel. Guillotiné le 4 dé- 
cembre 1793. 



CLUB DES FEUILLANTS 333 

la Constitution. » La réponse des Feuillants au président des Jaco- 
bins l'ut lue : 

« Monsieur, la Société des Amis de la Constitution, délibérant sur 
les propositions qui lui ont été faites de la pari de celle que vous pré- 
sidez, a décidé qu'elle ne pouvait pas les admettre. Elle a cru cepen- 
dant devoir prendre des moyens faciles et sûrs pour recevoir dans son 
sein ceux d'entre vous qui pourraient désirer de s'y réunir. La Société, 
Monsieur, vous fait passer un extrait des articles qu'elle a arrêtés, 
dans cette intention, à sa dernière séance, afin que vous en donniez 
connaissance à la Société que vous présidez. 

« Goupil-Préfkln, ^)m?'(/e/j/. » 

Cela ressemblait fort à un refus. 

Parmi les articles dont parlait Goupil de Préfeln, on trouvait celui- 
ci : « Les seuls citoyens actifs seront reçus par les Feuillants. » 
Ceux-ci excluaient donc les « pauvres », observait-on. La presse pa- 
triote s'occupa des tentatives de réconciliation, des conditions incon- 
venantes faites par les Feuillants. 

Le Courrier de Gorsas contenait ces phrases dans un de ses nu- 
méros : 

« La Société des Amis de la Constitution réunis aux Jacobins dé- 
puta, avant-hier, plusieurs de ses membres vers le Club des Feuil- 
lans pour les (sic) proposer de mettre lin à toutes les divisions. 
« Nous sentons, a dit à peu près l'orateur, la nécessité de purger 
notre Société d'un amas d'intrigans et d'aristocrates; mais quelques 
membres gangrenés ne doivent pas relâcher les liens des vrais amis 
de la Constitution. Nous vous supplions, frères et amis, de ne pas 
perpétuer un schisme funeste pour la cause publique. Réunissons- 
nous, et, par le moyen d'un scrutin épuratoire, repoussons les mem- 
bres suspects qui pourroient nous diviser encore. » — M. Bouche, 
président de la Société, répondit que « l'on délibéreroit sur cette 
demande. Puisse une démarche aussi louable n'être pas infruc- 
tueuse!... (1). » 

Mais, d'après une lettre adressée à Corsas, les Feuillants firent la 
réponse suivante aux Jacobins, réponse remise par un commission- 
naire à un censeur : 

« Nous ne pouvons acquiescer à vos propositions. Nous vous 
envoyons notre règlement... (2). » 

(1) Courrier de G.orsas, 1791, 22 juillet, ii" XXII. 
(2j Courrier de Gorsan, 1791, 29 juillet, ii" XXiX. 



334 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Los Annales patriotiques constatèrent : « Le Club des Jacobins a 
t'ait, pour la réunion, les propositions les plus amicales et les plus 
justes à celui des Feuillants. Elles ont été rejetées avec hauteur par 
ces derniers. Quelle sera la suite de cette scission? Je Tignore, Mais 
je dois dévoiler aux Sociétés des départements le projet secret et 
(juc je puis affirmer. On veut dissoudre tous les clubs de France, leur 
vigilance importune. Que les amis de la liberté, dans ces clubs, se 
rallient autour des principes et s'opposent à cette dissolution. Ce 
serait le signal de la perte de la liberté (1) » 

Le môme jour, le Patriote franmis invitait toutes les Sociétés des 
départements à correspondre avec les deux de Paris et à imiter celle 
de Versailles, qui a témoigné qu'elle resterait attachée à celle des 
deux qui serait « la plus fidèle aux principes de la Constitution, fon- 
dée sur la déclaration des droits. » 

La veille, le Journal de la Révolution émettait cet avis : — «... Si 
la réunion ne s'opère pas, les Jacobins, par leurs rapprochements 
fraternels, se seront mis du moins à l'abri de tous reproches. Si les 
dissidents persistent à faire schisme, il est vraisemblable qu'il s'éten- 
dra sur tout le royaume, et qu'ainsi les liens qui, d'un bout de la 
France à l'autre, unissaient tous les amis de lat^onstitution et entre- 
tenaient sur la surface de l'empire une masse imposante de lumières, 
de vigilance et de patriotisme, il est probable, disons-nous, que ces 
liens seront brisés; et c'est ce que nos ennemis désirent et préparent 
depuis si longtemps En effet, parmi les sociétés affdiées, les unes 
pourront s'attacher aux Feuillants, les autres aux Jacobins, d'autres 
rester neutres; et, dès lors, plus d'union, plus de cette correspon- 
dance suivie, qui, d'un moment à. l'autre, surveillait, éclairait les 
complots perfides, et en a tant déjoué depuis le commencement de la 
Révolution... (2). » 

Imitant les Feuillants, les Jacobins épurèrent leur Société; ils vou- 
lurent que ses membres donnassent des gages d'attachement com- 
plet aux principes qu'ils professaient. 

On lit dans les Révolutions de Paris^ du 23 au 30 juillet 1791, 
n" 107 : 

« La Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, a 
arrêté que tous les membres qui désirent rester dans son sein seront 
tenus de signer la déclaration suivante : 

(1) Annales patriotiques de Carra, numéro du 25 juillet 1791. 
(à) Journal de ta Révolution, numéro du 24 juillet 1791; 



CLUB DES FEUILLANTS 335 

w Je déclare que j'ai l'intention de rester membre de la Société des 
« Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, et que je me soumets 
« à tout mode d'épreuve épuratoire déterminé par elle. » 

« En vain la coalition a-t-elle déserté cette Société, elle n'en a em- 
porté que les erreurs et les préjugés, le patriotisme y est resté. Les 
coalisés réunis aux Feuillans calomnient de toutes parts la Société 
des Jacobins... » 

Tout individu qui voulut faire partie du Club des Jacobins dut 
préalablement adhérer à la note ci-dessus, citée aussi par le Courrier 
de Gorsas, qui publia cet avis : 

« Avis à loutes les Sociéli's affiliées aux Jacobins. 

« Les sociétés affdiées qui désirent que leurs paquets parviennent 
aux Jacobins et non aux Feuillans, sont priées de mettre l'adresse 
suivante : « A l'adresse des Amis de la Constitution, séante aux 
Jacobins. » — Sans cette précaution les paquets s'engloutissent dans 
la boëte des amis de la liste civile. — Les journaux patriotes sont 
priés d'insérer cet avis (1). » 

Parmi les Sociétés de province, les unes demandèrent la réunion 
des Jacobins et des Feuillants; d'autres adhérèrent à ceux-ci, d'autres, 
enfin, continuèrent leur affiliation avec les Jacobins seuls. 

Comparons les totaux — pour la réunion, — pour les Feuillants, 
— pour les Jacobins. 

Jusqu'au 31 juillet, pour la réunion se prononcèrent les Sociétés 
d'Artonne, de Versailles, de Melun, du Havre, de Poitiers, d'Aire, de 
Villeneuve -le-Roi, de Rennes, de Bernay, de Beaune, de Noyon, de 
Beaugency, de Riom, de Semur, de Louviers, d'Alençon, de Verneuil, 
de Dijon, de Valence, de Lorient, de Saint-Sever, de Valan, de Mon- 
tauban, d'Huningue, de Givry, de Chartres, d'Orléans, de Maubeuge, 
d'Autun, de Saint-Malo, de Troyes, de Courtenay, de Bordeaux, 
d'Angers, de Bléré, de Grenoble, de Saint-Etienne, de Beauvais, de 
Sèvres, de Faouet, de Château-Renard, d'Argentan, de Bergerac, de 
Villefranche (Rhône-et-Loire), de Tournus, de Saint-Denis, de Baycux, 
de Nantes, de Belfort, de Chinon, de Port-Louis, de Besançon, de 
Mer, de Pont-de-Vaux, de Meyssac, de Mugron, de Montpellier, de 
Romans, de Saint-Servan, de Charolles, d'Ornans, de Guingamp, de 
Turenne, d'Annonay, de Saint-Brieuc, de Saint-Gengoux-le-Natio- 
nal, de Condrieux, de Cadillac, de Beausset, de Castelnaudary, de 

(1) Courrier de Oumas, du 31 juillet 1791, ii° XXXI. 



336 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Tonneins, de Mâcon, de Guérande^ de l'Ile-en-Jourdain, de Reims, 
de Bœchiseiler, d'Alais, de Soissons, d'Aubagne. 

Soit au moins soixante-dix-neuf Sociétés de province. 

Firent adhésion aux Feuillants les Sociétés : de Chàlons-sur-Marne, 
de Tours, de Lyon, de Nevers, d'Auxerre, de Brie-Comte-Robert, de 
Valognes de Bar-sur-Seine, de Cherbourg, de Saint-Omer, de Pé- 
ronne, de DiMe, de Les Riceys, de Saint-Dié, d'Agen, de Cholet, de 
Marmande, de Vienne, de Vimoutier, de Colmar, de Verneuil, de 
Villeneuve-d'Agen, de Merin, d'Alby, de Fontenay-le-Comte, de 
Souillac, de Nimes, de Bagnols, d'Auch, de Saint-Lô, de Guéret, de 
Muretj de Toulouse, de Tarascon, de Calais, de Clairac, de Castél- 
Sarrazin, de Rouen, de Mirande, de Limour, de Tartas, de Mont- 
faucon. 

Le 14 août, quatre Sociétés se rallièrent aux Feuillants : celles de 
Rouen, de Commercy, de Cambray, et d'une ville indiquée par ces 
mots : proche Cambray. 

Soit, au total, quarante-six Sociétés. 

Plusieurs Sociétés de province attaquaient vivement les Feuillants, 
reprochaient à l'Assemblée nationale de garder dans son sein quatre- 
vingt-quinze députés qui avaient voté contre ses décrets après la 
fuite du roi. 

Firent union pure et simple avec les Jacobins : les Sociétés de 
Châlon-sur-Saone, d'Effiat, de Brest, la Société populaire de Lyon, 
les sociétés de Tulle, de Riom, de Versailles (déclaration du 
29 juillet), de Pontoise, de Chàteaudun, de Strasbourg, d'Artonne 
(qui prit parti pour les Jacobins), de Nogent-le-Rotrou, d'Amiens, 
d'Argental, de Moissac ; (it enfin plusieurs Sociétés de Paris. Ajoutons 
que d'autres Sociétés se prononcèrent nettement : Meaux, Marseille, 
Toulouse, Lille, Toulon, Bordeaux, Nancy, Limoges, Saint-Omer, 
Metz, Evreux, Dieppe. Le nombre des affiliations augmenta de jour 
en jour. 

Les Sociétés de Calais et de Chinon, faisant des vamx pour la réu- 
nion, correspondirent provisoirement avec les Feuillants et les 
Jacobins. 

Les Nomopkiles envoyèrent, en août 1791, une adresse aux Jaco- 
bins et aux Feuillants pour les engager « à se tendre réciproquement 
les bras. » 

Mais la querelle s'envenimait, aussi bien dans la presse que dans 
les deux clubs. 

Les Feuillants se croyaient sûrs de la victoire, et ils appuyèrent 
sur l'exclusion des Jacobins de leur Société, n'imaginant pas que 



CLUB DES FEUILLANTS 337 

celle-ci éprouverait des défections. Mais les choses tournèrent à leur 
désavantage. 

Le Courrier de Gorsas (1791, n" V, 5 août) annonça : 

« Sociélé des Feuillans. 

« La Société des Feuillans ayant arrêté qu'on ne pouvoit pas 
appartenir en même temps à la Société séante aux Jacobins, plu- 
sieurs membres se sont retirés; de ce nombre sont MM. Kerve- 
legan (1), Buzot, Anthoine et l'évêque de Blois (2), etc. (Ils étoient en 
môme temps des deux Sociétés.) Ce qui les a encore déterminés à 
prendre ce parti, est le résultat du scrutin épuratoire, au moyen du- 
quel la Société des Jacobins se trouve complètement purgée. » 

Ce fait est rapporté aussi par Carra (3). . 

Aux Jacobins tentant une réconciliation, les Feuillants répondi- 
rent qu'ils n'admettraient parmi eux que les Jacobins qui accepte- 
raient leurs nouveaux règlements. Or, nous le savons, un des articles 
de ces règlements interdisait de recevoir quiconque n'était pas 
« citoyen actif », ne payait pas d'impôt direct. C'est alors que, selon 
la motion de Robespierre, les Jacobins adressèrent à leurs corres- 
pondants de province une adresse établissant que la scission entre 
les deux clubs provenait de l'exclusion des « pauvres « par les Feuil- 
lants. Un règlement nouveau des Jacobins épura et réorganisa leur 
club, qui prit une extension de plus en plus considérable. 

En août 1791,1e Courrier de Gorsas proclamait le triomphe des Ja- 
cobins, auxquels les Feuillants « éclairés enfin » se rendaient en 
grand nombre, comme on l'a vu par la comparaison de la première 
liste avec la deuxième (4). 

« Les Feuillans sont presque entièrement abandonnés, remarquait 
le Patriote Français. Les chefs du schisme n'y reparoissent plus, les 
meilleurs patriotes se sont réunis aux Jacobins, et il faut espérer 
qu'avant peu de temps on se souviendra à peine qu'il a existé un 
schisme (5). » 

Néanmoins, les dissidents eurent encore un regain de succès, à 
cause de leurs relations avec l'autorité municipale de Paris. Plusieurs 



(i) Constituant; plus tard conventionnel, membre du conseil des Anciens, des 
Cinq-Cenis et du Corps législatif. 

(2) L'abbé Henri Grégoire, évêque constitutionnel de Blois. 

(3) Annales patriotiques. 

(4) Listes imprimées plus haut, p. 286 et suiv. 

(5) Le Patriote français, 21 août 17'J1, p. "42. 

22 



338 LES CLUBS GONTRE-RKVOLUTIONNAIRES 

journaux modérés leur prêtèrent assistance, ne leur ménagèrent pas 

les réclames, comme on dirait aujourd'hui. , 

La Gazette nationale^ favorable aux Feuillants, inséra la déclara- 
tion suivante : 

« La Société des Amis de la Constitution séante à Châlons, dépar- 
tement de la Marne, déclare qu'à compter de ce jour^ elle n'entre- 
tiendra plus de correspondance avec aucune Société de l'empire, si , 
ce n'est avec la Société des Amis de la Constitution, séante aux Feuil- 
lans, et les autres Sociétés qu'elle considérera comme lui étant 
affiliées (1). » 

D'autre part, la Société des Jacobins d'^Effiat déclara qu'elle restait 
avec la Société-mère ; celles de Chartres, de Brest, de Dieppe, de 
Sezanne, de Beaugency, de Poitiers, de Lesparre, d'Aire, de Lyon et 
d'Orléans, opinèrent de même. La Société de Strasbourg- décida 
qu'elle correspondrait et avec les Feuillants et avec les Jacobins 
(juillet 1791). 

A la fin de juillet, la Société de Riom annonça aux Jacobins qu'une 
partie de ses membres avait arrêté de correspondre avec les Feuil- 
lants, et que, alors, les vrais Amis de la Constitution s'étaient retirés 
dans la maison des Génovéfains et priaient les Jacobins de corres- 
pondpe avec eux (2). 

Il paraît que la propagande feuillantine outrepassait de justes 
bornes. Vavin, architecte, écrivit qu'il rétractait formellement sa si- 
gnature apposée à la déclaration des Feuillants, qu'on lui avait pré- 
sentée chez un limonadier, sans lui donner le, temps de la lire. 

VU 

De graves accusations furent portées contre ces modérés qui s'en- 
tendaient avec le monde officiel, ou du moins qui trouvaient des 
appuis dans les fonctionnaires du gouvernement, humbles ou élevés. 

« On sait maintenant, imprimait, le 31 juillet, le Patriote Francah^ 
et ce fait est certain, que c'est M. Delessart (3) qui a payé les frais 
des courriers extraordinaires envoyés par les Feuillants pour tromper 
tous les départements. » 

Les Feuillants participèrent à la diplomatie à partir du mois 



(1) Gazette nationale, du 27 juillet 1791. 

(2) Sçance du mercredi 27 juillet, au Club des Jacobins. 
(.'}) Ministre de Tintérieur jusqu'au 30 novembre 1791. 



CLUB DES FEUILLANTS 330 

d'aoùL 1791. Et cependant leur influence allait s'amoindrissant. « Les 
Feuillants commencent à jouer de leur reste », écrivait Dusaul- 
choy (1). 

En même temps, leurs .partisans se permirent de critiquer leur 
façon d'agir, de leur donner des conseils pour arriver au grand 
public et pour ne pas rester en arrière des clubs rivaux les plus 
fréquentés. 

Un journal du Palais-Royal et des Tuileries, rédigé par Esmenard, 
monarchiste, et déjà plusieurs fois cité par nous, les critiquait, im- 
primait ces lignes : 

. « On parle beaucoup de la Société deg Amis de la Constitution, 
sécante aux Feuillans. On se plaint avec raison de ce qu'une assem- 
blée où se réuAissent 400 députés et tout ce qu'il y avait d'hommes 
honnêtes, éclfiirés, vraiment patriotes, dans le Club des Jacobins, ne 
publie pas le résultat de ses séances. Plusieurs personnes dési- 
reraient que le public y fût admis, ou du moins qu'il fût instruit par 
un journal des délibérations qu'on y prend. On sait que la révision 
des décrets doit y être discutée au premier jour. Cette matière est d'un 
intérêt universel, et l'opinion de la Société ne peut être indifférente. 
Les Jacobins publient la liste vraie ou fausse des clubs dont ils ont 
conservé la correspondance ; mais puisque le plus grand nombre a 
demandé raffîliation à la Société des Feuillans, celle-ci devrait bien 
faire connaitre les véritables amis de la Constitution et des lois (2). » 

D'autres journaux, de nuances diverses, s'occupaient toujours de 
la scission, constataient les phases de la lutte et ne manquaient pas 
de montrer combien les Jacobins déployaient d'activité afin de l'em- 
porter sur les Feuillants qui les avaient quittés, et dont ils se 
p'assaient. » 

Contrairement à ce que prétendait le Babillard sur le nombre des 
affiliés aux Feuillants, la Chronique de Paris se plaisait à constater : 

« ... Les Feuillants vont rentrer dans le sein maternel et se 
i(!Joindre aux Amis de la Constitution et de l'étroite observance, et 
les Feuillants se trouveront réduits à cette mincjrité de noblesse qui 
avait corrompu les Jacobins pour y dominer et avait voulu les perdre 
depuis quelle n'y dominait plus... (3). » 



(1) Révolutions de France et <le ISrahant, n" 87, p. 15 et .suiv. 

(2) Le Babillard, du 2 août 1791. 

(.3) Numéro du 14 août 1791. La Chroni(/ue de Paria parut depuis le 24 août 1780 
jusqu'au 23 août 1793. 



340 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

C'était faire le procès aux meneurs des modérés. Ce journal se 
iigurait déjà, prématurément dans tous les cas, que la plus grande 
partie des dissidents reviendraient bien vite à résipiscence et repren- 
draient leurs places parmi les citoyens plus avancés, en reniant les 
chefs de la Société feuillantine, qui se bornaient à préparer, par leurs 
discussions, les travaux de l'Assemblée nationale, sans rien voter, 
qui formèrent la droite de la nouvelle Assemblée. 

Carra annonça : 

« il fut question (dans la séance du 17 août, aux Jacobins) de savoir 
si la Société admettroit en masse le Club des Feuillans, qui se pro- 
posoit de venir se réunir à nous dans la même soirée. La proposition 
étoit délicate ; la Société désiroit bien recevoir en masse ceux auxquels 
on avoit adressé des lettres particulières d'invitation; mais elle vou- 
loit réfléchir sur l'admission des autres, et principalement de ceux 
qui avoient prolesté dans un libelle contre la Société-mère; de sorte 
qu'elle a pris le parti de passer à l'ordre du jour, en maintenant 
cependant son arrêté sur les invitations particulières, dont le nombre 
sera augmenté à mesure qu'on connoitra les membres aux(juels cette 
invitation doit être adressée (1). « 

Le Patriote français publia cet article : 

« Les Jacobins, pour remplir le vœu des Sociétés des départemens, 
ont tenté un dernier effort pour se réunir aux Feuillans. Ils ont offert 
de laisser rentrer en masse tous les députés, quoique beaucoup d'entre 
eux méritassent d'être à jamais exclus, par leur apostasie des prin- 
cipes, et par les calomnies qu'ils ont répandues contre la Société. 
Les députés feuillans ont demandé plus; ils veulent faire rentrer 
avec eux, et sans scrutin épuratoire^ la horde d'étrangers qui les a 
suivis... Les Jacobins veulent absolument, pour ces externes, un 
scrutin purificatoire, et ils ont raison; sans cela, le désordre régne- 
roit bientôt dans la Société (2). » 

Dans la séance du 21 août, aux Jacobins, M. Chevalier (3) annonça, 
par une lettre, l'intention de revenir dans la Société-mère. 

Un arrêté du même jour porta que les députés à l'Assemblée natio- 
nale, <( maintenant séants aux Feuillants, sont invités à rentrer au 
sein de la Société-mère : ils n'auront besoin, pour y être admis, 



(1) Annales patriotiques de Carra, du 20 août 1791; n- G87. 

(2) Le Patriote français, 1791, 26 août, no 747. 

(3) Son nom se trouve sur les deux listes des membres du Club des Feuittants. 
(Voir p. 287 et 298.) 



CLUB DES FEUILLANTS 341 

d'autre titre que celui de membre de la Société. » Ceux qui n'étaient 
pas députés seraient réadmis après avoir signé la déclaration et s'être 
soumis à un scrutin préparatoire. 

Dans la séance du 22 août, on résolut d'envoyer aux Feuillants 
cette lettre : « Frères et amis, la patrie est en danger. Le salut public 
vous appelle au sein de la Société. Toutes les Sociétés du royaume 
vous y invitent. Vos frères vous attendent. » Durand de Maillane dit 
que les commissaires jacobins avaient été bien reçus par les Feuil- 
lants. 

« Les Amis de la Constitution, séans aux Jacobins, ont fait une 
nouvelle et honorable démarche auprès des Feuillant pour les inviter 
à une réunion que les circonstances critiques où se trouve la chose 
publique exigent impérieusement. MM. Barnave, Lameth et leurs 
amis ont ajourné à quinzaine cette proposition amicale et civique. 
Qu'on juge à présent où sont les vrais amis de la Constitution, de la 
concorde et de la paix! Les aristocrates et les intrigans se flattent 
que cette scission amènera la dissolution de toutes les sociétés patrio- 
tiques : ils se trompent, elles croîtront et multiplieront en raison di- 
recte des persécutions ministérielles qu'on leur fera éprouver (1). » 

« Nous avons annoncé la dernière et honorable démarche des Amis 
de la Constitution, séans aux Jacobins, auprès des feuillantins ou 
feuilles mortes : plusieurs bons patriotes de cette dernière Société 
vouloient qu'à l'instant la réunion se fit. MM. Barnave et Lameth, 
qui détestent les Jacobins, depuis l'instant où leurs opinions anti- 
morales et anti-humaines sur nos malheureux frères les gens de cou- 
leur libres des colonies leur ont fait perdre l'empire t7'ès tyrannique 
qu'ils exerçoient dans cette Société; MM. Barnave et Lameth ont 
rejette, avec une hauteur insultante, la proposition amicale de réu- 
nion. Leur refus a été secondé, aux Feuillans, par beaucoup d'hommes 
que l'on accuse de boire à la fontaine [miraculeuse de la liste civile. 
Mais les honorables députés qui n'avoient été entraînés que par 
erreur aux Feuillans^ ou qui s'étoient rendus dans ce club pour y 
observer les manœuvres et tempérer, par leur influence, celle de la 
liste civile; ces députés, indignés du despotisme du petit B (Barnave) 
et des rois de la quatrième race, ont quitté le parc des feuilles mortes 
et se sont réunis en grand nombre aux vrais Amis de la Constitution 
séans aux Jacobins. » 

M. Anthoine, député, dit, aux Jacobins : « Messieurs, depuis quel- 
(l) Annales patriotir/ues de Carra, ilu 2fi août iVM, n" 69:L 



342 LES CLUBS CONTHE-REVOLUTIONNAIRES 

que temps, plusieurs personnes qui ont concouru à lascmion^ qui se 
plaçoient ordinairement parmi nous, à une extrémité de la salle [de 
l'Assemblée), ont pris le parti de se mettre dans un des bas-côtés. De 
là, ces messieurs régnent; ils font entendre leurs volontés au prési- 
dent. Hier, ils ont fait signe à la partie droite [les noirs) de se lever^,, 
et, en effet, nous avons remarqué que la partie droite du président 
{les deux cens (sic) quatre-vingt-dix protestateurs) qui, depuis un mois, 
s'étoit abstenue scrupuleusement de voter, s'est levée presque toute 
entière; sans elle, nous l'eussions emporté. » Il s'agissait du décret 
sur, d'autres disent contre la liberté de la presse (1). 

Attaqués par les Feuillants, les patriotes engagèrent avec eux une 
polémique assez vive. On lit, dans la Réponse de M. Chas à M. Carra, 
un des auteurs des Annales patriotiques et littéraires (2), l'apprécia-, 
tion passionnée des malheurs causés par les journalistes révolution- 
naires et par les clubs autres que celui des Feuillants, composé 
« d'hommes honnêtes », suivant le Babillard : 

« Plût à Dieu que le législateur eût le courage de créer une loi 
pour chasser tous ces journalistes vils et stipendiés, et pour détruire 
ces clubs anti-sociaux qui usurpent les droits de l'autorité et entra- 
vent tous les pouvoirs. Tant que ces sociétés existeront, nous n'au- 
rons ni Constitution, ni paix, ni liberté. C'est de ce volcan que par- 
tent les foudres qui embrasent la France. 

« {En note) : Je ne parle point de la Société séante aux Feuillants, 
les membres qui la composent sont les véritables défenseurs de la- 
Constitution et les amis de la paix. J'y vois réunis les vertus, -les lu- 
mières, les talens et la pureté du patriotisme. Je sais que dans la So- 
ciété séante aux Jacobins il y a des citoyens instruits, sages et pru- 
dens; mais j'y vois aussi, malgré le scrutin épuratoire, des hommes 
sans conscience et sans mœurs, des politiques ignorants et stûpides, 
des motionnaires séditieux, des déclamateurs forcenés, et des répu- 
blicains féroces (3). » ' 

Il n'avait pas encore été tracé un tableau aussi exagéré, aussi inju- 
rieux de la Société des Jacobins. 

Ceux-ci avaient beau jeu, d'après la réalité des faits qui se produi- 
sirent et dont l'opinion publique se préoccupait. 

Les Feuillants, commfe Barnave, s'intéressaient à la reine (1791), 



(1) Annales patriotiques de Carra, du 29 août 1791, n» 696. 

(2) Brochure in-S» de 16 p., Pai'is, 14 septembre 1791. 

(3) Bib. de la Chambre des députés, recueil, t. LXII Bf-- 222. 



CLUB DES FEUILLANTS ' 343 

après la fuite de Louis XVI. Cela ne faisait pas de doute. Plusieurs 
d'entre eux ne s'en cachaient pas, au risque de paraître monar- 
chistes. 

Le message du 13 septemhre 1791, par lequel Louis XVI fit con- 
naître à l'Assemblée qu'il acceptait la Constitution, était rédigé par 
des Feuillants. La conduite du roi y était expliquée en ce sens que 
son éloignement de Paris venait de ce qu'il avait perdu l'espérance 
de voir se rétablir l'ordre et le respect de la loi. Mais comme l'Assem- 
blée avait réprimé le désordre et modifié certains articles de la Cons- 
titution, il promettait de la maintenir. 

Ainsi pensaient les Feuillants. Sur la motion^ de La Fayette, l'As- 
semblée avait mis en liberté les individus détenus à l'occasion de la 
fuite du roi. 

Sur presque toutes les questions traitées par les députés, leS opi- 
nions feuillantines semblaient de plus en plus réactionnaires, inspi- 
rées soit par la cour, soit par la municipalité de Paris. Elles venaient 
directement ou indirectement du Club des Feuillants, moindre en 
nombre d'adhérents, mais ne perdant aucune de ses prétentions et 
comptant sur la majorité de l'Assemblée nationale, même de celle qui 
lui succéderait. 

Malouet et Barnave furent principalement honnis par les amis des 
Jacobins pour leur conduite aux Feuillants. Dans une Lettre des 
Amis de la Constitution d'hsoire, on lisait : 

« ... Passez, passez du côté de Malhouet, ou plutôt disparaissez du 
sanctuaire de législation... C'en est fait, vos noms sont efTacés du 
tableau de la Révolution... (1). » 

Charles Lameth, aussi, fut renié, rayé d'une liste de la Société de 
Pontoise. 

Le Patriote français publiait cette lettre : 

« Copie de la lettre écrite à M. Charles Lameth par la Société des Amis 
de la Constitution de Pontoise, en le rcLyant du tableau de ses 
membres. 

« Monsieur, la Société établie à Pontoise a toujours été et est 
toujours attachée à celle dés Jacobins. Vous êtes de celle des Feuil- 
lans, en conséquence elle a arrêté de vous rayer du tableau de ses 
membres. 

« Signé : Délaissement, vice-président^ Leclerc, secrétaire (2). » 

(1) Patriote français, n° 780, du 29 septembre 1791, 

(2) Séance du mercredi, 7 septembre, aux Jacobins. 



344 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

En juillet 1791, Feydel écrivait que sur deux mille quatre cents 
membres dont était composé le Club des Amis de la Constitution, 
dix-huit à dix-neuf cents s'étaient retirés des Jacobins, dont un tiers 
aux Feuillants, et que les six cents restés aux Jacobins s'épuraient. 

Dans quel sens s'épuraient-ils? Dans le sens avancé, sans équi- 
voque, en marchant dans la voie révolutionnaire, en ne voulant pas 
de compromis avec le roi et la cour, en ne soutenant pas, quand 
même, tel ou tel ministère. 

En août-septembre, cinquante-six députés seulement persévé- 
rèrent dans le feuillantisme, qui ne cessait pas de lutter contre les 
avancés. Il était représenté encore par Lameth, Barnave, Duport et 
quelques autres hommes de valeur. 

Dans les premiers mois de l'Assemblée législative (octobre, no- 
vembre, décembre), les Feuillants attaquèrent, dans l'Assemblée, les 
pétitions plus ou moins révolutionnaires présentées collectivement. 
Leurs vœux furent en partie réalisés. Leur influence ne disparaissait 
pas. Elle tenait pourtant à peu de chose, car la composition de l'As- 
semblée législative ne ressemblait pas à sa devancière, dont les 
membres s'étaient déclarés inéligibles. 



VIII 



Le Club des Feuillants qui, jusqu'alors, avait agi dans la pénombre, 
s'assembla au grand jour. Carra et d'autres journalistes annoncèrent 
ce changement d'allures. Les Annales 'patriotiques en prirent acte; 
elles imprimèrent : 

« Les Feuillants ont été enfin forcés de se soumettre au vohi du 
peuple : leurs séances seront publiques et leurs intentions seront 
connues. Ils ont inspiré de la méfiance, parce qu'on les croit beau- 
coup plus amis de la cour et des ci-devant grands, que de la décla- 
ration des droits et de l'égalité, bases de la Constitution. Si leurs 
opinions et leur conduite surtout viennent à démentir ces justes 
soupçons, tant mieux; les patriotes se réjouiront d'avoir trouvé des 
frères là où ils craignaient de trouver l'intrigue et les chefs d'une 
fraction accusée de vouloir ressusciter la noblesse, et de profiter 
de la guerre pour établir, par une médiation armée, une seconde 
chambre législative, une chambre de nobles, un sénat à la Mou- 
nier (1). » 

(1) Annales patriotiques de Carra, du 15 décembre 1791. 



CLUB DES FEUILLANTS 345 

La loi obligeait d'ailleurs les Feuillants, comme les autres clu- 
bistes, à ouvrir leur salle au contrôle municipal et public. 

V Orateur du peuple remarqua : 

« La Société des Feuillans, que tout le monde sait être le rassem- 
blement des ministériels, tiennent à présent leurs séances publiques. .. 
Ces messieurs (les députés ministériels) tiennent des séances publi- 
ques aux Feuillans, pour dire au peuple ce qu'ils ne pensent pas, 
tandis que, d'un autre côté, ils forment un conciliabule où ils con- 
certent les moyens de l'enchaîner (1). » 

Il ajouta, quelques jours après : « Le peuple, qui est persuadé que 
la Société des Feuillans n'a que le masque du patriotisme, que les 
séances publiques que ces messieurs tiennent ne les empêchent pas 
de se réunir chaque soir à la fin de leurs travaux imposteurs, le peu- 
ple, dis-je, a résolu sa dissolution, comme il avoit résolu celle des 
sociétés aristocratiques des capucins et des monarchicns : il s'est 
transporté en foule à la séance de vendredi dernier, y a reproduit les 
scènes et les sarcasmes des séances précédentes; c'est-à-dire que les 
auteurs de l'affiche ministérielle du Chant du coq ont été accueillis 
par des co, co, co, codet (2). » 

Le Chant du coq était un supplément du Babillard, dont il a été 
question plus haut. 

Cependant, le 6 décembre 1791, la feuillante madame de Staël, qui 
était fort éprise d'un ami de La Fayette, le comte Louis dé Narbonne- 
Lara, contribua à faire un ministre de ce seigneur spirituel, avanta- 
geux et brave. 

La promotion de Narbonne aux fonctions de maréchal de camp et 
de ministre de la guerre fut attribuée à la « coterie » Barnave, La- 
meth, Duport, etc. N'oublions pas que Narbonne était chevalier de 
Madame Adélaïde; on le considérait, avec quelque raison, comme un 
modéré, bien qu'il résistât à Bertrand de Molleville, ministre de la 
marine, au point d'être bientôt soudainement révoqué, par suite des 
obstacles que lui opposaient les ministres à la discrétion de Marie- 
Antoinette. 

Plus que jamais le Club des Feuillants se trouva mis en évidence. 

« La meute des Jacobins, écrivait, au même temps, Royou, semble 
avoir quitté la piste des aristocrates pour se jeter à la poursuite d'un 



(1) Orateur du Peuple, t. IX, ii" 3r.. 

(2) Orateur <hi Peuple, t. IX, ii" M. 



346 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

autre gibier: elle donne maintenant la chasse aux Feuillans (1). » 

En effet, ces modérés, ces« conspirateurs », — ainsi les appelaient 
leurs adversaires, — n'échappaient pas au contrôle quotidien de 
ceux-ci. 

On eut pu croire que, faute de membres, le Club des Feuillants 
allait disparaître en septembre 1791. Les choses ne se passèrent pas 
de cette manière. Le Patriote français annonça, le 30 novembre de 
la même année : ' . 

« On assure que M. Barnave est à Paris, et qu'il assiste tous les 
soirs au coucher du roi (2). — Il se forme des clubs monarchiques 
dans tous les quartiers. Celui des Feuillants vient de ressusciter. » 

En effet, le 7 octobre, aux Jacobins, Rœderer disait : 
« Les intrigants de l'ancienne législature ont ajourné à ce soir la 
résurrectiondes Feuillants. » 

Le même journal, du 15 décembre 1791, renferme l'article sui- 
vant : 

« Sur la tactique des Feuillants. 

« Les ennemis de la liberté sont parvenus à ressusciter la Société 
des Feuillans, et à y attirer un grand nombre de membres de l'As- 
semblée nationale. Cette Société n'a pour objet que d'assurer au châ- 
teau des Tuileries un corps d'armée aux .ordres des comités corrom- 
pus qui les '/iirigent. Quelques intrigants bien connus sont à la tête 
de ces Feuillans. — Le but de ces honnêtes gens est d'avoir l'air de 
commander un parti, pour se vendre plus sûremeat au ministère, et 
en obtenir argent ou places... Parmi eux, il n'y a pas un homme de 
génie ni même de talent un peu fort dans ces Feuillans; c'est que le 
génie et le talent n'habitent point avec l'intrigue... » N" 8o7 du 
Patriote Français [S). 

Le journal rappelle qu'il y a, par suite de cette tactique, beaucoup 
de Feuillansprésidens ou vice-présidens de l'Assernblée nationale. 

Quatre jours après, il ajoute : 

« Comme il y avait eu quelques attroupements au dehors de leur 
salle, com"mç le public ^es tribunes troubla les séances des Feuillants, 
le député Chéron (4), président du Club, écrivit au maire de Paris 

< 

(1) L'Ami du Roi, iiuinrro du 29 décembre 1791. 

(2) Après l'arrestation de Louis XVI à Vareimes. 

(3) Patriote français, numéros du 30 novembre 1791 et du 15 décembre de la 
même année. 

(4) Chéron (Louis-Claude), littérateur, membre du Directoire du département 
de la Seine, député à la Législative. 



CLUB DES FEUILLANTS * 347. 

pour être autorisé à requérir un commissaire civil d'assister aux 
séances. Il déclarait : « Deux cent soixante-quatre députés et environ 
huit cent quatre-vingts autres citoyens qui ont prêté le serment civi- 
que, et payé leurs impositions, composent, pour le présent, bette 
Société dont tpus les membres sont prêts à mourir pour la Constitu- 
tion (1). » Chéron avait tenté d'organiser la résistance (fin novembre 
1701) contre le décret sur les prêtres insermentés. 

Le maire Pétion répondit le même jour (^1 décembre 1791) à 
M. Chéron : 

(( ... Au moindre tapage, faites avertir la garde, et 'elle s'empressera 
de rétablir l'ordre; écrivez un mot au commissaire de la section, et il 
se rendra aussitôt; écrivez à un administrateur de police, et il se 
rendra aussitôt. Si le commissaire consent volontairement à se trou- 
ver, même tous les jours, à vos séances, que son temps le lui per- 
mette, rien de niieux, je suis très éloigné de m'y opposer; mais je ne » 
peux pas lui en imposer l'obligation; je ne peux pas lui dire qu'il se 
rende à votre réquisition. Si chaque Société demandait un commis- 
saire, voyez dans quel embarras nous nous trouverions : à peine 
sont^ils en assez grand nombre pour faire avec exactitude le service 
du spectacle. 

« Signé : Petion (2). » 

Non seulement il se fit du tumulte chez les Feuillants, le 21 dé- 
cembre, mais le 23, d'après un procès-verbal envoyé au maire par le 
commissaire de police, les citoyens des tribunes se plaignaient» 
d'avoir été provoqués par un membre de la Société, iet de ce que plu- 
sieurs membres étaient armés et affectaient de provoquer en duel (3). 

Les citoyens des tribunes accusaient les Feuillants de professer des 
principes anti-constitutionnels. 

Point de désordres le 24 ni le 25. 

Le 26 du même mois, M. Chéron écrivit une autre lettre au maire 
de Paris. On y lit : 

'« Notre devise renferme tous nos principes; la Constitution, toute 
la Constitution, rien que la Constitution. C'est la vôtre, sans doute, 
monsieur, et celle de tous lès François qui ont le parjure en horreur 
et veulent le salut de leur pays. » Il terminait : « Devise effrayante 
pour les partisans de l'ancien régime et les faux amis du nouveau. » 



(1) Le 21 décembre 1791. 

(2) Bib. Nat., imprimé Lb 39/56.31.— Pétion était membre du Club des Jacobins. 

(3) Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution, t. XII, p. 349. 



348 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Il annonçait que ses co-secrétaires se rassembleraient publique- 
ment, le soir, à six heures. 

« Lettre de M. le Maire à M. Chéron., en date du 36 décembre^ 
neuf heures et demie du matin. 

« Monsieur, 
« Aussitôt la réception de votre lettre, j'ai donné des ordres pour 
prévenir les troubles que vous craignez. J'ai appris hier que beaucoup 
de membres de la Société que vous présidez doivent se rendre, armés, 
au lieu des séances; que le public, instruit de cette disposition, de- 
voit également se rendre en armes, tant dans les tribunes qu'à l'ex- 
térieur de la salle. Je crois l'un et l'autre bruit également faux; mais 
s'ils étaient vrais, voyez combien cette position seroit cruelle; je fré- 
mis d'y penser. Il paroit qu'à la dernière séance, le tumulte a com- 
mencé par la provocation d'un lieutenant des canonniers, qui, de 
l'intérieur de la salle, a nargué le public. Il paroit que plusieurs 
sociétaires étoient armés, et que cela a beaucoup déplu. Je vois bien 
qu'ensuite les spectateurs se sont portés à des excès répréhensibles. 
En grâce! qu'on évite jusqu'au moindre prétexte d'agitation, et je ne 
négligerai rien pour vous procurer paix et tranquillité. Secondez mes 
efforts; je vais vous parler avec toute franchise : il est parmi vous un 
grand nombre d'amis de l'ordre et de la Constitution; il en est aussi, 
je puis me tromper, mais je le pense, qui sont ennemis de cette Cons- 
titution, qui ne veulent que du bruit pour avoir occasion de se plain- 
dre, qui ne désirent que du scandale et de l'éclat pour paroître per- 
sécutés (1). 

« Signé : Pétion. » 

Chéron répondit aussitôt à Pétion : 

« Monsieur, j'ai frémi en lisant votre réponse, du danger auquel 
des citoyens seraient exposés si l'on ajoute foi aux bruits qui vous 
sont parvenus. Je puis répondre du patriotisme de mes collègues; je 
répondrais de tous, si l'expérience n'apprenait trop malheureusement 
qu'il est des parjures, comme il est des parricides, et qu'il se glisse 
des faux frères dans les sociétés tant soit peu nombreuses, quelles 
que soient d'ailleurs leur intimité et la pureté de leurs intentions. 
Mais, monsieur, je ne répondrais pas que, si la loi se montrait encore 
insuffisante à protéger notre liberté constitutionnelle, il n'arrivât 
quelque malheur. Ma conscience est pure, mes vues droites, mon pa- 

(1) Bib. Nat., Lb :}9/3631. 



CLUB DES FEUILLANTS 349 

Iriotisme ardent, mon courage inaltérable. S'il ne s'agissait que de 
moi, je m'immolerais à la Constitution. Oportet unum mori pro po- 
pulo serait ma dernière devise; mais ici, j'exposerais mes collègues, 
que je ne puis prévenir assez à temps, quoique rien ne me donne le 
droit de mettre leur prudence en doute; j'exposerais mes concitoyens 
,et j'en frémis. Je prends donc sur moi, d'après l'avis de quelques-uns 
de mes collègues qui m'entourent en ce moment, de vous prier de 
vouloir bien donner des ordres pour que personne ne soit admis ce 
soir à notre Société, qu'en justifiant de sa carte de député ou de celle 
d'affilié : il suffirait que vous nous permissiez de faire placer une 
sentinelle à la porte du couloir qui conduit à notre salle, et de lui en 
faire donner la consigne la plus expresse. Je vous prie aussi de faire 
donner des ordres pour qu'aucun attroupement ne puisse obstruer 
l'entrée de la salle. 

« Il est à désirer que vos ordres soient donnés avant quatre beures. 

« C'est sous la protection de la loi que je remets, monsieur, la 
liberté de mes collègues et la mienne. 

« Comme nous ne voulons pas échapper à la publicité, toutes per- 
sonnes, adressées par vous, monsieur, seront admises. » 

L'essentiel était d'empêcher les sociétaires d'arriver avec des 
armes. Le maire de Paris savait que le public se présenterait armé, 
si les sociétaires devenaient provocateurs. 

Chéron reçut de Pétion le billet qui suit : 

« A l'instant, M. le commandant de la Garde nationale se rend 
chez vous; il va conférer sur les mesures prises pour prévenir toute 
espèce de trouble et de désordre (1). » 

S'il n'y eut pas de trouble ni de désordre à l'entrée de la salle où 
les Feuillants s'assemblèrent, ce calme ne dura que quelques jours. 
Le public comprit les difficultés de la situation pour le maire de 
Paris, mais il se tint prêt à opposer la force à la force, dans le cas 
où des armes apparaîtraient dans les mains des sociétaires. 

Beaucoup de gens croyaient que, à cause des circonstances, le 
Cluh des Feuillants cesserait, ou du moins interromprait ses séances. 
Mais Chéron avait parlé de « liberté constitutionnelle », avait déclaré 
qu'il « mourrait pour le peuple », s'il le fallait. Probablement, le pu- 
blic n'entra dans la salle qu'avec une carte de député ou d'affilié. Une 
sentinelle veilla à l'observation de la consigne. 



(1) Ces pièces out été extraites par Bûchez et Roux de la Mairie de Pétion, 
p. :jl-44. 



350 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Le Patriote français fit un compte rendu très succinct d'une des 
séances. Il annonça : 

, « Les Feuillans continuent de s'assembler. Dans une des dernières 
séances, M. Dandré a beaucoup déclamé contre les accaparemens; 
M. Chapelier a loïiguement prêché contre la fureur du jeu; M. Bar^ 
navc s'est profondément étendu contre l'intrigue. — La séance était 
publique (1). » Dandré, votant avec les patriotes, ménageait la droite. 
On l'appelait « le couteau à deux tranchants >>. Il se plaisait à parler 
contre les clubs et les clubistes; les journaux avancés le traitaient 
d'intrigant. 

Le 25 décembre, le, Patriote Français imprima : 

.<( Hier il y eut grand tumulte (au Club des Feuillants); on appela 
gardes nationales, commissaires ; on verbalisa. Les observateurs 
croyent que ces Jjraves modérés ont eu la méchanceté de se faire la- 
pider, pour calomnier les Jacobins. Stanislas Clermont (Tonnerre) 
leur auroit-il légué sa tacti(]ue (2) ? » 

Assurément, la tranquillité publique était compromise, il conve- 
naît d aviser. 



IX 



A une séance «extraordinaire de l'Assemblée législative, ce qui se 
passait aux Feuillants émut beaucoup de députés. Quelques-uns 
lâchèrent d'obtenir un décret contre les Sociétés, en défendant aux 
membres de l'Assemblée d'y assister. Cette tentative ne réussit })as. 

Le Moniteur universel rend ainsi compte de la séance (3) : 

« Présidence de M. François de Neufahâteau. 

« M... — J'annonce à l'Assemblée qu'il y a du trouble aux Feuil- 
lants. Je demande qu'on y envoyé des commissaires de la salle pour 
savoir ce qui s'y passe. (On murmure.) 

« M. CiiÉRON. — Je demande, moi, qu'on passe à l'ordre du jour. 

«M. MoNTEAU. ^- Je prends la parole pour dénoncer un fait qui 
Vient de m'arriver. En passant près des Feuillans, la sentinelle m'a 
demandé ma carte. J'ai montré celle de député. La sentinelle m'a dit 
que sa consigne ne lui permettait pas de laisser entrer avec celle 



(1) Patriote français, u" 861, 19 décembre 1791. - 

(2) Patriote français, u° 867, 25 décembre 1791. 

(8) Moniteur universel, séance extraordinaire du lundi soir, 26 décembre 1791; 



CLUB DES FEUILLANTS 351 

carte, et qu'il fallait avoir celle de la Société des Feuillans. (On mur- 
mure.) Je demande si nous avons la police de notre enceinte ou si 
nous ne l'avons pas. Si nous l'avons, il est bien extraordinaire qu'on 
donne de telles consignes aux sentinelles. 

« M... — Il me semble que le membre qui a été arrêté aurait dû se 
faire conduire, par la sentinelle, à l'officier qui a donné cette con- 
signe. (On murmure.) 

« On demande qu'il soit passé à l'ordre du jour. 

(( M..'. — - Je fais la motion que le commandant du posie soit à l'ins- 
tant appelé à la barre, pour déclarer les raisons qui l'ont engagé à 
donner cette consigne. 

« Il s'élève des débats tumultueux au milieu desquels on entend 
plusieurs voix réclamer l'ordre du jour. 

« M. Ducos. — Il est indécent de faire perdre dans une pareille 
scène-une séance destinée à des objets très importans. 

« M. Cambon. — Je réclame l'ordre du jour. 

«. M. Maillot. — ■ Je demande que l'Assemblée interdise à tous ses 
membres la faculté de s'assembler dans aucune société particulière. 
(On murmure.) 

'« M. Daverhoult. — Je suis étonné qu'on fasse une motion qui ne 
peut en aucune manière regarder l'Assemblée, car- l'assemblée n'a 
rien à' connaître dans la vie privée de chacun de ses meànbres. 

« M. Lacrolv. — Je m'étonne, avec le préopinant, qu'un membre 
ait pu.proposer à l'Assemblée de prononcer sur ce qui se passe hors 
de son sein. Je demande non seulement que sur cette motion on 
passe à l'ordre du jour, mais que celui qui la faite soit rappelé 
à l'ordre. Cette proposition a été faite pour donner le change sur un 
délit commis par un membre de cette Assemblée, président de la 
Société des Feuillàns; (Les tribunes applaudissent avec transport.) 
c'est lui qui a donné cette consigne. Je demande que l'officier de 
garde soit mandé à la barre pour nous en rendre raison. (Les 
applaudissements des tribunes recommencent.) 

« M... — Je deniande que M. Lacroix soit rappelé à l'ordre. (On 
murmure.) 

« M. CiiÉRON. — Pour répondre à M. Lacroix, j'insiste sur la propo- 
sition de faire venir l'officier de garde à la barre. Quant aux injures 
de M. Lacroix, je me réserve d'y répondre. (On murmure.) 

« M.„Cambon. — Allons donc, l'ordre du jour.^ 

« M. RoBKcouHT. — La consigne regarde les commissaires inspec- 
teurs de la salle, et je vous proteste qu'ils n'ont point donné la con- 
signe dont un membre s'est plaint. 



352 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

<( M. RouLuiÈs. — L'Assemblée s'occupe depuis trop longtemps (run 
fait qui écarte l'objet de la délibération. Je demande que l'on passe 
tout de suite à l'ordre du jour, (On murmure.) 

« Après une assez longue agitation, l'Assemblée décrète que l'offi- 
cier de garde sera mandé pour savoir qui lui a donné la consigne. 

« On introduit successivement deux officiers de la garde nationale, 
qui déclarent que le poste où était la sentinelle dont on dénonce la 
consigne ne les regardait pas. 

« On en amène un troisième. 

« M. le Président lui demande s'il est vrai qu'il ait donné la con- 
signe dont on se plaint. 

« L'officier. — Il est vrai qu'à l'entrée des Feuillans, j'ai donné la 
consigne de ne laisser entrer qu'avec des cartes rondes et triangu- 
laires, parce que je connais l'une pour être la carte de député et 
l'autre celle de la Société des Feuillans. Si j'ai donné cet ordre, c'était 
pour interdire l'entrée aux malveillans. (On murmure.) Mais je n'ai 
pas donné d'ordre qui regardât l'Assemblée en aucune manière, 

« L'Assemblée passe à l'ordre du jour. 

« M. Merlin (1). — Je demande la parole pour une motion d'ordre. 
(On réclame l'ordre du jour.) Personne n'a le droit de m'empêcher 
de parler, quand je veux faire une motion d'ordre. (On murmure.) Je 
demande qu'il soit décrété qu'aucune force publique n'approchera de 
l'Assemblée et des établissemens qui la concernent, qu'à une distance 
d'au moins cinquante toises. (On murmure.) 

(c M. Bazire. — M. Merlin a la parole, je demande qu'elle lui soit 
continuée. 

« M. Merlin. — Je sortais avec M. Grangeneuve, pour me rendre 
au Comité de surveillance,, lorsqu'au passage qu'on appelle le chœur 
des Feuillans, j'ai trouvé, je ne sais si ce sont des sbires ou des janis- 
saires. (On murmure.) (Plusieurs voix : au fait, au fait.] J'y suis. Si 
vous ne voulez pas m'en tendre à la tribune, je descends à la barre. 
(On murmure.) 

« Il s'élève une longue et violente agitation. 

« M. Merlin. — Je dis qu'en allant au Comité de surveillance, j'ai 
été arrêté par des sbires qui m'ont déchiré mon habit. (On murmure.) 
C'est la garde nationale qui m'a sauvé des mauvais traitemens dont 
j'aurais été peut-être la victime. (On murmure.) 

(1) Merlin (de Douai;, futur conventiounei. 



CLUB DES FEUILLANTS 353 

« M. Lacroix. — Je demande que ce délit soit dénoncé. (Les tri- 
bunes applaudissent.) 

« L'agitation redouble. 

« M. Merlin. — J'ai demandé si j'étais dans le sanctuaire des droits 
de l'homme et du citoyen, et tandis qu'on m'assurait qu'oui, une 
multitude effrénée tombait sur moi et m'arrachait du chœur des 
Feuillans. 

« Quelques voix. — Il faut prouver tout ce que vous dites. 

« On demande d'un côté que M, Grangeneuve soit entendu ; d'un 
autre, que l'affaire soit renvoyée aux commissaires de la salle pour 
en présenter le rapport. 

« M. GiRARDiN. — Je demande que MM. les commissaires de la salle 
se retirent à l'instant pour s'assurer des faits. M. le président, la 
Constitution vous charge de la police intérieure et extérieure de la 
salle; vous devez donner des ordres pour qu'aucune force publique 
ne s'apprOche de cette enceinte, sans votre aveu. Il est temps de ter- 
miner des scènes qui déshonorent l'Assemblée. Il est temps de 
prendre des précautions pour qu'elles ne soient plus reproduites. 

« M. Lacroix. — Je vais plus loin que M. Girardin. Je reconnais, 
comme lui, que la police de la salle et de ce qui l'environne n'appar- 
tient qu'au corps législatif, puis je demande en outre que l'Assem- 
blée décrète qu'aucun club, aucune Société particulière ne pourra se 
réunir dans cette enceinte. (On applaudit.) 

« M. Jaucourt. — Je demande que les commissaires de la salle 
prennent connaissance des faits. Le public a été témoin de ces détails, 
j'ose dire, indignes de l'Assemblée nationale ; il doit aussi connaître 
les mesures que vous prendrez pour faire cesser ce scandale. Je dis 
que le Club des Feuillans a sans doute la prétention d'être dévoué à 
la Constitution. (On murmure.) Mais enfin il s'élève dans Paris une 
rivalité dangereuse de patriotisme qui ne peut être qu'un ferment de 
discorde et de trouble pour tout le royaume. Tant que les députés se 
pareront d'autres couleurs que des couleurs nationales, tant qu'ils se 
livreront au dehors à l'esprit de parti, jamais il n'y aura de tranquil- 
lité dans l'Assemblée. Je demande donc, non pas comme décret, non 
pas comme règlement, mais comme un gage de la fraternité qui doit 
nous unir, comme un témoignage de la confiance qui doit nous 
animer; je demande, au nom de la paix, au nom de la patrie, que 
tous les députés se soumettent à ne jamais paraître dans aucune So- 
ciété particulière. (L'Assemblée et les tribunes applaudissent.) 

« M. Grangeneuve. — Un député à ^Assemblée nationale, se rendait 

à son Comité. Il a été arrêté par des hommes armés... 

23 



354 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« M... — Je demande la permission d'interrompre ici l'opinant, 
parce que cela est faux. (On murmure.) 

« L'agitation recommence et devient tumultueuse. 

u M. LE Président. — Je prie rAssemblée de garder le silence, sans 
quoi je ne pourrai pas continuer de présider. 

« M. GiRARDiN. — Je demande qu'on lève la séance, et qu'il n'y en 
ait plus le soir. 

« M. Grangeneuve. — Un député, allant à son comité, a été arrêté 
par des hommes armés; un membre m'a dit que cela était faux : je 
demande qu'il soit rappelé à l'ordre. (On murmure.) Est-il possible, 
est-il tolérable que dans l'enceinte où sont placés les bureaux de l'As- 
semblée, un membre ne soit pas en sûreté? Est-il tolérable que ce 
membre soit conduit devant cette Société? 

« Une voix. — Cela n'est pas vrai; il a demandé à y entrer. (On 
murmure.) 

« M. Grangeneuve. — Est-il possible qu'un représentant de la na- 
tion... (On murmure.) Qu'un représentant de la nation... (On mur- 
mure.) — L'orateur, se tournant à la droite du président : Si vous ne 
me laissez pas achever, je vous dénoncerai tous; oui, vous tous. (Les 
tribunes applaudissent à plusieurs reprises.) Les véritables bornes de 
l'Assemblée sont celles de l'empire français. Je demande la vengeance 
d'un outrage fait à un membre qui se rendait à son devoir, dans 
l'enceinte de l'Assemblée. Il s'agit de savoir si l'Assemblée aura moins 
d'égards pour les députés que pour le Club des- Feuillans. (Les ap- 
plaudissements des tribunes recommencent.) L'officier de garde exté- 
rieure a présenté la bayonnette sur la poitrine d'un député. Je 
demande qu'il soit à l'instant amené à la barre. (Les applaudissements 
des tribunes redoublent.) 

« Le tumulte recommence. 

« M. Lacretelle. — Je viens d'apprendre qu'un commissaire de 
police, qui assistait à la séance des Feuillans, a dressé un procès- 
verbal. Je demande que ce commissaire soit mandé pour nous en 
donner connaissance. (On murmure.) 

« L'Assemblée décrète que ce commissaire sera amené à la barre. 
(On applaudit.) 

« M. le Président. — On m'annonce que la garde était uniquement 
commandée pour les Feuillans, et qu'il n'y a plus à la Société ni mem- 
bres, ni gardes. 

« On demande le renvoi de l'affaire aux commissaires de la salle. 

« Ce renvoi est décrété. 

« La séance est levée à neuf heures et demie. » 



CLUB DEà FEUILLANTS 355 

Le mardi 27 décembre 1791, aux Jacobins, Merlin rendit compte 
de ce qui lui était arrivé. On passa à l'ordre du jour « sur ces détails 
affligeants pour de véritables patriotes. » Les questions relatives aux 
émigrés, à la guerre, aux prêtres insermentés étaient bien plus im- 
portantes. 

Chéron publia une brochure, au lieu de se tenir pour battu. De là 
une 

« Réponse de M. le maire à l'écrit de M. Chéron intitulé : Conduite 
de M. Chéron^ à Voccasion de la Société des Feuillans, ou quelques 
petites erreurs glissées dans une feuille imprimée et distribuée gra- 
tuitement à la porte de l'Assemblée nationale, intitulée : Conduite de 
M. le maire de Paris. 

« Monsieur, vous vous plaignez de quelques petites erreurs qui se 
sont glissées dans l'impression de vos lettres; ces erreurs sont, en 
effet, très petites. 

« J'ai remis, et vos lettres et celles de M. le commandant-général 
de la Garde nationale, et celle de M. le commissaire de police et les 
miennes, dans l'ordre de leurs dates, à un commis pour les copier, 
et en lui disant : « Retranchez de la fin tout ce qui est de compliment 
et de cérémonie. » Rien, en effet, n'est plus étranger au fond, rien 
n'est plus inutile et plus insipide pour le public : aussi n'en est-il au- 
cune, soit des vôtres, soit des miennes, où il soit resté des formules 
d'étiquette. 

« Je n'ai cru blesser en cela ni les convenances, ni votre délica- 
tesse. 

« Quant aux mots que le copiste a sautés, ils ne sont d'aucune im- 
portance; ils ne changent en rien vos idées, vos principes et les faits... 
Il est facile de s'en convaincre par le rapprochement de nos deux 
écrits. 

« Je vous avoue franchement que je n'ai pu relire ce que le copiste 
a fait; mon temps étoit pris par des occupations urgentes et multi- 
pliées. Ce n'est pas moi, non plus, qui ai vu l'épreuve : elle fut ap- 
portée, le soir, lorsque j'étois à la municipalité. Une personne de 
connoissance, qui se trouvoit à la mairie, prit ce soin. 

« Rien, au surplus, n'est moins digne d'attention que tout cela, et 
il n'a pas pu vous entrer dans la tête que ce soit à plaisir ou à des- 
sein qu'on ait voulu faire la plus légère altération à vos lettres. Une 
imprudence aussi absurde seroit inconcevable. 

« Vous avez remarqué des mots en italique dans ma lettre du 2G... 



356 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Je suis très éloigné de les désavouer ; mais ce n'est pas moi qui ai 
le mérite de les avoir marqués de ce caractère distinctif. 

« Votre dernière lettre n'a pas été insérée, parce qu'elle est arrivée 
trop tard, et que la composition étoit faite ; car il ne m'en eût pas 
plus coûté de la mettre que les premières. 

« Je n'ai pas non plus inséré mon petit mot de réponse , deux 
lettres que j'ai écrites, l'une à M. le Commandant-général de la garde, 
l'autre à M. le commissaire de police, ainsi que des pièces qui me 
sont parvenues depuis. 

« Il seroît, je pense, inutile d'en dira davantage sur un aussi mince 
sujet; j'ignore comment il a pu vous occuper un seul instant. 

« Le maire de Paris : Pétiiion (1). » 

Les Révolutions ajoutent : « Il a paru encore sur le même objet 
une Dernière réponse de M. Péthion à M. Chéron. En vérité, M. le 
maire de Paris est bien bon de répondre par deux fois aux mauvaises 
chicanes que lui fait le député ministériel. » 

On n'en avait pas fini avec le Club des Feuillants^ môme à l'Assem- 
blée législative. 

«( Séance du mardi 27 décembre, à l'Assemblée législative. 
« Un de MM. les secrétaires fait lecture d'une lettre de M. Pétion; 

elle est ainsi conçue : • 

« Paris, 27 décembre. 

« Monsieur le Président, il m'était difficile de prévoir que des me- 
sures sollicitées avec instance par des membres de l'Assemblée natio- 
nale, exigées pour le maintien de l'ordre, deviendraient un sujet de 
plainte. Depuis plusieurs jours, placé entre le peuple et les Feuillans, 
entre la loi et l'opinion, je remplis un devoir bien pénible. Le décret 
sur la police municipale porte que ceux qui voudront former des 
Sociétés seront tenus, sous peine d'une amende de 200 livres, de 
déclarer à la municipalité le lieu et les jours de leurs séances. 11 ré- 
sulte que ces Sociétés sont sous la surveillance du corps municipal. 
Est-il de la convenance, est-il de la dignité des Représentans du 
peuple, d'exercer la police ailleurs que dans l'enceinte de l'Assem- 
blée? Mais si la Société des Feuillans se trouve réunie dans l'enceinte 
de l'Assemblée nationale, c'est à elle à exercer cette police. Je vous 
prie, Monsieur le Président, d'engager l'Assemblée à décider prompte- 
ment si elle regarde le lieu où se réunit la Société clés Feuillans comme 
renfermé dans son enceinte. » 

(1) Révolutions de Paris, n» 130, du 30 décembre 1791 au 7 janvier 1792. 



CLUB DES FEUILLANTS 357 

« M... — Je répète aujourd'hui la motion que j'ai faite hier, qu'au- 
cun club, aucune Société, ne pourra se réunir dans l'enceinte de 
l'Assemblée nationale. (On applaudit.) 

« M. GoupiLLEAU. — J'appuie avec d'autant plus de raison, que la 
porte du Club des Feuillans est contiguë à celle du Comité de sur- 
veillance. Hier, la porte du Comité était obstruée par une foule de ' 
gens armés. De deux choses l'une : ou il faut chasser le Club des 
Feuillans, ou il faut chasser le Comité de surveillance. 

ft M. Lacroix. — Je propose de décréter qu'aucune Société ne 
pourra désormais se former ni se réunir dans les bâtimens dépen- 
dans des ci-devant Feuillans et Capucins. (On applaudit.) 

« M... — Et des ci-devant Jacobins... (On murmure.) 

« M. Lkopold. — Je demande qu'on ajourne au moins jusqu'après 
le rapport des commissaires de la salle. (On murmure.) 

« M. Haussi-Robégourt fait, au nom du Comité des inspecteurs de 
la salle, un rapport dans lequel il notifie les ordres du maire et du 
général, d'après lesquels des gardes ont été placés dans le local des 
Feuillans; il ajoute que la partie de ce local qui ne sert pas au Comité 
de l'Assemblée nationale a été remise par les commissaires inspec- 
teurs aux administrateurs des domaines nationaux. Il propose un 
projet de décret qui est adopté en ces termes : 

« L'Assemblée nationale, après avoir entendu le rapport de ses com- 
missaires inspecteurs, les charge de prendre les mesures convenables 
pour que, dans l'enceinte des bâtimens des ci-devant Feuillans et 
Capucins, il ne soit établi aucune Société particuhère, et que les par- 
ties laissées à la disposition des administrateurs des domaines natio- 
naux ne soient louées qu'à des citoyens dont le genre de commerce 
ou le métier ne puisse incommoder l'Assemblée ni les travaux des 
Comités. » 

Les députés estimaient que le voisinage, pour ne pas dire la com- 
munauté avec le Club des Feuillants^ semblait les compromettre en 
ayant un air quasi officiel; 

« Un membre de l'Assemblée a annoncé que des sentinelles inter- 
disoient le passage à ceux qui n'avoient pas de cartes à trois pointes. 
Pour entendre ce qu'il vouloit dire, il faut savoir que la Société des 
Amis de la Constitution, séante aux Feuillans, a des cartes de cette 
forme pour faire reconnoître ses membres. 

« Une voix a réclamé un décret interdisant à tous les membres de 
l'Assemblée d'être d'aucun Club (1). » 

(1) Journal de Paris, 28 décembre 1791. 



358 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 



X 



Le journal de Prudhomme, dans le même temps, prétend qu'un 
nommé Dijon, lieutenant des canonniers du bataillon des Filles- 
Saint-Thomas, « poussa l'insolence jusqu'à provoquer, de son sabre, 
les citoyens spectateurs, qui, plus sages que ceux qu'ils honoroient 
de leur présence, ne répondirent à ses bravades que par le plus pro- 
fond mépris (1). » 

Les Feuillants se conduisaient en maîtres, malgré leur impopula- 
rité, et leurs adversaires, les uns, monarchistes purs, les autres, fu- 
turs républicains^ devaient bien s'en apercevoir. L'Assemblée avait 
raison de décider qu'aucune Société particulière ne serait établie 
dans l'enceinte des bâtiments des ci-devant Feuillants et Capucins. 

Qu'allait faire le Club modéré? 

«... Nous autres Feuillans, sans pouvoir être contens de la maison 
qu'on nous a bâtie (2), nous voudrions trouver le moyen de nous y 
arranger tant bien que mal, plutôt que de rester encore longtemps 
en plein air, exposés à toutes les injures de la saison, c'est-à-dire 
sans aucune autorité vraiment tutélaire, en butte à tous les désordres 
de l'anarchie, à toutes les violences de l'esprit factieux, à toutes les 
entreprises des fous et des brigands (3). » 

Les Feuillants revendiquaient le droit de se réunir ailleurs que 
dans l'ancien couvent, dépendance de l'Assemblée législative. Per- 
sonne ne le leur refusait; seulement, la tranquillité publique pouvait 
être de plus en plus troublée par eux, et l'on craignait des scènes 
semblables à celles qu'avait occasionnées le Club monarchique. Ils 
étaient certainement plus redoutables, aux yeux des députés, que les 
amis de Clermont-Tonnerre, parce qu'ils s'entendaient davantage 
avec les hommes du gouvernement, avec le pouvoir exécutif, et qu'ils 
étaient en passe de prendre le pouvoir dans l'occasion. 

Des journaux très répandus ne cessaient d'exalter leurs mérites. 

En février 1792 (n" du 22), la Gazette universelle imprimait que si 
les Feuillants « méritaient quelque reproche, c'était de ne pas mon- 
trer assez d'énergie. » 



(1) Révolutions de Paris, n° 129, du 24 au 31 décembre 1791. Dijon figure parmi 
les Feuillants, sur la seconde liste. (Voir plus haut, p. 303.) 

(2) Allusion à la Constitution. 

(3) Entretien d'un Feuillant et d'un Jacobin, Paris, 1792. (Bib. Nat., Lb 39/3710.) 



CLUB DES FEUILLANTS 359 

Les Indépendants tentèrent la ruine des clubs, y compris celle des 
Feuillants, et ceux-ci votèrent, à l'Assemblée, la proposition de 
Mouysset sur ce sujet. Ils voulaient empêcher le Club des Jacobins 
d'exister, même au prix de leur propre club. Ils imputaient les désor- 
dres aux Sociétés populaires, autant qu'aux conspirations monar- 
chistes, et continuaient la guerre qui exista contre les réunions poli- 
tiques fixes pendant la Révolution. 

Le Cosmopolite^ journal dont le belge Proly, fils naturel du prince 
de Kaunitz, passait pour être le rédacteur, publia un article curieux. 

Selon lui, en février 1792, un assez grand nombre de députés, parmi 
lesquels Charlier (1), Lamarque, Jean Debry (2) et Maille, Jacobins, 
et Hua, Chéron et Lagrévole, Feuillants, se réunirent dans la salle de 
l'Assemblée législative, et, de là, dans celle du comité de division. 
Maille proposa de se trouver dans la salle de l'Assemblée, tous les 
jours qu'il n'y aurait pas de séance le soir, et d'y discuter, en confé- 
rence, les matières importantes qui devraient être débattues par les 
députés. Il n'y aurait aucune délibération, point de procès-verbal ; 
les députés seuls y seraient admis, et le doyen d'âge préside- 
rait (3). 

Aucun de ces projets ne reçut d'exécution. Cependant, la Société 
feuillantine allait errer, sans perdre son existence. 

Pour cause d'attroupements, en effet, il fut ordonné aux Feuillants 
de se transférer dans un autre local. A dater de ce moment, leurs 
séances devinrent désertes et leur influence décrut encore. Une très 
vive discussion eut lieu, le 6 janvier 1792, aux Jacobins. Il s'agissait 
de savoir si un individu ayant fait partie du Club des Feuillants pour- 
rait être reçu au Club des Jacobins (4). Collot d'Herbois, le même 
jour, prononçait un discours où l'on trouve ces phrases : « Parmi les 
personnes qui ont été aux Feuillants, il en est un grand nombre qui 
sont très repentants, et qui voudraient pouvoir effacer des jours de 
leur vie les jours qu'ils ont passés aux Feuillants. D'ailleurs, ceux qui, 
y ayant été, disent qu'ils n'y ont pas été, prouvent bien par là qu'ils 
sont honteux de leur démarche, puisqu'ils n'osent pas l'avouer. » Il 
inclinait pour l'admission. Mais Robespierre insista fortement « pour 
qu'aucun des membres qui s'étaient présentés aux Feuillants no piU 



(1) Ce député, élu par la Marne à la Législative, siégeait à rcxtrêine gauche. 

(2) Député de l'Aisne, siégeant à l'extrême gauche. 

(3) Le Cosmopolite, numéro du 22 février. 

(4) Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution, t. XIII, p. 14^5. 
Séance du vendredi G janvier 1792, sous la présidence de M. Antonellc. — La 
Société des Jacobins, par F. A. Aulard, t. III, p. IJ13. 



360 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

jamais être admis dans la Société des Jacobins »; et sa motion fut 
adoptée à l'unanimité. 

On était loin du temps où la réconciliation semblait possible. 

Le 13 janvier 1792, M. Recourt demanda, dans le Club des Jaco- 
bins, à faire une motion d'ordre au sujet de M. Feuillant, directeur 
du Journal du soir et membre des Jacobins, lequel s'était permis, en 
parlant du bruit qui avait eu lieu aux Feuillants^ de dire que ce bruit 
avait été occasionné par les Jacobins. 11 proposa la radiation de 
M. Feuillant sur la liste des Jacobins; mais l'affaire fut renvoyée au 
Comité de présentation, d'après l'avis de Real. 

Dans une adresse des Jacobins à leurs sociétés affdiées, le 17 jan- 
vier, on lit : « Les Feuillants ont une existence très précaire, et ne 
perdent cependant point de vue leurs grands projets. Ils sont errants 
depuis quelque temps, et ne se rassemblent qu'en petit comité. Ils 
se proposent d'acquérir un vaste local, et d'attirer une grande af- 
fluence à leurs discussions ; mais il se passera quelque temps avant 
que ce bel établissement se réalise, et nous croyons qu'ils ne sont 
point pressés d'avoir le peuple de Paris pour témoin de leurs délibé- 
rations. Leur devise fastueuse n'en impose à personne : La Constitu- 
tion, toute la Constitution, rien que la Constitution ; c'est comme s'ils 
disaient : La liste civile, toute la liste civile, rien que la liste civile. » 

«Les Feuillants, annonça bientôt .Carra, vont reprendre leurs 
séances; ils font préparer à cet efTet l'église Saint-Honoré. Le consti- 
tuant Duport, qui gouvernait le château et le ministère du temps de 
Lessart, sera, dit-on, président de ce club; le fameux Rarnave, qui a 
quitté le midi de la France depuis que les Marseillais y ont rétabli 
l'empire de la liberté, et qui arrive à Paris tout courant, sera secré- 
taire ou vice-président du club feuillant (1). » 

Le Patriote français annonçait, lui aussi : « Les Feuillans vont 
reprendre leurs séances; ils se rassembleront dans l'église de Saint- 
Honoré. M. Adrien Duport doit être, dit-on, président, et M. de Rar- 
nave, qui est de retour à Paris, secrétaire (2). » 

Le 23 février 1792, il y avait eu un grand tumulte à l'Assemblée, 
législative sur la proposition faite par Mouysset de former un club 
dans la salle les après-midi, lorsqu'il n'y aurait pas de séance, et 
d'empêcher les députés d'aller aux Jacobins ou aux Feuillants (3). 

(1) Annales patriotiques, du 1" avril 1792, n° 92. 

(2) Patriote français, du 31 mars 1792, n» 964. 

(3) Répertoire ou Almanach historique de la Révolution française, Paris, 1798.— 
Mouysset fut plus tard commissaire du gouvernement consulaire, et conserva ces 
fonctions sous l'Empire. 



CLUB DES FEUILLANTS 361 



XI 



Pour la première fois, en février 1792, la presse distingua, par 
leurs noms propres, les fractions de l'Assemblée : Feuillants, Indé- 
pendants, Patriotes- Jacobins (parti de Brissot) et la Montagne (1). 

Les députés de la Gironde formaient déjà un parti, qui, pour l'ave- 
nir, se préparait à enlever aux Feuillants leur dernière force. 

Narbonne, Duport-Dutertre et Cahier de Gerville (2) étaient feuil- 
lants à divers degrés ; l'influence de ces ministres devait bientôt céder 
à celle des Girondins, plus avancés, républicains de cœur, alors 
décidés à l'action révolutionnaire. 

Le directoire de Paris se composait de feuillants, presque en tota- 
lité. Le procureur-général-syndic Rœderer était feuillant. Celui-ci 
eut l'occasion, plus tard, de sauver Louis XVL II fournissait des arti- 
cles au Journal de Paris. 

Mais le parti feuillant avait eu le dessous dans les élections munici- 
pales. Le parti de la Gironde gagnait du terrain, et, lui aussi, s'adres- 
sait à une classe de citoyens opposés aux Jacobins et aux Cordeliers. 

Les Feuillants et les Girondins étaient unis dans l'intérêt commun 
de la bourgeoisie; mais les Feuillants pensaient que la bourgeoisie 
ne pouvait triompher qu'avec l'appui des classes privilégiées contre 
le peuple, et les Girondins estimaient que ce triomphe dépendrait 
d'une alliance avec le peuple contre les classes privilégiées. Souvent, 
les députés de ces deux partis votaient ensemble. 

De même que les émigrés en 1792, les Feuillants invoquaient le 
salut du roi, ce qui les rendait odieux au peuple. A mesure que le 
courant devenait plus révolutionnaire, leurs principes constitution- 
nels avaient moins de chance de succès. Les émigrés voyaient en eux, 
malgré tout, une sorte de Jacobins voulant ménager les modérés; le 
peuple les confondait avec les étrangers. Quoi qu'ils tentassent pour 
le bien de la Cour, pour l'affermissement du trône, Louis XVI et son 
entourage n'avaient aucune confiance en eux. Ils se proclamaient 
sans cesse purs constitutionnels, honnêtes gens au suprême degré; 
mais le peuple les accusait de trahison à son égard. Les Feuillants se 



(1) Patriote français, numéro du 24 février 1792. 

(2) Vcrgiiiaud, Ducos et Graugcncuve le harcelaient saus cesse, le trouvaient 
tiède. Il quitta le ministère le 15 mars 1792 ; il était dépopularisé. 



362 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

compromettaient de manière à être victimes des Jacobins ou des 
émigrés, si les uns ou les autres, parmi ceux-ci, l'emportaient. 

Rendre au roi sa puissance, telle qu'elle existait naguère, n'était 
pas leur but, comme celui des royalistes et des aristocrates, mais 
ils songeaient à dominer sous Louis XVI amoindri, selon les contre- 
révolutionnaires, par la Constitution. 

Carra les démasquait : 

« Les Feuillans d'aujourd'hui ne sont que les ci-ÙG\aLni monarchieux 
de Stanislas Clermont-Tonnerre; mais ce chef, le petit Gouy, les 
Lameth, les Barnave et autres compères ont su grossir leur parti 
d'un certain nombre de badauds de bonne foi, au moyen de la de- 
vise, la Constitution^ toute la Constitution, rien que la Constitution. 
Ces mots, en eux-mêmes très légaux, signifient en termes d'argot : 
point d'égalité; une chambre de nobles; demi-contre révolution (1). » 

En avril 1792, à propos de la fête célébrée en l'honneur des soldats 
de Châteauvieux, on publia : le Coup de grâce des Feuillants, etc. (2), 
et la Grande éclipse du soleil jacobiniste et de la lune feuillantine... 
par la Liberté, en l'an IV de son nom, dédiée à la Terre (3). 

Dans les Révolutions de Paris, ils n'étaient pas mieux traités, car 
ce journal allait jusqu'à voir un dictateur en La Fayette, à préférer 
un gouvernement monarchique selon la Constitution à un gouver- 
nement aristocratique. 

« Oui, plutôt que de voir détruire la liberté sous les couleurs de la 
philosophie et du patriotisme, il faut arracher aux Feuillans leur an- 
cienne devise, et l'écrire sur la poitrine des véritables patriotes : La 
Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution. Mieux 
vaut Louis XVI i^oi, que La Fayette dictateur; mieux vaut la Consti- 
tution monarchique qu'un gouvernement aristocratique; mieux vaut 
mourir que de faire une deuxième révolution pour la manquer en- 
core, et ne la faire qu'au profit d'une misérable faction (4) ! » 

Le 10 avril 1792, aux Jacobins, une lettre de Strasbourg démentit 
ce que l'on avait annoncé dans un écrit, et déclara que, jusqu'à ce 

(1) Annales pairioliques, du 24 mars 1792, n" 84. 

(2) Bib. Nat., Lb 39/5875. — Le Coup de grâce des Feuillants, ou les soldats de 
Châteauvieux traités comme ils le méritent. Dialogue dans lequel est le précis de 
l'affaire de Nancy et l'ordre de la fête civique des martyrs de la liberté, avec les 
strophes qui seront chantées aux différentes stations de la cérémonie. L'an IV 
de la liberté, in-8', 16 p. 

(3) Non signé, mais par Olympe de Gouges. (Bib. Nat., Lb 39/10533. Brochure 
de 16 p. in-8v) 

(4) Révolutions de Varis, 1792, du 12 au 19 mai, n» 149. 



CLUB DES FEUILLANTS 363 

jour, il n'y avait entre la Société des Feuillants et celle des Jacobins 
qu'un projet de « réunion individuelle » et non une incorporation 
entière de la Société feuillantine avec celle « des Vrais et Bons Amis 
de la Constitution ». 

Dans la séance du 6 mai 1792, aux Jacobins, l'abbé Danjou, accusé 
par Robespierre d'avoir passé un des premiers aux Feuillants, dé- 
clara : « Je ne suis pas Feuillant ; je n'ai jamais été aux Feuillants et 
je n'irai jamais aux Feuillants : je serai toujours Jacobin et rien que 
Jacobin. » Néanmoins, il fut censuré (1), malgré sa notoriété comme 
révolutionnaire. 

Les Jacobins mettaient presque sur la môme ligne les Feuillants, 
les Girondins et les aristocrates. 

En mai 1792, la fête décernée à Simoneau, maire d'Étampes, fut 
fastueusement célébrée par les Feuillants, les Brissotins et les Giron- 
dins. Le peuple ne participa point à la pompe officielle. La fête, dont 
les dépenses étaient payées par une souscription individuelle et vo- 
lontaire, et qu'on intitula : Fête de la Loi^ répondait à celle de la 
Liberté, en l'honneur des Suisses de Châteauvieux, que le feuillant 
Dupont de Nemours qualifiait de Fête des assassins. 

Feuillants et Girondins s'entendirent bientôt pour faire décréter 
d'accusation Marat. 

On cria en mai dans les rues : « Complot infernal des Feuillants 
découvert, et innocence reconnue des Jacobins (2). » 

11 fut question des Feuillants dans la séance du 17 juin 1792, à 
l'Assemblée législative. « Le Bureau de police de la Municipalité de 
Paris adressa à l'Assemblée des déclarations de plusieurs citoyens 
qui affirmaient avoir reçu des offres d'argent pour aller applaudir 
dans les tribunes les membres du parti Feuillant. — Cette lettre 
annonçait qu'un officier public était compromis dans ces déclara- 
tions. » L'Assemblée en ordonna le renvoi au Comité de surveillance. 

Les Feuillants se voyaient donc accuser non seulement de propa- 
gande, mais encore d'embauchage, pour arriver à leurs fins, pour 
parvenir à la conquête du pouvoir. 

Le Patriote français parlait d'une réunion des Feuillants au Club 
de 1789 (3), où ils avaient signé « une belle pétition, rédigée par le 
célèbre M. Piira; ils y adhéraient à la lettre du département de Paris 

(1) Prêtre et instituteur, Jean-Pierre-André Danjou a été membre de la Com- 
nmne révolutionnaire du 10 août, commissaire du Conseil exécutif. 

(2) Ed. Lockroy, Journal d'un Bourgeois pendant la Révolution, in-12, Paris, 1881, 
p. 97. Lettre du 19 mai 1792. 

(3) Voir plus bas, Société de 1789, 



364 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

à M. Roland, et à celle de M. La Fayette à l'Assemblée natio- 
nale (1). » Pitra avait été conseiller-administrateur du domaine de la 
Ville, personnage important du corps municipal, mêlé à plusieurs 
discussions de la Municipalité concernant des troubles, et partisan 
du général La Fayette. 

Enfin, \q Patriote français les gourmandait, à propos de leurs idées 
sur les membres qu'ils admettaient : 

« Veut-on connaître la doctrine à nud de MM. les Feuillans et la 
bonne envie qu'ils ont d'accaparer aux propriétaires et bourgeois le 
droit de défendre la patrie, afin d'avoir celui de l'opprimer pour leur 
compte, écoutez un de leurs professeurs : 

« Le citoyen hors d'état de se procurer un fusil n'est pas présumé 
citoyen actif, il ne peut apporter que du trouble et de la confusion 
dans les rangs (2). » 

Un reproche plus grave que celui-là ne pouvait être adressé aux 
Feuillants, quand la patrie allait être proclamée en danger, quand 
la guerre était déclarée à l'Autriche, quand les hostilités étaient 
commencées. 

Et les Annales patriotiques signalaient, le 27 juin, ce fait particulier : 

« Dans la séance d'aujourd'hui (26), la Société des Jacobins a rayé 
de la liste de ses membres cet intrépide député de la Dordogne,, 
M. Bel faux (3), qui, le matin, avoit lu à la tribune de l'Assemblée 
nationale la diatribe que lui avoient composée les Feuillans sur les 
Sociétés populaires. Sifflé le matin au sein du Corps législatif, exilé 
le soir du sein des Amis de la Constitution, il a sans doute des droits 
à être reçu dans le Club des Feuillans sans passer au scrutin (4.). » 

Royalistes avant le 20 juin 1792, les Feuillants cherchèrent à tirer 
parti de cette journée. Ils demandèrent à l'Assemblée législative la 
dissolution du Club des Jacobins (25 juin) ; mais les députés, refusant 
en majorité, passèrent à l'ordre du jour. La Fayette, lui, demandait 
la fermeture de tous les clubs, et ce général, on le sait, était comme 
le patron militaire des modérés, — Feuillants, membres de la Société 
de 1789 et autres réunions, faisant échec aux avancés. 

Le Journal de Paris et la Gazette universelle, dévoués aux Feuil- 
lants et portés vers la réaction, étaient tympanisés par les Annales 



(1) Le PaMoie français, 1792, 21 juin, n» 1046. 

(2) Le Patriote français, 1792, 27 juiu, n» 1052. 

(3) Annales patriotiques de Carra, <lu 27 juin 1792, n» 179. 

(4) Delfau (Guillaume) fut plus tanl dénoncé comme suspect. 



CLUB DES FEUILLANTS 365 

'patriotiques, ù propos des fédérés venus à Paris pour fêter la troi- 
sième fédération : 

« Hier, 16 juillet, plusieurs de ces fédérés, indignés de l'audace 
coupable des libellistes autrichiens, ont fait des auto-da-fé du Journal 
de Paris et de VInfâme Gazette universelle qu'ils ont apperçus dans 
quelques cafés. Ces braves patriotes ont un peu purgé le Palais-Royal 
de la vermine aristocratique qui l'infectait depuis quelque temps. » 

Elles ajoutaient : 

Les sections de Paris se rassemblaient pour « solliciter de l'Assem- 
blée nationale la punition exemplaire et solennelle des Feuillans qui 
composent le comité central (1). » Elles craignaient certainement 
l'action contre-révolutionnaire de ce club ; c'est une des raisons 
qui expliquent pourquoi, le 25 juillet suivant, elles se déclarèrent en 
permanence, à l'instigation de Danton qui, pour augmenter leur 
force, fit voter par la section du Théâtre-Français (2) l'invitation aux 
« citoyens passifs », c'est-à-dire aux non-électeurs, de s'associer à ses 
délibérations. Pour échapper à l'influence que les Feuillants exer- 
çaient encore sur le pouvoir exécutif, les Jacobins, par l'organe de 
Robespierre, réclamèrent une Convention nationale élue parle peuple 
entier, non pas seulement par les citoyens payant une certaine cote 
d'impôt. Robespierre voyait dans les Français présentement exclus 
des élections les vrais, les fidèles défenseurs de la Révolution. 



XII 



Quelques jours après, les fédérés marseillais se battaient dans les 
Champs-Elysées avec une troupe de gardes nationaux royalistes. 

L'insurrection du 10 août survint, en dehors des Girondins. 

A l'Assemblée, le 11 août 1792, le président lut une lettre du co- 
mité de la section des Tuileries, annonçant que soixante-dix soldats 
suisses, recueillis dans le bâtiment des Feuillants adjoint au local de 
l'Assemblée, couraient risque d'être enlevés par le peuple. Ces sol- 
dats suisses avaient déposé les armes. 

L'Assemblée législative décréta qu'à l'avenir et pour la prochaine 
Convention, « tout citoyen âgé de 25 ans, vivant de son travail et 
domicilié depuis un an, serait admis à voter dans les assemblées 



(i) Annales patriotiques do Carra, du 18 juillet 1792, n° 200. 
(2) Les Cordeliers, l'École de Médecine. 



366 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTlONNAlftES 

primaires ». Elle rappela au ministère Roland, Clavière et Servan; 
elle donna le portefeuille de la marine à Monge, celui des affaires 
étrangères à Lebrun, celui de la justice à Danton. Elle introduisit 
le vote universel à deux degrés d'élection. 

Voilà ce que les Feuillants avaient amené, à rencontre de leurs 
projets. Ils étaient absorbés par les Girondins et par les Jacobins. 

« Les sots feuillantins , sur le moule d'enfantin, croient que le 
peuple va les dévorer. Comme ils ont tous conspiré contre lui, avec 
leur barbare modérantisme, et que les signataires contre Pétion sont 
vus de très mauvais œil, ils ont peur(l). » Telle est la remarque d'une 
contemporaine. 

Le 2 septembre 1792, la section Grange-Batelière (ou Mirabeau) 
arrêta qu'il fallait faire marcher avec les volontaires parisiens les 
citoyens ayant assisté aux « Clubs monarchique, des Feuillants, de 
la Sainte-Chapelle. » On devait les placer entre des patriotes chargés 
de les surveiller (2). 

C'en était fait de la « faction feuillantine. » Si on ne la persécutait 
pas, on s'en méfiait complètement. La Fayette avait prolesté contre 
le 10 août, avait songé à soulever, en faveur de Louis XVI, l'armée 
et les départements; puis, voyant son plan découvert, il avait aban- 
donné ses troupes et s'était dirigé incognito vers la Hollande. 

Le 21 septembre 1792, les Jacobins décidèrent que le titre de 
Société des Amis de la Constitution serait changé en celui de Société 
des Jacobins, Arnis de l'égalité et de la liberté. En effet, depuis ce jour, 
le journal du Club porta cette inscription. 

Lorsque la Convention proclama la République, toute idée de 
royauté constitutionnelle devint une attaque contre la souveraineté 
du peuple, et les Feuillants, qui s'en tenaient encore à la Constitu- 
tion de 1791, n'en furent pas moins exposés, quoiqu'ils fussent des 
individualités effacées pour la plupart, à de graves suspicions. Les 
républicains virent en eux des conspirateurs, capables d'étouffer 
leurs anciens sentiments libéraux, s'il en était besoin, pour profiter 
des crises politiques afin de revenir aux prétentions de la bourgeoisie 
dirigeante. Beaucoup payèrent de leur tète leur influence passée ; 
beaucoup aussi tergiversèrent pendant nombre d'années, et, finale- 
ment, apostasièrent. 

Après la journée du 10 août 1793, et la conduite de La Fayette 

(1) Ed. Lockroy, Journal d'un Bourgeois pendant la Révolution, p. 300. Lettre 
du 6 septembre 1792. 

(2) Registres des sections parisiennes pendant les premières Journées de sep- 
tembre 1793. Cité par Mortimer Tcrnaux, Histoire de la Terreur, t. III, p. 476. 



CLUB DBS FEUILLANTS 367 

cherchant un asile à l'étranger, le royalisme des Feuillants ne fit plus 
de doute pour personne. Il éclata lorsqu'il fut question de juger 
Louis XVI. Le général de Wimpfen se défendit, en novembre, d'être 
allé aux Feuillants, où beaucoup de ses amis se trouvaient. 

« Mais la horde des aristocrates, des Feuillans, des modérés, lit- 
on dans les /{évolutions de Paris, tous ces cœurs féroces qui n'ont 
pas donné une larme aux victimes infortunées des fureurs de Louis- 
Néron, s'apitoient aujourd'hui sur son sort... (1). » 

Lorsque le médecin Chambon de Montaux fut candidat pour rem- 
placer Pélion comme maire de Paris, un citoyen de la section de la 
Halle au Blé écrivit aux Jacobins pour le dénoncer, l'accuser d'être 
« un Feuillant, un modéré, un fayettiste. » 

En décembre de la même année, une lettre des commissaires pour 
l'organisation du Mont-Blanc fut adressée à la Convention. Elle con- 
tenait cette phrase : 

« On prétend cependant que, dans la multitude des patriotes révo- 
lutionnaires, il s'est glissé une certaine quantité de Feuillants^ de ces 
esprits infirmes ou pervers qui voudroient corrompre la masse, mais 
ils n'y parviendront pas plus qu'ailleurs... 

« Signé : Grégoire, Hérault, Jagot, Simon (2). » 

Le 1" janvier 1793, le citoyen Le Gros remarqua, aux Jacobins : 
« Un Jacobin doit peser plus que dix mille Feuillants! » Était-ce une 
plaisanterie, une exagération? 

Robespierre aine dit, aux Jacobins, à propos de l'appel au peuple 
en faveur de Louis XVI : 

« Je dis que les Vergniaud, que les Brissot, que les Gensonné, que 
les Guadet et tous les coquins de cette espèce, n'appellent point au 
peuple, mais à tous les aristocrates, à tous les Feuillants, qu'ils ral- 
lient sous leurs bannières (3). » 

Le 13 janvier 1793, Monestier, aux Jacobins, aurait dit, selon le 
Patriote français : « Je déclare, pour mon compte, que je suis en 
insurrection et que, si j'aperçois un aristocrate, un Feuillant, un 
Rolandiste, ou un autre gredin de ce genre, je l'assassine à l'instant. » 

L'exécution de Louis XVI, l'établissement du tribunal révolution- 

(1) Révolutions de Paris, a- 171, du 13 au 20 octobre 1792. 

(2) Lettre datée de Chambéry, 18 décembre 1792, citée daus le Recueil des actes 
du Comité de Salut public, etc., publié par M. F. A. Aulard, t. I. 

(3) Séance du 1er janvier 1793. 



368 . LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

naire, la journée du 31 mai 1793, la loi des suspects, le régime de la 
Terreur, enfin , dispersèrent ces modérés qui n'avaient pas voulu 
accepter les conséquences de la Révolution commencée en 1789, 
qui avaient été supplantés tour à tour par les Girondins et les Mon- 
tagnards. 

Le 2 juin 1793, le conseil général de la Commune de Paris invita 
les sections à expulser de leurs comités révolutionnaires et civils, 
ainsi que des tribunaux de paix, tous les signataires des pétitions de 
huit mille et de vingt mille, plus les clubistes de la Sainte-Chapelle et- 
des Feuillants (1). C'était agir contre les anciens défenseurs de la 
Constitution de 1791, autant que contre les royalistes. 

Le 14 octobre 1793, les députés de la Société populaire de Mont- 
médy, joints à ceux de Sedan, de Givet et de Philippeville, furent 
admis à la barre de la Convention et réclamèrent que tous les Feuil- 
lants fussent déclarés suspects, et que l'on mit en état d'arrestation 
tout homme cherchant à avilir, par un système combiné de diffama- 
tion, le Comité de salut public. 

De même pour les électeurs signataires des pétitions monar- 
chiques. 



(1) Moniteur universel, n" 1S6, juin Ïl'è^. — Almanach historique de la Révolution 
française. 



SALON FRANÇAIS 



Fondé en Avril 1790. 



I 



Ce club s'ouvrit en avril 1790, rue Royale, butte Saint-Rocb, n" 29, 
dans une maison appartenant à M. Vandenyver (1), banquier, qui 
avait loué pour neuf années cette maison à un sieur Lewal, le 26 mai 
1786. Lewal sous-loiia le premier étage et le second aux noirs, ou 
députés de la droite. 

Le club était nettement aristocratique, contre-révolutionnaire. Il 
donna lieu, dès ses premières réunions, à des attroupements popu- 
laires et à des troubles assez sérieux. La Municipalité de Paris dut 
intervenir; elle déclara que les assemblées du Salon français n'étaient 
point contraires aux lois, et elle prit le club sous sa protection. Les 
réunions continuèrent, non sans violences de la part de quelques 
membres. Alors le Tribunal de police fut saisi de l'affaire et fit dé- 
fense au club de s'assembler, à l'avenir, dans la maison de la rue 
Royale. Il ne pouvait, disait-il, « être protégé que par des moyens 
violents. » 

Le lendemain du jour où cette sentence fut notifiée, les attroupe- 
ments cessèrent, le 15 mai 1790; malgré la dissolution officielle du 
Salon français, ses membres ne renoncèrent pas, eux, à se réunir. Il 
se transporta au Palais-Royal, puis aux Capucins, s'il faut en croire 
Montlosier. 

Ce club eut des attaches avec le comte de Vaudreuil, qui avait 
émigré avec le comte d'Artois; il envoya même une lettre au frère de 
Louis XVI, annonçant le prochain départ du roi. Louis XVI" comptait 



(1) Vandenyver était trésorier de la Société de 1789. (Voir plus bas, p. 391 
et suiv.) 

24 



370 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

beaucoup sur les agissements du Salon français, dont le comte de 
Vaudreuil se défiait, à cause du manque de direction et de chefs qu'il 
constatait, et de l'inexpérience d'une foule de jeunes gens qui s'y 
trouvaient. 

Quoi qu'il en soit, cette réunion n'eut pas une grande influence sur 
les événements de 1790. Ses membres ne tardèrent pas à se dis- 
perser, après la fuite de Louis XVI et aux jours de l'émigration. 

Voyons, maintenant, ce que fut l'existence du Salon fronçais, où la 
noblesse de la cour et de la ville se porta en foule. 

L'avocat Lavaux, auteur d'une brochure intitulée : « Les Campa- 
gnes d'un avocat, ou Anecdotes 'pour servir à V Histoire de la Révolu- 
tion (1) », s'attribue la fondation du Salon français. Selon lui, les 
rassemblements spontanés de royalistes qui se formaient chez le 
libraire Gathey (2) lui en fournirent le fonds. Il ajoute que le Salon 
français s'établit d'abord dans un vaste appartement de la rue Royale, 
butte Saint-Roch, se transporta ensuite au Palais-Royal, dans un 
appartement situé au second étage, et qu'il ne s'est dissous que par 
l'émigration d'environ 600 sociétaires qui le composaient. 

Christophe Lavaux offrit, en 1792, de partager avec Malesherbes 
les fonctions de conseil de Louis XVI devant la Convention. 

D'après Montlosier, le Salon français dut son origine aux dîners 
qui avaient lieu au Palais-Royal, chez le restaurateur Masse, et aux- 
quels assistaient assiduement le vicomte de Mirabeau et plusieurs 
membres du côté droit de l'Assemblée nationale. Le nombre des con- 
vives permanents ayant augmenté, on chercha à donner à ces réu- 
nions une consistance plus régulière, et on loua, chez ce même 
Masse, au Palais-Royal, une partie de son appartement. Le Salon 
français se transporta ensuite aux Capucins (3). 

Peut-être Montlosier ne parle-t-il que du club transporté de la rue 
Royale au Palais-Royal, après la sentence rendue par le Tribunal de 
police. 

. A peine ouvert, le Salon français éprouva des tribulations, à peu 
près comme le Club monarchique à son début. Le peuple de Paris, 
principalement le peuple habitant le quartier de la butte Saint-Roch, 
s'éleva contre les gens qui fréquentaient le local loué par la dame 
Level ou Lewal. Il s'attroupa, il les hua, il les menaça chaque jour. 
Assurément, il s'agissait de menées monarchiques. 



(1) Paris, Panckoucke, 1815, in-8o, p. 7, 10 et 50. 

(2). Voir plus bas, JÀbraires. 

(3) Montlosier, Mémoires, t. II, p. 309. 



SALON FRANÇAIS 371 

Au commencement de 1790, aussitôt après la formation de la So- 
ciété, le duc de Villequier vint avertir les membres du Salon français 
que Santerre, à la tête des patriotes du faubourg Saint-Antoine, vou- 
lait attaquer la famille royale. Beaucoup se rendirent au château des 
Tuileries, avec des poignards et des pistolets sous leurs vêtements. 
11 n'en résulta rien de grave, mais le public eut connaissance de 
l'équipée, ce qui contribua à rendre le club antipathique aux masses. 
Quand rémotion populaire et les façons des membres du club 
firent dégénérer les agitations en troubles, l'autorité municipale 
pensa qu'il fallait s'enquérir des faits, ainsi qu'on le voit par des 
procès-verbaux des commissaires de police, intitulés : 

« Procès-verbaux relatifs aux troubles survenus dans la rue Royale, 
à propos de la réunion contre-révolutionnaire du Salon français, 
avec un précis des faits, lettres de M, Bailly, lettres et ordonnances 
du Département de police, arrêté du district de Saint-Roch et statuts 
imprimés de la Société du Salon français (14 mai 1790) (1). » 

Certainement, l'ordre était troublé, et l'on pouvait craindre que 
des menaces il serait bientôt passé aux coups, si l'on en juge par la 
pièce suivante : 

« Procès-verbal d'arrestation, dans l'attroupement de la rue Royale, 
d'un jeune garçon qui invectivait la Garde nationale et avait dit 
« qu'il jouerait à pair ou non la vie du vicomte de Mirabeau », lequel, 
relâché après vingt-quatre heures passées au violon, tint de nouveau 
les mêmes propos (14 mai 1790) (2). » 

Le peuple ne cessa de poursuivre l'assemblée de la rue Royale 
plusieurs jours durant. Il organisait de véritables charivaris, afin de 
l'obliger à déguerpir. Les membres du Salon français s'obstinèrent. 
Il fallut que l'autorité redoublât d'efforts, que la presse dévouée à la 
Révolution, même la presse la moins avancée, s'attaquât au Club 
aristocratique. 

L'Observateur français imprima aussitôt : « Le peuple, au mois de 
mai 1790, a déniché un club d'aristocrates qui se tenait rue Royale, 
butte Saint-Roch... C'est un rendez-vous de financiers, de robins et 
de prêtres qu'assemble l'espoir d'une contre-révolution. Une dame 
de Level leur loue le premier et le second étages de sa maison, à 
raison de mille écus par mois... Pendant toute cette semaine, il a tenu 

(1) Minutes (1 doss.). Archives de la Police, sections de Paris, procès-verbaux 
dos commissaires de police (Butte des Moulins). 

(2) Minutes (2 p.). Archives de la. Poi-icb;, sections de Paris, procès-vorbaux 
des commissaires do police (Butte des Moulinsj. 



372 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

ses conciliabules au milieu des sifflets et des huées, et ayant toujours 
une garde nombreuse à Tentour de la maison. « Voilà des aristocrates 
qui en gardent d'autres », disait la foule... Bailly se rendit là jeudi, 
et assura au peuple, ce qui ne le contenta point, que cette assemblée 
n'avait aucun mauvais dessein. Le lendemain, une ordonnance qui 
l'autorisait fut affichée... Mais, dans la soirée même, on y courut... 
Le traiteur qui apportait à manger fut repoussé et forcé de retourner 
sur ses pas. L'abbé Maury, la veille, avait craché sur le peuple, du 
haut d'une croisée : il fut conspué à son tour. Le gros Mirabeau tira 
ses pistolets (1). » 

Les choses eussent pu devenir très sérieuses. Une interdiction for- 
melle de la police survint, qui empêcha le Club français de continuer 
ses séances. 

Quoique simple journal des spectacles et des frontières, la Chro- 
nique de Paris imprima ces phrases : 

« L'Assemblée de la rue Royale, dite Club français, est toujours 
troublée par le peuple qui ne cesse défaire charivari, malgré une pro- 
clamation de la police. Il a embrené le marteau de la porte, il jette 
des ordures dans les croisées; enfin, malgré tout ce qu'on peut dire 
de cesabat {sic) aristocratique, il ne veut pas croire qu'il n'a pas le 
droit de troubler des hommes assemblés pour lui donner une jolie 
petite guerre de religion. Avec ses accompagnemens, le propriétaire 
ne veut plus leur louer; la milice nationale s'ennuie du service jour- 
nalier qu'il faut faire à leur porte. Il paroît qu'ils seront forcés de 
déguerpir, et de s'assembler rue de Seine, dans la cave. Le peuple 
qui les hue, proteste toujours que son intention n'est pas de leur 
faire aucun mal, mais qu'il ne veut pas les laisser jouer de leur aris- 
tocraeerie (2). » 

Cette attaque était rude, car elle accusait le club en question d'avoir 
une attitude à la fois politique et religieuse, alors que l'Assemblée 
constituante rendait ses décrets abolissant les vœux monastiques, 
supprimant les droits féodaux; alors que le Club des Impartiaux^ lé 
Club monarchique, le Club des Feuillants, et la presse royaliste bat- 
taient en brèche les hommes avancés dont le but était de rompre 
entièrement avec l'ancien régime. 

La Chronique de Paris commenta la sentence de police : 

« Le Tribunal de police vient de rendre une ordonnance (3) pour 

(l) V Observateur français, u" 222. 

{^) Chronique de Paris, numéro du 16 mai 1790, p. 542. 

(3) Arch. Nat., Répertoire général de M. A. Tuetey, 2= vol., n° 1127. 



SALON FRANÇAIS 373 

défendre à l'assemblée connue sous le nom de Sallon [sic) français^ 
de se tenir désormais rue Royale. Entre autres motifs sages qui ont 
décidé cette ordonnance, on remarque que les membres de cette 
assemblée ont menacé plusieurs fois la Garde nationale, placée là 
pour la défendre : on cite cette belle réponse d'un citoyen-soldat, 
qui, voyant un de ces furieux diriger son pistolet contre lui, lui a 
répondu : Frappe^ malheureux ^ mes concitoyens me vengeront. Nous 
savons de plus que Mirabeau-Tonneau a craché par une fenêtre sur 
la Garde nationale, et n'a répondu que par des injures grossières, 
qu'il faut sans doute rejetter sur son ivresse habituelle, à l'aide-de- 
camp qui lui représentoit, d'une manière honnête et modérée, le 
danger auquel il s'exposoit. Sans doute, il doit être libre à tout 
citoyen de s'assembler; mais quand la liberté de quelques individus 
est opposée à la liberté de tous, quand ils ne s'assemblent que pour 
tramer des complots contre elle, nous croyons que c'est un devoir 
sacré pour le ministère public de prendre des mesures pareilles à 
celles que la prudence et le patriotisme viennent d'inspirer au tri- 
bunal de police (1). » 

Gorsas mêla la note comique aux observations toutes politiques 
d'autres feuilles : 

« Plusieurs quartiers de Paris recèlent des maisons de conjurés aux- 
quelles on ne daigne pas faire attention ; on se contente de les connoître 
et de se tenir sur ses gardes. Il n'en apas été de même avant-hier rue 
Royale, butte Saint-Roch. Un engorgement de voitures a forcé le 
peuple à se ramasser en quelque sorte malgré lui. Les personnages 
qui arrivoient successivement, ceux qui étoient déjà rassemblés, et 
qu'on avoit vu entrer, étoient trop connus pour ne pas éveiller les 
soupçons : alors la foule s'est augmentée et paroissoit très décidée à 
rompre le conciliabule. L'effroi a gagné MM. les proiestans., et on les 
vit successivement défiler; les uns en affectant une morgue insolente, 
les autres avec tous les symptômes de la peur. Le peuple, dont les 
intentions étoient très pacifiques, s'est borné à les poursuivre par des 
huées. Ce qui a rendu cette scène infiniment comique, c'est que 
plusieurs personnes, du voisinage sans doute, sont allé chercher des 
chaudrons, des poêles et autres instrumens, avec lesquels ils faisoient 
un charivari infernal. Ce tapage, qui amusoit ceux qui en connois- 
soient la source, jetta une telle épouvante dans l'intérieur de l'hôtel, 
que plusieurs membres en sortirent égarés, et ne sachant qu'elle [sic) 

(1) Chronique de Paris, numéro du 17 mai 1790, p. 546. 



374 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

contenance tenir, ni où se réfugier; d'autres, assure-t-on, se sont 
tapis comme ils ont pu, jusqu'à la fin de la pièce, dont la Garde 
nationale a amené le dénouement avec une prudence et une célérité 
qui mérite les plus grands éloges. 

« Cet événement a eu lieu mardi au soir, à peu près sur les sept 
heures et demie (1). » 

La Chronique de Pjaris rappela que des relations avaient existé 
entre le sieur Lew^al et le marquis de Favras, récemment pendu pour 
trahison : 

« La maison où s'assembloient les noirs^ rue Royale, butte Saint- 
Roch, est occupée par ce sieur Lewal {sic), où le sieur de Favras avoit 
donné rendez-vous, au mois de juillet dernier, au sieur Turcati, offi- 
cier d'infanterie, et où il lui avoit parlé pour la première fois de son 
projet de contre-révolution; ils y déjeunèrent ensemble... 

« 11 est bon d'observer que le sieur Lewal est un des contrôleurs- 
généraux de la Chambre aux deniers du comte d'Artois (2). » 

Le Moniteur universel publia un long article sur ce qui s'était passé 
rue Royale, sur la conduite de la Municipalité et sur la sentence du 
Tribunal dé police (3) : 

« Nous avons déjà parlé de l'attroupement qu'occasionnait, dans la 
rue Royale, butte Saint-Roch, une association connue sous le nom de 
Salon français. Le peuple avait cru distinguer dans le nombre de 
ceux qui s'y rendaient, .quelques-unes des personnes publiquement 
connues par leur opposition aux décrets de l'Assemblée nationale. 
Son inquiétude augmenta; et l'exactitude des membres aux heures 
de l'assemblée, malgré les huées et les murmures de la multitude, 
semblait le convaincre que des intérêts de parti en étaient l'objet, et 
que, encore une fois, on conspirait contre sa liberté. 

« Le district de Saint-Roch, dans l'arrondissement duquel se trouve 
la rue Royale, persuadé que tous les individus d'un empire ont le 
droit de se réunir paisiblement, sentit qu'il était de son devoir de 
contenir la multitude assemblée ; il prêta le secours de la force aux 
membres du Club, et fît garder la porte par un détachement de son 
bataillon. Il crut aussi que cette marque de confiance dans les inten- 
tions de cette assemblée suffirait pour les engager à sacrifier à la 



(1) Courrier de Gorsas, t. XII, p. l.'JO et 131. 

(2) Chronique de Paris, numéro du 20 mai 1790, p. 559.— Vuir plus haut, p. 369. 

(3) Moniteur universel, du 23 mai 1790 : Municipalité de Paris et Tuiuunal ue 

POLICE. 



SALON FRANÇAIS 375 

tranquillité du quartier, troublé depuis plusieurs jours, quelques 
moments de plaisir, et à suspendre leur Société pour quelque tems. 

« Mais l'assemblée persista : le district n'en continua pas moins 
sa protection, et la Garde nationale, ferme dans ses devoirs, s'inter- 
posa toujours entre le peuple et les membres du Club, pour conserver 
à ceux-ci la liberté d'entrer et de sortir à volonté, 

« Si la puissance publique doit protection aux individus, elle doit 
aussi tranquillité, sûreté, repos à la ville. Le district prit un arrêté 
pour témoigner à ces messieurs son intention, comme corps de po- 
lice, de les voir dissoudre, ou du moins suspendre leur rendez-vous. 

« Députation de ceux-ci à M. le maire et à l'administration. Ils se 
plaignent que la liberté n'est point respectée, invoquent le décret de 
l'Assemblée nationale, et continuent de s'assembler. On leur continue 
secours et protection. 

« Cependant, l'administration de la police, pressée entre le respect 
illimité de la loi et la volonté bruyante d'une partie du peuple, ne 
balance point à consacrer les principes, et fait afficher, le vendredi 
soir, une proclamation où elle dit formellement « que la violation de 
la liberté naturelle des citoyens est un attentat qu'aucune circons- 
tance ne peut commander, qu'une opinion défavorable, ou fausse ou 
fondée, ne peut donner lieu de déroger aux principes sur lesquels 
reposent les droits de la Société entière et des individus ; que priver 
sans autre motif qu'un préjugé, un homme ou une société d'hommes, 
d'une faculté que la loi accorde à tous, serait un acte de tyrannie; 
que la puissance publique ne pourrait se le permettre sans crime; 
qu'elle ne doit pas davantage souffrir que ce despotisme soit exercé 
par les citoyens dont les inquiétudes ne peuvent motiver une prohi- 
bition. 

« En conséquence, déclare que la Société, existant depuis plusieurs 
mois sous le nom de Salon français^ et qui tient ses assemblées dans 
la rue Royale, butte de Saint-Roch, n" 29, n'est point contraire aux 
lois, et qu'ainsi elle est sous leur protection. 

« Que tous ceux qui se rassembleront pour troubler, insulter, ou 
maltraiter quelques-uns de ses membres, ou violer la maison qu'elle 
occupe, feraient un acte criminel et punissable comme tel. 

« Néanmoins, l'attroupement augmente. Le peuple se plaint des 
menaces qu'on lui fait; on saisit des armes entre les mains des mem- 
bres qui allaient à l'assemblée; M. l'aide-major-général porte à l'hôtel 
de la mairie les pistolets dont il s'est emparé, et un soldat de la Garde 
nationale est menacé, un pistolet sur la poitrine, d'être assassiné par 
un membre qu'il sauvait dans ses bras des insultes du peuple. 



376 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Alors les bourgeois, les citoyens du quartier, des banquiers, des 
hommes publics, des marchands, se plaignent du trouble de cette 
Société, des dangers auxquels eux, leurs domestiques et leurs pro- 
priétés sont exposés ; ils invoquent à leur tour la protection de la 
cité dont ils font partie. Les plaintes, les réclamations sont commu- 
niquées au procureur-syndic de la commune, et comme chargé des 
intérêts de la Ville, on exige des devoirs de son ministère qu'il re- 
quiert (sic) de la puissance publique la clôture d'une maison où, sans 
rechercher ce qui s'y passe, se tient une Société qui compromet la 
sûreté, la vie des habitants du quartier et de toute la ville. 

« Ils représentent que l'intérêt de trente mille individus paisibles 
et citoyens de la capitale, ne doit point être sacrifié aux amusemens 
de société de quelques individus ; que la troupe effraie et bouche les 
avenues des rues, et qu'il est contre le vœu de la loi que l'oppression 
et la gêne du grand nombre soient commandées pour favoriser les 
droits de quelques personnes. 

« Il fallait céder à cette justice, et M. Mitouflet de Beauvais, dans 
son réquisitoire, en fait sentir toute l'évidence par ces paroles que 
nous devons conserver : 

« Nous l'avouerons avec douleur, la persévérance de cette assem- 
blée au milieu des troubles qu'elle produit, quelle que soit l'opinion 
des membres qui la composent, nous paraît au moins fort indis- 
crette {sic). Il nous semble que le patriotisme leur commandait le 
sacrifice de leurs jouissances, dès que leur réunion inspirait des 
:< craintes; mais loin de là, les procès-verbaux contiennent des 
preuves de violences coupables, des menaces criminelles de la 
part de quelques-uns des membres de cette association. La loi cesse 
dès lors de lui devoir sa protection, et la plus sainte, la plus sacrée 
des lois, le salut et la tranquillité publique compromis^ réclament 
contre cette assemblée. Si le premier devoir de la police est de pro- 
téger la hberté individuelle, c'en est un non moins impérieux pour 
elle de veiller à ce que l'exercice de cette faculté n'entraîne ni trou- 
bles, ni désordres publics. 

<( Sur quoi le Tribunal faisant droit, attendu qu'il est prouvé, tant 
par le mémoire présenté au district de Saint-Roch, au nom d'un 
grand nombre d'habitants de la rue Royale et autres, que par les 
procès-verbaux rédigés au comité du district, et Vairêté dudit co- 
mité, que l'assemblée qui se tient dans la rue Royale est une occa- 
sion de trouble et de désordre, donne lieu à des attroupemens que 
la puissance publique ne pourrait faire cesser que par des moyens 
violens, dont la protection d'une association de plaisirs ne peut 



SALON FRANÇAIS 377 

« motiver l'emploi; que plusieurs de ses membres ont été saisis por- 
« leurs d'armes à feu, et ont menacé d'en faire usage, même contre la 
« Garde nationale placée pour leur sûreté ; que par cette conduite ils 
« cessent d'être dans le cas de réclamer l'application des termes de 
« la déclaration des droits; que la voie publique est obstruée, les mai- 
ce sons inquiétées, le repos troublé par la troupe même qu'il faut em- 
« ployer, etc. ; fait défense à ladite Société, connue sous le nom de 
« Salon français, de s'assembler, à l'avenir, dans la maison de la rue 
« Royale, butte Saint-Roch, n" 29. » 

« Cette sentence a été signifiée au principal locataire, portier, 
membres de la Société qui auraient pu s'y trouver; et le lendemain, 
samedi 15 au soir, il n'y avait plus d'attroupement. 

« Je finirai en répétant que la Garde nationale s'est conduite, dans 
toute cette affaire, avec une raison, un courage, une patience, une 
sagesse qui ajoutent encore à tous les droits qu'elle a déjà si bien 
acquis, au respect, à la confiance, à l'estime, à l'amour public. » (Cet 
article est de M. Peuchet) (1). 

En même temps, le Moniteur du 17 mai 1790 faisait des observa- 
tions qui semblaient atténuer l'attitude du club incriminé par le Tri- 
bunal de police : 

« Les attroupemens qui ont eu lieu pendant plusieurs jours dans 
la rue Royale, butte Saint-Roch, sont entièrement dissipés ; les 
citoyens voisins de la Société qui s'y était établie sous le nom de 
Salon français^ et qu'elle tenait dans de continuelles inquiétudes, ont 
obtenu du département de police qu'elle fût supprimée. Nous donne- 
rons demain les détails circonstanciés des motifs qui ont déterminé 
ce tribunal à un procédé qu'il a jugé lui-même porter atteinte à la 
liberté publique. « 

Mais si, le 15, il n'y avait plus d'attroupements populaires dans la 
rue Royale, les monarchistes protestaient. De là, une « Lettre de 
M. de Gouvion (2), major-général de la Garde nationale, à M. Railly, 
le prévenant de la réunion illégale que se proposent de tenir, dans 
leur ancien local de la rue Royale, les membres du Salon français 
(16 mai 1790) (3). » 

(1) Jacques Peuchet, administrateur de la Commune de Paris, se rapprocha 
des monarchistes après les journées des 5 et 6 octobre 1789. Il fut proscrit pour 
ses opinions royalistes après le 18 fructidor an V. Il a contribué puissamment 
à la création du Moniteur, où il travailla toute^ sa vie. 

(2) Jean-Baptiste Gouvion, colonel au moment de la Révolution, fut député de 
Paris à la Législative. Ami de La Fayette. 

(3) Copie, Bib. Nat., Mss., fonds français, n» 11697. 



378 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

En efFet, le club n'abandonnait pas la partie. Loin de là, en cessant 
d'alarmer le major-général de la Garde nationale parce qu'il changea 
de local, il travailla plus que jamais contre la Révolution. 



II 



Il eut, d'ailleurs, un but déterminé: il trempa dans les intrigues 
organisées pour favoriser l'évasion de Louis XVI. 

En i 790 , le Salon français , régulièrement constitué selon les 
formes du temps, avait pour principale préoccupation de sauver la 
famille royale. « Une société de zélés royalistes du haut rang, dit 
l'abbé Guillon, formée à Paris sous le titre de Salon français, possé- 
dait trois hommes capables de concevoir un bon projet pour remplir 
les intentions du Roi. Ces hommes étaient : M. le chevalier des Pom- 
melles, M. de Jarjayes et M. le marquis de Chaponay, d'une des plus 
anciennes et des plus respectables familles du Lyonnais. Le premier 
d'entre eux rédigea le plan, après l'avoir concerté avec les deux 
autres, et ce plan fut porté, vers la fin de juillet 1790, par M. le mar- 
quis de Laqueille et M. de Sabran, évêque de Laon, à Madame Elisa- 
beth, qui le goûta fort et le remit au Roi (1). » 

Le témoignage de l'abbé Guillon a d'autaut plus de valeur que ce 
prêtre était aumônier, lecteur et bibliothécaire de la princesse de 
Lamballe. 

Dans le plan d'évasion du roi, conçu en 1790 par la Société du 
Salon français, une partie de chasse devait être organisée à Fontai- 
nebleau. Louis XVI, sous ce prétexte, courait à Avallon, où l'atten- 
daient des Pommelles, de Jarjaye et de Chapponay, qui devaient 
l'escorter jusqu'à Lyon. 

Les membres du club correspondaient avec l'émigration, principa- 
lement avec le comte d'Artois. 

« Sous l'influence des émigrés qui lui arrivaient en foule (à Turin), 
le comte d'Artois prenait son point d'appui, non aux Tuileries, mais 
dans un club contre-révolutionnaire de Paris, le Salon français (2). » 

(1) Mémoires de Vabbé Guillon, édition de 1824, p. 67. — On sait que Tabbo 
Guillon (Marie-Nicolas-Sylvestre), né à Paris en 1760, mort en 1847, fut en vain 
promu, par Louis-Philippe I", aux évêchés de Cambrai et de Beauvais; il avait 
encouru la censure de l'archevêque de Paris, pour avoir, malgré les règles cano- 
niques, administré l'abbé Grégoire mourant. 

(2) Correspojidance intime du comte de Vaudreuil et du comte d'Artois, t. 1, 
Introduction, p. 36. (In-S", Paris, 1889.) 



SALON FRANÇAIS 379 

Voilà ce qui établissait l'importance d'une Société qui ne fut qu'un 
essai de club, mais qui agit beaucoup pour Louis XVI. 

Vaudreuil écrivait, en juillet 1790, au comte d'Artois : 

« Je ne peux me refuser à penser que le Salon Français médite 
quelque chose en faveur de la liberté du Roi, d'où s'ensuivrait le ré- 
tablissement de la monarchie. Ils sont assez nombreux, assez puis- 
sants et assez fournis d'argent pour pouvoir opérer utilement, s'ils 
ont une bonne direction et de l'ensemble (1). » 

Cette manière de voir, ce vœu de Vaudreuil devaient être partagés 
par le Comité autrichien. Marie-Antoinette voulait tout diriger, 
d'après ses conseillers favoris (2). 

11 y eut, en 1790, un envoyé du Salon français au comte d'Artois. 
Une lettre de ce club annonçait le prochain départ du Roi, et indi- 
quait que le roi et la reine voulaient faire jouer au comte un rôle 
secondaire. 

Ce que le comte de Vaudreuil espérait, n'arriva pas. Il cessa 
bientôt d'avoir confiance dans le club. 

« Au fait, écrit Vaudreuil le 7 août 1790, le Salon français est com- 
posé d'une grande quantité de jeunes gens, pleins de zèle et d'hon- 
neur, mais ardents, mais sans chefs, sans direction (3). » 

Vaudreuil écrivait encore au comte d'Artois qu'il fallait se défier 
des informations que ce club transmettait sur la Reine, « que le club 
était composé de beaucoup de jeunes gens sans expérience, sans pru- 
dence, et que dans le nombre il devait y avoir nécessairement plus 
d'un faux frère ; que ce n'est pas à lui qu'il appartient de vous 
diriger, mais que c'est à vous à le conduire, à le contenir (4). » « Le 
Salon français prend trop vivement à l'espoir ou au décourage- 
ment. » 

Louis XVI, assurait-on, fit dire au Salon français « qu'il se livrait 
à lui et comptait sur lui. » Ce qui montre, une fois de plus, l'indéci- 
sion qui paralysait les agissements de la Cour : à tout instant, les 
gens les plus dévoués au roi se divisaient. Aucune des tentatives 
taites pour l'évasion de Louis XVI ne réussit, sans que l'ardeur des 
membres du Salon français se démentit, où qu'il tint ses réunions. 

Toutefois, après la fuite de Varennes, et quand la suspension du 



(1) Correspondance intime du cotnte de Vaudreuil et du comte d'Artois, t. I, 
p. 229. 

(2) Voir plus bas, Comité autrichien. 

(.'<) Vaudreuil, Correspondance, etc., t. 1, p. 261. 
(4) Vauilrouil, Correspondance, etc., t. I, p. 263, 



380 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

roi fut prononcée, la Société végéta, incessamment suspecte aux pa- 
triotes. L'exécution de Louis XVI ajouta à la dispersion de ses mem- 
bres, ayant perdu leur but principal. Du 21 janvier 1793 au 
27 juillet 1794, pendant les grandes luttes de la Convention, on ne 
parla plus d'eux. 

Après la Terreur, les membres du Salon français présents à Paris 
étaient réduits à six, ou plutôt ils durent se résigner à disparaître 
comme club, ainsi que les autres Sociétés royalistes ou constitution- 
nelles. 

L'infime reste de la réunion se réfugia dans les cercles ou les cafés 
qui existaient encore au Palais-Égalité, dans des lieux de rendez-vous 
qui passaient pour lieux d'amusements, mais où se réfugiaient des 
ennemis de la Convention, des Thermidoriens, comme des derniers 
Montagnards, en attendant une restauration monarchique. 

Le Salon politique et le Club des Échecs, au Palais-Égalité, reçurent 
pour affiliés des membres du Salon français, notamment l'avocat 
Lavaux, qui y passait ses soirées. 

La Convention fit fermer le Salon politique et le Club des Echecs. 
Comme Lavaux se présentait à la première de ces réunions, un fac- 
tionnaire lui demanda où il allait : « C'est là que je veux entrer, ré- 
pondit l'avocat. — Tu le peux, citoyen, répondit le soldat ; mais tu en 
sortiras comme tu pourras; ceux qui s'y trouvaient sont en arresta- 
tion, et on ramasse leurs papiers. » 

De même au Club des Echecs (1). 

(1) Voir plus bas, Salon des Échecs. 



CLUBS DES FÉDÉRÉS 



Plusieurs clubs de fédérés étaient démocratiques. Ils n'entrent pas 
dans le cadre que nous avons adopté. 

De même, nous n'avons pas à nous occuper de l'assemblée géné- 
rale des Vainqueurs de la Bastille, tenue dans l'église des Quinze- 
Vingts, le 25 juin 1790, et présidée par le maire de Paris; de la grande 
Confédération entre les Bretons et les Vainqueurs de la Bastille, ni 
des débats qui existèrent entre ceux-ci et les ci-devant gardes-fran- 
çaises, ni enfin des mauvais procédés que les Vainqueurs de la Bas- 
tille éprouvèrent de la part des autres citoyens. Leurs assemblées 
paraissaient illicites. 

Le Club des Fédérés^ dont il est question ici, n'inspirait aucune 
confiance aux amis de la Révolution. Les journaux et les brochures 
du temps n'en ont presque pas parlé. 

Néanmoins, un journal très répandu remarqua, dès le mois d'oc- 
tobre 1790 : 

« Fédérés des départemens assemblés aux Petits-Pères. 

« Il ne suffisoit pas d'avoir accaparé les Fédérés le 14 juillet, d'avoir 
employé tout le temps de leur séjour à Paris à des évolutions, à des 
revues aussi inutiles que mal combinées, aussi favorables au projet 
de diriger leur sentiment que contraires à l'intérêt de la Révolution; 
c'étoit peu de les avoir rassemblés dans des lieux clos pour les amu- 
ser et les séduire par des délibérations, il falloit encore que les enne- 
mis du bien public, après avoir inventé des moyens de fourvoyer les 
citoyens, trouvassent ceux de perpétuer l'erreur et d'en propager 
l'influence. C'est pour cela qu'on a retenu à Paris un certain nombre 
de ces députés de la fédération^ à qui l'on a inspiré de se réunir en 
assemblée délibérante. 

« Bientôt, on les a fait présider par de francs aristocrates, et les 
pires de tous, c'est-à-dire par ceux qui, n'ayant rien à perdre et 



382 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

voulant faire ressource, se vendent à ceux qui achètent les cons- 
ciences et les bouches perverses. Or, le peuple n'achète rien de tout 
cela. Ceux qui servent sa cause la servent pour rien. 

<( Que font ici ces Fédérés? Ont-ils une mission de leurs départe- 
mens? Ce ne peut être qu'après l'avoir sollicitée, et les départemens 
n'ont su ce qu'ils faisoient quand ils ont donné des pouvoirs à cet 
effet, en supposant toutefois qu'ils en aient donné. A la charge de 
qui sont-ils ici? On ne vit pas à Paris gratuitement quand on a ses 
foyers dans les départemens du royaume. 

« Disons vrai : il importe aux mal intentionnés, aux royalistes 
esclaves, aux dictateurs, à l'état-major parisien, à tous ceux enfin qui 
ne cherchent qu'à égarer l'opinion, qu'à énerver le civisme; il im- 
porte, dis-je, à tous ces gens-là d'avoir à Paris une association de 
citoyens armés pris dans tous les coins du royaume, qui, ayant mé- 
rité peut-être dans un temps la confiance de leurs concitoyens, puis- 
sent séduire et abuser leurs patries respectives et leurs pays, en y 
faisant passer, par leurs avis, leurs nouvelles et leur correspondance, 
l'esprit qu'on leur souffle dans la capitale. Il falloit avoir encore un 
centre où les mal intentionnés pussent trouver des renseignemens 
sur le fort et le foible, et sur les variations de telle et telle partie du 
royaume, afin d'agir en conséquence : nous ne voyons que trop quels 
sont les fruits de ce système de séduction et d'espionnage tout en- 
semble. 

« Que font, en un mot, ces Fédérés coalisés et assemblés dans la 
capitale? Que peut-on espérer d'une association où l'on arrête qu'il 
sera fait un service auprès de la fersonne du Roi et du général La 
Fayette^ composé d'une garde de deux députés fédérés qui auront le 
nom et la qualité d'aides-de-camp du général; que ces aides-de-camp 
prendront les ordres immédiats du Roi et du général pour les faire 
passer dans les départemens? Sans doute, ceci n'est qu'une conception 
ridicule, qu'une folie des chefs et des agens que Ton met à la tête 
des Fédérés, et qui donnent carrière à leur sotte vanité que l'on flatte. 
Mais s'il faut tirer des inductions de tout cela, on peut démêler aisé- 
ment que cette association a un esprit totalement opposé à la Révo- 
lution. On doit penser que l'influence de chacun de ces Fédérés, écri- 
vant du centre où la constitution se fait, à la circonférence qui l'at- 
tend, doit être d'un grand poids dans les divers cantons de la monar- 
chie. Il n'a fallu souvent qu'une lettre d'un de ces Fédérés, qui, de 
loin, ont l'air d'être quelque chose, et d'être bien instruits, pour 
produire dans tel pays du relâchement, lorsqu'on a voulu y donner 
beau jeu aux complots des aristocrates. C'est par des menées de 



CLUBS DES FÉDÉRÉS 383 

cette espèce que nos ennemis nous travaillent et portent la désunion 
dans les pays les mieux disposés à la concorde, et la licence où la 
liberté est la mieux entendue. 

« Pour connoître le véritable esprit de cette association, il ne faut 
qu'être instruit de \Si patriotique motion que fit dernièrement le sieur 
deMilange, capitaine de la Garde nationale de Riom, de prendre pour 
article fondamental du projet d'organisation de la Garde nationale, 
que ces messieurs préparent, qu'on ne comprendra dans cette garde 
que \q^ nobles et les bons bourgeois; ce sont ses termes; qu'il faut en 
écarter les artisans et les paysans, et les désarmer. Apprenez donc, 
citoyens des quatre-vingt-trois départemens, qu'il existe dans Paris 
une Société de vos compatriotes, où l'un des membres profère impu- 
nément de tels blasphèmes; connoissez-les, et sachez rejeter loin de 
vous leurs perfides suggestions. Il n'y eût peut-être point eu de sang 
versé dans telle ou telle ville sans la correspondance de cette société 
dangereuse (I). » 

Le Club des Fédérés tenait ses séances aux Petits-Pères, près la 
place des Victoires. 

Dès son ouverture, sous le nom de Société des Gardes nationaux des 
départemens de France^ il donna de l'ombrage à nombre de citoyens, 
surtout aux anti-fayettistes, prétendant qu'elle conspirait contre la 
liberté. 

D'où venait cette réputation, pour le club, de pencher vers le roya- 
lisme? Il s'en défendit dans un Compte rendu par la Société des Gardes 
nationaux à l'armée parisienne et aux quatre-vingt-trois départemens 
de France (2). Mais citons des faits. 

Le 13 juillet 1790, une députation des Fédérés avait été admise 
près du roi, à qui La Fayette avait lu une adresse dans laquelle se 
trouvait cette phrase : 

« Les gardes nationales de France jurent à Votre IN.'ajesté une 
obéissance qui ne connaîtra de borne que la loi, un amour qui n'aura 
de terme que celui de notre vie (3). « 

Plusieurs députations avaient loué extraordinairement Louis XVI 
devant l'Assemblée nationale. C'était, d'ailleurs, le temps où les 
gardes nationales cherchaient à dominer partout, où un membre de 
la Société de 1789 écrivait: « Que sont les gardes nationales? Ce 

(1) Révolutions de Paris, numéro du 30 octobre au 6 novembre 1790, n" 69. 

(2) A Paris, chez Champigny, imprimeur-libraire, et chez tous les libraires du 
royaume. 

(3) Mavidal et Laurent, Archives parlementaires, t. XVII', p. 83. 



384 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

sont tous les citoyens actifs sous les armes; par conséquent, ce sont 
tous ceux que la loi juge en état d'avoir et d'exprimer une volonté, 
armés pour la faire exécuter; c'est la force publique elle-même^ pro- 
tégeant la volonté publique (1). » La partie armée de la nation comp- 
tait des ennemis acharnés contre les épaulettiers^ les bleus comparés 
à de la faïence bleue qui ne va pas au feu, contre Bailly et La Fayette, 
qui, disaient-ils, voulaient royaliser la France, en rassemblant toutes 
les gardes nationales pour en faire un « tout respectable, fort, consi- 
déré. » 

11 ne faut pas oublier que, lors de la Fédération du 14 juillet 1790, 
si les fédérés marseillais, par exemple, s'étaient signalés par leur ar- 
deur révolutionnaire, d'autres, tels que ceux de la Touraine, s'étaient 
nettement déclarés amis du roi. En effet, les fédérés tourangeaux 
avaient apporté à Louis XVI un anneau qu'Henri IV avait donné au- 
trefois à leurs compatriotes pour reconnaître leur fidélité. De plus, 
beaucoup d'envoyés des départements étaient visiblement enthou- 
siastes de Louis XVI et de La Fayette. 

Le 15 juillet 1790, des journaux récriminèrent contre l'adoration 
de La Fayette par les fédérés, contre le refus du roi de venir à l'autel 
de la Patrie prêter le serment qu'il avait prononcé dans sa tribune, 
sous sa tente. Pour la première fédération, il faut remarquer que 
Louis XVI était « chef suprême des gardes nationales de France », et 
La Fayette « major-général de la Fédération », recevant et exécutant 
les ordres du roi. 

Un Journal des Fédérés était royaliste. On souscrivait chez Gattey 
(sic) et Senneville, rue Sainte Apolline, n" 18, au bureau, et rue 
Sainte-Anne, n° 11, chez Dodoucet (2). 

Déjà différentes villes s'étaient fédérées en particulier, et les pa- 
triotes avancés voyaient un danger dans le fait de joindre ensemble 
par un lien commun tous ces faisceaux divers, formés à Orléans, à 
Troyes, à Dijon, à Lille, etc. 

La première grande fédération, de 1790, laissa de profondes ra- 
cines à Paris, non pas seulement au point de vue de la simple fra- 
ternisation, mais comme donnant l'idée du fédéralisme, c'est-à-dire 
du système consistant à faire des quatre-vingt-trois départements 
autant de petits États égaux entre eiix, se secourant, en cas de né- 
cessité, d'un bout à l'autre de la France, à l'exemple des États-Unis 
d'Amérique. 

. (1) Article du député Guiraudet, dans le Journal de la Société de 1789. 

(2) Bib. Nat., Le 2/429, sans date. Le dernier numéro se termina par une ode 
contre le duc d'Orléans. 



CLUBS DES 1<'ÉDÉRÉS 385 

Une adresse ou lettre ayant été envoyée à la Société des Amis de la 
Constiliition^ cette Société saisit cette occasion pour manifester son 
opinion sur les gardes nationales, et ce fut Barnave qu'elle chargea 
de rédiger sa réponse. 

Le 3 décembre 1790, Barnave répondit à la Lettre de la Société 
des Gardes nationaux établie à Paris aux Petits Pères, sous le litre 
de Société des Gardes nationaux de France (1), Il y exposait les prin- 
cipes de la Société des Amis de la Constitution (Jacobins) sur les 
gardes nationales. 

« Nous avons cru, dit-il, que l'exposition des principes de la So- 
ciété était la seule réponse que nous dussions faire à voire lettre. 

« Les Amis de la Constitution ne pensent point que les gardes na- 
tionales forment en France un corps séparé de celui du peuple ; ils 
croient que le droit de défendre la Constitution, sous les drapeaux 
de la patrie, appartient également à tous les citoyens, et que l'insti- 
tution qui le réserverait à une classe particulière établirait le plus 
injuste et le plus dangereux des privilèges. Pénétrés d'estime et de 
reconnaissance pour ceux qui les premiers se sont réunis pour la dé- 
fense de la Révolution, ils sont intimement convaincus qu'aucun 
d'eux n'a conçu la pensée de s'en faire un titre, d'établir, une corpo- 
ration, de renouveler en quelque sorte ces distinctions que les prin- 
cipes de l'égalité ont fait disparaître, et, après avoir été les premiers 
défenseurs de la liberté, d'en devenir le dernier écueil. Les Amis de 
la Constitution ne reconnaissent donc aucun représentant, aucune 
représentation des gardes nationaux de France. Une telle représen- 
tation serait à leurs yeux celle de la nation même, et la nation ne 
l'a placée que dans l'Assemblée nationale. Ce n'est point d'ailleurs 
sous un caractère guerrier et sous le costume des armes, que les ci- 
toyens doivent se réunir et former entre eux des associations délibé- 
rantes. Chacun, à titre de citoyen, a le droit d'exprimer son opi- 
nion; chacun, à titre de citoyen, a l'usage libre de [ses droits, de sa 
volonté politique ; mais sous un titre militaire, aucun ne peut être 
que l'instrument passif de la loi, sans autre guide que la voix du 
magistral qui en est l'organe. Les hommes libres sont fiers quand ils 
exercent leurs droits individuels ; mais ils ne connaissent plus qu'une 
soumission religieuse sous le caractère qui met dans leurs mains le 
dépôt imposant de la force publique. Les hommes libres sont soldats 
à la voix de la patrie' qui les appelle; mais ils s'empressent de ren- 
trer sous le régime de la paix, pour recueillir les fruits de la liberté 

(1) Lettre eu date du 1" déceiabrc 1190. 

20 



386 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

qu'ils ont défendue, pour agiter les intérêts publics, pour mêler 
l'expression de leurs vœux à la volonté générale. Les hommes libres 
croiraient trahir leur patrie et eux-mêmes, si, .jaloux de vains hon- 
neurs, ambitieux d'un pouvoir que la loi ne leur aurait pas conféré, 
ils osaient y faire servir cet appareil militaire que la nation ne leur 
a donné que pour en imposer à la tyrannie. 

« Ces opinions, Messieurs, vous indiquent assez ce qiia nous pen- 
sons de Tinstilution de votre Société. Il est inutile de vous dire que 
le patriotisme dont sont animés tous les gardes nationaux de France, 
nous rassure pleinement sur le sort et les progrès de cette institu- 
tion; et qu'instruits qu'elle n'est formée que par l'assentiment indivi- 
duel d'un petit nombre de personnes, c'est moins à son importance 
qu'au désir de manifester notre pensée, (jue nous avons cru devoir 
le développement de ces principes. 

« Les Membres de la Société des Amis de la Consliluiion (i). » 

La réponse de Barnave aux Fédérés était signée par Mirabeau 
l'aîné, frésident^ Feydel, Villars, H. Fr. de Verchère et Alexandre 
Beauharnais, secrétaires. 

Dans leur lettre aux Amis de la Constitution., « les Fédérés mani- 
festaient leurs dispositions et le vœu d'être admis à offrir une garde 
au Roi et à l'Assemblée nationale. » 

Fréron publia aussitôt un article très vif contre les chefs des 
Fédérés. On y lisait : 

« Le général (La Fayette) s'attendoit si bien à être dénoncé comme 
Fauteur, l'instigateur, le protecteur du club dangereux, criminel, 
inconstitutionnel des Fédérés, lequel prend dans ses lettres le titre 
ambitieux de Société des Gardes nationaux de France., qu'il envoya le 
soir même aux Jacobins son aide-major-général la Colombe (2). 
Qu'advint-il à ce brave Satellite du sieur Moitié (La Fayette)? La plus 
mortifiante mésaventure ; il fut prié par les censeurs de sortir à l'ins- 
tant de la salle, n'ayant pas l'honneur d'être de la Société; ce qu'il 
exécuta. C'est un fait dont tous les assistans furent témoins. Quel 
dommage qu'on l'eût fait sitôt déguerpir? il auroit pu rendre à son 
chef les propres expressions de Barnave et de Mirabeau sur son 
compte ; il lui auroit dit comme quoi le premier, parlant avec toute 
l'énergie qui caractérise ce jeune et brave député, il dénonçoit M. La 
Fayette et demandoit qu'il fut tenu de s'expliquer au sujet des pré- 
Ci) Mo?ii leur universel, du vendredi 10 décembre 1790. 
(2) M. de La Combe, un des trois aides-majors généraux de La Fayette* 



CLUBS DES FÉDÉRÉS 387 

tendus Fédérés, autorisés par lui à monter la garde chez le roi, à 
lormer entr'eux une assemblée délibérante, quoique armée, et, pour 
comble de scandale, à la faire présider par un nommé Saint-Amand, 
son aide-de camp ; il lui auroit encore appris cette autre particula- 
rité : on donnoit à l'assemblée communication d'un libelle atroce 
contre les Lameth, les d'Aiguillon, les Robespierre, libelle écouté 
sans aucune marque d'improbation, excepté le passage où vint le 
lourde M. Mottié... (1). » 

L'opinion publique suivait deux courants : l'un qui acceptait sans 
aucune opposition les actes de la Mairie et de l'État-major de la 
Garde nationale parisienne, qui se manifesta en fondant des clubs 
royalistes-constitutionnels, comme ceux des ImpM'tiaux et des Feuil- 
lants; l'autre suspectant tout ce qui venait de La Fayette et de 
Bailly, chargés d'assurer l'ordre et la tranquillité dans la capitale, 
en relations fréquentes, parfois officielles, avec l'entourage de 
Louis XVI et les royalistes déclarés. 

Le samedi, 11 décembre 1790, deux députés de la Société des 
Gardes nationaux des départements de France, M. M/a»(/e, capitaine 
de la Garde nationale de Riom, et M. Duvernier, capitaine de la Mi- 
lice nationale de Caen, furent annoncés et introduits devant le Con- 
seil général du département de la Seine (2). L'un d'eux, portant la 
parole, a dit : 

« Messieurs, 
« Nous venons nous acquitter, auprès de la Municipalité de Paris, 
d'une mission dont a bien voulu nous honorer, auprès d'elle, la 
Société des Gardes nationaux dos difîérens départeiiiens. Nous nous 
empressons de lui apprendre que, d'après les décrets de l'Assemblée 
nationale sur l'organisation et la distribution de la force publique, 
cette Société, jalouse de montrer son respect, son obéissance à la Loi, 
a unanimement arrêté de se dissoudre et de ne plus s'assembler. Elle 
a obtenu. Messieurs, lors de sa formation, une approbation de M. le 
Maire ; aujourd'hui elle se fait un devoir, en cessant ses séances, de 
vous prévenir, et de lui renouveler, ainsi qu'à vous. Messieurs, les 
sentimens d'estime et de respect que vous lui avez inspirés. » 

MM. les députés ont fait ensuite lecture de l'arrêté de leur Société, 
com'u en ces termes : 



(1) L'Orateur du Peuple, t. III, p. 473 et 476. 

(2) Le Moniteur universel consacre quelques lignes seulement à cette réceptiuu 
des i^ardes nationaux fédérés à l'Hôtel de Ville* 



388 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« Exlrail des recjistres de la S.ociété des Gardes nalionaux 
des dé'partemens de France. 

« La Société considérant que, d'après le décret de l'Assemblée na- 
tionale, sur l'organisation et la destination de la force publique, 

« Elle ne peut ni ne doit se réunir et s'assembler davantage ; et 
voulant montrer son patriotisme, son respect et son obéissance à la 
Loi ; désirant donner l'exemple à toutes les associations militaires de 
ce genre qui peuvent exister dans l'Empire, a unanimement arrêté : 

« Que dès ce moment elle se dissout, et ne s'assemblera plus à 
l'avenir ; que cet arrêté sera communiqué aux chefs civils et militaires 
de la capitale. 

« Collationné sur l'original. 

« Skjnés : Cuédi:villi2, président; Niel, vice-présidenl; 
SÉumKR, FoNBONNE, Secrétaires. » 

M. le Maire a répondu : 

« Messieurs, 
« J'ai applaudi à votre association, mais le Conseil ne peut qu'ap- 
prouver une séparation dont vous offrez des raisons si légitimes. Il 
admirera toujours que les citoyens armés qui ont donné tant de 
preuves de courage, donnent, les premiers, l'exemple de la soumis- 
sion aux Loix (1). » 

MM. les députés ont été invités à assister à la séance. 

« Le Conseil général a arrêté l'impression du discours de M. le 
Maire, de la prestation du serment des ministres du Roi (2), de la dé- 
marche de la Société des Gardes nationaux ; il en a ordonné l'envoi 
tant aux quatre-vingt-trois ilépartemens qu'aux quarante-huit sec- 
tions et aux soixante bataillons de la capitale. 

« Signé : Bailly, Maire., 

T)e Joly, Secrétaire-greffier . » 

Le samedi suivant, 18 décembre, « le maire informa le Conseil que 
la Société des Gardes nationaux de France, qui s'était déjà présentée 
pour annoncer sa soumission à la loi et sa dissolution, avait mani- 
festé, au Co^'ps municipal, le désir de lui offrir et de déposer à 



(1) Bib. Nat., Lb 40/1173. 

(2) Quatre ministres du roi, ambassadeurs ou pléuipotciitiaircs, avaient prêté, 
dans la môme séance, leur serment civique. 



CLUBS DES FÉDÉRÉS 389 

THôtel de Ville le drapeau qui, jusqu'à ce jour, lui avait servi de 
point de ralliement (1). » 

Le maire ajouta que le Corps municipal avait accepté cet hommage, 
et qu'en le déférant au Conseil général, il avait arrêté qu'il lui serait 
présenté dans la séance de ce jour. 

L'assemblée ayant applaudi à cette décision, MM. les commissaires 
nommés par la Société des Gardes nationaux furent annoncés et 
introduits. L'un d'eux, celui qui portait l'étendard, M. Marrier, dit ; 

« Monsieur le Maire, Messieurs, 

« Les commissaires nommés par la Société des Gardes nationaux 
de France s'empressent aujourd'hui de vous donner une preuve nou- 
velle et non équivoque de ses principes. Toujours soumise à la loi, la 
Société dépose au milieu de vous, Messieurs, dont le patriotisme est 
si connu, l'étendard de l'union et de la liberté. Nous avons juré de 
maintenir la Constitution, et aucun de nous ne sera parjure. Organes 
de la Société entière, nous venons renouveler ici nos serments, et 
nous promettons de nous rallier sous cet étendard, toutes les fois que 
la chose publique sera en danger. » 

L'assemblée applaudit unanimement au discours et au nouveau 
témoignage de patriotisme et de soumission à la loi que venait «le 
donner la Société des Gardes nationaux de France. 

M. le Maire répondit : 

« Messieurs, 

« Nous retrouvons en vous, avec une grande satisfaction, plusieurs 
des gardes nationaux des départemens qui, fédérés avec nous, le 
14 juillet, ont juré, avec nous, la Constitution et le Roi. Réunis, à 
Paris, par une association qu'une loi nouvelle défend aux citoyens 
armés, vous venez, en vous séparant, déposer, à cet Hôtel de Ville, 
le signe de votre union patriotique. La Commune le reçoit et le con- 
servera précieusement, comme un des gages de la fraternité de tous 
les départemens avec nos Concitoyens. 

M La Commune, qui connoit votre courage, apprécie votre soumis- 
sion à la Loi. Puisse l'exemple de cette soumission être partout imité ! 
Puisse l'union que nous renouvelons ici être toujours durable! Avec 
une Constitution libre, sous un Roi juste et chéri, notre but et notre 
gloire doivent être désormais d'offrir à nos ennemis un peuple indi- 
visible. » 



(1) Extrait du registre des délibérations du Cnnspil r/é)iér(d, du sanie.'/l Ifi dé- 
'^embre ITOO. (Bib. Nat., Lb 40/1173.) 



390 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

« A cet instant, MM. les commissaires ont remis entre les mains de 
M. le Maire, et placé à côté du bureau, le drapeau qu'ils sont venus 
offrir à la Commune, M. le Maire les a invités à assister à la séance, et 
le Conseil général a arrêté l'impression et l'envoi aux sections et aux 
soixante Bataillons du discours de MM. les Commissaires et de la r.'-- 
ponse de M. le Maire. 

« Signé : Batlly, maire. 

De Joly, secrétaire-fjreffier. » 

Les forts de la Halle aussi, armés depuis peu par la Municipalité, 
déposèrent plus tard leur drapeau à l'Hôtel de Ville (1). 

D'un décret de l'Assemblée nationale, il ressortait qu'il fallait être 
sans armes, non incorporé dans l'armée pour avoir le droit de s'as- 
seinbler, de formet* tin club ; que nul corps armé ne pouvait déli- 
bérer, ainsi qiie cela se trouva déclaré dans la Constitution de 1791, 
laquelle plaça dans son article 1" : « Le royaume est un et indivi- 
sible. » 

La crainte de l'idée fédéraliste, bientôt préconisée par Buzot, Bris- 
sot et nombre de Girondins, a probablement porté les autorités pari- 
Siennes à changet" le nom de la section de la Place Royale el des Fé- 
dérés eh section de V Indivisibilité . 

On peut penser aussi que les citoyens de Paris ne voulaient pas 
laisser les gardes nationaux des départements peser, en certaines 
occasions, sur l'opinion publique dans la capitale. Nous avons dit 
pourquoi. 

Toujours est-il que le Club des, Fédérés, dont on se défia, eut à 
peine trois mois d'existence, et qu'en disparaissant il laissait les 
Feuillants, les Fayetiistes et la Société de 1789 représenter seuls le 
modérantisme, jusqu'au temps où les Girondins devinrent les modérés 
pour les Montagnards, après avoir été regardés longtemps comme 
des avancés. 

Aucune liste des membres du Club des Fédérés n'a été dressée, que 
nous sachions; aucun règlement, aucune déclaration de principes 
n'existent. Des collectivités s'y rencontraient, le plus souvent, d'une 
façon tetnporaire, pour quelques jours, au passage de Fédérés ù 
Paris. 



(1) Extrait du rer/istre des délibérations du Conseil riénéral de la Commune de 
Paris, du dimanche 10 juillet 1701. (Bib. Nat., Lb 40/1173.) 



SOCIÉTÉ DR 1789 



Fondée lo 12 Avr-il 1790. 



I ' 

La Société ou Cluh do 1789 s'ouvrit le 12 avril 1790. Suivant l'opi- 
nion de quelques historiens, c'était le Cluh des 89 ou des populaires 
modérés, nom qui serait venu du chiffre de dissidents par lesquels 
il fut formé. 

La Fayette, Bailly, Miraheau, Rœderer, Dupont de Nemours, Le 
Chapelier, l'évèque d'Autun, le duc de La Rochefoucauld, l'abhé 
Siéyès, qui en furent les chefs, appartenaient originairement au 
Club des Jacobins, ainsi qu'on le constata tout d'abord. 

Ses mem])res se séparèrent à grand bruit de leurs anciens col- 
lègues. Ils espéraient que Louis XVI, rompant avec son entourage, 
se réunirait à eux, et accepterait de bonne foi la Constitution. Ils 
voulaient maintenir le gouvernement dans la voie prise en 1789, re- 
poussaient pour la plupart la souveraineté du peuple, et se propo- 
saient de protéger la monarchie appuyée sur la Constitution. 

En lisant les Règlements de la Société de 1789, on voit qu'il s'agis- 
sait d'une réunion d'hommes désireux de faire passer à l'application 
leurs théories politiques et sociales, et que celte réunion ressemblait 
à un club fermé, presque à une académie. 

Peu de clubs ont eu, d'ailleurs, une organisation aussi complète. 
Il faut regretter que les procès-verl)aux de ses séances ne nous soient 
pas parvenus. ^ 

« RÈGLEMENS DE LA SOCIÉTÉ DE 1789 ET LISTE 
DE SES MEMBRES (1). 

« AVERTISSEMENT. 

« La Société de 1789, en publiant ses règlemens particuliers, croit 
(1) A Paris, de l'Imiiriinerif Lfjay iils, l'uc (!<• I"Écliello Sainl-Ilonoiv, 1790. — 



392 LES CLUBS CONTHERÉVOLDTIONNAIRES 

devoir rappeler les principes et le vrai but de son institution; c'est 
pour cela qu'elle a jugé convenable de faire précéder ces règlemens 
par' le prospectus de son journal, où ces objets fondamentaux sont 
suffisamment indiqués. 

« Jl est, pour les individus, un art d'assurer et d'augmenter leur 
bonheur : il a consisté jusqu'ici dans la philosophie morale, que les 
anciens portèrent à une sorte de perfection. 

« Il doit exister aussi, pour les nations, un art de maintenir et d'é- 
tendre leur félicité : c'est ce (ju'on a nommé Vart social. 

« Cette science, pour laquelle travaillent toutes les autres, ne pa- 
roit pas avoir été encore étudiée dans son ensemble. L'art de culti- 
ver, l'art de commercer, l'art de gouverner, l'art de raisonner même, 
ne sont que des parties de cette science; elles ont pris chacune à 
part une sorte d'accroissement; mais, sans doute, ces membres isolés 
ne parviendront à leur développement complet que lorsqu'ils au- 
ront été rapprochés, et qu'ils formeront un corps bien organisé. 

« Réunir tant de matériaux épars et inconsistans, rechercher dans 
les sciences économiques leurs rapports mutuels, et surtout la liai- 
son commune qu'elles peuvent avoir avec la science générale de la 
civilisation, tel est l'objet de Varl social. 

« Ce n'est ni un, ni plusieurs hommes, ni même une seule nation, 
c'est le concert des peuples qui peut assurer à cet art des progrès 
efficaces; mais ces progrès seront moins longs, dès que tous les es- 
prits suivront partout un ordre de travail constant et uniforme. 

«. Il faut donc créer cette méthode commune. Or, avant qu'elle soit 
fixée, perfectionnée et généralement adoptée, il étoit naturel que les 
bases en fussent posées par une association, qui, communiquant à 
d'autres sociétés semblables les principes et l'espj'it qui l'animent, 
pût, ainsi qu'elles, rallier à des systèmes pareils les divers travaux 
de tous les. hommes éclairés, en quelque lieu qu'ils existent, et qu'ils 
veillent pour le bien de l'humanité. 

« Tel est le plan sur lequel s'est formée la Société de 1789. 

« Elle a pensé qu'on avait jusqu'à présent retiré trop peu d'avan- 
tages de ces instrumens de communication, par lesquels nous pou- 
vons nous rendre si supérieurs aux anciens, et qui doivent étendre 
le commerce de la pensée comme celui de toutes les autres ri- 
chesses du globe. Elle a donc voulu multiplier entre les nations les 
échanges réciproques des connoissances humaines. 



Bib. Nat., Lb 40/2403. — Nous reproduisons cos Règlements tels, qu'ils ciut Hè 
publiés, avec leurs imperfections typographiques ou autres. 



SOCIETE DE 1789 393 

« C'est pour cela qu'une partie essentielle de son institution est 
une correspondance suivie avec toutes les sociétés et tous les indivi- 
dus, tant nationaux qu'étrangers, qui voudront coopérer à une si 
noble entreprise. 

« Ainsi, la Société de 1789 doit être considérée comme un centre 
de correspondance pour tous les principes généraux, et non pas 
comme un foyer de coalition pour les opinions particulières. Ce n'est 
ni une secte ni un parti, mais une compagnie d'amis des hommes, et, 
pour ainsi dire, d'agens du commerce des vérités sociales. 

« Développer et répandre les principes d'une constitution libre, 
est sans doute le premier devoir d'une institution qui datte [sic] de 
l'époque de la liberté françoise: la Société de 1789 sera fidelle {sic) à 
ce devoir. En même temps que ses travaux se dirigeront vers son 
principal but, qui est la recherche des principes et des moyens du 
perfectionnement de l'ari social, elle consacrera aussi ses veilles à 
faire une heureuse application de ces principes à la constitution et à 
la félicité nationale. 

« Pour remplir ces différentes vues, le premier moyen devoit être 
la publication d'un journal (1) qui ne fût point une collection de nou- 
velles, de faits et de pièces, mis au jour sans choix et sans liaison, à 
mesure qu'ils se présentent , mais plutôt un recueil des mémoires 
sur les diverses parties et sur tout l'ensemble de l'économie sociale, 
ou même d'observations sur les événemens qu'intéressent les prin- 
cipes et les progrès de cette science, aussi nouvelle qu'elle est éten- 
due. 

« Le journal de la Société de 1789 a été conçu dans cette idée. 11 
sara divisé en cinq chapitres, dont les litres différens indiquent les 
divers objets. 

« Chapitre prkmikr. 

« Art social. 
« Ce chapitre contiendra des dissertations, des mémoires, des re- 
marques sur les principes des constitutions, des corps législatifs, des 
gouvernemens, des administrations, sur l'agriculture, le commerce. 



(1) Voir plus bas, passim. —Les abouueinents au Journal se faisaient : Chez le 
ri'Miacteur, n» 59, au Palais-Royal; chez Desenne, madame Vaufleury et Denné, 
libraires, au Palais-Royal; chez Lejay, rue de l'Échelle Saint-Honoré. Prix de 
labounement : 24 livres par an, 27 livres pour la province, 12 livres par six 
mois, rendu franc de port dans tout le royaume. — On s'abonnait aussi chez 
tous les directeurs des postes, et chez les principaux libraires du royaume et de 
l'étranger. Lejay était l'iraprimour du .Journal de la Société. 



394 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

les finances, l'enseignement public, sur les loix et les tribunaux; 
enfin sur tous les élémens du système social, et leur accord avec le 
vœu de la nature et le bonbeur des bommes. 

« CUAPITRi: II. 

« Correspondance nationalr. 

« On y rendra compte des travaux des différentes sociétés patrio- 
tiques, ainsi que des établissemens publics qui se formeront dans 
tous les départemens du royaume. Les difficultés qui se présenteront 
dans l'exécution des loix qui vont régir la France, soit relativement 
à l'organisation actuelle du royaume, ou sous tout autre rapport, y 
seront exposées, discutées, et on essaiera de les résoudre, d'après les 
principes constitutifs du nouveau droit public français, et surtout 
d'après les règles invariables puisées dans la nature des cboses et 
dans les droits des citoyens. 

« CUAPITRl'; 111. 
« Correspondance étrangère. 
« Les principaux événemens politiques qui intéressent les deux 
bémisphères, les traités, les forces respectives et les vues présumées 
des puissances ; la situation actuelle, tant intérieure qu'extérieure, 
des différentes nations, surtout leur avancement dans l'art social ; 
l'utilité et les dangers de leurs institutions particulières y seront pré- 
sentés, en considérant les intérêts des gouvernemens, surtout dans 
leurs rapports avec l'intérêt des gouvernés, et les relations des cabi- 
nets dans leur influence sur le bonbeur ou le malbeur des peuples (1). 

« CllAPITRli IV. 
« Assemhlée nationale. 
« Sans s'astreindre à la marcbe de ses travaux, on en donnera les 
résultats les plus importans, on en développera les principes^ soit en 
présentant, par une analyse rapide, le tableau de la discussion con- 
tradictoire, soit en expliquant l'esprit des décrets par de nouvelles 
considëi'âtions. 

« Chapitre V. 

« Variétés. 
« Une notice des ouvrages utiles dans toutes les langues, les en- 

(1) Sur la demande des Sociétés correspondantes, le directoire se <îhargea de 
leur faire passer les écrits nouveaux et périodiques, mais elles devaient faire les 
fonds d'avance de ces envois, atlranchir les envois et les paquets, entre les mains 
du rédacteur du Journal de la Société. 



SOCIÉTÉ DE 1789 395 

couragemens à donner aux arts et aux talens, en France et chez 
l'étranger, la description et le dessin des machines et découvertes les 
plus remarquables ; enlin différens morceaux de morale bu de philo- 
sophie, où le précepte sera revêtu des formes et des couleurs de 
l'imagination, entreront dans ce chapitre. On y proposera aussi quel- 
quefois des questions sur divers points de législation et d'économie 
politique : on publiera, soit en détail, soit par analyse, les diverses 
opinions propres à répandre la lumière sur ces questions (1). 

« REGLEMENS. 

« Article premier. 

« Composition de la Société. 

« Le nombre des membres de la Société n'excédera point celui de 
six cent soixante; leurs noms seront inscrits sur un tableau qui sera 
déposé dans le salon de l'assemblée. 

« Article II. 
« Admission. 
« On ne pourra être reçu dans la Société qu'au scrutin. Pour y être 
admis, il faudra être présenté par un des associés, et appuyé par 
quatre; une liste sur quatre colonnes offrira le nom et la demeure de 
l'aspirant, la signature du présentateur et celle des répondans. Les 
noms des candidats seront numérotés dans l'ordre où ils auront été 
inscrits sur la liste. 

« Article III. 
'« Sci'utin. 

« Le scrutin n'aura lieu que pendant huit mois de l'année, du pre- 
mier noverhbre au premier juillet suivant. La liste sera fermée le 
20 de chaque mois par la signature d'un des Commissaires de la So- 
ciété, et le scrutin, ouvert le premier dimanche du mois suivant, ne 
sera clos que le lundi à 7 heures du soir. 

« Mais pendant l'année 1790 seulement, il sera dérogé à cette règle, 
et il pourra se faire deux présentations et deux scl-utitts par mois, les 
premiers dimanches de chacune des deux quinzaines ; en observant 
toujours de fermer les listes de manière à laisser un intei>valle de 
dix jours entre leur chUure et le scrutin. 

« Pour procéder à ce scrutin, chaque membre de la Société, en ins- 



(1) Cet AveHissement a paru dans lo Journal de la Société de 1789, \\° 1, du 
5 juin 1790. 



396 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

crivant son nom sur un registre tenu à cet effet, recevra du concierge 
un bulletin datte, signé d'un commissaire, et partagé en deux co- 
lonnes, en tête desquelles seront d'un côté le mot admission^ et de 
l'autre le mot rejection (l). Les membres votans inscrivent sur l'une 
ou l'autre de ces deux colonnes le numéro désignatif des candidats 
qu'ils voudront rejeter ou admettre. Les bulletins seront déposés dans 
une boîte qui ne sera ouverte qu'au moment déterminé par ce rè- 
glement. 

« L'ouverture et le dépouillement du scrutin seront faits par trois 
commissaires ; ils annuleront tout bulletin qui contiendroit deux 
fois le même numéro. 

« Tout candidat qui ne réunira pas en sa faveur les 1) dixièmes des 
votes positifs ne sera point admis; mais il pourra être présenté de 
nouveau, jusqu'à deux fois dans la même année. 

«Article IV. 

« Cotlisation {sic'j. 

« La cottisation des membres de la Société sera de trois louis par 
année. Chaque membre paiera de plus pour une fois seulement deux 
louis pour deniers d'entrée. Chaque membre admis dans la Société 
sera tenu de réaliser sa cottisation dans l'espace d'un mois pour tout 
délai, sinon il sera présumé avoir renoncé à la Société, et il ne pourra 
plus être admis qu'après un nouveau scrutin. 

« Les membres reçus avant le mois de novembre de l'année 1700 
renouvelleront leur cottisation avant la fin de l'année ; mais les mem- 
bres reçus postérieurement au mois d'octobre ne seront tenus à payer 
leur cottisation que pour l'année 1791. ' 

« Dans les années qui suivront celle-ci, les membres reçus avant le 
mois de juin renouvelleront leur cottisation avant le 31 décembre de 
chaque année pour l'année suivante, et les membres reçus aux scru- 
tins de novembre et de décembre ne seront obligés de payer que pour 
Tannée qui suivra celle de leur réception. 

« Ceux qui n'auront pas réalisé la cottisation ou le renouvellement 
au 31 décembre seront censés avoir renoncé à la Société, et leur nom 
sera rayé du tableau; mais ceux qui auront été malades ou absens 
pourront se faire réintégrer dans la Société sans nouvelle présenta- 
tion, en payant la cottisation de chacune des années qui se seront 
écoulées depuis leur radiation. 



(1) Nous avons copié textuellement, avec certaines fautes d'orthographe, avec 
des noms propres quelquefois un peu dénaturés. 



SOCIÉTÉ DE 1789 397 

<( Article V. 
« Scrulin d'épreuve. 

« Il sera fait, tous les ans, un scrutin d'épreuve à l'effet d'exclure 
de la Société les membres qui pourroienl ne pas lui convenir. 

« Le jour de l'ouverture et de la clôture de ce scrutin sera déter- 
miné dans l'assemblée générale qui se tiendra le premier dimanche 
de décembre. 

« Ceux qui voudront y prendre part recevront du concierge, en 
inscrivant leur nom sur le registre, un billet datte et signé d'un com- 
missaire, sur lequel sera imprimé le mot exclusion. Chacun pourra 
écrire sur son bulletin le numéro du tableau des membres de la So- 
ciété correspondant au nom de celui qu'il voudra exclure, et il dépo- 
sera son bulletin dans la boite du scrutin. 11 sera nommé au scrutin 
(juatre commissaires chargés de ce dépouillement, lesquels, avant 
d'y procéder, compteront les bulletins : si leur nombre n'excède pas 
la majorité de la Société, ils les brûleront et en donneront leur décla- 
ration par écrit à la Société. Cette déclaration servira de preuve que 
la majorité de la Société ne veut point faire usage de ce scrutin. 

« Mais si les bulletins excèdent la majorité de la Société, les com- 
missaires en feront le recensement, et dans le cas où quelques numé- 
ros réuniroient les neuf dixièmes des votes, ils les inscriront sur 
une feuille qu'ils signeront; si, au contraire, aucun numéro ne réunit 
les neuf dixièmes des votes, les commissaires en donneront à l'assem- 
blée une déclaration qu'ils signeront. Dans tous les cas, les scruta- 
teurs garderont le plus profond secret sur le scrutin, et brûleront les 
bulletins avant de se séparer. 

« Article VI. 
« Administration intérieure. 

« La Société, pour son administration intérieure, pour la direction 
des dépenses, pour la police ordinaire du local, et la régularité du 
service, nommera au scrutin un comité composé de douze commis- 
saires et d'un trésorier. Les commissaires seront renouvelles par 
moitié tous les ans. Le trésorier sera nommé à la même époque, et 
pourra être continué pourvu qu'il ait rendu son compte. 

« Quatre de ces commissaires seront toujours en activité, et leurs 
noms inscrits sur un tableau particulier, exposé dans le sallon d'as- 
semblées. 

« Ces commissaires procureront à la Société les journaux, les ou- 
vrages périodiques et les livres nouveaux que l'opinion publique dis- 



398 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRblS 

tinguera. Et, dès qu'il se trouvera des fonds libres^ ils y joindront les 
bons ouvrages relatifs aux travaux que la Société se propose. 

« Les commissaires veilleront sur tout ce qui compose la biblio- 
thèque de la Société. 

« Le comité accordera ou refusera à son gré les demandes qui se- 
ront faites par les membres de la Société sur divers objets, à moins 
que ces demandes ne soient signées par quinze personnes, auquel 
cas les commissaires seront tenus de prendre le vœu de l'assemblée 
générale. 

« Chaque semaine, les commissaires seront tenus de se réunir le 
jour qui sera convenu. Le président, ou trois d'entre eux pourront, 
lorsqu'ils le jugeront utile, convoquer le comité entier en assemblée 
extraordinaire. 

« Article VIL 

« Comptabilitr. 

« Toutes les dépenses seront arrêtées au comité, qui ne pourra 
rien statuer s'il n'est composé de trois membres au moins. 

« Le trésorier rendra son compte tous les ans, au commencement 
de mai, aux douze commissaires. Lorsque la vérification en aura été 
faite par eux, ce compte sera exposé dans le sallon d'assemblée, au 
plus tard le 10 mai, et, quinze jours après, il sera appuré dans une 
assemblée générale convoquée à cet effet. 

« Article VIII. 
« Travaux de la Société. 

« Pour concourir aux travaux qui forment le but véritable de son 
institution, la Société est partagée en trois sections : 

« 1" Celle du Journal. Les objets qu'elle embrasse ont été développés 
dans son prospectus. 

« 2" Celle de correspondance. Elle correspond, au nom de la Société 
de 1789, avec les personnes ou les autres Sociétés qui auront témoi- 
gné de lier et d'entretenir avec elle ce commerce de fraternité et d'ins- 
truction, lesquelles personnes et Sociétés devront être expressément 
agréées dans une assemblée générale sur le rapport du directoire do 
la section, 

« 3° Celle iVencouragemenl. Elle a pour objet de rechercher toutes 
les inventions utiles au progrès de l'art social^ et d'encourager celles 
qui se font dans toutes les sciences, de recueillir toutes les idées rela- 
tives aux établissements publics, soit de bienfaisance, soit d'éduca- 
tion, enfin d'observer, de réunir et de propager tout ce que l'esprit 
humain peut imaginer pour le perfectionnement de l'homme. 



SOCIÉTÉ UE 1789 399 

« Article IX. 
« Sections et Directoires. 

« Chacun des membres de la Société sera tenu de s'inscrire dans 
Tune de ces trois sections ; chacune d'elles, ainsi formée, nommera à 
la pluralité et au scrutin douze membres pour composer son direc- 
toire. 

« L'élection des membres du directoire se fera tous les six mois, 
mais les mômes personnes pourront être continuées. 

« Celui de ces membres qui aura réuni le plus de voix sera prési- 
dent de la section ainsi que du directoire; il sera remplacé, en son 
absence, par celui qui, après lui, aura eu un plus grand nombre de 
voix. 

« Ces présidens convoqueront les sections. Ils seront dépositaires 
des papiers appartenans à la section ; ils devront demander aux com- 
missaires de la Société les fournitures et autres choses qui seront 
nécessaires, et seuls ils pourront donner des ordres aux commis. 

« Les membres des sections pourront assister aux séances des 
directoires, avec voix consultative. 

« Le plan pour Texécution des travaux confiés à chaque section 
devra être agréé par l'assemblée générale de la Société. 

« Article X. 
« Assemblée générale et Président. 

« A l'assemblée générale appartient le droit de statuer sur les inté- 
rêts de la Société, et de régler ses travaux. Les comités et les sections 
n'agissent qu'autorisés par elle. 

« L'assemblée générale se tiendra tous les dimanches, à six heures 
du soir. Elle ne sera réputée telle, que lorsqu'elle sera composée déplus 
de quarante membres. Elle entendra les rapports des commissaires de 
la Société et des divers secrétaires, ainsi que les propositions des 
membres de la Société, sur lesquelles elle délibérera si elle le juge 
convenable. 

« Elle nommera, tous les quinze jours, un président et trois secré- 
taires; ceux-ci rédigeront les délibérations et les signeront après le 
président. 

« Le président ouvrira les séances, et, dans les discussions qui 
pourront s'établir, il posera les questions, donnera la parole, prendra 
les voix, et généralement observera et fera observer les règles ordi- 
nairement suivies dans les assemblées délibérantes. 

« Mais dans les questions générales de tout genre, sur lesquelles 



-400 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTIONNAIHLS 

la Société a décidé qu'on n'iroit point aux voix, elle a aussi arrêté 
qu'elle ne se priveroit point d'entendre l'opinion de son président, et 
qu'il pourroit prendre la parole dans ces sortes de discussions. 

« Article XI. 

« Les salles qui composent le local de la Société seront ouvertes 
tous les jours, depuis huit heures du matin jusqu'à minuit. 

« Tous les membres pourront y faire la lecture de tous les jour- 
naux et de tous les livres qui forment la bibliothèque de la Société. 

« Mais aucunes de ces feuilles, aucuns de ces volumes ne pourront 
être prêtés ni emportés hors des salles. 

« Les membres des Sociétés correspondantes, ou même les corres- 
pondants particuliers de la Société de 1789 qui se trouveront momen- 
tanément à Paris, pourront, en se faisant reconnaitre par les com- 
missaires, fréquenter la Société pendant la durée de leur séjour, 
pourvu qu'elle n'excède pas trois mois. 

« Article XIL 

u Le présent règlement sera imprimé, et un exemplaire en sera 
remis à chacun des membres de la Société. 

« Aucun des articles qui le composent ne pourra être changé, 
aucun autre ne pourra être ajouté, si ces changemens ou additions 
n'ont été arrêtés dans une assemblée générale convoquée extraor- 
dinairement pour cet objet ; et dans ce cas, les articles changés ou 
ajoutés devront être imprimés à part et distribués à tous les membres 
de la Société. 

<( Commissaires : Vandermonde (1), Duvillard, Ganilii (2). » 

Suit la liste des membres, dont un bon nombre appartenait ou 
avait appartenu à d'autres clubs, plus ou moins politiques, plus 
ou moins modérés. 

II ' • 

liste des membres. 

A 

Abbema, rue Neuve des Malhurins^ 48 (Membre du Club des Feuil- 
lants). 

(1) Alexandre-Tlu'ophile Vandcrmomle, membre de l'Académie des Sciences, 
plus tai'd remplacé par Carnot à l'Institut. 

(2) Charles Ganilh, économiste, nommé Tribun après le 18 brumaire. 



SOCIÉTÉ DE 1789 401 

Agasse, rue Pavée Sain t-André-des- Arts, 12 (Membre du Club des 

Feuillants). 
Albisson, rue Neuve des Capucines. 

Alexandre, bôtel du Roi, au Carrouzel (Membre du Club des Jacobins). 
Amelot, rue Neuve des Mathurins. 
André, rue de Richelieu, 91 (Membre des Clubs des Feuillants et des 

Jacobins). 
Anson, rue de Bracq (Membre du Club des Feuillants) (1). 
Artaud, Palais Royal, 59. 
Auguste (ils, place du Carrouzel. 
Autran, place des Victoires. 



Baert, Palais-Royal, 98 (Membre du Club des Feuillants). 

Bailly, hôtel de la Mairie (Membre du Club des Jacobins). 

Barbantane, au Palais-Royal (Membre des Clubs de Valois et des Ja- 
cobins). 

Barère, rue des Filles-Saint-Thomas (Membre du Clul) des Jacobins). 

Barrin, rue de Touraine au Marais, 3. 

Bassoncourt, rue de Grammont, 5 (Membre du Club de Valois). 

Baudoin (sic), rue du Foin Saint-Jacques, 31 (Membre du Club des 
Jacobins). 

Baux, rue Traversière, 40 (2j (Membre du Club des Jacobins). 

Beauchesne, rue et Écuries de Monsieui'. 

Beauharnois, rue des Petits-Augustins, 33 (Membre des Clubs des 
Feuillants et des Jacobins). 

Beaumé, rue Thévenot, 8. 

Beaumetz, rue Saint-ïlonoré, 45. 

Benard, cour de 1 Arsenal (Membre du Club des Feuillants). 

Benfield, rue et hôtel de l'Université. 

Berard, l'aîné, rue de Grammont, hôtel de la compagnie des Indes 
(Membre du Club des Feuillants). 

Berard, le jeune, rue de Grammont. 

Bergerot, hôtel des Fermes. 

Bergon, rue de la Michodière, 9. 

Bidermann, rue des Jeûneurs, 3. 

Biencourt, rue Neuve-des-Petits-Champs, 49. 



(1) Receveur des finances et littérateur. 

(2) Plusieurs rues, places, impasses, etc., indiquées dans cette liste, n'existent 
plus. Même remarque pour les demeures des membres d'autres clubs. 

26 



402 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Bitaubé, rue Sainte-Anne, 62 (Membre du Club des Jacobins). 
Blin, quai de l'École, H. 

Biron, rue de Grenelle-Saint-Germain (Mem])re du Club des Feuil- 
lants) . 
Blondel (Antoine), rue Sainte-Avoye. 
Blondel, rue des Vieux-Augustins, 26. 

Bodkin Fitz-Gérald, rue Saint-Dominique, près celle d'Enfer. 
Boetzelair, rue Faubourg Poissonnière, 159. 
Boyd, rue de Grammont, 9. 
Bullion, rue de l'Université, 137. 

Broussonnet, rue des Blancs-Manteaux, 20 (Membre du Club des Ja- 
cobins) (1). 
Bruis, rue de Richelieu, 39. 
Bry, rue Neuve-des-Petils-Champs. 

Bourgoing, rue des Filles-Saint-Thomas, hôtel d'Angleterre. 
Boursier, rue Beaurepaire, 23. 

Brantzen, rue du Faubourg-Poissonnière, près la rue Bergère. 
Brissot, rue de Grétry, 1. 

Broglie, rue Saint-Dominique, 42 (Membre des Clubs do Valois et des 
Feuillants). 

Broglie, rue de Varennes, 66 (Membre des Clubs de Valois et des 
Jacobins). 

Brousse, rue des Quatre-Fils (Membre du Club des Jacol)ins). 

Bouillard, rue Sainte-Croix-de la-Bretonnerie. 

Bouillon, quai Malaquais. 

Boulogne, au Palais-Royal, 9. 

Bost, rue des Deux-Portes-Saijit-Sauveur. 

Boscheron, rue Pavée-Saint-André-des-Arcs. 

Boscary (J.-B.), rue Feydeau. 

Boscary, rue Feydeau, 14 (Membre du Club des Feuillants), 

Bory, quai Conty, 6 (Membre du Club des Jacobins). 

Boissy, rue de l'Université, 10 (Membre du Club des Jacobins). 

Bondeville, rue Vivienne, 16 (Membre du Club des Feuillants). 

Bonfils, place des Victoires, 3 (Membre du Club des Feuillants). 



Cabanis, place Vendôme, 8 (Membre du Club des Jacobins). 
Caffin, rue Saint-Jacques (Membre du Club des Jacobins). 
Caille, rue de Tournon, 6 (Membre du Club des Feuillants). 

(i) Un des rédacteurs de la Feuille du Cultivateur. 



SOCIÉTÉ DE 1789 403 

Caillaut, rue 

Cannac, faubourg Saint-Martin, 40 (Membre du Club des Feuillants). 

Canonville, rue du Pot-de-Fer. 

Canuel, Chaussée-d'Antin. 

Capellen, rue du Marché, faubourg Saint-Honoré. 

Carré, au Palais-Royal, 156. 

Castellane, rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré (Membre des Clubs 
de Massiac, de Valois et des Feuillants). 

Cavaihès, rue des Fossés-Montmartre, 30 (Membre du Club des Feuil- 
lants). 

Cazaux, hôtel de Bourbon, rue Croix-des-Petits-Champs (Membre des 
Clubs des Jacobins et des Feuillants). 

Certain, rue Neuve-Saint-Eusfache, 28. 

Chabot, hôtel de la Rochefoucauld, rue de Scine-Saint-Cermain 
(Membre des Clubs de Valois et des Feuillants). 

Champfort. au Palais-Royal, 18 (Membre du Club des Jacobins). 

Chanlaire, rue Geoffroy-l'Angevin, 25. 

Chapellier, hôtel des Princes, rue de Richeheu. 

Charpentier, rue des Filles du-Calvaire 

Charrin, rue Saint-Anne, 00 (Membre du Club de Valois). 

Charton, Isle-Saint-Louis. 

Charton, au Temple. 

Château-Giron, IkHcI Montmorency, Chaussée-d'Antin. 

Chaudot, rue Plàtrière. 

Chauvcau, à Passy, près les Eaux (Membre du Club des Jacobins). 

Chauvelin, rue de Trudon, hôtel d'Amecourt. 

Chauvet, rue du Chaume. 

Chennevière, père, rue 

Chénier, rue de Corneille (1). 

Chenier, en Angleterre. 

Cheret, rue Saint-Germain l'Auxerrois, 3 (Membre du Club des Jaco- 
bins). 

Clavier, rue des Tournelles, 30. 

Clives, rue Jacob, hôtel de Bourbon. 

Colonb, boulevard d'Antin, près le Dépôt. 

Collot, hôtel de la Chine, rue de Richelieu. 

Comeyras, rue de Clérv, 73 (Membre du Club de Valois). 



(1) André de Chénier publia, dans les Mémoires de la Société de -178.9, uu im- 
portant article, Avis au Peuple français, n" 13; 28 août 1790; II y eut un tirage à 
part, répaudu à grand nombre. 



404 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTiONNAIRES 

Comteval, rue de Richelieu, 73 (Membre des Clubs de Valois et des 
Feuillants). 

Condorcet, hôtel de la Monnoie (Membre du Club de Valois) (1). 

Gopineau, rue Fromenteau, 16. 

Cottin, père, Chaussée-d'Antin, 6. 

Gottin, fils, Ghaussée-d'Antin, 6 (Membre des Glubs de Valois et des 
Feuillants). 

Gretot, rue de Richelieu, 115. 

Grillon, ru€ de la Ville-l'Évèque (Membre du Glub des Feuillants). 

Grillon, place Louis XV (Membre des Glubs de Valois et des Feuil- 
lants). 

Gustinc (de), rue du Faubourg-Saint-Honoré, 102. 



Dacier, rue de Ghabanois, 18. 

Dampierc, rue Sainte-Avoye, près la rue Sainte-Anne. 

Dangirard, cul-de-sac Tailbout (Membre des Glubs de Valois et des 
Feuillants). 

Dantonay, rue Guénégaud. 

Daoust, rue du Faubourg-Montmartre, 17 (Membre du Glub des Feuil- 
lants). 

Darblay, rue de Bourgogne. 

D'Argenson, rue de Bourbon, près celle du Bacq. 

Dartagnan, rue 

Dartenay, rue de Richelieu, près le boulevard. 

D'Aubusson, rue des Marais-Saint-Germain. 

D'Aumont, rue de Gaumartin. 

David, rue des Frondeurs, hôtel de Montpensier. 

Decretqt, rue Neure-des-Bons-Enfants, 7 (Membre des Glubs des Ja- 
cobins et des Feuillants), 

Dedrée, rue du Golombier, hôtel du Parc-Royal. 

Degruyère, rue des Fontaines, 9. 

Delaage, rue Grange-Batelière (Membre du Glub de Valois). 

Delaitre, hôtel de Bretonvillie'rs, Isle-Saint-Louis. 

Delarue, rue de Provence, près la Ghaussée-d'Antiii. 

Deleon, rue de la Harpe, 20. 

Démeunier, rue Sainte-Anne (Membre du Glub des Feuillants). 

(1) A public, dans le Journal de la Société de 1789, deux articles « sur le pré- 
jugé qui suppose Une contrariété d'intérêts entre la capitale et les provinces ». 
(N«» 6 et 7.) 



SOCIÉTÉ DE 17Srj 405 

Depinay, rue Saint-Honoré, vis-à-vis les Capucins (Membre du Club 
des Feuillants). 

Depont; rue des Filles-Saint-Thomas (Membre du Club des Jacobins). 

Deprez, place Vendôme, 23. 

Deschapelles, rue de Montmorency, 8. 

Desfaucherets, rue de Paradis. 

Desmottes, hôtel de La Fayette. 

Desmousseaux, place du Chevalier-du Guet. 

Desprades, rue Croix-des-Petits-Champs, 55. 

Desrenaudès, rue des Jacobins, hôtel d'Hambourii;. 

Devins-Fontenay, Isle Saint-Louis. 

Deymar, rue Taitbout, hôtel de Cereste. 

Dionis du Séjour, rue Sainte-Avoye. 

Doazan, père, rue Saint-Honoré, près Thôtel de Noailles. 

Doazan, fils, rue Saint-Honoré, près l'hôtel de Noailles. 

Dosfant, quai de l'École (Membre du Club des Feuillants). 

Dubignon, rue Notre-Dame-des-Victoires, 25 (Membre du Club des 
Jacobins). 

Duchâtelet, quai Malaquais, hôtel de la Briffe (Membre du Club de 
Massiac). 

Duchemin, cloître Saint-Merry. 

Ducoulmier, rue Coqhéron. 

Dufresne de Saint-Léon, au Contrôle (Membre du Club des Feuil- 
lants). 

Dufresne, rue Villedot, 13. 

Dufresnoy, rue Vivienne. 

Dumouchel, au collège de la Marche, Montagne-Sainte-Geneviève. 

Dupaty, rue de Gaillon, 9. 

Dupont de Nemours, père, rue du Petit-Musc, 17 (Membre du Club 
des Feuillants). 

Dupont, fils aine, rue du Petit-Musc, 17. 

Dupont, fils cadet, rue du Petit-Musc, 17. 

Duquesnoy, rue des Gourdes, à Chaillot (Membre du Club des Feuil- 
lants (1). 

Durand, fils, hôtel de Bretonvilliers. 

Duroveray, rue l'Évêque, 1. 

Dutour, rue du Faubourg-Saint-Martin, 57. 

Duvernay, rue Sainte-Anne, 60 (Membre du Club des Jacobins). 

Duveyrier, rue Saint-Jacques, 41 (Membre du Club des Jacobins). 

(1) Un des rédacteurs de VAmi des Patriotes. 



406 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 



Emmery, rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré (Meml)re du Club des 
Feuillants). 

F 

Fargès, rue de l'Université (Membre du Club de Valois). 
Fenouillot, rue Favart, 3 (Membre du Club des Jacobins). 
Fergusson, rue de Granimont, (Membre du Club des .Jacobins). 
Fery {sic), rue Saint-Dominique, bùtel d'Aguesseau (Membre du Club 

des Feuillants). 
Feuillet, rue de Seine. 
Fontenay, liôtel de Bouillon, quai Malaquais (Menibn; du Club de 

Massiac). 
Fontenilles, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 65 (Membre du Club de 

Valois). 
Fornier, rue des Jeûneurs, G (Membre du Club des Feuillants). 
Francklin, rue Coqhéron, hôtel de la Dauphine. 
Freminville, aux Invalides. 

Foujols, rue Saint-Tbomas-du-Louvre, bùtel de la Prév(Hé. 
Fulcbiron, rue Sainte-Anne, lOo (Membre du (]lul) des Feuillants). 

G 

Gallier, rue Bourbon-Villeneuve, près celle Saint-Claude. 

Gallois, rue du Cimetière-Saint-André. 

Ganilh, rue du Bouloy, 49. 

Garât, jeune, rue Louis-le-Grand (1). 

Garnier, rue des Vieilles-Étuves. 

Gautier (.sic), rue des Capucines, 21 (Membre des Clubs de Valois 

et des Feuillants). 
Gay, rue de Richelieu, hôtel de Talaru. 
Geélvinck, rue Neuve-des-Mathurins, Chaussée-d'Antin. 
Geoffroy, rue des Deux-Portes Saint-Jean. 
Gerardin, rue de Grammont, vis-à-vis celle de Chabanois. 
Germain, rue Sainte-Anne, 105. 
Ginoux, rue de Richelieu, vis-à-vis la fontaine. 
Girardin, rue Sainte -Anne. 
Girardet, hôtel Colbert, rue Vivienne. 
Godard, rue des Blancs-Manteaux, 56. 



(1) Littérateur, député à la Constituante, succéda à Danton, ministre de la 
justice. 



SOCIETE DE 1789 407 

Goddiri, Palais-Royal, 100. 

Gombaut, rue de Grammont^ au coin de celle de Menard. 

Gouvernet, hôtel de la Guerre, rue Grange-Batelière (Membre du Club 

de Valois). 
Gouvion, Cour des Princes, aux Thuileries (Membre du Club des 

Jacobins). 
Gramont, rue Saint-Honoré, hôtel de Noailles (Membre des Clubs de 

Valois et des Feuillants). 
Grand, rue Neuve-des-Capucines. 
Grand, fds, rue Neuve-des-Capucines, 

Grandmaison, rue Saint-Honoré, 444 (Membre du Club des Jacobins). 
Granger, rue Sainte-Anne, 100 (Membre du Club des Jacobins). 
Granvelle, rue Saint-Nicolas, Chaussée-d'Antin (Membre du Club de 

Valois). 
Grave, rue Saint-Dominique, à Saint-Joseph (Membre des Clubs de 

Valois et des Jacobins). 
Greffulhe, rue Bergère, 16 (Membre du Club de Valois). 
Grenus, boulevard Montmartre, vis-à-vis le pavillon Chinois (Membre 

du Club des Fouillants). 
Grivel, rue Sainte-Anne, 105 (Membre du Club des Feuillants). 
Grouchy, rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré, 123 (Membre du Club 

de Valois). 
Grouvelle, rue Neuve-des-Petils-Champs, 83 (Membre des Clubs de 

Valois et des Jacobins) (1). 
Guerchy, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 05. 
Guillotin, rue Croix-des-Pelits-Champs (Membre des Clubs de Valois 

et des Feuillants). 
Guiraudet, rue de Tournon, 2 (Membre du Club des Jacobins). 
Guiraultj rue Saint-Dominique, hôtel d'Aguesseau. 

H 

Haller, rue d'Artois, 22. 

Hassenfratz, rue des Bourdonnois (2), 

Hebray, rue Saint-Dominique. 

Hesse, rue de Verneuil. 

Heyden, Palais-Royal, 164 Membre du Club des Feuillants). 

Hogguer, rue d'Artois, 22 (Membre du Club de Valois). 



(1) Auteur de ÏEsnai nur l'autorité de Montesquieu et d'un ouvrage sur le Duel 
et sur le Point d'honneur, rédacteur fécond du Journal de la Société de 178!). 

(2) Jean-Henri Hassenfratz, chimiste distingué, a publié dos articles dans le 
Journal de la Société de 1780, notamment sur la soude et la fonte des cloches. 



408 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

Huber, rue Notre-Dame-des-Victoires, hôtel de l'Europe. 
Hurel, rue Sainte-Avoye, 20 (Membre des Clubs des Jacobins, de Va- 
lois et des Feuillants). 
Huskisson, rue du Sépulchre, 28. 

J 

Jaucourt, rue de Varennes, 81 (Membre des Clubs des Jacobins, de 

Valois et des Feuillants). 
Jauge, Chaussée-d'Antin, 6 (Membre des Clubs de Valois et des 

Feuillants). 
Jaume, rue Traversière, 21 (Membre du Club des Feuillants). 
Junca, rue Neuve-Saint-Eustache, 14. 
Jullien, rue des Marais, faubourg Saint-Germain, 4. 

K 

Ker, rue de Grammont, 9 (Membre du Club de Valois). 
Keralio, rue de Grammont, 17. 

Kersain {sic), à la Comédie-Italienne (Membre des Clubs de Valois et 
de la Société des Jacobins). 

L 

Lal)arl)ée, rue Croix-des-Petits-Champs, 59. 

Labhard [sic), rue de Cléry, 38 (Membre du Club des Feuillants). 

Lablache, Chaussée-d'Antin, 15 (Membre des Clubs de Valois cl Mo- 
narchique). 

Labourdonnaye, rue des Petits-Âugustins, hôtel d'Orléans (Membre 
du Club de Valois). 

Lacépède, au Jardin du Roi (Membre des Clubs des Jacobins et des 
Feuillants). 

La Chapelle, au Louvre. 

Lacolombe, hôtel de La Fayette (Membre du Club de Valois). 

Lacôte, rue du Cherche-Midi, en face celle du Regnard (sic). 

Lacoste, rue de Caumartin (Membre du Club des Feuillants). 

Lacretelle, rue Feydeau, 18 ( Membre des Clubs de Valois et des 
Feuillants). 

La Fayette, rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain (Membre des 
Clubs du Salon et des Feuillants). 

La Frété, Chaussée-d'Antin, près la barrière, 52. 

Lafond {sic), rue Croix-des-Petits-Champs, 74 (Membre du Club de 
Valois). 

Lagervezais, rue Traversière, hôtel de Malthe. 

Lalanne, rue Vivienne, 26 (Membre du Club des Jacobins). 



SOCIÉTÉ DE 1789 409 

Lamande, rue de Richelieu, 

Lallemand, rue de Bourbon-Saint-Germain, 96 (Membre du Club des 
Jacobins). 

Lamarck, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 34. 

Lametherie, rue Saint-Nicaise, 10 (Membre des Clubs des Jacobins et 
des Feuillants). 

Langiez, place Dauphine, 10. 

Larive, au Gros-Caillou (Membre du Club des Jacobins). 

Laroche, rue Poissonnière, 1. 

La Rochefoucauld, rue de Seine (Membre du Club de Valois). 

La Rochefoucauld, rue de Varenne. 

La Rochefoucauld, rue de Cléry, hôtel de Chastulé (Membre du Club 
des Feuillants). 

La Rochette, rue des Vieux-Augustins, 26. 

La Trémouille, rue Saint-Dominique-Saint-Germain. 

Lavalette, place Vendôme, 6 (Membre des Clubs des Jacobins et des 
Feuillants). 

Lavoisier, à l'Arcénal {sic), cour des Salpêtres. 

Lazoski, rue de Varenne. 

Lechapellier [sic]^ rue Favart. 

Lecoq, rue de la Michodière, 7. 

Lecouteulx, l'ainé, rue de Richelieu, près le boulevard. 

Lecouteulx, place Vendôme, 16 (Membre du Club des Feuillants). 

Lecouteulx de Cauteleux (Membre des Clubs de Valois et des Feuil- 
lants). 

Lecouteulx de la Noraye, rue Montorgueil (Membre du Club de Valois). 

Lefaucheux, à l'Arcénal (sic). 

Lehoc, rue du Coq, Chaussée-d'Antin (Membre du Club de Valois). 

Lepousseur, hôtel royal, place du Palais-Royal. 

Leroi, galerie du Louvre (Membre du Club des Feuillants). 

Lessert fds, rue Coquéron {sic) (Membre du Club de Valois). 

Lévi, rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain, 96. 

Lhoste. 

Liancourt, pavillon de Marsan, aux Thuileries. 

Lom, rue des Filles-Saint-Thomas, hôtel des Trois-Évêchés. 

Louis, rue Christine. 

Luzignem, rue de Choiseul, 2 (Membre des Clubs de Valois et de Mas- 
siac). 

M 

Maillet, rue Croix-des-Petits-Champs, 62 (Membre du Club des Feuil- 
lants). 



410 LES CLUBS G0NTRE-Rl<:V0LUT10NNAIHES 

Maisoncelle, rue de la Vieille-Estrapade, au coin de celle des Poules. 

Malartic, passage des Petits-Pères (Membre des Clubs de Valois et 
Monarchique). 

Malboissière, rue de Richelieu, 103 (Membre du Club de Valois). 

Mallet, rue de Richelieu, près le boiilevard. 

Mallet jeune, rue de Richelieu, près le boulevard (Membre du Club do 
Valois). 

Mallet fils, rue Montmartre, près Tégout (Membre du Club de Valois). 

Mandrillon, rue des Jeûneurs, 26. 

Maranzac, rue Saint-Dominique, près celle d'Enfer. 

Marcilly, rue du Jardinet. 

Marigner, père, place Vendôme, 3 (Membre du Club des Feuillants). 

Marigner {sic), fils, place Vendôme, 3 (Membre des Clubs des Jacobins 
et des Feuillants). 

Maron {sic), rue Saint-Roch-Poissonnière, 9 (Membre du Ciul) des 
Feuillants) (1). 

Marsilly, rue Chaussée-d'Antin, 5-4 (Membre des Clul)s des Jacobins 
et des Feuillants). 

Martin. 

Masson, rue du Mail, 25 (Membre du Club des Feuillants). 

Maucune, hôtel Dauphin, rue Croix-des-Pelits-Champs. 

Mazzey, rue du Regard, 30. 

Melon, rue d'Artois, hôtel d'Aubeterre. 

Méricourt, rue du Mail, 29. 

Mestre, rue du Colombier. 

Mezy, rue des petites Écuries, près celle Poissonnière. 

Michel, petit hôtel de Houillon, quai des Théatins. 

Mirabeau, l'aîné, Chaussée-d'Antin, 09 (Membre du Club des Jaco- 
bins). 

Mirât, rue Croix-des-Petils-Champs. 

Mollien, rue de la Michodière, 9. 

Mommorency {sic), rue Saint-Dominique, hôtel de Luynes, 

Monneron, hôtel de Longueville. 

Monestier, chez M. Louis Jullien, rue Simon-le-Franc (Membre du 
Club des Jacobins). 

Montz, rue Bergère, 6. 

Moreau de Saint-Mery, rue Plâtrière, 12 (Membre du Club des Feuil- 
lants). 

(1) Prononça, le 18 juillet 1790, dans l'Oratoire des pi'otestants, ou musée de 
la rue Dauphine, un discours « sur les avantages que l'homme et la société doivent 
retirer de la liberté civile et religieuse ». 



SOCIÉTÉ DE 1789 411 

Morel, rue Bardubec, 9. 

Monge, rue des Petits-Augustins, 28. 

Montagu. 

Mourgue, rue de Grammont, 17 (Membre du Clul) des Feuillants). 

N 

Narbonne, au Luxembourg (Membre du Club de Valois). 

P 

Pajou, au Louvre. 

Pange, rue Vivienne, 19 (1), 

Paris, rue et hôtel de Richelieu (Membre du Clul) des Jacobins). 

Pastoret, colonnade de la place Louis XV (2\ 

Payen, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 9 (Membre des Clubs de Va- 
lois et des Feuillants). 

Péchevin, rue des Filles-Saint-Thomas, passage des Petits-Pères 
(Membre du Club des Jacobins) . 

Perier (.«c), Chaussée-d'Antin, 72 (Membre des Clubs des Jacobins, 
de Valois et des Feuillants). 

Périgord, hôtel de Grammont, rue de Bourbon-Saint-Germain. 

Périgord, évoque d'Autun, rue de l'Université, vis-à-vis celle de 
Beaune. 

Pérignon, rue Plâtrière (Membre du Club de Valois). 

Perrochel, rue Saint-Dominique, à côté de Belle-Chasse. 

Peyrac {sic), rue Poissonnière, 162 (Membre du Club de Valois). 

Pillet, rue du Parc-Royal (Membre du Club des Feuillants). 

Pilos, rue Sainte-Apolline. 

Pinon, rue de Cléry, 64 (Membre du Club des Jacobins). 

Pinsot, rue du Mail, 30. 

Piquet, place Vendôme, 23. 

Piscatory, rue Saint-Thomas-du-Louvre, -49. 

Pitra, hôtel de Gèvres, rue Croix-des-Petits-Champs (Membre du Club 
des Feuillants). 

Poignot, rue Saint-Denis, près l'Apport-Paris. 

Pomard. 

Pomaret fils, rue de Richelieu, hôtel de Chartres (Membre des Clubs 
des Jacobins et des Feuillants). 



(1) Le chevalier de Pange a publié un article « sur le crime de lèse-nation » 
dans le Journal de la Société de 1789. 

(2) A publié, dans le Journal de la Société de 1789, un article ayant pour titre: 
De la poursuite des crimes et de Vaccusation publique. 



412 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

Pommery, rue Bassc-du-Rempart, 6 (Membre du Club de Valois) 

Pontécoulant, rue d'Anjou-Saint-Honoré, 123. 

Potier, rue Rochechouart, 9. 

Praslin, rue du Bacq, 9 (Membre du Club de Valois). 

Prëdicant, rue du Petit-Lion (Membre du Club de Valois). 

Prony, Hôtel des Invalides (Membre du Club des Feuillants). 

Q 

Quillet, rue des Saints-Pères, h(Hel de Pons. 



Ramond, rue de Clicby, barrière Blanche, iO (Membre du Club .des 
Feuillants) (1). 

Ravel, rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur (Membre du Club des 
Feuillants). 

Ravel (Louis), rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur (Membre du Club 
des Feuillants). 

Reboul, rue Favart, 2. 

Recamier, rue Neuve-des-Bons-Enfants, 14. 

Reibaz, rue des Portes, près celle du Cheval- Vert. 

Resnier (sic), rue du Doyenné, 28 (Membre du Club de Valois). 

Rhulières (*«c), boulevard Saint-Martin (Membre du Club des Feuil- 
lants). 

Ribeyre, rue des Filles-Saint-Thomas, hôtel des Trois-Évêchés. 

Rich^ard,. rue Saint-Honoré, vis-à-vis Saint-Roch. 

Rilliet, l'aine, rue Montmartre, près celle des Jeûneurs (Membre du 
Club des Feuillants). 

Rilliet, jeune, rue Montmartre, près celle des Jeûneurs (Membre du 
Club des Feuillants). 

Rougemont, rue Croix-des-Petits-Champs. 

Ro'derer, rue Montmartre, près Thôtel d'Uzès. 

Rouillé, aux colonnades de la place Louis XV. 

Ruysch, hôtel de Montpensier, Palais-Royal. 

S 

Sabatier, place Vendôme, 23. 

Salvan, rue des Filles-Saint-Thomas, 15 ( Membre du Club des 

Feuillants). 
Sancé, rue d'Enfer, 119. 



(1) Publia, en Variétés, dans le Journal de la Société de. 1789, une lettre sur la 
fédération de Strasbourg. (N* îi.) 



SOCIÉTÉ DE 1789 413 

Saux, à FHôtel-Dieu. 

Savalette, rue Saint-Honoré. 

Sainte-Croix, rue du Faul:>ourg-Poissonnière, 18 (Membre des Clubs 
de Valois et Monarchique). 

Saint-Gervais. 

Saint-Martin, rue des Fossës-Saint-Victor, 12. 

Scherer, hôtel de l'Europe', rue Notre-Dame-des-Victoires. 

Second, rue de Caumartin, 21 (Membre du Club des Jacobins). 

Semonville, rue Taitbout. 

Senovert, ancien hôtel de Cavannac. 

Séran, rue de Bourbon-Saint-Germain, 165. 

Sesseval, rue de Bourbon. 

Shée, Palais-Royal. 

Short, ancienne Bari-ière de Chaillot (Membre du Clul) de Valois). 

Siau (sic), rue Neuve des-Capucines, li (Membre du Club des Feuil- 
lants/. 

Sicardy, rue Notre-Dame-des-Victoires, 19. 

Sieyes, rue Saint-Honoré, 90 (Membre du Club de Valois et des 
Feuillants). 

Suard, rue de Louis-le-Grand, 7. 



Talon, rue Saint-Florentin, 6. 

Tassin, l'aîné, rue Neuve-des- Petits-Champs (Membre du Club des 

Feuillants). 
Tellez d'Âcosta, rue des Trois-Pavillons. 
Telusson {sic), rue de Paradis, faubourg Poissonnière. 
Texier, rue de Banne Nouvelle (Membre du Club des Feuillants). 
Thi«ry, rue Saint-Dominique, faubourg ?aint-Germain, 27 ( Membre 

du Club des Jacobins). 
Thouin, au Jardin du Roi (Membre du Club dés Jacobins). 
Thouret, quai Malaquais (Membre du Club des Feuillants). 
Thouret, rue Pavée, au Marais (Membre du Club des Feuillants). 
Toulongeon, rue Neuve-du-Luxembburg, 56 (Membre du Club de 

Valois). 
Tourolle, rue du Temple, près l'Égout 
Tracy, rue de Bourbon, 41. 

Treilhard, rue des Maçons, 25 (Membre du Club des Feuillants). 
Trial, rue Favart. 

Tronchin, rue d'Antin (Membre du Club de Valois). 
Trudaine, place Louis XV (Membre du Club de Valois). 



414 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Trudaine de la Sablière, place Louis XV (Membre du Club de Va- 
lois). 

Trudon, rue de l'Arbre-sec (Membre du Club des Feuillants). 

Trudon dos Ormes, rue Sainte-Anne, 70 (Membre du Club des Feuil- 
lants). 



Valekiers, rue d'Angoulème, faubourg Saint-Honoré. 

Valence, Chaussée-d'Antin (Membre des Clubs de Valois et Monar- 
chique). 

Vandenyver (Aug.), rue Vivienne, 24. 

Vandenyver, père, rue Vivienne, 24. 

Vandenyver, fils, rue Vivienne, 24 (Membre du Club des Jacobins). 

Vandermonde, rue de Gharonne (Membre du Club des Jacobins). 

Vanstaphort, hôtel de Beaujolais, Palais-Royal. 

Vieillard, à Passy. 

Verdina, rue Xotre-Dame-des Victoires, 8 (^Membre du Clul) des Ja- 
cobins). 

Verrier, cul-de-sac des Petit-Pères. 

Villard, rue d'Amboise, hôtel de la Compagnie d'Assurance, 12. 

Villeminant, rue de Bondy, 50. 

Villeminot, rue Vivienne, 24. 

Villette, près le Pont royal (Membre du Club des Jacobins). 

Voisin, rue Dauphine, 4. 

Virly, rue Neuve-Saint-Augustin, hôtel Danemark. 

w 

Witt, rue Neuve-des-Mathurins, 48. 



II 



Cotte Société avait, comme le Club des Jacobins, un comité où se 
discutaient et s'arrêtaient les différents projets relatifs à la Consti- 
tution dont s'occupait l'Assemblée nationale. Ces projets étaient en- 
suite portés à la réunion générale du club. Les membres dudit club 
désiraient une Constitution monarchique mixte. Ils battirent en 
brèche les Jacobins, dont le radicalisme révolutionnaire ne s'accor- 
dait pas avec leur modération ; ils rivalisèrent avec eux. 

On lit) dans un pamphlet de V Imprimerie des Amis du Roi, pam- 



SOCIÉTÉ DE 1789 il5 

phlet intitulé : « Catéchisme des Aristocrates, à l'usage de tous les 
gens sensés, par demandes et réponses : 

« D. — Pourquoi beaucoup de révolutionnaires disent-ils du mal 
des Jacobins? 

« R. — C'est qu'ils sont membres du Club de 89, partisans de 
M. de La Fayette, ou installés dans les places du nouveau régime. 

« D. — Pourquoi ces trois sortes de personnes sont-elles ennemies 
des Jacobins? 

« R. — C'est que le Club de 89 étant une division des Jacobins, la 
jalousie les a rendus ennemis; que M. de La Fayette redoute la fac- 
tion d'Orléans, et que les Jacobins s'étant dérigés (.^ic) en surveillants 
de tous les gens en place, ceux-ci nécessairement doivent les dé- 
tester. 

« D. — M. de La Fayette n'a-t-il pas été un membre des Jacobins? 

« R. — Sans doute, mais il s'en sépara, et fut un des co-fonda- 
teurs du Club de 89, pour se créer une faction et opposer club à 
club (1). » 

André de Chénier s'affilia un des pi'emiers à la Société de i789^ 
dirigée par Malouet, et dont faisaient partie, déjà, Condorcet, le che- 
valier de Pange, ami d'André de Chénier, Grouvelle, de Kersaint. 
Pas tore t et Roucher. On y vit encore Mirabeau, Clavière, Marmontel, 
Frochot (plus tard, préfet de la Seine), Durovray et Pitra, des philo- 
sophes, des académiciens, des hommes de lettres, des financiers, des 
capitalistes. Dandré en fut un des piliers. 

Le club s'installa d'abord dans une superbe maison de la rue de 
Richelieu, puis dans un très bel appartement du Palais-Royal, au 
no i08 (2), au premier étage, au-dessus du Cirque. Il payait gros 
loyer, s'assemblait avec grand fracas, dans des salons étincelants, 
ayant balcons et jardins. 11 cherchait à attirer la multitude au 
moyen de fleurs, de musique et de vins exquis. Un salon était spécial 
pour la lecture des papiers publics. Les membres y banquetaient 
assez souvent, à vingt livres par tête. 

Les dames de la Halle y vinrent complimenter Railly, La Fayette, 
Le Chapelier et, enfin, le comte de Mirabeau. Cependant, il n'exerça 
aucune action sur les masses. 



(1) Bib. Xat., Lb 39/4360. 

(2) Mémoires de Fen'ières, t. II, liv. vu, p. 123. — Sou local, dit Louis Passy* 
était sccrôtoment payé par le ministère.. (Voir Frochot, iu-8", Paris, 1874, p. 48 
et 49;) 



416 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

Formée des membres les plus modérés du Club des Amis de la 
Constitution, la Société de i789 était qualifiée « Club de la propa- 
gande » par les Actes des Apôtres. Dans l'Assemblée nationale, ces 
clubistes votèrent généralement avec le côté droit. « Maudit soit, 
écrivit Camille Desmoulins, l'hérésiarque qui a fondé 89!... » Mais il 
ajouta : « Le schisme qui d'abord avait si fort affaibli, parait aujour- 
d'hui n'avoir que nettoyé l'aire et séparé l'ivraie du bon grain (1). » 

Quant aux Révolutions de Paris., elles reconnaissaient que la So- 
ciété de i 789 avait de grands noms et de grands talents « qui ne leur 
en imposaient pas ». M. de Casaux, membre auxiliaire de ce club, y 
lut des « Réflexions sur la dette dite exigible et sur les moyens pro- 
posés pour la rembourser (2). » 

Il suffit de jeter les yeux sur la liste des membres de la Société 
de 1789, pour comprendre l'accusation portée alors contre les mo- 
dérés, contre les « Machiavels et les Gromwells modernes », contre 
« l'aristocratie municipale ». Reaucoup de savants et de littérateurs 
connus, illustres même, s'y retrouvaient. 

Reprenons, d'ailleurs, quelques noms principaux, (|ui ne sont pas 
tous sur la liste, mais qui peut-être sont ceux de membres posté- 
rieurement acceptés, ou de membres qui sortirent de la Société. 

L'abbé Sieyès (3). Ru'derer. 

L'évêque d'Autun. Fermont. 

Dupont (de Nemours). Emmery. 

Desmeuniers. Crillon (Membre, aussi, du Club 

Chapelier. de Valois) , 

Railly. Lusignan. 

La Fayette (Mem"bre, aussi, du <<astellane (Membre du Club de 

Club de Valois). Valois). 

Thouret. Jessé. 
La Rochefoucauld (Membre du Décretot. 

Club de Valois). Duquesnoy. 

Liancourt (Membre du Club de Jaunie. 

• Valois). Rarrère de Vieusac. 

Ruréau-de-Puzy. Le Coulteux (Membre du Club de 

Rabaud. Valois. 
Reaumetz. 



(1) Révolutions de France et de Jirabant, n" 41. 

(2) Bib. de la Chambre des députés, Bf" 222 (t. XXXVIII). 

(3; Robespierre donnait à Sieyès le suriioia de « taupe de la Révolution 



SOCIETE DE 1789 417 

Auxiliaires. 

Condorcet. Grouvelle. 

Champforl (Membre du Club de Artaud. 

Valois). Lacépède. - 

De Caseaux. Lavoisier. 

Brissot. Keralio. 
Cérutti. 

Trésoriers. 

Germain. Vandenyver. 

BuUiet. Dufresnoy. 

Boscary. Le Couiteux (1), 

Plusieurs membres étaient en même temps membres des Jacoi)ins. 
La Fayette essaya d'amener les deux clubs à se réunir; mais il 
échoua. 11 parut un Projet de paix entre le Club de I 789 et la So- 
ciété des Amis de la Constitution, par un membre de V Assemblée natio- 
nale ^ de l'imprimerie du Patriote français (2). 

Au Clul) de 1789 s'était agrégée la plus grande partie de la Muni- 
cipalité de Paris et de la Garde nationale, des gens riches, des écri- 
vains distingués, et beaucoup de membres réputés modérés dans le 
coté gauche (3). Il ne s'y présenta aucun membre du côté droit, non 
seulement du parti absolu (Maury, D'Éprémesnil, Cazalès), mais en- 
core du parti monarchien (Malouet, Virieu, Clermont-Tonnerre). 
Sans doute ces royalistes le trouvaient compromettant, acceptant 
trop le fait accompli depuis 1789. 

Il se rassemblait avec ostentation dans son local des bâtiments du 
Palais-Royal. Il avait plutôt l'air d'une maison d'agrément et d'un 
réfectoire, que d'une réunion occupée de politique. Les banquets s'y 
succédaient fréquemment; la vie confortable, large, joyeuse, que ses 
membres y menaient, pouvait bien les faire taxer d'aristocratie. 

On remarquait nombre de modérés constitutionnels dans cette So- 
ciété. Le 18 mai 1790, elle célébra son installation sous le nom de 
Société patriotique de 1 7 89. Son but, disait-elle, était « de s'occuper 
de tout ce qui peut concourir au perfectionnement de l'art social ». 
Il y eut un grand dîner de cent vingt-quatre couverts. On quêta, 
avant de se mettre à table, et l'on recueillit un peu moins de 600 li- 



(1) Mémoires de Mo7iUosier, Extraits des Actes des Apôtres, t. II, p. 'lOo. 

(2) Uriiish Muséum (Fi-ench Révolution), 344, 2. 

(3) Mémoires de Montlosier, t. I, p. 331. 



418 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAlRES 

vres ; à la fin du repas, on porta des toasts : — à la Révolution, à la na- 
tion, à la loi, au roi. Sieyès proposa de boire « à la meilleure Cons- 
titution, aux États-Unis d'Amérique, aux Françaises patriotes, etc. » 

Dans le jardin, la foule entendait le choc des verres, voyait les lus- 
tres allumés. Elle lit du bruit, d'abord, elle cria; puis, des députés 
.qu'elle respectait s'étant mis aux fenêtres, elle applaudit. 

Le Club de 1789 s'ajourna, pour sa seconde séance, au 17 juin 1700. 

Le 17 juin 1790, il se réunit pour célébrer, par un dîner au Palais 
Royal, l'anniversaire du 17 juin 1789, jour où les députés du tiers 
état s'étaient constitués en Assemblée nationale. 

Parmi les quelques invités était le Corse Paoli. Il y avait cent 
(|uatre-vingt-dix sociétaires La fête fut somptueuse. Un orchestre 
considérable se fit entendre. Les membres du banquet se présentèrent 
plusieurs fois aux fenêtres et furent applaudis par la foule qtii se 
trouvait dans le jardin. On porta des toasts, ou reçut une députation 
des dames de la Halle, on chanta des couplets do PiiSj que l'on ré- 
péta pour la foule, du haut d'une fenêtre : 

(Air : Des De t les.) 

Les traîtres à la nation 
Craignent la Fédération: 

C'est ce qui les désole; 
Mais aussi depuis plus d'un an, 
La liberté poursuit son plan : 

C'est ce qui nous console. 

L'instant arrive où pour jamais 
Vont s'éclipser tous leurs projets ; 

C'est ce qui les désole ; 
Et l'homme enfui va cette fois 
Rétablir l'homme dans ses droits : 

C'est ce qui nous console. 

11 arrive souvent qu'au bois 
On va deux pour revenir trois, 

Dit la chanson frivole; 
Trois ordres s'étaient assemblés, 
Un sage abbé les a mêlés : 

C'est ce qui nous console. 

Quelques-uns regrettent leurs rangs, 
Leurs croix, leurs titres, leurs rubans ; 

C'est ce qui les désole; 
Ne brillons plus, il en est temps, 
Que par les mu3iirs et les talens '. 

C'est ce qui nous console. 



SOCIÉTÉ DE 1789 41'.! 

Sans doute on fera moins de cas 
Et des cordons et des crachats i 

C'est ce qui les désole; 
Mais les lauriers, mais les épis, 
Les feuilles de chêne ont leur prix : 

C'est ce qui nous console. 

On en a vu qui, tristeirient, 
N'ont fait qu'épeler leur serment : 

C'est ce qui nous désole ; 
On va le faire à haute voix, 
De bouche et de cœur à la ibis : 

C'est ce qui nous console (1). 

Le clul) (loiiiui uiio véritable fête, fort critiquée dans le pul)lic; par 
(les temps de misère, ce luxe semblait scandaleux. 

i' La veille du dtner, la Société avait arrêté que ceux de ses mchi- 
bres qui pnurrai(;nt donner des logetnents aux députés t\ la fédéra- 
tion s'inscriraient sur un registre, et que ce registre serait ensuite 
envoyé à l'hôtel de la mairie pour que les districts, ((ui avaient tous 
montré le môme zèle, fussent soulagés d'autant (2). »> 



IV 



Mais la haute bourgeoisie, et plusieurs nobles qui affectaient de né 
pas être royalistes, s'y intéressaient. 

(( La Société de 1789 devient chaque jour plus nombreuse et plus 
brillante : elle compte parmi ses membres beaucoup de députés à 
l'Assemblée nationale, d'hommes de lettres distingués, et de per- 
sonnes qui ont donné, dans la Révolution, des preuves de patriotisme 
et de zèle. Son but est d'encourager les arts utiles, de répandre les 
vrais principes de constitution et de liberté, et de concourir, par tous 
les moyens qu'une semblal)le réunion et une correspondance étendue 
lui peuvent donner, au perfectionnetnent de l'art social. Son journal 
vient de paraître: le mérite connu de ceux qui le rédigent doit faire 
présumer qu'il sera bien accueilli. On souscrit chez le Jay fils, rue de 
l'Échelle (3). » 

La Chronique de Paris faisait le panégyrique du club et lui cher- 
chait de nouveaux adhérents. La presse modérée l'adoptait, pour 



(1) Journal de la Sm-iété de 17 Hh, u" 4, du 28 juitt 1790. 

(2) Journal de lu Société de 17H9, W" 4, du 20 juin 1790, 

(3) Chronique de l'ai'is, lluUioro du 15 julu ITJO, pi 862 et 863. 



420 LES CLUBS GONTRK-RÉVOLLITIONNAIRES 

ainsi dire; le marquis tie Villette, qui avait brûlé ses lettres de no- 
blesse, qui avait renoncé par anticipation à ses droits féodaux, se 
plaisait à y rencontrer Gondorcet, le biographe de Voltaire, et, 
quoique membre des Jacobins, y jouait un rôle actif. Par exemple, il 
y proposa : 

« Motion de M. de Villette au Club de 1789 (1). 

« Messieurs, 
« Me seroit-il permis de faire une motion? Ce seroit qu'au jour so- 
lennel du 14 juillet, lorsque les députés des troupes de ligne, des 
gardes nationales de toutes les régions de la France, viendront jurer 
le pacte fédératif à la face des représentans de la nation et sous les 
yeux du monarque, au lieu de ces cris vive le Roi! qui ont si long- 
temps fatigué nos oreilles sans entrer dans nos cœurs, on criât d'une 
voix unanime : Louis Empereur! Ce titre nouveau conviendroit par- 
faitement au nouvel ordre de choses. Prononcé par le président de 
l'Assemblée nationale, il seroit sanctionné par cinq cent mille qui le 
répéteroient à la fois. L'Empereur de la Chine a, dit-on, un million 
de soldats; Louis XVI en a le double. Charlemagne fut proclamé Em- 
pereur des Français^ et convoquoit la nation dans le Champ de Mars. 
Après mille ans, elle a repris sa gloire et ses droits. Louis XVI doit 
donc reprendre un titre d'honneur que les rois fainéans ont laissé 
passer chez nos voisins. EfTaçons les noms de roi, de royaume, de su- 
jets^ qui ne s'uniront jamais bien avec le mot de liberté. Les Français 
qui ont la souveraineté et qui l'exercent, sont soumis à la loi et ne 
sont sujets de personne. Le prince est leur chef, et non leur maître : 
Imperat, non régit. Qu'il revienne donc du Champ de Mars, la cou- 
ronne impériale sur la tête, et que son auguste épouse soit, comme 
sa mère, saluée du nom d'impératrice (2). » 

L'étrange proposition du marquis de Villette ne fut pas, ne pouvait 
pas être admise, et la Fédération du 14 juillet 1790 n'aboutit pas à 
la couronne impériale placée sur la tête de Louis XVI. Loin de là, 
pour les avancés, elle établissait, malgré les serments, un antago- 
nisme durable entre les constitutionnels et les révolutionnaires con- 
séquents dans leurs principes. 

Le Journal de Paris, où ont paru plusieurs articles d'André de Ché- 
nier, professait une opinion à peu près conforme aux idées de la 
Société de i 7 89 ; mais celle-ci voulut avoir un organe spécial, dont 

(1) « Cette motion n'a point été faite aux Jacobins, comme on l'a dit dans 
quelques papiers. » (Note de la Chronique de Paris.) 

(2) Chronique de Paris, numéro du 24 juin 1790, p. 097 et G98. 



SOCIÉTÉ DE 1789 421 

la polémique lui serait dévouée, et qui publierait, çà et là, des articles 
approuvés par elle, et dus à des écrivains non appartenant à son 
groupe enrégimenté. 

Le club eut un Journal de la Société de 1 789 (par Condorcet, Du- 
pont de Nemours, Kersaint, de Larochefoucauld, Roucher, Pastoret, 
Grouvelle, André de Chénier et autres, qui parut du 5 juin au 13 sep- 
tembre 1790). Vers la fin de juin de la même année, Sieyès fut 
l'objet d'une sorte d'ovation populaire au Palais-Royal : plusieurs dé- 
putés y célébraient le jour où ils s'étaient constitués en Assemblée 
nationale. 

Le journal changea de titre et prit celui de : Mémoires de la Société 
de 17 89, à dater du 21 août 1790, n° 12. 

Railly présidait le club en mai 1790, La Rochefoucauld en juin, 
Mirabeau en juillet. 

Le Journal de la Société de 1789 contient, à la date de juillet 1790, 
un discours de Mirabeau. 

Ce discours se termine ainsi : « Nous faisons, en effet, profession 
de croire que le vrai courage enseigne la modération loin de l'exclure, 
qu'au lieu d'adopter ceux qui voulaient la paix publique par des 
exagérations incendiaires, les Amis de la Constitution doivent les 
regarder comme les plus redoutables ennemis, parce qu'ils la défigu- 
rent, la retardent et même la décrient ; que si l'audace et même Tim- 
pétuosité sont utiles pour conquérir une révolution, la mesure seule 
peut la consolider, et qu'enfin les conceptions sont encore plus néces- 
saires que les mouvements à rétablissement de la liberté publi- 
que (1). » 

Le 13 août de la même année, Gouget-Deslandres prononça, à la 
Société de 1789, un discours sur les finances, le crédit des assignats, 
la circulation de l'argent et la baisse de l'intérêt de l'argent (2). 

Dans le n° 13 du Journal de la Société de 1789 (août 1790) parut 
VAvis aux François sur leurs véritables ennemis, par André de Ché- 
nier. VAvis fit sensation, et le public s'imagina, avec quelque raison, 
que c'était le factum de la Société. Il fut réimprimé en brochure, et, 
répandu à profusion, il obtint un immense succès. Le roi Stanislas- 
Auguste de Pologne ordonna de le traduire en polonais, et André de 
Chénier reçut de ce souverain une médaille d'or. André de Chénier 
s'était réuni à la Société de 1789, sans en faire activement partie. Il 
habitait, avec son père, au quartier Montmartre. 



(1) N'. 53, du 10-au 17 juillet 1790. 

(2) In-8°, Paris, 171)0, 40 pa^jes. 



42? LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 



Bientôt, les IÎ('voli(tions de Paris imprimèrent : 

<( ,,, Les intrigans, les ambitieux d'argent ou de pouvoir se saisi- 
rent d'un Club de i7H9, qui existait déjà obscurément, et y attirèrent 
plusieurs membres de celui des Jacobins, en leur persuadant qu'ils 
n'y avoient pas assez d'intluence, ou que ce Club était vendu au ixirti 
d'Orlt'ans. 

« Dès qu'ils eurent réuni un assez grand nombre de députés, non 
connus pour aristocrates, le Club de 1789 vint s'étaler pompeusement 
au Palais-Royal, dans un superbe appartement et avec tout le fracas 
nécessaire pour attirer, pour frapper les regards de la multitude. 

« Le Club de 1789 affecta de se proposer les mômes objets que celui 
des Jacobins, des discussions politiques; mais on y ajouta d'autres 
avaniaijes ri agrrmeiis^ tels que de bons dîners, dont on entendait 
bien tirer parti. 

« La discussion sur la guerre et la paix avoit signalé les intrigans, 
qui, sous l'apparence de la popularité et du patriotisme, servoient le 
ministère pour leur propre intérêt. Ils n'avojent plus rien à risquer 
en levant le masque; ils fjreat décréter, à leur Club, que les députés 
ù l'Assemblée nationale, non domiciliés à Paris, pourroient être reçus 
à titre d'associi's^ et seroient invités à délibérer dans ses assemblées 
de discussion, ainsi qu'à jouir de tous les avantages et agrémens de la 
Société^ pendant le temps que durera l'Assemblée nationale, et que 
lesdits associés ne pourront point payer de cotisation. 

w Cependant ce Club a un loyer considérai)le et qu'on dit être de 
2i,()0l) livres; les banquets y sont à un louis par tête (1),vce qui exi- 
geroit que chaque part-pi'enant fit une cotisation, si la bourse minis- 
térielle ne subvenoit avec des assignats aux frais de cet établissement. 

« Certes, il est indifférent à des gens qui veulent discuter des ma- 
tières politiques d'être dans une salle qui leur coûte cent écus ou 



(1) uCct arrêté du club est du 28 mai; et avaot le iû juin, plus de cent niembres 
de l'Assemblée nationale se présentèrent (plus de cent vingt membres, selon le 
Journal^ et furent associés. Je voudrois bien savoir quels sont ces cent goinfres 
qui ont été se faire endoctriner pour un dîner; je les dénoncerais à leurs dépar- 
tcmeus. >i "ont-ils pas de quoi vivre avec 18 francs, sans aller compromettre leur 
opinion pour un dîner? » — Ils étaient admis par la voie du scrutin, fait entre 
douze commissaires nommés à cet effet, et ils pouvaient no pas payer de coti- 
sation. 



SOCIÉTÉ Dl^ 1789 423 

mille louis; c'est même pour eux un avantage bien évident d'être dans 
un lieu tranquille et retiré. Mais il n'étoit pas indifféretit aux succès 
des vues ministérielles que le public nombreux qui fréquente le Palais- 
Royal vit aux croisées des salles de ce Club La Fayette^ /Jailli/^ Mi- 
rabeau^ Le Chapelier, et autres personnages qu'il s'est habitué à 
regarder et qu'il regardera encore quelques mois comme ses défen- 
seurs. Il falloit;, pour surprendre l'opinion publique et lui faire adopter 
les résolutions dictées par la cour à ce Club, qu'il ne parût autre 
chose, aux yeux d'une multitude irréfléchie, que le Club des Jaco- 
})ins, mais épuré des prétendus factieux qu'on disoit les ennemis de 
la Monarchie et les partisans de la République, 

« Mais l'heure de la réflexion, qui arrive toujours tard pour les 
Français, arrivera enfin; et la honteuse, la dangereuse formation de 
ce Club ne sera plus un mystère pour eux : ils verront que des 
hommes qui seroient les amis du peuple et de l'humanité, ne débour- 
seroient pas, au milieu des calamités publiques, tant d'argent pour 
louer un lieu d'assemblée ; et qu'au lieu de venir afficher avec tant de 
magnificence leurs discussions populaires à un premier étage au 
Palais-Royal, ils se seroient retirés dans l'enceinte silentieuse {sic) 
d'un des couvens nationaux ; qu'au lieu de splendides banquets et de 
quêtes mesquines, ils feroient des quêtes abondantes et des repas 
frugaux; qu'au lieu de venir se faire claquer aux fenêtres, ils se dé- 
roberoient avec modestie à des témoignages d'attachement ou d'ad- 
miration qu'ils n'ont même pas mérités (1). 

« C'est du Club de 1789 que nous est venu le décret sur la guerre et 
sur la paix, le décret qui a donné au roi la faculté de s'adjuger 
2u millions; c'est du Club de 1789 qu'est venue la proposition de 
laisser aux évoques un traitement beaucoup plus fort que l'énorme 
traitement qu'on leur a donné, et celle de mander les Marseillais à la 
barre; c'est du Club de 1789 que nous viendront toutes les pro- 
positions, tous les décrets qui pourront mettre entre les mains du 
pouvoir exécutif les moyens de satisfaire les appétits des inlriguail- 
leurs qui mènent ce Club, c'est-à-dire du pouvoir, de l'argent et des 



(1) c< Quand l'ancien uiiuistère, l'ancienne police vouloit faire paroitre que l'opi- 
nion publique se déclaroit pour quelque chose, ils avoient des femmes prêtes i'i 
jouer le rôle de dames de la Halle. Le Comité de police usa, il y a quelque temiis, 
de ce stratagème contre la liberté de la presse et les gens de lettres {Vide w 15, 
p. 6). Le club de 1789 a joui des mômes honneurs, ou a usé de la même ruse: des 
dames de la Halle y sont venues faire un compliment au génie de M. Bailly, un à 
notre bo?i général; à M- Mirabeau, qui dit de si belles choses ; et à M. Le Chapelier, 
qui, sans cesser d'être Breton, est devenu bon Parisien. Boue Deun! » 



424 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

soldats. Beaucoup de jeunes ci-devant seigneurs et nos gens de 
lettres à pensions sous l'ancien régime se sont jetés dans le Club 
de 17^50. Rien n'est plus simple : cette voie mènera à la fortune. » 

Cette Société était influencée par les ministres ou par la Cour de 
Louis XVL 

« Si ce clapier ministériel (1) n'étoit pas désolé par les patriotes, un 
jour viendroit où la Cour y trouveroit à son aise assez d'individus 
pour garnir le Corps législatif, qui lui vendroit, dans les législatures 
suivantes, la liberté publique et individuelle à beaux deniers comp- 
tants. Mais guerre, guerre éternelle aux vils esclaves de la Cour, aux 
ambitieux et aux faux patriotes'. 

« Ce n'est pas qu'il n^y ait dans cette Société quelques honnêtes 
gens, qui n'ont pas vu d'abord qu'ils étoient dupes; mais peu à peu 
leurs yeux se désillent [sic] ; ils désertent le Club; et convaincus que 
toutes les délibérations bruyantes de ces Sociétés sont à peu près 
inutiles, ils vont étudier dans la retraite les moyens de réparer les 
décrets inconstitutionnels qu'ils ont eu la foiblesse d'appuyer. » 

La Gazette nationale ou Moniteur wneuerse/ apprécia ainsi le Club 
dont il s'agit, en s'occupant des fêtes dont nous avons parlé plus 
haut : 

« Il s'est formé à Paris une Société, sous le nom de Société de i 789, 
comme pour consacrer l'année de la Révolution en France. Le but 
principal que l'on s'y propose est de développer, de défendre et de 
propager les principes d'une constitution libre, et plus généralement 
de contribuer de. toutes ses forces aux progrès de l'art social. 

« Cette Société a célébré jeudi, 12 mai, son installation dans son 
nouveau local au Palais-Royal, par un banquet composé de cent trente 
personnes, parmi lesquelles se sont trouvés, comme membres de la 
Société, M. le Maire et M. le Commandant-général. On y a porté les 
santés suivantes : 

« 1° A notre Révolution ; 

« 2° A la Nation, à la Loi et au Roi ; 

« 3° A la première Assemblée nationale ; 

« A° A la meilleure Constitution ; 

« oo A la liberté et à l'union fraternelle de tous les peu])les de la 
terre ; 

<( 6° Aux Milices nationales de France ; 

« 7° A la Ville de Paris et à la Garde parisienne ; 

(1) On pensait que les membres du club espéraient voir sortir de ce centre un 
nouveau ministère. 



SOCIÉTÉ DE 1789 425 

« 8° Au patriotisme des troupes réglées ; 

« 9" Au civisme de la prochaine législature ; 

« 10° Aux patriotes français ; 

« 11" A la Société de 1789 et au Clul) de la Révolution de Londres. 

« 12° Aux écrivains qui, par leurs ouvrages, ont préparé la Révo- 
tion, et particulièrement à l'auteur de Qu'est-ce que le Tier&-Etat? 
(M. l'abbé Sieyès.) 

« 13° Aux États-Unis de l'Amérique. Un membre s'est levé et a dit : 
« Je porte la santé des indigens ; car il n'y a point de patriotisme sans 
charité ». Il est inutile de dire que la santé a été généralement 
accueillie ; nous ajouterons qu'elle a été suivie d'un secours pécu- 
niaire, destiné à leur soulagement, et qui a été remis dans les mains 
de M. le Alaire. 

« Vers la lin du diner, une multitude de citoyens s'est assemblée 
sous les fenêtres du local de la Société ; elle a demandé à voir M. le 
Maire et M. le Commandant-général, qui se sont présentés et ont 
remercié le public au milieu des applaudissemens. Une musique mi- 
litaire, placée dans l'intérieur, à une des fenêtres, a exécuté différens 
morceaux qui ont ajouté à l'allégresse commune, 

« La Société, avant de se séparer, s'est ajournée, pour un ban- 
quet pareil, au 17 juin, jour de la constitution de l'Assemblée natio- 
nale (1). » 

Bailly et La Fayette, ainsi que Sieyès, Mirabeau et Le Chapelier, 
étaient les hommes principaux du club, dont Condorcet apprécia 
l'importance dans une lettre qu'il est bon de reproduire : 

« Vous désirez, Monsieur, connaître l'origine et l'esprit de cette 
Société de 1789, à laquelle votre estime pour quelques-uns de ses 
membres vous fait prendre un intérêt dont elle s'honore. 

« Vous voulez savoir par quelle fatalité, dans ces écrits dont le 
style et les principes annoncent si bien à quelle classe de lecteurs la 
corruption ou la malignité les destinent, on accuse d'être ennemie de 
la liberté une Société où se réunissent ceux qui en ont été les apôtres 
les plus zélés, les plus fermes, les plus éclairés, dans ces temps où 
elle avait parmi nous si peu d'adorateurs. Vous ne les soupçonnez 
pas d'avoir changé : vous croyez à la raison et à la vertu. Je vais sa- 
tisfaire à vos questions. 

« Dès le mois d'octobre 1789, quelques citoyens, dont la plupart 
n'avaient pas attendu l'annonce des États-généraux pour méditer sur 

(i) Monilertr universel, numéro du 13 mai 1790. 



426 I^ES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

les principes des sciences politiques, formèrent une Société dans la- 
quelle ils devaient s'occuper des moyens de rétablir l'ordre, de con- 
server la paix, et de donner aux lois fmnçaises toute la perfection à 
laquelle les progrès de l'art social perniottaient d'atteindre; car il y 
a pour chaque degré de civilisation une perfection réelle, comme pour 
chaque degré de lumières une perfection idéale, dont nous sommes 
destinés par la nature à nous rapprocher sans cesse, sans pouvoir 
jamais l'atteindre, 

« On vit bientôt que, dans un moment où la nécessité des affaires 
ne laissait à personne la libre disposition de son temps, une associa- 
tion peu nombreuse ne pouvait avoir d'activité; et on résolut de 
former, sur un plan plus vaste, une grande Société dont l'objet serait 
d'approfondir, de développer, de répandre les principes d'une cons- 
liLulion libre, et plus généralement de chercher les moyens de per- 
fectionner l'art social considéré dans toute son étendue, 

« Cette nouvelle association a pris le nom de Société de 17 89. 

(( ,,, Nous avons regardé l'art social comme une véritable science, 
fondée, comme toutes les autres, sur des faits, sur des expériences, 
sur des raisonnements et sur des calculs ; susceptible, comme toutes 
les autres, d'un progrès et d'un développement indéfini, et devenant 
plus utile à mesure que les véritables principes s'en répandent da- 
vantage; et nous avons jugé qu'il était bon qu'une Société dbommcs 
libres dans leurs opinions, indépendants dans leur conduite, s'occu- 
passent d'accélérer les progrès de cette science, d'en hâter les déve- 
loppements, d'en répandre les vérités. 

<( Il existe donc une différence essentielle entre la Société de 1780 
et celles que les citoyens pourraient former dans l'intention de réunir 
leurs forces pour le succès d'une réforme dans la Constitution et dans 
la législation de leur pays. 

« De telles Sociétés sont utiles sans doute, mais elles ne sont pas 
les seules utiles. 

« Il est nécessaire qu'une Société comme la nôtre reste isolée, pour 
conserver une indépendance entière ; ce qui n'exclut point une cor- 
respondance, une fraternité, comme celles qui existent entre les So- 
ciétés savantes de l'Europe. Elles s'envoient réciproquement leurs 
ouvrages; les académiciens qui voyagent sont admis aux séances des 
Sociétés étrangères; elles se consultent réciproquement, et il leur 
arrive même quelquefois de se concerter pour des travaux impor- 
tants... Une Société, plus philosophique encore que politique, doit 
surtout professer une tolérance qui peut blesser les esprits inquiets 
et violents. 



SOCIÉTÉ DE 1789 427 

« Consacrée h la défense des principes d'une constitution libre, et 
à la perfection de l'art social, sans doute elle doit proscrire les opi- 
nions évidemment incompatibles avec sa liberté, comme avec Toxis- 
tence d'une Société bien ordonnée. Mais il faut que cette incompati- 
bilité paraisse telle h la généralité des hommes éclairés. Car cette 
intolérance qui voit des scélérats ou des hommes corrompufi, des 
factieux ou des esclaves, dans ceux qui ne sont pas de notre avis, a 
toute la folie, tout le danger de l'intolérance religieuse et n'en a pas 
l'excuse, celle d'une illumination surnaturelle, qui donne du moins 
des droits à l'indulgence do la raison, 

« Si la tolérance est nécessaire dans le sein d'une Société, la faci- 
lité pour admettre serait funeste, Il faut une forme d'admission qui 
puisse répondre de cette convenance dans la manière de penser, sans 
laquelle toute discussion dégénère en dispute. Cette disconvenance 
qui empêche les hommes de s'éclairer mutuellement, parce qu'elle 
les empêche de s'écouter, ne se borne point h une opposition de prin- 
cipes sur les objets ordinaires île la discussion ; mais elle s'étend 
jusqu'à une division prononcée sur d'autres objets, lorsque celte 
division a les caractères de l'esprit de secte. Supposons qu'en Alle- 
magne les théologiens protestants eussent voulu établir des confé- 
rences dans l'intention de s'éclairer sur les moyens de réfuter les 
controversistes de la religion romaine; ou que les prêtres français 
eussent eu le dessein de se concerter sur ceux de résoudre les diffi- 
cultés que les protestants leur opposaient ; croit-on que, si le» uns 
avaient réuni dans la même chambre des luthériens et des sacra- 
mentaires, les autres des jansénistes et des molinistes, ils eussent 
immolé la haine qui les séparait à l'intérêt de la défense commune ?, . . 

« L'exagération des opinions est un autre danger dont toute Société 
doit soigneusement se préserver; il est plus aisé d'exagérer l'opinion 
d'autrui que d'en avoir une h soi ; et quand, par ce moyen facile, on 
peut s'acquérir une réputation de patriotisme et de courage, beau- 
coup de gens sont tentés de l'employer. Une Société où un certain 
nombre de membres y auraient recours, ou par goût ou par l'impuis- 
sance d'en trouver de meilleur, au lieu de faire des progrès dans la 
route de la raison, finirait, au contraire, par s'en écarter à chaque 
instant. 

« Dans une Société indépendante et libre, tous les membres doi- 
vent être égaux; elle ne doit jamais reconnaître de chefs. Vouloir 
faire dominer ses opinions personnelles, c'est affecter la tyrannie 
dans une république. Les lumières, les talents doivent sans doute y 
obtenir ce pouvoir que la nature leur a donné; mais ce pouvoir ne 



428 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

doit s'exercer que par l'usage même des talents et des lumières. 
C'est surtout contre la médiocrité intrigante que l'on doit avoir re- 
cours à l'ostracisme; c'est contre ces hommes qui veulent être chefs 
de parti, parce qu'ils ne peuvent être chefs d'opinion, et gouverner 
par adresse ceux à qui ils ne peuvent commander au nom de la rai- 
son. Le despotisme du génie est toujours plus doux; et les hommes 
de cette trempe, s'ils étaient quelques instants sensibles au plaisir 
de dominer, le sacrifieraient bientôt à celui de produire. 

« Enfin, une telle Société doit conserver le droit de discuter les 
lois, même lorsqu'elles ont reçu le sceau de la puissance publique, 
d'en faire sentir les défauts, d'en montrer les inconvénients Car ce 
sont les principes d'une Constitution libre qu'elle doit développer ou 
répandre, et non les lois d'une Constitution particulière. L'autorité 
en politique est le premier pas vers l'esclavage; et. les hommes qui 
ne voudraient voir de liberté que dans les opinions adoptées par la 
législation qu'ils ont établie, ressembleraient à ces prêtres qui pré- 
tendent qu'on ne peut être honnête homme si on ne sacrifie pas 
dans leur temple. 

« Tels sont. Messieurs, les principes qui ont dirigé la Société de 
1789 dans son institution, dans ses règlements, dans sa con- 
duite. 

« Elle a cru devoir offrir l'entrée de ses séances aux députés de 
l'Assemblée nationale qui, n'étant pas établis à Paris, ne pouvaient 
appartenir à la Société comme membres ordinaires. Elle s'est pro- 
posé de discuter de préférence, dans ses assemblées, les objets qui 
devaient l'être dans celle des législateurs. C'était un moyen de 
rendre ses travaux d'une utilité plus présente, plus immédiate. 
Mais elle s'est bornée sagement aux questions générales qui tien- 
nent essentiellement à la législation générale ; les réclamations par- 
ticulières ont été soigneusement écartées (1). » 

Condorcet, partisan d'un gouvernement républicain, disciple de 
Diderot et de Voltaire, ami de Turgot, jugeait bien favorablement la 
Société de 1789. Comme lui, diverses feuilles suivaient avec intérêt 
son développement, et rendaient compte de son action sur l'opinion 
publique. Condorcet entraîna de son côté nombre de citoyens plus 
philosophes qu'hommes politiques, modérés, mais non réaction- 
naires. 



(1) A Monsieur*", sur la Société de 1789. OEuvres de Condorcet. Edition 
A. Condorcet O'Connor et M. F. Arago, t. X, p. 67 et siiiv. F, Didot frères, iu-8", 
Paris, 1847. 



SOCIÉTÉ DE 1789 429 

Le Moniteur universel publia cet article : 

« La Société de 1789 a célébré jeudi dernier, dans son local au 
Palais-Royal, l'anniversaire de la constitution de la Chambre des 
communes en Assemblée nationale, le 17 juin 1789. L'anniversaire 
de cette journée mémorable, véritable époque de la liberté française, 
méritait bien sans doute de devenir un jour de fête patriotique pour 
une Société vouée au développement et à la défense des principes 
d'une constitution libre. 

« Dans un banquet composé de cent quatre-vingt-dix personnes, 
où M. Paoli avait été invité par une voix unanime, et où étaient, 
comme membres de la Société, M. le Maire, M. le Commandant-géné- 
ral, et M. l'abbé Syeyes {sic)^ président de l'Assemblée nationale, 
qu'entouraient avec tant de gloire ces souvenirs et ces expressions 
de constitution et de liberté, on a porté les santés suivantes, dont 
l'admiration et la reconnaissance ont su faire, avec justice, les appli- 
cations individuelles : 

« 1" A la Constitution de la Chambre des communes en Assemblée 
nationale, et à celui qui en a conçu l'idée ; 

« 2° A la grande Fédération du li juillet prochain; 

« 3" A tous ceux qui ont travaillé pour la liberté de leur pays et 
(jui ont souffert pour elle; 

« 40 Hommage aux mânes de Benjamin Franklin, compagnon 
imprimeur, ministre plénipotentiaire des États-Unis en France, et 
principal agent de la liberté de la Patrie; 

« o" Aux gardes nationales du royaume et à ceux (jui en ont pro- 
pagé l'institution. 

u Un membre de la Société a ensuite proposé une distribution pécu- 
niaire, en faveur des infortunés détenus pour mois de nourrice. Son 
vœu a été accueilli avec les acclamations de l'humanité, et le secours 
(jui en est résulté s'élève, dit-on, à la somme de 900 livres, qui a été 
remise dans les mains de M. le maire. 

« Le dîner a été terminé par différents morceaux de musique mili- 
taire, au milieu desquels M. de Piis a chanté une chanson analogue ù 
la circonstance. Un grand nombre de citoyens, rassemblés sous les 
fenêtres du local de la Société, a demandé, à diverses reprises, à 
voir M. le maire et M. le Commandant-général, MM. l'abbé Syeyes, 
Mirabeau, Chapelier, l'évêque d'Autun et Paoli. Ils se sont présentés 
et ont remercié le public au milieu des applaudissemens (1) » 

(l) Monileiir nnici'rsel, u" du mardi 22 juin 171K). 



430 LES CLUBS CONTHE-UÉVOLUTIONNAIRES 



VI 



Gorsas, dans son Courrier^ imprima ces quelques phrases apologé- 
tiques, qui lie durent plaire ni aux avancés ni aux ttionarchlstcB 
purs ; 

« .S'ur Vanniversaire c('l('ffi^r par le Sallon de i 789, en atiendant 
des di^iaih plus ('tendus. 

« Sans doute on vous rendra compte, Messieurs, de l'anniversaire 
célébré au Club de 17Hi); mais ce cpiil sera impossible de vous pein- 
dre, c'est l'élan du patriotisme, c'est le spectacle attendrissant de la 
Iralernité qui régnoit parmi tous ses membres. L'abbé Syeyes, Bailly, 
Paoli, La Fayette; en vérité, ces quatre présidens de la fête, si sim- 
ples dans leurs habitudes et d'une familiarité si aimable, ajoutent 
encore à l'horreur qu'on a pour l'insolente aristocratie, C'étoit à qui 
payeroit son tribut de gaieté et de bienfaisance, et j'estime que nos 
pauvres concitoyens en toucheront environ cent louis. Notre bon 
général nous a aitîené soixante musiciens, clarinettes, cors de chasse, 
hautbois; c'était une harmonie toute céleste. Si l'on me demandoit 
ce que c'est que le magnétisme? Le voilà. . 

« Vous avez certainement reçu l'Adresse des marchandes de Heurs, 
et les chansons sur la liberté, qui sont charmantes. Toutes ces diffé- 
rentes saillies ont été terminées par cet impromptu de M. de Villette : 

« Dans le club de Qaalre-tinyl-veuf, 
L'esprit et le talent se sont prêté main-forte ; 

Mais ce qui toujours sera neuf, 
C'est que jamais Droleuil n'en fermera la porte (I). » 

Selon V Orateur du peuple, Mirat)eau, Thouret, Le Chapelier (juil- 
tèrent la Société pour rentrer aux Jacobins. Les Rroolutions de Paris 
parlèrent de la fusion du Cluh de 1789 dans celui des Jacobins, où 
« il a empoisonné la source du patriotisme. » Malgré ses efforts pour 
obtenir cette fusion, toutefois, La F'ayette n'y était pas parvenu. 
Mirabeau faisait partie de l'un et l'autre club (2). 

h& Société de 4789 n'exerça aucune influence sur les masses, bien 



(1) Il Brctouil était un des partisans de la résistance, dans les consoiis do 
Louis XVI. » (Courrier (te Gorsds, 1790, 19 juin, n" 16.) 

(2) Mirabeau, mal reçu aux Jacobins, s'épuisa en triomphant de ropposition 
qu'il y rencontrai et mourut deUX mois après. 



SOCIÉTÉ DE 1789 431 

que le Journal de Versatiles annonçât, dans son nUttiéro du 6 juin 
1790, qu elle acquérait chaque jour une congislance plus imposante, 
et que le Club des Jacobins perdait plusieurs de ses membres (1). 

Le succès de la Sociéti^ de 1789 était aussi contestable, au fond, 
que l'insuccès des Jacobins, lesquels comptaient 1211 membres le 
15 novembre 1791. 

Madame de Staël, après avoir énuméré les forces que possédait le 
Clu/j de 1789, « des amis de Tordre et de la liberté », écrit : « Pour^ 
tant, il fut désert en peu de temps, parce qu'aucun intérêt actif n'y 
appelait personne. On était là pour conserver, pour réprimer, pour 
arrêter; mais ce sont là les fonctions d'un gouvernement, et non pas 
celles d'un club. Les monarchistes, c'est-à-dire les partisans d'un roi 
et d'une constitution, auraient dû naturellement se rattacher à ce 
Club de 1789; mais Sieyès et Mirabeau, qui en étalent, n'auraient 
consenti, pour rien au monde, à Se dépopulariser en se rapprochant 
de Malouet, de Clermont-Tonnerre, de ces hommes qui étalent aussi 
opposés à l'impulsion du moment que d'accord avec l'esprit du 
siècle (2), » 

Ce club, (jui se réunissait chez le premier restaurateur du Palais^ 
Royal, à côté des jeux, était, en effet, élégant, somptueux, mais nul 
d'action. « Conciliateur, il croyait, dit Michelet, marier la Monarchie 
et la Révolution. » Son nerf était Un bon restaurateur; son but était 
une doctrine que les événements pouvaient rendre illusoire, 

Condorcet publia^ dans le Jovrnal de ta Société de 1789, plusieurs 
articles : son Adresse à t Assemblée contre la loi du marc d'argent , — 
/ks lois constitutionnelles sur l'administration des finances ; — Dés dé- 
tails sur ta fête anniversaire du 17 juin; — sur V Admission des 
femmes au droit de cité; — sur le Préjugé qui suppose une contrariété 
d'intérêts entre ta capital'^ et les provinces; — sur les 7Vibunaux d'ap- 
pel; — Aux Amis de ta liberté^ sur les moyens d'en assurer la 
durée, etc. (3). 

Benjamin Franklin, l'illustre citoyen des Etats-Unis d'Amérique, 
était mort le 17 avril 1790. L'Assemblée nationale prit le deuil pen- 
dant trois jours. 

« Après une lecture faite sur Franklyn [sic) par M. de La Rochefou- 
cauld, à la Société de 1789, le 13 juin 1790, W. de Liancourt a fait la 
motion que les membres de la Société portassent le deuil décrété par 



(1) Annales palriolifjues de Carra, dit 8 juin 1790, 

(2) Considérations sur ta Kévolntion française, t. I, pi 399. 

(H) Vundoiwet, sa vie et son lemi'e, [yavlc dodteur Robinet, in-8", Parie, 18934 



432 LES CLUBS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES 

l'Assemblée nationale, et que le buste de Franklyn (par lui offert) fût 
placé dans la salle d'assemblée, avec cette inscription : 

« Hommage rendu par le vœu unanime de la Société de 1789 à Ben- 
jamin Franklyn, objet de Vadmiralion et des regrets des Amis de la 
liberté. 

« Cette motion a été adoptée à l'unanimité. M. de La Rochefou- 
cauld a offert alors, à la Société, un buste de Benjamin Franklyn, et 
l'assemblée lui a voté des remerciemens (1). » 

A propos d'un diner patriotique, Lanthenas remarque le bon mar- 
ché de la souscription : six livres. 
Il ajoute : 

<' Cette remarque n'est pas inutile dans un moment où un club, qui 
prétend se réunir pour répandre partout la libkrté, prend un loyer 
de i(),0()0 livres par an, un cuisinier, etc., et n'a point de banquet au- 
dessous de 12 livres ou 24 livres... ('2). » 

Malgré tout, le club avait deux rudes adversaires, celui des Jacobins 
et celui des Cordeliers, qui le regardaient comme entaché d'aristocra- 
tie, demeuré en arrière du progrès, trop exclusivement borné aux 
idées de 1789, stationnaire, par conséquent réactionnaire. Voilà pour- 
quoi l'avaient quitté plusieurs membres dont nous avons parlé. 

Parmi les travaux de la Société de 1789, nous remarquons : 

Des Réflexions sur la dette dite exigible et sur les moyens proposés 
pour la rembourser, adressées et lues le l*"' septembre, par M. de Ca- 
zaux, membre de la Société; — un morceau sur Benjamin Fran- 
klin^ lu par M. de La Rochefoucauld ; — une Motion de M. de Villette, 
faite le 17 juin 1790, à l'effet de décerner à Louis XVI, le jour de la 
Fédération, le titre d'empereur (3); — un Discours prononcé par 
M. Huskisson, Anglais, et membre de la Société, dans la séance du 
29 août 1790, sur les assignats; — des Mé flexions sur les assignats et 
sur la question de la dHte exigible ou arriérée, lues le môme jour par 
M. Lavoisier, député suppléant du bailliage de Blois; — une ^lotion 
sur Vabrogation des testaments en ligne directe, le J9 septembre 1790, 
par Jean- Pierre Pezous, député du département du Tarn ; — et entin, 
une Opinion énoncée sur les lois constitutionnelles , etc., lue le 9 jan- 
vier 1791, par L. Ramond (4). 



(1) Extrait du Journal de la Société de 1789. 

(2) Patriote français, W 319, le 23 juin 1790. 

(3) Voir plus haut, p. 420. 

(4) Bib Nat.. Lb 40/2401; Lb 40/2402; Lb 40/831 ; Lb 40/832; Lb 40/2408; Lb 40/846. 



SOCIÉTÉ DE 1789 433 

Dans la séance du 18 juillet 1790, une députation de la Société des 
Amis de la Constitution de Nantes se présenta à l'assemblée géné- 
rale présidée par Mirabeau, l'aîné, et demanda d'être associée à la 
Société de 1789, qui avait « adopté les principes les plus sains, pen- 
soit avec tant de raison que la mesure et la modération étoient les 
moyens les plus efficaces de les faire goûter par les vrais amis de la 
liberté. » Nous avons cité la fin du discours que Mirabeau pro- 
nonça (1). 

En juillet encore, on envoya d'Amsterdam au Journal de la Société 
de 1789 des vers sur la liberté. 

A propos de la révolte des Suisses de Cliâteauvieux, à Nancy, la 
Société de 1789 manifesta, comme le montre un 

« Extrait du procès-verbal des séances de la Société de 1789, 
du vendredi 3 septembre 1790 (2). 

« La Société a arrêté, à l'unanimité, qu'il seroit fait une adresse de 
félicitations et de remerciemens au directoire du département de la 
Meurtbe, à la municipalité de Nancy (3), et, principalement, aux mi- 
lice!? nationales et aux troupes de ligne, dont la fidélité courageuse 
a rétabli la paix et les loix dans la ville de Nancy : 

« Adresse de la Société de 1789, au directoire du déparlement 

de la Meurtlie^ 

A la municipalité de Nancy, 

Et principalement aux milices nationales et aux Ironpes de ligne 

dont la fidélité courageuse a rétabli la paix et les loix 

dans la ville de Nancy. 

« Réunis par l'amour de la Patrie et de la Constitution, nous 
n'avons pu apprendre vos belles actions sans laisser éclater les trans- 
ports de notre reconnoissance et de notre admiration. 

« De quels désordres , de quels dangers vous avez garanti la 
France ! 

« Anéantir toute puissance légale en diffamant tout fonctionnaire; 
appeler patriotes les séditieux, et conspirateurs les vrais patriotes; 
rendre odieux au peuple les magistrats consacrés par son propre 
cboix; lui rendre même ses représentans suspects, en les forçant à 



(1-) Voir plus haut, p. 421. 

(2) Mémoires de la Société de 1789, w lo, du 13 septembre 1790. 

(3) La municipalité do Nancy était aristocrate. 



434 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES 

déployer une rigueur nécessaire; enfin, n'ayant pu corrompre la 
volonté nâtiôiiaie, diviser au moins la force publique et metti-e aux 
mains tous les François, citoyens ou soldats : tel est, sans doute, lé 
dernier espoir, le dernier plan des ennemis pervers et implacables du 
peuple et des nouvelles institutions. 

« Système atroce, manifestfetnént suivi dans toutes les parties de la 
France, mais enfin mis en pratique avec un cruel succès dans l'in- 
fortunée ville de Nancy. 

« fiés soldats égarés, noii seulement avoietit niécôrtiiti là discipline, 
mais aussi fouloient aux pieds la loi suprême, le décret national. Des 
citoyens trompés embra&soient leur querelle; des brigands avides 
encourageoient la rébellion, tandis que la nation incertaine, en dé- 
fiance contre tous les agens du pouvoir, craignoit, en punissant la 
révolte, de favoriser la tyrannie. Toutefois, le législateur, se ralliant 
à la loi, appelle la force publique au secours de Tordre public. Mais 
où étoit-clle, cette force? Où trouver des soldats, des citoyens, des 
frères, qui voulussent réprimer la licence de leurs frères? Quel cbef 
consentiroient-ils à suivre? Il falloit d'abord que leur raison repous- 
sât de vains soupçons, que leur vertu étoufTùt une répugnance na- 
turelle à combattre des ennemis si chers. Cependant les soldats 
et les citoyens, justifiant par leur confiance un général en vain 
calomnié, marchent sous l'étendai'd de la paix, contre les drapeaux 
de la révolte, dans l'espoir de soumettre plutôt que de vaincre. Il 
faudra môme qu'on les force de combattre. Mais ces infracteurs des 
lois, ceux-là sont encore des François? Ils ont rompu le pacte social, 
ce sont des barbares hostilement armés. Des frères, dont le bras me- 
nace ou déchire le sein de la mère commune, n'ont-ils pas abjuré les 
droits du sang? Punir des enfans parricides, c'est le devoir sacré des 
vrais et fidèles enfans de la patrie. 

(( Tels furent vos sentimens, qui ont éclaté dans vos héroïques ac- 
tions, dignes guerriers de la garnison de Metz ; vous, surtout, géné- 
reuses milices! Que vous avez noblement justifié ce nom de natio- 
nales, qui présente la vaste idée des devoirs imposés à vos cœurs par 
les sermens civique et fédératif ! Et dans quelle circonstance? Déjà, 
peut-être, l'explosion des plus funestes complots alloit interrompre 
le cours de la régénération de l'empire, et engloutir, avec la liberté 
même, toutes nos espérances et celles mêmes de tant de nations, dont 
notre sort doit faire la destinée. 

« Que fussiez-vous devenus, si votre bravoure tutélaire n'eût fait 
avorter ce schisme naissant: si les armes, aiguisées par l'anarchie, 
ne se fussent émoussées contre les armes de la loi ! 



SOCIETE DE 1789 433 

« Braves soutiens des pouvoirs légitimes, recevez donc nos félicita- 
tions civiques, riôil sur votive victoire, trop chtreménl achetée par 
tant de sang et laiit dé mot*ts, iiiais siir ces fruits sâltitaifés, là paix 
rétablie, la Constitution sauVée, la confiance pOpulàir-e rendue aux 
amis du peuple, la pérlîdie de ses ennemis traduite au grand jour; 
enfin, les troubles prévenus paf toUte la France, et leUr remède le 
pltis efticace préparé pour l'avenir. 

« Car telle est, telle doit être daiis la suite la fructueuse influence 
de bët exploit du patriotisme. Votre conduite n'est pas seulement une 
grande action, elle est encore Un mémbrablé exéiriplë, utie leçoti 
frappante dôririée à tous les François, àfihés par là Cbtistitiitibti et 
pour elle-même. 

'<. En est-il en effet aujourd'hui qui puisse balancer à suivre là route 
que vous avez tracée ? En est-il qui ne regarde désorniais l'inexécu- 
tion d'une loi comme sa propre injure, comme la violation de ses 
propres droits, qui ne s'arme, ne marche, ne combatte et ne meure 
pour elle? 

« Ils auront donc faussement prophétisé, ces hommes foibles, 
inquiets et mécontens, esclaves de nature (s'il est vrai que l'habitude 
soit une autre nature): pai'ce qu'ils ont vu longtems le despotisme 
obtenir l'obéissance stupide de la terreur, la libre ddtilite de là con- 
fiance leur paroit impossible et inespérable. Accoiitumés à ne voir le 
gouvernement que dans la force, et la force que dans la contrainte 
arbitraire, ils prédisent que les François ne saurôient plus êli*e gou- 
vernés. 

« Si nous les en croyons , la puissance manquera sans cesse à 
la loi : les passions individuelles vont seules régner. L'administra- 
tion périra, privée d'ensemble et d'unité; avec elle përii'oht lés tra- 
vaux, les fevenus, les richesses, les propriétés, la Société entière. 
Ainsi, disent-ils, s'évanouira, comme un songe philosophique, cette 
constitutiorl jut-ée par toutes les bouches, et adoptée pài* tous les 
cœurs. 

« Non, sans doute, voire courage, administrateurs du département 
de la Meurthe, magistrats de la municipalité de Nancy, votre cbii-