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Full text of "Les colonies allemandes, avant et pendant la guerre 1914-17"

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LES COLONIES ALLEMANDES 



. Avant et pendant la guerre 1914-17 



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UNIYERSITE DE TOULOUSE. - FACULTE DE DROIT 
LES 

COLONIES ALLEMANDES 

Avant et pendant la guerre 1914-17 



THESE POUR LE DOCTORAT 

PRÉSENTÉE PAR 

Bertrand COUGET 



V"' RIVIÈRE, LIBRAIRE-EDITEUR 

6, RUE DES LOIS, 6 






l*F 



'P\% 



FACULTÉ DE DROIT DE TOULOUSE 



MM. HAURIOU, #, Doyen, professeur de Droit administratif.* 

CAMPISTRON, professeur de Droit civil, en congé. 

BRESSOLLES, professeur de Procédure civile. 

ROUARD de GARD, professeur de Droit international privé 
et de Droit civil comparé, en congé. 

-MÉRIGNÎIAC, 0. *fc, professeur de Droit international public. 
.. HOUQUES-FOURGADE, professeur d'Economie politique. 
. FRAISSAINGEA, &, professeur de Droit commercial. 
GHEUSI, professeur de Droit civil. 

MESTRE, professeur de Législation française des finances et de 
Science financière. 

* EBREN, professeur de Droit constitutionnel. , 

DEGLAREUIL, professeur d'Histoire générale du Droit français. 

P0L1EU, professeur d'Economie politique. 

THOMAS, professeur de Droit romain. 

CÉZAR-BRU, professeur de Droit civil. 

MAGKOL, professeur de Droif criminel.^ • 

FLINIAUX, agrégé, chargé d'un cours de Droit romain. 

PERREAU, ^, professeur, chargé du cours de droit civil. 

RIGAUD, chargé de cours. 

GLAVELtER, licencié es lettres, secrétaire des Facultés de 
Droit et des Lettres. 

WALLON, professeur honoraire. 

Président de la. Vhèts z M. MÉR1GNHAC. 
.».„. •• . . ( MM.'FPAISSAINGEA 

La Faculté n'entend approuver ni désapprouver les opinions 

particulières du candidat. 



I 



i 



A LA MÉMOIRE 



de mon Père et de ma Mère 



A MON FRÈRE 
Paul COUGET 

soldat au 83 e de ligne 
disparu depuis le combat de Bertrix, le 22 août 1914 
, ù l'âge de 19 ans. 



376881 



C 



Puissent cette étude et les conclusions qui s'en 
dégagent servir la France dans sa lutte contre 
l'empire d'Allemagne et dissiper quelques erreurs 
et quelques préjugés! De toute son âme, routeur 
a voulu être utile à soft pays et, selon ses moyens, 

« SERVIR ». % 



V - 



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y 



— 10 - 



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australe. (Revue des Deux Mondes, 15 août 1915.) 
X... -r La conquête des colonies allemandes. (Le Correspondant, 

10 août 1915.) 



CHAPITRE PREMIER 



Historique de la Colonisation allemande. 



SECTION PREMIERE 
> ^ Historique général. 

Des établissements nombreux avaient été créés, 
jadis, au delà des mers, par la ligue Hanséatique; 
leur durée fut éphémère. Plus tard, le Grand 
Electeur Frédéric-Guillaume fonda, sur la côte 
occidentale d'Afrique, le poste de Gross Friedrichs- 
burg, que ses successeurs abandonnèrent. Vers 1850 
un mouvement se dessina en faveur de la création 
d'une flqtte et de colonies, mais sans résultats. 
Enl 1871, quelques journaux réclamèrent Tannexioij 
de certaines colonies françaises sans réussir davan- 
tage. Bismarck ne jugeait pas le moment venu de 
se lancer dans une politique coloniale qui eût 
éveillé les méfiances de l'Angleterre. L'Empire 
naissant avait besoin de se fortifier avant de jeter 
son dévolu outre-mer. 



+ 



^ r 



_ 12 — 

C'est à l'influence d'un petit groupe d'hommes 

f 

intelligents et actifs, àJa propagande des sociétés 
qu'ils fondèrent, que Bismarck, quelques années 

• 

après, dut de pouvoir inaugurer la colonisation 
impériale. En 1878 étaient créés, à Berlin : le 
Zentralverein fur Handelsgeographie und Fœrde- 
rung deutscher Interesçen in Aaslande; à Dussel- 
dorf : le Westdeutscher Verlin fur Kolonisation 
und Export. Ces groupements s'occupaient de 
questions économiques et de l'émigration. En 1882, 
le Reichstag repoussait un projet de loi comportant 
une garantie de l'Empire pour une Société d'exploi- 
tation des Samoa. Ce vote provoqua une réaction 
dans le petit monde des coloniaux fervents, et 
le 6 décembre 1882, le prince de Hohenlohe Lan- 
genburg fonda l'Union Coloniale allemande ou 
Deutscher Kolonialverein. 

Les raisons de la propagande coloniale étaient 
les suivantes : on voulait acquérir des territoires 
lointains pour y diriger l'émigration allemande; 
c'était une perte sèche pour la mère patrie. En 
canalisant ce mouvement vers des terres impé- 
riales, l'Allemagne conserverait toutes ses forces 
vives. Elle était poussée, en second lieu, par la 
nécessité de se procurer des denrées coloniales : 
café, tabac, fruits, etc.. Chaque .année il fallait 
en importer pour de nombreux millions que l'étran- 
ger encaissait : "* en faisant venir ces denrées de 
colonies allemandes, l'argent ne sortirait pas des 
mains nationales. Personne n'apercevait encore 



r 



V 



— 13 — 

• 

l'utilité des colonies au point de vue du ravitaille- 
ment en matières premières : il est vrai que FEm- 

- * 

pire commençait à peine son brillant développe- 
ment industriel. 

Le 24 avril Ï884 est considéré," en Allemagne, 
comme le jour dé naissance du domaine colonial. 
Ce jour-là Bismarck déclara le protectorat de 
l'Empire sur les possessions de Luderitz au sud- 
ouest africain. Ce Luderitz était un riche négo- 
ciant de Brème qui avait réclamé le soutien de 
son Gouvernement pour pouvoir mener à bien ses 
affaires. Cette méthode était conforme aux vues 
du chancelier. « Le marchand doit précéder le 
soldat », disait-il. Il ne voulait pas risquer les 
finances de l'Empire dans des entreprises de con- 
quêtes et de gestion coloniales. En se contentant 
d'affirmer la protection de l'Allemagne sur les 
possessions de ses nationaux, il donnait le moins 
de. prise possible aux suspicions de l'Angleterre. 
La même année, le protectorat allemand était pro- 
clamé sur la Nouvellé-Guinéè et l'Archipel Bis- 
marck, au Cameroun et au Togo. Cela donnait lieu 
à des froissements avec le Royaume-Uni qu'un 
traité, en 1885, réglait à l'amiable. Bismarck pou- 
vait donc affirmer au Reichstag qu'il ne se propo- 
sait pas « d'annexer d'abord des territoires pour 
y installer des garnisons et chercher ensuite à y 
introduire le commerce ». « Un système colonial 
analogue à celui actuel de l'Angleterre, disait-il 
encore, c'est-à-dire avec des garnisons, des gouver- 



— w— 

neurs et des fonctionnaires de la mère-patrie ne 
nous est pas indiqué par des raisons qui tiennent 
à notreorganisation et à notre situation intérieures; 
mais je pense que l'Empire ne peut s'empêcher 
d'étendre sa protection autant que ses forces le 
permettent, sur toutes les entreprises commerciales 
des sujets allemands qui sont liées à des acquisi- 
tions territoriales ». 

Vi§-à-vis de l'Empire, ces entreprises devinrent 
des vassales. Elles furent sous sa dépendance im- 
médiate en échange de la protection accordée; 
mais elles gardèrent l'administra tion de leurs 
possessions, sous la réserve du droit que l'Empe- 
reur conservait de modifier leur statut « Mon" 
intention, conforme à celle de Sa Majesté, est de 
laisser à l'activité et à l'esprit d'entreprise de nos 
concitoyens, navigateurs et commerçants, la res- 
ponsabilité entière de la fondation et du dévelop- 
pement matériel de la colonie. Je ne me servirai 
pas de la forme de l'annexion de provinces 
maritimes à l'empire allemand, mais je délivrerai 
des lettres de franchise semblables aux Royal 
Charters anglaises » . C'était donc à la formule dé 
la Compagnie privilégiée que Bismarck se ralliait, 
et à l'heure où l'Angleterre commençait à l'aban- 
donner. Lorsque, quinze et vingt ans plus tard, 
on put constater que les Compagnies à Chartes 
avaient donné de piteux résultats et que le rachat 
de leurs privilèges serait une charge pour l'Empire, 
Bismarck fut beaucoup critiqué pour avoir adopté 



- 15 - 

cette politique. Il aurait pu prévoir que ces socié- 
tés ne prendraient pas le même essor que les 
Compagnies anglaises, les Allemands étant alors 
peu habitués à ces sortes d'affaires; mais, devant 
l'opposition du Reichstag à toute autre forme 
d'acquisition coloniale et l'inertie de l'opinion qui 
se désintéressait totalement de ces " questions, il 
n'aurait pu, d'aucune autre façon, doter l'Empire 
de ses colonies, 

Une nouvelle Association fut fondée à Berlin 
dans le courant de 1884 : la Gesselschaft fur Deut- 
sche Kolommtion. Sous la direction du D r 
Pétera* elle donna à l'Allemagne l'embryon de sa 
colonie d'Afrique Orientale et obtint en 1887 la 
première charte de colonisation ^>our la Deutsche 
Qstafrikanische Gesselschaft. «En 18$6> elle tint à 
Berlin le premier Gonjgjrès colonial allemand; mais 
le Deutscher Kolonial Verein s'était abstenu. En 
1387, les deux ligues fusionnèrent sous le nom de 
Société Coloniale Allemande, ou Deutsche KqIq- 
nialge&tel$vhaft ; celle-ci se proposait de favoriser 
toutes les entreprises coloniales et créait un bureau 
spécial de renseignements pour les émigrants. Sa 
propagande ne pénétra pas la masse» et la plus 
grande partie de l'opinion resta toujours indiffé- 
rente* En 1885, le& îles Marschall passèrent sous le 
protectorat allemand et l'île Nauru, en 1888. Ainsi 
se trouva Constitué l'essentiel du domaine colonial 
germanique : Togo, Cameroun, Sud-Ouest Africain, 
Est Africain» et Nouvelle-Giûnée, 



— 16 — 

Bismarck fit encore autre chose : en 1884 et 
1885, au Congrès de Berlin, il obtint des puis- 
sances la reconnaissance officielle de l'Association 
Internationale du Congo, et il fût l'apôtre du# 

* 

commerce libre dans la zone centre-africaine. 
11 s'était rendu compte que l'Empire ne pouvait 
alors s'emparer de ces vastes territoires, que la 
France et l'Angleterre ne le permettraient -pas, et 
il avait trouvé ^la solution élégante que tous approu- 
vaient. Déjà la liberté commerciale, qui sera plus 
tard au Maroc un sujet de réclamations passion- 
nées, était stipulée sur la -demande de l'Allemagne. 
Bismarck prévoyait-il le développement économi- 
que de l'Empire ? Par le Congrès de Berlin, il lui 
laissait, de toute manière, la porte ouverte dans 
le futur Congo belgfc pour la pénétration commer- 
ciale, et les visées politiques devaient naturellement 
apparaître à lemMour. 

En 1890, Caprivi succédait au chancelier de fer. 
Ses idées coloniales différaient de celles de son 
prédécesseur. Il disait qu'on ne pourrait lui jouer 
de plus méchant tour qu'en lui abandonnant l'Afri- 
que. Il craignait que les colonies fussent des causes 
dç difficultés internationales, et qu'elles n'amenas- 
sent l'Empire dans la voie des embarras financiers. 
La dépense rapprochée de l'Allemagne, l'organisa- 
tion intérieure, étaient ses grands soucis. En 1890, 
il signait avec l'Angleterre un traité qui motivait 
la protestation de la Deutsche Kolonialgesselschaft : 
en échange de zones d'influences en Afrique et 



— 17 



V 



surtout de l'îlot d'Helgoland, il renonçait au Sulta- 
nat de Vitou, à la côte des Somalis, et reconnaissait 
le* protectorat britannique sur Zanzibar. Peu de 
gens, -hormis les' ligueurs, furent émus en Allema- 
gne par cet abandon. 

Caprivi disparut en 1893, et dans la décade sui- 
vante, si les progrès de l'idée coloniale furent lents 
dans l'opinion publique, les sphères dirigeantes, et 
l'Empereur en personne, saisirent son importance. 
Guillaume II assistait au développement économi- 
que de son peuple; il comprenait quel parti il 
pourrait tiref de ses ressources pour une politique 
mondiale, et que les colonies étaient aussi néces- 
saires pour la grandeur de l'Allemagne qu'une 
armée forte et une flotte puissante. C'est vers 
l'Extrême-Orient que les événements attirèrent son 
attention. 

Il semblait, à cette époque, que l'Europe allait 
partager l'Empire Chinois. L'Angleterre et la 
France avaient pris leurs mesures; la Russie Fallait 
faire. Pour affirmer son désir que la question chi- 
noise ne se liquidât pas en dehors d'elle, l'Allema- 
gne s'unissait à la France et à la Russie, lors du 
traité de Shimonoseki, en 1896. L'année suivante, 
elle profitait de l'assassinat de deux missionnaires 
pour prendre possession de la baie de Kiao-Tchéou, 
dans la province de Chan-Toung, où, en 1898, la 
Chine reconnaissait le protectorat allemand sous 
la forme d'une cession à bail pour une durée de 
99 ans. Sous la direction du Ministère de la Marine, 



- 18 — 

les Allemands établirent là une base navale de 
premier ordre, point d'appui de leur puissance 
dans ces mers lointaines. Ils achetèrent à l'Espagne, 
en 1899, les Mariannes, les Carolines et les Palaos; 
en 1900, un accord avec les Etats-Unis leur donna 
les deux plus grandes des îles Samoa. 

La Kolonialgesselçhaft, qui était. passée sous la. 
présidence du prince Jean Albert de Mècklembourg, 
s'était occupée, sans grand succès, d'étendre l'em- 
prise allemande vers l'intérieur du continent af ri- 
cain. En 1896, on créa à Berlin lç. Kolonial Wirt- 
schaftliches Komitee, ou Comité Economique 
Colonial. Cependant, on s'aperçut en haut lieu 
que, si le public ne, s'intéressait pas aux ques- 
tions coloniales, c'était probablement à cause 
des résultats négatifs donnés paï les Sociétés à 
Chartes. Elles n'avaient rien fait pour développer 
leurs possessions : aucune amélioration, aucun 
travail. Il fallait que l'Empire leur succédât et fît 
les sacrifices nécessaires pour obtenir un bon ren- 
dement. Faire accepter les rachats de privilèges par 
le Reichstag n'était pas facile, sans le concourt de 
l'opinion. Bien plus, jusqu'alors les colonies 
n'étaient pas rattachées à un ministère spécial, et 
m formaient un département du ministère des 
Affaires étrangères. J^e personnel n'était au cou- 
rant de rien, et les colonies étaient considérées 
comme bonnes à recevoir les fruits secs et les 
indésirables. Il * était nécessaire jde bouleverser 
complètement cet ordre de choses. Le Gouverne- 



— 19 — 

ment, même aidé par les Ligues et les Associations, 
n'y serait peut-être . arrivé que lentement, si la 
révolte du Sud-Ouest Africain, qui éclatait en 1904, 
n'était venue l'aider puissamment (1). 

On croyait, au début, que l'insurrection serait 
peu de chose; à mesure qu'on apprenait la résis- 
tance des rebelles, l'irritation grandissait en Alle- 
magne. La presse relatait les souffrances des 
soldats de la métropole dans les vastes étendues 
sans eau du Sud-Ouest; elle montrait l'honneur 
national engagé dans la lutte. Le public énervé, 
acceptait, réclamait des envois nouveaux de trou- 
pes : il lui fallait la victoire complète et l'éxtermi- 

m 

nation des révoltés. Là rébellion durait jusqu'à la 
fin de 1906. L'opinion avait eu le temp» de s'ins- 
truire. Elle, venait à son tour de comprendre qu'il 
fallait à une grande puissance de grandes colonies, 
que l'Allemagne, toujours plus pro'spère, devait pos- 
séder outre-mer des points d'appui nombreux. On 
lui disait quelles régions seraient propices à la 
colonisation blanche; on lui montrait surtout les 
avantages immenses qu'on pourrait retirer de ces 
possessions pour l'industrie et le commerce natio- 
naux. « Les colonies sont des débouchés pour la pro- 
duction allemande et des réservoirs de matières 
premières pour l'industrie. » 
L'Allemagne avait compris la leçon : elle accep- 



(^Dr Rohrbach, Das Deutsche Kolonialwësen, pp. 5 et suiv. 



— 20 — 

ta les sacrifices nécessaires pour pouvoir, dans la 
suite, recueillir aux colonies une abondante mois- 
son. Elle soutint fermement son Gouvernement lors 
de l'alerte de Tanger et partagea ses ambitions sur 
le Maroc. Lorsque, fin 1906, le Reichstag refusa les 
crédits demandés pour indemniser les colons du 
Sud-Ouest, l'opinion allemande fit bloc avec l'Em- 
pereur qui proclama la dissolution, et la nouvelle 
Assemblée se rendit au vœu général. Un ministère 
tlès Colonies autonome fut créé et M. Dernburg, 
un homme d'affaires énergique, en prit la direction. 
Dès lors, on le verra, le développement économique 
des colonies allemandes se poursuivra remarqua- 
blement. . 

Parallèlement à .,son développement colonial, 
l'Empire allemand faisait un effort militaire et 
naval qui lui permettait de soutenir ses ambitions 
et aidait son expansion économique. L'industrie 
et le commerce allemands étaient servis par une 
flotte marchande, sans cesse en croissance. Toutes 
les mers du globe étaient sillonnées par le pavillon 
impérial. 

Pour protéger les possessions d'outre-mer, on * 
construisait une flotte de guerre qui allait, en peu 
de temps, n'avoir de rivale que dans la flotte an- 
glaise. « Notre avenir est sur les flots », disait J 
l'Empereur dans un discours retentissant. Les ar- 
mements et les effectifs de l'armée de terre étaient 
augmentés à outrance. Les Allemands étaient 
imbus de la supériorité de la race germaniçrue. 



t> 



-21- 

Hélas ! beaucoup de nos intellectuels, et des plus 
officiels, avaient admis cette thèse. La philosophie» 
l'histoire, les sciences semblaient s'être donné le 
mot pour stimuler leur incommensurable orgueil. 
Pendant les dix années qui précèdent le conflit 
actuel, l'Allemagne, tout entière en arabes à côté de 
son Gouvernement, fit peser sur le monde la me- 
nace terrible : elle se dressa contre la France au 
sujet du Maroc, elle prépara en Afrique, en Tur- 
quie, en Chine, sur les routes des Océans vers 
Panama, l'extension de sa puissance inassouvie et 
« tentaculaire ». 



SECTION II 

L'Allemagne contre la France au Maroc 

et au Congo. 

Le 8 avril et le 3 octobre 1904, la France signait, 
avec l'Angleterre et l'Espagne, des accords relatifs 
au Maroc (1). Nos intérêts économiques dans ce 
pays, sans égaler ceux de l'Angleterre, étaient con- 
sidérables. A cette époque, le commerce de la 



(1) Voir pour les textes concernant traités et accords maro- 
cains M. Rouard de Card : Documents diplomatiques pour 
servir à V étude de ta question marocaine, 1911 ; Traités et 
accords concernant le protectorat de la France au Maroc, 1914, 
Paris, Pedone et Gamber. 



sfr-ar- 



\ 



— 22 — 

France et de l'Algérie avec le Maroc était de 
32 millions, celui de l'Angleterre de 41 millions. 
En 1910, notre commerce passait à 51 millions. 
Mais notre intérêt politique était hors de toute 
discussion. Pour la .sûreté de l'Algérie, il nous fallait 
au Maroc u^e situation stable qui nous permit de 
nous opposer à toute ingérence étrangère. Nous 
avions cru l'obtenir par les accords précités, précé- 
dés d'une entente avec l'Italie en 1900 et 1902. 
. L'Allemagne sembla d'abord ne pas prendre om- 
brage de ces négociations. M. de Biilow disait au 
Reichstag que les intérêts économiques de f Empire 
étaier^t sauvegardés et l'indépendance du Maroc 
hors de question. Au début de 1905, cette opinion 
changea et l'Empereur, débarquant à Tanger le 31 
mars 1905, prononça un discours où il parlait de 
F « indépendance » ' du Sultan, « souverain absolu- 
ment libre », et où il lui conseillait de n'appliquer 
les réformes (présentées par nous) « qu'avec beau- 
coup de précaution ». 

Quelles étaient les causes de ce changement 
soudain? On a parlé de visées allemandes sur le 
Maroc. Sans doute, une partie de la presse menée 
par là Deutsche Kolonialgesselschaft avait dévoilé 
ses ambitions. M. Irving Fischer réclamait le Sous ; 
il y voyait une région propice à la colonisation et 
à une base navale importante. Il est cependant 
probable que le Gouvernement impérial . ne se 
jugeait pas encore de taille à faire accepter sem- 
blable conquête par l'Angleterre. Mais il était dési- 



— 23 -. 

reux d'infliger un échec sérieux à la politique 
« d'encerclement » (1) que la France adoptait à son 
égard depuis 1900. Et pour réussir dans cette ten- 
tative, il saisissait l'occasion de la défaîte des Russes 
en Extrême-Orient. 

Sur les instances du comte de Tattenbach, envoyé 
en mission spéciale auprès de lui, le Sultan récla- 
• mait une conférence internationale qui examinerait 
les propositions françaises. C'était faire droit aux 
demandes de l'Allemagne. M. Delcassé, ministre des 
Affaires étrangères, était d'avis de refuser le prin- 
cipe d'une conférence. Le Gouvernement pensait 
autrement. M. Delcassé se retirait et M. Rouvier lui 
succédait 

Pour démontrer le bien-fondé de son interven- 
tion, l'Allemagne nous accusait de préparer la 
tunisification du Maroc, de violer l'article 17 de 
la Convention Internationale de 1880 et d'avoir 
voulu nous faire passer auprès du Sultan, comme 
les délégués de l'Europe. Il est inutile de montrer 
l'insanité de cette dernière imputation qui eût mis 
à notre charge non-seulement une indélicatesse, 
mais une sottise. Quant à la Convention de 1880(2), 
elle avait trait exclusivement au Droit de Protection, 
et l'article 17, qui portait la clause de la nation la 



(1) Le mot est de M. Delcassé. 

(2) Voir l'article de M. A. de Lapradelle, La convention de 
t8$0 (Revue politique et parlementaire du 10 mars 1906). 



— 24 — ' 

plus favorisée, s'appliquait uniquement a l'exercice 
du ïlroit de protection. Enfin, nos assurances de li- 
berté commerciale, d'intégrité de l'Empire chérifien 
disaient la fausseté de notre soi-disant projet de tu- 
fti§ifier le Maroc, 

N'importe, la France, désarmée, avait accepté le 
projet de la conférence, mais sdûsm condition que 
ses droits conventionnels ne subiraient aucune at- 
teinte et que le programme des questions à discuter 
serait fixé par avance. Cela fit l'objet des accords 
du 8 juillet et du 28 septembre 1905. M. de Radolin 
disait à M. Rouvier : « Allez donc à la Conférence, 
autant nous sommes intraitables sur ce point, au- 
tant nous trouverons des arrangements ensuite ». 

La Conférence s'ouvrit à Algésiras en janvier 1906, 
et,, pendant toute la durée des négociations, la diplo- 
matie allemande donna au monde les preuves de 
son intransigeance et de sa duplicité. Elle fit tant et 
si bien,* qu'elle réussit à mettre. contre elle l'ensem- 
ble des puissances qui devaient plus tard mener la 
lutte actuelle, et quelques autres encore. Les Etats- 
Unis et l'Espagne nous devinrent favorables. L'Au- 
triche elle-même essaya parfois de fausser compa- 
gnie à son alliée. 

Dès le début des pourparlers, le comte de Tatten- 

< 

bach, faisant bon marché de l'accord franco-anglais 
(nous savons le cas que font les Allemands des 
traités qui les gênent), disait à M. Nicolson, repré- 
sentant de la Grande-Bretaigne : « Vous avez re- 
cueilli de cet accord le bénéfice qui vous revenait. 



«• <•»* 



— 25 — 

La conférence vous offre une occasion unique de 
reprendre voire liberté. Profitez-en et arrangeons- 
nous » (1). Une autre fois, renseignée par le même 
plénipotentiaire, l'Agence Wolff lançait un télé- 
gramme tendancieux qui aurait pu nous desservir 
gravement (2). Enfin, mettant à profit la chute du 
ministère Rouvier, l'interrègne ministériel et le flot- 
tement qui s'ensuivait, l'Allemagne essayait contre 
nous une vaste campagne de chantage. Ses ambas- 
sadeurs nous dépeignaient comme restant isolés à 
la Conférence à cause de notre mauvais vouloir, 
alors que noys étions les seuls a avoir fait des 
concessions (3). Elle essayait de dresser contre nous 
les ambitions espagnoles, mais au total, si elle nous 
forçait à restreindre à deux les quatre parts que 
nous demandions dans la Banque et à subir la 
création d'un inspecteur, nous gardions la police, 
de concert il est vrai avec l'Espagne. Le gros échec, 
pour la France, avait été d'accepter le principe de 
la Conférence; ironique retour des choses, celle-ci 

contraignait maintenant l'Allemagne à rabattre ses 

• 

prétentions. M. de Bulow, dans son discours au 
Reichstag, se disait satisfait du résultat : la presse 
allemande», en général, était déçue. II était évident 
que si la France avait plié au début, elle avait vu 
se reformer autour d'elle l'union des puissances 



(1) A. Tardieu, La Conférence d'Algésiras, p. 148. 

(2) A. Tardieu, La Conférence d'Algésiras, p. 167. 

(3) A. Tardieu, op. cit., pp. 309 et suiv. 



• ♦ 



— 26 — 
à Finf luence desquelles l'Allemagne aurait désiré la 

» 

soustraire en lui montrant l'inanité de leur con- 
cours. 

Pendant les deux années suivantes, l'Empire alle- 
mand nous surveilla jalousement dans notre mission 
de police. L'incident des déserteurs de Casablanca, 
les difficultés que nous éprouvâmes pour faire re- 
connaître Moulay-Hafid jalonnèrent cette étape. 
Mais trois mois après, le 9 février 1909, un accord 
était signé par M, Jules Cambon et M. de Schœn. 
Voici le texte de la déclaration signée à Berlin : 
« Le Gouvernement de la République française 
et le Gouvernement impérial allemand, animés d'un 
égal désir de faciliter l'exécution de l'Acte d'Algé- 
siras, sont convenus de .préciser la portée qu'ils 
attachent à ses clauses, en vue d'éviter toute cause 
de malentendus entre eux dans l'avenir. 
« En conséquence : 

« Le Gouvernement de la République française, 
entièrement attaché au maintien de l'intégrité et 
de l'indépendance de l'Empire chérifien, résolu à 
né pas y entraver les intérêts commerciaux et in- 
dustriels allemands. 

« Et le Gouvernement impérial allemand ne 
poursuivant que des intérêts économiques au Ma- 
roc, reconnaissant* d'autre part que les intérêts 
politiques particuliers de la France y sont étroite- 
ment liés à la consolidation de l'ordre et de la paix 
intérieure et décidé à ne pas les entraver. 

« Déclarent qu'ils ne poursuivront et. n'encoura- 






— 27 — 

geront aucune mesure de nature à créer en leur 
faveur ou en faveur d'une puissance* quelconque 
un privilège économique, et qu'ils chercheront à 
associer leurs nationaux dans les affaires dont 
ceux-ci pourront obtenir l'entreprise ». 

Quelle était la cause de ce revirement de politi-- 
que? Il faut la chercher eh partie dans la question 
d'Orienté L'Autriche, qui venait de rouvrir celle-ci 
à son profit par l'annexion de la Bosnie et de l'Her- 
zégovine, essayait d'obtenir les bonnes grâces de la 
France en reconnaissant Môulay-Haf id et en ne ré- 
clamant pas le déserteur autrichien arrêté à Casa- 
blanca. Pour parer à toute nouvelle divergence de 
vue entre elle et «on alliée, l'Allemagne jugeait 
adroit de s'entendre avec nous. La manœuvre était 
encore habile en ce sens que, du seul fait du traité, 
l'Allemagne se faisait reconnaître par nous un droit 
spécial nouveau, autre que celui qu'elle devait à 
l'Acte d'Algésiras. Cet accord semblait plein de 
promesses pour l'Empire qui y voyait l'aurore d'une 
période, d'ententes et d'affaires profitables. En 
France il était seulement considéré comme le ter- 
me d'une série d'ennuis extérieurs. 

La Société F « Union Minière », qui datait de 
1907 et était formée de capitalistes français, aile- 
mands, anglais, espagnols et portugais, ne put, 
même après l'accord de 1909, réaliser ses projets. 
Son œuvre était entravée par les frères Mannes- 
manh, sujets allemands, qui avaient obtenu des 
concessions du Sultan et que Berlin ne put faire 



— 28 — 

renoncer à leurs prétentions, ensuite par le défaut 
de promulgation du règlement minier, prévu par 
l'Acte d'Algésiras. Au sujet des travaux publics 
aussi bien que des chemins de fer, aucune entente 
n'arrivait à se produire (1). 

L'accord de 1909 avait été étendu au Congo, corn- 
ftie on le verra en étudiant la colonie du Cameroun, 
et un projet de consortium anglo-franco-allemand 
s'était fait jour. Ce projet, après avoir contribué 
à ébranler le cabinet Briand, était enterré par le 
cabinet Monis. Des pourparlers au sujet d'un che- 
min de fer Congo-Cameroun étaient également in- 
terrompus par une fin de non-recevoir du Gouver- 
nement français. Ainsi, les bénéfices escomptés par 
l'Allemagne se trouvaient volatilisés. L'accord 
n'avait pas été fructueux. 

Cependant, la France qui avait trop tardé à user 
de ses droits auprès du Sultan se voyait acculée 
en 1911 à la marche sur Fez par une insurrection 
grandissante. Cette intervention, qui devait amener 
fatalement un changement de notre politique vis-à- 
vis du Maroc, ajoutée aux déconvenues qu'elle ve- 
nait de subir, lançait l'Allemagne dans une détermi- 
nation nouvelle. 

M. Cambon avait une entrevue à Kissingen avec 
M. de Kiderlen, ministre des Affaires étrangères. 

L'Allemagne, en présence de la situation nouvelle, 



(1) A. Tardieu, Le mystère d'Agadir, pp. 44, 59, 74. 



— 29 — 

réclamait des compensations. Le. ministère fran- 
çais tombait le 24 juin; le 28, le ministère Caillaux 
était constitué et le 1 er juillet, à midi, l'ambassadeur 
d'Allemagne venait annoncer* à M. de Selves l'envoi 
du torpilleur Panther à Agadir. Le véritable mobile 
de cet « acte inamical *> était de montrer au nou- 
veau ministère que l'Allemagne entendait terminer 
au plus vite la conservation engagée, et y introduire 
un fait nouveau à son avantage. Mais l'Angleterre 
intervint alors, et par un discours de M. Lloyd 
George, enleva à l'Empire tout espoir de s'établir au 
Maroc (1). Cela mécontenta beaucoup une fraction 
de la presse germanique qui rêvait déjà un établis- 
sement dans le Sous et d'tijie base nSvale à Agadir. 
Ce n'est pas que les intérêts allemands au Maroc 
eussent beaucoup augmenté (la valeur des capitaux 
engagés et des maisons de commerce au Maroc était 
de 12.500.000 francs en 1905 ex le commerce alle-^ 
mand ne s'élevait de 10.000.000 en 1903 qu'à 
13.000.000 en 1910) (2). Mais les Allemands se 
croyaient déjà tout permis tant ils étaient imbus 
de leur supériorité et fiers de leur force. Après 
quatre mois de pourparlers, le 11 novembre 1911, un 
accord intervenait : dans la première partie de la 
convention, le Gouvernement allemand déclarait 



(1) 21 juillet 1911. Voir traduction de ce discours A. Tar- 
dieu, Le Mystère d'Agadir, p. 462: 

(2) Les intérêts français et les intérêts allemands au Maroc, 
C. Fidel, 1905. . ' • ' 



■» * 



— 30 — 

que, poursuivant au Maroc des intérêts économi- 
ques seulement, il n'entraverait pas Faction politi- 
que de la, France (1). En retour « des droits de pro- 
tection ainsi reconnus* sur PEmpire chérifien » (2), 
la France cédait à l'Allemagne 270.000 kilomètres 
carrés du Congo français. Et les Allemands n'étaient 
pas satisfaits. M. de Lindequist, qui avait succédé à 
M. Dernburg au ministère des Colonies, donnait 
sa démission. La question n'était pas encore réglée; 
lé principe de la liberté commerciale restait, pour 
l'Allemagne, un chapitre d'incessantes réclamations 
auxquelles la guerre seule a pu mettre un terme. 

Ainsi, c'est d'une manière brutale que l'Empire 
a pratiqué contre la France sa politique ambitieu- 
se et conquérante, mise en échëô par l'intervention 
de l'Angleterre. 

On verra maintenant l'Allemagne agir en Afri- 
que, en Turquie et en Extrême-Orient par des voies 
détournées : elle va se servir habilement de la pé- 
nétration économique pour poser ses jalons et 
n'avoir plus, ensuite, qu'à cueillir le fruit mûr. 



(1) Rouard de Gard, Traité et accords concernant le pro- 
tectorat de la France au Maroc, p. 12. 

(2) Id. f p. 13. 



— 31 — 



SECTION III 
L'Allemagne dans l'Afrique australe et centrale. 

* * 

Devant l'obstination de l'Angleterre, l'Allemagne 
avait renoncé en 1885 à la baie de Sainte-Lucie. 
Depuis lors, elle n'avait jamais abandonné ses 
visées sur les populations hollandaises du Trans- 
waal et de l'Orange. On se souvient du retentissant 
télégramme envoyé par Guillaume II au, président 
Kriïger en 1897 pour le féliciter d'avoir repoussé le 
raid Jameson. Lorsque les petites républiques en- 
trèrent en guerre contre le Royaume-Uni, l'Empire 
allemand leur envoya subsides .et munitions, mais 
n'osa pas intervenir plus efficacement que par un" 
discours du Chancelier. Les Boërs avaient oublié 
cet abandon et beaucoup d'entre eux se laissaient 
encore séduire par les fallacieuses promesses de 
^Allemagne. Le colonel Maritz s'était entendu 
avec le gouverneur du Sud-Ouest Africain pour 
fomenter une révolte dans l'Union sud-africaine, 
en cas de guerre anglo-allemande, et l'Empire espé- 
rait, à la faveur de ce mouvement, s'emparer des 
riches territoires diamantifères. Un embranchement 
stratégique du chemin de fer de Lûderitzbùcht à 
Keetmanshoop gagnait Kalkfontein dans les envi- 
rons du fleuve Orange, en direction de Prieskà, sur 
ie réseau anglais du Cap. Ces projets n'ont échoué 



— 32 — 

que grâce à la loyauté et à l'habileté du général 
Botha. 

L'Angleterre n'était pas seulement menacée dans 
le Sud : l'Allemagne allait s'opposer dans l'Afrique 
Centrale au grand projet du Cap au Caire : elle 
était sur le point de réaliser la première une voie 
transversale de l'Océan Indien à l'Atlantique. Pour 
asseoir son ambition elle s'attaqua à la France et 
chercha à s'immiscer dans le Congo belge et l'An- 
gola portugais. Le Cameroun, l'Afrique Orientale, 
le Sud-Ouest Africain étaient les trois points d'où 
sqn effort allait converger vers le Centre Africain. 
Le 4 novembre 1911, le traité franco-allemand ou- 
vrait à l'Allemagne deux portes sur le Congo belge : 
à Zinga, sur l'Oubangui, à Bonga, sur le Congo. 
Comment allait-elle essayer de réaliser ses aspira- 
tions? Quel serait son moyen de conquête? Un seul 
pouvait s'employer sans attirer brutalement l'atten- 
tion des intéressés : la voie ferrée, instrument de 
pénétration économique qui lui permettrait de se 
rendre maîtresse du commerce intérieur et prépa- 
rerait le chemin à la conquête politique. Depuis 
quelques années déjà la construction des chemins 
de fer était activement poursuivie au Sud-Ouest et 
en Afrique Orientale. Le 1 er février 1914 le rail 
allemand atteignait Kigoma, sur le Tanganyika, re- 
liant ainsi le Con^go belge à Dar-es-Salam, sur 
FOcéan Indien. La flotte allemande du Tanganyika 
assurait le monopole du commerce sur ce lac à la 
colonie de l'Est Africain. Par la ligne belge d'Albert- 



— 83 — 

ville à Kabalo, par le cours du Lualaba, par la ligne 
anglo-belge de Bakama à Kambove, le Katanga 
belge et ses richesses minières seraient drainés vers 
Dar-es-Salam, car le trajet ne durerait que trois 
ou quatre jours, alors qu'il en faut trente par la 
ligne du Congo vers Martadi. ; 

De Lobitobay, un consortium .anglo-portugais 
avait obtenu la concession d'une ligne vers Kam- 
bove, par Dilolo. Cette voie serait la plus courte.^ 
vers le Katanga et la plus économique puisqu'elle 
évitait le canal de Suez. L'Allemagne parvenait à 
s'entendre avec l'Angleterre pour se réserver l'An- 
gola comme zone d'influence. Elle obtenait une 
participation de 75 millions «clans la ligne projetée 
dont elle devenait ainsi maîtresse (1). Bientôt donc, 
de Dar-es-Salam à Lobitobay, l'Allemagne aurait 
eu son transafri«ain. De Tsumeb dans le Sud-Ouest, 
une ligne aurait été dirigée sur Mossamédés, une 
autre sur Kazoungoula, sur le Zambèze. Enfin, pour 
achever l'encerclement l'Allemagne, qui nous avait 
fait hypothéquer en 1911 notre droit de préemption 



(1) Voir sur ce sujet : C. Fidel, L'emprise allemande sur 
l'Afrique équatoriale et centrale (dans la *Revue des questions 
coloniales et maritimes, mars 1914) ; — Baron Hulot, Les pro- 
jets de V Allemagne, en Afrique (Bulletin de la Société de Géo* 
graphie, juillet 1915) ; — M. Salesâes, Les chemins de fer afri- 
cains (Bulletin de la Société de Géographie, avril et mai 1914,) ; 
— P. Alype, La provocation allemande aux colonies, p. 81 : « La 
politique des chemins de fer ». ^ 

3 



— 34 — 

sur le Congo belge, allait faire prolonger la ligne 
de Douala au Nyong, jusqu'à Ouesso d'un coté, de 
l'autre jusqu'à Zinga sur l'Oubangui, visant Nou- 
velle Anvers sur le Congo et rejoignant par ce 
fleuve le lac Tanganyika et la ligne de l'Afrique 
Orientale. Ces projets coiossaux ne doivent pas 
étonner. L'Allemagne les avait déjà réalisés en 
partie, et la rapidité avec laquelle elle l'avait fait 
semble prouver que leur achèvement n'eût pas 
tardé. En 1904, elle possédait en Afrique 500 kilo- 
mètres de voies ferrées, 1.988 en 1908, et 4.177 en 
1914, Avec le complément de ces travaux, l'Allema- 
gne se fut trouvée en possession du commerce de 
l'Afrique centrale et maîtresse absolue dé ses com- 
munications et de ses débouchés : l'emprise politi- 
que devait suivre fatalement cette invasion écono- 
mique. ' * 

Enfin, au moment de la marche sur Paris, alors 
que rien, * semblait-il, n'arrêterait l'envahisseur, 
l'ambassadeur d'Allemagne aux Etats-Unis dévoi- 
lait les visées de l'Empire sur nos colonies de 
l'Afrique du Nord (1). Telles étaient les ambitions 
germaniques sur le continent noir ! 



(1) Voir P, Alype, La provocation allemande aux colonies, 
pp. 143 et suiv. : « Le problème libérien et les visées alle- 
mandes ». 



— 35 



SECTION IV 
L'Allemagne et la Turquie. 

ï>ès 1$98* lors de sou voyage à Constantinople et 
à Jérusalem, Guillaume II plaçait les jalons de son 
influence eu Orient. Quand la Révolution jeune- 
turque eut déposé Ahdul-Hamid, '"les ingérences de 
Berlin devinrent plus faciles encore. Des officiers 
allemands allaient instruire l'armée turque. Von der 
Goltz était depuis longtemps chargé de sa réorga- 
nisation. Les secours financiers étaient accordés par 
les banques de l'Empire. A \a suite d'accords avec 
des Sociétés anglaises et françaises, l'Allemagne 
obtenait pour elle seule la ligne de Constantinople 
à Bagdad et Bassora, sur le golfe Persique, et la 
concession du port d*Aïexandrette sur la Méditer- 
ranée. C'était la main-mise absolue de l'Empire 
sur les riches territoires de la Mésopotamie, la 
liaison directe entre Hambourg, Berlin, Vienne, 
Constantinople, Bagdad et POcéan Indien. Mais la 
guerre d'Orient survenait; la Turquie fut vaincue 
et PABemagne vit se dresser devant son ambition 
le Monténégro, la Serbie et la Roumanie. Le désir 
de détruire cette Mgu^ hostile fut une des causes de 
la guerre européenne. Nonobstant eette barrière 
P Allemagne resserra son étreinte sur' la Turquie, 
farféodée économiquement a FEmpire, ayant livré 
asîfe au Gœben et &u« Breslau, ayan?t une araaéé 



— 36 — 

pleine d'instructeurs allemands, la Turquie se laissa 
conduire à la guerre. Aujourd'hui, par l'écrasement 
de nos alliés serbes, par la défaite, de la Roumanie, 
l'Allemagne a, de nouveau, la route libre vers la 
Turquie d'Asie ; celle-ci n'est plus qu'une dépen- 
dance de l'Empire; mais il est permis cl'espérer 
qu'il en sera bientôt de cette ambition coloniale 
comme des autres et que les Alliés couperont sur 
la route de Cohstantinople les tentacules germa- 
niques. 



SECTION V 
L'Allemagne en Extrême-Orient et sur les Océans. 

Avec son établissement de Tsing-Tao comme 
centre, .l'Allemagne avait essayé de rayonner dans 
la Chine du Nord. Une voie ferrée unissait Tsing- 
Tao à Tsinanfou sur le chemin de fer de Tien-Tsin 
à Nankin et tout le commerce du Chan-Toung con- 
vergeait sur le protectorat allemand. Néanmoins, 
cet établissement avait valu à l'Allemagne l'inimitié 
du Japon, et cette hostilité voisine et puissante por- 
tait ombrage à l'extension impériale. 

Dans les eaux du Pacifique, les archipels alle- 
mands servaient de points d'appui et de relâche. Les 
Samoa étaient une étape sur la route de Panama: 
mais le port d'Apia était concurrencé par celui de 
Papeete, capitale de nos établissements d'Océanie. 



;*-* 



H 



4 -if 



Aussi, cette ville ouverte fut-elle bombardée par 
l'escadre de von Spee! 

Personne n'ignore les projets pangermanistes 
sur la Hollande et ses colonies: les îles de la Sonde, 
ces îles merveilleuses dont les richesses excitaient 
la convoitise allemande. L'Indo-Chine devait nous 
être enlevée comme nos autres colonies. N'étions- 
nous pas un peuple en décadence et ne fallait-il 
pas transmettre nos possessions à la* Germanie ac- 
tive, généreuse, et protégée par son Vieux Dieu ! 



SECTION VI 
L'hégémonie mondiale. 

Ê 

L'Empire fondait encore de grands espoirs : sur. 
les masses de population germanique, émigrées au 
dernier siècle en Amérique, principalement aux 
Etats-Unis et dans le Brésil. Depuis son essor incon- 
testé, ces émigrés avaient resserré le lien, d'abord 
relâché, qui les unissait à leur pays d'origine. On a 
vu quelle était leur influence aux Etats-Unis pen- 
dant le conflit actuel. 

Ainsi, l'Allemagne étendait sur le monde les 
mailles d'un gigantesque filet; « elle pratiquait sa 
politique d'expansion, dit M. C. Fidel (1), à l'aide 



(1) C. Fidel, L'Allemagne d'outrertner. Grandeur et déca- 
dence, p*. 52. 



— 38 — 

d'une organisation perfectionnée de son exportation, 
d'une marine marchande puissante, d ? un réseau 
ntDndial de maisons de commerce, d'agences, d'im- 
portantes entreprises commerciales, industrielles, 
bancaires, de chemins de fer. Elle établissait dans 
certains pays particulièrement convoités son empri- 
se économique, en vue de préparer graduellement 
leur absorption politique, à l'abri de sa flotte de 
guerre et de son armée redoutables. 

Le temps n'était plus où l'on devait ménager les 
uns et les autres. Les Allemands disaient bien haut 
leurs ambitions par la voix des Mohr (1), des Hart- 
mann (2), des Rohrbach (3). Ils émettaient une 
théorie que M. Fidel formule ainsi : « Une grande 
puissance doit disposer dans différentes parties du 
monde de territoires d'une étendue proportionnelle 
au nombre de ses habitants et à sa force d'expan- 
sion (4)». LeDeutsche'Kolonialzeitung et la Kotonial 
Zeitschrift étaient les organes du. parti colonial. Ces 
feuilles, protestant contre les tarifs différentiels de 
nos colpnies, disaient : « Toute politique d'exclusion 
impose aux nations lésées le devoir de se tenir 



(i) Grosstaat und Weltpolitik, de P. Mohr, dans Mitteilnngen 
vom technischen Komitee, Berlin, 25 sept. 1910. 

(2) KrieQ oder Frieden mit England, de G. JHartmann, dans 
Koloniale Zeitschrift, -mars et avril 1912. 

(3) Warum deutsche Weltpolilik, de P. Rohrbach, dans Ber- 
liner Bœrsen Courier, 31 janvier 1914. 

(4) G. Fidel, L'Allemagne d'outre-mer, p. 42. 



. f- 39 w- 

prêtes et, en cas de nécessité, de conquérir par les 
armes la situation économique mondiale à laquelle 
leur donnent droit leur culture, leur industrie, tap? 
navigation et leur commerce (1). Il était impossi- 
ble, en de pareilles conditions, que le conflit n'écla- 
tât pas un jour prochain... 

Le conflit est venu : on va voir ce que l'Allemagne 
avait fait de ses colonies et comment la guerre 
coloniale, heureuse pour les Alliés, a fauché les 
ambitions de Ce peuple de proie. 



(1) C. Fidel, L'Allemagne d'outre-mer, pp. 49 et 50. 



CHAPITRE II 



Les Colonies allemandes. 



SECTION PREMIÈRE 



Le Togo. 



Le 5 juillet 1884, le docteur Nachtigal arborait le 
drapeau allemand sur la côte du Togo. Ses voyages 
précédents, en Afrique Centrale, avaient rendu cet 
explorateur célèbre, et il revenait chargé d'une 
mission d'Etat. Pour précéder les Anglais sur les 
dernières terres libres du golfe de Guinée, il fallait 
se hâter. Bismarck jugeait le moment opportun de 
déclarer le protectorat de l'Empire sur les côtes du 
Togo et du futur Cameroun où quelques comptoirs 
avaient été fondés par des négociants de Hambourg 
et de Brème. Le Royaume-Uni protestait contre 
cette prise de possession, mais il l'acceptait. Le pre- 
mier accord entre les deux Etats au sujet des 
limites de leurs terres contigues avait lieu en 1885, 



/ 



— 41 - 

après la 'Conférence de Berlin. Depuis lors des 
remaniements de frontières nombreux s'étaient 
succédés en 1886, 1894, 1900, 1901, 1904, 1909, soit 
avec la France, soit avec l'Angleterre. . 

Issu de ces négociations multiples, le Togo, en 
1904, mesurait 87.200 kilomètres carrés. De forme 
allongée, comptant 550 kilomètres du nord au sud 
et une moyenne de 150 kilomètres de l'est à Irouest, 
il était borné : au sud, par l'Océan Atlantique, à 
l'ouest, par la colonie anglaise de la Gold Coast, au 
nord et à l'est par le Dahomey. Il était situé entre 
les premier et troisième degré ouest du méridien 
de Paris et entre les sixième et douzième degrés 
de latitude nord, en pleine zone tropicale. Ses fron- 
Mières lui étaient très défavorables. Le fleuve Monu, 
qui le séparait du Dahomey, était possession fran- 
çaise sur les deux rives; les limites est et nord 
suivaient ensuite une ligne en grande partie arbi- 
traire; à l'ouest également, les Anglais avaient con- 
servé les deux rives du Volta; enfin, à quelque 
distance de la côte, la frontière quittait ce fleuve et, 
après ijn crochet artificiel, elle s'infléchissait à l'est 
et atteignait la mer à Lbmé, de telle sorte que le 
Togo avait à peine 50 kilomètres d'ouverture sur 
l'Océan. 

Les grands fleuves débouchaient tous en terri- 
toire étranger, tels le Monu et l'Oti, affluent du 
Volta; il n'y avait donc pas de voies de communica- 
tions naturelles directes entre l'hinterland et la 
côte. Néanmoins, le pays n'offrait pas de difficultés 



— 42 — 

insurmontables, étant d'un faible relief . La princi- 
pale élévation, court du sud-ouest au nord-est et 
dépasse rarement 700 mètres. Atakpamé, située au 
pied est des monts Togo, se trouve à 200 mètres 
d'altitude, Jendi et Sansané-Mangu, au nord-ouest 
et au nord, sont à 150 mètres 

Le pays offre ainsi trois régions distinctes : la 
zone CÔtière, la zone des montagnes et la zone 
nord. La côte est basse, d'un abord difficile. Elle 
renferme une lagune intérieure, le lac Togo : Il a 
fallu de gros travaux pour élever un wharf à Lomé. 
Le climat côtier est très sec. On explique ce phéno- 
mène par l'influence des courants marins froids 
qui, s'élevant des profondeurs, viennent à la surfa- 
ce, aux abords de la côte et condensent l'humidité 
des courants atmosphériques avant que ceux-ci aient 
atteint le continent. Les autres régions du Togo sont 
un peu mieux arrosées; cependant c'est un pays 
pauvre en pluies. L'aspect général du territoire s*en 
ressent. On n'y trouve guère que le srteppe tropical, 
planté de palmiers aux bords de l'Océan, et au delà, 
couvert d'herbes et de buissons ou parsemé d'ar- 
bres, parmi lesquels l'adamonia gigantesque. L'eau 
manque totalement pendant la saison sèche, d'oc- 
tobre à avril : les fleuves tarissent, sauf le Volta. 
Cela rend très mauvaises les conditions hygiéni- 
ques; c'est la porte ouverte à la dysenterie. Sous 
ce climat tropical, que le relief trop faible n'atté- 
nue* pas, la malaria sévit de façon endémique. Il 
faut lutter contre les moustiques, et là terrible tsétsé 
infeste la région côtière. * 



— 43 — 

La contrée la . plus saine est le district nord de 
Sansane-Mangu... plus arrosé, il eàt plus fertile et 
plus peuplé; libre de tsétsé; on y fait de l'élevage. 

Il est évident qu'un pareil climat n'est pas favo- 
rable à la colonisation blanche : à peine comptait- 
on au Togo, en 1916 : 363 blancs, dont 327 Alle- 
mands. La population indigène est au eo»traire 
relativement nombreuse. Elle s'élève à 1. 000.1000 
d'âmes, dont 229.000 dans la région du nord. Ce 
sont des nègres du Soudan et des nègres Bantous, 
teintés d'islamisme, du côté de. Sansane-Mangu. De 
toutes les populations côtières de l'Afrique Occiden- 
tale, c'est une des plus travailleuses et des plus 
intelligentes. Elle est très docile et demeure dans 
les villages assez bien tenus. 

Les ressources minières du Togo ne semblent pas 
abondantes. On a seulement découvert à Banjéli, 
près de Bassari, des couches de minerai de fer. Elles 
sont, paraît-il, à fleur de terre et renferment 50 % 
de métal. L'exploitation serait facile, la région étant 
peuplée; mais il faudrait que la voie ferrée soit 

m 

prolongée jusque-là. 

La faune est pauvre; l'élevage pratiqué m dans 
Parrière-pays, au nord, suffit aux besoins de la ré- 
gion. La principale richesse du TcTgo consiste dans 
les produits de son sol. La récolte de palme à huile 
y est satisfaisante sur la côte; la culture du maïs y 
fut très florissante, mais elle descendit aussi vite 
qu'elle avait monté. Le caoutchouc, le cacao, le 
sisal, le kola sont exportés en assez fortes quanti- 



r 



■ — 44 — 

V 

tés. Le coton y fut introduit par les soins du Comité 
colonial économique : rien ne s'oppose à son déve- 
loppement, sauf l'ignorance de la population. Seuls, 
les nègres peuvent travailler sous le climat du Togo, 
et comme ils. sont nombreux, s'ils. travaillaient à la 
culture du coton, du palmier à huile et du sisal, les 
résultats pourraient être très beaux. Dans ce but, 
le Comité colonial avait institué à Misahôhe une 
école d'agriculture où les nègres venaient s'ins- 
truire; un grand progrès consisterait dans le rem- 
placement de la pioche par la charrue pour le 
labourage; cela serait facile dans le nord où l'on 
fait l'élevage des bœufs. 

Les fleuves du Togo s'ouvraient tous en terri- 
toire étranger. Pour reconquérir le débouché des 
produits les Allemands ont construit un réseau de 
routes où l'on peut circuler à motocyclette et où le 
charroi peut se faire à l'aide de petites voitures à 
bras. liront été servis dans ce dessein par la faible 
altitude du pays. Mais ils ne se sont pas contentés 
de ce premier résultat et ils ont construit des voies 
ferrées. La première ligne dessert la côte sur une 
longueur de 45 kilomètres entre Lomé et Anecho 
par Bagida, Porte-Seguro, Kpme. Cette voie fut 
achevée en 1905. En 1907, on construisit Lomé à 
Misahôhe, d'une longueur de 123 kilomètres, et 
en 1911, Lomé à Atakpamé, d'une longueur de 160 
kilomètres. Cette dernière ligne demandé à être 
continuée, au moins jusqu'à Bassari, centre d'une 
foire importante, pour unir complètement l'arrière- 



-45- 

pays à la côte. Tel quel, le réseau routier et ferré 
rendait de grands services. 

Le Togo, dont la capitale était Lomé, était divisé . 

« 

en huit cercles administratifs, sous la haute auto- 
rité d'un gouverneur, assisté d'un conseil colonial 
purement consultatif. Les chefs de district étaient 
nommés par le gouverneur et reliés à la capitale 
par un réseau téléphonique. Deux stations de télé- 
graphie sans fil, Tune à Atakpamé, l'autre à Ka- 
mina, dans la même région, et que les Allemands 
croyaient ignorées de nous, avaient été construites. 
Deux officiers et.six gradés allemands formaient les 
" cadres d'une troupe de pblice de cinq cents indigè- 
nes. Le Togo se reposait sur la force arrtiée du 
Cameroun. Quand la guerre éclata le Togo était la 
colonie allemande relativement la plus prospère : 
elle était la seule à ne plus recourir à la subvention 
impériale pour équilibrer son budget. 

Voici une statistique montrant l'augmentation des 
recettes financières (1) : 

Recettes ordinaires. Subvention impériale. 

1901 1.000.000 de marks 500.000 marks 

1902 1.100.000 » 300.000 » 

1903 1.100.000 » l.lfo.OOO » 



(1) Dr Rohrbach, Das Deutsche Kolonialwesen, pp. 148 et 
152. — Les statistiques, citées d'après l'ouvrage du D r Rohr- 
bach, proviennent du Jahresbericht ùber die Entwickelung 
der deutschen Schutzgebiete, document officiel publié à Berlin, 
par Mittler. • 



— 46 — 



1904 

•m 


1;600.0ÛQ 


» 


néant 


1905 


1.100.000 


» 


» 


1906 


1,600.000 


» 


» 


19Q7 


1.800.000 


» 


» 


1908 


2,100.000 


» 


» 


1909 


2.600.000 


» 


>> 


1910 


2.500.000 


» 


» 


1911 


2.900.000 


» 


» 



Les chiffres suivants disent l'accroissement des 
voies ferrées : 

1905 45 kil. 

1907 168 kil'. 

. % 1914 331 kil. ayant coûtés à 

l'Etat 17.400,000 marks de participation ainsi ré- 
partis : 



1904 


2.700.000 


1905 


3.800.000 


1906 


900.000 


1907 


100.000 


1908 


2.200.000 


1909 


4.300,000 


1910 


3.300,000 


1*11 


100,000 



Quant au commerce du Togo, le tableau suivant, 
en marks, fera voir sa marche ascendante : 

Total. 

6.600.000 
8.400.000 

10,400.000 



1900 


Importations. 

3.500.000 


Exportations. 

3.100.000 


1901 


4,700.000 


3.700.000 


1902 


6.200.000 


4.200.000 



— 47 — 



1903 


6.100.000 


3.600.000 


9.700.000 


1904 


6.900.000 


3.600.000 


ÎO.500.000 


1905 


7.800.000 


4.000.000 


11.800.000 


1906 


6.400.000 


4.200.000 


10.600.000 


19>)7 


6.700.000 


5.900.000 


12.600.000 


1908 


8.500.000 . 


6.900.000 


15.400.000 


1909 , 


iiimooo 


7.400.000 


18.600.000 


)) 

1911 


)) 

» 


» 


)) 

23.600.000 ' 


1912 


)) 


)) 


26.700.000 



Une comparaison des chiffres globaux du com^ 
merce du Togo avec ceux du .Dahomey, comparai' 
son empruntée à M, C. Fidel, donnera une idée plus 
exacte de la capacité de ces pays(l). 

1905 1911 1912 

Togo 11,717.000 fr. 23.671.000 fr. 20-731 .000 fr. 
Dahomey 18.367.000 f r. 41.632.000 fr. 41.761,000 f r. 

Le Togo ne possédait ni l'étendue, ni les ressour- 
ces du Dahomey; mais il se développait régulière- 
ment. Les causes de cette prospérité résidaient dans 
la pénétration par les chemins de fer et dans l'abon- 
dance des produits du pays. Ceux-ci sont soumis à 
l'influence du climat et les années où l'on constate 
une baisse des exportations sont des années de sé- 
cheresse ; deux fois par mois le courrier allemand 



(1) .C. Fidel, V Allemagne cT outre-mer, p. 32. 






— 48 — 

passait à Lomé. Un câble spécial reliait cette ville 
à l'Allemagne et au Cameroun. Les nègres du Togo, 
très portés à user des produits de notre civilisation, 
faisaient d'assez gros achats, et c'est ce qui explique 
le chiffre relativement élevé des importations dans 
un pays où vivent à peine 350, blancs. Il ne faut ce- 
pendant pas négliger dans le total des importations 
le matériel qui servit à la construction et à l'exploi- 
tation des chemins de fer et qui forme un chiffre 
important. 

Le Togo se suffisait pour boucler son budget, et 
Ton fondait en Allemagne de gros espoirs sur l'ex- 
tension de la culture du eoton, du sisal, du kolatier 
et du palmier à huile. . En somme, si cette colonie ■ 
n'avait pas en elle-même un immense avenir, le 
partage de ses dépouilles viendra enrichir et para- 
chever la Gold-Coast anglaise et le Dahomey fran- 
çais. 



SECTION II 
Le Cameroun. 



t *• 



Quelques jours après avoir pris possession du 
Togo, le 14 juillet 1884, Nachtigal ^plantait encore le 
drapeau allemand sur la côte du golfe de Douala. 
Nouvelles protestations du Royaume-Uni. Non loin 
du golfe, sur les pentes du Mont Cameroun, s'élevait 
une ville anglaise, Victoria Station, et des mission- 



yil* 



- 49 -, 

naires anglais étaient établis depuis longtemps 
dans la région. Bismarck insistait, et les Anglais, 
alors occupés au Cap contre les Zoulous, cédèrent. 
Le 13 octobre 1884, le protectorat de l'Empire 
fut proclamé sur ce pays. Dès septembre de la mê- 
me année, un arrangement avec la France fixa en 
gros les limites sud du côté du Gabon. Le 7 mai 
1885, un traité avec l'Angleterre traça la frontière 
entre le Cameroun et la Nigeria, jusqu'à la rencontre 
du Cross River, à NsAiakanga. L'année suivante, 
on prolongea les limites jusqu'au Bénoué supé- 
rieur et le Royaume-Uni conserva Fimp'ortantc 
place d'Yola. En 1890 et 1894, la France et l'Angle- 
terre accordèrent à l'Allemagne une pointe de terri- 
toire jusqu'au Tchad. La France conservait Binder 
et Léré. Au nord-est de ces stations, la pointe du 
Cameroun allemand, qui s*étendait jusqu'au Chari, 
portait le nom de bec de canâf d, à cause de sa for- 
me bizarre. Vers l'Oubangui et le Congo français, le 
Cameroun était arrêté à Mbassaï et Koundé, et il re- 
joignait au sud-est la ligne frontière tirée du coin 
nord-est de la Guinée espagnole, à hauteur de 
Ouesso, au confluent de la Ngoko et de la Sangha. 
l'Espagne, en 1901, accorda à l'Empire allemand 
un droit de préemption sur l'île de Fernando-Po, 
située en face du golfe de Douala. En 1902 seule- 
ment, une mission allemande, commandée par le 
lieutenant Pavel, parvint enfin sur le Tchad. De 
nouveaux remaniements eurent lieu avec l'Angle- 
terre en 1903 et 1909; njais le Cameroun devint 

4 



* 



-50- 

pour 1* Allemagne un sujet de disputes avec la 
France. Il faut remonter à l'origfne coloniale de ce 
conflit dont on a précédemment parlé à propos du ♦ 
Maroc et que le traité de 1911 vint clôturer — pour 
peu de temps. 

Le Congo «français était une colonie sacrifiée (1) ; 
quelques chiffres, mieux que de longs rapports, 
le montreront facilement. Notre effort s'était 
porté dans l'hinterland, au Congo moyen, sur. le 
Chari et FOubangui, mais^nous avions par trop 
négligé la région côtière. Nous n'avions même pas 
occupé le pays que- les traités nous avaient recon- 
nus : en 19Ô8, M. Albert Lebrun, alors ministre des 
colonies, était obligé de reconnaître ceci (2) : « 11 
y a deux ans, presque rien n'avait été fait au Congo. 
Au début de 1908, un cinquième à peine était oc- 
cupé». -De 1895 à 1911, la métropole avait donné 
423 millions, dont 17?Td'emprunts garantis, à l'Afri- 
que occidentale, et 79 millions seulement, dont 21 
d'emprunts garantis, à l'Afrique équatoriale. La 
première. avait 12.500 hommes de troupe, la secon- 
de 5.460. Au Gabon, en 1904, il n'y avait qu'une 
seule compagnie de tirailleurs. Ainsi, 20 ans après 
l'Acte de Berlin, nous n'avions encore pas occupé 
notre domaine équatorial. Oj% depuis 1899, le Gou- 
vernement avait concédé à la compagnie de la 



(1) A. Tardieu, Le mystère d'Agadir, p. 163. 

(2) Chambre des députés, 14 décembre 1911 



— 51 — 

Ngoko-Sangha un vaste territoire limitrophe du 
Cameroun allemand, en lui en garantissant la jouis- 
sance et le monopole et en réservant à la colonie 
les charges de la police générale du territoire. On 
vient de voir que celle-ci était inexistante. Il arriva 
ce qui devait arriver, surtout* avec des^voisins com- 
me lès Allemands. Dès 1899 et 1900, ceux-ci envahi- 
rent notre colonie dans la région de la Ngoko, sur 
une étendue de 600.000 hectares, et plus à l'ouest, 
dans le bassin de l'Ivindo, sur une étendue de 
2.000.000 d'hectares. Ils établirent là 35 factoreries, 
vivant à plu* de 100 kilomètres à l'intérieur de nos 
terres et faisant prendre aux récoltes le chemin du 
Cameroun. Cette région, très riche en caoutchouc, 
était absolument dévastée, car, fc incertains du lende- 
main, les pillards coupaient totalement les lianes et 
les tiges, pour avoir une récolte plufr abondante. 
En 1904, se produisit l'incident de Missoum-Mis- 
soum, où six de nos tirailleurs trouvèrent la mort. 
Au cours de ces escarmouches, on saisit la corres- 
pondance de quelques Sociétés allemandes : « Le 
pays est français, écrivait un employé; mais si les 
Français viennent, ce seront sans doute des com- 
merçants qui, n'ayant pas de sextant, ne pourront 
pas prouver aux Allemands qu'ils sont en territoire 
f rançais (1) » . Et un autre-: «Cette situation ne 
durera guère : alors, profitez-en et ramassez tout ce 



(1) Commission du budget, 19 décembre 1910. 



! 



— 52 — 

i 

que vous pourrez (1) » . La Compagnie de la Ngoko 
se plaignit et introduisit des recours en Conseil 
d'Etat. Le 30 mars 1905, le cabinet Rouvier, qui ne 
voulait pas « d'affaires », fit renoncer la Compagnie 
à ses recours, en augmentant ses concessions. Et ce- 
pendant, il ire s'agissait pas seulement de la viola- 
tion de droits privés, un territoire français avait été 
envahi; l'honneur national se trouvait engagé. 
Mais c'était si loin, en pleine Afrique; on préférait 
jeter du lest. Cette reculade ne porta pas bonheur 
au Ministère. Le lendemain, le discours de Guillau- 
me II à Tanger souleva l'orage marocain. Naturel- 
lement, l'envahissement allemand, devant notre 
faiblesse, continua, et le capitaine Cottes, en 1906, 
étant allé sur les liejix, fit. un rapport sensationnel 
qui fut définitivement reconnu exact après de péni- 
bles incidents (2). Les empiétements continuant sur 
son domaine concédé, la Compagnie fit de nouvelles 
réclamations. En 1908, un accord rectifia la fron- 
tière en faveur de l'Allemagne, sans mettre fin aux 
violations de notre territoire. Le Gouvernement 
avertit la Compagnie que les dommages devraient 
être payés désormais par l'Empire allemand, res- 
ponsable de ses nationaux; mais il ne fit rien pour 



il) Commission du budget, 19 décembre 1910. 

(2) P. Deschanel, Chambre des députés, 5 avril 1911, « Com- 
mission des affaires extérieures », 1er juillet 1908, Rapport 
Violette . 



— 53 — 

Soutenir ses revendications et l'obligea même à 
renoncer à un procès intenté à Hambourg. Ne 
voyant 'venir aucune solution, la Compagnie 

• 

s'adressa au Parlement. Devant l'intervention de 
la commission parlementaire des affaires extérieu- 
res, le Gouvernement se vit acculé. Que* faire ? Il 
ne voulait, ni se mettre sur les bras, exactement 
comme en 1905, une affaire désagréable, ni se dé- 
juger. L'accord franco-allemand du 8 février 1909 
au sujet du Maroc venait d'être signé. Le 15 mai 
suivant, ,on émit l'idée de l'étendre à d'autres 
régions. Le dernier paragraphe de l'accord conte- 
nait ces lignes : les deux Gouvernements « cherche- 
ront à associer leurs nationaux dans les affaires, 
dont ceux-ci pourront obtenir l'entreprise. » N'était- 
ce pas là le subterfuge désiré ? On amena la Com- 
pagnie de la Ngoko-Sangha à l'idée d'un consortium 
franco-allemand où l'on réglerait les dommages à 
N l'amiable. Le Gouvernement impérial accepta aussi 
cette solution, et,, immédiatement, constitua une 
Société qui se mit en rapport avec la Ngoko. De$ 
statuts furent élaborés. Alors intervint la lenteur 
de l'administration qui -réclama les dossiers pour 
leur vérification ; puis il fallut l'approbation des 
Chambres. Après avoir traîné l'affaire en longueur, 
malgré les rappels incessants du groupe allemand, 
la Chambre repoussa le projet de consortium, sous 
l'action d'une campagne de presse, menée de pair 
par les socialistes et par des intérêts anglais. Dans 
l'année qui suivit, d'avril 1910 en 1911, de nouveaux 



— 54 — 

• 

pourparlers furent engages au sujet d'un chemin de 
fer Congo-Cameroun, mais le Gouvernement fran- 
çais se montra définitivement hostile à ce projet. 
C'est sur ces entrefaites que, nos difficultés avec 
l' Allemagne au Maroc se renouvelant, donnèrent 
lieu à l'incident {l'Agadir, terminé le 4 novembre 
1911 par le Traité franco-allemand qui céda une 
partie du Congo français. Donc, si les Allemands, 
empêchés de s'établir au Maroc par l'intervention 
de l'Angleterre, se sont retournés vers le Congo, 
c'est parc # e que, depuis longtemps, devant l'inertie 
du Gouvernement français, ils en avaient oc(^ipé 
et exploité une partie considérable . et riche; c'est 
parce que, non seulement le Gouvernement fran- 
çais n'avait pas protesté contre cette usurpation, 
mais avait proposé un accord qui en couvrait les 
empiétements; c'est parce que l'échec de cette 
transaction n'avait pas mis un terme à l'invasion de 
nôtre colonie. Les fautes se paient et nous ne pou- 
vions, en 1911, que subir les conséquences des faus- 
ses manœuvres précéSentes. 

Voici le texte" de l'accord du 4 novembre 1911 
(2 e partie) : 

Article premier. — La France cède à l'Allemagne les 
territoires dont la limite est fixée comme il suit : la fron- 

* 

tière partira du côté de l'Atlantique d'un point à fixer sur 
la rive orientale de la baie de Monda, vers l'embouchure de 
la Massolié; se dirigeant vers le nord-est, lu frontière obli- 
quera vers l'angle sud-est de la Guinée* espagnole; ell^ 
coupera la rivière rvondo à son confluent avec la Djoua, 
suivra cette rivière jusqu'à Madjingo (qui restera française, 
et de ce point se dirigera vers l'est pour aboutir au con- 



— 55 — 

fluent de la Xgoko et de la Shanga, nu nord d'Ouesso; la 
frontière partira ensuite de la rivière Sangha, a un. point 
situé au sud du centre d'Ouesso (qui reste français) à une 
distance de six kilomètres au moins et de douze kilomètres 
au plus de cette localité, suivant la disposition géographique 
des lieux. Elle obliquera vers le sud-ouest pour rejoindre 
la vallée de la Kandéko jusqu'à son confluent avec la 
Bokiba. Elle descendra celle-ci et la Likpuala jusqu'à la 
rive droite du fleuve Congo. Elle suivra le fleuve Congo 
jusqu'à l'embouchure de la Sangha et de façon à* occuper 
sur la rjve du Congo une étendue de six à douae kilomètres, 
qui sera fixée suivant les conditions géographiques. Elle 
remontera la Sangha jusqu'à la Likouala-aux-Herbes, qu'elle 
suivra ensuite jusqu'au Botungo. Elle continuera ensuite du 
sud au nord, selno une direct-ion, à peu près droite jusqu'à 
Bera-Ngoko. Elle s'infléchira ensuite dans la direction du 
confluent de la Bodingué.et de la Lobaye et descendra le 
cours.de la Lobaye jusqu'à l'Oubangui, au nord de Mon- 
goumba. Sur la rive droite de l'Oubangui, et suivant la 
disposition géographique des lieux, le territoire allemand 
sera déterminé de façon à s'étendre sur un espace de six 
kilomètres au moins et douze kilomètres au -plus; la fron- 
tière remontera ensuite obliquement vers le nord-ouest, de 
façon à gagner la rivière Pâma en un point à déterminer, 
à l'ouest de son confluent avec le Mbi, remontera la vallée 
de la Pâma, puis rejoindra le Logone oriental à peu près 
à l'endroit où cette rivière rencontre le huitième parallèle 
à la hauteur de Goré. Ellle suivra ensuite le cours du Lo- 
gone vers le nord jusqu'à son confluent avec le Chari. 

Art. 2. — L'Allemagne cède à la France les territoires 
situés au nord de la limite actuelle des- possessions fran- 
çaises dans les territoires du Tchad et compris entre le 

m 

Chari à Test, et le Logone à l'ouest. 

Art. 3. — Dans le délai de six mois à compter de 
l'échange, des ratifications de la présente convention, une 
Commission technique, dont les membres seront nommés 
en nombre égal par les deux gouvernements français et 
allemand, déterminera le tracé de la frontière dont l'indi- 
cation générale résulte du texte des articles 1 et 2. Dans le 
délai de dix-huit mois à compter de la signature du procès- 



s» 



■ . _ 56 — , 

verbal des travaux de la Commission technique, il sera 
procédé, d'un commun accord et le plus rapidement pos- 
sible, à l'abornement des frontières, conformément audit 
procès-verbal, ainsi qu'à la désignation et à l'abornement 
des terrains loués à bail au gouvernement français, comme 
il est dit à l'article 8 -ci-après. 

Art. 4. — La Commission technique et les agents chargés 
de rabornement dont il est parlé dans l'article précédent 
pourront tenir compte, d'un commun accord, de la confi- 
guration, du terrain et des circonstances locales, telles que, 
par exemple, la facilité de la surveillance de la frontière 
ou la communauté de race de la population. Ils devront, 
autant que possible, faire suivre à la frontière les limites 
naturelles indiquées par les cours d'eau, et, dans le cas où 
la ^frontière couperait la direction des rivières, lui faire 
suivre la ligne du partage des eaux. 

Les procès-verbaux de la Commission technique et ceux 
des agents d'abornement ne seront définitifs qu'après rati- 
fication des deux gouvernements. 

Art. 5. -— Les présents échanges de territoires sont faits 
dans les conditions où ces territoires se comportent au mo- 
ment de la conclusion dû présent accord, c'est-à-dire à 
charge par les deux gouvernements de respecter les conces- 
sions publiques et particulières qui ont pu être consenties 
par chacun d'eux. Les deux gouvernements se communi- 
queront le texte des actes par lesquels des concessions ont 
été accordées. 

Le gouvernement allemand est substitué au gouvernement 
de la République française dans tous lès avantages, droits 
et obligations résultant des actes dont il est parlé ci-dessus 
au regard des sociétés concessionnaires qui passeront sous 
la souveraineté, l'autorité et la juridiction de l'Etat alle- 
mand. L T ne convention spéciale réglera l'application des 
dispositions ci-dessus. 

Il en sera de même pour l'Etat français au regard des 
concessions qui seraient situées dans les territoires qui 
passeront sous sa souveraineté, son autorité et sa juridiction. 

Art. 6. — Le gouvernement allemand n'apportera aucun 
obstacle à l'exploitation et à l'entretien; aux travaux de 
réparation et de réfection de la ligne télégraphique fran- 



m 



— 57 — 

çaise existant actuellement le long de l'Oubangui, et qui 
restera française sur tout son parcours au travers <^û terri- 
toire allemand. Les autorités allemandes pourront trans- 
mettre leurs communications par cette ligne dans des con- 
ditions qui seront réglées ultérieurement. 

Art. 7. — Si le gouvernement français désire continuer, 
au travers du territoire allemand, un chemin de fer entre 
le Gabon et le Moyen-Congo, et entre cette dernière colonie 
et rOubangui-Chari, le gouvernement n'y mettra pas obsta- 
cle. Les études ainsi que les travaux se poursuivront suivant 
les arrangements ç(ui seront faits, le moment venu, entre 
les deux gouvernements, le gouvernement allemand se ré- 
servant de faire connaître s'il voudrait prendre une part 
dans l'exécution de ces travaux sur son territoire. Si le 
gouvernement allemand désire continuer, sur les territoires 
français, un chemin de fer établi au Cameroun, le gouver- 
nement français n'y mettra pas obstacle. Les études ainsi 
que les travaux se poursuivront suivant les arrangements 
qui seront faits, le moment venu, entre les deux gouverne- 
ments, le gouvernement français se réservant de faire con- 
naître s'il voudrait prendre une part dans l'exécution de 
ces travaux sur son territoire. , « 

Art. 8. — Le gouvernement impérial cédera à bail 
au gouvernement français, dans des conditions à déterminer 
dans um a^cte spécial et en bordure sur la Bénoué, le Mayo- 
Kébi, et en* deçà, dans la direction du Logone, des terrains 
à choisir en vue de l'établissement des postes de ravitail- 
lement et de magasins destinés à constituer une route 
d'étapes. 

Chacun de ces terrains, dont la longueur sur le fleuve 
aux hautes eaux devra être au plus de 500 mètres, aura une 
superficie qui ne pourra pas dépasser 50 hectares. L'empla- 
cement de ces terrains sera fixé suivant la disposition des 
lieux. ' 

Si, dans l'avenir, le gouvernement français voulait établir 
entre la Bénoué et le Logone, au-dessus ou au-dessous, du 
Mayo-Kébi, une route ou une voie ferrée, le gouvernement 
impérial n'y ferait pas obstacle. Le gouvernement français 
et le gouvernement allemand s'entendront sur les conditions 
dans lesquelles ce travail pourrait être accompli. 



— 58 — 

Art. 9. — La France el l'Allemagne, désirant affirmer 
leurs bons rapports dans leurs possessions de TAfriqua 
Centrale, s'engagent* à n'élever aucun ouvrage, fortifié le 
long des cours .d'eau qui doivent servir à la navigation, 
commune. Cette prescription ne s'appliquera pas aux ou- 
vrages de simple- sûreté destinés à abriter les postés contre 
les incursions des indigènes. 

. Art. 10. — Les gouvernements français et allemand s'en- 
tendront pour les travaux à exécuter en vue de faciliter 
la circulation des bateaux et embarcations sur les cours 
d'eau dont la navigation leur sera commune. 

ART. 11..— En cas d'arrêt de la navigation sur le Congo 
ou TOubangui, la liberté de passage sera assurée à la 
France et à l'Allemagne sur les territoires appartenant à 
l'autre nation au point où ceux-ci toucheront ces fleuves. 

Art. 12; — Les deux gouvernements de France et d'Alle- 
magne renouvellent les déclarations contenues dans Tacte 
de Berlin du 28 février 1885 et assurent la liberté commer- 
ciale et la liberté de navigation sur le Congo et les affluents 
de ce fleuve, ainsi que sur ceux du Niger. En- conséquence, 
les marchandises allemandes transitant au travers du terri- 
toire français situé à l'ouest de TOubangui, et les marchan- 
dises françaises transitant à travers les territoires cédés à 
l'Allemagne ou suivant les routes indiquées à 'l'article 8, 
seront affranchies de tout droit. 

l T n accord conclu entre les deux gouvernements déter- 
minera les conditions de ce transit et les points de péné- 
tration. 

Art. 13. — Le gouvernement allemand n'apportera au- 
cune entrave au passage des troupes françaises, de leurs 
armes ou munitions, ainsi que de leur matériel de ravitail- 
lement paj- le Congo. TOubangui, la Bénoué. le Mayo-Kébi, 
ainsi que par le chemin de fer à construire éventuellement 
dans le nord du Cameroun. 

Le gouvernement français n'apportera aucune entrave au 
passage des troupes allemandes, <J.c leurs armes et muni- 
tions, ainsi que de leur matériel de ravitaillement par Je 
Congo, TOubangui, la Bénoué, le Mayo-Kébi et le chemin 
de îer à construire éventuellement de la côte à Brazzaville 
Dans Tun et l'autre cas, les troupes, si elles sont purement 



— 51) — 

indigènes, devront toujours être accompagnées par un gradé 
européen, et le gouvernement sur le territoire duquel les 
troupes passeront, prendra toutes les mesures nécessaires 
pour éviter qu'aucune difficulté soit opposée à leur pas- 
sage et pourra, au besoin, déléguer un agent pour les accom- 
pagner. Les autorités locales régleront les conditions dans 
lesquelles las passages de troupes se feront. 

Art. 14. — L'égalité de traitement pour le transport des 
personnes et des marchandises .sera assurée aux ressortis- 
sants des deux nations sur les chemins de fer de leurs 
possessions du Congo ou du Cameroun. 

Art. 15. — Le gouvernement français et le gouvernement 
allemand cesseront, à partir du jour de la cession réci- 
proque des territoires concédés à l'Allemagne par la France 
et à la France par l'Allemagne, d'exercer aucune sorte de 
protection et d'autorité ?ur les indigènes des territoires 
respectivement cédés par eux. 

Art. 16. — Dans le cas où le statut territorial du bassin 
conventionnel du Congo, tel qu'il est défini par Tacte de 
Berlin du 26 février 1885, viendrait à être notifié du fait 
de l'une* ou de l'autre des parties contractantes, celles-ci 
devraient en conférer entre elles comme aussi avec les 
autres puissances signataires dudit acte de Berlin. 

Ainsi l'Allemagne recevait un territoire de 
250.000 kilomètres carrés, peuplé de plus d'un 
million d'âmes, où les échanges s'élevaient de douze 
à quinze millions et qui rapportait à l'Afrique 
équatoriaîe près de trois millions de recettes. La 
valeur des terres abandonnées variait suivant les 
endroits. De la cote à Ouesso, et de Ouesso à La 
Lobaye, le pays est couvert par la forêt équatoriale ; 
c'est une contrée d'avenir, riche en bois, en caout- 
chouc, en ivoire, en huile de palmes. Une seconde 
région s'étend d'Ouesso jusqu'à Boriga, sur le 
Congo : elle est nue et marécageuse, peu fertile et 



- GO — 

peu peuplée. C'est d'ailleurs la plus petite : elle 
renferme- 50.000 kilomètres carrés seulement, et la 
première 80.000. Enfin, la troisième région, au nord 
de La Lobaye, couvre près de 150.000 hecatres. C'est 
un pays de terres légères, favorables à la culture et 
à l'élevage et habité par une population nom- 
breuse et intelligente. La France gardait la faculté 
de construire un chemin de fer entre le Congo et 
FOubangui, elle obtenait sur la route du Bénoué et 
du Mayokébi au Logone, des postes de ravitaille- 
ment, enfin la cession de 16.000 kilomètres carrés 
de la pointe du bec de canard, entre le Logone et 
le Chari. Malgré ces assurances de libre passage, le 
grand inconvénient de ce traité consistait dans les 
deux coupures qui, désormais, séparaient en trois 
tronçons notre Afrique équatbriale. Mais, en 1911, 
il était trop tard pour échapper à cette mutilation ; 
nous subissions le poids des fautes précédentes et 
nous évitions même, grâce à la réaction de l'opinion 
publique, d'abandonner aussi le Moyen-Congo. Pour 
l'Allemagne, l'intérêt majeur, outre les rïches ter- 

* ■ 

ritoires qu'elle acquérait; consistait dans le double 
accès au Congo et à l'Oubangui. Elle avait déjà ex- 
ploité ce premier résultat par l'article 16 de l'ac- 
cord, où elle nous avait forcé de renoncer à l'inté- 
gralité de notre droit de préemption sur le Congo 
belge en en soumettant l'exercice à la ratification 
des puissances signataires de Farte de Berlin. 

A la veille de la guerre, le Cameroun, ainsi com- 
plété par nos dépouilles, mesurait 750.000 kilomè- 



- 61 - 

très carrés et possédait 4.000.000 d'habitants. Par 
l'antenne de Bonga il atteignait Féquateur et tou- 
chait au lac Tchad au 13 e degré de latitude nord. Il 
s'étendait du 6 e au 14 e degré dé longitude est du 
méridien de Paris. On connaît les frontières qui le 
séparaient de nos possessions, au sud et à l'est, à 
la suite x de l'accord du 4 novembre 1911. A l'ouest, 
sur l'Atlaniique, ses côtes s'étendaient, au fond du 
golfe de Biafra, de la baie de Monda à l'entrée du 
golfe de Calabar, avec une interruption de 'plus 
d'une centaine de kilomètres appartenant à la Qui- 
née espagnole, qui formait une petite enclave dans 
la colonie allemande. Du golfe de Calàbar au lac 
Tchad, un§ ligne conventionnelle et le cours du 
Yadséram, tributaire du Tchad, séparaient le Ca- 
meroun de la Nigeria britannique, abandonnant à 
cette dernière l'importante place d'Yola, sur le 
Bénoué. Dans le voisinage immédiat de la côte, au 
nord, s'élève le puissant massif du Cameroun. IJ 
atteint 4.070 mètres d'altitude. Le golfe de Douala 
se dessine* ensuite profondément dans le littoral. 
Plusieurs fleuves côtiers s'y jettent, entre autres le 
Mungo et le Wuri. A marée basse, la plus grande 
partie de ce bassin n'est qu'un marécage. Un pro- 
fond chenal le traverse cependant, permettant l'ac- 
cès aux plus gros navires, jusqu'à l'embouchure du 
Wuri. Là, une barre de sable ferme l'entrée, iie 
laissant que six mètres de tirant d'eau ; et en amont, 
l'eau profonde continue jusqu'à Bouaberi, point ini- 
tial du chemin de fer, sur la rive droite du fleuve. 



— 62 — 

Avec peu de frais, pour améliorer le passage de la 
barre, on aménagerait là, à une demi-heure de 
Douala, un des meilleurs ports de la côte d'Afrique. 
Sur le rivage, au pied ouest du Mont Cameroun, 
s'élève Victoria, dont la rade est ouverte aux vents 
du large; sur les flancs de la montagne, en dehors 
de la région marécageuse, on a construit Huéa, qui 
est devenue la capitale, administrative du pays.. Les 
autres fleuves côtiers sont la Sanaga et le Njong. 
Kribi et Campo, à l'embouchure de la rivière dtf 
même nom, étaient les deux autres ports de l'ancien 
Cameroun : leurs rades sont trop exposées à l'Océan 
pour être sûres. Cocobeach, dans l'extrême sud, cédé 
en 1911, s'élève à l'embouchure du Mugi espagnol. 
Le territoire côtier est isolé du reste du puys, car 
de 50 à 75 kilomètres de l'Océan, de terr^pse en ter- 
rasse, le sol s'élève jusqu'au haut- plateau de l'inté- 
rieur et les fleuves sont coupés par des rapides et 
des cascades. Là commence aussi la zone de la 
forêt équatoriale (fui sépare les deux pays sur 100 
à 200 kilomètres de largeur. Dans le sud, cette 
forêt s'étend sur d'immenes espaces jusqu'à là fron- 
tière française. Elle est peu peuplée, mais extrême- 
ment riche en essences diverses et en caoutchouc. 
Dans son cours supérieur, le Njong étan^ navigable 
y trace une voie naturelle de pénétration. A l'ouest, 
les fleuves Boumba et Deha, qui forment le Ngoko 
et se joignent au Nana pour faire la Sangha, enfin 
les Likouala et la Lobaye ouvrent le pays vers la 
grande artère du Congo et de FOubangui. Ainsi 



— 63 — 

les terres marécageuses de la Sangha avaient une 
grande utilité comme moyen d'atteindre le Congo 
désiré. Ebelowa, Akoafin, Lomié, Moulundu, Djim- 
bé, Nola sont les principaux centres de cete région 
forestière. Le plateau intérieur s'élève dans le nord 
de la colonie, entre le cours de la Sanagà et du Lom 
et la frontière de la Nigeria. Il atteint 2.000 et 2.500 
mètres d'altitude. C'est une contrée riche et peu- 
plée. Sur son versant nord elle renferme le cours 
supérieur du Cross-River et donne naissance à 
quelques affluents du Bénoué. Elle est couverte 
d'une végétation herbeuse cfui atteint trois 
et quatre mètres de hauteur. On y trouve des places 
importantes : Ossidinje sur le Cross, Dchang, Ba- 
menda, Fumban, Tibati, Kontcha, et au nord-est, 
à l'endroit où le plateau s'abaisse et où rayonnent de 
tous côtés les fleuves, le Logone occidental vers le 
Tchad, La Lobaye vers l'Oubangui, le Nana vers le 
Congo, et le Lom vers la côte, on rencontre le centre 
de Ngaoundéré. Des extrêmes contreforts du pla- 
teau vers le nord, le regard plonge dans la plaine 
du Bénoué supérieur, et à l'est vers celle du Logone. 
Sur le Bénoué s'élève Garoua; dans le nord s'allon- 
geant vers le Tchad, la chaîne des Mandara se 
dresse. Les vallées des Logone, dès leur origine, sont 
très peuplées et fertiles; leur centre est le district 
de Kusseri près du Tchad. La région du Bénoué et 
les contrées avoisinantes du haut plateau et du 
Tchad forment le pays d'Adamaoua, l'un des plus 
riches, des plus denses, mais aussi des plus indépen- 
dants du Cameroun; 



u 



— 64 -X.- 

Cette colonie est soumise à un climat tropical très 
rigoureux. Il s'atténue quelque peu sur les hauteurs 
du nord-ouest, du côté de Bamendà; mais, alors, 
le froid nocturne descend parfois à 10° centigra- 
des. Sur la- côte, jour et nuit, il fait toute Tannée une 
chaleur étouffante. La masse volcanique du Grand- 
Cameroun concentre les nuages ; c'est un des 
endroits les plus arrosés du globe. Toute la région 
côtière s'en ressent et la période des pluies y est 
plus longue qu'à l'intérieur et plus abondante. La 
chaleur y est humide et malsaine, la malaria est 
à redouter. La tsétsé s'y trouve aussi, comme 
dans la zone des forêts. A mesure qu'on pénètre à' 
l'intérieur la période de sécheresse augmente; dans 
la région du Tchad les fleuves tarissent chaque 
année. La saison sèche s'étend de novembre à mars; 
septembre et octobre sont les mois pluvieux. Entre 
les deux périodes se glissent les tornades, orages 
brefs et violents. 

§ous ce climat peu favorable vivaient à peine 
i.500 blancs en 1910, dont 1.350 Allemands. Par 
contre, la population indigène s'élève à 4.000.000 
d'âmes, nègres bantous et nègres soudanais. Les 
régions les plus 'peuplées sont celles du plateau, et 
dans le nord, le pays d'Adamaoua. Les populations 
de la côte et de la forêt appartiennent à la race 
bantoue. Dans la forêt, H est encore des peuplades 
sauvages et antropophages; la tribu des Yaoundé 
est l'une des plus puissantes et des plus avancées. 
Sur la côte, les Doualas sont d'habiles commerçants 



* . 



«» 



p- 65 — 

intelligents et qui ont subi l'heureuse influence des 
missionnaires, soit évangéliques-, soit catholiques. 
Sur le plateau, le district de Bamenda renferme un 
quart de la population totale de la colonie. Fumban, 
capitale des Bamoums, est une ville de 20.000 habi- 
tants, ceinte d'un rempart qui a 12 kilomètres de 
tour. Le peuple des Bamuls est relativement avancé; 
il possède une écriture propre et s'adapte facile- 
ment aux mœurs européennes. Les nègres du Sou- 
dan, dans l'Adauiaoua, sont des fidèles de l'Islam. 
L'ancienne capitale était Yoja, devenue anglaise. On 
y trouve Garoua et Ngaoundéré. Le district de 
Garoua renferme 530.000 âmes et celui de Kusseri, 
près du Tchad, 430.000. Parmi ces populations 
beaucoup sont guerrières et supportaient mal lé 
joug allemand. De nombreuses petites révoltes se 
produisaient chaque année. Dans l'Adamaoua, fa 
tyrannie allemande, comprenant le danger, n'avait 
pas osé s'appesantir. 

Si le Cameroun renferme ^es richesses minières, 
elles n'ont pas encore été découvertes. La faune du 
pays est abondante. Les forêts sont peuplées de 
singes de grande espèce : gorilles et chimpanzés; 
de léopards, de serpents et, gibier plus important, 
d'éléphants; les fleuves cachent de nombreux alli- 
gators, y 

Une immense richesse réside dans les diverses et 
précieuses essences de la grande forêt équatoriale. 
Le caoutchouc qu'elle renferme est l'une des prin- 
cipales branches de l'exportation; malheuxeuse- 



5 



- 66 - 

ment, l'exploitation rapace l'a déjà fait disparaître 
des régions côtières. U se trouve encore en abon- 
dance à l'intérieur et surtout dans les terrains cèdes 
par nous en 1911. te palmier à huile pousse en 
grande quantité; on exporte chaque année pour 
plusieurs millions d'huile de palme et de noix de 
palme. Dans la région du Mont Cameroun, on a fait 
des plantations de cacaotier et de kikcia à caout- 
chouc; sur le plateau, on a essayé d'introduire la 
culture du coton. Celle-ci ne peut réussir sur la 
-côte à cause des pluies abondantes qui pourrissent 
la récolte, avant qu'elle ait séché. Sur le plateau, 
rien ne s'oppose à la réussite du cotonnier, à condi- 
tion'que l'on décide l'indigène à travailler et que 
l'on introduise la charrue comme au Togo. Celle-ci" 
aidera aussi aux progrès de la culture dans les 
ptaines du nord et du nord-est : le bœuf à bosse 
d'Adamaoua, dont on fait l'élevage, y servirait à 
la traîner en attendant l'importation de charrues à 
vapeur. Il ne peut être question de colonisation eu- 
ropéenne dans ce pays, même sur les hauteurs, et 
en tous cas le travail manuel n'y saurait, nulle part, 
être l'œuvre" du blanCwIl faut développer la popula- 
tion indigène pour qu'elle cherche, dans le travail, 
les moyens de subvenir à ses nouveaux besoins; 
mais cette pénétration, qui ne peut être que lente et 
ne doit pas s'imposer brutalement à des tribus nom- 
breuses et guerrières, est soumise, ainsi que le déve- 
loppement économique de tout le pays, à l'extension 
des voies de communication. 



t* 



— 67 — 

Les fleuves côtiers, à cause des rapides qui les 
coupent à quelque distance de l'Océan, sont im- 
propres à la navigation. Pour atteindre FAdamaoua, 
le Niger et le Bénoué peuvent servir, de même que 
le Congo et l'Oubangui, pour pénétrer au sud-est et 

à l'est de la colonie, en vertu de lalibre navigation 

» 

stipulée dans l'Acte de Berlin pour les bassins du 
Congo et du Niger. 

Ce sont là des voies détournées et longues :.il faut 
deux mois pour monter à Garoua par le fle'uve, un 
mois pour en descendre. Pour remédier à ces incon- 
vénients les Allemands ont sillonné de routes et de 
pistes l'étendue du Cameroun, permettant ainsi- un 
début d^exploitation. Mais, sur la plupart des rou- 
tes, le transport des marchandises doit se faire par 
porteurs, à cause de la tsétsé, ennemie mortelle de,s 
bêtes de somme. Ce n'est là qu'un premier stade. 
Un vaste projet de voies ferrées venait d'être conçu. 
Une première ligne était établie depuis quelques 
temps entre Victoria et Suppo, sur 43 kilomètres; 
c'est une ligne d'intérêt local, permettant l'exploi- 
tation des plantations du Mont Cameroun. Une 
deuxième, ligne avait été construite entre Douala et 
Dchang au pied des monts Manénguba, ouvrant le 
pays du haut Cross-River et la riche région de 
Bamenda. Cette voie devait être d'abord prolongée 
jusqu'à Bamoun, puis jusqu'à Garoua par Tibati 
et Kontcha ou ^Jgaoundéré. Elle était destinée à 
drainer tout le commerce du Tchad. De Douala à 
Dchang, elle mesure 160 kilomètres. Une autre 



y 



— 68 — 

ligne part de Douala, passe à Edea et atteint le 
Njong, au-dessus des rapides, au point où il com- 
mence à être navigable. Cette ligne devait se prolon- 
ger jusqu'à Widinienge et Moulundu : elle aurait 
desservi toute la contrée forestière et même notre 
région d'Ouesso. A Widimenge, un embranchement 
devait partir vers Yaoundé et Bertua : là, une ligne 
était projetée vers Koundé, Mbassaï et Gore et 
devait nous enlever tout le mouvement commercial 
du .Oua'daï et de la vallée du Chari, une autre vers 
rOubangui dans l'antenne allemande, au nord de 
Mongoumba. Celle-ci aurait emporté vers Douala 
tout le commerce du nord du Congo belge. De toutes 
ces lignes du sud et du centre, 293 kilomètres sont à 
peine construits : il nous appartiendra de les 
terminer. 

L'ancien Cameroun était divisé en 24 provinces; 
le siège du Gouvernement était à Buéa. M. de Put- 
kamer y fut longtemps gouverneur. Le pays était 
partagé en cercles administratifs et en commande- 
ments militaires. Douala possédait un tribunal co- 
Ipnial. Un conseil colonial assistait le gouverneur. 
Dans l'Adamaoua, une résidence militaire siégeait 
à Garoua, ayant la seule mission d'inspecter les 
chefs indigènes ou lamidos. X,a Schiitztruppe com- 
prenait 200 Allemands et 1550 Indigènes; les forces 
de police 40 Allemands et 1.250 indigènes. Le Came- 
roun avait encore recours aux subventions impéria- » 
les pour équilibrer son budget (1) . 



(1) Rohrbach, op. cit., pp. 148-152. 



- 69 - 





Recettes propres. 


Subvention in 


ipérialo. 


1901 


1.200.000 marks 


1.900.000 marks 


1902 


1.800.000 


)) 


2.300.000 


» 


1903 


2.000.000 


» 


2.000.000 


» 


1904 


2.400.000 


)) 


1.800.000 


» 


1905 


2.800.000 


)) 


2.700.000 


» 


1906 


N 3.500.000 


)) 


2.900.000 


» 


1907 


4.600.000 


)) 


3.200.000 


» 


1908 


4.400,000 


)) 


3.100.000 


» 


1909 


5.700.000 


)) 


. , 2.400.000 


» 


1910 . 


4.800.000 


» 


2.400.000 


» 


1911 


5.200.000 


» 


2.300.000 


» 



En 1912, ces recettes ont dû augmenter de plus de 
2 millions de marks, chiffres des recettes fournies 
par le territoire % que nous cédions. La marche ascen- 
dante des finances est la preuve des ressources 
abondantes que renferme le Cameroun. 
1 La contribution impériale couvrait les dépenses 
de la force armée. 

■ • 

Pour la construction des voies ferrées on accorda : 



en 


1908 


4.000.000 


» 


1909 


5.000.000 


» 


1910 


3.200.000 


» 


1911 


12.400.000 



Les statistiques commerciales; en marks, vont 
montrer le même essor : 





-• 


— 70 — 


/ • 


> 


Importations. 


• 

Exportations. 


Total. 


1900 


12.000.000 


4.300.000 


16.300.000 


1901 


9.500.000 


4.600.000 


14.100.000 


1902 


8.900.000 


5.300.000 


14.200.000 ,.. 


1903 


11.200,000 


7.100.000 


18^.300.000 


1904 


14.300.000 


, 9.000.000 


23.200.000 


1905 


17.700.000 


9.900.000 


27.600.000 


1906 


25.200.000 


11.000.000 


36.200.000 


1907 


23.800.000 


12.500.000 


36.300.000 


1908 


25.800.000 


10.900.000 


36.700.000 


1909 


33.900.000 


13.000.000 


47.000.000 


1910 


38.700.000 


20.800.000 


59.500.000 


Ï911 


36.646.000 


26.563.000 


63.209.000 


1912 


42.801.000 


29.045.000 


71.846.000 



Le commerce total a presque quintuplé en 12 ans; 
les plus grosses exportations sont celles du caout- 
chouc, de l'huile de palme, de la noix de palme, du 
cacao, enfin, de l'ivoire. Toutes ces ressources doi- 
vent augmenter à mesure que les voies de commu- 
nication permettront l'accès et l'exploitation du 
pays. Quant au cotonnier, il peut être cultivé sur le 
plateau intérieur. 

Il faut comparer maintenant les chiffres globaux 
du commerce du Cameroun avec ceux de l'Afrique . 
équatoriale française (1) : 



i 



(}} C. Fidel, L'Allemagne d'outremer, p. 32, 



- 71 - 

i 

1905 1911 1912 

Cameroun : 28.177.000 fr. 63.209.000 fr. 71.816.000 fr. 
A. E. F. : 24.984.000 » 47.039.000 » 48.923.000 » 

On sait les causes de cette différence de dévelop- 
pement. Le Cameroun est, en somme, *un pays 
d'avenir. Situé au débouché des régions centre afri- 
caines il commande nos possessions du Moyen- 
Congo, de rOubangui-Chari et du Tchad. Il serait 
nécessaire que le France le conservât à la conclu- 
sion de la paix. 



SECTION HI 
Le Sud-Ouest africain allemand. 

Cette colonie, comme son nom l'indique, était 
située sur la côte sud-ouest de l'Afrique, entre les 
17 e et 28 e parallèles de l'hémisphère austral, et à 
cheval sur le 15 e méridien est de Paris. Bornée à 
l'ouest par l'océan Atlantique, au sud par le fleuve 
Orange, à l'est par une ligne droite qui suivait 
d'abord le 17 e , puis le 18 e degré de longitude, au 
nord par les cours inférieurs du Cunéné vers 
l'Océan et FOkaWango vers l'est, elle mesurait 
830.000 kilomètres carrés de superficie. A l'extrême 
nord-est elle lançait une pointe de territoire jus- 
qu'au cours du Zambèze, à 50 kilomètres des chutes 
Victoria. Cette langue de terre s'appelait le bec de 



-73- 
Caprivi. Le Sud-Ouest africain allemand était en- 
touré au sud et à l'est par Jes pays britanniques du 
Cap et du Béchuanaland, au nord par l'Angola por- 
tugais. 

L'origine de l'emprise allemande remonte aux 
missions qui vinrent s'établir là, aux environs de 
1850. En 1882, le commerçant" Liideritz fondait un 
comptoir dans la baie d'Angra-Pequéna, depuis lors 
appelée en Allemagne, baie de Lûderitz. Il acqué- 
rait ensuite des territoires et réclamait pour eux 
la protection de l'Empire. Bismarck en profitait 
pour inaugurer sa politique coloniale et proclamait 
le protectorat allemand sur le Sud-Ouest, le 24 . 
avril 1884. En 1885 et 1886, des traités avec l'Angle 
terre et le Portugal réglaient les limites de la colo- 
nie. L'Allemagne se voyait forcée de renoncer à 
la baie de Sainte-Lucie, sur la côte sud-est, et 
l'Angleterre gardait une enclave commerciale 
sur la côte sud-ouest, c'était : Walfisch-Bay, ou 
la baie des baleines, le seul port convenable de 
cette côte inhospitalière. 

Les deux tiers du pays sont situés dans ïa zone , 
tropicale, et la caractéristique du climat, même dans 
le sud el sur les haust plateaux intérieurs, est une 
extrême sécheresse. Les vents d'est sont arrêtés par 
la chaîne des Dracken, sur la côte du Natal, et les 
nuages. du sud et du sud-ouèst se résolvent avant 
d'atteindre le continent. La côte, longue de 1.200 
kilomètres, est nue, désolée, déserte. Une morne 
étendue qui atteint en moyenne une centaine de • 



V 



- J3 — . 

kilomètres et s'élargit au nord, la suit dans toute sa 
longueur. C'est le désert de Namib forme de dunes 
de sable entre Lûderitzbucht et Wolfisch-Bay, de 
roches et de cailloux au delà. A l'est de cette bande 
de terrain où rien n'existe, le pays s'élève vers les 
hauts plateaux de l'intérieur qui atteignent 1.20U à 
1.500 mètres de hauteur moyenne et sont coupés 
par de nombreuses chaînes de moatagnes qui cul- 
minent à 2.700 mètres. Puis, toujours vers l'çst, le 
pays s'abaisse à nouveau vers le grand désert du 
centre sud-africain le Kalahari. Des deux déserts, 
vers le centre du pays, peu à peu apparaît la végé- 
tation ; mais jamais elle n'est riche, à cause de la 
sécheresse. Elle se montre sous forme de touffes 
d'herbes et de buissons d'épines, de prairies plus 
étendues au sud. Aux environs des cours d'eau seu- 
lement se rencontrent des forêts. Les rivières tar- 
risent durant une longue période ; il suffît d'un 
orage pour les rendre torrentueuses pendant quel-, 
ques heures. La période des pluies s'étend de dé- 
cembre à mars; elle est plus longue au nord. • 

L'Angleterre ayant gardé Walfisch-Bay, les Al- 
lemands avaient dû se contenter de Lûderitzbucht. 
Swakopmund, à l'embouchure du Swakop, au dé- 
bouché de la capitale Windhuck et des régions cen- 
trales, était dans une situation plus .favorable. D'as- 
sez importants travaux avaient été faits pour amé- 
liorer l^i rade; les navires ne pouvaient accoster 
encore à cause des fonds trop bas, et le débarque- 
ment s'opérait à l'aide de grandes barques plates, 
tireies par des chalands à vapeur. 



/ 

j 



-*- 74- — _ ' ' 

Dans le nord du pays, le plateau s'abaisse vers 
les fleiïves Kunéné et Okawango : la vallée de ce 
dernier est la seule région du Sud-Ouest où la cul- 
ture du sol soit possible sur une vaste échelle. La 
pluie est là, plus abondante qu'ailleurs; mais le 
climat tropical est malsain pour ^'Européen. Une 
population relativement nombreuse demeure dans 
ces plaines et déborde en territoire portugais. C'est 
le peuple des Owambos, estimé à 200.000 âmes; de 
la race des nègres bantous, les Owambos sont divi- 
sés en huit tribus fort soumises à leurs chefs. Ils 
cultivent leurs terres et sont industrieux : des pote- 
ries et des vanneries fines sont exportées par eux. 
Dans lés régions pauvres de J'esf rôdent des bandes 
de Buschmens; ces nègres sont sauvages et arriérés, 
ils semblent destinés à disparaître par leur 'inap- 
titude à se perfectionner. - 

Le centre du Sud-Ouest appelé Damaraland est 
une région très élevée. La capitale, Windhuck, y est 
située à 1.600 mètres d'altitude. De nombreuses 
Chaînes de montagnes rayonnent en tous sens- 
autour de ce point. Les pics Bismarck et Empereur 
Guillaume atteignent 2.700 mètres. Vers le nord, le 
relief diminue et le plateau s'abaisse progressive- 
ment. Il est creusé de cuvettes appelées vleys, qui 
se remplissent d'eau à la saison des pluies et la con- 
servent quelque temps. L'une d'elles est très impor- 
tante, bien qu'elle s'évapore presque complètement; 
c'est le bassin d'Etoscha. En s' évaporant, les eaux 
déposent du sel, et chaque année ïç Sud-Ouest peut 



— 75 — 

s'approvisionner de sel à Etoscha. C'était le pays 
des Hereros, dont la capitale, Okahandja, était si- 
tuée légèrement au nord de Windhuck. Les Hereros 
sont de beaux échantillons de la race nègre. Grands, 
bien bâtis, l'air intelligent, ils ne sont plus que 35 
à 40.000. Ils étaient un peuple de 80.000 âmes, divisé 
en tribus soumises à un seul chef. Ils s'adonnaient 
à l'élewige, seule source de richesse qui leur fut 
permise, l'agriculture étant rendue impossible par* 
la sécheresse. Leurs villages étaient formés de hut- 
tes, appelées pontocks, formées de clayonnage et 
de boue séchée. De bonne heure, les missionnaires 
avaient pénétré chez eux et les avaient convertis 
en grand nombre. Leur nourriture consistait en 
herbes. Leurs troupeaux ne servaient que pour les 
échanges et appartenaient aux tribus. Chaque indi- 
vidu participait à la richesse collective : ce qui ex- 
plique l'indépendance que les Hereros conservèrent 
longtemps. Parmi eux vivaient 30.000 Damaras; 
ceux-ci étaient une classe inférieure : ils étaient des 
serviteurs, des artisans. La principale voie de jonc- 
tion du pays intérieur avec la côte était la vallée du 
Sw^op. Dans le nord dii Damaraland, on rencon- 
tre des plaines couvertes par les curieuses huttes 
des termites. 

Le Namaland s'étend au, sud de la colonie v Les 
chaînes montagneuses s'y déroulent parallèles à la 
côte, interdisant son accès. Les vallées sont parcou- 
rues par le grand fleuve des Poissons et ses af- 
fluents. A part le grand Fischfluss, qui se jette dajis 



<& 



— 76 -* 

l'Orange, les autres rivières sont intermittentes; lés 
eaux s'infiltrent dans le sol et doivent suivre des 
parcours souterrains. Les vallées du Nosob et de 
l'Auob sont orientées vers l'intérieur du continent. 
Au sud, le fleuve Orange et ses deux rives appar- 
tenaient à l'Angleterre. Ici, comme au Damaraland, 
sévit la sécheresse et l'hçrbe seule pousse,' une herbe 
drue et bonne pour la pâture. Le peuple des Hotten- 
tots habite la région. Ils sont 15 à 20.000 et les 
principales tribus sont celles des Witbois et des 
Bondelswarts. Le centre des premiers est à Gibeon; 
les seconds se trouvent dans le sud, autour de 
Warmbâd. Ce ne sont pas des nègres : ils ont le 
teint jaune et le type mongol. On ne peut s'expli- 
quer d'où ils viennent. Ils sont petits, plus intelli- 
gents et plus cultivés que les nègres. C'était une 
race de pillards. Au lieu de pratiquer l'élevage, ils 
vivaient des razzias qu'ils faisaient chez les Here- 
ros. Autour de Rhéoboth se trouve la tribu des Bas- 
tards, issus du croisement des nègres avec les fem- 
mes bpërs. Ils sont à peine 3.000. On rencontre aussi 
dés Buschmens dans le Namaland. Les Allemands 
se sont trouvés au Sud-Ouest africain en face d'une 
population globale de 330.000 habitants.. En négli- 
geant- les Owambos qui habitent au nord un pays 
malsain où ils sont restés indépendants, on ne 
compte plus que 130.000 habitants pour la plus 
grande partie de la colonie. Sur ce chiffre, une cen- 
taine de mille de ces indigènes : les Hereros au cen- 
tre, les Hottentots au sud, jaloux de leur liberté, 



— 77 — 

riches et guerriers, suffirent pour s'opposer long- 
temps à la pénétration allemande. Des .Sociétés à 
Chartes s'étaient établies au Sud-Ouest. En 1895, 
Lùderitz céda ses droits à la Deutsche Kolonial- 
Gesselsehaft fur Sudwest Afrika. Ces sociétés pas- 
sèrent des traités avec les chefs indigènes et pour 
des sommes dérisoires s'emparèrent de gros avan- 
tages. Les nègres, avides des nouveautés qui leur 
plaisaient, se dépouillaient de leurs possessions 
comme de grands enfants. Le chef Herero d'Oka- 
handja, Samuel Maharero, abandonna peu à peu 
toutes les terres de sa tribu pour , satisfaire ses 
penchants. Ce Samuel Maharero était un beau nègre 
viveur et jouisseur, qui désolait les bons Pères mis- 
sionnaires par su conduite : il se révéla un chef 
habile et redoutable pendant la guerre. Peu à peu, 
quelques colons allemands Vinrent s'établir au Sud- 
Ouest. Les compagnies privilégiées ne voulurent 
point leur donner des concessions sur les terres 
qu'elles avaient acquises. Ils s'adressèrent à leur 
tour aux indigènes, et, pour de la verroterie, contre 
des carabines, ils obtinrent ce qu'ils voulaient. 
Ainsi, lentement, mais sûrement, les nègres se rui- 
naient et un moment viendrait où ils n'auraient' 
plus rien. Certaines tribus qui avaient cédé de 
nombreuses terres, une fois passé l'engouement 
des perles ou des fusils ainsi acquis, se trouvaient 
lésées et murmuraient contre les envahisseurs. Les 
missionnaires, qui se rendaient compte de la situa- 
tion, en avertirent le gouverneur. Jusqu'en 1892, 



— 78 — 

malgré la déclaration du protectorat de 1884, l'Em- 
pire allemand s'était entièrement reposé sur les 
Sociétés à Charte pour l'administration du Sud- 
Ouest. Depuis lors, un gouverneur avait été nommé, 
qui était assisté d'une troupe blanche d'un nombre 
infime, n'atteignant pas 500 hommes. Le gouver- 
neur, le général Leutwein, comprit les inquiétudes 
des missions et élabora un projet pour parer au 
danger pressant. Il s'agissait de déclarer inaliéna-" 
ble une grande partie des possessions indigènes 
qu'on appelait réserves, en laissant aux nègres 
toute latitude, d'habiter ou de vendre le reste de 
leurs terres. Ce projet ne fut pas compris des indi- 
gènes et suscita leur mécontentement. Les colons 
allemands n'en furent pas satisfaits également. Ce 
qu'ils voulaient, c'était l'expropriation complète des 
autochtones; ils considéraient les réserves comme 
des parcs de concentration où devaient être retenus 
les noirs. Ils accusaient le gouverneur de favoriser 
l'indigène à leur détriment. Une autre raison venait 
compliquer la situation. Les colons, comme les So- 
ciétés, avaient trouvé avantageux de vendre à crédit, 
aux Hottentots. Ils leur vendaient des armes, y trou- 
vant leur profit immédiat et ne voulant pas com- 
prendre le danger de ce commerce. Le gouverneur 
interdit ce trafic, et voyant dans la vente à terme 
une exploitation éhontée de l'indigène, les Euro- 
péens estimant très au-dessous de leur valeur les 
bêtes amenées en paiement, il l'interdit aussi et 
déclara que foutes les dettes des indigènes, non 



-79- 

payées dans le délai d'un an, seraient périmées. 
Nouveau mécontentement des colons. Cette mesure, 
comme celles des réserves, devint une cause de la 
révolte. Pour être payés avant le terme fixé, les 
colons violentèrent les populations et les troubles 
éclatèrent. Leutweih, accusé d'avoir laissé couver 
l'insurrection par la faiblesse de sa politique, dut 
céder le commandement des troupes au général de 
Trotha. 

En 1892, on avait dû diriger une petite expédi- 
tion^ contre les pillards Hottentots de Hendrick 
Witbois; surpris et battu, ce Chef avait signé la paix 
et s'était, depuis lors, montré favorable aux Alle- 
mands. Il ne se joignit aux révoltés que dans la 
seconde période de la guerre. Celle-ci éclata sou- 
dain vers la fin de 1903 dans le # sud de la colonie, 
chez les Bondelswarts. Un lieutenant allemand qui 
malmenait un chef de tribu, Abraham Christian, 
pour le vol d'un mouton, fut tué. La révolte se pro- 
pagea dans toute la région. Ce fut une guerre 
d'embuscades, pénible, dans un pays sans eaux et 
sans ressources. Le fameux chef Morenga, après 
avoir capitulé, réapparaissait soudain à la tête 
" d'une nouvelle bande de guerriers. Les quelques 
troupes disponibles ayant été attirées dans le sud, 
Samuel Maharero, chef Herero d'Okahandja, dé- 
cidait de se joindre aux révoltés. Il donnait des 
ordres dans le plus grand secret, et en janvier 1904, 
tous les Allemands isolés du Damaraland étaient 
assassinés : Anglais, Boërs, Hollandais n'avaient 
rien à redouter du soulèvement. 



• 

• 



— 80 - 

~ En Allemagne, l'opinion publique ne s'était pas 
encore intéressée à la politique coloniale (1). Au 
Reichstag, on demandait toujours la réduction au 
minimum des dépenses coloniales. Quand on sut 
l'ampleur de la révolte ce fut un moment de^stu- 
peur; puis, l'honneur national se trouva engagé 
dans la lutte; on ne recula plus devant l'envoi de 
troupes nombreuses. Il fallait se rendre maîtres des 
coupables, leur montrer la force de l'Empire et les 
châtier sévèrement. On intéressa le public aux dures ^ 
fatigues des* troupes dans cet immense pays aux 
communications difficiles. L'opinion fut gagnée et 
soutint le Gouvernement. Cette guerre lui avait fait 
comprendre que les colonies étaient nécessaires à 
la grandeur de l'Allemagne, qu'elles étaient les 
^assises d'une politique mondiale, une branche du 
plan pangermaniste. Ainsi, quand en 1906 le 
Reichstag refusa les crédits coloniaux réclamés par 
le chancelier, toute la presse soutint la ferme poli- 
tique de l'Empereur, qui proclama la dissolution de 
l'Assemblée. Pour lutter contre les Hereros et les 
Witbois, il fallut envoyer des troupes de la métro- 
pole. Il fut nécessaire d'amener §u Su<J-Ouest un 
effectif de 15.000 hommes. Une ligne de chemin de 
fer avait été construite en 1902 entre Swakopmund 
et Windhuck. Les Hereros essayèrent de la détrui- 
re; mais ils furent peu à peu refoulés grâce aux 



(1) Dr Rohrbach, Bas Deutsche Kolonialwesen, pp. 15 et suiv. 



— 81 — 

renforts successifs. En août 1904, ils étaient acculés 
au nord, à Waterberg, et livraient une grande ba- 
taille aux Allemands. Ifc soutinrent le choc pendant 
deux jours, puis s'enfuirent dans le désert de l'est 
avec leurs troupeaux, leurs femmes et leurs en- 
fants. Ils périrent de soif en grand nombre et les 
vainqueurs ne les épargnèrent pas. Le général de 
Trotha mena impitoyablement la répression. Il 
fallait détruire cette race rebelle qui s'opposait à 
la pénétration allemande; on fit si bien que, sur 
80.000 Hereros, il n'en survécut pas la moitié. Cette 
hécatombe fut funeste aux massacreurs; ils man- 
quèrent de main-d'œuvre par la suite. A la fin de 
1904, les Hereros, qui avaient mis en ligne huit 
mille guerriers armés, n'étaient plus à redouter. Il 
n'en fut pas de même chez les Hottentots : Witbois, 
Bondelswarts luttèrent sans relâche pendant deux 
ans encore. Ils firent aux Allemands une guerre 
de surprisçs, d'embuscades, capturant leurfe petits 
postes, enlevant leurs convois. Mais Hendrick Wit- 
bois fut tué dans une rencontre, et les partisans de 
Morenga se lassèrent et firent leur soumission. Le 
31 mars 1907, la cessation de l'état de guerre au 
Sud-Ouest était proclamée par le général de Linde- 
quist qui avait remplacé de Trotha. 

Pendant la durée de la révolte, les Bastards 
étaient restés soumis et les Owambos n'avaient pas 
bougé. En 1914 encore, les Allemands n'avaient pas 
osé .pénétrer chez ces derniers, craignant* le soulè- 
vement de leur nombreuse population. Le reste des 

' 6 



— 82 -* 

tribus vaincues fut soumis à un régime sévère. Sans 
autorisation du gouverneur les indigènes ne pou- 
vaient plus posséder ni terres, ni troupea.ux. Sans 
passeport ils ne pouvaient séjourner dans un dis- 
trict ni passer dans un autre. Ils étaient ainsi livrés 
à la merci des colons blancs et contraints à travail- 
ler pour eux. 

Ceci amène à la question de la colonisation alle- 
mande au Sud-Ouest. Si lé climat est sec sur les 
hauts plateaux du Damaraland et du Namaland, 
il est aussi très sain. La température y est 4:rès sup- 
portable. Même en hiver les journées sont tièdes, et 
en été la chaleur ne dépasse pas 35 degrés en 
moyenne. L'air est si pur, aux environs de Win- 
dhuck, qu'on y avait installé des sanatbria. Voulant 

• 

conduire l'émigration allemande sur un sol où elle 
resterait soumise à l'Empire, la Deusiche Kolonial 
Gesselschaft faisait de la réclame pour le Sud-Ouest 
africain. En 1903 on y comptait 3.000* colons; en 
1911, 12.500; en 1914, 15.000, en très grosse majorité 
allemands* C'était un piètre total, mais qui s'expli- 
quait facilement. 

La seule ressource du colon est l'élevage. Il doit 
être fermier et se livrer à l'élevage extënsif : c'est 
à peine s'il peut, sur ses vastes hectares, cultiver de 
quoi suffire à sa propre subsistance. Il faut donc 
qu'il arrive là-bas avec 30.000 francs d'avarices au 
minimum pour l'achat du terrain et des bêtes 'et 
pour^couvrir ses frais des deux premières années : 

« 

or, peu d'émigrants ont une pareille somme à leur 



— 83 — 

X 

disposition. A la veille de la guerre, on comptait au 
Sud-Ouest 1.250 fermes et quelques cent mille mou- 
tons, chèvres, vaches' et bœufs. Les Allemands es- 
péraient dans un avenir rapproché se ravitailler 
dans leur colonie en viande frigorifiée. Ce qui avait 
augmenté le courant de l'immigration, c'était la dé- 
couverte des mines de cuivre d'Ottawi et de Tsumeb, 
puis, en 1908, celle des champs de diamants. 

De toutes les possessions allemandes, c'est le Sud- 
Ouest qur renferme le plus de colons venus de la 
mëre-patrie et, bien que leur nombre soit infime, 
ils avaient réussi à se faire donner un semblant de 
Selft-Governement. Un conseil du pays, à moitié 
électif et à moitié choisi par le gouverneur, avait 
voix purement consultative. Le gouverneur était 
tenu de lui faire part du projet de budget, et c'était 
tout. Les communes venaient d'être récemment or-, 
ganisées : la coloniç leur avait cédé des terres. Au- 
dessus des communes, le Sud-Ouest était divisé en 
districts, administrés par des assemblées élues par 
ses colons. Ces assemblées de district choisissaient 
une moitié des membres du conseil du pays. 

Les ressources de* la colonie avaient beaucoup 
augmenté depuis la découverte des mines. A Ottawi 
et Tsumeb, au nord du Damaraland, on exploitait 
d'importants gisements de cuivre. Les champs de 
diamants avaient été trouvés dans le xlésert de Na- 
inib, aux environs de J^uderitzbucht, lors de la cons- 
truction du chemin de fer. Ils s'étendent très loin 
vers le nord. Leur exploitation avait déjà donné de 



\ 



i 



— 84 — 

beaux résultats. Généralement, les diamants de Na- 
mib sont d'une belle eau, mais petits. Le Sud-Ouest 
avait produit : en 1911 pour 25.486.100 francs de 
diamants; en 1912 pour 32.577,300 francs; en 1913 
pour 53.828.250 francs. Sur ces ventes la part de la 
colonie .était considérable : elle atteignait 18.750.000 
francs en 1914. De l'or existe aussi dans la chaîne 
de l'Ugab, près de la station de Franzfontein. La 
faune comprend les moutons, les chèvres, les va- 
ches et les bœufs dont on fait l'élevage, ainsi que 
des autruches et des « antilopes. Il faut se défier 
des chacals et des léopards qui pullulent. 

Pour asseoir leur domination autant que pour 
mettre le pays en valeur, les Allemands avaient 
construit au Sud-Ouest africain un important ré- 
seau ferré. En 1902, une ligne unissait Windhuck à 
la côte. On fut obligé de la refaire, les pentes étant 
trop fortes et l'écartement de rails faible. Pendant 
la révolte on constata l'utilité qu'il y aurait à être 
desservi par un bon réseau. On se mit au travail et 
l'achèvement des projets fut poursuivi avec téna- 
cité. Le Sud-Ouest possédait 2.165 kilomètres de che- 
min de fer, dont 1.262 à voie de 1 mètre 067, comme 
au Cap, et 903 à voie d* nîetre 60. De Swàkop- 
mund, une ligne desservait au nord Ottawi et Tsu- 
meb. Un embranchement l'unissait à Karibib à la 
ligne de Swakopmund à Windhuck. Au sud, Lîide- 
ritzbucht était relié à Keetmanshoqp et de Win- 
dhuck, par Rehoboth et Gibeon, la voie rejoignait 
Keetmanshoop et atteignait Kalkfontein, non loin 



J 



— 85 — 
du fleuve Orange. Ainsi l'union était faite de deux 

■ 

points de' la côte avec le centre du pays, et les com- 
munications étaient facilitées du nord au sud. Des 
travaux d'irrigation et des postés d'eau avaient été 
faits en grand nombre. 

Le Sud-Ouest est la colonie qui a coûté le plus 
cher à l'Allema 1 gne par les dépenses de la guerre 
et celles du réseau ferré. Voici, une statistique en 
millions de marks (1). 





Recettes propres. 


Subventions impériales. 


1901 


1,9 


9 


1902 * 


2,2 


7 


1903 


2,2 


10,2 


1904 


2,1 


108,1 


1905 


2,6 


166,6 


1906 


3,2 


134,4 


1907 


* 6,3 


139,2 


1908 


6,9 . 


144,7 


1909 


15,5 


16,3 


1910 


17,1 


14,4 


1911 


18,6 


11,4 



Ces chiffres permettent de constater les gros sa- 
crifices exigés pour couvrir les frais de la rébellion, 
entretenir l'armée, indemniser les colons. Ils mon- 
trent aussi la hausse des ressources propres, corres- 



(1) Bohrbach, op. cit., pp. 147 et 152. 



VO -*' S/ ' r 






î:nï 



. , .^ 






— 86 

pondant avec l'exploitation des champs de dia- 
mants. Aux subventions impériales il faut ajouter 
un crédit de 150.000.000 de marks voté en 1908 pour 
les chemins de fer du Sud-Ouest. 

Quel fut, durant ce temps, le mouvement com- 
mercial de la colonie? C'est ce que va dire le ta- 
bleau suivant, en millions de marks. 



1 


Importations. 


Exportations. 


Total. 


1900 . 


7 


0,9 


' 7,9 


1901 


10,1 


1,2 


11,3 


1902 


8,6 


2,2 


10,8 




1903 


8 


3,4 


11,4 


1904 


10,1 


0,3 


10,4 


1905 


23,6 


0,2 


23,8 


1906 


68,6 


0,4 


69 


1907 


32,4 


1,6 


'34 


1908 


33,2 


7,8 - 


41 


1909 


34,7 


22,1 


56 


1910 


44,3 


34,7 


79 



Les importations avaient beaucoup augmenté du- 
rant la guerre, et les exportations étaient alors pres- 
que nulles. En 1910, grâce aux diamants de Namib, 
celles-ci sont passées à près de 35 millions de marks, 
et en 1912 elles dépassaient de 8 millions les impor- 
tations. 

Le Sud-Ouest africain était la colonie préférée 
des Allemands, en raison des sacrifices qu'ils y 
avaient consentis, par l'espoir qu'ils entretenaient 



- 87 — . 

d'y développer la colonisation, et comme point ' 
de départ de l'extension à venir de la puissance de 
l'Empire en Afrique. Un service régulier de naviga- 
tion l'unissait à la métropole. La Compagnie Woër- 
mann desservait la côte occidentale d'Afrique. 



SECTION IV 



fr'Est africain allemand. 



s 



C'est $u comte Behr-Bandelin et au D r Karl 
Peters que l'Allemagne devait cette vaste colonie. 
Ils fondèrent, le 28 mars 1884, la Gesselschaft fur 
deutsche Kolonisation qui se proposait : 1° la créa- 
tion d'un capital de colonisation ; 2° la recherche et 
l'acquisition des territoires propres à la colonisa- 
tion; 3° la direction de l'émigration allemande vers 
les pays acquis. Le D r Peters organisa une expédi- 
tion dans l'Usagara, pays voisin de Zanzibar. Il 
devait acheter là des terrains appropriés au but 
commercial et agricole poursuivi par la Société; ces 
terrains devaient être indépendants pour permettre 
à l'Allemagne d'y établir plus tard sa souveraineté. 
Au début de novembre 1884, sans s'attarder à Zan- 
zibar, Peters débarqua sur la côte d'Afrique. Là, 
pénétrant à l'intérieur dans l'Usagara, le Ngourpu 
et l'Ouklami, en l'espace de ttois mois, il signa 
douze traités avec les chefs indigènes qui lui fai- 
saient cession de leurs droits' moyennant une pro- 



• — 88 ^- 

tection aléatoire et dès rentes ridicules. Mais la zone 
côtière était sous la souveraineté nominale du Sul- 
tan de Zanzibar. L'autorité de ce primce ne s'exer- 
çait pas, en fait, au delà des pôFts; mais il suffisait 
qu'il en fut ainsi pour que les acquisitions de la So- 
ciété de colonisation allemande manquassent d'où- 
verture sur l'Océan. Peters revint à Berlin, où il 
eut à subir les critiques d'une partie de la presse, et 
où il fut couvert de louanges par ses partisans. Sur 
la proposition du ministre des affaireAtrangères, le 
27 février 1885, l'Empereur accordait à la Société 
une Charte impériale l'autorisant à exercer tous 
les droits découlant des traités, ainsi que la justice, 
mais sous l'autorité supérieure de l'Empire. Ce fut 
alors que Saïd Barghasch, sultan de Zanzibar, sur 
les conseils du consul anglais Kirk, envoya à Bis- 
marck unç protestation contre l'occupatdn des pays 
d'Usagara qui, disait-il, lui appartenaient. Une pe- 
tite troupe était débarquée sur le continent pour 
reprendre ces territoires. L'Allemagne ne s'émût 
pas.. Elle envoya une escadre à Zanzibar, sous le 
commandement de l'amiral Knor; le 11 août le sul- 
tan renonçait à ses réclamations, et le 29 septembre 
il donnait la jouissance du port de Dar es Salam 
aux Allemands. Un traité de commerce était signé 
le 20 décembre 1885. Dans le courant de l'année, la 
société de colonisation avait cédé la place à la 
Deutsch Ostafrikanische Gesselschaft, et Peters et 
ses lieutenants retournaient en Afrique agrandir 
leurs possessions. 



•* 



V 



Ils organisèrent onze expéditions, et, fidèles à leur 
tactique, passèrent encore des traités avec les chefs 
indigènes. Ils étendirent ainsi leur influence dans 
le sud jusqu'au Rufigi et à la Rovuma, dans le 
nord, jusqu'au golfe d'Aden. Sur le Tana, le pro- 
tectorat allemand avait été déclaré au Sultanat de 
Vitou, mais devant l'attitude de l'Angleterre Bis- 
marck ne le proclama pas sur tous les nouveaux 
territoires de la Société et il proposa aux Gouver- 
nements français et anglais la création d'une com- 
mission chargée d'examiner les droits du Sultan et 
de fixer les limites de ses Etats; celle-ci arriva à 
Zanzibar en décembre 1885. A la suite du procès- 
verbal des commissaires, des négociations s'enga- 
gèrent entre l'Angleterre et l'Allemagne qui abou- 
tirent à la Convention du 1 er novembre 1886. L'An- 
gleterre reconnaissait à la Deustch Ostafrika les ter- 
res du Rovuma au Tana et des sphères d'intérêts 
s'étendant jusqu'au lac Victoria et au lac Tanga- 
nyika. L'Allemagne adhérait à la déclaration franco- 
anglaise du 10 mars 1862 qui proclamait l'indépen- 
dance du Sultanat de Zanzibar. Sur le continent 
une zone côtière de dix milles de profondeur était 
reconnue à ce dernier. La négociation avait été 
favorable aux Allemands. Le 30 novembre 1886 ils 
fixaient, avec le Portugal, leurs sphères d'influen- 
ces dans l'Afrique du Sud. La Deustch Ostafrika 
était considérablement gênée par les territoires 
cô tiers du Sultan qui la clôturaient dans l'intérieur 
dçs terres. 



** 



« — w — „ 

Les Anglais obtinrent de Zanzibar la cession à 
bail de cette bande côtière, an long de leurs posses- 
sions, et le 28 avril 1888 le D" Karl Peters obtenait 
le même avantage pour sa société. Celle-ci pouvait 
donc, là aussi, lever les impôts et nommer les fonc- 
tionnaires; elle pouvait exiger des taxes d'entrée 
et de sortie sur tous les navires. La durée du bail 
était de cinquante ans, moyennant une rente an- 
nuelle proportionnelle à la valeur des recettes 
douanières. Bientôt, sur la côte, une insurrection 
éclata dans ,1a population mélangée de nègres, d'in- 
diens et d'arabes. Tous étaient mécontents • des 
impôts, des. droits d ? entrée et des procédés des fonc- 
tionnaires allemands. L'interdiction d'importer des 
armés et les efforts pour supprimer la traite- mirent 
un comble à l'exaspération de la population. Un 
arabe de Zanzibar, Buchiri ben Salem, se mit à la 
tête de la révolte. A la fin de 1888 la Deustch Os- 
tafrtkanische Gesselschaft avait vu détruire ses 
factoreries et ses plantations : tous ses efforts 
étaient à recommencer. Cette situation émut le 
Reichstag, qui vota, le 2 février 1889, un crédit de 
deux millions de marks destinés à supprimer la 
traite et à venir à bout des révoltés. Buchiri avait 
brûlé Pangani et Bagamoyo, lorsque le capitaine 
Hermann von Wissmann, commissaire du gouver- 
nement, arriva avec ses troupes. Il conclut, avec le 
directeur de la société, un arrangement destiné à 
fixer leurs attributions respectives, et, appuyé par la 
flotte de l'amiral Dernhart, il se lança à la pour- 



- 91 ~ 

suite des révoltés. Saadani, Uwindji, Pangani, 
Tonga tombèrent successivement aux mains des 
Allemands. Buchiri fut fait prisonnier et pendu. L,e 
6 avril 1890 l'insurrection était définitivement 
vaincue. La Compagnie de l'Afrique orientale pou- 
vait* se remettre au travail; mais le 14 juin 1890, un 
nouveau traité avec l'Angleterre lui enlevait quel- 
ques-uns des avantages reconnus précédemment en 
1886. Caprivi venait de remplacer Bismarck, et 
l'opinion, impressionnée par les dépenses causées 
par la révolte, se désintéressait de l'Afrique orien- 
tale. L'Angleterre en profitait, et, pour gagner la 
partie, abandonnait l'îlot d'Helgoland. Les deux 
puissances fixaient leurs frontières du nord et du 
sud. L'Allemagne renonçait aux visées de Peters 
sur l'Ouganda, au protectorat de Vitou, aux îles 
Patta et Manda, elle reconnaissait le protectorat- 
britannique* sur Zanzibaf, moyennant quoi le 
Royaume-Uni lui permettait de s'étendre jusqu'au 
Congo belge et de se faire céder l'île Mafia. Par une 
convention du 20 novembre 1890, la Deuts'ch Ost- 
afrikanische Gesselschaft voyait .limiter ses droits 
de souveraineté, et le Gouvernement allemand lui 
accordait en échange certains privilèges, surtout 
d'ordre financier, sur le territoire de la colonie. 
Néanmoins, la société, durant les années suivantes, 
fut arrêtée dans le développement de son œuvre de 
colonisation par une crise monétaire et par le man- 
que de main-d'œuvre. Elle possédait de droit tous 
les territoires sans maître; aussi, devant des deman- 



— 92 — 

des de concessions de particuliers et de sociétés 
commerciales nouvelles, le Gouvernement allemand 
était très embarrassé. Le 15 novembre 1902 le comte 
de Bùlow signait, avec YOstafrikanische* un nou- 
veau traité. Moyennant certaines stipulations finan- 
cières la Société renonçait aux privilèges qu'elle 
possédait, et en partie à son droit d'occupation et 
à ses redevances sur les mines. Depuis lors de nom- 
breuses firmes allemandes s'étaient établies dans la 
colonie, et quand, en 1894, le prince de Hohenlohe 
arrivait au pouvoir, Wismann revenait dans l'Est 
africain et soumettait de nouvelles tribus, créant 
des stations militaires jusqu'aux lacs. 

En 1914, l'Est africain allemand ou Afrique orien- 
tale allemande mesurait 995.000 kilomètres carrés 
de superficie, c'était la plus grande des colonies de 
l'Empire, On Évaluait sa population au chiffre de 
7 à 10 millions d'âmes. L'Est africain alfemand était 
situé entre les premiers et 12 e degrés de latitude aus- 
trale, entre les 27 et 38 e degrés de longitude est du 
méridien de Paris. Il était borné à l'est, du cap Del- 
gado au port de Tonga, par l'océan Indien; de la 
côte, à hauteur d\i 4 e degré de latitude, une ligne 
droite le séparait de l'Afrique orientale anglaise, 
qui laissait à l'Allemagne le massif du Kilimandjaro 
et atteignait le lac Victoria au croisement du pre- 
mier degré. Ce premier degré se confondait avec 
la frontière depuis la rive est du lac Victoria 
Nyanza jusqu'à un point situé au nord du lac Al- 
bert Edouard. La frontière traversait ensuite le lac 



— ** 



— 93 — 

Kivou, suivait son déversoir, traversait le lac Tan- % 
kanyika et Nyassa ; puis, de la rive est de ce dernier, 
rejoignait le cours de la Rovuma. Au nord-est et 
au" nord, l'Est africain allemand touchait à l'Afri- 
que orientale anglaise, à l'ouest au Congo belge, 
au sud-ouest à la Rhodésia britannique, au sud au 
Mozambique portugais. 

Ce -pays comprend deux zones distinctes : la ré- 
gion cotière v et le plateau intérieur. La première, 
très étroite dans le nord, s'élargit vers le sud jus- 
qu'à cinq cents kilomètres de l'océan Indien. Ge 
n'est pas Une contrée uniformément basse et plate; 
elle renferme d'assez fortes différences de niveau 
et quelques montagnes isolées comme le mont Ulu- 
guru. Le plateau s'élève ensuite, soit en pente douce, 
avec des élévations plus brusques dans la région du 
Nyassa, soit d'un seul jet comme aux monts Uts- 
chungwe, soit par des chaînons successifs. Une pre- 
mière dépression coupe ce plateau du nord au sud; 
elle s'étend de l'Afrique orientale anglaise au lac 
Nyassa, on y trouve, au nord, les lacs Natron et 
Manjàra. La région de Kilimatinde est située dans 
ce fossé. Le plateau se redresse pour ne plus s'abais- 
ser insensiblement que vers le lac Victoria au nord 
et vers le lac Tanganyika à l'ouest. Il porte encore 
de curieuses cuvettes sans écoulement, telles au nord 
celle du lac Njarasa, au sud-ouest celle du lac Ruk- 
wa. Ce dernier est tantôt à sec et tantôt long d'une 
centaine de kilomètres, suivant les saisons et les an- 

a 

nées. Le Tanganyika s'écoule par la Lukuga, qui est 



i a 



— 94 — 

• une des sources du Congo, avec les hautes eaux; 
mais, quand son niveau diminue, il ne s'écoule plus. 
On a constaté, dans presque tous les lacs africains, 
des différences de niveau fréquentes, sans pouvoir, 
encore en déterninier la cause. L'Est africain ren- 
ferme plusieurs groupes de hautes montagnes vol- 
caniques. Ce sont, au sud, les monts du Rukwà, nu 
nord-est, le massif du Kilimandjaro qui atteinf 6.000 
mètres d'altitude et celui du Méru, au nord-ouest 
les volcans Virunga entre les lacs Kiwu et Albert 
Edouard. L'aspect du pays est monotone, les distan- 
ces sont immenses. C'est partout le steppe avec ses 
diverses nuances; les herbes, les buissons, la forêt, 
mais la forêt miombo, c'est-à-dire là forêt sèche, de 
petite hauteur. La sécheresse est une caractéristi- 
que du climat; elle cause l'absence des belles forêts 
équatoriales, touffues et luxuriantes : on ne les 
trouve guère que sur les bords des lacs et les flancs 
des montagnes. Quelques régions plus arrosées of- 
frent une végétation plus riche; elles sont aussi les 
plus peuplées. Ce sont les pays d'Usagara, du Kili- 
mandjaro, de PUnyamwesi et du nord-ouest. Le sys- 
tème orographique est complexe : l'Est africain 
envoie ses eaux aux trois mers qui entourent l'Afri- 
que; il est tributaire de l'océan Indien par ses fleu- 
ves côtiers et les quelques affluents du lac Nyassà. 
Le Pangani est alimenté par les neiges du Kili- 
mandjaro et du Méru : ses eaux servent à l'irriga- 
tion et sont utilisées comme force ' motrice : il 
n'est pas navigable. Le Rufiji est fermé à la naviga- 



— 95 — 

tion par les cataractes de Pangani, en aval de son 
confluent avec le grand Ruhaha, qui vient de la 
dépression orientale d'où il s'échappe par une 
gorge étroite, au pied du mont Rubeho. La Rovuma, 
qui fojme la frontière du sud, le Wami et le Ma- 
tandu sont les autres fleuves côtiers. Par le Kagera, 
affluent du lac Victoria d'où s'échappe le Nil, l'Est 
africain est tributaire de la Méditerranée. Le Ka- 

m 

géra prend sa source dans la Ruanda et "parcourt 
500 kilomètres avant d'atteindre le lac; il a un très 
fort débit. Enfin, par l'Ugala qui se jette au lac 
Tanganyika, les eaux de l'Est africain arrivent à 
l'océan Atlantique. Le climat tropical du pays est 
quelque peïi différencié. Dans la région nord-ouest 
c'est le véritable climat équatorial; il comporte 
deux saisons pluvieuses : d'octobre à décembre et 
de mars en mai, séparées par une très courte inter- 
ruption. La saison sèche dure de mai à* octobre. 
Dans le nord-est le climat est semblable; la sépa- 
ration entre les périodes de pluies est plus longue 
et les moussons de l'océan soufflent avec fréquence. 
Il en est ainsi de Dar es Salam jusqu'au Kilimand- 
jaro. Dans le reste du pays, d'une manière générale, 
on ne trouve qu'une seule période de pluies : de dé- 
cembre à avril; elle est précédée par les plus fortes 
chaleurs; Etant donnée sa situation tropicale, l'Est 
africain est relativement pauvre en, pluie; c'est 
dans cette sécheresse qu'il faut chercher la cause 
de la différence de végétation avec le Cameroun, 
par exemple. Outre les chutes de pluies, il y a des 



\ 



— 96 — 

différences sensibles du climat, causées par l'alti- 
tude, l'éloignement de la mer, l'influence des vents. 
Sur les hauteurs, exposées aux courants atmosphé- 
riques de l'océan Indien, on constate une tempéra- 
ture assez favorable aux Européens. Dans les ré- 
gions basses sévit la malaria. 

Les vastes étendues de l'Est africain allemand 
renferment une population d'une dizaine de mil- 
lions d'habitants. Elle est très irrégulièrement ré- 
partie : la moitié se trouve sur les territoires élevés 
de Ruanda, d'Irundi et d'Ua, dans le nord-ouest. 
Ces plateaux ont une altitude de 2.500 mètres en 
moyenne; c'est la région la plus* fertile : les condi- 
tions climatiques y permettent l'agriculture, et 
l'élevage des moutons et des chèvres y est pratiqué. 
Les bords du lac Victoria et le plateau de FUnyam- 
wesi, les environs du Rovuma et quelques points du 
nord de* la côte sont les autres endroits de popu- 
lation dense. Les indigènes appartiennent à la race 
bantoue. La tribu la plus prospère et la plus nom- 
breuse est celle des Unjamwesi qui habitent au cen- 
tre du pays lé plateau qui porte leur nom. Dans le 
sud, les tribus Wanganis, de race zouloue, étaient 
nomades et pillardes. Dans le nord-ouest vivent 
des peuplades hamitiques, plus développées et plus 
guerrières aussi. Parmi celles-ci on cite la tribu des 
Massais, très turbulente et dangereuse, et celle des 
Watussis, au Ruanda. Cette dernière forme une 
caste guerrière qui domine la population bantoue. 
Sur la côte on rencontre des Arabes et des Indiens. 



s. 



\ 



— 97 — 

Les Arabes ont rayonné de Zanzibar et les premiè- 
res révoltes contre les Allemands furent fomentées 
pat eux. Les Indiens sont tous de petits trafiquants, 
de petits marchands. La langue parlée par cette 
population mélangée de nègres, d'Indiens et d'Ara- 
bes, n'est pas, comme sur la côte occideijtale d'Afri- 
que, une sorte d'anglais négrifié, c'est l'idiome suha- 
heli, dialecte nègre, enrichi de mots arabes, portu- 
gais et allemands. 

Une question qui avait préoccupé nos* enne- 
mis était celle de la possibilité de la colonisation 
blanche. Des études nombreuses avaient été faites 
sur ce sujet. Les régions, reconnues comme les plus 
favorables, étaient celles déjà les plus peuplées d'in- 
digènes; néanmoins, comme sans voies de commu- 
nications rapides il n'était pas possible aux colons 
d'aller s'établir, soit au plateau d'Uhéhé, soit dans 
le hord-ouest, la colonisation allemande s'était por- 
tée dans le massif du Kilimandjaro jet au plateau 
d'Usagara riansja même région. Sur les flancs du. 
Méru on avait même déterminé les zones réservées 
auxblafics et celles laissées aux indigènes. Le che- 
min de fer de Moschi à Tanga facilitait l'exploita- 
tion. Il ne faut pas croire, cependant, que les colons 
allemands aient afflué. Il n'y avait, en 1911, que 
3.756 blancs dans l'Est africain, et sur ce nombre 
2.500 étaient allemands. A la veille de la guerre le 
chiffre des Allemands avait- augmenté, mais artifi- 
ciellement, par l'envoi» progressif d'une force ar- 
méç qui atteignait près de 5,000 hommes de 

7 



la métropole. Jusqu'alors la troupe était formée 
par 2.000 indigènes, encadrés par 275 Alle- 
mands et répartis dans des stations militaires, à 
travers le pays.. Celui-ci était divisé en 19 districts 
administratifs et en 3 districts de résidence. Le 
siège du Gouvernement se trouvait à Dar-es-Salam. 
Les lacs sont des moyens de communication na- 
turels; vers eux convergent les produits des régions 
a voisinantes, et de là le courant général des échan- 
ges se 4>9rte vers la côte. Mais, autant que les trans- 
ports devaient s'effectuer par porteurs, il ne fallait 
pas s'attendre à un essor de la colonie; la question 
des chemins de fer se posa donc. La première ligne 
*- fut établie dans la région, où s'étaient portés les, 

premiers colons. Du port de Tanga elle remonte la 
vallée du Pangani, elle dessert FUsagara et atteint 
Mo&chi, sur les flancs du Kilimandjaro. Elle a 352 
kilomètres, et 87 kilomètres de prolongement en 
construction allaient l'amener à Aroucha sur le 
"" Méru. Cette ligne était insuffisante, toute locale. 
Pendant longtemps on discuta sur l'établissement 
d'une voie centrale, ou d'une voie au sud, «ntre le 
lac Nyassa et la mer. Le Reichstag ne voyait pas 
d'un bon œil de gros crédits affectés à ces entre- 
prises. Après 1906 ces hésitations cessèrent. Le Gen- 
tralbahn fut décidé et sa construction poussée avec 
vigueur. Le rail part de Dar-es-Salam, passe à 
Kilossa, Mpapoua, Kilimatinde, Taborà, et arrive à 
Kigoma sur le Tanganyika, à quelques kilomètres 
d'Udjidji. Depuis 1900 le Hedwig von Wissmann 



* 



— 99 — 

faisait le service du lac entre Albertville au Congo 
belge et Bismarckbourg, Usambara et Udjidji. A 
la même date, sur le Nyassa, était lancé l'Hermann 
von Wissmann. En 1914 des bateaux plus récents 
sinonnaient le TanganyiRa. De Tabora un embran- 
chement était projeté vers Muansa, sur le lac Vic- 
toria. Le rail avait atteint Kigoma le 1 er février' 1914. 
La longueur de cette ligne était de 1.270 kilomètres. 
La vitesse de construction a atteint 1 kilomètre par 
jour, et le prix de revient n'a pas dépassé cent mille 
francs au kilomètre. L'intérêt majeur que les Aile- 
mands voyaient dfms cette ligne était qu'elle drai- 
nerait le commerce d*u sud-ouest du Congo belge, la 
riche région minière du Katanga. 

On n'a pas découvert encore d'importantes ri- 
chesses dans Je sous-sol de l'Est africain allemand; 
ses ressources végétales,, par contre, sont grandes : 
caoutchouc, copra, café, sisal, copal, sésame, sucre 
sont exportés en quantités diverses, ainsi que 
l'ivoire, les peaux, les bœufs, les cornes. La culture 
du caoutchouc a subi des alternatives de hausse et 
de baisse; c'est une branche importante de l'expor- 
tation; le sisal aussi. Ce dernier est une agave ori- 
ginaire d'Amérique qui s'est acclimatée; elle pro- 
duit un suc qui peut servir à la distillation de l'ai- 
cool, mais sa principale richesse réside dans les 
fibres de ses feuilles qui donnent des fils d'excel- 
lente qualité, très demandés pour la corderie. Dans 
l'Usagara existent d'importantes plantations de café 
qui s'étendent vers le Kilimandjaro et le Méru. Le 






— 100 — 

Comité Colonial économique s'était occupé de déve- 
lopper la culture du coton ; mais, pour qu'elle réus- 
sisse, il faut lutter d'abord contre la tsétsé qui détruit 
les bêtes nécessaires au labour, ou introduire la 
charrue à vapeur pour de vastes exploitations. La 
Société de tissage de Leipzig avait des plantations 
là-bas. Voici une statistique du mouvement com- 
mercial de l'Est africain allemand, en millions de 
marks (1) : * 





Importation?. ,- 


Exportations. 


Total. 

• 


1900 


12 


4,3 


16,3 


1901 


9,5 


' 4,6 • 


14,1 


1902 


8,9 


5,3 


14,2 


1903 


11,2 


7,1 


18,3 


1904 


14,3 


9,0 • 


'23,2 


1905 


17,7 


9,9 


27,6 


1906 


25,2 


11 




36,2 


1907 


23,8 


12,5 


36,3 


1908 


25,8 


10,9 


36,7 



1909 33,9 13,1 47 

1910 38,7 20,8 59 

s. 

Cette progression se retrouve dans le chiffre des 
recettes, et la subvention impériale diminuait d'im- 
portance : 



(1) Rohrbach, op. cit., pp. 148-153. 



*> 



— 101 — 





Recettes propre* 


Subvention '. 


1901 


3 


5,2 


1902 


te 


4,9 


1903 


3,6 


5,6 


1904 


5,9 


6,5 


1905 


6,9 


8. 


1906 


7,2 


6,9 


1907 


7,9 


6,9 


1908 


7,6 


5 


1909 


9,6 


3,6 


1910 


8,9 


3,6 


1911 


9,9 


3,5 



Une ligne de navigation, YOstafrika Linie, reliait 
la colonie à la métropole, aux Indes et à l'Australie. 

Les crédits pour les chemins de fer s'étaient éle- 
vés, en 1908, à 30 millions de marks, à 19 en 1909, à 
17 en 1910, et à 17 en 1911. L'Est africain était une 
colonie encore à ses débuts et qui promettait beau* 
coup; les voies ferrées allaient permettre son ex- 
ploitation méthodique. Il est certain que l'Angle- 
terre saura en tirer tous les avantages que les Aile- 
mands avaient escomptés. 



SECTION V 



Protectorat de Tsing~Tao. 

Vers la fin du XIX e siècle l'Europe s'attendait à 
la liquidation de l'Empire chinois. Déjà la France 



♦ # 



— 102 — 

et l'Angleterre avaient pris des mesures pour en 
profiter, lorsque la défaite de la Chine par le ' 
Japon sembla hâter l'échéance. Mais ce fut le con- 
traire qui arriva. La France, la Russie et P Allema- * 
gne intervinrent, et, par le traité de Shimonoseki, 
en 1896, le Jfipon dut se contenter de Formose, alors 
que la Russie s'emparait, l'année suivante, de Port- 
Arthur et de la Mandchourie. L'Allemagne était 
intervenue pour affirmer son intention d'étendre, 
en Extrême-Orient, son influence et son commerce. 
Elle abandonnait maintenant la formule de Bis- 
mark: « le soldat suit le marchand », formule bonne 
à son époque et qui lui avait permis.de constituer 
un bel empire; elle se sentait assez forte pour impd* 
jser sa volonté et la montrer au grand jour. Elle 
voulait être, à l'heure du partage de la Chine, sur le 
même pied que l'Angleterre, la France et la Russie, 
et, si ce partage ne devait pas se faire, elle voulait, 
comme ces puissances, avoir une base navale en 
Extrême-Orient, un point d'appui pour inonder 
la Chine de ses produits et drainer les matières 
premières de ces riches contrées. Il lui fallait donc 
prendre pied sur la côte chinoise. Dans le sud et 
dans le centre ce n'était guère facile. On eut éveillé 
la jalousie de la Frîînce et* de l'Angleterre, déjà ins- 
tallées dans ces régions; dans le nord, Port-Arthur 
était aux mains des Russes.^Le choix était restreint ; 
mais, dans les limites où il pouvait s'exercer, se 
trouvait précisément une baie que le voyageur von 
Richtoffen avait explorée vers 1869 et dont il avait 



N 



— 103 — 

décrit tous les avantages : la baie de Kiao-Tchéou, 
dans la presqu'île du Ghan-Toung. La riche pro- 
vince du même noin pouvait devenir l'hinterland de 
ce port. Non loin se trouvaient des mines de 
houille, et, dans la province voisine de ChanrSi, 
d'innombrables richesses minières. Kiao-Tchéou 
avait été déjà, dans des temps reculés, le premier 
port de la région, et seul l'ensablement avait dé- 
tourné le mouvement commercial vers Tche-Fou et 
Weihaiyeï, ce dernier aux Anglais. 

Quand les Allemands se furent décidés à s'établir 
en Chine ils se souvinrent des conseils de Rich- 
toffen.Les concessions qu'ils avaient obtenues en 
1895 à Tientsin et à Hankéou ne leur suffisaient pas; 
ils voulaient être chez eux, là-bas. Au début de 
1897 le Gouvernement allemand envoya en Chine 
une» mission officielle chargée de rechercher le 
meilleur port à réclamer en concession. Les conclu- 
sions furent favorables à Kiao-Tchéou. Aussitôt 
l'Allemagne demanda à acheter la baie et ses envi- 
rons; mais la Chine semblait décidée à faire traîner 
les choses en longueur : elle ne répondait pas et 
faisait garder la baie militairement. 

C'est alors que se produisit, le 1 er novembre 1897, 
dans la province de Chan-Toung, l'assassinat de 
deux missionnaires allemands; c'était le prétexte 
rêvé. Au lieu de réclamer la punition des. coupables 
et de demander des assurances au Gouvernement 
chinois, on résolut d'intervenir brusquement et de 
hâter ainsi la solution L'escadre allemande, qui, de- 



— 104 — 

puis un an, louvoyait sur les côtes chinoises, vint 
jeter l'ancre, le 14 novembre, devant la baie de 
Kiao-Tchéou. Le lendemain, le contre-amiral von 
Diedrichs envoyait un ultimatum au général chi- 
nois qui gardait la baie, lui enjoignant de se retirer 
dans les trois heures. Celui-ci, sans ordre supérieur, 
obéit aussitôt. Les Allemands débarquèrent, et, par 
le télégraphe chinois de Kiao-Tchéou à Chang-Haï, 
firent connaître au monde leur occupation sans 
coup férir; occupation faite en représailles de l'as- 
sassinat des religieux, disaient-ils, en faisant les 
bons apôtres. Personne ne fut dupe; mais le Gou- 
vernement chinois, toujours aux prises avec des dif- 
ficultés intérieures, ne protesta pas. Guillaume II 
envoya le prince Henri de Prusse en ambassade 
spéciale pour négocier un traité reconnaissant Ik 
prise de possession et accordant, si possible, de nou- 
veaux avantages à l'Allemagne. Le traité fut signé 
le 6 mars 1898. La Chine cédait jà bail (bail renouve- 
lable), pour une d, UI "ée de 99 ans, toute la baie de 
Kiao-Tchéou, les îles qui s'y trouvent, la presqu'île 
de Haï-Shi et le territoire de Tsi»g-Tao. En outre, 
le territoire du protectorat était entouré d'une zone 
neutralisée de 60 kilomètres de large, où les autori- 
tés chinoises ne pouvaient agir sans l'autorisation 
de l'Allemagne. Des clauses économiques, des con- 
cessions de voies ferrées étaient jointes au traité. 

La baie de Kiao-Tchéou est située sur le 37 e paral- 
lèle nord et sur le 118 e méridien est de Paris. La 
baie mesure 22 kilomètres de large à marée haute, 



— 105 — 

18 à marée basse. Le tirant d'eau atteint 10 mètres 
au goulet et 15 à 20 mètres au centre et le long de la 
côte est. Le* navires de grand tonnage y peuvent 
donc s'ancrer auprès dp la côte. Celle-ci est dominée 
par des collines qui atteignent une centaine de mè- 
très de hauteur, ce qui permet d'y établir des batte- 
ries de défense. L'ancien port de Kiao-Tchéou, 
ensablé aujourd'hui et séparé de la baie par plu- 
sieurs kilomètres de terres basses, fut délaissé par 
les Allemands. Ils s'établirent à l'entrée de la baie, 
sur la côte est, au village de Tsing-Tao. Là, sur la 
mer, une rade s'ouvrait, fct à l'intérieur de la baie, un 
port sûr et abrité pouvait être construit. Enfin, la 
défense vers la terre était facilitée par l'étroitesse 
du front entre la mer et la baie et par le relief du 
sol Le territoire de protectorat était limité, sur la 
mer, à l'est de Kianko-Tchou; la frontière allait en- 
suite au nord, puis à l'ouest, où elle suivait le cours 
de la rivière Pai-Scha, jusqu'à son embouchure 
dans la baie. La superficie des terres du protecto- 
rat : presqu'île Haï-Shi, îles et Tsing-Tao, était de 
550 kilomètres carrés; celle de la baie était à peu 
près semblable. Le protectorat de Tsing-Tao cou- 
vrait donc une étendue* totale de 1.1Ô0 kilomètres 
carrés. La zone neutralisée, large de 60 kilomètres, 
n'avait rien de spécial : elle ressemblait à tout le 
Chan-Toung. Il reste à étudier les ressources de 
cette province et la situation de Tsing-Tao, pour 
comprendre tout ce qu'il était possible de tirer d'une 
pareille base. Tsing-Tao se trouve, par mer, à 24 



— 106 — 

heures de Chang-Haï, à 20 heures de Tien-Tsin. 
Dans le golfe de Petchili les eaux se congèlent en 
hiver; à hauteur de Kiao-Tchéou la mer est tou- 
jours libre; c'est un avantage; sur Tche-Fou, le grand 
port du Chan-Toung, auquel Tsing-Tao fit une re- 
doutable concurrence. Le mouvement commercial 
du Chan-Toung est très actif. Le pays est riche en 
produits : soies, cotons, arachides, et des mines de 
houille s'y trQuvent. Pour capter ces richesses et 
les diriger sur Tsing-Tao, il suffira du rail et, ici 
comme partout ailleurs, les Allemands ont su se 
servir de. ce moyen moderne de conquête. Bien 
plus, la population chinoise de la province s'élève 
à 30 millions d'âmes, avec une densité moyenne 
de 175 habitants au kilomètre carré. C'est un peu- 
ple de consommateurs ouvert au commerce alle- 
mand : voilà un débouché splendide pour l'Allema- 
gne sursaturée de production. Le climat est 
tempéré; si le thermomètre descend à 5° centigra- 
des, ils'élève rarement au-dessus de 25°. 

Telle était la base qu'avaient choisie les Aile- 
mands pour fonder leur puissance en Extrême- 
Orient. A l'entrée d'une riche province elle pouvait 
devenir un port commercial de premier ordre. Dotée 
d'un port en eau profonde, admirablement protégé 
par une côte élevée, par un goulet relativement 
étroit, elle pouvait servir de station navale à la flotte 
de l'Empereur; mais cet avenir était à créer de tou- 
tes pièces. En 1898 Tsing-Tao était un pauvre village 
chinois; aucun travail d'art sur les côtps n'avait 



/ 



. — 107 — 

été fait. Il était important, si Ton voulait obtenir les 
résultats envisagés lors de la prise de possession, de 
conduire avec méthode la mise ^n valeur du pays, 
et il fallait qufc l'aménagement commercial marchât 
de pair avec l'aménagement militaire. Pour attein- 
dre ce but Tsing-Tao fut rattaché au mijplstère de 
la marine. Future base navale et commerciale, mais 
commerciale secondairement,* Tsing-Tao doit sa 
prompte fortune aux méthodes de l'amirauté alle- 
mande. L'Office des colonies était encore un dépar- 
tement des affaires étrangères, et les tâtonnements 
n'y étaient pas achevés. Au ministère de la Marine, 
on comprit immédiatement le parti à tirer de Tsing- 
Tao; un capitaine de vaisseau fut nommé gouver- 
neur, et, dè§ lors, les travaux de la ville, les fortifi- 
cations et les travaux du port furent poussés avec 
ensemble, esprit de suite, avec largeur de vue. 

Le village chinois fut exproprié et sa population 
indigène dut s'abriter au nord-est. Sur son emplace- 
ment l'administration allemande avait projeté de 
bâtir la ville nouvelle de Tsing-Tao. La situation 
était excellente : face à la mer et abrité par les col- 
lines des vents poussiéreux et froids qui soufflent 
de la Mongolie pendant l'hiver. Tout fut prévu. Dès 
le début, pour éviter autant que possible la spé- 
culation sur les terrains, un arrêté fut pris par le 
gouverneur, interdisant aux indigènes toute vente 
de terrain sauf au Gouvernement et fixant com- 
me prix, en ce cas, le prix moyen d'avant l'occupa- 
tion. Sur les terres ainsi aqquises des sociétés éle- 



:— 108 — - • . ■ 

verent rapidement une ville moderne, suivant les 
méthodes pratiques et rapides de l'Amérique. De 
larges rues se coupant à angles droits, mais des 
maisons limitées à trois étages, surgirent en pëù de 
temps. Les plans prévoyaient une population de cent 
mille âmes. En 1913, 500 habitations nouvelles 
étaient encore construites; toujours sur la mer, 
mais plus à l'est, s'était créé un quartier de villas 
de plaisance : un bel hôtel moderne s'y dressait 
aussi. De vastes égoûts pouvaient drainer les eaux 
abondantes de la saison pluvieuse. La ville était 
éclairée à l'électricité. Un palais du Gouvernement 
avait été construit sur la hauteur. 

De l'autre côté des collines, sur la rive est de la 
baie, un immense port moderne s'était ijionté. On 
rencontrait d'abord le petit port* pour les jonques 
chinoises et les batealfec de faible tonnage, muni de 
tous les perfectionnements modernes et longé par 
la voie ferrée. Plus loin est établi le grand port, à 
l'abri de deux môles. C'est un travail d'art remar- 

. quable. Une jetée circulaire de quatre kilomètres 
l'enclôt; elle est large de 15 mètres à sa partie supé- 
rieure et parcourue par la voie ferrée. A son extré- 
mité on a construit un autre quai d'un kilomètre; 
c'est là que se trouvent les chantiers de réparations 
et de radoub, et un dock flottant de 16.000 tonnes 
qui n'a pas son pareil en Extrême-Orient et qui ser- 
vit d'abord à réparer le cuirassé Cesarevitch pen- 
dant la guerre russo-japonaise. Avant la guerre ac- 

' tuelle il avait servi aux vaisseaux de l'amiral von 



— 109 — - 

Spee et à YEmden. Uhe armée de coolies a tra- 
* vaille à ces constructions, et c'étaient des équipes 
d'ouvriers chinois, soûs des contremaîtres alle- 
mands, qui remplissaient les ateliers de réparations. 
A dater de 1905 on entreprit de couvrir de forts 
_ m la ligne des collines pour se défendre à la fois con- 
tre une attaque par mer et contre une attaque par 
terre. • 

A la veille de la guerre, en dix-sept années, Tsing- 
Tao était devenue un port important, une base na- 
vale de premier ordre et une ville moderne, où bien 
des Européens de la Chine du sud venaient passer 
les mois dé chaleur. La population du protectorat 
s'élevait à 60.000 âmes. A la tête du protectorat se 
trouvait toujours un capitaine de vaisseau gouver- 
neur, assisté d'un conseil de Gouvernement. Celui-ei 
comprenait les chefs des grandes administration^ 
et trois représentants de la colonie européenne. Le 
territoire était divisé en trois districts. On avait 
constitué des comités des écoles, des impôts, de la 
puissance publique. C'est à Tsing-Tad que les Alle- 
mands avaient appliqué la taxe sur la plus-value 
des propriétés foncières, en premier lieu. On avait 
organisé des tribunaux, formés par un magistrat 
de métier assisté de deux ou quatre assesseurs eu- 
ropéens. Les indigènes chinois étaient jugés d'après 
le droit chinois. 

Une autre série de travaux avait contribué à for- 
ger la fortune naissante de Tsing-Tao : c'étaient les 
chemins de fer, Dès le traité de 1898 les Allemands 



- — 110 — 

s'étaient réservés la concession des voies ferrées au 
Chan-Toung et, dans un rayon de 15 kilomètres 
autour de ces voies, l'exploitation de toutes les mi- 
nés qui se trouveraient. Des gisements de houille 
avaient été signalés à Vei-Shien; le combustible se- 
rait donc à portée. On se mit au travail immédia- 
tement, et, en 1904, la voie ferrée était construite 
de Tsing-Tao à Tsinan-Foy par Kiao-Tchéou. Un 
peu plus tard un embranchement atteignit la ville de 
Pochan où des houillères considérables furent ex- 
ploitées. A Tsinan-Fou, la voie ferrée rejoignait la 
ligne anglo-allemande de Tien-Tsin à Nankin. Elle 
devait se prolonger vers le Chan-Si jusqu'à Choun- 
tefou où elle aurait rejoint le Grand Central chinois 
Pékin-Hankéou. Enfin une ligne secondaire devait 
relier Kiao-Tchéou à Itchoufou, dans le sud du 
«Chan-Toung, Tout le commerce de la province 
devait donc fatalement se diriger vers Tsing-Tao, 
et les Allemands allaient hâter la pénétration vers 
les richesses minières du Chan-Si, En attendant, 
l'exploitation* des houillères était une source de gros 
revenus ; les navires pouvaient s'approvisionner 
de combustible à Tsing-Tao, et les locomotives trou- 
vaient sur place leur nourriture. La Chang-Toung 
Bergbahn Gesselschaft, qui exploitait les houillères, 
fut absorbée par la Chang-Toung et Eisenbahn 
qui porta son capital de 54 millions de marks à 
60 millions. On venait encore de découvrir des mi - 
nerais de fer dans le voisinage de la voie et la cons- 
truction de hauts fourneaux était projetée. Les 



— 111 — . 

1' 

Chinois s'étaient rapidement habitués au ùouveau 
mode de locomotion et le trafic des voyageurs était 
très grand dans cette région peuplée, ainsi que le 
transport des marchandises. Verreries,, poteries, 
émaux cloisonnés, oxyde de fer de Pochan, soie, 
huile, arachides, cuirs, nattes et moult autres pro- 
duits du Chan-Toung prenaient, par le chemin de 
fer, la destination de Tsing-Tao. Un fait qui montre 
la mégalomanie des Allemands dans tout ce qu'ils 
entreprennent, c'est qu'ils avaient songé à faire de 
Tsing-Tao la tête de ligne d'un transasiatique qui, 
de Russie, eût traversé la Mongolie. Un autre projet 
consistait dans une voie entre Bagdad et Tsing-Tao 
à travers la Perse. Ainsi, au milieu des réussites rai- 
sonnables se montrait cette folie-de domination qui 
menaçait le monde et allait conduire à la guerre 
actuelle. 

Pour se rendre compte des résultats de l'entre- 
prise de Tsing-Tao, il faut étudier le budget du pro- 
tectorat et les statistiques commerciales. Il convient, 
dans l'étude du budget, de faire la différence de 
Tsing-Tao et des colonies ordinaires. Tsing-Tao est 
une base navale, une station militaire, et dans ces 
conditions il devient évident que les dépenses d'ins- 

tallation et d'entretien seront très supérieures aux 

». 

ressources du protectorat; mais cela n'enlèvera 
rien à son importance, et les ressources augmente- 
ront en proportion du développement de l'influencé 
et du commerce allemands. 
Voici, en marks, les chiffres des recettes propres 



— 112 — 

de la subvention impériale et des dépenses de 1897 
à 1910(1): 



' 


{teceties propres. 


Subvention Impériale 


>. Dépenses. 


1897 


néant 


néant 


néant 


1898 


. 273.851 


3.071.261 


3.071.261 


1899 


186.855 


4.982.770 


5,226.000 


1900 


271.862 


8.320.223 


8,507.000 


1901 


621.683 


9.767.888 


10.039.000 


1902 


468.587 


10.737.463 


11.359.000 


1903 


414.521 


12.035.827 


12.504.000 


1904 


; 914.033 


12.347.000 


12:762.000 


1905 


1.037.487 


12.576.000 


13.890.000 


1906 


1.644.762 


14.655.000 


15.693.000 


1907 


1.818.981 


13.148.000 


14.793.000 


1908 


1.445.895 


11.715.000 


13.534.000 


1909 


3.769.018 


10.019.000 


11.465.000 


1910 


4.840.535 


8.031.000 


12.872.000 



Si les subventions impériales étaient encore le 
double, des recettes propres du protectorat, en 12 
ans celles-ci étaient passées du néant à près de 
cinq millions de marks. Ces ressources venaient des 
impôts établis sur la propriété mobilière et fon- . 
cière, sur les retenus des maisons de commerce, des 
mines* et des chemins de fer, enfin, elles venaient, . 
en majeure partie, des 20 % abandonné^ par la 



(1) Rohrbach, op. cit., pp. 155-156. 



— 113 — 

douane chinoise sur les droits qu'elle percevait. Au 
traité de 1898 les Allemands déclaraient Tsing-Tao 
port franc : les limites de la douane chinoise 
étaient reculées au delà de la zone neutralisée. Cet 
état de choses a été modifié par une convention du 
premier décembre 1905. La zone franche a été ré- 
duite au bassin du port, aux magasins des quais. En 
.dehors de là, toutes les marchandises, même alle- 
mandes, payaient la douane chinoise. C'est en rai- 
son de l'abandon des droits de franchise que celle- 
ci laisse à Tsing-Tao 20 % du produit de ses recet- 
tes. D'ailleurs, l'Allemagne s'était réservé le droif 
d'introduire en franchise tout ce qui pouvait servir 
à l'intérêt public ou militaire, les machines, les 
colis postaux, les bagages des voyageurs. Les pro- 
duits manufacturés à Tsing-Tao, avec des matières 
brutes du Chan-Toung, n'étaient soumis à aucun 
droit s'ils étaient réexpédiés à l'intérieur. Il faudra 
revenir à ce traité et se rappeler ces privilèges pour 
comprendra qu'ils déterminèrent le Japon à se dé- 
barrasser du voisinage allemand qui l'importunait 
déjà. Le commerce de Tsing-Tao comprend un 
commerce direct et un commerce de transit : 





Commerce total. 




1900 


12.000.000 de marks 


1903 


34.000.000 


» 


1905 


64.000.000 


» 


1907 


102.000.000 


» 


1910 


130.000.000 


» 


1913 


240.000.000 


» 



— 114 — 

Tsing-Tao doit ce magnifique résultat aux amé- 
nagements de son port et aux voies ferrées qui le 
desservent. La valeur des importations et des expor- 
tations est à peu près égale. Il est difficile de se 
faire une idée du commerce direct des divers pays. 
On ne peut se fixer au pavillon, car il arrive cha- 
que jour, par exemple dans des bateaux anglais, 
des marchandises étrangères. Si l'on considère le # 
commerce direct sans transbordement, aux impor-' 
tations le Japon occupe la première place, puis 
l'Allemagne et les Etats-Unis; à l'exportation c'est 
la France qui est en tête, suivie de l'Allemagne. 
- Comme dans ses colonies, comme dans l'univers 
entier, l'Allemagne, pour développer son commerce» 
s'est servie de sa flotte marchande où, pour mieux 
dire, les deux développements sont allés de pair. 
A peine Tsing-Tao était-il fondé, que M. Ballin, le 
directeur de la Hamburg Amérika Linie, venait le 
visiter et prolongeait les services maritimes, alors 
arrêtés à Hong-Kong. La ligne subventionnée des 
paquebots postaux de l'Empire y touchait à son 
tour* En 15 ans le pavillon allemand a pris à Tsing- 
Tao une place considérable. En 1900, sur 182 va- 
peurs, 140 étaient allemands, 22 anglais, 10 japo- 
nais. En 1904, sur 702 navires, 400 sont allemands, 
200 anglais, 2 français. En 1903, Tsing-Tao a vu en- 
trer 939 navires représentant 1.329.000 tonneaux. 
L'Allemagne, sur ce chiffre, comptait 572.000 ton- 
neaux et 331 bateaux; la Grande-Bretagne 422.000 
tonneaux et 247 navires; le Japon 223.000 tonneaux 
et 260 navires. 



— 115 — 

Ainsi, dans l'espace de dix-sept années, le rêve 
d'un grand port commercial était devenu une réa- 
lité; Tsing-Tao était le vaste entrepôt d'où les Alle- 
mands inondaient le Chan-Toung de leurs produits, 
et d'où ils tiraient des matière^ premières 
utiles à leur industrie. Leur pavillon disait, chaque 
jour, la grandeur et la force de l'Allemagne; insen- 
siblement ils pénétraient le milieu chinois; ne né- 
gligeant rien, ils avaient créé des écoles d'allemajid 
et une université où des Chinois nombreux venaient 
s'iîistruire. La puissance de la station militaire ren- 
forçait à Tsing-Tao le rayonnement de l'influence 
commerciale. Une vaste caserne abritait des, trou- 
pes d'occupation et de protection, et les forts étaient 
munis de l'outillage le plus moderne et d'une ar- 
tillerie à grande portée. Enfin, dans le port, les habi- 
tants du Céleste Empire pouvaient admirer l'esca- 
dre allemande d'Extrême-Orient, composée de croi- 
seurs légers et rapides. Le ministère de la Marine 
pouvait être fier de son œuvre; à l'abri des à-coups 
de la politique, des changements de direction, elle 
s'était développée hardiment et le résultat justifiait 
les sacrifices consentis. Tsing-Tao était le point 
d'appui de l'Empire dans les mers lointaines; aussi, 
quel coup sensible sera sa perte pour l'orgueil 
allemand 1 



— 116- — 



„ SECTION VI 

Lés Colonies Allemandes de l'Océan Pacifique. 

C'est vers 1865 que des maisons de commerce 
allemandes établirent des comptoirs en Océanie; 
la maison Godeffroy, à Samoa, fut longtemps pros- 
père; mais, en 1882, elle fut accujée à la faillite. 
Bismarck proposa, pour la sauver, de déclarer le 
protectorat allemand sur cet archipel; l'opinion pu- 
blique lî'était pas encore mûre pour une politique 
coloniale, et, devant l'attitude du Reichstàg, le Chan- 
celier retira son projet* En Mélanésie, d'autres fir- 
mes obtenaient des avantages de chefs indigènes, 
et même l'autorisation d'un dépôt de charbon. Sur 
ces entrefaites, le Deutscher Kolonialverein char- 
geait le D r Finsch d'une mission scientifique en 
Nouvelle-Guinée. L'Angleterre, prévenue, dépêcha 
une mission de son côté, et la Nouvelle-Guinée se 
trouva hérissée de drapeaux anglais et allemands; 
un arrangement survint et, en 1884, l'Allemagne 
pouvait déclarer son protectorat sur la terre de 
l'empereur Guillaume, qui formait la partie est de 
la Nouvelle-Guinée, sur l'archipel Bismarck, les îles 
de l'Amirauté et la majeure partie des îles Salomon. 
En 1885, c'était le tour des îles Marschall* et en 1888, 
de l'île Nauru. Fidèle à sa méthode des Chartefed 
Compgnies, Bismarck confiait à deux entreprises 
les terres nouvelles : le Schutzebiet der Neu-Guinea 



' — 117 — 

Kompanie, le Schutzgebiet der Marschall Insein. 
Les noms de Nouvelle-Bretagne et Nouvelle-Ir- 
lande furent changés contre ceux de Nouvelle-Po- 
méranie et Nouveau-Mecklembourg. Ces possessions 
étaient i>ien éloignées de la métropole; aucune ne 
possédait un port susceptible de devenir une grande 
base navale : elles formaient la première étape de 
la marche de l'Empire en Extrême-Orient. La se- 
conde étape sonna en 1897, lorsque l'Allemagne/ 
s'empara de la baie dp Kiao-Tchéou : sûr de possé- 
der une station militaire et navale, l'Empire aile- 
mand se vit en état d'augmenter sa puissance dans 
les mers de l'est. En 1899, il achetait à l'Espagne, 
pour une somme de 18.000.000 de marks en or, l'ar- 
chipel des Carplines, l'archipel des Mariannes et les 
îles Palaos. En 1900, les Etats-Unis partageaient 
avec l'Allemagne l'archipel des Samoa; la dernière 
obtenait ainsi les îles Sawaï et Upolou. Quand la 
guerre actuelle éclata, les possessions allemandes 
du Pacifique comprenaient : en Micronésie, les îles 
Palaos, les îles Mariannes, le vaste archipel des Ca- 
rolines, les îles Marschall, l'île Nauru ; en Mélanésie, 
la terre de l'Empereur Guillaume, les îles de l'Ami- 
rauté, l'archipel Bismarck, les îles Salômon; en Po- 
lynésie, les deux plus grandes îles du groupe des 
Samoa. Il s'agissait, au total, de 244.000 kilomètres 
carrés seulement, peuplés en tout de 450.000 habi- 
tants. 

La terre de l'Empereur Guillaume, ou Nouvelle- 
Guinée allemande, mesure, à elle seule, 181.650 ki- 



— lis — 

loniètres carrés. Elle est située au nord-est de la 
grande île de même nom, dont elle couvre les 
22/100 . Elle se trouve, ainsi que les îles Bismarck 
et Salomon, immédiatement au sud de l*Equatetii\ 
C'est un domaine encore mal exploré, dont on con- 
naît à peine le relief et les ressources. Deux grands 
fleuves l'arrosent i l'Impératrice Aûgusta et le 
Ramu, qui sont navigables; On a seulement sur le 
chiffre de la population de très Vagues données : 
il est peu élevé. Le développement de ce territoire 

m m 

est encore primitif Massueli, Stephanson et Gattel- 
berg sont les principales localités du littoral* 

L'archipel Bismarck, avec les Salomon et les Ami- 
rautés, mesure 47;000 kilomètres carrés, et dn estime 
qu'il contient près de 250 à 300.000 habitants. Les 
principales îles sont : NoUvelie-Poriiêraniej NoU^ 
veau-Mecklembourg* Nouveau-Hanovre, et aux Sa- 
lomon, Bougainville et ChoiseuL Le centre du com- 
merce et de là navigation ne s'éloigne guère du 
canal Saint-Georges qui sépare les deux premières. 
Le siège de l'administration avait d'abord été établi 
à Herbertshôhe en Nouvelîe-Pôméranie, puis, en 
1905, transporté à Rabaul, port nouveau* construit 
sur la même île, par le NorddeUStscher Lloyd. 

Les . Carolines forment un groupe d'îles très 
étendu, qui s'allonge sur 32 degrés de latitude et 
sur 7 de longitude en lui adjoignant le groupe des 
Palaos. Elles couvrent une étendue marine de 
2.500i000 kilomètres carrés, mais seulement 1.450 
kilomètres carrés de terres ferme. Et sur celles-ci* 



/ 



— 119 — 

à elles seules les îles Ponape, Kuseïe, Jap et Truck 
mesurent 800 kilomètres carrés. Comme toutes les 
îles de la Micronésie, elles sont situées au nord de, 
l'Equateur, en pleine zone trojlicale. 

L'archipel de£ Mariannes, un peu plus au nord, 
est moins vaste. La principale des îles : l'île Guam, 
est aux Etats-Unis. Quelques douzaines d'autres 
îlots, qui étaient allemands, couvraient à peine 
6QP kilomètres carrés. 

Les îles Marschall sont à l'est des Carolines, et 
l'île Natiru esf isolée sous Péquateur. Les Marschall 
sont de simples atolls, ou récifs de coraux, au nom- 
bre de 32 et disséminés sur une étendue de mer de 
1.200.000 kilomètres caques. Les principaux ports 
sont ! le port Frédéric-Guillaume et le port Finck 
en Nouvelle-Guinée, Rabaul en Nouvelle-Poméra- 
nie, Ponape sur la Caroline de même hom,.Saipan 
aux Mariannes et Jaluit aux Marschall. 

En Nouvelle-Guinée et dans l'archipel Bismarck, 
la population indigène est formée de Mélanésiens 
et de Papous, dans les Carolines de Micronésiens. 
Ces peuplades sont rebelles et peu aptes au travail. 
L'autorité allemande ne s'exerçait guère qu'aux en- 
virons des villes et des ports. 

Le climat de la terre de l'Empereur Guillaume 
et des îles montagneuses est, sur les côtes, humide 
et tropical, à l'intérieur, et suivant la hauteur, plus 
modéré et même frais. On a reconnu en Nouvelle- 
Guinée des altitudes de 4.000 mètres. 

Le commerce total de ce groupe de possessions 



/ 



— J20 — . . 

s'élevait, en 1911, à 12.000.000 de marks, efgrâce à 
l'exploitation des phosphates de l'île Nauru, l'ex- 
portation dépassait l'importation. Après les phos- 
phates, le principal produit est la coprah, puis vien- 
nent le caoutchouc, les bois, le café, les perles. 
L'importation se compose de denrées alimentaires, 
d'ustensiles et de tissus. Il y a 20.000 hectares de 
plantations comprenant 3 millions de palmiers à 
noix de coco. 

Le groupe allemand des Samoa comprend les 
îles Savaï et Cpolou, en tout 2.600 kilomètres carrés. 
Elles se trouvent sous le douzième degré de latitude 
sud, dans la Polynésie. La capitale est Apia, sur la 
côte nord d'Upolou. Le climat tropical est modéré 
par l'influence maritime et le souffle des alizés. La 
population indigène est de 35.000 habitants. On y 
trouvait des métis, des Chinois et 500 Européens, en 

* 

majorité allemands. La situation économique était 
plus avancée que dans le groupe précédent; néan- 
moins, les indigènes n'étaient pas sûrs, et les colons 
allemands accusaient le gouverneur local de ne pas 
les traiter assez sévèrement. 

Le principal produit d'exportation est encore, ici, 
la coprah : 2.500.000 marks en 1910 ; mais l'expor- 
tation totale n'était que de 3.000.000. La marge était 
petite pour les autres produits. Il y avait, à Samoa, 
6.500 hectares de plantations, presque entièrement 
aux mains de la Société allemande de commerce 
et de plantation des îles du Pacifique, issue de la 
liquidation Godeffroy. 



— 121 — 



Les statistiques suivantes, en millions de marks, 
donnent une idée du mouvement commercial (1)' : 



* 
» 


Archipel 


Bismark 

• 






Importations. 


Exportations. Total. 


1900 ' 


1.7 


1 


2,7 


1901 


1,6 


1,4 


3 


1902 


2,3- 


1» 


3,4 


1903 * 


2,9 


1,2 


4,1 


1904 


2,3 


1,2 


3,5 


1905 


2,9 


1,3 


4,2 


1906 


3,3 


1,6 


4,9 


1907 


3,4 


2 


5,4 


1908 


3,1 


1,7 


4,8 


1909 

4 


2,7 


2,5 


5,2" 


# « 

Carolines — Mariannes — 


Nauru 


1901 


1,2 


1»2 


2,4 


1902 


1 


1 


2 


1903 


1,3 


1,3 


2,6 


1904 . 

• 


•1,2 


1,1 


* 2,3 


1905 


2,5 * 


1 


3,5 


1906 


2,2 


1,1 


3,3 


1907 


2,3 


1,5 


3,8 


1908 


2 


4,4 


* 6,4 


1909 


3,8 


5,9 

• 


9,7 



(1) Rohrbach, op. cit., pp. 143, 153-154. 



— 122 — 

La hausse constatée en 1908 aux exportations 
provient de l'exploitation des phosphates de Nauru. 

Samoa 

/ importations Exportations. Total. 



1900 


• 2,1 


1,3 


3,4 


1901 


N l,6 


1 


2,6 


1902 


te 


1,7 


4,3 


1903 


.2,7 


1,4 


4,1 


1904 


À,0~ * 


1,7 


4 


1905 


3,4 


« 

2 


5,4 


1906 


2,9 


3 


5,9 


1907 


2,8 


1,8 


4,6 


1908 


2,5 


2,7 


5,2 


1909 


3,4 


3 


6,4 



Le développement de ce domaine insulaire n'offre 
rien de remarquable. Il est juste de constater que, 
de toutes les colonies allemandes, celles-ci étaient les 
plus délaissées. Néanmoins, elles offraient encore 
des possibilités et formaient surtout des points 
d'appui pour l'expansion allemande en Orient. 
L'ouverture du canal de Panama allait leur donner 
"une importance nouvelle, surtout aux Samoa et au 
port d'Apia, qui se trouvait déjà sur la route de 
Sydney à San-Francisco. La valeur stratégique de 
ces archipels comme bases navales, comme étapes 
sur les grandes lignes maritimes, suffisait, pour les 
rendre précieux aux Allemands. 



CHAPITRE III 



L'Administration coloniale et ses résultats* 



SECTION PREMIÈRE 

Résultats économiques. 

L'origine dés premières Colonies, allemandes est 
due à des entreprises commerciales privées. Celles- 
ci, après avoir acquis des territoires, avaient 
demandé la protection de PEmpire et, dès 1884, 
Bismarck l'avait aceôrdée. Le chancelier n'avait pas 
voulu faire assumer par le jeune Empire la charge 
de l'administration coloniale. Il ne voulut pas se 
lancer dans des aventures lointaines qui eussent 
alourdi les charges financières de ses peuples. Il 
trouva plus simple d'imiter l'Angleterre dans le 
système des Chattéfed Compatîtes. Ce fut par des 
Chartes impériales, accordées aux Sociétés privées, 
que s'affirma le protectorat. 

La première de ces Chartes fut accordée a la 
Dêatsch Oêt Afrika, du D r Peters. Les principales 



^ 



— 124 — 

Compaignies privilégiées furent ensuite : la Neu 
Guinéa Companie, le Nord Camerun, le Sud Came- 
run, la Gesselschaft fur Deutsch Sud West Afrika, 
etc., etc.. D'une manière générale, ces sociétés rece- 
vaient de l'Empereur l'autorisation d'exercer tous 
les droits de souveraineté, y compris le droit de jus~ 
tice et de police, sous Ja condition de rester alle- 
mandes. L'Empereur se réservait la faculté d'intro- 
duire, à son heure, toute modification utile dans 
ce statut. On a beaucoup critiqué cette politique 
de Bismarck, en Allemagne, depuis que l'on a vu 
les piètres résultats obtenus par les sociétés. Cel- 
les-ci, en effet, n'avaient fait aucun effort pour 
développer leurs possessions. C'est à peine si le 
quart de leur capital avait» été versé. Elles atten- 
daient que des découvertes problématiques de 

mines vinssent leur donner une heureuse plus-va- 

• 

lue. Leur principal souci était de ne pas se hasar- 
der dans de nouvelles opérations. L'idée des Com- 
pagnies à Chartes n'avait pas été favorisée par le 
succès : les Allemands n'avaient pas la même 
habitude que les Anglais des choses coloniales; ils 
en étaient à leurs débuts et il est probable que 
l'Etat eut tâtonné aussi. Quand ce dernier voulut 
prendre à son compte la gestion des colonies, il fut 
obligé de désintéresser les Compagnies privilé- 
giées; cela lui coûta cher et le Reichstag ne vit pas 
ce rachat d'un bon œil. Le département colonial 
fut rattaché au ministère des Affaires étrangères 
et, après bien des tâtonnements, il inaugura,, sous 



— 125 — 

la direction de M. Stuebel, une politique active. Le 
soulèvement du Sud-Ouest vint achever révolu- 
tion. L'opinion publique s'intéressa, dès lors, aux 
colonies, et le gouvernement impérial en profita 
pour hâter leur développement. Sous l'habile di- 
rection de M. Dernburg, puis sous celle du général 
de Lindequist, les colonies allemandes prospérè- 
rent. De 1900 et surtout de 1905 à 1914, on constate 
un immense progrès. Le commerce colonial fait 
plus que doubler, les voies ferrées se développent, 
une politique ferme et suivie déroule ses effets 
favorables. Pour se mettre au courant des affaires, 
M. Dernburg fait deux voyages aux colonies afri- 
caines. 

En 1914, l'Empire colonial allemand mesurait 
2.950.000 kilomètres carrés. Il était peuplé de 12 à 
15 millions d'habitants, sur lesquels on comptait 
à peine 25 à 30.000 Européens, presque tous Aile- 
mands. 

Depuis 1906 les capitaux s'étaient dirigés vers 
les entreprises coloniales, et les finances coloniales 
s'étaient améliorées. La statistique suivante donne 
les chiffres des dépenses et des recettes propres, 
en millions de marks, des colonies, de 1896 
à 1911 (1) : 



(1) D. r Rohrbach, Das Deutsche Kolonialwesen, p. 150. 



« » * 








— 126 — 

•b 






Recette* propres. 


Dépense 


1896 


3 


13,5 


1897 


3,6 


8 


1898 


4,7 


9,2 


1899 


5,9 


14,6 


1900 


6,7 


17,2 


1901 


; 7,5 " 


28,9 


1902 


8,9 


26,8 


1903 


9,7 


29,6 


1904 


. 12,7 


1333 


1905 


13,4 


196,6 


1906 


16,5 


161,0 


1907 


21,7 


167,4 


1908 


22,4 


215,0 


1909 


35,3 


99,5 


1910 


35,1 


93,3 


1911 


38,8 


104,4 



Kiao-Tchéou, à cause de son caractère spécial de 
base militaire, n'est pas compris dans ces chiffres. 
Ce qui saute aux yeux, c'est l'augmentation des 
dépenses à dater de 1904. La cause en est toujours 
dans la guerre du Sud-Ouest. En éliminant cette 
colonie on se rend mieux compte de la progression 
des recettes par rapport aux dépenses, en 
millions de marks (1) : 



(1) Rohrbach, op. cit., p. 151. 



— 127 — 



« 


R«eette« propres. 


Dépenses ordi 


1901 


5,6 


16,3 


1902 


6,7 


16,8 


f903 


7,5 


16,1 


1904 


10,6 


21,2 


1905 


11,7 


26,6 


1906 


13,4 


23,4 


1907 


15,4 


24,5 


1908 


15,5 


24,7 


1909 


19,8 


27,2 


1910 


18,0 


28,0 


1911 


20,2 


30,2 



Alors qu'en 1901 les recettes couvraient 1/5 de» 
dépenses, en 1911 elle» en couvraient les 2/5. Et, 
en enlevant aux colonies leurs charges militaires, 
elle» arrivaient à payer leurs autres frais (1). 

Les capitaux avaient été longs à se mobiliser; 
ils s'étaient enfin mis en branle. En 1913, le capi- 
tal nominal global des Sociétés exploitant les co- 
lonies allemandes était de 663.400.000 francs, 
dont 352,275.000 francs pour les sociétés alleman- 
des (2). Les Sociétéis de chemin de fer figuraient 
pour 127.000.000 de francs, les Sociétés agricoles 
pour 90, les Sociétés commerciales pour 30, les 
Sociétés minières pour 66, les Compagnies mixtes 



(1) Deutsche Kolomaizeitung du 15 février 1913. 

(2) Annuaire colonial de Heydt pour 1913. 



^ 



\ / 



— 128 — 

et diverses pour 138(1). La rémunération moyenne 
de ce capital était de 8,1 %. 42 millions ne rap- 
portaient encore rien. C'étaient des entreprises à 
leur début et que l'avenir promettait de rendre pros- 
pères. Le capital des banques coloniales se montait 
à 12.250.000 francs. C'étaient des filiales de la 
Deutschebank et -de la Dresdner Bank. Les princi- 
pales avaient leur siège en Afrique orientale et 
surtout au Sud-Ouest ; la direction de certaines 
d'entre elles se trouvait à Hambourg et à .Berlin. 
L'afflux des capitaux avait permis la mise en 
valeur des colonies, et le premier stade de ce déve- 
loppement avait été la construction des voies 
ferrées. 

En 1904, l'Allemagne ne possédait en Afrique 
que 479 kilomètres de chemins de fer, en 1913, elle 
en avait 4.176. Des crédits pour 375 millions avaient 
été affectés par l'Etat à ces constructions, et l'on a vu 
que les Compagnies avaient un capital global de 
127 millions, dont 26 millions 250.000 francs pour 
VOstafrikanische Eisenbahn Gesselschaft, 20 mil- 
lions 800.000 francs pour la Kamerun Eisenbahn 
Gesselschaft et 75 millions pour la Schantung 
Eisenbahn Gesselschaft (2) . Ces voies ferrées per- 
mettaient le développement économique des ré- 
gions traversées, la pénétration des colons vers 



(1) Koloniale Rundschau, oct. 1913, Fr. Hupfeld. 

(2) Koloniale Rundschau, mars et juillet 1914. 



— 129 — 

l'intérieur, la police des territoires. Les Allemands 
en faisaient les instruments de leurs visées politi- 
ques sur toute FAfrique centrale. * 

Durant ce temps le mouvement des échanges 
augmentait et son accélération coïncidait avec 
l'établissement des voies ferrées. Le tableau sui- 
vant, emprunté à M. C. Fidel, montrera cette mar- 
che ascendante (1). 



Importations (en francs). 

Colonies 1905 1911 1912 

Afrique Orientale 22.069.000 57.364.000 62 886.000 

Afrique du Sud-Ouest ..... 29.540.000 56.626 000 40 623.000 

Cameroun.. '. 16.834.000 36.646.000 42.801.000 

Togo 9.700 000 12,025.000 14.284.000 

N. -Guinée et dépendances. 6.838 000 10.018 000 11.508.000 

Samoa..... ! 3.234.000 5.082.000 6.242 000 

Kiao-Tchéou 86.470.000 86.719.000 143.672.000 

Total , . 175.685.000 264.480.000 322.016.000 

Exportations. 

Afrique Orientale 12.457.000 28 046 000 • 39.271.000 

Afrique du Sud-Ouest. ... 270.000 35 716000 48.794 000 

Cameroun .'. ,11.643.000 26.563.000 29.045.000 

Togo 4.946.000 11.646000 12.447.000 

N. -Guinée et dépendances. 2.962.000 15.033.000 15.107.000 

Samoa. 2.536 000 5.486.000 6.305.000 

Kiao-Tchéou 30.959.000 75.705.000 100.369.000 

Total 65.753.000 198.191.000 251.338.000 



(1) C. Fidel, L'Allemagne d'outre -mer, pp 30-31. 



9 



— 180 — 

Commerce total. 

Colonies 1905 1911 1912 

Afrique Orientale 35.5(56.000 85.410.000 102.157.000 

Afrique du Sud-Ouest. .... 29.810.000 92.342 000 89.417.000 

Cameroun 28 477.000 63.209 000 71.846.000 

Togo 14 640.000 23.671.000 26.731.000 

N. -Guinée et dépendances. 9.800.000 25 051.000 26.615.000 

Samoa. 6.770.000 10 568 000 12.547.000 

Kiao-Tchéou. 117.429.000 162.420.000 244.041.000 

Total 241 .438.000 462.671.000 573.354 000 

En l'espace de sept années le commerce total 
des colonies allemandes avait doublé. Le com- 
merce direct de la métropole avec ces colonies 
était passé de 80.000.000 de francs en 1905, à 
207.000.000 en 1911, et sa part dans le mouvement 
global, de 39 % à 45 %. 

Ces possessions promettaient à l'empire un vaste 
débouché. Kiao-Tchéou hormis, les importations 

allemandes aux colonies s'élevaient, en 1911, à 

... 

112.500.000 francs, ce qui faisait 63 %. Elles con- 
sistaient en vêtements, linges, denrées alimentai- 
res, matériel et outillage pour voies ferrées, etc. 
C'était surtout comme productives de matières 
premières pour leur industrie et de denrées exoti- 
ques, en second lieu, que les Allemands envisa- 
geaient leurs colonies. Qu'en retiraient-ils à ce point 
de vue? Le Cameroun, en 1911, avait produit pour 
13,750,000 francs de caoutchouc, l'Afrique Orien- 
tale pour 6.000.000 et le Togo pour 1.000.000; au 
total, 21 millions. L'Allemagne achetait à ses co- 



— 181 — 

• 

ïloniea pour 27.500.000 francs de matières servant 
à fabriquer l'huile. C'étaient les noix et huiles de 
palme de la côte occidentale d'Afrique : Came- 
roun 7.000.000 de francs, Togo 6.500.000 francs, 
la copra de Nouvelle-Guinée 5,625.000 francs, les 
noix de coco de Samoa et de l'Afrique Orientalç 
4.500.000 et 2.300.000 francs. L'Allemagne deman- 
dait encore à l'étranger 625.000.000 de francs 
d'huile ou de matières premières servant à la 
fabriquer : aussi, le Comité économique colonial, 
a Le Kolonial Wirtschaftliches Komitee », s'était 
préoccupé d'augmenter le rendement colonial de 
ces produits et d'étendre? la culture des palmiers à 
huile au Togo et au Cameroun. Ce programme se 
serait réalisé grâce à l'extension des chemins de 
fer. Au Cameroun, la production du cacao était 
passée de 1.143 tonnes en 1903, à 4.552 tonnes en 
1912. L'Afrique orientale exportait pour 5.625.000 
francs de chanvre de sisal. Enfin, c'était la culture 
du coton qui donnait de vastes espérances. Le 
Togo et l'Afrique orientale avaient donné, en 1912, 
9.730 balles; en 1913, 14.000 balles (1). On devait ce 
résultat aux efforts patients du Comité économi- 
que colonial qui avait créé une école à Misahôhé. 
Cette production promettait de s'étendre beau- 
coup. Des richesses minières de leurs colonies les 
Allemands retiraient déjà quelques avantages. Les 



(1) C. Fidel, V Allemagne d*ottire-ntêr, pp. 37 et sulv. 



— 132 — 

mines de diamants du Sud-Ouest Africain étaient 
prospères. Il faut mentionner le cuivre d'Ottavi, 
les phosphates de l'île Nauru, les houillères du 
Chan-Toung. Ainsi, ces colonies renfermaient des 
éléments de richesse que l'Allemagne commençait 
à exploiter et qui, avec le temps, eussent fourni à 
son industrie des matières premières à bon comp- 
te. Cela ne lui suffisait déjà plus; ses possessions 
étaient les points stratégiques d'où elle allait 
s'élancer à la conquête des vastes domaines qu'elle 
convoitait. Ses compagnies de navigation unis- 
saient les colonies à la métropole. La plus grosse 
partie du commerce colonial se faisait sous le 
pavillon impérial. Tels sont les résultats favorables 
obtenus dans leur domaine colonial par nos 
ennemis. 

SECTION II 
* ' Colons et Politique indigène. 

Les Allemands n'avaient pas été aussi heureux 
au sujet de la colonisation. Ils s'étaient efforcés d'at- 
tirer leurs émigrants au Sud-Ouest Africain et en 
Afrique orientale. Malgré la propagande de la 
Deutsche Kolonialgesselschaft, l'Afrique du Sud- 
Ouest comptait à peine 15.000 colons. Il est vrai 
que c'était la nature des choses qui s'opposait à 
ce peuplement. A part le travail des mines au Sud- 
Ouest, l'élevage seul fait vivre et il fallut d'assez 
grosses avances aux N fermiers. Au Cameroun, en 



— 133 — ." 

Afrique orientale, l'Européen ne peut pas travailler 
davantage; il n'est capable que d'un travail de di- 
rection, même sur les hauteurs, l^e climat ne lui 
permet pas autre chose. Ce n'était donc qu'une élite, 
parmi les émigrants, qui pouvait s'établir sur le sol 
colonial allemand... 

Certains même préféraient chercher fortune 
ailleurs, tel cet Allemand établi aux îles de la 
Sonde, afin d'éviter les tracasseries de l'adminis- 
tration coloniale germanique. On connaît les mé- 
thodes de caporalisme de nos ennemis; il ne faut 
pas s'étonner s'ils les employaient dans leurs co- 
lonies, à l'encoptre de leurs propres colons aussi 
bien que des indigènes. En Afrique orientale et 
principalement au Sud-Ouest, les indigènes 
n'avaient pas eu à se louer des Allemands. Fonc- 
tionnaires et colons s'étaient entendus contre eux. 
Toute l'Allemagne avait proclamé la guerre de la 
kultur au Sud-Ouest, et l'extermination des Herre- 
ros avait achevé la campagne. C'était une lourde 
faute. A la veille de la guerre les colonies alle- 
mandes subissaient une crise de la main d'œuvre. 
La population indigène, qui n'était pas très dense, 
refusait de travailler; il n'était pas facile de la 
contraindre. C'est une question qui préoccupait 
les ligues coloniales et que les congrès coloniaux 
n'avaient pas négligée. Les uns étaient partisans 
du travail forcé, les autres non. Les premiers, qui 
étaient suivis ien fait, avaient proposé l'impôt sur 
les nègres afin de les obliger au travail pour ob- 



r —134 — 

« 

tenir de quoi se libérer. Cet impôt de capitation et 
l'impôt sur les huttes causaient, au Cameroun et en 
Afrique orientai^ de nombreuses petites révoltes.. 
Les maîtres allemands étaient détestés et les Anglais 
et les Français furent accueillis en libérateurs par 
les noirs dans l'Adamaoua. 

Vingt ans de tâtonnements et de fausses 
manœuvres dans la gestion- coloniale, pen- 
dant lesquels l'Empire s'est organisé et fortifié à 
l'intérieur, et depuis 1905 une politique ferme et 
suivie d'organisation économique : voies ferrées, 
cultures, mines, ayant en vue l'intérêt seul et la 
puissance de la métropole, politique où se retrou- 
vent les qualités et les défauts de la race germani- 
que : application et esprit de suite, caporalisme, 
brutalité, allant jusqu'au massacre des nègres — et 
qu'on légitime au nom de la kultur comme toutes 
les horreurs et tous les crimes de la guerre ac- 
fftelle — telle est l'histoire du développement des 
colonies allemandes. 



CHAPITRE IV 
La guerre aux colonies. 



Les Allemands avaient multiplié dans leurs pos- 
sessions les postes fortifiés, les mitrailleuses , et 
même les canons. C'était en prévision du grand con- 
flit. Néanmoins, ils eussent préféré que la lutte fût 
limitée à l'Europe; ils comprenaient que si la guerre 
durait quelque temps, leurs colonies, encerclées, se- 
raient fatalement conquises. Ils tenaient à conser- 
ver les postes de télégraphie sans fil qu'ils y avaient 
. élevés et qui renseignaient, sur les Océans, leurs 
vaisseaux corsaires. Ce furent les premiers objectifs 
des Alliés, qui détruisirent les stations radiotélégra- 
phiques, le 2 août 1914, à l'île Jap et à l'îlei Nauru, 
le 29 août à Tafaigata dans Samoa, le 12 septembre 
à Bitapaka en Nouvelle-Poméranie, celles de Togle- 
Koje et dé Kamina au Togo, puis celles de Douala 
et de Garoua au Cameroun, de Windhuck au Sud- 






— 136 — 

Ouest et de Dar-es-Salam. en Afrique orientale. 
L'Allemagne était ainsi coupée totalement de ses 
cçlonies; elle allait eii être dépossédée bientôt. 



SECTION PREMIERE 

La conquête du Togo. 

• 

Dès le ,début des hostilités, le gouverneur du 
Togo, von Duering, proposait. aux gouverneurs de 
l'Afrique occidentale et de la Gold Coast de main- 
tenir leurs trois colonies dans la neutralité. C'est 
que le Togo, encerclé par les possessions françaises 
et anglaises, ouvert sur la côté aux maîtres de la 
mer, était dans une situation stratégique défavora- 
ble. Anglais et Français recevaient l'ordre de s'en 
emparer en combinant leurs opérations. Le lieute- 
nant-colonel Bryant, de la Gold Coast, prenait le 
commandement des troupes. 

Du côté anglais, les effectifs comprirent 4 compa- 
gnies de 120 hommes, une section d'artillerie avec 
trois canons. Trois autres compagnies arrivèrent de 
Kete Kratschi et deux autres du Nigeria, mais ne 
prirent point part aux opérations. Du côté fran- 
çais, la .compagnie Castaing se joignit aux troupes 
britanniques et le commandant Maroix, major du 
Dahomey, avec deux autres compagnies, arrivait à 
Kamina en même temps que la colonne Bryant, 
tandis que, dans le nord, une brigade Mossi et une 



j 



— 137 — 

compagnie du Niger formaient toute l'armée d'in- 
vasion. Les Allemands avaient au Togo 2 officiers, 
6. sous-officiers et un millier d'indigènes armés. A 
ces troupes se joignirent des Allemands en rési- 
dence là-bas. Un radio fut intercepté, où von Due- 
ring avertissait l'Empereur de son intention de^ dé- 
fendre la station de Kamina; c'était là qu'un poste 
de T. S. F. venait d'être installé. Le lieutenant-colo- 
nel Bryant prit ses dispositions en conséquence. La 
campagne dura 20 jours, du 7 au 27 août 1914. 

Le 7 août, deux compagnies anglaises prenaient 
possession de Lomé, sans coup férir. Les Allemands 
se retiraient en utilisant la voie ierrée d'Àtakpamé; 
Kamina étant située au nord de cette dernière ville, 
. ils se concentraient dans cette région. Le 12 août, 
deux compagnies de renfort, avec la section d'artil- 
lerie, arrrvfcent par mer, sur le vapeur Elélé. Le 
lieutenant-colonel Bryant commençait alors" la 
poursuite vers le nord. Une compagnie, détachée en 
avant-garde, capturait, le 15, un train rempli de 
troupes. Le 16, à Tsévie, la colonne anglaise battait 
l'ennemi qui se repliait. Elle restait au repos durant 
trois jours : elle venait de s'emparer de la voie fer- 
rée d'Atakpamé sur 60 kilomètres de longueur. Il 
faut penser aux difficultés de la marche sur le sol 
marécageux de ce pays, dans la brousse, soùs un 
climat malsain et se souvenir que les services d'ar- 
rière, d'armements et d'approvisionnements, néces- 
sitant un grand nombre de porteurs, n'avan- 
çaient que très lentement. Durant ce temps, 



V 



— 138 — 

les troupes du Dahomey avaient conquis la 
côte jusqu*à Anecho et Porto-Seguro, et, de là, le ca- 
pitaine Castaing, avec une compagnie de tirailleurs, 
rejoignait les forces anglaises. Le lieutenant-colo- 
nel Bryant, pour lier les opérations des colonnes 
d'invasion, envoyait aux compagnies anglaises qui 
se trouvaient à Kete-Kratschi, sur le Volta, et au 
commandant Maroix, à Tchetti, l'ordre de se trou- 
ver, le 26 août, à 18 heures de marche de Kamina. 
Puis, le 18, il reprenait son avance. 11 fallait réparer 
les ponts que les Allemands détruisaient. On rencon- 
trait l'ennemi à Chra, le 22 août. La bataille était 
indécise i mais les Allemands se repliaient pendant 
la nuit. Ils faisaient sauter leur poste de Kamina le 
25* et, dès le 26, la colonne Bryant et la colonne Ma- 
roix faisaient leur jonction devant cette station.* Les 
Allemands, le 27, se rendaient sans Conditions : 
leurs trois mitrailleuses Maxim étaient capturées et 
plus de 200.000 cartouches, ainsi que tout le maté- 
riel de chemin de fer avaient le même sort; on fai- 
sait 206 Européens prisonniers. 

Dès le 15 août, Sansané-Mangu avait été occupé 
par une compagnie du Niger et une brigade Mossi; 
le 18, c'était le tour de Sokode. Les Allemands 
s'étaient retirés au sud pour se réunir à Kamina. 
Le Togo tombait donc entre nos mains dès le pre- , 
mier mois de la guerre. Anglais et Français parta- 
gèrent l'administration du territoire conquis en 
commun. 



— 139 — 



SECTION II 

La conquête du Cameroun. 

Comme le Togo, le Cameroun était entouré de 
territoires ennemis et la marche des colonnes con- 
vergentes devait assurer la victoire; mais l'immen- 
sité du pays et les difficultés des communications 
prolongèrent, ici, les opérations pendant un an et 
demi. 

Les troupes allemandes comprenaient 11 compa- 
gnies et une escouade de police, à effectif de 200 
hommes par* imité, encadrées par 300 Européens. 
Chaque compagnie possédait de deux à quatre mi- 
trailleuses. Des postes fortifiés émaillaienf le pays. 
Dès le début d.es hostilités, ces postes étaient con- 
solidés, et à Garoua, à Ngaoundéré, nos troupes fu- 
rent étonnées de la grandeur des travaux de dé- 
fense. De nombreux partisans indigènes étaient 
incorporés, ce qui élevait à 5,000 hommes le chiffre 
des ennemis. 

L'effectif total des colonnes alliées fut de 11.600 
hommes, y compris le détachement belge. Dès le 
mois d'août 1914 le Cameroun était attaqué de tous 
côtés. Les premiers assauts ne réussirent pas tous; 
mais, dans les mois suivants, tous les échecs étaient 
réparés et l'avance des troupes franco-anglaises ne 
s'arrêta plus. 

Les croiseurs Cumberland, Challenger, Bruix, la 



— 140 - 

canonnière Dwarf, après avoir capturé et. coulé de 
nombreux bateaux allemands dans le golfe de 
Douala, canonnaient cette ville qui capitulait le 
27 septembre 1914. Un corps expéditionnaire fran- 
co-anglais, sous les ordres du général Dobell, dé- 
barquait et s'emparait de là région. Il était fort de 
3.000 combattants. Il fallait dégager les abords de 
la station; les troupes anglaises s'en chargèrent 
vers le nord, le détachement français du colonel 
Mayer, au sud. Edea fut prise dès le 26 octobre, et, 
dans le nord, Victoria et Buéa. étaient occupées le 
13 novembre. Dchang, point terminus du chemin de 
fer du Nord, était atteint le 2 janvier 1915. Ainsi 
se trouvait dégagée la Nigeria. En août 1914, les 
colonnes anglaises avaient été repoussées à Nsana- 
kanga et du côté de Calabar les Allemands 
s'étaient avancés sur le territoire britannique. Les 
troupes de Douala, combinant leur marche avec de 
nouvelles opérations ayant pour base Ikoum et 
Càlabar, arrivaient à Mbong et à Ossidinge, et met- 
taient un terme à cette menace. Les postes de 
Kribi et Campo avaient été bombardés; un détache- 
ment était descendu à Kribi. Il devait faciliter la 
marche du groupe Mayer vers Iseka et Yaoundé en 
menaçant le flanc des ennemis. Une attaque alle- 
mande avait été repoussée le 5 janvier 1915 à Edéa. 
On savait que les Allemands s'étaient réfugiés à 
Yaoundé. Le général Dobell entreprit une marche 
dans cette direction. Les troupes françaises s'empa- 
raient d'Iseka et atteignaient Youm-Biagas où les 



\ I 



'— 141 - 

forces anglaises les rejoignaient; mais la marche 
pénible à travers la forêt tropicale, les. alertes per- 
pétuelles avaient épuisé les hommes, il fallait se 
replier. On rejoignit Edéa en attendant de repren- 
dre l'offensive, de concert avec les autres colonnes 
d'invasion. On était en juin; en octobre, Youm-Bia- 
gas était repris et, le 1 er janvier 1916, les troupes 
entraient à Yaoundé, où les rejoignaient le colonel 
Brisset et les colonnes Hutin et tylorisson. Dès le 
24 août, une compagnie française, commandée par 
le capitaine Miquelard et soutenue par la canon- 
nière La Surprise, s'était emparée de Cocobeach, 
dans le Muni allemand. La Surprise avait coulé les 
navires ennemis Rios et Italo. De Cocobeach, le ca- 
pitaine Miquelard avait marché sur Ekdodo, Akoga, 
et avait rejoint à Mitzic des forces nouvelles; celles- 
ci menaçaient Ozem, mais éprouvaient un échec à 
Mibang, en septembre. Elles reprenaient plus tard 
leur offensive, la liant à celle du lieutenant-colonel 
Le Meillour, dont la base était Muadi, et à celle de 
la colonne Hutin. Ces forces atteignaient Minkéké, 
Ozem et Bitam. 

Les antennes de Bonga et de Zinga, cédées par 
nous en 1911, étaient reprises les 6 et 8 août 1914. De 
Bonga partait le colonel Hutin, et de Zinga le co- 
lonel Morisson. Le colonel Hutin remontait la San- 
gha, réoccupait Oue^so, tenu quelques jours par 
l'ennemi, et ne pouvant à lui seul attaquer Mou- 
lundu, atteignait Nola, cherchant la liaison av.ec la 
colonne Morisson. Mais, de Moulundu,* les Aile- 



— 142 — 

j 

mands reprenaient Daimou, coupant les communi- 
cations de Nola. Le général Aymerich, accouru au 

secours, battait l'ennemi et de Nola et d'Ouesso 

i 

les deux . colonnes marchaient sur Moulundu, qui 
était pris. 

Durant ce temps le colonel Morisson dépassait 
Zinga, Mbaiki, Ngoto, Bania, Carnot, se mettait 
en liaison, au sud à Nola avec la colonne Hutin, au 
nord à Koundé.avec la colonne Brisset, s'emparait 
de Gaza et arrivait jusqu'à Batouri; de là, tandis 
que le colonel Hutin réussissait à prendre Yoka- 
douma, Mossié, Bésam, et enfin Lomié et Dcha, le 
colonel Morisson s'emparait de Bertoua, de Doumé- 
Station et d'Abong-Mbang. 

Enfin, du côté du Tchad, le colonel Largeau avait 
échoué, le 25 août 1914, devant Kusseri, et les An- 
glais devant Garoua. Le 20 septembre l'échec de 
Kusseri était vengé et le lieutenant-colonel Brisset 
poursuivait l'ennemi vers le sud. Il attaquait inutile- 
ment la forte position de Mora, laissait un rideau 
de troupes pour en faire le siège, arrivait à Maroua 
d'où l'ennemi s'était enfui, le bousculait,"et, après 
avoir lancé une pointe jusqu'à notre ancien poste 
de Léré, il atteignait Garoua en janvier 1915. Des 
renforts anglais le rejoignirent, venus d'Yola, et le 
colonel Cunliffe prit le commandement* Après un 
siège de cinq mois le bombardement de là. place 
par un canon de 95, envoyé de Dakar, causa un tel ^ 
effroi aux soldats indigènes, que la garnison alle- 
mande se rendit le 10 juin. De Garoua, les An- 



j 



— 143 — 

glais marchèrent ensuite sur Kontcha et Banyo, et 
le colonel Brisset sur Ngaoundéré, centre irfiportant, 
dont il s'empara. Anglais et Français se retrouvaient 
à Tibati, pour avancer, sur Yoko, en direction de 
Yaoundé. Ainsi le* cplonnes parties des points ex- 
trêmes du Cameroun et dont les premières opéra- 
tions étaient indépendantes, convergeaient peu à 
peu vers le même but; la liaison s'établissait entre 
elles, et les premiers jours de janvier 1916 elles 
se retrouvaient à Yaoundé, d'où les Allemands, 
battus et harcelés, se retirèrent vers la Guinée espa- 
gnole où ils furent désarmés. Pour établir l'Union 
entre ces divers groupements, à deux reprises le 
général Dobell, les gouverneurs Fourneau et Mer- 
lin et le général Aymerich s'étaient réunis. Cette 
campagne coloniale offre un raccourci de la guerre 
européenne; puisse cette dernière finir aussi par 
une victoire complète I 



SECTION III 
La conquête du Sud-Que&t Africain. 

On connaît les ambitions allemandes sur les co- 
lonies anglaises Sud-Africaines.- Bien que le Royau- 
me-Uni eut accordé le droit de « self-govern- 
ment » à l'Etat du Cap, au Natal, à l'Orange et au 
Transvaal, un élément hollandais restait inflexible. 
A sa tête était le général Héttzog. Le. général Botha, 



— 144 — 

l'un des héros de la guerre de trois ans, s'était, au 
contraire, loyalement rallié, voyant dans le nouvel 
état de choses l'intérêt de son pays. Il était prési- 
dent de l'Union Sud-Africaine quand éclata la 
guerre européenne. Il avertit aussitôt le Royaume- 
Uni que l'Union veillerait à sa propre sécurité, libé- 
rant ainsi les oÎOOO hommes de troupes métropoli- 
taines en garnison là-bas. Quelques jours plus tard, 
à la demande de Londres, il accepta de faire cam- 
pagne contre l'Afrique allemande du Sud-Ouest, et 
décréta la mobilisation. Ce fut, pour les intraita- 
bles, le signal d'un mouvement insurrectionnel qu'il 
fallut vaincre et qui retarda l'attaque de la colonie 
allemande. . Pour apaiser les esprits * le général 
Botha annonça qu'il ne ferait la guerre qu'avec des 
volontaires. Ceux-ci répondirent en nombre à son 
appel. L'Union put mettre ainsi plus de 50.000 hom- 
mes sous les armes. Les principaux chefs de la ré- 
volte disparurent peu après. Le général Delarey 
était tué par accident, le général Beyers, ancien 
ministre de la guerre de l'Union, se noyait en 
traversant une rivière, le général de Wet était cap- 
turé; il ne restait qîie le colonel Maritz, avec une 
troupe de rebelles, à Upington, dans le voisinage du 
Sud-Ouest allemand. 

Ce Maritz s'était entendu depuis deux ans avec 
le gouverneur de Windhuck pour obtenir son appui 
et faire déclarer l'indépendance de l'Union. Le 3 fé- 
vrier il était battu par le colonel van der Venter, 
s'enfuyait pour rejoindre les Allemands, et son com- 



m — 145 — 

mafrdo faisait sa soumission. La révolte était heu- 
reusement écrasée. Le général Botha allait pouvoir 
se consacrer à la lutte contre le Sud-Ouest. Dès le 
19 septembre 1914, trois croiseurs, quatre torpil- 
leurs et douze transports étaient apparus devant 
Lùderitzbucht; sous le commandement du colonel 
Millier, 8.000 hommes débarquaient et s'emparaient 
de la ville. Les Allemands s'étaient enfuis vers l'in- 
térieur des terres. Les mois suivants se passèrent 
à préparer l'expédition à Lùderitzbucht et à Wal- 
fiscti-Bay. Le 14 janvier 1915 les troupes de l'Union 
s'emparaient de Swakopmund. 

Le résultat de la lutte n'était pas douteux. Le gé- 
néral . Botha disposait de trente mille hommes et 
l'ennemi de 5 à 7.000 hommes, dont 3.000 de troupes 
régulières. Les plus grosses difficultés vinrent de 
l'immensité du pays, de la sécheresse et de l'irrégu- 
larité forcée du ravitaillement. En se retirant les 
Allemands empoisonnèrent les puits. 

Le général Botha,. maître de la côte, décida de 
marcher sur Windhuçk, capitale du Sud-Ouest. Il 
se mit à la tête de .l'armée concentrée à Swakop- 
mund et à Walfisch-Bay et remonta la vallée du 
Swakop, en suivant la voie ferrée. Au sud, une co- 
lonne, venant de Lùderitzbucht, sous les ordres de 

sir Duncan Mackenzie, une autre de Warmbad,. 

• 

sous les ordres du colonel van der Venter, une troi- 
sième de Kimberley, devaient repousser les Alle- 
mands, faire leur jonction à Keetmanshoop, et de 
là, sous les ordres, du général Smi>ts, marcher sur 
Windhuçk. . n 



I - f I 1 -■m. * '* HTMibâMàlIliUNHH 



— 148 — • 

Le 5 mai, Botha était à Karibib. Le 12 mai, \^m- 
dhuck capitulait. Lés troupes allemandes s'étaient 
retirées vers le nord, dans le district de Grbotfon- 
tein. Après avoir rejoint les troupes venues du sud 
-et s'être ravitaillé, Botha poursuivit l'ennemi; il 
atfeignit Ottawi le 1" juillet et, le 9 juillet 1915, le 
gouverneur Seitz se rendit avec ses troupes : 82 
officiers, 1.262 sous-officiers et soldats réguliers; 
122 officiers, 2.904 hommes de réserve ou de police, 
37 canons et 22 mitrailleuses. ._ 

Grâce au général Botha une grave révolte avait 
été vaincue et l'Union Sud-Africaine s'enrichissait 
d'un vaste territoire voisin; celui T ci commençait à 
être un rival dangereux pour les diamants du Cap : 
ses richesses font désawfcais partie du dominion 
africain et de l'empir* lannique. 



SECTION IV 



La guerre dans ï'Eat Africain allemand. 



L'Est Africain est la seule colonie allemande dont 

* 

la eonquète ne soit pas encore achevée. Toutefois, 
dans les derniers lambeaux de territoire où ils se 
maintiennent encore, les Allemands sont dans une 

• 

situation désespérée. Les Anglais et les Belges, aux- 
quels se sont joints les Portugais depuis qu'ils sont 
entrés en guerre, n'ont fait véritablement une cam- 
pagne active que depuis le début de 19Î6. Jusqu'à 



— 147 — 

cette date ils s'étaient tenus sur la' défensive et 

les Allemands, prenant les devants, avaient enre- 

» 

gistré plusieurs succès locaux. 

Les effectifs allemands comprenaient 4.000 Eu- 
ropéens, solda ts réguliers et soldats enrôlés. On es- 
time qu'ils ont encadré de trente à quarante mille , 
indigènes. Au début, les Anglais et les Belges n'a- 
vaient que peu de troupes à leur opposer; les Alle- 
mands avaient heureusement une immense fron- 
tière à garder. Lfe nombre de soldats belges, indigè- 
nes du Congo encadrés, s'est élevé, depuis, à 12 et 
15.000 hommes, et les troupes anglaises, d'abord 
renforcées de contingents hindous, ont reçu l'ap- 
point de forces nombreuses de l'Union Sud-Afri- 
caine. "Dès le mois d'août 1914, après avoir subi 
un premier bombardement, le port de Dar-es-Salam 
fut pris par les Anglais. Un débarquement à Tanga 
échoua une première fois et réussit en novembre. 
L'île Mafia fut occupée. Les croiseurs Chattam, 
Yarthmouth, Weymouth et Fox surveillaient la 
côte. Le croiseur allemand Kœnigsberg, qui se trou- 
vait à Dar-es-Salam à la déclaration de guerre, se 
fit corsaire. Il parvint à détruire le Pegasus, à l'an- 
cre dans le port de Zanzibar, et disparut. Il se réfu- 
gia dans l'embouchure du Rufigi, où il fut décou- 
vert. Pour l'embouteiller, les Anglais coulèrent un 
navire charbonnier dans le chenal. Le Kœnigsberg 
remonta le fleuve, hors de la portée des canons des 
navires anglais. Il se cacha sous un amoncelle- 
ment de plantes et de feuilles. Il fallut faire venir 



— 148 — 

Un aéroplane "pour le découvrir et deux monitors 
à fond plat, qui remontèrent le Rufigi et détruisi- 
rent enfin le Kœningsberg, le 11 juillet 1915.' 

Fin curieuse, celle de ce croiseur, démoli par une 
coque de noix, qui, en toute autre occurence, n'eut 
pas existé cinq minutes en face de lui ! 

Dans le nord, les Allemands essayèrent, en 19Î4, 
d'atteindre le chemin de fer de l'Ouganda; ils se 
heurtèrent aux Kings'African Rifles et aux Punjabs 
de l'Inde et ne purent y parvenir. Cependant, jus- 
qu'au début de 1916, ils se maintenaient sur le ter- 
ritoire britannique, dans la région au nord du Kili- 
mandjaro. Au nord-est du lac Victoria Anglais et 
Allemands marquaient tour à tour échecs et succès. 
Sur le Victoria les Anglais obtenaient rapidement 
la suprématie maritime. 

A la frontière nord-ouest, les Anglais qui avaient 
pénétré dans les district de Bukoba, étaient refou- 
lés, et les troupes belges aussi, au nord du lac 
Kiwou. 

Les premiers jours de la guerre le gouvernement 
belge avait espéré maintenir la neutralité du Congo. 
Le 22 août, le bateau allemand VHedwig-von-Viss- 
mann bombardait Albertville, sur le Tanganyika. 
Aussitôt la Belgique mettait les ressources militai- 
res de sa colonie au service des Alliés. Ce n'est 
qu'après l'attaque d'Albertville qu'elle nous donna 
pour la conquête du Cameroun des renforts qui s'é- 
levèrent par la suite jusqu'à 600 hommes. Elle prêta 
aussi son concours aux forces britanniques de la 
Rhjodesia et s'organisa pour défendre ses frontières 



\ 



* _ 149 — 

entre les lacs au nord-est du Congo. Les Allemands 
lancèrent dans cette région des hordes pillardes de 
Vatussis qu'ils 'avaient a roi es et qui se livrèrent à 
toutes les horreurs : mais, bientôt, ces bandes 
étaient balayées par les renforts belges qui se heur- 
taient, en novembre 1914, aux troupes allemandes 
régulières. Les Belges repoussaient l'ennemi; cepen- 
dant la sécurité n'était pas assurée et des escar- 
mouches se livraient sans cesse. Sur le Tanganyika, 
les Allemands gardaient encore la maîtrise. Dans 
le sud-ouest, à la frontière du Rhodésia, les Alle- 
mands avaient attaqué Abercorn, et avaient reculé 
devant l'intervention des troupes belges du Ka- 
tanga. Dans la même région, à Saisi, une bataille se 
livrait encore en juin 1915; mais ici, non plus, les 
Allemands ne pouvaient avancer. Sur le lac Nyassa, 
un aviso britannique avait détruit, dès le début, 
rHermann-von-Wissmann. 

Le dernier semestre de 1915, des deux côtés, à 
part quelques petites actions locales, on resta sur les 
positions acquises. Durant ce temps, si les Alle- 
mands augmentèrent le nombre de leurs tirailleurs 
indigènes, Anglais et Belges préparèrent leur cam- 
pagne de 1916. Des troupes de l'Union Sud-Afri- 
caine vinrent, en nombre, renforcer les effectifs de 
l'Ouganda, ef le général Smuts, ministre de la 
guerre de l'Union, l'un des vainqueurs, du Sud-Ouest* 
Africain, prit le commarfdement de toutes les trou- 
pes d'invasion. 

Il fallait d'abord conquérir la maîtrise des e^ux 



— 150 — 



«'v 



du lac Tanganyika, pour permettre aux troupes du 
Congo belge d'avancer sur le littoral et assurer en- 
suite leurs communications. Quelques canonnières 
anglaises eurent raison du Kingani, le 15 décembre 
1915, et le 11 janvier 1916 du Graf-von-Goëtzen et 
de VHedwig-von-Wismann; les eaux étaient libres. 
Les grandes opérations allaient commencer. 

En mars 1916 le général Smuts ouvrait la campa- 
gne dans le nord. En quinze jours il chassa l'en- 
nemi du territoire britannique qu'il occupait depuis 
le début des hostilités et s'emparait du massif du 
Kilimandjaro. A. la fin de juin tout ï'Usambara 
était en son pouvoir. En même temps le général 
van der Venter avait marché de Moschi sur Kon- 
doa-Irangi, où il battait les Allemands. Les refou- 
lant toujours il atteignait Kilimantinde sur le che- 
min de fer central. Les Allemands étaient repous- 
sés vers l'ouest. 

En juillet le général Crewe s'emparait du port 
de Muansa, sur le lac Victoria. 

A la même date les forces belges prenaient pos- 
session des ports de Kigoma et Udjiji. 
* Du Rhodésia un détachement rejoignait les Bel- 
ges, et une colonne, sous les ordres du général 
Northey, marchait, au nord-est, à la rencontre des 
troupes de van der Venter. 

Toutes ces forces convergèrent alors vers Tabora, 
importante station de radiotélégraphie où se re- 
pliaient les Allemands. Au début de septembre Ta- 
bora tombait aux mains des Alliés, ainsi que les 



— 151 — 

ports de Sagani et de Bagamoyo, sur la côte, où 
l'ennemi s'était encore maintenu. 

Les forces allemandes réussissaient à échapper à 
l'encerclement et battaient en retraite dans le sud- 
est; c'est la région où manquent totalement les 
voies de communication et où, très prochainement, 
elles seront acculées. 

Les Allemands avaient pénétré dans le Mozam- 
bique dès 1914, sans déclaration de guerre. Derniè- 
rement des combats sç livrçn^nt encore sur la fron- 
tière. Bientôt les Portugais, renforcés, pourront 
prendre les Allemands à revers : ce n'est qu'une 
question de jours. La conquête de l'Est Africain 
allemand doit, par conséquent, Ore considérée com- 
me terminée. On peut compter sur la détermination 
du Royaume-Uni pour la mene^ à bien en peu* de 
temps. 

Avec la résistance de l'ennemi, préparée d'avant 
la guerre, l'immensité des espaces à conquérir, la 
difficulté des communications, l'éloignement des 
colonnes d'attaque, la nécessité d'employer ses for- 
ces à des objets plus pressants : telles sont les cau- 
ses de la longueur de cette campagne. 



SECTION V 
La prise de Tsing-Tao. 

Le 15 août 1914 le Japon adressait un ultimatum 
à l'Empire d'Allemagne. Il le sommait de faire éva- 



— 152 — 

cuer les eaux chinoises par ses navires et de lui 
remettre le protectorat de Tsing-Tao. C'était un 
coup sensible porté à l'orgueil germanique. Le Ja- 
pon, qui n'avait pas supporté le voisinage de la 
Russie, n'admettait pas davantage celui de l'Alle- 
magne. Il profitait de l'occasion pour s'en débar- 
rasser. Le 24 août, l'Allemagne ne répondant pas, 
le Japon lui déclarait la guerre et, les jours sui- 
vants, une escadre japonaise paraissait au large de 
Tsing-Tao. 

Le corps' expéditionnaire comprenait 29.800 offi- 
ciers et soldats, et 142 canons. La colonne anglaise 
qui prit part au siège avait 1.360 hommes, sous le 
général Bernardiston. Le commandant en chef était 
le général japonais Kamio. L'escadre allemande du 
Pacifique, sous les ordres de l'amiral von Spee, avait 
pris le large au début d'août. Il ne restait dans la 
baie qu'un croiseur léger autrichien : le Kaiserin- 
Elisabeth, deux torpilleurs et quelques canonnières. 
Le gouverneur von Meyer Waldech, fit mouiller des 
mines à l'entrée du goulet et prépara la résistance 
du côté de la terre en faisant creuser des lignes 
de tranchées. La garnison allemandèrTorte de 2.500 
hommes en temps ordinaire, atteignait plus de 5.000 
hommes par l'adjonction des équipages des bateaux 
inutilisés et l'arrivée de nombreux allemands du 
protectorat et du nord de la Chine. 

Un débarquement n'était pas possible, à Tsipg- 
Tao même, du côté de la mer : les défenses natu- 
relles étaient trop fortes. Les navires de la flotte 



— 158 — 

devaient se borner à soutenir l'effort des troupes 
de terre en bombardant les forts et les bateaux dans 
la baie. Dans le travail de la relève des mines un 

s, 

croiseur japonais et des canonnières furent coulés. 
Les Japonais avaient débarqué au nord du Chan- 
Toijng et traversé le territoire chinois sans s'inquié- 
ter des protestations du gouvernement. Le 12 sep- 
tembre ils s'emparaient de Tsimo, le 13 de Kiao- 
Tchéou. Ils resserraient peu à peu leur étreinte, et 
le 27 septembre Tsing-Tao était investi par un cor- 
don de troupes japonaises qui allait de Kiang-Ko- 
Tchou sur la mer, à Tsanghou sur la baie, La colline 
du Prinz Heinrich était enlevée d'assaut. On y ins- 
tallait l'artillerie lourde, qui écrasait, de là, la ville 
et le port. Avant le bombardement qui commença 
le 16 octobre, le général Kamio autorisa les non- 
combattants à s'en aller. Dès lors les casernes 
Moltke et Bismarck, les forts Kaiser et Iltis, la ville 
toute entière, furent criblés de projectiles. Le cui- 
rassé anglais Triumph détruisit, en quelques coups, 
le fort Bismarck. Le 6 novembre l'attaque générale 
était ordonnée, les Japonais partaient à l'assaut avec 
leur fougue ordinaire, et le 7 la garnison se ren- 
dait sans conditions. On lui accorda les honneurs 
de la guerre. Ainsi disparut le protectorat de Tsing- 
Tao que les Allemands considéraient comme le 
point d'appui de leur puissance en Extrême-Orient. 
Les pertes japonaises étaient de 236 tués, 1.280 bles- 
sés; celles de la^ colonne anglaise, de 12 tués et 61 
blessés. Le Japon garda l'administration du terri- 
toire conquis si brillamment 



— 154 — 



SECTION VI 

La conquête des îles du Pacifique. 

A l'annonce de la déclaration de guerre le gou- 
vernement de Nouvelle-Zélande s'était hâté d'orga- 
niser une expédition pour s'emparer des Samoa 
allemandes. Un corps de 1.500 hommes s'embar- 
quait à Wellington; le 15 août il était rejoint par 
les croiseurs britanniques Psyché, Pyramus, Philo- 
mel. Les mers n'étaient pas sûres : l'escadre de von 
Spee était signalée dans le Pacifique et on ne savait 
pas exactement où elle se trouvait. On fit escale à 
Nouméa, et le Montcalm, croiseur français, se joi- 
gnit à l'escadre que vinrent renforcer encore les 
croiseurs australiens Melbourne et Australia. Le 29 
août, sous le commandement du. vice-amiral sir 
George Patey, l'expédition arrivait devant Apia. Le 
gouverneur rendait la ville sans résistance, lui épar- 
gnant un inutile bombardement. 

De son côté le gouvernement australien prépa- 
rait une expédition contre la Nouvelle-Guinée alle- 
mande. La direction de ce groupe colonial était à 
Rabaul, en Nouvelle-Poméranie. Une première fois 
une partie de la flotte australienne avait croisé dans 
ces parages, le 18 août; elle y reparaissait le 10 sep- 
tembre avec le corps de débarquement, sous les 

ordres du colonel Holmes. Pour épargner Rabaul 

> ■ . 

et Herbetshôhe, le gouverneur allemand s'était 



— 155 — 

retiré dans l'intérieur, à Toma. Les Australiens dé- 
barquaient sans difficulté, mais éprouvaient une 
forte résistance dans le voisinage de la station 
radiotélégraphique de Bitapaka. Ils l'enlevaient, et 
devant Toma, sous la menace de l'artillerie austra- 
lienne, le gouverneur allemand, qui disposait d'une 
seule mitrailleuse, se rendait. 

En août l'escadre anglaise avait bombardé et 
détruit les postes de télégraphie sans fil de Jap et 
de Nauru. Le 6 octobre les Japonais débarquaient 
à Jaluit, et le 20 octobre ils s'étaient emparés *des 
Marschall, des Mariannes, des Carolines et des Pa- 
laos. Cette occupation fut provisoire. En novembre 
1914 un détachement australien alla prendre pos- 
session de ces archipels, et le Ô décembre l'île Bou- 
gainville, la dernière qui restât, "fut prise à spn tour. 
La conquête relativement rapide et facile de ces 
possessions insulaires semble indiquer que l'Alle- 
magne ne s'attendait pas à l'entrée en guerre de 
l'Angleterre et qu'elle n'avait rien préparé là-bas, à 
l'encontre de ce qu'elle avait fait en Afrique, pour 
réaliser ses projets contre les colonies françaises, 
belges et portugaises (1). 



(1) La petite possession. allemande de Brunei, à Bornéo, a 
été absorbée par les colonies anglaises de Saravak et de 
North Bornéo qu'elle séparait. 



— 156 — 



SECTION VII 
Les atrocités allemandes aux colonies (1). 

Il est impos3ible d'écrire le récit d'une guerre 
contre les Allemands sans réserver un chapitre spé- 
cial aux crimes abominables qu'ils commettent 
froidement. Leurs atrocités sont réfléchies, leurs vio- 
lations du droit des gens et des Conventions de La 
Haye sont voulues. Ces abominations rentrent 
dans leur doctrine de la guerre (2). 

La Belgique et le nord de la France ont été vic- 
times de toutes lesexactions et de tous les pillages. 
Les deux Gouvernements ont fait des rapports dé- 
taillés où la responsabilité des chefs allemands et 
de leurs hordes est solidement établie (3). En Polo- 
gne, en Lithuanie, en Serbie, en Roumanie, les 



(1) Voir : Documents relatifs aux atrocités et aux violations 
du droit de la guerre commises par les Allemands en Afri- 
que; — Rapport officiel anglais, traduit dans le fascicule des 
renseignements de V Afrique française, 1 et 2, 1917, p. 3; — Un 
document français ; Rapport du colonel Brisset, item, p. 45. 

(2) Voir Ch. Andler, Les usages de la guerre et la doctrine 
de l'état-major allemand 

(3) Les violations des lois de la guerre par V Allemagne, 
Berger-Levrault; — Les Allemands destructeurs de cathédrales 
et de trésors du passe. Hachette ; — Commission officielle du 
gouvernement belge, Berger Levraiîlt* — Le Livre rouge, 
Bibliothèque des ouvrages documentaires; — Le Livre rouge 
belge, ibid. 



— 157 — 

mêmes horreurs se sont reproduites : on se souvient 
des cultures de microbes nocifs trouvées à Bucarest 
dans le jardin de la légation germanique. Elargis- 
sant le cercle, c'est dans tous les Océans, à l'aide de 
leurs sous-marins, que les Allemands ont transpor- 
té leurs procédés, s'aliénant ainsi peu à peu tous 
les peuples menacés par leur folie du massacre. 

Il en fut de même dans leurs colonies. Ils ont 
déshonoré N leurs troupes jusqu'en leurs plus loin- 
taines possessions. Le gouvernement anglais vient 
de publier un rapport sur ce sujet, traduit dans la 
revue V Afrique Française de janvier et février 1917. 
Les faits cités plus loin en sont tirés ainsi que du 
rapport du colonel Brisset. Le bref résumé qu'on va 
lire ne doit pas dispenser de remonter aux sources 
où l'on retrouvera tous les détails et les textes et 
quelques photographies qui sont des documents ac- 
cablants. 

La sauvagerie avec laquelle* les Allemands ont 
traité leurs sujets noirs, au Cameroun, est incroya- 
ble. Quiconque était suspect de favoriser les An- 
glais était assassiné. Si, pendant quelques heures, 
les troupes alliées étaient obligées d'évacuer certains 
villages, à leur retour elles trouvaient des cadavres 
pantelants. La tribu des Doualas eut le plus à souf- 
frir de ces atroces procédés. Par la frayeur, les Al- 
lemands enrôlèrent un grand nombre de noirs, qu'ils 
laissèrent armés de flèches empoisonnées. Le ca- 
pitaine Parker affirme avoir vu un Allemand assas- 
siner deux blessés anglais. Dans les combats où nous 



— 158 — 

fûmes obligés de reculer quelques heures nous ne re- 
trouvâmes jamais un blessé vivant. Dans» l'Adama- 
oua, les capitaines von Roben et Duhring firent 
tuer les principaux chefs noirs et incendier leurs 
camps, si bien que nos troupes furent reçues en 
libératrices par la population. Enfin, à Garoua, on 
trouva plus d'un millier de « balles expansives » 
(balles à pointe molle et à demi-ceinture de nickel). 
Sur la vaste étendue du Cameroun il n'est pas un 
village qui n'ait eu sa victime. Voilà comment les 
Allemands savent se faire aimer. 

Au Sud-Ouest Africain, les puits furent empoi- 
sonnés. Au général Botha, qui se plaignait, le gou- 
verneur Seitz répondait : nous devons considérer 
ici les postes d'eau comme du matériel de guerre, et 
donc les rendre inutilisables. Quel euphémisme! 
ils ne les empoisonnaient pas, ils les rendaient inu- 
tilisables! Et avec quoi? Presque rien,... avec du 
« kopper dip » qui est une solution de cuivre, ou 
avec de l'arsenic, comme à la ferme Bullsbout. Et les 
Afrikanders leur en voulaient pour si peu! Com- 
ment ? mais ils mettaient des écriteaux pour avertir 
de la cdntamination ! Il est vrai que les troupes de 
l'Union ne les ont jamais trouvés. Les officiers et 
les hommes de «troupe faits prisonniers par les Al- 
lemands eurent une nourriture insuffisante. Cer- 
tains perdirent 15 et 20 livres de leur poids. Des 
officiers furent incarcérés dans la prison civile et 
mis en cellule, au mépris de toutes les lois de la 
guerre. Enfin, pages 41 et 42 du fascicule de YAfri- 



— 150 — 

que Française, on peut lire un discours du gouver- 
neur Seitz aux officiers anglais prisonniers qui est 
un chef d'oeuvre d'inconscience et de goujaterie... 
C'est l'Allemand peint par lui-même. 
Les populations noires respirent aujourd'hui sous 
• l'administration anglaise et française; elles opèrent 
-ne jamais revoir leurs anciens maîtres. On frémit 
en pensant à quelles vengeances les Allemands se 
livreraient s'ils pouvaient revenir. Dans l'intérêt 
des nègres du Cameroun et de l'Afrique orientale 
la. victoire des Alliés en Europe doit consolider le 
résultat de la campagne coloniale. 



**• 



De toutes les colonies allemandes, c'est à peine 
s'il reste encore, et pour peu de jours, quelques lam- 
beaux du sud de l'Est Africain. Cet empire, si jalou- 
sement édifié, et seulement considéré comme l'em- 
bryon des possessions convoitées outre-mer, s'est 
effondré sous les coups des Alliés. Japonais, Fran- 
çais, Anglais et Belges ont concouru à cette reprise. 
Les troupes des dominions de la Grande-Bretagne 
ont apporté l'aide la plus loyale et la plus précieuse 
à leur métropole. Toutes les races, sous toutes les 
latitudes, ont combattu l'hégémonie allemande. 

C'est à la maîtrise des mers, à la suprématie na- 
vale du Royaume-Uni que l'Entente est redevable 
de ce succès. 

Qu'adviendra-t-il de ces possessions à l'heure de 



- 1«0 - 

la paix? Il paraîtrait désirable de ne plus admettre 
les Allemands au partage de l'Afrique, où leurs am- 
bitions ont si souvent troublé les Français et les 
Anglais, les Belges et les Portugais. Nous aurions 
de gros avantages à conserver le Cameroun, qui 
commaçde nos territoires de l'Oubangui et du 
Tchad; quant au Royaume-Uni, pour réaliser le 
Cap au Caire, il a besoin de l'Est Africain, et 
l'Union Sud-Africaine semble, à juste titre, vouloir 
garder le Sud-Ouest qu'elle a conquis. 

En Asie l'Allemagne se heurterait au Japon et 
l'Entente ne saurait imposer le voisinage germani- 
que à son fidèle allié d'Extrême-Orient. 

L'Australie et la Nouvelle-Zélande repoussent 
aussi cette promiscuité gênante en Océanie... 

M. Walter-Long, ministre des colonies britanni- 
ques, a déclaré le 31 janvier 1917 à Westminster : 
« Aucune colonie ne sera rendue à l'Allemagne » . 
Le dernier mot est encore à dire et le sort définitif 
de ces territoires se joue sur le vieux continent. 



CONCLUSION 

Quelques réflexions suggérées par l'étude de 
la colonisation allemande et de la rivalité 
coloniale franco-allemande. 



Après une première période d'ignorance et de 
tâtonnements pendant laquelle l'Empire s'était for- 
tifié à l'intérieur, militairement et économiquement, 
il a développé- ses possessions coloniales. Un plan 
arrêté fut applique; les lignes de chemins de fer fu- 
rent construites rapidement; la mise en valeur des 
pays fut poursuivie avec ténacité. L'Allemagne, 
pour arrondir son domaine, n'hésita pas à nous 
chercher querelle à propos du Maroc; elle réussit 
à nous arracher un vaste lambeau du Congo. Son 
développement économique était considérable, son 
commerce augmentait chaque année, il avait atteint 
vingt-quatre milliards; sa marine marchande s'était 
accrue en proportion, ses lignes de navigation des- 
servaient toutes les régions de la terre : la Compa- 
gnie « Norddeutscher Lloyd » était la seconde com- 
pagnie du monde. Cette expansion se faisait à l'abri 

li 



— 162 — 

d'une force armée et d'une marine de guerre qui 
suivaient une même courbe diaccroissement. 

Cette liaison harmonieuse de toutes les forces na- 
tionales n'était pas due au hasard. Cependant, pas 
plus que les autres peuples, les Allemands n'ont le 
génie instinctif de l'organisation : ce qu'on peut leur 
accorder, c'est une plus grande facilité d'adaptation 
et de discipline. Point n'est besoin de faire appel à 
la métaphysique, à des qualités innées dont serait 
douée la race germanique : la raison ne saurait être 
satisfaite ainsi. Elle voit aillçurs la cause profonde 
de ce développement général : dans le Gouverne- 
ment impérial. Comme ils ont fait la fortuné de la 
Prusse, les Hohenzollern ont présidé à la grandeur 
de l'Allemagne contemporaine. Au-dessus des di- 
vers Etats, au-dessus des divers services de l'Union, 
au«de4sus de«t assemblées de l'Empire, reliant tous 
les efforts, les faisant tous converger verô un seul 
but, il faut reconnaître l'action du Gouvernement 
impérial. Celle-ci a pu s'exercer par des ehaneellers 
divers, l'Empereur en a até l'inspirateur souverain. 
Il n'a pas hésité à dissoudre le Reichstag en décem- 
bre 1906 pour faire triompher le programme colo- 
nial (1) . Sous la continuité de sa direction, les scan- 
dales coloniaux, car scandales il y a sous tous les 



III I M IV i<W 



(1) Déjà, en 1893, h Reichstag avait été dissous pour avoir 
refusé de vpter des crédits militaires et le programme naval 
que les nouveaux élus s'empressèrent d'adopter. 



— tes — 

régimes, n'ont paa arrêté la marche, des affaires, et 
là est l'essentiel. 

On ne peut pas refuser à Guillaume II d'avoir géré 
admirablement son Empire : c'est que, plus que tout 
autre, il y était intéressé; avec la grandeur de l'Aile- 
magne, c'était sa gloire assurée, l'avenir de sa dy- 
nastie affermi; toute décadence, par contre, eût re- 
jailli sur lui. Sans distinction de parti ou de con- 
fession, il était porté à faire contribuer toutes les 
activités à l'œuvre nationale. L'adhésion de la So~ 
zial Démocratie à la politique actuelle a montré 
son ascendant. Fort de son autorité, sûr de ses ar- 
mées, il n'a pas laissé passer une occasion d'aug- 
menter la fortune allemande; et c'est pour assurer 
l'hégémonie de l'Allemagne sur le monde, qu'il s'est 
décidé à déchaîner le conflit en 1914; depuis lors, 
par l'invasion de la Belgique et par tous les crimes 
de 6es armées, son nom et celui de son pays sont 
couverts d'opprobre dans le monde civilisé. Mais 
il est essentiel v de bien comprendre, pour 
que peuple et chef supportent leur part de 
responsabilité, que Guillaume II n'a pas dé- 
claré cette guerre de conquête et de suprématie 
parce que monarque, mais parce que monarque al- 
lemand. Ce faisant, il réalisait le voeu de tout son 
peuple, les aspirations de l'âme allemande. C'est 
parce que l'orgueil germanique lui cachait une clai- 
re vision des choses qu'il n'a pas su arrêter ces folles 
ambitions, qu'il n'a pas compris que le monde se 
dresserait contre elles ou qu'il a cru pouvoir domp- 
ter l'univers. 



— 164 — 

- « Il ne serait peut-être pas exagéré de dire, écri- 
vait, le 15 août Ï907, un ancien ambassadeur (1), 
que si l'Allemagne jouissait d'un régime démocra- 
tique, les incidents les plus fâcheux se seraient déjà 
produits. C'est, en effet, un phénomène bien cu- 
rieux de voir que le gouvernement, et en première li- 
gne l'empereur lui-même (2), sont obligés de mettre 
un frein ê^ux manifestations d'inquiétude et de co- 
lère qui se succèdent sans interruption, non seule- 
ment dans la presse, mais surtout dans les échanges 
de vues quotidiens des citoyens... Tout ce que le Gou- 
vernement ^ peut faire maintenant pour créer des 
ennuis à l'Angleterre ou à la France, est sûr de trou- 
ver les applaudissements' du peuple. Il n'y a pas 
d'autres raisons au l'éveil stupéfiant des idées na- 
tionalistes jusque dans les couches les moins belli- 
queuses de la population. » En effet, c'est l'Allema- 
gne tout entière qui aspirait à dominer le monde. 
Par le culte des souvenirs historiques, par l'action 
des Ecoles, des Universités, des ligues pangerma- 
nistes, l'âme allemande s'était imbue de l'idée de 
sa supériorité; elle frémissait du désir de l'impo- 
ser (3). Toutefois, c'est grâce à l'action intéressée, 
continue et prévoyante de son Gouvernement mo- 
narchique, que l'Allemagne est entrée dans la lutte 
avec un maximum de moyens. Dans la conduite de 



(1) La Revue, 15 août 1907. 

(2) M. Muret, L'évolution belliqueuse de Guillaume IL 

(3) H. Andrillon, L'expansion de l'Allemagne et la France* 
pp. 261 et suiv.; — Ch. Andler, Le Pangermanisme, Colin. 



— Î65 — 

cette longue guerre on constate encore l'avantage 
que lui procure, l'unité de la direction. 

Tandis que, fermement gouverné, l'ennemi héré- 
ditaire faisait contre nous ses derniers préparatifs 
de guerre, que se passait-il en France? Le discours 
de Guillaume II à Tanger, en 1905, résonait dans 
les Chambres françaises comme un coup de ton- 
nerre. C'était un rappel brutal à la réalité. On 
s'apercevait qu'il y avait autre chose que « des lut- 
tes politiques intérieures » (1), cette plaie mortelle 
des démocraties, et qu'il fallait se défendre dans le 
monde. M. Delcassé était violemment attaqué par 
MM. Jaurès, de Castellane, Vaillant et d'autres en- 
core, Nous dûmes accepter le principe de la Con- 
férence internationale pour régler le différend, ce 
qui occasionna la démission de M. Delcassé, le 6 juin 
1905. C'était une défaite. Quelle était sa cause? No- 
tre faiblesse militaire uniquement. Des ministères 
imprudents avaient désorganisé la marine et l'ar- 
mée. Il fallut, en hâte, demander des crédits sup- 
plémentaires pour 224.190.200 francs, ainsi répartis : 
Munitions 93.849.000 francs 

Places fortes de l'Est 33.695.000 » 
Armement des armées 41.409.000 » 
Habillement 29.156.000 » 

Divers (dont 1.650.500 
francs pour les che- 
mins de fer) 26.081.000 » 



224.190.000 

(1) M. Sembat, Faites la paix, sinon faites un roi. — C. Maur- 
ras, Kiet et Tanger, N. L. N., 1913. 



— 1W — 

Ce n'étaient pas des dépenses imprévues : c'était 
« pour exécuter, en quelques mois, .des commandes 
qu'on aurait dû échelonner sur plusieurs années; 
c'était pour combler des vides énormes dans des 
stocks de munitions, pour mettre en état nos quatre 
grandes places fortes, pour compléter l'armement 
et l'équipement des armées, pour des travaux de 
chemins de fer absolument indispensables à la con- 
centration telle qu'elle est prévue par le plan de la 
mobilisation » (1). 

La conférence d'Algésiras avait ouvert ses assises. 
On était au milieu des difficultés que faisait surgir, 
pour la discussion du projet de police du Maroc > 
l'intransigeance allemande. Un espoir d'entente ap- 
paraissait cependant, dû en partie à l'intervention 
du Président Roosevelt quand, le 7 mars 1906, le 
ministère Reuvier tombait sur la question des in- 
ventaires(2). L'Allemagne eh profitait pour tout 
remettre en question et nous créer de nouveaux 
embarras. M. de Radowitz revenait sur son accep- 
tation. Une campagne de fausses nouvelles était 
montée contre nous : campagne de presse et campa- 
gne diplomatique tendant à nous faire passer com- 
me rebelles a toute transaction auprès des Gouver- 
nements étrangers. Le 14 mars le cabinet Sarrien 



(1) P. Baudin, Valérie, pp. 1 à 23. 

(2) A. Tardieu, La Conférence d'Algésiras, pp. 298-299 
et suiv. 



— 167 — 

était constitué et M. Bourgeois succédait a M. Rou- 
vier au ministère des affaires étrangères. Le nou- 
veau ministre confirmait purement et simplement 
les instructions de son prédécesseur à M. Révoil (1), 
En acceptant de transiger sur le projet de banque 
nous obtenions l'accord pour la police; mais, pen- 
dant huit jours, la France avait été à la merci de la 
moindre fausse manœuvre; elle avait côtoyé 
l'abîme. 

» On a vu, en étudiant le Cameroun, que la fai- 
blesse du Gouvernement français avait permis Fin-" 
vasion du Congo par les Allemands. Le 30 mars 
1905, plutôt que de soutenir vis-à-vis de l'Allema- 
gne les demandes de la Ngoko-Sangha et de lui 
demander réparatioji pour l'atteinte portée au ter- 
ritoire national, le ministère Rouvier préférait aug- 
menter la concession de cette Société, afin d'obtenir 
son silence. Dans les années suivantes les ministè- 
res successifs observaient la même tactique de pru- 
dence et de renoncement. En 1909 un projet de 
consortium franco-allemand qui eût couVert les 
empiétements .antérieurs était en formation. Ce 
projet était né de l'accord du 9 février 1909 que 
nous avions consenti au sujet du Maroc, avec l'Ai- 
lemagne, lui reconnaissant ainsi un droit spécial, 
plus important que ceux des autres puissances si- 



Ci) A. Tardieu, La Conférence d'Algésiras* pp. 299 et suiv, 



— 168 — 

. gnataires * de l'acte d'Algésiras. Ce projet, après 
avoir contribué à ébranler le ministère Briand, était . 
enterré par le cabinet Monis, devant l'acharnement m 
des ennemis du régime des concessions. Ainsi, pour 
éviter des embarras de politique intérieure, on n'hé- 
sitait pas à courir au-devant de nouvelles difficul- 
tés extérieures. 

L'accord de 1909 nous laissait au moins libres, 
au Maroc, d'aider le Sultan à maintenir l'ordre. 
Nous n'en profitions pas. Par craintes d'interpella- 
tions gênantes, le Gouvernement réduisait les trou- 
pes du général Moinier de 15.000 hommes à 6.000. 
Il ne faisait pas appliquer le plan du général Lyau- 
tey, que Jaurès dénonçait comme un « factieux ». 
« Pour n'avoir rien créé à Fez en 1909 et 1910 et évité 
par là des discussions à Paris, nous avons dû mar- 
cher sur Fez en 1911. C'est l'insuffisance de notre 
action qui en a déterminé l'extension. Les possibili- 
tés inemployées ont eu pour contre-coup les initia- 
tives forcées. Nous avons dû jouer la difficulté, fai- 
re trop J)our avoir fait trop peu (1) ». 

Cette expédition sur Fez, ajoutée aux désillusions 
qui avaient suivi pour elle l'accord de 1909, déter- 
minait l'Allemagne à nous braver encore. Une fois 
de plus elle profitait d'un changement de ministère 
pour nous mettre en présence d'un gros incident. 



(1) A. Tardieu, Le mystère d'Agadir, pp. 155 et'suiv., 365 
et suiv.; — P. Albin, Le coup d'Aga<Hi\ pp. 102-175. 



— 169 — 

C'est le 1 er juillet 1911, deux jours après la cons- 
titution du cabinet Caillaux, qu'elle envoyait le 
Panther à Agadir. On sait de quel prix nous fûmes 
obligés de payer son désistement au Maroc : mais 
pourquoi en fut-il encore ainsi? Parce que la leçon 
de 1905 avait été inutile, et que notre faiblesse mi- 
litaire avait continué. La loi de deux -ans avait été 
appliquée; nos troupes de couverture étaient, de ce 
fait, insuffisantes : nous n'avions ni approvisionne- 
ments, ni surtout artillerie lourde, comme la guerre 
l'a démontré (1). 

Ce qui nous a manqué, c'est l'organe qui unit les 
efforts de tous et les fait concorder. C'est le centre 
*servo-moteur, c'est l'unité, la continuité et l'autorité 
de la direction. Un socialiste, M r M. Sembat, a re- 
connu qu'il existait, en France, « un trou par en 
haut» (2). 

L'expérience a trop prouvé déjà, à notre détri- 
ment, qu'il n'y avait pas de clef de voûte. à notre 



(lj Sous le ministère Clemenceau, les budgets de guerre 
étalent : 

1907 — 92.000.000 contre Allemagne 193.000.000 

1908 - 60,000.000 — 241.000.000 

1909 — 66.000.000 — 215.000:000 
Dans ces trois années, 1 Allemagne employa 431 millions de 

plus que nous pour accroître son matériel d'artillerie. C'est 
alors que fut réellement creusé le gouffre (Officiel, 27 mars 
1914, p. 1973, Rapport Bénazet). 
(2) M. Sembat, Faites la paix, sinon faites un roi. 



— 170 — 

édifice. L'histoire de la rivalité coloniale franco- 
allemande le démontre une fois de plus. La guerre 
actuelle corrobore ces conclusions. > 

Il faut que le Gouvernement se place au-dessus 
des partis afin de pouvoir gérer, en toute liberté, 
l'intérêt national et, pour en assurer la réalisation, 
qu'il possède 4'autorité nécessaire. 

Le développement colonial dépend de la politique 
générale; il réclame impérieusement, pour sa part; 
de la compétence, de la méthode, de l'esprit 
de suite, toutes qualités qui ne peuvent exis- 
ter en dehors' d'une direction durable. Par 
sa renaissance économique, par la rénovation 
de sa marine marchande, sous la protection* 
de son armée et de sa flotte, la France verra ses 
colonies florissantes. Sa puissance continentale, son 
prestige mondial renforceront les liens qui l'atta- 
chent à ses possessions d'outre-mer. Une condition 
est nécessaire pour réaliser ce programme, c'est de 
boucher «le trou par en haut». Il faut que le 
pouvoir central soit fortement constitué pour agir 
dans sa sphère déterminée. Coordonner les énergies 
et les ressources de la métropole et des colonies, 
assurer l'ordre, la police générale, les finances, la 
politique extérieure et la Défense Nationale : voilà 
là fonction propre de l'Etat. 

Dégagé des préoccupations « politiques » qui ont 
gêné trop longtemps son libre fonctionnement, 
renforcé dans 'Bon domaine propre, l'Etat français, 
après la guerre, devra favoriser les initiatives pri- 



► 



— 171 — 

vées, utiles à la mère-patrie, et protéger l'essor 
des groupements professionnels et locaux des socié- 
tés et* des ligues métropolitaines et coloniales. 

Telles sont les conclusions de politique intérieure 
qui semblent se dégager de cette étude et qui trou- 
vent, dans le domaine colonial, une application 
saisissante. 



Vu : Le Président de la thèse % 

Toulouse, le 9 février 191T, 
A. MÉRIGNHAC. 



Vu : Le Doyen* , 
M. HAURIOU. 



Vu et permis d'imprimer : 

Toulouse, le 16 février 1917. 

Le Recteur, 
Président du C nseil de rUniversité. 

Pour le Recteur : Le Doyen délégué 

F. DUMAS. 



Dubois et Sicurin. Caries d éludes, Mbssoii, édile 




TOGO 







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CAMEROUN 



Aiodcl 




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TABLE DES MATIÈRES 



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Ptges 

Bibliographie 7 

Chapitre premier. — Historique de la colonisation 

allemande : 11 

Section première. — Historique général 11 

Section II. — L'Allemagne contre la France au 

Maroc et au Congo 21 

Section III. — L'Allemagne dans l'Afrique australe 

et centrale 31 

Section IV. — L'Allemagne et la Turquie 35 

Section V. — L'Allemagne en Extrême-Orient et sur 

les Océans '. '. 36 

Section VI. — L'hégémonie mondiale 37 

* 

Chapitre H. — Les colonies allemandes 40 

Section première. — Le Togo 40 

Section II. — Le Cameroun . . / 48 

Section III. — Le Sud-Ouest africain allemand 71 

Section IV. — L'Est africain allemand 87 

Section 7.-— Protectorat de Tsing-Tao 101 

Section VI. — Les colonies allemandes de l'Océan 

Pacifique : 116 



- 174 — 

Chapitre III. — L'administration coloniale et ses 

résultais '. . . . 123 

Section première. — Résultats économiques. . ..... 123 

Section IL — Colons et politique indigène. . 132 

Chapitre IV. — La guerre aux colonies '. . . 135 

Section première. -~'La conquête du Togo. , 136 

Section IL — La conquête du Cameroun 139 

Section III. — La conquête du Sud-Ouest africain. . 143 

Section IV. — La guerre dans l'Est africain allemand 146 

Section V. — La prise de Tsing-Tao 151 

Section VI. — La conquête des îles du PaciOque, ... 154 
Section VIL — Les atrocités allemandes aux colo- 
nies ...• 156 

Conclusion. — Quelques réflexions suggérées par 
l'étude de la colonisation allemande et de la riva- 
lité coloniale franco-allemande 161 



■maW*M*WHHpw 



ïms boo* is due ok the last date 

ST AMPED BELOW 



AN INITIAL FINE OF 25 CENTS 

WILL BE A8SE8SED FOR PAILURB TO RETURN 
THIS BOOK ON THE DATE DUE. THE PENALTY 
WILL INCREASE TO SO CENTB ON THE FOURTH 
DAY AND TO $Ï.OO ON THE BEVENTH DAY 
OVERPUE. 




1NTER-LIBRARY 



O CT 2 1966 



LD 21-100rn-7/33 



YC 09792 

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