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Full text of "Les colonies et l'émigration allemandes ..."

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COLONIES ET L'ÉMIGRATION 

ALLEMANDES 



A8NIERKB. — IMPRIMERIE LOUIS BOTER ET Cl*. 



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COLONIES ET L'ÉMIGRATION 



ALLEMANDES 



PAR 

JULES STOEGKLIN 

ANCIEN ÉLÈVE DE L'KCOLE POLYTECHNIUUE DE ZURICH 
ANCIEN INSPECTEUR DBS EAUX ET FUKÈTS 

AVEC PRÉFACE PAU 

KAOUL POSTEL 

ANCIEN MAGISTRAT AUX COLONIES 



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PARIS 

LOUIS WESTHAUSSER, ÉDITEUR 

10, UUE DE l'abbaye, 10 

1888 
Tous droits réservés 



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COLONIES ET UÉMIGRATION 

ALLEMANDES 



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A8NIEREB. — IMPRIMERIE LOUIS BOTER ET Ci*. 



LES 



COLONIES ET L'ËMIGRATION 



ALLEMANDES 



PAR 

JULES STOEGKLIN 

Al^GIEN ÉLÈVE DE L'KCOLE POLYTECHNIQUE DE ZURICH 
ANCIEN- INSPECTEUR DES EAUX ET FORÊTS 

AVEC PRÉFACE PAR 

RAOUL POSTEL 

ANCIEN MAGISTRAT AUX COLONIES 



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PARIS 

LOUIS WESTHAUSSER, ÉDITEUR 

10, RUE DE l'abbaye, 10 

1888 
Tous droits réservés 



V 



£> ti I 



PRÉFACE 



Il y a soixante ans, quelques années après 
Napoléon V\ une certaine école historique 
apparut, qui introduisit soudain dans la théo- 
rie politique internationale un sentimenta- 
lisme doctrinal de convention; aussitôt, tout 
un courant nouveau d'opinion se produisit 
sur les questions sociologiques. Ce mouve- 
ment était, au fond^ dans les données mêmes 
de l'évolution propre au XIX" siècle; il eut 
pour objet immédiat d'exciter à Tétude, plus 
ou moins spéciale, des caractères propres aux 
nationalités distinctes et de revenir, par suite, 
sur la situation de celles qui avaient été ou 
avaient paru être plus ou moins opprimées. 
C'est alors que nous vîmes, en France, notre 
grand historien Augustin Thierry constituer 



pe toutes pièces ime doctrine pour glorifier les 
nationalités vaincues et prendre systémati- 

iiement parti en leur faveur contre les natio- 

alités victorieuses. C'était l'Évangélisme 
lippliqué à l'histoire, mais aussi la négation 
l^e l'esprit le plus fondaraental de la méthode 

icientifique. Les Gaulois ^.taient glorifiés, et 
Bésar maudit; les Normands flétris, et leî 
Saxons exaltés. Il est vrai que, dans ces para- 
Boxes littéraires où l'on s'insurgeait contre 
tes fatalités de l'histoire, on oubliait que les 
taxons avaient été des conquérants et que les 
Haulois n'auraient pas mieux demandé que de 
l'être. 

Dans les autres parties de l'Europe et sur- 
fflut en Allemagne, sous le poids du souvenir 

I l'oppression impériale qui, mnlheureuse- 
Ment, avait succédé à notre défense légitime 

ntre une attaque odieuse, les penseurs 
fcatriotf^B adoptèrent avec joie cette doctrine 
■mprévue, qui servait leurs plans; les écri- 
vains germaniques, entre autres, lui don- 
nèrent à leur façon une systématisation par- 
îiculiôre qui, depuis, a pris le nom de « prin- 
sipe des nationalités b. Et non seulement 



Us formulèrent cette conception, mais encore 
ilsen dc'dnisirentune politique spéciale pour 
opi^rer en vertu de son facile principe une 
nouvelle répartition de l'Occident et même dn 
monde entier, Les démocrates français, dans 
l'incohérente accumulation de dogmes confuB 
qui les aveuglait, s'empressèrent naturellement 
d'accepter ce principe en le combinant avec un 
mélange du Contrat Social et de l'Évangile, 
lequel était alors la caractéristique de ces 
prétendus continuateurs de la Convention 
Nationale, Il y avait donc là, en Occident, une 
sitiiation prête à. permettre de profondes trans- 
formations sous des circonstances favorables. 
L'Angleterre seule échappait à ces entraîne- 
ments. 

Or, ces circonstances so produisirent par 
suite de l'avénementde Napoléon III. Dans le 
cerveau mal équilibré de ce prince, toujours 
fatalement indécis, se ballottaient àla fois les 
conceptions les plus disparates: plans finan- 
ciers empruntés au Saint-Sîmonisme, vague 
aspiration évangélique de fraternité univer- 
selle, rêve mal défini du principe des natio- 
nalités, Mais ce pseudo-démocrate couronné 



>8sédait de plus, pourlc moment, une puis- 
ace redoutable et prépondérante. C'est alors 
îi'entrèrent en scène en même temps, en Italie 
$ en Allemagne, deux hommes d'Etat rcmar- 
iBatles, M. de Cavour et M. de Bismark, très 
|>tes chacun à tirer parti, dans l'intérêt précis 
i leur nationalité propre, d'une pareille si- 
dation. 

>■ On sait trop ce qui est advenu depuis. La 

S d'une génération ne s'était pas accomplie 

lue l'unité italienne était fondée, de même que 

e l'Allemagne; et cette dernière prenait, 

^entôt après, en Occident l'hégémonie qui 

it jusqu'alors appartenu à la France! Une 

Répartition ethnique nouvelle était désormais 

fondée en Europe, grosse de perturbations qui 

Boraient pu être évitées, mais qui, en fait, ne 

Bftvaient pas été; tant les coefficients empi- 

ques, y compris l'existence do certj^ines per- 

feonnalités, jouent un rôle considérable dans. 

ti pohtique pratique des peuples. L'influence 

ela France a été sensiblement amoindrie, et 

changement rend son action infiniment 

lis difficile: il ne lui reste plus, pour sa sau- 

3, qu'à revenir en arrière et à pousser, 



PRÊFACK 

Etant qxV'û lui sera possible^ au maintien des 

nationalités encore existantes. Quoi , 
i'il en soit, aujourd'hui l'Occident marche 
%nergiqueraent vers les grandes concentrations j 
nationales, et sa constitution actuelle intro- 
duit de plus deux éléments nouveaux de per^ | 
turbation danslapoliticjuegénérale; l'Allema- I 
gne et l'Italie. La Francene peut s'en prendre 1 
^u'à elle-raôme de cette désastreuse réaction. 

Mais si, grâce à l'initiative imprudente du ! 
^sentimentalisme » démocratique français, la 4 
gfusse, naguère encore si faible, a pu 
lansforraer dans l'espace, de quelques années I 
un formidable Empire Allemand, il . 
ffensuit pas pour cela que son aisance soit à 1 
Shauteurde sa subite fortune politique. An i 
iûint de vue de sa prospérité intérieure, ce | 
glosse, semblable à celui qu'entrevit jadis J 
[buchodonosor, pourrait bien chanceler ra- 
rement, s'il n'y prend garde, sur ses fonda- 

î mômes, que la misère mine. Un coup 1 
»il sommaire sur les ressources intimes de| 
Allemagne nous en convaincra. 
)'aprÈs le recensement de 1885, l'Allemagne I 
topteunepopuIation(le4G855 704individus, ' 



»roupi^p sur une siipprfinie totale de 540 521 
fcflomètrnscarriîs. Cnmment so subdivise cette 
Hopulation, et de quelle façon vit-elle ? 
■ Lapoiiulation moyenne de l'Empire Alle- 
Biand serait donc de 86,7 individus par kilo- 
mètre carré. Parmi les Etats particuliers, c'est 
«royaume de Saxe qui présente laplus grande 
B^Dsitë, avec 212 habitants par kilomètre 
Barré, puis la province du Rhin avec 148; par 
Bôntre, le Hanovre n'en compte que 56,5, la 
Crusse occidentale que55,2etlaPrusseorientale 
Bne 53 ; la Poméranie et le Waldeck descendent 
Blême à 50, le Mecklembourg-Schwerin à 43,2 
Et le Mecklembourg-Strelitz jusqu'il 33,0. 
H D'après lerecensementdesprofessionspour 
^886, le chilFre des personnes occupées àl'agri- 
culture est de 415,2 pourl.OOOhabitants; celui 
des personnes vivant de la transformation des 
produits bruts en produits manufacturés est 
de 348,4 ; celui des personnes adonnées au 
commerce de !I3, 7; celui des domestiques de 
39,1 ; celui des fonctionnaires publics et des 
individus exerçant des professions libérales 
de 45,5; enfin, celui des personnes sans 
occupation connue de 46,7. 




A un antre point de vne, la population s 
sulidiviseainsi; SÛOl-lTOSindivitlnsiTepopula- 1 
tion urbaine, et 2li8'i0 DOOindividns depopula 
tion rurale. Dans ces deux groupesilfautencore 1 
comprendre 5 8!)1 OOD ouvriers, occupés dansl 
77 H44exploitationsou fabriques (noncomprises 1 
celles employant un minimum de 5 ouvriers), 
Teffectif de l'armée sur le pied de paix qui | 
est, pourl887-lS8S, de 495 325 hommes, plus 1 
10850 ouvriers des corps de troupes, celui da j 
la marine de guerre, lequel compte 171191 
hommes d'équipage d'aprcs la statistique | 
officielle de 1886, enfin celui des équipages de 
la marine de commerce, qui était en 1S85 de 
30 911 matelots. 

Cette population, relativement considérable ] 
sur un territoire qui n'est pas sensiblement | 
plus étendu que la France ', est loin, toutefois, 1 
(le rencontrer la même facilité de vie que le 1 
citadin, le paysan et l'ouvrier chez nous. Le sol I 
allemand, dans sa plus grande étendue, n'est I 
pas fécond '.les richesses rainièrea qu'il contient J 
ne sont pas une compensation iila parcimonie. 



a totale (16 538571 ki- 



p souvent cxcossive, de la production agri" 

; elles font, au contraire, ressortir plus 

(ellement l'inégalité douloureuse qui sépare 

feravailleur de toute caste du propriétaire et 

sapitaliste, qui seuls ne manquent de rien. 

toici, du reste, le tableau très exact q ue les 

urs d'un récent ouvrage sur l'Allemagne 

1 tracent de la situation agricole dans 

Bttsemble de ce pays * : 

I Au point de vue agi'icole. on peut diviser 
Ûlemagne en quatre zones principales: la 
î étroite du littoral, celle de la plaine de 
Allemagne du Nord, la zone montagneuse 
Icentre moyen de l'Allemagne, aveclapîaine 
I sud, et la zone alpestre. 
t La zone du littoral comprend l'étroite 
hde de terrain qui longe les bords de la 
fcltique et de la mer du Nord. Sur le littoral 
■la Baltique s'étendent de hautes et vastes 
nés composées généralement de sable lin, 
Eelquefois de galets. Sur certains points, le 
(ble est fixé par des herbes et des arbustes; 
Heurs, il obéit à tous les mouvements do la 

tpAllemngne illustrée, par V. A. MnUa-Brun, avBC la 
Iboration do MM. Charles I.assailly cl Jiilea Stncokliii 
R'.fly fascicule, p. 106-1(KI. — Paris, Jules liouff.lWfï. 



PRÉFACF, 13 

vague et des vents : co n'est giiùre que. depuis 
cinquante ans qu'on a commencé, dans l'Alle- 
magne du Nord, à consolider les dunes en y 
plantant des herbes et des arbustes. Le delta 
de laVistule, avec ses polders ou werders si 
fertiles, appartient au littoral de :1a Baltique. 
» La côte de la mer du Nord est moins pit- 
toresque, mais plus lertite; elle est occupée en 
grande partie par les Marschos, célèbres en 
fertilité et qui embrassent de vastes étendues 
aux erabourhures du Rhin, de la Meuse et de 
l'Escaut. Les Marsches doivent leur origine 
au limon que charrient les grands cours d'eau, 
tantôt le déposant sur leurs rives (Marsches 
fluviales), tantôt et plus habituellement le 
roulant vers la marée, le vent et les vagues 
s'en emparant pour le rejeter le long des côtes 
(Marsches marines). La puissance de fertilisa- 
tion de ce limon estsensiblement accrue par les 
innombrables infusoires qui meurent dans 
les embouchures des fleuves. Les Marsches 
sont protégées contre la mer par des digues 
gijïantesques, dont quelques-unes sont de 
construction ancienne puisqu'elles ont été, dès 
If xiv" si/'clc, l'objet de règlements ftçéwML-s.. 



■ U PRÉFACE 

"Au point (le vue agricole comme sons l^i 
rapporig(''Ographiqiie, laplaine de l'Allemagm 
du Nord peut s(i diviser en plaine orientale oi 
plaine wende, et plaine occidentale ou plaim 
saxonne, par une ligne tirée de Hambourg ai 
pied du Harz. 

» Une partie assez considérable de laplaim 
, wende est occupée par des bas-fonds on l'e 
abonde. Decesterrainshuraidesbeaucoup son 
encore en marécages; toutefois, à l'aide d( 
L canaux ou de digues, on a pulivrcr à la culture 
l'de larges bandes de sol, exploitées aujourd'hu 
fccorame tourbières ou transformées en champs 
' fertiles, en riches pâturages.lesplus productifs 
I de la plaine. Cela est surtout vrai pour 
L marais de l'Oder et de la forôt de la Sprée. 

) En deliors du terrain marécageux, la fcrti- 

1 lité de la plaine wende est très inégale. Là oui 

domine la marne, comme dans l'Ukermadc, 

I Mecklemhourg et le Holstein, on trouvï 

une végétation assez puissante. Mais les terroB 

sablonneusesdu Brandebourg et de la Pomé' 

■ ranie ne donnent guère que du seigle. Un dea 
l-avantages de la plaine wende, c'est qu'on y 
l trouve aisément de l'eau potable. Sur certains 



PRfiFACE 11) 

points, et notamment dans le Brandebourg 
méridional, le sol est couvert d'une couche de 
aable si épaisse qu'il produit â peine quelques 
maigres pins. 

» La plaine occidentale, ou de Saxe, alterne 
entre la tourbière et la lande. Le terrain de la 
lande, ou des bruyères, n'est pas partout uni- 
formément stérile; parfois, au milieu même 
des sables, apparaissent de véritableselriantes 
oasis. Sur les bords des fleuves, aux endroits 
où les grandes eaux, balayant le sable, ont rais 
à nules terrains do marne et d'argile, on trou- 
ve des cultures florissantes. Ailleurs, la cou- 
che de sable est assez légère pour qu'onpuisse, 
sans de grands travaux, découvrir le sol ara- 
ble. Pendant longtemps les communes ont in- 
terdit le travail de recherche dans les vastes 
hruyères qu'elles réservaient à la dépais- 
sancG commune; d'un autre côté, elles défen- 
daient en raéme temps d'enlever les bruyères 
mortes, cet unique engrais végétal de la lande 
et grâce auquel, quand il avait atteint une cer- 
taine épaisseur, elle pouvait (Hre convertie en 
forêts. Mais, depuis trente ansenviron, on mor- 
celle ces vastes communaux, et, aujourd'hui, 



i trouve do riches cultures de iroment et da 
teofza là où, naguère, quelques vaches maigres 
œrontaieut de maigres pâturages. Cette heu- 
peuse transformation eût été bien plus rapidi 
pi, dans cette contrée, la propriété n'eût ét( 
concentrée en un petit nombre de mains. 
» Toutes les parties de la lande ne seprêteu 
Fipas ainsi à la culture. Sur de vastes étendues; 
lies couches fertiles sont à une trop grande 
I profondeur pour qu'on puisse les cherche! 
I iitilement. Dans ces dernières années, on y 
Ifeit quelques plantations de pins; mais le! 
I résultats sont encore peu sensibles. 

B Si la plus grande partie de la lande a cou- 

sewé sa stérilité primitive, les autres maraii 

B l'Allemagne occidentale ne se prêtent pas 

davantage à la culture. Les plus étendues son! 

I nord et à l'ouest de la Weser surlesdeus 

[ rives de l'Eras. Trois systèmes de culture onl 

t été tentés dans les marais. Par le premier et li 

plus ancien on parquait, sur les parcelles dei 

landes qui y pénètrent et le dominent, de? 

troupeaux de moutons dont le fumier servait 

fertiliser le marais contigu, préalablement 

drainé it l'aide de fossés de 1 à 2 mètres da 



PREFACE il 

profondeur. On olitenaît ainsi des terres sni- 
fisamment desséchées, oii le seigle surtout 
venait facilement. Mais ce système n'est appli- 
cable qu'à de petites surfaces, parce qu'il exige 
des quantités considéraLles de fumier. Le se- 
cond, destiné à mettreen culture degrandeslour- 
hières, consiste à brûler la tourbe et à jeter sa 
cendresansaacunfumier. Par la troisième mé- 
thode on extrait la tourbe jusqu 'à la dernière 
couche, on draine ensuite le sol et on le fume 
abondamment pour le convertir en champ de 
prairies. Mais c'est unlong et pénible travail, 
dont onne bénéficie guère que la deuxième ou 
troisième génération. En effet, pour pouvoir 
drainer et vendre en gros la tourbe extraite, un 
vaste et dispendieux système de canaux est 
indispensable par suite de la nécessité, pour 
chaque colonie ou village, de se mettre tout 
d'abord en communication avec le cours d'ean 
navigable le phis voisin à l'aide d'un canal 
suflisammentlarge et profond, auquel viennent 
se souder des canaux latéraux établis à travers 
la tourbière. A mesure que la tourbe est ex- 
traite, le colon ou cultivateur fume le sol mis 
à découvert ou, s'il n'a pas d'engrais en quan- 



tité suffiRante, ]}riile la tourbe et sôme sar'l 

L coiiclie. I,e résultat n'est (Ic^fiuitif qn&M 

l'iorsque, à la suitft d'une extraction complète, T 

t couche arable a ét(i enfin mise à nu. C'est] 

jJors que le colon recueille le fruit de son» 

labeur et de ses sacrifices. Ce dernier sysl 

iiflst, en somme, le seul rationnel, mais il estJ 

I long; aussi, jusqii'àce jour, une faible partiej 

seulement du marais a été mise en culture. 

B La zone montagneuse du centre de l'AlIe-J 
magne s'étend depuis la source de l'Oder 1 
jusqu'à la Moselle et la Meuse. Elle comprend 
toute la cbaine de montagnes que nous avons 
désignée sous le nom de monts Moyens de 
l'Allemagne, ainsi que la haute plaine du Da- 
nube. Les vallées de ces monts sont presque 
toutes naturellement fertiles et reçoivent, en 
outre,le limon que les coursd'eau, descendus des 
hauteurs, roulent avec eux et déposent sur 
leurs rives. Parmi les terrains les plus fertiles 
de cette zone il faut citer la Borde de Magde- 
hourg et le Ries de Nôrdingen, la plaine du 
Rhin et ses coteaux. Par contre, la montagne 
proprement dite et, surtout, les liauts plateaux 
ontunclimat àpreetunsol rebelle à la culture. 



PRÉFAr;E 



19 



Plusieurs de ces chaînes de mnnta<;nes sont 
eoavertes de superbes forêts, par exemple le 
Schwarzwald, le Haardt, le Bolimerwald. » 

Asscrément, ce n'est point là un pays riche. 

La statistique (1885), au surplus, achèvera 
de le démontrer. 

Etablissons,toutd'ahord, que sur 54 millions 
d'hectares de superficie totale les forêts en 
couvrent 13 000 012, soit plus du quart : en- 
viron un tiers de ces forêts (:13 p. 100) appar- 
tient à l'Etat, à ]ieu près la moitié (48 p. 100) 
à des particuliers ; le reste (19 p. 100} est par- 
tagé entre les communes, les coi'porations et 
le clergé. Puis viennent 5 003 îjGI hectares de 
prairies, et 5 041 083 hectares de pâturages. Le 
reste, c'est-à-dire 2l.î311 96H hectares, est con- 
sacré aux champs, jardins et vignohles. 

Les2)i derniers millions d'hectares se répar- 
tissent entreiî 270 344 exploitations agricoles, 
sedécomposantainsi : 2323310 de moins de tu 
hectare, 2 ■>74 OOGde «n à rfia; hectares, 053041 
de dix à cent hectares, 24 901 de renl hectares 
et plus ; de telle sorte que l'Empire Allemand 
toutentierne compteque 25 000 exploitations 
agricoles importantes et 054 000 exploitations 



PRÉFACE 

, agricoles moyRnnes contrepliis de 4 millions 
' et demi dont nne moitié ne donne aux travail- 
fleurs ruraux qne la médiocrité et dont l'autre 
\ moitié n'abrite, en réalité, que des prolétaires. 
Poursuivons notre examen. QueproduisenB 
[ ces champs ■? La même statistique officielle 
' nous répond qu'il y a 15 723 067 hectares utl 
lisésen graines etlégumineases,2404 650 hee 
I tares en fourrages artificiels, 352.315 hectares 
I en plantes de commerce et 3 330 82il hectares 
Ide champs en jachère : mais cela ne suffit pas, 
F Si en effet, comparée aux autres grands pay! 
I de l'Europe occidentale, la surface consacré* 
f aux champs en Allemagne (2(33 llOkiî. carréSj 
I soit 48.5 pour cent) n'est dépassée, quant ; 

pourcentage, queparla France {2G3.000 kilom, 
1 carrés, soit 40.7 pour cent); par contre, si on 
I la compare à ces mêmes pays par rapport aa 
f genre de production des champs, elle est 
L beaucoup moins bien partagée. Laseulegrande 
[ production de l'Allemagne est la pomme dff 
k terre et le seigle, figurant l'une pour 2 !)07 G8Q 
hectares et l'autre pour 5 831302 hectareSj 
[tandis que le blé, n'occupant que 1018 i 
Ihectares, v lient un rang sensiblement infér 



phefàcb 

rieur. Ce ne sont pas ;3 768 327 hectares 
d'avoine,! 735 21)5 hectares d'orge et ;J7(J 008 
hectares d'épeautre qui compenseront le 
mauque de blé. On peut donc affirmer nette- 
ment qae la classe la plus nombreuse delà po- 
pulation ne vit, à proprement parler, que de 
pommes de terre et de légumes. La production 
totale de la première de ces cultures atteint le 
chiffre énorme de 24 millions de quintaux, 
soit en moyennii 8 quintaux par hectare. Et, 
néanmoins, l'Allemagne en importe encore 
chaque année des quantités considérables, sa 
production propre se trouvant insuffisante 
pour sa consommation ! C'est ainsi qu'enlSS-i 
elle a importé 'à 141 110 tonnes de légumes et 
de pommes de terres représentant 443 011* 000 
marks, et qu'en 188D elle enaimporté 2(î''iU542 
tonnes, représenlant 350 011000 marks. Où, 
d'ailleurs, ses travailleurstrouveraient- ils assez 
de bétail pour que la viande fût à bas prix? 
Aux mêmes dates, la race bovine n'était que 
d'un rendement de 34.4 pour 100 habitants, la 
race ovine que de 41.0, la race porcine [{ue de 
20.1 et larace caprine que de 5. S, le tout en di- 
minution progressive depuis vingt-cinq ans. 



lant â la boisson, mêmes rigueurs 
,rt de l'ingrate uaturo. Les 134 018 liet 
! vignes derAlIemagne produisent à peu 
Iprès 4 millions d'hectolitres de vin ; mais une 
Jgrande partie de la récolte vinicole s'exporte, 
] notamment celle de la Tauber, de l'Enz et 
idela Rhingovie, à cause de son prix élevé; 
( c'est autant de perdu pour la consommation 
I locale, sans compter la région viticole, 
I assez étendue également, qui ne livre que 
r des raisius de table. La classe aisée et la classe 
ijûoyenne n'ont donc guère d'autre boisson 
usuelle que la bière; par bonheur, les 45 937 
leclares de houblon du territoire impérial 
Ireudeut 422 870 0U0 hectolitres de bière, en 
I progression constante depuis quinze ans. 
I Néanmoins, malgré le très réel bon marché de 
I cette boisson, les classes laborieuses, princi- 
palement en Prusse et dans les autres régions 
I de l'Allemagne du Nord, oîi la production 
■ n'est que de 70 litres par habitant, et dans le 
grand-dnché de Bade, où elle n'est que de 79 
litres, no peuvent boire le plus souvent que de 
l'eau. 
Ainsi, détresse réelle au dedans, sous les 



apparences extérieures de la puUsauce et de 
la force; l'Allemagiie ne peut pins nourrir la 
plus grande partie de sa population, non par 
la faute dos possesseurs du sol ou de ceux qui 
le cultivent, mais par suite de l'improductivité 
naturelle de ce même sol, que ses conditions 
géologiques n'ont point favorisé. 

Son commerce lui-même est une autre occa- 
sion de crise. 

L'Allemagne compte 452 725 maisons de 
- commerce, comprenant 838 303 commerçants 
et employés ; en outre, pour environ 164 111 
antres individus le commerce est une branche 
accessoire d'activité. En 18S4, le chiffre des 
importations était de 17 787 766 tonnes, figu- 
rants 284928 000 marlis, et celui des exporta- 
tions de 19151 756 tonnes, figurant 3369401000 
marks. En 1885, l'importation représen- 
tait 3 963 730 000 marks et l'exportation 
3 272 306 000 marks, soit 18 476 000 marks en 
faveur de l'exportation. Or, à cette môme 
date de 1885, la France n'importait que pour 
247 901 OOO marks et n'exportait que pour 
313 4H 000 marks: l'Allemafiue importait 




3 pour a Ulo l'à'J UUU intirks et exportait 
pour3 058 702 OOOmarksde plus quelaFranoej 
et cela dans un territoire mesurant seulement 
H 950 kilomètres carrés de plus que le nôtre. 
Cet excès d'impoi'lation provient, comme 
nous l'avons indiqué plus haut, de l'insuflisan 
ce de ses produits de consommation, tandis 
qu(î son excès d'exportation résulte de la sura* 
bondance de ses matières prejnières indus- 
trielles. La fabricationet l'industrie alleraandef 
en ont reçu un accroissement énorme, leque 
inonde peu à peu tout le monde connu; Ai 
telle sorte qu'à la concurrence anglaise et à 11 
concurrence américaine, qui suflisaient seulei 
déjà à causer un considérable préjudice a. l'iû 
, dustrie et au commerce français, vient s'ajon 
bter actuellement la concurrence allemand! 
\ qui nous porte le dernier coup. Un simple rt 
Lgardjeté sur les statistiques officielles nou 
I prouve que depuis quinze ans l'exportatiO: 
l- commerciale des États de l'Empire n'a pa 
cessé de progresser chaque année ; de 1873 
I 1885 elle s'est accrue environ de D millions cl 
tonnes, représentant une valeur numérique cl 
plus de 780 millions de marks. C'est que l'A 



temagnc fabrique surtout des niarchantiises 
de première nécessité et de bon marcbé, de 
qualité le plus souvent inférieure, il est vrai, 
mais d'uu facile placemeut. Leur écoulement 
a nécessité la réfection d'une flotte marchan- 
de qui, en 1885, comptait 4 257 navires, dont 
3 607 voiliers et G50 vapeurs, jaugeant ensem- 
ble 1 294 288 tonnes et montés par ^9 911 ma- 
telots : le nombre total des courses à l'étranger 
était, en 1884, de 9 438 avec cargaison, repré- 
sentant un trafic de 7 268 837 tonnes, et de 
3 147 à vide ou avec ballast seulement, repré- 
sentant un chargement de 1 254 298 tonnes. 
C'est peu, et rAllemagne en est arrivée aujour- 
d'hui àredouterl'accumulation de sesproduits;, 
elle a dû parer promptement à cette seconde 
difficulté économique. 

Donc, une double cause d'ali'aiblissement : 
l'insuffisance des produits agricoles, l'exubé- 
rance des produits industriels ; c'est-à-dire la 
vie matérielle et la vie commerciale des divers 
États de l'Empire simultanément menacées. 
A cette situation deux fois précaire s'ajoute 
encore pour l'Allemagne le lourd fardeau de 
ses dépensesmilitaires : son budget de la guer- 



e ; copendaat, il faut l'alimanter cha- 
Jôiir par de nouvelles subveutions, qui 
3 traduisent par de nouveaux îm]iôts. Et qui 
oncsujiporte encore réellement cet autre ex- 
ie charges sinon le peuple, c'est-à-dire la 
ie la plus nombreuse, déjà si pauvre 1 
t avec raison que, dans la séance du 30 
^vembre 1887, M. Bebel, lors de la discus- 
fion du budget au Reîclistag, s'élevait contre 
piéxagération de l'impôt du sang et prédisait 
ela prochaine guerre sera la plus sanglante 
t la plus ruineuse qu'on ait jamais vue. 
[omment subvenir à ces dépenses militaires 
'persistantes ? demandait-il. En grevant les 
populations de surtaxes sans cesse croissantes. 
Parlant, alors, de la surélévation des droits 
sur les céréales, l'orateur l'aisait remarquer 
qu'elle allait constituer un impôt annuel de 
7 marks et demi par tête ; un ouvrier qui a une 
femme et trois enfants à nourrir paiera donc 
37 marks et demi par an rien que pour cet 
indispensable objet de consommation, alors 
qu'il ne gagne que 5UU on tiUO marks annuelle- 
ment I u. Mais, ajoutait-il, qu'importe aux no- 
bles, aux aristocrates, aux grands propriétaires 



PBÉPAOK 97 

qui profiteront de l'impôt ? » Un autre député, 
M. Wiudthorst.venaitdéclarer à son tour que, 
sans plus tarder, il fallait cesser d'élever les 
impôts indirects si l'on ne voulait achever do 
consommer la ruine du peuple. 

Ainsi, l'Allemagne se débat fatalement 
contre un triple problème économique dontla 
solution inquiète ii bon droit ses gouvernants. 
Quels remèdes a-t-on appliqués ? 

La classe pauvre en a trouvé un immédiat : 
l'Emigration. 

L'Allemand émigré de préférence en Amé- 
rique : aux Etats-Unis, au Canada, an Brésil, 
dans l'Uruguay, dans la République Argen- 
iine, au Pérou, au Chili. Depuis quelques 
années, on le rencontre en Afrique, principa- 
lement au Maroc, et même en Asie. Voici, du 
reste, un tableau par années de ce mouvement 
total d'immigration : 

1871 7n.9ia éiiàgraiit!; 

1872 198.153 - 

1873 110.538 — 

1874 47.671 - 

1875 ;î2.3a9 — 

1S7B 2n.644 - 

1877 aa.SBR — 

1878 25.627 - 



J879 35.888 émigranis 

1880 117.097 — 

1881 asfl.gcB — 

ÎS83 aoa.ss) ■ - 

1883 178. We — 

1884 14fl.0G5 — 

1S8B tiO.'JliH — 



C'est-à-dire que, en quinze ans, l'émigralion 

allemande en pays étranger a varié de 0. 050 

lOur cent à 0. 464 pour cent de la population 

B« l'Empire. 

I C'était un déliarras, mais aussi, en même 

temps, une perte nette. Enelïet, sur ce mil- 

non et demi d'émigrants 1 349 380 se sont 

Sortes vers les Etats-Unis. Or, comme le font 

fcès justement remarquer les auteurs précités 

1 l'Allemagne illustrée', «une fois établis 

1 Amérique, les colons allemands ne restent 

Bus Allemands lIg nation. Ils deviennent 

aéricains en peu de temps. La nature 

Jfcrticuliôre de leur caractère, la vie facile 

(l'ils trouvent :ï l'étranger les amènent à 

jcepter, plus aisément que d'autres peuples, 

nationalité étrangère. La languealle- 

^ande continue â serviraux parents; les 



11. Lor.ril., I. IV.IIC' fus 



. p. 310. 



PRÉFACE 29 

enfants naissent Américains et, après une ou 
deux générations au plus, les descendants 
d'Allemands ne savent même plus parler 
lalangae de leurs pères, a En conséquence, 
les hommes d'Etat de l'Allemagne se sont 
demandé s'il ne serait pas plus avantageux, 
au point de vue national, de diriger ce mouve- 
ment d'émigration vers des colonies alleman- 
des à tonder sur certains points du globe 
encore inoccupés. 

La Colonisation a donc été le second remède 
appliqué à la crise, un remède officiel, il est 
vrai, mais néanmoins, à notre sens, de beau- 
coup préférable an premier. 

En même temps, il y avait là un moyen 
d'utiliser la puissante marine militaire que 
l'Allemagne s'est créée, à si grands frais, de- 
puis la dernière guerre. On sait que cette ma- 
rine compte aujourd'hui 80 bâtiments de toute 
dimension, jaugeant ensemble 180 102 tonnes, 
portant 554 canons et comprenant 17 liy 
hommes d'équipage. Le gouvernement de 
l'Empire installerait ainsi, du même coup, 
des postes stratégiques sur les principales voies 
commerriales pour servir de garanties à ses 



PTtÉT-ACE 

SSmigrants et à ses dôhoiit'h(''s. Cette mesure 
jtiouvelle n'ompOclierait, du reste, en aueiine 
ftiçon le libre cours de l'émigration. 

Comme en France, la politique coloniale a 

■encontre en Allemagne d'acliarnés détracteurs 

^e parti-pris ; mais le prince de Bismarck ne 

fe'est point ému d'attaques que suscitaient 

Csenles l'ignorance, la routine on la mauvaise 

ïfoi. Actuellement, l'Allemagne est une véri- 

ilable puissance coloniale, venant immédiate- 

' ment après l'Angleterre et la France, aussi 

considérable que la Hollande, plus forte que 

l'Espagne, occupant en résumé le troisième 

rang. 

Cette translbrmntion s'est accomplie en 
moins de deux ans. C'est, en effet, du mois 
d'avril au mois de juillet 188'i que le protec- 
ûrat allemand a été établi en divers points 
îiportants de la côte occidentale d'Afrique 
^'estdans le courant de 1885 qu'il a été assis- 
huT toute la côte orientale depuis le cap Del- 
[ado jusqu'au golfe d'Aden, au delà du cap 
Qardafui, pénétrant dans l'intérieur jusqu'à la 
feégion des Grands Lacs, qui commande le 
bassin du haut Congo ; c'est, enfin, dans cette 



même anin.^e 1S85 qu'il a été iiislallé sur les 
eûtes nord-est de laNoTivollc-Giiinée et sur le 
populeux archipel Bismarck. On doit riindre 
cette justice au « Chancelier de fer « qu'il 
n'hésite jamais dans la mise en œuvre de ses 
plans: leur exécution suit toujours de prfts 
leur conception. Une pareille politique est la 
seule vraie, la seule pt'ûfitahle à un pays, quel 
qu'il soit. Il n'est qu'exact d'ajouter que rien 
ne g^ne sérieusement leur réalisation, les Alle- 
mands aj'ant le respect des hommes d'Etat 
qui ont fait leur grandeur et se montrant jus- 
tement confiants en eux, — deux qualités fai- 
sant ahsolument défaut aux Français de 
l'heure présente. 

En résume, depuis 1SS4 les Allemands ont 
réussi à occuper subitement plusieurs posi- 
tions stratégiques de premier ordre sur la 
route du Cap et sur celte de Suez, hahile- 
ment implantés sur le Continent Noir, à une 
proximité suffisante des Indes et de l'Ex- 
iTéme Orient. D'autre part, leur établissement 
en Nouvelle-Guinée et l'influence prépondé- 
rante qu'ils ont su s'assurer aux iles Hawaï 
et aux Tonga leur permettent d'absorber doré- 



PRÉFACE 

SttaYanluno part LrîiH enviable ile profits dU- 
utur canal de Panama. 

Voilà, certes, une œuvre jjrandiose, d'autant 
Iflus grandiose qu'elle a été accomplie en peu 
B temps, avec des dépenses relativement fai- 
tes, plus encore pacifiquement que militai- 
Eemeiit. Il ne nous coûte pas, en pareille ma- 
•e, de rendre justice à nos ennemis . 
La France, détournée par ses politiciens. 
3 préoccupations qui lui seraient utiles, n'a 
Boînt paru s'inquiéter de cette transforma- 
non réfléchiede la puissance allemande. Pour- 
k.nt, il y avait là matière à d'amères Té- 
lexions! Ily alongtemps déjà que le com- 
nerce allemand a supplanté le commerce 
français en Amérique et en Asie ; désormais, 
ferâce àla ténacité qu'elle met en toutes choses, 
jt'Alleraagne achèvera brièvement de supplan- 
^r la France en Afrique et en Océanie. Qu'a- 
j-nous fait ou, du moins, tenté pour con- 
rebalancer cette influence adverse, qui a 
ndilentement, mais sûrement? Rien. 
Dn ignore même, chez nous, qnelles sont 
5 nouvelles colonies allemandes. Deux ou 
Dis brochures, quelques articles de Revues 



spéciales, de vagues et incomplètes correspon- 
dances de journaux, tels sont les unlipies ren- 
seignements que le public français possède 
sur cette question. 

Il faut savoir gré à M. Jules Stoecldin d'a- 
voir, pour la première fois, réuni en un subs- 
tantiel volume les principaux documents re- 
latifs à ce grave sujet. Possédant à fond la 
langue allemande et ayant beaucoup voyagé, 
il était au mieux préparé pour une étude de 
cette nature. Puisse son livre ouvrir les yeux 
aux indifférents, les prémunir en même temps 
contre les parti-pris et les coteries! Puisse-t-11, 
surtout, briser les entraves qu'apporte à notre 
expansion la routine de nos commerçants et 
celle, non moins néfaste, de nos administra- 
lions 1 Son livre doit prendre place dans toutes 
les bibliothèques, ni^me dans nos moindres 
écoles, car s'il est bon que notre jeunesse 
s'instruise à l'exemple de nos voisins, il n'est 
pas moins utile de démontrer à la masse in- 
consciente des lecteurs français combien est 
erronée la théorie, voulue d'avance, de ces 
économistes de club et de ces réformateurs de 
carrefour qui s'attirent le facile applaudisse- 



34 PRÉFACE 

ment des ignorants ou des niais en proclamant 
hautement que la Colonisation n'est qu'une 
source de dépense etde ruine pour les peuples 
qui l'entreprennent. 

La Colonisation est, au contraire, la loi 
économique nécessaire de tous les peuples 
maritimes et producteurs. La démonstration 
de cet axiome a été, du reste, faite depuis long- 
temps déjà : mais nous estimons heureux que 
l'Allemagne soit venue confirmer en dernier 
lieu une thèse que nous avons toujours dé- 
fendue et que nous ne cesserons pas de dé- 
fendre. 

Raoul Postel. 



Paris, 15 février 1888. 



COLONIES ALLEMANDES 



INTRODUCTION 



lu y a deux OU trois ans à peine, une contro- 
œrse s'éleva: on prétendit que, la terre se trou- 
ait partagée depuis longtemps entre les di- 
feraas grandes puissances, toute tentative de 
ilonisation de la part de l'Allemagne était con- 

B à échouer. 

t" Cependant, dans ces dernières années, l'Al- 
:, qui n'avait encore aucune possession 
jiBoeéanique, a pris subitement une décision > 
Energique qui a dû surprendre l'Europe. Elle a ' 
quis tant en Afrique qu'en Océanie de nom- 
fônx territoires. Sans-doute, une grande partie de 
«territoires n'ont de valeur qu'an point de vue 
mmercial, c'est-à-dire qu'ils permettent seu- 
bment l'établissement de comptoirs. Quelques- 
I du reste, ont déjà une grande importance; 
i«utres sont propres pour le genre de culture 
é plantage, qui s'entend de l'exploitation du 
l par des indigènes sous la direction d'Euro- 
Sens. Enfin, nous verrons que, dans l'Afrique 
iâentale en particulier, l'Allemagne a établi son 



38 LES GOLONIEW 

protectoml sur de vastes pays qui peuvent se 
prêter à la colonisation; en eiFet) bien que situés 
dans les régions équatoriales, leur climat est 
sain et tempéré grâce à leur altitude considé- 
rable. 

C'est sur les bases établies par la Conférence 
de Berlin, provoquée par l'Allemagne, que cet 
empire a procédé à la prise de possession de pays 
restés inoccupés. Les principes adoptés par la 
conférence avaient du reste été surtout établis 
eu vue de l'Afrique et de l'Océanie, les deux 
seules contrées où il existât encore des territoires 
libres, 

Dans l'Afrique orientale, l'Allemagne possède 
actuellement une étendue de côtes de 180 lieues 
allemaudes (la lieue allemande mesure 7,5 kilo- 
mètres), à savoir : 150 lieues à Angra Pequeûa et 
dans le Damaraland, 25 lieues à Gameroon, 6 
lieues sur la côte des Esclaves. 

Dans l'Afrique orientale nous verrons qu'elle 
possède un vaste territoire qui s'étend depuis la 
cfile de Suhaheli jusque dans la région des lacs, 
et en outre toute la côte comprise entre le Taua 
elle cap Gardafui. 

Dans l'Afrique du Sud elle a acquis, tout der- 
nièrement, quelques territoires des Boërs et de 
l'Angleterre. 

En Polynésie, elle s'est assurée d'un territoire 
de 7700 lieues carrées. Ainsi rAllemague est 
entrée au rang des nations coloniales. 



COUP D'ŒILHISTOniOUE. 

I PREMIERS ESSAIS DE COLONISATION. - COMPTOIRS 

ALLEMANDS. 



a première tentative de coloiiisatiou est due à 
riche banquier d'Augsbourg. BartholomL'e 
frelser, chef d'une puissante famille de finance 
bourgmestre de cette ville, avait avec d'au- 
tres banquiers, les Fugger, prêté 1 2IX) tonnea i 
d'or (9 0001)00 de francs) à Charles- Quint. Les 
Welser surent profiter de leur créance pour exé- 
cuter une vaste entreprise : ils se firent donner 
par l'empereur {15138), comme hypothèque de 
cette dette, une étendue de pays de 200 lieues, 
situé sur les côtes nord de l'Amérique du Sud, 
entre le cap Vêla et le cap Marcara. Un rescrit de 
l'empereur leur assurait la franchise de douane 
pour tous les objets d'alimentation, et en outre 
12 lieues carrées du pays qu'ils soumettraient 
devaient être leur propriété particulière. Enfin, ils 
. étaient autorisés à réduire en esclavage les In- 



40 



LES UOLuMJiS 



diens qui oe se soumettraient pas à leurs ordres, 

Alors Bartholomée Welser et son frère firent 
armer quatre navires par leur chargé d'afEairea 
à Sévillejils y embarquèrent 400 fantassins alle- 
mands et espagnols, 80 cavaliers, '28 mattres- 
canonniers et (iO mineurs allemands pour exploi- 
ter les mines d'or et d'argent, et quelques domi- 
nicains chargés de convertir les indigènes. Am- 
brosius Alllnger, leur ancien représentant en 
Espagne, fut chargé du commandement delà flot- 
tille et du gouvernement de la nouvelle colonie. 

Ainsi nous rencontrons des conquérants alle- 
mands dans le pays qu'avaient découvert les Es- 
pagnols et les Portugais. Eus. aussi firent dans 
rintérieur,pour y chercher de l'or, des expéditions 
aventureuses et désastreuses ; comme leurs pré- 
décesseurs, ils se signalèrent par leurs extorsions 
et se souillèrent par des actes de cruauté. 

Alfinger atteignit un port déjà établi par le- 
gouverneur espagnolJuan d'Ampuez, y construi- 
sit une ville fortiûée sur des rochers qui s'éle- 
vaient dans la mer et l'appela Venezuela, ou Petite 
Venise, à cause de sa ressemblance avec la 
grande cité maritime de l'Adriatique. 

Dans une expédition subséquente, il pénétra 
presque dans la Nouvelle-Grenade, pays alorsin 
connu ; mais, blessé au cou par une ilèche empoi- 
sonnée dans un combnt sanglant livré aux indi- 
gènes, il dut battre en retraite et mourut peu de. 
temps après son retour à Goro (1531), 



ET L ÊHIQRATION ALLEMANDES 41 

Gomme pendant ces expéditions d'Alfinger les 
représeDtants des Welser à Séville ne receyaient 
aucune noiiveUe de Venezuela, Us envoyèrent 
dans ce pays Nicolas Federmanu d'Ulm et Hana 
Seissendorf. Mais ceux-ci entreprirent de folles 
incursions dans rintérieur|des terres. Federraann, 
qui s'acquit la réputation d'un capitaine Intrépide, 
mais qui en mômetempssoflthaïrdes Européens J 
comme des Indiens par sa cupidité, ses mesures I 
arbitraires et sa cruauté, rentra, après avoir 
traversé l'Espagne, dans son pays natal (1533) 
avec de l'or pour une valeur de 70 millions de 
ducats ; il se rendit h Augsbourg chez les Welser, 
où il écrivit son Indianiscfie Uistoria, qui fut édi- i 
téeenl557 à Hagenau. Plus tard, en l.i35, nous | 
voyons Federmann apparaître encore une fois 
dans le Venezuela et faire avec des conquérants 
espagnols une campagne dana la Nouvelle-Cîre- 
nade. 

Le successeur d'Alfinger, George Hohermuth 1 
de Spire, appelé habituellement George de Spire, ' 
entreprit, en 1545, avec 300 fantassins et 100 cava- 
liers, parmi lesquels nous citerons Philippe de 
Hutten et François Lel)zelter, un voyage .i la 
recherche de dépôts aurifères; mais, au bout de 
huit années d'excursions aventureuses, de com- 
bats et de souffrances, et alors qu'on le croyait 
depuis longtemps mort, 11 rentra à Coro avec 
quelques hommes seulement. 

Philippe de Hutten publia dans un journal, la 



LES COLONIES 
eitung aus Indîa, et dans son Ilisforia, une des- 
biptioQ complète de cette malbeureiise expé- 
itïon. On y lit entre autres choses; « Dieu seul 
î-ceux qui ont échappé à la mort savent ce que 
I malheureux chrétiens ont, pendant trois an- 
imes, eu à soufTrir de la misère, de la faim, de la 
feîf et de la fatigue. On frémit en songeant à ce 
Me ces pauvres gens ont été réduits à manger 
tendant cette expédition; c'étaient des serpents, 
-s crapauds, des lézards, des vipères, des herbes 
, racines : quelques-uns même ont mangé 
»la chair humaine. » 

George de Spire, qui, au témoignage de tous, 
Ktait un homme d'une énergie et d'un courage 
^traordinaires, mourut ù, Saint-Domingue (13 
lécembre 1540) au moment où il allait tenter un 
Bcond voyage de découvertes. 
fL'évêque de Saint-Domingue confia alors à 
âiilippe de Hutten le gouvernement delà colonie, 
insi que la direction d'une autre expédition. Le 
fei confirma ce choix, et le jeune Bartholomée 
Velser, envoyé par la famille Welser, fut adjoint 
, Philippe. Celui-ci se mit en route dans le 
Tirant de 1511 ; mais il avait à peine pénétré 
j la montagne qu'il perdit tous ses chevaux, 
iTexception de huit, et l'entreprise échoua. Sur 
^fausse nouvelle de la mort de Hutten, les au- 
Isritës espagnoles, sans avertir ni le roi ni les 
ISTelser, investirent Juan de Carjaval du gouver- 
tement de la colonie. 



ET L'ËMIflRATtOK ALLEMANDES 4n 

Philippe (le Hiitten, an retour de son expé-| 
dition, réclama de Carjaval qu'il renonçât au gou- I 
vememeut; une violente altercation eut lieu. De j 
Hiitten et Welser, ne se trouvant pas en iorce, 1 
durent sauter sur leurs chevaux et s'éloigner au 1 
galop. Carjaval, qui se mit à leur poursuite, fut -j 
blessé dans une rencontre, et dut à son tour ■] 
prendrelafiiite.il eut alors recours à la ruse: J 
tandis qu'il leur envoyait des propositions de con- J 
ciliatioo, iî les faisait poursuivre secrètement et j 
parvenait a les surprendre pendant leur sommeil, I 
Il s'empara alors de tous les biens de ses pri- I 
sonniers, et les fit d(5capiter avec deux nobles j 
{espagnols qui leur étaient restés fidèles. J 

Sans doute Carjaval expia par le gibet son acta J 
de violence; mais, peu de temps après, de nou- j 
velles difficultés s'étant élevées entre les Espa- 1 
gnolset les Allemands, les Welser furent dépouil- \ 
lés de tous leurs droits sur le Venezuela par une 1 
sentence arbitrale, du tribunal suprême des Indes. I 

Ainsi échoua le premier essai de colonisation j 
des Allemands. 1 

D'autres tentatives do colonisation ne tardé- ] 
rent pas à se produire; elles ne furent point, cette 1 
fois, le résultat de l'initiative d'un particulier, ] 
mais bien do celle d'un souverain allemand. I 

Guillaume, prince électeur de Brandebourg, 1 
avait pu constater en Hollande que des posses- 1 
sîons transocéaniques pouvaient donner, même à j 
un petit Etat, une richesse et une puissance consi- | 



LES COLONIES 

(érables. Il résolut dès lors, et n'abandonna plus 

ptte idée, d'élever ses États, dépourvus de toutes 

Bsources, à un haut degré de prospérité, en leur 

livrant le commerce transocéanique et en leur 

■Ocnrant des colonies. 

'iDansce but,ilcréa d'abord une flotte de guerre 

p.vec laquelle il lutta, non sans sucrés, contre 

it Suède et l'Espagne ; il fonda ensuite une flotte 

narchande. Alors seulement il songea à acquérir 

\es possessions transocéaniques. Son cliois s'ar- 

, sur la côte occidentale de l'Afrique, parce 

a'elle possédait nn article de commerce très 

temunérateur et recherché par toutes les puis- 

s maritimes de l'Europe, ses noirs habitants. 

ï commerce des esclaves était considéré alors 

jomme non moins honorable que tout autre, et il 

t le grand avantage d'assurer des bénéfices 

e 70 à 80 pour cent.Outreles hommes noirs, la côte 

ricaine livrait de l'ivoire et de l'or, produits 

ii'elle échangeait contre ceux de l'industrie euro- 

ine, très estimés des Africains. 

ne Société se formahientôt pour entreprendre 

enre de commerce sous la protection du pa- 

llon brandebourgeois. 

■ En juillet IfiSO, deux navires de l'électeur, le 
'^randenburgei- IVnpppn et le Mohrian, sous le 
jommandement du capitaine Blanc, tirent voile 
[vers l'Afrique ; le IC mai 1681,1e village nègre 
|'Akoda,entre Axim et les avant-monts des Trois 
'^ointes sur la cote d'Or, fut atteint, et l'on passa 



ET L'ÊMItfBATION ALLEWAHTDEa 

un contrat avec trois chefs de tribu pour la i 
sion d'un petit territoire et la constructiou d'une I 
place forte. Les mai-chandises apportées furent | 
rapidement échangées contre les précieux pro- 
duits du pays ; aussi l'expédition, à son retour,' 
fut-elle reçue chaleureusement par l'électeur etleS 1 
corporations de marchands. 

On prépara immédiatement une seconde expé— I 
dition. Elle se composa, cette fois-ci, outre des [ 
deux vaisseaux précités, du Ktirprinz, navire 
33canons,etdelaiîraMrfeH&M/'ffej' /Jz-ff^ane, navire 1 
de 30 canons ; mais elle devait être arrêtée en che- 
min. La Hollande, qui avait suivi d'un œil ja- I 
loux l'entreprise des Brandebourgeois, ne préten- i 
dait toléreraueune concurrence sur des côtes qu'elle | 
considérait comme monopolisées en sa faveur; 
conséquence, elle arma des croiseurs et s'empara I 
du Brandenburger iVappen. Les réclamationa T 
de l'électeur demeurèrent sans résultat, et ce ne J 
fut que trois ans plus tard que les Hollandais se I 
décidèrent à rendre le vaisseau capturé. 

Cependant l'électeur, loin de se laisser décou- 
rager par ce premier échec, poursuivit son entre- ■ 
prise avec une nouvelle ardeur. Il prit sous sa'J 
protection spéciale une Société de commerce, lui 1 
donna pour trente années une lettre de franc par- 1 
cours qui l'autorisait à faire le commerce sur les a 
côtes d'Afrique, entre Altoda et Angola, 

Le succès fut complet; sis ans ne s'étaient pas.l 
écoulés depuis lora que tveïvXe ■n.aYwfc?, "Vit'ssi^ftr 



LES aOLONIES 

mrgeois, i\oni neuf vaisseaux de giierro, fai- 

t voile vers l'Afrique occid<întale. 
tour la sécurité du commerce Frédéric Guil- 
3 décida d'élever une forteresse sur les eûtes 
^a Guinée et choisit pour gouverneur de ce 
H le major Frédéric de Grôben, un homme qui 
It une grande expérience des voyages lointains. 
1 fit voile vers Akoda avec le Mohrian et 
^urfiirst, commandés par les capitaines Blanc 
Voss; mais la diplomatie hollandaise ayant 
Wifiché les Allemands d'occuper ce pays, il jota 
I plus loin, sur les côtes du pays de ces 
i chefs qui, il y avait quelques années, 
t reçu si amicalement lesvaisBeauxbrande- 
rgeois. 

â pavillon du Brandebourg fut hissé sur ces 

B le jour du nouvel an de l'année 1G83, au son 

R musique et au milieu des dt^onations de l'ar- 

ferie. Sur une montagne cédée par lea chefs on 

wa le fort Groasfriedrichsburg, qui fut armé de 

fanons. Peu de temps après, on construisit à 

poda un second fort, qui fut appelé fort Doro- 

B en l'honneur de l'épouse du prince électeur; 

1 troisième fortfut établi dansle pays des Taua- 

\ enfin, un quatrième fut construit à Arquim, 

3 cap Vert elle cap Blanc, sur les ruines 

a ancien fort élevé par les Hollandais, et dé- 

t plus tard par les Français. Ce fort, après 

I complet armement, devint le plus redoutable 

vie Grossîneàniihsbms,. 



^f ET l'émigration ALLEMANDES 47 | 

l^^tios navires brandebourgeois devaient suivre, à 
pour se rendre en Afrique, la route dangereuse du I 
Kattégat, qui était en outre onéreuse par suite dea 1 
douanes du Sund; aussi Ffodéric Guillaume 1 
s'empressa-t-il d'aeeepter les propositions que lui 1 
firent les habitaots d'Emden d'établir une gar- I 
nisoQ dans leur ville et d'en faire le point de dé- 1 
partdfts vaisseaux brandeboiirgeois pour l'Afrique; I 
les bourgeois d'Emden se chargèrent, en outre, de 1 
fournir les sommes nécessaires pour une nou- 1 
velle expédition. L'électeur réorganisa alors sa 1 
flotte; il la divisaen marine ra;ircbande et marine I 
de guerre. Cette dernière, qui comptait vingt-six I 
navires, eut sa propre amirauté. I 

Frédéric Guillaume ajouta à ses possessions 1 
de l'Afrique occidentale une colonie dans l'île de 1 
Sainl-Thomas, puis il prit possession de l'Ile des J 
Crabes, près de Portorico ; par contre, ses efforts I 
pour obtenir de la Franco la cession de Sainte- I 
Croix ou de Baint-Vincent restèrent sans résul- I 
tat. I 

Cependant, les jours prospères des colonies:! 
allemandes étaient comptés; elles furent frappées j 
tour à tour dans leurs intérêts vitaux. Les Fran- I 
çais s'emparèrent duAroAîv-«3(,parcequ'il faiaaitle I 
commerce des esclaves sur les côtes de l'Afrique ; I 
pourlemômemotifjles Hollandais capturèrent un I 
autre navire. Les employés allemands en Afrique I 
faisaient de leur cùté, par leurs exactions et ■ 
Jewa soustractions fvaudui'ivia&x, ViïûN. fc'& v\iNs,.l 



^Rb les colonies 

^nllait pour ruiner le crédit de la Société de colo- 
^nsatioii. En m6me temps, le commandant liol- 
^npdais dans la Guinée reçut l'ordre d'occuper 
^HJioda et Trakowa, s'empara du navire de guerre 
^Birandebourgeois Berlin et assiégea Grosafrie- 
^fcichaburg. L'électeur se préparait à la guerre 
^nrsque la mort le surprit le SB août 1688 ; il 
^Bônçutmême le projet de s'emparer de l'isthme 
^Hé Panama, afin de commander la route de com- 
^BBerce entre l'océan Atlantique et l'océan Pacift- 
^Bue. 

^K De nouveaux malheurs frappèrent successi- 
^vement les colonies allemandes. En face de l'bos- 
Hpité de la Hollande, Frédéric Guillaume l", 
^■iui déjà, étant prince royal, avait manifesté son 
^Krersion pour la flotte et les colonies, vendit 
^^^u de temps après son avènement au trône, à la 
Hnociété hollandaise des Indes occidentales les 
^Kossessions africaines de la Prusse pour 4000 du- 
^nts et douze jeunes Maures, dont six avec des col- 
Hkers d'or. Mais les commandants des forteresses 
^Kïandebourgeoises n'étaient nullement disposés 
H^cëder la place aux Hollandais. Dans le Grossfrie- 
^Krichsburg, le roi nègre Enary se maintint pen- 
^Bant sept ans et pava la cour de la forteresse avec 
^Bes crânes de Hollandais tués dans les sor- 
^Hes; le capitaine Wiener refusa également de 
^Hendre le fort Arquini, Néanmoins, ces deux 
■Elaces finirent par tomber an pouvoir de la Hoi- 
/aade. On abandonna aussi la coVomc ift Ç>^\n\,- 



ET L'ÈMir.RATION ALLEMANDE?* 



49 



Thomas. Tel fut le terme de la première entre- 
prise coloniale d'un État allemand. 

Depuis lors, l'Afrique ne fut plus connue pen- 
dant longtemps en Allemagne que par les récits 
de quelques explorateurs allemands. 

Ce ne fut qu'à partir de 1840 que les vaisseaux 
allemands recoin menuèrent à visiter les côtes 
d'Afrique. 

Le premier comptoir allemand l'ut établi eu 
1858 dans le territoire de Cameroon. Aujourd'hui, 
on compte sur les c&tes de l'Afrique occidentale 
soixante comptoirs, appartenant à quatorze mai- 
sons brandeboiirgeoises et à quatre maisons brê- 
moises. II en existe en particulier, dans la Gui- 
née portugaise, à Bîssao et Bolonno ; dans la Ré- 
publique de Libéria, près du cap Mount, à 
Monrovia, au Petit et au Grand Bassa, à Greeuville 
et Sinoe ; sur les côtes d'Ivoire, près du cap 
Palmas, à Cavalla et Tabu ; sur les côtes d'(3SN à 
Akkra et Adda ; sur les eûtes des Esclaves, où ils 
sont très nombreux, on en trouve àlellakoffee, 
Quitta, Danoe, Lomé ou Bey Beach, Bagida, 
Little-Popo, Great-Popo, Whydah,Porto-Novo et 
X,agos;suria baie de BiaSra, à Victoria, Bim- 
hîa. Cameroon, Malimba, et aux Grand et Petit 
Batanga. Plus au sud, il en existe sur les côtes du 
golfe de Guinée, sur la rirfère Campo, au cap Bâ- 
ta, àlaPata-bai, àBenito, San-Juan, Petit EIo- 
by, Gorisco, Gabon, Libreville, à l'embouchure 
deWgowé ef Je long de ce fteu\6 'A\,wi\V%.Vft^V., 



50 t.ES COLONIES 

Orongo et Okota ; puis, sur la côte, à Fernando- 
Vay, Sette Kama, Majumba, Kuila et Rudols- 
tadt ; et enfin, au sud du Congo, à Kinsembo. 

Quant aux autres comptoirs du sud-ouest, sud- 
est et de Test de l'Afrique, nous aurons l'occasion 
d'en parler au chapitre consacré aux colonies 
allemandes. 



II 



LES COMPTOIRS ALLEMANDS -DEVIENNENT DES COLONIES 



L'Allemagne doit ses colonies actuelles en 
Afrique à l'activité privée de ses citoyens. Le 
ministère allemand de l'extérieur vouait toute son 
attention aux comptoirs établis par les négociants 
de Hambourg et de Brème, et dès le 14 avril 1883 
il s'adressa, par son représentant à Hambourg, 
aux villes anséatiques pour leur demander ce 
qu'elles désiraient que fît le gouvernement de 
l'empire pour assurer les intérêts du commerce 
sur les côtes de l'Afrique. 

Hambourg,dans saréponse, insista sur les points 
suivants : 1° nomination d'un consul allemand 
pour la côte d'Or; 2" protection des intérêts alle- 
mands, dans les déserts habités par des tribus 
de nègres indépendants, par la conclusion de 
traités avec les chefs nègres et par le station- 
nement de vaisseaux de guerre ; 8" neutralisation 

de ï embouchure du Congo et àe^ co\.Çi^ NQfv^\w^%\ 



î LES COtONIES 

établissement d'une station pourla flotte dan^^ 
l'ile de Fernando-Po ; ft" acquisition d'une éten- 
due de cùte sur le baie de Biafra pour y fonder 
une colonie de commerce. 

Afin de tenir compte de ces dé8idérata,le chan- 
celier de l'empire nomma d'abord (10 mai 1884) 
le docteur Nachtigall commissaire de l'empire 
dans les pays cûtiers de l'Afrique, Dans les ins- 
tructions qu'il lui remitle chancelier insistait sur 
deux points : tout d'abord Angra Pequeûa et les 
côtes comprises entre le delta du Niger et le 
Gabon, en particulier la partie de ces côtes qui 
s'étend en face de Kern and o-Po, devaient être 
assurées contre toute tentative d'occupation de 
la part d'une autre puissance ; Nachtigall devait 
ensuite aborder à Little-Popo sur la côte des 
Esclaves, où, par suite d'intrigues du gouverneur 
anglais des côtes d'Or, la prospérité et même la 
vie des colons allemands se trouvaient menacées. 
3 2 juillet 1884, la MÙwe jeta l'ancre dans la 
' rade du Little Popo. Nachtigall y trouva les in- _ 

térèts des négociants allemands très compromis 
' Le gouverneur des côtes d'Or, sir Samuel Rowt^ 
avait employé tous les moyens pour amener uaà 
intervention et une prise de possession de i 
' pays de la part de l'Angleterre. Aussitôt après! 
[ départ de la Sophie^U s'étaitrendu à Little-PopoS 
[ où il fit distribuer de l'argent aux femmes et d'oC 
[ il expédia des agents, en général des nègres du 
9 Ja Sierra-LéonSL, dans les petits pays de nègres! 



encore indépendants, pour y exciter des troubles 
et nuire au commerce européen. Un autre agent 
anglais, le capitaine Firininger, devait pénétrer 
avec des soldats anglais dans le pays voisin du 
Togoland et en avait sommé les chefs de chasser 
les commerçants allemands dans l'espace de 
trente jours ou d'accepter le protectorat de l'An- 
gjeterre, tandis qu'il assurait aux colons alle- 
mands qu'il les protégerait contre les attaques 
dont les naturels les menaçaient. 

Cette étendue de côtes libres était pour les An- 
glais une épine dansrœil;car, tandis que dans !a 
colonie des côtes d'Or les droits d'entrée pour cor- 
tains articles atteignaient 100 et 200 ponr cent 
de leur valeur, l'entrée était ici libre, et de nom- 
breux commerçants choisissaient en conséquence 
ces côtes pour expédier leurs marchandises dans 
l'intérieur du continent; et le gouvernementcolo- 
nîal anglais perdait ainsi une des sources de ses 
revenus. Pour mettre fin une fois pour toutes à 
ces intrigues et pour rassurer les intérêts alle- 
mands menacés, ledocteurNachtigallpritau nom 
de rempîre,et en vertu d'un contrat passé avec le 
roi Mlaga de Togo et ses chefs, possession de 
toutesles côtesqui s'étendent àl'est des colonies 
anglaises jusqu'à Little-Popo. Les principales 
localités de ces côtes sont Lomé et Bagida. Le 
p juillet, à midi, le pavillon allemand fut hissé 
surla côte de Bagida en présence des chefs et d'un 
peuple nombreux, et le territoire du roi de Toija 



ISB COLONIES 

mis solennellement sous la protection de l'eni' 

L. pire allemand; 21 coupa de canon furent tirés di 

I vaisseau en l'honneur de l'empereur d'AUs' 

k magne. Le jour suivant, la même cérémonii 

fut répétée à Lomé, et l'on y planta un pieu lonj 

I de 3 mètres et dominé par une table portant cetil 

\ inscription : Prolectovat île l'J^mpirr allemaru 

' le tout aux couleurs de l'empire. Le négocian 

Henri Randad fut établi en qualité de consul. L( 

roi nègre Lawson, qui jusqu'alors s'était montr 

très hostile aux Allemands, fut tellementimpre»! 

gionné par cet acte d'énergie qu'il s'engagea ittt 

médiatement par écrit à protéger les maisons d 

commerce allemandes établies à Little-Popo 

Personne ne fut plus heureux de celte décisiol 

que les deux otages, Gomez et Wilson, à qui o) 

permit immédiatement de quitter le vaisseau e 

de rejoindre leurs compatriotes. 

Del à. la Moire la fit voile vers Cameroon pour ; 
bisser également le pavillon allemand. Comme"; 
. Lomé et à Bagida, elle n'y arriva pas un instaq 
trop vite. 

A Cameroon la situation était d epuis longtempi 
de nature très inquiétante. Depuis des années, 1 
existait une grande tension entre les tribus d 
nègres de la côte et celles qui demeuraient dam 
I l'intérieur du pays; les premières, eneffet,empè 
chaientles commerçants européens de traversa 
■ leur pays pour établir des relations de commero 
directes avec les tribus des bords du cours supé 



ET L'fiMIOHAtlOÎJ AtL^MANDES 

tieur du fleave. Ces dernières recevaîfint ainsi 
toutes les marcliandises européennes par l'intcr- 
médiaire des tribus des côtes, qui prélevaient des 
droits de transit considérables ; et les produitsdu 
pays expédiés vers les côtes avaient k payer des 
droits analogues. Si les commorçanls allemands, 
trop faibles, se voyaient obligés de se laisser impo- 
ser ces prétentions exorbitantes, il n'en était pas 
de même des nègres de l'intérieur. Ils prirent 
bientôt une attitude ai menaçante que les nègres 
daa côtes recherctièrent la protection de l'Angle- 
terre. Leur demande resta sans réponse. Alors 
les commerçants allemands proposèrent aux rois 
n^res de les placer soua le protectorat de l'Al- 
lemagne. Après linéiques négociations, une péti- 
tion dans ce sens, signée par les pins puissatits 
chefs, le roi Aqua, le roi Bell, etc., fut envoyée à 
l'empereur d'Allemagne. 

Cependant, les colons anglais commencèrent 
une vive agitation contre ces projets aussitôt qu'ils 
en eurent connaissance ; ils persuadèrent aux 
naturels que les Allemands les enlèveraient pour 
leur imposer le service militaire, et en même 
tempsils n'épargnaient pas les distributions de 
rhum ; par ce moyen, ils arrivèrent à produire une 
telle excitation parmi le peuple que celui-ci menaça 
demassacrertousles Allemands. On par vint cepen- 
dantà Iesra3Sureret,pour leur enlever toute in- 
quiétude, il fut convenu qu'ils ne céderaient point 
lear pays à l'euipereur d'Allemague, mm ■a.wî.. 



LES COLONŒS 

[: maisons de commerce Wormann elJantzen Thoi 
1 màhlen, qui, par contre, s'engageaient à assurer! 
I protection de l'Allemagne. On espérait par 
[ négociations permettre à la canonnière alleman( 
\ M'ôice d'arriver à temps. Mais le même jour appa^ 
rut un vaisseau de guerre anglais, dont le capi- 
[ taine invita les chefs de déclarer nul leur traité 
I avec les Allemands, et les avertit enraême temps 
|, del'arrivée prochaine du gouverneur anglais de la 
1 Sierra Leone, au nom duquel il était chargé le 
promettre la protection de l'Angleterre. La po- 
■ sition commençait à devenir très critique lors- 
que, le 11 juillet dans la soirée, la Mûioe, à la 
grande joie de tous les Allemands, jeta l'ancre à 
l'eraijouchure du fleuve Cameroon,enface des ré- 
sidences voisines des rois Hell et Aqua. Ces deux 
I rois, ainsi que le roi Didon, presque aussi puissant 
qu'eux, et d'autres chefs cédèrent leurs droits de 
souveraineté aux maisons Wormann et Jantzen 
Thormahlen et, le \'i juillet, le pavillon alle- 
mand fut hissé devant chacune des résidences de 
s trois rois africains, au milieu des cris de joie 
\ d'une foule de naturels accourus avec leurs 
I canots, longs de 20 mètres, même des localités 
les plus éloignées. Le 21 du même mois, le pays 
deBimbia, situé au nord de Cameroon, fut, avec 
les mêmes formalités, mis sous la protection de 
l'empereur allemand. 
Ce territoire, qui comprend les localités de Klng 
i IVilliams Town, Money Town et Duknllu Town 



i^te^ 



J 



ET l'émiokation ALLEMANUES 57 

et del'Ue Nikol et qui s'étend, sur une profou- 
deur de 5 lieues allemandes, depuis ta petite ri- 
vière Masimoselle, qui forme la limite des côtes 
du district de Victoria, jusqu'au Ileuve Bim- 
bra, avait passé auparavantpar vente aux maisons 
■Wôrmann et Jantzen Thonn:ililen. 

La Muwe poursuivit ensuite sa route vers le 
sud. La maison "Wôrmann avait déjà passé des 
traités avec les chefs du territoire qui s'étend à 
dix lieues dans les terre depuis Cameroon jusqu'à 
Criby, de sorte qu'on n'eut qu'à proclamer le pro- 
tectorat de l'Allemagne aux stations de com- 
merce de Malimba, Petit Batanga et Criby. La 
même chose eut lieu sur les rives de la Benita, 
où tous les chefs, avec le roi Boteh à leur tête, 
avaient exprimé le désir que la suzeraineté de 
leur pays fût remise à l'empereur Guillaume. 
Enfin, on établit aussi le protectorat allemand à 
Itala Manga, au nord du cap Saint-John, et sur les 
eûtes qui s'étendent de Baga Point àDschom Point, 
Ainsiles entreprises colonisatrices des Allemands 
obtenaient une base assurée sur ces côtes, et, 
d'un autre côté, il devenait possible de s'étendre 
plus tard dans l'intérieur du pays. 

Avec le sud de l'Afrique TAUemagne entrete- 
nait des relations depuis longtemps. Des mission- 
naires de la Société des missions du Rhin, partis 
du pays (lu Cap, avaient établi des stations dans 
le Grand-Namaqualand et dans le Damaraland. 

La Société des missions s'occupa bientôt aussi 



^fm 



LES ilOLONlES 

Pde commerce et d'agriculture, acquit des Hercrd 
I une étendue de pays dans le Otyerabingiie, à l'e^ 
[ de la station anglaise deWalfisciibay, et y déployi 
' le drapeau allemand. Dernièrement, 
Société desmissions a fondé 19 autres stationa.Uni 
autre Société commerçante de missions se forni 
à Barraen et lit, pendant quelque temps, de bril-^ 
lantes affaires dans ce pays, mais dut plus tard li 
, quider par suite d'une mauvaise administration?! 
Alors le gouverne ment de la colonie duCap cherchSr 
, àpersuader aussi bien aux Hereros qu'aux Nama*! 
quas de se mettre sous sa protection. C'est ce qot 1 
eut lieu, en eiîet, en partie ; mais l'Angleterre re^^J 
lusa sa sanction à ce contrat et n'autorisa que li 
prise de possession de la Walfischbay (baie de I 
baleine). 

Tel était l'état des choses lorsque le comme) 
çant brémois Luderitz avisa, le 16 novembi| 
188)3, le gouvernement allemand qu'il avait l'io- 
tention d'établir un comptoir sur la côte sud-ouest 
de l'Afrique. Le gouvernement allemand ayant 
demandé à celui de l'Angleterre s'il pouvait pro- 
téger l'entreprise de Luderitz, lord Granville, 
ministre de l'extérieur, déclara, en février 1883, 
que cela était impossible. Comme ensuite on 
demanda si l'Angleterre élevait des prétentions 
I aur Angra Pequefia,lord (ïrandville répondit que 
la souveraineté de la reine d'Angleterre n'avait 
été proclamée que sur la Wallischbay et l'île d'Ân- 
gra Pequeùa, mais que néanmoins le gouverne- 



ET l'émkihation allemandes 59 

ment anj;;lais considérerait comme une atteinte à 
ses droits légitimes toute prétention d'une nation 
étrangère à la souveraineté du territoire qui s'é- 
tend entre la limite sud des possessions portu- 
gaises et la colonie du Cap. D'autres négociations 
suivirent cette singulière prétention, qui eût été 
l'appIicaLion de la doctrine de Monroë à l'Afrique 
méridionale, et, le 24 avril 1884, une dépêche du 
ohancelierde l'empire au consul allemand à Gap- 
stadt avisa ce dernier de déclarer aux autorités 
coloniales du pays que M. Luderitz et ses colo- 
lûes étaient placés sous la protection de l'empire 
àllemanâ. 

Ainsi se trouvaientvaincuea les résistances de 
l'Angleterre, et devant le fait accompli le gou- 
vernement de ce pays se vit obligé de recon- 
naître, le 3ii juin, la prise de possession par l'Al- 
lemagne des côtes nou encore occupées du 
sud-ouest de l'Afrique. La corvette allemande 
Elisabeth prit solennellement possession, le 7 août 
1884, en hissant le pavillon allemand d'Angra 
Pequeûa, de toutes les eûtes comprises entre le 
fleuve Orange, au sud, et le cap Frio, au nord. 

Ces possessions de la côte occidentale doivent 
tendre la main à celles acquises dernièrement 
sur la côte orientale. La baie de Santa-Lucia, à 
l'embouchure de rUmvoIosi, qui descend du bord 
du plateau intérieur et qui communique par un 
large canal avec le lac de 8anta-Lucia, est placée 

^ne manière très favorable pour le commerce 



tteiit qu'a codH 
i anglais. En^ 



LES COLONIES ■ 

[ avecles deux Républiques des Boërs, d 
[ tants, flers de leurs libertés, ue mettent q 
[ tre-cœur les pieds sur le territoire anglais. En" 
I outre, cette étendue de côtes est encore franche 
de toute douane. Les Anglais avaient élevé par- 
fois des prétentions sur telles ou telles eûtes du 
pays des i^oulous jusqu'à la haie de Delagoa,et ils 
pensaient que ces prétentions, très peu fondées 
du reste, empêcheraient toute autre puissance d 
s'établir dans cette contrée. 

Aussitôt que l'on apprit à Natal que Liideriti 
avait acquis un territoire de 24 000 hectares t 
les bords de la baie de Santa-Lucia, le gouvet 
neur s'empressa de proclamer la souveraineté d 
l'Angleterre sur ce pays que, cependant, il avaî 
autrefois formeltenient reconnu comme ne faisan 
point partie de ses possessions. 

Aussi bien au Gap qu'à Cameroon, les Anglai 
cherchèrent à exciter les naturels contre la domj 
nation allemande. A Cameroon, aussitôt que 1 
Mùwe eut quitté la rade, une révoltese produisS 
contre les Allemands ; mais elle fut compris 
mée dès le 20 décembre 1884 par l'arrivée d 
l'escadre allemande sous le coramanderaeû 
du capitaine Knorr. Cependant, il fallut livré 
combat:les Allemands eurent un mort etplusieui 
blessés ; mais les pertes considérables subies pA 
les nègres les forcèrent à se soumettre et à livre 
».les principaux chefs de l'insurrection, 

M. S. Raubert a donné tout récemment.dans li 



ET l'émigration A f.I.li MANDES M 

'Tl^essage/' <lc Paris, les renseignements géogra- 
phiques suivants sur Angra Pequeiia : 

« C'est une petite baie sur la côte ouest de 
l'Afrique australe, entourée de terres arides où 
l'eau doit Être amenée en tonneaux de la colonie 
anglaise du Cap. Mais le voisinage de la colonie 
du Cap, de l'État libre du fleuve Orange et de la 
République des Boërs du Transvaal attache à sa 
possession plus de valeur pour l'avenir, surtout 
depuis que de nouvelles annexions ont assuré à 
l'Allemagne la souveraineté de tout le littoral entre 
l'embouchure de l'Orange et celle du Cunené, au 
Dord du cap Frio. 

> Sur une largeur de 2lX) kilomètres à partir de 
la côte le territoire d'Angra Pequena ne présente, 
par suite de la sécheresse, qu'un sol peu propre 
à la culture. Mais le territoire de l'intérieur se 
prête à l'élève du bétail, à l'agriculture pastorale. 
Le pays des Hereros, dont le chef suprême s'est 
placé sous le protectorat allemand par un traité 
du 31 octobre 1883, est particulièrement fertile et 
entretient de grands troupeaux, susceptibles d'ali- 
menter un commerce important de conserves de 
Tiandes. Les richesses minérales présumées do 
la zone littorale paraissent moins considérables 
que ne l'a cru M. Liideritz, le premier fondateur 
de la colonie, qui a cédé ses acquisitions à la 
Deutsche Kolonial Gesetischa/l far Sud-We&l 
Affilia pour l'exploitation des mines à établir et 
^^a-constitution de chemins de fer en vertu d'un 



^1^^ LES COLONIES ^" 

Fcontrat ilu 3 avril -1885. Une seconde Société s 

■ constituée récemment pour exploiter particulier 

■ rement les ressources oirertes au commerce allé* 
i inand par les troupeaux des Hereros et du pays' 
B des Damaras. » 
W Le rapport de la Compagnie allemande dff 
■"l'Ouest-Africiiiiipour ISHti-iyST a paru à la fin du 

■ mois de septembre dernier. Il annonce que 1». 
Ibaie d'Angra Pequefia portera désormais le nonl 

■ de Lndei'itz Biichl, en mémoire de son célébra 

■ fondateur, lequel, croit-on, a péri dernièrement 
I dans une exploration à l'intérieur. 
I A la date du l'p octobre 1887, une dépôche de 
1 Berlin annonçait que M. Goiing, commissaire 

■ allemand à Angra Pequefia, venait de donner 
1 Communication au gouverneur impérial du traité 
B signé, le G juillet précédent, entre la Compagnie 
f allemande de l'Afrique occidentale et Kamahe- 
I rero, chef du Damaraland, lequel cédait à la 
I Compagnie des droits Illimités de commerce et 
1 4e colonisation sur son territoire. A cette occasion, 
I la Compagnie a décidé que le territoire sud d'An* 
B-gra Pequeiîa serait nommé 2ianialand aUernantt 
Bet le territoire nord Damaraland allemand. 
I Quant au Cameroon, le gouvernement impérial 
ft De semble pas avoir terminé toute annexion 
I ce côté, car le ^0 septembre dernier il faisait em* 
I barquer à Hambourg, avec une subvention an- 
luuetle de 1500UO marks, le docteur Zintgraff, 
Baccompagné du lieutenant Zenner, à l'eifet d'ex- 



ET l'Émigration allemandes 63 

plorer les contrées restées inconnues dans cette 
région. Le Reichstag a approuvé, sans débat, cette 
exploration. Deux mois après, le baron de Saden, 
gouverneur de la colonie, était officiellement 
chargé de réclamer au président de la République 
de Libéria la translation de la dépouille mortelle 
du docteur Nachtigall, précédemment décédé et 
inhumé au cap Palmas: le courageux explorateur 
reposera ainsi dans le sein même du pays que 
son patriotisme a acquis à l'Allemagne . 



Les principaux produits de cette importante 

fcétendue décotes sont, en première ligne, l'huile et, 

s noyaux de palmier. C'est VEUiels guineensisi 

limier à feuilles empennées, qui livre l'huile. 

iûette huile est, aujourd'hui, si recherchée que 

sûtes de l'Afrique occidentale en expédient 

innuellement RO 000 tonnes d'une valeur de 50 

nillions de francs; quant à l'exportation des 

fcoj'aux de palmier, elle atteint 135 000 tonnes 

li'une valeur de 44 millions de francs. Outre les 

malmiers à huile on compte d'autres plantes oléa- 

^neuses: ainsi la Carapara guineensis, qui livre 

t'huile de ïulucuma, la Bassia butyraea, le Rict- 

'mus, etc. h'Aracliîs htjpoyaea, dont les fruits 

■oléagineux poussent dans la terre, bien que 

Moins abondante qu'au Sénégal, est cependant 

[cultivée sur toute la côte jusqu'au golfe de Guinée. 

Le commerce de l'ivoire est beaucoup moins 

^-important, et diminue d'année en année, par 



ET l'émigration allemandes 

suite de la deatructîon inconsidérée des é^ 
En outre, l'ivoire ne se trouve plus que bien avant 
dans l'intérieur des terres. A la baie de Loango 
seulement, il y a un siècle, au dire du voyageur 
français Degrandpré, environ GOO défenses d'élé- 
phants étaient offertes en vente, et aujourd'liui 
c'est à peine si de temps en temps on trouve à 
actieter un morfil dans le territoire de Kuilu ou de 
Yumba, La plus grande partie de l'ivoire de l'in- 
térieur est apporté sur les marchés de l'Ogowé et 
du Gabon ; plus dur que celui des côtes occiden- 
tales, il est connu sous le nom d'ivoire transpa- 
rent. Le principal marché pour l'ivoire de l'Afri- 
que occidentale est Liverpool, ou il en arrive 
annuellement 120 tonnes ; Londres en reyoit envi- 
ron 40 à 50 tonnes, et les autres ports, Hambourg, 
le Havre et les places hollandaises en importent 
de 30 à 40 tonnes, de sorte que l'exportation totale 
de l'Afrique peut être estimée à 200 tounes. Mais 
il est douteux que cette région puissecontinuer 
longtemps à exporter des quantités d'ivoire aussi 
importantes. Sans doute, il en reste encore beau- 
coup en réserve ; mais ces rései-ves mêmes finiront 
par s'épuiser, et il ne sera plus guère possible de 
les reconstituer. Les marchés afiicains pour 
l'ivoire se trouvent sur les bords du Niger, du 
Gabon, dans le Batanga, le Kinsembo et surles 
c&tes d'Angola. 

Le commerce du caoutchouc n'existe pas il 
Cameroon et commence Reu\e'men\.\Ki.'çeM-s;\Mi'?'**». 



tKS COLONIES 

ma, vers Batîi. et de là jusqu'au delfidu Congo et- 
ftisqu'aux possessions portugaises il forme 
forineipal article de commerce; on l'extrait d 
■arraents d'une liane {Landotphia porîda et owa-^ 
f^ens(s). Les premières balles de ; caoutchoutf 
tarent apportées en 18fi7' par des naturels à Pon- 
^negra, et, lorsqu'il fut devenu un article de 
îommerce important) il se fit une telle destnio- 
Q de plantes à caoutchouc que cette belle liana 
^Sisparut bientôt entii^remcnt des côtes. Mais la 
it qui s'étend sur les pentes occidentales de». 
nontagnes cotières est encore très riche en laa- 
ihias. Au nord, où la montagne se rapproche 
e plus de la mer, on ne produit que le caoutchouiJj 
it sur les bords du Kuilu, où des stations de com- 
ïierce s'avancent jusque dans la montagne, U 
torme également un article de commerce impoiv 
; il en est encore de même sur les bords da 
iLuemme et du Tschiloango. Par contre, le com- 
l-tneree du caoutchouc est très peu important sur 
be Congo, et la landolphia devient de plus en plus 
gr.are àmesure qu'on s'avance vers le sud. L'An- 
gleterre importe, à elle seule, de l'Afrique ocoi- 
[^entale 180 0()0 quintaux de caoutchouc d'une 
fpaleur de 4 millions de francs. 

Le copai, résine analogue à l'ambre et produit 
S'une sécrétion de laGuibmtj-lia copalifera,-çio\rc^ 
ait être exploité en grandes quantités danSi 
sieurs contrées ; mais diverses peuplades d6' 
hègres et en particulier les Bassiotes, sur la côte 



ST L'âHISBATION ALLEMANDES 



67 



de Loango, ne permoltent pas que l'on fouille le 
sol, et plusieurs dépôts de copal très importanls 
sont mis à ban par ces peuples. Du reste, le 
copal africain est un popal blanc, variété de qua- 
lité, parait-il, inférieure, 

Knfiu, les côtes d'Afrique livrent divers bois de 
valeur. Ce sont, en particulier, le bois d'ébèno, 
que fournit le Diospyrus, arbre très répandu en 
Afrique, et le bois de campêche. 

Au point de vue de la manière dont le commerce 
se fait, il y a lieu de diviser les côtes nord de 
l'Afrique occidentale en deux zones entièrement 
distinctes l'une de l'autre : celle qui est comprise 
entre le cap Vert et le Gameroon, et celle qui s'é- 
tend du Carçeroon aux possessions portugaises. 
Comme dans la première zone les colonies du 
Portugal, de la France et de l'Angleterre et la 
République de Libéria sont établies depuis long- 
temps, la valeur de l'argent monnayé est connue 
et l'on compte par livres, francs et dollars ; tandis 
que dans la seconde zone le commerce ne se fait 
que par échange de marchandises et les ar- 
ticles européens s'y troquent contre un cer- 
tain nombre de Km, unité de mesure pour 
l'huile de palmiers qui correspond au poids de 
42 kilogr. Il existe encore d'autres unités de va- 
leur: pour les sommes importantes en particulier 
on compte encore par esclaves, bien que le com- 
_|Oercedoâ esclaves ait cessé d'exister. Après avoir 
i une marchandise, les nègres réclament 



LES COLONIES 

incore un cadeau, le dasch, qui consiste généra- 
bment en un jeu de cartes. 
[■Les commerçants européens sont aussi obligés 
ç céder quelquefois leurs marchandises à crédit; 
3 cas ils réclament un gage. Les nègres 
«Valent d'abord l'habitude de donner comme 
Lge leurs femmes; mais ils prirent la mauvaise 
babitude de ne pas venir les rechercher. Ce genre 
e gage est aujourd'hui refusé; on lui préfère des 
Bents d'éléphants, dont les nègres ne se défont 
Eue fort difficilement, et c'est du reste, aujour- 
H'hui, à peu près la seule manière dont cet article 
titre encore dans le commerce. 
L'importation européenne dans l'Afrique oeci- 
Hentale atteint actuellement une valeur d'environ 
I millions de francs. Sur cette somme 32 mil- 
Bons alimentent le commerce anglais, et 23 rail- 
ions le commerce allemand. L'Allemagne im- I 
iorte en particulier des spiritueux, de la poudre, 
tes fusils à pierre à feu, du riz, du sel, des fla- 
lelles ronges et bleues, des cotonnades, des per- 
s grossières, du fil d'archal, des vieux unifor- 
s ustensiles de cuisine, du tabac, etc. A 
Itukenge, la résidence du puissant Kalamba, les 
neilleurs articles d'échange sont des amulettes, 
tes petites croix de laiton, etc. ,et des allumettes 
es. Pour une boite d'allumettes on vous 
donne 1000 balles de caoutchouc d'une valeur de 
17à2;t francs, soit le même prix que l'on paie 
pour une jeune fille. 



IV 



LES COLONIES DE L'AFRIQUE OCCIDENTALE 
€T LEURS HABITANTS 



L'Afrique occidentale n'a d'importance au point 
de vue du commerce ou de l'utilisation du sol 
que depuis l'embouchure du Sénégal. En effet, 
depuis la limite méridionale du Maroc, et môme 
dans une partie de ce pays, la côte sablonneuse et 
désolée est rendue presque inabordable par des 
bas-fonds et de dangereux écueils. Les côtes de 
Sénégambie sont par contre d'autant plus faciles à 
atteindrejCt les embouchures de ses fleuves attirent 
depuis longtemps les colons européens. Gomme 
on le sait, le cap Vert doit son nom àla végétation 
luxuriante qui le couvre. Les palmiers tou- 
jours verts font contraste avec la zone brûlée et 
sablonneuse du Nord. Plusieurs cours d'eau im- 
portants se déversent sur la côte dans l'océan At- 
lantique. De juin à novembre, c'est l'époque des 
pluies tropicales, des inondations et des fiè- 



LES fiOLONIEa 

Kês paludéennes; le climat de la Sénégambie 
SDsî que celui de Gamba, situé plus au sud, est 
% général très insalubre. Pour cette région l'Al- 
magne n'a établi qu'un comptoir, à savoir dans 
n portugaise de Bissao, où une maison 
I Brème fait depuis longtemps des opérations 
^ commerce. Plus au sud, entre le S',, et le 10° 
fegré de latitude nord, un bourgeois de Stutt- 
ird, Colin, a acquis une étendue de côtes de 
B kilomètres ; le pavillon allemand y a été hissé 
t janvier 1885 ; néanmoins, ce sont les An- 
Bais qui ont conservé le monopolo du commerce 
la Sierra-Leone. De là jusqu'à l'em- 
fouchure du Niger, la côte de Guinée n'offre pas 
;he seule baie où les navires puissent en sécu- 
Bté jeter l'ancre. Il n'existe pas un seul bon port, 
8 même une rade facile à atteindre ; les navires 
font continuellement exposés à une mer houleuse 
& des écueils dangereux qui, làoù aucun fleuve 
"aboutit àlamer, forment des murailles presque 
brticafcs. Les cours d'eau sont eux-mêmes tous 
fermés par les barres qui, le long des cêtes, dou- 
ant lieu à la formation de grands lacs maritimes 
iSnétrant quelquefois assez loin dans les terres; 
JIs facilitent ainsi la navigation intérieure, 
i produisent d'un autre côté des émanations 
llétères. 

rDu cap Mesurado au cap Palmas s'étend lacôta 
ttPoivre, qui doitson nom au gingembre employé 
ffimme épice et servant aussi en Allemagne I 



ET l'émigration ALLEMANDES 



71 



falsifier la bière. Presque toute cette cote est oc- 
cupée par la République de Libéria. Les Alle- 
mands ont daus cette République des comptoirs 
au cap Mouut, dans la ville prineipale do Monro- 
via, au grand et aupetitRassaetàGreenville. Les 
principaux ai'ticlea d'exportation sont les cafés, 
le sucre, de très beaux bois, l'huile de palmier, 
l'ivoire, la gomme élastique, et surtoutlessavons < 
de luxe fabriqués eu grande quantité daus le pays 
de Mandingo. 

Les c6tes suivantes, celles de l'Ivoire, qui 
s'étendent du cap Palmas au cap des Ïrois-Pointes, 
ne méritent plus ce nom ; car elles ne fouruissent 
plus que très peu de dents d'éléphants. Les Fran- 
çais possèdent sur ces côtes, depuis 1842, les loca- 
lités d'Assini et de Graud-Easaaiii ; des maisons 
de Hambourg ont des comptoirs près du cap Pal- 
mas, à Cavalla et Tabu. 

La cûte d'Or, qui fait suite à la précédente et 
qui s'étend des Trois-Pointes jusqu'à la Volta, 
appartient aujourd'hui aux Anglais, qui ont acquis 
en 1 848 les possessions des Danois et, en 1871, 
celles des Hollandais, Le gouverneur de ce paya 
a sa résidence à Lagos. 

Cette côte doit sou nom à l'or qu'on recueille 
dans les sables de ses coui's d'eau ; le lavage des 
sables aurifère s occupe aujourd'hui vingt Sociétés 
anglaises. Un commerce considérable d'esclaves 
se faisait autrefois sur la côte d'Or; les puis- 
■ saPcea maritimes de l'Europe y avaient établi 



79 LES COLONIES ^^^^1 

dans ce but de nombreux comptoirs. Les habi- l 
tants de celte contrée senties Fanti, peuples de 
commerçantsjces nègres, en effet, ne sont plus de . 
simples courtiers de commerce, mais sont deve- I 
nus de grands négociants qui expédient dlrec- i 
tement leurs marchandises en Europe, où ils vont 
eux-mêmes aussi faire leurs achats. L'importance 
de leurs maisons de commerce est telle ([ue, de- 
puis quelques années leurs services de bateaux k 
vapeur établissent de s communications avec | 
l'Angleterre. L'Allemagne possède dans ce pays 
les comptoirs d'Akkra et d'Adda. 

La ville d'Akkra, vue de la mer, produit lin effet ' 
imposant avec ses masses blanches sui- des côtes I 
escarpées et les grands bâtiments des comptoirs 
qui cachent les misérables buttes des nègres ; 
mais, si on l'examine de plus près, l'impression 
devient tout autre. A l'extrémité occidentale de 
la ville s'étève le Ibrt de GhristJanburg, qui tombe 
en ruines et qui, avec ses vieux canons de fer et 
sa garnison composée exclusivement de nègres, 
en impose très peu. A côté se trouve le grand 
fort danois de Christian burg, également ruiné. 
Près de ces ruines se trouve l'établissement des 
laîssions bâloiscs, qui, du reste, n'ont jusqu'à ce 1 
jour obtenu que peu de succès auprès des nègres I 
encore adonnés à un grossier fétichisme. 1 

Les principaux produits de la côte d'Or consis- ] 
tent en huile de palmiers, graines diverses, or et J 
bijouterie d'or; l'ivoire est devenu très rare, elle 1 



rHATION ALLBKANDRS 

caoutchouc ne se rencontre presque plus. Le 
coramei'ce de l'Allemagne est insignifiant dans ce 
pays. 

Surliidôte suivante, celle des Esclaves, nous 
rencoutrous pour la première fois une colonie j 
allemande proprement dite, placée sous le pro- 
tectorat de l'Empire. Cette côte doit aussi son : 
nom au commerce auquel elle donna lieu. Plate 
et marécageuse, avec ses lacs niaritlmesqui pénè- 
trent profondément dans l'intérieurdu pays, elle 
favorisait tout spécialement l'embarquement de 
la marchandise humaine, opération qui se faisait 
souvent en présence de croiseurs anglais, occu- 
pés h lutter contreune mer orageuse. Aujourd'hui ' 
les principaux articles de commerce sont l'huile 
et les noyaux de palmiers, les semences de sésa- 
me, le coton et l'ivoire. Les nègres sont partout ' 
d'habiles commerçants; dans la localité anglaise ' 
de Lagos, il existe même deux comptoirs appar- 
tenant à des naturels. 

Le commerce allemand avec toute cette partie 
de la cùte africaine jusqu'aux houches du Niger 
est très important ; dans les possessions anglai- 
ses, l'importation de l'Allemagne est de 8i mil- ' 
lions, et les exportations de 49 millions de 
marcs. Sur la côte des Esclaves, des maisons 
de commerce de Brème et de Hambourg pos- 
sèdent des comptoirs dans dix places : à Keta, 
Lomé, Bagida, Porto-SegurOj Grand et Petit- 
Popo, Whydah, Porto-Novo, Lagos et Palma. 



74 LES COLONIES 

Parmi ceux-ci, ceux de Lomé et de Bagidaont 

été, ainsi que nous l'avons dit plus haut, rais 
sous la protection de l'Empire allemand. Ce sont 
là les deux premières colonies de l'Allemagne. 
Leur importance est due à la richesse du pays 
intérieur et aux communications faciles avec le 
Niger. 

Quant aux bouches du Niger, situées à l'est 
de la côte des Esclaves, l'Angleterre s'en est em- 
parée dernièrement. Ces bouches sont aussi con- 
nues sous le nom de rVcières del'huile, parce qu'il 
existe dans le delta une quantité de villages où 
les nègres s'occupent de la préparation de l'huile ; 
dans les bras du fleuve sont ancrés quantité de 
vieux etgrands vaisseaux anglais, qui servent de 
magasins, et qui sont connus sous le nom de 
Hulks. 

La côte suivante de l'Afrique fait un contraste 
frappant avec ce delta bas et limoneux: les som- 
mets volcaniques des monts Cameroon s'élèvent 
à de s hauteurs de 4(.)00 mètres immédiatement au 
dessus de la mer et projettent leur ombre sur un 
chenal dont l'autre pilier est formé par le pic de 
Fernaudo-Po. Bien que de mémoire d'homme il ne 
se soit plus produit d'éruption du mont Cameroon, 
on aperçoit cependant près de son sommet des 
solfatares fumants. Au sud du mont Cameroon 
aboutit à la mer le lleuve Cameroon. Il forme avec 
le Bimbia et le Malimba un delta et un tel réseau 
de rivières qu'on ne peut le remonter qu'en se 



faisant guider par des naturels expérimentés. 
L'emboucliiire inÈuie du Oaiiieroon est si larija 
qu'elle ressemble bien plutôt ù un bras de mer 
qu'à un fleuve, et, même lorsque le temps est 
clair, l'on ne peut pas partout d'uue de ses rives 
apercevoir l'autre. Mais bientôt des îlots maréca- 
geux couverts de grands arbres, des mangroves 
rétrécissent son cours ou plutôt divisent le fleuve 
en une multitude de bras qui communiquent 
entre eux pat de nombreux canaux transversaux. 
L'œil n'aper(;oit nulle part les traces d'une habi- 
tation humaine ; les localités voisines des natui'els 
sontconstruites assez loin du fleuve, sur ses petits 
affluents où quelqus îlots cultivables s'élèvent au 
dessus des marécages. Environ à 3.j kilomètres 
de l'embouchure du fleuve, le sol, qui s'exhausse 
de 13 à 14 mètres, commence à devenir habitable. 
Là les villages succèdent aux villages; on en compte 
une quinzaine séparés les uns des autres par des 
lisières de sombres forêts. Chaque localité est 
gouvernée paruu chef ou roi, qui donne à son vil- 
lage le nom angliiis de Town, de sorte que nous 
rencontrons les villages de Bell ïown, John Aqua 
Town, Joss Town, Dido Town, etc. Toutes ces 
localités sont connues sous le nom générique de 
Cameroon,tirè du mot portugais ctn}iaraos,c'est- 
k dire « crevette », animal qui pullule dans le 
fleuve. Quant aux naturels, ils se nomment eux- 
mêmes nègres de Dualla,mot qui alamêmesigni- 
ficaticnque le précédent. 



LES tiULUNIES 

P'parmi tous les souverains de ce territoire, les 
B puissants sont les rois Bell et Aqua; le chef 
^do est aussi puissant, mais il dépend d'Aqua. 
Iflsrois savent se faire avec les Européens un 
Seau revenu. Ceux-ci doivent, en effet, payer un 
!Bpôt annuel au chef sur le territoire duquel ils 
iit établis leurs //w;ft.ï: il est de 80 livres ster- 
; en retour de cet impôt, ou tribut, le roi 
|tir garantit la sécurité de leurs personnes et de 
sirs biens. 
[ Laphipartde ces hulks demeurent jusqu'à ce que 
BÈur chargement de produits .ifricains soit com- 
jtJet; alors ils font de nouveau voilevers l'Europe, 
it d'autres vaisseaux viennent les remplacer. Ce- 
fendant, le hulk de la maison Wùrmann, un an- 
ien et grand navire de guerre russe, est ancré 
S'une manière définitive dans cesparages; il reçoit 
ÎÈgulièrement par des navires hambourgeois les 
rticles d'échange et se charge de leur fournir 
aie nouvelle cargaison. Un toit de feuilles de 
Baimier abrite son pont sur toute sa longueur 
3 préserve des rayons du soleil, comme des 
bluies i les locaux habités se trouvent dans une 
Ëetite maison de planches élevée sur l'arrière. 
Exposés pendant le jour à une fraîche brise 
ne mer, et, pendant la nuit et les premières 
leures de la matinée, à un léger vent déterre, 
1 hulks oifrent une habitation beaucoup plus 
line et plus sûre que celle que l'on établi- 
^it sur la terre ferme. 



[QIUTION AIXBUANOES 

Non loin du bord, cachées dans une superbe 1 
forêt de bananiers, de cocotiers et d'autrea arbres j 
des zones tropicales, les huttes de la ville du roi | 
Bell s'étendent, nombreuses et coquettes, le long 1 
de larges rues et sur les bords do places spacieu- ' 
ses. Ces huttes, qui sont très longues et de forme \ 
rectangulaire, reposent sur un soubassement ] 
d'argile; leurs parois sont formées de nattes | 
ou treillis de feuilles de palmiers élégamment J 
tressées. Leurs toils, propres et sveltes, se com- 
posent de feuilles empennées de palmier repo- 
sant les unes sur les autres comme des tuiles. 
Lorsqu'ils sont bien construits, ils résistent même 
aux pins violentes pluies des tropiques. La mai- 
son du roi Bell se distingue des autres par ses 
plus grandes diraensioits. Tout, dans cetti; petite 
ville, a un caractère de confort dû à l'esprit com- ' 
mercial des habitants. 

11 existe dans ce territoire, outre deux maisons 
de commerce allemandes, encore sept petites mai- 
sons anglaises; mais, comme, les Européens de- 
meurent généralement dans les hnllis, sur la 
terre ferme il n'y a que trois comptoirs allemands 
et deux anglais, ainsi que deux stations de mis- 
sionnaires dans la ville de Cameroon, divisée du 
reste en deux parties bien distinctes appartenant 
aux deux chefs Bell et Aqua. 

Plus au sud, sur les bords du Malimba ouQua- 
qua, se trouve la résidence du roi Passai ; la mai- 
auasi i 



■insi qu'à Bimbia, la résidence du roi William: 

4te dernière s'élend pittoresquement sur les 
Sentes d'uiie haute falaise, dans une situation de 
pute beauté. Le groupe du Cameroon est ici caché 
i avant-monts ; plus au nord par contre, 
Victoria, ces monts apparaissent à l'arrière-plan 
tans toute leur grandiose splendeur, tandis que 
mr les borda de la mer s'élancent des falaises de 
foches basaltiques recouvertes d'une luxuriante 
i^gétation tropicale et qu'enface,dans le lointain, 
adresse le superbe pic de Fernando-Po: mais 
6ette partie de la côte appartient à l'Angleterre. 
i LeCameroonestmoins un lleuve qu'un estuaire 
se réunissent de iioflibreux cours d'eau, dont 
principaux, qui coulent du sud au nord, sont 
pldea, le Sungasi, le Wuri avec l'Abo et le Mun- 
. les deux premiers ne peuvent être remontés 
î sur une courte étendue, tandis que ce n'est 
ï'assez loin dans les terres que des cataractes 
fêtent !a navigation aur les derniers. Le Ga- 
^roon dureste concentre, par sa situation, d'uae 
IfaniÈre très favorable le commerce d'une contrée 
SCcessivement riche, mais connue encore seule- 
pen (jusqu'à une faible distance des côtes. D'après 
^e voyageur Rogozinski, qui, il y a peu de temps, 
a remonté le Mungo, il existe dans cette contrée 
des forêts vierges excessivement riches en bois 
d'ébèue et gommes, ainsi qu'en éléphants, les- 
quels rendent le voyage dangereux. Des gorilles, 
des antilopes, des zèbres, des léopards* des 



ET L'ÉMienATION ALbSM&NDES 

panthères, etc., peuplent ces sombres for&ts. 

Les naturels ne font cultiver par leurs femmes I 
que les grains qui leur sont absolument néces- 
saires, et vivent presque exclusivement du 
commerce entre les Européens et les habitants I 
de l'intérieur du pays, commerce dont ils sont J 
les intermédiaires. Aussi veillent-ils soigneu- 
sement à ce qu'un commerce direct ne vienne 1 
pas à s'établir entre les Européens et les pays de | 
l'intérieur. Les rois sont les plus zélés com- j 
niergants; ils tont des voyages de plusieurs se- 
maines dans l'intérieur avec leurs canots, pour ] 
échanger des produits du pays contre des mar- 
chandises qu'ils reçoivent à crédit des comptoirs 1 
européens. En leur qualité de grands com- ] 
merçants, ces rois jouissent d'une considération j 
exceptionnelle, due aussi, du reste, à leur nom- ] 
breuse famille et à leur richesse en esclaves, j 
Ainsi le roi Bell assurait au commandant de I 
corvette Hoflmann que, sanscomptersesesclaves, j 
il avait 360 femmes achetées à des familles libres. 
Comme dans ce pays tout le monde s'occupe de 
commerce et que personne ne veut travailler, les 1 
comptoirs étrangers sont obligés de faire venir j 
leurs ouvriers de Kru, dans l'État de Libéria. Ils i 
s'engagentpour deux ou trois ans, puis retournent i 
dans leur pays avec des foulards, des perles et | 
toutes espècesde marchandises' qui leur serviront À 
k s'acheter une femme. Ce sont de bons travail- 1 
leurs, trt>s sobres; ils vivent habituellement de 1 



ffi, et de temps en temps ils mant,'ent delà viande 
Jft chèvre. 

[La vie est, naturellement, très monotone dans 
! comptoirs. La seule distraction est l'arrivée 
B'vii navire européen. Aussitôt que le vaisseau se 
fèuve en vue, il hisse tous ses pavillons, et des 
Hups depôtards retentissent sur la plage, De tous 
B hulks partent des chaloupes montées par des 
resen unitorme, c'est-à-dire avec leurs cale- 
s de mJ>me couleur ; le propriétaire, vêtu élé- 
gamment à l'européenne, avec un parasol à la 
main et la tète recouverte d'un chapeau enve- 
loppé de mousseline Manche, prend place sur un 
siège couvert d'une peau de léopard et va clier- 
cher les lettres et les marchandises et apprendre 
de la houche des officiers les aouvelles d'Europe. 
Mais bientôt le vapeur repart, abandonnant la 
colonisa sa solitude. 

Cameroon est, en somme,une place très impor- 
tante pour le commerce de l'Allemagne; de ce 
pays on peut pénétrer facilement dans le terri- 
toire de Bénué, qui n'estséparé des montagnes de 
Cameroon que par la vallée moyenne del'Altkala- 
bar. Les Français et les Anglais font un commerce 
important dans ce dernier pays depuis 1S70, et 
tout dernièrement il s'est formé une Society de 
commerce allemande pour exploiter le Bénué. 

Ainsi le commerce allemand est destiné à deve- 
nir encore plus considérable à Cameroon, qui ac- 
querra aussi de l'importance comme station de 



ET l'êmisRaTign allemandes 
la flotte allemanile il cause de sa position cen- 
trale; mais ce pays ne deviendra jamais une colo- 
nie agricole, où puissent se rendre les énaigrants 
allemands : le climat s'y, oppose absolument. 
Môme parmi les commerçants établis ici, la mor- 
talité prend de temps en temps des proportions 
effrayantes. Ils sont déjà couchés eu grand nom- 
bre dans le petit cimetière situé près de la mai- 
son des missions anglaises.' On peut dire, écrit 
Ileichenow, que pour TEuropéen qui se rend à 
Gameroon il y a plus de probabilité de mourir en 
terre étrangère au bout de quelques années que 
de rentrer heureusement dans sa patrie. 

Au sud de Cameroon, le paysage prend tout un 
autre cai'actère ; des côtes plates et bourbeuses et 
les lagunes fébrifères font place à do hautes falai- 
ses, surmontées des villages des naturels et des 
comptoirs des négociants allemands. Toute cette 
Cote jusqu'au Gabon a aussi été placée sous le 
protectorat de l'Allemagne, sauf quelques points 
au sujet desquels il y a lieu encore de négocier 
avec l'Espagne et la France, qui ont conclu antre- 
fois des traités avec des chefs. 

Bien que le territoire du Gabon appartienne 
à la France, presque tout le commerce de ce pays 
se trouve entre les mains de maisons allemandes 
et anglaises ■ (G. Worraann, de Hambourg, et 
Hatton et Cookson de Liverpool). La maison alle- 
mande s'occupe ici non seulement de commerce, 
mais fnrore elle a chargé le naturaliste Soya.u.& 



LES COLONIES 

'de vastes cultures des plantes du pays; 

e entreprise,il est vrai,D'a, jusqu'à ce jour, pas 

de rendement sérieux, mais elle ne tar- 

a pas à devenir une source de bénéfices con- 

iidérables, et en outre, ces cultures pourront ser- 

d'exemple aux indigènes. Wûrmann a acheté 

; centaines d'hectares de for6ts vierges à la 

franco, qui aujourd'hui sont en partie plantées de 

;, de cacaoyers, de riz et de vanilliers. Un 

ttiai semblable, mais entrepris sur une moins 

a échelle, a été fait par les missions catho- 

[ues françaises, qui s'efforcent non seulement 

b convertir les naturels, mais aussi de les civi- 

ir en leur enseignant divers métiers et l'agricul- 

We. Les produits de ce pays sont l'ivoire, qui 

île l'intérieuret qui est fourni par les popu- 

s cannibales des nègres Fans, puis le bois 

iiène et de campôche et le caoutchouc. La 

&ine à sucre, le coton et l'ananas, qu'on ne 

epasà l'état sauvage, deviendront aussi des 

ticles de commerce, ainsi que !e malachite, 

a'on rencontre au nord de la rivière Muni, 

fcpsque Brazza, par l'établissement de stations 

jde routes, aura ouvert au commerce l'intérieur 

pays. Les possessions frani;aises s'étendent, 

I vertu de la conférence de Berlin, jusqu'à l'Etat 

1 Congo au sud et à l'est. Cet État, qui com- 

kend tout le bassin supérieur et moyendu fleuve, 

tecommunique par contre avec la mer que par un 

étroit ruban de pays situé sur la rive droite du 



ET l'émigration ALLEMANDES 83 

grand fleuve africain. Sa population est estimée 
par Stanley à 30 ou 35 millions d'habitants, et 
sasuperficie serait égale à celle de l'Allemagne, 
de la France, de l'Espagne et du Portugal réunis. 



LE PAYS DE LUDERITZ (LUDERITZ LAND) 



Au sud du cap Frio, par 18"50' de latitude sud, 
jusqu'au fleuve Orange s'étend, sur une lon- 
gueur de 150 lieues allemandes (1125 kilomètres), 
une côte désolée et uniforme qui rappelle la côte 
atlantique du Sahara. A quelques places seule- 
ment la mer pointe un peu plus profondément 
dans les terres et y découpe quelques langues de 
terre, derrière lesquelles les navires trouvent un 
abri sûr. Pas un seul cours d'eau, si petit qu'il 
soit, n'apporte ses eaux à l'Océan; les lits des 
anciennes rivières cotières sont depuis longtemps 
à sec, et sur une largeur de trente lieues cette 
côte est habituellement dépourvue de toute végé- 
tation. Cependant, lorsqu'après de longs inter- 
valles des pluies viennent à tomber, le sol se 
recouvre rapidement de végétation. 

Mais, aussitôt que le soleil envoie des rayons 
brillants, tout ce paysage riant se transforme 



ET l'émigration allemandes RTi 

(le nouveau en un désert où domine iino leinte 
brune ; tous les cours d'eau se dessèchent, et c'est 
tout au plus si l'on rencontre encore quelques 
sources trop amèrea pour être potaJdes. 

Des bords de la mer, oùsontespacées déliantes 
dunes à pentes escarpées ou des blocs de rochei'S 
nus, le terrain s'élève insensiblement par terras- 
ses, jusqu'à une hauteur de 16tK) à IHOO mètres, 
puis redescend plus doucement encore vers l'est. 
Sur le plateau surgissent sans ordre des rochers 
de grès et d es cônes de granit ; et. par places, ce 
pays, généralement si stérile, montre quelques 
paysages gracieux. 

Ce sont là, sans doute, des cas exceptionnels. 
Daiis le pays le plus méridional, le Namaqua, 
tout le paysage est d'une monotonie désespé- 
rante. Sur le grand plateau qui s'étend sans fin 
à l'horizon c'est tout an plus si quelquesbuisaoua 
rabougris succèdent à des toulîes de gazon, et 
l'on ne rencontre de végétation que dans les pro- 
fonds sillons on coulaient autrefois des eaux abon- 
dantes et qui tantiit se rétrécissent pour former 
des gorges, tantôt s'épanouissent en de larges 
vallées. 

C'est dans cette partie de l'Afrique que le com- 
merçant brêmois Lûderitz a acquis l'étendue de 
côte qui est comprise entre la colonie du Cap au 
sud et les possessions portugaises au nord, soit 
entre le fleuve Orange (S^o) jusqu'au 18' de lati- 
tude nnl'ridinnale. et qui a nue longueur de IHO 



LES r.OLIlNIES 

E}îeue3 géographiques sur 3f> de lar<;eur. Toute- 
Rfois, les Anglais y ont conservé la station de la 
[■"Walfisclibay. Ainsi Liideritz possède, sous li 
l protectorat de l'Allemagne, un territoire qui repré- 
sente à peu près la Hioitié {170 (KWkil. carr.) du 
•oyaume de Prusse (348 258 kil. carr.). Mais c< 
ppays n'est qu'un désert, presque sans végétation 
comme sans habitants. Il étaitcependant, autrefoit 
recouvert de nombreux buissons qui végétaienU 
sur ce sol sec, et sur les côtes la mer est trèf 
poissonneuse. On peut donc y établir une statioQ 
de pèches productives. Et, comme sur d'autres 
côtes désertes, le sol possède des richesses impor» 
I tantes en minéraux (cuivre, or, argent) qui sont 
raujourd'hui l'objet des recherches de la part dea 
l propriétaires. D'un autre côté, comme on s'est 
I aperçu que le sol était eu lui-même très fertile 
I et qu'il ne manquait que d'eau pour produire 
p d'abondantes moissons, on creuse de nombreux 
puits artésiens pour amener l'eau des profondeurs 
I de la terre à sa surface. Par de telles irrigationa 
I on a obtenu les meilleurs résultats k la station 
[ de Bétbanie, de la Société des missions da 
I Rhin. 

La côte possède,outre laWalfischbay, un bean 

porta Angra Pequena, où Lûderitz a établi i 

L comptoirs. La contrée est déserte. D'immense» 

l collines de sable, au-dessus desquelles s'élèvent 

ches volcaniques, s'avancent jusque sur les 

I bords de la mer; elles sont toutes dimudées, et 



ET t'fiMinRÂTTON ALLKMANTIES 87 

CG n'est que dans quelques crevasses profondes 
qu'on rencontre des buissons rabougris. Sur le 
sommet de la plus forte colline, la pointa de Nau- 
tilus, on a élevé une grande croix de bois qui 
sert d'indicateur aux bateaux qui naviguent sur 
la côte. Au pied de la colline Lûderitz a établi 
son comptoir, composé de quatre constructions en 
boia recouvertes de tôle, les maisons d'babitation 
et les magasins. Non loin de là, les Hottentots ont 
élevé leur craal ou village; ils rendent divers 
services à la colonie, en particulier en l'approvi- 
sionnant de bois qu'ils vont chercher sur les rives 
du Fîschfluss, oi't les buissons atteignent jusqu'à 3 
mètres de hauteur. Mais cette coltine manque de 
la chose la plus importante, l'eau potable, que des 
vaisseaux doivent aller chercher à la ville du Cap; 
par contre,le port offre aux navires un abri abso- 
lument sttr. 

Mais si le territoire acquis par Lvideritz est en- 
core un désert, par contre plus en avant dans les 
terres existe un pays assez important pour le 
commerce. C'est, au sud, le pays des Namaquas, 
babité par environ 17 000 Hottentots, et au nord 
âe celui-ci le pays de Damara, que peuplent 
1S1 ÛOOHereros. La superficie de ces deux pays 
est estimée à li80 OOÙ kilomètres carrés. 

Ces deuxpeuples,lesHereros et les Hottentots, 
sont presque constamment en guerre; les derniers 
paraissent engénéraU'emportersur les premiers: 
mais aujourd'hui encore la [guerre continue, mal- 



LES aOLONIBS 

^ré les eiïûrts des missionnaires pour y mettre un 



Aveu ces deux peuples imbitent un certaial 
Nombre d'esclaves. Ce sont les Damaras de laj 
biontagne, ainsi appelés parce qu'ils habiteiifa 
a parties les plus élevées de la contrée, et lesf 
IBalheureux Busbmen ou Bosjemans, les plut 
ïaiBérables et les plus avilis des bommes. lia vi- 
[feiit à l'extrême limite orientale du pays, où ils"! 
e nourrissent que de terre comestible lors- 
Q'ils ne parviennent pas à voler du bétail à 
Deurs oppresseurs. 

En efi'et, les animaux de race bovine et ovine 
appartiennent exclusivementauxHottentots et aux 
piereroa ; et les pâturages de ce vaste pays ne 
tteur sont contestés par aucun animal berbivore 
pepuis que l'ancienne faune de cette contrée a été 
létruite. Autrefois on y rencontrait de grands 
^oupeaux d'antilopes, de zèbres, de rbinocéros, 
l'éléphants etd'autruches;ces dernières,qui peu- 
wnt presque complètement se passer d'eau, se 
^trouvaient même dans la zone stérile des côtes. 
Mais depuis que les habitants ont remplacé l'arc 
|)&i'le fusil, ils ont fait des ravages irréparables 
li les animaux de cbasse. On ne songea pas 
jQême à épargner le gibier, et l'on tua les jeunes 
mme les vieux animaux. Une seule société de 
œbasseurs doit avoir en un seul jour détruit jus- 
l^u'à cent élépbants; les autrucbes furent exter- 
*îninéesde la même manière : et ainsi fut perdue 



El' l'ËUIGIIA.T]ON axlemakdes 

une source (Je revenus importante. Dans la colo- 
nie du Cap. en effet, l'élève des autruchRS pro- 
duit annuellement, par la vente de leurs plumes, 
une somme de 25 millions de francs. Aujourd'hui, 
il est presque impossible de rencontrer encore 
un de ces animaux si précieux. Sans doute avec 
eux on extermina aussi les lions, les léopards 
et les hyènes; seul, le chacal fait encore des ra- 
vages dans les troupeaux. Par contre les tsetsés, 
mouches qui dans d'autres parties de l'Âfiique 
rendent impossible l'élève du gros bétail, ne sont 
pas connus ici. Les steppes du pays de Namaqua 
et de Damara sont très favorables à l'élève du 
gros bétail et des moutons; aussi leurs troupeaux 
s'augmentent d'une manière vraiment étonuante. 

Mais ces troupeaux sont épargnés de toute 
manière. Les Hereros n'abattentjamais une pièce 
de bétail pour leurs propres besoins, car ils ae 
contentent de vivre du lait de leurs bestiaux ; ce- 
pendant, ilsenvendentou en échangent à des com- 
merçants européens. Les Namaquas sont aussi 
très économes de leurs bestiaux j aussi le bétail 
existe-t-il en abondance dans leur pays. 

Il y a également dans ces pays des richesses mi- 
nérales importantes. Des minerais de fer se trou- 
vent en grande quantité dans les rochers de la 
côte d'Angra Pequefia, et les matelots des vais- 
seaux de guerre allemands on ont extrait des 
minerais presque entièrement purs. Mais pas 
> les Namaquas que les Hereros ne savent 



LES COLONIBS 

Çsploiler ces mines, pt ils tirent leurs articles de 

r du nord, du pays desOvambos, connus comme 

Jâ'habiles lorgerona; ce sont en particulier des 

îiracelels de fer pour les bras et les jambes, ainsi 

jiie des perles de fer de la grosseur d'une pomme 

e terre, ornement très recherché des dames He- 

feros. Sous le poids de bijoux pesant jusqu'à 15 

kilogrammes ces dames sont obligées d'adopter 

ânne marche très lente, c'est une preuve debaiite 

pistinction ; mais le fer ne pouvait pas être objet 

e valeur pour les Européens dans un pays ou le 

teombustible manquait pour le travailler. 

On ne tarda pas à trouver aussi d'abondantes mi- 
s de cuivre. On vit alors une multitude de mi- 
neurs et d'aventuriers se diriger vcrsle pays; ils s'a- 
Vançaient avec des chars attelés de l(î à 18 bmufs, 
pet, malgré les grandes pertes de bestiaux êprou- 
Nrées sur la route, leurs efforts furent souventcou- 
tjtonnés de succès; car les mines étaient excesai- 
pement riches, et les bêtes de trait à. bon marché : 
mais une maladie épidémique, apportée par les 
marchands de bestiaux du Transvaal, ayant fait 
He grands ravages parmilesbètes k cornes, ces 
Dttines durent être abandonnées. Une autre tenta- 
Rive d'exploitation de mines d'argent situées 
[au sud d'Angra Pequena fut également bientôt 
^abandonnée, probablement parce que ces mines 
n'étaient pas assez abondantes. 

La Société des missions du Rhin chercha aussi 
k exploiter cette ente de l'Afrique. Elle y établit 



ET l'émigration ALLEMANDES 91 

de nombreuses missions qui ne réussirent guère 
à convertir les naturels, mais qui, par contre, 
firent pendant quelque temps des opérations de 
commerce aussi heureuses que variées. Cepen- 
dant, les entreprises de ces missionnaires com- 
merçants finirent de la manière la plus pitoyable, 
probablement par suite d'une mauvaise admi- 
nistration ou de fautes plus graves commises par 
le directeur des missions. 

C'est après ces premiers essaiî5 malheureux que 
Lûderitz a acquis ces pays et les a placés, comme 
nous l'avons dit,sousle protectorat de rAllemagne. 




En iiutomne 1884, la Société pour la coloni- 
sation alle^uande conaiiiwhn à Berlin, envoya sm 
les eûtes de l'Afrique une expédition composée 
du comte Joachim Pfoil, des docteurs Peters et 
Jiihlke et du négociant Otto. Cette expéditii 
organisée avec le plus grand secret, dans la crainte 
d'éveiller les méfiances de l'Angleterre, partit 
2.'3 octobre pour Zanzibar. De cette ileelle serendit 
auportdeSaadani.siirlacôte africaine, et remonta 
le cours du Wami. En peu de temps, ils réussirent 
à conclure 3 traités avec 10 princes indépendants 
et à acquérir ainsi les pays d'Useguha (à l'excep- 
tion des points de la côte qui appartiennent au 
sultan de Zanzibar), de Nguru, d'Ussugara et 
d'Ukami; ces terres leur étaient cédées avec le 
droit absolu de souveraineté. Le comte Pfeil 
resta en Afrique comme représentant de la 
Société, tandis que le docteur Peters retourna 



ilGIiAT10>- ALLEMANDES {l'i 

de décembre ; Otto mourut en 



Europe au un 
Afrique . 

Le "27 février 1S^5, ces nouveaux territoires 
furent mis sous la protection de l'empire d'Alle- 
magne, et le consul général allemand à Zanzibar 
en donna connaissance au sultan et aux repré- 
sentants des autres nations. Le docteur Cbaxles 
Jîiblke fut chargé d'administrer la justice dans les 
teiTitoîres acquis parla Société, et mis sous ladé- 
pendance directe du consul général d'Allemagne. 

Pendant 1g courant de l'été de 1885, la Société 
étendu son territoii'e en Afrique. Le comte Pfeil 
acquit pour elle le pays de Chutu, situé au sud 
des premières possessions. En mai, une nouvelle 
espéditlon, partie de Pangani sous la direction 
du docteur Jîihike, pénétra dans l'intcrieur des 
terres en suivant une direction nord-ouest. Jiihlke 
conclut avec yprinces nègres des traités, eu vertu 
desquels ceux-ci cédaient à Ja Société africaine 
tout le territoire de Kilimandscharo depuis 
Pagani jusqu'à 2" l/3de latitude méridionale, et en 
particulier les pays d'Usambara, Pare, Aruscha 
et Dsuhiigga. 

Ainsi les possessions de la Société s'étendaient 
dès lors sur un vaste territoire, bien plus grand 
que n'importe laquelle des possessions alle- 
mandes de l'Alrique tropicale. Trois fleuves eu 
partie navigables, le Pangani, le Wami et le Hu- 
£âscbi, traversent le pays. 

Mais ces possessions, qui avaient déjà une 



t 



y4 LES nOLONlES 

étendue de 100 000 kilomètres carrés, soit à peu 
près la grandeur de la Bavière, du Wurtemberg; 
et du grand-duclié de Bade réunis, ne devaient 
pas tarder à s'augmenter encore. 

Les frères Denhart, qui depuis plusieurs an- 
nées exploraient le cours inférieur du Tana, 
papvinrent à engager le sultan indépendant de 
Witu à se mettre sous la protection de l'empire 
allemand. 

On songea alors à réunir cette nouvelle p 
aion aux précédentes; l'arciiitecte Hornuth fui 
cliargé d'une nouvelle expédition sur les bords 
du Tana. Par suite detrailés, cet explorateur a 
Ljuit pour le compte de la Société africaine le 
pays qui s'étend au nord de Kilimandscharo ju» 
qu'au Tana. 

Enfin la même année (1885), la Société de colo- 
nisation allemande a pris possession des côtes au 
nord du pays de Wulie jusqu'au cap Gardafuî, 
d'unautre cèté elle a étendu ses possessions 
sud jusqu'au Rowuma, et à l'ouest plus avani 
dans l'intérieur des terres,8oit presque aux grands 
lacs africains. 

Cependant, l'Allemagne élevait des prétentions 
sur une partie des côtes située en face de Zanzibar, 
pour la raison que !e sultan ne les avait jamais, 
occupées antérieurement, et d'un autre côté l'An- 
gleterre élevait d'autres prétentions sur 
côtes comprises entre l 'embouchure du Wauga el 
du Tana. 



ET LÉMUlKAIi ON ALLEMAStiES 9-5 

Des négociations furent dès lors ouvertes entre 
les États intéressés. Un échan'ge de notes, du 29 
octobre et du! novembre 188(i, entre l'Angle- 
tei're et l'empire allemand a établi exactement 
les limites des territoires sur lesquels l'Allema- 
gue a le droit d'exercer son influence : 

L'Angleterre reconnaît l'autorité de l'AUenia- 
gne sur tout l'immense territoire qui s'étend sur 
la côte de l'emboucbure delà Rowana, ou mieux 
de la baie de Tbungi et du cap Delgado(par KMO' 
de latitude sud) jusqu'à l'embouchure de l'Umbe ' 
ou Wanga au nord (par 4" 30' de latitude sudl, 
touche à l'intérieur au lac Nyassa dans sa partie 
septentj-'ionale, au Tanganika sur toute sa lon- 
gueur, au Victoria-Nyanza jusqu'au l" degré de 
latitude sud. Il est vrai que ce territoire est sé- 
paré de la côte par une bande de 13 lieues de 
largeur appartenant au sultan de Zanzibar ; mais 
l'Angleterre s'engage à faire tous ses efforts pour 
que le sultan cède quelques points de la côte à 
FAllemagne ou, du moins, pour qu'il abandonne 
tous droits de douanes. — Depuis lors cette côte a 
été môme (1H8!^) enlièrement cédée fi l'Allemagne. 

L'Allemagne renonce par contre, en faveur de 
l'Angleterre, à toutes jjrétentions sur le pays 
' compris entre le Wauga et le Taka. Au delà de 
ce dernier fleuve, le pays de Witu ou Witon dont 
nous avons parlé, demeure la possession de l'Al- 
lemagne. 

Depuis lors, les bâtiments de guerre Olga, 




Oli LKs i;or.ONiEs 

Carola et ITyaene ont hissé les couleurs aile 
mandes le y juin lft87 sur les eûtes de SouhaheliSj 
le 13 juin à Ukunomba et le 17 à la baie di 
Manda, près de Manbas. 

Ainsi, les vastes possessions de l'Allemagne' 
dans l'intérieur de l'Afrique communiquent au- 
jourd'hui directement avec la mer. 

En outre, toute la ccMe du pays de Somali, qui 
s'étend depuis le pays de Witu jusqu'au cap Gar- 
dafui, a été acquise par la Société allemande de 
' l'Afrique orientale. 

Voici, pour nous résumer, quelles sont aujour' 
d'huiles stalions delà Société de colonisation di 
d'Afrique orientale, tant dans l'intérieur du paya 
Ique sur les côtes. 

. Simaberg, dans l'Ousagara, fondée en 1^81». 

2. Kiora, dans l'Ousagara, fondée en 1885. 

3. Halouh, dans l'Ouaaramo, sur le Kingani, 
fondée en IStifS. 

■4, Madiniola, dans i'Ousanibara,surleKinganij 
fondée en avril 188(i. 

5. Korogwe, dans l'Onsambara, sur le Pangani, 
[ïondée en avril 1880. 

6. Ousanngoula, dans l'Ousaramo, sur le Kin- 
■^ni, fondée eu mai 181^0. 

. Petershohe,près de Mbousine, danal'Ouse- 
Igarba. 

. Bagamoyo, sur la côte, fondée en 188(3 sur le 
territoire du sultan de Zanzibar ; mais, depuis 
lors, ce point de la côte a été cédé à l'Allemagne. 




TCMIGIIATION ALLEMANUKS 

, ïanganika, sur le Kiieli, tlans le Giriyama. 

►. Port-Hohenzo!lern, à l'emboucliiire du| 
"WonboDschi, en voie de fondation. 

H. Mofi, sur le Pangaiii, dans l'Ousanibarai 
fondé en novembre isy(ï. 

12. Envoie de fondation, nno ville, port de mer | 
dans la baie de Manda, sur la cùte de Souahéli. 

13. Mombas, sur la côte de Souahéli, fondée eaj 
1887. 

14. Ukunomba, sur la côte de Souahéli. 
Enfin, l'Allemagne a fait aussi ces deux dei 

nières années des acquisitions dans la partie sut 
est de l'Alrique. 

Le 2(1 janvier 1886, les colons Boërs deGroot-i 
fountain et delà région d"Otoky sud-ouest ont 1 
été placés sous le protectorat allemand, et le con- 
sul anglais Hevett a, en mai 18S7, remis officielle, i 
ment àrAllemagnele territoire anglaisdeVictoria. | 

Deux considérations générales sur ia situation 1 
des Allemands dans l'Afrique australe et dansi 
l'Afrique orientale trouvent leur place ici. 

Kn premier lieu, constatons que le dévelop-' 
pement de la civilisation européenne dans l'Afrique ] 
australe prépare un curieux conflit de nationa- 
lités. 

On sait que les habitants de la République âxsM 
Transvaal ont projeté de mettre leur capitalel 
Pretoria en conjmunicalion avec la baie Delagoal 
au moyen d'une voie ferrée. Des industriels.! 
anglais ont demandé la concession des travaux.^ 



LES COLONllîS 

Hais le ïransvaal, de même que l'Ktat d'Orange, 
btte depuis longtemps contre l'iullnence envahis- 
lante des Anglais du Clap ; le président du 
frransvaal, M. Ki'ijger, a donc vu dans cette de- 
un daDger, et il a refusé : de sovte que 1ê 
ionstruction a été confiée à des ingénieurs liol- 
Ifindais. Mais voici que le Deutsche Ehonomîst de 
Berlin a déclaré tout à coup, au mois de sep- 
tembre 1887, que l'Allemagne profitera beaucoup 
B tes travaux, que la baie Delagoa sera un ex- 
ïellent débouché pour son commerce et Boa 
lïidustrie. Les autres grands journaux allemands 
SBproduisirent aussitôt, en l'approuvant, l'article 
VEhonoinist. A cette occasion, la Gazette 
nationale rappela même que, en 187(i, le prince 
e Bismarck avait dit au Reichstag que l'Âllema- 
[De avait des vues sur la susdite Itaie. 
Il paraît donc probable que les Allemands 
fcuront bientôt, dans l'Afrique australe, des in- 
Srôts communs avec les Hollandais et lei 
jtransvaaliens. (.lomme les habitants de l'État 
Jjre d'Orange ont déjà manifesté, en particulier 
• l'organe de M. Braut, leur président, une 
3 solidarité avec les Transvaaliens, on voit 
u'il se forme une sorte de quadruple alliance 
tontre, les Anglais du Cap. La question important© 
3 savoir si l'Allemagne s'emparera définit!' 
I^ement de la baie Delagoa : sa situation, dam 
e cas, deviendrait de premier ordre. 
En second lieu, constatons que l'établissement 



ET L'ftMIGBATION ALLEMANDES 9fi 

des Allemands sur la rote orientale île l'Alrique 
peut, dans un avenir raiiproché, apporter une 
coDcurrence redoutable an commerce français à 
Madagascar. On sait que le traité du 17 décemlrre 
1885 adonné le protectorat de cette t,'rande île à 
la France, Or, les Allemands n'ont point perdu 
de vue ce principe, que la fortune profite toujours 
aux premiers traitants qui s'installent dans un 
territoire neuf. Voici donc de quelle façon prati- 
que ils ont su utiliser leur position. 

On se souvient que, dans le courant de l'année 
t88R, le gouvernement impérial présenta au 
Reiciistag un projet de loi sur les subventions ti 
accorder à diverses lignes de paquebots, parmi 
lesquelles une ligne de Hambourg à la ciite orien- 
' taie d'Afrique ; mais que, devantropposition sou- 
levée dans le Parlement allemand par cette der- 
nière, et de peur de faire éciiouer l'ensemble du 
projet, celle-ci futsacrifiée. Or, aujourd'hui, rj4s- 
socialion coloniale allemande adresse une péti- 
tion au Conseil fédéral pour en obtenir l'initiative 
d'un projet de loi portant création et subvention 
de cette nouvelle ligne, réclamée au surplus par 
le commerce allemand. 

Les auteurs de la pétition, déposée au mois 
d'octobre 1887, attirent l'attention du gouverne- 
ment impérial sur ce fait que, dans le projet pri- 
mitif, rex]iosé de motifs arguait de l'intérôt qu'il 
y avait à développer le commerce et l'influence 
de l'Allemagne dans ce pays, tandis qu'aujourd'hui 



IiBS COLONIES 

k» intérêts allemands s'y sont accrus à un tel 
■oint que ce qu'on proposait conimo une garantie 
l'avenir est devenu nue nécessité absolue du 
JHrésent. 
Il s'agirait de desservir les points importants 
■â'Aden, de Lanion, de Momhassa, de Zanzibar 
L^ète de ligne pour Madagascar, la Réunion, 
llaurice), la Laie Delagoa, Natal, Port-Elisaboth, 
è Cap. Toutefois, ne voulant point paraître trop 
tlger d'abord, les auteurs de la pétition se 
intenteraient, faute de miens, d'une ligne se- 
condaire qui partirait d'Aden, se rattachant làau 
Lloyd allemand. Plus tard, on réaliserait l'idée 
Première. 

Dans le tableau justificatif annexé à la pétition, 
Soustrouvons les curieux renseignements suivants 
3 ce qui concerne Madagascar : 



.898 marks 3511.1179 ii 



rks 



France 

Aliemagne, 819.380 — fâ).:>70 — 

Etala-UniB. M5.IXI0 — .'i'.O.iKid — 

Anglelerre. 2(J6.1ffl( - 137.0W — 

I L'Allemagne n'est donc en arrière sur la France 

ftae de 315 327 marks sur le chiSre du commerce 

t avec la grande île africaine. C'est peu, et 

Klle a dû prendre encore de l'avance depuis 188.'i. 

Qnous importait de constater cela. 

Ce sont l'Angleterre et la France qui auront le 

souffrir de l'expansion allemande en 

Lfrique. 



VII 



VALEUR DE L'AFRIQUE ORIENTALE ALLEMANDE 
TANT AU POINT DE VUE DE SON EXPLOITATION 
QUE DE SA COLONISATION 



Nous avons vu que, sur la côte occidentale de 
l'Afrique, les possessions allemandes ne pouvaient 
servir qu'à l'établissement de comptoirs, tandis 
qu'elles étaient sans valeur sous le rapport de 
la colonisation ; il y a donc lieu de nous deman- 
der si celles de la côte orientale sont dans de meil- 
leures conditions. 

Les rapports des divers voyageurs qui ont 
exploré ces contrées nous renseigneront à cet 
égard. 



USEGUHA, USURAMO, UKAMI, USUGARA ET NGURU 

Selon Caméron, les régions de TUsuramo, de 
rUseguha et de l'Ukami sont caractérisées par 
leurs prairies ; la contrée de Msawah est très 





Èien cultivée ; elle produit surtout des citrouilles, 
|âu blé des Indes et des patates. Dans l'iurière- 
fclan s'étend une superbe chaîne de montagm 
% ses pieds, dans la plaine, on rencontre de nom- 
Jjreux villages espacés au milieu de belles prairies 
tet de riches pâturages abondamment arrosés ; la 
nrallée de Lugerengeri est, en particulier, très fer- 
possèda de belles forêts et beaucoup d6 
terrains cultivés ; Rencko, à l'entrée d'une gorgs 
ïrocheuse, possède un climat très sain. 

Dans son deuxième volume, Caméron fait une 

■description enthousiaste des monts de l'IJsugara; 

■il vante leur fertilité inépuisable, leurs magnifl- 

Iques forêts peuplées d'essences forestières pré- 

Kjîeuses et riclies en gibier ; entin, il nous assura 

■que le pays de Mpwapwa, dans l'Usugara occi- 

Iflental, possède de vastes cultures et de nombreux 

5)e3tiaux. 

Le missionnaire Last nous donne aussi des ren-* 

beignements sur ces mêmes pays : « La contré^ 

î'Uaeguba est généralement plate ou légèremeni 

fOndnlée; elle est couverte de forêts peu ombreuses; 

f composées de petits arbres au milieu desquels 

■s'élèvent quelques arbres géants (donc une espëca 

Oe taillis composé). Plus près des côtes, la contré* 

ressemble â un vaste parc, avec des gazons entre^ 

Rçoupés de forêts. Les naturels établisseat leurs 

Siabitations dans ces forêts, dont ils défrichent h 

tentre tandis qu'ils en conservent soigneusement 

tes parties extérieures, destinées à protéger leurs 



ET l'ËMIGS&TION A1.LBMANDER 103 

villages. Le pays d'Usegnha est moins fertile 
que les contrées voisines, et, cependant, dans ses 
petites vallées les naturels cultivent plus de grains 
qu'ils n'en peuvent consommer. » 

Le Ngupu et l'Usugara se distinguent de l'Use- 
goha par leur caractère montagneux. Les chaînes 
de montagnes qui traversent ces deux pays sont 
interrompues en plusieurs places par des plaines 
étendues, que découpent quelques collines. Les 
plus hauts sommets de la chaîne principale attei- 
gnent de 2000 à 2 400mètres et sont recouverts de 
forêts, sous l'abri desquelles poussent de grandes 
fougères. Les villages des naturels sont dispersés 
un peu partout. Ces deux pays sont arrosés par 
le Wami et ses affluents. Les habitants cultivent 
en abondance, et bien au delà de leurs besoins, 
du maïs, des haricots, du millet, des courges, du 
manioc et des bananes. Des flancs de la mon- 
tagne sortent de nombreuses sources,qui permet- 
tent aux naturels d'irriguer leurs cultures aux 
époques de sécheresse. Les légumes européens 
prospèrent parfaitement et sont d'excellente 
qualité sur les penchants des monts ; il en est 
de même de la canne à sucre, et l'oii cultive tous 
les arbres fruitiers des contrées èquatoriales. 

Le climat est très sain, surtout dans les districts 
montagneux. Pendant le mois d'avril jusqu'à la 
fin de juillet, le thermomètre marque en moyenne 
8" centigrades, k six heures du malin, et monte 
vers midi à 19' ou 25'. Dans les mois las plus 



LES COLONIES 

Èaiid8, la température atteint ^lO- à l'ombre. En 
bovembre et décembre a lieu une première et 
fiiourte saison des pluies ; puis il tait chaud et 
[Usqu'aumiiieu du mois de mars : vient ensuite la 
forincipale saison des pluies, qui dure jusqu'au 
f milieu du mois de juia; c'est lamassilia. 

Les pluies de la massika sont torrentielles, 
mais elles ne durent généralement pas plus de 
(àeux jours consécutifs. Les habitants s'occupent 
fen général de la culture des champs, et excep- 
Jionnellement de l'élève du bétail- 

Au centre du paya d'Uaugara se trouvent 
monts Pumba, qui contiennent des mines de fer. 
Les habitants de rUseguha sont plutôt bâtai I- 
Beurs que belliqueux ; par contre, ceux du Ngiiru 
pt de rUsugara forment un peuple éminemment 
kaisible et très hospitalier, avec lequel il sera 
^cile aux Européens délier des relations suivies, 
En outre, ces pays offrent toutes les conditions 
Eivouiues pour l'établissement de colonies pros- 
pères. 



• MAHENGE ET CHUTU 

Le voyageur Thomson, dans son ouvrage The 

•ntral Ap-ica Lakes, nous représente le Ma- 

iienge comme nue des contrées les plus fertiles. 

Me l'Afrique. Le sol,trèsabondamment arrosé, est 

jiroductif toute l'année ; toutes les céréales de la 



lATlON ALLCMAXHES UKi 

côte y prospèrent, ainsi que les légumes et le ta- 
bac, la canoë à sucre et le cotonnier. On y ren- 
contre des quantités iie moutons, de clièvres, de 
volailles, de poissons et d'oiseaux aquatiques. 
Aussi, d'après Thomson, ce pays est-il trèspropre 
pour les plantages. Sa partie occidentale, facile à 
atteindre depuis la cûte est dominée par des mon- 
tagaes qui envoient vers la plaine, avec les eaux 
claires deleurs sources, l'air frais de la montagne. 

Le pays de montagnes qui s'étend vers l'Uliehe 
possède de belles forêts, et le climat y prend le 
caractère de la zone tempérée; aussi sa végétation 
rappelle-t-elle celle de l'Europe. 

Ses habitants ont la peau d'un brun clair et les 
traits fiers. 

Le Ghutu ou Chonton, pays voisin duMahenge, 
est, comme ce premier, fertile et possède un cli- 
mat tempéré. 



Bvoyagenr français Giraud nous donne les 

tements suivants sur ces pays : n Tout le 

toent de I' .Afrique orientale se divise, 

oomme on le sait, en trois parties : la région des 

côtes, la région des montagnes et le haut plateau 

central. Le pays d'Uiiehe fait partie du haut pla- 

1 centra], dont il a le caractère bien accentué. 

rfirole, son extrémité occidentale pénètre dans la 



106 LES COLONIES 

rTégion des monts; les montagnes d'Uhunejwe; 
un prolongement sud-ouest delà chaîne de l'Usn^ 
gara, séparent à l'occident l'Uhehe du paya 
Chutu et de Mahcnge. Mais cette chaîne < 
étroite; aussi depuis la plaine on peut la traversd 
en trois jours de m"arche et atteindre ainsi le haq 
plateau d'Uhehe. Le défllé atteint une altitu^ 
deSOOO mt>tres; mais aussitôt qu'on estavrivél 
une altitude de 1200 mètres, le froid commencel 
devenir très vif. La végétation change d'à 
et l'Européen reconnaît la flore de son pays.l 

Dès que l'on a passé ces monts, on ] 
dans le grand plateau central africain dontl'Ube^ 
avecl'Ubena constituent la partie sud-ouest. 

Tout cepays forme uneTasteplaineondulée,avâ 
des basses collines et des vallées peu profondea 
il est recouvert d'un tapis de gazon. Hon climJ 
-est très frais, voire môme froid et e 
grandes variations dans la température. Mais | 
chose importante est que cette contrée, très iiim 
arrosée, i une grande richesse de gibier et possôi^ 
de nombreux troupeaux de bestiaux. 

Les habitants de ces régions se distingua 
d'un côté par leur taille élevée et bien proportiffl 
née. et d'un autre côté par leur bravoure et M 
honnêteté ; le voyageur paisible n'a rien à reda 
ter d'eux. 



.uperbe pays de montagnes, ijui possède le 
grsnd avantage de dominer immédiatement la 
oôte, fut visité par Jean Krapf. 

Krapf appelle l'Usambara le pays alpin de 
l'Afrique orientale: les montagnes y succèdent 
aux montagnes, les ruisseaux aux ruisseaux, les 
gorges aux gorges, et, plus on s'élève, plus l'air 
devient frais et la respiration facile ; partout 
l'on rencontre des ruisseaux d'eau claire, sur 
les bords des([uels s'élèvent des hameaux entou- 
rés de plantations de maïs, de riz, de cannes à 
sucre et de bananiers. 

Nous empruntons quelques passages du récit 
ia Krapf : 

A partir de la côte s'étend une contrée plate, 
riche en pâturages et en forêts, et, traversée par 
des voies de communication faciles; partout on 
rencoutre les villages tien construits des Was- 
chinsi i . 

Au delà du Mruka, la contrée devient excessive- 
ment pittoresque et rappelle plusieurs paysages 
de la Forêt Noire et de la Suisse : le Mruiia tra- 
verse une gorge dont les parois sont tapissées de 
belles forêts. Le pays, qui devient ensuite ma- 
récageux, est arrosé par de nombreux ruisseaux. 
Kambora, cliaiue de montagnes qui s'étend 




du sud au nord, atteint lyOO mètres etest séparé 
de la côte pav des coUinesde a(H.I à 300 mètres. 

A Utuide, une forteresse naturelle imprenable, 
trèa propre dès lors à l'établissement d'une sta- 
tion, le froid est souvent très vif- La vue depuis 
cette hauteur est une desplusbelles queKrapf ait 
rencontrées dans TAfrique orientale. A son pied 
s'étend la vallée de Kerenge et, au delà, des hau- 
teurs que dominentleshautssommetsduBumburl. 
Après avoir traversé la vallée, on parcourt des 
paya très accidentés; les sentiers passent tantôt 
en dessus de précipices, tantôt le long de roches 
escarpées; mais en approchant de la résidence de 
Fuga, le caractère sauvage de la contrée tend à 
diminuer. 

Les Wamsarabares sont une race forte ; leur 
couleur est beaucoup moins noire que celle doj 
autres nègres, et leurs principales occupatioDJ 
sont la culture des champs et l'élève du bétai| 
La culture de la canne à sucre, du coton et c 
tabac, dit Krapf, pourrait en faire le peuple | 
plus riche des côtes orientales. 



Ce pays, qui s'étend à Test des monts 
rUaugara, a été visité par Stanley. 11 est liab^ 
par les Wuahuma et les Wualiihé. La conti 
est riche eu bestiaux. 



^ Pta 



ÉMllïltATrON ALLEMANDES 109 

le portrait que lo voyageur américain 

iiis trace des Wualmma: 

'■€ Les Wualiuma formentune race remarquable. 
sont grands et bien fiiits, ont la t6te petite; 

ir visage est d'une beauté réelle. Vous chei"- 
cheriez vainement parmi eux do grosses lèvres 
ou un nez épais. Au contraire, leur bouche est à 
la fois petite et délicate et d'une excellente 
coupe; leur nez est droit, celui des anciennes 
statues ; c'estchez eux un trait si général que tout 
d'abord je les ai nommés les Grecs de l'Aù-ique. 
Ils ont la jambe longue, nette comme celle d'une 
antilope; les attaches fines, un cou mince etlong, 
surlequel latète bien posée se balance avec grâce. 
Habiles dès le jeune âge à tous les exercices du 
corps, n'ayant d'autre labeur que le soin de leur 
bétail, ne so mariant qu'entre eux, ils conservent 
la pureté de leur race, et il n'est pas un de ceux 
que j"ai vus qui n'eût pu servir de modèle à un 
sculpteur pour une statue d'Antinous, de Daphnis 
on rt'Apoiloa. — Aussi belles que les hommes, 
les femmes ont la peau très fine et très unie, 
d'un noir absolu ; non pas la teinte luisante du 
charbon, mais le noir de l'ébène ou de l'encre. » 

Les Wuahuœa sont donc, malgré la couleur 
noire de leur peau, une population de lace 
blanche. 

Mais d'où viennent ces blancs perdus au cœur 
de l'Affique, au milieu des populations nègres ? 
Stanley les fait veuii- dAbyssinie et leur donne 



mDsi ime origine eémitiiiue ; et, cependant,' 

s grecques de leur visage auraient dû lui faire 
hdmettre plutôt une origine japétique. 11 faudrait 
llors voir dans les Wualiuinadesdescendantsde 
Karmée de Cainl)yse,fils du grand Cyrus, laquelle; 
dit antièrement défaite en Abyssinie en l'anSSI 
trant J.-G. Des soldats échappés à la déroute s^ 
lieraient étahlis au pied du mont de l'I 
Xea Wuahuraa auraient, dans cette hypothèse, 
Bonservé la pureté de leur race en épousant quel» 
mes des femmes qui souvent, à cette époque, 
[suivaient les armées d'envahissement. 

Les Manyemawesi, qui hahitent au nord-ouest 
^u lac Tanganika, ont aussi, quoique moinspui's, 
3 ti-aitsdelarace blanche avec delongs cheveux 
itunelonguc barbe soyeuse; enfin, les membre 
Ée la famille impériale de l'Uganda dénotenti 
aussi par la finesse des traits de leur visage un$ 
■origine japétique. Et, chose intéressante, la tradi-> 
tion nous apprend que Kimera, le fondateur de la 
dynastie ugandienne, arriva seul dans le pays et 
Kgue lepeuple,plein d'admiration pourson intelli- 
gence, fia force et sa beauté, le choisit pour roi. 



JtES PAYS DE WANIKrt, DF TEITA ET DE TAWELi 
COMPRIS ENTRE LA CUTE (MOMUAS) ET L] 
KILIMANDSCilAîlO. 

Le voyageur anglais Joseph Thomson quitta L 



• l'émkihation allemandes m 

f mars 1883 la villede Momlias et traversa iVabor 
pays de Wanika. 
Quelques kilomètres derrière leacollinesde Ra- 
inai, il rencontra de superbespâturages. Ilpénétn 
msuite dans le territoire de Kwale,habitépar un 
tibu d'Ukambas. De là le pays devient déseï 
Rusque dans le Telta. 
I Le Teita est, par contre, une contrée trèsl'ertile 
ny rencontre de belles plantations, et l'on yres 
'Are un air très pur. 

' Depuis le village de Munji, situé sur une monta- 
ge de 1540 mètres, une vue variée s'étend auî 
but lepays de montagnes de Teita, qui ressembli 
[ un archipel dont les îles s'éléveiaient sur une 
^er d'un gris vert. 
I Onpénètreensuitedansles montagnes de Ndara, 
bû l'on rencontre d'importantes plantations de 
lannes à sucre, de bananiers et depommes de 
a-re sucrées. 
I Après une marche paisible à travers de basse» 
pllinesThomson pénétra danslepaysdesWateka, 
■uioccupentàl'extrémitésud de la chaîne duBuri 
l&e petite vallée couverte d'une riche végétation. 
I dut ensuite traverser pendant deux jours une 
Baine dépourvue d'eau avant d'atteindre le pays 
^Tawela, 

ïiTaîceJaestrAreadie del' Afrique, uuparadîsfo- 

Jatier d'une beauté sans égale : mais ce paysheu- 

feux a aussi aesrichesprairies et ses champs do- 

i;il possède de nombreuxbestiauxj ses vaches, 



03 l-ES COLONIES 

1 particulier, sont des animaus de boucherie da 

Minière qualité; on ne les conduit point paître nu. 

tâturage, mais on les nourrit dans leurs écuries 

ivec des fourrages verts ou secs. 

Les vivres sont partout en abondance. Des 

ions, des volailles, des œufs, de la viande 

l'agneau etde chèvre, des tomates, des pommes 

fie terre sucrées, du manioc, des bananes, des 

légumes divers couvrent la table du voyageur. 

Nulle part on ne rencontre des naturels de 

aiiEurs plus douces et plus polies, et d'une hon- 

liêteté aussi absolue. 

En outre, Tawela est une localité importante 
bour le commerce. 



1 Ce massif est enveloppé par le pays de Dscliugga, 
Sur lequel Thouison s'exprime ainsi : « Le 

ÎBchuggaremplittoutes lesconditionsqu'on peut 

temanderd'un pays agricole :ilpossède unsolfer- 
B et abondamment arrosé, de nombreux trou-- 

leaux de bestiaux et des chasses d'une richesse 

fticomparable. » 

r II est assez remarquable qu'à l'exception de 
Ifétroit ruban qui enveloppe le Kilimandscharo 
I reste de la contrée, qui est une des plus 

iches de l'Afrique, est inhabité; ce qui est dû, 

boit-on, aux excursions desMassaïs. 

ï' Thomson, qui fit d'abord une visite an sultan 



ET L ftWIORATTON ALLEMANDES 

9 Moachi, donne de cette localité la description 
livante : 

f Mosctii s'élève sur l'étroite croupe d'une' 
laine de montagnes. Des petits canaux con- 
Buisent les eaux de la partie supérieure delà mon- 
htgne dans les prairies qui entourent Moschi et 
les rendent productives toute l'aniiée. Los sur- 
^ces gazonnées alternent avec des bouquets de 
Earëtsde bananiers et des champs de millet, de 
l^^'a, de haricots, de pommes de terre, etc. 

» Les rives des canaux d'irrigation sont cou- 
[reftes de fougères arborescentes et d'autres 
analogues. Des troupeaux de bestiaux 
Uiresseux erraient autour des huttes ou brou- 
lient dans des pâturages couverts de hautes 
|erbes; des chèvres capricieuses, des moutons 
souvant à peine porter le poids de leur graisse 
inimaient ailleurs le paysage, s 
D'autres États du Dschugga jouissent de la 
Le fertilité et dumême air vivifiant de la mon- 
a ; ainsi, par exemple, celui des bords du 
.i. Ici aussi les vi^Tcs sont en abondance ; on 
f ti'ouve des bananes et d'autres fruits du Midi', 
fes grains de tout genre, des poissons, du beurre, 
3 lait, de la viande de boucherie. En outre, les 
eimaus de chasse sont nombreux et de premier 
pioix;cesont des bufiles, des zèbres, des an- 
)s, des autruches et des girafes, ainsi que des 
lÎDOcéros et des hyènes, 

s voyageur allemand Fischer parle aussi du 



LES COLONTES 

rritoire du Kilimandscharo comme d'un pays 
feue grande fertilité. 



LE PAYS D'rjKAMRA ET LE KÉNIA 

bie pays d'Ukamba fut exploré par Krapf en 
" 9 et 1851. Ce voyageur décrit ainsi ce pays: 
j'Ukamba est caractérisé par la rareté des 
têts; par contre, son sol fournit d'excellents pâ- 
pages et des champs. On y rencontre des quan- 
8 d'éléphants, de girafes et d'antilopes. Depuis 
ibbai, situé derrière Mombas, jusqu'au Kénia 
S compte cent lieues. 

tie Kénia, qui s'étend del'est vers le nord-ouest 
[il'est, fait l'effet d'une immense muraille sur- 
bntée de deux grandes tours. Son altitude est 
6 mètres; mais, comme sa base se trouve 
!Bviron3000 mètres, cette montagne ne s'élève 
> de 2500 mètres au dessus de la contrée 
lésinante. 

tes eaux de neige qui descendent de ce massif 

Binontagnes alimentent pendant la saison sèche 

ïana, de sorte que cette rivière côtière est 

Eite l'année navigable ; sa profondeur n'est ,ja- 

3 inférieure i 1 mètre 50. 
Jies "NYakambas, qui habitent les bords du 
.ont un peuple turbulent et cupide, auquel 
ilie peut se fier; par contre ils sont courageux, 
^reprenants, tenaces et souvent généreux. Le 
tljment de leurs richesses et de leur indé- 



BT L'ÊMIGRiTION ALLEMAWDKS 
pendaiice les rend très fiers. Leur richeaae 
provient surtout du commerce dont ils sont lea 
commissionnaires entre la cûte et le continent. 
Ils vont jusqu'à deux cents lieuos dans l'in- 
térieui- des terres pour acheter de l'ivoire: mais 
Us ne sont point nomades. Leur nourriture con- 
siste en lait et en viande. 

Les hommes s'occupent uniquement du com- 
merce; tous les autres travaux sont confiés aux 
femmes. 

Erapt estime à 70 IXK) fîmes le nombre des 

Siambas. 



LE PAYS COMPRIS ENTRE LEK LflCR T)E 
BARINGO ET DE VICTO RI A-N YANHSA 

Le lac de Baringo est situé au nord-ouest du 
^Qïa. Le voyageur Thomson le visita en 1883 

; 1884; mais extrayons les passages suivants 

p son récit : 

Dans la contrée de Ndjemps, qui s'étend a« 
sud-ouest du lac de Baringo, il rencontra de nom- 
breux canaux établis pour l'irrigation; il loue 
surtout l'honnêteté des habitants. 

A mesure que l'on s'approche des rives du lac 
Victoria, la contrée devient de plus en plus riche ; 
les vivres sont partout en abondance, le gros et 
le petit bétail surtout très nombreux. 

Dans le pays de Kavirando, l'industrie sidé- 

l^îque est très dévelopiiée; le minerai de fer est 



LES nOLONIES 

strait d'une chaîne de collines voisines: on fa- 
brique du fil de fer argenté, des instruments 
■.'agriculture, des armes (javelots, flèches, etc.), 
^nt il est fait un commerce important. 
Enfin Thomson atteignit avec la vaste nappe 
p'eaudn lac Victoria le terme de son voyage; car 
. eût été dangereux de s'avancer pins loin, 
B populations de la rive septentrionale du lac 
tant hostiles aux étrangers. 
En retournant vers le lac Baringo, Thomson 
ti?ûuva le 30 décembrelSS:!, dans les monts Ilgon 
quantité de cavernes creusées de main 
l'homme et habitées. 

Il suppose que ces cavernes datent d'une 
Kpoque très reculée, et qu'elles furent creusées par 
a peuple civilisé (peut-être les anciens Egyp- 
tiens) pour chercher des pierres précieuses ou 
^es métaux. 

Au nord du lac de Baringo, il rencontra une 

raste forêt inhabitée, longue de l'îf> kilomi^tres, 

t dans laquelle on trouve de grands troupeaux 

ft'éléphants dout personne n'ein|jloie encore les 

Héfenses. 



I i° Partie méridionale. Le docteur de Decken 
^'exprime comme il suit au sujet de ce pays : 

« La contrée est superbe, le sol d'une grande 
^rtilité, mais encore peu cultivé. La tem- 



ET L'êJnCBATlON ALLEMANDES 



n 



Bérature en été ne dépasse giMiérahMiient pai 
i' centigrades et descend, pendant la nuit, à3"3» 
iLes eaux de la rivière, bien qu'un peu coloréi 
rouge, sont très potables. Le bétail, qui e 
""nombreux, est offert à des prix modérés. Li 
Somalis réclament pour un bœuf une trentaÎD 
de tranes. Chez les Gallas, les prix sont encon 
plus bas; un bœuf ne s'y paie pas plus de li 
pâleur de i'i francs en cotonnades. Le blé, 
Bontre,estrelativementcher, Le gros gibier, tel qu< 
■esantilopes eties zèbres, se rencontre par grands 
troupeaux, et,pendant la saison sèche, les buffles, 
s girafes et les éléphants se rapprochent de li 
iôte. 

* Selon mon opinion, on ne saurait trouver uni 
Blute plus favorable à l'établissement de colonii 
Huropéennes. 

I Le port de Jumvo, à l'embouchure duDjubaj 
^e peut être abordé, il est vrai, que par des vaia- 
leaux d'un faible tirant, et encore seulement 
rendant les moisd'octobre et de mars; par contre, 
Cismayo et le eap Eissel, situés deux lieues plu» 
bu sud, ofl'rent un mouillage sûr. Le climat n'est 
point énervant ; des Européens seraient par- 
utement capables même de cultiver le sol; ilE 
pourraient en outre faire avec l'intérieur d' 
I par le Djuba navigable, un commerce d'i 
poire, de peaux et de graines de sésame. 

» Le sol ne coûterait rien, et avec de la fermeté 
A serait facile d'en imposer aux peupla des voisines 



LES COLONIES 

» Je suis absolument convaincu qu'une colonie 
jftblieanrces côtes ne tarderait pas à être flo- 
t$Bante et pourrait, dans deux ou trois ans, se 
re à elle-même. » 

. Kersten,qui a aussi visité cette contrée, 
ae égalementque son climat permet l'établis- 
mentd'une colonie agricole; il assure, en outre, 
) le Djuba est navigable pour un vapeur qui 
t pas plus de 60 centimèti-esde tirant. Au 
B des indigènes, le Djuba serait môme plus na- 
teable dans son cours supérieur, soit à partir de 
liananch, que dans son cours inférieur, car à ce 
ut il se bifurque; ce petit fleuve serait ainsi 
le jusque dans l'Abyssinie. Si ce fait 
(Irait se confirmer, le Djuba offrirait une voie 
navigation d'une valeur considérable pour le 
commerce. 11 est certain, en effet, que lorsque les 
produits des bords du fleuve et de l'Abj'ssinie se- 
raient amenés par un transit régulier de bateaux 
à vapeur jusqu'aux côtes, tout ce territoire pren- 
drait uu développement aussi rapide que consi- 
dérable. 

2^ Partie nord duSomali. La Colonial poUti- 
sc/te Corrcspondenz contient dans seseu méros7 et 
8 de l'année 1S86, le rapport suivant de M. d'An- 
derten, qui fut envoyé pour étudier le pays du 
Somali septentrional par la Société allemande de 
l'Afrique orientale i 

« Le 5 septembre, nous déb arquâmes surla côte 
He SomnVi et nous nous rendîmes aussitôt h Ha- 



ET T,'ÉMIQRATION ALLEMANDES H! 

l«Ie, 1.1 résidence du grand sultan Osman, 
pays depuis la mer parait être saiilonneux et- 
uniforme, mais un peu en arrière de la côte il 
devient d'autant plus fertile. Plusieurs coursas 
entreprises dans l'intérieur des terres m'ont fait. 
connaître cette contrée. Deux longues chaînes de 
montagnes s'étendent de l'ouest à l'est, nelaissanti 
entre elles qu'une étroite vallée. La chaîne sep- 
tentrionale commence au Ras-Assieret descendà 
pentes très rapides vers la mer, tandis que vers 
la nord elle s'affaisse par terrasses. Celles-ci sont^ 
déchirées par les torrents, qui, à l'époque des-^ 
pluies, se précipitentdo la montagne. Danslesgor^ 
geson trouve en général uneahondantevégétation 
tandis que les terrasses supérieures ne sont re- 
couvertes que de maigres herbes, par suite d'ab 
sence d'humus et de sécheresse du sol. Les deux 
terrasses inférieures ont une bonne couche d'hu- 
mus et peuvent être transformées par la culture 
en de vrais paradis agricoles. En avant de la 
dernière terrasse s'étend un ruban do sable large 
de lOOO mètres, et sur lequel s'élève la ville 
d'HaluIe. Dans cette lisière sablonneuse on ren- 
contre partout, à une profondeur de 1 -1/3 à 2 
mètres, de l'eau en abondance, en particulier 
dans le voisinage du Ras-Boa, A Halulemême 
l'eau est un peu salée, car une partie de ce ruban 
de sable est envahi parles eaux de la mer au 
moment du flux; la ville même s'étend alors sur 
une longue) prosrju'ile. 



KoBa LES COLONIES ' 

» Cette surface envahie par la mer qui est plan- 
tée d'arbres fournit des fourragespour la nourriture . 
de 600 à 800 chameaux, et pourvoit en même 
temps les habitants d'Halule de tous le bois de 
chauffage dont ils ont besoin. Entre la ville et 
le Ras-Boa la mfir pénètre comme un fleuve ■ 
jusqu'à 30 kilomètres dans l'intérieur des terres 
et inonde régulièrement les terrains voisins, où 
elle dépose du sel, 

i La chaîne du sud, qui commence par des 
pentes rapides au Ras-Gardafui, compte deux , 
belles vallées transversales, que la population a 
transformées en de vastes vergers. 

» Au sud d'Hait'un, le pays prend un autre ca- 
ractère, et les terres fertiles commencent à 7 ou 8 
kilomètres de la côte. Le terrain est limoneux, 
et coloré en rouge par du sable. 

» Le climat de tout ce paysne laisse absolument 
rien à désirer; l'air de la montagne y entretient 
une certaine fraîcheur, 

D Le peuple des Somalis appartient à la grande 
famille des Hamites, Depuis une époque immé- 
moriale, les Somalis habitent les territoires de 
l'Afrique orientale qui s'étendent entre l'Abys- 
sinie et l'Equateur dans un sens, et entre l'océan 
Indien et le haut bassin du Nil dans l'autre sens- 
Les Somalis, qui sont mahométans, ne se croisent 
qu'exceptionnellement avec les populations voi- 
sines, païennes ou chrétiennes. Ils sont géné- 
llialementaffablesethonnôtes, mais d'unecupidité 



ET l'émigration ALLEMANDES 121 

sans bornes. On peut les diviser, d'après leur 
manière de vi\Te, en bergers et citadins. 

> Les bergers parcourent en nomades toutl'in- 
térieiir avec leurs grands troupeaux et n'ont 
point de domicile fixe, tandis que les citadins se 
sont établis dans des petites localités de la côte, 
Les premiers sont d'humeur grossière et entre- 
prennent toutes les années des excursions dans 
les pays voisins pour y enlever des hommes et 
des bestiaux, qu'ils échangent ensuite aux habi- 
tants des villes contre de l'argent, des vêtements 
ou d'autres articles de commerce. Les citadins, 
parcontre, entretiennent un commerce actif dans 
les Indes et l'Arabie ,ets'occupent de la pSche des 
requins et des perles; ils ont des esclaves, char- 
gés de la culture de leurs jardins. 

» Les habitations des Homalissont deshuttesde 
torme circulaire et de hauteur d'homme, compo- 
sées de perches et treillis; on rencontre toutefois 
aussi quelques grandes maisons en pierre, mais 
elles sont souvent inhabitées, vu qu'elles sont 
plus chaudes etmoinsbien aérées que les simples 
huttes. 

t Leurs vêtements de cotonnades blanchessont 
simples et de bon goût. Les femmes, en particu- 
lier, sont mises d'une manière fort gracieuse. 
Les jeunes filles laissent pendre librement 
leurs cheveux, tandis que les femmes mariées les 
tressent avec beaucoup d'art. Leur cou bien 
modelé est orné d'un coUior de perles, de çieïtes. 



133 LKiî COLONIES 

colorées ou de grains d'ambre; il est na, aini 
que les épaules et les liras, tandis que tout Ifl 
reste du corps est enveloppé dans iine tuniqui 
aux nombreux plis. En somme, le costume dei 
doux sexes rappelle celui des anciens Grecs. ■" 
B La nourriture des Somalis consiste surtooj 
en laitages et en viandes. Aussi ce peuple est-1 
sain et vigoureux ; leurs traits sontnobles, et lem 
taille élancée. 

> Comme leSomali ne travaille que peu, si o« 

n'est pas du tout, de ses mains, celles-ci sonl 

remarquablement flnes et petites. Les tendons ej 

les muscles de leurs liras et de leurs jambes sont 

Lbien développés, et le Somali résiste bien & 

fatigue. 

iLe Somali, qui observe exactement les règles 
Wân Corann'a généralement qu'une femme, qui est 
considérée comme son égale. Lorsqu'il a plu- 
Jsieurs femmes, tour à tour l'une lui lient société, 
Itandis que les autres s'occupent de l'économie 
rdomeslique; les travaux plus grossiers sont con- 
■ fiés à des esclaves. La journée du citadin com- 
mence à cinq heures du matin. A son lever, il 
^prend un bain ou fait les diverses ablutions pres- 
jBrites par le Coran. Le déjeuner, pris à 6 heures, 
■Consiste en lait, thé, café et pain. Toute la mali- 
e jusqu'à H heures est occupée par des visites. 
lA. 11 heures a lieu une prière ou une lecture du 
■Coran. De midi à 1 heure a lieu le dîner, pour 
bequel les sexes sont séparés dans les grandes 



ET T-'éMISHATION ALI-EMASnES 

maisons : tanrlis que chez les pptits hoiivgeois 
les époux, les enfants et même les esclaves man- 
gent ensemble. Le Somalî, qui est très ser- 
viable, a presque toujours quelques invités ii sa 
table. Après le repas a lieu une sortie de deux 
heures. Comme les Somalis ne se servent pas de 
couteaux, fourchettes ou cuillers, après chaque 
plat on passe un bol rempli d'eau tiède, ou 
chacun se lave les doigts ; les convives sont 
couchés on accroupis. 

s Comme le Somali est très pieus,le sujet delà 
conversation est habituellement la religion ma- 
hômétanc; ils parlent aussi quelquefois de la 
religion chrétienne, et professent un grand res- 
pect pour Jésus-Clirist. 

lEntre 3 et 4 heures a lieu une nouvelle prière, 
que chacun fait en particulier; puis, les hommes 
vaquent à leurs affaires ou s'assoient devant leurs 
maisons ou leurs cours. Un peu avant le coucher 
du soleil, les hommes, après avoir fait de nouvelles 
ablations, se réunissent dans les mosquées,tandis 
que les femmes prient dans leurs maisons. Après 
la prière on prend le repas du soir, et, ensuite, 
les enfants vont se coucher.tandis que les adultes 
veillent jusqu'à !) heures. 

• L'éducation des enfants a lieu d'aprèsles règles 
strictes du Coran ; ils reçoivent leurs noms envi- 
ron quatorze jours après leur naissance: le pe- 
j^t nom est emprunté à celui d'un parent, tan. 
■que l'antre nom est ]o petit nom du 



124 LES COLONIES 

père ; les deux noms sont reliés par le mot ôm, 
qui correspond à fils de. 

» Les parents aisés en voient leurs enfants à l'âge 
de 6 à 7 ans à récole, où ils apprennent le Co- 
ran, ainsi qu'à lire, écrire et calculer. 

» Les jeunes filles se marient à Tâge de 15 à 17 
ans, et les jeunes garçons attendent une année de 
plus. 

» La langue des Somalis, par ses formes gram- 
maticales, ressemble à Tarabe, mais n'a par 
contre que peu de mots communs avec cette der- 
nière langue. Pour écrire, les Somalis se servent 
de caractères arabes. 

»Les esclaves des Somalis ont une existence re- 
lativement heureuse, surtouts'ils sont musulmans, 
car alors ils sont traités par leurs maîtres plutôt 
comme des amis que comme des serviteurs. » 



VIII 

DE L'OCËANIE 



y la côte occidentale delà Nouvelle-Guinée 
1 iAi'de-gré de longitude orientale,la Hol- 
mde élève, depuis de longues années, des pré- 
tentions; par contre la côle orientale et les archi- 
pels voisins n'étaient encore occupés par aucun 
État. Leseolonsanglaisd'Australie ont, plusieurs 
fois, exprimé le désir de mettre sous le protecto- 
rat de l'Angleterre toutes les îles ent^ore libres de 
rOcéanie. Et, les propositions faites dans ce but à 
Londres ne recevantpas l'aecueildésiré, Queens- 
landjlaplusrécente des colonies australiennes, prit 
l'initiative de hisser, le 4 avril 1883, le pavillon 
anglais sur la côte méridionale de la Nouvelle- 
Guinée, et proclama la suzeraineté de l'Angle- 
terre sur tout le territoire compris entre le 141" et 
le 155' degré de longitude orientale. Le Quens- 
land avait besoin d'ouvriers pour ses plantations 
de cannes à sucre et pensait les tirer de ce 
s le ministère anglais ne voulut pas re- 



iy(t LES f.OLONiES 

connaître la légalité de cette prise de posses- 
sion. 

Alors l'Allemagne, qui depuis longtemps avait 
des stations de coramorce à Apia et Jalnit, dani 
les îles de la Nouvelle-Bretagne, et qui avait 
outre étiiblî des comptoirs et des plantations danfi 
la Nouvelle-Guinée, proclama son protectorat 
sur la côte nord-est de la. Nouvelle-(iiiinée 
sur les îles voisines de la Nouvelle-Irlande, du 
Nouveau-Hanovre, de Duke of York et sur les 
îles de l'Amirauté. Ces îlesprlrentle nom d'ar- 
chipel Bismakcr. 

La Nouvelle-fïuinée est la plus }<rande île de 
laterre; elle a avec les petites îles voisines mi( 
superficie de l'i 070 lieues carrées (enviroi 
800000 kilomètres carrés). Les possessions de la| 
Hollande s'étendent 3ur7000 lieues carrées, d< 
sorte qu'il en reste 7 070 pour l'Angleterre sur li 
cùte méridionale et pour l'Allemagne sur la c6te 
nord-est. On estime à 3 835 lieues carrées la par-f 
tie de cette île qui appartient à l'Allemagne. 
on ajoute à cette superficie une étendue de 853 
lieues carrées pour les îles de l'archipel de \al 
Nouvelle-Bretagne, on obtient une superfloii 
totale de 4 000 lieues carrées pour les territoirei 
placés sous le protectorat de l'Allemagne. La po-.' 
pulation de ce pays est évaluée à 400 000 â 

De même que les colonies allemandes de l'A-, 
fiîque, ce pays mélanésien appartient aux zones 
les plus chaudes de la terre. 



ET l'émigration allemandes 137 

L'extrémité nord-est do la Nouvelle-Guinée 
atteint presque l'équateur, et son extrémité 
sild-est se trouve à 10 degrés de latitude mé- 
ridionale. Ainsi les nouvelles colonies de l'Al- 
lemagne ont toutes un climat excessivement 
ehaud et,, par conséquent, peu favorable pour 
la colonisation de la part d'hommes du Nord. 11 
est v]'ai que les brises de mer adoucissent un 
peu le climat. Mais ces côtes, qui sont désertées 
par les naturels ù cause desfîèvres qui y régnent, 
sontà plus forte raison dangereuses pour les Eu- 
ropéens, 

Aussi tous les essais de colonisation ou d'ex- 
ploitation de l'intérieur dupays ontéchouéjusqu'à 
ce jour. 

Les Hollandais abandonnèrent, dés 183G, leur 
colonie de la baie de Triton, protégée par le 
fort Dubus, parce que la fièvre décimait d'une 
manière effroyable les nouveaux colons. D'un 
iiutre côté, toutes les tentatives de conversion de 
naturels faites par des missionnaires catlioliques 
et protestants ont absolument échoué. Les mis- 
sionnaires anglais eurent un moment quelque 
succès avec des instituteurs formés par eux dans 
quelques ilesdela Polynésie ; mais lorsqu'ils vou- 
lurent pénétrer plus en avant dans le pays, ils 
furent tués et mangés par ces populations de can- 
nibales. 

Les habitants de la Nouvelle-Guinée ne sont 
sans doute pas tous anthropophages, quelques 



LES riOLOMRS 

Brihus même témoignent une grande horreur pou 
ïanthropûphagie ; mais enfin il n'en est 
inoins vrai que l'anthropophagie subsiste è. li 
Nouvelle-Guinée, comme dans tous les territoire 
B la Mélauésie. Les Mélanésiens sont en outr 
I faux, grossiers, voleurs et d'un caractère traître 

Ainsi que les habitants de la Nouvelle-Bretagn 
I de Salomon, de Santa-Cruz. des Nouvelles-Hébi 
r des et de la colonie française de Ja Nouvelle-Gai^ 
f donie, les naturels de la Nouvelle-Guinée appar 
j tiennent à la race des Papoiiaa. Ils sont faciles 
1 reconnaître à leurs cheveuxfrisés.quî forment au 
[.dessus de leur tête une coiffure colossale ; poi 
l ne pas déranger cette coiffure pendant leursocn 
l.meil, ils reposent leur nuque sur un tuyau â 
I.ÎMimbou porté par deux pieds peu élevés. Maii 
I leur coiffure est leur principal luxe avec les ta^ 
rtouages, les os ou les dents qu'ils passent àtraven 
I le diaphragme du nez et les anneaux de leun 
I oreilles; car, en général, ils n'ont aucune e3pèc< 
[ de vêtement. Cependant, ces hommes d'un brui 
sombre ont souvent une taille bien découplée, un 
corps vigoureusement raeml)ré,et ils savent culti- 
ver avec habileté les terrains défrichés quientou-^ 
rentleurs habitations. Munis seulement de butons 
pointus, ils labourent, pressés les uns contre 
autres, avec une rapidité étonnante leurs terrains, 
dont les abondantes moissons rémunèrent large- 
ment leur travail. Us sont aussi, comme leurs voi- 
sins de la Polynésie, d'habiles canotiers. Eii 



• L ÉMIGRATION ALLEMAND 



ii9 



somme, les populations anthropophages ont at- 
teint un degré de culture bien supérieur à celui 
des indigènes du continent australien qui, eux, 
né sont point anthropophages. 

Mais le principal produit de leur industrie 
consiste dans les armes, telles que arcs, flèches, 
javelots, lances, boucliers, frondes, ce qui n'est 
pas étonnant, car ces populations, très bel- 
liqueuses, sont continuellement en guerre les 
uàes contre les autres. 

Menacés sans cesse de surprises et d'attaques 
nocturnes de la part de leurs ennemis, les habi- 
tants des côtes ont des constructions sur pilotis 
analogues à celles des lacs de l'Helvétie, tandis 
que les indigènes de l'intérieur des terres cons- 
truisent généralement leurs habitations dans les 
couronnes d'arbres géants, où ils établissent 
une aorte de forteresse aérienne dans laquelle 
ils se retirent lorsqu'ils sont attaqués par leurs 
voisins. Du haut de leurs arbres ils accablent alors 
les assaillants de cailloux ou de blocs de roches 
accumulés dans ce but. 

Dans les îles de l'archipel de la Nouvelle-Bre- 
tagne les naturels construisent leurs habitalions à 
niveau du sol ; ce sont des huttes de construc- 
tion légère, bien aérées, avec des toits de feuilles 
de palmiers, des parois de nattes, en général très 
propres; et toutautour sont disposées de gracieu- 
ses" corbeilles de fleurs ou de plantes d'orne- 
ntation. Au centre du village s'élèvent deux 



LES COLONIES 

[ COnstructiouB plus grandes que les autres, ornées 
a sculptures et colorées ; l'une sert aux réunions 
[ des hommes, tandis que l'autreest exclusivement 
1 réservée aux dames: près de ces bâtiments s'é- 
lève d'habitude un arbre gigantesque, dont la 
tige est couverte de dessins bizarres. Le peuple 
ne s'en approcbe qu'avec un sentiment de terreur, 
car c'est au pied de cet arbre que les cuisiniers du 
roi découpent les malheureuses victimes desti- 
nées au festin royal. 

Les Mélanésiens sont des anthropophages en- 
durcis, et, chose remarquable, ils mangent 1 
chair humaine, non parce qu'ils manquent d'ai^ 
très viandes.mais parce qu'ils la préfèrent à toutêi 
autres. C'est du moins là l'opinion de M. Charle| 
Jung. Mais, en réalité, il n'existe dans c 
en fait de grand mammifère, (jue le kangouro^l 
Les Européens y ont introduit, en outre, d^ 
chiens, aujourd'hui devenus sauvages, et dq 
porcs. C'est, du reste, précisément dans le ] 
(le combattre l'anthropophagie que le porc a ^ 
acclimaté dans la Mélanésie. Par contre, le r 
végétal fournit de nombreux aliments, et l'acË^ 
vite des naturels a su multiplier les dons < 
nature. Aux fruits des cocotiers, des mangt^ 
des sagos, des châtaigniers, qui poussent librt 
ment dans les forêts vierges, sont venus s'ajoute 
le liz, le maïs, la canne k sucre, la muscade i 
d'autres épices, les bananes et les ignames, 
les femmes cultivent dans des jardins bien entflj 



L'ÊMIRRATION ALLËMiXUES 131 

tecas. Ou connait dans la Nouvelle-Guinée sept 
espèces de caanes à sucre, six espèces de maïs et 
six espèces de bauanes. 

Les épaisses forêts vierges, dans lesquelles 
s'élèvent des arbres géants, possèdent divers bois 
précieux, tels que cbêne, acajou, camphrier 
et en particulier le cèdre. Dans les contrées 
montagneuses, les naturels cultivent lo ta- 
iac. Les récifs fournissent des quantités d'holo- 
thuries, si estimées des Chinois sous le nom de 
trépang. Mais le plus importaut article de com- 
merce est aujourd'hui encore la noix de coco, ou 
plutôt son noyau, le copra. Pour faire le com- 
merce de ce dernier article avec les naturels, 
les maisons Godeffroy et Hernsheim avaient 
depuis longtemps établi des comptoirs sur l'île 
Duke, du groupe de York, dans le canal de 
Saint-George, qui sépare la Nouvelle-Irlande de 
la Nouvelle-Bretagne. Aujourd'hui il existe des 
comptoirs allemands à l'île de l'Hermitage, à 
Duke, à Mioko, Utuan,à Blanche- Haie et au port 
Weberde l'île de la Nouvelle-Bretagne. Sur lacôte 
occidentale de laNouvelle-Guinée on a aussi établi 
dernièrement un comptoir, et des Allemands y 
■Acquis de grandes éteudues de pays, où 
entrepris des plantages sur lesquels tra- 
it des ouvriers indigènes, caries Européens 
lîcntsupporterle climat de ce pays. Le sol, 
■été formé par décomposition de matières 
àques,est d'une fertilité sans pareille. L'ac- 



.vite de ces volcans se fait encore ressentir aujour- 

ïd'liuiSans doute,dans la Xoiivelle-Guinée même, 

■î'onue connaît riende positif à ce sujet; mais sur 

s îlots qui bordent sa côte septentrionale on voit 

Lencore de jour s'éleverdes colonnes de fumée, et 

tde nuit des colonnes de feu qui sortent de cônes 

t' volcaniques s' élevant à peine au-dessus de la 

|;Burface des eaux, et qui servent de phares aux 

I navigateurs de ces mers semées d'écueils. Tout 

L dernièrement encore, une violente éruption 

Lforma un îlot sur la c6te nord-eat de la Nou- 

fVeUe-Bretagne et couvrit bien au loin la mer 

i'immenses champsde pierres-pouces flottantes. 

Sur la Nouvelle-Bretagne toute une rangée de 

^olcans est encore en activité, tandis que d'au- 

fcres cratères éteints ont été envahis par une vé- 

Bgëtation tropicale. 

Les hautes côtes septentrionales de laNouvelle- 
LGuinée, sur laquelle on connaît plusieurs bons 
inouillagea, s'élèvent dans l'intérieur du pays à 
S altitudes qui dépassent peut-être la limite 
s neiges éternelles, cependant très élevée dans 
fcette contrée. Au pied de ces monts, qui traver ■ 
Ment toute l'ile, existent probablement de hauts 
teaux dont le climat doit se rapprocher sensi- 
Splement de celui des zones tempérées de l'EuropeJ 
Ces plateaux seraient dès lors, propres à l'établia! 
itde colonies s'ils n'étaient séparés des cûte* 
par des forêts vierges qu'habitenlde^ population^ 
belliqueuses et anthropophages. 



ET L'ÉMlGRiTlON ALLEMANDES 133 

mois de novembre 1881, la légation tle l'em- 
l'AUemagne à Berne a informé ofli ci elle ment 
nseil fédéral de la République Helvétique 
que les territoires de la Nouvelle-Guinée placés 
sous le protectorat allemand feraient pai'tie de 
l'Union postale universelle à partir du l" janvier 
1888. Le Conseil fédéral de la Saisse a aussitôt 
porté cette communication à la connaissance des 
États faisant partie de l'Union. 

Les Allemands ont pris, en outre, aux îles 
Wamoa une situation prépondérante, équivalant 
aujourd'hui à un véritable protectorat. 

On sait que ce groupe, jeté siu' la voie de Pana- 
ma, sera une des clefs stratégiques du Pacifique 
après le percement de l'isthme américain. Trois 
puissances y surveillent jalousement leur in- 
fluence respective : les États-Unis, l'Angleterre 
et l'Allemagne. Pour éviter l'établissement défi- 
nitif de l'une d'entre elles sur le groupe, elles 
sont convenues réciproquement, en 1885, de res- 
pecter l'indépendance des indigènes et, au besoin, 
d'en favoriser le maintien. Cette convention est 
analogue à celle précédemment passée entre la 
France et l'Angleterre au sujet des Nouvellea- 
Hébrides, 

■ Mais l'Allemagne a su trouver un prétexte d'in- 
tervention armée. Au mois de septembre -1887, 
sur la plainte de plusieurs de ses nationaux ins- 
tallés aux Samoa, une division composée de la 
.éaBounière AUler, de la Irégate AlOalros et du 



134 LKS COLONIES 

transport mixte Eohenstaufcn-, sommait le 
Melitoade faire droit aux rticlamations des négo- \ 
ciants allemands. Sur ie relus de ce prince, qui ' 
n'avait peut-être pas tous les torts de son côté, 1 
équipages allemands débarquent, s'emparent de J 
sa personne, le déposent et nomment à sa place 1 
son compétiteur Tamasese, Le 5 octobre, le roi I 
déchu, embarqué sur r^iftairtis, était déporté eu I 
Nouvelle-Guinée. Les protestations des consuls I 
anglais et américain n'avaient pu empêcher ce j 
coup d'éclat. Bien que l'Allemagne affirmât n'a- 
voir fait la guerre à Melitoa qu'à titre de « simple 
particulier b, les États-Unis n'acceptèrent pas ce 
subtil prétexte et envoyèrent la frégate Aiiamo 
pour s'interposer. Cette intervention, on le con- , 
çoit, demeura sans effet en présence des faits 
accomplis. L'Allemagne, d'ailleurs, démasqua im- 
médiatement ses projets. Le 18, son consul refu- 
sait de reconnaître la municipalité d'Apia, la ca- 
pitale, qui avait toujoiu's été administrée jusqu'a- 
lors par les consuls étrangers : en même temps, 
le commandant de l'escadre allemande exigeait 
du nouveau roi ïamasese une forte somme d'ar- 
gent pour le secours qn'il liu avait prêté contre ' 
Melitoa. Les choses eu sont restées là, l'Angle- 
terre et les États-Unis n'ayant pas osé soulever j 
un conllit. On voit que le souverain des Samoa est J 
bien désormais dans les mains de l'Allemagne, 
et que celle-ci est en droit d'ajouter réellemenl à J 
la liste de ses possessions Iransocéaniques, déjà j 



ET L fillIQTlATION A.I.LEMJLXDE8 

b1 importantes, l'archipel entier des Navigateurs. 

Disons quelques mots des habitants de cet ar- 
chipel. Les Samoins, qui sont aussi connus soua 
le nom de Kanaks, sont en général de taille 
moyenne, et bien membres ; la couleur de leur 
peau est claire relativement à celle des antres 
Polynésiens. Redoutés autrefois aussi bien des 
Européens que de leurs voisins d cause de leur 
caractère belliqueux et de leurs habitudes de 
brigandage, ils ont dans ces derniers temps, grâce 
à leurs nombreuses relations avec les nations ci- 
vilisées, un peu adouci leurs mœurs. 

Cependant, aujourd'hui encore, le Samoin est 
un être aussi craintif et sournois que biche et vo- 
leur. On n'est jamais assez en garde avec lui ; 
rien n'échappe à ses regards pleins de convoi- 
tise, et ses mains avides sont souvent aussi 
adroites que celles des pick-pockets de nos 
grandes villes. 

Le Kanak vit surtout de ses palmiers. La noix 
de coco est, en effet, un fruit qui non seulement 
fournit aux indigènes la nourriture et la boisson, 
mais qui leur sert à fabriquer des vases, quelque- 
fois habilement ciselés, et des cordages; en outre, 
la tige élancée du palmier livre un excellent bois 
de construction pour leurs huttes, ou pour les 
légères passerelles qu'ils jettent sur les ruisseaux 
1 torrents de leurs îles. 

V côté du palmier on rencontre le bananier, l'i- 
t le précieux arbre à pain. 



LES COLONIES 

k A ces aliments végétaux, qui forment la base 1 
Be leur nourriture, les Samoins ajoutent quelques 1 
lOissons. Quant à la viande proprement dite, il [ 
^t rare qu'elle apparaisse dans leurs festins; ils 1 
e peuvent, en effet, s'en procurer qu'en faisant des ( 
^hangesaveoles équipages des navires européens. 
Le lait de coco est une de leurs principales bois- 
, mais il ne faudrait pas voir dans cela un 
ffet de leur sobriété; bien au contraire, ce ' 
(ont des ivrognesincorrigiblea aussitùt qu'ils par- 
Hennent i^ se procurer des boissons alcooliques, ] 
t c'est précisément par ce motif qu'il est sévè- 
^ment défendu de leur en fournir. 

Mais la boisson nationale des Samoins est le \ 
Kawa-Kawa. C'est un amalgame des plus singu- 
liers et des moins appétissants; il se prépare de la J 
paaniëre originale suivante : les grosses racines ] 
Ë|u Piper methysticum, poivrier très commun 
bans le pays, sont d'abord coupées en petits mor- 
taux, puis macbées consciencieusement par les 
^moins et enfin entassées dans une grande ter- 
fabriquée avec une noix de coco. On verse 
llors sur cette masse muqueuse du lait de coco. 
, boisson préférée du Kanak est alors prête 
t être consommée; on la fait passer à la ronde 
i une coque de noix. Bien mal vu serait l'Eu- 
fopéen qui refuserait de boire dans la coupe com- 
mune. 

Comme la plupart des Polynésiens, les Kanalis ] 
etatouont.QuantS.leurcostume,ilestdesplu3pri-_' 



mitifs. Ilconsistepourleshommeaen une fine toile 
enveloppant leurs hanches et descendant jusqu'au- 
dessus des genoux; toutefois, depuis quelques 
années, les hommess'habituent à porter des pan- 
talons qu'ils ont soin d'entretenir dansuo état de 
grande propreté. Chez les femmes la partie supé- 
rieure du corps reste nue, tandis que la partie in- 
férieure est enveloppée parle iapa, espèce de jupe 
forméepar une toile qu'elles attachent, en l'enrou- 
lant, au-dessus de leurs hanches; cependant, les 
modes européennes commencent à s'introduire: 
les dames de la haute société portent aujourd'hui 
une chemise de drap coloré, retombant sur 
leurs épaules. Parmi ces femmes on en ren- 
contre quelques-unes qui ne sont point laides, 
et qui ne manquent pas d'une certaine grâce 
féminine. Elles fabriquent elles-mêmes le drap 
de tapa avec le liber d'un mvirier, ou arbre à 
papier. 

Les Kanaks out aussi l'habitude de s'oindre 
avec de l'huile de coco, afin de rendre leurs 
membres souples pour la danse. 

Leur danse, laschiwa-schiwa, n'a rien de com- 
mun avec celles des peuples de l'Europe : pour 
l'exécuter, ils restent assis et se contententdeba- 
lancer la partie supérieure de leur corps aux sons 
du tambour. Plus animées, par contre, sont leurs 
danaes guerrières; celles-ci consistent en sauts 
exécutés sur place et accompagnés de vifs bat- 
e bras. Pour ces derniers exercices, les 



LES COLONIES 

îamoins se colorent le visage avec les couleurs 
s plus vives. 
V Depuislongtempsdéjà,IesSamoins ont en partie 
tenoncé à leurs anciennes armes pour se servir 
presque exclusivement d'armes à feu. Parmi leurs 
Bàoyens d'attaque, les massues occupent lapre- 
lière place ; viennent ensuite les lances et les 
bvelots. 

' Comme nous l'avons dit, le Samoin est pares- 
lôux; son seul travail est la pêche, et encore l'in- 
terrompt-il par des exercices de natation ou, plus 
Souvent, en s'étendant nonchalamment soiis les 
»HX peu profondes. Bien rares sont les indi- 
3 qui se décident à travailler dans les plan- 
ttlges des Européens. 

Le seul travail pour lequel ils font preuve d'in- 
telligence et d'une certaine activité est la constmc- 
pon de leurs pirogues. Les plus simples de leurs 
aots sont les iajnaluaf, qui ont généralement 
6ne longueur de6 àSmètresetqui peiiventporter 
Ohommes. Les Samoins manient les rames 
tvecune grande habileté; aussi le voyageur fran- 
fcaisBûugainville, qui visita leursîles enl788, leur 
âonna-t41 le nom d'îles des Navigateurs. Quant à 
(iBurs pirogues de guerre, elles sont bordées d'une 
de hautes et fortes poutrelles destinées à 
Wotéger l'équipage contre les traits de l'ennemi ; 
B canots de guerre sont désignés sous le nom de 
manonos. 
La population indigène des îles Samoa a diml- 



nué considèrablemenl depuis l'arrivée des Eu- 
ropéens; on l'esliiiie aujourd'hui à -34 000 habi- 
tants, se réparlissatit comme il suit dans les diver- 
ses îles ou groupes d'iles : 



)Ul.Pfi 



mLrc doB 



Itutane awil i 12.JiOIJ 

Itutasine ^1100 J 

•Opoln Aana 2200 ) 

Atua C80Û ( 15.000 

luamasaiiga GOGO J 

^polima et Manono 1.5(10 

i. 3.700 

i 4.^1)0 

ïotHl .Si.KKi 



bsomme, lespossessionsallemandesdu Puci- 
, comme celles de la côte occidentale de l'A- 
me, ne possèdent pas, du moins d'après les 
mseignements que l'on a jusqu'à ce jour, de ter- 
ritoires propres à la colonisation ; cependant, 
elles peuvent atteindre, par le développement 
de leurs comptoirs, une importance commerciale 
considérable. 

Par contre, les nouvelles possessions alleman- 
des de l'Afrique orientale sont appelées à acqué- 
rir une importance considérable ; il faut s'atten- 
dre, avant qu'il soit longtemps, à voir des milliers 
de colons allemands se diriger vers les côtes de 
l'Afrique orientale et s'établir dans l'intérieur du 
; sur les rives des grands lacs africains, le 



LES COLONIES 

Hia8sa,le Tanganikaet le Victoria-Nyanza. Enûii, 
asud-est de l'Afrique, le territoire de Victoria, 

é par l'Angleterre, et le territoire acquis des 1 
Boërs ne manquent pas non plus de valeur au I 
|toint de vue colonial. 

Protectornl allemand sur les îles Marshall. ] 
13 Marshall, comprises entre 5' et 13° t 
ititude nord et entre -168" et 170° de longitude 1 
fcrientale, ont été placées sous le protectorat ' 
ue l'Allemagne probaljlement en compensation 
i Garolines. Le 15 octobre 1885, le capi- 
taine Rôltger, du croiseur NaulUus, hissa le 
laviilon .allemand sur l'île de Jaluit, la plus \ 
iiéridionale et la plus grjinde du groupe, et con- ■ 
Élut des traités avec plusieurs chefs indigènes. Ce 
groupe insulaire a une superficie de 4iJtl kilomè- 
ws carrés. 

L Les naturels, les Muroneses, estimés à 
mOOO âmes, sont petits, de faible complexion; 
mrnombre diminue de jour en jour. Le port de ! 
iluit, une lagune spacieuse et bien protégée des ] 
est excellent. En 1883, fi7 navires, dont33 j 
Sortant le pavillon allemand, y ont abordé. Son ! 
^portation est évaluée 1 million de francs. 



L'ÉMIGRATION ALLEMANDE 



I 



CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 



Le nombre des émigrants pour les pays d'outre- 
mer dépasse en moyenne 150 000 personnes par 
an. C'est ce qui ressort des chiffres suivants. 

Ânuées Nombre d'émigrants 

1880 191.060 

1881 224.892 

- 1882 206.869 

1883 176.619 

1884 152.086 

1885 111.332 

1886 86.682 

Moyenne 164.210 

D'après les chijBfres connus jusqu'à ce jour, le 
nombre des émigrants en 1887 aura été en tout 
cas supérieur à 100 000. 

Environ 95 pour cent de ces émigrants se diri- 
gent vers les Etats-Unis. Ainsi en 1884, sur 
152 086 émigrants, 1252 se sont rendus au Brésil, 
728 au Canada, 1335 dans les pays d'Amérique, 
666 en Australie, 230 en Afrique, 35 en Asie et 



144 LES COLONIES 

148 738 aux Etats-Unis. De 1821 à 1886,1e nombre 
des émigrants allemands pour les Etats-Unis a 
atteint le chiflfre de 4 141 648 individus, tandis que 
celui de TAngleterre, sans l'Irlande, n'a été que 
de 2 eS62 361 et avec l'Irlande de 5 652 368. 

Mais les Allemands envahissent aussi les divers 
pays d'Europe. Ainsi la Russie comptait, avant 
les dernières expulsions, environ 1 million d'Al- 
lemands ; la Suisse héberge prèsde 100 000 sujets 
de l'empereur d'Allemagne, chiffre énorme pour 
un pays qui n'a pas plus de 3 millions d'habitants. 
La France en compte 60 000, l'Autriche 100 000, 
la Belgique 20 000. 



I 



LES ALLEMANDS DANS LE SUD ET LE SUD-EST DE L'AFRIQUE 



Après la guerre de Crimée, l'Angleterre donna 
dans la Gafrerie britannique des terres aux soldats 
d'une légion étrangère composée d'Allemands, à 
la condition de préserver la frontière contre les 
incursions des Gafres. Ils fondèrent plusieurs 
localités, telles que Berlin, Potsdam, Hambourg, 
Brunnswick, Pétersbourg, Suttersheim, Wart- 
burg, etc. ; mais ces colonies perdirent bientôt leur 
nationalité et se confondirent avec l'élément an- 
glais. 

Dans le pays voisin de Natal, il existe aussi 
plusieurs colonies allemandes , telles que celles 
du Nouveau-Hanovre, de Mûnden, Hermanns- 
burg, au nord, et de New-Germany, près de Dur- 
ban; mais ces colonies aussi n ont pas tardé à 
perdre leur nationalité. 

Dans la ville du Gap on compte 5 à (5 000 Alle- 
mands ou descendants d'Allemands, dont plusieurs 



146 LES COLONIES 

occupent des positions importantes. Des mission- 1 
naires allemands se sont élablis tant au Cap que 
dans les États libres d'Orange et de Transvaal; ils 
y ont fondé des églises et des écoles. Au Cap, un , 
journal assez importan, ie liapland, est chargé de 
la défense des intérêts allemands. 

Mais les Allemands possèdentune situation en- 
core bien plus conaidérable au Port-Elisabeth, une ] 
(îesplus importantes Tilles de commerce dusudde I 
l'Afrique, Leurs grandes maisons de commerce 
marchent de pair avec celles des Anglais, En som- 
me, dans toutes les localités de quelque impor- 1 
tance de la colonie du Cap il existe une ou plu- t 
sieurs maisons de commerce allemandes. 

Sur les côtes orientales, Zanzibar est devenu le J 
grand centre de l'activité commerciale des Alle-- 
mands, activité qui du reste n'est pas limitée seu- 
lement à l'île de ce nom: des relations de com- 
merce suivies ont été établies sur de nombreux ' 
points de la côte orientale. Parmi les maisons de ' 
commerce allemandes la plus importante est celle i 
d'Oswald, de Hambourg; l'importation allemande, 
qui comprend surtout les articles manutacturés, 
les cotonnades, les perles, les armes, le fil de fer, 
les grès, les verreries, les fers et les boissons, < 
atteint le chiffre de 800 000 thalers Marie-Thé- 
rèse; tandis que l'importation decespaysen AUe--J 
magne est de 500 000 thalers et comprendrivoire, 
les semences de sésame, le caoutchouc, les peaux, 
les épices, etc. 



III 



LES ALLEMANDS AU MAROC (')■ 



« Le Maroc, qui ne constitue aux mains de son 
gouvernement actuel qu'une non-valeur, est pour- 
tant un pays d'avenir, si l'Europe se décide enfin 
à intervenir dans ses affaires privées au nom des 
droits du monde entier. Jusqu'au jour présent 
toutefois, trois puissances seules ont des intérêts 
sérieux dans ce pays : la France, l'Angleterre et 
l'Espagne, auxquelles il convient dejoindre depuis 
quelque temps l'Allemagne, dont les nationaux 
sont aujourd'hui très nombreux à Casablanca, 
port que le commerce français a maladroitement 
abandonné. 

» Le Maroc, qui présente surles versants de l'A- 
tlas la série entière des climats, est undespaysles 
plus riches du monde en fruits, céréales et bois; 
et les Marocains excellent dans la bijouterie, les 

(1) Article publié par M. Raoul Postel dans la Gazette 
géographique du 29 octobre 1885. 



LES COLONIES 

deries, le tannage des cuirs, la tapisserie. 

Wogador seulement, 400 tanneries occupent 

' ouvriers, 1,500 métiers à tisser la laine, 

artisans. D'autre part, le système des irriga- 

fiis est très ingénieux, et le sol pourrait produire 

Bja récoltes par an. 

I Mais le pays est en proie au brigandage des 

Jius nomades et à celui des fonctionnaires. Dans 

S'allée du Sebou, les Beni-Hassen sont de vraies 

aipagnies de brigands, ayant des chefs et des 

I, toujours armés et bien montés, d'une audace 

îToyable. Les montagnards du RifE sont pillards 

Biiandits, n'accueillant aucun étranger qu'avec 

Tsauvegarde des marabouts, n'admettant l'auto- 

5 ni du caïd ni des autres magistrats, recevant 

loups de fusil les collecteurs d'impôts. Du reste, 

libères et Arabes n'obéissent qu'à leurs cheiks. 

I II est vrai que là où il domine, et ce n'est pas 

1 plus vaste partie de l'empire auquel il pré- 

^d, le sultan, chef spirituel et temporel, est 

absolu qu'aucun autre souverain de la 

î. Il est, constate M. Beaunier, le plus 

irfait exemple du pouvoir fait bomme. II 

(cable ses sujets d'impôts; à chaque fête, ils lui 

pivent un cadeau ; ils défrayent de tout les fonc- 

unaires en voyage ; en outre, quiconque a de 

;ent est exposé aux extorsions des gouver- 

■s. « Avoir la réputation d'être aiaé est un 

ïlbeur », dit M. E. de Amicis. Celui qui possède 

b petit pécule l'enterre, dépense en cachette, si- 



ET l'émigration ALLEMANDES 

mule la misère et la faim. On offre des pvé^enls 1 

pourobtenirjustice pour conjurorles persécutions, 
pour n'être pas réduit à périr de détresse. Aussi j 
ce pays est-illoin de produire ce qu'il pourrait. 

» Le commerce, pourtant, est relativement pro- 1 
duotif. Inutile d'ajouter qu'il devrait l'être davan- 
tage, l^es ports du Maroc ouverts sont au nombre 1 
do huit: Tanger, Larache, Rabat, Casablanca, Ma- 
Zaghaii, Safi, Mogador et Tétuan. Le mouvement 1 
commercial s'élève à près de 44 millions, sur 
lesquels l'Angleterre figure pour 24 millions, la j 
France pour Hi millions, l'Espagne pour moins j 
de 3 millions, et les autres puissances pour des 
chiiïres insignifiants- Or, ces 4'i millions sont loin 
de suffire au déficit perpétuel de l'empire, telle- 
ment ses finances sont à la merci du sultan, de 
ses favoris et de ses fonctionnaires! Le peuple, là 
moins qu'ailleurs, compte pour rien. 

» Â cette situation périlleuse un remède prompt 
R'impose, non pas seulement dans l'intérêt écono- 
mique du Maroc, mais surtout dans l'intérêt com- 
mercial européen; remède difl'érenl selon qu'il 
s'agira dos intérêts immédiats de la France et de 
l'Espagne, Etats limitrophes, ou des intérêts très 
éloignés de l'Angleterre et de l'Allemagne. Vis-à ■ 
vis de ia France, le Maroc doit accepter une rec- 
tification de frontières, qui sauvegardera son 
indépendance. Quant aux autres nations, elles 
paraissent avoir pris dorénavant toute la position 
;iii leur est duo, sauf peut-ôtro l'Espagne, à la- 



450 LES COLONIES ^^" 

quelle il reste à s'entendre avec la France. L'An- 
gleterre se borne, politiquement et stratégique- 
ment parlant, à assurer sa prépondéraace sur le 
détroit; ses autres visées ne seraient guère là du 
goût de l'Europe. Telle est, du moins, la balance 
apparente, car un autre facteur imprévu peut, 
dans un temps rapproché, détruire cet équilibre 
quelque peu factice, que de mesquines jalousies 
laissent incertain, et cela à son profitexclusif, au- 
quel nul, si l'on n'y prend garde, ne pourra plus 
s'opposer. 

B Nous voulons parler de l'Allemagne, qui, jus- 
qu'à présent, on doit le reconnaître, semblait s'être 
tenue complètement à l'écart des conflitsmultiples 
que les divers éléments européens du Maroc ont 
suscités dans cette région. Faut-il déduire de cette 
Indifférence affectée que l'Allemagne veuille se 
désintéresser pour toujours des affaires d'un pays 
commandant l'entrée du grand lac méditerranéen, 
alors qu'elle a tenté déjà d'obtenir des dépôts de 
charbon dans les îles Baléares, alors que ses 
comptoirs s'accroissent de plus en plus sur les 
rives opposées deson bassin? 

s Nous ne le pensons pas. Bien mieux, nous es- 
timons que l'Allemagne n'a point cessé, depuis 
1880, de considérer le Maroc comme un pays qui 
doit subir son influence. 

lAu mois de septembre 1880, l'Allemagne négo- 
cia avec l'Espagne, on s'en souvient,la cession du 
portdeSauta-Cruzde Agadiroude Mar-l'equena, 




sur la côte de la province de Sous. Sa baie large, 
profonde, bien abritée contre les vents, constitue, 
d'après Jakson, le meilleur mouillage de tout le 
littoral marocain. Les environs abondent en plan- 
tationsd'olivierSfde dattiers, d'orangers. La place, 
gîtée sur une éniinence,est bien défendue. Autre- 
fois, c'était une station commerciale très active, 
servant de débouché au Soudan, principalement 
à TombouctOH. Aujourd'hui, ce n'est guère 
qu'une douane. Mais on peut rendre facilement à 
ce port son ancienne importance. La situation 
tentait les Allemands, d'autant plus que l'Espa- 
gne réclamait vainement cette position, très en- 
viable du reste, en vertu des traités de 1860. Le 
sultan répondait aux instances espagnoles qu'on 
ne comptait pas moins de quatre points de ce 
nom sur la même côte, et qu'on eût, par consé- 
quent, à préciser nettement l'objet en litige. La 
vérité était que le Maroc se trouvait gêné par la 
rétrocession d'Agadir, les tribus du littoral ayant 
précédemment laissé des comptoirs anglais s'ins- 
tallei- dans cette région et, par suite, la Grande- 
Bretagne élevant des prétentions inquiétantes à 
ce sujet. Du reste, les Anglais prennent largement 
leurs aises sur le territoire du sultan. Nous revien- 
drons plus loin sur leur compte. Les Allemands 
comptaient bien en prendre tout autant. 

» Quelques mois auparavant, M. Adolphe von 
Couring, ancien ofQcier supérieur prussien, un de 
ces explorateurs qui voyagent plus encore dans 



LES COLOKIES 

l'intérêt de leur pays que pour satisfaire leur cu- 
riosité propre, publiait, après avoir parcouru et 
examiné les provinces les plus accessibles de 
l'empire, un volume intitulé : Le Maroc, son ter- 
ritoire et ses habilanis. On lisait dans cet ou- 
vrage : " Une première occasion se présente pour 
s l'Allemagne de s'ouvrir, d'accord avec l'Espagne, 
» l'accès d'un pays immense, peuplé de millions 
» d'hommes ; cette occasion, c'est l'acquisition du 
B poit de Santa-Gruz de Agadir, dans !a province ' 
» de Sous, que l'Espagne est prête à nous céder 
» pour une indemnité en argent. » 

1 On sait quelle opposition rencontrait alors en 
Allemagne la politique de colonisation préconisée 
par le prince de Bismarck et par les partisans de 
saréforme économique. M. von Couring se faisait 
l'apotre de cette politique, à laquelle, selon lui, le 
public et le Parlement seraient, tôt ou tard, obli- 
gés de se rallier. Les événements ont donné 
raison à la perspicacité de cet explorateur, lequel 
n'était peut-être, il est permis de le supposer, 
qu'un agent politique du tenace chancelier. 

(S II n'y a pas, déclarait-il nettement, de puis- 
T> sance maritime sans colonies j or, l'Allemagne est 
» déjàetveut être de plus en plus une grande puis- 
» sance maritime. L'AUemagiie répand, sansprofit 
j pour elle-même, le surcroît de sa population sur ' 
» le monde entier ; il dépend de nous de conserver 
» au pays ses forces vives en dirigeant rémigration i 
t vers des contrées qui resteraient soumises à nos 



ET L'ÊMlGRATlOy ALLEMANDES 151 

Plois et à notre protection, II y a, pour cela, de ii 
Hplace dans l'Amériquedu Sud et daus les îles dâil 
à'Océanie. Mais pourquoi aller chercher si loincej 
■ qu'on a sous la miiin'? Ne se trouve-t-il pas ausj 
» portes lie rEurope,ii l'eiitrûe de la Méditerranée j| 
» un grand pays boni du ciel, qui n'attend qu'u 
» peuple entreprenant et laborieux pour lui prodi-j 
» guer ses trésors? Ce pays, c'est le Maroc, habité 
» par une race fanatique, dont" l'état d'anarchie â 
» demi-sauvage provoquera certainement avantpeuB 
I l'intervention de l'Europe. Voilà le pays queS 
•nous devons avoir en vue, voilà le moment au-" 
E quel il faut nous préparer, n 
I L'acquisition duport de Santa-Gruz n'était donc, 
lana l'esprit di? l'écrivain, que le prélirainairtf 
■une conquête plus ou moins pacifique du Maron 

1 rAllemagne accomplirait peu à peu, dçj 
bmpte h demi avec l'Espague, car rAllemagne,| 
joutait-il, no peut rien faire sur ce terrain sa 
Espagne, ni l'Espagne sans l'Allemagne. Il e 
i reste, extrêmement instructif pour nous dd 
livre M. von Couring daus le développement dw 
ie. « L'Espagne, explique-t-il, dont l'extrfr^ 
Kinité méridionale touche presque au Ma 
R,t!roit,avec raison,, appelée à jouer un rôleimpo^ 
■iant dans les destinées de ce pays. Mais, d'u 
■autre côté, affaiblie qu'elle est par ses guerres 
Bxàviles, la vieille Espagne a besoin, pour i 
■relever, qu'une nation jeune et vigoureuse lufl 
iTienne en aide. Cette nation, elle ne la trouvera 



LES COLONIES 

e dans l'Allemagne. Assurée d'avoirrAllema- 
B (lerriére elle, l'Espagne pourra commencer 
ters'emparerduterritoire marocain compris en- 
a deux colonies de Melillaetde Conta, ter- 
toire dont ses intérêts exigent depuis longtemps 
[Minexion. Encore une fois.rEspagneetl'Alle- 
Eagne ont dans la Méditerranée des intérêts 
Bmmuns qu'elles ne peuvent faire valoir qu'en 
inissant contrôla France et l'Angleterre. Mais 
ière chose à faire pour les deux alliées, 
fest de prendre pied au Maroc et de s'y assurer, 
Bkacune de son côté, une position territoriale so- 
fide et d'une étendue sufûsante ! » Cette théorie 
d'une ï alliance hispano-allemande pour l'an- 
nexion progressive et l'exploitation du Maroc », 
l'ancien colouel prussien prétendait qu'elle avait 
déjà pour elle la faveur de cercles influents de 
Madrid et d'autres grandes ville? espagnoles, et 
il ne doutait pas de la voir tôt ou tard mise en 
pratique. 

» Il ajoutait : a II est du devoir etde lintérêtdu 
» peuple allemand de mettre à plat cette affaire en 
ï réclamant une enquête sur les avantages que peu- 
» vent offrir des possessions coloniales au Maroc. 
» Pétitions, meetings, propagande par la presse, il 
» faut employertous les moyens possibles ponr sti- 
» muler le zèle du Reichstag et celui du gouverne- 
î mentdanslapoursuitedecet objet : l'acquisition 
» de territoires propres à l'établissement de colo- 
j> nJûs aJJemaiides. » Telle était :ri concUision du 



ET L'ÊMIORATION ALLEMANDES 

livre de M. von Couring, livre écrit, on 



155 
I voit, 



par un homme ne dissimulant pas ses pensées, 
qui étaient celles de beaucoup de ses nationaux. 
Trahissait-il, pour parler comme les Allemands, 
les secrets de l'école, ou n'était-ce qu'un excen- 
trique faiseur de projets? C'est là une question 
délicate à laquelle nos lecteurs pourront bientôt 
répondre. 

» Ce qui est certain, c'est que le gouvernement 
allemand décida sur-le-champ l'envoi d'une mis- 
sion au Maroc. Par malheur, d'après le capitaine 
Erckmann, cette mission n'obtint qu'une médio- 
cre estime auprès des Marocains. « Lors du séjour 
de l'ambassade prussienne à Fez, rapporte notre 
sagace compatriote, les militaires qui en taisaient 
partie eurent la mauvaise inspiration de faire 
devant le sultan une manœuvre de cavalerie. Cette 
manœuvre n'eut aucun succès et se termina par la 
chute de l'un d'eux ; les cavaliers se retirèrent 
peu enchantés du résultat obtenu et de l'air de 
commisération avec lequel on demanda à celui 
qui était tombé s'il ne s'était pas fait de mal. Au 
moment de leur départ, le suitan fit exécuter 
une fantasia brillante. » Notre compatriote 
ajoute :« La même ambassade fitcadeau à Mulay- 
Hassan d'une machine à glace; malheureusement, 
dix minutes avant l'arrivée du sultan, cette ma- 
chine éclata et tua plusieurs personnes, ce qui 
jeta un froid. » C'était, pour le même cas, et 
poiu' un cas de cette importance, un vérU.iiii\ft 



laatpe 



LES COLONTES 

mais les Allemands ne se découragent 



I facilement, et cette obstination n'est pas la 
Bdre de leurs qualités. Néanmoins, cet éehec 
feu pour eux des suites graves : ils n'out pu 
fenir du sultan d'être choisis comme instmc- 
563 troupes. L'artillerie de campagne et 
■ partie de l'infanterie étaient instruits à la 
pactise par la mission militiiirefrançaise depuis 
r?; les instructeurs français ont gardé ce poste 
Kuent. Le reste de l'infanterie est dirigé par uu 
Men lieutenant de l'armée anglaise, qui prend 
litre de colonel et qui eit complètement au ser- 
Wte du sultan. Quant à la cavalerie, elle conserve 
ses chefs indigènes, les Marocains se considérant 
comme les premiers cavaliers du monde et la 
mésaventure des ambassadeurs prussiens n'ayant 
pas, on le conçoit, modifié leur opinion, 

sL'affaire de Santa-Gruz en resta là,le gouver- 
nement espagnol ayant fait entendre au gouver- 
nement allemand que tonte cession de territoire 
en Afrique blesserait les aspirations presque una- 
nimes de l'opinion publique en Espagne. Même 
le cabinet de Madrid fit désavouer par ses 
journaux les pourparlers entrepris. Ce résultat 
dut blesser fortement l'orgueil allemand, qui 
avait escompté d'avance sa réussite. C'était la 
seconde fols que l'Allemagne devait renoncer à 
ses projets sur ce point. Déjà, en effet, en 1876, 
l'Allemagne avait fait explorer la côte du Maroc 
et sonder tout à la fois les dispositions du chéritf 



ET l'émigration ALLEMANDES 157 

et celles du cabinet de Madrid au sujet de l'acquisi- 
tion d'une station navale pour un dépôt de char- 
bon et le radoub de ses vaisseaux. MaisFintluence 
anglaise à Tanger avait coupé court à cette pre- 
mière tentative. Le cabinet de Londres déclara 
même, à cette occasion, qu'il chercherait sur la 
rive africaine une garantie pour la sécurité du dé- 
troit dès que quelque puissance européenne, l'Al- 
lemagneoul'Espagne, songerait à envahir le Maroc, 
et les diplomates anglais en avertirent le sultan. 
»En même temps, la Grande-Bretagne prévenue 
prenait sournoisement ses mesures en s'installant 
sans bruit au sud d'Agadir. A 27°55' de latitude, 
dans le voisinage du cap Juby, se trouve une 
localité appelée Tarfaïa, où s'établit un Anglais 
nommé Mackenzie. GeMackenzie ouvrit un comp- 
toir pour commercer, assura-t-il, avec les Tekna, 
les Ouled-Dlim et autres tribus voisines, Bien- 
tôt après, il déclara n'avoir en ces indigènes 
qu'une confiance limitée, et il s'installa dans une 
île défendue par des canons. C'était là une véri- 
table prise de possession par la force d'un terri- 
toire qui ap'partient nominalement au sultan ; 
mais le tour était joué. Depuis lors, le pavillon 
britannique flotte en maître sur ces parages : 
Agadir n'est plus la clé unique de la côte sud- 
ouest, et,comme d'ailleurs cette place est restée à 
l'Espagne, l'Allemagne en est réduite à chercher, 
dans cette même région, un emplacement qu'elle 
ne trouve pas. 



f 158 LES COLOmES 

B Est-ce à dire que l'Allemagne ait renoncé à 
I toute idée d'une occupation future, plus ou moini 
Hraportante, du territoire marocain? Nous ne 1( 
[croyons pas ; nous pensons môme que la seconde 
■ phase de son entreprise sera, pour des causes qiia 
|. nous n'avons pas à examiner ici, très probable- 
[■ment couronnée par le succès, les conditions poli- 
Rlques qu'elle avait à ménager n'étant plus lea 
âuëmes. 

I iLaFrancedemeureinactive,]'Angleterren' exige 
ï'que sa continuation de prépondérance sur la rive 
K-gauche du détroit, l'Espagne n'est guère en situa- 
tion de prendre plus qu'elle possède déjà, le r 
5 puissances européennes n'a ni droits ni pré- 
iitextes à faire valoir. L'Allemagne, aujourd'hui 
jjoute-puissante, a donc le champ libre pour s; 
paire ses convoitises. Ses journaux officieux net 
prennent plus la peine de le dissimuler. Les 
Eflppels de la presse allemande ne sont pas di 
«impies ballons d'essai : c'est la seconde phast 
■<{ui s'ouvre. 

» La Conférence de Berlin a inauguré un droit 
l international aussi dangereux que nouveau en 
natiôre de colonisation lorsqu'elle a contesté les 
[ droits tombés en désuétude ». Dès 1875, à l'ocj 
feasion de la première affaire des lies Garolines ^ 
'■avant les premières tentatives allemandes au Ma- 
roc, le cabinet de Berlin proclamait offlciellemeni 
cette théorie, qui passa alors inaperçue, maisqui^ 
ne soulevant point de protestations sérieuses ou 



ET l'émigration ALLEMANDES 



159 



snmmunes, consacra l'innovation ou du moins y 
habitua le public. Répondant au cabinet de Ma- 
drid, le gouvernement allemand déclarait nette- 
ment ne vouloir plus tenir compte dorénavant 
c des théories autrefois valides > que formulent 
certaines nations coloniales et qu'un manque de 
suite dans l'occupation effective des territoires 
enviés par ses propres nationaux rendait nulle à 
ses yeux. On ne comprit guère,à cette date.ce que 
pouvait signifier cette phraséologie, devenue plus 
tard très claire, sauf en Angleterre, où l'on 
espéra en tirer profit, et en Espagne, où l'on se 
sentit menacé; mais la Hollande, le Portugal et 
la France ne parurent pas s'en inquiéter : somme 
toute, aucune puissance européenne ne releva la 
nouvelle affirmation. A la Conférence de Berlin, 
grâce aux égoïstes rivalités, cette affirmation 
hasardée fut érigée en dogme international, et 
l'on sait depuis quels intérêts exclusifs ce dogme 
a favorisés. 

iQuoi qu'il en soit, nn droit nouveau se trouve 
créé, et ce n'est certes pas la France qui en pro- 
fite. Non seulement elle a perdu des territoires 
légitimement acquis par elle aux bouches du 
Congo et sur divers autres points de la côte occi- 
dentale d'Afrique, mais encore l'Allemagne s'est 
installée en maîtresse sur une partie des terri- 
toires continentaux du sultanat de Zanzibar, de 
même qu'elle vise de nouveau aujourd'hui une 
partie du territoire marocain. L'argument invo- 




LES COLONIES 

[ué par les Allemands à rencontre du sultan de 
' Zanzibar leur servira eni^ore à rencontre du 
sultan du Maroc. Il est certain, en nffet, que ces 
deux souverains ne sont plus maîtres effective- 
ment, et depuis longtemps, d'une partie très 
importante des régions autrefois placées sous leur 
suzerainetô ; leurs « droits s, d'après la jurispru- 
dence internationale nouvelle, sont donc bien 
« tombés en désuétude ». Le sultanat de Zanzibar 
a vu récemment ce qu'il lui en a coûté; le sultanat 
du Maroc pourrait bien, à son tour, voii- avant 
peu ce qu'il lui en coûtera. 

> A l'occasion du second conflit, survenu entre 
l'Allemagne et l'Espagne à l'occasion des îles 
Carolines, la Gazette nationale de Berlin écri- 
vait, le 3 septembre ISfiô: « Il y a lieu de sup- 
poser que dea influences françaises jouent dans 
cette affaire un rôle ayant pour but de séparer 
l'Espagne de l'Allemagne avant la catastrophe 
qui se produira peut-être prochainement dans 
le Maroc. Ji II est évident que la situation inté- 
rieure et extérieure est excessivement tendue 
au Maroc; il est non moins évident que Miilay- 
Hassan redoute l'intervention de l'Espagne et de 
l'Allemagne pour le moins autant que l'immix- 
tion de l'Angleterre, puisqu'il vient d'envoyer des 
ambassades en France et en Italie pours'assurer 
les bons offices de ces deux nations, dont la situa- 
tion exceptionnelle dans la Méiliterranée lui pa- 
rait utileà ménager. L'Allemagu.'j d'ailleurs, ne 



ET l'émigration ALLEMANDES 161 

semble pas s'en tenir auxphrases. Quelques jours 
après la publication de l'article que nous signa- 
lons, des bâtiments allemands recevaient l'ordre 
de relever les côtes marocaines et d'y pratiquer 
des sondages. Enfin nous lisons dans le dernier 
numéro du Réveil du Maroc : 

« Nos renseignements, puisés à bonne source, 
nous apprennent qne le nouveau ministre d'Alle- 
magne au Maroc, M. le baron Charles Testa, qui, 
au dire de VAl-Moghreb^ est chargé par son gou- 
vernement de négocier un traité de commerce 
avec le sultan, doit arriver avec le vapeur anglais 
Fez venant de Londres. On assure que le nouveau 
ministre n'est pas seulement chargé de négocier 
le traité de commerce annoncé par notre confrère ; 
il devrait également conclure d'autres conventions 
d'une plus grande importance politique, conven- 
tions dont M. Weber aurait fait avec succès les 
ouvertures préliminaires au gouvernement ché- 
riffien. Sans attacher à ces rumeurs, qui ne re- 
posent pour le moment sur aucun indice sérieux 
une importance réelle, en présence du rappel de 
M. Testa à Berlin et des nombreuses conférences 
qu'il a eues avec son prédécesseur au Maroc et 
le prince de Bismarck, il est d'autant plus permis 
de penser que l'Allemagne veut exercer une poli- 
tique d'action au Maroc que M. Testa viendra, 
nous assure-t-on ici, accompagné d'une personne 
dont l'expérience de ce pays lui sera d'une grande 
utilité. » 



LBS COLONIES 

» Tout porte à croire que les conseils de M. voni 
douring sont sur le pointde recovoirun commen-'f 
pemeat d'exécution, sauf le cas d'une complication A 
nattendue. 

» En de pareilles circonstances, et vu son voi- 
pinage immédiat, quel est le rôle de la France ? 

» Ce rôle est double i favoriser le maintien de| 

l'empire cliérifflen et, en même temps, profiter' 

a bon vouloir, au sui-plus très intéressé, que nousfl 

Bémoigne aujourd'hui le sultan pour obtenir de lui 1 

ne rectification de frontières définitive. 

sCette rectification importe beaucoupàla sécu-J 

\âté de notre coloQiealgérienne. Actuellement, IftJ 

fcéliraitation entre l'Algérie et le Maroc n'est pas! 

îiose facile à établir, les sept articles du traité du I 

B.8 mars 1845, dû au général Delarue, étant d'uneJ 

aicertitiide aussi déplorable que maladroite au: 

ïivers points. 

» La frontière, tout Idéale, commence à l'ouedl 
Bkdjeroud, passe entre Maghinza et Ouchda, efj 
llteint le Sahara au point appelé Ras-el- Aïoun ; ■ 
iflsuite elle laisse à l'ouest les Ksours de Iche et fl 
Figuig, déclarés possessions marocaines; àl 
l*est, ceux de Aïn-Sefra, Sfissifa, Assia, Tientjl 
ihellala, El-Abiod etBou-Seraghoune, reconnus! 
Jlépendances algériennes. Aucune limite n'a êtét 
fîiidiquée à travers les régions inhabitables quia 
s'étendent au sud de ces points. 

B Comme on le voit, le traité de 1845, loin dâ] 
trancher les difficultés qui pouvaient s'élever pavfl 



ET L'SUIGRATION ALI.BUANDES 

la suite entre la France et le Maroc, en créait au 
contraire de nouvelles; à vrai dire, elîesn'ont pas 
cessé de surgir depuis lors. Ce qu'il nous impor- 
terait de nous annexer pour les faire cesser, c'est 
d'une part l'oasis de Figuig au sud, d'autre part 
au nord la rive droite de la rivière Moulouya jus- 
qu'à son embouchure. La ligne de démarcation 
serait ainsi tracée, non plus d'une façon irléale, 
mais d'une manière à la fois topographique et 
scientifique de nature à conjurer pour l'avenir 
toutes les contestations possibles. Les négocia- 
tions ont été reprises à ce sujet par le gouverne- 
ment français en 1884, mais elles n'ont point en- 
core abouti. Il serait temps de hftter leur conclu- 
sion. 

» Ce qui nous importe le plus, c'est la prise de 
possession de Figuig, dont les neuf ksours com- 
prennent plus de 15000 habitants. Ces oasis sont 
admimbles de verdure ; les hauteurs qui les enceî- 
gnent semblent avoir été posées là tout exprès 
pour rompre l'effort des vents violents du nord et 
pour opposer une barrière au sable du désert. 
Les capitaines Perrot et de Gastries les décrivent 
avec enthousiasme. C'est du reste un grand mar- 
ché mdustriel, où tout arrive en abondance du 
pays des nègres. Mais les habitants n'ont jamais 
laissé résider un Français dans leur enceinte de 
pisé, surmontée de nombreuses tours. Par contre, 
ils n'ont jamais manqué d'insulter nos nationaux 
toutes les fois qu'ils l'ont pu, notamment en 1882, 



LB8 COLONrES 

fet ces outrages, il laut l'avouer, sont demeurés 

■Impunis. Il est nécessaire, pournos intérêts, pour 
!notrc prestige, que ces populations maWeillanles 
|:et insolentes, chez lesquelles nos ennemis sont 
ftonjours assurés d'un refuge et d'un appui, sur 
àni le sultan lui-même avoue n'avoir aucune in- 
fluence, soient réduites enfin à la raison. Espé- 
lïons que le gouvernement français se décidera à 
I les dominer bientôt sans se préoccuper des jalou- 
oppositions du dehors. C'est bien le cas d'ap- 
tfliquer la théorie des « frontières scientifiques i 
■ si chère aux Anglais, aussi bien que celle des 
l « droits tombés en désuétude » imaginée par lea 
f Allemands. Ce qui profite à nos voisins doit nom 
Ijjroflter également. 

t En 1883, un économiste allemand disait:«Notl 
Ibut n'est pas moindre que d'élever l'AUemai 
tdu rang de puissance continentale à celui d'uffl 
puissance dont l'iniluence civilisatrice s'étena 
sur le monde entier. Notre but est de faire i 
notre patrie une nation qui embrasse pulssaoi 
ment la terre et exerce uno action rènovatriil 
sur la civilisation de l'humanité. » Ces paroleaj 
prononcées dans la Société allemande de l'Oseal 
pour la colonisation et l'exportation, soulevaieffl 
les applaudissements de l'assistance. Elles répoa 
daient à unbesoin, et ce besoin, M. van der Briijg 
ger l'expliquait dans le fascicule du mois de jad 
vierl883des/'reMssïc/(e/aftj"6«e/i(?)': «Nous avons 
déclarait-il, un excédent annuel de population qd 



ET l'émigration ALLEMANDES 165 

s'élève à 600 000 têtes. Le meilleur parti que Ton 
puisse tirer de notre sol, le défrichement de nos 
marais et de nos landes, le perfectionnement de 
notre agriculture, la meilleure organisation de 
notre travail ne sont pas en état d'assurer la nour- 
riture à une telle augmentation au-delà de quel- 
ques dizaines d'années. Faudra-t-il alors que nous 
enlevions parla conquête, au prix de notre sang 
et de notre argent, des colonies aux États de 
l'Europe? » Qu'on note ces derniers mots; on y 
trouvera l'explication d'événements récents. 

5) La France, elle aussi,a une mission civilisatrice 
à remplir, non pas nouvelle, mais ancienne, ne 
constituant pas « des théories autrefois valides ;>, 
mais des faits suivis et bien positifs; cette mission 
comporte pour elle des devoirs, partant des droits 
à faire respecter. Nous sommes convaincu 
qu'elle ne faillira ni aux uns ni aux autres; pour- 
tant, il lui reste des garanties à prendre. Pour ce 
qui concerne la question spéciale du Maroc, nous 
avons essayé d'établir quels sont ses intérêts im- 
médiats en présence de convoitises dangereuses.» 



IV 



LES ALLEMANDS AUX ÉTATS-UNIS 

a. GÉNÉRALITÉS 

Dans les premières périodes de l'immigration 
allemande, le principal flot des immigrants se di- 
rigea vers Philadelphie, qui était alors la plus 
importante ville d'Amérique; mais lorsque New- 
York commença à se développer, cette ville de- 
vint le grand centre d'attraction pour les Alle- 
mands, 

En 1880, New-York comptait 163 482 sujets 
de l'empire allemand, et 55 339 autres Allemands 
habitaient le faubourg de Brooklyn. 

A la pointe de la presqu'île sur laquelle s'étend 
la ville de New- York s'élève le Castle-garden, 
une construction en forme de tour qui autre- 
fois était un fort, et qui sert aujourd'hui de 
lieu de refuge à la foule des immigrants. A leur 
arrivée, ceux-ci y sont logés et nourris gratuite- 
ment pendant im jour ; on leur donne en outre 



ET L'ÉMIGRATIOK ALLEMANDES 167 

tous les renseigûements désirables, on leur indi- 
que en particulier où ils doivent s'adresser pour 
trouver du travail ; enfin, ceux qui veulent se diri- 
ger plus loin dans l'intérieur des terres sont 
accompagnés à la gare par un employé, qui les 
fait entrer dans le train qui leur est destiné. 

Il est difficile de concevoir un tableau plus 
animé et plus saisissant que celui qu'offre la 
grande salle des immigrants du Castle-garden. Si 
l'on aperçoit sur quelques visages mâles une 
expression de courage et d'espoir, il n'en est pas 
moins vrai que la plupart des immigrants ont un 
aspect profondément abattu. Ces pauvres gens 
sont entièrerpent dépaysés, et il leur faudra 
faire peut-être encore des centaines de lieues 
avant de trouver une nouvelle patrie. 

Philadelphie, qui autrefois, avous-nous dit, 
comptait la plus importante coionie allemande, 
n'occupe plus aujourd'hui sous ce rapport que la 
quatrième place, dépassée qu'elle est par New- 
York, St-Louis et Chicago. Cependant, dans l'Etat 
même de Pennsylvanie, le noral}re des Alle- 
mands peut être estimé à un demi-miliion, c'est- 
à-dire à peu près au double de ceux qui vivent 
dans l'État de New- York; mais ceux qui parlent 
encore allemand (environ un demi-miihon) se 
servent d'un dialecte dans lequel est entré une 
quantité de mots anglais. Ce dialecte, quipossède 
aujourd'hui une littérature, peut être considéré 
- comme une langue nouvelle. 



168 LES COLONIES 

Par leur costume aussi les paysans pensylva- 
niens d'origine allemande se distinguent des 
Anglo-Américains.Tandisque ces derniers, même 
à la campagne, portent des vêtements de citadins 
avec un grand col de chemise et des manchettes 
blanches, les premiers ont une courte jaquette 
gris-sombre ou un long habit qui leur descend 
jusqu'à la cheville, avec des culottes collantes, de 
hautes bottes et des chapeaux noirs à larges ailes. 
Ils sont généralement de haute taille et portent 
toute la barbe et de longs cheveux qui pendent 
jusque sur leurs épaules; on les reconnaît en 
outre àleurmarche lente, et à leur regard soup- 
çonneux. ' 

Philadelphie compte de nombreuses sociétés 
allemandeslie chant e4ide gymnastique. Plusieurs 
de ses grands établissements industriels et de ses 
principales maisons de commerce sont entre les 
mains d'Allemands. 

A Pittsburgetà Alleghany-City,qui s'élèvent en 
face de Philadelphie, de l'autre côté de l'AUe- 
ghany, on compte environ 45 000 sujets de l'em- 
pire allemand. 

La ville voisine de Baltimore a aussi partagé 
le sort de Philadelphie. Cette ville fut, dans les 
années 1830 à 1840,lo principal port d'immigration 
pour ceux qui voulaient aller dans les États de 
rOhio, de l'IUinois, du Missouri et de lowa. Plus 
tard cetteimmigrationdiminua;néanmoins,la ville 
compte aujourd'hui 34 051 Allemands, qui ont 




ET L'ÉMIGBATIOM ALLEMANDES 16! 

entre leurs mains plusieurs industries, telles que j 
celles des pianos, de la cordonnerie et du tabac. 
Les Allemands ont, en outre, fondé h Baltimore j 
plusieurs établissements de bienfaisance ou d'uti- 
lité publique, tels qu'un orphelinat, plusieurs ] 
écoles et, dans la maison même de la Société alle- 
mande, un bureau do placement. La Société la 
Concordia possède également une maison, le seul i 
bâtiment de Baltimore où l'on donne des repré-^i 
sentations d'opéras. 

Cincinnati, sur une population de 355 708 h 
tants, compte environ 90 000 Allemands dont I 
50000 nés en Allemagne, qui sont surtout concen- 1 
très dans la partie de la ville située à l'ouest du ■ 
canal de Miami^ ot qui est connue sous le nom de 
Litile OeriTiany, \ 

Parmi les deux cent quatorze églises de Gin- . 
cinnati,on en compte quarante et une allemandes; | 
les habîtiints allemands de la ville ont fondé deux ] 
orphelinats et deuxhôpitaux; il existe un tbéûtre ] 
allemand, et la plupart des grandes brasseries 
appartiennent à des Allemands. En somme, les i 
Allemands prennent unepart importante àl'aeti- i 
vite industrielle et commerciale de Cincinnati. 

C'e8t,surtout,à partir de 1848 que lesiramigranta 
allemands se sont dirigés vers Chicago. Sur un j 
demi-million d'habitants que compte aujourd'hui 
cette ville, un tiers euviron, soit plus de 150 000, 
sont d'origine allemaade, et sur ces 150 (tOO, 
■la moitié environ ^ont nés en Allemagne. A Cbi- 




170 LES COLONIl'.R 

cago, Mmme dans d'autres grandes villes d'Amé- 
rique, les Allemands occupent une place considé- 
rable dans le commerce, l'industrie et la banque. 
Les grandes brasseries,eu particulier, sont toutes 
entre les mains d'Allemands; il en est de même 
des pharmacies et des maisons de denrées colo- 
niales. Les Allemands ont, en outre, à Chicagosix 
journaux, parmi lesquels nous citerons VlUinois- 
Sta.aizeUung etlai\'ewe frète Presse, deux grands 
journaux quotidiens, un théâtre, dix églises, de 
nombreuses sociétés de chant et de gymnastique. 

Après New-York, c'est Saint-Louis qui alaplus 
grande colonie allemande. SurCOO.OOO habitants 
que possède cette ville, avec les localités voisines, 
on compte environ lOOOOf) Allemands, dont 54 000 
sont nés en Allemagne. 

Les Allemands ont fondé à Saint-Louis VAlma 
mater, une Société littéraire dont les membres 
doivent avoir appartenu à une université; ils y 
possèdent dix-huit journaux, dont trois grands 
journaux quotidiens; la langue allemande s'ensei- 
gne dans toutes les écoles publiques de la ville. 

Au-delà de la rivière, mais déjà dans l'État 
d'Ulinois, se trouve la petite ville de lîelleville 
(10 (MX) habitants) dont les deux tiers de la popu- 
lation sont allemands. 

Mais la plus allemande de toutes les villes amé- 
ricaines est celle de Milwaukee, sur le lacdeMi^ 
chigan, dans l'État de Wisconsin. Sur une popu- ( 
Iationdel20 0fl0 habitants, elle compte 80 000 1 



El l'émigration allemandes 171 

Allemamls, dont 311R-'i nés en Allemagne. Les 
Allemands yont entre leurs mains l'inGustrie de 
la bière, ainsi qu'une grande partie de la navi- 
gafion sur le lac de Michigan, Ils ont fondé dans 
cette ville plusieurs Sociétés de chant,de gymnas- 
tique, de musique et de sciences. 

Sur les bords de l'océan Pacifique, à San iTran- 
cisco, les Allemands sont moins nombreux que 
dans les États occidentaux. On peut estimer leur 
nombre à aO 000 individus, dont 19 928 nés en 
Allemagne,et généralement d'origine prussienne. 
Ce sont, la plupart, des artisans ; on les rencontre 
en particulier parmi les boucliers, les jjoulangers, 
les charpentiers, les maçons, ou encore parmi les 
commerçants : en effet, la moitié des maisons de 
denrées colonialpsappartiennentà des Allemands. 
Mais on compte aussi parmi les Allemands de 
San Francisco u» certain nombre d'hommes de 
science, comme Tbéodor Kirchhofl, dont les 
travaux sont connus en Europe. Les Allemands 
ont fondé aussi à San Francisco de nombreuses 
Sociétés : la Société de secours possède un bel 
hôpital, le Sau-Francisco-Verein aune bibliothè- 
que de 500(] volumes, le Thalia-Verein etl'ApoI- 
lo-Verein s'occupent de représentations théâtra- 
les. Les Allemands n'y ont également fondé pas 
moins de sept Sociétés militaires dont le but est 
surtout de rétablir l'ordre dans les temps de 
troubles. 
—Citons encore parmi les villes de l'Amérique 



LR3 COLONIES 

^comptent d'importantes colonies allemandes : 
iffalo (25 543 Allemands nés en Allemagne), 
^yeland (33 170), Newark (17 628) et LouisviUe 
i63). Si l'on songe que, outre les grandes villes 
|Dt il a été question, les Allemands ont des colo- 
Ebs plus ou moins considérables dans toutes les 
balités d'Amérique de quelque importance, on 
t fera une idée de l'immense influence dont 
bissent les Allemands dans la grande Républi- 
jpe américaine. 

■ b. LA PRESSE ALLEMANDE AdX ËTATS-UMIB 

Men plus encore qu'en France et dans les autres 
i d'Europe, aux États-Unis la presse re- 
fésente et forme l'opinion politique; aussi les 
[emands cherchèrent-ils à posséder une partie 
^a presse américaine; ils fondèrent en Pen- 
Rvanie un premier journal allemand dès 1739, 
t à une époque où les États-Unis ne pos- 
taient encore en tout que cinq journaux. Cette 
bille, le Berlchler (l'Indicateur), parut d'abord 
Blés six mois, puis tous les mois, et ensuite 
tartir de 1745 toutes les semaines sous un nou- 
ku nom, la Germatoioner ZeiUmg. D'autres 
ernaux se fondèrent à la même époque, de sorte 
la Pensylvanie comptait en 1762 cinq 



Toutes ces publications étaient hebdomadaires. 
Les journaux quotidiens formaient même en- 
^re une rareté au commencement de ce siècle. 



ET l'émigration AtLEMANDEB 173 

Elles étaient écrites en allemanii pensylvanien, 
formé d'éléments souabes et américains. 

Dans les autres États, avant 1840 il n'existait 
encore aucune publication en allemand. Mais 
à cette époque, partout ovi les Allemands se trou- 
vaient réunis en plus ou moins grand nombre, 
commencèrent à paraître des grands ou des petits 
journaux. 

Ainsi, à Louisville, une feuille allemande 
parut pour la première fois en 1841. Son ré- 
dacteur était en même temps typograpbe et 
imprimeur; aussi ce journal ne paraissait-il 
pas à date fixe, mais lorsque son rédacteur- 
typographe-imprimeur était prêt. 

La plupart des journaux de cette époque 
ont disparu les uns après les autres. Parmi les 
grands journaux quotidiens, qui aujourd'buisont 
à la tête de la presse américaine, les plus an- 
ciens sont laNeic-î'orfi-Staatszeitung, fondée 
en 1834, VAnzeiger des Westens, paru pour la 
première fois à Saint-Louis en 1835, et le Cin- 
cinnati Volksblatt, publié en 1836. 

Mais la presse allemande doit son existence 
et son développement actuels h la multitude 
d'hommes de talent que les orages politiques 
des années 1848 et 1849 jetèrentsur lescôtes occi- 
dentales de l'océan Atlantique. Aujourd'hui en- 
core, ce sont des émigrés de ces deux dernières 
années, les Heinzen,Raster, Lexow, Ottendorfer, 
Rittig, Diïnzer, Kellner, ITassanvek, Bernays, 



LES COLONIES 

hichvogeljRapp et d'autrœ, qui sont les princî- 
feux piliers du Journalisme alleraan(i,etia presse 
germaDO-américaine peut concourir aussi liieu 
avecla presse anglo-américaine qu'ayecla presse 
allemande d'Europe. Les Allemands possèdent 
actuellement 447 journaux et publications divei- 
ses, dont soixante-dix paraissent tous les jours. 

Les trois organes quotidiens les plus florissants 
de la presse germano-américaine sont la Neto- 
York-Staalszeîlung , YlllinoU Slaatszeilung, de 
Chicago, et VAnzeiger des Westens, de Saint- 
Louis. 

Le premier de ces journaux se tii-e à GO 000 
exemplaires, et c'est tout au plus si ses annonces 
sont dépassées par celles du grand Neic-Yorh- 
Eerald. Cette feuille anglaise est née la même 
année que l'allemande, et toutes deux ne se sont 
développées que très lentement. Le journal al- 
lemand parut d'abord sous la forme d'une petite 
feuille hebdomadaire, et au bout de huit ans il 
commença à paraître trois fois par semaine ; enûn, 
en 1844, il devint un journal quotidien. En 1883, 
sa rédaction et son impression furent établies 
dans un superbe palais. 

La façade de ce vaste bâtiment, qui s'étend sur 
trois rues, a une longueur totale de 63 mètres sur 
une hauteur de 30 mètres ; elle est du style de la 
Renaissance italienne, et compte quatre étages. 
Les caves et le rez-de-chaussée semblent être 
iaJJlês dans un monolithe de granit gris-bleu du 



ET l'émigration ALLEMANDES 



175 



Massachussetts. Les autres étages, ornés de 
oolonnes, de pilastres, de balcons et de balus- 
trades, sont construits avec le granit plus clair 
que fournissent les carrières de Concord, dansle 
New-Hampshire, et qui ont livré les matériaux 
pour la construction de nombreux monuments à 
Boston et à New-Yorlî. Des statues en bronze de 
Gutenberg et de Franlilin ornent le balcon qui 
s'élève au-dessus du portail principal. Un toit â 
mansardes, et dont la ligne est interrompue par 
des tourelles, couronne le tout. L'étage supérieur 
forme une seule et vaste salle longue de32mÈtres 
etlarge de ICmètreajc'estratelierdetypographie. 
Les machines à vapeur et les deux presses à six 
cylindres sont établies dans des caves qui s'é- 
tendent jusque sous la rue. 

A New-York paraissent en outre cinq jour- 
naux allemands quotidiens, 19 publications heb- 
domadaires, 5 hl-mensuelles et 4 mensuelles. A 
Philadelphie il parait 5 journaux quotidiens, 6 
publications hebdomadaires et une mensuelle, 
et en outre c'est dans cette ville que se trouvent 
les grandes imprimeries de HoITmann et Morwitz 
qui publient, outre le Philadelphia Demohral, 54 
journaux anglais et allemands dont 14 quoti- 
diens, journaux qui paraissent dans diverses 
villes des États-Unis. 

En Pensylvanie, il n'existe que bien peu de 
localités de quelque importance qui ne possèdent 
pas un ou plusieurs journaux alleva^\\àâ. tN. 'ïi. 



ri7(s 



LES COLONIES 



I l'exception de la Caroline du Nord, de l'AlabamaJ 
'. et du Nevada, tous les États ont au moins UQ'J 
[ journal allemand. 

Il existe aussi, depuis un siècle, dos librairieai 
[ allemandes en Amérique. Outre des bibles, dd 
I ouvrages religieux et des livres d'école, eUd 
■ éditent des travaux scientifiques et les œuvra 
I des classiques allemands. En&n, Philadelphi 
f compte plusieurs librairies artistiques appaii 
nant à des Allemands. 



li n'est pas facile de déterminer exactement 1* 
nombre des Allemands établis aux Etats-Un: 
En efi'et, la statistique officielle ne tient compfl 
que des Allemands nés en Allemagne. Le rei 
sèment de ISî^O fixe leur nombre ii 1 996 742 ind 
vidus. Il est d'autant plus difficile de reconnaît^ 
les citoyens américains d'origine allemande qm 
ia plupart d'entre eux ont bonté de leur origin 
et ont anglicisé leurs noms : les Zimmermaqj 
sont devenus des Carpentcr, les Braundes Browfl 
les Liiwenstein des Liwlngstone, etc. 

Pour l'immigration des Allemands dans ] 
Etats-Unis avant 1820, il n'existe que desappiil 
ximations ; mais à partir de cette année Ifl 
tableaux officiels donnent des chiffres exacij 
D'après les travaux de l'Allemand Pùsche, qui | 



ET L'ËUIGRjLTION allemandes 

travaillé pendant vingt ans au bureaii de Statis- 
tûlùe de Washingtou, le nombre des Allemands 
des Ëtats- Unis peut être estimé à plus de 7 mil- 

llODS. 

Il n'existe pas un seul État de l'Union où l'on 
ne rencontre pas d'Allemands : sans doute, ils y 
sont répartis d'une manière très inégale ; dans 
l'État de New-York il y en a 30() à 400 000, 
tandis que dans celui de Verraont on n'en compte 
que quelques centaines. 

La population allemande s'est augmentée d'une 
manière étonnante dans le territoire de Washing- 
ton et dans les États de Dakota, de Colo- 
rado, d'Arizona, de Nebraska, d'Oregon, d'Utah, 
d'Arkansas et de Kansas. Dans le Dakota en 
partîciilier elle apresque quadruplé dans ces der- 
nières années ; cet État est, en effet, particuliè- 
rement favorable à l'agriculture. En somme, au- 
jourd'hui ce sont surtout les Ktats du Nord qui 
attirent les colons allemands ; ce qui s'explique 
par la raison que, dansées derniers temps, les 
immigrants, qui venaient autrefois surtout du 
sud-ouest de l'Allemagne, viennent aujourd'hui 
du nord-est, soit de la Poméranie, de la Prusse 
orientale et de la Posnanie, puis aussi du Sleswig- 
Holstein, du Meklembourg, de l'Oldenbourg, du 
Hanovre et des villes libres de Brème et Ham- 



Mais en Amérique comme dans les autres pays 
;ers, les Allemands se montrent incapables 



LE» COLONIES 

de mainlenîrleur nationalité ; ils se laissent a 
sorber par l'élément anglo-américain. C'est J 
un fait que reconnaissent tous les écrivains e 
m an lis. En outre, leur influence n'est nullemaj 
proportionnée à leur nombre ; aiui;), Lien que f^ 
mant le huitième delà population desEtats-Una 
ils ne sont encore arrivés qu'à envoyer au Cong] 
une douzaine de représentants et un seul si 
alors que d'après leur nombre ils devaient avd 
37 représentants ou députés et neuf sénateurs. 

Les victoires de 1870 et 1871 leur ont donné B 
moment une certaine influence et quelque .coJ 
sidération ; mais depuis lors, de leur aveu,ils q 
reperdu tout le terrain qu'ils avaient j 
aujourd'hui comme avant 1870 le Yankee coaj 
dère l'Allemand comme un être qui lui e 
solument inférieur. Ce mépris de l'Américd 
pour l'Allemand est dû précisément à cette fois 
toujours croissante d'immigrants besogneux ( 
lui envoie l'Allemagne. Ouant aux Alterna^ 
qui sont parvenus à se faire une position e 
ils s'empressent en général de s'américaniser! 
professent un souverain dédain pour les nouveid 
colons arrivés d'Allemagne. Néanmoins, tous q 
Allemands, très prolifiques, auront forcément a 
influence considérable sur le caractère définitif J 
peuple américain, caractère qui ne pourra ô9 
bien déterminé que lorsque la population i 
Etats-Unis par sa densité forcera la grande d 
migration européenne à s'arrêter. 



V 



LES ALLEMANDS DANS L'AMÉRIQUE CENTRALE 



La partie centrale de T Amérique n'a jusqu'à 
ce jour attiré qu'un nombre peu considérable de 
colons allemands, ce qui provient d'un côté du 
climat de ce pays et d'un autre des révolutions 
politiques, des troubles auxquels il a été souvent 
exposé. Le colon allemand proprement dit, soit 
le cultivateur, est donc rare ; par contre, dans 
chaque ville importante le commerce allemand 
est représenté par une ou plusieurs maisons. 

La" plupart des maisons de commerce mexi- 
caines ont pour origine des comptoirs anséa- 
tiques ; leurs maisons-mères sont à Hambourg et 
à Brème. Dans les ports du golfe, elles occupent 
une place importante pour le commerce d'impor- 
tation et d'exportation, et sur les côtes de l'ouest 
presque tout le commerce appartient à des mai- 
sons allemandes. Très importantes aussi sont 
leurs maisons de commerce dans les principales 



ISO 1 

villes de l'iotérieur du pays. En outre, de nom- 
breuses affaires de banque et de commission, des 
fabriques de tissus, des mines et des entreprises 
agricoles sont entre les mains d'Allemands. 

On peut estimer à 1500 individus le nombre 
des Allemands établis au Mexique. A Mexico 
même il existe un club allemand, la Deulsches- 
Zlaus, établi dans les vastes espaces d'un ancien 
couvent avec ses billards, ses cabinets de lecture, 
ses jeux de quilles et sa bibliothèque de huit 
mille volumes. La Société allemande de secours 
possède un capital de 8000 dollars ; en outre, il 
existe des Sociétés allemandes de chant, de gym- 
nastique, et une Société d'équitationqui organia 
toutes les années des courses sur les terrains qufl 
s'étendent devant la ville. 

Le premier essai d'établissement d'une colon] 
agricole eut lieu en 1844, sur la cote de Moskiq 
Il s'était fondé, sous la protection du prïm 
Charles de Prusse et du prince Schonburg-WaJ 
denburg, une Société à laquelle un consortluDD 
anglais avait offert en vente des terrains sur cei 
côtes ; mais cette entreprise échoua entièremantÇ 
et en 1852 la plupart des colons allemands QUîtâ 
tèrent ce pays pour les Etats-Unis 

Les premiers essais de colonisation faits I 
commeocement du siècle sur la côte nord 
l'Aniériiiue du Sud ne réussirent pas mieux qi 
ceux entrepris par la famille Welser sous f 
règne de Charles-Quint, et dont nous avons parf 



ÉMinRATIOJJ AI-LEMANUliS [Hi 

Ce ne fut qu'en 1843 qu'un nouveau flot d'Alle- 
mands se dirigea vers le Venezuela. Sous la di- 
rection du colonel Towar. 347 paysans allemands 
et alsaciens vinrent, après avoir abordé an port 
de Chroroné,occuperdesterressituéesàpeuprè3à 
égale distance de Caracas,Victoria et PuertoMaja. 
Celte tentative de colonisation avait été approu- 
vée par Alexandre de Humbolt,etles terres étaient 
propres à la culture ; mais de mauvaises récoltes 
et des maladies épidéiniques rendirent ses com- 
mencements très difflcilos ; plus tard, la situation 
des colons s'améliora ; etde nouveaux immigrants 
vinrent se joindre à eux. Eû 1881, on comptait 
1171 Allemands dans cette colonie. 

Cependant, les Allemands paraissent êtro in- 
capables de supporter le climat brûlant des cites 
septentrionales de l'Amérique du Sud, et pas plus 
dans le Venezuela que dans le pays voisin de la 
Colombie leurs colonies ne peuvent prospérer : le 
climat des tropiques est trop excitant pour des 
constitutions rendues lympiiatiques par l'usage 
quotidien ou l'abus de la bière. 

Par contre, les établissements allemands de la 
partie méridionale et snr le littoral oriental du 
demi-continent américain ont mieux réussi. Ce 
sont celles du Brésil méridional, de l'Uruguay, 
de la République Argentine, du Paraguay, du 
Chili et du Pérou. 




VI 



LES ALLEMANDS AU BRÉSIL. 



l.a partie septentrionale du Brésil, qui est 
comprise entre les tropiques, ne pouvait pas 
plus que le Venezuela se prêter à une colonisation 
allenuinde, et cependant c'est précisément ce 
pays (jue choisirent les premiers colons alle- 
mands. Kn 1818, ils fondèrent la colonie Léopol- 
dina sur les rives du Peruhypé, dans la partie 
sud de la province de Bahia. La lièvre fit des 
ravages terribles parmi les colons; mais, grâce 
au travail des esclaves, les survivants parvinrent 
enlin à se procurer un certain bien-être. 

A Touost de cette colonie et à 3ÏK> kilomètres de 
la côte, la colonie de Philadelphie à été établie 
sur les rives du Maucury, dans la province de 
Minas Goraes; cest aujourd'hui une gracieuse 
localité do llXK^ habitants, tous d'origine alle- 
mande. Lesol est excellent, les privilèges accordés 
à la Société par action qui a entrepris cette 



ET L'ËMTGH&TIDK ÀLLEMAIJDES 

colonisation sont considérables, et cependant le 
développement de la colonie ne répond mdlement 
à tous ces avantages. 

Sur les longues côtes d'Espirlto Santo, les 
essais de colonisation n'ont pas été précisément 
couronnés de succès. On y rencontre deux colo- 
nies : Santa Izabel et Leopoldina; la première 
a été établie par 38 faniUles venues de la province 
Rhénane, et la seconde pardes Allemands et des 
Italiens. Ni l'une ni l'autre ne jouit d'une grande 
prospérité. 

Les premiers colons de la province de Rio-Ja- 
neiro furent des Suisses français, qui fondèrent au 
aord de la ville de ce nom la colonie de la Nou- 
velle-Fribourg ; cette colonie, qui depuis lors a 
été peuplée en partie d'Allemands, est reliée à la 
capitale par un chemin de fer, et fait avec elle un 
ommerce important de légumes, de volailles et 
( 1 porcs- 

Plus importante est la colonie de Fétropolis, 
qui doit son origine à un ingénieur frangais. 
Celui-ci, chargé par lo gouvernement d'engager 
300Allemandspour construire uneroute,enaineila 
2300, et l'empereur les établit dans ses terres. 
Don Pedro s'y fit construire un palais d'été. Son 
exemple fut suivi par les riches Brésiliens et par 
les ambassadeurs, et ainsi s'éleva une ville de 
plaisance qui en hiver compte 6000 habitants et 
enétéSOlXH). Les Allemands forment environ la 
tttaoïtié de la population stable, et aux environs de 



fiiUB il existe un certain nombre de colonies 
ficoles, peuplées uniquement d'Allemands, et 
l sont espacées dans les vallées de la Moselle, 
t'^assau, de Worms, de la Lahn, du Rheinthal 
bêrieur, moyen et inférieur. Le sol n'est pas 
icisément de qualité supérieure, et cependant 
l'Âllemands savent, comme maraîchers, char- 
iniers et journaliers dans les propriétés voi- 
les, se procurer une existence tolérable. Bien 
1 d'entre eux ont atteint iin grand degré d'ai- 
6ice, ce qui, du restp, est dû surtout à l'absence 
I tout esprit d'économie. 

[a Rio-Janeiro, la capitale, vivent 4000 Alle- 
Ktnds qui occupent une haute position dans le 
Bànd commerce et les métiers artistiques. Leur 
nuire est le club Germania qui possède une très 
e bibliothèque ; ils possèdent en communavec 
I colonie suisse un organe, la /Jmt/sc/ic allge- '■ 
zeitung, rédigé par un Suisse et un \ 
xon. Parmi les librairies, celle des BadoisF. et , 
L Lammortest de beaucoup la plus importante. 
Dans la province de Sâo-Paulo, située plus au , 
!d, les Allemands sont rares. La seule colonie 
Hemande importante se trouve dans les biens du 
^on deSouzaQueiroz, qui a confié la culture d 
) 000 caféiers à C5() ouvriers allemands, 
•"'La province de Parana ne compte que quelques i 
colonies de peu d'importance. Celle d'Assanguy, 
sur les rives de l'Iguape et an pied de la Serra do 
Mar.matgré son sol fertile, ne peut pas prospérer I 



ET L'ftMIfiRATION ALLEMANDKS 185 

par suite de sa situation trop avancée dans Tinté- 
rieur des terres et du manque do bonnes voies de 
communication ; la colonie de Curitilia, situés 
près de la capitale, se trouve dans de meilleures 
conditions. 

Mais les colonies allemandes du Brésil les plus 
prospères sont celles des deux provinces mérî- 
- dionalesde Santa Catharina et de Rio Grande do 
Bul. Leur prospérité en est due au climat 
tempéré de cette région ; dans la province de 
RioGrande do Sul en partîculier,le climat comme 
le sol ne laissent rien à désirer. 

Entre des forêts vierges d'une végétation luxu- 
riante s'étendent des Campas, uniformes, sans 
arbres, mais d'une grande fertilité. Le Brésilien 
d'origine portugaise se consacre rarement à l'agri- 
cnlture, qui se trouve en général entre les mains 
d'Allemands, Ce sont ces florissantes colonies 
agricoles du Brésil méridional qui ont conquis 
au commerce allemand cet important marché. 

Le sud du Brésil ne possède pas, comme le nord 
de ce pays, dans le café un important article 
d'exportation. L'on croyait, dans le principe, que 
cette contrée avait le double désavantage de ne 
plus convenir d'un c&té aux plantes tropicales, 
comme la canne k sucreet le caféier, et d'un autre 
côté d'être impropre à la culture des plantes euro- 
péennes ; c'est pour n'avoir pas reconnu plus tôt 
que les côtes se prêtaient parfaitement à la pre- 
mière de ces cultures, tandis que le pays mon- 



LES COLONIES 

tueux de l'iatérieur était très favorable à la 
seconde, que les colonies allemandes ont été arrê- 
tées dans leur développeraentnatnrel. 

Dona Francisca, dans la provincede Santa Ga- 
tharina, fut fondée en 1849 par une Société decolor . 
nisation de Hambourg. Cette Société fit acquisi- 
tion d'une partie des terres que Dona Francisca, 
la sœur de l'empereur, avait apportées en dot au 1 
prince de Joinville. Plus tard, on acbeta encore 
des terres de l'État. La ville de la colonie, qui sur 
19 000 habitants compte 15 000 Allemands, 
appelée Joinville du nom du prince protectei 

C'est une gracieuse petite ville, composée de i 
maisons à un étage, aux laçades blanchies à la j 
chaux et recouvertes d'ancelles brunes; plusleors J 
sont construites dans le style des chalets s 
Elle s'étend au milieu d'un paysage ou l'on ren- 
contre toutes les plantes du Sud et de l'Europe. 

Joinville a une église catholique et une église 
protestante, des maisons d'école, des asiles pour 
les immigrants. 

On y trouve une loge maçoaaique, des sociétés 
de cbant avec chambres de lecture, des sociétés 
de gymnastique, de tir, de guerre, etc. Les rapports 
sociaux y sont très animés, surtout le dimanche, 
lorsque les habitants des localités voisines, telles 
que Neudorf-Annaburg etPedreira, se rendent à 
la ville. 

S.'io Bento, située dans l'intérieur des terres et 
fondée en iii73, fait partie du municipium de Join- 



ET l'ÊMTGHATION ALLEMANDES 

ville. On y cultive toutes les plantes de l'Europe, 
tandis qu'à JoinTÎUe ce sont les plantes tropicales 
qui dominent. Ces deux localitéssont réunies par 
la chaussée de Dona Francisca, qui doit être pro- 
longée jusqu'à Rio-Negro, une colonie qui a au- 
jourd'hui perdu toute trace de son origine alle- 



Le district de Sâo-Benito compte 4300 habi- 
tants dont un grand nombre de Bavarois et de 
Polonais, tandis que les habitants de Joinville 
sont pour la plupart originaires de Poméranie, de 
Saxe et des pays du Rhin. 

De Joinville au port de Sio Francisco, éloigné 
de 25 kilomètres, le Coxeira forme une voie de 
navigation étroite, tortueuse, mais facile pour les 
petites embarcations, et la colonie possède une 
flottille de lfij)etit3 bâtiments de266tonnes, dont 
un vapeur et plusieurs voiliers à deux mâts. La 
baie de Sâo Francisco est le meilleur mouillage 
de toute la cote comprise entre Santos et la barre 
du Rio Grande. 

Lemunieipium de Joinville comprend une super- 
ficie de 4030 kilomètres carrés et une population 
de 1701)0 habitants. Les Allemands y possèdent 
25000 hectares, dont 18000 ont été mis en culture. 

La colonie de Sâo Francisco a reçu des sub- 
sides considérables de l'État, mais aussi l'agri- 
culture et l'industrie y sont-elles prospères.L'ex- 
portation atteint une valeur de 2300000 francs, 
Ipnt plus d'un million pour le herva maté, ou le 



LES COLONIES 

thé du Paraguay. La préparation du herva maté 
occupe huit moulins. 

Directement au- sud du Sào Francisco, sur la 
rive droite du Itajahy et à GO kilomètres de son 
embouchure dans l'océan Atlantique, se trouve 
la gracieuse localité de Blumenau, appelée ainsi 
d'après son fondateur, le docteur Blumenau de 
Brunswick, qui s'y établit en 1830 avec 17 per- 
sonnes. Celui-ci, disposant de moyens insuffi- 
sants pour faire prospérer la nouvelle colonie, 
dut la céder à l'État, qui dans les années 1860 à 
1879 consacra des sommes considérables, près de 
8 millions de francs, à son développement. 

Cette colonie compte actuellement 15 OOO habi- 
tants, dont 11 000 Allemands ;les autres colons 
sont des Brésiliens, des Tyroliens du sud, et des 
Italiens. Le bourg deBlnmenau.situéau milieu de 
iorôts et de montagnes, est une localité très gra- 
cieuse; ses maisons, parmi lesquelles on remar- 
que quelques beaux bâtiments, sont espacées. 
Larue principale, qui traverse le bourg, est bordée 
de palmiers élancés et de maisons à un étage. 

Si petit qu'il soit, Blumenau possède quelques 
industries importantes, ainsi plusieurs bons a.te- 
liersde lithographie et de photographie, de décou- 
page, des labriques de cigares et dé cigarettes et 
plusieurs brasseries, Blumenau compte aussi 
plusieurs Sociétés, entre autre le Kulturverein. 

Le dimanche, les habitants de la campagne 
^vironnante afiluenldaus le bourg; car la colonie 



ET L'BMI lîHATION ALLEMANDES 18! 

comprend 60 000 hectares, dont environ H 
sont cultivés, et les terrains non encore livi 
& la culture sont en (;ran(ie partie couverts de 
superbes forôts. 

Brsuque, situé an sud-ouest de Blumenau, est I 
aujourd'huipresque exclusivement habité par des I 
Allemands (environ 2000* ;tandis que Doni Pedro, 
situé entre Blumenau et le port d'Itajahy, a une] 
population composée de 1600 Italiens, 3000 Aile- 1 
mands et lOOOO Brésiliens, et Luiz Alves, k 
40 kilomètres d'Itajahy, compte 08 familles ita- 
liennes, 92 brésiliennes et 96 allemandes.il existe | 
aussi quelques familles allemandes dans les | 
colonies de Theresopolis, sur les rives du Cuha- 
tâo, et d'Angelina, sur le Rio Tejucas. 

La province méridionale de Rio Grande do Sul 1 
est travei'sée vers son centre par le 30" degré de I 
latitude méridionale, latitude correspondant al 
celle de la Basse-Egypte. Mais si les plainesj t 
situées sur les bords de la mer, ont encore] 
une température assez élevée, les hauts plateaux J 
jouissent d'un climat absolument tempéré. Pen-j 
dant les mois d'hiver,-il y neige toutes les années^a 

Cette province reçut ses premières colonie^ 
sous If! règne de dom Pedro I. Pour consolider s 
trône, ce souverain fit venir d'Allemagne desl 
mercenaires, avec lesquels arrivèrent aussi del 
nombreuses familles d'agriculteurs. Avec 
derniers on fonda, au nord de Porto Âlegre.la co-j 
lonle de Sâo Leopoldoqui, après avoir lutté coi 



idO i-es coi.oxms 

tre de nombreuses difficultés, devint, grâce à l'ar- 
rivée de nouveaux colons, une ville importante. 
Ses habitants, au nombre de 3000 à 4000, sont en 
majeure partie d'origine allemande ; ce sont des 
négociants ou des artisans. 

Un chemin de fer relie, depuis quelques années, 
cette localité avec le chef-lieu de la province, 
Porto Alegre. Cette ville s'élève sur une langue de 
terre qui s'avance dans la mer, et compte un 
certain nombre de beaux bâtiments, tels que les 
grandes halles et la prison. 8ur 40000 habitants, 
elle compte 4000 Allemands qui occupent de hautes 
positions dans le commerce et la banque. 

Ils ont fonde une quantité de sociétés : le club 
Germania, la 'loge, la société allemande de se- 
cours, la société allemande des malades, des so- 
ciétés de gymnastique, de tir, d'artisans de géo- 
graphie commerciale, etc. En lH83,des Allemands 
et des Brésiliens ont fondé en commun une so- 
ciété d'immigration, dont le but est de venir en 
aide aux immigrés. 

La ville possède un tramway ; avec l'intérieur 
du pays elle est reliée par des chemins de fer et 
des hateauxà vapeur qui remontent le Rio Jacuhy, 
le Rio Sinos, le Cahy et le Rio Taqiiary ; des na- 
vires la mettent en communication par mer avec 
les ports de liio-Grande, Montevideo, Bueno&> 
Ayres, Rio de Janeiro, etc. Enfin Porto Alegre a 
ses écoles, ses librairies et ses journaux alle- 
mands. 



ET I.'6înORjl,TI0ïf ALLEMANDES 1 

Au nord et au nord-ouest de Porto-Alegre s 
tend un pays de montagnes et de forêts dont 1 
uperficie est égale à trois ou quatre départe 
cents français; danscesforèls, lescolouiessuccè 
bent anx colonies, et partout on entend parler a. 
lemand. 

Ici se trouve la colonie de Hamburgerberg 
hivec une population de 3 à 400 habitants, et ai 
feord-est de celle-ci Mundo Novo, avec environ 
Ocolons al]emands,doDt les affaires sontpros 
►ères, et dont le chef-lieu est Taquara (500 habi- 
lants). Directement au nord de Hamburgerberj 
tee trouve la colonie de Nova Petropolis, 

> habitants qui cultivent dans de hautes val 
Bées tous les produits de la zone sous-tropicale. 

Nova Petropolis, ainsi qu'un grand nomhi'i 

F d'autres colonies, fut fondée par les soins dî 

[gouvernement de la province. Celui-ci acquit di 

■rouvernement impérial de grandes étendues d< 

brèts vierges et conclut avec les maisons Cactano 

?into et Holzweissjg et C'- un contrat, en vertu 

iluquel ces derniers s'engagaient à amener 40 00( 

nraigrants allemands. Ainsi furent formées lai 

iolonies de Santa Gruz, Nova Petropolis, Montais 

^Ëme et SàoAngelo. 

\ Santa Cruz, un peu au nord du Rio Pardo, esi 

me localité en majorité allemande, composée di 

[) habitants, qui hahiteut de grandes maisoœ 

nchécs sous des hosquets d'orangers et de j 

s champs fertiles s'ètcndi^nt sur ! 



L 



192 LES COLONIES 

pentes de la montagne, dont l'arête est encore 
couverte de forêts vierges. Montalverne eslaussi 
une localité allemande prospère; Sào Angelo a 
une population plus mêlée ; par contre Germania, 
située au point de départ de la route qui conduit 
au Campo, est presque exclusivement allemande. 
Cette derniiire localité compte 600 habitants. 

Cette jolie petite ville est située sur la rive 
droite du Rio Pardo, dans une large plaine en- 
veloppée de trois côtés par de hautes chaînes 
de montagnes. A l'est, au-delà du fleuve, s'élève 
la croupe abrupte de Riopardense, avec des parois 
perpendiculaires derochershlancset àlaquelle se 
relie lahaute et étroite arôte du Facào, qui se dirige 
Tersle sud-est; au nord, l'horizon est borné parla 
SerradoOrgao,aux formes orlginales.et qui,s'éten- 
dantde l'ouestà l'est, se termine, nonloindu Rio 
Pardo, partrois pointes rocheuses; à l'ouest, s'étend 
la haute chaîne duTrombo d'Anla, ainsi appelée 
parce qu'elle ressemble à un boutoir de tapir; 
enfin, plus au sud-ouest et reliée au Trombo 
d' Anta parune chaîne de hauteur variable, s'élève 
lapins importante montagne delà contrée, l'Au- 
tucurahy, l'extrême avant-mont méridional de la 
Serra Gérai. , 

Citons encore les localités de Taquary etdeTeu- l 
tonia; la première, située sur la rivière du même 
nom, qui est navigable toute l'année pour les ba- 
teaux à vapeur; la seconde, située entre Gahy et 
Taquary, habitas par 2300 AllLemanil?, et entou- 



ET L'ÉMrQnATION ALLEMANDES 193 

rée d'autres petites colonies comme Neu-Berlîn, 

Forqueta, etc. 

Les derniers avijnt-postes à l'est sont formés 
par les petites colonies de Santa Maria da Boca do 
Monte et de Sihiera Martins, où domine l'élé- 
ment italien. 

Séparées de ce groupe de colonies et isolées, on 
rencontre non loin des côtes, du nord au sud, les 
colonies deSào Pedro, Très Forquilhas, S.Felici- 
ciano et S. Lourengo;inaisla dernière, fondée en 
1858 par Jacob Rheingaritz, est peuplée en majo- 
rité d'Allemands, au nombre de 6000 à 7000. Les 
riches propriétaires allemands possèdent un 
millier d'esclaves nègres. 

Les colons allemands du Brésil méridional 
jouissent d'une grande liberté; outre les autori- 
tés de justice et de police aucun employé brési- 
lien n'est eu fonction dans les colonies, et les 
protestants allemands sont assurés de la plus en- 
tière liberté de conscience de la part du gouver- 
nement catholique. Néanmoins, ils n'ont pasl'in- 
Ûuence que devrait leur assurer leur nombre. 
Sur cinquante municipalités de la province de 
Rio Grande, il n'y en a que cinq qui comptent un 
certain nombre de conseillers municipaux d'ori- 
gine allemande. 

Si au Brésil, comme dans les Etats-Unis, les 
colons allemands manquent complètement de 
sentiment national, du moins dans ce premier 
pays ils n'ont pas, comme dans le second, çevdM. ' 



194 LES COLONIES 

l'usage de leur langue maternelle. On compte 
au Brésil 11 journaux allemands. 

La population actuelle de la province de Rio 
Grande do Sul est estimée à 580 000 habitants, et 
celle de Santa Gatherina à 200 000. Dans la pre- 
mière province on compte 90 000, et dans la se- 
conde 60 000 Allemands ; et le nombre total des 
Allemands établis au Brésil est estimé à 210 000 
âmes. 

Au mois d'octobre 1887, la Société d'escompte 
et la Norddeutsche Bank de Hambourg ont dé- 
cidé de fonder à Rio-Janeiro une banque germa- 
no-brésilienne, au capital de 10 millions de 
marks. 



VII 



LES ALLEMANDS DANS L'URUGUAY ET LA RÉPUBLIQUE 

ARGENTINE 



Les États de la Plata ont un caractère sem- 
blable à celui de la partie méridionale de la pro- 
vince de Rio Grande do Sul avec ses pampas 
sans arbres ; ils forment avec cette partie du Bré- 
sil un territoire géographique bien déterminé. 
Les colons ne se heurtent pas ici, comme au Bré- 
sil et dans l'Amérique du Nord, contre les diffi- 
cultés considérables qu'offre le défrichement des 
forêts vierges; dès le premier jour, ils peuvent 
tracer les sillons de leurs charrues. Cependant, il 
existe aussi dans les parties nord de la République 
Argentine de vastes forets peuplées d'essences 
précieuses. Mais l'agriculture rencontre un en- 
nemi redoutable dans les langostas ou sauterelles, 
qui causent de grands ravages dans les champs 
ensemencés. De 1874 à 1881, elles ont fait leur 
funeste apparition toutes les années. 



ri96 



LES COLONIES 



D'après le recensement de ISSli, l'Uruguay 
fccompte 2125 Allemands; pour la République Ar- 
gentine, le consul général du Portugal à Buenos- 
res estimait, pour la môme année, le nombre 
, Allemands à 10 000, tandis que celui des 
Suisses était de 12100. Mais les Allemands ne 
nent point dans ce pays dé colonies com- 
ffpactes, et ils ne tardent pas à perdre leur nationa- 
|lité. 

C'est à Buenos-Ayres que l'élément allemand 
pst le plus fortement représenté ; ou y compte, en 
5>artieulier, de nombreux commerçants. Les Aile- 
•■ mands possèdent dans la capitale de la Répu- 
blique une église protestante, la première qui ait 
été établie dans l'Amérique espagnole. Il existe 
aussi quelques colonies allemandes dans la pro- 
vince de Santa-Fé. A Esperanza, qui compte 
3000 habitants, les Allemands ont des Sociétés de 
secours mutuels, de chant et de gj'mnastique, 
ainsi qu'une Société filiale de la Société centrale 
de Berlinpour la géographie commerciale. La com- 
mune évaugélique d'Esperanza,compte 1300 mem- 
bres, dont 550 Allemands et 750 Suisses. A San 
Carlos,on compte quelques industriels allemands 
et une société de chant. 

Des Allemands du nord et des Danois ont f 
dé, ausudde Buenos-Ayres, la petite colonie de TaJ 
nail. Enfin, une petite colonie florissante et peu; 
plée d'Allemands est celle d'El Cerrito, 



VIIT 



LES ALLEMANDS SUR LES COTES OCCIDENTALES 
DE L'AMÉRIQUE DU SUD 



Ces côtes attirent depuis longtemps les colons 
allemands; mais c'est pourtant vers le Chili que 
ceux-ci se dirigent. Le dernier recensement ac- 
cuse la présence de 4678 Allemands au Chili, et de 
1672 au Pérou. 

Au Chili, les Allemands occupent parmi les 
Européens la première place, et Valparaiso, la 
première ville de commerce de la République, 
compte un nombre considérable de maisons alle- 
mandes. Mais les Allemands sont surtout concen- 
trés dans les provinces de Valdivia et de Llan- 
quihua, et plus particulièrement dans le départe- 
ment d'Osorno, où ils forment la partie la plus 
active et la plus aisée de la population. En 1858, 
2000 colons arrivés de Hambourg, des bords du 
Rhin et de la Forêt Noire, fondèrent une colonie 
qui étendit ses embranchements bien au loin. 



198 LES COLOHIBB 

Les principales villes de la province, telles qni 

Osorno, Ciilbuco et Puerto Mont, ont pris en part 
un caractère allemand, et on y entend presque aui 
si souvent parler l'allemand qiie l'espagnol. Mm 
les Allem^ds sont détestés dans ce pays, et l'a 
redoute que les rapports très tendus qui existeU^ 
entre Chiliens et Allemands ne donnent lieu j 
des complications avec l'empire allemand. 

De tristes souvenirs rappellent aux AUemanâj 
leurs premiers essais de colonisation au Pérou. ' 
entrepreneur de colonisation amena 1100 All(^ 
mands au Pérou en 1802 et les y vendit comme dai 
esclaves aux Hacienderos; les mauvais traite^ 
ments que subirent ces malheureux enfirent rnow 
rir 000 en quinze jours. Néanmoins, les annécq 
suivantes, d'autres colons allemands vinrent s'étaï 
blir dans le Pérou; leur sort ne fut guère plus 
heureux que celui des premiers, Quelques-uns par- 
vinrent à s'établif dans la haute vallée du Pozuzu 
où ils sont arrivés à se procurer une certaine ai- 
sance. Cette colonie compte aujourd'hui 410 ha- 
bitants, dontSriO Allemands. Enfin, dans les villes 
des bords de l'océan Pacifique il existe de nom- 
breuses maisons de commerce allemandes. 

Le Pérou ne compte pas de Journal allemand, 
mais il en paraît un au Chili. 



X 



LES ALLEMANDS EN AUSTRALIE- 



Le nombre des Allemands nés en Europe et 
établis en Australie est, d'après le recencement 
de 1881, de 42 129, dont 11 688 dans le Queens- 
land, 8 798 dans l'Australie méridionale, 8 571 
dans la province de Victoria, 7 521 dans le 
Neusudwales, 4 819 dans la Nouvelle-Zélande et 
782 dans l'île de Tasmanie ; mais le nombre total 
des Allemands de l'Australie peut être estimé 
à plus de 100 000 individus. 

Dernièrement, l'élément allemand s'est renforcé 
dans le Queensland et l'Australie méridionale 
par l'arrivée de nombreux nouveaux immigrants. 

Les premiers colons allemands de l'Australie 
furent des vignerons de Hattenheim, dans la 
Rhingovie,qui en 1887 vinrent avec leurs femmes 
et leurs enfants s'établir dans Neusudwales pour 
y planter des vignes. Mais ce n'était là que 
quelques familles, et la première grande immi- 
gration eut lieu en 1888. 



Les colonies 
Ce t'iil le roi Frédéric-Guillaume III, souveray 
pontife de la religion protestante en Prusse, qiB 
provoqua cette émigration en proclamant l'uniorf 
des Églises luthériennes et réformées. En effas 
de nomlireux Prussiens, s'estimaut lésés dam 
leur liberté de conscience, se décidèrent à cher^ 
cher une nouvelle patrie. Le pasteur Kavel, du vil^ 
lage de Klemzig, dans rUcli;ermarli,passa un con'j 
tratavecla Compagnie de l'Australie méridiooalej 
qui avait acquis d'importants territoires du goo] 
vernement anglais et qui désirait les peupler dâ 
colons. Les Allemands débarqués en AustPaliel 
furent installés dans les propriétés de Georgea 
Fife Angas. 

Depuis, les colons sont devenus propriétaireï 
des terres qu'ils cultivent. D'autres convois d'ini 
migrants se succédèrent plus tard rapidement, 
ainsi furent fondées, au nord et à l'est d'Adélaîds; 
un certain nombre de localités dont plusieurs soni 
peuplées uniquement d'Allemands; leurs nom 
du re3te,trahiBSentleur origine : ce sont HalindorfJ 
Lobethal, Griinthal, Blumberg, Langmeil, etc^ 
Presque tous ces immigrants étaient de simple! 
paysans qui se trouvaient blessés dans leur cons- 
cience par les mesures prises par les autoritéaj 
ecclésiastiques de laPrusse. La révolutionde 1^ 
envoya en Australie toute une autre classe dfi^ 
citoyens, soit des hommes do lettres, de scieact 
et des artisans. 

Les deux principaux centres de l'activité alle^ 



ET l'émiciHatiun allemandes ^01 

mande en Australie sont aujourd'hui le chef-lieu, 
Adélaïde, et la petite ville de Taimnila, au pied 
du Kaiserstuhl de la chaîne montagneuse de Ba- 
fossa. Cette dernière, une localité d'environ 800 
babitauts, est presque exclusivement allemande ; 
ses environs, dans un vaste cercle, sont aussi 
peuplés d'Allemands. Leurs noms, Rosenthal, 
Neu-Mecklemburg, etc., l'architecture des mai- 
S0Q8,les légers chariots à quatre roues qui circu- 
lent sur les routes, tout indique qu'on se trouve 
dans une contrée allemande. 

Tanuuda possède sa société de chant, sa so- 
ciété de tir, comme beaucoup d'autres colonies 
allemandes. 

A Adélaïde, le chef-lieu de la colonie, les Al- 
lemands sont au nombre d'environ ÔÛÛO, et l'on 
compte plusieurs maisons allemandes très im- 
portantes; les premiers magasins de bjouterie 
et d'horlogerie appartiennent à des .allemands, et 
dans divers métiers, ainsi dans celui do boulan- 
ger, les Allemands possèdent une sorte de mo- 
nopole. Il existe aussi dans cette ville entre les 
Allemands une solidarité qu'on chercherait en 
Tain tout ailleurs ; et on rencontre naturellement 
de nombreuses sociétés allemandes de gymnas- 
tique, etc.. 

Un autre centre de la colonisation allemande en 

Australie est, avons-nous dit, le Queensland, ofi 

roncompte26,000Allemands. Lapliipartdecesco- 

.ioBssoiit, commedansTAustralie méridiouale,des 



■^2 LES (■:OLONIES 

agriculteurs; on compte très peu d' Allemand 
ayant acquis de grandes fortunes, mais ( 
lierai ils jouissent d'une situation aisée. A 
bane,le ehef-lieu, rêlément allemand est presque 
excluaiveraent composé d'artisans, ct'anbergisteî 
de négociants et de manouvriers. Les AUemandsj^ 
qui sont surtout concentrés dans le lauliourg dsl 
Kangaroo Pointp, ossèdeiit un journal, !a NorU-^ 
auslraU&che Zeitung; leur principale société esi 
la Germania. Dans les environs de la viile, 
particulier dans le district de Logan, habitent d 
nombreux Allemands qui s'occupent d'agricultnrt 
et, en particulier, de la culture de la canne \ 
sucre. 

Les Darlings Downs, dont le centre est la v 
de Toowoomba, forment un autre centre delà co- 
lonisation allemande dans le Queensland. A Toch-fl 
woomba on rencontre partout des magasins et derf 
maisons de commerce allemandes, et aux envi-* 
rons de cette ville les métairies ou fermes alle- 
mandes se succèdent presque sans interruption.' 
Les habitants allemands de la ville ont auasî-l 
fondé deux écoles, qu'ils entretiennent sans rece-^ 
voir aucun subside de l'État. Les paysans alie-'l 
mands cultivent surtout le froment, le maïs et lalf 
canne à sucre, tandis que d'autres s'occupent d 
la culture des orangers et de la vigne, ce qui et 
surtout le cas dans ïe district de Toowoomba. L^ 
vin que produisent ces vignobles n'est pas précî-l 
sèment de première qualité; néanmoins, on e 



ET l'Émigration allemandes ^03 

trouve facilement uu placement avantageux. Mal- 
gré la rigidité anglaise, lea vignerons allemands 
sont autorisés à ouvrir leurs débits de vin le di- 
mauche, du moins à la campagne. 

Dans le pays voisin du Neusûdwales, les Alle- 
mands sont moins nomLreus; on les rencontre 
surtout dans le chef-lieu et sur les rives du Gla- 
rence, où ils cultivent la canne à sucre, ainsi 
qu'aux environs d'Albury, sur le Murray, dont les 
coteaux sont connus par la qualité de leurs vins. 
A Sydney il existe quelques maisons de com- 
merce allemandes très importantes, ainsi qu'un 
club allemand, une société de géographie com- 
merciale. Sydney est le siège d'un consulat géné- 
ral allemaud, auquel ressortiasent les consuls de 
MeUiouriie, Adélaïde, Brisbane et Hobart. 

Le pays de Victoria fut autrefois très visité 
par les Alleniands ; c'était à l'époque où floriasait 
la cueiilettedel'or. On y comptait alorsaOjOOOAUe- 
loands; mais aujourd'hui leur nombre est réduit 
de plus de moitié, bien que dans ces dix dernières 
années on ait signalé l'arrivée de nombreux co- 
lons qui se rendent dans les districts agricoles du 
8(id-ouo8t. La plupart des Allemands sont éta- 
blis à Melbourne et à Ballaarat. Dans le chef-lieu, 
ces Allemands possèdent de nombreux clubs et 
eociétés de chaut, de gymnastique, qui toutes sont 
très prospères. Néanmoins, au milieu du grand 
nombre des Anglais les Allemands disparais- 
sent et cela d'autaui plus que tous ceux qui 



204 LES COLONIES 

sont parvenus àse faire une position n'ont rien de 
plus empressé que de se faire naturaliser Anglais. 

Du reste, en Australie comme en Amérique, les 
Allemands nés dans la colonie renoncent presque 
tous à leur nationalité, et souvent ne savent même 
plus parler allemand. Le principal appui de l'é- 
lément allemand, du moins dans les campagnes, 
sont les paroisses protestantes. Il existe actuelle- 
ment trois synodes luthériens en Australie : le 
synode de Victoria, le synode Emmanuel et le 
synode d'Australie dans l'Australie du sud. Les 
églises allemandes sont dirigées par 54 pasteurs, 
dontï^6 dans l'Australie dusud,ll dans le Queens- 
land, 10 dans le pays de Victoria, 4 dans la Nou- 
velle-Zélande et 3 dans le Sûdwales. En outre, il 
existe 4 stations de missionnaires. 

Malgré leur nombre, Tinfliience des Allemands 
est très faible en Australie; dans le parlement, ils 
ne comptent que quelques membres (1 à Victoria, 
et 2 dans le Queensland). 



X 



LES ALLEMANDS DANS LES ARCHIPELS DE L'OCÉAN 

PACIFIQUE 



Dans presque tous les groupes d'îles de TOcéa- 
nie on rencontre des colonies ou, du moins, des 
comptoirs de la maison de commerce hambour- 
geoise Jean et César Godefroy. D'autres maisons 
se sont établies dans l'un ou l'autre de ces archi- 
pels, ainsi la maison Hernsheim dans les îles 
Marshall, de Ruge et Ci© dans les îles Salomon. 
La Société commerciale d'Océanie a des comp- 
toirs dans diverses îles, et dans les îles Viti l'élé- 
ment allemand forme une partie importante et 
tous les jours plus considérable de la population; 
aussi un consulat allemand y a-t-il été établi, 
d'autres consulats existent à Jaluit et à Tahiti. 

Le groupe des îles Samoa est le centre du 
commerce allemand dans rOcéanie,car la Société 
qui a remplacé la maison Godefroy a son siège 
dans ces îles, et le consul général d'Allemagne a 

12 



206 LES COLONIES 

sa résidence à Apia, le chef-lieu de cet archipel. 
Mais il ne peut pas y être question d'une colonie al- 
lemande, car une partie des employés sont des 
Anglais et les ouvriers tous des Mélanésiens ou 
des Polynésiens; ce ne sont donc que de simples 
comptoirs. 

Par contre, dans Tîle d'Havaii il existe une petite 
colonie composée de 272 Allemands, fondée en 
1878; dans ces derniers temps, le nombre s'en est 
considérablement augmenté par l'arrivée d'immi- 
grants venus du Hanovre et delà Thuringe et qui 
sont occupés à planter la canne à sucre dans l'île 
de Kanaï. A Honolulu s'est formée une colonie 
composée de 120 commerçants allemands, dont 
plusieurs ont des maisons considérables; on y 
compte, en outre, un certain nombre de planteurs 
et d'artisans. 



XI 



LES ALLEMANDS EN RUSSIE 



a, GÉNÉRALITÉS 

L'établissement des Allemands dans l'empire 
russe actuel comprend deux périodes plus ou 
moins éloignées Tune de l'autre, et diamétrale- 
ment opposées aussi bien par le caractère des 
émigrants que par le mode de colonisation. 
Les premiers arrivèrent la croix dans une main et 
l'épée dans l'autre pour soumettre et convertir un 
peuple barbare et païen et pour fonder une nou- 
velle puissance ; les seconds suivirent le sort des 
seigneurs russes qui les avaient appelés, afin de 
peupler des terrains déserts et stériles et désha- 
bituer l6s tribus nomades, par un constant exem- 
ple mis sous leurs yeux, de la vie d'aventures. 

Les premiers colons se portèrent dans la 
partie de la Russie d'Europe arrosée par la 
mer Baltique, que l'on désigne généralement 
sous le nom de provinces baltiques ; les autres 



LES COLONIES 

ieupèrent les nombreux établissements espacés ] 
T la plaine immense, du golfe de Finlantte jus- 
il'â la mer Noire, et ceux disséminés au delà dU' j 



s uns étaient d'audacieux chevaliers etmarins { 
possèdent encore aujourd'huiles avantages d'une 
niation élevée ; de leur milieu sont sortis, depuis 
lOr soumission au sceptre russe,les premiers di- 
(titaires de l'Empire, dansl'administrationetl'ar- 
îs autres ne se sont pas élevés au-dessus 
Bla position modeste qui leur a été imposée au 
pbiit; mais, par contre, ils ont contribué, dans 
e grande mesure, par leur travail, au dévelop- 
kment de l'empire des Czars. Le nombre des 
alemauds habitant actuellement la Russie d'Eu- 
s' élève à environ un mUlion; et ce chiffre 
hugmente pas seulement parl'escédent des nais- , 
5 sur les décès, mais par une émigration, I 
^oti forte, du moins constante. De 1857 à 1876, 7 
j05 559 Allemands s'y rendirent et 4 043 164 e 
Ftirent; de telle suite que 537390 sujets yre&-3 
ffint. En 1877,36500 Allemands et 23560 Autri- 
Ëens, et parmi ces deruiers beaucoup d'Aile- 1 
Liids, vinrent s'y fiser. L'émigration de quel- 
les milliers de Men onites, se croyant atteints i 
ps leurs convictions religieuses par la contrainte J 
I servir sous les armes, n'eierça qu'une faiJjle j 
{ttuencesur la colonisation allemande en Russie. 
Éïous voyons donc les Allemands parsemés sur ] 
hte l'étendue du grand empire, de la mer Blan- 



ET l'émigration ALLEMANDES 209 

che i la mer Caspienne et à la mei- Noire, des 
frontières prussiennes jusqu'à l'Oural et jusqu'en 
Sîbérie,oû quelques milliers d'entre eux ont émi- 
gré ; et l'on en compte même quelques centaines 
dans les provinces de l'Asie centrale. 

C'est cependant dans les gouvernements de 
Ssamara, Ssratow, Piotkrow, Varsovie, Livadie, 
Kaliscb, ainsi que dans ceux de Gherson, de Cour- 
lande, de Plotz,de St-Pétersbourg et de Volhynie, 
qu'ils se trouvent en plus grand nombre; il n'en 
existe plus qu'un petit nombre en Finlande ; l'élé- 
ment allemand y était, cependant, autrefois assez 
fort. Il n'a pas quitté le pays, mais s'est conlondu 
avec l'élément suédois 



b. LES ALLEMANDS DANS LEd PROVINCES DALTIQOES 

L'élément allemand dans les provinces de 
Livonie et de Courlande est fort d'environ 
120 000 âmes. Il ne forme que 16 0/0 de la popula- 
tion indigène, et comprend la noblesse et la bour- 
geoisie des villes qui ont régné en maître jusqu'au- 
jourd'hui, et qui s'imposent encore aux popula- 
tions natives aussi bien qu'aux immigrés, Russes, 
Polonais, Finlandais, Suédois et Juifs. Ils étaient 
seuls possesseurs de la fortune publique, aussi 
bien que les propagateurs delà civilisation parmi 
les populations grossières qu'ils subjuguaient. 

Quand les Allemands arrivèrent pour la pre- 



LES COLONIES 

|iè|b fois sur les côtes,jusqu'aIors complètement 
itconimes du golfe de Riga, ils étaient des nau- 
s venus implorer l'hospitalité des indigènes, 
ï En 1159, une violente tempête du nord-ouest. 
Était jeté des voyageurs de Brème, en route pour 
fisby. à l'embouchure de la Diina, sur les côtes 
î Livonie, Cette découverte entraîna l'imiuigra- 
^n de nombreux marchands, prêtres et cheva- 
pers, et dès 120^ les fondements de la ville 
eRiga furent jetés. C'est à cette époque que 
Sôvêque Albrecht de Euxhovden créa l'ordre de 
ï Fraternitas militia; Christi », qui contribua 
b l'extension de la domination allemande sur 
foutes les provinces de la Russie occidentale, et 
randa cinq évèchés. Mais déjà l'ennemi menaçait 
â toutes parts, et la lutte commença avec Heval, i 
tndée par Erich, roi de Danemark. Les cheva- 
lliers allemands se virent bientôt forcés d'invo- | 
[tier l'appui de leurs frères prussiens, et les colo- 
res allemandes de Courlande et de Livonie s 
liront sous la protection du grand-maître del 
Ordre, qui résidait à Marienbourg. 
\ Leur prospérité fut très grande sous le gouver^J 
fement de Walther de Plessenberg; mais la Ré-w 
Ibrmation devait amener des changements îu-i 
►estes; quand la puissance du grand-maître fut J 
béantie, Ivan-le-Terrible porta le feu et le fept| 

e pays; des armées suédoises et polom 

firent du Nord et du Sud, et l'empereur Ferdi-'l 

lland I" lui-même, impuissant, ne put répondre à J 



ET L'fiMiaRATION ALLEMANDES 311 

l'appel de ses sujets que par une lettre adressée 
au czar, qui n'eseri;a aucune influence. 

La colonie allemande accepta alors la domi- 
nation de la Pologne, qui soumit la Livonie et 
Courlande, pendant que l'ICstlionie subissait la 
celle du roi Ericii de Suède. Mais un boulever- 
sement pareil ne devait pas donner au pays 
repos d'abord espéré. Les privilèges accordés ne 
furent point respectés; des jésuites fanatiques 
commencèrent leur œuvre de conversion; le droit 
et la propriété furent foulés aux pieds, et il fut 
enfin question de rejeter les émigrants au-delà de 
la mer sur les côtes d'où ils étaient venus. 

Par contre, la domination exercée pendant en- 
viron cent ans par la Suède fut, sous les règnes de 
Charles IX et particulièrement de Gustave-Adol- 
phe, aussi favorable au pays qu'elle lui devint 
nuisible sous ceux de Charles XI et Charles XII, 

Le paysentrelaDùnaetl'Embach redevint bien- 
tôt le champ de bataille des armées aux prises; la 
guerre, pendant près de deux siècles, dévasta de 
nouveau l'immense plaine de Livonie; le paysan 
fut plongé dans la misère et retomba à l'état sau- 
vage; les villes furent incendiées, et les villages 
détruits. Les Allemands de Livonie se défendirent 
avec une certaine bravoure et lorsque toute ré- 
sistance fut brisée, les villes vaincues rendirent 
hommage à Pierre le (.îrand, qui leur enleva tous 
leurs privilèges. Le czar fit preuve, à plus d'une 
occasion, d'une grande liieuveillance vis-à-vis de 



LES COLONIES 

kes nouvemx sujets. Cela ne l'empêcha cepernlantl 

ms de détruire Dorpat, Donrussiflco, et d'amener n 

foutes ces popitlations dans l'intérieur de l'Em- 

foire, comme cela avait eu lieu souvent aux xvi* ' 

fetxvii" siècles. D'autres villes de Livonie subirent 1 

aussi le même sort pondant cette malheureuse''] 

spoque. Les chroniques ne coutiennent que j 

. simple observation que la bourgeoisie aveo.*( 

iTemmes et enfants fut conduite à Moscou : 

bourgeois luttèrent avec mi héroïque courage et 1 

^e firent sauter au milieu des ruines de leur cita 

ïjnand tout espoir fut perdu. 

Lorsque IvanWassiliewitch prit d'assaut lechâ^ 
teaudeWenden,iltrouvaleshabitants,chevalierar 
[vieillards, femmes et enfants, en tout trois cent! 
^personnes, priant à genoux dans une tour minéd 
Henri Boiseman mit le feu aux poudres. Luiseig 
kfut retrouvé vivant, et on l'emporta soua les yeuÉ 
■du czar, qui avait manifesté le désir de le voit 
Le château de Marienbourg, qui s'était défend^ 
'longtemps contre le général Pierre Scheremetiew 
ne contenait que le commandant et deux cheval 
liers; ils jetèrent la mèclie dans les poudres i 
moment où les Russes s'y précipitaient et ens^ 
velirent leurs ennemis sous les ruines. 

Ces trois provinces furent amenées à la plus pro*! 
fonde misère par ces guerres continuelles. Elle^ 
eurent besoin de la coopération active de tous loi 
citoyens pour se relever de leur pauvreté et à 
leur abaissement. Le nouveau gouverneur rnssï 



ET L'ÈMir.BATION ALLF.MANDKS 

répara l'injustice commise par Charles IX en ren- 
dant leurs biens à la noblesse dépossédée ; la jus- 
tice et l'administration furent remises sur l'an- 
cien pied, et les correspondances postales pour 
la première fois établies entre les différentes 
villes; mais Catherine II en 1783 abrogea Tau- 
cienne Constitution eL remit ainsi en question 
Texistence des établissements allemands. La 
Courlande, qui jusqu'alors avait été régie soit par 
la Pologne, soit par la Russie, soit par des chefs 
spéciaux, devint définitivement une province 
russe. Le souvenir de cette cession n'est pas, pour 
la noblesse courlandaise. des plus honorables. 
Lorsque l'impératrice prit possession du pays, 
elle demanda aux ambassadeurs courlandais dans 
quelles conditions ils voulaient traiter. Comme 
il lui fut répondu qu'ils se soumettaient sans 
conditions, Catherine, qui était la fiUe d'un prince 
allemand, jeta un regard de profond mépris à ces 
Allemands dégénérés. 

Cependant la noblesse courlandaise était par- 
ticulièrement fière de son origine allemande. 
Pendant que les Livoniens ne comptaient dans le 
court espace de 1700 à 1757 pas moins de vingt- 
trois maréchaux, dis généraux en chef, vingt-sept 
lieutenants généraux, trente-quatre majors géné- 
raux et cinquante-trois majors qui servaient par- 
ticulièrement dans l'armée russe , mais aussi, 
comme Loudon, dans l'armée autrichienne et 
d'autres, les Ccurlandats éloignaient leurs fils 



LES COLOKI^ 

I des régiments de Pétersbourg et ne se sonciaie^.! 

r pas d'ajouter à leuv blason des décoratiotlâj 

^' russes. 'jÊ 

Ce que Catherine II leur avait enlevé à tortjl 

f Paul, qui haïssait sa mère et ses institutions, I&1 

I rendit en 1796 aux Esthoniens et aux LivonienSi* 

. Et Alexandre 1", en 1802, leur accorda de nourri 

' Teau le rétablissement de l'Université deDorpat. 

Avec le réveil de la science allemande commença 

la nouvelle époque de l'histoire des provinces 

baltiques. 

Jusqu'alors, l'éducation académique n'était ré- 
servée qu'à une certaine classe: les petits proprié- 
taires des provincesde l'Est devaient se contentafj 
de l'école primaire et du lycée de Riga. La nô*^ 
blesse riche, les magistrats et marchands etf 
voyaient leurs fils à Konigsberg, léna et Gôttîn 
gue,etlà encore le souvenir de la blonde jeuneM" 
du Nord ne s'est pas encore effacé. Beaucod 
d'entre ces jeunes gens,quiavaient passé plusieiij 
années dans ces villes universitaires, retournèrej 
dans leur patrie nouvelle et se vouèrent à| 
médecine, au droit ou au sacerdoce. 

Le contact avec la mère-patrie était de cette i 
çon toujours entretenu, quoique aux dépensa 
l'Université elle-même. Le premier acte 
portant de la jeune Université fut sa rupture aTil 
la Chevalerie, avec le concours de laquelle e 
avait été fondée. A la suite d'une demande fa| 
au nouvel empereur au commencement 



ÉMIGHAION" ALLEMANDES 

première année, l'Université livonienne fat défi- 
nitivement dégagée de la tutelle du gouvernement 
livonien et soumise directement au ministre de 
rinsiruction publique. 

A peu d'exceptions prèsjles chaires de l'Univer- 
sité étaient occupées par des professeurs alle- 
mands, etTeaprit allemand seul y régnait. Etc'est 
JL cet esprit qu'est dû la haute estime dont elle 
jouissait dans toute la Russie. De môme que la 
noblesse du pays donnait à Tarmée russe des géné- 
raux, au gouvernement des hommes d'État, de 
g.rsn(ls spécidateurs et desnégociants aux centres 
commerciaux,rUniversité(ie Dorpat était une pé- 
pinière de savants, théoriciens ou praticiens; on 
put voir bientôt dans chaque ville de Russie un 
médecin de la faculté de Dorpat. Des professeurs 
et éducateurs trouvaient des places dans les mai- 
sons particulières ou dans les institutions publi- 
ques. Les Universités russes y cherchèrent leurs 
professeurs. 

Aussi longtemps qu'Alexandre l" fut sur le 
trône, Dorpat conserva intact son caractère alle- 
mand. Il n'en fut pas de même sous son succes- 
seur Nicolas ; tous les efforts tendirent à trans- 
former l'institution allemande en une académie 
russe. Et lorsque les délégués de la noblesse livo- 
nienne se rendirent au palais d'hiver à St-Peters- 
bourg pour obtenir que l'on mit un lerme à 
cette violente russification, le czar termina la 
réponse par ces mots: s Les provinces appar- 



31G LES COLONIES 

tiennent 'lepuis 150 ans à i'empire et sont con- 1 
séquemment russes. Je vous promets pour moi etJ 
mes successeurs le respect de vos droits. Maisî] 
nepeut être question de l'ingérence allemande. : 

Le gouvernement, dans cette lutte contre le^ 
intérêts allemands, fut soutenu par des profes- ^ 
seurs allemands eux-mêmes. L'appui des Russes J 
naturellement ne leur manqua pas; toutvoyaj 
d'un Russe à l'étranger, de 18 jusqu'à 35 ans, 
interdit. La fréquentation des Universités &\lA 
mandes iui défendue aux sujets russes, et de|j 
études complètes dans une Université du pay?^ 
furent exTgées pour le service de l'État. Aucun! 
étudiant ne pouvait fréquenter l'Université de! 
Dorpat s'il n'avait pas prouvé par examen la par- 1 
faite connaissance de la langue russe. 

Ce n'est qu'à la mort d'Alexandre !•' que le I 
gouvernement d'Alexandre II fit reluire de plus- 1 
ieaux jours pour l'Université. Les anciennes I 
libertés furent rétablies; l'uniforme ordonné par i 
Nioolas fut supprimé. Elle reprit son influence à .( 
l'extérieur et redevint la gardienne de réducatio4 
et de la science protestante allemandes. 

Cette ère nouvelle prit fin à la mort tragi^d 
de ce protecteur. Sous Alexandre III, un para 
favorisé par son ministre lynatieffse forma pooj 
russilier de nouveau l'Université de Dorpat st"! 
détruire ses aspirations allemandes. L'enseigne- 
ment doit s'y donner aujourd'hui en langue russe-T 

Les seUinfitr.' allemands. ~ La haine prO'j 



^^^^^^^l^^ïfflBjRA'nON ALLEMANDES 317 

fonde des populations indigènes contre les con- 
quérants u'est pas imméritée; aussi longtemps 
que le servage ne fut pas aboli, le sort de ces pre- 
miers fut des plus tristes. 

Tout le pays, les villes et les environs excepté?*, 
était divisé en petites seigneuries. On en comp- 
tait jusqu'à 3500; chacune d'elles mesurait3/;i 
de lieue carrée et comptait environ une popula- 
tion de 50O âmes. Quelques-unes avaient jusqu'à 
500 métairies et 10 000 habitants. L'organisation 
de ces seigneuries était dans les trois pays à peu 
■près la ffl&me. 

La noblesse des provinces de la Baltique a con- 
servé, malgré les phases diverses de l'histoire du 
pays, la pureté de sa race, par la raison qu'elle a 
conservé jusqu'à nos jours le droit qui lui avait 
été concédé de refuser môme aux princes et aux 
comtes de l'empire leur admission dans l'ordre 
de la chevalerie, ou plutôt « l'indigénat ». 

Cependant quelques commerçants, avocats ou 
bourgeois, y furent admis. Quelques familles sué- 
doises bénéficièrent aussi de cet honnenr. Autant 
la chevalerie évitait l'immixtion d'éléments étran^ 
gers, autant elle était favorable à l'admission des 
familles allemandes. Presque tous les pays de 
l'Allemagne y trouvent leurs noms célèbres. Mais 
la plupart d'entre eux proviennent de la West- 
phalie, de la Basse-Saxe ou de la Poméranic. 

Les Allemands actuels, daus ces trois pro- 
vinces, quoique de même origine, sont faciles à 

13 



J18 LES COLOKlEa 

lîstiDguer les uns des autres. Les rapports entr^ 
Provinces se sont même tendus au point qu'il ent 
ïst résulté une sorte de haine de pays à pays..] 
Beaucoup de particularités dans la langue, 

s et les habitudes desEathoniens et i 
^etbes sont passées chez les Allemands. Les' 
ipoiirlandais sont considérés comme les plus 
antelligentSj les Livoniens comme les gens les 
gaieux élevés, et les Esthoniens comme des hom- 
mes de race guerrière. On pourrait citer beaucoup 
rd'eiemples de la vie politique russe à l'appui de 
cette assertion. 

Les bourgeois allemands des provinces de 1% 
Baltique ressemblent dans leurs traits généraux» 
d'une manière frappante à ceux d'Allemagne. Ils;! 
leur sont supérieurs an point de vue des raœtira^ 
et de l'éducation, mais non à celui des connais- 
sances, du talent et de la fermeté de caractère. 

La bureaucratie se recruta dès le début parmU 
la noblesse; car, quoique les navigateurs et h 
commerçants aient découvert le pays et s'y soienM 
établis les premiers, les chevaliers et les prètresl 
lurent bientôt les maîtres de toutes ces posses-J 
sions. L'Église perdit, il est vrai, sa domination! 
par l'avènement du protestantisme, et le sacer-! 
doce fut bientôt placé dans une situation dépen-B 
dante. Les prêtres avec les avocats, les profes-T 
seurs et les médecins, jouirent cependant toujours! 
d'une position élevée et, comme l'aiistoeratie , 
furent libérés des impôts, des contributions per- 



"VlGRATION ALLEMANDES 219 

sonnelles et du service militaire. Tous les hommes 
de lettres sont Allemands, comme cela a toujours 
été, et ce n'est qu'aujourd'hui que le gouverne- 
ment russe a iatroduit l'élément slave dans cette 
société éminemment allemande. 

De même que la noblesse, les bourgeois sont 
originaires des diverses parties de l'Allemagne; 
des commerçants arrivés de Lûbeck, Hambourg, 
Dantzig, possèdent, de concert avec quelques 
Anglais, le commerce maritime; le petit com- 
merce se partage entre les Juifs et les Russes. 
Tous les travaux d'art et la confection des articles 
de luxe sont entre les mains des Allemands; ce- 
pendant les indigènes germanisés sont arrivés à 
occuper les métiers les plus faciles, tels que ceux 
des tailleurs, cordonniers, menuisiers, etc. Les 
seigneurs allemands ont sans doute cherché à 
empêcher les Livoniens et les Esthoniens de 
s'occuper d'autres travaux que de ceux de l'agri- 
culture ; mais comme ces derniers ont su se 
procurer la liberté industrielle, un nom et une 
éducation allemande, beaucoup d'entre eux ont 
su s'immiscer dans d'autres classes de la société. 
Ces indigènes germanisés, que l'on rencontre en 
grand nombre dans les villes comme Riga, Mitau, 
Dorpat, Reval, etc., sont désignés sous le nom do 
Demi-Allemands. 



Les provinces russes de l'Ouest ne possèdent 
que quatre villes importantes : Riga, Reval, Mitau 
et Dorpat. 

Riga est la plus 7161116, la plus riche et, au point 
de vue politique, la plus indépendante des villes 
des trois provinces. Son origine date de la pre- 
mière découverte du pays par des marchands de 
Brème. Elle ne l'ait, cependant, pas l'effet d'une 
si ancienne ville et n'eut jamais la puissance des 
autres grandes villes hanséatiques; la cause en 
est aux événements : le feu, l'eau, la guerre 
l'ont éprouvée à diverses époques ; et c'est à 
peine si l'on voit aujourd'hui quelques maisons 
qui rappellent l'époque d'avant Luther. 

Riga est divisée en deux parties différentes, 
tant au point de vue Je la construction qu'à celui 
de ses habitants : l'ancien noyau, autrefois forti- 
fié, et la ville moderne, construite en style russe. 
Entre deux se trouvaient les anciens remparts 
qui furent rasés il y a peu d'années et qid ont été 
transformés en promenades. Le quartier principal 
de la ville est resserré, ses rues sont étroites et 
tortueuses, ses maisons construites en vieux 
style allemand et llanquées de tourelles. 

Lechûtoau, autrefois la résidence du Maître de 
l'Ordre de Livonie, sert aujourd'hui d'habitation 
au gouverneur général des provinces de la Bal- 



ET r.'ÉMIGRATIOK ALLEMANDES 



321 



lie. Non loin de là s' élève ia statue que la ville a 
ïée à l'empereur Alexandre I". 

Sur la seconde placedela ville sont construites 
des brasseries en style gothique, un nouveau 
théittre allemand, une Bourse superbe, eten face 
un monument de l'époque de la splendeur de 
Riga : « la maison des tètes noires ». Il existait 
aussi autrefois des corporations d'armes à Vol- 
mar, Dorpat, Reval et Narva, elles ont disparu 
aujourd'hui de toutes ces villes; et il n'en existe 
plus qu'à Riga et Reval. Mais là, aussi, ces so- 
ciétés ont perdu complètement leur importan- 
ce et leur signitication primitive ; elles ont dégénéré 
en clubs de célibataires et de gens riches, dont 
les membres doivent se retirer dès qu'ils sont 
mariés. La société la plus importante de Riga 
est la « Muse b, où se réunissent les plus grands 
négociants. Il s'y est fondé dans les dernières 
années des sociétés de gymnastique, de chant et 
d'éducation ouvrière, qui se sont maintenues et 
qui out trouvé des imitateurs à Reval et Win- 
dau. 

Entre l'ancienne et la nouvelle ville se trouve 
un jardin, construit par Pierre le Grand, et dont 
Alexandre I" fit présent à la ville. 

Riga est entouré de faubourgs, au-delà desquels 
se trouvent les habitations d'été ; et ce ne sontpas 
seulement les classes riches et élevées qui se 
paient le luxe de deux appartements. On rie ren- 
contre là presque que des Allemands. Des mai- 



LBS COLONIES 

a campagne, avec le luxe do Siiint-PéLers- 
feurg, se sont aussi édUiées. 
fcOn célèbre encore dans cette ville deux gran- 
ns fêtes, dont l'une remonte à l'époque alle- 
mande et l'autre à l'époque païenne, mais qui est 
lise en accord avec l'Eglise nouvelle. 
iLa fête de la Disette doit son institution à la 
lierre suédo-polonaise.Une multitude d'hommes 
5 armées disséminées s'enfuirent à Riga. Il en 
riva tellement que l'on dut construire deshara- 
Ëemenls en dehors de la ville, La misère prit 
Bêntôt un caractère terrible, jusqu'à ce que 
fin des vaisseaux chargés, arrivés de Kœnigs- 
îTg et de Lfiheck, vinrent y mettre fin. En 
Ipuvenir de ces secours, la fête est célébrée 
r la place même où se trouvaient les refuges de 
i malheureux. On dresse, aux frais de la ville, 
nmense table, et chacun peut s'en appro- 

Le même jour a lieu aussi la fête delà béiiédic- 
^n des fruits. 

La fête de la Disette a lieu au mois d'août ; la 
I populaire, celle des Fleurs, si célèbre à la 
ejuin, en l'honneur delà déesse de la joie, 
% printemps et des fleurs , 

l^iga possède autour de la ville un Immense 1 
wrritoire ; elle est le plus riche propriétaire de f 
Livonie. Elle forme une sorte d'État à part, à 
côté du pouvoir civil russe et, lors du couronne- 
taent des empereurs, tandis que lo reste du pays 



^ El l'ëmiqbation allkmakdes S33V 

Bst représenté par le gouverneur, Riga envoie à I 
■■Moscou ses propres députés et son bourgmestre. 1 
La forme municipale de cette ville est encore 
une (le ses particularités. Toute la bourgeoisie 
est divisée en trois classes. Elle compte, d'après 
le dernier dénombrement, 168 844 habitants, dont 
presque la moitié d'Allemands, soit autant que 
dans tout le reste du pays; c'est pourquoi Riga 
fut toujours la sentinelle avancée de l'élément 
protestant et allemand. i 

La presse allemande des provinces baltiques J 
s'efforce, du reste, de défendre l'élément aile- a 
mand contre les attaques du journalisme russe. 1 
Seulement, cette lutte devient de plus en plus ' 
difficile depuis que la Russie protège les popula- 
tions indigènes contre la tyrannie des seigneurs 
allemands. 

Mitau, qui n'en est éloignée que de quelques 
lieues, offre un contraste frappant avec la ville de 
Riga. Là, dehautes maisons gothiques etdesruea 
étroites ; ici des rues régulières, aux malsons 
basses et fréquemment construites en bois. Au- 
cun monument public ne porte le sceau d'une 
grandeur passée. Entre le fleuve et le marché se 
trouve le siège principal des propriétés de la no- 
blesse du pays. Beuncoup de familles courlandai-» 
ses possèdent une maison en ville, où elles vien- 
nent passer quelques semaines, dans l'année. I 
Les habitants de Mitau, au nombre d'environ I 
3B600,aont,il est vrai, en grande partieAllemands; I 



EUS on y compte un nombre assez considérable 

■ Russes. Le commerce est essentiellement 

^ïre les mains des Juifs, Le nombre des bour- 

1 allemands diminue, toutefois, ies artisans 

^Jea artistes de Mitau quittant cette ville en 

ï grand nombre pour aller s'établir A Riga, 

Stersbourg, Moscou et dans d'autres grandes 

3 d'y chercher une position fixe. 
Mitau possédait autrefois une excellente école 
lemande, un gymnase, avec une bibliothèque 
k S5000 volumes. Cette institution, fondée par le 
i Courlande et richement dotée, comptait 
jÈme une chaire de droit et de philosophie; mais 
e perdit cette situation lorsciue Nicolas mit à sa 
Ile un directeur national russe. C'est à ce dernier 
;' appartint dès lors l'enseignement de la littê- 
tture allemande. 

I^Les nombreuses autres villes de Courlande ne 
assirent jamais à fonder une bourgeoisie pai-ti- J 

îs Juifs qui les débordent les en empê- 
trent. Libau seul fit exception. Jusqu'en 1854, 1 
était restée une ville morte; mais elle I 
ffist considérablement développée depuis qu'uni 
^emin de fer la relie aux provinces occiden-l 
1 de la Russie et est devenue une concur-f 
fente sérieuse pour des ports prussiens de lai 
Baltique. La population, forte en 1874 del 
^000 habitants ;i peine, s'est élevée en 1 

noo. 

Kli' architecture des anciens quarïiers de LibadJ 



ET l'émigration allemandes 925 

est la mÈme que celle de Mitaii et des autres villes 
allemandes de l'Est. Le matériel de construction 
est le bois, les parois sont minces; les maisons 
longues et basses apparaissent très simples à l'ex- 
térieur et sont cependant agréables et bien distri- 
buées. Elles ontgénéralementun seul étage, etsont 
entourées de grandes cours ; tout à rinlérieury 
est propre et clair. 

Le port de Liban, à l'embouchure étroite d'une 
petite rivière, est absolument instable à cause 
desbaucs de sable mouvants qui s'y forment; il 
jouit cependant de l'avantage, comme il se trouve 
le plus au sud, d'être le premier utilisé au prin- 
temps. C'est là que jette l'ancre le premier vais- 
seau de Messine, dont le chargement de fruits 
du Midi prend rapidement le chemin de la capi- 
tale. 

Le point central du germanisme devrait être, en ' 
réalité, Dorpat; mais nous avons vu comment son 
université allemande fut frappée par Nicolas et, 
après l'avènement d'Alexandre III, par Ignatieff 
en vertu d'une rigoureuse russification. 

La ville de Dorpat, qui compte environ 00 000 
habitants, est encore allemande, il est vrai. Elle 
n'est pas très différente de Mitau, comme cons- 
truction; mais elle paraît encore plus fraîche, 
plus claire et plus animée. La ville actuelle est de ' 
construction moderne ; il ne reste du Dorpat des 
XIV""' et XV'"' siècles que les belles ruines du 
donjon, sur une petite élévation et non loin de 



J.KS COLONIES 

Kmbach. Ses colonnes, encore deljout, reprê- 

mtent seules l'architecture gothique, 

Bur un plateau élevé se trouvent les bâtiments 

6 l'Université, séparés les uns des autres par des 

l'Université compte parmi les construc- 

ferns les plus importantes de la ville; viennent 

psuite l'hôtel de ville, le palais de justice, les 

Incipaux magasins, le bazar, etc. De chaque 

[Eté de la rive du fleuve s'élèvent de gracieuses 

lisons particulières, qui sont, comme à Mitau, 

jirésidence d'hiver de la noblesse courlandaise. i 

[Plus au nord, sur les côtes rocheuses du golfe | 

i Finlande, se dresse l'antique Reval, qui doit 

), fondation aux Danois. La civilisation moderne 

t frayé difficilement un chemin sur cette côte 

alignée. Reval se divise en deux parties bien 

llstinctes : la ville basse, et la ville haute ou « le 

, Dans cette seconde partie se trouve le 

ifiteau, avec larésidence du gouverneur, le palais 

1 commandant, le gymnase des nobles, enfin, le 

PBurg s, où la noblesse eslhonienne vient passer 

; mois d'hiver. De là des rues en pente, dont 

seule est carrossable, conduisent à l'autre 

feint delà ville. Ici, onrencontre des maisons aux 

purelles élevées; des rues irrégulières et angu- 

, l'ancien hôtel de ville, deux couvents 

lansformés eu écoles, six belles églises,de3 bâti- 

e corporations avec des trophées russes ou 

^édois surmontant les portes: tout cela donne à 

B de la gravité, et un cachet moyen â 



ET I.'EMIORATIOM ALr.EMANHEa 

I La constitution de la ville est la même qu'à 
seulement, l'élément aristocratiiiue y eal 
Encore plus fortement accentué. 

Le noyau de la population de Reval (en 1883, 
859 habitants) est, comme à Dorpat et à Riga, 
inoore complètement allemand ; cependant, le: 
feombre des ouvriers et des marchands russes est 
considérable. £t à la saison des bains, plusieurs 
milliers de Russes s'y réunissent; la ville présente 
alors le caractère d'une grande station balnéain 
busse. 

■ Avant d'arriver à la fin de notre excursion dans 
Kes provinces de l'Ouest, la question de l'aveniF 
Bu germanisme baltique s'impose. Sera-t-il assez 
Rmissant pour résister aux attaques qu'on livre 
B sou exist8uce,ou sombrera-t-il dans la tempête? 

■ Il n'est pas probable qu'il puisse se maintenir. 
Bar il est en réalité très faible relativement à 1% 
bopulation indigène, et c'est à tort que quelque» 
fcnteurs ont donné le nom de provinces alle- 
Epandes aux provinces haltiques de la Russie. 
Kes Allemands n'y constituent que la noblesse et 
Kne partie de la population des villes, et encore, 
Krés de la moitié des citadins qui parlent alle- 
Kçtand sont-ils de race sémitique, suit des Juifs 
Kllemanâs. On ne saurait du reste trop encoura^ 
■er le gouvernement russe à persévérer dans Ift 
Kgne de conduite qu'il s'est tracée, soit à protéger' 
Bas Esthes et les Lettes contre les exactions deï 
Seigneurs allemands; il faut avoir habité comme 



LES COLONIES 

nous ce pays pour se faire nue idée de la raamère 
révoltante avec laquelle les seigneurs allemands 
traitent la population rurale : nous avons vu de 
nos propres yeux, pendant que nous étions à 
Âpsal, un noble allemand tirer avec son fusil de 
chasse sur un paysan qui ramassait des pommes 
sous un arbre du verger seigneurial. Sans l'inter- 
vention énergique du gouverneur russe, le pay- 
san des provinces baltiques serait encore aussi 
malheureux que l'ancien serf polonais. D'un 
autre côté, en présence des covoitisea de l'Alle- 
magne, il était du devoir de la Russie d'imposer 
le russe comme seule langue officielle, comme 
seule langue dans laquelle puisse se donner l'en- 
seignement supérieur. 

La partie du gouvernement de Saint-Péters- 
bourg que les conquérants suédois appelèrent le 
pays d'Ingermann fut longtemps placée, comme 
les provinces de l'Est, sous la domination alle- 
mande. Mais, après sa conquête par Pierre le 
Grand, elle fut soumise à l'influence russe bien 
plus que les autres provinces de rOuest,et le czar 
exerça une telle pression sur ce pays qu'il est 
aujourd'hui beaucoup plus russifié que les autres. 
Il y a, cependant, parmi sa population, tellement 
de petits éléments divers que l'on peut considérer 
ce gouvernement comme un membre intermé- 
diaire entre les provinces fiulaudo-allemandes 
et la province voisine, si absolument russifiée, 
de Nowgorod. C'est déjà h Narva, située à la 



ET L'ÉMKiRATlOK ALLEMANDES 239 

frotitiiire, que cette différence se manifeste, et 
cependant cette ville est encore allemande. Quoi- 
qu'elle ait été fondée par le roi Wakiemar II de 
Danemark, elle fut peuplée presque exclusive- 
ment d'Allemands. Elle avait sa constitution 
et jouissait des mêmes privilèges que Riga et 
Reval. Narva a eu les mêmes seigneura que 
l'Esthonie, à laquelle elle appartient encore; mais 
comme ville frontière, elle a dû subir aussi de 
nombreuses luttes contre la Russie. Depuis que 
Pierre le Grand l'a conquise, après une héroïque 
défense, elle a joui du repos, mais a complè- 
tement perdu son importance. Son caractère est 
cependant encore allemand, de môme que la 
moitié de sa population. Les Allemands en ha- 
bitent les vieux quartiers , situés sur la rive 
gauche de la Narowa, où se trouvait autrefois une 
forteresse. La population russe demeure sur la 
rive droite. Go n'est qu'avec peine que ce qui reste 
du palriciat allemand y lutte contre la pression 
venant de l'Est. 

L'étroit golfe de Finlande ne pouvait entière- 
ment séparer les colons allemands de ses eûtes 
méridionales de leurs voisins suédois du Nord. 
Dès les premiers temps, desAllemands de Reval 
et de Narva vinrent s'établir dans les ports fin- 
landais de Wiborg, Fredriksham, etc. ; ils se 
confondirent avec la population suédoise, mais 
conservèrent toutefois l'usage de la liingue alle- 
mande. 



330 LES R0L0SIE8 

Lors (le la fondation de PétorsLourg, de nona 
breux AJlemands vinrent s'établir dans cet! 
vilie, et après y avoir fait fortune, ils achetèrsM 
des terres dans la Finlande orientale et vinred 
ainsi y renforcer l'élément allemand : tout le pajj 
compris entre Wiborg, Kexholm et Pétersboiiq 
devint la propriété de familles allemai 
Wiborg et dans d'autres localités, on constriiiBl 
des églises allemandes. 

La germanisation de la Finlande continua \ 
faire des progrès jusqu'en 1811. Mais, à cet^3 
époque, la Finlande suédoise fut réunie à la Fin-s; 
lande orientale ou russe. Le gouvernement rusai 
pour s'assiu'er les sympathies des Finlandaq 
d'origine suédoise,leiir sacrifia entièrement l'é 
ment allemand. Les Allemands de Wiborg dd 
rent abandonner l'Université de Dorpat, poti 
fréquenter les Universités suédoises d'Abo i 
d'Heisingfors; les collèges allemands de la Fïd 
lande durent se fermer les uns après les autrea 
aussi les Allemands furent en peu de temps t 
tièrement dénationalisés et, d'après le dernier r j 
censément, il n'existerait plus un seul Aliema: 
dans la Finlande. 

LES GOUVERNEMENTS 



Les Allemands vinrent, avons-nous dii 
grand nombre s'Olablir ■À ÇétecRliourg, et danfl 



ET l'èmighatiox a.li.em.\ndes 2^A 

^ environs de celte ville , dès sa fondation, 
compte aujourd'hui environ G0 0("IO.UIe- 
,a à Pétersbourg, où ils sont concentrés dans 
SlfnartierdeWassili-Ostrow. Un certain nombre 
filtre eux occupent des positions iionorables; 
is, dans leur ensemble, ils forment la partie la 
hfl dangereuse delà population de la capitale. 
(âdens, un Allemand cependant, s'exprime 
pme il suit au sujet de ses compatriotes:* Les 
8 allemands dominent sur ies listes des pri- 
, ils sont absolument prépondérants dans 
Stagnes, et d'un autre côté les Allemands four-- 
^mssent le plus nombreux personnel à la police 
secrète. » Il aurait pu ajouter que les maisons de 
joie sont peuplées d' Allemandes, et que les trois 
quarts des filles en carte, appelées par le peuple 
Niemetschkae (les Teutones), sont d'origine alle- 
mande. 

Néanmoins, l'influence des Allemands est en- 
core considérable à Pétersbourg, où ils possè- 
dent plusieurs journaux et un certain nombre 
d'églises, de collèges et de pensionnats déjeunes 
gens. 

Sous le règne de Catherine II, un courant de 
colons allemands fut dirigé vers les campagnes de 
la Russie. 

Ainsi se forma à l'est de Pétersbourg, sur la 
rive droite de la Newa, la localité de New Ssara- 
towka, appelée habituellement « la colonie des 
soixante », parce qu'elle fut tonûfeeçKt 's.oviSixîvR. 



LES COLONIES 

^milles brandebourgeoisesetwurteinbergeoîsea;i 
insi fut aussi fondé Zarskoje-Zelo, à côté dxi pa- J 
fais de Ssrednjaja Rogatka, ou o la colonie ileal 
itingt-deux v et, à l'ouest de celle-ci, c la colonleJ 
3 vingt-huit ». Ces trois colonies furent créées, ' 
E»D 170^, avec des protestants allemands. 

; années suivantes , soixante-sept familles 
featholiques, parties de Souabe,de Hesse-Darms- 
^dt et de Prusse, vinrent s'établir près delà 
j^etite ville de Samburg, où elles fondèrent trois | 
tbcalitéa: Luz Kaja, PorchnwetFrankfurth.Maisj 
[ôurs cultures ne prospérèrent point et ils durent J 
&n se décider à quitter ces lieux pour se reo-a 
dans le gouvernement de Jeltaterinoslaw. f 
tflurs localités abandonnées furent occupées paiA 
tes colons protestants, qui réussirent, paraît-il J 
(aïeux. 

D'autres localités allemandes furent établieid 
3 cette même contrée sous le règne d'Âlexan- 
1". Toute une série de petits villages furent 
fëndés, soit sur les biens particuliers de l'Empe-J 
Wur, soit sur ceux de la couronne ; les plus im-^ 
portants furent Friedenthal etKronstadt. LaderJ 
iière localité fut fondée, en 1805, par IG familles^ 
Ulemandes venues d'Inowlodz dans le gouverne- 
Bient actuel de Varsovie. La première futc'ompo- , 
Jée de'ii familles du pays de Berg, en particu-d 
ier do tisserands ; on leur distribua près de Zars^ 
Itoje-Selo des terres et des habitations. En 1834 fud 
Bondée la localité d'Alexandrinc et en lK'i3,celle de 



ET 1, ftMiGRATIOK ALLEMANDES 

Snamens, toutes deux dans les environs de Peter- 
hof. 11 existe ainsi actuellement, dans le gouver- 
nement de Petersbourg, 17 localités allemandes 
réparties dans cinq paroisses : Zarskoje-Selo,Neu- 
Saratowka, Strelna, Oranienbaum et Jamitourg, 

Le climat etle sol sont peufavorablesàl'agricul- 
ture ; cependant les colons allemands sontparve- 
nus à mettre en culture de vastes étendues déterre. 

Ils cultivent en particulier du seigle, de l'avoi- 
ne, des pommes de terre et des fourrages. Le voi- 
sinage de la capitale leur permet de vendre à des 
prix avantageux leurs produits agricoles. Leur 
lait, leur beurre, leurs légumes, les fruits deleurs 
jardins trouvent à Petersbourg un marcbé com- 
mode et une vents assurée. Quant aux anciens 
tisserands de rubans de Friedenthal, ils s'occupent 
aujourd'hui presque uniquement de la culture des 



Les colons allemands du gouvernement de Pe- 
tersbourg fondèrent eux-mêmes, en 1834 et 1830, 
deux localités dans les gouvernements voisins de 
NoNvgorod et d'Olonetz, celles de Nikolajewsky 
et d'Alexandrowsky. On compte, aujourd'hui, 
1300 Allemands dans le premier gouvernement et 
150 dans le second. 

Il n'existe pas de localités allemandes dans 
les gouvernements de Jaroslaw, Kostrowa, Wo- 
logda, Pskow et Smolensk ; on y rencontre, par 
contre, beaucoup d'Allemands dispersés dans les 
villes et les campagnes. Il n'y a pas de iocali- 



LES COLONIES 

tés allemandes non plus dans ceux de Mosfioa, 
Wladimir, Twer, Tula, Kaluga, Orel, TamboJ 
Rjasan, Kursk et Gharkow. Dans celui de Wor^ 
nesh on rencontre le village de Rieberst[orf,bal)iH 
par 1500 Allemands. Le gouvernement de MoJ 
cou compte 10 000 Allemands, dont la plu pal 
{d 718) habitent Moscou môme. 

Gomme dans le gouvernement de Moscou, ] 
plus grand nombre des Allemands de ceux t 
Twer, Tula, Orel, Rjasan, Tambow et Gbarko4 
vivent dans les clicfs-lieux. Dans le gouverna^ 
ment de Wladimir, la majeure partie des Alle- 
mands appartiennent aux classes des employé* 
et des artisans; d'autres sont directeurs ou contra» 
maîtres des nombreuses fabriques du che$4 
lieu. 

Le seul gouvernement de la Russie centrale qfl 
possède des colonies allemandes est TscheroT 
gow. Il y existe depuis 17G0, quatre colonii^ 
protestantes et trois colonies catholiques, donfl 
les habitants sont au nomlire total de 1900 âmes,™ 
mais la plupart sont devenus Russes. Six de CQK 
colonies sont connues sous le nom commun dft 
Belowesch ; elles se trouvent dans le cercle 30f 
Boresna, non loin delà Desna. Fondées sur deaJ 
territoires appartenantà la couronne, elles ne joul8*{ 
sent d'aucun droit particulier, et ne sont poini 
régies parleurs propres autorités comme celles d 
la Russie méridionale. Leur situation n'est pd 
très prospère. L'agriculture est leur seule occa 



ET L ÈMIOBATION ALLEMANDES 235 

les principales cultures sont celles du 
iivre et du tabac. 

trextrémité nord du gouvernement se trouve 
colonie de Neu-Meseritz, composée en 
e partie de pauvres familles de tisserands 
fcavaillent, au nombre de fiOO environ, dans 
^fabrique de draps de la localité. 
i colonie de Belowescli fonda en 1801 celle de 
îcliaten,dans le gouvernement de Poltawa. On 
ftpte, en outre, environ 400 Allemands dans la 
fi de Poltawa; d'autres sontétablisdansl'impor- 
Kfl place de commerce de Krementschug, sur le 
iepr, à Constantinograd, au snd-est de Poltawa, 
1 belle propriété de Nikolaje-wsky, ap- 
Sienant à lagrande-duchesse Hélène Karlowka. 
fcaombre total des Allemands de ce gouverne- 
mt doit être d'environ î)00 individus, 
^en plus important est celui des Allemands 
Égouvernement de Kiew, bien qu'il n'y existe 
) localités où ils forment une colonie com- 
Le commerce important, et l'industrie 
lante de ce gouvernement, en particulier les 
riques de sucre, y ont attiré un grand nombre 
plemands : on en compte 1400 dans le chef- 
, et 2i00 dans tout le gouvernement. 
tarmi les gouvernements de l'Ouest ou de la 
B Blanche il n'en existe que deux qui pos- 
tent des colonies allemandes, la Wolhynie et 
podolie. Dans le premier, il y a trente ans, 42 
[ârcent delà superficie étaient encore couverts 



BB LES COLONIES 

I de forêts, et une surface égale était iniquité. 

^sont surtoiit des colons allemands qui ont cultifl 

e pays. 11 y a 18 ans on comptait déjà pas moii 

Sâe36 petites colonies allemandes, et de nombreu^ 

Jlemands étaient en outre étaldis dans le cbeQ 

|ieii,Schitomir,et dans d'autres villes. On estima! 

llorsie nombre total des Allemands à 5000 â 

Mais, depuis, leur nombre s'est considérablemenj 

biccru. La petite ville de Pulisze, située i 

werstes de Scbitomir, a une population composôj 

ren majeure partie d'Allemands. Cette localin 

i un commerce très actif, entretenu surtout pal 

El4 foires annuelles ; elle forme le point de dépail 

Jd'une série de métairies exclusivement allemand 

s'échelonnaut lelongdes routes sur plusieur^ 
I lieues. La plupart des colons sont anabaptistes.^ 
I la tète de la colonieest placé le maire, ouschulzej 
i-qui, avec le pasteur et l'administrateur de l'éf 
jiorme l'autorité principale de la localité. Gbaqiifâ 
wolonie possède aussi, en général,une école dirlgéT 
■par le pasteur. 

Au sud du gouvernement précédent s'étend 1 
Podolie, qui forme un haut plateau dominé pi 
s collines; on y rencontre, dans le cercle c 
pFampol, la petite colonie allemande de Krasno->l 
iolo; mais la plupart des Allemands vivent dan*^ 
Ba petite ville de Dunajewtzky,8ituée au nord-esa 
pu ctief-lieu Podolsk. 

La Podolie, comme les gouvernements déjiÙ 
ilommés de Kiew, de Wolhynio, de Poltawa et del 



ET l'émigration ALLEMANDES 237 

Tschernigow, fait partie du territoire du Tscher- 
no-^Sôm ou des Terres-Noires, qui s'étend, comme 
un isthme, à travers 26 gouvernements, depuis le 
Pruth jusqu'au fleuve Oural. 



e. LES ALLEMANDS DANS LA RUSSIE MÉRIDIONALE 

ET LE CAUCASE 

La Russie méridionale, soit les quatre gouver- 
nements de Bessarabie, de Ghersonnèse, de leka- 
térinoslaw et de Tauride, appelés dans le langage 
officiel Nowaja Rossija ou Nouvelle-Russie, fut 
incorporée à l'empire russe par suite de guerres 
nombreuses, suivies de traités de paix conclus 
dans les années 1774 à 1829. La paix de Kutschuk 
donna à la Russie le pays compris ehtre le Dniepr 
et le Bug, et par le traité de Gonstantinople la 
Turquie céda le delta du Danube, que la guerre 
de Crimée enleva à la Russie, mais que la paix de 
Berlin lui rendit en partie. 

Les premières colonies allemandes furent éta- 
blis dans le gouvernement actuel de Jekaterinos- 
law par Catherine II. 

La couronne accorda aux immigrants d'impor- 
tants privilèges. Outre tous les droits du sujet 
russe, ils obtinrent d'être libérés de tout impôt 
pendant dix ans, et du service militaire à perpé- 
tuité. Les colonies, placées sous la direction géné- 
rale d'une autorité spéciale, purent s'administrer 



338 LES COLONIES 

elles-mêmes. Chaque immigrant reçut, en pleine 
propriété, 60 déjastines, soit environ 66 liectares; 
on leur avança des fonds pour leurs frais dt, 
premier établissement, et jusqu'à la première 
récolta ils touchèrent dix eopecs par jour et pat 
personne, comme indemnité de nourriture. 

Ces conditions, exceptionnellement favorablesj 
attirèrent une foule d'immigrants. Le plus foi 
contingent futformépar le sud-ouestde l'Allema- 
gne; CBS colons portent, comme en Hongrie, le 
nom de Souabes. 

Les Allemands du Nord, moins nombreux, vin- 
rent du Meklemhourg, de la Prusse orientale et 
occidentale ; les colons venus de Poméranie furent 
désignés sous le nom de Suédois. Tous ces Alle- 
mands du Nord ont conservé leur dialecte bas- 
allemand, ou le plaftdeutsch, et sont connus en 
Bessarabie sous le nom de Cassubes. Entre les 
Souabes et les Cassubes règne une grande riva- 
lité, qui dégénère souvent en querelles violentes. 

On rencontre, en outre, dans la Russie méridio- 
nale quelques familles venues de la Saxe, du 
Voigtland, de la Moravie et de Hambourg ; des 
Alsaciens ont fondé les colonies d'Arcis, Brien- 
ne et Fère-Champenoise ; et des Suisses habi- 
tent la vallée de Zurich, en Crimée, 

En 1787,des Mennonites, persécutés en Prusse, 
émigrèrent en grand nombre en Russie, ou ils 
fondèrent huit colonies près d'Alexandrowsiî, sur 
teDniepr,dans le gouvernement d'Ekaterinoslaw. 



at ' 

il 




: L'ÉMtGitA'IlOS ALLEMANDES 33!) 

kés au nombre de S28 familles, ils furent 
Kits en 1797 par 118 autres familles. 
B gouverneur donna à ces 316 familles un ter- 
ritoire mesurant 3248 desjatines. Ces colonies se 
développèrent de la manière la plus prospère ; 
aussi, dès 1803, 347 familles de Mennonites de 
la Prusse occidentale immigrèrent à leur tour : 
elles reçurent des terres dans la partie nord-est 
du steppe de Noyai, sur les bords de la Molots- 
cbnaja, où ils fondèrent 44 villages. Knfin, en 1843 
eut lieu une nouvelle immigrationde Mennonites, 
qui porta le nombre des colons de cette contrée à 
environ7000individus. Ces derniers arrivés.comme 
leurs prédécesseurs, sont depuis longtemps dans 
un état de grande prospérité. 

Cette prospérité est due, dit un rapport russe 
officiel, à la moralité sans pareille des Men- 
nonites. 

Des Frères Moraves, venus du Tyrol, étabUs 
d'abord en Moravie, puis en Hongrie et en Tran- 
sylvanie, allèrent s'installer en Podolie sur les 
terres du comte Romanzoff, puis dans les 
steppes des bords de la mer Noire, Ils occupent 
maintenant cinq localités ou colonies, où ils vi- 
vent dans l'état de communauté des biens ; ils 
ont conservé leur dialecte tyrolien. 

En ISlIi, desWurtembergeois, qui se croyaient 
lésés dans leurs convictions religieuses par les ré- 
formes introduites dans la religion protestante, 
émigrèrent d'abord au nombre de W familles,que 



Î40 LES COLONIES 

^e tardèrent pas à suivre 1400 autres familles v^ 

jaues surlout de la Forût Noire. Après avoir long 

3 borda du Danube et de la mer Noire au miliej 

jàe toute espîice de péripétiea, ils traversèrent li 

Caucase pour s'établir aux environs de ïiflis, 

tils fondèrent 10 colonies aujourd'hui prospère? 

Leur nombre est de 8076 individus, répartd 

Idans les gouvernements de Stawropol, Kuban 

rTiflis, lelissawetpol et dans le territoire de Terd 

Ces Wurtembergeois étaient tous protestante 

I Les derniers colons allemands do la Russie méri 

dionale, dont nous avons encore à parler, fured 

[ des Bavarois catholiques. Conduits par Ignad 

. Lindl, un prêtre catholique dissident, Us vinrem 

[•■ s'établir en 1828 dans la Bessarabie ; ainsi fiire^ 

îles coloniesde Sarata,GnadenthaletLïcj 

\ tenthal. Cependant, la trop grande popularité è 

}■ Lindl déplut au gouverneur russe, qui l'exilaS 

s paroissiens adoptèrent alors la religion luthg 

l Tienne. 



, f. LES ALLEMANDS SUR LES BORDS DE LA VOLufl 

Mais ce sont les colonies des rives de la Volga 
I dans les gouvernements de Ssamara et de Ssajfl 

tow, qui sont de beaucoup les plus importante 
' on y compte,d'après Ritiscb, 341 749 ÂUemanâi 
l répartis dans plus de 170 localités diverses. 

Lespremierséraigrants arrivèreutsousle règd 
I de Catheriue 1"', vers 17G0. Us n'étaient pas oria 



EL' l'êmiouaiiûn allemandes 241 

ires d'une contrée allemande voisine, mais au 

SQtraire du Holstein, de la Westphalie, de la 

le, du Palatiiiat,dupaysdeBade, duWurtem. 

;, du Tyrol, de la Bavière, de la Saxe, et aussi 

Jla Silésie, et de la Prusse orientale; d'autres 

s arrivèrent de la Hollande, de la Suisse, de 

tlsace et de la Lorraine. Ces colons, parmi les- 

lelson comptait plus d'un aventurier ou cheva- 

t d'industrie, furent néanmoins très bien reçus 

ï le gouvernement russe, qui leur distribua des 

^ours avec la plus large libéralité. On leur 

p&truisit des maisons, des églises, on leur dis- 

iiua des vivres pendant les premières années, - 

Ion leur fournit des grains pour ensemencer et 

I instruments pour travailler leurs champs. 

! gouvernement consacra à ces nouvelles eolo- ■ 

a moins de 5 199 813 roubles. 

;olons ne furent pas divisés d'après leur 

5 d'origine ; par contre, les catholiques rei;u- 

itt des terres à part. 

ffalgré toutes ces faveurs, les colonies alle- 
ades ne prospérèrent point, parce que la plu- 
s immigrants ne faisaient preuve d'aucun 
iàt pour un travail sérieux et régulier. D'un | 
côté, les tribus voisines des sauvages ■ 
rghîz, qui habitent les steppes entre le Ileuve 
1 et le Jéruslan, ne lardèrent pas à entre- 
nndre des incursions dans les colonies alle- 
3S, à massacrer leurs habitants et à les em- 
iener en esclavage. 



LES COLOXIES 

Une grande partie des colons songea, alors, 
>entrer en Allemagne. lisse préparèrent pourl 
et, avant d'entreprendre leur voyage, 
truisirent toutes les provisions qu'ils ne purec 
nporter et ravagèrent leurs habitations ; maî 
feette Odyssée devait se terminer de la manière 
plus misérable. La première troupe, partie de 
jdve droite du fleuve, ne parvint que jusqu'à Yii 
f,âu îHeMï'/re dans la Volga, non loin de Katbar 
Lnenstadt. Là, surpris par des Russes et des Tai 
Ttares, Us furent tous massacrés. Une second 
['troupe parvint jusqu'à Ssaratow, où unecompi 
Pgnie de Cosaques les arrêta et les fori;a de rentrt 
pdans les villages détruits. 

Forcés de rester dans lepays,les colons se mirei 
l-eette fois au travail avec ardeur, et telui qni voî 
Laujourd'hui ces beaux villages, propres, presqu 
tsemblablea à des villes, avec une populatioi 
l.lionnête et active, a de la peine à se persuader qu' 
ra devant lui les descendants de ces colons de- 
t courages etparesseux, et qu'en si peu de temps uni 
l transformation si complète ait pu se produire. 

Les rapports avec les peuplades voisines 30! 

►devenus meilleurs. Ils sont heureusement depu 

■longtemps passés, et ils ne vivent plus que dai 

Et mémoire de quelques vieillards, les temps oi 

[jïe premier pasteur de Katherinenstadt eut 1 

tangue coupée par des Eirgbiz, où des centain< 

^'Allemands étaient décapités, empalés, piétini 

r des chevaux DU noyés dans des rivières, 01 



ET lemigration allemandes 
les Allemands exerçaient des représailles non 
moins cruelles eu brûlant vifs des prisonniers 
Kirghiz. Aujourd'hui, ces sauvages peuples de 
bergers sont devenus plus paisibles ; quelques-uns 
même sont des voisins avec lesquels il est pos- 
sible d'entretenir de bons rapports. 

Lors des grands marchés coloniaux, les Kir- 
ghiz arrivent maintenant régulièrement avec leurs 
longs défilés de chameaux pour vendre les pro- 
duits de leurs troupeaux, et, d'un autre côté, aucun 
danger ne menace le colon qui entreprend un 
petit voyage dans le pays des Kirghiz. Sans 
doute ces enfants nomades des steppes sont " 
encore des voleurs incorrigibles, et, à leur ap- 
proche, le colon fait bien de veiller tout par- 
ticulièrement sur ses chevaux. 

Les colonies allemandes de la Volga s'étendent, 
sur les deux côtés de cet immense fleuve, dans 
les gouvernements de Ssaratowetde Ssamara; 
mais la majeure partie habitent la rive gauche 
du fleuve, ou la rive dite des prairies, entre 
les rivières Irgis et Jeruslan, tandis que des 
colons moins nombreux peuplent la rive droite, 
ou celle de la montagne. Tout ce pays est dé- 
pourvu de végétation forestière. Les quelques 
rares arbres que les colons trouvèrent à leur 
arrivée dans le fond des vallées et des gorges 
disparun-nt bientôt sous leurs haches, et l'on n'a 
établi qu'ici et là de nouvelles plantations ; 
près des villages poussent des pommiers et d 



LES COLONIES 

cerisiers. Toutefois, malgré leur nudité; 
steppes ne manquent pas de beauté lorsque des 
pluies fortifiantes viennent en i-éveiller la végé- 
tation. On voit alors fleurir des barbes de bouc, 
des mauves, des tulipes et des lis, et au loin el 
au large des buissons de rosi-ers embaument le 
steppe, qui apparaît comme une mer de fleurs. 

La végétation forestière, avons-nous dit, a en 
tièrement disparu des steppes ; on ne trouve plus 
de bois que dans des lies de la Volga; mais poui 
autant le bois de construction ne manque pas. 
amené qu'il est sur les grands radeaux qui, venani 
des gouvernements de Kostroma, Wjatka et Nis-' 
chegorod, descendent la Volga. 

La plupart des maisons des colons sont cons- 
truites en bois; les plus riches possèdent des 
maisons de briques, tandis que les pauvres doi- 
vent ae contenter pour élever leurs habitations de 
pierres de limon. Ces pierres de limon sont ur 
mélange d'une terre d'un brun noir, contenant 
du salpêtre, avec do la paille, du sable et de l'eau, 
Ce sont (les constructions presque carrées, avec 
des toits à pignons en zinc, pointus et rouges, el 
des cheminées blanches, qui s'élèvent au milieu 
d'mie cour entourée de bâtiments accessoires. 

Les malsons se dressent le long de larges rues, 
très régulières et se coupant à angle droit. Au 
milieu du village sont construites la maison d'é- 
cole et l'église. 

De jour comme de nuit, un guet, composé d'un 



u 



ET L'ÉMIGSATION ALLEMANDES 245 ' 

oa deux paysans, traverse les routes elles rues. 

Ces villages de colons , biltis au milieu de 
vergers, apparaissent avec leurs toits verts et 
rouges, le clocher de leur église et leurs cheminées 
blanches comme des oasis dans le désert. Ce- 
pendant on ne les aperçoit pas de loin, car en 
général ils sont construits dans des bas-fonds, 
à l'abri du vent; mais leur présence est trahie par 
le voisinage de moulins élevés sur les hauteurs. 

Les principales cultures sont celles du froment, 
du seigle, de l'orge, de l'avoine etdes pommes de 
terre; on cultive aussi le tabac sur une grande 
échelle ponr le vendre aux populations voisines 
des Kirghiz. L'élève du bétail ne manque pas 
d'importance; dès 1843 on comptait 85 000 che- 
vaux, 238 000 têtes de gros bétail à cornes, 
122 000 moutons et 92 000 porcs; et depuis lors ces 
chiffres ont doublé. 

La plupart des colons sont de religion protes- 
tante; ils dépendent de deux doyennés, l'un sur 
la rive droite et l'autre sur la rive gauche de la 
Volga. On compte en tout 122 localités, dont plu- 
sieurs ont de 2 000 à 5 000 habitants; la plus 
importante est Jekaterînostadl,sur la Volga, avec 
trois églises, deux protestantes et une catholique; 
les foires de ce bourg sont très fréquentées par les 
Russes et les Allemands. Les catholiques ont 
43 colonies, mais moins importantes que celles 
des protestants. Deruièrement, des Mennonites 
du gouvernement de Jekateri noslaw et de Tauride 



LES (ÎOLOXIES 

ïit venus dans ce pays,où ils ont fondé cinq colo- 

tes.Enfln des Frères Moraves ont élablila colonie 

a Ssarepta an sud des précédentes. 
r Les Frères Moraves fondèrent Ssarepta en 17^ 
^ns l'espoir de convertir au christianisme les 

llmoulîs bouddhistes; mais leurs eiTortséchouê- 
jènt, car, d'après la loi russe, toute personne qui 
fceut embrasser le christianisme doit choisir la 
teligion grecque orthodose. A cette exception 
is, c'est un principe du gouvernement russe de 
laisser à ses sujets la plus grande liberté des cul- 
tes;les Czars s'occupent moins de propagande re- 
ligieuse que de laculture de leurs vastes domaines. 
A l'époque où les Frères Moraves établirent leur 
colonie, la contrée de la basseVolga était peu sûre' 
Les montagnards du Caucase poussaient leurs in-* 
cursions jusque dans ce pays, et les pirates de la 
Volga parcouraient ce fleuve avec leurs canon-' 
nières. En 1774 le chef des Cosaques Pugatschef,. 
descendautlefleuvc, pilla et détruisit entièrement 
Ssarepta. Les habitants, au nombre de 100, qui 
avaient sauvé leur vie en s'enfuyant vers le sud,. 
durent i leur retour reconstruire leur village. 

Des fossés, des rempartset plusieurs petits bas- 
tions,aujourd'hui en ruines, rappellent encore ces 
temps troublés. Ssarepta fut encore une fois gra*' 
vement éprouvée par un incendie, qui, en 1823, 
détruisit la majeure partie de cette localité; 
néanmoins ce bourg continua de prospérer et, au- 
jourd'hui, il compte plus de I 000 habitants, dont 



ET l'émigratIox alt.E'maxres 947 

la moitié sont membrfiS de la commune des 
FrèresMoraves.tandis que les autres forment une 
population bigarrée, composée d'Allemands de 
Prusse et de quelques Tartares et Kalmouks. 

Ssarepta est située â environ -S kilomètres de la 
rive gauche de la Volga. Un long escalier conduit 
de lastation des bateaux ii vapeur sur les hautes 
steppes, à travers lesquelles la Srarpa a creusé 
un profond sillon. C'est dans sa large vallée que 
Ssarepta a été construite; elle forme une char- 
mante oasis au milieu dévastes laines uniformes. 
Les maisons avec leurs toits rouges et verts bor- 
dent des rues qui se coupent à angles droits; elles 
sontséparées les unesdes autres par des jardins, 
et au centre du bourg se trouve une place carrée 
où s'élèvent l'église, la maison du pasteur, la 
pharmacie et l'hôtel de ville. Plusieurs rangées 
d'arbres, en particulier des peupliers, s'alignent 
devant les maisons, tandis que le centre de la 
place est occupé par un petit jardin. Ssarepta 
tient le milieu entre une ville et un village. 

Des terrains considérables (17G78 hectares) 
dépendent de cette localité, et cependant l'agri- 
culture n 'est pas la principale occupation de ses 
habitants. Elle n'est pas, en effet, tr6s rémuné- 
ratrice. A deus bonnes années en tiuccôdent 
plusieurs de moissouii niédiocrosi ou presque 
nulles, soit faute de pluicH, noit par suite des 
ravages causé.s par les Aautcrelle.s, Aussi a-t-on 
préféré conserver le koI comrui.^ propriété com- 



LES COLONIES 

mune et le louer chaque année au plus offrani 

Le climat de Ssarepta est celui des steppeg 

^vec des liivers froids et neigeux et des étés br( 

^ants et très secs. LaSarpane coule que lors i 

Ma fonte des neiges ou aux époques de grande 

[pluies. C'est pourquoi on a élevé k travers son li 

Kune longue digue et établi ainsi un vaste bassi 

fcéservoir dans lequel se réunissent les eauxd 

Jirintemps. Des machines à puiser conduisent le 

l'eaux de ce bassin dans tout un réseau de canau 

I qui irriguent tous les jardins de la localité. ] 

!s jardins on cultive surtout du tabac, desarbn 
liruitiers et des vignes. 

L'élève du bétail est peu important, car le 
tsteppes ne fournissent que de rares et maigres 
cfourrages; la végétation des lies rend seul poa 
ÏBible l'élève des chevaux et du gros bétail. Devan 
[les localités s'étend le lîass, un vaste pâturage clâ 
3 haies vives de saules, et dans lequel le matii 
£et le soir des bergers kalmouks gardent des troa 
Ipeaux de chevaux. Le gros bétail appartient à ii 
Trace bovine des Kalmouks, qui résiste mîeit 
fque d'autres races plus perfectionnées aux fro 
Iquentes épidémies. Il en est de même desmotï 
I tons; un essai fait avec des mérinos a complets 
nent échoué. 
Ssarepta s'est acquis une renommée considé 
l-rahle par sa fabrication de moutarde; ses deu: 
T fabriques, qui travaillent nuit et jour, fournisse!! 
[de moutarde et d'Iiuile de moutarde une grand 



ET l'ÉMHjHAIION ALLEMANUliS ^49 

partie de la Russie. Il existe, en 'outre, des fabri- 
ques d'éther de moutarde et de baume; quelques- 
uns seulement de ces établissements industriels 
appartiennent à la connnuue ; les autres sont des 
propriétés privées. 

Les colons allemands à S3arepta,comme ailleurs 
en Rassie,o]jtinrentd'importants privilèges; mais 
ceux-ci leur furent enlevés par un ukase de 1877, 
qui les plaça dans les mêmes conditions que les 
autres sujets russes. De même les Frères Mo- 
ravea furent, eux aussi, astreints au service mili- 
taire ; par contre ils furent autorisés à quitter le 
paysjusqu'au 18 juin de la même année, et plu- 
sieurs d'entre eux firent usage de ce droit. 

Nous avons passé en revue les diverses popu- 
lations de la Russie proprement dite composées 
d'immigrants allemands, il ne nous reste plus 
qu'à parler de ceux du royaume de Pologne. Les 
Allemands de la Pologne étaient autrefois dans 
de tout autres conditions qu'ailleurs en-Hussie. 
Le gouvernement russe, qui avait appelé les Alle- 
mands dans ce pays pour faire conirepoids à 
l'élément polonais, avait tout intérêt à ce qu'ils 
conservassent leur nationalité ; mais aujourd'huij 
un rapprochement tendant à se produire entre 
Russes et Polonais, tandis que d'un autre cùté la 
haine de l'Allemand s'accentue tous les jours 
davantage, le gouvernement russe exige des Alle- 
mands qui veulent continuer à habiterla Pologne 
qu'ils renoncent définitivement à leur nationalité. 






LES COLONIES 



fl. LFS ALLEMANDS EN FOLOGNI 



La première émigration allemande en Pologi 
^it provoquée par les ravages et la dépopulatlc^ 
que les incursions des Mongols avaient causu 
dans ces contrées. Les princes, les évoques et e 
particulier les monastères, qui appelèrent déj 
colons allemands.Ieur assurèrent de grands privj 
lèges, entre autres le droit de diriger eux-n 
leurs administrations communales, d'élire leurfl 
maires (Schuize). Les colons allemands fonda 
rent plusieurs villes, et le droit de Magdebouij 
servit de base à leur organisation municipale 
'Bien que ce droit assur;1t la pleine indépendance 
i^idniinistrative des communes, les Allemands dsj 
Lvîlles aussi bien que ceux des campagnes ne t 
|dèrent pas à perdre leur nationalité pour deven] 
intièrement Polonais. Des deux mille commune| 
irotestantes qui existaient au xiv° siècle, il n'a 
[jestait plus que deux en 177â. Les autres araied 
avec ^a nationalité polonaise adopté la religÎM 
■catholique. Les Allemands qui vivent maintenant 
:én Pologne n'y sont arrivés que depuis un siècle 
.u plus,et ils sont protestants, à l'exception d'une 
;dizainc de mille. 

Le nombre des Allemands vivant maintenant 
■dans le teiTîtoire connu aujourd'hui sous le nom 
royaume de Pologne, c'est-à-dire dans les 
gouvernements de Varsovie, Piadova, PiotrJiow, 



M 



Er LÊMlLiRATlON ALLE.MANDliS '2^1 

Kalisch, Kielce, Lublin, Sïecllce, Plock, Suwalki 
et Loma,est de 400 000, auxquels on peut ajouter 
800000 Juifs, arrivés la plupart de la province 
Rhénane et parlant allemand. Dans qiieliiues 
villes, les Allemands et les Juifs allemands for- 
ment la majorité de la population. Lodz, la 
seconde ville du gouvernement de la Vistulej 
compte,surune population de 57 (RIO âmes, 20 UOU 
Allemands luthériens. A Varsovie, les Allemands 
ne forment,il est vrai, qu'un vingt-cinquième de lu 
population, mais l'allemand est la langue usuelle 
de près d'un tiers des habitants. 

Les Allemands sont surtout concentrés dans 
les villes polonaises; néanmoins, leur nombre dans 
les campagnes est encore considérable : sur les 
bords de la Vistule, en particulier dans les con- 
trées autrefois prussiennes, les colons allemands 
occupent 12 000 métairies en qualité de fermiers 
héréditaires. 

Mais les Allemands sont encore bien plus 
détestés des Polonais que des Russes; aussi leur 
nombre tend-il à diminuer rapidement depuis 
que le gouvernement russe ne les favorise plus. 
Nous terminerons cette étude sur les Alle- 
mands établis en Russie par un tableau indiquant 
leur répartition dans l'empire moscovite eu 1880. 



252 



LES COLONIES 



GOUVERNEMENTS 


NOMBRES 


GOUVERNEMENTS 


NOMBRES 


Archangel 

Astrakhan 

Bessarabie 

Gharkow 

Chersonése 

Territoire du Don 
Esthonie 


546 

389 

28.687 

1.4:^7 

50.954 

16 

11.181 

9.342 

427 

25 994 

63.092 

26:3 

408 

2.481 

1 367 

808 

15.505 

44.218 

876 

63.973 

8.429 

6.105 

1.891 

0)55 

9.138 

()H4 

:U):i 

1.118 
«21 
4:39 
521 

"aj4.17l" 


Report 

Perin 


354.171 

403 

81.811 

40.996 

1 065 

1.391 

3.991 

9.912 

254 

32.998 

9.261 

326 

131.123 

120.626 

801 

35.127 

288 

51.008 

3.052 

876 

755 

426 

74.855 

597 

851 

190 

237 

25.;J81 

178 

2.847 

98Î3.659 


Piotrkow 

Plock 


Podoiie 


Poltawa 


Pskow 


Grodnow 

laroslaAv 


Radom 


liiasan 


lekaterinoslaw.. 
Kalizch 


St-Pétersbourg.. 
Siedice 


Kaluga 


Smolensk 

Ssamara 


Kasan 


Kielce 


Ssaratow 

Ssimbirsk 

Suwalki 


KieAv 


Kostroma 

KoAvno 


Tambow 

lawrie 


(^ourlandc 

Kursk 


Tscherginow 

Tuia 


Livonie 


Lomza 


Twer 


Lublin 


Ufa 


^[insk 


Varsovie 


Mohilew 


Vilna 


Moscou 


Vitebsk 


Nishni-Nowgorod 

Nowgorod 

Olonez 


Vjatka 


VJadimir 


Voilivnio 


Orcl 


Voloifda 


()renl)ourg 

Pensa 


Voronesch 

Finlande 


A reporter. . . 


Total 



XII 



LES ALLEMANDS EN HONGRIE 



Des peuples de race germanique habitaient dès 
les temps les plus reculés le royaume actuel de 
Hongrie. Mais le grand mouvement de migration 
du commencement de l'ère chrétienne les rejeta 
lau-delà des limites de ce pays et les dispersa 
complètement. Leurs demeures furent occupées 
par des populations slaves. 

Lorsque le flot des peuples germains eut péné- 
tré jusqu'aux extrémités méridionale et occiden- 
tale de l'Europe, il se produisit un reflux. Pen- 
dant des siècles,les Germains cherchèrent à rega- 
gner le terrain qu'ils avaient perdu à l'Orient. 
Gharlemagne, en particulier, s'efforça d'étendre 
la limite de son empire au-delà des marches 
orientales, et de transformer en comtés francs 
les principautés slaves rendues vassales. Des 
Bavarois, des Francs, des Saxons vinrent occu- 
per des pays abandonnés par les Slaves ; ainsi se 



LES Cb tONIEB 

I formèrent des colonies allemandes à l'extrême 
Klimite occidentale de la Hongrie actuelle, colcnii 
Iqiû furent sans doute presque entièrement détrui- 
Ites par les Magyares, mais qui servirent néan- 
■"inoins plus tard de point de ralliement pour d'au- 
Itres colons allemands, appelés dans le pays pat 
ies princes mêmes de ces Magyares. 
Ce fut surtout dans le but d'habituer leur peu- 
I pie nomade aux travaux des champs et des min es, 
l4e rinitier aux divers métiers, de l'engager à éle* 
I-7er des maisons au lieu de tentes mobUes que les 
Isouverains de la maison d'Ârpad appelèrent des 
I Allemands dans leur pays- 
Mais une immigration régulière commença seu- 
flement sous le règne de saint Etienne et se déve— 
Tloppa sous celui de Geisa II. Ainsi se formèrent 
Ide nombreuses localités allemandes non seule- 
t-ment dans lapartie occidentale du royaume, mais 
Eaussi dans son Intérieur, comme les villes d'Ofen 
net de Pesth, et en particulier les nombreux villar- 
■;ges qui se pressent sur les bords de la Zips, dans 
Wla Transylvanie. 

Aussi longtemps que les rois hongrois conaer* 
Tèrent toute leur puissance, soit jusque dans le- 
icourant du siv° siècle, les localités allemandes 
lurent en pleine prospérité; car les Allemands 
[formaient un des meilleurs soutiens de la cou- 
une hongroise. C'est avec l'aide du chevalier 
Venzel deWasserburg que le roi Etienne vain* 
fuitJ'armée de ses sujets révoltés et encorepaïens, 



ET L ÉMIGRATION ALLEMANDES 



et les Saxons des bords de la Zips aidèrent le roi 
Charles-Robert à abattre l'orgueil de la noblesse 
magj'are à la bataille décisive de Rosogony. 

La rivalité qui existait entre la bourgeoisie et 
la noblesse magyare amena bientôt une lutte 
ouverte. Et cette bourgeoisie était surtout alle- 
mande. Les Magyares, dit l'iiistorien hongrois 
Hunfalvy, fondèrent l'État, et les Allemands les 
villes; ceux-là se chargèrent de la défense du pays, 
et ceux-ci du développement de la bourgeoisie, et 
des villes. L'organisation des villes de Hongrie 
fut empruntée à l'Allemagnft, et bientôt ces villes, 
dont la puissance et la renommée grandissaient 
tous les jours, furent reçues parmi les Etats du 
royaume. 

Mais plusieurs d'entre elles devaient bientôt 
perdre leurindépendance: le roi Sigismond, privé 
d'argent, dut hypothéquer Presbourg et treize 
villes des bords de la Zips à des seigneurs 
magj'ares, et à la diète de Karpfen (1605) les 
magnats firent décider que les villes ne pren- 
draientplus place parmi les Etats du royaume. 

Après la bataille de Mohacs, qui livra la moitié 
du pays aux Turcs, les villes florissantes delà 
Transylvanie furent ravagées plusieurs fois par 
des hordes turques. Enfin, sous le règne de Ferr 
dinand II, les protestants allemands furent per- 
sécutés; on leur enleva leurs églises par centaines, 
et ou en força un grand nombre à se convertir au 
catholicisme. 



LBS COLONIES 

' *jt, Marie-Thérèse lit venir de nouveaux 1 
^emands dans ie pays; cette fois, ce [ 
dnt pas des négociants ou des artisans des ] 
,es, mais des agriculteurs de religion catho- 
lique. 

On les établit d'abord aux environs des villes \ 
d'Ofen et de Pest, dans la Forêt de Bakony et dans I 
les Vertesgebirge, puis dans l'Ile danubienne de 
Czepel, dans les comitats de Tolma, Baranya, 
Zemplin et plus particulièrement dans le Banat 
de Ternes où les nombreux biens de la couronne 
furent peuplés, dans les deux, périodes de 1762 à 
1765 et de 1768 â 1771, par des colons venus du 
sud de l'Allemagne. D'autres colons vinrent 
s'établir dans la Bacska, dans le comitat d'Arad ] 
et dans le district du Maros. 

Dans le Banat seulement, de 1765 à 1772, 3731 
colons fondèrent trente-neuf localités et construi- 
sirent 3783 maisons ; 27 autres localités furent 
agrandies ; et pendant cette période une somme 
de trois millions de florins fut consacrée à l'im- 
migration allemande en Hongrie. 

Joseph II favorisa, non moins que sa grand' 
mère,la colonisation allemande; il dirigeaTimmi- 
gration surtout vers le Banat et la Bacska. En 
trois années, de 1784 à 1786, 41 ;^40 immigrants, 
formant 9011 familles, lurent établis en Hongrie 
aux frais de l'État. 

Pendant lesannées 1763 à 1789, l'État consacra^ 
sept millions de florins à la colonisatiou et aiig- 



; L lîMlGKATION ALLEMANDES 



357 1 



menta la population de la Hongrie de 80 000 habi- | 
tan ta. 

Marie-Thérèse, sans froisser le sentiment natio- 
nal des Magyares, était presque parvenue à ger- 
maniser ce pays : toutes les familles de magnats 
abandonnaient la langue hongroise pour se secvirj 
exclusivement de l'allemand ou du français. Maial 
Joseph II, en imposant l'allemand comme langue 1 
officielle, produisit un mouvement de réaction for*! 
midable; l'allemand fut partout banni des salonsl 
de la noblesse hongroise ; une littérature nationale f 
surgit et vint remplacer la littérature allemande. 
La même réaction se produisit parmi les peuples J 
slaves de la H-ongrie. Ce mouvement fut si puis-1 
sant qu'il fut suivi parun grand nombre de riches J 
colons allemands; ceux-ci enseignèrent doré-i 
navant la langue hongroise à leurs enfants, et J 
plusieurs traduisirent leur nom do famille eit'l 
hongrois. 

Cependant les Hongrois et les Slaves nepar-fl 
vinrent point, comme ils l'espéraient un moment, F 
à absorber l'élément allemand. 

Le nombre des écoles et des journaux aile- 1 
mands s'est même augmenté dans la seconde ■ 
moitié de ce siècle. En 1886, les écoles primaires j 
allemandes étaient fréquentées par prés de 300 000 1 
enfants, les écoles ré aies par 1900, et les gymnases.! 
par3 85H élèves. On compte 1S30 journaux aile-" 
mands, îSSil journaux hongrois et 70 journauxl 
slaves ou ! 



SiOO LES COLONIES 

Le tliéiître allemand ne possède sans doute pluB 
la position dominante qu'il avait autrefois. Néan- 
moins, dans les villes de Buda-Pest, Pressburg, 
Œdenburg, Temesvi'ar, Orawitza, Hermannstadt . 
et Kronstadt des troupes allemandes donnent 
des représentations théâtrales régulières. 

Sur 13 728 623 habitants de la Hongrie et de la 
Transylvanie 1 798 373 parlent allemand, 61 65 088 
magyar, 2 333 788 roumain, 1 790 476 esclavon, 
605735 serbe et croate, 343 351 ruthène, 95 911 la 
langue des Tsiganes,60948 wendique,3523 armé- 
nien, 31 687 d'autres langues du pays, 41 698 des 
langues étrangères, tandis que 499 054 personnes 
ne peuvent encore parler. Ainsi les Allemands 
forment environ 12 pour cent seulement de la 
population de la Hongrie. Le nombre total des 
Allemands, y compris les enfants en bas âge, est 
de 1883 373. 

On peut diviser en Hongrie les territoires de 
langue allemande en cinq groupes : celui des 
Hienzes et des Heidebauern, celui des bords 
occidentaux du Danube, le groupe de Saxons do 
Transylvanie, celui du territoire des Slovaques, 
et celui de la Bacska et du Banat. 

Le tableau suivantnous donne la répartitiondes 
Allemands dans les pays de la couronne hon- 
groise. 



ET l'émigration ALLEM-^NUES 



.„,„„ 


.-.itr^iL. 


P.U.. 




51,957 
SK.e77 
8.244 
11.696 

33!356 

118.066 
7.340 

23.061 

ra.426 

07.475 
162.894 
193.126 
4.756 
3.035 
7 924 
8373 
16.834 
86.â3-i 
54.3/0 
10.634 
8.988 
2.213 
2.775 
49 157 
5.680 
1.671 
1 962 

s.aso 

180 
10.789 
10 666 
12-971 

3.621 

8.: 19 
31.718 

2.40!) 
13.948 

1.781 
819 


67,5 
34,7 

?;? 

11,2 
16,0 

1:î 

7,2 . 
30,9 
33,3 
25,2 
19,7 

2,5 

8^ 

68 
11,6 
113 

9,8 

3^7 
28,4 
8,4 

1,^ 
11,6 

6,3 
4,8 
9,9 

5,7 

1:? 






















Baca Boilrog 


























He-res 

JaïjrgieD 


Torna 

Abauj 

SaruB...- 

Zemplii» 

""B 






Sxatmar 

Szaboles 


A j-Kporlfr. ..... 


1.313.486 



LES COLONIES 



0,.,„.. 


.-.T.^'^^.s 


...s. 




Report 

Halduken . . . . 


1.312.486 
3.188 
4.305 
9.611 

■l^Hl 
;».931 
158.077 
137.239 
a7.833 

e.'xs 

iO.723 
3.850 
57.398 
lO.m-G 

a.9ïa 

4^6 
SM7 
4.(J0i 
33.113 

6.374 
411 

3.3iJ 

26.570 

430 

1.024 
3.949 
1.52-2 
l.OSS 
721 
^.900 
20,467 
21.063 

i(i.;t;(ri 

4.800 
4(i7 
4K0 
98 
SO 


460,0 
1,6 

3,9 
1.0 

1,0 

io,a 

34,8 
34.7 
3.9 

a,3 

38,8 
4,6 
4S,3 
18,4 

3,9 

3^9 
34 
24,3 
3,9 

3,2 

31,7 

1 

7^8 
14.7 
17,3 

14,3 

- 5..-> 
































Krasao-Szôi-eiiy 




HermnnnsUiJt 

Fojiariia 




Klv,n-K„l^,,lburB 

l'Nl.M-WfiSïCllIlllI- 

■i...'.l;i-Ai-uNyos 

Khlll:,Clll,UL-g 

yzuliiok-Dcajukn 

Hislritz-NuszoJ 

Mar.is-Torda ., . 

Czik 




Udwarhely 








CnOATIE ET SLAVONIi; 
























VerOeze 

Syrraien 




Pelei-waia.;ii)' 

Brail 




Gradiska 




















1 m>..m 











XIII 



LES ALLEMANDS EN ROUMANIE 



Les deux principautés qui, sur les rives du Da- 
nube inférieur, composent aujourd'hui le royaume 
de Roumanie étaient habitées dans les temps pri- 
mitifs par des populations germaniques. Encore = 
aujourd'hui on peut reconnaître à leurs yeux bleus 
et à leur barbe blonde les habitants des vallées 
retirées des Carpathes roumaines pour des des- 
cendants de ces tribus germaines qui, autrefois, 
régnaient sur les plaines qui s'étendent au nord 
du Bas Danube. Chassés dans les montagnes par 
des Bulgares et autres peuples slaves, ils ont con- 
servé, tout en adoptant la langue roumaine,le type 
caractéristique de leur race. 

Plus tard, vers le milieu du xiv* siècle, des fa- 
milles saxonnes vinrent s'établir à Gampulungu, 
aujourd'hui Kimbelung. Ils émigrèrent de Tran- 
sylvanie en Walachie, appelés qu'ils étaient par 
le prince Kaoul-le-Noir. Non seulement à Gapu- 

15. 



26^ LES COLONIES 

lungu, mais aussi à Tirgowesti et à Rimnicu d^ 
vit selormer des communes saxonnes qui dispo- 
sèrent de leurs propres églises. Mais par suite des 
troubles qu'amena la Réforiuation, les autorités 
du pays se virent dans le cas d'enlever aux Alle- 
mands les privilèges qui leur avaient été accordés, 
de s'emparer des biens de leurs églises et de dis- 
soudre leurs communes religieuses. Dans ces cir- 
constances, les Allemands ne tardèrent pas à 
perdre leur nationalité, et au commencement du - 
xvii'siècle la dernière commune allemande avait 
disparu . 

Dans la Moldavie aussi des colons allemands 
vinrent s'établir à une époque reculée. Des Hus- 
sites, chassés de Transylvanie et de Hongrie par 
Mathias Corvin, fondèrent la ville de Husch, sur 
le Pruth; de nombreux Allemands vinrent s' établir 
dans les villes de Baja, Kolmar et Szucsava, ainsi 
que dans la ville et le district de Neamtzu. Mais 
les colons de la Moldavie eurent le mémo sort que 
ceux de la Walachie, ils se confondirent bientôt 
avec la population indigène. 

Les bospodars de la Walachie ayant fait de 
Bukarest leur résidence, cette ville devint une 
des principales stations de commerce entre 
l'Orient et l'Occident. Des marchands allemands, 
venus de Transylvanie, s'établirent bientôt à Bu- 
karest, qui dès la première moitié du xviii" siècle 
compta une paroisse luthérienne. 

Cependant,ccttc colonie eut beaucoup à souffrir 



^ 



ET L'ÉMIGli.iTEON ALLEMANDES 



963 



des guerres et des épidémies , et elle ne se recru- 
tait d'abord que parmi les Saxons de la Transyl- 
vanie. Ce ne fut que vers les années 1830-40 
que des colons, venus de l'Allemagne cen- 
trale et septentrionale, s'établirent sur les rives 
de la Dimbowitza ; enfin, les évéaements de 1848 
amenèrent de nombreux réfugiés allemands en 
Roumanie. L'occupation du pays par des troupes 
autrichiennes pendant la guerre de Grimée ren- 
força aussi les colonies allemandes. 

La statistique officielle de population a cons- 
taté dernièrement la présence à Bukarest de 
3236 familles allemandes, représentant une popu- 
lation d'environ 13 000 âmes, et dans ce nombre 
ne sont compris que les Allemands de l'empire 
en exclusion de ceux de l'Autriche ou encore de 
ceux qui ont adopté la nationalité roumaine; de 
sorte que le nombre total des personnes parlant 
allemand peut être estimé à 20 000 âmes: et en- 
core il faudrait doubler cg chiffre si l'on voulait 
tenir compte des Juifs allemands. 

La plupart des Allemands de Bukarest appar- 
tiennentàla religion protestante, etleursparoisses 
évangéliques forment un facteur important pour 
la conservation de leur nationalité. Une influence 
encore plus importante doit être attribuée aux 
écoles aile mandes,qui sont nombreuses et renom- 
mées. 

Les Allemands de Bukarest prennent une part 
très active à toutes les branches de l'industrie ; 



^4 LES COLONIES 

ils occupent, en particulier, les premières places 
dans la librairie et ses industries accessoires. La 
première maison de joaillerie de la résidence est 
encore allemande, ainsi que la principale fabri- 
que d'instruments de chirurgie. Les Allemands 
possèdent en outre de grandes fabriques de meu- 
bles et de voitures, des brasseries, des boulan- 
geries et des boucheries. Enfin, plusieurs Alle- 
mands occupent de hautes positions comme méde- 
cins, architectes et pharmaciens. 

Naturellement, les Allemands ont fondé k Bu- 
karest de nombreuses sociétés de chant, de gym- 
nastique, de tir, de secours mutuels, etc. 

Le nombre total des Allemands établis dans 
les autres villes principales de Roumanie, telles 
que lassy, Krajowa, Turn- Se vérin, Braïla, Ga-- 
latz, Plojesti, etc., n'est point supérieur à celui 
de la seule colonie allemande de Bukarest. 

Les campagnes de la Roumanie, en particulier 
celles de la Dobrutsclia, comptaient, il n'y a pas 
bien longtemps encore, de nombreuses petites 
colonies allemandes; mais dans ces dernières 
années il s'est produit chez le peuple roumain 
un sentiment d'antipathie fort vif contre les Alle- 
mands, et la phipart de ces derniers, établis â la. 
campagne, ont dû ou adopter la nationalité rou-*' 
maine ou quitter le pays, et aujourd'hui les CO'^ 
lonies agricoles allemandes ont cessé d'exister. 



XIV 



LES ALLEMANDS EN GALICIE ET EN BUKOVINE 



En Galicie, sur environ 6 millions d'habitants 
on ne compte que 330 000 Allemands. Mais dans 
la Bukovine la proportion des Allemands est 
beaucoup plus forte; en effet, sur un total de 
568 453 habitants il y a dans ce dernier pays 
108 820 Allemands, soit près de 20 pour cent. 

L'immigration allemande commença de bonne 
heure dans ces contrées. Casimir le Grand fit ve- 
nir des colons allemands à Lemberg, où il leur fit 
construire une église ; il leur donna en outre le 
droit de Magdebourg, et pendant deux siècles, 
soit jusqu'au règne de SigismondI, toutes les af- 
faires dans le sein du conseil de commune furent 
traitées en langue allemande. A Gracovie,le droit' 
de Magdebourg avait été introduit un siècle plus 
tôt, ce qui attira de nombreux Allemands dans la 
ville et donna lieu à un commerce actif avec 
l'Allemagne. 



LES COLONIES 

Aujourd'hui, il existe en Galicie des localités 
lont la population est composée pour moitié de 
Polonais et pour moitiéd'AlIcmands, aux environs 
e Bochuia,de Wieliczka et plus particulièrement 
ux environs de Sandor, où l'on compte douze 
tocalitéshabitées.par parties égales.par des Polo- 
i et des Allemands. En outre il existe cinq 
iges allemands près de Mielce, sur la grands 
Vlslokaj et huit autres plus à l'est en aval de 
Izeszow dans la contrée de Leziesk. Enfin,onren- 
feontre dans les parties occidentales de la Galicia 
[uatorze villes et localités dans lesquelles Alle- 
mands et Polonais vivent côte à côte. Dans la 
3 orientale les Allemands sont groupés aux 
©virons de Lemberg, à savoir dans la direction 
sud-ouest jusqu'à Ustryk, et dans celle du 
rd-est jusqu'à Stojanow, ou ils peuplent plu- 
Mours villages. D'autres localités allemandes, au 
pombre de trente-quatre, se trouvent dans le cer- 
cle de Zokiew; elles portent toutes des noms alle- 
mands, à l'exception de douze. 
Sans doute, une grande partie de ces popula- 
s parlant allemand sont d'origine Israélite. A 
Lemberg, les Allemands et les Juifs forment 
plus de la moitié de la population; et à Cracovie, 
il les Polonais et les Juifs sont en nombre à peu 
s égal, on compte 10 000 Allemands propre- 
inent dits, soit le septième de la population. 

Dans la Bukovine, comme nous l'avons ditj 
ll'élémenl ;illeraand est beaucoup plus ijiportant. 



ET L ÉinGRATION ALLEMANDES 



267 



On y rencontre trois centres allemands princi- 
paux: CzernowitZiMoIdarish-Kîmpolung et Sucza- 
wa,sitoées dans la partie roumaine de la contrée. 
Les Allemands sont ici surtout agriculteurs et 
artisans. Ces derniers habitent principalement 
Czernowitzet ses envii-ons, ainsi que neuf autres 
localités importantes.L'empereur Joseph II avait 
appelé dans cette contrée des Allemands, qui y 
fondèrent sept localités ; puis, dernièrement, des 
Allemands de la Bohême vinrent y fonder quatre 
nouvelles colonies. Enfin,des mineurs bavarois et 
autrichiens fondèrent douze localités dans les en- 
virons des mines et des salines. En Bukovine, 
comme en Galicie, une grande partie des per- 
sonnes qui parlent allemand est composée d'Is- 
raélites; certainement un tiers au moins des 
108 820 individus comptés comme Allemands ap- 
partient à l'élément juif. 



XV 



LES ALLEMANDS EN TURQUIE 



Depuis de nombreuses années, des Allemands, 
et en particulier des Autrichiens allemands, se 
sont établis dans les principales places de com- 
merce de l'empire ottoman, en Europe comme en 
Asie.AConstantinople leur chiffre est deplusieurs 
milliers d'habitants et plus de quarante grandes 
maisons de commerce sont entre les mains d'Alle- 
mands. A Andrinople vivent 25 familles alle- 
mandes, qui y ont fondé une école. A Salonique, 
on compte une seule maison de commerce alle- 
mande. 

A Smyrne, il existait une colonie allemande 
dès le xvir siècle ; elle formait une paroisse à elle 
seule, et possédait une école. Aujourd'hui, parmi 
les 4 000 étrangers établis dans cette ville on 
compte 200 sujets de l'empire allemand et 600 
Autrichiens, alors que la population totale de 
Smyrne n'est pas moins de 180000 habitants. 



ET L'aulQRATIcm ALLBUANDBS Sa 

La ville se compose de trois quartiers: celui 
des Turcs, avec de longues mes escarpées et de 
misérables maisons de bois; le qiiartierdes Juifs, 
égalemeut mal bâti; et le quartier des Francs, 
situé au nord et au bord de la mer, la plus 
belle partie de la ville. C'est là qu'babitent tous 
les Européens; c'est là. aussi que se trouvent les 
diverses écoles, églises et hôpitaux fondés par 
les Anglais, les Français et les Allemands. Ces 
derniers possèdent en parliculier un grand pen- 
sionnat de demoiselles, tenu par des diaconesses ; 
de ce pensionnat dépend une maison de cam- 
pagne située, sur les bords de la mer, à Kiùz- 
tepé. 

La colonie austro-hongroise possède aussi un 
grand institut, la Mechitaristenanstalt, qui reçoit 
du gouvernement autrichien un subside annuel 
de 550 florins. 

Les Allemands, par contre, ne possèdent pas 
d'église à Smyrne; le service religieux a lieu 
dans la chapelle hollandaise. 

Dans la Syrie, autrefois riche et florissante, 
aujourd'hui déserte et couverte de ruines, on ne 
rencontre que peu d'Allemands. D'après le der- 
nier rapport consulaire, leur nombre n'est que de 
259 individus, dont H4 à Beirout, 80 à Damas et 
63 à Saida. Ce sont des négociants et des arti- 
sans; aucun n'est riche, mais tous jouissent d'un 
certain bien-Otre. Les négociants ne disposent 
que de faibles capitaux. Les artisans, eu particu- 



LES COLONIES 

IBer les menuisiers, souffrent beaucoup de la 
Bconcurrence que leur font les indigènes, 

Beirout était à l'époque des Phéniciens, sei 
I fondateurs, une grande place de commerce de 
kSyrie. Aujourd'hui, c'est la plus importante. E 
jependant son port est très petîijetencombré paj 

l^es blocs de rochers; autrefois il était beaucoup 

plus grand,et un vaste môle le protégeait. La vilt 
t eu des sorts bien divers. Sa population s'ei 
»ur à tour augmentée oudiminuée; aujourd'huli 
pelle peut être de 80 000 à 85 OOO âmes. 

Il existe dans cette ville une colonie étrangèi 
I assez importante; elle se compose d'Anglais, 
F d'Américains, de Français et d'Allemands : chaq' 
I nationalité a son école. La société des diaconesseï 
L du Rhin-Westphalie a fondé un orphelinat auqui 
t se rattachent une école primaire et une écol 
I supérieure de jeunes filles,ainsi qu'une école su 
r périeuredejeuneshommes.Depuis 1856,ilyexi8i 
1 une église évangélique commune aux protestanl 
[ des langues française et allemande. Après lei 
F massacres de chrétiens qui eurent lieu dans , 

Liban et à Damas, l'Ordre prussien de Saiut-Jea 
Ifonda à Saïda un hôpital,qui fut bientôt transféi 
là Beirout. Cet hôpital, qui compte 55 lits, s'élèi 
Idans un vaste jardin; il a pour annexes une pha 
I macie, une clinique et deux bâtiments d'éci 
[ nomîe. On y soigne annuellement 500 malade 
lia plupart gratuitement; il reçoit un subside c 
laoOOO francs de l'Ordre de Saint-Jean. 



ET l'éhiquation allemandes 371 

Mais tous ces Allemands établis dans les villes 
du Levant y sont venus les uns après les autres, 
sans aucun plan préconçu. En Palestine, par 
contre, des Anglais, des Américains, des Alle- 
mands ont plusieurs fois tenté de fonder des colo- 
nies. A partir de 1848 quelques familles se diri- 
gèrent, à diverses époques, vers la Palestine ; en 
1848 eut lieu une émigration plus importante; 
mais la plupart des familles d'émigrants périrent 
ou rentrèrent dans leur pays. Dix ans plus tard 
fut fondée une colonie importante, celle des Tem- 
pliers. 

Elle doit son origine à un ecclésiastique wur- 
tembergois du nom de Hoffmann, qui, dès 1848, 
était poursuivi par l'idée de réunir à Jérusalem 
le peuple de Dieu. On fonda d'abord une com- 
mune modèle dans le Wurtemberg; quant à 
l'émigration elle n'eut lieu qu'en 1868. On passa 
par Cûnstantinople,où l'on fitd'inutiles démarches 
pour obtenir la cession d'un territoire; l'expédi- 
tion poursuivit néanmoins sa marche, et fonda 
une première colonie au pied du montCarmel, 
près de la petite ville de Kaïphe. Une seconde s'éta- 
blit près de .laffa sur des biens acquis d'une So- 
ciété américaine de colonisation, et une troisième, 
appelée Sarona, fut fondée au nord de la précé- 
dente. L'arrivée de quelques familles aisées de la 
Russie donna lieu à la fondation d'une nouvelle 
colonie dans la plaine de Rephaïm, près de 
Bethléhem, où l'on transporta le siège de la direc- 



L iion centrale des colonies, ainsi «lue l'école pri- 
I maire et le Tempelslift, école supérieure établie 
\ d'abord à Jaffa. Hoffmann devint le directeur 
I des colonies, dontles membres atteignent environ 
' le chiffre de 11*00 individus. Ces colonies de 
' Templiers ne se trouvent nullement dans un état 
prospère. Au climat on s'est, il est vrai, insensi- 
blement habitué, non toutefois sans que la mort 
fit de grands vides, surtout dans la colonie de 
Sarona; mais des diffleultéséconom)(iue8,rendues 
plus sensibles par des discussions entre les 
colons, et le mépris que ceux-ci affectent ouverte- 
ment pour la population indigène arrêtent encore 
aujourd'hui le développement de ces nouveaux 
établissements. 
Terminons nos pérégrinations dans l'empire 
' ottoman par son État tributaire des bords du 
Nil. Les Allemands, proprement dits, ou les 
sujets de l'empire allemand n'y sont pas très 
' nombreux; au recenBementdel87S,on n'en comp- 
tait que 879. On les rencontre surtout dans les 
villes, et en particulier au Caire et à Alexandrie, 
en qualité de négociants, médecins, etc. On y 
remarque, toutefois, plusieurs grandes maisons 
de commerce allemandes. 

Au Caire, les Allemands, dans plusieurs ac 
nislratious, sont entrés au service du goû' 
ncment ; ils y possèdent une société de 
cours mutuels, une maison de diaconesses] 
un hôpital. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 
Préface 6 



I. Oolonios allemandes 

Introduction ■ 37 

I. — Coup d'œilliistori(ïue; premiers essais déco- 
lonisation; — comptoirs allemands. . • 39 

II. •— Les comptoirs deviennent des colonies. . . 51 

III. - Le commerce de l'Afrique occidentale et ses 

particularités , G4 

IV. — Les colonies de l'Afrique occidentale et leurs 

habitants G9 

V. — Le pays de Lûderitz (Lûderitzlaïul,. ... 84 

VI. — Les colonies de l'Afrique orientale et méri- 
dionale 92 

VIL — Valeur de l'Afrique orîenlale allemande, 
tant- au poin* de vue de son exploitation 
que de sa colonisation . 101 

VIII. — Les colonies de rOcéanie 125