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Full text of "Les Écossais en France, les Français en Écosse"

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Présent ed to the 

UNIVERSITY OF TORONTO 
LIBRARY 

bythe 

ONTARIO LEGISLATIVE 
LIBRARY 



1980 



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LES ECOSSAIS EN FRANCE 

LES FRANÇAIS EN ECOSSE 



nollIiKAl \. — IMl'IUMKRIE G. GOUKOl'lLHOU, Hl K GOIRATÇK, 1 1 . 



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Or i" 

ÉCOSSAIS EN FRANGE 

LES 

FRANÇAIS EN ECOSSE 



FRANCISQUE-MICHEL 



COHSE9P0N0ANT DE L'INSTITUT DE FRANCE, DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE DE VIENNE ET DE L'ACADÉMIE 

ROYALE DES SCIENCES DE TURIN 

MEMBRE HONORAIRE DES SOCIÉTÉS DES ANTIQUAIRES DE LONDRES, D'ECOSSE ET DE NORMANIIII 

DE L'ASSOCIATION ARCHÉOLOGIQUE CAMBRIENNE, ETC. 



PREMIER VOLUME 







LONDRES 

THUBNER à C le , PATERNOSTER ROW, N° 60 

M DCC.C LXII 

(Dioils de traduction et de reproduction réservés.) 




VA- 



PRÉFACE. 



Il n'est personne qui ne se rappelle le vieillard des tom- 
beaux, Yold Mortality que l'auteur des Puritains d'Ecosse, 
a peint avec des couleurs si saisissantes. Craignant que le 
temps n'effaçât le souvenir des luttes soutenues par ses 
coreligionnaires pour la cause de la vérité, il passait sa 
vie à parcourir le pays qui en avait été le théâtre, et son 
pieux ciseau ravivait les épitaphes gravées sur les tom- 
beaux des martyrs. 

La tâche que nous avons entreprise, il y a déjà bien 
longtemps, n'est pas sans analogie avec celle que le vieux 
covenantaire s'était proposée. Frappé de l'importance et 
de la variété du rôle qu'à toutes les époques les Écossais 
ont joué dans notre pays, surpris en môme temps de 
l'exiguïté de la place qui leur est accordée dans les his- 
toires de France, même les plus détaillées, nous nous 
sommes attaché à rechercher les traces de leur passage, 
de leur séjour dans notre pays, où un si grand nombre 
d'entre eux périrent en combattant pour notre cause. 
Chemin faisant, nous avons recueilli toutes les indications 



" PRÉFACE. 

qui pouvaient nous renseigner sur les Français que l'es- 
prit d'aventures, les relations internationales ou les hasards 
de la vie avaient conduits en Ecosse. En un mot, nous 
nous sommes appliqué à présenter un tableau, aussi com- 
plet que possible, des relations publiques et privées, poli- 
tiques et commerciales, qui existèrent si longtemps entre 
ces deux pays, séparés l'un de l'autre par toute l'étendue 
de l'Angleterre, mais unis par des intérêts communs et 
par un génie semblable en bien des points *. 

Ce livre est donc l'histoire de l'alliance entre la France 
et l'Ecosse, et nous lui aurions donné ce titre s'il ne ren- 
fermait en même temps un grand nombre d'autres détails 
que les historiens sont dans l'habitude de dédaigner comme 
inutiles à leur dessein. Dans une préface, feu M. Monteil 
leur reprochait à tous de n'avoir écrit que l'histoire des 
rois, des gens d'église et des gens de guerre. "Ce n'est 
pas là l'histoire des divers états, disait-il ; ce n'est pas là 
l'histoire." — "Mais l'histoire des divers états, lui répon- 
dit M. de Barante, est encore bien moins l'histoire, si on 
ne la rattache pas soigneusement au cours général des 
événements. Le grand intérêt historique, c'est l'histoire 
de l'humanité, c'est la marche de la civilisation, c'est 



1 John Barclay écrivait au commencement du XVII e siècle : " Scotis animus ad 
humante consuetudinis culturam facilis, corporis habitus supra multas gentes 
decens, cœteraque cum Gàllis communia," etc. (Joannis Bardait Icon Animorum.. 
Londini, M.DC.XIV., jn-12, cap. IV, p. 86), passage rendu ainsi par Nanteuil de 
Boham : " L'esprit des Escossois est aisé à civiliser, ayant sur toutes autres nations 
la grâce bonne et les gestes resentans la façon Françoise," etc. {Le Pourtraif des 
esprits, etc. Paris, M.DC.XXV., in-12, p. 78, 79.) — Il y a quelques années, 
M. Guillaume Guizot a publié dans le Journal des Débats (n° du mardi 30 novem- 
bre 1858) un article ingénieux intitulé : Sir Waller Scott en Ecosse, qui roule en 
grande partie sur la différence entre le caractère anglais et le caractère écossais, 
et sur les rapports de celui-ci avec le génie de la France. 



PRÉFACE. III 

l'ensemble des destinées du genre humain. Chaque détail, 
chaque anecdote n'a de charme que comme signe carac- 
téristique de son époque. Isoler les faits et les tableaux, 
c'est se mettre de niveau et même au-dessous des fictions 
romanesques 1 ." 

Il y aurait sans doute de la témérité à discuter les pa- 
roles qui précèdent et à tenter de démontrer ce qu'elles 
peuvent offrir de trop absolu; mais en s'autorisant de 
l'exemple même de l'historien des ducs de Bourgogne, 
ne saurait-on élargir encore davantage le cadre de l'his- 
toire ? Jusqu'à présent, ses pareils semblent avoir pris à 
tâche de n'enregistrer que les faits généraux et de négli- 
ger les autres, comme si une anecdote, un détail d'intérêt 
privé, souvent n'éclairait pas toute une époque. Ils nous 
représentent la sévère Clio traçant sur un cadran les 
heures écoulées, sans s'arrêter jamais aux minutes, encore 
moins aux secondes ; et cependant, sur le chemin parcouru 
par le temps, il n'est pas sans intérêt de connaître ce qui 
se trouve entre les étapes. 

Il nous a paru également qu'il pouvait être intéressant 
de faire le départ, comme on dit en chimie, des divers 
éléments de la grande famille française, et de montrer 
que l'un des plus considérables de ces éléments, au moins 
dans les rangs élevés de la société, lui vient d'Ecosse. 
Le soin que nous avons pris de donner les armoiries des 
diverses maisons nobles fournies par ce pays à son ancien 
allié, pourra servir à faire retrouver les souches dont elles 
sont sorties. 



1 Etudes historiques cl biographiques, par M. le baron de Barante. Paris, 1857, 
ia-8», t. Il, p. 383. 

*' «3 

(/)ufaiio. 



IV PRÉFACE. 

La première idée de l'ouvrage que nous livrons aujour- 
d'hui au public, nous est venue en 1837, époque oii M. le 
comte de Salvandy, l'un des ministres de l'Instruction pu- 
blique qui ont fait le plus pour les lettres et pour l'Univer- 
sité, qu'il aimait 1 , nous envoya dans la Grande-Bretagne 
avec une mission dont les résultats ont été publiés 2 . A 
partir de ce temps, déjà si éloigné, nous n'avons jamais 
perdu de vue notre projet; nous l'avons poursuivi à tra- 
vers les difficultés d'une vie passée loin des grands centres 
d'études, et au milieu d'une époque peu favorable aux 
travaux qui nous ont valu autrefois des encouragements 
efficaces et de précieuses sympathies. 

Pendant un quart de siècle environ, nous n'avons donc 
cessé de nous occuper de la réalisation de notre dessein, 
sans nous en laisser détourner par la publication d'essais 
composés dans le même but 3 , ni sans nous effrayer des 
difficultés de l'entreprise. "Il y a, dit Ghamfort, des livres 
que l'homme qui a le plus d'esprit ne saurait faire sans 
un carrosse de remise, c'est-à-dire sans aller consulter 
les hommes, les choses, les bibliothèques, les manus- 



1 Voyez, entre autres morceaux publiés sur cet écrivain, littérateur et homme 
d'État, la notice que lui a consacrée M. Saint -Marc Girardin dans le Journal des 
Débats, n° du 4 mars 1857. La même feuille, en reproduisant dans son numéro 
du 29 janvier de l'année suivante le discours de M. Emile Augier, qui avait rem- 
placé M. de Salvandy à l'Académie française, a donné l'éloge du défunt par son 
successeur. 

s Rapport au Ministre de l'Instruction publique, dans la Collection de docu- 
ments inédits sur l'histoire de France, publiés par ordre du roi, etc. Paris, 
M DCCC XXXIX, in- 4°, p. 204-285. — Ce rapport est précédé de celui que nous 
adressâmes à M. Guizot, au retour de la mission qui nous avait été confiée en 1833 
par cet autre ministre, dont les lettres et l'Université ont également conservé la 
mémoire. 

3 Voyez deux articles publiés, sous le titre de the Scot abroad, dans le Black- 
wood' s Magazine, vol. LXXIX, 1856, p. 439-455 (the Man of lellcrs) et p. 578-592 
(the Man oflhe sword). 



PRÉFACE. V 

crits 1 , etc." Nous avions à interroger tout cela, sans le 
secours de ce carrosse que l'État refuse sagement aux 
véritables gens de lettres qui marchent dans leur force et 
leur liberté, et nous avons la conscience de n'avoir omis 
aucune partie de notre tâche. Mais en dépit de nos cour- 
ses multipliées de l'autre côté du détroit, de nos fouilles 
profondes dans les archives et les bibliothèques de la 
France et de la Grande-Bretagne, nous ne serions point 
arrivé à une richesse qui nous sera peut-être reprochée, 
bien que nous ne l'ayons pas toute étalée, si nous n'avions 
été assisté par nombre de savants français et écossais. Les 
nommer tous serait énumérer, sans profit pour personne, 
des hommes qui n'ont pas besoin de ce témoignage pour 
se recommander à l'estime publique ; mais on ne saurait 
nous blâmer de mentionner ici ceux auxquels nous devons 
le plus. 

A leur tête, nous nommerons le Très-Honorable Lord 
Lindsay, ce digne rejeton d'une illustre race qui ne pou- 
vait trouver de meilleur historien, ce gentilhomme dont 
Gowper semble avoir tracé le portrait 2 , et chez lequel, 
au milieu de mille qualités, une inépuisable obligeance 
s'allie à un vaste savoir. 

M. David Laing, auquel cet éloge s'applique également, 



1 Œuvres complètes de Chamfort. Paris, 1824, in -8°, t. I e1 ', p. 430. (Maximes 
cl pensées, eh. VII.) 

A man ofletters, and of inanners too; 
Of manners svveet as virtue always wears, 
Wlien gay goodnature dresses lier in smiles. 

(The Task, 1). II, Time-piece, in fine. ) 
" Homme des plus lettrés et de hautes vertus, 
De vertus, toutefois, où la grâce respire 
Et qu'un doux naturel embellit d'un sourire." 



VI PRÉFACE. 

et dont le nom si connu se trouve associé à tout ce qui se 
fait pour l'étude de l'histoire, des antiquités et de la litté- 
rature de l'Ecosse, ne s'est pas borné à nous aider de ses 
indications ; il a encore mis à notre disposition les nom- 
breux documents qu'il a rassemblés pendant le cours d'une 
vie consacrée à l'étude, et, complaisant au-delà de tout 
ce que l'on peut imaginer, il est allé jusqu'à nous per- 
mettre de les emporter loin de son pays, afin de les étudier 
à loisir dans le nôtre. 

Non moins estimé de tous ceux qui se sont occupés de 
l'histoire et de la littérature de l'Ecosse, M. William Turn- 
bull a fait encore plus pour ce livre. Non-seulement il 
nous a généreusement abandonné tout ce qu'il avait re- 
cueilli sur le même sujet, mais encore il nous a constam- 
ment aidé dans notre labeur, en répondant à toutes nos 
demandes avec une ponctualité admirable. 

M. Vallet de Viri ville, l'un des professeurs les plus 
méritants de l'École des Chartes, M. Lambron de Lignim, 
ancien président de la Société archéologique de Touraine, 
M. Germain, notre confrère à l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres comme dans l'Université, ont mis à leur 
tour le plus aimable empressement à répondre à nos ques- 
tions. Enfin, M. Edouard Fournier, que l'on ne consulte 
jamais en vain, surtout pour les temps modernes de notre 
histoire, nous a signalé quelques noms écossais qui s'y 
trouvent mêlés. 

Plus près de nous, M. Jules Delpit, qui s'occupe avec 
une si louable persévérance de l'histoire de la Guienne, et 
M. Gustave Brunet, qui le dispute en connaissances biblio- 
graphiques à son homonyme, l'auteur du Manuel du Li- 



PRÉFACE. vu 

braire, nous ont constamment tenu ouvert le trésor de leur 
érudition, et le dernier n'a pas reculé devant la lecture 
attentive des épreuves de ce livre, qui lui doit ainsi un 
degré de correction de plus. Et puisque nous en sommes au 
travail typographique dont il a été l'objet, pourquoi ne le 
ferions-nous pas remarquer, ne fût-ce que pour comparer 
les presses de la province avec celles de Paris ? Intime- 
ment associée à l'érudition, la typographie, qui lui sert 
d'auxiliaire et d'interprète, a partagé le même sort, et il 
ne fallait pas moins qu'un éditeur et un imprimeur de 
province pour oser entreprendre et pour exécuter d une 
façon aussi magistrale, et sur la simple garantie d'un écri- 
vain inconnu dans les revues, les Ecossais en France, les 
Français en Ecosse. 



Bordeaux, 
rue de la Trésorerie, n° 122, 
1" décembre 1861. 



LES 



ÉCOSSAIS EN FRANCE 



LES 



FRANÇAIS EN ECOSSE 



INTRODUCTION 



Pauvreté de l'Ecosse au moyen âge. — Mauvaise réputation qu'elle avait sur le continent. — Passion 
proverbiale des Ecossais pour les voyages. — Ils ont été fréquemment confondus avec les Irlandais. 
— Ecossais illustres dans l'Eglise et dans les lettres, de passage chez nous antérieurement au XIV e siè- 
cle. — Artistes écossais à Paris, à la cour de France et à la cour de Bourgogne, au XV e siècle. — Merce- 
naires écossais dans les armées du moyen âge. — Hospices affectés aux Écossais sur le continent. — Étudiants 
écossais à l'université de Paris; rue d'Ecosse à Paris et à Dieppe. — Grand nombre d'individus appelés 
chez nous Escoz et l'Escot, etc., au XIII» siècle. — Les Écossais aux croisades. — Origine française d'un 
bon nombre de familles écossaises. — Diffusion de la langue française en Ecosse. — Importation de moines 
français dans ce pays; moines écossais envoyés à Paris pour y étudier. — Chevaliers errants venus du 
continent en Ecosse. — Intérêt romanesque inspiré de bonne heure par cette partie de la Grande-Bretagne. 



Aujourd'hui cultivée et industrieuse, l'Ecosse n'était rien moins 
que telle au moyen âge : aussi jamais armes ne furent mieux 
parlantes que le chardon qui figure sur Vécu de ses chevaliers. 
Au XIII e siècle , li plus truant en Escoce était un dicton passé 
en proverbe 1 , et dans le suivant, Jean de Meun, faisant le por- 
trait de la Faim , la place à l'extrémité de ce pays , en un champ 

1 Crapclet, Proverbes et dictons populaires, etc., p. 78, 79. — Le dicton relatif 
à la p;uivreté des Écossais subsistait encore du temps du cardinal de Richelieu, 
qui y fait allusion en parlant de Gordon, le meurtrier de Walstein. (Mémoires, 
liv. XXV, ann. 1634; collection Petitot, t. XXVIII, p. 99.) 

1 



2 INTRODUCTION. 

pierreux et glacé, où rien ne croît 1 . Ce mauvais renom devait 
durer longtemps 2 . 

L'Ecosse avait encore la réputation d'être la résidence favorite 
du diable , d'avoir du moins des sorcières en communication fré- 
quente avec lui. Juvénal des Ursins, parlant d'un homme qui 
cherchait les moyens de parler au prince des démons , dit qu'il 
reçut le conseil d'aller en Ecosse la Sauvage; "et de fait y alla, 
ajoute l'historien, et luy fut enseigné une vieille, qu'on disoit 
se mesler de telles besongnes. A laquelle il parla , et elle luy dit 
qu'elle le feroit bien 3 ." 

L'épithète donnée ici à l'Ecosse servait à désigner la partie 
montagneuse du pays , appelée sauvage par Froissart et généra- 
lement par tous les écrivains qui en ont parlé ; mais le portrait 
que trace le chroniqueur du reste de la contrée, donne à penser 
qu'en bloc elle ne méritait pas une meilleure qualification : aussi 
ne se fait-il pas faute de signaler les Écossais comme des sau- 
vages , ennemis de toute courtoisie : " En Escosse , dit-il , ils ne 
virent oncques nul homme de bien , et sont ainsi comme gens 
sauvages qui ne se savent avoir ni de nulli acointer; et sont 
trop grandement envieux du bien d'autrui , et si se doutent (ap- 
préhendent) de leurs biens perdre, car ils ont un povre pays. 
Et quant les Anglois y chevauchent ou que ils y vont... il con- 
vient que leurs pourveances (provisions), s'ils veulent vivre, les 



1 Le Roman de la Rose, éd. de Méon, t. II, p. 282, v. 10186. 

2 Un écrivain écossais se représentant comme nouvellement arrivé par mer 
dans son pays, s'écrie à la vue d'Édinburgh : 

Quoi! c'est ici la ville [qu']on disoit un amas 

De glaçons éternels , de neige et de frimas? 

J'avoue je tremblois de ces froids trop sévères, 

Qu'il falloit, disoit-on, essuïer dans ces terres; 

Et dans l'Islc de France, on y croit, comme en Dieu , 

Que l'Ecosse ressemble à la Terre de Feu. 

(Eloge de la ville d'Edinbourg, divisé en quatre cliants, 
par le sieur de Forbes. A Edinbourg, chez R. Fleming , 
M.DCC.LII., in-8°, p. 1, v. 15.) 

3 Histoire de Charles VI, etc., éd. de Godefroy, p. 155, ann. 1 103. 



INTRODUCTION. 3 

suivent tousjours au dos, car on ne trouve rien sur le pays. 
A grand 1 peine y recuevre Ton (s'y procure-t-on) du fer pour 
ferrer les chevaux, ni du cuir pour faire harnois, selles, ni brides. 
Les choses toutes faites leur viennent par mer de Flandres, et 
quant cela leur défaut (manque), ils n'ont nulle chose 1 ." 

En rapprochant de ce passage le chapitre où l'écrivain rapporte 
en détail "comment les Escots se gouvernent et maintiennent 
quant ils sont en guerre 2 ," et le récit que Brantôme fait d'une 
partie de chasse donnée au vidame de Chartres, en Ecosse, "au 
fin fond des sauvages," pendant qu'il était en otage dans la 
Grande-Bretagne 3 , on comprendra que Paul Jove, qui appelle 
aussi les Écossais sauvages 4 , déclare que leur pays ayant peu de 
ports et de bonnes villes, "et portant horreur par ses forests et 
froidures, approche peu à l'humanité et civil entretien du reste 
des autres nations 5 ." Les choses, cependant, avaient changé, s'il 
faut en croire un Écossais : la côte de la mer était, en plusieurs 
lieux, très-fertile, et le comté de Murray, que la reine Marie de 
Lorraine, dit-il, appelait la petite France, produisait de si bon 
blé, que Jules Scaliger avait dû avoir en vue le froment de cette 
province, quand il avait parlé de la bonté de celui d'Ecosse 6 . 

L'évêque de Nocera, faisant ensuite le portrait des enfants 
de la Grande-Bretagne, les représente comme "ayans tous les 
perrucques courtes, et les barbes blondes ou rousses." Ce der- 
nier trait, commun aux Écossais et à Judas Iscariote, donna 
naissance à une injure usitée au XIII e siècle, celle tfEscoz pelez. 



1 Froissai t, liv. II, ch.CXXVIII, ann. 1385; éd. du Panth. litt., t. II, p. 314, col. 2. 

2 Ibid., liv. I", part. I", ch. XXXIV, ann. 1327; t. I, p. 25, col. 1. 

3 Des Couronnels françois, ch. IX. (Œuvres complètes de Brantôme, édit. du 
Panth. litt., t. I, p. 661, col. 1.) 

* Histoire de Paolo Jovio, trad. de Denis Sauvage. Paris, M. C. XXXI., in-folio, 
liv. XLII; t. II, p. 558, G. 

s Liv. XI; t. I, p. 194, I. 

6 Robert Mentet de Salmonet, Histoire des troubles de la Grande-Bretagne, etc. 
A Paris, M.DC.LXI , in-folio, liv. IV, p. 244. 



4 INTRODUCTION. 

Un trouvère du temps la met dans la bouche de Renard , qui la 
mérite bien autrement que le grillon, auquel elle s'adresse 1 , 
tandis qu'un autre trace un portrait effroyable du peuple d\\u- 
neguie, sans doute d'après les récits qui couraient des ravages 
et des horreurs commis par les Ecossais d'Angus sur la frontière 
anglaise 2 . 

A la même époque, l'un de nos rois, parlant à son fils aîné 
en une grave maladie qu'il eut à Fontainebleau, "Mon fils, lui 
disait-il, je te prie de te faire aimer du peuple de ton royaume; 
car si tu devais mal le gouverner, j'aimerais mieux qu'un Écos- 
sais vînt d'Ecosse et régnât à ta place 3 ." Là dessus, le plus 
savant des commentateurs du bon sénéchal de Champagne fait 
l'observation suivante : "Je ne sçay, dit-il, si le sire de Join- 
ville parle ici des Escossois comme des peuples très-éloignez de 
France... ou bien s'il a voulu marquer l'humeur de cette nation 
qui se plaisoit tellement aux grands voyages, qu'il n'y avoit 
presque point de royaumes où ils ne se répandissent en grand 
nombre." Du Gange énumère ici cinq ouvrages, ou recueils de 
monuments du moyen âge, qui témoignent de l'humeur errante 
des Écossais, ou attestent "qu'en presque tous les endroits de 
la France il y avoit des hospitaux fondez pour eux 4 ." J'ouvre 
le premier de ces ouvrages, et j'y vois nettement signalée cette 
passion proverbiale des habitants du nord de la Grande-Bretagne 5 , 



1 Roman du lienarl, éd. de Méon, t. I, p. 304, v. 3142. 

2 J. Bodel, la Chanson des Saxons, t. II, p. 74, v. 7. — Jordan Fantosme, 
Chronicle, etc., p. 137, not. à la p. 76, v. 1695. 

3 Histoire de S. Louis, édit. du Louvre, p. 4, 5. 

4 Observations sur l'Histoire de S. Louys, p. 33, 34. — Gloss. de du Cange, édit. 
in-4", t. VU, p. 368, col. 1. 

s Vous saurés qu'on dit en proverbe 

Que d'Escossois, de rats, de poux... 
Ceux qui voyagent jusqu'au bout 
Du monde, en rencontrent partout. 

( Pierre le Jolie, Description de la ville d'Amsterdam, de 
A Amsterdam, Tan M.UC.LXVI. , ia-tt, p. B.J 



INTRODUCTION. 5 

à propos do l'un d'eux, guéri par saint Gai *. Plus loin, dans le 
môme recueil , je trouve encore deux Ecossaises redevables d'une 
faveur pareille à l'intercession d'un autre saint 2 , établi sur les 
bords du Rhin. Ces diverses mentions, comme le vocable de l'un 
des couvents de Ratisbonne , sur lequel il existe un travail d'un 
architecte contemporain 3 , suffisent pour nous apprendre qu'au- 
trefois les Écossais se trouvaient en grand nombre en Allemagne, 
où ils menaient une existence nomade 4 , et sans doute peu ho- 
norée 5 . Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans la quinzième 
des formules de Baluze, on voit sur leur compte la trace d'une 
inculpation transportée depuis aux Gascons 6 . 
Les Écossais qui en étaient l'objet méritaient encore pis, s'il 



1 Vita et Mirac. S. Galîi, lib. II, p. 47. (Acta sanct. ord.S. Bened., sœc. II, p. 287.) 

2 Mirac. S. Goaris conf., cap. XV et XXXI. {Ibid., p. 293, 297.) 

3 Essai historique et critique sur l'église et le couvent de Saint-Jacques des 
Écossais, etc., par E. Grille de Beuzelin. Paris, 1835, in-8°. Cf. Wigul. Hund a 
Sultzenmos, Metropolis Salisburgensis. Ingolstadii, anno M. D.LXXXII., in-folio, 
p. 26G-268. — Cette maison est toujours occupée par des Écossais, tandis que 
celles qui appartenaient à ces étrangers, à Vienne et à Nuremberg, leur furent 
enlevées au XVII e siècle : " Item Wyennœ in monasterio, dicto ad Scotos, et Nurn- 
bergœ ad S.iEgidium, Scoti ejiciuntur, et Alemanni instituuntur." (Andreœ Ralis- 
bonensis et Jo. Chraftii Chronicon, A. D. MCCCCXVH-, apud Gcorg. Eccard., Cor- 
pus historicum medii cevi, etc. Lipsiac, anno M DCC XXIII, in-folio, t. I, col. 2149.) 

* Hist. S. Rudberli, etc., cap. II; ap. Canisium, Thésaurus monument, eccl. et 
hisl., etc., éd. J. Basnage, in-folio, t. III, pars II, p. 319. — On lit au ch. I er que 
le saint évoque de Saltzburg, suivant une ancienne tradition, descendait delà 
famille royale de France et des ducs d'Ecosse. 

5 Dempster (Hist. eccl. gent. Scot., lib. V, p. 254, n° 465) et, d'après lui, 
G. Mackenzie (the Lives and Characters of the most eminent Writers ofthe Scols 
Nation, etc. Edinburgh, 1708-1722, in-folio, vol. I, p. 383) invoquent la chronique 
de Saint-Jacques de Wurzburg par Trithème, pour attribuer à Eugène, abbé de ce 
monastère, un traité en un livre intitulé : Exhorlationes ad peregrinos Scotos; 
mais si un pareil ouvrage a jamais existé, on peut assurer qu'il n'en est pas dit 
un mot dans le Compendium brève fundalionis et reformations monaslerii S. Ja- 
cobi, etc., qui remplit les pages 3-16 du volume intitulé : Joannis Trithemii Opéra 
pia et spiritualia, etc. Moguntiœ, 1604, in-folio, et qui a été réimprimé par 
J. P. Ludewig, dans ses Geschichtschreiber von dem Bischofsthum Wurzburg. 
Franckfurt,1713,in-f°, p. 993-1004. — Eugène, troisième abbé de Saint-Jacques, était 
vraisemblablement irlandais, comme le premier, dont Trithème dit : " Macarius, 
natione Scotus,... de Hibernia venit in Franciam Orientalem." (Opéra pia, p. 4.) 

6 Capitularia regum Francorum, éd. Steph. Baluzio, t. II, col. 566. 



6 INTRODUCTION. 

est vrai que nombre d'entre eux se donnaient pour évoques et 
conféraient ainsi les ordres. On n'en saurait douter après avoir 
lu, dans la collection de Baluze et ailleurs, les règlements faits 
à ce sujet par l'autorité ecclésiastique et civile 1 . 

Il est juste, cependant, de faire observer qu'au moyen âge on 
confondait fréquemment les Écossais avec les Irlandais, leurs 
voisins. C'est ainsi qu'un écrivain célèbre du IX e siècle, qui vécut 
et mourut en France 2 , est indifféremment surnommé Scot ou 
Erigène, du nom latin de sa patrie 3 , et que Jean Bodel, parlant 
de Gilemers l'Escot, l'un des vassaux de Charlemagne, ajoute : 
"Sire fu de Illande, une terre où mers clôt 4 ." On sait, au reste, 
que ce n'est qu'au XI e siècle que l'Ecosse a commencé à être 
désignée par le nom qu'elle porte aujourd'hui 5 . 

Écossais, Irlandais, tous trouvaient chez nous une bienveil- 
lante hospitalité. L'auteur de la vie de saint Faron, évêque de 
Meaux, nous apprend que le bienheureux faisait bon accueil aux 
pèlerins anglais et écossais 6 . Nous savons qu'il en venait au 



1 Capit. reg. Franc, t. I, col. 1169, n° LXV; t. II, col. 743, 1245, 1246. 

2 Voyez, sur lui, l'excellente thèse tle notre collègue Saint-René Taillandier, et 
YHist. liltér. de la France, t. V, p. 416-429. — T. VI , p. 549, 550, on lit un article 
consacré à un autre Irlandais, Duncan, qu'à son nom on prendrait pour Écossais. 

3 Fidèle à ses habitudes, Dempster (Hist. eccl. gent. Scot., p. 42) et tous les 
historiens écossais qui l'ont pris pour guide, n'ont pas manqué de donner Jean 
Scot à leur pays. De leur côté, les écrivains anglais et irlandais l'ont réclamé 
comme leur. Le point semble décidé en faveur de ces derniers. — Pareille contro- 
verse a eu lieu pour Duns Scott, définitivement adjugé à l'Ecosse. Voyez sur lui 
Wadding, Scriptores ordinis Minorum, p. 137-139; Irving, the Lives oflhe Sco- 
tish Poets, etc. Edinburgh, 1810, in-8°, vol. I, p. 23-27. On lisait sur son tom- 
beau , à Cologne : 

Scotia megenuit, Anglia suscepit, 
Gallia cdocuit, Germania tenet. 

4 La Chanson des Saxons, t. I, p. 30. — Il est vrai que, sur trois manuscrits, 
deux portent Horlande, Hollande; mais nombre d'autorités citées par du Gange, 
au mot Scoli de son Glossaire, ne laissent aucun doute sur la véritable leçon. 

5 Jacob. Usser., Brilannicarum ccclesiarum Anliquitates, etc. Dublinii, anno 
CI3 TJC XXXIX, in-4°, p. 734. 

6 Vila S. Faronis, cap. XCV, XCVI. (Acta sanct. ord. S. Bened., sœc. II, p. 618.) 
— Plus loin, p. 786, se trouve une note sur les hospices d'Écossais chez nous. 



INTRODUCTION. 7 

tombeau de saint Waast 1 ; il dut en venir souvent à celui de 
saint Fiacre, fils d'Eugène IV, roi d'Ecosse, ermite à Meaux, 
mort le 30 octobre, dans le VII e siècle 2 , et au tombeau de saint 
Furcc, patron de Péronne, pareillement issu de race royale 3 . 
C'est ainsi que saint Gibrien, né en Ecosse, était venu à Reims, 
attiré par la réputation de saint Rémi 4 . Il resta en Champagne 
et vécut en ermite, comme saint Blier 5 . 

Nombreux sont les Écossais qui, à ces époques reculées, vin- 
rent chez nous et jetèrent de l'éclat dans l'Église. Je nommerai 
Hélie, évêque d'Angoulême 6 , André Clément, cité par le Moine 
de Saint-Gall comme ayant enseigné les lettres dans la Gaule 7 , 
et Jean, d'autres disent Michel, évêque de Glasgow, qui séjourna 
un certain temps dans notre pays 8 , Richard de Saint-Victor 9 , et 
un autre Michel, plus célèbre qu'eux tous, Michel Scott, dont 
font mention Dante 10 et Boccace 11 , et qui dut à l'étude des 



1 Mirac. S. Vedasti, cap. VII. (Acta sanct. ord. S. Bened., sacc. IV, pars 1, 
p. 601, 602.) 

2 Bolland., Acta sanct., 30 a die Augusti, p. 598-616. — Leslaous, de Origine, 
moribus et rébus geslis Scotorum, éd. 1675, lib. IlII, p. 149. — D. Toussaints du 
Plessis, Histoire de l'église de Meaux, etc., liv. I, en. LXV-LXXI ; t. I, p. 53-60, 
et not. XIX, p. 682-684. — Hist. litt. de la France, t. XIV, p. 633. — Dans un 
autre endroit, p. 161, Lesly parle de S. Viron, évêque originaire d'Ecosse, qui 
devint confesseur de Pépin, avec le secours duquel il fit bâtir le monastère de 
Saint-Pierre, en Franconie. 

3 Acta sanct., Januarii tomus II, p. 35-55. — Keith, an historical Catalogue of 
the Scott ish Bishops, éd. Russell, p. 375. 

* S. Gibrien avait six frères et trois sœurs, qui passèrent avec lui en Gaule. 
Voyez le recueil des Bollandistes, t. II de février, p. 52-55. 

5 Acta sanct., 11 Jun., p. 472-474. 

6 Chronicon S. Maxent., ap. Labbe, Nova Bibliotheca manuscript. libr., t. II, 
p. 195. 

7 Bec. des hist. des Gaules, etc., t. V, p. 107, B. Voyez encore Visio Wetini, 
dans les Acta sanct. ord. S. Bened., sœc. IV, pars I , p. 275. 

8 Keith, an histnr. Catal. of the Scott. Bishops, p. 231. — L'auteur cite le 
cartulaire de Melrose et Slubs, Actus Pont. Ebor. Voyez le recueil de Twys- 
den, col. 1713, 1. 20, 26. 

9 Histoire littéraire de la France, t. XIII, p. 472-488. 

10 Divina Commedia , l'Inferno, cant. XX, v. 115-117. 

11 II Decamerone, jorn. VIII, nov. IX. 



8 INTRODUCTION. 

mathématiques, à laquelle il se livra à Paris, le renom de sorcier 
dont il a si longtemps joui 1 . 

Sans doute, il venait aussi de ces étrangers pour exercer les 
arts dont la pratique les avait rendus fameux, comme une espèce 
d'ouvrage de charpente dont parle saint Bernard 2 , et le travail 
mentionné par Gibert de Montreuil 8 . Je n'ose ajouter la musique, 
la peinture, la sculpture et la calligraphie, ne connaissant pas 
d'artistes écossais chez nous antérieurement au XIV e et au XV e 
siècles, époques où Ton trouve Nicolas d'Ecosse et Robert l'Écos- 
sais libraires, c'est-à-dire sans doute écrivains, à Paris en 1324 4 , 
w deux hommes, joueurs de guiterne, du pays d'Escosse, qui vont 
par païs portans nouvelles de la destruccion des Turcs 5 ," etc., 
"Jehan Fary, natif d'Escosse, ménestrel du roy nostre sire 6 ," 



1 Joh. Balœus, Scriptorum illustrium Majoris Brytanniœ... Catalogus, etc., 
cent. IV, cap. LXVII, p. 351, 352. — Bulœus, Hist. univ. Paris., t. III, p. 701, 702. 
— Edinburgh Magazine, etc., January-June 1820, vol. VI, p. 491-499, et vol. VII, 
p. 99-104, etc., etc. — Des notices consacrées à Michel Scott, et elles sont 
trop nombreuses pour être toutes mentionnées ici, les deux plus satisfaisantes 
sont celle de M. Daunou (Hist. litt. de la Fr., t. XX, p. 43-51) et celle de Tytler 
(Lives of Scottish Worlhies, etc. London : John Murray, MDCCCXXXIII, in-12, 
vol. I, p. 96-128), qui dispensent parfaitement de recourir aux autres. — L'une 
de ces dernières années, M. H. H. Milman y a ajouté, en publiant dans le premier 
volume des mélanges de la Philobiblon Society (London, 1854, petit in-4°), un 
morceau intitulé : Michael Scott almost an Irish Archbishop. 

* De Vita S. Malachiœ, cap. VI, n° 14. (S. Bemardi... Opéra, vol. I. Paris, 
M.DCCXIX., in-fol., col. 671, B.) — Plus loin, cap. XXVIII (col. 691, A), on 
trouve Scotus pour Hibernus. 

3 Roman de la Violette, p. 89, v. 1768. — Le passage du trouvère picard en 
rappelle un autre d'une lettre de Catherine de Médicis, dans lequel il est question 
d'un tour de bonnet exécuté par Jehan d'Ecosse. (Ms. de laBibl. imp., n° 7239 2 - 2 ., 
fol. 69.) 

4 Bulœus, Historia universilatis Parisiensis, etc., VI sec, t. IV, p. 204, 279. — 
Ces deux fonctionnaires de l'université sont appelés Nicolaus de Scotia, et Robertus 
Scoti, qui peut signifier Robert l'Escot. — On voit plus loin dans le môme tome IV, 
p. 327 et 903, qu'en 1352, il y avait parmi les représentants de la nation d'Alle- 
magne, au moins trois individus appelés Scotus. 

5 Louis et Charles d'Orléans, etc., par A. Champollion-Figeac. Paris, 1844, 
in-8°, 2 e part., p. 381. 

6 Les Miracles de Madame sainte Katherine de Fierboys, etc., publ. par M. l'abbé 
J.-J Bourassé. Tours, M D CCC LVIIl, in-16, mir. XXXVIII (ann. 1446), p. 98. 



INTRODUCTION. 9 

et deux Écossais, peintres et tailleurs d'images, au service du 
duc de Bourgogne vers le milieu du XV e siècle 1 . 

On verra combien, dans le précédent, les bandes qui désolaient 
la France comptaient d'Ecossais dans leur sein. Nous ne pou- 
vons que supposer, d'après un ancien texte, que de tout temps 
il y avait eu de ces mercenaires. Charles-Martel, menaçant 
Gérard de Rossillon, nomme les Escotz, parmi ceux qu'il se 
flatte de conduire en bataille contre lui 2 . Ce n'est, il est vrai, 
qu'un récit de troubadour; mais les cotereaux qui désolaient le 
Berry en 4183 3 , ne devaient-ils pas leur nom au grand nombre 
d'Écossais qui se trouvaient dans leurs rangs? Leur chef lui- 
mùme, nommé Martin Alisai par un écrivain du temps de 
Charles VII, et Martin Lisay dans une traduction contemporaine 
de son mémoire 4 , ne serait-il pas un membre de la grande fa- 
mille écossaise des Lindsay, plutôt que le chef basque désigné 
ailleurs sous le nom de Martin Argaïs 6 , ou un individu natif 
de Lissay en Berry, de Lissey en Lorraine, ou de Lissy en Brie? 

Tous ces Scots, dont certains voyageaient sous l'habit ecclé- 
siastique en demandant l'aumône 6 , avaient chez nous des hos- 
pices, où ils trouvaient comme une patrie 7 . Sans doute, ce n'est 



1 Comptes de 1467 et 1468, rapportés par M. de Laborde dans les Ducs de 
Bourgogne, V part., t. II, p. 335, n» 4470, et p. 366, n<> 4785. 

2 Gérard de Rossillon, etc. A Paris, MDCCCLVI, in-12, p. 5, v. 25. 

3 Bigord., de Gest. Phil. Aug., ap. D. Bouquet. (Rec. des hist. des Gaules, etc., 
t. XVII, p. 11, C, D.) — Guill. Briton. Armor., Philipp., lib. I, v. 725. (lbid., 
p. 132, D.) 

* Vallet de Viriville, Notice sur Robert, Blondel, etc. (Mémoires de la Société des 
Antiquaires de Normandie, vol. XIX, Caen, 1851, in-4°, p. 195, 196.) 

s Petr., Vall. Cern. mon., Hist. Alb., ad ann. 1211. (Rec. des hist. des Gau- 
les, etc., t. XIX, p. 53, C, E; 65, E; 66, A.) — Le chevalier espagnol de Pierre 
de Vaux-Cernai ne pourrait-il pas être le môme que le provençal Algais nommé 
par Mathieu Paris sous l'année 1196? (Hist. major, éd. Lond., 1640, p. 182, 1. 24.) 

6 Recepla et expensa anno M.CC.NXXIHI., art. II. (Rec. des hist. des Gaules, 
t. XXI, p. 230, D.) 

7 Capit. reg. Franc, éd. St. Baluzio, t. II, col. 743, 761. — Gloss. med. etinf. 
Lat., t. III, p. 702, col. 3, v° Hospitalia Scolorum, et t. VI, p. 126, col. 3, v° 
Scoti Peregrini. ... ^ . 



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t>f I" 



10 INTRODUCTION. 

pas dire beaucoup, quand on songe à quel point la misère ré- 
gnait dans leur pays; mais, par cela même qu'elle ne les avait 
point habitués à beaucoup de bien-être, ils ne pouvaient que 
bénir une charité qui avait ménagé des asiles à leur pauvreté. 
Bien que le mot écot, assez ancien dans notre langue 1 , semble 
emprunté du nom de leur nation, il semble fort probable qu'ils 
n'avaient rien à payer dans ces maisons. 

Une catégorie d'Ecossais assez nombreuse, les étudiants qui 
venaient chercher fortune intellectuelle à l'université de Paris, 
y trouvaient, sinon une hospitalité aussi complète, du moins 
des bourses qui permettaient aux moins fortunés d'aborder la 
carrière ecclésiastique. Leurs noms, conservés dans les registres 
et ailleurs, montrent qu'ils appartenaient à toutes les classes de 
la société, et peuvent être comparés avec ceux des prélats et des 
autres dignitaires de l'église d'Ecosse, à partir du XIV e siècle. 
Le nom de rue d'Ecosse, donné après 1313 à la rue du Chaudron, 
dans la paroisse Saint-Hilaire 2 , semble indiquer que c'est là 
surtout que se logeait cette classe d'étudiants 3 , tandis que le 
même nom, à Dieppe, n'est qu'une trace de la halte qu'y faisaient 
autrefois les Écossais pour se rendre en France ou retourner 
dans leur pays 4 . Nous ne savons à quelle occasion la rue de 
l'Épée d'Ecosse, à Orléans, a reçu ce nom; muette au sujet de 



1 Le Roman des aventures de Fregus, p. 121. — Le Chevalier au Lion, dans le 
Mabinogion, part. II, p. 183, col. 1. 

2 Géraud, Paris sous Philippe le Bel, p. 333. 

3 Dans la seconde moitié du XVI e siècle, les deux fils aînés de David d'Edzell, 
neuvième comte de Crawford, ayant été envoyés à Paris sous la conduite de John 
Lawson, qui fut plus tard collègue de John Knox, se logèrent dans la rue des 
Carmes, près du collège de Reims, à l'enseigne de la boule. (Lord Lindsay, Lires 
ofthe Lindsays, etc. London, 1849, in-8», eh, XIII, sect. I; t. I, p. 331, 332.) 

4 La rue d'Ecosse est nommée dans V Estimation générale des fonds perdus pour 
les places publiques , du 25 juillet 1697, p. 3. (Recueil général des édit s... donnez 
en faveur des habitans de... Dieppe, etc. A Dieppe, M.DCC, petit in-folio.) — 
Appelée en 1282 vicum Vadorum, elle portait encore en 1520, à ce qu'il paraît, 
le nom de rue des Wées ou des Guez : " La rue des Vuez ou Gucz, dit un écrivain 
de la localité, à l'année 1558, a esté appellée la rue d'Escosse, à l'occasion des 



INTRODUCTION. H 

l'origine d'une famille orléanaise du nom de Stuard, la tradition 
locale attribue celui de la rue au séjour que firent dans cette 
ville, en différents temps, les troupes écossaises au service de 
la France i . 

Outre ces Écossais de passage, il y en avait chez nous un 
grand nombre d'établis depuis plus ou moins longtemps, dont 
le surnom indiquait la patrie première. A Paris seulement, on 
trouve dans le Livre de la Taille pour 4292, près de soixante 
individus des deux sexes et de tout état, appelés Escoz, l'Escot, 
l'Esquol, Scot, VEscotc, cï Escoz 1 *, nom dont une famille de 
Lorraine anoblie en 1554 3 , et deux vieilles maisons italiennes, 



Escossois, qui vinrent depuis à Dieppe, et choisirent cette rue pour y demeurer, 
et y débiter une grande quantité de petites serges de leur pays." (Les Antiquitcz 
et Chroniques de la ville de Dieppe; par le prêtre Asseline; 1682. Ms. de la Bibl. 
de cette ville.) L'auteur ajoute en note : " Pwes vient sans doute du mot latin 
vadum, qui signifie un gué, ou un lieu dont l'eau peut estre passée à pied sec, 
selon qu'il a esté dit sur l'an 1282." Ne vaut-il pas mieux expliquer ce nom par 
les wedes ou guedes originairement débitées ou employées à la teinture dans cette 
rue, où les marchands d'étoffes d'Ecosse avaient sans doute l'habitude de descendre 
pour être plus à portée de les faire teindre? A Saint -Denis, près de Paris, il y a 
une place qui est encore appelée le marché aux guèdes, nom assez mal compris, 
s'il est vrai que l'écrivain du tableau indicatif des rues ait écrit marché aux guê- 
tres. (Roquefort, Glossaire de la langue romane, t. II, p. 740, col. 2, au mot 
Wede. — Du Cange, Gloss. med. etinf. Lot., v is Guaisdium, Gueda, t. III, p. 578, 
col. 1, 583, col. 3. — Ordonn. des Rois de Fr., t. XVI , p. 539.) 

1 Vergnaud-Romagnési, l'Indicateur Orléanais, etc. Orléans, 1827, in-8°, p. 191. 

2 Paris sous Philippe le Bel, passim. — Rec. et exp. ann. M. CC.XXXII1I., art. VI. 
(Rec. des hist. des Gaules, etc., t. XXI, p. 248, F.) Dans le siècle suivant, on 
trouve un Etienne Scot, chanoine de Saint-André de Châteaudun. [Catalogue des 
archives de M. le baron de Joursanvault, t. II, p. 184, n° 3245.) 

3 Les Lescossois, qui figurent au Nobiliaire, ou armoriai général de la Lorraine 
et du Darrois, etc., par D. Ambr. Pelletier. Nancy, M.D.CC.LVIII., in-folio, t. I, 
p. 485. — Plus loin, p. 723, l'auteur, parlant d'un certain Nicolas Ratant, d'une 
famille établie à Saint-Mihiel, qu'on prétendait issue d'une maison noble d'An- 
gleterre, dit qu'il prit en 1567 des lettres de noblesse, " par la difficulté qu'il eut 
sans doute de retrouver ses anciens titres, et pour jouir des privilèges et préroga- 
tives de la noblesse du pays, comme quantité d'autres qui étoient dans le même 
cas, ont fait dans ce tenis là." — Ursule ou Nicole Lescossois, femme d'Alexandre 
Lescuyer, nommée p. 488, et Marie l'Ecossois, femme de Louis Mithon , conseiller 
du roi , trésorier général des gardes suisses et troupes étrangères au service de 
France vers 1650 (d'Hozier, Armoriai géiéral de France, etc., t. III , reg. II , art. 
Giraud de Crezol, p. 3), étaient sans doute de la même famille. — Les Lescossois 



12 INTRODUCTION. 

l'une de Gênes, l'autre de Plaisance 1 , offrent des équivalents; 
et dans la liste des chevaliers de la suite de saint Louis pour la 
croisade de Tunis, j'en vois un surnommé d'Escoz*, et Hugues 
d'Ecosse, oncle de l'un de nos compatriotes, Jean de Bussey 3 . 
Ce Hugues était-il Écossais? On en peut douter; mais il est cer- 
tain qu'à la suite d'une ambassade envoyée en Ecosse par saint 
Louis, sur le point de partir pour la croisade, il lui vint des 
auxiliaires de ce pays sous les ordres de Patrick, sixième comte 



portaient : d'azur, au chevron d'or, accompagné de trois fasces de léopard d'argent, 
deux en chef et une en pointe, et pour cimier deux pennes de l'ccu issantes d'un 
torti d'or, d'azur et d'argent (N° I). 

No I.— LESCOSSOIS. 



De la Roque cite un contrat passé devant Pierre Lescossais, notaire à Poitiers, le 
20 décembre 1446. (Preuves de l'Histoire généalogique de la maison de Harcourt, 
t. III, p. 28. Cf. t. IV, p. 297.) 

1 Ogerii Panis Annal. Genuens., lib. IV, ann. MCCX. (Rer. liai. Script., t. VI, 
col. 399, B. Cf. col. 40i, D.) — David Hume of Godscroft, the History of the 
Houseand Race of Douglas, etc. Edinburgh, M.DCCXLVIII., in-8°, vol. I, p. 15, 
16. (Lettre du comte Marc Antonio Scoto d'Agazano, adressée de Paris, le 8 mai 
1622, à un membre de la branche écossaise des Douglas, auquel il rappelle une 
entrevue qu'il avait eue avec lui à Orléans.) 

- Rec. deshist. des Gaules, etc., t. XX, p. 307, col. 1. 

3 Joinville, Hisl. de S. Louis. (Môme volume, p. 377, B.) — M. de Courcelles, 
dans sa généalogie de la famille de Bombelles, p. 5 (Hist. gén. et herald, des pairs 
de France, etc., t. II), nomme Anne d'Ecosse, épouse de Louis de Bombelles, 
écuyer, seigneur du Pont, dont la sœur Anne fut mariée à Jean de Ramsay, écuyer, 
seigneur de Lumeau, en Beauce. 



INTRODUCTION. 13 

de Dunbar et de March, de David Lindsay de Glenesk, et de 
Walter Stuart de Dundonald, hommes également recomman- 
dâmes par leur prudence et leurs talents guerriers. Partis pour 
l'Egypte avec le saint roi, ils périrent presque tous, soit en route, 
comme le comte de Dunbar, qui mourut à Marseille 1 , soit sous 
le fer de l'ennemi, ou ils furent emportés par la peste; mais, à 
la demande de Louis IX, ils furent remplacés par d'autres 2 . 
David, comte d'Athol, qui accompagna Louis IX dans sa seconde 
croisade, eut le même sort 3 . Selon Fordun, il mourut à Garthage, 
le 6 août 1269 4 . 

Guibert de Nogent trace ainsi le portrait de ces Écossais des 
croisades : "On peut voir, dit-il, des bataillons d'Écossais très- 
fiers chez eux et fort lâches dans leur pays, descendre de leurs 
frontières marécageuses jambes nues, couverts d'un manteau de 
peaux, avec une gibecière suspendue à leurs épaules; armés 
d'une façon si ridicule, au moins selon nos usages, ils viennent 
s'offrir comme auxiliaires fidèles et dévoués 5 ." 

En venant ainsi en France, plus d'un chevalier écossais re- 
trouvait le berceau de sa famille. David Lindsay, par exemple, 
descendait des seigneurs normands de Limessay, établis dans la 
localité de ce nom, près de Pavilly, dans le pays de Çaux en 
Normandie 6 ; et si Patrick, comte de March, était bien Écossais, 



1 Chronicon de Lanercost, A. I). M.CC.XLVIH., p. 54. 

2 Chronica de Mailros, sub ann. 12i8, p. 177. — Joann. Lesl., de Heb. gest 
Scol., lib. VI, p. 218. — Hcct. Doeth., Scot. Hist., lil>. XIII, fol. CCXCIIII recto, 
1. 19; trad. écoss. de Bellenden. Edinburgh, M.DCCC.XXI., in-4°, vol. II, p. 343. 
— William Stewart, the Buik oflhe Croniclis ofScolland, edit. by William Turnbull, 
vol. III, p. 103. — Lord Lindsay, Lives oflhe Lindsay s, vol. I, eh. I, sect. III, p. 33. 

3 Chronica de Mailros, p. 216. 

4 Scotichronicon , vol. II, p. 101. 

■ " Videres Scottorum apud se ferocium, alias iiiibcllium, cuneos, crure intecto 
luspida clamide, ex humeris dependente psitarcia, de finibus uliginosis allabi; et 
quibus ridicula quantum ad nos forent armacopiosa, suœ fidei ac devotionis nobis 
auxilia prœsentare." Guiberli abbalis Hist. Hierosol, lib. I, apud Bongars., Gesta 
Deiper Francos, p. 471, 1. 38. 

Lord Lindsay, Lives oflhe Lindsays, etc., vol. I, cl». I, sect. I, p. 4, 5. 



14 INTRODUCTION. 

la fille de l'un de ses ancêtres, Marie-Agnès Dunbar, avait épousé 
Guillaume de Sainte-Claire, de l'illustre famille de Rosslyn, pa- 
reillement française d'extraction 1 . L'un de ses membres, le 
P. Hay, nous apprend encore que les Frazer, les Bodwell, 
les Montgomerry, les Menteith, les Boas, les Campbell, les 
Yervin, les Telfer, les Boswel, étaient pareillement venus de 
France 2 , comme l'évêque William Malvoisine, que nous voyons 
sur le siège de Saint-André en 1202 3 , et comme les Cumin, que 
l'auteur du Scala Chronica fait descendre d'un comte Comyn de 
ce pays 4 . Il n'y a pas à douter non plus que les Bonevill, les 

1 Généalogie of the Sainteclaire of Rosslyn, etc. Edinburgh, M.DCCCXXXIV., 
in-4», p. 32. 2 Ibid., p. 4. 

3 G. Mackenzie, the Lives and Characters, etc., vol. I, p. 404. — Keith, an his- 
forical Catalogue offhe Scottish Bishops, etc., édit. de 1824, p. 15. 

* J. Lelandi Collectanea, éd. M.DCC.LXX., vol. 1, part. II, p. 529. — Macpher- 
son, the orygynale Cronykil of Scolland, notes to the Mil book, ch. VI, v. 81; 
vol. II, p. 493. — Il y avait en Normandie une famille Commin, qui possédait la 
seigneurie de la Londe, dont le titre passa, au XIII e siècle, à Louis de Tournebu. 
(Histoire généalogique de la maison de Harcourt, etc., liv. VIII, ch. XXXVI ; t. I, 
p. 498.) — Ce nom de Tournebu lui-même, qui était celui d'une autre famille 
normande encore plus notable {ibid., liv. VII, ch. XVI, t. I, p. 277-284; liv. X, 
ch. I", p. 800-793,802, 803, etc.; liv. VI, ch. LXXXIV, t. II, p. 1542, 1546, 
1547, etc. — Hist. de la mais. roy. de Dreux, p. 39), pourrait bien avoir donné 
naissance au nom écossais de Turnbull. César de Grandpré, qui cite une branche 
de cette famille et lui donne pour armes : d'argent à la bande d'azur (n° II), l'ap- 
pelle Turnebu, et Palliot, ou plutôt son imprimeur, Turnebu. (Le César armoriai, etc., 
p. 573. — La vraye et parfaite Science des armoiiies, p. 72, art. Bande, n° X.) 

N» II. —TURNEBU. 




INTRODUCTION. 15 

French, les Mautalent, les Norman Goupil, les Norman Leslie, 
que Ton trouve nommes dans des actes anciens 1 et dans les his- 
toires, n'aient le même droit de figurer sur cette liste, que Ton 
pourrait considérablement allonger 2 , surtout si Ton y consignait 
les noms des familles anglo-normandes établies en Ecosse. 

De ces familles, les plus considérables étaient les Moreville 3 , 
les GirYard 4 , les Seton, dérivation de la famille normande de 
Say 5 , les Melville 6 , les Gray 7 , souche des Gray de Touraine 8 , 

1 W. Robertson, an Index... of many Records of Charters, etc. Edinburgh, 
M DCC XCIII , in-4", p. 16, 17, n° s 16, 37, 38, 42, 50 ; p. 138, n° 24 ; p. 161, n° 2. 

— Rotuli Scotiœ , etc., vol. I, p. 884, col. 2, et vol. II, p. 139, col. 1. — D'Hozier 
(Armoriai général de France, reg. I er , p. 629) fait mention d'une famille du 
Leslai, qui n'est peut-être pas étrangère à celle de Leslie, que l'on retrouvera 
plus tard chez nous. (Popular Rhymes of Scotland, by Robert Chambers. Edin- 
burgh, 1847, petit in-8°, p. 90.) 

2 Voyez Royce, Scot. Hist., liv. XII, fol. CCLVIII r° (trad. de Rellenden, vol. II, 
p. 281); et Lord Hailes, Annals of Scotland. Edinburgh, 1797, in-8°, vol. I, 
p. 39, en note. — Dans les Rôles d'Ecosse (vol. I, p. 822, col. 1 et 2; p. 878, col. 1 
et 2), on trouve, vers le milieu du XIV e siècle, des Écossais nommés Jean de la 
Forest, Jean de Tours ou de Tourys, Guillaume de Tours, la plupart marchands. 

3 Chalmers, Caledonia, etc. London, 1810, in-4°, b. IV, ch. I ; vol. I, p. 503-505. 
* Ibid., p. 516, 517. s Ibid., p. 517, 518. 6 Ibid., p. 524, 525. 

7 Crawford, Peerage, etc., p. 178; Douglas, the Peerage of Scotland, etc. 
Edinburgh, 1813, in-folio, vol. I, p. 664; Chalmers, Caledonia, etc., b. IV, ch. I, 
vol. I, p. 543. 

8 Gray : de gueules, au lion d'argent, à la bordure engrelée de même (N° III). 

— Voyez sur cette famille l'Hist. geneal. de la nobl. de Touraine, etc. A Paris, 
M.DC.LXV., in-folio, p. 284-287. 

N» III. — GRAY. 




16 INTRODUCTION. 

les Colville 1 , les Malherbe 2 , les Mortimer et les Moubray 3 , 
dont le nom s'offre fréquemment à nous sous une physionomie 
encore plus britannique, les Gourlay*, les Saint-Michel 5 , les 
Lascelles et les Munfichet 6 , les Hay 7 , les Chênes, les Grant et 



1 Chalmers, Caledonia, b. IV, ch. I; vol. I, p. 543. 

2 Ibid., p. 588, 589. 

3 Ibid., p. 589. 

4 Ibid., p. 589, 590. — En 1534, un prêtre nommé Norman Gourlay était con- 
damné au bûcher pour fait de sorcellerie. (Rob. Pitcairn, Criminal Trials, etc., 
vol. I, p. *210.) — Il y avait en Picardie des Gourlay, seigneurs de Monsures, 
d'Angicourt, vicomtes de Dommart. Jean Gourlé, chevalier, fit montre à Thé- 
rouenne, en 1372, servant avec sa compagnie sous messire Hue de Chastillon, 
sire de Dampierre, maître des arbalétriers de France. (A. de la Morliere, Recueil 
de plusieurs nobles et illustres maisons... du diocèse d'Amiens, etc. A Paris, 
M.DC.XLII., in-folio, p. 159, 160. — Haudicquer de Rlancourt, Nobiliaire de 
Picardie, etc. A Paris, M.DC.XCIII., in-4°, p. 241, 242. — Laine, Archives généa- 
logiques et historiques de la noblesse de France, etc., t. III, Nobiliaire de Soisson' 
nais, p. 45.) — Deux ans plus tard, on trouve G. Gourle, écuyer du duc d'Orléans. 
(Catalogue des archives du baron de Joursanvault, t. I, p. 229, n° 1259.) 

8 Caledonia, b. IV, ch. I; vol. I, p. 591. 6 Ibid., p. 593, 594. 

7 L'histoire de cette maison, écrite par le P. Richard Augustin Hay, a été pu- 
bliée sous le titre de Généalogie of the Hayes of Tweeddale, etc. Edinburgh, 
M.DCCCXXX, in-4°. — Plusieurs familles ont porté chez nous le nom de Hay ou 
Hays, et, chose singulière ! au lieu de se donner comme la tige des Hay d'Ecosse, 
pour la plupart elles se vantaient de venir de ce pays. L'une de ces maisons, citée 
dans le Dictionnaire universel de la noblesse de France, par M. de Courcelles, 
t. III, 1821, in-8°, p. 278, possédait la seigneurie de Saint-Rarthélemy de Renne- 
ville, au pays de Caux, et portait : d'argent, à trois tètes de Maure de sable (N° IV). 
Un ancien armoriai manuscrit, conservé à la Ribliothèque impériale, dans le même 
carton où se trouve une copie de la Recherche de Montfaut, faite en 1465, ren- 
ferme le passage suivant, Pays de Caux, p. 267 : " Le sire de Saint-Sauveur a son 
surnom et cry Hay, et porte : d'argent, à trois angemmes de sable " (N° V). Nul 
doute que cette maison ne fût celle dont faisait partie le marquis de Pertui, pré- 
senté par Ramsay (Hist. de Turenne, liv. III, ann. 1652; t. I, p. 245, not. 3) 
comme étant "d'une ancienne noblesse de Normandie, sortie originairement de 
l'illustre maison de Hai en Ecosse, " qui porte : 3 écussons de gueules en champ 
d'argent (N° VI). Issue ou non de ce pays, la famille du Hays, établie dans la géné- 
ralité d'Alençon dès le XIV e siècle (armes : de sable, à trois épieux d'argent (N° VII), 
s'est alliée, au XVII e , avec celle de Scot-des-Noës, dont le nom semble indiquer 
l'origine, et qui porte : "d'azur, à 3 cigognes d'argent, la tète contournée, tenant 
chacune au bec une couleuvre de sinople, en pal ; en pointe une bisse du môme, 
entravaillée d'une flèche d'argent, posée en fasce" (N° VIII). De Courcelles, Hist. 
gén. et hér. des pairs de France, t. VIII, art. Hays, p. 11. — S'il faut en croire 
Polisson (Hist. de l'Acad. fr., etc. Paris, 1858, in-8°, t. I, p. 167) cité par Bayle 
(Dict. hist., art. Hay) et par Moreri (le gr. Dict. hist., art. Châtelet), que la 
Chenaye-Desbois (Dict. de la nobl., t. VII, p. 737) allègue pour affirmer l'origine 



INTRODUCTION. 17 

No IV. — II AY N» Y. — SAINT-SAUVEUR. 





N" VI. — HAY. 




N« VII. — DU HAYS. 



No VIII. — SCOT-DES-NOES. 





18 INTRODUCTION. 

les Campbell 1 . Issues de branches normandes établies en Angle- 
terre, la plupart de ces familles avaient probablement suivi, au 
XII e siècle, David I er , qui, élevé à la cour de Henry I er , s'était 
marié à une comtesse anglaise ; d'autres s'étaient fixés en Ecosse 
sous Guillaume le Lion. Dugdale et Chalmers placent à la même 
époque l'arrivée en Ecosse des auteurs anglais des familles de 
Montealt et de Gordon 2 . Comme on l'a remarqué à propos de la 
famille de Mesmes, originaire des landes de Gascogne et qui se 
croyait venue d'une famille écossaise de mômes nom et armes 3 , 



écossaise de la maison de Hay en Bretagne, cette maison, qui portait : de sable, au 
lion morné et moufflé (N° IX), se vantait d'être sortie, depuis six cents ans, de 
celle des comtes de Carlisle, " l'une des plus illustres d'Ecosse." Cette prétention 
sans doute n'existait pas encore du temps du P. Augustin du Paz, dont l'Histoire 
généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne parut en i 619 ; car il n'en 
dit pas un mot, à l'article des seigneurs de Netumieres, p. 795-800. Je laisse à 
d'autres à rechercher si les Scott de Fumechon et de la Mésangère, qui figurent 
sur la liste des conseillers au parlement de Rouen, de 1654 à 16S2, étaient alliés 
ou étrangers à la famille Scot-des-Noës. Scott : D'or, au cerf naturel en repos, 
ayant un collier d'azur, chargé d'un croissant entre deux étoiles d'or (N° X). 

1 Caledonia, b. IV, ch. I; vol. I, p. 5D4-598. — Mémoires historiques, généalo- 
giques, politiques, militaires, etc., etc., de la maison de Grant, etc., par Charles 
Grant. M.DCC.XCVI., in-8°. — Comme les Hays de France, les Grant, ou le Grand 
de notre pays, que de Courcelles croit y avoir été amenés par la même cause, se 
disaient originaires d'Ecosse, et ne faisaient dater leur établissement en Nor- 
mandie que de 1359. Ils portaient : de gueules à 3 couronnes d'or antiques (N° XI). 
(Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, t. I, p. 353 et suiv. — De Cour- 
celles, Hist. gén. et herald, des pairs de Fr., t. VII, art. Hays, p. 19, en note.) — 
Suivant Marc de Wlson (la Science héroïque, etc., ch. XIII, p. 136), " Rost de 
Radepons en Ecosse porte de gueules à la croix échicquetée d'argent et de sable 
de trois tirets, cantonnée ou accompagnée de quatre lionceaux d'or " (N° XII ) ; or, 
ces armoiries sont celles des du Rose de Radepont, en Normandie, telles que les 
donne la Chenaye-Desbois (Dict. de la noblesse, etc. , t. XI, p. 559), avec cette 
différence que ses lions sont lampassés d'azur. 

2 Dugdale, Baronage of England, vol. I, p. 527. —Chalmers, Caledonia, b. IV, 
ch. I; vol. I, p. 531, 532, 544, 545. 

3 Mémoires de Castelnau, etc. Rruxelles, 1731, in-folio, additions de le Labou- 
reur, t. II, p. 782. — Rlanchard (les Presidens au mortier du parlement de Pa- 
ris, etc. A Paris, M.DC.XXXXVII., in-folio, l i; part., p. 387) a donné, en tète de 
la généalogie de la maison de Mesmes, les armoiries de cette famille, qu'il blason ne 
ainsi : Écartelé au 1. d'or au croissant montant de sable; au 2. et 3. d'argent à 
deux lions léopardés de gueules, posés l'un sur l'autre ; au 4. d'or à une étoile de 
sable, coupé en pointe, onde d'azur, au chef de gueules (N° XIII). — David Hume 
(the History ofthe House and Race of Douglas, etc., vol. I, p. 13) assure que l'on 



INTRODUCTION. 10 

N° IX. — II AY. N° X. — SCOTT. 





No XI. — GRANT. 




N« XII.— DU ROSC DE RADEPONT 



No XIII. — DE MESMES. 





20 INTRODUCTION. 

les premiers Montealt et Gordon cVÉcosse étaient sans doute des 
Gascons, cadets des familles de Montaut et de Gourdon, qui 
avaient suivi les maîtres de l'Aquitaine en Angleterre et ne s'y 
étaient point arrêtés. En poussant vers le nord, ils étaient sûrs 
d'y rencontrer un grand nombre de leurs compatriotes, si Ton 
peut donner ce nom à des natifs de pays de langue d'oil. Il y a 
plusieurs chartes de David I er , du comte Henry son fils, de 
Malcolm IV, adressées à leurs sujets de toutes les races princi- 
pales dont l'Ecosse était alors peuplée : aux Français, aux An- 
glais, aux Écossais, aux Gallois et aux gens de Galloway *. 

La présence de tant de Français, autant que le penchant qui 
portait les Écossais vers notre pays, explique comment il se fait 
que notre langue ait été de bonne heure répandue dans le leur. 
Le français semble, en effet, avoir été de mode à la cour des 
anciens rois d'Ecosse. Alexandre III, à son couronnement, prêta 
serment d'abord en latin, puis en français, ce qui montre clai- 
rement que cette dernière langue était généralement comprise 
par l'assemblée. Les négociations qui eurent lieu en 1291 à 
Norham, entre Edward I er et la noblesse écossaise, furent, à ce 
qu'il paraît, conduites en français pour la plus grande partie 2 , 
circonstance difficile à expliquer, à moins de supposer que le 
français était la langue des deux cours 3 . Enfin, le traité qui mit 



trouve des Douglas dans le marquisat de Saluées et aux environs de Bordeaux, où 
ils sont connus, dit-il, sous le nom de Houglas : j'ai lu avec soin la Notice généa- 
logique de la maison de Lur, suivie d'un précis historique sur les derniers marquis 
de Saluées, etc., par Henry de Lur-Saluces (Bordeaux, Durand, 1855, in-8°); le 
nom de Houglas, prototype peut-être de celui de Douglas, ne s'y trouve même pas. 

1 Diplom. Scotiae; Dugdale, Monasticon ; cliart. Kelso; Cliart. Glasgow, cités par 
Chalmers, dans le livre IV, ch. I, de sa Calcdonia, t. I, p. 502, not. e. 

2 L'acte de l'hommage des nobles écossais rendu au roi dans la ville de Berwick, 
le 1.7 juin de cette môme année, est pareillement en français. Voyez la Chronique 
de Lanercost, p. 140. 

3 Tyrwhitt, an Essay on the Language and Versification of Chaucer, en tête 
des Canterbury Taies. Oxford, MDCCXCVIII, in-i°, vol. I, p. 16, en note. — David 
Irving, a Dissertation on the literary Ilistory ofScotland, en tête de the Lires of 
the Scotish Poets, etc. London, 1810, in-8°, vol. I, p. 56. 



INTRODUCTION. 21 

lin à la captivité du roi David en Angleterre était pareillement 
en français 1 , aussi bien qu'une charte du môme souverain, rela- 
tive au renouvellement, pour quatre ans, de la trêve avec le roi 
Edward, pièce datée d'Édinburgh le 12 juin 1365 2 . 

L'importation de moines français par Alexandre II dut contri- 
buer, dans une certaine proportion, à répandre l'usage de notre 
langue en Ecosse. Étant venu en France pour renouveler alliance 
avec Philippe-Auguste, il s'aboucha, dit-on, avec saint Dominique, 
et le pria de lui donner de ses disciples pour venir instruire le 
peuple en Ecosse. Le saint y ayant consenti, le roi accueillit les 
Frères Prêcheurs avec la plus grande considération, et leur four- 
nit des maisons ou leur en fit construire de neuves. L'introduc- 
tion des Franciscains en Ecosse eut lieu de la môme manière, 
plusieurs années après la mort de leur fondateur 3 , arrivée, 
comme on sait, en 1229; puis vinrent les Chartreux, qui n'eu- 
rent qu'un monastère près de Perth, dont le premier supérieur 
fut Oswald de Corde, vicaire de la Grande-Chartreuse de Gre- 
noble, mort en 1434 4 ; mais déjà le courant avait changé, 
quoique le résultat fût toujours le même : les abbés, jaloux 
d'opposer une barrière à l'ignorance qui envahissait les monas- 
tères, envoyaient leurs moines à Paris, d'où ils ne pouvaient 
manquer de revenir avec une connaissance plus parfaite du 
français. En 1522, Alexander Myln, abbé de Cambuskenneth, 

1 W. Robertson, an Index, etc., p. 107, n° 19. 

2 lbid., p. 108, n» 19. 

3 Hect. Boeth., Scol. Hist., lib. XIII, fol. CCXCIIII recto, 1. 7 ; traduct. écossaise, 
vol. II, p. 841. — W. Stcwart, the Buik ofthe Croniclis of Scotland, éd. by Turn- 
bull. London, 1858, in-8°, vol. III, p. 96. — Les Bénédictins écossais étaient venus 
des monastères dépendant de l'abbaye de Fleury-la-Bivière, sur la Loire, de Tyron 
dans le Perche, ou de Cluny en Bourgogne, et les Cisterciens appartenaient à la 
congrégation du Val-des-Choux. (Spotiswood, an Account of the religions Houses, 
that werein Scotland, etc., ch. VI, à la suite du Catalogue historique des évoques 
écossais, p. 401.) Le premier abbé de l'un des monastères de cet ordre, Sweet- 
hart en Galloway, Henry, mourut en 1219, en route pour Citeaux, et le dernier finit 
ses jours à Paris, le 14 mai 1612. (Ibid., chap. IX, p. 425.) 

4 Spotiswood, à la fin du Catalogue de Keith, chap. XI, p. 430. 



25 INTRODUCTION. 

de Tordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin 1 , écrivait 
à l'abbé et aux moines de Saint-Victor pour leur annoncer la 
résolution qu'il avait prise de faire étudier ses novices au collège 
de cette maison. Son but, il est vrai, n'était rien moins que de 
les perfectionner dans la pratique de notre langue; ce que le 
bon abbé voulait, c'est qu'ils pussent acquérir une connaissance 
plus complète des Saintes Écritures, afin d'être ensuite en état 
de propager le savoir et la piété 2 . 

Aux Français que le développement des ordres religieux pous- 
sait ainsi en Ecosse, il faut joindre ceux qui, aspirant à mar- 
cher sur les traces des chevaliers errants, cherchaient des aven- 
tures semblables à celles dont ils avaient lu le récit dans les 
romans de la Table Ronde ou ailleurs. Or, quelle contrée, plus 
que le nord de la Grande-Bretagne, le pays de Fregus 3 , pouvait 
fournir matière à des faits d'armes du genre de ceux qui l'avaient 
immortalisé? Il y avait si peu de doute à cet égard, que plus 
d'une fois des chevaliers français, impatients du repos forcé 
auquel les condamnaient les trêves qui survenaient pendant les 
guerres du moyen âge, se mirent en route, sans chercher à 
s'éclairer préalablement par un entretien pareil à celui du prélat 
d'Ecosse avec Renaud de Montauban, "lorsqu'il luy alloit de- 



1 Myln l'ut le premier président de la cour île session, après l'institution du col- 
lège de justice par Jacques V, en 1332, et employé à diverses ambassades. (Kcith, 
an hislorical Catalogue ofthe Scoltisk Bishops, etc., p. 330.) 

2 Epistolœ regum Scolorum, etc., vol. I, p. 886. 

3 Voyez le Roman des aventures de Fregus, par Guillaume le Clerc, trouvère du 
treizième siècle. Edimbourg, M.DCCC.XLI., in-4°. — A lire les détails que l'auteur 
donne sur l'Ecosse, on ne peut douter qu'il n'y soit venu. On peut croire aussi que 
Tbomas le Rimeur, qui pourrait bien être le Tbomas Citharisl nommé dans un acte 
de YIndex de Robertson, p. 7, est un poète normand établi en Ecosse, où il aurait 
rimé les Romans de Horn et de Tristan. — D'un autre côté, les poètes indigènes 
ne restaient point étrangers aux eboses de notre pays. Dans un volume de la 
Ribliotbèque des Avocats, à Édinburgb, appelé the Dean of Lismore's Book, 
et dont l'écriture est de la première moitié du XVI e . siècle, on lit, p. 30, un 
ursgeul ou conte de trente-un vers gaéliques, relatif à un pauvre homme et à un 
roi de France. 



INTRODUCTION. 23 

mandant s'il ne se présentait point, à quelques heures du jour, 
quelques belles advantures pour un gentil chevalier dans cestc 
belle et grande forest de Gallidoyne, tant renommée de tout 
temps par belles advantures honnorables et hasardeuses ren- 
contres pour les chevaliers errans 1 ." 

Ils enviaient le bonheur de ce brave Renaud, lorsqu'en arri- 
vant en Ecosse, " y envoyé par l'empereur Charlemaigne pour 
quérir secours, il délivra de mort et de feu la belle Genièvre, 
qui s'en alloit du tout perdue 2 ," et rêvaient la possession, sinon 
de la reine d'Ecosse, au moins de l'une des quatre-vingts dames 
moult chevalcrcuses qui l'accompagnaient dans une circonstance 
mémorable 3 , si, comme Aurélio, ils ne pouvaient point arriver 
jusqu'à la main d'une princesse 4 . 

Pendant que nos chevaliers allaient ainsi, à la voix des ro- 
manciers, chercher des aventures en Ecosse, ceux-ci, d'accord 
cette fois avec l'histoire plus qu'avec les chansonniers 5 , mon- 
traient des Écossais parcourant le monde et l'étonnant par leurs 
exploits. Walter Scott a raconté les fortunes diverses de Quentin 
Durward dans notre pays : au temps où l'illustre écrivain place 

1 Discours sur les duels. {Œuvres complètes de Brantôme, tom. I, p. 752, col. 2.) 

2 Ibid-, pag. 706, col. 1. 

3 Le Tournoiement aus dames, v. 189. (Méon, Nouveau Recueil de fabliaux et 
contes, t. 1, p. 410.) 

* Histoire d'Aurelio et Isabelle, fille du roy d'Escoce, etc. Voyez le détail des 
principales éditions de ce roman, écrit en espagnol par Juan de Flores et traduit 
en français par Gilles Corrozet, dans le Manuel du Libraire, t. II, p. 290. La der- 
nière, en quatre langues, italien, espagnol, français et anglais, est de Bruxelles, 
1608, petit in-8°. 

8 L'un d'eux, qui vivait au XIII e siècle, annonce qu'il est disposé à chercher sa 
maîtresse dans les pays étrangers, comme un Écossais voyageant ses souliers aux 
mains, son manteau rapiécé, affublé d'une natte : 

Si comme Escoz qui porte sa çavate, 
De palcstiaus sa chape ramcmléc, 
Dcschaus, nus pies, affublés d'une natc, 
La cercherai par estrange contrée. 

(Robert la Chievre, : " Jamais por tant com l'amc el 
cors me batc, " etc , dans l'Histoire littéraire de 
la France, t. XXIII, p. 752.) 



24 INTRODUCTION. 

sa fable, nos aïeux avaient le Livre des trois Çilz de roys : c'est 
assavoir de France, d'Angleterre et d'Escosse, lesquelz en leur 
jeunesse pour la foy crestienne soutenir au service du roij de 
Secille eurent de glorieuses victoires contre les Turcz, etc. l , 
Ils avaient encore Y Histoire d'Hypolite, comte de Duglas^, qui 
n'est qu'un roman tel qu'en savait faire madame d'Aunoy. 

En voyant la faveur avec laquelle nos contemporains ne se 
lassent pas d'accueillir tout ce qui, de près ou de loin, se rapporte 
à l'Ecosse, on s est fréquemment demandé à quoi ce pays doit un 
pareil intérêt, dont est jaloux à bon droit le reste de l'Europe. 
Un illustre historien s'est chargé de répondre : " Peut-être pen- 
serait-on, dit-il, que c'est l'aspect du pays, ses montagnes, ses 
lacs, ses torrents, qui donnent aux romans historiques dont la 
scène est en Ecosse quelque chose de si attrayant; mais l'intérêt 
profond qu'ils inspirent provient bien moins de cette cause ma- 
térielle que du spectacle vivant offert par une série de commo- 
tions politiques toujours sanglantes, sans exciter le dégoût, parce 
que la passion et la conviction y jouent un bien plus grand rôle 
que l'intrigue. Il y a des pays où la nature a un aspect bien plus 
grandiose qu'en Ecosse ; mais il n'en est aucun où il y ait eu 
autant de guerres civiles, avec tant de bonne foi dans la haine, 
tant de chaleur d'âme dans les affections politiques 3 ." Quand 
M. Thierry ajoute ensuite "qu'aucune histoire ne mérite à un plus 
haut degré d'être lue avec attention, et étudiée à ses sources ori- 
ginales, que celle de ce petit royaume, si longtemps ennemi de 
l'Angleterre et réduit maintenant à l'état de simple province 
de l'empire britannique," nous sommes parfaitement de cet 
avis; mais attribuer le penchant qui nous porte vers l'Ecosse et 

1 Imprimé à Paris par Michel le Noir... le .X. jour de may, l'an mil cinq cens 
et quatre, in-4°. 

2 Publié en 1690, in-18, cet ouvrage a été réimprimé à Bruxelles, en 170i, 
petit in-12, puis à Amsterdam, en 1721-25, en deux parties également in-12. 

3 Dix ans d'éludés historiques, etc., p. 172. 



INTRODUCTION. 25 

pour ce qui en vient, comme pour ce qui la rappelle, à des évé- 
nements presque modernes et dont le souvenir se borne à Marie 
Stuart, que les lettres et les arts se sont plu à rendre populaire, 
c'est méconnaître l'ancienneté de ce penchant , bien antérieur 
au temps de cette princesse, et les principales causes qui lui ont 
donné naissance. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. Ti 



CHAPITRE I. 



Ancienneté de l'alliance entre la France et l'Ecosse. — Voyage en Ecosse de Doon, évèquc de Poitiers, avec 
Dagobert, fils de Sigebcrt ; institution de la garde écossaise attribuée à Charles le Gros. — Ambassade 
envoyée d'Ecosse à Charles le Chauve. — Alliances entre la France et l'Ecosse aux XII e et XIII e siècles; 
mariage d'une fille du roi Malcolm avec Eustache, comte de Boulogne; de Conan IV, comte de Bretagne, 
avec Marguerite d'Ecosse; d'Alexandre II avec Marie de Coucy, etc. — Hugues de Chastillon, comte de 
Saint-Paul et de Blois, fait construire un vaisseau à Inverness. — Les Coucy eu Ecosse. — Origine préteuduo 
écossaise des Colbert. — Anciens proverbes anglais et français relatifs à l'alliance entre les deux pays. 



Les anciens historiens sont unanimes pour dire que l'alliance 
entre la France et l 1 Ecosse remonte au règne de Charlcmagne 1 , 
opinion accréditée, que les nouveaux, depuis la réunion de ce 
pays à l 1 Angleterre, traitent de fable 2 . Quelques historiens fran- 
çais ont rapporté le môme fait, et il paraissait si indubitable en 
France du temps de Henri II, et môme de ses fils, que dans le 



1 Joli. Fordun, Scotichronicon, éd. W. Goodall, vol. I, p. 165, 166. — Hcct. 
Boeth., Scot. nist., lib. X; éd. Paris. 1523, fol. CXCI verso, 1. 61. — Joann. Major, 
Ilist. Maj. Brit.j etc., lib. II, cap. XIII -, éd. Ascens. MDXXI, in-4°, fol. XXXV recto. 
— Cf. Paul. Amil., de Reb. gest. Franc, lib. II, éd. Paris. M.D.XLVIIl., in-S°, 
fol. 91 recto; Jo. Lesl., lib. V, p. 166, 167; Buchanan., Rcr.Scotic. Bisl. Ediinb. 
M.D.LXXXII., folio 57 recto; Camden., Rer. Anglic. et Hibern. Annales regn. 
Eliz., éd. clo la C XXXIX, p. 179, etc. — Un écrivain vajusqu'à rattacher à cette 
prétendue alliance le double essonnier ou trescheur fleuré et contrefleuré de 
gueules, "duquel Charlemagne permit à Acbaius d'enfermer le lion de ses armes." 
(Palliot, la vraye el parfaite Science des Armoiries, etc., p. 45. Cf. Lesl., de Ori- 
gine, etc., p. 81.) 

2 Drummond, History of K. James IV, dans le recueil de Kennet, p. 22. — Sir 
James Dalrymple, Collections concerning the Scottish History, etc. Ediuburgb, 
M.DCC.V., in-8°, ch. VI, p. 87, 88. — Lord Hailcs, Annals of Scotland, etc. Edin- 
burgb, 1797, in-8°, vol. I, p. 118, ann. 1159. — Macpherson, the orygynal Cro- 
nylcil of Scotland, by Andrew de Wyntown. Londoii, M.DCC XCV., in-8°, notes to 
the Vlth book, t. II, p. 464, 465. — Chalmcrs, Caledonia, etc., b. II, ch. VI ; vol. I, 



28 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

contrat de mariage entre le Dauphin François et Marie Stuart, 
comme ailleurs, il est dit que l'amitié des deux royaumes avait 
duré huit cents ans 1 , ce qui revient au règne de Charleinagne. 
Son biographe va beaucoup plus loin : il prétend que les rois 
des Scots, gagnés par sa munificence, avaient tant de déférence 
pour sa volonté, qu'ils ne lui donnaient jamais d'autre nom que 
celui de seigneur, et qu'ils se déclaraient ses sujets et ses serfs. 
"Il existe encore, ajoute-t-il, des lettres qu'ils lui adressèrent, 
et dans lesquelles ils témoignent aussi de leur affection pour 
sa personne V 

De là, un rimeur d'une époque postérieure part pour dire du 
grand empereur que le roi d'Ecosse le servit, aussi bien que le 
roi d'Angleterre 3 . Puis, trouvant que ce n'est pas assez de gloire 
pour son héros, il ajoute plus loin qu'il "conquist Escos et les 



p. 298, 299. — Sir James Foulis of Colinton, of the old League said to hâve been 
formed belween the Emperor Charlemagne and the King of Scotland. (Transac- 
tions of the Society of Antiquaries of Scotland, vol. I, p. 26-28.) — Ce cortège de 
contradicteurs n'empêche point M. Cbéruel d'affirmer que "les écrivains anglais 
et écossais, môme ceux qui sont hostiles à la France, n'ont point contesté l'ancien- 
neté de cette alliance." (Marie Stuart et Catherine de Médicis, etc., Paris, 1858, 
in-8°, eh. I, Anciennes relations de la France et de l'Ecosse, p. 2.) 

1 Du Mont, Corps universel diplomatique, etc., t. V, part. I, p. 22, col. 1. — 
Recueil des dépêches... des ambassadeurs de France en Angleterre et en Ecosse, etc. 
Paris et Londres, 1840, in-8% t. III, p. 185; t. VII, p. 113. — Le Laboureur, dans 
ses Additions aux Mémoires de Castelnau (3 e éd., t. I, p. 564), cite un extrait d'un 
discours tenu à Élizabeth par Paul de Foix, où cet ambassadeur de Charles IX 
disait qu'il y avait, entre les maisons de France et d'Ecosse, une ligue continuée 
sans interruption depuis Charlemagne. Enfin, l'arrêt du Conseil d'État de l'an 1646, 
eu faveur des Écossais en France, commence ainsi : " Sur ce qui a été représenté... 
que dès l'année 789... l'alliance et confédération ayant esté faite entre les deux 
royaumes... elle auroit jusqu'à présent continué sans aucune interruption," etc. 
{Mémoire concernant l'ancienne alliance entre les François et les Ecossois, et les 
privilèges des Ecossois en France, etc. A Edimbourg, de l'imprimerie de G. Cheyne, 
MDCCLI, in-8 n , p. 58. — Lettres historiques pour servir de suite à l'Histoire des 
Révolutions de la Grande-Bretagne, et à l'Histoire militaire et civile des Ecossois 
au service de France. A Edimbourg. M.DCC.LIX., in-8°, p. 300.) 

2 Vita KaroHimp., cap. XVI. (Œuv. compl. d'Eginhard, t. I, p. 50-52.) Cf. 
Poetœ Saxonis Annal, de Gest. Caroli Magni. (Scriptorum rerum Brunsvicensium, 
p. 164.) 

3 Chronique rimëe de Philippe Mouskès, t. I, p. 134, v. 3258. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 29 

Frisons 1 ." Le faux Turpin, traduit dans les Chroniques de Saint- 
Denis, donne les Ecossais pour auxiliaires à Charlemagne dans 
sa guerre d'Espagne, et Estouz li Escoz, l'ancêtre oublié- des 
Stutt comme des d'Estouteville 2 , figure parmi ses pairs; mais 
je croirais plus volontiers ces chroniques pour ce qu'elles rap- 
portent du voyage de Doon, ou Didon, évêque de Poitiers, avec 
le malheureux Dagobert, fils de Sigebert 3 , quoique le continua- 
teur de Fredegaire ne parle que d'un pèlerinage dans ce pays, 
et je n'accorde aucune créance au rimeur cité plus haut, quand 
il parle d'une victoire remportée par Théodoric ou Thierry sur 
les Scots 4 , pas plus qu'à l'institution de la garde écossaise vers 



1 Chronique rimée de Philippe Mouslcès, t. I, p. 186. 

2 Selon le P. Augustin du Paz (Histoire généalogique de plusieurs maisons 
illustres de Bretagne, etc. A Paris, M.DC.XIX., in-folio, p. 241), cité par de la 
Roque (Hisl. geneal. de la maison de Harcourt, liv. III, ch. IV, t. I, p. 157; 
liv. VIII, ch. XLV, p. 537), la maison d'Estouteville, qui possédait encore le fief 
d'Estoutemont, et dans laquelle le nom d'Estout semble n'avoir jamais été délaissé 
se disait descendue des rois de Hongrie, et portait en conséquence : burelé d'ar- 
gent et de gueules de huit pièces, qui est de Hongrie, au lion morné de sable 
sans langue ni griffes (N° XIV), armoiries qui diffèrent en quelques points de 
celles que l'on trouve dans YHisl. geneal. et chronol. des pairs de France, t. II 
p. 276. 

No XIV. — D'ESTOUTEVILLE. 




3 Les grandes Chroniques de France, publ. par M. Paulin Paris, t. II, p. 10, 
ami. 654. — Cf. GalH:i christiana, t. II, col. 1152, D. 
* Chronique rimre de Philippe Mouskès, t. I, p. 24, v. 568. 



30 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Tan 893, par Charles III, dit le Gros 1 , dont la seconde femme 
était une princesse d'Ecosse 2 . 

Un autre chroniqueur, l'auteur ancien du Gesla Normanno- 
rum in Francia, publié par André du Chesne, fait mention, 
sous Tannée 848, d'une ambassade envoyée d'Ecosse à Charles 
le Chauve, qui semblerait indiquer une alliance déjà existante 
entre ce pays et le nôtre : " Les Écossais se ruant sur les Nor- 
mands, dit-il, sont victorieux, avec l'aide de Dieu, et les re- 
poussent en dehors de leurs frontières. A. la suite de cet événe- 
ment, le roi d'Ecosse envoie à Charles, en signe de paix et 
d'amitié, des ambassadeurs avec des présents, pour demander 
à l'empereur la permission d'aller à Rome 3 ." 

Pour retrouver une suite non interrompue de rapports entre 
la France et l'Ecosse, il nous faut passer sur-le-champ au XII e siè- 
cle, où il intervint au moins quatre traités entre les deux cou- 
ronnes, sans compter des accords de moindre importance 4 : 
nous voulons parler des alliances entre Philippe I er et Mal- 
colm III 5 , entre Louis VII et Malcolm IV 6 , ce qui ne l'em- 



1 Joann. Lesl., de Reb. gest. Scol., lib. V, p. 178, 179. — Plus judicieux que 
Lesly, un autre Écossais, son contemporain et son corréligionnaire, ne fait remon- 
ter l'institution régulière de la garde écossaise qu'au règne de Charles VII (David 
Chambre, Histoire abbregée des papes, etc., folio 178 recto et verso), ce qui 
n'empêche pas Sir Thomas Urquhart de la reporter à l'époque de Charlemagne. 
(Excry.vÊa/avpov : or the Discovery of a most exquisite Jewel, etc. Edinburgh 
MDCCLXXIV, in-8», p. 115.) 

2 Elle se nommait Richarde. On rapporte qu'à la nouvelle que son mari la répu- 
diait, affirmant par serment ne l'avoir jamais connue, elle répondit : "A la bonne 
heure, puisque par le serment de mon mari je demeure vierge." (Paradin, Alliances 
généalogiques des rois et princes de Gaule, etc. M.DC.XXXVL, in-folio, p. 57.) 

3 Historiœ Normannorum Scriptores antiqui, etc., p. 2, R. 

4 L'un d'eux nous ast indiqué par de la Roque : " Il y a, dit-il, une charte con- 
servée en la Chambre des Comptes, qui fait mention comme Roger de Leicester,... 
archevesque de Sainct André, ratifia l'an 1195, la paix faite par Robert troisiesme 
comte de Leicester, son frère aisné, avec Philippe deuxième, roy de France, en 
luy quittant le chastcau de Pascy, avec toutes ses dépendances." (Hist. geneal. 
de la maison de Harcourt, liv. V, ch. IV; t. I, p. 208. ) 

8 David Chambre, Histoire abbregee de tous les roys de France, Angleterre et 
Escosse, etc. A Paris, 1579, in-8°, fol. 129 recto. G Ibid., fol. 140 recto. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 31 

pécha pas de recevoir la chevalerie de la main de Henry II et 
d'accompagner ce prince dans son expédition de Toulouse 1 ; 
entre le môme Louis VII et Guillaume, sans doute pendant le 
voyage de ce dernier en France 2 , où il se fit remarquer dans 
les fêtes et les tournois; enfin entre Philippe-Auguste et Alexan- 
dre II 3 , qui vint en force à Douvres s'aboucher avec le Dauphin, 
depuis Louis VIII, alors occupé à envahir l'Angleterre 4 , et qui 
lui fit hommage à Londres 5 . 

Dans le siècle suivant, saint Louis fit également un traité avec 
Alexandre III, époux de Marie, fille d'Enguerrand, sire de Coucy 6 ; 
mais avant de parler de ce mariage, il convient de faire mention 
de celui de la seconde fille de Malcolm et de sainte Marguerite, 
qui avait eu lieu dans le siècle précédent. Elle avait épousé 
Eustache, comte de Boulogne, qui en eut Mathilde, mariée en 



1 Rog. de Hoveden, Annal. Pars post., ap. Savile, p. 491, 1. 60, A. D. 1160. — 
Chronicon S. Crucis Edinburgensis, ap. Warthon, Ariglia Sacra, vol. I, p. 161, 
A. D. 1158; edit. Bannat. Societ., p. 33. — Chronica Gervasii, A. D. 1159; ap. 
R. Twysden, col. 1381, 1. 11. — Joann. Fordun, Scotichronicon, lib. VIII, cap. III , 
vol. I, p. 449. — Comme le fait observer Lord Lyttelton (the History of Ihe Life 
of King Henry the Second, etc. London, MDCCLXIX, in-S°, vol. II, p. 414), ce 
furent la première et la dernière fois que l'on vit un monarque écossais combat- 
tant, sous une bannière anglaise, contre les Français. S'il faut en croire le chro- 
niqueur de Mclrose (Chronica de Mailros, éd. MDCCCXXXV, p. 76, 77 ), une partie 
de la noblesse écossaise, irritée de ce voyage et de cette coopération, assiégèrent 
et voulurent prendre le roi; mais leur dessein échoua. 

2 Ce voyage eut lieu en 1166, à la suite de Henry II, roi d'Angleterre ( Wyn- 
townis Cronykil, b. VII, c. VIII, v. 15; vol. I, p. 321), auquel il rendit hommage, 
à Falaise, en présence d'un grand nombre de personnages nommés comme témoins 
à la suite de la charte dressée à cette occasion. (Fadera, etc., éd. 3% t. I, pars I, 
p. 13.) — La Chronique de Melrose fait mention, sous l'année 1181, d'un nouveau 
voyage d'affaires de Guillaume sur le continent, en compagnie de son frère David, 
auprès de Henry II. (Chronica de Mailros, p. 61.) 

3 Hist.abbregée, etc., fol. 149 recto. — L'auteur renvoie à Hector Royce, liv. XIII. 
Voyez le texte latin, fol. CCXCI recto, CGXCIIII, et la traduction de Rellenden, 
vol. II, p. 335. 

* Wyntownis Cronykil, b. VII, c. IX, v. 29 ; vol. I, p. 357. 

5 Chronica de Mailros, etc., sub anno 1216, p. 123. — Chronica de Lanercost, 
p. 18, 19. — \V. Stewart, the Buik of the Croniclis ofScot'and, vol. III, p. 81. 

J/»s?.aMre0re,etc.,fol.l53 recto.— Chambre cite Royce,liv.XIII (fol. CCXCI III 
recto du latin; t. II, p. 342, de la traduction écossaise), et Suenton, liv. V. 

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32 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

premières noces au comte de Mortagne, puis à Etienne, roi 
d'Angleterre 1 . D'un autre côté, Bertbe, duchesse de Bretagne, 
avait marié son fils Conan IV, comte de Bretagne et de Riche- 
mont, à Marguerite d'Ecosse, sœur de Malcolm. Elle se proposait 
aussi de faire sa fille Constance reine d'Ecosse; mais cette alliance 
ne fut pas du goût de la jeune princesse 2 . 

Veuf de sa première femme, qu'il avait épousée en 1221 , année 
du voyage de Jacques, chancelier de Saint-Victor de Paris, légat 
du Saint-Siège en Ecosse et en Irlande 3 , Alexandre II, ayant 
sans doute entendu parler de la beauté de Marie de Coucy, que 
Boyce qualifie d'incroyable 4 , envoya en France l'an 1229 Walter 
Stuart Alainson, justicier d'Ecosse, et l'évêque de Glasgow, pour 
demander sa main. Le succès couronna cette négociation, et les 
ambassadeurs ramenèrent avec eux la jeune Française, dont le 
mariage eut lieu à Roxburgh la même année 5 . Le chroniqueur 

1 Joann. Fordun, Scotichronicon, lib. XI, cap. XIV; vol. II, p. 151. — Wyn- 
townis Cronykil, b. VI, c. XVII, v. 89; vol. I, p. 218. 

2 D. Moricc, Hist. eccîes. et civ. de Bretagne, etc., liv. III, t. I, p. 104. — Ad. 
de la Morliere rapporte ( Rec. de plusieurs nobles et illustres maisons... du diocèse 
d'Amiens, etc. A Paris, M.DCXLII., in-folio, p. 266) qu'Enguerran II, seigneur 
de Coucy, " fut allié par mariage à la fille du roy d'Escosse, comme on voit des 
armes de l'un et l'autre à la voussure de leur tombeau dans l'église de Premons- 
tré; " je ne trouve rien de pareil dans l'Histoire généalogique des maisons de 
Guines, d'Ardres, de Gand et de Coucy, où l'auteur, p. 208, donne pour femme à 
Enguerrand II Agnès de Boisgency. 

3 Chronicon de Lanercost, p. 29. — Avant lui, nous trouvons en Ecosse, au 
XII'' siècle, un autre légat français de nation, Roland, élu de Dol. (Rogeri de 
Hoveden Annal, pars posl., apud Savile, Rer. Anglic. Script., etc., p. 617, 1. 18, 
A. D. 1182.) 

* Bellenden, the Hist. andChron. ofScotl, b. XIII, ch. XV; vol. II, p. 342. — 
Dans cette traduction de Boyce, le nom du père de Marie, appelé Ingeliame, erle 
of Gowry, est cependant moins altéré que dans le Buik of the Croniclis ofScol- 
land, de William Stewart (vol. III, p. 104, 105), qui l'appelle the erle of Gower 
Ingel. 

5 Chronica deMailros, sub ann. 1239; éd. Edinb. MDCCCXXV, p. 139. — Chron. 
de Lanercost, p. 48. — Chron. Alberic, sub ann. MCCXXIX. (Histoire généalogique 
des maisons de Guines, d'Ardres, de Gand, et de Coucy, etc., par A. du Chcsne, 
pr. du liv. VI, p. 367. Cf. p. 231.) — Wyntownis Cronyldll, b. VII, c. IX, v. 235, 
et b. VIII, c. IX, v. 441; vol. I, p. 365, 373. Auparavant, p. 363, v. 165, le rimeur 
signale l'évêque de Saint-André comme se trouvant alors en France. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 33 

anglais John Speed voit dans cette union une manœuvre d'En- 
guerrand pour affaiblir l'amitié existant alors entre les deux rois 
d'Angleterre et d'Ecosse 1 : il n'est pas nécessaire, je crois, d'in- 
voquer de ces sortes de considérations pour expliquer l'alliance 
d'un vassal avec un roi ; mais nous devons faire remarquer qu'en 
dépit de celle dont on a fait remonter le commencement au 
IX e siècle, l'entente entre les deux royaumes de la Grande-Bre- 
tagne était parfaite. Autrement, Henry III, prêt à faire une expé- 
dition en France en 1242, aurait-il confié au roi d'Ecosse la 
garde de ses frontières 2 ? 

Toutefois, s'il faut en croire Matthieu Paris, l'amitié entre les 
deux rois s'était fort affaiblie depuis le mariage d'Alexandre II 
avec la fille d'Enguerr and deCoucy 3 . Celui-ci étant mort en 1244, 
Jean son fils envoya par mer un secours d'hommes d'armes à 
son beau-frère, qui avait notifié au roi d'Angleterre sa volonté 
de ne plus être son vassal 4 . Le moine de Saint-Alban ne nous 
fait point connaître le nom du personnage qui les commandait; 
mais à quelques années de là il nous montre Hugues de Châtillon, 
comte de Saint-Paul et de Blois, occupé à faire équiper, vrai- 
semblablement sous ses yeux, un magnifique vaisseau à Inver- 
ness 5 , et cette circonstance, jointe aux liens de parenté qui 
unissaient le bouteiller de Champagne à la famille de Coucy , nous 
autorise à conjecturer que s'il ne commandait pas l'expédition, 
il pouvait bien être parti avec elle 6 . Les Français qui en faisaient 



1 The Hislory of Great Britaine. Imprintcd at London, anno 1611, in-folio, 
p. 527, col. 1, n° 69. Cf. Tytler, Hist. ofScoll, vol. I, p. 19, 20, en note. 

2 Mattli. Paris, Hist. maj., p. 583, 1. 55. 

3 Ihid., p 562, 1. 23. * Ibid., 1. 54. s Ibid., p. 772, 1. 1, A. D. 1219. 

6 André du Chesne, qui s'étend assez longuement sur le compte de Hugues, dans 
son Histoire de la maison de Chastillon, etc. (A Paris, M.DCX.XI., in-folio, p. 86-201 ), 
et qui cite Matthieu Paris, ne cherche nullement à expliquer la présence du comte 
en Ecosse. — Hugues tenait aux Coucy par le mariage d'Élizabeth ou Ysabeau de 
Chastillon, sa sœur, avec Raoul de Coucy II e du nom, fils d'Engucrrand III et de 
Marie de Montmircl, par conséquent frère de Marie de Coucy. (Hist. geneal. des 
maisons de Guines, etc., liv. VI, p. 231.) 

vol. i. 3 



34 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

partie furent, suivant toute apparence, favorablement accueillis 
en Ecosse, s'il est permis de les confondre avec ceux que Matthieu 
Paris présente comme confédérés avec Walter Cumin, noble et 
très-puissant baron du Nord l ; mais la guerre ne dura pas long- 
temps, et Henry III accordait à Marie de Coucy et à Jean de 
Brienne, son second mari, un sauf-conduit pour passer de 
France en Ecosse 2 , en môme temps qu'il donnait ordre d'arrêter 
Gamelin, évêque de Saint-André, rappelé d'exil, s'il abordait 
dans l'un des Cinq-Ports 3 , c'est-à-dire à Deal, Douvres, Hastings, 
Romney ou Sandwich. 

Nos compatriotes n'étaient peut-être pas revenus, que des am- 
bassadeurs de Louis IX passaient en Ecosse pour annoncer au 
successeur d'Alexandre II le prochain départ de leur maître pour 
la croisade, et lui demander son concours. On a vu comment 
Alexandre III répondit à cet appel. 

Les rapports de la maison de Coucy avec l'Ecosse, si glorieu- 
sement inaugurés par le mariage de son père, ne devaient point 
se borner à ceux que nous avons signalés. Enguerrand de Guines, 
second fils d'Arnould III, comte de Guines et de Namur, et sire 
de Coucy du chef de sa mère Alice, héritière de cette maison, 
fut marié avant 4285, à Christine de Lindsay, par le roi 
Alexandre III, cousin de celle-ci, et acquit par là le droit de 



1 Matth. Paris, Hist. maj., p. 568, 1. 27. 

2 Rymer, Facdera, etc., t. I, pars II, p. 27, col. 1, A. D. 1257. — Déjà, en 1251, 
pareil sauf-conduit avait été donné à Marie de Coucy pour assister, à York, au 
mariage de son fils avec Marguerite, fille de Henry III; la reine douairière 
était accompagnée de Thomas de Coucy, de Gilles, châtelain de Bapaume, et 
autres, chacun avec sa suite. (Fœdera, etc., t. I, pars I, p. 164, col. 2. Cf. Ford., 
Scotichr., éd. Th. Hearne, p. 762.) 

3 Fadera, t. I, pars II, p. 37, col. 1, A. D. 1258. — Chronica de Mailros, 
p. 183. — Gamelin étant mort dix ans après, eut pour successeur le chancelier 
du roi, William Wiscard, dont le nom est bien normand, et qui abandonna à son 
neveu, Robert, archidiacre de Lothian, le siège de Glasgow, vacant par le décès 
de Jean, mort en France, à Meaux en Bric. (Chron. deMailr., A. D. 1268, p. 212; 
Scotichr., t. II, p. 108.) — Voyez sur Gamelin et Bobert Wiscard, que Keith appelle 
Wiseheart, son Catalogue des évoques écossais, p. 18, 19, 2U. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 35 

figurer comme baron écossais dans les grandes assemblées tenues 
à Scone le 5 février 4283-8-4, à Brigham le 17 mars 1289-90, 
et plus tard, dans une foule d'occasions, en Ecosse et en Angle- 
terre. Envoyé dans ce dernier pays Fan 1285 pour traiter des 
affaires de conséquence, il fut bien reçu par Edward I, ainsi 
qu'il résulte d'une lettre originale d'Alexandre III à ce prince, 
conservée à la Tour de Londres. A partir de ce moment, on le 
voit dans les guerres écossaises, constamment du parti d'Edward. 
Il succéda à la sirerie de Coucy en 13 11, et passa le reste de ses 
jours en France, où il mourut en 1321. 

Trois ans plus tard, on rencontre une déclaration d'Edward II, 
portant qu'un chevalier français, Enguerrand de Coucy, s'était 
adressé à lui pour avoir des lettres de sauf-conduit, afin de se 
rendre par l'Angleterre en Ecosse, où certaines terres lui étaient 
échues par héritage. En 1334, la dame de Gynes mourait, en 
jouissance des manoirs de Monrcth, Holm, Wartone, Wyresdale, 
Esshetone, Quytyngton, et de la moitié du hameau d'Ulverston, 
laissant un fils dans la force de l'âge nommé William, dont le 
fils, qui portait le même nom, avait reçu de son père une dona- 
tion de propriété 1 . Un autre Coucy, Alexandre, est nommé dans 
un acte relatif aux terres des deux Culmalows, dans le thanage 
de Frawmartin 2 ; un autre, enfin, ayant réclamé la baronie de 
Baliol en qualité de cousin et d'héritier direct de feu Edward 
sire de Baliol par sa grand'mère Christine, elle lui fut adjugée, 



1 Privy Seal, York, 13th July, Sth Edward III. — Chronicon de Lanercnst, 
p. 430, not. à la p. 271. 

2 Kobertson, Index, etc., p. 16, n° 30. — Dans un compte des dépenses de la 
ville et du château de Roxburgli, la 5 e année d'Edward II, on trouve nommés 
Robert et André Coci dans le rôle de la garnison du château : c'étaient sans doute 
des Picards, comme André Pykard, Jean de Merle (Marie?), Curtose de Noyoun 
(Chron. de Lanercost, illustrative documents, n° XLVIII, p. 529, 530, 532), et le 
Guillaume Coci, que l'on voit en Bretagne, dans l'enquête laite pour la canonisa- 
tion de Charles de Rlois en 1371. (D, Moricc, Mem. pour serv. <lcpr. à l'hisl. de 
Bretagne, t. Il, col. Ifi.) 



36 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

comme on le voit par le titre de dominés de Ballolio qui lui 
est donné en 1365 l . 

Allié, dit-on, à la puissante famille des Lindsay, un certain 
Edward Colbert est présenté par les généalogistes comme ayant 
en 4285 accompagné cette princesse en France. Edward Colbert, 
ajoutent-ils, mourut à Reims, la patrie, comme on sait, du grand 
ministre de Louis XIV, et laissa trois fils, dont le dernier fut 
inhumé dans l'église des Cordeliers de la même ville. " Son 
épitaphe, dont copie juridique a été levée, portait : Cy yist hj 
freux chivalier Richard Colbert, dit l'Escossois, 1300. Priez 
pour l'âme de lui. Au milieu de la tombe était gravé son écu 
ou bouclier, représentant un serpent tortillé et posé en pal. Au- 
dessus de cet écusson était tracé le distique suivant : 

" En Escosse j'eus le berceau, 

Et Rheims m'a donné le tombeau." 

Tous ces traits, rapportés par M. de Courcelles, après bien 
d'autres 2 , semblent appartenir moins à l'histoire qu'au domaine 
de la fiction. On ne saurait pas les efforts puérils que Jean-Bap- 
tiste Colbert faisait pour se rattacher à la noblesse 3 , qu'on les 



1 Du Chesne, Hisl. de la mi'son de Guines, etc., p. 253, 254, 286, 451 ; preuves, 
p. 302, 441, 442. — Hisl. geneal. de la maison de Harcourt, liv. XI, ch. CXV. 
t. II, p. 1592. — Lives ofthe Lindsays, etc., vol. I, p. 31, 32, etc. 

2 Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, etc., t. X, art. Col- 
bert, p. 5. — Laine, Arch. généal. et hist.de la nobl. de Fr., t. III, art. Colbert, p. 5. 

3 Un jour que Louis XIV, dit Saint-Simon, en était sur le chapitre de certaines 
généalogies, "il passa à celles des Colbert qu'il déchiffra de môme, s'étendit sur 
leur folie d'avoir voulu descendre d'un roi d'Ecosse; que M. Colbert l'avoit tant 
tourmenté de lui en faire chercher les titres par le roi d'Angleterre, qu'il avoit eu 
la foiblesse de lui en écrire ; que la réponse ne venant point, et Colbert ne lui 
donnant sur cela aucun repos, il avoit écrit une seconde fois, sur quoi enfin le roi 
d'Angleterre lui avoit mandé que, par politesse, il n'avoit pas voulu lui répondre, 
mais que puisqu'il le vouloit, qu'il sût donc que, par pure complaisance, il avoit 
fait chercher soigneusement en Ecosse, sans avoir rien trouvé, sinon quelque nom 
approchant de celui de Colbert dans le plus petit peuple ; qu'il l'assuroit que son 
ministre était trompé par son orgueil, et qu'il n'y donnât pas davantage." (Mé- 
moires, etc., ann. 1707-, édit. de Sautelet, t. VI, p. 35, 36.) — Le cardinal Mazarin, 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 37 

soupçonnerait rien qu'à voir ces inventions calculées pour 
vieillir son origine et son blason : d'or, à la bisse ou couleuvre 
d'azur (N° XV). <>P 

■s* 



N" XV. — COLBERT. 




A 1 ' 



AS 



A l'exemple de son père, Alexandre III épousa une Française, 
Iolette ou Iolande, fille de Robert IV, comte de Dreux, dont il 
était parent du quart au cinquième degré, à cause d'Alix de 
Dreux, mère d'Enguerrand III, sire de Coucy, père de la reine 
Marie 1 . Les noces eurent lieu à Jedwood, le jour de la fête de 
saint Galixte, en 1285, avec un éclat inouï jusqu'alors; il était 
encore rehaussé par la présence d'un certain nombre de nobles 
français et écossais réunis pour les fêtes. Quand elles eurent pris 
fin, les étrangers se retirèrent comblés de présents, à l'exception 
de quelques-uns qui restèrent avec la nouvelle reine 2 . 

Ce mariage était le second d'Alexandre III. Encore enfant, il 






auquel Colbert devait sa fortune, s'était montré plus modeste. Voyant la généalogie 
qu'on avait dressée de sa maison, il dit naïvement : "Nostra genealogia è molto 
bene ornata; ma perô tutto questo non è vero." (Chevrœana, n° V; à la suite des 
Mémoires historiques, critiques, et littéraires, par feu M. Bruys. A Paris, M.DCC.LI., 
in-8°, t. II, p. 338.) 

1 Du Chesne, Hist. geneal. de la mais. roy. de Dreux, liv. I er , ch. I er , p. 39, et 
ch. V, p. 95. 

1 Chronicon de Lanercost, A. D. 1284, p. 114. — J. Fordun, Scotichronicon, 
lib. X, cap. XL-, vol. II, p. 127. — Wynlownis Cronykil, b. VII, c. X, v. 455; 
vol. I, p. 398. — Douglas et Wood, the Peerage ofScotland, vol. II, p. 336, col. 2. 



38 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

avait été marié à Marguerite, fille de Henry III, roi d'Angleterre, 
et en avait eu deux fils et une fille, morts avant cette deuxième 
union. L'aîné, nommé Alexandre comme son père, épousa Mar- 
guerite, fille de Guy, comte de Flandres, dont la postérité devait 
longtemps après revendiquer l'héritage de cette princesse, si ce 
n'est celui de sa belle-mère 1 . 

La fin du XIII e siècle fut encore marquée par l'alliance de la 
maison de Lusignan, alors vassale de l'Angleterre, avec celle de 
Douglas 2 , et par une autre union qui devait resserrer davantage 
celle de la France et de l'Ecosse. En 4295, les douze gardiens de 
ce dernier royaume envoient des ambassadeurs auprès de Philippe 
le Bel, pour conclure un traité de mariage et d'alliance, par lequel 
sa nièce, fille de Charles, comte de Yalois, devait être unie au fils 
aîné de Jean de Baliol . Ces envoyés étaient William Frazer, évoque 
de Saint-André 3 , Matthieu de Crambeth, évoque de Dunkeld, 
et deux chevaliers, Jean de Soulis et Ingelram Umfravile 4 , dont 
le nom indique suffisamment l'origine normande. Rymer et An- 
derson ont publié le traité conclu à cette occasion 5 . 



1 "Accord entre Robert, roi d'Ecosse, Louis comte de Flandre, et Guy, comte 
de Rlois, au sujet des biens que Marguerite, femme du roi Alexandre, possédait 
en divers lieux de l'Ecosse. Sans date. XV e siècle." (Catalogue analytique des 
archives de M. le baron de Joursanvault, t. II, p. 220, n° 3375.) 

2 " Cette maison, dit l'Hermite-Souliers parlant de celle de Couhé, recouuoist 
pour son Fondateur, Amory, fils puisné de Hugues de Lusignan, quatrième du nom, 
et d'Elizabeth Comtesse d'Angoulcsme, à laquelle on a donné le fabuleux nom de 
Mclusine : ce Seigneur eut pour appannage la terre et Baronie de Coubé.... Il 
s'allia en Ecosse dans la maison de Douglas," etc. (Ilist. geneal. de la nobl. de 
Tour aine, etc., p. 195. ) 

3 S'il faut en croire Fordun, ce prélat ne revint plus en Ecosse; il resta en 
France pour ne pas être témoin des malheurs de son pays, et mourut de langueur 
à Arteville, en 1297. Son corps fut enterré dans l'église des Frères Prêcheurs de 
Paris. (Keith, an historical Catalogue ofthe Scottish Bishops, etc., p. 20.) 

4 Chronicon de Lanercost, A. D. 1295, p. 161. — Joann. Fordun, Scotichroni- 
con, lib. XI, cap. XVI; vol. II, p. 153. 

5 Fardera, etc., t. II, p. 680, etc. — Selectus diplomaturn et numismafum Scotix 
Thésaurus. Edinburgi, MDCCXXXIX, in-folio, pi. XLI, XLII. — Cf. Tytler, Hist. of 
Scotl., vol. I, p. 110, et Peter Chalmers, Historical and slatistical Account of 
Dunfermline, etc. Edinburgh and London, MDCCCXLIV, in-8°, p. 511. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 39 

Dès lors, les relations politiques entre la France et l'Ecosse ne 
devaient plus cesser. "Exposée aux attaques continuelles du 
môme ennemi, dit M. Mignet en parlant de la France, elle avait 
contracté avec rÉcosse, au XIII e siècle, une alliance qui dura 
jusqu'à la fin du XVI e , et qui fut également utile aux deux pays, 
puisqu'elle les aida tour à tour à se délivrer des Anglais. Cette 
alliance fut entretenue avec soin par les rois de France, qui en- 
voyèrent des secours aux Ecossais lorsque ceux-ci étaient en 
péril, et qui en reçurent des Écossais quand ils y furent eux- 
mêmes; qui s'entourèrent d'une garde écossaise, donnèrent des 
titres et des terres à quelques membres des importantes maisons 
de Stuart, de Douglas, d'IIamilton, et ouvrirent leur cour comme 
un asile ou comme une école à la noblesse d'Ecosse, venue sur 
le continent pour s'y réfugier ou pour s'y former 1 ." 

Sous la reine Élizabeth, à la veille du jour où les deux cou- 
ronnes de la Grande-Bretagne allaient se rencontrer et s'unir à 
jamais sur le môme front, on disait encore de l'autre côté du 
détroit : 

If that you ici II France win , 
Then icith Scotland first begin. 

Nos vieillards se souvenaient sans doute aussi d'avoir entendu 

dire à leurs pères : 

Qui la Franco veut gagner, 
A FEscosse faut commencer 2 . 

Nous ne savons de quel temps date ce proverbe, cité par 
Shaksperc, qui le proclame très-vieux et juste 3 , et qui l'est sans 



1 Histoire de Marie Stuart, 2 e édit. Paris, 1852, in-8°, ch. I, p. 6. 

2 D. Hume, the History of the House and Race of Douglas, etc., vol. I, p. 85. 

3 King Henry V, act I, se. II. — Dans le Marchand de Venise, act. I, se. 2, 
Portia dit du seigneur écossais ''qu'il est plein de charité pour son voisin, car il 
a emprunté un soufflet de l'Anglais, et a juré de le lui rendre quand il pourrait. 
Je crois, ajoute-t-elle, que le Français s'est rendu sa caution, et s'est engagé pour 
un second." 



40 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

doute plus qu'un autre relatif au concours donné à nos ancêtres, 
dans leurs guerres, par les Écossais 1 ; mais il est sûr que notre 
vieux dicton caractérise à merveille la politique des rois d'An- 
gleterre au commencement du siècle qui devait voir s'ouvrir le 
drame de la guerre de cent ans et devenir à jamais mémorable 
par les désastres de Crécy et de Poitiers. 



1 " Nulla unquani Francis fulsit Victoria castris, sine milite Scoto." David Hume, 
the History ofthe House and Race of Douglas, etc., p. 86. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 4l 



CHAPITRE IL 



Troubles en Ecosse à la fin du XIII" siècle; fuite de Sir Patrick d'Abernethy en France; des ambassadeurs 
d'Ecosse vont trouver Edward I or à Bordeaux ; ce prince soumet la question de succession au parlement et 
à l'université de Paris. — Ordre aux Anglais et aux Ecossais de quitter la France. — Tentative de descente 
d'une flotte française en Ecosse. — Retour de chevaliers et d'écuyers écossais abandonnés sur le conti- 
nent. — L'évêque de Saint-André, persécuté par Edward I er , implore l'assistance de Philippe le Bel. 

— Expédition en Ecosse d'Edward I er ; sa conduite à l'égard d'émissaires français arrêtés à Aberdeen. — Jean 
de Baliol est emmené sur le continent et y meurt, ainsi que l'évêque de Saint-André. — William Wallace 
cherche un asile en France ; ses aventures dans ce pays ; poésies dont elles sont l'objet ; poèmes du réfugié 
écossais Quintin et de Henry l'Aveugle. — Bretons, Lorrains, Gascons au siège de Carlaverock ; réclama- 
tion de l'un d'eux pour services eu Ecosse. — Origine des familles du Hays et de Grenet. — Mort de 
messire Guillemin de Fenes et de messire Edmond de Caillou — Jean Crab. — Mercenaires français dans 
l'armée d'Ecosse d'Edward II; générosité de Robert Bruce à l'égard de Henri de Sully et du maréchal de 
Bretagne, faits prisonniers à la bataille de Biland; Henry de Sully, médiateur entre Edward II et Robert. 

— Ambassade de celui-ci à Charles le Bel ; traité de 1326. — Fondation du collège des Ecossais, à Paris. 



A la mort d'Alexandre III, en 1286, le trône d'Ecosse étant 
devenu vacant, les hauts barons se le disputèrent, et de longs 
troubles désolèrent le pays. Pour n'en citer qu'un épisode, 
Duncan, comte de Fife, ayant été tué dans une embuscade 
que lui avaient dressée Sir Patrick d'Abernethy et Sir Walter 
Percy, le premier s'enfuit en France pour éviter le sort de son 
complice, qui mourut en prison 1 . Voulant rendre la tranquillité 
au pays, Edward I er revint de Bordeaux, où les ambassadeurs 
écossais étaient venus le trouver 2 , et soumit la question de suc- 
cession au parlement et à l'université de Paris 3 , rendant ainsi 



1 Wyntownis Cronykil, b. VIII, chap. IX; vol. II, p. 71, 72. 

2 Chronicon de Lanercost, A. D. 1289, p. 125. 

3 Joann. Fordun, Scotichronicon , lib. XI, cap. III -IX; vol. II, p. 139-145. — 
Wyrdownis Cronykil, b. VIII, c. III-V; vol. II, p. 20-48. 



Aî LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

hommage aux lumières de ces deux corps, dont le second sur- 
tout jouissait d'une réputation universelle 1 , et contribuant, sans 
y prendre garde, à fortifier l'habitude qu'avait déjà la France de 
s'immiscer dans les affaires de l'Ecosse. S'étant réservé la déci- 
sion comme un droit afférent à la couronne d'Angleterre, c'est- 
à-dire comme suzerain de l'Ecosse, il prononça en faveur de 
Jean de Baliol, qui lui prêta serment le 26 décembre 1292. 

Peu de temps après, une querelle, suivie de violences réci- 
proques, s'étant élevée entre les habitants de Dieppe et des Cinq- 
Ports, le roi d'Angleterre enjoignit à tous les étudiants de la 
Grande-Bretagne, tant anglais qu'écossais, de quitter la France. 
Pareil ordre fut donné à tous les gens de deçà la mer établis à 
Paris, mais il ne reçut pas d'exécution, sans doute par suite 
des réclamations adressées au monarque 2 . 

En 1295, le clergé d'Ecosse voulant exciter le peuple à secouer 
le joug de l'Angleterre, rechercha l'appui de la France. Deux 
évêques, ceux de Saint-André et de Dunkeld , s'étaient rendus 
sur le continent le jour de la Saint-Laurent de l'année précédente, 
déguisés en marchands de laine, et avaient dévoilé leurs projets 
au roi de France, en réclamant le secours de ses armes. Quelque 
temps après leur retour, ils assurèrent à leurs compatriotes que 
le roi donnait la main à leur entreprise, et qu'il avait fait mettre 
à la mer une flotte considérable chargée de soldats, d'armes, de 
chevaux et de munitions. L'évêque de Saint-André avait même 
envoyé à Berwick des armes de prix et des ornements pontifi- 
caux comme preuve de la réalité de ce concours. Dans la nuit 
du 1 er novembre 1295, la flotte française voulut profiter du 
moment où les habitants de la côte seraient occupés à leurs 
dévotions, et s'apprêtait à les surprendre; mais une affreuse 



1 " Universitas Parisiensis est in toto orbe famosa, authentifia ia determinatione 
veritatis in casu dubio." (Bul., Ilist. univ. Paris., sec. VI, t. IV, p. 577.) 

2 Chronicon de Lanercost , A. D. 1293, p. 150. 



LES FRANÇAIS EN' ECOSSE. 43 

tempête assaillit les navires, et la mer les engloutit avec leur 
cargaison, sans qu'un seul homme échappât pour porter la nou- 
velle de ce désastre *. 

Dans leur voyage en France, les évoques, à ce qu'il paraît, 
avaient amené un certain nombre de chevaliers et d'écuyers, 
qu'ils avaient ensuite abandonnés. Ces malheureux, dépourvus 
de toute ressource, ne pouvant trouver de crédit, ni même de 
vaisseau pour le retour, finirent par rencontrer, à Dieppe sans 
doute, un navire d'Orient en charge pour l'Ecosse, et par savoir 
que le facteur d'un commerçant d'Édinburgh devait y embarquer 
de la marchandise. Grâce à lui, ils partirent, après avoir promis 
au patron de payer le prix de leur passage lorsqu'ils seraient ar- 
rivés; mais, bien au contraire, ils n'eurent pas plutôt touché à 
Bcrwick, que le chargement, qui valait bien 480 marcs et plus, 
fut confisqué à cause d'eux 2 . 

L'évêque de Saint-André ne fut pas épargné. Il retrace lui- 
même les persécutions auxquelles il fut en butte de la part 
d'Edward ï cr , dans une lettre sans date, adressée sous le règne 
suivant à Philippe le Bel, dont Edward II épousa la fille Isabelle 
en 1306, longtemps après avoir été fiancé à cette princesse : 

"Au seigneur roi de France, de la part de l'évêque de Saint- 
André en Ecosse. Les lettres de Votre Magnificence m'ayant été 
produites par discrètes personnes maître Drocon de la Charité, 
archidiacre de Tardenois, de l'église de Soissons, et Ferry Tascher, 
chevalier, vos envoyés, après les avoir reçues avec l'honneur qui 
convient, et pleinement comprises, j'ai rempli avec toute la dili- 
gence possible les instructions qui y étaient contenues. Faisant 
savoir à Votre Excellence que vos dits envoyés ont exécuté vos 
ordres avec tant d'ardeur, de fidélité et de discrétion, que no- 
nobstant les grandes difficultés et le travail pénible, ils sont par- 

1 Chronicon de Lanercost, p. 166. 

2 Ibid., p. 168, 169. 



kk LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

venus (le Tout-Puissant en soit béni!) à conduire les affaires à 
bonne fin ; et si Votre Altesse a le projet de s'occuper ultérieure- 
ment des intérêts du royaume d'Ecosse, je recommande à Votre 
Majesté la capacité et la fidélité de ces personnages, éprouvés 
dans cette occasion et d'autres plus importantes. Je ne veux pas 
laisser ignorer à Votre Excellence vénérée qu'après beaucoup de 
tribulations diverses, de persécutions, de tortures et de dom- 
mages, soufferts dans ces derniers temps pour le royaume d'Ecosse 
du fait d'illustre prince le seigneur roi d'Angleterre de bonne 
mémoire, à cause de l'affection que je vous portais, ainsi qu'à 
mon pays natal, j'ai été détenu en dure captivité, dépouillé de 
tous mes biens et privé de tous mes revenus pendant près de 
trois ans. Nonobstant ces tribulations et ces tortures sans nom- 
bre, je n'ai pu obtenir de très-sérénissime prince mon maître, le 
roi d'Angleterre actuel et votre fils, ma délivrance qu'à la con- 
dition de lui fixer des termes pour le paiement d'une somme de 
six mille livres sterling destinée à ma rançon; laquelle somme 
s'il me faut payer, je n'aurai plus de quoi vivre. Je ne vois pas 
d'autre remède que l'acquit de ladite dette, à moins d'en être 
exonéré par votre intervention. Je supplie donc Votre Excellence, 
à laquelle, après Dieu, je porte en ce monde la fidélité la plus 
entière, je La supplie, dis-je, avec la plus humble affection, en 
considération de votre bienveillance habituelle envers mon maître 
le roi d'Angleterre, d'obtenir de lui la remise de ladite somme, 
dans l'entrevue que vous devez avoir avec lui à Amiens après la 
Pâques prochaine, ou du moins d'intercéder pour moi par let- 
tres auprès de sa noblesse d'une façon toute spéciale 1 ." La 
suite ne nous est pas parvenue. 

Ému des tentatives du clergé d'Ecosse contre son autorité, et 
informé qu'un traité secret d'alliance offensive et défensive avait 

1 Paparum,regum, etc. Lilterœ. (Bibl. imp., cart.170, fol.vij«xij verso, col. 1.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 45 

été conclu entre Jean de Baliol et Philippe le Bel, Edward I er 
revint en force en Ecosse, et, traversant le pays en vainqueur, 
il emmena le faible prince captif. Dès que Jean de Baliol se fut 
rendu, Edward se porta sur la ville commerçante d'Aberdeen, 
où des émissaires secrets du roi de France, débarqués sur quel- 
ques points de la côte, furent pris et amenés en sa présence. Ils 
avaient une grande quantité de lettres destinées tant au roi écos- 
sais qu'aux seigneurs de son parti. Edward aurait pu les punir; 
il se borna ta les empêcher de lui nuire ; et, faisant recacheter 
leurs missives, qui avaient été ouvertes, il expédia promptement 
les porteurs sur Londres, pour qu'ils pussent voir et entretenir 
le roi qu'ils étaient venus chercher, et qu'après avoir raconté 
leur aventure, ils retournassent dans leur patrie par un autre 
chemin 1 . 

Après être resté enfermé deux ans dans la Tour de Londres, 
le monarque écossais détrôné fut remis aux mains de l'évoque 
de Vienne, légat du pape, et conduit à son château de Bailleul, 
dans la vallée d'Yaulne en Normandie. Il y passa le reste de sa 
vie dans l'obscurité 2 , tandis qu'un de ses barons, Alexandre 
Cumin, lord Badenach, fait prisonnier à Dunbar en avril 1296, 
souscrivait le 30 juillet 1297, pour obtenir sa liberté, à la con- 
dition de servir le roi d'Angleterre en France 3 , et que l'évêque 

1 Chronicon de Lanercost, A. D. 1296, p. 182. 

2 Joann. Fordun, Scotichronicon, lib. XI, cap. XXXIV; vol. II, p. 176. — Chro- 
nica Thomœ Walsingham, ap. Camden, Anglica, etc., p. 77, 1. 7. — Tytler, Hist. 
ofScoll., vol. I, p. 169, 298. — Du temps de Desmarquets, on voyait encore dans 
l'église de Bailleul la tombe du roi déchu, avec une épitaphe où sa fortune et son 
malheur, dit-il, étaient tracés en lettres gothiques. (Mémoires chronologiques 
pour servir à l'histoire de Dieppe, etc. A Paris, Rouen et Dieppe, M.DCCLXXV., 
deux volumes in-8°, t. I, p. 31.) Aujourd'hui, la pierre tumulaire existe encore 
encastrée dans le mur; mais l'inscription gravée en relief sur la tranche de la 
pierre est presque effacée. Voyez l'Épigraphie de la Seine-Inférieure, de M. l'abbé 
Cochet, dans le Bulletin monumental de M. de Caumont, t. XXI, p. 311-313. 

3 Rymer, Fondera, vol. II, p. 776; éd. III* t. 1, pars III, p. 182, col. 2. — 
Chalmers, Caledonia , etc., vol. I, p. 562, not. b. — Douglas et Wood, the Pee- 
rage of Scotl., etc., vol. I, p. 161, col. 1; p. 162, col. 2. 

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46 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

de Saint-André, William Fraser, mourait à Paris. Il fut enterré 
chez les Frères Prêcheurs; mais son cœur revint en Ecosse 1 . 

Comme sur les pas de Jean de Baliol, notre pays vit accourir 
un héros qui avait arraché son pays au joug de l'étranger. Après 
le bataille de Roslyn, William Wallace prit le môme chemin que 
son condisciple Arnald, ou plutôt John Blair, qui était allé étu- 
dier à Paris 2 ; il se réfugia en France, où il fut honorablement 
accueilli et traité par le roi. S'il faut en croire un ancien manus- 
crit de Fordun, il accrut encore sa réputation chez nous, soit en 
combattant les pirates qui infestaient alors les mers, soit en se 
mesurant avec les Anglais, de façon à fournir matière à des 
poésies en France comme en Ecosse 3 . Suivant le même docu- 
ment, le roi Philippe, pour lui témoigner son amitié et récom- 
penser ses exploits, lui donna des terres et des seigneuries, et 
même, dans l'espoir de l'attirer à son service, lui promit d'im- 
menses possessions en toute propriété. 

On n'a pas retrouvé les compositions de nos trouvères rela- 
tives à Wallace, pas plus qu'un poème latin de l'Écossais Quintin 
sur les malheurs de son pays, qu'il avait été contraint d'aban- 
donner pour se réfugier dans le nôtre 4 ; mais on a conservé un 
poème écossais, dont l'auteur a peut-être puisé à une source 
populaire. John Mair, qui consacre à Henry l'aveugle un passage 
intéressant, nous apprend que le poète, qui gagnait sa vie à 
chanter devant les grands, avait heureusement mis en rime vul- 

1 Wyntownis Cronykil, etc., b. VIII, chap. XIIII; vol. II, p. 98, 99. 

8 Peter Chalmers, Historical and statistical Account of Dumfermline, p. 530. 

3 Joann. Fordun, Scotichronicon , lib. XI, cap. XXXV; vol. II, p. 176, not. — 
Tytler, Hist. ofScotl., vol. I, p. 165. 

4 Dempster, Histor. eccles. gent. Scot., lib. XV, n° 1034, p. 54-5. — Tanner, 
Bibliolheca Brilanno-Hibernica, p. 610, v° Quintinus. — A croire le premier de 
ces compilateurs, que le second se borne à répéter, le poëme en question parut 
à Paris, l'an 1511, sous le titre de Querela de patriœ miseria, lib. I; mais, comme 
le fait observer avec finesse Pinkerton, la bibliothèque de Dempster n'a pas plus 
de consistance que celle de Saint-Victor, qui n'a jamais existé que dans la tète de 
Rabelais. (David Irving, (he Lires of the Scotish Poets, etc., vol. I, p. 3i.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 47 

gaire les histoires répandues sur le compte de William Wallace l . 
Or, si nous considérons que pour exercer sa profession, Henry 
était obligé de se tenir au courant des productions de la littéra- 
ture française, la seule dont les classes élevées, dans toute l'Eu- 
rope, voulussent entendre parler; que, dans le courant de son 
poëme, il fait usage de mots français; qu'enfin, il mentionne la 
victoire de Wallace sur un pirate nommé John de Lynn, et 
s'étend assez longuement sur les exploits du héros en Guienne, 
où il va jusqu'à lui faire tuer un lion 2 , on reconnaîtra facilement 
que la légende supplée en cet endroit à l'insuffisance de l'histoire, 
et l'on sera porté à croire que l'Homère écossais a mis en rime 
les compositions populaires dont parle Mair comme écloses chez 
nous 3 . 

Rien de plus intéressant, certainement, que le spectacle de la 
lutte engagée entre les léopards anglais et le lion d'Ecosse; mais 
nous ne pouvons nous y arrêter qu'autant que nous y voyons 
mêlés nos compatriotes. La relation du siège par lequel s'ouvrit 
la campagne de 1300, nous en montrera un certain nombre 
dans les rangs de l'armée anglaise. Cette année, Edward I er , 
ayant envahi l'Ecosse, s'arrêtait devant Carlaverock, dans le 
comté de Dumfries, château appartenant à la famille Maxwell, 
dont nous verrons reparaître le nom plus tard : 

Carlaverok casteaus estoit 
Si fort, ke siège ne doubtoit 4 
Ainz 5 ke li rois iluec 6 venist; 
Car rendre ne le con venist 7 

1 Major, de Gesiis Scotorum, p. 169. — David Irving, the Lives of the Scotish 
Poels, etc., vol. I, p. 340. 

2 Voyez the Bruce and Wallace, publiés à Édinburgh en 1820 par le docteur 
Jamieson, in-4°, vol. II, liv. X du premier de ces poëmes, v. 797-968, et liv. XI, 
v. 1-320; p. 305-310, et p. 317-326. 

3 Le meilleur biographe de Wallace, Tyller, fait si peu de cas des récits relatifs 
au séjour du héros en France, qu'il ne les mentionne que pour leur refuser toute 
créance. (Lires ofSco'tish Worthics. London,MDCCCXXXI,in-18,vol. I, p. 266-209 ) 

* Redoutait. s Avant. 6 Là. 7 Le fallût. 



48 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

James, mais qu'il fust à son droit 1 
Garais, qant besoigns en vendrait, 
De gens, de engins et de vitaille*. 
Com uns escus estoit de taille, 
Car ne ot 3 ke trois costez entour 
Et en chescune angle une tour; 
Mes ke le une estoit jumelée*, 
Tant haute, tant longue et tant lée 5 , 
Ke par desouz estoit la porte 
A pont tournis , bien faite et foi te, 
Et autres défenses assés. 
Et ot bons murs et bons fossez 
Tretouz plains de eaue rez à rez 7 . 

Tel était le château qu'Edward avait jugé nécessaire de réduire 
Dans ce but, il convoqua à Carlisle tous ses vassaux, pour mar- 
cher de là contre les Écossais 8 . Ses ordres furent ponctuellement 
exécutés, et Tannée, convoquée pour la fête de la Nativité de 
saint Jean-Baptiste, quitta Carlisle vers le 1 er juillet. On y remar- 
quait le neveu du roi, Jean de Dreux, fils puîné de Jean, duc de 
Bretagne 9 , et nombre de chevaliers dont les noms indiquent 
l'origine, tels qu'Élie d'Aubigny 10 , Maurice de Craon il , etc. Tout 
porte à croire que ce dernier est de la famille des Craon, dont 
la généalogie a été donnée par le P. Augustin du Paz 12 ; mais il 
est beaucoup plus certain que trois des chevaliers qui accompa- 
gnaient le roi Edward étaient de notre pays. Le premier, Jean 
de Bar, était seigneur d'une baronie de Lorraine. Après avoir 



I Convenablement. 2 Victuailles, provisions de bouche. 3 Eut. 

* Double. 5 Large. 6 Levis. 

7 The Siège of Carlaverock, etc., edit. by Nicholas Harris Nicolas. London : 
J. B. Nichols and son. MDCCCXXVIII, in-4». 

8 Rot. Claus. 28 Ed. I. 20 Nov. 1299. (The parliamentary Writs, etc., vol. I, 
p. 330 sqq.) 

9 The Siège of Carlaverock, etc., p. 22, v. 171-174. 

10 Ibid., p. 14, v. 177, 178. 

II Ibid., p. 27, v. 184. 

12 Histoire • g eneal. de plusieurs maisons illustres de Bretagne, etc., édit. 
de M.DCXX, p. 734-767. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 49 

parlé de Bertram de Montbouchier et de Gérard de Gondronville, 
le rimeur ajoute ces vers, que le traducteur n'a pas compris : 

Bretouns esteit li premereins 1 
Et li secons fu Loherains, 
Dont nuls ne troeve l'autre lent, 
Ains donent baudour et talent 2 
As autres de se i acueillir 3 . 

Or, un article du Liber quotidianus contrarotulatoris gar- 
derobœ, de la vingt-huitième année d'Edward I 4 , nous montre 
messire Gérard de Gaundrumillers, chevalier de messire Jean de 
Baar, revenant dans son pays en novembre 1300, cinq mois 
après le siège de Garlaverock, avec un précieux hanap d'argent, 
dont il était redevable à la libéralité du roi d'Angleterre. 

Outre ces chevaliers, Edward avait à sa suite des barons gas- 
cons, alors ses vassaux, tels que Robert de Montait 5 et Emme- 
nions de la Brecte 6 , c'est-à-dire Robert de Montaut et Amanieu 
d'Albret, sans compter des gens de moindre note. On conserve 
une pétition à Edward I er par un seigneur gascon employé en 
Ecosse vers ce temps-là. Geoffroy de Montrevel, damoisel, de- 
mande que puisque le roi a indemnisé bone gent de Gascogne 
des terres qu'elle avait perdues, il veuille bien lui revaloir ses 
pertes en ce genre, pendant qu'il était en garnison à Édinburgh. 
Si cette faveur lui est refusée, comme il y a longtemps qu'il n'a 
rien demandé, il espère que le roi le récompensera par quelque 
terre de l'autre côté de la Manche. Après une enquête qui 
démontra que les terres perdues par Geoffroy de Montrevel va- 
laient trois cents livres de Bigorre de revenu, il dut recevoir 
d'Edward cent cinquante livres, c'est-à-dire la moitié 7 . 

1 Premier. 2 Hardiesse et désir. 

3 The Siège of Carlarerock, etc., p. 68. 

4 Ibid., p. 326. ■ Ibid., p. 6, v. 107. 6 Ibid., p. 26, v. 178-180. 

7 Archives royales d'Angleterre; Rolls House, Record Commission, t. CXIX, 
folio 117. 

vol. i. 4 

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50 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Vaincu par ce prince, Robert Bruce perdit bientôt ses parti- 
sans. Le beau-père de Gilbert Hay, le seul qui, avec Malcolm de 
Lennox, lui resta fidèle, Sir Simon Frazer, se retira en France, 
où son nom était représenté avec éclat par les Frezeau ou Frezel 
de la Frezeliere 1 , et où la maison du Hays de Normandie 
se glorifiait de le compter parmi ses auteurs. 

Cette maison paraît s'être étendue en Artois : ses armoiries 
étaient sculptées au-dessus de la porte d'un hôtel bâti, vers 17G0, 
dans la rue du Carnier, à Béthune. On lit, dans une sentence de 
noblesse de l'élection d'Artois en faveur de la maison de Grenet, 
et l'abbé Douay rapporte que "Baudouin Grenet, qui vint s'éta- 
blir en Artois, était fils puîné de Jean Gumaing, comte de Buc- 
quam, gouverneur et chancelier du royaume d'Ecosse en 1498; 
on ignore, est-il ajouté, ce qui l'engagea à quitter son pays et 
à changer de nom 2 ." Il est impossible de ne pas être frappé 
de la similitude de conduite qui a dû exister entre le fils du 
comte de Buchan et le gendre de Simon Frazer, qui étaient 



1 De la Chenaye-Desbois, Dict. de la nobl , t. VI, p. 683-688. — Les armes 
des Frezel étaient : burelé d'argent et de gueules de 10 pièces, à une cotice d'or 
brochant sur le tout (N° XVI). 

No XVI. — FREZEL. 



2 Histoire généalogique des branches de la maison de Béthune, existantes en 
Flandre et en Artois, etc. A Paris, MDCCLXXXIII, in-folio, p. 17. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 51 

étroitement unis par les liens du sang et de l'amitié 1 . Les 
armoiries des Grenet sont : de sable au lion léopardé d'argent, 
lampassé et armé de gueules (N° XVII). 



No XVII. — GRENET. 




Comme Edward 1 er , Edward II employait des Gascons contre 
les Écossais, et leur confiait volontiers la garde des châteaux de 
la frontière. En 4314, celui de Roxburgh avait pour capitaine 
messire Guillemin de Fenes, chevalier gascon, qui le perdit par 
un audacieux coup de main. Le 28 février, les Écossais ayant, 
à l'aide d'un stratagème, escaladé de nuit le château, s'en ren- 
dirent complètement maîtres, à l'exception d'une seule tour, où 
il avait cherché un asile avec son monde; mais elle ne tint pas 
longtemps, et les assaillants, s'en étant emparés, la rasèrent 
comme le reste du château 2 . On ne dit pas ce que devint le 
capitaine. 

En 1316, Edmond de Caillou, chevalier, originaire de Bor- 
deaux et gouverneur de Berwick, fut rencontré par Sir James 
Douglas au retour d'une incursion que cet étranger venait de 
faire dans le Border. Il fut tué, nombre des mercenaires qu'il 



1 De Courcclles, Hist. génc'al. et herald, des pairs de France, etc., t. VII, art. 
Ilays, p. 31. 

2 Chronicon de Lanercost, A. D. 13U, p. 223. 



52 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

commandait perdirent également la vie, et les Ecossais reprirent 
sur l'ennemi les dépouilles du Merse et du Teviotdale, dont il se 
retirait chargé. 

Deux ans après, à la suite d'une expédition que les deux 
nonces du pape auprès de Robert Bruce, l'évêque de Corbeil et 
maître Aimery, avaient en vain tenté de traverser, ce prince 
s'emparait de Berwick. Il en confia la garde à son gendre Walter 
Steward , qui se fit seconder, dans la défense de la place, par 
Jean Crab, fameux ingénieur de l'époque. Ce Crab, qu'à son 
nom on serait tenté de prendre pour un Écossais 1 , était, à ce 
qu'il paraît, un aventurier flamand prêt à servir quiconque le 
payait. En 1313, Edward II portait plainte à Robert, comte de 
Flandre, de déprédations commises par lui sur des marchands 
anglais 2 . En août 1333, après la reprise de Berwick, Crab obtint 
son pardon et entra au service de l'Angleterre 3 . 

Pendant le siège de cette place, Philippe de Valois avait 
envoyé au secours des Écossais dix navires chargés d'armes et 
de vivres. Contrariés par le vent, ils ne purent arriver à destina- 
tion, et furent obligés de relâcher à l'Écluse, où la cargaison fut 
vendue, dissipée même, sans profit pour les alliés de la France 4 . 

Outre les Gascons, alors sujets de l'Angleterre, Edward II, 
dans ses guerres d'Ecosse, comptait parmi ses troupes beaucoup 

1 On trouve un John Crab dans l'Index de Robertson, p. 16, 17, n os 20, 32; et 
p. 167, n° 22, un William Crab, bourgeois d'Aberdeen. Ada Crab est nommée dans 
les Actes des parlements d'Ecosse, vol. II, p. 60, col. 1 et 2. Enfin, dans les an- 
nales de l'université de Paris, figure avec honneur Gilbert de Crab, écossais, qui 
fut, à plusieurs reprises, procureur de la nation d'Allemagne, et professa avec 
éclat la philosophie jusqu'en 1511. (Voy. du Boulay, Hist. univ. Paris, t. V, 
p. 875, et t. VI, p. 935.) Il mourut à Bordeaux en 1520, provincial de l'ordre des 
Carmes. (Dempster, Hist. eccles. genlisScot., lib. III, n° 322, p. 184.) 

2 Rymer, Fœdera, vol. III, p. 403; éd. III', t. II, pars I, p. 36, col. 1. — P. 38, 
col. 2, se trouve un sauf-conduit pour Jean Robert, chevalier, et un clerc, envoyés 
du roi de France en Ecosse. 

s Tytler, Hist. of Scott., vol. V, p. 319. 

* Chronique latine de Guillaume de Nangis, etc., t. II, p. 139, 140, A. D. 
1332. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 53 

de mercenaires et de volontaires français 1 . Après la bataille de 
Biland, Jean de Bretagne, comte de Richemond, et Henri de 
Gourly, avec un grand nombre d'autres nobles, ayant été faits 
prisonniers dans leur fuite, près du monastère de Rivaux, furent 
retenus jusqu'après paiement d'une forte rançon ; encore fallut-il 
que le pape lui-même intervînt 2 ; mais le vainqueur n'en de- 
manda aucune à Henry de Sully, grand bouteiller de France, et 
au maréchal de Bretagne, qui se trouvaient au nombre des pri- 
sonniers. Il les traita avec la plus grande distinction, et les 
renvoya au roi de France comblés de présents 3 , comme pour 
préparer ce prince à l'arrivée des ambassadeurs écossais qui 
vinrent cette même année renouveler avec Charles le Bel l'amitié 
qui subsistait entre son royaume et l'Ecosse 4 ; mais Robert Bruce 
ne se sépara de Henry de Sully qu'après avoir accepté sa média- 
tion pour la conclusion d'une trêve de treize ans avec l'Angle- 
terre. Il la ratifia en prenant le titre de roi d'Ecosse, que son 
ennemi s'obstinait à lui contester, et qui fournit à Robert le 
sujet d'une belle lettre en français à son nouvel ami 5 . 

Vers le temps où elle fut écrite, on voit apparaître chez nous 
une maison noble qui, suivant une tradition de famille, tirait 
son origine d'Ecosse. Le premier des Forbin connu, Pierre, fils 
d'Alexandre de Forbes, s'établissait en France et contractait 
mariage avec Françoise d'Agout en 1325. Qualifié de chevalier 
dans une transaction de 4350, passée entre les principaux gen- 
tilshommes de Marseille et leur évêque, il faisait son testament 



1 Voyez dans le recueil de Rymer une circulaire adressée en 1323 aux prélats 
de Gascogne, portant demande d'un subside pour la guerre d'Ecosse. (Fœdera, 
éd. III, t. II, pars II, p. 60, col. 1.) 

2 Rymer, Fœdera, p. 63, col. 1. Cf. p. 75, col. 2; p. 84, col. 1. 

3 Fordun, Scoiichr., lib. XII, cap. IV; vol. II, p. 279. — Leland, Collect., vol. I, 
p. 343. — Rarbour, the Bruce, b. XIII, v. 259-334; p. 376-379. — Tytler, Hist. of 
Scotl., vol. I, p. 343. 

* Fordun, Scotichr., lib. XII, cap. V; vol. II, p. 279. 
3 Fœdera, etc., t. II, pars II, p. 66, col. 1; p. 67, col. 2. 



54 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

le 20 janvier 1362. Les Forbin portent : d'or à un chevron d'azur, 
accompagné de trois têtes de léopards de sable, lampassées de 
gueules, posées deux en chef et une en pointe 1 (N° XVIII); 

N° XVIII. — FORBIN. 




tandis que les Forbes, dont est issu le présent comte de Monta- 
lembert, par sa mère Élise-Rosée Forbes, portent : d'azur à 
3 tetes d'ours d'argent, emmuselées de gueules, et en cœur une 
croisette recroisetée d'or 2 (N° XIX). 



N° XIX. — FORBES. 




1 Dict. de la noblesse, t. VI, p. 514. — Haudicquer dit que cette maison tire 
son origine d'Angleterre, "d'où un de leurs ancestres estant venu en France vers 
l'an 1369 parmy les troupes que| le roi anglois envoya dans le Limousin... il 
quitta le party anglois," etc. (Le Nobiliaire de Picardie, etc., p. 216, art. Fourbin.) 

2 Hist. gén. et hér. des pairs de France, etc., t. XII, art. deMontalembert, p. 35. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 55 

Déjà , dans le môme canton reculé de la France, se trouvait 
une autre famille qui se donnait comme ayant été transplantée 
d'Ecosse en Provence au XII e siècle, " lors des anciennes guerres 
civiles qui désoloient ce pays." La maison de Bayol, qui, se 
fondant sur une ressemblance de nom, faisait ainsi remonter 
dans un mauvais langage son origine jusqu'à Jean de Baliol, 
venu en Normandie à la fin du siècle suivant, portait : d'azur 
au croissant d'argent abaissé sous deux colombes de même qui 
se becquettent, et en chef un lambel de gueules 1 (N° XX). 

N» XX. — BAYOL. 




En 132G, l'Ecosse avait reconquis son indépendance, quand 
Robert I er envoya en France des ambassadeurs pour renouveler 
les traités qui unissaient ce royaume au sien. C'étaient son 
neveu, Thomas Randolph, comte de Mcray, lord d'Annandale et 
de Man, Robert de Keith, maréchal d'Ecosse, avec trois hom- 
mes d'église, James Ben, archidiacre de Saint-André, Adam 
Murray et Walter de Twynham, chanoine de Glasgow; mais le 
maréchal ne semble pas être venu en France. Les autres envoyés 
trouvèrent Charles le Bel à Corbeil, et là fut signé un traité 
dont le préambule est remarquable, en ce qu'il donne à penser 

De la Chenaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, etc., t. II, p. 122-125. 



56 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

que l'alliance entre les deux pays est beaucoup plus ancienne 
que M. Mignet ne paraît le croire 1 . 

Cette même année, elle reçut une confirmation encore plus 
éclatante par la fondation et la dotation d'un collège à Paris par 
David Murray, évêque de Murray 2 , collège si connu par la suite 
sous le nom de collège des Écossais. Le D r Mackenzie affirme 
que, dans l'intention du fondateur, cette maison devait être 
uniquement affectée aux étudiants nés dans son diocèse ; mais 
si cela est vrai, les prescriptions du prélat furent bientôt violées, 
car le collège fut ensuite rempli d'étudiants de toutes les pro- 
vinces de FÉcosse; ce qui n'empêcha point les Écossais d'aller, 
comme par le passé, étudier à Oxford, où ils avaient un collège, 
celui de Baliol, et à Cambridge 3 , où, en 1270, ils prenaient 
part, dans la même proportion que les Irlandais, au gouverne- 
ment de l'université 4 . Dans la seconde moitié du XVI e siècle, le 
célèbre docteur de Sorbonne John Mair devait fréquenter succes- 
sivement les écoles de ces trois grands centres d'instruction 3 , et 
se rencontrer à Paris avec l'historien de son pays, Hector Boyce 6 . 



1 Robertson, an Index, etc., p. 106. — Mémoire concernant l'ancienne alliance 
entre les François et les Ecossois, etc., p. 4-10. — Inventaire chronologique des 
documens relatifs à ïhistoire d'Ecosse conservés aux Archives du royaume, à 
Paris. Edimbourg, M.DCCCXXXIX., in-4°, p. 22. 

2 Mackenzie, Lives of Scots Writers, vol. II, p. vi. 

3 Voyez, parmi les rôles d'Ecosse, vol. I, p. 881, col. 2 ; 898, col. 1 ; 927, col. 2, 
et 941, col. 1, des sauf-conduits accordés de 1363 à 1370 à des clercs écossais qui 
se rendaient en Angleterre pour y étudier. 

4 Caius, de Antiquitate Cantabrigiensis Academiœ, p. 155. 

5 Voyez la notice sur sa vie et ses écrits, placée, par George Crawford, en tête 
de la dernière édition de son histoire. Édinburgh, 1740, in-4°. Posseviu et Wad- 
ding ont fait du même John Mair deux personnes. 

6 "Hector Boecii, diocesis Brictionensis, cujus bursa valet solidos 4, 2 lib. 
10 sol." (Université, compte de 1461 à 1493, n° 175. —Archives de l'Empire, 
H 2588, fol. 136 verso, A. D. 1492. Cf. fol. 141 v" et 142 v°, A. D. 1493.) 

"Johannes Majoris, diocesis Sancti Andrée, cujus bursa valet solidos 5, 2 lib. 
10 sol. p." (Ibid., fol. 140 verso, A. D. 1493.) 

En remontant jusqu'en 1454-5, on trouve dans les comptes de l'argenterie de la 
reine, maître Jehan Majoris, chantre de Saint-Martin de Tours, pour livres bien 
écrits et enluminés pour apprendre à lire au Dauphin, à l'école sous maître Robert 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 57 

Écossais ou Irlandais, il y avait déjà, au commencement du 
XIV e siècle, un tel nombre de ces insulaires en France, que Ton 
en retrouve jusque dans des villes bien éloignées du point où ils 
abordaient habituellement chez nous, et à peu près inconnues 
hors d'un rayon peu étendu 1 . C'est ainsi que Mézin possédait, à 
ce qu'il paraît, une colonie écossaise en 1327 : dans des lettres 
de Charles le Bel rendues cette année à Clermont-sur-Oise, il 
est porté que les Écossais établis dans cette ville du Condomois y 
resteront tant qu'ils s'y comporteront fidèlement 2 . La présence 
de ces étrangers dans un canton des possessions anglaises si 
éloigné de leur pays, s'explique par le soin que durent avoir les 
Edward de diminuer les forces vives et hostiles de deux con- 
trées qui tendaient à leur échapper, en transplantant les popu- 
lations de l'une dans l'autre. On se rend compte par là de 
l'existence en Ecosse de noms qui, pareils à ceux de Gordon et 
de Douglas, semblent empruntés au midi de la France. 



Blondel. (Arch. de l'Emp. KK 55, folio exix verso.) Aurions-nous là un autre 
Écossais? 

1 Bien plus anciennement, un trouvère représente un seigneur bourguignon 
ravageant les environs de Dijon à la tète d'une troupe d'Irlandais : 

Par devers Duymois 
Vint Girars Ii Cortois... 
Avec lui ses Irois; 
Très ci qu'en Uigenois 
Ont gasté le pais. 

{Histoire littéraire de la France, t. XXXIII, p. 821.) 

2 "Quod Anglici, Scoti, incolse et habitatores dictae villae, non ejiciantur ab 
eadeni , nec eorum bona occupentur occasione inobedientiœ inimicorum dicti 
domini nostri régis, dum tamen fideliter se velint habere." {Ordonnances, etc., 
t. XII, p. 499.) — Douze ans plus tard, on voit un Scotus de Drulha figurer dans 
la montre de gens d'armes du comte de Foix à Mont de Marsan. (Histoire géné- 
rale de Languedoc, t. IV, preuves, col. 182, 184.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 59 



CHAPITRE III. 



David Bruce cherche un asile en France. — Arrivée à Perth des envoyés de Philippe de Valois ; mort de 
sire Hugues de Fresnes en Ecosse; retour de John, comte de Moray ; confirmation d'une charte de Guil- 
laume de Coucy par Edward I er . — Attaque et prise de deux navires en route pour l'Ecosse; mort de 
l'évêque de Glasgow et des dames qui s'y trouvaient. — Aventure de Gui, comte de Namur, eu Ecosse. 

— David Bruce, Sir Laurent d'Abernethy, William Douglas en France; arrangements de ce dernier avec 
un pirate français ; chevaliers et écuyers qu'il amène de Normandie. — Redemandé par une ambassade, 
David rentre en Ecosse, ainsi que l'évêque de Saint-André. — Maintien de l'alliance entre les deux pays. 

— Saisie des biens d'Edward de Baliol en France ; lettres du roi Jean le Bon au sujet des affaires 
d'Ecosse. — Expédition du sire de Garancières. — Cruauté de l'un de nos compatriotes. — Leur retour 
en France. — Ecossais à la bataille de Poitiers. — Norman Lesly fait prisonnier à Flavigny. — Dangers 
courus par l'alliance scoto-française en 1360. — Ecossais eu France dans la seconde moitié du XIV siè- 
cle. — Ambassade écossaise de 1371 ; traité entre Charles V et Robert II. — Ecossais dans les grandes 
compagnies et dans les rangs anglais sur le continent. — Ecossais jusqu'en Egypte ; pension accordée à 
Nicolas Erskine. — Intervention de Charles V auprès du Pape eu faveur des Ecossais ; demande de répa- 
ration pour des déprédations exercées sur des Ecossais par des Normands. — John Mercer en France. 

— Alexander Ramsay se proclame vassal de Charles V. — Ambassade de Pierre de Bouruaseau eu Ecosse. 



En 1334, le roi Robert étant mort, son fils David se vit forcé 
de chercher un asile dans notre pays : " La même année, dit le 
continuateur de la chronique de Guillaume de Nangis, David de 
Brus, fils de Robert de Brus d'Ecosse, jeune homme d'environ 
treize ans 1 , et sa femme, sœur du roi d'Angleterre, furent con- 
duits secrètement en France par quelques-uns de leurs parti- 
sans, afin d'être soustraits aux poursuites de leurs adversaires, 
le roi d'Angleterre et Edward de Bailleul, créé nouvellement 
roi. Ils demeurèrent en Normandie, au château- Gaillard 2 ." 



1 Fordun ne lui donne que neuf ans. (Scoiichr., lib. XIII, c. XXV; vol. II, p. 307.) 

s Cont. chron. Guill. de Nang., ap. d'Achery, Spicileg., t. III, p. 68; et edit. 

H. Géraud, t. II, p. 141, 142. Cf. Chronicon de Lanercost, p. 278, 431 ; Wynlownis 

Cronykil,]). VIII, c. XXVI, v. 285, vol. II, p. 158; et Tytler, Hist. ofScotl., vol. I, 



60 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Pendant que l'un des deux concurrents rendait hommage au roi 
d'Angleterre, l'autre se déclarait vassal du roi de France, à la 
condition que celui-ci l'aiderait à recouvrer son royaume 1 . 

La même année 1334, le 4 des nonnes de mai, il arrivait à 
Perth des envoyés du roi de France, venus pour négocier la 
paix entre les rois d'Ecosse et d'Angleterre 2 , et il mourait au 
mois de décembre un chevalier français, sire Hugues de Fresnes, 
laissant veuve Alice de Lacy, comtesse de Lincoln, femme en 
premières noces d'Eubulo le Strange 3 . L'année suivante, John 
comte de Moray, de retour en France, débarquait à Dumbar- 
ton 4 , et Edward 1 er , roi d'Angleterre, sous prétexte que les pro- 
vinces méridionales de l'Ecosse lui avaient été concédées par 
l'usurpateur Edward de Baliol, confirmait une charte souscrite 
par Guillaume de Coucy à son fils, nommé Guillaume comme 
lui, au sujet de plusieurs terres situées dans ces provinces 5 . 

Ce Guillaume de Coucy était, à n'en pas douter, de la famille 
française qui avait donné une reine à l'Ecosse; à cette époque, 
on l'a vu, elle y avait poussé une branche et s'était ensuite alliée 
à la noble maison des Lindsay. En août 1337, John Lindsay, 

p. 194. — M. de Lally-Tollentlal, à l'article Bailleul (Jean de) de la Biographie 
universelle, qui semble avoir été copié t. IV, col. 187, de la Biographie générale, 
dit que "ce compétiteur de David Bruce alla passer le reste de ses jours en Nor- 
mandie, dans sa seigneurie de Château-Gaillard, près d'Andeli, ancien berceau de 
sa famille." Comme le fait judicieusement observer M. Achille Deville (Histoire 
du Chdt eau-Gaillard, etc. Rouen, M DCCC XXIX, in-4°, ch. VI, p. 97, en note), 
il y a ici interversion de rôles, et complète erreur de la part de l'ancien pair sur 
tout le reste. 

1 Th. Walsingham, Hist. Angl., apud Camden, Anglica, Normannica, etc. Fran- 
cof., anno M.D CIII., in-folio, p. 134, 1. 57. — White Kennet, Parochial Antiquities 
altempted in the History of Ambrosden, etc. Oxford, MDCCXCVIII, in-4°, vol. II, 
p. 31, 32, 121. 

8 Joann. Fordun, Scotichr., lib. XIII, cap. XXIX; vol. II, p. 312. — Wyntownis 
Cronykil, etc., b. VIII, chap. XXVIII; t. II, p. 174. 

3 Chronicon de Lanercost, A. D. 1334, p. 277, 278. 

* Wyntownis Cronykil, etc., b. VIII, chap. XXIX; vol. II, p. 188. — P. 194, il 
est question d'un Péris of Paryiss : était-ce un Français? 

5 Rotuli Scotiœ, etc., MDCCCXIV, in-folio, p. 352, col. 1, A. D. 1335. — Lives 
ofthe Lindsays, vol. I, p. 48. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 61 

évoque de Glasgow 1 , oncle de Christine, dame de Coucy, sui- 
vant de près l'un des chanoines de son église, maître David 
Smith 2 , revenait de France en Ecosse avec deux navires; il était 
porteur des pièces d'un traité entre les deux pays, avait avec lui 
trente mille livres d'argent, des munitions de guerre fournies 
par le roi de France, et plusieurs dames nobles d'Ecosse qui 
avaient cherché un refuge en Flandre pendant les troubles, et 
demandé sa protection pour rentrer dans leur pays. Rencontré 
en mer par l'amiral anglais John de Ross, qui avait récemment 
reçu d'Edward III les reproches les plus sévères sur la négli- 
gence avec laquelle on laissait communiquer avec l'Ecosse les 
navires écossais, flamands et français 3 , il tomba en son pouvoir 
après une vive résistance et la perte de ses hommes d'armes, qui 
furent tous tués ou noyés; l'évêque lui-même, mortellement 
blessé à la tête, mourut avant de gagner la terre, ce qui, dit-on, 
plongea les dames dans un tel désespoir, qu'elles se laissèrent 
mourir à bord d'inanition. Elles furent enterrées, avec l'évêque, 
à Wytsande, sur la côte d'Angleterre 4 . 
Un de nos compatriotes, si l'on peut ainsi parler, fut plus 



1 Voyez sur ce prélat, Keith, an historical Catalogue ofthe Scottish Bishops, etc., 
p. 243, 244. 

2 Le sauf-conduit, indiqué comme accordé à deux envoyés d'Ecosse, porte éga- 
lement le nom de Robert de Sen, clerc. (RotuUScotiœ, vol. I, p. 431, col. 2.) 
Auparavant on lit un autre sauf-conduit pour des envoyés du roi David, alors en 
France, qui devaient partir pour l'Ecosse et revenir dans notre pays. 

3 Rotuli Scotiœ, vol. I, p. 498, col. 1 et 2. — Deux ans plus tard, Edward III 
ordonnait d'armer en guerre un fort vaisseau pour défendre les navires anglais et 
donner la chasse à ceux de France, d'Ecosse, etc. (Ibid., p. 567, col. 2, 568, col. 1.) 

* Chronicon de Lanercost, A. D. 1337, p. 291. — Walter Hemingford, Historia 
de rébus gestis Edvardi I, etc., éd. Hearnio. Oxonii, MDCCXXXI, in-8°, vol. II, 
p. 280. — Thom. Walsingham, Hist. Angl., ap. Camden, Anglica, etc., p. 135, 
1. 33. — Lord Hailes, Annals, vol. II, p. 197. — Reg. episc. Glasg., préface, 
p. xxxvi. — Lord Lindsay, Lives of the Lindsays, ch. I, sect. V, vol. I, p. 47. — 
Parmi les morts, Walsingham nomme Walter Muffet, clerc écossais, formellement 
excepté dans un sauf-conduit délivré en 1342 à John Randolph, comte de Moray, 
qui devait passer de France en Ecosse en traversant l'Angleterre. ( Rotuli Scotiœ, 
vol. I, p. 628, col. 2.) 



fô LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

heureux. Cousin de la reine d'Angleterre,' Gui II, comte de 
Namur, petit-fils de Gui de Dampierre, comte de Flandres, avait 
passé la mer avec sept ou huit chevaliers et cent hommes d'ar- 
mes, pour se joindre à Edward III contre les Écossais. Après 
avoir traversé toute l'Angleterre, il prit des guides de ce pays 
à Berwick, qui était au pouvoir de ce prince, et se mit en route 
pour Édinburgh. Le comte de Moray et de Dunbar et William 
Douglas, informés de l'arrivée de l'illustre étranger, lui dressè- 
rent des embuscades sur la route, et deux ou trois fois dans un 
jour, ils l'attaquèrent; mais il se défendit vaillamment, et en 
forçant la marche, il réussit à gagner Édinburgh. Là, le manque 
de vivres, à ce que l'on dit, l'obligea de se rendre. Les Écossais, 
apprenant que leur prisonnier était le comte de Namur, sur les 
terres duquel ils devaient passer quand ils allaient de l'autre 
côté de la mer, ne lui demandèrent aucune rançon, pas plus à 
lui qu'à ses chevaliers et à ses hommes d'armes ; ils lui permi- 
rent de s'en aller librement avec tout ce qui leur appartenait, 
après toutefois lui avoir fait solennellement jurer de ne jamais 
porter à l'avenir, ni lui ni les siens, les armes contre les Écossais. 
Nos compatriotes retournèrent donc en Angleterre, sous la con- 
duite du comte de Dunbar et de William Douglas, ou plutôt, 
s'il faut en croire un historien français, sous celle du jeune 
comte de Moray, l'un des gardiens du royaume d'Ecosse, qui 
avait voulu être agréable au roi de France, et fut, à son tour, 
fait prisonnier 1 . Quant aux Anglais venus avec le comte de 
Namur, ils furent retenus, et quelques-uns d'entre eux mis à 
mort 2 . 
Pendant ce temps-là, David Bruce était toujours à la cour de 



1 Continuation de la chronique latine de Guillaume de Nangis, sous l'année 1335; 
édit. de Géraud, t. Il, p. 149, 150. — Les Grandes Chroniques de France, édit. de 
M. P. Paris, in-folio, col. 1313. 

2 Chronicon de Lanercost, A. D. 1335, p. 282. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. G3 

France, où il recevait un traitement égal a celui des trois autres 
rois qui s'y trouvaient avec lui 1 , et d'où il expédiait fréquem- 
ment des messages à Londres et en Ecosse 2 . Sir Laurent d'Aber- 
nethy, qui lui tenait compagnie, ayant été fait prisonnier, 
William de Douglas vint prendre sa place 3 . Pendant son séjour 
dans notre pays, il s'entendit, du consentement du roi, avec un 
Français, pirate déterminé, nommé Hugues Handpyle i , pour 
qu'avec cinq barques garnies de gens armés et de munitions, il 
se tînt en observation dans les eaux du Tay, et empêchât les 
habitants de Perth de communiquer par mer avec l'Angleterre, 
et les Anglais de leur envoyer des vivres ou autre chose par eau. 
William emmena aussi avec lui, de Château-Gaillard, deux che- 
valiers et de«x écuyers plus fameux encore, Jean de la Heuse et 
Jean de Braysi 5 . De son côté, Philippe de Valois envoya en 
Ecosse des troupes pour faire la guerre aux Anglais, nommé- 

1 Notice des ouvrages de Philippe de Maizieres, par l'abbé Lebeuf. (Hist. de 
l'Acad. roy. des inscr. et bell. -lettres, t. XVI, p. 229.) — Les Femmes célèbres de 
l'ancienne France, etc., par M. le Roux de Lincy, t re série, p. 318. — Guillaume 
Paradin {Annales de Bourgongne, etc. Lyon, 1S66, in-folio, liv. II, p. 314, et 
Jacques Meyer (Annales... rerum Belgicarum, etc. Francof. ad Mœn., M.D.LXXX., 
in-folio, liv. XII; t. I, p. 160) rapportent, sans doute d'après Froissart (Chron., 
liv. I, part. I, ch. XC; t. I, p. 80, col. 2), que le roi d'Ecosse suivit Philippe de 
Valois dans sa campagne de Flandres en 1339. 

2 Rotuli Scotiœ, vol. I, p. 398, col. 1 ; p. 417, col. 2. — En ce dernier endroit, 
le sauf-conduit accordé aux envoyés du roi David est précédé et suivi d'autres 
permissions semblables pour des envoyés du roi de France, dont l'un est nommé 
Perot de Nevill. — P. 410, col. 1, se trouve un sauf-conduit pour six messagers 
d'Ecosse et vingt cavaliers passant en France, puis retournant dans leur pays; 
p. 397, col. 1 et 2, un autre sauf-conduit pour dix Écossais et leur suite allant en 
France par Douvres et revenant ensuite en Ecosse, et, p. 449, col. 1, une permis- 
sion pareille pour trente envoyés d'Ecosse, qui devaient traiter avec ceux de 
France en Angleterre. 

3 Wyntownis Cronykil, b. VIII, c. XXXVII, v. 9, 115; vol. II, p. 230, 231. 

* Wyntown l'appelle Hawepyle. Voy. Cronykil of Scotl., liv. VIII, ch. XXXVII, 
v. 44; vol. II, p. 233. 

5 Fordun, Scolichr., lib. XIII, c. XLV, A. D. 1338; vol. II, p. 330. Un Ms. porte 
Hoys et Broys, et un autre Hay et Brusse. Wyntown (liv. VIII, ch. XXXVIII, v. 23 ; 
vol. II, p. 232) les appelle Galios de la Huse et Jhon the Brws. — Voyez, sur la 
maison de la Heuse, en Normandie, l'Histoire généalogique de la maison de Har- 
court, liv XIV, ch. LXIX; t. II, p. 1983-1989. 



64 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

ment messire Arnoul cTAudeneham, qui fut plus tard maréchal 
de France 1 . 

En rentrant ainsi en Ecosse, William de Douglas ne rompait 
point complètement les liens qui rattachaient à la France. 
Philippe de Yalois, dit-on, lui avait donné la terre de Saint-Saëns, 
dont les seigneurs figurèrent plus d'une fois dans les guerres 
d'Ecosse 2 . William de Douglas étant mort, laissa deux enfants, 
Isabelle et James, qui mourut sans postérité; sa sœur hérita de 
tous ses biens. 

Le 14 mars 4402, Isabelle de Douglas, comtesse de Mar et de 
Garioch, donnait la terre de Saint-Saëns à Roger d'Édinburgh, 
son parent, et le 28 juillet 4408, elle achevait de vendre tous 
ses droits sur les fiefs de Douglas en cette paroisse; mais avant 
de quitter le pays pour toujours, la bonne châtelaine voulut lui 
laisser un souvenir : elle fit placer son image dans le chœur de 
l'église prieurale, au bas d'une verrière donnée par ses soins. Ce 
morceau curieux a malheureusement disparu 3 . 

Enfin, après neuf ans d'exil, David put rentrer dans sa patrie. 
En 4344, les troubles étant apaisés et la prospérité revenue, le 
gardien et les trois États du royaume songèrent à envoyer une 
ambassade en France pour réclamer leur roi. Il était alors oc- 
cupé à demander au pape le siège de Saint-André pour William 
Lawndalis, en ce moment en France. Philippe de Valois, qui 
avait joint ses instances à celles de David 4 , le renvoya honora- 
blement et à bas bruit en Ecosse, avec deux navires, et David 
aborda sain et sauf à Inverbervi, le 4 des nonnes de juin, avec 

1 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. I, part. I, ch. LXXV, ann. 1338; t. I, 
p. 68, col. 1. 

2 Dans un registre terrier de M. Hély d'Oissel, à Saint-Saëns, on lit que les 
seigneurs de cette paroisse firent la guerre en Ecosse, en 1326, sous Philippe V, 
et en 1350, sous le roi Jean. 

3 M. l'abbé Cochet, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Norman- 
die, t. XX, p. 455, 456. 

* Wyntownis Cronykil, b. VIII, chap. XXXVIII, v. 227; vol. II, p. 248, 249. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. G5 

la reine Jeanne sa femme, et y débarqua 1 . Il est fort probable 
qu'avant son départ, il renouvela les traités autrefois intervenus 
entre la France et l'Ecosse; on est fondé à le croire en lisant 
dans Froissart que Philippe de Valois "avoit grans alliances au 
roi d'Escosse 2 " et en voyant le monarque français négocier 
l'échange du comte de Moray, prisonnier du comte de Salisbury, 
contre celui-ci, qui se trouvait entre ses mains 3 . 

Le fils de Philippe de Valois, Jean le Bon, n'était pas lié 
moins étroitement que son père avec les Écossais. Dans une 
lettre émanée de ce prince le 8 août 1352, pendant la captivité 
du roi David à Londres, il remercie le clergé, les comtes, barons 
et communes des villes et parties du royaume d'Ecosse, pour 
avoir, dans une conférence récente avec les Anglais, refusé de 
rompre l'ancienne alliance de la France, et il promet d'opérer 
une puissante diversion en faveur des Écossais. Dans une autre 
lettre sans date à l'évêque de Saint-André, le même roi recom- 
mande fortement à ce prélat en particulier, et à la nation écos- 
saise en général, de se montrer fidèles en persistant dans leur 
alliance avec la France; il porte à leur connaissance une trêve 
conclue entre les Français et les Anglais en vue de la paix, et 
donne à l'évêque l'assurance que, dans le cas où elle serait faite, 
les intérêts du royaume d'Ecosse seraient ménagés dans le traité 
à l'égal de ceux du royaume de France 4 . Ailleurs, on trouve des 
conventions arrêtées à Paris, à la fin de juin 1359, entre Simon 
de Bucy, chevalier, et Jean Chaillemart, conseillers du roi de 
France et ses députés, d'une part, et Robert d'Erskine, chevalier, 

1 Joann. Fordun, Scotichronicon, lib. XIII, cap. XLIX ; vol. II, p. 334. — Wyn- 
townis'jCronykil, b. VIII, chap. XXXIX, v. 275; vol. II, p. 250.— Tytler, Hist. of 
Scoll, vol. I, p. 439. 

2 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. I, part. II, ann. 1346; édit. du Panth. 
litt., t. I, p. 251, col. 2. 

3 Lettres patentes de Philippe de Valois, datées du bois de Vincenncs, le 2 juin 
1342, et conservées dans le Ms. de la Bibl. Cott. Caligula D. III, folio 27. 

4 W. Robertson, an Index, etc., p. 106, n° 15. 

voi. i. 5 



GG LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

et Norman Lesly, écuyer, députés du roi d'Ecosse, d'autre part, 
pour l'entretien de l'alliance entre les deux princes contre le roi 
d'Angleterre, et le paiement par la France de cinquante mille 
marcs d'esterlins d'or, qui devaient être réunis à Bruges à la 
prochaine fête de la Purification pour contribuer à la rançon 
dudit roi David 1 . Celui-ci ayant été menacé dans son autorité 
par Edward de Baliol, avec l'appui d'Edward III, roi d'Angle- 
terre, les biens que le rebelle possédait en France furent saisis 
par les gens du roi et réunis au domaine de la couronne; mais 
le bruit ayant couru qu'il avait l'intention de revenir à son 
alliance avec le roi Jean et à son amitié avec les Écossais, celui- 
ci, par lettre datée de Paris, le 28 septembre 1361, promit de 
rendre à Edward ses biens, ou de lui donner en place quelque 
chose de valeur supérieure. Dans une autre lettre, adressée au 
régent et à tous les prélats, les barons et les nobles du royaume 
d'Ecosse, le roi Jean exprime énergiquement le chagrin qu'il 
éprouve des massacres et des dévastations dont les Anglais ont 
affligé l'Ecosse; il les exhorte à persister dans leur résistance, 
les assurant que, dans le cas où leurs efforts seraient vains et 
leur pays subjugué, ils trouveraient une bonne réception dans 
le royaume de France. Enfin, une autre lettre du môme souve- 
rain contient les mêmes compliments de condoléance au sujet 
des souffrances et des malheurs des Écossais, ses fidèles alliés, 
par suite des avantages répétés obtenus sur eux par les Anglais, 
plus forts en nombre, et promet d'envoyer à leur secours cinq 
cents chevaliers armés et un nombre égal d'archers, à ses frais 2 . 
Il n'entre pas dans mon plan de raconter les événements gé- 



1 Inventaire chronologique , etc., p. 25. — Les deux ambassadeurs écossais 
figurent dans les comptes des grands chambellans d'Ecosse, sous l'année 1360, 
comme ayant reçu, l'un 200 livres, l'autre 80, pour frais d'une mission auprès des 
cours de France et de Rome. ( The Accounls of the great Chamberlains in Scot- 
land,\o\. I, p. 364. Cf. p. 352, A. D. 1359; et 377, A. D. 1361.) 

* W. Robertson, oh Index, etc., p. 106. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 67 

néraux qui se succédèrent pendant la lutte engagée, dans la 
seconde moitié du XIV e siècle, entre les Français et les Anglais, 
et pendant laquelle ceux-ci eurent les Écossais pour alliés; je 
n'ai entrepris d'enregistrer que les faits relatifs à ceux qui guer- 
royaient alors dans notre pays, ou dans le leur de concert avec 
nos compatriotes. C'est ainsi que, dans le Border, William de 
Douglas, avec plusieurs chevaliers et écuyers d'Ecosse et de 
France que le roi Jean y avait envoyés, faisait la guerre aux 
Anglais 1 . Ce renfort se composait de cinquante hommes d'ar- 
mes, sous les ordres du sire de Garencières, qui, de plus, avait 
apporté dix mille marcs à partager entre les prélats et barons 
d'Ecosse pour attiser la guerre avec l'Angleterre 2 , ce qui n'em- 
pêcha pas, à ce qu'il paraît, notre compatriote de recevoir de 
l'argent du roi d'Ecosse, sans doute à titre de prêt 3 . 

Une anecdote rapportée par Jean de Fordun peut montrer à 
quel point cette guerre était cruelle. A la suite d'une embuscade 
dressée à Nesbit, dans le comté de Durham, par les Écossais 
sous les ordres de William de Douglas, et des Français, sans 
doute ceux qu'avait amenés le sire de Garencières, l'un de nos 
compatriotes achetait à prix d'or des prisonniers anglais, et leur 
tranchait la tête pour venger son père, que leurs compatriotes 
avaient tué en France 4 . 

Le sire de Garencières et ses compagnons d'armes assistèrent 
au siège de Berwick et contribuèrent puissamment à la prise de 

1 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. I, part. II, chap. XVI; t. I, p. 307, 
col. 1. 

2 Scala chronica, ap. Leland, de Rébus Brilannicis Collectanea, éd. Th. Hearnio. 
Oxonii, MDCCXV, in-8°, t. I, pars II, p. 564. — Joann. Fordun, Scotichronicon, 
lib. XIV, cap. IX, vol. II, p. 350. — Wyntownis Cronykil, b. VIII, chap. XLIII, 
v. 13; vol. II, p. 271. 

8 "Et domino Eugenio de Garansers, per literam domini régis... C xx. libre 
xv. sol. Et notandum quod computans tenetur alias onerari de hac suumma,... si 
contigerit ipsum eamdem summam ex nunc ad opus domini régis recuperare." (The 
Accounts ofthe great Chamberlains in Scotland, etc., vol. I, p. 255, A. D. 1337.) 

4 Joann. Fordun, Scotichronicon , lib. XIV, cap. IX; vol. II, p. 350. 



G8 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

cette ville. Une fois entre les mains des Écossais, le gardien du 
royaume, Robert Stuart, neveu du roi David Bruce, arriva; il 
ordonna et disposa ce qui était relatif à sa garde, et ramena 
avec lui les Français, qu'il traita de son mieux et renvoya dans 
leurs foyers par la voie d'Aberdeen 1 . 

Bervvick fut repris, le 13 janvier 4355, par Gautier de Mauny, 
qui accompagnait Edward III dans son expédition d'Ecosse; 
Tannée suivante avait lieu la bataille de Poitiers. Parmi les com- 
battants, se trouvaient William Douglas, et Robert Gordon, qui 
y fut tué 2 . L'autre de ces deux Écossais était là comme par ha- 
sard : suivant le Scala chronica, il se disposait à faire un pèle- 
rinage à la Terre-Sainte ; il l'interrompit pour prendre part à la 
bataille avec quelques-uns des siens, et reçut du roi Jean l'acco- 
lade de chevalier 3 . Il combattit d'abord assez vaillamment; mais 
voyant que la victoire se déclarait contre les Français, il lâcha 
pied et se sauva le mieux qu'il put; "car, ajoute Froissart, 
nullement il n'eust voulu estre pris ne escheu es mains des 
Anglois; mais eust eu plus cher à estre occis sur la place, car 
pour certain il ne fust jamais venu à rançon 4 ." Jean de Fordun, 
au contraire, prétend que son compatriote fut entraîné malgré 
lui hors de la mêlée par ses hommes, qui voyaient que tout était 
perdu; que les meilleurs furent tués, d'autres fait prisonniers et 
mis à rançon 5 . Selon le Scala chronica, il retourna tout de suite 



1 Joann. Fordun, Scoliehronicon , lib. XIV, cap. X; vol. II, p. 351. — " Et allo- 
cantur computi pro pejoracione et combustione domorum Willelmi Chapman facta 
per dominum Eugenium de Garansers, dummodo fuit in Abirdene, in reditu suo 
ad partes Francie, xx sol." (The Account s of the great ChamLerlains in Scotland, 
p. 258. Cf. p. 259.) 

2 William Gordon of old Aberdeen, the History of the... Family of Gordon, etc. 
Edinburgh, 1726, in-8°, vol. I, p. 24. 

3 Joann. Leland., de Rébus Britannicis Collectanea, tomi I, pars II, p. 567. — 
Joann. Fordun, Scotichronicon, lib. XIV, cap. XVI; vol. II, p. 357. — Wyntownis 
Cronykil, b. VIII, chap. XLIII, v. 49; vol. II, p. 281. 

* Chroniques, liv. I er , part. II, chap. XL; t. I, p. 350, col. 2. 
3 Scoliehronicon, lib. XIV, cap. XVI; vol. II, p. 357. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 69 

en Ecosse; plus tard, après la délivrance du roi David Bruce, 
fait prisonnier la même année à la bataille de Nevill Cross, il fut 
Gréé comte de Douglas 1 . Lord Hailes rapporte, d'après Jean de 
Fordun 2 , qu'Archibald Douglas, fils naturel du fameux Jacques 
Douglas, tué par les Maures à Grenade, avait aussi été fait prison- 
nier à cette bataille, et qu'il fut délivré par la présence d'esprit 
de l'un de ses compagnons, Sir William Ramsay de Colluthy 3 . 

S'il faut en croire le Scala chronica, pareille mésaventure 
arriva près de Flavigny, en Bourgogne, à Norman Lesly, que 
nous avons vu au nombre des députés chargés d'arrêter des 
conventions à Paris entre la France et l'Ecosse. Il tomba entre 
les mains de l'Anglais Nicolas Dagworth, qui, à la tête de treize 
hommes d'armes retranchés derrière des charrettes, resta vain- 
queur de soixante-six Français 1 . 

En 1360, un an après la date d'un sauf-conduit accordé par 
Edward III au comte de Mar pour passer en France 5 , la diplo- 
matie anglaise faillit réussir à rompre l'alliance qui unissait les 
deux pays. Dans un acte dont l'analyse nous a été conservée par 
W. Robertson, on voit le roi Jean prenant, envers le roi d'An- 
gleterre, un engagement d'alliance par lequel il déclare expres- 
sément tous les traités entre la France et l'Ecosse annulés et 
rétractés, sous la sanction de l'autorité du pape, qui devait être 
obtenue à la diligence des deux princes contractants. Le roi Jean 
s'obligeait en outre, ainsi que ses héritiers et successeurs, à 
donner assistance au roi d'Angleterre contre tous ses ennemis, 
sauf ses alliances avec le pape et l'empereur. "Il est à remar- 



1 Joann. Leland., de Rébus Britannicis Collectanea, tomi I, pars II, p. 567. Cf. 
Joann. Fordun, Scotichronicon, lib. XIV, cap. VI; vol. II, p. 3i6. 

2 Scotichr., lib. XIV, cap. XVII; vol. Il, p. 358. 

3 Annals of Scotland, etc. Edinburgh, 1797, iu-8°, vol. II, p. 263,264, A. D.1356. 
i A brefc Rememberaunce of Feates donc yn Gascoyne, etc. (Joann. Leland., 

de Relus Britannicis Collectanea, vol. II, p. 571.) 
5 Rotuli Scotiœ, vol. I, p. 842, col. 1. 



70 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

quer, ajoute Robertson, que rien de réciproque n'est stipulé en 
retour de la part du roi d'Angleterre, dont le nom n'est pas men- 
tionné une seule fois dans l'acte; il est également clair que l'objet 
principalement en vue était de rompre les relations du roi Jean 
avec les Écossais, et que ce prince n'était pas libre. Ce traité 
est daté de Boulogne, le 26 octobre 1360, et l'on y voit figurer 
comme témoins plusieurs personnages de la première noblesse 
de France 1 ." Dans une autre pièce, attribuée par le môme 
archiviste au 28 septembre 4361, le roi Jean, s'adressant à son 
amiral et à tous ses gens de justice, leur fait savoir qu'il a pris 
sous sa protection particulière tous les Ecossais, spécialement 
les marchands faisant le commerce avec les ports de France. 
Ayant appris qu'un navire écossais avait été saisi et pillé par des 
pirates français, il ordonne, sous peine d'une sévère punition, 
de restituer ce que l'on pourra recouvrer 2 . 

En 1365, on trouve, sur la route de Saint-Denis, le célèbre 
John Barbour en compagnie de nombre d'autres Ecossais, sans 
doute accomplissant un pèlerinage 3 ; et au service de Charles 
le Mauvais, en Normandie ou dans l'évêché de Chartres, un Jean 
Scot, chevalier, nommé dans une lettre de deux de ses lieute- 
nants, annonçant qu'il y avait trêve entre leur maître et le roi 
de France 4 . En 1370, on voit un autre Écossais combattant 
chez nous devant les barrières de Noyon, que les Anglais avaient 
investi : c'était John Swinton de Swinton, que Froissart appelle 

1 Robertson, an Index, etc., p. 107, n° 17. 

2 Ibid., p. 107, n» 16. 

3 Rymer, Fcedera, etc., t. VI, p. 478. — Rotuli Scotiœ, vol. I, p. 897, col. 2. — 
Ces personnages étaient Archibald.de Douglas, Alexander de Lindsay, Maître David 
de Mar, Robert de Smalham, William de Heton, John Sherere, Walter de Ward- 
lawe, John Bothevile, Duncan Flemyng, John Wemys, Patrick Mautalent, William 
de Chesholm, Andrew d'Ormeston, Thomas de Lawedals, Nicolas d'Erskinc, John 
abbé de Dunfermline, Robert de Maxwell, Alexander de Ryclinton. Cinq au moins 
sont désignés comme se rendant à Saint-Jean d'Amiens. 

4 Secousse, Mémoires pour servir à l'histoire de Charles... le Mauvais. Paris, 
M.DCCLVIII., in-4°, t. II, p. 220. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 71 

Àsneton, et dont il fait le plus brillant éloge 1 . Moins remarque, 
l'un des poètes nationaux de l'Ecosse, déjà archidiacre d'Aber- 
deen, procédait, dans le même temps, à d'autres conquêtes à 
l'université dé Paris 2 , d'où un moine de Dunfermline était sorti, 
en 1353, pour obtenir de la cour d'Avignon cette abbaye 3 . 

En 1371 eut lieu le renouvellement d'alliance entre Charles V, 
roi de France, et Robert II, roi d'Ecosse. A cet effet, une am- 
bassade solennelle se rendit à Paris; elle se composait du car- 
dinal Walter Wardlaw, évêque de Glasgow, qui avait autrefois 
enseigné avec beaucoup d'éclat la philosophie dans l'université 
de Paris' 1 , d'Archibald Douglas, chevalier, et de maître Adam 
de Tyningham, doyen de l'église d'Aberdeen 5 . Le traité fut signé 



1 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. I, part. II, ch. CCCXIII, ann. 1370; 
t. I, p. 614. — S'il faut en croire l'éditeur (t. II, p. 720, col. 1, not. 12), ce che- 
valier est le môme que le seigneur de Sothon, que l'on voit figurer, en 1388, dans 
une assemblée tenue à Jedworth un peu avant la bataille d'Otterburn , où John 
Swinton se distingua beaucoup. (Voyez the Battle of OUerburn, v. 109, dans les 
Reliques ofancient English Poetry, de Th. Percy, et the History of the Battle of 
OUerburn, etc. by Robert White. London, M.DCCC.LVII , in-8°, p. 108, 109.) 
Quatre ans plus tard, il est fait mention de John de Swinton, en môme temps que 
de Henry Douglas, de John de Saint-Cler et de John de Dalyell, dans un sauf-conduit 
pour quelques chevaliers écossais qui se rendaient auprès du roi Richard. (Rotuli 
Scotiœ, vol. II, p. 117, col. 1. Cf. p. 188, col. 2.) 

2 Rotuli Scotiœ, vol. I, p. 926, col. 2, A. D. 1368. 

3 Joann. Fordun, Scotichronicon, lib. XIV, cap. VIII; vol. II, p. 349. 

* Rutous, Hist. univ. Paris., t. IV, p. 958. Cf. p. 948. — P. 958, 960, 989 et 
992, nous trouvons d'autres Écossais, Richard de Fagollz, Thomas de Duns, William 
de Spiny et John Red, nommés procureurs de la nation anglaise en 1348 et 1357. 
Dans l'intervalle, c'est-à-dire en 1350, Malcolm de Dimbrek, très-célèbre profes- 
seur, avait été élevé au môme poste (ibid., p. 974), et le 10 octobre, un autre en- 
fant de l'Ecosse, Marcuard, avait été nommé recteur. (Ibid., p. 975.) 

5 Joann. Fordun, Scotichronicon, lib. XIV, cap. XLIV ; vol. II, p. 395. Les lettres 
du roi de France, traduites en latin, se continuent ch. XLV, jusqu'à la p. 395. — 
Les comptes des grands chambellans d'Ecosse, où sont portées les sommes allouées 
à Archibald Douglas pour frais extraordinaires, nous font aussi connaître les noms 
d'autres Écossais envoyés en France à la môme époque, savoir : maître de Dalgarnok 
et John Gray, clerc des rôles. ( The Accounts of the great Chamberlains in Scot- 
land, etc., vol. I, p. 536, A. D 1370; vol. II, p. 3, 4, A. D. 1371; p. 12, A. D. 
1372.) Plus tard, on voit un certain Robert Grant recevant une pension annuelle 
et viagère de vingt livres sterling pour service fait au roi, et temps passé en 
France et ailleurs. (Ibid., p. 261, A. D. 1392.) 



72 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

au château du bois de Vincennes-lès-Paris, le dernier jour du 
mois de juin, et le double est daté du château d'Édinburgh, le 
28 octobre de la même année. Au traité se trouvait jointe une 
obligation de Charles Y sous la première de ces dates. Ce prince 
s'engageait à faire l'avance de cent mille nobles d'or pour mettre 
le roi Robert en état de payer le reste de la rançon du roi David, 
encore dû au roi d'Angleterre, ou une plus forte somme si ce 
reliquat se trouvait être plus considérable ; et dans le cas où le 
roi Robert ne se verrait point obligé de le payer, il devait em- 
ployer ces cent mille nobles d'or à faire la guerre aux Anglais, 
pourvu que le pape relevât le roi, les prélats et les lords d'Ecosse 
des serments qu'ils avaient prêtés d'observer la trêve avec l'An- 
gleterre, et déclarât la trêve elle-même nulle et sans valeur. 
Charles V s'obligeait en outre à envoyer aux Écossais, avant 
l'ouverture des hostilités, des armures pour cinq cents cheva- 
liers et écuyers, comme aussi pour cinq cents serjans, article, 
pour le dire en passant, fort recherché en Ecosse à l'époque 1 , et 
d'entretenir à ses frais un certain nombre de soldats pendant un 
espace de temps spécifié dans l'obligation 2 . 

Charles V comptait sans doute se débarrasser ainsi d'une 
partie des grandes compagnies qui désolaient alors le royaume ; 
la même année, l'occasion se présenta de les envoyer en Espa- 
gne : il la saisit avec empressement. Il s'y trouvait un grand 
nombre d'Ecossais 3 , et parmi les capitaines qui commandaient 



1 En 1425, il fut ordonné, par acte d'un parlement tenu à Pertli, à tous les mar- 
chands qui trafiquaient outre-mer, de rapporter en Ecosse, en sus de leurs mar- 
chandises, autant qu'ils pourraient de harnais de guerre et d'armures, avec des 
épées, des trousses et des bois d'arcs, et cela autant de fois qu'ils passeraient la 
mer dans un but de commerce. (Acta parliamentorum Jacobi I, apud Perlh, 
vol. II, p. 9, col. 1.) 

2 W. Robertson, an Index, etc., p. 111, n° 68. — Tytler, Hisl. ofScoll., vol. I, 
p. 9, 10. — Ce traité fut renouvelé par Charles VI, en 1383. (An Ind., p. 112, 
n°69, 70.) 

3 Cuvelier, Chronique de Bertrand du Guesclin, t. I, p. 7117; t. I, p. 259, 260. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 73 

ces bandes dévastatrices, on remarquait Robert Secot, Robin 
l'Escot ou l'Écossais 1 , qui, en compagnie de l'Irlandais Rabin- 
gois ou Radigois de Derry, avait pris par escalade la ville de 
Vclly en 1358', et s'était rendu maître du comté de Roussy 
en 1359 3 . Arrivés de l'autre côté des monts, ces Écossais de- 
vaient trouver des compatriotes dans le camp opposé. En effet, 
parmi les seigneurs qui passèrent les Pyrénées avec le prince 
de Galles et don Pedro le Cruel, en 1366, se trouvait le comte 
d'Angus, que Froissart appelle messire d'Angriscs ou d'Ango- 
rises*-. A s'en rapporter à un sauf-conduit délivré huit ans au- 
paravant à Copin Wolf, capitaine de quatre navires flamands, 
le noble Écossais était allé rejoindre, à la tête de ses hommes 
en armes, Edward III au moment d'envahir la France 5 ; on l'y 
retrouve en 1373 au nombre des capitaines de la ville de Niort 
pour le roi d'Angleterre, aussi bien que messire Martin l'Escot, 
capitaine de Chisey en Poitou, dont il est souvent question dans 
Froissart 6 . En suivant cet historien jusqu'au récit qu'il fait de la 
chevauchée que le duc de Lancastre et le duc de Bretagne firent 
au royaume de France en 1373, on voit qu'en cette expédition, 
il y avait bien trois cents lances qui servaient le roi d'Angle- 
terre pour ses deniers 7 . Une compagnie de ces Écossais fit, avec 



1 Cuvelier, Chronique de Bertrand du Guesdin, t. I, v. 7520; t. I, p. 272. Cf. 
p. 296, v. 8262. — Chronique de du Guesdin, Paris, 1830, in-12, p. 185. — Dans 
le Scala chronica, sous l'année 1359, figure un Robert Scot, chevalier anglais fait 
prisonnier près de Paris. (Joann. Lelandi Anliq. de Rébus Britannids Colledanea, 
vol. II, p. 575.) 

2 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. I, part. II, ch. LXXVI; t. I, p. 389, 
col. 1. Cf. ch. LXXI, p. 398, col. 1 et 2. — Secousse, Mémoires pour servir à l'hisl. 
de Charles... le Mauvais, t. II, p. 368, 369. Cf. p. 340. 

3 Chron. de Froissart, liv. I, part. II, ch. XC; t. I, p. 401, col. 1. 
* Ibid., ch. CCXX; t. I, p. 524, col. 1; p. 526, col. 1. 

s Rotuli Scotiœ, vol. I, p. 840, col. 2. — P. 842, col. 1, on lit un sauf-conduit 
pour le comte de Mar, pareillement appelé Thomas, et en route pour la France. 

6 Chron., liv. I, part. II, ch. CCCLVIU-LXI; t. I, p. 661, col. 2; 662, col. 2; 
663, col. 1, 2; 664, col. 1. 

7 Ibid., liv. I, part. II, ch. CCCLXIX; t. I, p 678, col. 1. 



74 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

quelques Anglais, des incursions jusqu'aux barrières de la ville 
de Saint-Omer, défendue par le vicomte de Meaux avec nombre 
de gens d'armes 1 . 

Au reste, déjà à cette époque les Ecossais étaient comme les 
Suisses à la nôtre, c'est-à-dire à la solde des souverains qui 
voulaient les payer. On en rencontre jusqu'en Orient, dans une 
croisade de Pierre de Lusignan, roi de Chypre, et à l'attaque 
d'Alexandrie 2 . Certains méritaient par leurs services que nos 
rois leur constituassent des rentes assez considérables pour le 
temps : c'est ainsi que Nicolas Erskine, chevalier, rendit, en 
1372, hommage à Charles V pour la rente annuelle de trois 
cents francs d'or à prendre sur le trésor, à Paris, qui lui avait 
été allouée par ce prince en récompense de ses services 3 . 

Ayant, pour ainsi dire, le pape sous sa main, il fut plus d'nne 
fois prié d'intervenir dans des affaires que la cour d'Ecosse avait 
auprès du Saint-Siège. C'est ce qui arriva pour le mariage de 
Marguerite, fille de Robert II. Elle épousa en premières noces 
James comte de Douglas, en vertu d'une dispense de consangui- 
nité accordée par le pape Grégoire XI, en date de Villeneuve, 
dans le diocèse d'Avignon, le 24 septembre 1371, à la prière de 
Charles V, roi de France, et de Robert d'Ecosse 4 . 

Quatre ans plus tard, le dernier de ces deux princes envoyait 
au premier une ambassade chargée de solliciter l'intervention de 
celui-ci auprès du pape et des cardinaux, pour obtenir une dôci- 

1 Chroniques de sire Jean Froissart, t. I, p. 678, col. 2. 

2 Guillaume de Machaut, la Prise d'Alixandre, manuscrit de la Bibliothèque 
impériale, supplément français n° 43, folio cc.xx verso, col. 3, v. 23. 

3 Inventaire chronologique, etc., p. 28. 

4 Douglas, the Peeragc of Scotland, etc., édit. de Wood, vol. I, p. 48, col. 2. — 
Antérieurement à cette dispense, nous en trouvons une accordée, en 1346, par 
Clément V, à l'intercession de Philippe de Valois, à James de Lindsay, père du 
Sir James nommé plus haut, et à Egidia, sœur du grand chambellan d'Ecosse, 
depuis Robert II. Cette pièce a été publiée par Andrew Stuart, d'après les archives 
du Vatican. (Genealogical History of the Stewarts, etc. London, 1798, in-4°, sup- 
plément, p. 434.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 75 

sion favorable dans un procès engagé devant la juridiction 
papale à la requête de Marguerite Logy, reine d'Ecosse. Les 
ambassadeurs du roi Robert, qui étaient Adam de Tynyngham, 
que nous avons déjà vu, Sir Duncan de Waloys et Sir John de 
Edmondston, étaient encore chargés de demander réparation 
pour des déprédations exercées sur des Écossais par des pirates 
normands 1 . 

Les mers étaient alors infestées de ces aventuriers de toute 
nation. L'un d'eux, Écossais d'origine, se rendit particulière- 
ment redoutable à la marine anglaise. C'était un homme d'une 
grande énergie et fort entreprenant, qui, à la tête d'une escadre 
de vaisseaux armés en guerre, montés par des corsaires écos- 
sais, français et espagnols, écumait le détroit et s'enrichissait 
par de nombreuses prises. Si nous en croyons Walsingham, le 
père de cet audacieux bandit, John Mercer, était un marchand 
d'une fortune considérable, qui résidait en France et jouissait 
d'un grand crédit à la cour. Pendant un de ses voyages, il avait 
été pris par des croiseurs du Northumberland et emmené à 
Scarborough 2 . Peu reconnaissant du bon procédé du comte, qui 
l'avait renvoyé sans rançon, le fils attaqua ce port de mer et 
pilla les navires qui s'y trouvaient. Telle était la faiblesse du 
gouvernement de Richard II, qu'il ne fut pris aucune mesure 
contre l'auteur de ce coup de main; il fallut que Philpot, un 



1 W. Robertson, an Index, etc., p. 100, n° 4. 

* En cet endroit, Tytler cite les Rôles d'Ecosse, 20 juin, 2 e année de Richard II : 
je recours à l'endroit indiqué, vol. II, p. 16, col. 2, et n'y trouve qu'un ordre du 
roi à l'un des vicomtes de Londres, de retenir prisonnier Thomas Mercer, mar- 
chand d'Ecosse, arrêté pour connivence avec les ennemis de ce monarque. Or, le 
père du corsaire s'appelait John. — Un individu du même nom, sans doute le même 
que le Johannes Mercere, mercator de Scotia, d'un sauf-conduit accordé en 1365 
à des marchands écossais (Rot. Scot., vol. I, p. 897, col. 1), figure, avec la quali- 
fication de marchand de Perth, dans une quittance de la rançon du roi David 
Rruce, en 1359-60 (ibid., p. 846, col. 2), puis dans un sauf-conduit délivré le 
25 mars 1378 (vol. II, p. .7, col. 2). Plus loin, p. 18, col. 1, on voit reparaître le 
nom de Thomas Mercer; mais ce nom appartient à un archidiacre de Glasgow. 



7G LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

riche marchand de Londres, armât à ses frais plusieurs grands 
vaisseaux de guerre et se mît à la poursuite de Mercer. Il le 
défit complètement, s'empara de sa personne et se rendit maître 
de toute son escadre, où se trouvaient quinze vaisseaux espa- 
gnols et une grande quantité de butin 1 . 

Pendant ce temps-là, d'autres aventuriers ravageaient la fron- 
tière d'Ecosse, en dépit de la trêve conclue pour mettre fin aux 
hostilités, et des efforts de commissaires anglais et écossais 
investis de l'autorité nécessaire pour tenir des cours sur les 
limites des deux royaumes et redresser les griefs. Ces incursions 
de tous les jours, qui n'amenaient aucun résultat sérieux, pré- 
sentent peu d'intérêt pour l'histoire générale; mais il en est une 
que nous ne saurions nous dispenser de mentionner ici, ne 
fût-ce que pour montrer avec Tytler que, dans les circonstances 
où la France se trouvait alors, elle attachait la plus grande im- 
portance à la continuation de la guerre d'Ecosse et ne négligeait 
aucun moyen de la prolonger. Nous voulons parler d'un heureux 
coup de main accompli contre le château de Berwick par un 
chef écossais reconnaissable à son nom, et secondé d'une petite 
troupe d'aventuriers. Sommé par les gardiens des deux frontières 
de rendre la place, Alexandre Ramsay répondit fièrement qu'il 
ne l'abandonnerait ni au roi d'Angleterre ni au roi d'Ecosse, 
mais que tant qu'il vivrait il la garderait au roi de France. Il 
ne fallut pas moins de dix mille hommes assistés de mineurs, 
de mangonneaux et de tout un équipage de siège, pour la re- 
prendre 2 . 

En 1379, Charles V, méditant une expédition en Ecosse, 
résolut d'envoyer à Robert II l'un de ses conseillers pour con- 
férer avec ce prince et savoir si , par son pays , les Français 
pourraient faire bonne guerre aux Anglais. Pierre de Bourna- 

i Thom. Walsingham, Hist. Angl., apud Camden, Anglica, etc., p. 21.1, 1. 7. 
5 Jbid., p. 219. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 77 

seau, dont il fit choix 1 , se mit en route pour l'Écluse, lieu ordi- 
naire d'embarquement pour l'Ecosse. Là, il s'arrêta environ 
quinze jours, attendant un vent favorable; mais quand ce vent 
vint à souffler, il n'osa s'embarquer et s'exposer aux risques de 
la mer. Surveillé par les Anglais, qui se trouvaient aussi à 
l'Écluse, il appréhendait d'être happé en chemin. Cette crainte 
interrompit son voyage; il retourna à Paris près du roi, et ne 
manqua pas sans doute de se plaindre de la manière dont le 
comte de Flandre et le bailli de l'Écluse en avaient usé à son 
égard 2 . La mort de Charles Y, qui arriva peu de temps après, 
empêcha sans doute de donner suite à cette affaire. 



1 La Chesnaie-Dcsbois appelle l'ambassadeur de Charles V Pierre de Massip, sire 
de Rournazel, chevalier, etc. (Dict. de la nobl., t. IV, p. 55, 56); mais la maison 
dont il faisait partie était alors vassale de l'Angleterre, maîtresse du Quercy, et, 
ce qui est encore plus concluant, les armoiries de Pierre de Bournaseau sont tout 
à fait différentes de celles de la maison de Bournazel. On trouve les premières 
attachées à ce reçu du Cabinet des titres qui donne le véritable nom du person- 
nage : " Saichent tuit que je, Pierre de Bournaseau, chevalier, conseillier du roy 
nostre sire, cognois et confesse avoir eu et receu de François Chanteprime, rece- 
veur gênerai des aides ordonnées pour le fait de la guerre, la somme de cinquante 
frans d'or, que je pren chascun an de gaiges ordinaires du roy nostre sire, si 
comme par les lettres d'icellui seigneur sur ce faites appert plus à plain.... En 
tesmoing de ce j'ay seellées ces lettres de mon seel, faites le premier jour du mois 
de juing, l'an mil trois cens soixante dix et huit." (Sceau en cire rouge portant 
une fasce accompagnée de 6 croix recroisetées au pied fiché, 3. 3. Supports : 
1 léopard et 1 sauvage; cimier : une tète de loup.) — Voyez, sur Pierre de Bour- 
naseau, l'article que lui a consacré Blanchard dans les Généalogies des maistres 
des requestes ordinaires de l'hostel du roy. A Paris, M.DC.LXX., in-folio, p. 43-45 ; 
et les mentions que renferment les Ordonnances des rois de France, t. XII, p. 125, 
et les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XX, p. 493, 
494. — Messire Pierre de Bournaseau est nommé plusieurs fois dans la déposition 
de Pierre du Tertre, secrétaire et conseiller du roi de Navarre (1378), publiée par 
le Brasseur, parmi les actes et preuves du comté d'Évreux, à la suite de son His- 
toire, p. 88 et 89. La première fois, il paraît sous le nom de messire Pierre de 
Borvasel, qui est évidemment une faute de lecture ou d'impression. 

2 Chroniques de sire Jean Froissarl, liv. II, ch. XLV, ann. 1379; t. II, p. 52-54. 
— Dans son Histoire des ducs de Bourgogne, t. I, p. 183-185, de la 4 e édition, 
M. de Barante raconte tout au long l'indigne traitement que Pierre de Bourne- 
zeaux, comme il l'appelle, reçut du comte de Flandre. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 79 



CHAPITRE IV. 



Homme d'armes écossais massacré par des paysans. — Ambassade envoyée par Charles VI en Ecosse en 1884. 
— Expédition de messire Geoffroy de Chargny et de ses compagnons. — Jean de Vienne envoyé en Ecosse ; 
noms des chevaliers de marque et détail des troupes qui l'accompagnaient; mort de messire Aubert de 
Hangcst. — Réception faite à nos compatriotes par les Ecossais. — Malveillance témoignée ensuite aux 
nouveaux venus. — Murmures des barons et des chevaliers de France de la suite de Jean de Vienne; il 
cherche à les apaiser et s'efforce d'établir des rapports entre eux et la noblesse écossaise. — Difficulté 
qu'ils ont à se procurer des chevaux en Ecosse; embûches tendues aux Français. — Subsides payés au roi 
Robert II et À sa noblesse par Jean de Vienne; commencement des hostilités; douze cents Ecossais armés 
de harnais de guerre venus de Paris. — Cause romanesque assignée au retour de Jean de Vienne par le 
religieux de Saint-Deuys. — Autre motif présenté par Froissart, qui était allé en Ecosse. — Rapport de 
Jean de Vienne à Charles VI sur son expédition ; courses d'Anglais et d'Écossais en Rourgogne. — Envoi 
de deux chevaliers français en Ecosse pour conclure une trêve ; succès de leur mission. — Alexauder 
Stuart et George, comte d'Angus, se joignent à une croisade commandée par le duc de Bourbon. — Con- 
cession prétendue d'armoiries au premier par Charles VI. — Archidiacre de Saint-André a Paris à la fin 
du XIV e siècle ; affaire des Ecossais de sa suite avec quelques Bretons. — Impôt pour le passjge d'Ecosse, 
mentionné dans une pièce des Archives de Reims, du mois d'août 1391. — Mission de l'évêque de Saint- 
André en France. — Pèlerins écossais passant en France pour vénérer le chef de saint Jean, à Amiens. 



Charles VI n'était pas depuis trois ans sur le trône, que déjà 
commençaient les troubles qui ont donné une si triste célébrité 
à son règne. En 4384, les paysans, laboureurs et ouvriers, en 
Auvergne, Poitou et Limousin, s'étant soulevés, ravageaient le 
pays; "et quand ils trouvoient nobles gens, ou bourgeois, dit 
Juvénal des Ursins, ils mettoient tout à mort, et les tuoient. Ils 
rencontrèrent un bien vaillant homme d'armes et noble d'Es- 
cosse, et luy mirent un bacinet tout ardent sur la teste, et 
piteusement le firent mourir 1 ." 



1 Histoire de Charles VI, etc., édit. de Denys Godefroy, p. 41. — Chronique du 
religieux de Sainl-Denys, liv. V, ch. I, t. I, p. 309. Ce dernier nous apprend que 
ce malheureux était un écuyer de marque nommé John Patrick, et qu'il se ren- 
dait auprès du roi d'Aragon. 



80 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Cette même année, des trêves ayant été conclues à Boulogne 
entre la France et F Angleterre, et tous les pays alliés avec les 
puissances belligérantes 1 , Charles VI envoya une ambassade en 
Ecosse pour dénoncer lesdites trêves. Elle se composait de mes- 
sire Aymard de Marse, chevalier sage et autorisé, de messire 
Pierre Fresnel et d'un sergent d'armes du roi, écossais de na- 
tion et appelé Janequin Champenois 2 . Arrivés en Angleterre, les 
ambassadeurs se présentèrent auprès du roi et de ses oncles, 
qui leur firent très-bonne mine et cherchèrent à les retenir pour 
donner le temps à Tannée anglaise, en guerre avec les Écossais, 
d'achever ses opérations. Ayant appris qu'elle rentrait en Angle- 
terre, ils firent partir les messagers du roi de France et leur 
donnèrent deux sergents d'armes de leur maître pour les mener 
sains et saufs en Ecosse, et leur faire ouvrir villes et châteaux 
sur la route 3 . Arrivés à Édinburgh, ils dénoncèrent les trêves 
conclues entre les rois de France et d'Angleterre ; mais les ba- 
rons, qui voulaient la continuation des hostilités, faisaient la 
sourde oreille, contrairement au roi Robert, qui voulait la paix 4 . 

Cependant; il était arrivé presque en même temps d'autres 
Français en Ecosse. La nouvelle des incursions des Anglais étant 
parvenue jusqu'en Flandre par des marchands écossais arrivés 
à l'Écluse, des hommes d'armes français qui s'y trouvaient dans 
l'oisiveté la plus complète, avaient songé à profiter de l'occa- 
sion. "Chevaliers et escuyers qui ces nouvelles entendirent, dit 
Froissart, en furent tous resjouis et parlèrent ensemble, tels 



1 Inventaire chronologique, etc., p. 28. 

2 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. II, ch. CCXVIII; t. II, p. 296, col. 2, 
A. D. 1384. 

3 lbid., p. 297, col. 1. 

4 lbid., p. 297, col. 2. — On trouve dans Rymer, sous la date du 13 février 1384, 
un sauf-conduit donné à Richard Marsey, chevalier, à maître Pierre Frisevelle, 
conseiller du roi, à Jean Champeney, sergent d'armes, et à quarante autres Fran- 
çais, pour se rendre en Ecosse et pour en revenir, avec ordre de leur fournir des 
chevaux, de l'argent et des vivres sur la route. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 81 

que messire Geoffroy de Chargny, messire Jean de Blasy, mes- 
sire Hue de Boulan, messire Sauvage de Villiers, messire Garnier 
de Quensignieh, messire Odile de Montieu, messire Roger de 
Gampighen, le Borgne de Montallier, Jacques de Montfort, Jean 
de Ilallewyn, Jean de Merle, Michel de la Barre et Guillaume 
Gauwaert, et pouvoient estre environ vingt hommes d'armes, 
chevaliers et escuyers. Si orent collation ensemble, pour l'ad- 
vancement de leurs corps et pour ce que ils ne savoient où trou- 
ver les armes fors que en Escosse, que ils leveroient une nef 
par l'accord de eux, et s'en iroient en Escosse prendre l'aventure 
ensemble avec les Escots." Ils s'embarquent, n'emportant avec 
eux que leurs armes et laissant tous leurs chevaux, à cause des 
périls de la mer et de la longueur du voyage ; car ils savaient 
bien qu'ils ne pourraient prendre port ni à Leith, ni à Dunbar, 
ni dans le voisinage, à cause des Anglais qui infestaient la mer 
et occupaient les côtes. 

Ils abordent à Montrose et reçoivent le meilleur accueil. Ils 
vont de là, sur des haquenées, à Dundee, puis à Saint-Johnstone 
(Perth), où ils ne trouvent plus les Anglais. Ils envoient alors 
deux d'entre eux à Édinburgh auprès du roi et des barons qui y 
tenaient parlement, avec mission de leur offrir les services des 
nouveaux venus. L'arrivée des ambassadeurs de France semblait 
devoir les rendre inutiles ; mais la noblesse écossaise ne voulait 
point entendre parler de paix. Ses chefs s'abouchent dans l'église 
de Saint-Gilles avec les deux députés, et les chargent d'amener 
leurs compagnons. Ceux-ci accourent avec joie, et, après un 
séjour de près d'une semaine à Édinburgh, ils se rendent secrè- 
tement au château de Dalkeith, où les avait mandés le comte de 
Douglas. Le lendemain, il les amena en un certain lieu, où les 
barons et les chevaliers d'Ecosse s'étaient donné rendez-vous; 
au bout de trois jours, il s'y trouva plus de quinze mille hommes 
à cheval et tous armés selon l'usage du pays. 



85 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

La campagne qui s'ensuivit est assez longuement racontée 
par Froissart; mais comme il ne dit rien des Français qui y pri- 
rent part, et fort peu de chose des messagers du roi de France 
qui attendaient auprès de celui d'Ecosse à Édinburgh, nous ne 
parlerons que du retour de messire Geoffroy de Chargny et de 
ses compagnons. 11 s'opéra non sans péril. Fidèles à leur parole, 
ils racontèrent à tout le monde, entre autres à messire Jean de 
Vienne, amiral de France, ce qu'ils avaient vu et entendu dire 
aux chevaliers d'Ecosse relativement aux forces dont le pays 
pouvait disposer, et à la facilité qu'il y aurait à faire du mal à 
l'Angleterre avec un secours de mille lances. De son côté aussi, 
messire Aymard de Marse avait été chargé par Robert II et son 
conseil, de parler au roi et à ses oncles d'une entreprise sur 
l'Angleterre à l'expiration des trêves. Les ducs de Berry et de 
Bourgogne, qui gouvernaient alors la France, voyant une belle 
entrée chez l'ennemi par l'Ecosse, arrêtèrent d'y envoyer une 
expédition; mais on fit les choses en secret, afin d'en dérober la 
connaissance aux Anglais l . 

Pendant tout l'hiver, les Français se livrèrent à ces prépara- 
tifs. Ils faisaient de grands approvisionnements par terre et par 
mer; on confectionnait en Picardie et en Hainaut un grand 
nombre de haches pour en armer les Écossais, qui s'en servaient 
volontiers et en donnaient trop beaux horions 2 ; tous les fours 
d'Artois, de Lille, de Douai et de Tournai, étaient occupés à 
cuire du biscuit destiné à être chargé sur une flotte qui s'apprê- 
tait de Harfleur à l'Écluse, d'où elle devait partir 3 ; et le 3 mai 
1385, le roi ordonnait une aide extraordinaire, dans le but de 
former une armée qui allât au secours du roi d'Ecosse 4 . 

1 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. II, ch. CCXVIII-CCXX; t. II, p. 296, 
col 2; p. 301, col. 1. 

2 Ibid., liv. I, part. I, ch. CCCVI; t. I, p. 254, col. 1. 

3 Ibid., liv. II, ch. CCXXII; t. II, p. 303, col. 2. 

4 Ordonnances, etc., t. VII, p. 759. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 83 

Cette expédition eut lieu en môme temps, sous le commande- 
ment de messire Jean de Vienne, amiral de France. 11 devait 
mener mille lances, tant chevaliers qu'écuyers. "Et crois bien, 
dit Froissart, que tous y furent; car ils y allaient de si grant 
volonté, que tel n'estoit mie ni prié, ni mandé, qui, pour son 
avancement, se mettoit en la route de l'amiral et au voyage 1 .'' 
Parmi les seigneurs qui en faisaient partie, on distinguait le 
comte de Grandpré 2 , les sires de Youdenay, de Sainte-Croix et 
de Montbury, messire Geoffroy de Chargny, que nous avons vu 
dans l'expédition précédente, messire Guillaume et Jacques de 
Vienne, le seigneur d'Espaigny, messire Gérard de Bourbonne, 
le seigneur de Heez, messire Florimont d'Ausy, le seigneur de 
Moreuil, messire Walleran de Raineval, les seigneurs de Wavrin 
et de Rivery, le baron d'Ivry, le seigneur de Coursy, messire 
Perceval d'Aineval, les seigneurs de Ferrières et de Fontaines, 
messire Bracque de Bracquemont, les seigneurs de Grant-Court 
et de Landon-Breton, messires Guy la Personne et Guillaume de 
Cossoy, le seigneur de Hangest, messires Charles de Hangiers 
et Y\'erry de Winsellin, cousin du grand-maître de l'ordre Teu- 
tonique, et plusieurs chevaliers que Froissart s'excuse de ne 
pouvoir nommer tous, mais parmi lesquels il convient de citer 
Jean de Carrouges 3 , qui devait être à son retour le héros d'une 
aventure tragique et le meurtrier de Jacques le Gris, accusé de 



1 Liv. II, ch. CCXXIV; t. II, p. 308, col. 1. 

2 Nous avons ici un ancêtre du maréchal de France Wolfart de Borscle, que 
Moréri, t. II, p. 371, qualifie de seigneur de la Vere en Hollande, de comte de 
Boucan en Ecosse, et de Grandpré en Champagne. "Ceux qui possèdent apresant 
la comté de Grandpré, dit un membre de la famille à laquelle elle avait autrefois 
appartenu,... l'ont aquize d'un Henry de Dourseselle, comte de Boucliain, Escos- 
sois," etc. {Le César armoriai, etc. A Paris, M.DC.XLV., in-12, p. 109.) Henry 
était redevable de celte épithète au mariage de Wolfart avec Marie d'Ecosse, fille 
de Jacques I er , qui lui apporta en dot le comté de Buchan. (Hist. de la mais. roy. 
deFr., etc., t. VII, p. 105. — Mém. d'Olivier de la Marche, p. 419, col. l,ann. 1446 ) 

3 Histoire de Saint-Martin du Tilleul, par un habitant de cette commune (Au- 
guste le Prévost). Paris, 1848, grand in-8°, p. 105. 



84 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

l'avoir déshonoré. Tant chevaliers qu'écuyers, ils formaient mille 
lances, ditFroissart, sans les arbalétriers et les gros varlets, nom- 
bre que Jean de Fordun semble placer plus haut dans le détail 
qu'il en donne 1 . Depuis le commencement du printemps jusque 
vers le commencement de l'été, la flotte de soixante voiles qui 
était à l'ancre sur la côte de France, avait failli être détruite par 
deux violentes tempêtes. Les Anglais, secondés par le vent, 
avaient essayé à plusieurs reprises de prendre ou de brûler cctle 
flotte; mais chaque fois ils avaient été repoussés 2 . Enfin, étant 
parvenus à gagner le large, les Français débarquèrent à Dunbar 
et à Leith, après une bonne traversée et avec la perspective 
d'une heureuse campagne 3 . Ils avaient cependant éprouvé une 
perte qui leur avait été fort sensible, celle d'un bon et jeune 
chevalier de France, vaillant homme d'armes, qui s'appelait 
inessire Aubert de Hangest. "Le chevalier estoit jeune et de 
grand' volonté, dit Froissart; et pour monstrer appertise de corps, 
tout armé il se mit à monter amont et à ramper contre la cable 
de la nef où il estoit. En ce faisant, le pied lui faillit, il fut ren- 
versé en la mer et là périt, ni oncques on ne lui peut aider, car 
tantost il fut effondré pour les armeures dont il estoit vestu V 

Arrivés à Leith, qui est le port d'Édinburgh, les nouveaux 
venus furent reçus par les comtes de Douglas et de Murray, qui 

1 Scotichr., lib. XIV, cap. XLIX; vol. II, p. 400. Jean de Vienne, dit l'auteur, 
avait deux mille hommes d'armes, dont huit cents étaient des chevaliers banne- 
rets, et cent quatre-vingts, dont vingt-six barons, portaient haute bannière, sans 
compter deux cents arbalétriers, avec deux cent quarante autres écuyers et soldats 
vaillants. — Au dire de Boyce, l'expédition se composait de deux cent quarante 
bâtiments de guerre, de deux mille cinq cents hommes armés, dont quatre cents 
arquebusiers, deux cents arbalétriers, avec des haches, des hauberts et autres 
munitions de guerre pareilles. En outre, l'amiral apportait quatre cents cuirasses, 
quatre cents demi-épées et cinquante mille couronnes au soleil. (Croniklis of 
Scotland, liv. XVI, ch. IV; vol. II, p. 458.) — Cf. Wynlownis CronyMl, liv. IX, 
c. VI ; vol. II, p. 323, 324 ; theDuik ofthe Cronklis of Scotland, vol. III, p. 409, etc. 

2 Chron. du religieux de Saint-Denys, liv. VI, ch.VI.ann. 1385; t. I, p. 360-363. 

3 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. II, ch. CCXXV; t. II, p. 308, col. 1 et 2. 
* lbid., ch. CCXXVI1I; p. 314, col. 1. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 85 

les attendaient. Ils reconnurent tout d'abord messire Geoffroy 
de Chargny, qui avait passé deux mois dans leur compagnie : 
ce chevalier les présenta à l'amiral et aux autres barons de 
France. Le roi Robert était alors en la sauvage Escosse, c'est-à- 
dire à Stirling, ville voisine des Highlands; mais il y avait à 
Édinburgh trois ou quatre de ses fils qui reçurent les nouveaux 
venus comme des amis, et leur annoncèrent la prochaine arri- 
vée de leur père. En attendant, nos compatriotes se logèrent le 
mieux qu'ils purent, non-seulement à Edinburgh, ville peu con- 
sidérable à l'époque, car elle ne comprenait pas plus de quatre 
cents maisons, mais dans les environs, si l'on peut appeler ainsi 
Dunfermline, Queensferry, Casuelle, Dunbar, Dalkeith et autres 
villages, et on ne les laissait entrer dans aucun qui fût fortifié 1 . 
Bientôt le sentiment dont ce procédé était l'indice se fit jour 
en des termes que nous trouvons dans Froissart : R Quel diable 
les a mandés? disait-on de nos compatriotes en murmurant. Ne 
savons-nous pas bien faire sans eux nostre guerre aux Anglois? 
Nous ne ferons jà bonne besogne tant comme ils soient avec 
nous. On leur dise que ils s'en revoisent (retournent), et que 
nous sommes gens assez en Escosse pour parmaintenir nostre 
guerre, et que point ne voulons leur compaignie. Ils ne nous 
entendent point, ni nous eux; nous ne savons parler ensemble; 



1 Lord Berners, qui dit quatre mille maisons, appelle les villages où nos com- 
patriotes furent cantonnés, Donfer, Melyne, Cassell, Donbore et Alvest. ( The third 
andfourthc Boke ofSyr John Froissart, etc. London, M.D.XXV., in-folio, fol. lxxvii 
recto, col. 1. Cf. D. Laing. Edinburgi... Descriptio per Alexandrum Alesium, 
S. T. D. tempore Jacobi V, introd. Notice, in the Bannatyne Miscellany, vol. I, 
p. 180.) — Le religieux de Saint-Denys présente les faits un peu différemment. Sui- 
vant lui, l'amiral alla d'abord trouver le roi et lui exposa l'objet de sa visite. Les 
seigneurs qui se trouvaient présents se montraient d'avis d'attaquer les Anglais; 
mais le roi n'y adhéra point, et il refusa d'acquiescer à la demande de nos compa- 
triotes. Sous prétexte d'augmenter ses forces, il résolut de conclure avec l'ennemi 
une trêve de trois semaines; puis, traitant les Français sans aucun égard, il leur 
ordonna d'attendre la fin de cette trêve sur la plage stérile qui environnait Édin- 
burgh, et enjoignit à tous ses sujets de ne fournir des vivres qu'à ceux qui paie- 
raient comptant. (P. 364-367.) 



(f)uiiiiMi. 



8G LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

ils auront tantost rifle (pillé) et mangé tout ce qui est en ce 
pays; ils nous feront plus de contraires, de despits et de dom- 
mages, si nous les laissons convenir, que les Anglois ne feroient 
si ils s'estoient embattus (jetés) entre nous sans ardoir (brûler). Et 
si les Anglois ardent nos maisons, que peut-il chaloir (importer)? 
Nous les aurons tantost refaites à bon marché; nous n'y mettons 
au refaire que trois jours, mais (pourvu) que nous ayons quatre 
ou six estaches (poteaux), et de la ramée pour lier par dessus 1 ." 
De leur côté, les barons et les chevaliers de France, accoutu- 
més à un meilleur traitement, disaient en riant : "En quel pays 
nous a ci amenés l'amiral? Nous ne sceumes oneques que ce 
fust de povreté ni de dureté fors maintenant. Nous trouvons 
bien les promesses que nos seigneurs de pères et nos dames de 
mères nous ont promises en disant : "Va, va, tu auras encore 
"en ton temps, si tu vis longuement, de durs lits et de povres 
"nuits." De tout ce sommes-nous bien apparans de l'avoir." — 
"Pour Dieu, disoient les compagnons l'un à l'autre, délivrons- 
nous (dépêchons-nous) de faire nostre rese (razzia), chevau- 
chons sur Angleterre : le longuement séjourner en celle Escosse 
ne nous est point profitable ni honorable." A ces plaintes, l'ami- 
ral répondait : "Beaux seigneurs, il nous fault souffrir et atten- 
dre, et parler bellement (doucement), puisque nous nous sommes 
mis en ce danger. 11 y a un trop grand rien (chose) à repasser 
(la mer), et si ne pouvons retourner par Engleterre. Prenez 
en gré ce que vous trouvez : vous ne pouvez pas tousjours estre 
à Paris ne à Dijon, ne à Beaulne ne à Chaalons 2 . Il fault, qui veult 

1 Chroniques de sire Jean Froissart , liv. H, ch. CCXXVIII; t. II, p. 314, col. 2. 
— Nous avons déjà rapporté plus haut les réflexions dont Froissart accompagne 
ces récriminations. 

2 Jean de Vienne était bourguignon. Voyez sur lui le Dictionnaire historique- 
portatif de Ladvocat, la Biographie unirerseUe, et l'Essai sur Paris, de Saint-Foix, 
édit. de 176(5, t. II, p. 299, 300. — Suivant Dupuy, on trouve dans le Trésor des 
chartes, layette hommagia 1428 C, un hommage fait à Philippe le Bel par Jean de 
Vienne, chevalier, de SOO livres de rente à vie sur le trésor, le 10 décembre 1340. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 87 

vivre en ce monde et avoir honneur, avoir du bien et du mal 1 ." 
En dépit des efforts du bon amiral pour établir des rapports entre 
ses chevaliers et la noblesse écossaise, celle-ci se tenait à l'écart, 
à l'exception toutefois des comtes de Douglas et de Murray. 

Une autre contrariété vint encore s'ajouter à celles que nous 
avons énumérées. Obligés de remonter les hommes d'armes et 
les arbalétriers dont les chevaux avaient péri pendant le voyage, 
peut-être même trompés par le nom d'une espèce de chevaux 
très-cstimés de nos ancêtres 2 , les chevaliers de l'armée de Jean 
de Vienne avaient remis à leur arrivée en Ecosse à se pourvoir 
de montures; et quand ils voulurent se monter, ils trouvèrent 
les chevaux si chers, qu'il leur fallait payer soixante florins ou 
cent ce qu'ils pensaient n'en valoir que dix; encore avait-on 
beaucoup de peine à s'en procurer 3 . Y était-on parvenu, il fallait 
se passer de harnais, à moins qu'on ne l'eût apporté de Flandre. 
Telle était la situation des Français, encore n'était-ce pas tout. 
Quand les valets d'armée allaient faire du fourrage, on leur lais- 

1 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. II, ch. CCXXVIII; t. II, p. 315, col. 1. 

2 "Aussi en ceste ysle (d'Ibernye) à présent y croist forment, et aussi d'icelle 
viennent fort bons clievaulx de selle, que nous appelions communément haulbains, 
ayant l'aleure plus doulce que ceulx d'Angleterre, laquelle sorte de chevaulx sou- 
loit le temps passé venir d'Espaigne, d'ung lieu appelé Asturie, et les appelloit-on 
au moyen de ce, aslurcoy ou ast-UTCons." (La treselegante... Hystoire du... roy 
Perce foresl , etc., nouvellement imprimée à Paris, mil .V. cens .xxxj., in-folio, 
t. I, fueillet .iii. recto, col. 1.) — Voy. Observations and Facts concerning the Breed 
of Horscs in Scotland, in ancienl Times, by Roger Robertson, of Ladykirk, dans 
les Transactions ofthe Society of Anliquaries of Scotland, vol. 1, p. 272-281. 

3 Dans les comptes des grands chambellans d'Ecosse, trois pages avant un 
paiement fait à maître Duncan Petyt, archidiacre de Glasgow et chancelier d'Ecosse 
(Geo. Crawfurd, the Lives and the Characters ofthe Offcers ofthe Crown, and 
ofthe State in Scotland, etc., vol. I, p. 22), pour frais de mission auprès du roi 
de France et de la cour de Rome, on trouve enregistrée une somme de 14 sous 
4 deniers, prix de deux chevaux avec leurs selles, donnés par Robert II, avant 1392, 
aux envoyés du roi de France. ( The Accounts of the great Chamberlains in Scot- 
land, etc., vol. II, p. 209.) — Voyez, sur les chevaux écossais et leur prix au 
XVI e siècle, John Mai r, Hist.Maj. Britanniœ, etc., lib. I,edit. MDXXI, fol. xii recto. 
Dans les comptes du lord grand trésorier d'Ecosse, on trouve, sous la date du 
24 mars 1540, un article relatif à un cheval allemand amené de Danemarck par 
les ordres du roi. (Pitcairn, Criminal Trials in Scotland, vol. I, part. I, p. *301.) 



88 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

sait bien charger leurs chevaux de tout ce qu'ils voulaient pren- 
dre et enlever, mais au retour on les attendait à quelque pas- 
sage et ils étaient détroussés, battus et souvent tués; en sorte 
que nul d'entre eux n'osait plus fourrager, dans la crainte d'y 
laisser la vie; car en un mois seulement, plus de cent périrent, 
et quand ils allaient au fourrage trois ou quatre ensemble, il 
n'en revenait aucun 1 . 

Cependant, le roi faisait des difficultés pour quitter sa rési- 
dence de Stirling, et chevaliers et écuyers d'Ecosse, tous refu- 
saient de marcher contre les Anglais, à moins d'en être priés et 
achetés à beaux deniers comptant. L'amiral français, voyant 
qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement, satisfit à ces exi- 
gences 2 , et le 16 novembre 1385, le roi Robert II reconnaissait 
avoir reçu de Charles YI le secours en hommes d'armes et arba- 
létriers qui lui avait été promis contre le roi d'Angleterre, et 
en même temps la somme de "quarante mille livres tournois, 
pour estre emploiée et distribuée au fait de ladicte guerre com- 
mune ; " il donnait en outre quittance de la somme de dix mille 
francs d'or reçue de Charles VI dans le même but 3 . 

La somme de quarante mille livres une fois partagée par 
Thomas d'Erskine, William de Lindsay et William de Cunnin- 
gham , chevaliers délégués par le conseil d'Ecosse, et Jean de 
Blaisy, Girard de Bourbon, Eustache de Youdenay et Jean de 
Fontaines, chevaliers délégués par l'amiral au nom du roi de 
France 4 , les Écossais se mirent en mesure de commencer la 



1 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. II, ch. CCXXVIII; t. II, p. 315, col. 2; 
p. 329, col. I. 

2 Ibid., t. II, p. 315, col. 2. 

3 Fœdera, etc., éd. Lond., vol. VII, p. 484. — Invent, chronol., etc., p. 28, 31. 
— Voyez, sur la valeur de ces diverses sommes, les tables du Traité des monnoyes, 
de Le Blanc, p. 410, où l'on trouve que la livre du temps représentait environ un 
quart d'once d'argent; voyez encore the Lives ofthe Lindsays, vol. I, p. 75. 

* En voici le détail : Pour remonter les hommes d'armes et les arbalétriers dont 
les chevaux avaient péri pendant le voyage, 6,000 livres tournois; au cardinal 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 89 

guerre, pour laquelle toutes les dispositions étaient prises dès le 
mois de juillet 1 , et trente mille hommes (le religieux de Saint- 
Denys dit trois mille) se mirent en mouvement vers la frontière. 
Douze cents étaient armés de harnais de guerre que l'amiral 
avait fait venir de Paris, "dont les compagnons qui en furent 
revestus, dit Froissart, orent grant joie 2 ." 

Je ne ferai point le récit de cette campagne : l'écrivain que 
je viens de citer et le religieux de Saint-Denys 3 la racontent 
dans le plus grand détail. Ce dernier attribue une cause roma- 
nesque au retour de Jean de Tienne en France. Dès que l'ap- 
proche de l'hiver eut dissipé la crainte des Anglais, l'amiral 
rechercha, dit-il, la compagnie des nobles dames d'Ecosse; l'oi- 
siveté réveillant en lui le feu des passions, il s'éprit d'amour 
pour une cousine du roi et entretint avec elle une liaison cou- 
pable. Cette conduite lui attira la haine du prince et des gens 
de la cour, qui dès lors lui tendirent toutes sortes de pièges, et il 
n'aurait pu échapper à la mort s'il n'eût rassemblé des vaisseaux 
de tous côtés et ne fût parti avec les siens. Il mit à la voile, 
traversa la mer à l'aide d'un vent favorable, et revint en France 4 . 

Froissart raconte d'une autre manière le retour de l'amiral; 
et quand je songe que cet historien était allé en Ecosse 5 , je 

d'Ecosse, 600; au comte de Carrick, fils aîné du roi, 5,500; au comte de Fife, son 
second fils, 3,000; au comte de Douglas, 7,500; au comte de Mardi, 4,000; au 
comte de Moray, 1,000 ; à Sir Archibald de Douglas, seigneur de Galloway, 5,500; 
à David Lindsay, 500 ; à Sir James Lindsay, 2,000 ; à Malcolm de Drummond, 400 ; 
à Thomas Hay, 400; à William de Kirby, 700; à Henry de Douglas, 300; à John 
Johnston de Johnston, 300 ; à William Stuart, 100 ; à Henry Preston, chevalier, 60 ; 
à chacun des délégués du conseil d'Ecosse et de l'amiral, 500; à Robert le Grand, 
écuyer,40;àJohnGrey,10; à maître Matthieu Glandanwin, 60. (Rymer,l.c.,p.485.) 

1 Quedam ordinatio facta in consilio régis super diversis articulis et punctis 
considerandis et servandis in exercitu faciendo per Gallicos et Scotos similiter. 
(Robertson, an Index, etc., p. 112, n° 7.) 

2 Chroniques de sire Jean Froissart, liv. II, ch. CGXXV ; t. II, p. 329, col. 2. 

3 Liv. VI, ch. VI; t. I, p. 367-369. 

* Ibid., liv. VI, ch. X; t. I, p. 390-393. 

5 Voyez le Buisson dejonesce, à la suite de ses Chroniques, t. III, p. 501, col. 2, 
et le Débat du cheval et du lévrier, p. 508, col. 2. 



90 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

n'hésite pas à préférer sa version à la précédente. Suivant lui, les 
Ecossais, mécontents de ce que les Français ne payaient point 
ce qu'ils devaient, ne voulurent pas les laisser partir. Ils n'ac- 
cordèrent passage à quelques chevaliers et écuyers que sur la 
promesse que leur fit l'amiral de ne pas quitter l'Ecosse avant 
d'avoir acquitté les dettes de ses hommes d'armes. Le roi de 
France, informé de la détresse de son armée, envoya les sommes 
nécessaires à l'amiral, qui put alors partir avec le reste de ses 
troupes; mais tous ne revinrent pas en France : les uns, s'en- 
fonçant davantage vers le nord, visitèrent la Norvège, le Dane- 
mark, la Suède, ou allèrent en Irlande en pèlerinage au trou 
Saint-Patrice; d'autres revinrent par la Prusse, où ils purent 
voir Boucicaut " et comment il voulut venger la mort de messire 
Guillaume de Duglas," tué en trahison par certains Anglais, 
mort restée impunie, "nonobstant qu'il y eust grand' foison de 
gentils-hommes du pays d'Escoce 1 ." 

Ceux de nos compatriotes qui rentrèrent en France, et ce fut 
le plus grand nombre, débarquèrent à l'Écluse et au Crotoy, clans 
un état déplorable. Jean de Vienne, admis en présence du jeune 
roi Charles VI et du duc de Bourgogne, donna à ses auditeurs 
une mince idée du pays dont il venait, mais au duc un ardent 
désir de faire un voyage grand ci étoffé en Angleterre 2 . Pour 
trouver des Anglais et des Ecossais, il n'avait qu'à retourner 
quelques années après dans son duché, où couraient des bandes 
commandées par des capitaines de ces deux nations 3 . 

Peu de temps après, une trêve de trois ans ayant été conclue 
à Boulogne entre la France et l'Angleterre, deux chevaliers fran- 
çais furent envoyés au roi Richard pour entendre le serment 

1 Histoire de M* Jean de Boucicaut, etc., édit. de Théodore Godefroy. A Paris, 
M.DCXX., in-4«, ch. XVIII, p. 68. 

8 Chroniques de sire Jean Froissarl, liv. II, ch. CCXXXVIII, ann. 1385; t. II, 
p. 337 et suiv. 

3 Ibid., liv. III, ch. XV, ann. 1388; t. II, p. 407, col. 2. 



I ES FRANÇAIS EN ECOSSE. 01 

qu'il devait faire prêter à son inonde, et pour conclure avec le 
roi d'Ecosse. S'étant joints à l'ambassade anglaise envoyée pour 
ce dernier objet, ils arrivèrent en Ecosse, et s'étant présentés à 
la cour, qui se trouvait alors à Dunfcrmline, ils réussirent com- 
plètement dans leur mission. Archibald, comte de Douglas, 
qu'ils abordèrent en premier lieu, les renvoya au gouverneur, et 
celui-ci au roi, comme seul maître de décider l'affaire. Admis 
en sa présence, ils n'eurent pas de peine à le déterminer à pren- 
dre part aux trêves ; ils se hâtèrent ensuite de revenir en France, 
après avoir pris congé de ce monarque et reçu de riches pré- 
sents 1 , moins enviables, cependant, que celui du duc Louis 
d'Orléans, qui, à la même époque, faisait donner le collier de 
son ordre à un chevalier d'Ecosse 2 . 

Ainsi privés des moyens d'employer chez eux leur activité, 
les nobles écossais durent songer à la transporter sur un autre 
théâtre. L'un d'eux, Alexander Stuart, chevalier, s'engageait en 
1300 envers George, comte d'Angus, à prendre la croix et à se 
joindre aux barons de France qui devaient, sous la conduite du 
duc de Bourbon, passer en Afrique pour y combattre les Sarra- 
sins; dans un cas d'excuse légitime, il lui était permis de se 
faire remplacer par deux chevaliers, qu'il devait entretenir pen- 
dant un an à ses frais 3 . 



1 Joann. Fordun, Scotichr., lib. XIV, cap. LVI; vol. II, p. 415. — Wyntownis 
Croni/kil ofScotland, b. IX, chap. IX, v. 55; vol. Il, p. 346. — Historia vitœ et 
regni Hicardi II, etc., éd. Tho. Hearnio. Oxoniœ, A. D. MDCCXXIX, in-8", p. 110. 
— Dans les Rôles d'Ecosse, vol. II, p. 98, col. 1 et 2, et dans les Fœdera de 
Rymer, éd. de Londres, t. VII, p 631, on trouve, à la date du 3 juillet 1389, un 
sauf-conduit pour des envoyés du roi de France se rendant auprès du roi d'Ecosse, 
maître Pierre Fresnel, conseiller et maître des requêtes de l'hôtel, et Hannart de 
Campbernart, écuyer, huissier d'armes de Charles VI. 

2 Catalogue analytique des archives de M. le baron de Joursanvault , t. II, 
p. 219, n° 3373 bis, ann. 1387-1396. 

3 "Mémorandum quod in die Omnium Sanctorum et anno incarnationis domi- 
nice millesimo trecentesimo nonagesimo, ita convenit inter dominum Georgium, 
Angusie comitem, ex una parte, et Alexandrum Seneschallum militem, filium 
Andrée Seneschalli militis, ex altéra. Videlicet quod idem Alexander obligat se 



92 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

S'il faut en croire une note du manuscrit qui nous a conservé 
cette pièce, l'original aurait été scellé d'un sceau en cire verte 
portant des armoiries nouvellement concédées par Charles YI à 
Alexander Stuart : il suffit de jeter les yeux sur les prétendues 
lettres de concession rapportées plus loin, pour reconnaître le 
patois d'un Anglais peu familier avec la langue parlée à Paris 
à la fin du XIV e siècle, et pour douter du fait avancé par l'écri- 
vain 1 . 

per présentes in mille marcis, dicto domino Georgio fideliter solvendis, nisi idem 
Alexander citra festum nativitatis Domini proximum crucis siguaculum susce- 
perit, et fuerit paratus ad proficiscendum, in primo motu magnatum Francorum, 
cura domino duce de Burbonio in Africain versus Saracenos,et ibidem, in obsequio 
dicti ducis, sumptibus et expensis suis propriis ibidem moraturum per unum 
aniium integrum postquam in Africam pervenerit. Proviso semper quod si per 
aliquam impotentiam, aut corporis infirmitatem, dictas Alexander prepetitus ad 
dictum motum minus poterit proficisci, tune inveniet duos habiles milites, gene- 
rosos, sine reprobatione, profecturos ad standum in dicto obsequio, et ibidem 
moraturos per unum annum integrum, sumptibus ipsius Alexandri militaturos. 
In cujus rei testimonium alter alterius scriptum sigillo suo munivit. Datum die 
et anno suprascriptis." (British Muséum, Addit. Ms. 15, 644, folio 3 verso. Voyez 
Catalogue of Additions to the Manuscripts in ihe British Muséum in the Years 
MDCCCXLI-MDCCCXLV. London, MDCCCL, in-8", p. 41.) 

1 "Charles, par la grâce de Dieu, roys de France, à tougens d'Escoce salut. Par 
pur le très-cher amour ke nous au Alesander Stywarde, nostre servitur, pur le 
valereulx overes mult sagement en nostre busonie de guère par luy menées, mes 
no[me]mant pur le beau fait de Andrée Stywart, chivaler, son père, fiz Alexandre 
fiz Walter a Dundevayle, seneschal d'Escoce, ledit Andrew, après mainte chivau- 
ches, en toit et quitement de maine, force de batonne et espé, an bataille cham- 
pestre, chassoit hors de la duple tresassure d'Escoce le faux et falift usurper et 
coart lion de Baliol, et ramenoit la corone d'Escoce à son vray et droict rnelltest, 
c'est-à-dire à David le trépas, notre beau cosin, jadis roy d'Escoce, et de forbonne 
que or fesant repère of sa mesnie à nostre ayel Jehan, ke aime Dieu assoile ! en le 
mal contel par le roy de Naver commencé, et inent copie fut malment meurtrie ; le 
forbonne talent de le james guerdonne, en malgré nous prignons de nostre bonty : 
pur ce volonz, ottroions et comandonz à Alexander, nostre homme, ke avonz fait 
chivaler de nostre mainc proper, et ly associé à tel heure of nostre ammiral en 
l'ambassade d'Escoce, que desheure en avant soy-meme et touses fiz de son surige 
en la beun memory de la heure nome de André, son père, le meus apris des armes 
et le plus vailant combateur que son roy et mestre du monde, k'il est un petit escu 
d'argent port un lion ruge battie d'un baston batton (sic) noué sur son fesse chekey 
an champe d'ore, ou, si li pleit, cest escu d'argent of le lyon ruge batty de batton 
noué d'or solement, com son escu de guerre proper à ly et à son sank à tousjours, 
an façon de cecy an marge en maine pendant antr le figure de André combattant 
le duple tressassure est dépeint; car tel est nostre pleasure royal. Don[né] à 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 93 

Il y avait bien à Paris, à la fin du XIV e siècle, un Stuart, 
mais c'était un homme d'église, un archidiacre de Saint-André, 
fils naturel du roi d'Ecosse Robert III 1 . Gomme tant d'autres, il 
était venu chez nous compléter ses études 2 , et, en raison de son 
rang, il avait amené avec lui une suite assez nombreuse. Colard 
de Benachin et Richard de Creth, écuyers, et Jean Gerland, qui 
en faisaient partie, étant un soir, veille de la fête de saint 
Arnoul, patron des maris trompés, devant le logis de leur maître, 
dans la rue des Rats, il vint à eux un moine breton appelé frère 



Paris, le primer jour de juillet, l'an de nostre reigne le cinq." (Addit. Ms. 15,644, 
fol. 71 verso. Cf. fol. 39 verso.) — On voit en effet, en marge du fol. 72 recto, un 
homme d'armes combattant un lion avec une massue. 




1 Alexander Stewart, plus tard archevêque de Saint-André et abbé d'Arbroath, 
tué à la bataille de Flodden. (Keith, an hist. Catal., p. 33, 34.) 

2 II est assez singulier que les hauts dignitaires de l'Église d'Ecosse vinssent 
sur le continent terminer leurs études; mais quoi qu'en ait pu dire le D 1 ' Irving, 
ordinairement si bien informé (the Lires ofthe Scotish Poels, vol. I, p. 255), il 
n'en est pas moins vrai, et M. J. Robertson n'a pas eu de peine à le démontrer, 
que les choses se passaient fréquemment ainsi. Voyez Procecdings of the Society 
of Antiquaries ofScotland, vol. II, part. I. Édinburgh, MDCCCLVI, in-4°, p. 29-31. 



94 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Denis, accompagné de deux de ses compatriotes, qui mena les 
Écossais à côté, dans la rue de la Bûcherie, voir où étaient les 
chandelles attachées aux portes des maisons. S'étant arrêtés de- 
vant celle d'un Breton nommé Jean Vincent, un autre Breton 
demanda par la fenêtre au moine et à ses compagnons lequel 
d'entre eux avait mis la chandelle qui brûlait à leur porte; ils 
répondirent que ce n'était pas eux. Là-dessus, des démentis 
furent échangés, quatre Bretons sortirent dans la rue armés de 
grands couteaux, et l'un d'eux ayant tiré le sien, en frappa un 
Breton de la compagnie desdits Ecossais. Ceux-ci allèrent alors 
chercher au logement de leur maître des épées et des taloches 1 , 
et revinrent dans la rue de la Bûcherie, où Golard, donnant un 
coup de pied ou deux contre la porte des Bretons, les provo- 
qua à sortir comme ils avaient fait auparavant. Les Écossais 
s'en retournèrent ensuite dans la rue des Bats, et les choses 
restèrent en cet état jusqu'au lendemain au soir, que Bichard 
de Creth parlementa avec Jean Vincent et sept autres Bretons ; 
"et pristrent trêves ensemble jusques à lendemain nonne," 
ajoute le rédacteur du document que nous suivons, comme s'il 
s'agissait d'une guerre en règle. A ce moment, survint devant 
Colard un Breton, qui lui dit que ses adversaires s'étaient armés 
et manifestaient l'intention de commencer les hostilités; "et 
vist ycellui Colart l'un d'iceulx Bretons passer par devant leur 
hostel (logis) tenant une lance en sa main, acompaignié d'un 
autre Breton garni d'une espée et d'une taloche, et après passè- 
rent trois autres Bretons portans chascun une espée, et depuis 



1 Espèce de bouclier, comme on le voit par les passages recueillis par D. Car- 
penticr dans son supplément au Glossaire de du Gange, sous le mot Talochia. 
George Chastelain en parle dans sa Recolleclion des merveilles advenues en nostre 
temps, etc., st. VII : 

Depuis vciz en Escossc 
Le roy David mcurdrir 
D'espée, de talloce, etc. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 95 

deux autres vcstuz de houppelandes longues, garniz aussi par 
dessoubz d'espées et de taloches, lesquelx s'arresterent de- 
vant l'ostel dudit arcediacre, leur maistre, et regardèrent de- 
dens." Craignant un assaut, Colard vida prudemment la place; 
et Richard de Creth, qui n'était point Écossais, envoya aux 
Bretons un de ses voisins, leur compatriote, chargé de leur 
faire des représentations; mais il revint en disant qu'il n'avait 
trouvé personne à qui parler. Deux autres Bretons que Richard 
envoya ensuite au logis de Jean Vincent, rapportèrent un nou- 
veau défi de la part de ceux qui l'habitaient. Non content de 
cette réponse, Richard dépêcha de nouveau frère Denis à la rue 
de la Bûcherie, et dans l'intervalle, Colard revint au logis de 
l'archidiacre, son maître, accompagné de Walter de Danielston 1 , 
de Patrick de Spaldyng et de Thomas de Goricton, écossais, 
armés d'épées et de taloches. Richard lui apprit ce qui s'était 
passé; et comme frère Denis ne revenait pas, les Ecossais s'en 
allèrent vers le logis de Jean Vincent, sans faire ni dire aucune 
vilenie à personne. Dès qu'ils les virent, les Bretons leur deman- 
dèrent qui ils étaient. "Nous sommes, répondirent- ils, des 
Écossais venus à vous pour savoir si vous voulez la paix ou la 
guerre." A ces mots, les Bretons commencèrent à lancer des 
pierres à effort. L'écuyer Richard chercha encore à intervenir 
pour ramener la paix, mais sans succès. Un des Bretons lui cria 
de l'une des fenêtres du logis de Jean Vincent : "Allez-vous-en, 
ribaud; nous n'avons souci de causer avec vous." Cependant, 
les gens de la maison continuaient à lancer des pierres aux 
Écossais, jusqu'à ce que l'un d'eux ayant tiré d'un arc aux fenê- 
tres, la pluie de projectiles se ralentit. Les assaillants opérèrent 
alors leur retraite vers leur logis. Les Bretons, sortant de celui 
de Jean Vincent, les poursuivirent et les attaquèrent avec furie. 

1 Actuellement Denniston, dans le comté de Lanark. 



9G LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

L'ennemi alors faisant volte-face, livra bataille, jusqu'à ce qu'un 
Breton , nommé Henri Tervagan, reçut une ou deux blessures 
et rentra dans la maison de Jean Vincent, dont il était sorti. 
Le lendemain, il était mort. 

Golard, redoutant les rigueurs de la justice, qui sans doute 
ne manqua pas de le rechercher, se cacha; mais les Écossais 
étaient en faveur à la cour de France, et il était de trop bonne 
maison pour être puni comme un manant. 11 sollicita des lettres 
de rémission, basées sur ce que jusque-là il avait été "homme 
de bonne vie, renommée et conversation honneste, sanz oncques 
avoir esté repris d'aucun autre villain cas;" et le roi, eu égard 
à cette circonstance, et en considération du roi d'Ecosse et de 
son fils l'archidiacre, au service duquel Golard de Benachtyn 
était depuis sa jeunesse, lui fit remise de la peine qu'il avait 
encourue, par lettres datées de Paris au mois d'août 4391 *, date 
d'un document des Archives de l'hôtel de ville de Reims, qui 
renferme une expression dont nous voudrions pouvoir nous 
rendre compte 2 . 

La même année, l'évêque de Saint-André, Walter Trail, se 
trouvait également en France; il était à Gorbie le 25 mars, en 
même temps que le roi Charles VI, et célébra devant lui la fête 
de l'Annonciation du Seigneur 3 . Robert Keith, qui ne parle pas 
de ce voyage, se borne à dire que le prélat avait longtemps 



1 Trésor des chartes, registre CXLI, folio 85 recto. 

2 Dans une commission pour assigner devant les généraux des aides, les Élus 
qui refusent de contribuer aux tailles, on lit qu'aucun sergent n'ose exécuter ces 
magistrats qui refusent de contribuer, bien que lesdits élus aient été assis avec 
les autres habitants aux tailles, tant pour l'armée de mer que pour les arbalétriers 
envoyés en Flandre, pour le passage d'Ecosse, pour le voyage d'Allemagne, pour 
don fait à nos frères et oncles les ducs de Touraine, de Berri, etc. Dans les Archives 
administratives de la ville de Reims, t. III, p. 783, n° CMXXXII, cette pièce est 
attribuée au 23 août 1291 ; mais il est évident qu'il y a faute d'impression, sans 
que la rectification de cette date nous éclaire sur le fait qui s'y rapporte. 

3 Chronique du religieux de Sainl-Denys, liv. XII, chap. VII, ann. 1391; t, 
p. 736. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 97 

étudié dans les pays étrangers 1 . Faut-il en induire qu'à l'exem- 
ple de son archidiacre, l'évêque Walter venait en France ache- 
ver ses études? Plus loin, on verra qu'il n'y aurait rien d'absurde 
à le supposer; mais tel n'était point l'objet qui appelait cette 
année Walter Trail dans notre pays : il y avait été envoyé en 
mission pour prendre part à Amiens à une conférence qui eut 
lieu entre Français, Écossais et Anglais 2 . Il est vraisemblable 
que, comme l'un de ses successeurs, James Kennedy, qui floris- 
sait au milieu du siècle suivant 3 , il ne manqua pas d'aller véné- 
rer le chef de saint Jean dans la capitale de la Picardie. Un 
pareil pèlerinage y attirait à cette époque nombre d'Écossais, 
tels qu'Alexander Forester, seigneur de Corstorphine, Alexander 
Lawidir de Hawton, chevalier, Henry Forester, seigneur de 
Noddre, Henry Leverton et Gilbert Forester, écuyer, pour les- 
quels un sauf-conduit fut obtenu du roi d'Angleterre en 1 465-6 4 . 
Peut-être aussi faut-il ajouter à cette liste Alexander, second 
comte de Crawford 5 , et George de Laweder, marchand écossais, 
indiqués, l'un en 1407-8, l'autre en 1411, comme se rendant à 
la ville d'Amiens 6 , et William, abbé de Corsraguel, commanda- 

1 An hislorical Catalogue ofthe Scottish Bishops, édit. de 1824, p. 26. 

2 Wyntownis Cronykil, b. IX, chap. XIII; vol. II, p. 363-366. 

3 Registr. priorat. S. Andréas, apud Keith, p. 558. Cf. p. 29, 30. 

4 Botuli Scotiœ, vol. II, p. 419, col. 1. — Non contents de prier devant la châsse 
du saint, les pèlerins se plaisaient à y laisser des témoignages de leur libéralité. 
Du Cange, après avoir curieusement décrit une grande médaille d'or, de deux 
pouces et un tiers de diamètre, attachée au couvercle du reliquaire, manifeste 
l'opinion que c'est une marque de la dévotion, sinon de Jacques III, roi d'Ecosse, 
dont elle porte le nom (Moneta nova Iacobi tertii Dei gratia régis Scotie), du 
moins de quelque particulier qui en aurait fait présent. ( Traité historique du chef 
de S. Iean Baptiste, etc. A Paris, MDCLXV, in-4°, ch. IX, p. 127, 128.) — Il est 
certain que Jacques III avait formé le projet de faire le pèlerinage d'Amiens; 
dans ce but, il obtint d'Edward IV, en 1478, pour lui et une suite de mille per- 
sonnes, un sauf-conduit qui a été publié par Rymer. (Fœdera, etc., éd. Lond., 
t. XII, p. 53; edit. III, t. V, pars III, p. 80, col. 1 et 2. Cf. Pinkerton, the Hist. of 
Scott., vol. I, p. 288.) 

5 Rotuli Scotiœ, vol. II, p. 185, col. 1. Cf. the Lires of the Lindsays, ch. IV, 
vol. I, p. 120. 

Rotuli Scotiœ, vol. II, p. 197, col. 2. 

Vol. I. V *^** < 

*•' r- r> " '4 

G)mat su 



08 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

taire de Holywood et tuteur de Gilbert, comte de Cassilis, 
autorisé à passer en France et autres pays outre-mer pour y 
accomplir son pèlerinage, etc. 1 . 

Ce n'était pas, cependant, que l'Ecosse n'eût aussi des sanc- 
tuaires vénérés. Jaloux de doter son pays d'une parcelle des re- 
liques qui existaient en si grand nombre dans le nôtre et y atti- 
raient tant d'illustres pèlerins, William Preston de Gortoun avait 
obtenu, par le moyen d'un roi de France et autres seigneurs, 
un os du bras de saint Gilles, et le léguait ensuite à l'église d'É- 
dinburgh, consacrée sous l'invocation du même saint 2 . Il y a 
apparence que c'était seulement une partie du bras dont le reste 
avait passé de France à Prague, en 1356. L'autre était vénéré 
à Cologne, dans l'église collégiale de Sainte-Cécile 3 . 



1 Register of the Privy seal of Scotland, Apr. 8, 1530. (Rob. Pitcairn, Criminal 
Trials in Scotland, vol. I, part I, p *245.) 

2 Registrum cartarum ecclesie Sancli Egidii de Edinburgk, etc. Edinburgh 
(printcd for the Bannatyne Club) : MDCCCL1X, in-4", p. 106. — La date de la 
pièce qui nous fournit ce renseignement est du 11 janvier 1454. 

3 De S. Mgidio abbale Comment., § II, n° 23. {Acta Sanctorum Septemhris, 
t. I, p. 289.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 99 



CHAPITRE V. 



Renouvellement de l'alliance entre la France et l'Ecosse 4 l'avènement de Robert III. — Réponse de Charles VI 
aux envoyés du roi d'Angleterre, qui se plaignaient de la violation des armistices par les Ecossais. — Combat 
dans les Highlands en présence des Français. — Ambassade française en Ecosse en 1399. — David Lindsay, 
comte de Crawford, entre au service de Louis duc d'Orléans. — Garde écossaise de ce prince ; Jean Stuart, 
dit l'Escot, capitaine des archers de Charles d'Orléans. — Rapports de Jean de Bethencourt avec le comte 
de Crawford à la Corogne. — Motifs qui pouvaient avoir amené là ce dernier. — Bataille de Homildon Hill ; 
trois chevaliers français y sont fait prisonniers, ainsi qu'un ami de la France, le comte de Douglas; 
collectes à Paris et ailleurs pour le prix de sa rançon. — Charles VI insiste pour que les Ecossais soient 
compris dans la trêve avec l'Angleterre. — Retour en Ecosse de Pierre des Essarts, prévôt de Paris, en 1410. 
— L'héritier de Robert III arrêté en mer pendant qu'il se rendait en France. — Ambassade écossaise 
de 1406 ; ratification et confirmation des traités d'alliance conclus entre les deux pays. 



A l'avènement de Robert III au trône, la trêve de Leilinghen 
conclue entre la France et l'Angleterre en 1389, à laquelle l'É- 
cosse avait pris part, fut renouvelée; en même temps, l'alliance 
avec la France formée entre Charles VI et Robert II en 1371, 
fut solennellement prolongée et ratifiée par leurs successeurs 1 . 
Plus tard, une trêve ayant été conclue le 9 mars 1395, pour 
vingt-huit ans, entre Charles VI et Henri V, roi d'Angleterre, le 
roi d'Ecosse fut compris dans ce traité comme allié de la France 2 . 

Les Écossais, à ce qu'il semble, respectaient peu ces armis- 
tices. En 1396, le comte de Rutland et autres envoyés du roi 
d'Angleterre ayant porté des plaintes à cet égard au roi de 
France, celui-ci répondit que, pour cette cause et d'autres, il 



1 Rymer, Fœdera, éd. Lond., vol. VII, p. 675; éd. III, t. III, pars IV, p. 59, 
col. 2. — Rotuli Scotiœ, vol. II, p. 103, col. 2, et p. 105, col. 1. 

2 Godefroy, Hist. de Charles VI, etc., p. 669-673. — Acts ofthe Parliaments of 
Scotland, vol. I, sub auno 1390. — Inventaire chronologique, etc., p. 31. 



100 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

avait donné ordre d'expédier ses messagers au roi d 1 Écosse. Ils 
devaient partir sous peu et commencer par voir le roi d'Angle- 
terre, afin de savoir en quoi les Écossais avaient violé ou vio- 
laient les trêves, et d'être en état d'en conférer avec le roi 
d'Ecosse. Pour peu que Henri Y désirât envoyer avec les messa- 
gers quelqu'un des siens, Charles YI y consentait avec plaisir, 
" afin, dit la pièce que nous analysons, ils voient la diligence que 
les gens du roy y feront, et puissent pleinement dire les choses 
en quoy lesdiz Escos défaillent ou faict desdictes trêves, et que 
la besoigne puist prendre meilleure et plus seure conclusion 1 ." 

Pendant que les habitants du Border donnaient ainsi lieu à 
des plaintes, les Highlanders présentaient à des chevaliers fran- 
çais alors en Ecosse un spectacle tout à fait nouveau. Deux clans 
considérables, en guerre l'un contre l'autre et las de se massa- 
crer comme des sauvages, avaient pris le parti de vider leur 
querelle par un combat de trente contre trente, et au lieu de 
s'y opposer, le gouvernement avait chaudement accueilli ce pro- 
jet, dans l'espoir de voir succomber les meneurs de ces disputes 
féroces et sans fin. Un jour ayant été fixé pour le combat, des 
barrières furent placées sur le terrain uni du North Inch de 
Perth, et en présence du roi et d'un immense concours de no- 
blesse, soixante montagnards de bonne mine, armés à la ma- 
nière de leur pays, d'arcs et de flèches, d'une claymore et d'un 
léger bouclier, de couteaux courts et de haches de bataille, en- 
trèrent dans la lice et s'alignèrent l'un contre l'autre; mais à 
cet instant décisif, le courage de l'un des combattants faillit. Il 
se jeta dans le Tay, gagna à la nage l'autre côté de la rivière, 
et s'enfuit dans les bois. En face d'une pareille inégalité numé- 
rique, le combat ne pouvait avoir lieu; le roi allait congédier 
l'assemblée, lorsqu'un vigoureux bourgeois de Perth, armurier 

1 Inventaire chronologique, etc , p. 33. 



U;s FRANÇAIS EN ECOSSE. 101 

do son état, offrit de remplacer le déserteur pour un demi-marc. 
L'offre fut acceptée, et le combat put enfin commencer. Il eut 
lieu avec des circonstances de nature à faire frémir les cheva- 
liers français et anglais qui se trouvaient parmi les nombreux 
spectateurs de cette scène étrange 1 . 

Dans la dernière année du XIV e siècle, le roi de France en- 
voya des ambassadeurs au roi d'Ecosse. Ce prince les reçut avec 
les plus grands égards et demanda instamment la confirmation 
des traités d'alliance jurés entre les deux couronnes. Il craignait 
les suites de la haine implacable qui existait entre lui et le roi 
d'Angleterre. Richard avait juré à plusieurs reprises qu'après 
avoir rétabli l'ordre dans la partie de l'Irlande qui lui était sou- 
mise, il ne dormirait point en repos qu'il n'eût conquis l'Ecosse 2 . 

Il adressa un message à son beau-père Charles VI, pour lui 
notifier sa résolution. A cette nouvelle, Henry, duc de Lancastre, 
qui était en exil à la cour de France, pensa que le moment était 
venu de venger ses injures. Il chercha des amis pour l'aider dans 
son dessein, et conclut une alliance secrète avec Louis, duc 
d'Orléans 3 . 

Ce prince se fortifiait alors de son mieux pour disputer au duc 
de Bourgogne le gouvernement et la lieutenance générale du 
royaume. Poussé par l'affection particulière qu'il portait à la na- 
tion écossaise 4 , il engageait à son service, en 1401-2, David 
Lindsay, comte de Crawford, qui lui rendait hommage lige et 
lui prêtait serment de le servir pendant toute sa vie, assisté de 
trois chevaliers et de six écuyers, avec douze archers, envers et 
contre tous, excepté contre le roi d'Ecosse et son fils aîné. De 



1 Wyntownis Cronyleil, b. IX, chap. XVII; vol. II, p. 373, 374. Cf. p. 518. — 
Joann. Fordun, Scolichromcon, vol. II, p. 420, etc. 

2 Chronique du religieux de Saint-Denys, liv. XX, chap. V, ami. 1390; t. II, 
p. 700. 

3 Ibid., liv. XX, cli. VI; t. II, p. 700, 701. 

4 Wyntownis Cronykil, b IX, chap. XIII, v. 25; vol. II, p. 364. 



102 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

son côté, le duc d'Orléans s'obligeait à payer au noble Écossais 
une pension annuelle de mille francs, qui devait s'accroître de 
toute la solde des gens d'armes que, sur l'ordre et à la réquisi- 
tion du prince, il aurait enrôlés à son service 1 . 

Ce contrat reçut son exécution : l'avant dernier jour de jan- 
vier de la même année, Louis d'Orléans'donnait à son conseiller 
Jean le Flament notification du traité, et l'ordre de payer sur- 
le-champ au comte de Grawford la somme de cinq cents francs ; 
le lendemain, cet officier transmettait le tout à Jean Poulain, 
trésorier du duc, avec ordre de s'y conformer 2 . A partir de ce 
moment, on voit aux ducs d'Orléans une garde écossaise comme 
au roi, qui s'en servait parfois; du moins Charles, fils de Louis, 
avait à sa solde, en 1412 et 1413, Jean Stuart, dit Lescot, 
écuyer écossais, avec le titre de capitaine des archers du prince, 
qu'il prend dans une quittance d'une somme reçue pour gages 
étant au service du roi de France dans la Picardie, à V encontre 
du duc de Bourgogne*. 

Le comte de Crawford, au mois de l'année où il était entré 
au service de Louis d'Orléans, croisait avec une flotte sur les 
côtes de Galice, probablement comme partisan de la France. 11 
se trouvait à la Corogne en compagnie du sire de Hely, de mes- 
sire Rasse de Renty et de plusieurs autres avec leur armée, lors- 
que le célèbre aventurier normand Jean de Bethencourt toucha 
à ce port, en route pour son voyage de découverte aux Canaries. 
Ses rapports avec David Lindsay sont ainsi indiqués dans la re- 



1 Archives de l'Empire, sect. hist. K 57, n° 9 12 . — Invent, chronologique, etc., 
p. 34. — The Lives ofthe Lindsays, vol. I, ch. III, p. 99. — L'original de l'acte, 
qui est daté de Paris, le 1 er janvier 1401, porte sur le replis : Ver dominum comi- 
lem R. Hunter. Lord Lindsay en possède un vidimus, en date du 31 janvier, de 
Guillaume de Tignonville, chevalier, conseiller chambellan du roi, etc. 

! Nous devons la communication de ces deux pièces à l'obligeance de leur pro- 
priétaire, Lord Lindsay. 

3 Catalogue des livres... de feu M. de Courcelles, etc. A Paris, chez Leblanc, 
1835, in-8°, titres, originaux et documents historiques, à la fin du volume, p. 3. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 103 

lation du franciscain Bonticr et du prêtre Jean le Verrier, qui 
accompagnaient notre compatriote. Étant descendu à terre et 
allé en ville, où il avait à faire, il trouva les gens de la flotte 
occupés à désarmer un navire qu'ils avaient capturé. Quand il 
vit cola, Jean de Bethencourt pria le comte de Crawford de lui 
permettre de prendre certaines choses qui lui étaient néces- 
saires ; le comte y consentit, et Bethencourt alla au navire, fit 
prendre et amener au sien une ancre et une chaloupe. Le sire 
de Hely et ses compagnons l'ayant su, ne furent pas contents; 
messire Rasse de Renty vint trouver les Normands et leur dit 
qu'il ne plaisait point au sire de Hely qu'ils eussent ces deux 
objets. Bethencourt leur répondit que c'était par la volonté du 
comte de Crawford, et qu'ils ne les rendraient point. Cette ré- 
ponse ayant été rapportée au sire de Hely, il vint vers Bethen- 
court et lui dit de ramener ou de faire ramener ce qu'il avait 
emporté du navire : il lui fut répondu de même que cela avait 
eu lieu avec la permission du comte. "Sy y eut de grosses pa- 
roles assez." Voyant cela, Bethencourt dit au sire de Hely : 
"Prenez batel et ancre, de par Dieu! et vous en allez." — 
"Puisqu'il vous plaist, répondit le sire de Hely, ce ne feray-je 
mie, ainchois (mais) les y feray mener aujourd'huy, ou j'y 
pourvoyray autrement." Bethencourt et son compagnon Gadifer 
répliquèrent : "Prenez-les, si vous voulez; car nous avons autre 
chose à faire." Bethencourt était sur son départ; il voulait lever 
l'ancre et sortir du port, ce qu'il fit sans plus tarder. Quand ils 
virent cela, les autres armèrent une galiotte et suivirent Bethen- 
court; mais ils n'approchèrent pas plus près que la portée de la 
voix, "et y eut assez de paroles qui trop longues seroyent à 
raconter. Ils n'eurent onc autre chose, ne autre response, que 
ainsi la première estoit, et s'en retournèrent à tant 1 ." 

1 L'Histoire de la première découverte et conqueste des Canaries, etc. Paris, 1630, 
in-8°, p. 7-9. — The Lires ofthe Lindsays, ch. III, vol. I, p. 99, 100, en note. 



]04 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Les deux rédacteurs de la relation que nous venons de citer 
ne disent rien de l'objet qu'avait en vue le comte de Crawford 
en venant si loin de son pays et de sa patrie d'adoption ; il faut 
chercher ailleurs quelques lumières à cet égard : " Les Anglois, 
dit Jean Juvenel des Ursins, equipperent des vaisseaux sur mer, 
et mirent gens dedans, qui faisoient maux infinis sur mer, et 
spécialement grevoient fort les isles estans en la mer, obéissons 
au roy de France. Les François se mirent sus es marches estans 
sur la mer, obeissans au roy de France, et firent tant de dili- 
gence, que souvent trouvoient les Anglois sur mer et les assail- 
loient, et aussi les Anglois se deffendoient le mieux qu'ils pou- 
voient. Toutefois les François plusieurs petites victoires eurent 
aucunement sur leurs ennemis , et tellement qu'ils ne s'adven- 
turerent plus d'ainsi voguer sur mer 1 ." 

Au mois de septembre de l'année 1402 , la trêve conclue 
naguère entre l'Angleterre et l'Ecosse étant expirée, les Écossais 
recommencèrent les hostilités ; mais le comte de Northumber- 
land, connétable d'Angleterre, vint les surprendre à la tête de 
quinze cents hommes d'armes et de trois mille archers, leur livra 
bataille à Homildon Hill et les mit en déroute. Les lettres adres- 
sées à Charles Yl à ce sujet portaient que le duc avait fait un 
grand carnage des Écossais, qu'un grand nombre d'illustres 
chevaliers qui se trouvaient là avaient été fait prisonniers et 
envoyés au roi d'Angleterre chargés de chaînes. De ce nombre 
étaient trois chevaliers français : Pierre des Essarts, Jacques de 
lleley ou de Heylly, et Jean Darni 2 . Les seigneurs de France 

1 Histoire de Charles VI, etc., édit. de 1653, in-folio, p. 151, ann. 1402. 

2 Rymer, Fœdera, etc., t. VIII, p. 323, A. D. 1403; p. 393, A. D. 1405 (cd. III, 
t. IV, pars I, p. 53, col. 1; p. 80, col. 1). — Tytler, Hist. of Scotl., t. II, p. 433. 
Cet historien cite Walsingham et Otterburn ; mais aucun de ces chroniqueurs, pas 
plus que le moine d'Evesham, ne mentionne nos deux Français. Ce dernier, dans 
le récit circonstancié qu'il fait de la bataille de Homildon Hill, parle de trente 
lances fournies de Français déloyaux (falsorum Francium cum perlinenliis ) , qui 
furent faites prisonnières dans cette circonstance. (Historia vitœ et regni Ri- 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 105 

s'empressèrent de payer la rançon du premier. Ils s'entremirent 
aussi pour la délivrance du comte de Douglas, qui avait toujours 
montré beaucoup d'attachement à la France et de fidélité au 
roi 1 . Ils chargèrent plusieurs commissaires d'exciter à Paris et 
ailleurs la pitié des nobles et du petit peuple en faveur du mal- 
heureux prisonnier, afin d'obtenir qu'on le rachetât 2 , comme on 
avait déjà fait pour Jacques de Heilly, tombé précédemment au 
pouvoir des Turcs, à la bataille de Nicopolis, en 4396. 

Dans l'intervalle , la diplomatie n'avait point négligé de s'oc- 
cuper des Écossais comme alliés de la France. Ainsi, dans l'ins- 
truction donnée à Paris en 1403 au sire de Heuqueville et à 
maître Jean de Sains, de l'avis du roi de France et de son conseil, 
relativement à la conférence projetée entre Monsieur de Chartres, 
le sire d'Augoudessent et eux d'une part, et les envoyés d'Angle- 
terre de l'autre, le roi chargeait ses ambassadeurs d'insister pour 
que les Écossais fussent compris dans la trêve avec l'Angleterre; 
"car il est impossible, disait le rédacteur de cette pièce, que 
bonnement elles (les trêves) puissent estre seurement tenues, 
ne la mer estre seure, se les Escos ne y sont comprins, mesme- 
ment qu'ils sont alliez au roy et à ses prédécesseurs de long 



cardi H, etc., éd. Tho. Hearnio. Oxonii, A. D. MDCCXXIX, in-8°, p. 180, 181. Cf. 
Ms. Bodl. Digby n° 201, fol. 274 verso, col. 2.) — Les de Heilly étaient une famille 
d'Artois alliée des Coucy et des Créquy (D'Hozier, Armoriai général, etc., reg. V, 
part. I, p. 8-10, art. Coucy, et le Jeune de Créquy, p. 1), ou, pour parler comme 
la Chenaye-Desbois (Dict. delanobl., t. VIII, p. 10), une branche de cette der- 
nière maison. — Il y avait aussi en Ecosse une famille du même nom, dont un 
membre figure ainsi sur les registres de l'Université de Paris au milieu du 
XV e siècle : "Dominus Johannes de Hyli, diocesis Sancti Andrée, cum bursa, 
nichil. — Item pro scolis, j libra." Université, compte de 1325 à 1461. (Archives 
de l'Empire, sect. adm. H, 2587, folio 76 verso, A. D. 1450.) 

1 C'était sans doute le fils de celui que nous avons vu figurer dans l'expédition 
de Jean de Vienne. Le 19 décembre 1392, il fit son testament, dans lequel il est 
mention d'un ceinturon neuf récemment acheté à Paris par un certain John Gib- 
son. (Testam. dom. Jacobi de Douglas, domini de Dalkeith, mililis, etc. — The 
Bannatyne Miscellany , etc., vol. II, printed at Edinburgh : M.DCCCXXXVI., 
in-4°, p. 114.) 

2 Chron. du relig. de Saint-Denys, liv. XXIII, eh. VIII; t. III, p. 44. 



106 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

temps, et y peuvent et doivent estre comprins, se il leur 
plest 1 ." 

A peine rentré en France, Pierre des Essarts revint en Ecosse. 
Depuis dix mois les Anglais faisaient impunément et à leur gré 
de fréquentes incursions sur les côtes de France , se livrant à 
toutes sortes de déprédations, mettant tout à feu et à sang, puis 
retournant dans leur pays chargés d'un riche butin. Enhardis 
par l'impunité, ils résolurent de tenir la mer. Ils voulaient, tout 
en épiant l'occasion de faire quelque bonne prise, empêcher les 
Bretons d'aller porter secours aux Écossais, qui devaient en venir 
aux mains le 15 août 1403 avec les Anglais. Ils n'ignoraient pas 
que les Français n'avaient rien plus à cœur que d'assister à cette 
bataille pour y signaler leur vaillance. Ils parvinrent à leur fer- 
mer passage; un seul chevalier, messire Pierre des Essarts, 
traversa la mer avec quelques braves, pendant qu'ils se livraient 
à des actes de piraterie sur la frontière de Bretagne 2 . L'écrivain 
qui nous a conservé ces faits ne nous dit rien de plus sur le 
compte de messire Pierre, pendant son second séjour en Ecosse; 
mais nous le retrouvons prévôt de Paris en 1410 3 , et finissant 
ses jours sur un échafaud en 1413 4 , victime de la haine d'une 
population qui avait peut-être contribué de ses deniers à l'arra- 
cher aux mains des Anglais. 

Deux ans après le renouvellement de la trêve, un événement 
inattendu vint montrer le fond qu'il fallait faire sur elle. Robert III 
et ses conseillers ayant jugé à propos d'envoyer l'héritier du 
trône d'Ecosse en France, autant pour lui donner une éducation 

1 Inventaire chronologique, etc., p. 34. — En dépit de l'air britannique qu'a le 
nom d'Angoudessent, écrit ailleurs Angodeson (Sauvai, Hist. el rech. des ant. de 
la ville de Paris, t. III, p. 309), il ne paraît pas que le collègue de M. de Chartres 
fût écossais. 

2 Chron. du relig. de Saint-Denys, liv. XXIV, chap. X; t. III, p. 104. 

3 Ibid., liv. XXXI, chap. XXIV (t. IV, p. 384); liv. XXXIV, chap. II (t. V, p. 6, 
14), et chap. IV (p. 22). 

* Ibid., chap. XXII, p. 74-77. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 107 

en rapport avec son rang que pour le soustraire à des embûches 
qu'ils appréhendaient, le comte de Carrick, alors dans sa qua- 
torzième année, s'embarqua avec le comte d'Orkney et une suite 
peu nombreuse; mais le prince n'avait pas navigué plusieurs 
jours, qu'il fut capturé en vue de Flamborough-head par un 
vaisseau marchand du port de Wye, armé en course, et il fut 
de là conduit à Londres, où Henry le fit immédiatement em- 
prisonner, ainsi que sa suite, à la Tour 1 . 

En vain , les gardiens du jeune prince se récrièrent contre 
cette cruauté ; en vain , ils présentèrent à Henry une lettre du 
roi d'Ecosse , qui , dans sa simplicité , recommandait son fils à 
la bienveillance du monarque anglais, au cas où ce jeune homme 
jugerait nécessaire d'aborder dans ses États; en vain, ils repré- 
sentèrent que cette mission en France était tout à fait pacifique : 
Henry se borna à répondre en plaisantant qu'il connaissait lui- 
même assez bien le français, et que le roi Robert ne pouvait 
envoyer son fils à meilleure école 2 . 

Le malheureux père, déjà miné par l'âge et les infirmités, ne 
survécut pas longtemps à ce dernier coup; il mourut le 14 avril 
1406, laissant le pouvoir aux mains de son frère, le duc d'Al- 
bany, qui fut choisi pour régent par les trois États du royaume 
assemblés à Perth, en parlement 3 . Il y fut encore résolu que l'on 
enverrait une ambassade à la cour de France pour renouveler la 
ligue de défense mutuelle et d'alliance qui avait subsisté si long- 
temps entre les deux pays. Dans ce but, Sir Walter Stewart de 



1 Thomas de Walsingham, Hist. Angl. et Ypod. Nmstr., apud Camden, An- 
glica, etc., p. 375, 1. 13; et p. 566, 1. 46. — Joann. Fordun, Scotichr., lib. XV, 
cap. XVIII; vol. II, p. 439. — Wyntownis Cronykil, b. IX, c. XXV; vol. II, 
p. 412-416. — Des sauf-conduits accordés par Henry IV, en septembre 1406, à 
Henry de Saint-Clair, comte d'Orkney, et à son frère John, pour se rendre en 
Ecosse, semblent annoncer que ces deux seigneurs furent immédiatement relâ- 
chés. Voyez Rymer, vol. VIII, p. 415; éd. III a , t. IV, pars I, p. 88, col. 2, 89, col. 1. 

2 Thomas de Walsingham, Hist. Angl, apud Camden, Anglica, etc., p. 375. 
» Wyntownis Cronykil, b. IX, c. XXVI; vol. II, p. 417, 418. 



108 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Ralston, Edward de Lawder, archidiacre de Lothian, avec deux 
écuyers, John Gil et John de Leth , furent choisis pour négocier 
avec la France 1 ; et leur mission, comme on devait s'y attendre 
à voir les sentiments d'exaspération communs aux deux royau- 
mes envers leur ennemi d'Angleterre, réussit complètement. 
Charles YI, son frère Louis, duc d'Anjou , et Jean, duc de Bcrry , 
chacun agissant en son nom propre, ratifièrent et confirmèrent 
par trois actes séparés les traités autrefois conclus entre la 
France et le dernier roi d'Ecosse, et donnèrent au duc d'Albany, 
alors régent du royaume, l'assurance de leur résolution de les 
maintenir inviolablement à l'avenir 2 . 



1 Un autre archidiacre, celui de Ross, est porté dans les comptes des grandi 
chambellans d'Ecosse, sous l'année 1406, comme passant en France avec une 
mission politique de Robert III auprès de Charles VI, (The Accounts of the great 
Chamberlain s in Scotland, vol. II, p. 676.) 

2 Robertson, Partiamentary Records, p. 137, 138. — W. Robertson, an In- 
dex, etc., p. 111, n° 61. — Invent, chronol., etc., p. 35. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 109 



CHAPITRE VI. 



Écossais de marque en France au commencement du XV* siècle; expédition du comte de Mar contre les 
Liégeois; son séjour i Paris. — Sauf-conduits accordés à des Écossais pour passer en France par l'Angle- 
terre ; permission donnée par Henry V d'importer en Ecosse des armures achetées en France. — Motif 
présumé du voyage en Flandre du comte de Douglas; don d'un hanap d'or à son fils parle duc de Bour- 
gogne. — Chambre de tapisserie de haute-lisse envoyée par ce prince au duc d'Albany. — Retour en 
France d'Arcliibald Douglas, accompagné du comte de Buchan et d'une armée. — Quolibets des Français 
contre les nouveaux débarqués ; réponse de Charles VI aux frondeurs. — Bataille de Baugé ; part que les 
Ecossais y prennent. — Henry V accourt en France accompagné du roi d'Ecosse; engagement du comte 
de Douglas à servir le roi d'Angleterre dans sa guerre de France ; inutilité des efforts de ce prince pour 
détacher les Ecossais de servir ce pays ; cruautés exercées par un Anglais contre des prisonniers écossais. 
— Jacques I" à Rouen ; missions secrètes confiées à des officiers de sa suite. — Désordres causés en France 
par les Écossais, peut-être paj- les Irlandais de l'année anglaise. — Traits de ressemblance entre les 
auxiliaires écossais de Charles VI et les Français commandés par Jean de Vienne. — Sauf-conduit accordé 
à Alexander Sluart. — Don de la terre et de la seigneurie d'Aubigny à Sir John Stuart de Dernelcy , ses 
services. — Sommes touchées par lui. — Henry V meurt en proférant des paroles amères contre les Écossais. 



Pendant ce temps-là, notre pays était livré, par suite de la 
folie de Charles YI, à toutes les horreurs de l'anarchie; mais cet 
état de choses n'empêchait pas, à ce qu'il paraît, les Écossais de 
voyager chez nous. Bien mieux, il les encourageait, pour la 
plupart, à y venir chercher fortune par la voie des armes et à 
y prendre du service. En 1408, l'évêque de Glasgow, William 
de Lawder, et John Kayles, abbé de Balmerinoch, étaient en 
France, d'où ils obtenaient du roi d'Angleterre un sauf-conduit 
pour revenir dans leur patrie 1 ; et le comte de Mar conduisait, 



1 RotuH Scoiiœ, vol. II, p. 189, col. 1. — Kcith cite une charte du 17 mars 1415, 
dans le collège des Écossais à Paris, charte où William, évoque de Glasgow, figure 
comme témoin avec d'autres prélats de son pays (an hist. Calai, ofïhe Scotlish 
Bishops, p. 274, 275); il y a toute apparence qu'il s'agit, non du lieu où la charte 
avait été rédigée, mais de l'établissement où elle était conservée depuis que l'ar- 
chevêque James Beaton avait emporté en France les archives de son église. 



110 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

avec le dauphin Guichard, un détachement des troupes envoyées 
par le duc de Bourgogne à Guillaume de Bavière , seigneur et 
comte de Hollande et de Hainaut, pour châtier les Liégeois ré- 
voltés contre leur évêque l . Il s'arrêta à Paris, et chercha à éblouir 
les Parisiens, curieux de le voir, par le tableau de toute la cour- 
toisie écossaise. 

" Il partit, dit un chroniqueur-poète de ses compatriotes, avec 
une noble compagnie , bien habillée et élégante , chevaliers et 
suivants, force grands seigneurs, soixante ou plus, gens de 
conseil et de vertu, de sa cour et de sa suite; à Paris, il a tenu 
un lever royal, à l'enseigne nommée le Plat-d'Étain. Tout le 
temps qu'il y fut, c'était douze semaines et plus, portes et grilles 
furent ouvertes, pour que chacun pût le voir, pour que chacun 
pût entrer à toute heure, à sa convenance, pour manger, boire, 
danser ou chanter ; et de toutes les nations généralement, il fut 
considéré grandement par son esprit, sa vertu et sa largesse 2 ." 

Le comte de Mar prit part avec son monde à la bataille d'Othée 
en Hasbain, ou bataille de Liège, qui eut lieu le 23 septem- 
bre 4407. L'auteur d'un ancien poème français, composé sur 
cet événement, se plaît à mentionner 



Et le bon conte de Namur, 

Cil de Maire et maint Escossoys 3 . 



Il ajoute : 



De ceux qui là furent venu, 
Des nobles Escossois y fu 
En cestuy jour, que bien le sçay, 
Lors messire Guillaume Hay; 



1 Juvenel desjUrsins, Histoire de Charles VI, etc., édit. de D. Godefroy, p. 417. 
— Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, liv. I er , ch. L, ann. 1408; édit. du 
Panth. litt., p. 128, col. 2. 

2 Wyntoicnis Cronyliil, b. IX, c. XXVII, v. 65; vol. II, p. 424. 

3 Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne, etc., rec. par 
D. des Salles et publ. par de la Barre. Paris, 1729,in-4°, à la fin du 1. 1, p. 373, col. 1. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 111 

Messire Jacques Scringour 

Fu en la bataille ce jour, 

Et sire Helis de Guenemont. 

Cil passa l'avant-garde moult 

Pour faire en l'estour son devoir. 

Et sy doy bien ramentevoir 

Messire Jehan de Bouteville, 

Qui à armes fu ce jour habille 

Et moult grant plaisance prenoit 

Quant les nobles barons veoit 

A regarder sa contenance; 

Car par sa très-haute vaillance 

Chacun sa valour esprouver; 

Car je puis pour certain prouver 

Que es quatre parties du monde, 

Comme il s'estend à la r[é]onde, 

En Pruce, en Grenade, oultre-mer, 

(Jherusalem puis bien nommer 

Et les haus mons de Sinay ), 

En Chypre et au port à Brandy, 

A esté; et si vous tesmongne 

Qu'onques mais si noble besongne 

On ne veit en païs lointain, 

Comme celle de Hasebain. 

Nouveaux chevaliers escossoys 

Furent ce jour, j'en sçay la vois, 

Pour leur prouesse, en grant renom. 

Sire Alexandre en son droit nom 

De Commech, qui ot cuer entier, 

Ce jour y fut fait chevalier, 

Et messire Andrieu Stievart 

Fu chevalier de belle part. 

De Hay sire Guillebert 

Fut ce jour en armes appert, 

Com bon et hardi combattant. 

Sire Jehan de Sidrelant 

Doy bien en honneur mettre en compte, 

Car il est Fiz d'un noble conte. 

Sire Alexandre d'Iervin, 

Qui le cuer ot humble et bénin, 



lit LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

En ce jour nions tra hardie chiere; 
Et cil qui porta la banicre 
Du conte qui est tant prisiez, 
Ce fu sire Jehan de Miniez *, etc. 

Tous ces noms sont passablement estropiés, comme on pouvait 
s'y attendre; mais il n'est pas impossible de les restituer, surtout 
avec l'aide d'Andrew de Wyntown, qui nomme parmi les gret 
gentilmen de la suite du comte de Mar, Sir James Scremgeoure 
de Dundee, Sir Ellis de Kynnynmond, William, lord de Nacta- 
nesbire, et Sir Jobn de Bothvile. Sire Jehan de Sidrelant doit être 
sûrement Sir John de Sutherland, nouvellement créé chevalier, 
avec Alexander de Keth, le sire Alexandre de Gommech du 
poëme français, Alexander d'Yrewyn 2 , Andrew Stewart, John le 
Menyeis, et Sir Gilbert le Hay. 

Le comte de Mar ne resta pas longtemps sur le continent; le 
29 décembre de la même année, il obtenait du roi d'Angleterre 
un sauf-conduit pour rentrer en Ecosse avec une compagnie de 
trente personnes 3 , formant la moitié de la suite, composée de 
chevaliers et d'écuyers, qu'il avait amenée avec lui 4 . 

Il dut se croiser, ou peu s'en faut, avec James de Douglas, de 
Strabrok, auquel il fut pareillement permis, le 7 juin 4409, de 

1 Mém. pour serv. à l'hist. de Fr. et de Bourg., etc., t. I, p. 375, col. 2. 

2 L'éditeur de la chronique de Wyntown avait écrit Alexander of Grewyn : 
M. Joseph Robertson a pris la peine de consulter le manuscrit du Musée Britan- 
nique, et il a reconnu que Macpherson avait mal lu. V oyez Illustrations of the 
Topography and Antiquilies of the Shires of Aberdeen and Banff, etc., vol. IV. 
Aberdeen, printed for the Spalding Club, 1860, in-4°, p. 176, not. 1. — Sur un 
compte de l'an 1466 (collection Gaignieres, vol. 772-2), on trouve couché pour la 
somme de 137 livres "messire Jacques de Rivery," chevalier du pays d'Ecosse, le 
même sans doute dont parle Guillaume Hugonet dans une lettre du 16 juin 1465 
au chancelier de France. (Documents historiques inédits, publ. par M. Champol- 
lion Figeac, t. II. Paris, 1843, in-4°, p. 29a.) Il est vraisemblable qu'il s'agit encore 
d'un chevalier nommé d'Irvine. 

3 Roluli Scotiœ, vol. II, p. 190, col. 1. 

* Wyntownis Cronykil, b. IX, chap. XXVII, v. 71, 72; vol. II, p. 424. Cf. p. 426 
et 433. — Voyez, relativement au séjour du comte de Mar sur le continent, l'ou- 
vrage de M. Joseph Robertson, déjà cité, p. 173-178. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 113 

passer en France par la voie de La Rochelle. Par lettres patentes 
dont la durée était fixée à une année, Henry IV accordait à ce 
chevalier écossais un sauf-conduit pour un navire appelé la 
Catherine d'Édinburgh et pour le monde qu'il devait porter, 
d'abord James Douglas, puis Andrew Reed, Walter Spot, bour- 
geois d'Edinburgh, vingt-quatre marins et marchands, avec six 
valets pour garder les chevaux 1 . 

Quatre ans plus tard, c'était le tour d'un autre Douglas, le 
comte Archibald, qu'un sauf-conduit accordé le 2G août 1413 
par Henry Y annonce devoir faire un voyage par la France , la 
Flandre et l'Angleterre 2 . Le 16 juillet, pareille permission avait 
été délivrée à John Seynclere, William Gockburn, chevalier, 
Adam Cockburn, Alexander et John Hogge, et James Patryckson, 
qui, après avoir traité de la délivrance du roi d'Ecosse avec son 
geôlier, comptaient aller en France pour y porter les armes 3 . 
A cette faveur, Henry V avait ajouté la permission d'importer en 
Ecosse, par l'Angleterre, des armures achetées en France 4 . 

Le sauf-conduit accordé au comte de Douglas ne dit pas ce 
qu'il venait faire en Flandre; mais on sait que le 11 avril 1412, 
ce seigneur se trouvant à Paris en même temps que le duc de 
Bourgogne, Jean sans Peur, avait conclu avec lui un traité 
d'alliance et de confédération. "Ils se promettent l'un à l'autre, 
dit Dom Plancher, une amitié mutuelle et persévérante. Le 
Comte s'engage à venir au secours du Duc, dès qu'il en sera 
requis, et à venir lui-même accompagné de 4000, tant Gens 
d'armes qu'Archers et autres, faire une descente en ses Pays de 
Flandres et d'Artois, pour le servir, à condition néanmoins qu'il 



1 RotuH Scotiœ, vol. II, p. 191, col. 1. 

2 Ibid., p. 207, col. 2. 3 Ibid., p. 206, col. 2. 

* Ibid., p. 207, col. 1. — Il n'était pas rare, à cette époque, que des nobles écos- 
sais fissent le voyage uniquement pour acheter une armure. Vers 1456, William 
lord de Nithisdale, surnommé le Noir, paraît être venu à Paris dans ce but. ( The 
History oflhe House and Race of Douglas, etc., vol. I, p. 203.) 

vol. i. 8 



114 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

payera les frais du passage et la solde des troupes Ecossoises, 
tant qu'elles seront à son service. Le Duc, de son côté, s'oblige 
aussi d'aller secourir le Comte à sa première réquisition, et de 
passer en Ecosse avec 300 hommes d'armes qui seront à sa 
solde, et qu'il entretiendra à ses frais pendant deux mois, sans 
en rien répéter contre lui 1 ." 

La même année 1412, le fils de l'un des deux nouveaux alliés 
se trouvait, à ce qu'il paraît, en visite chez l'autre. Dans un 
compte de la cour de Bourgogne, du 1 er mai de l'an 14-42 au 
16 octobre suivant, on lit un article relatif à un hanap d'or, du 
poids de quatre marcs, donné par le duc au fils du comte de 
Juglas, du pays d'Ecosse 2 . 

En continuant à parcourir ces comptes, on trouve à l'année 
suivante mention d'une chambre de tapisserie de haute-lisse 
achetée au mois de mars 1412 à un marchand d'Arras, et remise 
à messire Jean de Boutheville, chevalier du royaume d'Ecosse, 
pour la présenter, de la part de Jean sans Peur, au duc d'Al- 
bany 3 . Quel était ce Jean de Boutheville? Froissart, liv. IV, 
ch. XLI 4 , nomme messire Jean de Grailly, capitaine de Boute- 
ville, bâtard du fameux captai de Buch, comme l'ayant vu à la 
cour d'Angleterre en 1394 : serait-ce le même? 

Dans des comptes d'une date postérieure, on voit Jean sans 
Peur, très-satisfait d'avoir conclu la paix avec le Dauphin en 
1419, donnant à Jacques de Becourt, serviteur domestique de 
Jacques, roi d'Ecosse, quarante moutons d'or pour lui porter la 
nouvelle de cette paix 3 . 

Archibald Douglas revint en France quelques années après. 

1 Histoire générale et particulière de Bourgogne, etc., liv. XVI, ch. XI; t. III, 
p. 373. 

2 Léon de Laborde, les Ducs de Bourgogne, 2 e partie, t. I, p. 49, n° 179. 

3 Ibid., p. 96, n» 267. 

4 T. III, p. 200, col. 2, et p. 203, col. 2. 

3 Mém. pour serr. à Tkèst. de Fr. et de Bourg., etc., p. 214. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 115 

Charles VI ayant envoyé le comte de Vendôme en ambassade 
auprès du régent d'Ecosse, pour lui demander du secours au nom 
de la vieille alliance qui unissait les deux royaumes, celui-ci 
convoqua immédiatement les trois États en parlement, et il fut 
décidé que des forces considérables partiraient pour la France, 
sous la conduite du second fils du gouverneur, John Stuart 1 , 
comte de Buchan, d'Archibald Douglas, comte de Wigton, fils 
aîné d'Archibald, comte de Douglas, et de Sir John Stuart de 
Derneley, que le roi de France semble avoir désignés 2 . Les 
vaisseaux pour le transport de ces troupes devaient être fournis 
par la France, et le roi de Castille, avec l'infant d'Aragon, alliés 
des Écossais, avaient promis d'équiper au besoin quarante navi- 
res. Alarmé d'une résolution qui pouvait créer une diversion 
si puissante en faveur de ses ennemis, Henry V envoya immé- 
diatement à son frère le duc de Bedford, auquel, pendant son 
séjour en France, il avait remis les rênes de l'État, l'ordre de 
saisir et de mettre en réquisition, dans les différents ports de 
mer, un nombre suffisant de navires et de galions, puis de les 
armer aussi promptement que possible pour intercepter les auxi- 
liaires écossais 3 ; mais cet ordre fut négligé ou arriva trop tard, 



1 Son fils aîné était Walter Stuart, qui, le 6 octobre 1423, jurait d'ohserver fidè- 
lement les anciens traités existant entre la France et l'Ecosse. (Inventaire chro- 
nologique, etc., p. 37.) 

2 Dans les lettres-patentes portant don de la terre d'Aubigny à John Stuart, 
Charles VI s'exprime ainsi : "Ayant parfaite connoissance que nostre cher et aimé 
cousin Jean Stuart, seigneur de Darnellé et de Concressault, conneslable de l'ar- 
mée d'Escosse, à nostre prière et requeste est venu dudit pays d'Escosse, et a mené 
avec lui grand'compaignie de gens d'armes et de traict," etc. (Andrew Stuart, 
chronological History of the Stewarts, etc., p. 118, 119, 393.) — Le nom et le 
titre du brave connétable n'étaient pas inconnus en France. En 1358, Edward 111 
accordait un sauf- conduit à John Stuart de Derneley, chevalier, à Walter de 
Lesley, à William de Seynt-Cler, lord de Rosslyn, à Alexander de Lindsay, à Robert 
Giffard, à Alexander de Montgommery et à William de Kethe, maréchal d'Ecosse, 
pour passer par l'Angleterre avec leur suite et se rendre sur le continent. (Rymer, 
Fœdera, etc., vol. VI, p. 108; éd. III a , t. III, pars I, p. 175, col. 1.) 

3 Rymer, Fœdera, etc., t. IX, p. 791, 792, 794; éd. 111% t. IV, pars III, p. 131, 
col. 1 et 2, et p. 132, col. 2. 



116 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

et une armée de sept mille hommes d'excellentes troupes 1 , parmi 
lesquelles on remarquait, entre les plus nobles chevaliers, Alexan- 
der Lindsay, frère du comte de Crawford, et Thomas Swinton, 
traversa heureusement la mer et vint débarquer à La Rochelle. 
Le Dauphin les dirigea sur la Loire 2 , et les cantonna dans la 
petite ville de Châtillon, dans le duché de Touraine. Là , les deux 
chefs ayant retenu les plus vaillants d'entre les chevaliers écos- 
sais, choisirent des capitaines pour tenir la campagne avec des 
routiers, et chacun, à la tête d'un escadron, dut faire le guet 
contre les Anglais sur les frontières. Combats acharnés, châteaux 
emportés, villes reprises, rien ne manqua à la gloire de nos 
braves alliés, pas même l'envie; car, n'ayant pu réussir à chas- 
ser l'ennemi du royaume, ils furent dénoncés au roi et appelés 
par les Français sacs à vin et mangeurs de moutons. Le roi, prê- 
tant une oreille patiente à ces murmures, différa de répondre 
aux accusateurs jusqu'à ce qu'après la bataille de Bangé, où les 
Anglais eurent le dessous, il dit aux frondeurs, qu'il avait man- 
dés auprès de lui : " Que vous semble des Écossais mangeurs de 
moutons et sacs à vin?" Les mécontents, comme s'ils eussent 
reçu un coup de marteau sur la tête, ne surent que répondre 3 . 

En même temps, un prince de la famille royale de France, 
prisonnier en Angleterre, entretenait des intelligences avec la 
cour d'Ecosse : "Je suis secrètement informé par une personne 
de ce pays, écrivait en 1417 Henry V à l'un de ses officiers, 
qu'il y a eu en Ecosse un homme du duc d'Orléans, et qu'il est 
convenu avec le duc d'Albany de mettre en avant le mannequin 

1 Thomas Basin rapporte que le bruit public élevait le nombre de ces Écossais 
à vingt mille, et que ces étrangers étaient communément guerriers et robustes, 
mais en même temps trop téméraires et hautains. (Histoire des règnes de CharlesVJI 
et de Louis XI, etc., publ. par M. J. Quicherat, t. I. A Paris, M.DCCC.LV., in-8», 
liv. Il, chap. III, p. 48.) 

2 Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, ch. CCXXIV; édit. du Panth. Hit., 
p. 467, col. 2, ann. 1419. 

3 Joann. Fordun, Scotîchr., lib. XV, c. XXXI ; vol. II, p. 458. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 117 

écossais pour opérer un mouvement, comme aussi de chercher 
les moyens de rendre la liberté surtout au duc d'Orléans." Henry 
termine en recommandant de tenir son prisonnier étroitement 
dans le château de Pontefract 1 . Jean Chaubreliak, maître Jean 
André et Jean Ardinguill, dit Reyner, nommés, sans doute bien 
incorrectement, dans une lettre sans date du comte de Nor- 
lliumberland au duc d'Orléans, étaient peut-être encore ambas- 
sadeurs du roi de France en Ecosse 2 . 

De janvier à juin 1420, le Dauphin se dirigea vers le Midi. 
Après avoir mis garnison de Français et d'Écossais sur les fron- 
tières de l'Anjou, du Maine, de la Touraine et pays voisins, il 
conduisit le reste de ses troupes, commandées par plusieurs sei- 
gneurs et capitaines de diverses nations, " tant d'Escoçoys que 
d'autres," jusqu'à Toulouse et Carcassonne, dont il se rendit 
maître, aussi bien que de tout le centre de la France, à l'excep- 
tion du Maçonnais 3 . 

Plus d'une fois sans doute, il eut, dans le cours de cette expé- 
dition, à combattre des Écossais : on est fondé à le supposer 
en voyant parmi les chevaliers, écuyers et autres, envoyés par 
la duchesse de Bourgogne sur les frontières de Champagne pour 
s'opposer aux entreprises du Dauphin et de ses troupes, au mois 
d'octobre 14-19, "Adam l'Ecossois, Michel l'Ecossois, Jean Rou- 
bersonne, Ecossois, etc.," indiqués comme "gens de trait 4 ." 



1 Tili Livii Foro-Juliensis Vila Henrlci Quinli, etc., éd. Th. Hearne. Oxonii, 
MDCCXVI, in-8°, p. 99, 100. — Original Lelters illustrating English History, etc. 
By Henry Ellis. London, MDCCCXXIV, in-8°, vol. I, p. 1, 2. — Ainsi que le fait 
remarquer Tytlcr (Hisl. of Scotl., t. III, p. 381, not.), ni Ellis ni Hearne n'ont 
tenté d'expliquer l'expression martinet of Scollond, qui semble se rapporter à 
Richard II. — On trouve dans la collection de Rymer (éd. Lond., t. IX, p. 801; 
éd. III*, t. IV, pars III, p. 135, col. 1) une autre lettre en partie relative au même 
objet, écrite en 1419, par Henry V, à l'évêque de Durham, son chancelier. — Voyez 
encore Pinkerton, Hist. of Scotl-, vol. I, p. 97. 

2 Tytler, t. III, p. 168. 

3 Chron. de J. Raoulet, à la suite de celle de J. Chartier, t. III, p. 170, 171. 
* D. Plancher, Histoire... de Bourgogne, etc., t. III, not. XXXIX, p. 596. 




118 LES ÉCOSSAIS EN' FRANCE. 

Jean Raoulet, dont nous venons de citer les paroles, place le 
voyage de Languedoc à la suite du récit de la bataille de Baugé, 
qui eut lieu le 24 mars 4421, tandis qu'il est constant que cette 
expédition la précéda. On en peut dire autant d'une autre, en- 
treprise par les Français et les Écossais réunis au Mans au 
nombre de quinze mille, pour délivrer Fresnay-le-Gomte, assiégé 
par les Anglais. Un engagemeut eut lieu, et l'avantage resta à 
ces derniers. Trois mille des confédérés perdirent la vie, et sept 
chevaliers écossais la liberté, en même temps que le maréchal 
de Rieux, fait prisonnier par Sir John Cornwayllis. Un autre 
chevalier d'Ecosse, Sir William Douglas de Drumlanrig, prit la 
fuite, laissant aux mains de l'ennemi sa bannière, qui fut portée 
à Rouen et offerte à l'église de Sainte-Marie. Dans cette rencon- 
tre, les auxiliaires de la France perdirent tout l'or qu'ils avaient 
reçu pour leur engagement, or que le chroniqueur évalue à douze 
mille couronnes 1 . 



1 "Eodem anno (1421), dominica ij a quadragesime, videlicet v a nonas niarcii, 
fuerunt congregati in civitate de Maunce, in comitatu de Mayne..., xv m Franc» 
et Scoti, profecturi ad comitem de Salysbury, qui jacuit in obsidione de castri et 
ville de Freney, ad debellandum eundem; quod innotuit ei. Et tune cornes Hun- 
tyndonie et cornes mariscallus, magister Nevyll' miles, dominus Johannes Corne- 
vvayll', dominus Johannes Lethe, milites, et multi alii capitanei cum suis familiis 
numéro iij milium c v . occurrerunt dictis Francis et Scotis parum a dicta civitate 
de Maunse. Interfecti ibidem fuerunt Franci et Scoti numéro iij M f , et capti fue- 
runt marescallus Francie, vj milites Scoti, v c cotarmours; et ceteros Francos 
fugaverunt in civitate predicta de Maunse, inter quos Willelmus Douglas de 
Douulangrith, miles de Scocia, fugit, et vexillum ejus captum fuit, et oblatum in 
ecclesia Sancte Marie Rothomagensi. Et dicti Angliei ceperunt totum aurum unde 
dicti fuerunt Scoti vadiati, quorum quidem habuerunt in cofris xij. millia de co- 
ronis, et multa alia jocalia et bona multa; et de Anglicis tantum très occisi fue- 
runt, et non plures. Benedictus Deus ! " Historia policronica, Ms. Bibl. Bodl. Digby 
n° 201, folio 281 recto, col. 1. — Rymer, Fœdera, etc., t. IX, p. 885 (éd. III", t. IV, 
pars III, p. 167, col. 1, A. D. 1420). — Auparavant, p. 794 de l'édition de Londres, 
on lit un ordre au connétable de la Tour de recevoir et de retenir William Dou- 
glas, "chivaler de Nyddesdale :" serait-ce le môme? Enfin, en remontant encore 
plus haut, on trouve des lettres de Henry V, portant don à David Douglas, écuyer 
au service de l'Angleterre, des terres, fiefs, revenus, services et possessions que 
le rebelle Pierre de Villers avait dans le bailliage de Caen. (T. IX, p. 727 ; éd. III*, 
t. IV, pars III, p. 106, col. 2.) 



l.K.s FRANÇAIS EN ECOSSE. 110 

A Baugé, les doux armées, Tune commandée par Thomas, 
duc de Clarence, qui avait appris le nombre et les mouvements 
de ses adversaires de la bouche de trois prisonniers écossais 1 , 
et l'autre par le comte de Buchan, secondé du comte de Wigton 
et du brave La Hire, étaient séparées par une rivière rapide 
que Ton passait sur un pont étroit. Le général écossais avait 
envoyé un détachement commandé par Sir John Stuart de 
Derneley et le sire de Fontaines pour foire une reconnaissance; 
Dette troupe, arrivant à l'improviste sur les Anglais, fut repous- 
sée à temps pour avertir le comte de Buchan de rapproche du 
duc de Clarence. Heureusement, il n'avait que peu d'instants 
pour faire avancer son armée, pendant que Sir Robert Stewart 
de Ralston et Sir Hugh Kennedy 2 , avec un petit corps avancé 
de troupes, défendaient le passage du pont, sur lequel le duc de 
Clarence, avec ses meilleurs officiers, s'efforçait de se frayer 
un chemin, ayant laissé au gros de l'armée anglaise le soin 
de les suivre de son mieux. Les effets de cette manœuvre, par 
une coïncidence singulière, furent les mêmes qu'à la bataille 
de Stirling, où Wallace avait défait Surrey et Cressingham. Le 
duc de Clarence, remarquable par la couronne d'orfèvrerie qui 
surmontait son heaume et par son armure splendide, fut d'abord 
attaqué avec acharnement par John Kirkmichael, qui brisa sa 
lance sur lui, puis blessé à la figure par Sir William de Swinton, 
enfin porté à terre et tué d'un coup de masse d'armes parle comte 
de Buchan 3 . Les plus braves de ses chevaliers et de ses hommes 
d'armes succombèrent avec lui; le comte de Sommerset fut 
pris par Laurent Vernon, et son frère par Sir John Stuart de 

1 Martial d'Auvergne, les Vigillesdela mort du roy Charles VII, édit. de 1724, 
l re part., p. 41. 

* Un écrivain suppose qu'il avait bien pu accompagner en France son oncle 
Sir Robert Maxwell de Calderwood, et combattre sous ses ordres. (Historical 
Account ofthe noble Family of Kennedy, etc., p. 18.) 

3 Joann. Fordun, Scolichr., lib. XV, cap. XXXIII; vol II, p. 461. 



1^0 LES ÉCOSSAIS EN FRANGE. 

Derneley 1 ; le comte de Huntingdon par John Sibbald, chevalier 
écossais, et le sire de Fewalt par Henry Cunningham. Le reste 
de l'armée, furieuse de ce désastre et se pressant sur le pont pour 
prendre sa revanche, fut mis en déroute à mesure qu'il arrivait, 
tué ou fait prisonnier par les Écossais. Monstrelet affirme que 
deux ou trois mille Anglais restèrent sur la place 2 . Le continua- 
teur de Fordun porte le nombre des morts à seize cent dix-sept ; 
il assure que les Écossais ne perdirent que douze hommes, et les 
Français deux 3 . Cette victoire valut au comte de Buchan le bâton 
de connétable de France 4 , et à Sir John Stuart de Derneley la 
couronne du duc de Clarence, qu'il acheta à un soldat écossais 
mille angelots 5 , et le don de la terre et châtellenie de Concres- 

1 Le continuateur du Scotichronicon attribue l'honneur de cette prise à John 
Kirkmichael ; mais Andrew Stuart a démontré, en s'appuyant sur un rôle de la 
Chambre des comptes de Paris, que cet honneur doit revenir à "mesure Jean 
Steuuart, connestable de l'armée d'Escosse. " (Geneal.Hist. ofthe Stewarts, p. 123.) 

2 Livre I er , ch. CCXLIX; édit. du Panth. Mit., p. 501, col. 2. 

3 Voyez encore, sur la bataille de Baugé, Thomas d'Elmham, Vita et Gesla Hen- 
rici Quinti, etc. Oxford, M.DCCXXVII., in-8", ch. CXIV, p. 301-304. — Thaumas 
de la Thaumassiere {Histoire de Berry, liv. XI, chap. XL, p. 945) mentionne Jean 
Pellorde, III e du nom, seigneur de Coulogne et de Troiiy, comme ayant été tué 
"étant capitaine d'une compagnie de cavalerie, sous le S. de Darnelle, connétable 
de l'armée Escossoise"; mais il nous laisse ignorer si c'est dans cette circonstance. 

* Hect. Boeth., Scotorum historiœ, etc., lib. XVI, fol. CCCLVI, 1. 8; trad. écos- 
saise, vol. II, p. 491. — Joann. Leslœus, de Rébus gestis Scotorum, etc., liv. VII, 
p. 259. — Dans les extraits des comptes royaux donnés à la suite de son édition de 
la chronique de J. Chartier, M. Vallet conjecture que la cérémonie où Jean Stuart 
prit l'épée de connétable eut lieu à Tours, le 5 avril 1421. Voyez t. III, p. 317, not. 2. 

5 Gough, Sepulchral Monuments in Great Britain , etc., part II. London, 
M DCC XCVI, grand in-folio, p. 58 — Gough, et après lui Tytler, donnent au con- 
nétable des Écossais le nom de Robert; mais il ne paraît pas qu'il y eût parmi eux 
aucun Stewart autre que John et son frère William, sans parler du comte de 
Buchan. "Guillaume Estuart, escuyer, et dix-sept escuyers de sa compaignie, 
reveue à la Bochefoucault, le 20 me jour de décembre, l'an 1421," est mentionné 
comme "frère de monsieur le connestable du pays d'Escosse," dans un compte de 
Macé Héron, trésorier des guerres du roi (Geneal. Hist. ofthe Steivarts, p. 120) ; 
et dans un autre compte rendu par Hamon Raguier, son successeur ou son collè- 
gue, on trouve à l'année suivante, "pour la garde de deux tours de la chesne de 
la ville de la Rochelle et de la tour de Morelle," un paiement de 200 livres tournois, 
"àmessire Guillaume Stuart, escuyer," pareillement désigné {ibid., p. 121). Je 
ne puis me rendre compte comment, n'étant qu'écuyer, il a pu être appelé messire, 
titre qui ne se donnait qu'aux chevaliers. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 121 

sault, en Berry 1 . Les prisonniers anglais furent conduits à 
Tours, où les comptes royaux nous les montrent dînant au mois 
d'avril, aux frais du Dauphin, avec les seigneurs d'Ecosse 2 . 

A la nouvelle de la défaite des siens, Henry Y s'empressa de 
voler à leur secours; mais auparavant il insista auprès de son 
royal prisonnier Jacques I er , pour que ce prince l'accompagnât, 
prenant l'engagement solennel de lui permettre de revoir ses 
Etats pour un temps convenu, et à la condition de remettre aux 
mains de l'Angleterre un nombre suffisant d'otages pour garantie 
de son retour. Le plus puissant des nobles Écossais, le comte 
de Douglas, qui, à ce qu'il paraît, s'y intéressait vivement, s'en- 
gagea à servir Henry dans sa guerre de France, avec une troupe 
de deux cents chevaliers et écuyers et deux cents archers mon- 
tés : Henry probablement s'attendait à ce que les auxiliaires 
écossais seraient amenés par là à se détacher du service du Dau- 
phin quand ils recevraient de leur souverain légitime l'ordre de 
cesser les hostilités, et qu'ils verraient le père de l'un de leurs 
généraux dans les rangs de l'ennemi 3 ; mais ils ne voulurent rien 
entendre. Aux sommations faites par Jacques I er de mettre bas les 
armes, le comte de Buchan répondit simplement que, tant que 
son souverain était prisonnier et au pouvoir des étrangers, il ne 
se croyait pas tenu à lui obéir. Une pareille réponse alluma au 



1 Les lettres-patentes portant don de la terre et seigneurie de Concressault à 
Jean Stuart, le 23 avril 1421, mentionnées par Dupuy (Traites touchant les droits 
duroi Trcs-chrestien , etc. Paris, M.DCLV., in-folio, p. 785), par Thaumas de la 
Thaumassierc (Histoire de Berry, etc., liv. V, ch. LXXIX, p. 396) et par Blanchard 
(Compilation chronologique, etc. A Paris, M.D.CC.XV., in-folio, t. I, col. 236), 
n'ont pas été retrouvées. Ainsi que le remarque Andrew Stuart (Geneal. History 
of the Stewarls, p. 119, en note), le second de ces écrivains commet une méprise 
en supposant que Concressault fut donné à John Stuart, comte de Buchan. Cette 
similarité de noms chez les deux chefs de l'armée écossaise en France, qui tous 
deux portaient également le titre de connétable, a donné lieu à une multitude 
d'erreurs pareilles. 

s Chronique de Charles VII, etc., t. III, p. 315. 

3 Archibald Douglas, comte de Wigton, était fils du comte de Douglas. (Douglas, 
the Peerage ofScotland, vol. I, p. 423, 427.) 



132 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

plus haut degré le ressentiment du roi d'Angleterre, et il affecta 
de ne plus voir dans les Écossais que des rebelles ». Déjà Melun 
ayant été obligé de se rendre aux Anglais, après un siège auquel 
Henry V avait fait assister le roi d'Ecosse, il avait été stipulé que 
messire Fordun, chevalier anglais ou écossais, et tous les indi- 
vidus des deux nations, demeureraient à la disposition du roi 
d'Angleterre, et celui-ci avait fait pendre vingt prisonniers écos- 
sais que leur bravoure rendait dignes d'un meilleur sort 2 . De 
même en 1422, quand Meaux se rendit à Henry Y, et Meulan 
au duc de Bedford, il fut consigné dans la capitulation " que tous 
ceux de là dedens se renderoient de la pure voullenté du régent, 
sauf leurs vies seulement, excepté ceux, s'aucuns y avoit, qui 
autres fois eussent fait serinent au roy d'Angleterre... excepté 
aussi ceux d'Illande, de Galles ou d'Escoche, se aucuns en y 
avoit 3 ," etc. Enfin, en 44-28, Henry, comte de Mortagne, fils 
d'Edmond duc de Sommerset , ayant pris d'assaut le château de 
Saint- Aignan, défendu par trois cents Écossais, sans compter 
des Français, passa les premiers au fil de l'épée, et fit pendre 
les autres comme ayant violé le serinent qu'ils avaient prêté aux 
Anglais 4 . 
Pendant son séjour en France à la suite de Henry V, le prince, 



1 Les Anglais, dit Boyce, portaient une telle haine aux Écossais, qu'ils en fai- 
saient périr autant qu'ils en prenaient, de la mort la plus honteuse, avec une 
cruauté dont ils n'usaient pas envers d'autres personnes. (Bellenden, the History 
and Chronicles of Scotland, b. XVI, chap. XIX; vol. II, p. 491.) Voyez encore 
W. Stewart, the Buik of the Croniclis of Scotland, t. III, p. 512. 

2 Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, liv. I, ch. CCXL, p. 492, col. 2, 
ann. 1420. — Chronique de Jean Raoulet, à la suite de celle de Chartier, t. III, 
p. 168. — Joann. Fordun, Scotichr., lib. XV, cap. XXXIV, vol. II , p. 402, etc. 

3 Thomœ de Elmeham Vita et Gesta Henrici Quinti, etc., cap. CXXVI, p. 327. 
— Appunctuamenta super redditione mercatus de Meaux, apud Rymer, Fondera, 
éd. Lond., t. X, p. 212; éd. III», t. IV, pars IV, p. 65, col. 1. — Jean le Fevre, 
seigneur de Saint-Remy, Histoire de Charles VI, ch. CXXU, à la suite de l'Histoire 
de Le Laboureur, p. 167. 

* Holinshed, the thirde Volume of the Cronicles, etc. London, 1587, in-folio, 
p. 616, col. 2, A. D. 1428. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 123 

au nom duquel on commettait ainsi ces violations du droit des 
gens, demeura le plus longtemps à Rouen, d'où il entretenait 
des communications fréquentes avec l'Ecosse. Son chapelain 
particulier, William de Mireton, William Douglas de Drumlanrig 
et Alcxander Forbes, chevaliers, Alexander Seton, lord de Gor- 
don 1 , William de Fowlis, secrétaire du comte de Douglas 2 , et, 
suivant toute probabilité, beaucoup d'autres, furent chargés de 
secrètes missions dont le résultat fut de le tenir au courant de 
la situation des partis dans ses États, de la faiblesse de l'admi- 
nistration du régent Murdoch, de l'anarchie effrénée qui régnait 
partout, et des ardents souhaits que formaient tous les gens de 
bien pour le retour de leur souverain légitime. 

L'état dans lequel se trouvait alors notre pays, avec un roi en 
démence et l'invasion étrangère, était encore plus déplorable, et, 
chose étrange, nos alliés d'Outre-Manche aggravaient encore les 
malheurs publics. Un historien des évêques de Tours et des abbés 
de Marmoutier rapporte que l'an 1422, dans la nuit du 13 sep- 
tembre, veille de l'Exaltation de la Sainte Croix, les Écossais 
que le roi avait fait venir brûlèrent à Melay, près de Ghemillé, 
une grande et belle grange, pleine de blés, de vin et de four- 
rages 3 . 

Il faut entendre un rimeur du temps, organe du peuple, se 

1 L'auteur de l'Histoire de la famille de Gordon assure que ce seigneur, ayant 
perdu sa femme, passa en France et servit avec beaucoup d'honneur dans la guerre 
contre les Anglais. ( TheHislory ofthe... Family of Gordon, vol. I, p. 49.) 

2 Rymer, Fccdera, vol. X, p. 19, 166, 227. Cf. p. 174, 230, 296. — Rotuli Scotiœ, 
vol. II, p. 230, col. 2; 231, col. 1. — P. 18, Rymer rapporte un sauf-conduit 
accordé en 1420 à W. Douglas par Henry V, alors devant Melun, pour venir à 
Corbeil conférer avec lui ou avec ses commissaires. Ailleurs, p. 159, Walter Leget, 
ou Légat (p. 154), et Robert Davyston, obtiennent une permission pareille pour 
amener des chevaux au monarque prisonnier, comme son serviteur Robert Sym- 
son pour retourner en Ecosse. (Voyez p. 229, etc.) Enfin, le Lord de Gordon repa- 
raît en 1423, avec Walter d'Ogilby, Thomas de Mireton, Dungall de Drummond et 
d'autres Écossais auxquels Henry V accorde des sauf-conduits. ( Rymer, t. X, p. 266.) 

3 De Geslis episcop. Turonens., etc. ad cale. Greg. Turonens ep. Hist. Franc, 
lib. X. Paris, e typogr. Pétri Chevalerii, M.DC.X., in-8°, p. 124, 



124 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

plaindre des Écossais qui ruinaient le paysan, comme autrefois 
les Français en Ecosse : 

Helas! sans plus vous dire helas, 
Que peuvent penser créatures 
Qui bien ad visent noz figures... 
Et nous voyent nuds par les rues 
Aux gelées et aux froidures 
Nostre pauvre vie querant? 
Car nous n'avons plus rien vaillant... 
Car s'ils pensoient bien en Rodigues 
Et Eseoçois en leurs complices, 
Et es byvers qui sont passez... 
Comme chacun nous a plusmé, 
Ils seroient bien hérétiques, 
S'ils pensoient bien en leurs vices 
Qu'il nous fut rien demouré l . 

Si ces plaintes sont bien fondées, et tout porte à croire qu'elles 
n'ont rien d'exagéré, on voit par le témoignage rendu par Henri 
Baude à la maison militaire de Charles VII, qu'elles n'étaient 
point dirigées contre les Écossais qui en faisaient partie 2 : " Le 
roi, dit-il, avoit quinze cens lances d'ordonnance et huit mille 
francs archiers; les capitaines, vaillans et saiges, rotiers et ex- 
perts en fait de guerre, et non jeunes et grans seigneurs; à l'aide 
et poursuite desquelz il recouvra les duchez de Normandie et de 
Guienne. Les gens d'armes d'ordonnance estoient paiez par les 
païs et y faisoient résidence en temps de paix ; vivoient sans au- 
cune pillerie; les peuples les y vouloient bien et les aymoient; 
et faisoient requeste au roy de les faire loger et tenir païs où ils 

1 La Complainte du povre commun et despovres laboureurs de France, dans les 
Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, liv. I, ch. CCLXXIV, ann. 1422; p. 528, 
col. 1. — Ce passage n'a point échappé à M. J. Quicherat, qui a bien su démêler 
que la complainte dont il fait partie n'est pas là à sa place, et que Todigues qu'on 
lit dans toutes les éditions n'a pas de sens. Voyez Rodrigue de Villandrando, dans 
la Bibliothèque de l'École des chartes, etc., t. I. Paris, 1844, p. 140. 

2 Éloge de Charles VII, ch. III; à la suite de la Chronique de J. Chartier, t. III, 
p. 134, 135. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 1*25 

prcnoient leur soulde, à ce qu'ils y despenclissent l'argent qui y 
estoit mis sus pour leur paiement." Décrivant ensuite leur cos- 
tume, "leurs hoquetons, ajoute-t-il, estoient de cuir de cerf ou 
de mouton et de draps de couleurs, sans orfèvrerie; leurs robes 
courtes, de 20 ou 25 solz l'aulne. Les gens de ces ordonnances 
estoient de son royaume, excepté les Escoussois," etc. 

Avant d'aller plus loin, je dois exposer un doute qui s'élève 
dans mon esprit : les Écossais dont parle le rimeur étaient-ils 
bien des Écossais? Il est permis d'en douter et de penser qu'il a 
voulu parler des Irlandais 1 , qui, au nombre de huit mille, fai- 
saient partie de l'armée du roi d'Angleterre. La plus grande par- 
tie, dit un écrivain contemporain, qui trace un portrait de cette 
troupe, allaient à pied, l'un chaussé, l'autre nu; ils étaient pau- 
vrement équipés et armés d'un petit bouclier et de gantelets, 
avec de gros couteaux d'étrange façon. Ceux qui allaient à cheval 
n'avaient pas de selles; ils montaient de bons petits chevaux de 
montagne, inférieurs toutefois aux chevaux anglais, et leurs pan- 
neaux ressemblaient assez à ceux dont usaient les blattiers de 
France. Ces Irlandais souvent, pendant le siège de Rouen en 
4418, couraient la Normandie et causaient des maux innombra- 
bles, ramenant au camp force butin ; les fantassins allaient même 
jusqu'à s'emparer des petits enfants au berceau et d'autres, et ils 



1 Scaliger, parlant de Duns Scot, "il n'estoit point Escossois, dit-il, mais d'Ir- 
lande : les François appellent les Irlandois Escossois." (Scaligerana, p. 235.) — La 
chose peut avoir eu lieu, mais seulement par exception, tandis qu'il est beaucoup 
plus certain que, sous le règne de Jacques VI, les highlanders et certains habitants 
des îles étaient appelés Irlandais. " Le 20 mars (1593), dit Birrel dans son journal, 
il fut fait sommation publique à la croix aux comtes de Huntly, d'Angus, d'Errol, 
avec divers gentilshommes et Irlandais des îles, de comparaître devant le parle- 
ment pour divers points de trahison." (Dalyell, Fragments of Scolish History. 
Edinburgh, 1798, in-4°, p. 30.) — Dans un acte de l'Assemblée générale, passé 
en 1717, la langue gaélique est appelée irlandais. (Dundas, an Abrigdment of 
the Acts of Ihe General Assemblies of the Church of Scotland, etc. Edinburgh, 
M DCC XXI, in-12, p. 119.) — Thaumas de la Thaumassiere, en son Histoire de 
Berry, liv. IV, chap. Cil, p. 327, appelle Hibernois André Foreman, archevêque 
de Bourges, auparavant ambassadeur d'Ecosse. 



12G LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

montaient sur des vaches portant ces petits enfants et leur proie 
devant eux. Les Français les rencontrèrent plus d'une fois dans 
cet équipage i . 

En résumé, ce qui me semble le plus croyable, c'est que les 
Écossais se comportaient chez nous comme l'avaient fait chez 
eux les Français commandés par Jean de Vienne. Une anecdote 
rapportée par un écrivain de l'époque complète la ressemblance 
que présentent les deux expéditions. Un jour que les Armagnacs 
devaient livrer combat, un comte d'Ecosse vint bien accompagné 
à quatre lieues de l'endroit où ils se trouvaient. Il attendait le 
secours que lui avait promis Tanneguy du Chastel ; " mais il luy 
joua de son mestier dont Ganclon joua à son vivant," car il n'y 
vint ni n'envoya. L'Écossais, se voyant trahi, se retira le mieux 
qu'il put, pour se sauver, son monde et lui, vers le pays des 
Armagnacs, et là il eut avec Tanneguy une grande querelle et de 
gros mots, à la suite desquels il se sépara de lui et s'en alla dans 
son pays 2 . Quel pouvait être ce comte d'Ecosse qui n'est pas 
nommé? C'est impossible à dire, et il y aurait témérité à cher- 
cher à le reconnaître dans le neveu d'Alexander Stuart, à qui 
Charles VI accordait en 1422 un sauf-conduit 3 . 



1 Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, ann. 1418; liv. I, chap. CCIII; édit. 
du Panth. Mit., p. 441. — Saint-Remy, Hist. de Charles VI, ch. XCI, p. 127. 

2 Journal d'un bourgeois de Paris, ann. 1423 ; édit. du Panth. Kit., p. 661, col. 1. 

3 "Charles, etc., à noz amez et feaulx amiraulx, visamiraulx, maires et autres 
justiciers et officiers et à lour lieuxtenans, salut. Si volons et voz mandons... que 
si nostre fey Jehan Stywarde, Anglois, serviture et chivaler d'estate à nostre trè- 
chere et beau tile le roigne d'Engleterre, nephewe au Alexander Stuart, chivaler 
d'Escoce, jadis nostre serviteur, desorenavant fait équipage ou passage à pié ou à 
chival, en aucun de noz cités, villes, portes, havres, liberties ou lieulx quelcon- 
ques, que voz pacifiquement par nuit corne jour, luy suffrez d'aller et cheminer 
sans luy faire, mettre ou donnoir, ne suffrire estre fait, mis ou doné, aucun des- 
turbier, atatchement n'arrest ou aultre empeschement quelconque. Car tel est 
nostre plesir royal, non obstant quelconques ordinances, mandemans ou deffenses 
à ce contraires. Et ceulx noz lettres à voz affaire ainsi serra garrant très-suficient, 
car c'est pour l'utilité de noz et nostre pais. Donc à Paris, en le vigile de Pentecoste, 
l'an de grâce mille quatre cens vingt-deux, et de nostre règne quarante-deux. — 
J. Pelletier." (British Muséum, Addit. Ms. 15, 644, folio 48 verso. Johannes II.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. \Ti 

Un autre Stuart reçut à la môme époque une marque bien 
autrement signalée de la faveur royale : le 26 mars 1422, John 
Stuart de Derneley, connétable de Tannée d'Ecosse, recevait le 
don de la terre et de la seigneurie d'Aubigny-sur-Nerre, de la 
munificence de Charles VI 1 , qui consignait les états de service 
de ses auxiliaires dans les lettres dressées en cette circons- 
tance : "... il a du tout mis, disait-il, employé et exposé en 
grande heurt et diligence, lui et tous ceux de sa compaignie, 
l'espace de trois ans ou environ, au bien de nous, dudit royaume 
et de nostre seigneurie, en quoy il a eu et pris très-grande peine, 
travaux et labeurs, en grand péril et danger de sa personne, 
tant à Tannée et assemblées faites depuis sa venue pour résister 
aux entreprises de nosdits ennemis et rebelles, qu'autrement 
pour leur contester, ainsi que plusieurs fois Ta par effet demons- 
tré, et mesmement à la bataille de Baugé, en laquelle il se 
maintint et gouverna comme vaillant et courageux chevalier, et 
nous servoit tant grandement , liberaument et de si grand' vo- 
lonté, lui et sadite compaignie, que à.tousjours nous en devons 
reputer estre tenus à lui et de nostre pouvoir le reconnoistre ; 
attendu mesmement que par lui et autres... donnée a esté à la- 
dite journée victoire contre grande partie de nos anciens enne- 
mis, et pour raison desdites choses lui eussions dès piesça 
(depuis longtemps) promis bailler et asseoir rente en nostredit 
royaume jusqu'à la valeur de deux mille livres tournois par 
chacun an, afin de lui aider à maintenir son estât honorable- 
ment, et aussi à ce qu'il fust plus enclin de demourer à nostre 
service, à l'occasion duquel il a délaissé sa femme et ses enfans... 
et abandonné ses rentes, revenus et possessions, dont il vivoit 
grandement et notablement. Desquelles deux mille livres tournois 
ne lui ayant encore peu faire délivrance, d'autant les grandes 

1 Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de 
France, etc., t. V, p. 921, 922. — Invent, chronol., etc., p. 35, 36. 



128 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

charges que avons eu et avons à supporter pour le fait de nostre 
guerre, [lui]... avons... donné... et à ses hoirs masles descen- 
dans de son corps et de ses hoirs masles en droite ligne, la ville, 
terre, chastel et chastellenie d'Aubigny-sur-Niere," etc. 

Malgré la pénurie des finances de Charles VI, si nettement 
indiquée, Sir John Stuart de Derneley ne resta pas longtemps 
sans toucher les sommes qui lui étaient dues, à lui et à ses 
hommes, à raison de leurs services, sommes qui s'étaient accrues 
de la solde d'autre "plus grant charge et retenue de gens d'ar- 
mes et de tret" du pays d'Ecosse, que le roi avait placés sous ses 
ordres. Dans les comptes d'Hemon Raguier, trésorier des guer- 
res 1 , comprenant la période entre le 21 novembre 14-22 au 
dernier jour de décembre 1423, sous le titre de Taxations, 
recompensations, estais, anciennes compositions et antres de- 
niers payés par mandemens du roy nostre sire durant le temps 
de ce présent compte, on trouve les articles suivants relatifs à 
Sir John : "A Jehan Stewart, seigneur de Dernlé et connes- 
table de Tannée des Escossois, auquel le roy... dès piesça, par 
certaines ses lettres rendues sur le premier compte rendu par 
ledit trésorier en la chambre des comptes dudit seigneur à 
Bourges, pour les mises et despenses que faire convenoit à iceluy 
connestable de faire à cause de la charge et retenue des gens 
d'armes et de trait de sa compaignie, avoit ordonné certaine 
somme de deniers de la monnoye que lors avoit cours en ce 
royaume, avoir par chacun mois pour Testât de sa personne ; et 
soit ainsy que le roy... ait ordonné à iceluy Jehan Stewart autre 
plus grant charge et retenue de gens d'armes et de tret d'iceluy 
pays que lors de présent estoient au service dudit seigneur, à 



1 II mourut à Tours, le 2 novembre 1433, et fut enterré dans l'église des Carmes, 
d'où ses enfants le transférèrent, le 10 mars 1447, à Paris, dans l'église des Blancs- 
Manteaux. (Epitaphcs des églises de Paris, t. IV; collect. Gaignieres, à Oxford, 
fol. 37.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 129 

laquelle cause luy commandoit faire doresenavant plus grans 
frais, mises et despenses, soufrance, et supporter autres plus 
grans charges, pour lesquelles, tant pour Testât de sa personne 
que pour autres plusieurs, le roy... ne luy auroit encores tauxé 
ne ordonné aucune somme de deniers.... Pourquoy iceluy sei- 
gneur, ayant regard et considération aux choses dessus dites, 
et aux grands frais, mises et despenses, que à cause de ladite 
charge faire luy commandoit, par ses lettres données à Mehun- 
sur-Yevre le dix-huitieme jour de novembre, Tan de grâce mil 
quatre cens vingt-deux, avoit et a ordonné à mondit sieur le 
connestable d'Escosse prendre et avoir doresenavant par chacun 
mois, des deniers de sesdites finances, la somme de cinq cens 
livres tournois de la monnoye dessusdite pour Testât de sa per- 
sonne. Et avecques ce, pour ce que ladite somme de cinq cens 
livres tournois pour sondit estât, ne pourroit fournir auxdites 
charges, affin qu'il peust avoir son estât plus honnorablement, et 
pour luy aidier de supporter autres grans mises et despenses 
que faire luy conviendroit pour Tentretenement des capitaines 
et autres gens d'armes et de tret dudit pays de sadite charge; le 
roy... par lesdites lettres avoit et a ordonné, par manière de 
don, qu'il ait et praigne doresenavant par chacun mois autres 
cinq cens francs de ladite monnoye, qui font mil livres tour- 
nois; par lesquelles lettres est mandé par le roy... à messieurs 
les generaulx conseillers ordonnés sur le fait et gouvernement 
de toutes finances, que par l'un des trésoriers des guerres, ils 
fassent payer, bailler, et délivrer des deniers de sa recette, dores- 
enavant par chacun mois, audit connestable ou à sondit com- 
mandement, ladite somme de mil livres tournois de ladite mon- 
noye : c'est assavoir, cinq cens livres pour sondit estât, et cinq 
cens livres tournois pour don; et que par rapportant lesdites 
lettres, ou vidimus d'icelles fait soubs le seel royal, avecques 
quittances dudit connestable, le roy . . . veult et luy plaist que tout 



130 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

ce que payé, baillé, luy en aura esté, estre alloué es comptes et 
rabattu de la recette cTiceluy trésorier qui payé l'aura, par mes- 
seigneurs des comptes du roy... auxquels il mande que ainsy le 
facent, sans aucun contredit ou difficulté; nonobstant que le 
nombre des gens d'armes et de tret de sadite charge et retenue 
ne soit déclarée esdites lettres; par vertu desquelles lettres, 
expédiées par mesdits sieurs les generaulx sur ledit Hemon 
Raguier, le vingtième jour dudit mois de novembre, et des quit- 
tances dudit connestable, tout cy rendu à court, ledit trésorier 
lui a payé ladite somme de mil livres tournois par la manière 
dessusd. et pour le mois qui s'ensuivent, c'est assavoir :... — 
A mondit seigneur le connestable de l'armée d'Escosse, lequel 
le roy, par lad. délibération de son grand conseil, et pour le 
bien et profict de luy et de ses sujets, avoit ordonné et délibéré 
à aller à tout le nombre des Escossois estant lors par deçà, au 
service du roy... qu'il s'estoit chargé d'assembler et faire passer 
oultre la rivière de Loire, et mener en sa compagnie es pays et 
marches d'Auxerrois et de Nivernois, pour faire guerre et gre- 
vances par toutes les voies et manières que se pourroit aux 
Anglois et autres ennemis et adversaires dudit seigneur, et ré- 
duire et remettre en son obéissance iceulx pays et autres au 
roy... desobeissans ; et pour continuer mondit sieur le connes- 
table d'Escosse et lesdits Escossois, affin que plus libéralement 
ils passassent laditte rivière, le servir en ce qui dit est, le roy... 
par ladite délibération, avoit fait composer et appointer par les- 
dits gens de sondit conseil, avecques ledit connestable, pour le 
payement de luy et desdits Escossois pour deux mois, à la 
somme de trente mil livres tournois, sans ce que de luy ny 
desdits Escossois il feust tenu de faire ne bailler aucunes mons- 
tres ni reveues 1 ," etc. 

1 Genealogical Account of the Stewarfs, etc., Appendix, n° III, p. 396-399. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 131 

Quand Charles VI prenait ainsi soin de ses fidèles auxiliaires, 
il n'avait plus longtemps à vivre. Il fut précédé dans la tombe 
par son antagoniste. S'étant emparé de Meaux, en Brie, et man- 
quant de vivres, Henry V mit son monde en campagne pour 
piller le pays; mais n'y trouvant rien à manger, il ordonna de 
violer l'immunité de saint Fiacre , fils d'un ancien roi d'Ecosse, 
ce que personne, suivant la croyance du temps, n'avait osé faire 
impunément. Il enleva tout ce qui s'y trouvait en fait de bes- 
tiaux et de vivres; à l'instant même, ajoute le continuateur de 
Fordun, il fut saisi d'une maladie que le vulgaire appelle le mal 
de saint Fiacre 1 , et devint hypochondriaque. Se sentant grave- 
ment malade, il demanda aux médecins la source de cette affec- 
tion , et reçut pour réponse qu'elle venait de ce qu'il avait violé 
l'immunité de l'Écossais saint Fiacre. A ces mots, le roi ré- 
pondit d'un air farouche et d'une voix lugubre : "Je ne puis 
aller nulle part sans trouver devant ma barbe des Écossais 
morts ou vifs 2 ." Il mourut peu de temps après. 



1 Sans doute la môme maladie que le fy, nommé dans une ordonnance de 1487, 
et que M. de Pastoret croit être une espèce de lèpre. (Ordonnances, etc., t. XX, 
p. 42. — Voyez le Glossaire de du Cange, au mot Ficus, t. III, p. 280, col. 3.) 

8 Scotichronicon, lib. XV, cap. XXXIV; vol. II, p. 462. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 133 



CHAPITRE VIL 



Retour du comte de Buchan en Ecosse ; arrivée en France d'Archibald, comte de Douglas, avec une armée ; 
Charles Vil lui donne le duché de Tours. — Son entrée dans cette ville. — Laurent Vcmon reçoit la terre de 
Montreuil-Bonnin; Sir John Stuart de Demeley, la châtellenie de Concressault, et le comte de Wigton, la 
terre de Dun-lc-Roi. — Les comtes de Douglas et de Buchan au nombre des personnages d'un ancien mystère. 

— Présents de chevaux au dernier et à des Écossais. — Colonie écossaise aux environs de Bourges. — Ba- 
taille de Verneuil, perdue par suite de la mésintelligence entre les Français et les Écossais; mort sur le 
champ de bataille des piincipaux chefs de ces auxiliaires. — Le duché de Touraine passe à Louis d'Anjou. 

— Réclamation de la veuve et du fils alué du comte de Douglas. — Enterrement des comtes de Buchan et 
de Douglas à Tours. — Jean ou Jannot Douglas, George Haliburton ; leur mariage avec une Française. 

— Sir Robert Maxwell enterré à Angers. — Projet de retraite en Ecosse formé par Charles VII. — Mentions 
de Sir John Stuart de Demeley et de Sir John Wishart dans l'Histoire du connétable de Bichemont. — John 
Carmichael, évèque d'Orléans ; messe d'anniversaire célébrée dans cette ville pour les Ecossais tués à Ver- 
neuil. — Donation du comté d'Évreux et concession d'un supplément d'armoiries à Sir John Stuart de Der- 
ncley ; sa mission en Ecosse. — Mort de ce chevalier et de son frère à la journée des Harengs. — Sépulture 
de John et William Stuart et de deux Douglas dans la cathédrale d'Orléans ; messes fondées par eux. 

— Échec d'un parti d'Ecossais à l'attaque d'un convoi — Miracles de sainte Catherine de Fierbois à l'oc- 
casion de plusieurs Écossais en France, en 1428 et 1429. — Arrivée de Robert Pittilloch, surnommé le petit 
roi de Gascogne; conjecture sur sa condition première. — Etablissement de la maison de Chambre à 
Tartas. — Services d'un capitaine Kennedy; conjectures à son sujet. — Histoire de Sir Hugh Kennedy 
d'Ardstinchar. — Donation à Thomas de Houston de la terre de Torcy, en Brie. — Oiel de Baygnan s'établit 
en Touraine; origine de la maison le Breton. — Écossais présents au sacre de Charles VII ; don à l'un 
d'eux de 150 écus tournois. — Portrait de Jeanne Darc entre les mains d'un Ecossais ; conjectures sur la 
patrie du peintre. — Compagnon de la Pucelle continuateur du Scotichronicon. — Complot pour faire 
entrer des Écos-sais dans Paris en 1429. — Écossais au service du baron de Preuilly en 1432. — Les Irland 
de Poitou. — Entreprise sur Paris à l'aide d'Ecossais en 1433. — Propositions de paix du roi d'Angleterre 
repoussées par les Etats d'Ecosse — Services rendus à la France par des Écossais en 1434 et 1442. 



La campagne dont la mort de Henry V semblait devoir assurer 
le succès aux Écossais, qui l'avaient inaugurée d'une manière si 
brillante par la victoire de Baugé, ne leur présenta plus que 
des défaites. Deux journées surtout leur furent fatales, celles de 
Crevant et de Verneuil , dont la relation se trouve partout 1 ; la 



1 Voyez, relativement à la première, les Chroniques de Monstrelet, ann. 1423, 
vol. II, fol. 7 recto; celle de Charles VII, par Jean Chartier, édit. de Vallet de 
Viriville, ch. 7, t. I, p. 32; la chronique de Berry, édit. de Godefroy, p. 369, 370; 
la Geste des nobles, ch. 202, et la Chronique de la Pucelle, ch. IV, édit. de 18S9, 



134 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

première, signalée par la prise de Sir John Stuart de Derneley; 
la seconde, par la mort du plus grand nombre des Écossais, 
déjà décimés à la bataille de Crevant. "En ceste bataille, dit 
Jean de Wavrin 1 , furent ochis la pluspart des Escochois, car 
ilz estoient au front devant, à sçavoir environ iiij m , et le con- 
nestable d'Escoche prins par un gentilhomme du seigneur de 
Chastelus; et y eut ledit connestable ung œil crevé. Les au 1res 
Escochois se saulverent au mieulz quilz peurent. Pareillement 
de la compaignie des François, y furent prins prisonniers le 
comte de Yentadour, le seigneur de Gamaches... Estienne de 
Fumieres 2 , et plusieurs autres nobles hommes, jusques au nom- 
bre de trois à quatre cens; et des mors sur la place, messire 
Thomas Siccon 3 , Andrieu Hambon, messire Guillaume Hambon 4 , 
Jehan Pillet 5 , capittaine escochois." A cette liste, il faut ajouter 
le seigneur de Saint-Johnston, ou Perth, Sir John de Balganie, 
Sir John Turnbull, Sir John Haliburton, Sir Robert Lislie, Sir 
William Cunningham, Sir Alexander Hume, Sir William Lislie, 
Sir John Rutherford et Sir William Craiford, que Holinshed met 
au nombre des victimes de la journée de Crevant, et " messire 
Karados, neveu du comte de Bouchan," dont Belle-Forest enre- 
gistre le nom dans ce funèbre martyrologe. Cet écrivain, qui 

p. 191, 213, 214, ou édit. du Panlh. lilt., p. 408, col. 2; les Mémoires de Pierre 
de Fenin, dans le même volume, p. 593, col. 2, ann. 1422; les Vigilles de la mort 
de Charles VII, l re part., p. 50, 51, etc. 

1 Anchiennes Cronicques d'Englelerre, t. I (à Paris, M.DCCC.LVIII., in-8°), 
p. 248, ann. 1423. Cf. p. 238. 

8 "Estienne et Jehan de Farsmeres, chevaliers escossois" (Monstrelet, V, ch. X). 

3 " Thomas de Seton, escuier du pays d'Escosse, reçoit, le 10 octobre 1419, fie 
Jean Raguier, receveur des finances, la somme de 1146 liv., pour lui, ses eslen- 
dars et trompettes, et la paye de 22 escuiers et de 92 archiers." (Mss. de la Bibl. 
imp., fonds Gaignieres, n u 781, folio 123.) 

* Sir William Hamilton et son fils. (Holinshed, the third Volume of Chroni- 
cles, etc., p. 586, col. 2.) Cependant on voit figurer sur la liste des capitaines et 
chevaliers servant Charles VII au siège d'Orléans, un Guillaume Hamilton. (Le 
Faict de l'advilaillement et secours sur les Anglois de la ville d'Orléans. Bibl. imp. 
Mss., Suppl. franc., n° 2342, folio 79 verso.) 

5 Holinshed le nomme John Pillot. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 135 

confond par erreur John Stuart comte de Buchan, connétable 
de France, avec John Stuart de Derneley, connétable de Tannée 
écossaise dans ce pays 1 , et qui suppose qu'à Crevant les troupes 
étaient sous les ordres du premier, donne le texte d'une lettre 
écrite le lendemain de la bataille, par le comte de Suffolk, qui 
commandait l'armée anglaise, au chancelier et au conseil de 
Henry V, séant à Paris. On y trouve, dans le dénombrement des 
prisonniers, "le connestable d'Escoche, chef de leur compa- 
gnie," et dans celui des morts, "le frère dudit connestable 
d'Escoche. " Comme le fait observer Andrew Stuart, ce frère de 
Sir John Stuart de Derneley était, selon toute apparence, Sir 
William Hamilton, frère utérin du connétable. 

Quelques historiens rapportent que, dans le cours de la lutte 
engagée entre les Français et les Anglais , en 1423 et 1424, 
l'un des frères du comte de Suffolk fut fait prisonnier par les 
troupes de Charles YII et échangé contre Sir John Stuart de 
Derneley, tandis que d'autres disent que cet échange eut lieu 
avec le maréchal de Toulongeon , tombé aux mains de l'ennemi 
dans une autre rencontre. On ne sait point positivement à quel 
moment le connétable de l'armée d'Ecosse fut échangé et suffi- 
samment guéri de sa blessure et de la perte de son œil pour 
pouvoir rentrer dans le service actif. 

On ne voit pas non plus dans les historiens français que Sir 
John Stuart de Derneley, ou Sir William, son frère, ait pris 
part à la bataille de Verneuil. La relation qu'en donne le conti- 
nuateur de Fordun paraît, à première vue, confuse et contradic- 

1 Rapin de Thoyras (Histoire d'Angleterre, etc. La Haye, M.DCC.XLIX., in-4°, 
t. IV, p. 190) fait observer avec raison que les Français lui donnèrent le nom de 
connétable d'Ecosse, mais qu'on ne voit pas qu'il soit qualifié de même par les 
historiens de sa nation. Il conjecture que l'erreur des Français est provenue de 
leur ignorance de la langue anglaise ou écossaise, dans lesquelles le titre de con- 
nétable pouvait se donner à tout commandant d'un corps de troupes, sans que 
pour cela il fût connétable du royaume. — Voyez, sur le sens exact du mot cons- 
table, l'article que lui a consacré le D. Johnson. 



J36 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

toire ; mais, pour peu que l'on prenne la peine de la comparer 
avec le récit de Monstrelet, on la trouvera plus claire. 

En 1422, le comte de Buchan, maître d'une grande partie du 
pays entre Avranches et Gallardon, château près de Chartres, 
dont il s'était emparé après la bataille de Baugé 1 , passa en 
Ecosse 2 , où il- décida Archibald, second comte de Douglas, son 
beau-père, à venir en France 3 . Celui-ci, après des avaries de mer 



* Joann. Fordun, Scotichr., lib. XV, cap. XXXIV; vol. II, p. 462. — Chronique 
de Jean Raoulet, ch. XII , ann. 1421; à la suite de celle de Jean Chartier, t. III, 
p. 170. — Geste des nobles, ch. 183, 199, à la suite de la Chronique de la Pucelle, 
édit. de 1859, p. 181, 189. — Dans un document daté de 1420, dont nous n'avons 
malheureusement que l'analyse, Philippe d'Orléans, comte de Vertus, et le con- 
nétable d'Ecosse, envoient chercher certains chevaliers écossais pour les aider à 
faire lever aux Anglais le siège de Courville. (Catal. anal, des arch. de M. le baron 
de Joursanvault, t. II, p. 145, n° 2976.) Il est à croire que le comte de Buchan 
n'attendit pas que cette place fût délivrée; car un peu plus loin on rencontre des 
lettres envoyées à Amboise au connétable d'Ecosse, touchant le siège de Cour- 
ville. (Ibid., p. 172, n° 3169.) 

8 " De Guillaume d'Avaugour, bailli de Touraine, receu la somme de deux mille 
escus d'or pour prest par lui fait au roy, nostre sire, laquelle somme a esté baillée 
à M. le connestable de France, sur cinq mil escus à lui ordonnés pour le voyage 
d'Escoce." Compte de Hemon Raguier, 1422-23. (D. Morice, Mém. pour serv. de 
pr. à l'hist. de Bretagne, t. II, col. 1124.) — Henri de Pluscallec, gouverneur 
de La Rochelle, fut commis à faire payer les deniers nécessaires au voyage 
d'Ecosse (col. 1125), et eut la charge "d'amener en ce royaume... les contes de 
Glaz et de Marre et autres seigneurs, à puissance de gens d'armes et d'archiers 
dudit pays d'Escoce." Le roi lui avait engagé, à lui et à d'autres, la terre de Tail- 
lebourg, et les château, châtellenie et terre, de Chatelaillon, " pour seurté de paie- 
ment et restitucion de la somme de 30,000 escuz d'or, laquelle ilz baillèrent et fut 
par eulx emploiée au parfournissement du voyage que le roy... fist faire au pays 
d'Escoce par mer," etc. Le 15 février 1423 (vieux style), date de l'obligation ou 
lettres de Charles VII où nous puisons ces détails, ce prince restait redevoir à 
Henri de Pluscallec, la somme de 19,000 écus d'or, dont le mémoire est donné 
plus loin. (Archives de l'Empire, J. 183, n° 141.) — Cet embarquement du comte 
de Buchan à La Bochelle a pu donner lieu à une erreur relativement au point où 
débarquèrent nos alliés d'Ecosse. Chartier et Cousinot disent bien, il est vrai, que 
le comte de Douglas descendit à La Rochelle ; mais l'auteur de la Geste des nobles, 
ch. 209, assure positivement "que au port de Saint-Mahé de Fine-Posterne estoit 
descendue l'armée d'Escoce." (Chronique de la Pucelle, édit. de 1859, p. 195, 221.) 

3 On conserve, au Trésor des chartes, des lettres du 26 octobre 1423, par les- 
quelles il promet d'observer fidèlement les anciens traités entre la France et 
l'Ecosse, et de passer en France avec le comte de Buchan, le 6 décembre suivant, 
avec plusieurs seigneurs et nombre d'hommes d'armes et archers, etc. (Invent, 
chronol., etc., p. 37.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 137 

et des difficultés de plus d'une espèce 1 , étant arrivé à La Rochelle 
avec une armée de dix mille chevaliers et braves soldats 2 , vint 
joindre la cour à Châtillon -sur-Indre, et la suivit jusqu'à Bourges. 
Là, le roi le déclara lieutenant-général de ses armées, et, voulant 
reconnaître le service important qu'il lui rendait, il lui donna 
le duché de Touraine pour en jouir, lui et sa postérité mâle, à 
perpétuité, sous la réserve toutefois des droits royaux. Il y ajouta 
la ville et le château de Chinon avec toutes ses dépendances. Le 
comte prêta serment à Bourges le 19 avril 4423 3 , date des lettres- 
patentes du roi 4 . Elles furent portées par le chancelier à la 
Chambre des comptes , qui se réunit alors dans la capitale du 
Berry. La Chambre refusa d'en faire la vérification, et donna 

1 Elles sont indiquées ainsi dans une pièce des Archives de l'Empire (J. 183, 
n° 141) que nous avons déjà citée : "...huit mille escuz d'or... pour recompensa- 
tion de six gros vesseaulx à chastel devant, que il perdit sur mer ou service du 
roy... en deux voyages qui furent faiz oudit pais d'Escoce, c'est assavoir : deulx 
vesseaulx ou voyage duquel Jehan de Contes, dit Muguet, escuier, conseillier du 
roy... et Hemonnet Raguier, trésorier de ses guerres, eurent la charge; et quatre 
vesseaulx dont led. Henry eut la charge; et en 10,000 escuz... que il a paiez et 
despenduz du sien pour led. seigneur; et en sond. voyaige en Escoce, pour tant 
que en deffault il n'eut pas l'argent qui lui avoit esté ordonné à faire ycellui 
voyage, ou temps qui lui avoit esté promis, les vessaulx et navires qu'il avoit 
fraictez à ses fraiz pour faire led. voyage, avant qu'ilz partissent du port et havre 
de La Rochelle... avoient deservi tout le temps dedans lequel ilz dévoient avoir 
fait led. voyage, et lesquelx lui convint paier et contenter de nouvel, au pris du 
premier fret, de tout l'autre temps qu'ilz demeurèrent à faire tout led. voyage, 
ouquel ilz furent depuis la St.-Michel jusques à la my-caresme prouchaine après 
ensuivant; et aussi pour advitailler par deux foiz de nouvel lesd. vesseaulx et 
navire oud. pais d'Escoce, parce que à la première foiz qu'ilz furent chargez et 
bien avant en mer pour venir par deçà, par fortune de temps et de vent contraire 
convint retourner oud. pais d'Escoce : par quoy furent gastez et despenduz les 
vivres, et derechief convint aud. Henry advitailler de nouvel lesd. vesseaulx et 
navire, pour revenir par deçà," etc. 

! Jean Raoulet réduit ce nombre à "sept ou huit mille combattans escoçois," 
commandés par le comte de Douglas et son fils, et substitue à l'action du comte 
de Buchan celle de Regnauld de Chartres, archevêque de Reims, puis chancelier 
de France, envoyé en Ecosse "pour avoir encore secours et souldoyers." (Chro- 
nique de Charles VII, etc., t. III, p. 172.) — Suivant ce que rapporte Jean Char- 
tier, ils n'étaient pas plus "de quatre à cinq mil combattans." (Ibid., t. I, p. 40.) 

3 Invent, chron., etc., p. 36, 37. 

* On en trouve une analyse dans YHisl. généal. et chron. de la maison roy. 
de France, etc., t. III, p. 231, B. \oyez encore p. 322, D. 



138 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

pour prétexte que l'adresse était au parlement seul, ajoutant 
qu'au reste il était de son devoir de s'opposer à toute aliénation 
du domaine de la couronne. Le roi, ayant mandé les principaux 
magistrats de la chambre, leur enjoignit expressément de vérifier 
les lettres, nonobstant toutes objections contraires, les déchar- 
geant de tout ce qui pourrait arriver. Il leur en donna sa décla- 
ration le 25 avril 1423. 

A ces royales largesses, Charles VI, ou plutôt le régent, joignit 
l'abandon, au moins momentané, de Langeais et de Ghâtillon à 
des Écossais. Parmi les articles arrêtés pour conclusion du ma- 
riage entre le roi de Sicile et dame lsabeau de Bretagne, après 
avoir dit dans le premier : " Et veut le roy que sa duché de 
Touraine et ses appartenances, excepté les chasteau, ville et 
chastellenie de Ghinon , soit et demeure avecques les rentes et 
revenus du domaine d'icelle en la main de ladite dame royne de 
Sicile," le rédacteur spécifie que cette place serait remise, "si 
en la délivrance des autres places de ladite duché, c'est assavoir 
en tant que touche Ghastillon et Langeiz avoit aucun delay, et 
que dedans ladite S. Martin ne seroient par le roy plainement 
délivrées à ladite royne, parce que de présent sont tenues et oc- 
cupées par les Escoz 1 ." 

Quatre jours après la date des lettres-patentes que nous citions 
tout à l'heure, la nouvelle de la mutation qu'elles consacraient 
parvenait à Tours. Alarmés, plusieurs ecclésiastiques, bourgeois 
et habitants, réunis en la présence de Jehan Simon, lieutenant 
du bailli de Touraine, Guillaume d'Avaugour, chargent Jehan 
Saintier, l'un des élus, et Jehan Garnier, sergent du roi, d'aller 
à Bourges, auprès de Guillaume de Lucé, évoque de Maillezais, 
et du bailli, "pour leur savoir si le roy... avoit et ait donné le 
duché de Touraine au comte de Douglas du païs d'Escosse ; et, 

i D. Moricc, Mém. pour serv. depr. à l'hist. de Bretagne, t II, col. 1149-1151. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 139 

s'il estoit vray, qu'il leur pleust conseiller lesdits gens d'église, 
bourgeois et habitans, quelle voie et manière on avoit à tenir et 
qui soit à faire sur ce, pour le bien et honneur de ceste ville de 
Tours et païs de Touraine. Lesquels Jehan Saintier et Garnier 
ont rapporté que iceulx seigneurs dessus nommez leur ont dit 
qu'il est vray que le roy... a donné ledit duché de Touraine 
audit comte Douglaiz, et que on ne s'en effraye aucunement, et 
que les gens de ladite ville et païs de Touraine seront bien 
doulcement gouvernez et en paix, et que avant que ledit comte 
Douglas ait ne aille prendre la possession dudit duché, le roy... 
envoiera lettres auxdits gens d'église, bourgeois et habitans, et 
aucuns de ses officiers commis à lui laisser ladite possession, et 
que monseigneur le chancelier et ledit bailli dedans brief temps 
seroient en ladite ville, lesquels leur diroient plus à plain ce 
que on avoit sur ce à faire et les causes pour lesquelles le roy... 
a esté meu à lui bailler ledit duché ; et aussi ont iceulx Saintier 
et Garnier apporté la copie de la lettre du don dudit duché fait. . . 
audit comte 1 ." 

Dès qu'on sut à Tours que le roi avait donné au comte de 
Douglas le duché de Touraine , et que le nouveau duc se dispo- 
sait à partir pour en venir prendre possession , on s'assembla à 
l'hôtel de ville pour délibérer si l'on irait au devant de cet étranger 
et si on lui ferait les présents d'usage , qui consistaient en six 
pipes, c'est-à-dire douze barriques de vin, six muids d'avoine, 
cinquante moutons , quatre bœufs gras et cent livres de cire en 
torches. On députa deux ecclésiastiques et quatre notables pour 
aller à Loches complimenter le duc au nom de la ville, et l'on 
forma une compagnie de bourgeois à cheval pour aller à sa ren- 
contre. L'ayant trouvé à une certaine distance de la ville, elle 
l'accompagna jusqu'à son arrivée à Tours, où il fit son entrée, le 

1 Extrait des délibérations municipales de la ville de Tours, donné par M. Vallet 
de Viriville dans le Cabinet historique, etc. Paris, 1859, in-8°, catal., p. 104, 105. 



140 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

7 mai, par la porte de Notre-Dame-la-Riche. Là, il fut reçu par 
les quatre élus de la ville et par tous les bourgeois en armes. 
Martin d'Argouges, premier élu, porta la parole en lui présentant 
les clefs, et le supplia de maintenir les habitants dans leurs pri- 
vilèges, franchises et libertés. Le duc le promit, et les élus prirent 
acte de son consentement par-devant trois notaires qu'ils avaient 
amenés exprès. Le duc, ayant ensuite pris les clefs, les rendit 
aussitôt au premier élu. Alors il entra dans la ville, où il fut 
reçu aux acclamations du peuple. Les rues étaient tendues de 
tapisseries et jonchées de fleurs. Il alla directement à la cathé- 
drale, à la grande porte de laquelle il trouva l'archevêque et 
tous les chanoines en chapes. Le doyen lui présenta un surplis, 
une aumusseet un bréviaire. Le duc, ayant prêté serment entre 
ses mains , fut reçu chanoine et installé au chœur , en présence 
de Louis de Bourbon, comte de Yendôme, grand chambellan de 
France; de Jean de Bourbon, son frère, prince de Carency ; de 
François de Grigneux, et de plusieurs autres seigneurs. Le len- 
demain, il alla à l'église de Saint-Martin, où il fut pareillement 
reçu chanoine honoraire 1 . Après ces cérémonies, il établit Adam 
Douglas , son cousin , gouverneur de la ville et du château de 
Tours, suivant ses lettres du 27 mai. Les habitants, par délibé- 
ration des élus , firent présent au nouveau gouverneur de deux 
pipes de vin et d'un muid d'avoine 2 . Il eut à peine le temps de 
les consommer pendant sa charge, ne l'ayant exercée que jusqu'au 
mois d'août suivant, que son maître fut tué 3 . Adam Douglas 
avait pour lieutenant un Français, Guillaume Huillier. Presque 

1 "Les comtes de Flandres, d'Hollande, d'Angoulesme, de Douglas en Ecosse, 
sont chanoines nés de l'église de Saint-Martin." (Défense desprivileges de la noble 
et insigne église de S. Martin de Tours, etc. A Paris, M.DCCVIII., in-folio, p. 19.) 
Voyez encore le Dictionnaire géographique de Bruzen de la Martiniere, art. Tours. 

5 Chalmel , Histoire de Touraine, etc. Paris, M DCCC XXVIII, in-8°, liv. VIII; 
t. II, p. 187-189. — L'acte de prestation de serment se trouve dans le Ms. de la 
Bibl. imp. Bal. 9987. 3, fol. 1. 

3 Archives de la ville de Tours. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 141 

en même temps , Laurent Vernon , écuyer écossais , recevait en 
don du roi de France le château, chûtellenie, la terre et seigneurie 
de Montreuil-Bonnin, pour le comte de Sommerset, fait prison- 
nier à la bataille de Baugé *. Quelques jours après cette sanglante 
rencontre, nous l'avons déjà dit, Charles VII, n'étant encore que 
Dauphin, avait donné à Sir John Stuart de Derneley, la terre et 
châtellenie de Concressault , pour en jouir comme avaient fait 
par le passé les anciens seigneurs, à la valeur et estimation de 
deux mille livres de rente, à compléter, s'il y avait lieu, sur les 



1 Invent, chronol., p. 36, 37. — Filleau et de Chergé, Dictionnaire... des familles 
de l'ancien Poitou, etc. Poitiers, 1840-1854, in -8°, t. II, p. 791, col. 2. — Dans 
une autre province voisine du Poitou, on trouve en 1321 un Geoffroi Vernon, che- 
valier, occupant des fiefs relevant de la châtellenie du Blanc en Berri. (Hist. de la 
maison du Plessis de Richelieu, ch. III, à la suite de YHist. geneal. de la maison 
royale de Dreux, etc., p. 15.) Cette circonstance explique peut-être l'erreur 
dans laquelle est tombé Anselme en qualifiant le père de Laurent de seigneur de 
Montreuil-Bonnin. Laurent plaidait criminellement, le 11 décembre 1442, contre 
Jean Montgambry (Montgommery), son compatriote; il épousa Christine Goupille, 
dont il eut trois enfants. La famille Vernon portait : d'argent, à trois têtes d'ours 
arrachées de sable, emmuselées d'or, avec cette devise : Vernon viret (N° XXI). 

No XXI. — VERNON. 




Dans la généalogie donnée par le P. Anselme (Hist. généal et chron. de la mais, 
roy. de Fr., t. VIII, p. 754-756), on remarque un grand fauconnier de France, 
Raoul de Vernon, capitaine des soixante archers créés pour la garde du corps du 
roi, par lettres du 26 mars 1514. — Voyez encore un Procès au XV e siècle, par 
M. Félix Dupuis, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, an- 
née 1845, p. 260-283. 



H2 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

autres revenus du duché de Berri ; pour tenir cette châtellenie 
du roi en droit et honneur d'hommage lige , par lui et ses héri- 
tiers, jusqu'à ce qu'il lui eût donné terre en France, à titre de 
comté, de la valeur de deux mille livres de rente 1 . Le comte de 
"Wigton reçut la terre et châtellenie de Dun-le-Roi en Berry, au- 
jourd'hui Dun-sur-Auron , chef-lieu de canton du département 
du Cher, qui, après le retour du comte en Ecosse, fut transportée 
au comte de Richemont, connétable de France 2 . D'un autre côté, 
un poète, interprète de la reconnaissance populaire, mettait sur 
la scène les comtes de Buchan et de Douglas , dans un mystère 
" où la France se représente en forme d'un personnaige au roi 
Charles VII , pour le glorifier ez grâces que Dieu a faictes pour 
lui... et parlent ensemble en forme de dialogue." Chacun des 
personnages y dit deux couplets 3 . 

Indépendamment de ces magnifiques récompenses , les auxi- 
liaires écossais de Charles YII recevaient fréquemment des pré- 
sents de chevaux. Dans des comptes royaux de 1419 et 1420, 
les comtes de Wigton et de Buchan sont portés comme en ayant 
reçu chacun deux , et le connétable de l'armée d'Ecosse , John 
Stuart de Derneley, un 4 ; deux autres avaient été donnés à deux 
archers du même pays, Sifflet et Jean YEscossoys 5 , tandis que 
trois de leurs compatriotes n'avaient eu que des haubergeons 6 , 
peut-être d'une forme particulière, comme le "harnoiz de bras à 
la façon d'Escoce," acheté de maître Richard de Malleville, 

1 Voyez ci-dessus, p. 121. — Thaumas de la Thaumassiere (Hist. de Berry, etc., 
liv. V, ch. LXXI, p. 396) cite des lettres données à S. Florent lez Saumur, le 
21 avril 1421, confirmées par autres de décembre 1425. 

2 Ordonnances, etc., t. XVI, p. 464. 

3 On ignore entièrement l'année où ce mystère fut composé et le nom de son 
auteur. Il n'a jamais été imprimé, et on ne le connaît que par le témoignage de 
du Verdier. Voyez sa Bibliothèque françoise, édit. de Rigoley de Juvigny, t. III, 
p. 104; et l'Histoire du théâtre français des frères Parfaict, t. II, p. 538, 539. 

* Archives de l'Empire, reg. KK, 53, folio 5 recto; 8 verso, col. 2. 
6 Ibid., folio 75 recto, 78 verso. 
Ibid., folio 71 recto. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 143 

armurier du roi et du Dauphin , dont le nom figure encore plus 
loin pour un cheval 1 . 

Dans des comptes royaux de 1421 , Négune, aide de fourrière, 
est porté comme envoyé, "lui deuxième, à cheval, de Poitiers à 
Chastillon-sur-Indre, avec Messire J. de Crenat, Escot (Écossais), 
quérir plusieurs lettres et descharges touchant le fait de la des- 
charge de l'ostel de mondit seigneur le régent ; lesquelles lettres 
et descharges, avecques un cheval chargié d'argent, aucuns de 
la garnison dudit Ghastillon avoient osté audit maistre de la 
Chambre aux deniers de mondit seigneur. Lesquels ramenèrent 
ledit cheval et aussi rapportèrent lesdites lettres, sans argent, 
pource que mondit seigneur le régent donna à M. de Boquan 
ledit argent pour avoir un cheval 2 ," etc. 

D'autres pièces de comptabilité de la même année nous mon- 
trent Charles , duc d'Orléans , mandant à ses gens des comptes 
de faire payer à Guillaume Cousinot, son chambellan, 50 livres 
tournois pour un voyage fait naguère par ledit Cousinot, de Blois 
à Tours, par devers M. le Dauphin et les seigneurs d'Ecosse, pour 
savoir si l'on pourrait échanger les prisonniers anglais faits par 
lesdits seigneurs à la journée de Baugé, contre lui, Charles, 
duc d'Orléans, et Jean, comte d'Angoulême, son frère. Elles 
révèlent encore un autre voyage fait par le secrétaire du duc, 
pour s'entendre avec le chambellan Jean d'Escros, à l'effet d'en- 
voyer à Paris un Anglais chargé de proposer à la duchesse de 
Clarence et au duc d'Exeter l'échange du comte d'Angoulême, 
prisonnier en Angleterre, contre Thomas de Beaufort, fils de la 
duchesse, fait prisonnier récemment, à la journée de Baugé, par 
le connétable d'Ecosse. Cette série de documents se termine par 
une gratification du Dauphin à ce capitaine 3 . 



1 Archives de l'Empire, reg. KK, 53, folio 73 verso, 85 verso, 88 verso, 120 verso. 

2 Chronique de Charles VII, par Jean Chartier, édit. de M. Vallet, t. III, p. 318. 

3 Catal. anal, des arch. de M. le baron de Joursanrault, t. II, p. 223, n° 3386. 



144 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Son homonyme, si magnifiquement traité par la cour de 
France, était encore l'objet des libéralités de celle de Bretagne. 
Dans les comptes de cette dernière figurent " une couppe d'or 
que la duchesse avait baillée au duc pour donner au comte de 
Bochan 1 ," et "une couppe d'or au comte de Boquen, qui estoit 
venu vers le duc à Vannes de par le Dauphin 2 ." 

L'année suivante, le régent assistait aux noces d'un certain 
Guillaume Roger, au sujet duquel M. Yallet de Viriville demande, 
nous ne savons pourquoi , si ce ne serait pas " William Roger, 
escossois 3 ." Enfin, dans un compte pour le roi, du 1 er janvier 
au dernier septembre 4423, on trouve deux mentions, l'une, de 
Thomas l'Escot 4 , K pour ung petit cheval morel. . . donné à Jouan 
Souard, archier de Esquosse," que sans cette désignation on eût 
bien pu prendre pour un Français 5 ; l'autre, pareillement, d'un 
cheval "donné à Maston Seton, escuier d'Escosse 6 ," le même 

1 Compte de Jean Mauleon, garde des joyaux et vaisselle d'or et d'argent de 
M. le duc, etc. 1414-1424. (D. Morice, Mérn. pour servir de preuves à l'histoire de 
Bretagne, t. II, col. 1162.) 

* Ibid,, col. 1164. 

3 Chronique de Charles VII, par J. Chartier, t. III, p. 309. 

4 Thomas l'Escot ou Scot était " chevaucheur de l'escuirie du roy." (Registre 
de la mairie de Tours, cité par M. Quicherat, à la suite des Procès,., de Jeanne 
d'Arc, t. V, p. 265, et par M. Vallet de Viriville, dans le Cabinet historique, 
5 e année, catal., p. 140.) Rien ne l'indique comme Écossais, pas plus que son 
homonyme, mentionné dans la montre de Mouton, sire de Blainville, en 1371 
(Hist. geneal. de la maison de Harcourt, t. IV, p. 1891), pas plus que Monot 
l'Escot, châtelain de Rouvre en 1353 (D. Plancher, Hist. gén. et part, de Bourgo- 
gne, etc., liv. XII, ch. LIV; t. II, p. 298), que Jean l'Escot, fourrier de la duchesse 
de Bourgogne en 1384 (ibid., t. III, preuves, p. lxix, col. 2), et que Guy l'Escot, 
clerc, en 1399. (Ibid., p. clxxxxij, col. 2.) 

5 Sans parler du critique Suard, on trouve, au milieu du XVI e siècle, plusieurs 
Suhart nommés dans l'Histoire de la maison de Harcourt, liv. III, ch. XI, t. I er , 
p. 146. — Dans le siècle précédent, cette maison s'était alliée avec celle des sei- 
gneurs de Gray, dont le nom patronymique, qui est Patry, contribue à faire soup- 
çonner une origine écossaise (ibid., liv. XI, ch. VI; t. II, p. 1176. Cf. p. 1177), 
que l'on ne saurait contester à la famille d'Olliençon, également alliée à celle de 
Suhart. En 1582, François d'Olliençon figurait au mariage de Françoise de Har- 
court avec Antoine Suhard, en qualité de cousin germain de l'une des deux parties. 
(Ibid., liv. XI, ch. LVI; t. II, p. 1441.) 

Archives de l'Empire, registre coté KK, 53, folio 159 verso, 160 verso. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 145 

sans doute que "Thomas Ston, Escossoys, cappitaine de gens 
d'armes," qui en avait déjà reçu un clair-brun 1 . De pareils dons 
de chevaux auront lieu jusqu'en Tan 1449, où Ton voit, dans un 
compte de Geoffroy Beausseron, des hommes d'armes et des 
archers écossais de la garde du roi, sous les ordres de Patrick 
Folkart et de Thomas Haliday, recevoir diverses sommes "pour 
avoir deux chevaulx," ou "pour avoir ung bon cheval 2 ." 

Ici vient prendre place un fait que nous ne rapportons que 
sous toutes réserves , ne connaissant pas l'autorité sur laquelle 
se fonde l'auteur du livre d'où il est tiré. 

"Lorsque Jean Stuart eut mérité par ses services la haute 
estime dont il jouissait auprès de Charles VI et de Charles VII, 
il fit venir en France une colonie d'Écossais, ses compatriotes. 
Charles VII, à sa considération, leur procura un établissement 
aux environs de Bourges; il leur abandonna une partie de la 
forêt de Haulte-Brune, située dans la forêt de Saint-Martin 
d'Auxigny, leur permit de la défricher et d'y construire des 
habitations. Il leur accorda, par lettres-patentes enregistrées au 
parlement, de grands privilèges : le droit de couper des bois de 
construction, exemption de la taille et de tous droits d'entrée 
dans la ville de Bourges pour le débit de leurs denrées. Il institua 
pour eux une justice royale et un juge appelé le capitaine de la 
salle le roi, qui siégeait l'épée au côté, et qui connaissait exclu- 
sivement des causes, tant civiles que criminelles, qui intéres- 
saient les habitants et propriétaires de la forêt. 

"Les seigneurs de Puy vallée, dépositaires de la charte de 

1 Archives de l'Empire, registre coté KK, 53, folio 6 recto. — Thomas Ston, sei- 
gneur de Langeais, mal à propos appelé chevalier anglais dans l'Histoire généalo- 
gique et chronologique de la maison royale de France, t. V, p. 381, avait épousé, 
avant 1422, Isabeau Goyon, veuve de Pierre d'Amboise, vicomte de Thouars, 
laquelle se remaria, l'an 1435, à Geoffroy de Tremereuc. 

2 Ms. de la Bibl. imp., suppl. français n° 4777. 3. — Des cinquante-huit noms 
inscrits sur cette liste, un seul, le premier, porté pour 110 livres tournois, est 
accompagné de cette mention : " Pour lui aider à vivre et soustenir son estât." 

Yol. i. 10 



14G LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Charles VII, ayant concédé aux Écossais de grands terrains in- 
cultes, jouissaient des mêmes privilèges. 

"Les habitants de ce canton, qu'on appelle encore la Forêt, 
ont conservé des signes de leur origine primitive ; il y en a dont 
les noms sont encore écossais, tels que les Jamyns, Willandys, 
Jawy, etc. Ils sont tous intelligents, actifs, industrieux, et se 
livrent à toute espèce de commerce et de brocantage. Leur pays 
n'étant pas capable de les nourrir, ils sont toujours par voie et 
par chemin. Ils s'adonnent beaucoup au roulage; il y a parmi 
eux plusieurs voituriers qui parcourent toute la France. Ils sont 
presque tous propriétaires; le pays qu'ils ont défriché est cou- 
vert d'arbres fruitiers dont ils tirent un grand parti; ils vont 
vendre leurs fruits jusqu'à Paris. Enfin ils ne ressemblent en 
rien à nos paysans du Berry 1 ." 

Parvenu à la couronne, le Dauphin se trouvait à Chinon lors- 
qu'il apprit que les Anglais assiégeaient le château d'Ivry. Le 
conseil résolut d'empêcher, s'il était possible, la prise de cette 
place. Le comte de Buchan, que le roi avait élevé à la dignité 
de connétable, et le comte de Douglas, duc de Touraine, parti- 
rent en toute hâte pour en faire lever le siège. La ville de Tours, 
en cette occasion, leur prêta la somme de mille livres 2 . Chemin 
faisant, ils prirent Châteaudun, où le duc d'Alençon, le maréchal 
de La Fayette, le vicomte de Narbonne et plusieurs autres, vin- 
rent les rejoindre. " Quant ils furent près de Verneuil au Perche, 
dit l'auteur du Journal d'un bourgeois de Paris 3 , si firent une 
grant trahison ; car ils prindrent grant foison de leurs soudoyers 

1 Curiosités philologiques, géographiques et ethnologiques, dans la Bibliothèque 
de poche. Paris, 1855, in-12, p. 330, 331. — Tout ce passage est copié littérale- 
ment d'un mémoire écrit en 1810 et publié plus tard sous le titre de Mémoire 
historique sur le Berry, et particulièrement sur quelques châteaux du départe- 
ment du Cher, par M. P.-J. de Bougy-Puyvallée, député de la noblesse de Berry 
aux États-Généraux de 1789. A Bourges, chez Vermeil, 1842, in-8°, p. 44, 45. 

2 Chalmel, Hist. de Touraine, liv. VIII; t. II, p. 193, 194. 
s Édit. du Panth. Utt., p. 665, col. 1. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 147 

escossois, qui bien sçavoient parler le langage d'Angleterre, et 
leur lièrent les mains et les mirent aux queues des chevaulx, et 
les touillèrent de sang, en manière de playes, en mains, en bras 
et en visage; et ainsi les menèrent devant Verneuil, criant et 
braiant à hault cris, en langaige d'Angloys," etc. Trompés par 
ces démonstrations, les habitants, qui tenaient le parti du roi 
Henry, convinrent de se rendre. Le duc de Bedford ayant appris 
que l'armée française était arrivée à Yerneuil, envoya prier par 
un héraut le duc de Touraine de vouloir bien l'attendre, parce 
qu'il voulait boire avec lui. Le duc répondit à cette fanfaronnade 
qu'il venait tout exprès d'Ecosse pour cela. Dès lors on se pré- 
para au combat de part et d'autre. 

Le 17 août 1424 eut lieu la bataille de Verneuil, si désas- 
treuse pour le corps auxiliaire écossais, "où estoient environ, 
dit Raoulet , mil nobles hommes et trois ou quatre mil combat- 
tans," nombre qui se rapporte assez à celui que donnent Jean 
Ghartier et Martial d'Auvergne 1 . La perte de la journée doit 
être, à ce qu'il paraît, attribuée à la mésintelligence qui régnait 
entre les Français et leurs alliés. Ce désaccord empêcha une 
partie de l'armée d'opérer avec l'autre, tandis que, du côté des 
Anglais, la solidité des archers, dont chacun avait une espèce 
de fourche plantée devant lui , eut aisément l'avantage sur l'im- 
pétuosité des arbalétriers lombards, bien qu'ils fussent admira- 
blement montés et armés. A cette cause, il faut ajouter l'ordre 
imprudent du duc de Touraine, qui , défendant de faire quartier 
aux Anglais, les contraignit à se battre en désespérés. Le comte 
de Buchan, le comte de Douglas lui-même, et James Douglas 
son fils, Alexander Lindsay, Robert Stuart, Thomas de Swinton 2 , 



1 Chronique de Charles VII, etc., 1. 1, p. 40 ; t. III, p. 187. — Les Vigilles de 
la mort du roy Charles VII, l re part., p. 52. 

2 Voyez, sur ce chevalier, Douglas, the Baronage of Scotland, vol. I, p. 129, 
col. 2, n» XII. 



148 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

neveu du duc d'Albany, avec nombre de chevaliers et de vail- 
lants barons 1 , restèrent sur le champ de bataille 2 . 

Un écrivain contemporain, se faisant l'écho d'un bruit répandu 
à l'époque, signale la fierté écossaise comme la principale cause 
du désastre de Yerneuil , qu'il considère comme un événement 
heureux pour la France : "Les Écossais, dit-il, sont d'habitude 
ardents et solides au combat, mais téméraires et fiers à l'excès." 
Puis, après un récit sommaire de cette journée, il continue ainsi : 
" C'était un spectacle affreux à contempler que celui des mon- 
ceaux de cadavres entassés et pressés sur ce champ de bataille, là 
surtout où la lutte avait eu lieu avec les Écossais ; car pas un d'eux 
ne fut épargné à titre de captif. ... La cause de cet acharnement 
et de ce carnage sans merci fut la fierté des Écossais : avant 
l'engagement, le duc de Bedford leur ayant envoyé demander 
quelles seraient les conditions du combat, ils répondirent qu'ils 
ne voulaient pas, ce jour-là, faire de prisonniers aux Anglais ni 
que les Anglais leur en fissent, réponse qui, en allumant contre 



1 L'auteur de la chronique du Ms. Auchinleck nomme " Sir Walter de Bekir- 
toune, Sir Willame de Setoune, fils unique du comte de Wintoun ," mentionné 
dans le Peerage of Scotland de Douglas, vol. II, p. 642, col. 1 ; " Sir Richert de 
Bekirtoune, Sir Henry Bekirtoune, gouverneur des archers écossais, et Alexander 
Bikirtoune," etc. (An Addicioun of Scottis Corrdklis and Deidis, puhl. lty Th. 
Thomson, 1819, in-4°, p. 23.) A cette liste, il faut ajouter, d'après le manuscrit 
harléien n° 782, folio 51 verso, Sir Robert Kaneday (Delort, Essai critique sur 
Charles VII, etc. Paris, 1824, in-8°, p. 247), et, d'après Holinshed (the third Vo- 
lume of Chronicles, etc. London, 1587, in-folio, p. 588, col. 2), "Sir Alexander 
Meldrin, Sir Henrie Balglanie, Sir John Sterling, William ofHomelsdon, Sir James 
Graie, Sir Robert Randen, et 720 Écossais de nom et d'armes, outre d'autres. Et 
là furent pris Sir Piers Harison, Sir John Turnebull, Écossais," etc. 

* Joann. Fordun, Scotichr., lib. XV, c. XXXV; vol. II, p. 463. — Hect. Boeth., 
Scotor. Eist., lib. XVI, fol. 345 recto. — Monstrelet, Chroniques, liv. II, ch. XX; 
éd. du Panth. litt., p. 557-559. — Chron. de la Pucelle, p. 412, 413. — J. Char- 
ger, Chron. de Charles VII, éd. de Godefroy, p. 8, 11; éd. de M. Vallet, t. I, 
p. 42, 43. — P. 262 de Godefroy, et t. II, p. 334, de Vallet, il est question d'un 
seigneur de Boucan ou Boucat, qui prit part au siège de Chalais en 1453 : serait-ce 
un fils du connétable, dont La Barre, par une erreur plus facile à expliquer qu'à 
excuser, fait un comte de Beauveau? (Mém. pour serv. à l'hist. de Fr. et de 
Bourg., etc., I e part., p. 101, et table des matières, p. 316, col. 2.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 149 

eux la fureur de l'ennemi, les fit exterminer. Cet échec tourna à 
l'avantage de la France; car tels étaient et l'orgueil des Écossais 
et le mépris dans lequel ils tenaient les Français, que s'ils fussent 
sortis vainqueurs de cette lutte , ils eussent comploté d'égorger 
toute la noblesse de l'Anjou , de la Touraine , du Berry et des 
provinces voisines, pour s'emparer eux-mêmes de leurs maisons, 
de leurs femmes, de tous leurs biens les plus précieux; ce qui, 
certainement , ne leur eût pas été bien difficile , une fois vain- 
queurs des Anglais, comme ils l'avaient espéré 1 ." Il est beaucoup 
plus certain, et Pinkerion le fait remarquer, que la désastreuse 
journée de Verneuil coupa court pour l'avenir aux expéditions 
d'auxiliaires écossais en France, où l'on n'en vit plus, si ce n'est 
un petit nombre d'aventuriers et quelques troupes sous les rè- 
gnes de Jacques III et de Jacques IV 2 . 

Après la mort du comte de Douglas, le duché de Touraine 
passa à Louis d'Anjou. Ce prince ayant été fiancé avec une nièce 
de Charles VII, le roi s'était engagé pour cent mille livres; mais 
les finances se trouvant dans un état complet d'épuisement, par 
ses lettres-patentes datées d'Angers le 21 octobre 1424 (v. s.), 
il donna en forme d'engagement, pour la somme promise, le 
duché de Touraine avec ses dépendances, ainsi que la ville et le 
château de Chinon, toujours sous la réserve des droits royaux 3 . 

Quand le roi disposait ainsi du duché de Touraine , on était 
persuadé qu'Archibald, fils aîné du comte de Douglas, était mort 
en Ecosse 4 , comme le bruit en avait couru ; mais aussitôt que ce 



1 De Calamitate Galliœ scriptor anonymus, ap. Jacob. Mcyer., Annales... rerum 
Belgicarum. Francofurti ad Mœnum, M.D.LXXX., in-folio, liv. XV, t. I, p. 30G. 

2 Pinkerton, the History ofScotland, vol. I, p. 106, 107. 

3 Chalmel, Hist. de Touraine, etc., liv. VIII; t. II, p. 189. 

* On trouve cependant, parmi les délibérations municipales de Tours, à la date 
du 20 septembre 1423, un mandement des élus pour payer mille livres au comte 
de Douglas pour son joyeux avènement. M. Vallet de Viriville ne doute pas qu'il 
ne s'agisse d'Archibald IV, comte de Douglas après son père tué à Verneuil. (Le 
Cabinet historique, 5 e année, catal., p. 106, n° 9.) 



150 LES ÉCOSSAIS EN FRANGE. 

seigneur fut instruit de ce qui se passait, de concert avec sa 
mère et sa femme, il réclama le duché dont Louis était en pos- 
session 1 . Pour le satisfaire, on lui donna d'autres terres en dé- 
dommagement, avec la faculté de porter le titre de duc de 
Touraine, qui devait être plus tard un embarras pour la royauté 
écossaise 2 . Ce titre et ces terres passèrent à William, son fils, 
et à sa postérité, jusqu'à James YI, dernier comte de Douglas 3 . 
Mais revenons au second et à son fils , tués à la bataille de Yer- 
neuil en même temps que leur compatriote le comte de Buchan. 
Leurs corps, qu'on racheta des Anglais, furent transportés à 
Tours et inhumés au milieu du chœur de l'église cathédrale, le 
24 août, dans la même fosse, sans pompe ni cérémonie. Le roi, 
néanmoins, en considération des services de ces trois seigneurs, 
fit payer aux officiers de leurs maisons tout ce qui leur était dû 
de leurs gages, et ordonna qu'on remboursât ceux qui avaient 
fourni des vivres en chemin 4 . 



1 Le Ms. de la Bibl. imp. Bal. 9987. 3 contient, fol. 4, la lettre que la veuve du 
comte de Douglas écrivit à Charles VII pour réclamer " la tierce partie de la du- 
chié de Touraine et des rentez et revenuz d'icelle du temps passé et avenir," etc. 
Elle est datée de Douglas, le quatorze mai, et suivie, dans le même volume, fol. 5 
et 6, des "Responces aux articles baillez au roy par le chancelier d'Escoce [le sire 
de Crychtoune], pour et ou non de madame Marguerite l'ainsnée, contessc de 
Douglaz, monseigneur le comte de Douglaz qui à présent est, et madame Margue- 
rite de Douglaz, sa femme, touchant le fait de la duchié de Touraine," etc. 

2 Voyez Pinkerton, the History of Scotland, liv. VI; vol. I, p. 193, ann. 1410. 

3 Chalmel, Hist. de Touraine, liv. VIII; t. II, p. 191. — Lindsay de Pitscottie 
rapporte que William réclama le duché de Touraine par Malcolm Fleming de Cum- 
bernald et Alan Lawder, ambassadeurs d'Ecosse auprès de Charles VII, et que ce 
prince fit droit à cette requête sur tous les points. ( The Croniclis of Scotland, etc. 
Edinburgh, 1814, in-8°, vol. I, p. 21.) 

* Chalmel, Hist. de Touraine, liv. VIII ; t. II, p. 194. — Les dettes d'Archibald 
Douglas s'élevaient à la somme de 4,3S7 livres 14 sous 2 deniers tournois et 14 écus ; 
celles de James, son fils, à 1,690 livres 5 sous 6 deniers tournois et 17 écus. Le 
roi, par ses lettres du 5 octobre 1424, assigne aux créanciers une somme égale, 
pour le montant de leurs créances, sur l'aide octroyée par les États de Poitou, le 
29 septembre 1423, et envoie à Tours, le 9 septembre de l'année suivante, l'ar- 
chevêque de Reims pour aviser au paiement des dettes laissées par le duc ou son 
gouverneur. (Archives de Tours, citées par M. Vallet de Viriville dans le Cabinet 
historique, 5 e année, 1859, catal., p. 105, 106, n° 7.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 151 

Ace moment-là, il avait parmi ses conseillers un autre Douglas, 
Jean ou Jeannot, dont nous ne savons rien, si ce n'est qu'il 
épousa une Française, Philippe de Rochechouart, fille de Simon 
de Rochechouart, seigneur d'Ancourt, de Morogues et de Maupas, 
et déjà veuve de trois maris : 1° Jean du MesnU-Simon, bailli de 
Berry, conseiller et chambellan du régent 1 ; 2° le seigneur de 
La Rochette, autre familier notable de Charles VII 2 ; 3° George 
Haliburton, écuyer écossais 3 . 

Parmi les victimes de la bataille de Verneuil, n'oublions pas 
Sir Robert Maxwell, premier lord de Calderwood. Ayant ordonné 
par testament, dès 1421, que son corps fût inhumé dans l'église 
des Frères Mineurs d'Angers 4 , il est à croire qu'il fut obéi. 

Au milieu de tant de désastres, Charles VII fut au moment de 
quitter un pays qui lui échappait de plus en plus. Un matin qu'il 
était livré à ses tristes pensées, il entra dans son oratoire, "et 
là, dit un écrivain contemporain, il fit une humble requeste et 
prière à Nostre Seigneur, dedans son cueur, sans pronuntiation 
de parolle, où il lui requeroit dévotement que, se ainsi estoit 
qu'il fust vray hoir (héritier) descendu de la noble maison de 
France, et que le royaulme justement luy deust appartenir, qu'il 
luy pleust de luy garder et deffendre, ou au pis luy donner grâce 
de eschapper sans mort ou prison, et qu'il se peust saulver en 
Espaigne ou en Escosse, qui estoient de toute ancienneté frères 
d'armes et alliez des roys de France 5 , etc." 

1 Vallet de Viriville, Charles VII, roi de France, et ses conseillers, etc. Paris, 
1859, grand in-8°, p. 8. 

2 Ibid., p. 26. 

3 Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de 
France, etc., t. II, p. 862, E ; t. IV, p. 654, A. — On trouve un " George Aliberton " 
parmi les hommes d'armes d'une "monstre etveue faicte à Villefranche et Millau, 
en Rouergue," le 20 octobre 1469 ; il n'est pas probable que ce soit le même. 

4 Bistorical Account ofthe noble Family of Kennedy, etc. Printed at Edinburgh, 
MDCCCXLIX, in-4°, p. 17, en note. 

5 Pierre Sala, Hardiesses des grands rois et empereurs, dans le t. IV des Procès... 
de Jeanne d'Arc, p. 280. Voyez encore t. V, p. 339. 



152 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Les affaires de Charles VII paraissaient en effet presque déses- 
pérées ; mais les deux puissances belligérantes étaient tellement 
épuisées, que d'un côté comme de Vautre, il n'y eut aucun 
engagement sérieux pendant le reste de Tannée 1424 et une 
grande partie de l'année 1425. Le roi s'occupait de négocia- 
tions avec le duc de Bretagne et avec son frère, le comte de 
Richemont, auquel il offrit la dignité de connétable de France, 
vacante par la mort de John Stewart, comte de Buchan. Le 
comte accepta et se dévoua aux intérêts du royaume et de 
Charles VII, bien qu'il fût souvent en désaccord avec les minis- 
tres, nommément avec le duc de La Trémouille, le premier 
d'entre eux. 

Dans l'histoire du comte de Richemont, écrite par l'un de 
ses serviteurs, Guillaume Gruel, on trouve diverses particula- 
rités qui montrent que Sir John Stuart de Derneley était lié avec 
le nouveau connétable et qu'il lui prêta main-forte en plusieurs 
occasions. Dans le récit des événements de l'année 1426, on 
lit le passage suivant : "Pour ce que les Anglois faisoient de 
grandes courses et de grands maulx en Bretaigne, M gr le connes- 
table vint emparer (couvrir) Pontorson, et fut environ la Sainct- 
Michel. Et y vinrent des François et des Escossois avec luy; et 
y estoient le connestable d'Escosse et messire Jehan Ouschart, 
qui avoient bonne compaignie de gens d'Escosse.... et durant 
ce vinrent les Anglois un peu avant soleil couchant, qui estoient 
en nombre bien huict cent; et saillit-on hors aux champs, et 
se mist-on en bataille oultre le marais devers le Mont St. -Michel, 
et ne sçavoit-on quelle puissance lesdicts Anglois avoient. Si fist 
le connestable d'Escosse descendre tous les gens d'armes et 
archers à pied ; puis vinrent lesdicts Anglois jusques à un traict 
d'arc; et en y eut deux ou trois qui se vinrent faire tuer en 
nostre bataille; et y furent faicts deux ou trois chevaliers. Et 
quand les Anglois veirent la bataille, ils s'enfuirent en grand 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 153 

desarroy, et en fut prins et tué plusieurs; mais pour ce que tout 
estoit à pied, ne peurent estre si fort chassez comme ils eussent 
esté, qui eust esté à cheval. Après que la place fut un peu bien 
fortifiée, M gr le connestable et le connestable d'Escosse, et la 
pluspart des seigneurs et capitaines s'en allèrent, exceptez ceulx 
que M gr le connestable y laissa 1 ." Parmi eux se trouvait " mes- 
sire Ouschart, capitaine des Escossois." Le duc de Bretagne 
voulait rendre Pontorson aux Anglais avant que le siège n'y fût 
mis; mais ceux qui étaient dans la place refusaient de se rendre 
et disaient qu'ils tiendraient pour le connétable. Leur détermi- 
nation prévalut, et bientôt après le maréchal de Bretagne fit 
crier que tous ceux qui n'étaient pas décidés à attendre le siège 
s'en allassent. De son côté, Sir John Wishart fit annoncer que 
tous ceux qui voudraient partir fissent promptement leurs pré- 
paratifs. "Si s'en alla celuy jour ledict Ouschart à grande com- 
paignée 2 ." Les Écossais qui le suivaient étaient sans doute les 
mêmes que nous retrouvons plus tard tenant la campagne en 
Poitou, venant au devant de madame de Guienne, femme du 
connétable, qui avait quitté Ghinon, et l'accompagnant jusqu'à 
Thouars 3 . 

Plus heureux que la plupart des Écossais qui prirent part à la 
bataille deVerneuil, John Carmichael, de la maison des Carmi- 
chael du Douglasdale 4 , échappa au carnage; il était chapelain 
du duc de Touraine, resta en France et devint évêque d'Orléans, 
où il eut l'occasion de prêter une notable assistance à Jeanne 
Darc pendant le siège de cette ville. Bien de plus naturel que 
d'attribuer à ce prélat, nommé par nos historiens Jean de Saint- 



1 Histoire d'Artus III, duc de Bretaigne, et connestable de France, etc., de 
nouveau mise en lumière par Théodore Godefroy. A Paris, M.DC.XXII., petit ia-4°, 
p. 31, 32. 

2 Ibid., p. 35. 
» Ibid., p. 41. 

* Fordun l'appelle Kirkmichael. 



154 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Michel l , l'institution de la messe qui se disait encore au siècle 
dernier pour les âmes des Écossais morts dans cette circons- 
tance 2 , si nous ne savions, par un auteur plus autorisé que l'his- 
torien des Douglas, qui parle de cette fondation, qu'il en fut fait 
une pareille par le connétable de l'armée d'Ecosse et son épouse. 
Cette messe s'appelait la messe écossaise 3 . 

Nonobstant l'état peu rassurant de la cause royale après la 
désastreuse bataille de Verneuil, Sir John Stuart de Derneley et 
son frère, Sir William Stuart, restèrent inébranlables dans leur 
attachement aux intérêts de la France. Pour le récompenser au- 
tant que pour en assurer la durée, Charles VII fît don au conné- 
table de l'armée d'Ecosse du comté d'Évreux, par lettres-patentes 
du mois de janvier 4426 (1427 nouveau style), ainsi conçues : 
"Charles, etc., considerans les haulx, honnorables et commen- 
dables, proufitables et très-agreables services et plaisirs que 
nostre chier et féal cousin Jehan Stewart, seigneur de Dernelé, 
connestable de l'armée d'Escoce, estant en nostre royaume, 
nous a faits par long temps à nostre nécessité... etespcrans que 
encore face ou temps à venir ; et entendans et bien cognoissans 
les très-grands charges que, en mises et despences de finances 
et autrement, il a eues, portées et soustenues pour nostre secours 
et service et à l'occasion d'iceulx : c'est assavoir à sa venue du 
royaume d'Escoce en nostredict royaume, à soy mettre sus et 
plusieurs chevaliers et escuyers et autres gens de guerre, qu'il a 
admenez et soustenuz en sa compaignie en nostredict service, à 



1 Gallia christiana, t. VIII, col. 1477. — Symphorien Guyon, Histoire del'eglise 
et diocèse, ville et université d'Orléans. A Orléans, M.DC.L., in-folio, seconde 
partie, p. 181-274. — Journal du siège, à la suite des Procès... de Jeanne d'Arc, 
t. IV, p. 130. Voyez encore t. V, p. 296. 

2 David Hume de Godscroft, the History of the House and Race of Douglas and 
Angus, vol. I, p. 244. 

3 La Thaumassiere, Histoire de Berry, p. 694. — Guyon, Hist. de l'église..' 
d'Orléans, etc., seconde partie, p. 270, 271. — Andrew Stuart, Geneal. Hist. of 
the Stewarts, p. 159, en note. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 155 

soustenir son estât et à entretenir ladicte armée d'Escossoys, ou 
grande partie d'icelle, par ses moyens, conduite et travaux lon- 
guement, ainsi que encore fait à grands cousts et frais; attendu 
mesmement le petit payement que pour ses gaiges, estât et sou- 
doyement, ou autrement, en bienfaits il eut de nous... par 
l'avis et délibération des seigneurs de nostre sang et linaige 
estant à présent devers nous... pour lui et pour son hoir masle 
né ou à naistre, et descendant de son corps en loyal mariage, et 
ainsi de hoir en hoir masle en droite ligne et loyal mariage seu- 
lement, avons donné nostre comté de Evreux en nostre duchié 
de Normandie... et octroyons qu'il puisse prendre et preigne le 
tiltre de... comte d'Evreux, et semblablement après lui sondict 
hoir masle et les hoirs masles dessus dicts 1 ," etc. 

D'autres lettres-patentes, en date du 4 février 1427-8, vien- 
nent encore témoigner de l'estime que Charles VII portait à Sir 
John Stuart de Derneley. Par ces lettres, dont du Puy nous a 
conservé le texte 2 , et qui sont mentionnées par la Thaumassiere 
et Guyon 3 , le roi, "en perpétuelle mémoire de tant de signalez 
et importans services rendus par ledit Jean Stewart, connestable 
d'Escosse," lui permettait, à lui et à ses descendants, de porter 



1 Le Brasseur, Hist. civ. et eccl. du comté d'Evreux. A Paris, MDCCXXII, in-4°, 
actes et preuves, p. 119, 120. — Invent, chronol., etc., p. 38. — Par acte daté de 
Bourges, le 14 mars 1426, John Stuart s'engagea, pour lui et ses successeurs, à 
remettre au roi de France, moyennant le paiement de cinquante mille écus d'or, 
le comté d'Evreux, qui lui avait été donné par lettres datées de Montluçon, au 
mois de janvier de la même année. (Ibid., p. 39.) Plus tard, par d'autres lettres 
datées de Chinon, le 10 novembre 1428, Charles VII promettait à Jacques I er de 
lui donner, une fois qu'avec son assistance il aurait complètement recouvré son 
royaume, le duché de Berry ou le comté d'Evreux, à son choix, en échange du 
comté de Saintonge, du château et de la châtellenie de Rochefort-sur-Charente. 
(Ibid., p. 42.) — Dans les archives du baron de Joursanvault, il existait des 
lettres originales signées de Jean Stuart (Catal. anal., etc., t. II, p. 225, n° 3391, 
ann. 1428, 1429); nous ne savons ce qu'elles sont devenues. 

2 Collection du Puy, au Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale, t. I, 
fol. 218,219. 

3 Histoire de Berry, etc., p. 697. — Histoire de l'église... d'Orléans, etc., se- 
conde partie, p. 181. 



156 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

ses armes écartelées de France 1 (N° XXII). Quant au comte de 
Buchan, il conserva les armes de sa famille : de gueule à trois 
housettes, ou jambes, bottées d'hermines, éperonnées d'or, 
aboutissant au point d'honneur de Vécu 2 (N° XXIII). 

N« XXII. — STUART DE DERNELEY. N» XXIII. — STEWART DE BUCHAN. 





A la fin de Tannée 1427, ou au commencement de la sui- 
vante, Charles VII, pressé de tout côté par ses ennemis, envoya 
Sir John Stuart de Derneley, en compagnie de l'archevêque de 
Reims et d'Alain Chartier, chancelier de l'église de Bayeux 3 , 
chercher de nouveaux secours auprès de Jacques I er , roi d'Ecosse, 
et demander en mariage la princesse Marguerite, sa fille aînée, 
pour le Dauphin 4 . Tout lui fut accordé; les anciens traités furent 



1 Ms. de la Bibl. imp. Colb. 96 53.5.5, folio 158 recto. — Voyez, sur les armoiries 
de John et d'Alan Stuart de Derneley, Geneal. Ifist. ofthe Steicarts, etc., p. 164. 

- Le César armoriai, etc., p. 86, 87. — La vraie et parfaite Science des armoi- 
ries, p. 398. — Plus loin, César de Grandpré, p. 533, Le Feron (Histoire des Con- 
nestables, etc. Paris, M.DC.LVIII., in-folio, p. 46, 47) et le P. Anselme (His- 
toire de la mais. roy. de Fr., t. VI, p. 225), réunissent à tort ces deux écus en un. 

3 Andrew Stuart l'appelle "M. Allan Anvigall Cancellarius Bajocen." (Geneal. 
Hist. ofthe Steivarls, p. 145.) Il n'est pas difficile de démêler que cet historien a 
suivi un mauvais texte des lettres patentes de Jacques 1 er , du 19 juillet 1428, où 
le poète diplomate est nommé Auriga, traduction latine de Chartier. 

* "... du 2i octobre, à messire Jehan Stuart, connestable des Escoczays, pour 
lui aider à faire son veaige en Escoce..., cinq cens livres. — A maistre Morice de 
Botonan, parent dudit connestable, 40 1." Compte de Jean Mauleon, 1427. (D. Mo- 
rice, Mém. pour servir de preuves à l'histoire... de Bretagne, t. II, col. 1205.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 157 

renouvelés 1 , et le monarque reconnaissant fit don à son allié du 
comté de Sainlongc, avec le château et châtellcnie de Rochefort- 
sur-Charcnte et tout ce qui en dépendait, pour le posséder à 
perpétuité, sous la réserve des droits royaux, de la même ma- 
nière que le roi de Sicile possédait le duché d'Anjou, et le duc 
d'Orléans le sien 2 . Déjà Henry Lychton, évêque d'Aberdeen, 
Patrick Ogilvy, vicomte d'Angus, et maître Edward de Lawder, 
archidiacre de Lothian, étaient à Paris en qualité d'ambassadeurs 
de Jacques 3 ; mais la princesse étant trop jeune, ainsi que le 
Dauphin, ne vint chez nous qu'en 1436, bien accompagnée de 
noblesse et de nouvelles recrues. 

Tous avaient été précédés parle seigneur d'Aubigny, qui s'était 
empressé de repasser en France avec du renfort. On le trouve, 
avec son frère "William, au siège d'Orléans en 4428. "La gail- 
lardise des tenans, dit François de Belle-Forest, et le peu que 
les assiegeans gagnoient sur eux, et leur longue tenue, et force 
à souffrir ce siège, ayant desja près de trois mois qu'ils estoient 
enclos, estoit cause que plusieurs alloient courageusement se 
rejecter dedans la ville pour courir avec eux une mesme fortune. 
Entre lesquels furent ceux qui vindrent avec le sieur de Gaucourt 
gouverneur d'Orléans, qui estoit sorty pour avoir secours, d'au- 
tant que Guillaume Stuard frère du seigneur d'Aubigny, après 
qu'il se fut reconcilié au roi, car il estoit de la ligue du Connes- 
table contre le seigneur de la Trimoùille, et les seigneurs de 

1 The Acts ofthe ParKaments in Scotland, vol. II, MDCCCX1V, in-folio, app. 5, 
p. 26. — Invent, chronol., etc., p. 39-44. — Quand la Pucelle d'Orléans se pré- 
senta à Robert de Raudricourt, à Vaucouleurs, il était déjà question de marier le 
fils de Charles VII avec Marguerite d'Ecosse. (Procès de condamnation et de réha- 
bilitation de Jeanne d'Arc, etc., t. II, p. 436.) 

2 Les lettres-patentes dressées en cette occasion ont été publiées, d'après un 
ridimus de l'an 1530, par M. Joseph Robertson, dans the Miscellany ofthe Spalding 
Club, vol. II. Aberdeen, M DCCCXLII, in-4°, p. 183-185. Elles sont datées de 
Chinon, au mois de novembre l'an 1428. 

3 The Life and Dealh of King James the First of Scotland. Printcd for the 
Mailland Club. M.DCC.XXVII., in-4", p. 6, A. D. 1425. 



158 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Barbazan et de Verduzan Gascons, et autres plusieurs jusqu'au 
nombre de mille bons combattans, lesquels vindrent, conduisans 
vivres, et autres munitions à Orléans, non sans un grand sou- 
lagement pour les assiégez 1 ," etc. 

S'il faut en croire YHistoire et discours au vray du siège qui 
fut mis devant la ville d'Orléans 1 *, etc., cette entrée eut lieu le 
mardi 8 février. "Le lendemain, qui fut jeudy (10 février), se 
partit d'Orléans le bastard d'Orléans et deux cens combattans 
avec luy, pour aller à Blois devers le comte de Clermont, et 
messire Jean Estuart, connestable d'Escosse, le seigneur de la 
Tour, baron d'Auvergne, le vicomte de Thouars, seigneur d'Am- 
boise, et autres chevaliers et escuiers, accompagnez, comme on 
disoit, de bien quatre mil combattans, tant d'Auvergne, Bour- 
bonnois, comme d'Escosse, pour savoir d'eux l'heure et le jour 
qu'il leur plairoit mettre d'assaillir les Anglois et faux François, 
amenans de Paris vivres et artillerie à leurs gens tenans le 
siège 3 ." 

Le vendredi 11 février, plusieurs capitaines, parmi lesquels 
se trouvait M messire Guillaume Estuart , frère du connestable 
d'Escosse," firent une sortie à la tête de quinze cents combat- 
tants, et opérèrent leur jonction le jour même avec le comte de 
Clermont à Rouvray-Saint-Denis ; "et quand ils furent tous as- 
semblez, ils se trouvèrent de trois à quatre mil combattans, et 
ne s'en partirent jusques au lendemain environ trois heures 
après midy 4 ." 

Le lendemain, messire John Falstof et plusieurs autres che- 
valiers et écuyers anglais, accompagnés de quinze cents com- 



1 Les grandes Annales, etc. Paris, M.D.LXXIX., in-folio, vol. II, folio 1078 recto. 

2 A Orléans, M.D.LXXVI., in-4°, folio 11 recto. La veille, "messire Jean de 
Lescot, Gascon, et autres embassadeurs," étaient rentrés dans la ville. Cf. Guyon, 
Hist. de l'église... d'Orléans, etc., p. 193. 

3 Histoire et discours, etc., folio 12 recto. — Guyon, p. 196. 

4 Ibid., folio 12 recto. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 15!» 

battants de divers pays, firent leur apparition avec un convoi 
de munitions de guerre destinées aux assiégeants. Informés que 
l'ennemi marchait sans ordre ni défiance, les capitaines qui 
commandaient l'avant-garde voulaient attaquer; "mais le comte 
de Clermont manda plusieurs fois et par plusieurs messages à 
La Hire et autres, ainsi disposans d'assaillir leurs adversaires, 
et qu'ils trouvoient en eux tant grand avantage, qu'ils ne leur 
feissent aucun assault jusques à sa venue, et qu'il leur amène- 
ront de trois à quatre mil combattans, moult desirans d'assem- 
bler aux Anglois. Pour l'honneur et amour duquel ils délaissèrent 
leur entreprinse à leur très-grand desplaisance, et sur tous de 
La Hire, qui demonstroit l'apparence de leur dommage, en tant 
que on donnoit espace aux Anglois d'eux mettre et serrer ensem- 
ble; et avecques ce d'eux fortifier de paux et de charriots.... 
D'autre part porta aussi moult impaciemment celle attente le 
connestable d'Escosse, lequel estoit pareillement venu là près à 
tout (avec) environ quatre cens combattans, où avoit de bien 
vaillans hommes 1 ." 

John Stuart voyant les Anglais retranchés et ne faisant pas 
mine de vouloir sortir, fut pris d'une telle envie de les attaquer, 
qu'il enfreignit l'ordre qui avait été donné de rester en selle; il 
mit pied à terre, "et à son exemple, et pour luy ayder, descen- 
dirent aussi le Oastard d'Orléans, le seigneur d'Orval, messire 
Guillaume Estuard," et nombre d'autres chevaliers et écuyers, 
avec environ quatre cents combattants, sans les gens de trait, 
qui déjà étaient descendus de cheval et avaient vaillamment 



1 Histoire et discours, etc., folio 13 recto. — Ce même chiffre de quatre cents 
combattants se retrouve dans cet article d'un compte de l'époque : " Soubz lui (le 
comte de Richemont, connestable de France), messire Jehan Stewart, chevalier 
banneret, connestable de l'armée d'Escoce, receus au Pont-de-Sée le 1. aoust 1425. 
avec quatre cens archers dudit pays." Compte de Hemon Raguier, trésorier des 
guerres du roi, depuis le 1 er mars 1424 jusqu'au dernier jour de septembre 1433. 
(D. Morice, Mém.pour servir de preuves à l'hist... de Bretagne, t. II, col. 1164.) 



1G0 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

repoussé les Anglais. Mais peu leur valut; car quand ceux-ci 
virent que le principal corps de troupes, qui était assez loin, 
venait mollement et ne rejoignait pas le connétable et ses com- 
pagnons, ils s'élancèrent de leur parc, donnèrent sur les Fran- 
çais à pied et les mirent en déroute, non pas toutefois sans leur 
tuer trois ou quatre cents hommes, parmi lesquels se trouvaient 
Sir John Stuart de Derneley, et William Stuart, son frère 1 . 

Tel est le récit de la journée des Harengs par un écrivain du 
parti des vaincus. Si maintenant nous recourons au Journal du 
bourgeois de Paris, dont l'auteur était partisan des Anglais, nous 
y verrons sur le premier plan les Écossais fuyant à qui mieux 
mieux. Ils se trouvaient, dit-il, avec un parti d'Armagnacs, qui, 
ayant rencontré entre Janville en Beauce et un village nommé 
Rouvray-Saint-Denis un convoi de farine défendu par des archers 
et arbalétriers de Paris et des archers anglais, s'étaient mis à 
l'attaquer et avaient été repoussés avec perte. "Quant les Escos- 
sois et les autres virent ce, ajoute l'écrivain, moult furent esbahy s, 
et eulx prindrent à fuir comme bestes que un loup espart çà et 
là; et nos gens à les suivir de près, et à occire et abattre ce 
qu'ils porent atteindre; et en demeura en la place de morts 
quatre cens et plus, et de prins grande quantité 2 ." 

John et William Stuart furent inhumés dans la cathédrale 
d'Orléans, en la chapelle de Notre-Dame Blanche, derrière le 
chœur, où fut aussi enterrée Elizabeth, femme du connétable 



1 Histoire et discours, etc., folio 13 verso et 14 recto. — Chronique de la Pu- 
celle, édit. du Panih. litt., p. 427, col. 1 et 2; édit. de 1859, p. 269. — Journal 
du siège d'Orléans et du voyage de Reims, à la suite des Procès... de Jeanne d'Arc, 
t. IV, p. 124. — Jean Chartier, Histoire de Charles VII, édit. de Godefroy, p. 17, 
ann. 1429; édit. de M. Vallet de Viriville, t. I, p. 62, 63. — Enguerrand de Mons- 
trelet, Chroniques, ann. 1428, liv. II, ch. LVI ; édit. du Panih. litt., p. 598, 599. 
— Martial d'Auvergne, les Vigilles de la mort du roy Charles VII, l re part., p. 93. 

2 Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne, p. 119; édit. du 
Panth. litt., p. 677. — Ces deux éditions portent Cauville et Thomray, c'est-à- 
dire deux fautes de lecture. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 1G1 

de Tannée d'Ecosse. Tous deux avaient fondé une grand'messe 
journalière qui devait être chantée dans cette chapelle, après 
l'office de Matines, par un chanoine et les enfants de chœur. Par 
la suite des temps, le revenu de cette fondation étant devenu 
trop modique, le chapitre de l'église d'Orléans y réunit quelques 
autres legs et fondations pour continuer la célébration de cette 
messe en l'honneur de la Vierge, pour les Stuart et autres fon- 
dateurs et bienfaiteurs. 

Parmi ces derniers, il convient de mentionner, sur la foi de 
l'annaliste d'Orléans cité par le vieil historien de cette ville, deux 
autres gentilshommes écossais qui étaient frères et portaient tous 
deux, nous ne savons comment, le nom de Guillaume Douglas. 
Ils tombèrent en combattant au siège d'Orléans en une sortie, 
le 21 octobre 4428, et leurs corps furent fort honorablement 
inhumés vis-à-vis du grand autel de l'église de Sainte-Croix, à 
laquelle ils avaient donné cent quarante écus d'or et dix aunes 
de damas rouge pour faire des ornements 1 . 

A l'époque de la mort du connétable d'Ecosse, il y avait chez 
nous un capitaine Jean Stuart qui commandait une compagnie 
d'Écossais; c'était vraisemblablement son troisième fils 2 . L'aîné, 
Sir Alan Stuart de Derneley, qui était resté en Ecosse pendant 
que son père guerroyait en France, semble y être arrivé aussitôt 
après la bataille de Yerneuil, et avoir été investi de la charge de 
connétable de l'armée écossaise 3 et sans doute des autres digni- 
tés et seigneuries de Sir John. 



1 Guyon, Histoire de l'église et diocèse... d'Orléans, etc., seconde partie, p. 270. 

2 Le second était Alexander Stuart, qui tua en bataille rangée Sir Thomas Boyd 
de Kilmarnock, meurtrier de son frère aîné Sir Alan Stuart de Derneley. Voyez 
Lindsay de Pitscottie, cité par Andrew Stuart, Genealogical Hislory of the 
Steivarts, etc., p. 167. 

3 On lit dans les comptes d'Antoine Raguier, trésorier des guerres, sous l'an, 
née 1435 : "A Alain Stuart, seigneur de Dernlé, connestable de l'armée d'Escosse, 
pour semblable cause, six vingt-trois royaux deux sous six deniers tournois." 
(Andrew Stuart, Geneal. Hist. ofthe Steivarts, etc., p. 165.) 

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1G2 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Malgré les diverses concessions à lui faites par Charles VII, il 
paraîtrait que sa fortune et celle de sa famille auraient été com- 
promises par leurs efforts en faveur de la France et de son roi ; 
de sorte que les fils de John Stuart furent plus d'une fois obligés 
d'obtenir de ce prince des protections contre leurs créanciers. 
L'une d'elles, qui ne nous est connue que par une courte analyse 
en anglais, est datée du 4 août 1437, et accordée à Alan Stuart, 
seigneur de Derneley, et à John Stuart, son frère, contre leurs 
créanciers, écossais ou français, dans le royaume de France, 
pour huit mois après leur retour d'Angleterre 1 . 

Que Sir John Stuart ait ainsi entamé sa fortune au service de 
la France pendant les neuf dernières années de sa vie, il n'y a 
rien là qui doive étonner, quand on se rappelle qu'il était obligé 
de tenir un rang élevé dans ce pays, et qu'il entretint à ses 
frais, pendant un aussi long espace de temps, un corps con- 
sidérable de troupes et d'officiers, fait mentionné à diverses 
reprises dans les lettres de concession de Charles VII, dont les 
finances embarrassées ne lui permirent pas de récompenser ou 
d'indemniser suffisamment Sir John Stuart pour ces lourdes 
charges ; car ce ne fut qu'après la mort du brave Écossais que 
ce prince eut la pleine jouissance de son royaume et des finances 
qui en provenaient. 

Dans les lettres de concession de la terre d'Aubigny, elle était 
donnée à Sir John Stuart de Derneley et à ses héritiers mâles en 
ligne directe à perpétuité 2 ; mais par suite d'arrangements de 
famille faits par les Stuarts de Derneley, avec l'approbation des 
rois de France, la terre et seigneurie d'Aubigny vint souvent 
aux branches cadettes ou collatérales de cette maison, parce que 

1 Archives de Derneley appartenant au duc de Montrose, citées par Andrew 
Stuart dans son Histoire généalogique des Stewarts, p. 165. 

2 Voyez ci-dessus, p. 127, 128. Les lettres de Charles VII ont été puhliées par 
Andrew Stuart, dans son Histoire généalogique des Stewarts, appendix, n° II, 
p. 393-395. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 1G3 

la branche aînée était rarement en état de résider en France, en 
raison de ses vastes possessions en Ecosse , qui réclamaient la 
présence de ses membres, et en raison de leurs devoirs de vas- 
saux envers leurs souverains. 

En conséquence, la terre d'Aubigny, comme celle de Goncres- 
sault, au lieu de rester à Alan, fils aîné de Sir John Stuart 1 er , 
échut à John Stuart, son troisième fils. Celui-ci en rendait hom- 
mage à Louis XI en 1461, suivant des lettres du 2 septembre 
de cette année, adressées au trésorier du bailliage de Berry 1 . Il 
resta en France, fut chevalier de Tordre de Saint-Michel et capi- 
taine des cent gens d'armes écossais, et mourut Tan 4482, ne 
laissant de sa femme Béatrix d'Apchier qu'un fils, Bernard ou 
Béraud Stuart, qui fut après lui seigneur des mêmes terres 2 . 

Que son père fût ou non le capitaine Jean Stuart qui, cin- 
quante ans auparavant, commandait chez nous une compagnie 
d'Écossais, Michel Hamilton, qui en faisait partie, raconte que, 
dans la semaine sainte de l'année 1429, lui et plusieurs de ses 
compagnons de pied étaient logés en un village nommé Yallet, 
assez près de Glisson, et menacés par les Bretons, qui tenaient 
la campagne en nombre. Un espion envoyé pour faire un rapport 
sur les Écossais étant tombé dans leurs mains, ils le firent parler 
et le pendirent; puis ils prirent la fuite, mais non sans laisser 
quelques-uns des leurs au pouvoir des paysans. Parmi les pri- 
sonniers se trouvait Hamilton, que le poids de sa cuirasse avait 
empêché de fuir; il fut mené à Clisson, et pendu de la main 
même du fils de l'espion, ardent à venger son père. Du moment 
qu'il s'était vu pris, il avait invoqué sainte Catherine, et fait vœu 
de venir la remercier dans sa chapelle de Fierbois, au cas où elle 

1 Andrew Stuart, Geneal. Hist. ofïhe Stewarts, etc., p. 169. 

2 Thaumas de la Thaumassiere, Histoire de Berry, etc., liv. IX, ch. IV, p. 697. 
— Béatrix d'Apchier était l'une des dames de Bonne de Berry, comtesse d'Arma- 
gnac en 1434, qui lui fit un legs par testament; elle épousa John Stuart en 1446. 
(Anselme, Hist. généal. et chron. de la maison roy. de Fr., t. III, p. 817, E.) 



104 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

le préserverait de la mort. Bien lui en prit; car, quand il eut été 
pendu, la nuit suivante le curé de la ville entendit une voix qui 
lui dit d'aller dépendre Ilamilton. 11 y fit peu d'attention, et ce 
ne fut que sur un ordre réitéré qu'il se décida à dire à l'un de 
ses paroissiens d'aller voir au gibet si le malheureux était mort 
ou non. Après l'avoir tourné et retourné, le messager, pour avoir 
certitude complète, déchaussa le pied droit du pendu et lui perça 
le petit orteil de façon à lui faire une grande plaie d'où jaillit du 
sang. Se sentant blessé, Ilamilton retira la jambe et remua. A 
cette vue, la frayeur s'empara du messager; il s'enfuit et courut 
en toute hâte rapporter au curé ce qui s'était passé. Celui-ci, 
apercevant dans toute cette affaire une intervention d'en haut, 
raconta les faits au peuple qui était présent; puis s' étant, ainsi 
que son clergé, revêtu de ses habits sacerdotaux, il se rendit en 
grande compagnie à la justice, et ils dépendirent Ilamilton. Tout 
cela se passait en présence de celui qui l'avait pendu : furieux 
de voir que sa victime était sur le point de lui échapper, il lui 
donne sur l'oreille d'une épée et lui fait une grande plaie, bar- 
barie qui ne laisse pas que d'être blâmée. Là-dessus, Hamilton 
est chargé sur un cheval , mené dans une maison et donné à 
soigner; bientôt après, l'abbesse de la Regrippière ayant entendu 
raconter ce qui s'était passé, envoie chercher notre Écossais pour 
le faire traiter dans son abbaye. On l'y mène, et, comme il ne 
savait pas le français, la charitable dame lui donne un compa- 
triote pour garde-malade. Il venait de lui raconter ses aventures, 
quand une voix lui rappela qu'il avait un vœu à remplir. Hors 
d'état de pouvoir marcher, il attendit encore quinze jours, puis 
se mit en route pour Fierbois; mais ce ne fut point sans trou- 
ver sur les champs des compagnons avec lesquels il resta quel- 
ques jours pour reprendre des forces 1 . Dans cette histoire, 

• 

1 Les Miracles de Madame sainte Katherine de Fierboys, etc., p. 52-57, ch. XVIII. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. I(i5 

oomme dans une autre de Tan 1423, où Ton voit des Écossais, 
dans le Berry, pendre huit pauvres paysans pour se venger d'avoir 
été détroussés non loin de là 1 , comme également dans l'histoire 
du capitaine Boyce Glauny 2 , je vois la peinture fidèle des maux 
qui, pendant la guerre de cent ans, désolaient nos provinces du 
centre , devenues la proie de hordes indisciplinées; mais je trouve 
aussi que les Écossais y figuraient en grand nombre. 

Dans le sud-ouest, les populations si longtemps soumises à 
l'Angleterre apprirent bientôt à les connaître après l'arrivée d'un 
nouveau chef écossais, qui eut lieu la même année que la bataille 
deVerneuil. Robert Pittilloch, de Dundee, aborda en France, ac- 
compagné de braves soldats, sans doute sur d'autres vaisseaux 
que ceux du roi d'Ecosse, pour lesquels celui d'Angleterre avait 
donné un sauf-conduit 3 . Il fut, dit un de ses compatriotes, en 
telle estime, et fit tel service à Charles VII, principalement dans 
le midi de la France, qu'il reçut et conserva longtemps le nom 
de petit roi de Gascogne 4 , et nous savons que ce prince lui ac- 
corda des lettres de naturalisation, où on lui donne le titre 
d'écuyer de l'écurie du roi 5 ; ce qui rend assez croyable le récit 
d'Hector Boyce, suivi par William Stcwart, qui rapportent que 
Robert Pittilloch avait commencé par occuper le grade le plus in- 



1 Les Miracles de Madame sainte Katherine de Fierboys, etc., p. 41, ch. XII. 

2 "... un capitaine escossois nommé Bouays Glauny, qui faisoit tous les maux 
que on pourroit dire, fut prins et pendu. Dont les Gascons et Escossois feirent 
grand plaincte et grand bruit devers le roy," etc. {Histoire d'Arlus III, duc de 
Bretaigne, etc., p. 97, ann. 1439.) — Dans une pièce datée de Mehun-sur-Evre, 
le 10 décembre 1425, on voit Charles VII donner à Jean Petit, son trésorier, la 
somme de 200 livres tournois pour l'indemniser des dommages qu'il avait subis 
lors d'une mission financière par lui remplie, et dans le cours de laquelle il avait 
été détroussé par des Écossais. (Bibl. imp., Cabinet des titres, dossier Giac.) 

3 Salvus conductus pro magistris navium régis Scotiae [Waltero Clerk et Lau- 
rentio de Ballochyn, cum mercandisis suis], ad Burdegaliam profecturis, A. D. 
1423-4. (Rotuli Scotia>, vol. II, p. 247, col. 2.) 

* Joann. Lesl., de Gest. Scot., lib. VIII, p. 260. — David Chambre, Hist. abbr. 
des papes, etc., folio 178 recto. 
5 4 mars 1452. (Invent, chronol, etc., p. 46.) 



166 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

finie dans la garde écossaise, d'où il s'éleva par son mérite jus- 
qu'au commandement 1 . Pendant qu'il l'exerçait, il eut sous ses 
ordres, à ce que l'on a dit, un homme auquel nous devrions l'une 
de nos gloires. Bret rapporte, et M. Taschereau a répété d'après 
lui 2 , qu'un nommé Poquelin, Écossais, fut un de ceux qui com- 
posèrent la garde que Charles Y1I attacha à sa personne. M Les 
descendants de ce Poquelin , ajoute-t-il , s'établirent les uns à 
Tournay 3 , les autres à Cambrai, où ils ont joui longtemps des 
droits de la noblesse. Les malheurs des temps leur firent une 
nécessité du commerce, dans lequel quelques-uns d'entre eux 
vinrent faire oublier leurs privilèges à Paris 4 ." 

Charles VII avait donné au commandant de la garde écossaise 
la seigneurie de Sauveterre, près et joignant le comté de Com- 
minges. Robert étant mort sans héritiers mâles, cette seigneurie 
retourna à Louis XI, qui en fit don à Jean, bâtard d'Armagnac, 
par lettres rendues à Blaye, le 24- février 1461 5 . Quant à celle 
de Clermont, dont le nom est ajouté au sien dans trois actes 
intéressants des Archives de la couronne d'Ecosse, en date des 
6 et 7 novembre 1458 6 , nous ne savons à qui elle passa. 

1 Bellenden, thellist. and Chron. of Scotland, vol. II, p. 495. — The Buik oflhe 
Croniclis of Scotland, vol. III, p. 516. — Un compilateur du XVII e siècle, après 
avoir rapporté que " David de Pitulo fut capitaine des gardes de Louys XI, roy de 
France," ajoute, nous ignorons d'après quelle autorité, que ce prince, "après sa 
mort, l'honora d'une statue qu'il luy fit dresser en la salle de son palais." ( Davity, 
nouveau Théâtre du monde, etc. A Paris, M.DCLXI., in-folio, t. II, p. 922.) 

2 Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, 3 e édit., 1844, in-18, p. 207. 

3 Au XVII e siècle, il y avait dans cette ville un Bertrand Quinquet, imprimeur. 
Le nom de Kinkel revient souvent dans les comptes de la garde écossaise pour 1469 
et années suivantes. Plus tard, on voit Jaspard Quinquet, archer de la garde écos- 
saise, donnant reçu à Vendôme de 275 livres 5 sous tournois, le 29 octobre 1530. 

* Le nom de Pocquelin père, avec celui de Scot, se trouve au bas de la page 11 
des Articles et conditions sur lesquelles les marchands negotiants du royaume 
supplient tres-humblement le roy de leur accorder sa déclaration... pour V établis- 
sement d'une compagnie pour le commerce des Indes Orientales. A Bourdeaus, 
1664, in-4°. 

5 Ordonnances, etc., t. XV, p. 360. 

6 Commissio W m0 Monypenny de Conquirsalt, M 10 Joanni Kanedy, preposito 
Sancti Andrée, ac Patricio Folkart, capitanio guardie régis Francorum, et Roberto 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. I(i7 

David Chambre, s'il l'avait su, n'aurait pas manque d'ajouter 
qu'à la môme époque Job Chambre étant venu d'Ecosse en gar- 
nison à Tartas, s'y établit et y épousa Mathine de Curdosse, fille 
de Bertrand de Curdosse, suivant une déposition des principaux 
habitants de cette ville, en date du 2 novembre 1451 . La maison 
de Chambre portait d'or à une fasce d'azur, surmontée d'un lion 
de gueules naissant à demi -corps, et accompagnée en pointe 
d'une fleur de lis aussi de gueules 1 (N° XXIV). 

N° XXIV. — DE CHAMBRE. 




Nous regrettons de ne point être aussi bien renseigné au sujet 
d'une autre famille écossaise établie dans une autre petite ville 
de la Guiennc. Dans une délibération du corps de la noblesse de 



de Petlillo de Clermont, armigeris, faciendi... veros ambaxatorcs et mincios so- 
lempnes, dando... eisdem... plenam potestatem... se representandi coram Carolo, 
Francoruni rege, ibidemque cura quibuseumque ambaxatoribus régis Danie et 
Niiivagie... conveniendi , etc. (General Rcgister House, Edinburgh, Reg. Mag. 
Sig. B. v, n° 79.) — Altéra commissio dictis personis super pace eum eodeni rege. 
(Ibid., n° 80.) — Altéra commissio dictis personis ad concludendum paeem cum 
rege Castellne. Dat. ut supr. (Ibid., n° 81.) 

1 D'Hozier, Armoriai général, etc., reg. V, art. de Chambre, p. 1. — Ces armoi- 
ries sont également celles de David de Chambre, dont il reste quelques volumes 
ainsi décorés, et de George Chalmers, qui les avait fait coller sur tous les livres de 
sa bibliothèque. — Dans un ouvrage publié il y a quelques années, le sceau d'un 
Thomas Chalmers qui vivait en 1468, est ainsi décrit : "A demi-lion rampant 
issuing from a fess; a fleur-de-lis in base." (Henry Laing, descriptive Catalogue 
of... ancient Scoltish Seals, etc. Edinburgh, MDCCCL, in-4°, p. 34, n° 169.) 



168 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Sainte-Foix et pays de nouvelle conquête, prise dans son assem- 
blée du 27 janvier 1789, figure un Lockhart Ledrier 1 . De ces 
deux noms, le premier, célèbre pour avoir été porté par le gen- 
dre de Sir Walter Scott, n'a éprouvé qu'un changement insigni- 
fiant; quant au second, il paraît être une corruption de Lauder, 
devenu Ladre dans un rôle du 1 er avril 1513, où sont nommés 
Jehan Ladre, Piètre Ladre et James Ladre parmi les archers de 
la garde écossaise. 

Peut-on faire remonter aussi haut l'origine de M. Mathisson- 
Ferret, juge de paix à Lavardac, arrondissement de Nérac? 
A coup sûr, le premier de ces noms est écossais; mais en se 
reportant à l'ordonnance de Charles le Bel relative à une colonie 
écossaise établie dans le voisinage de Nérac avant 1327*, on 
peut être tenté d'y rattacher l'ancêtre du magistrat, plutôt que 
de voir en lui un compagnon de Pittilloch ou de Sir John Stuart 
de Derneley. 

Un an avant la mort du second, les Anglais assiégeaient Mon- 
targis, et un capitaine écossais nommé Kennedy, en compagnie 
de La Hire et de l'abbé de Cercanceau 3 , qui avait bien de trois 
à quatre mille hommes de pied , avait contribué à faire lever le 
siège. Il commandait un corps de ses compatriotes, qui, dans 
cette journée, ne se montrèrent pas inférieurs aux nôtres 4 , et il 
tenait d'ordinaire garnison à Lagny, d'où il partait quelquefois 



1 O'Gilvy, Nobiliaire de Guienne, etc., t. I er . Bordeaux, 1856, in-4°, p. 196, col. 3. 

2 Voyez ci-dessus, p. 57. 

3 C'était un partisan du Gâtinais; le Journal du siège d'Orléans en parle. (Pro- 
cès de... Jeanne d'Arc, t. IV, p. 107.) — Voyez, sur l'abbaye de Cercanceau, dont 
les bâtiments, transformés en papeterie, appartiennent aujourd'bui à d'épais mar- 
cliands de la rue Saint-Merry, le Gallia christiana, t. XII, p. 240, D; et l'Histoire 
générale des pays de Gastinois, Senonois et Jlurepoix, etc., par feu R. P. Dom 
Guillaume Morin. A Paris, M.DC.XXX., in-4°, liv. II, p. 286-289. Henri, marécbal 
de France, y avait été enterré en 1214. Voyez les grandes Chroniques de France, 
édit. de M. Paris, t. IV, p. 166. Plus loin, t. V, p. 171, ann. 1323, on lit une anec- 
dote où figure un abbé de Cercanceau. 

i Chron. de la Pucelle, édit. du Panth. lilt., p. 419, 420 ; édit. de 1859, p. 245. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 169 

avec Jeanne Darc , pour faire des expéditions dans le voisinage 
contre les Anglais 1 , et où il fut secouru par un corps d'archers 
quand cette ville vint à être assiégée 2 . C'était sans doute ce 
Sir Gilbert Kennedy de Dunure que Douglas présente comme 
déshérité par son père, et mort au service de la France, sans 
postérité 3 , plutôt que Sir Hugh Kennedy d'Ardstinchar, que nous 
avons vu à la bataille de Baugé 4 , et qui assistait aussi à la 
journée des Harengs 5 et à la délivrance d'Orléans 6 . 

Un ancien écrivain écossais raconte ainsi son histoire; je me 
borne à traduire : " La maison de Balgany reçut de l'éclat par 
la valeur d'un second frère, d'abord destiné à l'état monastique; 
mais son courage ne pouvant s'accommoder d'une condition 
aussi ravalée , il jeta le froc aux orties et passa avec le laird de 
Blaquhane en France, auprès de Charles VII , l'an de Notre Sei- 
gneur 1431 . On l'appelait frère Hue. Telle était l'affection qu'avait 

i J. Chartier, Hist . de Charles VII, p. 40, 41, 52; édit. de M. Valletde Viriville, 
t. I, p. 117 et suiv., 120, 143 et suiv. 

2 "Wautier le Kay, capitaine d'archiers d'Escoce," figure dans un document 
des Archives de l'Empire, coté J. 183, n° 142, sous la date du 12 juillet 1432, comme 
ayant reçu du roi 200 livres tournois pour l'aider au secours et ravitaillement de 
Lagny. — Voir la même pièce d'un bout à l'autre, à cause des nombreuses men- 
tions de l'Ecosse et des Écossais qui s'y trouvent, surtout à la fin : " Item à mes- 
sire Thomas Houston, par le commandement du roy, pour argent qu'il disoit avoir 
perdu quant il eust débat à monseigneur d'Orval, iiij" escuz. Item à messire Jehan 
Ouchart à deux foiz, par le commandement du roy, lx escuz... Item baillé pour le 
navire ordonné pour envoier en Escoce et à ceulz qui le meinent oudit païs, 
M. v e escuz.... Item un autre cheval prins et achetté de Donster, Escossoiz, donné 
à messire Jehan Oulchart, lx escuz.... Item à Canede, capitaine d'Escossoiz, c es- 
cuz.... Item pour un cheval donné à David Malvin, Escossoiz, c escuz.... Item aux 
gentilz hommes et archiers d'Escoce de la garde du corps du roy et aux arbales- 
triers, xiij e frans.... Item à Robert Houston, nouveau, et autres Escoz, pour aler 
quérir ledit argent, xl escuz." 

3 Douglas, the Peerage ofScotland, vol. I, p. 326, col. 1. 

4 Ibid. 

5 Journal du siège d'Orléans, etc. (Procès de... Jeanne d'Arc, t. IV, p. 121 . ) 

6 Ibid., p. 158. Cf. Guyon, Histoire de l'église... d'Orléans, seconde partie, 
p. 223. — Dans un compte de la cour de Bretagne pour 1433, figure "Camede, 
capitaine d'Ecoczais en France, pour plaisirs faits au duc." (Metn. pour serv. de 
pr. à l'hist. eccl. et civ. de Bretagne, t. II, col. 1260.) Il est vraisemblable que 
D. Morice a mal lu, et qu'il s'agit de Cannede, ou Kennedy. 



170 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

pour lui le roi de France , qu'il resta avec lui plusieurs années 
après, et qu'il le suivit à la Terre Sainte. A son retour, il reçut 
la nouvelle que son frère le laird de Bergany 1 était mort. En 
conséquence, il prit congé du roi de France, et reçut, en récom- 
pense de ses services, maint don considérable d'or et d'argent, 
surtout la permission d'écarteler ses armes de celles de France, 
c'est-à-dire de la fleur de lis que cette maison porte encore au- 
jourd'hui. Il vint en Ecosse, où il acheta la terre d'Arstensar qui 
valait dix livres de rente, et plusieurs autres terres, avec l'argent 
du roi de France. Ce frère Hue fut surnommé Com wilh the 
penny (venu avec le sou); il acquit la plus grande partie des 
environs, qui donnent maintenant une rente considérable, et c'est 
de lui que sortent les maisons d'Ardmillane , de Dumeane, de 
Bennane, de Kirkhill, de Bardrohatt 2 ." Au milieu des erreurs 
grossières qui dénotent l'origine traditionnelle et populaire de ce 
récit, on discerne facilement tout ce qu'il présente d'honorable 
pour le compagnon de Jeanne Darc, en supposant toutefois qu'il 
s'agisse bien de lui. 

Un article des dépenses de la ville de Tours, que M. Vallet de 
Yiriville rapporte à cet homme de guerre, semblerait, cepen- 
dant, indiquer que sa fortune ne provenait pas toute d'une 
source aussi pure que veut bien le dire son compatriote. A l'an- 
née 1429-30, on lit : "A Canedy, Escossois, capitaine de gens 
d'armes et de trait dudit païs d'Escosse, lequel avoit esté et sé- 
journé environ ceste ville de Tours, à (avec) bien 800 chevaux, 
qui gastoient et destruisoient le peuple et le païs; et disoit qu'il 

1 On trouve, en 1449, " le fils du sire de Beaugueguin, ou Bargueny," au nombre 
des otages remis par le duc de Sommerset au roi de France, en exécution de la 
capitulation du palais et château de Rouen. (Chronique de Charles VII, édit. de 
M. Vallet de Yiriville, ch. 208; t. II, p. 158); mais nul doute que ce nom n'appar- 
tînt à un Anglais. 

2 Historical and genealogical Account of the principal Families of the Naine of 
Kennedy from an original Ms., etc. By Robert Pitcairn. Edinburgh : M.D.CCCXXX., 
in-4°, p. 4. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 171 

ne partirent de longtemps, nonobstant que la royne de Secille 
feust audit lieu de Tours, lui a esté payé et baillé la somme de 
200 livres par composition à lui faicte par ladicte royne de 
Secille, affin de faire vuider lesdites gens d'armes dudit pays et 
aler oultre la rivière de Saine ou service du roy 1 ," etc. 

Un autre Écossais ne se distingua pas moins à cette époque, 
et mérita une récompense qui était presque une naturalisation. 
Dans les comptes de l'ordinaire de Paris pour l'année 1467, il 
est fait mention d'un vklimus des lettres-patentes, datées de 
Montargis le 12 juin 1466, par lesquelles Louis XI donne à 
Tbomas de Houston, natif d'Ecosse, la terre et seigneurie de 
Torcy, en Brie, pour en jouir sa vie durant, et cela en récom- 
pense de la chûtellenie de Gournay, que le roi lui avait ôtée, et 
donnée en échange au comte de Damrnartin. Dans ces lettres, 
il était fait mention que Charles VII avait donné Gournay audit 
Houston, pour être entré le premier à Meaux, à la dernière prise 
de cette ville sur les Anglais , où il avait été mutilé et blessé en 
plusieurs endroits de son corps 2 . 

Moins heureux , un de ses compatriotes eut une disgrâce et 
une prison en échange de la faveur royale dont il avait com- 
mencé par jouir comme le seigneur confié à sa garde : w Oyel de 
Baygnan, ecuyer, seigneur de la Jommeraye, parroisse de Semme 
en Touraine, et Ecossois de nation, dit l'Hermite-Souliers, vint 
au service du roy Charles YII contre l'Anglois , ainsi que firent 
plusieurs de ce royaume insulaire , qui suivirent la fortune du 
connestable de leur pays; il commanda une compagnie ecos- 
soise, et eut quelque temps la garde du comte de Damrnartin, 
que Louys XI fit arrester à la Bastille à son avènement à la cou- 
ronne : mais l'évasion de ce prisonnier illustre causa la disgrâce 



1 Le Cabinet historique, etc., 5 e année, catal., p. 111, n° 21. 

2 Histoire et Recherches des antiquités de la ville de Paris, par M e Henri Sauvai, 
vol. III, p. 389. 



172 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

et la prison du seigneur de Baygnan , suivant les registres de la 
Chambre des comptes de Paris , ce qui le porta à composer ces 
paroles en rhyme, qu'il a depuis gardées pour sa devise : 

■* Je suy snns clou tance 

An po'me sans offence. 

" Il épousa damoiselle Jeanne de Barros, fille de Pierre de 
Barros, chevalier, seigneur du Puy de Semmc, terre qui est en- 
core aujourd'huy possédée par Alain de Baygnan, l'un des suc- 
cesseurs dudit Oyel," etc. "La maison de Baygnan, dit en 
terminant rHermite-Soulicrs, porte pour armes : d'argent au 
chevron de sable, accompagné de trois ralleloups de mesme, 
becquez et membrez de gueules 1 " (N° XXV). 

N» XXV. — BAYGNAN. 




Il est à regretter que ce généalogiste , dans l'article qu'il con- 
sacre plus loin à une autre maison de la Tourainc, celle des Le 
Breton , se borne à dire que " les traditions domestiques tien- 
nent cette famille issue du royaume d'Ecosse, et que le pre- 



1 Histoire généalogique de la noblesse de Touraine, etc., p. 59-61. — Suivant 
Palliot, " Beignan en Ecosse porte d'argent au chevron de sable, accompagné de 
trois rasles de mesme." (La vraye el parfaite Science des armoiries, etc., p. 177, 
n° XXI, art. Oyseaux.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 173 

mie? de ce nom qui passa en France servit sous Charles VI ; que 
c'est de luy que parle Jean Juvenal des Ursains dans son His- 
toire," etc. " Cette maison, dit-il en terminant, porte pour armes : 
d'azur au chevron d'argent, le chef cousu de gueulle, chargé de 
trois hesants d'or; cimier : un lion issant d'or; supports : deux 
lions de mesme 1 "^ XXVI). 

N° XXVI. — LE BRETON. 




Le siège d'Orléans une fois levé, la Pucelle conduit Charles VII 
à Reims, où il reçoit l'onction royale. Là se trouvait non-seule- 
ment le hrave évêque Jean Carmichael 2 , mais nombre de "sei- 
gneurs, chefs et capitaines de guerre" écossais, dont les noms 
nous ont été conservés, sans doute bien altérés. C'étaient mes- 
sires Patrix d'Ohilby, vicomte d'Angus, Christin de la Chambre, 
Gilbert de la Haye, Jehan Oulchart, Wastre Lecque, Pierre de 
Giresme 3 , tous chevaliers; Jehan Quot, Jehan de Lorze, Pierre 



1 JJisl. geneal. de la nobl. de Touraine, p. 368, 370. 

2 Lettre de trois gentilshommes angevins, à la suite des Procès... de Jeanne 
d'Arc, t. V, p. 129. 

3 Ce nom, qui sûrement n'est point écossais, doit être celui de quelque seigneu- 
rie française possédée par l'un de ces étrangers. On trouve Charles de Giresme, 
nommé dans le compte d'Estienne Courtet, trésorier général du comte de Vertus, 
en 1419 (D. Morice, Me'm. pour serv. depr. à l'hist. de Bretagne, t. II, col. 992), 
Robert de Giresme, élu de Meaux, emmené en Angleterre et enfermé à la Tour de 
Londres en 1424 {Fœdera, etc., éd. Lond., t. X, p. 318; éd. III, t. IV, pars IV, 



174 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

de Lore, Pierre Arnaut, Robert Houston, Michel Norville, Gau- 
thier Fautier et un autre Gilbert de la Haye 1 . Michel Norville 
n'était qu'écuyer, et le roi lui lit un don considérable, celui de 
150 écus tournois 2 . Le compte ne dit pas à quel propos; peut- 
être l'étranger qui en fut l'objet était-il un envoyé du roi Jacques 
qui s'apprêtait à revenir en Ecosse et à donner à son maître les 
nouvelles de France. Rien de plus naturel aussi que de supposer 
qu'il emportait avec lui le portrait de l'héroïne qui avait arraché 
sa patrie aux Anglais 3 . 

Qui avait peint ce portrait? S'il est impossible de le déterminer 
avec certitude, il n'est pas du moins interdit de le conjecturer. 
On trouve dans les comptes royaux de 4420, Hames Poulevoir, 
peintre, qui demeurait peut-être alors à Poitiers, et qui plus 
certainement était à Tours de 1428 à 1431. Ce fut lui qui pei- 
gnit la bannière de Jeanne Darc; sa fille fut amie de la Pucelle, 
qui la fit marier aux frais des bourgeois de Tours 4 . Quand on 



p. 105, col. 2.), Nicolle de Gircsme, prieur de France de l'ordre de Saint-Jean de 
Jérusalem, au milieu du XV e siècle (Ordonn., etc., t. XVII, p. 432. — Calai, anal, 
des arch. de M. de Joursanvault, t. I , p. 209, n» 1182), et un Elie Giresme, de 
l'ordre des Jacobins d'Angoulème. (Catal. anal., etc., t. II, p. 72, n° 2526.) Louis XI 
avait un chambellan nommé Regnaud de Geresme (Ordonn., t. XVIII, p. 289, 
not. 2, col. 2); et le gouverneur de Capoue pour Ma r de Ligny en 1496, était 
Gaspard de Giresme. (Mém. de G. de Villeneuve, édit.du Panlh. litt., p. 200, col. 2.) 

1 Extrait d'une liste empruntée au Ms. de la Ribl. imp., fonds français de Sor- 
bonne n u 1105, folio 33 verso- 35 recto, et publ. par Delort, dans son Essai critique 
sur Charles VII, etc. Paris, 1824, in-8°, pièces justificatives, n° II, p. 174-176. 

2 Extrait des comptes du thresorier des guerres de S. M. le roy Charles VII 
sur le fait de son voyage à Reims, etc. ( Documents divers sur Jeanne d'Arc, à la 
suite de la Chronique et procès de la Pucelle d'Orléans, édit. du Panth. litt., 
p. 524, col. 2.) 

3 " Interrogée se elle avoit point vu ou fait faire aucunes images ou peintures 
d'elles... respond qu'elle vit à Reims une peinture en la main d'un Escossois; et 
y avoit la semblance d'elle, toute armée, qui presentoit une lettre à son roy, et 
estoit agenouillée d'un genouil," etc. (Chronique , etc., p. 479, col. 1.) L'édition 
du procès de condamnation donnée par M. J. Quicherat porte A rras au lieu de 
Reims. Voyez t. I, p. 100. 

4 Vallet, Un épisode de la vie de Jeanne Darc, dans la Bibliothèque de l'École des 
chartes, t. IV, 1842-1S43, p. 486-490. — Chronique de Charles VII, par J. Chartier, 
t. III, p. 305, 306. — Procès... de Jeanne d'Arc, etc., t. V, p. 154-156, 171. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 175 

considère que les noms de Pohrart et de Polwarth ne sont pas 
rares en Ecosse 1 , et que Hamcs est l'ancienne forme française 
de James 12 , sans s'arrêter à d'autres ressemblances de nom 3 , Ton 
peut croire qu'un artiste britannique était l'auteur du portrait 
vu à Reims entre les mains d'un Écossais. 

Un autre de ces étrangers, si ce n'est le même, suivit Jeanne 
dans toutes ses campagnes, et ne la quitta qu'après l'avoir 
vue dévorer par les flammes à Rouen. Ce qu'il était alors, il 
nous le laisse ignorer; mais il est à croire que, sur la fin de sa 
vie, il était moine de l'abbaye de Dunfermline. Parlant d'un 
exemplaire du Scotichronicon, auquel, par le commandement 
d'un des abbés, il avait résolu de joindre la relation de plusieurs 
faits merveilleux dont il avait été témoin ou informé hors 
d'Ecosse, il ajoute : "Item, dernièrement d'une fille digne de 
mémoire, qui fut cause de la récupération du royaulme de 
France des mains de Henry tyran , roy d'Angleterre ; laquelle 
j'ay veu et cogneu, et avec elle ay esté en ses questes et récupé- 
rations, et à sa vie suis tousjours esté présent et à sa fin 4 ." Où 
trouver cette précieuse relation ? Nulle part ailleurs qu'en An- 
gleterre ou en Ecosse; car, par une fatalité à jamais regrettable, 
le traducteur français dont nous venons de citer le prologue ne 
paraît pas avoir terminé son travail 5 . 

1 On trouve, en 1574, un Écossais nommé Andrew Polwarth voyageant en 
France en qualité de gouverneur d'Alexander Campbell, évêque de Brechin. 
(D. Irving, Lives ofScotish Writers, t. I, p. 178.) 

2 D'Argentré appelle le père d'Isabelle, femme de François I er , le "roy Hamon 
d'Escosse." (L'Histoire de Bretaigne, etc., liv. XII, ch. I, p. 800.) 

3 " Dominus Jo. Polvar, dyocesis Albensis Trassilianie, cujus bursa valet x sol 
p., ij lib. x sol." (Université, compte de 1461 à 1493, n° 175. Archives de l'Em- 
pire, H. 2588, folio 118 recto et verso, A. D. 1489.) 

* The Life and Death ofKing James the First ofScotland. Printed for the Mait- 
land Club, M.DCCCXXXVII., in-4°, préface, p. xviii. 

5 Ibid., p. xiv, xix. — Ce traducteur est Gremond Domat, qui a dédié son ou- 
vrage, commencé le 18 juin 1519, à John duc d'Albany, comte de Boulogne et 
d'Auvergne, de la Marche, et régent d'Ecosse, etc. Avant nous, le P. Thomas Innés 
avait donné une notice sur le manuscrit de la Bibliothèque de Sainte-Geneviève 



176 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

L'année même du siège d'Orléans, Paris avait failli être en- 
levé par un complot où il entrait des Écossais. Suivant des 
lettres par lesquelles Henry YI remet à Jean de Calais la peine 
qu'il avait encourue comme complice, les conspirateurs avaient 
décidé " que ce seroit le plus expédient que quatre-vins ou cent 
Escoxois habillés comme Angloiz, portans la croix rouge, veins- 
sent par petiz troupeaux, ou compagnies, le droict chemin de 
Sainct-Denis en ceste ville, et, en admenant de la marée ou du 
bestail, entrassent tout cortoisement en la porte, puis feissent 
tant qu'ilz eussent la maistrise des portiers ; et alors autre partie 
qui seroient embuschiez près d'illec, viendroient à puissance 
pour entrer dedans ceste dicte ville 1 ." 

En 1431, nous trouvons un Écossais au service d'un des 
meurtriers de Jean sans Peur 2 , Pierre Frottier, seigneur de Mel- 
zeard, Mizéré en Poitou et autres lieux, premier écuyer du corps 
du roi et grand maître de son écurie. Le rude soldat, n'ayant 
plus les Anglais à combattre, faisait aux religieux de l'abbaye de 
Preuilly, en Berry, une guerre injuste, dans laquelle il n'était 
que trop secondé par ses serviteurs. Une fois, deux d'entre eux 
vinrent, avec un Écossais nommé Jean Fausqueran, à une mé- 
tairie des moines, et commandèrent au métayer d'amener des 
bœufs et une charrette pour aller chercher du vin pour leur 
maître. Le métayer ayant répondu qu'il ne marcherait pas sans 
un ordre de l'abbé, l'Écossais leva son épée et pensa tuer le 
paysan, qui échappa à la mort grâce à un van à vanner le blé, 
qu'il mit au devant et qui fut partagé en deux. Il fallut qu'il liât 
ses bœufs et qu'il suivît les hommes d'armes, bien que l'abbé 

qui renferme cette traduction , dans a critical Essay on the ancien! Habitants of 
the Northern Parts of Scotland, etc. London, MDCCXXIX, in-8°, vol. II, p. 633- 
635, 755. — Voyez encore Procès... de Jeanne d'Arc, etc., t. IV, p. 483-484. 

1 Invent, chronol., etc., p. 42, 43. 

2 Histoire de Chartes VI, par Jean Le Fevre, seigneur de Saint-Remy, à la suite 
de celle de Le Laboureur, p. 138. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 177 

lui-même fût venu s'y opposer; mais on lui répondit que ses 
bœufs marcheraient qu'il le voulût ou non , et ils furent tant 
menés et surmenés, que depuis ils ne firent aucun profit aux 
religieux 1 . Deux siècles plus tard, un autre enfant de l'Ecosse 
entrait dans la môme maison par le mariage de Louis Frottier, 
seigneur de la Messeliere, avec Anne Irland, issue d'une famille 
écossaise établie en Poitou, qui portait : d'argent, à deux fasces 
de gueules, surmontées de trois étoiles d'azur 2 (N° XXVII). Ils 

No XXVII. — IRLAND. 




1 Le baron et les religieux de Preuilly en 1432, par M. Charles L. Grarulmaison, 
dans les Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. VI, p. 252 et suiv. 

2 Généalogie de la maison d' Irland, et de celle de Sainte Hermine, in-8°, de 
198 pages. Au-dessus du titre qui précède, se trouvent les deux écus, l'un d'Irland, 
écartelé, au I er , d'Abercromby ; au II e , parti de Drummond et d'Ecosse; au III e , 
de Murray; au IV e , de Mercer; et sur le tout, d'Irland. Le môme écu se retrouve 
à la fin accollé de celui de Sainte-Hermine. Un second titre porte : Patente du 
roi de la Grande Bretagne pour la confirmation de l'antiquité de la noblesse de 
MM. Irland, avec une attestation... et la traduction, avec une autre patente du 
roi de France, ensemble l'Arrêt de vérification de la Cour de Parlement à Paris. 
A Paris, chez P. G. Simon, M.DCCLXXX. La patente du roi de la Grande-Bretagne 
est suivie d'une attestation signée Kirepalrik , qui prend au commencement le 
titre de secrétaire interprête du roi en langue anglaise et écossaise; elle est datée 
de Paris, le 11 septembre 1665. — Voyez encore Filleau, Dictionnaire... des fa- 
milles de l'ancien Poitou, etc., t. II, p. 234-238, et Chapitre IV. De l'Origine des 
titres en France. Histoire généalogique des Irland (Ecosse), transplantés en Poi- 
tou. Chapitre V. Lettres-patentes du roi Charles II d'Angleterre (28 juin 1664.) 
(Extraits des Flores Pictavienses, souvenirs du Poitou.) Par Napoléon Wyse. Péri- 
gueux, MDCCCLIX, in-8». 

voi. i. 12 



178 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

avaient fait construire un hôtel sur les limites du bourg de 
Saint-Hilaire à Poitiers, et la rue qui y conduisait a retenu d'eux 
le nom de rue des Écossais, en souvenir de leur origine étran- 
gère 1 . 

L'année 1433 nous offre une entreprise des plus audacieuses, 
qui devait avoir lieu à l'aide d'Écossais, mais qui heureusement 
échoua. Des Parisiens avaient comploté de faire entrer dans leur 
ville un grand nombre de ces étrangers, environ deux cents, 
avec la croix rouge sur leurs habits; d'autres, marqués de la 
croix blanche, les mains faiblement liées et armés en dessous, 
auraient eu l'air d'être leurs prisonniers. Cette redoutable mas- 
carade devait venir par les portes Saint-Denis et Saint-Antoine, 
pendant que trois ou quatre mille Armagnacs s'embusqueraient 
dans les environs; elle devait amener ses prisonniers vers midi, 
à l'heure où les portiers dînaient, tuer ces derniers et tous ceux 
que l'on aurait trouvés allant et venant, se rendre maîtresse des 
deux portes, envoyer chercher des armes et mettre tout à sang; 
mais Dieu, qui eut pitié de la cité, éventa ce détestable complot, 
et ses auteurs furent punis de mort ou exilés 2 . 

Dans l'intervalle, l'alliance entre la France et l'Ecosse avait 
reçu une éclatante confirmation . Le roi d'Angleterre ayant fait 
au roi d'Ecosse des propositions de paix, celui-ci convoqua son 
parlement à Perth, et les deux abbés de Scone et d'Emony dé- 
clarèrent que le roi n'était pas libre de rien décider sur cette 
question, à cause de l'alliance qui existait entre lui et le roi de 
France, alliance approuvée par l'université de Paris et consacrée 
par le souverain pontife. Cette considération détermina l'assem- 
blée, et il ne fut pas donné suite aux ouvertures du roi d'Angle- 



1 Généalogie de la famille Irland, conservée dans la bibliothèque de la Société 
des Antiquaires de l'Ouest, et citée dans le t. XXIII des Mémoires de cette com- 
pagnie, p. 336, not. 1. 

2 Journal d'un bourgeois de Paris, ann. 1433 ; édit. du Panth. lill., p. 700, col. 1. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 179 

terre, qui, du reste, n'avait eu d'autre but que de semer la 
division parmi les Écossais, comme la suite le fit bien connaître 1 . 

En 1435, le corps principal de ces auxiliaires était en Nor- 
mandie, où il aidait les habitants à s'affranchir de la domination 
anglaise. Ilolinshed, racontant une levée de boucliers déterminée 
dans le pays de Gaux par la mort du duc de Bedford, rapporte 
que, dans une rencontre à Ry, près de Rouen, quinze cents 
braves Français, commandés par La Hire, ayant été battus par 
Lord Scales, plus de trois cents de nos compatriotes restèrent 
aux mains du vainqueur, entre autres Geffrie Graham, capitaine 
des Écossais 2 . 

L'année suivante, un Écossais de la garnison du château de 
Vincennes, qui faisait le guet au donjon, livra la place au duc 
de Bourbon 3 . A ce service joignons tout de suite celui que ren- 
dirent d'autres Écossais, l'an 4442, en minant une muraille à 
La Réole, et en empêchant par là le logement du roi de devenir 
la proie des flammes 4 . 



1 Joan. Fordun, Scotichr., lib. XVI, cap. XXXIII; vol. II, p. 498, ann. 1432. — 
The Life and Death ofKing James the First of Scotland, p 12-14. 

s Holinshed, the third Volume of Chronicles, etc. London, 1587, in-folio, p. 612, 
col. 2, A. D. 1435. 

3 Histoire de Charles VII, par Jean Chartier, ann. M. CCCCXXXIV, édit. de Go- 
defroy, p. 68, et la chronique de Berry, à la suite, p. 393; édit. de M. Vallet, t. I, 
p. 178. 

* A Journal by one of the suite of Thomas Beckington, etc. London : William 
Pickering, MDCCCXXXVIII, in-8», p. 102. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 181 



CHAPITRE VIII. 



Marguerite et Isabelle d'Ecosse à la cour de Charles Vil. — Mariage de la première avec le Dauphin ; son 
arrivée en France. — Cette union n'est pas heureuse. — La Dauphine cultive la poésie française; son 
aventure avec Alain Charlier. — Sa mort attribuée à des veilles et à des excès de travail. — Calomnies 
répandues sur son compte — Ressentiment de la Dauphine, à ce sujet, contre Jamet du Tillay ; elle le 
considère comme l'auteur de sa mort et finit par lui pardonner. — Poèmes composes en français cl en 
écossais sur la mort de Marguerite. — Ténébreux complots du Dauphin gênés par la garde écossaise ; plu- 
sieurs archers séduits et punis. — Demande en grâce de Jacques II et de douze nobles Ecossais en faveur 
de Robert Cunningham. — Arrivée en France des deux soeurs de la Dauphine, mariage d'Isabelle avec 
François I", duc de Bretagne. — Pèlerinage de cette princesse au mont Saint-Michel ; sa rencontre avec sa 
sœur venue à la suite de la reine de France; ambassadeurs d'Ecosse en Bretagne l'an 14S2 et plus tard. 

— William Monypenny récompensé pour seiviccs rendus à U Dauphine et à ses sœurs; Mcnypenys de 
France. — Ambassadeurs écossais en France l'an 1448; renouvellement de l'alliance anglo- française. 

— Faits d'armes de Jacques et de Simon de Lalain et d'Hervé de Mériadec en Ecosse; Jacques II leur 
confère la chevalerie. — Voyage d'Isabelle de Lalain en Ecosse à la suite de Marie de Gueldres. — Fêtes 
données pour l'arrivée et les noces de cette princesse. — Retour en Flandres des personnes de sa suite, à 
l'exception d'Isabelle et de quelques autres. — Sir John Stewart Scotangle et son fils Thomas. — Le nom 
de Stuart répandu en France à toutes les époques. — Lettre de Jacques 11 à CharlesVII. — Traité d'alliance 
entre ce prince et le roi de Danemarck, où le premier figure comme médiateur entre le second et le roi 
d'Ecosse. — Retour en Ecosse d'Annabella, fiancée de Louis de Savoie. — En route pour la France, Alexandcr 
duc d'Albany est fait prisonnier. — Ambassade d'Ecosse de Louis de la Grulhuse. — Robert Pittilloch et 
Robert Cunningham en Guienne. — Ambassade de Guillaume de Monypenny en Ecosse l'an 1466. — Pierre- 
de Brézé y trouve un refuge. — Voyage en Ecosse de Gilles le Bouvier; noms écossais de son Armoriai. 



Au milieu des troubles et des guerres de cette période agitée, 
deux jeunes princesses écossaises, brillèrent pendant quelque 
temps à la cour de Charles VII. Marguerite, la première, épousa 
le Dauphin de France, qui succéda à son père sous le nom de 
Louis XI; Isabelle, sa sœur puînée 1 , devint la femme de Fran- 
çois I, duc de Bretagne, tristement célèbre par un fratricide. 



1 S'il faut en croire une note finale d'un manuscrit de la Somme des vices et 
des vertus, par Fr. Laurent (Ribl. imp. n° T292 3 3 - A. fol. 125 verso), Isabelle était 
l'aînée; mais il est bien certain que l'auteur, Jean Hubert, qui exécuta ce volume 
pour la princesse, en 1464, était mal informé, de même que l'auteur de la Chro- 
nique d'Auchinleck, quand il appelle la seconde fille de Jacques I er Elonor et eu 
fait l'épouse du duc de Rretagne. (Édit. de Th. Thomson, p. 7, 38.) 



182 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Marguerite d'Ecosse, fille aînée de Jacques Stuart, premier du 
nom, et de Jeanne Sommerset, n'avait encore que treize ans 
quand elle fut mariée à Tours, le 24 juin 1436, au Dauphin 
Louis, qui n'avait pas encore atteint sa quinzième année. Avant 
l'arrivée de la princesse en France, le roi avait envoyé en Ecosse 
une ambassade dont faisaient partie La Hire, son principal 
maître d'hôtel ; messire Arnould Girart , gouverneur de La Ro- 
chelle; maître Aimery Martin, docteur licencié 1 , et messire 
Pierre de Saint-Yallerien, chanoine de Paris, expert en médecine 
et en astrologie 2 ; les deux premiers étaient chargés d'épouser 
la princesse par procuration. Ce fut quelques jours après que le 
roi d'Ecosse l'envoya en France avec un cortège dont le détail 
mérite de nous arrêter. Les commandants de la flotte étaient 
John de Crennach, ou de Carnoth, évêque de Brechin 3 , et Sir 
William de Sainte-Claire, comte d'Orkney, panetier du roi, ami- 
ral; ils étaient accompagnés de vaillants chevaliers et écuyers, 
Walter Ogilby , trésorier du roi, Herbert de Herries, John Maxwell 
de Calderwood, John Campbell de Loudon, Thomas Colvile, John 
Wishart, chevaliers; maîtres John Stuart, prévôt de Methsen, 
et Maurice de Buchanan, trésoriers de la Dauphine, clercs; 
Alexandre de Seton, maître de Gordon, depuis comte de Huntly ; 
lelaird de Graham, Henry Wardlaw de Torry, William Cairleil, 
Andrew Gray de Foulis, David Kennedy 4 , David Ogilby. Ils 



1 The Life and Death ofKing James the First ofScotland. Printed for the Mait- 
land Club. M.DCCCXXXVII., in-4», p. 7. 

* Recueil des plus célèbres astrologues, etc., de Simon de Phares; Ms. de la Bibl. 
imp. 7487 français, fol. 154 verso. — Parmi les aslrologiens auxquels il est consacré 
des notices, se trouve " Nostre reverand Patrice Bervik, natif du royaulme d'Es- 
cosse, de l'ordre de Saint-François," qui florissait en 1506; "lequel estudia à 
Paris, et fut à Losenne soubz Marende, comme aucuns dient. Cestui fut en ce 
temps suivant aucuns nobles envoyez avecques Madame Ysabeau de France, royne 
d'Angleterre et espouse du bon roy Richard," etc. (Folio 150 recto.) 

3 Voyez, sur ce prélat, le Catalogue historique des évêques écossais, de Keith, 
p. 163. 

i Voyez Keith, an historical Catalogue of the Scottish Bishops, etc., p. 21. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 183 

étaient suivis de cent quarante damoiseaux vêtus en uniforme 
et de mille hommes d'armes distribués en trois hulkes et six 
barques. A la tête dune de ces barques, on remarquait Perys 
Pcrcipey, français, dont le navire, dit le continuateur de For- 
dun , semblait voler sur les flots : c'était celui qui portait la 
Dauphine. Pour intercepter cette flotte, les Anglais mirent à la 
mer cent quatre-vingts navires, qui attendirent le passage des 
Écossais vis-à-vis le Raz de Bretagne, près de Saint-Matthieu de 
Tradis ; mais les Anglais s' étant amusés à capturer des navires 
flamands qui portaient une cargaison de vin de La Rochelle en 
Flandre, furent eux-mêmes attaqués et dépouillés de leur prise 
par une flotte espagnole. A la faveur du conflit, la Dauphine 
échappa, vint aborder à La Rochelle à moitié morte, et après 
quelque temps de séjour au prieuré de Nieule, situé à deux lieues 
de là, elle fut recueillie et placée en lieu sûr par les évêques de 
Reims, de Poitiers et de Saintes, les seigneurs de Gaucourt, de 
Graville et de Preuilly. Ils la gardèrent deux mois et plus, jus- 
qu'à la célébration du mariage à Tours 1 . 

Marguerite y fit son entrée le dimanche 24 juin 4436, montée 
sur une haquenée richement caparaçonnée. Derrière elle était 
Madame de La Roche l'aînée, sur une autre haquenée ; puis ve- 
naient trois chariots occupés par des dames et damoiselles, dans 
l'un desquels il n'y avait que des Écossaises. Une fois que la 
princesse fut arrivée à l'entrée de la ville, messeigneurs de Maillé 
et de Gamaches, qui étaient venus au-devant d'elle à pied, pri- 
rent sa haquenée par le frein, l'un d'un côté, l'autre de l'autre, 
et la conduisirent ainsi jusqu'au château, où elle fut descendue 
de cheval. "Et adonc, continue Jean Ghartier, dont il n'est pas 
nécessaire de traduire les paroles, la print monseigneur de Ven- 
dosme d'ung costé, et ung conte d'Escosse d'autre, et la mene- 

1 Joann. Fordun, Scolichr., lib. XVI, cap. XI; vol. II, p. 484. Cf. the Life and 
Death ofKing James I, etc., p. 7. 



184 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

rent dans la salle du chasteau où estoit la royne de France 
(Marie d'Anjou), la royne de Cecille (Yolande d'Aragon), Ma- 
dame Ragonde, fille du roy, Madame de Vendosme, et plusieurs 
autres seigneurs, dames et damoiselles. Et allèrent la royne de 
Cecille, Madame Ragonde, au-devant d'elle jucques au bout de 
la salle, et la prindrent Tune d'ung costé, Tune d'autre, et ainsy 
la menèrent devers la royne, qui tenoit son estât (était assise) 
contre le grant banc paré. Et ladite royne se desmarcha (s'avança) 
environ quatre ou cinq pas à venir au-devant d'elle, et puis la 
print et la baisa 1 ." 

En ce moment, le Dauphin, qui était dans sa chambre en bas, 
entra dans la salle, bien accompagné de chevaliers et d'écuyers. 
Marguerite, instruite de sa présence, alla au-devant de lui, "et 
là s'entre-baiserent et accolèrent, et puis retournèrent devers la 
royne." Ils allèrent ensuite dans la chambre de cette princesse, 
et se divertirent un moment jusqu'au souper. La grand'salle 
était toute tendue de tapisseries fort riches, et quatre chambres 
l'étaient pareillement de drap d'or et de tapisseries de haute lice. 
Le lendemain, le roi arriva à Tours et assista à la bénédiction 
nuptiale qui fut donnée à son fils et à la princesse écossaise; il 
était en habit de cheval, tandis que le Dauphin portait le costume 
royal, sa jeune épouse aussi. Pour la reine de France, elle était, 
le matin, vêtue d'une robe de velours bleu toute couverte d'or- 
fèvrerie à grands feuillages d'une grande beauté et fort riches. 
N'oublions pas la musique, dont il y avait une foule d'instru- 
ments. 

Messire Regnauld de Chartres, archevêque de Reims et chan- 
celier de France, officia au mariage, et il y eut à cette occasion 
de grandes réjouissances dans la ville de Tours. Après la messe, 
le roi, accompagné de la reine, des mariés et de plusieurs sei- 

1 J. Chartier, Chronique de Charles VII, ch. 122 ; édit. de M. Vallet, t. I, p. 229, 
230. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 185 

gneurs, écuyers, dames et demoiselles, se rendit au lieu où Ton 
devait dîner, et les convives prirent place dans Tordre suivant : 
1° l'archevêque, qui avait célébré la messe, 2° le roi, 3° la Dau- 
phine, 4° la reine de Sicile, 5° la reine de France, 6° Madame de 
Vendôme. Jean Chartier ne dit pas où fut placé le Dauphin. 
Pour ce qui est du festin de noces, il ne faut pas en parler, 
ajoute-t-il, car il y avait à profusion tout ce qu'il est possible de 
trouver en fait de mets et d'entremets. Trompettes, clairons, 
ménestrels, luths et psaltérions, il y avait assez, hérauts et pour- 
suivants en grand nombre 1 . Peut-être bien aussi y avait-il une 
cornemuse, et, pour en jouer, "Jean Fary, natif d'Escosse, mé- 
nestrel du roi nostre sire 2 ." Une miniature d'un manuscrit de 
la Dance aux aveugles, où l'on voit un joueur de cornemuse 
jouant de son instrument en présence de deux personnages cou- 
ronnés, donne un grand degré de probabilité à notre conjecture 3 . 
Les fêtes terminées, les deux jeunes époux furent séparés 
pendant plus de deux ans, jusqu'à ce qu'ayant atteint l'âge 
nubile, ils consommèrent leur mariage à Gien-sur-Loire 4 . Quant 
aux Écossais venus avec la Dauphine, la plupart retournèrent 
heureusement dans leur pays, comblés de présents; d'autres res- 
tèrent auprès d'elle 5 , ou se marièrent à leur tour avec des Fran- 
çaises, tandis que, à l'exemple de la fille de leur souverain, 

1 J. Chartier, Chronique de Charles VII, ch. 122; t. I, p. 231, 232. 

8 Voyez ci-dessus, p. 8. — Dans les comptes de la garde écossaise pour 1461 et 
années suivantes, on trouve un "Jean Fari " parmi les archers. 

3 Cette miniature, qui est du XV e siècle, a été donnée par Sir John Graham 
Dalyell,dans ses musical Memoirs of Scotland, etc. Edinburgh and London, 
M.DCCC.XLIX., in-4°, pi. IV, p. 18. Vo.yez encore p. 17. 

* The Life and Death of King James the First, etc., p. 7. 

5 Joann. Fordun, Scotichr., lib. XVI, cap. XII; vol. II, p. 485. — Au nombre 
de ces Écossais restés en France, il faut compter peut-être l'auteur de la branche 
de la maison de Gordon, établie, en 1445, dans le Vivarais, et représentée au siècle 
dernier par Charles-Dominique de Gordon, brigadier des gardes du corps du roi 
dans la compagnie écossaise (De la Chenaye- Desbois, Dict. de la nobl., t. VII, 
p. 312); mais il est plus sûr de signaler parmi ces exilés volontaires un certain 
Henderson, chef de la maison d'Handresson, dont nous reparlerons. 



186 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

nombre d'Ecossaises venaient prendre un mari en France. Un 
compilateur, s'appuyant sur "nos histoires," n'évalue pas ces 
dames à moins de cent quarante 1 . 

Le mariage de Marguerite d'Ecosse ne fut pas heureux. Mal- 
gré sa jeunesse, le Dauphin, déjà occupé d'intrigues politiques 
et de guerres, traita sa femme avec beaucoup d'indifférence et 
de froideur. Marié à son déplaisir, dit Commines, tant qu'elle 
vécut, il y eut regret 2 . Suivant M. le Roux de Lincy, deux 
historiens anglais qu'il ne nomme pas ont prétendu que Mar- 
guerite avait l'haleine forte, et que ce défaut était la cause de 
l'éloignement de son mari ; un propos attribué à une personne 
de son entourage pourrait bien être une révélation 3 . D'un autre 
côté, un historien écossais, venu en France avec la princesse 
et qui fut témoin de sa mort, prétend que Marguerite, aussi 
belle qu'instruite , était également chérie de Charles YII , de la 
reine et du Dauphin, son époux. 

Dans la pensée d'être mieux accueillie en France, où elle de- 
vait passer sa vie, Marguerite étudia la langue et la poésie de sa 
nouvelle patrie avec beaucoup d'ardeur, et vit bientôt ses efforts 
couronnés de succès. Non-seulement elle se plaisait à la lecture 
des meilleurs poètes de son temps, mais encore elle-même se 
livrait à la composition poétique, sans se laisser arrêter par la 
fatigue. Une anecdote qui nous a été transmise par le chroni- 
queur Bouchet 4 , et qui se trouve reproduite partout 5 , donne la 
mesure du cas qu'elle faisait de la poésie et de ses interprètes : 
"Elle aymoit fort, dit l'écrivain, les orateurs de la langue vul- 

1 Davity, Nouveau Théâtre du monde, etc. A Paris, M.DCLXI., in-folio, t. II, 
p. 922. 

2 Mémoires, liv. VI, ch. XIII, ann. 1483. 

3 Duclos, Histoire de Louis XI, t. IV (à la Haye, M.DCCXLVI., in-8°), p. 47. 

4 Les Annales d'Aquitaine, etc. Poictiers, 1644, in-4°, p. 252. Voyez encore la 
treizième de ses Épîtres familières. 

5 Brantôme, Vies des dames illustres. (Œuvres complètes, edit. du Panth. Hit., 
t II, p. 200, col. 2.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 187 

gaire, et entre autres maistre Alain Chartier, qui est le père 
d'éloquence françoisc, lequel elle eut en fort grand' estime, au 
moyen des belles et bonnes œuvres qu'il avoit composées : telle- 
ment qu'un jour ainsi qu'elle passoit une salle où ledit maistre 
Alain s'estoit endormi sur un banc, comme il dormoit le fut 
baiser devant toute la compaignie; dont celuy qui la menoit fut 
envieux et luy dit : "Madame, je suis esbahy comme avés baisé 
" cest homme qui est si laid " ; car à la vérité il n'avoit pas beau 
visage. Et elle fit responsc : "Je n'ay pas baisé l'homme, mais 
" la précieuse bouche de laquelle sont sortis tant de bons mots 
"et de vertueuses parolles." 

Si l'on doit croire à la lettre plusieurs dépositions faites après 
la mort de la Dauphine, le goût que cette princesse avait pour 
la poésie l'entraînait à des veilles trop prolongées, qui ne pou- 
vaient qu'être nuisibles à une femme d'une santé aussi mauvaise 
que la sienne. Les médecins avaient déclaré que sa maladie ne 
provenait pas d'une autre cause. "Aucunes fois il estoit presque 
souleil levant, dit le principal témoin, avant qu'elle se allast 
coucher, et monseigneur le Daulphin avoit dormy un somme ou 
deux," etc. Elle aimait tant à faire des rondeaux, que dans une 
journée elle en composait jusqu'à douze, "qui luy estoit chose 
bien contraire 1 ." 

Mais à quelque point que la Dauphine les ait portés, ces excès 
ne furent point assez grands pour engendrer le mal terrible qui 
l'enleva dans sa vingt-sixième année. Les calomnies répandues 
sur son compte, peut-être à la suite de ce baiser donné à un 
poète, calomnies auxquelles son mari eut le tort d'ajouter foi, 
du moins en apparence, telle fut la véritable cause de sa mort. 
Jamct du Tillay, bailli de Vermandois, entièrement dévoué au 



1 Interrogatoire de Jamet du Tillay, collect. du Puy, à la Bibl. imp., t. 762, 
folio 46 recto, copie du XVII e siècle, publié dans l'Histoire de Louis XI, par Duclos, 
édit. de La Haye, M.DCC.XLV-VI., in-8", t. IV, p. 54. 



188 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Dauphin, joua le principal rôle dans cette affaire ténébreuse. Ce 
qui paraît certain, c'est qu'un soir de l'année 1444, sur les neuf 
heures, la cour étant à Nancy, chez le duc de Lorraine, du 
Tillay entra inopinément dans la chambre de la Dauphine, qu'il 
trouva couchée sur son lit et entourée de plusieurs de ses fem- 
mes. Sur ce lit étaient aussi appuyés un peu familièrement deux 
jeunes seigneurs, messire Jean d'Estouteville, et un autre que le 
bailli ne connaissait pas. Malgré l'heure avancée, la chambre 
n'était éclairée que par la flamme capricieuse du foyer. Jamet 
du Tillay ne put s'empêcher de dire au maître d'hôtel de la prin- 
cesse, messire Regnault du Dresnay, que c'était grande paillar- 
dise, à lui et aux autres officiers, de laisser ainsi la chambre 
d'une grande dame sans torches allumées à une pareille heure 
de la nuit 1 . 

Jusque-là rien de répréhensible dans la conduite du bailli de 
Vcrmandois, autorisé par son rang, son âge et sa position au- 
près du Dauphin, à faire de pareilles observations; mais des 
soupçons très-graves s' étant, à ce qu'il paraît, élevés dans son 
esprit, il eut le tort de leur donner jour en plusieurs circonstan- 
ces. Il aurait dit, en parlant des souffrances habituelles de la 
Dauphine, qu'elle était malade d'amour; il aurait dit encore que 
cette princesse devait bien prendre à son service d'autres femmes 
que Marguerite de Salignac, Prégente de Melun et Jeanne Fillo- 
que. Il se serait même permis d'ajouter, en parlant de la se- 
conde : "Je voudrais bien qu'elle ne se mêlât point tant des 
affaires de madame la Dauphine, car elle pourrait bien être 
cause de quelque malheur." Il l'aurait aussi fait prévenir de ne 
pas tant prolonger les veilles de la princesse, car il tenait des 
médecins que, si elle continuait ainsi, elle tomberait en dange- 
reuse maladie 2 . Ce fut environ deux ans avant la mort de Mar- 

» Collect. du Puy, t. 762, folio 47 verso. — Duclos, t. IV, p. 42, 58. 
2 Duclos, t. IV, p. 43. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 189 

guérite d'Ecosse que le bailli de Vermandois se serait permis, 
au sujet de sa conduite, quelques paroles imprudentes. Il résulte 
clairement de la déposition de Marguerite de Villequier, fille 
d'honneur de la Dauphine, et du témoignage de deux autres 
dames, que la princesse avait conçu beaucoup d'animosité contre 
le bailli, et qu'elle disait à ses confidentes : "Je dois bien le 
haïr, à cause des calomnies qu'il a répandues contre moi 1 ." 
Du Tillay, de son côté, ne ménageait pas la princesse, et ce fut 
lui qui fit au Dauphin le récit de la soirée de Nancy que j'ai 
rapporté plus haut. Une explication des plus vives eut lieu entre 
les jeunes époux, Louis s'emporta en paroles injurieuses, et la 
maladie qui depuis longtemps ruinait Marguerite redoubla d'in- 
tensité; en peu de jours, elle fut aux portes du tombeau. 

C'était au mois d'août 1444, la cour se trouvait alors à Châlons- 
sur-Marne. Marguerite, gisant sur son lit de douleur, s'écriait : 
"Ah ! Jamet, Jamet ! vous en êtes venu à vos fins; si je meurs, 
c'est par vous et pour les paroles que vous avez dites de moi 
sans cause ni raison;" et levant les bras aux cieux, elle frappait 
fortement sa poitrine en ajoutant : "Je prends Dieu à témoin, 
sur mon âme et sur le baptême que j'ai reçu, que je n'ai fait 
honte à monseigneur le Dauphin." Le sénéchal de Poitou, pré- 
sent à cette scène déchirante, ne put s'empêcher de dire en sor- 
tant à du Tillay : " Méchant ribaud, c'est toi qui la fais mourir." 
Les dames de sa suite et Robert Poitevin, médecin de Charles VII 2 , 
voyant la princesse s'affaiblir de plus en plus, réunirent tous 
leurs efforts pour l'engager à pardonner au bailli. "Il en est 
temps," lui dit Marguerite de Salignac. — "Cela est déjà fait, 
reprit le confesseur; Madame a pardonné à Jamet du Tillay." 
— "Non pas," s'écria la malade. Mais le confesseur, insis- 



* Duclos, t. IV, p. 33. 

2 Voyez la déposition de Robert Poitevin dans la collect. du Puy, t. 762, folios 48 
verso, 49 recto. 



190 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

tant : " Sauve votre grâce, madame, vous l'avez fait." Jusqu'à trois 
fois, elle répondit non. Toutes ses femmes la prièrent à mains 
jointes. Alors Marguerite leur dit sans nommer personne : "Je 
le pardonne donc et de bon cœur;" puis elle expira en disant: 
"Fi de la vie, que l'on ne m'en parle plus !" Elle était âgée de 
vingt-six ans, mariée depuis douze, et n'avait jamais eu d'en- 
fants. A s'en rapporter à du Tillay, cette stérilité était causée 
par des imprudences volontaires. Il avait entendu dire, par une 
des femmes de la Dauphine, nommée Dubois Menart, qu'elle 
mangeait trop de pommes vertes et buvait trop de vinaigre; que 
tantôt elle s'habillait serrée outre mesure, tantôt elle restait sans 
aucune ceinture, ce qui empêchait qu'elle n'eût des enfants 1 . 

Les interrogatoires qui nous fournissent tous ces détails, com- 
mencés avant la mort de la Dauphine, furent continués après 
avec une persistance étrange, de la part surtout de son mari. 
Personne ne put s'y soustraire ; la reine elle-même fut obligée 
de faire connaître ce qu'elle avait entendu dire au sujet de sa 
bru. L'innocence de l'infortunée n'en fut que mieux établie. 

Morte à Ghâlons-sur-Marne, non le 26 août 1446, comme on 
l'a dit, mais le 16 août 1445, peu de temps après des fêtes où 
elle figura dans un ballet dont le programme a été conservé 2 , 
la Dauphine fut d'abord inhumée dans la grande église de cette 
ville 3 , en attendant qu'elle prit place sous les voûtes de Saint- 



1 Interrogatoire de Jamet du Tillay, dans la collect. du Puy, t. 762, folio 46 
verso, et dans l'ouvrage de Duclos, t. IV, p. 55. 

2 Vallet de Viriville, Notice et extraits du manuscrit intitulé : Geste des nobles 
françoys,etc. (Notices et extraits des manuscrits, etc., t. XIX, 2 e part., p. 150-153.) 

3 En juillet 1482, Louis XI accorde des lettres de sauvegarde à la cathédrale de 
Châlons pour divers motifs, entre autres parce que sa femme Marguerite d'Ecosse 
y avait été enterrée. (Ordonnances, etc., t. XIX, p. 19.) — Dans une autre église 
de la même ville, celle des Cordeliers, on lisait sur une tombe à gauche, près du 
pupitre, dans le chœur, cette épitaphe, qui semble révéler un Écossais : " Cy gist 
Joffroy Morisson, escuier, qui trespassa l'an mil cccc xxxix. Priez pour lui." ( Tom- 
beaux et épitaphes des églises de France, Champagne et Bourgogne, collect. Gai- 
gnieres, à Oxford, folio 53.) 



LKS FRANÇAIS EN ECOSSE. 101 

Denis; mais son époux en décida autrement, et elle fut transfé- 
rée, l'année suivante, dans l'église de Saint-Laon, de Thouars, 
et enterrée, le 14 novembre, en la chapelle du Saint-Sépulcre, 
par l'abbé Nicolas le Coq, qui l'avait construite, et dont l'épitaphe 
révèle ces détails 1 . 

L'élève d'Alain Chartier, la femme de l'héritier de la couronne 
de France, ne pouvait mourir sans inspirer quelques vers. 
W. Drummond rapporte que plusieurs élégies, qui existaient 
encore de son temps, furent publiées sur la mort de cette prin- 
cesse 2 . M. Yallet de Yiriville a fait connaître une chanson com- 
posée sur cet événement, probablement par Isabeau d'Ecosse, 
duchesse de Bretagne 3 , et Buchanan nous informe qu'il servit 
pareillement de thème à un poëme élégiaque traduit du français 
en écossais 4 . L'original n'a pas été retrouvé, mais on peut con- 
jecturer que la version existe. Dans un manuscrit bien connu 
de la Bibliothèque Bodléienne, dont l'écrivain accompagna Mar- 
guerite dans son voyage en France et demeura avec elle jusqu'au 
dernier moment , il existe deux poëmes de la fin du règne de 
Jacques I er , qui terminent le volume. L'un est précédé de cette 
rubrique : Incipit Lamentatio domini Dalphinî Franciœ pro 



1 Gallia christiana, t. II, col. 1345, B; abbatum S. Launi séries, n° XVI. — 
Claude Paradin, Alliances généalogiques des rois et princes de Gaule, etc. ( Lyon , ) 
M.DCXXXVI., in-folio, p. 111, 317. — Préface de Lenglet du Fresnoy aux Mé- 
moires de messire Philippe de Commines, édit. de 1747, t. I er , p. xij-xiv. — The 
Life and Dealh of King James the First, etc., p. 17. — On conserve dans la Bi- 
bliothèque Bodléienne, à Oxford, un dessin du tombeau de Marguerite d'Ecosse, 
tel qu'il était avant la révolution de 1789; au-dessus on lit : "... Les huguenots 
l'ayant ruiné, les religieulx y ont fait faire un S' Sepulchre. Le corps de la Dau- 
phine est encor dans une cave dessous cette représentation sans que les hugue- 
nots y ayent touché." ( Tombeaux des rois et reines de France, collect. Gaignicres, 
fol. 47.) 

2 The History ofScotland, etc. London, 1681, in-8°, p. 72. 

8 Voyez l'article de M. Vallet de Viriville sur les chansons du XV e siècle, dans 
la Revue des Sociétés savantes, t. III, année 1857, p. 710-715. Nous reproduisons 
plus loin le morceau qu'il nous a révélé. 

* Rerum Scoticarum Historia, lib. X. Edimburgi, anno M.D.LXXXII., in-folio, 
folio 114 verso; éd. Ruddiman, p. 195. 



192 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

morte uxoris suai, dictœ Margaretœ 1 . Il y a toute apparence 
que cette pièce est la traduction mentionnée par Buchanan, 
plutôt que celle d'une épitaphe française placée sur la tombe de 
la princesse ; mais ce que l'auteur du manuscrit Fairfax a donné 
de cette Lamentation, dont il annonce avoir omis dix-huit cou- 
plets, est loin de faire naître les moindres regrets au sujet de la 
perte de l'original . 

On doit, au contraire, se réjouir de la découverte du texte de 
la chanson faite sur la mort de la Dauphine, que Simon de 
Phares, au chapitre qu'il consacre à messire Pierre de Saint- 
Yallerien, dont il a été déjà question 2 , déclare avoir chantée 
plus d'une fois dans sa jeunesse 3 , et qui paraît être l'œuvre 
d'Isabelle Stuart : * Son livre d'heures, qui nous a été conservé 4 , 
dit M. Vallet de Viriville, aux recherches duquel nous devons 
tant de renseignements précieux, est un joli petit volume sur 
vélin, présent de noces apparemment qui lui fut offert par le duc 
son époux. On y voit (p. 38) le portrait du jeune prince, puis 
ailleurs (p. 56) le portrait de la duchesse, l'un et l'autre assez 
bons et d'une évidente ressemblance 5 ; puis ailleurs, en maint 
endroit, ses armes, et sa signature autographe au bas des pages : 
Ysabeau. Aucun doute, par conséquent, n'est possible sur l'au- 
thenticité de l'attribution de ce livre d'heures. De la page 15 à la 
page 20, se trouve une prière française intercalée dans un vide 



1 Cette pièce, signalée par Pinkerton (Scolish Poems, etc., vol. I, p. xxxvi), a été 
imprimée en entier par M. Joseph Stevenson. ( The Life and Death of King James 
the First ofScotland, p. 17-27.) Dans ce qui précède, l'auteur prévient que cette 
traduction du français fut exécutée par ordre du roi Jacques II, frère de Marguerite. 

2 Voyez ci-dessus, p. 182. 

3 Recueil des plus célèbres astrologues, etc., Ms. français de la Bibl. imp. n° 7487, 
folio 154 verso. — Plus loin, folio 156 verso, dans son autobiographie écrite à la 
suite de l'article consacré à maître Florant de Villiers, Simon de Phares dit qu'il 
était allé en Ecosse. 

* Bibl. imp., Ms. latin n° 1369. 

5 Comparez ce portrait avec celui que donne D. Lobineau d'après un médaillon 
sculpté de la cathédrale de Vannes. (Histoire de Bretagne, t. I, p. 621.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 193 

du manuscrit original ; puis enfin, à la page 440, et de la môme 
main que cette prière, la pièce de vers qui suit ; 

La très-doulce Vierge Marie, 
Veillez ceulx et celles garder 
Qui orront piteuses nouvelles 
Orresondroit et raconter 
De Madame la Dauphine 
Trespassée nouvellement. 

La très-doulce Vierge Marie, 
Quant la dame du hault paraige 
Sentit le mal qui approchoit, 
En soupirant moult tendrement 
Son ame à Dieu recommandoit.. 
Elle et son noble linaige 
De France et d'Escoce auxi , 
Et par desur tretouz les autres 
Le Dauphin, son loial mary. 

"Adieu, Dauphin, mon très-chier sire." 

A plourer la dame se print. 

" Pour vous j'avoie la mer passée, 

Où j'ai prins moult de grans plaisirs. 

Si avoit treslout mon lignage, 

De France et d'Escoce aussi ; 

Car j'avoie esté mariée 

Au plus noble des fleurs de lis. 

"Adieu, très-noble roy de France, 
Père de mon loyal mari , 
Adieu , mon père, roy d'Escoce, 
Et ma dame de mère aussi. 
Adieu , fin franc duc de Bretaigno, 
Frère de mon loyal mary. 
Quand saurez que seray trespassée, 
Pour moy aurez le cœur marry. 

Nous allions oublier de mentionner que le portrait d'Isabelle Stuart, peint dans 
ce volume, a été reproduit par Montfaucon, dans ses Monumens de la monarchie 
françoise, quelques planches après celle qui représente l'arrivée de la Dauphine 
à Tours. Voyez t. II, pi. XXXVIII et LI, p. 217, 263. 

voi.i. 13 



194 * LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

"Adieu, toutes sainctes églises, 

Papes, cardinaux ; cette fois, 

Adieu , toute la seigneurie 

De France, où est le pais courtois. 

Adieu , noble royne de France 

Et toutes vos dames aussi; 

Je vous prie, ma très-c.hiere dame, 

Confortez mon loyal mary. 

"Adieu , noble duchesse de Bretaigne, 
Dame Ysabeau o cueur courtois ; 
Adieu , Catherine de France, 
La comtesse de Charoloys. 
Adieu, duchesse de Bourgoigne, 
La mienne seur o cueur jolis; 
Si vous povez par nulle voye, 
Mettez pais en la fleur de lis." 

En soupirant est trespassée 
La dame dont est fait mention, 
Recommandant à Dieu son ame 
Pour lui prier faire pardon : 
" Vray Dieu de consolacion , 
Veillez mon ame rachater ; 
Car jay voy bien que en nulle voye 
A la mort ne puis eschaper." 

Charles VII et Marie d'Anjou éprouvèrent un chagrin profond 
de la mort de leur belle-fille, et songèrent à la remplacer par 
Jeanne, Tune de ses sœurs, que nous retrouvons avec Aliénor 
à la cour de France quelques années après 1 ; mais le pape, 

1 On conserve au Musée Britannique, Addit. Mss. n° 8,878, le compte des dé- 
penses des deux sœurs pour l'année 1447. Folio 10 recto et verso, il est fait men- 
tion de "Jehan de Siffrye, escuier pannetier de feue ma dame la Daulphine de 
Viennoys, et de mesd. dames d'Escosse." Ailleurs, on trouve nommés "Guyon le 
Roy de Seffrie, escuier, serviteur de madame Jehanne d'Escosse," et "Guion le 
Roy, eschançon de lad. dame." (Compte iij me de maistre Jehan Bochetel... rece- 
veur gênerai de toutes les finances de la royne... pour l'année entière, commen- 
çant le premier jour d'octobre, l'an mil cccc cinquante et quatre, etc. Arch. de 
l'Emp. KK. 55, folio vj xx .viij. verso, art. 4.) — Il est fort douteux que Guyon le 
Roy de Seffrie fût écossais. On trouve Jean, sire de Saffré, chevalier, dans la 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 195 

à ce qu'il paraît, se refusa à délivrer les dispenses nécessaires 
à cette union. Quant au Dauphin, il ne paraît pas avoir été 
fort sensible à la perte de sa femme; peut-être aussi le gênait- 
elle dans l'accomplissement des ténébreux complots qu'il our- 
dissait pour se rapprocher du trône. Un jour, étant à la cour 
de France, à Ghinon, et se trouvant à une fenêtre avec Antoine 
de Ghabannes, comte de Dammartin, il vit passer un Écossais de 
la garde, vêtu de sa nuque à la livrée du roi et l'épée au côté : 
"Voilà ceux qui tiennent le royaume de France en sujétion, dit 
le Dauphin. — Qui sont-ils? demanda le comte. — Ces Écossais, 
continua le prince, qui aurait pu, pour peu qu'il eût été en 
humeur de rire, citer, par exemple, la quatrième des Cent 
Nouvelles nouvelles 1 . On en viendrait pourtant bien à bout. — 
Monseigneur, reprit Ghabannes, c'est une belle institution que 
cette garde ; elle est fort utile au roi ; sans elle on eût entrepris 
beaucoup de choses qu'on n'a pas faites." La conversation en 



montre d'Olivier de Clisson en 1375 et en 1379 (D. Morice, Mém. pour serv. de 
pr. à l'hist. de Bref., t. II, col. 102, 203); un autre Jean de Saffré en 1418 (ibid., 
col. 967); Alanus de Saffreio, miles, en 1383 et 1398 (ibid., col. 447, 689), et de 
nombreuses mentions de la maison de Saffrey dans l'Histoire de celle de Harcourt, 
liv. X, ch. II, t. I, p. 819, 994, 995. 

1 II s'agit d'un archer écossais, amoureux de la femme d'un boutiquier de 
Tours, "laquelle, par le commandement de son mary, assigna jour audit Escos- 
sois, et de fait, garny de sa grande espée, y comparut et besoingna tant qu'il vou- 
lut, présent ledit escoppier, qui de peur s'estoit caiché en la ruelle de son lit, et 
tout povoit veoir et ouyr plainement," etc. Cette histoire, dont la littérature popu- 
laire de l'Ecosse possède le pendant, d'un ordre plus relevé, dans la ballade du jeune 
Bekie, qui enflamme la fille du roi de France, et dans la ballade des deux clercs 
d'Oxenford, qui séduisent les deux filles du maire de Paris (the Ballads ofScot- 
land, edited by W. Edmondstoune Aytoun. Edinburgh and London, MDCCCLVIII, 
in-12, vol. I, p. 116-120; vol. II, p. 193-198), n'est qu'une de celles qui avaient 
cours autrefois sur les Écossais au service de nos rois ou établis chez nous. On 
trouve, par exemple, dans le livre I er des Serées de Guillaume Bouchet, une anec- 
dote d'un autre archer de cette nation, qui avait bu une bouteille de vin de Chio 
appartenant à. son maître, et Bonaventure des Periers, après avoir conté l'histoire 
"de l'Escossois et de sa femme qui estoit un peu trop habiie au maniement," nous 
apprend "comment un Escossois fut guari du mal de ventre, au moyen que lui 
donne son hostesse." Voyez les Contes et joyeux devis, etc., nouv. XLI et CXXIV, 
édit. de 1841, p. 183, 253; ou nouv. XXXIX et CXXIV, édit. de 1856, p. 161 et 372. 



106 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

resta là pour ce jour; mais quelques semaines après, Chabannes 
et le Dauphin chevauchant l'un à côté de l'autre, ce dernier prit 
le comte familièrement par le cou et lui dit encore, en parlant 
des archers de la garde qui marchaient devant : "Venez çà, il 
n'y a rien à faire que mettre ces gens dehors. — Et comment? 
dit le comte. — J'ai déjà, reprit le Dauphin, quinze ou vingt ar- 
balétriers et trente archers, ou bien peu s'en faut; et vous, 
n'avez-vous pas des archers? Il faut que vous m'en fassiez 
finance de cinq ou six;" et il nomma un certain Richard. Puis, 
voulant répondre aux objections que Dammartin ne pouvait 
manquer d'élever, le Dauphin lui expliqua comment son oncle 
lui avait promis de lui faire avoir Nicole Chambre, capitaine de 
la garde , et par quels moyens il comptait s'emparer de la per- 
sonne du roi et de ses ministres. 

En conséquence de la déposition du comte de Dammartin, 
le chancelier fit une information sur cette affaire, et reçut en 
présence du roi les dépositions de plusieurs gardes écossais qui, 
sans être parfaitement instruits des projets du Dauphin, s'accor- 
daient à prouver qu'on voulait les gagner, et que ce prince avait 
formé un dessein contre le gouvernement 1 . Le roi en fit mourir 
plusieurs, et Cunningham , leur capitaine, ne dut sa grâce qu'à 
la sollicitation du roi d'Ecosse 2 . On a conservé la lettre adressée 
en cette circonstance, par Jacques II, "A très -excellent et très- 
chrétien prince Charles, par la grâce de Dieu roi des Français, 
son très- invincible frère et bien aimé confédéré." Après plu- 
sieurs compliments et précautions pour ne pas sembler empiéter 
sur l'autorité du roi, son très-cher frère, l'écrivain expose qu'il 
a été instruit de l'arrestation de Robert Cunningham, qu'il 
attribue, pour son compte, aux dénonciations malveillantes de 
quelques envieux. Si l'accusé est réellement coupable, Jacques 

1 Recueil de pièces pour servir à l'histoire de Louis XI, p. 61-73. 

2 Duclos, Hist. de Louis XI, liv. I, ann. 1446; t. I, p. 97. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 197 

n'a point l'intention d'excuser sa félonie ; si au contraire, comme 
semble le prouver du reste la conduite des ancêtres dudit Ro- 
bert, il est victime en ce moment d'une infâme calomnie, qu'il 
lui soit permis de se défendre contre ses ennemis et ses rivaux, 
et qu'en considération de l'alliance des deux royaumes, il puisse 
jouir du bénéfice des lois françaises et se défendre, soit par le 
duel, soit par tout autre moyen légitime. Si son innocence est 
reconnue, qu'il sache combien il est redevable aux prières du 
roi d'Ecosse, et que celui de France fasse remettre les lettres de 
grâce à Thomas, évêque de Withern, chancelier d'Ecosse, John 
de Cènes, prévôt de Saint-André, et à l'écuyer Archibald Cunnin- 
gham; moyennant quoi Jacques appelle la bénédiction et la pro- 
tection du ciel sur son bien aimé frère le roi de France. La 
lettre est datée de Stirling, le 45 du mois d'avril, et revêtue de 
la signature; une note indique qu'elle fut reçue à Lyon, le 
16 octobre 1456 *. 

Cette lettre était accompagnée d'une supplique très-respec- 
tueuse, adressée au roi de France par douze nobles Écossais 2 , et 
présentée par Archibald Cunningham, frère de l'inculpé. Les 
signataires représentaient que l'emprisonnement et les persécu- 
tions souffertes par Robert étaient évidemment l'œuvre d'une 
dénonciation calomnieuse. On suppliait le roi d'avoir égard à 
toutes les qualités de l'accusé et aux grands services qu'il avait 
rendus, soit au royaume d'Ecosse, soit même à celui de France. 
La lettre se termine, selon l'usage du temps, par un défi adressé 



1 Histoire généalogique de la noblesse de Touraine, etc., p. 152, 153. 

2 Ainsi que l'on doit s'y attendre, leurs noms sont étrangement altérés dans ce 
document, ou plutôt dans la publication qu'en a faite L'Hermite-Souliers. Toute- 
fois on peut encore reconnaître Alan, lord de Monkredding; Alexander, lord de 
Kilmaurs; Robert, lord Royd; William, lord de Glengarnock; Patrick de Rucha- 
nan, lord Campbell de Loudon, William Murray de Polmaise, John Kennedy de 
Rlairquhan et Robert Cunningham d'Auchenharvis. Quant à Alanus dominus de 
Kautkeret et à Joannes Rosy de Haufrale, je conjecture qu'ils représentent Alan, 
lord de Cathcart, et John Ross de Hawkhead, 



198 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

au nom de la noblesse d'Ecosse, et par lequel tous les signa- 
taires s'engagent à répondre de leur personne, à l'agrément du 
roi de France, pour soutenir contre tout venant l'honneur de 
Robert Gunningham. En foi de quoi sont apposés les douze 
sceaux. La lettre porte également la date du 15 avril 1456 i . 

Deux des sœurs de la Dauphine, venues d'Ecosse pour assister 
aux funérailles de leur aînée, furent accueillies à la cour de 
France avec les plus grands égards 2 . Charles fit tous ses efforts 
pour hâter la conclusion du mariage de la cadette avec Fran- 
çois I er , comte de Montfort; et le duc de Bretagne, son père, 
envoya Jean Hingant et Jacques de Penhoedic à la cour d'Ecosse 
pour faire la demande; elle fut reçue avec plaisir. Jacques II 
nomma l'amiral George Crichton, chevalier, William de Foulis, 
archidiacre de Saint-André, et William Monipenny, écuyer, pour 
régler les conditions du mariage. Les articles en furent dressés, 
et le contrat arrêté le 19 juillet 1441 . 11 porte en substance que le 
roi donnerait à la princesse sa sœur la somme de 100,000 saluts 
d'or, et que le duc lui assurerait un douaire de 6,000 livres de 
rente, dont l'assiette commencerait au château de Succinio 3 . 
D'Argentré ajoute qu'il fut réglé en même temps que si le roi 
d'Ecosse mourait sans enfants mâles, la princesse Isabelle suc- 
céderait à ses États, quoiqu'elle fût puînée de Marguerite, épouse 

1 Hist. geneal. de la nobl. de Touraine, etc., p. 153-155. 

2 Martial d'Auvergne, les Vigilles de la mort du roy Charles VII , l re part., 
p. 221, 222. 

3 Château construit dans l'île de Ruis par le duc Jean I er (D. Morice, Hist. eccl. 
et civ. de Bretagne, liv. V, ann. 1251; t. I, p. 189), et où naquit le connétable de 
Richemont, en 1393. (Hist. d'Artus III, etc., p. 2.) Dans les documents recueillis 
par DD. Lobineau et Morice, on trouve toujours ce nom écrit Sucenio, Suceniou, 
Succeniou, etc. (Hist. de Bretagne, t. II, col. 705, 784, 810, 912, etc. — Mém. pour 
serv. de pr. à l'hist. de Bref., t. II, col. 731, 896, 900, 1164, 1254.) Il faut donc 
lire Suscinye au lieu de Suscivye, que l'on trouve dans cette phrase d'une dépè- 
che de La Mothe Fénelon, du 19 juin 1570 : "... On l'asseure (la royne d'Angle- 
terre) que le capitaine la Roche et le capitaine Puygaillard sont desjà embarquez 
à Suscivye, avec cinq centz harquebouziers brethons, pour passer en Escoce," etc. 
(Recueil des dépêches... des ambassadeurs de France, etc., t. III, p. 203.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 190 

du Dauphin * ; mais ce règlement ne fut fait que quatre ans après 
la mort de la Dauphine, c'est-à-dire le 22 août 4448. Les am- 
bassadeurs revinrent en Bretagne et rendirent compte au duc 
du succès de leur négociation. Le comte de Montfort ayant 
demandé si la jeune princesse était belle et avenante, on lui 
répondit que pour l'extérieur elle méritait ces épithètes, mais 
qu'elle était inférieure à sa sœur Marguerite sous le rapport de 
l'esprit et de la connaissance de la langue. François fit alors une 
réponse qui rappelle un passage bien connu des Femmes sa- 
vantes; il dit que sa fiancée était telle qu'il la désirait, et qu'il 
tenait une femme pour assez savante quand elle pouvait mettre 
une différence entre le pourpoint et la chemise de son mari. La 
princesse d'Ecosse aborda en Bretagne, et fut conduite au châ- 
teau d' Aurai, où ses noces furent célébrées le 30 octobre 2 . Ainsi 
que le fait remarquer Lobineau, le nouvel époux ne vécut pas 
assez pour voir par lui-même si le portrait qu'on lui avait fait 
de la princesse d'Ecosse était ressemblant. 

Il est probable que, pendant son veuvage, elle eut la compa- 
gnie, ou du moins fréquemment la visite, d'Aliénor, sa sœur 
cadette; car on la voit figurer, à la suite de la reine de France, 
dans un pèlerinage quelle fit au Mont- Saint- Michel, en 1447 3 . 
La duchesse de Bretagne vit encore à Rennes, en 4452, l'évêque 
de Galloway, que le roi d'Ecosse avait envoyé en Bretagne, avec 
David Lindsay 4 , écuyer, et quelques autres, pour empêcher le 
mariage d'Isabelle avec le prince de Navarre. Le duc leur fit de 



1 B. d'Argentré, l'Histoire de Bretaigne, etc., liv. XII, ch. I, p. 800. 

2 Bouchet, les Annales d'Aquitaine, etc. Poitiers, M.DCXXXXIIII., in-folio, 
4 e part., ch. VIII, p. 254. — P. Le Baud, Histoire de Bretagne, etc., ch. L, p. 489. 

— D. Lobineau, Histoire de Bretagne, etc., liv. XVII, ch. LVH; t. I, p. 618, 619. 

— D. Taillandier, Hist. eccl. et civ. de Bretagne, liv. X; t. II, p. 2. 

3 D. Lobineau, Histoire de Bretagne, liv. XVII, ch. XCVII; t. I, p. 629. 

* C'était sans doute le fils aîné de John lord Lindsay des Byres, grand justicier 
d'Ecosse, qui combattit en 1488 aux côtés de Jacques III, à la bataille de Stir- 
ling. ( The Lives ofthe Lindsay s, vol. I, p. 160, 161.) 



200 LES ÉCOSSAIS EN FRANGE. 

riches présents 1 , et ils revinrent encore en Bretagne deux ans 
après pour le même objet 2 . 

Il s'y trouvait alors nombre d'Écossais, autant que l'on est 
autorisé à le conjecturer par les noms que Ton rencontre dans 
les documents relatifs à l'histoire de cette province. C'est, pour 
commencer par les plus illustres, la dame d'Argyll 3 , et Lord 
Gray, en compagnie de personnages de marque 4 ; c'est un moine 
nommé Jean d'Ecosse 5 , comme un écuyer porté dans la montre 
de Hue de Lamboul en 1411 •-, et un homme d'armes inscrit 
dans celles de Guillaume de Rosnyvinen, en 1451 et 1452, avec 
Husson Macque Macquin ou l'Escossaiz, Patris Assequin ou 

1 "A l'evesque de Galoy, venu d'Escoce à Vennes en ambassade pour le fait du 
mariage de la duchesse Ysabeau, six tasses d'argent pesant quinze marcs. A David 
de Lindesay, escuier dudit païs estant en ladite ambassade, une coupe et une es- 
guiere d'argent pesant six marcs; le tout valant 180 1." Compte de Guillaume le 
Roux, 1454-55. (D. Morice, Mém. pour serv. de pr. à l'hist. de Bref., t. II, 
col. 1687.) — Sous la môme date et dans la même collection, figure une lettre 
du roi d'Ecosse au roi de France, reçue à Montbazon, le 19 mai; elle est suivie 
d'une autre de la duchesse Isabelle à son suzerain, datée de 1453. (Col. 1644-1647. 
Cf. col. 1629, 1630.) 

2 Histoire de Bretagne, liv. XVIII, ch. XXXVII; t. I, p. 654. — D. Morice a 
donné des lettres de créance pour les ambassadeurs à la cour de France, portant 
cette mention : "Receues à Molins par l'evesque de Gallovay et Thomas Vaustoo, 
le 5. jour de Janvier 1452." Il a également publié une "relation de ce qui s'est 
passé entre le duc et les ambassadeurs de France touchant la duchesse Ysabeau et 
ses filles, 1452" (Mém. pour serv. de pr. à l'hist. de Bref., t. II, col. 1616, 1617, 
1618-1625) ; mais non une lettre de Jacques II au duc, à propos du mariage de 
sa sœur (28 décembre 1451), contenue dans la collect. des Blancs-Manteaux, dite 
de Bretagne, t. XLVIIIb, art. 62. 

3 "Un collier d'argent de l'ordre du duc, donné à Poncet de Rivière... La du- 
chesse et Madame d'Argueill lui donnèrent aussi chacune son bijou." Compte de 
la Noe, 1459, 1460. (Mém. pour serv. de pr. à l'hist. de Bret., t. II, col. 1747.) 

* "Donné six tasses d'argent pesant ensemble dix marcs, et deux pots d'argent 
verez, pesant onze marcs, à un chevalier d'Escosse nommé le sire des Grés, venu 
vers le duc à Nantes. Donné six tasses d'argent verées et ouvrées, pesant ensemble 
neuf marcs, à un archidiacre d'Escocze estant en la compaignie dudit chevalier. 
Messire Robert Colleville et Robin Cambell, Escoczaiz, venus en la compaignie des 
precedens." Compte de Guion de Carné, 1445. (Ibid., col. 1395.) 

8 D. Morice, Mém. pour serv. depr. à l'hist. de Bref., t. II, col. 30. — Il existe 
encore une famille d'Ecosse, originaire de Savoie, naturalisée en France au 
XVIII e siècle. (Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, t. XVI, p. 343-345.) 

6 Mém. pour serv. depr. à l'hist. de Bret., t. II, col. 862. Cf. col. 989. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 201 

lla.iuin (c'est-à-dire Patrick Erskine), et André l'Eeossois 1 . 
En 1415, Guillaume Scot figure comme archer à cheval dans la 
revue de Tanneguy du Chastel 2 ;.en 1416, Ouden Morisson, 
.Viiyer, dans celle de Tudual Bourgeois 3 ; et en 1420, Pierre 
Gordon, écuyer, dans une revue à Villeneuve-lez-Avignon 4 . 
Enfin Ton voit Jehan Seton, archer, et François Moreton, arba- 
létrier, dans la montre du vicomte de la Belliere 5 . 

D'une origine moins contestable, Robert de Craffort, écuyer, 
nommé par le duc de Bretagne capitaine de Yannes et du château 
de l'Ermine, scellait, le 18 novembre 1402, un acte du sceau de 
Jehan de la Bouexiere 6 ; mais en 1406, il apposait le sien à une 
obligation de messire René de Beloczac' 3 , et l'on voit qu'il por- 
tait : de gueules, à la fasce d'hermine, avec deux étoiles en chef. 




1 Mém. pour serv. depr. à l'hist. de Bret., t. II, col. 1559, 1613. — Ce nom de 
l'Escossois, que l'on a vu ci-dessus, p. 11, 12, devenu nom propre, s'est perpétué 
bien plus longtemps que nous ne le croyions d'abord. On lit dans la Gazette du 
6 décembre 1692, p. 8 : " Le roy a donné au sieur l'Ecossois, lieutenant colonel 
du régiment de Normandie, le gouvernement de la citadelle de Dunkerque." 

2 Mém. pour serv. depr. à l'hist. de Bret., t. II, col, 910. 

3 Ibid., col. 928. 

4 Ibid., col. 1005. — Auparavant, col. 992, on voit Pierre de Gourdon, écuyer. 

5 Ibid., col. 1011 et 1012. 

6 Ibid., col. 709. 

7 ibid. — D. Lobineau, Histoire de Bretagne, t. II, preuves du liv. XXII, 
col. 1634, et sceau n» CCLII. 



202 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Or, ces armes, suivant Nisbet 1 , sont précisément celles des 
Crawfords de Lochnorris , en Ayrshire, très-ancienne branche 
des barons primitifs de Crawford, éteinte au XVII e siècle, c'est- 
à-dire de la race originale dont deux cohéritières épousèrent 
les représentants des Lindsays et des Douglas. 

La plus ancienne mention de cette famille recueillie par l'au- 
teur du Baronage of Scotland, se rapporte à Elizabeth, fille d'un 
Crawford de Lochnorris 2 , mariée vers 1440 à Sir Robert Hamil- 
ton de Brentwood ; mais il n'y a point à douter que Robert de 
Crawsfurd ne fût un plus ancien représentant de la famille. 11 
n'est pas moins probable que le nom de Crawsfurd inscrit au- 
tour du sceau n'est point exact, et qu'il faut lire Craivefurd. 
C'est une curieuse coïncidence que la présence de l'hermine de 
Bretagne sur l'écu ; mais l'on ne peut dire que ce soit un em- 
prunt fait par Robert en mémoire de son commandement , car 
on la retrouve bien plus anciennement dans les armes de la 
maison. La principale famille du nom de Crawford portait de 
gueule à la fasce d'hermine, avec un renard passant, au-dessus 
de l'écu, et un chien courant de chaque côté, comme on le voit 
sur le sceau de Reginald de Crawford , sheriff du comté d'Ayr, 
appendu au Ragman Roll en 1292. 

De 1409 à 1411, Robert Craffort figure, en qualité iïasscour, 
c'est-à-dire de commissaire répartiteur, parmi les gens de la 
duchesse 3 . Quant à l'écuyer William Monipenny, que nous 
avons vu aussi en Bretagne, occupé, avec d'autres Écossais, à 



1 A System of Heraldry , etc. Edinburgh and London, M.DCC.XXII.-XLII , 
petit in-folio, vol. I, p. 56. 

2 Writs and Hist. ofthe Family ofHamiUon, p. 52, cités par Douglas, p. 466, 
col. 2. 

3 Compte de Jean, abbé de Saint-Mahé. (D. Morice, Mém. pour serv. de pr. à 
l'hist. de Bret.j t. II, col. 831.) — Il existe au Musée Britannique (Addit. chart. 395) 
une pièce du 25 août 1432, qui témoigne de la présence de Guillaume Craford, 
capitaine de gens d'armes et de trait, en basse Normandie, à cette époque; mais 
rien n'indique qu'il fût de la famille de Robert. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 203 

régler les conditions du mariage d'Isabelle avec François I er , 
comte de Montfort, il était devenu chevalier 1 , et avait reçu de 
Jacques II, pour services rendus à la Dauphine et à ses sœurs, les 
terres de Hallis d'Airth, qui devaient prendre le nom de terres 
de Monipeny, franches de toute redevance, sauf celle d'une 
rose rouge 2 . De son côté, Louis XI donnait à Guillaume de 
Menypeny, sire de Concressault , son chambellan, pour lui et 
ses enfants mâles et femelles, la terre du Vila, sénéchaussée 
d'Agen, avec tous ses droits, appartenances et dépendances, 
confisquée sur Jean d'Armagnac, sans en rien retenir que la foi 



1 J. Charticr (Chron. de Charles VII, ch. 202; t. II, p. 142) rapporte à l'an- 
née 1449 la promotion à la chevalerie du seigneur de Concressault, et une note 
indique ce titre comme appartenant peut-être à "Guillaume de Meriy-Penny, 
écuyer d'Ecosse." Le commentateur ajoute, d'après le Ms. Gaignieres, n° 772, 2, 
folio 430 verso, etpassim, que "Mony-Penny, chevalier, étoit seigneur de Con- 
cressaut en 1466." Il est possible qu'il ne l'ait été qu'entre ces deux années, et 
que Charticr veuille désigner l'un des prédécesseurs des Monypenys dans cette 
seigneurie, celui qu'une pièce des archives de Joursanvault indique comme étant 
prisonnier des Anglais en 1454. (Catal., etc., t. II, p. 2333, n° 3414.) — Thaumas 
de la Thaumassiere, que nous suivons (Hist. de Berry, liv. V, ch. LXXIX, p. 396, 
397), dit positivement qu'elle arriva à cette famille par voie d'achat, et cependant 
on lit auparavant (liv. I, ch. XXXV, p. 40, ann. 1517) que, dans une circonstance, 
les procureurs de messire Louis de Menypeny, chevalier, prétendirent que pour 
bonnes et justes causes, le domaine avait été donné à ses prédécesseurs, en quoi 
ils étaient d'accord avec Chaumeau, quand il dit de Concressault "qu'il fut donné 
par le Roy à un capitaine Escossoys nommé Dumenipenil, pour aucuns bons et 
aggreables services à luy faietz au faict de ses guerres." (Hist. de Berry, etc. A 
Lyon, 1566, in-folio, liv. VI, ch. XLI, p. 276.) Les procureurs voulaient-ils parler 
des anciens seigneurs de Concressault, ou de Sir John Stuart de Derneley, plutôt 
que d'Alexandre I er ? Je dis l& , parce que l'historien du Rerry fait mention d'un 
second Alexandre de Menypeny, vicomte d'Omoy, époux de Marguerite Tizard, et 
père de Jean -Jacques de Menypeny, écuyer, vicomte d'Omoy, archer de la garde 
du roi François I er , naturalisé par lettres- patentes du mois de février 1542. Ce 
dernier épousa, le 19 novembre 1584, Marguerite Ronin. (Hist. de Berry, liv. XII, 
ch. XVII, p. 1039.) — Voyez encore ci-dessus, p. 121, not. 1. — "La famille des 
Culon, et celle des Menypeny, dit ailleurs Thaumas de la Thaumassiere (Nou- 
veaux Commentaires sur les coutumes... de Berry, etc., p. 83), ont longtemps 
possédé Omoy, et Marie de Menypeny, femme de Renaud de Fouchier, écuyer, 
sieur de la Forêt et du Rriou, l'a laissée par testament à Renaud de Fouchier, son 
filleul, et fils de Jacques, sieur de Chaumasson." 

2 Scolstarvet's Calendars, 1 er mai 1450 et 7 octobre 1451, cités par Pinkerton, 
the History ofScotland, liv. VI, vol. I, p. 222, not. 2. 



204 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

et hommage 1 , et plus tard il ajoutait à ce domaine la terre 
d'Aulbin 2 . 

Egalement chevalier, un autre membre de la môme famille 
jouissait aussi de la faveur de Louis XII. Fils, selon toute appa- 
rence, de Guillaume qui précède, messire Alexandre de Meny- 
peny, seigneur de Yarennes, était conseiller et chambellan 
ordinaire de ce prince, et chevalier d'honneur de la reine Marie 
d'Angleterre, sa seconde femme. Il avait épousé Marguerite de 
Flockhart, fille de Patrick de Flockhart, seigneur de Saint-Jean 
d'Angers, de Badefol et de Mirados, conseiller et chambellan 
ordinaire de Charles VII, capitaine de la garde écossaise de son 
corps, sénéchal de Saintonge, gouverneur de la personne de 
Charles, duc de Guienne 3 . Il avait pour frère Guillaume de 
Menypeny, abbé de Saint-Satur, nommé par les chanoines de 
la cathédrale de Bourges à l'archevêché, vacant par le décès de 
Michel de Bucy, l'an 1512, mais repoussé par Louis XII, qui 
présentait au choix du chapitre Christophe de Brillac, évoque 
d'Orléans. Guillaume de Menypeny eut plusieurs enfants, dont je 
laisserais les noms et les alliances dans le livre qui me les four- 
nit, si certains n'avaient commandé chez nous des Écossais, ou 
contracté mariage avec des compatriotes. L'un d'eux, Louis de 
Menypeny, le troisième des fils d'Alexandre, seigneur de Va- 
rennes comme son père, fut capitaine de cent hommes d'armes 
écossais des anciennes ordonnances; et Anne de Menypeny, 
dame de Goncressault, sa sœur, épousa en premières noces Jean 



1 Lettres rendues à Chartres en 1474. (Ordonnances, etc., t. XVIII, p. 40, not. a, 
col. 2. Voyez encore p. 159, not. a, col. 2.) 

2 Lettres du 18 décembre 1477. (Ordonn., etc., t. XVIII, p. 317, not. a.) — Dans 
d'autres chartes de 1469, 1473 et 1475 (t. XVII, p. 257, 618; t. XVIII, p. 152), le 
sire de Concressault figure comme témoin. 

3 II est nommé Patrix Folcart, sénéchal de Saintonge, dans des lettres de 
Louis XI rendues à Amboise, le 31 octobre 1472, où il figure comme témoin (Or- 
donn., etc., t. XVII, p. 554) ; et son nom est plus ou moins altéré dans les diverses 
éditions de Ph. de Communes, qui le mentionne sous la même année, liv. III, ch. XII. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 205 

Sluai't, sieur d'Oison, conseiller et chambellan de Louis XII, et 
capitaine de la garde écossaise de son corps. La maison de Meny- 
peny, dont la noblesse fut reconnue par sentence des élus de 
Bourges en date du 9 juillet 1586 *, portait écartelé, au 1 et 4 
de gueules à trois croissants d'argent, surmontés chacun d'une 
croix recroisetée, au pied fiché de même, au 2 et 3 d'or, à un 
dauphin d'argent (N° XXVIII). 

No XXVIII. — MENYPENY. 




Issu de la même famille que l'amiral venu en France en 
compagnie de William Monipenny, le chancelier d'Ecosse Wil- 
liam Crichton y arriva en 4448, avec John, évêque de Dunkeld, 
et Nicolas d'Otterburn, officiai de Saint-André, comme ambas- 
sadeur de Jacques II, pour renouveler et confirmer, avec l'évêque 
de Maillezais, Bertrand de Beauveau, sire de Precigny, et maître 
Guillaume Cousinot de Montreuil, conseillers de Charles VII et 
délégués par lui, les traités d'alliance et de confédération faits 
entre les rois de France et d'Ecosse depuis Charles le Bel et 
Robert I. Les lettres dressées à cette occasion portent la date 
de Tours, le 31 décembre 1448, et la ratification celle d'Édin- 
burgh, le 20 décembre 1449 2 . 

1 Bist. de Berry, liv. XII, ch. XVII, p. 1039. 

2 Invent, chronol., etc., p. 45. — Chalmcl, Bist. de Touraine, t. III, p. 341. 



20G LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

L'année suivante, Cousinot fut envoyé de nouveau comme 
ambassadeur auprès de la cour d'Ecosse. Au retour de cette 
ambassade, il fit naufrage sur les côtes d'Angleterre et fut fait 
prisonnier par les Anglais. Après trois ans d'une dure captivité, 
il put recouvrer sa liberté et revoir son pays; mais ce ne fut 
qu'après s'être engagé à payer une rançon très-considérable 1 . 

Dans cet intervalle, les Écossais, surtout les gens d'église, 
continuaient à venir en France, apportant des nouvelles de leur 
pays, auxquelles, dans le nôtre, personne ne se montrait indif- 
férent, et les chroniqueurs s'empressaient d'enregistrer leur 
témoignage. En 1449, après la campagne où les Anglais furent 
si maltraités par leurs ennemis, les détails en furent relatés à 
Saint-Denis par trois prêtres écossais, " dont l'ung estoit cha- 
noine et bien notable et authentique personne, comme il sem- 
bloit, qui les affermèrent par leurs sermens, faitz solemnellement 
devant les précieux corps saints Denis et ses compaignons, estre 
véritable." Le chroniqueur de France, Jean Ghartier, ajoute qu'il 
fit subir un interrogatoire à ces étrangers en présence de plu- 
sieurs religieux et autres gens de bien 2 . 

Attirés en Ecosse sans doute par le retentissement des victoires 
remportées sur les Anglais, ou peut-être seulement par cet esprit 
chevaleresque qui, au siècle précédent, poussait des Écossais 
vers les Pays-Bas 3 , des chevaliers considérables de la cour 



1 Vallet de Viriville, Notice historique et critique sur la Chronique de la Pucelle, 
en tête de la dernière édition, Paris, 1859, in-12, p. 27, 28, et pièces justificatives, 
p. 76, 80. 

2 Chronique de Charles VII, etc., ch. 178; t. II, p. 91. — Sans s'arrêter à ces 
serments, Tytler s'inscrit en faux contre le récit d'une bataille rapportée par Jean 
Chartier et Monstrelet. 

3 Un receveur général des finances du duc de Bourgogne, faisant le détail des 
dépenses faites en 1385, à l'occasion des fêtes données pour le mariage des enfants 
du prince, Amiot Arnaut marque dans son compte qu'il y avait alors à Cambrai, 
pour les joutes, des hérauts et des chevaliers d'Espagne, d'Allemagne, d'Ecosse et 
de toutes les provinces de France. (Histoire générale et particulière de Bourgo- 
gne, etc., liv. XIII, ch. LXXXX; t. III, p. 85.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 207 

de Bourgogne faisaient montre de leur valeur à celle du roi 
d'Ecosse : c étaient Jacques de Lalain, fils aîné du seigneur de ce 
nom, son oncle messire Simon de Lalain, et un écuyer d'écurie 
du duc de Bourgogne, natif de Bretagne, nommé Hervé de 
Mériadec, " lesquels estaient tous de fort hautain vouloir, et dé- 
sireux d'exaucer le très-noble et renommé exercice des armes 1 ." 
Arrivés à Stirling, ils furent honorablement reçus et fêtés selon 
la coutume du pays, par le roi et autres grands seigneurs. Les 
adversaires de nos champions étaient messire James et John de 
Douglas, et John Ross lord de Hawkhead, "tous trois de haut 
lignage, puissans et bien formés de corps et de membres, et 
très -renommés des plus vaillans 2 ." Après s'être fait attendre 
plus de trois heures, ils arrivèrent avec une suite nombreuse; le 
seul comte de Douglas était accompagné de quatre à six mille 
hommes. Les trois nouveaux venus débutèrent par faire la révé- 
rence au roi, auquel ils demandèrent l'ordre de chevalerie. Ce 
prince satisfit à leur désir, et le combat ne tarda point à com- 
mencer. James de Douglas se mesura avec Hervé de Mériadec, 
qui le porta deux fois par terre de deux coups de hache; Jacques 
de Lalain avec John de Douglas, qui lui donna fort à faire, et 
Simon de Lalain avec le lord de Hawkhead. Celui-ci commen- 
çait à gagner du terrain, quand l'écuyer breton, laissant son 
adversaire sur le sable, vole au secours de ses compagnons. Alors 
le roi, jetant son bâton dans la lice, arrêta le combat, qui me- 
naçait de recommencer comme de plus belle; car James de 
Douglas, s' étant relevé pour la seconde fois, s'était rapproché 
de son adversaire et avait pensé le frapper au visage , ce dont 
le roi fut très-mécontent. Il est encore à noter que les serviteurs 
du même seigneur, le voyant à terre, sautèrent par dessus les 

1 Chroniques de Matthieu de Coussy, ch. XXVIII, ann. 1448; édit. du Panih. 
litt., p. 39, col. 1. 
5 Ibid. 



208 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE 

lices pour aller le secourir ; mais que le roi et son conseil ayant 
commandé de les arrêter, ils prirent la fuite et se sauvèrent de 
leur mieux 1 . 

Après cette brillante rencontre, messire Jacques de Lalain et 
ses compagnons revinrent en Flandre par l'Angleterre; mais 
Tannée suivante sa sœur Isabelle se rendit à son tour en Ecosse 
à la suite de Marie de Gueldres, fiancée de Jacques II 2 , "celuy 
qui avoit le visaige my-parti de rouge et de blanc 3 ," et en com- 
pagnie de maître John Ralston , évêque de Dunkeld , et de Sir 
William Crichton , chancelier du royaume , qui avaient fait le 
mariage avec le conseil et le concours du roi de France 4 , des 
ducs de Savoie, d'Autriche, de Bretagne et de Bourgogne. Partis 
un jeudi jour du Saint-Sacrement, vers quatre heures du matin, 
sur une forte caraque richement décorée 5 , qui marchait pesam- 
ment relativement aux treize autres grands navires de l'escadre, 
les voyageurs longèrent les côtes d'Angleterre, appréhendant 
d'être pris, malgré les trois cents hommes d'armes embarqués 



1 Chroniques de Matthieu de Coussy, ch. XXVIII, p. 39, 40. — Mémoires d'Olivier 
de la Marche, liv. I, ch. XVII, ann. 1446; édit. du Panth. litt., p. 422-425. — 
Chronique de J. de Lalain, à la suite des Mémoires d'Olivier de la Marche, p. 661- 
666. — Le Chevalier sans reproche, etc , par messire Jean d'Ennetieres. A Tour- 
nay, M. DC. XXXIII., in-8°, chant IX, etc. — L'auteur de la Chronique d'Auchinleck, 
qui rapporte les hauts faits de Jacques et de Simon de Lalain à Stirling, leur 
donne pour écuyer " the larde of Longawel." (Édit. de Th. Thomson, p. 18, 40.) 
Voyez encore, sur Hervé de Meriadec, les Cent Nouvelles nouvelles, édit. de M. le 
Roux de Lincy, t. II, p. 334. 

2 Chroniques de Matthieu de Coussy, ch. XXXIII, ann. 1449; p. 46, col. 2. Il 
«'y trouve de curieux détails sur l'Ecosse et ses habitants. 

3 Mém. d'Olivier de la Marche, liv. I, ch. XIII ; édit. du Panth- litt.,]). 406, col. 2. 

4 Dans le traité conclu entre Jacques II et Philippe le Bon, le 1 er avril 1449, il 
est mentionné que les envoyés écossais, ayant trouvé Marie nubile et belle, retour- 
nèrent en France pour consulter Charles VII, et que ce prince leur adjoignit des 
ambassadeurs pour expédier le mariage. (Ms. harl. 4,637, vol. III, folio 6 verso, 
cité par Pinkerton, the History of Scotland, etc., liv. VI, vol. I, p. 206. Cf. 
W. Drummond, the History of Scotland, etc. London, 1681, in-8°, p. 72.) 

5 Short Chronicle of the Reign of James 11. (Keith, an historical Catalogue of 
the Scottish Bishops, etc., p. 559. Cf. p. 189.) — M. de Laborde, les Ducs de Bour- 
gogne, seconde partie, t. I, p. 396, n° 1410. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 209 

avec eux sous le commandement du sire de Campvcre 1 . Le mer- 
credi suivant, ils commencèrent à distinguer la terre d'Ecosse, 
ce qui les rendit bien joyeux. Le lendemain, ils prirent port 
auprès d'une île nommée Vile de Mai, où il y avait un ermitage 
et une chapelle de Saint-André, accompagnée d'un cimetière 
qui passait pour avoir des propriétés merveilleuses, moins en- 
viables que celles de certains arbres du pays 2 . Après être allée, 
avec une suite peu nombreuse, dans cette chapelle, et avoir passé 
d'une île dans une autre, la nouvelle reine arriva à Leith, port 
d'Édinburgh. Pendant ce temps-là, plusieurs seigneurs du pays 
vinrent lui faire la révérence, les uns de la part du roi, les au- 
tres spontanément, mais tous d'une manière différente de celle 
de France ; "car, dit Matthieu de Coussy, ils sont en ce royaume- 
là fort rudes, et se font voir en estranges parages d'habillemens, 
au regard des parties de par deçà ; mesme il y en a plusieurs 
d'entre eux qui semblent estre gens tout-à-fait sauvages et 
comme barbares 3 ." 

A Leith, Marie de Gueldres monta à cheval derrière le seigneur 
de la Yeere, qui l'avait conduite sur son navire, et s'en alla à 
Édinburgh, où elle fut logée dans l'église des Jacobins. Au-devant 
d'elle vinrent en assez bon ordre dix mille personnes, qui lui 

1 Short Chronicle of the Reign of James II, ap. Keith, p. 559. — Lindsay de 
Pitscottie l'appelle lord Campheir, et lui donne pour compagnons le marquis de 
Beigie, le comte de Nassau et les évêques Camri et Levergie. ( The Cronicles of 
Scotland, etc., vol. I, p. 59.) 

2 Leur fruit tombant dans l'eau se changeait, disait-on, en canes et en canards. 
Voyez l'Europe de Pie II, ch. XLVP, le ficolia illustrata, etc., de Robert Sibbald 
(Edinburgi, A. D. M.DCLXXXIV. , in-folio), p. 36, 37; Lesly, de Origine, etc., 
p. 36 ; les Aventures du baron de Fœneste, liv. IV, ch. 20 ; le Dictionnaire étymolo- 
gique de Ménage, au mot Bemache, et le Promptuarium parvulorum, etc., publié 
à Londres, en 1843, pour la société Camden, in-4°, p. 32, not. 6. — Sur les oies 
dites solanes de l'île de Bass, devant North-Berwick, voyez Mentet de Salmonet, 
Histoire des troubles de la Grande-Bretagne, liv. VI, p. 303 ; et Martin, a Voyage 
to Saint Kilda, etc. Glasgow, 1818, in-8°, p. 27-29. (Miscellanea Scotica, vol. II.) 

3 P. 47, col. 1. — Pinkerton (the Hist. of Scotl, vol. I, p. 207, not. 3) pense 
que Matthieu de Coussy prit part aux négociations du mariage de Marie de Guel- 
dres, et accompagna cette princesse en Ecosse. 

vol. i. 14 



210 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

firent comme auparavant chacune la révérence, et son entrée 
fut saluée par divers instruments de musique, dont jouaient les 
Écossais et des gens de la suite de la princesse. Elle séjourna 
dans son église jusqu'à la nuit de ses noces, qui eurent lieu le 
3 juillet 1 . Je n'en décrirai point les cérémonies, assez longue- 
ment racontées par Matthieu de Goussy ; mais le repas mérite 
de nous arrêter quelques instants. Le premier mets que Ton 
apporta et que Ton présenta aux nouveaux époux, fut la figure 
d'une hure de sanglier peinte et pleine d'étoupes, dans un grand 
plat, autour duquel il y avait bien trente-deux bannières, tant 
des armes du roi que des autres seigneurs du pays. On mit alors 
le feu aux étoupes, et la joie éclata dans toute la salle. On ap- 
porta ensuite une belle nef, complète dans toutes ses parties et 
garnie de cordes d'argent; puis vint et s'avança le comte d'Ork- 
ney, suivi de quatre chevaliers précédant la viande, composée 
de divers mets. A chaque service, il pouvait bien y avoir de 
trente à quarante personnes, toutes portant des plats. Pareil 
cérémonial était observé devant la reine par le chancelier et au- 
tres grands seigneurs, et pendant que l'on plaçait les plats, cha- 
cun de ceux qui les avait apportés se mettait à genoux, jusqu'à 
ce que l'on eût fait l'essai ; puis incontinent après, on rapportait 
la plus grande partie des mets. 

A l'une des tables, on remarquait un patriarche, trois évêques, 
un abbé et plusieurs autres gens d'église, qui faisaient grand'- 
chère aux noces de leur roi. Ces cinq prélats buvaient tous à la 
même coupe, qui était un grand hanap de bois, et ils s'en ac- 
quittaient bien. Au reste, le vin ni les autres boissons n'y étaient 
point épargnées, "non plus que l'eauë de la mer 2 ." 

1 A short Chronicle of the Reign of James II, ap. Keith, an historical Catalogue 
of the Scottish Bishops, etc., p. 559. —Ed. Thoma Thomson [Edinburgi, 1819, 
in-4°], p. 41. 

2 Godefroy, Histoire de Charles VII, p. 577. — Comme il est difficile d'admet- 
tre que les prélats écossais bussent de l'eau de mer, il est à croire que l'auteur a 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 211 

Pareille chose se voyait à la table des chevaliers et des écuyers 
du pays. Ce dîner dura de quatre à cinq heures, et ne fut suivi 
ni de danses ni de souper, comme en Flandre. Le lendemain et 
jours suivants, on continua à faire bonne chère à l'usage et mode 
d'Ecosse, " qui est, selon la relation de ceux qui y furent, assez 
rude et estrange au regard de ce qui se pratique en France." 

Cinq ou six jours après, les seigneurs de la Yeere et de Brezay, 
avec ceux qui avaient amené en Ecosse Marie de Gueldres, pri- 
rent congé du roi et d'elle pour s'en retourner dans leur pays. 
Le roi, en les remerciant du bon service qu'ils lui avaient fait, 
fut content de leur départ et leur fit des présents. Quant à la 
reine, elle fut en grande tristesse et pleura beaucoup. 11 resta 
avec elle Ysabeau de Lalain, deux ou trois femmes et tout autant 
d'hommes pour la servir. Les autres, environ six jours après 
s'être embarqués, abordaient à l'Écluse sans avoir fait aucune 
mauvaise rencontre : ce qui était d'autant plus à craindre que 
les Anglais venaient de s'emparer de nombre de navires des 
Pays-Bas qui se rendaient à la foire d'Anvers, et que le duc de 
Bourgogne avait fait arrêter plusieurs marchands d'Angleterre et 
saisir leurs biens par forme de représailles j . 

A peu près dans le même temps, Sir W. Bonevylle, l'un des 
officiers les plus distingués des troupes anglaises, allait en force 
à Bordeaux, afin de garder la ville jusqu'à ce que l'on pût réunir 



voulu (lire que les boissons y étaient aussi abondantes que si c'eût été de l'eau 
de mer. Sans l'article la, j'aurais pensé que Matthieu de Coussy avait écrit eau de 
vie, et que son éditeur avait mal lu. — 11 n'est cependant pas sans exemple que 
l'eau de mer ait été en usage comme boisson : le P. Fournier, dans son Hydro- 
graphie, etc. (à Paris, M.DC.LXVII., in-folio), rapporte, liv. III, ch. XXXI, p. 119, 
que "ceux de Groenlande, et du destroit du Maire, boivent de l'eau de mer sans 
en ressentir aucune incommodité," etc. Pour ce qui est de l'eau-de-vie, l'usage 
en était répandu depuis longtemps en Ecosse : dans le registre de l'assemblée du 
clergé d'Aberdeen, on voit, à la date du mois de mars 1606, deux hommes traduits 
pour en avoir bu à l'excès. (Chambers, Domeslic Annals of Scotland, vol. I, p. 328, 
329.) 
1 Chroniques de Matthieu de Coussy, p. 48, col. 2. 



212 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

et y envoyer des troupes considérables 1 . Je n'ai pu découvrir 
quel lien de parenté l'unissait à Louis de Bovile, qui était 
en 1442 prisonnier aux mains de Sir John Steward, fils de Sir 
John Steward, surnommé ScotangW*. Le premier de ces Stewards 
et son fils Thomas avaient été, à ce qu'il paraît, faits prisonniers 
à la bataille de Pontoise par Jacques Dedman, seigneur de Mon- 
tasillant 3 , aussi bien que sire Jacques Flocque, dont Sir John 
Steward Scotangle et Sir Thomas Rampston 4 se disputaient la 
capture 5 . Le surnom du plus ancien de ces Stewards, plus tard 
établis à Swaffham, au comté de Norfolk, et à Ely, le paiement 
de la rançon de Sir John et de Thomas par le roi d'Angleterre 6 et 
par l'un de ses officiers 7 , celui de la solde de l'un des membres 
de la famille en 1438, des mains de John Belgrave, lieutenant 
du connétable de Bordeaux 8 : tout concourt à montrer qu'elle 



1 A Chronicle of London, from 1089 to 1483, etc., edit. by N. H. Nicolas, Esq. 
London, M.DCCC.XXVII., in-4°, p. 132. 

2 Addit. Mss., British Muséum, 15,644, folio 3 verso. — Dans le récit de la ren- 
contre où la Pucelle d'Orléans fut faite prisonnière, Holinshed nomme un Sir John 
Steward comme ayant reçu un carreau dans la cuisse. ( The third Volume ofChro- 
nicles, etc., 1587, in-folio, p. 604, col. 1, A. D. 1429.) 

3 Addit. Mss. 15,644, folio 2 recto, 3 verso, etc. — Ce nom de Dedman est-il 
bien écrit? On trouve Dodeman, sieur de Placy, dans l'Hist. geneal. de la mais. 
de Harcourt, liv. XI, ch. LXIII (t. II, p. 1479), et dans le Nobiliaire de Norman- 
die, de Chevillard, pi. 10, n° 807. 

4 Ce chevalier, qui commandait à Saint-Sever quand cette ville fut prise par les 
Français, est nommé dans Monstrelet. Le vieux chroniqueur raconte que Sir Tho- 
mas assiégea et prit Guise en 1424, avec Jean de Luxembourg, et qu'il se rendit 
ensuite à Paris, où il reçut du duc de Bedford l'accueil le plus gracieux. 

5 Addit. Mss. 15,644, folio 4 verso. 6 Ibid., folio 2 recto. 

7 Ibid., folio 47 recto. —Cet officier était Sir Thomas Kiriel,que nous trouvons, 
en 1432, capitaine du château de Clermont, en Beauvoisis, d'où il faisait des incur- 
sions jusqu'aux portes de Paris. (Monstrelet, liv. II, ch. CXC ; édit. du Panth. lilt., 
p. 657. — Martial d'Auvergne, l re part., p. 144.) En 1435, il quittait Gisors pour 
prendre part au siège de Saint-Denis ( J. Chartier, édit. Vallet, t. I, p. 182), et en 
1450, il commandait les Anglais à la bataille de Formigny, où figurait, dans les 
rangs français, Robert Cunningham, qui alla ensuite aux sièges de Bayeux et de 
Cherbourg. (Martial d'Auvergne, 2 e part., p. 86, 92, 106, 110.) Parmi les litres 
et documents originaux du Catalogue de Courcelles, on trouve, p. 3, Th. Liriel, à 
Gournay, en 1400 : serait-ce notre Kiriel? 

8 Addit. Mss. 15,644, folio 11 verso. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 213 

était bien anglaise; mais les lettres de Charles VII destinées à 
garantir Sir John Steward d'une arrestation en France 1 , indi- 
quent que ce nom n'avait pas toujours figuré sur la liste de nos 
ennemis et que nos rois s'en souvenaient. 

On le rencontrait chez nous à chaque pas. C'étaient : Jean 
Stuart, archer de la compagnie de monseigneur de Duras 2 ; Ma- 
deleine Stuard, femme de Guillaume de Maunoury, mère de 
Françoise de Maunoury, dame de Marigny 3 ; Louise de Stuart, 
femme de Jacques Seguier, contrôleur général des guerres et de 
l'artillerie, mort en 1535 4 ; François Stuard, écuyer, major de 
Marie avant 1 550 5 ; dame Stuart, femme de noble seigneur 
Hervé du Pé, qui vivait un peu plus tard 6 ; Jean Stuart, au- 
mônier du roi et de la reine, abbé de Saint- Gildas de Ruis, 
en Bretagne, après 1552 7 ; Jean Stuart de Gaston, archer de 
la garde écossaise du roi sous la charge du sieur de Lorges, 

1 Addit. Mss. 15,644, folio 48 verso. — Je ne parle pas des lettres de Charles VI 
mentionnées ci-dessus, p. 93, parce que la concession d'armoiries qui s'y trouve 
rapportée me paraît devoir être mise au rang des fables, à côté de l'origine des 
armoiries des Fraser, que l'on a fait remonter jusqu'à Charles le Simple. (Dou- 
glas, the Peerage of Scotland, vol. II, p. 471, col. 1, not. — John Anderson, His- 
torioal Account of the Family of Frisel or Fraser, etc. Edintpsrgh and London, 
MDCCCXXV, in-4°, p. 4.) 

2 Revue au camp de la Moye dans le Mantouan en 1506, publ. par l'abbé J.-J. 
Monlezun dans son Histoire de la Gascogne, etc., t. IV (Auch, 1849, in-8°), p. 147, 
col. 2. — Auparavant, p. 145, col. 3, on trouve dans une montre faite à Thérouanne, 
le 23 octobre 1491, "Jehan d'Escosse, escuyer," et p. 148, col. 3, "Jehan Dunglas," 
dans le rôle de la montre de la compagnie de Jean de Raudéan, seigneur de Para- 
bère, gouverneur de Rrest, faite le 8 juin 1580. — Au commencement de 1860, il 
y avait à l'imprimerie Renou et Maulde, à Paris, un imprimeur natif de Turin, 
nommé Pierre Stuard. 

3 Histoire généalogique de la maison de Harcourt, liv. XIV, ch. LXIX; t. II, 
p. 1991. 

4 Rlanchard, les Presidens au mortier du parlement de Paris, etc. A Paris, 
M.DCXXXXVII., in-folio, p. 221. — Anselme, Hist. généal. et chronol. de la mais, 
roy. de Fr., t. V, p. 564, C 

5 D'Hozier, Armoriai général, etc., reg. II, 2 e part., art. Robert, p. 2. 

6 Ibid., reg. III, 2 e part., art. d'Orléans, p. 67. 

7 Gallia christiana, etc., t. XIV, col. 962. — Auparavant, col. 279, on trouve, 
parmi les abbés de Villeloin, un Irlandais, Justin de Lee, nommé en 1709, mort 
en 1754. — Saint Gildas lui-même était Irlandais ou Écossais. 



5U LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

en 4560 1 ; Cécile Stuart, dame d'Antigny, femme d'Edme, sei- 
gneur de Veillan et de Brinay 2 ; Louise Stuart-de-Carr, dame de 
Saint-Quentin-le-Yerger, fille de Gratien de Carr, seigneur de ce 
lieu et de Périgny, et femme de Louis de Harlay 3 ; et François 
Stuard, notaire à Orléans. A quelle époque ce dernier était-il en 
exercice? L'annuaire d'où nous tirons ce renseignement 4 ne le 
dit pas; mais ce devait être certainement au commencement du 
XYIP siècle. D'après le même annuaire, cet officier public aurait 
eu pour prédécesseur Pierre Stuard. Était-ce son frère? était-ce 
son père? Le dernier cas serait plus probable. 

Au milieu du XYIP siècle, vivait un autre personnage du 
même nom, Henri Stuard, sieur de Bonair, historiographe du 
roi et l'un des vingt-cinq gentilshommes de la garde écossaise, 
souvent nommé dans les correspondances du temps 3 et auteur 



1 Nous avons de cet archer une quittance de la somme de 275 livres 5 sous tour- 
nois : "c'est assavoir ij c xvj // t. pour ses gaiges..., xviij H pour ses deux robbes 
de livrée d'esté et de yver ..., et xli // 5 s. pour sa monteure," etc. 

2 Anselme, Hist. généal. et chron. de la mais. roy. de Fr., t. VIII, p. 326, C. 

3 Ibid., p. 803, C — De Saint-Allais, Nobiliaire univ. de France, t. VIII, p. 289. 
* Etrennes orléanaises pour l'année 1838, publ. par Daniconrt Huet, p. 110. 

— Pierre Stuard est le plus ancien des prédécesseurs de M e Rigot, notaire à Or- 
léans, rue Sainte-Anne, n° 5. — Parmi les anciens notaires de cette ville, j'en 
trouve un que son nom m'indiquerait avoir été aussi d'origine écossaise : il s'ap- 
pelait, en effet, Rarthélemy Lescot, et il devait vivre au commencement du dernier 
siècle. Son étude appartient aujourd'hui à M e Rordas, rue de l'Évèché. (Elrennes 
orléanaises, p. 105.) — Ce nom de Lescot ou Escot a longtemps existé à Orléans. 
S'y est-il perdu? Je le crois, avec M. Edouard Fournier, qui m'écrit encore : 
" M. Escot, le dernier de ce nom que j'aie connu, était un gros marchand de cou- 
leurs qui n'a pas laissé d'enfant. Moi-même, je descends d'un Lescot; mon arrière 
grand-père, Pierre Perdoux, maître serrurier, ou, pour bien parler, véritable 
artiste en serrurerie, car il a fait de beaux ouvrages, entre autres la chaire à 
prêcher de Jargeau, toute en fer forgé, avait épousé une Lescot.... Je n'ai pu 
grimper bien haut sur cette branche de ma famille ; cependant, si j'en crois une 
tradition venue jusqu'à moi de père en fils, ces Lescot, de qui je descends, auraient 
été de la famille du Lescot dit Jacquinot ou Jacquinel, qui a fondu le monument 
de bronze élevé en l'honneur de la Pucelle, sur le pont d'Orléans." 

5 Recueil de nouvelles lettres de M. de Balzac. A Paris, M. DC XXXVII., in-8», 
p. 42-44, lett. VIII. — Lettres choisies du sieur de Balzac. A Paris, M.DC.XLVII., 
in-8°, l re part., p. 53-58, lett. XII et XIII. — Histoire de l'Académie française , 
par Pelisson et d'Olivet, édit. de M. Livet, t. I, p 378, 380. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 



215 



de plusieurs ouvrages 1 . Qu'était-il à Michel Débonnaire, tréso- 
rier des vieilles bandes, dont un autre Écossais établi chez nous, 
le célèbre John Barclay, épousa la fille Louise 2 ? Était- il parent 
du Bonair, secrétaire de Guillaume de Simienne, marquis de 
Gordes, premier capitaine des gardes du roi 3 ? Voilà des ques- 
tions plus difficiles qu'importantes à résoudre, comme celles que 
présente l'origine de deux familles, celle d'Estevard, qui portait 
burelé d'or et de gueules 4 (N° XXX), et celle d'Astuard ou 



1 Biographie générale, etc., t. VI, p. 539, col. 1. 

2 D. Irving, Lives ofScolish Writers, vol I, p. 372. 

3 II a signé, en cette qualité, un " Roolle des noms et surnoms des lieutenant, 
enseigne, homme d'armes, exempts, archers, tant du corps que de la manche, 
clerc du guet, trompette et officiers de la garde escossoise du corps du roy soubz 
la charge de Monsieur de Gordes," qui, du cabinet de M. de Courcelles (Catal., 
titres orig., p. 15), est passé dans le mien. 

4 Thaumas de la Thaumassiere, Hist. de Berry, etc., liv. XII, ch. CVIII, p. 1146. 
— Cet écrivain ne dit rien qui fasse supposer qu'il tenait cette famille pour venue 
d'Ecosse; il ne s'explique pas davantage au sujet de la maison de Gougnon, mais 
il nous laisse deviner son origine quand il dit que "dans le Controlle de la pre- 
mière Compagnie des cent Gentils -hommes Ecossois, commandée par Eberard 
Stuart, le cinquième qui est nommé, c'est Piter Gougnon Lierd (Laird?)." (Liv. XI, 
ch. XXII, p. 900.) — La maison de Gougnon porte : d'azur, au poisson d'argent 
posé en fasce, éclairé de trois étoiles rayonnantes d'or, 2. 1. Supports : deux sirè- 
nes, tenant deux étendards, quelquefois deux sauvages, et aussi deux anges; le 
casque orné d'un tortil, d'où sort un vol banneret aux armes de la maison. Cimier : 
une sirène tenant cette devise : Bene lotis sidéra fulgent (N° XXIX). 



N» XXIX. — GOUGNON. 




ï/.InléUiH. 



216 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE, 

cTAustouaud, que plusieurs auteurs, suivant l'abbé Robert, font 
descendre, sans aucune preuve, d'Ecosse, et confondent avec la 
maison des Stuarts qui a donné des rois à l'Angleterre, sans 
s'arrêter à la différence des armoiries, qui sont, pour la famille 
d'Astuard, de gueules à l'aigle d'or, becquée, onglée d'azur, avec, 
cette devise : Foi à qui l'a 4 (N° XXXI). 



No XXX.- ESTE YARD. 



No XXXI. — ASTUARD. 





















['.'■'' Il 


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' '11, 




En l'année 1456, le roi Jacques, un moment sur le point de 
chercher un asile en France, écrit à Charles "VII une lettre tout 
à fait propre à nous édifier sur les relations amicales qui exis- 
taient entre ces deux souverains. Rappelant au roi de France 
l'ambassade qu'il lui avait envoyée précédemment 2 pour l'ins- 



1 L'abbé R. de R., l'Etat de la Provence, etc. A Paris, M.DCXCIII., in-8", t. I, 
p. 313. — Pithon-Curt, Histoire de la noblesse du Comté- Venaissin, etc. A Paria, 
M.D.C.CXLIII., in-4°, t. I, p. 96; t. IV, p. 598-000. — B. de Maynier, Histoire de 
la principale noblesse de Provence, etc. A Aix, M.DCG.XIX., in-4°, p. 60. — La 
Chenaye-Desbois, Dict. de la nobl., etc., t. I, p. 474. — Laine, faisant mention du 
mariage de noble Jean-Etienne de Bernardi, I er du nom, nomme sa femme Susatiue 
d'Estuard de Cheminades. (Arch. généal. et hist. de la nobl. de Fr., t. IV, art. de 
Bernard, p. 16.) 

2 Cette ambassade se composait de Thomas Spence, ou Spens, évêque de 
Withern, ou de Oalloway, de John, lord Lindsay des Byres, et de John Arons, 
archidiacre de Glasgow. Voyez, sur le premier, Keith, an historical Catalogue of 
the Scottish Bishops, p. 275, 276; et sur le second, the Lives of the Lindsay s, 
ch. VIII, sect. I (vol. I, p. 147, 148), et appendix, no 12. (Ibid., p. 440 ) 



Lift FRANÇAIS EN ECOSSE. 217 

Iruirc do la trahison du comte do Douglas, Jacques apprend à 
Charles YII l'heureuse issue de ses affaires et la ruine des entre- 
prises du comte et de ses complices, sans dire qu'à la bataille 
de Brechin [1452] ils étaient guidés par des chefs français 1 . 
Comptant sur l'amitié du roi de France, il charge son héraut 
Rothsay de réclamer des secours prompts et effectifs pour 
rentrer en possession de la ville de Berwick, actuellement au 
pouvoir des Anglais, et qu'une trahison, dont il donne tous les 
détails, l'avait empêché de reprendre dans une tentative anté- 
rieure 2 . 

Cette môme année 4456 eut lieu un traité d'alliance et d'amitié 
entre Christiern, roi de Danemark, et Charles YII, dans lequel 
figure l'Ecosse comme alliée de la France. Entre autres choses, 
ce dernier promettait d'interposer amicalement ses bons offices 
et de donner ses soins pour que le roi d'Ecosse fît satisfaction à 
son voisin du Nord de telle façon qui paraîtrait juste et conve- 
nable au roi Très-Chrétien, sur le vu des lettres et des pièces 
dressées à ce sujet. Dans le cas où le roi d'Ecosse se refuserait 
à obéir à la décision de son allié, celui-ci devait se montrer, du 
côté du roi de Danemark, tel qu'il désirerait voir ce prince dans 
un cas semblable ou tout autre, conformément au contenu des 
mêmes lettres transmises à celui-ci par le roi d'Ecosse et ses 
prédécesseurs, relativement à la vente de certains domaines, 
par exemple de la terre de Sodor 3 , etc. Charles YII, à ce qu'il 
paraît, ne se pressa pas d'intervenir entre Christiern et Jacques, 



1 Drummond de Hawthornden , the History of Scolland, etc. London,1681, 
in-8°, p. 90. — Maitland, the History and Antiquities of Scotland, vol. II, p. 635. 
Cet écrivain cite Holinshed, p. 275. — L'auteur de la chronique publiée d'après 
le manuscrit Auchinleck, par Thomas Thomson, rapporte qu'au siège d'Abercorn 
par Jacques, en 1455, ce prince avait avec lui un canonnier français qui touchait 
à tout coup. (Ane Addicioun ofScollis Croniklis and Deidis, p. 12 et 54.) 

2 D. Luc d'Achery, Spicilegium, etc., in-folio, vol. III, p. 801, col. 2. — Pin- 
keiion, the History of Scolland, vol. I, appendix, p. 486-488. 

3 Invent, chronoh, etc., p. 46. 



218 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

ou celui-ci tarda à s'exécuter; car Tannée suivante, le premier 
revenait à la charge auprès du roi de France pour obtenir sa- 
tisfaction du roi d'Ecosse 1 . Peu de temps après, Charles YH 
étant à Romorantin, le duc d'York lui faisait demander, par le 
moyen des Écossais et autres, du secours contre son compétiteur 
Henry VI 2 . 

Vers le milieu du XV e siècle, la cour d'Ecosse se trouvait 
augmentée d'une princesse qui l'avait quittée pour se marier sur 
le continent. Dès l'âge de huit ans, Louis de Savoie, alors comte 
de Genève, avait été fiancé avec Annabella, fille de Jacques I er , 
par contrat du 14 décembre 1444. La princesse fut amenée en 
Savoie onze ans après, au commencement de l'année 4455; 
mais le roi de France Charles YH ayant désapprouvé cette union, 
les promesses de mariage furent régulièrement rompues par acte 
public dressé à Gannat, en Bourbonnais, le 5 mars 1455, en 
présence des ambassadeurs des deux parties et du roi de France, 
à la condition que le duc de Savoie paierait pour dommages dus 
à la fiancée et pour les frais de son retour en Ecosse, une somme 
de 25,000 écus d'or, suivant Guichenon 3 . Un mémoire publié 
par M. de Mas Latrie estime les frais payés par la maison de 
Savoie en cette occasion à 50,000 écus 4 . 

Confiée aux soins de messire Guillaume de Menypeny, Anna- 
bella attendit longtemps avant de rentrer en Ecosse. Nous ne 
pouvons mieux faire que de reproduire une lettre où se trouvent 
rapportés les incidents qui retardèrent son voyage : "Thomas, 
evesque de Galloué, conseillier et ambaxadeur de mon souverain 

1 Lettres du dimanche des Rameaux 14S7, publiées par D. Luc d'Achcry, dans 
son Spicilegium, édit. in-folio, t. III, p. 803, col. 1 et 2. 

2 Lettre du comte de Foix, en date de Tours, le 6 août 1461. (Duclos, Histoire 
de Louis XI, t. IV, p. 247.) 

3 Histoire de Savoie, t. I, p. 536. 

* Histoire de Vile de Chypre, etc., t. III. Paris, M DCCC LV, grand in-8», p. 139. 
Égare par Guichenon, qu'il a suivi, l'auteur fait "Anne-Belle, fille du feu roi Hé- 
bert III." 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 219 

seigneur le roy d'Escoce es païs de France 1 , certifiée à tous ceulx 
à qui il appartiendra, que comme jà pieça, par le commande- 
ment de mondit souverain seigneur, j'avoye charge de mener et 
conduire par devers lui très-haultes et très-puissantes princesses 
mesdames Jehanne et Annable d'Escoce, ses seurs, pour les- 
quelles choses accomplir après ce que le roy de France a fait 
mener et aconvoier mesd. dames par messire Guillaume de 
Meny-Peny, chevalier, seigneur de Concressault, son conseillier 
et chambellan, jusques qu'elles sont venues en cested. ville de 
Harfleu pour faire leur passaige, auquel lieu ont demouré lon- 
guement pour actendre seure et bonne compaignie. Et tant y 
fut procédé que mesd. dames furent dedans le bort du navire 
pour faire leurd. passaige, et bonne et seure compaignie avec- 
ques eulx pour les conduire à certain nombre de navires ; mais 
neantmoins pour l'indisposition du temps et les grans tormens 
qui survindrent depuis que mesd. dames furent recueillies de- 
dans le bort dudit navire, qui furent telz que la plus grosse nef 
de la compaignie et ung petit ballenier qu'avions achapté à con- 
duire mesd. dames, furent contrains à couper leur mactz et en 
très-grant péril de perdre et noyer, et aussi y eust plusieurs 
vesseaulx de pescheurs et autres peritz, et grand nombre de gens 
noyez. Obstans lesquelles choses mesd. dames furent contrainctes 
de descendre à terre et revenir en lad. ville de Harfleu, auquel 
lieu vindrent par devers nous et ledit seigneur de Concressault, 
noble homme Jaques de Glermont, escuier, bailli de Gaulx, 
Hector Dutectz, chevalier, seigneur de Longuesse, Nicolas Bau- 
dier, lieutenant pour le roy en lad. ville de Harfleu, avecques 



1 Dans une autre lettre du môme prélat, datée d'Aigueperse en Bourbonnais, 
le 20 mars 1456, et relative au renvoi en Ecosse de Jeanne, sœur du roi, sous la 
garde de monseigneur de Concressault, il n'est rien dit d'Annabella. L'écrivain 
s'y intitule "ambaxeur envoyé en ce royaulme de France par le roy d'Escoce," et 
s'annonce comme accompagné par " le seigneur de Linezay et l'arcediacrc de 
Glasco." (Ms. de la Bibl. imp., Baluze, 99873, folio 39.) 



220 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

plusieurs maistres mariniers de mer et autres, lesquclz dirent 
qu'ilz estoient tous subgetz et serviteurs du roy, et que, tant 
pour l'onneur de luy et de mondit souverain seigneur, comme 
pour plusieurs inconveniens de tourmens et autres qui se pour- 
roient ensuivre, ilz ne conseilloient ne aprouvoient aucunement, 
se nous ne voulions perdre mesd. dames à nostre escient, que 
nullement nous passessions plus avant pour cest y ver, car c'es- 
toit la plus dangereuse saison de Tannée : pour lesquelles choses 
dessusd., moy aiant la charge de par mond. souverain seigneur, 
et son ambaxadeur pour icelle matière, considéré ce que dit est, 
n'ay volu en aucune manière que mesd. dames soient passées 
plus avant pour cest y ver, et ay deffendu et commandé expres- 
sément, de par mond. souverain seigneur, par vertu de mon 
pouvoir comme sondit ambaxadeur, audit seigneur de Concres- 
sault, que pour cest y ver il ne passast plus avant, et que pour 
signiffler les choses dessusd. à mond. souverain seigneur, je me 
suis disposé d'aler par devers lui afin d'aviser quant ne comment 
mesd. dames passeront. En tesmoing desquelles choses, etc., 
le viij e jour de novembre mil iiij c lvij 1 ." 

Moins bien conseillé qu'Annabella , Alexander, duc d'Albany 
et frère du roi Jacques III, ayant été envoyé en France six ans 
après pour y apprendre la langue et compléter son éducation, 
tomba au pouvoir des Anglais, qui croisaient dans le canal; 
mais sa captivité ne fut pas longue : Févêque de Saint-André, 
James Kennedy, Fayant réclamé, il fut immédiatement relâché 2 . 

L'an 1461, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, dans l'inten- 
tion d'empêcher le mariage du prince de Galles, fils du roi 
Henry VI, avec sa petite nièce, fille de la reine d'Ecosse, ma- 
riage que le duc voyait de mauvais œil, parce qu'il était mal 
avec René, duc d'Anjou, père de cette dernière princesse, députa 

> Ms. Bal. 99873, folio 42. 

2 Lindsay de Pitscottie, the Cronicles ofScotland, etc., vol. I, p. 170. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 221 

vers sa nièce, sous prétexte de négociations militaires, le sei- 
gneur de la Gruthuyse 1 , qui obtint d'abord et sans peine ce qui 
faisait l'objet de sa mission. La raison qui avait dicté le choix 
d'un pareil ambassadeur était sans doute dans les liens de parenté 
qui Punissaient à la famille royale d'Ecosse : Louis de Bruges, 
seigneur de la Gruthuyse, avait épousé, en 1455, Marguerite 
de Borssele, issue d'une ancienne famille de Zélande, qui avait 



1 Catalogue des rolles gascons, etc., par Th. Carte. A Londres, M.D CC.XLI1I., 
in-folio, t. II, p. 352. — Mémoires de J. du Clerq, publiés par M. le baron de 
Beiffenberg. Bruxelles, 1823, in -8°, t. 111, p. 130. — Monstrelet, Paris, 1595, 
in-folio, t. III, folio 84 verso. Le manuscrit de la Bibliothèque impériale n° 6759, 
contenant les anciennes chroniques d'Angleterre, par Jean de Wavrin, t. VI, 
folio clxviij recto, col. 1, rend ainsi compte de cette mission : " Le duc Phelippe 
de Bourguoigne doneques ainsi infourmé et requis, comme vous avez oy, désirant 
de complaire au roy Edouard et ycelluy exaulchier en la joïssance du règne an- 
glois, envoia hastivement devers sadite niepee d'Escoce, par fourme d'ambaxade, 
le seigneur de la Gruthuse, prince de Steinhuse, ung noble et puissant baron de 
la nation de Flandres, sage et prudent, lequel aiant recheu le commandement du 
duc son seigneur, s'apareilla et mist en point moult notablement, et puis honnou- 
rablement adeompaignié de chevalliers et escuyers, tant de l'ordonnance du duc 
comme de son hostel, entra sur mer à l'Escluse, et tant naga qu'il vint en Escoce; 
auquel lieu luy arrivé fist enquerre où estoit la royne, puis tyra celle part où il 
le cuidoit trouver; et quant il aprocha le lieu, la royne luy alla au devant en sa 
propre personne, laquele, aprez les salvemens et bienviegnans, luy enequist de 
la santé et estât du duc son oncle, de son filz le comte de Charollois, et sa belle 
ante la ducesse; à quoy le seigneur de la Gruthuse luy respondy courtoisement et 
à point comme bien pourveu de sens et beau language, si fut recheu et festoie 
moult honnourablement de la royne et des dames de sa court premièrement, et 
puis des princes et haulz barons d'Escoce, tant pour amour du bon leal prince 
duquel il portoit l'ordre de sa Thoison, comme aussi pour l'honneur et recom- 
mandation de sa personne, à tous reverente et agréable. 

"Aprez tous les festoiemens et recoeillotes, quant ledit seigneur de la Gruthuse 
vey le tempz oportun, en moult bel estât et meure contenance se traist par devers 
la royne et ses consaulz, où il moustra et explicqua les articles et poins de sa 
légation tant aizeement, prolixement et vivement en honneur [et] révérence, que 
voullentiers fut oy de tous; et telcment y procéda que avant son partement, par 
l'aigreur de son sens et dilligence, les traitiés et dillacions de alyances nouvelle- 
ment faites entre les deux roynes d'Angleterre et d'Escoce furent rompues et 
adnichillées, mettant ycelles du tout au néant. 

" Lesqueles choses adcomplies, le seigneur de la Gruthuse, moult joyeulz de son 
bel exploit, aprez congié prins à la royne et aux seigneurs et dames de sa court, 
il se party d'Escoce et revint en Flandres devers le duc de Bourguoigne, son sei- 
gneur, auquel il racomta tout au long la manière de son expédition, ainsi que 
cy-ilessus est contenu, de quoy le duc et ses consaulx furent moult contentz." 



232 LES ECOSSAIS EN FRANCE. 

pour tige Lippold, comte de Souabe 1 . Elle était fille de Henri 
de Borssele, amiral de Hollande et chevalier de la Toison-d'Or, 
et nièce de Wolfart de Borssele , époux en premières noces de 
Marie, fille de Jacques I er , roi d'Ecosse, et en secondes noces 
de Charlotte de Bourbon, fille de Louis, comte de Montpensier 2 . 
Ainsi recommandé, l'ambassadeur flamand ne pouvait que mener 
grand train, et il fut magnifique. Parmi les comptes des ducs de 
Bourgogne, publiés par M. de Laborde, on trouve, sous la date 
de 1460-61, deux mentions de sommes payées "à messire Loys," 
à l'occasion de son ambassade 3 . Un règlement de cette époque 
montre que les monnaies de France avaient cours en Ecosse 4 . 

Au milieu du XV e siècle, commence à reparaître chez nous 
un capitaine écossais que nous avons déjà vu arriver en France 
Tannée de la bataille de Verneuil. En 1450, on le trouve cou- 
rant le Bordelais en compagnie de quelques autres 5 , puis pre- 
nant part, en 1451, aux sièges de Dax 6 et de Bayonne, où 
figurait aussi un autre Écossais, Robert Gunningham 7 ; deux 
ans après, on voit le même Robert Pittilloch nommé gouverneur 
de Castelnau en Médoc par les comtes de Clermont et de Foix 8 . 
A partir de cette époque, il disparaît d'un pays où deux siècles 
plus tard un autre étranger du même nom, et sans aucun doute 



1 Ferioerda, Nederland Stamboel; t. I, in-folio, au mot Borssele. Voyez encore 
la généalogie de Borssele dans ï'Hist. grnëal. et chron. de la maison roy. de 
France, t. VII, p. 104, 105, dans le Vaterlandsch Woordenboek de Jacob Kok, 
t. VII (Amsterdam, MDCCLXXXVII, in-8»), p. 811, etc. 

- Recherches sur Louis de Bruges, etc. A Paris, M.DCCCXXXI., in-8°, p. 5, 6. 

3 Les Ducs de Bourgogne, seconde partie, t. I, p. 474-476, n° s 1850, 1851. 

4 Acta parliamentorum Jacobi II, A. D. 1455; vol. II, p. 40, col. 1. — Sur la 
valeur de ces monnaies en Ecosse depuis 1371 jusqu'en 1437, voyez Pinkerton, the 
Hist.of Scott., vol. I, p. 170. 

5 Jean Chartier, Histoire de Charles VII, édit. de D. Godefroy, p. 220; édit. de 
M. Vallet de Viriville, t. II, p. 246, eh. 238. 

c Chartier, édit. Godefroy, p. 229; édit. Vallet, t. II, p. 265, ch. 243. 

7 Chartier, édit. Godefroy, p. 253, 1. 8, 40; édit. Vallet, t. II, p. 314, 315, 
ch. 253. — Voyez encore la Chronique de Berry, dans Godefroy, p. 464, 1. 22, 47. 

8 Chartier, édit. Godefroy, p. 267; édit. Vallet, t. III, p. 11, ch. 262. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 553 

Ecossais comme lui, devait venir chercher un asile et jouir des 
bienfaits de Louis XV 1 . 

En 1451, Charles VU, rassuré sur l'invasion des Anglais dans 
la Guienne, avait chargé Guillaume de Menypeny et deux autres 
ambassadeurs d'une mission auprès du duc de Bourgogne. Partis 
de Paris le 16 janvier 1452 (v. s.), ils furent admis le 5 février 
à l'audience de ce prince; mais les négociations échouèrent, et 
le 14 avril 1453, les envoyés français quittèrent Tournay pour 
revenir auprès de leur maître, qui s'était rendu au château de 
Montbazon, d'où il surveillait les préparatifs de son expédition 
contre la Guienne 2 . 

Conseiller et chambellan de Charles VII et de Louis XI, Guil- 
laume de Menypeny fut encore, à ce qu'il paraît, envoyé en 
ambassade en Ecosse, en 1400 3 , époque où nous le voyons 
figurer sur un état des finances pour G00 livres sur 4,200 4 . Un 
article de ses instructions, mal interprété, alarma le duc de 
Bretagne et lui fit craindre une invasion. Le roi envoya le hé- 
raut d'armes Normandie déclarer à son beau-frère qu'il était 
surpris des préparatifs de guerre qu'il lui voyait faire. Le duc fit 
réponse qu'il savait de bonne part et par des lettres venues 



1 Voyez Essai sur l'amélioration des terres. A Paris, M.DCC.LVIII., in-8°, intro- 
duction, p. 1. L'auteur, depuis plus de dix ans en France, "et se regardant main- 
tenant comme habitant du Royaume pour toute sa vie," signe Pattullo sa dédicace 
à M me de Pompadour. 

2 Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, t. IV (Rruxelles, 1849, in -8°), 
p. 4.56-467. Le récit de l'ambassade de Guillaume de Monipeux, de Guillaume de 
Vie et de Jean de Saint-Romain, écrit par eux-mêmes, se trouve, avec une lettre 
adressée à Charles VII, parmi les pièces justificatives, p. 522-538; et leurs instruc- 
tions dans l'Histoire de Bourgogne de D. Plancher, t. IV, pr., p. ccx, col. 2. — 
Dans un autre travail sur la part que l'ordre de Cîteaux et le comte de Flandre 
prirent à la lutte de Roniface VIII et de Philippe le Rel, M. Kervyn de Lettenhove 
a publié une dépêche de deux ambassadeurs flamands, dans laquelle il est question 
du roi Jean de Raliol, alors captif. (Mémoires de l'Académie royale de Rruxelles, 
t. XXVII. — Migne, Patrologiœ cursus completus, etc., t. CLXXXV, col. 1878.) 

3 Collection Gaignieres, à la Ribliothèque impériale, vol. 772-2, folio 387. 

4 Documents historiques inédits, etc., publ. par Champollion Figeac, t. II, 
p. 46i, col. 2. 




224 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

d'Ecosse même, que le roi avait voulu engager les Écossais à 
faire une descente en Bretagne et avait promis de livrer ce du- 
ché au roi d'Ecosse, et que l'armée navale de Normandie devait 
aller chercher les Écossais. Comme le fait observer Duclos, les 
plaintes du duc de Bretagne n'étaient fondées que sur une com- 
mission donnée à Concressault pour presser le roi d'Ecosse de 
mettre en mer le plus grand nombre de vaisseaux qu'il pourrait, 
et de tirer des troupes du Danemark ; mais selon toute appa- 
rence, Louis avait des desseins qui pouvaient regarder ce prince 1 , 
qu'il n'aimait pas. 

Dix ans auparavant, l'ayant vu résolu de se mêler de la guerre 
des deux Roses, en prenant parti contre Edward IV, il s'était 
réjoui à l'idée que son puissant vassal s'engageait légèrement 
dans une affaire périlleuse, et il avait persisté d'autant plus à 
garder la neutralité. Il n'empêcha point cependant le sénéchal 
de Normandie Pierre de Brezé, qu'un historien écossais appelle 
Pierre Bruce et donne comme envoyé par le roi de France, de 
porter secours à Henry Yl à la tête de deux mille hommes de 
troupes. Marguerite d'Anjou, avec laquelle cet officier s'embar- 
qua, comptait trouver dans le nord de l'Angleterre un parti puis- 
sant; mais quand elle voulut débarquer à Tynemouth, d'autres 
disent à Bamborough, dans le Northumberland, on tira le canon 
sur elle, et on l'obligea de s'éloigner. A peine s'était-elle remise 
en mer, que la tempête dispersa ses vaisseaux; celui qu'elle 
montait fut heureusement poussé à Berwick ; les autres échouè- 
rent sur les côtes d'Angleterre. Brezé s'enferma avec les Français 
dans Alnwick, où il fut assiégé. Désespérant de tenir longtemps 



1 Lobineau, Histoire de Bretagne, liv. XIX, ch. CXII, ann. 1472; t. I, p. 716. 
— Duclos, Histoire de Louis XI, liv. VI; t. II, p. 73-75. Ce dernier fait envoyer 
" en Normandie un héraut d'armes," etc. — Voyez encore Pinkerton, the History 
ofScotland, liv. VIII, vol. I, p. 280, 281, ann. 1474. "Déjà en juillet 1474, dit-il 
note 8, Jacques songeait à passer en France, et plusieurs arrangements furent 
faits en parlement " Là-dessus il cite des actes "in Carm. Tracts, p. 52." 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 385 

s'il De recevait du secours, il en envoya demander au conseil 
d'Ecosse, promettant de faire rembourser par le roi de France 
les frais et le dommage. George Douglas, comte d'Angus, gar- 
dien des frontières et grand lieutenant, accourut alors à la tête 
de forces considérables, et les Anglais, saisis d'une terreur pa- 
nique, levèrent le siège et vidèrent la place; " de sorte, dit Pits- 
cottie, qui parle des Écossais, qu'ils secoururent ledit capitaine 
de France, et l'emmenèrent sain et sauf en Ecosse, et là ils lui 
donnèrent la liberté de passer en France avec sa compagnie, à 
son plaisir 1 ." 

Ici vient se placer le voyage accompli par ordre du roi 
Charles VII, en son royaume et dans le reste de la chrétienté, 
par Gilles le Bouvier, dit Dcrry, premier roi d'armes de France, 
connu par sa chronique encore plus que par une description de 
la France insérée dans Y Abrégé royal de l'alliance chronolo- 
gique de l'histoire sacrée et profane, etc., du P. Labbe 2 . Ce 
voyage avait pour but de visiter les maisons nobles et d'enre- 
gistrer officiellement le titre, les armoiries et le cri d'armes de 
leurs possesseurs. Parmi les pays parcourus par le visiteur, se 
trouve l'Ecosse, dont l'armoriai figure dans celui qu'il dressa 
de 1455 à 1460, et qui existe encore à la Bibliothèque impériale 
à Paris 3 . La partie qui se rapporte à cette contrée s'étend du 
folio 157 verso au folio 166 verso, avec une interruption nota- 
ble, ou plutôt il y a eu interversion dans les feuillets du volume, 
dont les 162 e , 163 e , 164 e et 165 e , étrangers à l'Ecosse, appar- 



1 Lindsay de Pitscottie, the Croniclcs of Scotland, etc., vol. I, p. 166. — Duclos, 
Histoire de Louis XI, liv. II, t. I, p. 274, 275. — WiUeJmi Wyrcccstcr Annales 
rerum Anglicarum, ad cale. Libri Nigri Scaccarii, éd. Tho. Hcarnio. Oxonii, 
M.DCC.XXVIII., in-8», vol. II, p. 492. 

2 A Paris, M.DCLXIV., in-3», t. I, ch. XXV (Exlraicl d'un Livre Manuscript 
d'Armoiries qui appartient à Monsieur du Bouche! , et a esté composé par le Héraut 
de Berry nomme Gilles le Bouvier ou Bonnier, avec le commencement de la Gcof/rn- 
phic Manuscriplc du mesme Autheur, tirce de la Bibliothèque du lioy), p. 696-711. 

3 Ms. n" 9653, 5. 5. Colbcrt. 

vol i 15 



22G LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

tiennent à la Normandie. Yoici les titres inscrits au-dessus des 
écus ou des bannières armoriées, qui, au nombre de dix ou 
douze, remplissent chacune des pages de la partie écossaise : 



Le conte de Boquan. 
Le conte de Quant. 
Le conte de Lenay. 
Le conte Dugles. 

Folio 158 recto : 

Le conte de la Marche. 
Le s r de Saint Ton 1 . 
Le s r de Démêlé. 
Le s r de Begart. 

Folio 158 verso : 

Le s r de Boursel. 
Mons r de Quili*. 
Mons r de Boven. 
Le s r de Maquele. 

Folio 159 recto : 

Le s r de Grain 3 , 
Mons r de Bues. 



Le conte de Craffort. 
Le conte de Fit. 
Le conte de Surdelle. 
Le conte d'Angos. 



Le conte de Morat. 
Le s r de Linesay. 
Le s r de Mongoby. 
Le s r de Hameleton. 



Le s r de Boualles. 
Mons r de Gray. 
Le s r de Bene. 
Le s r de Bes. 



Le s r de Quenimont. 
.Ceulx de Sausi. 



Le conte d'Illes. 
Le conte d'Estranne. 
Le conte de Mare. 
Le conte d'Orquenay. 



Le conte d'Ormont. 
Le s r de Seton. 
Le s r de Poloc. 
Le s r de Quimant. 



Le s r de Granot. 
Mons r de Quohon. 
Le s r de Lion. 
Mons r de Forbois. 



Le s r de Loset. 

Le s r de Ghastelmont. 



1 Guillaume de Semton, écuyer, archer des gardes du corps du roi en 1576, est 
mentionné par l'Hermite-Souliers, dans son Hist. geneal. de la nobl. de Touraine, 
p. 218. — Ailleurs, on trouve Olivier Sainton, garde du sceau royal établi aux 
contrats en la ville de Châlellerault, en 1446. (Preuves de l'Histoire généalogique 
de la maison de Harcourl, t. III, p. 28.) 

2 Peut-être avons-nous eu chez nous quelque membre de cette famille. A la fin 
d'un volume d'heures manuscrit de la Bibliothèque de la ville de Bordeaux, 
coté 141, on lit cette inscription d'une écriture du XVI e siècle : "Aquestas mati- 
nas apartenen a damisela Agnes Qualley, famé [deu noble] home Anthoni Vinhaus; 
e se las per, rendes las ni, e bous pagara lo bin. Escriut l'an mil v e v, lo xx e jorn 
de may. Sa tanta las i dona, Margarita Qualley deu Mirau. 

"Agnes Qualley, ita est." 
Aujourd'hui il y a, dans l'arrondissement de La Béole, une famille O'Kelly, qui 
habite le château de la Mothe-Landeron; mais cette famille, en France depuis 
Jacques II, est d'origine irlandaise. — N'oublions pas la famille normande de 
Quilly, vieille souche dont lés Quili d'Ecosse n'étaient sans doute qu'une bran- 
che. (Hist. geneal. de la maison deHarcourt, liv. XIV, ch. LXX; t. II, p. 2002.) 

3 Graham, écrit Grayn et Graym dans le récit de la bataille de Homildon Hill, 
par le moine d'Evesham, et ailleurs. (Voyez ci- dessus, p. 104, note 2, et 105.) — 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 297 

Ceulx de Quoquonton. Le s<" de Bouquenel. Ceulx de Mandoel. 
Geulx d'Arlicton. Le s r de Copal. Ceulx du Lac. 



Ce nom a été longtemps porté par une maison noble de notre pays, qui a fini par 
le délaisser pour prendre celui de Green , bien après le commencement du 
XVII e siècle, date des "lettres de noblesse et de légitimation accordées à Jean 
Grain, sieur de Saint-Marsault, fils naturel et illégitime de feu Samson, sieur de 
Saint-Marsault, chevalier de l'ordre du roy, et de Catherine Martin, solus et non 
marié, en considération des services par lui rendus à la guerre, données à Paris, 
au mois de janvier 1605," etc. (Arch. de l'Emp., Z, 756, p. 6.) 1 — Nous n'aurons 
point la témérité de discuter une sentence du tribunal érigé à La Rochelle en 1634 
pour la vérification des titres de la noblesse de l'Aunis, qui déclara que cette 
maison, entrée en France avec le duc de Lancastre, en 1356, descendait de Griffm 
Green, seigneur d'une partie du pays de Galles ; nous ferons seulement observer 
qu'en 1552, il y avait, à ce qu'il paraît, dans la compagnie du comte d'Arran, deux 
hommes d'armes nommés Watt et Robert Greyn, que l'auteur de la généalogie des 
Green de Saint-Marsault, publiée par M. Laine (Archives généalogiques et histo- 
riques de la noblesse de France, etc., t. II, p. 4, en note), a l'air de rattacher à 
cette famille, aussi bien que Sandres Green, archer de la petite ordonnance du 
roi, en garnison à Cherbourg en 1474, 1475, probablement père d'autre Sandres 
Green, archer de la compagnie de messire Robert Stuart en 1507, et de Jean et 
Guillaume Green, archers des ordonnances du roi sous messire Guillaume Stuart, 
en 1499. Soixante ans auparavant, un autre Jean Grene recevait le domaine de 
Chaufeu, en Normandie, et Thomas Green des terres dans les bailliages d'Évreux 
et d'Alençon, ainsi qu'une maison à Caen, sans doute pour services rendus au roi 
d'Angleterre Henry V. Voyez Carte, Catal. des rolles gascons et normands, etc., 
t. I, p. 308, 309, 347, 368. Green de Saint-Marsault : de gueules, à trois demi- 
vols d'or, posés 2 et 1 (N° XXXII). 

N« XXXII. — GREEN DE SAIISÏ-MARSALLT. 




1 On Irouvc encore "Grain de Saiut-Marsault de Chàtelaison, né le 6 mars 17G8, à I-a Rochelle," parmi 
les gentilshommes qui ont fait leurs preuves pour le service militaire. (A'obihiiire unii-erêel Je France, etc., 
par M. de Saint-Allais, t. XI, p. 77.) 



338 

Folio 159 verso : 



LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 



Ceulx de Moncastel. 


Ceulx d'Andresel. 


Ce[ulxj de Nesegles. 


Ceulx d'Apegart. 


Ceulx de Blairiau. 


Ceulx de Tranquart. 


Ceulx de Tranquart. 


Ceulx de Bouldy. 


Ceulx de Maligny. 


Le seigne de Lodun. 


Ceulx de Vadenneto. 


Ceulx de Foucart. 


Folio 460 recto : 






Ceulx de Blaquehut. 


Ceulx do Quarehut. 


Ceulx de Helieton. 


Ceulx de Dunegles. 


Ceulx de Maliguy. 


Ceulx de Limeton. 


Ceulx de Tallemey. 


Ceulx de Crenot. 


Mons r de Gast. 


Ceulx de Toury, 


Ceulx de Douihory. 


Ceulx de Bediton. 


Ceulx de Balgoiny. 


Ceulx de Corville. 


Ceulx de Biendersur. 


Ceulx de Tourneboulle. 


Ceulx de Qualor. 


Ceulx de Bas. 


Ceulx de Dondas. 


Ceulx de Bernbaquel. 


Ceulx de Criston. 


Ceulx d'Alnoby. 


Ceulx de Cairnes. 


Ceulx de Lusemies. 


Le s r de Bocquint. 


Ceulx de Helles. 


Ceulx de Salmeton. 


Ceulx de Batilli. 


Ceulx de Bel. 


Ceulx de Lan ton. 


Ceulx de Cortofin. 


Ceulx de Listaurie. 


Ceulx de Haldor. 


Ceulx de Banbogle. 


Ceulx de Herques. 


Ceulx de Dallas. 


Folio 161 verso : 






Ceulx de Launton. 


(A moitié coupé,.) 


Ceulx de Dongan. 


Ceulx de Polot. 


Ceulx de Brecherme. 


Ceulx de Bois Glain. 


Ceulx de Melledron. 


Le s r de Crafort. 


Le s r de Bample. 


Ceulx de Bogivy. 


Le s r de Coqueran. 


Le s r de Monipegny. 


Folio 166 recto : 






Ceulx de Grinan. 


(Effacé.) 


(Effacé.) 


Ceulx de Batri. 


Ceulx de Bousainville. 


Ceulx de Glin. 


Ceulx de Lorn. 


Ceulx de Wichart. 


Ceulx de Colleville. 


Jorge Bannantin. 


Jaques de Bous. 


Guillaume Cliston ' . 


Folio 166 verso : 






Guilleme Crafort. 


Guilleme Arrules. 


Guilleme de Modreville 


Jehan Simple. 


Alixendre Magnen. 


Abre Commier 2 . 



1 Les écus de ces trois personnages sont en blanc dans le manuscrit, comme 
celui de Colleville. 

8 Abercromby. M. de Saint-Allais fait mention d'un David Abrecome, lieutenant 
dans les gardes du corps du roi en 1509. (Armoriai général des familles nobles de 
France, dans le Nobiliaire universel, etc., t. V, p. 4.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 229 



CHAPITRE IX. 



Bruyantes lamentations de la garde écossaise à la mort do Charles VII. — Faveur de son commandant Nie. 
Chambers auprès de ce prince ; il achète, puis revend la seigneurie do la Gucrche. — David et Jean Chambre 
naturalisés français avec trois autres Écossais. — Diminution des Écossais venus en Franco pour y porter 
les armes ; massacre de quelques-uns à Sèvres ; mission donnée à Robert Cunningham par Louis XI ; pré- 
sence du comte de Buchan aux obsèques de Philippe le Bon. — Mort de Cunningham ; détails généalogiques 
sur les Conigan de Touraine et de Bourgogne, les Humes, les Quinemont, les Gohory, les Preston, et autres 
familles scoto-françaises. — La garde écossaise à la suite de Louis XI. — Le roi d'Ecosse cherche à récon- 
cilier ce priuce avec Charles le Téméraire. — Ambassade de Robert Irland. — Sir Thomas Boyd à la cour 
de France et à celle de Bourgogne. — Vol commis par un ouvrier de Paris, de complicité avec trois Écos- 
sais ; deux de leurs camarades viennent a leur secours ; supplice de l'un des coupables. — Arrivée et séjour 
a Paris d'Alexander Stuart, duc d'Albany ; son mariage avec une Française ; son fils. — Mort de Jean Stuart, 
seigneur d'Aubigny ; ses alliances. — Lettres de naturalisation accordées par Louis XI à des Écossais; 
traductions du français exécutées par Sir Gilbert Hay, vraisemblablement l'un des archers de la garde; 
noms de quelques-uns de ceux du commencement du XVI" siècle. — Résolution d'un parlement d'Ecosse 
tenu en 1481, relativement à l'envoi d'une ambassade en France. — Charles VIII, à son avènement au trône, 
en envoie une en Ecosse; renouvellement des alliances entre les deux pays. — Entrée de Charles VIII à 
Troyes, précédé de ses gardes écossaises; description de leur étendard. — Portrait des archers écossais; 
noms de leurs chefs. — Coqueborne de Berry et de Champagne. — Le duc d'Orléans, prisonnier à Bourges 
< sous la garde d'archers écossais, est élargi par Béraud Stuart. — Montgommery au service de Charles VII 
et de Charles VIII. — Appel d'un poète aux archers d'Ecosse. — Services signalés de Béraud Stuart sous 
Charles VIII. — Rixe à Rome entre les juifs et les soldats de la garde. — Belle conduite des Ecossais pen- 
dant toute la campagne. — Écossais en Picardie et en Normandie à la fin du XV siècle. — Services de 
Béraud Stuart pendant la campagne de Naples ; récompense qu'il en reçoit ; pertes éprouvées par les archers 
écossais. — Béraud Stuart mis & la tête de l'armée d'invasion du Milanais; récompense de ses services. 
— Guillaume de Poitiers envoyé en Ecosse. — Capitaines écossais du château de la Rocca, à Milan ; le duc 
d'Albany au siège de Gènes en 1507 — Robert Stuart, maréchal de France ; sa belle conduite dans le 
Milanais ; le capitaine Jamy. — Le Maréchal d'Aubigny en Navarre, à Pavie et en Provence ; il figure parmi 
les opposants pour la coutume do Lorris. — La seigneurie d'Aubigny passe à des collatéraux. 



Un an après Jacques II , dont Yillon répandit chez nous le 
portrait probablement exagéré par la tradition populaire qu'il 
invoque en témoignage 1 , Charles VII descendit à son tour dans 



1 Le grand Testament, v. 365, ballade II. — Jacques II, comme l'avait fait 
également remarquer Olivier de la Marche (voyez ci-dessus, p. 208, lig. 4 et 6), 
avait sur la joue une large tache, qui lui a valu, dans les chroniques anglaises du 
temps, le nom de James ivith the fiery face. (Tytler, Ilist. of Scoth, vol. III, 
p. 310, 311, ann. 1460.) 



230 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

la tombe. À sa mort, la douleur des Écossais qui l'entouraient 
se manifesta par de grands cris, sans doute à la mode de leur 
pays : 

Les gens et serviteurs pleuroient 

A chaudes larmes fondamment, 

Et les Escossoys hault crioient 

Par forme de gémissement 1 . 

Ces étrangers perdaient en effet un maître qui les aimait fort. 
Non content de leur confier la garde de sa personne, il avait 
fait de leur capitaine, Nicole ou Nicolas Chambers, un de ses 
familiers et de ses confidents les plus intimes. La grande faveur 
de ce personnage peu connu paraît remonter à 4444. A partir 
de cette époque, le roi lui accorda des dons assez considérables 
en terres et autres biens. En 1448, vers le mois de juin, Nicole 
Chambre, écuyer d'écurie du roi, acheta la seigneurie de la 
Guerche en Touraine, à peu de distance de Loches, l'une des 
résidences habituelles de Charles VII. Une tradition locale veut 
que le château de la Guerche, qui subsiste encore, ait été bâti 
à cette époque par le roi, pour lui servir de lieu de rendez-vous 
avec Agnès Sorel. Cette tradition ne saurait être admise comme 
exacte de tous points, Agnès Sorel étant morte en 4450, trop 
peu de temps après cette acquisition; mais à peine était-elle 
descendue au tombeau, que le roi s'éprit très-vivement d'Antoi- 
nette de Maignelais, cousine et amie d'Agnès, qui lui succéda 
immédiatement dans les faveurs royales. Cette même année 
4450, la Guerche fut vendue par Nicole Chambre, à André 
de Villequier, autre complaisant ou confident du roi, auquel 
Charles VII venait de marier la nouvelle favorite. Le château 
fut en effet alors restauré et décoré au nom de la dame de la 
Guerche, et resta plus d'un siècle dans la maison de Ville- 

1 Les Vigilles de la mort du roy Charles VII, parmi les Poésies de Martial de 
Paris, 2 e " partie, p. 167. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 231 

quier 1 , fondue dans celle d'Aumont par le mariage de la fille uni- 
que de René de Yillequicr avec Jacques d'Aumont, mort en 1614. 

En 1458, David et Jean Chambre servaient également comme 
archers du corps du roi dans la garde écossaise. Ce dernier fut 
naturalisé français sous Louis XI, par lettres du 12 juin 1462, 
en môme temps que Robert Yernon, Thomas Aiguë et Jean 
Nisbet 2 . Quant à David Chambre, tout ce que nous en pouvons 
dire, c'est qu'il faut soigneusement le distinguer de son homo- 
nyme, venu en France environ dix ans après. 

La guerre de cent ans ayant pris fin 3 , le nombre des Écossais 
qui passaient continuellement la mer pour venir guerroyer chez 
nous, commença à diminuer sensiblement. Nous en trouvons 
encore cent vingt culbutés dans une rencontre au pays de Caux 4 , 
où, un siècle plus tard, un de leurs compatriotes poursuivi par 
des reitres devait donner un si merveilleux exemple d'audace 
et de vigueur 5 . La même année nous présente aussi le massacre 



1 De Villeneuve Bargemont, Histoire de René d'Anjou, etc. A Paris, 1825, in-8°, 
t. II, p. 273, not. 12. — Archives de l'Empire, registres des comptes, n° 51, 
folio 128. — Collection de D. Housseau (Bibliothèque impériale), t. XII, folio 173 
recto, n os 5,772, 5,774. — Mss. du Roi 9037-7, 3 e pièce. — Nouvelle Biographie 
générale, etc., t. IX. Paris, 1855, in-8°, col. 585, art. Ckambers, par M. Vallet de 
Viriville. 

1 Invent, chronol., etc., p. 48. 

3 Hànel indique un manuscrit appartenant à un libraire de Sens, sous ce titre 
et avec cette description : "Bella scelerata Caledonii lyranni, poème épique en 
vers latins et en trois livres, sur les guerres de France du temps de Charles VI et 
Charles VII. La Pucelle y est célébrée dans le II e livre. On croit que ce poëme a été 
écrit par Buclianan, lorsqu'il était à Paris, chez le maréchal de Brissac." (Catalogi 
librorum manuseriptorum, etc. Lipsiaî, 1830, in-4°, col. 440.) Comme le fait ob- 
server le D r Irving (Lives of Scotish Writers, vol. I, p. 97, en note), ni Buclianan 
ni aucun de ses biographes ne font mention d'un pareil poëme, et, selon toute 
apparence, il lui a été attribué sur une simple conjecture. — Dans l'espoir de le 
retrouver, je me suis adressé à M. Philippe Salmou, qui a publié dans le Cabinet 
historique de 1859 le catalogue des manuscrits de l'ancienne bibliothèque du cha- 
pitre de Sens : l'ouvrage en question y figure bien au n° 25 (du Cabinet 4942); 
mais il a disparu, et les recherches de ce savant ne l'ont pas découvert. 

* Jean de Troyes, le Livre des faits advenus sous Louis XL, ann. 1466 ; édit. du 
Panth. litt., p. 268, col. 1. 

5 Apologie pour Hérodote, Henri Estienne au lecteur. Ce trait eut lieu en 1562. 



23-2 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

de quelques Écossais par des Bretons et des Bourguignons venus 
à Sèvres 1 ; mais ces étrangers faisaient partie de la garde du 
roi commandée par Robert Cunningham, l'un des conquérants 
de la Normandie en 1450, et des vainqueurs de Bayonne en 
145 1 2 . Nous le revoyons en 1467 envoyé par Louis XI au secours 
des Liégeois révoltés 3 , pendant que le comte de Buchan figurait 
aux obsèques de Philippe le Bon, portant, avec trois autres sei- 
gneurs, un poile de drap d'or au-dessus du corps renfermé dans 
une bière de bois d'Irlande 4 . Hâtons-nous de dire que ce comte 
de Buchan n'était peut-être pas plus écossais que le Latin Conin- 
glant, qui figure en qualité d'écuyer d'écurie du même prince 
dans un état des officiers de la maison de Bourgogne pour 1446 5 . 
Envoyé dans les Pays-Bas pour y chercher autre chose que 
des compatriotes et des parents, Robert Cunningham fut tué au 
siège de Liège, sous les yeux de Louis XI. Jean, son fils, cham- 
bellan de Louis XII et de Charles VIII, capitaine de la garde 
écossaise, mourut à Yerceil en 1495, des blessures reçues au 
siège de Novarre 6 . Pierre, chevalier de l'ordre, fut un des cent 



1 Jean de Troyes, le Livre des faits, etc., p. 261, col. 1. 

s J. Chartier, Chronique de Charles VII, édit. de Godefroy, p. 177, 195, 205; 
édit. de Vallet, t. II, p. 154, 193, 205, 214, 225, 237, 315. — Chronique de Ben y, 
dans Godefroy, p. 449. P. 455, on voit Robert Cunningham au siège de Cherbourg. 

3 Jean de Troyes, le Livre des faits, etc., p. 277, col. 1. 

i Monstrelet, Chroniques, édit. de 1603, folio 130 verso. — Il n'y a point à 
douter que ce personnage ne soit Wolfart, comte de Grandpré et de Bouchain, sei- 
gneur de la Veere, de Phalaix, de Flessingue et de Brouwershaven, que l'on re- 
trouve à Gand en 1486. En note de ses Observations sur l'histoire de Charles VIII, 
p. 348, Godefroy l'appelle comte de Bouchain. 

8 Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne, etc. A Paris, 
M.DCC.XXIX., in-4°, part. II, p. 236, col. 2. 

fl Hist. geneal. de la nobl. de Touraine, p. 155, 156. — A bien peu de distance 
de là, on trouve un acte passé le 5 mars 1501, devant M e Foussedouaire, notaire 
à Tours, portant retrait féodal exercé par noble homme Patrix de Conighan, sei- 
gneur de la Marbellière, archer de la garde du roi, sur des biens achetés par 
noble homme sire Jacques de Beaunc, conseiller du roi, général de ses finances 
et seigneur de la Quarte Sercillièrc et Ballan, biens situés à Joué, paroisse près 
de Tours. (Registre, p. vni"iii.) Ce dernier est connu dans l'histoire par sa triste 
fin; c'est l'infortuné Scmblançay, qui plus tard devint surintendant des finances. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 233 

gentilshommes do la maison du roi 1 . Un do ses descendants, 
Hercule do Conyghan, chevalier de Malte, fameux sous le nom 
de chevalier de Cangé, se battit contre la flotte des Rochelais 
rebelles et contre la flotte espagnole, dont il aurait été victo- 
rieux s'il s'était sauvé du feu qui consuma son vaisseau 2 . Un 
autre, François de Conigan (car le nom de cette famille a été 
écrit do diverses façons), est mentionné dans le grand ouvrage de 
M. de Courcellcs avec les titres de chevalier, seigneur de Cangé, 
bailli d'Amiens, puis gouverneur de Fougères, capitaine de cin- 
quante hommes d'armes. Cet auteur se borne à dire en deux mots 
que de Conigan porte de sable au pairie d'argent 3 (N° XXXIII), 
tandis que l'Hcrmite-Souliers assure que w la maison de Conyg- 
han, dont est aujourd'huy (1665) chef au royaume d'Ecosse le 
comte de Glincarn, porte pour armes, d'argent au perle de sable, 
écartelé d'azur, à trois fermeaux d'or; cimier, une licorne ys- 
sante d'argent ; supports : deux licornes de mesme 4 " (N° XXXIV). 



N° XXXIII. — CONIGAN. 



No XXXIV. — CONYGHAN. 





1 Hist. geneal. de la nobl. de Touraine, p. 156, 157. 

2 /Wd.,p.l59. 

3 Ilist. généal. et herald, des pairs de France, etc., t. IV, art. de Contades, p. 2. 
* Hist. geneal. de la nobl. de Touraine, p. 160. — Palliot donne ces dernières 

armoiries au seigneur de Cangé, et à celui d'Arcenay les premières, accompagnées 
en chef d'une étoile d'argent. (La vraye et parfaite Science des armoiries, p. 515, 
art. Pairie, n° IV.) 



534 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Outre les Conigan de Touraine, il y avait ceux de Bourgogne, 
établis dans cette province depuis Charles de Gonyghan (qui 
épousa, en 1518, Marthe de Louvois, dont il eut la terre d'Ar- 
cenay), et figurant aux États de la province depuis 1563 1 . Guy 
de Conigan, officier de réputation, qui servit soixante ans, se 
distingua étant lieutenant-colonel du régiment Dauphin, à une 
affaire en Italie, en 1734, où il se chargea de la retraite de 
l'armée, en passant sur le ventre à l'ennemi avec quatre cents 
hommes d'élite, sans être blessé. Cette belle action lui valut 
une pension de douze cents livres avec la croix de Saint-Louis, 
et le titre de brigadier et de colonel du régiment de Flandre. Il 
fut inhumé dans la chapelle d'Àrcenay, en 1746, auprès de six 
de ses ancêtres 2 . 

La famille de Conyghan, éteinte en Touraine vers 1680, 
existait encore en Bourgogne en 1789. Elle comparut aux élec- 
tions de la noblesse pour le choix des députés de cet ordre aux 
États généraux, non-seulement dans le centre de la France, 
mais dans le midi; nous voyons en effet un Conningham ou 
Conigan, doyen et chanoine du chapitre de I'Isle-Jourdain, dé- 
puté dudit chapitre à l'assemblée du clergé du diocèse de Lec- 
toure, pour prendre part à ces élections 3 . Pendant la révolution, 
la branche des Conigan de Bourgogne sortit de France ; elle y 
rentra en 1814; peut-être existe-t-elle encore. 

Elle s'était alliée à une autre famille de souche écossaise, 

1 Catalogues et armoiries des gentilshommes qui ont eu séance aux Etals de 
Bourgogne, etc. A Dijon, M.D.CCLX., in-folio, p. 7, 8. — P. 37, col. 2, on voit 
apparaître, à l'année 1653, Conighan de Laïul reville; et p. 31, col. 1, ann. 1632, 
un noble Bourguignon dont le nom a une physionomie tout à fait écossaise, d'Es- 
terling, seigneur de Sainte-Palais. En 1682 (Comté d'Auxois, p. 74, col. 2), c'était 
Gabriel d'Esterling, seigneur de Sainte-Palais, Fontaine et Prégilbert. 

2 Courtépée, Description historique et topographique du duché de Bourgo- 
gne, etc., t. IV, p. 256. — T. VII, p. 152, il est fait mention de Robert de Conigan, 
engagiste de la seigneurie d'Aviray, avec François de Conigan et autres. 

3 Actes de convocation et dépulation , etc. (Arch. de l'Emp., B. III -9, p. 255 
et 435.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 2:55 

également établie dans la province, par le mariage de Lazare 
de Conigan, écuycr, seigneur d'Arcenay, avec Marguerite de 
Humes. Son père était Jean de Humes, écuyer, seigneur de 
Chérisy, de Savizy, de Montomble, gentilhomme ordinaire de 
la chambre du roi, fils d'Antoine de Humes, seigneur de Chérisy, 
homme d'armes de la compagnie du comte d'Arran en 1560, et 
de Martine Stuart, sœur de Guillaume Stuart, chevalier, gentil- 
homme ordinaire de la maison du roi. Quant à Antoine, il était 
fils de George de Humes, écuyer, homme d'armes des ordon- 
nances sous la charge du seigneur d'Aubigny, puis archer de la 
garde écossaise du corps du roi François 1, et d'Anne de la 
Boissière, mariée le 20 mars 1531, veuve en premières noces 
de George de Ramsay, probablement écossais lui-même l . George 
de Humes ayant représenté au roi qu'il était natif du royaume 
d'Ecosse, et que depuis trente ans qu'il en était sorti il s'était 
continuellement appliqué au service de S. M. dans ses armées; 
qu'il s'était marié au lieu de Chérisy-sous-Montréal en Bour- 



1 Ramsay : d'argent à l'aigle de sable becquée de gueules (N° XXXV). — La 
branche de Serrigny, près de Tonnerre, portait : d'argent, à l'aigle éployée de sable, 
chargée sur l'aile droite d'une fleur de lis d'or (N° XXXV bis). Suivant Palliot, 
" Ramsay en Escosse porte d'azur, à une fleur de lis d'or, mantelé de mesme à un 
aigle de sable." (La vraye et parf. Science des arm., p. 449, art. Mantelé, n° VII.) 



N« XXXV. — RAMSAY. 



N» XXXV bis. — SERRIGNY. 





236 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

gogne, où ayant une maison et quelques héritages, il était dans 
l'intention d'y finir ses jours, le roi, par ses lettres-patentes en 
forme de charte, données à Paris au mois de juin 1534, lui permit 
de demeurer dans son royaume, et de disposer de tous les biens 
qu'il avait acquis, et qu'il pourrait y acquérir, sans que sa femme 
et ses enfants pussent être inquiétés pour le droit d'aubaine. 

Cette famille porte de sinople, à un lion d'argent, la langue 
et les griffes de gueules 1 (N° XXXVI). 

N» XXXVI. — HUMES. 




^S^ 



Comme les Conigan, les Quinemont étaient également établis 
en Bourgogne et en Touraine, et sortaient du même pays. Leur 
véritable nom était Pringle, qui devint chez nous d'Espringles, 
et ils n'adoptèrent celui de Quinemont que par suite d'une 
alliance contractée en Ecosse avec la maison de Kynynmond. Le 
premier que l'on trouve avoir porté ce surnom, était seigneur 
de Saint-Martin en Champagne, du chef d'Agnès de Grand, qu'il 
avait épousée vers 1495, et qui était veuve en premières noces 
de Jean des Champs, seigneur de Villiers-le-Sec en partie 2 . 



1 Armoriai général de la France, reg. 1 er , l re part., p. 300. — Plus loin, p. 632, 
d'Hozier fait mention de Marthe de Humes en 1649. 

2 De Courcelles, Hist. généal. et herald, des pairs de France, etc., t. X, art. de 
Quinemont, p. 2, en note. — Laine, Arch généal. et hist. de la nobl. de France, t. II. 



LIS FRANÇAIS EN ECOSSE. 237 

Gourtépée, qui mentionne des Despringles issus d'une maison 
noble d'Ecosse établie à Nuits en 1480 1 , a omis de nous dire 
s'ils se tenaient pour parents des Quinemont. 

Ceux de Touraine étaient seigneurs de Saint-Senoch, de la 
Roche-Aymer, de Varennes, des Gantelleries, de Baugé, de la 
Guénerie, de la Houssière, de Vauguérin, de Paviers, etc., et 
portaient d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois fleurs 
de lis nourries d'or, avec couronne de marquis, et trois aigles 
pour supports et cimiers (N° XXXYII). 

No XXXVII. — QUINEMONT. 




Le premier de ces Quinemont était Androt ou André, second 
fils de Jacques de Kynynmond , baron de Gregal au comté de 
Fife, et d'Anne de Beulan, qui vint servir en France, en 1478, 
dans la garde écossaise commandée par Robert Cunningham. La 
cour de Louis XI étant à Loches en Touraine, il épousa, par 
contrat du 16 juin 1483, demoiselle Jeanne de Nepveto, dame 
de Saint-Senoch, près de Loches, et en partie de la Roche- 

1 Descript. hist. et topogr. du duché de Bourgogne, t. III, p. 140. — Jean Des- 
pringles, né en 1576, procureur général de la chambre des comptes en 1596, mort 
doyen des avocats en 1626, a publié des commentaires estimés sur la coutume de 
Bourgogne. Son fils Antoine, maître aux comptes, fut enterré aux Cordeliers de 
Dijon, en 1636. Jean, I er du nom, avait obtenu de Henri III, en 1578, des lettres 
de relief, c'est-à-dire de réhabilitation de noblesse, confirmées en 1621. 



238 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Aymer, nièce de Nicolas de Nepveto, écuyer, seigneur d'Aizes. 
Il vivait encore et se préparait à partir pour la guerre en 1496. 

L'Hermite-Souliers, qui ne dit rien des Quinemont 1 , a con- 
sacré un article à la famille Gohory 2 ; il la fait descendre des 
Gori de Florence ; mais il n'apporte aucune preuve à l'appui de 
son assertion, et on ne voit pas pourquoi, en devenant français, 
les membres de cette maison auraient ajouté une syllabe à leur 
nom, qui ressemble bien davantage à Gowrie, tandis que l'on 
comprend de reste que les Gohory aient songé, sous Henri II, 
à se rattacher aux Gori. Le premier des Gohory que l'on trouve 
en Touraine, était contrôleur ordinaire des guerres en 1470, et 
avait pour frère un maître des requêtes de l'hôtel du roi. La 
maison portait pour armes : d'azur à une fasce d'or, chargée 
d'une hure de sanglier de sable, accompagnée de trois étoiles 
aussi d'or, deux en chef et une en pointe; cimier : un lion 
issant d'or, tenant de la patte droite une épée d'argent; sup- 
ports : deux lions d'or; devise : Spiritus et cor (N° XXXVIII). 

N° XXXVIII. — GOHORY. 



1 II est à croire qu'il se proposait d'en parler dans la seconde partie de son 
ouvrage, qui n'a jamais paru. Dans un mémoire sur la noblesse de Touraine et 
d'Anjou, dressé par Colbert en 1664, un an avant la publication de la première 
partie, on trouve cette mention : " Le sieur de Quinemont, maréchal de bataille ; 
son fils page chez le roy." (Revue historique de la noblesse, t. I, p. 381.) 

2 Hist. geneal. de la nobl. de Touraine, etc., p. 500. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. "230 

Il n'y a rien non plus dans l'Histoire généalogique de la no- 
blesse de Touraine sur la famille écossaise Preston, établie dans 
cette province. Parmi les alliances de la famille de l'illustre 
Descartes, qui avait déjà fourni un trésorier aux deux sœurs de 
Marguerite d'Ecosse 1 , on trouve un acte du 26 novembre 1527, 
"pour les enfans myneurs d'ans de feu noble homme Helye 
Preston, en son vivant escuyer, sieur de la Roche-Preston 2 , et 
de damoiselle Alienor Desquartes, son espouze, à présent femme 
de noble homme Jehan Dupuy, escuyer, sieur de la Saullaye." 
Hélye Preston était sans doute fils d'Edward Preston, archer du 
corps du roi 3 , époux de Pregente d'Erian 4 , ou de Laurent 
Preston, mari de Marguerite, autre fille de la même maison 5 . 
Cette dernière est signalée par l'abbé de Marolles comme ayant 
épousé en secondes noces Alexandre de Glais (Douglas), écuyer, 
seigneur du Ponceau et de la Menegauderie, pareillement archer 
de la garde écossaise 6 , dont elle n'eut point d'enfants, et Cathe- 
rine d'Erian, comme mariée à Thomas Mauriçon (Morisson?), 
écuyer, seigneur de la Guenaudière 7 . 



1 "Compte de Jehan des Quartes, tenant le compte et faisant le fait de la 
chambre aux deniers de mes dames Jehanne et Heliennor d'Escosse, seurs de feue 
ma dame Marguerite d'Escosse, en son vivant daulphine de Viennoys," etc. Musée 
Britannique, Addit. Mss. 8,878, folio 3 recto. 

2 Maintenant La Roche, commune de Mons, près de Tours. 

1 II figure dans les comptes de la garde écossaise dès l'année 1467. Voyez, au 
Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale, le carton du suppl. fr. 4777.3, 
n» III. 

* Partages par acte du 5 janvier 1474, mentionnés à la fin du Cartulaire de 
Baugerais (Bibl. imp., cart. n° 12), parmi les titres et papiers de la maison de 
Marolles, titres de La Rochère, p. 55. 

5 Acquisitions de la même année, consignées au même endroit, tit. XXIX. 

6 Dans un acte du 3 septembre 1506, passé devant M e Foussedouaire, notaire à 
Tours, on retrouve : "noble homme Alexandre du Glaz, escuyer, archer de la 
garde escossoise du roy, sous la charge de Ma' d'Aubigny," faisant un transport à 
" noble homme M e Jean Stuart, chevalier, lieutenant de noble homme M° Beraut 
Stuart, chevalier, seigneur d'Aubigny, capitaine desd. archers." 

7 Les Mémoires de Michel de Marolles, etc., à Paris, M.DCLVI., in-folio, p. 368, 
369. — Plus haut, p. 190, not. 3, nous avons déjà vu un Joflroy Morisson enterré 
à Chàlons. Il y avait en Lorraine une famille Morison, dont nous ne savons rien, 



240 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Les titres de la maison d'Erian, rassemblés par l'abbé de 
Marolles, indiquent plusieurs alliances avec des gentilshommes 
écossais de la garde du roi : c'est Guillaume Dromont, écuyer, 
natif du pays d'Ecosse, marié en 1485 avec Louise d'Erian, 
fille de Charles d'Erian et de Philiberte Dupont 1 ; Guillaume le 
Vincton, écuyer d'Ecosse, époux de Marguerite d'Erian, fille 
des mêmes 2 ; Henry de Crafort, écuyer, sieur de Longchamp et 
de la Voyerie, époux en 1488 de Henriette d'Erian; André 
"Gray escuier, seigneur de la Gastiniere, parroisse d'Azay-le- 
Rideau, archer de la garde du roy," marié avec "damoysellc 
Anne Canart ou de Lastre, dame de Noisay, veuve de feu noble 
homme de Sazillé, en son vivant seigneur de la Glouziere," par 
contrat passé "présents nobles personnes messire René de 
Maillé, seigneur de Lislette, Ghristofle Bourtic et George Bour- 
tic, escuiers, archiers de la garde du corps du roy, le 3. jour de 
novembre 1526 3 ." Il est à croire que nous avons là le père 
d'un autre André Gray, sieur de la Clousicre, marié avec da- 
moisclle Claude de Sazillé, avant 1568, date d'un contrat d'amor- 
tissement de quarante livres de rente fait par elle pour noble 
homme Claude de Marolles, écuyer 4 . 



si ce n'est que l'un de ses membres, Jean Morison, obtint du duc Charles III, le 
16 janvier 1587, des lettres-patentes, portant permission de prendre les armes de sa 
mère, qui était une Hurault. (Nobiliaire ou Armoriai général de la Lorraine, etc., 
t. I, p. 583.) 

1 Elle est présentée comme veuve dans un acte de 1495, où figure aussi noble 
Jean Audiston, écuyer, tant pour lui que pour Catherine Waich, sa femme, sœur 
de feu noble homme Rogier Waich, écuyer, tous archers de la garde du roi. 

2 Guillaume le Vincton était décédé en 1502, et sa veuve remariée à noble 
homme Pietrepé, écuyer, fauconnier du roi. 

3 Titre LVI de la Rochère, indiqué à la suite du Cartulaire de Raugerais. 

* M. Lambron de Lignim nous signale un autre acte passé devant M c Foussc- 
douaire, portant vente par " messire Françoys Gray, prestre, curé de Syran, dio- 
cèse d'Aulx, demeurant parroisse de Chambon-sur-Creuse," frère cadet de Jacques 
Gray, écuyer, seigneur dudit lieu de Chambon, à noble homme Hcmon de Menou, 
seigneur du Mée de Menou. — Les familles de Gray et de Menou s'étaient alliées 
par le mariage de Marie de Menou avec Père de Gray, sieur de Chambon. Voyez 
les Mémoires de Michel de Marolles, édit. in-folio, p. 391. 



L F. s i • n \ N ç Al S i : H 1: ( : o s s E 2 4 1 

Avec L'habitude que Ton avait autrefois d'altérer les noms 
étrangers, il n'y aurait rien d'étonnant à ce que Le Vinclon ne 
fût une altération de Livingston, quoique plus généralement 
on prononçât Léviston, surtout en Bourgogne. Les Léviston, 
transplantés d'Ecosse dans cette province, et qui portaient com- 
munément de sable à trois quintefenilles d'argent (N° XXXIX), 

N» XXXIX. — LÉVISTON. 




seraient d'une origine non moins illustre que la plus noble des 
familles dont nous avons vu le nom, s'il était prouvé que Wil- 
liam de Livingston, des barons de Calendar, présenté par M. le 
Maistre 1 comme ayant servi dans les archers de la garde écos- 
saise, et Alexander de Livingston, cadet de la même maison, 
passé au service de France à la fin du XVI e siècle, et marié avec 
une Française 2 , sont bien réellement les chefs des deux rameaux 
fixés en France et issus de la branche aînée; mais quel que soit le 



1 Notice gcnéal. sur la famille des Livingston, etc. Tonnerre, 1836, in-8°, p. 20. 

- "Jeanne de Piedefer, dame d'honneur de Marie Stuart, avoit épousé en pre- 
mières noces Sir Alexander de Lewiston; elle se remaria avec Pierre de Joise!, 
écuyer, seigneur de Saint-Remy-en-Bouzemont et de Betoncourt, maître d'hôtel 
de la même reine." (Laine, Arch. hist. et généal. de la nobl. de France, t. IV, 
art. duHamel, p. 2i.) Inutile de faire remarquer que ce Pierre de Joiscl n'était 
pas plus écossais que Jean Chasteigner, seigneur du Verger, gentilhomme servant 
de Marie Stuart, en 1553. Voyez VHisloire de la maison des Chasteigners, liv. IV, 
oh. XI, p. 483, et preuves, p. 157. 

voi.i. IG 



242 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

bien que Ton pense du travail de M. le Maistre, on ne saurait lui 
accorder le même crédit qu'à 1" Armoriai général de la Fiance 
et à la Recherche de la noblesse de Champagne, par d'Hozier. 

Dans ce dernier ouvrage, on retrouve la généalogie et les 
armes de six familles signalées comme venues d'Ecosse : celles 
de Berey, d'Handresson, de Locart, de Montcrif, de Tourne- 
bulle et du Val-Dampierre. La première, qui existait encore au 
siècle dernier 1 , portait d'azur au chevron d'argent, accompagné 
de cinq molettes d'éperon du même (N° XL); la seconde, d'azur 

N" XL. — BEREY. 




à la fasce d'or, accompagné en chef de trois croissants d'argent 
et de trois hures de sanglier d'or en pointe, 2 et 1 2 (N° XLI); 
la troisième de sable à deux éperons d'argent, l'un sur l'autre, 
le 2 e contourné (N° XLII); la maison de Montcrif, d'or au lion de 
gueules, armé et lampassé d'azur, au chef d'hermine (N° XLIII) ; 
celle de Tournebulle, d'argent à trois têtes de buffle de sa- 
ble (N° XLIV); enfin celle du Val-Dampierre, de gueules, à la 
tête de licorne d'argent (N° XLY). Une autre famille, celle de 

1 " Berey de Vaudes (de), né le i décembre 1770, à Vaudes, diocèse de Troyes," 
est nommé parmi les gentilshommes qui ont fait leurs preuves pour le service 
militaire, dans le Nobiliaire universel de France, etc., t. XI, p. 19. 

2 De la Chenaye- Desbois indique la fasce comme étant d'argent. (Dict. de la 
nobh, t. VII, p. 632.) 



LES FRANÇAIS EH ECOSSE. 9Ï3 

No \\A. — HANDRESSON. R« XLH. — LOCART 





No XLIII. — MONTCRIF. 



hh l xhhh x 




N" XL1V. — TOURNERULLE. 



dif éss 



N» XLV. — VAL-DAMPIERRE. 





244 LKS ÉCOSSAIS EN FRANCE: 

Welles, dont nous ne connaissons l'existence que par une seule 
pièce, le contrat de mariage de Louise de Cuvilliers et de Charles 
de Welles, sire de Saint-Jacques en Porcien (1532) l , trouverait 
bien ici sa place, si l'on était tant soit peu autorisé à rattacher 
cette famille, probablement éteinte au temps de d'Hozier, à 
Jehan de Galles 2 , à Robert de Wellys, écuyer de la nation 
d'Ecosse, archer de la garde du corps du roi, naturalisé français 
par lettres du mois d'août 1474, ou à Thommes et à Edouart 
Welles , ainsi nommés parmi les archers de la garde d'un rôle 
du 1 er avril Ï513 3 , qui renferme encore le nom de Thommes 
Williamson, auquel on attribue l'origine d'une autre famille 
scoto-française, celle d'Oilliamson ou d'Oleançon, dont on trouve 
le nom également écrit Ouillcnçon, Olliençon, Deoillcnçon*. 

Suivant des traditions de famille recueillies par la Chenaye- 
Desbois, Thomas Williamson, II e du nom, chevalier, issu d'une 
famille alliée de celle des Stuarts et aux lords de Kincardine, 
passa en France sous le règne de Charles VIII, en 1495, et fut 
archer de la garde écossaise. Il épousa, le 8 mars 1506, Mar- 
guerite Raoult, fille et héritière de Guillaume Raoult, écuyer, 
seigneur du Mesnil-Hermey. François I er lui fit don, par lettres 
du 30 décembre 1518, de soixante-dix écus d'or, qu'il employa 
à payer les droits du treizième des seigneuries du Tremblé et 
du Rourg, dont il venait de faire l'acquisition. Thomas William- 



1 Catal. anal, des arch. de M. le baron de Jour sanrault, etc., 1. 1, p. 358, n° 1998. 

2 Voyez ci-après, p. 249. 

3 Rôle du Cabinet de M. de Courcelles (Calai., titres originaux, etc., p. 13), 
maintenant dans le nôtre. — Il y avait aussi une noble famille anglaise du nom 
de Welles, à laquelle appartenait Lord John Welles, héros d'un tournois donné 
sur le pont de Londres en 1390. Voyez the Lives ofthe Lindsays, vol. I, p. 88-90. 

4 Hist. geneal. de la maison de Harcourt, t. II, p. 11 78 ; t. IV, p. 1826. — Che- 
villard, Nobiliaire de Normandie, pi. 10, n° 792. — Le nom de Guilhemanson , 
qui est celui d'une famille demeurant à Saint-Magne, dans le département de la 
Gironde, et d'un magistrat nommé juge au tribunal de Saint-Denis (Réunion) 
par décret du 25 avril 1860, me paraît être une cinquième forme du nom do 
Williamson. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 245 

snii eut deux (ils, François, qui lui succéda, et Charles, seigneur 
de Caban; cette seigneurie était entrée dans la maison par 
Marguerite Raoult, qui la tenait de sa mère Guillemine de 
Carday, et qui rapporta à son mari avec la terre du Mesnil- 
Hermey. Charles d'Oilliamson ne laissa pas d'enfants, et son 
héritage passa à son frère aîné. Celui-ci prit pour femme Jeanne 
de Saint-Germain, fille de Michel de Saint-Germain et de Ste- 
venotte Leveneur. Elle était sœur de Marie de Saint-Germain 
qui venait d'épouser Guy d'Harcourt; et, pour sa part dans le 
riche héritage de son père, Michel de Saint- Germain, Jeanne 
eut les terres de Saint-Germain-Langot, de Lonlai-le-Tesson et 
de la Nocherie 1 . Les d'Oillamson portaient d'azur, à une aigle 
d'argent éployée, membrée et becquée d'or, posée sur un barril 
aussi d'or, relié d'argent. Devise : Venture and win (N° XLYI). 

N° XLVI. — OILLAMSON. 



La Normandie, qui avait fourni tant de familles a l'Ecosse, 
n'avait pas reçu de ce pays que celles d'Oilliamson et de Tour- 



1 Dict. de la noblesse, t. XI, p. 138. — D'Hozier, Armoriai général, etc., reg. IV, 
art. le Doulcet, p. 9. — Le. comte de la Ferrière-Percy, Histoire du canton 
d'Athis (Orne), etc. Paris, 1858, in-8°, p. 220, 221. — Dans une liste des gentils- 
hommes qui ont fait leurs preuves de noblesse, etc. (1788-1789), publiée dans la 
Revue historique de la noblesse (1« livr., nov. 1810, p. 50), on trouve le comte 
Guillaume d'Oillamson, après le comte de Hay, refusé. 



540 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

nebullc 1 : Chevillard cite encore "Maxuel, écuyer, seigneur des 
Champs la Fortiere, généralité d'Alençon, élection de Lizieux, 
maintenu le 24 avril 4666," qui portait d'hermine, au lion de 
sable (N° XLYII) 2 . De plus, il y aurait à voir si le Denison en- 
No XLVII. — MAXUEL. 




terré dans 1 église paroissiale du Punl-de-FArche 3 ne venait pas 
d'outre-mer; mais il vaut mieux retourner au centre de la 
France, où les Écossais s'établirent en plus grand nombre. 

De toutes les généalogies champenoises que nous avons citées, 
les plus intéressantes sont celles d'Handresson et de Tourne- 
bulle, à cause de certaines pièces produites par-devant M. de 
Caumartin en 1668 4 , qui révèlent l'existence d'autres familles 



1 " Tournebulle, généralité de Rouen..., d'argent, à trois rencontres de taureau 
de sable, accornés et lampassés de gueules." (Saint-Allais, Nobiliaire de Norman- 
die.) — On sait que le fameux Adrien Turnèbe était né aux Andelys, et l'on dit 
que son père, gentilhomme écossais, s'appelait Turnbull. S'il faut en croire David 
Buchanan ( De Scriptoribus Scotis, p. 18), il était originaire du Liddisdale, et son 
ijls Adrien, né en Ecosse, avait commencé par y étudier. Voy. ci-dessus, p. 14, not. i. 

2 Nobiliaire de Normandie, pi. 18, n° 1598. 

3 On lisait sur sa tombe : " D. 0. M. Laurentius Denison, conseiller du roy et 
gênerai en sa court des monnoyes de France, attend icy la résurrection et la misé- 
ricorde de Dieu. Il est né le V e mars M. D. II1I".VHI. est decedé le XIII e juil- 
let M. VI. LV." 

4 "Contract de mariage du 13. Novembre 1502. signé Arminot, Tabellion en la 
Cour de Langres, entre Noble Escuyer Laurent d'Handresson, iils de N. H. Jean 
d'Handresson, natif du pays d'Escosse, et Archer de la Garde Escossoise du Roy, 



LE S FRANÇAIS EN ECOSSE. 247 

issues d'Écossais, cl nous montrent les maisons de cette espèce 
s'alliant entre elles. Bien qu'il y eût en Champagne une famille 
noble de Hérisson, qui portait d'azur à trois roses d'argent avec 
deux hérissons au naturel pour supports (N° XLYI1I), il n'y a pas 

N« XLVIII. - HERISSON. 




à douter que Guillaume de Henrisson, oncle de Guillemette de 
Malay, ne fût d'origine écossaise, ni que Claude Guynnemont 
n'appartînt à la famille de Quinemont, dont il a été déjà parlé, 
sans mentionner son alliance avec la famille Locart, supposé 
que dame Sophie- Adélaïde Locard, fille du baron Locard, ancien 
préfet, et femme de Louis-Marie comte de Quinemont, domicilié 
en Touraine 1 , soit issue des Locarts de Champagne. 

et Anne, fille de feu N. H. Guillaume Coppin, Seigneur de Bremeur, et de Guille- 
mette de Malay, et assistée de N. H. Guillaume de Henrisson, son Oncle, Seigneur 
de Montigny sur Aube en partie. — Ratification du 16. Février 1540. signée Bar- 
bier, et Vitrey, Notaires en la Prevosté de la Ferté sur Aube, faite par Laurent 
d'Handresson, Escuycr,... et Damoiselle Anne Coppin, sa femme, du Contract de 
mariage du 10. Novembre de l'année précédente, de Gérard d'Handresson, leur 
fils, Escuyer et Archer de la Garde du Roy, assisté de Bernard d'Handresson, son 
frère, et de Claude Guynnemond, Escuyers et Archers de la Garde du Roy," etc. 
(Généalogie d'Handresson, col. 1, n os I et III; dans la Recherche de la noblesse 
de Champagne, t. II.) — Dans un rôle d'archers écossais en garnison à Milan en 
juillet 1507, on trouve un Jemy Handreson, un Jehan Andresson et un James Hen- 
drison, et dans un autre rôle du 1 er avril 1513, un Laurcns Henrisson. 

1 Bouillet, Nobiliaire d'Auvergne, t. III (Clermont-Fcrrand, 1848, in -8°), 
p. 455; et t. V (ibid , 1852), p. 220. 



248 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Au commencement du XVI e siècle, il y avait parmi les Écos- 
sais possédant hôtel à Bourges, un Guillaume Harisson, indiqué 
comme archer de la garde du roi et mari de Colette Coulanges, 
fille d'Etienne Coulanges, et dont le nom est écrit Arisson, Ar- 
rison, Henrisson, Heurisson, etc. 1 . Il existait aussi à Bourges, 
à la même époque, une famille d'Arson. L'un de ses membres 
était armurier 2 ; mais le nom de la femme pour les deux sujets, 
ainsi que le nom du gendre, Jacques Boulet, la similitude d'ori- 
gine et de qualité dans la garde écossaise du roi, et plusieurs 
autres inductions que font naître des articles qui les concer- 
nent, obligent à les considérer comme un seul et même sujet. 
Les Boulet étaient notaires à Bourges 3 . 

Les autres Écossais ayant hôtels dans cette ville durant le 
XY e siècle, étaient : 1° noble homme Jehan Stud, seigneur du 
Sollier, archer du corps du roi, mort en 1468 4 . Il avait épousé 
Marie Foucher, veuve en premières noces de Pierre de Beau- 
mont, et possédait, du chef de sa femme, l'hôtel des Meulles 
ou Mulles, qui lui venait de son premier mari. 2° Gilbert ou 
Guillebert Cunningham 5 , qui, ayant épousé sa fille N. Stud, 
hérita de l'hôtel et de la seigneurie. 3° Jean Doddes, ou Dods, 
qui, vers 1470-80, possédait l'hôtel des Mulles, on ne dit pas à 
quel titre. 4° Jehan Chambre, pareillement archer du corps du 
roi, mari de N. Lorrel, fille de Hemon Lorrel, couturier ou 



1 Archives du département du Cher, 1231; ïn veut . géii., iâii. Recherches citées 
à la lin de la Généalogie de la famille de Bastard, etc. Paris, M DCCC XLV1I, iu-8°, 
inventaire de sources historiques, XV e siècle, p. 15, col. 2. 

- Livre vert, 168 m\ folio 6. 3 Ibid., folio 37. 

* Peut-être un des ancêtres de M. d'Estutt de Tracy. Voyez Catheriuot, Tombeau 
généalogique, sans date (1G80), in-4°, p. 36. 

5 Le manuscrit porte Conigan, Coigan, Congnigen, Cogingan, Cogcngant, Co- 
gingand. Ce grand nombre de variantes du même nom pourrait autoriser à y 
joindre celui de Gunigant, que l'on trouve à la suite d'une pièce du mois de juil- 
let 1382, publiée par d'Hozier (Armoriai général, reg. III, 2 e part., art. de Virieu, 
p. xxxj, n° XLII1); mais, sans parler de la date du document, est-il bien sur qu'il 
ne faille pas lire Guingant, et rejeter ce nom comme étranger au sujet de ce livre? 



LES FRANÇAIS EH ECOSSE. 2ϧ 

tailleur; il en eut Pierre Chambre, son héritier. 5° Guillaume 
Berruys, alias Berrat. 6° Noble homme David de Lisle 1 , archer 
de la garde et vicomte de Fussy, à cause de sa femme Guille- 
mette de Bastard. 7° Noble homme Jean de Coqueborne, écuyer 
et pareillement archer de la même garde, qui devint vicomte 
de Fussy par son mariage avec la veuve de son compatriote. A 
ces Écossais, les documents dont nous avons fait usage joignent 
Jehan de Galles et messire Bertrand de Gascoignolles, mais sans 
aucun détail justificatif, et portent qu'en 1447, Alexandre Vau- 
coys, alias Yaucolys' 2 , Écossais, possédait une vigne au terroir de 
Beauregard, à cause de sa femme, dont le nom n'est pas donné. 

1 Sans doute Lesley. — M. de Bastard nous apprend que de Lisle portait écar- 
telé : au I et 4 d'azur, à la bande d'or, accompagnée de six croix recroisetées de 
même, posées en orle, et chargée d'une frette de gueules; au 2 et 3 d'azur, à 
deux palmes d'or, adossées, posées en pal, et surmontées d'une étoile aussi 
d'or (N° XLIX). (Généalogie de la maison de Bastard, p. 519, col. 2.) 



IN" XLIX. — DE LISLE. 




2 II y avait en Ecosse une ancienne famille anglo-normande du nom de Vaux, 
maintenant appelée Van», sur laquelle un de ses membres a publié une notice 
en 1833 [Short Account of the Family of De Vaux, Vaus, or Vans [ Latine de Val" 
llbus], of Barnbarroch, in-8°). "Ajoutez-y, pour me servir des paroles du conti- 
nuateur d'Hector Boyce, John Vaus, homme aussi distingué par ses connaissances 
littéraires que par ses mœurs, et qui a bien mérité de la jeunesse écossaise." (Au- 
dit uni visu prœstare, contra vulgatum Aristotelis placitum, academica Johannis 
Ferrerii Pedemontani Disscrtatio. Paris. 1539, in -4°, epist. ded.) — Ces services, 
outre l'enseignement oral de John Vaus à l'école d'Aberdeeu, consistent dans deux 



550 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Mais je reviens aux familles écossaises établies en Champa- 
gne, sur lesquelles il me reste encore un mot à dire. 

Celle de Tournebulle, que l'on peut croire issue de William 
Turnbull, naturalisé en 1474, ou du porte-enseigne du sieur 
d'Oyson, lui-même écossais, était de bonne heure liée avec la 
maison noble de Thomesson ou Tonnesson l , et plus tard s'unit 
à elle par un mariage, celui de Catherine de Tournebulle avec 
Edmond de Thomesson 2 . Il n'y a pas à douter que cette famille 
ne fût considérée comme de bonne et vieille noblesse : nous 
trouvons au commencement du XVIII e siècle dame Marie- 
Marguerite de Tournebulle de Saint-Lumier, épouse de Philibert 
Durand, seigneur d'Auxy, de Saint-Verin, etc. 3 ; nous verrons 
plus tard un Tomeson exempt de la garde écossaise en 1645, 
colonel d'infanterie en 1663; et avant cette époque, Marie de 
Thomesson avait épousé Antoine des Armoises, seigneur de 
Neuville, dont la fille Henriette se maria avec François de Net- 
tancourt, seigneur de Passavant et autres lieux, mort en 1660 4 . 

ouvrages dont voiei les titres : In pfimam Doctrinalis Alexandrini de nominum 
ac verborum declinationibus atque formationibus partem, ah Jodoco Badio As- 
censio recognitam, magistri Johannis Vaus, natione Scoti et percelebris Abredo- 
nensium Académie Grammatici J Comment arii ; ab eodem Ascensio itidem recognili 
atque impressi. Paris. MDXXII. — Rudimenta artis grammaticœ , per Jo. Vaus 
Scotum selecta , et in duo divisa, etc. Parisiis, ex offlcina Roberti Masselin, 1553. 

1 "Contract d'eschange du 24. Novembre 1554. signé Breton, et Mallefer, No- 
taires au Duché de Bar, entre Damoiselle Marie de Gesnes, vefve de feu Noble 
homme Geoffroy de Tonnesson, vivant Escuyer, seigneur de Remenecourt, tant 
en son nom que comme ayant la Garde -Noble de Emond de Tonnesson, fils 
mineur dudit deffunt et d'elle, assistée de... Noble homme Jean de Tournebulle, 
Escuyer, Mareschal des Logis de la Compagnie de Monseigneur le Duc de Lor- 
raine," etc. (Généalogie de Tournebulle, seigneurs de Bussy, Heiltz-le-Maurupt, 
Cloyes, Alliancelle, Brousseval, etc., n° 1, dans la Recherche de la noblesse de Cham- 
pagne, par M. de Caumartin, t. II.) 

- Procez verbal de la recherche de la noblesse de Champagne, t. I, p. 13, col. 2. 

3 D'Hozier, Armoriai général de la France, reg. VI, art. Durand, p. 3. 

i Anselme, Hist. généal. et chronol. de la maison rou. de France, t. V, p. 264, A. 
— Hist. généal. et herald, des pairs de France, etc., t. II, art. de Nettancourt, 
p. 20, n« XI. — Auparavant, art. de Solages, p. 26, il est fait mention d'Elizabeth 
Thomson, "d'une famille d'Angleterre," mariée eu 1780 avec Jérôme, comte de 
Solages de Bobal, officier au régiment de Vivarais. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 551 

La maison de Tourne-bulle s'était pareillement alliée avec 
cette dernière, d'abord en 4620 par le mariage de Nicolas de 
Touinebulle, seigneur de Bussy et autres lieux, colonel d'un 
régiment de cavalerie allemande pour le service du roi, avec 
Claude de .Vtlaneourt, puis en 1G52 par le mariage de leur 
lils Jean-Philippe de Tournebulle, chevalier, avec Jeanne de 
Nettaneourt, sa cousine 1 . Là encore se retrouvait du sang écos- 
sais, Nicolas 1 er , seigneur de Nettancourt et autres lieux, s'étant 
allié, peu avant 1502, avec Anne d'Espence, dame de Bettan- 
court, de Vroil et de Yilliers-le-Sec, fille de Claude, seigneur 
d'Espence et de Launoy-Renault 2 . 



1 Ilist. généal. et hér. des pairs de Fr., etc., t. II, art. de Kettancourt, p. 26, 35. 

1 lbid., p. 7, 24. Voyez encore p. 34. — Les d'Espence qui portaient de gueules, 
à trois chèvres couchées d'or (N° L), sont présentés par Sainte-Marthe comme 
originaires des contins de la Pouille {Eloges des hommes illustres, etc. A Paris, 
M.DC.\LII1I., in -4°, liv. Il, p. 19JJ); mais tout porte à croire qu'ils viennent 
d'Ecosse, ainsi que les Spens, auxquels Douglas a consacré un article dans son 
Baronage ofScolland, p. 295-299. Voyez encore Ramsay, Hist. de Turenne, liv. II, 
ann. 1645, 1. 1, p. 123, en note. — Les d'Espence de France, issus de ces derniers, 
portent : d'azur, à la gerbe d'or sur une terrasse de sinople, la gerbe supportant 
un basset d'or passant du second, surmonté d'un croissant d'argent. Couronne de 
comte; supports : deux lions (N° LI ). — Cette famille s'est établie en Bourgogne 



N° L. 



D'ESPENCE. 



N° LI. 



D'ESPENCE. 





et dans la généralité de Paris, où elle était considérée comme d'ancienne origine. 
Elle s'est divisée en trois branches, qui ont généralement suivi la carrière des ar- 



25-2 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

On connaît aussi une famille Fodringan, alliée à la famille de 
Conyghan par le mariage d'Émée de Fodringan avec Jean de 
Conyghan, écuyer, sieur d'Avirey, lieutenant au régiment de 



mes : ce sont les d'Espence de Pomblain, les d'Espence de Villefranche, dont un 
membre est mentionné dans l'Armoriai général, reg. VI, art. Boucher, p. 11, et 
les d'Espence de Railly. On trouve encore nommés des Despences de Bilhi avec 
les armes que nous venons de blasonner, dans les Catalogues et armoiries des 
gentilshommes de Bourgogne, p. 42, col. 1, ann. 1662. — Issus d'un Patrick 
Spens, archer de la garde écossaise, venu en France en 1450 et en Guienne à la 
suite de Louis XI, puis marié à Saint-Sever 1 , en 1466, avec demoiselle Jeanne de 
Sault, fille de noble Pierre de Sault, écuyer et seigneur d'Estignols, d'autres de 
Spens s'étaient établis dans le sud -ouest de la France, où ils s'étaient divisés en 
deux branches, la première à Saint-Sever, la seconde à Bordeaux, et alliés avec 
la maison de Lancre, dont ils ajoutèrent le nom au leur. M. de Courcelles (Hisl. 
généal. et herald, des pairs de France, t. I, art. de Ségur, p. 32, 35) cite Pierre- 
François -Mathieu de Spens de Lancre, président à mortier au parlement de Bor- 
deaux, fils de Pierre -François de Spens d'Estignols de Lancre, pareillement 
président à mortier au même parlement, et Jeanne-Marie-Françoise de Spens de 
Lancre, fille du premier, que je ne trouve pas nommée dans la généalogie de la 
famille, où figurent quatre filles nées du mariage de Pierre-François-Mathieu de 
Spens avec Marie-Anne-Marguerite de Ségur-Boirac, célébré le 21 avril 1781 : 
Pétronille-Thérèse-Françoise, Anne-Henriette-Louise-Françoise, Marie-Henriette- 
Marguerite-Françoise-Mathieu et Marie-Anne-Jeanne-Françoise de Spens d'Esti- 
gnols de Lancre. Illustre dans la robe, cette maison ne le fut pas moins dans les 
armes : l'Etat militaire de France pour l'année H11 , par M. de Roussel, nous 
montre, p. 120, M. le chevalier de Spens de Lancre parmi les sous-lieutenants de 
la compagnie écossaise de la maison du roi, puis, p. 217, M. le chevalier de Spens 
major du régiment de la Couronne, à Nancy, avec le rang de colonel et la croix 
de Saint-Louis. Le premier, Jean-Baptiste-François de Spens d'Estignols, appelé 
le chevalier de Lancre, aide-de-camp du maréchal de Saxe en 1747, s'était fait 
remarquer aux batailles de Fontcnoy et de Laufeldt, où il eut un cheval tué sous 
lui; il fut ensuite cornette dans le régiment Royal-Allemand, capitaine de cava- 
lerie, enfin, à dater du 30 mars 1762, exempt dans la compagnie écossaise des 
Gardes-du-corps. Les armes des Spens de Saint-Sever sont ainsi blasonnées dans 
la Généalogie des Spens de Lathallan, d'origine écossaise, etc. (à Bordeaux, de 
l'imprimerie de P. G. Calamy, in-4°, p. 16) : " Ecartelé, I e et 4 e or, un lion ram- 
pant, gueules; 2 e losange azur et or; sur un chef du dernier, trois roses, gueules; 
3 e grand quartier, éeartelé, I e et 4 e azur, un lion rampant, or; 2 e et 3 e gueules, 
un château à trois tours, argent, maçonné, sable, avec une couronne convenable 
à son degré. Supports : deux griffons (N° LU)." Les armoiries des Spens de 
Bordeaux, p. 19, sont libellées de même, avec cette différence qu'à la suite de 
maçonné, sable, il y a : " le 4 e grand quartier', azur, trois ancres, deux et un érigé 

1 Dans une liste de soixante-quinze archers de la garde, consignée sur un registre de la Chambre des 
comptes pour 1468, on trouve Patris Spens. L'année suivante, après une mention consacrée à Gilbert Aele, 
« nagueres archer du corps du roy," son compatriote est porté comme " mis au lieu dudit Aele : " et la suite 
des comptes nous le montre servant encore longtemps après en la même qualité. 



LES FBANÇAIS EN ECOSSE, SS8 

Picardie, qui eut lieu dans la seconde moitié du XVI e siècle 1 : 
ne serait-ce point un descendant d'Archibald Fotheringhani' 2 , 
naturalisé en 1474, plutôt que de Richey Foudringuan, Fun des 
hommes d'armes écossais en garnison à Milan en 1507, sous 
les ordres de Griston de Conncstray 3 ? 
Pareille question pourrait être adressée au sujet de la posté- 



enpal,or; au-dessus du bouclier est placée la couronne d'un marquis français, 
surmontée d'un bonnet de velours noir, bordé en or; et les armes sont supportées 
par deux lions" (N° LUI). 



N ' LU. - SPENS DE S'-SEYER. 



N°LIII.— SPENS DE BORDEAUX. 





1 De Courcelles, Hisf. généal. et herald, des pairs de France, t. IX, art. de Ba 
lathier, p. 7. — Plus loin, art. de Broc, p. 24, cet écrivain mentionne Jean d'Aliday, 
écuyer, sieur de Chervis, en Mirebalais, comme assistant, le 9 juin 1363, avec 
Anne de Brisay, son épouse, au mariage de Jeanne leur fille. Ce d'Aliday descen- 
dait peut-être de l'Écossais Tbomas Aliday, qui, après avoir acheté de Guy de 
Chauvigny, le 20 septembre 1460, la terre, justice et seigneurie de Neuvy-Pailloux, 
qui relevait de Châteauroux, les revendit à Guyot Pot, sieur de la Prugne. (Thau- 
mas de la Thaumassiere, Hist. de Berry, etc., liv. VII, ch. LXXII, p. 620.) 

2 Les Fotheringham étaient une famille du Forfarshire, issue de celle de Pourie, 
et alliée par le sang et l'amitié avec la maison de Crawford. {The Lives of the 
Lindsays, vol. I, p. 146.) 

3 Catalogue de Courcelles, titres originaux et documents historiques, p. 13. — 
Ce rôle fait aujourd'hui partie de notre cabinet. — Il y avait autrefois en France 
une famille Christon, dont le dernier représentant mâle, Louis-François-Marchant 
de Christon, lieutenant au régiment de Flandres, infanterie, émigré, adjudant de 
la légion de Rohan, a été fusillé à Quiberon, laissant une fille mariée à Henri- 
Nicolas de Mongeot-d'Hermonville. (De Saint- Allais, Nobiliaire universel de 
France, t. VIII, p. 297.) 



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254 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

rite do Patrick Murray et de Thomas Stuth 1 , naturalisés en 14-74. 
Rien ne prouve, il est vrai, que le premier soit l'ancêtre d'un 
brave adjudant de pompiers parisiens nommé dans la relation 
d'un incendie de la rue Beaubourg du 20 novembre 1853 2 ; mais 
on peut croire que dans le second nous avons un ancien mem- 
bre de la famille noble Estut ou Stutt, établie en Bourbonnais 
depuis Tan 1420, et célèbre pour avoir donné naissance à un au- 
teur ascétique fort distingué et à un illustre philosophe. Walter 
d'Estut, un des gentilshommes écossais qui vinrent cette année 
au secours de Charles VI sous la conduite des comtes de Buchan 
et de Douglas, fut un des archers de la garde écossaise de 
Charles VII. La Chenaye-Desbois, ou plutôt l'auteur du mémoire 
publié dans le t. VI du Dictionnaire de la noblesse, p. 201-203 3 , 
ajoute que Walter d'Estut obtint des lettres de naturalité au 
mois de février 1474. Divisée en deux branches principales, 
celles d'Assay et de Tracy 4 , la maison d'Estutt porte écartelé 
au 1 et .4 d'or à trois pals de sable ; au 2 et 3 également d'or 
à un cœur de gueules (N° LIV). Les armoiries d'une troisième 
branche, celle de Solmigniac, ont subi quelques modifications : 
elle porte pallé d'argent et d'azur, de neuf pièces ; au chef cousu 
d'argent chargé d'un cœur croiseté de gueules (N° LY) 5 , ou, 

1 Dans le rôle de 1507, on trouve Jelian Estout, Jcniy Estout, Thomas Mouray, 
James Mouray, et Woatsy a Mouray. Dans un compte de 1449, c'est Guillaume Stud, 
l'un des archers et cranequiniers "estant sous la charge de Thomas Halida;" Qa 
seront ensuite Gauthier Stut, Jean Stut, Paton Moray, trois archers à cheval; plus 
tard (1461), Andro Mourra, Thommes Stut, Thomas Mourray (1409 ), Jelian Stut, etc. 

2 Le Moniteur universel, numéro du 21 novembre 1853, p. 289, col. 4. — Dans 
le numéro du 2 décembre suivant, p. 1331, col. 1, il est fait mention d'un docteur 
Dondas à l'occasion d'un accident arrivé à Saint-Mandé, près de Paris. 

3 Dans le t. XV, ou troisième des suppléments à cet ouvrage, p. 282, 283, on 
trouve un autre article Estutt ou Stutt-de-Tracy. 

4 Ce titre était celui d'un seigneur mentionné par Froissait, eu 1379 (t. II, 
p. 57, col. 1), et d'un gentilhomme de Bretagne mort en 1704 {Mémoires de Saint- 
Simon, édit. de Sautelct, t. IV, p. 253. — Le Journal du marquis de Dangeau, 
t. X, p. 113); mais il y a plus d'une localité du nom de Tracy. 

K Alfred de Froidefond, Armoriai de la noblesse du Pcrigord. Périgueux, ls5s, 
in-8% n« 186, art. d'Estut. 



LES FRANÇAIS K\ ECOSSE. 25S 

pour parler comme l'Armoriai général du Cabinet des titres, 
" d'argent à cinq pals d'azur et un chef d'argent chargé d'un 
cœur de gueules, qui supporte une eroisette de même 1 ." 



N» LIV. — ESTUTT. 



N° LV. — SOLMIGNIAC. 





S'il faut en croire une tradition de famille, en même temps 
que Walter d'Estut, l'un de ses compagnons, Écossais comme 
lui, Guy d'Anglars, dont le sang devait se mêler avec le sien 2 , 
s'établissait dans la haute Auvergne et donnait son nom à un 
iief situé près d'Uxelles; mais quel que soit notre désir d'allonger 
ce catalogue des Écossais fixés en France, il nous semble bien 
difficile d'y donner place aux noms que nous venons d'écrire. 
D'abord celui de Guy, à peu près inconnu en Ecosse, n'apparaît 
pas une seule fois dans les listes d'hommes d'armes et d'archers 
qui nous restent ; ensuite le nom d'Anglars n'a rien d'une phy- 
sionomie écossaise. On trouve, il est vrai, dans les registres des 
comptes pour 1467, "Archambault Ynglys, archer du pays 
d'Escosse, lequel le roy a de nouveau retenu archier de sadite 
garde au lieu de Guillaume Seton," reparti pour son pays; dans 

1 Guyenne, 11° 381, p. 302. Voyez encore p. 363, 126, 801, 923. — Le P. Chas- 
tenet, sur le titre de la Vie de monseigneur Alain de Solminihac, etc. (A Caors, 
1663, in-8°), donne encore d'autres armoiries. 

2 Voyez d'Hozier, Armoriai général de la France, reg. III, 2 e part., art. efOV- 
léans, p. S:i. 



256 L E S ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

un rôle de 1409, que nous avons plus d'une fois cité, Guil- 
laume, Henry et Patris Ingles figurent les 203 e , 217 e et 218 e 
parmi les archers "estans soubz la charge et conduicte de Ro- 
bert de Conygham; " et George Ynglis est enregistré en 1170 
parmi soixante-dix-sept archers de la garde; mais il y a loin 
iï Ynglis et $ Ingles à Anglars, et la distance nous paraît trop 
grande pour qu'un rapprochement soit possible. Guy d'Anglars 
épousa, par contrat du 15 février 14-22, Marie de Yaillac, fille 
unique de messire Jean de Yaillac et de Marie de Beaufort, de 
laquelle il eut Jean d'Anglars, chevalier, marié, le 14- novembre 
1450, avec demoiselle Luce de Chassiron. Tous deux portaient 
d'azur 1 , ou plutôt d'argent au lion de gueules 2 (N° LYI). 

N° LVI. — D'ANGLARS. 




L'émigration continuelle des hommes de guerre écossais, 
dont la plupart finissaient ainsi par prendre place dans les rangs 



1 La Thaumassiere, #t's/. de Berry, liv. XII, cli. XCIII, p. 1132. — La Ghenaye- 
Desbois, Recueil de généalogies, etc., t. XV du Dict. de la nobl., p. 2-4. 

2 D'Hozier, Armoriai général de la France, reg. 1 er , l re part., p. 16. — M. Douil- 
let fait remonter cette famille d'Anglars beaucoup plus haut, et, après avoir signalé 
l'erreur de M. Laine, qui la confond avec celle de d'Anglars, du Quercy, il fait 
remarquer que ce n'est pas la seule maison de ce nom qui existe en France. 
" Trois autres sont connues, ajoute-t-il, sans qu'il paraisse y avoir entre elles des 
rapports de parenté." (Nobiliaire d'Auvergne. Clermont-Ferrand, 1846-53, t. I, 
p. 31-33, et pi. IV, fig. 2.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. u i. r >7 

de la noblesse française, se bornait à peu près au recrutement 
de la garde de nos rois. Instituée, suivant toute apparence, à 
l'époque où les Douglas, les Stuarts et tant d'autres nobles 
Écossais scellaient de leur sang la foi jurée à Charles VII 1 , la 
compagnie écossaise, à ses débuts, eut pour commandant le 
premier, s'il faut en croire le P. Anselme 2 , et, selon d'autres, 
Robert Pittilloch, dont nous avons déjà parlé 3 . Après lui, d'au- 
tres Écossais, d'abord Christin Chambre 4 , Patrick Flockhart et 
Thomas Halliday 5 , eurent, sous Matthieu d'Harcourt, seigneur 



1 Répondant à un factum présenté vers 1611 à Marie de Médicis, régente pour 
son lils Louis XIII, où il est avancé que saint Louis, allant à la conquête de la 
Palestine, prit avec lui vingt-quatre gentilshommes écossais pour veiller à la sûreté 
de sa personne, et que ses successeurs ont suivi son exemple (Papers relative to 
the royal GuardofScottish Archers in France. Edinburgh, M.DCCC.XXXV., in-4°, 
p. 5), le Pippre de Nœufville assigne l'institution des quatre compagnies des 
gardes du corps au temps de Charles V, "sous le règne duquel on vit, dit- il, les 
vingt-quatre archers du corps, nommés par la suite gardes de la manche, servir 
auprès de la personne de ce monarque, conjointement avec quelques Ecossois, dont 
le nombre étoit indéterminé." (Abrégé chronol. et hist. de l'origine... de la mai- 
son du roi, etc., t. I er , p. 2.) Voyez, sur l'origine de la garde écossaise, les Recher- 
ches de la France, d'Et. Pasquier, liv. VI, ch. IV (édit. de 1621, p. 4-55, A); V His- 
toire de la milice françoise, du P. Daniel, liv. X, ch. I (t. II, p. 117-121), etc. 

2 Hist. généal. et chronol. de la maison roy. de France, t. VI, p. 225, C. 

3 \oyez ci-dessus, p. 165-167. — L'abbé de Camps, dans sa dissertation sur 
l'origine des gardes du corps, insérée dans le Mercure de France, au mois 
d'août 1719, prétend qu'entre Robert Pittilloch et Jean Stuart, il y a eu un Jean 
Cumitien chef de cette compagnie, et qu'elle lui fut ôtée par Charles VIII pour la 
donner à un Stuart. Il faut absolument que cet abbé se soit trompé, et la cause 
de son erreur vient sans doute de ce que l'on a corrompu le nom de Cunningham. 

4 On conserve au Musée Britannique (Addit. chart. 432) un reçu signé Cristy, 
dans lequel "Cristin Chambre, chevalier du pays d'Escoce," prend, en 1437, la 
qualité de "capitaine des hommes d'armes et archers escossoys ordonnez à la 
garde et seurté de la personne du roy." — Un autre, portant dans la même col- 
lection le n° 66, nous montre en 1414 un " Houchequin Chambre, escuier du pays 
d'Angleterre," aux gages de Charles, duc d'Orléans, avec seize hommes d'armes et 
deux cent douze archers du même pays, qu'il avait amenés du Bordelais. 

8 Le Musée Britannique possède deux reçus, l'un du 6 janvier 1432 (Add. 
chart. 539), l'autre du 6 septembre 1440 (id. 1190), dans lequel "Thomas Hali- 
day " est qualifié de vicomte de Pontaudemer, après l'avoir été seulement de 
"commis à recevoir en la vicomte de Rouen le tiers paiement de l'aide de 
ij c M. 1. t. octroie au roy... par les gens des trois estas du duchié de Normandie 
et pais de conqueste;" mais nous ne pouvons croire que notre Thomas Halliday 
ait commencé par être au service de l'Angleterre. 

voi. i. 17 



558 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

de Reigny, Claude de Châteauneuf, seigneur de la Ferté, et 
Michel de Beauvilliers, le gouvernement de la garde étrangère 
qui veillait au salut de la royauté ; ils commandaient vingt-cinq 
hommes d'armes et cent archers et cranequiniers de leurs com- 
patriotes, dont nous avons les noms à partir du 1 er octobre 1449. 
Thomas Halliday semble être mort le premier, laissant sa place 
à William "Stuyers, natif du royaume d'Escosse", qui figurait 
auparavant parmi les hommes d'armes de la garde du corps 
du roi "sous la charge et gouvernement de Patrix Fouleart," 
et qui, dans sa nouvelle position, reçoit le titre cPécuyer des 
écuries du roi et de capitaine des archers du corps de la garde 
dudit seigneur. Patrick Flockhart lui-même semble avoir monté 
en grade; car de simple écuyer, " l'un des s" gouverneurs desdits 
hommes d'armes et archiers de ladite garde," comme Thomas 
Halliday, nous le voyons sénéchal de Saintonge et capitaine des 
cent archers écossais de la garde du roi. Mort vers 1471, Wil- 
liam Stuyers fut remplacé dans cette dernière charge, d'abord 
par Geoffroy Couvran, s'il faut en croire le même auteur, qui 
cite un registre des gages de la Chambre des comptes 1 , puis 
par Robert Cunningham 2 , qui la remplissait déjà en 1469, 

1 Abrégé chronol. et hist. de l'origine, du progrès et de l'état actuel de la maison 
du roi, etc. A Liège, M.D.CC.XXXIV.- XXXV., trois vol. in-i», t. I", p. 19. — Les 
pages 1-14 ont pour titre : Institution de la compagnie ecossoise; les pages 17-50 : 
Chronologie des capitaines, etc.; les pages 51-76 renferment celle des lieute- 
nants, et les pages 76-90 celle des enseignes, "depuis sa création en 1449." 

2 Dans les lettres -patentes dressées à cette occasion, le roi s'exprime ainsi : 
" Louis, etc., savoir faisons que pour la grant, singulière et entière confiance que 
nous avons de la personne de nostre amé et féal conseillier et chambellan Robert 
de Conighan, seigneur de Chevreuse, et de ses sens, vaillance, loyauté, expérience 
et bonne conduite et grant diligence, et aussi par considération des grans, loua- 
bles et continuelz et recommandables services qu'il nous a par cy- devant et dès 
long-temps fait et continue de jour en jour au fait de nos guerres et autrement... 
à icelui... avons donné... la charge et conduite des cent archiers escossoys eslablis 
pour la garde de nostre corps, dont a eu par cy-devant la charge et conduite feu 
Patris Folcart, en son vivant seneschal de Xaintonge.... Donné à Mons prez Bloys, 
le 22 e jour de novembre, l'an de grâce 1473, de nostre règne le 13 m "." (Mss. do 
la Bibl. imp., suppl. fr. n° 4777.3, en tète de l'année 1473.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 559 

comme en témoigne une pièce de cette année, dont l'original 
est sous nos yeux 1 . Il est donc évident, comme Ta déjà fait 
remarquer le Pippre de Nœufville 2 , que l'Hermite-Souliers s'est 
trompé sur la mort de ce capitaine, qu'il assure être arrivée 
dans une sortie que les Liégeois firent sur Louis XI en 1408. 

Dans cette circonstance, les Écossais, s'il faut en croire Com- 
mines, "se monstrerent bien bonnes gens; car ils ne bougèrent 
du pied de leur maistre 3 ." Celui-ci les avait encore avec lui à 
Montlhéry, où l'un d'eux au moins fut tué 4 . Deux fois ils vin- 
rent au secours du comte de Charolais 5 , et Louis XI reçut d'eux 
en cette circonstance une nouvelle preuve de dévouement 6 . Il 
les emmena encore avec lui en avril 1475, à Pont-Sainte- 



1 "C'est la monstre et veue faicte à Villefranche et Millau, en Rouergue, les... 
et vingtiesme jours du mois d'octobre, l'an mil quatre cens soixante-neuf, des 
quatre-vings seize hommes d'armes et neuf-vingts et dix archiers escoussois... de 
l'ordonnance du roy nostre sire, estans soubz la charge et conduicle de Robert de 
Conygham, seigneur de Chevreux et de Villeneuve, conseillier et chambellan du 
roy," etc. (Catalogue de feu M. de Courcelles, titres originaux, etc., p. 12.) 

2 Abrégé chronol. et hist. de l'origine... de la maison duroi, etc., t. I, p. 20. 
:i Mémoires de Philippe de Commines, liv. II, ch. XII. Voyez encore ch. X, XI 

et XIII. — On pourrait croire que l'auteur d'une vie de Charles le Téméraire vou- 
lait faire allusion à cette escorte d'Écossais quand il disait : "Comment la cité de 
Liège fut prise d'assaut, et y porta le roy l'enseigne de Saint-Andrieu." (Mém. de 
Ph. de Commines, édit. in-4°, t. III, p. 84.) Mais il est certain qu'il s'agit, dans 
cette rubrique, de l'enseigne du duc de Bourgogne, qui, pour Philippe l'Assuré, 
était une croix de Saint-André blanche. ( Mém. de J. du Clercq, t. II, p. 24. — 
Hist. de Flandre, de M. Kervyn de Lettenhove, t. IV, p. 452, not. 2.) Nous verrons 
plus loin quelle était l'enseigne de la garde écossaise. 

4 "A Thomas Wild, nagueres archier du corps du roy..., lequel fut tué par les 
Bourguignons à la rencontre faite à Montlehery au mois de juillet 1465, la somme 
de 207 liv. tourn." (Chambre des comptes, année 1464, gages et ordonnances.) — 
William Stuyers était alors en fonctions. — Thomas Wild fut remplacé par Robin 
Ros, qui ne tarda pas à l'être lui-même par Andro Auzel. 

s Le Livre des faits advenus sous Louis XI, p. 250, col. 1. — La même an- 
née 1465, le comte de Charolais parlant de ceux qui entouraient le roi, dit qu'ils 
" avoient mis mond. seigneur de Berry en soubsçon et haine vers luy, et tous les 
plus grans seigneurs dud. royaulme, mesmes vers les roys de Castille et d'Escoce, 
alliez de si longtemps, comme il est notoire, à la couronne. (Lettres, mémoires,... 
relatifs à la guerre du bien public, n° 74; parmi les Documents historiques iné- 
dits, etc., publ. par M. Champollion Figeac, t. II, p. 297.) 

■ Mémoires de Philippe de Commines, liv. II, ch. XII-, t. I, p. 191. 



560 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Maxence, quand il y prépara son armée contre le duc de Bour- 
gogne 1 , avant de renouveler, devant Amiens, un traité avec 
F Angleterre, où le roi d'Ecosse est compris comme allié de la 
France 2 . Mais dans l'intervalle, bien des Écossais avaient péri 
près d'Arras 3 , et il en était sans doute arrivé dans les Pays-Bas 4 . 
Depuis longtemps, Jacques III cherchait à réconcilier les deux 
ennemis, tandis que le roi de France s'efforçait d'exciter ce 
prince contre son puissant voisin d'Angleterre, choisissant, pour 
le mieux persuader, un Écossais devenu parisien, Robert lrland, 
docteur de Sorbonne 5 . Déjà, en 4471, un parlement réuni à 



1 Le Livre des faits advenus sous Louis XI, p. Slâ, col. 1. 

2 Invent, chronol., etc., p. 52. 

3 Duclos, Hist. de Louis XI, t. IV, p. 427. 

* "Instruction à messire Phelippe Pot, seigneur de la Roiche, et Pierre, seigneur 
de Goux, chevaliers,... de ce qu'ilz feront et besoingneront de par monseigneur le 
comte de Charrolois, lieutenant gênerai de mondit seigneur le duc (de Bourgo- 
gne), avec les ambasseurs du roy d'Escoce qui doyvent brief venir es marches de 
par deçà." [Au Quesnoy, le 21 may 1465 ] Musée Britannique, Add. chart. 1,518. 

5 Georg. Buchanan., Rerum Scoticarum Hisloria, etc. Edimburgi, M.D.LXXXII., 
in-folio, lib. XII, folio 138 verso, A. D. 1476. — Voici la seconde fois que nous 
rencontrons ce nom, qui est celui non-seulement d'une famille scoto-française du 
Poitou (voyez ci-dessus, p. 177), mais d'une famille noble de Normandie, que la 
tradition fait originaire d'Irlande (Saint- Allais, Nobiliaire universel, vol. XIII, 
p. 430-435) et qui porte : d'azur, au chevron d'or, accompagné en chef de deux 
merlettes d'argent, et en pointe d'une coquille de même (N° LVII). 

N° LVII. — IRLANDE. 




LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 2C1 

Édinburgh avait demandé au roi d'envoyer sur le continent une 
ambassade avec des instructions et des lettres conciliatrices; 
elle devait en outre choisir un endroit convenable pour le ma- 
riage de la jeune sœur de Jacques III 1 . Ou les ambassadeurs ne 
Alrent pas envoyés, ou ils ne réussirent pas dans leur mission. 
Deux ans après, un autre parlement s'occupant du passage d'une 
armée de 600 hommes en France 2 , puis de celui du roi, sous 
couleur de la même médiation, exprimait le vœu qu'une ambas- 
sade fût préalablement envoyée au duc de Bourgogne et au roi 
de France, au sujet du duché de Saintonge 3 . 

Le premier avait alors à sa cour un noble Écossais, qui n'y 
était arrivé qu'en passant par celle de France. Sir Thomas Boyd, 
comte d'Arran et beau-frère de Jacques III, avait été envoyé 
comme ambassadeur auprès de Christiern, roi de Danemark, 
pour demander la main de sa fille Marguerite. Cette négocia- 
tion ayant été couronnée de succès, il revenait avec la royale 
fiancée, quand, averti des desseins qui se tramaient contre lui, 
il reprit le chemin du Danemark, d'où il passa en Allemagne, 
puis en France. Là, il essaya de mettre le roi dans ses intérêts 
pour rentrer en grâce auprès de son maître ; mais n'ayant rien 
pu obtenir de Louis XI, il se rendit auprès de Charles le Témé- 
raire, qui l'accueillit avec distinction. Sir Thomas lui fit un bon 
et fidèle service dans ses guerres, et en fut largement récom- 
pensé. Il mourut en 4469, à Anvers, où un tombeau magni- 

1 Acta parliamentorum Jacobi III, A. D. 1471. ( The Acts ofthe Parliaments of 
Scotland, vol. II, p. 99, col. 1.) — A la même date, on voit le roi Louis XI, 
craignant que la guerre ne s'allumât, donner ordre à Bourré, son envoyé, de solli- 
citer M. de Concressault d'engager le comte de Warwick à repasser en Angleterre. 
(Lettre d'Amboise, le 22 juin 1471 ; dans l'Histoire de Louis XI, de Duclos, t. IV, 
p. 353.) 

2 Acta parliamentorum Jacobi III, etc., A. D. 1473. (The Acts of Parliaments 
of Scotland, vol. II, p. 102, col. 2.) 

3 Ibid., p. 103, col. 2, p. 104, col. 1. — Déjà, en 1465, le duché de Sain- 
tonge avait été l'objet d'une réclamation. (Duclos, Histoire de Louis XI, t. IV, 
p. 449.) 



26*2 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

fique acheva de témoigner de l'estime qu'il s'était acquise en 
Flandre 1 . 

Jusqu'au milieu du XV e siècle, la conduite des archers de la 
garde écossaise ne paraît avoir donné lieu à aucune plainte 
grave autre que celles qui furent provoquées par les menées de 
Louis XI, alors Dauphin 2 . En 1463, l'un d'eux fut renvoyé pour 
avoir tué son camarade 3 , et environ dix ans après, certains de 
leurs compatriotes figurèrent dans une affaire dont le récit nous 
a été conservé par Jean de Troyes. Le jeune fils d'un brigandi- 
nier, ou fabricant de cottes de mailles, qui avait été élevé en 



1 Buclianan., Rerum Scoticnrum Historia, etc., lib. XII, folio 136 recto et verso. 
— Pinkerton, the History of Scotland, etc., vol. I, p. 269, not. — Tytlcr, Hist. of 
Scotl, vol. IV, p. 216, 223, 227, 228, A. D. 1469. 

Plus d'un siècle après, on voit paraître en France une famille Boide; mais elle 
ne sortait pas d'Ecosse. Elle avait pour auteur un gentilhomme de Castellas en 
Lombardie, naturalisé en 1592, et portait coupé d'or et d'azur. (Louis de la Roque, 
Armoriai de la noblesse de Languedoc, etc., t. I. Montpellier et Paris, 1860, gr. 
in-8», p. 82.) 

2 Voyez ci-dessus, p. 196. 

3 "A Rollant Cressant, Andro Wodman et David Simson, nagueres archiers de 
lad. garde du roy .., lesquelz ont esté mis hors d'icelle garde : c'est à sçavoirled. 
Rolant, lequel fut tué le 1 er jour de février ensuivant par led. Andro Wodman, et 
ledit Andro pour ce qu'il tua led. Rollant, et led. David pour ce qu'il estoit devenu 
lépreux," etc. Ces trois archers furent remplacés par " George Cockbrun, Andro 
Wauchet et GuilP Tours." — Quelques années plus tard, il suffira de "suspeçon 
de maladie " pour renvoyer l'archer Richard Chambre. Voyez le manuscrit de la 
Bibliothèque impériale, suppl. français 4777.3, comptes de 1463 et de 1467. — 
Plus heureux que Bollant, le capitaine John Rig, autre archer de la garde écos- 
saise, s'étant trouvé plus tard dans le même cas, semble n'avoir pas été inquiété. 
Ayant blessé mortellement en duel son camarade Thomas Strathauchin, dit Meir- 
nis, il eut ensuite occasion de repasser en Ecosse. Informés de son retour, les 
parents et amis du mort firent assigner le meurtrier devant la Tolbooth d'Édin- 
burgh pour le 13 janvier 1602; mais le jour de l'audience, il se présenta, au nom 
de l'accusé, un altorney qui produisit un warrant souscrit par le roi, portant 
ordre de suspendre toute poursuite. Des deux archers, y disait Jacques VI, l'un 
était mort victime de la maladresse des chirurgiens qui l'avaient traité, l'autre 
avait payé sa dette à la justice française, la seule apte à connaître de l'affaire, 
tous deux étant sujets du roi de France. John Rig étant au moment de repasser 
en France pour reprendre son service, ne pouvait comparaître devant les juges 
de la Tolbooth, et les poursuites devaient être abandonnées à son égard. Elles le 
furent en effet par arrêt conforme. (Robert Pitcairn, Criminal Trials in Scotland. 
Edinburgh, M. DCCC. XXXIII., in-*», vol. II, p. 382.) » 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. %3 

partie par un poissonnier d'eau douce de Paris, nommé Jean 
Pmsart, ci qui lui connaissait une grosse somme d'argent pro- 
wiiiiiit de la vente du poisson pendant le carême, complota de le 
voler. Il se cacha dans le logis du poissonnier, et, minuit venu, 
il vint ouvrir la porte à trois Écossais, ses complices, dont l'un 
s'appelait Morlemer, dit YÉcuyer 1 , et l'un des deux autres 
Thuiiias le Clerc, ou plutôt Clarke. Une somme de 2,500 livres 
tournois fut ainsi volée. Pour la recouvrer, toutes diligences 
furent faites; si bien que, le jour même du vol, le principal au- 
teur fut trouvé aux Carmes, où il s'était réfugié comme dans un 
asile inviolable ; il en fut tiré et amené chargé de fers au Châ- 
telet. Là, il confessa que les Écossais, ses complices, avaient eu 
la totalité de l'argent. L'un d'eux n'eût pas tardé à rejoindre le 
brigandinier, n'eussent été deux autres Écossais de la garde du 
roi qui voulurent tuer les gens chargés d'arrêter leur camarade, 
et tentèrent de le faire évader. L'autre ayant été trouvé tenant 
franchise dans Sainte-Catherine du Val des Écoliers, ne se ren- 
dit qu'après avoir blessé plusieurs des gens du prévôt de Paris ; 
il fut amené tout sanglant au Châtelet, où il confessa son crime 
et dont il ne sortit que pour être pendu et étranglé au gibet de 
Paris, le jeudi 46 mars 1474 2 . 

L'écrivain qui nous fournit cette anecdote rapporte plus loin, 
à l'année 1479, l'arrivée à Paris d'Alexander Stuart, frère de 
Jacques III et duc d'Albariy, qui, préférant la cour de France à 
celle de Bretagne, si hospitalière aux Écossais 3 , était venu 



1 Ou trouve un "Patris Mortimer" le trente-quatrième homme d'armes de "la 
monstre et veue faicte à Villefranclie et Millau en Bouergue," le 20 octobre 1469. 

2 Le Livre des faits advenus sous Louis XI, p. 311, col. 1 et 2. 

3 George Cranstouu, écuyer familier de Jacques III, ayant, à ce qu'il parait, 
rempli une mission auprès du duc de Bretagne et séjourne quelque temps à sa 
cour, en dit, à son retour, tant de bien à son maître, que celui-ci écrivit à son pa- 
rent, Jean sire de Rouan, une lettre d'amitié qui existe en latin à la Bibliothèque 
impériale, dans la collection dite des Blancs-Manteaux, Bretagne 78 D. Elle est 
datée d'Édinburgh, le 14 octobre 1477, et porte deux signatures, James et Sciievez. 



964 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE* 

demander asile à Louis XI. Par ses ordres, tous les états allè- 
rent au-devant de lui par la porte Saint-Antoine, sur le chemin 
de Vincennes, accompagnés de M. de Gaucourt, qui, comme 
lieutenant du roi, reçut le prince fort honorablement. De là, il 
fut amené et conduit dans Paris, rue Saint-Martin, à l'enseigne 
du Coq, où il resta longtemps aux dépens de Louis XI, lui et sa 
suite, composée de dix ou douze chevaux. Le roi lui donna pour 
raccompagner monseigneur de Monypeny, chevalier, seigneur 
de Concressault, qui était également Écossais 1 , en dépit de ce 
titre tout français, mais porté en Ecosse dès Tannée 1400 2 . 
Alexander revint bien dans la Grande-Bretagne, mais non dans 
son pays 3 . Ayant divorcé avec sa première femme, fille du 
comte d'Orkney 4 , il se remaria, le 10 février 1480, à Anne de 
la Tour, fille de Bertrand, comte de Boulogne et d'Auvergne, et 
de Louise de la Tremouille, et de ce second mariage il eut un 
fils, Jean Stuart, duc d'Albany et chevalier de Tordre de Saint- 
Michel comme son père. Celui-ci mourut à Paris Tan 1485, et 
fut inhumé dans le chœur de l'église des Célestins, au-dessus de 
la sépulture de Léon, roi d'Arménie. Les mémoires des Pères, 
cités par Le Laboureur 5 , portent que ses obsèques furent fort 
honorables, et que Louis, duc d'Orléans et depuis roi de France, 
le duc de Lorraine et plusieurs autres princes y assistèrent. 
Le duc d'Albany avait été précédé dans la tombe par un autre 



1 Le Livre des faits advenus sous Louis XI, p. 343, col. 1. — Sauvai nomme 
maison de la Chasse le logis de la rue Saint-Martin, et "Montigni, seigneur fran- 
çois," l'un des deux chevaliers qui accompagnaient Alexander Stuart. (Hist. et 
rech. des antiq. de la ville de Paris, t. II, p. 138.) 

- Orcades, seu rerum Orcadensium historiœ libri très... auctore Thormodo 
Torflaeo, Havniœ, anno 1697, in-folio, lib. II, p. 185, 186. Cf. Tytler, History of 
Scotland, vol. III, p. 317, 318. 

3 Rymer, Fardera, etc., A. D. 1482, t. XII, p. 154 ; éd. III a , t. V, pars III, p. 120, 
col. 1. — Pinkerton, the History of Scotland, vol. I, p. 303, 304. 

4 Sur ce duc d'Albany et ses mariages, voyez le Caledonia, ch. III, sect. VI, 
vol. II, p. 268, not. p, et p. 281. 

5 Le Laboureur, les Tombeaux des personnes illustres, etc., p. 113, 114. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 969 

Stuart, encore plus illustre que lui. John Stuart, seigneur d'Au- 
bigny et pendant quelque temps de Concressault, second fils de 
John Stuart de Derneley, comte d'Évreux, et d'Elizabeth Lindsay , 
s'était, nous l'avons déjà dit 1 , fixé en France. 11 mourut en 
1482, laissant de Béatrix d'Apchier, sa femme, Bernard ou Bé- 
raud Stuart, qui ne tardera pas à passer sous nos yeux dans 
tout l'éclat d'une position élevée. 

D'abord homme d'armes de la garde écossaise 2 , puis capitaine 
de lances fournies de la grande ordonnance du roi 3 , et pen- 
sionné de Charles VIII 4 , Béraud Stuart eut deux femmes, Anne 
de Maumont, fille de Guillaume de Maumont, écuyer, seigneur 
de Beauregard 5 , et Guillemette de Boucard, issue d'une famille 
originaire de Gascogne, mais établie dans le Berry dès le com- 
mencement du XIV e siècle 6 . La première lui donna Anne Stuart, 
épouse de Robert Stuart, seigneur d'Aubigny, maréchal de 
France 7 ; la seconde, Guyonne Stuart, qui paraît dans un acte 
du 24 novembre 1527, avec les qualités de noble damoiselle, 
veuve de noble homme Philippe de Braque, écuyer, seigneur 
du Luat et de la Motte, et dont on a un testament en date 
du 7 juin 1536 8 . 



1 Voyez ci-dessus, p. 163. 

2 "C'est la monstre et veue faicte à Villefranche et Millau en Rouergue..., 
l'an 1469, des quatre-vingts-seize hommes d'armes et neuf vingts et dix archiers 
escoussois... estans soubz la charge et conduicte de Robert de Conygham," etc., 
n° 23. 

3 Catal. anal, des arch. de M. le baron de Joursanvault , t. I, p. 47, n° 349, 
ann 1488. — Plus loin, t. Il, p. 78, n° 2552, figure la nomination d'un certain 
Philippon d'Aubigny en qualité de capitaine des francs archers du pays de Poi- 
tou (1459) : ce Philippon n'était pas de la famille de Béraud. 

* Catal. de M. de Courcelleo, titres originaux, etc., p. 12, ann. 1489. 

5 La Chenaye-Desbois, Dictionn. de la nobl., t. IX, p. 628. 

6 Voyez, sur cette famille, l'Histoire de Berry, de Thaumas de la Tliaumassiere, 
liv. XI, eh. VII, p. 842, 843. 

7 Anselme, Hisl. genéal. et chron de la maison roy. de France, t. VII, p. 142. 

8 Les Tombeaux des personnes illus'.res, etc. A Paris, M.DCLXXXIV., in-folio, 
p. 310, 311, 315, 316. — D'Hozier, Armoriai général de la France, etc., reg. III, 
1 IC part., art. de Braque, p. 80-82. 



2GC LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Louis XI, qui n'aimait pas moins que son père les Écossais, 
semble n'avoir jamais refusé des lettres de naturalisation à ceux 
qui voulaient s'établir dans son royaume; et, pour les y mieux 
retenir, il allait jusqu'à leur accorder des seigneuries. C'est ainsi 
qu'à la date du mois de juin 1470, il rendit des lettres-patentes 
portant don à Thomas Estuer, Écossais, de la seigneurie de 
Basoches 1 . Pour des lettres de naturalité, en UG8, il en accor- 



1 Ordonnances, etc., t. XVII, p. 297, not. a. — Ce nom d'Estuer se retrouve 
fréquemment dans les comptes de Bretagne au XV e siècle, nommément dans un 
compte de 1418-19, et dans un autre de 1451, où messire Jean d'Estuer est nommé 
après Olivier de Quelen, dont la famille devait absorber l'une de celles de Stuer. 
(D. Morice, Mém. pour servir de preuves à Vhist. de Bretagne, t. II, col. 984, 
1605, 1627, 1646, 1728.) Entre ces deux époques, "un nommé Estuer" est men- 
tionné dans des lettres d'état pour M. Henry de Juch, ambassadeur de Jean, duc 
de Bretagne, en 1424. (Ibid., col. 1149.) Stuert ou Esfuert étaient, à n'en pas 
douter, une corruption de Stewart ou Stuart, comme Sluyers, qui a déjà passé 
sous nos yeux à propos des capitaines de la garde écossaise du roi. (Voyez ci- 
dessus, p. 258.) Parmi ses titres anciens, M. de Joursanvault en avait de relatifs à 
la famille "Stuart de Saint-Mégrin" (Catal, t. II, n" 3366, p. 216, col. 3); et 
M. Eusèbe Castaigne, le savant bibliothécaire de la ville d'Angoulème, possède 
une quittance en date du 15 novembre 1653, par laquelle le célèbre Jean -Louis 
Guez de Balzac reconnaît avoir reçu la somme de 900 livres, à la décharge des 
héritiers de feu messire Jean de Rochechouart, de messire Jacques de Stuard, 
chevalier, comte de Saint- Mesgrin et autres places. Il s'agit ici d'un personnage 
bien connu, c'est-à-dire de Jacques de Stuer de Caussade, comte, puis mar- 
quis de Saint -Mesgrin, mort le 17 août 1761, dont les armes étaient d'argent au 
sautoir de gueules (N° LV1II). Marie, sa fille, porta le nom et les biens de cette 

N° LVIII. — STUEB. 




LES FIANÇAIS EN ECOSSE. '2t>l 

dail à Guillaume Broo, ou plutôt Brown ou Burn; en 1 47 2 , à 
Thomas Spence; en 1174, à Simon Blair, à Butler, à John de 
Hay, à John de Duubar, à Arehibald Fotheringham, à Andrew 
Sray, à John Landers, à Maurice Maitland, à Patrick Murray, 
à Thomas Stott, à Robin Wolf, à Thomas Wannels, à Alexan- 
• li'i' Wauchope, à John Young, à William Turnbull et à Robert de 
Willis, tous, sauf Bron et Spence, archers de la garde du corps 
du roi 1 . A cette liste, je suis tenté d'ajouter, Sir Gilbert Hay, 
auquel on doit une traduction en prose d'un ouvrage français de 
Fépoque 2 , et une version métrique écossaise du Roman d'Alexan- 
dre le Grand. Quelques vers, assez obscurs, du reste, d'un ma- 
nuscrit trouvé au château de Taymouth, nous apprennent que 
Sir Gilbert avait mis à profit un séjour de vingt-cinq ans en 
France, employé au service du roi, pour se familiariser, non- 
seulement avec notre langue, mais encore avec notre littéra- 
ture, et qu'il avait exécuté la traduction du Roman d'Alexandre 
à la prière de Thomas, premier lord Erskine (à proprement 
parler, second comte de Mar du nom d'Erskine), qui succéda à 
son père en 4453 et mourut en 4494 3 . Ce Sir Gilbert Hay était- 
il chambellan de Charles VII, roi de France? M. David Laing 
le dit positivement 4 . Appartenait-il à la garde écossaise de nos 
rois? Autant qu'une conformité de nom peut y autoriser, il 



maison dans la famille de son premier mari, Barthélémy de Quelen, représentée 
aujourd'hui par le duc de la Vauguyon. Voyez le grand Dictionnaire historique de 
Moréri, aux articles Stuer et Quelen ; YHist. généal. et chronol. de ta mais. roy. de 
France, etc., t. II, p. 235, B; le Dictionnaire de la noblesse, de la Chenaye-Desbois, 
t. XI, p. 612, 613, etc. 

1 Invent, chronol., etc., p. 49-52. — On est étonné de ne pas trouver indiquées 
dans ce recueil les lettres de naturalité pour Geor. Bannanetyn, Gaut. Fallerson 
et Gilbert Conygham, du mois de février 1474, citées, d'après le registre 195 du 
Trésor des chartes, par M. de Pastoret. (Ordonnances, etc., t. XVIII, p. 98, not. 6.) 

2 The Buke of the Order of Knyghthood, translated from the Frcnch, by Sir Gil- 
bert Hay, Knight. From the Manuscript in the Library at Abbotsford. Ediu- 
burgh : M.DCGC.XLVII., in-4°. 3 Ibid., p. xxix. 

4 The Poems of William Dunbar, etc. Edinburgh, MDCCGKXX, in-S", vol II, 
p. 358. 



268 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

est permis de l'affirmer ; car on trouve " Guillebert Haye " sur 
un rôle d'hommes d'armes écossais tenant garnison à Milan 
en 4507 1 ; mais en y voyant Robin Honter, Robin Carre, Robin 
Bron, Robin Dourchoye, Robin Alain, Robin Tod, Robin Fle- 
myng, Robin Alston, Robin Foucart, on renonce à rechercher 
quel pouvait être l'Écossais mentionné, sous le nom de Robinet, 
dans les Actes de saint François de Paule, comme guéri par 
l'intercession du Bienheureux 2 . Selon toute apparence, c'était, 
aussi bien que Patrice Loquebourg, ou plutôt Coquebourne, 
nommé plus loin 3 , un des archers de la garde casernes au 
château de Plessis-lès-Tours, après l'avoir été à l'hôtel des 
Tournelles, où il y avait en 1480 une salle dite des Écossais 4 . 
De ceux que nous venons d'énumérer, il n'en est qu'un, le 
second, dont on puisse retrouver le nom dans les catalogues de 
la noblesse française. J'ouvre celui de M. de Saint-AUais, et j'y 
vois "des Carr, ou Carre de Luzançay, sieur de Carreville, de 
la Hautiere, de Brilly et de Coulanges," avec ces armoiries : 
"d'azur, au chevron d'argent chargé de trois molettes d'éperon 
de gueules; au franc canton d'or, chargé d'un lion du troisième 
émail; cimier, un soleil d'or, avec la devise : Nusquam devins. 



1 Rôle de mon cabinet, provenant de celui de M. de Courcelles. Voyez son cata- 
logue, titres originaux et documents historiques, p. 13. 

2 Acta Sanctorum Aprilis, t. I, p. 158, n° 51. 

3 lbid., p. 158, col. 2, F. — Témoin dans le procès de canonisation du saint, 
Patrice, déclaré l'un des gardes du corps du roi de France et actuellement son 
pensionnaire, demeurant dans la paroisse de Miré, au diocèse de Tours, âgé de 
quarante ans (p. 150, col. 1, A), dépose qu'une certaine Jeanne Massonel avait 
empoisonné son fils unique, le jeune Loquebourg, et que, suivant le conseil de 
son frère, noble et vénérable homme, M e Robert Loquebourg, aumônier du roi de 
France (actuellement évèque de Ross, en Ecosse) et trésorier de la Sainte Chapelle 
du Palais, il s'était décidé à s'adresser au saint. — Ayant, selon toute apparence, 
mal lu le nom du témoin, qui doit être Roxburgh, le bollandiste a bien pu se mé- 
prendre aussi sur celui de l'accusée, qui n'est pas moins vraisemblable avec un u 
et ressemble par là à l'écossais Maxwell. On trouve P. Massuelle, en 1372, dans le 
Catalogue des archives du baron de Joursanvault, t. I, p. 229, n° 1258. 

4 Sauvai, Histoire et recherche des antiquités de la ville de Paris, etc., vol. 111, 
p. 442. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 268 

Quelques-uns ont pris aussi pour devise : Nullibisolidms; pour 
supports, deux lions d'or 1 " (N° LIX). 

No LIX. - CARRE DE LUZANÇAY. 




Pour ce qui est des archers auxquels Louis XI accorda des 
lettres de naturalité, c'est à peine également si nous pouvons 
en rattacher trois ou quatre à des familles devenues françaises 
depuis. L'une d'elles est la famille d'Ague, qui portait : de 
gueules chevronné d'argent de trois pièces 2 (N° LX). "Une 

N« LX. — AGUE. 




1 Nobiliaire universel de France, t. VIII, p. 293. — Plus loin, t. XIII, p. 4.78, 
on lit une notice de neuf lignes sur Pierre-Antoine-François-de-Sales Carre, che- 
valier de Luzançai, né à Lorient en 1766. 

i Dictionnaire... des familles de l'ancien Poitou, etc., t. I, p. 24, 23. 



270 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

branche cadette, dit Filleau, vint s'établir en Poitou sous 
Charles VII. Elle obtint sous Louis XI des lettres de naturalisa- 
tion, et depuis elle continua à résider dans cette province; elle 
y possédait depuis plusieurs siècles, à l'époque de la révolution 
de 1789, la terre de la Voûte Saint-Coûtant." 

Une autre maison du Poitou, celle d'Acquêt ou Acquez, dont 
le nom correspond parfaitement à un nom bien répandu en 
Ecosse, celui de Hatket l , se croyait originaire de ce pays. Les 
Acquêts, qui habitaient autrefois les environs de Thouars et de 
Châtellerault, d'où ils ont passé en Picardie, portent de sable, 
à trois paniers, d'autres disent à trois sceaux d'or, posés 2 et 1. 
Supports : deux lions 2 (N° LXI). 

No LXI. — ACQUET. 



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Au nombre des familles françaises issues d'archers auxquels 
Louis XI accorda des lettres de naturalité, il y aurait peut-être 
lieu à placer une maison de Blair, originaire d'Ecosse et fixée 
depuis longtemps en Béarn, si cette maison, dont, au reste, 
on ne rencontre point de traces chez nous antérieurement au 



1 Voyez, sur une famille ainsi nommée, les Halket de Pitfirran , Douglas, the 
Jiaronage of Scotland, vol. I, p. 284 et suiv. 

2 De Saint -Allais, Nobiliaire universel de France, t. II, p. 363-305. — Filleau, 
Dictionnaire... des familles de l'ancien Poitou, etc., t. I, p. 11-13. 



LES FRANÇAIS KN ECOSSE. 27J 

\Yir siècle, ne se donnait pas connue ayant été tranplantée en 

France vers celle époque. Suivant des lettres-patentes de Char- 
les 11, roi d'Angleterre, en date du 7 juillet 4071, confirmées 
tl ratifiées par arrêt du conseil de Louis XIV, du 18 mai 1700, 
Alexandre Blair, III du nom, chevalier, baron de Balthayock, 
est le premier qui sortit d'Ecosse et s'établit en Béarn, vers 
l'an 1590. Celle maison, qui figure au Baronage de Douglas 4 et 
(loi il les alliances sont considérables 2 , semble n'avoir plus chez 
nous qu'un seul représentant, qui habite Nantes. Elle portait : 
de sable à une fasce d'or, accompagnée de trois besants de 
même, deux en chef, un en pointe; et un écu d'argent brochant 
sur la fasce, chargé d'un chevron onde de sable, accompagné 
de trois tourteaux de même, posés deux en chef, un en pointe. 
Devise : Virtute tutûê* (N° LXU). 

N" LXII. — BLAIR. 




1 Vol. I, p. 193, col. 2. (Blair of Pittendriech.) 

2 En 1742, elle s'allia avec la maison de Lestrange par le mariage de Suzanne- 
Philotéc de Blair avec Joseph, marquis de Lestrange, capitaine au régiment de 
milice du Bourbonnais qui portait son nom et dont son père était colonel. 

3 La Chenaye-Desbois, Dict. de la nob!., t. II, p. 535, 536. — Saint-Allais, Ré- 
pertoire universel de la noblesse de France, t. I, p. 280; Nobiliaire unv-ersel de 
France, t. XIII, p. 223-227. — Bouillet, Nobiliaire d'Auvergne, 1. 1, p. 223, 224. — 
Le P. Anselme, avant de mentionner Jean Alexandre de Blair, mort en 1730, nomme 
Marie de Blaire (t. V, p. 392, C, et 549, D); faisait-elle partie de la même maison? 
— Personne n'aura l'idée de risquer une pareille question concernant Pierre Sinson 



272 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Il y aurait encore à supposer qu'Alexander Vaucop, dont on 
trouve le nom diversement écrit 1 , est l'auteur de la famille 
Vulcob, célèbre dans les annales de l'échevinage de Bourges, si 
Ton pouvait la faire remonter plus haut que Tannée 1460, épo- 
que vers laquelle Antoine de Yulcob, seigneur de Malentras, prit 
femme dans la maison de Bastard 2 . Autre difficulté, un histo- 
rien, que nous avons lieu de croire bien informé, présente les 
Vulcob comme étant issus de drapiers d'origine flamande 3 . Ils 
portaient d'azur, à une demi fleur de lis d'or, parti d'or, à une 
demi aigle de gueules 4 (N° LXIII); ou, suivant M. le comte de 
Bastard, burelé d'argent et de sable, au franc-quartier de gueu- 
les, chargé d'un faux écu d'or, terminé es cornières dextre, 
sénestre et en la pointe, en fleurs de lis au pied coupé, de 
même, surchargé d'un tourteau d'azur en abîme 5 (N° LXIY). 



N° LXIII. — VULCOB. 



N° LXIV. — VULCOB. 





de Scvestreville, seigneur de Bellair, dont la fille épousa Louis-François Lamirault 
en 1746 (Armoriai général, etc., reg. IV, art. Lamirault, p. 13, 14); mais on ne 
peut qu'être frappé de la ressemblance de Sinson avec Simpson, et l'on se de- 
mande s'il n'y aurait pas encore là une famille d'origine écossaise. 

1 "Alixandre Walcop " figure en 1461 sur une liste d'archers de la garde, et 
"Jehan Waucoup" sur une liste postérieure. 

2 Généalogie de la maison de Bastard, liv. Il, eh. VIII, p. 45. 

3 Raynal, Ilist. du Berry, etc., t. III, p. 152. 

4 La Thaumassiere, Hist. de Berry, liv. XII, eh. CXVIII, p. 1155. 

5 Généalogie de la maison de Bastard, p. 536. 



LKS FRANÇAIS EN ECOSSE. 273 

Louis XI, suc la lin de sa vie, dut voir dans sa retraite de 
nouveaux ambassadeurs écossais : en effet, dans un parlement 
tenu à Edinburgh en 1481, il avait été résolu qu'il serait envoyé 
une ambassade honorable au roi de France et au parlement de 
Paris pour demander assistance contre l'ennemi commun le roi 
d'Angleterre, alors en guerre avec son voisin du Nord, assis- 
lance telle que celui-ci l'avait toujours donnée, la donnerait 
toujours à première réquisition. Les envoyés devaient, de 
plus, faire observer que leur maître avait déjà, à plus d'une re- 
prise, écrit au roi de France à ce sujet, sans recevoir de ré- 
ponse 1 . A ce dernier trait, il est aisé de reconnaître le cauteleux 
Louis XI, et l'on peut, presque à coup sûr, conjecturer qu'il n'en- 
voya aux Écossais que des promesses vaines. Ceux-ci cependant 
revinrent à la charge, mais cette fois pour exposer des griefs 
d'une autre nature. En 1403, les trois états assemblés en par- 
lement ordonnèrent d'écrire officiellement au roi de France et 
au parlement de Paris pour leur faire part des doléances de di- 
vers marchands écossais, qui se plaignaient que leurs biens 
tussent saisis et retenus en France par l'ordre du roi et contrai- 
rement à l'alliance existant entre les deux royaumes; ils avaient 
eu recours au roi et à son conseil, sans pouvoir obtenir justice, 
ce qui les étonnait d'autant plus que les Français étaient traités 
bien différemment en Ecosse. Le parlement de ce pays choisit 
Walter Bertram pour cette mission; il lui ordonna de passer 
auprès du roi de France et du parlement de Paris, avec les let- 
tres de crédence nécessaires pour négocier toutes les affaires 
en question, et de rapporter la réponse aux trois états 2 . 

Sur ces entrefaites, Louis XI vint à mourir. Charles VIII, qui 
lui succéda, commença par envoyer en Ecosse Béraud Stuart et 

1 Acla parliamentorum Jacobi III, A. D. 1481. (The Acls of ParUamenis of 
Srotland, vol. II, p. 140, col. 2.) 

Ibid , A. I) 1483; vol. III, p. 144, col. â. 

Vol. I. 18 



274 LES ÉCOSSAIS O F11ANCE. 

maître Pierre Millet, docteur en l'un et l'autre droit, pour noti- 
fier son avènement au trône, ou plutôt pour conclure un traité 
de confirmation et de renouvellement des alliances existant en- 
tre la France et l'Ecosse. Ce traité eut lieu à Édinburgh le 22 
mars 1483, et Jacques III jura en présence des deux envoyés 
français de maintenir les liens qui depuis si longtemps unis- 
saient les deux pays, ainsi qu'il est dit dès le premier article. 
Dans les suivants, les deux rois se promettent secours et appui 
contre l'Angleterre aussitôt qu'il le faudra, tant en hommes 
qu'en argent, et pour quelque cas que ce puisse être ; ils se pro- 
mettent aussi de ne jamais fournir aucun secours aux alliés de 
l'Angleterre, et déclarent punissables, comme traîtres et rebelles , 
ceux des sujets des deux royaumes qui auraient servi sous les 
drapeaux de l'ennemi commun. Ils s'obligent à ne pas recevoir 
dans leurs États les hommes des pays respectifs qui se seraient 
montrés ennemis l'un de l'autre. Prévoyant ensuite les cas où, 
soit le roi d'Ecosse actuel, soit ses successeurs, mourraient sans 
enfants, on règle comment seraient jugées les prétentions réci- 
proques de ceux qui croiraient avoir droit à la royauté, etc. 
Les deux rois conviennent que le traité sera soumis à l'appro- 
bation du pape, sans toutefois que le pape puisse jamais annuler 
ou dispenser d'exécuter le serinent que font les deux princes, 
pour eux et pour leurs successeurs, d'observer religieusement 
le traité 1 . 

L'année suivante, il partait d'Édinburgh une ambassade char- 
gée de recevoir le serment de Charles VIII. Il fut prêté le 9 juil- 
let 1484, à Paris, en présence des ambassadeurs, le comte 
d'Argyle, l'archevêque de Saint-André Schevez, lords Evandale, 
Glamis et Fleming, le docteur Alexander Inglis, doyen de Dun- 



1 Ce traité, rédige en latin et composé de dix-huit articles, a été publié à la 
suite de Y Histoire de Charles VIII, etc., Paris, M.DC.LXXX1V., in-folio, parmi les 
observations de Godel'roy, p. 38U-3U4. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 275 

keld, et le docteur John Ireland, docteur en théologie et recteur 
de llawick 1 . 

L'an 1480, Charles VIII partit de Paris au mois de mai avec 
Pintention d'aller visiter le comté de Champagne, et lit son en- 
trée solennelle à Troyes, précédé de ses gardes en grande tenue. 
L'étendard de leur capitaine fixait surtout les regards : il était 
long d'une toise, et de trois couleurs, rouge, blanc et vert; on 
y avait représenté saint Michel, protecteur de la France, et un 
soleil d'or auprès 2 . 

Quant aux archers, Octavien de Saint-Gelais en trace le por- 
trait suivant dans sa relation de l'entrée de Charles VIII à Flo- 
rence : 

Après vindrent les arebiers de la garde, 
Grans, puissans, bien croisez, bien fenduz, 
Qui ne portaient picque ne balebarde, 
Fors que leurs arez gorriercment tenduz, 
Leurs bracelez aux pongnetz estenduz 
Bien atacliez à grans chaynes d'argent, 
Autour du col le gorgerin bien gent, 
De cramoisy le plantureux pourpoint 
Assez propre, fusse pour un régent 
Ou grant duc, acoustré bien à point, 
Dessus le chief la bien clere sallade 
A doux dorez fourniz de pierreries, 
Dessus le dos le hocqueton fort sade 
Tout sursemé de fine orpbaverie, 
La courte dague, l'espée bien fourbie, 
La gaye trousse à custode vermeille, 
Le pied en l'air, aux escoutes l'oreille 3 . 



1 G. Crawfttrd , the Lires and Characters of the Offcers of the Crown, and ofthe 
State, etc. Edinburgh, Mdccxxvi, in-folio, vol. I, p 45, col. 1. 

8 Le Cérémonial françois, êdit. in-folio, 1. 1, p. C77. — Histoire de Charles TV//, 
publ. par Codefroy, p. 519. 

•' Le Vergier d'honneur, etc. Paris, à l'enseigne de la Roze blanche couronnée, 
sans date, in-folio, p. 49, col. 2, feuillet signé E. ii. Voyez encore le Journal d'An 
tiré de la Vigne dans l' LIistoire de Charles PJJ/de Codefroy, p. 118. — Un écrivain 
contemporain donne sur In garde écossaise les détails suivants, qui éclairent les 



276 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Après les archers viennent "leurs nobles capitaines," 

Qui ne sont pas gens pour cropir en l'astre ', 
Comme Cresol et Claude de la Chastre, 
Avec son filz dit monsieur Quoquebourne, etc. 

Arrêtons-nous un moment pour examiner ces personnages. 
Le premier était de la maison de Grussol 2 , dont les armes fu- 
rent plus tard au 2 et au 4 contre-écartelées de Gordon, qui est 
d'azur à trois étoiles d'or en pal ; il commandait les deux cents 

vers ci-dessus : " Vous avez, dit-il, les plus prochains de la personne du roy, vingt- 
cinq archers escossois, qui s'appellent les archers du corps; et ont un sayon 
blanc à une couronne au milieu de la pièce devant l'estomac, et sont lesdicts 
sayons tous couverts d'orfeverie depuis le hault jusques en bas. Et sont lesdicts 
archers sous la charge du sieur d'Aubigny, et couchent les plus près de la chambre 
du roy. Ledict sieur d'Aubigny est capitaine de tous les Escossois qui sont sans 
ces vingt-cinq, et encore cent hommes d'armes qui ne sont point compris es 
gardes; et incontinent qu'il est nuict, et que le capitaine de la porte avec ses ar- 
chers s'en est allé, va quérir les clefs le capitaine des cent Escossois, non pas des 
vingt-cinq, et ont en garde la porte." (Mémoires de Fleurange, ch. V, ann. 1507 ; 
édit. du Panth. litt., p. 220, col. 2, et p. 221, col. 1.) — Dans sa Vie de Wolsey 
(édit. Singer, vol. I, p. 98), Cavendish, décrivant l'entrevue du cardinal avec 
François I er , en 1526, mentionne la haute taille des Écossais de la garde et leurs 
riches habits de lin drap blanc, brodés d'argent. Un des citoyens les plus distin- 
gués de Francfort-sur-le-Mein, M. Louis Brentano, possède une charmante 
miniature représentant l'adoration des Mages, ou, pour mieux parler, le roi 
Charles VII escorté de ses fidèles Écossais, armés de toutes pièces. Confié au bu- 
rin de M. Léopold Flameng, ce petit chef-d'œuvre de Jean Fouquet ne tardera 
pas à être gravé; en attendant, on peut voir ce qu'en a dit M. Vallet de Viriville 
dans la Revue de Paris, cahier du 1 er août 1857, p. 424. 

1 Un autre rimeur, sans doute Molinet, donnant sur toute cette friperie des gens 
d'armes de l'époque, est au contraire tenté de les comparer à des escargots : 

J'ai veu gendarmerie 

Bigarrée à tous lez, 
Comme juifverio, 
Biollez, piollez 
De diverses bigornes, 
Et d'estranges façons ; 
Ne restoit que les cornes 
Pour estre limassons. 
(Recollection dexmer veilles advenues en n outre temps, etc.) 

2 Dans le Journal d'André de ta Vigne, p. 118 cf. 162 de VHisl. de Charles VIII 
de Godefroy, il est appelé monsieur de Crussol, tandis que, p. 136 et 153, il est 
nommé monsieur de Cresol, et de Cr essai, comme dans Cagiiin. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 277 

archers de la garde française 1 . Le eapitaine des cent archers 
de la garde d'Ecosse devait être Écossais, comme l'indique le 
iKnii de Quoquebourne, donné à tort au fils de Claude de la 
Chastre, que Ton retrouve en 1495, avec son père et ses archers, 
au Castel-Ovo de Naples 2 et à la bataille de Fornoue 3 . Le nom 
sous lequel nous apparaît le père, est tant soit peu altéré par 
André de la Vigne, et par Pierre Desrey, qui, racontant l'entrée 
de Charles VIII à Florence, nomme à la suite du seigneur de 
Cressol "Claude de la Chartre et son filz, le seigneur Conque- 
bourne, lieutenant du seigneur de Aulbigny V etc. Le récit de 
ces écrivains, conforme à celui d'Octavien de Saint-Gelais, 
donne tout d'abord à penser que la Chastre ou la Chartre était le 
nom de quelque seigneurie acquise en France par Cockburn le 
père, comme le bailli de Chartres, " qui avoit esté capitaine 
de la garde escossoise," et dont la mort est rapportée sous l'an- 
née 1495 5 , ne peut être que Jean de Conighan, chevalier, 



1 Gaguin et P. Desrey, les Croniques de France, etc. Paris, Poncet le Preux, 
mil v. cens et xv., in-folio, fueillet cciiii. recto. — On trouve Jacques de Crussol 
gratifié en 1490, conjointement avec le seigneur de la Chastre, d'une somme de 
2,000 livres. (Anselme, Hisl. généal. e' chronol. de la maison roi/, de France, etc., 
t. III, p. 767, A.) 

8 Journal d'André de la Vigne, dans Godefroy, p. 138. 

3 Ibid., p. 162. — N. Sala rapporte une conversation entre Charles VIII et 
Claude de la Chastre, " un des capitaines de sa garde," avant la bataille de For- 
noue, dans les Exemples de hardiesse de plusieurs roys et empereurs. (Labbe, 
Abrégé royal de l'alliance chronologique, etc., in-4°, t. I, p. 717.) 

4 Les Croniques de France, etc., fueillet ccix recto. 

8 Journal d'André de la Vigne, dans Godefroy, p. 180. — Plus tard, nous retrou- 
verons un autre Scoto- Français avec un titre rappelant matériellement celui de 
Claude, "Jean de Lamon, d'une famille escossoise, abbé de Châtre en Perigord, 
prédicateur éloquent," etc. {Mémoires de Michel de Marolles, etc. A Amster- 
dam, M.DCC.LV., in-12, t. III, p. 300.) — "Robert de la Mont" (1633) figure le 
vingt-deuxième dans la chronologie des enseignes de la compagnie des gardes du 
corps écossais dressée par le Pippre de Nœufvillc, qui fait observer que, selon les 
registres des gages de la Chambre des comptes, les enseignes n'ont été connus 
pendant quelque temps que sous le nom de deuxième homme d'armes, et que 
" Thomas Helidas et Patris Foulcar" commandaient les vingt-cinq hommes d'ar- 
mes quand ils furent incorporés dans la compagnie des cent archers de la garde, 
jonction opérée \c 1 er octobre 1449. (Allégé chronologique, etc., t. I, p. 76, 78.) 



278 LES Ê-C0SSAIS EN FRANCE. 

indiqué comme revêtu de cet office en tête des Statuts dos pel- 
letiers de Chartres, à la date de février 1485 *; mais en recou- 
rant à la généalogie de la maison de la Châtre par Thaumas de 
la Thaumassicre 2 , on y voit, à la fin du XV e siècle, "Claude 
de la Châtre, seigneur de Nançay et de Bcsigny, capitaine des 
gardes de Charles, duc de Berry et de Guyenne, et depuis capi- 
taine des gardes du roy Louys XI. et de Charles VIII., son fils, 
chevalier de Tordre de S. Michel," précédé d'une longue suite 
d'aïeux, tous français. Loin de le présenter comme capitaine 
des cent archers de la garde d'Ecosse, le vieil historien le montre 
porteur d'une commission pour lever une compagnie de cent 
gentilshommes " pour être gardes du corps de Sa Majesté," ajou- 
tant qu'avant ce temps, il n'y avait d'autre compagnie des gardes 
du corps du roi que la compagnie écossaise 3 . Entre ces témoi- 
gnages contradictoires, on doit comprendre notre embarras. 
Nous les accorderons en prononçant hardiment que ces passages 
d'Octavien de Saint- Gelais, d'André de la Vigne et de Pierre 
Desrey, tous fautifs, ont été copiés -les uns sur les autres; que 
dans le troisième vers du premier, il faut lire et à la place de 
dit, et ajouter la conjonction dans les autres passages entre ce 
qui se rapporte au seigneur de Coqucborne et ce qui est relatif 
au fils de Claude de la Chastre 4 . On retrouve bien ce nom sur 



1 Ordonnances des rois de France, etc., t. XIX, p. 634 

2 Hist de Berry, liv. XI, ch. XI, n° XI, p. 853, 854. Voyez encore Anselme, 
IHst. généal. et chronol. de la maison roy. de France, t. VII, p. 367, A, B. 

3 Après la Thaumassiere, l'auteur de VOrigine des deux compagnies des cent 
gentilshommes ordinaires de la maison du Roy, edit. de 1683, p. 28, met la créa- 
tion de cette charge pour Claude de la Chastre vers la fin de 1479. — Voyez, sili- 
ce point, l'Histoire de la milice françoise, du P. Daniel, liv. X, eh. XIV, et liv. X, 
ch. I; t. II, p. 99, 100, 122, 123. 

4 Dans la relation de l'entrée de François I er à Paris, l'an 1514, au retour de 
son sacre, le narrateur, après avoir montré autour du roi les vingt-quatre archers 
de la garde du corps écossaise, "tous à pied avec leurs halebardes, et leurs sayons 
d'orfaverie de drap blanc, les chausses blanches, la salade en la teste, toute char- 
gée de plumails blancs, et avec eux... leur capitaine monseigneur d'Aubigny, 
accoustré d'une saye de drap blanc à orfaverie, devant et derrière une salemandre, 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 279 

la liste des capitaines de la garde écossaise; mais c'est un 
siècle après, quand la charge fut en possession de Joacliiin de 
Chasteauvieux, seigneur de Vergeon, do la Chastre et de la 
Villette, comte de Confolant, chevalier des ordres du roi, che- 
valier d'honneur de Catherine de Médicis 1 . 

Pour en revenir au lieutenant de monseigneur d'Aubigny, il 
y a toute apparence qu'il faisait partie de la famille des Coque- 
borne du Berry. "L'on tient, dit Thaumas de la Thaumassiere, 
que cette famille est originaire d'Ecosse, et que Jean de Coque- 
borne étant archer de la garde écossoise, s'habitua en Berry 
et y acheta la terre de Fussy; il avoit épousé Guillemette 
Bâtard, comme appert par les lettres de terrier par luy obtenues 
le 24 mars 1546 2 ," etc. Lors de la réforme de la coutume de 
Berry, en 1539, il y eut opposition des vicomtes de la septaine 
de Bourges, et Jean de Coqueborne, vicomte de Fussy, y prit 
part pour le tiers des amendes et des épaves 3 . 



avec une grosse couronne dessus d'argent doré," passe en revue "monseigneur de 
Crussol, capitaine de deux cents archers, et messire Gabriel de la Chastrc, capi- 
taine de cent autres archers, et le lieutenant de monseigneur d'Aubigny, capitaine 
de cent autres archers escossois." (Le Cérémonial françois, t. I, p. 271, 275.) Ce 
lieutenant, du temps de Charles VIII, devait être monsieur Quoquebourne. 

1 Guichenon, Histoire de Bresse et de Bugey, etc., 3 e part., p. 149,150. — André 
de la Roque, Hist. geneal. de la maison de Harcourt, liv. XI, ch. IV; t. II, p. 1164. 

2 Histoire de Berry, liv. XII, ch. XX, p. 1041. 

3 Nouveaux Commentaires sur les coutumes... de Berry, etc., tit. II, art. VIII, 
p. 74. — Parmi les pièces dont se compose le livre de Thomas Wiuterhop, relatif 
au collège des Écossais à Paris, il s'en trouve une du 15 juin 1549, dans laquelle 
il est question d'un "Jehan de Coqueborne." Après avoir annoncé qu'avaient com- 
paru devant certains notaires du roi au Chàtelet, " maistres Guillaume Cranston, 
bachelier formé en la faculté de théologie en l'université de Paris, Jehan Stuart, 
Jehan Mathisson et Jehan Rouault, maistres es ars, natifs du pays d'Escosse et 
boursiers des bourses nommées et appellées de Grisy, fondées en ladietc univer- 
sité pour eulx..., et noble damoiselle Catherine Hocques, vcfve de feu noble 
homme André de Fourloton, en son vivant escuyer, seigneur de lîonrdeaux... en 
Gastinoys 1 ," Antoine du Prat, garde de la prévôté de Paris, etc., ajoute que " ladicte 
veuve auroit baillé un responsif par lequel elle se seroit vantée avoir uug bail... 

Ou voit que lorsque Rabelais met dans la bouche de Janotus de Bra^rnardo une mention île " Boiirdeaulx 
t n Une,*' il ne lui fait pas commettre, pour parler comme lui, une si énorme bourde. 



580 LKS ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Guillemette avait épousé, en premières noces (vers 1517), 
David Lisle, Fun des cent hommes d'armes des cent lances 
écossaises fournies des ordonnances du roi l , fils de Honoré Lisle 
et d'Andrivette de Boniface. David Lisle mourut en 1524-8, 
laissant un fils nommé Robert, mort lui-même sans postérité, 
après avoir, par son testament du 28 mars 1551, appelé à sa 
succession damoiselle Gilberte de Fouchier, femme de Mathieu 
de Coqueborne, frère utérin dudit Robert. La maison de Lisle, 
ajoute M. de Bastard, est originaire de Glasgow; une de ses 
branches a longtemps siégé dans la Chambre des Lords, une 
autre s'est fixée en Berry, une troisième en Provence, où elle 
s'était alliée aux maisons de Grasse et de Pontevès 2 . 

Jean de Coqueborne, que Guillemette épousa en secondes 



par lequel, dès le lundy dix-septiesme jour de febvrier, l'an mil cinq cens dix, 
lesdits lieux (la ferme de Grisy) auraient esté baillés à deffunct Jehan de Coque- 
borne, en son vivant archer de la garde d'Escossoys," etc. (Ms. communiqué par 
M. William Turnbull, p. 52, 53.) — Dans une autre pièce du même recueil, en 
date du 8 octobre 1557, on trouve des lumières sur Thomas Winterhop et la veuve 
de Thomas Fullarton : "Savoir faisons, dit le morne Antoine du Prat, que aujour- 
d'huy, date de ces présentes, maistre Nicolas Lalement, procureur de maistre 
Thomas Wynterhop, du diocèse de Glauscou en Escosse, escollier estudiant en 
l'université de Paris, l'ung des quatre boursiers de Grisy, fondez en l'université 
de Paris, a faict appeller en jugement devant nous et les gens tenant le sie^e 
presidial ordonné ou Chastelet de Paris, maistre Jehan Bellenger le jeune, pro- 
cureur de Alexandre Lesque, archer de la garde escossoise du roy, à cause de 
damoiselle Catherine Hocques, sa femme, paravant femme de feu André Foulor- 
ton," etc. (P. 62.) — Cet Alexandre Lesque figure le dixième parmi les archers 
de corps du nombre des vingt-cinq de la garde écossaise du roi, dans un rôle 
du 30 octobre 1532. (Arch. de l'Emp., K. 84, pièce 25.) Quant à sa femme, elle 
était sûrement écossaise. Dans un autre rôle que nous avons sous les yeux, on voit 
nommés quatre Hocques, c'est-à-dire Hog, Jehan, Richart, Marin et Miquel. ( Roole 
de la monstre et reveue faicte à Novarre en la duchié de Millan, le unziesme jour 
de septembre, l'an mil cinq cens et sept, de cent hommes d'armes et neuf vingt z 
dix-neuf archers du nombre de cent lances escossoises fournies..., estans soubz la 
charge et conduicte de Robert Sluart, chevalier, seigneur de Saincl-Quentin, etc.) 

1 II figure en cette qualité le soixante-quatorzième sur le rôle que nous venons 
de citer. 

2 Dans YHistoire de la principale noblesse de Provence, etc., par B. de Maynier 
(à Aix, M DCC.XIX., in-4°), 2 me partie, p. 90, il est fait mention d'une maison de 
Lille; mais on ne la fait remonter qu'à la fin du XVI e siècle, où un Guillaume de 
Lille rendit des services signalés à Henri IV. 



LES PRÀNÇÀIS EN ECOSSE. *281 

noces (vers 1530), était fils de messire Georges de Cuqucborne, 
capitaine de cent Écossais de la garde du roi, lors de l'entrée de 
louis XII ii Gènes, en 1502 1 , et il n'est pas invraiseinbable qu'à 
son tour il fût père du "capitaine Coquebron, Escossoys, ar- 
cbier de la garde du roy,'" porté sur les comptes de l'épargne 
pour 1562-63 comme ayant reçu la somme de 505 livres tour- 
nois, "pour les frais et despences d'un voiaige que ledict sei- 
gneur luy envoyoit faire en diligence, et sur chevaulx de poste, 
de Bloys en Escosse, passant par Angleterre, porter lettres dudict 
seigneur concernant ses affaires et services aux roynes de ces- 
dicts pays 2 ." On retrouve ce même nom de Georges Conkc- 
bourne, ainsi que ceux de Jehan, de James, d'Offroy, d'Alexandre 
et de Thomas Conkebourne, sur un rôle de cette garde en date 
du 1 er avril 4513 3 . Honffroy Coquebourne et Jacques Conque- 
bourne, avec Guillaume, étaient au nombre des hommes d'ar- 
mes qui faisaient partie en 1507 de la garnison de Milan; ils 
sont nommés en tête d'un rôle de Criston de Gonnestray, que 
nous avons déjà cité, et complètement séparés des archers. La 
famille de Goqueborne établie dans le Berry portait d'argent, à 
trois coqs de gueules (N° LXY), brisé (pour la branche de 
Fussy) d'un cor de même en abîme 4 , ou, suivant la généa- 
logie du nobiliaire manuscrit ou maintenues du Berry 5 , d'ar- 



1 Généalogie de la maison de Bastard, etc., liv. II, ch. X, deg. XVII, p. 47. — 
Dans sa Chronologie des lieutenants de la compagnie des gardes du corps écossais, 
Le Pippre de Nœufville, après avoir énuméré Patris Foulcar (1449), Alexandre 
Barrey (1462), Huchon Clerc (1476) et David Coninglian (1490), dit que "Joseph 
Quoque-Bourne fut le premier connu sous le nom de lieutenant," et, comme 
toujours, il cite les registres de la compagnie dans la Chambre des comptes. 

2 Comptes de l'épargne, aux Archives de l'Empire, vol. CXXXII, 7 février 1567. 
! Catal. de Courcelles, titres originaux et documents historiques, p. 13. — Ce 

rôle est maintenant en notre possession. 

4 Histoire de Berry, liv. XII, ch. XX, p. 1041. — Généalogie de la maison de 
Bastard, p. 504, col. 3. 

5 Bibl. imp., cabinet des titres, n° 447, folios 7 et 8. — Voyez encore, sur la 
famille Coqueborne, les monuments de l'histoire de Touraine, par D. Housseau, 
vol. XXX, et Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, t. IX, p. 327-331. 



282 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

gent, à trois coqs de gueules, au cor de chasse de sable lié d'or 
en cœur. 

Ces armoiries, dans leur plus simple expression, sont celles 
des Cokborne de Champagne, qui produisaient devant Tin ten- 
dant Lefevre de Caumartin, comme témoignages de leur an- 
cien établissement dans le pays : 1° des lettres-patentes de 
Henri II, en date du 6 août 4555, portant don de cent livres de 
rente par le roi au profit de Regnam Gobron, qu'il qualifie ca- 
pitaine de cent chevau-légers écossais, charge considérable à 
l'époque; 2° un autre don du 3 avril 1569, 'en faveur dudit 
Ringan Cockburn, qualifié cette fois d'exempt de la garde écos- 
saise 1 . A la première de ces dates, un autre Cockburn, nommé 
Patrick, florissait dans l'université de Paris 2 . 

César de Grandpré cite une autre famille du même nom , 



1 Généalogie de la famille de Coekbome, dans la Recherche de la noblesse de 
Champagne, etc., n° III. — Dans VEsfal des forces que le roy aura en l'armée 
qu'il fait assembler, en laquelle il a délibéré se trouver en personne (1553), du 
Villars nomme "le capitaine Reymon Cocquebon," commandant cent clievau- 
légers, comme "le capitaine Ethcrniton," qui le précède, et les capitaines Jean 
Clavers, Jamets et Jean Achisson de Hauremoulu, qui terminent la liste. (Mé- 
moires, liv. IV; dans la collect. Petitot, l re série, t. XXIX, p. 217.) Plus loin 
(p. 219), figurent les bandes écossaises, commandées par " Doddes, Cullan, Beau- 
lieu, Dognes, Cumgan, Mons." Dans ces noms il est facile de reconnaître ceux de 
Cuningham et d'Hetherington. Le porteur du dernier, qui n'était pas écossais, était 
un chef de bandes du Northumberland, dont il nous reste, dans le manuscrit de 
la Bibliothèque impériale, fonds Gaignieres, 367-68, folios 44, 45, une lettre en 
anglais, adressée de Newcastle-on-Tyne, sans autre date que celle du 7 février, 
au duc de Guise. "Un gentilhomme de votre pays, qui a dernièrement servi en 
Ecosse, lui dit -il, ayant eu occasion de traverser l'Angleterre et entendu parler de 
moi, vint me voir, à ma grande joie." Le capitaine continue en rappelant qu'il 
avait précédemment servi le roi de France à la tête de cent soldats de son pays, 
et que S. M. et le connétable l'avaient renvoyé avec une perte de cinq mois de 
solde. Nonobstant le tort qui lui a été fait, le capitaine offre de nouveau ses ser- 
vices avec le même nombre d'Anglais, uniquement poussé à cela par son amour 
pour la France; car il a des terres et des maisons en Aretense, où il peut vivre en 
gentilhomme, et le roi et la reine d'Angleterre lui ont donné un commandement 
important avec les moyens de représenter dignement, etc. — Pour John Acheson 
de Hauremoulu, c'est-à-dire d'Hciltz-le-Maurupt, j'imagine, il repassera sous nos 
yeux. 

2 David Buchanan., de Scriploribus Scolis, p. 104-106. 



I.KS FRANÇAIS EN ECOSSE. 283 

Fontaines dit Coquebtvrne, comme portant d'azur au chevron 
<roi\ accompagné do cinq coqs d'argent, écartelé de gueu- 
les 1 (N° LXVI); mais il n'y a pas à douter que ce ne soit une 



No L\V. — COQUEBORNE. 



No LXVI. — COQUEBORNE. 





branche collatérale issue du mariage d'Adam de Gokborne, 
écuyer, maréchal-dcs-logis des gardes écossaises, avec damoi- 
selle Gabrielle de Fontaine, dame et baronne de la Yilleneuve- 
au-Chemin 2 . 

Un généalogiste contemporain semble signaler une autre fa- 
mille Coqueborne dans la personne de Pierre Cockborne, écuyer, 
seigneur de la Rippc, de Magny, et en partie de Pouilly, marié 
en 1621, avec Françoise du Bois 3 ; mais il a omis de donner 
les armoiries de ce personnage, sans doute parce qu'il les igno- 
rait, et nous n'avons rien pour nous guider dans une pareille 
recherche. 

Il serait bien autrement intéressant de retrouver le berceau 
d'une famille alliée aux Cockborne de Champagne et peut-être 



1 Le César armoriai, etc , p. 210. — Palliot omet l'écart et n'indique que trois 
coqs. (La vraye et parfaite Science des armoiries, p. 160, art. Chevron, u° VI.) 

2 Généalogie de la famille de Cockborne, dans la Recherche de la noblesse de 
Champagne, n° IV. 

3 Laine, Archives généalogiques et historiques de la nat/lesse de France, t. I, 
art. du Bois d'Aisu, p. 6. 



284 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE, 

comme eux sortie d'Ecosse, celle de Guillaume de Heriot, 
écuyer, seigneur baron de Moulins en Bourgogne. Suivant Pal- 
liot, il portait d'argent au coq de sinople 1 (N° LXVII). 

No LXVII. — HERIOT. 




Nous avons sous les yeux une quittance notariée de Jehan de 
Heriot, lieutenant et homme d'armes de la garde écossaise du 
roi, qui confesse avoir reçu la somme de six vingts dix-huit 
écus deux tiers deux sous six deniers, pour ses gages, droits et 
pensions, à Paris, le 45 juillet 4583; mais le sceau que l'on 
voudrait trouver pour en comparer les armoiries à celles qui 
précèdent, manque à cette pièce, comme à la plupart de celles 
du même genre. Au reste, ce Jehan de Heriot, placé le douzième 
et sous Tannée 4563, dans la chronologie des lieutenants de la 
compagnie des gardes écossaises, dressée par le Pippre de Nœuf- 
ville 2 , n'est ni le premier ni le seul de son nom qui ait servi nos 



1 Généalogie de Cockborne, n° V. — La vraye et parfaite Science des armoi- 
ries, etc., p. 187, art. Coq, n° VIII. — On trouve Denise de Heriot mariée à François 
le Bascle, seigneur d'Argenteuil en Tonnerrois, et autres lieux, dans la seconde 
moitié du XVI e siècle. (Généalogie manuscrite citée par M. Berger de Xivrey dans 
son Recueil des lettres missives de Henri IV, t. VII, p. 433, not. 2, col. 2.) 

2 Abrégé chronologique, etc., t. I, p. 51, 52. — A ce propos, l'auteur fait ob- 
server qu'après la mort de Patrick Flockhart, les lieutenants ne furent regardés 
jusqu'en 1502, selon les registres de ladite compagnie dans la Chambre des comp- 
tes, que comme premiers gendarmes. 



LES FIANÇAIS EN ECOSSE. 285 

rois. Plus anciennement, un autre Ecossais, "Davy Heryot," est 

porté le cent cinquante-troisième sur la liste des archers de "la 
monstre et veue faicte à Villefranche et Millau" en 1469; et un 
siècle plus tard, Patrick d'Heriot figure le treizième sur la liste 
des enseignes de la compagnie des gardes écossaises, immédiate- 
ment après Jacques de Montgommery (1557) et avant Claude de 
Straton (1584), Thomas et Samuel Forbois (1587) l . Dans ce der- 
nier nom, il est aisé de reconnaître celui de Forbes, autrefois 
répandu en France comme en Ecosse. Le 5 février 1669, Wil- 
liam, maître de Forbes et divers gentilshommes du même nom, 
ayant présenté au Conseil privé à Édinburgh une pétition en fa- 
veur de Hubert Forbes, " Lord Ar drain et Aloss en France," 
qu'ils réclamaient comme leur parent, la requête fut admise, 
et ordre donné d'enregistrer le nom de ce dernier parmi ceux 
de la noblesse écossaise 2 . 

Sous MM. d'Aubigny et Coqueborne, les archers écossais 
étaient commandés par des capitaines de leur nation. Fait pri- 
sonnier à la bataille de Saint-Aubin, le 27 juillet 1488, le duc 
d'Orléans, depuis roi de France sous le nom de Louis XII, fut 
enfermé à la grosse Tour de Bourges vers le mois de juillet 1489, 
et confié à la garde d'une compagnie d'archers écossais com- 
mandée par le capitaine Patrick Maclellan. Non-seulement elle 
tenait garnison dans l'intérieur de la tour, mais encore elle occu- 
pait une partie des maisons voisines 3 . 

Vaincu par les sollicitations de Jeanne de France, sa sœur, 
Charles VIII lui accorda la liberté de son mari. Un soir, il partit 
secrètement du château de Plessis-lès-Tours, sous prétexte d'al- 
ler à la chasse, et défendit de le suivre. Accompagné d'une 



1 Abrégé chronologique, etc., t. I, p. 77. 

2 Maidment, Analecta Scotica, etc., vol. I, part I. Edinburgh, MDCCCXWIII, 
in-K», p. S, 9. 

■ Louis Kaynal, Histoire du Betty, liv. VU, cl). IV; t. III, p. 168. 



280 LES ÉCOSSAIS EN FRANCK. 

escorte peu nombreuse, il alla coucher à Mon tricha rd, et le len- 
demain matin, suivant les bords du Cher, il s'avança jusqu'au 
pont de Barangeon, près du confluent de cette rivière avec 
l'Yèvre. Là, il s'arrêta, et envoya à Bourges un ancien bailli de 
Berry, Béraud Stuart, seigneur d'Aubigny, celui qui plus tard 
devait être vice-roi et connétable de Sicile et de Jérusalem. 

Monseigneur d'Aubigny était bien connu à Bourges. 11 alla 
droit à la grosse Tour, et en vertu des ordres du roi, se fit re- 
mettre le duc d'Orléans, puis monta à cheval avec lui et le con- 
duisit jusqu'au pont de Barangeon. En arrivant auprès du roi, 
qui attendait avec impatience, le duc sauta à bas de son cheval 
et se jeta à genoux; Charles VIII le fit relever, l'embrassa, et 
tous deux, à cheval, se dirigèrent sur Bourges. Ils s'y assirent à 
la même table, et après le repas, ils restèrent seuls et causèrent 
longtemps; les rires qu'on entendait au dehors prouvaient l'in- 
timité qui renaissait entre les deux princes. Ils couchèrent dans 
le même lit, et le lendemain repartirent pour Tours 1 . 

Dans le voisinage de cette ville, nous trouvons, quelques 
années plus tard, un autre prisonnier d'État, sous une garde 
pareille à celle qui avait été donnée au duc d'Orléans : je veux 
parler de Ludovic Sforza, tombé aux mains de Louis XII par 
une trahison et enfermé dans le château de Loches. François de 
Bellc-Forest rapporte qu'il fut "tenu au commencement en une 
chambre sousterraine voûtée et close d'un huis de fer, après 
mis en liberté sous la garde de quelque soldats escossois 2 ." 

A la suite des capitaines écossais dont il vient d'être fait 
mention, on est presque autorisé à nommer leur compatriote 
Montgommery, en voyant son nom figurer dans YEstat des gen- 
lilhommcs de l'hostcl du roy, eslans sous la charge de Michel 



» L. Raynal, Histoire du Berry, liv. VII, ch. IV; t. III, p. 1G6, 167. 
2 Relie -Forest, Grandes Annales el histoire générale de France, etc., t. Il, 
folio 1358 verso, 



LES IRA NT. AIS EN ECOSSE. 287 

Marquet en 1485, publié par Godefroy * . Mûrement ci3 ne pou- 
vait être le capitaine écossais Montgommery qui servait en 
Lorraine avee La Hire en 4438-39*; mais rien n'empêche de 
croire que cet étranger n'ait eu un parent ou un fils au service 

de Charles VIII. 

Attaché à la personne de ce prince, le seigneur d'Aubigny 
figure comme témoin dans nombre d'ordonnances rendues 
en 1492 et 1493*, jusqu'au moment du départ du roi de France 
pour lltalie. 

A ce moment, le chantre de l'expédition débute par un appel 
aux " gentilz souldars et piétons d'Alemaigne," aux aventuriers 
français et espagnols, aux francs archers, comme aux "puissans 
archiers d'Escosse et d'Angleterre," qu'il invite à venir "acom- 
paigner le noble sang de France 4 ." Les Écossais, à coup sûr, 
auraient mérité l'épithète qui leur est donnée, pour peu qu'ils 
eussent continué à se conformer à un acte du parlement qui 
leur enjoignait de s'exercer dès l'âge de douze ans, et prescrivait 
d'établir une butte dans chaque étendue de terre d'une valeur 
de dix livres, spécialement près des églises paroissiales, afin de 
pouvoir tirer de l'arc les jours de fête 5 . 

Je passe sous silence les négociations que Béraud Stuart, quel- 
que temps avant l'expédition, avait tentées, par l'ordre de son 
maître, auprès de plusieurs petits princes italiens et du pape 



1 Histoire de Charles VIII, observations, p. 485. 

2 Bulletin de la Société de l'histoire de France, janvier 1839, p. 14. 

1 Ordonnances des rois de France, etc., t. XX, p. 375 ; 419, en note, col. 2 ; 427 ; 
434. 

4 Le Vergier d'honneur, etc., feuillet signé B. i. verso, col. 2. — James Den 
nistoun a donné la montre de l'année expéditionnaire en Italie d'après une rela- 
tion réimprimée à Lyon en 1842. (Memoirs of the Dukes of UrUno. London, 1851, 
in-8°, vol. I, p. 432-435.) 

1 Acta parliament. Scol. Jacobi I. 26 mai 1424; édit. Thomson, vol. II, p. 6. — 
M. de Vieilleville, énumérant les plus nobles armes que l'on donnait jadis aux 
principales nations de la chrétienté, nomme les archers d'Angleterre. (Mémoires, 
ann. 1553; dans la collection l'etitot, 1"" série, t. XXVII, p. 140.) 



288 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Alexandre VI 1 . Le roi, décidé enfin à partir, quitta Vienne le; 
23 août 1494, traversa le mont Genèvre, tandis que d'Aubigny 
passait le Simplon et le Saint-Bernard. Il entra à Turin au com- 
mencement de septembre, le 19 du même mois à Asti, puis à 
Pavie, à Parme, à Pontremoli ; à Sarzane et à Lucques, au com- 
mencement de novembre; puis à Pise, qu'il affranchit pour un 
temps du joug des Florentins; ensuite à Florence môme, qui 
lui ouvrit ses portes le 17 novembre. De leur côté, 

Le bon seigneur d'Aubigny, vaillant homme, 
Luy et les siens furent transmis à Romme, 
Où tindrent lors de garnison estape 2 . 

Quelque temps après, il y éclata, dans une rue du Ghetto 
degli Ebrei, entre les juifs et les soldats de la garde, tant fran- 
çaise qu'écossaise, une rixe qui se termina par la mort de plu- 
sieurs habitants de la Giudecca, par le pillage de leurs maisons 
et la destruction de leur synagogue. Le roi l'ayant appris, en- 
voya le maréchal de Gié, accompagné des archers d'ordonnance, 
pour faire une enquête et punir les coupables. Six "gallans au 
fait des armes destres," et coutumiers du fait, furent livrés au 
supplice du fouet dans le Campo di Fiori, puis pendus aux 
créneaux de deux grandes fenêtres 3 . Le rimeur ne nous dit pas 
si ces gallans étaient des Écossais; nous savons seulement que 
parmi eux il se trouvait deux Mores 4 . 

1 Histoire de Paolo Jovio, etc., traduite par Denis Sauvage. A Paris, chez Ga- 
briel Buon, M.D.LXXXI., in-folio, liv. I, t. I, p. 19. — Guichardin, édit. du Panlh. 
Htt., p. 25, col. 2. 

2 Le Vergier d'honneur, etc., p. 26, col. 1. 

3 Ibid., p. 57, col. 2. — Voyez encore le Journal d'André de la Vigne, dans 
YHistoire de Charles VIII de Godefroy, p. 12i. 

4 L'Entrée du roy nostre sire à Romme, in-4° goth., folio 3 verso. (Bibl. i m p . , 
L. 28. b. 1.) — Ces Mores, qui sans aucun doute étaient des nègres, faisaient-ils 
partie de l'armée française? Nous n'avons aucune lumière à cet égard. Il est cer- 
tain, cependant, qu'il se trouvait des soldats de cette couleur. dans les rangs 
espagnols. Jean de Mergey rapporte qu'en 1557, étant prisonnier au château île 



LIS FRANÇAIS l'.N ECOSSE. 389 

A l'entrée du roi dans Rome, 1rs Écossais de son escorte furent 
fort remarqués 1 ; là connue ailleurs, ils gardèrent non-seulement 
la première porte du logis de Charles VIII, mais toutes celles qui 
i lui niaient accès près de lui 2 . Tendant toute la campagne, ils 
firent merveille, surtout à la bataille de Fornoue, où il en mou- 
rut neuf 3 . Ce fut là, comme on sait, que le chevalier Bayart fit 
ses premières armes; car on ne saurait employer cette expres- 
sion à propos des tournois où il figura. Dans celui qu'il donna 
en la ville d'Aire, l'an 4494, l'un des juges était le seigneur de 
Quentin, Écossais, et l'un des combattants le capitaine David de 
Fougas, c'est-à-dire de Foggo, également Écossais, appartenant 
tous deux à la compagnie des hommes d'armes écossais, alors 
en Picardie 4 . William Collinson, lieutenant de Béraud Stuart, 
commandant des villes de Harfleur et de Montivilliers en 1406 3 , 
était vraisemblablement leur compatriote 6 , comme Nicholas 

Saint-Quentin, il était gardé par un soldat more, qui plus tard servit en France. 
(Mémoires, dans la collection Petitot, 1" série, t. XXXIV, p. 33-37.) — Aupara- 
vant, Philippe de Commines nous apprend que la garde de Henrique IV, roi de 
Castille, à l'entrevue d'Urtubie, en 1468, " estoient de trois cens chevaux de Mau- 
res de Grenade, dont il y en avoit plusieurs negrins. (Mémoires, liv. II, en. VIII.) 

1 Histoire de Paolo Jovio, etc., liv. I, t. I, p. 45. 

! Observations de Godefroy sur l'Histoire du roy Charles F///, p. 712. 

3 Mémoires de Ph. de Commines, liv. VIII, ch. VI, ann. 1495; édit. du Panlh. 
lift., p. 233, col. 2; p. 235, col. 1. 

* Le Loyal Serviteur, Chronique de Bayart, édit. du Panth. lilt., p. 15, col. 2; 
p. 16, col. 1. — Vulson de la Colombiere, le vray Théâtre d'honneur et de cheva- 
lerie, l re part., ch. XV, p. 239-246. 

5 "Guillaume Collisson, escuier, seigneur de la Fontenelle, lieutenant en la 
ville de Harfleu de hault et puissant seigneur Ma* Berault Stuard, seigneur d'Au- 
bigny," ordonne de payer à Colin Le Franc la somme de 48 sols 9 deniers tournois 
parisis, " par luy mise et employée en la despence de maistre Pierre Picart, S e des 
comptes, commissaire du roy, maistre Jehan Charmée et leurs gens, à leur retour 
de ceste ville de Harlleu à Paris, ouquei leu ils estoient venus pour besongner à 
la veriffication des privilleges de la ville," etc. Harlleur, 8 mai 1497. — Pièce du 
cabinet de M. de Courcellcs (Catal., tit. orig., p. 12), maintenant au British Mu- 
séum, Add. chart. 504. 

8 Ce nom se rencontre fréquemment dans les comptes de la garde écossaise. 
Après Jehan Collisson, archer et cranequinier sous la charge de " Patrix Folcart," 
en 1449, Stevin Colisson et Andro Colisson, archers de la garde en 1461 et 1469, 
on trouve Robin Colisson, en 1470, dans le même corps. 

voi î. 19 



"290 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE 

Cunningham, qui lui succéda 1 ; peut-être a-t-il laissé dans le 
pays des descendants 2 . 

Un écrivain qui faisait partie de l'expédition de Naples signale 
un autre capitaine écossais qui était dans nos rangs : "... de 
la Rochelle, dit-il, passasmes devant une ville nommée Ujaise, 
très-forte place à merveilles, là où estoit le seigneur d'Aubigny, 
connestable du reaume de Naples; et de là allasmes passer le 
chap de Partenente,... et de là alla ledict prince passer la ville 
de Rege,... très-belle ville et fort chasteau, et avoit prins ledit 
chasteau le roy Ferrant par assault; et le cappitaine qui estoit 



1 "Nicolle Conigan, lieutenant en la ville de Harfleu de hault et puissant soi- 
gneur monseigneur Berault Stuard, seigneur d'Aubigny, chevalier de l'ordre du 
roy..., conseillier et chambellan ordinaire et cappitaine de la garde du corps du 
roy... et des villes de Harfleu et Monstiervillicr," ordonne à Pierre Gaillard, dît 
le Chandellier, écuyer, et autres, de payer à Colin Le Clerc, Hubert Yvellin, la 
somme de 39 sous, pour avoir élargi et approfondi les fossés de la porte de Monti- 
villiers et la tour du Cygne, à l'endroit de la Grue. 13 septembre 1497. (Mus. 
Brit., Add. chart. 505. Signât. JV- Conygham.) — En 1509, la place de William 
Collinson et de Nicholas Cunningham était occupée par John Stuart. (Catal. de 
Courcelles, tit. orig., p. 13.) 

2 Chevillard (Nobiliaire de Normandie, pi. 8, n° 651) donne les armoiries de 
"Collesson, ecuyer, sieur des Coutures, chevalier, seigneur de Baronne, Chevreuse, 
Saint-Marc, généralité d'Alcnçon, élection de Bernay, maintenu le 14 août 1668." 
On voit que cette maison portait : d'argent, à la coquille de gueules, accompa- 
gnée de trois sautoirs de sable, deux en chef et un en pointe (N° LXVIIT). 



N° IAVIII. — COLLESSON. 




LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 291 

dedans estoit Escossois, Irès-homme de bien; et fut uns à mort 
et haché en pièces, et tous les eompaignons qui estoient dedans 
pendus par la gorge 1 ." 

Un peu plus loin, le même narrateur raconte une victoire 
remportée par nos troupes, et nomme Béraud Stuart parmi les 
chefs qui les conduisaient : "Et estant le roy Ferrant en Gala- 
]>re, avant que la ville de Naples fust rendue, monseigneur 
d'Aubigny, connestable dudit reaume, le prince Bevillane, le 
seigneur d'Alegre, grand senechal du reaume, chevauchèrent 
tant par leurs journées, qu'ils rencontrèrent ledict roy auprès 
d'une ville nommée Semenarc... mais nonobstant que ledict roy 
fust fort grandement accompaigné... les François ne délaissè- 
rent point que vaillamment et hardiment ne donnassent dedans, 
comme bons et hardis hommes de bien... et par telle façon... 
que les François tuèrent et prindrent largement des ennemis; 
et tout le demourant fut rompu, et se misrent en fuitte 2 ." Bé- 
raud Stuart dit à peu près la même chose dans le bulletin de la 
journée, qu'il adressa au roi son maître, et qui fut répandu dans 
le public sous le titre de Lettres escriptes par monsieur d'Au- 
bigny au roy nostre sire. Datées [du camp de S. Léon] du 
XXi jour de juing 3 . 

1 Mémoires de Guillaume de Villeneuve, dans le Panthéon littéraire, p. 280, 
col. 2, ann. 1495. 

- IUd., p. 287, col. 1, ann. 1495. — Guicliardin, p. 92, col. 2. — Déjà, p. 43, 
col. 2, le même écrivain avait présenté le seigneur d'Aubigny comme redoutable 
aux Aragonnais. 

3 La Bataille qui a esté faicte à Napples. Et comment le roy Ferrand a esté 
desconfit. (Bibl. imp., L. 28. b. 1, in-4° golh.) — Voyez encore plus loin les nou- 
velles du roy depuis son parlement de son royaume de Naples envoyées à mon- 
sieur l'abbé de Saint Ouen ce jourduy xxvi. de juillet, folio 2 verso, et les lettres 
nouvelles envoyées de Napples de par le roy nostre sire à monseigneur de Bour- 
bon et datées du Àx. jour de May avecques les gensdarmes pour retourner en 
France. Folio 3 recto et verso, figure monseigneur d'Oisson avec une compagnie 
de trente lances et quatre-vingts "gens de pyé," et parmi "les compagnies des 
gensdarmes de ordonnances ordonnez pour la garde du royaulme de Napples," 
celle de monseigneur d'Aubigny, indiquée comme étant de cinquante lances. 
(Folio 4 recto.) 



292 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Il n'est pas en notre pouvoir de suivre pas à pas Béraud 
Stuart pendant le reste de la campagne de Naples i . Souvent il 
opéra isolément à la tète d'un corps de troupes considérable 2 , 
et fit des conquêtes qu'une longue maladie qui lui survint l'em- 
pêcha de conserver. Après une première expédition, durant 
laquelle Gonzalve de Cordoue s'était emparé de plusieurs villes, 
il retourna dans la Galabre, dont la plus grande partie était au 
pouvoir des Français. D'Aubigny s'opposa d'abord à ses efforts; 
mais enfin, après avoir perdu Manfredonia et Cosenza, se trou- 
vant d'ailleurs assiégé dans Groppoli sans espérance de secours, 
il prit le parti d'abandonner cette province, et il lui fut permis 
de se retirer en France par terre 3 . A son retour, il reçut en ré- 
compense de ses services le collier de l'ordre de Saint-Michel. 
Quant à ses archers écossais, il est à croire qu'il en avait perdu 
vingt-deux, car lorsqu'à son retour il habilla sa troupe de neuf, 
il n'eut à payer que pour soixante-dix-huit archers, nombre 
auquel la garde se trouvait réduite, la broderie des hoquetons, 
exécutée par André Pront, brodeur du roi 4 , et Hugues Mansays, 
orfèvre, qui lui donnaient reçu pardevant maître Foussedouaire, 
notaire à Tours, par acte passé le 12 décembre 1500 3 . Une 
autre «pièce du même genre, parmi plusieurs choses intéres- 
santes, nous montre les archers du corps du roi, au nombre de 



1 M. de Ségur a raconté en détail la conquête de Naples dans la troisième partie 
de son Histoire de Charles VIII. 

2 Lettre de Guillaume Briçonnet au duc de Bourbon, du 8 septembre 1494. 
(Histoire de Charles VIII, observations de Godef'roy, p. 089. ) — Voyez encore les 
Mémoires de Philippe de Commines, liv. VII, ch. VI, ann. 1494- (édit. de M lle Du- 
pont, t. II, p. 333, 334); le journal d'André de la Vigne, p. 137, ann. 1495, et les 
Croniques de France de Gaguin, édit. de 1515, liv. XI, l'ueillet ccxcvii. 

3 Guichardin, Histoire d'Italie, liv. III, ch. III, ann. 1496. — Une première 
capitulation ayant eu lieu, Béraud Stuart n'y avait point été compris. Voyez les 
Mémoires de Guillaume de Villeneuve, p. 2J1, col. 2. 

4 Vers la même époque, on trouve Gendres Spront, brodeur à Blois, occupé aux 
hocquetons des archers du duc d'Orléans. (Catalogue analytique des archives de 
M. le baron de Joursanrault, t. I, p. 102, n° 647.) 

s Registre de l'année 1500, p. 105. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 298 

vingt-quatre, marchant sous le commandement d'un capitaine 
Irai irais 1 . 

Après la mort prématurée de Charles VIII en 1498, Louis XII, 
son successeur, ayant entrepris de réduire le Milanais, sur le- 
quel il avait des droits du chef de Valentine de Milan, son 
aïeule, donna le commandement de son armée à Louis, comte 
de Liguy, à Béraud Stuart 2 et à J.-J. Trivulzio. Le premier, avec 
Robert Stuart, son neveu et son gendre, continua de servir la 
France en "bon chevalier et sage, bon et honorable 3 ," comme 
l'avaient fait leurs pères depuis Charles VIL Commandant supé- 
rieur du Milanais en 1501, lieutenant général du roi dans 
l'expédition d'Italie qui eut lieu Tannée suivante 4 , il contraignit 
Frédéric d'Aragon à remettre entre ses mains la ville de Naples, 
fut vice-roi de cet État et connétable de Sicile pour Louis XII, 
et reçut en récompense de ses grands services les duchés de Ter- 
ranova, les marquisats de Girace et de Squillazzo et le comté 
d'Acri 5 . A la fin, devenu moins heureux, le maréchal d'Aubigny 

1 ".le Mathieu de Harcourt, escuyer, seigneur de Ruigny, capitaine et gouver- 
neur des 21 archiers du corps du roy nostre seigneur, confesse avoir receu de 
maistre Mathieu Beauvarlet, notaire et secrétaire du roy..., la somme de 210 livres 
tournois; laquelle iceluy seigneur m'a ordonnée estre baillée pour départir et 
estre distribuée ausdiz 24 archiers, pour et en récompense des brodures des mau- 
ohes de leurs robes de l'hyver présent; lesquelles brodures ils ont accoustumé 
d'avoir et prendre par chacun an : c'est assavoir à chacun d'eulx 10 livres tour- 
nois," etc. (Ilisf. geneal. de la maison de Harcourt, t. IV, p 1731.) 

1 Chronique de Bayart, p. 19, col. 1. 

1 Mémoires de Philippe de Commines, liv. VIII, ch. I er . Cf. liv. VII, ch. VI. 

* Chronique de Bayart, p. 27, col. 2. — Guichardin mentionne sous l'année 1501 
son entrée en Toscane, son départ de Rome et sa marche en Italie. (P. 203-211.) 

5 Le Laboureur, les Tombeaux des personnes illustres, etc., p. 315. — Comparez 
ce récit avec celui de Piscôttie, qui représente d'Aubigny comme l'idole des Napo- 
litains, à ce point que "les Français, dit-il, l'appelaient le petit Roi de Naples. 
A ce moment, ajoute-t-il, le roi et le conseil de France n'étaient guère contents, 
pensant qu'étant Écossais, il voulait usurper pour lui la couronne de Naples." 
Offensé de ce soupçon, le maréchal d'Aubigny aurait songé à quitter la France et 
réalisé ce projet en se rendant en Ecosse, où il fut traité avec la plus grande dis- 
tinction. (The Cronicles of Scotland, etc., vol. I, p. 250, 251.) Moins croyable 
encore est Chaumcau, suivi par André du Chesne, quand il dit que Charles VIII 
donna la ville d'Aubigny "à niessirc Hérault d'Estuard, chevalier Escossois et 



"i!)i les Ecossais en frange. 

fut contraint de se sauver à Angotelle et fait prisonnier après 
un siège 1 . De retour en France, avec un gentilhomme calabrais 
qu'il avait admis dans sa société, il mourut en 1508 2 , cinq ans 
après un autre marquis de création pareille, nouvelle chez nous. 

Guillaume de Poitiers, seigneur de Clérieu et marquis de Co- 
trone, en Calabre, avait été chambellan du roi Louis XI, et 
traita sous son règne du gouvernement de Paris et de l'Ile-de- 
France avec Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont, qui en 
était en possession. Il fut fort avant dans les affaires sous le 
règne de Charles VIII, envoyé en Espagne et en Ecosse, et mou- 
rut à Lyon, le 2 juin 1503 3 , trente-un ans après le mariage 
d'Aymar de Poitiers, seigneur de Saint- Vallier et marquis de 
Cotrone, avec Jeanne de La Tour, sœur d'Anne de La Tour, du- 
chesse d'Albany 4 . 

Naturellement porté en faveur des Écossais, Béraud Stuart fit 
nommer capitaine du château de la Rocca, à Milan, d'abord 
Crichton de Connestray, qu'on y trouve en 1500 et 1507 5 , puis 

capitaine de sa garde, en rémunération d'aucuns dons et aggreables services qu'il 
luy avoit faietz ou faict de ses guerres, et mesmes à la conqueste du Royaume de 
Naples, au moyen de quoy il transporta ledit siège Royal au lieu de Concressault, 
où il est encores à présent, avec les ressortz d'iceluy." (Histoire de Berry, etc. 
A Lyon, 1566, in-folio, liv. VI, ch. XL, p. 275. — Les Antiquilez et recherches 
des villes... de foute la France, etc. A Paris, M.DC.XLVII., in-8° p. 495.) 

1 Hist. geneal. de la maison de Harcourt, etc., liv. XI, ch. II, t. II, p. 1096. 

2 Acta Sanclorum Aprilis, t. I, p. 122, C, col. 2, n° 12. — Vers la même épo- 
que, un artiste, italien suivant toute apparence, exécutait à Paris, pour quelque 
prince écossais, un manuscrit de Virgile, aujourd'hui conservé à Ëdinburgh, dans 
la bibliothèque de l'université, sous la marque A. b. c. 2. Ce volume se termine 
par cette inscription : Florins Infortunalus calamo Parisius hune librum exara- 
vit; on y voit, au folio 85 recto, où commence l'Enéide, les armes d'Ecosse avec 
cimier et supports, et des deux côtés le chiffre P-I (Princeps Jacobus, Prince 
James? ), qui reparaît encore plus haut dans la marge de droite. 

3 Ordonnances des rois de France, etc., t. XX, p. 544, not. 2. 

* Anselme, Hist. généal. et chron. de la maison roy. de France, t. IV, p. 530, C. 

8 Catal. de M. de Courcelles, titres originaux, etc., p. 13. — l'n écrivain du 
temps mentionne comme présents à l'entrée de Louis XII à Milan, en mai 1507, 
deux capitaines, l'un messire Gilles de Louvain, Français, capitaine du ch&teaa, 
et l'autre "Guillaume Crcston, beossois, capitaine de la Roquette." (Le Cérémo- 
nial français, t. I", p. 722.) 



LES FIANÇAIS KN ECOSSE. 393 

mi gentilhomme écossais, son proche parent 1 , qui ne peut être 
que Matho Lindsay, mari d'Anne de Braque, fille de Philippe de 
Braque ei de Guyonne Stuart 2 . Quant à ee Quentin l'Escossois, 
cet Alexandre Quentin que Louis XII ou le duc d'Albany laissa 
dans la place, en 4507, avec deux cents de ses compatriotes et 
tout autant de Français 3 , c'était sûrement le seigneur de Saint- 
Quentin du tournois d'Aire et d'un rôle d'hommes d'armes écos- 
sais tenant garnison à Milan en 1509, plutôt que le sire de 
Quentin nommé dans une ordonnance de 1489 4 . Jean Stuart, 
duc d'Albany, qu'on retrouve en France dès 1499 5 , avait amené 
à Louis XII des renforts de Jacques IV, qui devait mourir si 
misérablement à Flodden ; avec messire Béraud et Robert Stuart, 
il prenait part au siège de Gènes en 1507, et précédait le roi à 
son entrée dans cette ville le 28 avril 6 . En voyant dans un État 
voisin, à près de quarante ans de distance, un Écossais gardien 
des clefs d'un château fort, on ne peut croire que ce fût un de 
ces auxiliaires restés en Piémont; mais quand Biaise de Montluc, 
nous le montrant engagé dans un complot, fait observer que 
dans un certain cas il ne pourrait jamais plus retourner ni en 
Ecosse ni en France, il nous donne à penser qu'en venant de 
son pays cet étranger avait passé par le nôtre, à moins que 



1 Chronique de Bayart, p. 19, col. 2. 

- Le Laboureur, les Tombeaux des personnes illustres, etc., p. 317. — D'Hozier, 
Armoriai général de la France, reg. III, l re part., p. 83. — Lord Lindsay, the 
Lires of the LÀndsays, vol. I, p. 96, cri note. 

3 Rob. Gaguin, les Croniques de France, etc., liv. XI, fueillet ccxxix recto. — 
David Chambre, Abbregé, des histoires de tous les roys de France, Escosse, etc., 
folio 201 recto. 

* Ordonnances des rois de France, etc., t. XX, p. 186. 

: ' Cette année, il recevait sa pension du receveur des aides d'Évreux, comme 
en témoigne un acte signe du duc, qui faisait partie des archives du baron de 
Joursauvault. (Catah, etc., t. I, p. 322, n° 1791.) — Un autre, de l'an 1497 (t. II, 
p. 231, n° 3il5), témoigne d'une pension payée à Antoine Contour, gouverneur 
du duc. 

fi Chroniques de Jean d'Aulon, Paris, 1835, in-8", suite de la l\' r part., eh, XXV, 
t IV, p. 6. — Le Cérémonial français, in-folio, t. |, p. 715. 



596 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Técrivairi ne veuille faire allusion à l'alliance qui unissait les 
deux contrées 1 . 

A sa sortie de Gènes, Louis XII se rendit à Milan, où ses 
fidèles Ecossais, impatients de le revoir, vinrent à sa rencontre ° 2 . 
Ils étaient au nombre de cent hommes d'armes, commandés par 
messire Robert Stuart, et ils figurèrent à l'attaque d'un bastion 
qui faisait partie des fêtes données à cette occasion 3 . 

En 4512, Louis XII étant rentré en France, laissa la garde 
du territoire et du château de Brescia au seigneur d'Aubigny, 
"lequel depuis à son département d'icelluy lieu, ajoute un chro- 
niqueur 4 , se retira hardiment en France, ayant la lance sur la 
cuysse, avecques ceulx de sa compaignie." Il ne nous dit pas si 
quelqu'un d'eux resta prisonnier en Italie 5 . 

Maréchal de France le 1 er avril 1514, après la mort du maré- 
chal de Gié, leur brave commandant défit, avec le seigneur 
d'Imbercourt, à Yillafranca, en Piémont, où le roi les avait 
mandés, Prosper Colonne et ses alliés, envoyés par Léon X au 
secours de Milan 6 . Il se trouvait à la journée de Marignan, où 
les Écossais de la garde du roi se firent remarquer. Le comte de 
Guise, ayant été renversé, fut emporté hors de la mêlée par un 



1 Commentaires de Biaise de Monlluc, liv. I pr , ann. 1543. (Collection complète 
des mémoires relatifs à l'histoire de France, par Petitot, l re série, t. XX, p. 461- 
464.) 

2 Les oeuvres de Jean Marot, édit. de Coustelier, p. 168. 

3 Chroniques de Jean d'Auton, suite de la VI e part., ch. XXXIV ; t. IV, p. 98. 

4 Rob. Gaguin, les Croniques de France, etc., liv. XI, fueillet ccxxxvii recto. 

3 On trouve dans la collection Gaignieres, au Cabinet des manuscrits de la 
Ribliothèque impériale, cette lettre, Au conte de Barby, collonnel des pistolliers, 
qui malheureusement est sans date ni signature : " Seigneur conte, je vous veucx 
bien advertir que j'ay perdu deux de mes soldaz, qui ont esté prins par les Fran- 
çois, pour lesquelz ravoir j'ay recherché de faire relascher deux Escossois qui 
sont par deçà; mais il ne m'a esté possible. A cause de quoyje vous prie regarder 
si vous les trouvez, de les avoir pour dix-huict ou vingt escus, et les deborscefr] 
pour me renvoier lesd. soldat/, vous asseurant sur ma foy que je ne faudra; de 
vous rembourser. La soubzcription ne s'est peu lire." (Lettres et mémoires du 
règne de Louis XI et despuis, etc. 367-68, folio 46.) 

6 D. Chambre, Abbr. deshist-, etc., folio 207 verso, ann. 1515. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 297 

gentilhomme de la maison du roi nommé le capitaine Jamy 1 . 
C'était "un fort honneste homme escossois," si ce capitaine est 
le môme que celui qui commandait cinq ans plus tard une mai- 
son dans les Ardennes 2 . Pour en terminer avec le maréchal 
d'Aubigny, on le voit en Navarre faisant la guerre à Ferdinand 
le Catholique, qui avait usurpé la couronne de ce pays sur Jean 
d'Albret, vassal de la France; il assiste à la bataille de Pavie, 
en 1525, et commande Tannée suivante en Provence contre 
l'empereur Charles-Quint. Lors de la réforme de la coutume de 
Berry, en 1539, on retrouve parmi les opposants pour la cou- 
tume de Lorris, messire Robert Stuart, chevalier de Tordre du 
roi, conseiller et chambellan ordinaire dudit seigneur, capitaine 
de la garde de son corps, seigneur d'Aubigny et autres lieux, 
représenté par ses procureurs 3 . Il mourut en 1543, ne laissant 
que des collatéraux 4 . 

Héritier de Béraud Stuart, son cousin germain 5 , Matthieu 
Stuart, comte de Lennox et seigneur de Darnley, qui fut tué 
en 1513, à côté du roi d'Ecosse, Jacques IV, à la bataille de 
Flodden, transmit Aubigny à Jean Stuart, son troisième fils. 
L'aîné resta en Ecosse, et la destinée de sa race fut illustre : on 
sait que Jacques, son petit-fils, réunit sur sa tête les couronnes 
d'Ecosse et d'Angleterre. 



1 Mémoires de messire Martin du Bellay, ann. 1515; Mit. du Panth. tilt., 
p. 829, col. 2. — Vies des grands capitaines, etc., liv. II, ch. LXX. (Œuvres 
complètes de Brantôme, môme collection, t. I, p. 290, c. 2.) 

2 Mém. de Fleurange, ch. LXXII, ann. 1520 ; édit. du Panth. litt., p. 288, col. 2. 

3 Thaumas de la Thaumassiere, nouveaux Commentaires sur les coutumes... de 
Berry, etc., p. 669, 674. 

4 "Jacques de Cahagnes, en l'éloge qu'il donne à Jacques Tezart, dit qu'il des- 
ccndoit de Hébert Tezart, chevalier de S. Michel, et de Blanche Miel, nièce de 
Robert Stuart, seigneur d'Aubigny, mareschal de France," etc (Hist. geneal.de 
la maison de Harcourt, liv. XI, ch. LXXX; t. II, p. 1529.) 

5 Voyez le Pcerage de Douglas, t. II, p. 95, 96. 






y 






LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 299 



CHAPITRE X. 



Résolution «les États d'Ecosse relative au mariage de Jacques IV ; envoi d'une ambassade en France vers 1490 ; 
renouvellement des traités d'alliance entre les deux couronnes. — Nouvelle résolution des Etats concernant 
le même objet. — Réception de Concrcssault et de Roderic de Lalain par le roi d'Ecosse. — Confusion 
relative au premier. — Le poète William Dunhar. William Elphinslone et autres Ecossais de marque alors 
en France. — Antoine d'Arces de la Baslie, dit le Chevalier Blanc, aux noces de Jacques IV. — Médiation 
de ce prince entre le roi de Danemark et Louis XII; Écossais naturalisés en France à la fin du XVI e siècle 
et au commencement du suivant. — Mariage d'Alexandcr et de John ducs d'Albany avec deux duchesses 
de Boulogne. — Réclamation au sujet de deux navires saisis et pillés sur la côte de Bretagne. — Inter- 
vention de Jacques IV en faveur du duc de Gueldres auprès de Louis XII. — Il notifie au dernier la nais- 
sance de sou fils et résiste aux efforts du pape pour le détacher de l'alliance de la France; présent de 
Louis XII au roi d'Ecosse. — Mission de l'archevêque de Saint-André et du comte d'Arran en France, du 
maréchal d'Aubigny et du président du parlement de Toulouse en Ecosse ; mort du maréchal à Corstorphine. 
— Instructions de cet ambassadeur. — Tournoi donné à Édinburgh ; rôle joué par le chevalier de la Bastie 
avec les nobles Français de la suite du maréchal. — Henry VII jaloux de l'intimité des rapports entre la 
France et l'Ecosse ; il fait arrêter le comte d'Arran et son frère en route pour leur pays ; renouvellement et 
confirmation, en 1511 et 1512, des vieux traités qui unissaient les deux couronnes; ambassade de M. de la 
Motte en Ecosse; séjour de Pierre Cordier dans ce pays. — Ambassade en France d'Andrew Foreman; 
Louis XII lui donne l'archevêché de Bourges. — Lettres de naturalité générale pour toute la nation d'Ecosse 
en France par Louis XII en 1513. — Détails circonstanciés sur l'élection d'Andrew Foreman. — Legs de 
deux régents écossais du collège de Monlaigu, a Paris, maître David Cranston et John Stuart. 



Revenons maintenant en arrière et en Ecosse. 

Dès Tan 1488, les trois états, préoccupés de la convenance 
de marier leur jeune souverain, avaient décidé en parlement 
d'envoyer une ambassade en France, en Bretagne, en Espagne 
et ailleurs, pour faire choix d'une princesse digne en tout d'une 
aussi haute destinée 1 : environ deux ans après, Jacques IV en- 
voya en France Patrick, comte de Bothwell, Robert, évoque de 
Glasgow, et Richard Muirhcad, ses ambassadeurs, chargés de 
ses pleins pouvoirs pour la confirmation des traités d'alliance et 

1 Acta parliamenlorum JacoU IV, A. D. 1488. (The Arts of Paili'tments n/ 
Siolhind, vol. II, p, 207, col. 1.) 



300 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

de confédération conclus entre Jacques III, son père, et ses pré- 
décesseurs rois d'Ecosse, et les rois de France. Lui -môme, le 
A mars 1491, avait solennellement promis de les observer, en 
présence de William, évêque d'Aberdeen, de Colin, comte d'Ar- 
gyll, seigneur de Campbell, chancelier d'Ecosse, de Patrick, 
comte de Bothwell, seigneur de Haies, amiral d'Ecosse et gardien 
des Marches; d'Arehibald, comte d'Angus, seigneur de Douglas; 
de John, prieur de Saint-André, garde du sceau privé; d'Alexan- 
der, seigneur de Hume, chambellan d'Ecosse; de William, sei- 
gneur de Saint-John, trésorier du roi; de John, seigneur de 
Drummond; de William, seigneur de Ruthven; de maître Ar- 
chibald de Whitelaw, archidiacre de Lothian, secrétaire du roi; 
de Richard Muirhead, doyen de Glasgow, secrétaire du registre 
royal; d'Alexander ïnglis, archidiacre de Saint-André, tous con- 
seillers de Jacques IV. La France était représentée en cette oc- 
casion par Champagne, roi d'armes, qui rapporta les lettres 
contenant la relation de la cérémonie 1 . 

Un autre Lord Bothwell figurait encore dans ce môme temps 
à la cour d'Ecosse : c'était un espion nommé Ramsay, entretenu 
par Henry VII. Dans un rapport adressé à ce prince, il l'informe 
qu'il assistait à Saint- André à la réception de Concressault, l'am- 
bassadeur de France, qui conseillait la continuation de la paix 
entre l'Ecosse et l'Angleterre 2 : Plus tard, il raconte l'arrivée de 
Roderic de Lalain, venu de Flandre en Ecosse avec deux petits 
navires et quatre-vingts hommes d'armes allemands : "J'étais là, 
dit-il, quand le roi le reçut en présence de Perkins, et. il s'ex- 
prima ainsi en français : " Sire, je suis venu ici conformément 
"à ma promesse, pour faire service à Votre Altesse 3 ," etc. Issu 

1 Invent, chronol., etc. p. 53. — The Acts of Parliaments ofScotland, vol. II, 
p. 227. — Tytler, Hisl. of Scott., t. IV, p. 355, 356. 

2 Ellis, Original Letters, etc., l sl séries, vol. I, p. 30. — Pinkerton, the llislonj 
ofScotland, vol. II, p. 28. 

3 Ellis, Original Letler.t, etc., l*< séries, vol. I, p. 30. 



u:s français en écosse. ;tt)l 

d'une famille écossaise et familier sans doute avec l'anglais, 
Concressault se présentait tout naturellement au choix du roi de 
France pour remplir une mission en Ecosse. Il lui fut pareille- 
ment désigné quand, voulant faire honneur à Perkins Warbeck, 
Louis XII lui assigna une garde : Concressault en fut capitaine 1 . 
Son nom de famille, on doit se le rappeler, était Monypcnny, 
ce qui a donné lieu à une confusion que nous ne pouvons nous 
dispenser de signaler ici. Il a semblé qu'un nom écossais devait 
tout naturellement se rapporter à un ambassadeur de cette na- 
tion, et Ton a adjoint Lord Monypenny au comte de Bothwell 
dans l'ambassade de 1491 ; mais aucun des articles des comptes 
du trésor cité par M. David Laing ne donne à penser qu'il en fût 
ainsi. Dans l'un, en date du 16 juillet, c'est une remise à Lord 
Bothwell d'une somme à donner à l'équipage de la Catherine, 
"quand les ambassadeurs passèrent en France," et en même 
temps un paiement de 250 livres à Lord Monypenny par ordre 
du roi, comme un de 100 livres à Champagne, le héraut fran- 
çais. A la fin du siècle, Alexander Lord Monypenny, n'ayant pas 
d'héritier mâle, échangeait sa baronie de Earlshall, dans le comté 
de Fife, avec Sir Alexander Bruce, contre une terre en France 
nommée Escoriot, et en lui prenait fin la pairie 2 ; mais aux 
termes où en étaient les deux pays, rien n'empêchait qu'un 
homme en dignité en l'un ne le fût dans l'autre, jusqu'au mo- 
ment où, pressé d'opter, il eût choisi pour sa résidence la contrée 
la plus avancée. A la rigueur, il n'est même pas impossible que 
l'agent de Charles VIII, Écossais comme il l'était de naissance, 
n'ait été adjoint aux ambassadeurs de cette nation députés auprès 
de ce prince. 

1 Stowe, Annales, or a generall Chronicle ofEngland, etc., p. 476. — Bacon, 
the Life of King Henry VII, apud Kennet, a complète History of England, etc. 
London, 1706, in-folio, t. I, p. 607, col. 1. Cf. Tytler, Hist. of'Scotl., t. IV, p. 373, 
ann. Ii94. 

' Douglas, the Peerage fo Scolland., etc. Edinburgh, 1813, in-folio, t. Il, p. -IW. 



892 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

"Ces ambassadeurs, dit M..Laing, furent envoyés pour le 
double objet de négocier une paix entre les deux pays et un 
mariage pour Jacques IV 1 ." Ainsi que le même savant l'avait 
précédemment conjecturé, il est infiniment probable que le poêle 
William Dunbar était à la suite de l'ambassade écossaise, et qu'il 
resta à Paris après le retour de celle-ci en Ecosse 2 ; il y avait 
étudié 3 , et il en parle comme d'une ville qui lui est familière 4 . 

Il put voir alors l'évêque d'Argyll, qui, à l'exemple de l'archi- 
diacre James Stewart 5 , étudiait dans la capitale de la France. 
Quelques années plus tard, Dom John Hamilton, moine de 
Paisley, ayant été nommé à cette abbaye, se rendait aux écoles 
de Paris, où il continuait ses études en droit canon et en théo- 
logie 6 . 

Un autre évêque écossais y avait laissé un renom d'ardeur et 
de savoir que l'on citait encore avec admiration. Travaillant 
jour et nuit, le jeune William Elphinstone n'avait pas tardé à 
attirer l'attention de ses professeurs, qui, non contents de le 
combler de louanges, lui donnèrent la charge de répétiteur en 
droit canon, distinction qui, dans l'un et l'autre droit, ne s'ac- 
cordait alors qu'aux plus savants. Dans cette nouvelle position, 
il s'occupa tellement de l'enseignement qui lui avait été confié, 
que tous les étudiants en droit canon se portaient en foule à ses 
leçons. Au bout de six ans d'un succès jusqu'alors sans exemple, 
honoré du bonnet de docteur, il se rendit à Orléans, où il passa 

1 The Poems of William Dunbar, etc., vol. II, p. 436. 

- Memoirs of William Dunbar, dans la même collection, vol. I, p. 16. Cf. 
p. 11-13. 

3 The Frieiris of Berwick, 1. 318. (Ibid. , vol. II, p. 14.) 

* Flyting of Dunbar and Kennedy, 1. 367. {Ibid., p. 79. Cf. p. 431.) — Il faut 
se garder de confondre William Dunbar avec John Dunbar, de Galloway, qui, à la 
fin du XVI e siècle, après avoir étudié à Paris et à Toulouse, enseigna avec éclat à 
La Rochelle. (Dempster, Hisl. eccl genl.Scot., lib. IV, n» 420, p. 226.) 

5 Voyez ci-dessus, p. 97. — Je saisis cette occasion pour rectifier la note 1, qui 
renferme une grave inexactitude causée par une ressemblance de nom. 

c Prorecdings nf the Society of Anliquaries ofScolland, vol. Il, pari I, p. 29, 30. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 369 

quelques années à creuser la science du droit avec les profes- 
seurs, qu'il secondait par des conférences publiques. Là, comme 
ailleurs, il fut entouré d'honneurs et de considération, et son 
nom commença à être tenu en telle estime par la magistrature 
française, que plus d'une fois, dans de grandes affaires, le par- 
lement de Paris prit son avis avant de décider. Recherché dans 
le monde élevé, William Elphinstone y comptait nombre d'amis, 
parmi lesquels son biographe nomme Jean de Ganay, depuis 
chancelier de France. Après un séjour de neuf ans dans notre 
pays, le savant Écossais s'en retourna dans le sien; mais il 
revint plus tard en ambassade auprès de Louis XII, qui lui 
donna un témoignage signalé de sa royale bienveillance en le 
plaçant au nombre de ses conseillers 1 . 

En 1493, Jacques IV avait atteint sa majorité. Désirant plus 
que jamais mettre un frein aux ardentes et capricieuses passions 
auxquelles sa jeunesse avait été en proie 2 , ses conseillers remi- 
rent la question de mariage sur le tapis, et un parlement tenu 
à Ëdinburgh décida qu'il serait envoyé une ambassade au roi 
de France pour la conclusion définitive de ce mariage 3 . 

Enfin il eut lieu en 1502. Parmi les étrangers de distinction 
présents aux noces de Jacques IV avec Marguerite, fille de 
Henry VII, on remarquait entre les plus illustres Antoine d'Arces 
de la Bastie, plus connu dans les guerres d'Italie sous le nom du 



1 Episcoporum Murlhlaccn. et Aberdonen. Per Hectorem Boethium Vitœ. [Im- 
pressa sunt htec prelo Asccnsiano Ad Mus Maias Anno Salutis. M.D.XX.] ln-i°, 
folio xix verso, xx verso. Cf. Keith, an historical Catalogue of the Scottish Bi- 
shops, etc., p. 115-119 

2 Jacques IV eut plusieurs bâtards. L'un d'eux, Alexandre Stewart, envoyé sur 
le continent pour y compléter son éducation, fit un voyage en France et en Italie. 
(Keith, an historical Catalogue of the Scottish Bishops, p. 33.) — On trouve trois 
lettres de lui adressées de Padoue à son père et à Patrick Panter, secrétaire du 
roi et précepteur du jeune prince, parmi les Episiola > Jacobi Quarli,etc. Ediu- 
buriçi, MDCCXXII-IV, in-8", vol. I, p. 175-179. 

1 Acta parliamentorum Jacobi IV, A. D. 1i93. ( The Acts of Parliimcnts of 
Scotland, vol. il, p. 230, col. 1.) 



304 LES ÉCOSSAIS ETS FRANCE. 

Chevalier Blanc 1 . C'était un Dauphinois, seigneur de la Bastie- 
sur-Melans, ainsi nommé parce qu'habituellement il était de 
blanc vêtu, comme le chevalier du pays de Grèce venu en am- 
bassadeur auprès du roi Charles VI, en 1397 2 , ou parce qu'il 
portait des armes blanches. Il était capitaine de cinq cents 
hommes de pied, et prit part en cette qualité à la bataille 
d'Agnadel, où il fut fait prisonnier en môme temps qu'un autre 
capitaine, Imbault Rivoire, seigneur de Romanieu 3 . Voici de 
quelle manière leur compatriote Aymar du Rivail, qui avait 
connu le chevalier Blanc, en parle au livre IX de son ouvrage 
sur les Allobroges : "Dans ce temps-là, dit-il, Antoine d'Arces, 
Dauphinois , d'une moyenne et forte stature, et doué, entre au- 
tres avantages, de larges épaules dénotant la force, parcourut 
l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre et l'Ecosse, pour défier ceux 
qui, de leur propre gré ou par la volonté de leur amie, étaient 
disposés à combattre à outrance. Partout il fut éconduit par les 
rois de ces pays, si ce n'est en Ecosse, où le cousin de Jac- 
ques IV jouta contre lui; mais Antoine d'Arces eut le dessus. 
Tel était l'amour qu'avait pour lui ce prince, que parfois il cou- 
chait dans la chambre royale. Comblé partout de présents, il 
revint en France avec une suite de vingt- cinq chevaux. Il avait 
pour compagnon son compatriote Gaspard de Montauban, plus 
tard baron d'Aix et de Montmaur, et c'est de lui, aussi bien que 



1 Le Chevalier Blanc est nommé, avec Bayard et le capitaine Imbaut, dans le 
Discours de Brantôme sur les colonels de l'infanterie de France. 

2 Catalogue des archives de M. le baron de Joursanvault , t. I, p. 126, n° 760. 
— Philippe de Commines n'appelle-t-il pas le fameux Matthias Corvin, dit Hun- 
niades, "le Chevalier Blanc de la Valacquie?" (Mémoires, liv. VI, ch. XIII, 
ami. 148t.) 

3 Chronique de Bayard, par le Loyal Serviteur, édit. de M. Teulet, ch. XXIX, 
p. 117. — Annotations de Videl, à la suite de l'Histoire du chevalier Bayard, etc. 
A Grenoble, M.DCLI, in-8°, p. 36. — Voyez sur Antoine d'Arces, chevalier, sei- 
gneur de la Baslie et autres lieux, et Nicolas d'Arces, son fils, VHist. geneal. de 
la maison de Harcourl, liv. XI, ch. I; t. II, p. 1023, 1092, et surtout p. 1030; et 
t. IV, p. 1522. 



I.KS FRANÇAIS EN ÉC.OSSK. 305 

des autres compagnons du seigneur de la Bastie, que nous te- 
nons ces détails 1 ." 

Aymar du Rivail les complète par d'autres, qu'on lit un peu 
plus bas et qui se rapportent à l'expédition de Louis XII en 
Italie : "Les Dauphinois Antoine d'Arces et Imbault de Rivoire, 
dit-il, furent envoyés en avant avec leurs hommes de pied de 
l'autre côté de l'Adda, et prirent Treviglio, ville de la répu- 
blique de Venise; mais elle fut reprise aussitôt par les Vénitiens, 
et Rivoire, d'Arces et quelques autres envoyés à Venise, furent 
retenus prisonniers 2 . D'Arces, ajoute-t-il, fut deux fois dépèehé 
par les Vénitiens auprès de Louis XII pour traiter de sa libération 
et de celle de ses compagnons d'armes, et en dernier lieu il ne 
revint pas à Venise, parce que, par oubli ou autrement, ils ne 
le lui avaient pas dit à son départ. Plus tard, par ordre du roi, 
il combattit les Vénitiens sous l'empereur Maximilien, et com- 
manda la cavalerie légère, et une seconde fois il fut fait prison- 
nier. Enfin, par suite d'un échange avec un Vénitien tombé aux 
mains des Français ou des Allemands, d'Arces recouvra sa 
liberté, et revint en Ecosse avec sa femme, qui était de la mai- 
son normande de Ferrier 3 ." 

Il en eut Jean d'Arces, père lui-même de Livarrot, qui 
tua Schomberg en un duel célèbre de trois contre trois, le 
°2l avril 1578*. Mort en 1590, Jean fut enterré dans la cha- 
pelle d'Arces, en l'église de Condrieu, et dans son épitaphe on 
consigna les courses chevaleresques et les services d'Antoine 
de la Bastie 5 , mais non sa fin funeste sur une terre étrangère. 

1 Aymari Rivaliii Delphinatis .. de Allobrogibus Libri novem. Ludovieus Ppr- 
rin, typographus Luiçd. 1844, iu-8°, lib. IX, p. 547. 

2 Ibid., p. 548, A. D. 150'J. 3 Ibid , p. 5'i9. 

* Voyez le vray Théâtre d'honneur et de chevalerie, etc., t. II, ch. XXXX, 
p. 477. — Livarrot lui-même fut tué en duel à Blois en 1581. (P. de l'Estoile, 
Journal de Henri) III, lundi 4 mai; dans la collection Petitot, l ie série, t. XI, V, 
p. -207.) 

1 Archives historiques du drparlewenl du Rhône, etc., t. III, p. 61. 

voi.i. . 20 



30(i LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Un écrivain d'origine écossaise, Marc de Yulson, sieur de la 
Colombiere 1 , dont les armes sont : 1 et 3 d'argent au chevron 
de gueules, accompagné de trois étoiles de sable, posées deux 
en chef et une en pointe; 3 et 4, d'azur au lion d'or (N° LXIX), 

No LXIX. — VULSON DE LA COLOMBIERE. 




et d'après lui, Expilly 2 , rapportent tout au long l'emprise du 
Chevalier Blanc et de trois autres chevaliers ses compagnons, 
publiée à Edinburgh, le 8 janvier 1505. Le même paladin, à ce 
qu'il paraît, en fit publier une autre dans la même ville par 
Marchmont, héraut d'Ecosse; elle commença le 1 er août 1507 3 . 
Plus anciennement, s'il faut en croire Tytler, Antoine d'Arces 

1 " La maison de VULSON en Dauphinc, de laquelle je suis le chef, et celle de 
mesnie nom et armes qui est en Escosse, en la province de Nithisdale, dont est 
chef le seigneur de Croiglin, à cause du cimier qui est une main de sauvage tenant 
une massue d'or, porte pour devise ces mots, Pour bien faire." (La Science héroï- 
que, etc. A Paris, TVI.DC.XLIV., in-folio, ch. XLIV, p. 466.) — Je n'ai pas rencontré 
plus de deux fois le nom de Wilson dans les plus anciens des registres de la 
Chambre des comptes relatifs à la garde écossaise. En 1430, Robin Wilson figure 
au nombre de trente-deux archers et cranequinicrs " estans sous la charge et gou- 
vernement de Patrix Foulquart," et reçoit 33 livres tournois pour un cheval; 
en 1470, un individu du même nom, ou peu s'en faut, " Robin Woulson, varlet de 
paillassier de lad. garde," reçoit la somme de 10 livres 10 sous tournois " pour sa 
robbe de l'année." 

2 La Science héroïque, etc., ch. XLIII, p. 452, 453. — Le vray Théâtre d'hon- 
neur et de chevalerie, t. I, ch. XX, p. 270, 271. — ■ Histoire du chevalier Boyard, 
édit. de 1651, p. 443-447. 

3 Annot. de Videl, p. 3i, 35. (Ibidem.) 



LES FRANÇAIS KN ECOSSE. 307 

avait combattu dans la lice avec Lord Hamilton, après avoir jouté 

avec des lances émoulues 1 . Nos quatre chevaliers dauphinois, 
par permission du roi et de la reine de France, Anne de Breta- 
gne, portaient au cou une écharpe hlanche pour emprise, le 
sommaire de ladite emprise portant que celui qui y toucherait 
serait tenu de se battre avec eux à la lance et à l'épée, " lesquelles 
armes, était-il dit, se feront à cheval, et chevaux bardés, si bon 
leur semble, en harnois de guerre tout à blanc, depuis la teste 
jusques aux pieds, de telles pièces qu'ils voudront, sans estre 
cramponnés, guindés ny attachés, en quelque manière que ce 
soit. — Et courrons par autant de courses de lances à fers émou- 
lus, trempez et acerez, qu'il y ait atteinte, rompture ou perte de 
lances; et lesdictes courses estre passées, chacun de nous met- 
tra la main à l'estoc ou espée, tranchant et poignant d'estoc et 
de taille, pour s'en aider quand besoin sera; desquels estoc et 
espée combatrons tant et si avant que l'un de nous soit mis 
outre, et rendu jusques au bout." Un autre article de cette em- 
prise portait que celui qui y toucherait pour l'amour de sa maî- 
tresse et qui serait vaincu, " mis en outre et rendu," était obligé 
" de s'aller rendre prisonnier à la mercy de la mieux aimée dame 
de celuy à qui le cas ne seroit advenu ; et au cas qu'il n'y vou- 
drait aller en personne au lieu où sera ladite dame, sera ra- 
cheptable d'un diamant de trois cens escus, lequel diamant sera 
baillé et délivré dans quatre jours à un officier d'armes ou à un 
gentilhomme pour luy porter, quelle part qu'elle soit, de par 
celui qui estoit son prisonnier et à sa mercy 2 ." Les compagnons 

1 Tytlor, Ilisfnrji ofScotlmid, vol. V, p. 19, A. D. 1302. 

2 Le rray Théâtre d'honneur, etc., t. I, p. 271. — Le reste des articles de cette 
emprise est dans ta Science héroïque, où l'on chercherait vainement les deux que 
nous avons cités en dernier. — Nous apprenons de Chorier que Salvaing de liois- 
sieu est le principal auteur des ouvrages publiés sur l'art du blason par Vulson de 
la Colombiere. Il en est de môme de V Histoire du chevalier Bayard ( Grenoble 1 , 1650 
ou 51, in-8°). M. de Boissieu a préféré qu'elle parût sous le nom de Louis Videl 
plutôt que sous le sien, afin d'être plus à son aise pour farcir cette édition de tout 



808 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE; 

et aides du seigneur de la Bastie, "qui est entre tous jusque* 
au nombre de quatre, et pour chacun desdits royaumes un," 
c'est-à-dire sans doute pour ceux d'Espagne, de Portugal, 
d'Angleterre et d'Ecosse, étaient, à ce que l'on a prétendu, Gas- 
pard de Montauban, seigneur d'Aix, Imbault de Rivoire, seigneur 
de Romanieu, et Aymon de Salvaing, seigneur de Boissieu. Ces 
quatre chevaliers, dit-on, signèrent les articles de l'emprise, et 
y -ajoutèrent leurs sceaux, leurs armes et les timbres de leurs 
cimiers, le 8 janvier 1505. 

Dans l'intervalle, Louis XII avait conclu un traité d'alliance, 
d'amitié et de commerce avec Jean, roi de Danemark, de Suède 
et de Norvège, par les soins et démarches de son neveu le roi 
d'Ecosse 1 , et plusieurs Écossais avaient reçu des lettres de na- 
turalisation : Robert Juston, c'est-à-dire Johnston, pannetier or- 
dinaire de la reine; Gilbert ïurnbull, porte-enseigne de la com- 
pagnie du sieur d'Oyson; George Helin (Allan?), homme d'ar- 
mes de la même compagnie; William Lore (Laurie?), archer de 
la garnison du château de la Rocca, de Milan; John Dainastere, 
ou plutôt Dempster, archer des ordonnances du roi sous la charge 
du sieur de Saint-Quentin 2 ; John Abernaci (Abernethy) et Pa- 
trick Semple, archers de la garde du roi; et George Lebel, 
écuyer, homme d'armes des ordonnances du roi 3 . 

Trois ans après le mariage de Jacques IV, un autre Stuart vint 
chercher une femme en France. John, duc d'Albany, épousa sa 

ce qu'il avait rêvé de sa famille. Il faut donc se tenir en garde contre la plupart 
des pièces rapportées dans les nouvelles annotations qu'elle renferme, et mettre 
au rang des fables tout ce qui s'y trouve, là comme ailleurs, sur le voyage d'Aymon 
de Salvaing en Ecosse à la suite d'Antoine d'Arces de la Bastie. Voyez, à ce sujet, 
un traité peu connu intitulé : Relation des principaux événements de la. vie de 
Salvaing de Boissieu... suivie d'une Critique de sa Généalogie et précédée d'une 
Notice historique, par Alfred de Terrebasse. Lyon, Louis Perrin, 1850, in-8°, p. 2:1, 
157, 160, 165-169. 

1 Inventaire chronologique, etc., p. 5'i. Le traité est du 1 '1 mars 1499. 

2 Jehan Damostier ligure au nombre des hommes d'armes du rôle de juillet 1807. 

3 Inventaire chronologique, etc., p. 45-56. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 309 

cousine germaine Anne de la Tour, fille de Jean, comte de Bou- 
logne et d'Auvergne, et de Jeanne, douairière de Bourbon. Dans 
le contrat, pusse sous le sceau royal de la chancellerie de Mont- 
ferrand, il est stipulé que si le duc d'Albany survit à sa future 
épouse, il aura droit à prélever sur tous les biens de la duchesse 
une rente viagère de 2,500 livres et à conserver une de ses 
principales places seulement 1 . C'était, on doit se le rappeler, le 
second Stuart qui eût contracté une union tout à fait semblable, 
le père du duc John ayant pareillement épousé une duchesse de 
Boulogne, quand il fut contraint de chercher un asile en France 2 . 
Deux navires de la puissante famille des Barton, s étant pro- 
bablement trouvés dans le môme cas pendant qu'ils croisaient 
contre les Anglais en 1497, avaient été saisis et pillés sur la 
côte de Bretagne. Une réclamation fut adressée, à ce sujet, à 
Louis XII par le secrétaire royal Panter; il s'y plaint de l'in- 

1 Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, t. II, p. 686. — Inventaire chrono- 
logique, etc., p. 56. — Dans le carton J. 1130 des Archives de l'Empire, qui ren- 
ferme l'acte en question, et dans les cartons suivants, on trouve plusieurs titres 
relatifs aux possessions en France du duc d'Albany. — A la Bibliothèque impériale, 
la collection Dupuy contient un assez grand nombre de pièces qui se rapportent 
aux affaires privées de ce seigneur dans notre pays, nommément, vol. 462, une 
lettre à lui écrite en 1320 par le cardinal Wolsey; vol. 527, un extrait d'une 
transaction entre le duc et Jean de la Chambre, du 14 septembre même année ; 
enfin, vol. 260, 403 et 480, diverses lettres écrites, de 1530 à 1333, par le cardinal 
de Boulogne, de Ferrary, le cardinal de Tournon, M. de Poitiers, Robert Stuart, 
Pomponio Innuti, Catherine de Médicis, Nicolas Ramus, etc. John Stuart, duc 
d'Albany, était allié de la princesse que nous venons de nommer, par le mariage 
rie Madeleine de la Tour, sœur aînée de sa femme, avec Laurent de Médicis, duc 
d'L'rbin, neveu de Léon X, qui, à la prière du duc d'Albany, adressa un bref à 
François I er , en faveur de l'Ecosse, pour la confirmation des privilèges des rois et 
du royaume. (Teulet, Papiers d'État, etc., t. I, p. 13, 16.) En sa qualité de parent, 
John Stuart fut, en 1533, trois ans avant sa mort, chargé d'aller recevoir le pape 
Clément VII, né Jules de Médicis, avec les galères de France, lors de l'entrevue 
de Sa Sainteté avec François I er , à Marseille. — M. de Courcelles avait aussi du 
même duc d'Albany des lettres en faveur des comtesses (?) de Boulogne et d'Au- 
vergne. (Catal., titres originaux, etc., p. 13, ann. 1511.) 

2 Voyez, sur le père et le lils, tous deux chevaliers de l'ordre de Saint-Michel, 
!.<• Laboureur, les Tombeaux des }>ersonnes illustres, etc., p. 113-113; et le 
l\ Anselme, Hist. gcnc'al. cl chronol. de la maison, roy. de France, t. I, p. 334 ; 
t. IV, p. 530, C, et 331. A : d Douglas, tlir Pecrage of'Scotland, t. I, p. 52. 



310 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

justice commise à regard de ses compatriotes, et insiste pour 
obtenir une-réparation 1 . 

Écossais ou anglais, les navires de nos voisins et de nos alliés 
sortaient en général des chantiers du Pays Basque, c'est-à-dire 

1 Epistolœ Jacobi Quarli, etc., vol. I, p. 17, 19. — Plus d'un siècle après, nous 
trouvons Charles Berthon, bourgeois du navire appelé la Jacquellc-d'Olonne ( Re- 
cueil des lettres missives de Henri IV, etc., t. VII, p. *49); mais rien n'indique 
qu'il fût de provenance écossaise, comme les Barton de Montbas, ainsi présentés 
par M. Wyse. (Chapitre IV. De l'Origine des titres en France, p. 36.) Suivant Pal- 
liol, qui mentionne "Pierre Barton, abbé de Saint -Augustin de Limoges, de la 
famUle des vicomtes de Monbas en Poitou" (la vraye et parfaite Science des ar- 
moiries, p. 127, n° VIII), et selon la Chenaye- Desbois (Dictionn. de la nobl., t. Il, 
p. 2i), ils portaient d'azur au cerf gisant, ou à la reposée, d'or, ongle et ramé de 
même, au chef éehiquetté d'or et de gueules. Supports : deux sauvages portant 
une ceinture de sinople (N° LXX). — D'autres Barton existent à Bordeaux: mais 



N° LXX. — BARTON DE MONTBAS. 




l'est une branche cadette d'une famille nombreuse originaire du Lancasbire, d'où 
elle a passé en Irlande. Établie d'abord en Tipperary, elle a poussé des ramifica- 
tions jusque dans le comté de Kildare, dont fait partie Straflan, terre de la branche 
cadette. Armes : d'argent, à trois tètes de sanglier arrachées de gueules'; [devise : 
Quod ero spero; ancienne devise : Vis fortibus arma. (Burke, History of Ihe 
landed Gentry, etc., vol. I, p. 61. — A genealogical and heraldic Dictionary nf 
Ihe landed Gentry of Grcat Brilain and Ireland. London, 1858, in-8°, p. i:<, M.) 
Sur le cachet de la maison de Bordeaux, le centre de l'écu est occupé par une 
rose, et la devise est : Fide et fortttudine. — A ma connaissance, la vieille famille 
écossaise de Barton n'a plus d'autre représentant, dans la Grande- Bretagne, que 
M. Stedman, de Balh. Quant à l'autre famille dont nous avons parlé, on trouve 
Alexandre-Jacques de Barton de Montbas, né le 17 mars 1769, au diocèse de Li- 
moges, nommé parmi les gentilshommes qui ont fait leurs preuves pour le service 
militaire, dans le Nobiliaire universel de France de M. de Saint-Allais, t. XI, p. 16. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 311 

de Bayonne, de Saint-Jcan-de-Luz et de Ciboure. "Toutes les 
oefs d'Angleterre, Escosse ou Irlande, dit Antoine de Conilans, 
sont semblables aux nôtres, et la plupart sont faictcs par deçà 
ou en Bisquaye 1 ." Nous ne savons à quelle époque on com- 
mcnça, de la Grande-Bretagne, à s'adresser à nos constructeurs, 
mais nous devons rappeler qu'au XIII e siècle l'Ecosse, au lieu de 
Élire de pareilles commandes à la France, en recevait plutôt 2 . 

Dans le cours de l'automne 1505, Charles d'Egmont, duc de 
Gueldres, qui éprouvait beaucoup de difficulté à se maintenir 
contre les injustes entreprises de l'empereur Maximilien, dépêcha 
son secrétaire en ambassade auprès du roi d'Ecosse, pour lui 
demander son intervention et son assistance. Cet appel fut en- 
tendu 3 . Jacques traita avec distinction l'envoyé du duc et dé- 
pêcha à celui-ci une ambassade, qui, en passant par la France, 
s'arrêta à la cour de Louis XII et s'assura de l'appui de ce prince 
en faveur de son maître 4 . 

A la cour de ce dernier il y avait alors un Français que le 
monarque écossais avait accueilli avec faveur et placé dans une 
position élevée, mais non au-dessus de son mérite. A en croire 
Jacques IV, Jean Caupène présentait toutes les qualités requises 
chez un. chevalier accompli : bravoure, intelligence, expérience 
militaire, rien ne lui manquait. Ayant quelques affaires à régler 
en France, et prenant en main la cause de son frère nommé abbé 
et troublé dans la possession de son bénéfice, il demanda au 
roi d'Ecosse et obtint des lettres de recommandation auprès de 
Louis XII. Au milieu du récit de ce qui est personnel à Jean 
Caupène, Jacques déclare que s'il l'a élevé, c'est à cause de son 



1 Ms. de la Bibl. imp. n° 7168 3- A 3 -, folio 3 recto. Cf. les Manuscrits françois de 
la liililiolhèque du Roi, etc., t. V, p. 446. 

; ' Voyez ci-dessus, ch. I, p. 33. 

3 Account s offhe Lord lïigh Treasurer ofScotlnndj 1503, Sept. fi. 

1 Ibid., 1506, July fi and 8. — Epistolœ.. regum Scotorum, etc., vol. I, p. 21, 
30, 34. 



3U3 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

maître; "car, dit-il à celui-ci, l'alliance constante qui existe 
entre nous exige un échange des plus grandes faveurs, et si, 
fidèle observateur de cette obligation, vous soutenez les Écossais 
dans une position élevée comme par le passé, en revanche nous 
cherchons à être utiles à Votre Majesté." Cette lettre est datée 
de Stirling des calendes d'octobre, Tan de N.-S. 1505 1 . 

Bientôt après, ayant eu un fils, Jacques envoya un nouveau 
messager à Louis XII, aussi bien qu'aux rois d'Angleterre, d'Es- 
pagne et de Portugal, pour les informer de cet événement. En 
ce moment une ambassade du pape Jules II arrivait à la cour 
d'Ecosse. Alarmé de l'accroissement de la puissance française en 
Italie, ce pontife s'était coalisé avec l'empereur Maximilien et 
les Vénitiens pour faire échec aux armes de Louis XII ; en même 
temps il tentait de détacher le monarque écossais de son ancien 
allié. Mais ses efforts furent vains. Jacques reçut respectueuse- 
ment l'ambassadeur du Saint-Siège, il accepta avec reconnais- 
sance le chapeau consacré et l'épée qu'il lui présenta ; mais il 
découvrit la finesse politique du belliqueux Jules, et resta iné- 
branlable dans son alliance avec la France. Bien mieux, l'am- 
bassadeur avait à peine quitté la cour d'Ecosse, que Jacques 
proposait à Louis XII de lui envoyer, pour le servir en Italie, 
les uns disent quatre mille auxiliaires 2 , les autres "dix ou vingt 
mille combatans, et plus grand nombre, si besoin estoit 3 ; " offre 



1 Epislolœ Jacobi Quarti, etc., vol. I, p. 1, 2. 

2 Suivant le rapport de Robert, évoque postulé de Ross, porteur de lettres de 
Louis XII datées de Rriançon, le 10 juillet, et rendues à Édinburgh le 28, ce prince 
avait fait à son allié la demande d'un secours de quatre mille fantassins à Gènes 
ou à Savonne. Le monarque écossais, après avoir informé ce prince qu'il lui a déjà 
envoyé plus d'un auxiliaire (auxiHarium militem jam misisse plurimum) , élève 
des difficultés contre l'expédition qui lui est demandée; mais si Louis veut bien 
indiquer le nombre d'hommes dont il a besoin, et le port d'Ecosse où il lui con- 
vient de les envoyer chercher par sa flotte, Jacques est prêt à lui complaire. (Epis- 
tolœ Jacobi Quarti, etc., vol. I, p. 83, n" XLIV.) 

3 Claude de Seyssel, Histoire de Loiv;s XII, etc. A Paris, M.DC.XV., in-4", p. 1 12. 
Auparavant, parlant des souverains avec lesquels Louis XII avait bonne aniilié et 



L 1 : s FRANÇAIS EH ECOSSE. 313 

également faite par le roi de Danemark et que les progrès ra- 
pides <lc Louis XII empêchèrent d'accepter 1 . En retour, il fit 
présent en 1509 à son allié d'Ecosse de deux grands vaisseaux 
chargés d'armes et de machines de guerre 2 . 

De son côté Jacques IV, impatient d'avoir une flotte pour la 
défense de son royaume, avait imprimé la plus grande activité 
à ses chantiers, à ses arsenaux, et faisait construire des bâti- 
ments, soit pour son compte, soit pour celui de son allié. N'ayant 
pas suffisamment de bois en Ecosse, il envoya des agents pour 
en acheter en France 3 et pour y recruter des charpentiers ; mais 
leur mission rencontra des obstacles : on mit opposition aux 
marchés, et on fit mine de vouloir confisquer la marchandise 
comme étant prohibée à l'exportation. Plainte ayant été portée 
à Jacques IV, ce prince en fit écrire à Louis XII, qui mit fin à 
toutes ces tracasseries et donna ordre de laisser les Écossais 
acheter ce qu'ils voudraient. Il écrivit alors au monarque fran- 



alliance, " Il y ha, dit-il, le roy d'Escosse Jacques, qui est tres-puissant, et plus de 
grand nombre d'hommes hardis et vaillans que de revenu. Avec laquelle nation 
les François ont si ancienne amitié et alliance, que de quatre cents archers qui 
sont commis à la garde du corps du roy, il y en a cent de ladicte nation qui sont 
les plus prochains de sa personne, et la nuict ont la clef du logis où il couche. Il 
en y ha au surplus cent lances entières et deux cents archers de ladicte nation, sans 
plusieurs qui sont séparez par les conipaignées. Et par sy long temps qu'ils ont 
servy en France, jamais ne s'est trouvé aucun d'eulx qui aye commis ne faict 
faulte contre les roys et leur Estât," etc. 

1 Epislolœ Jacobi Qvarti, etc., vol. I, p. 87, n° XLVII. Lettre du 20 septem- 
bre 1507. — Le 14 avril précédent, Jacques IV écrivait à Louis XII une lettre de 
recommandation en faveur d'Antonio de Initiatis, d'Alexandrie, habitant cette ville, 
sujette du roi de France. (Ibid., t. II, p. 80, 81. Cf. p. 82, 83.) 

2 Joann. Lesl., de Rébus geslis Scotorum, lib. VIII, p. 338. — Tytler dit au con- 
traire que ce fut le roi d'Ecosse qui fit présent à Louis XII de deux grands vais- 
seaux complètement armés. (Ilist. ofSeoll., vol. V, Edinburgh, MDCCCXXXI, p. H.) 
Ce passage semble avoir disparu dans la troisième édition. 

3 Dans le siècle précédent, nous voyons pareillement l'Ecosse demandant du 
bois de construction à l'étranger; mais ce n'était pas à la France. Dans les Rotuli 
ScotifP, vol. II, p. 178, col. 2 (7 Henr. III I, A. D. 1406), on trouve un sauf-conduit 
du roi d'Angleterre pour deux navires allant en Prusse chercher du bois destiné à 
nue église bâtie par l'évèque Henry. Cf. Keith, an hisl. Cala]. nflheScnlt. liishops, 

B 38, tint. 



314 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

çais une nouvelle lettre dans laquelle, après avoir rappelé ce que 
Ton vient de lire et remercié la haute intervention de son allié, 
il met à sa disposition et la flotte en construction et les forces 
de l'Ecosse où le roi de France voudra, ajoutant que celui-ci ne 
trouvera personne plus empressé à lui faire plaisir et honneur 1 . 
A quelque temps de là, il dépêcha l'archevêque de Saint-André 
et le comte d'Arran à la cour de France pour obtenir certains 
privilèges relativement aux rapports commerciaux entre les deux 
nations, et pour s'entendre sur la politique à suivre, dans leur 
intérêt commun, en ce qui touchait les affaires compliquées de 
fltalie. Les brillants succès des Vénitiens contre les armes de 
Maximilien avaient alarmé la jalousie de Louis XII et fait naître 
chez lui une inactivité qui avait dégénéré en une rupture totale, 
pendant que la paix conclue entre l'empereur et le duc de Guel- 
dres, Tallié et le parent de Jacques, formait, comme on sait, la 
base de la ligue de Cambrai, qui réunit contre la simple répu- 
blique de Venise les forces, en apparence irrésistibles, du pape, 
de l'empereur, des rois de France et d'Espagne. Dans le but 
sans doute d'engager Jacques IV à entrer dans cette formidable 
coalition, Louis XII envoya le vieux maréchal d'Aubigny à la 
cour d'Ecosse , avec Jean Sellât, ou Sala, maître des requêtes 
ordinaire de l'hôtel 2 ; et le monarque, qui aimait le premier de 
ces ambassadeurs pour sa naissance autant qu'il le vénérait pour 
sa réputation militaire, qui même, à ce qu'il paraît, l'avait de- 
mandé à Louis XII 3 , le reçut avec distinction. Des tournois 



1 Epistolœ Jacobi Quarti, etc., vol. I, p. 39, 40, n° XVII. — Cette lettre est datés 
d'Édinburgh, des ifles d'août, l'an de J.-C. 1506. 

2 " Vicesinia prima Marcii antedicti, Gallie oratores, dominusvidelicetd'Awbeny 
ot alter, supplicationum régie dormis magister, octoginta equis egregie comitati, 
urbera ingressi sunt, Scoeiam petituri." (Narralio historien de gestis Benrid \ II, 
«RM i.ï rcijni sut, per Bernardum Andream Tholosalem. Cotton. Mss. Julius, 
A. III, folio 33 verso.) — Lesl., de Reb. geslis Scot., lib. VIII, p. 333. — Episl. 
Jac. IV, etr., vol. I, p. 71, ri" XXXIV. Cf. n" XXXVI, p. 73, 74, et il» LXVIII, p. 115. 

3 Bpist. Jac. IV, etc., p. 76, n" XXXIX. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 315 

furent donnés à L'occasion de son arrivée, que la poésie s'était 
empressée de célébrer 1 ; le roi lui assigna la place d'honneur à 
sa laide, en un mot rien ne fut négligé pour lui témoigner le 
cas que Ton faisait de sa personne. Le maréchal avait visité 
PÉcosse vingt-cinq ans auparavant en qualité d'ambassadeur de 
Charles VIII auprès de Jacques III, et c'était sous ses auspices 
que l'alliance entre les deux pays avait été solennellement re- 
nouvelée. Maintenant, plein d'honneur et d'années, il revenait à 
la terre où reposaient les cendres de ses ancêtres; mais c'était 
pour y mêler les siennes, car il tomba malade presque immé- 
diatement après son arrivée, et mourut à Corstorphine 2 . 

En l'envoyant en ambassade, Louis XII avait encore pour but 
de consulter avec Jacques IV relativement au mariage de sa 
fille aînée, promise à Charles, roi de Castille, alors âgé de huit 
ans seulement. Elle était également recherchée par François de 
Valois, dauphin de France, et Louis déclara qu'il ne pouvait 
décider une question aussi importante sans la soumettre à ses 
alliés, dont, à son estime, l'Ecosse était le plus ancien, le plus 
dévoué. Jacques répondit, sans doute par maître Gawin Douglas 
et Antoine de la Bastie, qui devait lui servir d'interprète 3 , que 
puisque son frère de France lui avait fait l'honneur de lui de- 
mander son avis, il le donnerait franchement. Suivant lui, la 
princesse devait se marier dans le royaume paternel, et s'allier 
plutôt avec l'héritier présomptif de la couronne qu'avec un prince 

1 Welcum to Bernard Stewart, dans the Poems of William Dunbar, t. 1, p. 129; 
t. II, p. 311. * 

2 Lesl., de Rébus geslis Scolorum, etc., liv. VIII, p. 334; Bann. Ed., p. 77. — 
Dunbar écrivit à cette occasion une élégie qui se trouve parmi ses oeuvres, t. I, 
p. 133. Voyez encore t. II, p. 313. 

3 Epistolœ Jacoli Quarti, etc., vol. I, p. 70, 71, n° XXXI. Le roi y appelle le 
premier de ses ambassadeurs : "Consiliarium consilii nostri grypharium, rotulo- 
rum et registri directorem... priniarium metropolis S. Andrée arebidiaconum, et 
insi^iiis ecclesiœ Moraviensis decanum." — Un peu plus loin, n° XXVI, p. 73, 74, 
se trouve une lettre de recommandation pour les mêmes ambassadeurs auprès ilu 
cardinal d'Amboisc. 



316 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

étranger, dont le mariage avec une fille de France pourrait don- 
ner naissance à des prétentions plus ou moins spécieuses, mais 
inquiétantes pour l'indépendance et l'intégrité du royaume. Cet 
avis satisfit Louis XII, d'autant plus qu'il s'accordait avec le 
parti qu'il avait adopté. 

A la suite de cette grave consultation, Jacques IV se délassa 
du souci des affaires en donnant l'une de ces fêtes qu'il aimait 
avec passion. Un magnifique tournoi eut lieu à Édinburgh; le 
roi y parut dans le rôle du Chevalier Sauvage, au milieu d'une 
troupe de compagnons féroces déguisés comme lui, et messire 
Antoine d'Arces de la Bastie, encore à la cour, avec nombre des 
nobles français venus à la suite du maréchal d'Aubigny, joua un 
r oie dans la représentation d'Arthur et des chevaliers de la Table- 
Ronde. "Le roi, dit Lesley que nous résumons, curieux de mon- 
trer son courage et son merveilleux mérite comme fantassin et 
comme cavalier, avait organisé ce jeu en l'honneur d'un prince 
qu'il imitait de préférence à tous les héros de l'antiquité, et au- 
quel il tenait singulièrement à être comparé. Sous ce costume 
du Chevalier Sauvage, il montra dans plusieurs joutes, en ter- 
rassant ses rivaux français et écossais, quelle était sa vigueur et 
son courage dans les combats 1 ." Mais l'admiration de nos com- 
patriotes n'eut plus de bornes quand les compagnons du roi, 
robustes montagnards, se mirent à combattre sérieusement avec 
le bouclier et l'épée à deux mains, au son de leurs cornemuses : 
"Anglais et Français, ditDrummond de Hawthornden, n'avaient 
jamais v» des hommes aussi ambitieux de blessures, aussi pro- 
digues de leur sang pour s'amuser 2 ." 

Les négociations actives et l'intimité de la France avec la 
cour d'Ecosse semblent à cette époque avoir éveillé la jalousie 
de Henry VII. Il ne fallait pas, en effet, beaucoup de finesse à 

1 Lcsl., de Rébus gcstis Scolorum, etc., lili. VIII, p. 88*. 
* The Ilislory ofScolland, etc. London, 1C81, in-8°, p. W2. 



I.KS FIANÇAIS EN I'.c.ossk. 317 

ce prince cauteleux pour deviner la dissolution probable de la 
ligue de Cambrai, événement qui lui faisait appréhender peut- 
ètre le retour de l'ancienne inimitié de la France et une rupture 
possible avec Jacques IV. Ses soupçons se manifestèrent par 
L'arrestation de James, comte d'Arran, et de son frère, Sir Pa- 
trick Hamilton, qui avaient passé par l'Angleterre à la cour de 
Louis XII, à l'insu de Henry VII, et rentraient en Ecosse. Dans 
le comté de Kent ils furent rencontrés par Waughan, agent de 
l'Angleterre; ayant refusé de jurer d'observer la paix avec ce 
l>a\s. ils furent retenus et mis en prison. Pour expliquer et 
justifier sa conduite, Henry dépêcha le docteur West au roi 
d'Ecosse, qui ressentait vivement cette atteinte à la liberté de 
ses sujets et les approuvait de n'avoir pas voulu prêter serment. 
Il refusa l'entrevue proposée par son beau-père, insista pour la 
mise en liberté du comte d'Arran, et consentit, à ces condi- 
tions, à ne pas renouveler, pour le moment, l'alliance de l'Ecosse 
avec la France. Les prisonniers, néanmoins, ne furent point 
immédiatement élargis, et vraisemblablement, par suite de ce 
retard, Jacques se considéra comme dégagé de sa promesse. 
Il renouvela donc, et confirma, d'abord le 16 mars 1511, puis 
le 10 juillet 1512, les vieux traités qui unissaient les deux cou- 
ronnes contre l'Angleterre 1 , et Louis XII envoya, sans doute 
à cette occasion, M. de la Motte comme son ambassadeur en 
Ecosse 2 . Il y arriva après un autre agent diplomatique, Pierre 
Cordier, docteur en décret, qui avait donné à Jacques IV con- 
naissance des articles du traité d'alliance conclu entre le roi 



1 Inventaire chronologique, etc., p. 56, 57. 

2 Maifland, Hislory of Scotland, etc., p. 715. — Dans l'une de ses lettres à 
Louis XII, Jacques IV lui annonce l'arrivée en Ecosse de noble homme le seigneur 
de la Mothe, se disant de retour d'un pèlerinage à Jérusalem et porteur d'un mes- 
sage du consul des Catalans pour le roi de France (Epistolœ Jacobi Quarti, etc., 
p. 77, n» XL) : est-ce le même, que ce prince aurait chargé plus tard de le repré- 
senter? — Voyez, sur l'ambassadeur de la Motte en Ecosse, Kllis, Original Loi- 
tris, etc., l~ l séries, vol I, p. 69. 



318 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE, 

d'Espagne et la république de Venise contre l'empereur des Ro- 
mains élu et le roi très-chrétien 1 , et il y était encore en 1513*. 

De son côté, Jacques IV dépêcha à la cour de France Andrew 
Foreman, évoque de Moray 3 , qui n'y séjourna pas moins long- 
temps; il nommait aussi John Fleming et James Ogilvy ses com- 
missaires et ses procureurs pour recevoir de Louis XII des sub- 
sides et des armes 4 . En septembre 1513, quelques mois après la 
conclusion des trêves entre l'empereur Maximilien, Henry VIII, 
Ferdinand, roi d'Aragon, Charles, prince d'Espagne, d'une part, 
et de l'autre les rois de France et d'Ecosse, Louis XII, sur les 
représentations du prélat, auquel il. avait donné l'archevêché de 
Bourges, et sur celles de Robert Stuart, seigneur d'Aubigny, 
capitaine de la garde écossaise, rendait une ordonnance mé- 
morable. Considérant les grands services rendus à la France 
par l'Ecosse, principalement contre l'Angleterre, il exemptait à 
l'avenir les Écossais résidant en France de l'obligation où ils 
étaient de demander particulièrement des lettres de naturalité, 
leur accordant en masse le droit de tester, de succéder ab in- 
testat et de tenir des bénéfices comme s'ils étaient français 3 . 

En favorisant des étrangers d'une manière aussi éclatante, 
Louis XII songeait moins à récompenser des services passés qu'à 
s'assurer d'un concours prochain. Pour atteindre ce but, Anne 
de Bretagne imagina un moyen singulier, mais d'un effet en- 
core plus immanquable que les intrigues de l'évêque de Moray ou 

1 Epistolœ... regum Scotorum, etc., vol. I, p. 129. (Epist. LXXXI Joanni Dante 
reg'i, Ediri. 1511.) 

- Maitland, History of Scotland, etc, p. 755. — Patrick Abercromby, the mar- 
tial Atchievements of the Scots Nation, etc. Eriinburgli, MDCCXI-XV, in-folio, 
vol. II, b. II, p. 526. 

3 Epistolœ... regum Scotorum, vol. I, p. 126-128. 

4 M. Mairiment a publié les lettres -patentes rie Jacques V dans ses Analrcla 
Scotica, etc., n" XVI; vol. I, p. 41, 42. 

5 Inventaire chronologique, etc., p. 57, 58. — Ces lettres sont publiées in extenso 
rians le Mémoire de l'Alliance entre la France cl l'Ecosse, etc., p. 30-37; el dans 
les Lettres historiques, etc., p. 257-268. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 311» 

que les négociations de M. de la Motte. Connaissant la tournure 
chevaleresque du caractère de Jacques IV, elle lui adressa une 
épître amoureuse, dans laquelle elle lui prodiguait les noms les 
plus tendres, et lui représentait qu'elle avait eu beaucoup à 
souffrir pour avoir voulu défendre l'honneur de son chevalier. 
Elle terminait en exprimant l'espérance d'obtenir en retour sa 
royale protection dans la nécessité où elle se trouvait, c'est-à- 
dire qu'il lèverait une armée, et, pour l'amour de sa dame, 
avancerait de trois pas sur le territoire anglais. A cet effet, elle 
lui envoyait une bague sortant de son doigt, avec 15,000 cou- 
ronnes, monnaie de France 1 . 

L'élection d'Andrew Foreman, dont nous avons fait mention 
en passant, ne se fit pas sans difficulté; ce fut, comme on dit, 
une affaire d'État, et, à ce titre, elle mérite de nous arrêter quel- 
ques instants. 

Au milieu des guerres d'Italie, le pape Jules II, après avoir 
déserté la ligue de Cambrai, s'efforçait d'en détacher l'empereur 
Maximilien, pour l'entraîner dans une nouvelle ligue contre 
Louis XII. Il avait attiré à Rome Mathieu Lang, évêque de Gurtz 
ou Goritz en Illyrie, et secrétaire de l'empereur; en lui mon- 
trant en perspective le chapeau de cardinal, il voulait agir par 
lui sur son maître. De son côté, le roi de France offrait au 
prélat un siège dans ses états : les intrigues se croisaient, toutes 
les séductions étaient mises en jeu. 

C'est alors que l'archevêché de Bourges devint vacant. D'abord, 
les chanoines portèrent leurs suffrages sur Guillaume de Meny- 
peny, frère du sire de Concressault et abbé de Saint-Satur. 
Louis XII s'y opposa, et présenta au choix du chapitre Christophe 



1 Rob. Lindsay of Pitscottie, the Cronirles nf Scolland, ct\. Dalyell, Editt- 
burgb, 1814, ia-8", vol. I, i>. 363. — Buchanan, Rerum Scoticarum Historia, etc. 
Edimburgi, M.D.IAXXII., in-folio, lib. XIII, folio 149 recto. — Pinkerton, Ihe 
Eistory of Scolland, vol. II, p. 87, etc. 



3*20 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

de Brillac, évoque d'Orléans; mais, malgré tous ses efforts, il 
ne put obtenir qu'une prorogation. Ce fut heureux; car le ternie 
fixé n'était pas arrivé, que les choses avaient changé de face. 
Le roi apprit que Matthieu Lang prêtait l'oreille aux propositions 
qui lui avaient été faites en son nom ; il reçut une lettre de 
Maximilien lui-même en faveur de son secrétaire, et il s'em- 
pressa d'écrire au chapitre par un de ses chambellans et conseil- 
lers ordinaires 1 . Toute résistance tomba devant de si puissantes 
sollicitations, et le 7 mai 4512, l'évêque de Goritz fut postulé 
par la voie du Saint-Esprit comme futur archevêque. Tout-à-coup 
un nouveau changement s'opéra. La mort du duc de Nemours 
à la bataille de Ravenne avait entraîné la perte du Milanais, et 
Maximilien, passant du côté de la fortune, s'était hâté de con- 
clure une trêve avec les Vénitiens. Louis XII fut alors aussi em- 
pressé à empêcher la promotion de Mathieu Lang qu'il avait mis 
d'insistance à la solliciter ; mais le chapitre refusa longtemps de 
se prêter à des évolutions si rapides. Enfin, le 7 juin 1513, le 
roi prie le chapitre de postuler, au lieu de l'évêque de Goritz, 
au lieu du conseiller de Maximilien, un autre étranger, l'ambas- 
sadeur de Jacques IV roi d'Ecosse, Andrew Foreman, évêque de 
Moray. La reine Anne de Bretagne, par une lettre du 25 juin, 
joint ses instances aux siennes. 

Louis XII écrit de nouveau le 7 août : " Chers et bien amez, 
nous vous avons escript le vouloir et désir que nous avons à ce 
que nostre très-chier et grand amy révérend père l'evesque de 



1 Cette lettre, comme tous ces détails et ceux qui suivent, puisés par M. Raynal 
dans les Archives du Cher, se trouve dans son Histoire du Berry, liv. VIII, eh. II ; 
Bourges, M DCCC XLV-XLVII, in-8°, t. III, p. 256-262. Ce qu'on lit dans le 
Patriarch. Bituricens., ch. XCI (Labbe, Bibliotheca nova rnss. Hbrorum, t. II, 
p. 143), et dans le Gallia Christiana, t. II, p. 93, 94, est inexact ou incomplet. 
Par exemple, comprend-on que les auteurs de cette dernière compilation (t. I, 
col. 188, E) se soient trompés au point de placer Guillaume de Menypeny plus de 
deux cents ans plus tôt sur la liste des abbés de Saint-Satur, c'est-à-dire avant 
l'an 1287? Passe encore d'avoir écrit Concressant pour Conoessnult. 



I.KS FRANÇAIS ES ECOSSE, 321 

Ifoitay, ambassadeur devers nous de nostre trôs-chier et très- 
amé l'rere, cousin et bon allié le roy d'Escosse, soit et demeure 
vostre arcevesque et pasteur paisible.... Et... afin que vous en- 
tendez encore mieux l'obligation que avons aud. roy d'Escosse, 
et pareillement aud. evesque de Morray, par le moyen duquel et 
de sa conduite et bon office qu'il a fait envers led. roy d'Escosse, 
iceluy roy d'Escosse s'est ouvertement déclaré vouloir tenir nos- 
tre party et faire la guerre actuellement contre le roy d'Angle- 
terre, nostre ancien ennemy, nous envoions à nos amez et 
feaulx conseillers l'evesque d'Engoulesme, le sieur d'Aussonvil- 
liers, nostre chambellan ordinaire, et M e Jehan Salât, maistre 
des requestes ordinaire de nostre hostel, le double des lectres 
que led. roy d'Escosse nous a escriptes, et aussy de la défiance 
qu'il a faite aud. roy d'Angleterre, pour le tout vous monstrer 
et faire entendre.... 

" Pourquoy de rechief vous prions le tout bien considérer et 
tellement vous conduire en ceste affaire que chacun puisse con- 
noistre que nous sommes prince de vérité et de promesse, et 
que ne voulons estre ingrat envers ceux qui nous font service. 
En quoy faisant vous mectrez vostre esglise en paix et repos, et 
obvierez à tout brouillis et procez qui y pourroit survenir; et 
nous sera singulier plaisir et contentement, dont nous aurons 
les affaires de vostre esglise toujours de bien en mieux pour 
singulièrement recommandées.... Donné à Beauvais, le vn e jour 
d'aoust." 

Jacques IV, comme le fait remarquer M. Raynal, que je copie 
ou que j'abrège, avait cédé en effet aux conseils d'Andrew Fore*- 
man : le 16 juin 15 lo, il avait déclaré la guerre à Henry VIII. 
Il franchit, le 22 août, la frontière d'Ecosse; puis quinze jours 
après, le 9 septembre, il fut tué sur le champ de bataille de 
Flodden. Telle était la funeste résolution dont l'évoque de Mo- 
iay avait été l'un des instigateurs; tel était le service que vou- 

Vul. I. 21 



322 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

lait récompenser Louis XII. Le chapitre, cette fois, refusa de se 
soumettre; il s'abstint de procéder à une- élection nouvelle. 

Léon X venait de s'asseoir dans la chaire de Saint-Pierre; il 
était prêt à faire bon marché des anciens privilèges et de Tin- 
dépendance si menacée des églises. Louis XII obtint de lui des 
bulles qui, malgré le silence du chapitre, conféraient à Andrew 
Foreman le titre d'archevêque de Bourges; il lui envoyait même 
le pallium. Aussitôt on fit prêter au prélat écossais le serment 
de fidélité au roi de France; le pallium lui fut remis parle 
chancelier Etienne Poncher, évoque de Paris. 

Mais tant que les chanoines persisteraient dans leur refus de 
consentir au moins à un simulacre d'élection, le roi comprenait 
qu'il y avait là un dangereux scandale. Irrité d'une aussi longue 
résistance, il écrivit au mois de septembre : " Chiers et bien 
amez, nous ne nous pouvons assez esmerveiller du refus, dissi- 
mulations et dilations par vous faictes de obtempérer aux très- 
justes, honnestes et raisonnables requestes et remonstrances que 
plusieurs fois vous avons par nos lectres faictes, et par nos offi- 
ciers et bons personnaiges à ce par nous députés faict faire, à 
ce que eussiez à postuler en vostre arcevesque nostre très-chier 
et grand amy l'evesque de Morray... ou de remettre tout le né- 
goce à nostre saint père le pape; et n'avons cause de nous louer 
et contenter de vous. Et pour ce que nostre saint père le pape, 
à nostre requeste, a pourveu dud. arcevesché led. evesque de 
Morray, lequel, en ensuivant lad. provision, nous avons receu au 
serment de fidélité, et par nostre amé et féal conseiller l'evesque 
de Paris luy a esté baillé le pallium, nous desirons qu'il de- 
meure paisible possesseur dud. arcevesché, et pour ce faire som- 
mes délibéré luy tenir la main et faire ce qui sera requis. 

" A ceste cause, nous avons bien voulu vous escrire et adver- 
tir, vous priant et mandant que vous veuillez du tout remettre 
le négoce de lad. élection, ou postulation, à nostre saint père le 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 323 

pape et à ce qui par Sa Sainteté en a esté faict à nostre requeste, 
comme dit est, en recevant led. evesque de Morray en vostre 
trcevesque et vrai pasteur, et le laissant jouir paisiblement dud. 
arcevesché, ainsy que par les bulles et bref de nostred. saint 
père à vous adressans est mandé, et qu'il ne soit besoin de vous 
60 cscrire autrement. Et soyez seurs que si vous luy mettez 
quelques brouillis ou empeschemens, nous y pourvoirons en 
sorte que son droit luy soit gardé, et ne vous reputerons bons 
et obeissans subjects, veu le bon et grand service que led. eves- 
que de Morray nous a faict et à nostre royaume, ainsy que vous 
diront plus amplement de par nous nostre amé et féal conseiller 
le sieur de Vastan, bailly de Berry, et nos amez et feaulx con- 
seillers maistre Jehan Salât 1 , maistre des requestes ordinaire 
de nostre hostel, et maistre Roger Barme, nostre advocat en 
nostre cour de parlement, et lesquels vous croirez comme nous- 
mesme. — Donné à Amiens, le xm e jour de septembre." 

Deux jours après, le 16 septembre, Andrew Foreman envoyait 
à Bourges son neveu, accompagné d'un docteur en théologie; 
et plus habile, à ce qu'il paraît, en français qu'en latin 2 , il écri- 
vait aux chanoines dans notre langue pour les exhorter à obéir 
au roi, protestant d'ailleurs " que de sa part ils n'auroient ja- 
mais cause d'cstre mal contens de luy, si l'occasion ne venoit 
d'eux." Et il signait : " Yostre frère et amy, à jamais, s'il vous 
plaist. — ANDRÉ, arcevesque de Bourges et evesque de Mor- 
ray; " car il paraît qu'il entendait bien conserver les deux titres 
et en cumuler les profits. 

Le chapitre enfin se résigna devant les volontés coalisées du 
pape et du roi. Cependant, le 1 er octobre, il fit dresser une pro- 
testation contenant que, s'il consentait à la postulation d'Andrew 



1 Voyez, sur ce personnage, ci-dessus, p. 314 et 321. 

2 Piscottie rapporte une plaisante anecdote qui justifie pleinement ce qu'il dit 
nu début, que l'archevêque n'était guère savant et ne possédait pas bien le latin. 



324 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Foreman, ce n'était que par la force et par la crainte que lui 
inspiraient les menaces de Louis XII. Puis il postula l'évoque de 
Moray; seulement, trois chanoines avaient refusé d'assister à 
la réunion capitulaire. 

Le roi écrivit d'Amiens, le 9 octobre, une lettre de remercie- 
ment : "Vray est, ajoutait-il, que nous n'avons cause de nous 
contenter des trois chanoines qui ne s'y sont voulus trouver ; et 
si en quelque endroict ils ont affaire de nous, cognoistront que 
leur absence ne leur profitera gueres." 

Le nouveau prélat fit à Bourges son entrée solennelle le 1 3 no- 
vembre; et il semble, d'après les lettres qu'il écrivit ensuite au 
chapitre, qu'il n'eut qu'à se louer de son accueil; mais il ne 
garda pas longtemps l'archevêché de Bourges : cette haute di- 
gnité fut l'année suivante l'objet de stipulations non moins 
étranges que celles qui précèdent, et ce fut à la condition qu'on 
l'assurerait au cardinal Cibo, son neveu, que Léon X consentit 
à nommer Foreman à l'archevêché de Saint-André en Ecosse 1 . 

Compatriote et contemporain de ce prélat, maître David 
Cranston, qui, après avoir fait partie des écoliers pauvres du col- 
lège de Montaigu, à Paris, était devenu régent des riches, laissa 
aux premiers, par son testament fait en 1512, tout ce qu'il 
avait gagné pendant sa régence. A cette somme, qui s'élevait 



1 Un célèbre avocat du XVII e siècle assure que rr son successeur aussi Escossois 
nommé Cockburnc a tenu longuement le mesme archevesché, et encore a esté doyen 
de Clery :" on ne trouve rien, dans le Gallia Christiana, qui vienne à l'appui de 
la première de ces deux assertions. Quant à la seconde, le texte est ici tellement 
ambigu, qu'il est difficile de démêler si elle se rapporte à ce Cockburn ou à " David 
de Rethune, archevesque de S. André, cardinal, evesque de Mi repois. ' Le même 
orateur prend de là occasion de rappeler que Jacques, neveu de ce prélat et arche- 
vêque de Glasgow comme lui, fut abbé de Lassay en Poitou, après David Panier, 
évèque de Ross. (Actions notables et plaidoyez de messire Louis Servin, etc. 
A Paris, M. DC.XXXX., in-folio, p. 195, col. 1.) C'est ce que veut dire l'auteur dos 
Lettres historiques, etc., p. 232, quand il rapporte que ces deux prélats " furent 
successivement abbés de Paislie." — Pour se faire une idée du grand nombre 
d'Ecossais répandus en France en qualité de prieurs, de chanoines, de curés <>l de 
bénéficier», il faut recourir aux Misccllanea Scotica, etc., vol. IV, p. 19. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 3^) 

à 450 livres, vint s'ajouter plus tard celle de 50 livres de revenu 
annuel, également léguée aux Capettes par John Stuart, régent 
de la même maison et président des enfants riches, à la condi- 
tion de participer aux oraisons et prières de la communauté 
des pauvres, d'être inséré au catalogue des bienfaiteurs, et 
d'avoir un anniversaire perpétuel le jour de son décès, qui fut 
le 6 mai 1581 K 



1 Jacques du Breul, le Théâtre des Antiquitez de Paris, elc. A Paris, M.DC.XII., 
in-4°, liv. II, p. 679-681. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 32? 



CHAPITRE XL 



La guerre recommence entre la France et l'Angleterre ; la flotte écossaise vient se joindre à la notre. — Vais- 
seaux dont se composait ce secours; chefs qui le commandaient; triste début et sort probable de l'escadre 
écossaise. — L'écuyer Meldrum en France. — Exploits sur mer de l'ambassadeur français de la Motte ; sa 
mort à la bataille de Flodden. — Charlatan français à la cour de Jacques IV. — Tournoi donné à Stirling 
en l'honneur de la Dame Noire ; messire Antoine d'Arces de la Bastie vient de France, avec une suite nom- 
breuse, pour y prendre part ; usage d'une étoffe française en Ecosse. — Rappel du duc d'Albany ; le chevalier 
de la Bastie, l'évêque de Ross et le comte d'Arran le précèdent en Ecosse ; demande de secours à la France ; 
les Ecossais n'obtiennent que des promesses. — Conclusion de la paix entre la France et l'Angleterre; 
l'Ecosse y est comprise. — Situation respective des partis français et anglais dans ce pays. — Remise du 
château de Dunbar au chevalier de la Bastie. — Ambassade en Ecosse de la Balye et de Macé de Ville- 
bresme ; retour du duc d'Albany ; il s'aliène les Ecossais par son dévouement aveugle à la France , ambas- 
sade de Jean de Plains — Nomination du chevalier de la Bastie au poste de gardien des marches de l'Est. 
— Renouvellement, en 1 51 5, de l'alliance entre les deux couronnes — Ambassade de François de Bordeaux, 
sieur de la Poissonnière; refroidissement de François I" à l'égard de ses anciens alliés; le régent songe 
à repasser en France. — Opposition du parlement d'Ecosse; il finit par céder, et le duc d'Albany s'em- 
barque; personnages de marque qui le précèdent et l'accompagnent: John Mair à Paris. 



Le moment était des plus opportuns pour s'attacher solide- 
ment les Écossais : la guerre venait d'être ouverte par Henry VIII 
en personne, et une armée anglaise, sous sa conduite, avait 
abordé en Picardie. Louis XII s'y rendit avec ses troupes et s'oc- 
cupa d'organiser la flotte qui devait les seconder. Il en confia 
le commandement à Louis de Rouville, grand veneur de France, 
par une commission donnée à Corbie, le 47 septembre 1517. 
On y lit : " Gomme pour courir sus à nos anciens ennemys les 
Angloys, lesquelz, comme il est notoire, sont pieça (il y a long- 
temps) descendus en nostre royaume à (avec) grosse et puis- 
sante armée, pillant et destruisant les anciennes places de nostre 
royaume, et s'efforcent encores faire, et pour iceulx nos enne- 
mys, avec leurs adhérons et alliez, grever et endommager par 



328 LES ÉCOSSAIS EN FRANGE. 

la mer, nous eussions, dès le commancement de cette année, 
l'ait préparer, armer, advitailler et equipper plusieurs navires de 
noz pays de Normandie et de Bretagne, mais à l'occasion de ce 
qu'ilz n'estoient pas assez puissans en regard (comparaison) au 
grand nombre de navires que nosdiz ennemys avoient ne peu- 
rent faire gueres d'exploict (besogne) et les convint retirer en 
port jusques à présent, que nostre très-cber et très-amé frère, 
cousin et alyé le roy d'Escosse, en ensuivant l'amitié, confédé- 
ration et alliance qui est entre nous, a envoyé à nostre secours 
et ayde certain bon nombre de navires de sondit royaume, bien 
armez et equippez, pour se joindre avec le nostre (notre flotte) ; 
et à ceste cause avons fait préparer nostredit navire (flotte) de 
Normandie et de Bretaigne, et joindre ensemble, pour essayer 
de faire quelque bon exploict contre nosdiz ennemys 1 ," etc. Le 
23 septembre suivant, le roi rendit une ordonnance de paiement 
pour les frais d'armement de vaisseaux écossais et bretons des- 
tinés contre les Anglais. La flotte écossaise s'était réunie à Brest 
aux vaisseaux bretons; ils devaient venir ensemble à Honlleur 
pour se ravitailler et compléter leur équipement, puis, après 
avoir reçu trois mois de solde, se mettre en campagne contre 
l'ennemi 2 . 

La flotte écossaise dont il est question consistait en treize 
grands vaisseaux, sans compter dix plus petits et un navire 
de Lynn récemment capturé. En outre, il s'y trouvait le Gréai 
Michacl, galère à trente rames, et deux autres navires, la 
Maryaret et le James. Cette flotte était montée par trois mille 
hommes de troupes commandées par le comte d'Arran, sei- 
gneur d'une expérience bornée dans l'art de la guerre. L'ami- 
ral était Gordon de Letterfury 3 , fils du comte de Huntly; 



1 Inventaire chronologique, etc., p. 59, 60. 

! Ibid., p. C0. 

3 Joann. Lesl., de Rébus geslis Seolnrum, etc., lit» VIII, p. 3i3, 344. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 329 

malheureusement la supériorité du rang féodal et son titre de 
généralissime lui donnaient autorité aussi bien sur la flotte que 
sur Tannée, et cette circonstance entraîna avec elle de désas- 
treuses conséquences. On ne voit pas que les forces écossaises 
aient figuré à la journée des Éperons, en 1513. Quant à l'esca- 
dre, après un début déplorable sur la côte d'Irlande, elle cessa 
de faire parler d'elle, et bien peu des navires dont elle se com- 
posait revinrent en Ecosse; encore étaient-ils presque hors d'état 
de tenir la mer. Il est probable qu'après la défaite de Flodden, 
quelques-uns, et particulièrement le Great Michael, furent 
achetés par le gouvernement français 1 , tandis que les autres, 
armés en course par d'aventureux marchands, tels que les Bar- 
ton, disparurent de la scène. 

Parmi les Écossais qui montaient la flotte commandée par le 
comte d'Arran, se trouvait l'écuyer Meldrum, dont Sir David 
Lindsay a raconté les aventures dans notre pays et ailleurs. Né 
probablement en 1493, il avait vingt ans quand il commença à 
servir, ce qui empêche de s'arrêter à l'idée qu'il pourrait être 
l'archer James Meldron, en garnison à Milan en 1507 2 . D'Ir- 
lande, Meldrum passa à Calais, où se trouvait alors Henry YIII 3 , 
et il resta en France pendant tout le temps de la guerre. La paix 
ayant été conclue le 13 septembre 1514, et l'Ecosse s'y trouvant 
comprise, le brave écuyer, après maint fait d'armes, passa de 
Picardie en Normandie, où il resta quelque temps, parce que la 
flotte d'Ecosse était encore mouillée sur la côte 4 . Il se rendit 



1 Le Great Michael, avec ses mâts, machines et bombardes de fer, ses ancres et 
autres agrès, fut adjuge le 2 avril 1514, au Chàtelet de Paris, pour la somme 
de 40,000 francs tournois, payables en quatre ans par égales portions. (Epistolœ 
Jacobi Quarti, etc., vol. I, p. 214, 215.) 

2 Catal. de Courcellcs, titres originaux, etc., p. 13. 

3 The Historié of Squyer Meldrum (Ihepoetical Works ofSir David Lindsay, etc. 
London, 1806, in-12, vol. II, p. 254). 

4 Ibid., p. 2G7, 2G8. — L'éditeur, vol. I, p. 75, dit que notre écuyer visita Paris, 
où il fut admiré par les dames; nous ne trouvons rien de semblable dans le poëmc. 



330 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

ensuite à Amiens, où le roi Louis XII était alors avec une nom- 
breuse compagnie de diverses nations, entre autres avec un am- 
bassadeur d'Ecosse accompagné de plusieurs chevaliers de son 
pays 1 . Là, Meldrum fait merveille : "Il resta pendant un certain 
temps en France, dit Sir David Lindsay, pour son plaisir, très- 
estime, en grand honneur 2 . Les dames lui faisaient la cour, et 
les seigneurs l'invitaient à demeurer dans notre pays; mais, 
ajoute le poète, la jeunesse l'avait rendu insolent au point de ne 
vouloir rester en France. Il revint en Ecosse à l'âge de vingt- 
deux ans, et finit sa carrière aventureuse en 4517, sous les 
coups d'un assassin, soutenu par cinquante sicaires. Sa mort ne 
tarda pas à être vengée par le chevalier de la Bastie, lieutenant 
du duc d'Albany, qui se fit un honneur immortel par la vigueur 
et l'habileté avec lesquelles il poursuivit les assassins et s'en 
rendit maître 3 ." 

La mer, où le brave Meldrum avait fait ses premières armes, 
était alors un champ de bataille où les luttes se renouvelaient 
chaque jour. L'année précédente, l'ambassadeur français de la 
Motte, sans doute en route pour son poste, ayant rencontré une 
flotte de navires marchands anglais, en avait coulé trois et em- 
mené en triomphe sept à Leith. Il fut moins heureux à Flodden, 
où il assistait avec quelques officiers français. Il essaya d'arrêter 
les Highlanders, qui s'élançaient aveuglément sur les Anglais; 
mais les représentations et les coups furent inutiles, et les ter- 
ribles montagnards vinrent se briser contre les piques anglaises. 
On connaît le résultat de la bataille. De la Motte y perdit la vie, 

1 Thepoelical Works ofSir David Lindsay, etc., vol. II, p. 268. 

5 Ibid., p. 271. 

3 Ibid., vol. I, p. 76; vol. II, p. 299. — Lindsay de Pitscottie dit qu'enlevant Lady 
Gleneagies, fille de Lawson, prévôt d'Édinburgh, il fut attaqué et fort maltraité 
par Luke Stirling, laird de Keir, près de la chapelle d'Holyrood, mais qu'il vécut 
encore cinquante ans. ( TheHislory of Scotland, etc. Edinburgh, M, DCC, LXXVIII, 
in-8°, p. 201.) — Un autre Lindsay a donné une analyse de l'histoire de l'écuyer 
Meldrum. (The Lives ofthe Lindsays, etc., vol. I, p. 235.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 331 

avec le roi et la fleur de la noblesse d'Ecosse * ; et comme si elle 
n'eût pu survivre à son chevalier, Anne de Bretagne le suivit de 
près 2 . 

Drummond de Hawthornden, qui remarque cette coïncidence, 
n'hésite pas à mettre le désastre de Flodden sur le compte de 
cette princesse. A l'en croire, la reine d'Ecosse, cherchant à dé- 
tourner son mari de cette malheureuse expédition, lui aurait 
demandé si les lettres de la reine de France, une femme mariée 
en secondes noces, qu'il n'avait jamais vue ni ne verrait jamais, 
devaient avoir sur lui plus d'influence que les larmes de son 
épouse et les supplications de son peuple 3 . Ces lettres, si elles 
ont été écrites, n'ont pas été retrouvées; la seule correspondance 
connue entre Jacques IV et Anne de Bretagne se borne à une 
lettre de recommandation en faveur de deux ambassadeurs, pu- 
bliée parmi les dépêches de ce prince *. 

Porté en faveur de nos compatriotes, Jacques avait surtout 
une passion bien caractérisée pour les charlatans de toute sorte 
et s'en entourait volontiers. L'un des plus extraordinaires était 
un adepte français, qui prétendait posséder non-seulement une 
très-grande habileté comme médecin, mais d'autres secrets en- 
core plus attrayants et plus mystérieux. Il était alchimiste et 
persuada au crédule monarque qu'il avait trouvé ou qu'il était 
au moment de trouver la pierre philosophale. Il se donnait 
comme éminemment habile à découvrir les mines d'or et d'ar- 



1 Voyez, dans l'Histoire d'Ecosse de Pinkerton, vol. II, p. 456, le bulletin ori- 
ginal de la bataille conservé au Collège des Hérauts, à Londres. 

2 W. Drummond of Hawthornden, the History of Scotland, etc. London, 1681, 
in-8°, p. 232. 

3 IUd., p. 219.. 

4 Epistolœ Jacobi Quarti, etc., vol. I, p. 72, n<> XXXV, A. D. 1506. — Dans cette 
lettre, Jacques en rappelle d'autres, écrites par Anne et Louis XII en faveur d'un 
Écossais nommé de Turriclis, et promet d'avoir égard à la recommandation. On 
trouve plus loin, p. 74, 75, n° XXXVIII, une lettre semblable adressée d'Édinburgli, 
en 1507, par Jacques IV au chancelier de France, en faveur de George, lord Seton, 
qui avait, à ce qu'il paraît, une affaire pendante par-devant le parlement de Paris. 



332 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

gent ; et à l'occasion d'une ambassade partant de Stirling pour 
la cour de France, il eut l'assurance de déclarer qu'il avait cons- 
truit une paire d'ailes artificielles, à l'aide desquelles il se faisait 
fort de voler jusqu'à Paris, et d'arriver longtemps avant les am- 
bassadeurs. Il s'élança du mur du château de Stirling, dit l'évê- 
que Lesley; mais il ne tarda pas à tomber sur le sol et se cassa 
la cuisse, accident qu'il se hâta d'expliquer par la mauvaise qua- 
lité de certaines plumes employées à la construction des ailes 1 , 
et qui donna lieu aux vers satiriques de Dunbar intitulés : Off 
the fenycit Frcir of Timgland*. 

Le véritable nom de cet empirique, dont Lesley fait un Italien, 
était Jean Damiane, et il parut pour la première fois à la cour 
d'Ecosse en qualité de médecin français. Il gagna bientôt les 
bonnes grâces du roi par ses connaissances en chimie et ses pré- 
tentions extravagantes, de façon à vivre, lui et ses serviteurs, 
complètement, à ce qu'il paraît, aux frais de la royauté, et on 
le trouve commodément établi dans son laboratoire au palais, 
recevant de temps en temps diverses sommes d'or qu'il se faisait 
fort de multiplier. Cette occupation n'était pas cependant la 
seule de notre homme; après que les mystérieux travaux du 
jour avaient pris fin, maître Jean avait l'habitude de jouer aux 
cartes avec le souverain, procédé par lequel il faisait probable- 
ment passer l'argent du trésor royal dans sa bourse d'une façon 
aussi efficace que par ses manipulations chimiques. Du salpêtre, 
un soufflet, deux grands alambics, des mortiers de cuivre, du 
charbon et des vases nombreux, de forme, d'usages et de noms 
divers, sont mentionnés dans les comptes du trésorier qui se 



1 Lesl., de Rébus gestis Scolorum, etc., p. 331, A. D. 1507. — Cette anecdote en 
rappelle une autre rapportée par Ralph Sigden, dans son Polychronicon, liv. VI 
(Gale, Historiae Britannicae... Scriptores XV, vol. III, p. 284, A. D. 1065), et les 
études de Léonard de Vinci sur la possibilité de se soutenir dans l'air. (Libri, His- 
toire des sciences mathématiques en Italie, etc., t. III, p. 44, 215-218.) 

2 The Poems nf William Dunbar, vol. I, p. 39-44. Cf. vol. II, p. 237-241. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 3o3 

rapportent aux études de cet adepte étranger 1 . Il était si cher à 
son royal élève, qu'ayant à faire un voyage en France, il reçut 
de Jacques IV son propre cheval et 200 livres. 

A son retour à la cour d'Ecosse, il divertit le roi par une es- 
pèce de danse moresque qu'il avait importée de notre pays 2 . 
Quelque temps après, l'abbé de Tungland en Galloway étant 
décédé, Jacques, avec cette insouciante légèreté qui chez lui se 
mêlait si étrangement avec la superstition, nomma cet aventu- 
rier, moitié docteur, moitié alchimiste, moitié danseur de mo- 
resque, à la dignité vacante. Il fallait un calculateur, ce fut un 
danseur qui l'obtint. 

Suivant Lesley, ce fut en septembre 1507-8 que l'abbé se fit 
voir sous la forme d'un oiseau sur les remparts du château de 
Stirling, et que par les tendances basses des plumes de poule 
qu'il avait admises par inadvertance dans la construction de ses 
ailes, il fut porté par terre et se cassa la cuisse. Après sa gué- 
rison il obtint du roi, le 8 septembre 1508, la permission d'aller 
au dehors poursuivre ses études. La dernière trace que l'on re- 
trouve de ce charlatan est tout à fait dans son caractère. On le 
voit, le 29 mars 1513, recevant du roi la somme de 20 livres 
pour s'être transporté à la mine de Grawfurd-Moor, où Sa Ma- 
jesté comptait trouver de l'or. 

Jacques IV avait un goût plus bizarre peut-être encore que 
celui des charlatans, il aimait les nègres et faisait beaucoup de 

1 Ces articles ont été rapportes par Tytler dans ses Lives ofScoltish Worthies, 
vol. III, p. 336. 

2 Deux articles des comptes du trésorier d'Ecosse, publiés par M. David Laing 
parmi ses notes sur William Dunbar, vol. Il, p. 290, nous montrent à quel point 
le roi était passionné pour ces sortes de danses, et combien il aimait à les voir 
exécuter par nos compatriotes. Dans l'un de ces articles, inscrit sous la date 
du 16 décembre 1512, est portée une somme de 10 couronnes 9 livres, payée aux 
serviteurs de t: Monsur La Mote," pour avoir dansé une moriss en présence du roi ; 
dans l'autre, c'est une gratification de 5 livres 8 shillings donnée aux mêmes pour 
avuir exécuté une autre moriss devant le roi et la reine. Voyez, sur cette sorte de 
danse, nos Eludes de philologie comparée sur l'argot, etc., p. 278, col. 2, not. 2. 



334 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

dépense pour des individus de cette couleur qui avaient été cap- 
turés dans un navire portugais, avec une civette et un cheval 
de Portugal à rouge queue. Il donna, à ce qu'il paraît, un tour- 
noi en l'honneur de la Dame Noire, qui fit son entrée dans un 
char de triomphe, et de vaillants chevaliers se disputèrent le 
prix qu'elle devait adjuger. Telles étaient la solennité et la grave 
importance qui présidaient aux préparatifs de ces amusements 
féodaux, que le Chevalier Sauvage à la Dame Noire, assisté de 
deux chevaliers, fit publier partout les articles de son emprise 
contre tous venants, gentilshommes de noms et d'armes, par 
l'espace de cinq semaines, à combattre à pied et à cheval pour 
l'amour des dames. "Ces armes se feront, portait le cartel, en 
cedit royaume et ville d'Edimbourg dedans le champ du Souve- 
nir, lequel sera entre le chasteau, nommé des Pucelles, et le 
Pavillon Secret, et dedans ledit champ sera l'arbre d'Espérance, 
lequel croist au jardin de Patience, portant feuilles de Plaisance, 
la fleur de Noblesse et le fruit d'Honneur ; et au bas dudit ar- 
bre seront attachez, pendant l'espace de cinq semaines, cinq 
escus, l'un après l'autre, de différentes couleurs, en chacune 
semaine un, dont le premier sera blanc, le second gris, le tiers 
vert, le quart de pourpre, et le cinquiesme d'or : ausquels et à 
chacun desdits escus aura une lettre d'or, couronnée, du nom 
dudit Chevalier Sauvage et de sa dame, ensemble desdits cheva- 
liers, et pareillement de leurs dames, " etc. Le prix que les 
vaincus étaient obligés de donner au vainqueur, consistait en 
une verge, c'est-à-dire en un anneau d'or destiné à sa maî- 
tresse 1 . 

Yulson de la Colombiere, auquel nous devons la description 
de cette emprise, fait observer que l'acte de la permission don- 
née à ses auteurs par le roi d'Ecosse, et de la publication faite 

1 La Science héroïque, etc., ch. XLIII, p. 453-457. — Le vray Thcalre d'hon- 
neur, etc., ch. XX, t. I, p. 271, 272. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 335 

par le héraut Marchmont porte qu'ils étaient étrangers, et il en 
induit avec raison qu'ils n'étaient autres qu'Antoine d'Arces et 
ses compagnons. Mieux fondé que lorsqu'il croit reconnaître le 
roi lui-même dans le Chevalier Sauvage 1 , Tytler donne pour 
constante la présence du sire de la Bastie à ce tournoi, et re- 
marque avec justesse que, selon toute apparence, les pérégrina- 
tions du vaillant paladin n'étaient pas uniquement d'une nature 
chevaleresque; elles impliquaient aussi des sujets du domaine 
de la politique que l'on pouvait vouloir dérober aux regards du 
vulgaire sous le déguisement pompeux des tournois 2 . Quoi qu'il 
en soit, on peut juger de la considération dont notre compa- 
triote fut l'objet, par la générosité avec laquelle il fut reçu et la 
splendeur des présents que le roi lui fit à son départ. Tytler a 
publié les extraits des comptes du grand trésorier d'Ecosse qui 
concernent notre brillant compatriote et qui se rapportent à la 
fin de l'année 1506 3 . Ces extraits, joints à ceux que nous em- 
pruntons aux comptes des deux années suivantes, jettent une 
vive et curieuse lueur sur la position que nos compatriotes 
avaient à la cour de Jacques IV. Le premier, qui est à la date 
du 28 janvier 1506-7, nous montre le chevalier français, c'est- 
à-dire messire Antoine d'Arces, frappant sur l'enclume avec le 
roi. Le lendemain et jour suivant, ce prince donnait à son favori 
une somme d'argent, qui le 30 s'élevait à 480 livres, et il 
l'accompagnait d'une pièce d'argenterie. Le 21 août 1507, un 
Français venu d'auprès d'Antoine d'Arces et en route pour Édin- 
burgh, recevait 28 shillings, pendant que Guillaume, l'homme 
du duc d'Albany, qui avait donné une bague au roi, en obte- 



1 Arnot va beaucoup plus loin quand, après avoir dit que Jacques lançait ses 
défis sous le nom du Chevalier Sauvage, il ajoute qu'un autre paladin avait pris 
celui de sieur de la Beauté. (History of Edinburgh, b. I, ch. II, p. 72.) On voit que 
cet historien s'est mépris sur le nom de la Bastie. 

* Lires of Scollish Worlhics, vol. III, p. 332. 

•' UM., p. 332, 333. 



336 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

nait 36 livres. A la même date, c'est-à-dire le 15 octobre, le 
trésorier avait compté à M. de la Motte cent unicornes, équi- 
valant à 90 livres, puis 7 livres pour cinq selles et cinq che- 
vaux. Le 26 juin 1508, le trésorier porte en compte 68 livres 
17 shillings 4 sous comme payées à "S r Anthon Darsee" pour 
ses dépenses en ville, sans doute à Edinburgh, et 100 cou- 
ronnes écossaises, c'est-à-dire 66 livres 13 shillings 4 sous au 
même pour se mettre en route; il enregistre également trois 
présents d'argenterie faits en même temps au même cheva- 
lier et à son frère, qui l'avait, à ce qu'il paraît, accompagné. 
Ces comptes nous révèlent encore quatre Français, le premier 
nommé Lamme, qui dut le 27 juin 1508 à la libéralité royale 
un don de 42 shillings; le second, de la Roche, mentionné 
comme ayant passé l'eau en compagnie de l'abbé d'Arbroath, et 
de nouveau sous la date du 5 juillet; le troisième, Pierre, do- 
mestique de messire Antoine d'Arces, qui, comme son maître, 
avait part aux largesses de la royauté; le quatrième enfin, 
Dampnier, qui figure sur ces comptes, à la date du 4 juillet 1 508, 
pour la somme de 20 couronnes de France, équivalant à la 
somme de 14 livres, sans qu'il soit dit en quoi notre compa- 
triote avait mérité un pareil présent. Aux Français dont ces 
comptes nous font connaître les noms, il faut ajouter les can- 
nonniers et autres serviteurs, sans doute de la môme nation, 
pour lesquels, le 7 juillet 1508, il était alloué à l'abbé de Tun- 
gland une somme de 4 livres. Là encore se trouvent consignées 
les diverses sommes payées le 26 juin 1508 pour le fret et l'ap- 
provisionnement du navire français appartenant à Martin Le- 
nalti, qui ramena en France les domestiques et les chevaux du 
feu maréchal d'Aubigny. 

En continuant à parcourir ces comptes, on voit sous le 
2 décembre 1512 que la reine avait une négresse parmi ses 
femmes, et que pour l'habiller elle employait une étoffe de 



i.l-s FRANÇAIS BN ECOSSE, 337 

France, de la roussette, que Ton ne fabriquait point on Ecosse, 
à ce qu'il paraît 1 . 

La mort de Jacques IV laissait cette princesse veuve à vingt- 
quatre ans, avec un fils en bas âge. Le duc d'Albany, alors en 
France, fut appelé en Ecosse par les seigneurs de son parti 
pour servir de tuteur au jeune prince et de régent pendant sa 
minorité. Hors d'état de se mettre immédiatement en route, il 
envoya tout de suite Antoine d'Arces de la Bastie, le même che- 
valier accompli que nous avons vu si en faveur à la cour de 
.1; ici pies IV et qui était déjà personnellement connu à une partie 
de la noblesse écossaise 2 . Le duc avait avec lui son frère Cock- 
burn, évoque de Ross, et le comte d'Arran, qui, depuis le mal- 
heureux résultat de son expédition navale, paraît être resté en 
France à la tête de la partie de la flotte qui appartenait à la 
couronne; il portait encore le titre de grand-amiral, et il 
amena avec lui quelques vaisseaux, après avoir laissé les trois 
plus grands en France; mais son retour et celui du chevalier 
de la Bastie n'apportèrent aucun terme aux troubles qui avaient 
pris naissance à la mort de Jacques IV, et la guerre continuait 
avec l'Angleterre. Pour y faire face, les Écossais tentaient d'ob- 
tenir des secours du Danemark et de la France. A ne parler 
que de notre pays, l'Ecosse lui avait prodigué le sang de ses 
enfants plus encore que ses finances, et la guerre avec l'Angle- 
terre, qui avait coûté si cher à sa proche voisine, avait été 
entreprise à l'instigation de la France; mais, dans ses jours 
d'épreuve, l'Ecosse n'obtint que des promesses. La politique 
actuelle de Louis XII, qui avait été réduit à l'extrémité par la 
ligue formée contre lui, rendait ce monarque impatient de faire 
la paix avec l'Angleterre et lui faisait redouter toute démarche 



1 Voyez, sur les manufactures écossaises au moyeu âge, George Cnaltners, Cale- 
donia, etc., liv. IV, ch. VI, vol. I, p. 787, 788. 

2 Joann. Lesh, do liebus gestis Scotoritm , etc., lil». (X, p. 359. 

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338 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

de nature à irriter le souverain de ce pays. C'est pourquoi non- 
seulement il refusa toute coopération active, mais il souleva des 
difficultés contre le départ du duc d'Albany, sous couleur qu'il 
ne pouvait se passer des services d'un sujet d'un pareil mérite. 

La paix entre la France et l'Angleterre fut enfin conclue, et, 
à la demande de Louis XII, les Écossais y furent compris, mais 
en des termes qui semblent indiquer à des historiens un relâ- 
chement dans les liens qui unissaient les deux pays. Le traité 
portait que si, à la notification de la paix, les Écossais désiraient 
y être compris, il ne serait apporté aucune objection à leurs 
désirs l ; mais que si ensuite la moindre invasion avait lieu sur 
la frontière, la clause qui les comprenait comme alliés de la 
France serait sans effet. Il ne survint aucune invasion de quel- 
que importance, mais de petites incursions de côté et d'autre 
vinrent, comme d'habitude, troubler la paix des Marches, et la 
difficulté de régler ces sortes d'affaires dans la cour des gar- 
diens, avec le désir de remettre toutes les mesures de quelque 
importance jusqu'à l'arrivée du duc d'Albany, occasionna un 
délai de huit mois avant que l'Ecosse n'accédât au traité. 

Elle était alors divisée en deux partis, l'un anglais, qui avait 
à sa tête la reine-mère et le comte d'Angus, l'autre français, 
qui embrassait presque toute la noblesse et avait les sympathies 
du peuple. La fatale journée de Flodden était encore présente 
à leurs yeux, et un sentiment naturel de vengeance, auquel les 
principes du système féodal ne donnaient que plus d'intensité, 
excitait en eux de stériles désirs de voir continuer la guerre. 
La jalousie de l'intervention de Henry VIII dans les affaires de 
l'Ecosse, la certitude que la reine-mère entretenait une corres- 
pondance intime avec ce monarque pour le consulter au sujet 
de ces mesures publiques qui auraient dû être réglées par le 

1 Pinkerton, the Hislory of Scotland, etc., vol. II, p. ISi, 182. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 330 

conseil et le parlement, et le souvenir de l'intolérable domina- 
tion autrefois exercée par la maison de Douglas, tout contribuait 
à augmenter les rangs de la faction française et à faire univer- 
sellement désirer l'arrivée du duc d'Albany. Elle ne pouvait 
tarder longtemps. Louis XII n'avait aucune raison pour le rete- 
nir; la paix avec l'Angleterre était conclue, la sentence qui 
privait le duc de son rang et de ses biens en Ecosse était levée, 
et l'état du pays demandait impérieusement quelques modifica- 
tions. 

Le malaise auquel il était en proie ne faisait que s'aggraver. 
Le comte d'Arran, encouragé par le retard prolongé du duc 
d'Albany, aspirait à la régence, et, secondé par les ducs de 
Lennox et de Glencairn, il déclara la guerre au comte d'An- 
gus, qui eut de la peine à échapper à une embuscade dressée 
contre lui. Lennox s'empara du château de Dumbarton et en 
chassa le gouverneur, qui le tenait pour la reine. La plus im- 
portante forteresse du royaume, Dunbar, fut remise aux mains 
du chevalier français de la Bastie, qui la réclamait comme fai- 
sant partie du comté de March et appartenant à son maître le 
duc d'Albany ' . 

Celui-ci, après avoir si longtemps retardé son voyage 2 , se 
voyant pressé par Sir Andro Wood de Largo, que les lords 
d'Ecosse lui avaient expédié, commença à songer sérieusement 
au départ. La mort de Louis XII, qui avait été suivie par l'avé- 
nement de François I er , en 1515 3 , n'avait apporté aucun chan- 



1 Lesl., de Rébus gestis Scolorum, lib. IX, p. 357. 

2 Lindsay of Pitscottie, the Cronides ofScotland, vol. II, p. 293. Cf. p. 291. 

3 II fut sacré le 25 janvier. Dans le cortège qui l'accompagna ensuite à Paris, 
figurait le duc d'Albany vêtu de satin blanc broché d'argent, tout semé et rempli 
d'ailes d'oiseau, en façon de leurre, le tout d'argent doré, avec des branlants de 
même faits en plumes d'oiseau pannées, le tout bordé à doubles bords de deux cor- 
delières, enlevées et nouées d'orfèvrerie dorée; et au milieu, entre deux, était en 
capitales également d'orfèvrerie : Sub timbra alarum tuarum. Son bonnet était de 
retours blanc, couvert de plumes blanches. (Le Cérémonial françois, t. I, p. 273.) 



340 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

gement matériel à la politique de son royaume relativement à 
son ancien allié, et une ambassade 1 partit pour engager le 
gouvernement écossais à ne pas différer plus longtemps l'ac- 
ceptation de la clause en vertu de laquelle ils étaient compris 
dans la paix entre la France et l'Angleterre. Par une lettre 
émanée du conseil d'État, il fut fait droit à cette demande; 
l'Ecosse, y était-il dit, n'avait point été tellement affaiblie par 
de récents revers qu'elle ne pût espérer de prendre sa revanche 
sur ses ennemis; mais, à cause de l'amour que ses conseillers 
portaient à la France, et de leur zèle pour la croisade d'outre- 
mer, alors sur le tapis, ils seraient tachés que leur pays fit 
obstacle à la paix générale 2 . 

La Balye et Macé de Villebresme 3 étaient alors ambassadeurs 
de France en Ecosse 4 . A peine avaient-ils reçu la réponse du 
conseil d'Etat, que le 18 mai, onze jours après une demande de 

1 "Aussi leur diront que dés l'eure que ledict seigneur... parvint à la couronne 
de France, il fist depescher le seigneur de Flamigny et maistre Jacques Ogubi, 
ambassadeurs d'icelluy roy d'Escosse par deçà," etc. (Instructions à Messin- Robert 
Estuard, chevalier, seigneur d'Aubigny. Ms. Cott., Caligula, B. VI, folio 158 recto.) 
— L'Écossais James Ogilby était déjà venu en Ecosse, avec le chevalier de la Bastie, 
comme ambassadeur de Louis XII, et tous deux parurent le 26 avril 1314 devant le 
parlement. (Caledonia, eh. III, sect. VI; vol. II, p. 286 et not. y.) 

- Rymer, Fœdera, etc., vol. XIII, p. 509. — Dans la déclaration par les ambas- 
sadeurs de François I er des princes alliés qui doivent être compris de sa part dans 
le traité conclu entre lui et Charles-Quint, à Paris, le 24 mars 151V (v. s.), le roi 
d'Ecosse est nommé comme allié du roi de France, et dans le traité de Londres, 
entre Henry VIII et François I er , du 29 juillet, les Écossais sont admis en la même 
qualité. (Inventaire chronologique, etc., p. 60.) 

3 Dans le Catalogue des archives du baron de Joursanvault, t. I, p. 325, n° 1805, 
on trouve, à la date de 1471, mention d'un paiement des frais d'un voyage fait 
pour le duc d'Orléans, par Macé de Villebresme, de Paris à Falaise et de Falaise à 
Chambord. 

4 Voyez, sur la mission de Macé, ou Matthieu de Villebresme, deux lettres à 
François I er . (Episloîœ Jacoli Quarli, etc., vol. I, p. 223-226, n°* XXXVII, XXXVIII.) 
Ailleurs, il en existe une de ce prince à M. de Langeac, son ambassadeur en Ecosse. 
Il lui annonce l'arrivée du duc d'Albany, gouverneur de ce pays, à la tête d'un 
secours considérable, et le charge de faire tenir aux États d'Ecosse des lettres 
dans lesquelles sont expliquées les raisons qui ont fait retarder l'envoi de ce se- 
cours. Il est vrai que ce n'est qu'une minute sans date ni signature. (Inventaire 
chronologique, etc., p. 62.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. Mi 

sauf-conduil par eux adressée ;m cardinal Wolsey 1 , quinze jours 
après l'arrivée d'un ambassadeur français en Ecosse 2 , le duc 
d'Albany, avec une escadre de huit navires, et sans doute un 
plus ou moins grand nombre de Français 3 , aborda en premier 
lieu dans le port d'Ayr, puis alla jeter l'ancre à Dumbarton 4 . Il 
fut accueilli avec enthousiasme, et bientôt après investi des 
fonctions de régent 5 ; mais les sentiments manifestés à l'occa- 
sion de son arrivée ne furent pas de longue durée. Le duc 
d'Albany s'aliéna bientôt le cœur de bon nombre de ses adhé- 
rents par un dévouement trop servile à la France, dont il appe- 
lait constamment le roi son maître 6 , et dont il affectionnait 



1 British Mu«eum, Cott. Mss., Calcula, B. VI, folio 116. 

2 MaiUand, Hist. of Scott., p. 762. Il cite les Fwdera de Rymer, vol. XIII, p. 508. 

8 Les comptes du trésorier d'Ecosse ont conservé le souvenir et le nom de plu- 
sieurs de nos compatriotes qui se trouvaient alors dans ce pays; c'étaient Jean 
Belloun, serrurier, employé aux travaux du palais d'Holyrood (11 juillet 1515; 
vol. I, folio 7); Pierre Gillis, chargé de payer dix-neuf pionniers qui y avaient 
travaillé une journée (9 août; Pitcairn, Criminal Trials, etc., vol. I, part I, 
p. "260 ); Jean Drane, chercheur, laveur et fondeur d'or, payé pour passer à Craw- 
funl-Moor (25 juillet, folio 13 verso); Bontan, ménétrier français, porté sous la 
date du 1-2 octobre comme ayant reçu ses gages par ordre du gouverneur (folio 30. 
Cf. folio 35). — Plus tard, ces mêmes comptes nous présenteront "Franche Orry 
menstrale" recevant 14 shillings à Pâques, en li26. (Compot. Thesaur. Scot., 
vol. II, 1522-7.) 

1 Joann. Lesl., de Rébus gestis Scotorum, etc., lih. IX, p. 539. 

5 Lettre de Lord T. Dacre au Conseil, du i« août 1515. (Ms. du Musée Britan- 
nique, Bibl. Cotton., Caligula, B. II, folio 347 recto.) — Le Trésor des Chartes ren- 
ferme un mémoire, sans signature ni date, adressé au roi de France pour faire 
remettre le gouvernement de l'Ecosse au duc d'Alhany pendant la minorité de Jac- 
ques V. (Inventaire chronologique, etc., p. 62.) 

6 Dans une lettre à François I er , il l'assure de sa fidélité et s'efforce de combattre 
les calomnies répandues contre lui par le cardinal d'Ecosse. (Inventaire chrono- 
logique, etc., p. 61.) En dépit de ce que faisait le duc d'Albany pour paraître bon 
Français, l'un de nos compatriotes, dans un pompeux éloge de ce seigneur, signale 
surtout en lui a l'amour de son pays, qui excedoit celle des Deccs et Horace Co- 
des." Jehan Dcsinontiers, dit le Fresse, qui s'exprime ainsi au folio xv verso de 
sut Summaire de l'origine, description et merveilles d'Escosse, etc., dédie ce petit 
volume, omis dans le Manuel du Libraire, à la Dauphine, c'est-à-dire à Catherine 
de Méilicis, et annonce au bas du titre que "on les vend au Palays es boutiques 
de leau André <v. Vincent certenas. 1538." D'autres exemplaires portent, à ce qu'il 
parait, que le livre a été "imprimé à Paris par Anthoinc Bonncmcre... et fut 
achevé d'imprimer le xxvj- jour de mars mil cinq cens trente-huit." 



342 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

particulièrement la langue 1 ; d'un autre côté, le parti anglais ne 
négligeait rien de ce qui pouvait nuire au régent, invoquant 
contre lui jusqu'à sa descente d'une mère française et son ma- 
riage avec la comtesse d'Auvergne. La reine mère, qui était 
anglaise, après avoir écrit à François I er pour le prier de soute- 
nir son fils et le duc d'Albany contre le roi d'Angleterre 2 , se 
jeta dans les bras de ce prince, et la guerre éclata entre elle et 
le régent. En vain, maître Jean de Plains, conseiller du roi de 
France, et son ambassadeur en Ecosse 3 , tenta de rétablir la 



1 Un écrivain nommé Gremond, ou plutôt Bremond Domat, traduisit pour lui 
complaire la chronique de Fordun et de Bower, et lui dédia son travail, commencé 
le 18 juin 1519. Voyez la description du manuscrit de la Bibliothèque de Sainte- 
Geneviève (in-folio 02), qui le renferme, et le prologue de l'auteur dans la préface 
de the Life and Dealh ofKing James the First of Scotland. M. DCCC XXXVII., in-4°, 
p. xiv-xviii. Ce nom de Bremond, dans lequel on ne découvre rien d'écossais, pas 
plus que dans Domat, rappelle toutefois celui d'une famille Bennen, annoncée 
dans les armoriaux comme établie en Ecosse et en Normandie, et portant d'azur, 
au chevron brisé d'or, accompagné de trois étoiles de même, 2 et 1 (N° LXXI). 

No LXXI. — BEBMEN. 




2 Inventaire chronologique, etc., p. 61. 

3 Les comptes du grand trésorier d'Ecosse (Pitcairn, Criminal Trials, vol. 1, 
l re part., p. *263) nous le montrent à Édinburgh le 10 février 1516, et à Aluwick 
le 10 avril. Maitland, d'après Drummond, p. 252, et Lesley, p. 363, l'appelle Mons. 
Duplayns. (Hist. of Scotland, p. 767. Cf. Tyller, vol. IV, p. 118.) — Ainsi que le 
fait remarquer M. Teulet, qui a publié les instructions données à ce diplomate 
[Papiers d'État... relatifs à l'histoire de l'Ecosse au XVI e siècle, etc., t. I, p. 3-5), 



.KS FRANÇAIS EN ECOSSE. 



343 




(Ma. 'Ir Sainte Geneviève, in-folio 02.) 



344 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE 

paix entre les deux partis en remettant sur le tapis un arrange- 
ment déjà proposé à la reine; cette princesse, mal conseillée, le 
repoussa de nouveau avec indignation. 

Le régent s'avança alors vers la frontière où il pouvait s'at- 
tendre à rencontrer une résistance un peu sérieuse de la part 
du comte de Home, l'un des chefs les plus redoutables du Sud; 
mais la puissance de ce seigneur s'évanouit devant les forces, 
bien autrement formidables, du duc d'Albany; il fut fait pri- 
sonnier, commis à la charge du comte d'Arran, et réussit à se 
réfugier en Angleterre, avec son geôlier qu'il avait séduit 1 . Par- 
donné quelque temps après, à la condition de renoncer à ses 
menées secrètes avec Henry VIII et à résider tranquillement sur 
ses terres, le comte viola sa promesse; il fut arrêté avec son 
frère, et périt avec lui sur l'échafaud, le 8 octobre 15 IG 2 . 
Sa charge de gardien des Marches de l'est fut donnée au cheva- 
lier de la Bastie, qui était en possession de la confiance du 
régent et qui la méritait par sa vigilance et son courage 3 . Ces 
qualités ne devaient pas le sauver du sort que lui ménageaient 
les amis de Home, profondément irrités de cette élévation. 

Au milieu de ces événements et d'autres, dont on trouve le 
récit dans les histoires d'Ecosse, eut lieu le renouvellement de 
l'alliance entre ce pays et le nôtre 4 . C'est de cette époque que 
datent les commencements de la famille d'Anstrude en France. 
Vers 1515, Robert et David Anstruther passaient sur le conti- 
nent pour servir dans les gardes écossaises du roi François. Le 
premier, après avoir été enseigne, puis lieutenant de la garde, 

la date précise de la mission de M. de Plains se trouve circonscrite dans les trois 
premiers mois de l'année 1515. Le duc d'Albany se rendit en Ecosse dans le mois 
de mai de la môme année. 

1 Lettre de Lord Dacre et du docteur Magnus à Henry VIII, en date du 18 octo- 
bre 1515. (Mus. Britann., Biblioth. Cottonicnne, Caligula, B. VI, folio 12i verso.) 

2 Joann. Lesl., de Rébus geslis Scotorwn, lib. IX, p. 366. 
;t lbid., p 367. 

4 Inventai) c chronologique, etc., p. 63. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 345 

rentra en Ecosse. Le second, David, qui s'était fait accompagner 
par ses deux fils, Robert et David, encore dans l'enfance, se fixa 
dans notre pays et devint l'auteur d'une branche naturalisée 
française par le sang qu'elle versa au service de nos rois pen- 
dant une suite non interrompue de dix générations consécu- 
tives. La généalogie de la maison d'Anstrude se trouve en plus 
d'un endroit 1 : je me bornerai à en extraire ce qui a plus im- 
médiatement trait à mon sujet. 

David, deuxième du nom, qui servait en 1537 dans les ar- 
chers de la garde écossaise, sous la charge du maréchal d'Au- 
bigny, avait épousé l'année précédente Claude de Mussy, et, 
par suite de ce mariage, était venu se fixer en Bourgogne, 
où lui et ses descendants possédèrent successivement plusieurs 
seigneuries, comme celles de Hully, de Jonchery, du fief de 
l'Écluse dans la paroisse de Tanlay, de Manlay, de Moulins, de 
Thiroux, de Bierry, de Villiers-les-Hauts,deMareuil. "La posté- 
rité de ce David Anstrudos, dit d'Hozier, a successivement servi 
dans la même compagnie, savoir, David Anstrude, son fils, en 
qualité d'archer, puis de capitaine exempt, l'an 1597, et Charles 
Anstrude, son petit-fils, en qualité de l'un des vingt-cinq gen- 
tilshommes de ladite garde escossoise, ainsi que Claude Ans- 
trude, fils dudit Charles, et ayeul de celui qui a donné lieu à 
cet article 2 ." Le savant juge d'armes de France veut parler de 
François-César d'Anstrude, écuyer, seigneur de Tourpes, de 
Bierry, de Yilliers-les-Hauts, et de Mareuil en partie, qui avait 
prouvé par titres son ancienne noblesse. Il portait pour armes : 
coupé, emmanché de sable, sur argent de trois pièces, ou, selon 
les catalogues et armoiries des gentilshommes qui ont eu séance 

1 D'Hozier, Armoriai général, etc., reg. I, l lc part., p. 19; rog. H, I' 8 part, 
(Anstrude en Bourgogne.) — De la Clienaye-Desbois, Diction», de la nobl., 1. I, 
p. 307; t. VIII, [i. 322, 3-23. — M. de Sainl-Allais, Nobiliaire universel de France, 
t. V, p 52. 

? Armoriai général, etc., reg. I, l"' part., p. ut. 



340 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

aux Etats de Bourgogne, p. 48, conformes en cela avec Che- 
villard, coupé, emmanché de gueules et d'argent 1 (N° LXXII); 
mais, s'il faut en croire M. de Saint-AUais, la maison d'Anstrude 
portait encore écartelé au 1 d'Ecosse; au 2 d'azur à trois têtes 
de sanglier d'or, posées deux et une; au 3 d'argent à la fasce de 
gueules, accompagnée de trois macles d'azur; au 4 d'or, à la 
face échicquetée d'argent et d'azur de trois tires; sur le tout 
d'argent à trois clous sacrés, de sable, posés en pal. Devise : 
Periissem ni periissent (N° LXXIII). 



N» LXXII. — ANSTRUDE. 



No LXXIII. — ANSTRUDE. 





Claude de Mussy, sœur germaine de Colette de Mussy, femme 
de Jean Stuart le jeune, écuyer, seigneur de Yezinnes au comté 
de Tonnerre, en Bourgogne, et lieutenant de la garde écossaise 
du roi 2 en 1540, mourut après son mari David d'Anstrude, 



1 Armoriai général, etc., reg. 1, 1™ part., p. 19; reg. II, l re part., art. Anstrude. 
— Suivant un mémoire que m'a fourni M. Raudouin d'Avalon, les armes de la mai- 
son d'Anstrude sont : coupé, emmanché de trois pièces de sable sur deux pièces et 
deux demi-pièces d'argent; supports : deux faucons; l'écu timbré d'un casque de 
front et ouvert, sommé d'un bourrelet de sable et d'argent; cimier : deux bras 
armés de toutes pièces, tenant une hache d'armes; devise : Periissem ni periissent . 

2 C'est là, du moins, le titre qui lui est donné dans le mémoire publié par la 
Chenaye-Desbois, au t. VIII de son Dictionnaire de la noblesse, art. Keandale, 
p. 323; mais il n'est pas confirmé par le Pippre de Nœufville, qui, dans sa Chro- 
nologie des lieutenants des gardes du corps écossais, t. I er de son Abrégé, p. 52, 53, 
ne nomme que Jean Stuart l'aîné (1531), et Guillaume Stuart (1553). 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 347 

dont elle avait eu pour enfants : 1° Arnoul d'Anstrude, écuyer, 
père do David et do Gabriel d'Anstrude, qui servit dans la même 
compagnie en 1581, et fut tué au siège de Laon; 2° David 
cTAnstrude, qui a continué la postérité; 3° Robert d'Anstrude, 
écuyer, enseigne de la garde écossaise du corps du roi sous la 
cbarge du seigneur do Châteauvieux, etc., auteur de la branche 
des seigneurs de Roffey et de ïronchoy, au comté de Bourgogne, 
éteinte il y a plus de deux siècles; lequel fit son testament le 
2-4 avril 1580, et laissa de Jeanne de Clercy, sa femme, veuve 
en premières noces d'Edmc de Gutteri, sans doute Écossais 
aussi 1 , seigneur de Troncboy, deux filles nommées Roberte et 
Claude d'Anstrude 2 ; 4° une fille, mariée à Nicolas Gordon, capi- 
taine d'une compagnie de deux cents chevau- légers écossais. 
Le fils de David, Charles d'Anstrude, s'allia lui-même à un 
Écossais établi chez nous, en épousant Péronne de Bute, fille 
d'Alain de Bute, écuyer, et de Jeanne de Marcheseuil, dame 
dudit lieu. 

Peu de temps après le renouvellement de l'alliance entre les 
deux pays, en 1515, François de Bourdeaux, sieur de la Pois- 
sonnière, arriva en Ecosse 3 en qualité d'ambassadeur de la 
cour de France; il trouva le régent et le parlement dans Timpa- 

1 Dans plusieurs ouvrages et documents, entre autres dans le manuscrit cotto- 
nien, Nero, B. VI, folio 322 (a Catalogue of the Manuscripts in the Cotlonian 
Library, etc., p. 221, col. 2, n° 165), et dans les registres journaux de P. de l'Es- 
toile, à la date du 6 mai 1609 (collect. Petitot, l re série, t. XLVIII, p. 236), on 
rencontre le nom de Guilri; mais c'est celui de l'une des seigneuries de la famille 
de Chaumont, plus correctement écrit Quitry. Voyez l'Histoire de la maison royale 
de France, etc., t. VIII, p. 695, A, 823, D. 

2 D'Hozier, Armoriai général, etc., reg. II, l re part., art. Anstrude, p. 1. 

3 Voyez, parmi les lettres de Jacques V, vol. I, n° XXXVIII, p. 2i3-2i8, un 
extrait des instructions de ce diplomate, appelé dominus de Pontiomere dans une 
dépèche du roi d'Ecosse à François I er , où le premier de ces deux princes accuse 
à l'autre réception des lettres apportées de France, et de la note diplomatique 
remise au cabinet d'Holyrood par cet agent. On lui voit associé "de la lîasf y," qui 
ne saurait être Antoine d'Arces, mort depuis trois ans, et Jacques V parle de l'évè- 
que de Ross comme de son représentant à Paris. Voyez Epislokv Jacohi Qwirti, etc., 
vol. 1, p. 221. 



348 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

tience de savoir quel appui ils pourraient obtenir de leurs alliés 
contre les efforts persévérants et insidieux de Henry VIII. Leur 
attente ne fut pas longue, et ils reconnurent bientôt que la poli- 
tique française vis-à-vis de l'Ecosse avait éprouvé un change- 
ment considérable. Le traité de Noyon, conclu le 20 août 1510 
entre François I er et le roi d'Espagne, avait assuré au premier 
ses conquêtes en Italie; l'empereur Maximilien, après une ten- 
tative sans résultat pour lui arracher le Milanais, avait été con- 
traint de se retirer et de se conformer aux stipulations du traité, 
pendant que la France n'avait plus en face d'elle qu'une seule 
difficulté, l'inimitié de Henry VIII. C'est là ce qui explique la 
froideur de François I er pour ses anciens alliés les Ecossais, qui 
ne manquaient jamais, cependant, de s'associer par des mani- 
festations publiques à ses victoires 1 . Ils avaient de nouveau 
demandé la restitution du duché de Saintonge 2 , originairement 
assigné par Charles VII à Jacques I er en 1428; mais ils n'ob- 
tinrent qu'une réponse évasive. Ils avaient réclamé l'aide de la 
France contre l'Angleterre; non-seulement elle leur fut refusée, 
mais le régent reçut le conseil de faire la paix avec ce pays à la 
première occasion qui se présenterait. 11 y a plus, foulant aux 
pieds les principes sur lesquels le duc d'Albany s'était reposé 
avec trop de sécurité, le roi de France refusa de ratifier le traité 
d'alliance entre les deux couronnes, qui avait été renouvelé 
par Jean de Plains dans l'année qui suivit la mort de Jacques IV. 
A la vue de tout le terrain qu'il avait perdu, le régent songea à 



1 Dans les comptes du grand trésorier d'Ecosse, on trouve, à la date du 28 oc- 
tobre 1516, une somme de 20 sous allouée à Duncan Riche pour avoir passé à 
divers endroits avec des lettres du gouverneur ordonnant de l'aire des feux de joie 
et de tirer le canon à cause des nouvelles du triomphe du roi de France en Lora- 
hardie. (Pitcairn, Criminal Trials, vol. 1, part I, p. *262.) D'un autre côté, Joaeliim 
du Bellay promettait de répandre par l'univers la renommée des gardes écossais, 
sans doute de ceux qui avaient accompagne le roi en Italie. (Les (Mût rrcs fran- 
çaises, etc. A Rouen, M D.XCVII., in-12, folio 269 recto. Cf. fol. 352 roclo.) 

1 Voyez ci-dessus, p. 157 et 261. 



LES 11; AN (AIS KN ÉCOi&E. S4U 

(passer sur le continent, et, dans le parlement qui s'assembla 
en novembre 1510 pour délibérer sur la communication de l'am- 
bwsadeur français, il demanda avec instance aux trois Etats la 
permission de revoir la France pour un court espace de temps. 
Cette proposition, renouvelée d'une autre présentée dans 
un but différent par Henry VIII quelques mois auparavant 1 , fut 
accueillie par une vigoureuse opposition, parfaitement motivée 
par les circonstances; mais, puisant une nouvelle ardeur dans 
un message privé qu'il avait reçu du roi de France par les 
mains de François de la Fayette 2 , et mettant en avant l'obli- 
gation de renvoyer une ambassade pour renouveler l'alliance 3 , 
le duc d'Albany vint à bout d'arracher au parlement un consen- 
tement qui ne fut donné qu'à contre-cœur, et il s'embarqua à 
Dumbarton le 7 juin 1517 4 , précédé de Gawin Douglas, évêque 
de Dunkeld, du maître de Glencairn, de Patrick Panter, secré- 
taire du roi, ses ambassadeurs, accompagné de Lord John 
Gordon 5 , et suivi de près par une partie de ses serviteurs 6 . La 
négociation ayant eu plein succès 7 , Douglas fut renvoyé en 



1 \Y. Haittand, the Ilislory and Anliquilies of Scotland, vol. II, p. 768, 769. 
L'auteur cite les Fardera de Rymer, vol. XIII, p. 551. 

2 Ce personnage figure avec, le titre de lieutenant de Jean, duc d'Albany, dans 
un acte publié par Rymer, Fwdera, etc., t. XIII, p. 574. On le retrouve, le 1 er juil- 
let 1516, passant à Berwiek. (Accounts of the Lord High Treasurer of Scotland, 
apud Pitcairn, Criminal Trials, vol. I, p. *264. Cf. Maitlaud, vol. II, p. 769; Pin- 
kerton, vol. II, p. 161; Tytler, vol. IV, p. 129. etc.) 

3 Joann. Lesl., de Rébus geslis Scolorum, lib. IX., p. 367. 

4 Tytler, Hisiory of Scotland, vol. IV, p. 120. — Le renvoi au Ms. Cott., Caligula, 
1!. VI, folio 107, est faux. 

:; Douglas, the Peerage of Scotland, vol. I, p. 646, col. 2. 

G On trouve dans les comptes du grand trésorier d'Ecosse, à la date du 
21 août 1517, mention d'une somme de 50 livres payée au fauconnier passé en 
France avec les oiseaux de chasse du gouverneur ( Pitcairn, Criminal Trials, vol. I, 
part I, p. *266), et parmi les poèmes de William Dunbar, une oraison de quarante 
vers composée à l'occasion du voyage de ce seigneur. (Édit. de M. Laing, t. I, 
p. 251. Cf. t. II, p. 368-370.) 

7 Le traité conclu à Rouen le 26 août 1517, et qui a réglé, pendant une grande 
partie du XVI e siècle, les relations de la France et de l'Ecosse; a été publié par 
M. Teulet (Papiers d'Etat, etc., t. I, p. 39-43, en note). 



350 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Ecosse pour en rapporter la nouvelle 1 , laissant à Paris un ami, 
John Mair, qui lui dédiait un livre, et le faisait figurer, comme 
interlocuteur, dans un autre, avec un de ses compatriotes, David 
Cranston, professeur à l'université, où il avait étudié, et Tun 
des bienfaiteurs du collège de Montaigu 2 . 



1 Joann. Lesl., de Rébus geslis Scotorum, p. 371. — Pinkerton, the History of 
Scotland, vol. II, p. 165. 

2 Dempster, Ilist. ecclesiast. gent. Scolor., p. 187. — Irviiig, the Lives of the 
Scu'.ish Poets, etc., vol. II, p. 24, 25, en note. — Voyez ci-dessus, p. 324. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 351 



CHAPITRE XII. 



Moyens employés par le duc d'Albany pour assurer la tranquillité de l'Ecosse pendant son absence ; complot 
des amis et vassaux du comte de Home de Wedderburii contre le chevalier de la Bastie; il est assassiné; 
sa chevelure, d'abord suspendue à la croix du marché de Dunse, existe encore. — Punition des meurtriers ; 
un Français, le capitaine Jean Bouscat ou Buccat, commissaire de l'artillerie du roi d'Ecosse, — La reine 
douairière d'Ecosse intercède en faveur de George et de David Home. — Haine de l'étranger, chez les 
Écossais, révélée par un propos de Jacques V relatif au meurtre du chevalier de la Bastie. — Le comte 
David de Home rentre en possession de deux de ses châteaux à l'aide d'un Français, Jeau le Petit ou le Beau. 



Pour assurer autant que possible la tranquillité du pays pen- 
dant son absence, le duc d'Albany avait amené en otage avec 
lui les fils aînés de plusieurs familles nobles ; d'un autre côté, 
il avait confié le principal commandement des frontières, la 
partie de tout temps la plus turbulente, au chevaleresque et 
brillant la Bastie, chez qui le guerrier et l'homme d'État 
étaient encore supérieurs au champion des tournois, et dont il 
n'avait point à craindre une partialité fondée sur des liens de 
famille. Il y a toute apparence qu'il avait reçu le titre de lieute- 
nant du gouverneur et la tâche enviée et délicate de transmettre 
au régent, pendant son absence, des rapports sur les chefs 
écossais du Border. Les amis et vassaux du comte de Home, 
gens familiarisés avec le sang et qui considéraient la vengeance 
comme un devoir sacré, n'avaient jamais pardonné au duc 
d'Albany l'exécution de ce puissant et populaire rebelle, et ils 
étaient en ce moment déterminés à saisir la première occasion 
de faire expier à la Bastie le crime de son maître. Cette occa- 
sion s'offrit bientôt. La Bastie, comme gardien de la frontière, 



33"2 LES ÉCOSSAIS EN FRANCK. 

avait établi son quartier général dans le château de Dunbar et 
s'employait avec une infatigable ardeur à réprimer le désordre. 
Dès son entrée en fonctions, il avait fait proclamer aux croix 
des marchés de Roxburgh, Selkirk et Jedwood, des ordres 
sévères contre les pillards et les bandits du pays 1 . A la pre- 
mière nouvelle de quelque mouvement, il accourait en per- 
sonne sur les lieux : ses ennemis eurent ridée de faire servir 
cette courageuse activité à sa ruine. Un complot fut formé par 
Home de Wedderburn et d'autres chefs du Border pour lui ten- 
dre un piège, et, pour y faire tomber leur victime sans qu'elle 
s'en aperçut, ils feignirent d'assiéger la tour de Langton. A la 
nouvelle de cet attentat, la Bastie, suivi de quelques cava- 
liers français, se porte au galop vers la scène du désordre; 
tout à coup il se voit entouré d'ennemis implacables. Devinant 
le sort qui l'attend, il enfonce les éperons dans les flancs de 
son cheval, et, grâce à la merveilleuse rapidité de l'animal, il 
était au moment de s'échapper, lorsque son ignorance du pays 
le conduisit dans un marais. A chaque effort qu'il faisait pour 
s'en tirer, il s'y enfonçait plus avant; en vain il se débattait 
pour se débarrasser; en vain il suppliait ses impitoyables ad- 
versaires, au nom de leur honneur de chevaliers, au nom de la 
charité, pour laquelle la maison d'Arces était célèbre 2 , d'épar- 
gner sa vie et de l'admettre à se rendre : l'insulte et la raillerie 
furent leur seule réponse, et, s'étant jetés sur lui, John et Pa- 
trick Home, les jeunes frères du Laird de Wedderburn, le mas- 
sacrèrent. Celui-ci, enivré de cette vengeance complète, bien 
que tardive, coupa la tête à sa victime, l'attacha par ses longues 
tresses à l'arçon de sa selle, et, galopant vers la ville de Dunse, 
il attacha son horrible trophée à la croix du marché, comme 

1 Accountsofthe Lord High Treasurer of Scotland, Apr. 23, 1516. (Pitcairn, 
Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. '265. Cf. p. *266.) 

- " Charité (f Arces." [La Science hemiqve, etc., eh. XUY, p. 173.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 358 

par une amère dérision de la devise de sa victime 1 . Il se re- 
trancha ensuite dans son château, avec cette funèbre relique, 
qui, dit-on, s'y trouve encore, et pendant une saison, il brava 
le pouvoir des lois 2 . Il s'empara de l'ambassadeur de France 3 , 
puis il écrivit au cardinal Wolsey qu'étant banni, il avait usé 
de ce moyen pour obtenir sa grâce. Lord Dacre s'étant employé 
pour l'élargissement du prisonnier, David Home n'avait point 
cru devoir le retenir; il l'avait renvoyé en compagnie de son 
frère, Alexander Home. N'attendant rien du duc d'Albany, pas 
plus que des lords d'Ecosse qui avaient mis à mort Lord Home, 
maintenant il demandait au cardinal d'intercéder en sa faveur 
auprès du roi d'Angleterre pour obtenir son pardon et celui de 
sa famille 4 . 

La mort de la Bastie était un coup sérieux au maintien de 
l'autorité du duc d'Albany, et le roi de France s'en émut'; 

1 " Le buis est vert, et les feuilles sont arces," c'est-à-dire brûlées, desséchées, 
(La Science héroïque, etc., p. 465.) — Quant aux armoiries, la maison d'Arces 
portait d'azur au franc quartier d'or. (Ibid., p. 99.) 

2 Daridis Humii de Familia Humia Wedderhurnensi Liber. Edinburgi : 
M.DCCCXXX1X., in-4° (Abbotsford Club), p. 29-33. Cf. prefat. not., p. viii. — Le 
registre du sceau privé d'Ecosse fixe la mort du chevalier de la Bastie au 17 sep- 
tembre (Pitcairn, Criminal Trials, etc., vol. I, p. *267. Cf. p. *235), donnant ainsi 
tort à Pinkerton, qui l'avait reculée jusqu'au 19. (History of Scotland, vol. II, 
p. 170.) Voyez encore Buchanan, liv XIV, folio 157 recto; Lesley, liv. IX, p. 367-370 
[traduct. écossaise, p. 110]; Balfour, vol. I, p. 245; Pitscottie, p. 307; W. Mait- 
laml, Ihe History and Antiquilies of Scotland, vol. II, p. 771; Tytler, vol. IV, 
p. 122, 123, etc. — En recourant aux comptes des trésoriers d'Ecosse, on trouve, 
à la date du 6 octobre suivant, un paiement de 40 shillings au gardien du loge- 
ment de " monseour Labasty," et, à la Saint-Michel précédente, une somme de 
66 livres remise à "master Galtar," l'un des secrétaires du gouverneur, avec la 
mention qu'après avoir rempli une mission à Londres, il était allé rejoindre son 
maître en France. 

3 Lettre de Dacre à Wolsey, datée de Harbottle, le 8 juin 1517. (Thorpe, Calendar 
of State Papers, etc., vol. I, p. 7, n° 57.) 

* Lettre de David Howm, de Wedderburn, à Wolsey, datée de Cawmyllis, le 
25 juillet 1517. (Ibid., n° 58.) 

5 Voyez parmi les Papiers d'Etat... relatifs à l'histoire de l'Ecosse au XVI e siè- 
cle, publiés par M. Teulet, t. I, p. 6, 7, la lettre en date du 29 mars 1517, d'Alain 
Stuart, chargé de présenter la réclamation du roi aux États; elle est suivie, p. 8-10, 
de la lettre écrite au nom de l'assemblée, par l'archevêque de Saint-André : " Sire, 
vu. i. 23 



354 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

mais, bien que hors d'état d'opérer à l'instant l'arrestation des 
meurtriers, les régents déployèrent beaucoup de vigueur. On 
soupçonnait Angus, au moins son frère Douglas, d'avoir pris 
part au crime des Home; d'après cela, le comte d'Arran, après 
lui le plus puissant des nobles écossais, fut nommé gardien des 
Marches. Sans perdre un instant, il se saisit de Douglas et de 
son complice Mark Kerr; il fut également pris des mesures 
pour faire le procès aux Home, dont l'impunité eût produit les 
pires conséquences, et un parlement s'étant réuni à Édinburgh 
le 19 février, un arrêt de déchéance fut prononcé contre tous 
ceux qui avaient pris part à l'assassinat de la Bastie. Le difficile 
était d'appréhender les coupables; mais le comte d'Arran ayant 
rassemblé des forces considérables, accompagnées de l'artillerie 
du roi, dont un Français, le capitaine Jean Bouscat ou Buccat, 
était commissaire 1 , marcha contre les insurgés. Il n'avait pas 
encore fait quelques lieues, qu'ils demandaient grâce. Les clefs 
du château de Home lui furent remises à Lauder, les maisons 
fortes de Langton et de Wedderburn lui ouvrirent leurs portes, 



dit le prélat, en cest affaire vous informera plus applain vostre serviteur messire 
Jacques Hammecton, presant porteur, auquel vous plaira donner créance, car il a 
continuellement esté en l'exécution et poursuicte de ces choses, et a mérité de 
Vostre Grâce que l'ayés pour recommandé envers M9 r son maistre, nostre gouver- 
neur, vostre cousin et serviteur, lequel nous espérons que vostre bonne grâce l'en- 
voyra hastivement par deçà," etc. — Un écrivain contemporain rend compte en 
ces termes de l'arrivée de Lord James Hamilton à Londres : " Vers le môme temps 
(janvier 1517), il vint aussi d'Ecosse un certain comte de Hemerton (Hemerto- 
nensis) avec son frère, que leur valeur avait rendus célèbres, et qui, un an aupa- 
ravant, passant par ici incognito, avaient traversé en France. A leur retour, le roi 
envoya dans le comté de Kent Hugh Vaughan à leur rencontre.... C'est celui-là 
même qui jouta bravement avec ce preux chevalier de la Bastie en Ecosse, comme 
nous l'avons écrit à l'année précédente. Son frère Patrick, déjà mentionné, en avait 
autrefois fait tout autant en Ecosse contre un certain Français, seigneur de Cham- 
pagne." (Narratio historica de geslis Henrici VII, anno 23 regni sui,per Bcr- 
nardum Andream Tholosatem ; Ms. Cott., Julius, A. III, folio 17 recto.) 

1 Accounts oflhe Lord High Treasurer ofScotland, 12 septembre 1315 et 4 fé- 
vrier 1515-16. (Pitcairn, Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. "261, '262.) — On 
connaît dans le midi de la France une famille Rousquat de Réals. Voyez Y Armo- 
riai de Languedoc, t. I, p. 99, n" 105. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 355 

et le gardien, trop clément, étendit le pardon jusqu'aux princi- 
paux meurtriers 1 . 

Tout le monde, au reste, jusqu'à la reine douairière, semble 
avoir pris parti pour eux. Quelque temps après le meurtre du 
malheureux la Bastie, cette princesse, cédant au désir de l'as- 
sassin, écrivait à Lord Dacre, gardien des Marches, pour de- 
mander le retour, de George et de David Home. Dacre ayant 
montré la surprise que lui causait une pareille requête, Margue- 
rite répondit que, du vivant de la Bastie, les Home n'avaient pu 
obtenir la moindre faveur en Ecosse 2 . David Home avait épousé 
une sœur du comte d'Angus, second mari de la reine. 

Le sentiment national si nettement accusé par le meurtre de 
notre malheureux compatriote, devait encore se révéler plus tard 
par le rappel de cette sanglante catastrophe. En septembre i 523, 
Jacques V n'avait alors que onze ans. Interrogé par quelqu'un 
de ses pairs sur ce qu'il ferait des Français que le duc d'Albany 
avait laissés en Ecosse, il répondit avec violence qu'il les don- 
nerait en garde à David Home, "avec lequel, dit-il, il est mer- 
veille qu'ils aient contentement 3 ." 

Celui-ci ne tarda pas à rentrer en possession de Wedderburn 
au moyen d'un stratagème. Une partie de la garnison se rendant 
au marché de Dunse, fut surprise par ses hommes, et il con- 
duisit les malheureux prisonniers jusque sous les murs du 
château, menaçant de les faire périr aussitôt si on ne lui livrait 
la place. 11 allait exécuter sa menace, les gibets étaient dressés, 
lorsqu'un Français nommé Jean le Petit, d'autres disent le 
Beau, obtint sa grâce et celle de ses compagnons en s'enga- 
geant à faire rendre la place au comte. 11 employa de singuliers 

1 Tytler, History ofScotland, vol. IV, p. .122, 123. 

2 Ms. de la Ribl. Cotton., Caligula, B. I, folio 243; lettre du mois d'octobre 1517, 

3 Lettre de Threlkeld à Dacre, du 13 septembre 1523. (Ms. Cott., Calcula, B. VII, 
folio 10 recto. — State Papers, temp. lien. VUI. Loadon, 1836, in -4°, p. 14.) — 
G. Chalmers, Cnledonia, eh. III, sect. VI; t. II, p. 291, not. x. 



350 LES ÉCOSSAIS EN FRANGE. 

arguments; car, à bout de raisons, il profita de son habileté 
comme tireur et traversa d'un coup d'arbalète un des soldats de 
la garnison. Plus effrayés que convaincus, les autres livrèrent 
Weddcrburn et eurent la vie sauve. On marcha ensuite sur 
le château de Home, et, avec l'aide du Français, le comte s'en 
empara de la môme façon 1 . 

1 Davidis Humii de Familia Tlumia Wcdderbumcnsi Liber, p. 35. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 357 



CHAPITRE XIII. 



Démarches «lu duc d'Alb*»j eu faveur des marchands «écossais trafiquant en France; onlonnance de 1318 
qui les exemple de certains droits a Dieppe. — Ancien commerce entre les deux pays; saumon d'Ecosse 
et autres poissons Importe! en France dès !c XIV" siècle; vins de Guienne et de La Rochelle importes 
en Ecosse jusqu'à la fin du XVI'; actes des FHats de ce pays relativement à cette branche de commerce. 

— Bons rapports entre l'Ecosse et 'c duché de Bourgogne. — Disposition législative de l'an 1551 concernant 
le iféhit des vins de France en Ecosse; importance du commerce d'exportation des prunes sèches en 1516. 

— Privilèges «les marchants écossais trafiquant en France, accordés par Uenri II en 155't; continuation 
par Henri IV en 1599 — Compensation des tarifs de douane à l'égard dus Ecossais en Angleterre. 



Pendant son séjour en Franee, le duc d'Albany s'employa 
activement, à ce qu'il paraît, en faveur des marchands écossais 
trafiquant dans notre pays, d'autant plus qu'ils étaient sans 
doute commandités par la noblesse 1 . Ses démarches furent 
couronnées de succès, et François I er rendit à Amboisc, au mois 
de mai 4518, une ordonnance pour décharger ces étrangers des 



1 Avant de nous montrer en 1408 le comte de Douglas frétant un navire, avec 
un ou deux subrécargues et un équipage de vingt marins, pour faire le commerce 
en Normandie et à La Rochelle, Tytler (Ilist. of Scott., t. II, p. 315; t. III, p. 238, 
A. D. 1425) assure qu'au XIV e siècle, les nobles écossais possédaient des compa- 
gnies de marchands qui spéculaient pour leur compte et sous leur protection. 
Lord Lindsay croit qu'il en était ainsi, se fondant sur un passage d'une lettre de 
l'un de ses ancêtres, David comte de Crawfurd, qui écrivait en février 1405 à 
Henry IV, roi d'Angleterre, pour se plaindre que des pirates anglais eussent pris 
un navire de Flandres chargé de marchandises appartenant à des marchands de 
Saint-André : "Je vous requer, ajoutait le comte, que puisque teillx choses sont 
attemptées encontre la vertu des treucx jà pieça prins (des trêves déjà prises), et 
ausi que lesdis marchans et ville de Sainct-Andreu m'apartenynt, qu'il plaise à 
vostre très-noble Seigneurie de faire restoracion desdiz biens aux devant diz mar- 
chans, là où ils pourront estre trouvés dedans vostre roiaume, ou seigneuries, les- 
quelx denrées et marchandises sont estimés et sommées par loialx marchans à la 
value de mille livres." (Lires of the I.indsays, vol. I, eh. III, p. 105, 106.) — On 



358 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

droits auxquels la marchandise foraine était assujétic à Dieppe, 
lieu ordinaire de leur débarquement 1 : ce qui n'empêcha pas de 
nouvelles réclamations de venir d'Ecosse quelques années après 2 . 
Quelles marchandises les Écossais pouvaient-ils apporter dans 
notre pays? Vraisemblablement les mêmes qu'ils expédiaient en 
Flandre, et dont nous avons le détail dans le grand livre d'An- 
drew Halyburton, négociant du premier ordre en son temps, 
qui occupait le poste élevé de conservateur des privilèges de la 
nation écossaise dans les Pays-Bas, ou, comme nous dirions 
aujourd'hui, qui était consul d'Ecosse à Middleburg 3 . C'était 
d'abord du saumon, qui arrivait jusque dans des villes de l'in- 
térieur, comme Reims, où une ordonnance municipale de 1380 
en réglait la vente 4 , puis des harengs, de la morue et autres 
poissons destinés au peuple 5 ; enfin de la laine, du cuir et des 
peaux 6 . 

peut contester que le mot aparfenynt ait la signification que lui prèle le savant 
Lord, au lieu d'indiquer tout simplement vasselage. Quoi qu'il en soit, le style de 
cette lettre nous montre David Lindsay plus savant dans notre langue que le cé- 
lèbre comte de March, de Dunbar, qui, écrivant au môme prince cinq ans aupa- 
ravant, s'excuse d'employer l'anglais, donnant pour raison que cet idiome était 
plus clair à son entendement que le latin ou le français. 

1 Mémoire touchant l'ancienne alliance entre les François et les Ecossois, etc., 
p. 62-64. — Lettres historiques, etc., p. 305-308. 

2 Mémoires et instructions à... ntf> c le duc d'Albanye pour remonstrer au roi 
T.-C. de France, pour et au nom des marchans, manans et habilans du royaume 
d'Escosse, et avecluy... l'arcevesque de Bourges, sans date, mais probablement 
de 1524. {Papiers d'État, etc., t. I, p. 85-87.) 

3 Voyez l'analyse que nous en avons donnée dans la Gironde, journal de Bor- 
deaux, numéro du 17 novembre 1859. Traduit en anglais, cet article a reparu dans 
le Dundee, Perlh and Cupar Advertiser, n° 3757, Friday, December 2, 1859. 

4 Archives administratives de la ville de Reims, publ. par M. Varin, t. 111, p. 717. 
— Longtemps après encore, le saumon des îles britanniques formait un article 
d'exportation considérable. On lit dans la Gazette du 3 janvier 1693, p. 8, qu'un 
corsaire de Granville venait de prendre un bâtiment écossais chargé de 280 bar- 
riques de saumon salé, et dans celle du 14 février de la même année, p. 7, qu'un 
autre corsaire avait conduit à Saint-Malo la Marie de Galloway, qui allait à Bilbao, 
chargée de cuir, de hareng, de saumon, de beurre et de suif. 

5 Description of Carrick, publ. par Rob. Pitcairn. (Hisl. and geneal. Account 
of the principal Families ofthename of Kennedy, Appcndix n" M, p. 187.) 

« G. Chalmers, Calcdoma, efe ; h IV, eh, VI; t 1, p. 786. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 359 

Plus tard, ce catalogue s'accrut 1 au point qu'un rimeur du 
XVII' siècle pouvait dire à un courtisan : 

Tury, vous quittez donc la cour 
Pour vous jeter dans le négoce : 
Ce n'est plus celuy de l'amour, 
Mais celuy d'Espagne ou d'Escosse. 

Espagne, Ecosse, il semble que c'était là que le commerce 
fût le plus lucratif, de même que l'on est amené à croire que 
les Espagnols et les Écossais étaient les étrangers les plus habi- 
tués à la France, lorsqu'on entend un autre poète faire dire à un 
farceur : 

Je passe, quand je veux, bien que je sois François, 
Tantôt pour Espagnol, tantôt pour Escossois 2 . 

En échange des denrées qu'ils nous apportaient, les Ecossais 
recevaient de nous des produits d'une industrie plus avancée 3 , 



1 " Draperie d'Ecosse et d'Angleterre, la balle, 9 s. ; laine d'Ecosse et Irlande, la 
balle, 2 s. 8 d.; laine venant d'Ecosse et d'ailleurs, etc., 4 d. ; suif d'Angleterre et 
d'Ecosse, le baril, 1 s. ; tacque de cuir gorge coupée, cap de ver, Sénégal, Barbarie, 
Gambie, Irlande, Ecosse, et autres pays étrangers, tant sec,sallé que tanné, 2 d." 
( Tarif des droits appartenant à Messieurs les Archevêques de Rouen, comtes et 
seigneurs-haut-justiciers de Dieppe, etc., ratifié le 25. Mai 1695. p. 8, 9, 10, 12; 
dans le Recueil général des édits... donnez en faveur des habilans de la ville de 
Dieppe, etc. A Dieppe, chez Pierre Pillon, M.DCC, petit in-folio.) 

2 Poésies diverses de Monsieur Colletet. A Paris, M.DC.LVI., in-12, p. 417. 

3 Robert Bruce ayant été enterré dans l'abbaye de Dunfermline, on éleva sur sa 
tombe un riche monument de marbre, qui avait été fait à Paris par les soins de 
Thomas de Chartres, dont le nom succède, dans un ancien registre, à celui de 
Michel de Paris. Plus loin, il est fait mention d'une étoffe de cette ville. (The 
Accounts of the great Chamberlains of Scolland, etc., vol. I, printed at Edin- 
burgh. M.DCCCXXXVI., in -4°, p. 97, 99, 101, 150, A. D. 1329. — Tytler, Hist. of 
Scotl., vol. I, Edinburgh, MDCCCXXVIII, in-8°, p. 420.) — Près de deux siècles 
plus tard, George Halkerstoun, marchand d'Édinburgh, faisait fabriquer de l'ar- 
genterie à Paris, et demander par Jacques IV la permission d'exporter cet article, 
en même temps que 200 boisseaux de seigle et de la farine. (Epistolœ Jacobi 
Quarti, etc., vol. I, p. 101, n» LVII; p. 117, n° LXX.) — Lord Lindsay rapporte un 
autre achat d'argenterie en France par une comtesse écossaise (the Lives of the 
Lindsay s, vol. I, p. 337, not. $), et M. Chambers cite deux vers d'une ancienne 
comédie, où il est fait mention de demi-chaînes de la fabrique de Paris. (Domestic 
Annals of Scolland, vol. I, p. 376.) 



300 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

non-seulement par le commerce régulier, mais par la diploma- 
tie, dont les agents, à ce qu'il semble, avaient le privilège de faire 
entrer des marchandises en franchise de droits. Le 8 mai 1580, 
Henri 111 écrivait à M. de Chasteauneuf, son ambassadeur au- 
près d'Elizabeth : "Je vous prie aussy luy faire instance de la 
déprédation qu'aucuns de ses subjectz ont faicte, près de Dieppe, 
d'ung vaisseau escossois qui retournoit en Escosse, dedans le- 
quel y avoit pour seize cens escus d'achapt de vins et draps de 
soye, sucre, espiceries et aultres choses, que led. sieur d'Esnc- 
val avoit faict achapter, et se faisoit mener, pour sa provision, 
en Escosse, par l'ung de ses gens nommé le capitaine Jacques. 
Ils usèrent de si grande inhumanité, qu'ils osterent les voilles 
dud. vaisseau, et le laissèrent, et aussy ung aultre vaisseau es- 
cossois, à la mercy des ventz et de la mer; mais Dieu leur ayda 
tant qu'ils furent là jectez, avec le reflux de la mer, à la coste, 
où ilz furent recogneuz et secourus 1 ." 

La place occupée par les vins dans cette énumération de mar- 
chandises chargées pour l'Ecosse, suffit pour indiquer l'impor- 
tance de la consommation que nos alliés en faisaient au 
XVI e siècle. Déjà au XIII e Henri d'Andeli nous représente les 
Écossais comme s'abreuvant, avec plusieurs peuples du Nord, 
de vins de La Rochelle 2 , et dans le suivant, Froissart nous 
montre leurs navires arrivant au port de Bordeaux pour y char- 
ger des vins 3 , au risque d'être capturés à leur sortie de rivière, 
comme dans une circonstance assez singulière rapportée par 



1 The Life of Thomas Egerlon, etc., p. 66, col. 1. 

* La Bataille des vins, v. 113. (Fabliaux et contes, édit. de Méon, t. I, p. 156.) 
3 Chroniques, etc., liv. 1 er , part. II, ann. 1373; édit. du Panth. litt., t. I, p. 658, 
col. 2. — Il arrivait aussi que les Écossais allaient en course dans les mêmes pa- 
rages. J'ai vu au General Register House, à Édinburgh, niais non pas lu, tant la 
pièce a souffert, un procès-verbal et des dépositions de témoins relativement à un 
navire chargé de vin appartenant à la Flandre, qui avait été capturé par un Écos- 
sais nommé John Davidson. Ces témoignages sont indiqués comme rendus devant 
"Jehan Laisné, licencié es loix, advocat au siège royal de Coingnac." 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. S61 

Cleirae, qui suppose un patron écossais d'une barque chargée 
de vin pour Calais, de connivence avec des pirates turcs 1 . Une 
lettre de Jacques IV au premier président du parlement de Bor- 
deaux pour lui recommander l'affaire de son sujet, George 
Wallace, patron du navire le Volant, saisi pour vol imputé à 
Robert Gardiner et Duncan Campbell 2 , nous apprend qu'en 
1518 les Écossais continuaient à venir chercher nos vins et ne 
se comportaient pas toujours d'une manière exemplaire; nous 
savons par le président de Thou que de son temps, c'est-à-dire 
vers la fin du XVI e siècle, des marchands de vin écossais ve- 
naient annuellement à Bordeaux 3 , et nous avons un arrêt du 
conseil d'État du 3 juin 1604, portant indemnité de 18,000 li- 
vres en faveur de John Anderson et John "Williamson, mar- 
chands écossais, auxquels on avait confisqué deux cents tonnes 
de vin au Havre 4 . 

En 1467, Bordeaux, avec La Rochelle, était un point dési- 
gné au commerce écossais par acte de parlement rendu cette 
année 5 ; et, par acte antérieur, il leur était expressément in- 
terdit d'acheter du vin aux Flamands qui venaient trafiquer 

1 Les Us et coutumes de la mer. A Rouen, M.DC.LXXI., in -4°, p. 26. — Dans 
les Domeslic Annals of Scotland, vol. Il, p. 93, on voit des Écossais pris sur les 
côtes de France par des corsaires barbaresques en 1635; et Darnal, dans son Sup- 
plément à la Chronique Bourdeloise, folio 88 recto, rapporte qu'en 1613, des ha- 
bitants de Capbreton furent capturés en mer par des Turcs, c'est-à dire sans doute 
par des écumeurs de nier de Tunis ou d'Alger. 

2 Epislolœ Jacobi Quarti, etc., vol. I, p. 309, n° LIVI. — La lettre suivante, 
adressée à François 1 er , se rapporte au même objet. — Dans un manuscrit du 
Musée Rritanuique (Addit. Mss. 5664, folio 355), on trouve un acte du Conseil du 
roi de France, en date de 1604, portant indemnité à certains Écossais dépouillés 
de leurs vins. 

3 Jac. Aug. Thuani de Vita sua, lib. II, ad cale. Hist. sui temp., éd. Lond., 
MDCCXXXIII, t. VII, p. 39. 

* Musée Rritanuique, Addit. Mss. 5664, folio 355-358. 

8 " Item it is statu te and ordanit in the said parliament that it sal be leful til al 
merchandise of this reaime to sale to the Rochel, Burdeus, France and Noroway, 
with sic merchandise as is convenient thar fore like as thai did of before, and al 
stapele gudes to remane and to stapele and pas to na merkates," etc. Acla parlia- 
ment. Jac. UI, A. D. 1467. (The Acts of Parliam. of Scott., vol. II, p. 87, col. 2.) 



3(32 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

en Ecosse 1 , sans doute parce que ces derniers frelataient les 
vins de La Rochelle et de Bordeaux qu'ils vendaient, l'état des 
communications ne permettant pas un pareil voyage aux vins 
de Bourgogne récoltés dans les possessions de leur duc. 

Les relations entre ce prince et l'Ecosse, qu'un document 
des Archives du royaume semble annoncer comme très-bonnes 2 , 
paraissent s'être maintenues longtemps dans cet état, et le 
XV e siècle n'était pas encore sur sa fin qu'une assemblée des 
trois Etats parlait d'envoyer une ambassade au duc de Bourgo- 
gne pour obtenir la confirmation des privilèges accordés à 
d'autres époques aux marchands écossais 3 . 

Une autre disposition législative, d'une date postérieure, 
règle le prix des vins débités en Ecosse, où l'usage de la bière, 
à ce qu'il paraît, était moins général qu'aujourd'hui, et l'on n'y 
voit figurer que des vins de Bordeaux et de La Rochelle 4 . On 
complétait les cargaisons par des pruneaux, dont le débit était 
considérable, au point que le seul droit sur les prunes sèches 
que la France envoyait en Angleterre, en Ecosse et en Flandre 
était, en 1546, affermé dix mille écus par an 5 . 

1 "Item the King and the thre Estâtes lias ordanyt that na man of Scotlande by 
at Flemynges of the Dam in Scotlande ony kynde of wyne under the payne of eschet 
therof." (Acta parHamentorum Jacobi I, A. D. 1436; vol. II, p. 24, col. 2.) — 
Flamands et Écossais sont nommés dans les anciens et nouveaux Statuts de la 
ville et cité de Bourdeaus (à Bourdeaus, 1612, in-4°, p. 104, 151), parmi les indi- 
vidus auxquels il était défendu " de jeter aucun last en la rivière de Gironde," et 
qui devaient payer à la coutume, c'est-à-dire à la douane, 2 deniers et maille 
d'entrée. Il est encore question des marchands de harengs d'Ecosse, p. 223, 223 de 
ce volume, qui parut à la même époque environ qu'un certain Archibald Campbell 
obtenait un privilège pour l'engager à amener des étrangers afin de préparer des 
harengs saurs. (Chambers, Dornestic Annals of Scotland, vol. I, p. 443.) 

2 Promissio observationis privilegiorum per ducem Burgundie mercatoribus 
Scotie. 17 Dec. 1427. (General Register House, Edinburgh.) 

3 Acta parHamentorum JacoU III, A. D. 1478; vol. Il, p. 118, col. 2. 

4 The Acts ofthe ParKaments &f Scotland, vol. Il, p. 483, col. 1, A. D. MDLI. 

5 Relazione di Francia del cl. M Marino de' Cavalli, 1546. (Relations des am- 
bassadeurs vénitiens, etc., t. I er , p. 257.) — Auparavant, p. 252, cet étranger évalue 
à un million et demi d'écus la consommation du vin dans ces pays, auxquels il 
ajoute le Luxembourg, la Lorraine et la Suisse. Voyez encore p. 500. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 8fô3 

Vers le môme temps, on voit Henri II confirmer, dans les 
mômes termes et dispositions, les privilèges concédés par son 
père aux marchands écossais trafiquant dans notre pays 1 . Irrité 
des progrès de la réforme en Ecosse et des entreprises des reli- 
gionnaires contre Marie Stuart, Charles IX veut les frapper dans 
leur commerce; il rend une ordonnance, sinon pour le ruiner, 
du moins pour lui porter obstacle 2 . Combien de temps est-elle 
restée en vigueur? Peut-être jusqu'au moment où l'ambassadeur 
de Jacques VI à la cour de France demande à Henri III " que 
le commerce des marchands escossois en France leur soit aussy 
libre qu'il a esté en aulcun temps passé, et les privilèges d'im- 
munitcz et exemptions perpétuelles qui leur ont esté octroiées 
des roys passez... leur soient gardez, et que les ministres des 
impositions de S. M. T. C. soient contremandez de contrindre 
les marchands escossois, comme ils ont faict, ces deux ans pas- 
sez, à Rouen, à Diepe et ailleurs, de paier aucune imposition 
nouvelle, ou aultres que celles qu'ils payoient, au temps des roys 
passez." Sur cet article, " Sa Majesté entend, répond le secré- 
taire d'État Pinart, qu'ilz en usent aussi franchement et libre- 
ment que font ses propres et naturelz subjectz, et qu'estans 
traictez esgallement que les François, lesd. marchans escossois 
ne se peuvent plaindre avec juste occasion 3 ." Le siècle n'était 
pas révolu, qu'Henri IV rendait la vie à ces privilèges par des 
lettres-patentes données à Fontainebleau au mois de mars 1599 4 . 

1 Privilèges des marchands Ecossois trafquants en France, en I65Ï; dans le 
Mémoire touchant l'ancienne alliance entre les François et les Ecossois, etc., 
p. 64-66. 

2 Le 26 septembre 1570, l'ambassadeur d'Espagne, D. Frances de Alava, annon- 
çant à Philippe II l'envoi des lettres-patentes de Charles IX relatives au Commerce 
des Écossais rebelles à leur reine, ajoutait u,ue l'ambassadeur d'Ecosse, dont il les 
tenait, en sollicitait de semblables pour l'Espagne. (Teulet, Papiers d'Etat, etc., 
t. III, p. 91.) 

3 Articles que M. de Selon. . . traicta avec S. M.T.C , le xxvpjour d'apvril, 1584. 
(The Life of Thomas Egerton, p. 32, col. 2) — Responces, etc. (Ibid., p. 33, col. 2.) 

4 Mémoire, etc , p. 67-72. 



3G4 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Dans ces lettres, où les précédentes sont rappelées, il est ques- 
tion non -seulement de l'imposition foraine de 12 deniers tour- 
nois pour livre qui, du temps du roi François, se levait à Dieppe 
sur la marchandise, outre 4- deniers tournois pour livre de 
l'ancien domaine forain, mais encore d'une taxe de 20 deniers 
pour livre pour la nouvelle imposition foraine, que, sous prétexte 
d'un nouvel édit sur le commerce extérieur, les officiers des 
douanes en la ville de Rouen exigeaient de nos alliés. Plainte 
ayant été portée à Henri II, ce prince, par lettres patentes en 
forme de charte, du mois d'octobre 1554, en amplifiant la 
première exemption, avait "ordonné que lesdicts marchands 
escossois ne seroient tenus payer, pour raison des marchan- 
dises qu'ils tireroient et enleveroient de Normandie pour mener 
audict pais d'Escosse, autres droits d'imposition et subsides 
qu'ils avoient accoustumé faire d'ancienneté, et faisoient lors 
de l'expédition dudit nouvel edit fait sur la perception desdicts 
droits d'imposition foraine et domaine forain," etc. Henri IV 
confirma ces dispositions, qui, dans les troubles des dix ou 
douze dernières années, avaient perdu de leur force 1 . 

A partir du XVII e siècle, la jurisprudence établie à l'égard du 
commerce d'Ecosse ne devait plus varier ; mais en même temps 
les Anglais compensaient la différence. Écoutons un agent de 
ces derniers, Sir Henry Neville, qui écrivait à Winwood de 
Londres, le 8 décembre 1G04 : "Gomme il paraît que les Écos- 
sais ont un privilège en France, en vertu duquel ils sont 
exempts des droits que les Anglais et autres étrangers ont à 
payer pour transport, il est en conséquence convenu qu'ils au- 
ront à payer en plus ici pour tout ce qu'ils auront paie là-bas 
de moins que nous pour les articles français, à l'exception des 



1 On conserve à la Bibliothèque impériale, collect. Dupuy, vol. XXXIII, des 
mémoires pour les marchandises et franchises des marchands écossais en France, 
auxquels nous ne pouvons que renvoyer. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 365 

denrées venues par la rivière de Bordeaux, où, à ce qu'il semble, 
notre privilège est aussi grand que le leur 1 ." 

A l'avènement de Jacques VI, les choses changèrent, à ce 
qu'il paraît Le roi et son conseil anglais, ayant, dans l'igno- 
rance des vrais principes de l'économie politique qui caractérise 
l'époque, prohibé l'exportation comme l'importation de toute es- 
pèce de marchandises autrement que par navires anglais, les 
bourgs d'Ecosse ne tardèrent pas à s'apercevoir que leurs inté- 
rêts seraient gravement compromis, les autres États ne pouvant 
manquer d'établir de semblables restrictions. "Et si cela ar- 
rive, disaient-ils, il n'y a rien à attendre que ruine et naufrage 
pour notre marine, d'autant plus que nos meilleurs navires 
d'Ecosse sont continuellement au service des Français, non- 
seulement dans les possessions françaises, mais aussi en Espa- 
gne, en Italie et en Barbarie, où se fait leur commerce : ce qui 
est l'une des principales causes de l'accroissement du nombre 
des navires écossais et de leur entretien, tandis que par le con- 
traire la moitié de ceux qui sont présentement en Ecosse servi- 
ront pour notre commerce et notre négoce particuliers." 

Le roi de France usa en effet de représailles à l'égard de la 
politique égoïste de l'Angleterre en rendant une ordonnance 
semblable en faveur de la marine française. La première con- 
séquence du nouveau règlement était qu'un navire anglais et 
un navire hollandais, en charge en Normandie, étaient obligés 

1 Winwood, Memorials, etc., vol. II, p. 38. — Sir Thomas Edmonds au comte 
de Shrewsbury, le 5 décembre 1604. (Lodge, Illustrations of Brilish History, etc., 
vol. III, p. 112.) — A Bordeaux, tous les étrangers indistinctement avaient droit 
de cité, pouvaient y acquérir des biens et en disposer sans lettres de naturalité. 
(Ordonnances des rois de France, etc., t. XVII, p. 324, 525. — Dn. Nie. Boerii 
Decisionum aurearum... Pars prima, etc. Lugduni, M. D.LIX., in-folio, quœs- 
tio XIII, p. 32 ) Néanmoins il était toujours plus sûr de se donner pour Écossais. 
C'est ainsi qu'en 1599, le secrétaire d'État Cecil écrivant au même Sir Henry Ne- 
ville au sujet d'un agent anglais destiné pour l'Espagne, recommandait qu'on le 
fit passer chez nous pour un enfant de l'Ecosse. (Winwood, Memorials, etc., b. II, 
vol. I, p. 97.) 



366 LES ÉCOSSAIS EÎS FRANCE. 

de décharger et de rentrer vides. Une barque écossaise appar- 
tenant à Andrew Allan, qui, à ce moment, chargeait de la 
marchandise française, aurait éprouvé ce même inconvénient 
si le patron n'avait réclamé une immunité en faveur de l'an- 
cienne alliance de son pays avec la France, " invariablement 
gardée, disait-il, pendant plus de huit cents ans." Les facteurs 
écossais en France présentèrent requête au parlement de Paris ; 
ils y rappelaient cette même alliance, et faisaient valoir que les 
Français avaient toujours eu la liberté de commerce dans tous 
les ports écossais : ce qui prouvait bien que l'Ecosse n'était pas 
comprise dans redit du monarque anglais et de son conseil. En 
conséquence, le parlement décida que les Écossais continue- 
raient à jouir, comme par le passé, de la liberté de commerce 
avec la France. 

L'attention du roi étant nécessairement appelée sur les inté- 
rêts de l'Ecosse en cette matière, il se montra inflexible en 
faveur du principe général de l'ordonnance de son conseil : 
"La raison naturelle, dit-il, nous apprend que l'Ecosse faisant 
partie d'une île, ne peut subsister ou se conserver sans marine. 
Or, une marine ne peut se maintenir sans emploi ; et la loi même 
de la nature enseigne à toute espèce de société, royaume ou 
pays, de faire tout d'abord travailler leurs propres navires avant 
d'en employer d'étrangers 1 ." Il consentait néanmoins à se re- 
lâcher de sa sévérité en des cas particuliers. Jacques raisonnait 
avec logique ; mais il n'avait pas assez de sagacité pour deviner 
les doctrines d'Adam Smith 2 . 

A l'époque où il nous faut revenir, après une si longue di- 



1 Letters and State Papers during the Reign of James the Sixth, etc. Printed 
at Edinburgh : M.DC.CC.XXXVIII., in-4°, p. 243, 317. — Sir James Balfour, the 
Annales ofScotland, vol. II, p. 58, A s 49 Ja: 6, et Sal: 1615. 

2 Chambers, Domestic Armais of Scotland, vol. I, p. 258, 259 — Plus loin, 
vol. II, p. 12, 13, il est fait mention de vaisseaux écossais captures en 1526 par 
les nôtres, et relâché» en vertu rie l'ancienne alliance. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 3G7 

gression, c'est-à-dire dans le premier quart du XYP siècle, les 
Ecossais qui abordaient à Dieppe payaient un droit de douane 
de 12 deniers; je soupçonne, d'après un acte d'un ancien re- 
gistre de la cité d'Édinburgh, que les bourgs royaux d'Ecosse, 
certains d'entre eux du moins, s'abonnaient pour exonérer de 
ce droit leurs enfants qui se rendaient en Normandie i ; et une 
fois lancé sur la voie des conjectures je vais jusqu'à me deman- 
der si le "Johne Scot, induellar of Deip," n'aurait pas laissé un 
fils ou un petit-fils dans la personne du sieur Scot, nommé 
dans l'État des sommes dues aux propriétaires des emplace- 
ments qui ont été pris à Dieppe par les maires et échevins pour 
les places publiques 2 ," etc. 



1 "James Bassendene oblist him faithfully, as said is, that he suide get ane suf- 
ficient acquittans in devv forme fra Johne Scot, induellar of Deip... of ye soumme 
of ij c viij franks in compleit and haill payment of the soomes debursit be ye saide 
Johne for the donne' getting of ye custome of xij deners; and sali deliver ye said 
acquittans to ye towne of Edin r . in ail gudly haist. And als oblissis him faithfully, 
till suffieient reversion in dew forme maide be him to the saide toune of Edin r ., for 
ye redemyng and outquyting of ye ij merchand buthes quhilk ye saide toune analiit 
to ye same James, confermand of ye saide ij c and viij franks, als sone as ever he 
beis requyrid thereto, but fraud or gile." (Vincent Strachan Protocol Book, 1507- 
1524, n° 1, folio 206 verso. Acte de l'avant-dernier jour d'août 1523.) 

2 Inséré dans un arrêt du conseil d'État du 6 octobre 1699, p. 6, col. 2. (Recueil 
général des édits... donnez en faveur des hahitans de la ville de Dieppe, etc. 
A Dieppe, M.DCC, petit in-folio.) 



LES FRANÇAIS EN ÉCOSSK. 369 



CHAPITRE XIV. 



Persistance de la politique de François I" à l'égard de l'Ecosse; ambassade de La Fayette et de Cordelle. 
— Robert Stuart, seigneur d'Aubigny, et Jean de Plains, viennent les rejoindre; négociations de ces nou- 
veaux ambassadeurs. — Retour du duc d'Albany en Ecosse; Sir George Douglas obtient la permission de 
passer en France avec le comte d'Angus ; les forteresses d'Ecosse présentées comme occupées par des gar- 
nisons françaises ; François I"' se rapproche de ses anciens alliés et envoie une nouvelle ambassade en 
Ecosse; mission de maître François le Charron; Jean de Barbon, secrétaire du duc d'Albany. — Projetant 
un nouveau voyage en France, le duc nomme un conseil de régence et y adjoint un chevalier français; 
départ et réception du duc à Paris. — Continuation de la guerre sur les frontières d'Ecosse. — Retour du 
duc d'Albany avec une flotte, des troupes et de l'argent ; il est sur le point de gagner la reine au parti 
français ; confirmation du traité d'alliance conclu en 1517; étalage que fait le duc de ses troupes françaises ; 
pensions payées par la France aux nobles écossais. — Jalousie des indigènes contre les auxiliaires étrangers ; 
plaintes des villes et des bourgs contre eux ; siège du château de Wark ; valeur et pertes des Français. 



Les quatre mois de congé accordés au duc d'Albany étaient 
passés, et la politique de la France à l'égard de l'Ecosse n'avait 
point changé. François I er renouvela le traité de paix qui avait 
mis fin à la guerre avec l'Angleterre 1 , et y ayant compris les 
Écossais ses alliés, pourvu qu'ils en agréassent les termes, il 
envoya en ambassade en Angleterre La Fayette et Cordelle, 
qui passèrent ensuite en Ecosse avec le héraut Clarencieux. Un 
parlement ayant été assemblé, l'ambassadeur français déclara 
sans équivoque que si les Écossais rejetaient un traité que son 
maître considérait comme essentiel à la prospérité de son 
royaume, ils ne devaient plus compter sur l'appui de la France. 
Cette considération parut si grave qu'il ne fut pas jugé prudent 



1 Rymer, Fœdera, etc., vol. XIII, p. 624-632; edit. 1II\ t. VI, pars I, p. 147, 
col. 2-151, col. 1. — Inventaire chronologique , etc., p. 65. — Tytler, History of 
Scolland, vol. IV, p. 129. 

voi. i. 24 



370 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

de différer de s'y rendre 1 , et la prolongation de la trêve entre 
l'Angleterre et l'Ecosse jusqu'au 30 novembre 1520 fut procla- 
mée à Stirling en présence des régents et des ambassadeurs 
français et anglais 2 . 

Jacques V s'y trouvait alors " entre les mains de trois bons et 
gros personnaiges esleuz par les Estats du pays, sous la garde 
du capitaine de la Roquette," que son nom indique comme 
Français. L'Écossais dont nous venons de citer le mémoire, 
adressé à François I er , ajoute : "Item, si le plaisir du roi est, 
pour satisfaire auxdicts Angloys, envoyer un guet de sa garde 
escossoyse, avec ung homme de bien pour le conduyre, ou en- 
voyer ledict guet au cnppitaine de la Roquete, qui le sçaura 
très-bien faire, pour la garde et la seureté de la personne du 
roy, nostredict souverain 3 ." 

A La Fayette et Gordelle étaient venus se joindre Robert 
Stuart, seigneur d'Aubigny, et Jean de Plains, envoyés par 
François I er et arrivés à Dunbar le 25 novembre 1520. Il était 
toujours de l'intérêt de ce prince de cultiver l'amitié de l'Angle- 
terre. L'influence qu'il exerçait sur le cardinal Wolsey avait 
déjà valu à la France la restitution de Tournay, et il espérait 
vivement qu'avant longtemps l'importante ville de Calais lui 
serait rendue, politique qui donne la clef de ses négociations 
avec l'Ecosse. Le conseil que, par l'ordre de leur maître, les 
nouveaux ambassadeurs donnèrent aux États de ce pays, s'éloi- 
gnait d'une manière frappante de la politique précédemment 
suivie par la France et des sentiments d'une grande partie de 

1 Lettre de la reine Marguerite au Cardinal Wolsey, en date du 17 décem- 
bre 1522. (Manuscrit de la Bibliothèque Cottonienne, Caligula, B. VI, folio 312 
recto.) Pinkerton a donné la substance de cette lettre dans son Histoire d'Ecosse, 
t. II, p 178. 

2 Bymer, Fœdera, etc., vol. XIII, p. 730; edit. III a , tomi VI pars I, p. 189, 
col. 2. — A Diurnal of remarkable Occurrents, etc., p. 7. 

3 Me/moire de ce qui sera à faire pour Kscosse à eeste veue et assemblée, etc. 
(le Camp du Drap d'or), parmi les Papiers d'État de M. Teulet, t. I, p. 19. 



LES FRANÇAIS EN ÉCOSSK. 371 

la noblesse écossaise. Ils insistaient avec force sur la nécessité 
de maintenir la paix avec l'Angleterre, sur la prolongation de 
la trêve et sur les circonstances fâcheuses qui résulteraient du 
retour du duc d'Albany. Us ajoutaient que François I er ne con- 
sentirait jamais à le laisser partir et rallumer une fois de plus 
dans toute son intensité le feu des discordes intestines en 
Ecosse, pendant que les ambassadeurs n'épargnaient aucun ef- 
fort pour aplanir les différends qui existaient entre les partis 
français et anglais, et pour rétablir la paix dans le pays 1 . Un 
pareil résultat était toutefois au-dessus des forces des diploma- 
tes français, et le 22 février 4521, près d'un mois après récep- 
tion d'une somme de 5,000 écus d'or au soleil 2 , ils écrivaient 
pour demander le sauf-conduit nécessaire à leur retour en 
France par l'Angleterre 3 . 

Le 2 octobre, François I er annonçant à "Madame la régente 
en France" que le duc d'Albany partait pour l'aller trouver, lui 
disait : "J'ay faict ce que j'ay peu pour le retenir icy, et luy 
ay promis la charge des Suisses; mais il n'y a eu remède. Il 
s'en veult aller en Escosse, ainsi qu'il vous donnera à entendre, 
ce que je ne trouve bon jusqu'à ce que nous ayons la certaineté 
et resolution de ce que fera le chancelier avec le cardinal ; car, 
comme sçavez, si ledict duc d'Albanye va en Escosse, c'est la 
totalle rupture avec le roy d'Angleterre, lequel incontinent se 
déclarera.... A ceste cause, je vous prie, Madame, qu'il vous 
plaise entretenir ledict duc le plus que vous pourrez avec vous, 
et, s'il s'en veult aller, qu'au partir il vous asseure et promette 

1 Ms. de la Bibl. Cotton., Caligula, B. VI, folio 158 recto. (Instructions à messire 
Robert Esluard, chevalier, seigneur d'Aubigny.) 

2 "Pour icelles délivrer aux personnes et ainsi que leur avons donné charge à 
leur partement faire, pour aucuns nos exprez et secretz affaires dont ne voulons 
cy autre mention estre faicte." Ordonnance de paiement, etc. (Inventaire chro- 
nologique, etc., p. 67.) 

3 Ms. de la Bibl. Cotton., Caligula, B. III, folio 138. Edinbnrgh, 22 février 1521. 
La demande est signée Robert Stuart, Jehan de Planis. 



3T2 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

qu'il ne partira de sa maison pour aller en Escosse, sans le pre- 
mier vous en advertir et attendre response de vous. Cependant 
nous verrons comme les choses iront, et ce que fera ledict 
chancelier, et selon cela vous lui manderez ce qu'il aura à 
faire 1 ," etc. 

De plus en plus décidé à partir, le duc d'Albany donna à la 
régente une note, qui fut envoyée au trésorier Robertet pour 
être mise sous les yeux du roi. Le duc promettait de revenir 
l'été suivant ou plus tôt, pour peu que le service de ce prince 
l'exigeât; et pour terminer promptement les affaires qui le 
rappelaient en Ecosse, il demandait mille hommes de pied pour 
un an, et une subvention de 30,000 ou, pour le moins, de 
25,000 écus, "laquelle il employeroit là où il verroit estre né- 
cessaire." A tout événement, il tenait depuis près de quatre 
mois son équipage prêt, et il avait envoyé les cavaliers et les 
fantassins qu'il avait pu recruter "et porter la depence." L'au- 
teur de la note se montrait sûr que les Anglais différeraient leur 
descente et mauvais vouloir, s il était au pays, et peut-être même 
renonceraient à l'envahir. "Et croy fermement, ajoutait le duc, 
cessant de parler à la troisième personne, que y estant, le pape 
entendret plus toust en cette affaire et avec le roy, que autre- 
ment," etc. Il termine en demandant à la régente de l'informer 
" s'elle veult qu'il mande une chose plus [que] l'autre à nostre 
saint père, à ce que il puist plus tost faire expédition de celuy 
qui luy fault envoyer pour les affaires du pays, et aussy pour 
les affaires de sa femme 2 ." 

Cependant Henry VIII ayant, en entrant ouvertement dans les 
intérêts de Charles Quint, rompu les liens qui l'attachaient à 
François I er , ce dernier n'avait plus de motif pour résister aux 
instances de Jacques Y, c'est-à-dire pour retenir le duc d'Al- 

1 Mélanges de Clairambault, au Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque im- 
périale, vol. CLXV11. - Ibidem. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 37^» 

bany *. En conséquence, ce seigneur mit à la voile pour l'Ecosse 
et y arriva le 1 er novembre 1521 2 , porteur d'un traité d'amitié, 
qui fut conclu le 28 du mois suivant entre les deux couron- 
nes 3 . Quelque temps après, le comte d'Angus, réfugié sur la 
frontière anglaise, obtenait que le procès de trahison et de fé- 
lonie qui lui avait été fait n'aurait pas de suites, à la condition 
de s'exiler sur le continent, lui et son frère, Sir George Douglas. 
Ils passèrent en effet tous les deux en France, et vécurent dans 
la retraite la plus profonde, occupés, à ce qu'il paraît, d'études 
qui devaient rendre l'opposition du comte, à son retour en 
Ecosse, plus formidable qu'elle n'avait jamais été 4 . 

C'est de cette époque que datent les commencements d'une 
famille écossaise établie en Picardie. Le généalogiste de cette 
province, Haudicquer de Blancourt, venant de mentionner Ga- 
briel Duglas, seigneur de Rugny, élection de Soissons, Charles 
Duglas, seigneur d'Arancy, et Jacques Duglas, seigneur de 
Ployart, tous deux élection de Laon, et neveux de Gabriel, 
"ils ont, ajoute-t-il, produit des titres de cinq races depuis 
l'an 1530, avec de très-beaux emplois, où il paroist qu'ils sont 
originaires d'Ecosse, d'une noblesse très-illustre 5 ." Haudicquer 
eût tout aussi bien fait de mentionner par la môme occasion 
Valentin Douglas, évoque de Laon, duc et pair de France, reli- 
gieux de l'abbaye de Saint-Denis en France, et abbé de Saint- 



1 M. Maidineut a publié une commission donnée par ce prince, le 17 mars 1519, 
en faveur de John Lord Fleming, son ambassadeur auprès de François I er , pour 
solliciter le retour du duc d'Albany. (Analecta Scotica, etc., part I, vol. I, Edin- 
burgh, MDCCCXXXIII, in-8°, p. 1, 2.) 

- A Diurnal of remarkable Occurrenls, etc., p. 7. — Tytlcr fixe l'arrivée du 
duc au 19 novembre, et le fait descendre à Garelocli, en Lennox. 

3 On en trouve le texte parmi les Mélanges de Clairambault, vol. CLXVII. 

4 Joann. Lesl., de Rébus geslis Scotorum, lib. IX, p. 379. — Pitscottie, Ihe Cro- 
nicles of Scotland, vol. II, p. 301. — Pinkerton, History ofScotland, vol. II, p. 201. 
— W. Maitiand, the History and Anliquilies of Scotland, vol. II, p. 72i. 

5 Nobiliaire de Picardie, etc. A Paris, M.DC.XCIII., in-4°, p. 268. — Laine, Aich. 
génial, et hisl. de la nobl. de France, t. III, Nobiliaire de Soissonnais, p. 13, H. 



374 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Reiny-lès-Sens. Il fut sacré évêque en 1581, prêta serment au 
roi Henri III le 31 juillet de la même année, se trouva au con- 
cile de sa province, tenu à Reims en 1584, et aux États de Blois 
en 1588, mourut le 5 août 1598 et fut enterré dans sa cathé- 
drale l . Ses armoiries, pareilles, à bien peu de chose près, à 
celles des Duglas de Picardie, qui portaient d'azur au château 
de trois tours d'argent, à un cœur de gueules couronné d'or, 
au chef d'azur chargé de trois étoiles d'argent (N° LXXIY), sem- 
blent indiquer une commune origine. 

D'autres Douglas, établis dès le milieu du siècle dernier en 
Bugey, se donnaient également comme issus de la grande mai- 
son d'Ecosse, c'est-à-dire comme alliés des ducs de Douglas, de 
Hamilton, de Queensberry et des comtes de Morton ; ils portaient 
d'argent, au cœur de gueules couronné d'or, au chef d'azur 
chargé de trois étoiles d'argent 2 (N° LXXV). 



N° LXXIV. — DUGLAS DE PICARDIE. 



N° LXXV. — DOUGLAS DE BUGEY. 





1 Anselme, Hist. généal. cl chronol. de la maison royale de France, etc., t. II, 
p. 116, C. — T. IX, p. 404, 405, se trouve la suite des comtes de Douglas en Tou- 
raine, avec lesquels les Douglas de Picardie ne paraissent point avoir été alliés. — 
Lenet, dans ses mémoires, parle d'un Duglas, jurât de Bordeaux en 1650 (collec- 
tion Petitot, 2 me série, t. LUI, p. 325); mais ce nom n'est pas correctement écrit. 
Il s'agit de Hugla, élu le 1 er août 1622, avec les sieurs de Secondât, de Roques, 
seigneur de Roquefort et Montesquieu. Voyez Continuation de la Chronique Bour- 
deloise, Bourdcaux, M.DC.LXXIL, in-4°, p. 6 

2 La Chenaye-Desbois, Dictionnaire delà noblesse, t. V, p. 615. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 87") 

Oncle de Sir George Douglas et du comte d'Angus, révoque 
de Dunkeld avait fait passer au roi d'Angleterre un mémoire 
dans lequel, entre autres accusations contre le duc d'Albany, il 
prétendait que les forteresses du royaume étaient occupées par 
des garnisons françaises, et que le régent ayant prolongé son 
absence au-delà du terme fixé par le parlement, avait encouru 
la déchéance de son poste. Ces allégations et bien d'autres, 
quoique démenties par la reine-mère, ne pouvaient qu'être fa- 
vorablement accueillies par Henry VIII, qui, s'abandonnant 
complètement à la politique égoïste de Wolsey, avait résolu de 
faire la guerre en môme temps à la France et à l'Ecosse; mais 
il corrigea ou augmenta ces imputations, car il accusa auprès 
des États d'Ecosse le duc d'Albany d'avoir quitté la France à bas 
bruit, en violation du serment du roi, qui s'était engagé à l'y 
retenir 1 , et il les somma de renvoyer le régent, les menaçant, 
en cas de refus, d'hostilités immédiates. A cette communication 
hautaine, le parlement répondit d'une manière aussi ferme que 
digne, et la guerre ne tarda pas à commencer. En ce moment 
François I er , contre lequel Henry VIII et Charles-Quint s'étaient 
ligués, se rapprocha de ses anciens alliés, et une nouvelle am- 
bassade partit pour l'Ecosse. Cédant à ses instances, le gouver- 
neur convoqua un parlement à Édinburgh le 22 juillet 1522 2 , 
et il y fut résolu que la guerre serait immédiatement déclarée 
à l'Angleterre ; mais aucun des deux pays n'avait envie de la 
faire, et, en même temps que François I er envoyait son conseil- 
ler maître François le Charron en ambassade en Ecosse 3 , le duc 
d'Albany faisait partir Jean de Barbon pour Londres au mois de 



1 Inventaire chronologique, etc., p. 67. 

- W. Maitland, the History and Anliquilies ofScolland, vol. II, p. 786. 

3 On trouve dans le Trésor des Chartes, aux Archives de l'Empire, les instruc- 
tions qui forent données à cet ambassadeur, à Ulois, le 13 août 1522 (Inventaire 
chronologique , etc., p. 68); elles ont été publiées par M. Tculet, dans ses Pajùcrs 
d'État, etc., t. I, p. 38-44. 



370 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

septembre 1522 i , sans doute pour accompagner les ambassa- 
deurs écossais. On l'y retrouve environ deux ans plus tard en 
qualité de secrétaire du duc 2 . 

Celui-ci ne perdait jamais l'occasion de protester de son dé- 
vouement à François I er3 . Placé dans l'alternative d'entraîner 
son pays dans une lutte où il n'avait rien à gagner, ou d'aban- 
donner ce prince, qu'Henry VIII refusait de comprendre dans la 
continuation de la trêve entre l'Angleterre et l'Ecosse, il songea, 
contrairement à ses prévisions 4 , à faire un nouveau voyage en 
France pour avoir une conférence avec le roi. Il nomma un 
conseil de régence composé des comtes de Huntly, d'Arran et 
du duc d'Argyle, auquel il adjoignit Gonzolles, un chevalier 
français qui possédait toute sa confiance 5 , et il fit voile pour le 
continent le 14 octobre 1522 6 . A son arrivée à Paris, il fut ac- 
cueilli par le roi avec beaucoup de respect et d'affection, et, s'il 
faut en croire un rapport diplomatique, un mariage entre Jac- 
ques et la fille du roi de France fut mis sur le tapis 7 . 

Pendant son absence, la guerre, en dépit des engagements 



1 Ms. Cott, Caligula, B. III, folio 44. (Le duc d'Albany au cardinal Wolsey, Édin- 
burgh, 27 sept. 1522.) 

2 Ms. Cott., Caligula, B. II, folio 297 verso. Édinburgh, 14 févr. 1524. 

3 Lettre d'Édinburgh, du 18 mars 1522; dans Teulet, Papiers d'État, etc., t. I, 
p. 29, 30. Il y est fait mention du voyage en Ecosse d'un sieur des Barres. 

4 Le 16 avril 1521, il donnait d'Édinburgh, à la duchesse Anne de Boulogne, sa 
femme, procuration d'administrer tous ses biens et ceux de sa nièce Calherine de 
Médicis, duchesse d'Urbin, dont il avait la tutelle. (Invent, chronol., etc., p. 68.) 
— M. de Courcelles (Catal-, etc., titres originaux, p. 13) avait des lettres do 
l'an 1526, émanées du même duc au nom et comme tuteur de la môme princesse. 

5 Ms. Cott., Caligula, B. II, folio 333. (Lord T. Dacre au cardinal Wolsey, 
31 oct. 1522.) — Dans une lettre de la reine Marguerite au duc d'Albany, en date 
du 2 décembre 1523, cette princesse accuse réception d'une lettre et de bonnes 
paroles par M. de Gonzolles. (Thorpe, vol. I, p. 15, n° 37.) 

6 A Diurnal of Occurrenls in Scotland, etc., p. 8. — Maitland (the History and 
Antiquities of Scotland,\ol. II, p. 788) fixe ce départ au 25. 

7 Lettre de Surrey à Wolsey, 28 novembre 1523; dans le Catalogue de Thorpe, 
t. I, p. 15, n° 36. — Ce que le roy a dict au sieur Marchai louchant l'alliance et 
traité avec VEscosse contre l'Angleterre. (Louis Paris, le Cabinet historique, etc., 
t. V, Paris, 1859, in-8°, l" part., p. 226) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. o77 

formels de Henry VIII et des assurances de Lord Dacre, son am- 
bassadeur, continua avec la môme violence sur les frontières. 
Le comte de Dorset, gardien des Marches de l'Est, avec Sir Wil- 
liam Bulmer et Sir Anthony d'Arcy, firent une invasion dans le 
ïeviotdale et mirent tout à feu et à sang. Ce dernier chevalier, 
comme on pourrait être tenté de le croire, n'était point le fils 
du malheureux Antoine d'Arces, qui avait trouvé la mort dans le 
voisinage. C'était le gardien général des Marches d'Ecosse pour 
le roi d'Angleterre, issu d'une vieille famille de ce pays 1 . 

A la nouvelle de ces dévastations, qui lui fut sans doute trans- 
mise par un exprès 2 , le duc d'Albany se hâta de revenir en 
Ecosse. 11 y arriva avec une flotte de quatre-vingt-sept petits 
bâtiments, quatre mille hommes d'armes, mille arquebusiers, 
six cents chevaux, dont cent étaient bardés de fer, et un beau 
parc d'artillerie 3 . Il apportait aussi de l'argent 4 , sans doute pour 
le donner en pâture à la vénalité des nobles écossais, dont les 
sympathies politiques ne résistaient jamais à l'offre d'une somme 
ou d'une pension 5 . La reine elle-même, qui d'abord avait pensé 
à se retirer en Angleterre, fut tellement éblouie par ses présents 
et séduite par ses avances, que sa fidélité à ce pays commença 
à fléchir; elle ne se fit pas scrupule d'annoncer au comte de 

1 W. Dugdale, the Baronage ofEngland, p. 374, col. 1. 

2 On trouve dans les comptes du grand trésorier d'Ecosse, à la date du 
18 mars 1523, mention d'une somme de 100 livres payée, par ordre des lords, à 
Sir James Hamilton de Finnart, pour les frais de son voyage en France. (Pilcairn, 
Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. *268.) Quelques lignes plus haut, on lit un 
article portant un don de 90 livres, de mandata dominorum, à Schapany (Cham- 
pagne), héraut d'armes de France. (Ibid. Cf. p. *271, *272.) 

3 Ms. Cott., Calig., B. III, folio 59. (Lord Ogle au comte de Surrey, 6 oct. 1528.) 

4 Instructions par François I er à Thiederic Van Rend, envoyé par lui vers le duc 
de Holstein pour conclure une ligue entre ce prince, la France et l'Ecosse, contre 
le roi d'Angleterre. (Inventaire chronologique, etc., p. 69.) 

8 II existe, en date du 21 janvier 1523, une procuration d'Allan Stcwart, capi- 
taine du château de Dumbarton, par laquelle il donne pouvoir à William Fullarlon 
de recevoir en son nom 350 ducats d'or de David Balfour, serviteur de M. d'Aubi- 
gny, et il nomme un homme d'armes pour servir à ses frais dans le château de 
Milan. (Thorpe, Calendar of State Papers, vol. I, p. 16, n° 46.) 



378 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Surrey que Henry VIII eût à envoyer plus d'argent, ou quelle 
se laisserait persuader de se rallier au parti français 1 . Il y avait 
pour le régent un intérêt matériel à commencer tout de suite 
les hostilités, surtout à cause des frais d'entretien des auxiliaires 
étrangers. Un parlement s'assembla sans retard, et confirma le 
traité d'alliance et d'amitié autrefois conclu entre Jacques Y et 
François 1 er , en 1517 2 . Une proclamation fut publiée pour que 
la totalité des forces du royaume fût prête le 20 octobre, pen- 
dant que le duc d'Albany, entouré des principaux nobles, faisait 
un étalage imposant de ses troupes françaises, exerçait son parc 
d'artillerie, haranguait les pairs sur l'obligation de venger la 
défaite de Flodden, et recevait avec joie leurs protestations d'at- 
tachement à son service. Rien, néanmoins, n'était plus loin de 
leur pensée, qui n'avait pour objet que la conservation des pen- 
sions qu'ils recevaient de la France 3 . 

Enfin, la campagne s'ouvrit; mais bientôt les soldats écossais 
et leurs chefs devinrent jaloux des auxiliaires étrangers, dont 
les exigences étaient plus grandes que les leurs, et qui faisaient 
les délicats. 'D'un autre côté, les villes et les bourgs se plai- 
gnaient de la nécessité qu'on leur imposait de fournir des trans- 
ports pour leurs bagages. Le siège ayant été mis devant le 
château de Wark, dont Buchanan, qui figurait comme volon- 
taire dans les rangs écossais, nous a laissé une intéressante 
description, la première cour fut aisément emportée par les 
Français avec la valeur et l'entrain qui les caractérisent ; mais les 
Anglais ayant mis le feu aux cabanes où ils avaient logé leurs 

1 Ms. du Musée Britann., Bibl. Cotton., Caligula, B. VI, folio 441 verso. (Lettre 
de Marguerite au comte de Surrey, du 13 octobre (?) 1523.) — Pinkerton, Hislory 
of Scotland, vol. II, p. 223. — Dans une lettre du 31 décembre, cette princesse 
annonce au comte de Surrey avoir refusé une pension de l'ambassadeur français. 
(Tborpe, Calendar of State Papers, vol. I, p. 16, n° 41.) 

- Inventaire chronologique, etc., p. 69. 

3 Ms. Cotton., Caligula, B. III, folio 58. ( Lettre de Sir William Eure au comte de 
Surrey, du 19 octobre 1523.) — l'inkerton, Hislory of Scotland, vol. II, p. 224. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 379 

récoltes, nus compatriotes reculèrent devant la fumée, perdant 
ainsi le terrain qu'ils avaient gagné. L'artillerie commença alors 
à battre le mur intérieur, et effectua une brèche, par laquelle 
les gens d'armes chargèrent avec furie. Pour peu qu'ils eussent 
été secondés par les Écossais, il n'y a point à douter que la for- 
teresse n'eût été emportée; mais pendant qu'ils se logeaient dans 
la cour, l'ennemi fit sur eux un feu si terrible des remparts, des 
meurtrières et des fenêtres étroites de la grande tour, qui était 
encore entière, qu'il devenait difficile à une poignée d'hommes 
comme celle-là de conserver sa position. Néanmoins, l'assaut 
continua jusqu'au soir, et lorsque l'obscurité força les assaillants 
à se retirer, il fut proposé de recommencer le lendemain 1 ; mais 
on était au 4 novembre, l'hiver était venu, et une nuit de neige 
et de pluie incessantes avaient tellement gonflé la rivière qu'il 
y avait à craindre que toute retraite ne fût coupée. En consé- 
quence, les assiégeants repassèrent la Tweed en toute hâte, 
laissant trois cents morts, dont la plupart étaient des Français 2 . 



1 Ms. Cotton., Calcula, B. VI, folio 352-35i. (Le comte de Surrey à Henry VIII, 
30 octobre et 3 novembre 1523.) 

2 Buchanan. , Rerum Scoticarum Uistoria, Iib. XIV, cap. XXI, XXII; cd. 
M.D.LXXXII., folio 159 verso. — Lcsl., de Rébus geslis Scotorum, lib. IX, p. 389, 
390. 



LES F H ANC AI S EN ECOSSE. 381 



CHAPITRE XV. 



Le reste des troupes françaises venues en Ecosse avec le duc d'Albany se rembarque pour la France; nau- 
frage de ces malheureux sur les côtes des lies Hébrides; retour du duc sur le continent. — Mauvaises 
dispositions de Jacques V envers la France. — Gonzolles se démet de ses fonctions de trésorier d'Ecosse. 
— Négociations du comte d'Arran et de la reine mère avec François I" en 1524. — Résolution d'un parle- 
ment tenu à Édinburgh portée en France au duc d'Albany, avec une remontrance à François I" concernant 
le commerce de l'Ecosse. — Intrigues de la reine mère avec le duc et Louise de Savoie; mission de John 
Caunlly en France, et de M. de Saignes en Ecosse ; instructions données par les États à Patrick Wemys, 
ambassadeur de ce pays. — Détails relatifs au duc d'Albany pendant son second séjour en France; part 
qu'il prend au divorce de Marguerite avec le comte d'Angus. — Éléonore Stuart, fille naturelle du duc 
d'Albany, mariée avec Jean de l'Hospital, comte de CUoisy. — Correspondance du duc avec divers. 



Des quatre mille hommes d'armes et des mille arquebusiers 
emmenés en Ecosse par le duc d'Albany, nombre avait péri. 
Le reste de nos compatriotes ne tarda pas à se rembarquer 
pour la France. Le parlement assemblé à Édinburgh à la fin de 
la campagne insista sur leur renvoi, sous prétexte des frais oc- 
casionnés par leur séjour; et, sans se laisser arrêter par l'inclé- 
mence de la saison, il les contraignit à mettre à la voile, procédé 
peu généreux qui fut cause du naufrage de ces malheureux sur 
les côtes des îles Hébrides et de la perte d'une grande partie de 
leurs équipages 1 . Mortifié à l'excès et craignant pour sa sûreté 
personnelle, le duc d'Albany se décida, une fois encore, à se 



1 Ms. de la Bibliothèque Cottonienne, Caligula, B. I, folio 7 recto. Lettre de 
Lord T. Dacre au cardinal Wolsey, datée de Morpeth, le 28 janvier 1524 : "A parte 
of the Frenchnien that the said duke [of Albany] depatched home «gain into 
France, were founde in the out Isles of Scotland drevyn with stormy wether, and 
many of theim were famished for lak of vitales; and the residue of theim maide 
warr in the same ont Isles for gttting of vitailles to susteigne theim with, and so 

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— iss^s» *« 



382 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

retirer en France 1 ; et, dans une conférence avec la noblesse, il 
demanda un congé de trois mois pour visiter ce pays et décou- 
vrir quel appui il pouvait attendre de François I er pour continuer 
la guerre avec l'Angleterre. Sa demande, après beaucoup d'op- 
position, lui fut accordée, à la condition que s'il ne revenait 
pas le 34 du mois d'août, l'alliance avec la France et sa régence 
seraient considérées comme finies 2 ; mais ses avis pour le gou- 
vernement de l'État pendant son absence furent reçus avec dé- 
fiance, un prêt de 40,000 couronnes lui fut positivement refusé, 
et les lords consentirent de mauvaise grâce à ce que le poste 
élevé et tout de confiance de trésorier fût donné à un Fran- 
çais, Gonzolles 3 . Ces arrangements une fois pris, il s'embarqua 
pour la France le 44 mai 4524 4 , laissant à cet étranger, qui 
était en même temps capitaine de Dunbar, le soin de le tenir 
au courant de ce qui pourrait survenir 5 . 

Le docteur Thomas Magnus et Roger Radclyff, qui avaient 
reçu la même mission du cardinal Wolsey, renseignaient ainsi 
le ministre de Henry VIII sur les dispositions du roi d'Ecosse, 



there were famysched and killed of theim there to the nomber of iiij or v c." — 
Une lettre de Surrey à Wolsey, en date du 28 novembre 1523, nous montre l'am- 
bassadeur français tentant de passer en France avec cinq ou six cents hommes et 
chassé par des vents contraires (Thorpe, Cal. of State Pap., vol. I, p. 15, n° 36.) 

1 Dans une lettre à Wolsey, en date du 2 décembre 1523, Surrey informe le car- 
dinal de l'intention du duc d'Albany d'aller en France et d'emmener le roi avec 
lui, ajoutant que si le régent ne partait pas, il serait empoisonné. (Thorpe, Calen- 
dar of State Papers. vol. I, p. 15, n° 38.) 

2 Henry Ellis, Original Letters, etc., l st séries, vol. I, p. 247. 

3 Lord T. Dacre au cardinal Wolsey, 31 mai 1524. (Ibid., p. 240.) 

* Joann. Lesl., de Rébus gestis Scotorum, lib. IX, p. 393. — W. Maitland, the 
Hist. and Antiquities of Scott., vol. II, p. 788, 789. 

5 Dans le post-scriptum d'un rapport sur l'état des affaires d'Ecosse, adressé par 
Gonzolles, de Dunbar, le 15 septembre 1524, on lit : " Depuis cest lettre escripte, 
il vint icy vers moy Estrelin, qui est venu de Dennemarche, et a laissé ses lettres 
à Jacques le herault, à Edenbourgh.... Monsieur de Blacquetes m'a mandé cejour- 
d'huy qu'il s'en alloit en France," etc. (Ms. Cotton., Caligula, B. I, folio 57 verso.) 
— Pitscottie appelle le commandant de Dunbar captane Morise, et met au nombre 
des trois régents d'Ecosse un Français nommé Monsieur Lufence. Voyez the Cro- 
nicles ofScolland, vol. II, p. 311. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 383 

son neveu : "Sa Grâce, disaient de Jacques V les ambassadeurs 
anglais, nous a montré, avec la plus agréable et la plus ai- 
mable contenance, qu'il lui plaît fort d'être témoin et d'entendre 
parler des bonnes manières d'Angleterre, et qu'il lui est très- 
désagréable de voir ses sujets pratiquer ou employer les modes 
et les manières de France.... Et nous avons vu et entendu Sa 
Grâce réprimander l'un de ses propres serviteurs pour la même 
cause 1 ." 

Gonzolles, à ce qu'il paraît, dut, avant la fin de l'année, 
remettre ses fonctions de trésorier entre les mains de la reine, 
qui y nomma son amant, Henry Stewart, deuxième fils de Lord 
E vandale. Cette nouvelle passion souleva tous les Écossais contre 
la mère de leur roi; les comtes de Lennox et de Glencairn, qui 
l'avaient chaudement soutenue jusque-là, quittèrent la capitale 
en proie au dégoût, et le comte d'Arran, qui n'avait jamais cessé 
de considérer la régence de l'Ecosse comme son droit, resta seul 
à gouverner le pays. 

Tout en recevant des subsides de l'Angleterre, ce seigneur et 
la reine crurent prudent d'ouvrir une négociation avec Fran- 
çois I er , alors occupé des préparatifs de sa fatale expédition en 
Italie. Ce prince reçut leur envoyé avec distinction, témoigna 
son vif désir de maintenir l'ancienne alliance, rappela le projet 
de mariage entre le roi d'Ecosse et sa fille, et déclara que le 
comte d'Angus s'étant secrètement échappé de ses États, sans sa 
permission ou celle du duc d'Albany, était sans aucun doute 
animé d'intentions hostiles et devait en conséquence être traité 
comme fugitif et rebelle 2 . François 1 er adressa également à la 
reine une lettre pleine de conseils sur la manière dont elle 

1 Le Docteur Magnas et Roger Radclyff au cardinal Wolsey, 1524. (Ms. Cotton., 
Caligula, R. VI, folio 333. — Ellis, Original Letlersillustr. ofEngl.Ilist., etc. l st sé- 
ries, vol. II, p. 251.) 

2 Ms. Cotton., Caligula, R. VI, folio 474. (Instructions à l'ambassadeur du roj 
d'Escosse, 1S septembre 1524.) 



384 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

devait assurer les véritables intérêts de son fils ; mais l'aveugle 
passion de cette princesse pour Henry Stewart l'entraînait dans 
une autre voie, et le comte d'Arran ne songeait qu'aux siens. 
Tous deux, quoique recevant déjà 4-0,000 francs du roi de 
France 1 , étaient vendus à l'Angleterre et constituaient les chefs 
du parti anglais. Celui du parti français était, pendant l'absence 
du régent, le cardinal Beaton, qui, cependant, ne paraissait 
point mal disposé envers l'Angleterre 2 . L'absence continuelle du 
duc à l'étranger et le peu de fonds qu'il y avait à faire sur une 
coopération active du monarque français, alors occupé de sa 
campagne en Italie, avait grandement affaibli l'influence de ce 
seigneur, et la majorité de la noblesse détestait le gouvernement 
de la reine. Il fut donc résolu de frapper brusquement un coup 
pour punir son obstination et assurer la prédominance des inté- 
rêts de l'Angleterre. 

Un parlement fut assemblé à Édinburgh ; entre autres mesu- 
res, il décida que la régence du duc d'Albany, par suite de son 
absence continuelle, était finie, et qu'à sa place le royaume se- 
rait gouverné par un conseil de régence composé du chancelier 
Beaton, de l'évêque d'Aberdeen, des comtes d'Arran et d'Argyle, 
et présidé par la reine. Les trois Etats avaient à peine siégé une 
semaine, que cette princesse, menacée par une levée de boucliers 
d'une partie de la noblesse, était obligée de chercher un asile 
dans le château d'Édinburgh et s'y renfermait avec le comte de 
Murray, qui était dévoué aux intérêts de la France, et qui se 
mit à agir de concert avec un ancien secrétaire du duc d'Albany, 
peut-être Jean de Barbon 3 . De sa retraite, cette princesse et le 



1 Ms. Cotton., Caligula, B. I, folio 289-294. (La reine Marguerite au duc de 
Norfolk, 13 octobre 1524.) — Pinkerton, History ofScotland, vol. II, p. 248. 

2 Ms. Cotton., Caligula, B. VI, folio 389 verso. (Le Docteur Magnus et R. Radclyff 
au cardinal Wolsey, 15 novembre 1524.) 

s Ms. Cotton., Caligula, B. I, folio 124 recto et verso. Le Docteur Magnus et 
Radclyff au cardinal Wolsey, Edinburgh, 2fi novembre 1524, date d'une lettre de 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 385 

émule d'Arran envoyaient une ambassade à Henry VIII pour né- 
gocier une paix immédiate sur la base du mariage projeté entre 
le jeune roi d'Ecosse et la princesse Mary. D'un autre côté, pour 
arriver à ce résultat, le héraut Marchmont, reprenant un che- 
min qu'il devait bien connaître 1 , était dépêché en France pour 
annoncer la déclaration formelle du parlement au sujet de la 
régence du duc d'Albany; il était en même temps chargé d'une 
remontrance à François I" au sujet des funestes conséquences 
qu'une trop forte attention à ses intérêts avait eues pour le com- 
merce de l'Ecosse 2 . 

Désespérant de tenir plus longtemps tête à ses ennemis, 
Marguerite composa avec eux; mais le même jour qu'elle faisait 
sa paix avec les pairs du royaume et le comte d'Angus, son mari, 
elle entamait une négociation secrète avec le duc d'Albany, re- 
connaissait son autorité comme régent, protestait de son dé- 
vouement pour la France, dénonçait comme ignominieuse l'idée 
d'une paix avec l'Angleterre, déclarait qu'elle quitterait l'Ecosse 
plutôt que de consentir à une réconciliation sincère avec le 



Jacques au môme ministre pour lui demander la liberté et le renvoi en Ecosse de 
maître George Hay, clerc et étudiant de Paris, profondément versé dans la connais- 
sance de la littérature, qui, arrêté en Flandre, était retenu en Angleterre. (Thorpe, 
Calendar of State Pnpers, vol. I, p. 19, n<> 77.) — On lit dans une autre lettre, 
vraisemblablement d'un espion, en date de (mars) 1524 : "J'ay recouvert la double 
d'une autre expédition faicte en Escosse par le duc d'Albanye tant au roy et à ma- 
dame, que à son secrétaire nommé Jaques Mareschal.... Et aussi espoire recou- 
vrer les particullaritez de la charge que a apportée ung autre son secrétaire nommé 
Jehan de Barbon, lequel arryva devant hier à Paris, où se trouvoit lois le roy, qui 
est allé en poste à Bloix visiter la royne, laquelle, que l'on dit, est fort mallade de 
la malladye de Naplcs, et quasy jusques au mouryr," etc. (Ms. Cotton., Caligula, 
IL I, folio 33 recto.) — Dans les papiers d'État analysés par M. Thorpe, vol. I, p. 5, 
n° 33, on voit qu'à la date du 18 avril 1516, Jean de Barbon, selon des nouvelles 
reçues par le duc d'Albany, avait été pris en mer par les Anglais, sans doute en 
allant en Ecosse ou en France. D'autres lettres du même dépôt nous montrent le 
même personnage dépêché par sou maître auprès de Lord Dacre et lui écrivant de 
Coldstream, le 25 janvier. (Calendar of State Papers, vol. I, p. 16, n° s 42, 45.) 

1 Le 7 août 1517, la reine Marguerite, écrivant à Henry Mil, lui demandait nu 
passeport pour le héraut Marchmont, qui devait aller en France. (Thorpe, p. 6.) 
l'.pistolœ regvtn Siotorum, vol. I, p. 351-356. 

voi. i. 2 5 



380 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

comte, et sollicitait vivement les bons offices de François l <r et 
du duc d'Albany pour accélérer à la cour de Rome la décision 
de son procès de divorce; mais la duplicité de la sœur de 
Henry VIII ne devait pas être couronnée de succès : ses lettres 
furent interceptées et envoyées en Angleterre 1 , et le roi de 
France, longtemps avant qu'elles eussent pu lui parvenir, avait 
été battu et fait prisonnier à la bataille de Pavie. 

Maître John Cauntly, archidiacre de Saint-André, envoyé par 
" très-excellente princesse la royne d'Escosse par devers le roy 
très-chrestien," tenta de négocier en secret avec sa mère, Louise 
de Savoie 2 . Cette princesse, assurée du concours de l'Ecosse 3 , 
fit préparer des instructions pour François de Bourdeaux, prési- 
dent au parlement de Rouen; mais ce diplomate n'ayant pu 
partir, fut remplacé par un autre magistrat, M. de Saignes, con- 
seiller au parlement de Toulouse, qui fut envoyé en Ecosse après 
la bataille où le roi chevalier perdit tout, fors l'honneur 4 . A 
cette époque, les États d'Ecosse chargeaient leur ambassadeur 
Patrick Wemyss de demander un secours contre le roi d'Angle- 



1 Voyez dans le Ms. Cotton., Caligula, B. VI, folio 478, les extraits et copies d'un 
paquet de lettres envoyé par le duc d'Albany à son agent à Rome. 

2 Inventaire chronologique, etc., p. 69. — Il est appelé John Cantley dans deux 
lettres des 10 et 11 novembre 1523, où il est demandé un sauf-conduit pour cet 
agent, en môme temps que parlé de divers vaisseaux de guerre français sur la côte 
d'Ecosse. (Thorpe, Calendar of Slate Papers, vol. I, p. 15, n os 31-33.) La lettre 
qu'il était chargé de remettre au duc d'Albany de la part de la reine est du 1 er fé- 
vrier 1524. (Ibid., p. 16, n° 47.) — La réponse faite par la reine régente à la 
mission dont maître John Cauntly était chargé près d'elle, etc., a été publiée par 
M. Teulet (Papiers d'État, etc., t. I, p. 56-58.) 

3 ".... la régente a dit aux Estatz (à Lyon, en 1525) qu'elle a bonne promesse des 
Escossoys, et que si tost que les Angloys mouveront pour marcher en France, ilz 
feront la guerre auxdicts Angloys." Avis donné en Angleterre de ce qui se passoit 
en France pendant la captivité, octobre 1525. (Captivité du roi François I, par 
M. Champollion-Figeac, dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de 
France, Paris, M DCCC XLVII, in -4°, sect. III, n° CLXXXV, p. 372.) 

i Les instructions données à M. de Saignes, indiquées dans YInvcntaire chrono- 
logique, p. 70, se trouvent dans les Papiers d'Etat, t. I, p. 59-66. — Voyez, sur 
Pierre de la Garde, seigneur de Saignes, Parlan, Palaret, etc., etc., Bouillet, Nobi- 
liaire d'Auvergne, t. III, p. 129. 



LES FRANÇAIS EH M'.ossk. :>S7 

terre, sinon qu'il leur lut permis de conclure une trêve avec ce 
prince, sans y comprendre le roi de France 1 . 

rendant ce temps-là, le duc d'Albany était toujours en France, 
et les ambassadeurs de ce pays près la cour d'Angleterre s'en- 
gageaient, au nom de François I er et de sa mère, à ne point 
permettre à l'ancien régent d'Ecosse d'y rentrer pendant la mi- 
norité de Jacques V 2 . Entre autres choses, il s'occupait de faire 
prononcer à Rome le divorce de Marguerite avec le comte d'An- 
gus, ce qui lui valut une lettre de cette princesse en date du 
23 mars 1527-28. Après l'avoir remercié de la diligence qu'il a 
faite dans ce but, elle le prie de lui faire expédier et envoyer la 
sentence au plus vite, et de fournir l'argent nécessaire 3 . Elle le 
remercie en outre, au nom du roi, d'un envoi de "toulx plain de 
chevalx 4 et aultres beaulx prcsens," qu'il adresse à ce prince 
par le capitaine William Stewart, et lui recommande le plus 
grand secret dans l'envoi des lettres qu'il voudra lui faire tenir, 
pour les causes qu'elle lui a dernièrement marquées 5 . 

Ce divorce, qui fut prononcé à Rome le 11 mars 1527 6 , re- 



1 Los '' Instructions que Patrie Houymes remontrera au T. C. roy de France," etc., 
mentionnées dans l'Inventaire chronologique, p. 70, se trouvent parmi les Papiers 
(VÉlat, etc., t. I, p. 50-53. 

" 2 Inventaire chronologique, etc., p. 71. 

3 M. Teulet a publié une lettre d'un certain Duncan au duc d'Albany (29 mars 
15:27-8 ), portant avis que la sentence de divorce entre la reine d'ficosse et le comte 
d'Angus vient d'être définitivement prononcée, et donnant le détail des dépenses 
faites pour conduire cette affaire, etc. {Papiers d'Etat, etc., t. I, p. 71-73.) — Ce 
divorce avait été prononcé l'année précédente en Ecosse. Voyez p. 78, not. 2. 

4 Dans les comptes du grand trésorier d'Ecosse, on trouve, à la date du 2 no- 
vembre 1530, un article relatif à un armurier français venu avec le serviteur du 
duc d'Albany, qui avait amené un grand cheval, c'est-à-dire un cheval de guerre, 
à Sa Majesté. (Pitcairn, Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. "275.) 

5 Inventaire chronologique, etc., p. 71, 72. — Papiers d'Etat, etc., t. I, p. 74. 
— On trouve dans le State Paper Office, à Londres, deux lettres de Jacques V, 
l'une à Henry VIII, l'autre au cardinal Wolsey, en date des 18 et 22 octobre 1528, 
pour demander un sauf-conduit pour le passage, aller et retour, par l'Angleterre, 
de William Stewart, son ambassadeur auprès du roi de France. (Thorpe, Calendar 
of State Papers, vol. I, p. 29, n« s 97, 98.) 

' Inventaire chronologique, etc., p. 75. 



388 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

vient souvent dans les correspondances diplomatiques échangées 
entre les personnages en scène à l'époque. Ainsi, dans une let- 
tre chiffrée adressée au duc d'Albany, le vicomte de Turenne, 
ambassadeur de France en Angleterre, l'informe que Henry VIII 
lui a fait dire par le cardinal Wolsey que sa sœur, la reine 
d'Ecosse, voulait se retirer en France, divorcer avec le comte 
d'Angus et épouser le duc, " à l'occasion que son filz l'a requise 
d'esloigner ung Estehart qui l'antretient, et qu'elle vive plus 
honnestemant." Henry prie le roi de France de ne point la favo- 
riser dans ces projets 1 . Dans une autre lettre du 1 er mai 1527, 
c'est-à-dire postérieure de quelques jours, le môme ambassa- 
deur écrivant au duc, lui rapporte une conversation qu'il avait 
eue avec le roi d'Angleterre sur le bruit qui courait d'un mariage 
entre le duc et Marguerite, reine d'Ecosse. Henry avait dit à ce 
sujet, entre autres choses, "qu'il luy desplaisoit de ce qu'il fal- 
loit que l'on eust connoissance de la foulye et mauvais gouver- 
nement de sadicte seur, laquelle luy faisoit honte et à toute sa 
rasse;" il avait déclaré sa vie si honteuse qu'il n'était possible 
de plus 2 . Il est encore question du mécontentement de ce prince 
au sujet du môme bruit, dans un exposé des affaires en Europe 
envoyé par le secrétaire d'État Florimond Robertet au duc d'Al- 
bany, qui déclare d'ailleurs n'y point ajouter foi 3 . Il parle en 
même temps d'une entrevue de Henry avec le roy de France, 
auquel le premier de ces deux souverains " dira des choses qu'il 
n'a jamais dictes ni ne dira à personne que à luy," et il s'excuse 
de n'avoir point parlé au roi et à Madame de certaines choses 
qui ne sont pas clairement spécifiées. Il est probable, et d'autres 
lettres semblent l'indiquer d'une manière presque certaine, que 
l'affaire dont Robertet avait charge de parler au roi, était la pro- 
position du mariage qui eut lieu depuis, en 1533, entre Henri, 

1 Inventaire chronologique, etc., p. 72. - Ibid., p. 12, 73. • tbid. 



LES FRANÇAIS M ÉCOSSK. 389 

duc d'Orléans, depuis Henri II, et Catherine de Médieis, nièce du 
duc d'Albany et du pape Clément Vil. La position critique du 
pontife, assiégé dans Rome par le connétable de Bourbon, ne 
devait pas en effet donner pour le moment grand espoir de suc- 
cès dans cette affaire 1 . 

Le roi de France ne laissait pas que de s'adresser à lui pour 
d'autres choses qui touchaient plus directement à l'Ecosse. Le 
18 mai 1527 il lui écrivait pour le prier de nommer Alexander 
Stuart, abbé commandataire de Scone, légat en Ecosse, et de 
le pourvoir du premier archevêché, évêché ou de la première 
bonne abbaye qui viendrait à vaquer dans le royaume 2 . En 
même temps, ce prince écrivait au comte de Carpy, son ambas- 
sadeur à Rome, et au cardinal d'Ancône pour les prier de presser 
l'expédition des bulles 3 . 

Le mois suivant, le duc d'Albany recevait d'Édinburgh une 
lettre, également conservée aux Archives de l'Empire, à côté de 
celles que nous venons de mentionner. Jacques de Londes lui 
parle de la triste position où l'a mis le comte d'Angus; il lui 
demande s'il doit rester en Ecosse pour attester le mariage de la 
fille bâtarde du duc avec un gentilhomme ayant 400 marcs de 
revenu, et il se plaint de n'avoir point reçu une récompense de 
500 écus qui lui était promise 4 . Quelle est cette fille? Il est 
certainement difficile de le dire, et d'affirmer que c'était la 
même que celle dont parle David Chambre, honorable dame 
encore en vie de son temps et comtesse de Choissé en France 3 , 
ou, pour parler avec le P. Anselme 6 , comtesse de Choisy par 

1 Invent, chronoh, etc., p. 73, 74. 2 Ibid. — Papiers d'Etat, etc., t. I, p. 76. 

3 Invent, chronoh, etc., p. 74. 4 Ibid. 

5 La Recerche des singularitez, etc., folio 18 verso. 

c Hist. gcnéah et chronoh de la maison roy. de France, t. VII, p. 435. — Dou- 
glas, the Peerage of Scotland, vol. I, p. 61, col. 1. — Éléonore Stuart (car elle 
avait été légitimée) (Hait fille d'une Écossaise, Jane Abernethy, et donna le jour 
à Jacques de l'Hôpital, marquis de Choisy, qui fut élevé enfant d'honneur prés des 
(•niants rie Henri II. 



390 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

son mariage avec Jean de l'Hospital, comte de Ghoisy, gen- 
tilhomme ordinaire de la chambre du roi , gouverneur de la 
personne de François, duc d'Alençon, et surintendant de sa mai- 
son 1 , mariage qui eut lieu à Fontainebleau en présence de 
Henri II, le 23 octobre 1547. 

Toutes les lettres adressées au duc d'Albany ne sont pas éga- 
lement intéressantes; mais il n'en est aucune qui ne contienne 
la mention de quelque fait bon à recueillir. L'une, d'un sieur de 
Luc, roule sur l'ordonnance qui confère à ce prince la jouis- 
sance du comté de Lauraguais 2 . Dans une autre, datée d'Édin- 
burgh, le 27 mars 1527-28, le roi d'Ecosse mande à son ancien 
tuteur qu'après avoir appris la perte des avitaillements conduits 
en Ecosse par Thomas de Bertan, il a écrit au roi de France 
pour le prier de faire veiller à la sûreté des transports 3 . A la 
date du 9 avril de la même année, le chevalier de Buccleugh 
écrit de Graigmillar pour se recommander au duc d'Albany en 
mémoire de son attachement au service de ce prince, "qui a 
esté cause, ajoute le noble Écossais, que ma place fust bruslée, 
mon pays et terres destruictz, mes parens et amys tuez, et moy- 
mesmes navré et blecé 4 ," etc. Trois jours après, le chapelain 
du duc d'Albany, qui s'intitule encore orateur de Saint-André, 
remerciait son maître d'avoir écrit en sa faveur au pape et au 
roi de France pour le maintien des privilèges de son église de 



1 II faut éviter de le confondre avec Jean de l'Hospital, vicomte de Dun-le-Rny, 
seigneur d'Omoy, d'une famille appartenant au Berry. ( Thaumas de la Thaumas- 
siere, Histoire de Berry, liv. XII, ch. LV, p. 1085. Cf. p. 916.) Nous ne savons à 
laquelle des deux rattacher le François Hospital, noble français nommé bourgeois 
d'Aberdeen en 1601. (Chambers, Domeslic Annals ofScolland, vol. I, p. 357.) 

2 Inventaire chronologique, etc., p. 75. 

3 Ibid. — Précédemment, "André, evesque de Murray," c'est-à-dire Andrew 
Foreman, écrivait à Louis XII : " Sire, pour l'amour de Dieu et pour vostrc hon- 
neur, faites tant que soyez maistre de la mer," etc. (Bibl. imp., Ms. du fonds de 
Béthune n° 2933, folio 336 recto, cité d'une manière fautive par Gaillard, Ilisl . de 
François I er , liv. VIII, ch. IV.) 

4 Inventaire chronologique, etc., p. 76. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 3!)1 

Saint-André, malgré l'opposition des églises de Glasgow et de 
Moray, qui lui étaient contraires 1 . Le duc alors était, à ce qu'il 
paraît, loin de la cour; il y revint pour rassemblée des cheva- 
liers de Tordre de Saint-Michel, tenue à Compiègne, à la fin de 
septembre 1527; on l'y voit figurer à la gauche du roi avec 
Robert Stuart, seigneur d'Aubigny, capitaine de la garde écos- 
saise-. 



1 Inventaire chronologique, etc., i>- 76. 

2 Revue historique de la noblesse, t. I, p. Si). 



LES FRANÇAIS EU ECOSSE. 393 



CHAPITRE XVI. 



Négociation! pour le mariage de Jacques V. — Ambassade d'Etienne d'Ail et de lieauvois en F.cosse; le roi 
est fait chevalier «le Saint-Michel — Affaires privées du duc d'Alhany en France; institution du Collège de 
justice sur le modèle du parlement de Paris. — Contrat de mariage de Jacques V avec Marie de Bourhnn. 

— Ce prince passe sur le continent et épouse Madeleine de Valois. — Traits de ruse d'Ecossais en France. 

— Naturalité accordée à Robert Fraser, à Matthieu et à Jean Stuart; John Cockbum hérite de feu Thomas. 



L'année suivante, Frédéric, roi de Danemark, priait Fran- 
çois I er de s'employer à ce que ni le roi d'Ecosse, ni les nobles 
de ce pays ne donnassent en aucune façon leur concours aux 
menées de l'ex-roi Ghristiern 1 . Frédéric avait d'autant plus lieu 
de le craindre, que Charles -Quint avait proposé la fille de ce 
prince en mariage à Jacques V, auquel les États d'Ecosse cher- 
chaient une femme dès l'an 1526 2 , après avoir eu un instant 
l'idée, en 1524, de l'unir avec la fille de Henry VIÏI 3 , tandis 
que le duc d'Albany pensait à celle du roi de France 4 . 

Non-seulement cette idée fut abandonnée, mais on songea à 
traiter cette grave affaire à l'insu du premier de ces princes, 
oncle du jeune homme : K Nous avons puis nagueres esté adverty , 
lui écrivait François I er , le 18 juin 1529, que vous estes pour- 

1 Inventaire chronologique, etc., p. 76. 

2 Le parlement assemblé cette année à Édinburgh s'arrêtait à l'idée d'envoyer 
d'honnêtes ambassadeurs en France et en Angleterre pour traiter de son mariage. 
Voyez Robertson, Parliamcntary Records of Scotland, 1804, in-f°, p. 562 (ouvrage 
supprimé). — Acta parliamentorum Jacobi V, A. D. 1526; vol. II, p. 306, col. 2.) 

3 Robertson, Parliamenfary Records of Scotland, p. 545. 

'• Lettre de Sir William Rulnier, incluse dans une autre de Surrey à W'olsey, datée 
de Newcastle, le 28 novembre 1323 (Tliorpe, Cal. of State Pap., vol. I, p. 15, u n 36.) 



394 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

suivy et pourchassé d'entendre apprendre (à prendre) quelque 
nouvelle alliance par marrialge au deceu de nostre... perpétuel 
allyé et de nous..., que nous avons trouvé fort estrange; et 
pour ce que l'amytié et alliance qui est non-seulement de ceste 
heure entre nous... mais de toute ancienneté entre noz mai- 
sons, et semblablement le parentaige sy prochain que vous avez 
avec nostredict bon frère et perpétuel allyé mérite bien que ce 
qui sera en ce cas faicte par vous, ne soit faicte sans en avoir 
l'advis et conseil de nous... nous vous en avons à ceste cause 
bien voullu escripre. . .; et ne doutant que vous avez en estime la 
bonne et fraternelle amytié que vous porte nostredit bon frère 
et perpétuel allyé, et nous pareillement... que ne vueillez en- 
tendre ne consentir à faire aucune alliance ou traicté..., qui 
puisse venir au préjudice et à rencontre de ce qui est entre vous 
et nous particulièrement et de longtemps traicté et cappitullé... 
nous vous prions bien considérer, avant que y vouloir entendre, 
les maulx , dangers et inconvénients que en pourroyent adve- 
nir... et nous ne faisons aucun doubte que, après les avoir bien 
pensez et considérez, que vous soyez pour consentir à chose qui 
soit au préjudice de ladicte alliance 1 ," etc. 

D'autres documents récemment mis en lumière par M. Joseph 
Robertson, nous apprennent qu'avant le mois d'avril 1530, Jac- 
ques, alors dans sa dix-huitième année, avait déjà fait son choix 
et jeté son dévolu sur la fille de France. Ces pièces sont des 
lettres de créance adressées à François 1 er par le roi d'Ecosse en 
faveur de Sir Thomas Erskine de Haltoun, chevalier, son prin- 
cipal secrétaire, pour demander en mariage Madeleine, fille 
aînée du monarque français, et des lettres semblables en faveur 
de John, duc d'Albany, alors à la cour de ce dernier 2 . Quelques 



1 Ms. Cotton., Caiigula, B. VU, folio 135. (Orig.) 

2 The Piltodric Papcrs, n os IV, VI et VII. ( The Miscellany nf ihe Spulding Club, 
vol. 11. AIhtiIccii, M PCCC XL1I, iii-i", 1'. Ixxvi.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 8 ( J5 

jours avanl le 6 avril 1530, date de ces documents, et sans 
doute pour le besoin de la négociation, avait été dressé un 
vidiinus de la charte par laquelle, en 4428, Charles Y1I avait 
transporté à Jaeques I er , à L'occasion du mariage du Dauphin, 
depuis Louis XI, avec .Marguerite d'Ecosse, le comté de Saintonge, 
avec le château et chûtellenie de Rochefort-sur-Gharente. 

Ainsi avancée, cette affaire paraît avoir été tout à coup aban- 
donnée, au moins pour un temps, et les lettres de créance re- 
mises à Sir Thomas Erskine pour l'accomplissement de sa haute 
mission, semblent être restées entre ses mains. 

Deux ans après, le projet revint sur le tapis. Le n° VIII des 
pièces que nous analysons est un vidimus, en date du 6 novem- 
bre 1532, par les bourgmestres de Campvere, d'une lettre de 
protection, accordée le mois précédent par Henry VIII à James, 
évoque de Ross, et à Sir Thomas Erskine de Haltoun, chevalier, 
de passage par ses États pour se rendre à l'étranger, avec qua- 
rante personnes et tout autant de chevaux dans leur suite. Le 
but de leur voyage avait été dérobé aux yeux jaloux de Henry; 
mais nous apprenons par un contemporain que c'était pour 
traiter d'un mariage entre le roi d'Ecosse et la fille de France 1 . 
Le sauf-conduit est du 12 mars, et l'annaliste que nous venons 
de citer rapporte que les ambassadeurs, James Hay, évêque de 
Ross, et maître Thomas Erskine, se mirent en route le 26 de ce 
mois. Leur ambassade, par une raison quelconque, échoua, aussi 
bien qu'une troisième commission, en date du 12 février 1534, 
confiée à Sir Thomas, cette fois surnommé de Kirkbuddo, pour 
traiter avec le roi de France du mariage de Jacques 2 . 

Cependant ce jeune prince continuait la guerre avec l'Angle- 

1 A Diurnal of remarkable Occurrents, etc., p. li. 

- Scotstarvet, Collection ofAbbrevia/s of Charters, p. 106, 167. — On lit dans un 
manuscrit de Skene House : " Thomas Arskine of Kiilmddo, knicht, sécrétai-, lias 
a commission to treat, ofthe King's marriage, with the Kingof France. Falklaml, 
1 1 February 1538." Voyez encore Pinkcrton, History ofScotlund, vol. II, p 332. 



396 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

terre. Ce fut en vain que François I er dépêcha son ambassadeur 
à la cour d'Ecosse 1 comme médiateur entre les deux pays, dont 
les intérêts étaient maintenant liés avec les siens. Jacques V 
lui reprocha, non sans raison, sa promptitude à oublier l'al- 
liance existant entre les deux couronnes et à sacrifier le bien- 
être de l'Ecosse à l'ambition de son nouvel allié. Les négociations 
lurent ainsi rompues; mais François I er renouvela sa tentative. 
Un second ambassadeur, Beauvois 2 , arriva à la cour d'Ecosse, 
peu de temps après le départ du secrétaire Sir Thomas Erskine 
de Haltoun et de l'évêque de Ross, accompagnés dans leur 
ambassade par le héraut David Lindsay et le laird de Gavis- 
ton 3 , et Jacques Y se relâcha de son opposition au point de 
consentir à une conférence pour une trêve. Enfin, la paix se fit 
le 12 mai 1534, et le traité fut ensuite ratifié avec beaucoup de 
solennité et de réjouissance des deux côtés 4 . Le jeune roi reçut 
peu de temps après, de François I er , Tordre de Saint-Michel, 
pendant que Henry VIII lui envoyait la Jarretière, et Charles- 
Quint la Toison d'or 5 . 

Pour en revenir au duc d'Albany, le 29 septembre 1530, 
nous le trouvons à Chambéry faisant donation de tout ce qui lui 
appartenait dans la seigneurie de Malemort, à son cousin Fran- 
çois de la Tour Chenaulx, vicomte de Turennc 6 . Deux ans après, 

1 Les comptes du lord grand trésorier portent, à la date du 27 janvier 1532, une 
somme de 25 sous payée à William Mure, messager, pour être allé à cheval à 
Newbottle, Melrose et Coldstrcam, commander les préparatifs de la réception dfl 
l'ambassadeur français nommé Stcphanus Aqueus. (Pitcairn, Criminal Trials, etc., 
vol. I, part I, p. *281.) 

- Dans les comptes du grand trésorier d'Ecosse, il est nommé Mons. Bewes et 
placé en compagnie de Mons. de Flurie. (Pitcairn, Criminal Trials, etc., vol. I, 
part I, p. *283, not. 4.) 

3 Accounls of the Lord High Treasurer of Scotland, apud Pitcairn, Criminal 
Trials, etc., vol. I, part I, p. *277, *278, Feb. 2i et Jul. 18 [1531-32]. 

4 Rymer, Fœdera, etc., vol. XIV, p. 480-537. 

'■' A Diurnal of remarlmble Occurrents, ete , p. 19. — Joann. Lcsl., de Hcùus 
gestis Scotorum, lin. IX, p. 418. 
l! inventaire chronologique, ei*., p. 77. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 397 

les registres du parlement de Paris nous le montrent en procès 
avec Jacques le Rcgralticr, qui obtient contre le duc une con- 
damnation à lui payer, en forme de provision, la somme de six 
vingt dix-sept écus au soleil 1 . Un semblable arrêt était bien fait 
pour montrer la supériorité de la justice française sur celle de 
l'Ecosse, encore dans l'enfance; mais il est à croire que celui 
contre lequel il avait été rendu, ne l'invoqua pas pour demander 
la réforme de cette dernière, et qu'il faut en faire honneur à l'ar- 
chevêque de Glasgow, Dunbar, d'abord précepteur du roi, puis 
chancelier d'Ecosse. Suivant toute probabilité, c'est à l'instiga- 
tion de ce prélat que son élève établit le Collège de justice, nou- 
velle cour dont on dit généralement que la première idée fut 
suggérée par le parlement de Paris. Elle fut instituée dans une 
réunion des trois États qui eut lieu à Édinburgh le 1 7 mai 1532 2 . 
Deux ans plus tard, David Beaton, abbé d'Arbroath, qui avait 
été élevé en France, et nommé en 4519 au poste de résident 
d'Ecosse auprès de cette cour 3 , y fut employé, avec John Lord 
Erskine, pour chercher une femme à son maître 4 . Son choix 
s'arrêta sur Marie de Bourbon, fille du duc de Vendôme. Lind- 
say de Pitscottie et Buchanan prétendent que, malgré le succès 
des négociations, les ambassadeurs n'osèrent pas prendre sur 
eux de terminer sans en référer à leur maître 5 . Néanmoins, 

1 Inventaire chronologique, etc., p. 77. 

2 Keith, an historical Catalogue ofthe Scottish Bishops, etc., p. 36. 

3 Joaim. Lesl., de Rébus gestis Scotorum, lib. I, p. 74, 75; lib. IX, p. 416, 417. 
David Beaton y était en 1524. (Ms. Cotton., Caligula, B. III, folio 191 verso.) 

4 Lesl., p. 419. — W. Maitland, the History and Anliquilies ofScotl., etc., vol. II, 
p. 809. — La demande d'un passeport nécessaire à Lord Erskine pour traverser 
l'Angleterre, est du 1 er août 1535. Le 23 octobre suivant, l'évéque Stewart écrivait, 
non plus d'Édinburgh, mais de Dijon, au secrétaire d'État Crumwell, pour le remer- 
cier du bon traitement qu'ils avaient reçu des ambassadeurs anglais, et demandait 
une audience du roi pour le secrétaire d'Ecosse et l'abbé de Kinloss, qui reve- 
naient de France. (Thorpe, Calendar of State Papers, vol. I, p. 34, n os 42, 43.) 

6 Pitscottie, theCron. ofScotl., t. II, p. 360. — Buchanan, Rer. Scotic. Hist., etc., 
lib. XIV, folio 169 recto. — Lesley présente Marie de Bourbon, non comme fille, 
mais comme sœur du duc de Vendôme. (De Rébus gestis Scotorum., p. 419, 421.) 



398 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Mezeray affirme que le contrat fut signé, et il a raison. Gomme 
Fa fait remarquer Keith 1 , il existe à la Bibliothèque des Avo- 
cats, à Édinburgh, une copie de ce contrat, depuis publiée par 
M. Teulet 2 . Cette pièce, datée de Crémieux en Dauphiné, le 
6 mars 4535-6, est revêtue de la signature du roi de France, 
père adoptif de la princesse, et de tous les ambassadeurs de 
Jacques V : James, comte de Murray, frère naturel du roi et 
lieutenant général du royaume ; William Stewart, évêque d'Aber- 
deen, trésorier; John Lord Erskine; Sir Thomas Erskine de 
Brechin, le secrétaire; Robert Reid, abbé de Kinloss 3 , et John, 
duc d'Albany, l'ancien régent d'Ecosse, qui aurait dû être 
nommé le premier, avec le roi d'armes Sir David Lindsay, plus 
célèbre qu'eux tous 4 . Par sa commission, datée de Stirling le 
29 décembre 4535, Jacques V l'avait expressément désigné 
comme l'un des trois commissaires chargés de discuter et d'ar- 
rêter les conditions du contrat. Les autres étaient l'évêque 
d'Aberdeen et le comte de Murray, que Maitland signale comme 
ayant passé en France par l'Angleterre, en 4536, pour préparer 
l'arrivée de leur maître 5 . Le fils de Lord Erskine avait déjà 
fait, l'année précédente, le même voyage en partie aux frais de 
l'État 6 , ce qui suppose un service public, et, le 30 décem- 



1 The History ofthe Affairs ofChurch and State in Scolland, etc., vol. I, p. 24, 
not. a. 

2 Papiers d'État, pièces et documents inédits relatifs à l'histoire d'Ecosse au 
XVI e siècle, etc., t. I, p. 109-121. 

3 Voyez sur lui le travail de Spotiswood, publié à la fin de celui de Rob. Keith 
(an historical Catalogue ofthe Scotlish Bishops, p. 49). P. 223, 224, se trouve une 
notice sur un autre Robert Reid, évoque d'Orkney. 

* S'il faut en croire le D r Mackenzie (the Lives ofScots Writers, vol. III, p. 35), 
Lindsay avait déjà visité la France; mais, ainsi que le fait observer le D r Irving 
(the Lives ofthe Scotish Poets, vol. II, p. 72), rien n'est moins certain. 

5 The History and Antiquities ofScotland, etc., vol. II, p. 814. 

6 II est porté pour 20 livres sur les comptes du lord grand trésorier d'Ecosse, à 
la date du 29 décembre 1535. (Pitcairn, Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. *285.) 
— A la même date figure une somme de 112 livres 4 sous 6 deniers, payée à George 
Wallace pour la conduite d'un navire du roi à Dieppe et de Dieppe à Bordeaux. 



LKS FRANÇAIS KN ÊC0S6I 399 

bre 1535, le secrétaire Sir Thomas Erskine de Ilaltoun et l'abbé 
de Kinloss avaient reçu leurs frais de route pour rejoindre les 
ambassadeurs de France, toujours par l'Angleterre 1 . 

Le 21 juillet 1536, Jacques V se détermina à passer en France 
et à faire ses affaires lui-même. Henry VIII, informé de son 
dessein par les deux précurseurs du roi d'Ecosse, donna son 
consentement, à la condition que son neveu épouserait la fille 
du duc de Vendôme. Ce jeune prince, ayant ensuite convoqué 
sa noblesse, lui fit part des motifs de son voyage, et lui recom- 
manda de ne pas troubler la paix du royaume, mais d'obéir aux 
comtes de Huntly, d'Eglinton, etc. Cinq navires attendaient à 
Leitb. Le roi s'embarqua avec Sir James Hamilton de Finnart, 
chevalier, et cent gentilshommes, et mit à la voile pour la 
France. Il n'avait pas fait beaucoup de chemin, lorsqu'une vio- 
lente tempête s'éleva et dispersa l'escadre. Le pilote ayant de- 
mandé sur quel point il devait gouverner, "Partout, répondit 
le roi, excepté sur l'Angleterre." En ce moment, le sommeil 
s'empara du roi; quand il s'éveilla, à son grand déplaisir, il se 
retrouva dans le Forth 2 , où, sur l'ordre des gens de sa suite, 
l'avait ramené le maître du navire. La faute en retomba sur Sir 
James Hamilton, auquel il ne pardonna jamais, les ennemis de 
ce seigneur n'ayant pas manqué de représenter cette manœuvre 
non comme inspirée par la loyauté d'un sujet, mais par le désir 
de contrarier autant que possible les intentions du souverain 3 . 



1 Accounts oflhe Lord Iiïgh Treas. ofScotl., ap. Pitcairn, vol. 1, part I, p. *285. 

2 Lesley, de Rébus gestis Scotorum, lib. IX, p. 421, et l'auteur du Diurnal of 
remarhible Occurrents, etc., p. 21, disent qu'il aborda à Whithern dans le comté 
de Galloway. 

3 W. Maitlaml, the Hislory and Antifjuities ofScotland, etc., vol. II, p. 814, 815. 
L'auteur cite Drummond, Herbert et Lesley. J'ai recouru, pour le second, historien 
de Henry VIII, à Kennet, a complète Hislory of England, vol. II, p. 193, col. 1, 
mais sans y rien trouver de relatif à l'anecdote rapportée ci-dessus. — Lindsay de 
l'itscottie, qui la raconte, dit que le roi fit surtout retomber le poids de sa colère 
sur le capitaine du navire, qui ne dut qu'à de puissantes sollicitations de ne pas 
être pendu. (The Cronirles nf SrotJnnd, vol. II, p. 360, 361.) 



400 LES ÉCOSSAIS EIS FRANCE. 

Le 2 septembre, Jacques se rembarqua à Kirkaldy, dans le 
comté de Fife, accompagné des comtes d'Arran, d'Argyle, de 
Rothes, d'Errol, des lords Fleming, Boyd, Maxwell, des lairds 
Lochinvar, Drumlanrig, de l'abbé d'Arbroatli, du prieur de 
Pettynweme 1 , et d'autres; l'escadre, composée de sept navires, 
passa en vue de la ville de Berwick le 3 au matin 2 , et aborda 
près de Dieppe après une heureuse traversée. Informé des pro- 
grès de ses ambassadeurs dans la négociation de son mariage, et 
impatient de juger par lui-même de la beauté de sa future, le roi 
se rendit d'abord à Paris, où il ne resta que peu de jours, puis à 
Vendôme, sous un déguisement; mais la princesse, qui avait un 
portrait de lui, n'eut pas de peine à le reconnaître. Marie de 
Bourbon n'était pas moins belle que distinguée ; mais l'étiquette 
exigeait qu'avant de parler de mariage à une princesse du sang, 
on s'assurât de l'agrément du roi de France. Celui d'Ecosse 
s'arracha aux fêtes et aux tournois qui se succédaient à Yen- 
dôme, et revint auprès de ses gens, qui l'attendaient à Rouen ; 
puis, ayant appris qu'une action devait avoir lieu prochainement 
en Provence entre les Impériaux, commandés par Charles-Quint 
en personne, et les Français sous les ordres de François I er , 
Jacques Y, qui ne désirait rien tant que de se signaler, laissa 
de côté sa recherche matrimoniale et courut au théâtre de la 
guerre, où se trouvait déjà Robert Stuart, seigneur d'Aubigny 3 ; 
mais, avant l'arrivée de l'allié de la France, l'empereur, ayant 
échoué dans le siège de Marseille, et se trouvant à court de pro- 



1 Pitscottie nomme les comtes de Huiitly, d'Argyle, d'Athol, les lords de Maxwell, 
Fleming, Livingston, Ruthven, Salton, les comtes de Cassilis, Marshall, de Murray, 
de Rothes, et le maître d'Erskine, dont le père était déjà en France en ambassade. 
( The Cronicles ofScotland, vol. II, p. 361.) 

2 Lettre de Thomas Sutehyll au lord amiral, en date du 4 septembre 1336. (Slnle 
Papers, etc., vol. V. King Henry the Eighth. part IV. — continuée, in-i°, n° CCCY, 
p. 59, 60.) 

3 Mémoires de messire Martin du Bellay, liv. VI, ann. 1336; édit. du Panlh. Hit., 
p. 581, col. 1. — Brantôme, Hommes illustres, etc., ch. VIII; t. I, p. 201, col. 1. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 401 

visions, peut-être même ébranlé par l'approche d'un prince que 
le bruit public représentait suivi d'une armée 1 , l'empereur avait 
opéré sa retraite. François 1 er , satisfait de voir l'ennemi hors de 
ses États, envoya le Dauphin au-devant du noble étranger. Henri 
le rencontra à la Chapelle près de Tarare 2 , et l'emmena à Lyon, 
où le roi chevalier le combla d'honneurs et d'attentions. Jac- 
ques ne manqua pas d'y mettre à profit son séjour pour acheter 
de riches tissus 3 . 

De Lyon, à ce qu'il paraît, le Dauphin amena le roi d'Ecosse 
à Blois, où se trouvait alors François I er , et là l'illustre étranger 
vit Madeleine, l'aînée des filles de France, qui devait lui faire 
oublier Marie de Vendôme. Madeleine apparut au jeune prince 
dans un chariot, car elle était malade, dit Pitscottie, et ne pou- 
vait endurer le oheval; à peine l'eût-elle vu, ajoute le chroni- 
queur, qui a l'air d'écrire un roman, qu'elle devint amoureuse 
de lui, au point de déclarer qu'elle n'aurait jamais d'autre mari, 
au grand déplaisir des conseils d'Ecosse et de France; car il 
avait été certifié par les docteurs et médecins qu'en raison de sa 
longue maladie elle était hors d'état d'avoir des enfants, et 
qu'elle ne sortirait de France pour aller à l'étranger qu'au péril 
de ses jours 4 . Objet de tant d'amour, le jeune roi dut en être 
touché, aussi bien que de la grâce de Madeleine, qui, toute 

1 Lindsay de Pitscottie, the Cronicles of Scotland, éd. by Dalyell, t. II, p. 362. 
— ■ "... aux premières nouvelles qu'il avoit eues de la décente de l'Empereur en 
Provence, dit Mezeray, il arma seize mille hommes en son pais pour venir au 
secours du Roy, sans en estre prié," etc. (Histoire de France, liv. LVI, t. II, 
p. 1000.) 

2 Joann. Lesl., de Rébus gesfis Scotorum, lib. IX, p. 422. 

3 Accounts of the Lord High Treasurer of Scotland, A. D. 1537; apud Rob. 
Pitcaim, Criminal Trials in Scotland, vol. I, part I, p. *289. — A la page précé- 
dente, il est question d'étoffe pour faire un vêtement à un prêtre français. 

4 The Cronicles of Scotland, vol. II, p. 367, 368. — Peu porté en faveur de cetle 
union, " le Conseil, dit Mezeray, ne jugea pas qu'il fût séant de l'esconduire, qooy 
qu'il sembloit que ce fût faire tort à la fille du duc de Vendôme qu'il avoit déjà 
fiancée, et que mesme le roy François avoit adoptée pour fille, comme future Reine 
d'Escosse." (Histoire de France, liv. IAII, t II, p 1000.) 

vm. I. 26 



402 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

bumette quelle était, ne laissait pas que d'être belle 1 ; niais 
Pitscottie ne veut pas que les choses se soient passées ainsi, et il 
prétend que Jacques ne fit que consentir, en vue des avantages 
attachés à son mariage avec Madeleine, à recevoir la main de 
cette princesse 2 . 

Après quelques jours passés dans les fêtes, les deux souve- 
rains partirent pour Paris, et François I er fit faire à son futur 
gendre une entrée solennelle, commandant à sa cour de parle- 
ment de le traiter avec autant d'honneur que lui-même. "Les 
registres de cet auguste Sénat, dit le P. Hilarion de Coste qui 
cite les frères de Saincte-Marthe, disent que nostre roy fit ce 
commandement à la cour de parlement, laquelle combien quelle 
n'eust accoustumé d'aller en robes rouges au devant des rois et 
des princes estrangers, toutesfois sur les remonstrances qu'en 
fit la cour à Sa Majesté, elle leur fit entendre " qu'elle estoit 
"meiïe de vouloir faire tel honneur au roy d'Escosse, pour ce 
"qu'il estoit venu en personne luy demander sa fille 3 ." 

En conséquence, la cour partit après deux heures du Palais 
et alla à cheval en l'ordre accoutumé : " c'est assavoir, dit l'un 
des membres, les huissiers les premiers, tenans chascun leurs 
verges; après eux, les quatre notaires, deux à deux, et les gref- 
fiers des présentations et criminel ensemble, vestus lesdits gref- 



1 Clément Marot, Chant nuptial du roy d'Escosse, etc., parmi les chants divers 
de ce poète. 

2 The Cronicles of Scotland, vol. II, p. 368. — Le comte d'Elgin possède, dans 
son château de Broomhall dans le Fifeshire, un ancien tableau représentant le ma- 
riage de Jacques V et de Madeleine de France, qui appartenait autrefois à la ga- 
lerie du Luxembourg. On y voit le portrait de la princesse. Voyez la description 
qu'en donne Miss Strickland dans ses IJves of the Qucens of Scotland, etc. Edin- 
burgh and London, MDCCCL-IX, in-8°, vol. I, p. 306, 307. 

3 Les Eloges et vies des reunes, etc. A Paris, M.DC.XXX., in -4°, p. 390. — L'éti- 
quette ne donnait rang, à ce qu'il paraît, à Jacques V qu'après le Dauphin. Dans 
une circonstance, le cardinal Mazarin dit à M lle de Montpensier : " Les rois d'Ecosse 
cédoient autrefois aux fils de France; et par cette raison vous seriez en droit de 
passer devant la princesse d'Angleterre." (Mémoires de Mademoiselle de Montpen- 
sier, 1658; dans la collection Petitot, 2 rae série, t. XLII, p. 280.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 403 

fiers et notaires de robbes et chaperons d'escarlatte; après eux, 
moy seul, vestu de robbe et epitoge d'escarlatte fourrée, le 
premier huissier, après, vestu de robbe d'escarlatte, ayant son 
bonnet fourré et verge en sa main ; messieurs les presidens, 
deux à deux, vestus de robes et manteaux d'escarlatte et portans 
leurs chapeaux de velours, les conseillers deux à deux, selon 
leur ordre, et, après ce, les advocats et procureur gênerai du 
roy, tous vestus de robbes d'escarlatte et chaperons de mesme, 
fourrez de menu vair ; puis les advocats de ladicte cour, deux à 
deux, honnestement vestus d'autres robbes que d'escarlatte, 
ayans leurs chaperons fourrez. Après lesdicts avocats estoient 
les procureurs, aussy deux à deux, vestus honnestement selon 
leur estât, ayans leurs chaperons à bourlez 1 ." 

En cet ordre la cour alla, par le pont Notre-Dame, jusqu'à 
Saint-Antoine-des-Champs, où était le roi d'Ecosse avec sa suite; 
"et là, continue le narrateur, sont descendus mesdicts sieurs les 
presidens et moy. En après la révérence faicte audict roy d'Es- 
cosse, monsieur le premier président lui a faict la proposition, 
de par ladicte cour; laquelle achevée, ledict roy d'Escosse a 
embrassé mesdicts seigneurs les presidens, sans aucunement 
parler à eux, parce qu'il savoit peu du langage françois." La 
cour s'étant retirée, Jacques fit son entrée à Paris et alla des- 
cendre en l'église Notre-Dame, où il fut reçu conformément à 
son rang et logé au palais archiépiscopal. 

Le lendemain et jours suivants, il parcourut la capitale, ache- 
tant tout ce qui, sur son passage, lui semblait nouveau et flat- 
tait son goût. C'étaient des plumes blanches pour décorer son 
bonnet et la tête de son cheval, un gros diamant probablement 
destiné à briller sur ce même bonnet, et cinquante-cinq lances, 
les unes pour tournois, les autres pour la guerre. Jacques les 

1 Teulet, Papiers d'Etal... relatifs à l'histoire de l'Ecosse au XVI e siècle, etc., 
t. I, p. 123, 124. 



404 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

paya 75 francs, et, par son ordre, 30 shillings écossais furent 
distribués en pourboires aux ouvriers armuriers, acte de libéra- 
lité qui n'était peut-être pas sans calcul. Un prêtre écossais 
nommé John Penman , qui se trouvait alors à Paris, où évi- 
demment il jouait le rôle d'espion pour le parti mécontent des 
Douglas, fournit un curieux commentaire du compte des dépen- 
ses de Jacques V à Paris, enregistrées par David Beaton, arche- 
vêque de Saint-André, quand, écrivant à Sir George Douglas, il 
nous montre le monarque courant follement les rues de Paris 
avec un ou deux serviteurs, achetant lui-même toutes sortes de 
bagatelles, et s 1 imaginant n'être pas connu, alors que tous les 
charretiers le montraient au doigt en disant : " Voilà le roi 
d'Ecosse 1 ." 

A son arrivée, Jacques avait trouvé réunis les comtes de 
Murray, de Lennox, de Gassilis, Lord Erskine, etc., qui l'atten- 
daient, outre six comtes, six lords, six évoques et vingt grands 
barons venus d'Ecosse pour le mariage de leur souverain 2 ; et 
de tous les points de la France la noblesse s'était donné, pour 
ainsi dire, rendez-vous dans la capitale pour faire fête à un roi 
sur le compte duquel la renommée n'avait pas été muette. Son 
mariage fut célébré avec une magnificence vraiment royale, le 
l or janvier 1535, le lendemain de l'entrée de Jacques V à Paris. 

Ce roy d'Escosse estoit en la fleur de ses ans, 
Ses cheveux non tondus, comme fin or luisans, 
Gordonnez et crespez, flotans desus sa face 
Et sur son col de lait, luy donnoient bonne grâce. 



1 Ms. de la Bibl. Cottonienne, Caligula, B. III, folio 293. — Agnes Strickland, 
Lives ofthe Queens of Scolland, etc., vol. I, p. 288, 289. 

2 Pitscottie, the Cronicles of Scotland, vol. II, p. 369, 370. — John Penman, 
l'espion dont il a déjà été parlé, nomme de plus, comme faisant partie de la suite 
de Jacques V, Oliver Sinclair, Robert C.ibbs, Andrew Wood, John Teintant, James 
Maxwell de Rouen, George Steele, John Drummond, Henry Kemp, etc. (Ms. Coït., 
Caligula, B. III, folio 293. — Miss Strickland, Lives of the Queens ofSrotla»d, 
vol. I, p. 292.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 405 

Son port estoit royal, son regard vigoureux, 
De vertus et d'honneur et de guerre amoureux; 
La douceur et la force illustroient son visage, 
Si que Venus et Mars en avoient fait partage. 

Ce grand prince François admirant l'estranger 
Qui roy chez un grand roy s'estoit venu loger, 
Son sceptre abandonnant, sa couronne et son isle, 
Pour le recompenser luy accorda sa fille, 
La belle Magdeleine, honneur de chasteté, 
Une grâce en beauté, Junon en majesté. 

Desja ces deux grands rois, l'un en robe françoise, 
Et l'autre revestu d'une mante escossoise, 
Tous deux la messe ouïe et repeuz du sainct pain, 
Les yeux levez au ciel et la main en la main, 
S'estoient confederez; les fleurs tomboient menues, 
La publique allégresse erroit parmy les rues, 
Les nefs, les gallions, les carracons pendoient 
A l'ancre dans le havre, et flotant attendoient 
Ce prince et son espouse, à fin de les conduire 1 . 

Le soir, le festin de noces eut lieu dans la grande salle du 
palais, "auquel, porte la relation que nous citions tout à l'heure, 
ladicte cour fut conviée et assista en robbes rouges 2 ." Pitscottie 
raconte des merveilles des fêtes données à l'occasion de ce ma- 
riage, sans doute d'après le récit de Sir David Lindsay, témoin 
oculaire 3 ; la circonstance la plus curieuse, c'est que le duc de 
Vendôme y assistait. Le même chroniqueur s'étend avec com- 
plaisance sur les riches présents de chevaux, d'armures émail- 
lées, de pièces de drap d'or, de velours et de satin, de tapisseries 
et de joyaux, dont François I er combla sa fille et son gendre, 
sans oublier le don de deux vaisseaux, la Salamandre et le 
Moris, qui, après avoir accompagné en Ecosse la Marrivillibe 

1 Le Tombeau de Marguerite de France, etc. (Les Œuvres de Pierre de Ron- 
sard. A Paris, M.DC.IX., in-folio, p. 1099, col. 2. Suit le récit de la mort de Ma- 
deleine. 

- Teulet, Papiers d'É lai , etc., t. I, p. 121. 

:! The Croniohs ofScottand, vol. II, p. 370, 371. 



406 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

et le Great Lyon, restèrent longtemps dans ce pays 1 ; mais il 
ne dit rien d'un chien dont le héraut poète nous a conservé le 
souvenir et le nom, qui en fait un chien des Pyrénées, ou peut- 
être un descendant de Basque, chien de Louis XI 2 . 

Jaloux de ne pas être en reste avec un si magnifique beau- 
père, le roi d'Ecosse voulut traiter à son tour la cour de France 
et relever son pays du reproche de pauvreté qui était passé en 
proverbe. Il fit apporter au dessert un service de plats couverts, 
qu'il annonça contenir des productions de l'Ecosse. Là-dessus, 
les plats ayant été découverts, on vit qu'ils étaient pleins de 
poudre d'or et de pièces du même métal, et ces richesses furent 
distribuées parmi les convives 3 . 

L'époque des étrennes, coïncidant avec celle du mariage, 
fournit au jeune époux l'occasion de déployer sa générosité en- 
vers des artistes qui en avaient sans doute augmenté l'éclat. On 
trouve portées dans les comptes des dépenses de l'archevêque 
David Beaton : 22 couronnes aux trompettes du roi de France ; 
tout autant à ses hautbois; à ses siffleurs ou fifres, 6 couronnes; 
16 à ses cornets; 10 aux hautbois de la reine de Navarre, et en- 
fin 12 au tambour de Madeleine 4 . 

Pour ce qui est de la dot de cette princesse, François I er aban- 
donna à son gendre le comté de Gien, et s'engagea à lui payer 
100,000 couronnes au soleil et 30,000 fr. pendant la vie de 
Jacques 5 , ajoutant à ces avantages la restitution sans conditions 

1 The Cronicles of Scotland, vol. II, p. 371, 372. — On trouve la liste des ca- 
deaux rapportés en Ecosse par Jacques V et Madeleine, dans les Annales d'Ecosse 
de Sir James Balfour, sous l'année 1536. ( The historical Works of Sir James 
Balfour London, M.DCCC.XXV., in-8°, vol. I, p. 266, 267.) 

8 Voyez the Complaynt and public Confessioun ofthe Kingis auld Hound, callit 
Bagsclie, directit to Bawle, Ihe Kingis best belovit Dog, etc., parmi les œuvres de 
Sir David Lindsay, édit. de G. Chalmers, t. II, p. 164-177. 

3 Miss Strickland, qui cite cette anecdote, renvoie à Y Encyclopœdia Britannica, 
art. Scotland. J'ai recouru à diverses éditions de ce recueil, mais inutilement. 

4 Miss Strickland, Lires ofthe Queens of Scotland, vol. I, p. 309. 

5 Contrat de mariage de Jacques V, à la Bibliothèque des Avocats, à Édinburgh. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 407 

ie la ville et du château de Dunbar, où le duc d'Albany avait 
laissé une garnison française 1 . D'un autre côté, Jacques assigna 
à sa nouvelle épouse le douaire des anciennes reines d'Ecosse, 
à sa mort et à celle de sa mère, et en môme temps le comté de 
Fife et de Strathern, avec le palais de Falkland. A cette occa- 
sion, l'ancienne alliance fut renouvelée entre les deux nations 2 , 
et l'abbé d'Arbroath, naturalisé Français, fut promu à l'évôché 
de Mirepoix, en attendant le chapeau de cardinal, que Fran- 
çois I er contribua beaucoup à lui faire obtenir 3 . 

Pendant son séjour à Paris, Jacques V ne négligea pas le 
soin de son royaume. Le 28 janvier, il signait à Saint- Antoine - 
des-Champs des lettres de rémission en faveur de Lancelot Gray 4 . 

Les comtes d'Arran, d'Argyle et de Murray, qui l'avaient 
suivi, avaient été logés dans le voisinage; là, il leur arriva une 
aventure plaisante, rapportée par Henri Estienne, dont je ne puis 
mieux faire que de conserver les paroles : " Un jour, dit-il, qu'ils 
avoyent festoyé les dames de ladicte rue (Saint- Antoine), pen- 
dant que le comte d'Argail regardoit jouer après soupper, il y eut 
un certain galland habillé bravement au possible, qui comme par 

1 Jacques n'eut rien de plus pressé que d'entrer en possession de cette place. 
Nous l'apprenons de l'espion John Penman, qui était, à ce qu'il paraît, en rapport 
avec un jeune homme nommé Gavin, attaché à la personne du roi. Ayant entendu 
pai 1er d'une entrevue entre les deux monarques, il quitta Dieppe, où il se faisait 
adresser ses lettres à l'adresse de George Hume, et se rendit à Paris. A une lieue 
de Pontoise, il rencontra l'abbé de Cupar et Lord Erskine en route pour le Havre 
afin de s'y embarquer dans l'un des vaisseaux du roi, pour passer de là en Ecosse 
et recevoir le château de Dunbar, avec ses munitions, au nom du roi. (Miss 
Strickland, Lires ofthe Queens of Scotland, etc., vol. I, p. 302.) 

■ A Diurnal ofremarkable Occurrents, etc., p. 21. — Joann. Lesl.,de Rébus gcstis 
Scotorutn, etc., lib. IX, p. 421-423. — Mémoires de messire Martin du Bellay, 
liv. VIII; édit. du Panth. litt., p. 556, col. 2 - p. 558, col. 2. — Chambre, Hist. 
abbr. des papes, etc., folio 206 recto. — Maitland, the History and Antiquities of 
Scotland, vol. II, p. 815, 816. — Voyez, sur les conditions sous lesquelles le roi 
d'Ecosse devait jouir du comté de Gien, un arrêt de la Cour des comptes, en date 
d'avril 1537-1538, parmi les Papiers d'État, etc., t. I, p. 128-130. 

3 II le reçut le 13 des calendes de janvier 1538. (Keith, an hist. Catal., etc,, 
f». 36. — Gallia christiana, vol. XIII, col. 273, 274.) 

* Reg. ofthepr. Seal of Scott , ap. Pitcairn, Crim. Tr., etc., vol. I, put I, p. 250*. 



408 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

manière cTesbat destacha vingt-cinq ou trente qu'angelots que 
nobles à la rose, lesquelz estant ployez, servoyent de boutons 
d'or aux deschiquetures du robbon dudict conte, à la façon 
d'alors. Lequel voyant que celuy qui luy faisoit ce tour estoit 
fort richement vestu et qu'il y alloit de si bonne grâce, comme 
celuy qui ne faisoit cela que pour rire, luy laissa faire tout ce 
qu'il vouloit. Mais quand ce rustre pensa que c'estoit assez, 
alors monstrant par expérience que ce qu'il avoit faict c'estoit à 
bon escient, se retira peu à peu de la salle. Alors ce seigneur 
qui n'avoit pas voulu faire semblant de rien pendant qu'on se 
jouoit ainsi à son robbon, conta aux autres ce tour, en leur 
monstrant de quoy. Ce qui ne fut pas sans les faire bien rire, 
et cependant recevoir d'eux (qui sça voient mieux les ruses de 
tels larrons) une bonne instruction pour s'en donner garde une 
autre fois : mais pour ceste-là lui falut avoir patience 1 ." 

Cette anecdote, répandue dans Paris, dut d'autant plus exci- 
ter la gaîté, que l'on disait proverbialement larron comme un 
Écossais, par allusion sans doute aux excès des anciens routiers 
qui nous venaient du pays du comte d'Argyle 2 . 

Il en venait aussi des filous, si l'on peut ajouter quelque foi à 
un recueil qui ne paraît guère en mériter. L'auteur, faisant 
l'histoire d'un bandit écossais du môme clan que le fameux Rob 

1 Apologie pour Hérodote, liv. I er , ch. XV. 

Hz sont larrons comme Escossoys 
Qui vont pillotant les villaiges. 

( Les Œuvres de maislre Roger de Collerye, édit. de Paris, 
M.V.XXXVI., in-16, au verso du feuillet signé A iiij.) 
Dans le poème de W. Burgensis, ou de Burgo, moine de Revesby, sur la bataille 
de Najara (Bibl. Bodl., Ms. Digby n° 166, folio 102 verso, v. 20), Pierre le Cruel 
est appelé Pelrus rex Scoticus. Enfin, Adrien de Veteri Busco ( Rer. Leod. sub 
Heinsbergio et Borbonio episc, ap. D. Marten., Vet. Script, et Mon. ampl. Colîect., 
t. IV, col. 1313, B) donne le nom de scotus à un certain jeu que l'éditeur de cet 
écrivain décide devoir être celui des échecs, appelés latrunculi en latin. (Voyez 
l'index onomastique en tète.) Cette allusion à la mauvaise réputation des Écossais 
ne me paraît pas démontrée plus qu'à Du Cange et à ses éditeurs, qui l'ont dédai- 
gnée. (GIqss. med. et inf. latin., t. VI, p. 127, col. 2.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 409 

Ruy, proie au premier un trait attribué à d'autres : "Réfugié en 
France, dit le capitaine Johnson, il se trouvait dans l'église de 
Saint-Denis, à Paris, un jour de fête que le cardinal de Riche- 
lieu célébrait la messe en présence du roi. Tandis qu'il était à 
l'autel, Gilderoy mettait la main à la bourse du prélat pendue 
à son côté. Se voyant découvert par le roi qui l'observait, l'ex- 
cateran, qui était vêtu comme un homme de qualité, mit son 
doigt devant sa bouche, comme pour faire signe au roi de ne 
pas le trahir, lui promettant un bon tour. Le roi, enchanté de 
se divertir, le laissa faire, et quelques instants après, abordant 
le cardinal, il prit, dans le cours de la conversation, occasion 
de l'obliger à mettre la main dans sa bourse, dont la perte lui 
causa un vif étonnement. Le prince, qui savait ce qu'elle était 
devenue, ne s'amusa pas médiocrement de l'aventure, jusqu'à 
ce que, fatigué de rire, il jugea qu'il était temps que le cardi- 
nal rentrât en possession de sa bourse. Il regardait comme 
homme de bien et de conséquence celui qui l'avait prise, en 
voyant l'aisance avec laquelle il opérait; mais Gilderoy avait 
trop d'esprit pour s'approcher d'eux, car il jouait son rôle au 
sérieux. Ce fut alors que le cardinal mit les rieurs de son côté 
contre le roi, qui jura par sa foi de gentilhomme, serment qui 
lui était ordinaire, que c'était la première fois qu'un voleur 
l'avait pris pour complice 1 . 

1 Nous avons emprunté ce récit au recueil du D r Aytoun (the Ballads of Sco'- 
land, Edinburgh and London, MDCCCLVIII, in-8°, vol. II, p. 148), qui cite "Lives 
and Exploits of English Highwaymen, Pirates, and Robbers, by Captain Charles 
Johnson." Ayant recherché la source à laquelle le docteur avait puisé, nous avons 
trouvé : 1° que l'histoire de Gilderoy est racontée d'une façon tout à fait diffé- 
rente dans o gênerai History of the Lires and Adventures of the most Famous 
Highwaymen, Murderers, Street-Robbers, etc. London : M.DCCXXXIV., in-folio, 
p. 310, col. 1 et 2; 2° que dans l'édition de Birmingham, 1742, in-folio, l'article 
de Gilderoy, annoncé dans l'introduction, manque dans le corps du volume et à 
la table ; 3° enfin que cet article ne figure nulle part dans une édition du même 
recueil annoncée comme la quatrième, sur le titre, qui est ainsi conçu : The Lires 
and Actions of the most noted Highwaymer,, Street-Robbers, Pirates, etc., etc. 
London, MDGCCXXXIX, in-8°. 



410 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Enfin, il n'y avait pas jusqu'aux Écossais venus à Paris pour 
y étudier, qui n'excipassent d'une pauvreté qui souvent n'exis- 
tait pas, pour échapper à l'acquittement des droits universi- 
taires. C'est ce que faisait en 1443 un certain John Kennedy, 
neveu d'un évêque et prévôt d'une église en Ecosse. Il eut beau 
se présenter comme pauvre : on découvrit qu'il n'était rien 
moins que tel, et il fut taxé en conséquence 1 , à la suite d'une 
délibération de la nation d'Allemagne, non moins humiliante 
pour notre Écossais que ne devait l'être, pour d'autres délin- 
quants du même genre, la sortie de Jacques du Bois contre deux 
étudiants qui avaient assisté gratis à l'une de ses leçons. Le plus 
puni, il est vrai, fut l'avare professeur, à qui Buchanan, dit-on, 
fit une épitaphe en un distique rendu en quatre vers par Henri 
Estienne 2 . 

Sir James Melville rapporte une anecdote, qui semblerait prou- 
ver que ses compatriotes ne professaient pas tous la plus sévère 
délicatesse. Envoyé en France à l'âge de quatorze ans pour être 

1 "Nota. Est quidam dives de regnoScocie nomine Johannes Kennedy, qui fecit 
taxari bursas suas a magistro Henrico de Merxeni, tune procuratore, in specic 
pauperis, ad iiij solidos. Nacio bene informata quod ipse est de magnis regni Scocie 
oriundus, et nepos cujusdam episcopi, et multum bene beneficiatus, quod, prepo- 
situs cujusdam venerabilis ecclesie in Scocia, item ipse portavit secum Parisius in 
adventu suo bene centum scuta, et recipit de post quinquaginta scuta et viginti 
nobilia; Nacio nolens decipi, obviando malicie sue et ne incurreret vicium perjurii, 
taxavit bursas suas ad x solidos, districtius eidem per bedellum injungendo ut 
recuperaret satisfactionem; sed ipse non curavit. Bene Nacio ammirabatur. Quam- 
obrem circa Maii naratum super isto quid agendum, et super electione novi pro- 
curatoris, seu antiqui continuacione, in Sancto Maturino solempniter congregala, 
injunxit Nicholao subedello per juramentum suum ut isti Jolianni Kennedy ï n ti- 
maret et injungeret quod, sub peua privacionis et resecationis a Nacione, infra 
mensem receptori juxta taxata satisfaceret. 

"Recepi tamen ab eo ab bonum compotum, ut apparebit in receptis." (Archives 
de l'Empire, Université, comptes de 1325 à 1461, section administrative, H, 2587, 
folio 36 recto, A. D. 1443.) 

2 Apologie pour Hérodote, liv. 1 er , eh. 16. — Le Docteur David Irving a réussi à 
prouver que ce distique, toujours inséré parmi les ouvrages de Buchanan, n'est 
pas de lui, mais existait bien avant que le précepteur de Jacques V fût en étal 
de faire des vers. Voyez Mcmoirs ofthe Life of Buchanan. Edinburgh, 1807, in-8", 
p. 145. 



LI8 FRANÇAIS EN ECOSSE. 411 

page d'honneur de Marie Stuart, il fut confié à Jean de Montluc, 
évoque de Valence, qui, obligé de prendre la poste pour arriver 
plus vite à Paris, le remit aux soins de deux gentilshommes 
écossais dont le père était de sa connaissance. Ils lui promirent 
de ne le laisser manquer de rien, et se promirent plus tard à 
eux-mêmes de vivre à ses dépens. Il est juste d'ajouter que deux 
jeunes gens, l'un Français, l'autre Breton, avec lesquels nos 
Écossais voyageaient de conserve, avaient fait à peu près le 
môme calcul ; mais ils avaient compté sans la finesse dont Mel- 
ville donna plus tard des preuves bien plus éclatantes. Il enten- 
dit le complot formé contre sa bourse, et le déjoua en payant 
lui-même sa dépense. Le plus curieux est que révoque, informé 
des intentions malhonnêtes des deux Écossais, ne leur remit 
jamais ce qu'ils avaient pu dépenser pour le jeune Melville l . 

Pendant le séjour de Jacques V à Paris, trois de ses sujets 
obtinrent des lettres de naturalité et devinrent ainsi Français : 
c'étaient Robert Fresal, ou plutôt Fraser, Matthieu Stuart, comte 
de Lennox, capitaine de cent lances des ordonnances du roi, et 
Jean Stuart, sire de Derneley, capitaine de la garde écossaise, 
ces deux derniers neveux du maréchal d'Aubigny 2 . La même 
année, James Cockburn, archer de la garde écossaise, recevait 
le don des biens de feu Thomas Cockburn, pareillement archer 
dans la même compagnie 3 . 



1 Memoirs of his own Life, etc. Printed ;it Edinbogh, M.DCCC.XXVII., in-!», 
p. iS-14, A. I). 1550. 

2 Inventaire chronologique, etc., p. 81. 

3 lbid., p. 83. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE 413 



CHAPITRE XVII. 



Jacques V quitte Paris avec Madeleine de France, sa femme, et se rend à Rouen. — Leur itinéraire jusqu'au 
Havre. — Embarquement du couple rojal; personnages remarquables de leur suite. — Arrivée de Madeleine 
a Leith ; réception qui lui est faite ; sa mort. — Analyse d'un poème composé à cette occasion par Sir David 
Lindsay. — Kegrels causés par la mort de Madeleine; oiigine de l'usage de porter le deuil, en Ecosse; 
mentions de Français dans ce pays. — Négociations entamées pour le mariage de Jacques V avec Marie de 
Guise ; conclusion de ce mariage ; accueil enthousiaste que la nouvelle reine reçoit en Ecosse ; fêles données 
à Saint-André à cette occasion. — Éloge de l'Ecosse par Marie de Guise. — Itinéraire des nouveaux époux 
de Saint-André à Édinburgh. — Entrée de la reine dans sa capitale — Union des deux pays — Relations 
journalières entre la France et l'Ecosse. — Musiciens fiançais à la cour d'Holyrood au XVI e siècle . 



Les fêtes du mariage de Jacques Y 1 et le gros de l'hiver étant 
passés, ce prince prit congé de sa nouvelle famille. Ainsi fit, dit 
Lindsay de Pitscottie, la reine Madeleine et ses femmes, et tout 
le reste de sa noblesse, avec force santés de côté et d'autre 2 . 
Dans le même temps, François I er quittait sa capitale pour aller 
rejoindre son armée. Arrivé au camp devant Hesdin, il écrivait 
à son chancelier, le 9 avril après Pâques, de donner au roi et à 
la reine d'Ecosse hypothèque sur des terres, sans compter cel- 
les de la province du Maine, pour acquitter le reste de la dot 
promise 3 . Il existe aussi un ordre de François 1 er au même de 



1 Voyez les détails relatifs à la réception de ce prince par la ville de Paris, dans 
le Bulletin des sciences hisloiiques, etc., de M. de Férussac, t. XVI, p. 361; et sur 
son séjour et ses dépenses en France, depuis la fin de décembre 1536 jusqu'au 
mois d'avril 1537, les Papiers d'Etat, etc., de M. Teulct, p. 122-126, et l'Inven- 
taire chronologique, etc., p. 84. 

■ Miss Strickland, Lires ofthe Queens of Scotland, vol. I, p. 315. Rien de pareil 
ne se trouve dans l'édition de Dalyell. Voyez t. II, p. 373. 

• Arch. de l'Emp., ,1. 966, 5 me paquet. — Inventaire chronologique, etc., p. 85. 
— Miss Strickland, vol. I, p. 315. 



414 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

payer à la reine d'Ecosse le premier quartier de sa pension de 
30,000 livres, pour la mettre en état, suivant son désir, de se 
pourvoir, avant de s'embarquer, de plusieurs choses dont elle 
avait besoin 1 . 

De Paris, Jacques se rendit à Rouen, où il fut reçu avec les 
honneurs dus à son rang, mais qui eut à contribuer pour 
2,000 livres aux dépenses du roi et de la reine d'Ecosse, et de 
Marguerite, sœur cadette de Madeleine 2 . Là, il reçut la visite 
d'un ambassadeur anglais, Ralph Sadler 3 , et, par acte en date 
du 15 avril 1537, souscrit par maître George Cuke, notaire pu- 
blic, il révoqua toutes les ordonnances rendues en son nom pen- 
dant sa minorité 4 . 

De Rouen, le couple royal descendit la Seine pour gagner le 
Port neuf, c'est-à-dire le Havre-de-Grâce 5 , fondé plus de 25 ans 
auparavant par Louis XII, et accru par François I er6 . A Monti- 
villiers, pendant que Jacques s'occupait de l'administration de 
son royaume 7 , la nouvelle reine écrivait au chancelier Duprat 

1 Inventaire chronologique, etc., p. 85. — MissStrickland, vol. I, p. 315. 

2 Trésor des Chartes, J. 965, 1 er paquet. — Invent, chronol., etc., p. 84. 

• Thorpe, Calendar of State Papers, etc., vol. I, p. 38, n° 4. 

* The Actis and Constitutions of the Reaime of Scotland, etc. Imprintit at 
Edinburgh be Robert Lekpreuit, 1566, in- 4° (connus sous le nom de Black Acts), 
folio Cxxvi, Cxxvii, ca. xl. 

8 Dans le Spéculum nauticum de Lucas Jean, imprimé à Leyde en 1583 ou 1586, 
on lit, sur la carte, le nom du Hable-neuf; et dans le Flambeau de la naviga- 
tion, par Guillaume Janszoon (Rlaeu), à Amsterdam, 1620, in-4 u obi., eh. III, 
g II, p. 32 (Pour naviguer sur la rade de Hableneuf, et de la Rivière de Rouen), 
l'auteur nomme " le Havre de Hableneuf" et " la rivière de Hable." 

6 Philippe de Commines, rappelant ce qu'il a dit précédemment d'une année 
du comte de Warwick, de la flotte que Louis XI avait préparée pour le conduire 
en Angleterre, et de celle du duc de Bourgogne, " preste pour les combattre, qui 
estoit au havre au devant d'eux," n'ajoute rien qui nous éclaire sur la situation 
du havre dont il s'agit, rien, si ce n'est ces paroles, qui nous apprennent la triste 
issue de cet armement : " Cette nuict sourdit une grande tourmente, et telle qu'il 
fallut que l'armée dudict duc de Bourgogne fuist; et coururent les uns des navires 
en Escosse, les autres en Hollande," etc. (Mém., liv. III, ch. V, ann. 1470); néan- 
moins Lenglet du Fresnoy croit que Commines a voulu parler du Havre-de-Grace. 

7 Register of the privy Seal of Scotland, apud Piteairn, Criminal Trials, etc., 
vol. I, part I, p. 250*. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 415 

pour le prier d'aider dans la poursuite des procès qu'ils avaient 
en France, Jean de Saint-Aubin, son maître d'hôtel, et Charles 
de Marconnay, son écuyer d'écurie, qui partaient avec elle pour 
L'Ecosse*. A la même date, les comptes royaux présentent un 
paiement de trente-trois aunes de satin jaune de Bruges, et de 
satin rouge pour l'uniforme de la musique française de la reine, 
consistant en quatre trompettes, quatre tambours et trois sif- 
fleurs, c'est-à-dire trois fifres, qui l'avaient accompagnée depuis 
Paris, et qui devaient faire voile dans le même navire que leur 
maîtresse. 

Jacques et Madeleine attendirent au Havre deux ou trois jours 
un vent favorable. Enfin le couple royal s'embarqua accom- 
pagné d'une suite de Français et de Françaises de la première 
noblesse, "avecques le visadmiral, sa galère et autres navires, 
qui estoient si bien equippées et en tel ordre, que ceulx qui se 
vantoient de fermer les passaiges ne se trouvèrent point sus la 
mer 2 ." Dans le cortège, on remarquait surtout Monseigneur 
Jean de Langeac, évoque de Limoges, "gentilhomme de grande 
expérience et bon sçavoir," chargé par François I er d'accompa- 
gner et conduire la nouvelle reine, et le poëte Ronsard, que le 
duc d'Orléans, dont il était page, avait donné à Madeleine pour 
aller avec elle et voir son monde, comme dit Brantôme, et qui 
commença à prendre goût à la la poésie 3 . 

Elle aborda à Leith le 3 mai, jour de la Pentecôte. En met- 
tant le pied sur le rivage, elle s'agenouilla, baisa la terre et re- 



1 Inventaire chronologique, etc., p. 80. — La date approximative de 1334 ne 
peut être qu'erronée. 

2 Summaire de l'origine, description et merveilles d'Escosse, etc., fol. xxxv verso. 

3 " Car un gentil-homme escossois nommé le seigneur Paul, très-bon poëte latin, 
se plaisoit à luy lire tous les jours quelque chose de Virgile ou d'Horace, le luy 
interprétant en françois ou en escossois; et luy qui avoit desja jette les yeux sur 
quelques rymes de nos anciens autheurs, s'efforçoit de le mettre en vers, le mieux 
qu'il luy estoit possible." (Le cardinal du Perron, oraison funèbre sur la mort de 
M. de Ronsard, à la suite des œuvres de ce dernier, relit, in-folio, p. 1169.) 



416 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

mercia Dieu d'ôtre arrivée saine et sauve, elle et son mari *. Le 
même jour, elle fut menée "au logis du roy cTEscosse, à Lisle- 
bourg 2 ," à travers les flots d'une population enchantée. Sa con- 
tenance et ses manières étaient empreintes de la grâce la plus 
séduisante; mais sa beauté était déjà pâle de sa mort prochaine. 
Voici en quels termes révoque de Limoges, parmi d'autres cho- 
ses, donnait des nouvelles de cette santé si frôle, dans une lettre 
écrite au chancelier de France : " Monseigneur, par le seigneur 
de la Meilleraye et le seigneur Bortiq vous avoys amplement et 
par le menu fait entendre le passage du roy et royne d'Escosse, 
et comment ilz estoient reduitz en ce bien en très-bonne santé, 
et aussi Testât en quoy se retrouvent les affaires tant de ce 
royaulme comme de tout ce que avons peu resentir du cousté 
d'Angleterre. Et est l'indisposicion de ladicte dame à présent de 
telle sorte que elle m'a commandé escripre au roy que luy en- 
voyast messire Francisque, médecin de la royne, qui l'a conduite 
jusques au Havre -de- Grasse; et craint M e Patrix prandre le 
manyement de sa personne, sans ce qu'il ait homme avec luy 
qui ayt pratiqué le cours de sa maladye ; et eulx deux assemblez 
en conféreront ensemble, affîn de trouver moyen et fere tout le 
debvoir à eulx possible de luy recouvrer santé. Je faiz demeure 
en ce lieu par le commandement du roy et royne d'Escosse jus- 
ques à l'entrée du couronnement, qui se fera d'aujourd'uy en 
huit jours 3 , 1 ' etc. Le prélat, hélas! était mauvais prophète : le 
couronnement de Madeleine ne devait pas avoir lieu, et il ne 
s'était pas écoulé quarante jours depuis son entrée dans sa capi- 

1 Pitscottie, the Cronicles ofScotland, t. II, p. 373. — Drummond de Hawthorn- 
den, the History ofScotland, London, 1681, in-8°, p. 312. 

2 Summaire de l'origine, etc., folio xxv recto. 

3 "Escript à Lislebourg en Escosse le xxx me jour de may.' 1 (Archives de l'Em- 
pire, J, 967.) — Le 8 juin, Madeleine écrivait elle-même au roi son père une lettre 
dans laquelle revient le nom de M e Francisco, lettre rapportée en Anglais dans 
l'ouvrage de Miss Strickland, avec un autre billet, dont nous n'avons pu retrouver 
l'original. (Lives of the Qucens of Scntlmid, vol. 1, p. 312, 31V.) 



LES FRANÇAIS EH ECOSSE. 417 

taie, au milieu des cris de joie et des applaudissements, que sa 
nu u*t les changeait en lamentations 1 . 

A cette occasion, le célèbre Sir David Lindsay composa une 
pièce de vers qu'il intitula the Ikploratioun of the Deith of 
Quene Magdalene*, et qui est remarquable sous plus d'un rap- 
port. S'adressant à la Mort, à laquelle il reproche sa cruauté et 
qu'il appelle traîtresse et voleuse, "tu aurais pu voir, s'écrie-t-il, 
les préparatifs faits par les trois États d'Ecosse, avec grand 
bonheur et consolation, dans chaque cité, château, tour et ville, 
et comment chaque noble s'étudiait exclusivement à être supé- 
rieurement vêtu. N'avais-tu donc pas vu les grands préparatifs 
d'Édinburgh, la noble et fameuse ville? Tu vis les gens travail- 
ler avec ardeur pour pouvoir marcher en triomphe avec trom- 
pes et clairons. Jamais il n'y aurait eu autant de plaisir dans ce 
pays, comme le jour de l'entrée de cette princesse, avec les 
splendides présents faits à Sa Grâce." 

Comme le fait remarquer avec raison l'historien de la poésie 
anglaise 3 , les vers qui viennent ensuite, abstraction faite de 
cette manière artificielle et éminemment poétique d'amener une 
description de ces brillants spectacles, au lieu de dire simple- 
ment et prosaïquement que la mort de la reine interrompit les 
magnifiques cérémonies qui auraient marqué son couronnement, 
ces vers ont le mérite de transmettre les idées de l'époque rela- 
tivement à la célébration d'une fête royale. Lindsay parle de ri- 
ches échafauds élevés à grands frais et peints habilement en or 
ot en azur fin, de fontaines donnant de l'eau claire et du vin, 

1 Pitscottie dit que Marguerite décéda le jour de son débarquement, ce qui 
n'est guère croyable. Plus loin, p. 374, il rapporte que Marie de Vendôme conçût 
un tel déplaisir du mariage de Jacques V, qu'elle mourut immédiatement après, 
au grand regret de ce prince, qui s'imputait ce triste événement. 

- The poetical Works of Sir David Lindsay, etc. A new édition by George 
Chalmers. London, 1806, in-8°, vol. II, p. 178-189. — Miss Strickland, Lires of 
tlic Queens of Scottand, etc. , vol. I, p. 310, Sil. 

' Warton, Hislory of English Poetry, édit. de 1840, vol. II, p. 473. 

voi. i. 27 



418 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

de troupes d'acteurs déguisés comme des créatures divines, sur 
chacun des échafauds pour y jouer une histoire en plusieurs 
actes; de lignes de frais et vigoureux galants richement vêtus; 
dés honnêtes yeomen et gens de métiers, avec leurs longs arcs 
à la main, habillés de vert à la légère, et des gros bourgeois 
dans leur costume écarlate. Puis viennent le prévôt et les baillis, 
seigneurs de la ville, les sénateurs selon leur rang, vêtus de 
soie, pourpre, noire et brune; ensuite les grands lords qui com- 
posent le parlement, avec nombre de barons et de baronnets 
chevalereux, en drap de soie d'or et de couleurs agréables, 
" par toi, s'écrie Lindsay , toujours parlant à la Mort, toutes chan- 
gées en noir." 

Le poète décrit ensuite la procession des lords de religion, 
les vénérables dignitaires de l'église, environnés du clergé infé- 
rieur, puis les fanfares des trompettes et des clairons, les hé- 
rauts dans leurs habits de cérémonie, et les massiers précédant 
la procession avec leur masse d'argent sur l'épaule. "Puis la 
dernière de toutes, cette très-illustre et très-honorable princesse, 
avec toutes ses aimables dames d'Ecosse, ce qui eût été un 
spectacle des plus délectables. Je renonce à décrire son costume 
d'or, de perles et de pierres précieuses brillantes, étincelant 
comme des étoiles dans une claire nuit de gelée." 

La princesse aurait marché sous un dais d'or porté par des 
bourgeois en robes de soie, précédée par le grand maître de la 
maison du roi, et escortée par la suite du souverain. Elle devait 
être reçue par une troupe de vierges et de vigoureuses femmes 
de bourgeois, aux cris de Vive la reine. "Vous auriez entendu, 
ajoute le poète, les élégants orateurs, présentant à S. A. les sa- 
lutations du clergé, de la ville et des conseillers, avec une foule 
de récits notables. Vous auriez vu son couronnement dans la 
belle abbaye d'Holyrood, en présence d'une multitude dans l'al- 
légresse. On n'ouït jamais parler, on ne vit jamais dans ce pays 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 419 

de tels banquets, de si beaux tournois à pied et à eheval qui 
auraient eu lieu, d'une pareille cbapclle royale, avec de sembla- 
bles instruments et une savante musique chantée du cœur; 
mais toute cette grande solennité, tout ce jeu, Mort, tu les 
as changés en requiem œtmiam." 

Le poème finit par un souhait patriotique, très-gracieusement 
exprimé. Bien que la fleur céleste de France, la fleur de lis, 
mariée au chardon d'Ecosse, ait été déracinée par la mort et 
qu'elle ait perdu ses vertes feuilles, son parfum ne mourra ja- 
mais; en dépit du sort, il conservera ces deux royaumes frères 
en paix et en amitié. 

Tout poète qu'il soit, Lindsay, dans cette circonstance, se 
montre en même temps fidèle historien. En effet, Madeleine 
mourut, bien regrettée du roi et de tout le pays; "car, dit Bran- 
tôme, elle estoit fort bonne, et se faisoit beaucoup aymer, et 
avoit un fort grand esprit, et estoit fort sage et vertueuse 1 ." 
Malheureusement elle n'était pas moins ambitieuse, et c'est là 
ce qui causa sa mort. Avant d'épouser Jacques Y, il n'avait pas 
manqué de gens pour la détourner de ce mariage et lui repré- 
senter qu'il la condamnerait à vivre "en un pays barbare et une 
gent brutale." Elle répondit : "Pour le moins, tant que je vivrai 
je seray reyne, ce que j'ai tousjours désiré." Une fois en Ecosse, 
elle trouva le pays tel qu'on le lui avait dépeint et bien différent 
de la douce France. Toutefois, sans manifester le moindre re- 
pentir, elle se bornait à dire : "Helas ! j'ay voulu estre reine; " 
couvrant de son mieux sa tristesse et le feu de son ambition 
d'une cendre de patience, comme dit Brantôme, qui invoque 
le témoignage du poète Ronsard 2 . Un autre témoin oculaire, 
le célèbre Buchanan, confirme les regrets qu'inspira la mort de 



1 Vies des dtniies illustres, parmi les œuvres complètes «le Brantôme, édit. du 
/'///(//» lil!., t. II, p. 187. 
> lbid. 



iSfc) LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Madeleine 1 , arrivée le 3 juillet. Maitland ne craint pas, de son 
côté, de présenter cette princesse comme une secrète amie de la 
réforme. Il ajoute que l'usage de porter des habits de deuil prit 
naissance à la mort de Madeleine 2 : les comptes du lord grand 
trésorier, dans le détail des obsèques de la reine, qui suit de 
près celui de son entrée à Édinburgh et son couronnement, 
portent une somme de 12 livres pour la toile de Hollande fournie 
aux dames françaises pour se faire des voiles 3 . On trouve encore 
dans le môme registre des mentions de couvertures de pied et 
de selles, de litières données à ces étrangères, de Français ren- 
trant dans leur patrie, d'une lavandière française et de son mari, 
d'un tapissier, comme aussi d'Antoine Barbour, ou plutôt le 
Barbier, qui embauma la reine 4 . 

Un instant abattu par le malheur qui venait de fondre sur lui 
et qui s'était accru par la mort de Marie de Bourbon, causée par 
le chagrin, Jacques se releva bien vite et songea à réparer sa 
perte. David Beaton, évêque de Mirepoix et plus tard cardinal, 
fut envoyé en ambassade en France, avec Jacques comte de 



1 Rerum Sœticarum Hisloria, lib. XIV, cap. LU; edit. de M.D.LXXXIL, 
folio 169 verso. Plus loin, à la fin du livre XVII, folio 211 verso, l'écrivain indique 
le lieu de la sépulture de cette princesse ; venant de raconter la mort de Rizzio, 
il rapporte que Marie Stuart le fit transférer la nuit dans la tombe de sa famille, 
à Holyrood, et qu'il y fut placé de telle sorte que peu s'en fallait qu'il ne donnât 
des baisers à Madeleine de Valois. 

2 William Maitland, the History and Antiquities of Scotland, vol. II, p. 817. — 
Robert Keitb, the History ofthe Affairs of Church and State in Scotland, vol. I, 
p. 24, ann. 1542. 

3 Pitcairn, Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. *287. Voyez encore p. 292% 
*297. 

4 Ibid., p. '290-292*. — En août 1538, le roi d'Ecosse demandait un sauf-conduit 
pour certains seigneurs et dames, tels que M me de Montreuil et autres, pour passer 
d'Ecosse en France, comme il l'avait fait le 19 février pour un homme d'armes du 
roi de France, qui prenait la même route. (Thorpe, Calendar of State Papers, etc., 
vol. I, p. 39, n os 15, 18.) Henry VIII fit droit à la requête de son neveu, et M me de 
Montreuil revint dans son pays en passant par Londres, où elle fut parfaitement 
reçue par le roi, jaloux de montrer à une Française la supériorité de sa cour 
sur celle d'Ecosse. Voyez Ellis, Original Letters, etc., 1»* séries, lelt. CXL, vol. II, 
p. 107-109. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. \~l\ 

Murray 1 , Lord .Maxwell et le maître de Glencairn 2 , pour < * < m i - 
elure un nouveau mariage au nom de leur maître. Ils jetèrent 
1rs \eux sur Marie de Guise, veuve du duc de Longueville, et 
les négociations furent menées rapidement, surtout afin de 
prendre les devants sur Henry VIII, devenu amoureux de cette 
dame sur ce que lui en avait dit Wallop, un de ses agents 3 . 
Elle consentit à devenir reine d'Ecosse, et s'engagea avec Jac- 
ques V, d'abord à Châteaudun, où ses fiançailles eurent lieu, 
puis à Paris, où Lord Maxwell l'épousa solennellement, au nom 
de son maître, clans l'église Notre-Dame, en présence du roi de 
France et des membres de la famille de Guise. Bientôt après, 



1 En supposant qu'il fût revenu en Ecosse après son ambassade de 1536. — Cinq 
ans plus tard, le comte de Murray était encore en France : un compte du lord 
grand trésorier d'Ecosse porte, à la date du 26 mars 1341, une somme de 484 li- 
vres 18 sous donnée à Adam Stewart pour être délivrée à ce seigneur dans notre 
pays. (Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. 308*.) Une lettre de Jacques V à 
Henry VIII, du 3 septembre 1536, contenant une demande de passeport pour Adam 
Stewart et six personnes, nous montre cet Écossais sur le point de passer en 
France. (Thorpe, Calendar ofSfale Papers, etc., vol. I, p. 37, n° 71.) 

2 Pitscottie nomme Lord Erskine, le cardinal et l'archevêque de Saint-André 
comme les ambassadeurs envoyés en cette occasion. (Cronicles of Scotland, etc., 
vol. II, p. 374.) — On trouve dans the Miscellany of the Spalding Club, vol. IV 
(Aberdeen, M DCCC XLIX, in -4°), p. 30, une permission de Jacques V, en date 
du 10 mai 1537, accordée à John Erskine de Dun, Thomas Erskine, Thomas Ers- 
kine de Brechin, et William Erskine, curé de Douchquhale, de passer, comme 
pèlerins, en France, en Italie, etc. Plus loin (p. 43), c'est une autre permission 
semblable, en date du 16 avril 1542, octroyée à John Erskine de Dun, Thomas 
Erskine, fils de Thomas Erskine de Brechin, chevalier, secrétaire du roi, et John 
Lamby de Duncany, de voyager en France, en Italie et autres lieux, pendant deux 
ans. 

3 Ambassade de M. de Chastillon en Angleterre en 1537, lettres du mois de 
décembre. (Ms. de la Bibl. imp., Saint-Germain français n° 767, folios 15 verso, 
16 recto et verso, 18 verso.) — S'il faut en croire Carte (General History of En- 
gland, etc., London, 1747-55, in-folio, vol. III, p. 152), Henry demanda à Fran- 
çois I er la main de la duchesse, et fut refusé sous couleur que le contrat entre 
elle et Jacques V avait été solennellement arrêté. Or, il ne parait pas que les choses 
fussent aussi avancées. Le 18 janvier, la mère de la future reine lui écrivait : "Ma 
fille m'amye, le porteur s'est trouvé bien guery, pourquoy a désiré s'en retourner 
vers vous. J'ay esté bien ayse par luy vous pouer dire le soucy que j'ay de vostre 
affaire. Puysguyllon nous a escrit que après avoyr veu se que avyés envoyé pour 
le cousté (l'Englcterre, que le roy a commendé l'on dresat le contrat pour celluy 
d'Escosse : de quoy je m'eebahis, car il cstoit preumis à monsieur vostre père, au 



4^22 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Marie s'embarqua sur un vaisseau de l'escadre que lui envoyait 
Jacques V avec une suite magnifique 1 , et se mit en route pour 
ses nouveaux États. Elle y fut accueillie avec enthousiasme par 
une population enchantée de son grand air, de sa taille élevée 
et majestueuse 2 , et il ne s'était pas écoulé un an depuis la mort 
de Madeleine, que son mari célébrait sa nouvelle union dans 
l'église cathédrale de Saint-André. A cette occasion, Jacques V 
donna à sa nouvelle épouse des fêtes au sujet desquelles Pits- 
cottie entre dans quelques détails. A l'une des portes de l'ab- 
baye, un nuage descendit du ciel et il en sortit une belle dame, 
pareille à un ange, portant les clefs de l'Ecosse ; elle les mit dans 
la main de la reine, comme pour lui faire entendre que tous 
les cœurs du pays lui étaient ouverts pour la recevoir. Il ne nous 
dit rien du spectacle étrange d'une joute burlesque entre le 
médecin et le chirurgien du roi, qui a été célébrée par Sir 

partyr, que ryens ne s'y feret que le roy ne fut à Moullins. J'é sy grant crainte 
veu le commensement et les pourpos que l'on en a tenu, que les cliosse ne se facet 
tant à vostre avantage que je désirés. Je trouve mervyleusenient estrangc do 
parller de refaire servyr se que ungne fois vous a esté donné, encore ungne fois, 
et faire se tort à vostre filz, de luy oster se que déjà luy est escheu," etc. Ce fils 
était François d'Orléans, duc de Longueville; il n'accompagna pas sa mère en 
Ecosse, mais resta avec sa grand'mère, qui en parle souvent dans sa correspon- 
dance, conservée parmi les Balcarres Papers, à Édinburgh, avec plusieurs lettres 
du jeune prince lui-même. — M. Teulet a publié, dans ses Papiers d'Etat, etc., 
t. I, p. 131-134, un projet de contrat entre Jacques V et Marie de Lorraine. 

1 Accounts of the Lord High Treasurer of Scotland, apud Pitcairn, Criminal 
Trials, vol. I, part I, p. 292*. 

2 Antoinette de Bourbon écrivait à sa fille, de Joinville, le 3 août (1538 sans 
doute, l'année n'étant point indiquée dans l'original de la lettre conservée parmi 
les Balcarres Papers, à Édinburgh) : "Madame, je ne veux faillir vous dire com- 
bien vostre père et moy avons eu de joy en voir parles lestres que m'avés escrites, 
et non par les syenes, car il ne les avet et les a bien portée à la court, pansent il 
y fust; les myenes ont esté pour nous deus. Je vous asseure, avons prins grant 
plesir à voir la sente du roy et de vous, et l'onneste recuil et honeur quy vous a 
esté fait à vostre aryvée; vous et nous avons matière louer Dieu vous avoir sy bien 
logée. Je ne feré plus qu'ecouster sy me mandre[z] point vous trouvés degoustée; 
et, combien je vous désire continuasion de santé, sy ne sereie marye vous oyr dire 
se mal." On comprend que cette dernière phrase est un souhait de grossesse. Le 
reste de la lettre, qui est fort longue, se rapporte aux événements du jour, au 
jeune François d'Orléans, et aux affaires particulières de sa mère. 




LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 423 

David Lindsay 1 ; niais il nous apprend que ce poète, ordonna- 
teur de la cérémonie que nous venons de raconter, était encore 
Tauteur de certains discours débités à la reine, dans lesquels on 
l'exhortait à craindre Dieu, à porter respect et obéissance à son 
mari et à tenir son corps en état de pureté, conformément à 
la volonté et aux commandements de Dieu 2 . 

Si, comme tout porte à le croire, Marie de Lorraine ignorait 
encore la langue écossaise, elle ne dut prendre qu'un médiocre 
plaisir à entendre ces orationes de Lion roi d'armes; mais son 
ami Pitscottie nous assure qu'au retour d'une promenade à 
travers la ville, elle déclara au roi n'avoir jamais vu en France 
autant d'agréables spectacles comme ce jour-là dans ce petit 
royaume d'Ecosse. On lui avait dit dans son pays, ajouta-t-elle, 
que sa nouvelle patrie n'était qu'une contrée barbare dénuée de 
toute espèce de commodité et d'agrément; mais maintenant elle 
voyait bien le contraire. Elle finit par s'extasier sur la réunion de 
beaux hommes et de belles femmes qu'elle avait trouvée ce jour- 
là dans ce coin de terre. A ces mots, le roi fut enchanté et dit 
à la reine : "En vérité, madame, vous en verrez bien d'autres 
par la suite." Après être demeurée quarante jours à Saint-André, 
au milieu des fêtes et des divertissements de toute espèce, les 
deux époux se rendirent à Cupar, dans le comté de Fife, puis à 
Falkland, où ils restèrent sept ou huit jours à chasser la grosse 
bête; ils continuèrent ensuite leur marche triomphale jusqu'à 
Édinburgh par Stirling et Linlithgow, où ils restèrent un jour 
ou deux dans le palais, dont Marie fit un brillant éloge, décla- 
rant, dit Pitscottie, qu'elle n'en avait jamais vu un plus princier. 
Arrivée dans sa capitale, la nouvelle reine fut reçue en grande 
pompe et comblée de présents par le prévôt et la municipalité, 

1 The Justing belwixt James Walsoun andJhone Barbour, etc. (Thepoetical 
Works ofSir Dnivd Lindsay, etc., vol. IF, p. 190-195.) 

2 Pitscottie, Ihe Cronicles of Scotland, t. Il, p. 376. 



424 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

qui, à l'exemple des autres villes d'Ecosse qu'elle avait traver- 
sées, la régalèrent d'épices et de vins, et lui donnèrent le spec- 
tacle de pièces curieuses composées à cette occasion l . 

Le nouveau mariage de Jacques vint encore resserrer les liens 
qui unissaient ce prince à la France, et le nombre de Français 
en mission ou établis en Ecosse ne fit qu'augmenter. Une lettre 
du connétable de Montmorency, en date du 26 décembre 1537, 
est annoncée comme confiée à la charge du seigneur de Lassi- 
gny, M que le roy envoyé présentement devers le roy d'Escosse 2 ," 
et les comptes du lord grand trésorier font mention de ma- 
dame Monrule, c'est-à-dire madame de Montreuil 3 , pour la- 
quelle quelque temps auparavant le roi d'Ecosse avait demandé 
un sauf-conduit au roi d'Angleterre 4 , d'une passeinentière nom- 
mée madame Gresmor 3 , d'un poursuivant d'armes venu de 
France, appelé de la Plume 6 , d'un Français blessé d'un coup 
de canon dans le détroit du Forth r/ , d'un tailleur de la même 
nation employé à faire un habit à Serrât, folle de la reine 8 , 
d'André Mansion, graveur et auteur du berceau de Jacques Y 1 ', 



1 Pitscottie, the Cronicles ofScotland, vol. II, p. 377, 378. 

2 Collection Balcarres, à la Bibliothèque des Avocats, à Édinburgh. — Le sei- 
gneur de Lassigny passa en Ecosse un peu après le mois de juillet. Jacques V lui 
lit présent d'une bourse ornée de houppes d'or et contenant 400 livres, 100 de pins 
qu'à M. de Moranvelay , maître d'hôtel du duc de Guise, qui reçut une bourse 
pareille. ( Account s of the Lord High Treasurer of Scotland, Mar. 9 [1539], apud 
Pitcairn, Criminal Trials, vol. I, part I, p. 296*.) Ce Moranvelay doit être M. de 
Morvilliers, ambassadeur de France en Ecosse en août 1512. (Lesl., de Reb. gest, 
Scot., lib. IX, p. 434. Cf. Maitland, the History and Antiquities of Scotland, vol. II, 
p. 831, et Herbert, the History of King Henry VIII, apud Kcnuet, a complète 
History ofEngland, vol. II, p. 233, col. 1.) 

3 Pitcairn, Criminal Trials, vol. I, part I, p. 294", *295. 

* Thorpe, Calendar of State Papers, etc., vol. I, p. 39, n° 18. 

5 Pitcairn, Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. 298", Sept. 21, 1539. 

6 Ibid., p. 296*, Mar. 9 [1539]. 

7 Ibid., p. 298*, Sept. 21, 1539. Il perdit un doigt et reçut 22 livres. 

8 Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. 302*, ann. 1540. — Voyez encore sur 
Serat, p. 293, not. 5; 294, 322. — Outre cette folle, lit reine avait encore une 
naine française nommée Jeanne. (Ibid., p. 296".) 

9 Ibid., May 14, 1540. Cf. p. 325, Mardi 18, 1541. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 425 

d'un page français nommé Laponse 1 , d'un autre de nos compa- 
triotes nommé Latusche 2 , ou plutôt La Touche, d'un tapissier 



1 Pitcairn, Criminal Trials, etc., vol. I, p. 307*, Oct. 13, 1541. 

s lbid., p. 308*, Apr. 6, 1541. — Ce personnage reparait dans la correspondance 
d'Antoinette de Bourbon avec sa tille. La mère commence ainsi une lettre du 
20 juillet : "Je suis très-ayse se porteur soit venu par ysy pour s'en retourner vers 
vous; car je vous voullés escrire et envoyer ung pasquet à Dyeppe, affin de pour" 
venyr de vos nouvelles, dont je u'ay eu depuis celles que m'aporta La Touche, et 
que seus vostre accouchement." Le 28 juillet 1545, la môme princesse s'exprime 
ainsi : " Quant à Mons r de la Tousche, mondict sieur vostre père m'a dict qu'il a 
rêspondu de sa rançon et qu'il s'en vient." — Il faut croire que La Touche avait 
été pris par quelque croiseur anglais. — Dans une lettre du 6 août, Charles de 
Lorraine, depuis cardinal de Guise, mande à sa sœur qu'il lui écrit par M. de la 
Touche, chargé de faire à la reine le récit des événements de France. 

Nous avons donné le titre de compatriote à ce La Touche; il ne serait pas im- 
possible, cependant, qu'il fût Écossais ou originaire d'Ecosse. Dans YArmorial 
général de la France, reg. I er , 2 me part., p. 508, d'Hozier mentionne François 
Scot, écuyer, lieutenant dans le régiment du roi infanterie, demeurant dans la 
ville de Lamballe, fils de Jacques Scot, écuyer, seigneur de La Touche, et de Jaque- 
Une Poulain, et petit-fils d'André Scot, écuyer, sieur de Martinville, et de Charlotte 
Lorans, qu'il épousa le 8 avril 1672, fille de noble homme François Lorans, sieur 
de La Haie, et de Jaquemine Durand. " Ledit André Scot, ajoute le célèbre généa- 
logiste, obtint du roi d'Angleterre Charles II des lettres -patentes datées à Edim- 
bourg, du 11 novembre 1669, par lesquelles ce prince le déclara issu au IX e degré 
de Michel Scot baron de Balneri, chevalier doré, ambassadeur en Norvège, 
l'an 1285. Ces lettres furent confirmées par lettres -patentes de Louis XIV, du 
7 mars 1671, registrées au parlement de Rennes le 20, et c'est en conséquence de 
ces lettres qu'André Scot fut maintenu dans la possession de sa noblesse par arrêt 
des commissaires de Bretagne du 24." Scot : d'or, à trois têtes de lions arrachées 
de gueules, 2 et 1, lampassées d'azur (N° LXXYI). 



No LXXYI. — SCOT. 




4$6 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

français 1 , etc. Laponse et La Touche sont indiqués comme 
passant en France ainsi que M e Alexandre Gordon , nommé à la 
suite de ce dernier. Pareille mention se trouve dans un article 
consacré au maître de la maison de la reine et à sa femme 2 , et 
dans deux autres articles relatifs à un docteur français et à la 
nourrice de Madeleine 3 . 11 est à croire que le médecin était ce- 
lui de cette princesse, qui rentrait chez lui, peut-être le maître 
Francisco dont il a été déjà question, et que l'apothicaire 
français, parti quelque temps avant le 17 juin 1542 4 , l'avait 
accompagnée en Ecosse. 

De même, les relations deviennent, pour ainsi dire, journaliè- 
res, surtout entre le roi, et encore plus entre la reine, et les di- 
vers membres de la famille des Guises. On prenait chez John 
Mossman, dont le descendant est encore orfèvre à Édinburgh, 
un lingot d'or pour l'envoyer au duc de Guise 5 ; on adressait à 
ce seigneur, en même temps qu'au roi de France, au Dauphin, 
à M. et à M me d'Aubigny, des haquenées 6 , des chiens et des fau- 

1 Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. 311% Jul. 22, 1541. 

2 lbid., p. 317*, Sept. 9. 3 jud., p. 295*, 310*, June 23, 1541. 

* lbid., p. *323. — Au 24 avril précédent, il est fait mention du passage en 
France du pronotaire et d'un autre serviteur de la reine, et d'un certain Ballot, 
page, qui se fit somptueusement habiller avant son départ. {lbid., p. *321. Cf. 
Jan. 20, 1540-1, p. *307.) 5 lbid.; p. 300*, Feb. 14, 1540. 

6 Elles étaient fort recherchées dans notre pays; le petit duc de Longueville ne 
se lasse pas d'en réclamer qu'on lui a promises : " Vous ne m'avez point escrivé, 
je suis bien mary si je jouye bien à l'esbahy ; et grant papa m'a donné ung cornet, 
et je le porte à la chasse; et m'envoyés ung seval d'Escosse pour me porter et 
maman Petault, qui me portera darriere," etc. — "Je escript que je me recom- 
mande à la royne madame et qu'elle m'envoye une petite hacquenée, deux hac. 
quenées, une rouge et une grise, pour aller déçus à Digon en Dourgonne... et 
grant papa envoyé un grant cheval gris à papa le roy d'Escosse, et mes petites 
hacqueneez grises ne sont pas encore venus d'Escosse," etc. Le 25 avril, le duc de 
Longueville, qui portait alors le titre de marquis de Rothelin, revient ainsi à la 
charge dans une lettre datée de Beaugency, et doublée, pour ainsi dire, par une 
autre écrite à Vauvert le 13 juillet; seulement ce n'est plus à sa mère qu'il s'a- 
dresse, mais à sa sœur : " Madame, je vous prye avoir memoyre des hasquenez 
que me promistes à vostre partement de France," etc. Il est vraiment à regretter 
que la correspondance des Guises avec Marie de Lorraine et sa fille, conservée 
parmi les Balcarres Papers, soit le plus souvent sans date. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 427 

cous par un certain John Bog 1 , accompagné de sept garçons 2 , 
qui ramenait trois sangliers pour le roi d'Ecosse 3 , et ce prince 
recevait un cheval de notre pays 4 . Ces objets et ces personnes, 
auxquels il n'est pas hors de propos d'ajouter les lairds de 
Brunston et de Stevenson, dont le premier passa en France avec 
quatre chevaux 5 , ne s'embarquaient pas toujours sur des bâti- 
ments de commerce : de temps en temps, les vaisseaux de guerre 
français et écossais traversaient la Manche, et abordaient dans 
l'un ou l'autre royaume. En 1540, le Lion, vaisseau de la ma- 
rine royale de nos alliés, était à Bordeaux avec son maître John 
Brown 6 , et en juillet 1541 John Bertoun, qui avait, à ce qu'il 
paraît, amené en Ecosse la reine Marie, sur le bâtiment du roi 
la Salamandre 1 , repassait en France sur la Licorne, autre grand 
vaisseau de l'État, qui portait également le cardinal Beaton 8 , 
venu neuf ans auparavant avec Brown accompagné du héraut 
Marchmont 9 , et dont les serviteurs devaient connaître le che- 
min de la France, étant exposés à être expédiés en courrier par 
leur maître au roi d'Ecosse 10 . 



1 Pitcairn, Criminal Trials, vol. I, part I, p. *277. 

2 Ibid., p. '306. Sept. 25; p. 307*, Oct. 13. Cf. p. 295*, Sept. [1538]. — Au 9 sep- 
tembre 1541, James Scrymgeour, connétable de Dundee, porte -étendard hérédi- 
taire d'Ecosse, passant en France, est porté comme ayant reçu une somme à 
remettre à trois fauconniers déjà partis. (P. "317. ) Enfin, le 22 octobre, une somme 
de 38 livres 10 sous est enregistrée comme payée à un Français nommé Husson, 
pour fournitures de fauconnerie. (P. "318. ) 

3 Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. *M1, July 26, 1541. 

4 Ibid., p. 306", 7 Oct. 1540. C'était sans doute un cheval dressé, comme ceux 
que Henri IV envoyait à Jacques VI en 1603, avec un écuyer de sa main, pour 
aider à monter à cheval le fils de ce prince (Recueil des lettres missives de 
Henri IV, etc., t. VI, p. 180.) 

s Criminal Trials, etc., vol. I, part I, p. 322*, June 7. 

6 Ibid., vol. I, part I, p. *317. 1 Ibid., vol. I, part I, p. 298*, Jul. [1539]. 

8 Ibid., vol. 1, part I, p. *323, Jul. 11, 1542. 

9 Ibid., p. *281, Feb. 1532. Il est appelé sMpper in Leifh. — Voyez d'autres 
mentions de John à Barton, qui, à la date du 25 octobre 1543, méditait une course 
à Bordeaux, the State Papers and Letters ofSir Ralph Sadlcr, etc. Edinburgh, 1809, 
in-4», vol. I, p. 324, 325, 339, 342. 

10 Criminal Trials, vol. I, part 1, p. 318", Oct. 15, 1541. 



428 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

Au nombre des Français qui se trouvaient alors à sa cour, je 
ne dois pas oublier le musicien Jakkis (c'est-à-dire Jean) Col- 
lumbel, mentionné séparément en 1538, dans les mêmes comp- 
tes du trésorier, comme étant hors ligne. Au reste, il n'était 
pas le premier de nos compatriotes qui fût venu en Ecosse pour 
y déployer ses talents sur le violon, le tambour ou autres ins- 
truments. Nous avons vu plus haut qu'un certain nombre de 
musiciens, fifres et tambours, avaient accompagné Madeleine 
de France de l'autre côté de la mer. En 1515, Boyntaus, qu'à 
son nom nous réclamons comme à nous, figure en sa qualité 
de fidlar sur les mêmes comptes du lord grand trésorier 1 , et 
plus loin nous trouvons un article consacré aux tambours et 
aux ménétriers qui avaient joué toute la nuit que le régent 
était venu loger à Lauder 2 . Naturellement, Marie de Lorraine 
avait emmené au moins un ecclésiastique ; Sir Ralph Sadler la 
représente écoutant un sermon français dans sa chapelle. 



1 Pitcairn, Criminal Trials, vol. I, part I, p. *265; Nov. 12, 1516. 

2 Ibid., p. 267, A. D. 1517-1518. — Plus tard, les musiciens français eurent 
d'abord pour rivaux, puis pour remplaçants, des Italiens, qui enseignaient le 
chant, le clavecin, et jusqu'à la flûte traversière aux dames : " Nous voyons arriver 
ici tous les jours, dit un écrivain du XVIII e siècle, les plus habiles Maîtres Italiens 
pour la Musique, et les plus célèbres Maitres de Danse dont la France se peut 
vanter, pour enseigner, attirez par le profit qui leur revient des grands Appointe- 
mens qu'on leur donne." (L'Eloge d'Ecosse et des dames écossaises, par Mr. Free- 
bairn. A Edinbourg, aux Dépens de l'Autheur et se vend chez Lui, etc. Mdccxxvii, 
in-8°, p. 42, 43. — Les maîtres de danse français venaient déjà en Ecosse du temps 
de Henri IV. Dans une lettre du 20 décembre 1603, ce prince annonce à Jacques VI 
que l'écuyer Saint-Anthoine chargé de lui présenter des chevaux dressés, amène 
avec lui " un tireur d'armes et un baladin, de la capacité et fidélité desquels il 
^spoiidra,'' etc. (Recueil des lellres missives de Henri IV, t. VI, p. 181.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 429 



CHAPITRE XVIII. 



Heureuse influence de l'arrivée de Marie de Guise en Ecosse; émigration d'ouvriers français dans ce pays. 
— Demande d'un médecin et d'un apothicaire. — Importation de fruits et de légumes de France en 
BeotW. — Chaussures écossaises au XVI e siècle. — Grossesses de Marie de Guise; naissance de ses deux 
fils; leur mort; lettres de condoléance de la duchesse de Guise à sa fille et à son gendre. — Relation du 
voyage de circumnavigation de Jacques V, publiée par Nicolas d'Arfeuille. — Maître Jean Ferrier. — Henry 
Saint-Clair meurt à Paris des suites d'une opération; sou frère John rapporte les effets du défunt en Ecosse. 



L'un des derniers historiens de l'Ecosse, Tytler, après avoir 
raconté le mariage de Marie de Lorraine avec Jacques V, ajoute 
que longtemps d'avance on pouvait découvrir les conséquences 
de cette union avec la maison de Guise dans les nuages de mal- 
heur épais et compliqués qui s'amoncelaient lentement autour 
du pays. Il m'est plus agréable de dire et de montrer que l'ar- 
rivée de Marie de Lorraine en Ecosse contribua puissamment à 
en changer l'aspect et y développa une civilisation encore dans 
l'enfance. Nous avons encore les lettres que lui écrivait Antoi- 
nette de Bourbon, sa mère, et nous y voyons à chaque instant 
des mentions d'ouvriers français et de personnages exerçant des 
arts ou des professions libérales envoyés en Ecosse. Le 18 août 
d'une année qui n'est point indiquée, cette princesse annonce à 
la reine sa fille avoir demandé à la tante de celle-ci " deus hom- 
mes des mynes qui soye seurs," pour les lui envoyer. "Dès 
que les are, ajoute-t-elle, ne fauldré les adreser, et ausy deus 
tailleurs. J'en eusc déjà trouvé; mais je n'en veux point, sy ne 
sont de Nancy ; 11 fault myeux pleus atendre et en avoir de 



430 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

bons 1 ." Il est à croire que ces mineurs avaient été trouvés, car 
la môme princesse écrivait à sa fille le 8 septembre : " Je esté 
bien ayse voir vous estes contente des massons. J'espère que 
cy ferés-vous des myneurs. Je vous suplie que par le premyer 
je sache sy le roy les ara mis en bessoigne et comme il s'en 
contente," etc. Il est vrai qu'une autre lettre d'une date posté- 
rieure annonce un second envoi de mineurs : " Monsieur votre 
père, dit Antoinette de Bourbon dans un post-scriptum du der- 
nier de septembre, m'a envoyé ung byllet [pour recouvrer] au 
roy ung armurier icy, ay déjà fait dyllygence, et m'a preumis 
aller en Escosse ung de seus de sete vylle que l'on dist estre 

1 Balcarres Papers, Ms. de la Bibl. des Avocats, à Édinburgh. Peut-être les 
mines qu'il s'agissait d'exploiter sont-elles les mêmes que celles dont il est ques- 
tion dans une lettre du comte de Salisbury à Sir Richard Spencer et Sir Ralph 
Winwood, du 26 juillet 1608, imprimée dans le t. II des Memorials de ce dernier, 
p. 422, 423. — Bien auparavant, des mines d'or ayant été trouvées dans le Cly- 
desdale, des Allemands avaient obtenu de Jacques V la permission de les exploiter. 
( Joann. Lesl., de Rébus gesfis Scotorum, lib. IX, p. 430, 431.) — Voyez, pour d'au- 
tres mentions de mineurs germaniques en Ecosse, Stephen Atkinson, the Discoverie 
and Historié of the Gold Mynes in Scotland, etc. Edinburgh, M.DCC.XXV., in-4\ 
p. 93, 94, appendix, n° V; John Lindsay, a View of the Coinage of Scotland, 
Cork, MDCCCXLV, in-4°, appendix, n» 10, p. 332-337 ; et Rob. Chambers, Domestic 
Annals of Scotland, vol. I, p. 17, 18, 50, 51 (où il est aussi question d'un présent 
du régent Morton au roi de France) et 151. — En France et en Espagne, comme 
en Ecosse, les mineurs venaient généralement d'outre Rhin. En 1392, des ouvriers 
de ce pays, succédant à Polo Giraldo, mineur florentin, essayaient, en Navarre, du 
minerai d'Urrobi, d'Orozbetelu, de Lesaca, de Vera et de Beruete. (Yanguas y 
Miranda, Diccionario de anliguedades del reino de Navarra, t. II, p. 325, 326.) 
Dans une ordonnance de Louis XI relative à l'exploitation des mines dans la 
vicomte de Couserans, la plupart des concessionnaires sont Allemands (Ordon- 
nances, etc., t. XIX, p. 106), comme les serruriers employés par ce prince pour 
forger des fers très- pesants et terribles. (Mémoires de Philippe de Commines, 
liv. VI, ch. XII, ann. 1483.) C'était un mineur allemand qui avait été chargé de 
miner la grosse tour de Bourges (Thaumas de la Thaumassiere, Histoire de Berry, 
liv. II, ch. V, p. 101); et en 1422, le duc de Bretagne faisait travailler aux mines 
d'argent par des mineurs de la môme nation. (1). Morice, Mém. pour servir de 
preuves à l'hist. de Bretagne, t. II, col. 1134.) — Plus tard, les mineurs employés 
dans les sièges venaient aussi d'Angleterre. On en trouve un de cette nation, 
nommé Lanfort, au siège de Saint-Quentin en 1557 ( Commentaires de François de 
Rabutin, liv. IX; dans la collection Petitot, l le série, t. XXXII, p. 73), et Biaise de 
Montluc parle de mineurs anglais qui servaient dans l'armée du duc de Guise, au 
siège de Thionville,en 1558. (Commentaires, t. XXI de la même collection, p. 453.) 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. /| 3 1 

bien bon ouvrier; niais il veut attendre le printans, et les my- 
neurs ausy 1 ." Mineurs et maçons reviennent encore dans la 
correspondance de M me de Guise avec sa fille : " J'ay, lui écrit- 
elle le 45 mars, j'ay depuis mes dernyeres lettres tant chergé 
que je trouve ung masson que Ton estime des bien bons, qui 
m'a proumys et asseuré aller en Escosse et y mener encore ung 
bien bon quant à luy, et quy seront icy la semaine de Pasques 
près à partir. Je dois ausy avoir en se tans-là des myneurs, 
pour vous envoyer tous ensemble, sy je puis, avesques ung ar- 
murier." Le 10 juin, Antoinette de Bourbon écrivant de nou- 
veau à la reine d'Ecosse, commence ainsi : " Madame, le por- 
teur m'a fait se plesir venyr ycy et m'avertir qu'y s'en retour- 
net vers vous : j'en ay esté bien ayse, affin il vous puyst myoux 
aseurer de la sente de nous tous, que, Dieu mercy, est très- 
bonne; mesmement de nostre petit-filz, il vous dira se qu'yl en 
a veu. Je suis après pour le vous faire tirer de sa grandeur en 
toille; mais je ne trouvons point bon ouvrier à mon [esme], 
que bien que mal il sera faict 2 , et vous sera envoyé par les my- 
nours quy m'ont proumys partir à sete Saint- Jan, comme 
pleus au long j'ay écrit au roy et à vous par ung prestre escos- 
sois quy long-tans s'est tenu par-deçà et s'en retourne voir ses 
parens au payis." Plus heureux, à ce qu'il paraît, que sa belle- 
mère, Jacques V avait trouvé à Édinburgh un peintre pour faire 
son portrait d'une façon satisfaisante. Après des remerciements 
à son gendre pour un diamant qu'il lui avait envoyé, "je l'ay 
trouvé sy beau en sa painture, dit la duchesse à sa fille, que sy 

1 Cette lettre est sans indication d'année; mais on voit par le début qu'elle fut 
écrite peu de temps après l'arrivée de Marie de Lorraine en Ecosse : "J'ay eu 
grant aise, lui dit sa mère, avoir congneu par les lestres que j'ay receu de vous, 
tant par vostre laquaix que par le conteroleur et ausy par son dire, le bon tres- 
tement qu'avés au lieu où Nostre -Signeur vous a pourveue," etc. 

2 Plus tard, François d'Orléans écrivait à la reine sa mère : "Je vous envoyé ma 
paincture; mes je crains que le painctre n'y aict adjousté quelque chose du sien." 
(Fontainebleau, le 2 juillet, sans année.) 



432 LES ECOSSAIS EN FRANCE. 

savyés combien je l'ayme, je pense vous en sériés jallouse 1 ." Et 
comme si elle eût été en défiance sur le sort de cette lettre, 
elle écrivait de nouveau de Joinville le 18 novembre : "La pain- 
ture qui m'a esté aportée, me donne pleus d'envye le voir (le 
roy), que je n'eus jamès; car il fault dire vérité, set ung beau 
prince. Il m'a envoyé ung pressant que je vous assure j'ayme 
bien et que je gardré toute ma vie pour l'amour de luy. Je ne 
luy en feré mes mercyements, pour ce [que] ne tiens le paquet 
seur; mes bien tost, se Dieu plest, ares homme esprès pour quy 
j'en feré mon devoir. Je luy avons déjà recouvert un faulcon- 
nyer, quy ne s'en yra sens porter les oyseaux qu'y demande. Il 
me tarde tant l'omme que vous ay envoyé seet de retour, pour 
voir sy je sarés avoir set eur d'ouyr fuses grose : créés que set 
chose que bien fort desirons," etc. 

Revenant sur cette grossesse tant désirée, M me de Guise nous 
apprendra que sa fille avait un brodeur venu de France : " Ma- 
dame, lui écrit-elle le 14 mars, l'on m'a tant asseuré aryés seu- 
rement ses lestres par le moyen des marchans d'Envers, que les 



1 Lettre du 15 novembre ; même collection. — Dans une lettre du 1 er septembre, 
sans indication d'année, il est ainsi fait mention d'un autre peintre : fC II n'y a ipie 
deus jours que le gentilhomme du roy d'Engletere quy fut au Havre et le paintre 
ont esté ycy. Le gentilhomme vynt vers moy fesant senblant venyr de devers l'em- 
pereur et que ayant seu Louyse mallade, n'avet voullu paser sens la voir, afiîn en 
savoir dire des nouvelles au roy, son mestre, me prianct y la puyst voyr, qu'y fit et 
estet le jour de sa fièvre. Il luy fait pareil pourpos qu'à moy, pouys me dit qu'es- 
tant sy près de Lorrayne, avet envye aller jusques à Nency voir le payis. Je me 
doute incontynent il est allé voir la demoyselle pour la tirer comme les aultres, 
et pour ce envoyé à leur logis voir quy y estet, et trouve ledit paintre y estet, et 
de fait ont esté à Nency, et y ont sojourné ung jour," etc. — Il se trouve, à ce 
qu'il paraît, dans la galerie historique du duc de Devonshire, à Hardwick Hall, 
deux curieux portraits, contemporains, de Jacques V et de Marie de Guise. Ils sont 
représentés sur le devant de l'une de ces espèces de tribunes d'apparat d'où les 
personnages de leur rang étaient dans l'usage de regarder les joutes et les jeux 
donnés pour les amuser. Au milieu, se voient leurs armoiries; sous le roi, on lit 
cette inscription : Jacobus Quinlus, Scolorum rex, wlatis suœ 28, et cette autre 
sous la reine : Maria de Lotharingia, in secundis nuptiis uxor, anno œtatis suœ 24. 
" Cette date, ajoute Miss Strickland, vol. I, p. 352, prouve que ces portraits furent 
peints pendant les premiers temps de leur mariage-" 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 433 

ay my à l'aventure pour en apprendre le chemyn. Yostre scur 
en doit estre la mesagere. Je vous ay escript la conclusion de 
son mariage et envoyé les articles d'icelluy * et depuis ses nop- 
ces par vostre brodeur.... L'on me dit par tout avés continué 
vostre groissesse, et que le roy et vous et vostre petit prince 
vous portés bien," etc. 

Dans l'état où elle se trouvait pour la seconde fois, Marie de 
Guise demandait un médecin et un apothicaire; sa mère lui 
répondit ainsi de Paris le 28 février 4845: "Madame, depuis 
mes dernières lestres escriptes, le sieur de la Brosse m'a en- 
voyé le double du mémoire que lui avez baillé à son partement 
d'Escosse... si advisserons avec ledict sieur de la Brosse, mais 
qu'il soit icy, de vous recouvrer, si possible est, ung médecin 
et ung appoticaire, ainsy que le desirez; mais cela ne se pourra 
pas si soubdainement," etc. Le 6 mai 1546, les deux disciples 
d'Hippocrate n'étaient point encore partis; car M me de Guise 
écrivait à la reine douairière d'Ecosse : " Je suys après pour 
vous envoyer ung médecin et ung appoticaire, avec ung con- 
trôleur; mays on ne les trouve pas telz que l'on vouldrouet 
bien : je y ferai tout ce qu'il vous sera possible. Je cuyde que 
l'appoticaire pourra passer avec cedict porteur, et ay advisé lui 
faire bailler cent escuz pour se fournir de drogues 2 ." Enfin, 

1 La même collection, où la correspondance d'Antoinette de Lorraine et sa fille 
est conservée, renferme aussi le " Sommaire des articles arrestez et concludz 
entre monseigneur le duc et la duchesse de Guise, d'une part, et les procureurs 
commis et depputez de messeigneurs le duc d'Arschot et prince de Chymay, son filz 
aisné, d'autre, touchant le futur mariaige d'entre ledict seigneur prince et made- 
moiselle Loysede Lorraine, fille desdicts signeur duc et duchesse de Guise," etc. 

2 Les Écossais venaient se fournir de drogues chez nous. En 1524, les ambassa- 
deurs de Henry VIII demandaient d'Édinburgh au cardinal Wolsey l'élargissement 
du serviteur d'un médecin, arrêté pendant un voyage en France entrepris pour 
se procurer des remèdes (Thorpe, Calendar of State Papers, etc., vol. I, p. 19, 
n° 76), peut-être sur le navire écossais mentionné plus loin comme ayant été expé- 
dié pour aller chercher des vins destinés à la maison du roi. — En 1559, M. Jean 
du Faultrey envoyait d'Kdinburgh un remède à M. Louvel, secrétaire de Sir James 
Croit, avec la manière de s'en servir, (fbid., p. 117, n° 99. Cf. p. 127, n os 16, 17.) 

voi. i. 28 



4M LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

le 41 mai, l'apothicaire et le médecin tant cherchés avaient été 
trouvés : M Depuis vous avoir escript par le sieur de Mandoce et 
vostre sommelier, j'ay tant faict, suyvant ce que m 1 aviez escript, 
que vous ay recouvert ce présent porteur, qui est appoticaire, 
que je vous envoyé pour vous servir et auqué j'ay entendu par 
ceulx qui Font interrogué, en serez bien servye. J'ay accordé 
avec luy que luy donnerez deux cens livres de gaiges par an et 
qu'il sera payé des parties qu'il fournira de son mestier. Je vous 
ay aussi envoyé ung medicin, qui partira vendredy pour aller 
avec ledict porteur 1 ," etc. 

Marie de Guise faisait également venir de France des fruits 
et des légumes, sans doute parce qu'elle n'en trouvait pas d'aussi 
bons dans son royaume. Le 8 octobre de je ne sais quelle an- 
née, le vicomte de Longueville lui écrivait : " Suyvant ce que 
m'a dict vostre secrétaire Joh. les Jehannauls, je vous envoyé 
deux barilz de mesles ou nèfles, des plus belles que ay peu re- 
couvrer, troys barilz de pois blancz, que j'ay eulz en différentes 
maisons, et aussy les ay faict mectre en barilz séparez, pour ce 
que souventez foys l'on en trouve de bons en ung territoire, qui 
ne sont pas si bons en l'autre. Aussy je vous envoyé ung barril 
de poiz vers, estimés en ce pais milleurs que les autres, desquelz 
que vous sembleront les milleurs en sera recouvert pour vous 
en envoyer quant il vous plaira mander. Quant pour regard du 
fruict de [illisible], j'ay faict savoir par tous les bourgs et 
villages de vostre viconté, et si ay envoyé à Rouen et à Dieppe; 
maiz ay peu recouvrer que environ ung cent, à cause qu'il en a 
esté pour ceste année, et ont esté fort recueillis pour cause de 
la maladie universelle de flux qui a eu cours par tout ce 



1 Le 16 juin, M me de Guise n'avait pas de nouvelles du passage en Ecosse des 
deux suppôts de la Faculté, et le contrôleur n'était point encore trouvé. Une lettre 
de François d'Orléans, du 15 mars, annonce à la reine que le porteur, son apothi- 
caire, lui a fait entendre qu'il s'en allait présentement en Ecosse. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 43") 

royaulme Tannée présente; mais j'ay faict emplir le baril d'aul- 
trez poires de ce pays : si vous les trouvés bonnes, vous en 
pourrez pareillement recouvrer." 

D'après ce qui précède, on peut se faire une idée du nombre 
et de la variété des gens d'art et de métiers qui passaient la mer 
au milieu du XVI e siècle pour aller exercer leurs talents en 
Ecosse; il ne paraît pas, cependant, qu'il y vint encore des cor- 
donniers français, comme Édinburgh en offre en nombre au- 
jourd'hui. Marie de Lorraine faisait venir ses chaussures de Ta- 
ris : "Baltasar, écrivait Marie Courcelles au valet de chambre 
de cette princesse, j'ai receu le présent que vous avés envoies 
à la roinne et luy a esté presencté, donct elle vous remercie et 
se recommande à vous et à tous ces bons serviteurs. Je vous 
prie de luy envoyer une perre de meulles et deux perres de 
soullés, et je vous prie de prié Serves 1 de ma parte qu'y m'en- 
voie une perre de meulles et de soullés pour moy 2 ," etc. Sans 
remonter jusqu'aux revelins de Fregus 3 , il est à croire que les 
chaussures écossaises du XVI e siècle étaient plus larges que de 



1 Autre valet de chambre de la reine, le père sans doute de Serve, tapissier de 
Marie Stuart, envoyé par cette princesse, en Flandres, " devers milord de Sethon, 
luy apporter ung pouvoir et procuration d'elle, en forme, pour tretter avec le duc 
d'Alve," etc. Dépèche de La Mothe Fénelon, du 9 novembre 1570. {Recueil des dé- 
pêches... des ambassadeurs de France, etc., t. III, p. 363.) — Le nom de Balthazar 
Huylly et de maistresse Courcelles se trouvent sur la liste des gens de la suite 
de Marie Stuart, quand elle arriva pour la première fois au château de ShefField, 
liste publiée par M. Hunter dans son Histoire du Hallamshire (Londres, 1819, in- 
folio, p. 66). Balthazar revient dans le testament de la reine, mais sans Marié 
Courcelles. Dans le Menu de la maison de la royne ( 1562 ), publié particulièrement 
par feu Thomas Thomson, chacune des trois femmes de chambre est portée pour 
un hongre; la dernière sur la liste est Courcelles. Il n'est point improbable que 
cette femme était parente de M. de Courcelles, que nous verrons plus tard am- 
bassadeur de France en Ecosse, et la femme de chambre française signalée dans 
un rapport de Sir Nicolas Throckmorton comme servant Marie Stuart à Lochleven. 
(Fr. von Raumer, Contributions to modem History, etc., lett. XXI, p. 110.) 

2 Bibl. des Avocats, à Édinburgh, Balfour Mss. Collections. Cette pièce, sans 
doute par accident, se trouve dans un dossier intitulé par Sir James Balfour : 
Négociations uifh Denmarke and Norvay, Reg: Jac: 6 et Carolo. 

3 Le Roman des avent. de Fregus, p. 13, v. 18; p. 37, v. 12; p. 44, v. 4. Cf. p. 283. 



436 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

raison. Dans un petit livre de cette époque intitulé les Menus 
Propos, l'un des interlocuteurs dit, au milieu de cent sottises, 

il est vrai : 

J'ay la conscience aussi large 
Que les houseaux d'un Escossois l . 

De là sans doute l'expression de pied tfEscot, qui avait cours 
dans le sens de pied plat, du temps de Louis XIII. Au quatrième 
livre de son Virgile travesti, Scarron fait dire à Didon : 

Que maudit soit le pied d'Escot, 
Et les pieds d'Escots qui le suivent! 

Le 22 mai 4540, Marie de Guise eut un fils, qui reçut le 
nom de Jacques, comme son père. Le cardinal de Lorraine 
s'empressa d'en faire compliment à sa nièce en ces termes : 
"Madame, je ne vous sçaurois assez declairer Taise et l'honneur 
que ce nous est à tous ceulx de vostre maison d'avoir entendu 
l'heureuse nouvelle qu'il a pieu à Dieu de vous donner ung beau 
filz; de quoy je loue Nostre-Seigneur et le remercie de tout mon 
cueur, vous asseurant, Madame, que le roy en a esté autant 
ayse comme si luy-mesmes en eust eu ung... Madame, le roy 
envoie au roy vostre mary trois chevaulx d'Espagne et un cour- 

1 G.-Duplessis, Bibliographie parémiologique, etc. Paris, 1847, in-8°, p. 129. 
— Villon, dans son grand Testament, v. 1214, parle des hauts gorgerins d'Écossais; 
et l'un de ses contemporains dit des jeunes gens du XV« siècle qu'ils se costu- 
maient à l'écossaise : 

Hz chantent hault, respondent bas: 
Hz parlent françois et latin; 
Puis ilz s'habillent de satin 
En gendarmes et advocatz, 
En Escossois, en Biscaïn , 
A la mode deCarpentras. 

{Les Droitz nouveaulx de Co/uillart, édit. de 1723, p. 42.) 
Un lexicographe du commencement du XVII e siècle, Cotgrave, a recueilli 
l'expression de magot escossois, qu'il rend par a coot, or moorhen : j'avoue que je 
ne me rends pas compte de l'origine de cette locution figurée. Peut-être le mot 
magot est-il pris ici dans le sens de margot, c'est-à-dire de pie, en écossais mag; 
mais il resterait-à démontrer que nos alliés apprivoisaient la poule de Barbarie. 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. 437 

sier de sa rasse; [il] a depesché ung gentilhomme exprès pour 
Bêlai." 

Le lendemain môme de la naissance du fils aîné de Jac- 
ques V, le duc de Lorraine lui faisait compliment de la gros- 
sesse de la reine 2 ; et à quelque temps de là la naissance d'un 
second prince, Arthur, duc d'Albany, venait mettre le comble à 
la joie de Marie de Lorraine et de son royal époux 3 ; mais elle 
fut de courte durée. Le jeune prince fut saisi soudainement à 
Stirling d'une maladie qui le conduisit au tombeau. Il avait à 
peine cessé de vivre, que son aîné, l'héritier du trône, en proie 
à la même maladie, allait le rejoindre. Dans cette circonstance, 
leur grand'inère écrivait à sa fille: "Madame, vous connestrés 
bien par mes premyeres lestres que je n'estes encore avertie de 
la perte qu'avés fait des anfîans qu'yl avet pieu à Dieu vous 
donner. Checun le sevet, longtans a, fors mons r vostre père et 

1 Par rasse, le cardinal de Lorraine veut parler des haras royaux. Voyez du 
Passé et de l'Avenir des Haras, p. 92. — Dans une lettre antérieure, le même pré- 
lat, ayant appris que Jacques V avait fait emprisonner à Édinburgh un nommé 
Hue Cambel de Laudon, prie sa nièce d'intercéder en faveur de cet homme, qui 
lui avait été recommandé par plusieurs gens de bien. "A ceste cause, ajoute le 
cardinal, je vous supplie de bien bon cueur, en ma faveur et pour l'amour de moy, 
faire envers le roy que le cas pour lequel il est retenu luy soit remis et pardonné, 
et renvoyé en ce royaulme, ensemble que ses gens, biens et serviteurs, puissent 
estre mis en la protection et sauve -garde especialle dudict seigneur roy, jusques 
à son bon plaisir et qu'il soit de retour de France en Ecosse.... De Bloys, le premier 
jour de septembre, M.D.XXXVIII." (Balcarres Papers.) — Nous ne pouvons que 
signaler la ressemblance de nom du recommandé du cardinal de Lorraine avec 
Sir John Campbell, laird de Lundy, envoyé en France avec David Panter, en 1543. 
(Tytler, Hisl. ofScotl., p. 354; Epistolœ Jacobi Quinti,n° XXXIII, vol. II, p. 195.) 

2 " Monseigneur, j'ay receu voz lestres par le maistre d'hostel de la royne, ma- 
dame ma niepce, et de luy entendu de vos nouvelles, ensemble d'un grossement 
d'elle, dont j'an esté bien joyeulx, et seray quant je porrez entendre de vos santez... 
Escript au Neufchastel, le xxj jour de may v c xl." (Balcarres Papers, Édinburgh.) 

3 Voici en quels termes le connétable de Montmorency transmet à la mère les 
félicitations du roi de France : " Madame, je vous supplie très-humblement croire 
que le roy est aussi aise de ce que vous avez fait ung beau filz et que vous portez 
bien, comme si vous estiez sa propre fille, vous advertissant, Madame, que ledit 
seigneur fait bonne chère, pareillement la royne, messeigneurs et mesdames; aussi 
fait monsieur vostre père, duquel j'ay eu tout à ceste heure ung homme. De Fon- 
tainebleau, le xv. jour de juin." 



438 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

moy.... Les nouvelles nous en ont esté bien doulloureuses; tou- 
tefois puys que le voulloir de Celluy quy sur tous a puysance a 
esté tel que de les faire bien heureux les aultant de se monde, 
s'et reson qu'yl en soit loué, et suys très-ayse le roy Ta sy ver- 
tueusement prins et que vous estes deliberré de vostre part l'en- 
suyvre. Vous estes junes tous deus, qui est bon espoir pour 
bien tost en ravoir, dont je suplie le Créateur de vous donner la 
grâce. Je ne faudret vous envoyer bien tost quelc'uin pour myeux 
estre sertaine de la santé du roy et de vous. Sella sera cause 
ne vous feré pleus longue lestre, fors prier Dieu qu'avec pas- 
cyence puysés toujours sy vertueusement vyvre que se soit à 
sa louainge, espérant par ce ares joye en se monlde et en l'aus- 
tre. Le plus seur chemyn pour y parvenyr est trybulation et 
ennuy." Au roi d'Ecosse, M me de Guise écrivait à la même occa- 
sion : "Sire, j'ay veu par les lestres de la royne ma fille, com- 
ment il a pieu à Dieu reprandre à luy les enfans qu'il vous 
avoit donnez; dont j'ay porté si grant regreit que ne le vous 
puis dire. Mais quand j'ay entendu que l'aviez porté en si grande 
vertu, remettant le tout à la voullenté de Nostre-Seigneur, cela 
m'a rendu espérance que bien tost il vous en donnera d'autre, 
qui vous feront perdre vostre regreit. Et sy j'estoys assez bonne 
pour luy en faire prières, je m'y employrois voullcntiers et 
d'aussy bon cueur que je le désire; mais je le feray faire par 
meilleures que moy, mesmement par la bonne dame royne re- 
ligieuse et sa saincte compaignie 1 ," etc. 



1 Cette lettre et la précédente, toutes deux de Joinville, le 22 juillet, consé- 
quemment antérieures de douze jours à celle que l'on trouve parmi les Epistolœ 
Jacobi Quinti, etc., n° XCV (vol. II, p. 133), sont conservées à la Bibliothèque des 
Avocats, à Édinburgh, parmi les papiers de Balcarres. — La bonne dame royne 
religieuse nommée dans la dernière est la reine de Sicile, dont il existe dans la 
même collection une lettre ainsi conçue, adressée à Marie de Lorraine : " Jhesus, 
Maria, Fidelis Clara. Madame, se m'a esté plaisir bien grant d'entandre de voz 
bonnes nouvelles, et par icelles cognoistre que vous avés encore souvenance de 
vostre povrc grand'mere. Humblement vous en remercie. Il n'est en ma puissance 



LES FRANÇAIS EN ECOSSE. fôO 

Dans L'intervalle de ces deux naissances, Jacques V, réalisant 
un dessein qu'il méditait depuis longtemps, faisait par mer le 
tour de son royaume sous la conduite d'un habile pilote écos- 
sais. Celte expédition étant étrangère à mon sujet, je n'ai point 
à en donner le récit, on peut le lire ailleurs 1 ; je n'en aurais 
même pas fait mention, si la relation du pilote n'eût été publiée 
par un de nos compatriotes 2 , qui raconte ainsi, dans son épître 
dédicatoire au duc de Joyeuse, les circonstances qui l'amenè- 
rent à la mettre au jour : "... en l'an 1546. que milord Dud- 
ley, amiral d'Angleterre, et depuis duc de Northumberland, 
vint de la part de Henry 8. son roy, jurer la paix avec le grand 
roy François, ayant esté adverty des pérégrinations et naviga- 
tions septentrionales que j'avois faictes peu d'années au para- 
vant, et d'une carte et description géographique de l'isle et 
royaume d'Angleterre, en laquelle j'avois observé plusieurs cho- 
ses notables et non vulgaires : ne cessa que ne me l'eust tirée 
des mains, non toutesfois sans très-honnorable recompense... 
et tant me persuada que voyant la paix si bien establie, j'ob- 
temperay aysement de m'en aller avec luy, où je demeuray en- 
viron un an, fort bien traité et favorisé, voire jusques à me 



vous faire service; mais vous supplie croire, Madame, que davant Nostre-Seigneur 
ne serés jamais oublyée de toutes celles qui sont en son sainct service en ce povre 
couvent... de Saincte-Claire du Pont-à-Mousson," etc. 

1 Voyez entre autres Swan, History of Fife, etc., t. 1, p. 106. 

2 La Navigation du roy d'Escosse Jacques cinquiesme du nom, autour de son 
royaume et isles Hébrides et Orchades, soubz la conduicte d'Alexandre Lindsau 
excellent pilote escossois. Recueillie et rédigée en forme de description hydrogra- 
phique, et représentée en carte marine, et routier au pilotage, pour la cognois- 
sance particulière de ce qui est nécessaire et considérable à ladicte navigation. 
Par Nicolay d'Arfeuille, seigneur dudict lieu et de Bel-Air, daulphinois, premier 
cosmographe du roy, commissaire ordinaire de son artillerie, et à la Visitation 
et description generalle du royaume de France. A Paris, chez Gilles Beys, 
M.D.LXXXIII., in-4°, de 37 feuillets et deux cartes, plus six feuillets de prélimi- 
naires. — Traduite en anglais, cette relation a été publiée : 1° dans les Miscellanea 
Antiqua, etc. London, 1710, in-8°, p. 71-93; 2° dans les Miscellanea Scotica, etc., 
vol. III. Glasgow, 1820, petit in-8°, p. 100-122. — Les cartes originales d'Alexander 
l.indsay sont conservées au Musée Britannique, Ms. harléicn n° 3996. 



440 LES ÉCOSSAIS EN FRANCE. 

descouvrir plusieurs affaires de sa charge d'amiral, entre les- 
quelles, pour mieux m'attirer à ses desseins, me communiqua 
un petit livret escrit à la main en langage escossois, contenant 
la navigation du roy d'Escosse Jacques cinquième du nom.... Et 
considérant avec combien de grands travaux ce peu de papier 
avait été escript, je ne m'en voulus dessaisir sans en retenir une 
copie; et estant de retour en France, à l'advenement du bon 
roy Henry deuxième à ceste couronne, je faiz parler ledict 
livret françois, par l'ayde de feu maistre Jehan Ferrier, très- 
docte Escossoys, et l'ayant mis au nect avec sa carte, le pre- 
sentay à Sa Majesté, qui l'envoya incontinent au sieur Léon 
Strozzi, prieur de Capue, cappitaine gênerai de ses galleres et 
autres forces, assiéger le chasteau S. André ... suyvant les mé- 
moires que j'en avois dressées en Angleterre, et prinsmes le 
chasteau à composition après bresche faicte, sur le point qu'on 
devoit donner l'assaut," etc. 

Avant d'aller plus loin, un mot sur maître Jean Ferrier. Ce 
n'était pas, ainsi que le dit Nicolay d'Arfeuille, un Écossais, 
mais un Piémontais, et il a pris le soin de le marquer expres- 
sément sur le titre de la continuation d'Hector Boyce, dont il 
est l'auteur 1 ; il nous apprend également dans quelles circons- 



1 Scntorum Historiœ... Libri XIX. Hectore Boethio Deidonano auctore.... Ac- 
cessit et huic editioni ejusdem Scotorum Historiœ Continuatio, per Joannem Fer- 
rerium Pedemontanum, etc. Parisiis, vœnundantur à Jacobo du Puys, 1574, in-folio. 
On lit à la fin : Lausannœ excudebat Franciscus le Preux, etc. — Après des vers 
latins composés à la gloire de l'ouvrage, on lit une lettre d'Alexandre Léo, chantre 
de l'église de Moray, adressée à la noblesse d'Ecosse ; elle est datée : Ex Parisio- 
rum Academia celeberrima Ad Idus Marlias M.D.XXVI1. ad calculum Romanum. 
— Cinq ans auparavant, Boyce, qui enseignait la philosophie au collège de Mon- 
laigu, où