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Full text of "Les foires de Lyon aux XVe et XVIe siècles"

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LES 



FOIRES DE LYON 



AUX XV^ ET XVL SIÈCLES 



Lyon. — Impiiiiu-i'ie A. Uev. 4. rue Gentil. - fir»;SS 



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j Ouvrage couronné 

par r Académie des Sciences, Belles-Leffres et Arts de Lyon 



LES 



FOIRES DE LYON 



AUX XY^ ET X\T SIÈCLES 



Marc BflESARD 

DOCTEUR EN DROIT, 
AVOCAT A LA COUR d'aI'PEL DE LYON 



Avec cinq illustrations dont un fac-similé. 




Fleuron de i56o 

PARIS 

AUGUSTE PICARD, ÉDITEUR 

Libraire des Archives Nationales et de la Société de l'Ecole des Chartes. 
82, RUE BONAPARTE, 82 

«yi4 




<iv 



AYANT-PROPOS 



L histoire de Lyon, depuis V antiquité romaine, 
semble liée h l'histoire du commerce. Le lien appa- 
raît avec une évidence saisissante au A" Te siècle, à 
partir du règne de Louis XI, et dans la première 
moitié du AT/^ siècle. 

Quatre fois par an de grandes foires se tiennent 
alors dans la ville où se rendent les marchands et 
les banquiers d'Italie et d'Allemagne, des Flandres, 
d'Espagne et du Levant. Par elles, se fait la dis- 
tribution périodic/ue et réciproque des marchan- 
dises, s'effectue le commerce international des pays 
du monde connu. Pour elles, le droit commun a 
des barrières trop étroites qui cèdent de toutes 
parts. Les marchandises voyagent en franchise, 
toutes les monnaies circulent librement, l'intérêt de 
l'argent apparaît licite. Le cadre s^élargit. Une 
juridiction spéciale fonctionne d'oii sortira la juri- 
diction commerciale. Les marchands ont des pri- 
vilèges ; étrangers, ils ne sont plus des otages, 
leurs biens ne sont plus des aubaines, le droit des 
gens existe pour eux effectivement. 

Lyon est une grande ville cosmopolite ; toutes ses 
forces sont tendues au trafic des marchandises et de 
l'argent. Les foires font sa richesse et son univer- 
selle renommée . 



VIII AVANT-PHOIMIS 

Ecrire l histoire de ces foires et de leurs pri- 
vilèi/es aux A'V» et XVI' siècles, dépeindre leur 
fonctionnement, fixer leur importance, étudier les 
institutions auxquelles elles ont donné naissance, 
telle est la fin poursuivie en cette étude. 

Les archives municipales de Lyon, si riches en 
documents, les recueils d'actes royaux : déclara- 
tions, ordonnances et édits, parfois aussi les chroni- 
queurs contemporains des faits retracés, nous ont 
seuls donné les éléments de ce travail. 

Selon l'abondance de ces sources ou leur pénurie, 
les différents aspects de f activité commerciale de 
la ville, les divers détails de l'histoire des foires 
nous sont apparus avec plus ou moins de netteté. 
Beaucoup de renseignements auraient été curieux 
à connaître que les documents ne nous ont pas 
livrés. Certains auteurs, dont nous n avons pas cité 
les noms, ont écrit sur les foires de Lyon aux 
A'V'« et A'V7« siècles des lignes dont on nous per- 
mettra de dire qu'elles étaient écrites incidemment. 
Il nest point d'hypothèse ni d'affirmation qui 
puisse suppléer un texte. Nous avons révélé nos 
richesses: nous n'avons pas voulu cacher parfois 
notre pauvreté '. 



' Toutes les l'éférences aux séries d'archives municipales AA, 
BB, etc., sont des références aux archives municipales de Lyon. 
Pour les pièces non numérotées de ces archives la désignation 
en est faite par l'indication de la série, celle du volume de l'in- 
ventaire Chappe et des numéros des cartons ou dossiers. IIII., 
Chappe VIII, 67-85 signifie donc : série HH, tome VIII de l'in- 
ventaire Chappe, carton 67-85. 



LES 

FOIRES DE LYON 

AUX XV' ET XV!*^^ SIÈCLES 



PREMIERE PARTIE 

HISTORIQUE DES FOIRES DE LYON 



CHAPITRE PREMIER 

L'ORIGINE DES FOIRES 

I. La création de deux foires (1420). — 11. L'établissenieiiL de 
trois foires (i444)- Les confirmations (1455-1457-1461). 

I. La création de deux foires à L7011 (1430). 

Paris aux mains des Anglais et des Bourguignons, 
la Normandie conquise, une partie du pays au pou- 
voir d'Henri V, roi d'Angleterre, le Dauphin deve- 
nait l'àme de la France. Autour de lui se groupèrent 
tous les éléments vivaces d'une nationalité qui ne 
devait point disparaître. Régent du royaume, por- 
tant en sa personne l'unité même du pays, il résolut 
de visiter les provinces et les villes fidèles, 

Lyon, toujours très attachée au pouvoir royal, fut 



•2 iiisTumui !•: i)i:s loiiii.s 

l'iiiK' clos })rc'inii'res à l'accueillir, en i/j'î)- l^eiitlaiU 
(ju'il élail en celle vilk-. les échevins lui présentèrent 
plusieurs demandes : la confirmation des privilèges, 
un i^renier à sel et un parlement de droit éeril : 
mais, d'une façon toute particulière, ils insistèrent 
pour que le Uégent fît à leur cité le don de foires 
IVanches. 

L'octroi des foires était, en effet, devenu un attri- 
but du pouvoir royal. Si, au Moyen Age, les grands 
possesseurs de fief s'étaient attribué la faculté de 
créer, dans leurs domaines, des foires et des mar- 
chés, le roi de France avait déclaré, au xiv" siècle, 
qu'à lui <( appartient seul et pour le tout en tout son 
royaume et non à autre à octroyer et ordenner 
toutes foires et tous marchés* ». L'oeiroi des foires 
n'allait pas cependant sans une enquête et sans des 
formalités toujours coûteuses, à l'observation des- 
quelles le pouvoir veillait d autant mieux que des 
raisons fiscales les motivaient en partie^. 

Il semble que Lyon, pour demander des foires, 
avait d'excellentes raisons. Il ne subsistait ])lus en 
effet de grandes foires françaises. Celles de Cham- 
pagne et de Brie étaient, dès la fin du xm^ siècle, 
devenues moins importantes. Leur décadence s'était 
accomplie au xiv*" siècle, et, au commencement du 
xv" siècle, elles n'étaient que de simples marchés. 
Les foires du Lendit qui se tenaient, au mois de 
juin, dans la plaine de Saint-Denis, troublées par la 

' Recueil dea Ordonnances des rois de France, t. V, pp. 477» 
480 (8 mai 1IJ72). 

- Ibid,, t. VII, [). 410; t. X, p. 7G. ce. 418, 12. 



LORIGI.NE 3 

conquête anglaise, n'élaienl plus fréquentées*. Com- 
ment auraient-elles pu l'être par des marchands 
venant des provinces restées fidèles au Dauphin? 

Le principal argument des Lyonnais fut tiré de 
l'avantage qu'il y aurait, pour le royaume, à ce que 
leur ville située près des frontières, à côté du pays 
de Savoie, et aussi grande en superficie que la ville 
de Paris, devînt une ville populeuse, riche et bien 
fortifiée, de pauvre et inhabitée qu'elle était. Des 
foires, attirant à Lyon le commerce et l'industrie, 
devaient en accroître la population et la richesse. 
Les échevins ne firent point valoir d'autres consi- 
dérations et ni leur requête au Dauphin, ni les déli- 
bérations consulaires ne contiennent la trace d'autres 
préoccupations que celle du peuplement de la cité-. 

Pour convaincre le Régent, ils avaient, à vrai dire, 
de meilleures raisons : la situation géographique de 
la ville, les voies de navigation qui la traversaient, 
son éloignement de toute grande cité du royaume 
la destinaient à devenir un centre commercial où 
\)ussent s établir la distribution des marchandises 

le rendez- voue des marchands. 

Ces qualités propres à Lyon furent, probable- 
jaenl, exposées dans les enquêtes qui se firent 
pour l'établissement des foires en cette ville, car la 
diminution de la population était un phénomène 
général, très sensible en France, à la fin du 

' Fagniez, Documents relatifs à Vhstoire de l'industrie et 
du commerce, Paris, A. Picard, 1898-1900, 2 vol. in-8, t. II, 
p. XLIX. 

- Pièce justificative I. 



4 IIISTORIQUR DES FOIRES 

\iv"" siècle et au commcncemenl du xv^ siècle. Les 
ordonnauces font ressortir ce l'ail avec neltelé pour 
des ceulres imporlanls, tels que Provins, Chartres, 
lu'auvais, Troyes, Uouen, Langres et Paris*. Les 
guerres, les famines et les épidémies avaient ravagé 
le pays, dont une partie restait sans culture-. 

L'argument présenté par les échevins, quoique 
tiré dun l'ait commun aux autres villes du royaume, 
n'était point cependant insuffisant. L'octroi de foires 
n'était pas. aux yeux du pouvoir, un acte d'excep- 
tionnelle importance. Uévocable et fructueux pour 
tous, il était fréquent. Beaucoup de concessions 
étaient accordées sans produire de résultats. 

Lyon, toujours fidèle à la cause du roi, ne pou- 
vait-elle compter sur les faveurs du Dauphin? 

Les foires furent demandées avec insistance ; les 
obtenir fut, durant toute l'année i4'9' la principale 
préoccupation des échevins lyonnais qui en par- 
laient sans cesse dans leurs délibérations. Le Procu- 
reur de la ville fut envoyé, jjar eux, en mission 
auprès du Dauphin, el ils intriguèrent auprès de 
Mgr de Saint-Papoul pour qu'il appuyât leur requête 
et fût a ami à la ville ». Les enquêtes eurent lieu : 
organisées aux mois de juillet et d'août, elles se 
firent aux mois de septembre el d'octobre. Le Bailli 

' Recueil des Orduniiunces..., l. IX, p. 4i3;X, p. 382; XI, p. 61; 
XIII, p. 32, 174; XIV, p. 461 ; 

- Famines de i349, i35o, i358, iSSg, i36o, 1371, 1374, i375, i3yo, 
1410, i4i4) i4i'J) V. Levasseur, Ilisloire des Classes ouvrières, 
a vol. in-8, Paris, A. Rousseau, 1900, t. I, p. r)23, note i el 
p. 525; E. Lavisse, Histoire de France, t. I\', livre II, cha- 
pitre i"''". Hachette, 1902. 



LORIGINE 5 

de Mâcon, sénéchal de Lyon, assisté du Procureur 
du roi et des commissaires nommés par le Dauphin, 
puis des membres du Conseil, recueillit les déposi- 
tions. Le Procureur de la ville, Ennemond de Sy vrieu, 
Léonart Caille, Audry Chivrier, Etienne Oydel, 
échevins, firent citer devant les commissaires du 
roi les témoins nécessaires. Au mois de novembre, 
les enquêtes étaient terminées. Le Consulat envoya 
le Procureur de la ville demander les foires au 
Régent et, lorsqu'au mois de janvier 1420 (n. s). 
celui-ci séjourna à Lyon, il adressa une délégation 
au Conseil pour renouveler sa demande qui fut bien 
accueillie. Le Conseil accorda les deux foires deman- 
dées, mais il ne les accorda pas franches, ou du 
moins le Consulat eut cette opinion, car il décida 
de les refuser, ne les jugeant point profitables à la 
ville dans de telles conditions. Il se ravisa aussitôt 
et résolut de prendre les foires telles qu'elles étaient 
octroyées ^ Ses craintes qui, peut-être, provenaient 
d'une erreur, avaient été vaines, car, par Lettres de 
Vienne du 9 février i 4W (n. s.), Charles, Dauphin, 
régent du Royaume, accordait deux foires, franches 
de toutes aides et impôts, ordinaires et extraordi- 
naires, que tous marchands pouvaient fréquenter et 
où toutes monnaies, tant du royaume qu'étrangères, 
pouvaient avoir libre cours. La durée de chacune 
de ces deux foires était de six jours; elles devaient 
commencer, l'une le lundi, lendemain du troisième 



' G. Guigue, Registres consulaires de la ville de Lyon, de 1 AI6 
h Ii23, Lyon, A. Brun, 1882, 1 vol. in-4°, pp. i45 à 222. 



6 IIISTORIQIE DES FOIRES 

(limanclie aj)rès Pâques (Jubilaie), raiilrc le i5 no- 
vembre ^ 

Les foires de Lyon étaient créées. Dès leur créa- 
lion, elles jouissaient de très considérables privi- 
lèges, ceux mêmes, disait le Daupbin dans ses 
Lettres, dont avaient joui les foires de Cbampagne et 
de Brie, c'est-à-dire le sauf-conduit des marchands 
étrangers, la liberté du commerce, l'organisation 
d'une juridiction spéciale plus simple et plus rapide, 
l'autorisation du prêt à intérêt"'. 

Aussitôt qu'ils furent en possession des foires par 
la décision du pouvoir royal, les échevins lyonnais 
s'occupèrent de les organiser. Dès le mois d'avril, 
ils décidèrent que la foire du printemps se tiendrait 
sur la rive droite de la Saône, du côté du Royaume, 
et celle d'automne sur la rive gauche, « à la partie 
de l'Empire ». Afin d'en informer les marchands, 
ils envoyèrent en Dauphiné, en Forez et à Genève 
« crier les foyres » et iirent remettre aux hôteliers 
de la ville des cédules indiquant le jour où elles 
devaient commencer. Ils firent une obligation à tous 
les marchands de la ville d'aller aux foires et nom- 
mèrent un courtier, voulant solliciter l'avis des 
marcliands qui viendraient à la foire d automne, 
avant d'en nommer d'autres^. 

La première foire qui ait été tenue à Lyon fut 

' Privilèges des foires de Lyon, Lyon, Barbier, 1649. i vol. 
in-8, p. 19. 

* Lettres de Philippe de Valois, Vincenries,6 août I3i9. Privi- 
lèges..., p. I. 

* G. Guigue, Brgistres consulaires, pp. 287, 239, 240, 2G4 el 290. 



L'ORIGINE 7 

celle de Pâques 1420 (n. s.'). Les autres suivirent, 
mais sans importance'^. 

Les foires de Genève étaient dans tout leur éclat. 
Les marchands français les fréquentaient régulière- 
ment et en assez grand nombre pour avoir obtenu, 
en i4i5, la construction d'une halle nouvelle^. Elles 
étaient le centre du commerce européen et leur 
réputation était si grande qu'elles ne pouvaient 
citiindre la concurrence de foires nouvelles dès la 
fondation de celles-ci. 

Mieux encore que le voisinage des foires de 
Genève, l'état politique et économique du pays 
rendait difficile le développement du commerce à 
Lyon. La France traversait l'une des crises les plus 
ofraves de son histoire. Son existence même était en 
jeu. Henri V, roi d'Angleterre, maître d'une partie 
du royaume, était l'ami du roi Charles VI qui l'appe- 
lait « son très amé fils et régent du royaume ». 

En 1422, à la mort de Charles VI, le fils d'Henri V, 
Henri VI, était proclamé roi à Paris et à Londres, 
et alors se poursuivait cette guerre contre les Anglais 
qui, après la journée des Harengs et le siège 
d'Orléans, ne devait s'interrompre qu'en i435, à 
la paix d'Arras. Un tel état de trouble ne pouvait 
permettre la création, à Lyon, d'un mouvement 
commercial. Les délibérations consulaires portent 
les traces des préoccupations constantes des habi- 

1 G. Guigue, Registres consulaires, p. 238. 
- Archives Municipales de Lyon, BB. i, î°^ i65 r° et i56 r». 
^ Borel, les Foires de Genève au XV^ siècle, Genève, Georg, 
1892, I vol. in-8, p. 75. 



s IIISTnHIQlK IH':S l'OlHI.S 

lanls; les conseillcis s'inquièUiil des inouveincnls 
(les Anglais, du passage des troupes qui traversent 
la ville, des Ibrlifications de leur cité. Le Dauphiné 
est envahi par le Prince d'Orange, Lyon est enlourée 
d'un grand nombre de gens d'armes, contre lesquels 
la ville doil prendre des précautions 1res justifiées '. A 
plusieurs reprises, le Consulat s'occupe des mesures 
propres à empêcher que, de la ville, ne puissent 
sortir les vivres nécessaires à ses habitants et fait 
distribuer de l'argent aux affamés'-. Aussi, à partir 
de 1422, les registres consulaires ne contiennent 
plus de délibérations relatives au commerce, ni aux 
foires; l'unique souci des conseillers reste, pendant 
plusieurs années, la sûreté de la ville et de ses habi- 
tants. Il est permis de croire que les foires ne se 
tinrent même pas durant la guerre des Anglais. 
Louis XI, dans les Lettres de i463, dira, d'une 
manière très expressive, que les foires du royaume, 
pendant ces guerres, se tinrent à Genève. 

Après la paix d'Arras (i435), la prise de Paris el 
le retour du Parlement en cette ville [i^^j], la 
guerre nen continua pas moins jusqu'à la trêve de 
i444- Cette date marque le point de départ d'une 
seconde phase dans l'histoire des foires de Lyon. 



1 BB. 2, f» 22 1'°; BB. 3, f" 32 r°. 

2 BB. 3, f" 2^ v°, {0 49 V" et BB. 2, f» Cm \°. 



L'ORIGINE 



II. L'établissement de trois foires (1444). 
Leurs eoiilinuations. 



En i444) Charles VII, à qui les Lyonnais avaient 
toujours conservé une inébranlable fidélité, fut heu- 
reux de leur accorder, pour leurs foires, des privi- 
lèges plus importants qu'il ne l'avait fait quand il 
n était que dauphin. 

Par Lettres données à Angers en février 1444 
(n. s.), il leur octroyait trois foires, de vingL jours 
chacune, commençant le premier mercredi après 
Pâques, la seconde le 26 juillet, lendemain de la fête 
Saint- Jacques, et la troisième, le i""' novembre, len- 
demain de la fête Saint- André. 

Ces foires étaient franches pour tous les mar- 
chands que le roi plaçait sous sa sauvegarde. Toutes 
les marchandises amenées à ces foires ou qui en 
sortaient après y avoir été vendues, échangées ou 
autrement exploitées, étaient exemptes d'aydes, 
tailles, impositions ou treus quelconques. Toute 
monnaie du royaume ou étrangère y avait libre 
cours à sa juste valeur. Comme en 1420, le roi 
accordait enfin aux foires de Lyon tous les privilèges 
que ses prédécesseurs, rois de France, avaient 
accordés aux foires de Brie et de Champagne. Ces 
privilèges considérables étaient concédés pour une 
durée de quinze ans, à dater du i"'' avril venant. 

Charles VII accordait à Lyon une faveur de grande 
importance qui ne laissa pas que d'attirer les jalou- 
sies et de f>rovoquer les protestations. Les bourgeois 



10 nisTORrQur: dks rouans 

et manants de la ville de Troyes. le (iarde et Chan- 
celier des foires de Champagne firent opposition à 
l'entérinement des Lettres de Charles VIT. Bien que 
Unis foires, autrefois célèbres, fussent en pleine 
décadence, ils espéraient en rétablir l'ancienne 
splendeur et ils ne pouvaient souffrir qu'une ville 
aussi importante que Lyon vînt, avec des privilèges 
identiques, rendre impossible cette restauration. Ils 
appuyèrent leur opposition d'une supplique adressée 
au roi. Les abbés de Saint-Denis et de Lagny, les 
bourgeois de Provins et le Prévôt des marchands de 
Paris se joignirent à eux pour demander au souve- 
rain de ne point laisser entériner les Lettres qu'il 
avait accordées aux habitants de Lyon. Leur procé- 
dure et leurs démarches n'eurent pas le résultat 
qu'ils pouvaient en attendre. Le 7 août i444i 1^ 
Chambre des Comptes entérina les Lettres de février. 
Elle y apporta, néanmoins, quelques modifications 
de peu d'importance, réduisant la durée des trois 
foires à quinze jours, au lieu de vingt, et à dix ans, 
au lieu de quinze, l'exemption des aides et des 
impositions, c'est-à-dire la concession des privi- 
lèges^ 

Les trois foires de Lyon eurent lieu régulière- 
ment à partir de i444- Une trêve commença cette 
année qui devait durer quatre ans. Le pays semble 
du reste se ressaisir ; une armée permanente est 
établie et, sans que la population s accroisse d une 
manière très sensible, les villes s'agrandissent. De 

' Privllf-ges..., p. 26 et s. 



L'ORIGINE H 

radminisiraLioii de Charles VII naissent des réformes 
et des améliorations ; ce prince, qui va chasser les 
Anglais de F'rance, rétablit dans ses Etats la sécurité 
propice au commerce. 

Les échevins s'occupent des foires minutieuse- 
ment et assidûment. A partir de cette époque, on 
comprend par leurs délibérations qu'elles font partie 
de la vie de la cité, qu'elles ont une existence réelle 
et non plus nominale. Le Consulat s'inquiète de 
Feutrée et de la sortie des marchands aux portes 
de la ville, il réglemente l'emplacement des mar- 
chandises dans les foires*, il réserve la franchise 
du temps des foires dans le bail de la ferme du 
pont du Rhône et dans celui du dixième du vin, 
il désigne ceux qui délivreront aux marchands les 
cédules constatant leur commerce aux foires et ceux 
qui les recueilleront à la sortie aux portes'-, il 
veille à la conservation des privilèges en choisis- 
sant quatre conseillers « pour conserver et garder 
les libertés et franchises des foyres », enfin, pour 
entretenir les dispositions favorables du Maître des 
ports envers les marchands, il lui offre des ca- 
deaux ^. 

Les foires sont établies et, à partir de i44^, elles 
provoquent à Lyon un mouvement de marchands 
qui va aller s'accentuant. Le voisinage de Genève, 
qui plus tard sera, entre cette ville et Lyon, une 
cause de rivalité économique^ semble, à l'origine, 

1 BB. 4, f»^ 17 V», 108 ro, i53 v°. 

2 BB. 4, fos i3 r", 40 v», 96 vo, 124 r°, 161 r». 

3 BB. 4, f° 47 v°; 5, fo« 170 vo, 199 r». 



li HISTORIUUE DKS FOIRIÎS 

facilik-r le comnu'rce des foires de Lyon. (Certains 
marchands fréquenleiiL les deux villes, donl les 
foires se iiennenl à quelques jours d'intervalle ; 
d'autres trouvent facile Titinéraire de Lyon ; quel- 
ques-uns, enfin, y cherchent un moyen de faire 
voyager leurs marchandises en franchise, profitant, 
abusivement parfois, des privilèges des foires de 
Lyon. Charles VII comprend l'avantage que les 
foires de cette ville peuvent, à leur début, tirer du 
voisinage de Genève. Il donne mandement au Bailli 
de Màcon et au Maître des ports de faire publier, 
à son de trompe et cri public, la défense à tout 
marchand de faire mener des marchandises aux 
foires de Genève par le bailliage sans les faire passer 
par les foires de Lyon*. Celle ville devient ainsi 
une étape forcée pour toute une catégorie de denrées. 
A vrai dire, les foires de Lyon ne sont point impor- 
tantes et de toutes parts les marchands vont à 
Genève, mais elles sont fréquentées. Aussi, dès 
1453, les échevins se préoccupent de l'expiration 
du temps pour lequel les privilèges ont été accordés. 
Au mois de janvier i453 (n. s.), ils décident d'en- 
voyer vers le Roi « pour rénover les foyres ». Ils 
choisissent Jean Grant qui, accompagné du Pro- 
cureur de la ville, sollicitera une Université et la 
prolongation de la franchise des foires. Les députés 
reçoivent un pouvoir spécial afin « quilz puissent 
donner et despendre des deniers de ladite ville là 
où ilz verront estre nécessaire et pour toutes choses 

' V. CM. II, n. 



L'ORIGINE 13 

jusques à la somme de cinq cens livres tournois ou 
environ ou pour l'un desdits octroys qui ne pour- 
roit obtenir les deux jusques à la somme de deux à 
trois cens livres tournois^ ». Partis au mois de 
mai, ils furent de retour au mois de juin. Leur 
démarche n'avait pas eu de résultat. Ils s'étaient 
heurtés à l'opposition des généraux el, trésoriers des 
finances-. Ces derniers déclaraient que les foires de 
Lyon étaient très préjudiciables au roi. Elles occa- 
sionnaient, disaient-ils, la fuite des monnaies. Sous 
le prétexte de leur franchise, les marchandises, 
ajoutait-on, passaient frauduleusement à Genève, 
Aussi le roi avaiL-il voulu surseoir à une décision 
jusqu'au moment où il connaîtrait l'opinion des 
députés qu'il avait envoyés à Lyon pour s'informer 
à ce sujet el qui y séjournèrent du mois de juillet 
au mois de novembre. 

Les émissaires du Roi, Mgr l'Evêque d'Alech, 
Mgr le Grand iSIaître d'hôtel et M" Girerd le Bour- 
cier, conseiller du Roi, furent l'objet des solli- 
citudes intéressées des échevins qui leur envoyèrent 
du vin de Beaune, du poisson, dix sacs d'avoine et 
loo livres tournois^. Malgré cette déférence, les 

• BB, 5, fo 198 r". 

- « Hz n'avoient peu riens besoignier obstant... lempeschement 
et contradicion que les generaulx et trésoriers dudit seigneur (le 
roi), ilz avoient faiz dis ans que lesdites foyres estoient très doma- 
geables et préjudiciables au roy et que toutes danrées et mar- 
chandises soulz ombre de ladite franchise passent franchement 
et quictement pour aler es foyres de Genève lesquelles se tenoient 
à l'issue desdites foyres de Lion et pareillement fesoit grand quan- 
tité de billion.., » (BB. 5, fo 199 r«, 2 juillet 1453). 

3 BB. 5, f°^ 202 r», 2o5 v". 



14 msTOiiiuLi: in:s foiiu.s 

commissaires, en janvier i4^4 ('^- ^-U n avaieiiL 
point l'ail coiinaili'e au Koi le l'ésullal de leurs 
eiKjuèles. Les écheviiis conlinuèrenl leurs démar- 
ches à la Cour où ils envoyèrenL Pierre Thomassin. 
Ils demaiidaieiil. si les jours des foires devaient être 
changés, qu'on lixàl la foire de Pâques au lundi ou 
mercredi de Quasimodo et que celle de juillet fût 
reportée au i5 juin, afin qu'il n'y eût pas coïn- 
cidence des foires de Lyon et de celles du Lendil 
ou du Languedoc. Thomassin devait demander la 
prolongation pour vingt années au moins et il avait 
pouvoir de distribuer 5oo livres là où ce serait 
nécessaire « et au dessoubz desdits vint ans pour 
chescuns cinq ans jusques à la somme de cent livres 
tournois et du plus le plus et du moyns le moyns^ ». 
Par Lettres données à Pouilly en Touraine, le 
4 Juillet ii54, Charles VII confirma les trois 
foires de Lyon. Le Roi considérant que la ville de 
Lyon, située en pays frontière, est très petitement 
peuplée, qu'elle lui a toujours été fidèle et dévouée, 
après avoir vu les informations faites par des gens 
de son Conseil tant en pays de Lyonnais que de 
Languedoc, pris Tavis des princes du sang cl du 
Grand Conseil, octroyait trois foires par an de cha- 
cune vingt jours, aux dates accoutumées el cela 
perpéluellement. Il octroyait en outre la franchise 
pour une durée de quinze années à dater du i'"' avril 
1455 pour les (( denrées et marchandises qui y 
viendront et seront amenées et conduictes et qui y 

' BH. 5, fo 221 V". 



l'origim: 15 

entreront ou en ystront et y seront vendues, eschan- 
gées ou autrement exploictées durant icelles foyres ». 
Les monnaies d'or et d'argent du royaume et étran- 
gères devaient avoir libre cours à leur juste valeur. 
L or et l'argent monnayés ou à monnayer pouvaient 
entrer et sortir du royaume librement durant le 
temps des foires. Les marchandises néanmoins res- 
taient, même pendant les foires, soumises au droit 
de rêve de 4 deniers pour livre. 

Ces Lettres, importantes par leur rédaction pleine 
de détails, furent entérinées le 7 août i454 par les 
gens des comptes qui n'apportèrent de modification 
qu'à la durée des foires qu'ils réduisirent à quinze 
jours'. 

Le Uoi, qui avait assez brusquement cédé à la 
requête des habitants de Lyon et leur avait accordé, 
par Lettres du 4 juillet, ce qu'il leur refusait peu de 
jours avant, n'agit pas toutefois sans réserves. Il 
exigea des conseillers une contre-lettre lui recon- 
naissant le droit d'abolir la franchise des foires, 
malgré l'octroi qu'il en avait fait, si elle lui deve- 
nait préjudiciable. Les conseillers durent accepter 
et un mémorial fut rédigé à ce sujet -. 

La question des monnaies ne recevait point de 
solution et, malgré les Lettres du 4 juillet i454, 
l'établissement des foires demeurait précaire ; le 

' I^ièce justificative II. 

- BB. 5, f" 236 v° : « Les dessusnommez conseilliers ont passé 
et octroyé ledit consentement tout ainsi qu'il estoit escript et 
contenu en ung mémorial sur ce fait par messire Pierre V^alernier, 
docteur en lovs. » 



16 IIISTUlUUrK DES FOIBES 

Uoi, invoquanL le fait des monnaies, arrêtait la 
vérification des Lettres malgré Loiiles les démarches 
du Consulat. Les gens des Comptes étaient toujours 
opposés aux franchises des foires et le lioi déclara 
quil ny aurait pas d'entérinement tant que, par 
une ordonnance quil annonçait, il n'ait statué sur 
la question des monnaies. Cependant, comme le 
temps pressait et que Toctroi de foires franches 
concédé en i444 venait d'expirer, le Uoi, par Let- 
tres du 29 mars i455 (n. s.), autorisa deux foires 
de quinze jours, l'une à Quasimodo, l'autre en juillet, 
franches d'aides et impositions. Ces Lettres, qui ne 
contenaient qu'une disposition temporaire et ne 
tranchaient pas le différend, furent entérinées aus- 
sitôt*. 

Enfin, le Conseil du Roi donna un avis favorable 
à la prolongation des foires qui fut accordée aux 
envoyés de la ville pour quatre années par les 
Lettres du 7 octobre 1455, dont la teneur repro- 
duisait les dispositions des Lettres du 4 juillet i454. 
Le droit de rêve était réservé par le Roi, qui « vou- 
loit que icelle rêve feust reçue comme a foyres non 
franches et livrée au plus offrant ou que en paiant, 
par ladite ville ce qui s'en trouveroit de plus que 
lesdites foyres feussent franches de ladite rêve 
durant les quatre années'- ». Les conseillers s'en- 
tendirent, comme précédemment •^, avec le fermier 
de la rêve: ils lui promirent loo livres tournois par 

' IIH., Chappe VIII, (j à ai ; BB. 5, [<>* 255 v% 258 r\ 

■' BB. 6, fo 143 V». 

3 BB. 5, f» 257 r° (i^r avril i/,55 n. s.). 



L'ORlGlNli: 1* 

an pour qiiil ne levai aucun subside jîendanl les 
foires sur les marchandises qui y seraient demeu- 
rées cinq jours durant. Celle somme devail être 
recouvrée par le Consulat sur les habitants de la 
ville tirant le plus grand profit des foires*. Ainsi, 
malgré la restriction apportée par le Roi, les foires 
demeuraient en fait complètement franches pour 
les marchands qui venaient y vendre ou y acheter 
des marchandises. 

Les foires se continuèrent à Lyon pendant le 
règne de Charles VII avec les mêmes privilèges, 
aux mêmes dates et avec la même durée, car par 
Lettres de Saint-Priest-en-Dauphiné, du '23 avril 
1457 , le Roi, avant même l'échéance fixée par les 
Lettres précédentes, renouvela ces privilèges pour 
huit années à dater de leur expiration-. 

La mort de Charles VII et l'avènement de 
Louis XI (i46i) pouvaient modifier l'institution 
des foires. Le Dauphin Louis, en etfet, brouillé 
avec son père, s'était retiré dans son gouvernement 
du Dauphiné. Il avait menacé de traverser Lyon 
et les conseillers s'y étaient opposés, mettant leur 
ville en défense. Usant de paroles doucereuses, il 
avait essayé d'ébranler leur fidélité envers le Roi, 
mais \\y avait point réussi. A son avènement au 
trône, les Lyonnais auraient pu avoir certaines 
appréhensions. Mais, très habilement, ils s'étaient 
réconciliés avec lui et, prévoyant le jour où, arrivé 
au pouvoir, il pourrait exercer ses rancunes, ils lui 

» BB. 6, f° 146 r^ 7, fos 28 r°, m v». 
■' HH., Chappe VIII, 9 à 21. 



IS IIISKtlUOlK lti:S FOlliKS 

avaient rendu de précieux services. Pendant cinq 
ans (1 4^5- 1460), pour conquérir sa bonne grâce, 
ils lui envoyèreni en llainaul, où il avait depuis 
lixé sa résidence, une somme de 3. 000 écus par nn 
messager secret'. Louis XI se souvint de la géné- 
rosité des Lyonnais envers le Dauphin. Son excel- 
lenle politique devait aider au développement des 
foires de Lyon, comme elle devait tirer parti de 
Taccroissement de la richesse de cette ville, due 
tout entière à son important négoce. Dès la pre- 
mière année de son règne, ^av Lettres du 7 octobre 
1461 , il confirmait les foires telles que Charles \'1I 
les avait établies, non seulement pour que cette 
ville pût se peupler, mais aussi, disait-il. en sou- 
venir de la « bonne loyauté » que les habitants de 
Lyon avaient toujours gardée à son père^. 

* Claude de Rubys, Histoire véritable de la ville de Lyon, Lyon, 
B. Nugo, 1G04, I vol. in-4, p. 34o. 
- IIH., Chappe VIII, 9 à 21. 



LE RÈGNK DE LOUIS \l 19 



(IIIAPITRE II 
LE RÈGNE DE LOUIS XI 



L EtablisscmeiU de quatre foires, leur organisation. Les Let- 
tres patentes de 1463 (n. s.). — II. La lutte de Lyon et de 
Genève pour les foires : § i. Les faits: S 2. Les idées. 



I. Etablissement de quatre foires : leur organisation. 

Louis XI, à son arrivée au trône, n'avait fait que 
mainlenir un état de choses existant. Il ne tarda pas 
à augmenter le nombre des foires et à les organiser. 
Par lui, elles furent constituées telles qu'elles 
devaient subsister. Sous son règne, Lyon devint 
une grande cité commerciale et grâce à sa politique 
les foires acquirent rapidement une importance si 
considérable qu'elles furent de grands marchés euro- 
péens où se firent, à la fois, la distribution des mar- 
chandises et le trafic du change. 

Les lettres du 8 mars 1463 (n. s.). — Les Lyon- 
nais, encouragés par la faveur que le roi leur avait 
manifestée, en montant sur le trône, s'efforçaient 
de développer leurs foires. Ils demandèrent aux 
marchands étrangers ce qu'il importait de faire pour 



2(1 mSTOKIi^UK DKS KOIKKS 

avoir des foires aussi imporlaiiles (jiie celles qui se 
lenaienl à Genève. Ceux-ci répoiidirenl que trois 
conditions étaient nécessaires. Il l'allait tout d'abord 
liberté cl IVancbise toute Tannée ou du moins uu 
mois pour chaque foire, puis quatre foires au lieu 
de trois et enfin la coïncidence de ces quatre foires 
avec celles de Genève'. Le Consulat résolnl de faire 
I ouïes les démarches nécessaires auprès du lloi pour 
obtenir de lui des lettres patentes. Il lit rechercher 
les titres que la commune possédait et. chargeant 
Pierre Barlerin de dresser un mémoire, il désigna 
des ambassadeurs qui iraient vers le Uoi « pour 
obtenir dudit seigneur lesdites foyres perpétuelles 
et la quatriesme foyre et en tel et semblable temps 
que sont et se tiennent les foyres de Genève et à si 
longs jours et si ample et plaine franchise et liberté 
que le bon plaisir dudit seigneur sera y donner et 
octroyer - » . 

Les ambassadeurs, au nombre de deux. Pierre de 
^'illars et Guillaume Pel, marchands de Lyon, partis 
au mois de février i463 (n. s.), eurent plein succès. 
Leur mission rapidement accomplie, ils revinrent à 
Lyon le 4 avriP, rapportant les Lettres de franchise 
données par le Uoi le S mars 1463. 

Ces Lettres, par les privilèges qu'elles conféraient, 
sont les plus importantes de toutes celles accordées 
à la ville et leur date marque le point de dépari du 
développement des foires. 

' BB. f), f° 4i v». 
'- IlAd., fo 58 v°. 
■' BB. (), f»'* ('y.', à 64 cl m i». 



LK HÈGNK UE LOIIS M 21 

Quatre foires étaient accordées à Lyon, de cha- 
cune « quinze jours ouvrables et continuels sans 
interruption », la première commençant le premier 
lundi après Quasimodo ; la seconde, le quatrième 
jour d'août ; la troisième, le tiers jours de novembre ; 
la quatrième, le premier lundi après la fête des 
Rois. Tous les marchands, sauf les Anglais « noz 
ennemis anciens », pouvaient fréquenter les foires 
sans craindre « marque, présailles ou représailles », 
jouissant de tous les privilèges des foires de Cham- 
pagne, Les marchandises étaient franches de toutes 
impositions, les monnaies étrangères avaient libre 
cours à leurs justes prix et valeur. Le Bailli de 
Màcon, Sénéchal de Lyon, nommé Conservateur 
des foires, avait aulorilé de juger rapidement tous 
débats commerciaux ^ . 

Afin que l'accomplissement de la volonté du Moi 
ne subît aucun retard, le Bailli de Màcon reçut 
mandement d'ordonner l'exécution de ces Lettres 
sans attendre leur enregistrement à la Chambre des 
Comptes. La foire de Pâques était proche et Lyon 
devait en avoir le bénéfice. Les gens des Comptes 
ne purent user de leur habituelle lenteur, car, dès 
le mois de juillet, ils durent, après plusieurs com- 
mandements, enregistrer les Lettres du 8 mars, 
Louis XI ne souffrant pas que sa volonté pût être 
tenue en échec "^. 



' Privilèges.. . p. 62. 

- liecnril des ordonnances..., L XV, p. ()\-: Pririlf-cfes..., p. 70 



•22 HisTOiuui i: bi;s foirks 

II. I.a lutte lie I.jon et de 6ienè>e pour les folrew. 

§ 1. Les faits. — Les Lettres du 8 mars ï/\G^, 
véritable livre d'or des foires de Lyon, en augnicn- 
lanl leur nombre et en changeant leurs dates, met- 
taient en concurrence directe, en rivalité immédiate 
la cité lyonnaise et la ville de Genève. Celle-ci pos- 
sédait, dès le xiv*" siècle, des foires réputées dans 
toute l'Europe. Sa situation en faisait le carrefour 
de plusieurs nations. 

Au nombre de sept pendant le xn'*" siècle, les 
foires de Genève s'étaieni, dans la première moilié 
du xv^ siècle, transformées en quatre principales. 
Elles avaient lieu à la Fête des Rois, à Pâques, à la 
Fête de saint Pierre aux liens (i*"' août), à la Fête 
des saints Simon et Jude (28 octobre). La durée de 
ces foires, assez courte au début lorsqu'elles étaient 
doublées de trois autres foires (Chaire de saint 
Pierre, 22 février ; Saint -Pierre et Saint -Paul. 
29 juin ; Saint-Barthélémy, 24 août), augmenta 
lorsque, par le jeu même des événements, les mar- 
chands délaissèrent ces dernières. 

Genève était un véritable entrepôt où se trou- 
vaient toutes les marchandises : les tissus, les armes 
et les métaux, la mercerie et les épiceries, les 
céréales, le bois et le bétail. L'industrie de la ville 
qui avait des enlumineurs, des graveurs et des 
orfèvres habiles et des fabricants demercerie, alimen- 
tait le marché des foires et attirait les acheteurs. 

La liberté du commerce y était à peu près com- 



LE Rf:GNE DE LOUIS XI 23 

plète. Les foires y étaient de véritables foires franches 
dégagées des excessives réglementations qni, à cette 
époque, de tontes parts, entravaient le commerce. 

Elles avaient une juridiction commerciale rapide, 
celle du Vidomne de la ville, où les causes étaient 
traitées oralement et exemptes du droit de sceau. 
Aussi les foires de Genève, après celles de Cham- 
pagne et de Brie, furent-elles le grand marché euro- 
péen *. Lyon devait, à son tour, acquérir Thégé- 
monie. Mais, si les foires de Genève avaient succédé 
à celles de Champagne sans qu'il y ait eu rivalité 
entre elles, la naissance des premières ayant coïn- 
cidé avec la décadence et la ruine des secondes, les 
foires de Lyon ne devaient remplacer celles de 
Genève qu'après une lutte acharnée. Lutte assez 
courte, mais d'autant plus intéressante qu'à travers 
ses phases on voit, en leur plein jour, la politique 
habile de Louis XI et la persévérante opiniâtreté du 
caractère lyonnais. 

Déjà Charles VIT, impressionné par le voisinage 
de Genève, avait voulu en tirer profit. Les mar- 
chands du royaume qui voulaient vendre leurs den- 
rées hésitaient entre Lyon et Genève. Pour beaucoup 
la première ville était moins éloignée sans doute, 
mais la seconde ne leur offrait- elle pas un marché 
plus important ? Là ils étaient certains d'écouler 
leur marchandise, leurs relations commerciales y 
étaient plus étendues et aussi plus anciennes. Sans 
interdire d'aller aux foires de Genève, Charles VU 

1 Borel, les Foires rie Genève, chapitres ii. m et iv. 



v»4 iiisioniuii: i)i;s loiiu'.s 

fil tlc'ft'Hsc (1 y iiK'iiff aiicuiu's dcnrccs, par le Bail- 
liage de Màcoii, sans les faire passer à Lyon. La 
saisie consliUiail la sanclion suffisanle d'un tel com- 
maiidemenl ', La mesure prise élail excellente, car 
elle neulravail poiul le eonimeree. El, si les mar- 
chands subissaient un relard, eu passant par Lyon, 
(lu moins pouvaient-ils trouver une compensation 
dans le trafic des foires de celle ville dont ils appre- 
naient le chemin. 

La lutte ainsi engagée, Louis XI put user de pro- 
cédés plus énergiques. Il en trouva d'excellents 
prétextes. Louis, duc de Savoie, beau-père du roi 
de France, ayant mécontenté la noblesse de Savoie 
et fuyant avec sa femme, Anne de Lusignan, devant 
leur fils Philippe, comte de Bresse, chef des mécon- 
tents, avait dû s'établir à Genève. Les Genevois 
laissèrent entrer en leur ville le fds séditieux (octobre 
i^\6i). Ce fut alors que, par Lettres du i^l octobre 
14C)'i, de Saint-Michaud-sur-Loirc , Louis XI défen- 
dit '( que doresenavant aucuns marchans ne autres 
quelconques de nostredit royaume ne yront ne 
mèneront leurs denrées ou marchandises ausdites 
foires qui ont accoustumees estre tenues audit lieu 
de Genève ne pareillement ny achepteront aucune 
et aussi que autres quelsconques estrangiers ne pas- 
seront ne feront passer allans ausdites foires ne 
retournans d'icelles aucunes denrées et marchan- 
dises par les fins et mêles de nostredit royaume 
pour aller a icclles foires sur peyne de perdre 

1 Lettres de Geny lesChaslons. dti 7 juillol i-i'c"» : IlII.^Cliappo 

VIII. 3 21. 



LE RÈGNR l)i: I.OIIS XI ,^5 

leurs denrées et marchandises el d'amende arbi- 
traire ». Tons recevaient le droit de s'emparer des 
marchandises allant à Genève ou en venant, le quart 
était attribué au saisissant, les trois autres quarts au 
Koi, par droii de confiscation. Les motifs de telles 
rigueurs ne consistaient pas seulement en ce que les 
habitants de Genève avaient commis « trahison el 
félonie envers nostre très cher et très ame père el 
cousin le duc de Savoye leur naturel seigneur ». 
mais aussi en ce que plusieurs serviteurs du Duc 
avaient été pris à Genève et qu'il était « à douter 
qu'ainsi le pourroient faire de nos subjects et autres 
marchands reconnuz d'être riches qui iroient et fre- 
quenteroient lesdictes foires de Genève * » . 

La rivalité de Lyon et de Genève en arrivait à 
l'état aigu. C'était la véritable lutte économique 
qu'une raison politique, habilement exploitée, per- 
mettait d'entreprendre et que, en l'avivant, venait 
encore dissimuler la sollicitude du lloi pour la sécu- 
rité de ses sujets. Les Lyonnais s'empressèrent de 
faire publier, jusques en Flandre et en Picardie, la 
défense d'aller aux foires de Genève, ils payèrent 
même les frais d'une publication faite en Savoie -, 
et, lorsque le Duc de Savoie, quelques mois plus 
tard (juillet i463), vint en leur ville, ils lui firent 
mie telle réception que le roi Louis XI leur en 
adressa ses remerciements^. 



' IIH., Chappe VIII, 2.3 à 33: PriviV-ges..., p. 3ri. 
2 BB. 7, f° 3o7 V», 332. 

* Vaesen et Charavay, Lettres de Louis XI, Paris, Renouarrl, 
i885. o vol. in-8. t. II, lettre LXXXV. 



2C> FiiSTORion. i)i:s f<iiiu:s 

Les Genev(>is senlirenl le coup (jiic le Uoi de 
France portail à leurs foires. Non st-ulenienl les 
défenses de Louis XI fermaient la roule de lOuesl, 
mais en supprimani le (rafle français à Genève elles 
devaient avoir pour résultat d attirer à Lyon les 
marchands étrangers. Les Genevois comblèrent de 
présents le Duc de Savoie et ils envoyèrent des 
ambassadeurs auprès des villes d'Allemagne dont 
Louis XI était lami. Les Ligues étaient atteintes par 
l'Ordonnance du Roi, elles allaient subir la perte 
ou du moins la diminution des péages qu'elles per- 
cevaient des marchands de TAllemagne du Nord et 
des Flandres se rendant aux foires de Genève, 

Une ambassade fut chargée d aller porter leurs 
doléances au Uoi de France. Celui-ci, invoquant la 
grande amitié qu'il avait pour les Ligues, déclara 
qu'il lèverait les défenses quand les habitants de 
Genève feraient réparation à son beau-père et se 
diraient ses sujets très obéissants. Il déguisait un 
refus, les habitants de Genève n'ayant jamais été les 
sujets des Ducs de Savoie. A la violence, les Gene- 
vois opposaient, du reste, la violence et si le Uoi 
empêchait ses sujets d'aller à leurs foires, ils arrê- 
taient, de leur côté, les marchands allemands, 
lombards et florentins qui voulaient venir aux foires 
de Lyon ' . 

Louis XI n'était point disposé à modifier ses 
Ordonnances ; et par Lettres, de Ponloise, du S sep- 
tembre i i6S, il enjoignait à tous les marchands du 

' BB. 9. fo 7.". v\ 



LE RÈGNE DE LOUIS XI 27 

royaume ayant des marchandises à Genève de les 
ramener avant la fêle de la Toussaint prochaine, 
sous les peines précédemment portées ^ Il prenait, 
d'autre part, des mesures de représailles contre les 
habitants de la Savoie parmi lesquels les Genevois 
avaient gardé des intelligences"^. Il enjoignit au 
Bailli de flacon de « prendre, saisir et empescher 
tous les marchans dudit païs de Savoye » s'il venait 
à sa connaissance que les Allemands ou les Italiens 
eussent été arrêtés au pays de Savoie comme cela, 
disait-il, avait eu lieu •^. Peu après, confirmant, en 
octobre i464, les foires concédées par lui à Lyon, 
il renouvelait les défenses faites à tout marchand du 
royaume d'aller à Genève « sur peine de confiscation 
de corps et de biens * » . 

Lyon, jusque-là, avait été servie par les rancunes 
que le Duc de Savoie gardait aux Genevois. Cet 
appui lui manqua lorsque le duc Louis mourut, 
laissant pour successeur son fils qui, comprenant 
mieux les intérêts de ses sujets, inaugura une poli- 
tique toute favorable à Genève. Non seulement il 
protégea les marchands qui se rendaient aux foires 



' HH., Chappe VIII, 23 à 33. 

- BB. 9, fo i37 V. 

* HH., Chappe VIII, 23 à 33, lettres de Nog-ent-le-Roy, 29 avril 
1464. 

'* Lettres de Rouen du dernier jour d'octobre 1464 : « Et en 
outre, avons deffendu et defîendons derechef par cesdites pré- 
sentes à tous les marchans de notredit royaume qu"ilz ne soient 
si hardiz de aler ne fréquenter aucunement audit lieu de Genève 
pour le fait desdites foires sur peine de confiscation de corps et 
de biens. » 



(le celle ville, mais il déi'eiKlil de sortir des denrées, 
pendanl les foires de Genève, pour les eondiiiic ail- 
leurs (ju'à ces foires (sej^Lembre i465). Il prenail 
ainsi en faveur de celle ville l'ordonnance même 
que Louis XI, Irois ans auparavant, avait prise en 
faveur de Lyon. Les démarches que les Lyonnais 
fireni auprès de lui ne pouvaienl avoir de résultat. 
Ils ne faisaient eux-mêmes aucune concession, sans 
répit ils publiaient en Bourgogne et en Dauphiné 
les défenses du Roi d'aller aux foires de Genève, et 
pour empêcher qu'elles ne fussent violées, ils 
payaient la garde des passages du Dauphiné ^ 

Les foires de Lyon, comme celles de Genève, se 
trouvaient donc pour ainsi dire isolées et les mar- 
chands étaient dans l'impossibilité d'aller de France, 
ou par la France, à Genève, comme d'aller par la 
Savoie à Lyon. Il semble cependant que, dans un tel 
duel, cetle dernière ville devait subir des coups plus 
graves que sa rivale. La Savoie n'était-elle pas la 
route suivie par le plus grand nombre des Alle- 
mands et des Italiens? Ce fut du moins la pensée de 
Louis XI, car, dès le mois de mai i/\66, le bruit se 
répandait à Lyon que le Roi avait abandonné deux 
foires à Genève. Les Lyonnais en furent 1res émus 
et ils décidèrent aussitôt d'envoyer « gens dislrelz 
et bien advertiz de la matière pour en parler au roy, 
à son conseil et aillieurs où il sera nécessaire et les- 
queulx aient charge et puissance de fere de par de 
là des dons et graluitez pour acquerrir amys et gens 

1 HB. lo. ("•" ii() v", I20 v", l'^o. il'.i V". I.S.") y", ce. -l,'?.). •'.'J. 



LE KÈGNE Dl-: LOUIS XI 29 

qui aideul à enlreleiiir lesdites tbyres aussi fere 
aucuu clou el service au roy se besoiug est ». Les 
euYoyés fureul Pierre Balariu, Ilumberl de Varey 
et le Procureur de la ville'. En réponse à leur 
démarche, le lloi écrivit aux Lyonnais que, bien que 
sollicité par son beau-frère, Philippe de Savoie, il 
n'avait fait aucun changement aux foires, il les 
assurait qu'il n'en ferait aucun sans leur avis et sans 
celui des marchands étrangers-. Cette assurance ne 
calma point l'opinion publique, puisqu'un mois 
après, les échevins envoyèrent l'un des leurs à la 
Cour pour savoir si le Roi était disposé à apporter 
quelque changement aux foires^. 

Leur inquiétude était légitime. De Montargis, en 
effet, le i4 septembre 1466, Louis XI écrivait aux 
syndics de Genève, qu'à la requête de Philippe 
de Savoie, il avait décidé que deux foires se tien- 
draient à Genève et deux à Lyon. Il les invitait à 
envoyer des députés à Montluel, au i5 octobre 
venant, avec lesquels se rencontrerait Guillaume 
de Varye, général de France, accompagné de mar- 
chands du royaume. 

Les Genevois envoyèrent-ils des députés à Mont- 
luel? Nous ne le savons pas, mais ce qu'il y a de 
certain, c'est que Guillaume de Yarye ne se trouva 
pas au rendez-vous. Il s'en excusa pour des raisons 
d'affaires et annonça qu'il serait à Montluel le 8 ou 



1 BB. 10, f"» i(')-2 r", i6[). 

- Lettres de Sully, i8 juillet 1466, pièce justificative III. 

3 BB. 10, fo 191 r». 



:;o iiisToiuoi i; dks koihks 

y mars'. Il dcvail. pour se rendre à (jenève, passer 
par Lyon eL s'aboucher avec les marchands français 
el élrangers. Pour ceLLe mission, il avail reçu des 
inslruclions très détaillées du Hoi. 11 devait assembler 
tous les marchands de la ville el loules les « nations » , 
remercier celles-ci de venir an royaume << en leour 
offrant de par le roy tout ce qui est possible doll'rir 
et sur ce leour dire toutes les belles parolles qnilz 
porront ». Cela fait, exposer que le Duc de Savoie 
avail demandé an Hoi que deux foires soient tenues 
à Lyon et deux à Genève, indiquer la parenté de 
la famille de Savoie avec la famille de France, mon- 
trer que la Savoie pouvait détruire les foires de 
Lyon en empêchant le passage des Allemands el 
des marchands de Lombardie, enfin, annoncer la 
réunion de Monlluel, parler de l'amour du roi pour 
les marchands et dire que le Roi ne ferait rien qui 
leur déplaise". 

La venue de Guillaume de Varye était annoncée 
pour le 9 mars à Montluel. Il arriva ce jour-là à 
Lyon, et aussitôt le Consulat décida d'envoyer vers 
lui, pour connaître l'étendue de ses pouvoirs, la 
manière dont il se proposait d'en user et le prier 
d'entendre les requêtes des gens d'église de la ville. 
On délibéra de donner au général une somme de 
cent écus d'or « affm qu'il ait toujours ladite ville 
pour recommandée"^ ». Guillaume de Varye, pen- 

' Borel, les Foires de Genève, pièce justificalive XXVI. 

■î IhuL, pièce justificalive XXVIII el HH,, Cbappe VIII, :U) à 



Ll*: HEGNE UE LOUIS XI 31 

daiiL son séjour à Lyon, poiirsiiiviL la mission dont 
il était chai'ué. 

Le 9 avril 1467 (après Pâques), il réunit les habi- 
tants les plus notables et leur demanda a laquelle 
des deux meilleures desdites quatre foyres qui sont 
pasques et toussains seroit la plus utile et la plus 
prouffitable fere tenir en ladite ville de Lion pour 
le bien dicelle ville et du Roy et laquelle des autres 
deux qui sont aoust et Tapparicion est semblable- 
ment la plus proullitable afiin de retenir pour ladite 
ville les deux meilleures desdites quatre foyres 
départie par la manière dessusdite au cas que ne 
pourrions traiter avec lesdits de Savoye que lesdites 
foyres de Pasques et Toussains demourassent en 
ladite ville de Lion ». Les notables répondirent 
qu'ils désiraient les quatre foires, mais que s'ils ne 
pouvaient faire autrement, ils préféraient garder les 
foires de l'Apparition et de la Toussaint. 

Le lendemain, 10 avril, Guillaume de Varye 
assembla les plus importants des marchands de 
chaque « nation ». Interrogés sur la division des 
foires, ceux-ci répondirent qu'elle serait un dom- 
mage pour eux entraînant de gros frais, soit à cause 
du charroi, soit à cause du louage des maisons, 
qu'ils préféraient quatre foires à Lyon ou quatre 
foires à Genève, mais ne voulaient se prononcer sur 
le choix des foires désirant ne déplaire ni au Roi, 
ni au Duc de Savoie. Les marchands étrangers reçus, 
le Doyen de Saint Jean et huit ou dix autres gens 
d'église vinrent recommander à l'ambassadeur du 
Roi le fait des foires. 



.!•,> lllSTOinUlH DES I-'UIHKS 

Puis, Its consuls ou cchevins se présenlèrcnl vu 
(lélégalion el par la voix du LieulenanI du bailli, 
ils déclarèrent qu'ils ne voulaienL choisir aucune 
i'oire et que si le Roi voulait donner des foires à 
Genève, qu'il n'avait qu'à donner les quatre foires 
de Lyon et non pas deux seulement*. Le i i avril, 
de Varye écouta les marchands d'Espagne (jui 
venaient d'arriver à Lyon et qui, comme les autres 
étrangers, se montrèrent hostiles au partage des 
foires. Le même jour, il partit pour Montluel où il 
s'arrêta le soir à l'auberge des Trois-Roys. 11 et ail 
presque nuit, et comme le lendemain était un 
dimanche, les pourparlers ne commencèrent que le 
i3. On ne put se mettre d'accord. Les envoyés de 
Genève voulant unir les foires d'août et de Tous- 
saint d'une part, celles d'Apparition et de Pâques 
d'autre part, et en donner deux à chaque ville, les 
envoyés du Roi proposèrent de laisser quatre foires 
à chacune des deux villes, en proclamant la liberté 
du commerce. On fut d avis d'en délibérer el de 
rapporter une réponse au mois de mai suivant"-. 

Les habitants de Lyon firent tous leurs efforts 
pour que les négociations entreprises ne puissent se 
terminer qu'à leur avantage. Ils tentent d'agir sur 
l'esprit de Guillaume de Varye par des dons el de 
gagner son entourage. Puis, n'ayant pas entière con- 
fiance dans le résultat de leurs générosités, ils 
recourent aux procédés dilatoires. Ils font appella- 

' BB. lo, f» 24;^ v». 

* HH., Ciiappe VIII, 3y-r)i : Procès-verbal do Guillaume de 
Varye, du 22 juillet l'iôj. 



LE RÈGNE DE LOUIS X[ 33 

tion contre le général de A arye. Ils allèguent qu'il 
a bien montré l'affecLion qu'il avait et qu'il « est 
très suspect en celle matière » à cause de ses galères 
et marchandises et de son inlérêl particulier ^ Mais 
ne voulant pas attirer ses rancunes, ils se rendent 
vers lui « lui remonstrer entre autres choses que les 
récusacions, causes de suspicion et d appel bailléez 
audit monseigneur le général et dont se plaint fort 
icelluy monseigneur le général, n'ont pas esté bail- 
léez pour lui déplaire, ne pour l'irriter... et que des- 
dites causes de suspicion et récusacion avoient esté 
advertiz par gens et marchians estrangiers fréquen- 
tans lesdites foyres, aussi qu'il n'y avoit chose dont 
il se deust irriter ». 

Le même jour, ils décident d'envoyer « a ma 
damoyselle sa femme estant de j)résent en ladite 
ville... le drapt d'une robe de veloux ou autre telle 
chose que l'on pourra sentir lui être agréable^ ». 

Ni les cadeaux, ni les appellations n'empêchèrent 
que les négociations, renvoyées du mois de mai au 
mois de juin, ne fussent reprises, après un relard, 
au mois de juillet. Le 22 juillet, une convention fut 
passée entre les ambassadeurs laissant une alterna- 

' IIH., Chappe, VIII, 39-01 : Procès-verbal de Guillaume de 
Varye, du 22 juillet 1467. Il est curieux de noter que Guillaume 
de Varye « général des finances » du roi Louis XI avait été le 
premier comptable de Jacques Cœur qui avait fait sa fortune 
(Lavisse, Histoire de France, t. IV, 11, p. 148). Les généraux des 
finances régissaient les finances extraordinaires c'est-à-dire la 
taille, les aides, la gabelle. Les trésoriers de France régissaient 
les finances ordinaires : domaine. 

2 BB. 10, f°^ 244, 245; ce. 420, 45. 

M. B. 3 



3i iiisiuuM.iLi; i)i:s loihi.s 

livc : ou bien I on parlagerail les foires, 1 une des 
villes ayanl celles de l'Apparilion el de Pâques, 
l'aiilre celles daoûl el de Toussaint, tous marchands 
pouvanl aller à Genève — ou bien Genève aurait 
comme Lyon quatre foires, libres à tous marchands. 
Le lendemain, les conseillers de Lyon en reçurent 
la nouvelle de la bouche même des commissaires 
qui leur demandèrent de choisir entre les deux solu- 
tions. Ils refusèrent de délibérer sans en avoir référé 
aux marchands, tant de la ville que des pays étran- 
gers, ce qui ne pouvait se faire avant les foires 
d'août'. Ils protestèrent contre tout ce qu'avaient 
pu faire les commissaires du Roi avec ceux de Savoie 
et de Genève et déclarèrent qu'ils en appelaient au 
Roi et à sa Cour de Parlement^. Ils envoyèrent 
aussitôt vers le Roi Barthélémy Rellièvre, avec 
charge de faire annuler la convention de Montluel 
et d' « offrir et octroyer ou fere ofïrir, convenir et 
promectre audit seigneur luy convertir, employer 
et ordonner en harnoys ou autre telle chose que son 
bon plaisir sera jusques a la valeur de ladite somme 
de 1 1 M. L. t. et oultre plus de donner, accorder 
et promectre de paier se besoing est à aucun ou 
aucuns personnages de la court quil sentira estre 
j)ropices et convenables... jusques à la somme valeur 
de cent ou deux cens escuz^ •>. Le don des harnais 
toucha Louis XI déjà si favorable aux foires de 



1 BB,, fo* 267 et suiv. 

- IIII., Chappe VIII, ig-rn. 

■ BB. 10. f" ■>(]() V". 



LI-: lŒGNE DE LULIS \l 35 

Lyon. Il demanda un peu plus qu'on ne lui offrait 
et quand il l'eut obtenu*, il fit la Déclaration de 
Vendôme du 14 novembre i 467 . En raison de la 
loyauté et de la bonne obéissance des habitants de 
Lyon et du don de « trois mille neuf cent quatre 
vingt neuf livres, dix solz tournois pour paiement 
de deux cents harnois complets », il révoquait le 
consentement donné par ses commissaires à Mont- 
luel et ordonnait que les quatre foires fussent tenues 
à Lyon selon la forme de leur établissement et sans 
que rien fut innové-. 

Après plus d'un an de pourparlers, Louis XI 
rompait avec la politique de conciliation, la lutte 
reprenait sa forme brutale. Mais Lyon se trouvait 
dans des conditions plus favorables. 

Les Allemands, en effet, pouvaient librement 
arriver dans cette ville, car. depuis le 12 août 1467, 
un accord était intervenu à Fribourg entre les 
ambassadeurs de Savoie, Berne et Genève, pour 
assurer la liberté du passage à tous marchands 
d'Allemagne et à leurs marchandises, allant aux 
foires de Lyon ou en revenant^. Il apparaissait donc 
que déjà les -Allemands préféraient fréquenter les 
foires de Lyon plutôt que celles de Genève. Cette 
fréquentation était, pour Lyon, une cause de supé- 
riorité sur sa rivale à une époque où les marchands 
venaient aux foires, non point seulement pour 



1 BB., fos 285 v°, 287 v°, 289 v°. 

^ Privilèges..., p. 5o. 

•^ Borel, op. cit., pièce justificative XXXIX. 



36 IIISTUIUQLE Di:S FOIRES 

apporter leurs marcliandises, mais pour en acheter 
d'autres qu'ils devaient emporter et revendre dans 
leur pays; les Allemands étaient de gros acheteurs, 
et leur présence sur un marché devait nécessaire- 
ment y amener de nombreux vendeurs. 

La lutte contre Genève, esquissée timidement 
mais avec habileté par Charles VII, reprise par 
Louis XI et conduite par lui, tantôt violemment, 
tantôt avec des procédés diplomatiques d'atermoie- 
ment, fut toute au profit de Lyon. Sans qu'on puisse 
exactement en saisir tous les motifs, dont les plus 
importants furent, à n'en pas douter, la politique 
de Louis XI et le développement économique de la 
France sous son règne, Lyon l'emporta sur Genève. 

Entre tons, le règne de Louis XI fut favorable 
aux foires de Lyon. Non seulement le Roi avait 
augmenté leur nombre et fait coïncider leurs dates 
avec celles des saisons, oîi des produits divers appa- 
raissant venaient satisfaire des besoins différents, 
non seulement il avait organisé le fonctionnement 
des foires, établi les institutions qu'elles compor- 
taient, mais il en avait fait de grands marchés, 
libres de toute entrave, véritablement francs, assu- 
rant, par une volonté énergique et clairvoyante, la 
circulation de toutes les marchandises, de toutes les 
monnaies et de tous les marchands. 

§ II. Les mÉES. — Il peut être intéressant de 
recueillir les arguments que les habitants de Lyon 
invoquaient pour garder leurs foires et éviter qu'au- 
cune d'elles ne fût distraite au profit de Genève. 



LE RÈGNE DE LOUIS XI 37 

Certes, les Lyonnais avaient rapidement compris 
l'intérêt de leur cité à être le centre de tels rendez- 
vous commerciaux, mais quelles idées économiques, 
politiques, financières faisaient-ils valoir pour sau- 
vegarder cet intérêt et par quelles doctrines jus- 
tifiaient-ils leurs prétentions? 

Dans leurs placets au Roi et leurs mémoires, ils 
invoquent habilement l'intérêt financier du Roi. 
Les impôts perçus sont plus considérables que s'il 
n'y avait point de foires. Il y a, disent-ils, à Lyon 
des marchands qui possèdent une grande quantité 
de marchandises ; ils ne payent rien en temps de 
foire, mais hors de foires ils payent sur ces mar- 
chandises les aides et autres droits du Roi. Par les 
foires, en outre, se peuple le royaume autrefois si 
dépeuplé. Lyon est à la frontière et beaucoup 
d'étrangers, attirés par le commerce, viennent s'y 
établir. Ceux qui n'y fixent pas leur résidence dépen- 
sent en charrois et péages et aussi, pendant leur 
séjour à Lyon, en louage de boutiques et en frais 
d'hôtellerie. D'autre part, en raison des foires, se 
se trouvent à Lyon « plusieurs grans marchans et 
banquiers de divers païs et nacions » ; le Roi, s'il a 
besoin d'argent, peut leur emprunter, « ce qu'il ne 
feroit pas ^s'ils demeuraient à Genève ». Détruire 
les foires de Lyon aurait pour funeste conséquence 
de faire perdre ali Roi et des contribuables et des 
prêteurs. Enfin, par les foires, la monnaie du Roi 
besogne comme jamais elle n'a besogné. Sa quantité 
s'accroît par la fabrication qui s'en effectue à Lyon. 
Les commis de l'atelier de la Monnaie de Lyon en 



;^S IIISTOUIQIK Di:s FOIKKS 

lémoigiK'iil c'L ils déclarent que, depuis TédiL éla- 
blissanL les foires, ils ont ouvré et livré plus grande 
quantité de monnaie d'or et d'argent qu'ils n'avaient 
jamais fait auparavant '. C'est là encore une source 
de revenus pour le Roi, qui prélève le droit de 
seigneuriage. Le numéraire s'accroîtrait au reste de 
lout « l'argent blanc » que feraient ouvrer les Alle- 
mands s'ils n'avaient peur du transfert des foires. 
Les Lyonnais insistent surtout sur les arguments 
d'ordre économique. Tout ce concours de mar- 
chands étrangers aux foires accroît le bien-être du 
royaume. La marchandise abonde au pays ; elle se 
vend mieux et à meilleur marché ; aussi les foires 
sont-elles très profitables au menu peuple. Ce rôle 
des foires a été parfaitement saisi par les auteurs 
des mémoires. Ils ont compris que par elles était 
résolu le problème de la distribution des marchan- 
dises, si compliqué à une époque où les communi- 
cations étaient difficiles et sans sécurité dans un 
pays où la population se trouvait d'une densité trop 
faible pour que le produit du travail pût satisfaire 
aux besoins variés de tous les consommateurs. Ils 
insistent sur ce rôle de distribution des marchan- 
dises ; ils le font implicitement, car ils n'en sont 
point arrivés à formuler des théories économiques 
abstraites. Ils ont le sentiment très net que les foires 
supprimées ou leur nombre réduit, les marchan- 
dises seraient en moins grande quantité et d'un prix 



' Un hôtel des monnaies avait été établi à Lyon par Lettres 
royaux, Paris, i3 décembre i4i5 (Isambert..., t. VIII, p. 427). 



LE UÈGNE DE LOUIS XI 39 

plus cher. Ne s'élevant pas au-dessus d'une cause 
concrète, ils répètent que la lutte contre les foires 
de Lyon est conduite par les grands marchands, que 
ce sont eux qui veulent leur partage avec Genève. 
« Aucuns marchans grossiers et puissans... tant de 
Paris, Tours, Orléans, Montpellier que aultres 
bonnes villes de ce royaume » veulent, disent-ils, 
« par leurs emprinses et subtillitez assujectir a eulx 
les petitz marchans et le commun peuple pour livrer 
leur sang et substance. » Il y avait eu au partage 
des foires, nous l'avons vu, des motifs plus con- 
formes à l'intérêt commun, plus impérieux aussi. 
Le Roi, en envoyant de Varye à l'assemblée de 
Montluel, n'avait pas été la dupe de telles machina- 
lions. Les auteurs des placets croyaient-ils eux- 
mêmes leurs allégations véridiques? Cela est peu 
probable quand on les voit en même temps affirmer 
que Genève, pour anéantir les foires de Lyon, a 
transféré ses foires aux jours de celles de Lyon. Ils 
savaient bien cependant que c'était là le contraire 
même de la vérité. Mais, quand le Consulat décla- 
rait au général de Varye qu'il ne voulait point 
choisir entre les foires, il traduisait l'opinion pu- 
blique, car les Lyonnais restèrent toujours con- 
vaincus que leurs quatre foires étaient à tel point 
solidaires qu'une suppression partielle équivalait à 
une suppression totale. Cette opinion était exacte, 
non point seulement parce que les foires coïn- 
cidaient avec les saisons et qu'à chacune d'elles 
se vendaient les marchandises « qui ne se peuvent 
garder ains se veulent incontinent en leur saison 



io iiisTORiun: i)i:s foires 

eslre employées », mais aussi parce que leur durée 
était temps de franchise et que les marchandises qui 
y étaient amenées n'y étaient point toutes vendues. 
Si les foires étaient à trop grande distance les unes 
des autres, il en devait résulter pour les marchands, 
obligés de transporter leurs denrées ou de louer des 
boutiques pour les entreposer, des frais considé- 
rables constituant une entrave au commerce. 

A l'argument tiré de la hausse des denrées, les 
habitants de Lyon ajoutaient deux arguments éco- 
nomiques : le partage des foires devait avoir, selon 
eux, pour conséquences une crise immobilière et 
une disparition importante de numéraire. 

En raison des foires, disent-ils, des maisons con- 
sidérables ont été construites et celles qui exis- 
taient ont pris de la valeur. A la spéculation immo- 
bilière, certains « ont employé la pluspart de leur 
vaillant », car il fallait loger à Lyon les marchands 
qui s'y rendaient et leurs marchandises ; « soubz 
l'espérance desdites foyres plusieurs ont édififié 
somptueusement et acheté maisons à hault pris ». 
L'espérance de gain était certaine ; que va-t-elle 
devenir ? Les foires supprimées ou, ce qui revient 
au même, partagées, la ville va se dépeupler, les 
marchands n'y séjourneront plus, les marchandises 
n'y seront plus entreposées, les maisons se reven- 
dront à bas prix, n'ayant plus la même utilité 
qu'auparavant. Déjà la seule crainte que les foires 
ne fussent transférées à Genève a empêché les 
étrangers de donner suite aux projets qu'ils avaient 
formé « de faire plusieurs notables fondacions et 



LE RÈGÎfE DE LOUIS XI 41 

édiffices en certaines églises de ladite ville... et aussi 
belle tour et horloge sur le pont de Saonne ». Puis, 
reprenant sous sa forme économique l'argument 
qu'ils avaient présenté au point de vue fiscal, ils 
insistaient sur ce que les foires ayant provoqué une 
frappe abondante de monnaies, le numéraire en 
circulation serait réduit par le fait de leur dispa- 
rition. 

Telles sont les principales raisons économiques 
présentées par les habitants de Lyon en faveur des 
foires. Leur valeur est certaine. Les Lyonnais 
avaient non seulement compris tout le profit que 
leur ville tirait des foires, mais ils avaient su mon- 
trer que l'intérêt général du royaume était lié à 
leur sort. 

Aux arguments d'ordre financier et économique, 
ils ont ajouté un argument d'ordre politique qu'il 
faut citer pour être complet, comme savaient l'être 
les gens de cette époque. Le Roi, disent-ils, a intérêt 
à conserver les foires, car par elles toutes les 
nations sont contraintes de conduire leurs marchan- 
dises aux foires pour les vendre en son royaume. 
Il n'y a grand dommage, pour cela, qu'il ne puisse 
faire à telle nation qu'il voudra, sans être obligé 
de recourir à la guerre, par la seule défense d'entrer 
en son royaume les marchandises de cette nation, 
« car les marchandises d'icelle nacion ne se pour- 
roient bonnement despecher sans les marchans dudit 
royaume et si s'en passeroit bien ledit royaume ». 
Ce raisonnement était-il présenté comme un sérieux 
argument politique ou bien n'avait-il dans la pensée 



42 HISTORIQli; l>i:S lOlltKS 

de ses auteurs qu luic valeur de tlalLerie? Celte der- 
nière hypothèse paraît phis vraisemblable. Les 
J^yonnais ont Irop bien compris le lien qui unissait 
les foires entre elles pour s'être mépris aussi nelfc- 
menl sur la solidarité des transactions internatio- 
nales qui s'y effectuaient*. 



' IIII., Chappe VIII, Sg-Bi : Placel au roi, Mémoire au Grand 
Conseil du roi, Mémoires dos marchands étrangers, Certification 
des sardes de la Monnaie de Lyon. 



J.A CRISK m: l'i8'i A 1494 43 



CHAPITRE III 

LA GRISE DE 1484-1489 ET 1489-1494 



I. Les Etats Généraux de Tours (1484) : § i. Les idées des mer- 
cantilistes ; § 2. La suppression des foires de Lyon. — H. La 
lutte pour le rétablissement des foires. — IIL Le rétablis- 
sement de deux foires à Lyon (i 487-1 489V — IV. Le réta- 
blissement des quatre foires (149I). 



I. Les Etats Ciéuéraux de Tours de 1484. 

Les Lettres de novembre i4<^7 meUanl fin à Loiile 
négociation avec Genève et la Savoie, les foires 
avaient pris à Lyon une importance d'autant plus 
rapide que leur institution était définitivement main- 
tenue et que la politique générale du Roi tendait à 
favoriser le commerce. 

Charles A III, arrivant sur le trône, confirma l'éta- 
blissement des foires. 

Les Lettres d'octobre 1488, données par lui, à 
Blois, n'étaient qu'une ratification des Lettres de 
i463 dans toutes leurs dispositions, maintenant les 
quatre foires à leurs dates et avec tous leurs privi- 
lèges ^ 

Les Lyonnais semblaient donc pouvoir se livrer 

I HH., Chappe VIII, 39-01. 



44 HISTURIULK DKS FOIHKS 

au commerce en toute sécurité. La fortune de Lyon 
et son négoce soulevaient cependant de vives jalou- 
sies. Certaines villes, voyant tout l'avantage que 
l'institution des foires donnait à Lyon, eurent l'am- 
bition de les lui enlever et de se les faire octroyer 
à elles-mêmes. Elles pouvaient, sous le règne d'un 
roi jeune et pourvu d'un Conseil de régence, nourrir 
avec plus de confiance des espérances qu'elles 
n'avaient point songé à manifester du vivant de 
Louis XL Activement, habilement aussi, elles entre- 
prirent, dès les premiers mois qui suivirent l'avène- 
ment de Charles VIII, une lutte qui. sous le couvert 
des intérêts généraux, devait tourner à leur profit, 
elles l'espéraient du moins. Le Languedoc gardait à 
la ville une vive rancune. Sous le règne de Louis XI, 
le commerce des épiceries avait trouvé dans les 
foires un important marché, Lyon l'avait emporté 
sur Aiguës -Mortes et Narbonne où venaient aupara- 
vant les galères de Venise et qu'envahissaient les 
sables*. Le complot éclata brusquement aux Etats 



' « Le général de Languedoc a pourlé parole grandement à 
nostre desadvantage en la présence du roi et du Conseil » (AA, 
83, i). Les lignes suivantes font bien comprendre la lutte d'intérêt 
entre Lyon et le Languedoc : Remontrances au Roi des habitants 
de Lyon « sur ce que aucuns taschans à leur singulier prouffit 
délaissant le bien de la chose publicque se sont effourcez faire 
faire certaines ordonnances par lesquelles ilz veuUent faire 
défendre que draps d'or... et qu'aucune épicerie n'entre audit 
royaume que celle qui sera amenée par les gallées de France ne 
par ailleurs que par le port d'Aigues-mortes en Languedoc, 
lélappe d'icelle en la ville de Montpellier oudit pays de Langue- 
doc » (HIL, Chappe Vlll, 87-94, sans date, (fin xv« siècle). 



LA CRISE DE 1484 A 1494 45 

Généraux tenus à Tours en i484 (mars i483 a. s.). 
Il est extrémemenl probable que les délégués des 
régions qui désiraient les foires s'entendirent à ce 
sujet et s'unirent pour aboutir au résultat qu'il était 
nécessaire d'alleindre tout d'abord : la suppression 
des foires de Lyon. Ils y arrivèrent d'autant mieux 
qu'ils trouvèrenl dans les idées économiques de leur 
temps l'argument décisif qu'ils n'eurent plus qu'à 
exploiter. 

§ I. Les idées mercantilistes. — L'argent élail 
rare dans le royaume et, aux yeux de tous, la petite 
quantité de numéraire en circulation était la preuve 
manifeste de la pauvreté publique. Beaucoup de 
monnaies étaient dépréciées ou détériorées, « Telle- 
ment ce royaume est dénué d'or et d'argent, disaient 
les Cahiers des Etats Généraux, qu'il n'y en a comme 
point, excepté celui qui est es chaine dor et es 
bourses de ceux qui prenoient les grands pensions et 
prouffîts*... » 

De celte disette monétaire les foires de Lyon 
furent accusées d'être la cause. Par elles, disait-on, 
s'écoulent l'or et l'argent du royaume. Les mar- 
chands des pays étrangers remportent en leurs 
escarcelles les monnaies que les habitants leur ont 
données en paiement des marchandises amenées. 
L'exode des monnaies est d'autant plus facile que 
Lyon est une ville frontière, fréquentée par des 

^ Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises, t. XI, 
p. 4a. 



46 iiisïomuiK ui:s iuiiu;s 

marchands de toutes nations, il est d aulanl plus 
important que les étrangers viennent y vendre des 
marchandises qui se payent à haul prix, telles que 
les épices, les draps dor et de soie, quenfm l'occa- 
sion s'en présente à chacune des foires, c'est-à-dire 
quatre fois par an. Non seulement, dans l'opinion 
publique, les foires de Lyon occasionnaienl la fuite 
du numéraire hors du pays, mais encore elles faci- 
litaient l'introduction des monnaies faibles ou 
décriées que les marchands étrangers écoulaient 
dans leurs opérations. 

Les Lyonnais ne laissèrent pas sans réponse les 
accusations portées contre leurs foires. On peut 
dire, en toute impartialité, que leurs arguments les 
réfutaient victorieusement. 

Ils firent remarquer que toutes les marchandises 
se vendaient aux foires de Lyon et non point seu- 
lement les marchandises étrangères et de haut prix. 
Si les étrangers viennent y vendre, disaient-ils, ils 
viennent aussi y acheter'. Les Italiens y apportent 
les draps de soie et les épices, mais il s'y écoule une 



' « RespondenL... que si ledit billon qui crois l cl est en cediL 
royaume en etoit gecté elempourté sans en y appourler et mectre 
ils auroienl quelque occasion de parler de destruction mais ou 
ledit bilon ne croit oudil royaume ains y est appourté au moyen 
desdiles foyres car comme dit est ce ne ce peiilt appeler destruc- 
lion el silz dientquilz sortisl grant billon dudit royaume il faull 
doncques par nécessité quil y soit appourté car comme dit est 
il n'y croyt pas et s'il en sortist s'est enfance de y donner permis- 
sion... » Remontrances au Roi par le cardinal archevêque, 
doyen, chapitre, conseillers, manants et habitants de Lyon 
ce. 3978, 7 (sans date). 



LA CRISE DE 1484 A 1494 47 

très grosse quantité de marchandises du royaume 
comme les vins du Lyonnais, les draps de Nor- 
mandie, du Berry et du Poitou, les toiles du Gha- 
rolais et du Roannais, le safran du Vivarais et du 
Gévaudan, les cuirs et pelleteries d'Auvergne et du 
Limousin, la mercerie de Paris, « car pour ung 
denier qu'a cause de ce (draps de soie) sortist hors 
dudit royaume il en vient quatre et plus ». L'apport 
des marchandises et leur variété sont tels qu'une 
vente trouve le plus souvent sa contre-partie dans un 
achat, on échange plutôt qu'on ne traite à deniers 
comptants, à tel point qu'à chaque foire, à la Loge 
des changes, s'opère entre marchands une large com- 
pensation. Quant à la circulation des monnaies 
dépréciées, les Lyonnais, prenant l'offensive, accu- 
saient formellement certains marchands de Paris et 
du Languedoc « lesquelz vont en Flandres et autre 
part hors du royaume achepter monnoyes faibles et 
icelles ont fait porter audit Lyon pour lui donner 
cours ». 

Mais il était un grief que les Lyonnais s'effor- 
çaient surtout de repousser : celui tiré de ce que 
Lyon était ville frontière. Ils affirmaient que pour 
le commerce cela était une nécessité. 

Ils rappelaient que toutes les foires importantes 
avaient été « en extrémité et en païs de marche », 
que celles placées loin des frontières avaient été peu 
fréquentées et ils comparaient les célèbres foires de 
Genève et d'Anvers à celles du Lendit, près de 
Paris, où se rendaient peu d'étrangers. Transférer 
les foires dans une ville du centre, disaient-ils. ce 



48 HISTUHlun-: l>KS KOIHES 

sera empêcher les marchands étrangers de s y rendre 
el contraindre les marchands dn royaume à aller 
hors du pays, comme auparavant ils allaient à 
Genève, acheter les denrées qui leur sont néces- 
saires. La fuite des monnaies deviendra alors beau- 
coup plus considérable, puisqu'elle ne sera pas com- 
pensée par les dépenses qui « se font en ladite ville 
de Lyon et pareillement en Daulphiné, Bourbon- 
nais, Roanais, Bourgogne, Forelz, Beaujolois et 
tous les aultres lieux par où passent lesdits mar- 
chands qui viennent esdites foires de Lyon » . 

Faisant allusion au rôle de la distribution de la 
marchandise que jouaient les foires, ils annon- 
çaient que leur transfert entraînerait une hausse du 
prix de toutes les denrées. Les marchands étran- 
gers ne venant plus en France, le commerce inter- 
national deviendra le monopole des gros marchands 
qui seuls pourront faire tous les frais de voyage et 
de transport et qui voudront alors « que tous les 
marchans aultres passassent par leurs mains ». Ils 
indiquaient, en outre, comme déjà ils lavaient fait 
en 1467, que la diminution du nombre des foires 
aboutirait au même résultat, ils faisaient observer 
judicieusement qu'il n'y avait eu de pays riches que 
ceux qui avaient eu beaucoup de foires et que le 
grand nombre des foires faisait la richesse des 
Flandres. Pour prouver que les foires étaient une 
source d'enrichissement, ils présentaient ce dernier 
argument : quand le Roi « a eu à faire d'aucune 
grant some de deniers il les a tousiours trouvez 
promptement en ladite ville de Lyon », c'était donc 



LA CKISE DE 1484 A 1494 49 

que la ville ne s'était pas appauvrie ! Le Roi, certes, 
en avait fai( l'expérience el les Lyonnais, il faut 
le reconnaître, étaient bien en droit de le lui rap- 
peler'. 

§ 2. La suppression des foires de Lyon. — Les 
Etats Généraux adoptèrent les théories mercanti- 
listes et les trois Etats, dans le Cahier qu'ils pré- 
sentèrent au Roi, les reproduisirent très nettement 
au chapitre de la Marchandise : 

« Semblablement pour ce que multitude de foyres 
sont préjudiciables à ce ro^'aume et au moyen des 
foyres de Lyon qui est quatre fois l'an se tire grans 
deniers de ce royaulme tant pour drapz de soye qui 
se distribuent que pour le cours voluntaire des mon- 
noyes qui se fait par les marchans sur les monnoyes 
estranges et apporteez par les estrangiers contre les 
ordonnances du roy. 

(( Semble aux gens desdits estatz que lesdictes 
ordonnances doivent être entretenues et gardées en 
tous les pays subjectz et obeissans au roy. 

<( Et que mieulx seroit que lesdictes foyres ne se 
tinssent que deux fois Fan c'est assavoir Pasques et 
Toussains et en autre ville que Lyon pour ce qu'elle 

' Articles par Mgr le Cardinal de Bourbon, archevêque et 
comte de Lyon, les doyens et chapitres et autres gens de ladite 
ville et pareillement les consuls, manans et habitants d'icelle 
ville. Remontrances au Roi. Ecritures fournies par Mgr le Cardinal 
de Bourbon, les doyens, chanoines et chapitre de Saint-Jean, les 
conseillers et habitants de la ville de Lyon à eux joints le Pro- 
cureur du roi au bailliage de Màcon. HH., Chappe VIII, 52 367, 
67 à 85, 87 à 94 et pièce justificative IV. 



50 lllbiUlUliLL Di:s ioiKi:s 

est trop près de l'exlremité de cedil royaume à cause 
de laquelle extrémité plusieurs fraudes y sont com- 
mises et grans inconvénients s'en peuvent ensuyr. » 

Le Roi donna enlière satisfaclion à la demande 
contenue au Cahier. 

(f A l'aullre article commençant « SemblablemenI 
« pour ce que muUilude de foyres elc. » Hesponse. 
Le roy veult que les ordonnances desquelles il est 
louché en ce présent arlicle soient entretenues et 
advisera lieu convenable aullre que Lyon pour tenir 
les foyres dont oudit article est faicle mention *. •> 

Le Roi tint sa promesse et de suite, par Leflres 
de Tours du 8 mars i484 (n. s.), il supprima les 
foires de Lyon en raison de ce que « tout Tor et 
l'argent de ce royaume tant monoyé que en billion 
est prins, levé et emporté hors de notredit royaume 
par marchands estrangiers et autres' ». 

II. La lutte pour le rétaliiis<!ienient des foirea. 

Le coup était brusque. Il avait suffi de quelques 
griefs injustifiés pour que fussent supprimées les 
foires de Lyon en plein développement. Les Lyon- 
nais en furent alarmés, mais leur émoi légitime 
n'eut d'autres résultats que de leur montrer plus 
vivement tout le dommage qu'ils subissaient. Sans 
hésitation, ils s'efforcèrent d'entraver, par tous les 

' Journal des Etais Généraux tenus à Tours en liS4, par Jehan 
Masselin, Paris, Imprimerie Royale, i835, in-4*', pp- 699-712. 
- IIII., Cliappc VIII, r>o-(>7. Pièce justificative V. 



LA ClUSI-: DK 148'i: A 1494 51 

moyens en leur pouvoir, Texécution des Lettres de 
suppression et d oblenir la réintégration des foires. 
Il est singulier de voir qu'au moment même où ils 
étaient atteints dans leurs privilèges, les Lyonnais 
aient gardé la confiance la plus entière et n'aient 
poinl hésité à vouloir les reconquérir. 

Ils envoyèrent pour cela des ambassadeurs vers le 
Roi et, comme ils surent que des Commissaires 
seraient délégués par lui à la foire du Lendit pour 
enquêter auprès des marchands et leur demander 
dans quelle ville les foires seraient le mieux situées, 
ils décidèrent que des marchands de Lyon, émis- 
saires de la ville, s'y rendraient, afin d'éviter toute 
subornation. En même temps, dans une séance du 
Consulat à laquelle étaient conviés les notables de 
la ville (2 juin) on décida de remettre aux ambassa- 
deurs qui iraient à la Cour « une somme d'argent 
comme troys ou quatre mille escus affin de iceulx 
distribuer la ou mestier sera' ». Gomme les officiers 
rovanx du Lans^uedoc, suivant les ordres du Roi, 
avaient fait défenses d'aller aux foires de Lyon, le 
Consulat fit appellation, par le ministère du Procu- 
reur de la ville, alléguant notamment que les Etats 
n'avaient demandé que la suppression de deux 
foires '-. Ce moyen de procédure avait pour but de 
rester en possession des foires en faisant ajourner 
toute exécution. Les Conseillers ne négligèrent 

' BB. i5, fo 224 r". Le Consulat avait été informé que « estoil 
besoing donner au roi une certaine somme de deniers pour mectre 
en ses coffres et à certains autres personnages » fihid., î" 228 v°). 

- HH., Chappe VIII, 52-67. 



b-^ HISTORIULK DKS FOIRKS 

poinl d'en tirer loul le profil espéré en faisant 
publier les lettres d'appel '. 

Si les foires de Lyon étaient supprimées, il n'en 
restait pas moins, en effet, à déterminer dans quelle 
ville elles seraient transférées. Le Conseil du Roi 
devait en décider. Trois villes les réclamaieni : 
Troyes, Tours et Bourges. Le Conseil du Roi, dans 
une délibération du 26 juillet 1484, refusa de se 
prononcer. Il voulait avoir l'avis de gens compétents 
et désintéressés et il nomma vingt-cinq Commis- 
saires, généraux des monnaies, gens des comptes, 
marchands notables de diverses contrées sur le rap- 
port desquels il serait statué-. Leur travail fui très 
rapide, à ce qu'il semble, puisque quelques jours 
après leur nominalion ils apportèrent le résultat de 
leur délibération. En effet, par Lettres données à 
Paris le 12 août 1484, le Roi établissait deux foires à 
Bourges. Il invoquait expressément l'avis donné 
par les Commissaires qui avaient déclaré que cette 
ville, située au centre du royaume, était plus conve- 

* BB. i5, f° 239 r». 

2 « A été conclud par le roy étant assistant audit Conseil que 
cette matière sera encore debatue par gens en ce connoissant el 
que à ce faire on appelera un bon et grant nombre de gens de 
divers états, c'est assavoir les généraux des finances, les géné- 
raux des monnoies, aucuns de messieurs des comptes et un bon 
nombre de marchands de diverses contrées, notables hommes et 
en ce connoissant non affectez à Tune desdites villes de plus qu'à 
lautre. Et la chose ainsi par eux encore reveue et bien au long 
debatue sera par eux mise et rédigée par écrit ensemble leurs 
advis sur ce et le tout raporté par devers le roy et les gens de 
son étroit conseil pour y pourveoir ainsi que de raison. » (HH., 
Chappe VIII, 52-67.) 



LA CRISE DE 1484 A 1494 53 

nable que toute autre pour les foires, il convertissait 
en deux les quatre foires tenues à Lyon et les trans- 
férait à Bourges pour cinq ans, l'une ayant lieu à 
Pâques, l'autre à la Toussaint. Il renouvelait la 
défense de tenir foire à Lyon et ordonnait que la 
prochaine foire de novembre ait lieu à Bourges avec 
tous les privilèges, franchises et libertés dont avaient 
joui les foires de Lyon ^ 

A ce moment, la ville de Paris réclama elle- 
même les foires. Le 5 août, le Prévôt des mar- 
chands, accompagné d'une délégation d'échevins et 
de marchands, vint au Conseil de Régence en solli- 
citer l'octroi ■-. Les Parisiens ne connaissaient point, 
paraît-il, les Lettres du i août. 

Les Lyonnais qui par deux fois avaient fait appel- 
lation des Lettres du 8 mars ^, se portèrent appe- 
lants des Lettres du i aoùt^. Malgré l'opinion com- 
mune, malgré les conclusions des commissaires, 
malgré même les ordres du Roi, ils continuaient 
avec persévérance une lutte acharnée. Les désilki- 
sions et les échecs ne semblaient pas entamer leur 
volonté, ni même diminuer leur confiance'. Ils 
envoient des émissaires pour que des villes comme 

' HH., Chappe VIII, 52-67. 

^ Procès-verbaux du Conseil de Régence du roi Charles VII, 
publiés par A. Bernier (Collection des documents inédits sur 
l'Histoire de France), Paris, Imprimerie Royale, i836, in-4°, p. 21. 

3 HH., Chappe VHI, 52-67. 

<-BB. i5, fo 240 r». 

■' En septembre 1484 ils pi"é voient, dans la ferme de la barre 
du pont du Rhône, le temps de foire et le temps hors foire (BB. 
i5, fo 2DI r°). 



5'j lllSTOniUtK DliS FUIHKS 

Perpignan et A'iviers, des personnages influents 
tels que Mgr de Tournon et le vicomte de Polignac 
se joignent à eux dans « la poursuyte de la cause 
d'appel ». Cependant, ils sentent la lutte difficile ; 
ils réclament quatre foires, mais ils sont bien dis- 
posés à prendre ce qui leur serait accordé. Le Con- 
sulat fait savoir aux ambassadeurs en cour, s'ils ne 
peuvent avoir quatre foires, d'en prendre deux et 
de les prendre même si le libre passage du billon 
était refusé ; cela « pour lousiours avoir ung pié 
dedans en espérance d'avoir mieulx avecques le 
temps' ». Leur politique de concessions était pru- 
dente ; l'opinion générale était tellement imprégnée 
des idées mercanlilistes qu'il valait mieux s'incliner 
devant elles en attendant que le cours du temps les 
ait atténuées ou effacées. En cour, le Consulat fait 
prodiguer les cadeaux d'argent, suivant en cela les 
conseils de son envoyé qui, à plusieurs reprises, 
avait écrit que, « pour avoir bonne expedicion et 
yssue de sa charge, estoit besoing gaigner amys par 
delà et pour ce faire promectre de donner plusieurs 
sommes de deniers"- ». Il agit sur l'entourage des 
personnages influents et il fait promettre au maître 
d "hôtel de Mgr de Bourbon « que s'il fait avoir 
deux foires en ceste dite ville des quatre qui ont 
esté nasguères descriées avec semblables franchises 
quelles y estoient ladite ville luy donnera cinq cens 
livres tourn. ' ». Il s'adresse aussi directement aux 

1 BB. i5, fos 264 V», 271 r°. 
'- BB. i5, fo 253 r°. 
^ Ibid., f» 279 v". 



LV CUlSIi DE liHi A l.S9'i 55 

grands seigneurs. 11 fait écrire au Duc de Bourbon, 
connétable de France, au Cardinal de Bourbon, à 
Mgr de Lorraine et à Mgr de Bresse « le plus gra- 
cieusement et le plus humblement* ». Lorsque l'un 
de ces grands personnages se trouve dans le voi- 
sinage de Lyon, comme il arriva pour le Maréchal 
de Bourgogne qui, avec sa femme, étaient « venuz 
en pèlerinage a notredame de l'isle », les conseillers 
vont lui faire la révérence, lui offrir des torches, 
des confitures, des dragées et lui recommander la 
ville "^ Ils envoient des émissaires aux Etats de Lan- 
guedoc, aux échevins de Perpignan^. 

A chaque réunion, le Consulat s'occupe de la 
question des foires*. Lyon a des amis désintéressés 
et prudents qui, tout en offrant leurs services, mettent 
les conseillers en garde contre certains entremet- 
teurs d'affaires. Le Gouverneur du Dauphiné leur 
fait dire qu'il connaissait toutes leurs négociations 
pour recouvrer les foires, qviil leur en coûtera 
grands deniers et que, ces deniers dépensés, ils 
n'étaient pas certains d'arriver à leur but. Il leur 
conseille d'attendre les enquêtes qui doivent avoir 
lieu ou bien de poursuivre leur procès à Paris, « où 
ilz trouveroient Monseigneur d'Orléans qui bien 
souvent alloit au Parlement où il présidoit aussi 

1 BB., f« 291 1-0. 

- Ibid., î" 297 v**. Les Lyonnais se montrèrent reconnaissants : 
après le rétablissement des foires ils offrirent au duc de Bourbon 
5oo livres et à « Madame de Bourbon... pour le moins xviii'^ francs 
en veysselle dourée >> (BB. 19, f° 171 v°). 

3 ce. 5i4, 78; BB. i5, fo 264 v°. 

'" BB. i5, fo' 240 r», s58 v°, 271 r", 289 r«. 



56 HisTOHioi i; in:s roiKES 

monseigneur le gouverneur »> (du Dauphiné), qui 
tous deux leur feraient rendre justice et ils savaient 
bien « tant de monseigneur dOrléans semblable- 
ment de monseigneur le gouverneur qu'ilz ne de- 
mandoient or ny argent' ». 

Lyon, enfin, entretient presque sans interruption 
des ambassadeurs à la Cour. Au nombre de deux, 
trois ou parfois de quatre, ces envoyés ne séjour- 
naient que quelques mois auprès du Roi, puis reve- 
naient à Lyon, remplacés par d'autres. Pendant les 
années 1 4^4 et i485 la ville fut représentée auprès 
du Roi par les plus notables de ses citoyens : lar- 
chidiacre de l'Eglise de Lyon, Claude Thomassin 
et Jehan Rossellel, qui jouèrent un rôle important 
dans les affaires de la commune ; Guillaume Baron- 
nat, Estienne Garnier, Guillaume Bullioud, An- 
thoine Bedel, Symon Turin, Claude Pasquet-. 

Ni l'appel interjeté par la ville, ni les négocia- 
tions de ses ambassadeurs, ni 1 intervention de ses 
amis ne purent empêcher Texécution des Lettres 
patentes du i août. Sur la réquisition des échevins 
de Bourges, un conseiller au Parlement fut commis 
pour se rendre à Lyon où, le 21 août, assisté du 
Lieutenant du bailliage et de sergents royaux, il 
fit proclamer les ordres du Roi et annoncer que 
la prochaine foire de la Toussaint se tiendrait à 
Bourges, où elle eut eftectivement lieu '^ 

1 BB. i5, fo 2801-». 

2 BB. i5, f^* 224 r», 240 r°, 253 ro, 258 v°, 271 r°, 286 v», 3a8 r». 

3 Thaumas de la Ttiaumassière, Histoire du Berry, Bourges, 
Fr. Toubeau, 1690, i vol. in-fol., p. 99 et BB. i5, f° 295 v°. 



LA CRISE DE 1484 A 1494 57 

La question des foires, cependant, ne paraissait 
pas tranchée d'une manière défîiiilive, car, dès le 
commencement de Tannée i485, deux commissaires 
furent nommés par le Roi, avec mission de faire 
une enquête pour savoir quelle était la ville du 
royaume où il convenait d'établir les foires, un 
homme d'église et un homme de robe : l'évêque de 
Saint-Papoul et AP Pierre de Courthardy. juge du 
Maine. Partis de Paris le 8 avril, ils arrivèrent à 
Dijon le i5; ils y entendirent les échevins, ainsi 
qu'à Beaune, où ils passèrent le 19 avril; à Chalon, 
où ils passèrent le 20, et à Mâcon les 21 et 22. 
Le 2 3 avril, ils entendirent à Lyon plusieurs témoins, 
mais leur séjour y fut de courte durée, puisqu'ils 
arrivèrent à Bourges le 28 aA'ril. Les événements 
qui survinrent à l'occasion de leur présence jettent 
un jour singulier sur les mœurs de l'époque et sur 
l'àpreté de la lutte entre les villes rivales qui solli- 
citaient les foires. Dès le lendemain de leur arrivée, 
on demanda aux enquêteurs de montrer leur com- 
mission ; ils le firent et même en délivrèrent la 
copie. Le Lieutenant du bailli de Berry vint dans 
l'après-midi du même jour leur faire sommation de 
lui remettre les enquêtes. Comme ils refusaient, les 
gens de Bourges déclarèrent qu'ils les auraient mal- 
gré eux. Ils les eurent en effet, violentant les ser- 
viteurs, forçant les coffres, demandant où étaient 
les draps de soie donnés par ceux de Lyon et l'obli- 
gation de 22.000 écus promis par eux aux grands 
seigneurs ^ Il est probable qu'après cette mésaven- 

^ « Lors estoif ai'rivé le serreurier qu'ilz avoient envoyé quérir 



58 lllSTOhlULK hKS HHKKS 

lure les enquêteurs ne demeurèrent pas longtemps 
k Bourges et, sans connaître leur itinéraire, nous 
savons qu'ils revinrent à Lyon oîi ils demeu- 
rèrent à peu près cinq semaines ^ Au mois daoûl. 
ils y terminèrent leurs enquêtes et, dès le mois de 
septembre, ils se préparaient à retourner vers le 
Roi faire leur rapport. Il « ne restoit fors les con- 
tenter de leurs vacations qui ne montent pas peu 
d'argent car ilz prennent grans gaiges >>. L'enquête 
avait été longue ; elle coûta cher aux Lyonnais qui. 
plus habiles que les gens de Bourges, ne voulurent 
pas mécontenter les commissaires. Outre divers 
cadeaux, l'évêque de Saint-Papoul et Pierre de 

comme dessus est dit lequel avoit ses tenailles et marteaux et 
commença a vouloir la serreure d'un coffre que là estoit. Mais l'un 
d'eulx, lequel celui jour avoit esté présent que l'un de nos gens 
avoit tiré notredite commission dudit coffre pour monstrer aus- 
dits officiers et qu'il avoit les clefs, le print et lui et autres luy 
tirèrent sa gibecière de sa sainture en laquelle ils trouvèrent les 
clefz dudit coffre et par force luy estèrent et puis l'ouvrit ung 
sergent qui la estoit lequel mit premièrement la main sur une 
gibecière qu'il trouva puis ledit sergent et ung nommé maisire 
Jehan Sarde fils dudit Sarde, lieutenant, prindrent les informa- 
cions et enquestes que avions faictes... Et pour ce que esdits 
coffres qu'ilz avoient tous piochez et visitez comme dit est ne 
l'avoient trouvée (la commission donnée aux enquêteurs) prin- 
drent la clef delà feneslre dunearmoyre estant en ladite chambre 
en la gibossière qu'ilz ostèrent a l'un de nos gens et prindrent 
ladite commission laquelle fut en notre présence mise en ung sac 
ouquel ledit autre premier sac ouquel estoient lesdites informa- 
cions et enquestes fut mis par dessus... » HH., Chappe VIII, 52- 
<)7, Procès-verbal de Mgr de Saint-Papoul et Pierre de Cou- 
thardy, du i" août i485. 

• Ils étaient entretenus aux frais de la ville (CC. 211, f'^ 188 v«; 
5i2, 20). 



LA CRISE DK 1484 A 1494 59 

Gourthardy reçurent, avant leur départ de Lyon, 
comme prix de leurs vacations, le premier, i .006 li- 
vres 5 sols tournois; l'autre, 5ii livres ly sols 
6 deniers tournois ^ Les conseillers firent en plus 
souscrire par deux d'entre eux une obligation de 
5 00 livres tournois à chacun des commissaires, sous 
condition que Lyon ait des Lettres lui accordant 
des foires, avec privilèges et franchises, au mois de 
novembre '. 

La suppression des foires de Lyon avait néan- 
moins jelé un trouble dans le marché européen, les 
échanges entre marchands de contrées différentes se 
trouvant interrompus. Les foires de Bourges avaient 
bien succédé à celles de Lyon, mais elles se trou- 
vaient loin de la frontière. Elles semblaient réser- 
vées aux régnicoles, inaccessibles aux Italiens et aux 
Allemands. Les Lyonnais mirent habilement à pro- 
fit le mécontentement que ressentaient les étrangers 
et, recevant les ambassadeurs d'Allemagne, les con- 
seillers les sollicitèrent de demander au Roi le réta- 
blissement des quatre foires. Les ambassadeurs accep- 
tèrent. Ils servaient les intérêts de leurs pays en 
même temps que ceux de Lyon et ils étaient indem- 

» BB. i5, fû« 321 v°, 3-23 1", 357 v». CC. 5i2, 20. 

- Les échevins requièrent Guillaume Bai'onnat et Jehan du 
Perat « quilz facent cédule a monseigneur l'evesque de Sainct 
Papoul et maistre Pierre de Cothardi, juge du maine, commis- 
saires des foyres, c'est assavoir a chacun d'iceulx deux de cinq 
cens livres tourn., avec condicion que la ville ait les foyres avec 
leurs privileiges et franchises et les lectres nécessaires par (?) 
tout le. moys de novembre sans contradiction ». Pénultième de 
septembre 1480 (BB. tfi, fo 33a r°). 



60 HISTOKlULli DKS FUIHKS 

nisés par la ville des dépenses que devaient entraîner 
leur voyage à la Cour. Des négociations eurent lieu 
en effet entre le Roi de France et les Ligues d'Alle- 
magne. Le Roi avait promis aux Ligues de mettre 
les foires en la ville du royaume qui leur semblerait 
le plus propice à leur commerce et le moins dom- 
mageable pour les péages qu'elles percevaient. Le 
trésorier de Berne en avertit le Consulat. Il lui 
conseilla d'envoyer auprès du Roi, les représentants 
des Ligues et l'advoyer de Berne continuant leurs 
démarches pour le rétablissement des foires de 
Lyon*. 

Est-ce que les Ligues n'insistèrent pas suffisam- 
ment? se laissèrent-elles gagner par une ambassade 
du Roi de France qui vint leur montrer tous les 



' « Honnorablo homme Barthélémy Mey, trésorier de Berne, 
estant à présent en ceste ville est venu devers eulx pour ceste 
cause assemblez » il expose aux conseillers « que le roy avoit mis 
lesdiles foyres en la totale disposition des seigneurs des ligues 
pour les mètre en la ville de ce royaume que leur sembleroit plus 
propice et moins dommageable pour leurs péages... » \ mai i48(i, 
(BB. i5, fo 36o r°). Un an auparavant, le Consulat avait reçu les 
(( ambassadeurs d'Allemaigne » en la salle du réfectoire du cou- 
vent des Carmes et leur avait promis « la somme de deux mille 
francs par condicion qu'il/, ne demanderont au roy ne pourchas- 
seront par eulx, ne par aultres, liberté pour les marchands de 
France ne autres d'aller marchander hors du royaume ains 
prieront et requerront audit sire de remectre et reestablir les 
quatre foyres en ladite ville de Lion es privileiges, libertez et 
franchises que le feu roy Loys les y donna a paier ladite somme 
de deux mille francs esdits ambassadeurs dedans troys moys 
après le restablissement d'icelles quatre foyres... » 20 juin i485, 
(BB, i5, fo 3o3 r°). En mai 1486, le Consulat agit encore auprès 
des Allemands ^/Aicf., f° 36i v»). 



LA CRISE DE 1484 A 1494 61 

avantages de la ville de Troyes ou bien le souvenir 
des Etats Généraux de Tours était-il encore trop 
vivace? toujours est-il que des Lettres patentes du 
/4- Juin i486 accordèrent à la ville de Troyes les 
deux foires de l'Apparition et d'août*. Ces Lettres 
lurent-elles publiées et les foires eurent-elles lieu? 
Il est difficile de le penser et Ton peut dire avec 
Bourquelot qu'elles ne furent que des formules "-. 



III. Le rétablissement de deux foires è^ Lyon 

(1489-1489). 

Ni les foires de Bourges qui, si Ton en croit les 
chroniqueurs de cette ville'^, ne furent tenues que 
deux fois, ni les foires de Troyes sans aucune impor- 
tance, si toutefois elles eurent lieu, ne purent rem- 
placer les anciennes foires de Lyon. Les voies com- 
merciales étaient tracées, le trafic avait trouvé un 
lieu favoral3le que les marchands avaient pris Thabi- 
tude de fréquenter et dont ils avaient fait un centre 
cosmopolite. Il ne suffisait point de mesures légis- 
latives pour faire surgir, en telle ville qu'il plaisait 
au Roi, un marché qui pût succéder à celui de Lyon. 

L'autorité royale eut conscience de l'impossibilité 
où elle se trouvait de créer des foires semblables à 
celles qu'elle avait supprimées. Sollicité par les 

' IIH., Chappe VIII, 52-67, ^t Isambert..., t. XI, p. 161. 

- Bourquelot, Etudes sur les foires de Champagne, Mémoires 
présentés à TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2* série, 
t. V, i865 (2<^ vol., p. 3i6). 

' Thaumas de la Thaumassière, op. cit. 



OJ HISTUHIQLK DES FOIRKS 

Allemands, sollicité sans répil par les Lyonnais qui 
olïraienl de grosses sommes d'argent', par le Car- 
dinal de Bourbon, archevêque de Lyon et par le 
Duc de Bourbon, éclairé enfin par les déceptions 
qu il venait d éprouver à Bourges et à Troyes et 
par les rapports des enquêteurs qui avaient conclu 
en faveur de Lyon, le Roi rétablit deux foires en 
cette ville par son Edit de mai 1487 donné à Laval-. 
Ces deux foires étaient celle de Pâques et celle de 
la Toussaint commençant à leurs anciennes dates, 
c'est-à-dire le lundi après Quasimodo çt le troisième 
jour de novembre. Elles jouissaient des mêmes pri- 
vilèges qu'autrefois et avaient la môme durée de 
quinze jours. 

Les Lettres obtenues, il fallait, pour arrivera leur 
exécution, les faire expédier, vérifier et entériner. 
Les Lyonnais, malgré tous leurs efforts, ne purent 
arriver aisément à ce résultat. Le Roi, par Com- 
mission du 23 juin 1488, ordonna bien la vérifica- 
tion, mais sans cesse surgissaient de nouveaux 
obstacles, soulevés par les habitants de Bourges ou 
ceux de Troyes^. 

Les Lettres du 2 août i484 avaient, en etfet, con- 
cédé deux foires à la ville de Bourges pour une 
durée de cinq ans. Ce laps de temps n'était pas 
écoulé et l'on mettait, pour délivrer aux Lyonnais 
les Lettres qui leur restituaient deux foires, une 

• BB. iT», fo .i-jS \o. Le Consulat avait décidé de donner au Roi 
« jusquesadix mille frans et au dessoulz »(i9 août i48()). 
- Privilèges..., p. 54- 
» BB. 19, f°' 42 V, 44 r». HH.. Chanpe VIII, Sa-d;, <'<-j-S:k 



LA CKISt; DE 1484 A 1494 63 

condition : la « promesse de non les l'aire crier ne 
pnblier qne cenlx de Bourges n'eussent accomply 
leur temps el non autrement ». Ils acceptèrent, et 
leurs délégués payèrent une somme de quatre mille 
francs ^ De leur côté, les habitants de Troyes 
avaient formé appel devant le Parlement, deman- 
dant qu'on fit défense aux habitants de Lyon de 
poursuivre devant les gens des comptes Fentérine- 
ment des Lettres par eux obtenues. Les Lyonnais 
durent attendre deux années pour pouvoir jouir du 
don que le Roi leur avait fait. 

Enfin, le 22 mai 1489, furent publiées les Lettres 
de mai 1487. A Lyon, la publication se fit solennel- 
lement, en quatre endroits différents, au son des 
cloches de toutes les églises et des instruments de 
musique, avec le cortège des officiers royaux, des 
officiers de F Archevêque, des conseillers, nobles 
bourgeois et marchands. Après cinq ans de lutte et 
d'efforts, d'excessives dépenses, Lyon triomphait, 
les foires y étaient rétablies et, dans la solennité de 
la publication, exulta toute la joie d'une cité de 
marchands"-. 

Il est probable qne la foire de la Toussaint eut 
lieu dès l'année 1489. Le Roi avait ordonné que 
Lyon, nonobstant les oppositions et appellations, 
put jouir de l'effet des Lettres accordées et des pri- 
vilèges octroyés^ Après cinq ans d'interruption, le 

' BB. 19, C"" 83 vo, 86 r°. 
" Pièce justificative VI. 

3 Lettres d'Amboise, 4 septembre 1489 (HH., Chappe VIII, 
52-67). 



64 HISTORIQUE bES IdlIU.S 

Iralic ne pouvait reprendre aussitôt. Le Consulat 
neut à se préoccuper que rannée suivante de pré- 
senter au Sénéchal de Lyon les courliers des nations 
élranaères'. Sur les ordres du Uoi, une seconde 
publication des Lettres des foires fut faite le i6 no- 
vembre i49<>- Pour donner plus d'importance à 
celle publication, le Sénéchal la fit lui-même, accom- 
pagné des officiers royaux, des conseillers et notables 
(( a granl solennité et Iriumphe et a voulu le dit 
seigneur que ses trompectes aient joué à la dite 
publication aussi, plusieurs autres menestriez en 
grande joye et mélodie' ». On était aux derniers 
jours de la foire de Toussaint, et la publication 
faite en une telle circonstance ne garantissait point 
seulement à tous les étrangers présents la stabilité 
des foires, mais assurait, par eux, la plus large 
publicité. 

Progressivement, les marchands revinrent à Lyon. 
En 1492, la venue en la ville d'un important per- 
sonnage coïncidant avec la foire de Pâques, le Con- 
sulat dut, en raison de l'affluence du peuple, prendre 
des mesures de sûreté et a mectre garde es portes 
de la dite ville aussi guet et arrireguet^ ». Parmi 
les marchands, étaient de nombreux étrangers, et 
nous avons la certitude qu'en 1492 les Allemands 
et en 149^ les Italiens avaient repris le chemin des 
foires sans parler de ceux qui avaient fixé leur rési- 



' BB. uj, F 18.') 1° 

- Ibid., l'o ao.} 1», HII., Cliappe VIII, ô^-Oj. 



LA CRISE DE 1484 A 1494 65 

dence à Lyon'. Les foires, cependant, navaienl pas 
recouvré leur importance antérieure, leur nombre 
était réduit à deux, elles se trouvaient ainsi trop 
éloignées l'une de l'autre. Leur existence même 
était précaire. 

Des procès étaient pendants devant la Cour du 
Parlement entre Lyon, Bourges. Troyes et les pays 
de Languedoc au sujet des quatre foires. 

Les Lyonnais, au cours des efforts accomplis pour 
avoir deux foires, avaient oublié, semble-t-il, l'appel- 
lation contre les Lettres de suppression de i484- 
Les conseillers furent tirés de leur inaction, en 149^, 
par des Lettres du Procureur de la ville, alors à 
Paris. Il leur fit savoir, en effet, que leur cause était 
(( assoupye... et que tous les amys de la ville... s'en 
esbahissoient ». Il était averti que chaque jour Lyon 
était en danger de perdre les foires et que cela serait 
déjà arrivé sans le Roi et les amis que la ville pos- 
sédait à la Chambre des Comptes. 

Mgr maître Baronnat, qui lui avait fait cette com- 
munication, ajoutait que <( l'appellation de ladite 
ville est aussi bien fondée qu'il est possible- ». Le 
Consulat décida aussitôt de poursuivre le procès 
avec toute diligence, sans rien épargner pour la plus 
brève solution. Il est permis de croire que M" Ba- 
ronnat, dans les encouragements qu'il donnait au 
Procureur, n'exprimait pas une opinion purement 

* BB. 19, f" 262 v" : En 1492, le Consulat décide d'aller auprès 
du Lieutenant du Bailli « afin d'adviser de remédier a ce qui a esté 
fait à certains allemands » (Pour les Italiens, BB. 20, fo 102 yo). 

2 BB. 21, fo 10 v». 



()(; HISTOllIUUK DES FUIRliS 

personnelle et que, s'il assuiail au délégué de Lyon 
(( que ladite ville a le roy pour elle qui a icelle en 
grâce », il était en droit de tenir un semblable lan- 
gage et même qu'il avait mission de le faire. Les 
Lyonnais pouvaient savoir, après le règne de 
Louis XI, la signification des paroles aimables dans 
la bouche d un Roi, S'ils l'avaient oublié, ils allaient 
bientôt connaître pour quelles raisons Charles ^ III 
les avait en sa grâce spéciale. Quand leurs envoyés 
allèrent le trouver à la Cour, il leur fit dire que, 
par bonne affection et pour complaire à la ville, il 
donnerait quatre foires, mais qu'il demandait dix 
mille livres. La désillusion des Lyonnais fut assez 
vive, ils eurent le tort de la laisser apparaître et 
d'alléguer les charges de la ville, car il leur fut 
répondu « qu'ilz navoient pas telle consideracion 
quilz dévoient avoir et que quant le roy eust voulu 
ou vouldroit bailler lesdites foyres a Troyes ou en 
deux ou troys autres villes qu'ilz savoient bien les 
habitants desdites villes bailleront voulentiers audit 
seigneur non pas seullemeut semblable somme de 
XM 1. t. ains XXX'^' escus* ». Il fallait bien s'exé- 
cuter. 

IV. Le rétablissement des quatre fvire». 

Par Lettres d'Auxonne, de Juin i494, Charles VIII 
rétablit les quatre foires telles que les avait instituées 
Louis XI en i463, avec tous leurs privilèges. Il 

1 HB. -2, fo.j i", ()juin 1494. 



LA CFUSE DE 14S4 A 149't 67 

mellaiL à néaiiL les procédures el appellations rela- 
tives à la révocation eL au déplacement des foires. 
Le Roi parlait enfin de son séjour à Lyon et il men- 
tionnait les aides et subventions faites « libérale- 
ment et de bon cœur » par les Lyonnais lorsqu'ils 
en avaient été requis'. La formule n'était pas tout 
à fail exacte. Les Lyonnais ne pouvaient se résoudre 
à payer dix mille livres. Le Roi les leur demanda 
expressément dans des Lettres du dernier juin qui 
arrivèrent au Consulat le 2 juillet^. 

On décida alors d'imposer cette somme sur les 
habitants de la ville qui tiraient profit et revenu des 
foires. En attendant qu'elle fut levée, les conseillers 
firent des démarches pour obtenir l'expédition des 
Lettres d'Auxonne. Démarches inutiles : le Roi 
ayant besoin d'argent pour l'expédition qu'il pré- 
parait en Italie, avait donné l'ordre de ne point 
expédier les Lettres tant que l'argent ne serait pas 
versé. Les conseillers reçurent même des remon- 
trances assez vives de la part de " messeigneurs du 
conseil » , alors à Lyon ; ceux-ci leur dirent de payer 
les dix mille livres ou d'abandonner les foires, car 
le Roi trouverait qui en devait donner vingt mille, 
et ils les accusèrent d'avoir voulu abuser le Roi ^ Le 
Consulat fit diligence, le Trésorier et le Receveur 
général firent recette de tous les deniers de la ville 
et l'on contraignit, par sergents royaux, les habi- 
tants à payer la somme à laquelle chacun avait été 

1 IIH., ChappeVin, 85. 
- Pièce justificative VII, 
» BB. 22, fo iD V" (8 juillet). 



68 IllSTOIUQUli DES FOIRES 

taxé. Le Uoi recul les dix mille livres demandées, 
avant la fin du mois de juillet, et par Lettres données 
à Lyon le ^9 juillet i iOi , il confirma les quatre 
foires par « statut et édit irrévocable » et sans que 
les Lettres de réintégration fussent vérifiées par les 
gens des comptes'. 

Lyon ne devait plus perdre la faveur de Charles 
VIII ni celle des rois ses successeurs. Après avoir 
soutenu deux grandes luttes, celle de 1462 à 14^7 et 
celle de i484 à 1487, la ville était définitivement en 
possession des quatre foires qui y restèrent pendant 
les siècles suivants, source de sa richesse et de sa 
renommée commerciale. 

On ne peut dire cependant que les foires de Lyon, 
sous le règne de Charles VIII, eurent lieu sans 
qu'une gêne ait entravé le libre trafic des marchands. 
Les théories mercantilistes subsistaient toujours, et 
les ordi'es du Roi, à plusieurs reprises, en furent 
inspirées. 

1 « Voulons, declairons et ordonnons de notre grâce espécial et 
certaine science, plaine puissance et auctorité royal et par loy, 
statut et édit iii-évocable que lesdites quatre foyres soient et 
seront perpétuellement et a tousiours tenues et exercées en notre 
dite ville de Lion ainsi et selon le contenu esdites lettres de 
créacion, institucion et établissement de notre dit feu seigneur et 
père et nosdites lettres de réintégration et que lesdits conseillers, 
bourgois, manans et habitans, marchans et autres, fréquentans 
lesdites foires et chacun d'eulx en tant que luy touchera joyssent 
et joyront de tous etchacuns les privillèges, libertez, franchises, 
droiz et prérogatives par notredit feu père donnez et par nous 
réintégrez. Nonobstant que nosdites lettres de réintégration ne 
soient vériffiées par les gens de nosdits comptes, trésoriers de 
France et généraux de nosdites finances... » (HII., Chappe VIII, 
Sy-f/j.) Voir ï/>tJ., Lettres de conûrmation. Moulins. 5 juillet i497- 



LA CRISE DE 1484 A 1494 69 

C'est ainsi qu'il défendit le transport de l'or et 
de l'argent hors du royaume. Les Lyonnais firent 
remarquer que les marchands ne voudraient plus 
amener leurs marchandises s'ils ne pouvaient 
emporter le numéraire qui provenait de la vente 
de ces marchandises. Les étrangers, les Allemands 
et les Florentins en particulier, protestèrent avec 
vivacité. Le Consulat envoya une ambassade au 
Roi à ce sujet et Ton rédigea des Mémoires touchant 
la matière, car les agents du Roi arrrêtaient les 
marchands aux portes de la ville pour l'exécution 
des ordonnances. 

Sans rapporter la mesure édictée, le Roi permit 
la sortie du numéraire sur serment des marchands 
que For et l'argent qu'ils emportaient provenaient 
du produit de la vente des denrées amenées aux 
foires ^ Petit à petit, du reste, la tolérance devint 
complète à cet égard, et les marchands jouirent en 
pleine liberté du privilège de la franche circulation 
des monnaies. 



1 BB. 23, f°^ io3 v°, io6 r° (1497); CC 3978, 7, 42 et 43; HH., 
Ghappe VIII, 87-94, Lettres données à Moulins, 22 novembre 
i497- 



70 HISTOHIQl E DKS FOIRKS 



GHAIMTIIK IV 

LES FOIRES A LA FIN DU XVe SIÈCLE 
ET DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIe SIÈCLE 

I. L'apogée. — II. François I" et le régime de la fiscalité. 
I. L'apogée des foire*. 

Lors de l'avènement de Louis XII, dès le mois 
de mai 1498, le Consulat donna mission à l'un de 
ses membres d'aller accomplir à la Cour, pour la 
confirmation des foires et de leurs privilèges, toutes 
les formalités nécessaires ^ Il en coûta à la ville 
4.000 écus mais, par Lettres de juillet 1498, données 
à Paris, Louis XII confirma les quatre foires avec 
tous les privilèges que Louis XI leur avait accordés -. 

François I'', par Lettres de Gompiègne, de février 
i5i4 (n. s.), Henri II, par Lettres de Fontainebleau, 

^ Le 28 mai 1498, le Consulat donne procuration à BuUioud 
d'engager les conseillers pour 2.000 écus « pour fournir aux 
fraiz nécessaires pour avoir confirmation des foyres et autres 
privilèges... » (BB. 23, f" i5q r°). L'engagement fut de 4-ooo livres 
(ibid., (0 176 r«). 

- Privilèges..., p. 82. Lors de l'entrée à Lyon du roi Louis XII, 
la ville lui offrit un sanglier en or <- fait avec mil escus d'or » (CC. 
538). 



FIN DU \V« SIÈCLE ET PREMIÈRE MOITIÉ DU XVI« 71 

d'octobre i547, François II, par Lettres d'Esclairon, 
du 1 6 octobre i.^Sg, maintinrent successivement, au 
xvi*^ siècle, les foires de Lyon au même nombre de 
quatre et aux mêmes dates. Ils leur consentirent, 
sauf quelques restrictions d'ordre fiscal, les mêmes 
privilèges que les rois leurs prédécesseurs'. 

Partiellement rétablies en 1490? les foires de 
Lyon, depuis cette date, avaient repris leur impor- 
tance. Elles allèrent se développant. Charles VIII 
les protège, en 1496 il fait défense à quiconque, 
sous peine de confiscation et de châtiment arbitraire, 
de transporter des marchandises hors du royaume 
pendant les quinze jours qui précèdent et les quinze 
jours qui suivent les quatre foires de Lyon, à moins 
qu'elles ne proviennent de ces foires"-. 

L'adminisI ration économe et bonne de Louis XII, 
le Père du peuple, permet aux foires d'arriver à 
leur véritable apogée. Dès les dernières années du 
xv^ siècle et pendant la première moitié du xvi*^ siècle, 
elles exercent un rayonnement universel plus consi- 
dérable qu'elles ne lavaient jamais fait. Lyon est, 
par elles, le centre du commerce des épiceries ; on les 
y apporte d'Italie, d'Espagne et du Levant, on 
vient les y chercher des villes d'Allemagne et des 
Cantons suisses. C'est la ville où se fait tout le com- 
merce des soieries par le double jeu de l'importation 
et de l'exportation. C'est enfin la première place 
européenne en matière de change et de banque, les 



* Privilèges..., pp. 87, io5, i5o. 

- HH., Chappe VIIl, 87-94, Ordonnance du 14 novembre 1496. 



72 HisTOBiyrr: i)i:s i()ifu:s 

marchands de lous les pays, les rois eux-mêmes 
y viennent chercher l'argent et le crédit dont ils 
ont besoin, Lyon est, de ces trois chefs, la grande 
cité commerciale, le centre d'attraction économi- 
que et de distribution de marchandises où se lie 
et se dénoue la grande masse des actes de com- 
merce. 

Les guerres d'Italie qui, pendant un demi-siècle, 
amènent en ce pays les armées françaises et leurs 
mercenaires, les mettant aux prises avec les répu- 
bliques et les monarchies italiennes, le Pape et l'em- 
pereur Charles-Quint, n'entravent point le com- 
merce de Lyon et son développement. Charles ^ III, 
Louis XII, François P', tour à tour, portent au delà 
des Alpes, avec des fortunes diverses, les armes de 
la France. Ce fut cependant sous les règnes de ces 
rois que les Italiens exercèrent le trafic le plus 
important à Lyon où ils étaient, de tous les mar- 
chands étrangers, les plus riches et les plus nom- 
breux. 

L'invasion de l'Italie par les Français multiplie 
les liens moraux et intellectuels entre les deux pays. 
Elle multiplie aussi et resserre les liens commer- 
ciaux. La Renaissance française va suivre la Renais- 
sance italienne et en dériver. 

Pendant les guerres, les Italiens, en grand 
nombre, Florentins et Lucquois surtout, viennent 
s'établir à Lyon. Si parfois les marchands sont émus 
ou inquiets, le Roi les rassure. En i5i2, Louis XII 
déclare qu'il « permect à tous marchans oullre mon- 
taings venir tenir foire en ceste ville seurment sans 



FIN DU XY« SIKCLE ET PREMIÈRE MOITIÉ DU XVI« 73 

aucun double ne detourbier* » et qu'il veut que tous 
les marchands puissent conduire leurs marchandises 
au delà des monts comme aussi amener à Lyon 
celles qu'ils y auraient achetées"-. Progressivement 
le commerce s'accroît entre Lyon et l'Italie. Seuls, 
les Génois sentent, à plusieurs reprises, le poids de 
la guerre. Louis XII leur défend de venir trafiquer 
à Lyon, et comme certains d'entre eux y viennent, 
malgré ces défenses, en i5i4 il les fait arrêter et 
enfermer à Thôlel de Roanne ^ François P'" défend 
l'entrée de leurs marchandises dans le royaume, ou 
il la grève de droits fiscaux*. Mais les Milanais, les 
Florentins, les Lucquois, les Vénitiens eux-mêmes, 
tour à tour amis et adversaires des rois de France, 
ont à Lyon leurs facteurs, quand ils n'y sont eux- 
mêmes, ils y apportent leurs marchandises en toute 
liberté. Sans cesse François P'" a besoin des ban- 
quiers italiens de Lyon, de leurs capitaux et de leurs 
entremises, il les protégerait, s'il était nécessaire, 
sans défaillance ^\ 

Dans la relation de son voyage en France, en 
iSaS, André Navagero dira, montrant bien par cela 
que les guerres d'Italie favorisèrent le commerce : 
(( La quantité d'argent qu'on y échange de toutes 

1 BB. 3i, f°4o r°. 

- HH., Chappe VIII, gâ-ioo. 

9 BB. 32, f° 79 r». 

* BB. 55, fo 93 r». 

■' A. Spont, Semblançuy, Paris, Hachette, 1895, i voI.in-8: voir 
d'intéressants détails sur les opérations de Semblançay (Jacques 
do Beaune), général des finances de Louis XII et François I^"", avec 
les banquiers étrangers, pour le compte du roi François I""". 



74 IIISTORIUUK DKS FOIUKS 

paris esl immense, Lyon est le fondement du com- 
merce italien et en grande partie du commerce 
espagnol et flamand... Les ouvriers en toutes sortes 
d'ouvrages ne manquent pas à Lyon ni les bou- 
tiques non plus, elles sont pleines de diverses mar- 
cliandises qui y affluent à cause des foires '. » 

Le réveil de la Ilenaissance crée un accroissement 
de besoins matériels, une augmentation de dépenses. 
Le libre épanouissement des forces entraîne à une 
aspiration de bien-être qui accroît la consomma- 
tion, lamour du luxe se développe. A Lyon, la 
bourgeoisie est riche, certains de ses habitants ont 
une fortune et un crédit considérables. Parmi eux, 
Thomas Gadagne, dont la famille est d'origine flo- 
rentine, et Jean Gléberger, venu de Nuremberg, 
sont les banquiers du roi François I'"' et les négo- 
ciateurs de ses emprunts avant que d'être, l'un son 
premier maître d'hôtel, le second son valet de 
chambre. 

Grâce à son cosmopolitisme et à ses relations 
avec l'Italie, à ses marchands étrangers et à ses 
bourgeois, Lyon est le premier centre de la Renais- 
sance en France. La vie commerciale, la vie intel' 
lectuelle et artistique y sont intenses. Par ses im- 
primeurs, Lyon l'emporte sur toutes les villes 
françaises pour la difl'usion des œuvres littéraires. 
Elle compte parmi ses habitants des poètes tels que 

* Relations des Ambassadeurs vénitiens sur les affaires de 
France au xvi* siècle (Collection des documents inédits sur l'His- 
toire de France, Paris, Imprimerie Royale, i8;i8, 2 vol. in-4, t. I, 
p. 37). 



FIN DU XV-- Slf:CLK FT l'HKMIÈRE MOITIK DU XVI" 75 

Louise Labbé, dite la Belle Gordière, et Maurice 
Seève ; des peintres comme Corneille Clouet, appelé 
Cornélis de la Haye ou plus fréquemment Corneille 
de Lyon ; des architectes comme Philibert Delorme 
qui embellissent la cité et y construisent de somp- 
tueuses demeures* ; des érudits comme Robert 
Estienne et Etienne Dolet. Rabelais séjourne à 
Lyon où il exerce la médecine ; ses œuvres y sont 
éditées comme celles de Clément Marot. Des crises 
telles que Tinsurreclion du populaire contre le 
Consulat ou Grande Rebeyne, en 1529, et la famine 
de 1 53 1 ne sont que de courts épisodes malheureux ; 
ils ne ralentissent que pour leur durée éphémère le 
progrès commercial de la ville. 

Lyon est dans toute sa splendeur « faicte de plu- 
sieurs pièces et nations » où « de toutes régions et 
royaumes vient or et argent et diverses marchan- 
dises^ ». De nombreux marchands étrangers y ont 
établi leur résidence comme au centre de toute 
activité commerciale. Genève a perdu son impor- 
tance depuis la fin du règne de Louis XL Anvers 
commence seulement à se développer. Lyon, dans 
la première moitié du xvi" siècle, est à son apogée : 
elle est la ville des grandes foires européennes. 



' L. Hourticq, Histoire générale de l'Art : France, Hachette, 
s. d., I vol. in-i2, pp. i54 et 170. 

- Champier, Histoire des antiquités de la ville de Lyon, Lyon, 
Jean Champion, 1648, i vol. in-i6. 



76 HISTORIQUE DES FOIRES 

II. François I" et le Rt->;ifne de la flscaiité. 

Louis XII cl même Charles Ylll avaient, comme 
Louis XI, demandé à Lyon de leur faire des dons. Ils 
lui avaient même imposé des emprunts en compensa- 
tion des privilèges accordés. Leurs demandes étaient 
légitimes, adressées à une ville dont la richesse pro- 
venait des foires qu'ils avaient concédées et con- 
firmées. Le Consulat avait souvent discuté ou solli- 
cité des modifications, il avait agi beaucoup plus 
par politique, afin de n'être pas plus lourdement 
chargé, qu'en raison de l'exagération des demandes. 
Toujours la ville avait payé et, à maintes reprises, 
par des cadeaux magnifiques ou de somptueuses 
réceptions, elle avait montré aux rois toute sa 
reconnaissance. 

Mais, tandis que l'administration de Louis XI et 
de Louis XII avait été bonne pour la nation, il n'en 
fut pas de même de celle de François P'. Ce Roi, 
que des équipées chevaleresques, souvent malheu- 
reuses, mettaient toujours en quête d'argent, eut 
une administration financière déplorable. Il semble 
que les foires de Lyon n'aient eu, à ses yeux, d'autre 
utilité que de lui fournir le prétexte de mettre sans 
cesse à contribution le Consulat et les bourgeois de 
la ville, d'organiser et de faire peser sur eux tout 
un système de fiscalité qui les toucha jusque dans 
leurs franchises et privilèges. Non seulement, en 
effet, François P"" fit dépenser par le Consulat la 
somme de 75.000 livres pour les fortifications delà 



FIN DU XV« SIÈCLE ET PREMIÈRE MOITIÉ DU XVI-^ 77 

ville, mais ses besoins d'argent et son adminis- 
tration sans scrupules l'amenèrent à se faire con- 
sentir des dons et des prêts réitérés et importants, 
à frapper la ville d'impositions énormes. Il lui fit 
avancer après Pavie (i525) 24.000, puis 35. 000 li- 
vres* ; l'imposa de Go. 000 livres en i544: de 
36. 000 livres en i546'^. Il usa de procédés fiscaux 
qui alleignirenL directement la liberté du commerce. 
En i536, il céda à la ville, pour le prix de 84.732 li- 
vres, les impositions foraines, aides et gabelles, qu'il 
fit néanmoins percevoir, contre la foi de la con- 
vention, de i54o à 1543 -^ En i544. enfin, il créa le 
droit de 6 deniers pour livre sur les marchandises 
entrant en ville. Ce droit, concédé au Consulat pour 
lui permettre de se rembourser des sommes avan- 
cées au Roi, n'était que temporaire ; il n'en devint 
pas moins définitif. Il fut l'origine de la douane 
qui, aux mains de la ville, puis affermée par elle en 
iSSy, vint aux mains du Roi en i564, entraînant 
la suppression même de la franchise des foires*. 

Leur franchise altérée, les foires perdaient l'une 
des raisons de leur existence et l'une des causes de 
leur vitalité. Ce fut François P"" qui, dans la première 
partie du xvi" siècle, à l'époque même de l'apogée des 
foires, créa les premiers germes de leur décadence. 

Henri II succède à François P"" ; les foires vont 
vers leur déclin. Il multiplie les dépenses ; la fisca- 

1 ce. 782, i36. 

2 ce. 3i6. 

' V. le chapitre : les Impôts à l'exportation. 
* V. le chapitre : les Impôts à l'importation. 



78 IIISTOIUQUE DES FOIRES 

liLé aiigmenle. En i547, au débiil de son règne, le 
Roi impose la ville de 67.500 livres ; en i553, de 
73.000 livres; en i557, de 3i.8oo livres, et la 
même année il se fait avancer par les échevins 
2'22.Goo livres. En i558, il fait consentir sur les 
riches et aisés de Lyon un emprunt de 40.000 livres 
et fait donner par les échevins des sûretés aux 
capitaines suisses pour 46.000 écus et à Georges 
Obrets pour 20.000 écus^ Le Hoi est endetté de 
3G7.035 écus, dont iSo.ooo empruntés en juin 
i554 « aux marchands des nations étranges ses 
créanciers de Lyon », florentins et lucquois, qu'il 
constitue en rente sur la maison de ville de Lyon 
par acte du 16 janvier ï558'^. Une telle gestion 
financière grève la ville, accable les marchands et 
les bourgeois, rend nécessaire la perception de 
droits nouveaux comme ceux consentis par le lloi 
à la ville en i548 sur le bétail entrant à Lyon^. Elle 
motive la création d'offices de la foraine en i55i et 
leur rachat par la ville en i555 ; elle rend instables, 
dans leur dénomination et dans leur taux, les droits 
(le rêve, domaine forain et imposition foraine ; elle 
entraîne surtout le maintien de la douane. 

Cette politique, si différente de celle de Char- 
les VII, de Louis XI et de Louis XII. a. pour les 
foires de Lyon, des conséquences d'autant plus 
nuisibles que la France va traverser, avec l'Europe, 
une double crise économique et morale. 

• ce. 3i6et iij. 

■' ce. 317. 

» ce. 3i6. 



SECONDE MOITIÉ DU XVI» SIÈCLE 79 



GHAPlïRb] V 

LES FOIRES DANS LA SECONDE MOITIÉ 
DU XVIe SIÈCLE. LE DÉCLIN 



Considérations {générales. — I. La crise morale : les guerres 
de religion à Lyon; le transfert des foires à Chalon ; la 
Lig:ue. — II. La crise économique : § i. Tendances protec- 
tionnistes; § 2. Mouvement xénophobe. 



La seconde moitié du xvi^ siècle vit s'accomplir 
la décadence des foires de Lyon comme la première 
en avait vu le plein épanouissement. Coup sur coup, 
se produisent les événements les plus défavorables 
au commerce; la volonté des hommes, bien loin 
d'en atténuer les funestes conséquences, les fît rapi- 
dement s'aggraver. 

Le malaise est général. Les métaux précieux du 
Nouveau Monde arrivent en Europe, et leur quan- 
tité s'accroit dans une proportion qui dépasse 
l'augmentation de la richesse générale. Une crise 
monétaire sévit sur des pays qui ne savent y remé- 
dier. La révolution religieuse secoue l'Europe cen- 
trale dans une crise morale, dont le contre-coup 
violent atteint le domaine politique et le monde éco- 
nomique. 



80 HISTOHIUIE Di;S FOIRES 

La France, en vingt ans, a vu doubler ses impôts 
( 1 535- 1 554) , ils augmentent encore ; elle sera écrasée 
sous leur poids cpiand, quelques années plus tard, 
les événements viendront paralyser son commerce, 
nuire à son industrie et à son agriculture. 

Lyon n'est point en dehors de toutes ces causes 
de perturbation, au contraire. Les guerres de reli- 
gion ont chez elle des phases aiguës : l'occupation 
du Baron des Adrets el les Vêpres lyonnaises. Elles 
chassent de la cité un grand nombre d'habitants, et 
le trouble qu'elles causent se continue par la toute- 
puissance de la Ligue. 

Ville voisine de Genève, ville composée des élé- 
ments les plus divers, Lyon subit dans son com- 
merce un échec qui, pour les foires, ne sera jamais 
réparé. 

Comment pourrait-il l'être? Le commerce mari- 
time a pris, au xvi^ siècle, un développement géné- 
ral ; c'est par lui que se fera désormais la répartition 
des marchandises*. Anvers grandit, et les foires de 
ce port vont devenir, après celles de Lyon, les 
grandes foires européennes. 

L'industrie s'accroît en France, l'intérêt commer- 
cial ne prédomine plus, il est concurrencé par l'in- 
térêt manufacturier, et à tel point mis en échec, que 
les théories protectionnistes semblent, de i56o à 
i58o, universellement acceptées. 

Pour lutter, Lyon perd ses armes les meilleures, 
en i552 disparaît la franchise des foires. La douane 

1 AA. i5i, f° i5i v° (i566). 



SECONDE MOITIÉ DU XVI« SIÈCLE 81 

est créée, barrière qui, aux portes de la ville, arrê- 
tera les marchands pour leur faire payer des droits, 
les attarder et les molesler. Son tarif va s'aggravant 
et il est chargé de a surtaulx ». Les privilèges de 
franchise disparus, disparaît progressivement la 
splendeur des foires. 

Au milieu de toutes ces traverses, la suspension 
des foires en i562, leur transport à Chalon-sur- 
Saône en 1 563, la grande peste qui, en 1 564, entraîne 
à Lyon une mortalité de près d'un tiers, causent dans 
l'enchaînement des relations commerciales une rup- 
ture, dont le dommage, ajouté à tant d'autres divers, 
restera sans remède. 



I. La crise morale : les guerres de relig^ion ; le transfert 
des foires à Clialon (1562); la Ligue à Lyon. 

Gomme dans la plupart des provinces, il ne semble 
pas que la religion réformée ait causé à Lyon des 
mouvements populaires importants avant la seconde 
moitié du xvi^ siècle. La France, et Lyon surtout, 
peu sensibles à la réforme de Luther, furent davan- 
tage impressionnés par rinfluence de Calvin. Le 
voisinage de Genève, la présence de nombreux Alle- 
mands et Suisses ne pouvaient que favoriser, à Lyon, 
la diffusion des doctrines nouvelles. Dès i55i, les 
protestants s'y réunissent en assemblées, comme ils 
le faisaient à Paris, pour chanter les psaumes et 
écouter la nouvelle parole*. Le Consulat s'en inquiète, 

1 RB. 72, f'^ 48 v° 

M. B. 6 



82 HISTUKIUUE DKS KOIHKS 

moins, semblc-L-il, dans un espiil d hosLililc que 
dans la crainte, en laissant violer les ordres du Roi, 
de voir s'établir une garnison. La religion réformée 
gagne des adeptes dans la ville qui vit en paix el 
que ne trouble point, extérieurement du moins, la 
rivalité des partis religieux. Mais, progressivement, 
les passions s'échauU'ent, dans certaines villes des 
troubles se produisent, les marchands étrangers sont 
inquiets. 

En i56o, ils viennent oll'rir au Consulat une 
troupe de quatre cents hommes pour renforcer la 
police. Ils ont peur que, sous 1 ombre de la religion, 
il y ait une sédition de « grand populaire et gens 
mécanicques et de mestier qui s'esleveroient plustot 
pour piller et sacager les maisons où ilz sentiroient 
avoir deniers, biens et richesses que pour ladite reli- 
gion ' ». Le Consulat répond que le peuple vit pai- 
siblement en la ville, qu'on n'y a vu aucun tumulte, 
qu'accepter l'olï're des « nations » serait créer une 
distinction entre les habitants et qu'il importe que 
chacun, comme de toute ancienneté, marche sous le 
pennon qui est le sien. Le Consulat afFecl ait-il une 
tranquillité (|u il n avait pas, ou jugeait-il suffisantes 
les forces ordinaires de police? 

Le lendemain, le Capitaine de la ville allant visiter 
une maison de la rue Longue, oîi des armes avaient 
été apportées, fut attaqué par ceux qui y étaient 
logés et par les habitants d'une maison voisine qui 
tuèrent deux personnes, en blessèrent plusieurs et 



SECONDE MOITIE DU XVI" SIECLE 83 

allèrent en bataille jusque sur la place des Cor- 
deliers*. 

Il ne se produisit aucun trouble nouveau, et 
Lyon semblait devoir vivre tranquille au milieu de 
la grande révolution qui s'accomplissait lorsque, 
Tannée suivante, au mois de juin i56i, la proces- 
sion de la Fête-Dieu qui se déroulait dans les rues 
fut, de la part d'un jeune homme étranger à la ville, 
l'objet dun attentat qui devint le prétexte d'émo- 
tions populaires et de massacre de huguenots ou de 
prétendus huguenots, au cours desquels fut assas- 
siné Barthélemv Aneau, recteur du collècfe de la 
Trinité"-. 

Si les masses populaires étaient surexcitées, le 
pouvoir royal semblait animé de conciliantes inten- 
tions. Le Lieutenant du roi faisait venir les échevins 
el leur lisait les Lettres de son maître « que soubz 
l'ombre de la division de la religion les habitants de 
la dite ville tant ecclésiastiques que aultres n'ayent 
a soultrager les ungs les autres soubz les noms de 
papistes et huguenaulx à payne d'estre déclairez 
rebelles et desobeyssans à sa majesté'^ »... Le Con- 
sulat semblait vouloir jouer, lui aussi, un rôle de 
conciliation. On lui reprocha même de ne pas 
prendre parti contre les huguenots, mais, sans se 
laisser intimider, il décida de poursuivre les papistes 
auteurs d'une requête au Roi demandant que les 



» BB. 8i, f»^ 3o5 vo et suiv., ."îog ro, 336 r°. 
- BB. 82, f°* 45 v" et ^C. 
■■•■ BB. 82, fo 93 r'\ 



84 IIISTOUIOUE DES FOIRES 

conseillers élus fussent tenus de faire profession de 
leur foi, selon les articles formulés par eux*. 

Malgré les déclarations du Roi el les tendances 
du Consulat à la neutralité, les gens de la nouvelle 
religion n'avaient pas le droit de s'assembler pour 
les prêches et le chant des psaumes. Ils le faisaient 
néanmoins et, de cette coercition à leur liberté, 
naissait une sourde rancune, comme dans l'esprit 
des catholiques s'élevait la colère qu'on tolérât de 
telles réunions. Adeptes de l'une et de l'autre reli- 
gion, enfants d'une même cité, catholiques et hugue- 
nots se trouvent face à face, prêts à en venir aux 
mains. Les troubles les plus graves peuvent se pro- 
duire lorsque les protestants, sur les instructions 
du Prince de Gondé, s'emparent de Lyon dans la 
nuit du 29 au 3o avril i562. 

Le Baron des Adrets s'installa dans la ville dès 
les premiers jours du mois de mai, douze conseillers 
protestants furent adjoints aux conseillers en fonc- 
tions et mille hommes occupèrent Lyon". 

Malgré l'occupation du Baron des Adrets, le Gou- 
verneur, Mgr de Sault, n'avait point quitté la ville, 
les nations y étaient demeurées. Elles se joignirent 
au Gonsulat pour écrire au Roi de ne point per- 
mettre que son représentant s'absentât de Lyon ; 
que les échevins, comme les gens du Gonseil de 
l'Eglise réformée, étaient désireux « de conserver en 
l'obeyssance du roy^ «. 

1 BB. 82, fo 56 r». 

2 BB. 82, fo= i5i v°, 155 vo, i52 v°. 

3 BB. 82, fo 162 v° el GG., Chappe X, 61^, 11° 8, 



SECONDE MOITIÉ DU XVIe SIÈCLE 85 

La foire de Pâques qui coïncida avec les premiers 
jours de l'occupation n'en eut pas moins lieu, ainsi 
que la foire d'août suivante ^ Les transactions y 
furent moins nombreuses qu'aux précédentes foires. 
Mais, les marchands eurent peur pour leur sécurité 
etpour leurs marchandises, ils s'abstinrent de revenir 
à Lyon transformée en véritable place de guerre. 
Ni la foire de Toussaint i562, ni celle des Rois i563 
(n. s.), ni celle de Pâques i563, n'eurent lieu à 
Lyon^. Furent-elles tenues à Chalon-sur-Saône? Il 
est difficile de l'affirmer, mais elles n'y purent avoir 
qu'une très minime importance, si ce n'est peut-être 
pour le fait des payements et du change. 

Au mois de juin, l'occupation cessa et Charles IX, 
par des Lettres du 9 juillet 1563^ données à Gaillon^ 
rétablit à Lyon les quatre foires qu'en raison des 
troubles il avait, disait-il, transférées à Chalon. 

Les Lettres de transfert ne nous sont point par- 
venues et celles de rétablissement n'ont été con- 
servées que par la mention qu'en a faite, dans 
les Mémoires de l'Histoire de Lyon ^, en reprodui- 



^ ce, I iol5. 

- Reçu des « commys par le consuUat à l'exercice, visitacion et 
recepte dudit garbeau de l'espicerye et aultres drogues subgectes 
à visiter et grabeller la somme de quinze livres huict solz unze 
deniers tz que monte le carnet de la recepte des foyres d'aoutz 
et toussainctz mil cinq cens soixante troys et quant aux deux 
foyres précédentes ne s'est levé aulcune chose à cause des 
troubles cy. aS 1. 8 s. ii d. t. ». Compte de F. Coulaud, receveur 
des deniers communs (CC. iio6, f" 2 t°). Il n'existe aucun compte 
de recettes pour la foire de Toussaint i562. 

^ A. Gryphe, Lyon, iSyS, i vol. in-fol., liv. III, ch. xxxiii. 



80 HISTOKIUL'K DKS FOIRKS 

sanl leur IcxLe, le chroniqueur Paradin. Le Hoi 
donna ordre à Mgr de Tavanes, son Lieutenant 
général en Bourgogne, de ne souffrir à Chalon ni 
commerce, ni change, ni paiements. Lyon se hâta 
de profiter de cette décision du pouvoir royal et le 
Consulat envoya à plusieurs reprises, à Chalon et 
à Dijon notamment, publier les Lettres du 9 juillet*. 

Les foires daoûl et de Toussaint i^iG'i lurent 
tenues à Lyon. Elles eurent peu d'importance. Les 
autres suivirent régulièrement. Mais il paraît bien 
certain que la division profonde créée par la Ré- 
forme, et les troubles qui en furent la conséquence, 
amenèrent à Lyon une diminution de richesse, un 
ralentissement de l'activité commerciale. 

Le Baron des Adrets disparu, les funestes effets 
des guerres de religion n'en persistèrent pas moins. 
L'agitation gagna les contrées voisines et les pro- 
vinces du Lyonnais. Màcon et Menne furent occupés 
à leur tour ; les rivières du Rhône et de la Saône 
présenlèrent à plusieurs reprises peu de sécurité. 
Ledit de pacification de i5G8 lui-même suscite de 
nouvelles discussions. Les protestants se plaignent 
d'être persécutés ; les catholiques semblent craindre 
de nouveaux troubles ou une incursion des gens de 
Genève "-. Lyon, la ville cosmopolite, devient ombra- 
geuse et méfiante à tel point que les échevins dé- 
cident, au moment de la foire d'août i568, d'aller 
chaque jour cl à tour de rôle aux portes de la ville. 



1 ce. II 10, fo 36/, v°, 365 r» et BB. 83, f° 147 y\ 
- BB. 87, fo* 85 v», 148 r». 



SliCONDE .MOITIÉ DU WI" SIÈCLI:: 87 

de neuf à onze heures eL de quatre à cinq heures, au 
moment où ceux qui viennent dans la ville y arrivent 
ordinairement, pour interroger les arrivants, « d'aul- 
tant que soubz prétexte de venir en ladite ville pour 
le négoce de la marchandise et de la foyre y pour- 
roient aussi estre attirez tel nombre de gens fac- 
tieux qu'ilz voudroient pour troubler Testât et repos 
de la ville *... » 

Un exode de protestants s'était produit en iSôy 
et, si leurs biens avaient été saisis et vendus, ils 
n'en avaient pas moins emporté des marchandises 
et de l'argent. Ils mettaient à Genève leurs facultés 
commerciales et industrielles en valeur; ils y uti- 
lisaient leurs relations -. Une persécution plus ri- 
goureuse allait atteindre ceux qui étaient demeurés à 
Lyon. Des emprisonnements arbitraires ordonnés par 
le Consulat en furent le prélude ; la tuerie des Vêpres 
Lyonnaises en août 1072, le plus sanglant épisode^. 

' BB. 87, f° 161 r°. 

- « Est à noter que des l'an mil cinq cens soixante sept sur la 
fin du moy de septembre les sédicieulx tant de la ville de Lyon 
que autres provinces circonvoisines se retirarent en ladite ville de 
Genesve en laquelle ilzenvoj'èrent secrètement toutes leurs mar- 
chandises et aultres biens quilz pouvoient faire porter et des- 
puys y ont continuellement résidé et faict gros trafficq de mar- 
chandise .. y atlyrant la pluspart du commerce de France mes- 
mement de ladite ville et foyres de Lyon... « (BB. 88, f" io6 r°, 
24 avril 1469.) 

3 BB. 88. f" lôfi r" et tout spécialement f"' loG et 107. AA. .')5, 
pièce i65 et 41, f°* ^^' et suiv. Histoire de M. de Thou, des choses 
arrivées de son temps mise en français, par P. du Ryer. Paris, 
A. Courbé, 1659, 3 vol, in-fol., t. III, pp. 6-jg-6^2; Correspondance 
du roi Charles IX et du sieur de Mandelot, gouverneur de Lyon 
pendant l'année 1372, Paris, Crapelet, i83o, i vol. in-8. 



88 msTomuiK iu;s koirks 

En iByS, le Roi lui-même, reprenant dans des 
Lettres patentes les expressions du fermier de la 
douane, d'Adjacetto, un Italien peu suspect d'hé- 
résie, disait « que une grant part des marchans qui 
y maintenoit le trafficq en cestuy nostre royaulme 
avoient esté tuez et pillez ou se seroient absentez 
hors cedit royaulme pour estre de la nouvelle 
opinion, une aultre part auroient esté ruynez par 
la communication ou trafficq qu'ilz avoient faict 
avec lesdits de la religion, et le demeurant veoyt 
tant de difficultez au faict dudit trafficq pour les 
courses des gens de guerres et aultres incommoditez 
advenues à l'occasion de ladite guerre civile... 
qu'ilz ne pouvoient ni ne vouloient hazarder de 
faire et continuer leur trafficq ordinaire*... » Ceux 
des protestants qui restent à Lyon se plaignent sans 
cesse au Roi que les édits de pacification soient 
violés, que leurs contributions soient surchargées, 
leurs maisons visitées, qu'on ne leur laisse ni la 
liberté d'instruire leurs enfants, ni celle d'enterrer 
leurs morts suivant lem' religion, qu'on les pour- 
suive de vexations "^. En vain, le Roi déclare-t-il 
qu'il faut les défendre de toute injure et oppression 



' Villers-Cauterets, 19 octobre iSjS, GC. 4o'45 22 : le Roi fait à 
dAdjacelto^ fermier de la douane, un rabais de 25.000 livres pour 
l'année du ler septembre 1573 au 3i août 1074. 

- GG., Chappe X, p. 6i5, 21, 27 : « Davantaige les commys de 
d'Adiaceto fermier de la doannc dudict Lyon, soubz prétexte de 
ne rien perdre, sont si impudens qu'ilz fouillent jusques aux 
parties honteuses des femmes ou filles allans ou retournans du 
presche » (ibid., p. 6i5, 21, Requête au Roi, 1571). 



SECONDE MOITIÉ DU XVI'' SIÈCLE 89 

comme de loyaux sujets*; l'inséciirilé persiste, 
Henri III reste indécis. Le gouverneur Mandelot va 
jusqu'à demander au Roi de ne laisser entrer dans 
la ville aucun protestant pour y résider et de faire 
sortir après chaque foire ceux qui seraient venus y 
exercer le commerce-. Il faut faire défense aux 
commerçants fréquentant la place des Changes 
qu" « ils nayent à s'injurier dire parolles outrai- 
genses ny se provoquer lung l'autre^ ». 

Enfin, la Ligue triomphe à Lyon (iSSg), nouvelle 
cause d'agitation, peu propice aux afTaires. La ville 
ne se croit plus sous l'autorité royale ; tous les sus- 
pects sont exilés et l'on décide de faire chaque 
semaine par tous les quartiers « deux bonnes et 
exactes recherches et de mettre hors d'icelle ville 
tous ceulx qui sont tenus pour hérétiques et poli- 
tiques^ ». Aux environs de Lyon opèrent les troupes 
royales et les troupes de Saint-Sorlin, frère du Duc 
de Nemours, le nouveau gouverneur. Le commerce 
de la ville traverse une crise presque aussi funeste 
que celle de 1 562- 1 563. Les foires sont cependant 
tenues de 1589 à 1594, mais elles ne donnent lieu 
qu'à un petit nombre de transactions ; les recettes 
du grabeau de l'épicerie nous prouvent que les 
foires d'août et de Toussaint (1589), les foires de 
1590 et de 1591 furent, durant cette période, par- 
ticulièrement insignifiantes. 

' GG., Chappe X, p. 616, .li (1077). 
- Ibid., p. 617, 39 (i585). 
3 BB. m, fogS r°(i583). 
'^ BB. 128, f» 7 r° (1591). 



90 IIISTOUK,}! !•; DKS FOIKKS 

Pillage des biens, massacre des personnes, fuite 
des huguenots persécutés et ruine commerciale de 
ceux avec qui ils étaient en relations, violence des 
soldais, insécurité des rivières et des chemins, inter- 
luption dans le cours des foires, tel était le bilan 
des guerres de religion. Les foires de Lyon, ville 
frontière, fréquentée par les Allemands et par les 
Suisses et dont beaucoup d'habitants avaient adhéré 
à la nouvelle doctrine, en subirent, de i56i à i594i 
le plus funeste contrecoup. 

En 1594, Lyon se mit heureusement sous l'obéis- 
sance du roi Henri IV. A cette date finissait un 
aifreux cauchemar, et la grande cité, revenant au 
calme et au travail, rentrait pour ainsi dire dans son 
histoire. 

II. La crise «'>cononiiqne et politique. 

§ 1. TENDANCliS PROTECTIONNISTES. DaUS la 

seconde moitié du xvi^ siècle, Lyon, modifiant ses 
tendances et abandonnant le principe de la liberté 
du commerce qui, depuis Louis XI, avait fait la 
richesse de ses foires, subit, pour employer un 
terme moderne, toutes les influences protection- 
nistes. 

Le développement en France de la « manufac- 
ture » ou industrie, l'abondance du numéraire, 
résultat de rintroduction en Europe des métaux 
précieux du Nouveau Monde, les troubles écono- 
miques, conséquence des guerres de religion qui 
avaient occasionné une déperdition des forces 



SECONDE MOITIK 1)1 XViR SFECLE 91 

actives de la nalion et Texode à Télraniier de com- 

D 

merçanis et maniifacLuriers protestants, entraînèrent 
cette transformation. 

Lyon, comme les autres villes du royaume, bien 
que ses intérêts, en raison des foires et de son com- 
merce international, fussent différents des leurs, 
réclame une réglementation pour Feutrée et pour la 
sortie des marchandises. 

Dès i56i, le Consulat constate « que les laynes 
qui croissent en ce royaulme se transportent jour- 
nellement hors icelluy au grand interetz et dom- 
maige de toute la chose publicque d'icelluy mesmes 
de la manyffacture des draptz de layne qui ont 
accoustumé estre faictz et fabriquez dans ledit 
royaume... par quoy seroit bon et nécessaire en 
faire remonstrance au roy et à nosseigneurs de son 
conseil pour y pourveoir et donner ordre* ». En 
i568, les habitants de Lyon, dans une requête au 
Roi, estiment que dans Tannée qui vient de s'écouler 
il est sorti du royaume (( pour quatre ou cinq cens 
mil livres de laynes » et que la perte subie est con- 
sidérable, car pour les manufacturer « il eust pour 
le moings fallu employer trois millions cinq cens 
mil livres » qui seraient demeurées aux mains des 
sujetz du Roi. Pour obvier à de tels inconvénients, 
il serait nécessaire, ajoutent-ils, que le bon plaisir 
du Roi fut de (< prohiber très estroitement la sortie 
des laynes hors votredit royaume comme aussi 
l'apport, vente et distribution de tous draps de 

1 BB. 82, fo.5j v°. 



92 HISTORIQIK 1H:S FOIIUIS 

layne fabricqiiés hors icclluy ' ». Le Uoi, sollicité 
par ailleurs, ne larda pas à prendre les mesures que 
l'on attendail de son aulorilé el. dès iSya. dans 
linlenlion d'encourager la nianulacUne, il prohiba 
la sortie des laines, lin, chanvre et filasses, sous 
peine de confiscation. Il défendait en même temps 
l'entrée <( de tous draps, toilles, passemens et cane- 
tilles d'or ou d'argent ensemble tous vellours, satins, 
damas, taffetas, camellotz, toilles et autres sortes 
d'estoffes rayez ou y ayant or ou argent et pareil- 
lement de tous arnois de chevaulx, espées et dagues, 
estrieulx et espérons dorez, argentez ou gravez sur 
peyne de confiscation... de toutes sortes de tapisse- 
ries estrangères de quelque étoffe ou façon qu'elles 
soyent sur les mesmes peynes,.. ». Il prescrivait 
enfin aux gouverneurs des provinces de l'avertir, de 
six mois en six mois, de l'abondance ou de la rareté 
des blés, vins, huiles, toiles, fer, safran, quincaillerie, 
papier, bœufs, pourceaux, moutons et mulets"-. Ces 
prohibitions entrèrent en vigueur. 

Les Lyonnais demandèrent cependant de laisser 
passer en franchise « les soyes creues » et bien que 
satisfaction ne leur ait pas été accordée ^, ils n'en 
persévérèrent pas moins, plusieurs années, dans leur 
manière de voir. Non contents, en effet, des interdic- 
tions portées par les Lettres de 1672, qui n'avaient 
probablement pas arrêté l'importation de certaines 
marchandises étrangères, ils sollicitèrent du Roi, 

* BB. 87, î°^ 281 v" el suiv. 

2 Lettres de Charles IX, Amboise, janvier i572(BB. 90, f° iyf)v°). 

3 AA. 47, f° 71 v« (octobre 1573). 



SECONDE MOITIÉ DU XVIo SIÈCLE 93 

dans des doléances que devait lui transmettre le 
Sénéchal de « faire défendre l'usaige et port desdits 
petitz draps manifacturez esdils lieux de Millau, 
Modane et Genesve ou en tout événement les sur- 
charger de gahelles et subsides... et deftendre les 
entrées et apport des marchandises estrangières 
fabricquées hors sondit royaulme en quelzques pro- 
vinces que ce soit... * », 

Ces doléances, ils les renouvelèrent dans les 
Cahiers dressés par eux pour les Etats convoqués à 
Blois en iSyô : « Qu'il plaise à sa Majesté deffendre 
entièrement l'entrée en ce royaulme de toutes 
sortes et espèces de marchandises fabricquées hors 
icelluy sans en ce comprendre les soies grèges non 
encore teinctes ny manifacturées... ». La formule 
qu'ils employaient était générale et de leurs Cahiers 
se dégageait très nettement le désir que, par des 
mesures légales, fût protégée la manufacture. Non 
seulement ils se prononçaient contre l'entrée des 
produits manufacturés, mais, dans deux articles 
spéciaux, ils demandaient que ne puissent sortir du 
royaume ni les laines, matière première des draps, 
ni le papier qui, acheté par les imprimeurs de Bâle, 
Genève et Lausanne, permettait à ces derniers de 
faire aux imprimeurs de Lyon et de Paris une con- 
currence dangereuse ^. 

' BB. 92, f» 53 r°. 

- BB. 94, f'* 169 et suiv. Jean Bodin demandait de réduire les 
impôts à l'entrée sur les matières premières, de les hausser sur 
« les ouvrages de main « et de ne pas laisser sortir du royaume 
« les denrées crues, comme fer, cuivre, acier, laines, fil, soyes 
crues » (les Six Livres de la République, livre VI, ch. 11). 



94 IIISTOHIULK Di:S KOIHKS 

Les foires de Lyon élaionL moins fréquentées 
qu'elles ne rayaient été précédemment; l'activité 
manufacturière de la ville et de la région se trou- 
vait, par suite, moins intense. La concurrence 
s'était créée de toutes parts, Taftlux de population 
était moins considérable. Constatant avec désolation 
cet élut de choses, les Lyonnais croyaient trouver 
un remède dans les mesures prohibitives qu'ils solli- 
citaient et que l'on prenait si facilement. Ils parti- 
cipaient au mouvement général d'opinion' qui, à 
cette époque, poussait la France vers la réglemen- 
tation du commerce et trouva sa formule dans une 
série d'édits émanés de l'autorité royale entre iSôy 
et i583-. 

Remède inefficace à n'en pas douter comme les 
événements le prouvèrent et comme enfin les Lyon- 
nais le constatèrent eux-mêmes. Dès iSyy, en effet, 
ils ne formulent plus de doléances à cet égard, ils 
bornent leurs réclamations à l'article de la franchise 
des foires que, dès avant la crise protectionniste, 
ils avaient si frécpiemment présenté, qu'ils n'avaient 
point omis de présenter pendant la crise et sur 

' De Nicolay, premier cosmog-raphe du Uoi, écrit en i57.'5, par- 
lant des marcliandiscs d'importation : u Toutes lesquelles mar- 
chandises de manifactures et autres denrées amenées desditz 
païz estrangers en ce royaume sont vrayes pierres aymantées 
non pour tirer le fer, mais l'or et l'argent qu'elles enlèvent à 
foison » (Description générale delà ville de Lyon, p. ig'-i). 

- Edils de iSCj, i^^j"/, sur le prix des marchandises; lâja, prix 
de la journée de travail; iSGj, 1572, 1074, 1577, sur limporlation 
et l'exportation; i583, création d'offices de vendeurs de bois, 
foin, charbons, poisson, etc. 



SECONDE MOITIÉ DU XVle SIÈCLE 95 

lequel, avec beaucoup plus de raison, portèrent à 
nouveau, mais bien inutilement. Ions leurs efforts. 

§ 2. Mouvement xénophobe. — Une vive anti- 
pathie pour les intrigants florentins venus à la suite 
de Catherine de Médicis, une jalousie naturelle 
motivée par le rapide enrichissement des banquiers 
étrangers qui, arrivés en France, disait-on, avec 
leur plume, s'en allaient avec de grosses fortunes, 
la malhonnêteté de certains d'entre eux, le penchant 
qui, à la suite de la crise monétaire, économique et 
politique, inclina les esprits vers les idées protec- 
tionnistes, créèrent en France un mouvement hostile 
aux étrangers dont la manifestation fui très nette 
dans la seconde moitié du xvi*' siècle. 

En i56o, aux Etals généraux d'Orléans, les dépu- 
tés protesLenl contre l'affranchissement des impôts 
accordés aux étrangers autorisés à résider en France. 
Ceux du Tiers-Etat veulent qu'on inlerdise aux natio- 
naux toute association avec des étrangers, ou que 
tout au moins ces associations, si on devait les tolérer, 
soient soumises à des règlements sévères'. Le mou- 
vement s'accentue, il semble général, et Lyon, la 
ville cosmopolite, y participe comme les autres cités 
du royaume. Un chroniqueur lyonnais, du Verdier, 
écrit en iSyS, dans sa Prosopographie : <( Au com- 
mencement du règne du roy François premier du 
nom les banques furent introduictes en la ville de Lyon 



' G. Picot, Histoire des Etals Généraux, Hachelle, 1888, aeédit., 
t. II, pp. iîgS-iij^fi. 



96 IIISTOHKiLK Di:S FOIRES 

par cslrangors, invention très dommageable ne len- 
danl qu'à la totale ruine des hommes... si un homme 
prend deniers d'eux, le voilà empestré de telle façon 
que c'est grand cas si jamais il se remet. Et s'il leur 
en baille pour les faire profiter et avoir (comme on 
dict) argent en banque après qu'ils ont faict lever 
de grands sommes de deniers, ils s'en vont en 
Espaigne ou en Angleterre, en Sicile ou à ConstanLi- 
nople et ailleurs, puis allez les chercher ou attendez en 
bien les nouvelles jusques à leur retour qui sera aux 
calendes grecques ou à nostre dame de may. Ainsi 
font une belle banque route, belle et bonne pour eux, 
l'aide et mauvaise pour le pauvre créancier... * » 

A Lyon, la douane est alFermée, depuis i564, au 
Florentin d'Adjaceto. La ville, malgré tous ses 
efforts, ne peut obtenir que le bail lui soit enlevé, 
et de Rubys, procureur général de la commune, 
l'accuse, dans sa vivace rancune de Lyonnais, d'avoir 
parachevé u de ruiner le commerce et les foyres » 
dont il ne reste plus que le nom. « N'a-t-on pas baillé 
la ferme de la douane de Lyon à un d'Adiacelto, 
italien, le préférant aux meilleurs et plus apparents 
marchands de Lyon, voire au corps de la ville... ». 
dit un pamphlet, les Lunettes de Cristnl, imprimé 
en 1575^. 

Les Cahiers dressés par les consuls, échevins, 
manants et habitants de Lyon pour les Etats géné- 

' La. Prosupograjihie, par Auloine du Verdier, conseiller du Roi, 
Lyon, A. Grypbe, 157U, i vol. in-8, p. 491. 

- Paris, 157'), in-8, cité par G. Picot, I. III, p. 3io. note 2, 
op. cit. 



SECONDE MOITIÉ DU XVI" SIÈCLE 97 

raiix qui se tinrent à Blois en iSyô, Iradnisenl, non 
sans vigueur, ces senlimenls d'hoslililé envers les 
étrangers. 

Des « daces gabelles et dohannes nul n en a tiré 
prouffict que quelzques estrangiers qui les ont tenues 
à ferme lesquelz tant au moyen des grandes tirannies 
qu'il ont exercées sur les paouATes marchans rede- 
vables que par le moyen des grandz rabbais qu'ilz 
ont soubz faulx donné à entendre extorquez de sa 
majesté se sont tellement enrichiz qu'ilz en ont 
acquis et basly les beaux et somptueux pallais que 
le paouvre peuple de france void avec son extrême 
et indicible regret bastir de ses despoilles et don ilz 
n'avoient pas la moindre pierre vaillant lorsqu'ilz 
prindrent lesdites fermes... ». Les Cahiers de Lyon 
demandent qu'il soit défendu aux étrangers de 
prendre aucune ferme dans le royaume, soit du Roi, 
soit des seigneurs ecclésiastiques ou temporels. Ils 
réclament que tous les étrangers domiciliés à Lyon, 
ou dans les autres villes, contribuent à toutes les 
impositions « si mieulx ilz n'aiment les foyres faictes 
et la franchise d'icelles passée se retirer en leur 
pays », qu'il ne leur soit pas permis d'acheter en 
gros ou en détail des marchandises pour les débiter 
en France, mais seulement pour les expédier dans 
leur pays. « Et parce que la fréquence des banque 
rouîtes que font lesdils estrangiers est souvent cause 
de la ruyne des meilleures et plus riches maisons 
de ce royaulme quil plaise au roy deffendre à tous 
estrangiers de lever bancque en ce royaulme sans 
que au préalable ilz ayent donné bonne et suffisante 



1)8 HISTOUinl i; DliS F01HES 

caulioiî... el (jiie loiiles compaignie."^ laides el ([iii 
se leionl j)ai' ey après entre lesdits eslrangiers 
seront inscriptes el enregistrées es greffes des senes- 
cliaiilcées el lioslel commun des villes où ilz seronl 
Icnus nommer lous leurs parlieipans el associez sur 
peyne de i'aulx' ». 

Les Lyonnais n'étaient point les seuls à présenler 
de telles revendications-. Elles fureiil. pour une 
part au moins, accueillies par le Uoi. Dans son 
Ordonnance sur les plaintes et doléances des Etats, 
Henri III défendit en eflel aux étrangers de « lever 
bancque » dans le royaume sans avoir donné une 
caution de cpiinze mille écus, il ordonna cpie toute 
société entre étrangers fût enregistrée au bailliage 
et à riiôtel commun des villes, avec lindicalion du 
nom des associés, que tous pouvoirs et procurations 
donnés par des étrangers fussent également enre- 
gistrées aux grelfes des juridictions ordinaires où 
chacun pourrai l en avoir copie et que les fondés de 
pouvoir fournissent en leurs conlrals, cédules ou 
acquits, le nom de celui pour lequel ils agissaient . 
afin quun recours fût possible contre lui au cas où 
ils feraient eux-mêmes faillile ou banqueroule^. 

Ces mesures étaient sévères. Elles étaient provo- 
quées par des abus qui, de toutes paris, avaieni 
molivé des doléances. Le mouvement populaire 
contre les étrangers, les Italiens surlout, était géné- 



' BB. y4, f"' itJy et suiv. 

- G. Picot, op. cit., t. III, pp. 3io-3i3. 

^ Paris, mai i"'>79, Isambert..., t. XIV. p. 'i:o. 



SECONDE MOITIÉ DL XVI« SIÈCLE 99 

rai'. Il n'était point, faut-il le dire, empreint dans 
toutes ses manifestations d'une rigoureuse équité. 
Si l'on pouvait, contre certains d'entre eux, invo- 
quer de justes griefs, on les rendait, en masse, 
responsables de faits qui, pour partie, n'étaient que 
la conséquence de l'état économique général'-. 

Les Lyonnais cependant comprirent assez rapide- 
ment leur erreur Ils savaient mieux que tous autres 
combien la présence des étrangers avait favorisé la 
prospérité des foires dont ils regrettaient pour lors 
la déchéance. Eux. qui avaient été si hospitaliers 
pour les nations, qui comptaient dans leur cité beau- 
coup de familles d'origine étrangère, dont le sang, 
pendant plusieurs générations, s'était mêlé au leur, 
se ressaisirent. Ils oublièrent rapidement les ran- 
cunes particulières qu'ils pouvaient avoir contre les 
fermiers italiens trop rigoureux ou les banquiers 
étrangers fugitifs. Dès i582, ils demandèrent au 
Roi de rapporter les dispositions de l'Ordonnance 
de 1379 rendue pour faire droit aux doléances qu'ils 
avaient présentées aux Etats de Blois*^ Ils n'y 
mirent pas d'amour-propre et il faut les en féliciter. 
L'époque à laquelle ils vivaient présentait des phé- 
nomènes économiques complexes dont ils ressen- 
taient trop vivement le contre-coup pour pouvoir, 
sans se tromper, en démêler les causes. 

' Bodin, la République, lis'. VI, ch. ir. 

- Une requête des habitants de Lyon va jusqu'à dire que les 
foires sont allées en décadence depuis que, par « les inventions 
d'aulcuns malins espritz la plus part estrangiers, l'on a com- 
mencé à altérer la franchise desdites foires » (BB. 97, fo 87 y°.) 

3 BB. 109, fo 32 V''. 



lUd III STOlUgUE Di:s l'Oir.KS 



■$ 



GHAlITliE VI 

LA DÉCADENCE DES FOIRES 
A LA FIN DU XVIe SIÈCLE 



A Iravers ces crises et sous riiifliience de ces 
événemenls de nature difïerenle. mais dont lous les 
etï'els atteignent, successivement, de façon directe 
ou indirecte, le commerce de la ville, le déclin des 
foires s'accentue. 

Les Lyonnais voient avec tristesse la décadence 
de leurs foires. Sans cesse, ils adressent au Roi des 
mémoires, des requêtes et des remontrances. Ils 
partent de Tancienne prospérité et ils tracent, dans 
le dernier quart du xiv^ siècle, le lableau le ])lus 
triste de 1 actuelle déchéance. 

(( Mais pour le joiu'd liuy (écrivenl-ils on i5-5) 
toute ceste grandeur est perdue et s'en va de peu à 
peu ladite ville de Lyon l'une des moindres en pou- 
voir cl renommée de toutes les villes de france car 
cpuuit aux foyres elles sont entièrement perdues et 
délaissées non seullement par les estrangiers mais 
mesmes par les françoys et pour regard du faict de 
change il s'en va de jour à anltre après lesdiles 
foyres en sorte que s'il ne plais! à sa nuijesté y 



DÉCADRNCE A LA FIN DU XYI? SIÈCLE lOl 

meclre la main ladicLe ville sera dans pen d'années 
reduicle au mesme estai qu'elle estoit auparavant 
l'establyssement desdites foyres... ^ » 

En iSyj, ils déclarent que depuis que « Ton a 
commancé à altérer la franchise desdites foyres 
et chargés les marchandises... lesdites foyres ont 
commancé à aller en telle décadence et diminution 
que ce qui en reste pour le jourd'huy est plus tost 
l'ombre, la figure de ses antiennes foyres franches 
que se tenoyent soubz le règne des feuz roys de bonne 
mémoire Charles VIP, Loys XI% Charles VIII®, 
Loys XII®... ^ ». D'une manière non moins expres- 
sive, ils disent, en i582, « qu'il semble que les 
foyres soient des marchés de ville tant elles ont 
perdu de leur lustre et réputation ancienne^ ». Un 
chroniqueur contemporain, fort mêlé aux affaires 
de la ville, de Rubys, écrira à son tour que sont 
« perdues au grand préjudice du roy et de tout 
l'univers de ce royaume... ces belles foyres franches 
qui ont autrefois rendu la ville de Lyon renommée 
partout le Levant et l'Occident'' ». 

Beaucoup de protestants ont quitté la ville, cher- 
chant ailleurs une liberté de conscience qui ne leur 
était point assurée ; les Italiens, en grand nombre, 
sont partis et de la nation florentine, si nombreuse, 
si active et si riche au début du siècle, il ne reste 
plus que quelques représentants ; les ouvriers eux- 

1 BB. 93, fo 27 r". Pièce justificative VIII. 

'- BB. 97, f° 37 r". 

3 ce. i3i8, 5. 

* Histoire véritable..., p. 4o3. 



102 lllSTORIQrE URS I OIKKS 

mêmes abandonnent la ville donl le eoninierce a 
diminué « ceulx de l'arl de la soje vont partie en 
Avignon, partie se retire à Gennes, les imprimeurs 
sonl tous à Genève, les chappeliers cl autres ouvriers 
de layne, fil, peaulx vont au duché de Milan en 
Piedmont exercer leur art* » chassés par le manque 
de travail, chassés aussi par la cherté de toutes les 
denrées de première nécessité -. « Et pour le regard 
des marchans l'abolission des foyres et laissement 
du commerce survenu tant par le moyen des daces 
et gabelles... qu'à l'occasion des pestes et guerres... 
les a tellement ruinez que aujourd'huy ceux que 
l'on tenoit les plus riches et les plus aisez sont con- 
trainctz s'aller retirans ou en fin faire falite. En sorte 
que l'on veoit aujourd'huy en la ville de Lyon plus 
de fallites et bancqueroutes que de bons et riches 
marchans ^. » 

Le tableau, à n'en pas douter, est poussé au noir, 
le relief exagéré et les contrastes trop saisissants. 
Il existe, à la fin du xvi^ siècle, des foires à Lyon 
qui ne sont pas sans importance, les recettes du gra- 
beau et de la douane en témoignent. La ville est 
toujours un centre commercial. Mais les grandes 
foires de marchandises ont disparu avec leur 
immense concours de peuple et de marchands, elles 
se transforment en foires de Payements. 

Il était permis à ceux qui avaient vu, ou qui 
avaient entendu dire, ce qu'étaient les foires dans la 

1 BB. 133, f" 128 vo(iriy6). 

2 BB. 119, f» 27 r» (1587). 

3 Ibid. 



DKCADENT.E A LA FIN DU \\V SIÈCLE 103 

première moitié du siècle, de conslaLer, comme 
ils l'ont fait, la décadence. Ils ont laissé percer de 
ramerlume. Ils en avaient le droit. Leurs intéréls 
soufl'raienl de cette déchéance, leur fierté en était 
atteinte. Très nettement, ils se rendaient compte 
qu'en dehors des causes extérieures la politique 
financière de François 1^^ et de Henri II, son suc- 
cesseur, avait cruellement pesé sur le sort d'une 
cité qu'ils aimaient profondément. 



I 



I 



I 



DEUXIEME PARTIE 

LES PRIVILÈGES DES FOIRES 



CHAPITRE PREMIER 

LES PRIVILÈGES DES MARCHANDS 



I. Privilèges généraux des marchands: § i. Papiers de raison 
et cédules ; §2. Le prêt à intérêt ; § 3. Exemption de Tinsi- 
nuation. — II. Privilèges des marchands étrangers: § i. Le 
sauf-conduit : droit de marque et de représailles; § 2. Sup- 
pression du droit d'aubaine : liberté de tester; § 3. Exemp- 
tion des impositions. — III. Privilèges particuliers des Suisses 
et des Allemands. 



L'oclroi des foires consLiliiait un privilège qui 
n'eiil pas été complet s'il n'avait été consolidé par 
l'octroi de privilèges accessoires. Les foires créées, 
leur prospérité était indissolublement liée au 
nombre et à la diversité d'origine des marchands 
qui les fréquenteraient. La franchise de ceux-ci 
était non moins nécessaire que la franchise de leurs 
denrées. Les marchands, et tout particulièrement 
les marchands étrangers, ne pouvaient se rendre 



inr. i,KS iMtiviLKCKS iu)YAr\ i>i;s roiiiKS 

aux foires (|iie s'ils se savaienl i^araiilis dans leurs 
personnes el dans leurs biens, s'ils avaieiil la ceiii- 
lude de ne pas voir s'exercer contre eux, ou cou Ire 
leur palrinioinc. les rigueurs du droit commun. 

Déjà en France, aux foires de l)rie et de Cham- 
pagne, les marchands avaient joui de privilèges par- 
ticuliers. Une juridiction spéciale tranchait leurs 
liliges et ils avaient l'aulorisalion de prêter et d'em- 
prunter à intérêt. 

Les marchands étrangers pouvaient entrer dans 
le royaume, y séjourner et en sortir sous le sauf- 
conduit des foires, les droits d'aubaine et de repré- 
sailles étaient sans application sur leurs biens el 
leurs personnes. Us avaient la faculté, en cas de 
guerre, de se retirer librement dans un certain 
délai. 

Le Dauphin Charles, en créant les foires de 
Lyon, accorda aux marchands fréquentant les foires 
les mêmes privilèges, déclarant qu'il le prenait « en 
la seure et spéciale sauvegarde et conduicte de mon- 
dit seigneur et de nous ». Louis XL dans les Lettres 
du 8 mars i463 (n. s.) qui, à tous les points de vue, 
constituent la vraie charte des foires de Lyon, se 
servit d'une formule aussi générale que Charles VH, 
mais il énuméra les privilèges accordés aux mar- 
chands. Ces privilèges leur furent maintenus par 
les rois, ses successeurs, au xv" et au xvi*' siècle •. 
Ils étaient considérables. 

1 Voir nolainmonl Lettres du 7 septembre iTiôLi (IIII., Cliappe 
VIII, i.'55-ir)7), d'octobre iTi^/, (Isambert..., t. XIV, p. ^Ctc)), de 
mars i583 et de septembre iTigli (Privilèges..., p. 262 et p. 27.'?). 



LES PRIVILKGI'S DES MARCHANDS 107 



I. Privilèges généraux des marriinnds. 

^ I , Les papiers de raison et cédules. — Les 
marchands fréqiieniani les foires de Lyon consi- 
dérèrent lonjonrs comme nn privilège des foires le 
droit qn'ils avaient de ne point montrer leurs pa- 
piers de raison et cédnles, ce que nous appelons 
livres de commerce, ni à s'en dessaisir. Ils veillè- 
rent à la conservation de ce privilège avec un soin 
jaloux, et s'il existe très peu d'actes du pouvoir royal 
qui l'aient consacré, il n'est pas douteux qu'une cou- 
tume fortement établie ait tenu lieu de dispositions 
légales. Ce privilège était la sauvegarde de tous; 
chacun l'invoquait et le respectait. Si les agents du 
Roi y portèrent atteinte à de rares occasions, ils 
n'agirent, ce faisant, que dans des cas douteux où 
ils pouvaient, avec quelque vraisemblance, alléguer 
l'intérêt général. Mais les marchands de la ville 
comme ceux des nations, le Consulat et le Conser- 
vateur des privilèges des foires furent toujours, sur 
cette question, d'une entière intransigeance. En 
î5i2, le Maître des ports, voulant faire produire à 
des marchands florentins leurs papiers de raison, 
parce qu'il avait de très sérieux motifs de croire 
que, par leur intermédiaire, les Génois, exclus à ce 
moment du privilège des foires, effectuaient des 
paiements au moyen de lettres de change, Thomas 
Gadagne vint déclarer au Consulat que , s'il ne 
mettait remède à cette tentative, tous les marchands 
étrangers étaient décidés à abandonner la ville. Il 



lOS LES PRIVILKGES ROYAUX DES FOIRES 

lî'c'lail poinl besoin d'une telle menace ; l'inler- 
vention du Conservateur el des conseillers s'était 
déjà manifestée'. En i5()i, pour citer un second 
fait, les commissaires des monnaies ayant voulu 
saisir les livres d'un marchand lucquois, le Con- 
sulat leur envoya aussitôt trois délégués chargés 
en son nom de u leur faire toutes les sommations 
requestes et protestations, interjecter appelations - ». 
Quelques rares atteintes d'agents royaux trop zélés 
n'altèrent point la jouissance d'un tel privilège '', 
En i556, comme en i553, Henri II déclare que 
les marchands fréquentant les foires de Lyon, soit 
étrangers, soit régnicoles, ne pourront être con- 
traints, pour quelque cause que ce soit, à montrer 
leurs livres et papiers, ni à déclarer qui négocie 
avec eux ou par eux, ou sous leurs noms ''. Il ajoute 
que l'exhibition des livres, demandée par ceux avec 

' « A esté advisé et arreslé en parler audit maislre des porlz el 
liiy faire bonnes remonstrances du dommaige que fait de eslraii- 
ger et molester les marchans, et après selon sa response en en- 
voyer en court bonnes mémoyres au secrétaire de la ville qui est 
do présent pour les affaires de ladicte ville... », 3o novembre i5i2 
[BB. iio, f° iio). La démarche de Tiiomas Gadagne est du 2 dé- 
ceinl)ie. En i."»2i, à la suite de difficultés avec des marchands 
catalans, les nations font la même menace (CC. 689, 12). 

-' BB. 82. f«« 40 r», 43 v°. 

•' « Touttefois et quanles qu'il y a eu lettres pour recher- 
cher les marchans en ce royaume comme pour le faict de usure et 
autres semblal^les occasions les marchans et bancquiers estran. 
giers tant demourans que trafiquans en cette place en ont esté 
exempt. » Remontrances des échevins au Roi, 18 janvier i.^Sa 
(BB. io(), f» 32 V»). 

'* Lettres, 7 septembre i553. HIL, Chappe VIII (i35-i57 et 5?3- 
40). 



Li:s PRIVILÈGES DES MARCHANDS 109 

qui les marchands négocient, ne pourra se faire que 
parliellemenL sans que les livres soient feuilletés ou 
visités el sans que leurs propriétaires s'en dessais- 
senl. Henri III, dans une Déclaration du i8 février 
i^yH, édicta les mêmes règles ajoutant que les 
extraits des livres de commerce ne pourraient se 
faire que dans la maison des marchands et seule- 
ment des passages faisant mention des choses en 
litige *. 

Les papiers de raison contenaient en effet tous les 
secrets des marchands : leurs opérations commer- 
ciales et le bilan de leur crédit. « Les aucuns sont 
riches, les autres sont pauvres, dit Thomas Ga- 
dagne au Consulat, qui n'ont que leur bon crédit et 
que par la vision de leurs papiers leur crédit s'en 
pourroit perdre dont plusieurs inconvénients en 
pourroient advenir"'. » Plus tard, dans d'autres cir- 
constances, les marchands remontrent que per- 
mettre de saisir leurs livres « se seroit descouvrir 
leurs pouvoirs et facultez, paouvretez ou richesses cl 
des marchans tanl du royaume que estrangiers avec 
lesquelz ilz négotienl et Iraffîcquent lesquelz facullez 
si elles estoient cogneues et descouvertes causeroit 
leur entière ruyne et destruction ^... ». 

§ 2. Le prêt a intérêt. — Condamné, disait on, 
par l'Evangile qui blâmait ceux qui recueillaient 



' IIII., Ghappe, VIII, 523-54o). 

- BB. 3o, f" 112. 

3 BB. 82, f» 4.) 1-0 (i5Gi). 



110 IJ;S l'IUVILÈGKS ROVAl X DKS KOIRI'S 

1 usure de leur argeiiL (S. Luc, c. xix. v. i-i à 271, le 
prêt à inlérêl avait été viveineul allaqué par les 
Pères de l'Eglise ; saint Ambroise l'avait cpudifié 
de vol et saint (irégoire de Naziance avait sévère- 
nienl jugé ceux cpii a récollaient ce (piils navaieni 
point semé ». Il avait été condamné par les Conciles 
et par l'Eglise. « Muluum date nihil inde spe- 
rantes. » La loi civile avait statué comme la loi 
religieuse. Charlemagne avait interdit le prêt à 
intérêt dans ses Capitulaires, et de nombreuses 
Ordonnances royales, depuis Pliilippe le Bel jusqu'à 
Henri III, en défendirent la pratique aux xn*", xv" 
et xvi*' siècles, la tolérant, dans des limites stricle- 
ment déterminées, pour les Juifs et les Lombards 
seulement. 

Cette interdiction, qui devait, nominalemenl du 
moins, subsister en Erance jusqu'en 1807, résultait 
non point seulement d'une doctrine religieuse, mais 
d'une doctrine économique. Le prêt n'était en gé- 
néral, dans les temps anciens, qu'un prêt de consom- 
mation. L'argent ne portait pas de fruils et le gain 
touché par le créancier provenait du seul appau- 
vrissement du débiteur. Dans les foires, au con- 
traire, l'argent prêté n'était pas un moyen d'exploiter 
l'emprunteur à bout de ressources. Il devenait un 
inslrument de production. De même que le mar- 
chand emprunteur pouvait, avec lui, acheter el 
revendre, c'est-à-dire opérer un bénétice, de même, 
le marchand préleur su])issait un préjudice par la 
privation de son ai'genl el avail droil à une indeui- 
nilé, que cette privation vînt du relard du débiteur 



LKS l'UlVlLÈGES DES MARCHANDS lll 

à se libérer à récliéaiice ou du délai qui lui avait 
élé accordé. Aussi lOrdonnauce du 6 août i349 
avait-elle expressément autorisé la pratique du prêt 
à intérêt aux foires de Brie et de Champagne et 
fixé à i5 livres pour loo, par an, le taux de l'argent. 
Les foires de Lyon, bénéficiant de tous les privi- 
lèges concédés aux foires de Champagne, jouirent 
de l'autorisation du prêt à intérêt sans la moindre 
entrave. La pratique de ce prêt fut le fondement 
môme de la banque, si prospère à Lyon. Elle per- 
mettait aux banquiers de recevoir des dépôts ou 
(( deposites » dont ils servaient aux marchands un 
intérêt qui augmentait leur capital ; elle permettait 
aux marchands d'emprunter et ainsi d'accroître leur 
trafic; à tous ceux enfin qui se faisaient payer par 
lettres de change de toucher, comme l'avait stipulé 
Louis XI dans les Lettres de i463, avec le prin- 
cipal, l'intérêt de leur argent*. 

v:; 3. Exemption de l'insinuation. — Une Ordon- 
nance de A illers-Cotterets, d'août i539, édicta que 
les donations n'auraient d'effet qu'à compter du 
jour où elles auraient été enregistrées dans les Cours 
de justice. Par un souvenir du droit romain, celte 
formalité d'enregistrement fut appelée l'insinuation. 
Le roi déclara aussitôt, pour éviter toute équivoque, 
« que les coniractz, cédules, promesses et obliga- 



' « Voulons... que ceux qui seront tenus payer ledit argent 
tant du principal que des dommages et interesl pourront estre et 
seront contiaintz à les payer tant à cause des changes, arrière- 
changes que autrement. .. », loc. cil. 



liii Li:s riuviLi:Gi:s uuvalx dks foiiu:s 

lions faiclos el qui se feront cy après entre les niar- 
chans lant noz siibjeclz (|iie etrangiers fréquenlaiit 
lesclites foyres de Lyon pour raison du fait de lenrs 
négociai ions et traficq de leurs marchandises j)our 
faict de foire et en foire et de ce qui en deppend 
ne serons subjeclz à l'insinuation' ». 



II. Pri%il(>j;e!!« de« marchand!* î-traii;;cr«. 

§ I . Le Sauf-Conduit : Droit de Marque et Re- 
présailles. — Le privilège essentiel des marchands 
étrani>ers était le sauf-conduit. Tous les marchands 
de quelque élat, condition ou nation pouvaient, grâce 
à lui, entrer dans le royaume et en sorlir librement 
séjourner à Lyon, non point seulement pendant les 
foires, mais dune foire à une autre. Les rois les 
prenaient sous leur sauvegarde spéciale et leur pro- 
teclion particulière. 

Non seulement les rois renonçaient aux repré- 
sailles sur les marchands des nations avec qui ils 
étaient en guerre et sur leurs biens, mais celte sauve- 
garde était si complète qu'elle aboutissait à la sup- 
pression (In (hoit de marque lui-même. Le droit de 
marque était, pour la victime d'actes déliclueux et 

' l'K., ClKipjx' IX, ]i)?i-\i'), copie non si'^iiét', ni collaLioiinée 
Il convionL de ranger au nombre des privilèges des marciiands 
fré({uentanl les foires celui dètre justiciables d'une juridiction 
spéciale. Limporlance de cette juridiction et la clarté de la divi- 
sion nous ont fait reporter au dernier chapitre, sous une mention 
spéciale : « Le Conservateur des privilèges des foires », l'étude 
de cette question. 



LES PRIVILÈGES DES MARCHANDS il3 

préjudiciables, le droit d'exercer des représailles sur 
les étrangers qui avaient commis ces actes et, si on 
ne pouvait les alleindre, sur leuis compatriotes. Le 
droit de marque était requis du pouvoir royal qui 
délivrait, s'il en accordait l'exercice, des « lettres de 
marque ». Un marchand était-il pillé par des mar- 
chands étrangers d'une autre nationalité que la 
sienne, il devait d'abord demander justice au sou- 
verain des délinquants. Si jusiice lui était refusée, 
il sollicitait des lettres de marque de l'autorité de 
son propre pays. Grâce à elles, il pouvait procéder 
directement, car le droit de marque octroyé empor- 
tait le saisissement des biens. On voit quelle arme 
puissante constituait ce droit : il était un moyen de 
contrainte indirecte sur les autorités des pays étran- 
gers pour les amener à châtier leurs nationaux cou- 
pables. Si cette contrainte restait sans etl'et, il per- 
mettait d'aboulir directement à la réparation morale 
et matérielle du préjudice qui avait été causée 

Le sauf-conduit était donc un privilège exorbi- 
tant du droit commun, les « Nations » surent le 
faire respecter comme le Consulat'-. 



' Jehan Papon, Recueil d'arrcts notables, Paris, Jehan Macé, 
i5G4, I vol. in-i2, p. ii3 et suiv. 

- En lôjo, une dame Renaze avait obtenu des lettres de marque 
contre un marchand des Flandres, Luyer, demeurant à Lyon. Le 
Consulat fait agir à Paris par son envoyé pour faire toutes re- 
montrances (BB. 8i, f° 243 r°). En lo^i, un marchand florentin, 
gendre d'un marchand de Lyon, avait acheté 5o chevaux à la foire 
de Francfort. Il fut arrêté en revenants Lyon. Le Conseil d'Etat 
avait accordé des lettres contre les marchands allemands de 



ll'i Li;s i'iuvili:gi:s i;oval\ des fuiuks 

si; 2. Suppression du droit d'aubaine : liberté de 
TESTER. — La suppression, en faveur des marchands 
étrangers, du droit d'aubaine, garantissait la trans- 
mission de leur biens, au cas de décès. En droit 
commun, en efl'el, les biens des étrangers décédés 
en France appartenaient au roi par droit d'aubaine. 
Un privilège spécial fui accordé aux étrangers qui 
fréquentaient les foires de Lyon. Il leur était loisible 
de tester et de disposer de leurs biens à leur volonté. 
Leur testament était valable, qu'il ait été fait par 
eux avant ou après les foires, dans le royaume ou 
en dehors du royaume. Il sortait son plein et entier 
elï'et dans tous les cas. Si les marchands étrangers 
décédaient en France sans avoir fait de testament, 
leur succession s'ouvrait et sa dévolution s'effectuait 
comme s'ils étaient morts dans leur propre pays, 
suivant les lois et coutumes de ce pays. Les héritiers 
recueillaient les biens, qu'ils fussent héritiers natu- 
rels ou héritiers par testament, sans avoir à payer 
en France aucun droit. Ce privilège des marchands 
étrangers s'appliquait à tous leurs biens meubles, sans 
exception: marchandises, deniers, lettres de change. 

La suppression du droit d'aubaine fut toujours 
respectée, et les étrangers, même résidant à Lyon, 
en bénéficièrent sous la seule justification du com- 



Lyon. Le Coiisulal, ayant double intérêt à sauvegarder, conseilla 
aux marchands allemands de cautionner le marchand llorenlin 
pour avoir son élargissement. Mais il apparut que le soigneur 
allemand, auteur de la séquestration, ne dépendait pas des ^'illes 
Impériales, on demanda alors la mainlevée(BB. 128, f"'' 218 r°, 

234 VO). 



LES PRIVILÈGES DES MARCHANDS 115 

merce effectué en foires*. Le Consulat, le Sénéchal 
et le Conservateur des privilèges des foires veillèrent 
à ce qu'aucune atteinte ne fût portée à ce privilège 
des étrangers- que le Parlement de Paris sanctionna 
dans plusieurs de ses arrêts^. 

Charles IX, par Lettres royaux du 27 août iSôg, 
retendit aux marchands qui, ayant demandé des 
(( Lettres de naturalité », s'étaient soumis aux lois 
du royaume; il déclara que leurs héritiers, bien 
que n'habitant pas en France, devaient hériter de 
leurs biens. Il voulut même que les rentes consti- 
tuées fussent, comme les marchandises ou l'argent, 
exemptes du droit d'aubaine, mais le Parlement de 
Paris n'enregistra pas cette disposition spéciale. Les 
rentes constituées étaient non point des meubles, 
mais des immeubles, ainsi que l'avait fait remarquer 
le Procureur général du Roi*. 

Quelques difficultés se produisirent néanmoins 
pour le droit d'aubaine à la fin du xvi^ siècle, mani- 
festations des tendances hostiles aux étrangers. Les 
Italiens (Florentins, Lucquois et Génois) se plai- 
gnirent, en iSSa, de l'exercice du droit d'aubaine. 
Le Consulat s'engagea bien à faire des remontrances, 
mais il refusa de solliciter une exemption générale, 

* Voir nolammeiit Lellres du 7 septembre i553 et 18 février 
1078 (HH., Chappe VIII, i35-i57). Louis XI avait accordé l'exemp- 
tion du droit d'aubaine et le droit de tester aux étrangers habi- 
tant Toulouse et Bordeaux, Lettres de Laval, 20 avril 1472, et 
Saint-Florent, juin 1472, Isainberl..., t. X, pp. 635 et 65i, 

- AA. loi, pièce 53; i37eti38, pièces non numérotées. 
' 14 août i5o7, 24 mars 1024, IIH., Chappe VIII, p. 137. 

* Privilèges..., p. i56, et HH., Chappe VIII, i35-i57. 



H6 LKS PRIVILÈGES ROYAUX DES FOIRES 

disanl que ne devaient bénéficier du privilège que 
les bons el notables marchands, car « ladite ville se 
pourroil peupler de plusieurs estrangiers mal vivans 
el bannis de leur pairie, el par ce aussi que lesdils 
privileiges onl esté donnez non à telles gens mais 
aux bons el notables marchans ». Aussi, il n'en 
demanda la confirmation que pour les étrangers qui 
s'inscriraient sur un registre spécial, dont un rôle 
serai! envoyé au Conseil privé du lloi'. 

Henri III, par Letlres de Paris de mars i583, 
ordonna que les élrangers « allans, venans el relour- 
nans desdites foires, demeurant, séjournant et rési- 
dant en ladite ville », jouissent des privilèges et 
immunités accordées par ses prédécesseurs, « ensem- 
ble leurs facteurs, commis et commetlans. commis- 
sionnaires, négoliateurs et domestiques ». que tous 
soient exeriipls du droit daubaine et jouissent du 
droit de lester. Afin que leur qualité ne fût point 
contestée, ils avaient la faculté, sans y être con- 
traints, de déclarer devant le Sénéchal de Lyon ou 

' BB. io8, f" 175 r"; io<), fo 253 i-o. L'n siècle auparavaiil, dans 
un mémoire au Roi les Lyonnais disaient : « Ilem cl pour retenir 
el faire demourer en la ville de Lyon les marchands desdites na- 
tions estrangieres qui sont accasez en icelle ville de longtemps 
aclendant la reslilution el l'eintégration desdiles foires de Lyon 
seroit de besoin obtenir du roy notre sire congé, licence et per- 
mission pour iceux marchians etrangiers de tester et pouvoir 
dispouser de leurs biens en ladite ville de Lyon affin que l'on ne 
peust pour le tems avenir quereler sur leursdits biens pour drois 
d'espave ou d'aubeuaige et tout ainsi qu'il leur etoit permis par 
les privilèges, franchises et libertés desdites foires de Lyon 
octroiées par le feu roy Loys dernièrement trépassé que Dieu 
absoille, >' HH., Chappe VIIl, 'Jj-S"), sans date 14^4-' '('jl)- 



LES PRIVILÈGES DES MARCHANDS 117 

les Consuls échevins, en présence de deux notables 
de leur pays, ou autres, qu'ils étaient venus au 
royaume négocier sous le bénéfice du privilège des 
foires. Acte devait leur être donné de cette déclara- 
tion pour qu'ils puissent fournir la preuve de leur 
qualité. Enlin, pour les immeubles, y compris les 
rentes constituées, les étrangers pouvaient demander 
au roi des Lettres de naturalité qui ne devaient, en 
aucune manière, préjudicier à leurs privilèges*. 

De Masso pouvait écrire aux échevins que des 
Lettres avaient été obtenues « en faveur de mes- 
sieurs des nations pour le faict des aubeines si 
amples que j'espère qu'elles ne retiendront pas seul- 
lement les estrangiers qui se voulloient retirer de 
votre ville à cause de la rigueurs desdites aubeines 
mais rappelleront ceulx qui s'en estoient absentés 
voire mesmes en attireront beaucoupt qui n'avoit 
faict estât d'y venir "^ ». Les Lettres de naturalité 
allaient, pour les étrangers, devenir, quelques 
années plus tard, une obligation coûteuse qu'ils 
devaient remplir s'ils voulaient exercer le commerce 
en France '^ Elle ne fut, heureusement, point impo- 
sée aux étrangers trafiquant à Lyon^. 

§ 3. Exemption des impositions. — Les Lettres 

* IIII,, Chappe VIII, i35-i57, Privilèges..., p. 262; voir aussi 
l'Edit. de septembre iSgS (ibid., p. 273). 

- AA. loi, pièce 53 (29 mars i583). 

^ Lettres Henri HT, Paris, septembre 1087, haniberl.. , t. XIV, 
p. 610. 

* Lettres Henri IV, Lyon, septembre i^iyS, HII., Chappe VIII, 
135-107. 



118 Li:S PRIVILÈGES ROYAUX DRS FOIRICS 

ociroyanl les foires à Lyon et les confirmant avaient 
ordonné que les « marchands et autres IVéquenlans... 
ensemble leurs denrées et marchandises » soient 
francs « de toutes impositions, char<(es cl lril)uls * ». 
Les marchands étrangers qui fréquentaient les foires 
furent donc exempts de toute imposition même s'ils 
résidaient à Lyon, à moins toutefois qu'il n'y eût 
de leur part une véritable élection de domicile. 
Une distinction s'opérait, en effet, entre les étran- 
gers qui fréquentaient les foires et ceux qui avaient 
fait de Lyon leur résidence habituelle ou semblaient 
avoir perdu tout esprit de retour. 

Nous la voyons se dégager, à plusieurs reprises, 
au XVI* siècle. En 1629, la ville de Lyon ayant été 
taxée à 24.000 livres pour le paiement de la rançon 
du roi François P% les étrangers « y tenans feu et 
lieu ou maisons, magasins ou bolicques en propriété 
ou par louaige y gagnans leur vie par marchandise, 
courrataige ou autrement », furent par ordre 
royal, contraints de payer « chacun se cocte part 
et portion ». Malgré leur résistance, les Italiens 
résidant à Lyon durent s'exécuter'-. En i538, Fran- 
çois P'' ayant imposé la ville pour l'entretien de 
22.000 hommes de pied, ordonna encore que les 
étrangers, les Florentins et les Lucquois notam- 
ment, « natifs oudit Lion ou qui se y seront mariez 
ou y auront amené leurs femmes ou qui y auront 
acquis heritaiges » fussent cotisés^. En i566, un 

1 Lettres de 14^3. 

- ce. i36, fo^ préliminaires; 797, 20. 

3 ce. 3i4, 2. 



LES PRIVILEGES DES MARCHANDS 119 

arrêt du Conseil du Roi, du 5 novembre, décida que 
les marchands milanais, florentins, génois et luc- 
quois ne seront pas tenus de contribuer aux frais 
de rentrée de Sa Majesté à Lyon, à moins qu'ils ne 
résident en la ville et aussi que tous propriétaires 
ou locataires de maisons, même étrangers, devront 
contribuer aux frais qu'a entraînés la peste ^ Mais, 
ces exceptions légitimes posées, les marchands et 
banquiers étrangers, ou leurs facteurs, exerçant le 
commerce à Lyon étaient exempts du paiement 
d'impositions en vertu de leurs privilèges. 

Les Cahiers de Lyon pour les Etats Généraux de 
Blois, en iSyô, protestent contre cette exemption. 
Ils demandent que les étrangers domiciliés à Lyon, 
ou ailleurs, au royaume, payent les impositions 
comme les autres habitants « si mieulx ilz n'aiment 
les foyres faictes et la franchise d'icelles passée se 
retirer en leur pays comme ilz faisoyent antérieu- 
rement es foires de Brye et de Champaigne - ». 

L'édit de septembre i^)^^ montre que ces 
doléances demeurèrent sans résultat, par la dispo- 
sition suivante : 

« Confirmons par ces présentes ausdites foires de 
Lyon et marchands estrangers fréquentans icelles 
et particulièrement ausdits Florentins, Génois et 
Lucquois tous et chacuns les privilèges, libertez, 
franchises et exemptions de tous emprunts, impo- 
sitions et levées de deniers ordinaires et extraordi- 



1 ce. 3i4, 4. 

2 BB. 94, f° i85 vo. 



12(t Li:S l>RIYlLf:GES UOVAI X DI'.S FOIKES 

iiaires faites ou à l'aire qui leur ont esté données et 
promises par les roys nos prédécesseurs *... » 

III. Privilèges particuliers des !iiais.*«eM et des AlIemaadH. 

Les Suisses et les Allemands jouissaieni, aux 
foires de Lyon, d'un privilè<^e qui leur était parti- 
culier : la prolongation de la franchise de chaque 
foire pendant un certain nombre de jours. 

Les Suisses en jouissaient vraisemblablement 
depuis le règne de Louis XI dont ils étaient les 
amis et qui avait trouvé, dans Toctroi de celte 
faveur, un moyen de lui ter conlre les foires de 
Genève. Le premier document qui, à notre connais- 
sance, consacre ce privilège indique, en effet, qu'il 
existait antérieurement. Ce sont les Lettres de 
Louis XII du 8 mai i499^- 

Par elles, le roi concédait aux habitants des dix 
Cantons, pendant dix jours après l'expiration de la 
franchise des foires, la liberté d' « entrer et fré- 
quenter marchandement en notre dite ville de Lyon 
et d'icelle en tirer et transporter les denrées et mar- 
chandises à eux nommément appartenant qu'il/ y 
auront achaplées, prinses par eschange ou baillées 
en garde et semblablement toutes les bagues, 
joyaux, or, argent et autres biens quelconques ». 
Cette prolongalion, pendant dix jours, de la fran- 
chise des foires fut maintenue aux Cantons suisses 

' Privili^ges..., p. ajS. 

2 Hll., Chappo VHI, i75-i8(). Pièce juslificalive IX. 



LES PRIVILKGES DES MARCHANDS l;il 

par le traité de Friboiirg, du 7 décembre i5i6 *, Elle 
fut même augmentée de cinq jours par Henri II 
qui, dans ses Lettres du 8 mars i552 (n. s.), accorda 
expressément une prolongation de franchise de 
quinze jours. Les Cantons suisses en jouirent pen- 
dant tout le \\f siècle "'. 

Les marchands de Nuremberg, Augsbourg, Ulm, 
Strasbourg et « aultres villes impériales » d'Alle- 
magne jouirent comme les marchands des Gantons 
de la prolongation de la franchise. Celte franchise 
était de quinze jours. Le premier document qui la 
leur octroya est du i4 mars i5i6 (n. s.). Fran- 
çois I^'\ dans des Lettres qui portent cette date et 
données à Lyon, leur accorda, en effet, ce privilège 
qui leur demeura par une série de confirmations 
ultérieures ^. 

Pendant la durée de cette prolongation, les mar- 
chands des Cantons suisses et des Villes impériales 
pouvaient faire circuler leurs marchandises comme 
pendant le temps même de la franchise, sans avoir, 
par conséquent, à payer pour elles la rêve ou l'im- 
position foraine. Ils devaient, toutefois, se sou- 



^ « Cinquièmement seront reconfirmez aux marchands et su- 
jets de nostredit pays des Ligues tous les privilèges et particu- 
lières franchises qui leur pourroient avoir estes donnés et con- 
cédés par les feus roys de France de bonne mémoire en la ville 
de Lyon ». CC. 3i5, i. 

- Lettres du 8 mars i55i (a. s.), CC. 3i5, 2; du 17 avril 1062, 
du !«'■ août 1571, HH., Chappe Vlll, 186-19/,. 

^ Lettres du 14 mars lijiT) (a. s.), 11 août i5/,2, a.'J avril 1.^48, 
dernier décembre ir)5i, 29 juillet iSiyg, IIII., Chappe VIII, ijS- 
186. 



1:>2 LKS PRIVILEGES ROYAUX DES FOIRES 

meltre aux l'ormalilés qui garanlissaieuL rexercice 
eL le contrôle de celle franchise : la marque des 
marchandises cl la délivrance des acquils ou cerli- 
calions'. 

Un second privilège lui, au cours du xvi^ siècle, 
accordé aux Suisses el aux Allemands concernant 
non plus la sortie des marchandises, mais leur 
eulrée. 

Quand, en i544i ^^^^ établie l'aide de 6 deniers 
pour livre, les uns el les autres protestèrent, refu- 
sant de la payer, la considérant comme une atteinte 
à leurs privilèges. Le Consulat soutint cependant 
qu'ils la devaient et il ne laissa entrer les mar- 
chandises leurs appartenant que moyennant cau- 
tion. Mais le roi déclara qu'ils étaient exempts de 
celle aide, malgré toutes les observations que put 
faire le Consulat sur les abus qui pourraient se 
commettre pour Tenlrée des marchandises'-. 

En i552, lorsque fut rétablie Taide de 6 deniers 
pour livre, les Suisses et les Allemands furent 
encore exemptés du paiement pour les marchan- 
dises qu'ils faisaient entrer à Lyon. Ceux d'entre 
eux qui voulaient jouir de cette exemption n'étaient 
tenus que de faire inscrire leur nom sur un registre 
spécial déposé au greffe de la Sénéchaussée^. Ils 

^ Voir 2« partie, cli. ii, i. Eu i.">5'}, le commis au bureau de la 
foraine reçoit mandement parce que « durant quinze jours apprez 
le temps expiré des franchises desdites foyres à cause des privi- 
lèges octroyés aux marchands allemans » il est tenu de résider 
au bureau. BB. 7C, fo G7 r°. 

2 BB. 62, fo» 3 v°, 58 r°. 

3 BB. 73, f» 100 r"; CC. iJgSô, a; BB. 7^, f" ?./,<, r". 



i 

I 



LES PRIVILEGES DES MARCHANDS 123 

jouirent de ce privilège tant que laide de 6 deniers 
sur les marchandises entrant à Lyon demeura aux 
mains de la ville ', ils en jouirent même lorsque la 
douane fut affermée par le roi "-. 



' BB. 82, f" 95 V». 

- Le fermier de la douane reçoit, comme le Consulat, un état 
des marchands des Villes Impériales d'Allemagne, dressé par 
eux, pour l'exercice de leurs privilèges. HH., Cliappe VIII, 186- 
194 (état dressé en lâjg). 



124 LKS i»rivili;ges royaux des foires 



CHAPITRE II 



LES PRIVILEGES DES MARCHANDISES 

LA FRANCHISE 
LES ATTEINTES A LA FRANCHISE 



I. Les impôts à l'exportation : la rêve et les importations forai- 
nes. La franchise assurée. — Franchise de la rovc et des im- 
positions foraines, définitions. § i. La rêve et les foires, 
des origines à i552; § 2. Les impositions foraines et les 
foires, des origines à iSSa; § 3. La rêve, les impositions 
foraines et les foires, de i552 à 1600. — IL Les impôts à 
l'importation : La douane. La franchise violée. — § 1. L'aide 
de cinq écus pour cent sur les draps d'or, d'argent et de 
soie; § 2. La création de l'aide de 5 deniers pour livre ou 
2 1/2 pour 100 sur toutes les marchandises, i544 ; § 3. Réta- 
blissement de laide de 6 deniers ; Son rachat par la ville, 
1552-1557; § 4. L'aide de 6 deniers aux mains du roi, i564 ; 
Les surtaulx. Les commis de la douane. 



I. lifN impôts à l'exportation : la rêve et la foraine. 
La franchise assurée. 

Les Lettres patentes du Dauphin Charles, ré- 
gent du royaume, données à Vienne le 9 février 
1420 (n. s.), instituant à Lyon deux foires par an 
de chacune six jours, déclaraient « une chacune 
d'icelles franches, quittes et délivrés pour tous mar- 
chans, denrées et marchandises quelconques les- 
quelles et chacunes dicelles qui seront amenées 



LES PRIVILÈGES DES MARCHANDISES 125 

vendues ou eschangées s'en puissent aller pleine- 
ment et purement sans fraude de tous aides, impôts, 
tailles, coustumes, maletostes et autres impositions 
quelconques extraordinaires imposées ou par le 
temps advenir à imposer* ». 

Devenu roi de France, il renouvela ces privilèges 
de franchise et, en février i444 (i^- s.), accordant à 
Lyon trois foires au lieu de deux, il ordonnait que 
ces trois foires seraient « franches et quittes pour 
tous marchans, denrées et marchandises qui y vien- 
dront et y seront amenées et conduites et qui y 
entreront ou en iront et y seront vendues eschangées 
ou autrement exploitées durans icelles foires de 
toutes aydes, imposts, tailles, subside, impositions 
foraines, coustumes, maletostes, boetes aux Lom- 
bards et autres charges et treuz extraordinaires 
quelconques imposez ou à imposer en quelque 
manière que ce soit excepté seulement l'imposition 
de la chair et le huiclième du vin qui durant les- 
dicls vingt jours dicelles seront vendues à détail en 
ladicte ville de Lyon et avec ce franches et quittes 
de charges et droits ordinaires quelzconques de 
noire domaine -... ». 

Dans des Lettres aux Sénéchal, Juge du ressort. 
Maître des ports et Receveur de la rêve, écrites le 
même jour que les Lettres instituant les foires 
(9 février 1420), le Dauphin prescrivait de laisser 
passer toutes les denrées et marcliandises achetées. 



1 Privilèges..., p. 19. 
* Privilèges..., p. 26. 



l:.'n IJ:s l'UIVILIXKS hOYALX DES lOIRKS 

vendues ou échangées pendant les foires, à la condi- 
tion toutefois que ces marchandises seraient enre- 
gistrées et inventoriées par un notable de la ville, 
élu par le Sénéchal et par les conseillers. Ce notable 
devait certifier l'inventaire au Garde des ports et 
Receveur de la rêve, puis le lui remettre afin que, 
chaque année, les sommes qui auraient été dues 
pour ces marchandises « à cause des resve cartu- 
laire et autres droiz » et non perçues, fussent por- 
tées par le receveur en son compte « tant en mise 
comme en recepte * ». 

La franchise des marchandises était donc com- 
plète et, en se conformant à une formalité aisée à 
remplir, les marchands pouvaient faire voyager 
librement les marchandises qui provenaient des 
foires de Lyon et y avaient été l'objet d'une opéra- 
tion commerciale quelconque. 

Le privilège de franchise accordé par le roi était 
considérable, car des impôts frappaient les mar- 
chandises en transit hors du royaume. C'étaient le 
haut passage, la rêve, la foraine, l'imposition foraine 
que Ton appelait ausssi rêve cartulaire, traite foraine 
et imposition foraine. 

Ces droits étaient très anciens, particulièrement 
le haut passage établi par Philippe le Bel et auquel 
paraît avoir été substitué la rêve (recette), droit de 
quatre deniers pour livre de marchandise. La ter- 
minologie de ces droits est assez vague aux xv" et 
xvi" siècles ; les définitions précises sont impossibles 

i ce. 3976, li. 



LES PRIVILEGES DES MARCHANDISES 127 

pour des termes qui semblent désigner non point 
des impôts différents dans leur nature, mais les 
formes successives d'un même impôt. Des Lettres 
de 1480 disent que la rêve est payé sur « toutes 
denrées et marchandises qui passent ou trépassent 
du royaume en l'empire » et Timposition foraine 
sur « toutes denrées et marchandises qui passent 
ou sont conduictes et montés semblablement comme 
dit est du royaume en l'empire^ ». Des Lettres du 
10 février i55i ramenant à Tappellation de do- 
maine forain les droits de rêve et haut passage et 
à l'appellation de traite ou imposition foraine tous 
les droits de traicte et imposition foraine, disent 
que les deux droits, de domaine forain et d'impo- 
sition foraine, seront « levez sur toutes marchan- 
dises... chargées pour estre transportées hors nôtre- 
dit royaulme sans aucune exception"^ ». 

Le haut passage, la rêve ou rêve cartulaire, la 
foraine, l'imposition foraine, la traite foraine sont 
donc en résumé les termes servant à désigner les 
impôts qui frappent les marchandises à leur sortie 
du royaume ou à leur passage aux frontières des 
provinces où les droits d'aides n'étaient pas établis^. 

' ce. ;îy77, 17. 

- ce. 3982, y. 

3 D'api-èsM. G. Picot, o/j. cit., t. II, p. 97, notes i, 2, 3; p. 98, 
noie I, l'imposition foraine aurait été l'impôt perçu aux frontières 
des provinces qui avaient refusé de payer l'aide. Cette distinc- 
tion avec la rêve, impôt perçu aux frontières du royaume et de 
l'empire, exacte peut-être à l'origine ne paraît plus l'être aux 
XV* et xvi<= siècles. Nous l'avons vu par le passage des Lettres de 
1480. La déûnition de ces deux impôts est si peu claire qu'en 



128 LES l»RIVILf:;GES HOYAIX DES FOIHES 

Ce qui les dislingue aux xv" el xvi" siècles, indé- 
pendammenL de leur date d'origine, ce ncsl poinl 
lanl leur nature que le taux auquel ils sont fixés. Celte 
richesse de vocabulaire a permis à la royauté de 
percevoir plusieurs lois le niêuie impôt sur la même 
opération commerciale ou d'augmenter, nous le 
verrons au xvi'^ siècle, le laux de cet impôt en 
modifiant ses diverses dénominations. 

^ 1 . La rêve et les ioihes des origines a i552. — 
Les marchandises des foires de Lyon furent donc, 
dès l'origine, franches de tous droits à la sortie du 
royaume. 

Le Consulat se soumit très exactement aux con- 
ditions imposées par le roi pour le contrôle des 
marchandises. A chaque foire, il désigna ceux qu'il 
commettait <( pour appoincler et depescher les mar- 
chands quand ils auront tenu souffisamenl foyre » 
et faire les cédules que devaient remettre, à leur 
sortie aux portes de la ville, les marchands qui 
venaient des foires*. Au milieu du xv'' siècle, en 
145 I , quand les foires furent connues et fréquentées, 
des difficultés se produisirent néanmoins sur 1 inter- 

lêlc du tarif dos droits de rêve, foraine, etc. (CG. 4000, 1 4), il est 
dit que la foraine est due lorsque les marchandises sortent du 
royaume, la rêve lorsque les marchandises sortent de Lyon pour 
aller dans les provinces où les aides n'ont pas cours ! L'Edit du 
20 novembre 1040 (h.imherf, t. XII, p. 698) dit que l'imposition 
foraine frappe les marchandises « sortans... liors nostredit 
l'oyaumc ». 

> BB. 4, i"^ 35 V», 47 v°, Gy vo, y6 v«, 124 r», lôi r", 161 r"; 5, 
f" 201 r", 224 v«. 



LES PRIVILÈGES DES iMAftCHANDISES l2Ô 

prélalion qu'il coiivenail de donner aux ordonnances 
du Roi, 

Denys Dallières, fermier de la rêve, réclama le 
paiemenl des droits pour les marchandises qui sor- 
taient de la ville, n'ayant été ni vendues, ni achetées, 
pendant les foires. Certains marchands, disait-il, 
viennent à Lyon, y séjournent quelques jours et, 
sous couleur des foires, sans attendre même qu'elles 
soient finies, emmènent leurs marchandises à Genève 
sans payer la rêve que pourtant ils doivent. Le roi 
donna raison au fermier et prescrivit de faire payer 
la rêve à toutes les marchandises qui n'avaient pas 
été vendues ou achetées pendant les foires'. Les 
Lyonnais firent appellation, invoquant le texte des 
Lettres royaux qui avaient accordé la franchise, non 
seulement aux marchandises vendues et achetées 
pendant les foires, mais à celles qui y seraient 
(( autrement exploitées ». Ils faisaient remarquer 
que Ion aboutirait à frapper des marchands qui, de 
bonne foi venus aux foires, n'auraient pu y vendre 
leurs marchandises. Ils demandaient qu'on eût égard 
seulement « s'ilz les ont exposées en vente par temps 
compétent et sans fraude esdictes foyres- ». Avant 
l'issue du procès, l'affaire s'arrangea. Le fermier 
reçut un cadeau du Consulat et promit « de tracter 
gracieusement les marchans venans et passans par 
ceste ville tant en temps de foyres comme hors 
foyre'* ». 

1 ce. 397G, 6. 

- ce. 397G, i/, et iS. 

■' BB. 5,fo 218 v°. 



130 Li;S l'UlVILÈGi:S HOV.UX ors lOIIŒS 

Les trésoriers des finances ne lurciil pas aussi 
accommodants que le lennier de la rêve, ils préten- 
dirent que la franchise était dommageable au roi 
et s'opposèrent à ce qu'elle fût renouvelée. Ils 
obtinrent la nomination de deux enquêteurs qui 
devaient donner leur avis « sur l'interest et dom- 
maige » de cette franchise'. Dans un intérêt fiscal, 
le roi essaya de reprendre ce qu'il avait donné. 
Nous avons vu que, par les Lettres du 7 octobre 
1455, il réserva le droit de rêve de quatre deniers 
pour livre. Ce fut le premier acte royal contre la 
franchise des foires. Nous allons voir qu'à plusieurs 
reprises les rois retirèrent, d'une manière directe ou 
indirecte, les privilèges qu'au point de vue des 
impôts ils avaient concédés aux marchandises des 
foires. 

Le Consulat traita alors avec le fermier de la rêve. 
Celui-ci recevait xxxiii livres, un tiers de livre 
tournois pour la foire de Pâques, il devait laisser 
passer librement toutes les denrées qui «. auront 
tenu foyres cinq jours durans ou autrement souffi- 
samment sans fraude- ». Cet engagement fut renou- 
velé pour chacune des trois foires suivantes, le 
Consulat traitant au jour le jour dans l'espoir de 
voir rétablir l'entière franchise. Les Lettres du 
23 avril 14^7 le déçurent de cette espérance. 

Louis XI comprit que la franchise des foires était 
la condition même de leur développement et, bien 



' 13B. 5, f» KJ9 i-o. 

- Ibid.. 6, f° 146 r» ; 7, f°=' 28 r», 35 v", 4G v", 66 V. 



LES PRIVILÈGES DES MARCHANDISES 131 

cerlain que leur prospérité bénéficierait à son trésor, 
beaucoup plus que la perception du droit de rêve, 
il proclama, en i463, que les marchandises seraient 
franches de toute imposition, y compris celles de 
la viande et du vin vendus en détail ^ Pendant tout 
son règne, il laissa s'effectuer la libre circulation 
des marchandises au grand profit du commerce de 
Lyon, sans altérer en rien les privilèges. Si, à plu- 
sieurs reprises, il veilla, en bon administrateur, à la 
perception du droit de rêve, il ne voulut contraindre 
que les marchands qui, abusant de la franchise des 
foires pour ne pas payer les droits, faisaient, frau- 
duleusement, passer leurs marchandises à Lyon, 
soit par eau, soit par terre, sans les décharger, ni 
exposer, et les transportaient hors du royaume ^. 
Le résultat d'une telle politique économique, nous 
le savons déjà, ne se fit pas attendre, puisque ce 
fut sous le règne de Louis XI, que les foires de 
Lyon purent l'emporter sur les célèbres foires de 
Genève. 

Le triomphe des idées mercantilisles qui, en 
1484, aboutit à la suppression des foires, leur per- 
sistance en 1489 lors du rétablissement, les besoins 
d'argent du roi Charles \lll ne laissèrent pas sub- 
sister la franchise de la rêve. A peine les foires étaient- 
elles proclamées à Lyon que le roi ordonna, le 
22 novembre 1489, de « deffendre audit Lyon et 
partout ailleurs... que aucuns marchans ne tirent 

* Lellres du 8 mars i4(i3 (n. s.). 

- Lettres des 14 février i474> J^ août i47'ï> 24 juin i^Ho, CG. 
3977, 3, 5 et 17; BB. 9, f" 125 r°. 



132 LES l'HIVILKGliS KOYAl \ DKS FOIl\ES 

on IranspoiicMil hors de noslredil royéiuine Icuis 
(lik's marchandises sans paier ou acquiler iceiilx 
droiz sur peine de confiscacion ' ». Les conseillers 
firent appellation des Lettres du roi et s'engagèrent 
dans une procédure qui, en i497< ï^^l^'^it point ter- 
minée'-. Mais aussitôt ils prirent la ferme du droit 
de rêve, maîtrise des ports et cartulaire. qui leur lui 
octroyée pour cinq ans par le roi à dater du i^' oc- 
tobre i49<>. moyennant une somme de 2.5oo livres 
tournois par an*. Le Consulat prenait cette charge 
« afin d'entretenir les marchez* » et de ne point 
laisser les marchands en butte aux vexations des 
fermiers, mais il laissa expirer le bail sans tenter de 
le renouveler. Après une première mise aux enchè- 
res, infructueuse, la ferme fut donnée à Barthélémy 
le Bouchier moyennant i.i5o livres tournois par 
année, le i4 janvier i49'>' pour deux ans et demi-*, 
à l'issue desquels elle fut reprise par le Consulat 
qui la garda par des baux successifs au prix de 
2.5oo livres tournois par an^'. 

Le Consulat ne leva pas la rêve sur les marchan- 
dises qui avaient tenu foires et ainsi il assura, en ce 



' Lettres de l^lessis du l^arc, lîa novembre 14^9» ^G. 3978, '>. 

î ce. 3978, 18. 

^ Lettres au Vérifier, 16 septembre 1490, CC. 3979, 18, 20. 

* BB. 19, f 80 v°. 

^ CC. 3979, 1. 

•^ CC. 3979, a4, 3i. Le 28 juillet i."')47, le Consulat décide « pour 
le soulagement des marchans fréquentans les foyres » de re- 
prendre la ferme de la rêve « au jiris accoustumé de 11" v"^ L l. 
pour chacun an comme faict a esté de toute ancienneté mesmes 
j)uys cin({uante ans en ça » (BB. ("<■/. f° 4'" 1°). 



LES PRIVILÈGES DES MARCHANDISES 133 

qui concernait la perception de ce droit, la franchise 
des foires'. 



v; 2. Les impositions foraines et les foires des 
ORIGINES A i552. — En même temps que la rêve 
dont le taux était de 4 deniers pour livre, les mar- 
chandises qui sortaient du royaume, ou allaient dans 
les provinces où les aides n'avaient pas cours, de- 
vaient payer les impositions foraines fixées à 12 de- 
niers pour livre. 

La franchise accordée aux foires de Lyon concer- 
nait tout aussi bien la rêve que les impositions 
foraines. Il est à remarquer que si de très bonne 
heure la rêve donna lieu à des difficultés qui eurent 
pour résultat d'entamer la franchise des foires, il 
n'en fut pas de même des impositions foraines. 
L'explication se trouve en ce fait qu'en 1489, au 
moment où le roi ordonna le paiement des droits de 
rêve et d'impositions foraines sur toutes marchan- 
dises, même sortant des foires, le Consulat avait en 
mains, avec la ferme des aides et gabelles, la ferme 
des impositions foraines. Le bail avait été consenti 
par le roi le i3 septembre 1487, pour une durée de 
dix années, moyennant i.ooo livres tournois par 
an à dater du i*''" octobre venant-. Ce bail fut renou- 
velé, sans difficultés, d'échéance en échéance par 



' Le Consulat considéra, en fait, que la marchandise « qui ne 
tient foyre troys jours pour le moings doit rêve ». BB. 33, f" 268 i-" 
(i5i5). 

- ce. 3979,2. 



134 Li:S PRIVILEGES UOYALX DKS FOIKKS 

les rois de F'rance * « arfiii inesmement, disait 
François P'', que les marchans fréquenLans les foires 
de Lyon puissent de tant mieulx eslre traiclées et les 
charges et affaires de ladite ville supportez- ». 

En i53(), François P' vendit au Consulat les im- 
positions foraines avec les aides, gabelles et huitième 
du vin. La vente fut passée, le 24 décembre, entre 
les conseillers et le Cardinal de Tournon fondé de la 
procuration royale, avec clause de rachat perpétuel, 
pour le prix de 84.732 livres tournois. Les conditions 
de paiement étaient les suivantes : 20.000 livres 
étaient payables aux mains du Cardinal, i3.5oo le 
2 octobre, i6.5oo à la délivrance des Lettres de 
ratification, 34.732 au Payement de la prochaine foire 
de Pâques. Le paiement se fît en moins d'une année. 
La ville avait ainsi délivré les marchands d'une 
menace toujours suspendue, se libérant elle-même 
par le versement d'un capital, de la ferme qu'elle 
payait annuellement au roi\ 

Quatre ans après, François P'', sans égard pour 
sa parole et sans respect des conventions passées, 
ordonna, par un édit du 25 novembre i54o, que 
l'imposition foraine fût levée, sous sa main, dans 
tout le royaume, sur toutes les marchandises qui 
en sortiraient*. Le Consulat fit opposition à l'exé- 
cution de cet édit, invoquant la vente qui avait été 



' ce. 3979, 3, 7, 9, 12, i5, a3, 26, a8. 
- ce. 3979, 3o. 

* ce. 3980, 10 à 16 inclus. 

* Isambert, t. XII, p. GgS. 



LES PRIVILEGES DES MARCHANDISES 135 

consenlie par le roi en i536'. François P'' prétendit 
que l'imposition foraine valait la moitié plus qu'elle 
n'avait été vendue et malgré les plaintes des Lyon- 
nais, affirmant que la perception de la foraine serait 
<( la perdition des foires et déchassement des mar- 
clians estrangiers », il la fit percevoir"-. Cela dura 
dix-huit mois, après lesquels « en considération de 
la grande loyauté, .fidélité et obéissance que tout le 
corps de ladite ville nous a tousiours portée » il 
remit aux échevins la ferme de la foraine ^ Quelques 
mois après, par des Lettres du ^4 avril 1343, de 
Saint-Germain-en-Laye, il déclarait les quatre foires 
de Lyon « franches, quites, immunes et exemptes 
de toutes impositions soient foraines, resve, treuz 
et autres subsides et debvoirs ordinaires ou extraor- 
dinaires et quelconques sellon et en ensuivant leurs 
privilèges, affranchissement et exemption sur ce 
donnez, oclroiez et gardez par nos prédécesseurs 
roys, et sans ce que aux marchands fréquentans 
lesdites foyres il soit ou puisse estre demandé aucune 
chose pour lesdites impositions foraines, resve, tri- 
butz, subseude et debvoirs à cause des marchandises 
vendues, achaptées, trocquées et eschangées. venant 
et sortant dudit Lyon durant la franchise d'icelles 
foyres*... ». Ces Lettres importantes, entérinées, 
furent publiées de toutes parts, en Bourgogne et en 



' ce. 3980, 21 à 3o. 

2 BB. 48, fû i58r°. 

3 Lettres du ^ septembre 1042, de Saint-Just sur Lyon, CC. 
3()8o, I. 

*CC. 398 1. I. 



130 I.r.S PKIVILf:GES UOVALX DES lltlUES 

Provence nolammenl, elnolifiées, le détail csl iiilé- 
ressanl,aiix échevins de Marseille (jiii avainil invo- 
qué la franchise à rencontre de la Chambre des 
Comptes de Provence (jui voulait l'aire payer les 
droits ^ 

§ 3. La rkve, les impositions foraines et les 
roiRES DE i552 A i6oo. — Par Lettres du iO février 
i55!2 (n. s.) de Font aine h le nu, Henri II procéda à 
un remaniement complet des droits sur les mar- 
chandises sortant du royaume. Il confondait dans 
une seule dénomination, celle de domaine forain, 
les trois droits de rêve, domaine forain et haut 
passage et, ne laissant plus subsister dune part que 
le droit de domaine forain et d'autre part que le droit 
d'imposition (ou traite) foraine, il fixait à 8 deniers 
pour livre le domaine forain et à 12 deniers pour 
livre l'imposition foraine. Il déclarait que ces deux 
droits devaient être levés sur toutes les marchandises 
et cela sans aucune exception. Enfin il établissait 
des officiers pour lever ce double droit-. 

La franchise des foires était directement visée. 

' Ibid., 4, 7, 12, i/j, i5, 18 à au et iiySa, 4- Une pièce de compta- 
bilité du II avril 1543 indique qu'un commis jjreffier décharge 
les accfuits délivrés par les officiers du Roi aux villes limitrophes 
du royaume pour établir que les marchandises désignées dans ces 
acquits ont été déchargées à Lyon et non hors du royaume et 
qu'il écrit les certifications pour les marchands qui ont enlevé 
des marchandises durant la franchise dos foires, certifications 
((ui servent aux marchands pour sortir du royaume leurs mar- 
ciiandises franchement du droit d'imposition foraine (CC. 3y8o, 
33). 

- ce. 3<)8î>, <). 



LKS PRIVlLlViRS DES MARCHANDISES l.T/ 

Le Consiilal convo({ii;i aussiLôl « les nations » eL 
leur demanda si elles voulaient participer aux frais 
nécessaires pour obtenir du roi des Lettres sauve- 
gardant la franchise des quatre foires ^ Elles y con- 
sentirent et le roi ajournant une décision définitive, 
jusques après son retour de la guerre, permit « par 
manière de provision » que les marchands conti- 
nuent leur trafic en usant des privilèges de fran- 
chise'^. L'émotion persista. Un commissaire établis- 
sait des officiers. Les Allemands, les Florentins, les 
Lucquois viennent s'entretenir avec les échevins de 
la question qui les préoccupe tous. Au mois d'août 
i552 les commissaires font publier, à son de trompe, 
que la rêve et la foraine seront levés. On les lève 
etfectivement à la foire d'août, il en résulte « grant 
trouble et scandalle^ ». Les démarches et les solli- 
citations se multiplient auprès du roi, émanant soit 
des ambassadeurs que lui envoie la ville, soit du 
Cardinal de Tournon. Le roi, par Lettres de Reims 
du 12 octobre i552, accorde à nouveau provision 
pour la franchise des foires*. Les conseillers montés 
sur chevaux et mules font de ces Lettres une publi- 
cation solennelle dans la ville ^, ils les font même 



' BB. 72, f° 219 vo; 73, fo 37 r». 

- Lettres du 10 avril i55i, de Joinville, CC. 3g82, 14. 

3 BB. 73, fo' 92 fo, 93 r°, 96 r°, 114 r». 

* CC. 3984, I à 10, et Privilèges..., p. 117. 

•• « Et ledit jour du septiesme d'octobre mil cinq cens cin- 
quante deux lesdits seigneurs conseillers, montez sur chevaulx 
et mules, avec le procureur et secrétaire ayant les deux man- 
deurs portant les manches d'orfèvrerie se sont transportez au 
lieu où ledit Guillaume de Noble a estably les officiers pour 



13« l.KS l'IUMLKGKS ROYAUX DES FUIHES 

publier jusqucs à Bordeaux, Turin cl dans le mar- 
quisat de Saluées '. 

Il y allait en effet, sinon de lexistence, du moins 
de la prospérité des foires. Si on levait la rêve et la 
foraine, les marchands ne viendraient plus. « La 
visilalion, estimation et desbroyement desdites mar- 
chandises leur seroil insupportable avec l'ennui, 
coustange et fascherie de les faire desbaler, visiter 
et estimer. » Le Consulat ajoutait que « c'est le 
moien comme on voit ja advenir meclre les foyres de 
change à Genesve et à Bezanson, les Allemans et 
Ylaliens en ont desja prins le chemyn- ». On ne 
pouvait contredire à ces affirmations. La ville orga- 
nisa aussitôt le contrôle des marchandises trafiquées 
en foires pour assurer leur franchise. Deux commis 
de la ville délivraient les acquits et certifications, un 
autre commis assistait le Maître des ports au Bureau 
de la foraine pour dépêcher les passeports aux mar- 
chands qui voulaient sortir leurs marchandises du 
royaume et tenait un registre de toutes ces mar- 
chandises. Puis, on installa trois magasins ; l'un du 



lever et exhi^'er lesdites resve et fourayne ou illec, suyvant l'or- 
donnance dudit seigneur lieutenant de Tignat, par Jehan Bruyères 
cryeur publicque dudit Lyon accompagnez de quatre trompettes 
et dudit Coppet greffier de la seneschaussée ont faict lire et 
publyer a haulte voix etcrye publicq lesdites lettres patentes du 
roy dont tout le peuple illoc estant à loué dieu. » Semblable cri 
fut fait à la porte du pont du Rhône, à la porte Saint-Marcel, en 
la grenette, « on larberye », aux changes et vers la maison 
« Denys Turin près Saint Pol » BB. 78, f** 143 r". 

1 ce. 3984, i3 à 20. 

- ce. 3ç)8a, 10. 



LES PRIVILÈGES DES MARCHANDISES 139 

côté de Fourvières, l'aulre au porL de la rue Gliala- 
mon, le troisième à la porte de la Lanterne, où deux 
commis apposaient sur les balles, ballons, tonneaux 
et fardeaulx de marchandises la marque « en trois 
lieux des armes du roy et de ladite ville », « deux 
aux armes de la ville, une aux armes du roy ». Les 
marchands devaient, eux aussi, marquer leurs balles 
et reproduire cette marque sur un registre des com- 
mis à ce destiné *. Munies du passeport, de la marque 
du propriétaire, de la marque aux armes du Roi et 
de la ^ ille, les marchandises pouvaient sortir libre- 
ment du royaume sans que Ton pût contraindre 
leurs conducteurs ou voituriers à les déployer"-. 
Enfin le 7 avril i553. Henri II déclara définitivement 
exemptes des droits de rêve, domaine forain, impo- 
sition foraine, haut passage, et généralement de 
tous droits les marchandises pendant la franchise 
des foires de Lyon. Il reçut la même année 
72.000 livres tournois de la ville. Le Maître des 
ports, ou son lieutenant, assisté du Conservateur, 
ou de son lieutenant, et du commis de la ville, 
devait, soit en hiver, soit en été, se trouver à son 
bureau, de la pointe du jour jusqu'au soir, pour 
expédier les acquits, certifications et passeports et 
pour dépêcher les marchandises et les marchands 
sans les faire séjourner^. Aucune contribution pécu- 

1 BB. 73, fos 67 r", 145 r°, 14G r", i54 r» et \°, i55 v«, ir>6 r». 

- Lettres de Saiat-Germain-en-Laye du 5 mars i.")52 (a. s.), 
ce. 3984, 9- 

^ Id. du 7 avril i553 après Pâques CC. 3986, 3 et Privilèges..., 
p. 128. Voir un acquit du Maître des ports, Pièce justificative X. 



l'iO l.l'.S IMUMI.fir.RS HOY.MX DKS FOIRKS 

niaii'c nu devait èlre h de gré ou aiillremenl » de- 
mandée pour cela aux marchands. 

Le Maître des ports, alors Guillaume de Xoble', 
fit des difficultés pour la durée du temps pendant 
lequel il aurait à délivrer des passeports. Il voulait 
faire peser et évaluer les marchandises qui ne seraient 
pas sorties dans un délai fixé par lui. Un arrêt du 
Conseil du Roi rendu à la requête des conseillers, 
échevins, bourgeois et manants de Lyon, contradic- 
toirement, le 2*2 septembre i553, condamna de telles 
prétentions. Les marchandises pouvaient sortir de- 
jjuis l'entrée de la franchise de chaque foire jusqu'au 
commencement de la foire suivante. Au cas de légi- 
time empêchement et sur bonnes certifications, ce 
délai devait être renouvelé ou prolongé suivant la 
distance des lieux. Les marchands n'avaient en 
outre, pour les marchandises, qu'à déclarer sous 
serment leur qualité et leur nature, affirmant qu'il 
n'y avait dans leurs balles aucune denrée prohibée, 
sans avoir à indiquer le prix, la quantité, ou le ven- 
deur, ni à fournir aucune déclaration écrite. Les 
marchands recevaient leurs acquits ou passeports 
sans avoir à donner caution, sauf au cas où ils 
devaient faire rentrer au royaume leurs marchan- 
dises après les en avoir fait sortir. Enfin le retard du 
Maître des ports à délivrer les acquits ne devant 
préjudicier à la franchise des marchandises, il était 

' De Rul)y.s dit de lui qu'il était Florentin, « homme remuant 
et trouveur de nouvelletez » et que c'est à son instigation qu'en 
i552 le Roi avait pris en mains la rêve et la foraine (Histoire 
Vérit.-thJt'..., p. 379). 



LES pniVILÊGES DES MARCHANDISES 141 

slalué que les marchandises à lui présentées pendant 
les foires seraient délaissées à sa charge et expédiées 
les jours suivants sans aucune intermission, comme 
pendant la franchise, et qu'il ne serait du pour tout 
le temps de garde que 6 deniers par chaque balle, 
tonneau ou fardeau*. 

Malgré les dispositions des Lettres royaux de 
i553, malgré les termes précis de l'arrêt du Conseil 
rendu la même année, les officiers créés en i55i 
pour la perception des droits, voulant faire valoir 
leurs charges, soulevaient sans cesse des difficultés. 
Ceux du Poitou, de Normandie, de Narbonne, de 
Garcassonne, de Toulouse « et aultres » exigeaient 
le paiement de la rêve et de la foraine ou deman- 
daient des cautions, faisant payer pour les actes de 
cautionnemeni, ce dont se plaignaient tous les mar- 
chands et les étrangers, tels que les Allemands, les 
Lucquois et les Florentins"-. Le Cardinal de Lorraine 
de passage à Lyon, où il était l'hôte de Laurent 
Capponi, reçut les doléances du Consulat. Il les 
transmit au Uoi qui, les accueillant, en même temps 
qu il acceptait les offres pécuniaires du Gonsulal, 
supprima par Lettres données /* Amboise, en mars 
i555 (a. s.) les offices « à la charge que lesdits 
conseillers... seront tenus de payer par chacun an 
au lieu de nosdits droits desdites foraine, resve et 
haut passage es mains de notre thrésorier la somme 



1 ce. 3987, 3, et Privilèges..., p. 122. 

' BB. 7(J, F" 122 r'-', 264 r°, 265 r°; 77, £»= 121 v" et i(i5 vo (i554- 
i555). 



14-i LI'S l'RIVILKGliS HOYALX DKS FUini'S 

de deux mil cinq cens livres tournois* ». Le roi 
reconnaissait expressément lu valeur des acquits et 
certifications donnés par le commis de la ville, sans 
la présence du Maîlre des porls, pour les marchan- 
dises sortant en foire ou délivrés par eux pour les 
marchandises ayant payé les droits hors de la fran- 
chise. Il défendait qu'aucun officier des foraines ou 
Maître des ports puisse « donner aucun deslourbier, 
empeschement ou arrest sur lesdites marchandises » 
qu'elles passent « hors nostredit royaume et ez pays 
de Dauphiné,Savoye, Piedmont, Provence, Dombes, 
Bresse, Bourgogne et autres lieux où nos droits 
d'aydes n'ont cours ». 

Aucune caution ne pouvait être demandée, sauf 
au cas où la marchandise devait rentrer au royaume 
après en être sortie. 

Le roi déclarait en outre que s'il reprenait lesdites 
foraines, les échevins seraient préalablement rem- 
boursés de ce qu'ils avaient fourni en deniers au feu 
roi son père pour l'achat des foraines et de ce qu'ils 
auraient payé aux officiers pour leurs offices, qu'enfin 
si un pays où les aides n'avaient pas cours était 
affranchi des droits de foraine, ils seraient d'au- 
tant déchargés du paiement des 2.5oo livres de 
ferme. 

La foule des marchands français et élrangers qui 
se trouvait à la foire de Pâques durant laquelle se 
fit la publication, par le crieur de la ville, des Lettres 
du roi en eut a grand contentement el réjouis- 

' ce. 3981J, I, el Privilrrjcs..., p. i4o. 



LLS PKIVILÈGES DES MARCHANDISES U3 

sauce* ». La recette de la rêve et foraine se fit dès 
lors par des commis de la ville et pour faire 
cesser les appellations et oppositions introduites 
au Parlement de Paris par les officiers de la 
foraine, le Consulat décida de leur rembourser les 
deniers qu'ils avaient fournis pour l'achat de leurs 
offices^. 

A dater de i555, la rêve et l'imposition foraine 
restèrent aux mains de la ville pendant tout le 
XVI'' siècle, en dehors de tout contrôle du Maître des 
ports'^ Les marchandises étaient donc franches de 
tous droits. 

Le Consulat réglementa de la manière suivante 
l'exercice de la franchise. ï^taient exemptes des droits 
de rêve et de foraine, toutes les marchandises sor- 
ties durant la foire et même celles qui, le lendemain 
du dernier jour de la foire, étaient consignées aux 
magasins de la ville entre les mains des commis. 
Les Allemands et les Suisses pouvaient, en vertu 
d'un privilège particulier, faire sortir leurs marchan- 
dises en franchise pendant les quinze jours qui sui- 
vaient chaque foire''. Enfin, les marchands qui, 
pendant les foires, consignaient leurs marchandises 
et ne les faisaient sortir que dans les huit jours qui 



1 BB. 77, f° 193 v. 

- BB. 77, fo^ 194 v°, 234 10. 

^ Taxe et estimation de la rêve et imposition « forayne faiclc à 
charge de mullet ou bien à la charge de 35o livres poisant... 
par le Consullat » G mai i556, CC. 4oo5. Ce tarif est plus élevé 
que celui de i5o4, ibid. 

'' Voir le chapitre : Privilèges des marchands. 



iVi LES i'HlVlLÈGKS ROVALX DKS FOIRKS 

siiivaieiil la loire joiiissaienl (rime franchise par- 

lic'llc l'I ne payaient que le qnarl des droits'. 

Pour les marchandises sorties des foires de Lyon, 
qui avaient été déchargées et débitées dans des pays 
sous l'obéissance du roi, les marchands étrauL^ers 
n étaient tenus de rapporter aux commis de la rêve 
et loraine que les certificats de déchargement et non 
point ceux de vente-. 

Le Bureau de la rêve et foraine se tenait à lllôlel 
de Ville. Les commis étaient aux gages de la ville. 
Deux, puis trois d'entre eux appelés marqueurs 
apposaient sur les balles, tonneaux et fardeaux les 
marques de la Ville au moyen d'encre et de marques 
de cuivre ayant des lettres différentes pour chaque 
foire'. Un commis déliArait aux marchands des 
« brevets » ou « billets » pour les marchandises 
marquées, afm d'éviter toute fraude et de prouver 
que les marchandises marquées l'avaient été régu- 
lièrement. Enfin, d'après ces billets, ou brevets, un 
autre commis expédiait aux marchands les « ac- 
quits », ou « certifications », qui suivaient la mar- 



' BB. 77, f ' i<)4 v°, 201 r", 253 r": 

- BB. 94, f° 233 r°. 

■' Compte de menus frais du i*"'' octol)re 1887 au dernier dé- 
cembre ir)88 : 

« Pour avoir fait faire deux marcjues de cuyvre ])Our marquer 
les balles durant les quatre foyres monte i écu 

« Plus pour avoir fait graver les lettres desdiles marques pour 
chaoïne foire o 32 

<• Plus paye quatre pinseaulx à marquer les balles. . o 28 

H Pour avoir d'encre pour marquer lesdites i)alles. . o 3o » 
ce. i384, 70. 



LKs i>uivjli:gi:s dks marchandises 145 

chaiidise consliluaul. avec la marque, ses litres de 
franchise. 

Au Bureau se tenaient le Receveur des deniers 
de la rêve et foraine ainsi que le Contrôleur (conlre- 
roUeur) de la recette. En tout six, puis, à partir de 
iSSg, sept commis de la Ville assurèrent à Lyon, 
dans la seconde moitié du xvi*' siècle, pendant les 
foires, la marque des marchandises et la délivrance 
des acquits et certifications, c'est-à-dire l'exemption 
des droits de sortie*. 

En i58i, Henri III fit une nouvelle appréciation 
des marchandises sujettes aux droits d'imposition 
foraine, domaine forain et haut passage. Mais, 
unissant le droit de la nouvelle appréciation à l'an- 
cien droit d'imposition foraine, rêve et haut passage, 
il les laissa aux mains du Consulat à la charge de 
lui payer chaque année i.ooo livres tournois, outre 
les 2.5oo livres tournois qui étaient précédemment 
payées"-. C'était une nouvelle charge pour la ^'ille, 
mais encore restait- elle en possession de la rêve et 
de la foraine qu'elle avait toujours fait lever avec 
modération pour le plus grand soulagement des 
marchands étrangers et du commerce des foires, 
assurant ainsi la franchise des marchandises à l'ex- 
portation. 

1 ce. io37, i; ï22'i, i ; 1289, 27; 1401, 6'i; 1484, fo 76 v°. Pièce 
justificative XI. 

- ce. 3994, <^. et Privilèges..., p. 17(5. 



10 



140 Li:s i'niviLi;(;i:s uovai \ dks fuihi:s 



II. Les iiiipdlN Al rimportatlon : la Douane, 
la friincliiHi' ^ioloe. 

§ I . — ■' L'aide de cinq écus pour cent sur les 
DRAPS DOH, d'argent ET DE SOIE. — Dès la créalioii 
des foires, les marchandises arrivèrent à Lyon Iraii- 
ches de Ions droits dimporlalion. Une senle mar- 
chandise élail exceptée : les draps de soie sur lesquels 
se levait une aide de cinq pour cent. Ya\ i4H3, 
Charles YIII décida que ce droit perçu <( sur lesdils 
draps dor, d'argent et de soye or traict et fiUé..., 
ainsi que fait a esté du vivant de notredit seigneur 
et père » serait employé au paiement des gages, 
louage des maisons et entretien des métiers des 
ouvriers en soie*. 

L'année suivante, il défendit de faire entrer ces 
marchandises dans le royaume par ailleurs que 
par Lyon sous peine de confiscation et d'amende 
arbitraire"-. Cette interdiction comprenait énuméra- 
tivement les « draps tant d'or, que d'argent, que de 
soye, velou\, satin, damas, taffetas, camelotz soient 
fillées ou deflillées, tissus larges et estroictz, fil d'or 
et d'argent, traict et fiUé ». La perception de ce droit 

' Lettres de Cliaumont-sur-Loire, 17 octobre 1483, CIC. 4012, i. 
D'après le roi Charles VIll, cette aide serait d'institution anté- 
x'ieure à son règne ; nous n'avons pu retrouver aucun titre d'éta- 
blissement. 

- « Et ne pourront iceulx marchans les faire passer et entrer en 
notredit royaulmo par aultre lieu ou passaige que par icelle ville 
de Lyon sur peine de confiscation desdits draps d'or et de soye 
et d'amende arbitraire » Lettres de Monlarg-is, 17 octobre i484> 
(^C. 4o'2, I. 



lp:s privilèges des marchandises 147 

d'entrée était entre les mains d'un fermier. Elle ne 
gênait, semble- t-il, que les Italiens qui faisaient le 
commerce de ces tissus. En i5i5, après de longs 
pourparlers avec le Chancelier, les fermiers, les 
échevins et notables de la ville et une avance au 
pouvoir royal qui paraît avoir été de 4o-ooo livres, 
les Florentins, agissant par Dalbène (del Bene) leur 
«. cosse », Thomassin Gadagne, Guillaume Nazy et 
Nicolas de Noble prirent la ferme des draps de soie 
sur laquelle ils payèrent à la Ville une annuité de 
2.5oo livres tournois*. Le Consulat apposait sur 
chaque pièce de drap de soie la marque d'un sceau 
qui était gardé a stablement » en l'Hôtel de Ville et 
aucune pièce ne devait être vendue, soit à Lyon, 
soit dans le royaume, sans porter cette marque. 

Ce passage obligatoire de toutes les soieries par 
la ville de Lyon et ce paiement d'un droit d'entrée 
de 5 pour loo fut réglementé d'une manière toute 
particulière par François F'', et maintenu"-. 

L'aide de 5 écus pour loo sur les draps d'or, 
d'argent et de soie, majorée de 2 écus par pièce 
pour le velours de Gènes et à « l'équipollent ;> pour 
les autres soies de même origine, peut être consi- 
dérée comme le premier antécédent des droits de 
douane ou d'importation^. 

1 BB. 33, f°s 254 r», 261 et s., 267 v°; 34, i"^ 25 v°, 40 v° ; CC. 
648, 10; 643, 43; 66g, i. 

2 AA. i5i, fo 71 r" (i53fi); CC. 4041, 4 (i563). Voir le chapitre 
Marchandises, § 5, 3^ partie. 

3 En i522,une aide de 2 deniers pour livre fut mise sur les den- 
rées entrant dans la ville pour la solde de 5oo hommes de pied. 
Compte de C. Grôlierdu 23 juin 1022 au 8 mars suivant. CC. i34, i. 



I'i8 Li:S PRIVILÈGES ROYAUX DKS FOIRES 

§ 2. La création df i/aidi: di: 6 deniers pour 
livre ou 2 1/2 pour i oo sur toutes les marchandises 
(i544)- — François P"" établit les premiers droits 
dentrée sur toutes les marchandises, sans distinc- 
tion. Il avait, pendant ses guerres avec Charles- 
Quint, fait dépenser à la ville de Lyon plus de 
75.000 livres pour ses fortifications. 11 avait, en outre, 
emprunté aux échevins, à la foire d'août i544. des 
sommes considérables pour solder les troupes de 
Piémont*. Pour le remboursement de toutes ces 
sommes, il autorisa le Consulat, en avril i544, à 
mettre une aide de 6 deniers pour livre, ou aide de 
2 1/2 pour 100, sur les marchandises qui entraient 
en ville, en foires ou hors foires. C'était là « une 
grande bresche faicte à la franchise des foires de 
Lyon^ ». La douane était créée^. 

Un tarif fut dressé la même année, par le Consulat, 
pour la perception de ce droit. Le magasin de la 
douane fut établi en « la maison du petit Paris », 
place Saint-Eloi et rue de FAugile. ^'ingt-neuf 
commis furent désignés par la \i\\e pour assurer ce 
nouveau service*. 

' LeUres de janvier i444) Fontainebleau, CC. 3i6; de Rubys, 
Histoire véritable..., p. 40- 

- De Rubys, op. cit., p. 40- 

^ Le mot était aussi prononcé : le i3 décembre i544,les conseil- 
lers parlent de « l'aide de la douane » (BB. 62, f" (ii r"). En i552 
les conseillers statuent sur des réclamations relatives aux taux 
des marchandises « excessivement eslevée à la doanne nouvelle- 
ment érigée en ceste ville pour l'ayde et subside de six deniers 
pour livre mys sur toutes denrées el marchandises cnlrans en 
ceste dite ville » (28 juillet n^ôa, BB. -ji, f° f)8 V). 

* BB. 62, f»s 27 v", ;U) r", 19:5 r\ 19 r» et suiv. 



Li:S PIUVILÈGKS DES MAUCHANDISIÎS 149 

Tous les marchands étrangers proLestèrenl, les 
Italiens surtout qui olfrirent une somme d'argent 
pour la suppression de cette aide. Les Suisses et les 
Allemands prétendirent cpi'ils en étaient exempts*. 
Le Consulat comprit que cette imposition nouvelle 
était très impopulaire et il s'elForça de démontrer à 
tous qu'elle n'était que temporaire. Le roi déclara 
que l'aide ne serait levée que dans la mesure néces- 
saire à assurer le remboursement de la Ville ^. Les 
Florentins, les Lucquois et les Génois ayant passé 
avec le Consulat un contrat par lequel ils s'enga- 
geaient à lui payer 3o.ooo livres sous condition de 
l'abolition de l'aide par le roi, celui-ci liquida, par 
Lettres de Blois du 21 mai i545, le droit de per- 
ception de la Ville à 26.538 livres à la date du 
dernier avril passé et déclara abolie l'aide de 6 de- 
niers, dès que cette somme aurait été levée, ce qui 
arriva, suivant de Rubys, à la fin de l'année^. 

§ 3. Rétablissement de l'aide de 6 deniers. Son 
RACHAT PAR LA ViLLE (i 552-1 564). — Hciiri II ayant 
imposé aux villes « closes » de son royaume le 
paiement de la solde de 5o.ooo hommes de pied, 
Lyon, taxée, pour sa part, à la somme de 67.500 li- 
vres, était endettée en i55i de 200.000 livres; elle 
reçut, après avoir essuyé un premier refus*, Tauto- 

1 BB. 62, fo 3 v°. 

- Lettres de Fontainebleau, janvier i544, CC. 3i6, pièce non 
numérotée. 
3 Ibid. 

* BB. 72, fo 57 v«. 



Mo I.F.S l'RIVILf:Gi:S ROYAUX DKS FOIIU'.S 

risalion du Roi, par LeLLrcs de Reims du 12 mars 
i552 (n. s. ), de lever G deniers pour livre sur louies 
denrées el marchandises enlranl dans la ville. 

Le service de la douane iuL réorganisé, avec 
Irenle-lrois commis, dans le même local de la place 
Sainl-Kloi*. Le Consulat établit un nouveau tarif et 
il ne voulut donner aucune exemption pour les 
marchandises que leurs propriétaires prétendaient 
n'être que de passage en la ville, ni même pour les 
soies et velours qui entraient à nouveau à Lyon 
après en être sorties pour aller à Avignon ou à Saint- 
Chamond subir la teinture^. 

Le Consulat ne paraît pas avoir levé cette aide 
avec beaucoup de modération; il refusa, sans succès, 
toute franchise aux Suisses et aux Allemands qui 
protestèrent'^ ; il dut même, sur les plaintes des habi- 
tants de la ville, abaisser le tarif de la draperie qui 
était fixé à un taux excessif^. Il la leva longtemps. 
En i556, les Allemands, les Florentins, les Milanais 
et les Lucquois se plaignent de ce droit et de sa 
prolongation, demandent son abolition et déclarent 
qu'à défaut de cette abolition, ils iront vers le roi. 

1 BB. 72, fs 253 V», 254 V». 

2 BB. 73, f°« 83 r», 8', v». 

^ Voir 2" partie, cli. i, m. 

Des marchands allemands de Nuremberg protestent en rai- 
son de ce que des marcliandises leur appartenant sont arrêtées à 
la douane. « A esté ordonné qu'elles leur soient rendues et resti- 
tuées sans paj'er ledit ayde et subside suivant la sentence do 
monseigneur le senechal de Lyon ou son lieutenant donnée sur 
ladite exemption » (Délibération consulaire du 29 juillet iB.")», 
BB. 73, f 100 r"). 

• Ihid., fogS v°. 



1 



LES PRIVILKGKS DKS MAIICH.VNDISES 151 

Ils exposent qu il est «. si pernicieulx et odieux aux 
marchans qu'il y a grande quantité de marchians 
estrangiers qui délaissent et discontinuent de venir 
traffiquer et négotier aux foyres de ceste ville ». Les 
conseillers demandent quelles sommes les nations 
veulent donner, car il reste encore dû 4I000 livres. 
Cette réponse laisse quelques inquiétudes en Tesprit 
de celui qui a parcouru le « Compte particullier à 
cause de Tayde et subside des six deniers pour 
livre ^ ». Quoi qu'il en pût dire, en effet, le Consulat 
n'était point désireux de faire disparaître une source 
de recettes aussi féconde. Les échevins étaient des 
préteurs de deniers et l'aide de la douane offrait une 
telle garantie qu'ils n'en pouvaient penser tout le 
mal qu'ils en disaient. Elle était, du reste, pour le 
roi un moyen de crédit dont il allait user. Son éta- 
blissement, en i552, avait été provisoire; il devint 
définitif et l'on comprend pourquoi. 

En 1557, en effet, deux commissaires du Roi, 
Mgrs de Grignan et de Voulzay, annoncèrent aux 
conseillers qu'ils avaient charge de Sa Majesté de 
mettre l'aide de 6 deniers sous sa main. C'était me- 
nace habile. Les conseillers protestèrent, affirmant 
que la ^ ille n'était point libérée ; les commissaires 
leur répondirent qu'ils n'avaient qu'à offrir « une 
bonne et notable somme de deniers » au roi, qui 
avait besoin d'argent pour la guerre et la garde du 
pays de Piémont, et qu'ainsi l'octroi de l'aide leur 
serait continué. On otfrit au roi 200.000 livres. 

* ce. ioo5, 1012, loig, 1028. 



15:.> Li:S lM5lVILftGES ROYAUX DES FOIIW-S 

Le lendemain et le surlendemain, vente fut passée 
au Consulat de l'aide de 6 deniers pour une durée 
de huit années (3i décembre i557'). Les magasins 
de la douane regorgeaient de marchandises : la seule 
année iSSy avait produit yo.GoS 1. () s. ii d. de 
receltes ! 

§ 4- L'AmE DE 6 DENIERS AUX MAINS DU Roi (l564). 

Les surtaulx. — Charles IX, qni monta sur le trône 
après le court règne de François II, fit demander au 
Consulat par le contrôleur général de ses finances 
l'état des recettes de l'aide de la douane en décembre 
i56i -. Il ne voulut pas laisser à d'autres le bénéfice 
d'un impôt aussi productif et, avant même que le 
délai de huit années fût expiré, il prit l'aide de 
(3 deniers pour livre sous sa main et la donna à ferme 
à Louis d'Adjaceto au prix de 190.000 livres par an 
(7 août i564^). Les conseillers devaient être rem- 
boursés en quatre ans, à dater du i^'" janvier i56G 
(n. s.), sur les deniers de la ferme des 96.226 1. 
7 s. I d. qui leur restaient dus^. 

A partir de ce moment, commencent les doléances 
du Consulat à l'égard de la douane et des fermiers. 
Si, auparavant, les marchands étrangers avaient été 
seuls à se plaindre de l'aide de 6 deniers pour livre, 
les habitants vont, sans répit, adresser au Uoi des 
requêtes, remontrances, plaintes et mémoires len- 

' BB. 80, (0^ 271 r«, 1172 r», 373 1°. 

2 BB. 82, f° io3 r". 

3 ce. 4012, 87. 

* Lettres de Plessis-les-Tours, 27 novcmbro i5(i5,(;('-. '.\i(). 



Li:S PRIVILÈGES DES MARCHANDISES 153 

dant à prouver que les droits mis sur l'entrée des 
marchandises sont la cause de la diminution des 
foires et de leur déchéance. Ils n'auront point tort 
en cela, mais on ne saurait oublier que le Consulat, 
après i552, avait commis la faute de laisser se per- 
pétuer une aide temporaire et exceptionnelle. 

Les baux aux fermiers se renouvellent, en effet, 
pendant toute la durée du xvi" siècle*; le Consulat 
ne peut arriver à se substituer à eux et les droits qui 
frappent les marchandises vont toujours en aug- 
mentant. 

En iSôg, le roi accorde un nouveau subside de 
6 deniers aux échevins qui, dépouillés du premier 
subside, ne peuvent plus rembourser les dettes de la 
Ville'^. Mais, en iSyo, ce subside est compris avec 
les autres droits dans la ferme de la douane. Le roi 
fait procéder à une nouvelle appréciation de la 
valeur des marchandises; un nouveau tarif est établi, 
plus élevé que celui de 1 544 î on met à la douane un 
(( surtaulx » qui grève lourdement les marchandises. 
La majoration de droits va du tiers au double : le 
quintal de poivre et de gingembre, jDar exemple, 
paye 4o sols, au lieu de 22 sols; les draps de soie, 
or et argent, payent 3o sols pour livre, au lieu de 
21 sols; la toile de Normandie, par balle n'excédant 
pas deux quintaux, paye 60 sols, au lieu de 45 sols; 
les velours rouge cramoisi de Venise , Gênes et 
Lucques^ i5 sols pour livre, au lieu de y sols. Aussi 



^ ce. 40135 4o'4» 22, 

- De Riibys, op. cit.. p. 417. 



154 LKS PRIVILftGRS lUtYVlK l)i:S FOIRKS 

la douane csl alTermée pour six ans au prix de 
3 10.000 livres tournois par an pour les trois pre- 
mières années, de 33r).ooo livres tournois pour les 
trois dernières*. 

La fiscalité devient écrasante, envahissante aussi. 
L'édit de Blois, du 20 mai i58i, établit un bureau 
de douane dans chaque ville du royaume; toutes les 
marchandises entrant, soit par terre, soit par mer, 
doivent payer des droits-. Celles qui sont amenées 
aux foires de Lyon ne jouissent plus que d'un pri- 
vilège — si c'en est un — celui de ne pas payer ces 
droits aux villes frontières, mais seulement à leur 
arrivée à Lyon, à charge toutefois que, dans les deux 
mois, certificat soit rapporté du paiement effectué à 
la douane de Lyon''. 

En i582, la ^ ille est même obligée de se défendre 
contre les tentatives de la douane de Valence qui 
veut faire payer sur les marchandises venant aux 
foires le subside de 2 1/2 pour 100 mis sur les 
marchandises passant, par eau ou par terre, par les 
pays du Dauphiné et du Yivarais. Il lui faut, pour 
triompher, des Lettres du roi portant exemption 
du paiement de ces droits^. 

Mais, en iSqS, s'établit à Vienne et à Sainte- 
Colombe une nouvelle douane au profit du duc de 
Montmorency, connétable de France, sur toutes 



' Lettres d'août 1.^70, CC. 4014, \6 et 401^. 
' Isamheri,.., t. XIV, p. 492. 

^ Lettres d'Henri III, Paris, iG mars i582,CC. i5y84, ij) ol Pri- 
vilèges..., p. 184. 

* BB. 109, f"' 90 \o, \gz r", 202 r". 



LES PRIVILEGES DES MARCHANDISES 155 

marchandises passant, par ean et par terre, « de 
montée et de descente ». C'est un nouveau droit de 
2 1/2 pour 100 qui se lève en ces villes où les fer- 
miers font séjourner les bateaux, visitent les ballots 
de marchandises, fermant ainsi la roule de Marseille 
et de Provence et la voie du Rhône', causant aux 
foires de Lyon un dernier dommage qui ne dispa- 
raîtra point au xvi" siècle-. 

Les commis de la douane. — En i544i vingt- 
neuf commis furent chargés par le Consulat de per- 
cevoir l'aide de 6 deniers pour livre, et leur service 
fut organisé de la manière suivante. 

A la maison de la douane se tenaient : deux 
contrôleurs qui enregistraient les marchandises en- 
trées et un commis des marchandises qui inscrivait 
ces marchandises sur le grand livre, un commis qui 
les visitait et un autre qui les estimait, un receveur 
et un commis du receveur, assisté d'un sergent 
royal pour contraindre au paiement de l'aide, trois 
commis pour le retrait des marchandises, un com- 

1 ce. 4o3i, I ; 4o37, 27; i5i3, 23. BB. i36, i°^ 67 r°, 120 v°. 

- En 1575, se plaignant de la décadence des foires, les éche- 
vins, manants et habitants de Lyon écrivaient dans des Remon- 
trances au Roi : « Mais la vraie cause de ce mal est proceddé de 
grandes daces, gabelles et impositions nouvelles qui ont esté 
mises sus les marchandises qui souloient eslre francliement ven- 
dues esdites foyres et du mauvais traitement que recoyvent jour- 
nellement de paouvres marchans et redebvables des fermiers et 
collecteurs desdites gabelles car comme la franchise avoit quasi 
en ung moment introduict Taffluance du commerce aussi par 
contre la multitude de ces daces et gabelles l'en a chassé ainsi 
que naturellement toutes choses sont ruynées et destruictes par 
leur contraire » (BB. 93, f" 27). 



156 LES l'RIVlLRGKS ROYAUX DKS I (tlKKS 

mis-concierge el un concierge, celui-ci tenant regis- 
tre des entrées en magasin. 

Aux entrées de la ville, deux commis se tenaient 
à chacun des passages suivants : 

Au ponl du Rhône; 

A la porte Saint-Sébastien ; 

A Saint-Just ; 

A Saint-Georges; 

A Vaise ; 

A Sainl-Mnccnl, sur la rivière de Saône; 

A Ainay, sur la rivière de Saône. 
Un commis se tenait sur la rivière du Rhône, et 
un autre à la porte Saint-Vincent. 

Lorsque les commis étaient deux, l'un tenait 
registre et l'autre tenait registre et contrôle; le 
commis de la rivière du Rhône tenait registre et 
celui de la porte Saint-A'incent allait « incontinent » 
signaler à la douane les marchandises qui passaient 
par cette porte. 

Les appointements étaient les suivants : 

2 contrôleurs : 200 et 100 livres par an*; 

I commis des marchandises : 200 livres par an ; 

I receveur : 225 livres par an ; 

I commis du receveur : 200 livres par an ; 

I commis qui visitait les marchandises : 100 livres 

par an ; 

1 commis qui les estimait : 5o livres par an ; 

I commis-concierge : 200 livres par an ; 

I concierge : 5o livres par an ; 

I sergent royal : 4" livres par an ; 

' V. un certificat des contrôleurs, Pièce justificative XII. 



Li;S PRIVILÈGES DES MARCHANDISES 157 

3 commis pour le retrait des marchandises : chacun, 

3o livres par an ; 
lo commis aux portes : à chacun, 120 livres par an; 
•j. autres (pont du Rhône, porte Saint-Sébastien) : à 

chacun, 100 livres par an ; 
3 autres porte de Saint-Georg-es et rivière du Rhône), 

à Go livres par an ; 
I autre (porte Saint-Vincent), à ^o livres par an*. 

En i552, lorsque le service de la douane fui réor- 
ganisé par le Consulat, il se composa du personnel 
suivant : 

I contrôleur général et principal, à 200 livres par an; 
I second contrôleur, à 200 livres par an ; 
I tiers contrôleur, à i5o livres par an; 

1 receveur, à 35o livres par an ; 

2 concierges et gardes des marchandises, à 200 livres 
par an chacun ; 

Leur commis, à 5o livres par an ; 

1 peseur et visiteur des marchandises, à loo livres 
par an ; 

2 sergents royaux, à \o livres par an chacun ; 

2 gagne -deniers pour retirer les marchandises, à 
3o livres par an chacun. 

En tout, à la maison de la douane, douze commis. 

Vingt commis-gardes et un aide assuraient le 
service aux entrées de la ville. Ils étaient répartis 
de la manière suivante : 

2 commis-gardes au pont du Rhône : 100 livres par 

an chacun; 
2 commis à la porte de la Lanterne : 100 et 120 livres 

par an chacun ; 

1 BB. Ha, f°* 19 et suiv. 



158 Li:S PHIVlLf:Gi:S ROYAUX DKS F01Hi:S 

I commis à la porte Saint- Vincent : loo livres par an ; 
avec lui i aide pour faire conduire les marchandises 
à la douane ; 

1 commis-garde pour faire le guet sur la rivière de 
Saône et empêcher « quaulcun bateau n'aye à se 
déschargcr sans acquiter ledict ayde* » : loo livres 
par an; 

2 commis-gardes à la porte Saint-Just ou des Farges : 
I20 livres par an chacun ; 

2 commis à la porte Saint-Georges : 120 livres par an 

chacun ; 
2 commis à la porte de Vaise, 1 20 livres par an chacun ; 

1 commis, de Pierre-Scize au pont de Saône, pour 
retirer la marchandise et la faire rendre aux mar- 
chands après avoir rapporté l'acquit du receveur et 
tenir registre de ce qui viendra par la rivière : 
100 livres par an ; 

2 commis avec lui : 100 livres par an chacun; 

3 commis sur la Saône, d'Ainay au pont de Saône : 
100 livres par an chacun; 

2 sur le Rhône : 120 livres par an chacun. 

Ces commis-gardes tenaient registre et contrôle 
des marchandises qni entraient en ville. De ces 
marchandises, ils adressaient « doubles billetz... l'un 
aux concierges, Faullre aux contreroUeurs de ladicte 
douane'^ ». 

L'organisation, créée en 1 552, subsista sans modi- 
fication sérieuse jusqu'en i564, date à laquelle la 
douane, mise sous la main du roi, fut donnée, par 
bail, à des fermiers^. 

1 Eu i558, le garde titulaire de cet emploi portail le surnom, 
curieux pour sa profession, de « Qui dort )i, C"C. io5i. 
- BB. 72, fos 254 et suiv. 
3 ce. 1121. I. 



TROISIEME PARTIE 

MARCHAINDISES ET MARCHANDS 



CHAPITRE PREMIER 

LES MARCHANDISES 



I. Nature des marchandises trafiquées aux foires : § i. La dra- 
perie; § 2. Les toiles; § 3. Epiceries et drogueries ; § 4- Den- 
rées alimentaires ; g 5. Draps d'or, d'argent et de soie. L'aide 
de 5 pour loo ; § 6. Matières premières ; § 7. Objets fabriqués. 
Emballages et marques des marchandises. Poids. 

H. Origine des marchandises trafiquées aux foires : § i. Les 
marchandises françaises; g 2. La manufacture lyonnaise : 
ses produits; § 3. Les marchandises étrangères. 

IIL Quantité et valeur des marchandises trafiquées aux foires. 
Statistique et évaluations. 



« Lyon, par son ancienne Lé, sa grandeui', sa posi- 
tion, son commerce, est non seulement une des 
principales villes de France, mais des plus célèbres 
de l'Europe. Elle est placée, moitié en plaine, moitié 
sur une éminence, presque sur les contins de l'Italie 
et de la France, en communication avec l'Allemagne 
par la Suisse; elle est ainsi l'entrepôt des trois pays 



1()0 MARCHANDISES KT MARCHANDS 

les ])lus ptMipIcs eL les plus riches, je lie dirai pas 
de 1 Europe, mais du moude, » 

Tel élail le jugemenl très exact, (pieu iSyj 
Jérôme Lippomauo, ambassadeur de Venise, insérail 
dans une relalion sur les affaires de France'. Il 
n était cependant point complet. 

Lyon, véritable carrefour des routes d'Allema- 
gne, de Suisse et d'Italie, reçut, en elfet, dans ses 
foires non seulement les marchandises qui prove- 
naient de ces pays, ou qui leur élaienL destinées, 
mais aussi celles de Flandres et d'Angleterre, d'Es- 
pagne et des pays du Levant. Les marchands de 
tous les pays d'Europe vinrent y vendre leurs mar- 
chandises, y acheter celles qu'ils devaient emporter 
avec eux. Lyon fut renlrepôt où, dans la mullipli- 
cilé et la diversité des denrées, chacun pût trouver 
à trafiquer. 

A leur apogée, ses foires remplirenl admirable- 
ment le rôle de rendez-vous cosmopolite où s'ef- 
fectuaient la distribution des produits et le troc des 
marchandises. 

L'institution des foires correspondait à un tel 
besoin d'échange, l'emplacement géographique de 
la ville était si favorable que très rapidement, plus 
vite à vrai dire qu'on ne pouvait s'y attendre, se 
créa à Lyon un mouvement de marchandises impor- 
tant qu'exigeaient, à n'en pas douter, les nécessités 
du moment. 



Relation des Ambassadeurs vimitiens, 1. il, p. /(()<}. 



LKS MARCHANDISES 161 

I. \atiirc des inarchandiises trafiquées aux. foires. 

Au début, et jusqu'au règne de Louis XI, les 
foires de Lyon ne furent que des marchés où se 
trouvaient les marchandises qui se vendaient com- 
munément dans les villes. Les étoffes pour l'habille- 
ment y étaient Tobjet des plus nombreuses tran- 
sactions. Au milieu du xv^ siècle , la liste des 
marchandises trafiquées en foires n'est pas longue. 
Elle nous est fournie par rénumération des empla- 
cements que le Consulat prit soin d'assigner aux 
marchands. Il n'est pas sans intérêt de la reproduire : 
draperie, épicerie, pelleterie, verrerie, poterie, objets 
de cuivre, cuirs, canabasserie (toiles), grènelerie, 
bêtes de trait et menu bélail, armes et armures, 
orfèvrerie, fustaille (bois ouvré). Les changeurs 
avaient enfin leur place assignée comme les mar- 
chands des précédentes denrées ^ C'était, on le voit, 
un assez petit nombre de marchandises qui s'échan- 
geaient aux foires de Lyon ; le fait du Consulat de 
fixer l'emplacement des marchandises énumérées 
indiquant, d'une manière bien certaine, que si d'au- 
tres marchandises y figuraient, c'était tout au moins 
en de minimes quantités. 

Le développement des foires sous le règne de 
Louis XI, leur victoire sur celles de Genève, accru- 
rent, avec les quantités de denrées qui s'y vendaient 
leur multiplicité. Les marchandises apportées devin- 

1 BB. 7, fos a5r. r» et suiv. (i/jCi). 

M. B. 11 



irv2 MAiu:iiAM)isi:s i:t mmsciiands 

reuL iioinl^reiises, en même U-iiips (juc les marcliaiids 
devenaionl cosmopolites, el ce liiL sous le règne de 
ce roi, (juen ])eii (rannées, Lyon se transforma en 
un grand centre d échanges, de Irafic el de transit. 

L'énuméralion des marchandises trafiquées dès la 
seconde moitié du xv'' siècle, pour si longue qu'elle 
soit, oH're un iiilérêl d'aulaiU plus considérable 
qu'en nous fournissant luie image exacte du com- 
merce de la ville, elle nous renseigne sur les objets 
de consommation de cette époque, sur le commerce 
d'importation et d'exportation. 

Le commerce des draps et des toiles fut, dès le 
début, le plus important comme étant celui de 
matières de première nécessité. Puis les épiceries, 
les draps d'or, d'argent et de soie devinrent l'objet 
d'un considérable trafic. Draps, toiles, épiceries, 
draps d'or, d'argent et de soie, telles furent les 
marchandises qui alimentèrent, dans la plus large 
mesure, le commerce de Lyon et constituèrent les 
quatre principaux articles du trafic des foires dans 
la seconde moitié du xv*" siècle el durant le xvi^ siècle. 

^ I . La Dhaperii:. — La manufacture el le com- 
merce de la draperie avaient, au moyen âge el même 
au xv^ siècle, une importance particulière. Les élolfes 
de soie étant vêtements de grands seigneurs el de 
grandes dames', les étotïes de coton n'étant point 
déjà connues, les tissus de laine composaient Iha- 



' L'Edil du 17 décembre 1485 défend à tous autres qu'aux 
nobles de poiiei- diaps d'or et de soie (Isamber t..., t. XI, p. i55). 



Li:S MARCHANDISES 163 

billemenl de Ions. Si le drap était d'un usage uni- 
versel et nécessaire, sa fabrication ne s'opérait pas 
en tous pays, certaines villes seulement le manu- 
facturaient. 11 fallait que de ces centres il parvînt 
aux marchands et aux consommateurs. Les foires 
en offraient le moyen. Aussi toutes les grandes foires 
antérieures à celles de Lyon, celles de Brie et de 
Champagne, comme celles de Genève, eurent un 
trafic important de draperie. On comprend aisément 
qu'en 1420, le Consulat ait énergiquement repoussé 
la prétention des marchands drapiers de la ville de 
vouloir attendre les acheteurs dans leurs boutiques 
sans se rendre sur le lieu même de la foire ^ 

Il y eut, à Lyon, un important commerce de dra- 
perie, non point que la ville manufacturât les draps, 
mais parce que tous les pays qui fabriquaient cette 
marchandise en envoyèrent dans un centre où l'on 
savait bien qu'il y aurait des acheteurs, puisqu'il y 
avait des franchises"^. 

Sous le règne de Louis XI, la draperie était, aux 
foires de Lyon, l'objet d'un tel trafic qu'il semble 
avoir été, à lui seul, équivalent au trafic de toutes 
les autres marchandises. 

Lorsqu'en 1484 les foires de Lyon furent suppri- 
mées, les mémoires écrits en faveur de leur rétablis- 

1 Guigne, Registres Consulaires ..., p. 1166. 

- Il y eut h Lyon, en raison de l'importance du commerce de 
draps, des « tondeurs et presseurs » de draps qui aulnaient, 
pressaient et pliaient les draps. Le roi ayant établi un offlce 
d'aulneur, le Consulat demanda d'établir huit tondeurs et pres- 
seurs de chaque côté de la ville et racheta l'office (lô^y). BB. 81, 
f" iy8 r°, et CC. 1073, i. 



164 MARCHANDISKS i:T MARCHANDS 

sèment affîrmeni qu'aux foires ils se vendait, 
annuellement, 8 à ()0().(»oo francs de draps. Ce 
chiffre ne peut être accepté qu'avec beaucoup de 
réserve. Les auteurs des mémoires avaient peu 
d'éléments précis pour une statistique exacte et un 
intérêt trop certain à exagérer l'importance des 
transactions. Mais ce qui, sans nul doute, est con- 
forme à la réalité, c'est la proportion qu'ils indi- 
quaient entre les quantités des diverses marchan- 
dises vendues. Or, ils estimaient à 200.000 ou 
aSo.ooo francs la valeur des toiles, à 200.000 celle 
des cuirs et pelleteries, à 80.000 celle du safran, à 
5o ou 60.000 marks celle de l'argent blanc apporté 
par les Allemands, à 3o.ooo francs celle des merce- 
ries de Paris ^ 

Au xvi^ siècle, le commerce de la draperie garda 
son importance, mais les proportions ne furent plus 
les mêmes. La valeur des épiceries, celle des draps 
d'or ou de soie, le monopole de fait qu'eurent les 
foires de Lyon de vendre les premières, le monopole 
de droit qu'elles eurent de vendre les secondes détrui- 
sirent la balance, sans toutefois que la ville ait cessé 
de recevoir et de vendre des draps de toutes sortes 
et de toutes provenances, comptant à chacune de 
ses foires « quatre-vingts ou cent boutiques de riches 
marchands drapiers'^. » 

1 HII., Cliappe VIII, 02 à 85. A présent, disent des Remon- 
trances au Roi, on vend à Lyon « grant quantité de draps de 
layne des pays de Normandie, Berry, Poytou, Bourgogne et 
autres pays dudit royaume montans a plus de huit a neuf cens 
mille frans chacun an qui est un très grant bien au royaume. » 

-' BB. 10/,, f" 4:5 V». 



LES MARCHANDISES 165 

Les variétés de draps élaieni nombreuses : draps 
grossiers, draps fins, draps à poils, draps unis. 
Chacune avait un nom dont il n'est point facile 
aujourd'hui de dire exactement la signification 
précise : serge et ostadine (variété de serge), ostade 
(étoffe très solide), ostadins, demi-ostade, carisé (à 
deux envers et à poils des deux côtés), drap 
bizoastre, bourras (gros drap de bure), draps frisés; 
draps de petit prix : mendes, orgellet, admillard, 
sardis, roUeaux, aumalle, serverette, frisette, droguet. 

La plupart venaient des manufactures de France : 
d'Abbeville, d'Amiens, d'Arras, de Lille, dans le 
Nord; de Beaune, de Bourges, de Dieppe, de 
Normandie, de Paris, du Poitou et du Quercy, 
d'Orléans, de Troyes, de Vire; de Béziers, de 
Garcassonne, de Perpignan, dans le Midi. D'Angle- 
terre venaient les draps fins, les carisés et ostades, 
et aussi des Flandres. 

La draperie était donc surtout une marchandise 
d'exportation. De fabrication presque exclusivement 
française, trouvant des acheteurs dans les mar- 
chands de tous pays qui fréquentaient les foires, elle 
subissait à peine la concurrence étrangère. D'habiles 
contrefaçons normandes, usant même de fausses 
marques, venaient, du reste, atténuer cette concur- 
rence que le goût naturel des Français pour les 
marchandises étrangères aurait pu faciliter dans une 
certaine mesure ^ 

1 <( La commune opinion de tous les étrangers est que les 
Francoys naturellement aiment mieux les choses qui sont ame- 
nées des pays étranges que celles qui sont de leur creu et manu- 



166 MARCHANDISES KT MARCHANDS 

i> 2. ToiLKS. — Pour le commerce des toiles, des 
ouvrages de chanvre et de lin, Lyon avait une 
situation toute privilégiée. Elle était au centre même 
d'une importante fabrication de ces articles. Le 
Lyonnais, le Beaujolais, le Maçonnais, le Roannais 
et le Forez ouvraient les toiles, surtout les grosses 
toiles, et produisaient la canabasserie, c'est-à-dire 
les tissus de chanvre. 

Ces pays se livrèrent d'autant mieux à leur 
industrie qu'ils trouvèrent dans les foires de Lyon 
un débouché certain à l'écoulement de leurs produits. 
D'Autun, Beaujeu, Belleville, Thizy, Villefranche, 
vinrent aux foires de grandes quantités de toile : 
toiles de chanvre et de lin, toiles étroites, toiles 
claires, toiles blanches, auxquelles venaient encore 
s'ajouter les toiles de Saint-Symphorien d'Ozon. 
Lyon n'en fabriquait point, se contentant de vendre 
toutes celles qui lui parvenaient des régions qui 
l'entouraient. Le commerce qui s'en fît aux foires fut 
considérable. Il fut, comme celui des draps, un 
commerce d'exportation : les toiles de la région 
lyonnaise étaient expédiées jusqu'en Turquie, en 
Syrie et à Alexandrie. 

factures encores (jue aulcuiies soient aussi bonnes ou meilleures 
que les estrangères... et ce faisant semble qu'ilz acheptent plus- 
lost les noms des pays estranges que la bonté des choses qu'ils 
acheptent » écrit entre i56i et i566 l'auteur dune étude très 
documentée qui avait reçu commission du Roi pour visiter les 
frontières du royaume : « Le commerce d'importation en France 
au milieu du xvi" siècle, d'après un manuscrit de la Bibliothèque 
nationale publié par A. Chamberland » (Revue de Géographie, 
octobre 1892, t. XXXI, p. 293). 



LES MARCHANDISES 167 

D'auLres maniifaclures alimeiiLaienl le marché de 
Lyon : Cambrai, Laiigres, Rouen ei Troyes lui 
envoyaient leurs toiles en même temps que des pays 
étrangers; il en venait de Constance, de Saint-Gall, 
de Lorraine : toiles grises, toiles « chastillonnes », 
treillis, étamines, bougran (toile forte). Les Flandres, 
puis au xvi^ siècle Anvers, livraient aux foires de 
Lyon les toiles jaunes et les toiles fines, toiles de 
Hollande et de Ilainaut, toiles a regrattées » et 
batiste. 

Ce ne fut que dans la seconde moitié du xvi'' siècle 
qu'apparurent, pour les draps comme pour les toiles, 
des étoiles mélangées de coton dont la chaîne était 
de laine ou de lin et que Lyon, après Rouen, se mit 
à fabriquer. 

§ 3. Epiceries eï Drogueries. — Les épiceries, 
denrées de consommation d'origine étrangère pour 
la plupart et quelquefois lointaine, furent l'objet, aux 
foires, d'un trafic d'importation des plus considé- 
rables. Le terme d'épiceries dans son sens le plus 
large désignait un très grand nombre de marchan- 
dises. Les épices ou épiceries proprement dites, den- 
rées aromatiques qui servaient à l'alimentation, les 
graines comestibles telles que le riz, les fruits du 
Midi, enfin toutes les drogueries : résines, telles que 
l'encens, la myrrhe, la gomme adragante, graines à 
essence, produits chimiques, matières premières de 
teinture et de pharmacie *. 

1 Voir leur énumération, 4e partie, ch. III, 11. § 3. 



les MARCHANDISES ET MARCHANDS 

Lyon, grâce à Louis XI, devint le ^i-ancl centre 
du commerce des épiceries. 

Le roi permit aux marchands d" « amener lesdiles 
épiceries ou drogueries par terre comme bon leur 
semblera ausdites foires de Lyon », alors qu'aupara- 
vant elles ne pouvaient être amenées au royaume et 
pays du Dauphiné par terre ou autrement « fors par 
les pors de Languedoc et de Houssillon et autres 
pors et havres » du royaume. (Lettres d'Amboise, 
28 octobre i464-) 

Le roi, en outre, accorda à cette marchandise une 
entière franchise, voulant qu'elle fût amenée aux 
foires, et quelle en fût emmenée librement. Il 
exemptait ainsi les épiceries du droit de 10 pour 
100 qu'elles auraient dû payer à leur entrée*. Ce 
privilège était important et il fit affluer à Lyon des 
denrées qui, en raison de leur origine, y trouvèrent 
de nombreux acheteurs. Ce fut aux foires de Lyon 
que vinrent s'approvisionner d'épiceries les mar- 
chands du Centre et de l'Est de la France et surtout 
les Allemands. 

Il faut, pour comprendre le grand trafic qui s'en 
effectuait à Lyon, savoir à quel point les épices fai- 
saient partie de l'alimentation. Aux xv'' et xvi*' siècles, 
comme dans les siècles qui avaient précédé, elles 
étaient d'un usage à tel point général et constant 
qu'il nous paraît, aujourd'hui, immodéré. Elles 

' Lettres, Amboise, 28 octobre 1464, et Jargeau, 8 avril 1466, 
mi., Chappe VIII, 22-39. Voir aussi Lettx'es de Paris, juillet 1498, 
de Compiègne, février i5i4, de Fontainebleau, octobre 1547 dans 
Privilèges..., pp. 85, 90 et 109. Pièce Justificative XIII. 



LES MARCHANDISES 169 

étaient, sur le marché de Lyon, nombreuses et variées, 
présentant aux acheteurs la gamme des arômes, des 
plus pimentés aux plus atténués : gingembre, poivre, 
safran, cannelle, muscade, girofle, anis, cumin, 
fenouil, mirabolans (noix odorante d'Orient dont on 
faisait des confitures). 

A côté des épices, se vendaient, provenant le plus 
souvent des mêmes pays, les drogueries : noix de 
galle, cassis, mesque, macis, encens, myrrhe, laque, 
gomme adragante. terra mérita, inde (couleur de 
bleu), barbosina, zedoard, coriandre, greynes, 
quasse, séné, barbetins, semencine, coque du Levant, 
cochenille, senenardi, stafizagri, manigète, spice- 
nardi, graine de paradis, galanga, iris, sandaraque, 
garance. 

A ces produits venaient s'ajouter les denrées 
comestibles, en grande quantité, telles que le riz et 
les amandes. 

On comprend aisément, par cette énumération, 
quelle place importante occupait dans les foires le 
commerce des épiceries. Très considérable au xv'^ 
et dans la première moitié du xvi^ siècle, donnant 
lieu, dans chaque foire, à des transactions suivies, la 
fiscalité vint l'atteindre tout particulièrement au 
milieu du xvi^ siècle. En i547, une gabelle de 6 
écus par balle frappa cette marchandise, et à partir 

' Requête au Roi <'... hem... le grant doinmaiye que faict à 
ladite ville de Lyon et chose publicque du royaume la gabelle 
nouvelle de l'espicerie de six escuz pour balle que certains mar- 
chans ytaliens lèvent par permission du roy au grant dommaige 
desdites foyres... » 17 mai 1.147, BB. 67, f»* 21 v° et 22 r"). 



170 MARCH\M)ISi;S KT MAHCIIAMtS 

(le i552, la Ville perçiil par des rermiers une aide de 
25 sols par balle sur loule épicerie qui u'avail poinl 
passé par les porls maritimes du royaume. Plus lard, 
(piaud la douane fui établie dans le royaume tout 
entier, les épiceries payèrenl el le droil (rentrée 
dans le royaume el le droil d'entrée à Lyon et les 
droits particuliers levés au profil de la Ville (quatre 
espèces'). Kn voulant tirer profit, par l'impôt, d'un 
commerce florissant, le pouvoir royal el le consulat, 
endetté par le pouvoir royal, arrivèrent à ce résultat 
que les épiceries venant à Lyon payaient, à la fin 
du xvi*" siècle, des impôts, aides ou droits différents 
et que leur quantité s'en trouva réduite. 

§4- Denrées alimentaires. — Outre les épiceries 
et drogueries, d'abondantes denrées alimentaires 
étaient apportées aux foires de Lyon. Non point 
seulement celles qui se récoltaient dans la région 
même et qui étaient trafiquées en tout temps dans 
les marchés ou chez les boutiquiers de la ville, mais 
des denrées de provenance lointaine, productions de 
contrées ou de climats différents. Elles étaient con- 
duites, par les marchands de leur pays d'origine, à 
Lyon où venaient les prendre, pour les emmener 
chez eux, les marchands d'autres régions. 



' BB. 73, ^ .38 1-»; 77, f« i3, r»; 83, f» i55 r» ; CC. 1470, 2. En 
i552, les marchands se plaignant de la sopliistication des safrans, 
des visiteurs furent nommés, pour inspecter celte marcliandise, 
qui recevaient comme salaire de leur vacation 2 deniers pour 
livre dont le vendeur et l'acheteur payaient cliacun la moitié 
(BB. 73, f» i74r^). 



Li:$ MARCHANDISES 17, 

C'étaieiiL les fruits des pays du Midi : amandes, 
câpres, citrons, figues, dattes, grenades, limons, 
noisettes, oranges, olives, pruneaux et raisins; 
c'étaient le miel et les huiles : huile de noix, huile 
d'olive, huile d'aspic, huile laurrin, huile de poisson, 
qu'envoyaient à Lyon : Avignon, Bourg-Saint- 
Andéol, les pays du Languedoc, Montélimar, Pont- 
Saint-Espril, A^alence et la Provence, l'Espagne et 
le Portugal. 

C'étaient les poissons, poissons salés et poissons 
fumés venant d'Anvers, d'Angleterre, de Basse et 
Haute Bretagne, du Languedoc et de Normandie : 
anchois, harengs blancs, harengs « foretz », maque- 
reaux, merlue, seiches, saumons, poissons salés et 
salures. 

Les fromages : fromages de Hollande, de Béthune, 
de Hainaut, de Brabant, fromages de Milan et 
fromages de Savoie. 

Les vins de Bourgogne et du Languedoc, les vins 
d'Alicante (Espagne), les vins du Tage. 

Les jambons de Mayence, qu'envoyaient Francfort 
et Anvers. 

Le sucre et la cassonade d'Anvers, d'Espagne et 
du Portugal ; les confitures du Portugal et de 
France. 

Les raisins de Corinthe et de Damas. 

§ 5. Draps d'or, d'argent et de soie. — La proxi- 
mité de l'Italie et les liens si nombreux qui unirent 
ce pays à Lyon, l'obligation pour les draps de soie, 
entrant au royaume, de passer par cette ville, firent 



172 MARCHANDISES KT MARCHANDS 

rapidement des foires le plus imporlanl marché de 
draps d'or, d'argent el de soie du monde d'alors. 

Les Italiens, qui furent des premiers à fréquenter 
la ville, avaient, au xv" siècle, le monopole de la 
fabrication des tissus de soie. Ils vinrent les vendre 
à Lyon qui, dès le milieu du siècle, devint le grand 
centre du commerce des soieries. Le trafic considé- 
rable qui s'en faisait fut, en 1484, 1 ini des principaux 
arguments invoqués pour la suppression des foires. 
« Et au regard des Ytaliens (est-il dit dans les Arti- 
cles pour la ville de Troyes), quand ils ne fréquen- 
teroient aucunement les foires du royaume et ne 
tourneroit aucunement a domaige audit royaume 
pour ce qu'ilz ne amènent que draps de soye dont on 
se passeroit bien et à proffit, lesquelz draps de soye 
ils vendent tout à argent content... et avec ce pour 
leur billonner, emportent tout le bon or et tout le 
billon dudit royaume ^ » 

Les Lyonnais répliquèrent très judicieusement 
que si les Italiens ne venaient plus vendre à Lyon 
leurs draps de soie, ils iraient les vendre à Genève et 
à Anvers, où ils achèteraient les draps de laine 
qu'ils achetaient à Lyon'-. Pour un temps cependant 
les foires, en raison des théories mercantilistes 
triomphantes, avaient été supprimées à Lyon. A 
leur rétablissement, le commerce des draps d'or et 
de soie fut, comme par le passé, l'un des plus im- 
portants. Il constituait, avec celui des épiceries, le 



1 IIII., Chappe VIII, ■^1-C^^J. 

- i^emontrances au Roi, ibid , ^~-f}^. 



LES MARCHANDISES 173 

commerce crimporlation. Florentins, Milanais, Gé- 
nois (Genevoys), sauf en i535, et Lncquois trafi- 
quaient à Lyon pour des sommes considérables des 
marchandises provenant des manufactures de leurs 
pays : draps d'or, d argent, de soie, velours, satins, 
taffetas, draps de soie ras, damas, crespes de soie, 
canetilles, pannes, toiles rayées de soie, passements, 
rubans et franges. 

Lucques fabriquait le taffetas et Gênes le velours : 
velours cramoisi, rouge, rouge cramoisi, violet, 
violet cramoisi. Les Florentins, parLiculièrement 
nombreux à Lyon, partageaient leur activité en 
s'occupant, les uns du commerce de la banque, les 
autres du commerce des draps de soie. Ils ne tar- 
dèrent pas à se faire donner la ferme de l'aide de 
5 pour 100, qui se levait sur les draps d'or, d'argent 
et de soye, à leur entrée, afin de n'être point gênés 
dans leur commerce par les fermiers. En i5i5, ils 
payaient sur cette ferme, à la ^'ille, une annuité de 
2.5oo livres ^ 

Avec les soies italiennes, ouvrées ou non, les 
foires de Lyon reçurent la soie et les soieries du 
Levant, d'Espagne et du Comtat-A enaissin. Valence 
envoyait des cocons et de la bourre de soie, et des 
autres régions d'Espagne arrivaient, par les mar- 
chands de ce pays qui fréquentaient les foires, des 
soies teintes et des soies crues, du velours, du crêpe 
de soie et des ouvrages « de lingerie d'or et d'ar- 
gent )). Le Levant, par l'Italie ou par Marseille, 

1 Voii" 2'' partie, ch. II, ii. 



I7i MAliCHANDlSKS KT MARCHANDS 

louriussail aii\ Ibires de I^von des draps dOr. dar- 
geiil el de soie, des camelols d'or, d'argent el de 
soie appelés camelots du Levant, des soies teintes el 
crues. Avignon, enfin, envoyait des cocons, du fil et 
de la bourre de soie. Mais les soies d'Kspagne. du 
Levant et d'Avignon n'étaient qu'un appoint à la 
grande masse des soieries italiennes qui restèrent 
maîtresses du marché de Lyon jusqu'au moment où, 
dans la seconde moitié du xvi*' siècle, elles furent 
concurrencées par les soieries que se mirent enfin 
à produire les métiers et la manufacture lyonnaise. 
Une appréciation, émanant d'un contemporain docu- 
menté', entre i55i et i556, évalue à 4-5oo.ooo livres 
par an le seul commerce des Génois qui, cependant, 
avaient été en bute aux représailles de François P'", 
et qui, outre le droit de 5 pour loo, payaient 2 écus 
par pièce de velours « et des autres soyes à l'equi- 
poUent » depuis i54o-. Même en la supposant exa- 
gérée, cette appréciation nous montre ce que fut le 
commerce italien des soies aux foires de Lyon. 

Aide de 5 pour 100 sur la soie. — Charles \1\\, 
en i483, par Lettres données à Ainboise, déclarait 
que les marchands auraient la franchise pour l'entrée 
de leurs marchandises à Lyon, ajoutant toutefois : 
« réserve les draps de soye seulement pour lesquelz 
ils paieront le tribut des aides de 5 pour 100 qui se 
lève audit Lion ainsi que fait a esté par ci devant^». 

1 Le commerce d'importation en France, déjà cité, p. 224. 
* Anet, 18 juillet i"')4o, hamberl, t. XII, p. 687. 
3 HH , Chappe VIII, 52-67. I^'après M. Justin Godart, Char- 
les VII avait accordé à Lyon, par Edit de l'i"'") le monopole du 



Li:S MARCHANDISES 175 

Kn i4^4' P'^1' Lt^Ures du 17 octobre, de Moiilargis, 
il donnait, en fait, à la ville de Lyon le monopole du 
commerce de la soierie : « Declairons... que ledit 
ayde ou tribut de cinq escuz d'or pour cent qui avoit 
coustume d'estre levé en notredite ville de Lyon 
sur lesdits draps, tant d'or, d'argent, que de soye, 
veloux, satin, damas, talFetas, camelotz, soient fîllées 
ou defiUées, tissuz larges et estroictz, fil d'or et d'ar- 
gent, traict et fîUé, sera cuilly et levé en notredite 
ville de Lyon et non ailleurs et ne pourront iceulx 
marchans les faire passer et entrer en nolredit 
royaulme par aultre lieu ou passaige que par icelle 
ville de Lyon, sur peine de confiscation desdits draps 
d'or et de soie et d'amende arbitraire ^ » Cette 
disposition faisait de la ville l'unique centre du 
commerce de la soie en France, et l'on comprend 
tout l'avantage qu'en retirèrent les foires. Maintenue 
]Dar les successeurs de Charles VIIL-, elle fut com- 
plétée par une série de réglementations quédicta le 
roi François F'. Les drajDS devaient être marqués, en 
l'Hôtel de Ville, d'une marque en plomb portant 
d'un côté «. un escu de France et de l'autre coslé les 
armes de la ville de Lion^ ». En lySy, le roi ayant 
autorisé l'entrée des draps de soie de Gênes, or- 
donna qu'ils payeraient 2 écus soleil pour pièce et 

commerce des soieries pour facililer la perception des droits, 
rOuvrier en soie, Lyon, Bernoux et Cumin, i8gtj, i vol. in-8, p. 4. 

' ce. 4012, 1. 

- Lettres de François 1", Lyon, 2 mai i536, AA., f" 71 r". 
Charles IX, Lettres de Gaillon, ;) juillet io63, dans Paradin, op. 
cit. 

" Lettres du 2 mai i5;5(; cl BB. 58, f» 14 \°. 



176 MAIU'-HANDISKS I:T MARCHANDS 

(( seroienl niar(|iiées audil hoslt'l comiiiun d imc 
autre marque clilïérenle ou y a d'un coslé une sala- 
mandre et de Taultre costé l'escu de France ainsi 
qu'il est en iing trezain monnoyé' ». Le Consulat 
avait la garde de la marque des draps de soie el il 
veilla jalousement sur elle, refusant de s'en dessaisir 
entre les mains du Lieutenant du Hoi"-, 

Puis, par Ordonnance du i8 juillet i54o, le roi 
fixa un itinéraire aux soieries : celles qui venaient 
d'Italie devaient passer par Suse et entrer par la 
porta du pont du llhône. celles venant du Comtat- 
Venaissin, par Montélimar et la porte du pont du 
Rhône, celles venant d'Espagne, par Xar])onne et 
Bayonne et les portes de Saint-Just et de Saint- 
Georges. Les marchandises devaient avoir « Lettres 
de facture » portant le nom de l'expéditeur et celui 
du destinataire. Dans les villes indiquées, les bureaux 
délivraient les « brevets et bulletins » mentionnant 
le jour du passage, le nombre de caisses, balles ou 
coffres. Ces brevets suivaient la marchandise jusqu'à 
Lyon. Là, les marchandises pesées, les droits étaient 
acquittés et les pièces marquées aux deux bouts, 

^ BB. iïS, f" i4 v°. Voir A. Sabatier, Sigillographie hislori(/ue, 
Plombs historiés de laSaône et de la Seine, Paris, Ciiampion, 1912, 
I vol. in-8. Lauleur donne la description des plombs employés 
qui ffM-maient par tunnel simple, c'est-à-dire étaient creusés 
parallèlement à leurs faces d'un trajet pour le passage des liens. 
Le plombage s'effectuait en frappant le sceau au marteau entre 
deux coins, celui de dessous étant l'enclume, celui de dessus la 
bouteroUc, pp. 7 et io5. Il donne la reproduction de plusieurs 
spécimens, pp. 9G et 97 et planches I, II, n°^ 4 ^ 28 ; le plomb 
no 4 est le sceau Oscal des soieries de Gênes. 

'- BB. 58, f°88 r" (i54o). 



LRS MAUCHANDISKS 177 

(( lesquels deux: bouts seront percez et embrassez de 
ladite cordelle blanche » pour soutenir le sceau. Si 
les caisses ou balles devaient sortir du royaume, 
elles étaient scellées du même scel de plomb, aux 
armes du Roi d'une face (droit), aux armes de la 
Ville de l'autre (revers), attaché à un cordon blanc 
enveloppant les marchandises de long et de travers, 
caution était ensuite donnée de rapporter, dans 
trois mois, certificat de la sortie*. 

§ G. Matières premières. — Parmi les matières 
premières, les pelleteries, les cuirs et les métaux 
furent l'objet du trafic principal. 

Pour les pelleteries et les cuirs, Lyon avait à ses 
portes l'Auvergne et le Bourbonnais, deux pays 
producteurs qui, dès Forigine des foires, lui envoyè- 
rent leurs marchandises : pelleteries d'animaux 
divers, blancherie (cuirs blanchis), tannerie. Les 
marchands de la ville du Puy, qui avait un gros 
commerce de cuirs et de parchemins, fréquentèrent 
assidûment les foires, s'y rencontrant avec les mar- 
chands de l'Albigeois, du Quercy et du Rouergue. 
De Naples, vinrent les pelleteries de Romanie^; 



1 Lettres i8 juillet i54o, Isnmbert, t. XII, p. 687. 

- François Burlet, « docteur en loys », vient le i() novembre 
1490 au Consulat accompagnant des marchands pellelicrs. Ils se 
plaignent que Catherin Combe se soit entendu avec le Roi de 
Naples « avec lequel il a fait certaines...?... et collusions passées 
par promesse et obligation c'est entre autres que toute la pel- 
leterie de la lîomanie, laquelle vient la pluspart du royaume de 
Naples, sera livrée audit Combe et non à autres marchans ». Ils 

M. B. 12 



178 .MAHCIIA.NDISKS I;T MAUCIIANDS 

d'Espaii^ne, les fourrures fuies à (loul)ler; du Levaul, 
les uuiroquius, les peaux de moulou, le cordoau 
(cuir à faire les chaussures). Les Allemands, enfin, 
apporlèrcni des pelleleries précieuses : marlres « zu- 
Ijelines », hermines, loups cerviers eL bellelles 
noires. 

Les premiers à approvisionner les foires de Lyon 
de mélaux, les Allemands, en demeurèrenl les plus 
grands vendeurs, racheLani, avec le produit de leurs 
ventes, les épiceries, les denrées alimentaires, les 
laines et la draperie. Ils apportaient le fer blanc et 
le fer noir en feuilles, lacier, lairain, le cuivre : 
cuivre en rosettes, battu et en culots, argent blanc 
eL argent monnayé, fil de laiton, fîl d'archault 
(archal), fd de fer, coppes d'acier. Au xvi° siècle, 
les Anglais, qui, sous Louis XI, n'avaient pu trafi- 
quer, envoyèrent à Lyon Tétain en saumons (masse 
ou lingot), l'argent el enfin l'or. Mais ce fut surtout 
d'Espagne, on le comprend, que fut amené, au 
xvi° siècle, ce précieux métal. Les mines du Lyon- 
nais donnèrent du plomb et de l'argent, ainsi qu'un 
peu d'or et d'antimoine'. 

expliquent que lorsqu'ils sont allés au royaume de Naples on 
les a arrêtés, qu'ils ont dû revenir sans marchandises et que, par 
suite, le prix de la pelleterie a haussé (BB. ly, f'' aoa v°). 

' D'après de Nicolay, les mines de Sain-Bel donnaient de l'or et 
de l'argent, celles de Savigny du plomb et de l'argent, celles de 
Saint-Laurent-de-Chamousset de l'antimoine en quantité impor- 
tante, celles de Vaugneray du plomb ainsi que celles de Monlrot- 
tier; les mines de Brullioles et de Cheissieux, découvertes par 
Jacques Cœur, donnaient, les premières du plomb et de l'argent, 
les secondes de l'or et du soufre; enfln, les mines de Chasselay 
donnaient du plomb et de l'argent (op. cit., p. 210). 



LES M.VRCHANDISES 179 

Le charbon de pierre venait d'Angleterre, de 
Saint-Chamond et de Rive-de-Gier. 

Il se vendit enfin aux foires de Lyon du bois, bois 
fusté et bois burcin, de la chaux, des plumes « à 
lict », des plumes d'autruche, des éponges, des laines 
et du coton, du corail « en branche », de Tambre 
gris, de la « pierre noire pour teinture », du bois 
du Brésil, du bois pour la teinture et jusques à des 
pierres précieuses, du suif et des graisses. 

§ 7. Objets fabriqués. — Les armes et armures, 
les instruments de musique, la mercerie, la poterie, 
l'orfèvrerie et l'argenterie, la quincaillerie et la 
fustaille (bois ouvrés) représentent les principales 
catégories d'objets fabriqués, vendus aux foires de 
Lyon. 

Canons darquebuse, lil d'arbalète, arquebuses, 
harnais à armer gens de pied et de cheval, corcelets, 
cuirasses, éperons, hauberts, heaumes, morillons, 
brigantines, salades simples et à la bourguignonne, 
boucliers, pavois, pistolets, dards, javelines, pertui- 
sanes, dagues, poignards, garnitures d'arquebuses, 
manches de hallebardes, mors de brides, piques non 
ferrées, plumets, rapières, fourreaux d'épées, fai- 
saient de la ville, pendant les foires, un arsenal 
complet auquel ne manquait même point la poudre 
à canon *. 

1 En 1484, les Lyonnais qui jadis avaient offert à Louis XI des 
harnais de guerre se prévalurent en faveur du rétablissement de 
leurs foires de la facilité avec laquelle le roi pouvait, grâce à 
elles, s'approvisionner en armes alors qu'auparavant il devait 



ISO MARCHANDISES ET MARCHANDS 

Cornemuses, cisires, guitares, finies a d'Alle- 
mands », flûtes à neuf Irous, haulhois, luths, violles 
et violons. 

Couteaux, ciseaux, rafraichissoirs de fontes, coffres 
de fer et colTres d'acier, clouterie, limaille de fer, 
mitaille (ferraille) , ouvrages de cuivre, grillels et 
sonnettes. 

Poterie d'étain, de cuivre, de terre, de majolique, 
pots de fer. 

Epingles, coton filé, fil blanc, fil écru, fil teint, 
étoupes en bourre, filoselle, laine teinte fine, grosse et 
moyenne, laine de Barbarie, collets, chemises de 
coton, boutons, bonneterie, guimpes, ceintures, cor- 
dages, cordes de chanvre « tant mâle cpie femelle ». 

Cordonnerie. 

Bois ouvrés, chapelets, dés. 

Livres, vélin, images, cartes à jouer, « tabliers à 
jouer », encre pour imprimerie. 

Tapisseries, tapisseries de haute lisse, tapis d"Au- 
vergne, tapis, couvertes. 

Chapeaux de soie^ de feutre, de laine, chapeaux 
d'Albanais, feutres. 

Bonnets de laine, de Mantoue, d'Auvergne, de 
Milan. 

Coiffes d'or, d'argent et de soie. 

Accoutrements « pour faire momeries ». 

Tels étaient les principaux objets fabriqués, aussi 
variés dans leur origine que dans leur nature, dont 



envoyer en dehors du royaume el particulic'remeiit. ù Milan 
(HH., Ghappe VIII, 67-85). 



Li:S MARCHANDISES 181 

nous avons trouvé le nom dans les documents de 
l'époque. Mais il est bien certain que cette liste 
— pas plus d'ailleurs que celle des étoffes ou des 
denrées alimentaires — ne saurait être considérée 
comme limitative. 

Si elle nous renseigne sur l'industrie ou « la ma- 
nufacture » des xv^ et xvi" siècles, et sur les besoins 
des hommes d'alors, elle nous prouve aussi que les 
foires de Lyon furent si importantes qu'elles em- 
brassaient dans leur trafic toutes les marchandises 
d'un universel commerce. 

Emballages et marques des marchandises. — Les 
marchandises arrivaient à Lyon par eau ou par 
charroi. Chargées sur bateaux, sur charrettes ou à 
dos de mulet, elles étaient pour la plupart envelop- 
pées dans des « balles » ou ballots de grosse toile, 
liées de cordes. Certaines, suivant leur nature, étaient 
losées dans des sacs (satz), « fardes », caisses 
(quessesj, tonneaux, « barilles », « tonnettes » ou 
(( tonnetz ». La balle et le tonneau sont les embal- 
lages de beaucoup les plus employés. 

Les balles logent les draps, les cuirs, les toiles, 
les laines, la soie, le papier, le coton. Elles logent 
même les épiceries et drogueries communes, les 
couteaux, les articles de bois ouvré. Les tonneaux 
lo"-ent la mercerie, le métal et les objets en métal, 
les poissons et « saleures » (salaisons), les jambons 
de Mayence, les matières Hquides ou gluantes, quel- 
quefois les étoffes. Les épiceries et drogueries fines 
arrivent en sacs, les sucres en « casson», la cire en 



182 MAUCHANDISES KT MAUCIIANDS 

caisses, le vilriol en <( lonneLle », les harengs en 
« lonnelz », le miel eL les confitures en « barilles », 
les huiles en « boucq » (peau de bouc). 

Les emballages sont mar(|ués parles marchands à 
leur marque qui identifie la marchandise et facilite 
le travail des voituriers et des chargeurs. Ces mar- 
ques sont faites de dessins à formes en partie arron- 
dies avec croix et points diversement combinés, des 
lettres et des numéros complètent parfois la marque. 
Quelques spécimens peuvent donner la notion des 
combinaisons usuelles * : 






Les marques sont quelquefois, pour les emballages, 
des sceaux de plomb -. 

Poids. — Quant au poids des marchandises, les mar- 
chands peuvent le faire déterminer par des peseurs, 
nommés au xv'' siècle par le Consulat, qui tenaient 
leur poids au devant de l'église Saint-Jacques \ La 
ville eut ensuite « pour Taisance et commodité tant 

* ce. 3980, 19. 

- M. Sabatier, Sigillographie, signale deux plombs, marques 
de marchands allemands qui sont des sceaux à belière, c'est- 
à-dire à anneau ; le lien de l'emballage était passé dans la belière 
sur laquelle on exerçait une torsion, pp. 11 et 4So- Il donne 
la reproduction de ces deux spécimens, planches XVII-XVIII, 
n°^ 3i9 et 324. 

3 BB. 9, fo 106 r». 



LES MARCHANDISES 183 

des marchands csLrangiers que aidlres habilans » 
un poids situé au devant du logis de la « petite 
coupe )^ puis plus tard, en i562, « dans le temple de 
la Platière * » . 

Les habitants de Lyon pouvaient avoir chez eux 
les poids et mesures à leur usage, l'acheteur était en 
droit de demander que la marchandise fût pesée par 
le peseur, soit au « poids », soit chez le vendeur si 
le peseur voulait s'y rendre. L'Archevêque, comte de 
Lyon, exerçait par des officiers le droit de visiter les 
poids et mesures dans toute la ville. 

La livre de Lyon était de i4 onces, le quarteron 
de 2.5 livres un quart, le quintal de loi livres, le 
demi-quintal de 5o livres i /i"^. 

Il faut enfin signaler qu'il y eut, au xvi'' siècle, des 
<( chargeurs jurez », gens de confiance, qui choisis 
et nommés par le Consulat après enquête, exerçaient 
leur état et chargeaient les marchandises des mar- 
chands et voituriers^. 



II. Origine de& luarcliandises trafiquées aux foires. 

§ I. Marchandises Françaises. — De toute la 
France venaient à Lyon les marchandises ; provinces 
et villes envoyaient aux foires leurs produits. Il est 
intéressant de citer celles dont le trafic avait le plus 



• BB. 82, fo 41 v». 
- ce. 4o5i, f" 6. 
3 BB., 89, fo 147 r°. 



184 MARCHANDISES KT MARCHANDS 

d'importance et les marchandises dont elles Irafi- 
quaient. 

Abbeville. — Oslades et ostadins. 

Albii^eois, — Pelleterie, blancherie, tannerie, safran, 

pastel, étamines. 
Amiens. — Laines de toutes couleurs et blanches filées, 

demi-ostades, couvertes de laine, scrg-es, 

camelots. 
Arras. — Serg-es. 
Autun. — Toiles. 
Auvergne. — Pelleterie, blancherie, tannerie, safran, 

pastel, estamines, tapisserie, estaminets, tapis, 

chapeaux, thérébentine, chapeaux d'Albanais. 
Avignon. — Couvertes, amandes, raisins, figues, huiles, 

pynons (pignons). 
Beaujeu. — Toiles, papier. 
Beaujolais. — Canabasserie, toiles. 
Beaune. — Draps. 
Beauvais. — Couvertes de laine. 
Belleville. — Toiles. 
Berry. — Laine, draperie, bonneterie. 
Béziers. — Draps. 
Bourbonnais. — Pelleterie, blancherie, tannerie, safran, 

pastel, estamines. 
Bourg-Saint- Andéol. — Amandes, brotte, huile d'aspic. 
Bourges. — Draps. 
Bourgogne. — Vins, laine, draperie. 
Bretagne (Haute et Basse). — Draperie et bonneterie, 

laine, poisson salé. 
Brie. — Laine, draperie, bonneterie. 
Caen. — Couvertes de laine. 
Cambrai. — Toiles. 
Garcassonne, — Draperie. 
Champagne. — Laine, draperie, bonneterie. 
Chambérv. — Fustaines. 



LES MARCHANDISES 185 

Charolais. — Canabasserie. 

Chàtellerault. — Toiles, couteaux, ciseaux. 

Cisteron. — Laine, savon. 

Dauphiné. — Laine. 

Dieppe. — Draperie. 

Drag-uig-nan. — Liège. 

Foretz. — Canabasserie, safran, arquebuses et pistolles. 

Lang-uedoc. — Blé, vin, g-arance, poisson salé, laine, 

verdet, poudre d'écarlate, cire, huiles, amandes, 

figues, raisins, dattes. 
Langres. — Toiles, couteaux, manches de hallebarde, 

rafraîchissoirs de fonte. 
Lille. — Serg-e, camelot. 
Marseille. — Soie, coton, épiceries. 
Maçonnais. — Canabasserie. 
Montauban. — Couteaux. 

Montélimar. — Amandes, anis, huile, cire, miel. 
Montpellier. — Couvertes. 
Moulins. — Couteaux, ciseaux. 
Narbonne. — Couvertes. 

Normandie. — Laine, draperie, bonneterie, poisson salé. 
Orléans. — Serg-es. 
Paris. — Mercerie, bonneterie, épingles, draperie, 

laines filées teintes en écarlate, droguets, feu- 
tres, bourses^ cartes à jouer. 
Perpignan. — Draperie. 
Poitou. — Draperie et bonneterie. 
Pont-Saint-Esprit. — Laines, huiles, savon, graines 

de jardin. 
Provence. — Laine, verdet, poudre d'écarlate, huiles, 

amandes, figues, raisins, dattes, oranges, noix 

de galle, gingembre, garance de racine et en 

poudre. 
Le Puy. — Blancherie, cuirs, mercerie, parchemins. 
Quercy. — Pelleterie, blancherie. tannerie, draperie, 

estamines, safran, pastel. 
Reims. — Couvertes de laine, estaminets. 



186 MARCHANDISF'.S I:T MARCHANDS 

Roannais. — Ganabasserie. safran. 

Rouen. — Toiles, tapisserie, bourses, cartes à jouer. 

lîoueri^ues. — Pelleterie, blancherie, tannerie, safran, 

pastel, estamines. 
Saint-Claude. — Fustaille, chapelets. 
Sarlat en Périgord. — Cuirs. 
Tarascon. — Gomme, savon. 
Thiers en Auverg-ne. — Couteaux, ciseaux, imagées, 

cartes à jouer, graines de paradis. 
Thizy. — Toiles. 
Toulouse. — Pelleterie, blancherie, tannerie, estamines, 

velours, couteaux, ciseaux, safran, pastel. 
Tours. — Chapellerie, velours, serges, taffetas, bourses. 
Troyes. — Draps, toiles, bourses, cartes à jouer. 
Valence. — Miel, amande, cire. 
Vire. — Draperie. 
Vienne. — Lames d'épées et dagues. 
Villefranche. — Toile, fustaine'. 

§ 2. La manufacture lyonnaise, ses produits. — 
Il est si vrai que les foires de Lyon, aux xv"" et 
xvi^ siècles, furent avant tout des foires de distribu- 
tion de marchandises qu'il s'y vendit beaucoup plus 
de produits des divers pays que de produits de la 
ville K 

La situation géographique de Lyon, l'esprit com- 
mercial de ses habitants et des étrangers qui s'y 
établirent, firent sa richesse et non point sa manu- 



' Nous avons cru pouvoir ranger an nombre des villes fran- 
çaises certaines villes qui n'avaient point cette qualité quelles 
ont acquise depuis. 

2 « Lyon c'est un gros ventre qui ne peut recepvoir aliment de 
soy, il faut qu'il vienne de ses voisins » (AA. iHa). 



LES MARCHANDISES 187 

facture. A ceUe époque, Lyon fui une cité de com- 
merce et non pas d'industrie. Si Ton excepte les 
livres, ce ne fut qu'au xvi'' siècle que Lyon fabriqua 
divers produits qui, assez tardivement, vinrent 
figurer parmi les marchandises offertes aux foires. 

La librairie. — L'une des plus importantes indus- 
tries lyonnaises, et la plus remarquable, fut la 
librairie. Dès le xv*" siècle, Lyon est l'un des plus 
grands centres d'imprimerie. Elle est de toutes les 
villes françaises la première oîi s'impriment des 
ouvrages en langue nationale, c'est aussi la première 
où dans le texte du livre les imprimeurs introduisent 
des vignettes gravées sur bois. La Légende dorée, les 
Quatre Fils Aymon, les Quinze Joyes de Mariage 
sont imprimés à Lyon pour la première fois. Dès 
1473, l'industrie du livre commence à s'y développer. 
De 1473 à i5oo, Barthelemi Buyer, Mathieu Husz, 
Guillaume le Roy, Jean Schabeller, Michel Topie 
de PymontetJacques de Herenberch, Jacques Maillet, 
Jean Dupré impriment des ouvrages que d'autres 
villes. Paris ou Genève, réimprimeront quelques 
années plus tard. En i493, Jean Trechsely édite le 
Térence qui, orné de cent cinquante neuf gravures 
sur bois, est considéré comme l'un des plus beaux 
spécimens de l'art du livre avant la Renaissance. Au 
début du xvi" siècle, une pléiade d'imprimeurs 
continue l'œuvre de tels précurseurs. Bonnin, 
Huguetan, Jacques Moderne, Claude Nourry, Janot 
des Champs, Devilliers, Etienne Baland, François 
Juste, l'éditeur de Rabelais, les Arnoullet (Jacques et 



18S MARGHANDISKS I-:T MARCHANDS 

Olivier), Jean Crespin, Jean et François Frellon 
précèdent les célèbres imprimeurs lyonnais de la 
Renaissance : Sébastien Gryphe (i525-i566) et Jean 
de Tournes (i5o4-i564 ) que les historiens de l'im- 
primerie placent parmi les plus grands. 

Lettrés et artistes, l'un et l'autre font sortir de 
leurs presses d'innombrables volumes : ouvrages 
français, grecs, italiens et latins, d'un texte correct, 
d'une typographie excellente, Jean de Tournes 
embellit certains d'entre eux de vignettes, d'initiales 
et d'encadrements que dessine pour le plus grand 
nombre Bernard Salomon, dit le Petit Bernard, et 
qui sont parmi les chefs-d œuvre du genre. Avec 
Sébastien Gryphe et Jean de Tournes, auquel succéda 
son fils, rivalisent Macé Bonhomme et surtout, pres- 
que leur égal, Guillaume deRouville. Lyon, pendant 
tout le XVI'' siècle, reste un centre de production de 
librairie, qui est particulièrement actif au milieu du 
siècle. Melchior et Gaspard Trechsel, Denis de 
Harsy, Thibaud Payen, les Chaussart, puis, après 
eux, Baltliazar et François Arnoullet, François 
Gryphe, les héritiers de Jacques de Junte, Barthé- 
lemi Honorât, les Marchant, Claude de la Ville, 
Philibert RoUet, Barthélemi Frain, Benoît Rigaud, 
Jean Cauteret, Jean Monnier, Thomas Guérin, Jean 
d'Ogerolles, Jean Marcorelle, Pierre et Jacques 
Roussin, Barthélémy Vincent. Etienne Michel, Jean 
Josseran, Antoine Gryphe, Guichard Jullieron con- 
tinuent les traditions de l'école typographique lyon- 
naise. 

Ils le font non sans difficulté, car, à l'époque où ils 



LES MÂRCHANDISKS 189 

vivent, dans la seconde moitié du xv!*" siècle, l'in- 
dustrie de l'imprimerie s'est répandue. Ils doivent 
lutter contre la concurrence de Paris et aussi celle 
de Genève où se font des contrefaçons. Mais l'énu- 
mération de tous ces noms montre avec quelle 
intensité était cultivé à Lyon l'art de l'imprimerie 
et l'importance de son industrie. 

Bien des ballots de marchandises, aux xv" et 
XVI* siècles, partis des foires de Lyon pour toutes les 
régions de la France et pour les pays étrangers, 
renfermèrent des volumes qui, imprimés par les 
imprimeurs de la ville, allèrent porter au loin, avec 
son renom, les chefs-d'œuvre des écrivains anciens 
et les productions de notre littérature nationale. 

La Manufacture lyonnaise de draps d'or, d'ar- 
gent et de soie. — Lyon qui, dès le xv*' siècle, fut, 
au point de vue commercial, « la ville de la soie », 
ne le devint, au point de vue manufacturier, que 
dans la seconde partie du xvi" siècle. Louis XI avait 
voulu organiser à Lyon la fabrication de la soie, 
désirant que la France ne fût plus, pour cet arti- 
cle, tributaire de l'étranger. Il imposa la Ville de 
2.000 francs, afin d'établir une manufacture de soie- 
ries. Mais le Consulat dut lui faire savoir « qu'il n'y 
a personne... qui soit apparue qui voulsist prendre 
charge ne employer un denier à faire ouvrer lesdits 
draps ^ ». Aussi, en i4^9, choisit-il Tours pour y 
installer la fabrique des draps d'or et de soie. Jus- 

1 Mémoire au Grand Conseil du Roi, IIH. Chappe VIII, 39-5i, 

s. d. (1466-14C8). 



190 .MAHCIIANDISES ET MARCIlAiNDS 

quen i536, de rares ouvriers s'occupèrenl à Lyon à 
faire des draps de soie. Leurs Lentalives demeurèrent 
isolées à Lel point qu'en i5i8, un marchand de la 
ville, François Caria, annonce au Consulat qu'il a 
faii faire une pièce de drap d'argent qui sera achevée 
la semaine suivante. « Et pour ce, a requis permission 
de y mectre en ladite pièce les armes de cesle ville 
en plomb affin que l'on cognoisse que en ceste ville 
l'on fait draptz d'argent, sur quoy a esté advisé que 
l'on face faire ung coing pour marquer en plomb 
ladite pièce et autres pièces qu'on fera^ » En i536, 
François P"", en mauvaise intelligence avec Gènes 



' BB. 38, f" 142 v°. La marque de fabrique des draps de soie 
avec des sceaux de plomb devint par la suite obligatoire en 
France. François!'''', dans l'Edit d'Anet du i8 juillet 1540, ordonna 
« qu'en chacune ville de nosdits royaume, pays et seigneuries 
esquelles y a manufactures desdits draps d'or, d'argent et de 
soie, les marchands ou autres qui auront es dites villes aucuns 
desdits draps et ouvrages seront tenus, avant de les faire sortir 
d'icelles villes, de les faire aussi sceler de plomb par pièces et 
par les deux bouts de chacune d"icelle pièces, à une cordelette 
qui semblablement perce et embrasse la lisière et un petit du 
drap ainsi que dessus est dit et que ledit scel soit imprimé aux 
armes de la ville dont lesdits draps et ouvrages sortiront » 
(art. i3). Voir Sabatier, Sigillographie, planches I, II; les sceaux 
reproduits aux numéros 22 et 24 sont des marques de fabrique 
lyonnaise portant au droit les armes de la ville en écusson cl au 
revers les mêmes armes, le mot Lugduni substitué aux fleurs de 
lys. Certaines villes italiennes marquaient aussi leurs soieries 
avec des sceaux de plomb, telles Venise et Lucques (ibid., p. 477 
et planches XIX-XX, n" 3-58). Les sceaux consliluant des marques 
de fabrique étaient des sceaux à plateaux, l'étoiTe était mordue 
entre les deux plateaux qui constituaient les deux faces du sceau, 
l'un ayant à sa face intérieure des trous et l'autre des saillies 
fil,!.d., p. 8). 



LI'.S MARCHANDISKS 191 

cl qui, en i535, avait défendu lentrée en France 
des velours de cette ville, accorda de nombreux 
privilèges aux ouvriers en soie étrangers qui vien- 
draient demeurer et travailler à Lyon. La manufac- 
ture des draps de soie s'établit à dater de cette époque 
et elle prit une importance progressive. Bientôt, 
dans la seconde moitié du siècle, les foires allèrent 
vers leur déclin. Les droits sur les marchandises, 
l'impôt de 6 deniers pour livre notamment, entra- 
vaient le commerce. Ils favorisèrent, par contre, 
l'industrie de la soie. 

Les Italiens, en grand nombre, cessèrent de venir 
à Lyon, et ce fut au moment où les foires perdirent 
leur splendeur que la manufacture des draps de soie 
prit définitivement son essor. En iSyS, le rôle des 
ouvriers accusait : 

164 velloutiers, 
34 talTetatiers, 
1 1 fiUeurs de soie, 
i5 teinturiers. 
Au total 224 ouvriers, sans compter les femmes, ni 
les apprentis ^ 

Lyon, ville manufacturière, devenait protection- 
niste et les Cahiers de Lyon pour les Etats de Blois 
de iSyO, demandaient « qu'il plaise à Sa Majesté 
deffendre entièrement l'entrée en ce royaume de 
toutes sortes et espèces de marchandises fabricquées 
hors icelluy sans en ce comprendre les soyes grèges 
non encore teinc tes ny manufacturées pour attirer 

' Justin Godarl, op. cil., pp. 3-i8. 



192 MAKCHANDISICS KT MAHCHANDS 

d'aiillanl plus la maniifacliire des draps de soye en 
ce l'oyaiilnie ». 

Ce fut donc dans la seconde moitié du xvi" siècle 
que la manufaclure de soie mit, sur le marché des 
foires, ses produits variés : les draps d'or, d'argent 
et de soie, le velours, le satin, les damas, les passe- 
ments, les cordons, les guimpes, les collets d'or et 
les canetilles. 

Produits divers. — Outre la librairie el la soierie, 
qui furent ses produits les plus importants, Lyon 
fabriquait des instruments de musique : violes et 
violons, cisLres, guitares, luLlis, flûles d'Allemands 
et flûtes à neuf trous, hautbois et cornemuses; des 
armes de toute sorte, de l'orfèvrerie el de l'argen- 
terie grosse et menue ; des accessoires d'équipement : 
mors de brides, éperons, grillets et sonnettes; des 
dés et des tabliers à jouer ; de la poterie détain et 
la maïolique ; des feutres el de menus objets, tels 
que bourses, gants, épingles, peignes, du fil à cou- 
dre, des ficelles et des cordages de toutes sortes, du 
coutil « à faire lictz ». 

Enfin, en i549, sur liniliative d'un Piémontais. 
Jérôme Fiandres et des deux frères Tricaud, de Thizy, 
furent installés à Lyon, à l'hôpital Saint-Laurent, 
avec l'autorisation du Consulat el des privilèges pour 
les ouvriers, les premiers métiers d'étoffes de colon : 
futaines et bassins. Cette entreprise eut dans la suite 
un plein succès *. 

* Le i8 mai iBSi.le Bureau de la santé ordonne la mise en 



LRS iMARCHANDISKS 193 

Mais on peut dire que rindiislrie de Lyon, qui 
s élablil près de cent ans après la création des foires, 
ne contribua que dans une faible mesure à alimenter 
le trafic qui s'y effectuait. 

§ 3. Marchandises ktrangkrks. — De tous les 
pays de l'Europe civilisée d'alors el des pays du 
Levant, vinrent aux foires de Lyon les marchandises 
qu'ils produisaient : d'Allemagne, des Cantons Suis- 
ses, d Italie, d'Espagne et des Elandres, dès le 
xv" siècle, puis du Levant, d Angleterre et du 
Portugal. 

Les Allemands et les Suisses furent surtout de 
gros acheteurs apportant des métaux et des pellete- 
ries, achetant en échange des épiceries de toute 
sorte et des étoffes, des huiles et des fruits, absor- 
bant à eux seuls à peu près tout le safran qui était 
mis en vente dans les foires. Les Italiens, par contre, 
vendaient beaucoup plus qu'ils n'achetaient. Ils 
apportaient aux foires presque tout ce qui s'y vendait 
de draps de soie et beaucoup d'armes, ne rempor- 
tant que peu de marchandises. 

L'Espagne, le Portugal et les Flandres, comme 
l'Italie, vendirent plus de marchandises qu'elles n'en 
achetèrent, surtout lorsqu'au xv!*" siècle, Anvers 
acquit une importance commerciale si considérable 
que des marchandises transitées dans son port vin- 
rent jusqu'aux foires de Lyon. 

quarantaine de 46 balles de colon filé qui proviennent de Marseille. 
GG., Inv. Chappe, p. 40) n° 12G. 

M. B. 13 



l'.)4 MARCHANDISES KT MARCHANDS 

Des pays du LcvaiiL, arrivèrent des draps dor et 
de soie, des armes aussi. Leurs marchands achetaient 
aux foires des toiles tissées dans les pays du Lyon- 
nais et des (^ chapeaux d'Albanais » que T Au vergue, 
paraît-il, était seule à fabriquer. La Turquie, la Syrie 
et Alexandrie étaient ceux des pays du Levant qui 
envoyaient des acheteurs et des vendeurs aux foires 
de Lyon. 

Il semble que les marchandises anglaises furent 
de toutes les marchandises étrangères celles qui vin- 
rent en moindre quantité. Les Ordonnances de 
Louis XI en prohibèrent le trafic au xv*' siècle. Plus 
tard, le développement que prit au xvi® siècle le 
commerce maritime, l'éloignement aussi, empê- 
chèrent que les relations commerciales de l'An- 
gleterre avec les foires de Lyon eussent de l'im- 
portance. 

L'énumération suivante indiquera quelles étaient 
les marchandises qui, des pays étrangers, étaient 
amenées à Lyon pour y être vendues : 

Allemagne (aux xv" et xvi" siècles). — Argent blanc, 
monnayé, en masse et ouvragé en rosettes, 
battu et en culots, fer blanc et fer noir en 
feuilles, fil de laiton, acier, airain, ouvrages 
de cuivre, coffres de fer et acier, cuir, chevaux, 
suif, goudron, pelleterie, martres, zibehnes, 
hermines, loups cerviers, bellettes noires, 
peaux de renards. 

Augsbourg. — Futaines. 

Francfort. — Etoffes de fil, jambons de Mayence. 

Strasbourg. — Etoffes de fil. 
Angleterre (au xvi*" siècle). — Argent, or, étain et 



Li:S MARCHANDISES 195 

plomb en saumons et ouvré, cuirs, suif, graisse, 
charbon de pierre à forger, laines fines, 
moyennes et grosses; carisés, ostades, rollets. 
Sallures, saumons, merlues, maquereaux, pel- 
leteries. 

Catalogne (aux xv^ et x\f siècles). — Couvertes blan- 
ches, safran, boucliers. 

Espagne (aux xv' et xwf siècles). — Argent, or, soie 
écrue, velours, soies teintes, laines, crêpe de 
soie, ouvrages de lingerie d'or et d'argent et 
de fil blanc, gants, fourrures à doubler, che- 
vaux :genetzet villains, alun, safran, pruneaux, 
sucre. Armes : dagues, poignards, allemelles 
d'épée. Diamants et pierres précieuses. 
Valence. — Cocons, bourre de soie, drap écarlate. 

Flandres (aux xv® et xvi^ siècles). — Tapisseries, cari- 
sés, toile jaune, toile de Hollande; fromages 
de Hollande, Hainaut, Brabant; mercerie. 
Anvers (au xvi*^ siècle). — Tapisseries de haute 
lice, tapisseries d'or, d'argent et de soie, de 
laine fine, toiles de Hollande, batiste, coton. 
Epiceries : poivre, canelle, girofle, gingembre, 
macis, mastic, safran, rhubarbe, café, huiles, 
teintures, cire, miel, sucres, goudron d'Anvers, 
noix de galle, tournesol, garance, borax, par- 
fums et drogues aromatiques, poissons salés. 

Italie (aux xv° et xvi" siècles). — Draps d'or, d'argent 
et de soie; soie crue et teinte, passements, 
rubans, franges, « accoutrements pour faire 
momeries ». Epiceries. Faucons, gerfaux, gen- 
tils, peregrins, lasniers. Armes: corcelets, cui- 
rasses, hauberts, heaumes, morillons, salades, 
boucliers, rondelles, larges, harnais, dards, 
pertuisanes. 
Florence. — Serges. 
Gênes. — Velours et satins. 
Lucques. — Taffetas, drap de soie ras. 



196 MARCHANDISES ET MAHCHANDS 

Mantoue. — Bonnets. 

Milan. — Velours, estamel, bombasine, fustaine, 

bonnets, fromages. 
Naples. — Safran, pelleterie de Romanie (1490). 
Piémont. — ^Vcier, fustaine. 
La Fouille. — Raisins de Corinthe. 
Venise — Muscades, verrerie, ouvrages de cristal. 
Lorraine (aux xv*' et xvi® siècles). — Toiles. 
Levant (pays du) (aux xv'' et xvi'" sièclesj. — Draps 
d'or, d'argent et de soie. Camelot du Levant 
d'or, d'argent et de soie. Or et argent, traict 
et filé. Soie crue et teinte. Armes. Epiceries, 
raisins de Corinthe et de Damas. 
Portugal (au xvi'' siècle). — Alun, ambre gris, bois du 
Brésil et à teinture, câpres, noisettes, figues, 
raisins, citrons, amandes, oranges, huile 
d'olive, sucre, miel, cire, poisson, confiture, 
parfums et drogues aromatiques, musc, limons, 
mirabolans. 
Gantons Suisses (aux xv^ et xvi*^ siècles). — Pelleteries, 
métaux. 
Saint-Gall. — Toiles. 
Constance. — Toiles. 



III. Quantité et valeur des marchandises trafiquées 
aux foiras. Statistiques et évaluations. 

Quelles pouvaient être la quanlilé el la valeur 
respectives des différentes marchandises trafiquées 
en foires? C'est là une question difficile à résoudre. 
Les bases d'évaluation font défaut et les documents 
fournissent peu de renseignements précis. 

Les draps d'or, d'argent et de soie, la draperie, 
les toiles et canabasserie, les épiceries furent, à n'en 



LES -MARCHANDISES 197 

pas douter, les marchandises qui consliluèrent dans 
les foires l'objet du trafic le plus important. Les 
métaux, les cuirs et pelleteries semblent devoir être 
placés après elles avec les denrées alimentaires; 
enfin les armes. 

Mais à quel 'Chiffre se montaient les transactions 
effectuées? 

Pour le xv^ siècle, nous n'avons qu'une seule éva- 
luation et encore est-elle incomplète. Elle nous est 
fournie par trois documents dont la date doit être 
fixée, d'une manière certaine, entre i484 et 1487. Ce 
sont les Articles, les Remontrances et les Mémoires 
adressés au roi par les échevins et conseillers de 
Lyon, le cardinal de Bourbon, les doyen et chapitre 
de Saint-Jean et les habitants de la ville en faveur 
du rétablissement des foires qui venaient d'être sup- 
primées. L'inspiration de ces trois documents est la 
même et les chiffres donnés par eux sont identiques. 
En les complétant l'un par l'autre nous trouvons la 
statistique suivante : 

Draperie 800 à 900.000 francs 

Grosses toiles . . . 200 à aSo.ooo — 

Cuirs et pelleteries . 200.000 — 

Argent blanc ... 5o à 60.000 marcs 

Safran 80.000 francs 

Epingles de Paris. . 3o.ooo — 

Bonnets de Paris . . « grant quantité » 

Une telle statistique ne peut être acceptée qu'avec 
une certaine réserve. Les habitants de Lyon avaient 
trop d'intérêts engagés en cette affaire pour être 



198 MARCHANDISES ET MARCHANDS 

d'une exaclilude impartiale. Leurs mémoires sont 
des plaidoyers, et, comme tels, ne peuvent nous 
fournir que des éléments d'appréciation. Les Lyon- 
nais se défendaient contre les théories mercantilistes 
qui accusaient leurs foires de favoriser la grande 
« vuidange » d'or qui se faisait dans le royaume. 
On comprend aisément qu'ils n'aient indiqué que les 
marchandises qui, se fabriquant en France, pou- 
vaient faire pencher la balance du commerce en 
faveur de leur pays. Très probablement ils ont enflé 
la quantité et la valeur de ces marchandises. Ils se 
sont bien gardés de mentionner les marchandises 
étrangères qui se vendaient aux foires et s'ils ont 
indiqué l'importation d'argent effectuée par les 
Allemands, c'est qu'ils en tiraient un argument contre 
les affirmations mercantilistes en expliquant que 
l'argent apporté était échangé contre des marchan- 
dises du royaume, en particulier contre le safran 
que les pays du Lyonnais, Beaujolais, Vivarais, 
Gévaudan, Quercy et Albigeois cultivaient depuis 
l'établissement des foires. Mais, ces réserves faites, 
la statistique qu'ils donnaient nous renseigne tout 
au moins d'une manière exacte sur la proportion 
dans laquelle s'effectuait le trafic des marchandises 
énumérées et approximativement sur la quantité de 
chacune d'elles'. 

Au xvi^ siècle, une statistique plus impartiale, 
sinon plus exacte, nous documente avec détail. Elle 
émane de M. de Nicolay, premier et ordinaire cos- 

1 IIII., Chappe VIII, ja-8ô et pièce justificative IV. 



LES MARCHANDISES 199 

mographe du Roi. Elle est datée de i SyS. De Nicolay 
dans sa Description générale de la Ville de Lyon 
et des anciennes provinces du Lyonnais et du Beau- 
jolais, éniimère loules les marchandises qui se ven- 
dent aux foires de Lyon^ Adepte des théories pro- 
tectionnistes, il évalue les marchandises qui y sont 
amenées des pays étrangers. Son énumération est 
minutieuse comme celle d'un homme du xvi" siècle 
et qui veut être complet. Sa statistique lest, peut- 
être, un peu moins. Les chiffres qu'il donne parais- 
sent exprimer une appréciation personnelle plutôt 
qu'une évaluation découlant de documents stricte- 
ment précis. Ces chiffres sont les suivants pour 
chaque année : 

Allemag-ne. — Métaux : 6 à 7 millions de livres. 

Angleterre. — Laines, draps, ostades : 200.000 livres. 
— Or, argent, étain, plomb : 2 à 3 millions de 
livres. 

Anvers. — Epiceries et drogueries : 3 à 400.000 livres. 

Avignon et Comtat. — 3 10 à 3 12.000 livres. 

Espagne. — Or et argent, plus de 3 millions de livres, 
soies crues, jusqu'à 2 millions de livres, 
velours, soies ouvrées, laines^ draps, crespes 
et toiles de soie, gants, pierreries, musc : 
200.000 livres. Chevaux: So.ooo livres. Sucre: 
So.ooo livres. Alun: 100.000 livres. Safran: 
400.000 livres. Armes : 4 à 5. 000 livres. 

Flandres, Hollande, Hainaut, Brabant, Anvers. — 
Pierres précieuses et parfums : Soo.ooo livres. 

1 Le manuscrit de cet ouvrage appartient à la Bibliothèque 
Nationale (n° 24106), il a été publié par la^Société de Topographie 
historique de Lyon, Lyon, Moug-in-Rusand, 1882, i vol. in-4. 



:iOO MARCHANDISES ET MARCHANDS 

Tapisseries, laines et toiles : 900.000 livres. 
Cuirs et suifs: So.ooo livres. Fromages: 10 à 
12.000 livres. 

Italie, Levant et Barbarie. — i.'J à 1 4 millions de mar- 
chandises. 
— Fouille et Galabre. — Epiceries et drogueries: 
/joo.ooo livres. 

Portugal. — Epiceries et drogueries, 3 à 4tJ<»-"<><> livres. 
Confitures, olives, câpres, mirabolans : 
So.ooo livres. Figues, dates, oranges, citrons, 
amandes, limons: /\o à 60.000 livres. 

Tels sont les chiffres donnés par de Nicolay, qui 
semble préoccupé surtout de distinguer nettement 
les marchandises bonnes et utiles de celles qu'il 
nomme « inutiles et pernicieuses... vrayes pierres 
aymantées, non pour tirer le fer, mais For et l'argent 
qu'elles enlèvent à foison » du pays. 

Il apparaît que les chiffres donnés par Nicolay, 
comme ceux donnés par les Lyonnais en 1484, i^^ 
sauraient avoir qu'une valeur comparative. Nous ne 
pouvons en tirer d'autre notion exacte que celle de 
la proportion existant entre le trafic des différentes 
nations. Ces chiffres sont exagérés si on les compare 
à ceux qui sont donnés par Fauteur d'un travail 
analogue à celui de Nicolay. Cet écrivain, resté 
anonyme, avait reçu « commission du Roy pour 
vcoir et visiter toutes les limittes et frontières du 
royaume >> et, dans un ouvrage considérable destiné 
à la publicité, il décrit, entre i55i et i556, le com- 
merce d'importation en France'. Il écril vingt ans 

' Deux manusci-ils du fonds français de la Bibliothèque Natio- 



Li:S .UARCHANDISES 201 

avant Nicolay. Par une coïncidence singulière, qui 
pourrait faire croire qu'il l'a inspiré, les chiffres 
d'importation de marchandises étrangères qu'il donne 
pour la France entière sont exactement ceux que 
Nicolay donnera pour Lyon seulement, alors que 
dans l'intervalle qui sépare la date de rédaction des 
deux écrits, les foires de Lyon n'oul point prospéré, 
mais ont décliné. 

Telles sont les seules statistiques que nous possé- 
dions. Elles n'ont qu'une valeur relative. Elles nous 
renseignent du moins sur le développement des 
foires de Lyon et leur importance, sur la provenance 
des marchandises qui y étaient vendues et la pro- 
portion dans laquelle elles y étaient vendues. 



nale, n"* 2o85 et 208^). Le numéro 2o85 a été publié par A. (Uiam- 
berland sous le litre : Le commerce d'importation en France au 
milieu du xvi^ siècle (Revue de Géographie, 1892, i89'<, t. XXXI, 
XXXII, XXXIII). 



Les Marchandises : 

Sources : Archives Municipales de Lyon : 
AA, i5i, f" 71 v°. 

BB, 19, fo 202 yo; 24, f°^ 476 r°, 478 i» ; 82, 
f''^ 287 v°, 289, 241. 
33, fo 128; 34, f°^ 25 V»; 45 v°, 53 v" ; 

38, f° 142 y". 
54, f 67 y"; 58, f« 88, v\ 



202 MARCHANDISRS ET MARCHANDS 

BB, 64, f" 44 v°; 7^, f^^ 97 r° ; 100 r°, ii5 r»; 

76 f»^ 265 r», 94 r°, 178 r», 265 r°. 1 

81, f' 12 r°; 82J f» ii5 r»; 87, f» i35, r°; 

89, f" 86 r°. 
92, f" 62 y". 
GG, i34,i; 169; '2J'^\^)'^G,'^o■, 537, 7; 648, 10; 
669, I. 
3977, 20; 3978,52. 
4oo5,4, 75; 4012, i; 4o4i,2,4. 
GG, Inventaire Ghappe V, p. 40? n° 126. 
(Registre des délibérations du Bureau 
de la Santé) 
HH, Ghappe VIII, 39-5 1 ; 52-67; 87-94, titres 
non classés. 

Bibliographie : 
Sources : Ambroise-Firmin Didot, Essai typographique 
et bibliographique sur l'histoire de la gra- 
vure sur bois, Paris, Firmin Didot, i863, 
I vol. in-8, pp. 202 et s. 

— Baudrier, Bibliographie lyonnaise, Lyon, L. 

Brun, 1895-1913, 10 vol. in-8. 

— Le Commerce d'importation en France au 

milieu du xvi"' siècle. Bévue de Géographie, 
1892-1893. 

— De Nicolay, Description générale de la Ville 

de Lyon. 

— Justin Godart, l'Ouvrier en soie. 



LES MARCHANDS 203 



CHAPITRE II 

LES MARCHANDS 



Lyon, ville cosmopolite. — I. Marchands étrang:ers habitant 
Lyon. Les Nations : § i. Les Italiens ; § 2. Les Allemands; 
§ 3. Les Grisons et les Suisses. — IL Marchands étrangers 
fréquentant les foires. — III. Marchands français fréquen- 
tant les foires. — IV. Compagnies et facteurs. — V. Hôtel- 
leries. 



Lyon, ville cosmopolite. — Charles VII, par ses 
Lettres de 1420, avait donné pleine franchise aux 
marchands français et étrangers qui fréquenteraient 
les foires, leur accordant tous les privilèges dont jadis 
avaient joui les marchands fréquentant les foires de 
Brie et de Champagne : le sauf-conduit pour eux et 
leurs marchandises, l'exemption des droits d'au- 
baine, de marque et de représailles. Les rois de 
France, ses successeurs, maintinrent l'octroi de ces 
privilèges et l'on peut dire qu'à Lyon, les marchands 
en usèrent largement. Seuls, les Anglais, sous les 
règnes de Louis XI et de Charles VIII, et les Génois, 
sous le règne de François P'', furent temporairement, 
et par mesure spéciale de vengeance, exceptés de 
telles faveurs. 

Le Consulat veilla strictement à ce que fussent 



20'i iMARCHANDlSKS ET MARCHANDS 

respectées les Ordonnances royales, prenant lait et 
cause, immédiatement, pour les marchands étrangers 
qui avaient à se plaindre d'une vexation, si minime 
fûl-cllc. 

Il y allait de la prospérité des foires de la ville 
dont l'importance et Texistence même dépendaient 
de la fréquentation des marchands étrangers. Ceux-ci 
du reste, par leur nombre, par leurs richesses, par 
les services financiers qu'ils rendirent tant à la ville 
qu'aux rois eux-mêmes et par l'importance du com- 
merce qu'ils exercèrent, furent bientôt à même de se 
défendre. 

Lyon, sous le règne de Louis XI, devint, en effet, 
une ville cosmopolite et il semble bien qu'un chro- 
niqueur lyonnais qui vivait à la fin du xv" siècle et 
au commencement du xvi® en ait donné la véritable 
définition en disant d'elle <( là où habitent gens de 
toutes nations, comme Italiens, Florentins, Genevois 
(Génois), Luquois, AUobroges, Allemans, Espagnols 
et autres nations^ ». Presque en même temps, André 
Navagero, dans sa relation de voyage en Espagne et 
en France (i528), confirmait cette définition en 
disant : « Lyon est une ville bien peuplée et assez 
bien construite. La plupart des habitants sont des 
étrangers, surtout des Italiens^. » Les étrangers, en 



1 S. Champier (1471-1540), Histoire dos antiquités de la ville de 
Lyon, traduite du latin en français, par Messire Morien Pierchan, 
chevalier ensemble de la hiérarchie de FEylise de Lyon, extraict 
de la Description du seigneur Campese, par le sieur de la Faverg-o, 
Lyon, chez Jean Champion, 1648, i vol, petit in-8, p. 12. 

- Relation des Ambassadeurs vénitiens, t. I, pp. 35-37. 



Li:S MAKCHANDS ^05 

raison du commerce de marchandises cL des opéra- 
tions de change qui se faisaient aux foires, avaient 
afflué à Lyon. Beaucoup s'y étaient étabhs, comme 
en un heu particuHèrement propice, par sa situation 
et par les privilèges qu'on y trouvait, à l'exercice de 
leurs entreprises. 

I. Marcliands étrangers habitant Lyon. Les \iitioiis. 

Les « Nations » furent les corps régulièrement 
constitués comprenant l'ensemble des habitants de 
Lyon appartenant à chacune des nationalités étran- 
gères. Elles eurent un rôle important dans l'histoire 
de la cité. Pour toutes les questions graves, le 
Consulat sollicitait leur avis. Bien souvent leurs 
représentants vinrent à l'Hôtel de Ville présenter 
leurs réclamations ou exprimer leurs doléances, 
car elles prenaient fait et cause contre toutes les 
mesures susceptibles d'entraver la liberté du com- 
merce ou de porter atteinte aux privilèges des mar- 
chands. Les membres des Nations, commerçants et 
banquiers, étaient riches*; à plusieurs reprises, ils 
firent au Consulat et au Boi l'avance de sommes 
importantes. Avec leurs consuls ou « cosses », ils 
prenaient part à toutes les solennités, et lors de la 
venue en la ville des rois, reines ou personnages 

' En 1,578 ils reçoivent du roi l'autorisation « cnsemjjle leurs 
femmes et enfants de porter telle sorte d'habits de soye que bon 
leur semble, comme estans la plupart d'eux yssus de familles 
nobles » (déclaration du 18 février iSjS, Privilèges..., p. 36fi). 
Celte autorisation sanctionnait une pratique déjà ancienne. 



206 MARCHANDISES ET MARCHANDS 

illustres, ils allaieiil l'aire leur révérence ayant rang 
officiel dans les cortèges. L ordre de préséance était 
le suivant : 

Les Lucquois, les Génois, les Florentins, les 
Milanais, puis les Allemands, et enfin, en i^()^ seu- 
lement, les Grisons et les Suisses. 

Précédés de pages, suivis de laquais, ils apparais- 
saient montés sur des chevaux de races étrangères, 
vêtus de draps d'argent, de velours et de satin. Ils 
déployaient, en ces occasions, un luxe éblouissant 
dont la description nous a été conservée par le recueil 
des « Relations des entrées solennelles dans la 
Ville de Lyon de nos rois, reines, princes, prin- 
cesses, cardinaux, légats et autres grands person- 
nages depuis Charles VI, jusques à présent* ». 

§ I. Les Italiens. — Parmi les marchands étran- 
gers qui s'établirent à Lyon, les Italiens furent les 
premiers, ils furent aussi les plus nombreux. On 
peut dire que les origines commerciales de Lyon 
sont des origines italiennes. 

Les Lombards avaient été, durant le Moyen Age, 
les plus importants et les plus riches marchands, 
exerçant dans tous les pays leur trafic et, en parti- 
culier, celui de l'argent. Si, à cette époque, la déno- 
mination de Lombards (comme celle de Caorsins) 
s'appliquait de façon générique à ceux qui se livraient 
au commerce de l'argent, il n'en est pas moins cer- 
tain que déjà, aux foires de Champagne, les Italiens 

' Un vol. in-4°, Aymé Delaroche, Lyon, 1752. 



LES MARCHANDS 207 

avaient clé les principaux Irafiquanls. Ils y avaient 
constitué des sociétés commerciales et les Florentins 
avaient été, suivant certains, les premiers à y faire 
usage de la lettre de change. 

Les Italiens vinrent aux foires de Lyon d'autant 
plus rapidement qu'ils étaient les proches voisins de 
la ville. Florentins, Milanais, Génois et Luquois y 
représentèrent, dès le début, le commerce des villes 
italiennes. Par la suite, ils continuèrent à y exercer 
un trafic auquel ne prirent qu'une moindre part les 
« Boulonnois » et les Vénitiens. 

Dès la seconde moitié du xv'' siècle, ils constituè- 
rent à Lyon des groupements très importants qui 
furent la nation florentine, la nation milanaise, la 
nation génoise et la nation luquoise. 

La nation florentine fut de toutes la plus riche et 
la plus nombreuse. Elle compta parmi ses membres 
les grands banquiers du xv^ et du xvi^ siècle : les 
Médicis, les Gapponi et les Gadagni (Gadagne). 
Lyon fut pour Florence un véritable centre d'émi- 
gration oîi vinrent non seulement ceux de ses habi- 
tants qui voulaient y exercer le commerce et la 
banque, mais ceux que la République exilait ou qui 
s'en exilaient eux-mêmes. Pendant cent ans envi- 
ron (i45o-i55o), les Florentins jouèrent incontes- 
tablement à Lyon, dans le commerce des foires et 
surtout dans les opérations de change, le premier 
rôle. C'est à eux, à n'en pas douter, que la ville fut 
redevable du perfectionnement des opérations de 
banque . 

Dans la seconde moitié du xvi® siècle, les Floren- 



208 MARCIIANUISKS F.T MARCHANDS 

lins ahiUuloiiiR'rcnl eu partie Lyon. Ils y élaieiiL 
devenus, à eelle épo(|ue, peu sympathiques. Quel- 
(pics Ijanqueroules suspectes on tout au moins néfas- 
tes, le fait que plusieurs fermes se trouvaient entre 
les mains de Florentins, celle de la douane de Lyon 
notamment, gênaient leurs opérations que rendait 
par ailleurs plus difficiles le ralentissement des trans- 
actions commerciales ' . 

La nation lucquoise fut, après la nation floren- 
tine, la plus importante. Son rôle, à Lyon, fut de 
durée plus longue s'il y eut moins d'éclat. Avec les 
Génois, les Lucquois firent surtout le commerce des 
draps d"or, d'argent et de soie qu'ils apportaient 
d'Italie. Les Génois vendaient principalement le 
velours dontleurpays fut pendant longtemps l'unique 
manufacture. Les représailles de François P"" contre 
Gênes, en i535, firent tort au commerce des Génois, 
dont le nombre diminua à partir de cette époque, 
tandis que, dans les premières années du xyi*" siècle, 
certains d'entre eux s'étaient fait naturaliser à Lyon. 
Les Génois ne figurent point à l'entrée de Catherine 
de Médicis à Lyon^ en i548, ni parmi les délégations 

' V.J.-B. L'IIermite de Soliers, dil Tristan, la Toscane française, 
Paris, J. Piot, 16G1, i vol. in-8; de Charpin-FeugeroUes, les Flo- 
rentins à Lyon, Lyon, Brun, iSgiî, i vol. ia-8. Ces ouvrages sont 
composés d'une série de noies généalogiques sur les familles de 
Florentins qui vinrent en France et à Lyon aux xv" et xvi« siècles. 
V. aussi A. Rouche, « la Nation florentine à Lyon au commence- 
ment du \\f siècle » (Revue d'Histoire de Lyon, 1912, pp. 26-6.")). 
Cet article contient des indications sur lorganisalion de cette 
Nation d'après un manuscrit de la Bibliollièque du Vatican : 
« Capitoli délia natione fiorentina in Lione lanno lôoi ». 



LES MARCHANDS 209 

qui, en i552, vont, pour les Xalions, protester 
auprès du Consulat contre le droit de 6 deniers pour 
livre, ni enfin dans le cortège qui, en i5()4, accom- 
pagne le roi Charles IX. Kn toutes ces circonstances 
cependant, sont présents les délégués des Nations 
florentine, lucquoise et milanaise. 

Il y eut toujours à Lyon, en effet, aux xv*' et xvi^ siè- 
cles, un nombre important de Milanais et leur rési- 
dence en la ville ne fut troublée par aucune des cir- 
constances qui nuisirent aux Génois, puis, plus tard, 
aux Florentins. Ils ne jouèrent pas aux foires de Lyon 
un rôle aussi brillant que ces derniers, ils ne furent 
pas aussi riches que les Génois, mais, comme les 
Lucquois, ils apportèrent un élément important de 
négoce en trafiquant des produits de leur ville : ve- 
lours, estamel, bombasine, fustaine, bonnets et fro- 
mages, et en effectuant aux foires le trafic du pays de 
Piémont. Ils représentaient de toutes les Nations ita- 
liennes, la moins riche, mais celle dont l'importance, 
à l'inverse des autres, alla toujours en augmentant. 

§ 2. Les Allemands. — Avec les Italiens, les 
Allemands furent les étrangers qui fréquentèrent le 
plus les foires de Lyon où ils furent de très impor- 
tants acheteurs. Ils y vinrent dès le début. Les foires 
leur étaient à ce point nécessaires, pour s'approvi- 
sionner, qu'au moment de la lutte de Lyon et de 
Genève, ils avaient réussi à conclure l'accord de 
Fribourg qui leur laissait la liberté du passage. 
Mais, achetant plus qu'ils ne vendaient et beaucoup 
moins rompus que les Italiens aux choses du com- 

M. B. 14 



210 MAUCIIANDISES ET MAKCIIANUS 

merce, ils ne commencèrent à se fixer à Lyon ([u h 
partir du xvi" siècle. Marchands des Villes Impériales 
d'Allemagne : de Nuremberg, de Strasbourg, d'Ulm, 
d'Augsbourg et de Francfort, vinrent de plus en 
plus nombreux habiter la ville. Ils remplacèrent en 
partie les vides faits dans la population lyonnaise 
par le départ des Italiens dans la seconde moitié du 
xvi" siècle. Ils avaienl, du reste, été précédés à Lyon 
par d'assez nombreux artisans, leurs compatriotes, 
qui, dès les dernières années du xv® siècle, étaient 
venus y exercer l'art de l'imprimerie ou le métier 
d'orfèvre'. Les privilèges spéciaux dont ils jouis- 
saient pour la durée de la franchise des foires favo- 
risaient, du reste, leur trafic que venaient activer les 
besoins de leur pays. Aussi y eut-il à Lyon, au 
xvi® siècle, de riches allemands et de nombreux 
« facteurs », ou agents, représentant d'importantes 
maisons de commerce allemandes. Ils succédèrent 
aux Italiens à la fin du xvi^ siècle dans le commerce 
de la banque et certains y amassèrent de grosses 
fortunes. L'un d'eux, Jean Gléberger, appelé le « Bon 
Allemand », laissa à Lyon, par ses bienfaits, un 
souvenir qui ne s'est point perdu ^. 

' 1498 : Jean Truhsel (Treschel), Jean Klein. 1499 • ^latliieu 
Sine, Thui'inges, Materne. i5o3 : Farfan, Hans Suab, notamment, 
étaient des Allemands établis à Lyon, aux dates indiquées, assez 
riches pour avoir avancé des sommes d'argent au Consulat (CC. 
224,232, 287, 107, 112, ii3). 

2 Un état des marchands allemands des Villes Impériales tra- 
fiquant sous les privilèges des foires, en 1579, porte le nom de 
cent maisons de commerce. HH., Chappe VIII, 186-194. 

3 E. Vial, Jean Gléberger (Revue d'Histoire de Lyon, 191 2, t. XI, 
pp. 81 à 102). 



LES MARCHANDS 211 

s!; 3. Les Grisons et les Suisses. — Le voisinage 
des foires de Genève empêcha les Suisses, au xv^ siè- 
cle et au commencement du siècle suivant, de venir 
en grand nombre aux foires de Lyon. Lorsque l'éclat 
de ces dernières en fit le marché universel, ils les 
fréquentèrent assidûment. En i544' ils prétendent, 
avec les Allemands, ne point avoir à payer l'aide de 
6 deniers pour livre en raison des privilèges qui leur 
sont communs. En iSSa, une délégation de dix mar- 
chands Suisses vient au Consulat protester contre 
ce droit qui a été mis à nouveau sur les marchandises 
entrant dans la ville \ 

Ils fréquentent les foires, mais ils ne fixent pas 
leur résidence à Lyon, peut-être en raison de la 
proximité de leur pays et aussi pour ce motif que, 
comme les Allemands, ils viennent plulôt y acheter 
la marchandise qu'ils emporteront avec eux qu'y 
écouler leurs produits. Cependant, à la fin du xvi" siè- 
cle, ils s'établissent à Lyon, plus nombreux qu'au- 
paravant. Ils forment alors une Nation dont les repré- 
sentants, en iSgS, prennent rang, pour la première 
fois, avec ceux des autres Nations, à la réception du 
roi Henri IV. En iSqS, une vingtaine d'entre eux 
figurent au rôle général des marchands, sujets aux 
droits des gabelles de la grande ferme et revenderie'^. 

II. Etrangers fréquentant les foires. 

Les membres des Nations faisaient partie des 

' BB. 72, f 260 1°. 
2 ce. i5o6, 2 ; 1534. 



212 MAUCIIANDISES KT MARCHANDS 

habilaiiLs de la Ville. Beaucoup dentie eux ayauL 
logis et iamille s'y élaienl établis sans esprit de 
retour, un certain nombre, du reste, se fit naturaliser. 
Mais ils ne consliluaienl qu'une partie, et la plus 
faible, des marchands trafiquant en foires. Quatre 
fois par an, de tous pays, arrivaient les étrangers 
qui venaient vendre et acheter et (|ui, leurs opéra- 
tions terminées, s'en allaient durant la franchise des 
foires. Ils trouvaient dans les courtiers des intermé- 
diaires qui facilitaient leurs opérations commerciales. 
Ils logeaient dans les hôtelleries de la ville, ou avaient 
boutique suivant le genre ou l'importance de leur 
négoce. Ils venaient nombreux. La diversité de leurs 
langages et de leurs costumes, la variété des mar- 
chandises qu'ils apportaient, faisaient des foires de 
Lyon, avec le grand concours de peuple qu'elles 
occasionnaient, un spectacle que Louis XI montra 
au roi René, son oncle, en 1476, comme une chose 
digne de sa curiosité ^ 

Les Italiens, les Allemands et les Espagnols fré- 
quentaient les foires dès les premières années du 
règne de Louis XI et ils les fréquentaient en nombre 
considérable, les Italiens surtout et les Allemands-. 
Les Espagnols, moins nombreux, faisaient cependant 



' Entrées solennelles..., p. 5. 

-' Des marchands « Allemans, Ytalliens, Calhelans, Arragonays, 
Espagnolz el plusieurs autres estrangiers ont fréquenté et fait 
leur résidence en ladite ville au moyen desdiles foyres et en icelle 
ville apporté leurs biens, denrées et marchandises pour la com- 
modité du lieu » disent des remontrances adressées au Roi à la 
fin du xv siècle. HH., Ghappe VIII, o-i-Gj, sans date. 



LES MARCHANDS 213 

un trafic siiffisammenl imporlaiiL pour qu'en 14^7 
l'envoyé du roi ait fait mander, pour avoir leur avis 
au sujet des foires de Genève, ceux d'entre eux qui 
venaient d'arriver en foires. 

Les marchands Italiens étaient surtout des Flo- 
rentins, des Vénitiens, des Lucquois, des Génois^ 
des Bolonais, des Milanais et des Piémontais. 

Les Allemands venaient des a villes impériales » 
de Nuremberg et de Strasbourg surtout, de Francfort, 
d'Ulm, d'Augsbourg. 

Les Espagnols, enfin, de Valence, de Burgos, de 
Saragosse. Beaucoup de marchands Amenaient de 
Catalogne ^ Le nombre de ces derniers s'accrut au 
commencement du xvi^ siècle, si bien qu'en i52i, à 
la foire de Toussaint, vingt-quatre marchands furent 
temporairement arrêtés venant tous de Catalogne-. 
Avec les Espagnols venaient aussi quelques mar- 
chands portugais. 

Les Suisses et les Grisons, les marchands des 
Flandres fréquentèrent les foires au xvi^ siècle. Bien 
qu'à cette époque, il se vendît à Lyon des marchan- 
dises de provenance anglaise, nous n'avons pas trouvé 
la trace des marchands Anglais qui trafiquaient 
surtout par mer et à Anvers. Il faut noter enfin la 
présence aux foires de marchands du Caire, de 
Constantinople et de Grèce ^ qui venaient négocier 



* En 1497, la Ville emprunte 4.000 1. t. à des marchands cata- 
lans (CC. 534, 42). 

2 HH., Chappe VIII, 175-186. 

^ « Item, la grosse affluence des gros riches marchans estran- 
gers y venans à chacune fovre de toutes les parts de la chrétienté 



214 MARCHANDISES ET MARCHANDS 

directement, soit en l'ait de marchandises, soit en 
fait de change*. 

De toutes provenances, venaient les marchandises, 
de tons les pays ouverts au commerce arrivaient 
aussi les marchands et, en contemplant la foule 
remuante et bigarrée qui, à l'époque des foires, 
envahissait la ville, les Lyonnais pouvaient être fiers 
de leur cité, capitale du commerce et de la banque. 
Avec l'un d'eux, ils pouvaient s'enorgueillir de ce 
que les foires franches l'avaient rendue « renommée 
par tout le Levant et l'Occident ». 

III. Marchanda français fréqaentant les foires. 

Il serait superflu d'énumérer les provinces ou les 
villes françaises d'où partaient des marchands se 
rendant aux foires de Lyon. Il en venait de toutes 
les régions de la France. Les villes maritimes seules, 
Aigues-Mortes , puis Marseille exceptées, en en- 
voyaient à Lyon fort peu, 

L'énumération des marchandises françaises ven- 

voyre du Cayi'e, de Conslantinople, delà Grèce pour contracter les 
ungs avec les aultres en faict de marchandises et de changes qui 
est la plus belle et riche chose estimée que soit en chrétienté dont 
s'est aydé et peult ayder (le roi) quant luy plaira. » Instructions du 
Consulat aux députés vers le Roi (mars i55i). CC. 3982, 11. 

' Les Juifs ne jouèrent, à notre connaissance, aucun rôle dans 
le commerce des foires. Ils étaient pourchassés à Lyon comme 
dans les autres villes du royaume et il est à signaler qu'en i548 
le Consulat prit toutes mesures pour faire partir de la ville des 
Juifs qui avaient reçu permission de tenir boutique pendant le 
séjour du Roi et de la Reine seulement. BB. 68, f° 235 r°. 



LES MARCHANDS 215 

dues aux foires de Lyon, conleniie au précédent 
chapitre avec l'indication de leur provenance, donne 
un aperçu exact du pays d'origine des marchands 
français qui venaient à Lyon. Il faut toutefois remar- 
quer que certains grands marchands venant de 
centres importants amenaient les marchandises de 
toute la région qui dépendait de ces centres. Les 
marchands de Paris, Rouen, Troyes, Montpellier, 
Toulouse, Limoges, le Puy, Carcassonne et Tours 
furent particulièrement nombreux aux foires de 
Lyon, comme ils y comptèrent parmi les plus riches. 
Mais ils n'avaient point de monopole, et à côté 
d'eux se trouvaient des marchands de Tournon et 
d'Embrun, de Vesoul, Pézenas et Saint-Flour, de 
Chatellerault, d'Epinal et de Garpentras, de Saint- 
Quentin, de Sisteron, de Sarlat et de Gray, pour ne 
citer que ces villes. 

IV. I<es « compagnies » et les « facteurs ». 

Les marchands des pays étrangers ne venaient 
pas toujours en personne trafiquer aux foires de 
Lyon. Bien souvent, ils y négocièrent par le moyen 
des sociétés ou l'entremise de facteurs. 

En 1455, c'était un facteur qui dirigeait la banque 
des Médicis. Le procédé se généralisa par la suite. 
Les facteurs étaient de véritables fondés de pouvoir, 
ils habitaient la ville où ils géraient les affaires de 
leur commettant. Beaucoup de marchands ou ban- 
quiers italiens et allemands, surtout au xvi'' siècle, 
eurent à Lyon leurs facteurs qui recevaient leurs 



;el6 MARCHANDISES ET MAKGHANDS 

marchandises el leur argent « car il csl impossible, 
dit un document de i557, ausdits marchands faire 
leurs train de marchands sans havoir facteurs et 
négociateurs* ». Le facteur ou négociateur « faisait 
pour » par « commission ». La marchandise qu'il 
recevait jouissait des privilèges des foires. Au cas 
de difficulté, la justification de la commission cl 
du nom de Fexpéditeur se faisait par les livres ou 
papiers de raison du facteur exhibés en partie seu- 
lement'. Le facteur lui-même était réputé marchand 
et comme tel jouissait du privilège des foires^. 

Les « compagnies » ou sociétés pratiquées dès le 
xv^ siècle à Lyon, comme elles l'avaient été aux 
foires de Genève, étaient la société en nom collectif 
et la commande ou société en commandite. Dans la 
première, comme aujourd'hui, apparaissait le nom 
de tous les associés, dans la seconde, un seul d'entre 
eux était en rapport avec les tiers, il donnait son 
nom qui était suivi de la mention a et compagnons » . 
Un grand nombre d'Italiens et d'Allemands firent, 
aux foires, le commerce ou la banque par compagnie. 
Les mentions en sont fréquentes dans les documents. 
Souvent les associés résidant séparément, agissaient 
les uns en France, les autres à l'étranger. 

Au xvi*^ siècle, les sociétés sont d'un usage cou- 
rant. Elles facilitent, comme la pratique des facteurs, 
des abus et des banqueroutes qui soulèvent de légi- 
times protestations. Les cahiers des Etats Généraux 

1 AA. i38, pièce non numérotée. 

2 Edit d'Henri II, novembre i^^^^o, Privilf'f/es..., p. iii. 

3 AA. i38. 



LES MARCHANDS 217 

de iSyô demandent, à ce sujet, une réglementalion 
qui est accordée par Henri III'. 



V. Hôtelleries. 

Beaucoup d'hôtelleries s'offraient aux marchands 
el aux voituriers lorsqu'ils arrivaient à Lyon pour 
les foires. Tenues par des « hôtes » qui tiraient profit 
des foires et dont quelques-uns payaient de fortes 
impositions, elles étaient éparses dans la ville, du 
cloître Saint-Paul à Saint-Georges, des Terreaux à 
Confort. Certains de ces hôtes logeaient « à pied » 
seulement, d'autres logeaient les voyageurs, et, en 
même temps, tenaient « chevaux à pension ». 

Le commerce de l'hôtellerie paraît avoir été exercé 
à Lyon de façon honnête : les documents des xv* et 
xvi^ siècles ne contiennent, à notre connaissance, 
rien de désobligeant pour les hôteliers. A la fin du 
xvi^ siècle, les hôtes doivent, à partir de i563, in- 
scrire « tous les jours le nom de ceulx qu'ilz auront 
logez et retirez ». Ils doivent même avertir le capi- 
taine du quartier lorsque le séjour des étrangers se 
prolonge au delà de la durée que ces derniers ont 
fixée. Ces mesures d'occasion sont motivées par 
l'état dans lequel se trouve le pays à la suite des 
guerres de religion^. 

Toutes les hôtelleries ont leurs enseignes. Le texte 
nous en est parvenu par les états de répartition des 

1 Voir !''<' partie, ch. v, p. 98. 

« BB. 83, f° io5 v°, et ce. i35G, 11. 



218 MARCHANDISES ET MARCHANDS 

taxes et impositions. Il n'est pas souvent facile de 
fixer exactement l'emplacement des hôtelleries qui 
ne se trouve indiqué que par « pennona^e » ou 
quartier. I^'amateur du pittoresque, les curieux de 
vieilles choses trouveront peut-être à glaner dans 
la liste suivante. Elle offre du moins une statis- 
tique, sans sécheresse, des hôtelleries qui recevaient 
les marchands pendant leur séjour aux foires et une 
indication, approximative, sur l'accroissement du 
nombre des étrangers qui fréquentèrent les marchés 
de Lyon aux diverses époques. 

Première moitié du xv^ siècle : 

Hôtellerie du Bœuf, rue de la Grenette. 

— de l'Epée, charrière de la Lanterne. 

— de Saint-Julien, charrière de la Lanterne. 

— de la Croix d'Or, au xvi*^ siècle, rue Désirée. 

— du Singe, au ténement de la maison ronde 

des Changes. 

— du Cheval Blanc, rue de la Grenette. 

(Subsiste au xv° et durant le xvi" siècle.) 

— de l'Ecu de France, rue de la Grenette, 

(Subsiste au xv° et durant le x\i' siècle.) 

— du Mouton, rue de TAumône. 

(Subsiste awiiKv et durant le xvi» siècle.) 

— des Trois Colons, depuis des Trois Pigeons. 

(Subsiste au xv° et durant le xvi" siècle.) 

— du Porcelet, près Saint-Eloy. 

(Subsiste au xv° et durant le xvi" siècle.) 

Deuxième moitié du xv^ siècle : 
Hôtellerie de la Pomme, près la boucherie Saint-Paul, 



LES MARCHANDS 219 

Hôtellerie de l'Eschaquier (Echiquier), de la rue tirant de 
Notre-Dame de Confort au pont du Rhône. 

— de Sainte Marthe. 

— de l'Autruche, en la rue nouvelle Thomassin. 

— du Faucon, en la rue nouvelle Thomassin. 

— du Chapeau Couronné. 

— du Sauvage. 

(Subsiste durant le xvi» siècle.) 

— du Chapeau Rouge, rive droite de la Saône. 

(Subsiste durant le xvi» siècle.) 

— de la Teste Noire, rue de Flandres. 

(Subsiste durant le xvi» siècle.) 

— du Griffon, rue de Bourgneuf. 

(Subsiste durant le xvi° siècle.) 

— de la Bombarde, près de la cathédrale Saint- 

Jean. 

(Subsiste durant le xvi» siècle.) 

— des Trois Rois, rive droite de la Saône. 

(Subsiste durant le xvi" siècle.) 

— de la Galée (Galère). 

(Subsiste durant le xvi° siècle.) 

— de Sainte Catherine. 

(Subsiste durant le xvr siècle.) 

— de l'Aigle d'Argent ou Maison de la Verge, 

rive droite. 

(Subsiste durant le xvi° siècle.) 

— du Heaume, rue de Bourgneuf. 

(Subsiste durant le xvi° siècle.) 

Première moitié du xvi^ siècle : 

Hôtellerie des Quatre fils Aymon. 

— de la Treille. 

— du Cerf. 

— de la Licorne. 

— de la Pomme d'Or, rue de Bourgneuf, depuis 

des Albergeries. 

— du Soleil. 



220 MARCHANDISES ET MARCHANDS 

Hôtellerie de la Corne de (^erf, rue de la Pêcherie. 
(Subsiste durant le xvi» siècle.) 

— du Papegaut (Papegaj), rue de Bourgneuf. 

(Su])siste durant le xvi" siècle.) 

— des Trois Dauphins, 

(Subsiste durant le xvi" siècle.) 

— de la Croix Blanche, au pays du sel. 

(Subsiste durant le xvi" siècle.) 

— du Cerf Blanc. 

(Subsiste durant le xvi° siècle.) 

— de la Teste d'Argent, rue de la Grenette. 

(Subsiste durant le xvi" siècle.) 

Deuxième moitié du xvi*' siècle : 

Hôtellerie de la Grue. 

— du Lion d'Or. 

— dePOursi. 

— du Grand Porcellet. 

— de l'Estoile. 

— de la Pomme Rouge. 

— du Lion d'Argent. 

— du Cygne. 

— de la Cornemuse. 

— de la Gerbe. 

— de la Croix-Rousse. 

— de la Fleur de Lis. 

— de la Tour Perse. 

— de la Croix Verte. 

— du Reynard. 

— du Chameau. 

— des Trois Couronnes. 

— du Merle Blanc. 

— de la Teste Verte. 

1 L'hôte de l'Ours en 1571-1.572 était un Allemand, Paul Ileber- 
lin. Les documents ne nous révèlent pas d'autres hôtelleries 
tenues par des étrangers. 



LES MAUCHANDS 221 

Hôtellerie des Trois Mores. 

— du Louys. 

— de la Maison peinte, rue des Terreaux. 

— de rimasge Sainte Barbe. 

— de ITmasge Saint Jacques. 

— de TEsparcelle. 

— du Merle, près le Chemin-Neuf. 

— de rimasg-e Nostre-Dame, à Saint Georges. 

— du Poing d'Or et Main d'Argent. 

— de rimasge Saint Esloy. 

— du Cheval Rouge, sur les Terreaux. 

— de la Masfdelaine *. 



* ce. 67, 71 , 74, 7'>, 97, loi, 108, 1 10, 1 15, I i(j, i36, 187, i^G, 
i5i, i52, i56, 157, 200, 224, 23i, 243? 41 ij i523. Celte liste n'est 
point offerte au lecteur comme sans omission. 



Les Marchands : 

Sources : Archives Municipales de Lyon. 

BB. 7, f° 262 r°; 19, f° i63; 20, P loi v«; 22, 

f° 88 r\ 
23, fos 106 r», 127 r»; 24, i°* 264 r^», 334 r", 

477 v% 478 r«. 
25, fo 46 v°; 28, f" 323 r«; 32, f° 239 r«; 36 

f" i55 r». 
55, f'' 93 r°; 62, f» 36 v«; 63, f° 11 r"; 67, 

f"* 9 r°, 96 r°, 120 r", 122 r°, 226 v", 

23 1 r°; 72, f"® 220 r°, 260 r"; 73, f"' 100 r°, 

106 r°, 122, 124 v"; 76, f°" 79 r", 236 v"; 

77, {"' 223 r% 244 ^^ 



MARCHANDISES I:T MARCHANDS 

BB. 7}), f"^ 7 v«, H v°, IJoa r"; 8i, f«'' 8 et 9 r", 
" ii5 r^ :\o.\ y"- 82, I" 8 V". 
83, f°* 80 r°, 102 r°; 90, f" 52 r°; 99, f° 48 

r°; 106, f'' 94 v"; 108, f« 17.5 r°. 
109, f''* 219 r°, 238 v°, 247 r<», 
ce. 276, 1'°^ 38 r» à 43 r»; 142; 317. 
i5o6, 2 ; 1534. 
3979, 2; 3982, 1 1 ; 3983, 2. 
3986, I ; 3987, I ; 3992, 8. 
FF. Inv. Ghappe IX, 227-241. Titres non 

classés. 
HH. Inv. Ghappe VIII, 23-33; 39-5i ; 175-186; 
186-194. Titres non classés. 



LES COURTIERS ;i23 



CHAPITRE III 

LES COURTIERS 



I. Nomination des courtiers. — II. Surveillance et réglementa- 
tion des courtiers. — III. Nombre des courtiers. 



Entre les marchands venus aux foires de Lyon 
pour vendre et pour acheter il fallait des intermé- 
diaires. La cité était ville frontière, les franchises 
complètes pour les personnes comme pour les mar- 
chandises; beaucoup d'étrangers de langues diffé- 
rentes devaient y venir et y vinrent en effet. Entre 
les divers marchands, les transactions commerciales 
auraient été difficiles si personne ne s'était entremis 
pour les faciliter. C'était le rôle des courtiers. 

I. IVominatlon des courtiers. 

Les courtiers (corratiers, courratiers) étaient 
nommés par le Consulat qui les présentait au séné- 
chal de Lyon, bailli de Mâcon. 

La nomination était un acte d'autorité, la présen- 
tation n'était que l'accomplissement d'une formalité. 
Le sénéchal essaya bien d'usurper les attributions 
du Consulat, mais, après plusieurs tentatives, il dut 



•>24 MAIICHANDISES ET MARCHANDS 

reconnaître formellement le droit de nomination par 
un acte du 20 avril 1464*. 

Louis XI sanctionna définitivement cette préro- 
galive. Par Lettres du 2<) avril 1464, il accorda aux 
conseillers « deslire et nommer au bailli de Mascon 
seneschal de Lion ou a son lieutenant les courratiers 
qui seront à eslire pour traicter et moyenner avec 
lesdils marclians fréquentans les dites foyres du 
faict de leur dites marchandises et iceulx ainsi esleuz 
et nommés ledit bailli de Mascon seneschal de Lion 
ou sondit lieutenant sera tenu de les confirmer"' ». 

Charles VIII, dans son édit du mois de juin i494i 
rendu à Auxonne, reprenant les expressions mêmes 
du roi Louis XI, faisait au bailli de Màcon une 
obligation de confirmer les nominations de courtiers 
des foires faites par le Consulat^. 

Celte prérogative, consacrée successivement par 
la volonté des rois Louis XI et Charles ^'III, demeura 
toujours au Consulat et lorsqu'en 1572, Charles IX 
érigea en office toute charge de courtier, il déclara 
formellement, dans des Lettres du 3o août iSyS, 
rendues sur opposition des échevins et des consuls 
des Nations, qu'il n'avait point voulu comprendre 
dans son édit les courtiers de Lyon et qu'il mainte- 
nait <( iceux Prévost des Marchans et eschevins en la 
nomination desdils courtiers, conformément aux 
ordonnances et privilèges des foires de ladite ville * ». 

' FF., Chappe IX, iiQ-i/jfî. 

-' Ihid., 9 à 32. 

3 HII., Chappe IX, 585 à Sy;. De Rubys, op. cil., p. 424. 

* IIH., Chappe IX, 585-59;. 



LES COUUTIEUS 225 

Jouissant du privilège de choisir et de nommer 
les courtiers, comment le Consulat l'exerçait-il? 

En fait, le Consulat recevait des propositions pour 
la nomination des courtiers. Tantôt ces propositions 
émanaient de notables commerçants, tantôt elles 
émanaient des consuls des Nations ou des conseillers. 
Quelquefois les demandes de nomination étaient 
présentées par les intéressés eux-mêmes; c'était, il 
faut le dire, le cas le plus rare, en raison de la noto- 
riété commerciale que devaient présenter les sollici- 
teurs pour pouvoir se passer de répondants ^ 

Ceux, en effet, qui proposaient à l'agrément du 
Consulat les noms des candidats à l'office de cour- 
tiers donnaient en même temps leur témoignage, 
certifiant qu'ils étaient « souffisans, ydoinez et cap- 
pables et gens de bonne renomée pour exercer l'of- 
fice et charge de corratages des foyres"^ », ou bien 
qu'ils étaient « loyaulx, prudomes, experts et idoines 
pour exercer ledit office'^ », « bon et loyal homme 
de bien et expert'* », « idoyne, capable et souffisant 
pour exercer lestât et office de courratiers^ ». 

Les formules de témoignage ne variaient guère et 
elles se retrouvent, presque identiques, dans les 
délibérations consulaires au xv'' et au xvi'' siècle, 
chaque fois que des marchands adressent au Consulat 



1 BB. ly, f" i85 V». 
- BB. lo, fo 187 1-0 (146G). 
3 BB. 19, f» i85 v« (1490). 
t BB. a5,^ 44 V» (i5o6). 

'' BB. 67, fo 119 v» (1547), même formule en t554, voir BB. 76, 
f" 2i5 l'O ; eu 1068, voir BB. 87, {" 00 y". 

M. 11. 15 



226 MARCHANDISES ET MAUCHANDS 

une requête pour la nomination de courtiers. Les 
consuls des Nations se bornaient à déclarer, dans 
leur requête, qu'ils agissaient « par Tadvis et du 
consentement de ceulx de ladite nacion » et cela seul 
suffisait ^ 

Le Consulat, saisi de ces demandes, des témoi- 
gnages et (( certiffications » qui les accompagnaient, 
statuait sur la suite à leur donner. Si la demande 
était accueillie, le Consulat procédait alors à la nomi- 
nation d'un courtier. Le candidat admis prêtait 
aussitôt serment au Consulat. Il s'engageait à « estre 
bon et loyal », à ne vendre, ni acheter de marchan- 
dises pour son propre compte, ou même par com- 
mission^ à tenir registre de ses opérations et à 
exercer fidèlement la charge de courtier'^. 

Le serment prêté, le Consulat ordonnait alors la 
délivrance des lettres de nomination à l'office de 
courtier^. Le secrétaire du Consulat délivrait ces 
lettres, écrites sur parchemin, scellées du sceau de la 
ville. L'expédition en fut taxée, en i54o, à « ung 
escu soleil* ». Le nouveau courtier était alors pré- 

1 BB. 19, î° 186 \° (1490). Pièce justificative XIV. 

2 BB. 25, f» 44 v» (i5o6); Sa, f» i55 r» (i5i4); 66, f°* 182 et 187 
(1.547); ^7» f'^ ^° '^° (i568). En i54o, des courtiers sont nommés 
« à la charge qu'ilz ne se mesleront de marchander, vendre ne 
achapter marchandises comme marchans ne par commission et 
néantmoins tiendront bons registres des marchez qu'ilz feront ce 
qu'ilz ont promis faire par serment et obligations de leurs biens 
et leur ont esté octroiez lettres nécessaires desdits offices de 
corratiers » (BB. 58, f° 128 r°, 3 décembre). 

3 BB. 32, f» i55 v°(i5i/i); 66, f» 187 (1547); 72, f" 67 r° (i55i); 
87, fo 5o v° (i568). 

* BB. 58, i° 123 v". V. Piùce justificative XV. 



LES COURTIERS 227 

sente au Bailli de Mâcon, Sénéchal de Lyon; cette 
présentation faite, il entrait dans l'exercice de sa 
charge'. An xvi® siècle, la présentation des courtiers 
nommés par le Consulat fut faite à M^'* le Conserva- 
teur des privilèges des foires qui avait succédé au 
Bailli de Màcon dans ces attributions spéciales, dès 
les dernières années du xv^ siècle. 

Le Consulat avait donc un pouvoir sans limite 
pour le choix et la nomination des courtiers, il était 
seul à y procéder sous la garantie unique des attes- 
tations qui se produisaient à l'appui des demandes de 
nomination. La présentation au bailli de Màcon, puis, 
plus tard, au conservateur des privilèges des foires, 
ne pouvait être considérée que comme un acte de 
déférence et non point de contrôle. Nous allons voir 
que la garantie requise ne fut pas toujours suffisante. 

II. Surveillance et règ^Ienientaiion des courtiers. 

Les courtiers, par le serment qu'ils prêtaient, à 
leur nomination, et par les lettres que le Consulat 
leur délivrait, avaient une mission bien définie. Leur 
rôle était de s'entremettre pour rendre possibles les 
transactions de marchandises et pour les faciliter. 
Ils devaient, suivant l'expression de Louis XI et de 
Charles YIII, u traiter et moyenner avec lesdits 
marchands fréquentans lesdites foires du fait de 
leurs dites marchandises^ ». Ils n'avaient à se mêler 



' Pièce justificative XVI. 

- Lettres d'Auxonne, de i4î)4) Privilèges,.., p. Oi. 



228 MARCHANDISKS ET MAKCHANDS 

« d'aucung train el Irafficq de marchandise », ni à 
(( marchander, vendre, ne achapler marchandises 
comme marchans ne par commission ». Ils étaient de 
simples intermédiaires et ne devaient être que cela. 

Il ne semble pas que les courtiers des foires de 
Lyon aient scrupuleusement tenu les engagements 
qu'ils avaient pris. Leur moralité commerciale, dou- 
teuse, fait un contraste saisissant avec Ihonnêteté 
générale des marchands de la ville et des marchands 
étrangers fréquentant les foires. 

Au XV® et pendant tout le xvi^ siècle, ils commettent 
des abus et des fraudes qui inquiètent le Consulat et 
le Conservateur des privilèges des foires*. Ils font, 
pour leur propre compte, des ventes et des achats; 
beaucoup ne tiennent pas registre des marchés qu'ils 
passent. Jouissant d'un privilège, ils ont le tort de ne 
point le défendre. A côté d'eux, des intermédiaires 
équivoques font des actes de courtage sans en avoir 
le droit, la distinction se fait mal entre les uns et 
les autres, dans l'opinion publique. La concurrence 
pousse les courtiers à se servir de procédés répréhen- 
sibles. Ils courent au-devant des marchandises, ils 
attirent dans leurs maisons, qui deviennent des 



' <( Pour ce que... plusieui's d'iceulx corraliers abusent dudit 
office aussi que plusieurs autres se sont meslez et meslent d'icel- 
luy office de corralage sans en avoir aucune autorité ne estre 
nommez, présentez ne instituez à icelle charge en faisans plu- 
sieurs fraudez, déceptions et faulx contratz au dommage et 
deshonneur desdites foyres et des marchans fréquentans en 
icelles les dessusnonimés conseillers pour obvier a iceulx fraudes 
et reduyrc la chose à bon ordre... » décident de réduire le nom- 
bre des courtiers (17 avril, après Pâques i47«i Cl^- '5, f" loi r"). 



LES COURTIERS 229 

maisons de jeu et de débauche, les marchands étran- 
gers . Les courtiers apparaissent comme un élément 
malsain dans le commerce de Lyon. La faute n'en 
est point à eux seuls ou aux circonstances. Il y a 
dualité des pouvoirs dont ils dépendent et les cour- 
tiers honnêtes ne sont pas suffisamment protégés 
contre ceux qui. dépourvus de scrupules, leur font 
une concurrence déloyale. 

Le Consulat choisit et nomme les courtiers, le 
Sénéchal de Lyon, puis le Conservateur des privi- 
lèges des foires, en ont la surveillance. Cela seul 
explique que la corporation des courtiers donne si 
souvent lieu à des plaintes et à des récriminations. 

Le recrutement se fait avec un contrôle insuffisant. 
Le Consulat dispose souverainement sur la demande 
de deux ou trois marchands lyonnais ou étrangers, 
sans même solliciter l'avis des courtiers en fonctions, 
Trop facilement, il nomme des courtiers et il en 
nomme trop fréquemment, sans ligne de conduite 
bien définie, sans même pouvoir se rendre un compte 
exact de ceux qu'il a nommés. En i5o9, il faut 
procéder à un recensement des courtiers, le Consulat 
décide de les faire tous venir à l'hôtel commun, afin 
de les passer en revue et « scavoir ceulx qui ont 
estez nommez et retenus* ». Il n'existe point d'état 
ou de tableau des courtiers régulièrement nommés 
et il règne, du fait même du Consulat, un état de 
confusion voisin de l'anarchie qui, depuis 147O; se 
continue pendant tout le xvi*^ siècle. 

* BB. 28, f« 159 vo. 



230 MARCHANDISES ET MARCHANDS 

Que peut faire le Conservateur des privilèges des 
foires? Il n a qu'à enregistrer toutes les nominations 
de courtiers et quand le Consulat lui adresse ses 
doléances sur les abus commis, il est bien fondé à 
lui répondre qu'il n'a nommé personne à cet office 
et à laisser entendre qu'il n'est pas responsable d'un 
tel état de choses. En fait les conservateurs semblent 
plutôt armés contre ceux qui, n'étant pas courtiers, 
exercent l'office de courtiers, que contre les courtiers 
régulièrement nommés. Dès i5o5, le Conservateur, 
par une ordonnance contre ceux qui s'entremettent 
de courtage, sans avoir été reçus courtiers, édicté 
une amende de cent marcs d'argenté Quelle sanction 
contre ceux qui, n'ayant point d'avoir, ne pouvaient 
courir dans des opérations irrégulières de courtage 
que les chances de gain ! Le Conservateur des privi- 
lèges des foires, qui avait la surveillance des cour- 
tiers, ne pouvait rendre cette surveillance efficace. 
La destitution seule des courtiers coupables eût été 
un remède énergique contre les abus ou les malhon- 
nêtetés. Le Conservateur ne pouvait la prononcer et 
il ne lui appartenait pas de révoquer ceux qu'il 
n'avait pas nommés. Aussi se borne-t-il à renouveler 
les défenses qui, de tout temps, furent faites aux 
courtiers, mais dont la formule la plus détaillée et la 
plus complète se trouve dans une ordonnance du 
sénéchal de Lyon du 23 mars iSyS"^. 

Cette ordonnance eut le sort des précédentes, elle 

1 Ordonnance du 28 avinl i5o6 (HH., Chappe IX, 585-597). 
- Ibid. : « Deffences à tous corratiers de faire, par eulx ou par 
interposite personne, train et traffic de marchandise soit par leur 



LES COURTIERS 231 

ne moralisa point les opérations de courtage, puisque, 
vingt ans après, certains courtiers venaient au 
Consulat présenter leurs doléances et solliciter une 
réglementation. A la fin du xvi^ siècle, en effet, 
chacun s'entremettait de courtage et la surveillance 
restait si complètement inefficace que les « hostes, 
emballeurs, chargeurs, gaigne- deniers » eux-mêmes, 
se transformaient en courtiers*. 

III. Nombre deii courtiers. 

A l'origine des foires, le Consulat, s'occupantde la 
question des courtiers, voulut, avant de procéder à 

conte ou par voye de commission des présentz ou absentz sur 
paine de confiscation des marchandises... 

« De n'aller au devant des marchandises icelles arisquer ou 
arrer ains les laisser vendre de gré à gré aux marchans à qui 
elles appartiendront... 

« De n'aller par les hôtelleries, maisons privées, s'enquérir des 
marchans, trésoriers, recepveurs et aultres quelles espèces d'or 
d'argent ilz ont et icelles achepter ou marchander pour y mectre 
puis le pris tel que bon leur semblera dont procedde ordinaire 
ment le surhaulcement ou instabilité des pris desdites espèces... 

« Et sur la plainte faicte par plusieurs nottables personnes tant 
des nations estrangesque aultres habitans et fréquentans en ceste 
ville sur ce que plusieurs desdits corraliers dont la pluspart ne 
sont mariés tiennent des maisons et jardins en louaige où ilz 
mennent vie dissolue au grand escandalle de toute la ville et 
corruption de la jeunesse, il est enjoint très expressément à tous 
ceulx qui vouldront par cy après exercer ledit estât de corratier 
en ceste ville de se comporter et vivre honnestement avec deffen- 
ces de ne faire assemblées en leursdites maisons et jardins y 
recepvoir la jeunesse pour tenir berland ou y mesner aultre vie 
dessolue sur paine d'estre deschassés de ceste ville come per- 
sonnes pernitieuses et corromptueuses de bonnes meurs. » 

1 BB. iSa.f 67 r'>(i596). 



232 MARCHANDISES ET MARCHANDS 

des nominalions, avoir les conseils des marcliands 
étrangers, plus intéressés et plus compétents, à cet 
égard, que les marchands de la ville*. Ayant recueilli 
ces avis, le Consulat nomma des courtiers en peùL 
nombre , pour partie régnicoles, pour partie étrangers. 

Le rôle des courtiers ne fui pas considérable au 
début, en raison même du peu de trafic s'eirecluanl 
aux foires. Il augmenta d'importance en suite de 
l'essor que prirent les foires à partir de i/\6'd. Il y 
avait, à ce moment, sept courtiers. Leur nombre, à 
partir de cette date, alla toujours en augmentant. Il 
n'était, en effet, pas limité et chaque nation qui 
venait trafiquer aux foires demandait la nomination 
d'un, puis de plusieurs courtiers. 

En 1466, il y avait à Lyon cinq courtiers floren- 
tins, six génois, quatre lyonnais, un milanais, un pié- 
monlais et un lucquois. Peu après, furent nommés 
deux courtiers du Languedoc et un courtier catalan"-. 

Leur nombre s'accrut si rapidement, qu'en 1470, 
on trouva qu'il y en avait trop, d'autant plus que 
certains d'entre eux faisaient des « fraudez, décep- 
tions et faulx contratz au dommage et deshonneur 
desdites foires ». Le Consulat fut sur le point de 
limiter leur nombre à vingt-quatre. Il eut peur d'un 
scandale ou de difficultés qui pouvaient nuire à son 
pouvoir de nomination en même temps qu'au com- 
merce de la ville. Il décida seulement de donner la 

1 Guigue, Registre des délibérations consulaires, déjà cité 
(8 novembre 1420, p. 264). 

2 BB. 10, fo^ 187 r", 188 vo, i<)i v», 2i3 r" (i46^>); «•'"), f'' 7 v°, 
8 ro(i468). 



LES COURTIERS 233 

préférence à ceux qui voudraient résider à Lyon'. 
Il laissa même la qualité définitive de courtiers à 
certains qui n'avaient été nommés qu'avec une mis- 
sion temporaire, ainsi que cela se faisait précédem- 
ment ^. 

Le nombre des courtiers ne s'accrut pas très 
considérablement. En 1481, il y avait à Lyon : 

5 courtiers allemands. 
— milanais. 



génois. 

florentin. 

piémontais. 

lucquois. 

limousin. 

milanais habitant Lyon. 

picard. 

de Savoy e. 

de Bourges. 

de Perpignan. 

habitants de Lyon. 

sans indications d'origine-'. 



Cette liste nous fournit un état d'origine pour 
trente-deux courtiers et nous montre que c'était 
surtout des étrangers qui exerçaient la profession de 
courtiers. 

Avec la suppression des foires, en 1484, les charges 
de courtiers disparurent et il fallut, dès le commen- 
cement de l'année 149O5 pourvoir à la nomination 



' BB. i5, fos loi r», 102 v°. 
■' BB. 9, fo 68 r° (i463). 
» HII,, Chappe IX, 58.5.597. 



234 MARCHANDISES ET MARCHANDS 

de nouveaux courtiers. Comme en 1420, le Consulat 
voulut avoir l'avis des marchands étrangers, et il fit 
crier que deux ou trois de chaque nation viennent à 
rilôtel de Ville indiquer « quelz gens chacun deulx 
vouldront avoir pour faire fait de corratage et tes- 
tiffier de leur loyaulté et souffisance ». Il y eut, au 
mois d'avril 1490, de nomhreuses nominations de 
courtiers faites sur la proposition des marchands de 
Florence, Bourgogne, Languedoc et Perpignan'. 
Elles durent même être complétées par la suite, 
plusieurs nations n'étant pas représentées à ces pre- 
mières foires qui se tenaient après une interruption 
de cinq années '^. 

Le nombre des courtiers à partir de ce moment, et 
pendant le cours du xvi*" siècle, alla toujours en aug- 
mentant, sans qu'il soit permis de le fixer exactement. 
Non seulement, chaque nation a ses courtiers, mais 
aussi chacune des grandes provinces. Au début du 
xvi^ siècle, la nation florentine, à elle seule, possède 
neuf courtiers. 

Puis, les courtiers se spécialisent. Ils ne se livrent 
plus au courtage de toutes marchandises, mais de 
telle ou telle marchandise. Il y a des courtiers de 
blancherie, d'épicerie, de chevaux; il y a des cour- 
tiers qui ne sont que courtiers de change, et cette 
division du travail accroît encore leur nombre'^. A la 
fin du xvi" siècle, ils sont si nombreux, que les abus 



1 BB. 19, {"' i85 v° et 186 v°. 

•-i BB. 19, f"^ i85 r° et i86. 

3 BB. 54, f» 69 r"; 58, f°^ 255 r°, 8 r"; CO, f" 182; 67, f" 119 v». 



LES COURTIERS 235 

deviennent excessifs et leur surveillance difficile. 
En iSgGj les courtiers eux-mêmes présentent une 
requête au Consulat pour que leur nombre soit 
réduit et qu'ils soient tenus de donner caution comme 
aussi de tenir registre de toutes leurs opérations ^ 

1 BB. i33, f'^ti7r<'. 



236 MARCHANDISES ET MARCHANDS 



CHAPITRE IV 

LES VOIES DE COMMUNICATIONS 

Routes, Rivières, Itinéraires. 



Les marchandises étaient amenées à Lyon, soit par 
la voie de terre, soit par les rivières ou même, si 
l'itinéraire était long, par terre et par eau, alterna- 
tivement. 

Les rivières qui, à Lyon, opèrent leur jonction, 
furent, pour les foires, de grands chemins. Plus sûres 
que les routes et plus commodes, elles occasionnaient 
aux marchands, pour le transport des marchandises, 
des frais moins considérables. Le passage, à Lyon, 
du lihône et de la Saône, la proximité de la Loire, 
qui, coulant à Roanne, ne se trouvait qu'à une dis- 
tance de (( douze lieues », le voisinage de la Saône 
et de l'Yonne qui, au niveau de Chalon, n'étaient 
séparées que par « trente petites lieues », furent une 
cause déterminante du succès des foires de Lyon à 
une époque où les rivières étaient les voies principales 
de communication. 

Le Rhône, dans son trajet depuis Genève, mettait 
Lyon en relation avec le pays de Savoie, recevant, 



Li:S VOIES 1)E COMMUNICATIONS 237 

malgré son impéUiosilé, les marchandises des pays 
riverains, quelques marchandises de Suisse et d'Alle- 
magne. Amolli par son union avec la Saône, beau- 
coup plus fré(|uenté en aval de Lyon qu'en amont, 
il ouvrait surtout la communication avec le Comtat 
Venaissin, l'Ardèche, le Dauphiné, la Provence, le 
Languedoc et les ports méditerranéens dont plusieurs 
avaient, aux xv*' et xvi'' siècles, une importance 
depuis affaiblie ou disparue. « Par cetle batellerie, 
qui, de Lyon à Pont-Saint-Esprit et Arles, se liait à 
la Méditerranée, a dit très exactement M. Vidal de 
la Blache, l'Orient remontait en droite ligne jusqu'au 
cœur de la vieille Gaule. Parmi la série des villes à 
aqueducs et amphilhéâtres qui se déroule le long du 
fleuve, Lyon est la plus éloignée vers le Nord, et 
pourtant cette ville regarde plus loin que toutes les 
autres vers le Sud* ». Le Rhône ouvrait, en etîet, 
aux foires les perspectives prochaines du Midi de la 
France, il leur ouvrit aussi les perspectives lointaines 
de l'Orient. 

La Saône, douce aux navigateurs, apporlait et 
emportait une grande part des marchandises qui se 
vendaient aux foires. Par elle, et par le Doubs, Lyon 
communiquait avec la Bourgogne et la Franche- 
Comté. Les rivières n'étaient pas ses seuls affluents. 
Elle était une grande voie et son trafic était accru 
du trafic de tous les chemins qui y aboutissaient. Les 
voituriers déposaient leurs chargements sur des 

1 E. Lavisse, Histoire de France, t. I, Tableau de la géographie 
de la France, par Vidal de la Blache, Paris, Ilachelte, 1908, 
p. 253. 



238 MARCHANDISES ET MARCHANDS 

bateaux (jui anienaienl à Lyon des marchandises de 
Lorraine, de Champagne, d'Allemagne', des Flan- 
dres, de Paris et de tout le bassin de la Seine. A son 
passage dans la ville, elle en était hi grande artère. 
Sur ses deux rives, reliées par le « pont de Saône », 
se dressait la cité dont elle occupait le centre. Elle 
avait de nombreux ports désignés sous le nom du 
quartier ou de la rue qu'ils desservaient et dont le 
port « au bourg Saint-A'incent » et le port « de la rue 
Chalamon » furent les principaux. 

La Loire, cette rivière qui fut dans l'ancienne 
France une voie de trafic et de navigation intenses, 
faisait, avec le Rhône et la Saône, partie du réseau 
fluvial qui desservait les foires de Lyon aux xv" et 
xvi'' siècles. Roanne, que reliait à Lyon une route de 
douze lieues, très fréquentée, était l'un des ports les 
plus importants de la Loire. A Roanne, se faisait le 
transit des marchandises qui arrivaient de la mer 
par Nantes, de Paris par Orléans, ainsi que de tous 
les pays riverains de la Loire et de ses affluents. Les 
marchands de ces régions qui revenaient des foires 
de Lyon, embarquaient à Roanne leurs marchan- 
dises, y trouvant un service de batellerie parfai- 
tement organisé '^. 

Par terre, les vieilles voies romaines subsistaient. 
Par Milan, Novare, Verceil, Aoste, le petit Saint- 

• En 1572, les Allemands demandent prolongation de la fran- 
chise pai'ce que la rivière de Saône est gelée (BB. 90, f" 193 r°). 

- Mantelier, Histoire de la Communauté des marchands fréquen- 
lanl la rivière de Loire, Orléans, Jacob, 1867-1869, i vol. in-8, 
t. I, p. 25i; t. III, p. 48. 



LES VOIES DE COMMUNICATIONS -^39 

Bernard, la Tarentaise ; par Turin, le Monl-Cenis, 
elles reliaient T Italie à Vienne et à Lyon. Des voies 
nouvelles s'ouvrirent pour Tltalie et le Piémont par 
le col de Suse, Cliambéry, le Pont-de-Beauvoisin; 
par le Mont-Genèvre , Vizille, Grenoble. Toutes 
convergeaient à Lyon et s'y nouaient aux routes 
fluviales du Rhône et de la Saône, aux routes terres- 
tres qui suivaient ces rivières, conduisaient à la Loire 
ou aux grandes villes françaises. 

Par Genève, Nantua, Montluel,par la porte Saint- 
Sébastien, puis par celles du boulevard Saint-Clair 
et du boulevard Saint-Vincent, arrivaient les mar- 
chands de Suisse, de Savoie, d'Allemagne et même 
ceux d'Italie qui avaient franchi le Simplon. 

Deux routes, aboutissant toutes deux à Vaise, 
reliaient Paris à Lyon. L'une, par lloanne, le Bour- 
bonnais et Nevers ; l'autre, par Villefranche et la 
Bourgogne. 

Les routes de l'Auvergne et du centre de la France, 
par Grézieu ou par Rive-de-Gier, avaient leur point 
d'arrivée à Saint-Just. Celle de Provence à la Guillo- 
tière et au pont du Rhône, par Montélimar. 

Les marchands d'Espagne entraient en France 
par les routes de Toulouse, Mon t-de -Marsan ou 
Narbonne ; ceux de Flandres par les routes de Saint- 
Quentin, ou d'Amiens et Abbeville ; les marchan- 
dises d'Angleterre arrivaient par Dieppe, Rouen, la 
Rochelle. 

Les voies de communication par terre n'étaient 
pas très nombreuses. Les routes n'étaient pas larges, 
la plupart étaient mal entretenues. Les itinéraires, 



24Ô M.M\CHA>DISËS KT MARCHANDS 

pour ariivcr à Lyon d'un lieu dclerniiué. ne variaient 
guère. Les marchands et les voituriers d'une même 
région suivaient le même chemin, voyageant les 
uns et les autres, le plus souvent par caravane, ce 
qui augmentait leur sécurité. Les marchandises 
amenées par voie de terre à Lyon étaient chargées 
sur des voitures ou le dos de mulets chevauchant à 
la file, le prix du transport se payant ordinairement 
par charge de mulet. Les voyages étaient longs. Les 
délais accordés aux marchands pour faire sortir 
leurs marchandises en franchise, hors du royaume, 
étaient après chaque foire, au xvi*^ siècle, de : 

lo jours pour la Franche-Comté; 
i5 jours pour le Saint-Bernard; 
20 jours pour la Lorraine; 
35 jours pour les ports de Provence; 
4o jours pour le pays de Luxembourg; 
5o jours pour l'Espagne et le Hainaut; 
60 jours pour les Flandres ; 
70 jours pour l'Angleterre*. 

Les péages. — Nombreux étaient les péages que 
les marchands rencontraient sur leur chemin aux 
xv^ et xvi^ siècles. Il y en avait, par terre et par eau, 
tant en France qu'à l'étranger. Leur histoire, leur 

' Sources : BB. 10, f^ 3^4 r°; 6/,, f» 44 v»; 7^, f» 187 v»; 81, 
f°6ovo; 88, f 207 v». CC. 1112, fo iT) v"; iiM); 3987, i. IIH., 
Chappe VIII, 67-86 : Mémoires et articles aux gens de la 
Chambre des Comptes à Paris, ibid., 163-174. De Nicolaï, op. 
cit., pp. 217, 218. G. Picot, Ilisloire des Etais Généraux, l. II, 
p. loi. Pièce justificative XVII. 



LES VOIES DE COMMUNICATIONS 24l 

nomenclature, l'indication de leurs tarifs ouvre un 
champ trop vaste pour qu'à propos des foires on y 
ose pénétrer. Chaque fois que se tiennent les Etats 
Généraux, les cahiers sont remplis de doléances 
relatives aux péages. Fréquemment, le roi doit 
intervenir pour supprimer les péages indûment éta- 
blis, pour réduire leur nombre, ordonner l'affichage 
exact par « tableau ou pancarte » des droits de 
péage, réprimer les abus des péageurs, veiller enfin 
à ce que le produit des sommes perçues serve à 
payer l'entretien des ponts et chemins. 

Des péages se trouvaient sur les routes qui abou- 
tissaient à Lyon, soit par terre, soit par eau, à l'oc- 
casion desquels le roi dut intervenir parfois parti- 
culièrement ^ Louis XI, fidèle à sa politique, avait 
supprimé en i/ljo le péage de Lyon"-. Ces péages 
furent, pour l'usage des marchands, assez rapidement 
catalogués à Lyon en des « livres » qui contenaient 
leur énumération avec la nomenclature des droits 
perçus pour les marchandises ^ Dans le voisinage de 
Lyon, les principaux péages, au sud, étaient ceux 
de Givors, Condrieu, Vienne; par terre, Saint-Sym- 
phorien-d'Ozon, Serrières, Chateauneuf, Auberive. 
Sur la Saône, qui était la grande voie de communi- 
cation, il existait des péages à Rochetaillée, Trévoux, 
Belleville, Montbellet, Mâcon (péage de Tévêque, 
péage du roi), Chalon, Auxonne. Il faut enfin citer, 
parmi les principaux péages, celui de Chanaz, Pierre- 

» AA. i5i, fo i5i v"; CC. 4047, 4. 
- CC. 4o47i '• 
3CC. 4o5i. 

M. B. 16 



Îi4a MARCHANDISES ET MARCHANDS 

Ghâlel eL Gordon qui se levait à Cordon, ceux de 
Seyssel et de Suze. 

Au xvi^ siècle, la circulation sur la Saône était si 
importante que les marchands fréquentant cette 
rivière formèrent une « bource commune », pour 
subvenir aux frais des poursuites entreprises pour 
l'abolition de certains péages. Ils se réunirent au 
couvent des Augustins et tirèrent leurs recettes de 
la perception d'une taxe sur leurs propres marchan- 
dises, d'après lui tarif établi par eux*. Souvent, du 
reste, le Consulat eut à intervenir au sujet des péa- 
ges. Lorsqu'il agissait avec les marchands, se joignant 
à eux dans des procès relatifs aux péages, c'était aux 
frais mêmes des marchands^. 

' BB, 25, f» 6 v''; GC. 4047, 8, 9 : « S'ensuyt le patafle pour les 
deniers de ladite bource commune... » 
-• BB. 22, f» 37 r°. 



QUATRIEME PARTIE 

LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 



CHAPITRE PREMIER 

LA TENUE DES FOIRES 



I. Emplacement des foires. — § 2. Etalages et boutiques. 
§ 3. Coutumes particulières. 



§ I . Emplacement des foires. — Dès qu'ils eurent 
obtenu du dauphin Charles les Lettres d'octroi, 
les consuls s'occupèrent de fixer l'emplacement des 
foires. La Saône coupant la ville en deux parties à 
peu près égales, ils décidèrent que les deux foires 
seraient alternativement tenues sur l'une et l'autre 
de ses rives. La délibération du i8 avril 1420 porte, 
en effet : « que la première foire de Lyon qui com- 
mencera le lundi après Jubilate prouchain venant 
se tiendra dessa la Saonne, à la partie de l'Empire 
et l'autre qui se commencera le XV'"" jour de 
novembre, se tiendra de là le pont à la partie du 



244 LES FOIRKS : LEUR ORGANISATION 

Royaume et puis de qui en la a lousiours mes se 
liendronl les dites foires en semblal)lc guise que 
dessus ^ ». La première foire de Lyon se linl donc sur 
la rive gauche de la Saône (partie ou côté de lEm- 
pire), la seconde sur la rive droite (partie ou côté du 
Royaume -). 

Les marchands se conformèrent à cette délibéra- 
tion du Consulat, prise du reste dans les limites 
d'attributions de pouvoir, qui devaient lui être 
confirmées. Charles VII, dans ses Lettres de février 
1443, en octroyant trois foires franches à Lyon, au 
lieu de deux, déclara, en effet, qu'elles pourraient 
« estre establies es lieux et rues de la dicte ville qui 
seront advisez estre convenables par lesdiz conseillers 
et habitans...'». formule qu'il inséra à nouveau dans 
les Lettres de confirmation du 4 juillet i4'^4« ^f dont 
le sénéchal de Lyon, après un conflit avec le Consu- 
lat, dut, quelques années plus tard, respecter la 
teneur^. 

Un emplacement fut fixé pour la vente de chaque 
marchandise en 1461. Les changeurs, orfèvres et 
argentiers, drapiers, pelletiers, mégissiers, armu- 
riers, marchands de futailles, de matière de cuivre, 
d'eslamines, de « grosses bêtes », devaient exercer 
leur négoce, pendant les foires, à une place déter- 

' Guigue, Bcf/istres consulaires..., p. 237. 

- Les mariniers du Rhône parlent encore du Royaume et de 
l'Empire pour désigner les deux rives du fleuve (Mistral, le 
Poème du Rhône, Paris, Lemerre, 1897, pp. 5 et SSq). 

•'' FF., Ghappe IX, 1 19-146. Il reconnut par un acte du 20 avril 
14G4 le droit de police du Consulat, ne se réservant que le droit 
de justice au cas de litige. 



LA TENUE DES FOIRES 245 

minée qui, de telle maison à telle autre maison, leur 
était exclusivemenl réservée sur chacune des deux 
rives de la Saône ^ 

Un an après, en décembre 1462, le Consulat, 
voyant s'augmenter le trafic, sollicita Favis des mar- 
chands étrangers sur le moyen d'avoir des foires 
aussi considérables que celles de Genève. Entre 
autres choses, il lui fut répondu que la construclion 
de halles serait très utile à la ville, surtout si elle s'ef- 
fectuait sur le pont de la rivière de Saône. Mais les 
marchands étrangers déclarèrent que « les rues desja 
establiez à tenir lesdites foyres estoient bien pro- 
pices », ajoutant toutefois que les foires pourraient 
avoir lieu une année du côté de l'Empire et une 
année du côté du Royaume, en attendant la con- 
struction des halles"^. Aussitôt Irente-six notables 
furent nommés : bourgeois, clercs et marchands, à 
nombre égal de chaque côté de la ville, pour choisir 
un endroit favorable à l'emplacement des halles. Le 
plus grand nombre désigna, comme les marchands 
étrangers, le pont de Saône, quelques-uns la Gre- 
nette, d'autres réclamèrent deux halles placées sur 
chacune des rives de la Saône, l'une à la Grenette 
ou à la Platière ou aux Treize-Maisons, devant les 
Cordeliers (rive gauche), l'autre vers l'hôpital de 
la Saonnerie (rive droite)^. Cette consultation des 
notables n'eut aucun résultat. Au mois d'avril i463, 

1 IIH., Chappe VIII, a3 à 33 : délibération consulaire du 28 oc- 
tobre 1461. Cette délibération n'indique pas de noms de rues. 
- BB. 9, f'^ 41 yo et 42 (12 décembre 1462). 
3 BB. 9, fo' 53 à 5,"^. 



246 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

le Consulat indiqua remplacement des marchandises 
pour la foire de Quasimodo, qui devait avoir lieu à 
la partie de l'Empire \ comme, à la fin juin suivante, 
il le fit pour la foire d'Août, à la partie du Royaume^. 
Mais les foires étant en nombre pair, depuis le 
8 mars i463 (n, s.), il arrivait que la foire de la 
même saison se tenait toujours du même côté de la 
ville. Toutes les foires de l'année n'avaient pas la 
même importance, l'égalité entre les deux fractions 
de la cité n'était donc plus sauvegardée, comme elle 
l'avait été précédemment quand il n'existait que 



* En avril i463, le Consulat fixa, pour les foires de Quasimodo 
qui allaient s'ouvrir, les emplacements suivants à la partie de 
l'Empire : 

Draps de soie, orfèvres, pelletiers, quincaillerie, fines mar- 
chandises d'Allemagne, de l'hôtel de Jehan Faivre à l'hôtel de 
Pierre Brunier, vers la Boucherie et la Lanterne. 

Epiceries, amandes, raisins, huile d'olive, de l'hôtel de Pierre 
Brunier à celui d'Estienne du Pin et « par devant Saint Niziez et 
la autour de la maison ronde ». 

Draperie, de l'hôtel d'Etienne du Pin à l'hôtel du Bœuf. 

Grains, de l'hôtel du Bœuf à celui du Cheval-Blanc. 

Laines, estamines, « peaulx d'agneaulx, regnars, lièves », de 
l'hôtel du Cheval-Blanc aux Cordeliers. 

Cuir, tanneries, chevrotins, peaux de moutons « depuis l'entrée 
de la rue Mercière tirant vers Saint-Anlhoyne d'un cousté et 
d'autre de ladicte rue ». 

Chevaux, « depuis Saint Anthoyne tirant au temple et illec 
autour jusques au pont du Bosne et vers Esnay ». 

Fromagerie, fusterie, lards et « pollalierie », de l'entrée de la 
rue Neuve au Bhône. 

Bœufs, vaches, moutons, pourceaux, du portail des Frères mi- 
neurs « tirant vers rosne et d'ilec au long des escloysons » (BB. 
9, f' 68 yo et 69). 

\ILid., f" 87. 



LA TENUE DES FOIRES 247 

trois foires. Le Consulat dut fixer de nouveaux 
emplacements <( pour tousiours garder et entretenir 
bonne paix, union et concorde entre les citoyens, 
manans et habitants de ladite ville et pour obvier à 
tous debatz et discorde que par raison de ce se 
pourront ensuyvre ». Il décida que les foires de la 
Toussaint et des Rois se tiendraient du même côté 
de la ville, la foire de Pâques de l'autre, la foire 
d'Août, là où s'étaient tenues les foires de Toussaint 
et des Rois et ainsi de suite en alternant. Chacune 
des deux parties de la ville avait ainsi, pendant une 
année, les mêmes foires que l'autre partie devait 
avoir l'année suivante et réciproquement ^ 

Louis XI qui, pour les foires de Lyon, intervint 
toujours en faveur de la liberté du commerce, ne 
laissa pas longtemps le Consulat réglementer, à tous 
propos, l'emplacement des foires pour la seule 
satisfaction des intérêts locaux. En juin i464i ^Igr le 
général de Languedoc, sire Guillaume de Yarye, 
signifia aux conseillers qu'il avait charge du roi de 
« donner ordre et police à la situation et establisse- 
ment des foyres de ladite ville ». Les marchands 
fréquentant les foires se plaignaient, en effet, du per- 
pétuel changement des emplacements. 

Les conseillers délibérèrent aussitôt à l'invitation 
de Guillaume de Varye et, après une conférence 
qu'ils eurent avec lui et le Bailli de Mâcon, Sénéchal 
de Lyon, (( il a semblé se est le bon plaisir du roy 
que lesdites foyres se peuvent tenir pour les causes 

1 BB. 9, f« io4 r». 



248 Li:S FOIRES : LEUR ORGANISATION 

flessiisdiles afin que Loiile ladite ville lanl d une pari 
que d'une autre participai au bien dicelles foires en 
la manière qui sensuyt ». 

D'un côté de la Saône, devaient se vendre la dra- 
perie, toute marchandise venant de Milan et de 
Piémont, les laines, les cuirs, les fourrures, les 
estamines, les huiles, les salaisons et la canabasserie, 
de l'autre côté, les marchandises venant de Flandres 
et d'Allemagne (hormis la draperie), les draps d'or, 
d'argent et de soie, les épiceries et drogueries, la 
joaillerie, les toiles fines. 

Les habitants à la partie du Royaume devaient 
avoir le choix entre les deux séries de marchandises 
et enfin les changeurs pouvaient se loger là où bon 
leur semblait ^ 

Le roi n'accepta point de telles dispositions et, le 
17 juillet (1464), il écrivit au Consulat une lettre 
dont les termes précis et impératifs ne permettaient 
aucune discussion- : 

« De par le Roy, 

Très chiers et bien aimez, nous avons sceu les 
difficultés que vous avez eues touchant les lieux que 
vous voulez que les marchans qui fréquenteront les 
foyres de Lyon soient lenuz d'estaler leurs denrées 
et marchandises durant le cours desdites foyres. C'est 
pour ce que nous ne sommes pas contens desdites 
difficultez, ains voulons que iceulx marchans ayenl 



' BB. 9, f°' i3j) ol i/,o. 

2 un., Chappe VIII, 23 à 33. 



LA TENUE DES FOIRES 249 

leur libéral arbitre de meclre et étaler leiirsdictes 
denrées et marchandises on bon leur semblera. Nous 
vous mandons que a'ous permectez et soutirez ausdits 
marchands voir et user de ladite libéralité sans les 
contraindre ne souffrir être contrains en aucune 
manière à estaller leursdites marchandises en autres 
lieux que ceux que bon leur semblera, et le faictes 
crier et publier par ladite ville, afin que ung cha- 
cun en soit informé et gardez que en ce ne soit 
fait chose de votre part, dont nous ayons aucunes 
plaintes, car nous y pourverrions par manière que 
n'en devriez estre contens. Donné à Noville près 
Arques le treizième jour de juillet. » 

Les Lyonnais se soumirent sans difficulté, on le 
conçoit. Les ordres du roi furent publiés « à son de 
trompe et voix de cry », aux bouts du pont de la 
Saône, le 2 août i464- 

La ville tout entière, à partir de cette date, devint, 
quatre fois par an, un vaste marché où, librement, 
tous marchands pouvaient exercer leur négoce. Ce 
n'était point trop pour la commodité et le profit de 
tous, nous allons le voir, en raison de l'étalage des 
marchandises et du louage des boutiques. 

§ 2. Etalages et Boutiques. — Les rues et places 
recevaient pendant les foires les étalages de mar- 
chandises. C'était sur le sol même, qu'à l'aide de 
bancs ou de banques, les marchands installaient les 
denrées qu'ils offraient aux acheteurs. Certaines 
portes, comme celle de l'Herberie à la Saône, avaient 



250 LES FOIHKS : LVAW ORllAMSATION 

des emplacements que la Ville louait pour la durée 
des foires*. Le pont de Saône était couvert par « les 
avantz bancs, banques et autres estaudiz », qui 
allaient « plus avant que le bas siège ou marche 
dudit pont », et gênaient la circulation des chevaux 
et même des piétons, à tel point qu'en i5o8, il fallut 
une délibération consulaire ( iG novembre), pour que 
ces bancs ne puissent dépasser la marche du pont". 
Tous les endroits en un mot qui , sur les voies 
publiques, pouvaient servir à cet usage recevaient, 
pendant les foires, l'étalage des marchandises. Quand 
la chaleur était trop forte et que le soleil gênait 
acheteurs et marchands, des toiles étaient tempo- 
rairement tendues avec des cordes au-dessus des 
rues ou même du pont de Saône. 



* Celte porte so louait, en 1459, à plusieurs marchands (CC. /|25, 
3, f« 3 v"). 

- Cette délibération reproduisait, au moins pour partie, les 
dispositions d'une Ordonnance du Bailli de Mâcon, Sénéchal de 
Lyon, du 14 novembre 1470 : 

« Mandamus quatenus inhibeatis et deffendatis ex parte vegia 
et nostra omnibus et singulis personis de quibus expédient et 
fueritis requisiti ne aliqua stanna, tabletas, mensas vel alia impe- 
dimenta an te eorum domos,operatoria aut alibi, in et super diclis 
carreriis et vicis publicis, seu super dicto ponere aut extendei'e, 
ultra terminos antiquos, assuetos et débites, ut supra dicto ponte 
ultra deambulatoria ipsius pontis, neque aliquid ibidem facere et 
l'eponere quo médian te carreria et vici dictœ civitatis veddantur 
et fiant strictiores plus move et modo solitis aut impedienses 
deambulationem ac etiam conduclum et transitum currurum et 
quadrigarum per dictas carrerias sub pœnam mille librarum 
turonensium. » Ordonnance prise en raison de ce que les sacs et 
balles des marchands installés comme il est dit rendaient par- 
fois la circulation impossible (FF., Chappe IX, 119 a i/|6). 



LA TENUE DES FOIRES 251 

Ces étalages extérieurs, qui se firent dès les pre- 
mières foires du xv® siècle, se perpétuèrent dans la 
suite, tant que les marchandises affluèrent à Lyon. 
Leur périmètre était à peu près compris entre la 
Juiverie, l'hôpital de la Saônnerie et la place de 
Roanne d'un côté, la Platière, la Grenetle, Saint- 
Antoine, les Cordeliers et le Rhône de l'autre. L'em- 
placement des foires atteignit plus tard, sur la rive 
gauche, les Terreaux et la place de Confort. 

Partout, en temps de foire, la circulation est 
intense; en de certaines rues, comme la « charrière » 
du Griffon ou la rue Saint-Eloy, encombrées de 
charrettes chargées, elle est presque impossible. Il 
faut, dit une délibération consulaire de iSSg, passer 
par le détroit des rues où il y a des marchands 
d'Italie, Piémont, Savoie et Dauphiné*. 

Les foires ne se tiennent pas seulement dans les 
rues et sur les places publiques. Les marchands ont 
aussi leurs « ouvreurs » et leurs « boutiques », où 
ils logent leurs marchandises; beaucoup, quand ils 
ne peuvent faire autrement, en laissent une partie 
dans les hôtelleries. Au début, les boutiques des 
marchands drapiers, contraints par le Consulat à 
exercer leur négoce dans une rue déterminée, avaient 
été taxées'^. Elles leur étaient données à bail par des 



1 BB. 81, fo iSgr". 

- « Et posé que l'on ait accoutumé de tauxer les ouvreurs et 
boutiques qui se baillent aux mai'chands de draps touttefois on 
ne doit pas pour ce tauxer les autres ouvreurs et boutiques des 
autres marchands car lesdits ouvreurs et boutiques se baillent 
par lots et brevets et sont lesdits marchands de draps contraints 



252 LKS FOIKES : LELK OHGAMSATIO.N 

brevets suivant le loi qui était advenu à chacun 
d'eux. Mais cette réglementation ayant disparu, par 
la volonté du roi Louis XI, les marchands drapiers 
tinrent boutique dorénavant, comme les autres 
marchands, partout où ils voulurent. 

Parfois, les marchands vendant certaines mar- 
chandises se groupaient dans la même rue ou le 
même quartier : les cuirs, par exemple, se vendirent 
d'abord rue de la Juiverie, puis, au xvi*" siècle, « à 
la Grenette » et aux Cordeliers, la mercerie se 
vendit « le long de l'église Saint-Nizier j) et au 
pont de Saône, la quinquaillerie sur la place de 
Confort *. 

Le Consulat voulut, lors de la création des quatre 
foires, contraindre tous les marchands en gros, 
étrangers ou régnicoles, à louer des boutiques pour 
avoir le droit de vendre en foire ou dans leurs hôtel- 
leries. Cette exigence que l'on conçoit, inspirée par la 
crainte de la concurrence que les grands marchands 
pouvaient faire sans frais aux petits et par le désir de 
faire payer une redevance, profitable aux Lyonnais, 
propriétaires d'immeubles, ne fut pas de longue 
durée, en raison des ordres de Louis XL Elle n'avait 

à prendre lesdits ouvreurs et boutiques que leur adviennent par 
lesdits lots pour tenir foire de ladite marchandise de drap laquelle 
raison cesse et n'a pas lieu es autres marchandises car les mar- 
chands des autres marchandises ne prennent pas les ouvreurs 
par lots et ne sont contraints de tenir foire en certain lieu ains 
se logent oîi bon leur semble du coté de la ville où se tiennent 
lesdites foires... » (Acte du Bailli de Mâcon, Sénéchal de Lyon. 
20 avril 1464, FF., (]happe IX, iif)-i46). 
' BB. 82, f" 156 y"; io3, f° oilo v". 



LA TENUK DES FOIKËS 253 

même point une légitime raison d'êlre. Le dévelop- 
pement des foires devait favoriser, mieux que toute 
réglementation, le louage des boutiques. Les mar- 
chands ne pouvaient, à chaque foire, emmener de 
Lyon toutes les marchandises qu'ils y avaient appor- 
tées dans l'espoir de les vendre, et dont certaines 
n'avaient pas trouvé d'acheteur. Leurs boutiques se 
transformaient alors en entrepôt, jusqu'à la foire 
suivante qui n'était éloignée que de trois mois et 
demi. Les marchands étrangers évitaient ainsi tous 
les frais de transport, et s'ils y trouvaient un avan- 
tage et une commodité, les Lyonnais, propriétaires 
des locaux loués, en retiraient un bénéfice qu'ils ne 
tardèrent pas à apprécier et même à escompter. Les 
mémoires et placets adressés au roi, lors de la lutte 
de Lyon contre Genève, déclarent qu' « il n'y a 
guère foyres qu'il n'y demeure plus de marchandise 
à vendre que de vendu laquelle demeure en ladite 
ville jusques à la foyre suivante ». Ils ajoutent 
qu'abolir les foires serait causer la ruine de la ville, 
« car soubz l'espérance desdites foyres, plusieurs 
ont ediffié somptueusement et acheté maisons à hault 
pris en ladite ville, et y ont employé la pluspart de 
leur vaillant pour recevoir les marchans et marchan- 
dises et gaignier avec eulx' ». 

Plus tard, après 1484, le^ Lyonnais tiraient un 
argument en faveur du rétablissement des foires 
supprimées, de toutes les dépenses effectuées par les 
marchands étrangers, dans le royaume et dans la 

1 HH., Chappe VIII, 3(j-5i. 



254 LKS FOIRES : LEUR ORGANISATION 

ville, pour leurs frais de séjour, le iransporl el le 
logement de leurs marchandises ^ 

Il semble qu'à la lin du xv" siècle, s'il y eut des 
marchands « sans enseigne », logeant, durant les 
foires, dans les hôtelleries "", les gros marchands 
eurent leurs boutiques, d'autanl mieux que beau- 
coup d'entre eux fixèrent leur résidence à Lyon'^ 

La plupart des boutiques ou ouvreurs se distin- 
guaient jDar des enseignes dont les cahiers du gra- 
beau, au xvi" siècle, nous ont transmis, pour quelques- 
unes, le texte ainsi conçu : « Au raisin, Aux trois 
croissans, A la coupe, A la couronne, A la cage, 
Gheuz la papesse, Au château de Milan, A Notre- 
Dame de Pitié, Au caillou, Au croissant*. » 

Ces enseignes surmontaient l'enlrée des boutiques 
dont nous connaissons lallure architecturale. Les 
vieilles maisons des xv^ et xvi*' siècles qui subsistent 
à Lyon, font encore apparaître des rez-de-chaussée, 
le plus souvent voûtés, dont les ouvertures sur la 
voie publique sont des arc en anse de panier, parfois 
ornés de moulures lisses. Mais, il est difficile de se 
représenter, autrement que par 1 imagination, l'as- 
pect des boutiques installées dans ces locaux et sur- 
tout la part du négoce qui s'y effectuait. Y faisait-on 
plus ou moins de commerce que dans les rues et sur 



' HH., Chappe VIII, 52-67. 

^ ce. ;}978, 56 (1497). 

^ Emplacement, étalages et boutiques. Sources : Arch. Munie, 
de Lyon, BB. 9, f°' 53 et s., 68 V, io5 r», 262 r°; i5, f» 284 v"; 
28, f» 5o r"; ce. 423, 3, f» 3 v»; FF., liiveiit., Chappe IX, iij)-i46. 

* ce. 1028, 4 ; 1 1<>3, I . 



LA TENUK DES FOIRES -^55 

les places? Ce sont là des questions pour la solution 
desquelles les documents ne fournissent pas de 
matériaux et que des hypothèses ne sauraient 
résoudre. 

Nous savons que ce qui faisait la valeur d'une 
boutique, c'étaient le nombre et la grandeur de ses 




ouvertures, mais il ne nous est point permis d'aller 
plus avant. Les anciennes estampes ne renseignent 
pas à cet égard notre curiosité, la boutique d'un chan- 
geur ou banquier lyonnais, au xvi^ siècle, nous est 
seule connue par une vignette de la, Prosopographie 
de du Verdier dont nous donnons la reproduction. 

§ 3. Usages. Coutumes particulières. — On ne 
trouve que peu de choses à signaler, dans la tenue 



25(1 LES FOIRES : LRUR ORGANISATION 

(les Ibirc!? de Lyon, qui soit caraclérisliqiie en lanl 
qu usages paiLiculiers. Il n y a point, à proprement 
parler, comme en certains lieux, de « cri des foires ». 
Le cri sert pendant les foires, comme en temps 
ordinaire, adonner aux actes de Tautorilé, la publi- 
cité nécessaire, mais les foires, à Lyon ne sont pas 
criées comme elles le furent à Genève. A l'origine, 
il y a une <( cloche pour les foyres ». C'est le Consulat 
qui la fait « clocher », aux heures déterminées par 
lui, à une époque où il veut réglementer la tenue 
des foires, mais où il échoue dans cette tentative par 
la volonté du roi Louis XI*. 

Sans s'attarder à la présence des comédiens, jon- 
gleurs et bateleurs, qui viennent à Lyon au moment 
des foires, comme ils vont partout où se fait concours 
de peuple, il faut signaler la réjouissance habituelle 
du jeu de la coulevrine, arc et arbalèle pour lequel 
le Consulat lui-même engageait, à ses propres frais, 
« roy et joueurs », à chacune des quatre foires de la 
ville 2. 

Enfin, une coutume de bienfaisance s'établit au 
xvi^ siècle. Profitant de la présence des marchands 



' ce. 420, 26 (1462). La cloche était faite surtout pour les mar- 
chands drapiers qui, au début, préoccupaient particulièrement le 
Consulat: « Ont ordonné cl appoincté que les loges etbutiques de 
drapperieestans en la place ordonnée pour icelle drapperie seront 
ouvertes et fermez à temps et heui'e limités et au son d'une cam- 
pane, c'estassavoir d..?.. matin ouvertes entre sept et huit et 
fermez entre dix et onze heures et, après dyner, ouvertes entre 
une et deux et fermez entre quatre et cinq heures » (ai avril i '(6.'^, 
BB. 9, f» 7:5 r°), 

■^ ce. 63;, 38; 64.,, -3. 



La tenue des foires 257 

et de leur affluence, rAiimône générale, faisant appel 
à leur générosité, organisa et fît défiler dans les rues 
de Lyon, le premier dimanche de chaque foire, « une 
procession géneralle de tous les pouvres de ladite 
ville qui pregnent et vive de ladite aulmosne géné- 
rale ' » . 

1 BB. 6(!, f» 7 l'o. 



17 



~Ô8 LES FOIRliS : LliUR ORGANISATION 



CHAPITRE II 

LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 
LES QUATRE PAYEMENTS DES FOIRES 



I. Les monnaies et les effets de commerce : § i. Les monnaies; 
§ 2. Les changeurs ; § 3. La lettre de change. — IL Les Paye- 
ments des foires : § i. Organisation des Payements; § a. Les 
divers changes des Payements. — IIL La banque et les ban- 
quiers : § I. La banque. Ses opérations ; § 2. Les banquiers. 
— IV. La loge des changes. 



I. Les monnaies et les chang^eurs, les effets de commerce. 

§ I. Les Monnaies. — Il suffit, pour se rendre 
compte de la variété et de la multitude des monnaies 
qui circulaient en France, aux xv^ et xvi*' siècles, 
de lire les ordonnances des rois donnant la nomen- 
clature de celles qui, seules, devaient avoir cours. 
Sans cesse, il était procédé à des refontes et quel- 
quefois pour des motifs inavouables. Les monnaies 
frappées antérieurement étaient alors <* décriées » 
eL leur usage interdit. Les changeurs qui les rece- 
vaient, étaient tenus de les porter à la plus proche 
Monnaie, de les cisailler et déformer. Les Ordon- 



LE MOUVEMENT DE L ARGENT 259 

nances du i4 juin 1417? du 7 juin i456, du 5 mars 
1 533, sont, à ce sujet, particulièrement intéressantes*. 

Toutes les monnaies françaises n'avaient donc pas 
cours dans le royaume, mais en outre, l'introduction 
des monnaies étrangères y était interdite, sauf quel- 
ques exceptions prévues spécialement par les ordon- 
nances. On comprend quelles difficultés pouvait 
présenter, pour les opérations commerciales des 
foires, une telle réglementation. 

Charles VU, en créant les foires de Lyon, leur 
accorda le privilège de la libre circulation des mon- 
naies dont avaient joui les foires de Champagne et 
de Brie. « Donnons et octroyons, disait-il, par ces 
présentes (i4 fév. i4i9» ^- s.), congé et licence d'y 
avoir mise de toutes monnoyes, autres que de ce 
royaume et les employer pour leur loyale et juste 
valeur durant le temps desdites foires tant seule- 
ment"^. » Cette disposition était importante, il faut 
dire aussi qu'elle était nécessaire, puisque les mar- 
chands de tous les pays étaient conviés aux foires 
de Lyon et qu'à tous, le sauf-conduit était accordé. 
Un régime exceptionnel était institué, il fut main- 
tenu par le roi dans ses Lettres de février i443. 

Louis XI, qui toujours accorda la faveur de la 
liberté aux marchands et aux marchandises, et 
souvent même l'imposa, renouvela en i463, puis 
en 1476, les dispositions de son prédécesseur pour 
la circulation, en foires, des monnaies étrangères 

' Isambert..., t. VIII, p. 582; t. XIII, p. 378. HH., Chappe VIII, 
423-450. 

- Privilèges...^ p. 23. 



260 Li:S FOIKKS : LEUR ORGANISATION 

qu'il prohibail éiiergiquemenl dans les autres pays 
du royaume, sous peine de confiscalion *. Lyon jouit 
donc pendant les foires d'un privilège qui lui était 
particulier et qui, à vrai dire, donna lieu à quelques 
abus. Les Lyonnais signalèrent eux-mêmes les agis- 
sements de certains marchands de Paris, qui, pa- 
raît-il, achetaient en Flandres des monnaies « fai- 
bles » et les apportaient aux foires. 

Plus tard, à la fin du xv" siècle, un phénomène bien 
souvent observé pas les économistes se produisit : 
la mauvaise monnaie chassa la bonne. Les foires de 
Lyon en supportèrent la responsabilité. On leur fît 
grief de favoriser la fuite de l'or et de l'argent hors 
du royaume, et, pour éviter un tel résultat, on les 
supprima en 1484. Rétablies partiellement, en 1487, 
puis totalement en 1489, elles eurent les mêmes 
privilèges qu'antérieurement. La question monétaire 
fut cependant, durant les années qui suivirent ce 
rétablissement, la cause de difficultés entre les mar- 
chands et les agents royaux qui prétendirent même 
parfois empêcher la sortie de certaines monnaies'^. 
En 14975 Charles VIII qui avait interdit l'expor- 
tation d'aucun denier d'or ou d'argent monnayé 
hors du royaume, permit néanmoins aux marchands 
étrangers d'emporter l'or et l'argent qu'ils affirme- 
raient, sur serment, au Maître des ports, avoir 
apportés aux foires. 

La crise de 1484 terminée, il ne semble pas que 



' Isarnhert..., l. X, p. 8i3. 

- BB. 19, f" 7.G2 v''(i4(>2) ; 23, f»» io3 V», 106 r% iS; v° (i/,;)?). 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 261 

les foires de Lyon, eL leurs marchands, aient eu à 
subir une gêne dans la libre circulation des mon- 
naies. Les Lettres royaux de confirmation des foires, 
en renouvelant successivement la concession de 
tous leurs privilèges, ne firent point d'exception 
sur ce chapitre. Les quelques difficultés qui s'élevè- 
rent, soit en iSyS, soit en i582\ sur la circulation 
des monnaies, les réclamations formulées à cet égard 
et l'intervention du Consulat montrent bien qu'au 
xvi*^ siècle, la circulation monétaire fut libre comme 
elle l'avait été au xv^ siècle, avant i484- 

La question des monnaies présenta, du reste, 
pour les foires de Lyon, une importance qui alla 
sans cesse en diminuant. Eu fait, la circulation était 
réduite à son minimum : la lettre de change était 
d'un usage général, le système des quatre « Paye- 
ments » permettait d'effectuer de larges compensa- 
tions sans que les marchands eussent à se servir de 
numéraire; la banque enfin, atteignit un développe- 
ment et un perfectionnement extraordinaires. 

§ 2. Les Changeurs. — La diversité des monnaies 
qui avaient cours en France et la libre circulation 
des monnaies étrangères, autorisée pendant les foires, 
rendaient nécessaires à Lyon, et fréquentes, les 
opérations du change de monnaie. Ces opérations 
étaient pratiquées par les changeurs qui étaient de 
simples commerçants. Louis XI avait, en effet, 
ordonné « que toutes gens de quelque estât ou condi- 

1 BB. 99, f» i3 r° et 109, fo 270 v». AA. 107, fo 44 r°. 



262 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

tion qu'ils soient, fréquentans lesdites foires, puissent 
tenir banc de change public pour exercer fait de 
change, ainsi que bon leur semblera raisonnable- 
ment durant le temps desdites foires* ». 

L'exercice de la profession de changeur qui, par- 
tout ailleurs, était soumis à la concession de lettres 
d'office, demeura libre à Lyon. Cette liberté était 
considérée par les Lyonnais, même à la fin du 
xvi^ siècle, comme constituant pour leurs foires un 
appréciable privilège'-. « On a si bien obcurcy le 
faict des monnoyes par le moyen du billonnage, 
écrit Jean Bodin à cette époque, que la plupart du 
peuple n'y voit goutte^ ». Son observation vraie, 
pour le temps où il vivait, l'était aussi pour les temps 
antérieurs. Aux marchands français et étrangers, les 
changeurs rendaient d'utiles et fréquents services, 
leur rôle était, on peut le dire, indispensable. Ils 
pesaient les monnaies, en fixaient la valeur et les 
troquaient les unes contre les autres. Gomme les 
autres marchands, ils avaient leurs boutiques, mais 
beaucoup, munis de balances, exerçaient leur métier 
dans les rues et les places, sur des bancs ou banques, 
en particulier sur le pont de Saône qui était le 
grand centre du change des monnaies. 

§ 3. La Lettre de change. — Que la lettre de 



1 Lettres d"Ac(js, 1.463, déjà citées. 

- BB. 89, f° 173 r°. Le Consulat décide de faire des Remon- 
trances pour que ne soit pas publié Ledit du Roi « pour la réduc- 
tion des changeurs en lettre d'office » (27 septembre 1^)71). 

* La Répabliqup, livre VI, ch. m. 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 263 

change soit un produit spontané « des influences du 
milieu » au Moyen Age, qu'elle ait été créée par les 
Juifs qui trouvèrent en elle un moyen pratique de 
recouvrer leur argent et de le transmettre avec plus 
de sécurité, ou qu'elle ait été inventée par les ban- 
quiers florentins, elle était utilisée, en France, au 
XIV* siècle. Les marchands s'en servaient aux foires 
de Genève comme antérieurement ils s'en étaient 
servi aux foires de Champagne '. Aussi, dès les 
premières foires de Lyon, l'usage des lettres de 
change fut-il pratiqué. Louis XI, dans ses Lettres de 
1 463 (n. s.), déclara que les marchands seraient 
contraints de les payer, qu'elles fussent créées aux 
foires «. pour payer et rendre argent autre part », 
ou qu'elles fussent créées ailleurs « pour rendre 
argent ausdites foires de Lyon ». 

La lettre de change des xv" et xvi® siècles avait des 
formules claires et précises se réduisant aux indi- 
cations nécessaires donnant un ordre à une personne 
désignée de payer une somme déterminée. La lettre 
de change de cette époque ressemble aux lettres de 
change actuelles, la forme en a peu varié. 

Voici une lettre de change de 1488 : 

« Poyes pour ceste première lettre de change, 
le XV^ 70 wr du moys de may prouchain venant à 
Nery Cappon et Bertholomy de Boudelinot compa- 
gnie de Lion, la some de troys cens escus d'or sans 

1 Bourquelot, op. cit., t. II, p. io5. Borel, op. cit., p. 140. Voir 
le texte de lettres de change de 1200 et 1248, Fagniez, op. cit., 
t. I, pp. 1 10 et 161. 



264 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

souleil et de poix, c'est asavoir troys cens escus d'or 
à la couronne de poix pour semblable somme que 
j\iy eu de Albache Delbene à Tours ^ le A'' d'avril 
'mil III F IIII'''' VIII . 

P. Lemaistre ». 

Au dos : « A mon père Jehan Lemaistre à Lion ' ». 

G'élaiL, en effet, au dos de la lettre que Ton in- 
scrivait le nom de celui qui devait la payer ainsi que 
le nom de la ville où il habitait. La lettre restait 
ouverte, sans pli ni clôture. La lettre de change était 
toujours créée en plusieurs exemplaires. Le bénéfi- 
ciaire en faisait faire deux ou trois qu'il envoyait 
par des courriers différents pour se couvrir de toul 
risque. 

La lettre de Lemaistre sur son père, dont nous 
donnons la reproduction et le texte, était un pre- 
mier exemplaire : « pour ceste première lettre de 
change... » Les autres exemplaires étaient numérotés 
de la même manière : « par (ou pour) cette seconde 
lettre de change. . . » Si la lettre était payée, le payeur 
la gardait après s'être fait donner quittance au dos. Si 
elle n'était pas payée, le porteur faisait lever protêt 
contenant le refus et le cours du change de la ville 
où la lettre était présentée sur la ville où elle avait 
été créée, cours certifié par les courtiers. Les lettres 
de change créées pour le commerce des foires et 
payables à Lyon, présentaient ceci de particulier, 

' ce. 417, 41. V. ci-conire le fac-similé de cette leUre. 







>.^- 



\ 







- — -=-«.^:^*i 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 265 

que parfois elles élaieiiL payables non à telle dale, 
mais à telle foire : « En tel payement payez... » La 
clause d'ordre « payez à X... ou à son ordre », qui 
permet Tendossement, n'était pas usitée aux xv*" et 
xvi" siècles, ni non plus l'acceptation de la lettre de 
change . 

L'indication : « Payez comptant et hors banque » 
voulait dire : « sans virer partie ». Souvent était 
employée la mention : « Mettez au compte de .. » 
qui complétait le texte de la lettre et lui donnait 
toute sa signification. Si, en effet, le signataire de la 
lettre, ou tireur, se rend débiteur du tiré ou payeur, 
c'est le cas où il n'y a pas provision, mais où joue 
l'ouverture de crédit, il inscrit : u Mettez sur mon 
compte... » Si, au contraire, le tiré est débiteur, s'il 
y a provision, c'est-à-dire créance du tireur, celui-ci 
inscrit : « Mettez sur votre compte... » La mention 
de compte sert aussi à faire mettre sur le compte d'un 
tiers : « Mettez sur le compte de N... », écrit-on, 
si le tireur a provision et veut payer ce tiers*. 



II. Les Payements des foires. 

§ I. Organisation des Payements. — Dès le 
xv^ siècle, s'établit la coutume de liquider entre 
marchands et après chaque foire, par un procédé 



1 Trenchant (V Arithmétique, Lyon, Pillehote, 1602, i voL in- 
16, pp. 35o-354) donne d'intéressants détails sur la pratique de la 
lettre de change et du change au xvi« siècle. Son ouvrage, suivi 
d'un discours sur le change, a été écrit en 1557. 



266 F.RS FOIRES : LRIIR ORGANISATION 

plus simple el siirlouL plus commode que le règle- 
ment au complanl et en numéraire, toutes les opé- 
rations commerciales qui venaient de s'y elFectuer. 
Cette liquidation ou règlement constituait les <( paye- 
ments des foires » quelle suivait de quelques jours. 

Simples au début, quaiul ils n'avaient pour objet 
que le règlement d'opérations commerciales, les 
Payements devinrent une institution extrêmement 
importante, lorsque Lyon fut non point seulement 
le centre dun immense trafic de marchandises, mais 
aussi un marché d'argent et de lettres de change. 
Organisés par les Florentins, à Lyon ' , les Payements 
des foires au moment de l'apogée commerciale de 
la ville s elfectuaient de la manière suivante. 

Une première réunion des marchands ouvrait les 
Payements, On y procédait aux acceptations par les 
tirés des lettres de change, payables en la foire, que 
les porteurs présentaient. L'acceptation était donnée 
ou elle était refusée, ou bien encore le tiré deman- 
dait à voir la lettre. Suivant le cas, elle était alors 
marquée d'une croix (acceptée) ou de la lettre V 
(voir) ou des lettres S. P, (sous protêt). Le consul 
de la nation florentine avait la prérogative d'ouvrir 
cette réunion et d'accepter le premier les lettres de 
change qui lui étaient présentées. Chaque marchand 
portait avec soi un petit livret sur lequel il inscrivait 
les réponses qu'il donnait comme celles qu'il rece- 



* Les marchands français, au xv"^ siècle, éprouvèrent quelques 
difficultés à s'habituer au mécanisme, nouveau pour eux, des 
Payements (voir Bli. -i^, f" 23o, v". i499)- 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 267 

vait. Entre marchands, ce registre manuel faisait 
foi. 

Deux ou trois jours après les acceptations, les 
marchands se réunissaient à la Loge des Changes. 
C'était « le jour des changes ». A cette réunion 
prenaient part les marchands Français, Allemands, 
Milanais, Florentins, Génois et Lucquois, à l'exclu- 
sion des marchands de tous autres pays. Ils se for- 
maient en cercle et faisaient « la ronde » autour du 
consul de la nation florentine. Celui-ci leur adres- 
sait, en italien, une traditionnelle allocution leur 
demandant la date qu'il convenait de fixer pour les 
acceptations et paiements de la foire suivante*. A 
cette interrogation, les Français répondaient les 
premiers, puis les Milanais, les Génois, et, en der- 
nier lieu, les Lucquois. La fixation de la date des 
Payements de la foire prochaine était l'objet essentiel 
de cette seconde réunion. Les marchands n'y ve- 
naient pas en grand nombre , semble-t-il ; ils y 
étaient représentés par leurs consuls et les princi- 
paux d'entre eux; deux marchands de Lyon, dési- 
gnés par le Consulat, y figuraient, à eux seuls, les 
■marchands de la Ville -. La date du jour des changes 
des Payements prochains fixée, on déterminait les 
délais à accorder pour le paiement des lettres de 
change sur les villes étrangères. Aucun délai, tou- 
tefois, n'était déterminé en ce qui concernait les 

1 De Rubys (Histoire véritable, livre IV, ch. ix) reproduit le 
texte de cette allocution en donnant d'intéressants renseigne- 
ments sur les Payements. 

•^ BB. 82, fû 8û r° (i56i). 



268 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

Flandres, rAllemagne, Londres, l'Espagne eL cer- 
taines villes d'Italie, car assez rapidement, on arriva 
à pratiqner les « nsances », ou dilais fixes d' usagée 

Ceci fait, les marchands des nations florentine, 
génoise et lucquoise se retiraient chez leur consul 
ou (( député », Chaque nation arrêtait le prix de 
l'argent, pris à change, des Payements de la foire 
présente aux Payements de la foire prochaine, tant 
sur la place de Lyon que sur les places étrangères. 
Des opinions formulées par les marchands de ces 
trois nations, avis donné par les courtiers de change, 
il était fait une opinion commune, suivant laquelle 
était arrêté le taux de l'argent et du change pour 
toutes les places-. Les villes étrangères en étaient 
de suite informées par courriers que Ton dépêchait 
de toutes parts. 

Trois jours après ces opérations s'effectuaient, à 
la Loge des Changes, les payements, non seulement 
des lettres de change acceptées, mais de toutes cé- 
dules et opérations. 

' Les usances étaient, au milieu du xvi« siècle, les suivan- 
tes : 

Palermo, Messine, Londres : 2 mois après la lettre faite. 

Allemagne : 14 jours après la lettre vue. 

Milan et Gênes : 20 jours après la lettre faite. 

Venise, Rome, Florence, Lucques, Ancône, Bologne, Anvers : 
25 jours après la lettre faite. 

Naples, Valence : 3o jours après la lettre faite. 

Quant aux lettres sur Lyon à payer à l'usance, elles se payaient 
aux Payements suivant la foire nommée par la lettre (Trenchant, 
p. 353). 

- Voir les cours du change en i558 à Lyon (Trenchant, p. 35^- 
358) et ceux du cliange en 1070 (de Nicolay, op. cit., p. i5i-i53). 



LE MOUVEMENT DE L'AUGENT 269 

Ces payements se faisaient soiL en papier, soit en 
numéraire. 

Payer en papier, c'était « virer partie ». Les mar- 
chands se rendaient aux Payements avec leur 
« bilan » ou livret, sur lequel étaient inscrits leur 
crédit et leur débit. Là, les débiteurs recherchaient 
ceux à qui ils devaient. S'ils se trouvaient eux- 
mêmes créanciers de ces derniers, une compensa- 
tion s'effectuait. Sinon, ils leur proposaient d'ac- 
cepter, en lieu et place, leur propre débiteur tenu 
envers eux de semblables sommes, échues aux Paye- 
ments en cours. Si le créancier acceptait ce chan- 
gement de débiteur, mention en était faite sur le 
bilan respectif des contractants. Il y avait ainsi 
novation, le débiteur originaire était libéré envers 
son créancier qui avait accepté à ses « risque, péril 
et fortune ». Les créanciers, on le conçoit, n'accep- 
taient pas de changement de débiteur s'ils n'avaient 
avantage à le faire. Les novations qui résultaient 
des virements de partie aboutissaient à des compen- 
sations dont elles n'étaient que les préliminaires. 
La plus simple de ces compensations s'effectuait 
■ entre trois marchands : le premier, créancier d'un 
second et débiteur d'un troisième, payait ce dernier 
avec la créance qu'il avait sur ce second marchand, 
créancier lui-même du troisième. Mais les combi- 
naisons étaient d'autant plus nombreuses et plus 
larges qu'elles se produisaient dans un cercle où se 
trouvaient tous les marchands de la ville et des 
foires. Tous, en effet, devaient paraître aux Paye- 
ments ou s'y faire représenter par leurs facteurs 



270 Li:S FOIRES : LEUR ORGANISATION 

« pour souder compte avec leurs créanciers », faute 
de quoi ils étaient déclarés banqueroutiers et traités 
comme débiteurs en fuite. On comprend aisément 
qu'aux Payements des foires, sans aucun mouvement 
de numéraire, se soldait la plus grande partie 
des opérations commerciales qui y avaient été 
faites et se réglaient des sommes très importan- 
tes. Le chroniqueur de Uubys estime que, dans 
une seule matinée, un million de livres était ainsi 
payé. 

Si le marchand débiteur n'avait pu se libérer par 
compensation ou «. virer partie », il ajournait aux 
Payements suivants, si le créancier y consentait, le 
payement de sa dette, à laquelle s'ajoutait le prix 
du change. 

C'était en numéraire, en deniers comptants, que 
se faisait le règlement des opérations qui restaient 
à liquider lorsque, par les moyens précédents, il 
n'avait pu s'etTectuer. L'écu de marc, valant 45 sols, 
était l'unité monétaire qui servait de base à la plu- 
part des règlements, qu'il s'agisse de change ou de 
marchandises ; pour certaines villes, ou usait en 
change du marc d or ; pour d'autres, de l'écu au 
soleil (5o sols en iSSy), Les payements s'effectuaient 
« en or ou en monnoye ». En i55i, les marchands 
et banquiers italiens voulurent imposer le payement 
en or des deux tiers de la somme due. Cette pré- 
tention, qui avait pour but principal de faire haus- 
ser le prix du change de l'or, se heurtait à un édit 
du roi Henri II ; elle rencontra, de la part du Con- 
sulat et des marchands français, une énergique résis- 



LE MOUVEMKNT DK L'ARGENT 271 

lance et ne put passer en coutume définitive'. A la 
fin du XVI*' siècle, les payements en numéraire se 
faisaient, en ellet, comme au commencement du 
siècle et au siècle précédent, soit en or, soit en 
monnaie ayant cours au royaume-. Si le payement 
était fait en monnaie, les deux tiers devaient être en 
monnaie « blanche comme testons, souz » et l'autre 
tiers « noire comme deniers, doubles liars, demi- 
souz^ ». 

Les Payements constituaient des échéances d'au- 
tant plus grosses que si, à l'origine, ils eurent pour 
objet la liquidation des opérations effectuées en 
foire, ils aboutirent très rapidement à une desti- 
nation beaucoup plus large. La présence à Lyon de 
marchands et de banquiers de tous les pays, à épo- 
ques fixes, quatre fois par an, l'importance et la 
multiplicité des opérations qui se traitaient en foires 
firent qu'aux Payements se liquidèrent non point seu- 
lement les dettes commerciales, mais toutes espèces 
d'autres dettes. Ils étaient un lieu de rendez-vous 
pour les nations comme pour les personnes. L'on y 
trouvait de l'argent à emprunter et aussi des lettres 
de change sur toutes les places du monde civilisé, 

' BB. 72, fos 61 r", 71 et suiv., long mémoire des marchands de 
la ville. Pièce justificative XVIII. 

- Fabiano dit qu'à Lyon l'argent ou monnaie assigné pour le 
change est de trois sortes : écus d'or, monnaie d'argent et « par- 
pagliole » (menue monnaie de billon) : « A Lione chi prende a 
cambio communemenle assegna tre sorti di pecunia : cioe scuti 
d'oro, moneta d'argento, e parpagliole » (Tratlato dcl cambio di 
Lione odi Bisenzone, Milano, i56i, in-i6, p. kj r"). 

* Trenchant, p. 345. 



2t2 LES FOlhES : LEUR OhGANISAtlON 

c'esl-à-dire le moyen le plus pratique, le plus siîr et 
le plus rapide de se procurer de l'argeul ou de se 
libérer, dans l'une quelconque de ces villes, suivant 
des conditions déterminées en partie à l'avance et 
par les usages, en partie par les délibérations offi- 
cielles des marchands. Ce fut à Lyon que les villes 
(( de la grande ligue de la haute Allemagne » reçu- 
rent, à partir de i474? ^^^^ l'oi Louis XI, leur allié, 
5.000 francs par chacun des quatre quartiers de 
l'année ^ Les sommes empruntées par Henri II aux 
marchands et banquiers des nations portaient intérêt 
de Payements en Payements. Ce fut encore aux 
Payements que se réglèrent les emprunts de la ville"-. 
Lyon devint un lieu de payement ou d'exécution, 
ses Payements des époques d'échéance ; ils se trans- 
formèrent, à proprement parler, en des marchés d'ar- 
gent et d'effets de commerce^. Lorsque les foires de 
marchandises perdirent de leur importance, les 



' hainberi..., l. X, p. 698. 

- BB. 68, {° 228 v°. ce. 534, 42. Le Consulat dit, en parlant des 
rêve et foraine, que les lever» seroit la perdition desdites foyres 
et du commerce et trafficq des marchans et marchandises qui 
viennent soubz umbre desdits privillèges desdites foyres et fré- 
quentent caste ville de Lyon et des changes et rierechanges qui 
se font aux payemens desdites foyres qui est la cause que grant 
partie de lor et l'argent de toute la crestenté et de l'Europe 
vient et haboude audit royaulme » (22 mars lôôi avant Pâques, 
BB. 73, f° 37 r°). 

^ Henri III voulut « lever ung subside d'ung denier pour livre... 
sur les deniers qui seraient changés sur la place d'icelle soit que 
ledit change se feict pour notredit royaume ou pour estre remis 
pour les aultres places hors d'icelluy ». Il dut y renoncer et révo- 
quer une telle disposition (14 mars i58o, CC. 3yy4, i). 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 273 

Payements, qui avaient eu en elles leur raison 
d'être, ne subirent pas leur décadence. Par eux, les 
foires de Lyon devinrent pour partie, dans la seconde 
moitié du xvi^ siècle, ce qu'elles semblent avoir 
été dans les siècles suivants : des foires de change. 

§ 2. Les DIVERS CHANGES DES PAYEMENTS. Il CSt 

peu de mots usités avec des acceptions aussi diverses 
que le mot change et, pour se rendre compte des 
opérations qui s'effectuaient sous cette dénomina- 
tion, il faut définir les différentes sortes de changes 
qui se pratiquaient aux Payements. Abstraction 
faite du change des monnaies, que l'on appelait 
change manuel ou change menu, les deux princi- 
paux changes étaient le change réel et le change 
sec. 

Tout dabord, le change réel par lettres ou change 
niercantil ou mixte. « Change réel, dit Trenchant, 
est prendre argent en une ville pour rendre sa va- 
leur en une autre ou, au contraire, bailler argent en 
un lieu pour reprendre sa valeur en un autre. » 
Pour faire comprendre le mécanisme du change 
réel Trenchant, qui écrit en iSSy, donne deux exem- 
ples. J'ai besoin, dit-il, de remettre une somme d'ar- 
gent à Venise; je vais chez un banquier. Celui-ci 
fait le compte du change et, transformant l'argent 
qu'il reçoit de moi en ducats, il crée une lettre de 
change sur un banquier à Venise, au profit de celui 
à qui je veux remettre mon argent, j'envoie à ce 
dernier la lettre de change qui m'est alors remise. 
Le second exemple est le suivant : Juliani, dit-il, 

M. B. 18 



274 LES roiKKS : LKUR OKGANISATION 

doit à David i.ooo écus; Juliani propose à David de 
lui bailler une leltre de change de même somme sur 
Gênes à recouvrer sur Forlia ; David acceple. Inter- 
vient Didier cpii présente i.ooo écus à David pour 
les changer à Gênes; tous deux tombent d'accord, à 
raison de 66 sols par écu ; l'opération se termine 
par une lettre de change sur Forlia : 

(( Le XXIII juillet io5S. 

« Le XIII claoust prochain payez par cete pre- 
mière de change à Crestofle Didier la somme de mil 
escuz à 66 s. pour ecuz en ecuz sol. à 69 s. pour écu 
pour la valeur receue dudit Didier et les mettez au 
conte de Pierre Juliani. 

« Vostre Alexandre David K » 

Fabiano explique de la manière suivante en quoi 
consiste le change réel : « Le banquier, dans l'espoir 
de gain, en temps convenable, pour chaque écu de 
marc qui lui est remis à Lyon par le vendeur, donne 
et paye ailleurs, comme à Gênes, au même vendeur 
le prix, d'après le temps et lieu convenus, par 
exemple 65 sols, ou plus, ou moins, suivant la variété 
des événements. » 

Ainsi, l'un des contractants donnait à Lyon une 
somme d'argent pour laquelle il recevait de son 
co-contractant, et par lettre, une somme d'argent en 

* Trenchant, pp. 349 et 355. 

■^ Traltato del Carnbio..., p. 2 v° : « Perciochc il bancbiero, con 
speranza di guadagno... » 



LE MOUVKMENT DE L'ARGENT 275 

un autre lieu et vice versa. Le banquier ou marchand 
qui recevait, à Lyon, une somme déterminée, tirait, 
le change calculé, sur la place indiquée, une lettre 
payable soit par Tun de ses débiteurs, soit par un 
banquier, son correspondant ou son facteur. Le mar- 
chand qui avait, à Lyon, remis la somme se trou- 
vait, par le payement de la lettre, libéré sur la 
place où il était auparavant débiteur. Le change 
était qualifié par le nom de la ville où se liquidait 
l'opération. On disait « change de Lyon » quand on 
remettait à Gênes, par exemple, ou ailleurs pour 
recevoir à Lyon. Le change, ainsi pratiqué, était 
appelé réel, parce qu'il y avait réellement échange 
d'argent à l'aide de lettres, une somme payée à Lyon 
étant changée contre une somme payable sur telle 
place ou inversement. La différence des deux sommes 
constituait le prix ou taux du change. Ce taux était 
variable, on le conçoit, avec les places et suivant 
les foires d'après l'abondance ou l'indigence de l'ar- 
gent. La commission que prenaient les banquiers 
variait aussi ; au xvi® siècle, les Florentins et les 
Lucquois prenaient 2 pour i.ooo, les Génois i pour 
3oo^ 

Le change sec ou adultérin était, en réalité, un 
change de simple place constituant un prêt ou même 
une manière d'usure sous apparence de change, ce 
qui le faisait parfois appeler change feint. Un mar- 
chand ou un emprunteur demandait-il de l'argent à 
un banquier ; au lieu de prêter purement et simple- 

' L' Arithmétique, p. 34 1. 



%*!& LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

menl. le banquier lui faisait créer une letlre de 
change sur un tiers quelconque payable, dans une 
place étrangère, à son correspondant ou facteur. Le 
banquier gardait celle letlre dont la valeur, avec le 
compte du change, correspondait au montant du 
prêt. A l'époque fixée pour le remboursement, l'em- 
prunteur devait payer la valeur de la lettre et le 
prix du change de retour. Si le marchand ou em- 
prunteur n'était pas à même de rembourser, le ban- 
quier, au lieu de garder la lettre, l'adressait, puis 
faisait lever protêt; la lettre revenue, le marchand 
était alors « contraint à brief^ ». On comprend la 
manière dont certains banquiers pratiquèrent le 
change sec. 

De Nicolay nous indique l'un des procédés frau- 
duleux : (( En convenant que celluy qui preste tien- 
dra sur les changes ce qu'il ha preste jusqu'à ce 
qu'il soit remboursé et envoyent par lettres de 
change les sommes quilz ont prestées pour les faire 
tenir en divers païs et mesmes ou ilz ont advertis- 
sement que l'argent est plus cher donnans charge a 
quelcun auquel ilz commettent leurs affaires de 
leurs renvoyer lesdictes lettres avec protestation de 
la faulte de payement dicelles et au plus grand pris 
que le marc a vallu le jour que l'on a faict les 
changes et la protestation-. » De Rubys nous 
dépeint un autre procédé par lequel, à celui qui 
demande, les usuriers « feignent n'avoir argent 



' L'Arithmétique, p. 36i. 
- De Nicolay, up. cil., p. i54. 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 277 

pour lui prester à Lyon et lui font aller quérir sa 
partie en quelque place de dehors el d'ordinaire en 
celle ou l'argeni a este plus haut prix à ces Paye- 
ments la et puis le lui font revenir à Lyon par 
lettres de change avec l'escompte de retour qui est 
double intérêt qu'il paye la partie' ». L'ingéniosité 
des usuriers ne manqua pas, on le conçoit, d'utiliser 
le mécanisme des changes de Lyon pour le plus 
grand détriment de leurs emprunteurs. De telles 
opérations étaient d'autant plus faciles que des per- 
sonnes non commerçantes, des clercs même et des 
religieux, trafiquaient l'argent aux changes de 
Lyon -. 

Enfin, le mot change désignait ïinlérêt ou profit 
de V argent qui se prêtait ou dont l'exigibilité était 
renvoyée d'un Payement au Payement suivant. 
« Prendre à change » c'était emprunter de l'argent 
à tels Payements pour le rembourser à tels autres ; 
c'était aussi ajourner le versement d'une somme d'ar- 
gent des Payements auxquels elle était échue à l'un 
des Payements suivants. C'était changer une somme 
d'argent payaljle à tels Payements en une somme 
d'argent payable à tels autres Payements. La diffé- 
rence de la somme due à la somme reçue ou de la 
somme exigible à la somme dont l'échéance était 
ajournée, était le « prix de l'argent » ou « prix du 
change ». Les Payements constituaient des dates 



1 De Rubys, op. cit., p. 499 (livre IV, ch. ix). 
- Fabiano décrit les « mauvaises inventions » (cattiva inven- 
tione) des banquiers, op. cit.. pp. /|-i5, notamment p. 12 v°. 



278 LES FOIRRS : LEUR ORGANISATION 

d'échéance et le prix du change était fixé d'un 
Payement au Payement suivant. Il n'était poiul tou- 
jours le même, se trouvant généralement de 2 à 
3 pour 100 « de quartier en quartier », c'est-à-dire 
de foire en foire. 



III. La Banque et les Banquiers. 

§ I . La Banque. Ses opérations. — A Lyon, 
rendez-vous par les foires des marchands de tous 
les pays, centre des Payements, devaient, par la 
force même des choses, se concentrer les opérations 
que nécessite un grand mouvement d'argent et qui 
constituent les opérations de banque. 

Les Florentins, dont certains habitaient la ville 
au xiv« siècle (del Bene, Medicis), rompus au com- 
merce de l'argent, apportèrent à Lyon leurs mé- 
thodes, initiant, dès la création des foires, les mar- 
chands lyonnais et étrangers aux perfectionnements 
d'une industrie qui avait fait la prospérité de leur 
pays. 

La banque prit, avec les foires et par leur déve- 
loppement, une importance considérable. Dès le 
xv^ siècle, les Lyonnais pouvaient dire qu'en leur 
ville le roi trouverait « telle somme qu'il voudra » . 
Au xvi'' siècle, Lyon fut la place de banque la plus 
considérable de France et, on peut le dire, de 
l'Europe entière. La banque comporta une série 
d'opérations variées. 

Les 'anciens banquiers jlyonnais faisaient le com- 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 279 

merce des métaux précieux, achetant et revendant 
les matières d'or et d'argent, effectuant aussi le 
change des monnaies. Leur champ d'aclion restreint 
à ce négoce, qui était à peu près celui d'argentiers, 
s'élargit lorsque les foires créèrent de nouveaux 
hesoins et que leur profession fut exercée par des 
Italiens. 

Les banquiers reçurent, des marchands fréquen- 
tant les foires, des sommes en dépôt et ouvrirent, 
au nom de leurs déposants, de véritables comptes 
courants. Les marchands recevaient des banquiers 
un intérêt de leur argent, leur numéraire était en 
sûreté et ils tiraient d'un tel dépôt toutes les com- 
modités habituelles. Par le banquier s'opéraient les 
payements et les recouvrements qu'il inscrivait à 
l'actif et au passif. Pour lui et par lui, ces mou- 
vements de fonds se réduisaient souvent à un jeu 
d'écriture, soit entre deux comptes courants si le 
créancier et le débiteur étaient ses clients, soil sur 
son compte et celui d'un autre banquier. Il est aisé 
de comprendre à quel point les dépôts dans les 
banques facilitaient les compensations qui, par les 
■ comptes courants, pouvaient s'effectuer même en 
dehors des Payements. Ces compensations furent 
d'autant plus aisées que, faisant les payements et 
les recouvrements, les banquiers faisaient aussi le 
trafic du change. C'était en réalité leur principal 
rôle. (( L'art du banquier, dit Fabiano, est le trafic 
dans l'échange de l'argent. » C'est par les ban- 
quiers, dit Tranchant, que se fait le change réel, 
« lesquels par toutes contrées... ont argent par les 



:i80 Li:S FOIKES : LEUK ORGANISATION 

mains de quelques leurs parens, compagnons, fac- 
teurs, débiteurs ou crédit et intelligence avec d'aulres 
banquiers leurs amys qui se font réciproquenienl 
service ». Par le jeu des lettres de change, les ban- 
quiers arrivaient à payer ou à recouvrer pour eux- 
mêmes el pour leurs clients, dans d autres villes, 
les sommes, dont les uns et les autres étaient débi- 
teurs ou créanciers, sans mouvement de numéraiie. 
Leurs correspondants sur les places étrangères ou 
leurs facteurs habitant à Lyon quand eux-mêmes 
avaient leur banque à l'étranger, leur étaient pour 
cela de précieux auxiliaires, portant à leur crédit 
les sommes touchées qui, le cas échéant, servaient 
à elFectuer des payements. Les combinaisons étaient 
multiples ; pour en montrer le mécanisme, on peut 
citer quelques exemples : A..., débiteur de B..., 
banquier à Lyon, donnait à celui-ci une lettre de 
change sur C..., de Gênes, au profit de D..., cor- 
respondant de B... Deuxième combinaison : A..., 
débiteur de B..., marchand de Lyon, donnait à 
G..., banquier de B..., à Lyon, une lettre de change 
sur D..., à Gênes, au profit de E..., correspondant 
de G... en cette ville, ou au profit de F..., banquier 
à Gênes, créancier lui-même de G... Troisième 
combinaison : A..., banquier de B..., marchand à 
Lyon, donnait à G.. , banquier de D..., lequel 
était créancier de B..., une lettre de change sur 
E..., de Gênes, au profit de F..., correspondant 
de G... ou de G..., banquier à Gênes, créancier 
lui-même de G... 

Le commerce des lettres de change était impor- 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 281 

tant, la ville se irouvanl en relations avec les prin- 
cipales villes de France el d'Europe eL nolammenl 
de l'Italie. Ce fut à Lyon que, de tous pays, l'on 
s'adressa pour trouver des effets de commerce sur 
les places étrangères ou qu'on y reçut de l'argenL 
qui en provenait. Les banques faisaient les calculs 
nécessaires à transformer l'écu de marc, le marc 
d'or et l'écu au soleil en ducats courants pour 
Venise, en ducats de chambre pour Rome, en ducats 
de carlin pour Naples, en ducats impériaux pour 
Milan, en écus d'or pour Florence, Lucques, An- 
cône et Bologne, en deniers de gros pour Anvers, 
en esterlins pour Londres, en onces et carlins pour 
Palerme et Messine, en souz pour ^'alence, en 
« marnadis » pour les foires de Gastille, en kreu- 
tzers pour les villes d'Allemagne et vice versa. Le 
commerce des lettres de change se faisait dans les 
banques avec une commission variable indépen- 
dante du taux du change'. L'argent passait quel- 
quefois par plusieurs places. Si le change était cher, 
les commerçants et les banquiers cherchaient alors 
à acquitter leur dette sur une place de la manière 
la plus économique par des opérations d'arbitrage. 
C'était le change avec recours « cambio con la 
ricorsa y ou « ricorsi"^ ». Enfin, l'escompte fut pra- 
tiqué d'une manière courante à Lyon entre ban- 
quiers et marchands. C'était, on peut le dire, la 
plus simple des opérations financières découlant de 



1 HH., Chappe IX, pp. ^gi-^v^. 
- Trenchant, op. cil., pp. 3/,3-344. 



282 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

la pratique du prêt à inlérêl. Les marchands trou- 
vaient, grâce à lescomple, l'argent nécessaire pour 
de nouvelles opérations. Faut-il enfin ajouter que 
les banquiers de Lyon furent aussi des prêteurs, 
faisant aux marchands, comme aussi aux souverains 
et à la ville, l'avance de sommes parfois considé- 
rables *. 

§ 2. Les Banquiers. — Si les banquiers du Moyen 
Age furent surtout les Juifs, les Lombards et les 
Caorsins, on peut dire qu'à Lyon, les banquiers 
furent surtout des Italiens. Les uns et les autres ne 
furent pas seuls à exercer le commerce de la banque, 
mais les uns et les autres, à des époques différentes, 
le développèrent et y jouirent d'une prédominance 
marquée et incontestable. 

A Lyon, au xv^ siècle, les principaux banquiers 
de la ville sont des Florentins. Corne de Médicis y 
tient une banque importante rue de la Juiverie ; ses 
facteurs, en i455, sont François Saisset et ses com- 
pagnons qui, sur leur demande, sont reçus citoyens 
de la ville-; en 147^, Lyonnet Kossi (de Roussiz) 
dirige la banque Médicis. Les Del Bene (Dalbène, 
Delbenne), les Gapponi (Cappon) (François, Neri 
et Alexandre), les Nasi (Nicolas, Alexandre, Fran- 
çois). François Nori, Guillaume Pazzi, tous Floren- 



1 Voir Marcel Vigne, la Banque à Lyon du XV<' au XVIII^ siècle, 
Lyon, A. Rey, 1903, i voL in-8. L'auteur, dans cette étude, a 
déci-it les opérations de la lianque et le rôle des banquiers. 

2 BB. 5i, f°26i V. 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 283 

lins, font le trafic de l'argent de la façon la plus 
prospère, tantôt pour leur compte personnel, tantôt 
en s'associant les uns aux autres. Presque tous s'at- 
tachent sinon à la ville, du moins à la France, où 
leur famille restera. 

Au xvi^ siècle, le nombre des banquiers italiens 
s'accroît. Les Florentins sont toujours les plus nom- 
breux. Il faut citer Salviati, les Strozzi, Robert 
Albisse, Spina, Mathieu Barbani et ses compa- 
gnons, Antoine de Gondi, Raphaël Bartoli et ses 
compagnons, Pierre Manelli, Del Nero (Negro), les 
Barbigia (Barbège), les Martelli (Charles et Côme), 
les Guadagni (Gadagne). Ils ont, par leur industrie 
et leur fortune, une situation importante à Lyon. Ils 
prêtent à la ville, ils prêtent au roi, ils font le 
change pour ses emprunts ou ses payements ' . 
Comme leurs compatriotes du xv® siècle, ils devien- 
nent, pour la plupart, les fondateurs d'une branche 
française de leur famille, dont l'histoire, parfois, 
n'est pas sans éclat. Le duc de Retz, maréchal de 
France, et le cardinal de Retz, sont des Gondi-; 
Thomas Gadagne est le chef d'une véritable dy- 
nastie ; il acquiert une telle fortune que la renommée 
en devient proverbiale ; on dit : « Riche comme Ga- 



' Voir Spont, op. cit., pp. 72, 187 (2), 1G7 (2), 177 (3). C'est par 
les banques Médicis et Pazi qu'au xv^ siècle le Pape reçoit la 
décime du royaume, p. 6 (i). 

* En 1570, le roi Charles IX doit i5o.ooo livres à J.-B Gondy 
(Gondi) et 5i.ooo livres à Baccio Dalbeyne (del Beno), tous deux 
à Lyon, il les fait rembourser sur la ferme de la douane (CC. 
401 3). 



28i LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

dagne. » Rabelais parle de lui : « Ils soiihailent 
gaing, voire les escus de Gadaigne'. » Les Gadagne 
parlicipenl aux emprunts de François I^"", qui nomme 
Tliomas, deuxième de ce prénom, son maître 
d'hôtel ordinaire, comme, auparavant. Louis XII 
avait nommé Alexandre Nasi grand chambellan du 
royaume. Les Strozzi donnent des échevins à la 
ville au xvii* siècle. Les Florentins ne sont cepen- 
dant pas les seuls à exercer le trafic de la banque à 
Lyon. On y trouve d'autres banquiers italiens, 
comme Promontorio, Mourilly, Gaburon, Jean 
Francesco, génois ; Pietro Paulo Nobili et compa- 
gnons, Bonvixi, Paulo Bernard et compagnons, 
Minutoli, Vincent Arnolfîni, Guivisi, Michaëli, 
lucquois. 

Dans la seconde moitié du xvi'' siècle, les ban- 
quiers italiens semblent perdre le monopole de fait 
dont ils jouissaient depuis cent ans. D'autres, in- 
struits par eux, se sont rompus au commerce de 
l'argent qui suivent leurs traces. Les Allemands, à 
leur tour, fondent des banques. Jean Cleberger 
(Hans Kleberg), venu de Nuremberg vers loiy, leur 
a donné l'exemple. En 1622, comme les Gadagne, 
il est créancier de François F'". Il s'établit à Lyon 
et se fait naturaliser; il négocie des emprunts pour 
le roi, qui le nomme son valet de chambre. Il est très 
riche et, grâce à ses bienfaisantes largesses, il reçoit 

' Prolog-ue du Quart livre. Voir les intéressantes « Notes sur 
Guillaume de Gadagne » de M. E. Vial, Bulletin de la Société 
Littéraire, Historique et Archéologique de Lyon, mars 1909. 
pp. in-i35. 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 285 

le surnom, qui lui est resté, du « bon Allemand'». 
Plus tard, Jacques Welser et ses compagnons, 
Uodof, Christophe Velzel (Welser) et compagnons, 
Fisher, Wolff, Osval Saing, auront, à la fin du 
xvi^ siècle, des banques importantes à Ljon'^. 

Les banquiers, on le conçoit par Fétude des opé- 
rations auxquelles ils se livraient, constituèrent, à 
Lyon, un facteur important de la prospérité du com- 
merce et des foires. Presque tous d'origine étran- 
gère, les Lyonnais exerçant de préférence le métier 
de changeurs ou de marchands, en même temps que 
de banquiers'^, ils y jouèrent un rôle particulièrement 
actif. Il faut reconnaître que les banquiers floren- 
tins apportèrent, au xv*" siècle, une science du trafic 
de l'argent inconnue dans notre pays à cette date. 
Les griefs que Ton adressa, à la fin du xvi^ siècle, aux 
banquiers et, en particulier, aux Italiens, de compter 
parmi eux des intrigants sans scrupule, se livrant 
à des opérations pernicieuses de change et de négo- 
ciation d'argent ^ ou même cherchant la fortune dans 



b' 



* E. Vial, Jean Cléberger, Revue d'Histoire de Lyon, 1912, t. XI 
.pp. 81-102. 

- Voir pour les noms des banquiers : CC. too, i52. 

^ Il faut citer en particulier les Baronnat. 

^ Sur les spéculations faites par les banquiers avec l'argent des 
autres, voir E. Castelot, les Bourses financières d'Anvers et de 
Lyon, Journal des Economistes, mai"s 1898, t. XXXIII, p. 333. Tu- 
chei' dit de Cléberger, lui-même, en i546 : « Il savait séduire les 
autres (et les décider) à prêter de l'argent au roi de France (Fran- 
çois I'^''), tandis qu'il évitait lui-même de semblables prêts. » Cité 
par M. Vial, Jean Cléberger, loc. cit. Voir aussi Ehrenberg, Das 
Zeitalter der Fuf/ger, léna, 1896, 2 vol. in-8, t. Il, p. 78 : Formen 
des Kapitalverkers in Lyon. 



286 LES FOIRES : LVAl\ UHGAMSATIO.N 

la banqueroiile, ne peuveiil peser que d'un poids 
léger si Ton met en balance les services qu'ils avaient 
rendus aux foires de Lyon et, par là, au pays tout 
entier. Les banquiers étrangers ont été les maîtres 
du marché de largenl aux xv" et xvi" siècles à Lyon, 
mais ils avaient facilité et perfectionné les relations 
commerciales, créé les payements des foires avec 
les marchands, leurs compatriotes, et contribué lar- 
gement à faire de la ville la première de toutes les 
places de change. 

I¥. La Log^e dea Changes. 

Pour procéder aux Payements, les marchands se 
réunissaient sur la rive droite de la Saône, à la Loge 
des Changes, qui était la loge des Florentins. Pri- 
mitivement située à l'angle de la rue de Garillan, 
elle fut transférée, par ces derniers, sur la place de 
la Draperie, qui devint la place des Changes, près 
de la rivière, dans la partie comprise entre la rue 
de la Juiverie et le pont de Saône. 

La loge, qui était « au louage » du consul de la 
nation florentine \ était exiguë, mais son emplace- 

' Un peintre étranger avait apporté des peintures à la foire des 
Rois en i583 à Lyon « que les peintres d'icelle ont volu empes- 
cher d'estaller en la loge des changes pour y estre vendues 
suyvant la permission que luy en avoit esté baillée par le consul 
de la nation florentine au loage duquel est ladite loge <> (BB. m, 
f" 46 v"). Le Consulat fait défense à quiconque d'empêcher les 
marchands d'exposer leurs marchandises en tel lieu que bon leur 
semblera pourvu que ce soit du gré du propriétaire ou locataire : 
de Rubys dit que les marchands « s'assemblent en la loge des 
florentins qui est en la place des changes » (op. cit., p. 497)- 



LE .MOUVEMEM DE L'AKGENT 287 

meiil, choisi par les marchands eux-mêmes, se (roii- 
vait pour tous au centre de leurs affaires, dans un 
quartier où la plupart d'entre eux avait fixé leur 
résidence. 

Les changes se développant, les marchands se 
livrèrent à leurs opérations, non point seulement à 
Tintérieur de la loge, mais sur la place qui était au 
devant et que l'on appelait communément « le rond 
des changes ». La place elle-même devint trop étroite 
pour contenir la multitude des trafiquants qui allait 
s'accroissant. 

Pendant près de cent ans, des doléances furent 
présentées au Consulat et les projets succédèrent aux 
projets. Si l'on était d'accord pour reconnaître la 
gêne que subissaient les marchands, il paraissait 
difficile d'y remédier, la loge se trouvant située dans 
le quartier où la population avait le plus de densilé 
et où la circulation était particulièrement intense. 

Au commencement du xvi^ siècle, en i5i7, les 
marchands étrangers offrirent au Consulat d'acheter 
un terrain et d'y construire une loge à leurs frais. 
Des difficultés se produisirent malheureusement. 
Certains conseillers voulaient que la loge restât du 
côté de Fourvière. D'autres prétendaient qu'elle 
serait mieux située près de 1 église Saint-Nizier ; 
quelques-uns pensaient enfin que le pont de la 
Saône fournirait le meilleur emplacement. On ne 
put se mettre d'accord et l'offre des marchands 
demeura, par suite, sans résultat*. On en fut alors 

1 Délibération consulaire du 23 juin 1017 : 

« Jehan Anthoine et François Marcher corratiers sont venus 



288 LES FOIRES : LRUft ORGANISATION 

réduit à améliorer, dans la mesure où on le pouvait, 
l'emplacement occupé et ses coniniodilvs. Kn i535, 
on fit paver de grandes pierres plaies la partie de la 
place qui se trouvait devant la loge, afin d'amorlir 
le bruit des voitures'; puis, en i545, « obtempérant 
à la requeste des marchands florentins, lucquoys et 
aultres tant de la ville que eslrangiers fréquentant 
les foyres et changes », on élabliL des barrières de 
bois qui, allant des deux angles de la loge aux mai- 
sons qui se trouvaient en face, arrêtaient la circu- 
lation. Ces barrières, fermées deux heures le matin 
et deux heures l'après-midi pendant l'époque des 
Payements, agrandissaient l'espace où les mar- 
chands pouvaient, sinon à leur aise, du moins sans 
danger, vaquer à leurs occupations'-. Mais de tels 
actes furent considérés comme des empiétements par 
l'archevêque de Lyon et le clergé de Saint- Jean. Les 
barrières furent démolies de nuit en 1547. Le Con- 



advertir que les marchans estrangiers sont délibérez faire faire 
quelque lieu et place comode ou ilz se puissent retirer de jour 
pour traicter et convenir de leurs faitz de marchandise tant 
pendant les foires que entredeux et icelluy lieu achapteront et 
bastiront à leurs despens si mesditsseigneurs les conseillers y 
veullent consentir et leur donner advis du lieu plus comode aussi 
le faire faire au nom de ladite ville dont le bas dicelle place sera 
pour l'usance desdits marchands et le dessus a l'usance desdits 
conseillers ainsi quilz adviseront et pour ce que les ungs de 
mesditsseigneurs les conseillers estoient d'avis faire ladite place 
aux changes du costé devers fourvière les autres du costé devers 
sainct nizier et les autres sur le pont de saone n'y a esté faicte 
aucune resolucion. » (BB. 36, f» i54 r°.) 

1 BB. 54, f» 58 r». 

- BB. 62, f»» 214 r», 222 r°. 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 289 

sulat les remplaça par deux chaînes de fer, « les- 
quelles seront tendues aux deux coings de ladite 
rue* à deux pilliers qui pour ce seront plantez sui- 
vant la forme baillée », en allendant que les pour- 
parlers engagés entre les marchands étrangers, le 
lieutenant du roi, le vicaire de Farchevêque et mes- 
seigneurs du clergé de Saint- Jean, auxquels il parti- 
cipait lui-même, eussent un résultat"-. 

Les marchands florentins et, avec eux, les mar- 
chands étrangers se transportèrent alors rue de 
Flandres, près de l'église Saint-Eloi. Quelques jours 
auparavant (i4 juillet), Nicolas Manelly, cosse des 
Florentins, accompagné de Spiny, marchand flo- 
rentin, et de deux marchands lucquoys avaient 
remontré au Consulat « qu'ilz n'ont présentement 
lieu ny place propice pour tenir leur loge et 
changes », demandant « de leur bailler lieu et place 
comode pour faire et tenir leurdite loge et changes 
en ceste ville qui sera pour l'entretenement des 
foyres et comodité des marchans estrangiers^ ». 
Comme au Consulat ils demandent à messeigneurs 
du clergé de leur donner une place pour les changes 
ou de leur fournir un terrain oi^i ils pourraient faire 
édifier une loge à leurs propres dépens. 

Le Consulat, inquiet de ce que les marchands 
étrangers avaient, de leur propre autorité, transféré 
la Loge des Changes, provoqua une grande réunion 



' La l'ue au-devant de la Loge des changes. 
2 BB. 67, fo^ 7 r", 39 r°, 58 v». 
^ BB. 66, fo 58 v°. 

M. B. 19 



290 LKS Foini:s : li^ur organisation 

de notables. Il iiiL décidé qiroii demanderaiL laiil 
aux Nations qu'aux propriétaires des maisons situées 
aux deux extrémités du pont de Saône, quelles 
sommes ils fourniraient et feraient fournir par le 
roi pour qu'une Loge fût édifiée sur le pont*. Ha- 
bitués aux atermoiements du Consulat, les mar- 
chands étrangers opposèrent projet à projet. Ils 
décidèrent de faire bâtir une loge sur l'emplacement 
de la maison du président Paterin, et, pour agrandir 
cet emplacement, les Florentins, les Lucquois et les 
Génois demandèrent l'autorisation de « forgecter 
ladicte louge sur la ryvière de Saonne de la longueur 
et largeut que les autres voysins d'icelles ». Le 
Consulat donna cette autorisation pour quatre ans'^. 
Ni l'un, ni l'autre de ces projets ne fut réalisé. Il 
semble que le Consulat et le corps des Nations, bien 
convaincus cependant de la nécessité d'avoir, à 
Lyon, une Loge des Changes qui répondît aux 
besoins du commerce, hésitaient à prendre la charge 
d'une telle entreprise. Chacun d'eux espérait la faire 
supporter par l'autre. 

En i55i, les marchands étrangers « allemans, 
millanoys, florentins, genevoys (génois), lucquois », 
reviennent à F « ancienne place des changes, près 
la polalierie et puys de porcherie >. On les autorise 
comme par le passé à faire planter des barrières 
pour la commodité « de leur commerce trafficque 
et change qui se fait deux heures devant midy et à 



1 BB. 67, fo' 48 v° et suiv. 
- IVi. G(>, f°s i8y r», 191 r°. 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 291 

cinq ou six heures du soir... pour empescher que 
les charrettes et chevaulx ne passent par ladite 
place* ». Il n'était pas de lieu, en effet, où les mar- 
chands et les banquiers pouvaient plus facilement 
se grouper qu'en cet endroit, centre commercial de 
la ville, où ils avaient pris, du reste, l'habitude de 
venir '^. 

Aussi, en 1 583, lorsque les Nations vinrent apporter 
au Consulat les plaintes qu'elles faisaient incessam- 
ment entendre sur la place des Changes et répétè- 
rent « qu'il est du tout impossible que ce peu de 
lieu qui est pour ce dedyé les puisse recevoir », on 
s inspira des procédés de voierie employés en i562 
et i563, lors de l'occupation protestante^. On s'avisa 
enfin, d'un commun accord, que le moyen le plus 
simple de remédier à un tel embarras, serait d'abattre 
les maisons qui étaient devant la loge et d'agrandir 

1 BB. 72, f° 23; i-o. 

- Henri II, à celle époque, avail formé le projel d'édifier à Lyon 
une maison commune où les marchands pourraient se réunir el 
relirer leurs marchandises. Dans les Leltres royaux du 28 juin 
105 1 il en Iraçait même le plan, disant qu'elle pourrait avoir « une 
. belle court, Iroys galleries descouvertes, une grand salle de vingt 
cinq toyses de long sur huict et demye de large et deux aullres 
petites salles regardant lesdites galleries qui seraient communes 
ousdits marchans pour y passer leurs contratz, dix-huict maga- 
sins de dix toyses de longueur sur quatre toyses deux pieds de 
large et dix huict aultres de quatorze piedz en carré... pour y 
tenir lesdites marchandises... quinze chambres à loger marchans 
et dix bouticques à tenir notaires pour la réception de leurs con- 
tractz » (DD. 291, 2). Mais aucune suite ne fut donnée à ce projel. 
* BB. 83, f° 107 r». Il y eut à celle époque beaucoup de démo- 
litions de maisons dans la ville u pour le proffict et utillité, com- 
modité, décoration et embellissement d'icelle ». 



292 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

la place qui se trouverait ainsi « à la descente du 
pont ». Deux échevins, deux bourgeois de la ville 
et deux notal)les des Nations furent députés auprès 
des marchands, des habitants et propriétaires des 
maisons voisines de la place des Changes pour les 
exhorter « à se coctizer » en leur montrant la com- 
modité qui résulterait d'une telle opération*. Ces 
députés eurent-ils, dans leurs démarches, plein suc- 
cès? Il est difficile de le savoir, mais, quelques 
semaines plus tard, en octobre i583, les échevins 
avaient acquis deux maisons, celles de Gaspar Coing 
et de Claude Valleton". 

Le roi étant venu à Lyon, avait promis au gou- 
verneur d'aider les échevins jusqu'à concurrence de 
8.000 écus. Il accorda même une somme supérieure 
donnant, par Lettres du ii mai i584, 12.000 écus 
à la ville et déclarant que « les maisons voisines qui 
recevront commodité de ladite place soient ainsi 
qu'il est bien raisonnable, cottisées au supplément 
des deniers pour ce requis^ ». L'Archevêque de Lyon 
el les chanoines de Saint-Jean avaient conservé des 
droits féodaux, « directe et censive », sur cette 
partie de la ville. Deux délégués, de Masso et le 
secrétaire du Consulat, furent envoyés à Mgr d'Epi- 
nac, Archevêque de Lyon, qui était alors en Forez 
et aussitôt Tordre fut donné de démolir la maison 
de Gaspar Coing. L'Archevêque reçut fort mal les 

1 BB. III, f» i85 1". 
- DD. 291 , 2a eL 24. 

' La maison de Valleton était « près les changes joi<jfnant la 
rue tirant du pont de saosne en la rue Saint Jehan » (DD, 2<ji, 24). 



LE MOUVEMENT DE L'ARGENT 293 

deux délégués de la Ville et il rentra à Lyon. Le 
Consulat se rendit à sa rencontre, muni de lettres 
très favorables du gouverneur Mgr de Mandelot. 
Mais, « avant que de les ouvrir, ledit seigneur arche- 
vesque, jetta ung feu extraordinaire d'une très 
grande et aduste cholère avec propos non d'ung 
arcevesque et spirituel pasteur doulx et begnin 
voyre amateur de ses brebiettes esgarées retournant 
à luy mais dung grand seigneur très irrité et 
passionné oultre mesure, indignes d'estre cy rap- 
portées ». Le Consulat n'en fut pas, paraît-il, autre- 
ment ému, car quelques jours après, il adressait au 
voyer de la ville l'ordre de démolir la maison de 
Claude Valetton*. L'Archevêque appela les échevins 
devant le Conseil privé du Uoi. La querelle du 
Consulat, de l'Archevêque et du clergé de Saint-Jean 
se termina, le 3o novembre i584, par une transac- 
tion qui solutionna plusieurs différends"^. 

La place des Changes était enfin agrandie, les 
marchands, les banquiers, changeurs et courtiers, 
pouvaient plus aisément que par le passé, s'y ren- 
contrer et s'y livrer à leurs multiples opérations^. 



' BB. III, f°M97 v», 198 vo, 208 V", 214 v», 2.5 1 v», 257 1»; 112, 
fo 42 r». 

2 DD. 291, 32. 

' Ce ne fut qu'au milieu du xvii" siècle que fut reconslruito la 
Loge des Changes. 



294 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 



CHAPITRE III 

LA JUSTICE ET LA POLICE 



l. Le Conservateur des privilèges royaux des foires : § i. Histo- 
rique : § 2. Attributions et compétence du conservateur; 
A. Attributions administratives ; B. Attributions judiciai- 
res ; Juridiction criminelle; Juridiction commerciale; §3. 
Style de la juridiction du conservateur. — H. Institutions 
diverses : § i. Le maître des ports; § 2. Le bureau de la 
douane ; § 3. Le grabeau de l'épicerie. 



I. Le Conservateur des privilèges royaux des foires. 

§ I. Historique ^ — Les Lettres de 1420 qui 
octroyaient des foires à Lyon, leur accordaient les 
privilèges concédés aux foires de Champagne par les 
Lettres du 6 août i349. Ces dernières avaient attri- 
bué aux gardes des foires la juridiction sur les 
marchands, pour tous les a cas et contratz advenus 
esdites foires ». Ces gardes étaient assistés de six ou 
huit (( des plus suffisans de la foire », qui jugeaient 
« en leur conscience », suivant une procédure rapide 
qui ne comportait ni exception, ni délai. Il est à 
présumer — sans que nous ayons sur ce point des 



* Sources : Arch. munie, de Lyon, FF., Inv. Chappe IX, titres 
non classés. 



LA JUSTICE ET LA POLICE DES FOIRES 295 

documenls particuliers — que la justice fut rendue 
aux foires de Lyon, pendant les premières années, 
de manière analogue*. 

Louis XI, en i463 (Lettres de mars 1462, a, s.), 
établit le Sénéchal de Lyon, ou son lieutenant 
« conservateur et gardien » des foires, lui donnant 
« pouvoir authorité, commission de juger et déter- 
miner sans long procez et figure de plaids appelle 
ceux qui seront a appeller tous les debals qui se 
pourroient mouvoir entre nosdits officiers et les 
marchands fréquentans lesdites foires et durant le 
temps d'icelles, ainsi qu'il verra estre a faire par 
raison )i. La juridiction de la Conservation était 
ainsi créée. Le Sénéchal, ou son lieutenant, deve- 
nait le juge des marchands pour tous les diffé- 
rents qui pouvaient survenir pendant la durée des 
foires"-. 

Mais il apparut au roi qu'une telle juridiction 
n'avait peut-être point toute la compétence, ni 
surtout la souplesse nécessaire pour trancher les 
difficultés soulevées entre marchands de tous pays 
pour des faits de foires. 

Par Lettres du 29 avril 1464, Louis XI donna aux 
conseillers de la Ville « pouvoir et auctorité de 
élire et commettre aucun preudhomme suffisant 

1 On peut citer la délégation donnée, le dernier novembre 1447, 
par le Consulat à quatre Lyonnais : « Item ilz ont esleu pour con- 
server et garder les libertés et franchises des foyres comencans 
demain premier jour de décembre et pour depescher lesmarchans 
estrangiers qui viendront esdites foyres, c'est assavoir... » (BB. 4, 
f» 47 v°). 

- Barbier, Privilèges, p. CG. 



296 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

el idoine, loulesfois que meslier sera, que aucun 
sergent, ne autre officier ne face aucune exlortion 
ou vexation auxdils marchands et que de toutes les 
questions et debatz qui surviendront entre iceulx 
marchans durant lesdites foyres et à cause d'icelles, 
ledit commis les appoinctera et accordera ami;ible- 
ment se faire le peut, ou si non qu'il leur face esiire 
deux marchans non suspects ne favorables pour les 
appoincter, s'il est possible et s'ilz ne les peuvent 
appoincter, ils les renvoyeront devant le juge auquel 
la connoissance en devra appartenir et seront tenuz 
de le certiffier de ce qu'ilz en auront faits* ». 

Les foires et leurs privilèges recevaient ainsi un 
nouveau gardien. Elu par le pouvoir municipal, 
celui-ci devait empêcher toute vexation envers les 
marchands et avait pour mission de les concilier si 
quelque difficulté s'élevait entre eux. Cette concilia- 
tion, il devait l'effectuer lui-même, et s'il ne le pou- 
vait, il avait le droit de renvoyer ceux qui étaient 
divisés devant deux marchands choisis par eux. 
Tout moyen de conciliation épuisé, soit par le 
« prud'homme suffisant et idoine », soit par les 
deux arbitres, l'affaire était portée, mais en ce cas 
seulement, devant le Sénéchal ou son lieutenant, 
gardien et conservateur des privilèges des foires. 

Louis XI, avait si bien compris que l'intérêt du 
négoce, à Lyon, comportait pendant les foires une 
solution rapide des différends, et il était, à ce point 
partisan de la procédure de conciliation, que parles 

1 Privili'gea p. 74. 



LA JUSTICE ET LA POLICE DES FOIRES 297 

mêmes Lettres de 1464, il autorisait les conseillers 
de « eslire aucun preudomme sur chacune espèce de 
marchandise qui sera vendue esdiLes foyres pour 
cognoisLre et appoincter de tous les debatz qui se 
pourront mouvoir entre lesdits marchans durant 
icelles foyres a cause de la rédargution de leurs dites 
marchandises, de non estre bonnes, ne vendables 
ainsi qu'il appartient' ». Bien peu de litiges devaient 
être déférés à la juridiction du Sénéchal ou de son 
lieutenant, les marchands ayant eux-mêmes tout 
intérêt à terminer pendant les foires les difficultés 
soulevées. Le Lieutenant du Sénéchal, qui, en fait, 
exerçait la fonction de Conservateur, essaya d'en- 
traver l'exercice du droit ainsi concédé, par le Roi, 
au détriment de sa juridiction. Mais Louis XI, nous 
l'avons vu, n'admettait pas que sa volonté fût tenue 
en échec et à deux reprises, par Lettres du 10 novem- 
bre 1465 et 17 avril 1466, il ordonna qu'elle fût 
exécutée^. 

Le régime créé par Louis XI en 1 464 demeura en 
vigueur jusqu'à la suppression des foires de Lyon, 
en 1484. 

Les Lettres d'Auxonne de 1494? q^^i rétablissaient 
à Lyon les quatre foires, contenaient, en leur texte, 
la copie des Lettres de i463 et de 1464 auxquelles 
elles se référaient pour la réintégration de la ville 
dans la jouissance de ses foires et de leurs privilèges. 
Néanmoins — et sans que nous soient parvenus de 



^ P?^ivilèges..., p. 74. 

2 BB. 10, f° 4, fû Ï28 v° (1465). IIH., Chappe VIII, 33, 3y. 



298 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

documenls qui éclairent la question — il est bien 
certain que le Sénéchal de Lyon, ou son lieutenant, 
ne fut plus, à partir de cette époque, Conservateur. 

Postérieurement à i494» Claude Thomassin fut 
le premier des Conservateurs nommés par le roi à 
cette haute charge. Le Consulat eut-il un droit de pré- 
sentation au Roi pour cette fonction dès 1^94 •^^«ous 
ne le savons, mais il Teut certainement plus tard 
au xvi<^ siècle. Le pouvoir royal, cependant, n'était 
pas lié par le choix du Consulat comme il apparut 
nettement en i58i lorsque, sur la présentation de 
de Masso par les conseillers, le roi nomma Conser- 
vateur André Lorans'. La charge de Conservateur 
devint ainsi un office que l'un des successeurs de 
Claude Thomassin, Neri Mazi, offrit même de vendre 
au Consulat en i532"-. 

En i583, par Lettres données à Paris au mois de 
mai, Henri III supprima le système du juge unique. 
Il autorisa les marchands à élire, chaque année, 
deux notables parmi eux ou parmi les anciens mar- 
chands. Ces deux notables devenaient les assesseurs 
du Conservateur, qui ne pouvait juger, sous peine 
de nullité, sans l'assistance de l'un deux. Cette 
réforme, qui consacrait un retour au système de 
juridiction des foires de Champagne, n'entra pas 
en application. Le Parlement rejetta, en effet, la 
requête en vérification et enregistrement de ces 
Lettres par un arrêt du 12 juillet i584 ^. 

1 BB. 107, fo 2o3 r°. 

- BB. 5a, fos 90 et 91. 

3 FF., Chappe IX, titres non classés. 



LA JUSTICE ET LA POLICE DES FOIRES 299 

Le titre exact du Conservateur est, au x\f siècle, 
« Juge Gardien et Conservateur des privilèges 
royaux des foires de Lyon ». La fonction est des 
|d1us élevées ; son titulaire est l'un des personnages 
les plus importants de la ville. Comme le Bailli de 
Mâcon, il a un lieutenant. 

Claude Thomassin occupa cette fonction jusqu'à 
sa mort, en i5i6, avec le plus grand éclat. Son fils 
Bonaventure lui succéda et, comme lui, fut con- 
seiller de la ville; puis Neri Mazi (i52o-i536); 
Nicolas de Chaponay, seigneur de Feyzin, docteur 
en droit (i536-i566) ; son fils Jean de Chaponay 
(i566-i58i) et enfin André Lorans (i58i-i6o2), 
furent Conservateurs des foires de Lyon au xvi° siè- 
cle, avec des qualités et un zèle différents. 

Claude Thomassin et Nicolas de Chaponay furent 
ceux qui remplirent leur charge avec le plus d'éclat 
et rendirent au commerce de la ville et à la ville 
elle-même les plus grands services. A plusieurs 
reprises, Claude Thomassin siégea au Consulat ; en 
i5i I, il fut nommé Capitaine de la ville. Durant sa 
carrière, il reçut de délicates missions, fît partie des 
délégations nommées par les conseillers pour les 
affaires importantes et fut envoyé aux Etats. Comme 
lui, Nicolas de Chaponay défendit sans faiblir les 
privilèges des marchands et, quand il en eut l'oc- 
casion, les intérêts de la ville. Il fît partie de toutes 
les importantes assemblées de notables et fut appelé 
au Consulat où il eut même l'honneur de présider. 

§ 2. Attributions et compétence du Conser- 



300 LES FOIHES : LEUR ORGANISATION 

VATEUR. — Le Gonservaleur était un officier chargé 
de inainlenir cl de défendre les privilèges des foires 
el de connaître, comme juge, de toutes contestations 
survenues entre marchands, ou autres, fréquentant 
les foires, pour fait de foire, comme aussi de tout 
acte délictueux commis contre eux ou par eux. 

Les attributions du Conservateur, à la fois d'ordre 
administratif et judiciaire, étaient limitées, en quel- 
que sens qu'elles eussent à s'exercer, à des faits de 
foire, c'est-à-dire accomplis « durant lesdictes foires 
et à cause d'icelles ». Cette limitation, tracée par 
les Lettres du 29 avril 14^4? persista au xv^ siècle 
comme au xvi* siècle. François P'", dans son Edit 
de février 1536 (n. s.), donne pouvoir au Conser- 
vateur de « connoistre les débatz questions et procez 
qui seroient meuz entre tous les marchands fré- 
quentans lesdictes foires, pour faict de marchan- 
dises ou autres faict de foires ». Et, en iSyS, par 
Lettres du 20 septembre, portant jussion au Par- 
lement de Toulouse, Henri III rappelle qu'au 
Conservateur « seul en première instance appartient 
la coignoissance des debtes faits et créez sous lesdits 
privilèges et procedans du négoce fait esdites foires 
et aux payements d'icelles^ ». 

La juridiction du Conservateur est une juridiction 
spéciale ou d'exception. Elle ne constitue pas la 
juridiction commerciale. Les faits de commerce ne 
relèvent d'elle que s'ils sont des faits de foire. Mais 
la juridiction des foires, à Lyon, est à l'origine de la 

^ Privilèges..., p. 94 et 371. 



LA JUSTICE ET LA POLICE DES FOIRES 3ol 

jiiridiclion commerciale. L'évoliilion se poursuivra, 
qui de la première fera sortir la seconde. A la lin 
du xvi^ siècle, commence à s'établir entre elles une 
confusion qui apparaîtra légalement dans les Lettres 
du 2 décembre 1G02, attribuant au Conservateur de 
Lyon juridiction sur « toutes autres affaires dépen- 
dantes du négoce en ladite ville, soit en gros ou en 
détail, tant en foires que hors foires* ». 

A. — Attributions administratives. — Le Con- 
servateur doit veiller à ce qu'aucune vexation ne 
soit faite aux marchands et à ce que tous puissent 
jouir des privilèges qui leur étaient accordés, par 
l'autorité royale, à l'occasion des foires. Il est le 
gardien des privilèges que nous avons énumérés et 
le défenseur naturel des marchands atteints ou 
menacés dans leurs personnes et lésés dans leurs 
légitimes intérêts. A plusieurs reprises, les Conser- 
vateurs ont à défendre les marchands contre les 
prétentions injustifiées des officiers royaux de leur 
faire exhiber leurs livres ou papiers de commerce, 
à protéger leurs personnes ou leur succession, 
comme aussi à assurer la libre circulation des lettres 
de change et des marchandises '. 

La police des foires appartient au Conservateur. 
Il surveille les courtiers et les empêche de se livrer 
à des opérations malhonnêtes ; il entrave l'exercice 
illégal de cette profession. Il fait inspecter les mar- 
chands de drogues et d'épiceries ; il veille à ce que 



* Privilèges..., p. 382. 
- ce. 3980, 2. 



302 LHS FOIRKS : LHUR ORGANISATION 

leurs denrées soient gral)elées et il prononce la 

confiscalion*. 

Il est agent du roi, et lorsque Louis XII fait 
défense, en i5io,aux marchands de payer, à Lyon, 
aucune lettre de change appartenant au Pape ou à 
ses serviteurs, le Conservateur rend une ordon- 
nance pour interdire de tels payements. 

B. — Attributions judiciaires. — Le Conser- 
vateur est surtout un juge. Sa juridiction pour les 
faits de foire est non point seulement commerciale, 
mais aussi criminelle. 

Juridiction criminelle. — La juridiction cri- 
minelle du Conservateur est une conséquence lo- 
gique de ses attributions. Chargé de veiller à ce 
qu'aucune extorsion ou vexation ne soit faite aux 
marchands fréquentant les foires, il doit pouvoir 
réprimer celles dont ils ont été victimes. En 1497, 
Claude Thomassin envoie quérir à Valence un pri- 
sonnier qui, à la foire de Toussaint, avait, près de 
Saint-Bonnet-le-Froid, coupé la gorge à un mar- 
chand muletier se rendant à Lyon avec sa marclian- 
dise « laquelle chose pour l'onneur et entretene- 
ment desdictes foyres et de toute la cité doit estre 
poursuyte a grant dilligence affin qu'il soit crainte 
et timeur es autres qui vouldroient comectre sem- 
blables cas^ ». Sauvegarder les personnes, c'était 
sauvegarder les foires. 

Le Conservateur connaît des délits commis sur 



* BB. 47, f" f^r». Voir Ordonnance du Conservateur (i5aï 

- ce. 534, <j. 



LA JUSTICE I:T la POLICL DKS FOIRES 303 

les personnes dans les foires el à Foccasion des 
foires; il connaît de lous les délits commis contre 
les biens et contre Tordre pnblic en temps de 
foires : vol et recel de marchandises, faux en écri- 
tures, banqueroute, recel de débiteur, faux témoi- 
gnages, injures et diffamations, rixes, coupage de 
bourse, tromperie sur les mesures ou sur les mar- 
chandises *. 

Sa compétence est des plus étendues et les peines 
qu'il prononce s'échelonnent depuis l'amende et la 
confiscation jusqu'au pilori et à la pendaison. Le 
ressort de sa juridiction criminelle est difficile à 
déterminer ; nous savons cependant qu'il ne pro- 
nonce qu'en premier ressort les peines de mort et de 
bannissement perpétuel. La sentence du Conser- 
vateur est déférée au Parlement de Paris comme 
tribunal d'appel. 

Le Conservateur juge suivant sa conscience. Il 
peut être intéressant, pour cela, de relever quel- 
ques-unes des sentences criminelles prononcées par 
lui au xvi® siècle. 

En i5io, condamnation de Jehan du Plantis 
•<( reprins de justice, batu et exoreillé des deux 
oreilles » à la pendaison pour avoir volé, à Tours, 
une perle qu'il avait vendue aux foires loo escus 
au soleil et commis divers larcins aux marchands 
des foires (arrêt confîrmatif du Parlement de Paris 
du lo septembre i5io). 

Le 19 mai i5ii, condamnation de Guillaume de 

1 BB. 37, f»' 3ii v°, 3i2 el3i3 (ioiq); 47, f" f)5. 



304 Li:s FOIUKS : l^Kin ORGANISATION 

Rome à la fusLigaiion pour avoir coupé une bourse 
sur le ponl de Saône. 

Le 24 niai i5i i , condamnation à 19 sols damende 
de J. A... qui avait caché un débiteur au préjudice 
de ses créanciers. 

Le 2G août i5ii, condamnation à la fustigation 
d'un faux témoin et de son suborneur. 

Le 20 décembre i54i, condamnation à amende 
honorable devant le Conservateur et quatre procu- 
reurs pour diffamation. 

Le 5 novembre i555, condamnation d'un Italien 
à avoir le poing coupé et à être pendu pour avoir 
tué Paul Balbani, courtier italien. 

Le 23 mars iSSy, condamnation de Thomas S... 
au bannissement perpétuel et à Tamende honorable 
sur la place des Changes^ en chemise, léle et pieds 
nus, avec une torche ardente du poids de 5 livres, 
pour avoir falsifié une promesse (arrêt confîrmatif 
du Parlement de Paris du 28 avril iSSy). 

Le 23 novembre 1600, condamnation à la pen- 
daison, en la place des Changes, pour banqueroute 
frauduleuse. 

Le Conservateur taxe les frais dus aux sergents 
royaux et à « l'exécuteur de la haute justice » et il 
délivre mandement (mandat], avec le Procureur du 
Roi au bailliage, sur les caisses du receveur ordi- 
naire du domaine*. 

^ FF., Chappe IX, 227 à 241. En ifïio, pour l'exécution de du 
Plaiilis, le Conservateur alloue les sommes suivantes: 5 sols à 
chacun des 32 serg-ents royaux « qui ont accompagné la justice, 
10 sols au trompette, 10 sols au charretier (jui mena ledit Plan- 



LA JUSTICE ET LA POLICE DES FOIRES 305 

Juridiction commerciale. — Le Conservateur 
connaît de tous les litiges relatifs à des actes accom- 
plis en foires ou à l'occasion des foires. Sa compé- 
tence en ces cas est sans limites. Ratione personœ 
tout d'abord : aucun ne peut s'y dérober, de quelque 
qualité ou de quelque pays qu'il soit, pas même 
ceux qui bénéficient du privilège de « commit- 
timus* ». Ratione materix ensuite, car dès qu'il est 
apparu au Conservateur que des engagements ont été 
pris « pour raison de marchandise ou autre faict 
de foires de Lyon », il a le droit de procéder, pour 
quelque somme que ce soit, contre les débiteurs pré- 
sents ou absents. Ledit de François P'", de février 
i536 (n. s.), premier texte légal qui ait défini d'une 
manière précise la juridiction du Conservateur'-, le 
dit nettement et l'arrêt du Conseil privé du i5 sep- 
tembre 1542 le répète après lui. Or, les faits de 
foires ne sont pas seulement le négoce des marchan- 
dises. Ce sont tous les actes accomplis, toutes les 
conventions passées à l'occasion des foires. Les 
emprunts faits en foires et payables en foires, 
l'argent pris à change de foire en foire, les lettres de 
change créées en foires ou payables en foires, les 



tis des prisons du roy jusques hors Veze où il fust pendu el 
estranglé », 5 livres t. à l'exécuteur f'j7)if/.^. 

* Voir LeUres du 18 février 1578, relatives aux « marchands 
fournissant notre argenterie et Requestes de nostre Palais à 
Paris » et à leur committimus (Barbier, Privilèges..., p. 366). 
Pièce justificative XIX. 

- Ordonnances et Privilèges des foii'es de Lyon, i vol. ia-i-i, 
Lyon, Pierre Fradin, p. 74 et suiv. 

.M. a. 2U 



306 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

contrats de transport par terre ou par eau pour 
amener les marchandises en foires ou pour les em- 
mener \ sont des faits de foires. Le Conservateur a 
été établi, déclare l'édit de 1 536, pour « connoislre 
les débatz, questions cL procez » qui s'élèvent à l'oc- 
casion de ces faits. Il connaît aussi des compagnies 
(sociétés) et des faillites. 

Déjà, en i5io, le droit d'asile avait été, par or- 
donnance du roi, supprimé pour « chacuns des débi- 
teurs pour fait de foires », le Conservateur pouvait, 
dès que la dette lui était apparue, les faire tirer 
des lieux saints et emprisonner jusqu'à entier paye- 
ment^. François P"", par une Déclaration de Lyon 
du lo octobre i536, édicta pour les faillis des dis- 
positions précises et détaillées. Non seulement il 
maintenait l'Ordonnance de i5io, autorisait la con- 
trainte des débiteurs par saisie et vente de tous leurs 
biens meubles et immeubles, l'usage de la procé- 
dure sommaire pour toute instance d'ordre, priorité 
et privilèges entre les créanciers, mais il enjoignait 
d'informer extraordinairement contre les banque- 
routiers et de procéder à la « punition et réparation 
par amende honorable, punition corporelle, appo- 
sition au carcan et pilory et aultrement à l'arbitre 
de justice ». Il ordonnait enfm que « nul ne soit 



' Voir notamment une sentence du Conservateur sur une 
demande en paiement du prix de voiture de balles de pelleteries 
données par un pelletier de Bourges à un voiturier de la même 
ville pour les mener de Lyon à Bourges après la foire de Pâques, 
dernier avril iHoy (FF., Chappe IX, p. 323). 

- Ordonnances des Rois de France, t. XXI, p. 435, 



LA JUSTICE ET LA l'OLICE DES FOIRES 307 

receu à faire cession de biens par procureur, ains se 
fera en personne, en jugement devant l'audience, 
desceinct et teste nue' », Le Conservateur procède 
à la saisie des faillis, à leur emprisonnement, à l'in- 
ventaire de leurs biens; il informe contre les banque- 
routiers et les juge ^. 

En résumé, le Conservateur est le juge auquel sera 
soumis tout débat qu'aura fait naître l'activité de 
ceux qui participent directement, puis même indi- 
rectement aux foires de la ville et à leurs Payements. 
Car, ainsi que dans le droit moderne il y a des actes 
réputés actes de commerce, alors qu'ils ne sont pas 
accomplis par des commerçants, justiciables des tri- 
bunaux de commerce, de même, à la fm du xvi^ siècle, 
il y a des personnes qui deviennent justiciables de la 
juridiction du Conservateur sans être marchands et 
sans fréquenter elFectivement les foires, « celles qui 
auront pris par les obligations, cédules ou contrats 
par eux passez qualité de marchands fréquentant 
lesdites foires et qui seront obligez ou auront promis 
payer ausdites foires de Lyon^ ». 

Le Conservateur est compétent, à quelque chiffre 
• que s'élève la demande ; il prononce même la prise 
de corps et de biens. La Cour du Parlement de 
Paris esl juge des appels interjetés contre les sen- 
tences du Conservateur, 



* Isanibert, t. XIII, p. 027. 
' FF., ibid., pp. 267-271. 

' Déclaration du Hoy, donnée à Paris, 18 février 1678 (Privi- 
lèges..., p. ;')()()). 



308 Les foires : Leur organisation 

§ 3. Style de la juridiction du Gonservateuh. — 
Le style, ou procédure, des débals qui se déroulent 
devant le Conservateur est essentiellement sommaire, 
car il doit permettre une solution rapide. Il ne faut 
pas que les moyens de forme se puissent dresser, 
pour l'un (les plaideurs ou pour le juge, comme des 
obstacles qu'il faudra successivement franchir avant 
d'arriver à l'examen des moyens de fond. 

Louis XI, en i/\G3, déclare que la justice du Con- 
servateur doit être rendue « sans long procez et 
figure de plaids » et, en 1464, il institue les moyens 
de conciliation que nous avons énumérés. 

Ni les exceptions, ni les moyens dilatoires ne 
sont admis. L'incompétence même ne peut être 
soulevée et le débat s'engage <( jusques à sentence 
définitive inclusivement ». Les sentences du Con- 
servateur, « à quelques sommes qu'elles montent », 
sont exécutoires par provision, nonobstant appel, 
tant sur la personne que sur les biens (Kdit de 
i536). 

L'exécution provisoire est peu favorable à l'exer- 
cice du droit d'appel. « L'espérance qu'a une partie 
de faire durer le procez par ses suites et cependant 
jouïr des deniers qu'on lui demande le fait bien sou- 
vent contester'. » Le débiteur qui a une mauvaise 
cause ne peut avoir cette espérance. 

Le Conservateur peut même procéder jusqu'à 
« exécution de garnison et consignation », c'est- 
à-dire qu'il peut, en ordonnant toute vérification, 

1 Barbier, Privilèges..., Adverlissemenl au lecteur, p. XII. 



LA JUSTICIÎ KT LA POLICE DES FOIRES 309 

condamner le défendeur à « garnir » (payer) entre 
les mains du demandeur, avec ou sans caution, 
ou à consigner, sous réserve de la sentence défi- 
nitive*. 

Les voies d'exécution sont énergiques. Elles sont 
indiquées par l'édit de février i53() (n. s.). C'est la 
contrainte par corps pour amener devant le Con- 
servateur le débiteur fugitif, pour faire pression sur 
la volonté du débiteur récalcitrant ou le punir de 
son impuissance à tenir ses engagements. C'est la 
saisie et la vente de ses biens meubles, en cas d'in- 
suffisance la saisie et la vente « en criée » de ses 
biens immeubles, en quelque province qu'ils soient 
situés, puis la distribution des deniers qui en pro- 
viennent par le Conservateur"-. Le débiteur pour- 
suivi n'a qu'une ressource, celle de payer, en solli- 
citant des lettres de répit ou, s'il ne le peut, de faire 
la cession de ses biens en promettant, s'il vient à 
meilleure fortune, de satisfaire à ses créanciers « au 
mieulx qu il pourra » ; encore faut-il qu'il soit admis 
à cette cession par le Conservateur^. 



1 Voir une sentence d'exécution de garnison de Nicolas de Cha- 
ponay ordonnant la vérification du poids de la marchandise 
menée par un voiturier et condamnant le marchand défendeur à 
garnir entre les mains du demandeur la somme réclamée (28 no- 
vembre i538; FF., Chappe IX, p. SaS). 

- Arrêt du i5 septembre 1542. Le Conservateur rend des sen- 
tences de collocation de deniers, voici l'ordre de lune d'elles : 
I, le conservateur; 2, le crieur; 3, le greffier; 4, les deniers 
royaux privilégiés; 5, la gabelle; 6, les créanciers {14 décembre 
i5o6; FF., Chappe IX, i'yj-^yz). 

^ Pièce justificative XX. 



310 LF.S FOIRES : LEUR ORGANISATION 

Les sentences du Conservateur s'exécutent dans 
tous les pays du royaume'. Elles s'exécutent sans 
lettres de « placet » ou « pareatis », c'esl-à-dire sans 
que riiuissier, chargé d'exécuter la sentence, ait à 
demander l'autorisation de procéder au Sénéchal ou 
au Parlement du lieu où il va instrumenter, ainsi 
qu'il a l'obligation de le faire toutes les fois qu'il 
veut exécuter l'arrêt d'une juridiction dans le res- 
sort d'une autre juridiction. Pour les pays étrangers, 
nous n'avons, sur l'exécution des sentences du Con- 
servateur aux XV* et xvi^ siècles aucun témoignage. 
Seuls, les auteurs du xvii® siècle déclarent que ces 
sentences s'exécutaient en tous pays. 

Les Cours de Parlement dressent parfois des 
obstacles à l'exécution de telles décisions, mais le 
Conservateur et le Consulat veillent soigneusement 
à l'observation des privilèges des foires. Le Con- 
sulat, lorsque cela est nécessaire, paye les frais 
pour rappeler aux Cours, comme aussi au Prévôt 
des Marchands de Paris, les privilèges de la juri- 
diction des foires-. Le roi, lui-même, tient la main 
à ce qu'ils soient respectés "^ 

Le style, cependant, ne conserve pas sa simplicité 

' Pièce justificative XXI. 

- Dépenses faites pour la publication des privilèges de la juri- 
diction du Conservateur en la Cour du Parlement de Bretagne 
(lôGi), ce. iioo. En i54o, le Consulat fait vérifier au Parlement 
de Toulouse les lettres « octroyées aux marchans... de faire 
appeler tous marchans à respondre pardevant le Conservateur 
des choses concernant le faict des foyres » (BB. 58, f° 77 \°). 

3 Lettres de jussion au Parlement de Toulouse, 20 septemlire 
ir)78 (Privilèges..., p. 371). 



LA JUSTICE ET LA POLICE DES FOIRES 311 

première. Depuis le rétablissement des foires, à 
la fin du xv*' siècle, le Conservateur n'est plus 
r « homme de robbe courte marchant ou bourgeois 
lequel se Irouvoit journellement sur la place des 
Changes pour obvier les différens entre tous mar- 
chans lesquelz différens il vuydoit promptement et 
dung jour a aultre* ». Il est un véritable magistrat 
de carrière; il connaît le droit ; parfois, comme Bona- 
venture Thomassin ou Nicolas de Chaponay, il est 
docteur es lois. Il cite des textes du droit romain. 
Au xvi" siècle, il arrive que le Conservateur a traicte 
tous les différens des marchans de ladite ville et 
aultres estrangiers par longues procédures et assi- 
gnations et tout ainsi qu'on a accoustumé de pro- 
céder en juridictions ordinaires au grand détriment 
et folle du publicq » suivant ce que disent les con- 
seillers"-. Il a une tendance, on le conçoit, à adopter 
les règles communes de procédure, parce que la 
procédure, à son tribunal, n'a point de règles pré- 
cises. En iSyS, le Consulat, non sans arrière 
pensée, car il convoite depuis longtemps les pou- 
voirs du Conservateur^, adresse des remontrances 



1 BB. 88, fo42 vo (i569). 

2 Ihid. 

3 « Ont esté priez lesdits Jehan Henry et Camuz, conseillers 
pour conférer avec monseigneur de Fezin, conservateur des pri- 
villeiges des foyres de ceste ville pour entendre de luyles moyens 
qu'il y aura de faire joindre et unir au Consulat la jurisdiction et 
court de la conservation pour après en faire leur rapport audit 
Consulat » (Délibération consulaire du ao octobre i558, BB. 8i, 
fo I02 v"). Le 8 février iSôg. le Consulat voit les mémoires rédi- 
gés « pour supplier le roy de unir et joindre aucdit consulat et 



312 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

au roi « pour les grandes longueurs et formalilez 
qui ont este inlroduicles et sonl pour lejourd'huy 
en la conservation des foyres estant mangée par 
gens de robbe longue contre sa première insti- 
tution * » . 

Dans le Cahier des Etats de i588, il présente les 
mêmes doléances"-. 

Le style de la Conservation a évolué au xvi^ siè- 
cle ; il ne comporte pas des solutions aussi rapides 
qu'à l'origine. Lorsque cette évolution sera ter- 
minée et qu'en 1657 sera publié pour la première 
fois le (( Style de la Conservation », on pourra 
constater qu'à travers cette longue évolution il s'est 
presque identifié au style des ordinaires juridic- 
tions '^ 



eschevinage dudit Lyon la juridiction de la conservation des 
foyres » (BB. 88, f 42 r°). 

1 BB. 93, f° 29 r». 

- « Sont les marchans fréquentans les foyres de Lyon en pire 
condition que les autres marchans de ce royaume qui sont jugez 
par juges, consulz, gens de robbes courtes expérimentez au faict 
de marchandises. » Le Cahier demande ensuite, et cela montre 
encore l'évolution de la juridiction du Conservateur en juridic- 
tion commerciale, que défense soit faite au Conservateur « de 
s'entremectre par cy après d'autres causes que de celles des 
marchans forains fréquentans lesdictes foires pour faict de foire 
et payement destiné en foyre et à luy enjoinct les expédier som- 
mairement sans ministère d'advocat ny formalité de justice » 
(BB. 121, f' 191). 

3 Vaesen, la Juridiction commerciale à Lyon sous l'Ancien 
Régime^ Lyon, Mougin-Rusand, 1879, i vol. in-8. Justin Godarl, 
la Juridiction consulaire à Lyon, Lyon, A. Rey, 1905, i vol. in-8. 



LA JUSTICK ET LA POLICE DES FOIRES ;U3 



II. Institutions diverses. 

§ I. Le Maître des ports. — Un officier du Roi 
avait la mission particulière de veiller sur les mou- 
vements des marchandises et de faire acquitter les 
droits dont elles étaient grevées. C'était le Maître 
des ports. Il avait sous sa juridiction tous les porls, 
ponts et passages tant de la ville que de la Séné- 
chaussée de Lyon. Il surveillait le passage de l'or, 
de Targent et de la monnaie de billon, celui des 
marchandises prohibées et des munitions de guerre. 
Il avait la police des courriers et des messagers, 
celle des gens sans aveu. Il surveillait la naviga- 
tion, exerçait le droit d'épave et connaissait des 
abus, délits et crimes qui se commettaient sur les 
rivières. 

C'était lui enfin qui assurait la perception de la 
rêve et des impositions foraines, du droit de 
5 pour loo sur les draps d'or, d'argent et de soie, 
des droits de douane sur les marchandises, à moins 
de dispositions contraires. Les acquits des mar- 
chandises qui sortaient, pendant les foires, franches 
des droits de rêve et d'imposition foraine étaient 
délivrés à son nom et, quand ces franchises fu- 
rent suspendues, comme en i54i et en i552, ce 
fut lui qui contraignit au payement de l'imposition 
foraine. 

L'Ordonnance du lo février i55i (n. s.), qui 
créait des officiers de la foraine, les plaçait sous les 
ordres du Maître des ports : un greffier, un visiteur, 



314 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

un peseiir, un mesureur, un nombreur, un scelleur, 
des p^ardes, des commis de receveur, un greffier 
pour le bureau des aides el un autre pour le bureau 
de SainLe-Colombe. Les offices furent, il est vrai, 
supprimés en i555 et leur prix remboursé ; la rêve 
et la foraine, mises dorénavant aux mains de la Ville, 
ce qui n'empêcha pas, à plusieurs reprises, les mar- 
chands de se plaindre d'être « arrançonnez » par 
les gardes du Maître des ports*. 

Le Maître des ports avait juridiction sur toutes 
les difficultés que soulevait la perception des droits 
de rêve et de foraine. Il rendait des sentences pour 
dire, au cas de conflit, si ces droits étaient dus et en 
fixer le montant II était assisté d'un conseil où 
siégeaient deux juges du ressort, un lieutenant du 
Sénéchal, le Conservateur des foires et le Receveur. 
Les causes étaient débattues en la présence du Pro- 
cureur du Roi'-. Le Maître des ports condamnait, 
le cas échéant, à des amendes et statuait sur la 
confiscation des marchandises -^ 

§ 2. Le Bureau de la douane. — Ni le Maître 
des ports, ni aucun officier du roi n'avaient de juri- 
diction relative à l'aide de 6 deniers pour livre tant 

1 BB. 8i, fo 162 v° (i55f)); 88, f^ 42 y» (iTiôp). En i56o, les mar- 
chands demandent la suppression de la Maîtrise des ports (voir 
Plaintes et doléances, BB. 81, f°^ 332 r° et suiv.). Les gardes ne 
sont pas payés, ils reçoivent le tiers des amendes et confisca- 
tions. 

- ce. 3978, 62 (1499). 

* De Nicolaj', op. cit., p. 201. 



LA JUSTICE ET LA POLICE DES FOIRES 315 

qu'elle fut levée sous la main du Consulat. Mais, 
en i564, le roi Charles IX, l'ayant reprise à la ville 
pour la faire lever lui-même, organisa à Lyon un 
Bureau des droits de douane. Ce Bureau était com- 
posé du Trésorier de France en la charge de Lyon, 
du Sénéchal de Lyon ou son lieutenant, du Maître 
des ports ou son lieutenant, de six assesseurs pour 
les jugements définitifs, de quatre pour les juge- 
ments interlocutoires. Le Procureur du Boi devait 
assister aux audiences. Le Bureau connaissait de 
toutes les questions relatives aux droits de domaine 
et de douane, à Fexclusion de toute autre juridic- 
tion. Les jugements du Bureau étaient exécutoires 
par provision, nonobstant opposition ou appel. Le 
Bureau de la douane tenait ses audiences en la 
maison de la Douane le lundi et le jeudi de chaque 
semaine, dans l'après-midi'. 

§ 3. Le Garbeau de l'épicerie. — Le garbeau 
était le droit qui se prélevait sur les épiceries ven- 

1 « Scavoir faisons que pour donner ordre à ce que nos droits 
de domaine et douanne qui se lèvent en nostre ville de Lyon, 
entrées de draps d'or, d'argent, de soye et autres en quelque 
sorte que ce soit, conGscations procédans de ce que dessus soient 
traitez et jugez par nos principaux officiers... Créons et establis- 
sons un bureau de nosdits droits de douanne en nostredite ville 
de Lyon qui se tiendra en la maison de ladite douanne auquel 
lieu et non ailleurs, ez jours de lundy et jeudy après disner se 
traiteront les affaires de nosdits droits de domaine et douanne et 
toutes lesdites controverses tant celles qui surviendront que 
celles qui sont desja intentées... » (Lettres de Charles IX, Fon- 
tainebleau, mars i563 (a. s.); Privilèges..., p. 896. FF., Chappe 
VIII. 5ii-5i5). 



316 LES FOIRES : LEUR ORGANISATION 

dues à Lyon, préalablement séparées des « poulses » 
ou poussières et à l'occasion de celLe opération. 

Le terme de garbeau, ou grabeau, était un terme 
générique. Il désignait le droit fiscal et aussi le pro- 
duit du droit ou recette qu'il procurait. En même 
temps il servait à dénommer l'instrument à l'aide 
duquel se faisait le triage des épiceries ou garbellage. 

Empêcher la fraude en matière de marchandises 
d'épicerie, fraude particulièrement facile et lucra- 
tive, telle était la raison d'être du garbeau*. 

Déjà, aux foires de Champagne et de Brie, les 
épiceries avaient été l'objet d'une surveillance toute 
particulière, comme elles le furent à Lyon dès 
qu'elles apparurent sur le marché. Le Consulat 
désigna à l'office du garbellage un commis qui prê- 
tait serment, veillait ainsi lui-même à l'entretien 
des foires et à l'honnêteté des transactions. 

Les foires se développant d'une manière constante 
sous le règne de Louis XI, ce roi, par des Lettres 
données spécialement sur cette matière, à Paris, le 
lo novembre i465, réglementa le grabellage de 
l'épicerie. 

Il octroya à la Ville pouvoir de nommer deux 
titulaires à l'office du grabellage de l'épicerie vendue 
aux foires et lui accorda le droit d'en recueillir les 
profits ou émoluments à la charge de les employer 
à l'entretien des foires ". 

* Le procédé le plus fréquemment employé par les fraudeurs 
consistait à charger les épiceries de « gomme » ou de « terre 
l'ouge » (CC. 4291)- 

- FF., Chappe IX, ft-32, et Privilrr/os..., p. 71. 



I 



LA JUSTICE KT LA POLICE DES FOlIlES 317 

Les pouvoirs que le Consulat s'élaiL donnés à cet 
égard étaient donc, par acte du pouvoir royal, offi- 
ciellement confirmés. Il en usa avec soin pendant 
tout le xv^ et tout le xvi® siècle'. 

Il désigna deux grabeleurs cpii prêtèrent le ser- 
ment de remplir fidèlement et loyalement leur office, 
soit pendant les foires, soit hors foires. L'un d'eux, 
pour la commodité des marchands, habitait sur la 
rive droite de la Saône, lautre, sur la rive gauche-. 
Cette désignation de deux grabeleurs, renouvelée 
toutes les fois qu'il en était besoin, se perpétua depuis 
i465, durant tout le xvi'' siècle. Exceptionnelle- 
ment le Consulat donna, en 1 468 et en 1 47 1 , la ferme 
du grabelage à un particulier, pour une somme 
annuelle fixée à forfait"^. 

Les grabeleurs nommés par le Consulat grabe- 
laient l'épicerie pour le compte de la Ville. Ils tenaient 
un état détaillé de toutes les épiceries grabelées et 
de toutes les sommes perçues par eux, indiquant le 
produit brut et le produit net et fixant le quart de 
la recette qui, au xvi" siècle, était versé à l'Hôtel- 
Dieu du pont du Rhône. Cet état annuel, tenu foire 
par foire, formait le (( cahier du grabeau », il était 
déposé aux archives de la ville. 

Les maîtres grabeleurs effectuaient leurs opéra- 



1 Le Consulat n'hésita pas à engager un procès devant le Par- 
lement de Paris contre le Conservateur des privilèges des foires 
lui-même, Neri Mazi, qui prétendait faire visiter l'épicerie (i53i) 
(CC.819, 8). 

2 BB. iTi, fo 5 V» (1468); ce. i35i, .ii (1587^. 

* BB. i5, fo» 5 vo, 161 r" (100 et 110 livres par an). 



318 LIvS FOIRES : LEIH ORGANISATION 

lions, soit dans la boutique que chacun d'eux devait 
avoir sur Tune des deux rives opposées de la Saône, 
soit à 1 llôlel de ^'ille, soil enlin chez les marchands. 
Ils avaient povu' graheler les dillérentes épiceries, 
plusieurs grabeaux, ou instruments différents, a à 
gros et moyen perluys », ou même, comme })our le 
poivre et le riz, des grabeaux spéciaux'. Des commis 
étaient sous leurs ordres qui devaient être agréés 
par le Consulat el dont ils étaient responsables. Ils 
ne devaient marquer aucune balle sans l'avoir préa- 
lablement vue et visitée, enfin ils étaient tenus de 
signaler toute fraude, dont ils avaient connaissance, 
au Consulat. Ils n'agissaient point sans contrôle, 
malgré les garanties qu'ils pouvaient offrir. Au 
xvi*" siècle, le Consulat désigna régulièrement deux 
de ses membres qui, assistés de deux maîtres des 
métiers d'épicerie, élus à cet effet, chaque année, 
el accompagnés des deux maîtres grabeleurs fai- 
saient, à chaque foire, « visitalion de l'épicerie ». 
Le Secrétaire de la Ville dressait acte de cette 
inspection-, sur quoi le Consulat ordonnait, le cas 
échéant, « que soit rapporté à justice par-devant 



« ce. 562, 35. 

- « A été ordonné à la présente foire des roys à faire visitalion 
de l'espicerie et pour icelle visitacion faire ont estez commis ledit 
seigneur Roussellet, seigneur de Lapartdieu et Jaques Fenoil 
conseillers appeliez les deux maistres des espiceries esleuz ceste 
présente année avec les deux maistres g-rabelleurs et d'icelle 
visitacion sera faicte acte par le secrétaire de ladite ville comme 
faict a esté de toute ancienneté et commanceront lundy prochain 
a faire ladite visitacion » (Délib. consul., 20 janvier i546 (a. s.) : 
BB. 64, f« 287 ro.) 



LA JUSTICE ET LA l'OLICE DES FOFRES 319 

M^"" le Conservateur et ailleurs où il appartien- 
dra », ce qui apparaissait « estre contre l'ordre du 
grabeau ^ » . 

La réglementation était sévère, et elle fut sévère- 
ment appliquée. Aucune épicerie ne devait être 
vendue à Lyon sans avoir été grabelée"^, toutes les 
poussières, poudres, pousses, sortant du grabeau 
devaient être portées à l'hôtel de Roanne, pour être 
mises à la disposition de M^'' le Bailli, et, plus tard, 
elles durent être jetées à la rivière^. 

Une ordonnance du Consulat, du 3 avril i5ig, 
précisa la réglementation du grabeau indiquant, 
énumérativement, de quelle manière chaque épicerie 
devait être grabelée. Les marchands devaient avoir 
de bons sacs et faire la tare des sacs et cordes quand 
le prix de la marchandise dépassait 3 blancs pour 
livre, les acheteurs de caisses ^ou tonneaux de sucre 

' BB. 68, fo 297 i". 

- « A esté délibéré qu'on doit faire crier et publier que nulz 
marchans ne soient si osez ne hardiz de vendre ne acheter espi- 
cerie qu'elle ne soit grabellée » (Délibération consulaire du 3 mai 
1498: BB. 23, {° i52 v°). « Par auctorité de monsieur le Conserva- 
teur des privilèges des foires de ceste ville de Lion et à la re- 
queste de messieurs les conseilliers de ladicte ville Ton fait inhi- 
bition et défence de par le roy nostre sire à tous marchans espi- 
ciers, droguiers et autres vendeurs de marchandises acostumées 
estre grabellées qu'ils en les mectent en vente en ceste dicte 
ville ni es faulx bourgs d'icelle sans premier avoir esté grabellées 
et après visitées et les balles d'icelles marquées par celluy ou 
ceulx qui à ce faire seront commis par mesdits seigneurs les 
conseilliers et ce sur peine de confiscation desdictes marchan- 
dises et mil livres tournois d'amende » (Délibération consulaire, 
3o juin iSaS : BB. 47, f" 97)- 

3 BB. i5, f"3io3 v» (1470) et 80, [° 242 r° (1557). 



3-20 LES FOIftKS : LKUR ORGANISATION 

devaient accepter lo livres pour loo, « s'il s'en 
treuve de rompiiz dedans lesdils tonneaulx ou 
qnesses ». 

La marque des marchandises grabelées était dou- 
ble. Chacun des grabeleurs jurés apposait d'abord 
sa marque personnelle sur chaque balle, caisse ou 
tonneau, par lui grabelé, puis, au-dessus des balles, 
sur la clôture du sac. des caisses ou tonneaux, la 
marque de la ^'^ille : « un grant lyon noyr rampant 
aut dessus troys fleurs de lys et aulx garbeaulx 
une barre en façon d'une croys sainct andré venant 

à la forme de deux cueurs en telle sorte 



Le poivre, le gingembre, le girofle, la muscade et 
autres marchandises d'importance, étaient en outre 
cachetés « du cachept acoustumé a cousté avecques 
cire verde ». Quant aux épiceries « marinée » ou 
tarées, elles étaient barrées, « à travers de la dicte 
marque d'une grande barre pour cognoistre quelles 
ne sont pas loyalles, ny marchandes ». Les mar- 
chandises (( mal accoustreez et falcifiez », devaient 
être brûljes avec amende'. Les marchands qui ache- 
taient l'épicerie pouvaient la faire visiter sur « ung 
beau nect linceul », pour savoir s'il n'y avait fraude"-. 
Au cours du xvi" siècle, la surveillance des épiceries 
devint plus difficile qu'elle ne l'était antérieure- 
ment. Anvers envoyait à Lyon « par voies indi- 
rectes », des épiceries « regrattées »; les marchands 
de Lyon, eux-mêmes falsifiaient parfois leurs dcn- 

< ce. 4-^yu. 

- HB. 23, f" i52 vu(i4<j8). 



LA JUSTICE ET LA POLICE DES FOIRES 321 

rées ou ensachaienl, clans des sacs marqués, des épi- 
ceries non grabelées'. LeConsulal, dès i554, prend 
des mesures plus rigoureuses. Il fail prêter serment 
deux fois par au aux grabeleurs, à la Noël el à la 
Saint-Jean, il leur défend de s'attacher aucun gagne- 
denier, sans en indiquer les noms, il déclare que 
si les grabeleurs marquent une balle sans l'avoir 
vue ou visitée, ils seront destitués et « pugniz par 
justice'^ ». A de fréquentes reprises, il fait crier 
par un crieur, accompagné d'un trompette, les 
ordonnances du grabeau^. Les sanctions de ces 
ordonnances étaient énergiques, la confiscation était 
prononcée par le Conservateur contre les marchands 
coupables de vendre des marchandises non grabe- 
lées et, avec elle, des amendes dont le taux atteignait 
i.ooo livres tournois. L'organisation de la douane 
au xvi^ siècle, permit un contrôle particulièrement 
efficace, les commis de la douane fournirent en effet 
aux maîtres grabeleurs un état de l'entrée des mar- 
chandises soumises au grabeau''. 

— Marchandises « sujettes à grabeller ». Nom- 
breuses étaient les marchandises soumises an gra- 
beau et leur liste existe en entier dans les tarifs et 
les cahiers des grabeleurs. C'étaient les « épiceries » : 
gingembre, poivre, muscade, canelle, girofle, macis, 
manigète, galingat ou calango ; les « drogueries » : 
gomme lacque, gomme arabique, gomme « dra- 

1 BB. III, f° i/,8 r°. 

- BB. 76, f° 12 \'\ 

^ Pièce justificative XXII. 
^ BB. i2<S, fo 222 1-0 

M. B. 21 



322 LES F01Hi:S : LKLK ORGANISATION 

ganl », maslic, quasse ou cassia, mesquin, coche- 
nille, inde, myrrhe, encens, lerra mérita, anis, 
fenouil, coriandre, mèges, cumin, zedoard, barbo- 
sina, greyne, iris, séné, cassie, semencine, barbelins, 
sandaraque. coque du Levant; senenardi, stafizagri, 
spicenardi, graine de paradis, alun, coloquinte, 
pyrèlhre ; enfin les « marchandises grosses » : 
amandes, riz, noix de galle*. 



' Outre les sources indiquées : BB. 9, f'^ 72 v" ; 10, f"' i34 v», 
i36 v", 212 v°; 24, f"^ 418 v°, 439 v°, 529 r"; 67, f»* 117 r", 118 r"; 
76, fo* 12 Vet suiv.; 88, f" i55 v°; 90, î°^ loG r", 128; iii^ f»' 80 r»» 
180 r°; 128, fo 236 r». Ordonnance du Conservateur: 47, f° 90 
(i528). ce. 56i, 12; 1028, 4; iio3, 1; 1179, 3o à 33; i354, 3i. 
HII., Chappe VIII,85. 

Pour les tarifs du grabeau, voir CC. 00 -j ; 1028, 4» i4") ^ij 
4292-4293, I. Il est à signaler que leur taux alla en s'aggravant 
au xvi« siècle : le poivre elle gingembre, par exemple, qui, en 
i5o3, payaient i sol la balle payèrent, en 1090, le premier 3 sols 
4 deniers, le second 2 sols 8 deniers. 



PIECES JUSTIFICATIVES 



I 

Requête des habitants de Lyon au Dauphin 
pour V établissement de deux foires. Sans date [1419]. 

A très hault et très excellent prince et notre très re- 
douté seig-neur, Monseigneur le Régent du Royaume, 
Daulphin de Viennois, DucdeBerry, de Touraine, et comte 
de Poictou. 

Supplient très humblement voz très humbles et obeis- 
sans serviteurs les consulz bourgeois et habitans de la 
ville et cité de Lion sur le Rosne que comme la dite 
ville est grande et spacieuse, equipolente en grandeur à 
la ville de Paris, sittuée et assise sur les marches du 
Royaume et Daulphiné et d'un côté du pays de Savoye 
et n'est clef de pais en frontière pourquoy il est grand 
besoing et nécessité qu'elle soit bien et grandement 
soutenue, fortifiée et amparée et aussi habitée de peuple; 
lesquelles choses n'ont peu estre le temps passé obstant 
ce queicelle ville a esté et est petitement peuplée pour- 
quoy feust besoing pour parvenir à l'entretenement et 
augmentation d'icelle ville y avoir choses prouffitables 
et nécessaires pour y faire venir habiter et demourer du 
peuple plus qu'il n'y a. Et il est ainsi que lesdis sup- 
plians aient advisé entre eulx, pour le plus prouffîtable et 
moins domageable à la chose publique, de avoir et mec- 
tre sus en icelle ville deux foires en Tan durant chacune 
pour huit jours en temps et saison qui es villes voysines 



o-^'i l'IKCKS .irSTiKiCATIVES 

non a aucunes ordonnées cestassavoir 1 unu à la sainl 
Martin d'hiver et l'autre le premier lundi du niovs de 
may et aussi que ladite ville eust un grenier à sel pareil 
et semblable qu'il est au Pont Saint Esprit '... 



II 

Lettres patentes de Charles Vil 
Pouilly en Touraine^ 4 juillet 1454. 

(Ex Irait). 

. . . Donnons et octroyons la grâce espécial. plaine puis- 
sance et autorité royal par ces présentes, perpétuelle- 
ment lesdites trois foires publiques chacune année et 
chacune foire durant vint jours commencans, continuans 
et finissans comme dessus franches et (juittes pour tous 
marchans denrées et marchandises qui y viendront et 
seront amenées et conduictes et qui y entreront ou en 
ystront et y seront vendues, eschang-ées ou autrement 
exploitées durant icelles foires de toutes aides, impotz 
tailles, subsides, impositions foraines, coustumes, male- 
toste, boete aux lombards et autres charges et droitz ordi- 
naires quel/.conques de notre domaine jusques à quinze 
ans ensuivant et accomply, a commencer dès le premier 
jour d'avril prochain venant et qui finiront en l'an 
MCCCC cinquante et huit, encluz et comprises les dictes 
foires dudit quinzième an-'. Lesquelles foires seront et 
pourront estre establies es lieux et places de la dicte 
ville qui seront advisez estre convcnai)les par lesdiz con- 
seillers et liabitans. Et oultre ce et pour les causes que 
dessus de notre plus ample grâce leur avons octroyé et 

' IIII.,Chappe VIII, 9321. 

- Les quinze ans ont en réalité leur point de déport dans 
l'octroi accordé par les Lettres de février i44'^- 



PIKCES JUSTIFICATIVES 3-^5 

octroyons, voulons et nous plaist que toutes manières de 
monnoyes tant d'or que d'argent autres que celles de 
notre royaume et que celles de par nous et nos succes- 
seurs auront cours pour le temps avenir en icelluy ayent 
cours et que toutes manières de gens puissent vendre, 
acheter et marchander à icelles en ladicte ville de Lyon 
pour la juste valeur d'icelles et icelles et toutes autres, 
or, argent monnoyé et à monnoyer porter et rapporter 
sans fraude dehors et dedans notre dit royaume franche- 
ment et quitement, durant le temps desdictes foires tant 
seulement, sans ce que a ceste cause les dictes monnoyes, 
or, argent ou autres bien soient pource prinz, saisiz ou 
arrestez, ne que aucune chose en puisse estre impustée ou 
demandée ausdiz supplians ni aux marchans ni a aulcuns 
d'eulx, ores ne en temps avenir, par nos gens et officiers 
ne autres quelsconques. Nous, en faveurs de ce que dit et, 
avons ausdits supplians donnez et quitez, donnons et 
(juitons pas cesdites présentes et aveeques ce leur avons 
octroyé et octroyons que les dictes foires et bons mar- 
chans alans, venans, demourans et séjournans en icelles 
soient privilégiez et usent et jouissent de telz et sem- 
blables privilleges que ont acoustumé joir et user par 
octroy de noz prédécesseurs Roys de France ceulx des 
foires de Champaigne, de Brye et du Landit et tous lesdis 
marchans a tous autres alans, venans, demourans et 
séjournans esdictes foires avons prins et nous prônons et 
mectons d'abondant par ces présente en notre sûreté et 
spécial sauvegarde et conduit avecque tous leurs biens 
denrées et marchandises quelsconques qui seront ame- 
nées vendues ou exploictées esdictes foires^... 

> IIII., Chappe VIII, 9 a 21. 



326 PIÎvCES JUSTIFICATIVES 



III 



Lettres de Louis XI aux échevins de Lyon 
Sully, 18 Juillet [ii66\. 

De par le roy, 

Chers et bien amez. Nous avons reçu les lettres que 
nous avez escriptes par maistre Pierre Balarin, Humbert 
de ^'arez et le procureur de notre ville de Lyon et iceulx 
fait oir sur ce quilz nous ont voulu dire de votre part et 
au regard du fait des foyres dont il nous ont fait parler 
nous n'y avons fait aucune mutacion ne n'avons enten- 
cion de faire si non que ce soit par l'adviz des marchands 
estrangiers fréquentans lesdites foires et de vous. Bien 
et vray que notre beau-frère Philippe de Savoye nous a 
fort requis que pour nourrir l'amour de ceulx de Savoye 
et de vous voulsissions faire quelque appoinctement sur 
lesdites foire. Et pour ce vouldrions bien que par ladviz 
desdits marchans estrangiers et de vous et d'un commun 
consentement on y faist aucun bon appointement. Tou- 
tesvoires nous n'y toucherons point sans votredit adviz 
et desdits marclians estrangiers lequels pour contempla- 
cion de nous sont venuz en ladite ville de la quelle et 
de tous les habitans d'icelle desirons le bien comme de 
noz bons vrais et loyaulx subjez. Donné à Sully le 
XVIirjour de juillet*. 

1 IIII., Chappe VIII, :U) à r.i. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES :^27 



IV 

Articles du Cardinal de Bourbon^ des doyen et cha- 
pitre de Véylise cathédrale^ des manants et 
habitants de Lyon^ du procureur du roi. Sans 
date [i^Si-i 486]. 

Entendent a prouver par devant vous messeigneurs les 
commissaires comis et ordonnez par le Roy, très révé- 
rend père en Dieu monseigneur le cardinal de Bourbon, 
les doyen et chappitre et autres gens de ladite ville de 
Lyon et pareillement les manans et habitans d'icelle 
ville et le procureur du Roy les faiz et articles qui s'en- 
suivent pour vous monstreret faire apparoir que ladite 
ville de Lyon est la ville de ce royaume la plus conve- 
nable et propice a tenir les foires qui s'y tiennent de 
présent vous requérant que voire plaisir soit vous infor- 
mer sur le contenu en ces présens articles. 

A ces fins et autres raisonnables dient ce qui s'ensuit. 

Et premièrement dient que la ville de Lyon est une 
fort ancienne ville et anciennement ediffiée et l'une des 
principales villes de ce royaume. 

Item que ladite ville fut fondée par Mimacon Planton 
Ciceronis disciplin. lequel Mimacon lors gouvernoit une 
partie des Gaulles. 

Item que ladite ville est située et assise sur deux 
grosses rivières portans navires et venans de divers pais 
et loingtains. 

Item que de ladite ville de Lyon jusques à la rivière 
de Loire n'y a que douze lieues de par ce moyen toutes 
les denrées et marchandises qui se distribuent en ladite 
ville de Lyon se peuvent mener jusques à Nantes et par 
toutes les rivières de Loire et n'y fault charrier que les- 



328 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

dites huit lieues c'est assavoir depuis Lyon jusques à 
Rouenne. 

Ilem et peut l'en de ladite ville de Lion mener et 
charrier marchandises tant en la mer de Lang'uedoc qui 
est mer meriterrienne corne aussi en la mer de Bretaiune 
qui est repputée grant mer et en tout ce, corne dit est, ne 
fault charier que huit lieues laquelle chose Strabon qui 
scripsit cosmog-raphiam orbis la vérité pour une grande 
merveille et ne saiche l'en point de royaume ubi ita faci- 
liter de mer en mer l'en puisse mener marchandise. 

Item et pareillement l'en peut conduyre les marchan- 
dises de Lyon par eau jusques en la rivière de Seine. 

Item que ladite ville depuis la fondacion d'icelle a este 
repputée l'une des principalles villes de ce royaume. 

Item que l'empereur Aug-uste devisa les Gaulles en 
quatre parties sy. (une ligne en blanc dans le manu- 
scrit) et lugdunen. en dénotant et demonstrant que ladite 
ville estoit l'une des principalles et qui faisoit la quarte 
partie du royaume. 

Item que par la veue de la closture de ladite ville des 
edifiices qui sont autour et dedans icelle il est bon de 
veoir que ce a esté autre iîoiz moult grant chose. 

Item que la closture de ladite ville est de moult grande 
estendue et a ceste cause est besoing pour..?., et deffense 
d icelle qu'elle soit fort peuplée. 

Item et mesmement que ladite ville de Lyon est clef 
de pais marchissant es pais d'Allemaigne, Savoye et 
Italie. 

Itemqu'anciennementenicelle ville de Lyon etpassé. .?. . 
mil ans ainsi que récite Strabon y soulloit avoir de 
grandes et belles foires lesquelles a l'occasion des guerres 
qui depuis sont seurvenues et par espécial que ladite 
ville fut destruite par les Vendalles lesdites foires furent 
interrompues. 

Item que par aucun temps les foires ont esté tenues a 
Genesve qui est située et assise hors du royaume et au 
millieu du pays de Savoye. 



PIÈCKS JUSTIFICATIVES 329 

Item que a l'occasion desdites foires qui se tenoieiit 
audit lieu de Genesve le royaume a esté exhausté d"or et 
d'arg-ent. 

Item que les marchandises estoient fors chères lorsque 
lesdites foires de Genève se tenoient a l'occasion qu il 
failloit tout amener par mulletz et que ladite ville de 
Genève est située et assise en pais de difficile accez. 

Item que le feu Roy Charles VIP considérant les 
choses dessus dites voulut douer ladite ville de Lyon de 
plusieurs beaux privillèges et a esté cause, par delibera- 
cion de son sang et autres de son conseil, y establit trois 
foires ausquelles il donna plusieurs grans et notables 
privillèg-es et au moyen desquelz lesdites foires furent 
entretenues l'espace de dix ans. 

Item et néantmoins pour ce que lesdites foires de 
Genesve n'estoient point descriées et que les marchans 
de ce Royaume y pouvoient aller les marchans estran- 
gers ne venoient point à Lyon mais venoient a Genève 
pour ce que ladite ville de Genesve est plus prouchaine 
d'eulx et a ceste cause lesdites foires de Lyon valloient 
bien peu. 

Item que lorsque le feu Roy Charles alla de vie a 
trespas il n'y avoit point plus de mil a douze cens feuz 
dedans ladite ville de Lyon qui estoit bien peu de chose 
au regard au grant circuit dicelle. Item que le feu Roy 
Loys devinct trespassé après ce qu'il fut venu a sa cou- 
ronne considérant que au moyen de ce que les marchans 
de ce royaume alloient aux foires de Genesve que les- 
dites foires de Lyon estoient de petit revenue et que a 
l'occasion desdites foires de Genesve le duc de Savoye 
acquérait grant nom en tous pays estrangers et qu'il estoit 
ains crainct et prisé par toutes nacions et que son pays 
en rapportoit grant gaing et prouftit, fist faire deffense 
que nul marchant de son royaume ne allast esdites foires 
de Genesve et pareillement que ceulx qui frequente- 
roient lesdites villes de Lyon ne allassent esdites villes 
de Genesve, Item et néantmoins bien que le Roy Charles 



330 PIÈCKS JUSTIFICATIVES 

n'eust establi Tan que trois foires audit Lyon touteffoiz 
a icelle fin que les marchans fussent plus enclins de y 
fréquenter il institua une quarte foire audit lieu de Lvon 
avec les autres trois toutes lesquelles quatre foires il 
voulut estre tenues au temps que lesdites quatre foires 
de Genesve se tenoient. 

Item et pour ce que ladite ville de Lyon estoit et est 
en pays de franchises et assez près de tous les pais qui 
fréquentoient lesdites foires de Genesve les marchans 
estran^ers qui souUoient fré(|uenter lesdites foires de 
Genesve vindrent es foires de Lyon lesquelles ont esté 
pour bien long-temps entretenues au bien, prouffît, utilité 
du Roy et de son royaume. 

Item que plusieurs marchans estrang-ers come Alemans 
Ytaliens, Castellans, Arragonnez, Espag-nolz et plusieurs 
autres ont fréquenté et fait leur résidence en ladite ville 
au moyen desdites foires. 

Item et en icelle ont apporté leurs biens, denrées et 
marchandises pour la comodité du lieu à cause desdites 
rivières, vicinité et proximité de leurs pays. 

Item que lors que les dites foires estoient a Genesve 
les marchans de ce royaume faisoient de grans despens 
en allant audit lieu de Genesve qui est distant du royaume 
de trois journées. 

Item et pareillement lesdits marchans de ce royaume 
faisoient de grans fraiz et despens en ladite ville de 
Genesve dont elle estoit fort enrichie et tout le pays 
d'environ et au regart des autres pais voisins ilz estoient 
fort apouvriz. 

Item et de présent tous fraiz et despens qui se soul- 
loient faire audit Genesve se font en ladite ville de Lyon 
et pareillement en Dauphiné par ou passent et repassent 
lesdits marchans et pareillement en Bourbonnoys, Roue- 
nois, Forelz, Beaujoley et tous les autres lieux par ou 
passent lesdits marchans (jui viennent esdites foires de 
Lyon. 

Item que tous lesdits pays voisins de ladite ville de 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 331 

Lyon vont vendre leurs vins, blez et autres vivres en 
ladite foire de Lyon dont ilz sont fort enrichiz et toutef- 
fois auparavant que lesdites foires y fussent ilz ne savoient 
à qui vendre ne distribuer et quoy que soit ilz en avoient 
peu de chose. 

Item que durant que lesdites foires de Genesve se 
tenoient on y vendoyt grant quantité de drapperie de 
layne venant de Flandres, Angleterre, Fribourg- et autres 
pays estrangers hors le royaume de France, montans a 
plus de iiii'^ mil francs. 

Item que de ce royaume la drapperie qui se vendoit 
audit Genesve fust de Normandie et d'autre part ne mon- 
toit point a cent mil francs. 

Item que de présent et depuisque lesdites foires ont 
esté establies à Lyon on n'y vend se non les draps de ce 
royaume qui montent a plus de vi^ mil francs. 

Item que a ceste occasion tout le pays de Berry et 
plusieurs autres pais qui ne faisoient le temps passé que 
ung peu de drapperies voyans la grant distribucion des 
draps qui se distribuoient en ladite ville de Lyon ont 
levé plusieurs drapperies dont lesdits pays sont moult 
enrichiz. 

Item et pareillement audit lieu de Genesve l'on ven- 
doit plusieurs toillesde Constance, d'Alemaigne et autres 
montans a plusieurs grans somes de deniers et aussy 
grant quantité de blancheries, cuirs tannez et grosse 
pelleterie qui venoient la pluspart des pays d'AUemaigne 
et autres pays circonvoisins audit lieu de Genesve et au 
regart de ce royaume il n'y en venoit point a tout le 
moins bien peu. 

Item que quant les habitans du pays de Bourbonnoys, 
Foretz, Lyonnez, Auvergne, Viveretz, Daulphinéet autres 
pays circonvoisins de ladite ville de Lyon ont veu la 
grant distribucion qui se faisoit en ladite ville ce sont 
efforcez a faire toilles, cuirs, pelleteries et plusieurs autres 
choses lesquelles ilz portent esdites foires de Lyon. 

Item que toutes lesdites marchandises se vendent 



332 PIKCKS JUSTIFICATIVKS 

audit lieu de Lyon ou on les eschange a autres marchan - 
dises estrangèrcs corne a draps de soye ou espieerie. 

Item ({ue la drapperie qui de présent se vend audit 
Lyon, venant de ce ro^'aume, monte tous les ans a plus 
de huit a neuf cens mil francs et touteffois auparavant 
que lesdites foires se tensissent a Lyon on ne vondoit 
point a Genesve pour cent mil. 

Item (|ue depuis l'introduction desdites foires les pays 
de Foretz, Beaujoley, Rouennois, Cliarolois et Bresse se 
sont habillilez et exercez a faire grosses toilles qui se ven- 
dent tous les ans audit lieu de Lyon et qui montent a 
a pkis de n"^ l mil francset touteffoiz quant lesdites 
foires estoient a Genesve on ny en menoit point. 

Item que la grosse pelleterie venant d'Auvergne, Ly mo- 
sin, blancherie, cuirs lannez quy se vendent audit lieu de 
Lyon se monte par an à plus de deux cens mil francs. 

Item que toutes lesdites marchandises sont vendues 
aux marchans estrangers aumoins la pluspart d'icelles. 

Item que semblablement l'on vend a ladite foire de 
Lyon plus de soixante charges de saflVan qui montent a 
plus de iin'^'^ mil francs lesquelles se preignent esdits pays 
de liouennoys, Foreslz, Beaujoley, Lyonney, Viveretz, 
Givaudan lesquelz ont prati([uéde faire croislre en leur- 
dits pays ledit salfran dejniis l'introduction desdites 
foires. 

Item que auparavant l'introduction dicelles on n'en 
cueilloit point quinze charges mais quant ilz ont veu la 
grande distribucion qui se faisoit esdites foires chacun 
s'est efforcé de faire valloir le sien. 

Item que a l'occasion desdites foires on vend oultre 
lesdites soissantes dix charges de saffran prins à Caloy 
en Albigeois et autres pais circonvoisins. 

Item que auparavant la pluspart du satfran qui se 
vendoyt en ce royaume venoit de Gastellongue, de la 
Marque d'Ancosne, Roumaingnolles, du royaume de Nap- 
ples et autres pays dltalie esquelz se prenoit ancien- 
nement et avant l'introduction desdites foires plus de 



l'll>(;i:S JLSTIFICATIVKS 333 

iiii'-'^ charges de sallVaneta présent on n'enlève pas xxv. 

Item que les marchans d'Allemaig"ne apportent esdiles 
foires de Lyon chacun an grant quantité d'argent blanc 
et telle année plus de cinquante, voire de soixante mil 
marcs lesquelz ilz eschangent es marchandises et den- 
rées qui viennent de ce royaume. 

Item que lesdits marchans d'Alemaig-ne et autres mar- 
chans estrangers se lesdites foires estoient mises plus 
avant dedans le royaume pour la g'rande difliculté qu'ilz 
avoient de venir et aussy pour la distance des lieux ne 
viendroient point en ce royaume. 

Item que de la ville de Paris en amène en ladite ville 
de Lyon grant quantité de bonne tz qui se montent a 
grande quantité de deniers. 

Item et pareillement de ladite ville de Paris on y 
amène grant quantité d'espeling'ues qui se montent a 
plus de XXX mil francs. 

Item que pareillement le lîoy a cause desdites foires 
de g'rans prouffîz car auparavant les gabelles et imposi- 
tions foraines ne valloient que m" francs et de présent 
ilz en vallent plus de huit. 

Item ([ue ledit Seigneur (|uant il a eu a faire d'aucune 
grant some de deniers il les a tousiours trouvez promp- 
tement en ladite ville de Lyon. Item que auparavant que 
lesdites foires fussent en ladite ville de Lyon quant le 
Roy avoit a faire de harnoys de guerre il failloit envoyer 
a Millan et hors de ce royaume mais depuis il en a eu 
tant qu'il a voulu au moyen desdites foires. 

Item mais ([ue plus est quant aucuns estrangers en 
voudroient avoir et ilz le vouUoient empescher il n'en 
avoit point. 

Item que a l'occasion desdites foires le Roy a este et 
est amé,crainct, doublé et prinsé des marchans et autres 
nacions et preinces (?) fréquentans lesdites foires et ont 
esté tous les marchans de son royaume en grant seurelé 
dont il a acquis grant gloire et a ses subgectz grant utilité 
et proufiît. 



334 PlfiCES JUSTIKICATIVKS 

Item que ces choses non obstant et combien que les 
dites foires soient moult utilles et prouffitables au 
royaume et qu'il n y ait lieu plus convenable a les tenir 
que ladite ville de Lyon, noantmoins au pourchaz et 
requeste d'aucuns ont esté baillées lectres royaulx pour 
soy informer en quelle ville de ce royaume lesdites foires 
de Lyon se pouroienl tenir. Item que lesdites choses 
venues à la notice et cognoissance des dessus dits doub- 
tans que on ne voulsist transporter les foires autre part 
se sont opposez et encores opposent ({ue lesdites foires 
ne soient transportées autre part. Item or dient lesdils 
de Lyon que veu ce que dit est que bien utilement on ne 
leur peut ne doyt oster lesdites foires hors ladite ville 
de Lyon, tum racione juris par eulx prétendu, tum 
racione utilitatis du Roy et du royaume. 

Item primo ratione juris car, comme dit a esté cy 
dessus, le Roy Charles six donna et octroya trois foires 
a ladite ville de Lyon et depuis le Roy d'abondant donna 
la IIII"'® desquelles ils ont joy par l'espace de plus de 
trente ans et sic veu leur dit privillèg-e leur vouloir 
maintenant ester lesdites foires il n'y a point d'apparence 
nam privileg-ium principis débet esse mansurum. 

Item mais il y a plus car lesdites foires ont esté 
confirmées par le Roy qui a présent est et sic nonobstant 
tous lesdits octroiz et choses dessusdites vouloir oster 
lesdites foires de ladite ville de Lyon il n'y a point d'ap- 
parence. 

Item et quant mesmes ilzn'avoient point de privillèges 
ne de concessions du Roy et de ses prédécesseurs tou- 
tetToiz veu la long-ue joissance dont ilz en ont joy et usé 
il avoient acquis lesdites foires C. super (|uibusdam. § (?). 
preterea de verto (?) signi. In antiquis. 

Item et avec ce seroit une chose moult dommag-able 
au Roy et au royaume et a la chose publique car en ce 
faisant on destruitla ville de Lyon qui est une des bonnes 
villes de ce royaume et en ce faisant on fait grant dom- 
maige au Roy et au royaume. 



l'IKCKS .ILSTIKICATIVKS 335 

Item et d autrepart on destruit tous les pais circon- 
voisins de ladite ville de Lyon comme Forestz, Rouen- 
noys, Beaujolez, Viveretz, Auverg-ne et Daulphiné. 

Item et avec ce on fait dommag-e au royaume de deux 
millions d'or et plus par chacun an car quant lesdites 
foires n'estoient point à Lyon il failloit ({ue les marchans 
de ce royaume achectassent les marchandises qui estoient 
utilles et nécessaires en ce royaume et des(|uelles on ne 
se peut passer a deniers comptans et quant les foires 
sont à Lyon on ne fait que eschang-er. 

Item et tire len plus de marchandises du royaume 
venant en ladite ville de Lyon que len nen ameine de 
pais estrange. 

Item et n'y fait riens s'ilz vouloient dire que lesdites 
foires de Lyon sont aussi bien a Bourg-es, à Tours, Troyes 
ou en quelque autre ville de ce royaume il dient et res- 
pond lesdits habitans qu'il n'y a point de ville en ce 
royaume la ou elles fussent se bien que aladite ville de 
Lyon pour les raisons dessusdites. 

Item et quant le R03' les y avoit instituées les mar- 
chans estrangiers n'y viendroient pas car elles seroient 
trop loing'taines de leurs pays. 

Item et a la vérité il fault que toutes foires soient en 
extrémité et en pais de marche et si elles n'y ont esté 
elles n'ont rien vallu et au contraire celles qui y ont esté 
bonnes. 

Item et qu il soit ainsy en ce royaume combien qu il 
y ait plusieurs foires et marchez touteffoiz le temps 
passé et auparavant que lesdites foires de Lyon fussent 
instituées il n'y avoit pas une bonne foire en ce royaume 
pour ce qu'elles n'estoient pas es extremitez mais ou 
millieu d'icelluy royaume. 

Item et toutes les grandes délivrances qui se faisoient 
se faisoient a Genève pour les marchandises qui y 
venoient d'Alemaigne, d'Italye, Savoye et Arragon pour 
ceque la dite ville estoit en pais de limite et frontière. 

Item et l'autre grande délivrance se faisoit a Anvers 



:«() l>IÈCi:S JLSTIFICATIVRS 

pour ce qui est pais de frontière et limite au royaume, 
Allcniaigne, Anj^leterre, l']scosse et Liège. 

Item mais au repart des foires qui ont esté au inillieu 
du royaume est peu de chose car combien que le Lendit 
(|ui est près de la ville de Paris ([ui est foire franche et 
de long temps et d'ancienneté toutelFoiz en icelle il n'y a 
point de marchans estrangers et n'y a quasi que les mar- 
chans de Rouen et ceulx de ceste ville de Paris. 

Item et pareillement la foire Saint Denis est franche 
et neantmoins pour ce quelle est au millieu du royaume 
les marchans estrangers n'y fréquentent. 

Item et a ceste cause qui institueroit lesdites foires a 
Bourges Tours ou Troyes ce seroit totallement estranger 
les marchans des autres royaumes et pays. 

Item et aussy a Bourges il n'y a point de rivière et si 
est in centro regni et au regard de Tours il est trop loings 
et plus que n'est ladite ville de Bourges. 

Item et aussy les marchans estrangers et autres ne 
sauroient bonement loger en icelle ville, emy pour ce 
qu'elle est petite, emy pour ce que la seigneurie y est 
ordinairement. 

Item et qui les mectroit en ladite ville de Troyes ce 
seroit destruire tout le pais de Poictou, Berry, Auvergne, 
Lymosin, Foretz, Beaujoley, Viveretz et le Daulphiné 
car tovis les marchans desdits pays se sont habituez à 
faire draps, les autres a faire pelleteries, aucuns a faire 
cuirs et les meynent ordinairement a Lyon lesquelles 
choses ilz ne meneroient jamais en ladite ville de Troyes. 

Item et quant lesdites foires seroient a Troyes on 
enricheroit Lorraine, Liège, Namur, Brebant, Hambourg, 
Luxembourg et Flandres qui sont voisins et ladite ville 
de Troyes. 

Item et n'y fait riens ce qu'ilz veullent dire que a l'oc- 
casion de ce que lesdites foires sont à Lyon que toutes 
monnoyes estranges s'y mectent et que on y mect tel 
pris que on veult et dient et respondent ceulx de la dite 
ville de Lyon qu'ilz ne mectent pas le pris audit argent 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 33l 

et s'il y a tiucuns qui l'y mectent ce sont ceulx de ladite 
ville de Paris ou de Languedoc lesquelz vont en Flan- 
dres et autrepart hors du royaume achepter monnoyes 
foibles et icelles ont fait porter audit Lyon pour lui don- 
ner cours en la grant foulle du royaume et devroit en 
pugnir ceulx qui le font et non pas a l'occasion de ce 
oster lesdites foires de ladite ville de Lyon. 

Item et a ce que on vouldroit dire que la plus part 
des deniers et billon de ce royaume sont évacuez hors 
icelluy en dient lesdits habitans que si lesdites foires 
estoient autrepart que le royaume se evacueroit plus 
d'argent qu'il ne fait par ce que les marchans estrangez 
n'y vendroient pas et seroient contrains ceulx du royaume 
a aller hors d'icelluy achecter les draps de soye, espicerie 
et harnoys que on a acoustumé de prendre des marchans 
estrangez. 

Item et au regart de ce qu'ilz dient que le billon, or 
et argent de ce royaume se voide, dient lesdits habitans 
qu'il n'y a point d'apparence car on en apporte beaucoup 
plus des pays estrangez qu'il n'en vuide du Royaume. 

Item et autant en pourroit on dire des foires qui sont 
en Flandres car il se voide et despend plus beaucoup 
d'argent es foires de Flandres qu'il ne fait a Lyon et y a 
beaucoup plus grande emploicte es foires de Flandres qu il 
n'y a à Lyon. 

Item et a ce qu'ilz veuUent dire que multiplicacion des 
■foires est dommagable dient lesdits habitans qu'il n'est 
pas vray mais le contraire estre l'augmentation du Roy 
et le prouffît et utilité des subgectz d'icelluy et voyt on 
que au pais de Flandres où il y a plusieurs foires que tout 
le pais en est enrichi. 

Item mais seroient contens plusieurs grans marchans 
de ce royaume qu'il n'y eust pas tant de foires car les 
petis marchans seroient contrains de passer par leurs 
mains et quant il y a plusieurs foires il y vont eulx 
mesmes et ne sont point contrains de passer par les 
mains desdits grans marchans. 

M. B. 22 



338 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

Item et aussy aucuns de Languedoc sont bien contens 
que lesdites foires soient abatues pour ce (ju'ilz ont cinq 
foires afin de augmenter leur dit pais et de diminuer 
lesdits pais de Lyonnez, Beaujolez, Auvergne et autres 
pays adjacens. 

Item et a ce qu ilz dient que les trois estas ont requis 
au Roy que lesdites foires fussent ostées dudit lieu de 
Lion et dient qu'ilz n'en scevent riens mais posé que 
ainsy fust toutelfoiz sy n'ont ilz point esté oyz et n'y a 
ne cause ne matière de les leur avoir osté et sic ledit 
appoinctement fait en leur absence ne leur pourroit 
nuyre. 

Item et par ce que dit est joinct ce que vos nobles et 
saiges discrecterons sauront sur ce mieulx adviser et 
considérer, appert clerement que leur entencion est très 
bien fondée et que leur conclusions leur doivent estre et 
seront par vous faictes et adjugées. 

Item et mesmement que les choses dessusdites sont 
vrayes et magnifestes et d'icelles est voix famé publi- 
que et commune renommée tant esdits lieux de Lyon que 
ailleurs cy concluend lesdits habitans de Lyon comme 
dessus. Otîre à prouver et nyent et demandent despens 
dommages et interetz ^ 



V 

Lettres de Charles VIII, Tours, S mars 1483 
(a. s.). 

Charles par la grâce de Dieu, Roy de France, a tous 
ceulx qui ces présentes lectres verront, salut. Gomme 

I HH., Chappe VIII, G7, 85, copie in extenso. Le manuscrit 
a de nombreuses ratures et des phrases ajoutées d'une écriture 
de la même époque, nous avons donné le texte sans tenir compte 
ni des unes ni des autres. 



PIECES JUSTIFICATIVES 339 

tantost après le trespas de feu notre très (?) cher sei- 
gneur et père ([ue Dieu absoille et que nous sommes venu 
a la coronne nous avons mandé et fait venir devers 
nous les seigneurs et princes de notre sang et lignaige 
et plusieurs prélatz, barons, chevalliers de notre ordre et 
autres notables gens expérimentez et cognoissans es 
affaires de notre royaume pour nous advertir, conseiller 
et eulx employer à l'adresse et conduicte d'iceulx noz 
affaires, parle conseil adviz et delibéracion desquelz nous 
ayons depuis mandé certain grant nombre de gens des 
bonnes villes de notredit royaume et pays de notre 
obeyssance, esleuz et représentans les troys estatz 
d'iceulx noz royaume, pays et seigneurie en notre ville 
de Tours en laquelle ilz se sont trouvez et par long 
temps aient communiqué ensemble touchant nosdites 
affaires de notredit royaume pour la ladresse (?) et con- 
duyte desquelz nous y ont fait plusieurs remonstrances 
en présence des dessusdits seigneurs de notre sang et 
gens de notre Conseil et entre autres choses nous aient 
dit et remonstré que les quatre foyres crées et establies 
et qui par cydevant ont esté tenues en notre ville de 
Lion sont très dommageables et préjudiciables à nous et 
à toute la chose publique de notredit Royaume. Et mes- 
mement que par les privilèges, chartes et franchises 
d'icelles foyres noz droiz et devoirs de notre royaume 
que autres en ont esté et sont très grandement détériorez 
et amoindriz et que sous umbre desdites foyres tant 
durant le temps d'icelles que autrement. Et que nôtre- 
dite ville de Lion est assise sur les extremitez de notredit 
Royaume et marchissant plusieurs pays estranges tout 
Tor et l'argent de ce Royaume tant monoyé que en 
billion est prins, levé et emporté hors de notredit Royaume 
par marchans estrangiers et autres, pour quoy estoit très 
expédient et nécessairement besoing que lesdites foyres 
feussent ostées de notredite Ville de Lion et sur ce par 
nous pourveu de remèdes convenables. 

Savoir faisons que nous les choses dessusdites consi- 



340 PIECES JUSTIFICATIVES 

dérées et après que cette matière a esté bien au long 
remonstrée et débatue en notre Conseil, ouquel estoient 
plusieurs des dessusdits princes et seigneurs de notre 
sang et lignaige, prelatz, barons, chevalliers de notre 
ordre, gens de notre conseil, trésoriers de France, gene- 
raulx, conseillers sur le fait et gouvernement de noz 
finances, generaulx de noz monnoyes et autres notables 
personnages de notredit conseil ayant entière cognois- 
sance du prouffît ou dommaige que nous et la chose 
publique de notredit Royaume pouvons avoir à laisser 
tenir lesdites foyres en ladite ville de Lyon ou icelles en 
oster, par l'advis et délibération diceulx et pour les 
causes dessusdites et autres bonnes considérations a ce 
nous mouvans désirans sur ce pourveoir au bien, utilité 
et prouffît de nous, noz royaume, pays, seigneuries et 
subjectz et de toute la chose publicque d iceulx. Avons 
Testablissement desdites quatre foyres, ainsi que dit est 
fait audit Lion, ensemble tous et chacuns les privilèges 
franchises, libertez et facultez par raison et entretene- 
ment d icelles donnez et octroyés a notredite ville de 
Lion et par nous conservez de notre grâce especiale, 
plaine puissance et auctorité royal levocqué, cassé, 
adnuUé et abolly, revocquons, cassons, adnullons et abo- 
lissons et mectons du tout au néant par cesdites pré- 
sentes par lesquelles et de noz plus ample grâce, aucto- 
rité et puissance avons osté et ostons lesdites quatre 
foyres de notredite ville de Lion et voulons et ordonnons 
qu'elles soient establies, mises et tenues en autres de 
noz villes et lieux de notre dit lîoyaume, pour le temps 
advenir, ainsi que par nous et les gens de notredit con- 
seil sera advisé, sans ce que plus elles soient tenues en 
icelle ville de Lion ne que les habitans marchans ne 
autres passans ne repassans par ladite ville soient tenuz 
francz ne ([u'ilz joyssent des privilèges, libertez, franchises 
et facultez dessusdites donnez et octroyez pour l'entre- 
tenement d icelles en aucune manière, aincoys seront 
tenuz dacquiter et paier tous et chacuns les droiz et 



PIÈCKS JUSTIFICATIVES 341 

devoirs anciens et accoutumez tout ainsi qu'ilz faisoient 
et dévoient faire auparavant lesdits establissements des- 
dites quatre foyres ainsi que dit est fait audit Lion. En 
faisant inhibition et detTense à tous marchans et autres 
qu'il appartiendra que doresenavant ne fréquentent et 
allent audit Lion pour fréquenter et se trouver pour tenir 
lesdites foyres ainsi par nous abatues. Et ce sur peine 
de confiscation de marchandises qui seront apportées ou 
par eulx acheptées et d'amende arbitraire. Si donnons 
en mandement par ces mesmes présentes au baillif de 
Mascon, seneschal de Lion et à tous nous autres baillyz, 
seneschaulx, prevostz, maistres et gardes des pontz, 
portz et passaiges, justiciers et officiers ou a leurs lieu- 
tenants et a chacun d'eulx et corne a luy appartiendra '... 



VI 



Publication solennelle des Letlres de mai 1 487 . 
Procès-verbal de la délibération consulaire du 
'21 mai 1489. 

Le Jeudi XXI'""^ jour des moys et an dessusdits fut 
fête une moult belle procession générale par les ecclé- 
siastiques de ladite ville ou furent les nobles bourgeoys, 
marchans et autres citoyens et habitans de la dite ville 
en grand nombre tant hommes que femmes. Et allèrent 
tous au couvent des Cordeliers ou fut chantée une belle 
messe de notredame et après une collation- par le sus- 
perieur des Augustins proposite selon la matière sub- 
gecte et par luy dit que lesdites lettres des foyres seraient 
publiées après disner mais pour ce que toute la journée 
depuis XI heures jusques à la nuyt ne cessa de pleuvoir 

1 HII., Chappe VIII, .")2, O7 (copie). 
- Discours, conférence. 



342 PIÈCKS JUSTIFICATIVES 

a ceste cause icelle publicacion fut retardée jusqucs au 
vendredi matin XXIT' jour dudit mois lequel jour fut 
fête ladite publication en quatre lieux de ladite ville 
c'est assavoir es deux botz du pont de Saonne, en la Gre- 
nette et devant la Platièrc a moult belle compaignie de 
gens a cheval entre lesquelz étaient les officiers royaulx 
et de monseigneur l'arcevesquo, les conseillers et autres 
nobles bougoys, clercs et marclians en grant nombre avec 
troys trompectes, six instruments de musique et autres 
solennitez appartenant en bonne et honnesle façon et 
fut arresté avec ceulx des églises catliédralle, collé- 
giales et conventuelles que en toutes les églises sonneront 
a bande* a l'eure que ladite publicacion se feroit en ren- 
dant grâces et louanges a dieu et a notre dame ce que fut 
fait et accompli bien et noblement-. 



VII 

Lettres de Charles VIII, dernier Juin 1494. 

A noz chiers et bien aimez conseillers, bourgoys, ma- 
nants et habitans de notre bonne ville et cité de Lion. 
De par le roy 

Chiers et bien amez veu ce que vous avez escript par 
messire Jacques Alisery lequel nous avons fait despes- 
cher et commander voz deux autres foyres ainsi que 
demandiez et pour ce que nous avons présentement néces- 
sairement a besoigner de recevoir promptement plu- 
sieurs grands sommes de deniers pour convertir es 
afferesque avons, nous vous prions très affectueusement 
que, incontinent ces lettres veues, vous vueillez bailler et 
mectre es mains de notre amé et féal notaire et secrétaire 

* Joie. 

- BB. ly, fû ÙV6 v". 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 343 

messire Loys Fourcher, commis au paiement de l'extraor- 
dinaire de nos guerre, les dix mille francs que nous avons 
fait demander et ny fêtes faulte et vous nous ferez service 
très agréable en ce faisant dont nous aurons bonne sou- 
venance pour le recognoistre et en avoir de plus en plus 
vous et vos aferes en singulière recomandacion. Donné 
à Erben le dernier jour de juing. Ainsi signé Charles et 
au dessoubz Robertet'. 



VIII 

Remonstrances au roy de la pari de ses très humbles^ 
très obeyssans et très Jîdelles subjectz les 
consuls, eschevins, manans et habitans de sa 
ville de Lyon. (i575.) 

Les remontrants exposent que Lyon a été longtemps 
l'une des plus riches villes du royaume, qu'elle a fourni 
aux rois François P'" et Henri 11 plus de subsides 
qu'aucune autre ville. Elle l'avait pu en raison du com- 
merce des foires qui par le trafic des marchandises, 
« avoient attirées après elles le faict de change par le 
moyen duquel la place de ladite ville donnoit loy à 
. toutes les autres places mesmes les plus renommées de 
FEurope... Mais pour le jour d huy toute ceste grandeur 
est perdue et s'en va de peu a peu ladite ville de Lyon 
l'une des moindres en pouvoir et renommée de toutes les 
villes de France car quant aux foyres elles sont entière- 
ment perdues et délaissées non seullement par les estran- 
giers mais mesmes par les Francoys et pour regard du 
faict de change il s'en va de jour a aultre après lesditos 
foyres en sorte que s'il ne plaist a sa Majesté y mectre la 

1 BB. 29, f" i3 ro. 



344 PlflCRS JUSTIFICATIVES 

main ladicte ville sera dans peu d'années reduicle au 
niesme estai quelle estoit auparavant lestablyssement 
desdites foyres faict par feuz de bonne mémoire les 
roys Charles septiesnie et Loys unziesme, vaque et des- 
Iiabitee et ne servant plus que d'ung passaige pour ceulx 
qui viendront d'Allemaine, Italie et aultres provinces d'où 
ladite ville est frontière. 

Et encores que Ion pourroit attribuer cette ruyne et 
désolation aux malheurs don ladicte ville a estée affligée 
puis le decez du feu roy Henr}^ que Dieu absolve comme 
pour avoir este une partie des habitans dicelle ruynez 
et destruictz par les rebelles quant ilz s'en emparèrent en 
lan MV<^LX11, ou par la grande mortalité advenue en 
icelle en lan MV'^LXlIll qui emporta ung tiers du 
peuple, la cherté et pénurie de tous vivres don ladite ville 
et pais circonvoysin a esté quasi continuellement tra- 
vaillé puis cinq ou six années en ca, oultre ce que plu- 
sieurs mesmes des plus riches et apparentz bourgeois et 
marchans de ladite ville ayans suyvy le party des 
rebelles se sont retirez hors icelle et allé habiter aillieurs 
ce neantmoings toutes ces choses n'estoient suffisantes 
pour luy procurer son entière ruyne et n'eussent empesché 
quelle ne fut desia aussi peuplée comme elle estoit 
auparavant tous ces malheurs par le moyen du grand et 
affluent nombre de gens que s'y fussent retirez de toutes 
partz soubz la liberté et franchise des foyres. 

Mais la vraye cause de ce mal est proceddé des 
grands daces, gabelles et impositions nouvelles qui 
ont esté mises sur les marchandises qui souloient estre 
franchement vendues esdites foyres et du mauvais trai- 
tement que recoyvent journellement des paouvres mar- 
chans et redebvables des fermiers et collecteurs desdites 
gabelles car comme la franchise avoit quasi en ung 
moment introduict Taffluance du commerce aussi par 
contre la multitude de ces daces et gabelles l'en a chassé 
ainsi que naturellement toutes choses sont ruynées et 
destruictes par leur contraire. 



1>IÈCRS JUSTIFICATIVES 345 

Et de faict ces nouvelles gabelles ont tellement sur- 
haulcé le prix des marchandises, mesmes de celles qui 
estoient fabricquées en ce royaume, que l'estranger a 
trouvé beaucoup plus expédient en attirer la manifacture 
en son pais qu'en venir plus faire sa provision es foyres 
de ladite ville et delà est venu que là où nous soûlions 
envoyer de noz draps par tout le Levant et le Ponant par 
contre aujourdhuy nous en allons quérir vers l'estranger 
en sorte qu'il entre pour lejourdhu}' en ladite ville beau- 
coup plus de sarges de Florence, draps d'Angleterre et 
aultres estrangers que de ceulx qui sont fabricquez en ce 
royaulme et de mesmes est-il advenu de toutes autres 
sortes de marchandises et manufactures, de manière que 
au lieu que l'apport d'or et d'arg-ent en souloit estre faict 
en ce royaulme il en sort par contre aujourdhuy et en est 
le peuple de France d'aultant appaouvry... 

Partant puisque toute la racine, source et origine de 
ce mal vient des subsides et impositions et gabelles 
plaise a sa Majesté remectre les foyres de la ville de 
Lyon en leur antienne franchise et liberté et ce faisant 
abolyr tous les subsides de ces gabelles, doannes et sur 
taux qui ont esté mises sur les marchandises entrans 
en ladite ville ou y vendues et débitées despuis le decez 
du feu roy Henry et restablir les consulz eschevins de 
ladite ville en la jouyssance du contract passé entre ledit 
feu roy Henry et eulx en l'année V'LVII par lequel sa 
Majesté leur auroit permis lever seullement pour 
quelzques années, pour leur rembourssement des sommes 
de deniers desquelz leur communaulté se treuve redeb- 
vable, six deniers pour livre sur les marchandises entrans 
en ladicte ville a la charge que leur remboursement faict 
ledit subside seroit abbolv*... 



* Déhbéralion consulaire du 22 janvier 1075. BR. (;,'}. f" 27 r". 



346 PIÈCES JCSTIFICATJVES 

IX 

Lettres de Louis XII, Blois, 8 mai 1499. 

Loys, par la grâce de Dieu Uoy de France, au Bailly 
de Mascon, Seneschal de Lyon, Conservateur des pri- 
villèges des foyres de notre ville et cité de Lyon, 
Maistre des portz dudit lieu et à tous noz autres justi- 
ciers et officiers, recepveurs et fermiers ou leurs lieu- 
tenants, salut et dilection, Receu avons humble suppli- 
cacion de nos chers et bons amys les marchans fréquentons 
lesdites foyres de notre ville de Lyon, natifz et habitans 
de dix quentons des anciennes Ligues des haultes 
Allemaig-nes, saint Galle, Appessel et ..(?).. avons receu 
contenant que par cy devant feu notre treschier seigneur 
et cousin le roy Charles, que Dieu absoille, en considè- 
racion de l'amytie, consideracion et aliance estant entre 
luy et ceulx desdites Ligues, octroya aux marchans de 
ladite nacion jusques à certain temps que dix jours après 
l'expiration de la franchise desdites foyres ils peussent 
tirer et transporter hors de ladite ville leurs denrées et 
marchandises qu'ilz auroient amenées esdites foyres, troc- 
quées ou eschangées à autres et au surplus joyr de telles 
et semblables franchises, libertez et privillègez que 
eulx et les autres marchans fréquentans lesdites foyres 
ont acoustumé de joyr durant et pendant le temps de 
l'ouverture et franchise dicelles, toutesvoyes obstant le 
trespas de nostre dit feu seigneur et cousin et que depuis 
ilz n'en ont obtenu de nous confirmacion on pourroit 
faire difficulté de les en laisser joyr sans noz lectres et 
provision convenables a ceste lin humblement requérant 
icelles. 

Pourquoy nous les choses dessus dites considérées 
que voulons entretenir lesdits marchans supplians es 



PIÈCES .irSTIFICATIVRS 'Ml 

privillèges, franchises et libériez à eulz octroyez par 
notredit feu seigneur et en considéracion de l'amythé, 
considéracion et aliance naguères prinse et confirmée 
entre nous et lesdites Ligues favorablement les traicter 
et iceulx marchans de ladite nacion supplians. Pour ces 
causes et autres à cenousmouvans,inclinanslibérallement 
à leur requeste avons octroyé et octroyons, voulons et 
nous plaist de grâce espécial par ces présentes que 
jusquesau temps et terme de dix ans prouchains venans, 
commencans à la première foyre qui se tiendra en notre 
dite ville de Lyon, ilz et chacun d'eulx puissent, pendant 
et durant lesdits dix jours après lexpiracion de la fran- 
chise et liberté desdites foyres, entrer et fréquenter 
marchandement en notre dite ville de Lyon et d'icelle en 
tirer et transporter les denrées et marchandises a eulx 
nommément appartenansquilzy auront achaptées,prinses 
par eschange ou baillées en garde. Et semblablement 
toutes leurs bagues, joyaulx, or, argent et autres biens 
quelzconques et générallement joyr de telz et sembla- 
bles privillèges, franchises, libertez et exempcions dont 
ilz et les autres marchans fréquentans lesdites foyres ont 
acoustumés de joyr et user durant icelles foyres. Et 
tout ainsi et par la forme et manière que notredit feu 
seigneur et cousin le leur octroya et que par vertu de 
sondit octroy ilz en ont joy et usé pourveu toutesvoyes 
que ce soit de la marchandise propre desdits marchans 
et à eulx et non à autres appartenans et que en ce n'ait 
fraulde ou abuz et en oultre que au moyen de cedit 
octroy iceulx supplians ou aulcuns d'eulx ne donnent 
aucun prouffit ou avantaige aux foires de Genesve et ne 
preiudicient auxdites foyres de Lyon. Si vous mandons, 
et expressément enjoignons et a chacun de vous en 
cometant où il appartiendra, que de noz pleins grâce et 
octroy vous faictes, souffrez et laissez lesdits marchans 
supplians et chacun deulx leurs facteurs et serviteurs 
joyr et user plainement et paisiblement durant le temps, 
soubz les condicions et en la manière dessus déclairée 



348 l>IÈCi:S JUSTIFICATIVES 

sans leur faire mectre ou donner ne souffrir estre fait, mis 
ou donné aucun destourl)ier ou empeschement au con- 
traire le({uel se fait, mis ou donné leur avoit esté ou estoit 
mectez le ou faictes mectre incontinant et sans delay à 
plaine délivrance car tel noire plaisir nonobstant quelz- 
conques ordonnances, restrinctions, mandemens ou def- 
fenses k ce contraire. Donné à Bloys le huitiesme jour 
de may l'an de grâce mil quatre cens quatre vings dix 
neuf et de notre règne le second '. 



Acquit délivré par le Maître des ports durant 
la franchise des foires. 1553. 

Nous maître des portz, lieutenant général ? ? 
calcule"", pezeur et scelleur, commis et députez par le roy 
au bureau général de Lyon 
certiffîons que 
a faict charger en ladite ville 
élisant 

lesquelles ont été ameneez, mises en évidens, marquées, 
visitées et evalluées selon l'ordonnance à la somme de 

dont n'a été payé aulcune chose pour 
les droictz de domeyne forein, traicte et imposition 
forene car il est deuement apparu que lesdites mar- 
chandises ont été achepti'es durant la présente foyre 
pour estre transportées hors le royaulme et passer par le 
lieu de ainsi qu'il nous a été dict et déclaré à 

l'occasion de quoy ne luv sera donner aulcun empesche- 
ment pour veu que lesdites marchandises soient mises 
hors le royaulme par ledit lieu de à compter 

de la date que ladite présente foyre sera faillye et à 

' llll., Cbappo VIII, i7r)-i8G. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 349 

faulte de ce ayez lesdits droictz, audit lieu, sans toutetfoyes 
les causes et inconvéniens desquelz ils feront deuement 
apparoir aux dits officiers et autres car seront tenuz 
excuser et acquiter du payement desdits droictz. 

Fait à Lyon le jo^i" ^^6 mil cinq 

cens cinquante trois. 

[Au dos :] Forme de l'acquit baillé par le AP des portz 
durant la franchise des foyres '. 



XI 

Acquit de rêve et impositions foraines. 1566. 

Nous receveurs et contrerolleur soubz signez, comvs et 
dépêchez par messieurs les conseilliers eschevins de la 
ville et communaulté de Lyon a lever le droict de resve 
et lorayne ayans droict du roy en ceste partie, certiffions 
que Jehan des Prez des Montz en Henaud a faict chargier 
et enlever en ceste dite ville de Lyon pour faire conduyre 
par eaux jusques a Marcelle la quantité de quatre far- 
deaulx carizier draptz de layne et frizettes d'Angleterre 
le tout pour neuf balles, ung- coffre toilles blanches et 
ung petit fardeau de camellotz et demy oslades de 
Flandres, pour deux balles le dit fardeau, lequel aacquité 
les droitz susdits au moyen de quoy ne luy sera donner 
aulcun empeschement. Faict en Thostel commvin dudit 
Lyon le XXVIIP jour de no'^'-e i566. 

M. de Bruges. Duport'-. 

' HH., Chappe VIII, 163-174. La pièce ci-dessus est un modèle 
en original, elle est reproduite avec tous les blancs à remplir. 
- ce. 3982, 27. 



350 PIÈCKS JUSTIFICATIVES 

XII 

Certijicat des contrôleurs de lit douane. i54,j. 

Nous soubzsignés Bernard de Bourg- et iVntlie de Ladoy , 
ayant charge pour contreroller les marchandises qui 
s'aquitent à la douanne de la ville de Lyon, certifions 
que Henry Sève commis a la recepte d'icelle douanne 
doibt fournir k vous maitre Jac(|ues Colaud, recepveur 
des deniers commis en ladite ville, qu'il a receu de 
derniers parvenus de ladite douane la somme de milneufz 
cens sept livres dix huict solz six deniers et c'est pour la 
sepmayne comensant lundy dernier, treisiesme jour du 
présent moys d'apvril, mil cin(j cens quarante cinq après 
Pâques et finissant ce jourd huy, saraedy dix huitiesme 
dudit moys, audit an, ledit lundi et samedi compris 
dont luy avons faict semblable certifficacion sur ung livre. 
Faict les ans et jours susdits. 

Debourg. Deladoy*. 

XIII 

Lettres de Louis XL Amboise, ^28 décembre i 464. 

«... Savoir faisons que nous que désirons par tous moiens 
licites et honnestes à traire lesdiz marchans estrangiers 
en notredite ville de Lyon et leurs faiz et affaires y estre 
traictez en toute bonne faveur, considérans aussi ([ue se 
par notredite ordonnance et defîense dont cy dessus est 

' ce. 4oia, lu. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 351 

faite mencion iceulx marchans estrangiers demourans en 
icelle notre ville de Lyon estoient forclos de pouvoir faire 
amener lesdites espiceries et drogueries ausdites foires 
de Lyon, fors et excepté par lesdits havres et pors des- 
susdits, ce pourroit estre cause de leur faire délaisser 
icelle ville et la fréquentacion de marchandise quilz ont 
ja prinse tant ausdites foires que autrement. Pour ces 
causes ordonnons, déclairons notre entencion avoir esté 
et estre en faisant lesdites ordonnances et deffenses cy 
dessus declairées, que icelles deffenses ne s'entendent et 
ne voulons qu'elles soient comprinses fors en tant que 
touche les marchans qui sont natifs de nosdiz royaume 
et pais du Daulphiné et conté de Valentinoys et au regard 
desdits marchans estrangiers qui sont ou seront demou- 
rans audit lieu de Lyon ilz pourront se bon leur semble 
faire amener lesdites espiceries et drogueries par terre 
comme bon leur semblera ausdites foires de Lyon seule- 
ment vendues et délivrées et non ailleurs sans ce que 
soulz umbre de nosdites ordonnances et deffenses aucun 
empeschement leur y puisse estre mis ou donné. Si vous 
mandons, commandons et expressément enjoingnons et 
à chacun de vous si comme à lui appartiendra que notre 
présente déclaracion, voulonté et octroy vous faictes 
publier es lieux et ainsi que verrez estre à faire et icelle 
entretenez et gardez et faictes entretenir et garder par 
tous ceulx qu'il appartiendra sans faire ne souffrir faire 
aucune chose au contraire car ainsi nous plaist il et vou- 
lons estre fait. Donné à Amboyse le xxviii""^ jour de 
décembre, l'an de grâce mil GCCG soixante quatre et de 
notre règne le quatriesme^ » 

1 HH., Chappe VIII, 22-03. 



352 l»lf;CES JLSTIFICATIVKS 

XIV 

Cerlification et nomination de courtier. 1568. 

Délibération consulaire, i^ février i568. 

«... Après que Nicolas Vitali, fils de Benoist son père, 
genevois* a été certiffié par les seigneurs Jehan Mutin, 
marchant citoien de Lion et Jehan Paule Justinian, mar- 
chant genevois, demeurans en ladite ville soubz les privi- 
leiges des foires d'icelles tant de sa preudhomie (jue 
cappacité estre souffisant et ydoine pour faire et exercer 
Testât, charge et commision ou office de corratier en 
faict de marchandise et de changes lesdits seigneurs 
conseilliers eschevins l'ont nommé et présenté à mon- 
seigneur le conservateur des privileiges des foires dudit 
Lion ou son lieutenant pour estre par lui reçu et institué 
audit estât et office de corratier le serment accostumé 
par ledit Vitali préalablement faict entre les mains des- 
dictz eschevins de bien et fidèlement faire et exercer 
ladite charge et ne se raiesler de marchandise en sorte que 
ce soit sinon comme corratier et ont commandé au secré- 
taire dudit consulat lui en expédier telles lettres de pro- 
vision qui seront requises et nécessaires-. » 

XV 

Lettres de nomination de courtier. 1511 . 

« Nous les conseilliers eschevins de la ville de Lyon 
scavoir faisons que pour le bon et louable rapport que 

' Génois. 

- BB. 87, f" 50, V". 



PIECES JUSTIFICATIVES 353 

nous a esté fait par la certiffîcation de plusieurs bons et 
notables marchans tant de ceste ville de Lyon que des 
nations estrang-es, demeurans en cestedite ville soubz le 
previlleig-e des foyres, de la preudhommie, souffisance et 
cappacité de Nycolas Montiger, lucquoys, pour l'exercice 
de Testât et charg-e de corratier en faict de marchandise 
et change en ceste dite ville, icelluy Nicolas Montiger 
avons retenu et retenons pour l'ung des corratiers de 
ladite ville pour exercer icelle charge et estât et en jouyr 
aux droictz prouffîctz et eniolumans accoustumez, prions 
et requerrons monseigneur le conservateur des privillègts 
des foyres de ceste dite ville prester son consentement à 
la présente retenue, approuver et autoriser et en ce fai- 
sans faire jouyr ledit Montiger dudit estât ensemble des 
droictz prouffîctz et esmolumens à icelluy appartenans 
et qui en dépendent, moyennant les promesses et ser- 
ment faict par ledit Montiger entre noz mains de bien et 
deuhement exercer ledit estât ne se mesler d'aulcun train, 
trafficq et négociacion de marchandises et au demeurant 
garder observer et entretenir de poinct en poinct les 
ordonnances et statutz antiennement observés concernant 
les charges de courratier sans aulcunement y contrevenir. 
Donné en l'hostel commun et Consulat de ladite ville 
par nous*. 



XVI 

Lettre de présentation de courtier^ 1477 . 

A noble et puissant seigneur, monseigneur le senes- 
chal de Lion, bailly de Mascon, gardien et conservateur 

' 12 juin 1571. — BB. 89, fo ii5, r» et v, 

.M. u. 23 



3J4 PIÈCKS JUSTIFIC.VTIVI'S 

des fojres de la ville de Lyon ou à son lieutenant, Estienne 
Collong-es, licencié en loys, Jaques Caille, Guilhaume 
Baronat, Glaude Hochefort, Jehan Buratier, Denis Loup, 
Glaude Taillemond, Anthoine Catherin, Odoard Basto 
et Jehan Delafoy, cytoyens et conseillers de ladite ville 
de Lvon, salut et acroissement d'onneur. Gomme pour 
contracter faire et exercer faict de marchandise et icelle 
corracter et..?., changer..?., les marchans fréquentens 
lesdites foyres, soient nécessaires en icelles foyres gens 
et personnages loyaulx, expers, souffîsans et ydoines 
appelles corratiers desquelz les ellection, nominacion et 
presentacion compectent et appartiennent es conseillers 
de ladite ville par privilège royal et la donacion, action 
et permission, à vous mondit seigneur le Sénéchal gar- 
dien et conservateur ou votre dit lieutenant et soit ainsi 
que tel demourant oudit Lion soit venu par devers nous 
en Toustel commun de ladite ville pour estre par eulx 
esleu, nommé et présenté à vous, ou votre dit lieutenant, 
en et pour corratier desdites foyres et de ce nous ait fait 
supplicacion et requeste, pour ce est il que nous informés 
souffisament des siens loyaulté et bonne prudomie dudit 
Mouster par la relacion de plusieurs notables marchans 
tant de ladite ville que autre, icelluy Mouster, pour consi- 
deracion de ce, avons esleu nommé et présenté et par la 
teneur des présentes eslisons, nommons et présentons en 
et pour corratier desdites foyres de ladite ville de Lyon 
à vous monditseigneur le senechal et gardien et conser- 
vateur, ou votre dit lieutenant, affîn que à icelluy Mouster 
vueillez donner et octroyer ledit office de corrataige avec 
les droiz prouffîz et emolumens acoustumez tout ainsi et 
par la forme et manière que par cy devant a esté fait, 
receu premièrement de luy le serment acoustumé et sauf 
en ce notre droit et l'autruy. Fait et donné à Lyon oudit 
hostel commun le vingt deuxiesme jour du moys d'avril 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 355 

laii mil llir^ soixante dix sept, en tesmoing desquelles 
choses nous consulz dessus nommez avons fait mectre le 
scel commun de ladite ville à cesdites présentes*. 



XVII 

Mémoires et articles des habitants de Lyon. 

Pour remonstrer à vous noz très honnorez seigneurs, 
nosseigneurs de la Chambre des Comptes du roy, notre 
seigneur à Paris les causes que vous devront mouvoir... 

Item et pour monstrer que ladite ville de Lion est 
ville plus propice et convenable à tenir fojres que autre 
ville que soit oudit royaume et que ce n'est pas chose 
nouvelle de y mectre ne tenir foyres il est vray et a 
chacun tout notoire que ladite ville est au centre et mil- 
lieu de toutes nacions . . .?. . . assise sur et entre deux grans 
rivières navigables c'est assavoir le Rosne et la Saonne 
pourtans navires et venans de divers et loingtains pays. 

Item par ladite rivière du Rosne vient du lac de 
Genève et par icelluy en ladite rivière du Rosne les 
AUemans et autres quelzconques de celles contrées peu- 
vent venir et amener leurs marchandises en ladite ville 
de Lion et de la se bon leur semble jusques en Aiguës 
Mortes, Marceille ou autres ports maritins et par contre 
ceulx desdits havres et ports et de tout le Languedoc 
peuvent par ladite rivière en montant aller oudit Lion et 
d'illec, se bon leur semble, esdits pays de Savoye, Alle- 
maigne et autres ou en Bourgoigne et ailleurs par les 
rivières de la dite Saonne, du Doulx et autres en icelles 
chéans. 

1 AA. i36, pièce non numérotée. Pièce en projet, portant diffé- 
rentes ratures et renvois. 



:m PIÈCKS JLSTIFICATIVKS 

Item el pareillement par lesdites rivières du Doulx, 
de Saonne et autres descendans en icelles l'on peut venir 
des pays de Lorraine, des duchés de Franche-Comté, de 
Bourgogne, de Ghampaigne et autres pays circonvoysins 
jusques oudit Lion et d'illec se bon semble contrebas 
par ledit Rosne comme dessus. 

Item par de ladite ville de Lion jusques à la rivière 
de Loyre n'a que douze lieues pour aller ou mener mar- 
chandises par terre et sur ladite rivière de Loyre l'en 
peut monter et charger marchandise pour mener en 
toutes les bonnes villes assises sur icelle rivière et 
platz pays desdites villes jusques en la mer de Bretaigne 
et par contre l'en peut monter sur ladite rivière gens et 
marchandises desdites villes et platz pays pour mener 
contremont ladite rivière jusques à XII lieues dudit 
Lion. 

Item et qui veult aller dudit Lion par ladite rivière 
de Saonne jusques à Ghallon il n'y a dudit Challon 
jusques à Girvat (?) sur Yonne que trante petites'lieues 
par terre que après l'en peut monter sur ladite rivière 
de Yonne et de la en la rivière de Saine pour à Paris, 
Rouen et autres villes et pays de France et par contre 
ceulx desdites villes et pays peuvent aller et faire mener 
leursdites marchandises jusques oudit Lion et de la où 
bon leur semble par eaue. 

Item et par ainsi et les moyens dessusdits l'en peut 
facillement et à petitz fraiz aller et mener marchandises 
de toutes les nacions et contrées devant et jusques à la 
mer de Languedoc qui est mer mediterrayne ou en la 
mer de Bretaigne qui est réputée grant mer et de la tant 
loing et en telles contrées que bon semble* 



' Sans date (1/184-1487), IHI., Chappe VIII, 67-8.5. 



PIÈCBS JUSTIFICATIVES 357 

XVIII 

« Memoyres faictes par les marchans de la ville de 
Lyon contre l'accord et articles faictz par les banquiers 
marchans estrangiers » (i55i). 

Depuis deux mois le roi a ordonné par édit que les 
débiteurs par change, déposite, cédules, de quelque qua- 
lité qu'ils soient, ne pourront être contraints de payer 
qu'en livres tournois, l'écu d'or valant 46 sols de mon- 
naie, encore que les cédules ou autres obligations fussent 
à payer en écus d'or. Les banquiers étrangers qui ne 
font que change et déposite ont convenu par accord que 
les paiements devraient se faire en écus de marc : les 
deux tiers en or, le solde en monnaie, et ils ont demandé 
aux marchands de la ville de souscrire à cette conven- 
tion et de demander au roi sa confirmation. 

« Sur quoy après qu'avons conféré ensemble 

« Et repondons quant à ce premier article des changes 
que quant au nom et valleur de l'escu de marc il est bien 
nécessaire que le nom et valleur leur demeure comme 
il a faict par le passé et que quarante cinq solz soit la 
valleur de l'escu de marc comme vault à présent, payable 
en or ou monnoyé à la comodité du débiteur sans estre 
efforcé à payer les deux tiers d'or suyvant le bon vouloir 
duroy et de son conseil et ce faisant n'est point de dom- 
maige de celluy qui remect. Et n'a cause de laisser a 
change pour cela comme ilz dient, considéré que fault 
entendre l'intention de celluy qui remect, que ce faict 
principalement par troys raisons : la première remectent 
pour remectre, le second remectent pour achapter mar- 
chandise, le tiers pourriont remectre pour tirer l'or hors 
du rovaulme. 



358 PlftCES JUSTIFICATIVES 

« Et quant au premier article que celluy qui remect 
et donne a change pour Lyon il ordonne à son comniec- 
tant qui remecte et change pour aultres places hors du 
royaume, que l'ordonnance du roy ne luy est poinct 
dommaigeable pour ce que de l'espèce des deniers qu'il 
reçoit, soit en or ou monnoye, il en poye celluy à qui il 
a donné et change j^our aultre place de sorte que nul n'y 
a interetz. 

« Quant au second article de celluy qui remect pour 
faire achapter marchandise au royaulme est vraysem- 
blable que son commissionnaire des espèces de deniers 
qu'il reçoit de ses lettres de change il en poye la mar- 
chandise qui luy est donné commission d'achapter et nul 
n'y a interetz. 

« Quant au tier article de ceulx qui voudroient 
rcmectre et donner à change pour Lyon pour tirer l'or 
hors du royaulme, comme peult estre leur intention, cella 
seroit contre l'ordonnance du roy d'anticquité par 
laquelle il est prohibé de tirer l'or hors son royaulme et 
son intention principalle d'avoir faict ladite ordonnance 
de payer en livres et de ne faire différence de l'or à la 
monnoye c'est pour obvier de non tirer l'or hors son 
royaulme, aultres raisons ne scaurions bailler les contre- 
disans et voit on clèrement que l'edict du roy ne vient 
point à contredire au faict des changes quelque chose 
qu'ilz saichent dire. Et s'ilz veullent donner à entendre 
que les changes soient cause de faire habonder l'or au 
royaulme de France se peut vcoir clèrement le contraire 
car les changes ne se font que par lettres de change que 
ne sont que papier que vont d'une région en aultre don- 
nant prouffict aux ungs et dommaige aux aultres et les- 
dits changes en portent or ny argent au royaulme synon 
papier comme se veoit clèrement que au payement de 
chacune foyre deceste ville il y vient une grande quantité 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 359 

de remise par lettre de change de pays estrang-ers, tant a 
payer que a recevoir, dont nous voudrions bien entendre 
desdits bancquiers desquelz payements ilz recoyvent et 
pavent ses lettres de change synon des escuz et mon- 
nove de France car ilz ne font venir d'Ytallie ny d'Es- 
paigne escuz pour satisfaire à leur change et ce peult 
entendre plustout que les changes soient cause de tirer 
l'or hors du royaulme que ne de Ty faire venir et même 
considéré que l'on dict que l'empereur à présent a faict 
ung change à Gennes avec les Gennevoys^ de une gran- 
dissime quantité d'escuz jusques à neuf cent mille quilz 
luy doibvent bailler en briefz et fault considérer d'où 
doibvent sortir ceste grand somme d'escuz synon la 
meilleur part du royaulme de France car l'on scait asses 
que à Gennes ne croissent pas les escuz 

« Et fault considérer que lesdits bancquiers ne vien- 
nent en ce royaulme de France que seuUement pour aug- 
menter le leur (négoce) et tenir la place estroicte d'argent 
pour en faire myeulx leur prouffict et après le tirer avec 
l'or hors du royaulme, considéré quilz ne font venir or 
nv argent au royaulme de pays estrange et s'il en vient 
est la cause la marchandise qui se lyève en ce royaulme 
pour ce doibt ont favoriser la marchandise et nont les 
changes et a ceste nouvelle façon de déposite qui est plus 
dommaigeable que proffîctable pour ce que cella ne 
redonde que au prouftîct de certains particuUiers et au 
dommaige de beaucoupt de gens et de la marchandise 
comme se veoit de présent que le trafficque de la mar- 
chandise est diminué et les changes et déposite aug- 
mentez 

« Et pour conclure l'intention des bancquiers et aul- 
tres leurs adhérans n'est synon que despuys quelque 

1 Génois. 



360 PIECES JUSTIFICATIVES 

temps en ça ilz ont laissé la pluspart le trafficq de la 
marchandise pour faire le change et principallement 
déposite, autrement dict usure, et comme ilz vouloient 
estre marchans de la marchandise ilz se sont faict mar- 
chans d'argent et ne cherchent synon les inventions pour 
faire monter l'or et l'argent de foyre en foyre, au moyen 
de quoi vouldroient rendre l'ordonnance du roy illusoire 
et tousiours continuer, comme ilz ont faict par le passé, 
à tenir l'or entre leurs mains et le vendre bien cher à 
ceulx qui en auront besoing et après le transporter en 
leurs pays et si ainsi estoit continué pour l'advenir il est 
certain que le trafficq de la marchandise se viendroit à 
perdre du tout en tant que seroit cause de la ruyne de 
votre ville de Lyon que n'a aultre moyen de vivre que 
de la marchandise* » 



XIX 

Sentence du Conservateur^ 1509. 

Du mardy vingthuictiesme jour d'août mil cinq cens 
et neuf, heure de deux heures après midy^ nous, Claude 
Thomassin, chevalier. Conservateur des privilleiges des 
foyres de Lion, séant. 

Estienne Lioton, voyturier de Sainct Hilpisel, com- 
parant avec Pegron a faict appeller Léonnard Arnoulx, 
marchand de Montferrand, comparant auquel demande 
six livres et demy a luy deue par ledict Arnoulx à cause 
de la voyture d'une charge de draps par ledict deman- 
deur conduitte pour amener du lieu de Foucaynes en 
ceste ville de Lion à ceste foyre a eu ungan, conclut au 

1 Délibôralion consulaire du G août i55i, BB. 71, f»' 72 et suiv. 



PJECES JUSTIFICATIVES 361 

payement desdictes six livres et demy avec despens et il 
s'en rapporte au serment dudict Arnoulx et pour ce que 
icelluv Arnoulx a esté reffuzant de jurer et que ledict 
demandeur a affermé par serement ladicte somme luy 
estre deue par ledict Arnoux, pour la cause dessus dite 
avons icelluy Arnoux condempné à paier ladite somme 
audict demandeur avec despens. Présens à ce M*^ Lau- 
rens Chausson et Gilles Hoppiquin, notaires royaux de 
Lion et plusieurs aultres estans en lauditoyre et juge- 
ment de ladite courte 



XX 

Sentence du Conservateur, iâ9^. 

Du Sabmedy, vingt deuxiesme jour du mois de 
novembre, l'an mil cinq cens vingt deux, N' Mazi, Conser- 
vateur, séant 

En la cause de cession de biens de Jehan Visconte 
comparant en personne Aney Ilaprequin contre François 
Bachasson non comparant assigner a declairé par nous 
le proffîct d'ung troisiesme deffault obtenu par ledit 
demandeur contre ledit Bachasson et certains autres ses 
créanciers, apprès ce que ledit Visconte a dict et declairé 
qu'il ne A'ouloit et n'entendoit faire ladicte cession de ses 
biens sinon contre ledit Bachasson qui le detenoit pri- 
sonnier es prisons de céans et qu'il a juré sur les saints 
évangilles de Dieu qu'il n'a commis aulcun fraulde ne 
alliené ses biens pour tromper ledict Bachasson ne autres 
ses créanciers et que s'il vient à meilleur fortune de 
biens à l'advenir qu'il satisfera audict Bachasson et 

' FF. Chappe IX. 295-827. 



362 PIÈCKS JUSTIFICATIVES 

autres créanciers de leur deub au mieulx que possible 
luy sera, avons admis et receu le dict Visconte à faire 
ladicte cession de sesdicts biens, laquelle judiciellenient 
il a faicte en observant les solempnitez en tel cas requises 
et moyennant icelle avons ordonné ledict Visconte estre 
eslargy desdictes prisons. Présens M* André Pibron, 
Geoffrey, Fibrer praticiens et plusieurs autres estans en 
l'auditoire et jugement'. 



XXI 

Exécutoire du Conservateur^ 1559. 

NicoUe de Chaponay, docteur en droictz, seigneur de 
Feysin, conseiller du roy notre seigneur, 'juge gardien et 
conservateur des privilèges royaulx des foires de Lyon, 
au premier huissier ou sergent royal sur ce requis, salut. 
Suivant l'ordonnance de nous ou notre lieutenant comme 
le septiesme jour du présent moys par laquelle avons 
ordonné M^ Claude Pitron, curateur décerné par justice 
de biens vacans de feu Jehan Nettoly, en son vivant mar- 
chant florentin, fréquentant lesdites foires, a garnir et 
consigner par provision es mains de Nicolas de Lancyze 
et Augustin Coppin, marchans florentins fréquentans les 
dites foires, demandeurs, la somme de cent cinquante 
escus d'or sol en baillant par lesdits demandeurs bonne 
et souffîsante caution de rendre ladite somme si ainsi 
estoyt dict en fin de cause laquelle caution deuement cer- 
tifiée aurions receue comme appert par ladite ordon- 

1 FF., Ghappe IX, 119-14G. 



IMKCES JUSTIFICATIVES 363 

iiance et actes estans à court. Parquoj vous mandons 
que, suyvant lesdits privilèges et edictz du roy notre 
seigneur octroyez aux marchans fréquentans lesdictes 
foires en faveur et augmentacion d'iccUes confirmez 
veriffiez et approuvez par les souveraines cours des par- 
lemens à Paris, Thoulouse, Aix en Province, et par arrest 
du grand Conseil privé dudict seigneur et tenu audit 
Lyon, à L^'on, a la requeste desdits Nicolas de Lancize 
et Augustin Coppin, demandeurs, contreignez réaniment 
et de faict ledict M® Claude Pitron et tous autres qu'il 
appartiendra et que pour ce seront à contraindre dont 
requis serez, à garnir et consigner par provision es mains 
desdits demandeurs, ou d'autres ayans d'eulx charge^ 
ladite somme de cent cinquante escus d'or sol, et ce par 
pompe, cence (?), vente, subhastation et exploictation 
de tous et chacuns les biens, meubles et immeubles dudit 
Jehan Netolly, nonobstant opposition ou appelations 
quelconques et sans préjudice d'icelles et par toutes 
autres voyes deues, raisonnables, accoustumées faire 
pour debtes et faict de foires de ce faire vous donnons 
plain pouvoir, auctorité et par le pouvoir à nous donné 
mandons et commandons à tous justiciers, officiers et 
subjectz dudit seigneur roy prions requerrir tous autres 
qu'il appartiendra et qui pour ce sont à requerrir que 
avons en ce faisant ilz prestent ayde, port, faveur et 
prison, se mestier est et...?... en sont. Donné à Lyon 
soubz le scel royal de ladite court le douziesme jour 
d'octobre, l'an mil cinq cens cinquante deux^. 



» FF., Chappe IX, 33-34. 



364 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

XXII 

Ordonnance consulaire sur le Grabeau, 1553. 

Pour obvier aux frauldes et abuz qui se font et 
comectent aux pouldres et aulires espèces subg-ectes à 
grabeller que plusieurs taschent à souphisticquer, altérer 
et dymynuer de leurs boutées naturelles a este ordonné 
faire faire une crié, de par le roy, contenant les inhibitions 
et deffenses qui s'ensuvvent. 

De par le roy 

Ont faict inhibitions et deffenses à tous marchans espi- 
ciers, droguiers,appothicaires et aultres, de quelque estât 
qualité et condition quilz soient, de ne vendre ny exposer 
en vente en ceste ville de Lyon, en foyre ny hors foyre, 
aulcunes espiceries, drog-ues ny aultre marchandise 
subg-ecte à grabeller que préallablement elles n'ayent 
estez bien et deuement grabellées et marquées par les 
maîtres grabelleurs commis par messieurs les conseillers 
eschevins de la dite Ville suyvant l'ordonnance du roy 
faicte sur ledit grabeau ny de remectre ledit grabeau, 
poulces ny aultres qui auront estez ostez d'icelles mar- 
chandises en les grabellant pour les exposer en vente 
avec la marchandise grabellée à payne de confiscation 
desdites drogues, espices et marchandises de prison et 
admende arbitraire. 

Nous ont faict commandement à tous ceulx que dessus 
de ne faire baptre, vendre ny exposer en vente aulcunes 
pouldres d'espices souphistiquées, meslées possière et 
terre de nulle valleur, guynée ny aultre quelconque 
drog-ue, synon des vrayes et naturelles espices telles 



IMKCKS JUSTIFICATIVES 365 

quelles auront esteez grabellées et ce à poyne de confis- 
cation desdites pouldres qui se trouveront comme dessus 
souphisticquées, altérées ou dymynuees de leur bonté 
naturelle. 

Et à ce que les ^-rabelleurs qui sont comis par le 
consulat avant abuz verzer en leur estât et office et faire 
leur debvoir a esté ordonné par cy après garder, entre- 
tenir et inviolablement observer les articles qui s'en- 
suivent 

Premièrement est inhibé et defîendu ausdits grabel- 
leurs de ne riens exhiger ne demander des marchans 
pour lesquelz ilz grabelleront marchandises subgectes a 
grabeller, fors et excepté ce qui leur est ordonné par 
l'ordonnance dudit garbeau et ce à poyne destre privez 
de leurs estatz et offices de grabelleurs 

Et ou il se trouveroit aulcun desdits grabelleurs qui 
en grabellant comeist aulcun larrecin sur les marchan- 
dises qu'il grabellera il sera privé dudit estât et office et 
pugniz par justice sellon l'exhigence du cas 

Item iceulx grabelleurs viendront deux foys l'année 
refrescher leur serment au consulat, assavoir a Noël et 
sainct Jehan et ne prendront avec eulx aulcuns gaigne- 
deniers et aydes sans le faire scavoir aux deux commis 
dudit consulat pour obvier à ce quilz ne facent aulcuns 
•larrecins et malversations en grabellans et pour lesquelz 
gaignedeniers et aydes quilz prendront ilz seront res- 
ponsables en leurs propres et privés noms. 

Lesquelz aydes ne prendront hors foyres que cinq 
solz pour jour et en foyre sept solz et à rate du temps. 

Item rapporteront iceulx grabelleurs toutes frauldes et 
abuz quilz scauront en leurs consciences qui se font et 
comectent par les espiciers et marchans aux marchan- 
dises qui auront esté grabellées. 

Item ne grabelleront aulcune marchandise synon 



366 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

qu'ilz y seront commis et deppulez par les deux commis 
du consulat qui sont...?... Guichard dit Uambaud et 
Nycolas Verdan et seront tenuz obeyr ausdits m*^* et 
commis du consulat dobeyr et grabeller aux lieux où il 
leur sera ordonné 

Item les deux m^* grabelleurs assavoir. . .?. . . Guichard et 
Nycolas Verdan ne marqueront aulcunes balles de mar- 
chandises qu ilz n'ayent veu et visité si elle est bien et 
deuement grabellée suyvant l'ordonnance dudit garbeau 
sur poyne de privation de leurs oflices et commission 
et d'estre pugniz par justice^. 



' Délibéralion consulaire du ii janvier i553, BB. 76, f°* 12 v" 
et suiv. 



LEXIQUE 



Accusé (acasé) — établi. 

AUemelle (alemelle, alamelle) = laine. 

Appointer = arranger. 

Aï'isquer = arrêter. 

Aumalle ou serçje d'uiunalle — étoile de laine pour dou- 
blure. 

Avelines — grosses noisettes. 

Barbosina = barbotine (famille des armoises). 

Bayette — étoffe de laine non croisée, lâche et tirée, à poils 
d'un côté. 

Blancherie — cuirs blancs, blanchis. 

Bombazine — étoffe de soie fabriquée surtout à Milan. 

Brotte = cuillère de buis ou de simple bois. 

Bougran = toile forte. 

Bourratz = grosse étoffe en laine, drap grossier. 

Camelot = drap non croisé, ras et sec. 

Canabasserie = toilerie; le canabassier est le tisserand (ca- 
nabis, chanvre). 

Carisé = étoffe de laine croisée à deux envers et à poils des 
deux côtés. 

Charrière = rue, voie charretière. 

Cordoan — cuir à faire des chaussures. 

Coriandre = plante de la famille des ombellifères, à graine 
odorante utilisée pour les dragées et quelque peu 
en médecine. 

Cosse = consul, le cosse des Florentins. 



368 LEXIQUE 

Cousldiiiji' — rt)ùl, XiilLMir, (Irjtciisr. 

Cuivre en culols — morceaux au fond des creusels. 

Cuivre en rosettes — plaques de cuivre affiné avec boursou- 
llures eu forme de rosaces. 

Dace = taxe, impôt. 

Deschasser = chasser. 

Descrié = dont la fin est criée, révoqué. 

Draps de petit prix — comme : admillards, aumalle, demies 
oslades, droguets, frisettes d'Angleterre, mendes, 
orgellels, rollcaux, sardes, serverettes. 

Droguet — étoffe de laine ou de laine et fil, tantôt croisée, 
tantôt sans croisure. 

Eslauiel = étoffe de laine, vêtement de dessous (de statnina, 
stamen). 

Estaminet — tissu d'habillement en pays chaud servant 
aussi à passer les drogues. 

Estrange, étrange = étranger. 

Ferraterie = objets de fer. 

Flasque = ceinture de fabrication italienne. 

Frisette — petites étoffes pour moitié en coton. 

Frize = toile de Hollande estimée, étoffe de laine frisée d'un 
côté. 

Fustaille — bois ouvré, vaisselle de bois (fust). 

Futaine = étoffe composée surtout de coton. 

Galanga (galingat, galingar, calango ou gallingal) — es- 
pèce d'iris à racine médicinale. 

Genetz = jaunets, chevaux de petite taille. 

Harangerie (arangerie, arengerie) = masse ou lot de ha- 
rengs. 

Inde = couleur de bleu. 

Limons — variété de citrons. 

Macis (massis) = écorce intérieure de la noix muscade. 

Manigète = poivre des côtes d'Afrique. 

Marchissant — étant en frontière. 

Mastic = résine du lentisque. 

Mistaille (mitaille) = ferraille. 



LEXIQUE 369 

Myrobolans ou myraboluns = noix odorantes des Indes dont 
on faisait des confitures qui étaient des friandises. 
Il y avait des (( niyrabolans confitz d'Alexandrie ». 

Offe ou doffe = jonc provenant d'Espagne, utilisé pour les 
filets à poissons. 

Ostade = étoffe toute laine, Irrs solide. 

Ostadine — variété de serge. 

Ouvreurs = magasin ouvrant sur rue. 

Pigne = peigne pour les couvreurs de chaume. 

Pignons = amandes des fruits du pin pignon (dragées, con- 
fitures). 

Pistolle = pistolet. 

Puis, puys = depuis, après. 

Quasse ou cassia — espèce de cinnamome semblable à la 
canelle, avec laquelle on la mélangeait frauduleu- 
sement. 

Redargution — blâme, reproche. 

Refrescher — rafraîchir, renouveler. 

Sandaraque (sandarac) = résine odorante d'une variété de 
thuya. 

Semences = graines confites ; quatre semences froides : 
courge, citrouille, melon, concombre ; quatre se- 
mences chaudes : anis, fenouil, cumin, carvi. On 
en faisait des bonbons. 

Semencine = l'une des variétés de semen-contra. 

Spicenardi (spica-nardi, spir-nnrd, nard) = espèce de la- 
vande médicinale. 

Stajizagri (stafisagre) = graine insecticide servant parfois 
à des usages médicinaux. 

Terra mérita ou coucoume = racine servant pour la tein- 
ture en jaune. 

Tranchoir = assiette ou plat de bois pour couper les viandes. 

Treii — redevance, taxe. 

Zedoard ou zedoaire = espèce de gingembre sauvage. 



?4 



37U INDKX bi:S OL'VRAC.KS CITKS 

INDEX DES OUVRAGES CITÉS 



HArDKiEu, Bibliocjrapliie lyonnaise, lo vol. in-8, Lyon, 
A. Brun, i8f)5-i()io. 

BoDiN (Jean), les Six livres de la République. 

BoREL, les Foires de Genève au XV^ siècle, i vol. in-8, Ge- 
nève, Georg, 1892. 

BoiROUELOT, Etudes sur les foires de Champagne (Mémoires 
présentés à l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, 2^ série, I. V, i8ô5, 2*" vol.). 

Castelot (E.), les Bourses financières d'Anvers et de Lyon 
(Journal des Economistes, 1898, t. XXXIII). 

CuAMPiER, Histoire des antiquités de la ville de Lyon, i vol. 
in- 16, Lyon, Champion, i648. 

Charpin-Feugerolles (de), les Florentins ù Lyon, i vol. 
in-4, Lyon, Brun, 1898. 

Le Commerce d'importation en France au milieu du xvi® siè- 
cle, d'après vm manuscrit de la Bibliothèque Na- 
tionale, publié par A. Chamberland (Revue de Géo- 
graphie, 1892-1893, t. XXXT, XXXH, XXXIII). 

Ehrenberg, Das Zeitalter der Fucjyer, 1 vol. in-8, léna, 1896. 

Fabiano, Trattato del canibio di Lione odi Bisenzone, i vol. 
in-iG, Milano, i50i. 

Fagmez, Documents i-elatifs à l'histoire de l'industrie et du 
commerce, 2 vol. in-8, Paris, A. Picard, 1898-1900. 

Firmin-Didot (A.), Essai typographique et bibliographique 
sur l'histoire de la gravure sur bois, i vol. in-8, 
Paris, Firmin-Didot, i863. 

GoDART (Justin), l'Ouvrier en soie, i vol. in-8, Lyon, Ber- 
noux et Cumin, 1899. 
— La Juridiction consulaire à Lyon, i vol. in-8, Lyon. 
Bey, 1900. 

Ouigue (G.), Registres consulaires de la ville de Lyon de 
V1I6 à i'i'^S, I vol. in-A. A. Brun, 1882. 



INDEX DES OLVRAGES CITÉS 371 

HoURTiCQ (L.), Ilislvire générale de l'arl, France, i vol. 
in-i2, Paris, Hachette, s. d. 

IsAMBERT, Recueil général des anciennes lois françaises. 

Lavisse (E.), Histoire de France, Paris, Hacliette. 

Levasseur, Histoire des classes ouvrières, 2 vol. in-8, Paris, 
A. Rousseau, igoo. 

L'Hermite de Soliers (J.-B.), dit Tristan, la Toscane fran- 
çaise, I vol. in-8, Paris, J. Piot, 1G61. 

Mantellier, Histoire de la Communauté des marchands fré- 
quentant la rivière de Loire, 3 vol. in-8, Orléans, 
Jacob, 1867-1869. 

Masselin (Jehan), Journal des Etats généraux tenus à Tours 
en lltSU, I vol. in-A, Paris, Imprimerie Royale, 
i835. 

Mistral, le Poème du Rhône, Paris, Lemerre, 1897. 

NicoLAY (de). Description générale de la ville de Lyon, pu- 
bliée et annotée par la Société de Topographie his- 
torique de Lyon, i vol. in-folio, Mougin-Rusand, 
1882. 

Ordonnances et privilèges des foires de Lyon, i vol. in-12, 
Lyon, Pierre Fradin, i56o. 

Papon (Jehan), Recueil d'arrêts notables, i vol. in-12, Paris, 
Jehan Macé, i564. 

Paradin, Mémoires de l'histoire de Lyon, i vol. in-foIio, 
Lyon, A. Gryphe, 1673. 

Picot (G.), Histoire des Etats généraux, Paris, Hachette, 
2" édition, 1888. 

Privilèges des foires de Lyon, i vol. in-8, Lyon, Barbier, 
1649. 

Procès-verbaux du Conseil de Régence du roi Charles VIII, 
publiés par A. Bernier (Collection des Documents 
inédits sur l'histoire de France, in-/i, Paris, Impri- 
merie Royale, i836. 

Recueil des Ordonnances des rois de France. 

Relations des Ambassadeurs vénitiens sur les affaires de 
France au xvi*^ siècle (Collection des Documents 

M. u. ii* 



372 INDEX DES OUVRAGES CITÉS 

incdils sur l'hisloire de France, -2 vol. in-4, Impri- 
merie Royale, i838). 

Relations des Entrées solennelles dans la ville de Lyon, 
I vol, in-4, Lyon, Aymé Delaroche, 1752. 

RoucHii (A.), la Nalion florentine à Lyon au commence- 
ment du XVI® siècle (Revue d'Histoire de Lyon, 
t. XI, 1912). 

RuBYS (Claude de), Histoire véritable de la ville de Lyon, 
I vol. in-4, Lyon, B. Nugo, 1O0/4. 

Sabatier (A.), Sigillographie historique, l^lonibs fiisloriés 
de la Saône et de la Seine, i vol. in-8, Paris, Cham- 
pion, 1912. 

Spont (A.), Semblançay, 1 vol. in-8, Paris, Hachette, 1896. 

Thaumas de la Thaumassière, Histoire du Berry, 1 vol. in- 
folio, Bourges, F. Toubeau, 1690. 

Tuou (de), Histoire de M. de Thou, des choses arrivées de 
son temps, mise en français par P. du Ryer, 3 vol. 
in-folio, Paris, A. Courbé, 1659. 

Trenchant, l'Arithmétique, i vol. in- 16, Lyon, Pillehole, 
1602. 

Vaesen, la Juridiction commerciale à Lyon sous l'ancien ré- 
gime, I vol. in-8, Lyon, Mougin-Rusand, 1879. 

Vaesen et Cuaravay, Lettres de Louis XI, 2 vol. in-8, Paris, 
Renouard, i885. 

Verdier (du), la Prosopographie, 1 vol. in-8, Lyon, A. Gry- 
phe, 1578. 

ViAL (E.), Jean Cléberger (Revue d'Histoire de Lyon, t. XI, 
1912). 
— Notes sur Guillaume de Gadagne (Bulletin de la 
Société Littéraire, Historique et Arcliéologiquc de 
Lyon, mars 1909). 

Vigne (Marcel), la Banque à Lyon du XV" au XVHP siècle, 
I vol. in-8, Lyon, A. Rey, 1908. 



LISTE DES NOMS PATRONYMIQUES 



373 



LISTE DES KOMS PÂTROINYMIQUES 



Adjaceto (d'), 88, 96, 162. 

Adrets (Baron des), 84, 86. 

Albisse (Robert), 288. 

Aneau (Barthélémy), 83. 

Anthoine (Jean), 287 n. i. 

Arnolfini, 28/i. 

Arnoullet (Balthazar et Fran- 
çois), 188. 

Arnoullet (Jacques et Olivier), 
187. 

Baland (Etienne), 1S7. 
Balarin (Pierre), 29. 
Balbuni (Paul), 3oA. 
Barbani (Mathieu), 283. 
Barbigia, 288. 
Barlerin (Pierre), 20. 
Baronnat (les), 285 n. 3. 
Baronnat (Guillaume), 5G, 69 

n. 2. 
Baronnat (M«), 65. 
Bartoli (Raphaël), 288. 
Bedel (Antoine), 56. 
Bellièvre (Barthélémy), 84. 
Bene (del), i47, 282, 288 n. 2. 
Bernard (Paulo), 284. 
Bernard (Salomon), 188. 



Bonhomme (Macé), 188. 
Bonnin, 187. 
Bonvixi, 284. 

Bourbon (Cardinal de), 54, 62. 
Bourbon (Duc de), 55, 62. 
Bresse (Mgr de), 55. 
Brunier (Pierre), 346 n. i. 
Bruyères (Jehan), 187 n. 5. 
Bullioud (Guillaume), 56. 
Burlet (François), 177 n. 2. 
Buycr (Barthélemi), 187. 

Caille (Léonart), 5. 

Calvin, 81. 

Camuz, 3ii n. 3. 

Capponi (Laurent), i4i, 207. 

Capponi (les), 282. 

Car ta (François), 190. 

Cauteret (Jean), 188. 

Champs (Janot des), 187. 

Chaponay (Jean), 299. 

Chaponay (Nicolas de), 299, 

3o8 n. I, 811. 
Charles-Quint, i48. 
Chaussart, 188. 
Chivrier (Audry), 5. 
Cléberger (Jean), 74, 210, 284. 



LISTE DES .NOMS l'ATHONV.M IULES 



Clouel (^Corneille), 75. 
Coing (Gaspar), 29;>. 
Combe (Catherin), 177 n. 2. 
Condé (Prince de), 8i. 
Coppct, 187 n. 5. 
Courthardy (M« Pierre de), 57. 
Crespin (Jean), 188. 

Dallières (Denis), 120. 
Delorme (Philibert), 75. 
Devilliors, 187. 
Dolet (Etienne), 76. 
Duprc (Jean), 187. 

Epinac (Mgr d'), 292. 
Estienne (Robert), 75. 

Eaivre (Jean), 2/1G /). i. 

Farfan, 210 n. i. 

Fenoil (Jacques), 018 /). i. 

Fiandres (Jérômes), 192. 

Fisher, 285. 

Frain (Barthélemi) , 188. 

Francesco (Jean), 28/1. 

Frcllon (Jean et François), 188. 

Gaburon, 284. 

Gadagne (les), 207, 288, 28^. 

Gadagne (Thomas), 74, 107, 

108 n. 2, 109, i47, 283. 
Garnier (^Estienne), 56. 
Girerd le Bourcier (M*), 10. 
Gondi, 283 . 
Grant (Jean), 12. 
Grignan (Mgr de), i5i. 
Gryphe (Antoine), 188. 
Gryphe (François), 188. 
Gryphe (Sébastien), 188. 
Guérin (Thomas), 188. 
Guivisi, 284. 



llarsy (Denis dej, 188. 
Ilcnry (Jelian), 3ii. 
ileberlin (Paul), 220 n. i. 
llerenberch (Jacques), 187. 
Honorât (Barthélemi), 188. 
Ilnsz (Mathieu), 187. 
lluguetan, 1S7. 

Jacques Cœur, 33, 178. 
Josseran (Jean), 188. 
JuUieron (Guichard), i88. 
Junte (Jacques de), 188. 
Juste (François), 187. 
Juste (Jacques), 188. 

Klein (Jean), 210 n. i. 

Labbé (Louise), 75. 

Le Bouchier (Barthélémy) , 

l32. 

Lipomano (Jérôme), 160. 
Lorans (André), 298, 299. 
Lorraine (Mgr de), 55. 
Lorraine (Cardinal de), i4i. 
Louis (duc de Savoie), 24. 
Lusignan (Anne de), 24, 29. 
Luther, 81. 
Luyer, i33 n. 2. 

Maillet (Jacques), 187. 
Mandelot (de), 89, 298. 
Manelli (Pierre), 283. 
MancUy (Nicolas), 289. 
Marchant, 188. 
Marcher (François), 287 n. i. 
Marcorelle (Jean), 188. 
Marot (Clément), 76. 
Martelli (Charles et Côme), 

283. 
Masso (de), 117, 292, 298. 



LISTE DES NOMS PATRONYMIQUES 



375 



Materne, 210. 

Mazi (Neri), 298, 299, 316 

n. 2. 
Médicis, 207, 2i5, 282. 
Mey (Barthélémy), 60. 
Michaeli, 284. 
Michel (Etienne), 188. 
Minutoli, 284. 
Moderne (Jacques), 189. 
Monnier (Jean), 188. 
Montmorency (Duc de), i5/i. 
Mourilly, 284. 

Nasi (Nicolas-Alexandre-Fran- 
çois), 282, 284. 

Nazi (Guillaume), i^?. 

Negro (del), 288. 

Nemours (Duc de), 89. 

Nobili (Pietro-Paulo), 28/i. 

Noble (Guillaume), 187 n. i. 
i4o. 

Noble (Nicolas de), 147. 

Nori (François), 282. 

Nourry (Claude), 187. 

Obrets (Georges), 78. 
Ogerolles (Jean d'), 188. 
Orléans (Mgr d'), 55, 56. 
Oydel (Etienne), 5. 

Pasquet (Claude), 56. 

Paterin, 290. 

Payen (Thibaud), 188. 

Pazi (Guillaume), 282. 

Pel (Guillaume), 20. 

Perat (Jehan du), 69 n. 2. 

Philippe (Comte de Bresse), 

24, 29. 
Pin (Etienne du), 346 n. i. 
Plantis (Jehan du), 3i3. 



Polignac (Vicomte de), 54. 
Prince d'Orange, 8. 
Promontorio, 284. 
Pymont (Michel Topie de), 

187. 

Rabelais, 75, 284. 

Renaze (dame), ii3 n. 2. 

Retz (Duc de), 283. 

Retz (Cardinal de), 288. 

Rigaud (Benoît), 188. 

Rodof, 285. 

Rollet (Philibert), 188. 

Rome (Guillaume de), 3o4. 

Rossellet (Jean), 56. 

Rossi (Lyonnet), 282. 

Roussin (Pierre et Jacques), 

188. 
Rouville (Guillaume), 188. 
Roy (Guillaume le), 187. 

Saing (Osval), 285. 

Saint Ambroise, iio. 

Saint Grégoire de Naziance, 

iio. 
Saint Papoul (Mgr de), 4, 57, 

58. 
Saint-Sorlin, 89. 
Saisset (François), 282, 
Salviati, 288. 
Sarde (Jehan), 57 n. i. 
Sault (Mgr de), 84. 
Scève (Maurice), 75. 
Schabeller (Jean), 187. 
Sine (Mathieu), 210 n. i. 
Spiny, 289. 
Spina, 288. 

Suab (Hans), 210 n. i. 
Strozzi, 288, 284. 
Svvricu fEnnemond do), 5. 



376 



Tavanes (Mgr), 86. 

Thomassin (Bonavcnture), 299, 
3ii. 

Thomassin (Claude), 56, 398, 
299, 302. 

Thomassin (Pierre), i/j. 

Thurlnges, 210 n. i. 

Tignat (de), 187 n. i. 

Tournes (Jean de), 188. 

Tournon (Cardinal de), iS^i, 
107. 

Trechsel (Jean), 187, 210 n. i. 

Trechsel (Melchior et Gas- 
pard), 188. 

Tricaud, 192. 

Turin (Denys), 187 n. i. 



LISTK DES NOMS PATHONYMIÙL'ES 

Turin (Symon), 56. 



Valornier (Pierre), i^. 
Valleton (Claude), 292, 298. 
Varey (Humbert de), 24, 29. 
Varye (Guillaume de), 29, 3o, 

Si, 82, 83, 89, 247. 
Velzel (Christophe), 285. 
Villars (Pierre de), 20. 
Ville (Claude de la), 188. 
Vincent (Barthélémy), 188. 
Voulzay (Mgr de), i5i. 

Welser (Jacques), 285. 
Wolff, 285. 



LISTf-: DES NOMS GÉOGRAPHIQUES 



377 



LISTE DES NOMS GEOGRAPHIQUES 



Abbeville, i65, i84, 289. 
Aigues-Mortes, 44, 2i4. 
Amiens, i65, i84, 289. 
Ancône, 281. 
Anvers, 4?, 75, 167, 171, 172, 

193, 195, 199, 281, 320. 
Aoste, 238. 
Arles, 237. 
Arras, i65, i84. 
Auberive, 24 1. 

Augsbourg, 121, 194, 210, 2i3. 
Autun, 166, 184. 
Auxonne, 241. 
Avignon, 102, i5o, 171, 174. 

i84, 199. 

Bâle, 93. 

Bayonne, 176. 

Beaujeu, 166, i84. 

Beaune, 67, i65, 184. 

Beauvais, i84. 

Belleville, 166, i84, 24o. 

Berne, 35. 60. 

Besançon. i38. 

Béziers, i65, i84. 

Bologne, 281. 

Bourges, 62, 53, 56, 57, 58, 

59, 61, 65, i65, i84, 3o6 

n. I. 



Bourg-Saint- Andéol, 171, i84. 
Burgos, 2i3. 
Brullioles, 178. 

Caen, i84. 
Cambrai, 167, i84. 
Carcassonne, i4i, i65, i84, 

2l5. 

Carpentras, 21 5. 
Chalon-sur-Saône, 57, Si, 85, 

86, 236. 
Chambéry, i84, 289. 
Chanaz, 24i. 
Chasselay, 178. 
Châteauncuf, 24 1. 
Châtellerault, i85, 2i5. 
Chessieux, 178. 
Condrieu, 24 1. 
Constance, 167. 
Constantinople, 2i3. 
Cordon, 242. 
Corinthe, 171. 

Damas, 171. 
Dieppe, 180, 289. 
Dijon, 57, 86. 
Draguignan. i85. 

Embrun. 21 5. 



:^78 LISTE DES NOMS GÉOGRAPHIQUES 

Epinal, 9.ib. 



Floronco, 195, 207, 234, 281. 
Francfort, ii3 n. 2, 171, 194, 

210, 2l3. 
Fribourg, 35, 120. 

Gênes, 102, 1^7, i53, 173, 
195, 208. 

Genève, 11, 22 à 28, 34, 35, 
36, 37, 39, 4o, 43, 47, 48, 
75, 81, 86, 87, 93, 102, i38, 
172, 188, 210, 236, 239, 253, 
263. 

Givors, 24i. 

Gray, 2i5. 

Grenoble, 239. 

Grézicu, 239. 

Langrcs, 167, i85. 
La Rochelle, 239. 
Lausanne, gS. 
Le Caire, 2i3. 
Lendit (Foires du), 2, 47- 
Le Puy, i85, 2i5. 
Lille, i65, i85. 
Limoges, 2i5. 
Londres, 281. 

Lucques, i53, 173, 190 n. 1, 
195, 281. 

Mâcon, 57, 86, 24i. 
Manfoue, 189, 196. 
Marseille, i36. i55, 178, i85, 

2l4. 

Mayence, 171, 181. 

Messine, 281. 

Milan, gS, 171, 196, aSS. 248, 

281. 
Modane, 93. 



Montauban, i85. 
Montbellel, 24 1. 
Mont Ccnis, 238. 
Mont-de-Marsan, 239. 
Montélimar, 171, 176, i85, 

239, 
Mont Genèvre, 239. 
Montluel, 29, 3o, 39, 239. 
Montpellier, 39, 44 n. i, i85, 

2l5. 

Montrottier, p. 178. 
Moulins, p. i85. 

Nantes, 238. 

Nantua, 239. 

Naples, 177, 196, 281. 

Narbonne, 44, i4i, 176, i85, 

239. 
Ncvers, 239. 
Novarre, 238. 
Nuremberg, 121, i5o, 209, 

2l3. 

Orléans, 39, i85. 

Palerme, 281. 

Paris, 39, 47, 53, 57, 98, i65, 

i85, 189, 2i5, 238, 260. 
Perpignan, 34, 55, i65, i85, 

233. 
Petit Saint-Bernard, 238, 24o- 
Pézenas, 21 5. 
Piémont, i48, i5i. 
Pierrc-Châtel, 24 1. 
Pont-de-Beauvoisin, 239. 
Pont-Saint-Esprit, 171, i85, 

236. 

Reims. i85. 
Rive-de-Gier, 179, 239. 



LISTE DES NOMS 

Roanne, 288, 289 . 

Rochetaillée, 24 1. 

Rouen, 167, 186, 2i5, 23ç). 

Sain- Bel, 178. 
Saint-Bonnet-le-Froid, 3o2. 
Saint-Chamond, i5o, 179. 
Saint-Claude, i85. 
Sainte-Colombe, i53, 3i3. 
Saint-Flour, 21 5. 
Saint-Gai, 167, 196. 
Saint-Laurent-de-Chamousset, 

178. 
Saint-Quentin, 2i5, 289. 
Saint-Symphorien-d'Ozon, 2ifi, 

246. 

Sarlat, 186, 21 5. 
Sarragosse, 2i3, 
Savigny, 178. 
Serrières, 2^1 . 
Seyssel, 242. 
Simplon, 289. 
Sisteron, i84, 21 5. 
Strasbourg, 121, 194, 209, 2i3. 
Suse, 176, 242. 

Tarascon, i85. 



GÉOGRAPHIQUES 379 

Thiers, 186. 

Thizy, 166, 186, 192. 

Toulouse, i4i, 186, 2i5, 289. 

Tournon, 21 5. 

Tours, 89, 52, 61, 186, 189, 

2l5. 

Trévoux, 24i. 

Troyes, 52, 61, 62, 65, i56, 

167, 186, 2l5. 
Turin, 289. 

IJlm, 121, 209, 2i3. 

Valence (Espagne), 178, 218, 

281. 
Valence (France), i54, 171, 

186, 195, 3o2. 
Vaugneray, 178, 
Verceil, 288. 
Venise, 44. i35, 190 n. 1, 19G, 

281. 
Vesoul, 21 5. 

Vienne, 86, i54, 186, 24i. 
Villefranche, 166, 186, 289. 
Vire, i65, 186. 
Viviers, 54. 
Vizille, 289. 



380 TABLE DES PIÈCES JUSTIFICATIVES 



TABLE DES PIECES JUSTIFICATIVES 



I. Requête des habitants de Lyon au Dauphin pour l'éta- 

bHssement de deux foires, i4i9 SaS 

II. Lettres de Charles VII, Pouilly en Touraine, 4 juillet i454 Sa/i 

III. Lettres de Louis XI aux échevins de Lyon, Sully, i8 juil- 

let [i466] 326 

IV. Articles du Cardinal de Bourbon, des doyen, chapitre, ma- 

nants et habitants de Lyon, sans date (i484-i486). 827 

V. Lettres de Charles VIII, du 8 mars i484 (n. s.) . . . 338 

VI. Délibération consulaire du 21 mai 1^89 : Publication des 

Lettres de mai 1487 34 1 

VII. Lettres de Charles VIII, dernier juin i494 342 

VIII. Remontrances au roi de la part de ses très humbles 

sujets, les consuls et habitants de Lyon, i5']b . . . 343 

IX. Lettres de Louis XII, Blois, 8 mars 1499 (Privilèges des 

Suisses) 346 

X. Acquit délivré par le Maître des ports durant la franchise, 

i553 348 

XI. Acquit de rêve et impositions foraines, i566 349 

XII. Certificat des contrôleurs de la douane, i545 .... 35o 

XIII. Lettres de Louis XI, Amboise, 28 décembre i464 (Epi- 

cerie) 35o 

XIV. Certification et nomination de courtier. i56S .... 352 

XV. Lettres de nomination de courtier, 1571 352 



TABLR DES PlflCES JUSTIFICATIVES 381 

XVI. Lettres de présenta lion de rourtier nu Bailli de Mùcon, 

i477 353 

XVII. Mémoires et articles (voies de communication) . . . 355 

XVIII. Mémoires des marchands contre l'accord des banquiers 

étrangers, i55i 357 

XIX. Sentence du Conservateur, iSog 36o 

XX. Sentence du Conservateur, i522 oCn 

XXI. Exécutoire du Conservateur, i552 36î> 

XXII. Ordonnance consulaire sur le grabeau, i553 .... 364 



382 TABLE DES VIGNETTES 



TABLE DES VIGNETTES 



EcussoN AUX Armes de la Ville de Lyon, fac-similé, extrait 
des Ordonnances et Privilèges des foires de Lyon, 
I voL pet. in-8, Lyon, Pierre Fradin, i56o . . . Titre 

Plan de la Ville de Lyon, vuo d'Arnoullel, éditée par 

Bonhomme, 1667 Frontispice 

Marques de marchands (Archives municipales de Lyon) . . 182 

Boutique d'un changeur ou banquier lyonnais au xvi® siècle, 

vignette de la Prosopographie de du Verdier . . . 255 

Fac-similé d'une lettre de change de i/|S8 (Archives muni- 
cipales de Lyon) 264-5 



-y 



TABLE GÉNÉRALE DES MATIERES 



PREMIÈRE PARTIE. — Historique des foires i 

Chapitre premier. — Origine des foires i 

I. La création de deux foires (1420) i 

II. L'établissement de trois foires (i444)» Leurs confir- 

mations (i4'^5, 1457, 1461) 9 

Chapitre II. — Le règne de Louis XI 19 

I. Etablissement de quatre foires, leur organisation. 

Les Lettres patentes de i463 (n. s.) . . . . 19 

II. La lutte de Lyon et de Genève pour les foires . 22 

§ I. Les faits 22 

§ 2. Les idées 36 

Chapitre III. — La crise de 1484-1489 et 1489-1494 • • 43 

I. Les Etals généraux de Tours (1484) 43 

§ I. Les idées mercanlilistes 45 

§ 2. La suppression des foires de Lyon 49 

II. La lutte pour le rétablissement des foires .... 5o 

III. Le rétablissement de deux foires à Lyon (1487- 

1489) 61 

IV. Le rétablissement de quatre foires (1494)- ... 6G 

Chapitre IV. — Les foires à la fin du xv^ siècle et dans la 

première moitié du xvi*' siècle 70 

I. L'apogée 70 

IL François I*^"* et le régime de la fiscalité 76 

Chapitre V. — Les foires dans la seconde moitié du 

xvi^ siècle. Le déclin 79 

Considérations générales 79 



3Si TABLE DES MATIÈRES 

I. La crise moiale : les guerres de religion ;i Lyon, le 

transfert des foires à Clialon, la Ligue ... 8i 

IL La crise économique cl politique 90 

§ I. Tendances protectionnistes 90 

!:; 2. Mouvement xénophobe yô 

Chapithe VL — La décadence des foires à la fin du 

xvi*' siècle 100 

DEUXIÈME PARTIE. — Les privilèges royaux des foires . io5 

Chapitre premier. — Les privilèges des Marchands . . io5 

I. Privilèges généraux des Marchands 107 

§ I. Papiers de raison et cédules 107 

§ 2. Le prêt à intérêt 109 

§ 3. Exemption de linsinuation 11 1 

II. Privilèges des marchands étrangers 112 

t; I. Le sauf-conduit : droit de marque et représailles. 1 12 
§ 2. Suppression du droit d'aubaine : liberté de 

tester ii4 

§ 3. Exemption des impositions 117 

III. Privilèges particuliers des Suisses et des Alle- 

mands 120 

Chapitre II. — Les privilèges des Marchandises. La fran- 
chise, les atteintes à la franchise 1^4 

I. Les impôts à l'exportation: la rêve et les impositions 

foraines. La franchise assurée 124 

§ I. La rêve et les foires des origines à ir>52 . . . 128 

§ 2. Les impositions foraines et les foires des ori- 
gines à i552 i33 

§ 3. La rêve, les impositions foraines et les foires de 

i552 à i6oo ii56 

II. Les impôts à l'importation : la Douane, la franchise 

violée i^G 

§ I. L'aide de cinq écus pour cent sur les draps d'or, 

d'argent et de soie 146 

§ 2. La création de l'aide de Ct deniers pour livre ou 
2 1/2 pour 100 sur toutes les marchandises, 
i544 148 

§ 3. Rétablissement de l'aide de 6 deniers. Son rachat 

par la ville, iSSa-iSGi 149 

§ 4- L'aide de 6 deniers aux mains du roi, i.")G4. Les 

surtaulx 102 

Les commis de la Douane 155 



TABLE DES MATIÈRES 385 

TROISIÈME PARTIE. — Marchandises el Marchands . . ibg 

Chapitke premieh. — Les marchandises i5f) 

I. Nature des marchandises Irafiquées aux foiies . . iGi 

§ I. La draperie 1O2 

§ 2. Les toiles 16G 

§ 3. Epiceries el drogueries 167 

§ 4. Denrées alimentaires 170 

§ 5. Draps d'or, d'argent et de soie 171 

§ 6. Matières premières 177 

5; 7. Objets fabriqués 179 

Emballages et marques des marchandises . . . , 181 

II. Oi'igine des marchandises trafiquées aux foires. . i83 

§ I. Les marchandises françaises i83 

§ 2. La manufacture lyonnaise, ses produits. . . . 186 

§ 3. Les marchandises étrangères 193 

III. Quantité et valeur des marchandises trafiquées. 

Statistiques et évaluations 196 

Chapitre II. — Les Marchands 2o3 

Lyon, ville cosmopolite 2o3 

I. Marchands étrangers habitant Lyon, les nations. . 2o5 

^ I. Les Italiens 206 

§ 2. Les Allemands 209 

§ 3. Les Grisons elles Suisses 211 

II. Marchands étrangers fréquantant les foires . . . 211 

III. Marchands français fréquentant les foires . . . . 214 

IV. Les compagnies et les facteurs 2i5 

V. Les hôtelleries 217 

Chapitre III. — Les courtiers 223 

I. Nomination des courtiers . • 223 

IL Surveillance des courtiers 227 

III. Nombre des courtiers 23 1 

Chapitre IV. — Les voies de communication : routes, 

rivières, itinéraires 236 

Les péages 240 

QUATRIÈME PARTIE. — Les foires, leur organisation. . 243 

Chapitre premier. — La tenue des foires 243 

I. Emplacement des foires 243 

II. Etalages et boutiques. ... 249 

III. Coutumes 255 

Chapitre II. — Le mouvement de l'argent. Les quatre 

Payements 258 



386 TA15LI-: Di:S MATIÈRES 

I. Les monnaies et les elTels de commerce .... a.'jH 

§ I. Les monnaies 258 

§ 2. Les changeurs 261 

§ 3. La lettre de change 2G2 

H. Les Payements des foires 26.") 

i; I. Organisation des Payements 260 

g 2. Les divers changes des Payements 273 

in. La banque et les banquiers 278 

§ I. La banque, ses opérations 278 

§ 2. Les banquiers 282 

IV. La Loge des changes 286 

Chapitre III. — La Justice et la police des foires . 2;)4 

I. Le Conservateur des privilèges royaux des foires . 2^4 

J; I. Historique 294 

î^ 2. Attributions et compétence du Conservateur. . 299 

A. Attributions administratives ;5oi 

B. Attributions judiciaires 3o2 

Juridiction criminelle 3o2 

Juridiction commerciale 3o5 

§ 3. Style de la juridiction du Conservateur . . . 3o8 

II. Institutions diverses 3i3 

§ I. Le maître des ports 3i3 

15 2. Le bureau de la Douane 3 14 

§ 3. Le grabeau 3i5 

Lexique 367 

Index des ouvrages cités 370 

Liste des noms patronymiques 373 

Liste des noms géographiques 377 

Table des pièces justificatives 38o 

Table des vignettes 382 



Lyon. — Imprimerie A. lUr, i, rue Ccntil. — ôôlS'S 



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